Nom du fichier
1791, 10, n. 40-44 (1, 8, 15, 22, 29 octobre)
Taille
25.50 Mo
Format
Nombre de pages
571
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI;
COMPOSÉ & rédigé, quant à la partie
Littéraire , par MM. MARMONTEL ,
DE LA HARPE , CHAMFORT , tous
trais de l'Académie Françaife , & M.
GINGUENÉ ; & par MM. FRAMERY &
BERQUIN , Rédacteurs.
M. MALLET DU PAN, Citoyen de Genève,
eft feil chargé de la partie Hiftorique &
Politique.
SAMEDI 1er, OCTOBRE 1791 .
A PARIS ,
Au Bureau du MERCURE , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins , No. 18.
HE NEW YORK
UBLICTIRBHYE GÉNÉRALE
Du mois de Septembre 1791 .
STOR , LENOX AND
DEN FOUNDATIONS
1005
DISTIQUE.
es Solitaires , 3e. Part .
harade , En. Loz.
3 Voyage en Italie.
4 Notices.
36
47
351
PITRE.
Charade , En . Logog.
49 red-cles .
52 Variétés
72
75
Ja Souveraineté , ze ix. (4
Mirabeau.
Not ces.
701
OUPLETS .
Charade , Enig . Log.
Le Convalefcent.
Catichijine.
LE
Mariage , &c.
Charade, En . Log .
Difcuffons.
Encyclopédie.
851
Extrait. 109
Projet de Grammai e. 86 Euvies. III
87 Recherch s.
112
89' Spectacles . 114
106 Notices. 117
121 Traité. 145
133 Spectacles . 148
136 Variétés . 152
14) Notices .
353
Paris , dé l'Imprimerie de Moutard, ruę
des Mathurins , Hôtel de Cluni .
MERCURE
DE FRANCE.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE PETIT MALHEUREUX .
Sa 2
Prenez pitié d'un petit malhenreux,
chargé tout feul du foin de
A 2
MERCURE
fon vieux pere ; ils n'ont, hélas! pour
I
rinf.
fubfifter tous deux ,
qu'un peu de
pain qu'on donne à leur mife
トート
廳
DE FRANCE.
Fv J
re.
PLAIGNEZ leurs fort , prêtez-leur vos fecours ;
C'eſt à regret que ma voix vous implore :
À
De longs travaux l'un a rempli fes jours ;
Pour travailler l'autre eft trop jeune encore,
SOYEZ touché de leur fort malheureux ;
Prenez pitié de l'enfant & du pcre ;
Ils n'ont , hélas ! pour fubfifter tous deux
Que la pitié qu'inſpire leur mifere .
Paroles de M. Berquin , Mufique
de M. de la Live d'Epinay.
6 MERCURE
L'ÉCOLE DE L'AMITIÉ ,
Τουτ
CONTE MORA L.
Premiere Partie.
Our le monde connaît la Pupille de
Grandiffon , cette Emilie Jervins , fi naïve,
fi tendre , fi innocemment amoureufe de
fon Tuteur ; eh bien , j'ai trouvé dans
le monde une feconde Milf Jervins , plus
vive , moins timide , plus animée que la
jeune Anglaife , & un peu mieux infruite
qu'elle de ce qui fe paffait dans fon coeur ;
mais aufli ingénue que l'autre était naïve,
& plus intéreffante encore dans ce qu'elle
appelait fes premieres amours. C'était Delphine
de Séralis , depuis Mad. de Néray.
Comme elle ne vit plus , & qu'il n'y a
dans mes fouvenirs rien que d'honorable
pour elle , je crois pouvoir redire ce qu'elle
m'a conté.
Un jour que , jeune encore , elle m'avait
parlé avec une extrême fageffe dès légéretés
, des caprices , des airs d'étourderie &
de diffipation qui étaient à la mode parmi
les jolies femmes ; & que je lui témoignais
combien j'étais furpris de ne lui voir , ni
dans l'efprit , ni dans le caractere , aucune
DE FRANCE. 7
des frivolités ni des vanités de fon fexe ;
Ah ! me dit- elle , j'étais née pour en avoir
autant qu'une autre ; mais de bonne heure,
je fus en bonne école ; & fi vous me trouvez
raifonnable , j'en dois rendre grace à
l'amour.
Comme c'était la premiere fois que j'entendais
dire que l'amour eût contribué à
former la raifon , je la priai de m'expliquer
comment s'était opéré ce prodige.
Vous avez connu , me dit - elle , celui
qui, le premier, m'infpira le défir de plaire.
Je ne veux pas vous le nommer , & je l'appellerai
Alcime ; mais fi je le peins bien ,
vous le reconnaîtrez .
Il avait quelque reffemblance avec Sir
Charles Grandifon : comme lui vertueux,
modérément fenfible , fage dans tous fes
goûts , incorruptible dans fes moeurs , poffédant
fon ame & fes fens dans une paix
inaltérable , Alcime était, dans fa jeuneffe,
l'homme du monde le plus confidéré .
Dans le petit nombre des fociétés dont
il avait fait choix , on le citait comme un
mcdele , on l'écoutait comme un oracle.
Il y montrait un efprit cultivé , riche de
mille cennaiffances variées , & recueillies
par une mémoire étonnante ; un goût exquis
, une raifon pleine d'éloquence & de
charme , une politeffe attentive & délicate ,
mais fimple & naturelle , une fierté mêlée
& tempérée de modeftie , peut - être un
A 4
$ MERCURE
fentiment de lui - même affez haut pour
s'appeler orgueil , s'il n'eût pas été auffi
jufte , mais qui était comme enveloppé
dans la plus timide pudcur. A tant de qualités
, la Nature avait joint une figure intéreffante
, des traits nobles & doux , le
charme d'un regard où le peignait une belle
ame , une bouche dont le filence même
était touchant lorfqu'il daignait fourire ,
& un fon de voix enchanteur.
" La maifon de Mad. d'Olme etait l'une
de celles qu'il fréquentait le plus afidument.
I y dînait une fois la femaine
avec des femmes de l'ancienne Robe , que
leurs filles accompagnaient . J'y fus menée
dès l'âge de feize ans . C'était-là notre jour
de fête.
Vous penfez bien que dans ce cercle
mes compagnes & moi nous ions peu
de bruit. Nos langues y étaient captives ,
& nos regards ne l'étalent gere moins :
nitis tandis que la modelie renait nos yeux
craintivement bailes , rien n'échappaic à
nos oreilles .
-
J'étais fur tout attentive au langage
plein de douceur & de fagelle qu'Alcime
tenait à nos meres , en leur parlant du
foin d'obferver , d'éclairer , de diriger le
naturel dans l'éducation des enfans , de le
ménager , de l'aider , d'ufer envers lui d'indulgence
même en le corrigeant , fur-tout ,
diſait-il , dans le fexe le plus faible & le
DE FRANCE.
༡
plus flexible. Vous auriez cru voir un
Fleurite cultivant d'une main légere des
plantes délicates qu'il eût craint de bleffer. ·
Je lui favais gré de ces craintes , de ces
ménagemens timides ; je croyais être l'une
des fleurs qu'il appréhendait de ternir .
Je ne penfais encore , ni à lui plaire , ni à
l'aimer plus que ne l'aimait tout le monde.
Je lavais que j'étais jolie , mais je ne m'appercevais
pas du plaifir que j'avais à l'erre
ce jour - là plus que de coutume . Je ne
croyais le trouver beau lui-même que par e
qu'il l'était , & que j'avais des yeux. Ma s
infenfiblement je m'apperçus qu'avec ces
yeux , j'avais aufli un coeur. Alcime m'ocupait
faus celle. Je jouiffais plus que la'-
même des déférences qu'on lui marquait ;
j'étais fiere des avantages que lui donnait
fur les autres hommes fon efprit & fon
caractere ; & fi quelqu'un , lui dilpurait
l'empire de l'opinion , je m'en dépitais cu
fecret , & je le trakais de rebelle.
Une feule qualité lui manquait à men
gré pour être accompli , c'était la fenfibiliré
poli avec les femmes , il n'erait poist
galant , il plaifait fans fonger à plaire. 11
fe corrigera peut-être de ce défaut , difaisje
; mais ce ne fera point ici effurément
qu'il perdra fon indifférence ; & la tranquillité
dont fon ame jouit eft avec nous
en sûreté.
Dès-lors je commençai à m'impatie te :
A.J
10 MERCURE
du rôle de ftatue qu'il fallait jouer à mon
âge. Quelle opinion pouvait-il avoir de ce.
groupe de jeunes filles , muettes & prefque
immobiles ? Qu'on fût belle & bien faite ,
c'était peut-être bien quelque chofe à fes
yeux ; mais ces qualités pouvaient être
celles d'un marbre inanime ; chacune de
nous avait l'air d'attendre , fur fon piédeftal
, le miracle opéré en faveur de Pigmalion
. '
Quel ufage inhumain , que celui de tenir
à la gêne , & comme fcellé , ce que le natarel
pouvait avoir d'intérellant A feize
ans on avait déjà des fentimens & des
idées : on n'aurait pas fi bien raifonné que
ces Dames ; mais peut- être le peu d'efprit
que l'on avait reçu de la Nature , aurait-il
eu , dans fa fimplicité , fa jutteffe & fon
agrément ; & jufqu'à ce qu'on eût la langue
déliée à l'Autel de l'Hymen , il était
tifte & rigoureux d'être condamnée au
filence .
Ce qui m'affligeait encore plus , c'était
de voir qu'Alcime , occupé de nos meres ,
n'eût aucune pitié de nous , & qu'il nous
laifsât l'écouter , fans chercher au moins
quelquefois à lire dans nos yeux l'impreffion
qu'il faifait fur nos ames...
Sur
nos ames ! Et fait-il feulement , difais-je ,
fi nous en avons une ? Eft il curieux de le
favoir ? Nous fait il la grace de croire que
notre efprit foit digne de goûter , d'admirer
DE FRANCE.
le fien ? Il était doux , poli , reſpectueux
avec moi , avec mes compagnes , mais uniment
, également , fans aucune diftinction .
Cependant la perfuafion qui femblait couler
de fes levres , fes lumieres , fon air de
bonté , de candeur , l'élévation de fon ame,
la férénité peinte fur fon viſage & dans fes
yeux , cet air d'Apollon rayonnant , charmaient
toute la Société ; & malgré mon
dépit , moi- même j'en étais ravie . Mais fi
dans mon raviffement , j'ofais lever les
yeux , hélas ! c'était au Ciel qu'il fallait
adrefler ma vue , quoique , dans ce moment
, ce ne fût pas au Ciel
que mes yeux
avaient à parler.
N'y avait - il donc pour moi aucun
moyen de fixer fon attention ? Au moins,
diais je , on nous permet de développer .
dans le monde les talens qu'on a bien
voulu cultiver en nous dès l'enfance ; Alcime
daignerà peut-être aimer ou la danfe
ou le chant. Appliquons-nous à nous donner
ce faible mérite à fes yeux.
Dans la faifen du Bal , Mad. d'Olme
en donna un. J'y danfai de mon mieux ;
mais en danfant , j'eus beau chercher des
yeux mon Sage : il caufait avec un Vieillard
dans le fallon voifin , tandis que pour lui
feul je déployais toutes mes graces.
Peu de jours après , Mad. d'Olme cut
chez ell un petit Cancert. J'y chantai. Je
favais qu'à l'Opéra-Bouffon , Alcime érait
A 6
12 MERCURE
affidument du nombre des Amateurs qui
occupaient le coin de la Reine ; & je m'étais
donné une peine infinie pour exceller ,
s'il m'était posible , dans la brillante exécution
des Airs Italiens que je devais
chanter. Jefpérais qu'il m'applaudirait ; il
m'applaudit , mais faiblement , plutôt en
homme complaifant & poli , qu'en homme
fenfible & charmé. Je fus , comme vous
croyez bien , peù flattée d'un tel fuccès ;
& les éloges que je reçus d'ailleurs ne me
tinrent pas lieu des fiens.
Sans défefpérer cependant de le réduire
à s'occuper de moi , je m'avifui d'engager
mes compagnes à effayer , fous les yeux de
nos meres , s'il nous ferait permis de nous
dire entre nous , tantôt à demi - voix , &
tantôt à l'oreille , quelques petits mots
échappés. L'efiai me réullit. Nes meres ,
d'abord inquietes de cette nouveauté , fe
confultant des yeux , allaient nous l'interdire
; Alcime cette fois voulut bien plaider
notre caufe , mais avec l'indulgence qu'on
a pour des enfans. I fit entendre que la
froide raifon n'avait rien d'affez amufant ,
d'affez intéreffant pour de jeunes efprits ;
que le férieux , à notre are , devenait bientôt
ennuyeux , & qu'il falloit nous laiffer
au moins quelques momens de cete innocente
gaire qui nous allait fi bien , & nous
embelliffait encore.
Ces derniers mots ne m'échapperent
DE FRANCE. 13
point ; & dans nos propos j'eus grand
foin de faire jouer tout leur jeu aux traits
de ma phyfionontie. Je m'animais , j'agaçais
mes compagnes ; en difant des riens ,
j'avais l'air de pétiller d'efprit & de vivacité
; & je ne manquais pas d'enjoliver ma
bouche de tous les charmes du fourire":
quelquefois même je riais aux éclats fans
favoir de quoi ; car j'avais d'affez belles
dents. Je mourais d'envie de le rendre curieux
de nos entretiens ; mais , hélas ! j'y
perdais mes peines il nous laiffait dans
notre coin, jouer & caufer à notre aife ; &
de tout mon perit manége , il ne me ref
tait plus que le regret de ne l'avoir pas
écouté.
Je ramenai vers lui toute mon attention ,
fans pouvoir m'attirer la ficone. Enfin mon
impatience pouffée à bout , me fit prendre
un parti violent. Je lui écrivis ; mais dans
ma lettre , je gardai l'anonyme & je fus
déguifer ma main . La voici cette lettre ,
car je ne veux rien vous cacher.
93
Je m'ennuis , Monfieur , de voir qu'on
» ne foit rien pour vous , párce qu'on a le
» malheur d'éire joune ; & que dans votre
" eftime il n'y ait que les meres qui ne foient
plus enfans . Eh bien ! je veux qu'Alcime
fache que , dans le monde , il voit unel
jeune perfonne très-attentive à recueillin
fes fentimens & les penfées ; je veux
qu'il fache que , dans la bouche , la fa-
33
29
""
و د
14
MERCURE
و ر
geffe a pour moi un charme irréfiftible ;
& que fa voix la fait pénétrer dans mon
" &
" ame ,
Comme un jour doux dans des yeux délicats.
Je veux qu'il fache enfin que le plus ef-
" timable des hommes , en eft aufli pour
" moi le plus aimable ; non pas à caufe
» de fa figure , qui pourrait être un fymbole
trompeur des vertus dont elle eſt
l'image , mais à caufe de la bonté , de la
beauté d'une ame qui fe peint dans tous
fes difcours comme dans une glace pure,
» & qui , je crois , n'a jamais fu ni fein-
» die , ni diffimuler «.
و د
"
و د
Le Sage le plus flegmatique aurait éré
flatté de cette lettre . Alcime a depuis avoué
qu'il ne l'avait pas lue fans quelque émo
tion ; & en m'en parlant , long- temps
après , fon vilage , qui rougiffait comme celui
d'une Vierge , fe colorait encore d'une aimable
pudeur.
Dès lors il ne put fe défendre d'une
attention involontaire pour les jeunes perfonnes
qu'il avait négligées. Je vis fort
bien que fes regards , en paffant & en repaffant
fur notre joli groupe , y cherchaient
l'anonyme ; & il lui fur facile de l'y appercevoir
mon trouble & mon faififfement
fuppléaient à ma fignature ; je la fentais -
écrite fur mon front en lettres de fou . Je
DE FRANCE.
15
fus donc reconnue ; & je n'en pus douter,
car lui - même il baiffait la vue quand fes ,
yeux rencontraient les miens.
Vous allez croire que je fus bien aife
que mon fecret in'eût échappé. Point du
tout ; dès que je crus voir tomber le voile.
du myflere , la modeftie naturelle à mon
âge reprit fur moi tout fon empire. Je
perdis contenance ; & au lieu du plaifir
que je croyais avoir à être diftinguée , je
n'en reffentis plus qu'un pénible embarras.
Ma lettre lui en avait trop dit : tout ce que
j'avais dans le coeur , je croyais l'avoir révélé
:: ces mots fur tout , l'homme le plus
aimable , me faifaient naître des fcrupules.
Pourquoi lui avoir parlé de fa beauté ? &
de quoi m'avilais - je de vanter fa fageffe ?
L'éloge même de fes vertus était déplacé
dans ma bouche. De quel droit me croyaisje
digne de le louer ? Que devait- il penfer
d'une jeune perfonne qui , dans le monde ,
aurait voulu fixer l'attention d'un hommes
& qui , à feize ans , s'impatientait d'être
négligée comme un enfant ? Quelle im
prudence enfin de lui avoir écrit à l'infçu
de ma mere ! Et s'il n'y avait aucun maθ
comme je l'avais cru , pourquoi le lui avaisje
caché ?
Cependant je n'avais encore rien avoué.
Mon trouble & ma rougeur n'étaient que
des indices ; il ne tenait qu'à moi d'en effacer
l'impreffion ; & fi je favais feindre
1.6 MEPCURE
tout ferait bientôt oublié. Je pris donc ,
ou plutôt je crus prendre avec lui un air
de froideur & de negligence ; & lorfqu'en
fe mêlant quelquefois à nos entretiens , il
voulait bien m'adreffer la parole , j'avais
dans mes réponfes cette légèreté craintive
de la biche , qui rufe devant le Chaleur.
J'éludais fes queftions comme autant de
filets : un mot quelquefois vif , le plus fouvent
timide , me dégageait d'un pas difficile
& gliffant.
Mais lorsque je croyais lui avoir donné
le change , & que je le voyais interdit ,
j'en avais du regret , & je me reprochais un
déguisement inutile . Je devais bien penfer
que j'avais été reconnue ; & il y avait plus
que du caprice & de l'inconféquence dans
ma diffimulation. C'était défavoner le plus
pur , le plus jufte hommage ; & cela feul
pouvait êter à ma conduite le caractere
d'innocence qu'elle aurait à fes yeux avec
plus d'ingénuité.
Vous le dirai -je enfin j'ofai penfer au
mariage. Jeune & riche héritiere , d'un état
convenable au fien , pourquoi n'aurais - je
pas defiré de lui plaire ? Ne faut - il pas ,
difais-je , que l'on penfe bientôt à m'erablir
? Et fi l'éponx que l'on me donnera
n'a fait que me voir dans le monde , comme
une peinture mobile ; s'il faut que fur
role il me fuppofe une ame , un caractere ,
un peu d'efprit & de bon fens , fera- t-il
paDE
FRANCE. 17
bien flatté , bien envieux de m'obtenir ?
Celui-ci eft le feul au monde à qui je ferais
gloire d'être unie ; & s'il daignait me dcmander
, certes je défierais pere & mere
de mieux choifir. Si donc il m'engagea t
luimême à convenir que la lettre anonyme
érait de moi , l'érais déterminée à lui en
faire l'aveu ; & j'en attendais le moment.
Ce moment ne vin point; & plus réfervé
que jamais , Alcime s'en tint avec moi ,
comme avec mes compagnes , à cette politeile
affectueule & fimple dont mon coeur
ne pouvait ni fe plaindre , ni fe louer.
J'étais mal à mon aife , & fi mal que
j'aurais voulu ne l'avoir jamais vu , ou ne
plus le revoir ; lorfque je fus faifie d'un
fensiment plus vif , plus affligeant que ma
trifteffe.
Un jour , la veille de celui où nous
devions dîner enſemble , Mad. d'Olme fit
prévenir fes amis que fon dîner n'aurait
pas lieu qu'Alcime était malade , qu'il
était pris d'un accès de goutte allez fort
pour donner de l'inquiétude,
C'était , reprit Mad . de Néray en foupirant
, un mal héréditaire , dont Alcime
dès la jeuneffe , avar fenti les premieres
atteintes , & qui ne l'a pas laiffe vieillir.
Ma mere , à fon réveil , reçut cette trifte
nouvelle , & quand j'allai la voir , elle me
l'annonça. J'eus à peine la force de lui demander
s'il y avait du danger. Mais oui ,
18 MERCURE
dit elle , on craint
, on craint pour les organes de la
vie . Si la goutte les attaquait , il n'y a
point de mort plus foudaine. Souvent en
moins d'une heure on en eft étouffé.
Jugez comme je fus moi -même étouffée
en entendant ces mots terribles . Mon coeur
faifi d'effrei , fuffoqué de douleur , ne put
retenir fes fanglots ; mes yeux fe remplirent
de larmes. Ah ! m'écriai -je , quel malheur
s'il en mourait ! & toute en pleurs, je me
laiffi tomber fur le lit de ma mere. Cette
fcène imprévue l'étonna encore plus qu'elle
ne l'attendrir.
Ma fille , me dit- elle , d'où vous vient
cet excès de fenfibilité , pour un homme
fans doute bien eftimable , mais étranger
pour vous ? Hélas ! lui dis - je , à qui la
verru ft- elle étrangere ? L'intérêt qu'elle
vous inſpire eft juste , reprit-elle , mais dans
une jeune perfonne il ne doit pas aller fi
loin . Et que ferait- ce donc , ma fille , fi
vous aviez à craindre pour ma vie ? Je ne
répondis qu'en pleurant ; & ma mere dans
ce moinant ne crut pas devoir infifler .
Mais lorfque nous eûmes appris que le
péril était paffé , & que la douleur , vive
encore , mais fixée aux extrémités , n'avait
plus rien de redoutable , ma mere voulut
Fénétrer jufqu'à la fource de mes larmes ;
& d'un air doux, mais impofant : Ma fille ,
à préfent , me dit - elle , que vous êtes tranquille
, expliquez - moi la caufe de la défoDE
FRANCE. 19
--
lation où vous avez été , quand nous avons
craint pour Alcime. Ma mere , hélas ! que
vous dirai- je , lui répondis - je en rougillant ?
Alcime eft à mes yeux le plus intéreffant
des hommes , parce qu'il n'en eft point de
meilleur , de plus fage , ni de plus vertueux
que lui ; c'est tout ce que j'en fais moimême.
Et de ces fentimens qu'il vous
a infpirés , lui avez-vous fait confidence?
( ma rougeur redoubla ) répondez - moi , ma
fille en eft- il inftruit? Je le crois . Au
moins a-t- il dû s'en douter . Elle fut un moment
recueillie en filence , & puis : Allez ,
ma fille , me dit - elle , & défiez- vous , à
votre âge , de cette fenfibilité dont le caractere
eft louable , mais dont l'excès eft
dangereux.
Dès lors je vis a mere incuiete &
préoccupée. La convalefccncé d'Alcime fur
célébrée , comme une fère , dans la fociété.
de fon amie Mad. d'Olme. Mais au milien
de la joie commune , je fentis que mon
coeur n'était pas content ; & plus mon émotion
était vive & profonde , plus je faifais
d'efforts pour la diflimuler.
Alcime enfin jouit lui -même du plaifir
qu'on avait de le revoir rendu à la vie &
à la fanté ; & ce fut là qu'en obfervant
mes yeux , à chaque inftant mouillés de
larmes , ma mere prit la réfolution de fe
priver d'une fociété qui faifait fes délices ,
plutôt que de m'y expofer plus long -temps
au danger qu'il y avait pour moi,
20 MERCURE
Je vais , dit- elle à Mad. d'Olme , vous
furprendre & vous affliger. Les plus doux
momens de ma vie fent , vous le favez bien ,
ceux que je pafle auprès de vous ; & cependant
je fuis obligée de me fevrer pour
quelque temps du plaifir de vous voir . Ne
m'en demandez point la caufe ; & croyez
qu'elle eft férieufe , puifque je me fuis
fait un devoir d'y céder.
La caufe , je la fais , lui dit Mad. d'Olme
en fouriant. Mais le remede eft fimple ; il
faut venir me voir & diner avec moi , les
jours qu'il n'y vient pas . Qui donc , lui demanda
ma mere ? Qui? celui que vous
redoutéz. Ah , Madame ! ce qui m'afflige
eft donc bien visible ! - Oui , pour moi ,
qui ai prefque les yeux d'une mere , comme
j'en ai le coeur pour ma chere Delphine ;
mais de quoi vous alarmez - vous ? & qu'y
a-t-il donc de fi trifte ou de fi dangereux
dans une inclination que vous & moi nous
aurions prife innocemment , comme elle ,
fi , à fon âge , nous avions vu celui qui
en eft le digne objer ? Pour moi , je le
confeffe , fi à cinquante ans il était permis
d'être amoureufe , je le ferais d'Alcime.
Delphine , à feize ans , eft fenfible aux
charmes d'un naturel plein d'agrément , elle
a raifon elle s'eft prife d'admiration , d'amour
, fi vous voulez , pour un vertueux
& beau jeune homme ; eh bien , il faut
qu'elle l'époufe. Je me charge , fi vous voulez
, de nouer ce petit Roman.
DE FRANCE. 21
Mon Dieu , lui dit ma mere , comme
vous cheminez ! Je fuppofe , ou plutôt j'avoue
cette inclination naiffante dans le
coeur de ma fille ; qui vous dit qu'Alcime
y réponde ? Savons-nous même , vous &
moi , fi jamais il y répondra ? En doutezvous
, reprit Mad . d'Olme ? Il ferait vraiment
difficile fi , avec fes biens , fa naiffance
, & mille fois plus d'attraits qu'il
n'en faut pour tourner la tête à un Sage ,
ma Delphine ne faifait pas la conquête de
celui- ci. Laiffez -moi le voir tête-à- tête &
lui parler un peu ; je vous réponds de lui .
Savez-vous , lui dit - elle , Alcime, une
nouvelle intéreffante ? N'allez pas me contrarier
; car je ne dis jamais que des nouvelles
fûres , & je ne veux pas qu'on en
doute. Voyons , Madame , j'aime affez
à vous croire , vous le favez ; quelle eft
votre nouvelle ? Que vous vous mariez.
Moi , Madame ! Ah ! je vous protefte
que je n'y ai penfé de ma vie. -Vous
y penferez donc pour la premiere fois , car
c'eft une affaire arrangée. Et qui , Madame
, a pris la peine de l'arranger fans
moi , cette affaire importante ? Moi , Monfeur
, oui moi- même : une riche héritiere ,
d'un état honorable , belle comme le jour ;
& la voilà , faifant de moi l'éloge le plus
accompli. Eh bien , Madame ? ᎬᏂ
bien , cette jeune perfonne eft difpofée à
recevoir avec docilité la main de fon mari
―
---
-
―
22 MERCURE
-
de la main de fa mere ; & fa mere ne
voit pour elle au monde aucun mari qu'elle
préfere à vous. Hélas , Madame ! il y
a fi loin des fentimens que je puis infpirer
à celui qui feul peut fixer & remplir le
coeur d'une femme ! Non , croyez- moi , je
me connois , je ne fuis pas fait pour l'amour.
La goutte eft dans mon fang une
vieilleffe anticipée. C'eft cependant ,
men cher goutteux , de l'amour que vous
infpirez : oui de l'amour, le plus vrai , le
plus, tendre , de celui quijamais ne trompe ,
de celui qui ne fait pas meme ce qu'il eft ,
tant il eft innocent & pur -Oui , Ma
dame , vous le croyez , & il ne tient qu'à
moi de le croire moi - nicine , fi f'écoute ma
vanité ; mais je fais mieux apprécier les
fentimens qu'on a pour moi ; & dans ces
fentimens qui me Hattent & qui m'henos
rent il n'y a pas une étincelles pas une
bluette d'amour. Elle infifta; & lui pour
la diffuader : Se ne fais , dit- il , quelle eft
cette jeune perfonne ; mais je gage que c'eft
la même qui a eu la bonté de m'écrire ;
& je veux bien que vous voyiez ce qu'elle
a pour moi dans le creur. Alors dans l'ine
time confiance de l'amitié , il lui commut
niqua ma lettre . d . sustouch
21 Non , dit - elle , après l'avoir lue, je don
viens que ce n'eft peint là de- cet amous
qui flatte la vanité d'un jeune far. Raid
Four une ame comme la vôtre , Alcime
DE FRANGE. 23.
ya-t-il rien de plus doux , de plus touchant ?
Et ne feriez-vous pas heureux de poffèder
une femme aimable , & qui vous aimerait
ainfi ? Oui , dit il , plus heureux que fi elle
avait pour moi l'amour qu'un joli homme
infpire. Mais mon éloignement pour les
foins dome tiques , mes goûts pour des occupations
férienfes & folitaires , le befoin
que j'ai d'être libre , indépendant & tout
à moi , le plan de vie que je me fuis formé
, analogue à mon caractere , tout me
défend de jamais penfer à un engagement
dont je révere la fainteté , mais dont les
devoirs m'épouvantent ; & férieufement je
vous prie de n'y jamais penfer pour moi ..
Il faut donc , dit Mad. d'Olme , interdite
& fâchée de fa réfolution , que cette
pauvre enfant s'éloigne & ceffe de vous
voir. Pourquoi ? lui demanda-t-il froidement.
-Pourquoi ! parce qu'il eft poffible , &
plus que poffible fans doute , qu'elle fe laiffe
dominer par une inclination qui ferait fon.
malheur. Point du tout , reprit- il , je fuis
auffi sûr d'elle que de moi même ; & ce
qui peut lui arriver de plus heureux , c'eft'
de me voir fouvent , avec le défir de me
plaire & l'efpérance d'être à‚mci .
-
Alcime ! vous n'y pensez pas , reprit Mad.
d'Olme avec étonnement . Se peut - il qu'un
homme auffi fage propofe une chole aufli
folle ? Vous voulez qu'une mere , qui fait
deja fa fille éptile d'un fentiment fi vif &
)
24 MERCURE
fans efpoir , lui laiffe refpirer un feu que
bientôt la raifon , ni le devoir , ni nul
objet nouveau n'aurait la puiffance d'éteindre
! Affurément il n'y aurait pas moins
de cruauté que d'imprudence ; & je fuis
trop amie de Mad . de Séralis pour le lui
confeiller. Hé bien , dit il en fouriant , ce
fera moi qui lui en donnerai le confeil :
faites que nous puiffions en raifenner enfemble.
Si elle m'eftime affez pour le fier
à moi , je lui rendrai , en formant à mon
gré l'efprit & le cecur de fa fille , le plus
rare fervice , le plus effentiel qu'ait jamais
rendu l'amitié. Car je me pique auffi , à
ma maniere , de fenfibilité & de reconnaiffance
; & ce ne fera pas en vain qu'une
jeune & belle perfonne aura daigné penfer
à moi.
Ma mere , à qui Mad. d'Olme , fans.
s'expliquer fur le fuccès de fa médiation ,
propofa l'entrevue que demandait Alcime ,
l'accepta comme un bon augure , & fe rendit
chez fon amie avec ce battement de
coeur qui n'eft connu que du coeur d'une
mere. Alcime l'y attendait.
L'entretien commença par les inquiétudes
que , la Nature infpire fur le deftin de
ccux à qui l'on a donné le jour ; fur les
dangers d'une paffion naiffante , quelque
louable qu'elle puiffe èrre ; & fur le preffant
intérêt ou de la rendre légitime , ou d'en
arrêter le progrès . Enfin le dialogue le rap
prochant
DE FRANCE.
25
prochant de fon objet , ma mere me nomma.
Si je parlais , dit-elle , à un homme ordinaire ,
je fais quelle réferve m'impoferaient les
bienféances ; mais avec vous , Alcime , je ne
crains ni d'ouvrir mon coeur , ni de trahir
le fecret du coeur de ma fille. Elle eft fenfible
( & je lui en fais gré ) à ce qu'elle
me voit chérir , à ce qu'elle m'entend louer
& admirer fans ceffe ; enfin elle vous aime
autant qu'une ame innocente & pure , mais
vive & tendre , peut aimer. Si avec cette
ame ingénue , & un naturel que je crois
heureux , ma fille vous convient , il n'y a
pas fous le Ciel un homme que je préfere
à vous pour elle ; & pour moi - même le
comble de la gloire & du bonheur ferait
de vous entendre m'appeler du doux nom
de mere. A préfent , parlez - moi avec votre
fincérité : voulez -vous être fon époux ?
Madame , lui répondit Alcime , fi la Nature
, qui , dès ma naillance , a mis en moi
un germe indestructible des plus vives douleurs
, ne m'avait pas infpiré par-là un juſte
éloignement pour un état qui
perpétuerait
dans mes enfans le funefte héritage que
m'ont tranſmis mes peres ; fi fans impiété
je croyias pouvoir mettre au jour des êtres
fouffrans comme moi ; de quelque prix que
foit pour moi la liberté, je fens qu'une unica
fi douce lui ferait encore préférable . Mais
expofé à donner à ma femme le fpectacle
de mon fupplice , & prefque affuré de le
N°. 40. 1. Octobre 1791 .. B
j
1.6 MEPCURE
tout ferait bientôt oublié. Je pris denc
ou plutôt je crus prendre avec lui un air
de froideur & de negligence ; & lorfqu'en
fe mêlant quelquefois à nos entretiens , il
voulait bien m'adreffer la parole , j'avais
dans mes réponfes cette légèreté craintive
de la biche , qui rufe devant le Chaleur.
J'éludais fes queftions comme autant de
filets un mot quelquefois vif , le plus fouvent
timide , me dégageait d'un pas difficile
& gliffant.
:
Mais lorsque je croyais lui avoir donné
le change , & que je le voyais interdit
j'en avais du regret , & je me reprochais un
déguiſement inutile . Je devais bien penfer
que j'avais été reconnue ; & il y avait plus
que du caprice & de l'inconféquence dans
ma diffimulation. C'était defavoner le plus
pur , le plus jufte hommage ; & cela feud
pouvait êter à ma conduite le caractere
d'innocence qu'elle aurait à fes yeux avec
plus d'ingénuité.
Vous le dirai - je enfin j'ofai penfer au
mariage. Jeune & riche héritiere , d'un état
convenable au fien , pourquoi n'aurais - je
pas defiré de lui plaire ? Ne faut - il pas ,
difais-je , que l'on penfe bientôt à m'erablir
Et fi l'époux que l'on me donnera
n'a fait que me voir dans le monde , comme
une peinture mobile ; s'il faut que fur parole
il me fuppofe une ame , un caractere,
un peu d'efprit & de bon fens , fera-t-il
DE FRANGE. 17
bien flatté , bien envieux de m'obtenir ?
Celui - ci eft le feul au monde à qui je ferais
gloire d'être unie ; & s'il daignait me dcmander
, certes je defierais pere & mere
de mieux choifir. Si donc il m'engagea t
luimême à convenir que la lettre anonyme
érait de moi , j'étais déterminée à lui en
faire l'aveu ; & j'en attendais le moment.
Ce moment ne vim point ; & plus réfervé
que jamais , Alcime s'en tint avec moi ,
comme avec mes compagnes , à cette politelle
affectueule & fimple dont mon coeur
ne pouvait ni fe plaindre , ni fe louer.
J'étais mal à mon aife , & fi mal que
j'aurais voulu ne l'avoir jamais vu , ou ne
plus le revoir ; lorfque je fus faifie d'un
fensiment plus vif, plus affligeant que ma
trifteffe.
Un jour , la veille de celui où nous
devions dîner enfemble , Mad. d'Oline fit
prévenir fes amis que fon diner n'aurait
pas lieu ; qu'Alcime était malade , qu'il
était pris d'un accès de goutte affez fort
pour donner de l'inquiétude.
C'était , reprit Mad. de Néray en foupirant
, un mal héréditaire , dont Alcime
dès fa jeuneffe , avait fenti les premieres
atteintes , & qui ne l'a pas laiffé vieillir.
Ma mere , à fon réveil , reçut cette trifte
nouvelle , & quand j'allai la voir , elle me
l'annonça . J'eus à peine la force de lui demander
s'il y avait du danger. Mais oui ,
18 MERCURE
dit elle , on craint pour les organes de la
vie. Si la goutte les attaquait , il n'y a
point de mort plus foudaine. Souvent en
moins d'une heure on en eft étouffé .
Jugez comme je fus moi-même étouffée
en entendant ces mots terribles . Mon coeur
faifi d'effroi , fuffoqué de douleur , ne put
retenir fes fanglots ; mes yeux fe remplirent
de larmes . Ah ! m'écriai -je , quel malheur
s'il en mourait ! & toute en pleurs , je me
laiffai tomber fur le lit de ma mere. Cette
fcène imprévue l'étonna encore plus qu'elle
ne l'attendrit.
Ma fille , me dit - elle , d'où vous vient
cet excès de fenfibilité , pour un homme
fans doute bien eftimable , mais étranger
pour vous ? Hélas ! lui dis - je , à qui la
verruft -elle étrangere ? L'intérêt qu'elle
vous infpire eft jufte , reprit-elle , mais dans
une jeune perfonne il ne doit pas aller fi
loin . Et que ferait- ce donc , ma fille , fi
vous aviez à craindre pour ma vie ? Je ne
répondis qu'en pleurant ; & ma mere dans
ce moinant ne crut pas devoir infifler .
Mais lorfque nous cûmes appris que le
péril était paflé , & que la douleur , vive
encore , mais fixée aux extrémités , n'avait
plus rien de redoutable , ma mere voulut
Fénétrer jufqu'à la fource de mes larmes ;
& d'un air doux, mais impofant : Ma fille ,
à préfent , me dit-elle , que vous êtes tranquille
, expliquez - moi la caufe de la défoDE
FRANCE. 19
lation où vous avez été , quand nous avons
craint pour Alcime. Ma mere , hélas ! que
vous dirai- je , lui répondis - je en rougiffant ?
Alcime eft à mes yeux le plus intéreffant
des hommes , parce qu'il n'en eft point de
meilleur , de plus fage , ni de plus vertueux
que lui ; c'est tout ce que j'en fais moimême.
Et de ces fentimens qu'il vous
a infpirés , lui avez-vous fait confidence?
( ma rougeur redoubla ) répondez-moi , ma
fille en eft-il inftruit? Je le crois . Au
-
moins a-t-il dû s'en douter . Elle fut un moment
recueillie en filence , & puis : Allez ,
ma fille , me dit - elle , & défiez - vous , à
votre âge , de cette fenfibilité dont le caractere
eft louable , mais dont l'excès eft
dangereux.
-
Dès lors je vis a mere incuiete &
préoccupée. La convalefccncé d'Alcime fuc
célébrée , comme une fêre , dans la fociété.
de fon amie Mad. d'Olme. Mais au milien
de la joie commune , je fentis que mon
coeur n'était pas content ; & plus non émotion
était vive & profonde , plus je faifais
d'efforts pour la diffimuler.
Alcime enfin jouit lui -même du plaifir
qu'on avait de le revoir rendu à la vie &
à la fanté ; & ce fut là qu'en obfervant
mes yeux , à chaque inflant mouillés de
larmes , ma mere prit la réfolution de fe
priver d'une fociété qui faitait fes delices',
plutat que de m'y expofer plus long-temps
au danger qu'il y avait pour moi,
20 MERCURE
Je vais , dit- elle à Mad. d'Olme , vous
furprendre & vous affliger. Les plus doux
moinens de ma vie fent , vous le favez bien ,
ceux que je paffe auprès de vous ; & cependant
je fuis obligée de me fevrer pour
quelque temps du plaifir de vous voir . Ne
m'en demandez point la caufe ; & croyez
qu'elle eft férieufe , puifque je me fuis
fait un devoir d'y céder.
--
La caufe , je la fais , lui dit Mad. d'Olme
en fouriant. Mais le remede eft fimple; il
faut venir me voir & diner avec moi , les
jours qu'il n'y vient pas. Qui donc , lui demanda
ma mere ? Qui ? celui que vous
redoutez. Ah , Madame ! ce qui m'afflige
eft donc bien viible ! Oui , pour moi,
qui ai prefque les yeux d'une mere , comme
j'en ai le coeur pour ma chere Delphine ;
mais de quoi vous alarmez - vous ? & qu'y
a-t-il donc de fi trifte ou de fi dangereux
dans une inclination que vous & moi nous
aurions prife innocemment , comme elle
fi , à fon âge , nous avions vu celui qui
en eft le digne objer : Pour moi , je le
confeffe , fi à cinquante ans il était permis
d'être amoureufe , je le ferais d'Alcime.
Delphine , à feize ans , eft fenfible aux
charmes d'un naturel plein d'agrément , elle
a raifon elle s'eft prife d'admiration , d'amour
, fi vous voulez , pour un vertueux
& beau jeune homme , ch bien , il faut
qu'elle l'époufe. Je me charge , fi vous voulez
, de nouer ce petit Roman.
DE FRANCE. 21
$
Mon Dieu , lui dit ma mere , comme
vous cheminez ! Je fuppofe , ou plutôt j'avoue
cette inclination naiffante dans le
coeur de ma fille ; qui vous dit qu'Alcime
y réponde ? Savons-nous même , vous &
moi , fi jamais il y répondra ? En doutezvous
, reprit Mad . d'Olme ? Il ferait vraiment
difficile fi , avec fes biens , fa naiffance
, & mille fois plus d'attraits qu'il
n'en faut pour tourner la tête à un Sage ,
ma Delphine ne faifait pas la conquête de
celui- ci . Laiffez -moi le voir tête -à - tête &
lui parler un peu ; je vous réponds de lui .
---
Savez-vous , lui dit - elle , Alcime,, une
nouvelle intéreffante ? N'allez pas me contrarier
; car je ne dis jamais que des nouvelles
fûres , & je ne veux pas qu'on en
doute. Voyons , Madame , j'aime affez
à vous croire , vous le favez ; quelle eft
votre nouvelle? Que vous vous mariez.
Moi , Madame ! Ah ! je vous prorefte
que je n'y ai penfé de ma vie. Vous
y penferez donc pour la premiere fois , car
c'eft une affaire arrangée. Et qui , Madame
, a pris la peine de l'arranger fans
moi , cette affaire importante? Moi , Monhieur,
oui moi-même : une riche héritiere ,
d'un état honorable , belle comme le jour ;.
& la voilà , faifant de moi l'éloge le plus
accompli . Eh bien , Madame ? - Eh
bien , cette jeune perfonne eft difpofée à
recevoir avec docilité la main de fon mari
P
24
MERCURE
fans efpoir , lui laiffe refpirer un feu que
bientôt la raifon , ni le devoir , ni nul
objet nouveau n'aurait la puiffance d'éteindre
!´´ Affurément il n'y aurait pas moins
de cruauté que d'imprudence ; & je fuis
trop amie de Mad. de Séralis pour le lui
confeiller. Hé bien , dit-il en fouriant , ce
fera moi qui lui en donnerai le confeil :
faites que nous puiffions en raifenner enfemble.
Si elle m'eftime aflez pour le fier
à moi , je lui rendrai , en formant à mon
gré l'efprit & le cecur de fa fille , le plus
rare fervice , le plus effentiel qu'ait jamais
rendu l'amitié. Car je me pique auffi , à
ma maniere , de fenfibilité & de reconnaiffance
; & ce ne fera pas en vain qu'une
jeune & belle perfonne aura daigné penfer
à mci.
Ma mere , à qui Mad . d'Olme , fans.
s'expliquer fur le fuccès de fa médiation ,
propofa l'entrevue que demandait Alcime ,
l'accepta comme un bon augure , & fe rendit
chez fon amie avec ce battement de
coeur qui n'eft connu que du coeur d'une
mere. Alcime l'y attendait .
L'entretien commença par les inquiétu
des que , la Nature infpire fur le deftin de
ccux à qui l'on a donné le jour ; fur les
dangers d'une paffion naiffante , quelque
louable qu'elle puiffe être ; & furle preffant
intérêt ou de la rendre légitime , ou d'en
arrêter le progrès. Enfin le dialogue fe rapprochant
.
DE FRANCE. 25
prochant de fon objet , ma mere me nomma.
Si je parlais , dit-elle , à unhomme ordinaire,
je fais quelle réſerve m'impoferaient les
bientéances ; mais avec vous , Alcime , je ne
crains ni d'ouvrir mon coeur , ni de trahir
le fecret du coeur de ma fille . Elle eft fenfible
( & je lui en fais gré ) à ce qu'elle
me voit chérir , à ce qu'elle m'entend louer
& admirer fans ceffe ; enfin elle vous aime
autant qu'une ame innocente & pure , mais
vive & tendre , peut aimer. Si avec cette
ame ingénue , & un naturel que je crois
heureux , ma fille vous convient , il n'y a
pas fous le Ciel un homme que je préfere
à vous pour elle ; & pour moi- même le
comble de la gloire & du bonheur ferait
de vous entendre m'appeler du doux nom
de mere. A préfent , parlez - moi avec votre
fincérité : voulez -vous être fon époux ?
Madame , lui répondit Alcime , fi la Nature
, qui , dès ma naiffance , a mis en moi
un germe indeftructible des plus vives douleurs
, ne m'avait pas infpiré par-là un jufte
éloignement pour un état qui perpétuerait
dans mes enfans le funefte héritage que
m'ont tranſmis mes peres ; fi fans impiété
je croyias pouvoir mettre au jour des êtres
fouffrans comme moi ; de quelque prix que
foit pour moi la liberté , je fens qu'une unica
fi douce lui ferait encore préférable . Mais
expofé à donner à ma femme le fpectacle
de mon fupplice , & prefque affuré de le
N°. 40. 1 °r.. Octobre 1791. .
2
B
3
24
MERCURE
1
fans efpoir , lui laiffe refpirer un feu que
bientôt la raifon , ni le devoir , ni nul
objet nouveau n'aurait la puiffance d'éteindre
! Affurément il n'y aurait pas moins
de cruauté que d'imprudence ; & je fuis
trop amie de Mad. de Séralis pour le lui
confeiller . Hé bien , dit il en fouriant , ce
fera moi qui lui en donnerai le confeil :
faites que nous puiffions en raifenner enfemble.
Si elle m'eftime aflez pour fe fier
à moi , je lui rendrai , en formant à mon
gré l'efprit & le coeur de fa fille , le plus
rare fervice , le plus effentiel qu'ait jamais
rendu l'amitié . Car je me pique auffi , à
ma maniere , de fenfibilité & de reconnaiffance
; & ce ne fera pas en vain qu'une
jeune & belle perfonne aura daigné penfer
à mci .
Ma mere , à qui Mad. d'Olme , fans.
s'expliquer fur le fuccès de fa médiation ,
propofa l'entrevue que demandait Alcime ,
l'accepta comme un bon augure , & fe rendit
chez fon amie avec ce battement de
coeur qui n'eft connu que du coeur d'une
mere. Alcime l'y attendait.
L'entretien commença par les inquiétu-.
des que , la Nature infpire fur le deftin de
ccux à qui l'on a donné le jour ; fur les
dangers d'une paffion naiffante , quelque
louable qu'elle puiffe être ; & fur le preffant
intérêt ou de la rendre légitime , ou d'en
arrêter le progrès. Enfin le dialogue fe rapprochant
1
DE FRANCE. 25
prochant de fon objet , ma mere me nomma .
Si je parlais , dit- elle , à un homme ordinaire ,
je fais quelle réferve m'impoferaient les
bientéances ; mais avec vous , Alcime , je ne
crains ni d'ouvrir mon coeur, ni de trahir
le fecret du coeur de ma fille . Elle eft fenfible
( & je lui en fais gré ) à ce qu'elle
me voit chérir , à ce qu'elle m'entend louer
& admirer fans ceffe ; enfin elle vous aime
autant qu'une ame innocente & pure , mais
vive & tendre , peut aimer. Si avec cette
ame ingénue , & un naturel que je crois
heureux , ma fille vous convient , il n'y a
pas fous le Ciel un homme que je préfere
à vous pour elle ; & pour moi - même le
comble de la gloire & du bonheur ferait
de vous entendre m'appeler du doux nom
de mere. A préfent , parlez - moi avec votre
fincérité voulez -vous être fon époux ?
Madame , lui répondit Alcime , fi la Nature
, qui , dès ma naiffance , a mis en moi
un germe indeftructible des plus vives douleurs
, ne m'avait pas infpiré par-là un jufte
éloignement pour un état qui perpétuerait
dans mes enfans le funefte héritage que
m'ont tranfmis mes peres ; fi fans impiété
je croyias pouvoir mettre au jour des êtres
fouffrans comme moi ; de quelque prix que
foit pour moi la liberté, je fens qu'une unica
fi douce lui ferait encore préférable. Mais
expofé à donner à ma femme le fpectacle
de mon fupplice , & prefque affuré de le
N°. 40. it. Octobre 1791. . B
t
"'
26 MERCURE
voir le renouveler dans mes enfans , je me
fens , je l'avoue , une répugnance invinci
ble à m'affocier des innocens pour fouffrir
avec moi , & après moi encore. Je n'ai que
le courage d'être feul malheureux.
Mais fi , en attendant un époux , vous
daignez , Madame , agréer pour votre fille
un ami sûr, & qui s'engage à remplir auprès
d'elle , avec la piété la plus tendre , les faints
devoirs de l'amitié , c'est l'office qui me cenvient
; & il m'acquittera de ce que je lui dois
de zele & de reconnaiffance. Belle , riche ,
bien née ( je répete l'éloge qu'il fit de moi ) ,
& fur-tout élevée par une mere comme vous ,
elle aura dans le monde, le choix d'un époux
digne d'elle, mais un ami , tel que moi , Madame
, j'ofe dire qu'il eft fi rare, qu'on ne le
retrouve jamais .
Sans doute , répondit ma mere d'un air
férieux & froid, c'eft un tréfor ineftimable
; mais , Monfieur , trouvez bon que
je le réſerve à ma fille pour un âge plus
avancé.
Cét âge, reprit-il , ne fera plus celui où
n'écoutant que moi , elle prendrait fans le
favoir les impreflions de mon ame : Fem;
rire que je puis avoir fur la fienne fera paffé;
ce ne fera plus moi qui réglerai fes
goûts , fes fentimens & fes penfees ; &
d'au res affections lui feront reffentir leur
pouvoir & leur influence . Jufque- là , je
le fais , vous aurez pu former fa raifon &
DE FRANCE. 27
fon caractere ; mais , Madame , on fait bien
fouvent pour l'homme que l'on aime &
à qui l'on veut plaire , on fait pour lui ,
fans y penfer , ce que l'on ne ferait pas
pour la mere la plus chérie ; & cet afcendant.
invifible a d'autant plus de force qu'on ne
s'en doute pas .
Eh Monfieur , c'eft cet afcendant en effet
fi doux & fi fort , que je redouterais pour
le coeur de ma fille. Jufte Ciel ! que propolez-
vous ? Moi ! l'abufer , la pauvre enfant
, jufqu'à lui laiffer croire qu'elle vous
ferait deftinée .
Oui , Madame , il faut , vous & moi ,
non pas lui faire entendré , mais lui laiffer
au moins penfer qu'il eft poffible que vos
voeux & les miens s'accordent avec ceux
qu'elle aura formés. Sans cette illufion ,
je ne puis rien pour elle. C'eft l'ame du
projet que j'ofe concevoir d'en faire une
femme accomplie. - Et que deviendraitelle
, lorfqu'infenfiblement changes´en hat
bitude , ce défir de vous plaire , ce plaifir
innocent de vous aimer , cette efpérance
d'être à vous , devraient s'évanouir ; &
qu'on lui annoncerait que ce feul homme
pour lequel la malheureute voudrait vivre ,
ne ferait pas celui qu'elle devrait aimer ?
Ce charme détruit , cette erreur fi cruellement
diffipée , me fait frémir pour mon
enfant. Non, elle ne doit plus vous voir.
Mad. d'Oime était de l'avis de ma mere.
B 2
28 MERCURE
Mefdames , leur dit -il , vous n'y entendez
rien. L'amour commence par l'amour:
la Bruyere l'a dit ; & combien que s'exalte
tout autre fentiment , comme l'eftime &
l'amitié , ce ne fera jamais cet amour qui
feul eft à craindre. Laiffez donc ma chere
pupille m'aimer autant que je puis être
aimé , & quand viendra l'heure où l'amour
poindra fur l'horizon , ne foyez point en
peine les petites lueurs de fenfibilité s'éteindront
devant lui , tout auffi vite que
les étoiles aux premiers rayons du foleil.
Je ne demande qu'un beau jeune homme,
que vous choisirez avec foin; un peu plus
âgé qu'elle , aimable , intéreffant , & amoureux
fans doute; je vous promets que l'ami
de Delphine aura bien de la peine à n'être
pas tout-à-fait oublié. Laiffez donc la fimple
amitié doucement amufer le loifir de
lon ame. Je ne veux que deux ans pour perfectionner
ce bel ouvrage de la Nature , &
pour n'y lailler rien à défìrer , ni à fa mere ,
ni à fen époux.
Ma bonne amie , dit Mad. d'Olme à
ma mere , rendons cet hommage inoui à
la fageffe , à la bonté d'Alcime , de lui
confier l'ame & le coeur de Delphine. Il
en répond; il n'eft pas homme à nous tromper.
Ma mere y confentit.
747
( Par M. Marmontel. )
La fuite au 1 : Mercure de Novembre.
DE FRANCE. 29
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEmor
de
la
Charade
eft
Guidon
; celui
de
l'Enigme
eft
la
Vigne
; celui
du
Logogri
phe
eft
Alambic
, où
l'on
trouve
Mai
, Baal
,
Ami
, Lia
, Ail
, Mil
, Bac
, Bal
, Lima
, Mal
,
Mi
, La
, Lac
, Mail
.
CHARADE.
SITOUR de la cabale & de la flatterie ,
Mon premier par les Grands fe trouve déſerté ;
Symbole heureux de la virginité ,
Mon fecond fur le teint d'une fille jolie ,
Se mêlant à la Roſe , ajoute à ſa beauté ;
Et mon entier , du Chaffeur qui l'épie ,
Craint l'adreffe & l'avidité.
( Par M. Lhomandie , d'Angoulême. )
ÉNIGME.
LECTEUR , fans avoir eu de mere ,
Nous fommes fept enfans iffus du même pere ;
Il nous conçut dans la douleur ;
Son crime & fes remords nous firent donner l'être , ´
Et nous causâines fon bonheur.
A ce portrait fans peine on peut nous reconnaître .
(Par un Abonné. )
39 MERCURE´'
LOGOGRIPHE.
Quoi qu'en dife Séneque & fa philoſophie ,
J'ai le ta'ent de plaire & de perter envie.
A chaque inftast du jour on a befoin de moi ,
Et tout , jufqu ' u beau fexe , eft foumis à ma loi.
Si mon riche embonpoint fait toute ma puiffance ,
C'eft que de tous les temps j'eus beaucoup d'élo- ´
quence.
Ma's le vent change-t- il ? la dure adve fité
Porte un coup bien faneſte à mon autorité.
Men corps maigrit , s'alonge , & porte la trifteffe
Dans le coeur de celui qui me flatrait fans ceffe.
Dans mes fix pieds l'on trouve un précieux métal
Source d'ingratitude ; un féroce animal ,
Servant toujours d'emblême à la mifanthropie ,
Et même quelquefois à la mélancolie ;
Le lot du fantaffin ; une note ; une fleur
Dont on fait grand ufage en pommade, en liqueur;
Un manége employé fur-tout en temps de guerre ;
De ma mere l'enfant , & qui n'eft pas mon frere ;
Ce que plus d'un mari refufe à fa moitié ,
Et lui fait encourir fa jufte inimitié ;
Ce qui de la maigreur eft une preuve sûre ;
Un endroit fiéquenté ; du cheval la parure ;
Et le fupplice enfin dent le genre crul
Doit faire friffonner le plus grand crimi e !.
Par M. P... ancien Gendarme. )
20
DE FRANCE. 34
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
VOYAGE du Gouverneur Philip à Botani-
Bay , avec une Defcription de l'Etabliffement
des Colonies du Port Jackfon &
de l'Ifle Norfolk , faite fur des Papiers
authentiques obtenus des divers Départemens
, auxquels on a ajouté les Journaux
des Lieutenans Shortland , Watz, Ball ,
& du Capitaine Marshall ; avec un récit
des nouvelles Découvertes ; traduit de l'Anglais.
A Paris , chez Buillon , Impr-
Libr. rue Haute - feuille , N°. 20. Prix ,
4 liv. 4 f. br.. pour Paris , & 4 liv. 14S..
franc de portpour tout le Royaume.
Nous avons déjà rendu compte des Réhations
imprimées de Voyages à Botani- Bay,
des Erablillemens Anglais fur cette côte, des
mefures prifes pour rendre utile à la mere
Patrie , & peut- être au genre humain , upe
Colonie compofée d'hommes condamnés
par les Loix , & qui par - tout'ailleurs le
font à n'être jamais qu'un fardeau pour la
Société , après en avoir été l'opprobre &
В
4
3:2 MERCURE
le fléau. L'Ouvrage que nous annoncens
entre dans de plus grands détails que les
Relations fuccinctes déjà publiées . Il offre de
plus le caractere d'une authenticité officielle
qui leur manquait. Le Rédacteur a
travaillé fur les Mémoires fournis par le
Gouverneur du nouvel Etabliffement , &
des Officiers inférieurs. La découverte de
plufieurs ifles rend ce Recueil intéreſſant
pour les Amateurs de l'Hiftoire Naturelle
de la Botanique , &c. La defcription des
différentes efpeces d'animaux , d'oifeaux ,
de poiffons , y eft plus exacte & plus détaillée
; mais ce qui eft d'un intérêt plus général
, c'est l'expofé des foins pris par le
Gouverneur pour établir l'ordre dans une
fociété d'hommes ennemis de tout ordre ,
& dont plufieurs font profondément pervertis.
Un autre objet non moins important
des foins du Gouverneur , eft d'amener
à des difpofitions amicales , les Sauvages
de ces déferts. Et c'eft à quoi , malgré fa
douceur perfonnelle , il n'a pu réuffir encore.
Il paraît que quelques violences exercées
contre eux , dans les bois , par les
tranfportés , ont rendu inutiles jufqu'à préfent
les attentions du Gouverneur ; & il
n'eft pas facile de faire entendre à ces Sauvages
, que ces violences ne font que le
crime d'un feul , ou de quelques - uns ; le
châtiment exercé fur les coupables demeure
inconnu à ceux qu'il venge , & qui s'obfDE
FRANCE.
33
timent à refter dans l'éloignement. Il faut
des circonstances bien favorables , pour que
cet Etabliſſement rempliffe un de fes principaux
objets , & pour que ce germe de
civilifation jeté à l'extrémité du Globe ,
produife avec le temps l'effet qu'on en
avait attendu ; mais on fe plaît à ne pas
repouffer cette efpérance. Le tranſport des
condamnés dans l'Amérique Septentrionale
, avait d'abord produit des effets avantageux
pour le pays , & pour eux-mêmes ;
puifque plufieurs , après avoir fatisfait à la
Société par des travaux & des défrichemens
, étaient devenus propriétaires & peres
de famille ; puifque les habitans fouhaitaient
eux-mêmes de voir arriver de pareilles
cargaifons , & qu'ils follicitaient ces envois
de la Métropole . Ce défir tenait au premier
befoin , celui de la culture , à une puiffance
publique fuffifamment coercitive , &.
à un état de chofes qui ne peut exifter de
long- temps dans la nouvelle Galles . Il paraît
qu'en Amérique même tout avait changé à
cet égard , comme on en peut juger parla
plaifanterie de Francklin , qui , voulant
montrer la reconnaiffance de l'Amérique
pour le bienfait de l'Angleterre , qui lui envoyait
fes criminels , fit préfent à un Miniftre
Anglais d'une caiffe remplie de ferpens
à fonnettes , l'invitant à les faire mettre
en liberté dans les jardins du Roi. C'eſt à
peu près ce que faifaient les Français fous
BS
$4. MERCURE
Pancien Régime , en ne banniffant les malfaiteurs
que de l'étendue d'une banlieue ,
on tout au plus d'une province . C'était
apprendre aux différens Peuples qui habitaient
la France , à quel point ils étaient
étrangers les uns aux autres . Les Loix
nouvelles fur la déportation , corrigent
cette abfurdité , mais donneront lieu à des
embarras d'une autre , efpece . Rouſſeau ,
après avoir rejeté l'idée d'une damnation
éternelle pour les méchans , difait avec raifon
qu'on ne fait que faire d'eux dans ce
monde ni dans l'autre. Sixte- Quint , qui
n'était pas en peine d'eux pour l'autre , s'en
délivra très bien dans celui- ci . Sa
-
prompte
& formidable juftice les écarta du territoire
eccléfiaftique , & les fit refluer en
foule dans les Etats vcifins . Les Princes
s'en plaignirent. On connaît la fiere répenfe
du Pontife : Imitez- moi , ou cédezmici
vos Etats.
Le Rédacteur , quoiqu'occupé des objers
utiles & férieux auxquels fon Ouvrage
eft confacré , n'a point dédaigné le récit
d'une fcène touchante , confignée dans le
Journal d'un des Capitaines qui eut cccafon
de relâcher à Otaii. Il y trouve la
mémoire du Capitaine Cook , chérie des
principaux Sauvages auxquels il avait
Jenné des marques d'affection. Il avait fait
peindre un de leurs Chefs , nommé Otco ,
qui , ne concevant rien au motifparticulier
DE FRANCE
de cette action , apprit avec une furprile
mélée d'une vive fenfibilité , que le détir
du Capitaine Cook était d'emporter ce portrait
d'un ami , & de l'avoir toujours lous
les yeux. Auffi-tôt le bon Sauvage dit que ,
pour la mème raifon , le portrait du Capitaine
Cook ferait pour lui un préfent d'un
prix ineftimable. Le Capitaine , touché à
fon tour d'une demande exprimée avec un
fentiment fi vrai , avait eu la condefcendance
de , fe laiffer peindre. Les nouveaux
Voyageurs eurent occafion de voir , dix ans
après , combien Otoo avait été fidele à fa
prom: ffe de ne plus fe féparer du portrait
de fon ami. Il demanda dos nouvelles du
Capitaine Cook , avec l'empreffement de
la tendreffe la plus naïve. Ils fe firent un
devoir de ménager fa fenfibilité , & de lui
cacher la mort du Capitaine. Ce fait intéreffant
montre , comme dit l'Auteur , que ,
malgré des circonstances & des moeurs diamétralement
oppofées , malgré l'impoffibi
lité apparente d'aucune espece de rapport
la bonté du coeur est un charme puillant
qui nous attire , & qui nous enchaîne d'un
Hien indiffoluble.
B 6
36
MERCURE
SPECTACLE S.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE .
ON
N fe rappelle qu'en 1774 , lorſque le
hafard de la naiffance appela Louis XVI
au Trône , il vint à l'Opéra avec la Reine,
& une partie de fa fainile , recevoir les
applaudiffemens & les hommages d'un
Peuple qui concevait de fon regne les plus
heureuſes efpérances. Il était juſte qu'au
moment où il a figné librement un nouveau
Pacte avec la Nation Françaiſe libre,
il vînt au même Spectacle montrer au même
Peuple , régénéré par une Révolution qui
doit en faire un Peuple nouveau , LE ROI
DE LA CONSTITUTION , le premier Ro1
CONSTITUTIOnnel des FraNÇAIS.
Le Mardi 20 Septembre , le Roi , la
Reine , le Prince Royal & Madame Elifabeth
, fe font rendus à une repréfentation
de Caftor & Pollux. Depuis leur départ
du Château des Tuileries , jufqu'à leur arrivée
au Spectacle , ils ont trouvé les rues
& les boulevarts bordés d'une foule immenfe
qui s'empreffait à les voir , & femblait
par fes cris redoublés de Vive le Roi !
Vive la Reine ! vouloir fe dédommager
d'un trop long filence.
DE FRANCE. 37
Au moment où LEURS MAJESTÉS entre-
Tent dans la Loge qui leur était préparée ,
la Salle éclata en applaudiffemens , qui fe
prolongerent au milieu de ces mêmes crist
de Vive le Roi ! Vive la Reine ! juſqu'à
extinction de voix & de forces. L'Orcheſtre,
d'après une motion qui avait été faite , au
lieu de l'ouverture de Caftor & Pollux, joua
l'Air du Quatuor de Lucile : Où peut - on
être mieux qu'au fein de fa famille ? & le
Public applaudit encore vivement à cette
allufion heureufe. La Piece fut entendue
avec une tranquillité qui ne fur troublée
que par quelques-unes de ces fluctuations.
inévitables dans un Parterre nombreux ,
qu'on s'obtine à tenir debout. Mais au
4. Acte , lorfque les Furies & les Diables
veulent s'oppofer au paffage de Pollux , au
milieu de ce Choeur bruyant , accompagné
de danſes tumultueufes , les Diables agitant
leurs flambeaux , qu'ils avaient laiffe s'amortir
, jeterent une lumiere imprévue fur
la Loge où était la Famille Royale. Le
jeune Prince parut fur tout prendre beaucoup
de plaifir à ce coup de Théâtre qui
avait été préparé , & dont il était prévenu.
Les Spectateurs recommencerent alors leurs
applaudiffemens & leurs cris de Vive le
Roi ! Vive la Reine ! Dans le Choeur que
l'on chantait en même temps , les Démons
répetent fouvent ces mots : Brifons' tous
nos fers. Ces mots retentillaient dans le
38
MERCURE
coeur d'un Peuple qui a brifé les fiens ; fes
applaudillemens en redoublaient ; & i, le
Roi fait bien le fens de ce mouvement
extraordinaire , il y aura vu l'expreffion d'an
attachement égal pour fa perfonne & pour
la Liberté.
Ces vers que Pollux adreffe à four frere
Tout l'Univers demande ton retour;
Regne fur un Peuple fidele ,
exciterent de nouveaux tranfports , Au brait
des mains , & aux cris des Spectateurs fe
jeignir le fracas de FOrcheftre , frappant à
coups redoublés fer les inftrumens , & de
toutes les parties de la Salle chacun , ' les
yeux fixés fur la Loge Royals , femblait
faire de ce dernier vers non feulement une
invitation preffante , mais un ferment de
fidélité .
Le départ de LEURS MAJESTÉS fut fignalé
, comme leur entrée , par toutes les
dé monftrations les plus éclatantes & les
plus unanimes du plaifir qu'avait fait leur
préfence. Elles revinrent aux Tuileries au
milieu de la même affluence & des mêmes:
acclamations qui les avaient accompagnées
d'abord. Cette journée doit laiffer dans le
coeur du Roi des fouvenirs bien deux . II
dut plus d'une fois au milieu de ces
fcenes touchantes , fe dire avec attendrilfement
: Sice Peuple aimant & bon
ر و
5:
DE FRANCE. 39
m'accueille avec une telle ivreffe lorfque
je n'ai fait encore qu'accepter fa Conftitution
, que fera ce lorfque j'aurai , pendant
quelques années , fait exécuter les Loix , ré
tabli l'ordre au dedans , au dehors la dignité
nationale , démenti tous les foupçons
rempli toutes les espérances , fidélement
oblervé & fermement établi cette Conftitution
que j'ai jurée « ?
Rien ne fut épargné pour rendre certe
Repréfentation digne de la préfence du Monarque.
Caftor & Pollux eft de tous les
Opéras français celui où le changement &
la beauté des décorations , la richeſſe & la
variété des coftumes , la multitude & l'agrément
des ballets offrent le plus brillant
fpectacle. L'Adminiſtration , en le remettant
au Théâtre avec une mufique nouvelle ,
a fait pour toutes ces parties acceffoires des
frais qui font autant d'honneur à fon goût
qu'à fon zele. Ce jour- là tous les fujets redoublerent
d'efforts , pour que le jeu , le
chant & la danfe produifillent avec le refte
un enfemble parfait.
C'est à l'une des repréfentations de cet
Opéra , que Mr. Gardel , dont une indifpofition
grave privait le Public depuis
long temps , a reparu , à ce qu'il femble ,
avec plus de fuccès & de talent que jamais.
Peu de jours après , on avait remis au Théâ
tre le Ballet - Pantomime de Télémaque ,
où il joue avec tant de fupériorité le prin40
MERCURE
cipal rôle , & Mlle . Saulnier celui de Calypfo.
Ce Ballet ingénieux a fait le même
plaifir que dans fa nouveauté. Ce n'eft pas
qu'il foit fans défauts ; & , par exemple, le
dénouement ne nous paraît pas heureux .
La noirceur de la vengeance que Calypfo
veut exercer fur Eucharis , dégrade fon caractere,
outre qu'elle eft amenée d'une maiere
peu vraisemblable.
Nous foumettrons auffi à l'Auteur du
Ballet une réflexion qui ne nous eft dictée
que par l'amour de l'art. Télémaque , les
Nymphes , l'Amour ne marchent point ,
ils danfent : tel doit être en effet le mode
d'action dans le Ballet - Pantomime. Les
geftes & les pas cadencés y forment en quelque
forte le langage du pays , comme le
chant dans l'Opéra, comme les vers dans la
Tragédie. Pourquoi donc Mentor & Calypfo
ne font-ils que marcher ? Eft- ce pour conferver
plus de nobleffe & de dignité ? Il
fallait leur donner une danſe noble & grave ;
mais encore une fois , la danſe eft dans un
Ballet de l'effence même du langage reçu
& hypothétique. Que dirait - on d'un Muficien
qui , fous le même prétexte , au milieu
de l'Opéra d'Iphigénie , eût fait parler &
non chanter Agamemnon & Clytemneftre ;
ou d'un Poëte qui , parmi les beaux vers
de Britannicus & d'Athalie , eût fait s'exprimer
en profe Agrippine & le Grand-
Prêtre Joad?
DE FRANCE. 41
Nous fommes obligés de différer encore
à parler du Théâtre de la Nation ; nous
dirons feulement que l'on continue avec
fuccès les repréſentations de Virginie , Tragédie
, dont le fujet eft trop connu pour
que nous en donnions l'analyfe , & qui a
particuliérement réuffi par le mérite du
ftyle & la foule de beaux vers dont elle eſt
femée . Au prochain N ° . nous donnerons
quelques détails fur le Conciliateur , Comédie
qui a obtenu le plus grand fuccès.
7
NOTICE S.
ATLAS National portatif de la France , deftiné
à l'Instruction publique , compofé de 91 Cartes ,
& d'un Précis méthodique & élémentaire de la
nouvelle Géographie du Royaume , dé lié & préfenté
à l'Aff.mblée Nationale par les Auteurs de
l'Atlas National de France , 1791. Se trouve à
Paris , au Bureau de l'Atlas National , rue de la
Harpe , No. 26 ; & au Dépôt de cet Atlas placé
au Cabinet Bibliographique , rue de la Monnoie ,
N°. S.
Les Auteurs de cet Ouvrage ont , pour ainfi
dire , affocié leurs travaux avec ceux des Comités
pour la divifion de la France ; les Comités
eux - mêmes ont reconnu en plus d'une occafion
combien le travail des Auteurs de l'Atlas leur
était utile . C'eft de leur part un nouveau
moyca d'utilité , que d'avoir fait une réduction de
42
MERCUREI
ce travail , & d'en avoir fait un Précis propre
à l'Eucation de la Jeuneffe La maniere dent
cet Ouvrage eft , divifé le rend infiment préciens
pour cet objet , car c'eſt par les divifions
& fubdivifions qu'on parvient à des rélultats
méthodiques ; & fous ce point de vue , fes Auteurs
de l'Apas ont en héri même fur les travaux
des Comités .
•
L'idée qu'ils ont eue de divifer la France en
neuf Régions eft auffi utile qu'ingénieufe ; elle
fert d'abord à offrir à l'efprit un grand tableau
qui n'attend plus que les fubdivifions. Les noms
qu'ils ont donné à chacune de ces Régions
fervent encore a les fixer dans l'efprit , puifque
les quatre premieres portent les noms des quatre.
points, cardinaux où elles fon: expofées ; favoir ,
le Nord , l'Eft , le Sud & l'Oueft : les autres oft
pris les noms des Vents intermédiaires, Nord- Eft ,
Sud-Est , Sud- Ouest & Nord- Oueft ; & dans la
crainte que ces derniers termes ne fullent pas
affez familiers aux jeunes gens , les Auteurs : y
ont joint d'autres dénominations plus connues ;
favoir , les Sources , parce que plufieurs grandes
rivieres prennent la leur au Nord- Eft ; “¿» Région
du Rhône , celle de la Garonne , & celle des
Mers , parce qu'elle eft Fornée par F'Océan & la
Manche la ge. eft appelée Région du Centre,
parce qu'en effet ciles y eft place.
: +
On ne faura't imaginer combien cette manicre
d'envifager d'abord la France donne de
facilité à la mémoire pour s'en former un tableau
exact. Le refte de ce Précis de Géographie
en acquiert beaucoup plus de clarté ; mais ce qui
achevé d'en rendre l'étude facile , ce font les
tableaux que les Auteurs ont dreflés . Dans l'un ,
on voit la France divifée comme elle était auDE
FRANCE. 43
trefois en Provinces , & les rapports de ces Provinces
avec les Départemens actuels . Ainfi l'on
peut voir d'un coup d'oeil de quel Département
telle ancienne Province eft compofée , & réci-
Froquement à quelle ancienne Province ces Dé
partemens out fuccédé. On y voit la France
partagée en 2 Divifions Militaires , & en 28
Div fons de la Gendarmerie Nationale. Les Eccléfiaftiques
la trouveront également divifée par
Mécropoles avec tous leurs, arrondiflemens . On
perfe bien que la divifion en Départemens , Dif
tricts , Tribunaux & Cantons n'y a pas été négligée
, & l'on y a joint la fomme de contribution
fanciare & mobiliaire que chaque Département
doit payer , comparée aux impofitions directes
& in directes dont ils étaient précédement
chargés.
Enfin , rien de ce qui peut être utile pour
connaître complétement la Géographie de la
France , n'a été négligé dans cet Atlas portatif,
& nous devons ajouter encore à cet éloge que:
l'exécution en eft ext êmement agréable , tant
pour la gravure des Cartes & le foin avec lequel
elles font enluminées , que pour la partie typographique
& le choix du papier. Nous regardons ,
comme certain que cet Ouvrage , qui a déjà le
fuffrage de l'Allemblée Nationale , obtiendra.
également celui de tonte la France,
Traité de la Vinification , en II Parties ; par
M. Joliver. Se vend 36 . chacure brochée . A
Paris , chez l'Anteur , rue des Deux-Ponts ,
St-Louis , au Bureau de la Petite Pofte.
Cet Ouvrage , dont tous les Papiers publics ort
pa lé avantageufement , traite de la manipulation
de la vendange & des procédés pour obtenir des
44 MERCURE '
végétaux un vin artificiel . Les Propriétaires de
vignes ont le plus grand intérêt à fe pourvoir
de la premiere Partie ; la feconde eft utile aux
Braffeurs & Laboureurs. L'Auteur a relevé beaucoup
de méprifes des Enologiftes les plus célebres
; & comme il eft Vigneron & Md. de vin
en même temps , il est plus à portée que tout
autre de connaître à fond cette branche de Commerce.
Cette Production mérite d'être mife entre les
mains de tous ceux qui fe mêlent de faire des vins.
Defray , Libraire , à Paris , quai des Auguſtins
No. 35 , vient de mettre en vente les Tomes
XI & XII des Euvres complettes du Comte de
Treffan. 2 Vol. in- 8 ° . Prix , 7 liv . 4 f. brochés ,
& 8 liv. port franc dans tout le Royaume..
Ces deux Volumes , attendus depuis f longtemps
, terminent cette précieufe Collection ; ils
font ornés d'un magnifique Portrait de l'Auteur.
Les douze Volumes in - 8 ° . , fuperbes figures ,
au lieu de 60 liv. qu'ils coûtaient francs de port,
ne coûteront plus , jufqu'au 30 Novembre fro
chain , que 42 liv. brochés pour toute l'étendue
du Royaunie.
On trouve chez le même Libraire les Tomes
XVI & XVII des OEuvres, complettes de J. J.
Rouffeau , édition originale de Genève . Les deux
Volumes in-4 °. br. 20 liv. por franc dans tout
le Royaume. Ces deux Volumes font le complẻ-
ment des OEuvres.
Il faut affranchir les ports de lettres & de
Pargent , autrement on ne jouira pas du port
franc.
DE FRANCE.
45
*
Camille , ou le Souterrain , Comédie en ; Actes
en profe , mêlée de muſique ; par M. Marfollier ;
repréſentée par les Comédiens Italiens , le 19 Mars
1791. Prix , 24 f. A Paris , chez Brunet , Lib . rue
de Marivaux , place du Théâtre Italien .
Cer Ouvrage profond au Théâtre peut encore
faire beaucoup de plaifir à la lecture.
Le Sr. Defnos , Ingénieur- Géographe pour les
Globes & Spheres , & Libraire du Roi de Danemarck
, à Paris , rue St-Jacques , No. 254 , offre
à fes Concitoyens une petite Carte générale de
la France , avec la Table alphabétique des 83
Départemens & des 43 Diftricts contenus dans
chacune des fix grandes feuilles qui compofent
fon Atlas National & général de la France ,
dreffée par ordre du Roi , & mife au jour par
M. Caffini de Thury , de l'Académie Royale des
Sciences . Chacune de ces feuilles fe vend fépafément
6 liv.; l'Atlas complet , 14 liv. broché ,
rendu franc de port . La premiere feuille de cet
Atlas contient i Départemens , la feconde 17 ,
la troifieme 13 , la quatrieme 18 , la cinquieme
9 , & la fixieme 14 , ce qui complette les 83
Départemens , conformément aux Décrets de
l'Affemblée Nationale , ſanctionnés par le Roi .
n'eft perfonne qui ne connaiffe le mérite di
certe Carte générale de France , que M. Defnos
offre gratuitement à ceux qui ont acquis l'une
ou l'autre de ces feuilles. Ceux qui ne voudront
que leur Département , ne le payeront que 2 liv.
8 f. en grand papier , 1 1. 10 f. en petit ; & la
Carte générale des 83 Départemens, le même prix.
L'on peut fe procurer encore chez ledit Sieur.
Defaos , l'Atlas National en 83 Cartes. Volume
in-4°. Prix , 84 liv. relié , rendu franc de port.
46
MERCURE
Le vrai Patriotisme , ou Services rendus à la
Patrie , avec les pieces authentiques qui le prouvent
; par El. Michel Laugier , Doct. en Médecine
de l'Univerfité de Montpellier , Membre de
plufieurs Académies , Auteur & Direct des Bains
Hydrauliques Médicinaux à vapeurs , de Paris ,
& c. Brochure de 30 pag. A Paris , chez l'Auteur ,
rue & cul-de-fac St-Dominique-d'Enfér.
Cette Brochure contient tout uniment la lifte
des Cures faites par M. Laugier.
Confultation de MM. les Curés de ... à M.
le Curé de Petite ... Brochure. Prix , 6 f.
Lettre Théologique . fur l'approbation & la jurifdiction
des Confeffeurs , à l'auteur anonyme
des Obfervations fur la Théologie de Lyon . Brochure.
Prix , 12 f.
Réponse de M. l'Evêque de Pistole & Prato
aux Queftions qui lai ont été proposées relativem
nt à l'état de l'Eglife de France. Brochure.
Prx , 6 f.
Lettre d'un Homme de Loi à M. ... Réconciliareur
de la Théologie & du Patriotifme. Brochure
in-12 de 160 pares. Prix , 15 f. Se trouvent
à Paris , chez Leclerc , Libraire , rue Saint-
Martin , No. 254.
Ces différentes Brochures pleines de civifine
& de raifon , tendent à éclairer les Eccléfiaftiques
de bonne foi , que des fcrupules exagérés
one engagé à refufer le Serment ; cu plutôt elles
tendent à juftifier ceux qui l'ont fait aux yeux
de ceux qui cherchent à leur en faire un crime.
a
DE FRANCE. 47
De l'Education , avec cette épigraphe :
( C'eſt véritablement un grand attrait pour
fouhaiter des enfans , que de favoir qu'après
qu'ils feront élevés , ils ne manquerout ni
d'alimens ni d'autres fecours récella res à
vie : mais ce qui eft un motif bien plus fort
& plus puiffant , c'eft de favoir qu'ils vivront
libres & en sûreté. )
Panégyr. de Traj, trad. par Sacy.
la
A Paris , chez Planche , Libraire , rue Neuve de
Richelieu - Sorbonne , No. 3 ; Maillard d'Orivells,
Libr . quai des Auguftins , No. 43.
De tous les Ouvrages nouveaux qui paraiffent
fur l'Education , celui hoas offrons au Public
que
eft un de ceux qui préfente le plus de folidité : il
réunit aux graces du ftyle des principes de morale
qu'effent approuvé J. J. Rouleau , Locke &
Condillac ; & ce qui doit le diftinguer plus particuliéremeat
encore , c'est qu'il repire le patriotifre
le plus épuré , & que l'Auteur n'a été mu
ni par l'orgueil , puifqu'il a confervé l'anonyme ,
ni par l'intérêt , puifqu'il a voulu que le prix de
fon Ouvrage fut fi médiocre que tout le monde
pût ailément fe le procurer. Ce Vo ule> fn-8 ° ;
fe vend 30 f
On trouve chez les mêmes Libraires le Tarif
des Droits d'Enregistrement. Prix , 24. & 30 T.
franc de port.
Catechifme de Morale , par M. Harmand. Prix ,
15 f. & 21 f. franc de port.
48 MERCURE DE FRANCE .
Eloge de J. J. Rouffeau , qui a concours pour
le Prix d'Eloquence de l'Académie Française , en
l'année 1791 ; par M. Thierry , Membre de plufieurs
Académies. Se trouve à Paris , chez˜ M.
Girardin , Libr. au Palais - Royal ; & chez les
Mds. de Nouveautés.
M. Thierry , l'Auteur de cet Eloge , s'était déjà
fait connaître avantageufement par les Mémoires
de M. de la Tude , dont il eft le Rédacteur.
L'Eloge de Rouffeau , dans lequel on retrouve
encore plus de chaleur & de pureté de ftyle , eft
fait pour ajouter à la réputation de ce jeune Erivain
, & lui mériter de nouveaux encouragemens.
A VIS.
Madame de Rouffe , Auteur de la Pommade
couleur de chair , qui teint pour la vie , dans une
feule féance de 4 heures , les cheveux gris , roux
ou blancs en noir , brun ou châtain , ainfi que
les fourcils & cils , prévient que cette Pommade ,
approuvée par la Faculté de Médecine , e contient
rien de nuiſible à la fanté , & ne tache ni
le linge ni la peau. Le pot , avec la maniere de
s'en fervir , fe vend 6 livres . Elle continue de
teindre elle- même les cheveux , moyennant des
arrangemens convenables ; & prie les perfonnés
qui lui écrirort d'affranchir leurs lettres. Ladite
Dame demeure rue du Petit - Lion -Saint- Sauveur
N° . 47 , maiſon du Bombeur de verres , au 2e.
TABLE.
LE Petit Malheureux.
L'Ecole de l'Amitié.
Charade , En. Log.
›
3 Voyage.
6 Spectacles.
31
36 29 Notices.
MERCURE
HISTORIQUE
ET
POLITIQUE.
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 17 Septembre 1791 .
C'EST le 4 , que les Etats de Bohême ont
fait , entre les mains de S. M.I. , la preftation
de foi & hommage. Le furlendemain ,
la cérémonie du Couronnement a été célébrée
en pompe , dans l'Eglife de St. Vite ,
par l'Archevêque de Prague . On a diftribué
des médailles d'or & d'argent , dont
l'un des côtés préfente la Couronnie de
Bohême , avec l'infcription fuivante : Imp.
Caf. Leopoldus II , P. F. Aug. Hungar.
Bohemi Rex , Archid . Aufl. coronatus
Prage v1 Sept. 1791. L'Empereur &
la Cour féjourneront à Prague jufqu'au 25 ;
enfuite S. M. parcourra la Bohême & la
Moravie avant de revenir ici le 14 ou
Nº. 40. 1. Ollobre 1791. Α
,
-
( 2 )
le 1 du mois prochain . -Le Marquis
de Lucchefini , Miniftre Plénipotentiaire
du Roi de Pruffe au congrès de Siftove ,
a ordre d'attendre ici le retour de S.M.I.
Le Confeil Aulique de guerre a fait un
travail extraordinaire à la fin du mois dernier
, & au commencement de celui - ci .
On n'en connoît qu'imparfaitement l'objet
; mais il eft certain qu'en général il a
roulé fur les arrangemens militaires que
devoit occafionner la paix , & fur ceux
que la fituation politique de l'Empire peuvent
rendre néceffaires. Ce double but explique
pourquoi l'on n'apperçoit aucune
uniformité dans les difpofitions adoptées.
Tandis qu'une partie des régimens a été
renvoyée dans fes lieux ordinaires de
cantonnement d'autres ont été préparés
à redevenir mobiles . On fupprime
les quatrièmes bataillons créés pendant la
guerre ; on diminue les compagnies des
Corps réduits ; mais quelques - uns
font laiffés au complet précédent. On
paroît croire au prochain départ de
nouvelles troupes , foit dans l'Autriche
antérieure , foit aux Pays-Bas . Cette conjecture
s'eft fortifiée par l'ordre certain de
marcher à Fribourg en Brifgaw , adreffé la
Semaine dernière au régiment de Neuge-
Bauer remis fur le pied , de guerre.. Il
n'eft pas moins sûr que le Confeil Aulique
a envoyé des ordres femblables an Gou-
2
( 3 )
verneur d'Egra , avec injonction de faire
partir pour Fribourg trois bataillons d'Infanterie
& deux régimens de Cavalerie .
De Francfort-fur- le-Mein , le 21 Septemb‹ e.
Malgré la multitude des intéreffés , des
raifonnemens , & des affirmations touchant
la conférence de Pilnitz , les détails fecrets
des véritables réfuitats de cette entrevue
, dont le but général eft fuffifamment
connu , font encore un fujet d'incertitudes.
Quelle cft la nature de cette alliance
entre les Cours de Vienne , de Drefde &
de Berlin Quand , & comment feront
exécutées les mesures qu'annonce la Déclaration
remife par l'Empereur & le Roi
de Pruffe à M. le Comte d'Artois ? Que
faut- il penfer de la condition unique à
laquelle refte foumife l'exécution de ce
plan figné ? Quelles font les Puiffances
dont le concours eft attendu , & leur acceffion
étoit- elle prévue d'avance ? Voilà
des queftions fur lesquelles on ne répondroit
pas encore fans témérité. On annonce,
comme très prochaine , la fignature de l'Im
pératrice de Ruffie & du Roi de Suède :
les apparences accréditent cette conjecture.
Quatre ou cinq régimens Autrichiens vont
défiler certainement vers le Rhin , mais juf
qu'ici, aucun Corps Pruffien nefe difpofe au
moindre mouvement.Les Cercles s'occupent
J
A 2
( 4 )
;
de préparer leur double contingent ; mais
il ne peut être fur pied avant le Printemps ,
au plutôt. En quinze jours , une efcadre
Ruffe ou Suédoife , avec des troupes
de débarquenient , pourroit fortir de la
Baltique mais aucunes troupes ne font
embarquées , & l'équinoxe interdit maintenant
toute expédition de ce genre . Cependant
l'opinion d'une guerre , ou du
moins d'un déploiement de l'Empire contre
la France , n'eft plus concentrée parmi les
Emigrés de cette Monarchie. L'Allemagne
entière la partage ; elle eft devenue prédominante
fur les lieux où les opérations
doivent fe développer. On en trace le
plan dans les cercles qui doivent être le
mieux inftruits ; les Papiers publics recueillent
ces verfions ; & ce qu'ils n'avoient
point fait encore , ils les publient avec
affurance . Voici entr'autres comment s'exprime
la Gazette de cette ville , en date
du 17.
<< Perfonne ne doute plus de l'exiftence
d'une alliance nouvelle entre les Cours de
» Vienne & de Berlin , à laquelle tout le
Corps Germanique fera invité d'accéder.
» Une des mefures principales paroît avoir
la France pour objet. Le projet eft de
faire agir à - la- fois deux armées , aux
» quelles l'Empire fournira un double con-
» tingent. Les troupes actuelles de l'Em»
pereur dans les Pays- Bas , montent un
» peu au-delà de 45,000 hommes de ce
» nombre , il fera détaché 25,000 hommes
» qui formeront un camp du côté de
» Luxembourg ; à ce Corps d'armée ſe
» joindront les troupes Pruffiennes répar-
» ties dans le Duché de Clèves & dans la
» Weftphalie , ainfi que trois régimens de
» la Marche Electoraie , & les troupes des
» Cercles de Weftphalie & du Bas -Rhin.
» L'autre , l'armée fe formera dans le Brif-
» gaw: elle fera compofée de dix bataillons
» de troupes Allemandes de l'Empereur ,
» d'autant de bataillons de troupes Hon-
» groifes ou Croates , & de zo efcadrons
» de Cavalerie. A ce Corps fe réuniront
» les troupes de contingent de Brande-
» bourg , qui confiftent en cinq régimens
que l'on tirera de la Siléfie , en les faifant.
» marcher par la Bohême , & les troupes.
» des Cercles de Bavière , de Souabe , de
» Franconie & du Haut- Rhin. Les troupes
» de contingent de l'Electeur d'Hanovre
» & de la maifon Ducale de Brunfwick ,
» ainfi que les contingens des Cercles de
» la haute & de la baffe Saxe , formeront
» un corps de réferve , qui s'affemblera aux
» environs de Worms. Voilà le plan de
» réunion de troupes que l'on affure être
» arrêté ; mais comme il fuppofe des pré-
» paratifs & des concerts entre les Cercles
» de l'Empire , fon exécution ne pourra
A 3
( 6)
» pas avoir lieu avant le printemps pro-
>> chain . >>>
Ce plan nous paroft extrêmement plaufible.
On nommé déjà les Généraux deftinés
au commandement , favoir ; le Maréchal
de Lafcy , le Prince de Hohenlohe &
M. de Bouillé ( fans doute de la part des
Princes François , & à la tête de fes Compatriotes
émigrés ) . Il n'y a de certain dans
cette conjecture , que la réunion de ces
trois Chefs à Prague , où on les dit occu
pés à tracer leurs futures difpofitions .
On fait que les Etats de Pomeranie ont fait
demander au Roi , par le Comte de Hertzberg
Miniftre d'Etat , la permiffion d'ériger à Stettinla
Statue du feu Roi ; S. M. y a confenti. Le
Comte de Hertzberg a chargé en conféquence M.
Schado , Sculpteur à Stettin , d'exécuter ce monu- ,
ment. Cette Statue fera de marbre blanc de Carrau ,
e 7 pieds de haut fur un piédeftal de marbre
de Siléfie ; le Roi fera repréfenté dans l'habillement
militaire qu'il avoit coutume de porter;
on n'y ajoutera que le manteau Royal . L'ouvrage
fera fini au mois de Septembre de l'année
Prochaine.
de
FRANCE .
De Paris , le 28 Septembre.
ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du lundi , 19 Septembre.
M. d'André a propofé de fixer le terme dé(
7 )
finitif de l'Affemblée Conftituante , au 30 feptembre
, de rien plus changer ni le préfident ,
ni les fecrétaires , & de charger une députation
d'aller faire part au Roi de cette réfolution
dans la journée. Ces trois propofitions ont été
décrétées ; la principale , fauf rédaction .
Les vacances des juges , fuivant un décret de
la veille , devoient finir le 15 novembre ; un
décret d'aujourd'hui les a prorogées au 15 décembre
, à caufe des vendanges.
M. Defmcunier a fait ftatuer que les confeils
de diftrict fe réuniront , chaque année , le 2 ,
& cette année- ci le 15 octobre ; les confeils
de département , chaque année , le 2 , & cette
année- ci le 15 novembre ; que , nonobftant le
tirage ( auquel ont procédé plufieurs départemens )
de la moitié des membres des directoires , les
membres exclus par le fort demeureront au directoire
jufqu'à la concurrence de moitié , autant
que cela fe pourra , & que fi le nombre eft
moindre , le fort déterminera ceux qui devront
y rentrer . Ainfi , de peur de manquer d'admi ~
niftrareurs , on exige déja , dans leur choix
qu'il foit procédé précisément en fens contraire
des règles folemnellement établies par l'acte
conftitutionnel , auquel déroge , le lendemain.
de fa proclamation , un fimple décret réglémentaire
.
--
Si l'on en avoit cru M. Prieur , les officiers
& les foldats auroient été aflujettis au même
ferment , au même engagement ; mais l'Affemblée
n'a pas adopté les principes militaires de
ce nouveau général applaudi des tribunes .
On eft rentré dans la difcuffion du code pénal ,
& M. le Pelletier de Saint-Fargeas a eu la faisfaction
d'en voir décréter un bon nombge
A
4
( 8 )
d'articles qui auroient occupé toute la vie d'un
d'Agueffeau ; mais qui n'ont coûté que la peine
de fe lever & de s'affeoir . Il n'y a guère eu
de débats qu'au fujet du fils dénaturé qui mutile
fon père ou la mère . Le rapporteur le condamnoit
d'abord à 4 ans de détention , puis à
6 ans de chaîne , puis à 8 ans de détention ,
puis à 9 ans de gêne ; MM . Populus , Garat
& Prugnon , à la mort . Aux peines temporaires ,
M. Tronchet ajoutoit férieufement la dégradation
civique , fuppofant fars doute que s'il n'y
avoit pas une lei expreffe d'exclufion , les affemblées
primaires , électorales , & légiflatives ,
admettroient auffi facilement dans leur fein un
honnête citoyen qui auroit caffé Ics bras à fon
père , qu'elles admettent des hommes diffamés
& décrétés de prife- de - corps . L'addition de
peine , gravement dérifoire , propofée par M.
Troncher , fera probablement fous - entendue ; mais
ja détention , la gêne & la chaine pour plus
ou moins d'années , fuffiront , felon que le fils
aura crevé un ou deux yeux , coupé une ou
deux jambes , un ou deux bras à les parens ;
calcul philofophique où le fentiment n'entre pour
rien ; loi froide , impuiffante , morte , cadavereufe
, funefte aux moeurs , comme tout ce qui
afpire à les refrêner fans morale .
Au refte, voici la fubftance des articles qui
font le moins dans le courant des idées ordinaires
. Tout affaffia ou empoifonneur condamné
à mort fera revêtu d'une chemife rouge . Le
parricide aura la tête & le vifage voilés d'une
étoffe noire , & on ne le découvrira qu'au moment
de l'exécution . Pour bleffures qui rendront
une perfonne incapable de vaquer pendant
plus de 40 jours à un travail corporel , deux
( و )
•
t
années de détention . Pour bras caffé , jambe
ou cuiffe caffée , 3 années de détention . Pour
mutilation de quelque partie de la tête ou du corps ,
ou bleffure qui feroit perdre l'ufage foit d'un
ail, foit d'un membre , 4 années . Pour deux
yeux , deux brás , deux pieds , deux cuiffes ,
6 années de chaîne , Deux années de plus pour
tous ces cas , lorfque lesdites violences auront
-été commifes dans une rixe . La caftration fera
punie de mort ; le viol , de 6 années de chaîne ,
& de 15 , fi la fille eft âgée de moins de 14 ans.
Il n'y aura plus d'action pour raifon de crime
commis , & fans plainte depuis 3 ans , ou depuis
6 ans , fi le juré n'a prononcé lieu d'accu-
Ter ; & le laps de 20 ans abolira tout jugement
de tribunal criminel.
2
On entrevoir combien eft vague la rédaction
de ces loix , combien font arbitraires ces proportions
obfervées avec une puérile fyrmétrie .
Rien de moins défini que les expreflions qui
fervent de caractéristiques à l'action punie . Qui
déterminera le fens des mots travail corporel à
l'égard de toutes les conditions & fituations de
la fociété ? Membre fignifiera - t-il,également une
des phalanges du petit doigt & la cuiffe ? Quel
juré tiré du peuple évaluera légalement le mot
rice ? Une ligne fur la caftration mettra - t- elle
certaine opération de chirurgie à couvert des
ridicules interprétations de ftupides jurés , fi le
malade en meurt ? Pourquoi 6 ans de chaîne ,
lorfque la fille violée a 14 ans & un jour , &
15 ans de chaîne , lorfque cette fille n'a que 14 ans
moins un jour ? & c . &c .
Au milieu de ce tas d'articles jettés à l'aventure
, il en eft peu d'aufi étrangement conçus
que ces deux-ci : « Sera qualifié d'affaffinat ,
A §.
( 15 )
tous autres . --
»
& comme tel puni de mort, l'homicidequi aura précédé,
accompagné ou fuivi d'aut.es crimes, tels que
ceux de voi , d'offenfe à la loi , de fédition , ou
Toute perfonne engagée dans les
liens du mariage , qui en contractera un fecond ,
avant la diffolution du premier , fera punie de
dix années de chaîne . Qu'est- ce qu'offense à
a lot, & tels que ... tous autres ? Qualifie- t -on
ainfi l'affaffinat ? Engagée dans les liens du mariage
, avant la diffolution de ce mariage ,
n'est - ce point une battologie ? Ce fecond , ce
premier ne pourroient- ils pas être aufli bien un
quatrième , un troisième ? Admettre la diffolution
du mariage dans le code criminel , ou pénal ,
avant d'avoir formellement décrété la diffolubilité
du mariage , dans le code civil , feroit- ce
une marche franche , régulière , digne de la
probité légifl t've ? Ne fe donneroit -on pas , à
tort , le faux air de cette rufe corruptrice , qui
chercheroit furtivement à confommer la ruine
des moeurs par les loix en n'ofant donner excflément
pour principe aux loix , la doctrine
de moeurs perverfes ?... Mais pallons aux réalités
, à l'un des réfultats de ces imprudentes
théories .
Le miniftre des contributions eft venu préfenter
à l'Affemblée nationale l'état des verfeme
is faits au tréfor public pendant le mois dernier.
Pour avoir l'agrément de débuter par dire que ,
du premier au 31 août , la recette s'eft élevée
à 18,096,986 liv. , il a été obligé d'y comprendre
millions qu'a fournis la caiffe de l'extraordinaire
, ce qui réduit la recette effective à 13 mil-
Lions 96,986 liv .
Sur cette fomme , l'enregiftrement & le timbre ,
qui devoient donner par an 75,330,000 liv .,
( 11 )
1-6,277,500 liv. par mois , n'ont donné que
1,029,442 liv. les patentes , 572,144 liv. ;
les douanes , rien ; les contributions foncière
& mobilière de 1791 , la fomme de 142,257 liv.
Mais les receveurs font à peine en train , les
moiſſons , les affemblées électorales ont retardé
la perception. Tout ira mieux inceffamment
& en attendant , les légiflateurs confituans
s'en iront. Quelques départemens ont achevé
leurs rôles... comme fi le tréfor fe rempliffoic
de rôles ! Enfin , pour recourir aux grands expédiens
, le miniftre a fait enluminer une carte
géographique , où diverfes couleurs défignent
les départemens plus ou moins prompts à payer
à repartir , à promettre. Cette carte , affichée
dans la falle de l'Affemblée légiflative , va rouvrir
tous les canaux des contributions. On applaudit
à ce moyen , dont ne fe doutoit pas
Colbert.
M. Dupont propofoit d'inviter les députés
à la prochaine légiflature à s'affembler pour
vérifier leurs pouvoirs , afin qu'il n'y eût aucune
interruption . Mais tout débat fur une pareille
propofition pouvant avoir les mêmes inconvéniens
que l'invitation même , on s'eft hâté
de paffer à l'ordre du jour , & l'on a levé la
féance .
Du mardi , 20 Septembre.
Un décret a fupprimé le tribunal provifoire de
la haute-cour nationale , féante à Orléans , comme
devenu inutile depuis l'amnifte . Cette commiffion
extrajudiciaire , à qui l'on avoit déféré l'attribution
abfurde de juger fans appel , & provifoirement
à mort , d'un crime indéfini , fut
heureusement compoſée d'hommes auffi modérés
A 6
( 12 )
qu'elle étoit monftrueufe , & n'aggrava d'aucun
meurtre l'horreur du pouvoir que lui fabriquèrent
ceux qui n'y cherchoient que la cruelle fatisfaction
de dénonciateurs exclufifs & irrefponfables.
L'Affemblée nationale a ordonné à la caiffe
de l'extraordinaire d'avancer 900,000 liv . à la
ville de Marſeille , fur les hypothèques connues ,
des føls additionnels , & du feizième des biens
nationaux revendus .
Les vifiteur & infpecteur général des rôles
devoient être nommés par les départemens , fuivant
le dernier décret ; en vertu d'un nouveau
décret , ils feront nommés par le Roi , pour cette
fois feulement .
on a
Pour le remplacement du DÉFICIT entre la
recette & la dépenfe du mois d'août ,
décrété , fans préambule , que la caiſſe de l'extraordinaire
verfera au tréfor public 48 millions
530,000 liv.
Organe & membre du comité de la marine ›
M. Fermond a fait adopter un projet de loi
fur la police & la juftice dans les ports de mer
& les arfenaux .
M. Duport a demandé que ceux qui auroient
protefté contre la conftitution , foient affimilés
ceux qui refuſent ou rétractent le ferment civique
, & conféquemment déclarés incapables
d'aucunes fonctions publiques. De vifs applaudiffemens
& des cris : aux voix , devoient couronner
cette motion , plus haineufe qu'utile
puifque les honnêtes gens , que leur confcience
porte à refufer le ferment , n'accepteront aucune
place qui l'exige . Mais ce qui n'eft pas indigne
de remarque , aux applaudiemens des galeries
Le font joints les battemens de mains des dé(
13 )
purés à la prochaine légiflature. A la privation
des droits de citoyen actif , M. Bouffion ajoutoit
la privation de tout traitement ou falaire ; injuftice
odieufe envers les eccléfiaftiques dépouillés.
On n'a décrété que la motion d'humeur
de. M. Duport . Le reste a été renvoyé au
comité compétent ; & la féance s'eft terminée
par de nouveaux articles relatifs à la création ,
ou dans le ftyle néologique moderne , à l'organiſation
des notaires publics .
Du mardi , féance du foir.
Après un décret qui accorde 90,000 liv.
d'avance à la ville de Rennes à prendre fur les fols
additionnels & fur le feizième des biens nationaux
par elle revendus , M. de Vifmes a fait
le rapport des demandes en indemnités qu'a formées
M. le prince de Monaco..
La fuppreffion des droits féodaux , péages &
juftices patrimoniales , qui très - inconfidérément
a détruit une grande partie de la valeur réelle
des biens-fonds du royaume , & diminué d'autant
les maffes impofables , à l'époque où le
déficit réclamoit le plus d'impôt ; cette fuppreffion,
impolitique prive le prince de Monaco d'une
portion des conceffions faites à fes auteurs en
exécution du traité de Péronne , du 14 septembre
1641. Il évalue le dommage à 200,000 liv . de
rente annuelle & perpétuelle.
S'érigeant , ainfi que toutes les corporations
du jour , en arbitre des princes & des peuples ,
la commune de Baux , en Provence , foutient
que la maiton de Monaco n'a pu conferver
les biens qui lui ont été concédés en France
depuis les reftitutions qui ont dû lui être faites
fuivant l'article 104 du traité des Pyrénées . Or,
( 14 )
felon le rapporteur , les clauſes effentielles du
traité de Péronne font que le Roi de France
prendra fous fa protection le Prince de Monaco ,
fon état , fa fouveraineté ; qu'il y aura dans
Monaco une garnifon françoife de soo hommes ; 500
que le prince fera , pour le Roi , capitaine &
gouverneur de la place ; que le Roi lui donnera
, en France , en revenu territorial ,
ficfs , l'équivalent de ce que ce prince perdra
de les poffeffions dans le royaume de Naples
& l'Etat de Milan , l'équivalent de 25,000 ducatons
par an , alors 75,000 liv. La France
a vainement réclamé , avant & depuis le traité
des Pyrénées , ces poffeffions retenues par l'Efpagne.
en
•
On a obfervé le contrafte le plus fingulier
entre les maximes du rapporteur , & les axiomes
de droit public qui préparèrent la conquête du
Clermontois fur M. le prince de Condé , & celle
du Comtat & d'Avignon . « Le prince de Monaco
ne doit pas être dépouillé des biens qui
lui furent accordés par le traité de Péronne
puifque dans le droit des gens qui eft le droit
civil des nations entr'elles , l'aliénation du domaine
public peut s'opérer par des traités politiques....
( Le même rapporteur foutint tout le
contraire dans l'affaire du Clermontois ) . Ce
prince doit être indemnifé des pertes que lui
font éprouver vos fuppreffions ... Oui , Meffieurs
, car vous - mêmes avez rendu hommage
au principe du droit naturel & du droit civil ,
fuivant lequel la nation eft garante des évictions
procédantes de fon propre fait envers ceux qui
ont acquis du domaine de l'état , & une aliénation
au profit d'un prince étranger ne peut être
foumife qu'aux règles du droit des gens. »
( 15 )
Le précieux avantage des corps délibérans qui
fe permettent d'avoir deux mefures , deux morales
, deux doctrines , c'eft que les convenances
& l'intérêt décident de ceiles d'après lefquelies
ils font certains qu'ils auront toujours raifon ,
même en adoptant des réfuitats diamétralement
contraires . M. de Vifme n'a point emprunté
fes exemples de la conduite de l'Aſſemblée à l'é-
-gard du Pape ; mais « les princes d'Allemagne ,
a- t- il dit , n'avoient de droits qu'à cette équité
douce & bienfaifante qui refpire dans toutes vos
opérations ; & nous croyons que le prince de
Monaco ne peut pas être traité moins avantageufement,
même d'après les règles de cette juftice
exacte , qui doit être & qui eft le caractère effentiel
de vos décrets . Vous , Meffieurs , qui
pefez d'une main sûre les droits des princes &
despeuples , vous faifirez avec empreffement cette
occafion nouvelle, de manifefter d'une manière
éclatante votre fcrupuleufe probité ; c'eſt le feul
principe politique qui convienne à une nation
puiffante & libre ; & elle n'y doit jamais paroître
plus inviolablement attachée que loifque
fa fupériorité lui permettroit de le violer impunément.
>>
D'ennuyeux & inintelligibles débats entre gens
qui n'entendoient pas même les élémens de la
queftion , ont amené une demande d'ajournement
.
L'appel nominal ayant été propofé , 149 voix
pour non , contre 117 voix pour oui , ont fait rejetter
l'ejournement.
Du mercredi , 21 Septembre..
L'inépuifable ceiffe de l'extraordinaire avancera
40,000 liv , à la municipalité de Melun ,
( 16 )
K
à imputer fur le feizième des biens nationaux
revendus.
Neuf articles adoptés fur la propofition de
M. Defmeuniers , ont déterminé l'établiflement
& les fonctions de commiffaires de police dans
toutes les villes du royaume où on les jugera
néceffaires . Ils auront un traitement fixé par les
-directoires , & payés par les communes ; ils drefferont
les procès - verbaux pour conftater le flagrant
délit & le corps de délit . Dix articles
ajoutés par M. Duport , ont organifé 24 officiers
de paix pour la ville de Paris . On devra
obéir à ces officiers fous peine de 3 mois de
détention ; le décret ne dit pas qu'ils doivent
exhiber aucun ordre de quelque autorité conftituée.
Les gardes du commerce font maintenus
provifoirement.
M. Odier- Maffillon a fait décréter le mode
fuivant lequel fe liquideront les dettes actives
& paffives des communautés , corps & compagnies
qui font ou qui feront fupprimés & liquidés
. 1 °. Les dettes actives dévolues à la nation
fubrogée aux droits des corps fupprimés
feront touchées par les receveurs de diftricis refpectifs
; 2 °. les dettes paffives exigibles feront
remboursées à la caiffe de l'extraordinaire fur
quittances devant notaires de Paris remifes au
commiffaire du Roi , directeur général de la
liquidation , à la décharge de l'état & du débiteur
de l'objet remboursé , fur certificat de
non oppofition du confervateur des hypothèques
& expédition en forme des titres ; 3 ° , les dettes
paffives conftituées , aliénées ou dans le cas de
l'être , & les rentes viagères dont la nation fe
trouve chargée aux termes d'un décret fur
procès-verbal de liquidation d'office , feront re(
17 )
X
conftituées au profit des créanciers , fur quit
tance de remboursement , fictif, & pour l'uniformité
, expédition de titres , acte de naiffance
& certificat de vie pour le viager , fans enregiftrement
, ni timbre , ni certificat des hypothèques
; le tout remis audit commiffaire du
Roi,
Alors , M. Goupil de Préfeln (e reffouvenant
des proteftations on déclarations qu'il a dit modeftement
avoir été répandues avec une affectation
infolente , M. Goupil s'eft indigné , s'eft
courroucé , à froid , d'y avoir va les qualifications
abolies de comte , marquis , & c .; fouvent
même , a-t- il ajouté , priles par des gens
d'une extraction ci-devant roturière . Il a follicité
des mesures repreffives contre cet abus fcandaleux
dans un pays libre ; & a propofé que pour
finir avec dignité & prouver à la nation que
fes légiflateurs conftituans ont mérité fa confiance
, il fut fait le 30 un appel nominal de
tous les membres de l'Affemblée .
M. Chabroud qui n'a point vu de délit dans
les malheurs & les grandes leçons des 5 & 6
octobre , trouve un crime horrible dans l'audace
de figner marquis , baron , &c . C'eſt une révolte »
contre la conftitution . Blâmant l'orgueil des
nobles qui ne veulent que l'être , & careffant
l'orgueil du roturier que le mot noble tourmente ,
M. Chabroud , aux yeux de qui le carcan n'eft ,
fans doute qu'une correction fraternelle , a
demandé que tout noble qui fe qualifieroit baron
, comtè , & c. fût puni de 3 heures de carcan ;
& que tout officier public qui prêteroit fon miniſtère
à la contravention für deftitué . Les galeries
ont applaudi , l'Aff mblée n'a point approuvé
cette propofition , & M. le Chapelier a
,
( 18 )
promis que le comité de conftitution préſenteroit
demain un moyen moins dur & plus efficace .
Du mercredi , féance dufoir.
Une pétition fignée de M. Souton , directeur
de la monnoie de Pau , & lue , en la préſence
par M. le Chapelier , a dénoncé le comité monétaire
, la commiffion des monnoies , & le miniſtre
des contributions. Il accufe le comité d'en avoir
impofé à la nation
en difant que l'on fabriquoit
avec activité des pièces de cuivre , jufqu'à
40,000 liv . par jour ; & d'une craffe ignorance
en fait de monnoie .
A l'en croire , nos beaux- parleurs de monnoie
n'y entendent rien , leurs travailleurs ne
favent ce qu'ils font , brulent beaucoup de
charbon , confomment beaucoup de matière en
pure perte. Il a conclu à ce que l'Affemblée
annullât la nomination du directeur de la monnoie
de Paris , rétablit les ci-devant juges - gardes
des monnoies , &c.
On a lu enfuite des éclairciffemens qui n'ont
rien éclairci , par lefquels la commillion des
monnoies réfutoit M. Souton . Ces lectures
cruelles étant achevées , M. Charles de Lameth
a demandé qu'on paffât à l'ordre du jour fur la
dénonciation . L'Aſſemblée eft paffée à l'ordre du
jour.
Cette affaire avoit été interrompue par l'annonce
d'un courier du département des Bouches
du Rhône , & de nouvelles qui , felon M. d'André,
demandoient des mefures tres - promptes. Il ne
lui en eft échappé que quelques mots . Le département
a donné fuite à fon arrêté pour défarmer
la ville d'Arles ; le corps életcral a envoyé
quatorze députations confecutives au direc(
19 )
toire , & s'est déclaré affemblée permanente. Ces
pièces font envoyées au comité des rapports
qui doit en rendre demain tel compte qu'il lui
plaira.
La féance a été terminée par un décret qui ,
repouffant la pétition politique de la commune
de Baux , prie le Roi de négocier avec le prince
de Monaco , la fixation à l'amiable des indemnités
réclamées & dues , pour être , fur le réfultat
des négociations , délibéré ainfi qu'il appartiendra
par le corps légiflatif.
Du jeudi , 22 Septembre.
L'Aflemblée a déclaré non -avenus , fans débats
contradictoires ni communication publique
de pièces probantes , ainfi que le font la plupart
de les rapports d'adminiſtration , deux arrêts du
confeil-d'Etat de 1784 & 1786 , portant réfiliation,
du traité paflé le 18 mars 1780 entre le
directeur général des finances & les fieurs Leftivuide
& Bedigis , pour l'achèvement du terrier
général de l'Ile de Corfe ; & ordonné l'exécution
dudit traité , inventaire , remife des plans
& mémoires , & indemnités foumifes à l'examen
du commiffaire -liquidateur.
Cinq articles décrétés à la demande de M..
Gouttes , évêque financier , ont ftatué que la
liquidation des dettes exigibles des corps & communautés
des arts & métiers fupprimés , fe
feia avec les formalités ci - devant prefcrites pour
la liquidation des dettes exigibles des communautés
religieufes ; & qu'il fera rendu compte à
la nation , à la diligence de l'agent du tréfor
public , de l'argent , des meubles , effets & prix
d'immeubles qui appartenoient auxdites communautés
de métiers . Il paroît que la fimple pré(
20 )
fentation de ce compte devra paffer pour fon
appurement , ainfi qu'on l'a vu jufqu'ici de tous
les autres comptes rendus à la nation .
M. Gobet , évêque de Paris , eft venu parler.
bien triftement de la joie publique , à l'Affemblée
nationale , qui reçoit de tout côté les avis
les plus défolans ; mais ces fictions font , felon,
lui , partie de fon miniftère . Il a dit , d'une
voix mal affurée , que la proclamation de l'acte
conftitutionnel avoit été fuivie , dimanche , de
ו כ
toutes les réjouiffances capables de précéder les
bienfaits de la conftitution pour tout le peuple
François ; qu'il falloit en rendre grace à Dieu;
que , comme l'Affemblée a conftamment , dans
le cours de fes travaux , marqué la plus grande
confiance en Dieu » , il avoit l'honneur de dépofer
fon mandement fur le bureau , d'en faire
hommage à l'Affemblée , & d'inviter les fidèles
& le corps légiflatif à la cérémonie religieufe de
dimanche prochain ; que la meffe fera fuivie
d'un DISCOURS analogue à la cérémonie , & que
le tout fera terminé par un Te Deum. Cette
annonce , en ſtyle d'affiche de comédie , a été couronnée
de quelques bon ! bon ! du côté gauche , &
l'on a décrété qu'on enverroit à la cathédrale une
députation de 24 membres.
M. Malouet a demandé qu'il fût fait lecture
des états de recette & de dépenfe des commiffaires
de la trésorerie . M. d'André a prétendu
que le rapport de M. de Montefquiou devoit
fuffire , que l'affaire étoit finie ; que les nombreuies
affiches qui , depuis quelque temps , dans
tous les coins de rues de Paris , exigent des
cemptes de l'Aflemblée conftituante , & les exigent
au nom du PEUPLE SOUVERAIN , fost un
moyen très- aftucieux , très - méchant, ; - que le
( 21 )
peuple fouverain , qui figne ces affiches , eft un
particulier très-ariftocrate ( applaudiflemens ).
сс
Attaque-t -on , s'eft- il écrié , le compte de
M. de Montefquiou ? Point du tout. On en demande
un autre . L'Affemblée N'A POINT ADMINISTRÉ
, n'a point reçu d'argent , a ordonné des
dépenfes ; les agens qui les ont faites font
comptables. Quant à nous , nous avons fait
face aux befoins du tréfor public , & ceux qui
nous demandent des comptes favent bien que
nous
avons fauvé la banqueroute , en prenant
les biens nationaux là où ils étoient . Eh ! veilà
le compte qu'on voudroit : mais celui là eſt tout
rendu , parce que la nation a jugé que ces biens
lui appartenoient , & elle les vend » .
L'orateur frémiffant , a qualifié les demandes
de comptes , de motions infidienfes , quoiqu'il
n'y cût évidemment d'infidicux que fes réponſes
ou fes fubterfuges ; puifque , de fon aveu , les
agens font comptables , & qu'ils n'ont préfenté
que des apperçus fommaires ; mais le plaifant
eft , qu'il n'a vu dans le cri unanime : rendez
vos comptes , que ce la fuite du défefpoir où
les ennemis de la révolution ont été jettés par
l'acceptation du Roi & par l'émiflion du væu
général de la nation Françoife » . Chaque phraſe
a été vivement appliudie de la gauche.
Je fus faché pour le préopinant , a dit M.
Malouet au milieu des cris : la difcuffion fermée.....
à l'ordre du jour , qu'il emploie auffi
mal- 2 -propos la reffource de la déclamation . M.
d'André ! déclamateur , difoit M. Dumetz tout
étonné ! Perfonne , a repris M- Malouet , n'a
le droit de me ranger parmi les ennemis du bien
public...... ( On a ri à gauche ) « Je vous
mets au défi qui que vous foyez , a pourſuivi
ל כ
( 22 )
M. Malouet.... Vous aimez donc beaucoup
la conftitution , lui a réparti le même M. Dumetz,
qui nous a paru fe féliciter de cette bonne
fortune de plaifanterie & de logique ? »
Ne perdant pas de vue l'objet que tous ces
lazzi avoient pour but d'écarter , M. Malouet
a déclaré , peut- être à tort , que l'Affemblée
n'étoit ni collectivement ni individuellement
tenue à une reddition de comptes , le corps légiflatif
étant confidéré comme ordonnateur fupreme.
Mais il n'a pris l'ouvrage de M. de
Montefquiou que pour un travail particulier , un
rapport hiftorique auquel fon auteur ne peut
attacher la foi due à un compte rendu ; & il a
rappellé que , par les décrets , l'Aſſemblée avoit
obligé les commiffaires de la tiéforerie à rendre
leurs comptes ; il a foutenu qu'il faut y joindre
les pièces juftificatives ; que c'eft ce que l'Affemblée
doit à la nation ; qu'il feroit indécent
que la feffion fe terminât Tans que le corps
législatif préfentât un bilan en règle , appuyé de
pièces probantes & de fignatures portant refponfabilité
.
M. d'Ailly a répondu à M. Malouet que le
dépôt des pièces étoit ordonné au comité , qu'il
pourroit y aller les examiner. « Je fuis perfuadé
qu'elles exiftent , a répliqué M. Malouct ; mais
encore une fois , je demande qu'un membre les
Hife à la ribune ». Tout cela eft fait , répétoit
M. d'André. M. de Cernon ne monta- t- il pas
avant-hier à la tribune avec toutes les pièces
juftificatives , s'écrie M. Bourdon qui pouvoit
ajouter que M. de Cernon n'en lut aucune !
« Nous fommes tous d'accord , obfervoit M.
le Chapelier ; & M. Malouet eft de notre avis
en feignant de ne pas on être . Les pièces font
--
( 23 )
trop nombreufes pour qu'on les life , pour qu'ou
les imprime. Elles feront dépofées au comité de
finance enfuite aux archives , quand votre
feffion finira. Ceux qui auront des doutes pour
ront les y vérifier . La motion de M. Malouet
eft remplis . Paffſons à l'ordre du jour » . Un
décret a amené l'ordre du jour. ,
La féance a fini par des débats affez vifs fur
les notaires de Paris & fur le rembourfement
de tous les notaires royaux . Nous réunirons enfemble
les articles décrétés quand la loi fera
complette .
Du jeudi , féance du foir.
Malgré les obfervations de M. Biauzat ſur
l'inhumanité des fpoliations qu'alloit entraîner
l'exceffive latitude de la loi proposée au nom
du comité des domaines , deux articles ont été
décrétés , portant en fubftauce que toutes les
aliénations de domaines nationaux , autres que
celles faites en vertu de décrets de l'Affemblée
législative , font révoquées par le préfent décret ;
qu'il fera inceffamment procédé à leur réunion ,
& que la régie des domaines cft chargée de la
poursuivre comme il fera preferit . (Ces quelques
lignes bafardées au moment du départ de légiflateurs
qui n'avoient eru pouvoir jufqu'ici retirer
des domaines qu'un à un , & fur des rapports
particuliers & motivés , vont ébranler un
nombre indéfini de poffeffions confacrées depuis
des fiècles ; & 5 à 6 juges au civil pronon eront
entre le filc & l'individu , de la validité de
ceffions qui tiennent à l'ordre politique. )
Du vendredi, 23 Septembre.
M. de Menou a lu , & l'Aſſemblée a décrété
( 24 )
fur l'organifation du Comtat & d'Avignon 27
articles dont voici la ſubſtance : L'allemblée
électorale féante à Bédaride , toutes les municipalités
, tous les corps civils , judiciaires , adminiftratifs
font fupprimés . Les deux pays réunis ,
feront provifoirement divifés en deux districts
ayant pour chef- lieu , l'un Avignon & l'autre
Carpentras ; le premier comprendra les communes
qui avoient été attribuées à Avignon &
à Cavaillon ; le fecond , celles qui étoient attachées
à Carpentras & à Vaiſon . La divifion
faire en cantons fubfiftera. Ils ne pourront former
un 84. département , mais feront partagés
entre les départemens environnans . On inferira partout
les citoyens actifs , les gardes nationales. Les
affemblées primaires nommeront des électeurs ,
ceux - ci trois députés à la légiflature . Il fera établi un
juge de paix par canton , de nouveaux tribunaux ,
confeils, directoires de diftri&s , de rouyelles municipalités
, une pour chaque commune . Les fonc
tionnaires élus auront les fonctions & le traitement
fixés par les décrets de l'Aſſemblée nationale,
Trois commiffaires de chaque district &
les commiffaires du Roi vérifieront de concert la
dette du pays . Jufqu'à l'organifation définitive,
les commiffaires du Roi tiendront lieu de département
, indiqueront les tribunaux d'appel ; les
tribunaux civils connoîtront provisoirement des
cauſes criminelles, & de commerce ; les huiffiers,
appariteurs & notaires y continueront leurs
fonctions , en prêtant le ferment preferit . Le
stréfor public fera les avances de tous ces premiers
établiffemens ; la prochaine légiflature ftatuera
fur la quotité & la perception des contribations
foncière , mobiliaire & autres . Il ne fera
rien
( 25 )
•
rida ordonné relativement au clergé que pat
l'organiſation définitive , fi ce n'eft l'état exact
des biens nationaux . On fera celui de tous les
offices ayant finarce . Les troupes de lignes &
les gardes nationales s'approcheront pour maintenir
l'ordre & les décrets , & l'amniftie du 13
ſepten bre met la rentrée & la fûreté des émigrés
fou la protection & la refponfablité des
municipalités & des corps adminiftratifs .
"
3. co
D'après un décret préfenté par M. Duport , I
tous faires d'actes ayant pour objet de ?
déelafer que la conftitution acceptée par le Roi
ne doit pas être regardée comme la lor du
royaume , cbfg toire pour tous les François ,
font incapables de tout emploi civil ou ili
take , & en feront déchus , s'ils ne retracent
lefdits actes dans un mois, & ne prêtent le fer- >
mene civique . Les miniftres hot feront au corps
légiflatif , dans 6 femaines , le remplacement des
fignataires qui n'auront pas retracte leurs proteltations
. M. Prieur demandoit qu'on les privat
de traitemens même gagnés par des fervices
antérieurs ; il a fallu que M. Duport démontrât
l'improbité , Pingratitude d'une pareille banquet
route
frauduleulecompte
des troubles d'Arles,
Chargé de tendre
M Alquiera débuté par annoncer qu'il ne
remonteroit pas aux fources ; ce qui doit faire
préfinner que , s'il n'avoit pas lieu de vanter
les patriotes , il ne croyoit avoir aucun fujet de
fe plaindre des ariftocrates . Mais pouvoit - il fe
difpenfer d'inculper vagnement les prêtres réfrac
taires ? IP leur a donc impaté les troubles
dont il ignore la taufe , quoique la perfécution
qu'éprouvent ces prêtres calomntés foit l'origine
Nº. 40. 1ª Octobre 1791. B
er
( 26 )
des malheurs d'Arles. Tel eft l'abrégé de for
long rapport.
Un arrêté , fans motifs prouvés , du directoire
du département, des Bouches du Rhône ,
du 7 ſeptembre , ordonne aux citoyens de cette
ville de dépofer tous leurs armes à la maiſon
commune dans les 24 heures ; aux municipalités
des environs de fournir 12,000 gardes natio
males , de les tenir prêts à marcher à la première
requifition , & aux dépens de qui il appartiendra
; & provifoirement à tous les prêtres
non-affermentés , féculiers ou réguliers , de fortir
d'Arles & du territoire du diſtrict incefſamment
& jufqu'à nouvel ordre ; & que les portes de
Féglife des ci - devant Dominicains où les nonconformistes
s'affembloient pour prier fur la foi
des décrets , foient fermées & murées . Quel
gouvernement que celui où de tels excès font
poffibles ! a-t-il pour lui la volonté générale ?
Les habitans d'Arles dénoncèrent à la nation , &
aux législateurs , au pouvoir exécutif , l'arrêté
du directoire comme calomnieux , arbitraire ,
tyrannique ; fermèrent toutes les portes de la
ville , excepté deux ; fe mirent en état de dé
fenfe , & placèrent so pièces de canon fur les
remparts. Déjà le corps électoral aſſemblé à Aix
avoit chaffé 46 électeurs d'Arles , & écrit une
lettre circulaire portant ces mors : au moment
de la charge vous ferez avertis. C'eft vers Arles
qu'il faudra marcher. Une ligue, monftrueufe y
vexe la garde nationale , y outrage les autorités
conftituées & les patriotes , appelle à grands cris
la contre-révolution. Des députations, des com
miffaires du corps électoral excitent , harcellent,
veulent maîtriſer le directoire qui ne montre pas
( 27)
affez d'ardeur , à leur gré. Les électeurs en
affiégent toutes les féances , fe déclarent affemblée
permanente au mépris des loix conftitutionnelles
, forcent les caiffes à leur payer
des vacations malgré le décret . Plus de 4000
gardes nationales s'avancent vers Arles , & les
alarmes que cette nouvelle y porte font bien
juftifiées par les maffacres de Nimes , &c. &c .
Les citoyens d'Arles offrent de mettre bas les
armes fi les gardes nationales n'approchent pas ,
demandent qu'on y fubftitue des troupes te ligne
plus imparciales & mieux difciplinées . Une proclamation
du Roi , du 18 ſeptembre , a déclaré
nul l'arrêté du directoire.
En improuvant & le département & les élec
teurs , M. d'André a dit que le corps légiflatif
avoit feul le droit d'annuller les actes des corps
électoraux ( qui annullent fes décrets ) ; que le
pouvoir exécutif ne devoit pas s'en mêler. M.
Bonnemant vouloit rendre les électeurs , peutêtre
infolvables , refponfables des frais & des évè
nemens , comme s'il y avoit des
ya
le
carnage
M.
Dupont
, qu'ilsutions
pour
fuffent de
reftituer les fommes qu'ils fe font attribuées ;
M. Martineau exigeoit d'eux les fommes adjugées
par eux à l'entretien des gardes nationales
qu'ils font marcher. Puifqu'on ne veut ou ne
peut pumir de pareils attentats qu'avec des mots
l'avis de M. Malouet étoit que du moins le déetet
portât que l'Affemblée en eft indignée . Le
mot indignée n'y fera pas . Voici le décret :
L'affemblée nationale , après avoir entendu
fou comité des rapports , qui lui a rendu compte
des arrêtés du directoire & du confeil d'adminiftration
du département des Bouches - d 1- Rhône ,
aiqfi que de la proclamation du roi , en date
B 2
( 28 )
du dix-huit de ce mois , qui déclare nuls les
arrêtés de ce département des vingt-huit juin
& lept feptembre derniers
ce
B
Improuve la conduire des électeurs du dé- 1
partement des Bouches- du-Rhône ; déclare nuls
& attentatoires à la conftitution & à l'ordre
public les arrêtés qu'ils ont pris relativement aux
troubles, de , la ville d'Aries , ainfi que leur délibération
du quinze de ce mois , par lefquels !
l'alemblée électorales s'aft déclaréespermanente. s
Fair défenſes aux électeurs de provoquerà Fave's
das ,
nit , fous aucun prétexte &adans aucun
l'armement & la marche des gardes nationales ,
fous peine d'être pourfuivis comme perturbateurs
du repos public.
« Art . I L'Affemblée nationale décrète , que :
les membres du confeil de département & ceux ·
du corps électoral , demeureront perfonnellement
refpontables des maux qui pourroient réfukter
de la marche des gardes nationales qu'ils ontli
ordonnée ou provoquée ; & que les électeurs }
feront tenus de reftituer les fommes qui leur
ont été induement payées , dans leur qualité: i
d'électeurs 13A %
ל כ
« II. Que les gardes nationales qui ont eu
ordre de marcher contre la ville d'Arles ren
treroute inceffamment
au premier ordre quip
leuren fera donné , dans leurs municipalités r
pectives ; & qué le Roiofera prié d'envoyer às'i
Arles des commiffaires chargés d'y prétablit lan
paix , & autorisés à fequérir la force publique.i
III. L'Aflembléesnationale renvoie au por
v réxécutif à ftatuer s'il y adieu , fur les arsol
rêtés & délibérations du département des Bouches : b
du- Rhône . » senoli ob's smsısqab ub noileĦla
On palle aux gensider leurs cft- à- dire
ร
"
( 29 )
au projet du comité colonial fur le décret du 45
mai dernier. Des notions générales élémentaires
fur les Colonies des peuples modernes , M.
Barnave en eft venu aux moyens moraux &
-d'opinion , qui doivent allujettir plus de 60b, 000
-Negres , armés d'inftrumens meurtriers , à 60,000
Blancs difperfés en grande partie , & à la néceffité
d'une claffe intermédiaire . « Du moment ,
-a -t-il dit , que le Nègre qui n'étant pas éclairé ,
ne peut être conduit que par des préjugés pal
pables , par des raons qui frappent fes fens
ou qui font mêlées à festhabitudes du moment
pourra croire qu'il eft Fégal du Blanc ,
dès- lors il devient impoffible de calculer l'effet
de ce chargement d'opinion .
ל כ
A cette conféquence M. Barnave a joint des
argumens une application plus fpéciale à l'efclavage
proprement dit , & confidéré philofophiquement
Ce régime eft abfurde , a-t - il pourſuivi ;
mais il eſt établi ... Opprefif; mais il fait exiſter
en France plufieurs millions d'hommes ... Barbare
; mais il y auroit une plus grande barbarie
à vouloir y porter les mains fans avoir les connoiffances
néceflaires ; car le fang d'une nombreufe
génération coulcroft par votre imprudence
, bien sin d'avoir recueilli le bienfait
qui eût éé dans votre penfee ! Ainf , ' ce n'eft pas
pour le bonheur des hommes , c'est pour
maux incalculables que l'on peut fe hazarder',
dans des connoiffances louches Forter des
loix fur les colonies . Chaque fois que vous
cfoiriez faire peu pour la philofophie , vous
feriez infiniment trop contre la paix & la tranquillité,
hombr ob 91 .
à
des
L'orateur la diftingdé les droits_civils doe
B 3
·
( 30 )
droits politiques ( c'eft- à- dire la liberté civile ,
de la vanité civique ) . Il a prouvé que les
gens de couleur jouiffent des premiers , & que
des millions de François font privés des feconds
, par la conftitution décrétée . Il a remarqué
combien il eft étrange , abfurde , ridicule
de ne pas s'occuper de la liberté de 600,000
Nègres , & de mettre les Colonies & la métropole
en péril pour affurer à 4 à 5 cents Mulâtres
la faculté de voter dans des affemblées
primaires , électorales , coloniales . Enfin , tâchant
d'effacer le décret du 15 mai fans le révoquer
directement , de manière à ne compromettre ni
la dignité du corps législatif conftituant , ni la
confiance affoiblie des Colons , il a lu un projet
de loi qu'il a nommé conftitutionnelle , quoique
la conftitution foit achevée , vu que celle- ci regarde
les Colonies .
MM. de Tracy & Dupont ont demandé l'a
journement à l'autre légiflature. Un ajournement
achevera de ruiner le commerce , difoit M. le
Chapelier , & « s'il falloit parler principes » je
foutiendrois que nous feuls avons le droit de
prononcer . On a fermé la difcuffion , mis aux
voix la queftion préalable invoquéc fur Fajournement
; le préfident a jugé qu'il y avoit lieu
à délibérer ; bruyantes réclamations , appel neminal
, contre
191 , en tout 498 votans il a été décidé que
la queftion ne fera pas ajournée .
& à la majorité de 307 voix Ho
Du famedi , 24 Septembre.
En attendant le produit des fols pour livre ,
& afin de fubvenir fans retard aux dépenfes
de l'ordre judiciaire & de l'adminiftration , du
imeftre de juillet 1791 , la trésorerie nationale
paiera aux directoires des 83 départemens ,
titre d'avance , la fomme de 3,313,585 liv. ,
pour les tribunaux ; & celle de 4,121,294 liv .
pour les adminiſtrations ( total , 7 millions .
434,879 liv . ) La même tréforerie payera à M.
le Couteulx , tréforier de l'extraordinaire' , 53,053 l.
14 fols , avance faite par lui pour la fabrication
des 800 millions d'affignats ; & 87,280 liv.
10 fols 6 deniers , avance pour la fabrication
des affignats de 5 liv. , & des 600 millions
décrétés .
La caiffe de l'extraordinaire ouvrira , en octobre
prochain , le remboursement des fommes
dues en réſultats du tirage fait en avril dernier
de la loterie d'octobre 1783 , montant à la
fomme de 7,200,300 liv .
On eft rentré dans la difcuffion fur les colonies.
M. Rewbell , zélé partifan des grandes refgonfabilités
d'inviolables , vouloit que le rapport
de M. Barnave fût imprimé avant la fin
de la feffion ; & que FAffemblée commençât
par difcuter felle eft encore conftituante , pour
émettre des décrets conſtitutionnels. M. Goupilleau
s'eft naturellement trouvé à cette hauteur.
« Si l'Affemblée , a dit M. de Beaumetz ,
doit décider comme aflemblée conftituante , ce
droit n'appartient évidemment à nulle autre qu'à
elle ; fi elle doit prononcer comme légiflature ,
il faut qu'elle décide , car elle a décrété qu'elle
n'ajourneroit pas. » Après ce grave dilemme
& quelques phrafes de M. d'André , on a fermé
la difcution pour difcuter plus que jamais.
Selon M. Péthion , le décret propofé déci
doit trois articles que l'Affemblée s'étoit folemmellement
engagée à ne point décréter avant
B 4
( -32 )
Ra
22
d'avoir confulté des colonies, Les déclamations
de cet honorable membre & celles de M. Rcberfpierre
fur le fajet débattu ont l'avantage
d'être fuffifainment conpues , fans qu'on le donne
la peine de les citer. Enfin , malgré l'oppofition
de M. Grégoire , M. Régnault a fait décréter
que cette affaire feroit décidée dans la féance ,
& l'Affemblée a de nouveau fermé la difcuffion.
Mais comme c'étoit toujours fur des motions
incidentes , le combat pour le fond ne
ontinuoit pas moins , avec autant de rule que
d'obftination
M, Lucasfufpendoit le fatal décret du 15 mài ,
provifoirement & envoyoit des commiilaites
Pour attendre leur rapport. M. Blin organifoit
les colonies . M. Fernond accordoit à tous les
hommes nés libres le droit de citoyens actifs
dans les colonies , en laiffant aux aflemblées
coloniales à déterminer les conditions de l'éligibilités
ainfi les gens de couleur nés libres an
toient pu être citoyens actifs à la manière des
prices françois . M. Dupont régloit du plus
beau fang-froid le commerce des colonies & de
la métropole , qui , fi on l'en croyoit , n'auroit
bientôt ni commerce ni colonies ; & il laifoit
loyalement aux affemblées colc niales l'initiative
fur les conditions de l'éligibilité,
Il n'a pas été difficile à M. Barnave de prouver
que le projet de M. Lucas n'étoit que l'ajournements
que celui de M. Dupont n'avoit aucune
analogie directe à la grande quefion de la compétence
pour faire les loix conftitutionnelles cololoniales
relatives aux perfonnes . Mais de violens
murmures l'ont interrompu , lorsqu'il a
foutenu que l'amendement de M. Fermond retiro.
t bien agrement la loi rendus par l'A31
)
semblée , que le projet du comité. D'ailleurs ,
il a répété ce qu'il avoit déja dit la veille .
Les deux premiers articles du comité ont été
décrétés ; mais de longs ,& tumultucux débats ont
fuivi, la lecture du troisième . M. de la Rochefoucault
réciamoit l'amendement de M. Fermond ,
qui l'a défendu lui-même, Epreuve douteufe fur
la queftion préalable , on dena de l'appel nominal;
on le porte de la préalable fur le fond de
J'amendement , de-là fur un fous - amendemear
de M. Banière, qui fubftitue les hommes nés
de pères & de meres libres, aux mots , les
kommes libres , & 389 vox , contre 276 décident
qu'il n'y a pas lieu à délibérer.
Après quelques débats inutes fur ld refte ,
le projet en par M. Barnave , a été décrété
, ausmilieu des huées des galeries , en des
termes que fon importa ce nous oblige de tranfcrite
littéralement 20 2
L'Aemblée nationale conftituante voulant ,
avant de terminer les travaux , alturer d'une ma-
*pière invariable la tranquillité intérieure des co-
Jonies les avantages que la France retire
defes importantes pileflions , déurète comme
articles confitutionnels pour les colonies , ce
qui fuide
11
*
:
« Art. I. L'Affeniblés nationale légiflative
faurera exclufivement , avecda fanation du Roi ,
fur le régime extérieur des colonies . En conféquence
elle fora , 1º 1s to x qui règlent les
relations commerciales des colonies , celles qui
en affudeme maintien par l'établillement des
moyens des furveillance la pourfuite , le jugement
& lopuition des contraventions , & celles
qui garauiffent Bexécutionidas engagemens entre
le commerce & les habitans des colonies ; 2 °. les
BS
( 34 )
loir qui concernent la défenfe des colenies , les
parties militaire & adminiſtrative de la guerre &
de la marine. »>››
II. Les affemblées coloniales pourront faire ,
far les mêmes objets , toutes demandes & re-
·préſentations ; mais elles ne feront confidérées
que comme de fimples pétitions , & ne pourront
-être converties dans les colonies en réglemens
provifoires, fauf néanntoins les exceptions extraordinaires
& momentanées relatives à l'introduction
des fubfiftances , lefquelles pourront avoir lieu
à raifon d'un befoin preffant légalement conftaté
, & d'après un arrêté des affemblées coloniales
, approuvé par les gouverneurs, »
« III. Les loix concernant l'état des perfonnes
non libres & l'état politique des hommes
de couleur & Nègres libres , ainfi que les règlemens
relatifs à l'exécution de ces mêmes loiz,
feront faites par les affemblées coloniales ;
s'exécuteront provifoirement avec l'approbation:
des gouverneurs des colonies , pendant un an
pour les colonies Américaines , & pendant deux
ans pour les colonies Afiatiques , & feront por
tées directement à la farction du Roi, fans qu'aucun
décret antérieur puiffe porter obſtacle au
plein exercice du droit conféré par le préfent.
article aux affemblées coloniales . »
« IV. Quant aux formes à fuivre pour la
confection des loix du régime intérieur qui ne
concernent pas l'état des perfonnes défignées
dans l'article ci - deffus , elles feront déterminées
par le pouvoir législatif, ainfi que le furplus
de l'organiſation des colonies , après avoir reçu
le you que les affemblées coloniales ont été autoifées
à exprimer fur leur conftitution
( 35 )
Du Dimanche , 25 Septembre.
Des milliers de municipalités fe permettent im
punément les perquifitions les plus tyranniques
envers les voyageurs , malgré les décrets ; l'Af
femblée légiflative a recours encore à des décrets
pour réprimer cet abfurde defpotifme . Au nom de
fon comité d'agriculture & de commerce ,
elle a
ftatué aujourd'hui que l'exportation à l'étranger ,.
des fabres , épées , couteaux de chaffe , piftolets
de poche , fufils de chaffe , pierres à fufil , de la
Poudre de chaffe & du falpêtre , n'eft pas com--
prife dans la prohibition portée par fes décrets des
21 , 24 , 28 juin & 8 juillet derniers ; que la
fortie de ces divers objets eft libre , ainfi que
celle des efpèces monnoyées à tout autre coin
que celui de France , & toute forte d'ouvrages
d'or , d'argent , bijoux ; a défendu aux adminiftrateurs
& municipaux de faire aucune vifite
les déclarations & vérifications ne devant déformais
avoir lieu qu'aux bureaux des douanes nationales
; donué main-levée des objets retenus
& prié le Roi d'opérer l'exécution d'un décier,
qu'on ne réitéreroit pas s'il eût été poffible de:
Feffectuer.
M. Camus a fat décréter que le premier
octobre les citoyens députés à la première légifla
ture Le réuniront dans la falle de l'Affemblée
nationale à 9 heures du matin , & qu'il fera pro
cédé à l'appel nominal aux termes du décret du
mois de juia dernier . »
sb w
Le miniftre de la guerre a rendu compre des
moyens de défenſe établis fur toutes les frontières.
Du côté du nord , remparts , paliffades , diguess
des inon
darions , tout obligera les ennemis de commen
miles en état de former
promptemenommen
B.&
(.36. )
*
د
cer leur attaque par des fiéges de places parfaitem
nt bien défendues. A l'égard de la Savoie
& des Pyrénées , la faifon ne laiffe aucune inquietude
; ceperdant les travaux fe font avec la
même activité que fi l'on craigno't ; il en eft ainfi
des frontières maritimes. Les nagafins font tous
pleins , & pour les fournir encore davantage , la
prévoyance du miniftre vient d'arrêter des marchés
neng ( chez les endemis peut- être &
fans doute pour des affignats ) . De Bergues à Bêfort
, il y a 128 batailions d'infanterie de ligne &
148 cicadrons de cavalerie ; s'ils ne font pas au complet
, cola viendra . Les gardes nationales volon
taires doivent toujours s'y joindre ; quelques unes
ont été arrêtées par le défaut de vêtemens ; mais
dja cet obftacle commence à fe lever. Les four-
"nitures de fafils , de gibernes , &c. éprouvent dés
retards , fournitieurs manquent de manièrès
premières Tulement ; mais ces difficultés diminuent
chaque jour . Tout eft concerté par les genéraux
, & les camps feront formés , dès qu'ils n'offriront
plus d'inconvénient ,
M. Duportail a paru concevoir d'heureufes efpérances
de la maffe entière de l'armée . Selon Ini ,
fe follat eft fatigué de l'indifcipline , excédé de fen
oifivcté , & le feunet.d ja aux loix militaires .
A la vérité , les récimens de Dauphiné & de
Beauce perfiftent dans une ép na reté coupable ;
un foldat a fait fignifier par un huiffier un exploit
en forme à fon officier - général , pour le fomner
de rendre compte de fa conduite . Mais l'achèvement
de la confiitution & l'acceptation du Roi
des François , produiront la réunion toutes
les opinións. Or , comme on le fait bien , tourle
défordre n'étoit qu'une fimple affaire d'opintor ).
Le miniftie te fate que les légiflateurs , difperfés
༣
( (-37) )
à la fin de leur glorieufe carrière pourront fe
convaincre par eux- mêmes qu'il ne leur en a pas
impelé. Ce difcours étoit trop beau pour ne fas
obtenir les honr.cars de l'impreffion aux frais- pyblics
.
M. Boullé , l'un des commiffaires envoyés fur
les frontières , a coloré le même fonds de vérité
de réflexions fur le développement & les variations
de l'efprit public toujours jufte , & par
conféquent toujours favorable à l'Aflemblée ;
de l'éloge des foldats zélés pour la difcipline au
point de regretter qu'il n'y ait pas encore un
-code Féral qui la maintienne , de l'armée heureufement
purgée de l'efprit d'ariftocratie qui la
tourmentoit depuis des fiècles ; des gardes nationales
, de leur bonne tenue , de leur inftruction
, du patriotifme qui les anime , & de M.
> de Rochambeau fur qui repole , avec juftice,
a -t- il dit , la confianec publique. Il s'eft plaint
d'un bataillon indifcipl'né que l'amuiftie rame-
Pera fûrement à fon devoir ; de la lenteur de
l'organisation des gardes nationales ; de la malveillance
qui cherche de toutes parts à troubler
la difcipline , & de ce que fes collègues n'ont
pas imprimé leurs rapports. Au reste , il n'y a
aucune difpofition hoftile au dehors ; & la conftitution
étant achevée , les fugitifs vont s'empreffer
de rentrer au fein de leur patrie heyreufe.
?
Sur la demande de M. Dillon qu'il ne fût
point accordé de fémeftres pour cette année , yu
le danger d'affoiblir des régimens qui ne font
pas complets , le miniftre a répondu que fes
lettres arculaires avoient pouryu a cet objer.
rapport de M. de Liancourt a amené un
décret qui a diftribué entre divers départemens
( 38 )
1,750,000 liv . reftant du fonds deftiné aux
travaux de charité.
L'ordre du jour appelloit la difcuffion du tra té
encyclopédique de l'éducation nationale de M. de
Talleyrand , ancien évêque d'Autun . Il concluoit
à l'établiffement d'écoles primaires ou de canton
d'écoles de diftritt , d'écoles de département ; d'un
inftitur national , de commiffaires d'inftruction
qui réfideroient à Paris , &c. M. Buzor a fou❤
tenu que l'Affemblée n'auroit pas le temps
difcuter les 7 articles de ce projet ; & les dépenfes
effrayoient.
de
Défolé du contre-temps , l'auteur s'eft réduit
modeftement à 35, articles , puis aux principales
bales , & il fe défendoit par des calculs comparatifs
ou quelques géro de plus ou de moins levoient
Toutes les difficultés .
M. de Beaumetz n'en promettoit rien moins
qu'une égalité de lumières univerfelles
M. Prieur infiftant fur l'ajournement , M.
Emmery a prétendu que M. Prieur vouloit dés
honorer l'Affemblée . MM. Biauzat & Lapoule
écartoient le projet . Le comité central d'inftruétion
placé à Paris , formeroit bientôt une corporation
indépendante , ariftocratique ; cette objec
tion de M. Camus & le défaut de temps ont
englouti le fuperbe plan de fond en comble , ente.
failant renvoyer à la prochaine législature. M. le
Pelletier de Saint-Fargeau a terminé la féance par
la lecture de tous les articles de fon code pénal
précédemment décrétés .
7
Le charlatanifme , l'efprit d'intrigue , &:
le dédain des hommes méprifables pour
Le mépris public , ont furvécu à l'ancien
( 391)
regime ; la Révolution les a même forthfiés
, & mis à leur aife. Tout ce qu'on ne
peut plus opérer par les infurrections populaires
, dont la multitude commence
à fe laffer , on le fait par l'un des trois
mobiles que nous venons d'indiquer. Il eft
conftant que les deux premiers ont détermi
né, non par l'acceptation du Roi ( la prefque:
univerfalité des avis la follicitoit ) , mais .
le ftyle , mais les motifs , mais les formes .
de cet Acte , dont on a fait pour le Prince:
une véritable & très - étrange abjuration de
fes fentimens connus. Les détails de cette
intrigue font rapportés fidèlement , aut
moins pour le fond des chofes , dans le
n°. 280 des Alles des Apôtres : ce morceau
doit fervir aux pages de l'Hiftoire. Nous
pouvons rendre témoignage de la vérité
d'une partie de cette narration; elle comprend
des faits dont nous étions pofitive
ment inftruits avant l'acceptation,
$
En deux mots ; le Roi a eu le choix de
trois déterminations .
1º. D'aller à FAffemblée Nationale , dé
clarer qu'il ne pouvoit , fans trahir fa confcience
, accepter , jurer des Loix qu'il efti
moit dangereufes & inexécutables ; qu'il
n'abdiqueroit point , parce que ce feroit
foufcrire à la violence ; que fa vie étoit entre
les mains de l'Affemblée Nationale, & qu'il
lui apportoit fa tête. Ce confeil qu'eut
donné Henri IV, n'étoit conforme ni au
aemps , ni aux perfonnes.
.
( 1.40 )
2º. D'accepter , fuivant un plan dont deux
Miniftres , & quelques ambitieux de l'Affemblée
, qui parvinrent , dit-on, à s'allurer
du concours de la Reine , confièrent
Ja rédaction à un Provençal, homme d'efprit,
nonimé Pelleno , ci -devant Sécrétaire,
ou plutôt très -utile Collaborateur de Mirabeau
: il rédigea fi bien , que fes Conr
mettans fe virent forcés d'altérer fon travail .
3 ° . D'accepter, avec des obfervations trèsfermes
fur les vices , l'incohérence , le danger
du nouveau régime. Si l'Affemblée
perfiftoit dans l'adoration de fon ouvrage ,
le Roi la déclaroit feule garante des
effets & demandoit que , pour la refponfabilité
de fes Auteurs , ils prifient les rênes
du Ministère. M. M. , Républicain étranger
, familiarifé avec les principes popufaires
, & Collègue des Adams , des Waf
hing on , dans la fameufe Convention, de
Philadelphie, rédigea , d'après ce plan , un
mémoire en Anglois qui fut remis au Roi,
L'Auteur s'y bornoit à examiner la Conftitution
dous fes rapports d'exécution , &
-prouvoit que dans l'Ordre Judiciaire, Fi-
-nancier, Adminiftrat f, Militaire , &c. , elle
létoit inexécutable. Le Roi , dont l'esprit eft
jufte , & l'inftruction; folide goûta ces
obfervations . Elles avoient été lues & dif
cutées chez un Miniftre , en préfence dés
Intrigans qui , hors d'état de les combattre,
tracafsèrent pour les rendre inutiles. Ils firent
( 41 )
fervir les Miniftres à dompter l'opinion
du Ro , qui, excédé de ces combats , fenonça
au mémoire de 1. M,, mais en
" repouffant celui de M. Pellenc
Alors de nouvelles batteries furent dreffées
: on ouvrit l'arfenal des terreurs ; on
effraya la fenfibilité du Prince. MM. Thouret
& Emmery rédigèrent une lettre qui fut
adoptée , & que le Roi envoya le furlendemain
à l'Affemblée Nationale .
Dimanche , les Tuileries & les Champs-
Elifées ont été de nouveau illuminées aux
frais du Roi , & LL. MM . ont été accueillies
par des applaudiffemens réitérés.
Un Te Deum a été chanté à la Cathédrale.
Le Roi a fait diftribuer s0,000 liv. aux
pauvres,
Les nouveaux Députés nommés à Paris ,
font MM. Bofcary , Quatremère de Quincy,
Ramond , ancien Secrétaire du Cardinal de
Rohan, & Traducteur du voyage de Coxe en
Suifle , Robin , Avocat , de Bry , Condorcet,
& de Pardailhan.
M. Thévenard a quitté le Ministère de
la Marine M. de Bougainville a refufé de
le remplacer l'emploi eft encore vacant.
On parle aufli de la prochaine retraite
de M. de Montmorin , & de M. de Mouftier ,
ou de M. Barthelemi , comme devant lui
fuccéder.
( 42 )
-
Il n'eft perfonne , je crois , dans le
Royaume , qui n'eût regardé comme une
dette de l'Affemblée , & attendu de fon
refpect pour la Nation , l'état comparatif
de fituation , où elle a pris & où elle laiffe
les Finances publiques. Lorfqu'on l'a vue
éluder ce tableau indifpenfable , & réduire
la connoiffance de la fortune de l'Etat à
des rapports fimulés , teints de la plus
groffière charlatannerie , & fouftraits à la
difcuffion , on a vivement réclamé contre
fon filence. Pour y perfévérer fans trouble ,
les Meneurs actuels ont attribué ces réclamations
à l'Ariftocratie ; il ont ellayé de
perfuader au Peuple qu'elles décéloient une
nouvelle confpiration , & que , fans trahir
l'Etat , on ne pouvoit exiger de comptes
d'une Affemblée qui a réuni , exercé toutes
les fonctions de la fouveraineté la plus
illimitée. C'eft avec cet argument populacier,
avec cet appel au fanatifme de Parti , &
à l'impudence des Agioteurs , que le finueux
M. d'André a repouflé une demande.
que la raifon , que le patriotifme devoient
dicter à la France entière .
Au lieu d'un bilan politif , appuyé de
pièces juftificatives , M. de Montefquiou eft
monté à la Tribune , armé d'un cahier ,
où, à travers des déclamations , des flagorneries
à l'Aflemblée , des infultes à tous
les Miniftres qui ont géré les Finances ;
des évafions , des réticences , & du ton de
( 43 )
péfomption le plus révoltant , on a dif
ungué une férie de recettes & de dépenfes
hypothétiques , préfentées comme l'état effeetif
de nos Finances. Il exiftoit un moyen
fimple de fauver du naufrage ce prétendu
compte , au moins jufqu'à la diffolution de
Aflemblée , c'étoit de le déclarer inviolable
& de rejetter toute difcuffion . On a.
pris ce parti , & un état de plufieurs mit
lards a été adopté , de confiance , en un
quart d'heure.
Les differtateurs font enfuite furvenus
pour apprendre à la France , que , fuprême.
Ordonnatrice , l'Affemblée ne devoit aucun
compte public , & qu'au furplus , les cu
rieux pouvoient aller fouiller les cartons du
Comité des Finances.
Cette réfolution eft d'une hardieffe , qui
fuppofe de la part de fes Auteurs une confiance
parfaite dans livreffe nationale , &
de la part du Peuple , un fanatifme de
fécurité qui prouve combien peu la liberté
a change fes anciennes habitudes.
Mais le preftige ne durera pas longtemps.
I eft vrai que la nouvelle Législature
pourta juger utile de fe plonger ,
fans examen , dans le cabos de nos Finan
ses , pour étayer de l'obfcurité où les
abandonnent fes prédéceffeurs , dans le cas
où elle ne parviendroit pas à s'en tirer ; ou
de leur défordre précédent , pour mieux
( ( 44 )
faire reffortir la lumière , s'ils réuffiffentà
Pysporter. Worst choral en oppg
Il eft vrai encore que les nouveaux Con-
Meillers du Roi , en le détournant d'exiger
aucun compte de l'Aflemblée nationale ,
lui ont impofé , par la forme de fon acceptation
, la garantie , la refponfabilité da
fort futur des Finances publiques ; en forte
que regardé comme complice de leur
bouleversement, on paiffe lui imputer les
catastrophes de l'avenir.
Ces différentes foutces de lumières étant
fermées ; fe promettroit on une longue
durée des illufions ? Erreur. La vérité ne
deviendra que trop manifefte par leurs effets.
Plufieurs hommes éclairés travaillent à les
prévenir , en portant la fonde dans cette
plaie approfondie , & en déroulant l'entortillage
des faux expofess
:
M. Bergaffe , entr'autres , s'eft impofe
publiquement cette tâche il la remplira
fcrupuleufement , en Citoyen dont la pro
bité politique n'a jamais compofé avec les
intrigues , avec les artifices , avec les intérêts
de l'hypocrifie. Déjà , il vient de
répandre des Obfervations préliminaires far
le rapport de M. de Montefquiou ; obfer
vations où il laiffe fans reffource le com²
mode fophifme , à l'aide duquel M. d' An
dré & fes Collégues délivrent l'Affemblée
de toute comptabilité. Ce morceau doit
<
( 45 )
porter l'évidence dans les yeux les plus
aveuglés.
י ד
37
« Il eft bien certain , en général , dit M. Bergaffe
, qu'il n'eft pas de la nature de la puiflance
légiflative d'être fufceptible d'aucune espèce de
relponfabilité ; car qu'est-ce qui ferc it ,juge de
fa refponfabilité ? Ce ne pourroit être que le
depofitaire fupreme du pouvoir exécutif ; &.
de fuite que fi on lui accordoit
une telle prérogative , l'efclavage des peuples
en feroit,la conféquence (1). "
on
t 8
2
Mais fi une Affemblée législative , dans
un Etat eft , parvenue s'arroger tous les
pouvoirs ; elle juge , fi elle exécute , fi elle
adminiftre quand elle veut ; fi tous les agens ,
de la guiffance publique lont à fon égard dans
la plus fervile dépendance , n'a- t - ele aucun
compte à rendre à la Nation , dont , après tout ,
elle n'eft que mandataire ? Dans tous les points .
où elle n'a pas agi comme Puiffance légiflative ,
mais comme Pulliance exécutrice , ou adminif
trante , qui
lui eft accordé en la qualité feulement de Puiffance
légiflative ? "
peut-elle le prévaloir
du privinif
« Voila la question .
1.2.A
Pour la refoudre n'eft befoin que, de
fe demander ce qui réfulcroit d'un pareil fyl
tême. Il ne faut que voir quel défordre épou
vantable produiroit , dans un Empire , un Afidsluoglet
(1 ) Le Prince ne doit en aucun cas juger juge
le Corps legitatif ; mais il faut qu'il puiffe farrêter
dans les entreprifes , & qu'il ait dans les
mains un pouvoir efficace d'empêcher l'extenfion
dangereufe de ion autorite.
( 46 )
femblée législative qui , le prétendant inviolable
, difpoferoit à lon gré , & fans être affujettie
à aucune espèce de refponfabilité , & de
adminiftration , & des Finantes de l'Etat . II
ne faut que fe demander fi la fortune publique
& la propriété particulière feroient bien reſpectées
dans un tel ordre de chofes ; il ne faut que
confulter un peu l'expérience , & rechercher ,
par exemple , fi ce n'eft pas par le contrôle
réciproque des autorités que l'on contient chacune
d'elles dans leurs limites refpectives , h
fur- tout on a imaginé , chez aucun peuple civilifé
, de confier la Puiffance & la difpofition
de l'impôt & des Finances à des hommes affranchis
de toute efpèce de comptabilité &
quand on fe fera bien convaincu que cette for
tife n'a été imaginée nulle part , alors , peutêtre
, fe permettra-t- on d'examiner , avec quel
que févérité , le nouveau dogme politique que
vient de proclamer l'Affemblée Nationale : & s'il
eft démontré qu'il ne peut opérer que la ruine
des Peuples , & une grande mifère à côté d'une
grande fervitude , alors peut-être auffi comprendra-
t-on qu'une inviolabilité qui s'étend
non -feulement fur les facultés légiflatives d'une
Affemblée , mais auffi für fes actions politiques
& civiles , eft , entre toutes les erreurs en le
giflation , certainement la plus faneſte & la plus
déplorable . »
Si l'Affemblée a difpofé de l'adminiſtration. .
des Finances , elle est donc inconteftablement .
refponfable . »
Mais a -t- elle difpofé de l'adminiſtration
des Finances ? »
«
anc
l'en
croire
,
non
;
&
cela
,
parce
qu'elle
n'a
pas
manié
l'argent
des
Contribuables
, »
>
( 47 )
Mais n'y a-t-il que cette manière de difpofer
de l'admini tration des Finances ? N'avoit-on pas
penfé jufqu'à préfent , qu'adminiftrer les Finances ,
c'étoit déterminer des recettes , fixer des perceptions
, ordonner des paiemens , faire droit fur des
demandes fifcales , infpecter toutes les dépenfes ,
pourvoir à tous les befoins , remplir le tréfor
public tant bien que mal quand il eft vides
le vider tant bien que mal quand il eſt plein ?
Et l'Affemblée n'a- t- elle pas fait toutes ces
choſes ; n'a-t -elle pas fait pis ou micux.comme
on voudra , n'a-t- elle pas bouleversé tout le ſyſtême
de nos impofitions , qui certainement étoit
très-mauvais , mais enfin qu'il ne falloit pas
bouleverser fans remplacer à mesure qu'on détruifoit
n'a-t-elle pas englouti d'immenfes propriétés
pour fubvenir au vide qu'elle opéroit elle-même
dans les perceptions , par l'affoibliffement raifonné
du Pouvoir exécutif; n'a - t-elle pas tenu
à fa difcrétion le tréfor public , & cette fameule
caille de l'extraordinaire , qui a plutôt été la caiffe
prodigue de fa dépenfe , que la caiffe économique
des Créanciers de l'Etat; n'a-t- elle pas fait des
emplois particuliers de fonds pour les Départemens ,
pour les Municipalités , pour les Hôpitaux , &c.
Toutes les liquidations n'ont- elles pas paffé par fesmains
, & y a-t- il dans le Miniſtère des Finances
un feul individu qui ait été autre choſe que le
Simple Exécuteur de fes volontés ? »
« Et on dira qu'une telle Affemblée n'a pas
adminiftré , & on prétendra qu'elle ne doit aucun
compte ! »
J'ignore ce que fera la feconde Légiſlature ;
mais je fais bien qu'elle le rendra coupabie
du plus grand de tous les crimes , celui de fe
jouer de la fortune & de l'existence d'une grande.
( 48 )
Nation , fi au moment de fon inftallation elle
n'exige pas que les divers Comités de l'Affem
blée qui le font occupés de gérer nos Finances ,
& ceux qui ont applaudi au rapport de M. de
Montefquiou , & ceux qui ont empêché qu'il
ne fût difcuté , garantiffent , par leurs fignatures ,
& atteftent fur leur honneur , & au pérd de leur
tête , la véritéde ce rapport! » P
d .
Dans les notes qui fuivent cette préface da
prochain ouvrage de M. Bergaffe , iill trapproche
les faits authentiques , des allertions raisonnées de
M. de Montefquiou. Il prouve , par exemp'e
qu'au mois de juin fuivant, M. Amelot & le comité
d'aliénation n'ont porté qu'à 2,452,227,758
liv . la valeur eftimée des biens nationaux vendus
& à vendre , y compris les bois & forêts déclañés
inaliénables.
Au mois de feptembre , M. de Montefquiou ,
d'un trait de plume , élève les biens nationaux à
2,900,080,082 Rv. juftes , fans y comprendre &
les bois & forêts , avec fefquels il forme un
capital de 3 milliards 300 millions,
Différence entre le compte du mois de juin
& celui de feptembre , 848 millions .
millions.or
La libéralité de M. de Montefquiou n'eft pas
moins grande für les recettes ; mais le chapitre
des dépenfes eft véritablement curieux, M. Be
gaft relève quelques- unies des exagerations & des
omiffions frappantes de ce Raorteurà deurmathy, a
Il a omis , entr'autres , fur la dette exigible ,
pour la portion des villes mifes à la charge de
la nation , au moins 100,000,000 liv.
( Lyon feul do so millions . ) * STONE
Le Teizième des ventes de biens nationaux
allouées aux Municipalités ; 75,650 coliv!!
wani ni sh Les
·( 49 )
•
Les ventes fufpendues , comme celles dos
biens appartenans aux Colléges & Hôpitaux ,
275,000,000 liv .
Le rachat des mouvances & rentes fodales ,
objet de 100 millions au plus , en 30 ou 40
ans , porté à l'actif actuel pour 300 millions
200,000,000 liv . '
Les reprifes de la caiffe de l'extraordinaire ,
portées à 100 millions , & qui n'en valent pas
50,000,000 liv,
La vente éventuelle de ce que M. de M.....
appelle taillis épars , & qu'il a fait venir des
bords du Miffiffipi pour en peupler la France ;
300,000,000 liv.
Voilà donc fur fix articles feulement de recettes
extraordinaires , une erreur d'UN MILLIARD .
сс
Ce n'est là , pourfuit M. Bergaffe , qu'un
premier apperçu du compte de M. de Montef
quiou. Quand je le difcuterai férieufement , il
faudra s'attendre à de bien plus étranges réfultats
»:
DES FACTIONS QUI DIVISENT LA FRANCE.
( Suite du Morceau commencé au N°. 38. )
A Paris comme à Verſailles , jamais il n'y
cut unité d'opinion ni deconduite, foit dans
le côté droit, foit dans le côté gauche de l'Af
fembléeNationale. L'un & l'autre fe composèrent
d'élémens fimilaires , rapprochés par
les circonftances , mais de nature à fe défunir
dès que leur intime coalition cefferoit d'être
néceſſaire à leur défenſe , ou à leur fuccès .
Dans la fection de la droite , ainſi que
N°. 40. 1". Odobre 1791. C
dans le royaume , le Parti qu'on a géné¬
falifé fous le nom d'Ariftocrate , parce
que celui de Royalifte eût été moins
odieux , a prefque autant de branches que
d'individus.
Η
Il compte d'abord quelques hommes ;
en petit nombre , qui haïffent la Révolution
, par antour de l'ancien régime & des
abus , ou la liberté par amour de la paix.
Ils regrettent le temps où la Nation n'in-
Auoit fur le Gouvernement que par l'empire
inconftant de l'opinion ; où la force
de la Couronne , beaucoup trop grande
contre les individus , fléchiffoit devant les
entrepriſes des Corps puiflans ; où les
dignités , les places , les récompenfes , abandonnées
à des cabales de Cour , étoient
devenues , contre l'efprit de la Monarchie ,
le patrimoine de quelques familles , & le
prix de l'intrigue , où des Miniftres paffagers
traitoient la Légiflation & PEtat
comme la toile de Pénélope , en s'étudiant
à faire & à défaire tous les fix ans ; où les
volontés arbitraires de ces Interprêtes du
Monarque , avoient l'efficace de la Loi ; où
la mobilité perpétuelle des inftitutions réfultoit
de cet arbitraire , enforte qu'à la
voix d'un Empyrique entreprenant & accrédité
les divers états de la fociété
changeoient de formes ; nul n'étoit für de
fa pofition pendant deux Miniftères fucceffifs
: où à la foibleffe , à l'inſtabilité du
ལ ”
བྷ་
( 51 )
pouvoir législatif , fe joignoit l'indépendance
oppreflive des Agens d'exécution ;
où feuls arbitres des befoins publics , deux
ou trois Miniftres , en fe conciliant , pouvoient
à leur gré impofer la Nation , la
ruiner par des emprunts , forcer toujours
la recette pour atteindre la dépenfe , au
lieu de fubordonner la dépenfe à la recette ,
& couvrir par des preftiges le défordre
des finances, avant-coureur d'une cataſtrophe
générale ; où l'autorité Royale fe perdoit
dans les canaux irréguliers & innombrables
de la Burocratie ; où la liberté pérfonnelle
n'avoit d'autre fauve garde que
la douceur du Gouvernement & la
bité des Gens en place ; où; enfin , malgré
l'appareil de fes forces , & la plénitude
defa puiflance , l'autorité fouveraine pliant
fous fon propre excès , s'ébranloit ellemême
par les vacillations , & ne connoif
foit plus cette énergie tempérée , mais
continue , fans laquelle tout Gouvernement
penche vers fon déclin.
pro-
Ceux qui convoitent le retour de ce
défordre politique , qui renfermoir tous les
inconvéniens de la Monarchie fans en
avoir les avantages ,one font autre chofe
que réclamer une nouvelle Révolution,
Replacez la France & le Trône fur les an-
-ciens écueils , il y périra une feconde fois ,
& par les mêmes caufes car, auffi long-
2temps que, l'autorité du Prince no sued
C 2
( 52 )
2
pas fur le fondement des Loix , du moment
où fon armée vient à lui manquer,
elle refte fans défenfe & fans reffources.
Malheureufement , aux hommes conduits
par les anciennes habitudes , à quelques
courtifans favorifés , à certaines ames
avilies , fur lefquelles le fentiment de la
liberté ne peut avoir de prife , fe réuniffent
, de jour en jour , pour defirer l'ancien
Gouvernement , des mécontens ré-
-voltés des excès de la Révolution , qui
-dans leur humeur jugent la Nation indigne
d'être libre , & qui préfèrent unjoug
paifible à l'oppreffion fanglante de l'anarchie.
Si la sûreté des biens & des perfonnes
ne fe rétablit pas très-promptement ; fi la
tyrannie des Clubs , des Inquifitions , des
Adminiftrateurs ; fi l'impunité des crimes ,
fi la foibleffe des Tribunaux & de la Police
publique , fi les innombrables vexations
, par lesquelles on fatigue tout ce qui
avoit un rang , un nom , un grade , une propriété
confidérable , ne difparoiffent pas
inceffamment ; fi , fans égard aux fervices
rendus à l'Etat , les emplois continuent à
être la proie de la médiocrité , de la fureur
& de la préfomption ; fi les talens de circonftance,
le babil révolutionnaire , & l'hypocrite
affectation de popularité font les
feuls titres reçus à l'Adminiſtration publique
, l'ancien régime gagnera chaque
jour des partifans. Il faut l'avouer , dans
Phideufe comparaifon de fes abus , & de
la déplorable fituation où l'on a réduit la
France , la tranquillité du Pouvoir abfolu
regagne des attraits.
Une feconde claffe du Royaume , &
du côté droit de l'Affemblée , claffe fur
laquelle portoient fpécialement les coups
d'autorité arbitraire , & qui la première
fonna l'alarme contre elle , redemande une
véritable Monarchie ; mais avec des Etatsį.
Généraux , avec trois Ordres , avec des
Parlemens tuteurs du Trône , & Juges
fouverains par droit de Finance ; avec un
fyftême politique qui donnant à deux
claffes éminentes de la Société , la moitié
de la fouveraineté publique , en attribueroit
le refte aux de la Nation , &
au Monarque. Ce Parti prétend retrouver
dans ce fyftême la véritable Conftitution
Françoife , telle qu'elle exifta fous
Charlemagne & fous Clovis . Comme le
Gouvernement François , à ces époques
fi diffemblables de la nôtre , a fourni la
matière de cent mille controverfes entre
les Hiftoriens & les Publiciftes , & que
ce fanal eft éteint dans les brouillards épais
de nos Loix confufes & de nos ufages contradictoires
, on ne peut confidérer cette
Conftitution primitive , fi jamais elle exifta ,
que fous le rapport d'une hypothèſe. En
conféquence , le fort de la France dépendroit
d'une lutte entre les fyftêmes hiſto-
C 3
Liques , & les fyftêmes métaphyfiques . Leparti
très- nombreux qui adopte ces opinions
, rejette toute autre combinaifon
mixte & Monarchique en facrifiant fes
priviléges civils , il tient plus fortement
fa précédente exiftence politique : il
contefte à l'Affemblée nationale , même le
titre de la fienne , après avoir délibéré deux
ans dans fon fein. S'étant piqué de con
fiftance dans fes démarches , beaucoup plus
que de politique , il a montré la fermeté
a outrance , que fes Membres euffent dé
ployée devant une armée ennemie , fans
empêcher , néanmoins, que fon féjour pers
manent à l'Affemblée nationale ne légitimât
la force qui le contraignit d'entrer , & ne
détruisît l'effet de fes proteftations .
Inconciliable avec les autres fections
politiques , & ayant proclamé plus d'une
fois fa réfiftance à tout accommodement,
fi , par hypothèfe , on le replaçoit à l'ou
verture des Etats- Généraux , il est à croire
qu'il choifiroit encore les retranchemens
dans lefquels il a été battu.
En obfervant que cette Faction embraſſe,
entr'autres , la majorité du Clergé de tout
étát , de la Nobleffe militaire , de la Nobeffe
de robe , de la Nobleffe agricul
trice , des grands Propriétaires de tout
Ordre , on aura le thermomètre de fa chaleur
, & la raifon de fon inflexibilité . Rien .
ne confolide mieux les opinions que la vio-
'
( 655 )
lence des opinions contraires : rien n'aigrit .
irremediablement les fentimens, comme une
adverfité continuelle . Ceferoit trop attendse
de la nature humaine , que d'exiger de la
condefcendance de la part de ceux que
l'on immole impitoyablement , de leur
précher le renoncement à foi -même , à
l'inftant où l'on envahit jufqu'à la liberté
de fe plaindre des injuftices , & de compter
fur la bienveillance des opprimés, au milieu
des coups redoublés de l'oppreffion . Ces platitudes
philofophiques des Rhéteurs du côté
gauche & de fes Ecrivains , qui , en fe
livrant à la fureur de leurs paffions & de
leurs préjugés , exhortent leurs adverfaires
à être fans paffions & fans préjugés , font
d'une hypocrifie trop prononcée.
Dans aucun Pays , dans aucunes Révolutions
, nulles claffes de Citoyens ne
furent l'objet d'un acharnement compara
ble à celui qui a frappé le Clergé & la Nobleffe.
On les a facrifiés à des Confrères pour
lefquels ils avoient montré du mépris , à la
cupidité des Agioteurs , aux tripots de la
Banque , aux calculs des Avocats , & à la
vanité de quelques Bourgeois. Après les
avoir dépouillés de leurs propriétés ; après
avoir livré leurs vies à la justice des brigands
, on leur a ôté le patrimoine de leurs
noms , & la confervation de leur état
civil. N'y eût- il qu'une feule Famille , ( & il
y en exifte des milliers ) à qui des fervices
C 4
(58 )
publics avoient procuré la Nobleffe , cette
récompenfe étoit la plus facrée des dettes
de l'Etat reprendre cette donation fars
indemnités , c'étoit violer la foi publique',
déshonorer la juftice & Phonneur national.
Cependant un de nos Légiflateurs vient de
condamner AU CARCAN , tout Gentil
homme qut oferoit fe fouvenir de cette
propriété indeftru &ible ; mais il eft vrai
que ce Légiflateur eft l'apologifte des forfaits
des 5 & 6 Octobre ( M. Chabroud ).
Retranchés de la protection des Loix , le
nouveau régime les exclut par le fait de
toute participation aux emplois publics ,
en livrant toutes les Elections à la multitude
, l'éligibilité à des conditions dérifoires
, & les Propriétaires à la force du
nombre qui n'a rien. Pour réunir tous les
fléaux fur ces claffes exterminées , on les a
courbées fous le glaive de l'opinion populaire
: dix mille Cerbères ont été chargés
de les couvrir de leur bave, & de multiplier
les hurlemens . Citez un outrage , un genre
de diffamation , un mode d'infolence féroce
qu'on ait épargnés au Clergé & à la
Nobleffe. Et lorfque les défenfeurs de ces
deux Ordres ont tenté , mal- adroitement ,
à la Tribune , de difputer le terrein des
invafions , eft - il un acte de defpotifme ,
par lequel on ait omis de violer leur
liberté , & de leur arracher la parole ?
*
Placés entre les périls du dedans & ceux
( 57.)
du dehors , entre les hoftilités des galeries
& celles des phalanges de Mirabeau , entre
les infultes perfonnelles & l'Abbaye Saint-
Germain , entre les éclats de rite qui célébroient
l'incendie de leurs châteaux , & les
clameurs qui , dans le quart d'heure , brifoient
trente fois leurs opinions ; leur inutile
, leur infatigable perfévérance , eft de
tous les évènemens de la Révolution , le
plus difficile à expliquer.
Je n'imagine pas qu'on puiffe regagner
des coeurs fi profondément offenfés. A
force d'excès , on a juftifié leurs reffentimens
, exalté leur défefpoir & enraciné
leurs opinions. D'un parti dont il
eût été poffible de modifier les principes ,
& d'attendre un efprit de conciliation , on
a fait une Faction indeftructible , qui fe
ralliera toujours au fouvenir de fes fouffrances
, à moins que l'incurable frivolité ,
& l'inconfiftance habituelle d'hommes
énervés par les moeurs de la Cour ou de la
Capitale , ne fuffifent à la diffoudre , fi une
fois on veut lui accorder la sûreté.
Tel eft le fruit de l'injuftice & de l'abus
de la force , que , non-feulement ils éternifent
les animofités , mais , qu'en rendant
les actes oppreffifs toujours plus néceffaires,
ils détruifent encore le principe de la
modération chez les opprimés. Ceux- ci ne
voient plus de milieu entre leur abaiffe- .
ment , & une vengeance complette : ils
C
S
( 58 )
1
évitent de fraternifer , même avec les Mé
contens dont l'indifpofition a un autre
caractère , & de s'unir à aucun plan qui
rapproche les diſtances.
Un troisième Parti d'oppofition , aufli
défavorable que le précédent à la Démocratie
Royale , inftituée par la Majorité ;
auffi révolté des atrocités , des injuftices &
des violences , par lefquelles on eft parvenu
à fondre les principes de la Révolution
dans ceux de la Conſtitution , eſt
placé fur une a tre ligne politique. H
n'a vu en France que des états & point
d'ordres ; ainfi que l'indique , la dénomination
d'Etats - Généraux , qui compre
noient l'état de l'Eglife , l'état militaire ,
foit de la Nobleffe , & le troisième état
foit de tous ceux qui n'étoient ni Militaires
, ni Eccléfiaftiques. En opinant à
réunir ces trois états dans une première
Affemblée commune , ils entendoient en
conferver les diftinctions , la hiérarchie ,
& les prémunir contre les atteintes des
Communes , par une réunion condition
nelle , par un traité pofitif & obligatoire.
Tel fut le fens littéral des Mandats du
Dauphiné , dreffés par les trois Ordies en
commun , facrés par conféquent pour tous
les Députés de la Province , & où la limite .
des facrifices fut mife fous la garde de la
plus folemnelle tranſaction.
En redonnant aux Communes le degré
( 59 )
d'autorité , de force , & d'indépendance ,
qui devoient les mettre en équilibre avec
la puiffance Royale & les deux premiers
états de la hiérarchie , ce Tiers - Parti ,
n'imaginoit point qu'elles duffent engloutir
la fouveraineté publique , ni fe frayer la
route à la Déniocratie , en abattant à
coups de hâches les diftinctions préexiftantes.
Il projettoit de réformer le Clergé
fans l'avilir , de diminuer fon opulence fans
le dépouiller , d'étendre le bienfait de la
tolérance , fans ôter à la religion de 22
millions de François les droits d'une Religion
nationale.
Il fe fût regardé comme coupable d'ufur
pation & de tyrannie , s'il eût porté la
moindre atteinte aux propriétés particu
lières , fous prétexte de befoins publics ; il
ne foupçonna jamais cette politique philofophique,
qui fupplée àl'impéritie par une
injuftice hardie , & qui ruine des claffes
entières de Citoyens , pour fauver la fortune
publique.
Confidérant l'Affemblée nationale
comme Députation conftituante , fubordonnée
à fes Mandats & au concours libre
de la volonté du Prince , il lui reconnoiffoit
le droit d'organifer , de concert
avec le Roi , l'inftitution des Pouvoirs
politiques fondamentaux , & par conféquent
, défavouoit fa compétence
exercer aucun.
en
C6
( 60 )
Ayant defiré une Révolution par laraifon
& la juftice , non par l'intervention d'une
multitude furieufe , & par les crimes de
l'anarchie , il ne foupçonna point , que ,
fans néceffité , on enfanteroit celle - ci , pour
avoir l'occafion de placer dans la Délégation
conftituante ,l'univerfalité des Pouvoirs
publics , la Légiflation , le Gouvernement
, l'Adminiftration , le commandement,
la compofition des armées , la police
publique, la geftion détaillée des Finances ,
& la puiffance judiciaire.
Aux actes de cette fouveraineté , fans
exemple , ils opposèrent deux barriè
res , le droit de ratification par le Peuple
, & le droit de ratification par le
Roi. M. Mounier , l'un des Membres les
plus diftingués de ce Parti intermédiaire ,
repréfenta avec énergie , au mois de Septembre
1789 , la néceffité d'un pareil , frein .
Les Conftituans , difoit-il , ayant reconnu
l'exiftence du Pouvoir du Monarque ,
» les Délégués ne doivent pas en difpofer
» arbitrairement. Avant de figner la Conf-
» itution , le Prince peut demander des
changemens s'ils étoient contraires à
» la liberté , l'Affemblée feroit en droit
» d'appeller à fes Commettans. Le Prince
» a auffi la même faculté , dans le cas où
les Députés s'écarteroient des intentions
» Nationales. » Peu de Perfonnes , même
parmi la Nobleffe , foutinrent cette opi(
61 )
nion ; mais nul n'ofa en contredire la juf
telle (1 ).
Dans le fyftême de ce Parti , & conformément
aux bafes éternelles de toute
Monarchie qui veut allier la liberté des
Loix à leur fageffe , & la ftabilité des Inftitutions
au repos public , la Puiffance
législative étoit divifée , & la Puiffance
exécutrice rigoureufement concentrée dans
la perfonne du Monarque.
On déclaroit , fans s'attribuer le droit
de l'inftituer , l'hérédité de la Couronne
& fon inviolabilité dans la Race régnante .
On reconnoiffoit dans le Prince , non- feulément
le pouvoir du Chef fuprême , in-
(1) Un homme qui ne montra jamais que des
idées de circonftance , verfatile comme tous les
Fadieux , Royalifte par principes , Démocrate par
intérêt , foumettant fans ceffe fa raifon naturelle
à fes paffions , indifférent au bien & aa
mal , au jufte & à l'injuste , fuppléant au génie
par l'effronterie , au talent d'employer des moyens
légitimes , par une profeffion publique d'immoralité,
& s'étant fait Chefd'une école, dont le principe
eft qu'un homme pervers dans fes habitudes ,
fes affections , fes actions privées , eft précisément
le plus vertueux des Citoyens & le plus propre
à gouverner l'Etat ; Mirabeau , en un mot , après
avoir foutenu aux Communes , qu'aucune de
leurs délibérations ne pouvoit le paffer de la
Sanction libre du Roi , foutint alors , contre M.
Mounier, qu'aucune délibération de l'Ademblée
n'avoit beſoin de la Sanction libre du Roi.
( .62. )
dépendant ; & unique d'exécution ; mais
encore les attributs & les fonctions de la,
Royauté. En conféquence , il reftoit formellement
partie intégrante du Pouvoir
Légiflatif , par la néceffité de fa fanction ,
& par l'indépendance de fa négative ab
folue. Seul Repréfentant de la fouveraineté
nationale , fa prééminence fur tous les autres
Pouvoirs étoit confacrée par des formes ,
qui lui affuroient la Majefté , & le ſecours de
l'opinion . Chef de la Juftice , il n'étoit point
exclus de toute participation au choix des
Magiftrats , & à la pourfuite des délits
publics. Chef fuprême de l'Adminiſtration ,
les Adminiftrateurs fous fes ordres n'échap-..
poient point à fes commandemens légaux
en reftant exclufivement foumis à la nomination
du Peuple , & au feul jugement du
Corps Légiflatif. On ne balançoit point
fon autorité fur les Milices de l'Etat , par
une armée abfolument indépendante , fous
le nom de Gardes Nationales , en lui enlevant
même la facuité de licencier une
Compagnie dans l'armée de ligne. La refponfabilité
de fes Miniftres devoit être fixée
de manière à protéger les Loix & la Liberté ,
fans énerver l'action du Gouvernement ,
fans affervir tellement ces Agens à la Légillature
, qu'ils devinffent les efclaves de
quelques Démagogues , pour meurtrir de
leurs fers & le Roi & les Citoyens.
,
En fupprinant la repréſentation par
( 63 )
Ordres , on confervoit aux premières
caffes de la fociété , les diftmctions qui
n'offenfoient ni la liberté , ni la propriété ,
ni l'égalité politique. On préféroit de régler
ainfi , & de limiter l'influence déjà
exiftante des rangs , pour prévenir les
troubles qui accompagnent let inévitable
rétabliffement ; pour préferver l'Etat des
chocs inévitables & inimédiats entre le
Peuple & le Monarque ; pour intéreſſer
ces claffes intermédiaires à la liberté publique
& à la durée de la Conftitution;
pour tempérer , enfin , l'infolente & vile
ariftocratie de la richeffe fans naiſſance ,
fans mérite , fans émulation d'honneur,
fans efprit public.
Un grand Empire ne pouvant , fans
d'horribles inconvéniens , exifter fans grands
Tribunaux , on inftituoit des Cours Suprêmes
de Judicature , où la Magiftrature
confervoit la dignité néceffaire à l'impor
tance de fes fonctions . On hi affocioit des
Jurés au Criminel , mais de véritables Jurés,
toujours Pairs des Parties ; & fi l'on exige
des Jures Anglois 20 livres fterlings de revenu
libre territorial , on en eût exigé
trente dans un pays , où le caractère national
& la nouveauté de l'inftitution follicitoient
une caution plus forte.
Par la confidération toute puiffante que
la France eft un pays agricole , & que que les
feuls propriétaires des terres ont un intérêt
( 64 )
fouverain au maintien des Loix & de
l'ordre , le plus grand fardeau des dépenſes
publiques à fupporter , & feuls le caractère
d'indépendance , effentiel à des Délégués
du Peuple , on leur confioit exclufivement
la fonction de le repréſenter , &
l'habileté à élire fes Mandataires , réunis
Men Chambre des Conimunes.
On détruifoit l'aliment du Démagogifme ,
le fléau des abus de l'éloquence dans une
Affemblée , la fougue infenfée des délibérations
, la tyrannie d'une Majorité , &
l'inévitable ufurpation d'un feul Corps
exclufivement repréfentatif de la volonté
prétendue générale, par l'établiffement d'un
Régulateur , d'une première Chambre , réfervée
aux Députés électifs de la Nobleſſe
& du Clergé ; & aux Citoyens de tout
Ordre , diftingués par de grands fervices ,
ou de grandes propriétés , que le voeu du
Roi auroit appellé à cette Magiftrature Sé-
'natoriale .
Cette inftitution pouvoit fe combiner
de plufieurs marières : il a exifté parmi
ceux qui la propofoient , différentes opinions
plus ou moins propres à fe concilier
avec les intérêts , avec les prétentions
de tous ; excepté avec le nivellement démocfatique
, ou avec l'ambition d'une
Ariftocratie repréfentative qui , voulant
gouverner autant que faire des Loix , fe
délivreroit du frein d'une feconde Chani(
05).
bre comme du frein de l'Autorité
Royale.
Pendant deux mois , Août & Septembre
1789 , le Parti dont nous venons d'analyfer
la doctrine , balança les entrepriſes
des Démocrates , & les regrets des deux
premiers Ordres . La Majorité du Comité
de Conflitution & deux Miniftres ( MM.
l'Archevêque de Bordeaux & de St. Prieft)
avoient embraffé cette dernière planche du
naufrage ; mais une partie du Clergé , &
la Nobleffe prefqu'entière la repoufsèrent.
Un plan fi modéré , fi propre à abréger
les défaftres de la Révolution , & à écarter
un bouleverfement univerfel , convenoit
encore moins aux Profeffeurs d'anarchie ,
aux Républicains , aux Confpirateurs . Les
favans forfaits du mois d'Octobre , & l'ang
rivée de l'Affemblée à Paris , confemmè
rent l'écrafement de ce Parti , beaucoup
plus odieux aux Révolutionnaires , & plus
sedouté que les deux premiers Ordres.
Sans Chefs , fans plan de conduite , fans
concert parfait d'opinions , fa confiftance
ne pouvoit réfifter à la trahifon d'une partie
du Miniftère , à la foibleffe de la
Cour, au reffentiment des deux Ordres
ruinés , aux intrigues des Factieux , à l'invafion
de la multitude dans les délibérations
de l'Affemblée. Les piques & les
poignards étant devenus les arbitres de nos
Loix , MM. Mounier , de Lally , le reſpec
(666)
table Evêque de Langres , & plufieurs
autres dont l'intégrité égaloit les lumières,
fe fouvinrent des beaux vers d'Addiſſons
when impious men bearfway,
The poft ofhonour is a private ftation .
Après la retraite de ces hommes
que Paris
effaya de lapider, & que l'hiftoire vengera ,
leurs partifans , au nombre defquels fe trouvoient
encore des caractères nobles & des
efprits fupérieurs fe fondirent dans le
côté droit de l'Affemblée ; mais en confervant
leurs opinions , chaffées au vent
des préjugés populaires , ainfi que celles
des Ordres condamnés . Cette coalition de
néceflité , reffembla aux armées, combi,
nées , toujours battues faute d'un étendard
Tablement la majorité des
Députés de ce Tiers- Partiqui compte encore
de nombreux adhérens à la Cour , à Paris ,
dans le Royaume , & dans l'Etranger , s'eft
réunie aux Défenfeurs de la primitive
Conftitution Françoife , ou du moins a
accédé à la plupart de leurs réfolutions
"
སྒྲ།
Ni le malheur, ni l'oppreflion , ni la réflexion
, ni la politique n'ont pû her au
même but , & déterminer à des facrifices
néceffaires ces divers fragmens de la
Minorité , tombans épars fous la faulx de
la Démagogie . Ils vérifient la maxime d'un
grand Maître , du Cardinal de Retz , qui
trouvoit plus difficile de vivre avec les gens
de fon parti , que d'agir contre ceux qui
n'en
font pas.
*
Une quatrième Section s'eft élevée mor
mentanément fur la confidération de la
troifiène , & a paru vouloir adopter en
entier la Conftitution nouvelle , à l'excep
tion de l'anéantiffement du Pouvoir Royal
Elle avoit pris le nom d'Amis de la Confli
tution Monarchique , pour rallier , dans le
fait , les mécontens difperfés. On fe rap
pelle que M. Barnave s'abaiffa jufqu'à la
dénoncer , fans ofer foutenir fa dénonciation
; que les . Jacobins la firent profcrire
dans tout le Royaume , qu'elle eut par-tout
les honneurs d'une perfécution en règle,
au nom de la liberté , & qu'abandonnée
par le côté droit qui la déteftoit , elle périt
à côté des harangues pathétiques de M.
Bailly , & du Décret qui protége toutes
les Sociétés paifibles . Celle- ci , réduite à
fes élémens , ne renferme pas aujourd'hui
dix Membres dans la droite de l'Affemblée :
la fuite des exagérations , le poids de la
tyrannie , & la permanence des défordres
ayant ramené tout le refte aux fentimens du
troifième ou du fecond Parti .
La concorde les eût fauvés tous & la
France avec eux ; mais nul Chef , nul
homme actif, habile & prévoyant , pour
ferrer leurs points de jointures . Au contraire
, on s'eft piqué de les élargir : l'intolérance
d'opinion n'a pas même fouffert
( 68 )
2
de nuances , & l'on a fouvent remarqué entre
des hommes dont les périls , dont les
malheurs étoient comniuns , & dont il
étoit fi facile de combiner les idées , l'animofité
qu'on retrouve entre les Sectes religieufes
les plus voifines. C'eft ainfi qu'un
Presbytérien détefte plus un Anglican
qu'un Mufulman , & que nous voyons en
France , les Juifs protégés par les perfécuteurs
des Catholiques Romains (1 ) .
Dans l'efquiffe que je viens de tracer ,
(1 ) M. de Cazalès me fournit un exemple de
cette inconcevable intolérance . Nul n'avoit plus
de droits à l'eftime , à la reconnoiffance de fon
Parti. Eh bien il a été déchiré pour avoir
dans les derniers temps , manifefté quelques ménagemens
qu'il croyoit néceffaires au fuccès de
fes opinions , & quelque penchant pour les bafes
du Gouvernement Anglois . On affure que les
portes de la plupart des Emigrans François lui
ont été fermées à Bruxelles . On cornoît l'incroyable
emprisonnement de MM. de Limon .
M. le Prince de Saint- Mauris , pour avoir opiné
à la réunion des Ordes en Franche Comté , a été
chaffé de Coblentz. M. de Talleyrand , frère de
l'évêque d'Autun , & auffi éloigné que je puis
Fêtre des opinions de ce Prélat , a eu le même
fort . Tout ce qui ne pense pas exactement comme
la Chambre de la Nobleffe , en Mai 1789 , eft
impitoyablement repouflé . Une Faction vict -
rieufe auroit de la peine à fe foutenir avec une
exigeance fi impérieufe : qu'eft - ce donc lorfqu'elle
a befoin des forces de tous les Mécontens ?
( 69 )
je n'ai pas fait mention de quelques hommes
indépendans , exclufivement guidés
par leurs mandats , ou par leur raiſon. Des
caractères fi rares ne font pas faits pour une
Affemblée tumultueufe ; ils n'ont jamais
de parti à eux , & font affures d'avoir toujours
un parti contre.
:
Il réſulte de l'analyse précédente , qu'il
exifte dans le Royaume , au moins quatre
claffes de Mécontens , parmi lesquels on
diftingue une Faction puiffante , qui , chaque
jour , depuis un an , s'eft augmentée d'une
foule d'efprits flottans ou circonfpects , que
la violence de l'anarchie & la haine de fes
Auteurs lui ont ralliés . C'eft une obfervation
importante que , tous les mois , il
s'eft détaché des Membres des Partis modérés
, pour fuivre les drapeaux de la Faction
principale , & que ceux - là fe recrutent
maintenant des Déferteurs journaliers du
régime ominant
.Rien
neprouve
mieux
,
ce me femble , la force de l'éloignement
que la Majorité de l'Affemblée , fes Clubs
perfécuteurs , & les malheurs publics , ont
infpiré & accru depuis 18 mois.
La fin au Journal prochain.
Déclaration de M. MALOUET, Député d'Auvergne.
« Je n'ai point fait de proteftation ; mais ni
ceux qui m'en louent , ni ceux qui me blâment ,
n'ont le droit de dire que, je rétracte ainfi , on
'( 70 )
diffimule mes opinions ; j'ai déclaré à la tribunė
de l'Affemblée Nationale , qu'en ma qualité de
Mandataire du Peuple , je ne pouvois ni ne
voulois donner mon fuffrage à une Conftitution
contraire fur plufieurs points effentiels , à mon
Mandat , & à ce que je crois être les vrais intérêts
du Peuple , les vrais principes de la liberté ,
de l'ordre , & du Gouvernement Monarchique,
Je perfilte invariablement dans cette déclaration .
L'acceptation du Roi , & mes voeux conftans
pour la paix publique m'interdifent toute expli-
€
cation . »
Paris le 8 Septembre.
MALOUET.
Lettre au Rédacteur du Mercure Politique.
A Metz le 8 feptembre 1791 .
« Votre journal , Monfieur , azyle reſpectable
des vérités morales & politiques , fi publiquement
outragées de nos jours , ne refufera pas
de l'être de l'honneur calomnié. »
сс Monfieur le Prince de Saint -Mauris , fits
de M. le Prince de Montbarrey , vient de l'être
indignement dans un article d'un journal de Mde.
de Baumont , copie de je ne fais quel autre journal
, il y eft dir que M. de Saint-Mauris a fait
piller& incendieerr des châteaux en Franche- Comté.
L'auteur anonyme de cet article , quel qu'il foit ,
eft un lâche & vil impofteur , & je figne mon
affertion , pour l'engager à fe faire connoître . Il
eft un lâche , puifqu'il outrage , fous le plaftron
ide Panonyme , un brave & loyal gentilhomme ;
ileft un vil impofteur , puifqu'il rend publique
ane, calomnie atroce, Si M. de Saint-Mauris
1
(( 71 )
az eu quelque tort , dans fa conduite privée
publique , morale & politique , c'eft d'avoir crû ,
en 1788 & au commencement de 1789 , l'Allemblée
des Etats- Généraux néceffaire au falut de
le France ; c'eft , en conféquence , de s'être
oppofé dès - lors , dans la province de Franche-
Comté , aux efforts de ceux qui , par des vûes
perfonnelles , an du moins par efprit prophé
tique , cherchoient à empêcher cette grande
Allemblée , qui devoit , qui pouvoit faire tant
de biens , & qui a fait tant & de fi grands maux.
Ge tort , M. de Saint-Mauris peut l'avouer
il le partage avec les plus vertueux Citoyens de
la France .
Je fuis , Monfieur , avec autant d'admiration
pour vos talens & votre courage que d'eftime
pour votre perfonne , votre très - humble & trèsobéiflant
ferviteur
Je Chr. d'AUTUME ,
Capitaine d'artillerie , Chevalier de l'ordre
royal & militaire de Saint-Louis & Gentilhomme
Franc- Comtois .
N. B. C'est par erreur qu'en parlant de
l'infurrection d'un bataillon à Bois , nous
avons nommé dans le Numéro 37 le régiment
de Beauce : celui- ci eft à Arras ;
il faut lire Rouergue. M. de Chabrillan a
été forcé de renvoyer le régiment du Roi
Cavalerie & un corps de Chaffeurs qui
s'offroient à exécuter le Décret . Toute la
Garde Nationale s'étoit jointe au bataillon
féditieux , foutenu par le Club & la
Municipalité. Un brave Cavalier du Roi ,
s'eft brûlé la cervelle au départ du Ré(
72 )
furgiment
, en difant qu'il ne vouloit pas
vivre à la perte de l'honneur & au mépris
de la Loi.
Nul pêcheur n'a été nommé à Blois
comme on nous l'avoit rapporté abufivement
; mais il eft très-vrai que le nommé
Chabot, Capucin défroqué , Grand -Vicaire
de l'Abbé Grégoire, & le Clubocrate, le plus
déterminé , eft un des Membres de cette Députation
: il a déjà péroré à la Tribune des
Jacobins de Paris.
Les Numéros fortis au tirage de la Loterie
Royale de France , du feize Septembre ,
font : 51 , 57 , 46 , 80 , 55 .
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 8 OCTOBRE 1791.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
IMPROMPTU
A l'Evêque du Département de .....
moment qu'on lui annonça fon élection .
au
L'ADROITE ambition que l'errear divinife,
Avait du Temple faint obfcurci la fplendeur ,
Et le zele pieux , plongé dans la douleur ,
Regrettait, en pleurant , les beaux jours de l'Eglife:
Ces beaux jours renaîtront , puifqu'Ambroife eft
Paſteur.
( Par M. Sabatier de Cavaillon , ancien
Profeur d'Eloquence . )
N°.
° . 41. 8 Octobre 1791 . C
so MERCURE
LE TEMPS ET L'AMOUR ,
ALLÉGORIE
Adreffée à Mile. Aimée de Vil ....
LE Temps fe plaignait ar: Deſtin
Du Dieu qu'on adore à Cythere :
Oui , difait -il , l'Enfant malin ,.
Si-tô: que je parais , fait d'une aile légere ;
Il affecte de m'éviter ,
Il femble craindre ma préfence ,
Et quoi que je puiſſe inventer ,
Nous ne fommes jamais de bonne intelligence.
Hélas ! dit l'Enfant féducteur ,
A quitter les lieux que j'habite ,
Tu ne montres pas moins d'ardeur ;
Quand l'Amour eft préfent, leTemps paffe bien vite.
( Par Aug. Ch. de la Serrie. ) ,
DE FRANCE.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Courlis ; celui
de l'Enigme eft les Sept Pfeaumes de la Pénitence
; & celui du Logogriphe et Bourfe,
où l'on trouve . Or , Ours , Boue, Ré, Kofe,
Rufe , Saur, Robe, Os , Rue , Robe (de cheval) ,
Roue.
CHARADE.
LA FONTAINE était mon premier ;
Mais célebre par mon dernier ,
Son nom vole dans mon entier.
#
( Par un Abonné. )
ÉN IGM E..
L'HOMME autrefois berné dans les défirs ,
S'écartait rarement du lieu de ſa paiffance ;
Plus recherché dans fes plaifirs ,
L'homme aujourd'hui , dès fa plus cendie enfance ,
Va parcourir tous les climats
Pour rapporter chez lui l'indufiic & l'aifance.
Dans fes courfes , c'eft moi qui dirige les pas ;
Mais il me foule aux pieds pour toute récompenfe.
C.2
52
MERCURE
Quoique traité de haut en bas ,
Nuit & jour je lui tends les bras ;
Mais je ne puis être par-tout fon guide.
Il est un élément perfide
Sur lequel , quoi qu'on faffe , on ne me verra pas.
Je le conduis en Italie ,
En Allemagne , en Pologne , en Ruffie ,
Chez l'Efpagnol , le Suiffe , le Français.
Si , curieux de voir d'autres objets ,
Il veut encore aller en Angleterre ,
Je le la ffe embarquer ; & , fidele à la terre ,
Je m'arreicu Pas de Calais,
Mais plus vîte que lui , franchiſſant le paſſage ,
Je vais l'attendre au premier port Anglais ,
Et de nouveau m'offrir à ſon uſage.
Redevenus.compagnons de voyage
Sur l'immobile & folide élément
Nous y ferpentons hardiment ,
Chacun des deux à fa maniere ,
L'un toujours en repos , & l'autre en mouvement ,
Et nous ne nous quittons qu'au bout de la carriere.
( Par un Abonné. )
LOGOGRIPHE.
Soys trois fens , cker Lecteur , je t'offre un
même nom :
Dans le premier l'on m'aime, & l'on fuit mon con
traire ;
DE FRANCE.
53
Le fecond t'offre un meuble utile en ta maifon ,
Et l'autre un Empereur indigne de fon pere.
Veux -tu paffer à la combinaiſon
De mes fept pieds ? c'eft chofe curieuſe :
Dans les quatre derniers , femelle impérieuſe ,
J'affujettis jufqu'au Sage à mes lois ;
Si vous les réduifez à trois ,
Docte , fublime , harmonieuſe ,
Des plus fameux Héros je chante les exploits.
Recourant aux métamorphofes ,
En moi l'on trouve encore un adverbe français.
Qui fert à joindre & comparer les chofes ;
Un texte furchargé de gloſes ,
Que fouvent on cite au Palais ;
Le Patron révéré d'Ecole bien connue
Et fous un humble habit fon Difciple fameux 5
Un colofle orgueilleux élevé dans la nue ,
Des édifices fomptueux
Qu'au vrai Dieu confacra la piété de l'homme ,
Couronnement majestueux,
Que l'on admire à Paris comme à Rome.
(Par un Abonné. )
c ;
Jn4
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
LOGE civique de Benjamin Franklin ,
prononcé le 21 Juillet 1790 , dans la
Rotonde , au nom de la Commune de
Paris ; par M. Abbé Faucher , &c. A
Paris , chez Lottin , Imp-Libr. rue St-
André-des-Arts ; Bailly , Libr. rue Saint-
Honoré ; Defense & Cuffac , Libr. au
Palais -Royal.
C'ÉTAIT un des grands abus de notre
ancien Regime , que le Gouvernement n'accordat
des honneurs publics qu'aux noms,
aux titres & aux dignités ; mais c'était , il
faut l'avouer , être conféquent dans un
fyftême d'abfurdité & d'injuftice ; car dès
qu'on ne donnait les places & les emplois
confidérables qu'à la naiffance ou à la
micheffe , on fuppofait apparemment qu'il
y avait une cafte privilégiée par la Nature
comme par nos Inftitutions ; & il était
tout fimple que ceux qui , de leur vivant
avaient été élevés aux poftes les plus
éminens , foit qu'ils les méritaffent ou non,
DE FRANCE. SS
fuffent aufli loués après leur mort , foit
qu'ils les euffent bien ou mal remplis. La
même flatterie de convention les pourfuivait
encore dans la tombe , comme elle les
avait accompagnés pendant leur vie ; & ce
qui eft bien remarquable , la Religion la
plus auftere dans fa morale devenait adulatrice
dans fes ufages ; fes Miniltres , qui
s'appelaient ceux de la vérité , fe failaient
ceux du menfonge , & l'Eglife feule flattait
encore ceux que le monde même ne
flatte plus , lés morts : tant il eft de l'efprit
des Gouverneinens abfolus de tout
corrompre & de tout dénaturer.
Aujourd'hui que nous ne connaiffons
plus que le mérite perfonnel , & que la
voix publique eft la feule puiflance qui
cliffe les vivens & les morts , ce genre
d'éloquence qu'on appelait Orzifon funebre,
va changer comme tout le refte , & rentrer
dans le domaine de la raion . Il et bien
honteux que cette raifon , la feule grandeur
particuliers à l'homme , n'ai jamais
éré plus indignement & plus ridiculement
outragée que dans ces cérémonies funebres
, qui devaient, au moins un moment,
le rappeler à lui- même ; qu'entre l'Eternel
& la mort on ait compté pour quelque
chofe des Rois & des Grands , ouvrages
des conventions humaines , & que les autels
& les tombeaux n'aient pu nous avertir
de n'honorer que la vertu & le talent ,
C 4
56 MERCURE
-
fruits immortels de la raifon , les premiers
des attributs que Dieu ait donnés à l'homme,
& les feuls que la mort ne détruiſe pas.
Faut- il s'étonner après tout de ces contradictions
qu'offraient les Chaires Chrétiennes
? Le même contrafte exiftait entre
la Religion & l'Eglife . Les prétendus Interpretes
de l'Evangile affociaient leur vanité
à celle de leurs prétendus Héros : ils
prononçaient en Chaire les mots de trèshaut
, très -puiffant , très excellent Prince
auffi orgueilleufement qu'ils s'intitulaient
Monfeigneur dans ces Mandemens où ils
nous appelaient leurs Freres. C'était l'inconféquence
habituelle & le menfonge convenu
d'une claffe d'impofteurs accrédités ,
qui , en prêchant à tous l'égalité & la pauvreté
, n'exceptaient qu'eux feuls de leurs
préceptes ; qui ne nous offraient fans ceffe
l'héritage du Ciel que pour envahir celui
de la Terré , & ne confacraient les Puiffances
qu'à condition de partager avec elles
la dépouille des Sujets . Cet impudent charlatanifme
a duré quinze cents ans , fondé
fur l'ignorance juſqu'au feizieme fiecle
enfuite fur la force à qui l'ignorance avait
laillé le temps de s'établir, & détruit enfin
par les lumieres générales , à l'époque où
elles fe font étendues jufqu'à ceux que
le Defpotifme falariait pour opprimer les
autres.
J
C'est donc une vérité qui fera dévelopDE
FRANCE. 57
pée par l'Hiftoire, que l'Imprimerie a changé
par degrés la face de la terre. A quoi tiennent
les chofes humaines ? Il eft de fait qu'un
alphabet mobile , une aiguille aimantée
& la poudre inflammable ont donné depuis
trois fiecles une nouvelle direction au genre
humain. Mais la premiere de ces inventions
tera fans comparaifon la plus puiffante dans
fes effets , & la feule véritablement bienfaifante
, les deux autres n'ont fait qu'apporter
de nouveaux moyens de pouvoir & de
richeffe. L'Imprimerie doit , avec le temps ,
étendre chez tous les Peuples l'empire de
la raifon. Il nous a été donné d'être témoins
des deux grandes Révolutions qu'elle a déjà
faites en Amérique & en France ; nous
pourrons même en voir d'autres , & nous
preffentons de loin celles que verront les
génerations à venir.
"
Mais fi l'art de propager d'un bout du
Monde à l'autre la libre communication
des idées a été le principe fécond de ces
grands changemens politiques , ce font
toujours des hommes fupérieurs qui en font
les principaux inftrumens. Franklin à éré
un de ces hommes , & c'eſt une fingularité
digne de remarque , que le premier moteur
de la Révolution d'Amérique ait été
un fimple Ouvrier dans ce même Arr de
l'Imprimerie , reconnu pour la caufe premite
de la régéneration des Peuples. Nul
homme peut être n'eût une deſtinée plus
CF
58 MERCURE
extraordinaire : on n'en connaît aucune
qui ait été auffi heureufe avec moins de
ce mélange inévitable dans l'humanité , &
aufli glorieufe avec moins de cet éclar qui
accompagne les hommes faits pour influer
fur le fort des Nations. Celui de Franklin
conftare l'époque où la raifon allait devenir
one puiffance prépondérante : il eft fûr qu'il
n'en eut jamais d'autre. Il n'avait ni naiffance
, ni rang , ni richeffe ; il ne fut ni
Guerrier ni Orateur. La Nature en avait
fait un Sage , l'étude en fit un Savant, &
le rapport de fon caractere & de fon efprit
avec le nouvel efprit de fon fiecle en a fait
le Libérateur de l'Amérique.
Quoique les découvertes fur l'Electricité
foient au nombre des plus belles qui
aient fait honneur à la Science , il n'eft
pourtant fous ce point de vue , que l'égal
de plufieurs autres Philofophes qui ont été
comme lui inventeurs en Phyfique , de Ga-
Hilée , de Torricelli , de Kepler ; mais une
vie entiere , confacrée d'abord à répandre
l'inftruction dans un vafte pays où il y en
avait peu , & enfuite à opérer l'affranchiffement
de l'Amérique Anglaife par
le feul afcendant d'une raifon fupérieure
& courageufe , c'eft une deftinée particufiere
, qui , ce me femble , n'avait juſqu'ici
aucun exemple , & n'a encore appartenu
qu'à Franklin.
Redevable à lui feul de tout ce qu'il
DE FRANCE
$9
fur , il paffa de l'indigence à une fortune
honnête acquife par le travail , bornée par
la modération , employée avec fagelle ; il
fur , par les heureufes recherches , rival des
Savans les plus célebres , & par fes travaux
& fes exemples, le guide & l'inftituteur
de fes compatriotes ; il fut l'organe de la
vérité auprès du Parlement d'Angleterre
qui , dans fes premiers débats avec les Colonies
, eut la prudence de le confulter , &.
n'eut pas celle de le croire ; & l'on fe fouviendra
éternellement & de la faute du
Gouvernement Anglais , & des réponſes de
Franklin. Dépuré par les concitoyens auprès.
du Miniftre de France , il décida une Cour
defporique à s'armer en faveur de la Liberté :
il préfia le premier les Пepréfentans d'un
Peuple qu'il avait engagé à le déclarer bre.
Il vit fon ouvrage affetmni & achevé par
les talens de Washington , par le courage
obtiné de fes compatriotes , & la protection
qu'il avait obtenue de la France ; &
revenant de cette contrée , déjà plus qu'tutogénaire,
aufein d'une Patrie qu'il s'était faite
( car la liberté feule donne une Patrie ) , il
en fut reçu comme un pere qui apporte
fes derniers foupirs & fes derniers voeux à
des enfans dont il a fait le bonheur. Quelle
carriere Il peut y en avoir que Panagi
nation & les préjugés trouvent plus billantes
; il n'en eft point qui , aux yeux de la
raifon , foit à la fois plus douce & plus
belle.
G6
60 MERCURE
Il n'y avait pas non plus de fujet plus
heureux pour l'éloquence ; mais la mauvaife
rhétorique & le mauvais goût peuvent
tour gâter ; & ceux qui connaiffent la
tête & le ftyle de M. l'Abbé Fauchet , ne
feront pas étonnés qu'il y ait fi peu de proportion
entre le Heros & l'Orateur , &
que le Predicateur de la Commune & le
Procureur Général de la Bouche de Fer
ait loue avec la plus ridicule emphafe ce
qui était grand avec fimplicité. Je ne méprife
pas tout- à - fait les têtes exaltées ; ellesne
font pas inutiles dans les premiers temps
d'une Revolution ; el es font bonnes à crier
aux armes , comme les voix fortes à crier
au feu, mais quand la Révoluticon eft faite
( & la nôtre l'a été en un moment ) , quand
if en faut venir à reconftruire & à édifier ;
à faire une Conftitution , ce n'eft plus la
place de ceux qui ne favent que détruire
ou exagérer , c'eft alors la raifon qui doit
tour faire. Il y a long temps qu'elle dit aux
forcenés , aux illuminés , aux fanatiques de
tonté efpece : Arriere , arriere , enfans perdus
de la Révolution , votre tâche eft faite ,
& nous n'oubliercns pas que vous avez eré
utiles ; mais ne gâtez pas votre ouvrage & le
notre nous n'avons plus befoin de gens qui
cent ; il nous faut des gens qui penfent.
Ce n'eft pas là , comme on fait , le fort de
M. l'Abbé Faucher ; c'eft un éclamateur
de bonne foi , mais qui s'eft fait un langage
DE FRANCE. 64
"
de Charlatan , & pour qui la Tribune &
la Chaire ne font que des tréreaux. It commence
par vous dire : » Je loue un grand
homme , Inftituteur de la Liberté Américaine
; je le loue au nom de la Cité &
" même de la Liberté Françaiſe ; je fuis
» homme auffi ; je fuis libre. J'ai le fuffrage
» de mes Concitoyens , c'eft affez : mes pa-
» roles feront immortelles «.
ל כ
Non , vraiment , M. Fauchet , ce n'eft
pas affez au contraire , plus vous aurez
autour de vous de moyens & de circonftances
favorables au talent , moins vous.
ferez immortel , fi vous n'en montrez pas.
Et d'abord ce n'eft pas de cela qu'il s'agit :
pourquoi commencez- vous par vous mettre
ambitieufement à la place de votre Héros ?
Ce n'eft pas de votre immortalité qu'il eft
queſtion , c'eft de celle de Franklin . Laiſſez
ces fortes de faillies aux Poëtes : chez eux ,
c'eft verve ; chez un Orateur , c'eft jactance ..
Jéfus - Chrift votre Maître a dit dans l'Evangile
: Le Ciel & la terre pafferont , mis
mes paroles ne pafferont point. Vous devez
croire qu'il avait plus de droit que vous
de parler ainfi , il y a du moins dix- huit
cents ans qu'il le prouve , & quand nous
n'aurions de lui que le Sermon fur la Montagne
, & fa réponſe aux accufateurs de
la femme adultere , ce feraient certainement
des paroles immortelles. Mais remarquez
comine elles font fimples , vraies , péné62
MERCURE
-
trantes. Pourquoi n'avez vous pas tâché
de parler de même ? Que n'avez-vous lu ,
avant de compofer , le bonhomme Richard
de Franklin , pour vous accoutumer à dire
des paroles raisonnables ? Mais vous avez
trouvé plus facile de vous écrier d'aberd ,
d'une voix de Stentor, que vos paroles feront
immortelles. Rayez cet exorde , M. Fauchet:
il ne faut pas débuter par un mensonge
dans la Chaire de vérité.
>>
Ceux qui chercheraient Franklin dans
cet éloge , l'y chercheraient bien en vain ;
ils ne trouveront prefque jamais que M.
l'Abbé Fauchet. L'ame , le caractere , la
conduité , les penfées de cet homme rare
& original pouvaient fournir les détails
les plus intére flans ; ici le peu de faits qui
le concernent eft comme étouffé fous un
amas de grands mots vides de fens , fous
un éralage d'expreffions gigantefques.
On
» lui laiffait électrifer les confciences pour
» en extraire doucement le feu redoutable
» du vice , comme il électrifait le Ciel pour
lui ravir en paix le feu terrible des élémens
«. Quel galimatias ! quel étrange
rapprochement ! quelle confufion d'idées &
d'expreffions difparates ! Encore g'il eût
peint le Sage de l'Amérique électrifant les
coeurs de fes Concitoyens pour en faire
jaillir les étincelles du patriotifme & le
Feu facré de la Liberté , il y aurait eu quelque
analogie ; mais extraire doucement le
DE FRANCE. 63
feu du vice comme fi l'électricité morale
pouvait agir autrement que l'électricité phy-
Aque , c'est -à -dire par commotion . Où eft
l'exactitude des rapports qui doit fonder
toute métaphore & toute comparaifon ?
Je m'attends bien que M. Fauchet , du
haut de fon génie tranfcendant , traitera ces
obfervations de farilites & de minuties auth
je ne me les permers que pour ceux qui
feraient tentés d'imiter cette maniere d'éerire
, fans avoir les mêmes droits , & qui
croiraient bonnement avoir trouvé comme
lui des paroles immortelles. Je m'arrête encore
bien moins au neologilme & aux
fantes innombrables de langage & de conf
ruction il y a long temps qu'on ne
prend plus garde à ces miferes - là , & je
commence à m'y faire comme un autre.
·
,
Mais je ne fçaurais encore , je l'avoue
m'accoutumer au défaut de fens & d'idée.
Je voudrais que l'on fût du moins ce qu'on
yeut dire : c'eft un faible que j'ai encore ,
& dont je ne fçaurais me corriger.
"
33 Le
Sage lui - même , qui , par la force de
» fes réflexions & l'activité de fa grande
" ame , s'éleve , en implorant l'affiftance
divine , au deffus des vulgaires penfées
» & des fuperftitions populaires , ne fait
» que flotter dans l'immenfité des concep
» tions éternelles « . M. Fauchet pourrait-il
nous apprendre ce que c'est que flotter dans
l'immenfité des conceptions éternelles ? Je ne
་
64
MERCURE
connais que Dieu qui ait de ces conceptions
là , & les hommes ne peuvent que flotter dans.
le vague de leurs conceptions incertaines
& temporelles , ou refier à la limite infurmontable,
prefcrite au petit nombre de leurs
conceptions certaines . Eft- ce que M. Faucher
pretendrai: auffi avoir des conceptions
éternelles comme des paroles immorielles ?
Je lui déclare que je ne crois pas plus aux
unes qu'aux autres .
ود
Ce qui eft cerrain , c'eft qu'il n'eft pas
doué de la faculté d'exprimer clairement
Les conceptions telles quelles en voici un
exemple bien remarquable. » Celui qui pro-
" nonce que tel homme eft libre de croire
» ou de ne pas croire telle doctrine , fe
» rend coupable fouvent d'injuftice , & roujours
de témérité . Qui ne croirait pas
veir dans cette phrafe un blafphême contre
la liberté de conſcience ? Moi , qui fais que
de ce côté là M. l'Abbé Faucher eft irréprochable
, j'ai été long - temps , je l'avoue ,
à deviner fa penfée. Enfin , après avoir relu
plus d'une fois tout le paragraphe , j'ai vu
que toute l'équivoque érait dans ce mot
Libre , placé entouré de maniere à tromper
le lecteur le plus attentif. En effet , ce n'eft
pas de la liberté civile & religieufe des
opinions que M. Faucher veut parler icis
c'eft de la liberté intellectuelle ou métaphyfique
, oppofée à la néceffité. Il veut
dire que le pouvoir de l'éducation , de l'haDE
FRANCE. 65
bitude, des préjugés eft fi fort, que fouvent
Fhomme n'eft pas libre de ne pas croire telle
ou telle erreur, eft néceffité à y croire , & que
par conféquent l'erreur eft excufable. Rien
n'eft plus vrai ; mais il eût fallu s'expliquer
avec plus de clarté.
Ailleurs il nous parle de la douce exiftence
que procurent feules les bonnes vertus
qui nous mettent à l'aife avec la fociété
& avec nous - mêmes : pourquoi cette expreffion
de bonnes vertus ? On dirait qu'il
y en a de mauvaiſes .
Ici , je trouve des paroles pleines de ee
grand fens qui fait fermenter les penſées génireufes
, & qui fuffifent pour jeter les fondemens
de la Patrie. Comment le grandfens
fait il fermenter les penfées ? N'est- ce pas
plutôt le mauvais fens qui fait fermenter
les mauvaiſes têtes ? Et dans tous les cas ,
comment ce qui fait fermenter , peut- il jeter
des fondemens ? Remarquez que c'eſt toujours
faute d'avoir une idée jufte qu'on
réunit des métaphores pour rendre plufieurs.
idées qui ne fignifient rien.
Là j'apperçois Franklin qui fait marcher
de front deux penfées. Il m'eft impoffible
de me repréfenter deux penfées qui marchent
de front.
" A la voix de Franklin , à la voix de
la gloire , parais , jeune la Fayette , ou
plutôt difparais de l'Europe ; montre- toi
» à l'Amérique , &c. «.
»
66 MERCURÈ
Voilà un fingulier compliment : pourquoi
donc M. Faucher veut-il que notre
brave la Fayette ait difparu de l'Europe ,
quand il s'eft montré à l'Amérique : C'eft
au contraire alors pour la premiere fois qu'il
a véritablement paru dans l'Europe ; fufque-
là il y était ignoré. C'eft en fe montrant
à l'Amérique qu'il a fait voir à l'Eu
rope ce qu'il était : il n'a pas ceffé un moment
d'être fous nos yeux. Eft- ce donc à
un Orateur d'ignorer que l'homme ne parait
que dans la gloire , & ne difparaît que dans
L'obfcurité ?
» Ici , Meffieurs , l'intérêt de ce difcours
» augmenic & devient fuprême, & c. «
Point du tour, M. Fauchet , vous vous
trompez : vous prenez une amonce deCharlatan
pour unepréparation oratoire : Ah ! vous
allezvoir ce que vous allez voir, &c. Cela eft
fort bien , quand on montre la lanterne magique.
Celui qui la tient fait bien ce qu'il dit ;
car il eft fûr , comme on fait , de nous montrer
le Soleil & la Lune dans une boîte . Mais
vous , vous n'êtes point fûr que l'intérêt de
votre difcours augmente, parce que le fajets'agrandit;
encore moins qu'il deviennefuprême;
car il fe pourrait faire que l'intérêt du difcours
ne fût pas en raifon de celui du fujet ;
il y en a des exemples. Prenez garde , Monfieur
Fauchet , fuivant le confeil d'Horace,
à la grande ouverture de bouche pour dire
peu de chofe. Vous favez qu'on ne manDE
FRANCE. 67
que jamais d'en rire , & je fais que vous
n'aimez pas qu'on rie.
Jugez vous-même fi je vous avertis mal
à propos . L'intérêt de votre difcours devient
Suprême , dites -vous , parce que vous allez
comparer l'Amérique indépendante avec la
France libre. Vous nous apprenez que la perfection
de l'uniténe pourrait s'établir dans une
multitude de Provinces indépendantes , & vous
en concluez que la forme de République
fédérative convenait feule aux Etats- Unis.
Je ne dirai pas que cela eft vrai , parce que,
tout le monde l'a dit , mais que cela eft
fi clair que tout le monde l'a vu , & quoique
vous le répétiez après tout le monde
il n'y point là d'intérêt fuprême. Mais de
quei vous aviez-vous , en vantant l'unité
monarchique , de nous parler d'un chef im
paffible comme Dieu , & comme lui inva
riable dans la justice ?
Quoi ! c'est vous qui donnez encore dans
ce vieux jargon de l'ancien Régime ? Il n'y
a nulle part de chef impaffible ni invariable
, M. Faucher. Ces hyperboles qu'on
peut permettre dans la Poéfie , font trèsdéplacées
dans un difcours férieux & dans
une mariere fi grave. Quand on apprécie
les Gouvernemens , on ne doit fe fervir que
d'expreffions vraies & raifonnables. La perfection
du nôtre ne tient pas à ce que le
chef foir comme Dieu , nais à ce qu'il puiffe
tre auth paffible & aufli variable que tout
68 "MERCURE
autre homme , avec le moins d'inconvéniens
poffible pour la chofe publique ; à ce que
celle-ci foit fi bien organifée , que le chef
ne puiffe , quoi qu'il faffe , en déranger fenfiblement
le mouvement réglé par la Loi .
ور
M. Fauchet ne s'exprime pas avec plus
de jufteffe fur la Divinité que fur la Royauté.
Il s'adreffe à Dieu dans fa péroraiſon , &
lui dit » Eternel modérateur des forces
» humaines , qui , felon votre parole , difpofez
tour avec un grand refpect pour
notre Liberté, &c. « C'eft fort mal commenter
les paroles de l'Ecriture employées.
dans ce paffage : Cùm magna reverentia dif
ponis nos , veut dire , Vous réglez tout d'une
maniere très-refpectable ; & ces mots ajoutés
par l'Orateur , avec un grand refpect pour
notre Liberté, paraiffent bien étranges , quand
on fonge que les trois quarts & demi du
genre humain font encore efclaves . J'eftime
qu'il y a beaucoup plus d'à - propos dans
ces deux vers d'un homme dont M. l'Abbé
Fauchet fait très - peu de cas , mais qu'on
ne laiffe pas de citer encore quelquefois :
Ofageffe des Dieux ! je te crois très-profonde ;
Mais à quels plats Tyrans as- tu livré le monde !
Volt.
Dans le fait , il eft infiniment probable
que Dieu n'a livré le monde qu'à des loix
générales qui , une fois établies , produiſent
DE FRANCE. - 69.
tous les effets phyfiques & moraux qui
entrent dans la compofition néceffaire du
grand tout , dont nous ne fommes & dont
nous ne connaiffons qu'une très-petite partie.
Les plats Tyrans regnent tant que les fujets
font encore plus plats ; ils tombent quand
les opprimés ont acquis affez de lumieres
pour perdre patience, & le Defpotiſme alors
fait place à la Liberté , qui n'a plus à craindre
que les propres excès. On peut préfumer
encore que notre espece étant perfectible
, & fes progrès les plus marqués
n'ayant eu lieu que depuis peu de fiecles ,
elle marche peut-être à préfent vers un
meilleur ordre de chofes , quoique toujours
néceffairement imparfait ; & comme
elle a épuifé une prodigieufe fomme de
fottifes , fi le chemin qu'elle doit faire en
fe perfectionnant eft auili long que celui
qu'elle a parcouru en fe dégradant , il eft
à croire que du moins nous ferons encore
long- temps fur la route du mieux , & que
nous ne fommes pas prêts à rétrograder.
( D ..... )`
P. S. Depuis que cet Article eft compofé , M.
l'Abbé Fauchet a été élu Député à la nouvelle
Légiflature ; il faut efpérer qu'il y portera un autre
genre d'éloquence qu'au Cercle Social & à la
Bouche de Fer , & qu'il n'y prêchera pas la Loi
agraire & cent autres extravagances pareilles . Au
refte , rien n'empêche qu'on ne foit un bon Patriote
& un mauvais Ecrivain , & c'est tout ce
dont il s'agit, ici.
70 MERCURE
RELATION du Différent, élevé depuis peu,
entre les Archevêques & Evêques d'Allemagne
, & les Nonces du Pape à Munich
& à Cologne ; avec un Recueil des principales
pieces relatives à ce Different ;
traduites de l'Allemand , de l'italien ou
du Latin. Volume in - 12 de 220 pages.
Prix , 30 f. & 36 f. franc de port. A
Paris , chez Leclerc , Libraire , rue St-
Martin , No. 254.
CET Ouvrage n'eft pas tout-à -fait nouveau
, mais il peut aujourd'hui intéreffer
plus que lorfqu'il parut pour la premiere,
fois . Tandis que des Evêques d'Allemagne
nourriffent contre nous des fentimens anti-
Apoftoliques , & veulent mettre pieuſement
l'Europe en feu pour quelques droits qu'il
était peu chrétien d'exercer , & moins chrétien
encore de revendiquer à main armée, il
n'eft pas indifférent de les voir aux prifes
avec l'Evêque de Rome , s'oppoſer à des
vexations réelles , repouffer un nouveau
Nonce, par lequel fon ambitieufe Sainteté
DE FRANCE.
71
voulait tenir plus étroitement en tutelle les
Epifcopats Germaniques , & fecondés par
l'Empereur Jofeph II , renvoyer Ultra
Montes le Nonce Zoglio , fes vaines prétentions
, & fes Ordonnances prématurées.
Au moment où l'antique édifice de l'autorité
papale s'écroule de toutes parts ,
où ce n'est plus en France qu'une mafure ,
où l'on ofe même en Portugal analyfer la
Confeffion de foi de Pie VI , comme vient
de le faire , le Pere Antoine Figueoredo ,
on peut être curieux de favoir ce que ce
même Pape ofait encore , il y a peu d'années
, tenter en Allemagne , pour y étendre
une autorité ufurpée que toute l'Europe
fe laffe enfin de reconnaître.
On doit donc rechercher ce petit Livre ;
& fi on le lit fans plaifir , on ne le confervera
pas fans utilité, comme piece fervant
au grand Procès intenté par la Raifon à la
Tyrannie la plus déraifennable & la plus
funefte qui ait opprimé l'efpece humaine ;
Procès que Rome ne peut manquer de
perdre bientôt avec dépens .
( G ....... )
72 MERCURE
SPECTACLES.
LEJE Conciliateur ou l'Homme aimable >
Comédie en 5 Actes , donnée le Lundi 19
de ce mois, au Théâtre de la Nation , eft en
effet un homme fort aimable , car il cherche
à plaire à tout le monde. Peut- être la grande
habitude qu'il a de prodiguer la louange ,
la fouplelle avec laquelle il fe plie à tous
les avis , l'art avec lequel il faifit le faible
de tous les efprits pour en cirer avantage;
peut- être , dis-je , un pareil caractere n'eft
il pas exempt du reproche de diflimulation ,
& même de faufleté. Tel eft pourtant le
principal Perfonnage de cette Piece.
On y voit encore deux rivaux affez peu
favorités par l'Amour , dont l'un plaît au
pere , & l'autre à la mere ; dont l'un et
un fat , & Fautre un langoureux Philinthe.
On ne voit pas là de quoi tirer des réfultats
d'un comique bien original : encore moins
dans deux tantes de so ans , ayant toutes
les prétentions de la jeuneffe ; dont l'une
eft une prude à fentimens , & l'autre joué
la vivacité , & même l'étourderie, en affurément
n'eft plus commun au Théâtre , n'eft
plus reffafle que ces deux caracteres.
Ceux du pere & de la mere de la jeune
perfonne ;
DE FRANCE, 73
perfonne ; d'un homme faible , qui fait femblant
d'être le maître ; d'une femme impérieufe,
qui commande toujours en paraiſlant
obéit, n'offrent pas plus d'originalité. Ajoutez
y une jeune perfonne amoureuſe &
naïve , une Soubrette intrigante & fpiriruelle
; vous n'aurez encore rien de neuf ,
& qui paraiffe devoir piquer la curiofité.
Cependant , comment fe fait - il que la
Piece où figurent ces divers perſonnages ait
eu un grand fuccès , & que ce fuccès foit
mérité c'eft que le principal perfonnage ,
celui du Conciliateur , montre des vertus
qui mettent fa franchife à l'abri de tout
Loupçon ; c'est que fa délicateffe prouvée
détruit tout ce que fes flagorneries habituelles
pourraient avoir d'odieux ; c'eſt qu'enfin
c'eft de très bonne foi qu'il intéreſſe.
C'eft que tous les autres perfonnages
font fi bien & fi adroitement fubordonnés
à celui- là , qu'on ne s'embarraffe pas s'ils
font d'une inventionmouvelle; il fuffit qu'ils
concourent à l'effet général, par des moyens
qui appartiennent tout entier aux talens de
l'Auteur. Qu'importe en effet que des caracteres
foient connus , fi l'Auteur a fu les
mettre dans des poſitions nouvelles , & s'il
fe les eft appropriées ? Donnons fommairement
une idée de l'intrigue.
L'homme aimable, neven de Dorval , &
fe nommant Dorval lui - même , mais ne
N°.41. & Odobre 1791 .
D
74.
MERCURE
"
paraiffant que fous le nom de Melcour ,
le préfente chez Mondor , pour une entreprife
bien délicate ; il prétend raccommoder
Mondor avec fon oncle , qu'un procès
a brouillés irréconciliablément. Ce Mondor
elt d'un entêtement extrême ; le nom feul
de Dorval & tout ce qui lui appartient
lui eft en horreur : toute fa maifon partage
ce fentiment , & c'eft ce fentiment que Melcour
prétend vaincre. Il veut plus ; ameureux
de la fiile de Mondor , il veut obtenir
fa main comme le gage d'une parfaite réconciliation
.
Nous he détaillerons point par quel
moyen il triomphe de cette haine obitinée ,
-comment il vient à bout de féduire & de
Ae concilier le pere , la mere , les deux tantes ,
la Soubrette, & jufqu'à fes deux rivaux , dont
il arrache l'eftime en les empêchant de ſe
couper la gorge. Il parvient ainfi à obtenir
la main de Lucille ; mais c'elt fous le nom
de Melcour, & fa délicateffe nelui permet
pas de diffinaler celui de Dorval. Cer avea
renverfe toutes les eſpérances ; l'entêtement
de Mondor , fondé fur fon amour- propre ,
, eft le plus fort.
C'est aujourd'hui que fe juge le procès.
Dorval a offert, avant le jugement , de céder
une partie de fes droits , & même tous. On
Je setule, lejugement arrive, & c'eft Mondo
qui a gagné. Dorval au défefpoir n'a
"Pplluuss qu'à demander lui - même la grace
7
DE FRANCE. 75
qu'il avait offerte ; & comme il eft plus
doux d'accorder une grace que de la rece
voir, Mondor triomphant devient capable
d'une action généreufe , & il accorde à
Dorval ce qu'il n'avait pas voulu recevoir
de lui.
Le mérite principal de cet ouvrage eft
le ftyle & la verfification ; non pas qu'ils
foient d'une correction extrême , mais il eſt
impoffible d'y défirer plus d'éclat & plus
d'efprit. Toute la Piece fourmille de traits
inattendus & faits pour exciter l'enthou
fiafme. Auffi eft- ce le fentiment que cett
Piece a excité. L'Auteur , M. Dumouftiez ,
a commencé fa réputation par des Lettres
en profe & en vers fur la Mythologie , qui
font très- eftimées. Il l'a foutenue , au Théâ
tre de la rue Feydeau , par plufieurs effais
agréables ; mais il n'avait nulle part encore
développé autant de talent. Quand
M. Dumouftiez vondra s'écarter un peu
des routes trop pratiquées , & appliquer
la magie de fon tyle à des canevas plus
eriginaux , nous croyons qu'il n'eft point
dans la carriere dramatique de rang auquel
il ne puiffe prétendre.
Cette Piece eft jouée avec un enfemble
parfait , qui ne pourrait être détruit que par
la fupériorité de M. Fleury , fi parmi des
Acteurs excellens la fupériorité de l'un d'eux
pouvait réellement nuire à l'enfemble . On
Dz
76
MERCURE
diftingue encore Mlle. Mezeray, jeune Débutante
qui annence un talent précieux ;
il eft bien à défirer que ce Théâtre, le ſeul
encore qui dans la Comédie , conferve une
fupériorité marquée , s'efforce , par de ſemblables
acquifitions , de réparer les pertes
douloureufes qu'il a faites , & celles dont
il eft menacé.
THEATRE de la rue Feydeau.
-3.5-
LES
repréféntations de Lodoïska fe continuent
avec beaucoup de fuccès . La mufique,
à qui l'on a reproché du luxe , mieux
exécutée & mieux fentie , fe trouve n'être
que riche : les principaux Acteurs chantent
mieux leurs rôles , & l'on s'apperçoit qu'il
ya du chant où l'on craignait d'abord qu'il
ne fût trop négligé ; & qu'où il n'y en a
pas , il eût été à peu près inutile qu'il y
en eût enfin l'enfemble général de la r--
préſentation eft parvenu à fon point de
maturité , & ce point était difficile à acquérir
; ce n'eft pas une épigramme que
nous voulons faire , mais nous ajouterens :
pour des Français . Plus nous avons acquis
en mufique depuis quelques années , plus.
nous devons fentir & avouer
franchement
ce qui nous manque : or , la partie de l'enfemble
n'eſt pas encore celle où nous ayons
fait le plus de progrès : celle de l'Orcheſtre,
DE FRANCE. ダブ
dans cette Piece , gagne beaucoup à être
étudiée. On y découvre une foule d'inten
tions dramatiques , de traits pittorefques
& fpirituels qui devaient néceffairement
échapper aux premieres repréfentations.
Qu'il y ait furabondance d'effets , & manque
de repos & de fimplicité , cela eft trèspoffible
; mais il ne ferait peut - être pas
auffi facile qu'on peut le croire à M. Che
rubini de fe modérer à cet égard. Cela paraît
venir en lui d'une fécondité d'idées
muficales que tout un Orchestre fuffit à
peine à exprimer , fur - tout lorfque c'eſt
prefque uniquement à l'Orchestre qu'il peuc
fe fier pour les rendre. Le coftume & les
décorations font d'une richeffe & d'une
beauté parfaites. La deftrnction du château
de Dourlinsky offre le fpectacle le plus
frappant & le plus , terrible. On ne peut
porter plus loin l'imitation des objets &
Lillufion théâtrale.
Gette même Piece ( la même au moins
pour le fujet ) -s'exécure en même temps int
le Théâtre Italien . Il pourrait être curieux
de les comparer l'une à l'autre ; mais c'eft
fur-tout en les vovant au Théâtre que le
parallele ferait intéreffant.
Le premier Acte des deux Pieces eft
prefque le même , parce qu'il appartient
D ;
78
MERCURE
prefque en entier au Roman. C'eft du
moment que Lovfinsky est entré dans le
château , que les deux Auteurs ont faivi
une route différente. Celui du Théâtre
Italien a développé, dans ce fecond Acte,
des intentions dramatiques qui y répandent
beaucoup d'intérêt ; il a eu l'art de
s'approprier fon fujet. Lovfinsky , furpris
par fon rival , & un rival furieux , fe
tirant noblement d'un fi mauvais pas ; ce
même Lovfinsky, préfenté à Lodoiska par
fon perfécuteur fans qu'elle ait pu en être
prévenue , & trouvant moyen de mettre à
profit jufqu'au tranfport indifcret de celle
qu'il aime , jufqu'à l'aveu qui devait le
trahir : tels font les moyens qui ont foutenu
la Lodoiska au Théâtre Italien , aidés
d'un ftyle fort agréable & très- foigné
& d'une mufique qui , fans avoir de prétention
, offre un chant gracieux & facile.
Les décorations n'ont pas cet effet prefque
magique de celles de la rue Feydeau ; cependant
l'incendie eft fort bien exécuté
& peut fatisfaire pleinement ceux qui ne
comparent point à l'autre.
DE FRANCE. 79
NOTICES.
Les Mariages heureux , ou Empire du Divorce;
fuivi d'une Réfutation des Ouvrages contre le
Divorce; par M. P... Juge de Brives .
( Le Divorce eft le Dieu tutélaire des Ma
Emp. du Div. page 17- riages. )
Prix , 12 f. & 18 f. franc de port par la Pofte.
Se trouve à Paris , chez Laurens jeune , Impr-
Libr.. rue St-Jacques , Nº. 37-
La question du Divorce portant fur une des
pofitions les plus délicates de la vie , l'une de
celles auxquelles prefque tout le bonheur ou le
malheur eft attaché , ne faurait être trop éclaircte.
Les Auteurs qui attaquent le Divorce , commencent
néanmoins à devenir de plus en plus
rares™ & leurs adverfaires femblent acquérir
chaque jour de nouvelles armies contre eux.
>
Etat moral , phyſique & politique de la Maifon
de Savoie ; on y a joint une efquiffe des Portraits.
de la Maifon régnante. 1 Vol. in- 8 ° . Prix, 2 l..
br. & 2 liv . 8 f. franc de port par la Peftt. A
Paris , chez Baifon , Imp-Lib. rae Haute-feuille ,
No. 20.
La Maifon de Savoie ne joue pas dans ce
moment un rôle bien éclatant fur la scène politique
; mais les circonftances du jour , qui ne
feront peut-être pas celles d'après - demain , répandent
fur elle une forte d'intérêt qui doit faire
recevoir avec empreffement l'Ouvrage que nous
annonçons. Il eſt toujours bon d'ailleurs de conmaître
l'Hikoire des Princes..
}
80 MERCURE
De l'Amour & de fa puiffance fuprême , ou
Développement de fus ceuvres dans la Nature &
dans nos coeurs ; par M. Chevret , pour fervic
de fuite & de complément à fon Epitre à l'Humanité
& au Manul des Citoyens.
Tableau central des opinions & de l'Education
publique , ou Développement du fpectacle de la
Nature , de l'unité & de la tinité de fon principe
, & l'accord de la Philofophie & de la Religion
. Tableau deftiné à accompagner l'Ouvrage
intitulé , de l'Amour & de fa pulance , & c. A
Paris , chez l'Auteur , rue Colbert, Nº . 281 .
Ce Tableau très -compliqué , annonce beaucoup
d'adreffe & de patience ; & il y a dans
les explications , à ce qu'il nous a femblé , beaucoup
de métaphyfique , & même de Religion.
Contes & Idylles , par Augufte - Hilarien de
Keratry. Prix , 36 f. br. A Paris , de l'Imprimerie
de Didot jeune ; & fe trouve chez les Ms. de
Nouveautés .
Il y a du courage à M. Keratry de faire paraître
dans ce moment-ci un Ouvrage de littéra
toré agréable. Au furplus , c'eft le courage du
talent ; il ferait bien à défirer que ceux qui en
ont , comme l'Auteur de ces Idylles , nous ren
diffent le fervice de femer de quelques fleurs les
épines de la Politique. Ce n'eft pas déferter les
drapeaux de la Patrie que de vifiter quelquefois
les Mufes y & le Civilme le plus ardent pour
avoir befoin de temps en temps de diftraction.
I en eft peu de plus agréable que ecile que
procurera fans doute la lecture des Hyles de se
nouvel Eleve de Geffner.
DE FRANCE. $1 ❤
Bibliotheque de l'Homme public , ou Analyfe
raifonnée des principaux Ouvrages Français &
Etrangers , &c. &c. Tomes IV & V. 2e. Année.
A Paris , chez Buiffon , Imprim - Libr. rue Hautefeuille
, No. 20.
Cet abrégé d'Ouvrages , que les circonftances
rendent intereffant , devient de jour en jour plus
précieux par le choix éclairé des Rédacteurs."
10. Livraifon des Antiquités Nationales , ou
Recueil de Monumens , &c. &c . On fouferit à
Paris , chez M. Drouhin , rue St - André , Nº . 92 ,
Le fuccès continue d'encourager les foins que
les laborieux Editeurs de cet Ouvrage continuent
de fe donner.
Effais fur les moyens de former de bons Méde=
cins , fur les obligations réciproques des Médecins
& de la Société ; partie d'un projet d'Education
nationale , relative à cette Picfellion : par
M. J. J. Menuret , Docteur , & c. A Paris , chez
l'Auteur , rue St-Honoré , près celle de l'Echelle ;
& chez Belin , Lib. rue St-Jacques , près St-Yves.
:
Cet Ouvrage indique aux Médecins & aux
autres Miniftres de la fanté , leurs devoirs & leurs.
droits à la Société , la maniere de connaître &
de diftinguer ceux qui , dans cette partie inté
reffante & délicate , font dignes de fupporter le
pénible & honorable fardeau de la confiance pa
blique aux Repiéfentans de la Nation , par
quels moyens la réunion de la fcience & de la
vertu , plus néceffaire dans cette Profeffion que
dans toute autre , peut être procurée , confiarée &
encouragée. Les principes & les vues de l'Auteur
font aufli louables que fes intentions & les fantimens.
MERCURE
GRAVURES.
-
Tableaux , Statues , Bas Reliefs & Camées
de la Galerie de Florence & du Palais Pitti ;
deffinés par M. Wicar , Eleve de M. David ,
Peintre du Roi , & gravés fous la direction de
M. Lacombe , Peintre ; avec l'explication des
Antiques , par M. Mongez l'aîné , de l'Académie
des Infcriptions & Belles -Lettres , & c. Imprime's
avec les caracteres gravés & fondus par P ... L ...
Vaffard . 9e. Livraifon. Prix , 18 livres , papier
d'Annoday.
On donnera d'ici à la fin de l'année la Planche
gravée du Frontiſpice..
On ne peut s'adreffer dorénavant, pour la Soufcription
& diftribution de cet Ouvrage , qu'à M.
Lacombe , Peintre - Editeur , rue de la Harpe
No. 84, près la place St-Michel.
Aucune Livraifon ne le cede en beauté aux
précédentes , & elles donnent l'efpoir fondé de
recevoir de nouveaux Chefs - d'oeuvres dans les
nouvelles Livraiſons.
Plan de la Ville & Fauxbourgs de Paris ,
divifé en fes 48 Sections , décrété par l'Affemblée
Nationale le 22 Juin 1790 , fanctionné far le
Roi.
Ce Plan eft le feul que l'Affemblée Nationale
a accepté pour la divifion des Sections. Se trouve
à Paris , chez Defnos , Ingén. Géog. rue Saint-
Jacques , N. 254.
DE FRANCE.
Les Regrets mérités , gravé d'après le Tableau
peint par Mlle. Gerard ; par M. Delaunay , Grayeur
du Roi.
Cette Eftampe fe trouve à Paris , chez M.
Delaunay l'aîné , rue Saint - André - des - Arts ,
Nº . 43. Elle eft d'un effet très- agréable .
Louis XVI à l'Affemblée Nationale accepte
folennellement la Conflitution ; Eftampe gravée
par M. David , Membre de plufieurs Académies ,
d'après M. Lejeune , Peintre du Roi de Proffe.
Prix , 12 liv.; & les premieres épreuves fur pap.
vélin au biftre anglais , 24 liv. A Paris , chez
M. David , rue Pierre- Sarafin , N. 13. Elle eft
très-bien détaillée , & fait honneur aux talens de
M. David.
Serment Civique au Village de N.... en Février
1790; dédié aux bons Villageois. Se vend
Paris , chez M. Rozier , Peintre , rue du Fauxbourg
Montmartre , vis - à - vis la Boule Rouge ,
N °. 1 ; & au Café de Flore , perte St -Denis.
Cette Eftampe eft bien compofée & d'un trèsbon
effet elle rend parfaitement tout ce qu'une
pareille cérémonie a de touchant & d'augufte.
:
Barriere des Champs-Elyfées.
Premier Mai donné à la ville de Paris par l'Affemblée
Nationale , qui fupprime tous les Droits
d'entrée aux Barrieres.
Cette Eftampe , pour fervir de pendant à celie
du Champ de Mars , qui a été dédiée à l'Affem.84
MERCURE
DE FRANCE.
blée Nationale , eft de 13 pouces de hauteur fur
20 de longueur , gravée à quatre Planches en
couleur , produit un effet pittorefque & trèsintéreflant
le travail en eft bien foigné , &
l'enfemble fort agréable. Prix , 6 liv. & 12 liv.
encadré , pour Paris ; & pour les Départemens
8 liv. & 16 liv . franc de port. S'adreffer au Prix
fixe , à côté du Spectacle de Montenfier , an
Palais-Royal ; & à M. le Directeur des Abonnemens
des Ouvrages périodiques pour Paris , Hótel
général des Poftcs , rue J. J. Rouffeau ; & chez
Mad. Lagrie , Marchande Papetiere , rue de Marivaux
, près la Comédie Italienne ,
Nota. On doit affranchir la port des lettres &
l'argent.
A VIS.
Les perfonnes qui défireront acquérir le modele
de la Baftille & fon Baſtion , qui fent pofes
au Salon des Tableaux du Louvre , voudront bien
s'adreffer au Sicur Pommay , Collége des Tréforiers
, place Sorbonne , à Paris. Le prix, en plâtre,
eft de 300 liv.; & avec les verres , 350.
IMPROMPTU.
TABLE.
~ Le Temps & l'Amour.
Charade , Enig . Logog.
Eloge civique.
49 Relation.
30
Spectades.
54/Nocices
.
MERCURE
HISTORIQUE
ET
POLITIQUE.
ALLEMAGNE.
De Hambourg, le 22 Septembre 1791 .
>
A LA fin du mois d'Août dernier , le Roi
de Suède , touché du zèle que montra la
Bourgeoifie de Stockholm dans la garde
de la ville & du château , pendant le féjour
de S. M. en Finlande , a limité la
Jurifdiction de police qu'exerçoit le Gouvernement
fur la capitale , & étendu à cet
égard les attributions de la Régence Municipale.
Celle- ci a confacré la mémoire
de cet évènement par une médaille d'or ,
qu'un Députation du Magiftrat & de la
Bourgeoife a remife au Roi & à la Famille
Royale. On avoit oublié tout nouveau
départ de S. M. S. & l'efcadre de
Carlfcrona , lorfque les lettres du 13 nous
ont informés
suivant le bruit général,
N°. 41.8 Octobre 1791 . D
( 74 )
on avoit repris avec vigueur les travaux
de l'armement , & qu'un Corps de 12,000
hommes , préparés depuis l'Eté à un fervice
quelconque , venoit de recevoir ordre
de le réunir à Cailfcrona , & de s'y embarquer.
Auffi-tôt on a défigné le Roi ,
comme devant en perfonne commander
cette expédition inconnue ; enfuite le Pu
blic a nommé le Baron de Taube .De ces
variantes , il ne réfulte que de l'incertitude
; mais il eft sûr , du moins , que le
Duc de Sudermanie s'est rendu à Carlfcrona.
Des nouvelles ultérieures , plus préciſes ,
ROUS apprendront ce qu'il faut croire de
cet armement & de fa deftination .
Il eft faux que la flotte Ruffe ait été
défarmée en entier. La divifion de Cronf
tadt a fubi ce défarmement ; mais , celle
de Revel , compofée de 12 vaiffeaux de
ligne , refte complettement armée , ainfi que
la flotille de galères qui n'a point quitté
le golfe de Finlande .
- De Vienne , le 25 Septembre.
Le Couronnement de l'Impératrice à
Prague , comme Reine de Bohême , s'eſt
fait le 12 cette Princeffe a reçu la Couronne
des mains de fa fille l'Archiducheffe
Marie -Anne , Abbeffe du Chapitre noble
de Hradfchin. LL. MM . ont dû quitter
Prague hier ; Impératrice ramène ici la
Famille Royale ; mais l'Empereur qui c
doit
( 75 )
---
viter les principales places de la Bohême
& de la Moravie , n'eft attendu ici que
dans trois femaines. Il paroît qu'au retour
de ce Monarque , l'un des premiers
travaux du Gouvernement aura pour objet
l'Adminiftration des Etats Provinciaux
dont les Préfidens , Tous le nom de Capitaines
, ont été mandés ici en confultation.
Les Etats d'Autriche , de Carinthie & de
Styrie ont adreffé à l'Empereur un nouveau
Mémoire , par lequel ils demandent
des changemens affez importans , pour
obvier à des abus généralement fentis.
La réduction d'un bataillon par Régiment
, & celle d'un nombre d'hommes
par Compagnie , n'eft point générale , ainſi
que nous l'avons fait obferver dernièrement.
On laiffe fur le pied de guerre , non-feulement
les Corps militaires cantonnés aux
Pays- Bas , & ceux qui doivent y paffer ;
mais encore 11 Régimens Hongrois , &
cinq Régimens d'Infanterie Allemande . La
Cavalerie ne fubit aucune réduction . Voilà
à quoi fe réduit ce prétendu défarmement
général dont parlent les Gazetiers . Pendant
la guerre , nous avons eu 370,000 hommes
far pied ; ces forces exorbitantes ne font
plus néceffaires , en fuppofant même que
la Maifon d'Autriche voulût concerter
quelqu'entreprife nouvelle , foit avec l'Empire
, foit avec d'autres Puiffances. Par
l'établiflement ordinaire de paix not
·D 2
(176 )
armée irefte à 250,000 combattans effectifs .
Or , comme le plan de réduction excepte
plus d'un tiers des Régimens , il en résulte
que nos forces effectives feront d'au moins
280,000 hommes , après la réforme ordonnée.
Ce dénombrement inconteſtable peut
être facilement vérifié par ceux qui ont notre
état militaire entre leurs mains.
Un Courrier Ruffe , arrivé ici le 14 , chez
l'Ambaffadeur de Ruffie , a confirmé la nouvelle
d'un combat naval , livré le 23 Août , à quelques
milles du Canal , entre l'efcadie Ruffe , commandée
par l'Amiral Uschakow , & celle du
-Capitan Pacha . L'efcadre Ruffe , compofée de
10 vaiffeaux de ligne , & de 14 frégates , atteignit
celle du Capitan Pacha le 23 ; elle eut l'avantage
du vent , & put en conféquence fi bien
diriger fon feu , qu'elle endommagéa l'efcadre
Turque . Celle- ci étant rentrée promptement dans
le Canal , l'action eſt reſtée indécife. Bientôt
après cette affaire , que les Turcs racontent
tout différemment , on reçut à Conftantinople
Favs de la conclufion des préliminaires entre le
Grand- Vifir & le Prince Repnin .
S
扈
7
PAYS- BAS.
De Bruxelles , le 1er. Odobre.
Lorfqu'à l'approche de fes armées , le
Gouvernement , fans combattre , vit pffer
toutes les réfiftances, & difparoître la République
fédérative de M. Van der Noot , il he
put fe méprendre fur les vrais motifs de cette
(( 77 )
réfipifcence , ouvrage de la peur. Les Fac
tieux , cependant , s'étant apperçus qu'ils en :
étoient quittespour des amnifties , qu'on leur
laiffoit le pouvoir d'exercer encore leur turbulence
, & que l'Empereur avoit la bonté
de compter les ramener par des déclarations
paternelles , ils confervèrent leurs efpérances.
Bien loin de fe féliciter de la condefcendance
du Souverain , ils s'étudièrent
fans relâche à en abufer. Le Brabant venoit
de recouvrer fes anciens droits ; les
Etats perfévérèrent à fe conduire comme à
l'époque où ils les avoient perdus. On eut
foin d'entretenir la fermentation dans les
villes , & de ramener fans ceffe les demandes
propres à l'augmenter. La haine
de parti furvécut au rétabliffement de
l'ordre , & travailla à le troubler de nou
veau. Preffé entre la rage des adhérens de
Van derNoot, & la chaleur des Vonckiftes,
le Gouvernement tint entr'eux une balance
vacillante ces tempéramens les aigrirent
de plus en plus , & , pour ne les avoir pas
facrifiés l'un à l'autre , il parvint à les mécontenter
tous. Par philantropie , on laiſſa
impunis des défordres & des tentatives :
on efpéra qu'à force de ménagemens , on
concilieroit tous les intérêts à celui de la
paix publique.
Jamais politique ne fut plus malheureufe.
Soit que les Factieux , ainſi qu'autoriſent à
le croire des indices fur lefquels le Gou-
D 3
( 78 )
vernement a fermé les yeux , fuffent excités
du dehors à créer des embarras au
Gouvernement , & à reprendre la poſture
révolutionnaire ; foit que la violence naturelle
des efprits & des prétentions ranimât
feule l'incendie amorti , les étincelles
ont éclaté de jour en jour avec plus de:
force. Au moment où nous écrivons , l'effervefcence
elt auffi grande qu'elle le fut
au commencement de 1789 .
On fe rappelle qu'en reprenant fa domnation
, Empereur fit exclure du Confeil
de Brabant , cinq Membres qui y avoient
été portés par les Révoltés , en méme.
temps qu'ils chafsèrent ceux qui reftotent
fidèles au Souverain. Les Etats n'ont ceffé
de réclamer la réintégration de ces cinq
Confeillers ; ils l'ont pourfuivie avec autant
d'opiniâtreté , que le Gouvernement a
mis de fermeté à s'y refufer. Cette querelle
n'étoit qu'un prétexte d'oppofition.
plus déclarée ; celle- ci , en effet , a folem-
Hellement éclaté le mois dernier.
Le moment de décréter les fubfides
étant arrivé , les neneurs des Etats , & fpécialement
les Membres du Clergé & de la
Nobleffe , ont fait arrêter le 10 Septembre ,
une remontrance , où les Etats concluent
à refufer tous fubfides jufqu'à ce que le
Gouvernement leur ait accordé fatisfaction.
Le Gouvernement a cru les ramener
à la réflexion par un délai de deux jours ;
( 79 )
mais la délibération du 12 , quoique trèstumultueufe
, a produit le même réfultat
que1la précédente. Les Etats réfólurent ce
jour là , qu'attendu le cri de leur confcience ,
ils s'oppoferoient à l'octroi des fubfides , tant
que les cinq Confeillers ne feroient pas rétablis
dans leurs fonctions , tant que la totalité
des Couvens fupprimés ne feroit pas
rétablie , enfin tant qu'on perfifteroit
dans les exceptions à l'Amniftie générale.
( Ceci regarde Van der Noot, Van Eupen ,
&c. ) A ces demandes ils ajoutèrent celle
du rétabliffement complet de l'Univerfité
de Louvain dans fon état primordial , &
de la réunion des Duchés de Brabant & de
Limbourg, Ce refus conditionnel , accompagné
d'une Proteftation en forme contre
la légalité du Confeil de Brabant , ayant
été remis au Chancelier de Crumpipen , le
Gouvernement a, fait rendre aux Etats leur
remontrance & inftruit l'Empereur de
l'état des chofes .
"
De leur côté , les Factieux & leurs auxi
liaires étrangers , ont repris l'arme des Libelles
incendiaires : le Gouvernement vient
de promettre 200 ducats à celui qui dénoncera
les Auteurs de deux de ces Ecrits
intitulés , le Cri des Brabançons , & Avant-
Coureur du Manifefte Belgique . Ces pourfuites
ne guériront pas le mal . Rien n'eft
oublié pour échauffer de nouveau le Peu
ple , & même pour corrompre les Régi-
C DUST
4
( 80 )
mens. Ces pratiques infâmes n'ont eu , ni
ne peuvent avoir aucunfuccès fur les Régimens
Hongrois ou Allemands ; mais il n'en
eft pas de même de deux Régimens Wallons,!
peuplés de Déferteurs François. Celui de
Murray, en particulier , où , dit-on , on a eu
l'imprudence de faire rentrer 1200 foldats
qui , dans le temps , abandonnèrent leurs
drapeaux , pour fuivre l'armée Braban-
Conne , a obligé fes Chefs de maintenir
la difcipline par des exécutions réitérées .
Si le Gouvernement témoigne encore de
la foibleffe , & cède aux avis de quelques
hommes , plus effrayés des troubles
populaires qu'exercés à les réprimer , il fe
trouvera en peu de femaines , obligé de
plier , devant l'obftination des Factieux ,
ou de déployer enfin toute la fevérité de
fa puiffance.
•
On peut juger par ce tableau fidèle de
l'effronterie de je ne fais quel Gazetier François
, qui pour faire fa Cour aux badauts
de fon pays , a ofé imprimer à Paris que,
notre Confeil de guerre venoit de lui envoyer
les regiftres , & de lui communiquer
un plan de réduction, fuivant lequel la moitié
de notre armée feroit congédiée . Nous
pouvons certifier que loin que l'on fonge à
faire partir un feul foldat , nous recevrons
avant l'hiver les régimens de Neugebauer &
de Bender , mis au complet de guerre . Rien
de moins sûr , d'ailleurs , qu'on fe bornera
( 81 )
à ce renfort ; mais jufqu'à ce jour , nous
ne connoiffons d'autre départ avéré que
celui des deux Régimens dont nous venons
de donner les noms , & des Cuiraffiers de
Hohenzollern , deftinés d'abord pour Fribourg
, & qu'il eft queftion de faire arri
ver dans nos Provinces.
FRANCE.
De Paris , le 4
Odlobre 1791.
Enfin , au bout de 29 mois de fouverai
neté Affemblée nationale vient de pofer le
fceptre de la France. Par la nature de fes opétions
, elle s'eft placée aux yeux de l'Eu
tope dans une fituation telle , que le titre
de la plus fage , ou de la plus infenfée des
Légiflatures , lui eft immanquablement réfervé
.
: Bravant l'expérience , les autorités , les
contradictions , elle a dédaigné les routes
fuivies par tous les Législateurs du monde
connu , pour adopter les leçons qu'enfanta
le délire , ou la profonde fageffe de quel
ques Novateurs.
Si ' cette épreuve légiflative fur vingtcinq
millions d'hommes eft juftifiée par
l'expérience , fi elle procure effectivement
aux Peuples une maffe de bonheur fupé
rieure à celle qui , jufqu'à ce jour , fut le
DS
( 82 )
མ་
partage des fociétés politiques , on accor
dera à ces Législateurs extraordinaires ,
tribut d'éloges exclufif & bien mérité.
Siau contraire , les faits démontrent
impraticable l'application de ces fyftêmes
hafardés , fi les défordres , l'immoralité ,
la licence de l'anarchie qui en ont été les.
premiers fruits, fe prolongent par les mêmes
caufes ; fi , par l'obftination coupable des .
Légiflateurs , les malheurs de la France s'accroiffent
au lieu de diminuer , on regardera
comme une vile charlatanerie cet emploi
continuel des mots de raifon , de liberté,
d'humanité , rien ne fauvera ceux qui
les ont prodigués , du mépris & de l'exécration
du genre humain.
C'eft là une terrible alternative pour tout
homme qui , avec des principes , je ne dis
pas de confcience , mais dé refpect pour fa
réputation , veut fe donner le temps de
réfléchir. Trois claffes d'hommes courent
feuls le hafard de s'y expofer ; les Héros ,
les Scélérats , & les Fous . Ainft, les Mem
bres de la Légiflature expirée doivent s'atr
tendre à être cités , dans l'avenir , comme
des prodiges de perverfité & de démence ,
ou comme des prodiges de fagetie & de
vertu , fans qu'ils puiffent fe plaindre de
cette rigoureufe épreuve , puifqu'ils s'y
font volontairement foumis.
Sans préjuger d'avance les arrêts de l'or
pinion contemporaine & de la poftérité
( 83 )
miné
robfervateur impartial découvre déjà de
triftes augures de leur févérité. A moins de
démentir des faits pofitifs & avérés , l'Af
femblée conftituante ne peut diffimuler
que , par le réfultat de fes dogmes & de
fes opérations , elle laiffe tout principe religieux
anéanti , les moeurs au dernier terme
d'impudence , tous les vices en liberté
le droit de propriété attaqué
dans fes fondemens ; nos forces de terre
& de mer en pire état qu'à l'ouverture
de fon règne qu'elle a ébranlé ,
finon anéanti les principes de toute conftitution
militaire; qu'elle laiffe nos finances
dans l'abîme , la dette publique confidérablement
accrue , le déficit annuel augmenté
de moitié , fuivant les Calculateurs les plus
favorables les impofitions arriérées , Tufpendues
, frappées dans leur fource par la
hardieffe d'un fyllême abfolument nouveau
, dont la conféquence immédiate a
été d'habituer les Peuples à le croire libérés
de taxes . Elle ne peut fe diffimuler que
notre influence, notre confidération en Europe
font éclipfées ; que notre commerce
eft moins floriffant , nos manufactures
moins productives, notre population moins
nombreufe; que la fonime des travaux eft
diminuée , ainfi que la richeffe nationale ;
qu'elle a fait difparoître le numéraire , diffipé
une fomme énorme de capitaux pu
blics ; qu'enfin , notre Police intérieure ,
A
D 6
( 84 )
malgré fes nombreux furveillans , eft plus
oppreffive , moins sûre qu'elle ne l'étoit
avant la Révolution.
le
Nous ajouterons , & on ne pourra
contefter que , dans tous les états , le nombre
des malheureux eft arrivé au plus effrayant
degré , que la misère & le défefpoir couvrent
d'un crèpe funèbre les chants de
triomphe , les illuminations , les Te Deum
& les harangues congratulatoires. Je ne parle
pas du Clergé & de la Nobleffe : leur état
& leur naiffance les ayant rendu criminels
aux yeux du Parti dominant , leurs malheurs
font fans doute des punitions légitimes
, & quatre ou cinq cents Farticuliers
s'étant rendus inviolables , ont eu le
droit de difpofer de leur fort , comme le
Juge difpofe de celui des malfaiteurs . Mais
je demande qu'on m'indique , à l'excep
tion des Agioteurs , une feule claffe quel-
Conque de François , dont la fortune n'ait
déchu , dont les reffources & le bien-être
, ne foient douloureufement atteints ?
Pour apprécier juftement la conduite de
nos premiers Législateurs , il faut écarter
le fophifme par lequel ils ont conftamment
fafciné le vulgaire , en mettant la fituation
actuelle de la France , en parallèle avec
les réfultats défaftreux du plus horrible
defpotifme. C'eft-là une très fauffe
-pofition , à laquelle les fourbes & les fots
ent toujours foin de revenir. Un nombre
( 85 )
immenfe de Citoyens ne veut pas plus de
l'ancien que du nouveau régime, & ce n'eſt
point fur la réforme du premier que
tombent les reproches dout ils accablent
le fecond. Pour furmonter leur défappro →
bation , il faut prouver que, fans les opérations
de l'Affemblée , fans les défaftres
publics & particuliers qu'elles ont néceffités
, la France n'eût jamais acquis la li
berté , la sûreté des biens & des perfonnes,
la fécurité qui eft la première condition
d'un bon Gouvernement , la paix qui en
eft le figne , l'égalité politique , l'abondance
, la force , l'ordre , la conſidération
univerfelle. Il faut prouver encore que
l'Affemblée n'a pas eu d'autre choix d'inf
titutions , qu'aucun milieu ne s'eft préfenté,
& que le feul Gouvernement convenable ,
elle l'a proclamé , parce que nul autre ne
préfentoit des avantages fi certains , ni un
avenir plus évidemment fatisfaifant.
J'invite quelqu'un de nos Légiflateurs ,
M. le Chapelier , par exemple , à employer
fes loisirs à cette falutaire démonftration ;
elle aura plus de force & d'efficace que
les félicitations de l'Aflemblée à l'Affemblée
, que les beaux mouvemens de M.
Paftoret , que les adreffes paffées des
Clubs , maintenant congédiés par leurs Inftituteurs
, à-peu-près comme un libertin
met à la porte la fille perdue dont il a
jouiroitaa soltera al
IR
( 86 )
Σ
Les deux Sections oppofées du Corps
conftituant n'ont pas voulu fe féparer fans
fe jurer une haine éternelle. On verra que
le côté droit ayant preflé la Majorité de
rendre compte à la Nation du bouleverfement
des Finances , un nommé Lavie ,
puiffant Patriote , qu'on dit avoir été
barbier il y a quelques années , & qui ,
en qualité de Député d'Alface , a fait
mille fois retentir la Salle de la langue
des crocheteurs mal élevés , à voué la
Minorité aux affaflins. A l'inftant où l'on
crioit , fous le nom du Roi , une Proclamation
par laquelle M. de Leffart invite
les Amis de la Liberté , à abjurer l'ef
prit de parti & les paffions , ce Lavie
traitoit le côté droit de brigands , d'infâmes
, de fcélérats , qu'on auroit SOIN
DE RECOMMANDER AUX PROVINCES.
C'eft ainfiqu'en partant ,je vous fais mes adieux,
Ce dénouenient de la grande pièce eft
parfaitement digne des fcènes précédentes ;
il ne manque plus que de le célébrer par
un feu d'artifice
ASSEMBLÉE NATIONALE.
Dernière Semaine de la Seffion.
Du lundi , 26 Septembres
Le magnifique plan d'inſtitution nationale , de
( 87 )
M. de Talleyrand ayantété renvoyé à la prochaine
Légiflature. Vous feriez 5 ou 6 mois . fans
éducation , a dit M. d'André à l'Affemblée , ce
qui feroit du plus grand danger » fi les congrégations
& tous les établilfemens exiftans dans
le royaume , e rempliffoient provifoirement leurs
fonctions fous les mêmes loix & l'ancien régime.
Un décret l'a ainſi ſtatué , & M. Fréteau y a
fait ajouter qu'à compter du prenier octobre
toutes les facultés de droit feront tenues de charger
un de leurs membres & les profeffeurs dans les univerfités
d'enfeigner auxjeunes étudians la conftitu-
Hon françoife. Sur la propofition de M. de Landine,
& d'après un embargo mis par la municipalité
fur la bibliothèque publique de Lyon , il a été
auffi décrété que , jufqu'à l'organiſation de l'éducation
nationale , les bibliothèques publiques continueront
d'être ouvertes au public & maintenues ,
avec ceux qui les deffervent , dans les empiacemens
qui leur font actuellement attribués .
A la demande de MM. Alexandre de Beaus
harnois & Defourmel, on a fupprimé le ferment
de Catholicité exigé pour la croix de St,
Louis , que le décret n'appelle plus que la décoration
militaire , & les formalités ufitées Four
conférer ce ci-devant orde. Les lettres qui au
toriferont à porter le figne du mérite , feront
les mêmes , quelle que foit la religion de l'of
ficier , & les non- catholiques qui auront quitté
le fervice feront pareillement fufceptibles de la
décoration militare , s'ils ont fervi le temps fixé
la loi.
par
1
M. d'Auchy a fait décréter. 36. articles , por
tant réglement fur la répartition des contributions,
& leur adjudication au rabais , quant aux frais,
( 88 )
de perception , après trois publications , par les
municipalnés .
M. Vernier avoit à peine lu , de la part du
comité des finances , un article de la plus chatouilleufe
importance pour ce qu'on devroit
nommer la refponfabilité morale des légiflateurs
quel'Aflemblée l'avoit déja décrété en ces termes :
Les commiffaires de la trésorerie ne pourront
être deftitués fans que les caufes de
leur deftitution aient été connues , & vérifiées par
le corps légiflatif. »
.
M. le Pelletier de Saint-Fargeau a cru mettre
la dernière main à fon code pénal , en faifane
décréter les trois difpofitions fuivantes : « 1° . Dèsà-
pr fent , la peine de mort ne fera plus que
la fimple privation de la vie ; 2°. le fouct &
la marque font abolis dès ce jour ; 3 ° . l'accuſé
aura trois jours pour faire la déclaration , qu'il
fe pourvoit en caffation ; pendant ce temps
Fexécution fera fufpendue. Mais M. Démeunier
y a joint trois nouveaux articles adoptés
& que voici :
Art. 1. Si des confeils ou directoires de
diftrict ou de département donnent fuite à des
actes annullés , foit par l'adminiftration de dépar
tement , foit par le Roi , celui qui aura préfidé la
délibération , ainfi que le procureur-général- fyndic
ou le procureur-fyndic qui en aura requis ou or
donné l'exécution , encourront la peine de la dégradation
civique.:
25
ce II . La même peine fera prononcée contre
celui qui aura préfidé une affemblée d'officiers
municipaux , & contre le procureur de la com
mune , qui aura donné fuite à des actes déclarés
nuls . »
2 *?
1
( 89 )
« III. Si une affemblée électorale fe permet
de prendre des délibérations fur des objets étran
gers aux élections ou à fa police intérieure
ceux qui auront préfidé la délibération , ou fait
fonction de fecrétaires , feront punis de la même
peine. »
Le miniftre de la guerre a demandé 9 mil
lions 811,371 liv . pour l'habillement & l'équipement
des gardes nationales , & a remis l'état
des frais des approvifionnemens indifpenfables
pour mettre les places de Giver , Charlemont
& Landau à l'abri d'une furprife , en obfervant
qu'il étoit néceffaire d'y pourvoir dans la femaine
. Sa lettre a été renvoyée au comité des '
finances.
Plufieurs familles nobles avoient multiplié les
fondations en faveur de la pauvre nobleffe , à
charge de réverfion ; lorfque la nation s'eft emparée
de tout , les parens des fondateurs ont
réclamé ; ceux de M. Colet de Saint- Valier técament
100,000 écus , capital de 15,000 1. de
rente fondées par lui pour doter des filles
nobles de la Provence . M. Camus a trouvé
fort mauvais qu'on retardât les opérations nationales
, & a prétendu que « tout ce qui a été donné
dans des vues de bien public eft à la difpofition
de la nation. « Le projet qu'on vous propofe
, a eu la bonne foi de dire M. Régnault,
eft un acte de la puiffance qui dépouille la foibleffe
. »
On n'en a pas moins décrété que tous les
biens dépendans de fondations faites , foit en
faveur d'ordres , de corps & de corporations
fupprimés , foit en faveur des individus qui pouvoient
en faire partie , confidérés comme tels
feront vendus en qualité de domaines nationaux ,
90.)
nonobftant toute claufe de reverfion portée aux
actes de fondation. Il eft vrai que M. Démeunier a,
fait ajouter à ce décret, que « l'Affemblée réſerve à ,
la légiflature d'établir les règles , d'après lefquelles
il fera ftatué fur les demandes particulières qui
pourroient être formées , en conféquence des
claufes écrites dans les actes de fondation . ”
La vente ordonnée , nonobftant les claufes
bleffe évidemment l'article de la déclaration des
droits qui promet une indemnité préalable ; &
foumet les réclamans à la lutte inégale de
individu dépouillé contre la nation fouveraine ,
légiflatrice & mife en poffeffion ; c'cft fuppofer,
que les règles éternelles de la juftice , peuvent
être violées , en attendant qu'une légiflature veuille
bien les établir.
La féar.ce s'eft terminée par une autorisation.
donnée au miniftre de prêter 12 millions à
ceux des 83 départemens qui auront des be
foins imprévus. Ce prêt fera pour deux ans ,
& devra être rendu avec les intérêts à pour,
cent.
Du lundi , féance du foir.
La féance prefqu'entière a fervi à décréter
nombre d'articles ajoutés au volumineux code
pénal rural ; vraie fourmillière de procès qui défoleront
les campagnes .
Du mardi 27 feptembre.
و
票
Un décret de la veille foumettoit la révocation
des commiffaires de la tréforerie , à l'examen
des légiflateurs. M. d'André a repréſenté que
c'étoit détruire la divifion des pouvoirs & toute
refponfabilité parce que fi les commiffaires ont
des moyens de couvir leurs prevarications en
( 91 )
fe faifant un appui dans le corps lég flatif , il fera
impoffible de pourfaivre les coupables ; vérité
qui jette une lumière effrayante fur l'efprit du
décret dont M. d'André a réclamé & obtenu
révocation , ou plus décemment qu'il fût rap
porté.
Sur la propofition de M. Chabroud , l'Aſſemblée
a décrété qu'à compter du premier janvier
1791 , il fera établi une maffe de 16 liv . 10 fols
par an , fur le pied du complet de l'armée , par
chaque officier - général , officier , fous - officier ,
foldat de toute arme , chirurgien- major & aumônier
, pour fubvenir aux frais des logemens
militaires , ameublemens & uftenfiles , foit en
nature foit en argent . Cette égalité abfolte
contient une inégalité relative exceffivement difproportionnée
, puifque 161. 10 fols font plus.
d'un mois de la paye du fimple fantaffin , &
pent-être moins d'une journée de l'officier- général,
dont le logement coûtera plus que celui du
foldat.
Un décret a mis à la difpofition du miniftre
de l'intérieur une fomme de 100,000 liv . , deftinée
à acheter , pour la bibliothèque nationale ,.
les imprimés & manufcrits précieux que la mifère:
commune & la vente des bibliothèques particu-
Hères livrent aux fpéculations des étrangers ;
fomme qui n'empêchera pas que la France ne.
faffe des pertes immenfes & irréparables en ce
genre.
M. le Chapelier à préfenté la rédaction pro- .
mife de la loi contre ceux qui prendront des
titres abolis . Elle portoit la nullité des actes où
fe trouveroient ces qual fications interdites . La
Hullité des actes confervateurs des droits & de
la propriété légitime des nobles qui , dans la
T
( 92 )
forme , tranfgrefferoient ce réglement tyrannique,
n'offroit aucune trace d'improbité à la délicateffe
de M. Lavigne ; mais il s'oppofoit à la nullité ,
des actes obligatoires pour ces mêmes nobles
envers tout roturier ; tant le fophifme perfécu- .
teur eft ingénieux à impofer un filence de mort
à la confcience ! M. Lanjuinais vouloit qu'on
décrétâ le principe. Aux inconvéniens de la nullité,
M. le Chapelier fubftituoit l'amende , qui offroit
à M. d'André l'inconvénient , bien autrement
fâcheux que celui de l'improbité d'une loi , le
tort de reffufciter les titres pour de l'argent , &
M. d'André concluoit que le premier plan écois
ce qu'il y avoit de plus fage.
!
Cependant M. Duport y a vu d'innombrables
difficultés & un principe d'immoralité . Mais de .
fcrupule en fcrupule , fon équité législative s'eft
repofée avec complaifance fur l'amende & l'interdiction
, ou la dégradation , fi juftes pour un
délit fi grave. L'amende a été fixée. par M. Chabroud
à 6 fois la contribution directe ; & le minimum
, par M. Linjuinais , à 1,000 liv. M. le`
Chapelier a adopté les 6 fois la contribution , &,
repouffé tout minimum & maximum . Un autre.
membre a vivement regretté qu'on ne pût appliquer
cette peine au noble mort qui fe feroit
qualifié noble dans un teftament olographe . La
radiation des titres , l'amende , & la dégradation
civique , forment le fond de l'un des décrets le
plus âprement defiré par les législateurs philp-
1ophes d'un peuple libre.
En pallant des nobles aux juifs d'Alface
qu'un journement privoit encore des droits de
citoyens actifs , M. Duport a dit que « les Mufulmans
, les Payens , font admis en France à la
jouiſſance de ces droits , aux conditions confti((
93 )
rutionnelles . M: Rewbell confondoit le décret
prefque rendu , avec ceux qu'il prétendoit que
l'ignorance avoit fait rendre . M. Régneut lui a
cré que c'étoit parler contre la conftitution que
d'attaquer le projet de M. Durort : l'Affemblée
a chargé celui ci du foin de rédiger la loi décrétée.
M. de Liancourt a réſumé ſes beaux ſyſtèmes
de bienfaifance philofophico-nationale envers les
pauvres , pour qui la philofophie & la nation
ont tari les fources abondantes de la charité des
fiècles ; & fuppléant au défaut de moyens par
des phrafes ufées , il imploroit du moins un
décret qui promît ce qu'on s'eft mis de gaîté de
coeur dans l'inexcufable impoffibilité de faire.
« Le comité , a dit M. Andrieux , veut affecter
annuellement à l'extinction de la mendicité so
millions , y compris le revenu des hôpitaux (ruinés),
fur lequel il n'a pas même les renseignemens
néceffaires ». Cet apperçu qui prouve combien
& comment on s'eft occupé des pauvres , & le
manique abfolu de tems , ont amené l'ajournement
à la prochaine légiflature , avec l'expreffion
d'un tendre regret .
Enfaite M. Fermond , également inftruit de
tout , s'eft mis à organifer la régie des poudres
& des fatpêtres , & l'on en a décrété 5 3 articles
en fix titres ; & M. Vifmes auroit organifé tout
" aufli leftement les falins & falines , fi d'abord
'une régie centrale n'avoit fait craindre la réfur-
"rection de la ferme ou peut - être de la gabelle ,
& n'eût fuggéré l'idée affez commode de laiffer
eet embarras , ainfi que beaucoup d'autres , â
la légiflature prochaine.
"
Du mardi , féance dufoir:
Trois décrets ont fucceffivement féuni 1 aux
( 94 )
1
domaines nationaux , fur le rapport de M. Fri
caut , les domaines poffédés par. M. du Châtelet,
en vertu d'un bail emphitéotique & d'un arrêt
du confeil du 6 juin 1772 ; fur le rapport de M.
Barrère, la principauté d'Enrichemont , l'un des
propres de la fucceffion du grand Sully; & , fur
le rapport de M. Enjubault , le pays de Dombes
& leurs dépendances ; fauf à terminer & juger
les évaluations commencées .
Le tefte de la féance a été rempli par la fuite
& la fin du code rural , qu'a lues M. Heurtaut
de Lamerville , & par la fuite & la fin du travail
fur les notaires qu'a préfentées M. le Chapelier,
de tout décrété fans débats intéreſlans.
Du mercredi , 28 Septembre.
A la demande de M. Barnave , l'Aſſemblée
a décrété l'abolition de toutes pourfuites dans les
Colonies , fur les faits relatifs à la révolution ,
& amniftie générale en faveur des hommes de
guerre .
M. de Cernon a fait décréter que cc file cas
l'exige , il fera mis en émiffion cent millions
d'affignats fur la fabrication décrétée le 19 juin
dernier , au- delà de la quantité qui fe trouvera
éteinte par le brûlement. » Il a enfuite annoncé
que vendredi on préfenteroit l'état certifié de la
fituation de la caiffe de l'extraordinaire .
婆
›
i cc Je ne m'en contenterai point , a répondu
M. de Folleville qui a demandé un compte par
articles , par eſpèces , en menu & non de ces
comptes in globo dont nous ſommes , a-t-il dit
affourdis : il a déclaré que ce feroit des mem
bres du côté droit , que la nation apprendroit la
manière dont cette fabrication a été faite.
M. Regnault de Saint- Jean - d'Angély a pré(
95 )
rendu que, ces propos expliquoient d'où veroient
les placards calomnieux qui exigent des comptes
de l'Affemblée ; & en imputant ces étranges
calomnies aux ennemis de la conftitution , M.
·Regnault a laiffé échapper cette phraſe : « il n'eft
aucun de nous qui ne voulût s'engager à rendre
des comptes ... Comme M. de Folleville prenoit
acte de l'aveu , ce n'eft point des comptes
de comptables , a repris M. Regnault , car les
membres de l'Affemblée n'ont fait qu'ordonner ,
n'ont jamais eu de fonds en maniement. Pour
mieux détourner une attention importune , M.
Lavie a parlé du livre rouge , des dilapidations
de l'ancien régime. Des clameurs : à l'ordre du
jour, ont coupé la parole à M. de Folleville ,
& le préfident lui a impofé filence.
M. le Chapelier a lu la rédaction définitive
du décret contre les François qui prendront dés .
titres abolis. Peut- être nos lecteurs regretteroienti's
un jour de n'en avoir pas le texte littéral , tel
que le produifit cette époque , fi vantée , de
liberté, de tolérance, de lumières , de philofophie.
Le voici :
ce L'Affemblée nationale , ayant pour devoir
d'affurer l'exécution des principes conftitutionnels
, décrète ce qui fuit :
ce Art. I. Tout citoyen françois , à compter
du jour de la publication du préfent décret ,
qui inféreroit dans fes quittances , obligations ,
promeffes & généralement dans tous les actes
quelconque , quelques - unes des qualifications
fupprimées par la conftitution , ou quelques-uns
des titres ci- devant atttribués à des fonctions qui
n'exiftent plus , fera condamné à une amende
égale à fix fois la valeur de fa contribution
mobiliaire , fans déduction de la valeur de la
contribution foncière ; lefdites qualifications ou
( 96 )
3
2
titres feront rayés par procès- verbal des juges
du tribunal ; & ceux qui auront commis ce délit
contre la conftitution , feront condamnés en outre
à être rayés du tableau civique , & feront déclarés
incapables d'occuper aucuns emplois civils ou militaires,
« II. La peine & l'amende feront encourues
& prononcées , foit que lefdits titres & qualifications
foient dans le corps de l'acte , attachés
à un nom ou réunis à la fignature , ou fimplesment
énoncés comme anciennement exiftans .
« III. Serort punis des mêmes peines , &
fujets à la même amende , tous citoyens qui
porteroient les marques qui ont été abolies , ou
qui feroient porter des livrées à leurs domeftiques
, & arboreroient des armoiries fur leurs
maifons ou fur leurs voitures. Les officiers municipaux
& de police feront tenus de conftater
cette contravention par leurs procès - verbaux ,
& de les remettre auffi- tôt dans la perfonne da
greffier du tribunal au commiffaire du Roi qui ,
fous peine de forfaiture , fera tenu d'en faire
état aux juges dans les vingt - quatre heures de
la remife qui lui aura été faite deſdits procèsverbaux
par la voie du greffe .
"0
ce IV. Les notaires & tous autres fonctionnaires
& officiers publics ne pourront recevoir
des actes ou cès qualifications ou titres fupprimés
feroient contenus ou énoncés , à peine d'interdiction
abfolue de leurs fonctions ; & leur
contravention pourra être dénoncée par tout
citoyen. »
CC
. و د
V. Seront également deftitués pour toujours
de leurs fonctions tous notaires , fonctionnaires
& officiers publics, qui auroient prêté leur
ministère à établir les preuves, de ce qu'on apin
pelloit
( 97 )
pelloit ci-devant la nobleffe ; & les particuliers
contre lefquels il feroit prouvé qu'ils ont donné
des certificats tendans à cette fin , feront condamnés
à une amende égale à fix fois la valeur
de leur contribution mobiliaire , & à être rayés
du tableau civique ; ils feront declarés incapables
de remplir à l'avenir aucunes fonctions
publiques, »
cc
« VI. Les prépofés au droit d'enregistrement
ferent tenus , à peine de deftitution , d'arrêter
les actes qui leur feroient préfentés , & qui ,
datés du jour de la publication de la préfente
loi , contiendroient quelques- uns des titres & qualifications
abolis par la Conflitution ; de les remettre
aù commiffaite du Roi du tribunal
lequel fera tenu d'agir comme il eſt preſcrit par
l'article III. »
Des nobles dégradés fans qu'il en revienne
aucun avantage au peuple dont on careffe la
fotte vanité , M. Duport cft paflé aux juifs pour
les mettre en concurrence de droits politiques
avec les chrétiens ; fon projet de décret adopté
a levé l'ajournement , dont l'effet étoit de
priver les juifs d'Alface de la qualité de citoyens
actifs , & a ftatué que leur ferment civique fera
regardé comme une rénonciation à tout privilége
& à toute exception précédemment introduite en
leur faveur.
•
M. Ræderer n'a pas réuffi à faire rétablir le
décret rappellé hier fur les commiffaires de la
tréforerie ; ni M. Goupil à reffufciter celui qui
portoit qu'on élitait un gouverneur du Prince-
Royal. Il a plu à M. d'André d'affirmer que ce
dernier n'étoit que provifoire , quoique , dans
le temps , on fit de l'élection de l'instituteur du
premier fuppléant du Roi l'une des bafes de la
No. 41. 8 Octobre 1791 .
E
1
( 98 )
liberté publique permanente & non provifoire.
Mais l'ordre du jour a mis fin aux contradictions
.
Nonobftant toutes les chicanes , les brouhahas ,
les clameurs accoutumées ou même extraordinaires,
M. l'abbé Maury , monté à la tribune pour une
véritable motion d'ordre , a demandé l'exécution
du décret du mois de février , portant que
l'Affemblée ne fe féparera pas avant d'avoir rendu
Tes compres. Quelques mains ont applaudi dans
les galeries. L'orateur s'eft chargé de prouver
que PAffernblée devoit un compte , & que le
compte de M. de Montefquiou n'eft qu'un roman ,
un tiffu d'impoftures . MM. Gouttes , Duport ,
Chabroud , Gombert , Raderer , d'André & Lavie
ont tout mis en oeuvre pour décrier les intentions
& les raifons de M. l'abbé Maury en l'empêchant
de parler. C'étoit à qui l'interromperoit par des
faux- fuyans , ou par des injures : le président a
eu ingénuité de dire que , s'il avoit fu fur quoi
M. l'abbé Maury demandoit la parole , il ne la
lui auroit pas accordée . Selon M. Chabroud exiger
des comptes dus & promis , c'eft vouloir répandre
la fédition .
M. de Foucault a réclamé le plus grand des
droits du peuple ; ces droits du peuple ont fait
éclater de rire le côté gauche . L'honorable membre
a foutenu que le compte de M. de Montefquiou
eft faux , & infiftoit pour que M. l'abbé
Maury le prouvât . La queftion préalable , les
cris à l'ordre qu'il ſe taife ; videz la tribune ,
à bas , à l'Abbaye , & des outrages étoient
l'unique réponse au cri du côté droit rendez
vos comptes. M. Duport avoit la bonne foi de
fe plaindre des interruptions qu'il éprouvoit de
la part de M. l'abbé Maury , qu'il ne vouloit
:
( 99 )
•
pas entendre. La publicité des féancer , celle des
décrets les procès - verbaux de l'Affemblée ,
fatisfont furabondamment à tout , fuivant M.
Duport. Elle n'a point adminiftré , elle ne doit
pas d'autres comptes. M. de Montefquiou n'a
point fait un compte , mais un état public des
recettes & des dépenfes . On veut foumettre
l'Affemblée a prouver qu'elle a reçu tant , qu'elle
a dépensé tant , en efpèces , en affignats ... Cette
propofition infidieufe «ne vaut pas même une
réponse aux yeux de tout homme de bonne- foi.
L'Affemblée doit un état de fituation des finances ;
cet état eft imprimé .
ל כ
« Il eft faux , lui a dit M. de Foucault .
M. Duport a répliqué , en fubftance , que des
difficultés de chiffres demande toient un calcul &
du temps ; que l'acceptation du Roi ayant déjoué
toutes les efpérances de changer la conſtitution ,
on voudroit affoiblir le crédit public ; qu'il
n'exifte aucun pouvoir ultérieur qui ait le droit
de faire rendre des comptes à l'Affemblée nationale
; & pour conclufion , l'ordre du jour.
Accufé d'impofture depuis fi long - temps , M.
de Montefquiou a cru devoir témoigner le defir
que cette difcuffion fût coulée à fond , & qu'on
entendit M. l'abbé Maury; mais pour la fatisfaction
de M. de Montefquiou , il étoit trop
fermement réfolu que M. l'abbé Maury neferoit
pas écouté. Les injures tenant auffi lieu d'argumens
, M. Lavie a dit qu'une lettre de M.
Kellerman lui annonçoit , le 22 , que les brigands
préparoient du tapage pour le 28 .
CC
ccOn auroit évité cette difcuffion , difoit M. Malouet
, fi lorfque j'ai fait la motion d'y foumett e
les comptes des tréforiers & des ordonnateurs ,
au lieu de l'écarter par des déclamations , par
880269
E 2
( 100 )
ככ
--
des qualifications de mauvais citoyen qui changeront
d'adreffe... vous aviez ainfi communiqué
les pièces d'hommes refponfables ; on n'a pas
autre chofe à vous demander ... Elles font aux
archives ! Il falloit les communiquer , le public
n'auroit pas eu d'inquiétude . Le comité
des finances a lui - même adminiftré directement
objecte M. de Montlaufier. -- En fuppofant qu'il
ait adminiftré lui - même , répond M. Malouet ,
il y a toujours d'autres perfonnes refponfables .
Je réfume ma propofition. Si M. l'abbé Maury
veut attaquer les comptes des commiffaires de
la trésorerie & des ordonnateurs , feuls comptes
que vous deviez produire à la nation , l'Aſſemblée
doit l'entendre. S'il veut attaquer le mémoire
de M. de Montefquiou , l'Affemblée doit décider
auparavant fi elle en adopte le contenu , »> On
n'a fait ni l'un , ni l'autre .
En feignant de rendre hommage , cette fois
aux principes de M. Malouet , M. d'André s'eſt
occupé d'en éloigner les fuites ; & il n'a pas
imaginé , pour cela , de moyen plus adroit que
de répéter vos comptes font dans vos décrets
; vous êtes comptables à la nation d'avoir
détruit tous les abus , d'avoir fait difparoître
les anciennes dilapidations , d'avoir rendu au
peuple l'égalité , la liberté , &c. &c. Puis de.
longues phrafes bien véhémentes fur les réclamations
infidieufes , puis l'ordre du jour. Il eft prefqu'inutile
d'ajouter que l'Affemblée y a paffé ,
au milieu des applaudiffemens des votans
de leurs phalanges.
&
« Je ne difcute rien , a repris M. l'abbé
Maury ,, parce que je n'ai rien à oppofer à la
force ; mais je déclare que l'intention du côté
droit , qui vous parle par ma bouche , eft de
( 101 )
rendre des comptes . Nous avons des comptes à
rendre , des accufations à intenter... Il faut
nous féparer comme nous avons vécu. » Et il eft
defcendu de la tribune , applaudi du côté droit ,
& couvert des huées de la gauche & d'une partie
des galeries .
« Nous vous recommanderons aux Provinces,
a dit M. Lavie aux membres du côté droit . -- Juftice
de l'infâme propos de M. Lavie , s'eft
écrié M. d'Eprefméril. Plufieurs voix ont demandé
juftice. « Il n'y a d'infâmes dans cetre
Affemblée que ceux qui me parlent , a reparti
M. Lavie. On préfume bien que l'agitation
a été au comble : Le lecteur nous faura gré
d'abréger le honteux récit des perſonnalités , des
invectives , des menaces . M. Lavie a peint les
hommes qu'il infultoit , comme des gens défefpérés
de ne pouvoir plus opprimer le peuple ,
il les a dénoncés à la prochaine législature ; il
a dit qu'il vouloit les recommander aux électeurs
des départemens , pour éviter de pareils choix ;
il a répété les mots infâmes , fcélérats , brigands .
Et l'Affemblée eft paffée de nouveau à l'ordre
du jour , perfuadée fans doute que de tels
débats devoient tenir lieu de toute reddition de
comptes.
La féance s'eft terminée par l'adoption de
huit articles , fur le mode d'admiflion aux emplois
de fous -lieutenant dans l'armée.
Du mercredi , féance du foir.
Après de nouveaux articles ajoutés à l'interminable
code pénal rural , fix articles ont rappelé ,
commenté , expliqué d'anciens décrets fur les
feecurs accordés en remplacement de penfions
fupprimées. Un autre décret a difpofé de di-
E 3
( 102 )
verfes femmes à compte des 10 millions deftinés
aux penfions , en faveur de perfonnes compriſes
dans des états de répartition annexés ; & un
dernier a ftatué qu'il fera pris , par proviſion ,
fur les retenus de 1 hôtel des Quinze-Vingts ,
& en cas d'infuffifance , fur le tréfor national ,
pour l'année courante , les fommes néceffaires
au traitement des inftituteurs , gouverneurs &
naîtres des écoles des lourds - muets & des
aveugles- nés , logés dans les bâtimens des ci-devant
Céleftins à Paris , & pour 30 penfions gratuites
à raifon de 350 liv.
M. de Beaumetz a fait lecture d'une inftruction
relative aux procédures par jurés ; la rédaction
en a été approuvée , & l'on a levé la
féance .
Du jeudi , 29 feptembre .
Le ministre de la guerre a réitéré fa dernière
demande de quelques millions , en obfervant
qu'il eft effentiel que les fonds foient rendus
aujourd'hui , ce fans quoi ce feroit s'arrêter fur
le champ dans les mefures les plus inftantes .
On les lui a accordés auffi- tôt fur fa refponfbilité
, d'après les opinions combinées de MM.
Prieur, Emmery , Chabroud & Guillaume.
Nos loix font fi claires que ceux- mêmes qui
les ont faites n'y comprennent rien . M. Bouffion
a prié M. Barrère de Vieuzac , rapporteur de
la loi du 5 feptembre courant , au fujet des
claufes prohibitives à l'égard des fucceffions, de
déclarer s'il a réellement entendu annuller toutes
les claufes antérieures au décret . M. Barrère a
répondu que les comités avoient penfé que de
pareilles claufes devoient être réputées non écrites,
que les auteurs s'étoient trompés , que le décroc
1
( 103 )
porte : eft réputée non écrite. Ainfi les intentions
des comités font partie des loix , & des expreffions
équivoques , puifqu'elles laiffent des doutes
à M. Bouffon , peuvent donner aux loix l'effet'
rétroactif d'annuller des claufes d'une date antérieure
.
M. Alexandre de Beauharnois a heureufement
fait décréter , avant la fin de la feffion , les changemens
projettés dans les drapeaux , étendards &
guidons de l'armée , un fond blanc , des raies &
des cravates aux trois couleurs nationales & la
devile : Difcipline. Obéiffance à la loi.... Voilà
comme le génie régénère l'armée Françoiſe par
des moyens innocens , dont ne fe doutoient pas
les Turenne , les Catinat , &c.
L'Affemblée a autorifé le directoire du dépar
tement de Paris à faire lever les fcellés appofés
fur les livres & papiers de la chambre des comptes,
& à nommer provifoirement des gardiens qui
veilleront à la confervation deſdits livres & papiers
, & délivreront les expéditions requifes ,
conformément au décret rendu pour l'expédition
des arrêts du parlement de Paris . ( Cetre difpofition
fi leftement ordonnée , ne feroit- elle pas à
la fois impolitique , illégale , injufte , imprudente
& très -dangercufe ? Le directoire de Paris peut-il
nommer feul des furveillans pour ce qui intéreffe
d'autres départemens que celui de Paris ?'
Répondra-t-il de fes furveillans à toute la France?-
Des furveillans provifoires fans procès - verbal
préalable , impoffible , de l'immensité des papiers
d'un tel dépôt , ne font -ils pas une inftitution
dérifoire ? Le droit de délivrer des expéditions ne`
couvrira- t-il aucune fraude ignorée ? S'expola-t-on
jamais avec autant d'infouciance au reproche de
compromettre l'état de milliers de citoyens ? )
E
A
( 104 )
Par un autre décret , toutes les dépenfes de
l'année 1790 , de quelque nature qu'elles foient ,
qui ne feront pas acquittées au premier octobre
prochain , feront renvoyées à la liquidation générale
, ainfi que toutes les dettes arriérées , &
le paiement ne pourra en être fait qu'en vertu
d'un décret du corps législatif.
On a fixé les dépenfes du bureau du miniſtre
de la juftice à 250,000 liv.; celles du département
de l'intérieur , à 506,420 liv . ; celles du
bureau du miniftre des contributions publiques ,
à 488,920 liv. , & à 15,000 liv. de gratification
pour le premier bureau & 24,000 liv. pour les
deux autres ; total 1,308,340 liv.
« Vraiſemblablement , a dit M. d'André , le
Roi viendra demain à l'Aſſemblée , du moins il
en a le droit. H faut qu'il y ait quelque chofe
de décidé fur le cérémonial ». En conféquence
M. d'André a propofé & l'Ademblée a décrété
ce qui fuit :
«Art. I. Lorfque le Roi fe rendra dans le corps
législatif , l'Affemblée fera debout ; elle fera affife
& couverte lorfque le Roi fera affis & couvert. »
« II. Le Roi fera placé au milieu de l'eftrade;
il aura un fauteuil à fleurs - de-lys ; fes miniftres
feront derrière lui . Le préfident fera à fa droite,
& gardera fon fauteuil ordinaire. »
« III. Perfonne ne pourra adreffer la parole au
Roi , fi ce n'eft en vertu d'un décret exprès de
de l'Affemblée , précédemment rendu . »
M. de la Rochefoucault eft venu propoſer à
l'Affemblée de décréter les impofitions de 1792.
cc Votre comité ne croit point , a dit l'honorable
membre , devoir vous indiquer de nouveaux
moyens . Il a reproduit les réſultats des rapports
des 6 décembre 1790 , 19 février & 15 mais
( 105 )
1791 ; les mêmes fixation & répartition des contributions
foncière & mobiliaire , l'une à 240 ,
l'autre à 60 millions ; un fol pour livre de la
première , deux fols pour livre de la feconde ,
formant deux fonds de non-valeur , l'un de 12
millions dont 8 à la difpofition de la légiflature ,
& 4 à la difpofition des adminiftrations de département
; l'autre, de 3 millions , dont 2 à la
législature & aux départemens ; lefdits fonds
pour être employés en décharges , réductions ,
remifes & modérations. Les départemens & les
municipalités fourniront à leurs dépenfes locales
au moyen de fols pour liv. Quelqu'un a prétendu
que ces fols pour livre feroient exorbitans , ou
ne fuffiroient pas à l'énormité des dépenses locales.
›
On fe fouvient que la loi du 10 avril fixoit
au fixième du revenu le maximum que ces impofitions
ne devoient pas excéder . Aujourd'hui
ce n'eft plus cela . « Dans deux ou trois ans
difoit M. de la Rochefoucault , lorsque les progrès
de l'agriculture enrichie de vos deftructions,
auront accru les produits de la terre , cette proportion
fera fuffifante ; mais à préfent elle eft
trop foible , & cauferoit un vide dans le tréfor
public ». Il portoit donc le maximum au cinquième
, & l'on a décrété que la légiflature le
déterminera avant le premier janvier 1792 .
M. le Chapelier a préſenté , au nom des comités
de conftitution & des rapports , un projec
de loi fur les actes illégaux que fe font permis
des fociétés des amis de la conftitution. Après
les clameurs & les chicanes prévues , il a parlé
des fervices que ces fociétés ont rendus à la révolution
, a fini par les dangers de leur fauffe
popularité , de leur correfpondance , de leurs
*
ES.
( 108 ) !
I affiliations , de leurs journaux , pour conclure 1
qu'il falloit des loix répreffives contre leurs ufurpations
de pouvoirs , & une inftruction qui
avertiffe leur patriotisme des vices de leur organifation
& de leur forme de délibérer ; ce qui a
été la matière de trois articles .
La logique & l'éloquence connues de M. Roberfpierre
ont envain foudroyé ces perfides effets
de reffentimens particuliers cachés fous l'apparence
de l'intérêt public ; ce fystéme machiavelique
d'hommes faux , qui ne prononcent le nom de
la liberté avec éloge que pour opprimer avec impunité
; il a eu beau répéter les grands principes,
que des citoyens paifibles & fans armes ont le
droit de s'affembler , de délibérer , d'écrire , de
s'affilier à d'autres fociétés pareilles . Ceux qui
ne lui difputoient aucun des principes , en repouffoient
les conféquences , & lui foutenoient qu'il
ne favoit pas un mot de la conftitution , affertion
de M. le Chapelier de fort mauvais augure
pour la conflitution , que les clubs & la nation
pourroient bien ne jamais favoir mieux que M.
Roberfpierre & M. Prieur , qui s'eft offert à
prouver que M. le Chapelier la fait trop .
Pour réfuter M. Roberfpierre & les applaudiflemens
que lui prodiguoient les galeries , M.
d'André n'a eu befoin que de délayer le tens des
trois articles dans des commentaires & des déclamations
, dont toute l'énergie étcit tirée de
fon autorité perfonnelle ; car on avoit dit cent
fois , & plus franchement , que les clubs coalifés
tendoient évidemment à fubjuguer la nation , &
perfonne n'en tenoit compte. Il a fait rorfler les
mots courage , invariabilité , conftance profonde,
menacé de la chûte du crédit public , annoncé que
Les gens aifés fuiroient la France , & prophète
4
( 107 )
.
d préfent , malgré les réclamatiors , le bruit &
les amendemens , il a fait rendre le d'cret en ces
termes :
« L'Aſſemblée nationale confidérant que nulle
fociété , club , affo : iation de citoyens , " ne peuvent
avoir , fous aucune forme , une exiſtence
politique , ni exercer aucune action ou inspection
fur les actes des pouvoirs conftitués & des autorités
légales ; que , fous aucun prétexte , ils ne
peuvent paroître fous un nom colle&if , foit pour
former des pétitions ou des députations pour
affifter à des cérémonies publiques , foit pour
tout autre objet , décrète ce qui fuit :
« Art. I. S'il arrivoit qu'une fociété , club ou
affociation fe permît de mander quelques fonctionnaires
publics , ou de fimples citoyens , ou
d'apporter obftacle à l'exécution d'un acte de
quelque autorité légale , ceux qui auront préfidé
aux délibérations , ou fait quelque acte tendant
à leur exécution , feront , fur la pourfuite du
procureur général - fyndic du département , condamnés
par les tribunaux à être rayés pendant
deux ans du tableau civique , & déclarés inhabiles
à exercer pendant ce temps aucune fonction
publique. »
55
» II. En cas que lesdites fociétés , clubs ou
affociations faffent quelque pétition en nom collectif,
quelques députations au nom de la fociété,
& généralement tous les actes où elles paroîtroient
fous les formes de l'exiftence politique , ceux qui
auront préfidé aux délibérations , porté les pétitions
, compofé ces députations , ou pris une
part active à l'exécution de ces actes , feront coa
damnés par la même voie à être rayés pendant
fx mois du tableau civique , & fufpendus de
toute fonction publique , déclarés inhabiles à être
E 6
? 1084)
élus à aucune place pendant le même temps de
fix mois. »
« III. A l'égard des membres qui n'étant point
infcrits fur le tableau des citoyens actifs , commettroient
des délits mentionnés aux articles précédens
, ils feront condamnés par corps à une
amende de 1200 liv . s'ils font François , & de
3000 liv. s'ils font étrangers. »
1
« IV. L'Affemblée nationale décrète que le
rapport de fon ancien comité de conftitution fera
imprimé. »
Du jeudi , féance du foir.
Adreffe du commerce de Bordeaux qui témoigne
fa reconnoiffance pour le décret relatif
aux colonies . Point de mention au procès -verbal ;
à l'ordre du jour. On y paffe .
M. Guillotin a préſenté l'état des dépenſes de
Templacement du corps législatif ; elles ne montent
qu'à un million 300,000 livres , & M. Lavie
a trouvé qu'il étoit impoffible de faire autant de
bien à meilleur compte.
On a voté des remercîmens aux troupes de
ligne pour leur conduite pendant la révolution ;
aux gardes nationales , particulièrement à celles
de Paris & au commandant ; & M. Rabaud de
Saint-Etienne a mis , de nouveau , la dernière
main à l'organiſation des gardes nationales de
tout le royaume.
Il a réparé l'oubli qui s'étoit gliffé dans la
loi qui les concerne du paffe -poil écarlate ;
a preferit l'uniforme des canonniers nationaux ,
compté & placé leurs gros & petits boutons
attaché un capon & une grenade à leur retrouffis
a permis aux villes de donner deux canons ,
elles en ont , à chacun de leurs bataillons def-
>
( 109 )
tinés à la défenſe des frontières ; a fixé l'ordre
da fervice de la force publique dans les lieux ou
fiége le corps légiflatif... Et ce long travail de
général ,
, que trois ans plutôt , avant les miracles
de la philofophie , il eût paru fi ridicule de voir
traiter par un miniftre de l'évangile , il l'a ter",
miné en propofant de décréter que , les années .
de fervice des officiers de tout grade , de l'armée
de ligne , dans les gardes nationales non-foldées ,
depuis 1789 , compteront double pour les décorations
& récompenfes militaires . Mais M. Emméry
a voulu qu'ils comptaffent fimple & non
double . L'Affemblée a préféré l'opinion de l'avocat
à celle du prédicateur.
Au nom des comités eccléfiaftique & des
penfions , M. Lanjuinais a préfenté un décrét .
adopté , portant : 1 °. que les penfions de fecours
provifoires , accordées aux pauvres eccléfiaftiques ,
feront payées , fi fait n'a été ( ce qui eft un
fingulier provifoire ) , pour les années 1790 &
1791 , jufqu'à la concurrence de 600 liv. , &
la totalité de celles qui font moindres , fur le
titre conftitutif de chaque penfion , certifié par
le directoire de département , adreffé à la tréforerie
nationale ; fauf déduction de tout
-compte reçu ; 2°. que les penfions de retraite ,
accordées aux curés , vicaires & autres fonctionnaires
publics eccléfiaftiques qui n'ont aucun
autre traitement , feront réglées d'après le falaire
qu'ils recevoient dans l'emploi qu'ils auront
occupé pendant trois années confécutives ,
fans que lesdites penfions puiffent excédet 12001 .;
3°. que les eccléfiaftiques , pauvres , infirmes
& , de plus , feptuagénaires , s'adrefferont aux
directoires de département , & attendront qu'on
ait rendu compte de leur misère à l'Affemblée
( 110 )
nationale , toujours adminiftrative . Iferoit difficile
d'afficher la bienfaifance avec moins d'humanité
, envers ceux qu'on dépouilla du néceſfaire
le plus légitime.
M. Wimpfen a fait décréter quelques articles
du code pénal militaire , & le préfident a reçu
cette lettre du Roi :
" >
« Je
compte Monfieur
faire demain la
cloture de la feffion actuelle ; je vous charge
d'en prévenir
l'Aſſemblée
. Je viendrai
demain à
trois heures. Signé , Louis . »
Après un morne filence affez femblable à
celui de l'inquiétude ou de la dignité bleffé
ona décrété , fans trop écouter , quatre articles
cu M. Duport a fixé les frais d'étab! iffement
de tribunaux criminels de province à 1,800 liv. ,
&t de ceux de Paris à 3,000 liv. ; accordé
des indemnités aux juges que le ſyſtême actuel
portera d'un tribunal à l'autre ; couché les
plumes autour du chapeau des accufateurs publics
, & inferit dans leur médaillon : la sûreté
publique.
>
Du vendredi , 30 Septembre.
Sur la demande du miniftre , on décréta hier
qu'il feroit nommé huit lieutenans - généraux &
donze maréchaux - de - camp ; aujourd'hui M.
Goupilleau a follicité la révocation , ou néologiquement
le rapport , de ce décret. M. de Noailles
appuyoit la motion pour que l'Affemblée n'imitât
pas les anciens miniftres qui , prêts à quitter leur
place , fe faifoient des créatures au moyen de
promotions ; & parce qu'il nous faut , a-t-il dit ,
des foldats & non des généraux. A ces raifons
M. Fréteau en a joint de diplomatiques , tirées des
( 11 }
mefures qu'a prifes , a- t- il dit , le Roi des François,
pour que les puiffances étrangères ne foient que
fpectatrices tranquilles du bel ordre qui va régner ,
en France ; & des principes de l'Empereur confignés
dans une réponſe de M. de Mercy , à des
queftions de 1790 , relatives aux premiers bruits
d'un raffemblement d'Autrichiens , Le décret de
la veille a été rapporté , annullé .
"
A la tête du corps municipal , M. Bailly ,"
maire , a prononcé un de ces fuperbes difcours ,
où il met tout fon art à ne rien dire , comme le
dira l'hiftoire , ou comme le diroit la véritable
éloquence.
J5
« Meffieurs , la ville de Paris vient pour la
2 dernière fois offrir fes hommages aux premiers
représentans d'une nation puiffante & libre.
Vous avez été armés du plus grand pouvoir
>> dont les hommes puiffent être revêtus ; vous
» avez fait les deftinées de tous les François ;
» mais aujourd'hui ce pouvoir vous quitte , Ercore
» un jour , & vous ne ferez plus . On vous re-
» grettera fans intérêt , on vous louera fans
ככ
flatterie , & ce n'eft pas nous ni nos voeux ,
» ce font les faits qui vous loucroat. » Le pré- ›
fident lui a répondu avec moins d'emphaſe ,
mais d'une manière analogue .
1
M. d'André a annoncé que le directoire du ,
département des Bouches du Rhône avoit révoqué
fon arrêté avant l'arrivée du décret , & que les
gardes nationales font rentrées dans leurs foyers
au lieu d'aller afliéger, Arles . C'étoit vouloir partir
en donnant d'agréables nouvelles.
Sur la propofitian de M. Emmery , un décret a
étendu l'amniftie , des milliers d'innocens qu'elle
a délivrés , jufqu'aux gens condamnés aux galère
depuis le mois de mai 1789 pour fédition . Ainsi
112 )
сс
le pardon eft commun au crime & à la vertu.
Alors M. Paftoret , portant la parole pour le
directoire du département de Paris , a dit : « le
defpotifme avoit effacé toutes les pages du livre
de la nature , vous y rétablîtes cette déclaration
immortelle , le décalogue des hommes libres
(décalogue en 17 articles ! ) « L'égalité étoit
tellement altérée , qu'on regardoit pour un privilége
la défenfe de la patrie ; tous les citoyens
font devenus foldats ». ( Quelle fource de bonheur
pour un peuple induftrieux ! ) Il a loué
l'Affemblée « d'avoir établi la plus belle conftitution
de l'univers »; invité la prochaine légiflature
à veiller fur les finances dont l'embarras
pourroit détruire la révolution ; garanti que « les
foldats étrangers ne toucheront pas envain la
terre hofpitalière de la liberté ; & fini en difant
: « par- tout on va fentir cette grande vérité,
révélée par la philofophie , que la force des tyrans
eft toute entière dans la patience des peuples
». La réponſe du préfident a paru fimple
& fage après cette exaltation factice .
сс
M. Bureau de Pufy a fait organifer , par un
décret , la garde conftitutionnelle du Roi , de
1200 fantaffins & 600 cavaliers ; le premier corps
en trois divifions de 8 compagnies , autant de
capitaines , de lieutenans , de fous -lieutenans ;
le fecond corps , en trois divifions de 4 compagnies
commandées de même ; un lieutenantgénéral-
commandant , deux maréchaux - de- camp,
l'un d'infanterie & l'autre de cavalerie , deux
adjudans - généraux- colonels ; les trois officiersgenéraux
, chefs de la garde , au choix du Roi.
Dans fon fervice avec la garde du Roi , la garde
nationale aura toujours la droite.
M. de Wimpfen a préſenté de nouveaux afti-
2
( 113 )
cles du code pénal militaire , où telles peines font
fimples pour le foldat , doubles ou quadruples
pour le fous-officier , & octuples pour l'officier ,
à délit égal ; ce qui , felon MM. Goupilleau &
de Cuftines , bleffoit le principe de l'égalité ..
Mais M. Barnave a démontré qu'un même délit
abfolu n'étoit pas refpectivement le même dans
l'inférieur & dans le fupérieur . A propos de la
caffation fubftituée pour l'officier aux grandes
peines infligées au foldat , M. Barnave a obfervé
qu'il n'exifte aucune fubordination , fi l'on n'établit
une différence de refpect & de confidération ,
le lien moral étant la bafe de l'obéiffance & de
la fûreté publique. C'étoit démentir ce que tant
d'autres , & lui - même , ont dit & fait , pour
détruire toute différence de refpect & tout lien
moral , en facrifiant la fûreté publique au dogme
d'une égalité illufoire .
Le miniftre des contributions , réduit à les
offrir en peinture , a notifié à l'Affemblée , par
une lettre explicative d'une belle carte colorée ,
que 47 départemens ont fini leur répartition.
leurs rôles , montant à 196,342,000 liv. ; qu'il
n'en refte plus que 36 dont les rôles montent à
103,158,000 liv .; que 16 de ces 36 promettent
leurs rôles pour la fin du mois . L'enluminure &
la lettre ont été applaudies , comme s'il fuffifoit
de faire des cartes , des phraſes & des rôles
pour remplir le tréfor public.
Singulièrement difficile à rebuter des affertions
données pour des comptes , M. de Montefquiou
a rapporté l'état actuel du tréfor , & a dit qu'il
y avoit , au moment même , 35,190,160 liv.
12,300,030 liv . dans la caiffe aux trois clefs ,
4,671,819 livres dans la caiffe des recettes ;
total , 16,971,819 liv . en efpèces ; 8,990,620
( 114 )
liv. en affignats , & le refte en lettres -de- change
on effets ; que la caiffe de l'extraordinaire n'ayant
pas encore completté ce qui eft décrété pour le ,
mois dernier , « il y a peut - être actuellement
100 millions au tréfor public ».
Suivant le rapport qu'a fait , l'inftant d'après ,
M. Camus , il y a dans la caiffe de M. le Couteulx
5,663,000 liv . ; dans la caiffe aux trois
clefs , 5,695,000 liv . ; à la fabrication , qui commencera
demain , 24 millions ; total 35,338,000
liv . Sur les 600 millions de la dernière émiffion
d'affignats , il n'y en a que 235 millions émis
& dépensés. On en a brûlé 284 millions , il
refte done 347 millions à émettre . De ces 347
millions qui reftent , partie eſt à la caiffe de
l'extraordinaire , fabriquée ; partie aux Petits-
Pères , pour être fabriquée ; le furplus eft en
papier ou n'eft pas encore fabriqué ……….. » Voilà
quelle eft la fituation actuelle des finances ».
Qu'on nous permette une obfervation . Les
35 millions ( 190,160 liv . ) qu'a vus M. de Montefquiou
dans le tréfor public , font - ils portion
du fapplément ou complément décrété pour le
mois dernier ? S'il y avoit cent millions , n'y
auroit-il pas 64 millions ( 809,840 liv . ) de moins
dans la caiffe de l'extraordinaire , puilqu'elle les
y. auroit verfés ? Les compteroit- on ici & là ?
Comme tout ce qui eft au tréfor , excepté la
recette , doit être confidéré dépenfe faite par la
caiffe de l'extraordinaire , il ne refteroit des
1800 millions que 283,190,150 liv . , au lieu de
347 millions.
Mais à MM. de Montefquiou & Camus a fuccédé
M. Anfon , ex- précepteur , chargé par le
comité des finances d'annoncer à toute la France
que le mémoire ou rapport de M. de Montefquiou,
( 115 )
fi publiquement argué d'impofture , eft avoué de
ce comité , & ne contient que la vérité même ;
puis s'étayant de la confiance due à fa parole ,
il a proteſté naïvement à la prochaine légiflature ,
qu'il n'y a point de fecret de finance , & qu'elle
commettroit une grande faute fi elle en cherchoit
un. Il a demandé qu'on vérifiât les pièces
déposées aux archives , & que la cenſure eût autant
de publicité que cette déclaration.
Un huiffier a dir : Meffieurs , LE ROI . L'Aſſemblée,
fe lève , le Roi entre précédé d'une députation
, fuivi des miniftres , prend place devant
un fauteuil orné de fleurs-de lys d'or , à côté de
celui du préfident. Sa Majesté portoit le cordon
rouge ; & les fublimes philofophes qui mirent
dernièrement en queſtion fi l'héritier de 60 Rois
pourroit fe préfenter devant eux avec le corden
bicu , ont applaudi avec tranſport à un ruban cou--
leur de feu . Le Roi debout a prononcé ce difours
fouvent interrompu par des applaudiſſemens :
MESSIEURS ·
« Après l'achèvement de la conftitution , vous
avez déterminé pour aujourd'hui la fin de vos
travaux. Il eût peut- être été à defirer que cette
feffion fe prolongeât encore quelque temps , pour
que vous pufliez vous- mêmes , pour ainfi dire ,
cflayer votre ouvrage , & ajouter à vos travaux
ceux qui , déja préparés , n'avoient plus befoin.
que d'être perfectionnés , & tous ceux dont la
néceffité fe feroit fait fentir à des législateurs
éclairés par l'expérience de près de trois années ;
mais vous avez sûrement penfé qu'il importoit
de mettre le moins d'intervalie poffible entre
l'achèvement de la conftitution , & la fin des travaux
du corps conftituant , afin de marquer
( 116 )
avec plus de précision , par ce rapprochement ,
la différence qui exifte entre les fonctions du
corps conftituant , & les devoirs des légiflatures . »
сс
Après avoir accepté la conftitution que vous
avez donnée au royaume , j'emploierai tout ce
que j'ai reçu par elle de force & de moyens
pour affurer aux loix le refpect & l'obéiffance
qui leur font dus . J'ai notifié aux puiſſances
étrangères mon acceptation de cette conftitutution
; & je m'occupe & m'occuperai conftamment
de toutes les mesures qui peuvent garantir
au-dehors la sûreté & la tranquillité du
royaume ; je ne mettrai pas moins de vigilance
& de fermeté à faire exécuter la conftitution
au-dedans , à empêcher qu'elle foit altérée . »>
ce Pour vous , Meffieurs , qui , dans une longue
& pénible carrière , avez montré un zèle infatigable
dans vos travaux , il vous refte encore
un devoir à remplir lorfque vous ferez difperfés
fur la furface de cet empire ; c'eft d'éclairer
vos concitoyens fur le véritable efprit des loix
que vous avez faites pour eux , d'y rappeller
ceux qui les méconnoiffent , d'épurer & de réunir
toutes les opinions par l'exemple que vous donnerez
de l'amour de l'ordre & de la foumiffion
aux loix. En retournant dans vos foyers , Meffieurs
, je compte que vous ferez les interprêtes
de mes fentimens auprès de vos concitoyens .
Dites- leur bien à tous que le Roi fera toujours
leur premier & leur plus fidèle ami ; qu'il a
befoin d'être aimé d'eux ; qu'il ne peut être heureux
qu'avec eux & pour eux . L'efpoir de contribuer
à leur bonheur foutiendra mon courage ,
comme la fatisfaction d'y avoir réuffi fera ma plus
douce récompenfe, » .
( 117 )
M. Thouret debout , à la droite du Monarque ;
a répondu ainfi à Sa Majefté.
SIRE >
« L'Affemblée nationale , parvenue au terme
de fa carrière , jouit en ce moment du premier
fruit de les travaux. »
<< Convaincue que le gouvernement qui convient
le mieux à la France eft celui qui concilie
les prérogatives refpectables du trône avec les
droits inalienables du peuple , elle a donaé à l'Etat
ane conftitution qui garantit également & la
royauté , & la liberté nationale. »
ce Les deftinées de la France font attachées au
prompt affermiffemeut de cette conftitution ; &
tous les moyens qui peuvent en affurer le fuccès ,
fe réuniffent pour l'accélérer. »
ec
Bientôt , Sire , le voeu civique que Votre
Majefté vient d'exprimer fera accompli ; bientôt ,
rendus à nos foyers , nous allons donner l'exemple
de l'obéiffance aux loix , après les avoir
faites , & enfeigner comment il ne peut y avoir
de liberté que par le refpect des autorités conftituées
. »
ce Nos fucceffeurs , chargés du dépôt redoutable
du falut de l'empire , ne méconnoîtront
ni l'objet de leur haute miffion , ni fes limites
conftitutionnelles , niles moyens de la bien remplir.
Ils font & ils le montreront toujours dignes de
la confiance qui a remis en leurs mains le fort
de la nation . »
« Et vous, Sire , déja vous avez prefque tout
fait. Votre Majefté a fini la révolution par fon
acceptation fi loyale & fi franche de la conftitution.
Elle a porté au-dehors le découragement ,
ramené au- dedans la confiance , rétabli par elle
( 118 )
le principal nerf du gouvernement , & préparé
l'utile activité de l'adminiftration . »
« Votre coeur , Sire , en a déja reçu le prix ;
il a joui du touchant fpectacle de l'alegreffe
publique , & des ardens témoignages de la reconnoiffance
& de l'amour des François. Ces fentimens
néceffaires à la félicité des bons Rois vous
font dus , Sire ; ils fe perpétueront pour vous
& leur énergie s'accroîtra à mefure que la nation
jouira des efforts conftans de Votre Majefté pour
affurer le bonheur commun , par le maintien de
la conftitution . »
Le Roi eft forti au bruit des battemens de mains
& des cris : vive le Roi , accompagné d'une fimple
députation ; M. Target a lu le procès - verbal , &
prenant un ton folennel , le préfideut a dit : « L'Af
femblée conftituante déclare que la miffion eft
finie , & qu'elle termine en ce moment les féances, »
On a beaucoup applaudi.
SECONDE ASSEMBLÉE : NATIONALE .
Du famedi , premier octobre.
Les députés à la légiflature étant réunis à 10
heures , des huiffiers ont dit ; en place , Meffieurs
en place ; & chacun , s'eft placé . Plufieurs des
membres de la ci- devant Aflemblée conftituanto
s'étoient afis aux deux extrémités fur des bancs
féparés du eft par des barrières. Toutes les
tribunes ont applaudi , à divers repriſes , en
voyant le plus grand nombre des nouveaux députés
aller s'affecir a la gauche. Ils fe découvrent
bruyans applaud femens ; ils fe levent on
recommence ; ils fe raffeyent & le recouvrent ;
on redouble ; arrive en fin le moment du filence.
M. Camus , archivifte , lit les décrets relatifs
( 119 )
aux premières opérations , & procède à l'appel
nominal.
Le recensement a donné 434 membres préfens .
M. Camus s'eft retiré , en annonçant que les fonctions
étoient finies , que ces Meffieurs avoient dix
bureaux tout prêts , & qu'il laiffoit fur le tapis
la loi qui règle les devoirs de la légiflature .
Un huiffier a demandé s'il y avoit pauni les
députés quelqu'un âgé de plus de 68 ans . Soixante
-neuf ans révolus ont porté l'un d'eux au
fauteuil , & à peine a - t- il touché la fonnette
que l'air a retenti d'applaudiffemens inouis . Les
deux plus jeunes font inftallés fecrétaires , &
l'huifier dit : cc Meffieurs , votre doyen d'âge
eft M. Batteau du département de la Côte- d'Or ,
âgé de 69 ans ; les fecrétaires , M. Dumolar du
departement de l'Isère , âgé de 25 ans & deux
mois , & M. Voizard du département du Doubs ,
âgé de 25 ans & ୨ mois 35, Une partie confidérable
de la députation cft compofée de jeunes
gens de 25 a 30 ans .
M. Dumolar a lu les décrets . Un membre a
ouvert l'avis de divifer les députes par régions
ou métropoles , chacune dans chaque bureau
pour vérifier les pouvoirs. Un autre préféroit
une commiffion générale de vérificateurs , co.npofée
d'un membre par département.
Sur un troisième avis , on s'eft déterminé à
divifer les départemens , de huit en huit , felon
l'ordre alphabétique , depuis l'Ain jufqu'à l'Yonne.
L'Affemblée s'eft ajournée au lendemain matin
à 9 heures .
Du Dimanche , 2 octobre.
Les bureaux ayant rapporté à l'Affemblée leur
travail fur la vérification des pouvoirs , on a
( 120 )
difcuté trois conteftations , bientôt décidées en
faveur des membres , dont les pouvoirs ou l'élection
étoient attaqués . Comme il n'exiſte dans la
nouvelle législation du royaume , aucune loi
contre les brigues , & autres caufes analogues
d'illégalités , on fent que les élections , concentrées
d'ailleurs , à- peu- près par- tout , dans la
même faction , doivent aller toutes feules.
Celle de l'abbé Fauchet , nommé député du
Calvados , a été cependant débattue contradictoirement.
Nous avons rapporté dans le temps les
circonftances de cette nomination : on fe rappelle
que , décrété de prife-de-corps , par une information
dont l'Affemblée confiituante ordonna deux
fois la pourfuite , cet évêque du Cercle focial fut
traîné en triomphe à l'affemblée des électeurs ,
par les électeurs même , élu préfident , & enfuite
député.
Le
rapporteur , M. de Morveau
, s'étant àpeu-
près renfermé
dans l'expofition
des faits
cinq opinans fe font hâtés de reconnoître
dans
M. Fauchet les titres d'un légitime repréfentant
.
A ce plaidoyer , un député qui fe nomme , je
crois , M. Ochier , ou Dochier , a oppofé des
raifons d'un grand fens , exprimées
avec précifion.
« La loi , a- t-il dit , exclut des droits de
citoyenactif, ceux qui font en état d'accufation
.
» L'Affemblée
des électeurs du Calvados
a affiché
le mépris de cette loi , lorſqu'elle
a appellé dans
» fon fein , un citoyen décrété , qui ne pouvoit
» exercer les droits de citoyen aétif , ni être élu
35
90
préfident , & membre de la légiflature . Vous
» êtes venus ici pour inaintenir la paix , l'ordre
» dans l'Empire , pour rappeller l'éxécution des
» loix , trop négligée jufqu'à préfent . Vous devez
› en
( 121 )
32
» en ce moment un exemple févère de refpec
» fost la loi ; exemple qui peut être honorable
» M. Fauchet , car une feconde élection peut
» le porter à la légiſlature . »
"
Perfonne n'a appuyé ces motifs dix argumentateurs
les ont combattus . M. Garan de
Coulon , en particulier , a repréfenté que , fi
M. Fauchet avoit été décrété fuivant les formes
de la procédure de 1670 , ce décret étoit nu
puifque l'ancien ordre non émané de la
volonté générale , ne peut avoir l'autorité d'une
loi 3 que l'Affemblée conftituante n'y avoit
point fuppléé , en décrétant elle-même M. Fauchet
qu'au contraire , elle ratifia le choix fait
à Marseille des acculés décrétés par le prévôt
pour occuper les places municipales ; enfin que
dans Fordre nouveau nulle accufation n'étoit
légale , fi elle étoit prononcée par les Grands
Jurés .
>
Il réfute de ces raifennemons que toutes
les loix anciennes fubfiftantes , les loix , par
exemple , conftitutives de la propriété , peuvent
être légitimément attaquées , comme n'étant point
émanées de la volonté générale. On appercevra
cu ce principe , fan &tionné , en quelque forte ,
par la décision dont nous allons rendre compte ,
va conduire la France, Il réfulte aufli des dogmes
de M. Garran , que , jufqu'à l'inftallation des
Grands Jurés en janvier prochain , nul délit ne
peut être légalement pourfuivi , ni puni , puifque
nulle accufation n'eft régulière.
Aucun député n'a pris la parole contre ces
maximes ; mais M. Cerutti a déclaré qu'il étoit
entre l'enthousiasme & ka toi , qu'il valoit mieux
troubler l'ordre du monde que troubler l'ordre
de la justice , & perdre un grand homme que
No. 41. 8 Octobre 1791 .
F
( 122 )
perdre un principe ; que le grand komme étoit
M. Fauchet dont il admiroit les vertus & les
talens ; que le principe excluoit un accufé de
l'exercice des droits , & non pas des droits de
citoyen actif , & que , par conféquent , M.
Fauchet pouvoit être élu & non pas élire , jouir
des droits & non les exercer.
M. Cerutti a terminé ces quolibets & ce galimathias
par foumettre la queftion à la confcience
, & non à l'efprit.
La très-grande majorité a déclaré bonne &
valable l'élection de M. Fauchet.
Un appel nominal a donné 394 membres vérifiés
, qui auffi-tôt fe font déclarés Affemblée
nationale législative , & ont enfuite prononcé le
ferment collectif , vivre libre ou mourir.
Le Public s'attendoit à un féjour du Roi
& de fa Famille à St. Cloud , ou à Fontainebleau
; mais aucun indice n'annonce
l'exécution de ce projet il n'auroit pu
s'effectuer avant l'inſtallation de la nouvelle
Légiflature ; il refte fubordonné à
plufieurs circonftances variables , qu'il eft
plus aifé de pénétrer , que prudent de développer.
Nonobftant je ne fais quel bavardage
imprimé dans la Gazette Univerfelle
, nous confirmons les détails que nous.
avons donnés fur les mobiles fecrets defquels
a dépendu l'acceptation du Roi ; ou ,
pour parler plus exactement , la forme de
eette acceptation. Le refpect que nous por(
123 )
tons à S. M. , à fon Augufte Famille &
fa fituation , nous défend d'en dire davantage.
Les Gazetiers univerfels qui ont , au
moins dans leur domaine , l'univerfalité
des impoftures de tout genre , affurent qu'il
faut être payé par les Aristocrates , pour
donner au Roi d'autres confeils que les
leurs. Nous ne favons par qui font payés
ces Gazetiers , mais s'ils le font , c'eft à
coup sûr par de grands fots.
Le Peuple de Paris defire tellement le
retour des Princes & des Emigrés , qu'on
l'aniufe de temps en tenips , de l'annonce
pofitive de leur prochaine arrivée : on a
reproduit cette rumeur la ſemaine dernière :
les Agioteurs l'ont tranfmife plufieurs fois
à l'Etranger , avec une fuite de contes touchant
le fuccès des négociations entamées
à ce fujet. Aucune de ces démarches , mal
calculées , ne pouvoit réuffir. S'il y a quelque
chofe de certain , c'eft que jamais les
caufes de l'éloignement des Princes , ne
furent plus invincibles qu'elles le font
actuellement. L'émigration continue , &
s'eft confidérablement accrue depuis quel
ques femaines . De toutes les provinces du
Royaume , il fort des flots de Militaires
de Gentilshommes , de Citoyens de tout
état , qui paffent en Allemagne , ou en
Brabant. Beaucoup de Familles , frappées
de terreurs paniques , ou entraînées par
l'imitation , fuivent ce torrent , & aban-
Fz
( 124 )
donnent la France , dans la crainte que la
nouvelle Légiflature n'en ferme de nouveau
les portes. Tous ces fugitifs font pleins
de l'idée que nous ferors attaqués par les
Etrangers avant l'hiver . Aucune preuve ,
néanmoins , n'autorife encore cette opinion.
Ce qu'on débite de la marche actuelle de
troupes Pruffiennes & Autrichiennes , eft
abfolunient prématuré. Si d'autres Puifances
ont accédé à la Déclaration de Pilnitz
, cette acceffion n'eft point officiellement
connue. Enfin , il devient important , au
milieu de tant d'incertitudes , d'apprendre
l'effet qu'aura produit dans les divers Cabinets
de l'Europe , la dernière acceptation
du Roi . On parle affez pofitivement de la
tenue d'un Congrès général à Aix- la- Chapelle;
on veut que toutes les Puiffances , l'Angleterre
exceptée , y envoient des Miniftres !
on affirme qu'il y fera traité des affaires
de France , & des moyens de garantir
l'Europe d'une fubverfion . Quoique cette
nouvelle s'accrédite de plus en plus , nous
ne connoiffons encore aueun Plénipotentiaire
nommé à ce Congrès , dont la formation
attefteroit que , jufqu'au Printemps ,
il ne fera rien tenté contre la France . Nous
reprendrons plus en détail , là ſemaine fulvante
, le récit & l'examen des faits , des
conjectures , des raifonnemens actuels fur
cette matière.
( 325 )
Au fortir de la dernière Séance qu'ait tenue
l'Affemblée Conftituante , quelques
centaines de femmes , d'enfans & d'habitués
des galeries , prodiguèrent leurs hommages
à MM. Péthion & Roberſpierre : la foule
groffit , la Mufique de la Garde Nationale
fe fit entendre ; on pofa une Couronne civique
fur la tête des deux Députés ; on les
efcorta à leur voiture ; on détela leurs che
vaux ; des Patriotes voulurent traîner leurs
deux idoles ; mais elles fe refusèrent à cet
excès d'honneur. Pendant cette fcène , on
rema qua d'autres Députés , jadis les objets
de cette frénéfie populaire , expofés aux
huées , aux injures , & même aux fifflets de
la multitude.
Les 24 Députés du Département de
Paris , dont nous avons fucceffivenient
donné les noms , font MM. Garan de
Coulon , la Cépède , Paftoret , Cerutti ,
Beauvais de Préau , Bigot- Préameneu
Gouvion , Brouffonnet , Cretté de Palluel ,
Gorguereau , Thorillon , J. P. Briffot ,
Fillafier , Hérault de Séchelles , Abbé Mulot,
Godard, Quatremère de Quincy , Bofcari ,
Ramond , Leonard Robin, Debry, Condorcet,
Treilh- Pardaillan , Augufte Monneron.
DES FACTIONS QUI DIVISENT LA FRANCE.
( Fin. )
Paffons maintenant à la revue du côté
F 3
( 126 )
gauche : elle fera plus fuccincte , parce que
la domination de cette Majorité , l'a mife
dans une évidence bien plus notoire.
pas
La première Faction qui ſe préfente , eft
un compofé de parties hétérogènes, raſſemblées
par l'intérêt , bien plus que par la
conformité des principes. Elle renferme des
efprits tempérés , qui , de toutes les doctrines
républicaines du moment , ont embraffé
celle qui leur a paru la moins incompatible
avec la confervation d'un Gouvernement
Monarchique ; d'hommes foibles
, mais honnêtes , qui n'ofant s'allier
à l'une des divifions du côté droit , fe font
éfugiés dans celle de la gauche où ils ont
rutrouver plus de mefure ; de beaux efprits
politiques , de gens à fyftêmes , que la
vanité de jouer un rôle , que la facilité
de le remplir avec quelques pages de Rouffeau
, mal entendues ou mal appliquées ,
ont épris de la Démocratie Royale , &
qui ont la bonhomie de croire avoir fait
une Conftitution , parce qu'ils ont combiné
quelques moyens d'anarchie ; de Littérateurs
, de Poètes médiocres , de Traducteurs
tout- à- coup transformés en Lycurgues,
anciens valets des Courtifans & aujourd'hui
Courtifans du Peuple ; enfin , de jeunes
enthouſiaftes fans expérience , qu'on entraîne
fur parole , & à qui la nature a
commandé de penfer , de parler , & d'écrire
fans réflexion.
( 127)
Cette cohue tire fa confiftance des Chefs
qui la gouvernent. Guidé par les conjonctures
, beaucoup plus qu'il ne les a gouvernées
, ce Comité de Politiques , d'Importans
& de Sectaires , s'eft recruté des
Apoftats de différens Partis . Qu'on raffemble
les opinions de fes principaux Membres
depuis l'ouverture des Etats - Généraux ,
on y trouvera les fyftêmes les plus contradictoires.
On n'a pas encore oublié ,
par exemple , que M. Thouret à qui le
concours libre du Roi dans les Loix Conf
titutives paroît maintenant une monftruofité
Ariftocratique , défendit avec véhémence
la doctrine du veto abfolu , & que
lié d'opinions avec M. Mounier , il fut en
conféquence réprouvé de fes Collègues
d'aujourd'hui . Les forfaits de Verſailles
& la tranflation de l'Affemblée à Paris
aggrandirent les idées de M. Thouret , dont
la tête chemina depuis avec les circonftances.
Beaucoup d'autres de fes alliés
actuels ont imité cette philofophie progreffive
, foumis leur entendement à l'influence
des temps , & dirigé leur conduite
d'après les fuccès du plus heureux .
D'autres Sociétaires de la même Faction
, après avoir débuté , au contraire . ,
par la plénitude des idées Républicaines ,
feroient aujourd'hui fort étonnés de fe
trouver Monarchistes , s'ils n'euffent fufffamment
pourvu , par les Inftitutions aux
F 4
( 128 )
quelles ils ont coopéré , à réduire l'autorité
Royale au niveau jufte qu'il leur importoit
de conferver , pour faire de cette autorité
l'inftrument matériel du Corps Légiflaaif,
& des Miniftres coalifés avec celui - ci .
Quant aux Sectaires qui forment une
branche du même arbre , ce font ou des
Economistes renforcés , ou des efprits obf
curs qui portant l'abus de la Géométrie
métaphyfique dans les fciences morales ,
prennent les hommes pour des blocs de
marbre , les paffions pour des dimenfions
matérielles , & Pefprit du Légiflateur
pour un cifeau , avec lequel il fuffit d'équat
rir des proportions , & d'aflembler des
cailloux.
Nul fyftêmeuniforme parmi ces individus
de différente mefure , & fpécialement jaloux
de paffer pour fyftématiques . Leur doctrine
eft un bifarre alliage des théories , ensevelies
dans la poudre des Ecrits enfantés par les
Républicains fous Charles I, des paradoxes
de Rouffeau , de maximes abftraitement
vraies & contredites par leur application , ou
de maximes fauffes , dangereufement appli→
quées à l'ordre focial.
Nous avons vu les Chefs de ce Parti
ellaver trente évolutions diverfes , aller au
Pôle , en revenir , y retourner , tâter toutes
les diftances approximatives , flotter fans
ceffe de la République à la Monarchie , &
de tant de variations intéreffécs , nous com(
129 )
poferdernièrement in Code d'incohérences .
Si l'on veut prendre une idée jufte de leur
adreffe , il faut ouvrir , par exemple , leur
doctrine fur la ROYAUTÉ. Dans l'Acte
Conftitutionnel , ils en ont fait le titre d'un
Chapitre ; on parcourt ce Chapitre , on n'y
trouve pas un mot des attributs & des
fonctions de la Royauté : à l'exception de
l'hérédité , les prérogatives qu'on décerne
au Monarque dans cet article , peuvent auffi
bien appartenir au Landamman de Glaris ,
ou au Doge de Venife.
L'Abbé Sieyes qui eft auffi un Monarchiste
de la trempe des précédens , place la différence
entre la Monarchie & la République ,
en ce que la première finit en pointe , et la
Seconde en plate -forme ; or , M. Sieyes préfère
le triangle à la plate -forme (1).
La Faction qu'on vient de définir
avoit d'abord pofé le fiége de fon Empire
dans le Club de 1789. Là , elle projettoit
de gouverner la France ,& l'Univers :
là fut révélé l'Art focial ; là fut le berceau
de la propagation des Révolutions
univerfelles. Mais , bientôt les Jacobins
prirent de l'ombrage : ils jettèrent du ridicule
& des foupçons fur les intentions
(1 ) Voyez une réponse de ce Métaphyficien
à M. Paine, inférée dans le Moniteur du 16
Juillet ; c'eſt l'obfcurum per obfcurius . 3
F
S.
( 130 )
de 1789. Plus puiffans alors que ce dernier
ils lui enlevèrent bientôt un nombre de fes
partifans , entr'autres Mirabeau , qui fe dégoûta
de ce terrein mouvant , fur lequel il
ne pouvoit pas utilement affeoir des batteries.
On croyoit ce Parti éternellement
condamné à la nullité , lorfque la diviſion
des Jacobins lui a fourni un moyen de
reparoître avec éclat. Pendant fon éclipfe ,
il ne s'étoit point endormi . D'une part ,
il
promettoit fon appui aux Miniftres , enchantés
de faifir ce gouvernail dans la tempête
il faifoit nommer fes créatures à
toutes les Places , à toutes les Commiffions":
il s'affuroit du Commandant- Général de
Paris , de la Municipalité , du Département
; chaque jour , il inventoit des emplois
, pour en doter fes partifans ; il devint
le principal Bureau des graces , des
récompenfes , des nominations Miniftérielles.
:
Le plan de fes Chefs étant de gouvermer
, il leur falloit un Roi fans autorité
& fans défenſe , des Miniftres indépendans
du Prince & dépendans de l'Affemblée nationale
; des Corps adminiftratifs , refpon-
Tables à la Légiflature ; l'éloignement de
tous ceux que la naiffance , le mérite.
peu flexible , l'étendue des propriétés
, ou d'anciens fervices pouvoient
appeller autour du Trône , & dans les pla
ces de la Cour oudu Gouvernement;
( 131 )
fontaine des honneurs & des penfions ,
réfervée au Corps Légiflatif ; une Cour
qui pût les craindre ; mais fonder fur eux
quelques espérances ; la ceffation de l'anarchie
, puifque l'anarchie les eût privés
des jouiflances de l'Adminiftration ; enfin ,
un état de chofes tel qu'ils puffent dominer
à la fois la Légiflation & l'exécution
, & fe couvrir du nom du Roi ,
contre les Royaliftes & les Républicains .
Les Jacobins & le côté droit déconcertèrent
cette ambition , en rejettant le
Décret qui confacroit la rééligibilité des
Députés actuels à la Légiflature fuivante ,
& celui qui devoit abolir l'incompatibilité
des places miniftérielles avec le caractère
de Repréfentant de la Nation . On eut
beau déclamer à plufieurs repriſes , & repréfenter
ces demandes condamnées , l'oppofition
fut inébranlable .
De ce moment , les Jacobins , & les Miniftériels
( c'eft ainfi qu'on a baptifé cette
faction de 1789 ) , fe font voués une haine,
dont le fcandale a éclaté à chaque Séance .
On fe rappelle que , profitant du moment
d'effroi qu'avoit femé la fufillade du
Champ- de- Mars , les derniers affichèrent
une fciffion ouverte avec leurs adverſaires ,
& fe réunirent aux Feuillans . Sur leur
théâtre refpectif, ces deux Factions ont
inondé la France de leurs Manifeftes , en
fe difputant l'empire avec acharnement .
F 6
( 132 )
La compofition de la nouvelle Légifla
ture décidera à qui eft refté la victoire
dans le Royaume ; mais les Feuillans l'ont
remportée plufieurs fois à l'Affemblée , par
un fecours que des griefs communs leur
avoient procuré antérieurement.
Ce fecours eft né du rapprochement de
MM. Barnave , de Lameth , Duport, Goupil
, Menou , Beauharnois , & de leurs adhérens
qui , ayant perdu la confiance & la
fuprématie des Jacobins , ont fubitement
changé de principes & de langage. On les
a entendus réclamer un terme à la Révolution
, après avoir dogmatifé les principes
qui doivent l'éternifer ; pourfuivre les
Clubs , après les avoir fondés , & foutenus
dans leurs excès ; la licence de l'armée
, après l'avoir perdue par la protection
conftante de fes défordres , & par fon
aggrégation aux Tribus Jacobites ; les
factieux , après avoir reçu cent fois cette
épithète , & s'en être glorifiés , les Pétitions
incendiaires , après en avoir provoqué
de femblables , & confacré le droit
l'autorité de l'intervention populaire , après
avoir oppofé l'autorité des attroupemens ,
des galeries , des délibérations fanatiques
aux opinions de leurs adverfaires ; la Répu
blique enfin , après en avoir allumé le
foyer , & électrifé les promoteurs. Que cette
converfion furprenante fût ou non le fruit
de l'expérience & de la réflexion , l'am
bition des places du Gouvernement ne
( 13 )
-
paroît pas , chez la plupart , en avoir été
le principal mobile. Peut être qu'après
avoir coopéré à tant de maux , il eft refté
à ce Parti l'émulation de confolider le bien
qui pouvoit les avoir accompagnés , peutêtre
qu'en perdant l'efpoir de revivre dans
la première Légiflature , ils ont perdu celui
de voir affermir leur ouvrage , & calculé
qu'en eflayant d'en diminuer les défauts
is en laifferoient l'odieux à leurs fucceffeurs.
?
Quoi qu'il en foit de ces divers motifs
, cette Faction irritée contre les nouvelles
idoles qui lui raviffoient le piédeſtal ,
cette Faction à qui fes propres forces ne
pouvoient fuffire , a emprunté les inimitiés
de 1789. Ces deux ligues ont aforti leur
réfipifcence , combiné leurs reffentimens.
cublié que , mutuellement , elles s'étoient
dénoncées au Publis , comme un ramas
d'hypocrites pervers , ou de Factieux incorrigibles.
Du moment où les Républi
cains n'ont plus voulu de Roi , elles ont
décidé de le conferver : elles n'ont plus
entretenu l'Affemblée que de la Monarchie,
des intérêts du Pouvoir exécutif , de la
force néceffaire aux Miniftres , de la répreffion
de tous ceux qui tenteroient un
changement quelconque à la Conftitution.
Il étoit difficile que cette tendreffe inopinés
pour le Roi & la Royauté , parût fincère
de la part de gens , qui , depuis deux ans ,
( 134 )
fe difputoient la gloire d'avilir l'un & de
détruire l'autre. En conféquence , la double
cabale en faifant réuflir fes intrigues à la
Cour , & fes démonftrations auprès des
perfonnes de bonne foi , a non -feulement
perdu fa popularité , mais encore celle de
' Affemblée nationale. Le cri public a appellé
la feconde Légiſlature ; les Républicains
ont été les plus ardens à le pouffer.
Ce troifième Parti dans la Majorité renferme
tous ceux à qui un bouleverſement
univerfel , & des Révolutions de chaque
jour , font néceflaires ; les brouillons par
befoin , les brouillons par habitude , les
confpirateurs déjoués , les fots furieux &
vains que la paix replongeroit dans le néant .
Mais il renferme auffi des enthoufiaftes fincères
, des hommes à principes , des efprits
ardens , que la violence des évènemens a
accoutumé à franchir les milieux . Il eft
inconteſtable que de toutes les Factions du
côté gauche , celle- ci eft la feule conféquente
: on ne peut lui reprocher aucune
variation. Elle a rejetté tous les tempéramens
, toute balance de pouvoir , toute
indépendance de la Royauté , toutes claffifications
intermédiaires , parce qu'elle entendoit
fonder en France une Démocratie .
Elle a appliqué à la rigueur le dogme de
la fouveraineté effective du Peuple elle
s'eft conformée aux dogmes prêchés deux
ans à la Tribune ; elle a fenti ce qui eft
( 135 )
d'une palpable évidence , que la Conftitution
étant abfolument Républicaine , la
Royauté devenoit un hors- d'oeuvre dangereux
, & qu'en fuppofant un Confeil exécutif
& un Préfident , à la place du Monarque
, la Conftitution iroit égale
ment , ou que le maintien de la Royauté
ne ferviroit jamais, à la faire aller.
On ne ne fera pas l'outrage de fuppofer
que , je crois compatible avec un
Empire comme la France , une forme de
Gouvernement difficile à foutenir , mais
bonne , mais néceffaire dans un canton
très- limité. Le feul projet de cette transformation
fuppofe ou une aliénation d'efprit
, ou le deffein de diffoudre la Monarchie
; mais il n'en eft pas moins avéré
que les principes , les inftitutions propres à
amener cette cataſtrophe , ont tous été confacrés
en divers temps par la Majorité de
P'Affemblée nationale , & que les francs
Démocrates ont été feuls invariables dans
un fyftême , dont la totalité des Révolutionnaires
a jetté les fondemens.
Cette Faction a pouffé de profondes
racines elle s'appuye d'une part fur les
'élémens d'une Conftitution , exactement
conforme à celle des Grifons ; fur le defpotifme
populaire rendu Loi de l'Etat , fur
le fentinient que des milliers d'infatigables
Ecrivailleurs ont généralisé dans la
multitude : de l'autre, fur la dépravation de
( 136 )
?
moeurs , fur l'anéantiffement de tous les
freins de la morale , de l'honneur , de la
Religion ; fur l'indépendance des Époux ,
des Fils , des Serviteurs , de la Jeuneffe
de toutes les relations fociales ; indépen
dance qu'on peut confidérer comme le
bienfait le plus certain de la Révolution
, & de plufieurs des Loix qu'elle
a produites . Des hommes dont on a
ainfi affranchi les devoirs , les affections
les idées , les fentimens , font entraînés à fe
délivrer promptement de toute autorité . 3
Les Républicains , fans avoir l'avantage
du nombre bien prononcé , ont celui d'un
accord plus intime dans leurs opinions ,
& d'un zèle plus embrâfé dans leur conduite.
Le moment arrivera où la France
fera partagée entr'eux , & les Royaliſtes ,
exagérés.
Dans aucune des Factions de la Majorité
, on n'apperçoit de véritables Chefs
de Parti ; car il eft dérifoire de donner
ce nom à des hommes , dont l'habileté
fe réduit à rédiger des brochures
ou des harangues populaires , à conduire
quelques intrigues , à fomenter quelques
émeutes , à gagner ou à perdre quelques
degrés de popularité ( 1 ) .
(1 ) Il n'existe pas un feul Démagogue qui ait
acquis ou confervé un véritable credit . Le por(
137 )
MM. d'Orléans & de la Fayette ont eu
l'air un moment de prétendre former des
Factions perfonnelles . Les nommer l'un
& l'autre , c'est démontrer qu'euffent- ils eu
un pareil deffein , ils étoient incapables de
le foutenir.
M. d'Orléans , Prince malgré lui , borne
aujourd'hui fon ambition à la Secrétairerie
du Club des Jacobins. M. de la Fayette n'a
pas encore arrêté fa place ; mais en perdant
le commandement de la Garde Nationale
de Paris , il eft douteux qu'il en
trouve de plus favorable aux vues de la
Faction quelconque , dont il épouferoit
les intérêts & à laquelle , j'ofe le
prédire , il ne fera jamais que d'une utilité
très- équivoque.
Ainfi que le côté droit , la Majorité
compte quelques Citoyens fans intrigue ,
fans intérêt perfonnel , étrangers aux Partis
qui incendient les bancs fur lefquels ils
font affis , & qui ont fu maintenir la liberté.
de leurs opinions . De ce nombre font MM.
Garat l'aîné, Martineau , Pifon du Galand,
trait de M. Barnave le crie à un fol ; celui de
M. de la Fayette à deux . Les deux cabales
principales de la niajorité le déchirent depuis
deux mois aux yeux du Peuple chacune a fes
Afficheurs qui capiffent les murs de diffamatlons
. La multitude étonnée ne fait plus où placer
le patriotifme.
( 138 )
Prugnon , Viefville des Effarts , & fur- tout
M. de Landine , Député du Forez , non
moins eftimable par fes qualités perfonnelles
, par l'étendue de fes connoiffances
littéraires , que par la fageffe de fon eſprit ,
& le courage qu'il a montré à défendre
les droits de l'Autorité Royale.
Voilà le tableau de nos efpérances & de
nos craintes pour l'avenir. Tels font lespréfens
que laiffent à la France, ceux qu'elle
avoit chargés d'un Traité de paix éternel
entre la Monarchie & la liberté. Je ne
puis mieux le terminer que par le paffage
fuivant , extrait de l'Ouvrage de M. John
Adams , vice- Préfident du Congrès des
Etats - Unis Ouvrage où ce Républicain
a victorieufement réfuté le fyftême , que la
France a hérité des Levellers Anglois .
De toutes les formes poffibles de Gouver
nement , la fouveraineté dans une feule Affemblée
, fucceffivement choifie par le Peuple , eft
peut-être la mieux calculée pour faciliter les
jouiffances de l'amour - propre & le fuccès de
l'intérêt perfonnel de quelques individus . Par des
talens médiocres , par de l'adreffe , de l'activité ,
des liaffons ou de l'opulence , quelques perfonnages
feront en état d'intriguer avec le Peuples
& fes Chefs , hors de l'Affemblée , jufqu'à ce
qu'ils perdent leurs adverfaires , & y introduifest
leurs amis. Dans ce but , ils accorderont toutes
les places & les émolumens à ces derniers & à
leurs créatures ; ils multiplieront les dégouts &
les refus pour les autres , jufqu'à ce qu'ils aiens
( 139 )
établi dans l'Empire un fyftême d'efpérance &
de crainte , qui les mettra en état d'avoir la
majorité à l'élection fuivante de la Chambre
unique. Les Juges feront nommés par eux , &
feront en conféquence à leurs ordres . Toute
l'autorité judiciaire ainfi que l'autorité exécutrice ,
feront ufurpées , perverties & proftituées , dans
mée
le deffein de dominer. L'innocence & la vertu
ne feront en fûreté que fous la protection des
Chefs & de leurs amis . Des perfécutions légales
feront inftituées contre les gens qui oferont
s'opposer à leurs fyftêmes & à la ruine de l'Empirc
menacé. Comme le tréfor public fera à leurs
ordres , l'argent de la nation fera dépenſé d'après
les mêmes principes. Il ne fera poffible d'obtenir
aucune grace , que par le moyen des Démagogues
de la Chambre. Les penfions , les récompenfes
pécuniaites , les honneurs & les places
de toute eſpèce , feront accordés à leurs amis &
à leurs partifans . La route aux places fera ferpour
tous ceux qui n'adoreront pas l'idole ».
« Les Médecins les plus diftingués ne feront
pas oubliés ; le moyen d'acquérir de la réputation
& des pratiques , fera pour eux d'être les
prôneurs de la Majorité . Le Barreau lui fera fi
dévoué , qu'un jeune homme n'aura aucune efpérance
de fe faire un nom , ni d'avoir des
cliens , qu'en cédant aux vues des Juges & de
leurs protecteurs . Le théâtre même , les Acteurs
& les Actrices deviendront politiques , & chan - `
geront les plaifirs du Public en des armes de
popularité . La pretfe , ce frein puiffant , ce
palladium des droits de l'homme , quand elle
eft protégée dans fa liberté par les Loix , ne
pourra plus être libre . Si les Auteurs , les Ecrivains
, les Imprimeurs ne veulent pas accepter
( 140 )
ce qu'on leur offrira pour les gagner , il faudra
qu'ils fe foumettent à leur perte , qui fera pourfuivie
avec vivacité, La prele deviendra bientôt
la trompette de la calomnie contre la Mino
rité , & l'organe des éloges emphatiques des
Chefs de la majorité ».
ce En un mot , tout le fyftême des affaires ,
& tous les moyens concevables de crainte &
d'efpérance , feront employés pour protéger l'inté
rêt privé d'un petit nombre d'hommes , gouver
nant une humble majorité . Il n'y aura point d'autres
remèdes que la viclence . C'eft à cause de cela
que nous avons vu , dans toutes les Républiques
d'Italie , la minorité forcée de défelpoir à
recourir aux armes » .
« Il peut paroître extraordinaire de dire que
la majorité eft une faction ; mais cela eft cependant
littéralement jufte . Si la majorité montre
en fa faveur la moindre partialité ; fi elle refufe
une parfaite égalité de fait à chaque Membre
de la minorité , c'est une FACTION . Et comme
une Affemblée populaire , collective ou repréfentative
, ne peut agir ni vouloir que par un vote ,
la première réfolution qu'elle prend , fi elle
n'eft pas unanime , occafionne une divifion entre
la majorité & la' minorité , c'eft - à - dire entte
deux partis ; & du moment que le premier devient
injufte , il eft une FACTION ». Defenfe of
the Conftitutions ofthe United States ofAmerica,
T. III . Letter VI. pag. 284 & faivantes.
Depuis plus de 30 ans , M. de Chaponay,
père de 6 enfans , dont trois fuivent la carrière
des armes , dépenfoit fes revenus dans fa
terre de Beaulieu près de Lyon , & y occupoit
un grand nombre d'honumes , de
( 141 )
femmes , d'enfans à toutes fortes de travaux
bien payés. Lors de la grêle du 21 Juim
1764 , le village de Morancé fut prefque
détruit. M. de Chaponay fit , reconſtruire
33 maifons , fournit des bois de charpente
aux Habitans qui en manquoient, leur procura
du bled jufqu'à la récolte , & fur les
Tailles une remifs confidérable qui fubfifta
plufieurs années . A la Fédération célébrée
dans fa demeure , il y eut 130 couverts
pour les Municipaux & les Officiers , &
mille pour les Gardes Nationaux. Tant
d'actes de bienfaifance n'ont préfervé ni fa
perfonne , ni fa famille , ni fes poffeffions ,
des attentats dont il nous décrit lui -même
les circonftances , dignes de l'epoque d'anarchie
où nous vivons.
сс
« Le 24 juin 1791 , après -midi , arrivèrent au
Château de Reaulieu , les Municipalités de Morancé
, de Lucenay , de Chazelay , avec leurs
Maires & les Gardes Nationales , faifant au moins
2000 hommes , tambour battant & drapeaux
déployés. M. de Chaponay alla au- devant d'eux ,
leur demanda ce qui lui procureit le plaifir de les
voir ; ils répondirent qu'ils ne venoient pas pour
l'offenfer , mais que le District leur avoit ordonné
de s'emparer du Château , d'y faiffer 60 hommes
de garde jufqu'au lendemain matin , que le
Diljit & la Garde Nationale de Villefranche
viendroient en faire la vifire . Invités à montrer
Fordre , ils dirent qu'ils ne le pouvoient pas , &
à l'inftant les Gardes Nationales fe mirent à crier
( 142 )
· ·
qu'ils vouloient procéder fur le champ à la
vifite. »
· -
Docile à ce Décret de la majorité armée
le Propriétaire pria les Officiers Municipaux de
mettre quelque régularité dans les perquifitions ,
d'établir des Corps de garde aux principales
portes & fur la terraffe devant les fenêtres , &
de choifir les Gardes Nationaux deftinés à les
accompagner dans l'intérieur. Le Chef de la Garde
Nationale de Lucenay dit avec emportement &
menace que tous étoient égaux , que tous entreroient
; au moment même ils fe précipitèrent en
foule dans le Château ; le défordre & le pillage
commencèrent . Envain M. de Chaponay réclamat-
il les Loix , l'autorité des Officiers Municipaux
& des Commandans ; ils furent fourds a fes inftances
, & fous leurs yeux il vit fa propriété
violée , dévaſtée ; argenterie , affignats , linge en
quantité , dentelles & autres effets brifés , déchirés
, pillés ; les arbres des avenues mutilés , coupés ,
les caves vidées , les tonneaux roulés fur la terraffe
, tout de vin répandu , & le donjon démoli.
»
« Au lieu d'arrêter ce brigandage , les Officiers
Municipaux & les Commandans y encourageoicnt
ceux qui fe rallentiffoienr . M. de Chaponay
faifoit ouvrir les appartemens qu'on vouloit
vifiter ; on les refermoit exprès pour que les
fapeurs qui fuivoient en jettaffent les portes à
bas à coups de hache , & toutes les ferrures en
étoient enlevées . Vers les neuf heures les domeftiques
avertirent leur Maître que les Muninipalités
avoient réfolu de le forcer à figner le
défiftement de les droits féodaux , & de lui couper
la tête après le défiftement ; il fe détermina bien
( 143 )
vite à fe fauver avec fa femme par la feule iffue
qui ne fût pas gardée . Ce couple malheureux
erra toute la nuit dans les bleds , dans les bois ,
au bruit du tocfin de toutes les Paroiffes voisines .
Traqués comme des bêtes fauvages , pourſuivis
à coups de fufils par des détachemens , M. &
Madaine ûe Chapon ay arrivèrent le lendemain à
Lyon , échappés à des dangers fans nombre. »
сс Le 25 juin à 7 heures du matin , les Officiers
Municipaux
& la Garde Nationale d'Ancé vinrent
au Château de Beaulieu , firent ceffer le pillage &
la démolition
du Château commencée
la veille à
4 heures , & dreffèrent procès- verbal des dégradations
commifes , au milieu defquelles l'ame
fenfible du Propriétaire
regrette fur-tout une galerie
de portraits de famille coupés par morceaux.
Dès que ces brigands , défolés de n'avoir pas été
fes ffaffins , furent qu'il étoit à Lyon , ils lui
envoyèrent
des Députés pour lui fignifier que s'il
n'abandonnoit
ſes terriers , ils réduiroient
fes domaines
en cendre & abattroient
fes forêts. On
mit trois fois le feu au Château , & trois fois les
domeftiques
l'éteignirent
au rifque de leur vie.
Les Gardes Nationales & la Municipalité
de Châtillon
démolirent
l'éclufe de fon Pré de Befancin ,
au retour de leur vifite du Château de Bayère , ou
ils venoient de brûler les papiers & commettre de
pareilles horreurs . Cette éclufe lui avoit coûté
10,000 liv . On lui en a détruit deux autres dont
l'une faifoit tourner un moulin...... Quelques
démarches
qu'il ait faites , l'Accufateur
public eft
refté muet ; & fi des Commiffaires
du Département
& un détachement
de Chaffeurs à cheval ne
s'étoient rendus fur les lieux , le 28 & le 29 , pour
calmer l'effervefcence
populaire , quinze Paroiffes
( 144 )
affemblées menaçoient encore ce qu'une première
fureur lui avoit laiffé de propriété. »
l'ex-
« Comme on s'en doute aifémént , ces inſurrections
ont pris leur fource dans les motions in- /
cendiaires des Clubs . Il défigne ceux d'Ancé , de
Chaffelay , de Villefranche , de Trevoux , où l'on
n'a celé de déclamer contre les droits confervés
par les Décrets , & jufqu'à l'Aſſemblée Primaire
du chef- lieu du Canton , où il fut , afure-t-il ,
propofé & arrêté que les Deputés à la feconde
Légiflature feroient chargés d'opérer l'extinction
des droits féodaux fans rachat ,
ainfi que
plique un Mémoire imprimé que le fieur Bonamour,
à préfent Membre du District de Villefranche
, a fait circuler dans l'étendue du Département
; Mémoire figné dudit freur Bonamour ,
des Maires & des principaux habitans , & dont
M. le Comte de Chapon ay le père , Chevalier
de l'Ordre Royal & Militaire de Saint- Louis , &
ancico Capitaine au Régimeni Dauphin , victime
& garant de la vérité de tous ces crimes , nous
mande avoir un exemplaire.
ככ
P. S. M. Paftoret , en concurrence avec
M. Garran de Coulon , eft nommé Président de
la nouvelle Affemblée nationale , & M. du
Caftel , Avocat de Rouen , Vice -Préfident. Les
Secrétaires font MM. François de Neuchâteau ,
Poëte; Garran de Coulon , Cerutti , Poëte , &
tout ce qu'on voudra ; la Cepede , Naturalifte ;
Condorcet , Géomètre ; & Guiton de Morveau
Chymifte.
Les Numéros fortis aur tirage de la Lote +
rie Royale de France, du premier Octobre,
font : $ 9 , 54 , 67 , 41 , 81 .
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 15 OCTOBRE 1791 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
MES ADIEUX A PARIS.
ADIEU , cité bruyante, où , depuis deux années ,
J'ai traîné lentement mes pénibles journées ;
Théâtre varié des talens , des erreurs ,
Et des grandes vertus , & des grandes fureurs :
Adieu ; dans mes foyers déformais plus tranquille ,
Je vais chercher l'abri d'un ſolitaire afilę ;
Là , dépourvu de foins , fur-tout d'ambition ,
Trouvant dans les Beaux- Arts ma feule paffion ,
Je faurai reffaifir , au fein de la Nature ,
Les plaifirs délicats , tréfor d'une ame pure ,
L'étude , le repos , l'aimable obſcurité ,
Et le premier des biens .... la médiocrité.
Nº. 42. 15 Octobre 1791 .
E
86 . MERCURE
Laiffant errer en paix mes douces rêveries ,
Seul, au fond de mes bois, le long de mes prairies ,
Plaçant devant mes yeux le fafié , l'avenir ,
Combien d'objets viendront frapper mon ſouvenir ,
Alors que , reportant mes penfeis en arriere ,
Je me retracerai l'orageufe carriere
Que j'ai finie enfin , après tant de débats ,
De fatigue & d'ennuis , de trouble & de fracas !
Tantôt , il m'a fallu , contre les priviléges ,
Les nombreux préjugés , les complots facriléges ,
Latter pour conquérir l'augufte Liberté ,
Ce charme précieux de la Société :
Les Rois en dépouillaient les Nations féduites ;
Maintenant , par nos foins , elles font mieux inftruites
Et l'Univers entier , rentrant dans tous fes droits ,
Limitera bientôt l'autorité des Rois.
Tantôt , j'ai combattu pour protéger le Trône....
De faux amis du Peuple attaquaient la Couronne ;
Nous , du Peuple & du Roi défenfeurs tour à tour,
Nous l'avons maintenue .... & peut-être qu'un jour,
Lorfque , févere & vrai , le burin de l'Hiſtoire
Aura marqué nos rangs au Temple de Mémoire ;
Lorſqu'il aura chalé les nuages épais
Dont la haine aujourd'hui veut couvrir nos bienfaits
;
DE " FRANCE.
1 :
Ce fait furnagera fur le torrent des âges ;
Il nous vaudra toujours d'honorables fuffrages ,
Et de ces vils propos contre nous inventés ,
Seul il démontrera toutes les faufferés.
Nous avons donc des Loix ch ! puiflions-nous
les fuivre ! ...
Ua bonheur tout nouveau fans peine nous enivre :
Les plus fages alots fe laiffent égarer ;
Mais il faut que la Loi vienne nous éclairer ,
Et quafon regne heureux , trop peu puiffant encore ,
De nos brillans deftins faffe naître l'aurore.
Citoyens , écoutez un véridique ámi ,
Qui , dans la Liberté pour jamais affermi ,
Sa't auffi qu'il en faut modifier l'ulage :
Faifons de ce devoir le noble apprentiſſage.....
Sans doute il fallut bien , pour dériver nos fers ,
Pour diffondre à la fois tous les abus divers ,
De nos coeurs indignés fuivre l'effervefcence :
Mais on doit déformais réprimer la licence ;
Sinon , tous nos travaux , devenant fuperius ,
Ne produiraient bientôt que des malheurs de plus.
Telle eft, ô Citoyens ! la vérité fidelle :
Il eft temps qu'aujourd'hui l'on vous occupe d'elle ;
Il eft temps que le calme habite nos remparts
Et ramene avec lui le bon ordre & les Arts,
E z
$3 MERCURE
Pour moi , qui , travaillant à diffoudre nos chaînes,
Me fuis vu menacé déjà par bien des haines ;
Duffé-je auffi trouver des calomniateurs
Parmi ces intrigans , adroits adulateùrs ,
Qui careflent le Peuple en captant fon fuffrage !
On ne me verra point démentir møn langage....
Voilà ce que par-tout répétera nia voix
Peur être libre , il faut être eſclave des Loix.
J'ofe efpérer qu'un jour ces maximes aufteres
Dans le coeur des Français feront héréditaires ,
Et que ces mois cruels , guerre , profcription za
Seront ainfi changés , paix , bonheur , union.
Alors, ceux d'entre nous qui, parmi tant d'intrigues ,
Loin de tous les partis , des complots & des brigues,
Fizent le bien .... du moins le voulurent toujours ;
Ceux-là ( fi le trépas n'a point tranché leurs jours )
Auront de leurs travaux la douce récompenſe :
Leurs yeux verront enfia la pleine jouiffance
Des plans reftaurateurs que nous avons tracés....
Ah ! quels maux à ce prix ne feraient effacés ?
( Par M. Félix Faulcon , Député à
Affemblée Nationale de 1789. )
1
9
DE FRANCE. 89
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mércure précédent.
LE, mor de la Charade eft Univers ; celui
de l'Enigme eft Chemin ; celui du Logogriphe
eft Commode ( adjectif ) , où l'on trouve
Commode ( meuble) , Commode ( Empereur) ,
Mode, Ode, Comme , Code, Côme ( Saint ) ,
Côme ( Frere ) Feuillant , Dôme.
CHARADE.
DANS l'alphabet on trouve mon premier ;
Dans tous les lieux fe trouve mon dernier ;
Les pleurs fouvent vont avec mon entier.
( Par M. l'Abbé Dewogan , Ecolier de
Philofophie à Dinan. )
ÉNIGM E.
JE fuis une production
De diverfes couleurs , mais de même figure ,
Changeant felon les lieux & de fexe & de nom ,
Sans pourtant changer de nature.
Lecteur , tu feras curieux
De favoir où le fort me place ;
L'été comme l'hiver , tu me vois dans la glace ,
Et je t'accompagne en tous lieux .
(Par M. Pruadere de St- Girons. )
30 MERCURE
JE
LOGO GRIPHE.
E fuis un bien féduifant , mais fragile ,
Que les femmes far- tout défirent ardemment.
Pas un fort peu commun , aux champs comme à la
ville ,
Je plais univerfellement.
Six pieds compofent tout mon être ;
Dérange- les , Lecteur , ils t'offriront d'abord
Un des quatre élémens ; un ornement de Prêtre 3
Ce qui foutient d'un pont la chauffé : & le bord ;
Une des notes de mufique ;
Un tuyau d'ufage en Phyfique ,
Et certain inftrument qui peut ferrer bien fort,
En poursuivant mon analyſe ,
Tu trouveras encor le nom du faux dévot ;
Celui de l'endroit où l'on vife ,
Plus , un monticule ; un vieux mot
Qui de plaifir eft fynonyme.
C'eft t'en dire aſſez , je l'eſtime ,
( Par un Abonné, 】
DE FRANCE. 91
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
VOYAGES & Mémoires de Maurice .
Augufle , Comte de Benyowsky , Magnat
des Royaumes de Hongrie & de Pologne ,
&c. contenantfes opérations militaires en
Pologne , fon exil au Kamfchatka , fon
évafion & fon voyage à travers l'Océan
Pacifique, au Japon , à Formofe, à Canton
en Chine , & les détails de l'Etabliffement
qu'ilfut chargé, par le Miniftere Français,
de former à Madagaſcar. 2 Vol. de 960
pages. A Paris , chez Buiffon , Impr-
Libraire , rue Haute - feuille , No. 20.
Prix , & liv. br. & 9 liv . francs de port
par la Pofte.
IL eft des hommes dont la vie n'eſt qu'un
tiffa d'aventures extraordinaires , lefquelles
femblent l'effet d'une fatalité auffi invincible
qu'inexplicable ; mais en obfervant avec
foin ces perfonnages finguliers , on s'apperçoit
que leur caractere joue dans leur
deftinée un rôle pour le moins égal à celui
E 4
92 MERCURE
de cette fatalité dont ils paraiffent pourfuivis.
Le hafard , qui engage leurs premiers pas
dans cette carriere d'aventures , les abandonne
enfuite à leur caractere , qui s'y
développe & s'y compl . Ils y prennent
des habitudes qui les font agir d'après des
déterminations fecretes , inconnues à la
plupart des hommes . De-là un éloignement
naturel , quelquefois même une averfion
marquée pour les fcènes ordinaires d'une
deftinée commune , dans laquelle ils ne
pourraient déployer les qualités qui les
diftinguent, & dont l'exercice les a confolés
de tout dans des pofitions fouvent cruelles ,
mais non pas dénuées de charme & d'inté
ret . Ils fe plaifent dans les orages , comme
certains oifeaux de mer dans les tempêtes ;
c'eft que dans ces fituations défaftrenfes ,
ces hommes ont pris fur les compagnons de
leurs infortunes , l'empire qui appartient
à la fupériorité du courage , du génie ,
des reffources de tout genre : ils regnent
fur eux- mêmes & fur les autres , quand
ceux-ci , incapables de fe gouverner , font
trop heureux d'obéir. C'est ce qu'on a
fouvent cccafion de remarquer dans ces
Mémoires , dont nous allons donner une
idée à ceux qui n'ont pas le temps de lire
deux gros volumes.
Maurice- Augufte de Benyowsky, Magnat
de Hongrie & de Pologne , naquit à Verbowa
en 1741. Il fe diftingua pendant la
DE FRANCE. 93
4
..
-guerre de fept ans , & fe trouva à quatre
batailles , fous les Généraux Brown ,
Laudon & le Prince Charles de Lorraine.
Héritier d'un oncle qui avait poffédé de
grandes Terres en Lithuanie , il n'en crut
pas moins avoir des droits à la fucceffion
de fon pere , qui venait de mourig en
Hongrie ; mais les beaux - freres s'en étaient
déjà emparés , & le repoufferent, par laforce ,
du château de fon pere , où ils s'étaient
déjà établis . Le Comte fe met à la téte
de fes vaffaux , pour conquérir fon bien ,
& il y réuflit. Cette maniere de plaider ,
qui devait attirer aux deux parties l'indignation
de la Cour de Vienne , ne fut
pourtant funefte qu'à Benyowsky. Ses
adverfaires parvinrent à le dépouiller , & à
le faire regarder comme un perturbateur du
: repos public. Il retourna dans fes Terres
de Lithuanie ; & bientôt après , dès le commencement
des troubles de Pologne , il
s'engagea dans la Confédération contre les
Rules. Il lui rendir de grands fervices ,
fut fait prifonnier , & racheté par les amis ;
mais par malheur il fut repris & relégué
à Cafan avec les autres prifonniers Polonais.
Là , il eut quelque connaiſſance
d'une confpiration contre le Gouverneur ,
tramée par de jeunes Seigneurs Ruffes ,
. mécontens de l'Impératrice ; & quoique
Benyowsky fe fût conduit avec prudence ,
n'ayant voulu engager avec eux ni fes amis
Es
1
"
94 MERCURE
>
ni lui-même , il fut tranfporté à Pétersbourg
, d'où il fut relégué au Kamchatka ,
après la détention la plus injufte & les
traitemens les plus odieux . On peut juger
de fon courage & de la force de fon
caractere , par toutes les inftructions & les
connaiffances , que , malgré fes infirmités
fuite de fa prifon & de fes bleffures , il
fe procura , dans une route de plus de
1600 lieues , entre des montagnes couvertes
de neige , des précipices ; voyageant fur
des traîneaux conduits par des chevaux
puis des élans , & enfin des chiens
traverfant des torrens , des rivieres , des
fleuves dans des canots d'écorce de bouleau .
C'eft ainfi qu'il arrive à Ochozk , au 59º .
dégré de latitude nord , ville peuplée de
900 exilés . C'eft l'entrepôt du commerce
du Kamfchatka ; commerce beaucoup plus
confidérable qu'on ne l'avait cru jufqu'alors
en Europe , & fur lequel le Conite donne
des inftructions affez étendues. Il évalue à
des fommes immenfes le profit que font les
Ruffes fur les fourrures qu'ils tirent de ces
pays , des Ifles Kuriles , des Ifles Alécutiennes
, &c. C'eft , felon lui , une des fources
de la richeffe de l'Empire. Il fe plaint de
la négligence des Nations Européennes , qui
abandonnent ce commerce aux Ruffes . Les
derniers voyages des Anglais à Nootkafand
, prouvent qu'ils ne méritent plus ce
reproche , & l'état des chofes expofé par
DE FRANCE. 95
Le Comte de B ..... , les monopoles des
Gouverneurs , les vexations qu'ils fe permettent
, les émigrations des Commerçans
qui paffent du Continent aux Iiles Alécutiennes
, tout concourt à perfuader que
cette branche de commerce Ruffe diminuera
tous les jours au profit des autres Nations.
Il paraît même convaincu que ces vaftes
contrées du Kamfchatka & de la Sibérie
ne peuvent tarder très long- temps à fe détacher
de l'Empire : la prétendue fortereffe ,
dit-il , qui défend le port d'Ochozk eft
peu importante ; ce font les exilés qui font
employés dans la Marine , & il n'y a point
d'année qui ne foit marquée par une
révolte. Cette difpofition , entretenue par
le défefpoir , ouvrira la Sibérie au premier
venu , & je puis affurer avec confiance
que l'arrivée du premier vailleau étranger
produira une révolution en Sibérie ; car
d'Ochozk à Tobolsk , il y a au moins cent
foixante mille exilés ou defcendans d'exilés ,
tous portant les armes. Les différentes
hordes de Tartares fe joindront à la caufe
commune pour renverfer la domination
Ruffe. Cet événement ne peut être éloigné
& par un coup de cette nature , la Ruffie
fe trouvera privée de tout l'appui qui feul
la met en état de jouer un principal.role
en Europe , par une confidérable augmentation
de richeffes. Revenons aux aventures
particulieres du Comte.
د ن د ا د
E 6
· 96 MERCURE
Le défir de recouvrer fa liberté avait
été , comme de raifon , le premier objet de
fes penfées ; il avait pris fur fes compagnons
d'infortune l'afcendant que donne le
courage & le génie. Tous avaient en luiune
confiance qu'il avait nourrie avec foin ,
& qui s'était accrue de jour en jour jufqu'à
leur arrivée à Boltza Reskoi-Oftrog , c'eft
le nom du lieu deftiné à la réfidence de ces
malheureux . Ils furent préfentés au Gouverneur
, M. de Nilow , qui diftingua - particuliérement
Benyowsky ; il lui demanda
qui il était. Je fuis un foldar , répond- il ,
autrefois Général , maintenant efclave.
Cette réponfe le prévint en faveur d'un
homme qui déjà était recommandé par le
mérite d'avoir fauvé , dans un gros temps, le
navire qui portait les prifonniers , & que
livreffe du Capitaine Rufle avait penfé
faire périr.
M. de Nilow , après avoir fait quelques
honnêtetés aux principaux exilés , leur fit
lecture des Loix auxquelles ils étaient
foumis , & des obligations qui leur étaient
impofées ; ces Loix font frémir. On donne
aux exilés des provifions pour trois jours ,
un moufquet , une livre de poudre , quatre
livres de plomb , quelques armes , quelques
outils , après quoi ils font renus de pourvoit
à leur fubfiftance. Il ne leur refte plus qu'à
payer à la Chancellerie un tribut d'environ
quatre-vingt fourrures précieufes , à travailler
DE FRANCE. 97 .
>
un jour par femaine à la corvée pour le
Gouvernement , & à payer en fourrures
la premiere année feulement , la valeur
de cent roubles, pour dédommager le Gonverneur
de fes avances . Ces Loix font du
Czar Pierre le Grand : c'eft - là le Code
Civil de la Sibérie ; le Code Pénal s'y
rapporte merveilleufement , & lui eſt trèsbien
approprié.
>
Le Comte, qui ſe flattait de ne pas vivre
long - temps fous de pareilles Loix en
écouta à peine la lecture. Bientôt il fit
part de fes efpérances à fes affociés ; ils
étaient au nombre de cinquante-fept. Il les
fait confentir à la formation d'un Comité
de huit perfonnes , dont il devient le chef :
il en dreffe les ftatuts qui font acceptés .
Un des articles décernait la peine de mort
contre tout membre traître à la fociété ,
ou feulement in lifcret. Ici le Comte déploie
tous les talens d'un chef de confpiration ;
il en avait befoin. Qu'on fe figure fes peines ,
fes craintes , fes angoiffes entre un fi grand
nombre d'hommes , de caracteres différens
ou oppofés , inquiets , défians , fachant
tous que les plus grandes faveurs du Gouvernement
attendent le premier traître ;
les faux foupçons , les vaines terreurs nées
d'un incident imprévu , un de leurs complices
mandé par le Gouverneur , une lettre
équivoque furpriſe , le découragement de
plufieurs , &c.
+8
MERCURE
Une circonstance particuliere , mais importante
, avait applani , vers le commencement
, une partie des difficultés que le
Comte aurait éprouvées pour l'exécution
de fon deffein. Le Gouverneur avait une
femme & trois filles : Benyovsky favait
plufieurs Langues ; la mere l'invite à les
apprendre à fes filles ; il y confent. Une
de fes filles conçoit une paffion violente
pour fon Maître ; il devient néceffaire au
Gouverneur & à fa fociété. Il l'aidait de
plus à gagner des fommes confidérables en
jouant aux échecs avec l'Herman des
Cofaques ; celui - ci , qui , après avoir perdu
fon argent chez le Gouverneur , crut le
regagner en jouant avec de riches Commerçans,
fe lie avec Benyowsky, dont le talent
pouvait le fervir dans ce deffein ; l'argent
fe partageait entre les deux vainqueurs , &
le gain de Benyowsky était employé utilement
pour la confpiration. Madame de
Nilow fervait les amours de fa fille ; elle
voulait lui faire époufer le Comte , dont
elle connaiffait la naiffance. Celui - ci fe
gardait bien de dire qu'il était marié en
Lithuanie : l'intérêt de fa délivrance , &
celui de fes affociés , demandait qu'il laiſsât
la jeune perfonne dans l'erreur. L'hiftoire
de Jafon & de Théfée fe renouvelait auprès
de la mer Glaciale ; le goût de M. de
Nilow pour le Comte devenait tous les
jours plus vif; il voyait dans les talens de fon
DE FRANCE. 99
,
gendre futur un moyen d'arriver plus vite
à la fortune ; car , fous le Pole comme
fous l'Equateur il faut faire fortune.
L'ambition de M. de Nilow était d'être
Gouverneur d'Ochozk , place infiniment
plus avantageufe que le Gouvernement de
Boltza-Reskoi - Qarog. La plume du Comte
pouvait le fervir dans ce deffein , & il le
preffait de faire une defcription du Kamfchatka
, digne d'être imprimée , ce que le
Comte exécuta , & fans doute c'eft celle
qui ſe trouve dans fes Mémoires . Cependant
les amis de Benyowsky prirent de grands
foupçons de fes affiduités au château , qui
penferent lui être funeftes. Il fut mandé
au Comité , où il vit fur une table , en
entrant un vafe de poifon entre deux
fabres nus . On lui fit part de la défiance
qu'il avait infpirée ; fa juftification fut
facile , mais il fut forcé de dévoiler le fe-.
cret de Mlle. de Nilow , les nuits paffées
au château , le projet de mariage , & c.
tout cela fut fort approuvé des affociés
hors d'un feul ; c'était un rival malheu
reux , qui conçut une haine atroce pour
Benyowsky , lui caufa de grands embarras ,
inquiéta beaucoup la fociété , devint fou
par intervalles , & enfin apprit à Madaine
& à Mlle . de Nilow que Benyowsky était
marié en Lithuanie . Ce fut un terrible
incident ; mais l'excès de l'amour de cette
jeune perfonne devint le remede du mal
>
700 MERCURE
و
qu'on avait voulu faire au Comte. Il
obtint fa grace en repréfentant fa fituation ,
fans confier fon fecret & celui de fes amis .
Aphanafie , c'était le nom de Mademcifelle
de Nilow , ne s'en attacha que plus à fon
amant ; & telle fut cette paflion , qu'après
la mort de fon pere tué dans un des
combats occafionnés par les fuires , du
complor , elle monta fur le vaiffeau qui
livrait les conjurés à la merci des niers
& vêtue en homme , fous le nom d'Achille
qui lui fut donné , elle partagea toutes les
calamités d'une navigation délaftreufe . Elle
mourut à Macao .
>
Tout le plan de Benyowsky roulait fur
l'efpérance de fe faifir d'un des vaiffeaux
du Gouvernement qui fe trouvait dans le
port la rufe était ici plus néceffaire que
la force , l'Hetman des Colaques étant
dans la ville à la tête de fept cents hommes
qui feraient venus au fecours. Heureufement
on découvrit qu'un Capitaine de la corvette
Saint- Pierre & Saint- Paul fe faifait
une peine de retourner à Ochozk , où il
avait des detres. On négocia avec lui , en
diffimulant le but qu'on fe propofait . Mais
la néceffité d'un grand approvifionnement ,
le nombre de ceux qui devaient y concourir ,
les différens intérêts de chaque affocié ,
l'un voulant emmener la maîtreffe , l'autre
un ami , des rumeurs fourdes & des
démarches équivoques donnerent des foopDE
FRANCE. 101
çons au Chancelier ; on appelle ainfi le
premier Officier Civil. Il les communiqua
au Gouverneur , qui d'abord n'en voulut
rien croire , mais qui enfin , ébranlé par
des vraisemblances , manda Benyowsky ;
c'était le moment de la crife. Le Chancelier
s'était concerté avec l'Hetman pour s'allurer
du Comte ; celui - ci , après avoir diftribué
les rôles entre les afficiés , refufe de fe
✅rendre au fort ; l'Hetman lui rend vifite ,
& l'engage poliment à venir au château ,
pour difliper quelques foupçons du Chancelier.
Sur un fecond refus I'Hetman
ordonne à fes deux Cofaques de le
faifir ; mais un coup de fifflet fait paraître
cing hommes armés , qui fe faififfent des
Cofaques & de l'Hetman , les lient &
les dépofent dans une cave. Une troifieme
tentative du Gouverneur ne fut pas plus
heureufe. Benyowsky s'étant emparé du
Colonel , fe fervit de lui pour s'emparer
de tout le détachement ; il obligea le chef
le piftolet fous la gorge , d'appeler fo
·
foldats un à un , & à mesure qu'ils entraient
ils étaient arrêtés & enchaînés . Alors les
combats fe multiplient entre les divers
pelotons des conjurés , & les foldats du
Gouvernement répandus dans la ville.
Le fort et attaqué & pris . M. de Nilow
eft tué. Mais il reftait encore de grandes
difficultés à vaincre. Pendant ce trouble ,
quelques foldats avaient délivré Herman
-102 MERCURE
prifonnier dans la maifon du Comte.
L'Hetman avait rallié fes foldats au nombre
de plus de fept cents hommes , & s'était
retiré fur une hauteur voifine. Le Comte ,
voyant qu'il faudrait fuccomber un peu
plus tôt , un peu plus tard , prend une
réfolution défefpérée ; il envoie dans la
ville quelques petits détachemens , avec
ordre de faire entrer dans l'églife toutes
les femmes & tous les enfans , enfuite de
faire entaffer tout autour tout le bois &
toutes les matieres combuftibles qu'on
pourrait trouver , & quand tout ferait prêt ,
ce qu'il était poflible d'effectuer avant le
point du jour , d'avertir les femmes de fe
préparer à la mort , en leur apprenant
que leur exiftence & celle de leurs familles
dépendait de la détermination de leurs
maris . Ces femmes demanderent à choisir
parmi elles celles qui feraient députées aux
Cofaques , leurs maris ou leurs parens ; on
y confentit ; un tambour les précéda ; &
fur l'expofé qu'elles firent de l'état des
chofes , du danger imminent des perfonnes
enfermées dans l'églife les Cofaques
fignerent la capitulation qu'on voulut, livrerent
leurs armes , leur chef, & donnerent
des otages ; le Comte en choifit encore
cinquante-deux parmi les plus confidérables
de la ville , & dont la vie répondait de la
conduite du peuple. Tranquille à cer
égard , il eut alors tout le loifir de pourvoir
DE FRANCE. 163
aux foins de fon embarquement. Le nombre
des alfociés s'accrat par celui de quatorze
exilés qui demanderent à être admis fur le
vailleau. Il leur diftribua , avant fon départ ,
l'argent du Tréfer Impérial. Devenu ainfi
maître du fort , de la place & des forces
de la Province dans laquelle il était arrivé
efclave quelques mois auparavant , il en
partit le 7 Mai 1771 , arborant fur fon
vaiffeau l'étendard de la Confédération Polonaife.
Le Journal Maritime du Comte compoſe
le refte de ce premier volume & une partie
du fecond ; il parcourt plufieurs des Ifles
Kuriles , Alécuriennes, de Jedzo , du Japon ,
fur lefquelles il donne des détails inté
reffans pour le Commerce ; il eft pouffé
vers l'Ifle Formofe , où il projette l'établiffement
d'un Comptoir ; il arrive à Macao ,
d'où il revient en Europe , après s'être
arrêté à Madagascar , & s'être procuré fur
cette Ifle des connaiffances qui , à l'arrivée
de Benyowsky en France , le rendirent
intéreffant pour les Mitres alors en
place . C'étaient MM . d'Aiguillon & de
Boynes. Ils le renvoyerent à Madagaſcar
pour y fonder l'Etabliſſement Royal dont
Benyowsky leur avait fait agréer l'idée .
Il paraît qu'il jouiffait auprès d'eux d'une
grande faveur ; mais elle fut inutile à
l'Etabliffement , qui n'était point approuvé
par les fubalternes , Intendans , Cominis , &c.
104 MERCURE
Ils traverferent les vâes de Benyowsky
en tout ce qui dépendait d'eux , & parvinrent
à faire échouer tous fes projets.
Il eft vrai que fon efprit romanefque leur
donnerent de grandes facilités , & ils
furent fecondés par des événemens bizarres .
Une vieille Négreffe qu'il avait amenée de
l'Ile de France, parvint à le faire paffer
pour defcendant d'un chef d'une certaine
peuplade , & le Comte devenait ainſi l'héritier
d'une portion de l'Ifle. Il accueillit &
propagea certe fable abfurde , fous prétexte
qu'elle lui donnait le moyen de civilifer
la contrée , & de fervir utilement la France
dans le projet d'un Etabliffement de Commerce.
Ce qu'il y a d'inconcevable , c'eſt
qu'après avoir quitté l'habit Français &
le fervice de France , après avoir été déclaré
Roi d'une Province dans l'Ile de Madagaſcar
, il ofa revenir en France , où on l'a
vu libre & bien traité par le Miniftere.
On fait qu'il partit pour le Maryland , où
il fut mis à la tête d'une expédition projetée
par une Maifon de Commerce , &
qu'il retourna à Madagaſcar. Il y avait
laiffé des fouvenirs qui lui firent trouver
des fecours parmi les Naturels . Le Gouverneur
de l'Ile de France , auquel il était
refté fufpect , envoya contre lui un vaiffeau
armé , avec un détachement de Troupes
de ligne. Le Comte , attaqué dans un petit
fort qu'il venait de faire conftruire , y fut
DE FRANCE.
1ος
tué d'un coup de balle dans la poitrine.
On regrette que tant de courage & d'énergie
n'ait pas été conduit par un efprit plus
fage & moins bizarre : il aurait pu être un
homme utile , & il ne fut qu'un aventurier
remarquable.
( C...... )
MEMOIR E fur l'Inftitution & fur
l'Education Nationale , avec un projet de
Décret & de Réglement Conftitutionnel
pour les jeunes gens réunis dans les Ecoles
publiques ; fuivi d'un Effai fur la maniere
de concilier la furveillance nationale avec
les droits d'un pere fur fes enfans , dans
Education des Héritiers préfomptifs de
la Couronne ; par Léonard Bourdon
ci-devant Avocat , l'un des Electeurs de
1789, & des Repréfentans de la Commune.
Se vend à Paris , chez Baudouin , Imp.
de l'Affemblée Nationale ; Defenne &
Cuffac , Libr. au Palais- Royal,
>
CET Ouvrage mérite d'être diftingué
parmi la multitude d'Ouvrages que la
Révolution a fait éclore fur l'Education
106
MERCURE
:
publique. Prefque tous ceux qui ont travaillé
fur cette partie fi intéreffante étaient
des Inftituteurs , & on peut leur faire le
reproche général d'avoir cherché à réparer
le bâtiment gothique qu'ils habitaient
plutôt qu'à donner les deffins d'un nouveau
Temple digne de fervir de Veſtibule
au majeftucux édifice de la Conftitution
Françaiſe.
Prefque tous ont confondu deux idées
bien diftinctes , celle de l'Inftruction &
celle de l'Education ; l'une ne s'applique
qu'au développement des facultés intellectuelles
; l'autre embraffe encore celui des
facultés morales : fi l'une fait des hommes
inftruits , l'autre feule peut former des
Citoyens , des hommes libres.
ر
L'Auteur du Mémoire dont nous allons
rendre compte n'avait pas attendu l'époque
de la Révolution pour fentir le befoin d'un
nouveau fyftême d'Education publique.
Dix - huit mois avant cette époque , il
avait retrouvé , dans les Archives de la Nature,
les droits de l'homme oubliés ou méconnus
, & avait pris pour bafes de fon
travail , la Liberté & l'Egalité. Il avait eu
le courage de publier fes idées , & par une .
bizarrerie finguliere , des Lettres - Patentes
du 5 Octobre de l'an dernier du Defpotifme
, les avaient fanctionnées .
Ce nouveau Mémoire préfente l'enfemDE
FRANCE. 1071
ble d'un fyftême général fur l'organiſation
extérieure & intérieure. des Ecoles publiques.
»
"
"
" Dans cette partie fi intimement liée
» à la Conftitution , dit l'Auteur , il ne
fuffit pas de détruire quelques abus , de
» réformer quelques pratiques vicieuſes ;
il faut , ainfi que nos Régénérateurs
l'ont jugé néceffaire pour toutes les au-
» tres parties , tout renverfer pour tout .
" reconftruire , transformer des Ecoles de
préjugés , d'ignorance & de fervitude , en
Ecoles d'où fortent des hommes libres ,
» éclairés & vertueux ; il faut que l'Edu-
» cation marche de pair avec la Confti-
" tution , que toutes les habitudes qu'elle
"
ور
"
و ر
communiquera foient des habitudes na-
" tionales ; il faut enfin que les facultés
morales , intellectuelles & phyfiques de
» la jeuneffe , acquierent par l'inftruction ,
l'ufage & l'expérience, tout le développement
dont elles font fufceptibles «.
39
, و
L'Auteur confidere l'Inftruction fous
deux rapports. L'Inftruction nationale eft
celle qui eft néceffaire à un homme libre ;
c'eft une dette de la Société qu'elle a le
plus grand intérêt d'acquitter ; tous les
Citoyens étant appelés à la formation de
la Loi , qui n'eft que le réfultat de la volonté
générale , tous ayant des droits à
exercer & des devoirs à remplir , doivent
108 MERCURE
être également inftruits & de leurs droits
& de leurs devoirs.
Cette Intruction qui eft due à tous les
Citoyens , fera néceffàirement gratuite.
La feconde, applicable aux Citoyens plus
aifés , élémentaire des principales profeffrons
de la vie , doit être en partie à leur
charge , & y être même entiérement , lorfqu'ils
voudront étendre & multiplier leurs
connaiffances . Telle eft la divifion parfaitement
fentie des Ecoles de Canton , de
Diftrict & de Département.
La Nation a acquitté fa dette envers
tous les Citoyens en général par l'Inftruction
gratuite des Ecoles de Canton ; mais
elle en contracte bientôt une nouvelle envers
ceux qui , dans ces Ecoles qui feront
comme un creufet , annoncent du génie ou
des talens , dont le développement peut
lui devenir utile ; ces êtres favorifés par la
Nature paffent gratuitement à l'Ecole de
Diftrict dans cette Ecole , un nouveau
;
Concours leur eft ouvert , ils font vainqueurs
, ils font reçus dans l'Ecole de
Département.
"
و ر
Nous n'avons pu jufqu'ici , continue
l'Auteur , que faire franchir à l'homme
» de génie , né dans une humble fortune ,
l'intervalle immenfe qui le féparait des
» enfans du riche Citoyen ; ouvrons lui
» déjà , & même avant fon entrée dans la
Société ,
و د
DE FRANCE. 109
33
'
H
་
" Société , une carriere nouvelle & plus
brillante, que feul il puiffe parcourir, &
» dont la fortune ou la faveur ne puiflent
jamais lui difputer l'entrée ; que la gloire
» d'être adinis dans cette carriere éleve celui
quien aura été jugé digne autant au deflus
» de fes égaux , que les talens & les vertus
qui l'y auront porté font au deffus des
" avantages de la richeffe ou des caprices
» de la faveur «.
و ر
30
Tel eft l'objet de l'Ecole Nationale
chef-lieu de toutes les Ecoles du Royaume ,
centre général de correfpondance , Maifon
d'expérience où toutes les méthodes d'Education
& d'enfeignement feront perfectionnées
pour être répandues uniformément
enfuite dans toutes les Eccles.
Ce plan vafte , qui pourvoit à tout , &
qui remplit dans toute leur étendue les
vues d'une grande Nation , a encore l'avantage
d'être un plan économique ; l'Auteur
prouve que les fonds attachés actuellement
à l'Education publique , font plus
que fuffifans pour le bien remplir.
ر
Nous n'entreprendrons pas l'analyfe des
différentes vûes de l'Auteur , fur l'adminiftration
générale des Ecoles fur les
objets de l'enfeignement public , fur les
Etudes des différens âges , fur les moyens
propres à déterminer les hommes de génie
à débuter dans la carriere par l'honorable
N°. 42. 15 Octobre 1791 .
F
110 MERCURE
métier d'Inftituteurs , fur les Comités de
furveillance , fur l'influence active qu'auront
les peres de famille dans l'Education
publique toutes ces vues nous ont paru
faines, & propres à former un bel enfemble.
La feconde Partie traite de l'Education
nationale , que l'Auteur définit , celle qui ,
en confervant à la Jeunefle fes formes naturelles
, lui imprime progreffivement les
formes & les habitudes fociales , & qui la
familiarife par la pratique avec les droits
que la Loi autorife , & les devoirs qu'elle
preferit.
Il remarque avec raifen que cette partie
a éré jufqu'ici entiérement abandonnée au
caprice & à l'arbitraite , qu'elle n'a jamais
été affujottie à une marche raiſonnée ; il
prouve qu'elle eft cependant fufceptible
d'être dirigée uniformément par la Nature
& par la raifon , & qu'il eft nécellaire
qu'elle le foit.
Les jeunes gens , avec les mêmes principes
d'activité , de fenfibilité , d'intelligence
que les hommes faits , doivent être conduits
par les mêmes motifs que ceux - ci ;
la Liberté ne doit pas être un mot vide de
fons pour eux ; ils doivent s'habituer à ne
connaître que la Loi , à n'être jamais dé
pendans des perfonnes , & à ne pouvoir
être jugés que par ceux d'entre eux qu'ils
auront eftimés dignes de leur confiance .
DE FRANCE. LI
C'eft fur ces bafes qu'eft établie la Conftitution
dont M. Bourdon préfente le modele
pour la Jeunelle , Conflitution analogue
& préparatoire à la Confitution
Françaife. Les pouvoirs font partagés entre ,
les Inftituteurs & les Eleves ; les premiers
confervent tous ceux que l'âge & l'expé--
rience réclament en leur faveur , qu'il ett
de l'intérêt de la Jennelle qu'ils exercent;
les Eleves font rétablis dans l'exercice naturel
des fonctions adminiftratives & judiciaires
fous l'ail de leurs Inftituteurs . L'Auteur
penfe que la jouiffance de leurs droits
arrachera nécellaitement les jeunes gens à
leurs devoirs , que la divifion des pouvoirs
rétablira l'harmonie entre eux & leurs Inf
tituteurs , & qu'ils feront en même tempshibres
& dociles , plus inftruits & plus heu
reux. C'eft ainfi , ajoute-t-il , que nous
» auons une Education naturelle & na-
"
"
tionale , que nous ferons les premiers
Peuples de l'Univers qui en recueillerons
» les avantages , & que chaque Génération
( fera un pas de plus vers la perfectibilité.
auquel l'homme peut atteindre dans l'état
focial ".
Le Mémoire eft terminé par un morceau
intéreffant fur l'Education des Héritiers
préfomptifs du Trône . Les bornes d'un
extrait nous obligent de renvoyer nos Lecteurs
à l'Ouvrage. Il eft digne , à plus d'un
F 2
112 MERCURE
,
titre , de leur attention ; nous ne nous
permettrons que le récit d'un fait bien honorable
pour l'Auteur : Le Comité de
Conftitution , dans un Avis du 16 Janvier
dernier , a déclaré que les principes qui font
la bafe de ce Mémoire , fe rapprochent
abfolument de ceux qui ont été décrétés
par la Conftitution. On a vu à quelle date
M: Bourdon avait ofé prendre pour bafe
de l'Education publique la Liberté & l'Egalité
. Les premiers mois qui ont précédé
ou fuivi la Révolution ont fait éclore
plufieurs Ecrits , dont les principes , fans
être auffi fortement prononcés , indiquaient
la même tendance. C'eft cette direction de
l'efprit général qui a déterminé le fuccès.
de la Révolution ; c'eft elle qui promettait
à l'Affemblée Nationale le concours &
Fappui des nombreux auxiliaires , & en quelque
forte des Suppléans qu'elle a trouvés
hors de fon fein. Elle peut , tant qu'elle
voudra , vers la fin de fes travaux , invectiver
contre la Philofophie. Hélas ! qu'aurait
été , fans la Philofophie , cette Affemblée
Nationale , fans laquelle nous ne ferions
lien ?
DE FRANCE.
SPECTACLE S.
MALGR
ALGRÉ l'extrême obfcurité de fon
expofition , la Tragédie intitulée Abdélafs
& Zuleima , donnée le Lundi ; O &cbie 3
fur le Théâtre Français de la rue de Richelieu
, a obtenu & mérité le plus grand
fuccès. Nous commençons par ce reproche
, parce que c'eft à peu près le feul
que l'on ait à faire à cet Ouvrage , & que
nous n'aurons plus à parler que de fes
beautés ; d'ailleurs il nous excufe d'avance
fi nous n'en préfentons pas l'analyfe avec
beaucoup de clarté .
Almanzor , le dernier des Zégris régnant
à Grenade , a donné un tournoi . Un
Chevalier Chrétien ( c'eft Abdélafis ) y a
été vainqueur , mais n'a pas voulu fe faire
connaitre. En recevant des mains de Zuléima
, fille d'Almanzor , l'écharpe deſtinée
au Vainqueur , il lui dit qu'an Souverain
feul peut afpirer à fa main ; que l'obfcurité
de fa naiffance lui défend d'y prétendre
, mais qu'il l'adore & qu'il va mourir
loin d'elle en continuant d'être ignoré
En effet , il refte long- temps errant dens
la Sierra Morena. apprend qu'Abdeame
, le dernier des Abencerrages , -cl fut
114
MERCURE
le point d'époufer Zuléima . La jaloufie , le
défir de la voir une derniere fois , le ramenent
vers Grenade ; il y arrive au moment
où cette ville , affiégée par Ferdinand
, vient de livrer un combat décifif.
Les Maures font vaincus , & leur défaite
eft principalement caufée par la perte de
Jeur Général Abderame , qui , probablement
, n'eft pas encore l'époux de Zuléima .
Abdélafis le trouve dans un endroit écarté,
für le bord d'un fleuve , expirant auprès
de Naffer fon Gouverneur la pitié le
faifit, il oublie qu'il voit fon rival , & le
trani porte près du fleuve, où il le dépouille
& lave fes plaies. Occupé de ce pieux
office il apperçoit entre Abderame &
lui une reffemblance prodigieufe , & dont
il avait déjà entendu parler. Elle lui femble
fi frappante , qu'il conçoit foudain le
projet d'en tirer parti pour fon amour. It
le levet de l'armure d'Abderame , ſe jette
an milieu des combattans ; rallie les troupes
des Maures , & ramene entiérement la
victoire du côté des Grenadins. On devine
la refte . Rentré vainqueur dans les murs
de Grenade , cette reffemblance trompe
tout le monde. Almanzor auffi le prend
pour Abderame. Il époufe fa fille ; il eft
au comble de fes veux. Il y a fix ans que
tout cela s'eft paffé , il a un fils de cinq ans.
و
Voyons pendant ce temps de qu'eſt ' devenu
le véritable Abderame. Le fervice.
DE FRANCE. IES
que lui a rendu Abdélafis l'a rappelé à la
vie : il en donne des fignes , lorfqu'un.
parti de Chrétiens le rencontre & le fait
efclave avec fon Gouverneur Naffer , qui
giffait à fes côtés auffi bleffé que lui . Ils
font vendus à des Barbares du Nord de
l'Europe. Abderame languit trois ans parmi
eux , & meurt enfin dans les bras de
Nafer , en lui recommandant de porter à
Zuléima fes derniers adieux , dès qu'ils.
pourra fortir d'efclavage. Il le charge , en
outre , d'une lettte : il ignore tout ce qui
s'eft paffé loin de lui.
C'eft ici que la Piece commence. Nous
demandons pardon d'avoir étendu ces dé
tails ; on ne les apprend qu'au 4. Acte
de la Piece , & on défire les favoir beaucoup
plus tôr. C'eft donc un fervice à rendre
à nos Lecteurs que de les leur donner
d'avance.
Abdélafis , fous le nom & dans le rang
d'Abderame , eft continuellement vainqueur
de Ferdinand ; mais un chagrin fecret
le confume. Il eft dévoré de remords:
de ne devoir qu'à une impofture fa fortune.
& fon bonheur. Sa femine & fon beaupere
font d'inutiles efforts pour pénétrer
la caufe de fon chagrin , lorfque Naffer
arrive. Il apporte les derniers adieux d'Abderame
: il apportait auffi fa lettre ; mais
il l'a perdue. Il eft fort étonné de trouver
un autre Abderame , après avoir vu le vé116.
MERCURE
ritable mourir dans fes bras . Abdélafis
cherche vainement à le tromper commeles
autres par la reffemblance ; Naffer oft
trop sûr de fon fait ; mais s'il ne peut y
réuffir , il cbtient cet avantage fur le Roi
& fur Zuleima. La perte de la lettre acheve
de faire regarder Naffer comme un impofteur
: on le condamne à la mort. Abdélafis
, dans une fort belle fcène , le délivre
fecrétement , & le fait partit.
Cependant la lettre perdue par Naffer eft
trouvée par les troupes de Ferdinand, qui
la fait remettre au Roi , Abdélafis confondu
n'a plus rien à répondre : Almanzor ordonne
fon fupplice , & en attendant le fait
mettre en prifon. Zuléima , qui ne voit
d'abord dans cette fraude que le crime
d'un ambitieux qui a tout fait pour obtenir
un Trône , a réfolu fa mort ; mais n'oubliant
pas qu'Abdélafis fut fon époux ,
elle veut lui en dérober la honte , & fe:
rend dans fa prifon pour le poignarder ellemême
, & mourir après lui . C'eft là qu'elle
apprend d'Abdélafis les détails que nous
venons de donner ; & dès - lors fon crime
n'étant plas que celui de l'amour , elle le
pardonne mais Almanzor n'eft pas fi indulgent
; les prieres , les larmes de fa fille
ne Schiffent point fon coeur. Abdélafis va
recevoir la mort , lorfqu'on entend le fignal
d'un affaut. Naffer , qui n'avait pas pu s'échapper
encore, le fouviens quelque temps ;
:
#
DE FRANCE. 117
mais les Soldats accoutumés à vaincre fous:
Abdélafis , forcent fa prifon pour le mettre
à leur tête. Il remporte , en effet , la victoire
; mais il n'en vient pas moins préfenter
fa tête à Almanzor. Le fervice qu'il
vient de rendre & qui rappelle ceux qu'il
a déjà rendus , touchent enfin le coeur du
Roi de Grenade , & tout eft pardonné.
Nous répétons qu'une expofition extrêmement
obfcure eft prefque le feul défaut
de cette Piece , d'ailleurs fort bien conduite.
& pleine d'intérêt. Les premiers Actes font
écrits avec élégance & pureté , les derniers
avec vigueur ; & par tout l'Ouvrage , on
rencontre des vers très - beaux & pleins de
fentiment. Il faudrait , au dénouement , en
retrancher une vingtaine d'inutiles . On a
demandé l'Auteur ; c'eft M. André Murville
: il a paru .
La Piece eft très-bien joute ; les Acteurs
qui s'y diftinguent le plus , font Mlle .
Defgarcins , qui femble acquérir de jour
en jour; M. Talma , qui montre un talent ,
propre à toute efpece de rôles ; & M.
Monvel, qui eft au deffus de tout éloge. Les
coftumes y font très-bien obfervés.
慧
118 MERCURE
NOTICES.
Les Ruines , où Méditations fur les Révolations
des Empires par M. Volney , Député à
Affemblée Nationale de 1789 .
( J'irai vivre dans la folitude parmi les ruines ;
jinterregerai les Monumens anciens fur la
fagifle des temps peffés ... ; je demanderait
à la cendre des Légiflatens par quels mo- .
biles s'élevent & s'abaiffent les Empires; de
que les caufes naiffent la profpérité & les
malheurs des Nations ; fur quels principes
erfin doivent s'établir la paix des Sociétés &
le bonheur des hommes . ) Ch . IV, p. 24.
Frix, live broché , avec 3 Pl . gravées . A Paris ,
chez Defenne , Libr . au Palais - Royal , Volland ,
br. quai des Auguftins ; & Plaflant , Hôtel de
Thou , rue des Poitevins , N. 18 .
Cer Ouvrage , à qui le nom de fon Auteur
devait procurer feul un grand fuccès , n'avait pas
même befoin du nom de fon Auteur pour réuflir ;
il cft rempli d'obfervations curienfes & favantes
& le ton philofophique qui le diftingue ne nuit
ras à l'élégance du fyle : il eft aufli bien écrit.
que profondément penfé.
Tomes IV , V , VI & VII de l'Hiftoire des
progrès & de la chure de la République Romaine ;
par Adam Fergufon , Profeffeur de Philofophie
Morale à l'Univerfité d'Edimbourg : Ouvrage
traduit de l'Anglais , & orné de Cartes. Prix ,
3 liv . le Vol.. relié. Ces quatre Volumes terminent;
Ouvrage. A Paris , chez Nyon l'aîné & fils ,.
Lib. rue du Jardinet , quartier St- André- des-Arts..
DE FRANCE. 119
Nouvelle Legislation , ou Collection complette
& par ordre de matieres , de tous les Décrets
rendus par l'Affemblée Nationale conflituante ,
aux années 1789 , 1790 & 1791 .
Les Décrets de l'Affemblée Nationale conftitua
te font épars dans les mains de tout le
monde perfonne ne s'eft encore occupé à les
raffembler fous un même cadre , & dans un tel
ordre qu'il foit toujours facile à l'Adminiftrateur
, au Juge , au Citoyen , de recourir au texte
de la Loi , lorfqu'il en a befoin.
C'eft ce qu'on vient d'entreprendre. 12 Volum.
à peu près , telle fera l'étendue de cet Ouvrage. Le
1. pourra par. ftre inceffamment , & en moins
de trois mois , l'Ouvrage fera fini ; il cont endra
tous les Décrets relatifs à Pordre judiciaire .
Le fecond porterà les différentes Loix for les
Impofitions . Viendront enfuite les Guides Ndionales
, l'Armée , la Marine , les Colonies , & c.
Les Décrees qui , pour être ailémcot fentis , auraient
befoin d'une forte de commentaire , feront
accompagnés de notes explicatives. Ces poces
feren toujours prifes , foit dans le rapport , fot
dans la difcution qui aura pricé lé le Dister.
L'Ouvrage , confié aux mains d'un homme ha
bile , & qui a conftamment falvi les Séances
fera précédé d'un Difcours prélimina're , ou plutôt
dune Hiioire abrégée & très - rapide de l'Af
femblée Nationale conftituante , & de fes immenfes
travaux.
Les perfbanes qui défireront fe le procurer,
font invités à foufrire pour la Collection comp'ento
drz Devaux Libraire , au Palais-Royal ,
N °, 181 , ou rue de Chartres , Nº . 67.
120 MERCURE DE FRANCE.
L'acte de foufcription devra être conçu ainfi
» Je ſouffigné , m'engage à prendre tous les
» Volumes de l'Ouvrage intitulé : Nouvelle Ligiflation
, &c. de les payer à raifon de 3 fous
» 6 den. la feuille , franc de port ; & feulement
mefure que les Volumes me feront livrés «.
ככ
Nota. On obfervera l'ordre de Soufcription
pour l'envoi des Volumes : l'Ouvrage fera fur
très-beau papier & beau caractere de cicero , le
format in- 8°.
MUSIQUE.
3 Quatuors pour deux Vielons , Alto & Baffe ;
par J. Haydn . 1re. Livraiſon , OEuvre 65e . Prix ,
6 liv.
Recueil pour la Guitare , ou Leçons graducllement
faites pour perfectionner les Ecoliers qui
ne chantent pas ; par M. Trille Labarre , Profeffeur
& Compofiteur de Mufique . OEuvre 8e.
Prix , 7 liv. 4 f.
3 Sonates extraites des OEuvres de M. Pleyel ,
arrangées pour la Harpe , avec accompagnement
de Violon ; par M. Blattman : OEuvre 3e. Prix ,
4 f. Se trouvent à Paris , chez M. Naderrue
d'Argenteuil , Butte St - Roch.
7
liv.
man
›
M
TABL E.
ES Adieux à Paris . 851 Mémoire.
Charade, Exy . & Lig . 89 Spectacles.
Voyages & Ménto:res . Notices.
155
III
118
MERCURE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 30 Septembre 1791 .
----
LE Baron de Herbert , resté à Sziftove pour
régler définitivement divers points de la dernière
Convention , a dépêché un Courrier
arrivé la femaine paffée , avec la notification
que le Grand Seigneur fe propofe d'envoyer
à l'Empereur un Miniftre chargé de
féliciter S. M. I. fur fon avènement au
Trône , & fur le retour de l'harmonie entre
les deux Empires. Cet Envoyé , dont M. de
Herbert deniande les paffe - ports , compte
arriver ici dans le mois de Novembre. II
pourra rencontrer fur fa route l'Ambaffadeur
.Ottoman à Berlin , qui retourne en
ce moment à Conftantinople. Les conditions
de la paix dernière s'exécutent rapi
dement. La remife folemnelle de la petite
N °. 42. 15 Octobre 1791. G
( 146 )
Valachie a été faite le 9 aux Commiffaires
Ottomans . Celle de la grande Valachie
& de la Moldavie doit être effectuée ;
après quoi les Commiffaires refpectifs s'occuperont
de régler les limites.- Celles
de la Bofnie offrent quelques difficultés
à caufe de l'extrême attachement des Bofniaques
à la domination de la Porte : ils
menacent de s'oppofer à la ceffion de
Czettin & de Drefnick ; aufli a-t- on tranfporté
de nouveau du canon & quelques
troupes fur cette frontière . Les Botniaques
montrèrent la même oppofition au commencement
du règne de Jofeph II , &
offrirent à la Porte de défendre feuls le
terrein de l'Unna , dont notre Gouvernement
exigeoit alors la ceffion .
?
Plufieurs Cercles du royaume de Bohême ont
envoyé des Députations à l'Empereur , pour remontrer
à S. M. que les Juifs font le plus grand
tort à l'induftrie nationale qu'ils ont tout envahi
& accaparé , & que fi l'on ne prenoit point
des mefures propres à arrêter leur cupidité , ils
réduiront en peu d'années les Sujets Chrétiens
qui conftituent le grand nombre , & forment le
fonds de la population ,à un état pire que l'esclavage .
Il est bien extraordinaire , obfervent- ils , qu'une
Nation qui fe fépare de toutes les autres , qui
veut conferver fa Législation théocratique & rabbiniftique
, qui , par ce motif , ne peut ni ne
veut fe conformer aux Loix politiques & civiles
d'aucun autre Peuple, prétende à tous les avantages
fociaux , fans en pouvoir ni vouloir fupporter
également toutes les charges ; car dès qu'um
( 147 )
Citoyen dit , e je ne puis me foumettre à telle
Loi , parce que ma Loi theocratique s'y
oppofe; & qu'on lui accorde l'exemption , il
devient un privilégié , & ce font les privilèges
qui détruifent les fociétés..
30 22.
Le Baron de Trenck , dont on connoît
l'exaltation naturelle , & qui a contracté
la manie , générale aujourd'hui , d'écrire
fur la Politique , aveit reçu un premier
avertiffement de l'Empereur , avertiffement
fuivi d'une défenfe plus formelle . Pour le
dédommager en quelque forte de cette
privation , S. M. 1. avoit augmenté fa
penfion. Le naturel a été plus fort que la
raifon . Retiré à Peft , M. de Trenck y a
publié un nouveau mémoire politique ,
qu'appareniment on a cru dangereux ; car
le Prince de Cobourg a fait arrêter l'Auteur,
conduit ici où il eft encore en prifon.
Cette affaire , du refte , n'eft point auffi
grave que l'ont repréfentée quelques Papiers
publics ; M. de Trenck n'eft nullement
un Révolutionnaire ; nais l'activité
de fa plume a paru inquiéter le Gouvernement.
De Francfort-fur- le-Mein , les Octobre.
Les revues d'Automne & des mariages
forment dans ce moment , à Berlin , tout
la cercle des évènemens publics. C'eſt le
29 du mois dernier que le Duc d'Yorck a
G 2
( 148 )
épousé la Princeffe Frédérique , fille aînée
du Roi & de la Princeffe de Brunswick
divorciée. Le mariage du Prince Héréditaire
de Naffau-Orange , fils aîné du Statouder
, avec la Princeffe Wilhelmine ,
feconde fille du Roi , a été célébré
le premier de ce mois : les fêtes dureront
jufqu'au 17. La Princeffe d'Orange
eft arrivée le 23 Septembre à Potzdam ,
avec fa fille la Princeffe Héréditaire de
Brunfwick. -La Cavalerie en garnifonà
Berlin , les régimens d'Infanterie de
Bornftedt & de Pfulh , ainfi que les Gardesdu-
Corps qui font à Charlottenbourg , fe
rendirent le 20 Septembre à Potzdam , pour
les manoeuvres d'Automne. Ces exercices de
3 jours ont confifté en combats fimulés , le
Roi commandant une des divifions &
M. de Mollendorf à la tête de l'autre.
"
Les Gazettes ont parlé d'une prétendue
réduction de 40 mille hommes
dans l'armée Pruffienne il n'en eft pas
queftion ; rien n'indique le projet d'une
femblable réforme , qui entraîneroit des
conféquences trop bien appréciées par le
Gouvernement.
Un fait plus important que les mariages
& les manoeuvres fimulées , eft la notification
authentique faite le 16 du mois dernier
par le Comte de Goertz , Miniftre
Comitial de Brandebourg à Ratisbonne .
Par ordre de fa Cour , cet Envoyé a fait
( 149 )'
connoître aux autres Miniftres de la Dicte,
qu'il a été figné à Pilnitz , par l'Empereur
& le Roi de Pruffe , un Traité d'amitié &
d'alliance auquel d'autres Puiffances accéderont;
que ce Traité a pour objet la sûreté
des Etats refpectifs , leur garantie , la confervation
du repos général de l'Europe ,
le bien- être de l'Empire Germanique , &
le mairt en de fes divers Etats dans l'intégrité
de leurs droits & poffeffions , conformément
aux Traités de paix . En mêmetemps
, le Comte de Goërtz a formellement
démenti le faux bruit d'un échange projetté
des Margraviats d'Anfpach & de
Bareith contre la Luface ; & il a déclaré
que dans l'entrevue de Pilnitz , il n'avoit
été queftion d'aucun projet d'échange
quelconque.
Le Miniftre Pruffien n'a fait dans cette
déclaration aucune mention d'une entreprife
quelconque contre la France , & l'on
préfume qu'une politique éclairée laiffera
cet Empire , livré aux Avocats & aux Journaliſtes
, fe confumer jufqu'à la racine par
fon anarchie , fauf à profiter un jour ou
l'autre de fa diffolution , & qu'on fe bornera
, en attendant , à oppofer une digue
invincible aux ravages , que le fanatifme
politique effayeroit d'étendre aux autres
Etats.
La Diète de l'Empire qui n'a pris aucunes
vacances , n'a pas encore reçu le Dé-
G
3
( 150 )
cret de Commiflion - Impériale , qui dợn
ratifier le conclufum , arrêté dans l'affaire des
Princes Allemands poffeffionnés en France ,
SUISSE.
De Laufanne , le 4 Octobre.
Vers le milieu du mois dernier , le camp
de Payerne fut levé : 2600 hommes occupèrent
notre ville , avec un train d'artillerie.
le petit camp de Rolle fe rapprocha également
de nous , & les Commiffaires du
Souverain fe tranfportèrent dans nos murs.
Cette Cour d'information continue le travail
d'une procédure immenfe , qui a doncé
les lumières néceffaires fur les projets dont
cette heureufe contrée étoit menacée , &
fur les principaux Auteurs qui les condaifoient.
L'un deux , le fieur de l'Harpe des
Utins , en fuite dès l'arrivée de la Conmiffion
, & par conféquent légitimement
fufpect , a été cité & proclamé dans les
formes ordinaires : la Citation publique
renferme les articles d'accufation , parmi
lefquels le Fugitif eft entr'autres prévenu ,
d'avoir pris part à des complots faits dans
T'Etranger , et qui avoient pour but defouf
traire le pays de Vaud à la domination de
LL. EE. Ainfi , & comme nous l'avons
annoncé à plufieurs reprifes , d'après des
faits certains qui nous étoient particulière(
151 )
ment connus , ce prétendu zèle à réformer
les abus du Gouvernement , couvroit le
complot de le renverfer , & de livrer cette
partie de la Suiffe à l'Etranger . On en trouve
une nouvelle preuve manifefte , dans une
lettre de M. Conftant de Rebecque , Bourgeois
de cette ville , & ci -devant Colonel
Commandant du régiment Suiffe de May
en Hollande ; lettre adreffée aux Amis de
la Conftitution de Dijon , & que nous venons
de lire dans le Moniteur Univerfel. M. Conf
tant y invoque les François , & leur apprend
que le pays de Vaud eft digne d'être
incorporé a la France , comme ayant fait autrefois
partie du royaume de Bourgogne.
Tel étoit donc le but de l'intime corref
pondance de nos Révolutionnaires avec les
Clubs François Les Feuilles publiques de
Paris font pleines d'atroces impoftures fun
la conduite de la Commiffion . Très - peu
de perfonnes ont été arrêtées ; toutes l'ont
été fur information préalable , & interrogées
avant leur emprifonnement. Nul ne
fera jugé que dans les formes légales , &
que d'après une procédure complette. Voilà
ce que les Folliculaires appellent des perfécutions
, des prefcriptions . La tyrannie , fuivant
eux , confifte à maintenir les Loix , & à
réprimer des coupables.
Au refte , ces manoeuvres auffi abfurdes
qu'odieufes font abfolument anéanties : le
mal a été coupé dans la racine par la fer-
G4
( 152 )
meté mefurée du Gouvernement , qui a
prouvé aux têtes perdues toute leur foibleffe
, & aux habitans fages le danger
auquel on les expofoit . La tranquillité eft
folidement raffermie ; les boute - feux for t
en fuite , & leurs adhérens déconcertés . Le
30 du mois dernier , les villes du Pays
dont on avoit eu à fe plaindre , ont paru
par députation devant les Commiffaires ,
qui , après leur avoir reproché leurs imprudences
, les ont exhorté à fe défendre
à l'avenir des mouvemens auxquels on les
avoit entraînées. Les troupes ont été rappellées
, & doivent arriver à Berne après
demain. Ces Volontaires- Citoyens reſteront
fur leurs foyers avec la demi-paye , en fe
tenant prêts à marcher , jufqu'à nouvel
ordre.
Il fera bien difficile de jamais entamer
une Adminiſtration qui a pour elle , le
fentiment du bonheur public , la force de
l'opinion , la juftelle , l'à- propos des mefures
, la fuite dans les plans , la fermeté
dans l'exécution , & qui , enfin , pofſéde
à un très -haut degré , l'art de gouverner
-peu près perdu dans le refte de l'Europe.
PAYS- BA S.
De Bruxelles , le 8 Octobre 1791 .
S. A. R. l'Archiduc Charles eft arrivé
la femaine dernière : les fêtes dont il eft
( 153 )
l'objet font une diverfion momentanée à
la querelle des Etats avec le Gouvernement.
On complette en ce moment le
Confeil de Brabant , & l'on s'attend à de
nouvelles proteftations : il n'a été encore
pris aucune réfolution définitive fut les
premières ; les autres Provinces font plus
tranquilles. Il n'eft point à craindre qu'elles.
combinent leur réfiftance avec celle du
Brabant.
Nous avons préfenté impartialement , à
plufieurs reprifes , les viciffitudes de l'opinion
, & la variété des rapports touchant
l'intervention quelconque des Puiffances
Etrangères dans l'anarchie de la France.
C'eft en réduifant ces Mémoires polémiques
de la prévention & de l'efprit de
parti , aux probabilités qu'avoue le jugement
, & aux faits conftatés , que nous
fommes reftés dans le doute fur des affertions
accréditées , fans adopter les négations
tranchantes & doctorales • par lefquelles
des Intrigans cherchent à prolonger
l'étourdiffement de la Nation Françoife.
Ecrivant des notices pour
l'Hiftoire ,
& non des menfonges pour des Factions,
nous continuerons à fuivre le cours des
évènemens certains , à féparer les faits des
conjectures , à difcuter les probabilités , &
à nous défier des apparences. Qu'on fe
perfuade bien que ce n'eft point là une
G
( 154 )
chofe aifée , & que fi un fot , un agioteur
, donne fa confiance au Nouvellifte
impudent qui ouvre la porte des Cabinets
, & en tire les fecrets de l'avenir , la
claffe de Lecteurs pour lefquels nous écrivons
, exige qu'on l'inftruife, & non qu'on
l'abufe.
Nous ne fommes pas plus éclairés fur les
intentions des Puiffances Etrangères à l'égard
de la France , que nous ne l'étions il y a un
mois. LaDéclaration que M. le Comte d'Ar
tois rapporta de Pilnitz , n'a eu jufqu'ici aucunes
fuites. Ces troupes que l'Empereur
& le Roi de Pruffe devoient faire marcher
font encore immobiles : on ne connoît
aucun ordre quelconque de les préparer
à fe mouvoir. Les feuls régimens de
Neugebauer & de Bender , les Cuirafliers
de Hohenzollern , & quelques efcadrons
des Dragons de Cobourg , reftés en Bohême
; voilà les feuls Corps qui , notoirement
vont entrer dans le Brifgau & aux
Pays-Bas. On vient de voir que les revues
d'Automne ont eu lieu à Potzdam , fans
que le moindre indice ait décélé le départ
prochain d'aucunes troupes dans l'étendue
de la Monarchie Prullienne.
En interprétant la Déclaration de Pilnitz
par les faits fubfequens , on n'en trouve
donc aucun qui la faffe fortir encore du
cercle des engagemens éventuels , fubor
donnés aux circonftances.
( ASS )
1
If
On a douté des difpofitions de la Cour
de Vienne à en feconder le but , lorsqu'on
a vu fous les yeux même du Gouvernement
fuprême des Pays-Bas , la Gazette
officielle de ce même Gouvernement imprimer
, le 22 Septembre , par autorité , &
fans que qui que ce foit l'ait démentie , 'que
le concours des circonftances qui devoient
avoir rapport à la Déclaration de Pilnitz ,
pouvoit la faire confidérer comme NON
AVENUE ; présomption fortifiée par l'inaction
totale des troupes Autrichiennes , etpar
les grands changemens que pouvoit appor
ter , dans toute cette affaire , le nouvel ordre
de chofes furvenu en France depuis peu.
paroît clair que fi notre Gouvernement a
témoigné quelque déplaifir de la publication
fi prompte de cet Acte de Pilnitz , &
de la Lettre des Princes François
Louis XVI , c'eft qu'il envifageoit le premier
fous des rapports bien différens du
fens qu'il préfente naturellement . Sans
doute , la politique dicte quelquefois des
défaveux de cette efpèce ; fans doute , au
fein de la fermentation qui agite le Brabant
, on a pu juger prudent d'en raffurer
les Habitans contre l'annonce de nouvelles
troupes , & de les contenir par la
certitude que l'armée des Pays - Bas n'en
fortiroit pas. Avant l'adhéfion formelle de
quelques autres Puiffances à l'engagement
de Pilnitz , on a peut- être jugé néceffaire
G
( 156 )
de contrebalancer la précipitation , avec
laquelle on lui attribuoit des effets fubits ;
enfin , cette infinuation contradictoire a
pu réfulter des fentimens du Gouvernement
Autrichien pour le Roi & la Reine
de France , & de la crainte de montrer un
ennemi de la Nation Françoiſe dans le
Beau -Frère , dans l'Allié d'un Roi qui
s'abandonnoit à fa deftinée & à fon Peuple.
En fuppofant ces confidérations fondées
, & ce font les plus favorables à l'opinion
d'un armement contre la France ,
elles atténuent l'idée d'un plan irrévocable
, la probabilité de fon prochain
développement , & l'énergie des motifs.
qu'on fuppofoit avoir déterminé l'Empereur.
On n'eft pas preflé d'agir , lorfqu'on
man fefte une incertitude fi pofitive.
Le caractère de l'Empereur , fa lenteur
à fe décider , la trempe de fon efprit plus.
porté aux opérations adminiftratives de
détail
,
qu'aux grandes vues générales
; l'habitude qu'il a contractée en
Tofcane de mefurer avec le compas fes
démarches , fes décifions ; l'amour qu'on
lui connoît de multiplier les loix , ce qui
exige une paix conftante ; le naturel de ce
Monarque fur qui les craintes ont plus de
prife que les espérances , & qui n'aime pas
à rien donner au hafard ; l'influence du
Prince de Kaunitz , qui emportera au tombeau
le goût des négociations , l'éloigne(
157 )
ment de brufquer les affaires , & l'habitude
de temporifer; l'attachement de ce Miniftre
au Traité de 1756 avec la France ; Traité
qu'on defire à tout prix de conferver , &
qu'une rupture livreroit au fort de la guerre ;
enfin , les liaiſons du fang qui foumettent
plus ou moins les réfolutions de Vienne à
celles du château des Tuileries ; tous ces
mobiles réunis expliquent à certains yeux la
tiédeur de la Cour Impériale, & fon inaction
abfolue jufqu'à ce jour. L'Empereur n'a
pas même écrit une lettre , ni fait une
déclaration au moment des dangers de la
Reine fa foeur. S'il n'a point fongé à irriter
la fière contenance du Roi d'Angleterre pendant
l'emprisonnement de la Reine Mathilde
, ni la conduite énergique du Roi
de Pruffe en Hollande , eft-il vraisemblable
qu'il perde cette attitude paifible , pour
renverser une Conftitution , qu'il croit
devoir périr d'elle-même à fa naiffance :
-
2
Le Roi de Pruffe n'a aucuns motifs perfonnels
dans cette intervention fuppofée :
nulle manifeftation de fon Cabinet n'indique
le deffein de feconder un plan de
contre révolution en France , & fi nous
pouvons en juger par les difcours qui nous
ont été tranfmis de Berlin , on y regarde
comme une extravagance , l'idée que la
Monarchie Pruffienne s'ébranlera pour faire
la guerre à des Feuillans & à des Jacobins
qu'on méprife.
( 158 )
Voilà donc les deux principales Puiffances
de l'Empire , abfolument inactives
jufqu'à préfent , & nous ne trouvons pas
le moindre indice de la ceffation prochaine
de cette inactivité. Ce fait inconteftable
n'empêché pas divers Emigrans & des Journaliſtes
François , de chiffrer tous les huit
jours depuis fix mois , des armées Autri
chiennes & Pruffiennes , qui s'avancent à
grands pas vers les bords du Rhin ; mais
un régiment fait cinq lieues par jour ; une
Lettre , une Gazette , en font cinquante ;
& pas une Lettre , pas une Gazette de l'Empire
, ne nous annoncent la marche d'un
Soldat.
Il feroit dérifoire de faire intervenir ici ,
comme fuppléans de l'Empereur & du Roi
de Pruffe , les Princes de l'Empire condamnés
par leur foibleffe & la défunion de
leurs intérêts , à fuivre conftamment l'impulfion
de l'un ou de l'autre de ces Souverains.
Les éternelles lenteurs de la Diète
de Ratisbonne préfagent ce qu'il faut attendre
d'une réfolution qui dépend de tant
de têtes , de formes , de Mémoires , d'Auttorités
diverfes. L'Empereur n'a point encore
répondu au dernier Conclufum. Le triple
contingent militaire , demandé à l'Empire ,
n'est donc pas encore fur pied : il ne paroft
aucunement qu'on s'en foit occupé dans
les Affemblées des Cercles , & tout dé
( 159 )
montre que s'il eft jamais réalifé , ce fera
au plutôt le Printemps prochain.
C'est donc hors de l'Empire qu'il faut
chercher des appuis immédiats aux Princes
François & à la Nobleffe , ainfi
que des
Auxiliaires actuellement prêts à les fecourir.
His paroiffent compter fur la Suède & la
Ruffie. Guftave III , a , en effet , mani
fefté fes fentimens fans ambiguité. On
conçoit que la conformité du fort de fon
Père avec celui de Louis XVI , le carac
tère entreprenant de ce Prince , amoureux
de la gloire , l'averfion qu'on peut lui fuppofer
pour les maximes anarchiques qui
ont prévalu en France , enflamment fon
émulation , & irritent fon inquiète activité.
Non ignara malis miferis fuccurrere diſco.
Sans doute , il entre dans l'efprit un peu
chevalerefque du Roi de Suède , de concourir
à rétablir la fplendeur d'une Maifon
Royale , dont les fervices aidèrent à le
replacer fur le Trône.
Douze mille hommes de fes meilleures
troupes , font raffemblées dans fes Provinces
méridionales : des bâtimens de tranfport
, une Efcadre pour les foutenir font
armés à Carlfcrona. On ne peut révoquer
en doute que ces forces n'aient pour objet ,
de feconder les projets formés en faveur de
Louis XVI & des Princes fes Frères.
( 160 )
L'Impératrice manifefte les mêmes intentions.
Son Chancelier , le Comte d'Of
terman , a fignifié à M. Genêt , Chargé des.
affaires de France à Pétersbourg , une exhortation
de ne plus paroître à la Cour. 18,000
Ruffes , 13 vaiffeaux de ligne , & une flottille
légère femblent , depuis un mois
attendre le ſignal de mettre à la voile , & de
fe porter vers nos côtes , de conferve avec
les Suedois. L'opinion & les deffeins de
Catherine II font devenus plus manifeſtes,
par la dernière démarche de cette Souveraine
auprès des Princes François . Il eft
certain que M. de Romanzof , fils aîné du
célèbre Maréchal de ce nom , & Miniftrede
Ruffie auprès des Cours Electorales du
Bas- Rhin , a mis , au nom de fa Souveraine,
& à la difpofition des auguftes Frères de
Louis XVI, une fomme de deux millions
de roubles . ( 10 millions tournois ). Dans
la lettre qui accompagnoit ce fecours
I'Impératrice déclare la conformité de fes
fentimens avec ceux de l'Empereur & du
Roi de Pruffe , au fujet du Roi de France ,
& promet d'employer fon pouvoir & fon
influence pour lui rendre fon autorité
légitime. On ajoute qu'elle a accrédité
M. de Romanzof auprès des Princes , à
qui ce Miniftre a remis fes lettres de
créance le 21 Septembre . C'eſt ainfi
qu'on l'annonce dans un imprimé, publié
à Coblentz , fous l'autorisation des Princes ,
( 161 )
& qui renferme plufieurs pièces relatives
à cette circonftance certaine. Ce font un
remercîment à l'Impératrice & à M. de
Romanzof, prononcé à la tête de la Nobleffe
Françoife par le Maréchal de Broglie ;
la réponſe de l'Envoyé Ruffe , & une lettre
de la Nobleffe Françoife à l'Impératrice.
Ce dernier Ecrit , que l'Imprimé dit être
foufcrit par des milliers de Gentilshommes ,
eft de la teneur fuivante :
MADAME ,
Votre Majesté Impériale a depuis long -temps
mérité l'admiration de tous les Peuples . Ses
titres étoient fes actions ; elle acquiert aujourd'hui
des droirs à la reconnoiffance univerfelle.
La Nobleffe Françoife peut donc exprimer ces
deux fentimens à Votre Majefté . Elle ofe dire
qu'il ne manque rien à votre gloire . Affermie
tous les Trônes , en relevant celui des Bout
bons , devoit être un des miracles de votre
règne. Vous embraffez la caufe des Rois , & manifeftez
le voeu de toutes les Puiffances de l'Europe
. Il étoit donc dans l'ordre des deftinées
que deux grandes Souveraines prêtaffent l'appui
de leurs armes & de leur nom à la Maifon de
France. Elifabeth d'Angleterre , l'Héroïne de
de fon fiècle , fecourut Henri IV, qui combattit
la ligue à la tête de nos ayeux . L'immortelle
Catherine fe déclare pour les petits - Fils ,
dont nous fuivons auffi le panache au chemin
de l'honneur ; elle permet au Prince de
Naffau , à ce Héros , pour qui la gloire eft
un befoin , & dont la valeur a par-tout naturalifé
les exploits , de venir fe ranger fous les
( 162 )
étendards des généreux Frères de l'infortuné
Louis. Le Comte de Romanzof , digne Miniftre
d'une telle Souveraine , vient repréfenter
Votre Majefté auprès de nos Princes : ainfi ,
Catherine donne la première fanction à leurs
droits , & la Nobieffe Françoife lui doit fon
premier efpcir. »
:
Votre Majefté Impériale , par une magnanimité
bienfaifante , nous offre un afyle dans
le malheur. Nous ferions fiers de recevoir vos
loix , de partager le bonheur des Peuples qui
vivent fous votre Empire mais il ne nous
eft pas permis de fonger à une feconde patrie.
Si la Monarchie Françoife s'écroule , la Nobleffe
( l'honneur le commande ) doit s'enfevelir
fous fes débris ....... Pourquoi prévoir
des revers , quand tout nous préfage des
fuccès Sous vos aufpices , nous n'en pouvons
douter , cette Monarchie renaîtra de fes ruines ,
& reprendra fon ancienne fplendeur.
сс
כ כ
Quel caractère impofant & fublime Votre
Majefté développe à tout fon fiècle ¦ &
quelle place elle s'affure dans la postérité !
La Nleffe vous devra un fecond luftre ; la
Religion , fes Autels ; Louis , la Liberté , la
Royauté , le maintien de fes droits ; la France ,
le retour de l'ordre & du bonheur ; & le
monde menacé d'un bouleversement général ,
la paix & la tranquillité. Le génie de Pierrele-
Grand a arraché un feul Empire à la barbarie
; le génie de Catherine aura empêché
l'Europe entiere d'y retomber . "
« Nous fommes , & c . »
Le 26 Septembre. 1791 .
Dans ces trois pièces , on découvre l'éten(
163 )
due de l'intérêt que porte l'Impératrice à
la caufe du Roi & de la Nobleffe de Fiance
; mais rien de pofitif fur la nature &
l'époque des fecours que leur deftine cette
Souveraine.
Au refte , le caractère de cette Princeffe ,
dont le règne a été une fuite d'entrepriſes
romanefques , & de fuccès prefque fabuleux
, qui a exercé ou fa domination , ou
fon influence victorieufe fur le Nord & le
Levant ; à laquelle il fuffit de concevoir
une idée qui étonne la renommée , pour
en ordonner l'exécution ; ce caractère ,
dis -je, accrédite les projets nouveaux qu'on
hui attribue. L'Impératrice n'a rien à craindre
de la Révolution Françoife : les petits
& vils propagateurs de trahifon , cette foule
de miférables fuborneurs que la France
laiffe vomir imprudemment de fon fein ,
pour débaucher des Soldats & foulever des
Sujets , fe feroient étrangler par les Soldats
Ruffes , au lieu de les corrompre avec des
proftituées, & la Feuille Villageoife ( 1 ) , avec
des affignats , des fous de cloche , & les
droits de l'homme.
Mais les flottes Ruffes & Suédoises ,
mais les Soldats qu'elles doivent porter ,
n'avoient pas quitté les rades de leurpays
( 1 ) Feuille incendiaire rédigée par deux Prêtres
; le Miniftre Rabaut & l'ex Jéfuite Cerutti.
( 164 )
le 28 feptembre. Trente fois , & récemment
encore , on les a fait arriver à Oftende,
ainfi que les Troupes Allemandes fur le
Rhin , avant que ni les unes ni les autres
ne fuffent parties. Il y a plus ; on n'attend aucunes
troupes , aucuns vaiffeaux étrangers à
Oftende . Si les Ruffes, files Suédois devoient
y débarquer cet automne , ils feroient forcés
d'hiverner dans ce port , qui ne peut
contenir leurs efcadres : leurs Commiffaires
feroient venus raffembler des approvifion
nemens , & préparer leur ftation : or , nu's
Commiffaires n'ont paru.
Si nous portons nos regards fur le refte
de l'Europe , nous trouvons l'Angleterre
défarmée , hors de l'enceinte des projets
fuppofés , gouvernée par un Ministère trop
prudent , pour la faire entrer dans une
ligue , dont la dépenfe ameneroit tôt ou
tard en difcuffion au Parlement , & dans
toutes les claffes de la Nation , les principes
de la Révolution Françoife. Auffi ,
dans leur lettre au Roi de France , les
Princes fes Frères déclarent-ils la neutralité
de la Grande- Bretagne.
Les Suiffes , ne fongeant qu'à maintenir
leur ineftimable tranquillité , l'inestimable
félicité de leurs Peuples , & leur indépendance
; fans troupes réglées , n'en levant
aucune méprifant les Brouillons
les Sectaires fanatiques , les faux Amis de
la Liberté , fachant les réprimer chez eax ,
2
( 165 )
& du haut de leurs rochers , contemplant
avec un fourire de pitié , les conquêtes
des Républicains de théâtre fur la raifon
& la vraie liberté. Le Gouvernement de
Berne avoit armé mille hommes , pour
préferver le pays de Vaud , des attentats
prémédités par quelques fous féduits
contre l'indépendance de l'Etat & le bon
heur de fes Habitans. Ce but ayant été
facilement rempli , par le patriotifme, par
la fageffe de ces derniers , & par l'active
prudence du Souverain , la petite armée
vient d'être licenciée.
Le Roi de Sardaigne ; affez fort pour
maintenir l'ordre & la paix dans fes Etats,
ayant porté fes troupes au complet , &
garni fes frontières du côté de la France ;
mais , dans fon iſolation , ne pouvant ſecourir
ni attaquer perfonne.
L'Efpagne ; fa politique paroit concentrée
dans une multitude de foins minutieux
pour écarter d'elle les femences d'infurrections
, fe garantiffant par un cordon de
12 15 mille hommes qu'elle n'a point
augmenté , & ne faifant d'ailleurs , aucune
difpofition qui puiffe allarmer fes voifins.
à
De ce coup-d'oeil général , il reſulte
que l'Europe entière garde en ce moment
une fituation pacifique , & que s'il exiſte
des deffeinsgénéraux , ils ne peuvent avoir
leur exécution avant l'année prochaine.
Refte à approfondir les véritables mo❤
( 166 )
tifs qui acheveront de coalifer les principales
Puiffances , & par conféquent le
but probable de cette ligue de sûreté. En
traitant ce fujet la femaine prochaine ,
nous appercevrons peut- être que ces combinaifons
, diffèrent prodigieufement de
l'idée qu'on s'en eft légèrement formée en
France , où les mots gouvernent l'opinion ,
& où celui de contre-révolution eft devenu
l'étendard des déraifonneurs de tous les
partis . En dernier réfultat probable , on
trouvera que ce n'eft point la caufe des
Rois , ainfi que le répètent journellement
des têtes vides , mais bien celle des Peuples ,
qui armera la majeure partie de l'Europe,
en faveur des principes défenfifs de l'ordre ,
de la propriété , de la Société civile.
Nós villes du Brabant , du Hainault ,
du Tournaifis , le Duché de Luxembourg,
l'Electorat de Trèves , l'Etat de Liège , les
rives du Rhin , depuis Bale à Cologne ,
font couvertes de François : on en compte
au moins 45 mille fur l'étendue que nous
venons de décrire , & leur nombre augmente
par milliers de femaine en femaine.
La totalité des Gentilshommes de plus d'une
Province de France font maintenant dans
nos Cantons : des Officiers de tout grade,
des Propriétaires de tout état , des Bourgeois
, des Artifans même fuivent le torrent.
A leur arrivée , on incorpore ces
Emigrans en différentes Compagnies. 450
( 167 )
Gardes- du- Corps font montés à Coblentz.
Notre Gouvernement en tolérant à Ath ,
à Antoin , à Binche , à Leuze , à Tournay,
& en d'autres lieux encore , ces raffemblemens
confidérables de François enrégimentés
, leur a défendu de s'armer fur fon
territoire.
L'opinion de la prochaine formation
d'un Congrès général à Aix -la - Chapelle ,
s'affoiblit avec la même rapidité que tant
d'autres nouvelles conjecturales , hazardées
fur les plus foibles préfomptions.
Nul Envoyé n'eft encore nommé à ce Congrès
, & l'on n'apperçoit dans la ville où on
le place , aucuns préparatifs qui indiquent
leur prochaine arrivée.
Au refte , on aura le thermomètre des
fentimens des différentes Cours , lorſqu'elles
fe feront expliquées fur l'adhéfion de
Louis XVI à la Conftitution . Cet événenient
communiqué officiellement à toutes
les Puiffances peut avoir une influence
effentielle fur leur conduite ultérieure
; mais de quelle manière qu'elles
l'envifagent , il ne changera rien aux projets
que des motifs impérieux leur ont
prefcrits , & qui font indépendans des
intérêts de la France , de fen Roi , des
Princes , de la Nobleffe , de l'Affemblée
Nationale , de tous les partis qui divifent.
cette Monarchie .
( 168 )
FRANCE.
De Paris , le 5 Octobre .
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du lundi , 3 ottobre.
Toute cette féance a été employée à l'élection
d'un préfident , d'un vice - préfident & de fix
fecrétaires . Les voix fe font partagées entre MM.
Paftoret & Garran de Coulon ; mais un nouveau
fcrutin a donné 211 voix fur 369 au premier ;
il a été proclamé préfident , a embraffé M.
Batteau , a pris le fauteuil , & a renvoyé l'Alfemblée
dans les bureaux , pour la nomination
d'un vice-président .
De deux ftrutins , dont le premier n'a pas offert
de majorité décifive , le fecond a porté à la vicepréfidence
M. Ducaftel , du département de la
Seine inférieure .
Il s'eft élevé quelques débats pour favoir fi
l'on fuivroit ou le réglement qu'obfervoit l'Affemblée
conftituante , ou fa loi du 17 juin , qui
ordonne que les fecrétaires feront élus à la pluralité
abfolue. Il a été décidé que les fecrétaires
feroient élus à la pluralité relative , & l'Affemblée
étant , pour la quatrième fois de retour des
bureaux , M. Paftoret , préfident , a dit :
ce Voici le recenfement du fcrutin . pour la
nomination des fecrétaires. M. François de Neufchâteau
, 150 voix ; M. Garran de Coulon , 133 ;
M. Cerutti , 99 ; M. Lacépède , 95 ; M. Condorcet,
943 & M. Guiton de Morveau , 80. » Le
feement
( 169 )
ferment preferit par la conftitution eft renvoye
au lendemain.
Du mardi, 4 octobre.
Un fcrupule , ou un accès de zèle patriotique
, a fait renouveller, au nom de lanation ,
be ferment que les députés avoient prêté , dimanche
, pour leur compte , de vivre & mourir
Libres ; ils l'ont tous répété en y ajoutant : Vive
la nation ! & le reste de la féance a été confacré
à l'émiffion d'un troisième ferment , de
celui de maintenir la conftitution , de ne rien
propofer ni confentir dans le cours de la légif
lature qui puiffe y porter atteinte , & d'être en
tout fideles a la nation , à la loi & au Roi,
Un membre a tenté de faire fupprimer le mot
législative , & confeilloit à l'Affemblée de prendre
fimplement le titre d'Affemblée nationale; mais
Fordre du jour a maintenu la première dénomination.
On s'eft occupé de donner au ferment toute
la folemnité poffible en n'y mêlant aucune idée
de religion . Pour cela , M. Michon du Marais
a propofé que chacun jurât en pofant la main
fur le livre de la conftitution ; & M. Girardin ,
que des commiffaires allaffent prendre l'acte aux
archives , attendu que ce livre , a judicieuſement
ajouté M. Quefnet , ne peut pas arriver
tout feul. » Sur la motion de M. Parent-
Mazencourt , qui pénétré de nos jeunes vertus
à l'antique , a réclamé d'auffi auguftes fonctions
pour les vieillards de l'Aſſemblée ; fix commiffaires
, précédés d'huifhers , font allés chercher
Facte conftitutionnel aux archives.
M. Laborde vouloit que le ferment fût écrit
en grandes lettres d'or , au-deffus du bureau
No. 42. 15 Octobre 1791 .
H
( 170 )
du préfident , pour qu'aucun membre ne l'oubliât
; mais M. le Cointre- Puyrabeau a penfé
qu'il fuffiroit de l'avoir gravé en traits de feu
dans le coeur , & a cité les Athéniens , qui n'eurent
des transfuges que lorfqu'on écrivit le ferment
de fidélité fur leurs drapeaux. L'évêque du dépar
tement de Lille & Vilaine , M. Lecoz auroit
bien defiré que le bruit des cloches & des canons
eût indiqué « à tout l'empire » l'inftant du
ferment... L'écriteau , les cloches , les canons ,
& quelques autres moyens de rendre cette
action «plusfublime » ont été écartés par l'ordre
du jour ; un huiffier a annoncé l'acte conftitu
tionnel.
Toute l'Affemblée fe lève , fe découvre ,
fuivant la motion de M. Rouillère . Les commiffaires
entrent accompagnés d'huifiers , &
d'une garde d'honneur ayant les armes hautes.
Au milieu du cortège eft M. Camus , l'archivifte
; il porte le palladium de la liberté Françoife
, monte à la tribune ; & M. Parent-Mazencourt,
l'un des vieillards-acolytes , s'écrie :
cc O yous ! peuple François , citoyens de Paris ,
toujours grands , toujours fermes dans les circonftances
difficiles , frères généreux , & vous
citoyennes vertueufes & favantes ( il regardoit
les galeries ) qui exercez ici la plus douce influence
, voilà le gage de la paix que la légif
lature vous donne. Nous allons jurer deffus , de
vivre libre ou de mourir, & de défendre la
conftitution,jufqu'à la fin de notre existence, »
On avoit fouhaité que les vieillards remiffent,
fur le feuil de la porte , l'acte conftitutionnel
à des jeunes gens ; mais les bonnes pensées ne
prennent pas toutes . M. Nérin a obfervé
forfque le Roi paroît dans l'Affemblée , il eft
11 ARVE
que
( ' 171 ' ).
d'afagé de ne prendre aucune délibération ; que
bien moins encore devoit- on délibérer , tant que
la conftitution feroit dans la falle .
-Le préfident & enfuite tous les membres ont
prêté individuellement le ferment /décrété , en
montant l'un après l'autre à la tribune , & en
tenant la main droite fur le livre ouvert , foutenu
par l'archivifte , qui l'a rapporté aux archives ,
efcorté comme il en étoit venu . Enverrast-on
24 ou 60 députés au Roi , pour l'informer de
cet évènement ? Qui les choifira? Après quelques
débats , il eft décidé que la députation fera de p
60 membres, choifis par le préfident & les fe
crétaires.>
Meffieurs , as dit alors. M. Cerutti , 492
députés ont appuyé leur main fur Févangile de
la conftitution & ont juré de la maintenirs
jufqu'à leur dernier foupir... Il me parbir convenable
d'offrir un fentiment pur & légal an
corps conftituant , de qui nous tenons cette immortelle
conftitution ... Quel fénat de Rome ,
quel parlement Britannique , quel congrès Américain
a fait de fi grandes chofes en fi peu de
temps & avec fi peu de fautes ? &c. » La légiflature
a décrété des remerciemens à l'Affemblée
-conftitaante.
Un des vieillards- commiffaires eft venu dire
que l'acte conſtitutionnel avoit été « renfermé
avec des précautions qui ne laiffent pulle crainte »,
& qu'au refte , le dépôt eft dans tous les
coeurs . La propofition d'affigner des places dans
la falle aux membres du ci -devant corps lé.
giſlatif, a été accueillie par des cris à l'ordre
du jour, & l'on a levé la féance.
Du mercredi , 5 octobre.
:
La majorité de l'Aſſemblée conſtituante a dû
H 2
( 1726)
voir, avec beaucoup de fati -faction , aujourd'hui,
l'emprellement des nouveaux législateurs à n'o
mettre aucune des conféquences prévues , des .
maximes fondamentales fur lefquelles elle a édifié
la conftitution.
M. Ducaftel rendu compte de la miffion des
députés envoyés bier vers le Roi. Nommé préfi
dent de cette dépuration , il écrivit au garde-dufceau
pour demander l'heure. Le miniftre lui
répondit que le Roi ne pourrait les recevoir que
le lendemain à midi ; mais les députés jugèrent
que la chofe publique exigeoit qu'on les reçût le
foir même, Seconde lettre. Le Koi fit répondre
qu'il recevroit la députation à 9 heures du foir.
Al'heure indiquée , les huifkers annoncent , on
ouvre les portes ; à ૩ quatre pas du Roi, M. Ducaftel
falue , s'arrête & dit « Sire , l'Affemblée.
nationale législative eft définitivement conſtituée;
elle nous a député vers votre Majeſté pour l'en
inftruire ».
"
« Je me retirois , a continué M. Ducaftel ,
Jorfque le Roi m'airêtant , m'a dit très- familièrement,
très-cordialement : je ne vous verrai que··
vendredi ; je ne peux pas vous voir plutôt. J'ai
cru que ma miffion ne me permetroit pas de
répondre. Je faluai , je me retirais nous revînmes
à l'Aſſemblée , & nous nous féparâmes fraternellement....
2 2.
Un membre a porté la fermentation dans tous
es efprits , en condamnant l'ufage d'écrire au
garde- du -feeau pour avoir audience , & en propofant
fexécution littérale du décret de 1789 ,
qui veut que l'Afemblée communique toujours
directement avec le Roi. Dès -lors les notions
ont abondé dans ce fens , & ont pris en degré
d'énergie qui tout- à- coup a monté l'Aflemblée
( 173 )
.
au niveau des conceptions les plus civiques.
MM. Grangeneuve , Bazire , Thuriot , Vergniaud,
Voifard, Goupilleau , Gnadet , Cambon , Chabot,
• Coutton & quelques autres , qu'on ne défigneroit
pas mieux en les nommant tous , one fucceffivement
développé les idées , dont les germes
repofent dans la déclaration des droits de l'homme
& dans l'acte conſtitutionnel.
Le Roi & le corps légiflatif font deux pouvoirs
fuprêmes , indépendans , & par conféquent
égaux , à dit le premier opinant. M. Grangeneuve
a demandé qu'on fupprimât le titre de Majesté ,
pour s'en tenir au titre de Roi des François.
Un troifième étoit d'avis qu'on décrétar : « l'Af
femblée nationale confidérant que le code de
l'étiquette ne peut convenir aux repréſentans d'un
peuple libre ; que l'amour du Roi pour les Fran
çois, & l'amour des François pour le Roi , exigent
que le corps législatif , malgré l'évidence de la
prééminence de les droits , traite d'égal à égal avec
le MONARQUE ; qu'il eft de l'intérêt public , qu'à
toute heure , le corps lég flatif puille conferer
avec le Roi , & le Roi fe préfenter à l'Affemblée
nationale ; décrète que les députations au
Roi fe préfenteront à toute heure , & que le Roi
fera également libre de le préfenter à toute heure
à l'Affemblée nationale ……………… » Comment le Roi
doit-il être roçu ?
сс
Se lever quand le Roi fe lève , s'affeoir quand
il s'affied , cette pantomime paroit à M. Coutton
transformer les repréfentans du peuple en vrais
automates « qui ne peuvent penfer, parler & fe
mouvoir , que par la volonté d'un homme ». Le
fauteuil couvert de dorure , & fufage de mots
profcrits par la conftitution , étonnent auffi M.
Courton. Or, fes mots profits font Majeffé &
H
(174 }
€
Sire , qui fignifie Seigneur. De feigneurs fl n'y
en a plus . La conftitution , qui nous rend tous
égaux & libres ,, ne veut point qu'il y ait d'autre
majesté que la majefté divine & la majesté du
Feuple . Ses conclufions ont été que le Roi entrant
dans la falle , tous les membres fuffent
debout & découverts ; mais qu'une fois le Roi
arrivé au bureau , « chacun eût la faculté , bien
naturelle fans doute , de s'affeoir & de fe niettre
comme bon lui femblera , Le Roi lui- même ayant
cette faculté , nous devons l'avoir ». D'ailleurs ,
plus de fauteuil fcandaleux parfa richeffe; & comme
file fauteuil national ne valoit pas le fauteuil
royal , Deux fauteuils égaux , le préfident à la
droite, & pour unique titre : Roi des François.
J'ai été révolté , a dit M. Goupilleau , de
voir le dernier préfident ( M. Thouret ) fe fariguer
en inclinations profondes devant le Roi ».
Il m'a paru fcandaleux à moi , s'écrie M. Chabot,
ex-capucin , qu'un hérault-d'armes vint annoncer
Je Roi dans le fein de l'Affemblée . Je demande
• qu'un huiffier vienne dire feulement
се
que l'on
ceffe toute délibération parce que le Roi eft à la
porte..... Le pouvoir exécutif , qui doit marcher
fur une ligne parallèle , quoiqu'il foit inférieur
au pouvoir légiflatif , cherchera à froifler ce pouvoir
législatif........ Nous l'avons vu charger le
président de la nation d'annoncer l'heure de fon
arrivée , fixer cette heure...... , comme fi nous
ne pouvions pas lever la féance fans l'attendre...
Gardez - vous d'empiéter fur le pouvoir exécutif
comme les comités de l'ancicune législature ; il
ne demanderoit pas mieux pour vous écrafer ;
mais auffi faites refpecter notre dignité & notre
puiffauce par le pouvoir exécutif
ב כ
*
« Le Roi qui s'accoutumeroit à régler , dans
( 175)).
hos féances , les mouvemens de nos corps
pourroit croire bientôt , a dit M. Guadet , pou
voir régler auffi le mouvement de nos ames, »
J'aime à croire que le peuple François révérera
toujours beaucoup plus , dans fa fimplicité , le
fauteuil du préfident des repréfentans de la nation
, que le fauteuil doré fur lequel s'affied le
chef du pouvoir exécutif » L'avis de M. Garran
de Coulon étoit que chacun eût le droit bien
naturel de fe tenir comme il lui plairoit , quand
Je Roi feroit dans la falle .
Deux premiers articles font mis aux voix , &
décrétés . Quelques Membres du côté droit n'ont
rien entendu , à dit M. la Croix. Ces mots côté
droit font pris pour un outrage. Tumulte horrible
& prolongé. Le préfident fe coavre. On lui
crie : A bas le chapeau. Rappellé a l'ordre păr
des clameurs & par un décret , M. la Croix a
déclaré qu'il n'avoit pas eu l'injurieufe intention
d'affimiler les membres de ce côté à ceux qui ,
dans l'Affemblée conftituante , occupoient la même
place . Scène vifiblement convenue.
» Je demande à l'UNIVERS , a repris M. Lagrevol
s'il convient qu'un corps législatif attende trois ou
quatre heures . » -- Un membre a lumineufement
ajouté que le crédit ne réfidoit que dans l'attitude
fière des repréfentans de la nation envers le Roi.
De combien de membres feront compofées lès
députations ? De 60 , de 24 , de 12 ? On ſe décide
pour ce dernier nombre. Le Roi marchera-t-il
à la tête , à la queue , ou au milieu des dépumtions
? Ces queftions demeurent indécifes . Voici
les fix articles qu'on a décrétés :
сс
LAffemblée nationale légitlative décrète se
qui fuit :
« Att. I. Au moment où le Roi entrera dans
H 4
{ {; #76))
F'Affemblée , tous les membres fetiendront debout
& découverts. »
« II. Le Roi arrivé au bureau , chacun des
membres pourra s'afleoir & le couvrir. »
III. Il y aura au bureau , & fur la même
Ligne , deux fauteuils femblables ; celui placé à
Ja gauche du préfi lent fera deftiné pour le Roi, "
IV. Dans le cas où le préfident , ou tout
autre membre de l'Affemblée auroit été chargé
préalablement par l'Affemblée d'adreffer la parole
au Roi , il ne lui donnera , conformément à la
conftitution , d'autre titre que celui de Roi des
François ; & il en fera de même dans les dépu
tations qui pourront être envoyées au Roi, »
V. Lorque le Roi fe retirera de l'Affemblée
, les membres feront , comme à fon arris
vée , debout & découverts . »
сс
« VI. En fin la députation qui recevra & qui
reconduira le Roi , fera compofée de douze
membres. »
Use courte difcuffion a rectifié le décret rendu ,
la veille , fur la propofition de M. Cérutti , de
manière à en effacer ce qu'un membre y a taxé
de flgornerie envers l'Afemblée conftituante.
Il pertera de fimples remercimens , dégagés de
tout enthoufiafine , pour ceux des législateurs conftituans
qui ontfait un digne ufage des pouvoirs qui
leur étoient confiés.
H.
* Dujeudi , 6 octobre.
3
On a vu le décret rendu hier , au bruit des
applaudiflemens , fur le cérémonial que le corps
légiflatif devoit fuivre à égard du Roi. Une
partie de la garde nationale foldée , le peuple ,
les gens fages de tout parti en avoient témoigsé
leur mécontentement. Dès les premiers mots ,
A li
( 177 )
tour a annoncé aujourdhui que ce décret feroit
révoqué. M. Vofgien a débuté par établir que
les loix doivent être méditées dans le calme de
la raison , & non dans les troubles de l'orgueil ;
que le fanatifme de la liberté peut fe pardonner
a un fimple particulier , mais qu'il devient un
crime chez un législateur , & dégrade fon caractère
augufte. Il a demandé que le décret fût
rapporté comme étant prématuré , inconftitutionnel
& rempli d'inconvenance , puifqu'il exafpéroit
deux pouvois qu'on ne fauroit anir de
trop de confiance , puifqu'il ouvroit une fource
de diffentions , qu'il calomnieroit les deffeins des
patriotes , & affligeroit gratuitement le Roi ,
dont l'acquiefcement libre eft l'un des appuis de
la conftitutior.
M. Bazire s'eft plaint de ce qu'on avoit formé
pour les membres de l'Affemblée conftituante
des galeries privilégiées aux extrémités de la falle,
d'cu ils approuvent ou improuvent les diverles
"motions ; mais des cris : à l'ordre , ont étouffé
cette remarque
,
Les auteurs ou les partifans du décret l'ont
défendu par Is motifs qui l'avoient fait rendre.
M. le Contre - Puyrabeau trouvoit que loin de
porter atteinte à la majefté du trône , c'étoit
honorer le monarque . Selon M. Vergniaud , ce
décret de fimple police intérieure né fixoit point
des relations d'autorité , mais d'honnêteté . Sire
& Majefte font des qualifications féodales ;
Louis XVI ne fauroit être bleffé du titre de
des François , qui fera fon bonheur & fa
gloire; & il pourra dire à l'Affemblée, ou meffieurs
( quoique feur ait la même racine que feigneur
& fire ) , ou reprefentans du peuple François
comme il lui plaira , L'opinant vouloit encore
HS
( 178 )
1
cc
qu'on ajoutât au décret : « le Roi , par égard
pour l'Affemblée , fe tient debout , l'Ailemblée,
par égard pour le Roi , fe tiendra debout , &c.
D'autres infiftoient fur l'inconvénient d'abolir le
lendemain une loi de la veille.
M. Hérault de Séchelles a rappellé que l'Affemblée
conftituante ne fe croyoit point liée par
un décret , tant qué le procès - verbal n'étoit pas
clos , & il citoit beaucoup de decrets rapportés.
Un évêque conftitutionnel voyoit dans l'objet
de ces débats la chute du crédit public , & l'un
des chapitres de l'hiftoire des grands événemens
par les petites caufes .
M. l'abbé Champion a rapproché , avec beaucoup
de logique & de fentiment , les éloges
décernés à l'Ailemblée conftituante , des critiques
amères de de
Tindécente & baffe adulation ; la prudente lenteur
des formes preferites , & la fougueufe impatience
qui provoqua le décret ; la néceffité de
la balance de pouvoirs amis pour le bien com
mur, & les fuites funeftes qu'auroit un faux
patriotisme dirigé contre les droits du trône . Il
penfoit qu'uniquement occupe du bonheur du
peuple le Roi communiqueroit avec l'Affemblée
, de quelque manière qu'elle réglât leurs
relations , & que le peuple eit trop éclairé pour
la follicitude de ceux qui mefurent la
Partager
dignité nationale fur la dorure d'un fauteuil.
fon regulation Ceremonial , taxe
3101
95
900 910319
Ne nous déshonorons pas ,, a - t- il dit , par
une ingratitude coupable. Non , les fondateurs
de notre liberté n'étoient pas de vils efclaves.
Avant de fixer les prérogatives du trône , ils
la fouveraineté
du peuple ......
avoient reconn
C'eft comme repréfentant de la nation que l'on
voula environner le Roi d'une fplendeur q
( 179 )
Ipin de contrafter avec la dignité du corps légiflatif,
doit s'y amalgamer. La nation eft honorée
dans fes repréfentans ; c'eft elle qui , après avoir
créé la royauté , l'environne d'un éclat qui fe
réfléchit à la fource , & la rend plus " brillante
encore . »
su et
Soit que le décret fût réglémentaire ou légif
latif, M. Ducaftel concluoit toujours à la révo
cation ; mais il fui eft échappé de défigner le Roi
par le mot fouverain : de percantes clameurs &
une auftère cenfure du préfident lui ont appris
qu'il manquoit à la conftitution. L'orateur a
prié fes frères de juger fon ame & non fon langage
, qui tenoit involontairement encore de
fancien régime . Retombé , le moment 'd'après ,
dans la même faute, il a excité un nouveau ta-
Page , auquel une autre héréfie de ſa part a mis
le comble : Le pouvoir législatif , a- t-il dit
réfide dans l'Affemblée & dans le Roi.
« Je vous rappelle aux principes , luita crié
le préfident , pour avoir attribué au Roi ce qui
n'appartient qu'au peuple » . On a demandé la
parole contre le préfident . Quelqu'un a foutenu
l'opinion de M. Ducaftel , que le pouvoir législatif
étoit compofé des repréfentans de la nation &
du Rei. Au milieu du vacarme , l'obfervateur
attentif ' a pu diftinguer clairement qu'une feule
Vérité ; c'eft que les dépouitaires de la Conftitu
tion he favent encore à quoi s'en tenir für les
Principes fondamentaux de cette conflitution
qu'ils s'entr'oppofent les uns aux autres , & qu'ils
font des loix avant d'être tous d'accord fur l'attribution
& la nature du pouvoir qui doit les
faire.1 250 ( 29105LYEV 250 si us
Le préndent a post die fois la quellion . Des
cris ' ta prealable point de paroles & Bus de tu
H 6
( 180, )
tribune ; aux voix..... Vous voulez prendre une
attitude impofante vis-à- vis le pouvoir exécutif,
હ vousnesavez pas vous maintenir vous -mêmes...
Bravo !.... Je vais fortir.... Tant mieux......
Lappel nominal...... Des applaudiffemens , des
huées de la falle & des galeries auxquelles M.
Garran de Coulon a prétendu que le préfident
n'avoit pas le droit d'impofer filence , ont précédé
le retour de la tranquillité, Le rapport du
décret a été mis aux voix , décrété , & l'ajournement
adopté fans époque déterminée .
Une lettre du miniftre de l'intérieur , a annoncé
que le fecrétaire-général du directcire du département,
de Rhone & Loire eft difparu en
cmportant 246,700 liv. en affignats deſtinés au
paiement des eccléfiaftiques. L'Affemblée a autorifé
les commiffaires de la tréforerie à faire
parvenir dans la caiffe du diftrict de Lyon ,
provifoirement & à titre d'avance , 246,700 liv.
pour pourvoir aux frais du culte , & renvoyé le
furplus à fon neuvième bureau qui en fera demain
le rapport ; & elle a terminé la féance en
ordonnant aux miniftres de lui rendre compte
famedi de l'état du royaume.
Du vendredi, 7 ottobre.
17
Des fermens prêtés , des plaintes contre quelques
gardes nationales qui , avant l'ouverture de la
féance , gefticuloient dans la falle du fabre & de
la bayonnette, en menaçant les membres qu'ils
jugeroient infidèles à la conftitution; plaintes
qui n'ont eu d'autre fuito que les eris : à Lordre,
excités par le mos fatallites , involontairement
mêlé au reci de ces vivacités ; des réflexions (urle
prix du temps perdu , far la néceflité de s'occuper
des finances , d'obferver le régiment de l'Af
·( 181 )
fen.blée conftituante , pour qu'il y ait moins
de clameurs , de huées , de confufion dans les
debats ; l'énoncé virulent , mais vague & fans
preuves , de prétendus crimes des prêtres réfrac
taires , que M. Coutton accufoit de faire beaucoup
de mal même par leur feule présence dans
les lieux où ils fe trouvent , & à qui M. Ramond
voulait qu'on n'opposât que le mépris , en repous
fart jufqu'au nom de prêtres ; des malheurs de
curés jureurs , abardour és , confpués , lapidés ,
fufillės ; objets judiciaires ajournés à quinzaine..
Telles font les motions difparates qui , entrecoupées
de brouhahas & d'hommages de municipaux
, d'adminiftrateurs , de bataillons & de
J'éternel M. Palloy , offrant encore l'éternel
portrait de Mirabeau fr une pierre de la Baltiile
, ont rempi cette féance , terminée par up
difcours du Roi & la réponse du président.
A la tête de la municipalité , M. Bailly eft
venu féliciter le corps légiflatif d'avoir , en jurant
fur le livre faint de la conftitution , confacré
par cette folemnité la religion de la loi , dire
« La loi eft une divinité , l'obéiſſance eft un
culte... La révolution eft confommée ; le
« peuple attend le repos... Il defire que les pou
veirs fe balancent , mais qu'ils le refpectent...
Que la confiance defcende de cette augufte
Ailemblée & du trône pour remonter
« ce trône & à vous par un cercle qui fera celui.
des profpérités , &c. »
·
Orateur du directoire du département , M.
de la Rochefoucault a invité l'Aſſemblée à zerminer
en effet la révolution , que M. Bailly
avoit dit confommée ; & a tracé à ncs légifla
reurs une efquiffe rapide de ce qu'ils ont
faire pour l'édusation , les pauvres , les finances ,
(( 182))
le code civil . L'unité du corps légiflatif lui a
rappellé la fimplicité des moyens qui prodaifent
tant d'effets dans le monde moral & dans le monde
phyfique . -- Réponfes , impreffions , du sout; &
honneurs de la féance .
Enfin , on a relu le cérémonial décrété par
l'Affemblée conftituante ; on y a dérogé , pour
permettre à M. Paftoret d'adreffer la parole à
Sa Majesté. Il est allé s'y préparer dans la re
traite , a repris le fauteuil , & le Roi , accueilli
de vifs applaudiffemens , a parlé debout , à l'Aſ,
femblée debout , ea ces tèrmes :
MESSIEURS ,
« Réunis en vertu de la conftitution pour
exercer les pouvoirs qu'elle vous délègue , vous
mettrez fans doute au rang de vos premiers
devoirs de faciliter la marche da gouvernement,
d'affermir le crédit public , d'ajouter , s'il eft
poftible à la sûreté des engagemens de la nation
; d'affarer à - la- fois la liberté & la paix ;
enfin , d'attacher le peuple à fes nouvelles loix
par le fentiment de fon bonheur . Témoins dans
vos départemens des premiers effets du nouvel
Sordre qui vient de s'établir , vous avez été
à portée de juger ce qui peut être néceffaire
pour le perfectionner ; & il vous fera facile
de reconnoître les moyens les plus propres à donner
à l'adminiſtratión la force & l'activité dont elle
za befoin .
*
1
« Pour moi , appellé par la conftitution à
ézaminer , comme repréfentant du peuple , &
pour fon intérêt , les loix préfentées à ma fanc
tion ; chargé de les faire exécuter , je dois
encore vous propofer les objets que je crois devot
être pris en confidération pendant le cours de
votre fellion ,ɔɔžkykhô
*
( ( 183 ))
ce
Vous penferez , Meieurs , qu'il convient
d'abord de fixer votre attention for la fituation
des finances , pour en faifir Renfemble & en
connoître les détails & les rapports . Vous fentiren
Pimportance d'aflurer un équilibre conftant entre
les recettes & les dépenses d'accélérer la ré
Partition & le recouvrement des contributions ;
d'établir un ordre invariable dans toutes les
parties de cette vafte adminiftration ; & de préparer
ainfi la libération de l'Etat , & le foulagement du
peuple. »
..cc
$
3
5
Les loix civiles paroiffent auffi devoir
vous occuper effentiellement ; vous aurez à les
mettre d'accord avec les principes de la conftitution
; vous aurez à fimplifier la procédure,
& à rendre ainfi plus faciles & plus prompts : les
moyens d'obtenir juftice . Vous reconnoîtrez da
néceffité de donner par une éducation nationalej
des bafes folides à l'efprit public ;omous encou
ragerez le commerce & l'induftries, dont les
progrès ont tant d'influence fur l'agriculture &
fur la richeffe du royaume ; vous vous occu
perez de faire des difpoficions permanentes
pour affurer du travail & des fecours à l'indi
gence, 2013 32 5 20 show ob ng skinom
- Je manifefterai à l'armée, ma volonté fermé
que l'ordre & la difcipline s'y rétabliffent ; je
ne négligerai aucun moyen de faire renaître la
confiance entre tous ceux qui la compofent
& de la mettre en état d'affuter la défenfe du
royaume. Si les loix à cet égard font infuffifantes
, je ferai connoître les mesures qui me pa
roîtront convenables , & fur lesquelles vousaurez
à ftatuer. »
esi bglong ob reim
Je donnerai également, mes foins à Ja malie,
cette partie importante, dela fores publique ,
CC
ཏྟ
( 184 )
deftinée à protéger notre commerce & nos colonies.
»>
« J'espère que nous ne ferons troublés par
aucune aggreflion du debors ; j'ai pris depuis
que j'ai accepté la conftitution , & je continue
de prendre les mesures qui m'ont paru les plus
propres à fixer l'opinion des puiffances étran
gères à notre égard , & à entretenir avec elles
l'intelligence & la bonne harmonie qui doivent
nous affurer la paix. J'en attends les meilleurs
effets ; mais cette efpérance ne me difpenfer
pas de fuivre avec activité les mesures de précaution
que la prudence a dû preferire . »
-Meffieurs pour que vos importans trayaux
, pour que votre zèle prodmfent tout le
bien qu'on doit en attendre , il faut qu'entre le
corps législatif & le Roi , il règne une conftante
harmonie & une confiance inaltérable . Les ennemis
de notre repos ne chercheront que trop à
nous défunir ; mais que l'amour de la patrie
nous rallie , & que l'intérêt public nous rende
-inféparables. 2
D « Ainfi , la puiffance publique fe déploiera
fans obftacle ; l'adminiſtration ne fera pas tourmentée
par de vair es terreurs ; les propriétés &
ja croyance de chacun feront également protégées
; & il ne restera plus à perfonne de
prétexte pour vivre éloigné d'un pays en les loix
feront en vigueur , & ou tous les droits feront
respectés.»
- C'eſt à be grand intérer de l'ordre que tient
Atabilité de la conftitution , le fuccès de vos
travaux la sûreté de l'empire retour de tous
les genres de prospérité.
30
-1 C'eft map ce but , Meffieurs , que doivent
en ce moment fo rapporter toutes nos pedfees ;
( 185 )
c'est l'objet que je recommande le plus fortement
à votre zèle , & à votre amour pour la
patrie. »
Le préfident a répondu :
« SIRE ,
Votre préſence au milieu de nous eft un en-
Ja gagement nouveau que vous prenez envers-
Patrie . Les droits du peuple étoient oubliés , &
tous les pouvoirs confondus ; une conſtitution eſt
née, & avec elle la liberté françoife . Vous devez
la chérir , comme citoyen ; comme Roi , vous
devez la maintenir & la défendre . Loin d'é
branler votre puiffance , elle l'a affermie ; elle
vous a donné des amis dans tous ceux qu'on
n'appelloit autrefois que des fujets. Vous avez
le befoin d'être aimé des François , difiez- vous ,
Sire , il y a quelques jours dans ce temple de
la patrie ; & nous aufli , nous avons befoin de
vous aimer, »
ce La conſtitution vous a fait le premier Monarque
du monde ; votre amour pour elle placera
Vote Majefté au rang des Rois les plus
chéris , & le bonheur de la nation vous rendra
-plus heureux : forts de notre réunion mutuelle ,
nous en fentirons bientôt l'ir fluence falutaire,
Epurer la législation , ranimer le crédit public ,
achever de comprimer l'anarchie ; tel eft notre
devoir ; tels font nos voeux , tels font les vôtres ,
Sire ; telles font nos cfpérances ; les bénédictions
des François en feront le prix.
כ כ
Ces deux difcours ont été fréquemment interrompus
de battemens de mains & de cris :
vive le Roi. La députation a reconduit S. M. ,
à l'ordinaire ..
Une lettre de Lyon a annoncé que le fecrésaire
du département , le feur Dufocard , a
( 186 )
été arrêté par les foins du gouverneur de
' Chambéry , à l'entrée de la Savoie ; elle attefte
le vol , & mande qu'on a tout Taifi.
་
Du famedi , 8 octobre.
"
Plus de cent mille francs de féances n'ont
encore produit aucune loi de quelque intérêt
pour le royaume. Aujourd'hui , des membres
fe font plaints d'avoir reçu des outrages ; M.
Goupilleau de ce que , la veille , dans la falle ,
un officier de la garde nationale , décoré de
la croix de St. Louis , lui avoit dit : « Le
Roi feul a le titre de Majefté & non le
+ cc peuple. Vous n'êtes que des falariés . Si vous
perfiftez dans vos principes , je vous hâcherai
e à coups de bayonnettes. M. Maillet , qu'un
officier de la garde ou de la gendarmerie nasionale
lui avoit dit , en grinçant les dents ,
qu'ils auroient des bayonnettes contre ceux qui
provoqueroient des décrets tels que celui qu'on
•venoit de révoquer ; M. Coutton , qu'un individu,
en habit gris , traitoit , avant-hier , des
députés de va- nuds-pieds , qui n'apportoient ici
que la difcorde. « Eft- ce moi que vous apoftrophez
, lui demandois-je , à pourfuivi M.
« Cotton ? » « Oui , Monfieur , me répondit-il.
Vous êtes un intrigant , & c.; mais foyez für
qu'on ne vous perdra pas de vue. “
. *c
ནི །
Ils concluoient tous ce qu'on prît des
metures pour empêcher que « le temple de la
-patrie ne devienne une arêne de gladiateurs »;
pour qu'aucun étranger ne s'introduife dans la
falle ; & l'un d'entre eux a nommé le premier
officier inculpé , M. d'Ermigny . On deman-.
doit une punition exemplaire de cet attentat.
contre, la Majeſté du peuple. D'autres répu
f
( 187 )
?
gnoient à voir l'Afemblée débuter par un acte
de rigueur , fur- tour envers la garde natiomale
. Quelqu'un obfervoit que le corps légiflatif
ne peut ni punir , ni juger perfonne ;
& que le décret d'inviolabilité ne fpécifiant
ni délits , ni peines correspondantes , les tribunaux
ne fauroient que prononcer. Des cris
appellent l'officier à la baire. La difcuffion eft
fermée. M. Cerutti voit dans ce décret l'ordre
du jour , & prouve par- là que l'Affemblée
n'en eft pas même encore à bien comprendre
fa propre langue . Nouveaux débats , clameurs ,
vacarme ; enfin M. d'Ermigny , qui réclamaic
lui-même le droit d'être entendu , a été admis
à la barre..
Il a raconté qu'étant , avant-hier , dans la
falle , lieu qu'il ne croit refpectable que lorfque
l'Affemblée eft tenante , il entendit , au
milieu de la foule , parler de la conftitution en
termes qui l'indiguèrent ; que d'autres propos
Piritèrent que plus vif que politique , il dit :
" fi quelqu'un attaque la conflitution je ferai fon
premier dénonciateur & fon premier bourreau .
Vous me meaacez , me dit quelqu'un . Non ;
je menace celui qui curameroit li conftitution ;
fans doute , ce n'eft pas vous . Vous avez prêté
Votre ferment nous fommes frères... Et il
a ajouté : Si je croyois que la conftitution
ne dût pas tenir , j'irois m'euterrer tout-à-Pheure
fous une pierre. ( grands applaudiffemens )
Cet officier a interpellé le témoignage de M.
Garran de Coulon & s'eft retiré.ź
M. Garran de Coulon a dit n'avoir tien entendu
mais que M. d'Ermigny lui avoit protefté
de fon refpect pour le caractère de M.
Goupilleau, & pour le fien , L'Alembice a patu
( 188 )
éviter de s'éclaircir davantage , & un long ru
multe l'a ramenée à l'ordre du jour , c'eſt-àdire,
aux premiers hommages de M. Bertrand
de Molleville , nouveau miniſtre de la marine ,
A propos des infultes faites aux députés , M.
Dumolard avoit cité le peuple d'Athènes quì ,
felon lui , punifloit de mort les étrangers furpris
dans les affemblées . A propos de l'émi
gration des nobles , le directoire de l'Eure
Ecrit : « c'eft envain que Coriolan menace
Rome. Une voix avoit crié , jeudi : Tani
mieux ! la France fe purge . Flufieurs voix crient
aujourd'hui bon voyage. Et l'on paffe encore
à l'ordre du jour.
ALourdéac, ville de 6,000 ames de population,
le peuple s'eft déclaré pour l'ancien curénon-jureur ,
contre le curé conftitutionnel . Les adminif
Brateurs & municipaux ont la bonne foi d'a
sefter que c'eft la majorité du peuple , & d'écrire
à l'Affemblée : « Nous n'avons d'autre
: reflource que dans la force. » Ce moyen et
renvoyé au fouvoir exécutif.
Fréquemment interrompu par des huées ,
M. Audrein a long-temps parlé du danger &
du befoin de créer des comités , du defpotifme
bavéré de ceux de l'Affemblée conftituante , &
ila propofé d'en compofer de 12 & de to
membres , & d'en changer au fort , tous les
mois , les deux tiers ( de 20 ! ) . L'arrivée des miniftres
a fait ajourner la difcuffion .
Un difcours d'apparat a conduit le gardedu-
fceau à demander qu'on différât de 15 jours
-au de trois femaines le compte général de
la fituation du royaume. On vouloit que ce
compte füt rendu fur-le-champ , & fans pólitique.
Le ministre de la guerre a promis
Av
( 189 )
le fien pour demain. Le garde- du-fceau diftin
guoit du compte général des éclairciffemens
qu'il étoit prêt à donner ; M. Tarbé s'en référoit
à fon dernier rapport & à fa carte enluminée
. On a fommé M. de Montmorin ,
de s'expliquer ; il a répondu , que le Roi avoit
tout dit , la veille ; & que les courriers porteurs
de la notification de l'acceptation n'étoient pas
encore de retour ( du 13 leptembre au 8 octobre
! ).
Peu fatisfait , M. la Croix veut voir un´
extrait de la correfpondance du miniftre , &
lui a reproche de taire à l'Affen.bléc les intentiens
des puiffances étrangères, « Il eft , obferve
M. de Montmorin , des queftions pontiques trèsdélicates
, qui préfentent des incertitudes qu'il
peut être utile de ne pas communiquer à une
Affemblée auffi nombreuſe... La Suède & la :
Ruffie ne défarment point , quoique la paix
foit faite. Les ambaffadeurs & chargés d'affaires
de la nation , voyoient bien des mouvemens ,
mais s'ils en avoient demandé le motif , on ne
les cût pas écoutés. Il a promis des nouvelles
quand il en auroit , & rappellé fes titres à la
confiance nationale. En effet , jufqu'à ce jour ,
l'évènement a vérifié fes différens rapports.
Un compte , concerté entre tous les miniftres ,
offafquot M. Coutton qui en crigcoit un de
chacun d'eux , fous quinzaine , & un compte
général par apperçu fous trois jours . Qu'on nous
interroge fur tel ou tel objet , a répondu M.
Duport du Tertre. Dans le nombre infini
des détails qu'embraffe mon département , difoit
M. de Loffart , que l'Aflemblée détermine , en
Particulier , ce qu'ene defire que j'explique. Il
n'y a que buit jours que je fuis miniftre de la
--
( 196 )
-
marine , obfervoit M. Bertrand comment pourrais-
je rien garantir . J'aurai l'honneur d'indiquer
dans trois jours , à l'Affemblée , les projets
de décrets les plus urgens , a dit le miniſtre
des contributions... Tous avouoient ne pas conprendre
la demande , affez neuve , d'un compte
général par apperçu. Décrété que M. Tarbé
Tera entendu fous trois jours , & que tous rendront
un compte général le premier novembre.
Le préfident a levé la féance ; on lui en a
difputé le droit , en l'a rappellé à l'ordre ; débats ,
tumulte , confufion ; enfin , chacun s'eft retiré .
Du dimanche, 9 octobre.
. Cette féance , remplie , comme les autres ,
de beaucoup de débats fans fuite , infignifians
& tunjuktueux , n'a cu pour réſultat aucune dilpofition
déterminément légiflative.
Les miniftres n'ayant pas déguisé leur furprife
de fe voir affaillis de queftions vagues &
irrédéchies , on s'eft occupé de donner aux demandes
une forte de préciſion . Il a donc été
Convenu que le miniftre de la guerre feroit 4
interrogé fur l'état des gardes nationales , fur
le remplacement , des officiers dans les troupes
de ligne , fur l'organisation fi tardive de la
gendarmerie nationale , & fur les caufes qui
ont empêché plufieurs départemens ,de recevoir .
les armes qui leur étoient deftinées . Comment
accorder le zèle dévorant à armer tout le
royaume , avec la fécurité que l'on affecte contre
toute espèce de dangers ?
}
Après une difcuffion moins franche que vive,
la fuppreffion des nouvelles places privilégiées ,
affectées très inconvenablement aux membres
de l'Affemblée conftituante , a été décrétéo en
"
( 191. )
ees termes : « A compter de demain il n'y
2
aura plus de tribunes dans les extrémités du
terrein deftiné à l'Affemblée nationale. »
Nos légiflateurs ont agréé la dédicace d'une
traduction de Tacite qui fi elle étoit fidèlle
& s'ils avoient le loifit de la lire , leur révè
roit d'utiles & terribles vérités .
Une lettre des commiffaires de la tréforerié
annonce que les dépenfes du mois dernier ont
excédé la recette d'environ 18 millions 600,000 *
liv . Le verfement à faire par la caiffe de l'extraordinaire
eft ajourné au moment de la véri- !
fication de cette caille.
MM. Genfonné & Gallois , commiffaires '
envoyés dans les départemens de la Vendée &
des deux Sèvres , ont fait le rapport de leurs
obfervations & de leurs travaux . Le ferment
cccléfieftique a jetté là comme ailleurs des fe- '
mences de divifion . Paiſibles & honnêtes , les
habitans de ces contrées font attachés à la religion'
de leurs ayeux ; ces bonnes -gens croyent que les
facremens adminiftrés par un prêtre intrus font
muls ; perfonne parmi eux ne veut affiſter à la
méfe d'un jureur ils vont tous à deux lieues
entendre celle de leurs anciens pafteurs ; " dont"
les commiffaires reconnoiffent les vertus . Quoique
dépoffédés , les curés non-jureurs font les
feuls à qui l'on s'adrefle pour le baptême , le
mariage , les fecours fpirituels , & fi l'on cft
obligé d'abandonner un mort aux prêtres affermentés
, tout fuit dès qu'ils s'en approchent ..
Au refte , nul acte de rébellion , de réfiftance
même. On laiffe les curés conftitutionnels jouir
en paix & dans la folitude , de leur état &
de leur falaire , & on révère & fubftante ceux
qu'ils ont remplacés.
( 192 )
L'ouvrage des commifires a été de prêcher
la tolérance & la conftitution à ces familles
pieufes qui forment le plus grand nombre , &
qu'on traite d'Ariftocrates ; de fufpendre la déportation
des prêtres non affermentés ; d'amener
cebon peuple a fe repentir des fautes qu'il avoit
commiles , & de pourvoir à l'éxécution de la loi..
On a beaucoup applaudi leur rapport , dont l'impreffion
a été décrétée . Il faut efpérer que quelques
membres de l'Affemblée feront remarquer
combien c'eft offenfer les principes de la liberté
la plus vulgaire , que de s'obftiner à donner auxcitoyens
, malgré eux , des officiers du culte dont ils
ne profeffent pas les dogmes , & un nouveau facerdoce
auquel ils refufent leur confiance ; que c'eſt
un rafinement de defpotifme que de perfécuter par
une toléranc fimulée , des milliers de familles pour
qui la religion n'eſt pas une opinion , mais un
devoir qui fanctionne tous les autres ; qu'enfin
ceft la plus infigne violation d'une conftitution
l'on dit fondée fur les droits de l'homme.
D'orageux & longs débats pour & contre les
comités , ont abouti a la décision , fi peu décifive,
qu'il y aura des comités & vingt- quatre bureaux ;
ainfi s'eft terminée la féance,
que
On a vu plus haut que M. Bertrand de
Molleville , ancien Intendant de Bretagne ,
avoit accepté le Ministère de la Marine.
On continue à annoncer la retraite prochaine
de M. de Montmorin , qui doit être
en effet bien las du terrible état, auquel il
s'eft
193 )
s'eft condamné depuis deux ans. Nulle
apparence que M. de Mouftier veuille accepter
cette dangereufe fucceifion . Au refus .
de ce Miniftre , on la deftine , dit- on , à
M. de Ste. Croix , Miniftre de France en
Pologne , qu'on dit être un zélateur de
Révolutions. Par fuite de ce revirement ,"
on enverroit M. de Semonville à Varfovie.
& M. Sabatier de Cabres , ci - devant Abbé
& Parlementaire , à Gènes . Il eft bon de
prévenir que ces nominations hafardées na
font encore que celles du Public.
"'
M. de la Fayette a définitivement aban- ,
donné le Généralat de Paris , & eft parti ›
pour une de fes terres en Auvergne. En
prenant congé de la Garde Nationale , il
lui a écrit une lettre fage , où quittant le
ftyle révolutionnaire , dont il abufa fouvent
comme tant d'autres , il lui rappelle
des devoirs facrés , qu'il eft plus, aifé d'énumérer
que
de faire refpecter, dans l'état de
défordre où toutes chofes font plongées.
On vient de placarder avec profufion, au
nom de la Garde Nationale foldée , une
affiche véhémente contre la Municipalité ,
que cette même Garde , ou du moins ceux
qui prennent fa fignature , accufent d'avoir
dilapidé les fonds , & fait empriſonner
injuftement quelques Soldats.
A
Les premières Séances de la nouvelle
Légiflature ont été tellement défordon-
No. 42. 15 Octobre 1791 . I
( 194 )
nées , que le Peuple même en a hautement
murmuré ; le ridicule Décret fur les Fauteuils
excita une déiapprobation très-générale.
La plupart des Membres de ce Corps
Légiflatif, ayant depuis deux ans exercé
Feur loquacité dans les Clubs, & les Affemblées
populaires , ils devroient être plus
exercés à la difcuffion , que ne l'étoient
Verfailles les premiers Repréfentans des
Communes. Cependant , les délibérations
tumaltuenfes de ceux- ci n'approchèrent pas
du charivari , dont leurs fucceffeurs ont
donné le fpectacle. Tout annonce qu'inceffamment
cette Affemblée fera divifée
eenh deux Sections tranchantes , & non
moins acharnées que ne le furent la Majorité
& la Minorité anciennes. Le poifon de la
jaloufie vlent fe mêler à l'efprit de Parti ,
& toutes les conféquences prévues d'une
Allemblée populaire légiflative , délibérant
en commun , avec des pouvoirs
abfolus & fans autre contrôle
l'infarfection populaire, fe développent déjà
avec plus de rapidité qu'on ne devoit s'y
attendre. On a calculé, dit- on , que la totalité
des Députés actuels ne poffédoient
pas foo mille liv . de rente . Nous n'avons
point vérifié cette évaluation ; mais il eſt
Canain que l'intérêt des Propriétaires eft
bien loin d'être repréfenté : nous en fomines
donc déjà à la corruption même de la
Démocratie. On counoît le mot du céque
( 195 ))
lore Chatam , qu'il n'existe en Angleterre
pas un pouce de terre qui ne foit repréfenté.
Or , je demande où eft la reprélentation
de toutes les propriétés ci-devant
nobles , des redevances foncières , par
exemple , qui forment peut-être une maſſe
de so millions , & plus ? Si quelque débiteur
de ces redevances en propofe la fpoliation
, qui défendra dans l'Affemblée
Législative , l'intérêt des Propriétaires ? Serace
les Journalistes , les Pamphletaires , les
Evêques conftitutionnels , les Clubiſtes ?
Ainfi , fur ce point , comme fur prefque
tous les autres , les Droits de l'Homme font
violés dans le principe le plus fondamental.
Dernièrement , M. de Clermont Tonnerre ,
qui a quitté Paris , a publié fous le titre
d'Analyfe de la Conftitution Françoiſe , la
cenfure la plus méthodique , la plus ferrée ,
la plus philofophique de l'Acte Conſtitutionnel.
Ici l'Auteur ne parle point aux
préventions d'un feul Parti ; mais à la raifon
de tous les Citoyens. On fe rappelle qu'il
étoit un des Membres du Comité de Révifion
. Cette Analyfe vigoureufe , écrite
fans déclamations , fans verbiage , fans
emportement , où l'on trouve fouvent de
la profondeur , & toujours une grande
dialectique , eft beaucoup moins connue
que le Libelle le plus méprifable. Les Jours
nalites fe font accordés à lui donner les
I 2
( 196 )
honneurs du filence : les uns haïffent l'Auteur
, & quoiqu'il défende prefque tous les
principes fondamentaux de la Minorité , il
ne le liront point , parce qu'il s'appeile
Clermont- Tonnerre ; les autres craindroient
de compromettre la Conftitution & leur
confcience , très-délicate , comme on fait ,
s'ils abordoient une femblable difcuffion.
Nous ferons à M. de Clermont - Tonnerre
le reproche d'avoir attendu fi
tard à développer fes opinions , & d'avoir
combattu fi foiblement à la Tribune , quelques-
uns des parodoxes pernicieux contre
lefquels il s'élève aujourd'hui avec une fi
grande fupériorité.
Les démarches des Clubs François pour
foulever les Suiffes du pays de Vaud, les
Habitans de l'Evêché de Bafle ceux
d'Avignon & du Comtat qu'ils ont précipité
, de la fituation la plus douce & la
plus fortunée , dans un océan d'affreufes .
calamités , auroient attiré la févérité de toute
Nation qui refpecte le droit des Gens , ou
qui pofsède une Police. Tramer de pareils
complots contre des Alliés , eft un crime
infâme; les tramer contre des Souverains
indépendans , eft un attentat digne d'une
horde de barbares . Eh bien ! ce délit dort
la France devroit s'empreffer de tirer vengeance
, fe répète envers toutes les Puiffances
qui nous avoifinent. On vient de
( 197 )
répandre avec profufion dans le Brabant ,
d'où il nous eft parvenu , le difcours fuivant
des Amis de la Conftitution de Maubeuge aux
Patriotes Brabançons.
Le 18 Septembre 1791 .
MESSIEURS LES PATRIOTES ,
Vous faviez apprécier la liberté , vous la defiriez
, & des événemens malheureux vous ont privés
de fa conquête . Les Amis de la Conftitution
Françoife EMBRASSENT LE MONDE ENTIER DANS
LEUR SYSTEME DE PHILANTROPIE , & c'eft à ce
titre , Meffieurs , qu'ils espèrent qu'en retournant
dans votre pays , vous y jetterez le germe de nos
projets bienfaifans , pour qu'ils y produifent une
récolte abondante . »
J
Signé , ROCHAMBEAU , Préfident . "
Imprimé par ordre du Comité.
Signés , Morel, Alexandre , Philippe , Secrétaires .
Je demande maintenant , fi nous trouverions
bien philantropiques des Circulaires
adreffées par des Sociétés Angloifes ou ,
Autrichiennes , aux François mécontens de
la Conftitution , pour les inviter à en fe- ,
couer le joug? Plufieurs fois , nous avertimes
que ces indignes & lâches hoftilités
donneroient à la France l'Europe entière
pour ennemie , & que tel Souverain indifférent
à nos Révolutions , finiroit par ,
s'armer du nioment où elles tourneroient le
poignard contre lui. Il eft étonnant que
l'Affemblée Nationale n'ait pas ouvert les
.
I 3
( 198
1
yeux fur ce danger ; il l'eft que , malgré
leur abjection , les Miniftres n'aient jamais
ofé lui repréſenter les conféquences de
cette guerre fcandaleufe . En tolérant ce
inépris des Traités , de la bonne foi , du lien
focial qui unit les Etats, comment fe plaindre
des outrages dont les Souverains accableront
tout François qui abordera fur leur territoire
? Quoi une infraction de limites.
fuffit à créer des différends férieux , & à
provoquer une rupture ; les Gouvernemens
font attentifs à redreffer les moindres griefs
qui offenfent le droit des Gens , & on
laifle impunis des François qui ont la
coupable infolence d'armer dans l'Etranger
, les Peuples contre les Souverains , les
Citoyens contre les Citoyens , & les Frères
contre les Frères , en expofant la France
aux plus terribles repréfaillos , à la haine
univerfelle , & à toutes les calamités de la
guerre ! Aucun crime de Lèze-Nation n'eft"
comparable à celui -là . Cependant , tandis
que le Peuple prodigue fon idolatrie à
ceux qui le volent, qui le trompent , qui le
trahiffent tous les jours , on eft exposé à
fa fureur , fi l'on veut écarter de lui les
dangers dont on l'entoure , & fermer les
précipices où nous entraîne le fanatifme
de nos Capucins politiques .
Cette fureur eft d'autant plus odieufe ,
qu'elle accompagne d'hypocrites déclara
tions de fratrenite univerfelle ,
e
tenonce(
199 )
ment aux conquêtes , & des tendreffes
dramatiques pour le genre humain. "
Il n'y a rien d'exagéré dans ce qu'on a
lu à l'article de Bruxelles , touchant l'im
menfe émigration de François , qui continue
fans intervalle. L'acceptation du Roi
ne lui a rien ôté de fa force ; au contraire ,
mais ce ne font plus comme autrefois des
Gens en place , des Grands effrayés , des
Familles tremblantes qui fuyent le Royaume
en fe cachant. L'émigration fe fait aujour
d'hui par troupes , & le compofe de perfonnes
de tout état. On a fi peu menage
les intérêts individuels , ou ceux des différentes
claffes de la Société ; on a mis un
acharnement fi féroce à tyrannifer tout ce
qui n'abondoit pas dans le fens de la Révolution
; on a anéanti tant de reffources
& attaqué tant de fortunes ; on a confié
les emplois publics à tant d'hommes méprifés
& qui fe vengent de ce mépris par
des abus intolérables d'Autorité , qu'on a
enfin laffé la patience d'une foule de Citoyens
paifibles , qui vainement ent attendu
le retour de l'ordre , des travaux
utiles , des richeffes qui les fécondent , &
de la sûreté. Une claffe entière qu'on a
impitoyablement frappée , la Nobleffe Prof
vinciale , confondue par une injuftice révoltante
, avec celle qui affiégeoit les antichambres
de Verfailles , ayant à fouffrir
à fe plaindre plus que tout autre Ordre de
#
14
( 200 )
}
P.
a
Citoyens , des abus de l'ancien régime ,
dont elle ne profita jamais , cette pépinière
de pos Armées , de nos Flottes , de Propriétaires
Agriculteurs attachés au fol qu'ils.
cultivoient , abandonne fes foyers & va fe
réunir aux Princes. 1200 Gentilshommes
de cette efpèce & de Citoyens tyrannifés
comme eux , font fortis du Poitou feul.
Auvergne , le Limoufin , dix autres Provinces
viennent également d'êtredépeuplées
de leurs Propriétaires : il eft des villes où
il ne reste plus que des Artifans de baffe
profeffion , un Club , & cette nuée de
Fonctionnaires dévorans créés par la Conf
titution . La Nobleffe de Bretagne eſt entièrement
fortie. L'émigration commence
en Normandie , elle s'achève dans les Provinces
frontières. L'Armée , la Marine ,
perdent chaque jour un nombre d'officiers
qui paffent a l'Etranger ; & les profeffions
immolées , une multitude de Sujets.
J'ai eu la vifite de plufieurs de ces
Gentilshommes Agriculteurs , qui , un an
dans leur vie , n'avoient pas abandonné les
foyers domeftiques où ils recurent la naiffance
. Ils m'ont remercié , les larmes atx
yeux , des foibles efforts par lefquels j'avois
préfervé du fer & du feu des Révolutionnaires
, leur existence & leurs héritages , en
dévouant fans relâche à l'horreur publique
les fcélérats & leurs Promoteurs , en rani-.
mant chez les hommes foibles , ou feduits ,
( 201 )
le courage de l'humanité & l'efprit de modération.
Les fentimens de ces hommes
fimples & fincères m'ont dédommagé de
tant d'épreuves , au travers defquelles j'ai
acquis l'honneur de les mériter. Lorfque
ces Gentilshommes m'ont appris qu'ils
alloient fuivre leurs Compatriotes dans les
Pays- Bas , j'ai effayé de leur redonner l'efpérance
d'un temps plus heureux , de modifier
leur réfolution , & de fufpendre leur
départ. « Ah ! Monfieur , m'ont- ils répon-
» du , vous ne connoiffez qu'imparfaite-
» ment l'horreur de notre pofition. Ce
» n'eft ni nos priviléges , ni notre Nobleffe
» que nous regrettons ; mais comment
» fupporter l'oppreffion à laquelle nous
» fommes abandonnés ? Plus de sûreté pour
» nous , pour nos biens , pour nos familles.
» Chaque jour , des fcélérats , nos débi-
» teurs , de petits fermiers qui volent nos
>> revenus , nous menacent de la torche ou
» de la lanterne. Pas un jour de tranquil-
» lité ; pas une nuit qui nous laiffe la cer-
» titude de l'achever fans trouble. Nos per-
» fonnes font livrées aux outrages les plus
» atroces , nos maifons à l'inquifition d'une
foule de tyrans armés : impunément , nos
>> rentes foncières fontvolées, nos propriétés
>> attaquées ouvertement. Seuls à payer les
» Impofitions , on nous taxe avec iniquité :
» en divers lieux nos revenusentiers ne fuffi-
>> ' roient pas à la cotte dont on nous écrafe.
Is
す。
( 202 )
»
» Nous ne pouvons nous plaindre fans
» courir le rifque d'être mafíacrés : les Adminiftrations
, les Tribunaux , inftrumens
» de la multitude , nous facrifient journelle
>>> ment àfes attentats. Le Gouvernement lui-
» même ſemble craindre de fe compro-
» mettre , en réclamant pour nous la pro-
>> tection des Loix. Il fuffit d'être défigné.
» comme Ariftocrate , pour n'avoir plus
» de sûreté. Si nos Payfans , en général ,
» ont confervé plus de probité , d'égards ,
» d'attachement pour nous , chaque Bour-
> geois important , des Clubiſtes effrénés ,
» le plus vil des hommes qui fouillent
» l'uniforme, s'arrogent le privilége de nous
» infulter. Ces miférables font impunis ,
» protégés. Notre religion même n'eft pas
» libre , & l'un de nous a vu fa maiſon
>> faccagée , pour avoir donné l'hofpitalité
>> au Curé octogénaire de fa Paroitie , qui
» a refufé le ferment. Voilà notre deſtinée :
>> nous ne ferons pas affez infames pour la
fupporter. C'est de la Loi naturelle , &
» non des Décrets de l'Affemblée Natio-
>> nale , que nous tenons le droit de réfifter
» à l'oppreffion. Nous partons , nous mour-
>> rons s'il le faut ; mais vivre , fous une
>> anarchie aufli atroce ! Si elle n'eft. pas
» détruite , nous ne remettrons jamais les
>> pieds en France. >>
Tel eft le langage littéral que m'ont tenu
ces Emigrans : je n'y ajoute pas une ligne.
( 203 )
J'ai vu le fanatifme du défefpoir dans le
coeur des hommes qui parloient ainfi ; quatre-
vingt mille le partagent; qu'on fonge bien
qu'il eft encore plus dangereux que celui
d'une liberté de quatre jours , & qu'on
apprécie le civisme de celui qui a dit à la
Tribune : Tant mieux , la France fe purge.
A la vue de cette univerfelle émigration ,
qui réfulte de lettres circulaires expédiées
du dehors dans les Provinces , on ne peut
s'empêcher de croire que les Princes abfens
ont le plan , & les moyens d'une entrepriſe
affez prochaine , même fans le fecours des
forces combinées de l'Europe. Mais il
feroit bien difficile d'affeoir un jugement
fur ces projets , dont la nature & l'exécution
font des problêmes , que nous n'entreprendrons
ni de commenter ni de réfoudre
.
ર
Lorfque M. Anfon , dans la dernière Séance,
annonça que le Comité dés Finances adoptoit &
garantifoit la fidélité du rapport & des calculs de
M. de Montefquiou , je demandai la parole , & le
Préfident déclara que l'Affemblée n'étoit plus délibérante.
»
Voici ce que j'avois à dire :
« L'affertion de M. Anfon & celle du Comité
devoient être conftatées par un Décret qui convertît
le mémoire en rapport , & les calculs de.
recette & de dépenfe en réſultat garanti par le
Comité. »
« Cette première forme remplis, l'Affemblée
16
( 204 )
laifoit à fes fucceffeurs deux fommaires de compte,
dont l'un purement biftorique ( celui de M. de
Montifquiou ), peut être confidéré comme l'état
de fituation des Finances ; & l'autre , plus en
forme comptable ( celui des Commiffaires de la
Tréforerie & des Ordonnateurs ) , eft 1 : premier
figne fenfible de leur refponfabilité . Mais parce
qu'on a fort ma - adroitement éludé toute difcuffion
dans l'examen de ces deux comptes , ils ne
font tranfmis, ni alla Légiflature , ni à la Nation ,
dans l'état où ils doivent être comme réfultat u
shentique de nos opérations . ruj
« Il n'y a point d'authenticité là où il n'y a
point de contradiction. »
„
La contradiction dans un compte d'opérations
, tel que celui de M. de Montefquiou , porte
non -feulement fur les calculs matériels , mais fur
Jes fits.tooleh alih
Les faits dans un tel compte font de deux
efpèces , les uns pofitifs , tels que les recettes &
les dépenfes , les autres font approximatifs , ou
éventuels , tels que les reprifes , les eftimations
de rembourfemens à faire , des biens à vendre ,
de revenus à recouvrer ; d'arriérés à acquitter . »
ec Les fits pofitifs , comme ceux éventuels
font fufceptibles de contradiction de preuves , &
probabilités .
ec
לכ
Il n'y a d'authenticité que le résultat d'une
aith approfondie.
difcuffion
CC
Quant
nant aux comptes des Commiffaires de la
Tréforerie & des Ordonnateurs , ce font des faits
pofitifs , expofés fur leur refponfabilité . Lorfque
j'en aii
demandé la communication , j'ai été con- ,
fondu de l'infouciance avec laquelle on s'en eft
abftenu ; comme li , ces comptes une fois produits,
publiés , imprimés , tout étoit fini , s
( 205 )
« L'impétueufe légèreté qu'on nous reproche
s'eft bien manifeſtée dans la manière dont on a
-- demandé & reçu ces comptes . Tout le monde
les exigeoit ; j'ai été loué de les avoir provoqués ,
& lorfqu'on a eu par la préfentation de ces mêmes
comptés la véritable clef des finances , perfonne
n'a encore propofé l'ufage qu'on en pouvoit faire.i
On a mieux aimé demander ce qu'on appelc le
compte de l'Affemblée. J'ai été blâmé de fontenir
que , l'Aemblée ne doit point de compte en
finances par recette & dépenfe , mais feulement
un compte de fes opérations ; compte qu'elle a
rendu dans la dernière Séance , par l'organe de
M. de Montefquiou & de M. Anfon , après avoir
rejetté , deax jours auparavant , la propofition
ties - raifonnable que je lui avois faite d'agréer ,
ou de n'agréer pas , le rapport de M. de Monrefquioa.
ל כ
& Maintenant on pourra contefter & débattre
toute la partie hypothétique de ce rapport , cele
des évaluations & des motifs , ou du mérite de
chacune des opérations de l'Affemblée , en recette
dépenfe , rembourſemens , aliénation ,
création & emploi d'affignats , .
ec
25 .
Mais revenons au compte des Commiffaires
de la Trélorerie & des Adminiftrateurs ; pièce que
j'appelle la véritable clef des Finances . Je fuis
furf ce point à le contradicteur de M. Anfon ,'
qui prétend qu'il n'y a point de fecret des Fi
nances. Ce fecret , Telon moi , c'est que de rels
comptes ne prouvent pas tout ce qu'il faut
prouver
Je vais rendre ceci bien fenfible par un
exemple. »
ce Les Commiffaites de la Trésorerie portent ,
je fuppofer cent millions la dépenfe de la
( 206 )
guerres ils prouvent la fortie de cette fomme
par le récipité du payeur de la guerre. »
« Le Miniftre du Département juftifie cet
expofé par le tien voilà les Commifaires de
la Trésorerie bien en régle ; la preuve eft com.
plette à leur égard ; il n'y a plus rien à leur
demander. »
« Mais on voit que la dépenfe des cent millions
eft toute entière à juftifier s'il y a cu
beaucoup de défertions de Soldats & d'Officiers ,
la folde , au complet , ayant été précomptée du
tréfor public à celui de la guerre , il doit y
avoir un excédent , qui a dû être appliqué à
d'autres dépenfes ; lefquelles étant elles - mêmes
aflignées , doivent produire un réſultat des reftans
en caiffe . Il y a donc à prouver que
toute la dépenfe de la guerre a été exactement
payée cette année avec les fonds affignés ,
que les excédens reftent en caille , que l'exer
cice prochain n'aura point à fupporter d'arriéré
. »
Et comme ces preuves de détail dans un
fommaire de compte général du Tréfor public ,
deviennent impoffibles dans un bref délai , le
Corps Légiflarif ne peut , fur une teile pièce ,
exercer une inspection utile , qu'en s'emparant
à choix , ou au hazard , d'une partie de dépenfe
quelquonque , & en la fouillant profon--
déinent ; car alors, tous les Agens des dépenses.
publiques font avertis que , par choix , ou par
hazard , ils peuvent être à leur tour mis en
évidence ; ce qui les contient tous dans de juftes
bornes. »
Je voudrois donc , contradictoirement à
M. Anfon , copfeiller à nos fucceffeurs de sloc
cuper dufecret des Finances , & je choifirai dans
( 207 )
le compte général qui nous eft préfenté , trois ou
quatre parties de dépense dont il eft facile de
vérifier tous les détails , avec une grande authenticité.
»
ce Savoir , l'armement extraordinaire qui a
eu lieu à Breft & à Toulon en 1790. »
« L'armement des Gardes nationales , c'eftà
- dire la diftribution d'armes qui leur a été
faite. »
• ce Les créances faites aux Municipalités &
particulièrement à la ville de Paris . »
Enfin le compte des grains achetés en
1789. »
"
Si , chaque année , le Corps législatif prend
la peine de fuivre avec attention quelques - unes
des dépenses principales , telles que celles que je
viens d'indiquer , nous pourrons alors efpérer
d'obtenir des comptes en règle ; mais fi on s'en
tient aux états & bordereaux , quoique fignés par
des Ordonnateurs refponfables les Finances
feront encore long - temps dans le défordre où
nous les avons trouvées , & où nous les laiffons ;
cet expédient étant le feul qui puiffe réparer , en
partie , les vices du fyftême de comptabilité que
I'on vient d'adopter. »
>
MALOUET.
La Pétition ſuivante a été adreffée à
la Municipalité de Paris , & fon Signataire
nous en a remis une copie authentique.
En la lifant , on jugera comment
font obfervés les Droits de l'Homme Sz les
Loix les plus précifes , fous les yeux même
des Légiflateurs & du Roi, Qu'onfe figure ,
après cela , combien de violations impuh
( 208 )
nies on fe permet dan les Départemens . ,
Le Supérieur du Collège des Irlandois a
extrêmement adouci fa narration . Obtiendra-
t - il juftice ? Déjà un Magiſtrat lui a dé- , *
claré qu'on ne pouvoit rien , parce que, le
Peuple n'étoit pas mûr. Il falloit donc attendre
fa maturité , avant de précipiter les
Inftitutions.
« Le Souffigné , Supérieur da. Collège des
Irlandois , dit des Lombards , rue des Carmes ,
à Paris , à l'honneur de vous mettre fous les
yeux fa très - humble Pétition , difant ,
CC Que quelques Malveillans ont cherché à
égarer l'opinion publique par l'article inféré
page 3 de la Feuille du Soir de Dimanche der
nier ci-jointe , dans laquelle il n'y a de vrai
que les vexations exercées contre des Etrangers
, & les traitemens indignes dont ils ont
été , ou les témoins ou les victimes . »
« Un expofé fimple & vrai de ce qui s'eft
paffé , vous mettra , Meffieurs , à portée de connoître
& de prononcer. $
Etablis dans cette Capitale fous la protection
du Gouvernement , & la fauve- garde
des loix, nous jauiffons en VERTU DES TRAITés
, du libre exercice du Culte Catholique
dans cette maifon. Notre Chapelle intérieure a
été toujours ouverte à tous ceux que lla piété
y a attiré jusqu'à ce moment , & en particu
fier à tous nos Compatriotes des deux fexes ,
qui , fcachant à peine quelques mots de François
, font obligés par cela même , en arrivant
à Paris , de s'adreffer à nous pourrlés fecours
fpirituels. Dimanche dernier , 25 Septembre ,
( 209 )
plufieurs d'entre eux accompagnés , peut - être ,
de quelques amis & domestiques François , affiftèrent
à notre Meffe , & furent , en fortant ,
pourfuivis , hués , maltraités par des individus
fortis d'un cabaret voifin; & comme fi c'eût
été trop peu dess infultes & des menaces. Ces
hommes égarés fe faifirent d'une femme honnête
, & la fouettèrent cruellement ( on affure
que cette femme étoit enceinte ) ; cette fcène
fcandaleufe a été applaudie; c'étoit ainfi , difoiton
, qu'il falloit châtier ces dévotes , ces Ariftocrates.
>>
EC Le Commiffaire de Police furvient avec
un détachement de gardes nationales ; il parle
áu Peuple , & lui promet fatisfaction ; il fait
entrer comme témoins quatre de ces hommes ,
qui affiégeoient la porte , il me gourmande en
leur préfence , me fomme au nom de la Loi ,
de faire fortir toutes les perfonnes qui étoient
dans la Chapelle , fans attendre la fin d'une
baffe Meffe déjà très- avancée ; il y entre luimême
, pour en faire la vifite , & me défend
d'ouvrir deformais la porte du Collège à qui
que ce foit.
cc
a
Je lui repréfente l'attachement de mes Compatriotes
à une Chapelle ou repofent les cendres
de leurs Parens ; je réclame inutilement les
Loix & les Traités . Le Commiffaire répond :
qu'il ne connoit point les Traités. Celui qui
commandoit le détachement , & qui devoit être
l'inftrument muet de l'autorité civile adreffe
ces mots aux perfonnes qui fortoient de la
Chapelle Au nom de l'homme de Juſtice , je
vous fomme , moi , de me fuivre à l'Eglife de
St. Etienne , fi - non , je vous abandonne au
Peuple. Ces perfonnes fortent en effet , au
?
1
( 210 )
milieu d'une foule de gens , qui les accable des
injures les plus groffières. J'ignore quelle en a
été la fuite. Tout le refte du jour , je n'ai
entendu qu'infultes & menaces , auxquelles je
n'ai répondu que par ma patience ,
وذ
« J'offre les preuves juridiques , Meffieurs ,
que ni le Curé de St. Hilaire , ni les Vicaires ,
n'ont exercé aucune fonction du Miniſtère dans
le Collège , depuis l'enterrement de Milord
Caler , au commencement de l'année 1789. Je
pourrois même affurer qu'aucun Habitant de
cette Paroiffe n'a entendu la Meffe ici depuis
l'époque du Serment. D'après cet expofé , Mcffeurs
, nous attendons de vous , pour l'avenir ,
sûreté , protection & liberté . Toujours animé par
l'efprit de douceur & de charité que nous diĉe
notre Miniflère , nous oublions volontiers toutes
les injures , & ce premier emportement d'un
Peuple égaré. Nous nous contentons d'invoquer,
nous réclamons même avec confiance le droit
des gens , les Décrets de l'Affemblée Nationale
fur la liberté des opinions religienfes & encore
le Traité du 26 Septembre 178 entre la
France & la Grande-Bretagne. Ce Traité affure
aux Sujets refpectifs des Puiffances , la liberté
de leur Culte dans les établiffemens Natio-
*
naux . »
à
сс & Or , Meffieurs , ce Traité feroit nul
notre liberté chimérique , fi des hommes deftinés,
nous protéger , nous abandonnent à un
Peuple égaré ; fi nous fommes forcés d'établir
à l'entrée de nos Maiſons une inquifition rigou- ,
reufe & impoffible fur la qualité des perfonnes ,.
& de féparer de nos Compatiiores leurs amis ,
& leurs domeftiques , fous le prétexte qu'is font
François.
22
( 2FT )
Je vous demande donc , Meffers , des
mesures promptes , sûres & efficaces , qui nous
mettent déformais à l'abri des infultes & des
outrages ; ou bien , prononcez notre expulfion
de la France . Nous en fortirons fans rougir ,
puifque nous avons toujours été foumis aux Loix
de cet Empire , fans ceffer d'être inviolablement.
artachés à la Monarchie Britannique , dont nous
fommes les Sujets fidèles. »
Nous ofons meme nous flatter que loin
de méconnoître les bienfaits d'une Nation gé--
néreuse qui nous a ouvert des asyles , noust
avons été & nous ferons toujours les premiers .
à donner l'exemple de la foumiffion en tout ce
qui n'eft pas contraire à nos principes religieux.
גכ
De Paris , ce 1er. Octobre 1791 .
Signé , WALSH .
Un des Prêrres du Collège , faifi d'effroi à cette
fcène fcandaleufe , eft tombé malade , & mort
quelques jours après. Dimanche dernier , le Séminaire
des Irlandois , rue du Cheval - veit , fut
exposé à des violences analogues : une femme
à été arrachée du Confeffior na
Lettre au Rédacteur du Mercure politique.
A Nice le 2 Septembre 1791.
2
Nous vous prions , Monfieur , de vouloir
bien inférer 晏 dans votre premier Numéro , le
Serment que, nous vous envoyons.
Nous venons :
de le faire à la fuite de l'invitation qui nous ,
a é faite de prêter celui décrété le 22 Juin , &c . »
Signés , le Marquis de Caftellet , Chef d'ef- ,
cadre , Directeur- général , le Comte de Roux ,
Bonneval , Chef de Divifion , Major- général ; s
le Vicomte de Graffe du Bar , Capitaine de
>
( 212 )
waiſſeau ; Méyronnet St. Marc , id.; Durand
du Braye , id.; le Chevalier de l'Eftang Parade ,
Major de vaiffeau ; le Marquis de Pierrevert , id. ;
le Chevalier de Mazenod , id.; le Marquis de
Cafellane , Lieutenant de vaiffeau ; le Marquis
de Colbert , Lieutenant de vaifleaus le Marquis
de Durand de la Ponne , id .; le Chevalier de
Durand , id. ; le Chevalier de Raouffet Boulbon ,
id.; le Chevalier Antoine de Raouffet , id. ; le
Chevalier Cuci , id. ; le Marquis de Suffren , id.;
le Chevalier de Sade , id. ; de Mervé Jonville ,
id.; le Chevalier de Garcin , id. ; le Marquis
de Pontevés gien , id . ; le Comte Martini Dorfraires
, Elève dans la pere. Claffe ; de Ripert
Barret , id.; de Flotte Montauban , id. -le
Chevalier de Ripert , Elève de la 2º . Claſſe ;
de Roux Bonneval , id . ; de Camelin , id. ;
d'Agay , id.
Serment prêté par les Officiers de la Marine de
tout grade , féant à Nice , & adreffé par eux
à Monfieur de Caftelan Major de Vaiffeau
remplifant les fonctions de Major - général
de la Marine & des Efcadres au Département
de Toulon.
« Nous Jurons de profeffer conftamment la
Religion Catholique , Apoftolique & Romaine ,
d'être inviolablement attachés à la Monarchie
& au Roi , & de le défendre envers & contre
tous. C'eft le feu! Serment que nous puiffions
& voulions faire ; nous plaignons de tout notre
coeur ceux de nos Camarades qui ont été forcés ,
ou entraînés à en prononcer d'autre ; & Lous
méprifons tous ceux que des motifs moins exculables
ont engagés à faire une démarche qu'ils
auroient pû & dû éviter . »
( 213 )
Libres de pouvoir exprimer nos vrais fentimens
, nous nous hâtons de les manifefter pour
conftater à nos Camarades , à toute la France
& à l'Europe entière , que fidèles à nos devoirs
& à nos premiers Sermens , rien ne pourra jamais
ébranler les fentimens d'honneur qui doivent lier
tout François , & tout Militaire . »
« Je foufligné certifie ce Serment prêté &
figné à Original par les Officiers ci deffus
nommés .
MEYRONNET-SAINT -MARC ,
CAPITAINE DE VAISSEAU .
M. de Vauvilliers , dont la probité ,
l'intelligence , & le défintéreffement ont
mérité l'eſtime de tous les Gens de bien
a été indignement calcm ié dans une Affiche
fameuſe , & d'ailleurs fort adroite
fous le titre de Compte à rendre par l'Af
femblée Nationale. If faut ne favoir plus
qui déchirer pour s'attaquer à un Citoyen
qui a facrifié à fa confcience , fa place
d'Adminiftrateur Municipal , de Député à
l'Affemblée Nationale , de Profeffeur au
Collége Royal , & en fe réduifant à la
pauvreté , plutôt que de prêter ferment fur
la Conftitution Civile du Clergé . Nous
regardons comme un devoir de publier fa
réponſe à l'Auteur de l'Affiche en queftion .
A l'Auteur du compte en finance à rendre par
l'Affemblée Nationale.
標
« Je trouve dans votre brochure , Monfieur ,
une note , où , en parlant d'une quittance que M.
( 214 )
Etienne de la Riviere n'a pas repréſentée , à oe
que vous dites , vous ajoutez ces mots : Qu'on
l'ait cherchée dans des facs defarine , qu'elle ait eu
le mêmefort que les comptes de M. de Vauvilliers
qui nous les a rendus en grec , c'est encore une
plaifanterie .
גכ
« Vous vous annoncez , Monfieur , comme favant
en comptabilité . Je vous demande comment
fe rend un compte ? En dépenfe & en recette
apparemment. La dépenfe que j'ai ordonnée fur
la Saiffc de la ville , & qui n'a pas paflé par mes
mains , monte à 4,277,621 liv . To f. 9 den . fuivant
les états que j'ai fournis , détaillés chapitre
par chapitre , article par article , jour par jour ,
& d'avance vérifiés à chaque mandat par les Adminiftrateurs
du domaine , à qui les pièces juftificatives
de chaque objet ont été remiſes avec
chaque mandat , qui les ont gardées en ordonant
chaque payement , & qui ont déctaré , dans un
compte rendu publiquement & imprimé , qu'ils les
avoient gardées. Puifque vous êtes favant en
comprabilité , je vous demande , Monfieur , fi d'après
cela je devois un compte , s'il n'étoit pas tout
rendu entre leurs mains , s'il étoit poffible que celui
que je rendrois fût rendu en grec , Eft-cê là do
grec ou du françois ?
се
Cependant je l'ai rendu , & la vérificatio
faite fur le livre de caifle de la ville a donné le
mêmes refultats fans aucune différence .
« Six Commiffaires nommés par la Commune
provifoire qui ne m'aimoit pas ; fix Commiffaires
, dont quelques - uns étoient mes ennemis
perfonnels , & les autres me font encore inconnus
de nom , à l'exception d'un feul ,
qui je n'ai d'ailleurs aucune relation ; fix Commitfaires
, qui ne m'ont communiqué bi-leur
avec
( 215 )
travail , ni leur rapport , ont déclaré que ces
états , appuyés de pièces justificatives fur tous
Les objets , étoient d'une jufteffe & d'une précifion
qui ne permettoit que des éloges. Quatre
nouveaux Commiffaires , nommés par le Corps
Municipal , depuis ma retraite , obſervez l'époque
, Monfieur , cela n'a pas befoin de réflexions
, ont déclaré , d'après l'examen le plus
approfondi & le plus fcrupuleux , que ces états
étoient évidemment juftifiés par le livre de caiffe
& par des pièces probantes , enforte que la vérité
en caractériſe tous les détails , & attefte la
probité de l'Adminiftrateur : & le Corps Mnicipal
a reconnu cette dépenfe comme juſtifiée
par pièces probantes . Eft - ce là du grec ou du
françois ? »
[C
›
Quant à la recette , j'ai prouvé par les
ordres originaux du Gouvernement que je n'en
avois pas été chargé , ni voulu l'être . Il est
démontré , difent les Commiflaires que M.
Vauvilliers n'a pu être comptable d'aucun objet
de recette , puifqu'il n'a rien reçu , que depuis
la retraite de M. Charpin pour les valeurs qu'il
a reçues pour le reliquat de fon compte. Ces
fommes font l'unique objet de la comptabilité de
M. Vauvilliers. Il juftifie du vérfement de leur
Tréfor public. Il doit donc être
déchargé de toute comptabilité. Et cet article ,
qui monte à 403,927 liv . 7 f. 9 den. , a été
reconnu par l'arrêté du Corps Municipal comme
justifié au rapport des Commiffaires. Et cet
arrêté a été imprimé , le lundi 9 Mai 1791 ,
par fon ordre , aufli bien que le rapport des
Commiffaires qui ont déclaré qu'on ne pouvoit
s'acquitter de mes fervices fignalés que par la
reconnoiffance. Je
Vous en demande
montant au
Y
( 216 )
point , Monfieur , je vous fomme de vous rétracter.
VAUVILLIER'S .
M. Ducluzeau Chenevières , ancien Pro
cureur au Parlement , dont nous avons
précédemment annoncé l'utile établiffement
, continue à fe charger de toutes les
affaires contentieufes , pourfuites , recettes ,
liquidations , &c. Nous nous félicitons
de l'avoir fait connoître à un très-grand
nombre de perfonnes qui lui ont donné
leur confiance , & qui lui rendent les témoignages
les plus honorables à fa probité
, à lon défintéreffement , & à fon in
telligence. Son Bureau eft toujours au Petit
Hôtel de Cluny, rue des Mathurins . On peut
lui écrire fous cette adreffe.
N. B. On eft obligé de prier de nouveau &
très-inftamment MM. les Abonnés , de ne poiat
adreffer à M. Mallet du Pan leurs plaintes fur
des pertes de Numéros , fur dés rerards , fur
des irrégularités de diftribution , non plus que
leurs billets de foufcriptions . Le Rédacteur feta
forcé de laiffer au rebut les lettres de ce genre,
qui le plus fouvent même ne font pas affranchies.
Tout ce qui regarde la régie , la difti
bution , les abonnemens de ce Journal , doit
être adreffé à M. Gath , Directeur du Bureau
du Mercure, hôtel de Thou , rue des Poitevins.
Les Lettres non affianchies ne feront jamais
reques
MERCURE
DE
FRANCE.
SAMEDI 22 OCTOBRE 1791 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
STATUTS
POUR
l'Académie Royale de Mufique.
Nous qui régnons fur des couliffes
Et dans de magiques palais ,
Nota. Cette ingénieufe Satire cf de feu Farthe
& courut manufcrite en mil fept cent foixantefept
: elle n'eft guere connue que de quelques
Amateurs. On la fait paraître ici avec d'autant
moins de fcrupule , que la plupart des abus
qu'elle attaque font des reproches à l'ancien
Régime de l'Opéra , qui ne peuvent tomber fur
l'Administration actuelle. On n'y a retranché
qu'une ftrophe , qui n'eut pas même été piquante
pour la malignité , puiſqu'il n'y eft quellion que
de Sujets retirés depuis long-temps , & que lon
eût afligés très gratuirement. ( Note des Ridalt. )
N". 43. 22 Octobre 1791 .
122 MERCURE
Nous , Juges de l'Orcheſtre , Intendans des Ballets ;
Premiers Infpecteurs des Actrices ( 1 ) ;
A tous nos fideles Sujets ,
Vents , Fantômes , Démons , Déeffes infernales ,
Dieux de l'Olympe & de la Mer ,
Habitans des Bois & de l'Air ,
Monarques & Bergers , Satyres & Veftales (1 ) :
SALUT ; à notre avénement ,
Chargés d'un grand Peuple à conduire ,
De Loix à réformer & d'abus à détruire ;
Qui notre Confeil fur chaque changement
Que nous défirons introduire ,
Nous avons rédigé ce nouveau Réglement
Conforme au bien de notre Empire .
ARTICLE PREMIER.
tons Muficiens connus ou non connus
Soit de France , foit d'Italie ,
Paffés , préfens , à venir ou venus ,
Permettons d'avoir du génie ( 3 ),
I I.
Yuu que pourtant la médiocrité
>
A befoin d'être encouragée ,
( 1 ) Premiers , pas toujours .
( 2 ) Il y a des Veftales à l'Opéra , dans plufieurs Poëmes,
( 3 ) Permiffion dont on p’abuſera pas.
DE FRANCE. 123
Toute infipide nouveauté
Sera par nous , à grands frais , protégée .
Pour les Chefs-d'oeuvre de nos jours ,
Réfervant notre économie ,
Et laiffant la gloire au Génie
De réuflir fans nos fecours (4) .
Ι Ι Ι .
L'Orcheſtre plus nombreux , fous une forte peine :
Défendoos que jamais on change cette Loi ,
Six Flûtes au coin de la Reine ,
Et fix Flûtes au coin du Roi ;
Baſſe ici , Baffe là , Cors- de- chaffe , Trompettes ,
Violons , Tambours , Clarinettes ;
Beaucoup de bruit , beaucoup de mouvemens ;
Pour la meſure , un Batteur frénétique :
Si nous n'avons pas de muſique ,
Ce n'eft pas faute d'inftrumens .
I V.
Sur le Récitatif, même fur l'Ariette ,
Doit peu compter l'Auteur des Vers ;
Comme à fon tour , l'Auteur des Aira
Doit peu compter fur le Poëte (5 ) .
( 4 ) Il peut arriver cependant qu'on fe réconcilie avec
un homme de génte après fa mort.
( 5 ) 41 faut toujeurs , qu'en cas de chute , le Muficien
& le Poëte puiffent fe confoler en s'accufant récip
quement.
G 2
124
MERCURE
V.
Si tous deux , triftement féconds ,
Sans feu co.nme fans caractere ,
Ne donnent qu'un vain bruit de rimes & de fons ;
En faveur des Abbés qui lorgnent au Parterre ,
On raccourcira les jupons ( 6 ).
V I.
Des Pieces les plus mal tiffues
Comme on ne fait plus s'effrayer ,
Que même des Fragmens ne peuvent ennuyer ,
Er que les nouveautés font toujours bien reçues (7) ,
Pourrons quelque jour effayer
Un Spectacle complet en fcènes découfues ( 8) .
V I I.
Avions réfola de concert
De régler des Ballets & le nombre & la forme ;
Mais l'Opéra , par leur réforme ,
Serait régulier & défert .
Que nos Ballets foient donc brillans & ridicules ;
Qu'on vicine encor comme jadis ,
En pas de deux , en pas de fix
( 6 ) Pourvu qu'on le puiffe encore.
( 7) Voyez la Comédie Italienne .
( 8) Cette idée n'eft pas de nous ; plufieurs Tragiques
modernes en ont déjà fait ufage .
DE FRANNCCEE.. 1251
Danfer autour de nos Hercules .
Que la jeune Guimard , en déployant fes bras ,
Sautille au milieu des batailles ;
Qu'Allard batte des entrechats
Pour égayer des funérailles (9) .
VIII.
Ordre à nos bons Acteurs, pour eux , pour l'Opéra ,
D'ufer modérément des Reines de couliffes ( 10).
Permettons à M .... , P ... , & cætera ,
L'ufage illimité de toutes nos Actrices ( 11 ) .
I X.
Pour foutenir l'angufte nom
De la Royale Académie ,
On paycra mieux Deïdamie ,
Pollux , Armide , & Phaeton .
Mais qu'ils n'efperent pas que leur fortune ciciffe
Jufqu'au titre pompeux de Seigneur de Parciffe ,
Aux honneurs d'eau bénite & de droit féodal ;
Roland , dans fon humeur altiere ,
Doit-il fe prétendre l'égal
(9 ) Nous retranchions par ce Statut l'ufage impertinent
des mafques ; mais nous avons reçu une députation de
nos Danfeurs , qui nous remontraient qu'il eft plus aifé
d'avoir un mafque qu'une phyfionomie.
(19) Ce Statut eft de notre Médecin .
( 11 ) Celui- ci de notre Chirurgien.
Gi
26 MERCURE
Ou du Chaffeur de la Laitiere ,
Ou du Cocher du Maréchal ?
X.
Rien pour l'Auteur de la Mufique ;
Pour l'Auteur du Poëme , rien ;
Et le Poëte & le Muficien
Doivent mourir de faim, felon l'uſage antique ( 1 2),
X I.
En attendant que pour le Choeur
On puiffe faire une recrue
De quinze ou vingt Beautés qui parleront au coeur,
Et ne blefferont point la vue ,
Ordre à ces mannequins de bois ,
Taillés en femme , enduits de plâtre ,
De fe tenir toujours immobiles & froids ,
Adoffés en ftatue aux piliers du Théâtre ( 13 )
x
X I I.
Tout remplis du vafte deffein
De perfectionner en France l'harmonic ,
Voulions au Pontife Romain
Demander une colonie
De ces Chantres flûtés qu'admire l'Aufonie ;
( 12 ) Rameau alļait à pied , les Directeurs en caroffe.
( 13 ) Ne pourrions nous pas obtenir de M. Vaucanfon
qu'il nous fit deux douzaines de Chanteufes de Choeur ?
se ferait une dépenfe une fois falta,
DE FRANCE. 127
Mais nous avons vu qu'un Caftra ,
( Car c'eft ainfi qu'on les appelle )
Etait honnête à la Chapelle ,
Mais indécent à l'Opéra ( 14) .
X II I.
Pour toute jeune Débutante
Qui veut entrer dans les Ballets ,
Quatre examens au moins ; c'eft la forme conftantes
Primò , le Duc qui la préfente ,
Y compris l'Intendant & les premiers Valets :
Ceux-ci, près de la Nymphe ont droit de préféance.
Secundò , nous , fes Directeurs ;
Tertiò , fon Maître de danfe ;
Quartò , pas plus de trois Acteurs :
Total , onze Examinateurs .
X I V.
Fieres de vider une caiffe ,
Que celles qu'entretient un Fermier général ,
N'infultent pas dans leur ivreffe
Celles qui n'ont qu'un Duc ; l'orgueil fied toujours
mal ,
Et la modeftie intéreffe.
X V.
Que celles qu'un Evêque apoftoliquement
Vifite fur la brune au fortir de l'Office ,
14) Toutes nos Actrices n'ont eu qu'un cti là - deffus.
G 4
128 MERCURE
N'aillent pas imprudemment
Prononcer dans la couliffe
Le faint nom de leur Amant :
Voulons qu'au moins on s'inftruiſe
A parler très-décemment ,
Et fur-tout enjoignons qu'on reſpecte l'Eglife ( 15 ).
X V I..
Le nombre des Amans limité déformais :
Défenfe d'en avoir jamais
Plus de quatre à la fois ; ils fuffifent pour une.
Que la reconnaiffance égale les bienfaits ;
Que Hamour dure autant que la fortune ( 16) .
X VI I.
Que celles qui , pour prix de leurs heureux travaux ,
Vivent déjà dans l'opulence ,
Ont un Hôtel & des chevaux ,
Se rappellent parfois leur premiere indigence ,
Et leur petit grenier , & leur lit fans rideaux.
Leur défendons en conféquence
De regarder avec pitié
Celle qui s'en retourne à pié ;
Pauvre enfant dont l'innocence
N'a pas encor réuffi ,
( 15 ) Les Corps fe doivent entre eux des égards .
( 16 ) Pufque nos femmes ont le droit de ruiner leurs
Amans , la Nation les invite à préférer les Financiers.
DE FRANCE. 129
Mais qui , graces à la danfe ,
Fera fon chemin auffi.
XVII I.
Item , ordre à ces Demoiselles
De n'accoucher que rarement ,
En deux ans une fois , qu'une fois feulement ;
Paris ne goûte point leurs couches éternelles .
Dans un embarras maudit ,
Ces accidens - là nous plongent :
Plus leur taille s'arrondit ,
Plus nos vifages s'alongent .
X I X.
Item , très-folennellement
Prononçons une jufte peine
Contre le raviffeur qui vient infolemment
L'or en main dépeupler la Scène .
Taxe pour chaque enlévement ;
Cette taxe impofée à raifon du talent ,
:
De la beauté fur- tout tant pour une Danſeuſe ,
Tant pour une jeune Chanteufe ;
Rien
pour celles des Choeurs , nous en ferons préfent
( 17).
Et pour qu'on ne prétende à faute d'ignorance ,
Sera la préfente Ordonnance
( 17 ) Sans garantie.
GS
136 MERCURE
Imprix ée , affichée à tous nos corridors ,
Aux murs des loges , aux couliffes ,
Aux palais des Rolands , aux chambres des Médors,
Et dans les boudoirs des Actrices.
De plus , en nos foyers fera ledit Airêt
Enregiftré dans la forme ordinaire
Pour le bien général & pour notre intérêt ;
Détruifant , annullant , autant que befoin eft ,
Tout Réglement à ce contraire,
L'an de grace , foixante -fept.
Fait en notre Château , dit en Langue vulgaire
Le Magafin , près du Palais- Royal.
Signés , Lebreton & Trial.
Plus bas ; Joliveau , Secrétaire.
1
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Adieu ; celui
de l'Enigme eft Poil ou Barbe ; & celui du
Logogriphe eſt Beauté, où l'on trouve Eau,
Aubs, Butée, Ut, Tube, Etau , Béat , But ,
Bute , Ebat.
DE FRANCE. 131
CHARADE.
JADIS fur mon premier
La Victoire allait aflife ;
Et toujours mon dernier
Se trouve fans chemife ;
Voulez-vous avoir mon entier ?
Prenez le bras de Life .
( Par M. Champion , Régiffeur du Demaine
de Lapuifaie. )
ÉNIGM E.
JE fuis quand mon frere n'eft pas ,
Autrement je ne faurais être ;
C'eft en mourant qu'il me fait naître ;
C'eft en refufcitant qu'il caufe mon trépas.
( Par M. de Laroque. )
LOGOGRIPHE.
J'AI beaucoup de rivaux , mais fur tous je l'emporte
Par plus de cent raifons ; à mon gré la plus forte
Que j'en puiffe apporter , la voici ; mais attends :
C'eſt que je ne vais point le train commun du
monde ;
G 6
སྙ ⪜ ༣
MERCURE
Ceux qui donnent chez moi font toujours trèscontens
;
C'eft celui qui reçoit qui gronde.
Par ce début , je pourrais arrêter
Mon cher Lecteur , quelque fin qu'il puiffe être ;
Mais comme il faut à lui fe faire enfin connaître,
Voici dans ce deffein ce que doit ajouter
Un petit Ecolier dont Dorvigny fut Maître.
Sur fept pieds, t'amufer, Lecteur, eft mon emploi ;
Mais fur fix , je deviens un vrai fléau pour toi ;
Du refte , avec quelque art , fi tu me décompofes ,
Tu trouveras dans moi d'affez étranges chofes ;
D'abord un talifnan d'un pouvoir merveilleux ,
Qui peut- te porter vif dans l'Empire des cieux ;
Ou te laiffant toujours fur la machine ronde ,
Il peut du moins t'affeoir fur les Trônes du Monde,
Profterner à tes pieds les Mortels abattus ,
Et te faire Alexandre , ou Céfar , ou Titus .
Pour me nommer, Lecteur, t'en faut- il davantage ?
Cherche un des chefs fameux de notre Lumain
lignage ;
Ce qui , tous les printemps , couvre tes champs de
fleurs ;
Ce qui te fait dormir fans crainte des voleurs ;
Le fruit des doux loifirs des Hôtes du Permeile ;
Le vaſe dans tes fens qui fait couler l'ivreffe .
Mais , Lecteur , c'eft affez te fatiguer l'efprit ;
Souvent on ne dit rien que pour avoir trop d'r.
( Par M. D…………. Off. d'Inf. )
DE FRANCE. 133
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
VIE du Capitaine Thurot ; par M*** . A ,
Paris , de l'Imprimerie du Cercle Social,
rue du Théatre Français , N° . 4 ; & chez
les principaux Libraires du Royaume .
D.
ANS tous les temps on a aimé à
rencontrer dans l'Hiftoire ces hommes privilégiés
par la Nature , qui n'ont jamais
rien dû qu'à eux- mêmes , & qui ont été
les artifans de leur fortune & de leur gloire ;
mais aujourd'hui fur- tout que la carriere eft
ouverte au mérite en tout genre , de pareils)
exemples , tirés de notre ancien Régime ,
qui en offre peu de cette efpece , doivent
être un puiffant encouragement pour tous
ceux que notre nouvelle Conftitution met
à portée de le faire valoir par leur mérite
perfonnel.
Thurot , dont le nom fera immortel
dans les faftes de la Marine Françaiſe
était fils d'un Maître de Pofte de Nuits
en Bourgogne. Il commença par étudier
en Chirurgie , pour obéir à fon pere . Une
aventure affez finguliere le fit renoncer à
cet état , pour lequel il n'avait d'ailleurs
134
MERCURE
-
aucun goût. Sa mere fe trouvait , depuis
la mort de fon mari , dans la plus grande
détreffe. Le jeune Thurot , égaré par l'amour
filial qui lui fait oublier qu'il y a d'autres
devoirs dont rien ne peut difpenfer , vole
des couverts d'argent chez une de fes tantes ,
pour fecourir fa mere. C'était un délit ,
mais , graces au motif , heureuſement ce
n'était pas une baffeffe. A peine eut - il
commis la faute qu'il ouvrit les yeux fur
lui -même , & fut déſeſpéré de ce qu'il avait
fait. Il part précipitamment avec deux
chemifes & 24 livres ; vole à Calais , &
s'embarque , en qualité de Chirurgien , fur
un corfaire de Dunkerque , qu'on venait
d'armer en courfe. Nous étions alors en
guerre avec les Anglais ; le corfaire eft pris ,
& Thurot conduit prifonnier à Douvres ,
au mois d'Août 1744. Tels furent fes
ils n'étaient pas trèsencourageans
, & ne lui furent pourtant
pas inutiles. Il employa le temps de fa
captivité à étudier la Langue Anglaife , &
à prendre fur ce pays des renfeignemens
dont il profita dans la fuite. Cette même
année le Maréchal de Belle- Ifle & le Comte
fon frere , arrêtés à Caffel , contre le droit
des gens , furent menés prifonniers en Angleterre
, & bientôt après relâchés avec quelques
autres Français , fur un cartel d'échange.
Thurotfit ce qu'il put pour être de ce nombre ;
mais n'ayant pu y parvenir , il prend un
commencemens ;
DE FRANCE. 135
"2
»
"
و ر
parti qui annonçait déjà un caractere d'une
trempe peu commune . Au moment du
départ du Maréchal , il s'échappe de fa
prifon , où il n'était pas bien févérement
gardé. Errant pendant tout le jour , il
attend le moment de la nuit pour fe
» rendre au port . Là , ne prenant confeil
» que de fon courage , il fe précipite dans
» une chaloupe qu'il apperçoir à l'écart ;
s'en empare , la détache , fe fait une
» voile de fa chemife , qu'il fixe à une
petite traverſe , & fe livre en cet état ,
feul , à l'inconftance des vents & à la
fureur des flots. Il vogue , il rame avec
» tant de vigueur & de vivaciré , qu'il fe
» trouve fort éloigné des côtes de l'Angle-
» terre , lorfque le jour paraît . La fatigue
l'accablait ; mais fa préfence d'efprit ne
» l'abandonne pas. Il dirige vers Calais
» & après avoir couru mille dangers , il
" entre dans le port de cette ville , quelques
heures après le Maréchal de Belle - Ifle «.
"
"
ور
"
Sur le bruit que fit une évafion fi aventureufe
, ce Général voulut le voir ; il
conçut de l'eftime & de l'amitié pour lui ,
lui recommanda de s'appliquer à l'étude de
la Marine , & lui promit fa protection.
Jufque - là c'eft un procédé fort , fimple ;
mais ce qui eft digne de remarque , & ce
qui fait honneur à la mémoire du Maréchal,
c'eft qu'il lui tint exactement parole , qu'il
ne négligea pas un moment les moyens de
136 MERCURE
l'avancer ; qu'en un mot , Thurot trouva
en lui un protecteur auffi zélé qu'inébranlable
, malgré la foule d'ennemis que lui
fit bientôt un mérite qu'on ne pardonnait
pas volontiers à un homme qui n'avait
aucune autre recommandation . La meilleure
que puiffe avoir Thurot auprès de la
Poftérité , c'eft cette haine jaloute qui ne
tarda pas à fe déclarer contre lui , & quit
employa fes armes ordinaires , l'intrigue &
la calomnie , dont il fut bien vengé par
l'eftime générale de fes Concitoyens , &
encore mieux par le témoignage même des
Anglais nos ennemis.
Thuror débuta dans fon métier comme
un homme qui veut le bien favoir. Il fut
fucceffivement , Mouffe , Matelot , Pilote ,
& enfin Capitaine de navire , fe montrant
toujours au deffus de fon grade , dès qu'il
l'avait obtenu. En deux campagnes , il
s'était déjà fait connaître affez pour mériter '
la confiance des Armateurs . Il était de la
plus rare intrépidité , & joignait à la plus
parfaite intelligence dans la conduite d'un
vaiffeau le fang froid le plus imperturbable ,
dans les dangers de la mer & des combats .
Avec ces qualités , des prifes fréquentes &
des actions toujours heureufes ou honorables
, il était déjà célebre à la paix de 1748 .
Cette paix ne fut pas pour lui un temps
de lcifir. Ses prifes l'avaient mis en érat
d'équiper un vaiffeau à fes frais. L'objet
DE FRANCE. 137
de fes courfes continuelles était de fe
procurer la connaiffance la plus exacte &
la plus détaillée des côtes d'Angleterre , &
en général de la mer du Nord, connaillance
qui fut depuis le principe de fes fuccès
dans ces mers , & du bonheur qu'il eut
d'échapper fi long - temps à une foule de
vaiffeaux ennemis qui le pourfuivaient. Au ,
refte , il paya d'abord un peu cher cette
érude qui occupait fon activité . Les Anglais
confifquerent fon vaiffeau , qui portait chez
⚫eux des marchandifes prohibées. Ille réclama
en vain ; il perdit fon procès , & ce fut
l'origine de cette haine implacable qu'il jura
aaux Anglais , qui dans la fuite payerent à
leur tour , & au centuple , le vaiffeau qu'ils
lui avaient confifque.
A peine la guerre était - elle rallumée
en 1755 , que les Armateurs fe difputaient
à qui confierait des bâtimens au brave
Thurot. Celui qu'il commanda devint bientôt
un des plus redoutables de la Marine
Marchande. Il coulait bas , faifait échouer ,
brûlait , enlevait tout ce qu'il rencontrait
de navires ennemis . Ainfi , dit très - bien
I'Hiftorien de fa vie , un feul homme alors
vengeait la France ; car Mahon n'était pas
encore pris.
Le bruit de fes exploits parvint jufqu'à
la Cour. Le Roi voulut l'avoir à fon fervice ,
& lui fit expédier un brevet d'Officier de
la Marine Royale . Le Maréchal de Belle#
38 MERCURE
Ifle faifit ce moment pour lui faire donner
le commandement de la corvette la Friponne
il alla croifer dans la Manche , &
avec plus de moyens , il fit des prifes plus
confidérables , & devint l'entretien de la
Cour & de la ville.
C'eft alors qu'il forma le projet hardi de
brûler le port & les chantiers de Portſmouth :
il le propofa au Miniſtere ; mais, foit qu'on
le trouvât peu praticable , foit que la Cour
de Londres , comme on l'a prétendu , eût
des penfionnaires parmi les Commis de
bureau , qui , dans notre Gouvernement ,
ont toujours dirigé toutes les opérations ,
fous le nom du Miniftre qui ne faifait que
prêter fon nom à leur travail , ce projet fut
rejeté. Le protecteur de Thurot le dédom
magea de ce dégoût , en lui faifant obtenir
le commandement d'une flotille compofée
de deux frégates & de deux corvettes . Cet
armement fut terriblement maltraité par
les vents : Thurot fut, réduit plus d'une fois
aux dernieres extrémités ; & , de l'aveu
même des gens de fon équipage , lui feul
les fauva toujours , à force de réfolution
& d'activité , & fur - tout en mettant luimême
la main à des manoeuvres auffi périlleufes
que favantes , que lui feul était capable
de concevoir & d'exécuter, & fouvent fous
le feu des ennemis. C'eft là qu'il donna
plus d'une fois une grande leçon à tous ceux
de fon métier , en faifant voir à quoi lui
DE FRANCE. 139
fervaient dans l'occafion ces connaiffanoes
nautiques qu'il ne devait qu'à une pratique
affidue & Laborieufe , & qui furent le falut
des vaiffeaux qu'il commandait. On le vit
réparer en peu d'heures le délabrement de la
frégate le Belle-Ifle , qui , ayant perdu tous
fes agrès , paraiffait fans reffource , & n'attendait
que le moment de périr. C'était dans
ces crifes terribles que Thurot paraiffait
plus qu'un homme , & favait faire de tous
ceux qui lui obéiffaient autant de Héros .
Parvenu enfin à réparer fa petite flotte ,
fi long- temps & fi cruellement maltraitée
par les élémens & par des ennemis qu'il
trouvait toujours très-fupérieurs en force , il
fit des prodiges d'audace qui furent admirés
des Anglais . Avec les quatre bâtimens , il
attaqua une flotte de 17 pinques armées
en guerre , dont plufieurs portaient 18 &
20 canons ; il la perca par le centre ,
en prit deux , & difperfa le refte . La
Marine Marchande , dont les vaiffeaux
nofaient plus fe montrer dans les mers du
Nord , adreffa de tous côtés des plaintes à
l'Amirauté Anglaiſe , qui , fatiguée &
humiliée qu'un feul homme , avec fi peu
de force , défolât le Commerce d'Angleterre ,
donna ordre à plufieurs vaiffeaux de guerre
d'aller à fa pourfuite. Mais Thurot , auffi
habile qu'entreprenant , favait toujours leur
échapper , & leur donnant fans ceffe le change
, faifait fans ceffe de nouvelles prifes.
140 . MERCURE
Thurot , toujours occupé de fon projet
favori , celui d'une defcente en Angleterre ,
ne profita de la gloire qu'il avait acquife
que pour déterminer le Miniſtere à fe
prêter à fes deffeins. Il obtint le commandement
d'une petite efcadre , compofée de
5 frégates , & chargée de 1200 hommes de
débarquement. L'armement fe fit à Dunkerque
, & la defcente devait être protégée
par la flotte de M. de Conflans & s'exécuter
fur les côtes d'Irlande . Il faut voir comment
un Hiftorien Anglais , M. Smolett ,
parle du projet de cette expédition & du
célebre Marin qui devait la diriger : cc fontlà
les témoignages qu'il eft flatteur d'obtenir :
ils ne fauraient être fufpects .
و ر
331
ر د
و ر
On équipa à Dunkerque une petite
" efcadre dont le commandement fut donné
» au Capitaine Thurot , l'un des plus hardis
Corfaires qui eût paru depuis long- temps
» au fervice deFrance. L'année précédente ,
ce brave Aventurier avait déjà fignalé
fon courage & fon habileté dans les mers
» du Nord , où il commandait le vaiffeau
corfaire le Belle - Ifle , avec lequel il
prit un grand nombre de bâtimens en-
" nemis , & foutint un combat très - vif
contre deux frégates Anglaifes , qui furent
forcées de l'abandonner & de fe retirer
en très -mauvais état. Le nom de Thurot
» était alors la terreur de toute la Marine
و و
ور
و ر
"
22
Marchande , qui , en rendant justice . à
DE FRANCE. 141
"3
33
و د
و ر
و د
32
ور
» fa valeur dans les combats , admirait fon
adreffe à éviter la pourfuite des Corfaires
qu'on avait envoyés fucceffivement pour
l'atraquer dans toutes les parties de
l'Océan Germanique & de la mer du
Nord , jufqu'aux Ifles Orcades . On doit
" encore remarquer , à l'honneur de ce
grand homme , que , quoiqu'il ne fûr
originairement qu'un Marinier , privé de
» tous les avantages de la naiffance & de
l'éducation , il fe diftingua toujours par
» fa générofité , fon humanité & fa compaffion
envers ceux qui tombaient entre
» fes mains ; & ce fut en partie cette
» bonne conduite qui l'éleva à un rang
honorable dans fa Patrie. La Cour de
Verfailles reconnut fon mérite ; le Mo-
" narque Français lui donna une commiffion
, & le chargea de commander le
petit armement qu'on équipait alors à
Dunkerque..
33
"
و د
"3
و و
و ر
33
و د
Auffitôt
que le Miniftere Anglais eut avis que
Thurot avait fait voile de Dunkerque
» avec fa petite efcadre , pour faire une
defcente en Ecoffe ou en Irlande , on
" envova des Courriers à tous les Comman-
» dans des troupes de la Grande- Bretagne
Septentrionale. Ils eurent ordre de tenir
les forts fur toute la côte du Royaume
dans le meilleur état de défenſe , &
» d'être prêts à repouffer les Français par-
» tout où ils pourraient fe préfenten
- ""
""
و ر
142 MERCURE
و د
و د
و ر
و ر
ور
Conformément aux inftructions qu'on
,
» donna à ces Commandans , on éleva des
fignaux de diftance en diftance on
indiqua des quartiers & des rendez - vous
" aux troupes réglées & à la milice , &
l'on publia des ordres pour qu'aucun
Officier ne pût s'écarter de fon corps
fous quelque prétexte que ce fût. Le
plus grand éloge que l'on puiffe faire
» de ce fameux Corfaire , eft de rapporter
les alarmes que fon petit armement
répandit dans une fi grande érendue de
pays d'un puiflant Empire, dont les Hottes
» couvraient l'Océan «,
و د
ود
و ر
33
Cette expédition , qui devait mettre le
comble à la gloire de Thurot , ne le conduifit
qu'à une mort honorable. D'abord la flotte
de M. de Conflans fut honteufement battue
en fortant du port , & devint la proie des
Anglais. De plus , le Miniftere de la
Marine commit l'impardonnable faute de
féparer les pouvoirs du chef d'efcadre &
ceux du Commandant des troupes de
débarquement , comme fi dans une expédition
de cette nature tous les moyens quelconques
ne devaient pas être aux ordres
de celui qui la conduit , ou comme fi l'on
pouvait commander une flotte fans commander
en même temps les foldats. Cette
abfurde inconféquence perdit tout . M. de
Folbert , brave homme d'ailleurs , & qui
fe montra bien dans l'occafion , haïllait
DE FRANCE.
143
mostellement Thurot : la méintelligence
fe mit entre eux , & M. de Folbert pouffa
la violence & l'abus de fon autorité
jufqu'à vouloir deux fois faire arrêter
Thurot fur fon bord. Heureufement les
foldats eurent honte de l'emportement de
leur Chef, & refpecterent Thurot ; mais
on peut imaginer ce que produifit cette
oppofition obftinée entre deux Commandans
qui avaient des vûes tout-à - fait différentes .
On perdit en débats & en délais un temps
précieux , à Carrikfergus , où l'on était
débarqué. Les Anglais eurent le temps de
rafflembler une efcadre fupérieure en canons
& en hommes , & fondirent fur Thurot au
moment où il fortait du port. Ecoutons encore
un autre Ecrivain Anglais , Auteur
d'une Hiftoire de la guerre de 1756 , où il
raconte la mort de Thurot,
"
"
» Thurot fit tout ce qu'on pouvait
» attendre de l'intrépidité de fon caractere ;
» il combattit avec fon vaiffeau jufqu'à
» ce qu'il fûr plein d'eau & couvert de
» morts enfin il fut tué.... Le public
pleura la mort du brave Thuror , qui
» Combattit moins pour l'intérêt que pour
l'honneur.... Il eft honteux de voir dans
le fein de la France des hommes jaloux
» du vrai mérite , chercher à ternir l'éclat
de la gloire du célebre Capitaine Thurot ,
» dont les Anglais même ent admiré les
exploits ".
ور
23
$2
144
MERCURE
Il n'était pas moins honteux que le
Gouvernement laiffât dans l'indigence un
frere & une fille de cet excellent Citoyen ,
qui avait fi bien mérité de fa Patrie , &
qui n'avait rien laiffé après lui que fon
nom. L'Affemblée Nationale vient de laver
dignement cette tache , en affurant à
Mile. Thurot une penfion de 2000 livres.
L'ouvrage dont on rend compte ici eft
imprimé à fon profit ; il me femble qu'il
n'y a pas un bon Français qui ne doive en
acheter un exemplaire.
( D ..... )
VOYAGE dans les Etats - Unis d'Amérique,
fait en 1784 , contenant une Defcription
de fa fituation préfente , de fapopulation,
Agriculture , Commerce , Coutumes &
Moeurs de fes Habitans , des Nations Indiennes,
des principales Villes & Rivieres,
avec quelques Anecdotes fur plufieurs
Membres du Congrès & Officiers Genéraux
de l'Armée américaine ; par J. F.D.
Smith , traduit de l'Anglais par M. de
B .... A Paris , chez Buillon , Imp- Libr.
rue Haute-feuille , N° . 20. Prix
16 f. broché, & liv.franc par la Pofle.
4 و liv.
CE Voyage a eu un grand fuccès en
Angleterre , & fans doute il cn devait the
parte
RE
DE FRANCE. 145
partie aux paffions du moment où il fur
publié oblervation par laquelle on ne
prétend pas déprécier fon mérite aux yeux
des Lecteurs Français . Il peut les intéreffer
à plus d'un titre , & les changemens même
furvenus en Amérique en un fi petit
nombre d'années , donnent lieu à des réflexions
que l'Auteur ne cherchait point à
faire naître.
4
-Attaché au Gouvernement Britannique ,
& ennemi violent de l'indépendance Amé
ricaine , une détention fâcheufe & de mauvais
traitemens , furent les fuites de fa fidélité
à fes principes , & , en quelques occafions
, de fon imprudence. On conçoir
dès lors fous quel afpect il voit & préfente
l'infurrection Américaine. Ce tableau
eft piquant pour des Lecteurs Français à
qui des circonftances analogues montrent.
les mêmes paffions , produifant les mêmes
effets , tenant la même marche , & parlant
le même langage . Sans doute la plainte eft
permife aux malheureux ; & M. Smith
paraît un homme d'honneur qui a voulu
de bonne foi triompher de fon reffentiment.
Mais la victoire qu'il cherche à remporter
fur lui-même, en annonçant une ame généreufe
, fe trouve encore incomplette. Et
d'ailleurs, eût-elle été entiere , il était bien
difficile qu'apportant en Amérique les idées
militaires & féodales de l'Europe , il ne f
pas un pen furpris de voir des Artifans"
Nº. 43. 24 Dîtobre 170k .
deve
H
146 MERCURE
mus Hommes d'Etat, & quelques Aubergiftes
devenus Officiers-Généraux : fans doute il le
fut davantage quand il les vit gagner des batailles.
Beaucoup de gens en Europe ont
de la peine à fe faire à ces idées-là . Il faur
attendre. Il ne voit que des vagabonds , des
gens fans aveu dans les premiers partifans
de la Révolution. Là , comme chez nous ,
c'eft toujours le petit nombre qui triomphe
du plus grand , merveille qui s'eft renouvelée
parmi nous , fi l'on en croit les ennemis
de la Révolution Françaiſe.
Quels que foient les principes politiques,
fon Livre n'en fera pas moins utile à ceux
qui voudront connaître l'état phyfique des
lieux qu'il a parcourus , & qu'il décrit.
Dans l'efpace de quelques années, il a fait,
avec une patience infatigable, environ 5000
milles dans l'Amérique Septentrionale , s'exfonçant
dans les Etabliffemens de l'Oueft ,
pénétrant chez différentes Nations Sauvages ,
dans la Louifiane , dans la Floride , & c.
Population
Commerce Agriculture
Moeurs des habitans , Productions du pays ,
il retrace tout avec exactitude non pas
comme un Savant , comme un Naturalifte ;
mais en homme de bon fens , inftruit
& éclairé. Son Livre n'eft que la réupion
des Notes qu'il a faites durant fon
Voyage , dans le même ordre où il les
a faites , mêlées au rang de fes aventures,
des événemens qui lui font perfonnels.
,
DE FRANCE. 147
Mais cette forme , qui rend difficile &
prefque impoffible l'Extrait de fon Livre ,
n'empêche pas qu'on ne le life avec plaifir :
c'eft que fi on n'y trouve pas celui de
l'ordre on y trouve celui qui réſulte de la
variété.
1
L'Auteur , après toutes ces fatigues , fe fixe
en Virginie, & c'eft ici que commencent fes
malheurs.C'était le moment de l'infurrection
néceffairement marquée par des violences
refpectives. M. Smith qui s'était déclaré ennemi
du nouveau Gouvernement , courut
plus d'une fois rifque de la vie , & dans le
cours de la guerre , ayant été fait prifon
nier, il éprouva des rigueurs très- odieufes ,
dans lesquelles il déploya un courage in
domptable. Ses plaintes ne paraiffent que
trop juftes ; mais il oublie les cruautés
inouies que les Anglais fe permettaient à
Fegard des prifonniers Américains. Conçoiton
qu'après la notoriété de ces barbaries
un homme d'auffi grand fens que M.
Smith puiffe dire que les fentimens déligats
& naturels au Peuple Breton , ont
empêché les Anglais de publier la conduite
peu généreufe des Américains ? A- t-il pu
oublier les Difcours prononcés dans le Parlement
d'Angleterre , par les ennemis des
Américains , & les terribles réponſes de
MM. Wilkes , Sheridan , & tant d'autres ,
fur les cruautés des Soldats Anglais , qui
avaient donné lieu à des repréfailles beau
H2
148. MERCURE
on
coup moins odieufes que les atrocités dont
elles étaient le châtiment ? Mais fi l'on
veut voir jufqu'où la prévention peut aveu
gler de bons efprits , il faut lire dans les
derniers Chapitres la prédiction des mali
heurs qui feront les fuites inévitables de
la fauffe Liberté qu'on a conquife en perdant
la véritable , celle dont en jouillait
fous le Gouvernement Britannique . C'eft ,
felon M. Smith , la ruine totale de l'Amé
rique. Il oublie que quelques pages aupar
ravant il s'étonnait que le Peuple ait
réuffi à couronner fa rebellion , & foit
parvenu à un degré de puiffance & de
profpérité qu'il n'ofait efpérer. Si l'Auteur
eft vivant , comme il eft très- probable , que
doit-il dire en comparant fes prédictions &
l'état floriffant de l'Amérique , conftaté par
tant de relations récentes ? Peut-être l'aveu
glement de l'Auteur eft - il incurable ; pent
être réfifte-t-il à l'évidence , en continuant
de plaindre les Américains égarés dans les
dédales de la Politique Françaife , attachés
à des loix corrompues par bor de la France
captivés par les fauffes démonftrations d'un
Peuple artificieux rufe &faftueux , enchaînés
par des liens dont des Etats - Unis ne fe déli
vreront jamais , & ne pouvant plus réclamer
le vain titre de Peuple libre , qui a fervi de
ralliement pour fomenter la rebellion. Ils ont
ouvert les yeux , mais trop tard, fur la fauffe
Politique, qui les a rendus victimes de la jaloufie
des Français.
DE FRANCE . 149
Les Américains , victimes des Français
dans la derniere guerre ! Voilà ce qu'un
homme honnête , ayant l'ufage de toutes
fes facultés intellectuelles, a écrit en 1784 ;
voilà ce qu'un parti nombreux en Angleterre
a fans doute approuvé. Prenons donc
patience fur ce que les ennemis de la Liberté
écrivent chez nous , & recommandons
- leur la lecture du Voyage de M,
Smith.
SPECTACLES.
IL n'eft pas facile de préſenter en peu
de mots l'analyfe d'une Piece compliquée
d'un grand nombre d'événemens , fur- tout
lorfque ces événemens produifent peu
d'effet , on eft embarraffé alors de trouver
ceux qui fervent exclufivement au développement
de l'action , & cette diftinction
devient encore plus difficile quand l'expofition
de l'Ouvrage eft longue & obfcure :
telle eft la Piece donnée le Lundi 19 Octobre
fur le Théâtre Italien , fous le titre
d'Agnès & Olivier.
Cet Olivier eft un jeune Page du
Comte Sigifmond , qui , devenu amoureux
d'Agnès , fille de ce Prince , parvient à s'en
faire aimer à fon tour . Une tante favorile
H ;
150
MER CUIRE
5
leur inclination mutuelle , & les marie
fecrétement. Cependant Sigifmond veut
marier Agnès à Inarre , fils d'une feconde
femme Chevalier très - poltron , très- difcourtois,
& qué l'Auteur a voulus vainement
rendre comique. Agnès , épouſe &
mere , fur le point d'aller à Aurel , découvre
à fon pere que fa foi eft engagée
mais fans lui nommer fon complice. Il
eft découvert par un billet que lui avait
adreffé Olivier , & qu'elle a perdu. Sigif
mond fait courir après le pere & le fils ,
qu'il veut immoler à fon déshonneur . Il
remet fa fille à la garde d'Enguerrand ,
frere d'armes d'Olivier , & qui arrive pour
défendre Sigifmond, enfermé dans fon camp
par l'armée de Richard. C'eft par fes foins
qu'Olivier a pris la fuite. Ce brave Guerrier
donne de même à la tendre Agnès les
moyens de s'échapper. Elle , Olivier & leur
fils courent divers dangers , &. finiffent par
être pris. Un parti s'eft faifi d'Agnès ; mais
attaqué par les gens de Richard , elle devient
fa prifonniere ; l'autre amene Olivier
près de Sigifmond , qui le fait enchaîner
dans une tente voifine de la fienne.
Deux Soldats , à qui ce jeune Guerrier a
fauvé la vie , font tomber fes chaînes. Dans
le même temps , deux autres Soldats , à
qui Sigifmond avait fait une injuftice , entrent
dans fa tente pour l'affaffiner . Olivier
devenu libre , mais qui n'eft pas encore
DE FRANCE.
151
parti , het obftacle à leur deffein . Il défarme
le plus furieux des deux Soldats
Sigifmond , vaincu par ce trait , pardonne
au féducteur de fa fille. Enguerrand , qui ,
pendant ce temps , a furpris & tué Richard
ramene la jeune Princeffe , & l'union des
deux époux eft confirmée : les deux Soldats
qui ont délivré Olivier , font auffi récompenfés
.
On a trouvé dans cette Piece plus dé
tamulte que de mouvement , & plus d'intentions
que d'effet ; les grands moyens multipliés
par l'Auteur n'ont produit qu'une
fenfation affez froide. La mufique a paru
bien fentie ; mais on y défire cette faci
lité , cette fimplicité , cès chants agréables
que l'on a tant goûtés dans les autres
Ouvrages de l'Auteur. Celui de la mufique
eft M. Dalayrac , & M. Monvel eft l'Auteur
des paroles. On les a demandés l'un
& l'autre , & ils ont paru. Cette circonftance
devrait éclairer les Auteurs fur ces
demandes banales qu'ils ne doivent qu'au
zele de leurs amis ; car s'il eft permis de
fe montrer ainfi au Public , ce ne peut être
que dans un moment de triomphe ; & il
faut convenir que le leur pourrait être
plus éclatant , au moins fi l'on en juge
par la premiere repréſentation. Mad. St-
Aubin & M. Michu , chargés des rôles
principaux , ont donné des preuves de leur
intelligence & de leur fenfibilité ordinaires .
152 MERCURE
-Au moyen de plufieurs fuppreffions , la
feconde repréſentation a beaucoup mieux
réuffi.
NOTICE S.
Tomes XI , XII & XIII du Code politique de
la France , ou Collection des Décrets de l'Affemblée
Nationale.
( Je viens après milic ans changer ces Loix
VOLT. Mah.
groffieres. )
Se trouvent à Paris , chez Nyon l'aîné , Lib. rue
du Jardinet ; & chez Ballard , Imprim. rue des
Mathurins.
Cette Collection fe continue avec un fuccès
mérité.
On trouve chez le même Libraire un Catalogue
de Livres , dont la plus grande partie provient
du fonds de feu M. Saillant , Lib . Fae Saint-Jean-
-de-Beauvais , à Paris.
Tome III des Conflitutions des principaux
Etats de l'Europe & des Etats- Unis de l'Amirique
, par M. de la Croix , Profeffeur de Droit
public au Lycée. Volume in-8 ° . de 440 pages.
Prix , 4 liv. br. & 4 liv. 10 f. franc de port par
Ja Pofte. A Paris , chez Buiffon , Impr- Libr. rae
Haute-feuille , Nº. 20.
Ce Volume n'eft pas inférieur aux deux premiers
, dont nous avons déjà rendu compte avec
les loges qu'ils méritent.
DE FRANCE. 1753
2
Nouveau Mode d'Election. Le Feuple peut élire
& être certain de fon élection fans s'affembler.
Par un Ciroyen actif.
( Ce nouveau Mode , dont les avantages pour
le Peuple paraiflent certains , étant appropriés
à lufage des Corps , Electoraux & des
Lég flatcurs, pourra leur être également utile, )
A Paris , chez Depain , Libr . Cloître St - Honoré.
Cette Brochure paraît renfermer des vûes d'utilité
générale relativement au Mode d'élection .
1.
Difcours civique fur la néceffité d'acquitter les
Impôts , prononcé , le 29 Mars 1791 , à la Société
des Amis de la Conftitution de Montreuil- fur-
Mer; par J. N. M... Hautbout , Curé de Rouffaut
, Département du Pas- de-Calais. Se trouve à
París , au Magafin de Librairie , au Palais de
Juftice , Salle Dauphine , No. 1 .
Ce Difcours , prononcé par un Prêtre ami de
l'ordre & du bien public , eft tel qu'il faudrait
qu'il en fût prononcé fouvent de pareils dans les
campagnes , pour éclairer ceux qui les habitent.
25e. 26e. 27e. 28e . 29e . 30e. 31e. 320. 330.
340. 35e. & 36e. Livraiſons du Nouveau Teftament
de N. S. J. C. en latin & en français , de
la Traduction de Saci ; édition ornée de Figures
en taille - douce , deffinées par M. Moreau le
jeune , & gravées fous fa direction par les plus
habiles Artiftes de la Capitale. Le prix de la
Livraiſon cft de 2 liv. papier vélin , foit qu'il y
ait une ou plufieurs Eftampes , & en papier ord,
1 liv. 10 f. La33e. Livraiſon termine le fecond
Volume, On fouferit chez Saugrain , rue du Jardinct
, No. 9 , à Paris.
On remarque toujours la même beauté dans les
Delfins , & le même foin dans les Gravures.
A54
MERCURE
Tarif des Droits que doivent payer toutes les
productions & marchandifes venant de l'Etranger
, & celles exportées du Royaume à l'Etrane
ger , à leur entrée & fortie du Royaume , fuivant
les Décrets de l'Affemblée Nationale , des 31
Janvier , 1er. Février & 2 Mars 1791. Prix ,
15 f. br. A Paris , chez Nyon l'aîné & fils , Lib.
rue du Jardinet.
Ce Tarif, de forme portative & très -exact ,
ne peut manquer d'être accueilli , fur - tout par
ceux qui en doivent avoir un beſoin journalier.
Mémoires concernant l'Hiftoire , les Sciences ,
les Arts , les Moeurs , les Ufages , &c des Chi- :
nois ; par les Miffionnaires de Pekin. Tome XV
in-4 ° . de 16 pages. A Paris , chez Nyon l'aîné
& fils , Libr. rue du Jardinet.
Ce Volume préfente le portrait du P. Amyot ,
auquel on a beaucoup d'obligations pour fes
recherches profondes fur tout ce qui intéreffe
l'Empire de la Chine.
Détail fidele & fuccinct de ce qui s'eft paffe
à la Martinique pendant le temps de la guerre
civile , qui a défolé cette Ine infortunée . Se
trouve chez Depain , Imprim- Lib . Clofre Saint-
Honoré.
Deux Lettres , dont l'une écrite de la Martinique
au Camp du Gros - Morne , l'autre de ce .
dernier endroit à la Martinique , & une Procla
mation compofent cette Brochure de 100 pages,
Elle est propre à donner des renfeignemens véridiques
fur les troubles qui ont déchiré nas
Colonics.
ر د
DE FRANCE. 155
Tableau général de l'Empire Othonan , par M.
le Ch . de Mouradgea d'Ohdon. Tomes III , IV &
V , avec Fig. Prix de ces trois Volumes , 16 liv .
br . S'adreffer , tous les matins , à M. de Saint-
Julien , rue Neuve des Capucines , près le Boulevat
, à Paris .
Nota. Des Amateurs ayant défiré des Epreuves
coloriés des Planches de la grande édition , le
Public eft prévenu que l'on trouvera aufli chez
M. de St-Julien des Collections complettes des
Eftampes enluminées des deux premiers Volumes
in-folio de cet Ouvrage , ainsi que des Epreuves
avant la lettre dont il ne reite que peu d'Exenplaires.
GRAVURES.
Déclaration des Droits de l'Homme, réduite en
Médaillon avec des Figures analogues . Prix , 151 .
Maximes analogues aux circonftances , pour le
même objet. 6 liv.
La Loi de Moife , auffi pour Tabatieres . Prix ,
12 livres .
Tous ces objets , ainfi qu'une infinité d'Allégories
relatives aux circonftances , pour Bagues ,
Médaillons, Bonbonnieres, &c. exécutés à la plume
dans un genre unique . L'Auteur compele toutes
fortes d'Emblèmes & Chiffres qui peuvent remplacer
les marques diftinctives , &c. & c . par M.
Crullaire , Delfinateur , rue de Condé , vis-à- vis
l'Hôtel de l'Empereur.
156, MERCURE DE FRANCE .
Portrait de M. l'Abbé Maury' , Prédicateur du
Roi , Député du Bailliage de Péronne à l'Affemblée
Nationale de 1789 ; gravé par Fr. Godefroy.
Se vend à Paris , chez l'Auteur , rue des
Francs Bourgeois , Place St -Michel , Nº. 127 .
Cette Gravure , d'un très- bel effet , eft fupérieurement
exécutée , ce qui prouve que M.
Godefroy a réuffi dans plus d'un genre ; car il
eft l'Auteur du Payfage des Nappes d'eau & des
Georgiennes au Bain , où il ne montre pas moins
de talent , & que l'on trouve aufli chez lui.
A VIS.
LA multiplicité des fuccès obtenus par l'ufage
d'une Eau Céphalique en injection , dans la furdité
, même invétérée , a déterminé M. Maigrot ,
Médecin de la Section Poiffonniere , à en faire
part au Public.
Sa demeure eft à St -Lazare , au Bataillon , ou
on le trouve tous les jours depuis onze heures ,
jufqu'à une heure après -midi.
STA TATUTS.
TAB L E.
1
1211 Voyage.
133 Notices.
Charade, Enig. Legeg. 131 Spectacles.
Vie du Capit. Thuros.
144
149
283
MERCURE
HISTORIQUE
f,
EIT
POLITIQUE.
i
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 7 Octobre 1791 .
2006300 b fo 355 6 "
flik o'x god !
Jusqu'ici , le Gouvernement ne laiffe encore
percer l'autre but que de couvrir ſuffifamment
les frontières du côté du Rhin & des
Pays-Bas. Quoique les Feuilles publiques &
la rumeur d'un moment euffent défigné
douze bataillons de troupes Hongroifes , &
fix bataillons d'infanterie Allemande, comme
préparés à ce fervice, ces Corps n'ont reçu
aucun ordre. Nous répéterons que les feuls
régimens dont le mouvement eft arrêté ,
& qui vont partir de la Bohême , font au
nombre de deux, Mathefen, & Gemmingen
dont quelques Compagnies fe trouvent déjà
dans le Bifgau. Nous avons indiqué antérieurement
Neugebauer , Bender , les Dra-
N°. 43. 22 Octobre 1791.
K
( 218 )
•
gons de Cobourg & les Cuiraffiers d'Hohenzollern
, comme deſtinés aux Pays-Bas. Les
Jettres réquifitoriales pour le paffage de cs
troupes ont été expédiées à Munich , & à la
Régence de Francfort : la totalité de ces
Corps partans formera 15,000 hommes.
La correfpondance entre le Prince Repnin,
qui eft à Ifmail , & le Grand Vifir à
Schiumla, eft très - active , & a pour objet
la paix définitive . On pourroit regarder
celle- ci comme impraticable , s'il y avoit
quelque vérité dans te Bulletin fuivant ,
que les Nouvelliftes font arriver de Buchareft.
« Le Grand - Vifir , fuivant ces Narrateurs ,
demande , qu'au moyen de la ceffion d'Oczakof
& du territoire défigné entre Bog & le Niefter ,
le réfte foit réglé d'après les difpofitions cu
Traité de Kainardgi ; mais le Prince Repnin
perfifte à vouloir que les fortifications de
Choczim foient rafées ; que les fortereffes de
Bender & d'Akierman foient laiffées dans l'état
où elles fe trouvent actuellement ; que le nouveau
Prince de Moldavie ne puiffe être déposé
carbitrairement ; mais qu'accufé d'un délic , on
lui faffe fon procès , qui fera jugé par le Divan ,
en préſence du Conful Ruffe ; que tous les Piifonniers
Ruffes foient rendus fans rarçon ; que
l'on ne foit pas tenu de fournir aux Sujets
Turcs du fel des falines de Kinburn ; que la
Porte reconnoiffe le droit de protection de la
Ruffie fur la Géorgie , la Mingrelie , l'Imirette
& tous les Peuples libres le long du Caucafe ,
qui fe font foumis au Sceptre de la Ruffie ; que
( 219 )
t
les vaiffeaux de guerre Ruffes , montés de 36
canons , & les moindres , venant de la mer
Noire , puiffent paffer librement par le canal
de Conftantinople ; qu'il foit libre à la Ruffie
d'établir des Confuls dans tous les ports de
l'Empire de Turquie ; que le Commerce de
Ruffie foit autorité à établir un entrepôt à
Conftantinople ; enfin , que les productions de
la Ruffie importées dans la Turquie , pour y être
confommées , ne paient que pour cent , &
2 pour cent lorsqu'elles feront de tranfit , »
On eft fâché que M. de Repnin ne demande
pas encore au Grand Vifir les clefs
de Conftantinople , & la tête de Sa Hauteffe.
De femblables articles feroient un
véritable manifefte , & un appel à la continuation
de la guerre. A moins d'être d'une
lacheté ou d'un épuiſement irrémédiables ,
la Porte ne recevra de pareilles conditions
qu'en tirant le fabre de nouveau. Si
c'eft la la paix que la Pruffe & l'Angleterre
ont ménagée aux Ottomans , if ne
valoit pas la peine de fe mêler fr longtemps
, & fi difpendieufement de leurs
affaires. Le Prince Potemkin eft convalef .
cent d'une fièvre chaude, qui, le 23 Août, a
enlevé , à Galacz , le Prince Charles-Frédéric-
Henri de Wirtemberg , frère de la
Grande Ducheffe de Ruffie , fixième fils
du Prince Frédéric Eugène , Général Major
au fervice de l'Impératrice , & mort dans
fa vingt- unième année. Le Congres pour la
1
2
K 2
( 220 )
paix n'eft point encore ouvert : il fe tiendra à
Hus , à dix lieues d'laffy ; l'Impératrice y
aura quatre Plénipotentiaires , favoir ; le
Prince Potemkin , le Général Samoilof, le
Général dé Ribas , & le Confeiller d'Etat
de Lafearof.
L'Archiduc Jofeph a été élu , le 25 Septembre
à Mergentheim , Coadjuteur du
Grand- Maître de l'Ordre Teutonique. On
dit qu'il réfidera , foit à Mergentheim , foit
à Ellingen.
-De Francfort-fur- le-Mein , le 12 octobre.
Parmi les paragraphes de Gazettes , auxquels
une curiofité irréfléchie accorde un
moment d'attention , on a remarqué le
fuivant , extrait des Feuilles publiques
Allemandes .
On affure qu'il a été figné deux Conventions
entre les Cours de Vienne & de Berlin ;
la première , le 20 Août à Vienne ; & l'autre ,
le 27 du même mois à Pilnitz . La première Convention
, fignée au nom de l'Empereur par le
Prince de Kaunitz , Chancelier de l'Etat , & au
nom du Roi de Pruffe , par le Major Général
de Bischofswerder , eft un acte préparatoire à
l'autre Convention . Les deux Parties contractantes
s'affurent une amitié permanente & fincère ,
fe réfervent leurs autres Alliances refpectives ,
en tant qu'elles feront convenables à leurs intérêts
d'Etat ; arrêtent que par la fuite elles convien(
221 )
dront plus particulièrement de ce qui pourra inté
reffer le bien- être général de l'Empire d'Allemagne
, & leur convenance particulière ; fe garantiffent
dès ce moment leurs poffeffions actuelles
réciproques , & s'engagent à fe prêter aſſiſtance
contre toute atteinte qui pourroit y être portée ,
tant en dedans qu'au dehors , »
La feconde Convention , fignée par l'Empereur
lui- même & le Roi de Pruffe , entre dans
des détails plus particuliers . On croit en favoir
la ſubſtance : 1º . Les deux Parties contractantes
reconnoiffent la néceffité de déployer les mefures
les plus efficaces pour maintenir complettement
les Traités de paix fubfiftans entre l'Empire
Germanique & la France. A cette fin , tous
les Etats de l'Empire feront invités à fe joindre
à Elles pour foutenir ces Traités , dans le cas
où la voie d'une négociation amiable avec la
France refteroit fans fuccès ; 2 ° . les deux Cours
s'engagent à employer le plus promptement poffible
leurs bons offices auprès de celle de Pé.
tersbourg , en faveur de la fucceffion éventuelle
au Trône de Pologne , affurée par la nouvelle
Conftitution à l'Electeur de Saxe & à fa defcendance
; 3 °. elles le réſervent la faculté de
pouvoir échanger l'une ou l'autre Partie de leurs
poffeffions , actuelles & futures , en obſervant ,
le cas échéant , les loix conftitutionnelles de l'Empire
, & une égalité exacte quant aux revenus
des pays à échanger ; 4° . elles fe propofent de
diminuer leurs armécs refpectives , fi toutefois
leurs rapports avec d'autres Nations le leur permettent
; . le Roi de Pruffe promet de donner
fa voix à l'Archi lue François , pour le faire élire
Roi des Romains , & de ne point s'oppofer à
Fétab.iffement de l'un ou de l'autie des Archi-
K- 3
( 222 )
?
ducs , lorfque la chofe fe fera conformément à
la Conftitution de l'Empire ; 6° . de fon côté ,
l'Empereur prend l'engagement d'employer fes
bons offices auprès de la Cour de Pétersbourg,
& du Roi & de la République de Pologne ,"
pour procurer au Roi de Pruffe la ceffion des
villes de Danzick & de Thorn ; 7° . le Roi de :
Prufle s'engage en outre d'employer fes bons
offices auprès du Roi d'Angleterre , & les Etats-
Généraux des Provinces - Unies , pour les difpofer.
a modifier divers points dans les Conventions
fignées à la Haye , au fujet des Pays -Bas Autrichiens
, & c . »
Non-feulement ce détail confidentiel eft
dépourvu d'aucune authenticité ; il perd ,
de plus , toute créance au moindre examen
. On a vu la femaine dernière , par
l'extrait de la notification certaine dont
le Comte de Goërth a été chargé de la
part du Roi de Pruffe , auprès de la Diète
Germanique , qu'il n'a été queftion entre
les deux Puiffances contractantes d'aucuns,
échanges quelconques . La prétendue ré-,
duction convenue dans l'armée des deux :
Souverains , la promeffe du Roi de Pruffe
de ne s'oppofer à aucun établiffement des
Archiducs , choquent les notions les plus
vulgaires , & font plus dignes de la politique
d'un Gazetier , que de celle des
deux principales Monarchies de l'Empire .
On ne doit donc regarder comme avéré
que la certitude d'une Convention importante
, fignée entre l'Empereur & le Roi de
1
( 223 )
Pruffe ; Convention dont la note de M.;
de Goertz, renferme les bafes fondamentales.
Par nos dernières lettres de Berlin
nous avons appris le retour de la groffe
artillerie qui étoit paffée en Pruffe , &
l'ordre de vendre les chevaux attachés à
de fervice. Le Public parloit , mais vaguement
, & fur des indices encore équivoques
, de la formation de fept nouveaux.
régimens d'Infanterie , & d'un de Cava
lerie , dont le fond feroit fourni par vingt
hommes de chaque Compagnie des regimens
déjà exiftans. Suivant le même
bruit , ce nouveau Corps devroit être cantonné
dans les Margraviats d'Anfpauh &
Bareith.
SUISSE.
De Laufanne , le 10 Octobre.
Ce fut le 30 du mois dernier , que la
Commiffion d'Etat fit paroître ici , devant
elle , les Députés mandés des grands & petits
Confeils des Municipalités de Nion , Rolle,
Aubonne , Morges , Coffonay , Moudon ,
Yverdun & Laufanne . Les Commiffaires
du Souverain fe rendirent au château , au
milieu d'une double haye formée par les
Volontaires Allemands fous les armes. Les
Députés des villes furent admoneftés avec
K
4
( 224 )
appareil , & on leur communiqua la Dé
pêche fuivante du Confeil Souverain à fes
Commiffaires.
« Les défordres qui fe font commis depuis
quelque temps en différens endroits du pays
de Vaud , particulièrement les 14 & 15 Juillet
à Ouchy, à Rolle & ailleurs , nous ont fait
voir qu'un efprit d'innovation , auff dangereux
pour le bien publico que contraire à
notre Conſtitution , avoit pris chez un aflez
grand nombre de Sujets de ce pays , la place
de l'affection & de la confiance,
« Nous avons vu , que plufieurs d'entre
ceux-ci avoient encore ajouté une intention
très - criminelle fans doute , & qu'ils fe propofoient
d'exécuter par le moyen des fecours qu'ils
fe flattoient de trouver , & dans le pays même ,
& dans l'Etranger, yangicha da anch »
ce Les Confeils de la majeure partie des
villes , qui n'ont pu ignorer tous ces défordres ,
auffi attentatoires à l'honneur? & à la sûreté
du Gouvernement , qu'au repos & à la tranquillité
du Citoyen , fe font conduits dans ces
circonftances , de manière à nous faire croire
qu'ils manquoient ou de volonté , ou tout au
moins de vigueur & de fermeté, pour les dé
noncer à nos Baillifs , & pour , conjointement
avec eux , les réprimer les prévenir . »
Notre caractère de Souverain & del Père
de nos fidèles Sujets nous impole impérieufement
le devoit de prévenir efficacement à l'avenir
tous les défordres de cette effèce , par
des mefures vigoureufes . C'eft à cet effet auffi ,
que nous avons ordonné de prenire des informations
exactes , & d'inftruire des procé
dures fur tous ces différens faits , d'après lef
Ec
( 225 )
quelles nous jugerons les coupables , & leur
ferons fubir des peines proportionnées à leur
déli . »
2
cc
Nous avons , en attendant , jugé néceffaire
de vous charger , Meffieurs & très - chers
Collègues , d'évoquer à votre Audience une Députation
de la ville de *** , compofée du Préfident
, de deux Membres du petit , & de quatre
Membres du grand Confil , & de lui déclarer
que , fi par un effet de notre indulgence
paternelle , nous voulons bien pour le moment
nous décider à retirer une partie du Militaire
que nous avons mis fur fied , ce n'eft que
dans la ferme perfuafion que tous les Magiftrats
rempliront à l'avenir leurs devoirs de Sujets
& de Magiftrats , avec plus de zèle & plus d'exactitude
, & que par cette preuve de leur fidélité ,
dont nous exigerons en fon , temps de nouveau
Faffurance folemnelle , ils gagneront la
fiance entière du Gouvernement , dont ils jouiffoient
ci - devant . S'il leur arrivoit de fe rendre
coupables de nouvelles négligences dans l'obfervation
de leurs devoirs , nous nous verrions
cb'igs , malgré nous , d'employer des moyens
d'exécution , qui tomberont à la charge des villes
& de leurs Habitans ; & nous nous procuretions
par ces voies , que leur conduite aurcit
rendues néceffaires , ce que nous espérons d'obtenir
encore par celles de la douceur & de l'exhortation
. »
•
« La première preuve de fon zèle que le
Magiftrat de *** fuiffe nous donner , fera de
concourir avec empreffement & autant qu'il
fera en fon pouvoir à vous faciliter , Meffieurs
& très - chers Collègues , le travail dont vous
êtes chargés , & d'exécuter avec autant d'exac-
K'S
( 226 ) )
titude que de fermeté , les ordres que vou
jugercź à propos de lui donner en veitu de vo
pleins pouvoirs. »
cc Vous aurez foin , Meffieurs & tè - chers
Collègues , de communiquer aux Députés de *** ,
notre préfente Déclaration Souveraine , afin qu'elle
leur feve de règle de conduite , & vous leur
ordonnerez , en leur remettant une copie des préfentes
, de la faire enregistrer dans les protocolles
de leur Confeil . »
ว « Sur ce nous vous recommandons , trèschers
Collègues , à la protection divi : e . »
Donné , ce 13. Septembre 1791 .
3
L'AVOYER , petit & grand Confeil
de la Ville de Berne.
La plus grande partie des troupes Allemandes
eft retournée à Berne , ainfi que
nous l'avons dit la femaine dernière. Pour
gens riches comme le font ces Payfans
cette campagne a été une partie de plaifir :
ls ont obfervé une difcipline qu'on a bien
de la peine à obtenir des troupes réglées ,
dans plufieurs pays . Voilà encore une proye
échappée aux artifans d'anarchie , de pillages
, d'affaffinats . Graces aux mefures du
Souverain , les pères ne s'armeront poirt
contre leurs fils , les frères contre les frères ,
les villes contre les campagnes , les Citoyens
contre les Citoyens. On ne commettra
ni folies , ni crimes pour perdre la
liberté , l'aifance , la paix , pour devenir
Diftrict ou Département François , pour
jouir des bienfaits inérarrables que les
( 1227 ),
Droits de l'Homme ont procuré aux Comtadins
, aux Avignonnois , à vingt provinces .
défolées par ! e fer & par le feu. Les efprits !
remuans , maintenant bien convaincus de
la nullité de leurs moyens , des forces dul
Gouvernement , & de l'affection générale
que lui portent les Habitans , renonceront
fans doute, & pour jamais , à des projets ›
fur lefquels les gens de la campagne font
maintenant bien éclairés , & ils préféreront
de refter Citoyens fages & pailibles ,
à être les protégés coupables de quelques >
Clubiftes François , avec lefquels ils refu
feroient de dîner , s'ils les connoiffoient
mieux que par des Gazettes..
PAYS- BAS.
7
De Bruxelles , le 15 Octobre 1791 .
Les avis ne font point uniformes fur
la conduite ultérieure , préfumée , du Gou- 1
vernement envers les Etats de Brabanten
Quelques- urs s'attendent à un parti de fer :
meté ; mais le plus grand nombre à voir a
l'autorité négocier & mollir. Nous ne nous
hafardérons pas à porterunjugement fur ces
incertitudes mais nous obferverons qué ; ›
rien n'expofe , ni ne ruine plus invinci- I
blenient le Gouvernement , en apparence
le mieux affermi , que ces paffages répétés
de la fermeté à la condefcendance , & dea
K 6
('228.)
la condefcendance à la fermeté : cette pot
litique eft fans doute à la portée des efprits :
médiocres qui , fans ceffe embarraffés des
circonftances , contractent l'habitude de
fe laiffer conduire par elles. Prefque toujours
on le prend trop haut ou trop bas ;
en affoiblit la confiance de fes partifans ;
on accrédite l'opinion de fa timidité; on
provoque ainfi les réfiftances. L'hiftoire
du Brabant depuis fix ans eft un tableau
de ces dangereufes variations , à la fin
defquelles il ne refte plus d'autre reſſource
que le malheur d'allumer les canons & de
charger les fufils .
Le Gouvernement vient de prendre une
nouvelle mefure , qui , fi elle n'eft pas
plus foutenue que tant d'autres , lui crééra
encore des difficultés : cette mefure , la
voici. Par un Requifitoire au Confeil
Souverain de Brabant , le Procureur-fifcal
a demandé là ce Tribunal d'interdire aux
Etats tous paiemens de deniers , autres que
ceux auxquels il eft autorisé par les Oc
trois de S. M. , ou pour les frais ordinaires
de fon Adminiftation ; s de faire
arrêt fur toutes les levées que lefdits Etats !
ont faites pendant les troubles , & de leur
ordonner d'en remettre le compte dans un
bref délai..
TR
Le Confeil Souverain avant décrété les
conclufions du Procureur fical ; le Pen-i
fionnaire des Etats a refufé de recevoir ,
( 229 )
T'exploit par lequel l'Huiffier du Confeil
lui a fignifié le Requifitoire & l'Arrêt.
Second Décret du Confeil Souverain en ,
date du 6 , & en vertu duquel l'Huiffier
s'eft tranfporté en la Salle des Etats pour
fignifier l'exploit aux Députés même . Pas
un ne s'eft trouvé préfent ; leur, Huiffer
même a refufé de le recevoir , & celui du .
Confeil a été forcé de l'afficher fur la
porte de la Salle.
Le Gouvernement général a expédié
, & fit publier à Oftende les ordres
de l'Empereur , pour reconnoître le
Pavillon National de France , tant aux
Pays - Bas , que dans les autres ports de la
domination Autrichienne. Cette difpofi- "
tion , à laquelle des têtes exaltées affectent
d'attacher une grande importance , n'eft ,
au fond , qu'une affaire de police matitime.
Louis XVI ayant lui - même fanctionné ce
Pavillon , les autres Puiffances ne peuvent
le profcrire , fans défavouer le Roi de
France , ni fans fe mettre , à fon égard ,
dans une espèce de rupture ouverte.
10 I MI
M. l'Abbé Maury eft arrivé le 8 à Tour
nay , fans avoir été pendu , ni molefté ,
ri probablement reconnu dans fa route.
Nationaux , Aliemands , François , tous fe
font emprellés de donner à ce célèbre & :
courageux Orateur , des preuves de leur
admiration. A fon : entrée à Tournay , laz
( 2304)
une
foule entoura fa voiture ; il fut obligé de
fe rendre à pied à fon auberge , au milieu
d'un
nombreux
cortège qui
l'accabloit de
fes tranfports. Pendant fon dîner
multitude de
Spectateurs fe
fuccédèrent ,
en fe
culbutant les uns fur les autres , pour
le mieux
confidérer . Ce n'eft pas
feulement
à fes talens
fupérieurs , mais encore à fa
rare &
conftante
intrépidité que Fon rend
hommage ; en effet , on ne lui a furpris ,:
dans le cours de deux années & demie ,
pas un moment de foibleffe & de variation.
Par un instinct très - jufte , les hommes
eftiment
encore plus dans leurs
femblables:
la force du
caractère que les dons de
l'efprit ceux- ci ne forment trop
fouvent
que des lâches ; mais
lorsqu'ils fe rencontrent
avec une ame
courageufe , ils
commandent le refpect &
défarment la
fureur. Auffi a -t - on vu le Peuple de Paris ,
accorder à la fin plus
d'eftime à cet Abbé
Maury , tant de fois accablé de fes malédictions
& de fes
menaces , qu'aux Intrigans
qui ont triomphe de lui & de fes
opinions par la force du nombre , qui ont
eu la baffeffe de l'infulter au milieu des
périls dont ils
l'environnoient , & qui ,
après avoir fi long - temps
triomphe fans
danger , &
montré du courage quand ils
n'eurent rien à
craindre , ont fi par de
inéprifables
variations , fruits de la corruption
, de l'efprit
d'intrigue , & de las
( 231 )
fauffeté du caractère. - M. l'Abbé Maury'
ne trouvera plus dans nos Provinces fon
émule diftingué , M. de Cazalès . Il a quit é
Coblenz , & paffa , il y a trois fèmaines ,
dans cette réfidence , pour fe rendre en Argleterre,
où il eft chargé d'une million paruculière.
Nous ne difcontinuons pas de voir arriver
de nouvelles Recrues de François . Un
grand nombre refte dans nos Provinces ,
pour s'incorporer aux Compagnies formées
en divers lieux ; les autres filent dans
Electorat de Trèves , de Mayence , à
Worms , & lieux circonvoifins. Le dépôt
d'Ath eft compofé de feize Compagnies
de 54 hommes quatorze pareilles font
formées à Worms ; il y en a à Tournay , à
Antoin , & autres endroits que nous avons
antérieurement défignés . Par l'arrivée d'un
grand nombre de nouveaux Gardes-du-,
Corps , il s'en trouve aujourd'hui Soo d'équipés
à Coblentz , où l'on a auffi réuni
& formé les anciennes Compagnies de'
Gendarmes de Chevaux légers de la
Garde , & de Moufquetaires., La Légion,
que commande le Vicomte de Mirabeau ,,
toujours ftationnée à Ettenheim , eft de
deux mille hommes choifis , fort beaux ,
& très- bien difciplinés.
MM. l'Evêque d'Arras , de Naffaut , de
( 232 )
Vaudreuil font partis pour différentes deftinationss.
Au refte , le Confeil François de
Goblentz a déjà beaucoup de politique & de
fecret : il ne laiffe percer que ce qu'il lui importe
dedivulguer , ou qu'il ne peut taire ; &
nous pouvons affirmer que la plupart des
nouvelles répandues par les Emig és , & recueillies
par des Feuilles inconſidérées ,
n'ont nullement fon attache .
FRANCE.
De Paris , le 11 O&obre 1791 .
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALĖ.
Du lundi , 10 Octobre.
La fociété des amis de la conftitution , féante
à Saint - Malo , annonce le départ du colonel
& de 18 autres officiers du 36. régiment ;
celle d'Orange , le départ de 12 officiers du
67. régiment , ci - devant Languedoc, On a lu
ces lettres . malgré les loix qui interdiſent tout
acte collectif à ces fociétés . Quelqu'un`a dic
que la conftiturion fe défendra bien d'ellemême
» , & il a demandé que les départemens
envoient au miniftre un état des émigrés , en
diftinguant ceux qui font partis pour raiſons admiffibles
, & ceux qui font partis « pour cauſe
de mauvailes intentions .
∞
Quoique les corps armés foient conflitutionnellement
non-délibérans , une députation des
▼ 233 )
60 compagnies de Chaffeurs , de Paris , eft
venue prier l'Affemblée de corriger le décret du
i feptembre dernier , en y ajoutant ; ce qu'elles
fubfifteront telles qu'elles ont été créées » ,
de les recréet en compagnies volontaires - légères ,'
attachées à chaque bataillon ..
ou
Ces trois différens objets ont été ajournés
après l'organisation des comités , qui étoit à
l'ordre du jout.
M. Vanier a relevé l'abfurde compofition
des comités de l'Affemblée cftituante , où
lon voyoit un militaire appellé à difcuter des
affaires de jurifprudence ou de difcipline eccléfiaftique
, des évêques traiter la finance ; des
avocats & un miniftre de l'évangile s'occuper
du militaire , de fortifications , d'artillerie ; unt
ex-procureur donner des loix à la marine , abus
révoltans qui chafloient des hommes plus fenfés
plus délicats , vraiment inftruits , de comités livrés
aPignorance , à l'intrigue , aupréfomptueux empyfilme.
Il a propofé de renouveller , tous les trois
mois , les comités , par la voie du fort , d'élire
& des candidats infcrits , & des membres fortis
des comités , fans intervalle , & de ftatuer que
perfonne re feroit de deux comités en même
temps .
Un autre membre a verbeuſement difcuté
les queſtions : Combien dureront les comités ?
comment les organifera- t -on? fe- cat-ils permamens
? pourra t - on ê re de plus d'un comité ?
Ce qu'il a dit de mieux a été , qu'il falloit
perdre le moins de temps poffible.
V
Rentré dans la difcuffion far les comités
M. Ramond à Tubo : donné toutes les queftions
débattdes , à celles- ci dont on ne fe doutoit
pas ; y aura-t- il des comités ? de quels prin(
234 )
unc
cipes , dérive leur établiffement ? quels comités.
établira-t- on ? « L'Aflemblée conftituante devoit
en avoir que l'Aſſemblée législative ne doit
pas fe donner. De la conftitution , & de la
nature d'une fimple légiflature , il a conclu
qu'il falloir , 1 ° . une divifion de comités de
legiſlation , civile , criminelle , procédure , éducation
, mendicité , hôpitaux ; 2 ° , une divifion
de comités d'administration , emplacemens , liquidation
, aliénation & domaines ; 3
divifion de comités des finances ; contributions ,
monnoies , comptabilité , & affignats 4° . des
commiffions extraordinaires pour juger des renvois
& des initiatives . Ces comités d'adminiſtration
pour un corps , dont l'un des devoirs effentiels
eft de ne pas adminiftrer , ces commiffions extraordinaires
, & la funefte extenfion que peut,
recevoir le prétexte du jugement des renvois
& des initiatives , ne feroient- ils point craindre
que l'opinant , très - applaudi , n'ait plus ici la logique
de l'orateur & da bel- efprit que la logique
de l'homme d'état , plus de cette fubtilité qui
claffe ingénieufement des idées de théorie , que de
cet efprit nourri d'expérience , que de féduifantes,
combinaifons n'écartent jamais de fes principes ?
J
I
Co-
Il a penfé que des comités diplomatique
militaire , de matine , devoient être fuppléés
par des commiflions temporaires à raifon de
Initiative royale ou miniftérielle ; qu'on éviteroit
ainfi la corruption ; que former un
mité diplomatique permanent «e ce feroit ouvrir
une éclufe au torrent de l'or étranger .
conclufions ont été le renouvellement des premiers
comités , à certaine époque , en vetu
d'un décret formel , un renouyell ment plus
fiéquent des autres ; une lifte de candidats pour
Ses
ך כ
( 235 )
toute eſpèce d'élection ; nomination de la moitié,
des membres des comités , & ajournement dur
= reste à un mois.
M. Bazire a vu dans ce plan de grandes
beautés & de grandes erreurs , & en a demandé
l'impreffion , qu'on a décrétée . M. la Croix &
plufieurs membres ont vivement follicité le même
- honneur pour le plan de M. Coutton , lu comme
tant d'autres . La préalable invoquée , deux
épreuves douteufes , demi- heure de vacarme
pour favoir fi M. Coutton fera imprimé , amènent
enfin l'affirmative . On lit de nouveaux plans.
Les lumières qui éblouiffent n'éclairent pas ,
difoit M. Cerutti , qui vouloit qu'on allât par
sférics , & qui fubdivifoit chaque férie en férie ::
Je me fuis placé au milieu de la falle pour
montrer que je ne fuis ni du côté droit , ni
du côté gauche , s'écrie un membre. » Eclats
de rire , clameurs : à l'ordre. Créera- t - on une
commiffion qui décide quels comités on
doit
créer ?...
Le miniftre de la juftice dénonce , 1 ° . l'im-
$ poffibilité de conftater les naiffances , les ma-,
riages & les décès ; 2 ° . divers abus qui fe com- ,
mettent dans l'adminiferation de la juftice de
paix. Sa lettre eft renvoyée après l'organiſation:
des comités . & la féance eft terminée avant
qu'il y ait rien de décidé .
Du mardi , 11 octobre.
L'ordre du jour étoit le règlement de police
intérieure. M. Thevenel a fait , en langage peu
correct , des obfervations très-fages fur l'ordre de
la parole. Dix à douze membres , a-t- il dit , font
infcrits à la fois je ne puis manifefter mon
idée , parce que je ne fuis pas inferit après celui
( 236 ).
qui parle , & quand tous les orateurs m'auront
précédé , j'aurai oublié ma remarque , ou les débats
auront changé la queftion , ou la difcuffion
fera fermée . « L'un prend l'affaire par la queue ,
l'autre par la tête , l'autre par le côté , ce qui jette
les opinions dans un emblême d'obscurité , capable
de faire rendre des décrets pen réfléchis . Vous
en avez déja vu l'exemple » . Ce très fenſé cultivateur
propofoit de n'inferire d'abord que 3 ou 4
opinans pour & contre , & qu'à mesure que l'un
menteroit à la tribune , un autre fe fit inferire .
L'unique effet de fa motion a été de faire rire .
M. Hauffy-Robecourt demandoit que le préfident
, les fecrétaires & les orateurs fuffent en
habit décent , & non en redingotte ; que dans
l'Affemblée légiflative on ne portât ni armes , nit
cannes , ainfi qu'un décret l'a ordonné pour les
affemblées primaires . Ses voeux ont été accueillis
par des murmures .
Suivant M. Quatremère de Quincy, le feul principe
de police devroit être le relpect pour la loi; il
vouloit , cependant , que le réglement & fût armé
d'un reffort exécutoire. » Il retraçoit & cenfurcit
« de burleſques pantomimes de patriotifme , qui
' appelleroient fur l'Affemblée que du ridicule . »
Il citoit le parlement d'Angleterre , où jamais ni les
membres , ni le public ne le permettent ces battemens
de mains & ces huées dignes des parterres
forains . Trouvant plus aifé d'opérer fur la falle
que fur les caractères , M. Quatrémère a propofé
le renvoi de la formation du réglement à un comité
, & que fix commiffaires fe concertaflent
avec l'architecte , pour approprier le local au
nombre des légiflateurs & à la police de l'Affemb'éc.
On a lu le réglement de l'Affémbiée conſti-
-
( 237 )
•
tuante. Divers articles débattus , amendés , ont
été adoptés au milieu des clameurs habituelles ;
& celui par lequel tous fignes d'improbation &
d'approbation font expreflément interdits , a été
décrété , & convert de bruyans applaudiffe mens .
Voici la fubftance des deux chapitres décrétés ,
ce que du moins il eft utile d'en favoir : Le préfident
& le vice- préfident n: feront nommés que
pour quinze jours ; leur prédéceffeur les remplacera
dans les cas d'abfence ; ils auront les mêmes
fonctions que ci-devant. La moitié des fix fecrétaires
fera remplacée tous les quinze jours . On
ouvrira la féance à 19 heures ; ele commencera
lorfqu'il y aura deux cents membres réunis ; le
filence fera conftamment obfervé & l'on ne
s'approchera du bureau que pour fe faire inferire .
2
Cent cinquante députés de la fection Parifienne
de Mauconfeil , fort venus témoigner aux légiflateurs
« la peine qu'elle a reffentie , en apprenant
que des audacieux , revêtus de l'uniforme
de la garde nationale , avoient ofé menacer &
infulter les repréfentans du peuple ( les promoteurs
du décret qui fupprimoit les mots Sire ,
Majefté , & le fauteuil aux fleurs-de- lys d'or ).
Elle a vu avec douleur qu'un pareil forfait eft
refté impuni . Nous vous déclarons que nous
pourfuivrons le premier téméraire qui entreprendroit
d'infulter la majefté nationale , afin.
qu'il ferve d'exemple à cette horde d'efclaves
qui méconnoiffent fes droits de l'homme & du
-citoyen , t
•
"
f
Les vengeurs de M. Goupilleau & du décret
· révoqué fur le cérémonial à l'égard du Roi , cont
reçu des complimens du président , & les honneurs
de la féance , aux grands applaudiemens
1
( 238 )
des galeries & de l'Affemblée qui venoit de
décrécer qu'on n'applaudiroit plus .
la
On eft revenu au verſement de 18,672,025 1 .
pour remplacer l'excédent des dépenfes fur la recette
de Septembre ; recette portée , fans preuves ,
à 40,697,705 liv. M. Chabot demandoit que
dépenfe fût vérifiée . Un décret , déclaré urgent ,
a ordonné le verſement à faire par la caiffe de
l'extraordinaire dont les comptes ultérieurs expli-
'queront peut-être un jour le prodige incroyable
de ces 40 millions de recette .
M. Cambon a dit que le 10 ottobre, tout payé,
il y avoit dans la caiffe de la tréforerie nationale
43,996,105 liv . , favoir , 18,175,061 liv . en
· eſpères , Ï 1,311,841 I. en affignats , 3,067,0161 .
.en effets ,, 2,400,000 liv . en affignats remis l'avant
veille à la meffagerie pour divers départemens
, 9,042,185 liv. en divers objets non
réglés , parce qu'ils avoient été payés la veille ;
total , 43,996,105 liv. Il refte dû par la caiffe
de l'extraordinaire à la tréforerie nationale , felon
-les commilaires - vérificateurs , 24,654,000 l . que
la première n'a pas encore retirés ; 5 millions
pour le culte , & 2,537,900 liv . d'avances qu'elle
a faites à la caiffe de l'extraordinaire pour les dépenfes
de 1790 ; indépendamment des 18,671,025
-liv. d'aujourd'hui . On a décrété l'impreffion du
rapport des commiffaires .
2. Les vérificateurs de la caiffe de l'extraordinaire
ontattesté qu'il y avoit en fonds difponibles,
4,695,115 liv . 17 fols 6 den. & en valeurs noodifponibles
, 15,588,820 liv 4. foles qu'ils ont
trouvé dans la caiffe aux trois clefs $1.675,0001 ;
- & y ont verfé : 20,925,000 liv . en affignats , pour
former la fomme de 26,600,000 Jival b 1
( 239 ))
Ces commiffaires- vérificateurs provifoires font
maintenus par un d'cret ; & le miniftre de la
guerre fait aux queftions déterminées , des réponfes
dont l'effentiel eft pris de les rapports an
térieurs . 105,000 hommes d'infanterie , & 25,000
de cavalerie gardent les frontières du nord; 44
bataillons de gardes nationales & 45 places bien
fortifiées offriront une longue réfiftance ; les frontières
de la Suiffe font gardées par 17 bataillons
d'infanterie , 4 efcadrons de cavalerie , & 14 bataillons
de gardes nationales ; nous avons de quoi
nourrir 200 mille hommes pendant un ap. La
nation a pillé par- tout les magafins d'armes , il
en manque pour les gardes nationales envoyés
aux frontières ; mais les citoyens de l'intérieur
pourroient en céder , & l'on en fabriquera , l'étranger
en fournira. Ce ne fur que le 6 octobre
qu'il reçut le dernier décret relatif à la gendarmerie.
Les armes expédiées arriveront ; & il n'y a
plus que les deux tiers des officiers de l'armée à
remplacer s'il n'en part pas davantage. I b
Le garde-du-fceau a demandé qu'on attribuât
au tribunal du cinquième arrondiffement de Paris ,
le jugement de fauffaires contrefacteurs de brevets
de croix de Saint- Louisa pétition á été
ajournée à demain , sumaron u
UP - 29751 qu
6
Va Du mercredi , 12 octobre,.
wwwMGoffain a ouvert fa féanccipar des plaintes
-contre l'Empercar , aut ſpjet d'une lordonnance
du 14 septembre, portant le Léqueftre dès biens
que les ecclefiaftiques fupprimés en France palfédoient
fous la domination nde ASA M. lidahs
les Pays Bas . L'opinant affuroit que , par re-
-préfailles , Affemblée nationale étoit bien fon(
240 )
2:
dée , conformément à l'article 21 du décret da
5 novembre , à priver les corps & bénéficiers
étrangers de la jouiffance des biens qu'ils poile
dent & adminiftrent encore en France . Plufieurs
voix, ont très - difcrètement crié qu'il feroit dan
gereux de continuer cette difcuffion . L'orateur
s'eft borné à protefter de la générofité nationale,
à demander que l'affaire fût ajournée à huitaine,
& que M, de Montmorin rendit compte des
négociations entamées à cet égard. ( II feroit
fingulier qu'en dotant des églifes , les ſujets de
l'Empereur n'eulent fait que donner des fonds
là la nation Françoife , pour acquitter les dettes
qu'elle a contractées ou augmentées en répandant
chez eux les fléaux de la guerre , & en
s'efforçant de détrôner Marie - Thérefe, ) La
queſtion eft ajournée après la formation d'un
comité compétent
Un membre aj blámé la fréquence des dépu
tations celle des Nantois , celle de la fection
de Mauconfeil. M. Fauchet a justifiéces pertes
del temps par les applaudulemens prodigués ,
quoique défendus, De longs brouhahas & l'ordre
du jour ont encore amené une députation , qui
s'eft dire l'organe de 30,000 invalides difperles
fur la furface du royaume. Elle asprié l'Allem
blée de nommer un rapporteur qui fe concerte.
avec M. Dubois de Crance , pour rendre compte
du stravail qu'avoit fait pour eux ce vertueux
citoyen dout crlui qui portoit la paroleva empruntébienfyiq
& loué la pyreré il a dir que
cer rapport ésoita d'ordre du jaub , & qu'on
l'auroit lu à la fin de ſeptembre « fans l'incident
que fit naître M. l'abbé Maury , tróp habitué à
confumer en inutiles difeullions de temps pré-
J
量
cieux
-( 241 )
cieux deftiné aux affaires publiques » . On rit
on applaudit , le préfident répond , & la pétition
colective & par-la inconftitutionnelle eft renyoyée
au comité futur .
2 on ne
Ennemi des interruptions , un membre a d'abord
annoncé qu'il n'auroit raifon que par les raifons ,:
& qu'en refufant d'écouter les raifons
fauroit pas s'il a raiſon ; enfuite il a propofé des
melures.« propres à purifier les opérations de
l'Aiſemblée des défauts qui les ont jufqu'ici un,
peu maculées , défauts inféparables de l'appren-,
tiffage légiflatif , qui écartent de nos délibérations
la bonne odeur de l'opinion publique .)
Il a dit que la fagefie eft la première , la feconde
, la troifième qualité des législateurs , & il.
a fini par jurer de n'interrompre jamais perfonne.
Son exemple n'a pas été contagieux .
M. Fauchet voyoit le nerf de la difcipline
dans le droit du préfident de rappeller à l'ordre ,
& dans le droit de l'Alfemblée d'y rappeller le
préfident. Quelqu'un cherchoit le moyen de con--
tenir les geftes de fureur. Des cris , des huées ,
des débats infignifians , des reproches de s'y ar-:
rêter , fuivis d'applaudiffemens & d'eclats de
rire , l'annonce d'un brûlement de 11 millions
d'affignats , les hommages de l'évêque de Paris
& de fon clergé qui viennent reconnoître humblement
à la barre qu'ils ne tiennent leurs fous
voirs & leur exiflence que de la conſtitution ;
des décrets fans nombre de paffer à l'ordre du
jeur ; une lettre adrefiée au comité colonial &
déchirée , après un décret , fans qu'on la life ;
une pétition des électeurs de Seine & Oife , ten- l
dant à réduire les honoraires jouzpaliers de nos
légiflateurs de 18 liv . à 12 liv. pétition repouffée
par l'ordre du jour..... Tels font les intermèdes
No. 43. 22 Osobre. 1791. L
( 242 )
qui ont prolongé l'adoption fucceffive des chapitres
III , IV , V , VI & VII du réglement de
police de l'Allemblée , loi qu'il feroit fuperflu
de tranferire , conforme prefqu'en tout à celui
de la première Affemblée , & dont la manière
de l'obferver nous donnera sûrement lieu de
rappeller à nos lecteurs les difpofitions les plus
importantes.
}
Le miniftre des contributions ayant énuméré
les décrets de l'Affemblée conftituante relatifs
aux impôts , & les mesures qu'il refte à prendre,
a notifié que 62 départemens avoient réparti
pour 244 mill . 123,800 l . des contributions foncière
& mobilière ; que les autres fe hâteront d'autant
plus qu'il les a tous informés des applaudiffemens
dont le corps légiflatif avoit bien voulu
honorer ceux qui s'étoient mis en règle ( quant
aux rôles ) . Il n'y a plus à repartir que 21 départemens
, tous les diftricts du royaume , &
fes quarante & quelques mille municipalités . Les
divers mémoires que le miniftre a promis , développeront
affez les détails de ces opérations ,
& les apperçus de fon rapport toujours hypothétique.
200 Dujeudi , 13 octobre..
Le directoire du département du nord écrit ,
du 6 , de Douay , que les émigrations d'officiens
font effrayantes , demande qu'on déroge aux nouvelles
loix , & que le miniftre , pour hâter le
remplacement , foit autorifé à en remettre le
föln aux officiers - généraux qui jugeroient plutôt
& mieux des fujets qui fe préfenteront qu'on ne
le ferait par la voie conftitutionnelle des élections
& des examens. Après quelques débats où l'on a
traité ce projet de forme defpotique , & où divers
((-243) )
membres s'engageoient à pourfuivre l'inobéiffance
du miniftre , il a été décrété que M. Duportail
rendra compte , dans trois jours , de l'état des
remplacemens , & enfuite de quinzaine en quinzaine.
L. M. Lambert de Toulon , citoyen actif de Paris ,
a réclamé le droit des gens en faveur des François
maltraités chez l'étranger ; fa pétition a été ajournée.
Une fociété patriotique a dénoncé le ministre
de la écrit guerre comme ayant aux commandans
des troupes de brûler les paquets envoyés d'un
corps à un autre , pour empêcher toute correlpondance
entre les régimens . Cette dénonciation
n'a produit que du bruit.
Nos législateurs auroient perdu bien du temps
encore en motions déccufues , avant de s'accorder
pour la formation des comités , & d'en mettre
l'ouvrage en train , fi M. Camus n'eût tracé un
tableau de l'inftitution & des travaux tant achevés
qu'interrompus des comités de l'Affemblée conftituante.
« Il fera , difoit M. Vergnaud , le fil
qui nous dirigera dans le labyrinthe des bureaux
dont elle avoit été forcée de s'environner , & dans
les mines fécondes... d'inſtruction qu'elles nous a
laiffées ». On en a fait la lecture .
Ces notes générales & particulières de M. Camus
prennent chaque comité dès la naiffance , le
fuivent jufqu'à la fin ou au 30 feptembré. Noust
n'en citerons que les traits les plus remarquables.
M. Camus y recommande beaucoup une combinaifon
des papiers de MM. Aubry Dubochet , &
de Cernon , pour la confection d'un dictionnaire
géographique du Royaume échiqueté comme
il l'eft depuis la nouvelle divifion ; & les cartons
du comité des domaines , préfidé par M. Cochon
contenant a-t- il dit : ce des découvertes qui
L &
·
(244)
pourroient produire deux ou trois cents millions
au tréfor national , fi elles étoient ſuivies avec
quelque foin... Les rapports que ce comité a
fait .... indiquent la route ».
Quant au comité d'aliénation des biens natienaux
, M. Camus nous a révélé qu'il s'eſt gliffé
des fautes dans les chiffres 3: calculs , dans les
états des biens vendus aux municipalités , même
dans les expéditions portées à la fanction . Au
refte , il expofe les motifs de créer ou de ne
pas créer des comités analogues à ceux dont il
fait bien plus l'éloge que la peinture , & dont il
compte mieux les cartons , les livres , qu'il ne
caractérile les opérations & l'efprit. Ses notes cependant
démontrent , fans l'énoncer , une grande
vérité , c'eft qu'un Affablée légiflative adminiftre
prefque tout dès qu'elle a des comités organiles
de la forte , ou que ce font eux qui
règnent.
Une députation du tribunal de cafation vient
offrir fon hommage aux législateurs & leur dire :
« Vous avez à donner à la France une attitude convenable
àfa puiffance, &c . » Le préfident a répondu
« quepour qu'un empire foit bien ordonné, la puiſfance
doit être dans les loix & jamais dans les
hommes , &c. » De ces hauteurs oratoires , où
l'on ne s'entend guère , redefcendue au mécha
nifme des comités , l'Aſſemblée a modeftement
cherché l'avenir dans l'hiftoire du paflé,
Au travers d'inénarrables débats , des clameurs
de M. Girardin contre les lettres - de- cachet dont
il a prétendu que les effets duroient encore ; de
M. Garran de Coulon qui foutenoit que plus les
membres des comités feroient nombreux «plus ils
mépriferoient l'Affembléc. » ; qui préféroit « l'efprit
philofophique de quelques membres à l'efprit
( 245 )
routinier des légiftes» ; des motions de réunir , de
divifer , de fubdivifer ; des mots : légiflation , ju
rifprudence , légiflation judiciaire , dangereufe dic
tature ; des demandes d'un comité de furveillance ,
de comptes rendus , d'examen des anciens comptes,
entr'autres de celui de 45 millions de farine qui
n'ont donné que 1,800,000 liv .... des brouhahas
des cris : à l'ordre dujour, & des préalables ; l'Afemblée
a décrété qu'il y aura un comité de divifion
, un comité de légiflation civile & crimi
nc! ; que quatre commiffaires rendront compte
des mesures prifes relativement aux lettres- decachet
. Le comité de finances eft fupprimé ; mais
for la propofition de M. Condorcet , & pour fim-,
plifier , on y fubftituera fept comités ; 1º . un coraité
de liquidation ; ° . un comité de comptabilité
; 3 °. un comité des monnoies ( que M. Condorcer
confidère ici comme moyens de paiement &
non par rapport au fyitême monétaire ) ; 4° . un
comité des dépenfes publiques ; 5º . un comité
des contributions publiques ; 6° . un comité de
la réforerie nationale ; 7º . un comité de la caiffe
de lextraordinaire .
La trifte nouvelle de plufieurs maifons brûlées ,
& de plus de 700,000 liv . de dommage , dans le
diftrict de Bourbonne , a provoqué des motions .
de fecours , qui en ont attiré beaucoup d'autres ;
il fera nommé des commiffaires pour examiner ces
pétitions.
Du vendredi , 14 Octobre.
Des pétitions & la nomenclature des comités
ont abforbé toute la féance.
M. Lequinio , indigné que le Mercure Univerfal
hui ait prêté une phraſe abfurde. « Je me
tiendrai ferme à cette tribune comme un pilote
fur un rocher , auroit defiré qu'on prit des
L 3
( 245 )
mesures pour que les journaliſtes ne lui fiffent plus
dire des balourdifes en face de la nation ; mais
il a été interrompu par des éclats de rire .
•
Les élèves en chirurgie implorent un moment
d'audience ; des lettres lignées : Rewbell , Leroi ,
& Felix , annoncent , de la part de plufieurs
citoyens de Paris , une pérition « fur un objet
Preflant qui intéreffe l'honneur national & la
sûreté publique . Admettra-t- on les pétitionnaires
L'Affemblée conftituante les admettoit.
--- Dimanche , ou dans une féance du foit . ---
« Les circonstances font naître le befoin de pétition
, obferve M. Bazire , & l'on ne fait ni
comment ni quand viendront les circonstances. »
-- Point de féance du foir. Il eft convenu que
les pétitionnaires, en général , pourront abufer des
loisirs de l'Affemblée , chaque jour , de 9 heures
à midi ; les élèves en chirurgie feront admis
demain , les autres tout-à- l'heure,
Un fieur Berthlemot écrit à nos légiflateurs
qu'habitant l'ifle de France depuis 1775 & You
lant dévoiler les caufes de l'énormiffime dépenfe
de l'adminiftration de cette colonie , il en partic
le 23 décembre 1788 , fit nanfrage , fauva trèsheureuſement
du linge & fon mémoire , prit
terre , le 7 août 1789 , à l'Orient , accourut
Verfailles cu on lui dit : « adreffez vous à
l'Affemblée nationale , là il y a douze cents
Rois & quelques miniftres des colonies ;
que l'Affemblée le renvoya au comité des finances
, puis an comité colonial fans rien
terminer. Ce patriote ruiné offre une économie
de 3 millions par an , & de faire rentrer dans
les coffres de la nation une fomme , tour jufte ,
de 20 millions 54,483 liv. 10 fols 6 deniers.
Après deux épreuves pour favoir fi on liroit fa
,
.I
( 247 ) m
pétition , & un décret pour qu'il fût entendu
lui-même fur-le-champ , on n'a pas trouvé M.
Berthelemot , & l'on eft paffé à autre chef ,
D
C'étoit M. Dubois de Crancé qui demandoit ,
par écrit , que fes 30 ans de fervice & fon infcription
dans la garde nationale à l'époque où
l'Affemblée conftituante vint à Paris , le mettent
aux droits de ceux qu'un décret appelle à cond
courir pour les places d'officiers fupérieurs s'ils
ont fervi dans la garde nationale dès fa formation.
Un nouveau décret a déféré les mêmes
avantages à tous les ex- légiflateurs enrégimensés,
gardes dans le mois de la tranflation de l'Aflenablée
conftituante à Paris , qu'ils aient ou non
fervi 30 ans comme M. Dubois de Crancé qui ,
peu après a demandé, par une feconde lettre, qu'on
l'admit à la barre ; ce qu'un décret lui a refuſé ,
malgré la protection de M. Fauchet.
a
Des citoyens font venus folliciter l'abrogation
de la loi qui fait des ci - devant gardes françoiles ,
depuis gardes nationales , les derniers régimens
des troupes de ligne . Cette loi réfilie les obligations
contractées envers eux par la commune.
de Paris . « Sans leur héroïque, infurrection
dit l'orateur , Paris ne feroit qu'un amas de
ruines , fur lesquelles s'éleveroit encore la Baftille.
affreufe qu'ils ont conquife ... Vous vous emprefferez
de prévenir le reproche d'injuftice &
d'ingratitude... Vous aurez près de vous 1200 .
braves de plus prêts à mourir pour vous. L'ajour
nement & l'ordre du jour.
On a rendu compte des incendies de Bour ,
bonne & de Satray . L'un a confumé 69 maiſons ,
& les récoltes , l'autre 56 mailons & tout ce
qu'elles renfermoient . MM. Breard , Goupilleau.
& de Vaublanc renvoyoient les malheureux au
L44.
( 248 )
miniftre , de peur que Affemblée n'adminiftrât;
en leur a répondu que le miniftre faifoit le found.
L'Aſſemblée a décrété 25 , coo livres de fecours
provifoire pour les deux endroits . Alors a recomunencé
la difcuffion fur les comités .
M. de Vaublanc avoit d'abord demandé qu'un
comité de révifion revisât les comptes des finances
; M. Bagire avoit craint de voir renouveller
la motion de M. l'abbé Maury & le fcandale des
placards rendez- nous vos comptes ; le préopinant
s'étoit rabattu fur les dernières explications de
M. Anfon... Le tefte n'a offert qu'une difpute
de mots , puifque nommer des comités , ce n'eſt
nullement les organifer. Pour n'avoir pas l'air
de fe trainer dans les ornières tracées par le
corps législatif conftituant , on a divifé , dépiacé ,
changé les noms , gardé le fond , fubftitné le
mot fecours à celui de mendicité qui paroificit
à M. Garran de Coulon « tenir en peu à la coufervation
de la chofe ; fupprimé les comités des
recherches , eccléfiaftique & des dîmes , rem-'
placé le premier par un comité de pétitions , &
renvoyé les effets mobiliers des églifes & des
couvens au comité des domaines ; la circonfcription
des paroiffes au comité de divifion . Les
fondations & fabriques au comité des domaines ;
les dîmes inféodées au comité féodal , &c .
M. Merlin a prouvé la néceffité d'un cómité
diplomatique par celle de bien connoître notre
fituation avec les puiflances étrangères « qui ne
voient pas fans chagrin l'aurore de la liberté ſe
lever fur l'univers » ; par l'obfervation ( fauffe )
que la Hollande feule a jufqu'ici reconnu la
conftitution Françoife ; & par la piquante ancedate
de felles & houffes aux armes du Roi , &
d'uniformes de gardes- du- corps , arrêtés ( a -1-
( 249 )
לכ
il dit ) près de Thionville , adreffés à M de
Vergennes , miniftre plénipotentiaire à Coblentz ...
« Ce qui rend indifpenfable d'approfondir les relations
de M. de Montmorin dont il faut qu'on
fache le fecret .. » Voici la lifte des comités confervés
ou appellés à l'existence aujourd'hui , pour
donner au pouvoir exécutif toute fon activité
conftitutionnelle : un comité d'agriculture , un
conité de commerce , un comité féodal , un
comité militaire , un comité de marine , un
comité des domaines , un comité diplomatique ,
un comité des colonies , un comité de fecours
Publics , un comité d'inftruction publique , & er fin
un comité des pétitions qu'un membre aurcit
voulu fuppléer par douze comités de furveillance .
Du famedi , 15 octobre.
D'après la loi de la veille , qui admet les pétitionnaires
, depuis la lecture du procès- verbal
jufqu'à midi , les commiffaires de 48 fections de
Paris font venus demander la confervation de
leurs canonniers , un infticuteur pour chaque compagnie
, & la faculté pour tous de parvenir aux
grades
, récompenfes & retraites décrétés en
faveur des citoyens qui fervent la patrie , un
faitement actuel provitoire , & des témoignages
d'eftime pour ces défenfeurs de la nation « en la
perfonne des Parifiens & de l'Affemblée nationale .»
Un pompex début fur la révolution « cu la
chaîne même des efclaves a terraffé les tyrans » ,
a conduit l'orateur à dire « Tous les citoyens
» de l'empire , vengés par la conftitution , font ,
" parelle , inftinés légiflateurs.. Jufqu'à l'époque
» où la raifen aura achevé de foumettre tous
» fes ennemis , les inftrumens de fon culte feront
" encore des armes , des canons ... Chaque bataillon
cut fes canons enlevés à la tyrannie....
ן כ
Los
( 250 )
ככ
"
ils demandèrent pour inftituteurs des canon
niers de profetion ... On oppofa la dépense
» comme fi la défenſe de la liberté étoir comparable
à aucun prix ... comme fi la volonté
expreffe de la majorité des citoyens n'étoit pas
→ un confentement à cette contribution nécef-
» faire , ou plutôt comme fi ce confentement
» n'étoit pas , pour les adminiftrateurs , l'ordre
» abfòlu de la volonté générale... Nous décla-
» rons , au nom des citoyens de Paris ', qu'aucun `
» ordre , aucune loi , aucune puiflance ne pourra
» les arracher de leurs canons . »
On auroit eu lieu de remarquer les fauffes
idées que ces pétitionnaires fe forment de la
conftitution qui n'érige ni tous les citoyens en
législateurs , ni le voeu du petit nombre des citoyens
actifs des fections d'une ville, en ordre abfolu
de la volonté générale . M. Robecourt a defiré que
l'Affemblée défapprouvât la déclaration de n'obéir
à aucune puiflance . M. de la Cépède n'y a vu
qu'un grand attachement à des devoirs . La députation
a reçu du préfident la promeffe qu'on
s'occuperoit d'elle , & les honneurs de la féance .
Les felles & houffes arrêtées près de Thionville
, ont été l'objet d'une fettre politico-munis
cipale , adreflée aux députés de la Mofelle . Ils
font priés d'informer l'Affemblée qu'on enlève
un tas de chofes précieufes de la France , peutêtre
du garde- meubles de la couronne , pour
l'étranger ; que les officiers émigrans débauchent
les foldats , volent leurs propres chevaux à la
nation ; que la maifon du Roi fe førme à Cobler tz ,
an-deffas de la force ordinaire ; que nous ferons
attaqués inceffamment ; que l'alarme eft dans le
pays , les frontières étant mal déferdues ; que
les prêtres , les moines , les ariftocrates eſpèrent
( 251 )
être rétablis ; que nous fommes fortemeng trahis.
La conclufion eft de mieux veilier à la défenſe ,
& d'arrêter l'exportation.
ɔɔ
Quelqu'un blamoit ces municipaux d'intervertir
la hiérarchie des pouvoirs » en s'adreffant à
l'Affemblée . M. Goupilleau s'eft mis à crier de
toutes fes forces : «la patrie eft en danger...
contenez les prêtres... croyez moins à des miniftres
qui ne difent pas la moitié de ce qu'ils
favent... faites vous refpecter au dehors ... Y
parviendrez -vous en ne vengeant pas la nation
infultée dans la perfonne de M. Duveyrier ? En
voyant tranquillement les puiances étrangères
ne point défarmer , accueillir nos émigrés , rebuter
nos ambaffadeurs , s'obftiner à ne recon
noître .de fouveraineté que dans le Roista . Ce
que nous avons fait , jufqu'à préfent , par genérouté
... nos ennemis l'appellent pufillanimité ..
Il a follicité « un décret jévocatif du décrec qui
révoque le décret contre les émigrans , & des
peines plus fortes contre les militaires émigrés .
כ כ
2
M. Audrain a repréfenté qu'il falloit prendre
extraordinairement des mefures extraordinaires ,
dans les temps extraordinaires , où la grande
lai , la feule loi eft la loi du falut public , vu
que dans la lettre lue , il y a de grandes lue
mières & de grandes leçons que le miniftre
d'Espagne en France eft à Coblentz , que quoiqu'on
donne pour prétexte qu'il y eft pour fa
fanté ( à Coblentz ! ) il n'y eft pas moins . Pour
ce qui eft de la défenfe d'émigrer , l'éloquent
orateur eft fcandalifé d'entendre réclamer la liberté
" Mon Dieu ! la liberté ! attendrez - vous que l'on
foit en état de vous égorger , pour crier encore
la liberté ! , . On vous menace . C'eſt évident ,
de deux chofes l'une , ou il faut qu'on étouffe la
L 6
( 252 )
liberté Françoile dans fon germe , ou il faut
que Meffieurs les defpotes de l'Europe ceffem
abfolument de tyrannir... &c. »
De pareilles citations nous en épargneront
beaucoup d'anties. - - Its font dehors ; tant
imieux , dit Mi Alby qui propofe d'envoyer des
commilaires aux frontières . De perfides murmutes
ont repouffé les lumières que M. Fauchet
auroit aufli fépandues fur ces graves questions
& ton eft parté à l'organiſation des comités qui
s'cft bornée à fixer tel nombre de membres , de
12 à 24 cm 48 , pout rei comité , proportions
purement arbitraires . Certe ennuyeufe difcuffion
où la voix des opinans s'eft fouvent perdue dans
un vacarme inexprimable , n'a offert de fingulier
que les réflexions de M. Ducos , légiflateur à
peine majeur , qui défapprouve le candidatifme ,
& prétend qu'il feroit dangereux de choisir des
membres experts dans l'état auquel fe rapportent
les loix qu'on les chargera de rédiger ; un militaire
pour les loix relatives à la guerre , à l'armée
; un négociant pour celles qui regardent le
commerce ; un avoué pour la judicature , & c.
OaDa a lu un extrait des regiftres de l'Affemblée
générale de Saint - Domingue , féante à
Léogane , du 9 août dernier , portant qu'à la
majorité de 67 voix contre 46 , elle a reconnu
fa dépendance de l'Aſſemblée nationale en ce qui
concerne les relations de la colt nie avec la mé
tropole , & qu'elle a mis tous les créanciers fous
fa protection fpéciale .
Voici tous les décrets rendus dans la féance ,
fut l'organisation des comités
1.
« Art. I. Nul ne pourra être membre , à la
fois , de plufieurs comités . »
« II. Les comités ne pourront secevoir direc-
; ad
( 253 )
tement , pour les prendre en confidération , ni
mémoires , ni adreffes , ni pétitions , mais bien
l'Atlemblée , qui renverra , s'il y a licu
comités . »
сс
raux
III. Les comités ne pourront , en aucun
cas , répondre à des demandes ou questions , ai
rendre des décifions , foit provifoires , foit définitives
. »
cc IV. Les comités feront publics pour tous
les membres de l'Affemblée . »
ce V. Il fera fait un tableau , divifé en autant
de colonnes qu'il doit y avoir de comités ; &
chacun des membres de l'Affemblée fera tenu
d'inferire fon nom ', fes qualités civiles , fon département
, fon domicile , dans les colonnes des
travaux auxquels il voudra fe deftiner , fans que
cette infcription eniporte l'affujettiffement du
choix.
و د
VI. Les membres des divers comités feront
élus dans les bureaux en un feratin de lifte fimple ,
& à la pluralité relative . »
&
I
VII.
NOM S
des
COMITÉS .
COMBI E NDurée def
de
Membres
leur no-
I
Renouvelmination
dontils feront
compofés .
lement.
Meis.
I
I
Royaume ..
civile& criminelle .
de Divifion du
i de Légiflation
1 de Liquidation . 24
24 Membres.3
Renouvellé
par le fort par
moitié 80
rééligible.
Ajourné.
Par moitié
( 254 )
rendra
I de l'examen des !
comptes .
1 des
Dépenfes publiques
1 des Affignats &
compte
124 chaque
mois de
fontravail
Idem.
Idem .
de Monnoles.
24 Idem.
Ides Contributions
publiques. 24 Idem .
1 de la
Tréforerie
nationale 12
Idem.
1 de la
Dette publique
. 24 Idem.
1 d'Agriculture &
des
communications
intérieurcs 24
Idem.
1 de Commerce
Manufactures &
Arts.
24 Idem.
1 des matières Féodales
· 12 Item.
1 Militaire • 24 3
Idem .
I de la Marine .
24 3 Idem.
1 des
Domaines. 24
3
Idem.
1
Diplomatique 12.
13 Idem.
1 des
Colonies. 12 Idim.
Ideo
Secours pu
bliss
24 13
Idem.
blique 2-4
d'éducation pu
1 des
Pétitions. . 24
r des Décrets .
Commiffafres-
Infpecteurs de la
falle
Secrétariat & de
12 Infpecteurs du
l'Imprimerie .
• 12
1
Ajourné à 6
mois.
Par moitié
Idem .
Idem .
Idem.
2
( 255 )
MM . Cerutti , Garran de Coulon & François
de Neufchâteau lont les trois fecrétaires que le
fort a défignés pour être remplacés .
Du Dimanche , 16 octobre.
On a fait lecture d'une feconde lettre de M.
Dubois de Crancé qui demande à l'Affemblée nationale
d'expliquer fon décret du 14 , en faveur
des anciens députés infcrits dans la garde natio
nale. De longs débats , pleins de clameurs , d'efprit
de parti , de faltidieufes redites , & vides
d'intérêt , n'ont amené que l'ordre du jour,
1
2
La difcufiion s'eft encore engagée fur les felles &
houffes , arrêtées par les municipaux de Sierck ,
malgré l'ordre de laiffer paffer du diſtrict de
Thionville. MM. de Vaublanc & Lacroix réclamoient
la hiérarchie théorique des pouvoirs ?
d'autres obfervoient qu'un décret ayant rendu
l'exportation libre , c'étoit doublement autorifer
la défobéiffance que d'accueillir la dénonciation
de ces inunicipaux. M. Coutien a qualifié de pareils
principes d'épouvantables. « Les effets faifis ,
a-t-il dit , font empreints des armes pouvoir
exécutif. Si vous lui renvoyez les
tons
il n'y aura certainement aucune justice ». -- Quell
ques métaphyficiens crioient renvoyez- les à la
LOI. -- « Comment peut - on , difoit M. Bazire ,
renvoyer, pour avoir juftice , à celui dont on croit
avoir à fe plaindre ? » --- On a reproché à M. Baqire
qu'il attaquoit le pouvoir'exécutif, il a répon
du :«je ne parle pas de lui , mais des effers qui
unt paru fufpects à la municipalité de Sieick
Des felles & des houffes occupoient les légif
lateurs de la France depuis affez long- temps pour
que le peuple en eût déja payé la valeur en frais
de féance. Un membre a jugé que les principes
( 256 )
cc
de M. Coutton , le procédé municipal & cette
incroyable difcuffion , étoient ce qu'on pouvoit
imaginer de plus inconftitutionnel . « Si vous improuviez
la municipalité de Sicrck , s'eft écrié
l'ex capucin M. Chabot digue vicaire de M.
Grégoire , je vous propoférois d'improuver auffi
la municipalité de Varennes , parce que c'eft
contre la loi qu'elle empêcha le départ du Roi »...
De viplens murmures ont augmenté la dégoûtante
confufion de ces débats .. Prohibera- t- on la
fortie des armes & des chevaux -- Enfin , atterdu
que le propriétaire des effets failis , à la voie
des tribunaux , la préalable a tranché toutes les
difficultés , jufqu'à de nouvelles plaintes aufli peu
légales.
M. Garran de Coulon a propofé de charger
des commiffaires de rédiger une adreffe aux François
& même aux étrangers , pour les inviter à
concourir de leurs lumières à donner à la France
la meilleure légiflation poffible ; & de voter des
remercimens à un citoyen Anglois , nommé Jérémie
Bentham , ami des révolutions , auteur , a-t-il
dit , d'un excellent ouvrage fur la légiflation de la
France. Quelqu'un a eu beau proteíter ingé
Quement que le plus grand nombre des auditeurs
m'avoient pas lucet excellent live , d'oifcufes
difcuffions ont abouti à décréter le renvoi du tout
au futur comité de législation .
Le miniftre de la guerre a préfenté l'état des
emplois d'officiers vacans , & des remplacemens
effectués. Dans l'infanterie 1468 places abandonnées
font parvenues à fa connoiffance ; il
en a rempli 598,; dans la cavalerie , il compte
464 emplois vacans , & 296 remplacemens ;
total 1,932 places quittées , 764 remplies , &
( 257 )
1,200 à remplir encore fi la déferrion - s'arrête ,
ce qui ne lui paroît pas probable. Or , il n'a fallu
que deux mois pour remplacer 800 officiers
1,200 exigeroicnt trois mois ; mais on entendoit
mil les décrets ; à préfent tout eft bien plus
facile ; quatre ou cinq femaines fuffront , à fuppofer
que l'émigration ne défaffe pas l'ouvrage
mefure qu'il avancera . Tels font les expreffions
du ministre , dont le rapport feia foumis à l'expérience
du comité militaire , dès qu'il y aura un
comité inilitaire .
On eft retombé fur les émigrans . M. Gouvion
provoquait des peines , à compter de l'amnifties
les motions s'enchevêtroient comme toujours.
La queftion eft ajournée à jeudi . Quelqu'un a
demandé l'impreffion de l'état nominal des remplacemens
; & M. Taillefer celle de la lifte des
officiers émigrés. MM. Kouillere & Quefnêt ont
appuyé cette motion ; M. Quefnét , en appellant
les officiers émigrés marrons , propofcit de s'emparer
de leurs biens , pour les préferver du pillage
; fans doute , la même figeffe auroit mis
leurs familles en prifon de peur qu'on ne les
égorgeât. M. de Vaublanc alluroit qu'une lifte
imprimée cauferoit des malheurs dans les dépar
temens. M. Girardin a noblement invité l'Affemblée
à ne jamais adopter des mefures de
profcription ..... Mais des notions inconfidérées.
deviennent des germes de crime , que les folliculaires
sèment fur toute l'étendue du royaume .
Du moins l'Affemblée a- t- elle décrété qu'il n'y
avoit à délibérer fur aucune des deux liftes .
Ainfi s'eft terminée la première quinzaine d'une
feffion qui coûte déjà le montant des contributions
de plus de cent villages , & qui n'a produit que
7258 )
des ajournemens & des projets de comités effentiellement
oppofés à ce que la conftitution a
eependant nommé la monarchie.
L'une des
conféquences de
l'acceptation
du Roi, qu'on a prophétifées avec l'étourderie
ou la mauvaiſe foi , ordinaires , a été
cette démarche , &
fpécialement la forme
que
que des Intriguans ont condamné Sa Majeſté
lui donner ,
défarmeroit toutes les Puiffances
, en obligeant l'Europe à reconnoître.
la
Conftitution
Françoife , & à
fanctionner
la
Révolution. Les Gazetiers dévoués à ce
Parti corrompu que les
Républicains ont
nommé
Ministériel , ne
tariffoient pas fur
l'évidence de la liberté pleine & entière
du
Monarque, & fur
l'empreffement de
P'Univers à refferrer fes liens avec la Monarchie.
C'étoit- là une des
innombrables
illufions , par lefquelles des homines qui
ne les partagent point , épaiffiffent la cataracte
fur les yeux du Peuple.
Ces Couriers , porteurs de
l'acceptation
Royale à toutes les Cours de l'Europe ,
ces Couriers qui devoient revenir avec
la foumiffion des Puiffances aux Décrets de
l'Affemblée
conftituante font en effet de'
retour.
La Cour de Madrid a nettement déclaré
qu'elle ne ceffoit de voir dans le Roi de
France un prifonnier , & qu'elle ne regar(
259 )
doit point fon acceptation comme valide.
Elle à interdit toute communication avec
le Miniftre des affaires Etrangères , à M.
d'Yriarte , fon Chargé d'affaires à Paris
& M. le Comte de Florida Blanca a fignifié
à M. d'Uruubize , Chargé d'affaires de
France à Madrid , qu'il ne le recevroit
fous aucun caractère public.. A
La réponſe du Roi de Naples eft encore.
ignorée ; on ne doute pas , fans doute , de
fa conformité avec celle du Roi d'Efpagne.
Le Roi d'Angleterre s'eft expliqué par
un compliment très fuccinct & infignifiant ,
où il ſe borne en deux mots à des voeux
pour Louis XVI & pour fa Famille .
L'Empereur d'étant point encore de retour
à Vienne , fon opinion performelle
n'eft pas officiellement connue , mais M.
de Noailles , a reçu , en attendant , du
Prince de Kaunitz , une déclaration fèche
qui peut faire préjuger combien peu la
réponſe de S. M. I. s'écartera du fens
de celle du Roi d'Efpagne , quoiqu'à fon
exemple , Elle ne fonge point à s'armer
contre la France. 2
M. de Mouftier , de retour à Paris depuis
Dimanche , a entretenu le Roi de Pruffe
de l'acceptation , & a laiffé ce Monarque,
à ce qu'on affure , dans des difpofitions
touchantes envers le Roi de France , amicales
envers la Monarchie , mais éloigné
( 260 )
'de reconnoître la liberté d'un Acte que
Louis XVI a dû figner fous peine du détrô“
nement.
LL. HH. PP. les Etats - Généraux des
Provinces Unies , ont écrit le 4 de ce
mois en ces termes à Sa Majefté Très-
Chrétienne :
SIRE ,
« Nous avons reeu ia Lettre que Votte Majefté
nous a fait l'honneur de nous écrire en date
du 19 du mois paffé , & par laquelle Votre
Majefté a bien voulu nous informer qu'elle s'étoit
déterminée à accepter l'Acte conftitutionnel que
l'Affemblée Nationale avoit décrété , & venoit
de préfenter à Votre Majefté. Nous fomines,
très -fenfibles à la nouvelle marque d'amitié &
de bienveillancé que Votre Majefté nous donne,
en nous faifant part de cet événement , & noas
nous hâtons de lui en faire nos remercimens .
Nous faififfons avec emprcffeinat cette occa
Lion , comme toutes celles qui le préfenteront
pour témoigner à Votre Majefté le vif intérêt
que nous prenons à tout ce qui concerne fen
augufte Perfonne , ainfi qu'au bien - être & à la
profpérité de la Monarchie Françoife . Nous avons
éprouvé la plus grande fatisfaction en retrouvant
dans la Lettre de Votre Majefté , l'affurance de
fon defir de rendre de plus en plus înaltérables
Tes rapports qui fubfiftent entre elle & notre
République ; & comme nous fommes animés .
des mêmes fentimens , nous mettrons de notre
côté tous nos foins à cultiver ces relations , &
à cimenter de plus en plus les heureux liens
qui unident la Nation Françoiſe à la nôtre .
Sur ce , &c. »
า
( 261 )
Non feulement , on ne trouve dans
cette lettre aucune mention de la Conftitution
Françoife , ni de l'Affemblée Nationale,
dont on ne parle qu'en rappellant
les expreffions même du Roi ; mais on
y découvre le but affecté, de paffer
P'une & l'autre fous filence. LL. HH . PP.
écrivent à Louis XVI , dans l'efprit , dans
le ftyle accoutumé ; leur dépêche pourroit
être antérieure de fix ans : elles ne reconnoiffoient
alors que le Roi ; les fentimens
qu'elles témoignent aujourd'hui font exclufivement
perfonnels à ce Prince malheureux.
C'eft lui feul que les Puiffances confidèrent
; lui feul qu'elles avouent. Si la
Nation refte encore un moment au rang
des Etats politiques , fi fes rapports avec
Europe ne font pas totalement fufpendus ,
c'eft à Louis XVI feul qu'elle le doit. Il eft
important qu'elle fe pénètre de cette vérité,
Qu'elle tranfporte donc à ce Monarque ver
tueux , fi indignement & fi long- temps tyrannifé
, le tribut de reconnoiffance que lui ont
ravi fes Oppreffeurs ; qu'elle fachque , fans
le refpect que l'Europe porte encore au Roi
de France , & à la force invincible de fes
droits légitimes , la Monarchie feroit féqueftrée
du refte des Nations , & fes Ambaffadeurs
par- tout abandonnés à la nullité
& au mépris.
Rien de moins certain que le rôle
( 262 )
qu'on leur laillera , M. Genet , Chargé d'affaires
à Pétersbourg , a compromis la
dignité de la Nation , en ne profitant
point de l'avertiffement qu'il avait reçu
du Chancelier d'Offerman. Il a forcé le
Miniftre à lui défendre , tout haut , en
prélence du Corps Diplomatique , de pas
roître devant l'Impératrice. M. Genét , dont
les propos n'ont pas réuffi , a fait une espèce
de mémoire , ou de proteftation , dont
M. de Montmorin a reçu copie fans en faire
ufage. C'eſt un pofte bien délicat , même
pour M. Genêt , que celui de Charge
d'affaires auprès d'une Cour qui n'entend
pas raillerie.
Dans peu de jours on aura la notice
des réponfes officielles de toutes les
Puiffances; mais il feroit abfurde d'imaginer
, qu'aucunes d'elles reconnoîtra jamais
la Révolution , la Conftitution , ou ,
en d'autres termes , leprincipe & les moyens
qui les ont produites. Nous rendrons cette
vérité plus fenfible , en traitant , la femaine
prochaine , des projets qu'on attribue aux
Souverains ; examen que nous différons de
huit jours , parce qu'il aura dans huit jours
des bafes encore plus folides .
M. de Mouflier a refufé le Ministère des
affaires étrangères ; depuis fon arrivée , on
travaille à vaincre fa réfiftance . Elle ajoute
àl'éloge qu'on fait des connoiffances , des
1
1263 )
a ré
principes,& ducaractère de ce Miniftre . Mais
en fuppofant qu'il cède à fa première nomination
, il n'eft pas sûr que les intrigues des
Factieux permettent au Roi de la confirmer.
On a débité que l'Electeur de Saxe ,
en recevant par M. de Fezenzac , les
dépêches de M. de Montmorin
pondu qu'il étoit impoffible que le Roi ,
en liberté , pût adopter le galimathias de
la Conftitution. A cette qualification , que
répètent malheureufement les Républicains
expérimentés , & tout ce que l'Europe
compte de Publiciftes éclairés , l'Electeur
a ajouté , dit-on , que la meilleure preuve
de la conftante captivité du Roi de France
, étoit la néceffité où il fe trouve de
recevoir les d'Orléans , les Barnave , les
Lameth. On peut conferver des doutes fur
la réalité de cette réponſe , qui ne nous eft
parvenue par aucune voie authentique .
L'avis des ordres donnés dans la Flandre
Autrichienne pour reconnoître le Pavillon,
National , eft parvenu ici par le Conful de
France à Oftende ; mais ni le Roi , ni le Miniftre
n'en ont reçu la communication officielle
, foit du Cabinet de Vienne , foit du
Gouvernement des Pays- Bas. Cet oubli confirme
le peu d'importance de cet incident,
qui tranfportoit d'alegreffe tous les imbécilles
de la rue Vivienne , & leurs auxiliaires
les Gazetiers.
Les Miniftres , effrayés enfin des progrès
( 264 )
toujours croiffans de l'émigration , viennent
de lui oppofer le nom du Roi dans
l'efpoir'd'en arrêter le cours. Voici la lettre
adreffée par le nouveau Miniftre de la Marine
, aux Officier de mer.
Lettre du Roi aux Commandans des Ports.
De Paris , ce 13 Octobre 1791 .
« Je fuis informé , Monfieur , que les émi
grations fe multiplient tous les jours dans le
Corps de la Marine , & je ne puis pas différer
plus long- temps de vous faire connoître combien
j'en fuis vivement affecté . »
« Comment le peut- il que des Officiers d'un
Corps dont la gloire m'a toujours été fi chère ,
& qui m'ont donné dans tous les temps les
preuves les plus fignalées de leur attachement
& de leur zèle pour le fervice de l'Etat , fe
foient laiflés égarer au point de perdre de vue
ce qu'ils doivent à la Patrie , ce qu'ils doivent
àmon affection , ce qu'ils fe doivent à eux-mêmes-? »
Ce parti extrême eût paru móias étonnant
il y a quelques mois , quand l'anarchie fembloit
être à fon comble , & qu'on n'en appercevoit
le terme
. »
pas
Mais aujourd'hui que la majeure & la plus
faine partie de la Nation veat le retour de l'ordre
& de la foumiffion aux Loix , feroit-il poflible que
des généreux & fidèles Marins fongeaffent à ſe ſéparer
de leur Roi ? »
Dites - bien à ces braves Officiers que j'cftime ,
que j'aime, & qui l'ont fi bien mérité , que l'honneur
& la Patrie les appellent . Affurez - les que
leur retour , que je defire par deffus_tout , &
auquel je reconnoîtrai tous les bons François ,
tous
( 265 )
tous mes vrais amis , leur rendra pour jamais
toute ma bienveillance . »
On ne peut plus fe diffimuler que l'exécution
exacte & paisible de la Conftitution , eft
aujourd'hui le moyen le plus fûr d'apprécier les
avantages , & de connoître ce qui peut manquer à
fa perfection. »
сс
Quel est donc votre devoir à tous ? de
refter fidellement à votre pofte , de coopérer avec
moi , avec franchiſe & loyauté , à affurer l'exécution
des Loix que la Nation penfe devoir faire
fon bonheur ; de donner fans ceffe de nouvelles
preuves de votre amour pour la Patrie , & de votre
dévouement à fon fervice. >>
« C'eft ainfi que fe font illuftrés vos Pères ,
& que vous vous êtes diftingués vous- mêmes :
voilà les exemples que vous devez laiffer à vos
enfans , & les fouvenirs ineffaçables qui conftituefont
votre véritable gloire .
CC
ככ
« C'eſt votre Roi qui vous demande de refter
inviolablement attachés à des devoirs que vous
avez toujours fi bien remplis : vous auriez regardé
comme un crimè , de réfifter à fes ordres ; vous
ne vous refuferez pas à fes inftances . »
Je ne vous parlerai pas des dangers , des
fuites facheufes qu'une autre conduite pourroit
avoir ; je ne croirai jamais qu'aucun de vous puille
oublier qu'il eft François , »
Je vous charge , Monfieur , d'adreffer de ma
part , un exemplaire de cette lettre à tous les
Officiers attachés à votre Département , & particulièrement
à ceux qui font en congé. Signé ,
LOUIS. Et plus bas , DE BERTRAND.
M. de Leffart a également rédigé &
fait publier une Proclamation du Roi contre
les emigrations , en date du 14 Octobre,
N° . 43. 22 Octobre 1791. M
( 266 )
Cette pièce étant abfolument analogue à
la précédente , nous la fupprimerons pour
éviter les doubles emplois , ainfi qu'une
troifième Publication de même espèce ,
fignée Duportail, & adreffée aux Officiersgénéraux
& Commandans des Troupes de
terre. Le Miniftre de la Guerre effaie de
les retenir , & avec eux les Officiers de
tout grade , en leur faifant repréſenter par
le Roi , dans le ftyle le plus conftitutionnel,
que « S. M. ne peut regarder comme lui
» étant fincèrement dévoués , ceux qui
» abandonnent leur Patrie au moment où
» elle réclame fortement leurs fervices ;
» que c'est par erreur , que leur attache-
» ment pour fa Perfonne les a fait héfiter
>>
fur des obligations qui leur fembloient
>> incompatibles avec leurs premiers enga-
>> gemens ; mais qu'après tout ce qu'a fait
» S. M. , cette erreur ne peut plus fub-
» fifter. »
Les intentions des Miniftres peuvent être
très -louables ; & fans doute , ils croient
remplir leur devoir ; mais ils ne fauroient
le faire d'une manière plus malheureuſe ;
car la manifeftation de leur defir & l'expofé
de leurs motifs , ferviront d'aiguillon
aux Mécontens qui balanceroient encore
à émigrer. Après avoir abandonné le Roi ,
comme ils l'ont fait au mois de Juin ;
après avoir ufurpé fa place ; après s'être
fervi de fa fignature pendant fon emprifonnement
, & même pour fanctionner
( 267 )
des Décrets outrageans à fa Performe
facrée après avoir été les Agens de la
République plus de 2 mois , quoiqu'ils euffent
juré au Roi fidélité & obéiffance , comment
les Miniftres efpérent ils avoir encore
des droits à la confiance des Royaliſtes ?
Ils peuvent commander au nom de la Loi ,
& ils feront obéis toutes les fois qu'elle
aura parlé , excepté par ceux qui en ont
vingt fois juré le maintien pour avoir le
privilége de la violer impunément ; mais
des exhortations ! mais des remontrances !
Qu'ils ne fe flattent pas de les faire écouter
d'aucune claffe de Mécontens. Les Miniftres
ont appris eux - mêmes à ces derniers , à
féparer le voeu & l'autorité du Roi , du
voeu & de l'autorité de fon Confeil . C'eft
un mal irrémédiable : il dérive de la foumiffion
outrée & volontaire , où les Miniftres
fe montrent profternés depuis un an,
devant l'Affemblée , & devant les Démagogues.
De bonne foi , M. Duportail que
la notoriété publique accufe d'avoir achevé
la perte de l'armée , du fervice , de la difcipline
, par l'aggrégation des Soldats aux
Clubs , & par la protection que leurs dé
fordres ont fouvent trouvée auprès de lui
Spécialement dans l'affaire du régiment de
Beauvoifis , fe flatte-t- il de faire la moindre
impreffion fur les Officiers ? Ne voit- il pas
que fa fignature à côté de celle du Roi
détruit tout l'effet de celle- ci ?
Ma
( 268 )
M. de Leffart qui n'a pas encouru les
mêmes reproches , & qui, du moins depuis
quelque temps , a tenté des efforts impuiffans
pour le maintien de l'ordre , avertit les
Emigrans que , le Roi regardera comme
» fes vrais , & fes feuls amis , ceux qui
» fe réunirontà lui pour maintenir & faire
>> reſpecter les Loix . Cette phrafe eft véri
tablement dérifoire. Quoi les Gentilshommes
chaffés de par- tout par l'oppreffion
, & impuiffans à défendre leurs vies &
leurs propriétés , feroient respecter les Loix
en reftant dans leurs Provinces ?
Il n'exifte qu'un feul moyen de rappeller
les abfens , & de retenir les Fugitifs , c'eft
de leur garantir paix , liberté , religion ,
sûreté. Or , ce moyen n'eft pas dans la dépendance
des Miniftres. Au furplus , le mal
eft à fon comble , & l'émigration continue
avec fureur: de toutes parts , on le précipite
vers les frontières : des Gentilshommes qui
ont à peine 600 livres de revenu partent à
pied. Plus de 600 Officiers de Marine font
fortis du Royaume , & parmi eux des
Commandans de Ports d'un âge avancé ,
tels que MM. d'Hector & de Soulanges.
On affure qu'il ne refte plus que trois Officiers
dans le Département de Rochefort.
Dans l'armée de terre , les Majors , les
Lieutenans -Colonels , les Capitaines commandans
fuivent aujourd'hui la trace des
Lieutenans il paffe encore nombre de
( 269 )
le
Bas Officiers . L'Artillerie commence
auffi à éprouver des pertes , ainfi que
Génie. Quiconque réfléchira au caractère
National , fera convaincu de la difficulté
d'arrêter cette épidémie . La tyrannie , la
crainte du déshonneur , & l'imitation ; voilà
trois mobiles que renforceront encore les
Décrets violens dont l'Affemblée menace
les Emigrans .
M. de Montefquiou a répondu aux Notes
préliminaires de M. Bergaffe , avec la dureté
qu'on n'attendroit pas d'un Homme de
Cour , mais conforme au caractère d'un
Courtifan qui a abaiffé fa hauteur devant
le fceptre de la multitude. Quoique M. de
Montefquiou ait étayé fa brochure d'un
éloge de fes vertus paffées , préfentes &
futures , inféré dans le Journal de Paris ,
on croit bien que ni la brochure , ni l'éloge
ne peuvent défarmer un homme comme
M. Bergaffe. Il eft paffablement curieux de
voir dans ce duel , M. Bergaffe affublé
par M. de Montefquiou , des livrées de l'A
riftocratie , & M. de Montefquiou jouer ici
le rôle d'Ami du Peuple. En attendant le
dénouement de cette mafcarade , voici la
Replique de M. Bergaffe . Nous extrairons
fes Notes par la fuite , ainfi que la réponſe
de M. de Montefquiou , & le joli Mémoire
de ce dernier fur les Affignats.
« Je viens de lire , Monfieur , la réponſe que
Vous avez faite aux obfervations préliminaires
M
3.
270 )
que j'ai publiées fur vos mémoires en finance .
Je n'ai pas étéfurpris du mauvais ton qui règne
dans cette réponſe . Il y a long-temps qu'on affure
qu'un homme d'efprit fait les rapports que vous
prononcez à la tribune ; & vous me prouvez trèsbien
aujourd'hui , que ce n'eft pas cet homme
d'efprit qui fait toutes vos oeuvres . »
« Je ne puis qu'être infiniment fatisfait de
l'engagement que vous contractez, de repliquer
à tout ce que je pourrois écrire contre vos mémoires
; mais pourquoi , Monfieur , en contracant
cct engagement folemuel , prenez- vous l'attitude
de la peur? pourquoi vous ménagez-vous
par des inculpations peu fenfées contre moi , mais
très-propres à vous concilier d'avance la faveur
populaire , le moyen de vous taire fi cela vous
convient , le moyen de m'empêcher de parler ,
fi cela vous convient encore ? »
« Vous ufâtes de cet heureux artifice lors
de la fameufe affaire des affignats . Mes objections
parurent alors fi preffantes à vos amis &
à vous ( car à cette époque on difoit que vous
alliez à la fortune , & vous eûtes beaucoup d'amis )
qu'il vous parut plus facile de me dénoncer à
la vengeance du peuple , que de répondre à mes
raifonnemens . »
« Je n'ai point oublié l'homélle que vous
adreflâtes dans le temps aux Provinces. Vous
m'y fignaliez , ainsi que tous ceux qui avoient
le malheur de n'être pas de votre avis , comme
un ennemi de la liberté ; & tel fut votre inconcevable
afcendant , que ce fimple fignafement
fuffit pour ôter à mes raifonnemens toute
leur force , pour faire oublier le courage avec
lequel j'avois fervi la caufe de la liberté , dans
des circonstances où vous aimiez encore à vivre
( 271 )
des profits de la fervitude , & fur- tout pour
détourner les regards de cette Nation aveuglée
du tableau des malheurs que je lui traçois 3
tableau , il faut bien que vous en conveniez ,
Monfieur , qu'une cruelle expérience n'a que trop
juftifié .
כ כ
« Vous réuffites donc pleinement à cette époque :
la pauvre raifon dont je me déclarai l'apôtre ,
fut milérablement éconduite . Graces à vous ,
la France échangea gaiement fon argent contre
du papier ; & le Peuple , fubitement transformé
en Créancier de l'Etat ( 1 ) , eut la bonhomie
de prendre cette qualité de Créancier pour un
droit nouveau , pour un accroiffement de Souveraineté.
»
сс
Aujourd'hui , Monfieur , c'eft encore avec
les mêmes armes que vous entrez en lice , »
« J'avois cru fottement que l'Affemblée convoquée
pour la reftauration de nos finances
auant que pour l'établiffement de notre Conftitution
, devoit au moins à fes fucceffeurs un
éta raifonné & publiquement débattu de la
fituation de nos affaires . » 2
« Il m'avoit paru en conféquence que je ferois
quelque bien , en l'invitant à ne pas mettre ce
devoir important au nombre des omiffions légères
que la grandeur des occupations dont elle
( 1 ) L'opération des affignats n'a produit autre
chofe que le tranfport des créances d'une certaine
claffe d'hommes , enrichis par les profits ufuraires
qu'ils avoient fait avec le Gouvernement
fur toutes les claffes du Peuple ; & on a eu l'impudence
de foutenir qu'une telle opération foulageroit
le Peuple.
M 4
( 272 )
s'étoit furchargée , pouvoit faire trouver excufables
. »
« L'Affemblée n'a pas abfolument penfé comme
moi . Des comptes étcient difficiles à rendre ;
mais des mémoires qu'elle ne garantiroit pas ( 1),
& qui fuffiroient pour perpétuer l'illuſion du
Peuple , étoient faciles à préduire .
ן כ
« Il a donc été convenu que ces mémoires
feroient rédigés , & que vous les prononceriez
à la tribune ; & puis , fi quelqu'un s'avifoit d'en
prendre de l'humeur on a encore très - prudemment
arrêté qu'on le transformeroit en arif
tocrate , ce mot aristocrate fignifiant , comme
on fait tout ce qu'on veut lui faire fignifier
& fi je ne me trompe , devant fervir avant pou
( pour rendre fans doute notre délibération plus
facile ) à qualifier tous les créanciers de l'Etat
comme il a fervi dans l'affaire des affignats à
qualifier ceux qui ne vouloient pas le devenir . »
ce Vos mémoires ont donc été prononcés avec
le fuccès d'ufage qui accompagne toutes vos pro
ductions publiques. »
I
לכ
« Je les ai lus , car il faut bien vous lire , quand
on n'eft pas tout-à- fait indifférent aux deſtinées de
fon pays . J'ai cru remarquer , pardonnez - moi
( 1 ) M. Malouet a demandé à l'Aſſemblée qué
du moins , puifqu'elle ne vouloit pas permettre
la difcuffion fur les mémoires de M. de Montefquiou
, elle en garantit l'authenticité par un
afte folemnel. L'Affemblée a refuté ; de façon
que l'Affemblée veut qu'on croie aux mémoires ,
quoiqu'elle n'y ait elle- même aucune confiance
j! y a dans tout cela une probité bien neuve
& bien étonnante.
( 273 ( ) 273
>
cette manière de voir , que l'intention dans la
quelle on les a compofés étoit entre autres
chofes , d'exagérer la grandeur des fonds qu'on
dit être encore à notre difpofition , afin de ménager
à la législature qui entre en exercice
l'avantage inestimable d'achever notre ruine ,
par une nouvelle émiffion d'affignats .
3
>
« Vous n'ignorez pas que je n'aime point les
affignats , & puifque je fuis convaincu qu'ils
doivent opérer notre ruine , il a dû vous pareître
tout fimple que je fortiffe enfin de mon
repos , pour inviter 6 par quelques notes rédigées
à la hâte , les gens qui favent compter ,
à compter férieufement avec vous. »
J'ai donc rédigé & puis fait imprimer ces
malheureufes notes. Je n'ai pas trouvé mauvais
que vous cherchaffiez à en prouver l'erreur
ou la fauffeté ; c'étoit votre droit. »
Mais fuppofer que ces notes font le réful
tat d'un complot dont le foyer eft à Coblentz
imaginer une coalition entre le côté droit &
moi , quoique perfonne n'ignore que conftamment
fixé fur ma ligne , je n'ai guères marché
que dans la route de mes opinions perfonnelles
( 1 ) ; m'affocier à tous les faifeurs d'affiches
qui depuis quelque temps , non fans
quelque raifon cependant , demandoient compte
à Affemblée de l'état de nos affaires ; mais.
infulter en ftyle des halles M. l'Abbé Maury
( 1 ) Qu'on me montre une circonftance ou
je me fois écarté de ma route pour m'affervir
à un parti on peut interroger les gens qu
ouvrent mes lettres à la pofte ; je leur permets
de dire ce qu'ils y ont trouvé.
MS
( 274 )
сс
·
qui n'a pu proférer fon opinion dans l'Affemblée
, & auquel néanmoins vous avez l'air de
répondre , comme s'il l'eût produite ( 1 ) ; mais
le faire intervenir dans un écrit qui me concerne
feul , uniquement , fans doute , pour
accréditer dans l'efprit du Peuple l'idée d'une
contre révolution dont nous ferions ici les
correfpondans ou les chefs ; tout cela , Mon.
fieur, ne porte- t-il pas le caractère d'une mauvaife
foi mal-adroite , qui fe défie un peu de
la caufe qu'elle a entréprife , & qui voudroit
bien ajouter à fes moyens naturels de défenſe ,
quelques-uns de ces moyens hardis , qu'en des
momens de diffenfion & de trouble , la calomnie
fait employer avec tant d'avantage. »
сс
ןכ
Aurois-je donc eu tort de dire , en commençant
, qu'à la manière dont vous m'attaquez , il
( 1 ) M. de Montefquiou intitule fon écrit : Réponfe
à MM. Bergaffe , Maury , & c . M. l'Abbé
Maury , qu'il appelle très-élégamment le général
Maury , a été privé par un décret du droit
de difcuter les mémoires de M. de Montefquiou,
à l'inftant où il alloit fans doute en prouver la
faufleté ; de manière que M. de Montefquiou
répond au filence forcé de M. l'Abbé Maury.
Il eft vrai que M. de Montefquiou a déclaré
qu'il n'approuvoit pas le décret de l'Affemblée ,
& qu'il a eu l'air de confentir à la difcuffion.
Mais fa feinte contenance n'en a impofé qu'aux
gens qui font payés pour être dupes : tout avoit
té difpofe dans l'Affemblée pour que M. de
Montefquiou fe préfentât de bonne grace au
combat , & que néanmoins le combat ne s'engageât
pas.
( 275 )
eft ailé de juger que , dans le fait , vous êtes bien
moins occupé de me répondre , que de vous ménager
, avec vos bons amis du peuple , quelqu'u
tile diverfion qui , en rendant odieux votre adverfaire
, vous délivrât , fans beaucoup de peine , du
danger de fes attaques , & de la crainte de fes
fuccès. "
сс
Monfieur, les temps font bien changés , &
je ne fais pourquoi j'ai quelque peur que ces
moyens qui ne vous ont autrefois que trop réuffi¸
ne finiffent enfin par vous devenir funeftes . »
CC
On ne fe joue pas impunément de la fortune
des Etats ; il faut en fin des comptes à une grande
Nation ; & quoiqu'en ait dit M. Duport (1 ) , il
(1 ) M. Duport a prétendu que l'Affemblée ne
devoit aucun compte , parce qu'elle étoit ſupérieure
à tous les pouvoirs , ou , ce qui revient au
même , parce qu'elle eft Puiffance illimitée . Eh !
vraiment , je le fais bien , qu'elle eft Puiffance illimitée
; mais , dans le droit , peut- il y avoir une
Puiffance illimitée ; mais fur- tout une Puiflance
illimitée en matière de finance , n'anéantit -elle pas
toute efpèce de refponfabilité fur les finances dans
un Etat? & croit- on la fortune publique & particulière
bien affurée , là où on peut difpofer des
finances fans en répondre ? Voilà ce qu'il auroit
fallu examiner.
M. Duport a demandé qui eft - ce qui jugeroit
l'Affemblée ? M. Duport oublie que l'infurrection
contre la tyrannie , ou , ce qui eft la même choſe,
contre un pouvoir qu'on ne peut ni arrêter , ni
circonfcrire , ni diffoudre , eft le plus faint de tous
les devoirs, & que , dans fes principes , quand les
opprimés font las de fouffrir , ils ont incontefta-
M 6
( 276 )
T
aut que ces comptes foient débattus . Vous ave
beau , dans ce moment , par des tours d'adrell
dignes de la foire ( 1 ) , appailer l'opinion publique
qui s'avance pour nous juger ; avant peu ( car
enfin cette grande imbécillité qui femble avoir paralyfé
toutes les facultés intellectuelles de la
Nation , ne durera pas toujours , ) avant peu ,
vous verrez l'opinion publique fe déployer d'une
maidère d'autant plus formidable , que vous
l'aurez plus indignement trompée . Alors ,
connoîtra quels font ceux qui ont opéré la mifère
du peuple , quels font ceux qui fe fort
le plus fincèrement occupés de fa prospérité : alo: s
on
s'étonnera peut-être qu'il ait pu exiſter , dans
une partie du globe , une affemblée politique
affez hardie , pour refufer , après deux ans de
la geftion la plus abfolue en matière de finapre
& d'impôt , un état difcuté de la finance &
de l'impôt ; alors , peut- être , on reviendra fur
Je prétendu bien qu'a fait une telle Aſſemblée ;
alors , on fe demandera cù eft cette liberté
qu'elle nous avoit promife , cette abondance ,
cette richeffe qui devoit être le réſultat de fes
blement le droit de juger par des infurrections leurs
oppreffeurs .
( 1 ) Les tours d'adreffe de M. d'André, don
toutes les opinions , depuis le commencement des
Etats- Généraux fe réduilent à ce refrein fi conna
'ase chanfon , qui attefter tautant notre générosité
que la douceur de nos moeurs : Ah ! ça ira , ça ira ,
les aristocrates à la lanterne. Cependant M. d'André
eft un homme de beaucoup d'efprit ; voyez
les Journaux .
( 277 )
travaux ; & n'appercevant d'un côté qu'une conftitution
fubtilement oppreffive , & d'un autre côté
ne voyant , dans une perfpective très- rapprochée ,
que les ruines immenfes de la fortune publique ,
& le défefpoir d'un grand Peuple s'agitant fur
ces ruines ; alors , mais malheureufement trop
tard , on cherchera la vérité où elle eft , chacun
fera mis à fa place , & on ne fe fouviendra
de tous ces hommes fi vains , fi audacieux aujourd'hui
, ( & cependant , quand on co fidère
leurs oeuvres , fi vils & fimiférables , ) que
comme on fe refouvient d'une grande calamité
mêlée à de grands forfaits & à une grande infamie
( 1 ). "לכ
« En attendant , Monfieur , je vous invite à
jetter les yeux fur les nouvelles notes que je
joins ici ( 2 ) . Vous y verrez combien , malgré l'avantage
de votre pofition , vous me paroiffez peu
redoutable . Je ne perdrai pas d'ailleurs beaucoup
de temps à rédiger mes matériaux pour battre vos
mémoires en ruine. »
ec
Ainfi , vous pouvez dès - à-préfent tout dif
pofer pour le combat . Seulement , je vous prierai
(1) Du refte , on voudra bien remarquer que
M. de Mortefquiou n'a répondu à aucun des raifonnemens
que j'ai faits pour établir la refponfabilité
de l'Affemblée en matière de finance.
(2) J'invite auffi mon Lecteur à lire ces notes.
avec la plus grande attention ; c'eft de notre vie
qu'il s'agit ici , plus encore que de nos droits , & il
faut bien favoir maintenant , a au moins. nous
pourrons vivre,
( 278 )
pour l'intérêt de votre réputation , de vous
fervir déformais , en écrivant , de cet autre efprit
qui rédigeoit les difcours que vous prononciez
à la tribune. Ces difcours n'étoient pas
des chefs -d'oeuvres , mais enfin , il y régnoit
un peu plus d'art & de décence que dans le
commencement de votre correſpondance avec
moi. On pouvoit vous lire fans dégoût , & la
forme au moins dédommageoit un peu de la misère
du fond. לכ
« Adieu , Monfieur , je fuis très-occupé de vous ;
je vous promets de ne pas vous quitter , que je ne
Vous aie fini. ɔɔ
Le 4 Octobre 1791 .
BERGASSE.
M. de la Chèfe , ancien Député des Com
munes du Quercy , & du nombre de ceux qui ont
défendu , fans variations , avec un courage fi noble
& fi perfévérant , la doctrine de leurs mandats ,
les droits légitimes de l'Autorité Royale , & les
intérêts de la juctice , vient de publier un compte
rendu de fa conduite à l'Affemblée nationale . En
70 pages , ila réuni les obfervations les plus fages,
fur tant d'opérations défaftreufes que la France
commence à apprécier . On retrouve dans cet écrit
le caractère d'un honnête homme , d'un vrai Citoyen
& d'un efprit folide . Il eft à defirer qu'il
foit bien connu des Commettans de M. la Chefe ,
dont la Province n'a été que trop long- temps
égarée par des incendiaires , & qui lui doit fon
eftime & fa reconnoiffance.
Faute d'informations certaines , nous n'ayons
parlé dans le temps que très- fuccinc(
279 )
tement des troubles d'Arles. Le rapport
qui en fut fait à l'Affemblée Nationale
elt, comme toutes les pièces de ce genre ,
plus ou moins incomplet & partial ; mais
on prendra une idée jufte & curieufe de
ces fcènes qui ont failli divifer la Provence
par une guerre civile , en lifant la lettre
fuivante que nous ont adreffée les Citoyens
de la ville d'Arles .
« Prévenu peut-être contre la ville d'Arles ,
d'après les récits infidèles de certains Papiers
publics , vous aimerez , fans doute , Monfieur ,
à connoître les caufes & la nature des troubles
qui ont agité cette Ville . Vous faurez donc
par nous que Pierre Antonelle , Maire d'Arles ,
que le Peuple avoit idolâtré jufqu'à lui ériger
un monument fur une place publique , abandonna
les fonctions que nous lui avions co:.fiées , pour
fe liguer avec les affaffins du Comtat. Il figura
en Conquérant au fiége de Carpentras , à côté
des Jourdan Coupe - Tête , des Tournal , des
Chabran , &c.; ce qui lui attira la confiance de
tous les brigands du voifinage. Jufques- là notre
ville étoit en paix , puifque fon Maire l'avoit
abandonnée ; mais revenu de cette fameuſe
expédition où il échoua avec fes complices , il
effuya des reproches amers de la part de fes
Concitoyens. Il travailla à foulever nos artifans ,
& il y réuffit . »
cc Dès ce moment , notre Ville fut divifée ;
on pourroit dire , même fans hyperbole , qu'elle
fut en infurrection . Un régiment de Dragons
que l'on nous envoya pour appaiſer ces premiers
troubles , fut congédié en arrivant par
( 280 )
notre Maire , foutenu des cris de la populace .
un Club fut établi malgré la réſiſtance du Public
éclairé , & M. Antonelle nommé préfident de
ce Club ; bientôt les motions les plus incendiaires
, confimèrent les foupçons de ceux qui
s'étoient oppofés à cet établiſſement . Nous vîmes
le moment où le Pouvoir exécutif alloit être
établi comme à Nifmes & à Montpelier ; car
les nerfs de boeuf étoient prêts à frapper les
rebelles à la nouvelle Religion. Nos Prêtres jureurs
fe pla foient beaucoup à ce badinage , ils
attifoient le feu par leurs exemples autant que
par leurs prédications : Is pouffèrent l'indécence
jufqu'à donner des conférences , qu'ils appuloient
conftitutionnelles , dans les Chaires Evangéliques ,
en face des Autels ils échauffèrent ainfi le
Peuple , pour porter l'infurrection à ſon comble .
On menaçoit déjà nos propriétés , on parloit
avec fécurité du partage qu'on vouloit en faire;
les excès furent pouffés jufqu'à devenir trèscriminels
, il fallut en venir aux pourfaites jediciaires
dix décrets de prife de- corps , & dx-buit
d'ajournement perfonnel , en fatent le réfultat :
l'anarchie enfin étoit complette , il falloit tout
permettre ou bien fe révolter à ſon tour ; c'eſt
ce qui arriva . »
:
« Un cri général fe fit entendre : toute la
ville s'affembla , les honnêtes gers fe coaliferent ;
le parti du Maire fut fubjugué. Un Confère
de l'Oratoire , nommé Giraud , anivé ici tout
exprès de Marfeille pour échauffer notre Club ,
y pronorça un Difcours incendiaire , dans lequel
it établifloit que les Clubs avoient le doit de
faire des Décrets , au mépris de ceux de l'Affemblée
Nationale. Il fut chaffé de la Ville avec
un fecond Oratorien qu'il avoit appellé à fon
( 281 )
fecours . Celui - ci , nommé Vanture , Vicaire
d'une Paroiffe , avoit été le premier boute- feu ,
il s'étoit fait l'ami du Maire , il en étoit le confident
, malgré la profeffion publique d'irreligion
que M. Antonelle avoit faite d. ns fes Ecrits . »
« Cette première expédition indifpela contre
nous les M- rfeillois ; notre District , ainfi que
la Municipalité fe déclarèrent pour le Maire.
Se voyat foutenu par les Corps Adminiſtratifs,
il décida alors la perte de notre ville ; il parcourut
tous les Clubs du voifinage , il y déclama
contre nous ; il nous calomnia , il nous attira
une haine publique dans tout le Département ,
fi ce n'eft dans tout le Royaume , il paffoit
pour avéré que notre Ville étoit le centre d'une'
contre-Révolution . »
:
« Au bruit de ce va carme , arrivent deux
Commiffaires civils , envoyés de Paris à Aix ,
& qui , par les informations qu'ils recueillirent
ici , en préfence des deux partis , déclarèrent
que nous n'étions pas coupables . M. de Boiffieu ,
Commandant pour le Roi , nous combla d'éloges
, & tous nous promirent protection . Deux
autres Commiffaires , députés par le Département
, déclarèrent , comme ceux- ci , qu'il n'y
avoit pas matière à une incrimination . Mais
l'un d'eux , nommé Pelicot , defiroit ardemment
d'être Député à l'Affemblée nationale , & prévoyant
qu'il n'arriveroit à fon but qu'en fe coa- ,
fant avec le Maire , il lui promit de le fervir
s'il vouloit lui procurer le fuffrage des Elect urs
de Marseille , dont il le favoit dépofitaire , par
les foins officicux de l'Abbé Giraud. Cette
coalition clandeftine eut l'effet defiré . Le fieur.
Pelicot & le fieur Antonelle furent réellement
élus par les Maiteillois . Le lendemain de cette
( 282
élection , le Département des Bouches du Rhone
proclama un Arrêté contre la ville d'Arles , par
lequel il eft ordonné à tous les habitans 1º . de
fe défarmer dans les vingt - quatre heures ;
2º. d'expulfer tous les Prêtres non - conformistes
hors de la Ville & du Diſtrict , fans en excepter
les naturels du Pays ; 3 ° . de murer la porte
d'une de leurs Eglifes , ainfi que celle d'une
Maifon Commune appellée la Chiffone , où tous
les habitans honnêtes tiennent leur Affemblée ,
Four faire tête à une autre Affemblée , compolée
d'Artifans affer vis au fizur Antonelle , appellée
des Monediers , & qui formoit pour le Maite
une Compagnie de Frères Rouges. »
« Cet arrêté fut affiché , non públié , & pour
caufe. La Chiffone s'affembla fur - le-champ , &
décida qu'elle le déclaroit oppofante à l'exécu
tion d'un Arrêté inconſtitutionnel , dans toute
l'étendue du terme ; & comme ce même Arrêté
portoit qu'en cas de défobéiffance , on enverroit
1,200 hommes pour nous forcer ; la réſiſtance
de la Chiffone fut encore plus énergiquement
prononcée . On cria aux armes ; dans un clind'oeil
nous vîmes tous les Citoyens armés de
pied en cap , s'embraffer réciproquement , & fe
promettre de mourir pour la défenſe de leur
Patrie menacée du pillage , du feu & des
meurtres connus chez nos voifins ( 1 ) . Nos
ennemis intérieurs , épouvantés , prirent a
fuite avec une partie du Diftrict , de la Muni-
>
ce (1 ) Vingt- fix têtes avoient été défignées
par le fieur Roulet , l'un des Frêres Rouges
Chef
des Monediers , ci - devant Colonel de notre Garde
Nationale . »
2831
cipalité , & de nos Prêtres jureurs qui ne manquèrent
pas de publier que nous les avions chaffés ,
mutilés , & maffacrés , tandis qu'il ne s'eft pas
fait une feule égratignure. Nous nous occupâmes
des moyens de défenfe , & dans l'efpace de huit
jours , notre ville fut fortifiée , & mife en état
de foutenir un fiége : 44 pièces de canon qui
étoient embarquées fur le Rhône , & arrêtées
dans notre port , comme par miracle , furent
faifies avec 1800 fufils deſtinés pour Marſeille ;
nos portes furent murées, des foffés , des palliffades
furent fabriqués avec une célérité incroyable ;
tous les habitans , hommes & femmes y furent
employés. Un Maréchal-de-Camp, M. Lieutaud,
Citoyen vertueux , aimé de tous ,
fut choifi par
acclamation pour nous commander, 1,200 hommes
envoyés par le Département étoient déjà
arrivés à Salon : notre contenance les intimida
ainfi que le Département qui fufpendit l'exécu
tion de fon Arrêt ; mais notre Maire profita
de cet intervalle pour parcourir la Provence
pour débaucher les payfans , les foudcyer &
en groffir fon armée qu'il augmenta jufqu'à
4,000 hommes , en y comprenant les Frères
Rouges. Qu'auroient fait 4,000 fans culotes contre
20,000 habitans réfolus à défendre leurs foyers
jufqu'à la dernière goutte de leur fang ? »
« Ces délais donnèrent le temps à deux Députés
d'Arles d'arriver à Paris ; l'Affemblée Nationale
, inftruite alors par les pièces justificatives,
renvoya le jugement de cette affaire au pouvoir
exécutif. Le Roi , informé par des bouches non
fufpectes , loua notre conduite , déclara nul
l'Arrêté dont il s'agit , & l'orage fut diffipé .
c Voilà , Monfieur , en raccourci , le détail
le plus vrai de tout ce qui s'eft paffé à Arles ,
( 284 )
N'allez pas dire , après cela , que la montagne
a accouché d'une fouris , parce que nous fourrions
vous répondre qu'elle eft encore groffe ,
& nous menace d'accoucher d'un volcan . Vous
ne ferez pas étonné de nos craintes , quand nous
vous dévoilerons le fond de cette intrigue , qui
n'eft plus aujourd'hui un mystère . Ce projet
n'eft autre que le républicanifime , fomenté par
vos Jacobins de la Capitale. Pour vous en convaincre
, nous vous ferons cbferver que la prife
de Carpentras , celle déjà faite d'Avignon , la
deftruction totale de la ville d'Arles , avec celle
de fes habitans , pour s'emparer de fon immenfe
terroir , ouvriroient la porte de toute la Provence
à Marſeille , qui vife à devenir la Métropole
de la République projettée . Sans doute ,
M. Pierre Antonelle en feroit le Stadhouder. »
D'après tout ceci , Monfieur , nous foupçonnericz-
vous d'être entachés d'un vernis d'ariltocratie
? En ce cas vous feriez injuſte , cat
nous avons prouvé & démontré , dans toutes les
circonftances , que nous aimons la Conftitution
même avec les défauts ; mais nous ne vous diffimulcrons
pas que nous aimons auffi beaucoup
notre Sainte Religion , notre bon Roi , & nous
nous en glorifions .
сс
ג כ
Arles , le 30 Septembre 1791.
Les Citoyens de la Ville d'Arles , compofant
la Société de la CHIFFON E.
A la demande d'un de ncs Abonnés , nous
publions la Note fuivante qu'il nous a fait
parvenir , & qui dévoileroit une étrange
découverte , fil'accufation qu'elle renferme,
( 285 )
& dont nous ignorons les preuves , eft bien
fondée.
Le 4 Octobre 1791 .
La Diète de Ratisbonne eft trahie par fon
Secrétaire : il rend compte aux Amis de la Conf
titution de Strasbourg , de tout ce qu'elle délibère
relativement aux affaires de France . »
ce Ce Secrétaire eft né en Alface , où il a des
parens . »
« Il exifte parmi les Emigrés des traîtres ftipendiés
par la Société de Strasbourg , & ils correfpondent
avec un Officier général. ככ‹‹
« La Propagande d'Alface eft toujours dans la
plus grande activité chez les Allemands . Lors de
la dernière fête donnée à Strasbourg , il y avoit
plus de 4 mille Etrangers : tous ont été regalés ,
& les Chefs excités à crier Vive la Nation. »
Vous favez fans doute que la lettre des
Princes a été placardée à Strasbourg en Allemand
& en François , avec des notes épigrammatiques.
»
cc
Nous ne favons quel fond on doit faire
fur ces différentes nouvelles : ceux qui les
donnent & ceux qu'elles impliquent s'emprefferont
de les juftifier , ou de les démentir.
Les violences commifes au Collège des Lombards
, & dont nous avons rendu compte , fe
répétèrent huit jours après au Séminaire des Irlandois.
Plufieurs femmes reçurent des outrages
atroces : Dimanche dernier on a protégé le fervice
des Irlandois par un détachement de Cavalerie ;
Le Département de Paris a fait publier un arrêté .
( 286 ).
Pendant que ces infâmes horreurs s'exécutent ,fe renouvellent
à Paris , & que par le fait , les Cacholiques
Romains font privés de l'exercice de leur
Culte , la Municipalité affifte en pompe au fervice
des Proteftans , & lui donne l'éclat de fa'
préfence . Une partialité fi extraordinaire accrédite
des foupçons , que la conduite des Proteftans
du Midi, & leur intimité avec les Promoteurs
en Chefs des Révolutions , ont fait naître depuis
long- temps. Montefquieu a dit vrai : l'efprit du Preteſtantiſme
eftcelui de la République. Les Proteftans
y onttendu par-tout où le Monarque n'apas été
de leur Religion . Maintenant ils font réunis aux Prêtres Conftitutionnels
dans les Provinces Méridionales
, pour opprimer les Catholiques Ro- mains , & leur enlever le droit d'exercer leur
Culte . Il vient de s'élever de nouveaux troubles
à Montpellier un Député de cette ville en a
fait un rapport très - partial à l'Aſſemblée : voici
ce que dit à ce fujet l'Auteur du Journal Général
de France , très -bien inftruit des défordres
du Languedoc . t
ce Mettons nos Lecteurs au fait des intrigues
que les proteftans du Département de l'Héraut
mettent en ufage , pour y faire naître les diffenfions
. Après y avoir formé , fous la facrilége dénomination
de pouvoir exécutif, une horde de brigands
, qui ont chaffé de ces contrées , à coups
de nerfs de boeufs , tous les malheureux Prêtres
non- conformistes , ils ont perfécuté , ils ont profcrit
tous les honnêtes gens de Montpellier ; les
guet- à-pens , les affaffinats , s'y font multipliés
tous les jours. לכ
« Les Membres du Département , épouvantés,
prirent un arrêté , pour demander à l'Aflemblée
nationale leur tranflation dans une autre ville ; &
( 287 )
cette Municipalité , dont on propofe de faire
l'élogé dans le procès- verbal , vit , non-feulement
commettre tous ces excès , tous ces crimes , de
ſang- froid , mais fit révoquer encore l'arrêté du
Département , ou obtint du moins qu'il feroit
fufpendu .
ככ
>
« Les honnêtes gens , indignés de fe voir affaffiner
dans leurs propres maifons , fe coalisèrent
s'oppo èrent aux fcélérats , & les firent rentrer
dans le devoir. L'injuftice , à la fin , produit l'indépendance.
La Municipalité , qui étoit restée
jufqu'alors dans l'apathie , prit des arrêtés ; &
bien loin de faire punir les fcélérats qui , depuis
plufieurs mois , commettoient des excès fans nombre
, elle fit empriſonner ceux qui oppofoient la
réfiftance à l'oppreffion . "
>
cc De-là toute la fermentation ; de- là toutes les
haines . Les Prêtres non - conformiftes n'ont donc
pas été les moteurs ; ils ont feulement été les
victimes. »
« Mais quel eft l'honorable Membre qui les
inculpe ? C'est ce même M. Cambon , qui étoit
Préfident du Club de Montpellier , lorsqu'il
adreffa à l'Affemblée conftituante la régicide
adreffe , dans laquelle , après lui avoir demandé
de faire de la France une République , il
ajoutoit : »
« Nous ne vous dirons rien de Louis ; il eft
avili , & nous le méprifons trop pour le hair ou
le craindre. Nous remettons aux Juges la hache
de la vengeance , & nous nous bornons à vous
demander que le François n'ait plus déſormais
d'autre Roi que lui- même. »
« M. Cambon figna cette adreffe ; & c'eſt
dans ce même Club , dont il étoit alors Préfident
, qu'on a fait , il y a quelques jours a
( 288 )
la motion de maflacrer les aristocrates leurs
femmes & leurs enfans , fi les étrangers faifoient
une invafion en France . Ne feroit- il pas bien
plus raisonnable , bien plus naturel , d'attribuer
tous ces troubles à de femblables factieux , plu-
τότ d'en accufer des Prêtres errans & dif
que
perlés ? »
·
Valade , fils aîné , Imprimeur-Libraire , rue
Plâtrière , n°.. 12 , vend la Collection des Opinions
de M. Malouet , en 2 vol . in - 8 °. Cc
Recueil , compofé au milleu des fureurs , des
crimes , des égaremens d'efprit qui n'ont que
trop fignalé cette Révolution , reflemble à une
Ifle où la raifon s'eft réfugiée durant la tempête.
Il eft peut-être le plus fingulier mo
nument du temps actuel , & il affurera à
fon Auteur une gloire plus durable , que
les Cenotaphes de Sainte Geneviève. On
peut mettre cette . Collection dans le nombre
infiniment petit de nos Livres claffiques fut
l'hiſtoire de la Révolution , au milieu de laquelle
M. Malouet eft refté ſur fa ligne d'indépendance
& de modération. En rapprochant les Cahiers
du Tiers - Etat d'Auvergne qu'il avoit rédigés ,
de fes dernières Opinions , on verra qu'il eſt
forti de l'Affemblée tel qu'il y étoit entré .
Les Numéros fortis au tirage de la Lote
rie Royale de France , du 17 Octobre, font:
80 , 61 , 13 , 28 , 14.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 29 OCTOBRE 1791 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
REGRET S
D'UN Aristocrate fur la deftruction des
Moines , &c. .
SIECLE de douleur & de crife ,
Siecle de réprouvés , où malgré Trente & Pife ,
-
Où malgré nos pieux efforts ,
J'aurai vu piller les tréfors
2
De notre mere fainte Eglife !
Hélas donc adieu je vous dis ,
Palais qu'on nommait Monafteres ;
Adieu , mes bons Révérends Peres ,
Abbés , Prieurs , Moines blancs , Moines gris .
Adieu , tous mes plus chers amis ,
Enfans du Ciel & de la joie ,
No. 44. 29 Octobre 1791 .
#58
MERCURE
Et dont les rentes font la proie
De Municipes mal - appris !
Hélas ! des plus fameufes côtes
Nous ne boirons plus les bons vins ;
Plus de foupers à la Salle des Hôtes ,
Et plus de plaifirs clandeftins.
Vous fouvient-il de nos douces folies ,
Lorfque les Novices couchés ,
Et que tous les Valets chaffés ,
La niece du Prieur , & trois de fes amies ,
D'un minois fripon & joli ,
Nous tenaient tête au Reverfi ,
Au Pharaon , à la Bouillotte ,
Ou bien à d'autres jeux plus doux :
Hélas ! vous en fouvenez- vous ?
Le lendemain , quand d'une ame dévote ,
Vous alliez de trop bon matin
Pour remercier Dieu , marmotter des prieres
Dans un affez mauvais latin ,
Qu'entre nous vous n'entendiez gueres ,
J'allais voir ces Dames au lit ;
De leur fatigue & de leur nuit ,
Je leur demandais des nouvelles.
Et puis vous reveniez , & puis le chocolat ;
Il était , s'entend , pour les Belles ;
Pour nous , bon vin , jambon ou cervelat.
Obrave troupeau d'Epicure !
Suppôts de la fainte Sion !
DE FRANCÉ.
159
Depuis votre méfaventure ,
Tout n'eft pour moi qu'affliction.
Que vont devenir , les familles
Dont yous étiez reftaurateurs ?
Les Dévotes , les vieilles filles ,
Dont vous étiez les Directeurs ?
Et cette troupe paraſite ,'
Buveurs , ou Joueurs de Brelan ,
Qui venait vous faire viſite
A tout le moins une fois l'an ?
Et l'efcadron de Femelles jolies ,
Efcorté de galans Héros ,
Qui galopaient , à travers nos prairies ,
Des Monaftercs aux châteaux ,
Et des châteaux aux Abbayes ?
O le bon temps du Régive ancien !
Bon temps de l'Ariftocratie !
Où l'on menait joyeuſe vie ,
Le tout fans qu'il en coûtât rien..
Le Peuple , il eft bien vrai , fe plaignait de la
Taille ,
Des Dixmes , des Commis : ma foi , vaille que
vaille ,
On vous daubait fur la canaille ;
Mais l'honnête homme vivait bien.
Et vous fur-tout , je vous regrette ,'
Doux afiles de la pudeur ,
I A
160 MERCURE
1
E : des époufes du Seigneur ;
Gertille Chanoineffe , & toi , blanche Nonette ;
Dua vif & tranquille bonheur
Vous faviez enivrer nos anies ,
En mélant aux céleftes flammes
Quelque peu de mondaine ardeur.
Je regrette l'habit de Choeur ,
Et du fin voile & de la guimpe
L'effet & piquant & fi deux ,
Et vos grilles , & vos vetroux ,
Et les hauts murs qu'il faut qu'un Amant grimpe
Lors d'un périlleux rendez- vous.
Quel charme , irritantes barrieres ,
On éprouvait à vous franchir !
Et que l'on trouvait de plaifir
A l'air revêche des Touri res !
mes Soeurs , maudit foit le jour
Où l'on rompit votre clôture !
On ne vous rend à la Nature
Qu'en vous enlevant à l'Amour.
Soyez à préfent Démocrate ,
Républicain , des plaifirs ennemi ;
Vous voyez bien qu'en tout ceci ,
J'ai mes raifons pour être Aristocrate.
( Par un Capitaine d'Artillerie, )
DE FRANCE 165
Poëtes ont écrit en vers à des Rois ; mais
nul ne l'a fait avec ce ton d'aifance , de
liberté , d'amitié. Il eft vrai que les Rois
Poëtes font trop rares pour qu'aucun autre
que Voltaire ait pu dire à fon Héros ,
qui , au milieu de fes travaux guerriers
de fes victoires , & même de fes défaites ,
lui écrivait fouvent en vers :
En faites- vous autant , Georges , Charles , Louis
Très-refpectables Rois , d'Apollon peu chéris ?
La Maifon des Bourbons , ni les filles d'Autriche ,
N'ont jamais fait pour moi le plus court hémi
tiche.
Qu'importent leurs aïeux , leur trône , leurs exploits
?
S'ils ne font point des vers , ils ne font point mes
Rois.
Je confens qu'on foit bon , jufte , grand , magna
nime ,
t
Que Fon foit conquérant ; mais je prétends qu'on
rime.
Protecteur d'Apollon ; grand Génie & grand Roi ,
Battez-vous , écrivez , & fur-tout aimez-moi ...
Dans uneEpitre à un Militaire Provençal ,
M. Thomas , dont le nom rappelle de grands
talens , & fut tout de grandes vertus , dont
les vers peuvent quelquefois manquer d'har
monie & de douceur mais rarement de
堇S
20
166 MERCURE
penfées & d'images , après avoir retracé
le caractere des Grands Hommes dont il a
fait l'éloge , finit par cette réflexion qui eft
tout-à-fait dans fa maniere ;
と
f
De froids Cenfeurs & leurs échos ,
Calculant tout , toifant les mots ,
Dirent que ma tête échauffée ,
Dans ces éloges de Héros ,
Débitait des Contes de Fées.
Hélas ! les fublimes vertus
Sont un Roman pour la faibleffe .
Quel coeur s'éleve à la nobleffe
Des Socrates & des Titus ?
Chacun prétend à fa mefure
Rapetiffer le genre humain.
Point de Géant dans la Nature
Aux yeux étroits du Peuple nain ;
C'eft la baguette de Tarquin ,
Rabaiffant au niveau de l'herbe
Toutes les fleurs au front fuperbe
Qui dominaient dans un jardin .
2 Barthe dont l'amitié conftante
que
Thomas cut pour lui , fait peut - être moins
l'éloge que celui de Thomas , eut pourtant
des qualités eftimables ,. mais qui lui
font plus conteftées que fon talent : leRecueil
de fes Poéfies ferait agréable au Public , &
paraîtra fans doute dès qu'on fera revenu
DE FRANCE. 167
au goût des jolis vers. Son Art d'aimer
était attendu lorfqu'il mourut on trouve
ici dans un fragment de ce Poëme , une
Defcription de la Fontaine de Vauclufe, où
l'on diftingue fur-tout ce vers heureux , qu'on
pourrait mettre au bas du portrait de
Laure :
L'amour qu'elle infpira fut la feule faveur ;
& celui-ci, qui pourrait être infcrit ſous celui
de Pétrarque :
Vingt ans il fut heureux du feul bonheur d'aimer.
Parmi les Poëtes vivans qui enrichiffent
ce Recueil , on diftingue aifément M. le
Brun , & par l'élévation du genre , & par
le degré du talent. Son Ode , intitulée le
Triomphe de nos Payfages , offre une galerie
de tableaux charmans , une foule de détails
poétiques rendus d'une maniere neuve &
piquante , une heureufe audace d'expreffions ,
de grandes difficultés vaincues fans qu'il en
coûte rien , ni aux graces du ftyle , ni à
T'harmonie des vers. Telle eft (ur-tout cette
ftrophe où l'Auteur a eu l'art de peindre
trois objets , qui femblaient peu fufceptibles
des couleurs de la Poéfie , les moulins de
Montmartre , le beurre & le fromage de
Vanvres , & la porcelaine de Seves :
I 6
1.68
MERCURE
La colline qui , vers lé pôle ,.
Borne, nos fertiles marais ,
Occupe les enfans d'Eole
A broyer les dons.de Cérès ;;
Vanvres , qu'habite Galathée:,,
Sait du lait d'Io , d'Amalthée.
Epaiffir les flots écumeux ; ,
Et Seves , d'une pure argile ,
Compofe l'albâtre fragile ,,
Ou Moka nous verfe les feux..
Son Ode , intitulée les Rois , compofée
en 1783 , à l'époque de la paix , eft remarquable
par la hardieffe des idées , par l'éner
gique auftérité du ftyle , & par. l'efpece de
prophétie qui la termine. Le croiſement
des rimes y étonne d'abord un peu l'oreille.
Le dernier vers d'une ftrophe & le premier
de la fuivante font féminins , & ne riment
pas enſemble ; mais on fe fait à cette coupe
nouvelle , fur tout en s'arrêtant un peu ,
comme on doit le faire , à la fin de chaque
rophe..
Qu'à ta voix , s'écrie le Poëte en inve
quant la Vérité ,.
Qu'à ta voix friffonne & pâliffe
Ce lâche & perfide Narciffe ,
Des paflions du Maître ,. efclave fans pudeur,
Qui , de la Couronne éclipfée ,
DE FRANCE. 161
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEE mor de la Charade eft Charnu ; celui
de l'Énigme eft la Nuit ; celui du Logogriphe
eft Reverfi , où l'on trouve Revers,Reve,
Eve, Serure, Vers , Verte à boire.
CHARADE.
Pour peu que vous craigniez d'avaler mon
dernier ,
Gardez -vous à mon tout de faire mon premier.
( Par un Abonné. )
ÉNIGM E.
QUEL eft ce grand parleur , dont le rôle commode
N'exigeant point de fcns , cft fi fort à la mode ;
Et qui , fans réfléchir à rien de ce qu'on dit ,
Vous répond cependant parce qu'il réfléchit ?
( Par M. de Larroque . 】
13
162 MERCURE
1
LOGOGRIP HE.
SANS trop favoir quel était mon parrain ,
Mon nom pourtant eft tant foit peu Romain
, Sans dire au net le nombre
de mes fires
Sache , Lecteur
, qu'entre
eux je fuis l'aîné , ( Non qu'autrefois
ce nom me fût denné ) ; Lorfque
je nais , je fais naître ma mere ,
Qui tient les jours même de mes enfans. Mais voici bien autre étrange
myftere
:
Dans mes fept pieds je renferme
mon pere ;
Un dépôt cher ; ce qui manque aux Romans ;
Une liqueur ; ce qu'on devient par le ;
Du Livre faint un Ectivain fidele ;
Ce qui n'eft point ; deux villes des Nermands ;
Le nid d'un aigle ; une mailon flortante ;
Pas dangereux ; des jardins une plante ;
Une vapeur que tranfportert les vents ;
Le bord d'un fleuve ; un mois ; deux élémens ;
Terme au Trierac ; une note ; un reptile ;
Le nom qu'on donne aux chemins d'une ville ;
Un paffe -temps ; un ftupide a iu al ;
En vieux français un péché capital .
Cherche , Lecteur , dans cette pacotille ;
J'y fuis nommé par non nom de famille.
( Par M. ***. }
DE FRANCE. 16300
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ALMANACH DES MUSES , 1790 &
1791. Prix , 36 fous chaque Volume. A
Paris , chez Delalain l'aîné & fils , Libr,
rue Saint- Jacques , Nº . 240.
QUI
UELQUES Amateurs d'un Art dont on
s'occupe fort peu , & peut-être trop peu
dans ce moment , d'un Art qui ne fut jamais
plus diguement employé qu'à chanter
la Liberté , d'un Arr à qui elle peut donner
chi nous un nouvel effor , une exif
tence prefque nouvelle , s'éronnent que
dans' de Journal , confacré de tout temps
aux bons principes littéraires , il n'ait pas
été , depuis plufieurs années , queftion de
l'Almanach des Mufes. Ce qui rend cette
omiffion plus remarquable , c'eft que le
Mercure à été rédigé long- temps par un
Poëte , & que depuis il compte encore
autant de Poëtes qu'il a de Rédacteurs.
Pas un d'eux qui n'ait facrifié aux Males ,
pas un qui ait penfé à les tirer , en rendant
au moins compte de leur Almanach ,
de cette forte d'oubli où on les a laiffees,
Il faut que le moindre de tous répare
I 4
164 MERCURE
cette négligence ; il fera plus à fon aile
qu'ils ne l'auraient été en parlant de Poéhe
, il n'aura pas , comme ils l'auraient eu ,
l'air de s'occuper de fa gloire.
Au milieu des grands intérêts qui nous
abforbent depuis près de trois ans , il e
fi peu queftion de vers , il femble que l'on
en fait fi peu , qu'on a peine à fe figure
comment l'Editeur de l'Almanach desMufes,
far- tout ces. deux. dernieres années, a pu remplir
fon Recueil . C'eft pourtant ce qu'il a fait
& fans comparer ces deux Volumes avec
les précédens , fans prononcer fur le plus
ou le moins de morceaux diftingués qu'ils
contiennent , relativement aux premiers ,
i eft certain qu'il s'y en trouve un plus
grand nombre qu'on ne l'aurait imagine.
On ne les féparera point dans cet Article
deſtiné à retracer en peu de mots, non tout
se qu'ils renferment d'eftimable , mais ce
qui a paru l'être davantage. Nous nous
mettrons ainfi au courant ; & , réfolus de
ne plus paller déformais fous filence cette
Nouveauté de chaque année , nous aurons
ainfi repris, en quelque forte, l'Hiftoire de
Botre Pcéfie légere , depuis l'époque de la
Révolution.
Le Volume de 1790 offre encore une fois
trois noms illuftres qui renouvellent des regrets.
Ceux de Voltaire , de Thomas & de
Barthe,Trois morceaux deVoltaire font tirés
de fes Lettres au Roi de Prufe . Bien des
DE FRANCE.
175
années ; ce font des Vers à l'Auteur des
Voyages d'Anacharfis , une Fable de l'Aigle
& du Roffignol , & un Fragment d'un Poëme
fur les Montagnes. Tous trois font en vers
libres , & joignent à la jufteſſe , à la clarté
qui , avec d'autres qualités éminentes
regnent ordinairement dans les vers de l'Auteur
, une aifance que ne permet pas toujours
un genre de verfification plus févere.
N'en citons pour exemple que ce joli parallele
adreffé à l'Auteur d'Anacharfis :
Soit que vous rappelicz les jugemens coupables ,
Où la haine envieufe immola des Héros ;
Soit que vous m'attiriez dans ces cercles aimables
Où les Grecs au bon fens préféraient les bons mots
Je retrouve Paris ; & vos crayons finceres ,
Dans les Athéniens me peignent les Français :
Chez nous , les Anitus , comme au temps de nos
peres ,
Calomnieraient encore avec quelques fuccès ;
Et la jeune Phryné , chez nos Juges aufteres ,
Gagnerait toujours fon procès,
Ce n'est point en vers inégaux & croisés.
mais en hexamerres réguliers qu'écrit prefque
toujours M. Collin : on peut dire cependant
que c'eft en vers libres , tant la facilité de
fon ftyle en bannit la gêne & la févérité
des grands vers. Cette facilité defcend
quelquefoisjufqu'à une exceffive négligence ,
174
MERCURE
ou plutôt parmi le grand nombre de vers
négligés qu'il laiffe échapper de fa plume ,
il s'en trouve rarement d'un peu foignés , &
qui s'élevent , par les images ou par le ſtyle ,
au deffus de la fimple profe. Voltaire , dans
fes dernieres années , avait mis à la mode ce
genre expéditif ; mais ce n'eft pas en cela
qu'on doit le choifir pour modele . Peutêtre
vaudrait - il mieux , pour la gloire de
M. Collin , foigner davantage & moins
produire. Sept Pieces , dont quelques -unes
ont plus de cent vers , & dont aucune n'en
a moins de foixante, paraiffent dans ces deux
volumes avec fon nom , & feraient reconnaiffables
quand ce nom n'y ferait pas. Au
lieu de ces fept Pieces faibles , que M. Colin
eût mis le talent très - réel & très - aimable
qu'on lui connaît à faire , à étendre , à
perfectionner les Adieux à Thalie , l'Epître
à la Simplicité , les Mufes délaiffées , &
même l'Infomnie , fujets heureux pour
un Poëte ce pourraient être quatre
morceaux que tous les amis des vers aime
raient à lire ; mais l'Auteur de ces Pieces
négligées , n'a - t - il pas , en les écrivant ,
trop oublié l'Inconftant , l'Optimiste & les
Châteaux on Efpagne ?
›
Une Piece plus foignée , quoique un
ftyle coulant & facile , une Piece piquante
par le fujet & fouvent par l'expreffios ,
c'eft le Francais aux bords du Scioto , de
Mr. Andrieux , qui termine l'Almanach
DE FRANCE. 175
de 1791. La fiction en eft fimple & heureufe.
C'eft un cadre où paraiffent rapidement
les vices de l'ancien Régime , les bons
effets de la Révolution , & les ridicules
ariftocratiques . On en ferait une charmante
Comédie. L'Auteur avait promis de s'en
occuper lui- même ; nul autre ne pourrait
mieux faire, & le Public doit le fommer de
fa parole .
M. de Cubieres eft encore un de nos
Poëtes dont l'abondance & la facilité forment
principalement le caractere, Son Dialogue
intitulé les Journaux d'à préfent , a des
détails agréables & une teinte doucement
fatirique , qui perce auffi dans fon Epître
fur le Déclin de la Poéfie. Cette derniere.
Piece offre une fingularité . L'une des
tirades les plus agréables commence par ce
vers :
Temps heureux où régnaient Louis & Pompadour !
& huit pages après , on trouve une autre
Piece anonyrae , mais qu'on fait être de
M. Gudin , & qui commence par le même
vers , mot pour mot ; toute la tirade a le
même fens dans les deux morceaux, Dans
lun , c'est ce temps où l'on fe demandait
chaque jour , quel était le nouveau chefd'oeuvre
de Voltaire ;
Où l'on courait en foule admirer au Salon
176. MERCURE
les peintures de Vanloo ; où l'on vir
l'arbre encyclopédique élever fes rameaux :
dans l'autre, c'eft ce temps où l'onfe demandait
pour nouvelle quel enfant de Melpo
mene ou de Thalie devait orner la scène d'un
chef-d'oeuvre nouveau ;
Quel Tableau paraîtrait cette année au Salon ;
où l'on courait au Théâtre profiter des
leçons de Voltaire ; où Diderot traçait
le plan de l'Encyclopédie , & c. Il n'eft pas
rare de fe rencontrer en quelque choſe dans
un fujet femblable , mais il l'eft peut - être
de fe rencontrer à ce point.
Le genre de M. de Saint- Ange eft plus
auftere. On fait à quel degré il poffede
le talent de la verfification on en trouve
ici de nouvelles preuves dans fon Epitre
à un jeune Poëte , fur l'amour de la Gloire
& le danger des Paffions , & plus encore
dans la Defcription du Palais du Soleil,
qu'il a retraduite toute entiere du fecond
Livre des Métamorphofes . Il continue courageufement
la Traduction de ce Poëme ;
il a le courage plus difficile encore , de
corriger & de refaire tout ce qu'il reconnaît
lui-même de faible ou de défectueux dans
ce qu'il a publié à un âge qui , d'ordinaire
, eft celui des difpofitions plutôt que
du talent.
Deux morceaux confidérables par Féren
DE FRANCE 169
Emprunte effrontément une vile fplendeur ,
Prix infame du caducée !
l'invoque contre les abus du pouvoir ,
contre ces Cachets tyranniques , alors dans
toute leur force , mais brifes enfim fans retour
, contre les infractions de la juſtice
contre la manie des conquêtes :
Ercins les guerres homicides !
Que le fouffle des Euménides
Ne fafle plus rugir les bronzes enflammés !
Ferme ces bouches effrayantes.
Qui lançaient le courroux des Souverains armés
Et leurs réponses foudroyantes !
Il devait un coup de pinceau aux Rois
efféminés & corrompus . Il l'a donné terrible,,
& tel que , fans qu'il ait nommé l'original ,,
dont la mémoire était alors récente , on le
reconnaît aufli- tôt dans le portrait ...
+6
Au fein des Nymphes d'Amathonte.
Voyez- les endormis fans hente ,
Sacrifier leur gloire aux lâches,voluptés ,
Et d'amour efclaves fuprêmes ,
Sur le front infolent des plus viles Beautés
Humilier leurs diadêmes...
Le Trône n'a pu les abfoudre
Ils avaient ufurpé la foudre,
170
MERCURE
Et de l'encens des Dieux enivré leur orgueil ;
Mais frappés d'une mort impure ,
Ils vont au lieu funebre où le ver du cercueil
Attend fa royale pâture.
L'Ode finit par ces deux ftrophes vrai
ment prophétiques :
Tyrans ! les Nations fommeillent ..
Ah ! jamais ils fe réveillent
Ces Peuples Souverains , détrônés par les Rois ;
Si les abus de la puiffance
Rendaient à l'homme enfin le premier de fes droits ,
La douce & fiere indépendance :
Oh ! qu'alors ma lyre fuperbe ,
Rivale des chants de Malherbe ,
Aimerait à conter nos maux évanouis !
Horace a vu les fers du Tibre :
Moi , je verrai la Seine , amante de Louis
Rouler une onde toujours libre.
Il faut le dire franchement , nous n'avons
rien dans notre Langue de plus beau que ces
cinq ou fix ftrophes. C'eft par cette hardieffe
& cette nouveauté d'expreffions & de penfées
, fans lefquelles il n'y a point de vraie
Poéfie , que M. le Brun eft principalement
diftingué . C'est par-là qu'il prêtera le plus
à la critique , lorfque fes OEuvres paraî
comme on nous le fait enfin efpé- ront ,
DE FRANCE. 171
rer ; mais c'eft auffi par - là qu'il fera le
plus aifé de le défendre , en remontant
aux vrais principes ; ou plutôt c'eſt ce qui
doit faire fon premier éloge. L'invention
eft dans la Poéfie , comme dans tous les
Arts , le vrai cachet du génie. Faire des
vers fans inventer des expreffions nouvelles
, c'eft aligner des mots d'une façon plus
ou moins fonore le vrai Poëte eft celui
qui enrichit la Langue poétique.
Le premier qui ofe appeller la porcelaine
où nous buvons le café , l'albâtre
fragile où Moka nous verfe fesfeux ; qui ,
pour défigner la guerre , fait rugir le fouffle
des Euménides dans des bronzes enflammés
qui , paraphrafant l'ultima ratio regum ,
inferit fur les canons , dit que leurs bouches
effrayantes lançaient le courroux des Souverains
armés & leurs réponses foudroyantes ;
le premier furtout qui , fous le regne
même du Defpotifme , fi loin encore du
temps où tout devait être remis à ſa place.
a dit :
Ces Peuples fouverains , détrônés par les Rois ;
& dont le ftyle en général eft marqué de
cette empreinte hardie , celui-là fans doute
eft un grand Poëte ; il a cet os magna fonaturum
qu'Horace exige , & qu'il avait
lui - même dans fes Odes . M. le Brun a
dans les fiennes d'autres défauts , & cet
372 MERCURE
efprit de création qui l'anime toujours
peut l'égarer quelquefois ; mais le plus fou
vent fes expreflions font , poétiquement
parlant, aufli juftes que nouvelles.
"
Ce n'eft pas ici le lieu de nous étendre
fur ce qui conftitue le vrai ftyle poétique ,
fujet préfque neuf dans notre Langue , &
qu'on pourrait traiter , pour ainfi dire
tout entier , en citant comme exemples de
beautés poétiques tout ce qui , dans nos
plus grands Maîtres , dans Malherbe , Corneille
, Racine , Boileau , La Fontaine , a
Le plus exercé la maligne fubtilité des critiques.
La plupart des traits qui , dans la
nouveauté de leurs Ouvrages , ont fait jeter
les hauts cris à tous les Puriftes timides ,
font précisément ceux qui enchantent tous
les Poëtes. Mais nous nous fommes déjà
involontairement trop arrêtés fur ce fujer.
Nous ne pouvons plus cirer , comme nous
l'auricns voulu , quelques fragmens d'un
grand Poëme , premis & célebre depuis
fong-temps ; nous ne pouvons plus joindre
à nos juftes éloges quelques obfervations
que nous croyons fondées , tant fur ces divers
morceaux , que fur les Odes ; & nous
regrettons toujours de ne pouvoir citer rå
ce Poëme , ni les autres OEuvres de M. le
Brun que par fragments.
On doit tous les ans chercher dans ce Re
cueil les morceaux de M. de Fontanes . On
m'en trouve que trois dans ceux de ces deux
DE FRANCE.
177
due , importans par les objets , piquans
par la maniere dont ils y font traités
intéreffans même par le nom de l'Auteur ,
diftingué depuis dans une autre carriere que
celle des Mufes , ce font une Epitre à
M. Marnefia , & un Portrait hiftorique du
Charlatanifme , par M. Cerutti . Le premier ,
écrit en 1787 , contient le tableau que préfentait
alors la France , & le germe d'espérance
que les Affemblées Provinciales , premier
fignal de la deftruction du Defpotilme &
de la réfurrection du Peuple , infpicaient
à tous les Philofophes patriotes , à tous les
hommes nés libres ou dignes de le devenir :
le fecond offre , dans un cadre heureux , la
confeffion générale du Charlatanifme , &
l'Hiftoire abrégée de fon regne chez tous
les Peuples anciens & modernes . Cette
efpece de fatire fans fiel , étincelle d'efprit
& de talent. Le ftyle en général un peu
brillanté de l'Auteur convient à merveilles
à ce portrait , qui eft tout en oppofitions
& en rapprochemens. En voici quelques
traits pris au hafard. C'eſt le Charlatanifme
qui parle.
Tantôt je marche folitaire ,
Et tantôt la foule me fait.
Je m'enveloppe du myftere ,
Et je m'environne du bruit :
Le bruit en impofe au vulgaire ,
Et le filence à l'homme inftruit ...
1.
178
MERCURE
L'efpoir offre la feule image
Dont tout mortel foit enchanté :
C'est le feul bien que l'on partage
Sans choix , fans inégalité ;
Et c'eft le feul flatteur , je gage ,
Qu'ait jamais eu la pauvreté ...
Je dicte à nos Prélats de pieux Mandemens ,
Des Difcours aux Académies :
Sans être ému , j'ai de grands mouvemens ;
Pompeufement j'orne des minuties .
J'ennoblis bien des inepties ,
J'ennoblis auffi bien des Grands ... & c .
M. Chénier , habitué aux fuccès dramatiques,
l'eft auffi au genre de ftyle poétique
qui peut fuffire au Théâtre ; mais l'Ode
exige d'autres mouvemens , d'autres images ,
une autre audace. Le Dithyrambe eft bien
plus exigeant encore. Il eft , ou plutôt il
était , pour le défordre , pour la hardieffe ,
pour l'étrangeté des figures & de l'expref-
Lion ..... ce que probablement nul Ouvrage
moderne ne pourrait être, fans paraître celui
d'un infenfé. Mais auffi pourquoi faire des
Dithyrambes , ou plutôt pourquoi nommer
Dithyrambe, ce qui n'en eft point, ce qui
ne peut en être un? Est - ce un fujer de
Dithyrambe qu'une Affemblée de Légiflateurs
? En redefcendant au titre d'Ode fur
L'Affemblée Nationale , il y a encore dans
DE FRANCE. 179
cette Piece quelques expreffions peu dignes
de la Lyre , comme Valets des Rois & des
Miniftres..... le fils du grand Pepin , &c.
mais on y trouve auffi de belles ftrophes ;
celle- ci nous a paru la meilleure. C'eſt à la
Liberté qu'elle eft adreffée.
Ton afpect réjouit le mont le plus fauvage ,
Au milieu des rochers enfante les moiffons ;
Par toi , le plus affreux rivage
Rit environné de glaçons.
L'immortelle Nature à ta voix eft foumife ;
Par toi le jour pefant qui luit fur la Tamife ,
Eclaire un Peuple heureux , actif , intelligentz
Sans toi , Divinité chérie ,
Le beau climat de l'Heſpérie ,
Sous d'opulens rayons offre un fol indigent.
>
- M. Duault a deux Pieces très-intéreffantes
; l'une intitulée le Souhait , & l'autre le
Souhait réalifé. Dans la premiere , il exprime
le défir de revoir les lieux qui l'ont vu
naître ; dans la feconde , les plaifirs dont
il a joui à fon retour . Un fentiment doux
des tableaux vrais , des images champêtres
qui prouvent le goût de la Nature & le
talent de la peindre , c'eft ce qu'on remarque
principalement dans ces deux morceaux
affez étendus , qui fervent comme de pendant
l'un à l'autre. Deux exemples trèscourts
fuffiront pour prouver le talent
180 MERCURE
defcriptif de l'Auteur. Quand pourrai - je ,
dit-il, parcourir encore avec mes premiers
amis ces vergers
Où les fruits balancés fur leur rameau ſuperbe ,
Inacceffible encore à nos bras enfantins ,
Tombaient & bondiflaient fur l'herbe ,
Bu rapide caillou fous le feuillage atteints ?
Dans l'autre Piece , parmi les objers dont
fes yeux font enchantés , il n'oublie pas
les moiffens & le riche afpect qu'elles
préfentent.
Du fragile pavot le fuperbe incarnat -
A l'azur des bluets oppofe fon éclat ;
Et dans l'or des moiffons qu'il épuife & décore ,
Parafite brillant , il s'embellit encore.
Entre les noms qui rappellent ici les
pertes récentes que la Littérature a faites ,
on ne doit pas oublier celui d'Imbert ; on
trouve encore de lui dans ces deux Volumes
des Fabliaux & quelques autres Pieces ,
où l'on reconnaît la maniere ingénieufe &
piquante.
On voudrait pouvoir citer un grand
nombre de morceaux agréables de MM. la
Harpe , Bérenger , BBooiissjjoolliinn , Carnot ,
Damas , Dourneau , Florian , Hoffman ,
Pons de Verdun , Regnier , Vigée , Berchoux
,
DE FRANCE. 181
choux, Guyetand , la Tremblaye , Selis , &c,
Mais l'efpace manque , & leurs noms
difent affez ce qu'on doit attendre de leur
talent.
Trois Mufes, dont les productions ne font
pas les moindres ornemens de ceRecueil, ont
de commun entre elles , l'efprit , la grace ,
& une aimable facilité , mais avec des
nuances qui les diftinguent. Les Fables de'
Madame la Ferandiere font pleines de
naturel , de fimplicité, & prefque toujours
d'un fens jufte & philofophique. Les vers
de Madame de Bourdie font brillans d'efprit
& d'imagination , mais fouvent un peu
maniérés. On peut fur-tout reprocher ce
défaut à une longue Piece , intitulée le Bon
Ménage , écrite d'un ftyle qui fut quelque
temps à la mode , mais qui paraît aujour
d'hui tout-à-fait inintelligible. Madame de
Bourdic a trop d'efprit pour qu'on lui pardonne
de courir ainfi après l'efprit.
On ne peut faire ce reproche à Madame
du Frenoy, C'eft fon coeur qui parle dans
fes vers , c'eft à celui de fes Lecteurs qu'elle
fe fait entendre. Le morceau plein de fentiment,
intitulé Zulma à fa Mere , celui où
elle peint le Pouvoir d'un Ament , les vers
fur le Luxembourg, Emploi de la Journée
"d'une Amante , l'Anniverſaire , refpirent tous
la fenfibilité la plus touchante , &
N°, 44. 29 Octobre 1791 ;
portent
K
182 MERCURE
l'empreinte du talent le plus aimable & le
plus vrai.
3.
L'Auteur de cet article ne pourrait , fans
affectation paffer fous filence quelques
bagatelles dont il fent la faibleſſe mieux
que perfonne. Une Ode , intitulée les Etats-
Généraux, qui parut en Avril 1789 , des
Stances fur la mort de Madame de P....
une Epitre à M. de Parny, & quelques
autres Pieces légeres , lui font regretter
qu'une main délintéreffée ne fe foit pas
chargée de cet extrait. Il n'aurait peut- être
pas reçu fans fruit les confeils du goût ,
& l'on peut quelquefois fuivre un confeil
que l'on eft hors d'état de fe donner foimême.
( G ... )
JEAN CALAS , Tragédie en cinq Actes
en vers , repréfentée pour la premiere fois
à Paris fur le Théâtre de la Nation , par
MM. les Comédiens Francais , le 18
Décembre 1790 ; précédée d'une Préface
hiflorique fur Jean Calas , & fuivie d'un
nouveau se . Acte , par J. L. Laya. Prix,
30 f. A Paris , chez Maradan & Perlet,
rue Saint - André - des - Arts Hôtel de
Château-Vieux.
TROIS Auteurs Dramatiques ont traité
ce fujet fi intéreffant , mais qui préſente
DE FRANCE. 183
des difficultés prefque égales à l'intérêt qu'il
infpire. M. Laya , dont la Piece a beaucoup
réuffi au Théâtre , & qui l'a fait
imprimer le premier , paraît avoir fenti
ces difficultés. Il en a même vaincu pluheurs
; & c'eft beaucoup dans une Piece
qu'il a faite , dit-on , très-précipitammen .
L'une des principales érait dans la trop
grande fimplicité d'action , fi on la prenait
près du dénouement ; & dans l'impoffibilité
de conferver l'unité de temps , fi l'on
donnait à cette action plus d'étendue , fi
fur- tout on voulait montrer au Spectateur
l'intérieur de la famille Calas avant le
fuicide du fils . L'Auteur a préféré les inconvéniens
attachés à ce dernier parti. Antoine
Calas ne paraît point dans le 1er.
Acte ; mais on y parle de fa mélancolie, de
fa paffion pour le jeu , & des craintes que
donne fa conduite : c'eft vers la fin de cet
Acte que fon pere & fon ami le trouvent
fufpendu à la corde fatale ; c'eft pendant
le premier entr'Acte que ce malheureux pere
eft arrêté , & jeté dans un cachot .
3
>
De- là naît une autre difficulté plus
grande que la premiere ; c'eft que le Jugement
qui conduifit Calas fur l'échafaud
prononcé par le Parlement de Touloufe
dur être & fut précédé d'une Sentence
portée par le Tribunal inférieur , & qu'ici
tout eft confondu . Un Acteur qu'on nomme
le Capitoul, fe trouve l'un des Juges ; il
K 2
184 MERCURE
préfide même le Parlement , & cet Echevin
de Touloufe ( car les Capitouls n'y étaient
pas autre chofe ) fait en même temps les
fonctions de Préfident du Siége & d'Accufateur
public. Pas un feul autre Capitoul
me l'accompagne ; & ce Tribunal , d'une
formation particuliere , n'eft compofé que
de lui , de fon Affeffeur , & de quelques
Confeillers.
L'action ainfi engagée préfentait un
troifieme écueil dans fa pente trop rapide
vers le dénouement, & dans l'impoffibilité
apparente d'en arrêter ou d'en détourner
le cours par aucun incident qui fufpendit
l'intérêt, & pût donner au Spectateur quelque
furprife , & quelques motifs d'efpérance.
M. Laya imagine un premier moyen
qui produit beaucoup d'effet au Théâtre.
Le Capitoul acharné à la perte de Calas ,
cherche à féduire fa Servante , & lui donne
une bourfe d'or , à condition qu'elle viendra
à l'Audience dépofer publiquement
contre , fon Maître. On amene cette fille
au milieu de l'interrogatoire ; elle déclare
devant tous que Calas eft innocent , que
le Capitoul a voulu la corrompre , & dépofe
la bourfe fur le bureau. Cette fcène
eft fort théâtrale ; & dans la pofition où
font tous les perfonnages , elle ne pouvait
manquer de produire une fenfation trèsvivé.
Mais que devient cette accufation fòDE
FRANCE.
185
lennelle de corruption contre le premier
Juge ? Comment le Capitoul n'est - il pas
récufé fur le champ ? Comment tous les
Confeillers reftent - ils muets témoins de
cette fcène ? Comment M. de la Salle , feul
défenfeur de l'innocence , fe borne - t - il à
vouloir que le Greffier écrive la dépofition
de cette fille : Il fe récufe lui-même , &
fort de ce repaire de l'injuftice. Comment
ne proclame-r-il pas dans toute la ville ce
qui vient de fe paffer fous fes yeux? Comment
ne fe fert - il pas des armes que ce
trait lui donne pour fauver Calas , ou du
mcins pour embarraffer les Juges, & fufpendre
le jugement ?
Il y a encore des objections à faire contre
le fecond moyen de fufpenfion employé
au 4. Acte. La Salle d'un côté , Lavaille
de l'autre , pénetrent dans la prifon
de Calas ; & pourquoi ? l'un , feulement
pour conduire fa fille auprès de lui , fignal
dont ils font convenus , fi l'Arrêt de condamnation
était porté ; tandis qu'il ferait
venu feul fi la Sentence eût été favorable)
fans qu'il foit poffible de deviner le motif
de cette convention bizarre ; l'autre , pour
propofer à Calas de s'échapper de priſon
& de fuivre avec lui une route qu'il s'eft
ouverte à prix d'or. Calas refuſe , comme
on peut le penfer ; mais de tous ces mouvemens
peu vraisemblables , il ne réfulte
rien au profit de l'intérêt de la Piece.
K
3
186
MERCURE
Il en résulte au contraire des difficultés,
& des obfcurités nouvelles . Calas était
condamné ; le vertueux la Salle le lui avait
dit pofitivement ; mais fes Tyrans ont rouvert
leur lice criminelle . La Salle a furpris
dans la nuit l'affreux fecret du Capitoul
Il mande le matin le Sénat , qui s'affemble ;
il y prend encore avec plus de chaleur la
défenfe de Calas , & accufe le Capitoul.
Mais l'Arrêt n'était - il pas porté ? Eft- ce
une révifion de cet Arrêt que la Salle a
obtenue ou voulu obtenir ? Quel fecret
avait- il appris que ne lui eût précédemment
révélé la dénonciation de la Servante ? Et
à quoi aboutit ce faible incident ? L'Af
feffeur dit un mot : il dit que ni la Salle ,
ni Lavaiffe ne doivent en être crus , parce
qu'ils font entrés la veille , au foir , clandeftinement
dans la prifon . Et tous deux
font déclarés fufpects & récufables , & l'Arrêt
eft confirmé , & le malheureux Calas,
ballotté par ces fauffes efpérances , fubit
enfin fon fort.
Tous ces efforts inutilement employés
pour mettre du mouvement , de l'action ,
& des alternatives d'efpoir & de crainte
dans un fujet qui en était peu fufceptible,
prouyent plus contre le fujet que contre
Auteur. Il s'eft encore préparé un écueil
dans le titre de Tragédie donné à fa Piece.
Ce n'eft pas que la Tragédie , telle qu'on
peut la faire maintenant , exclue les perDE
FRANCE: 187
fonnages d'une condition commune , &
qu'une Servante même n'y puiffe paraître ;
mais en defcendant jufqu'à la fimplicité ,
il ne faut pas aller plus bas , & cette fimplicité
doit toujours être revêtue d'une
certaine élégance dont ne doit jamais fe
dépouiller la Poéfie , & fur-tout la Potfie
tragique.
C'eft à quoi M. Laya ne nous paraît
pas avoir toujours pris garde . Quelquefois ,
par un défaut contraire , fes perfonnages
parlent en métaphores peu naturelles , & .
Ton ftyle a une ambition qui ne s'accorde
ni avec le caractere & la pofition des Acteurs
, ni avec la couleur générale de la
Piece. Mais fi la rapidité avec laquelle elle
a été compofée , a caufé la plus grande
partie de ces fautes , elle n'a pas empêché
Auteur d'y donner des preuves affez nombreufes
de talent , pour confirmer les eſpérances
qu'il avait déjà données .
Les difcours du vertueux la Salle font
généralement écrits avec chaleur & avec
l'éloquence de l'ame. La fcène de l'interrogatoire
& plufieurs autres font fort bien
dialoguées . On trouve fouvent des traits
de fentiment heureufement rendus , comme
dans ces quatre vers que Rofe Calas adreffe
à fon pere :
Laiffez-moi , laiſſez -moi les preffer fur mon coeur ,
Ces fers, fignes du crime, aujourd'hui , dumalheur ,
183 MERCURE
Que d'autres mains peut-être ont rendus exécrables ,
Mais fur vous à jamais facrés & refpectables.
Quelquefois l'expreffion a de l'énergie &
de la nouveauté , comme dans ce mot de
Calas :
Comme fi je pouvais de mes ans pleins d'honnent ,
Démentir ce qui refte , & fouiller mon malheur !
Il faut cependant obferver que démentir ce
qui refle dit précisément le contraire de ce
qu'il veut dire en quittant le fentier de
l'honneur , lorfqu'on y a marché , on ne
dément point le refte de les années , mais
les années qui ont précédé ce changement.
On a juftement applaudi aux repréfentations
ces quatre vers de la premiere fcène,
qui expriment une penfée méconnue dans
des fiecles barbarcs , & qu'un refle de fanatifme
aveugle femble encore aujourd'hui
perdre de vue :
L'homme juge de l'homme ! Eh ! n'a-t-il pas dû voir
Qu'il ofait de Dieu même ufurper le pouvoir?
L'Univers tombe aux pieds de fon Maître fupréme :
Le Culte eft différent , mais l'hommage eft le méme.
Il ferait malheureux qu'un jeune Poëte,
capable de faire d'auffi bons vers , & plufieurs
autres qu'on lit avec plaifir dans fa
DE FRANCE.
$9
Piece , naisit lui - même à fon talent en
compofant avec une précipitation qui exclut
prefque toujours dans les Ouvrages Dramatiques
la régularité du plan , le dévelop--
pement approfondi des caracteres , & la
perfection du ftyle.
( G ....... )
NOTICE S.
Promenades , ou Itinéraire des Jardins de
Chantilli , orné d'un Plan & de vingt Eftampes
qui en repréfentent les principales vues ; deffinées
& gravées par Merigot.
Dans fa pompe élégante , admirez Chantilli ,
De Héros en Héros , d'âge en âge embelli .
t Poëme des Jard
Se trouve à Paris , chez Defenne , Libraire , au
Palais -Royal , Numéros 1 & 2 ; Gattey , Libr.
Num. 13 & 14 Guyot , Graveur & Md. d'Ef
tampes , rue St-Jacques , N° . 9 ; & à Chantilli ,
chez M. Hédouin .
Cetre Defcription , fort exacte , contient autant
de Gravures que les Jardins de Chantilli offrent
de points de vues intéreffans ; l'exécution en ek
extrêmement foignée .
Bibliotheque de l'Homme public , ou Analyfe
raifonnée des principaux Ouvrages Français &
Etrangers , &c. Tomes VI & VII. 2e. Année .
A Paris , chez Buiſſon , Imprim - Libr. rue Hautefeuille,
No. 20.
190 . MERCURE
Cet abrégé d'Ouvrages , que les circonftances
rendent intéreffant , devient de jour en jour plus
précieux par le choix éclairé des Rédacteurs.
20c. Livraifon de l'Abrégé de l'Hiftoire Univerfelle
, en Figures deffinées. & gravées par les
premiers Artides de la Capitale ; ou Recueil d'Eftampes
repréfentant les fujets les plus frappans
de l'Hiftoire , tant facrée que profane , ancienne
& moderne ; avec des explications qui s'y rapportent
par M. Vauvilliers , de l'Académie des
Infcriptions & Belles - Lettres. Le prix du Cahier
in- 8°. eft de 4 liv. Hiftoire facrée , N° . 9,
ler. Livre des Rois. On foufcrit à Paris , chcz
Didot jeune , Imprim Libr. quai des Auguftins ;
Dufios , rue St-Victor , près la place Maubert ; &
Moutard , Imp-Lib . rue des Mathurins.
:
Cet Ouvrage , toujours auffi foigné dans toutes
fes parties , continue d'obtenir le fuccès qu'il
mérite.
GEOGRAPHIE,
3
Atlas National & général de la France , divifé
en 83 Départemens , fubdivifés en Diftricts , avec
tous les Chefs - lieux de Cantons , & les Municipalités
qu'ils renferment , en 83 Cartes , levées
géométriquement par ordre du Roi , & mifes au
jour par M. Caffini de Thury , de l'Académie
Royale des Sciences .
Cet Atlas portatif , levé avec le plus grand
foin , eft une Géographie complette de la France ,
défirée depuis long-temps ; les Cartes en font plus
T
DE FRANCE. 191
étaillées qu'aucunes de celles qui ont paru jufqu'à
préfent ; elles font enluminées , les Districts
font diftingués par diverfes couleurs ; les prinipales
Routes y font tracées , & il fe trouve
ur chaque Carte 8 à 10 lieues des environs du
Département qu'elle repréfente , ce qui remplit
a Carte dans toute fon étendue on ofe dire
He cet Ouvrage n'a befoin que d'être connu
pour obtenir les fuffrages du Public. Il eft adopté
dans les Colléges, Penfions , Maifon d'Education ,
par les Inflitutions . &
Cet Atlas , Volume in-4° . très - utile par fes
détails aux perfonnes qui voyagent , eft du prix
le 84 liv. relié ; & en petit in-4 48 liv . rel.
vec un précis méthodique & élémentaire de la
ouvelle Géographie de la France. Chacune des
33 Castes qui le compofent , fe vend féparément
oute encadrée d'une bordure de vignette agréale
, pour être mife fous verre , & peut être .
loyée de maniere à être mise en porte-feuille.
Prix, 1 liv. 4 f.
On trouve chez le même Géographe la grande
Carte de France en fix feuilles enluminées. Prix ,
14 liv. Ces fix feuilles affemblées & brochées
vec une Table indicative fur la feuille de laquelle
fe trouve chaque Département , forment
in Atlas in-folio , dont le prix eft de 24 livres.
Atlas Eccléfiaftique , divifé en 83 Départemens &
Evêchés , & en dix Arrondiffemens Métropoliains.
Broché in-folio , 20 liv. Petit Atlas , divifé
83 Départemens , en 48 Cartes , forma d'Alnanach
; relié en maroquin , 12 liv. Carte de
France, en deux grandes feuilles, avec defcription
n marge , 6 liv. Autre Carte des Poftes de France,
divifée par Départemens , en une grande feuille ,
192 MERCURE DE FRANCE.
S liv. La petite Carte générale , avec defcription ,
I liv. 1o . A Paris , chez le Sr. Defnos , Ingén-.
Geog. & Libr. du Roi de Danemarck , rue St-
Jacques , No. 254.
Il diftribue gratuitement fon Catalogue général
d'Atlas , Globes & Spheres , Itinéraires de
toute l'Europe , Plan de Paris , tant ancien que
moderne , ainfi que de la très -nombreuſe Collection
d'Almanachs en tous genres , avec Tablettes
économiques, perte & gain , & Stilet pour
écrire fur le nouveau papier dont elles font compofées.
Il fatisfait à toutes les demandes faites
par la Pofte , lorfque les lettres font affranchies.
Nouvelle Mappemonde célefte , terreftre , biftorique
& colmographique , où font les Voyages.
de Cook , Ouvrage dédié au Roi , en 4 feuilles
enluminées. 6 liv. L'Europe , l'Afie , l'Afrique ,
l'Amérique , Plan de Paris & fes environs , même
prix.
OMISSION.
Le Portrait de M. l'Abbé Maury , gravé par
M. Godefroy , que nous avons annoncé dans
notre dernier N ° , fe vend 6 liv.
REGRETS.
A
TABLE.
Charade , Enig. Log.
dimanach des Mufes.
157 Jean Calas.
1.164 Notices.
143 ]
MERCURE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
POLOGNE.
De Varfovie , le 7 Octobre 1791 .
DEPEUPOIISS que la Diète a rouvertii fes
Séances , elles n'ont reçu d'intérêt que des
attaques impuiffantes livrées à la Conftitertion
par quelques Députés mécontens
& du zèle de Sa Majefté à la défendre.
LaSéance du2 2 futentr'autres très remarquable.
A peine le Chancelier Chraptovim,
Miniftre des affaires étrangères , avoit-it
commencé le rapport promis par le Roi
aux Etats , concernant les négociations
du Miniflère pendant la prorogation de la
Diète , que le Palatin Malachowski , frère
du Maréchal de la Diète , demanda
parole : on eut de la peine à le retenir. Le
tumulte commença à gagner toute la Salle ;'
N°. 44. 29 Octobre 1791 .
N
( 290 )
enfin , le Roi appella le Palatin auprès de
lui , & parvint à le déterminer à retirer fa
demande ce Nonce fit encore plus , il
quitta la Salle. Après cette fcène , le Miniftre
reprit fon rapport ; il fit un récit
fuccinct de ce qui s'étoit paflé , tant à
Pétersbourg qu'à Siftove , & arriva enfuite
à l'objet principal , favoir ; aux négociations
avee la Cour de Drefde. Il apprit
aux Etats que cette Cour avoit remis au
Miniftre de la République deux Notes ;
T'une du 29 Août , & l'autre du 10 Septembre
; il les lut en entier. Par ces notes,
I'Electeur en difant mille chofes obligeantes
à la Nation Polonoife , décline de s'expliquer
cathégoriquement fur l'acceptation
de la Couronne , & fe borne à déclarer
qu'il prendra cette affaire en confidération
, qu'il l'examinera d'après les intérêts
refpectifs de la Pologne & de la Saxe , &
qu'il fera fur-tout les réflexions fur les
pacta conventa. Dans cette fituation des
chofes , le Miniftre propofa de faire remettre
au Miniftre de Dresde une réponſe
aux deux Notes de l'Electeur ; réponſe
par laquelle on inviteroit l'Electeur à abréger
les délais , & à entamer le plutôt pofible
des conférences. Cette propofition
adoptée par la majorité , fut le figna! d'un
nouvel orage. Les Nonces Sorkowski de
Sendoniir & Jagurski de Volhynie ,
déclarèrent que leurs Commettans ne
(( 291 )
leur avoient donné aucun pouvoir d'ar
rangement avec l'Electeur de Saxe ; que
1
leur intention étoit de s'en tenir à l'ancienne
forme d'élire leur Roi , & qu'ils en appel
doient à la Nation elle - même , fi on oſoit
y apporter quelque changement . Cette
manifeftation excita du tumulte & des
murmures; on ne s'entendit plus ; enfin',
le Roi parvint à calmer les efprits : Sa
Majefté prononça un difcours mâle &
éloquent , dans lequel Elle dit que la Conftitution
ne devoit point éprouver d'oppofitions
de cette efpèce , puifqu'elle avot
été reçue avec joie & reconnoillance dans
la plupart des Vayvodies & des Districts ,
tant du royaume que du Grand Duché.
-
134
Quoiqu'on n'en ait point parlé dans
cette Séance du 22 , on fait que l'Electeur
de Saxe demande plufieurs éclairciffemens
préalables , concernant la future Infante fa
fille. I eft encore certain qu'à Pilnitz ,
S. A. E. a déclaré au Comte Dzieducziski ,
que dans une affaire auifi importante on
ne pouvoit fe paffer du concours de la
Cour de Pétersbourg. La Note arrêtée
le 22 , fut expédiée à Drefde le furlendemain.
La République y preffe l'Electeur
de confidérer que la durée de la Diète
étant limitée , elle defire de connoître cathégoriquement
fes dernières intentions.
A
A peine la Note étoit réd gée , que
trois Nonces déposèrent au Grod lear
N 2
( 192 )
proteftation contre la délibération du 22 ,
& douze autres Norces un acte femblable
contre la nouvelle Gonftitution , en géné
ral. Le Maréchal Malachowski étant vio
temment inculpé dans la première , fes
amis fe recrièrent , le vingt -meaf
fur une attaque fi injufte. Cette plainte
fut appuyée d'une nombreufe majorité : le
Roi , dont l'expérience & le zèle du Maréchal
ont puillamment fecondé les deffeins
, prit également fa défenfe avec cha
leur. De ces efforts combinés , réſulta tine
téfolution de biffer les proteftations , pour
fervir de témoignage & de réparation au
Maréchal Malachowski : cette décifion fut
auffi- tôt exécutée.
Que l'Electeur de Saxe , ou tout autre ,
accepte cette fragile Couronne ; que l'oppofition
des Mécontens foit ou te folt
pas actuellement redoutable; que la pluralité
des Połonois aiment on n'aiment
pas la Conftitation , il ne faut pas être
pénétrant pour prévoir qu'avant peu d'années
elle occafionnera de nouvelles fetouffes.
L'inconftance du caráttère mational
, le défaut de point d'appui & de
moyens de ftabilité qu'on obferve dans ce
fyſtème de Gouvernement , redonneront
bientôt des armes auk Factions ; & tandis
qu'elles troublerom I'tatériver de Etat ,
la Politique étrangère profitera de leurs
fottifes.
( 293 )
ALLEMAGNE.
De Hambourg, le 14 Octobres
M. de Bourgoin , Miniftre Plénipotentiaire
de France auprès des Princes & Elais
de la Baffe- Saxe & des villes Anféatiques ,
renit le 3 de ce mois à notre Sénat
la nouvelle Conftitution Françoife , avee
la lettre d'acceptation de S. M. T. C. a
Aflemblée Nationale. La même notifica
tion a été répétée par M. de Bourgoin aus
Princes & Etats du Cercle de Balfe- Saxe
On defire, fans l'efpérer , que cette accepta
tion contribue à rétablir en France , le
repos , l'ordre , & la confiance.
Il est maintenant bien certain qu'aucune
Puiffance du Nord n'interviendra cotte ans
née dans les affaires de cette Monarchie
déchirée. Les fpéculations fur le Roi da
Suède doivent être renvoyées à un autre
temps , puifque les troupes deftinées à agir
au dehors , ont reçu Fordre de retourner
dans leurs quartiers refpectifs les autres
préparatifs ont été également contreman
dés ; la Cavalerie canipée à Ladugard eft
répartie le premier de ce mois pour fes
garnifons ordinaires . Cependant , on n'a
pas encore commencé à défarmer l'efcadre
de Carlferona , & celle des Ruffes à Revel
eſt toujours en activité , mais , en fuppe
ན་
N 31
( 494
fant que l'une & l'autre fuffent deftinées
à quelque fervice ultérieur ; très certainement
ce fervice eft renvoyé à une époque
indéfinie ; car la Baltique ceffe d'être praticable
pour les vaiffeaux de guerre.
On fe flatte à Petersbourg que la paix
définitive avec les Otomans éprouvera ped
de difficultés cette opinion réfute celle
des prétendues conditions , dictées par le
Prince Repnin , & dont nous avons rendu
compte la femaine dernière. Certes ; Oczakof
& fon territoire eft déjà nhe affez belle
acquifition , quoique d'artificieux Orateus
aient effayé dans le Parlement Britannique ,
d'en atténuer le facrifice. Par la poffellion
de cette place , la Ruffie devient maîtreffe
de l'embouchure du Nieper. Ce Fleuve
qui fort de la Pologne , parcourant
Ukraine , il eft hors de doute que
la
Ruffie n'affujettiffe entièrement de commerce
de cette province. La pofition d'Oc
zakof fur la rive droite du Niéper , ouvré
aux Ruffes l'entrée des poffeffions de la
Porte Ottomanne ; ainfi , en cas d'une nouvelle
guerre , la fortereffe de Bender pourra
être cernée facilement de tous les côtés. Si
la Rufie augmente fa marine fur la mer
Noire, dans la même proportion qu'elle
l'a fait depuis 6 ans ou depuis qu'elle
pofsède la Crimée , elle dominera fur le
Pont-Euxin , & fera trembler , quand elle
le voudra , Varna , Azof & Conftantinople
( 295 )
même. Voilà ce que devient Oczakof entre
les mains des Ruffes : cette place feule eft
plus importante pour eux , que ne le feroient
des provinces entières ; & cependant la
demande qu'ils en ont fafte , a paru
modérée , qu'on n'a ceffé de s'extafier fur
la générofité de l'Impératrice , qui , fans
contredit , fe connoît mieux en politique
atile que fes admirateurs.
De Berlin , le 13 Oslobre.
Le mariage du Prince héréditaire de
Naffau- Orange , fils aîné du Stadhouder ,
avec la Princeffe Wilhelmine , feconde fille
du Roi , a été béni au château , dans la
foirée du premier de ce mois. Mêmesfolemnités
qu'au mariage du Duc d'Yorck.
Le Général & Miniftre d'Etat , Comte
de Schulembourg, eft parti le 4 pour aller
vifiter les magafins de Duché de Magde
bourg & du pays d'Halberstadt : il doit
fe rendre enfuite dans le Duché de Clèves
où il n'y a point de magafins fixes. Il eft
affez naturel de préfumer que M. de Schu
lembourg prendra des mesures éventuelles
pour en établir de tels , dans le cas où les
intérêts de la Pruffe & de l'Empire l'exigeroient
l'année prochaine. Il ne fe fait
d'ailleurs , dans aucun genre quelconques
aucune difpofition militaire , pas même dé
prévoyance , dans l'étendue de la Monar
de
N 4
shie. Les valets & chevaux d'artillerie re
venus de la Pruffe ont été réellement mis
hors de fervice , quoique des Feuilles pu
bliques aient fauffement affuré le contraire ;
lles ont confondu avec ces équipages ren
voyés , l'artillerie à cheval qui refte en état
de mobilitá & qui fera transférée à
Landsberg fur la Wartaw
L'Académie des Sciences a tenu le 6 une
féance publique , à laquelle ont affifté outre
les deux Princes , fils aînés de S.M. , &
les Princes fes gendres , beaucoup de Seineurs
indigènes ou Etrangers , & le Corps
Diplomatique , au milieu duquel on a
leingué l'Envoyé de la Porte Ottomane ,
qui n'a point encore quitté cette réfidence,
En qualité de Curateur de l'Académie ,
M. le Comte de Hertzberg a fait l'ouver
ture de la féance par la lecture d'un Mémoire
hiftorique , très-inftructif & de cit
conftance , fur les Révolutions politiques,
externes , internes , & religieufes . L'illuftre
Auteur a entrepris de prouver que , les
Révolutions proprement dites ont été
moins nombreufes qu'on ne le penſe communément
, & qu'elles font à craindre feu
lement dans les Etats trop abfolus & atbitraires
, ou trop Ariftocratiques fans
empéramens .. M, le Comte de Hertzberg
ya faire imprimer cet Ouvrage , avec fes
deux Mémoires précédens fur la Nobleffe
héréditaire , afin de détruire le préjugé que
( 297 )
Je Gouvernement Prullien eft defpotique.
Cette déduction ne convertira şûrement pas
les maniaques de nos jours qui voient le
defpotifme par - tout , jufques dans les Républiques
les plus libres. Nous ferons connoître
ce Mémoire dès qu'il fera public .
Parmi les Membres Etrangers qui ont été
proclamés à cette féance , fe trouvent le
Roi de Pologne , & le Chevalier Gioeni
de la famille Napolitaine des Ducs d'Angio,
& Auteur de la Lithologie Vefuvienne.
De Vienne , le 13 Oftobre .
L'Impératrice & une partie de fa Famille
font de retour ici depuis le 4 ; mais
on n'attend l'Empereur qu'à la fin du mois :
il vifite les places de la Bohême & de la
Moravie. Avant fon départ de Prague , il
a obtenu des Etats une augmentation de
500,000 florins aux Contributions publiques
: cette fomme fera exclufivement répartie
fur les terres feigneuriales.e
29 Perfonne ici n'eft perfuadé qu'en acceptantila
Conftitution , le Roi de France ait
pu le faire & l'ait fait librement. On ne
fait pas attention , cependant , que fi ce
Prince a pu être contraint être contraint par les terreurs
aqui gouvernent fes démarches depuis deux
ans , par la certitude de perdre la Couronne
, par la crainte d'accafionner fur- lechamp
une guerre civile , à accepter ține
N S
( 298 )
•
forme de Gouvernement qu'il venoit de
déclarer inexécutable deux mois auparavant
, le pouvoir qui s'eft rendu maître
de fes actions , ne pouvoit s'étendre fur
fa volonté , ni le forcer à déclarer bonne ,
& falutaire , une Conftitution qu'il avoit
eftimée injufte , dangereufe & impraticable.
A cette objection , on répond que
la coaction exercée fur les démarches de
ce Prince , fans affujettir fa penſée intérieate
, en a affervi l'expreflion . Comme
aucune Puiffance ne peut pénétrer dans
le coeur du Roi de France , pour y vérifier
les opinions ; comme ce Prince n'a
point démenti celles que les Auteurs de
fa lettre l'ont obligé de figner , chaque
Souverain arbitrera , d'après fa convenance,
la validité de cette acceptation. M. de
Noailles a reparu en public , & l'on ne
doute pas qu'inceffamment il ne reparoiffe
à la Cour.an
Nous confirmons de nouveau que , loin
qu'on foit difpofé à faire paffer de nou-
-velles troupes vers le Rhin ou dans les
Pays - Bas , le nombre de celles qui ont
reçu des ordres eft moins confidérable
qu'on ne l'a cru. Le régiment de Gemmingen
, nommé parmi ceux qui doivent
fe rendre à Fribourg , eft déjà , depuis
long-temps , & prefqu'entier dans l'Autriche
antérieure. Un feul bataillon du
régiment de Mathefen , les Cuiraffiers
( 299 )
譬
€
•
d'Hohenzollern ont la même deftinatior,
Bender eft , à quelques Compagnies près ,
dans les Pays - Bas , où il ne marche abfolument
que trois divifions des Dragons de
Cobourg & quelques efcadrons de
Huffards.
PAYS- B A S.
De Bruxelles , le 22 Octobre 1791 .
nom-
Les Etats de Brabant ne paroiffent point
encore difpofés à fléchir : on travaille fans
doute à les amener à réfipifcence ; mais
il est encore douteux qu'on y parvienne.
S'ils perfiftent dans le refus des fubfides
& dans celui de reconnoître les cinq
Membres du Confeil de Brabant
més par l'Empereur , il faudra bien que
ce Monarque prenne enfin un parti définitif.
On lui fuppofe un plan de vigueur ,
lorfqu'il aura épuifé les voies amiables
ce plan confifte à reprendre fes droits de
conquête , dont il a fufperdu l'exercice
depuis un an , à rompre le Contrat dont
les Etats violent les conditions , & à changer
les rapports conftitutifs de l'Autorité fouveraine
avec celle des Etats. Une armée
puiffante , & dont la fidélité n'a pu être
entamée , garantit que ce projet s'exécuteroit
fans réfiftance ; mais cette armée ,
ilfaudra enfuite la rendre permanente dans
1
N 6
( 300 )
le Brabant , pour prévenir de nouvellesinfurrections
jufqu'à ce que la laffitude en
étouffe les femences . Ce dénouement
arrêté à Vienne , dit - on , préfente des
obftacles qu'une volonté ferme , qu'une
main vigoureufe furmonteroit. Le Gouvernement
Impérial paroît craindre les
extrémités , & fa politique confifte
plus à attendre le mal qu'à le préve
nir. La Convention de la Haye offrira
encore un embarras ; mais il fera poſſible
de s'en tirer par des négociations , & fur
tout par un fyftême de fermeté. Jufqu'à
préfent
préfent le Gouvernement a réuffi à divifer
les intérêts des Partis dans le Brabant , &
ceux des Provinces Belgiques ; auffi , à
l'unanimité & par acclamation , les Etats du
Hainaut viennent-ils de voter les fubfides.
.
•
L'affluence des François qui inondent le
Brabant , le Tournaifis & le Hainaut , leurs
raffemblemens militaires , leurs évolutions ,
l'annonce de leurs futures entreprifes , l'in-
Confidération qu'on reproche à nombre de
ces Emigrans , avaient déjà refroidi tes
difpofitions du Gouvernement des Pays- Bas
leur égard. Un Traité avec la France , toujours
ſubſiſtant, & à la confervation duquelle
Prince de Kaunitz porte une affection paternelle
, les nouveaux rapports fous lefque's
le Roi de France s'eft placé avec les Puiffances
de l'Europe ; enfin , le fyftême de
ménagement & da temporifations qui carac(
301 )
térife le Cabinet de Vienne , ont próbablement
déterminé les réponses fuivantes
du Miniftre Plénipotentiaire de l'Empereur
aux Agens des Emigrés dans le Brabant.
сс
Enréponse aux deux Notes de M. le Marquis
de la Queuille , renfermant l'une quatre , l'autre
cinq demandes , j'ai l'honneur de le prévenir :
1°. Que le Gouvernement ne peut condefcendre
à l'établiffement d'un dépôt de Recruteurs
François , ni à Henri- Chapelle , ni dan's
aucun autre point de la domination de l'Empereur
aux Pays- Bas , parce que cela croiſeroit la
Recine , qui fe fait pour les régimens nationaux
an fervice de Sa Majefté , qui depuis les troubles
font encore loin du complet, »
2 °. Que tout François , muni de paffe- port ,
peut traverfer les Pays- Bas fans difficulté , pour
aller cù bon lui femble ; mais que des tranfports
répétés de quinze hommes pourroient donner
lien à plus d'un inconvénients que fur tout , il
feroit impoffible de permettre qu'ils paffaflent
armés , & fous la fo me ou la dénomination de
tranfport four des régimens qui n'ont pas d'exiftence
légalement reconnue hors du royaume de
France. » I
« 3 °. Tout Ofier François peut fe rendie
dans la province de Luxembourg , & y séjourner
pour telle affaire particulière que ce paille être ,
pourvu qu'il fe légitime par les formalités ordinaires
, & qu'il ne donne pas à fes relations Pair
d'une miffion ou commiffion quelconque . 55 i
On a déjà eu l'honneur de prévenir
M. le Marquis de la Queuille , que les Soldats
François , travei fant les Etats de l'Empereur aux
Pays - Bas fans paffe- ports , feroient à confidérer
ecomme -Déferteurs , & rendus comme teks ,
( 302 )
сс
- étoient réclamés légalement , en vertu du cartel:
c'eft un principe , dont on ne peut pas
dévier. »
« 5°. J'ai déjà fait connoître à M. le Marquis
de la Queuille , qu'il ne feroit pas au pouvoir de
LL. AA. RR. de confentir à aucun raffemblement
de François Gentilshommes , Officiers , ou
autres. Je le requiers inftamment d'éviter foigneufement
tout ce qui pourroit donner cet air - là au
féjour de Meffieurs les François réfugiés , afin
que le Gouvernement ne fe trouve pas dans le
cas d'être interpellé , ou forcé par les propres
relations , à s'oppoler formellement à une chofe
qu'il ne peut pas tolérer , & qui fort entièrement
des loix de l'hofpitalité & de l'afyle , qu'il eft
jaloux d'obferver & de faire obferver. »
Note à M. le Duc d'Uzès .
« Le Gouvernement général étant informé, que
Meffieurs les Officiers François continuent à fe
réfugier en très - grand nombre dans les Pays-
Bas , qu'ils s'y raffemblent dans des villes &
bourgs de la frontière , qu'ils y font des corporations
nouvelles diftinguées par des uniformes
nouveaux , & qu'ils font des exercices & évolutions
militaires , qui , bien qu'elles ne foient pas
armées , ne laiffent pas que de produire une ſenfation
trop forte pour l'état de fermentation , où
les troubles de ces provinces ont laiffé beaucoup
de têtes, Le Miniftre Plénipotentiaire croit devoir
prévenir Meffieurs les François réfugiés , par la
voie de M. le Duc d'Uzès , à qui il a l'honneur
d'adreffer à cet effet la préfente Note :
'7
« Qu'on ne peut pas tolérer , que Meffieurs
les Officiers François fe raffemblent au bourg
d'Antoing, ni qu'ils fe réuniffent en trop grand
(( 303 )
•
3
nombre dans un même endroit , fur- tout à la
frontière. »
cc
Qu'on ne peut pas tolérer qu'ils s'exercers
en corps , même fans armes , à des évolutions
militaires , & encore moins qu'ils retiennent
quelque part que ce foit fur le territoire de Sa
Majefté , des Soldats déferteurs des troupes Françoifes
; & qu'on chargera les Officiers , commandans
les troupes de l'Empereur , de veiller à ces
objets , ainfi qu'à tout ce qui pourroit , dans la
conduite de Meffieurs les Officiers François , s'étendre
au- delà de l'Hofpitalité qu'ils ont réclamée.
On a lieu de fe perfuader qu'ils ne voudroient
pas s'écarter de ce qu'ils doivent à l'afyle
qui leur a été accordé. »
Les villes & bourgs du Roux , de Lens , de
Chièvres , de Soignies , de Braine - le- Comte ,
d'Enghien , de Leffines en Hainaut , de Nivelles,
de Vilvorde & autres en Brabant , nombre de
bourgs & villes dans la Flandre fourniffent à
Meffieurs les Officiers réfugiés des habitations
commodes , & toutes fortes de facilités à fe procurer
à bon marché les vivres , uftenfiles &
meubles nécefaires à leur féjour paffager.
Ces notes fuffifent à guider le jugement
de tout Lecteur de bonne-foi , & à faire
apprécier le degré de crédit que méritent
les extravagans Nouvelliftes , qui
abufent encore les Emigrans François par
des promeffes imaginaires de fecours
étrangers.
L
In : LA
( 304 )
FRANCE.
De Paris , le 18 Octobre.
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du lundi , 17 Ottobre.
Les fept heures de féance , de 2. રે 4 ont
été totalement employées en lectures de pétitions ,
en minutieux débats fur ces pétitions ajournées ,
à l'élection d'un nouveau préfident , & au remplacement
de trois fecrétaires , qui ne s'achèvera
que demain . Comme ces diverfes adreffes font
deftinées à fe reproduire , un jour , dans le rappost
que devront en faire les comités competens
, il fuffira d'indiquer ici l'objet des principales
, pour caractérifer la foite de pouvoirs
que veut exercer l'Affemblée légiflative .
e
"
M. d'Aumont , commandant de la garde nationale
Parifienne , demande en grace que les
drapeaux des régimes de troupes de ligne ,
formés de cette garde foldée , portent une tour
renversée , en mémoire de la conquête de la
* baftille... Au comité militaire.
Quelques Acadiens viennent gémir , à la
barre , de l'inexécution du décret du 17 juillet
dernier, qui les avoit réduits à la moitié des
fecours promis ; inexécution qui les laiffe dans
use horrible misère... Au comité des décrets .
Un clerc de notaire de Paris fe plaint que le
garde-du fceau expédie des provifions de notaire ,
malgré la nouvelle organifation du notariat,
fous prétexte que la loi fanétionnée n'eſt pas encore
promulguée ... Au comité des pétitions.
.
. Des citoyens de Touloufe réclament refpeci
ucufement contre un décret de réduction &
de chconfcription de Paroiffes diametralemena
oppofé à leurs voeux admis ... Au même comité,
Les Bordelois dénoncent à l'Affemblée le miniftre
de la guerre, Faccufent de laiffer leurs
gardes nationales deftinés aux frontières , man❤
quer d'armes , de gibernes , de ceinturons &
d'autres fouruimens , de ne leur avoir fait difs
tribuér que les vieux fufils du feizième régis
ment. « Veut-on , difent-ils , raminer l'audace
des puiffances étrangères , en leur perfuadans
que nous n'avons à leur oppofer que des moyens
iufoires »
M. la Croix a foutenu que le miniftre s'étoit
déja fort mai juftifié de pareilles inculpations .
Quelqu'un lui a répondu que les gardes nationales
trouveroient des armes à l'endroit où ils
doivent fe rendre ; que s'ils alloient à Valen
ciennes , il n'y avoit aucune néceffité d'expédier ,
à grands frais , des armes & des fournimens
pour Bordeaux. Cette difcuffion , courrie de cla
meurs , de huées & de verbiages , ainfi que
toutes les auties , a fini par le renvoi de la dénonciation
au futur comité militaire .
Le directoire du département de Loir & Cher
éerit que les fix cailles des diſtricts fant vides ,
que les envois de fands éprouvent de fi eruels
retards que la multiplicité des réclamations menace
de devenir funefte ; que le déficit eft de
192,625 liv , non compfes les avances faites
pour le raffemblement , l'habillement & l'équi
pement des volontaires. Un femblable déficit dans
tous les départemens excéderoit 20 millions pour
un trimestre . Plufieurs membres exigeoient que
le miniftre fit mandé fur l'heure . M. Lafont
1
( 306 )
Ladebat a dit que le directoire de la Gironde
s'étoit trouvé forcé d'emprunter 50,000 liv. à
la municipalité de Bordeaux , pour le falaire des
prêtres , au premier octobre ; que le 11 il n'avoit
encore que 41,400 liv . , au lieu de 600,000 I.
qu'il devoit pour le trimestre , ce qui fait plus
da double de ce qui manque au département
de Loir & Cher. La lettre fera communiquée
au miniftre de l'intérieur , avec ordre d'en rendre
compte demain. On verra qu'il étoit en règle ,
& que le retard vient de la trésorerie nationale
& de la caiffe de l'extraordinaire , auxquelles il
n'aura pas été difficile d'avoir ainfi des fonds
oftenfibles le 30 septembre & jours fuivans . i
2 Dés lettres du département de l'Hérault ont
annoncé que le dimanche ,,
, du courant ,
cut une infurrection à Montpellier . Un prêtre
non-jureur difoit la meffe dans une petite cha
pelle , 20 hommes & 200 femmes y affiftoient
tranquillement , les derniers l'entendoient de la
porte. Trois jeunes patriotes paffent , crient au
fcandale , à l'incivifme , le peuple accourt , on
fe provoque , on s'infulte , on fe bat , les of
fenfés font traités de fanatiques. La municipa
lité arrive , requiert les troupes de ligne , &
n'entend qu'un voeu manifefte : liberré de culte ,
ouverture de toutes les églifes . Arrêté munici
pal & proclamations conformes aux loix , l'attroupement
fe diffipe ; quelques perfonnes avoient
été bffées.
il y
MM. Goupilleau , Lequinio & d'autres vouloient
abfolument ure mefure générale ; il pleuvoit
de tout côté des accufations , fans preuves,.
contre les prètres non - affermentés , de la Vendée,
de la Haute- Loire , &c. Tumulte , cris , préalable
, décier qui la rejette . On paffe au ſcrutin
( 307 )
& de 545 voix, 302omment M. Ducaftel píéhá
dent de l'Affemblée nationales ?
A
14
1
propos de la plainte du clere de notaire
M. le garde- du- fceau a prié nos légiflateurs de
fxer l'époque de l'exécution des loix par rap
port à lui . Sera-ce quand il aura fait tout fon
poffible pour qu'elles foient publiées , ou feu
lement après leur promulgation effective ? -- Vous
devez regarder la loi comme obligatoire pour vous,
dès qu'elle eft fanctionnée , lui a répondu M
Merlin. On a diftingué les cas qui n'inté
reffent que le garde-du-fceau , des cas où d'autres
que lui font intéreffés ; on a tailonné à perte
de vue , en thèse générale , en principe , Pen
formes légales quelqu'un a dit que le principe
n'étoit pas fait. Le garde- du - fceau a développé
fon opinion , qui ne l'enchaînoit à la loi qu'au
moment où elle le tout l'empire , & il a concla
à ce que du moins les droits des pourvus de
bonne foi ( en conféquence de ces fubtilités );
fuflent réſervés . « Je m'oppose à la réſerve ,
par e que nous n'avons pas befoin de réſervation ,
parce qu'elle est de droit , a crié M. Rouillère .
On a nommé M. Vergniaud vice- préfident. La
formation des comités a terminé cette journée
légiflative , véritable audience miniferielie.
Du mardi , 18 octobre.
* I
A l'ouverture de la féance du mardi 11 , te
président ayant reproché à plufieurs membres qu'ils
arrivoient tard , une voix des galeries avoit crié :
« c'eft qu'on raccommodoit leurs culottes ». Pareille
infolence ne s'eft point répétée aujourd'hui , quoi
que M. Goffin ait renouvelé le reproche en
difant nous fommes payés par la nation ; nous
lui devons tout noue temps ; employons- le done
308 )
fructueuſemear » Mais ce joue p'a pas été plus
fructueux que les autres. Pour concilier le droi
facré des pétitions ciſeuſes ou déplacées , avec
réconomie de momens inappréciables , un memak
bre a fait adopter l'idée de ne lie qu'un extrait
des adreffes , & de n'écouter en entier , que celles
qui le mériteroient.
Un architecte offre en hommage à la légiftture
le projet d'une médaille à l'honneur du corps
conftituant & du Roi ; humeur très-visible; on
paffe brufquement à l'ordre du jour.
4
MM. de Vaublane , Hraut de Sbchelles &
Brifft die Warville , font proclamés fecrétaires
Soixante & un payfans décenus dans les Įrifons
de Périgueux , implorent le bénéfice de l'amriftie
pour les délits de la révolution. Ils furent égaria
par un patriotifme trop ardent . Des commiffaires
de directoire ont eu la cruauté de fire arrêten
sette portion la plus précieufe de l'humanité , qui
auroit dû ne trouver en eux que des amis & des
frères( n'y viffent- ils que des incendiaires & des af
Laffins ) ; l'accufateur public & le tribunal ont la
tyrannie de pourfuivre l'inftruction de la procédure
Un membre obfervoit qu'il ne fuffit pas d'expofer
pathétiquement des griefs bien ou mal
fondés , pour obtenir ce qu'on demande ; & qu'il
faut vérifier les faits. M. Chabot exigeoit que les
miniftres rendiffent compte , fut- le- champ , des
motifs pour lefquels on faifoit jouir de l'ambiltie
les aristocrates , plutôt que les patriotes . On
nè laiſſe , a-t- il dit , les patriotes en prifon , que
parce qu'on attend ure contre révolution pour les
immoler. »>
Les miniftres rendront- ils compte ? D'abord , de
quoi ? enfuite , quand ? Dans 15 jours , dans la huis
taine , dans 3
jours , demain , au moment même...
( 309 )
Autant de queftions chaudement débattues. Mais
la loi leur accorde fix Tomames, n'importe. Quatre
Coldat's font encore détenus à Blois . M. Chabot
tonne contre de miniftre de la guerte. Des fol
dats patriorts , des citoyens généreux ! ... Les
galeries & l'Alfemblée , for un bruit à ne plus
entendre que ces cris : mander les miniftres.
Que les membres qui dénoncent , foient
nommés au procès - verbal , dit un opinant
Lorage redouble. Epreuve, contre- partic inters
rompue. « On ne fe joue pas ainfi d'une augufte
Affemblée , s'écrie un oppofant ». M. Lacroix we
peut fe féfoudre à croite ce qu'il voit , que l'a
mendement foit décrété. « Nouveau vacarme. La
préalable étant invoquée , on a violemment dif
cuté fi , comment , & pourquoi de préfident eſt
l'organe de l'Affemblée . M. Coutton trouvoit te
veeu de la fignature &fon mouîf indécens & contraires
à la liberté des opinions , à l'inviolabi
fité... Les oui , oui , du côté droit , les non
non , du gauche auroient tout couvert , fi M.
Faucher cat pris la parole. Il ne conçoit pas que
des patriotes hésitent à figner des dénonciations
contre les minifties . Applaudiffemens redoublés
à droite , rumeur épouvantable à gauche. « Tout
homme qui avance un fait , infifte M. Fauchet ,
eft un lâche , on peut & doit figner. Je fais sûc
queM. Chabot fe feta un honneur d'infcrire fon
nom pour fostenir ce qu'il attefte.
M. Chabot figne , la difcuflion eft fermée &
refermée , & l'on difpute plús fort que jamais.
Enfin, il a été décrété , fauf rédaction , que le
miniftre de la guerre rendra compre demain de
la détention des quatre foldats du régiment de
Rouergue ( caprifonnés pour indifcipline & dénonciation
de leurs officiorss) ; que des descès
( 310 )
miniftres rendront compte avant le premier nd
venibre de l'exécution de l'amniſtic .
On donne audience au miniftre de l'intérieur
qui fe difculpe du retard de la remife des fonds ;
par quatre railons ; 1 ° ordonner n'eſt pas payer,
le premier eft fon devoir , l'autre celui de la tré
forerie. Il a figné des états de diftribution pour 29
millions ( 159,500 liv . ) . S'ils étoient parvenus ,
les directoires ne fe plaindroient pas. ( Mais lors
des vérifications des caiffes on n'y auroit pas
trouvé 35 millions ) ; 2 ° . les fommes expédiées ont
croifé les plaintes de retard ; 3° . ilfaut 400 fois plus
de moyens pour compofer 2,000 livres en affigiats
de cent fous , qu'en un feul allignat de
2,000 livres inadmiffible dans le paiement des
fonctionnaires ; 4° les directoires négligent de
répondre.
4
Négatives , affirmatives , bruyans débats . « Si
le miniftre n'a pas de réponſe , tant pis pour
Jui , dit un membre ɔɔ Longs éclats de rice ; les
comités futurs pourvoiront à tout , comme s'il
n'y avoit ni miniftres , ni Roi , ni Monarchie
conftitutionnelle .
Un membre propofe un plan de falle , qui
n'aura ni côté gauche ni côté droit , où le préfident
fera ifole , où l'on parlera fans demander
la parole au président , fuj tien qui , felon lui,
donne un air d'écolier... On lit le règlement de
police , on l'approuve , son fe retire. -
Du mercredi , 19 octobre.
L'Aſſemblée eft , pour infi dire , ſubmergée
d'un torrent de pétitions .
M. l'abbé A gier annonce la folution de cer
tain grand problème qui ati effe la France &
l'humanité toute entière , probèmè inconnu aux
( 311 )
peuples anciens & modernes . Il s'agit de légis
lation . Ce modefte programme eft renvoyé aut
comité de législation.
Les citoyens de Libourne ne feront heureux
que lorfqu'une colonne fera élevée , à 150 licues
de chez eux , fur la place de la Baftille , à la gloire
de l'Affemblée conftituante; au comité de pétitionss
Trois mille Lyonnois demandent que les troupes
de ligne ne foient plus en garnifon dans leur
ville ; au comité militaire.
се
Des fociétés d'amis de la conftitution affurent
le corps législatif « de toute l'étendue de leur
confiance & de leur refpect pour les loix qui
émaneront de fon autorité. » On objecte le décret
qui interdit à ces fociétés toute adreife collective ;
mais M. Audrein penfe qu'il feroit bon que tout
les François compofaffent ces fociétés , & don
maffent ainfi des témoignages de confiance & de
refpect... Mention honorable.
Une dépuration des artiftes non-académiciens ,
dont les chefs-d'oeuvie font exposés au fallon du
Louvre , vient propofer , fous le nom d'explica
tion , des corrections au décret portant que les
técompenfes destinées à l'encouragement des arts ,
feront réparties d'ap ès le réglement de l'acadé
mie de peinture & de fculpture , concurremment
avec deux membres de l'académie des ſciences ,
deux membres de l'académie des belles -lettres ,
& 20 artiftes choifis par ceux qui ne font pas
académiciens , &c.
M. Vergniaud , vice - préfident , a répondu aux
députés . La Gière , l'Italie , Rome & les cendres
des C'or , l'out beureufement conduit à l'artifte
qui , le coeur palpitant des beaux mouyemens
de la révolution , avec un citeau créa
teur ou un pinceau magique , repieduira les
>
( 312 )
événemens de cette merveilleule époque , & les
grands-hommes qui l'amenèrent » ; il leur a bien
dit que la barrière qui les fépare de l'académie,
ne les fépare point de l'immortalité ; mais il ne
leur a pas indiqué le riche amateur qui paiera
leurs ouvrages. En attendant , ils ont reçu les
honneurs de la féance, & le temps s'écoule.
Sur leur pétition , appuyée par M. Quatrernère
qui s'eft élevé contre la féodalité académique ,
à la fuite de débats auffi longs que s'il le fut
agi dú falut de l'empire , on a décrété d'abord
l'urgence , & que la diftribution des prix form
différée, & l'expofition prolongée jufqu'au tap
port du comité d'inſtruction.
M. Dufaulx a prononcé un difcours à la barre,
pour faire hommage aux légiflatears , de lón ou
vrage intitulé de la paffion du jeu depuis les
temps anciens jufqu'à nos jours . On l'a renvoré
au comité de légiflation , I cft fort à defiree
qu'on y puiſe & la ferme réſolution & tes moyens
d'arrêter un féau prêt à dévorer les derniers déớc
bris de la mifère publique.
Plufieurs fous-officiers & cavaliers du régiment
Dauphin font introduits , & leur orateur ſe plaint,
en ftyle civique , de ce qu'on les a congédiés
en haine du tuban national qu'ils portoient à
la boutonnière. A les en breite , ihy a dáns tes
corps , un nombre de fous -officiers & de fotdaes
qui profeflent les fentimens des plus contraires à
la conftitution ; qui perfécutent les patriotes , &c
fe nommem la fociété joyeuſe, L'umque tort des
plaignans eft leur rendre aurachemont pour
conftitution , & als me peuvent attendre u
juftice éclatante que de la puiffance de l'Affeinblée
nationale ( & non du chcf}{[uprême »#€
L'armée )
Lẹ
( 313 )
Le vice- préfident leur a déféré les honneurs
de la féance . Quelqu'un a obfervé qu'ils n'étoient
pas juftifiés ; M. la Croix a demandé que ce
membre fût rappellé à l'ordre , & des applaudiffemens
ont accompagné ces patriotes aux places
honorables qu'on leur indiquoit. Alors le combat
s'eft engagé . Au comité , au pouvoir exécutif
au miniftre de la guerre.. Ce nom là feul
effraye mon patriotifme , s'eft écrié un membre »;
& la falle a retenti de battemens de mains. Les
réclamations en faveur de foldats victimes de
leur civiſme , fe multiplient à l'infiei . Tout eft
renvoyé au comité militaire .
·
Organe d'une fociété d'artiſtes , réunis fous le
nom de point central des arts & métiers , M.›
Deffaudray , penfiounaire de la révolution , a
débité , a la barre , un long difcours que le
plaifir n'a pas abrégé. Il a eu l'impolitique franchife
de parler de fanéantiflement prefque total
des arts & du commerce ; de la néceffité d'inftruire
le peuple de fes devoirs , de fes befoins
comme de les droits ; de lui apprendre que
l'exercice de fouveraineté ne le nourrira pas fans
travail bien payé ; que la meilleure conftitution
eft celle qui affure des jouiffances tranquilles , des
confommateurs aux fruits de l'induftrie , l'abondance
du numéraire , l'accroifiement de la popu
lation ; il a dit que la ville de Tours , qui comptoit
, il y a so ans , 75,000 habitans heureux
n'en contient aujourd'hui que 17000 , dont 8,000
font infcrits pour des fecours de charité.
L'impatience éclatoit de toute part. On a
Tommé l'orateur de fe renfermer dans l'objet de
La pétition . « C'eft , a - t- il poursuivi , au tri
bunal de fon bien -être qu'un peuple libre juge
bientôt , en dernier reffort , les nouvelles inft
N°, 44. 29 Octobre 1791 , 0 %
( 314 )
tutions qui lui font données. Il ne s'agit pas de
lui prom.ttre , il faut lui affurer le bonheur...
Vos prédéccflcurs ont tour attaqué , tout détruit...
ils fe font chargés de toutes les hines ……. ils vous
ont délégué nos tocars & notre reconnoitlance …… »
M. Mayerne s'eft élevé contre la corporation du
point central ; M. Girardin & l'Affemblée y oat
oppofé la loi faite & l'ordre du jour.
ככ
Les Dames de la halle ont été admiſes à faire
leur compliment . Celle qui pertoit la parole a
fini par dire « Cette patiie reconnoitſante verfera
jufqu'à la dernière goutte de fon fang pour
la confervation de vos précieux jours & de fa
liberté, » On a vivement applaudi à l'abſurdíté
d'une patrie qui meurt pour être libre . Le viceprésident
les a pompeufement entretenues d'éner
gie , de pertes individuelles , de préjugés barbares ,
de vraie nobleffe & de folide gloire , & d'apathie
honteuse , & leur a accordé les honneurs de la
féance. Le tout fera imprimé aux frais de la
nation .
Dans le département de Mayenne & Loire , un
eccléfiafti que s'eft marié , & les adminiftrateurs
lui out continué le traitement qui lui eft dévolu
en La qualité d'ex- bénéficier , pour en encourager
d'autres à l'imiter . Ils demandent que l'Affenblée
interprête en faveur de leur décifion , les
décrets relatifs au mariage . confidéré comme
contrat civil , aux voeux méconnus par la loi ,
aux chanoineffes qui ne perdent rien à ſe marier.
L'intention de l'Affemblée , a- t - on dit , ne
fut jamais de vouer une claffe de citoyens au
célibat , à un état que la nature réprouve . M.
de Launay qui raifonnoit ainsi , oublioit que
toute loi civile , qui autorife & légitime un parjule
à des fermens notoires > eft immorale &
( 315 )
feardalenfe ; que l'élément radical de la foi eft
Phonnête , & non la volonté , qui n'eft que l'effence
du defporifine . L'évêque conftitutionnel'
de Rennes a prétendu que l'Affemblée conftituante
n'avoit pas eu l'intention d'annuller les engage- '
mens pris avec Dieu ; des huées lui ont fermé
la bouche.
Une lettre du miniftre de la guerre a rendu
compte des ordres donnés relativement à l'amniftie
; les plaintes & ces ordres fe font croisés.
M. Chabot n'en a pas moins perfifté dans fes
inculpations ; a lu toute fa correfpondance , a
gémi fur le fort d'un foldat bouillant patrioté ,
nommé Orofmane , cc réduit à avoir tout l'univers
pour prifon , excepté la ville de Blois » d'ori
fes chefs l'ont chaffé. « Je conclus , a dit M.
Chabot , à ce que le miniftre rende compte , à
e que l'Affemblée ouvre les yeux fur l'armée
de ligne , commandée jufqu'ici par des fcélérats.
( Grands applaudiffemens des galeries . )
fcélérats font à Coblentz , a dit un autre membre
( Nouveaux tranfports ) » . On n'entend plus
que les mots confus : les miniftres à la chaîne... à la
barre... aux tribunaux ... au comité militaire ...
Débats pour la priorité , épreuve douteufe , tumulte
affreux , renvoi au comité.... Ainfi finit
ce qu'il faut appeller une féance légiſlative .
Du jeudi , 22 octobre. "
--
>
Les
Après l'annonce de diverfes adreffes dont
l'objet fe reproduira , puifqu'on les a renvoyées
au comité qu'elles concernent , l'Affemblée a
décrété , fur l'avis de M. Condorcet , que les
députés du Bas - Rhin feroient entendus . On en
efpéroit des lumières relatives aux émigrations ;
mais ils ne fe font pas préfentés : d'une cinquan
*
O 2
( 316 )
taine d'orateurs infcrits pour cette importante
difcuffion , M. Lequinio eft le premier monté à la
tribune .
« Si vos loix , a-t- il dit , portent un caractère
de vérité , de fagelle & de majefté , vous commanderez
aux nations mêmes ; votre empire ( era
celui de la raison qui doit , un jour , gouverner
tous les peuples. De cet éblouiffant ballon
oratoire , il eft defcendu aux quatre queftions :
Devez-vous arrêter les émigrations ? "Punir les
émigrans ? Comment les punir ? Y a-t-il des
précautions à prendre contre les émigrés ? Arrêter
l'émigration , ce feroit bleffer les principes de la
liberté , & l'intérêt de la patrie qui cft de fe
purger d'un fang corrompu , d'hommes perfides ,
de monftres ; d'avoir les ennemis en face & non
dans fon fein . N'attendez rien que de la génération
naiffante ; l'efprit national eft formé ; plus
il fortira de ces traîtres , plutô: fe fera la révo-
Jution de l'univers , &c .
Il a diftingué trois claffes d'émigrés , ceux qui
feat de la liberté conftitutionnelle , ceux qui
défertent leurs drapeaux , & ceux qui s'armeroient
contre la France. On ne peut arrêter les premiers
fans defpotifme . Déclarez les feconds , dont la
defertion eft poftérieure à l'amnistie , déchus des
doits de citoyens François. Quant aux troifèmes
, ne condamnez pas far de fimples pré-
Comptions ; mais dès qu'ils nous attaqueront ,
vous confiquerez leurs biens . Hârez le rempla
cement des officiers , ( un choix arbitraire &
prompt lui paroifoit préférable aux lenteurs de
T'examen décrété , ce qui étoit propofer de violer
la conftitution & d'achever de gâter l'armée ) ;
& que des coumilaires pris parmi nous aillent
visiter les frontières & vous en faffent le rapport.
M. Demoniste diftinguant l'exportation , ou
( 317 )
cc
inl'émigration
des chofes de celle des perfonnes ,
a jugé les loix contre la feconde , irutiles ,
jultes & funeftes : La haine & la douleur ,
a-t-il dir ont des ailes . La fuite des nobles eft
comme une tranfpiration de la terre de la liberté .
Plus il paffera de nobles dans l'étranger , plutôt
ils s'affameront, »
Après avoir épuifé ces confolantes obſervations
, l'opinant ajournant à huitaine la feconde
lecture de la loi contre les déferteurs , demandoit
au miniftre des comptes de la fituation
extérieure tous les huit jours , & defiroit un
décret prohibitif fur l'exportation des munitions
& des armes ; mais une prohibition qui ne nous
exposât pas aux repréfailles.
> Le troifième orateur , M. Baignoux a re
manié quelques idées des deux préopinans ; il a
préfenté un tableau de l'Europe , & a prié l'Affemblée
de ne pas fe déterminer avant les délais
conftitutionnels , & de rendre un décret contre
les déferteurs . f
Des dépurés de la fociété fraternelle des Jacobins
avoient à préfenter une pétition relative
à l'ordre du jour , malgré la loi fur les clubs .
Le préfident réclamoit l'attention de l'Aſſemblée
pour des pétitionnaires de Pondichery. On a
repouffé l'annonce du préfident , & ajourné les
Jacobins à famedi.
M. Frochot , exécuteur teſtamentaire de Mirabeau
que l'hiftoire exhumera , eft venu mettre
le comble aux éloges funèbres du grand- homme ,
non en rappellant les magnifiques legs que le
défunt n'auroit pas faits fans la révolution mais
en difant il eft mort infolvable. Tirant fes
preuves de l'hiftoire ancienne , le panégyrite a
beaucoup parlé des Romains , & a demandé au
Ꭴ ;
+
318 )
nom des créanciers de Mirabeau , que la nation ,
fon héritière , payât les frais de les funérailles.
Ce beau projet fera relu dans huit jours..
Oi eft rentré dans la rhétorique fur les émi
grations. M. Creftiny a vu un méchanifme fecret
& violent , un problème moral , & une maladie
politique. Il fait pofitivement que ni le nombre
ni le courage des émigrans , quand on leurferoit ,
a - t -il dit , la grace de leur en fuppofer , ne nous
empêcheront pas d'être victorieux ; mais les victoires
font auf des malheurs . Il trouve les
émigrés inexcufables de fe dérober à la protection
loyale que leur affure le bon peuple grand dins
Les pardons comme dans fes vengeances . A l'en
croire une nation a le droit de faire tout ce
que les circonftances exigent d'elle ; principe
auffi faux qu'odieux , & qui légitime les forfaits
utiles. Le machiavélifte opinant a demandé le
renouvellement du décret abrogé contre les émigrans
, la prohibition de la fortie des armes ,
une loi contre les déferteurs qui émigrent.
&
De bruyans applaudiffemens ont porté M.
Briffot à la tribune. Nous allons offrir littéralement
les traits les plus marqués de fa diatribe ,
conforme au ton , à la décence , au grand fens ,
à la véracité historique qui diftinguent le Patriote
François , journal rédigé par M. Briffat.
Il a commencé par établir que dans les loix
contre les émigrans , la marche qu'on a fuivie
étoit précisément l'inverfe de celle que la justice
& la raifon prefcrivoient de fuivre. « On s'attache
aux branches , & c'eſt le tronc qu'il faut
attaquer... Oa épargne , on alimente` du farg
françois les chef de la rébellion... A leur têre je
mets les deux fières du Roi , indigues de lui appar(
319 )
eteniei puifqu'ils fe mantrent les ennemis d'une
conftitation qu'il a juré de maintenir » ...
Le fougueux Rétheur a fait ici trois claſſes d'émigrés
3 les chefs , les fonctionnaires déferteurs ,
& les imples citovens fortis du Royaume par
scrainte ou par haine pour la révolution .
noite Vous devez haine & punition aux deux
premières olaffes , indulgence à la dernière ..
Comment pouvoient ils croire des loix fur léiplgration
bien ferienfes , orfqu'ils voyoient les grands
coupablesiéchapper aus glaive de la justice nationale?
Ce prince qui verfa fi lâchement du farg françois
aux Ebaitiories , quoique convaincu par une foute
de témoins , refpccté par un tribunal partial , &
touchant les appointemens de fa place au fein
des nations étrangères où il foulève les efprits
contre la révolution ? ... Lorsqu'ils voient ce
prince de la famille royale , qui après avoir en
glouti , dans une espace de 10 années , plus de
40 millions , obtient encore des millions , de l'Af
Lemblée nationale . ! . Et , malgré des faveurs immenfes
, promène de cours en cours fes prétentions
, follicite les fouverains d'écrafer le
peuple généreux qui pardonne à fes écarts ?...
Aurelte , la famille de Louis XVI , c'eſt - la
nation.
་ ༤།༤ ་
4
Quand Philippe II voulut éteindre l'infurrection
qui rendit Jaliberté aux Pays - Bas , il
épangna le fang des particuliers Egmond &
Hornes montèrent feuls fur l'échafaud ; Maurice
échappa ; c'étoit la tête Maurice que d'Albe ne
ceffa de Fourfuivre... Quand Jofeph II voulut
appailer da trop jufte révolte des Valaques , il
it à prix la tête d'Oria... Voilà les maximes
desi defpotes . Ja ne dis pas à un peuple libre de
fuivre en tout ces maximes fanguinaires ; mais
4
( 320 )
il faut en prendre la bafe... S'il eût exifté une
affemblée toute plébéienne , on ne parleroit plus
ici de Coblentz , ni de Worms ... Les ci- devant
Princes ont l'ame endurcie de naiffance ; trois
années d'une vie errante & mendiante , de défaites
, de confpirations avortées , ne les ont
point corrigés....... Leur dernière proteftation
ne met- elle pas le comble à leurs crimes ? ...
C'eft au- delà du Rhin qu'il faut frapper »...
fi
« Ou ces chefs effrayés rentreront enfin dans
le devoir , ou ils réſiſteront encore ; s'ils cèdent
la tourbe les Tuivra , rentrera ... S'ils réfiftent ,
yous avez le courage de déclarer crime contre la
nation tout paiement qui leur feroit fait de leur
traitement ; de confifquer leurs biens , d'ordonner
qu'on leur faffe leur procès ; ils feront bientôt
délaiffés de leurs courtifans , réduits à la misère...
Les hommes intrépides qui voulurent , dans le
fiécle dernier , affranchir l'Angleterre du defpo
tifme , parvinrent à empêcher Charles II de tra
verfer la caufe de la liberté ...Ils ordonnèrent aux
princes étrangers de chaffer de leurs états les princes
ennemis de cette liberté ; ils les menaçoient de
leur vengeance ; & le fier Louis XIV étoit forcé
d'expulfer lui même fon plus proche parent...Nos
ennemis auront le fort de Charles II.
cc Lorfque le pouvoir des Condé étoit immenfe
, & foutenu par les talens du prince qui
portoit ce nom , Mazarin eut bien le courage
de faire arêter , embastiller les Princes de Condé ,
& de Conti... Ce qu'un Prêtre aftucieux , aufli
petit dans fes vues que dans les moyens , qui n'avoit
pour lui qu'une femme aveuglée , n'a pas
craint d'exécuter ... les repréfentans d'un grand
peuple qui n'a qu'un fentiment... qui réunit à
des forces puiflantes un concert plus puiffant
1
( 321 )
encore , ne l'oferoient pas , par refpe&t pont un
prince qui à un profond dénuement de toute ef
pèce de moyens , ne joint qu'une réputation
honteuse de courtiſan , & des hauteurs ridicules !.....
Faites refpecter la conftitution par les chefs des.
rébelles , ou elle tombera par le mépris ... Le
néant eft là ; il attend ou la nobleffe ou la
conftitution , Choififfez ; ce décret va Yous
jager.
ןכ
La conftitution eſt achevée les chefs des
rebelles doivent donc auffi venir s'agenouiller
devant elle , ou être à jamais profcrits ....Tous
vos maux , toutes les calamités qui défolent la
France.... tout part du foyer de rébellion ….. dirigé
par les ci - devant princes ... Voulez-vous
que le crédit renaiffe , que le numéraire ſe montre
tant que
l'on verra quelques mutins braver la vclonté
de 25 millions d'hommes ? ... la nullité de
ces princes fera bientôt à nud »….. Ici de longues
déclamations fur les principes inviolables de la
liberté qui renferme auffi le droit facré d'aller
où l'on veut & d'emporter avec foi fes propriétés
; & contre l'inutilité des efforts de Louis
XIV pour retenir les biens des proteftans .....
« Attachons - nous à faire aimer la conftitution…………..
Les peuples libres font effentiellement
bɔns , &c. » L'orateur paffe au « bilan de fituation
vis-à - vis des puiflances étrangères .
"?
ce Vous rappellerai - je , s'eft- il écrié , la protection
ouvertement accordée par l'Empereur
dans les Pays -Bas , aux rebelles Frarçois , tandis
qu'i's faifoient arrêter un envoyé du Roi des
François ; l'exil où a langui , depuis la fameufe
lettre du Roi , votre ambaffadeur à la cour de
Vienne ; la faifie faite des biens des établiffemens
religieux François dans les Pays-Bas ; la
( 322 )
perfécution élevée à Florence contre les partifans .
de la révolution ; l'emprisonnement & la ruise
de M. Chauvet ; .... cette lettre où 1 : cour d'Efpagne
infultoit au peuple François , en qualifiant
fon Roi de fouverain , & en le menaçant de fa
vengeance ... l'arreftation de tant de Fiançois
; ... cette inquifition exercée contre les
étrangers , où Tabfurdité impolitique le difpute
à la
étrangnie ;.... l'expédition du côté des Pyrénées
co- incidente à l'époque du 21 juin ......
la déclaration au fénat de Gênes , où l'on fe
plaint de l'accueil fait au premier ambaffadeur
François qui ait déployé le caractère d'un ambaffadeur
patriote ... la penfion infultante ,
faite par le gouvernement de Naples & de Ruffic ,
à l'ex- ambaladeur François qui a préféré le rite
de fujet à celui de repréfentant d'un peuple
fibre ...... la conduite trop connue du Roi de
Sardaigne , celle de la Reine de Portugal .....
la protection affurée par un Roi que nous fou
doyions jadis , par un Roi enthoufiafte fanatique
des prérogatives royales , tourmenté de la mialadie
de la gloire , a l'Arnold François & à un
ex - miniſtre ? .... Et quelle puiflance in férieure...
n'a pas hautement témoigné fa haine pour notre
Iévolution ? »
N'avez-vous pas vu l'Etat de Berne verſer
le fang d'un François qui a parlé en homme 1.bre
à des hommes qui fe piquent de l'être ; perfcenter
avec acharnement des Suiffes , pour avoir célébré
l'époque du 14 juillet , & chanté cet air célèbre
qui effacera le Ran des Suiffes , & qui propagera
jufques dans les derniers temps l'hiftcire
de la révolution Françoife ; ....... défendre aux
troupes Suifies qui font à notre folde , de recevoir
leur paie en monnoie patriotique , en affigoats
?..... Jufqu'à ce gouvernement de Venife,
X 323 J
·
qui n'eft qu'une.comedie ! fon amiral Emo n'at-
i' pas outragé le pavillon national Jufqu'à ces
petits princes d'Allemagne , ... dort Tinfolence
n'eût pas été impunic , fi le rpiniftère des affaires
Etrangères cut été dirigé par des hommes profondément
attachés à la révolution . N'ont ils
pas prêté une hofpitalité condamnable à des rebelles
2 ... Jufqu'à Genève , cet ' atôme de république
; l'ariftocrati : qui la dé honore n'a - t - elle
pas fait later fa : haine contre une conftitution
qui affure à la dette de Genève, une bafe plus
Tolide que les bafes fanguinaires du defpotifme ? ...
Enfin , jufqu'à l'évêque de Liège , …… .. ce prêtre
farguinaire n'a - t -il pas cu finiolence de refafer
un envoyé François , fous le prétexte qu'il appartehoit
à une fociété célèbre dans les faftes de
la révolution ? » ….. ( M. Briffot ne ménage que
l'Angleterre qui , à l'entendre , chérit tendrement
notre révolution . )
сс
Suivent d'innombrables pourquoi ? eft-it vrai !
fura conduite du Roi de Suède , de Impératrice
de Rome ; far la lidifon inquie & mont
Truefe du Roi de Pruffé & de l'Empereur à
Pilnitz... Relation , a - t - il dit , que le
Roi de Prufle ne peut continuer avec Léo-
Fold , sit enten fes intérêts & s'il veut être
honnéte homme .... Et il a poursuivi :
« Vous devez vengar votre gloire ou vous
condamter à un déshonneut éternel ..
forcer les puiffances étrangères à vous donner
des explications .... vous préparer à déployer
toutes vos forces ; .... à apprendre à vos voisins
à être de bonne- foi dans leurs Hommages à votre
conflitution . Dans le cas de refus , ou d'une mediation
armée , il ne faut pas feulement vous
defendre , il faut attaquer vous -mêmes : L'Em-
ཡིན
D
06
·( 324)
pereur a befoin de la paix en jouant le guerrier;
les tréfors de la Ruffie font épuisés , & l'on ne
triomphe pas d'un peuple libre à cette diftance...
Que de calamités la France fe feroit épargnée ,
fi fon minifière patriote n'avoit envoyé dans
l'étranger que des hommes profondément révolu
tionnaires , que des Sydney ! ... Mais la diplomatie
fe purifiera ». En attendant , tels font les
grands moyens que M. Briffot propofe de décréter :
Art. I. Dans un mois , à partir de la notification
de ce décret , tous les François fonctiornaires
publics émigrés en pays étrangers , feront
tenus de rentrer dans le royaume . »
-
ce II. Après ce délai , tous les fonctionnaires
publics qui ne feront pas rentrés , feront déchus
de leurs titres , places , traitemens , droits de
citoyen actif. Louis -Philippe- Jofeph Xavier,
Charles -Philippe , Louis Jofeph de Bourbon-
Bourbon , tous princes François
, feront déchus de leurs droits éventuels à
la couronne , & de tous leurs traitemens.
paiement qui leur fera fait fera regardé comme
une trahifon envers la patrie. »
Condé,
-- Tout
» III. Si les ci- deffus nommés débauchent &-
attirent vers eux des citoyens François ; s'ils
foulèvent contre la France , foit les citoyers ;
foit les puiffances étrangères , ils feront pourfuivis
criminellement par - devant la haute cour
nationale. »
« IV. Tout citoyen pourra librement fortirdu
royaume ; mais aucuns fonctionnaires publics
ne pourront en fortir fans un congé du miniftre
dans le département duquel ils font , & fous fa
reffonfabilité.
و د
« V. L'exportation des munitions de guerre,
armes , Foudie & falpêtre eft expreflément defendue
. »
( 325 )
ee VI. Quast aux puillances étrangères qui
favorifent les émigrans & les rebelles , l'Affemblée
nationale feéferve de prendre des mcfures
convenables à cet égard , après le rapport du
miniftre des affaires étrangères ; ajourné au 1 °r.
novembre prochain .
גכ
er-
De longs battemens de mains ont fait retentir
la falle. M. Briffot a facrifié aux honneurs de
l'impreffion fon expreffion de ci- devant princes ;
& au milieu d'éclatantes rifées contre les oppofaus
, & du triomphe des admirateurs
preffion a été décrétée ,
l'im-
M. Ramond a rendu fenfible l'incohérence des
principes & des conclufions de M. Briffot. L'émigration
eft licite , les déferteurs font puniffables ;
mais on n'a pas le droit de condamner les intentions.
Attendez qu'on vous attaque ; toute
autre conduite eft injufte & violente . Cependant
M. Ramond approuvoit les mefures propofées
contre les chefs ; mais il vouloit fufpendre la
difcuffion jufqu'à la diftribution de l'opinion
de M. Briffot. On lui a répondu par la préalable.
M. Dumas a réduit l'armée des émigrans à
500 hommes , fans armes , fans munition , a foutenu
que la conftitution eft inattaquable , & adit
que le moyen de vaincre eft dans l'obéiffance
aux loix & dars une contenance ferme. ... La
demande décrétée d'imprimer cette cpinion , &
l'ajournement de la reprise de la difcuflien à
famedi , ont terminé la féance .
Du vendredi , 11 octobre.
Un décret a fubftitué dans le procès - verbal
l'expreffion vraie de non - affermentis , à l'expreffion
ir conftitutionnelle de diffidens , 'M. Chabot
voulait qu'on mit : prêtres non formifies ; M.
( 326 )
de Vaublanc , prêtres fanatiques . Perfonne n'a
réclamé contre l'injuftice de la dénomination de
réfrastaires,
Au milieu de diverfes annonces de députations
ajournées , de pétitions renvoyées aux
-comités , une lettre & un mémoire de M,
Amelot ont rappellé à l'Affemblée « la néceffité
de procurer à la caifle de l'extraordinaire, les
moyens de pourvoir , tant aux Tupplémens de
liquidation , qu'aux autres dépenfes principales
qu'elle est obligée d'acquitter. M. Condorcet
a dit : « L'Affemblée conftituante a chargé d'un
côté le commiffaire liquidateur de terminer les
liquidations , de, l'autre elle s'eft refervée de
dire quelle fomme il falloit pour le fervice public
, parce que les , impôts manquoient . Ac
tuellement , qu'on a vu la mafle s'augmenter
d'une manière prodigieufe ( Eft- ce la meffe des
impôts rentrés ou celle des liquidations à
payer ? ) ; il faut examiner comment on pourra
mettre une forte d'équilibre entre l'émiffion des
affignats & les befoins publics . +
د
£
i
33
Nous corions ici des énigmes ; nous ignorans
fices Mefieurs déclarent , à mots couverts,
que la caille eſt à fc , & foll cient ou qu'on
fufpe de les liquidations promifes , ou qu'on
émette de nouveaux affignats . Trois décrets
ont rejetté la propofition d'imprimer & diftri
buer le mémoire , repouffé la notion de
nommer des commiffaires , & ordonné le renvoi
aux comités des affignats & de liquidation réunis .
La municipalité de Paris dénonce une maffe
effrayante de billets de confiance: --Des citoyennes,
anonymes de la paroifle de S. Sulpice , de Paris ,
préludent à la difcuffion mife à l'ordre du jour ,
en dénonçant des maifons particulières , oû des
( 327 )
prêtres non- affermentés adminiftrent les facremens.
Des murmures atteftent que ces milérables
& vils moyens trouvent du moins quelques
délapprobateurs . On entre en matière . Il s'agit des *
prêtres non -jurcurs .
属
M. Ljosne leur impure tous les malheurs
de la France , jufqu'au fchifine qui les dépouille,
& fait leur tourment . Il leur prodigue les épithêtes
de fourbes , de fanatiques , de perturbateurs
; ne prouve rien , n'anitule rien ; fe plaint
de leur influence prodige fe fur l'efprit public ;
ne veut pas qu'on les renvoie aux tribunaux ,
parce que « les fribunaux ont un grand vice
dans leur organisation ; ils font camp ofés de
gens de robe , pour la plupart les plus cruels,
ennemis de confitution . Aifi , felon M.
Lejosne , prêtres , fidèles , efprit public & tribanaux
dépofent contre l'opinion que la conf
titution ait l'affentiment général. L'orateur a
propofé de reléguer les prêtres non jureurs dans,
les chef - lieux des départemens . « La les lumières
des citoyens & 11 force des armes leur
en impoferont ; & qu'on défende aux meines
de paroître hors des couvens avec leurs traveftiffemens
, leurs vêtemens ridicules , vrai talifman
de fanatisme.,
MM, Davigneau & Monneror , de Nantes ,
ont parlé l'un & l'autre , mais fur tout le premier
avec un grand fens en faveur de la liberté
univerfelle des cultes , & du mépris on on
devoit laifer Is querelles des affermentés & des
non -affermentés .
Les, campagnes fanatifées , & l'axiôme que
Four que les bons foient libres , il faut que
les méhans foient enchaînés , ont induit M.
Coutard a ajouter au projet de déportation de
( 328 )
M. Lejofne , l'ordre aux prêtres parqués de le
préfenter tous les huit jours au directoire ; le
pourfuites les plus rigoureufes , & des procla
mations paroiffiales pour diffiper le fanatisme.
ce Deux grandes questions vous occupent ,
a dit M. Baert , & toutes deux font inféparables.
Laifferez- vous aux prêties non- aftermentés
le droit qu'ont les miniftres Proteftans ,'
ies Rabbins , les miniftres de tous les cultes
poffibles , de célébrer , fous la garantie de la
conftitution , les myftères quelconques de leur
religion ? Et laifferez - vous à des milliers de
François , ce droit qui leur eft auffi évidemment
garanti par la conftitution , le culte qu'ils
croient le meilleur , celui qu'ils croient le feul
bon ?... Il n'y a point de milieu : ou il faut
laiffer la liberté de confcience , ou il faut per ...
fécuter ; ont il faut oublier les prêtres , & ne
les regarder que comme de fimples citoyens ;
ou il faut renouveller la motion de Dom Gerle ,
& déclarer bien vite une religion dominante ,
c'eft- à-dire , perfécutrice ... Jufques -là ,
ne pouvez pas plus vous occuper des prêtres,
relativement à la fpiritualité , que des miniftres
Proteltans , Juifs , Mufulmans... Ce titre de
prêtre conflitutionnel , quand la lui ne
Vous
reconnoit
aucun prêtre , ce titre que fe font empreffés
de prendre les miniftres du culte falarié
, tend à lier leur caufe à celle de la conftitution
, à les faire croire établis par elle , à
vous conduire à les regarder comme miniftres
d'une religion conftitutionnelle & dominante, »
L'opinant a repréfené les prêtres renve : fant
bien 6 tontes les puiffances auxquelles ils s'attacholent
: « Gardens- nous de leur domination ,
ne retombons point dans l'enfance , après avoir
( 329 )
atteint la maturité de l'âge... Rappelons-nous
la miférable querelle du Janfénifme... Ce font
les mêmes querelles fous d'autres noms , le
même efprit lous un autre mafque... des partis.
qui veulent fe relever par la conftitution ; terraffez-
les par elle ... Vous avez juré de ne rien
coufentir qui puiffe y porter atteinte ; & c'est
à vous qu'on vient dénoncer des pay fans qui vont
à deux lieues de leur village entendre la meſſe
d'un prêtre auquel ils croient ... que les églifes
des prêtres qu'on nomme conftitutionnels font
vides ; que des prêtres qu'on s'obſtine à rommer
réfractaires , quoique je ne connoiffe aucun
prêtre réfractaire , mais des prêtres non-affer
mentés , que ces prêtres , dis-je , confeffent
communient , font de l'eau-bénite chez eux.
Eh ! qu'est- ce que cela vous fait ? ... Veut - on
Vous engager à contraindre un homme à croire
ce que vous croyez , à ne pas croire ce que
vous ne croyez pas ? Voilà cependant ces grands
rimes qu'on reproche aux prêtres non- affermentés...
qui échappent aux tribunaux parce
qu'heureuſement ils ne font pas encore des crimes
aux yeux de la loi ; & que , par un contrafte
bien fingulier , on vient, avec un zèle profond
& bien ardent dénoncer à une Affemblée qui
peut être compofée de Proteftans , de Juifs.
de Mufulmans , d'Idolâtres même , & dans laquelle
il feroit poffible qu'il n'y eût aucun Catholique
! »
•
M. Baërt a retracé les injuftices commiles
fous le prétexte du falut du peuple , a peint
le ministère bienfaifant d'un bon prêtre , a voué
à la haine publique les prêtres perfécuteurs ,
a taxé de légèreté les choix , en général , qu'on,
a faits des fonctionnaires eccléfiaftiques ; & s'en
( 330 )
remettant aux voies de la douceur , de la pèrfuafion
& au temps , il a propofé de décréter ,
1 °. que le premier travail de comité de légiflation
fût un moyen de corftarer légalement
les nailfances , les mariages : & les décès ;
2º . que dans les villes , fur la réquiſition de
trois cents habitans , on accordera ute égliſe
ou une chapelle aux pretres non-fermentés ,
pour y fuivre leur culte ; 3 ° . que celui qui
infultera un citoyen pour fon opinion , paiera
une amende qui fera du double de ſa contribution
mobiliaire ; 4 ° . qu'il n'y aura plus pour
les citoyens François d'autre ferment que le ferment
civique.
Un évêque conftitutionnel a répété qu'il s'agiffoit
de l'ordre public violé . Toute cette tolérance
lui paroiffoit hors de la question . M.
Pagnanel rappelloit aux principes un opinant
qui avoit prononcé le mot profcrit de- clergé.
M. Rougeau demandoit une adreffe au peuple
François , & qu'on accordât des églifes aux
non-jureurs , aux frais des dévôts ... Un don
de so francs pour la défenſe des frontières
a terminé cette longue féance fans qu'elle ait
produit un décret .
C Du vendredi , féance du foir.
On n'avoit deſtiné cette féance qu'à l'élection
des membres des comités ; mais on y a lu une
lettre des fieurs Tiffot & Rovère , fedifant dé
patés d'Avignon , datée de Paris , du jourmême ;
& des dépêches de la municipalité d'Avignon contenant
d'affreufes nouvelles .
.
Une affiche cominençant par ces mots : Ouvrez
Les yeux , où l'on fe plaignoit aux patrictes de
Fenlèvement de l'argenterie des églifes , de leurs
( 331 )
cloches , des effets dépofés au mont - de - piété , du
départ de plus de 18 malles de butin ; & le bruit
répandu dans le public ( difent les dépêches )
qu'une ftatue de N. D. de l'églife des Cordeliers
étoit devenue rouge & avoit pleuré de tant de
facriléges ; ces caufes & d'autres que le temps.
découvrira peut- être , ayant excité de la fermentation
parmi la multitude , le dimanche 16 ,
M. Lecuyer , fecrétaire- greffier de la commune &
membre de l'Aſſemblée des électeurs - adminiftratears-
repréfentans des états -unis du comtat & d'Avignon
, fut maffacré dans ladite églife où le tumulte
étoit tel qu'un trompète municipal ne put
s'y faire entendre du haut de la chaire .
M. Lecuyer mourut le lendemain . Pendant la
nuit , des gens armés forcèrent les prifons &
mitent 5 à 6 prifonniers en liberté. Les adminiftrateurs
& municipaux ont pris de tardives
mefures au moyen defquelles ils fe flattent d'éviter
de nouveaux malheurs. M. l'Abbé Mulot ,
médiateur , & M. Ferrière , commandant des
troupes de ligne , ont été requis de donner des fecours.
" On a renvoyé l'affaire au pouvoir
exécutif.
Du famedi , 22 octobre.
Il a d'abord été décrété que l'ordre de la parole
feroit provifoirement tiré au fort . M. Vergniad
a dit qu'en adoptant la voie du fort l'Affemblée
avoit décrété une abfurdité. Le préfi
dent la rappellé à l'ordre & lui a représenté qu'on
ne difoit point à une augufte Affemblée qu'elle
décrétoit des abfu dités . M. Vergniaud a foutenu
que le mode étoit mauvais , mais qu'on pouvoi:
changer un mole provifoire. Cet étrange
debat a fini par l'ordre du jour .
( 332 )
: Dans l'affluence d'adreffes & de pétitions ,
nous diftinguerons celle d'une femme chalér
pour la laideur , d'une paroiffe où elle defire que
la puiffance nationale la rétabliffe; l'hommage qu'a
fait à l'Affemblée M. Cartau de la déclaration
des droits miſe en vers ; les doléances de citoyens
de Pondichery qui implorent des fecours & juftice
d'emprifonnemens arbitraires ; & la harangue de
lafociétéfraternelle , très - inconftitutionnellement
admiſe à la barre , comme fociété. L'orateur a dit
que la patrie eft en danger , eft menacée du dehors
& de l'intérieur ; qu'il faut le déclarer , condamner
à la mort les déferteurs de la patrie , &
confifquer leurs biens... Les honneurs de la
féance .
M. Koch , profefleur de Strasbourg , a pris
la parole pour affurer qu'il n'y a d'armée d'émigrans
, ni a Worms , ni à Coblentz , ni dans
les Pays-Bas ; que le camp d'Ettenheim eft come
pofé de la garde que la peur a porté M. le
Cardinal de Rohan à le donner ; de foldats logés
fous des tentes , faute de cafernes , mal habillés ,
mal logés , mal payés , ayant Mirabeau le cadet
à leur tête ; que le feul moyen légal & efficace
pour déloger les émigrans de leurs retraites , feroit
d'intervenir vigoureufemeat auprès des Cerdes
du Rhin & de la Suabe ; que depuis l'ac
ceptation du Roi , tous les politiques voyent la
caufe des émigrés comme défefpérée & fans reffources...
On bat des mains avec transport .
« L'armée du cardinal de Rohan a dit M.
iche , eft de 600 hommes qui s'exercent avec
des bâtons , & à qui l'argent manque . Celle de
M. Condé eft compofée de 300 ci- devant gen-
#ilshommes & d'autant de palfreniers , qui n'ont
poiar d'armes . Ils trouveront à Landau d'eux ba(
333 )
taillons d'infanterie commandés par M. Kellermann.
Les lettres de Stockholm , de Munich , & c.
n'annoncent que des intentions pacifiques . »לכ
-M. Rougier la Bergerie fommoit les princes
émigrés de rentrer en France dans le délai d'un
mois , fons peine d'être déchus de leur droit au
trône. Il vouloit de plus que les autres émigrés
faffent tenus de déclarer s'ils font citoyens François
, de rentrer dans trois mois , fi -non déchus
de ce titre , & leurs noms affichés dans leur
département ( en guile de tables de profcription );
que les déferteurs fuffent jugés par un confeil
de guerre les fouverains interpellés fur les
raffemblemens de troupes pour cet article - ci
des ambaffadeurs , pour le refte des commiffaires
pris au fein de l'Aſſemblée .
Il n'y a pas le moindre danger , felon M.
Dubois Dubay. Nous ferons le bonheur des
émigrés , nous le ferons malgré eux. Des millions
d'hommes armés n'ont rien à redouter .
Plaignons les émigrans ; ils fe privent de la paix
& du bonheur dont nous jouiffons , jufqu'à ce
qu'ils viennent en prendre leur part . Il n'y a
pas lieu à délibérer.
La triple contribution n'offroit à M. Voifard
aucune violation de la liberté , vû la réparation
des torts & l'égalité des charges . Cependant
се
j'avoue , difoit - il , que ce moyen n'eft pas .
exactement équitable ; mais ce n'eft point aux
émigrans à s'en plaindre ; ils ont la liberté de
faire leur devoir ». Des murmures l'ayant interrompa
, M. Fauchet s'eſt écrié : « il femble .
qu'on ne veuille entendre que des endormeurs » .
Alors M. Voifard a demandé la triple impofition
; accufation & pourfuites contre les ci- devant
Condé , Conti , d'Artois , Monfieur , devant
( 334 )
la haute cour nationale , & que le procès foit
fait aux déferteurs , aux confpirateurs , &c.
M. Thurillon propofoit une proclamation
reya e , donnoit aux émigrés , jufqu'au 15 novembre
, & fur preuves d'empêchemens & ferment
de fidélité , juſqu'au 15 décembre ; mais .
i féqueftroit tout au 15 janvier pour s'affurer
du triple impôt , faute d'obéiffance ; n'employeit »
les officiers rentrés , qu'au centre de la France ,
en attendant que la confiance revînt , & faiſcit à
tous leur procès , d'après les loix nouvelles , fans
confifcations ni commilaires , moyens qu'il trai
toit d'inconftitutionnels en adoptant la triple taxe ,
ce qui ramenoit fa logique an niveau de celle
de MM. Voifard & Briffot..
Quelques légiflateurs de Metz écrivent que
l'émigration des fonctionnaires publics eft effrayante
, & envoient à l'Affemblée , un décret
tout fait dans le fens des préopinans ..
M. Aubert Dubayet entreprend auffi ſon tour
d'Europe ; it copie prefque littéralement un
article de l'avant dernier n°. de ce journal ,
pour prouver la fituation pacifique des fouverains
; en fe bornant à ajouter à ces remarques
quelques gafconnades , & quelques injures aux
puiffances. Il voit enfuite dans l'émigration ,
délire , vertige , brandons de fanatifme & rendez-
vous d'orgueil ; il exhorte l'Affemblée à fe
montrer magnanime envers les émigrés , les
Princes & les peuples ; à remplir fa tâche fuperbe
qui conftitue fes pouvoirs , en fondant le
bonheur de 25 millions de François ; ainfi , réquifition
royale auprès des puiffances , notifica
tion aux princes , délai faifonnable , toujours
l'attitude qui convient à la nation ; & nous
verrons enfuite quei autre décret il faudra faire.
( 335 )
Salon M. de Jancourt , la triple impofition
feroit une injuftice ; M. Briffot avoit parlé avec
indignation de l'idée de greffer les maximes du
defpotifme fur l'arbre de la liberté , & malgré
certe abfurde image.de maximes greffées for un
arbre , fes conclufions avoient confacié le defpotime.
Mais confervant un des articles du projet
de M. Briffot , l'opinant à conclu à l'ajournement
à un mois « pour manifefter l'attachement des
François à la perfonne du Roi , l'intérêt qu'inf
pirent fes chagrins d. mestiques , & le regret
de faire parler la loi contre fa famille » . A l'ajournement
, M. de Jaucourt a ajouté un melage
au Roi , & toutes les mefures déjà connues .
Les difcours modérés ont bien excité quelquesapplaadiffemens
; mais la queition préalable a
conftamment repouffé la motion de les imprimer.
On a ajourné la fuite de la difcuffion à mardi .
Du famedi , fiance du foir.
On a proclamé les 24 membres du comité de
l'examen des comptes , & 10 nouveaux millions
d'affignats brûlés complettant la fomme de 309
millions.
L'Affemblée a rendu enfuite deux décrets urgens
; l'un ftatue que les effiliers retirés avec
penfion , & placés dans les bataillons des gardes
nationales definés à la défenfe des frontières ,
jouiront à- la - fois de leur penfion & du traitement
attaché à ce fervice extraordinaire ; l'autre
déclate que l'Ailem biée fatisfaite de l'ouvrage
de M. Camus , intitulé : Notice des décrets , en
ordonne l'impreffion . M. Filafier a dit , à ce
fajer : « recueilons les lumières , aidons-nous
mutuellement ; c'eft en montant fur les épaules les
uns des autres que les géans efcaladèrent les cieux. »
( 336 )
Du Dimanche , 23 octobre
Chaque comité nommera un préſident & deux
fecrétaires , qui feront changés tous les mois ,
& pourront être réélus ; c'eft ce qu'on appelle
organiſer les comités.
oct
La fociété fraternelle admife la veille à la
barre , & le décret tout fait arrivé de Metz ,
aujourd'hui donné lieu à une longue difcuffion
fur le droit de pétition , au fort de laquelle un
membre a dir que , fans ce droit , le régime de
la conftitution feroit pire que l'ancien régime ,
M. Bernard , député d'Auxerre , a eu beau
repréfenter que les pétitions collectives étoient ,
illégales , & combien il étoit abfurde de donner
ainfi à des particuliers , le droit d'initiative dans
la légiflation & dans l'Affemblée . Ces plaintes
judicieufes font reftées fans effet. On eft paflé
à l'ordre du jour. De bruyans applaudiſſemens
ayant couvert ce décret , le préſident à lu la foi
qui défend tout figne d'approbation ou d'improbation
, & de plus vifs applaudiffemens ont encore
fuivi cette lecture .
Des députés de la fection de Paris dite du
Théâtre François , ont follicité la révocation du
décret qui fait des anciens gardes - Françoiles ,
des régimens de troupes de ligne ; & ils ont
demandé que ces foldats foient maintenus gardes
nationales de Paris avec 20, fols de paie. L'ora
teur a dit : « c'eſt à leurs vertus , à leur patriotisme
qu'eft due la conquête de la liberté ;
mais cet acte de verta qui à fauvé la France ,
qui lui a procuré une conftication , eft devenu ,
paarr cela même , le plus grand des crimes aux
yeux des agens du defpotifine . L'exécution du
décret
( 337 )
décret dus août dernier feroit une
tache pour
Fes citoyens de Paris . On nous reprocheroit
avec raiſon , l'ingratitude que nous aurions
montrée envers nos généreux défenſeurs , en
fouffrant qu'ils foient livrés à leurs plus crucfs
ennemis. Enfin l'exécution de ce décret compromettroit
votre fûreté & la nôtre ». La députation
a eu les honneurs de la féance , & la pétition
a été renvoyée au comité .
Quelques cratoriens du collège de Juilly font
venus fe plaindre que , pour avoir enfeigné à
leurs élevés la conftitution & la nouvelle géographie
de la France , ils ont été déplacés par
leurs fupérieurs. M. Audrein les a protégés .,
M. Fauchet a obfervé qu'il étoit important « de
s'occuper de fixer le fort des congrégations
confervées , oratoriens , fulpiciens , lazariftes ,
eudiftes ; c'est - à - dire , de les abolir », Cette
façon de fixer leur fort , a excité des éclats de rire.
Un décret a renvoyé les profeffeurs déplacés
par-devant le directoire du département , & a
erdonné qu'aucun inftituteur de congrégations
enfeignantes , ne foit deftitué que fur l'arrêté
du département & fur l'avis du diftrict . L'utile
motion de l'évêque du Calvados a été renvoyée
au comité des domaines .
La fufpenfion légale d'un adminiſtrateur de
Nantua , prononcée par le département de l'Ain , &
confirmée par une proclamation royale , après
de violens débats , eft foumife à l'examen du
comité des pétitions.
Le Roi a nommé les trois Chefs de fa
nouvelle Maiſon militaire ; ce font MM, de
No. 44 29 Octobre 1791. P
( 338 )
Briffac , d'Hervilly & de Pont-Labbé. Le
fecond , Colonel du régiment de Rohan
Soubife , fe tira , il y fept à huit mois , avec
beaucoup de fermeté & de fang - froid ,
d'une infurrection fufcitée à Nantes contre
lui & contre fon régiment. M. de Pont-
Labbé , Colonel de Royal Comtois , cft
gendre de M. Thierry. Suivant les apparences
, le régiment des Gardes Suiffes fera
licentié , ou transformé en deux régimens
de ligne . Telle eft la récompenfe qu'obtient
ce Corps vraiment militaire , d'une
fidélité éprouvée & inaltérable , qui , depuis
la Révolution , entr'autres dans la
journée du 5 Octobre , s'eft toujours montré
digne de la brave & loyale Nation à
laquelle il a l'honneur d'appartenir , & qui
par la force de fa difcipline , par l'honnêteté
des Soldats , par l'infatigable & pénible
vigilance des Officiers , s'eft maintenu
intact contre les infâmes féductions cent
fois tentées pour le débaucher par ar
gent , par promeffes , par des filies publiques.
Pendant qu'on organife a
Paris cette Maifon militaire du Roi , les
Princes fes Frères lui remontent l'an-
-
*
cienne à Coblentz . Les trois quarts des
Gardes du-Corps , abandonnés du château
des Tuileries par la force des chofes , font
réunis fur les bords du Rhin
Compagnies rouges , ainfi que nous l'avons
dit antérieurement. Jufqu'à quand
9
avec les
( 339 )
durera cette trifte & inconcevable comédie
; nous l'ignorons abfolument . L'émi
gration ne fe rallentit pas les routes fort
toujours couvertes de fugitifs. Il paroît
que le plus grand nombre a pris fon parti
d'hiverner dans l'étranger. En conféquence
des ordres du Gouvernement de Bruxelles ,
ceux qui peuploient les villes frontières
rétrogradent en partie dans l'intérieur des
provinces Belgiques . Un témoin oculaire, &
bien informé , nous mandoit, en ces termes ,
l'état fommaire de ce raffemblement , tel
qu'il exiftoit au 14 Octobre.
« J'ai été fort mécontent de l'établiffement
de Bruxelles , où l'on n'auroit pas
dû en former. Inconduite , jeu effréné ;
tapage à la Comédie , propos de tout genre
fort inconfidérés. »
« Deux cents Officiers de Marine vien
Bent de s'établir à Anghien , lieu charmant ,
à cinq lieues de Bruxelles , fur la grande
route de Tournay à Mons. Ils y attendent
tous leurs camarades , & fornieront des
Compagnies d'Infanterie & de Cavalerie. »
« L'établiffement d'Ath eft fort bien organifé.
On y conptoit avant-hier 1136 Vo-
Fontaires François ; outre 300 d'infcrits , &
qu'on attend d'un jour à l'autre . Dans ce
nombre ne font pas compris environ cent
Bas-Officiers & Soldats d'élite . Tout cela eft
réparti en trois Compagnies de Cavalerie &
P-2
( 346 )
quinze d'Infanterie , que j'ai vu manoeuvrer
comme de bonnes troupes. >>
« L'établiffement de Tournay n'eft point
permanent , & fert en partie de dépôt. II
ya de fixe une Compagnie Périgourdine ,
de Cavalerie , commandée par le Comte
de Loflanges , ancien Colonel de Royal-
Picardie ; une Compagnie Artéfienne Cavaleiie
; une Compagnie Artéfienne à pied ;
deux Compagnies Poitevines , & une Com
pagnie Flamande à pied. »
« Le cantonnement d'Anthoin
, gros
village à une lieue de Tournay eft de deux
Compagnies d'Infanterie . »
« Trois nouvelles Conipagnies Poitevines
font parties de Tournay , la ſemaine
dernière , pour Binche , bourg auprès de
Mons , où il exifté également plufieurs
Compagnies. >>
« Ces Corps manoeuvrent tous les jours
fans armes , les fabres exceptés. Le paffage
pour Coblentz eft très confidérable chaque
jour :on y comptoit 1200 Militaires François
, la femaine dernière. Je ne connois
qu'imparfaitement le nombre de ceux qui
font à Worms. Prefque tous les villages
qui féparent cette ville Impériale, de Coblentz
, font remplis. >>
« On forme un Corps de deux mille
hommes de Cavalerie des Gardes du Corps,
y compris ceux retirés du fervice & qu'on
rappelle , leurs frères , & leurs fils . La
( 347 )
Maifon- rouge fera de 1200 hommes ; il y eft
afoo d'équipés. On va former un établiffement
à Namur. Il y en a un très conſidé
rable à Neuwied. »
« J'eftime à 3,500 en ce moment' , let
nombre de François enrôlés dans des diversétabliffemens
des Provinces Belgiques » .
<< Tous les Gentilshommes ont figné la
lettre adreffée à l'Impératrice de Ruffie . Cet
qui peut , vous furprendre fort c'eft que
la minute & les fignatures de cette lettre
à Tournay , fut enlevée le sau foir chez
M. de Montboiffier. On a été obligé de
refaire la lettre , & de récrire les fignatures.
Très-probablement , la première copie aura
été portée aux Jacobins de Paris . Le Comté
Efterhazy eft à Pétersbourg en qualité de'
Miniftre Plénipotentiaire. »
« Les Princes ont de l'argent. On fait
paffer le temps aux Emigrés avec des nou
velles de toute eſpèce . Les folies diplo
matiques , militaires , & étrangères , de
quelques- unes de vos Feuilles publiques
qu'on charge apparemment de nous tromper
, excitent la pitié des gens inftruits ,
& font méprifer la caufe des Princes. »
« Je ne puis affirmer fi les roturier's
peuvent ou non obtenir l'honneur de l'incorporation
, fans être annoblis. On n'a
dit que les Gentilshommes Bretons & les
Dauphinois avoient demandé qu'on bannit
toute diftinction ; mais que cette mefure
P 3
( 342 )
de fageffe n'avoit pas été approuvée. C'eft
lever , comme vous le voyez , l'étendard
de la Nobleffe , au lieu de lever celui du
Royalifme. Or , tout homme Nobie , &
qui ne fe foucie point de fe faire tuer pour
les intérêts de M. le Marquis à talons rouges,
de M. le Préfiient à Mortier , ou de Madame
la Favorite , reftera chez lui & fera
bien . Si la Nobleffe ne voit qu'elle dans
Ja Révolution , il fera jufte de lui laiffer la
gloire exclufive de s'en tirer. »
« Au refte, tout ce qui fe dit , tout ce
qui fe fait à Bruxelles , à Coblentz , à
Worms , eft fu & rapporté par des efpions ,
foit au château des Tuileries , foit aux
Jacobins , & c. »
Pour varier le cercle monotone des injures
aux Ariftocrates , des parodies fur les
Emigrans , des forfanteries conftitutionnelles
, des applaudiffemens à chaque aflaffinat
des exhortations au foulèvement
adreffées aux autres Peuples de l'Europe ,
& des lettres authentiques de Suiffe , d'la
lie , de Coblentz , de Vienne , de Mayence,
écrites aux Rédacteurs des Gazettes par
leurs Correcteurs d'Imprimerie , l'un de
ces Folliculaires vient de réveler au Public
une Anecdote remarquable qu'il tenoit
en réſerve depuis quelques mois. Cete
anecdote eft « que le Roi de Suède & M. de
Breteuil ont paffé fecrètement quelques
jours au Château de Saint Cloud , du 17 ay
343 )
20 Juin , immédiatement avant l'évafion
de Louis XVI. » L'anecdotier fait le fait
d'un Miniftre Proteftant , lequel le teroit
d'une femme qu'il avoit confeliée au lit de
mort, laquelle le favoit de fen mari ,
valet- de- chambre de M. de Breteuil. Voilà
fans doute de puiffantes autorités . Nous
efpérions que le Gazetier Univerfel, ajouteroit
que
le Roi de Suède l'avoit mis dans
la confidence. Dix imbécilles ont déjà
réimprimé cette impertinente nouvelle :
il fattiroit fans doute de la rapporter, pour
en faire fentir la bètife ; mais fi l'on veut
quelque chofe de plus pofitif, nous offrons
la fignature de quarante témoins oculaires ,
qui ont vu tous les jours le Roi de Suède
du 17 au 20 Juin à Aix - la - Chapelle. Soleurre
en fournira autant du féjour de M. de
Breteuil dans cette Viile , à la même
époque.
Nous avons attendu l'impreflion correte
et corrigée du beau difcours de Mi.
Briffot , pour en faire l'examen . Il eſt afiligeant
de voir le Corps Légiflatif de la
France , renfermer affez peu de lumières ,
de prudence , & de jugement , pour décréter
l'impreffion de ce fatras de contradictiors ,
de calomn es contre dix Puiflances Souveraines
, de confeils incendiaires , appuyés
fur des faufletés , & plus dignes d'un implacabl
ennen de la Nation que de fon
Repréftant. Dans la féance d hier mardi ,
P 4
344 ).
l'une des plus fcandaleufement tumultueu
fes , & oùl'on a continué , fans la terminer ,
la difcuffion fur les Emigrans , M., l'Abbé-
Champion , Député du Jura , a déjà
réfuté fans réplique , les imputations
que le fieur Briffot a hafardées contre les
Républiques de Berne & de Genève. Pour
répondre aux faits , & aux fages réflexions.
de M. Champion , l'Evêque Fauchet a affirmé
qu'une foule de Citoyens Suiffes étoient
plongés par le Gouvernement dans les cachots
duChâteau de Chillon , et que leurs pieds étoient
BAIGNÉS PAR L'EAU DE LA MER. Nous apprendrons
au favant M. Fauchet , que la
foule de Citoyens , fe réduit à deux Bour
geois de Laufanne , décrétés & pourfuivis
juridiquement , non pour aimer la Conf
t'tation Françoife , mais comme accufés.
d'avoir trahi celle de leur pays ; qu'ils
font logés plus commodément que ne l'a
peut être jamais été M. Fauchet , & que
Chillon eft fitué fur le lac de Genève , &
non fur l'Océan.
Notre magot prit pour le coup ,
Un nom de port pour un nom d'homme..
Voilà , cependant , nos Légiflateurs , &
les arbitres de nos deftinées . Certes , c'eft
bien le cas de dire avec Voltaire :
A quels Mattres , Grands Dieux ! livrez - vous.
l'Univers ?
Nous avons fufpendu le tableau , qu
nous avons promis , de la fituation d'Avignon
& du Comtat , depuis l'envoi des ,
( 345 )
;
trois Tyrans que l'Affemblée Conftituante
y fit paffer fous le nom de Médiateurs .
A ce précis fera joint un examen , non
moins utile , de la nouvelle Jurifprudence
en vertu de laquelle , la majorité des anciens
Députés & les élèves de Cartouche ,
qui font maintenant nos Profeffeurs de
Droit Public ,. ont folemnellement décidé
que la terre appartient au premier brigand
qui a la force de s'en rendre maître ; qu'une
troupe de gueux ont le droit de fubjuguer:
tous les Propriétaires à leurs volontés ;
que cefle d'un Peuple eft repréſentée
par une poignée de fcélérats armés
que les meurtres , les incendies , les pil--
lages , les concuffions , la cumulation de:
tous les forfaits caractérisent le patriotisme,
& prouvent la liberté d'une Nation déli--
bérante ; que les voeux arrachés fur des
ruines & des cadavres , par des malfaiteurs
que la plus clémente juftice puniroit du
dernier fupplice , tranfmettent à un Etat
le droit de difpofer de l'Etat d'un autre ,
de dépouiller à la fois & le Peuple & de :
Souverain , de forcer le premier à changer
de maîtres ; & le fecond , à reconnoître :
cette ufurpation. Nous difcuterons enfuite
ce prétendu principe d'une prétendue vo--
lonté générale ; principe dont la conquête :
d'Avignon & du Comtat offre une appli--
cation fi heureuſe & fi magnarie ; & nous
ferons enfuite forcés à conclure que , d'après
P. S
( 346 )
les fyftêmes bienfaifans du jour , la liberté
n'eft autre chofe que la tyrannie du crime fur
la probité , de l'efprit de rapine fur la propriété
; & qu'on nous ramène à la barbarie, en
foumettant la Légiflation , les Droits publics
& privés , au feul & unique empire
du plus fort.
à Les horreurs d'Avignon ne font pas
ler terme il s'en faut. Les brigands qui
y dominent fe font occupés,depuis quelques
femaines , à faccager Collèges , Séminaires ,
Eglifes , Maifons Religieufes ; à voler & à
vendre les vafes faints , les ornemens eccléfiaftiques
, les effets nationaux , à exiger des
contributions , à niultiplier les exactions ,
à faire battre des femmes à coups de nerfde-
boeuf, &c. Ces abominations font inconteftables
, car l'Abbé Mulot lui - même ,
tout Mulot qu'il eft , maintenant brouillé
avec ces fenfibles Heros ( pour emprunter
les heureufes expreflions de M. le Scène des
Maifons ) ; l'Abbé Mulot , dis -je , répondant
à un de leurs libelles , leur a reproché ces
Brrgandages.
A la fin , la patience du Peuple s'eft
émue ; ou plutôt , d'un égarement il eft
tombé dans un autre . A l'inftant cù l'un
des Chefs fpoliateurs venoit de voler le
Mont - de - Piété , la multitude l'a fuivi , a
exigé compte de fes déprédations , & l'a affaffiné
à la porte d'une Eglife : on l'en a retiré
mourant ; il eft expiré le jour même. Voilà
la première vengeance que le Ciel ait en347
)
core permis , de cet anas de crimes qui
forment notre hiftoire depuis deux ans.
L'atroce fureur de la multitude s'eft au
moins , cette fois- ci , déployée fur un fcé-
Jérat. I fe nommoit Lecuyer : fils d'un
Meunier des environs de Paris , ii a été
le principal Artifan des forfaits d'Avignon
, & de la réunion : ce fut lui qui
contribua le plus à faire perdre MM .
de Rochegude , d'Aulan & d'Offray ; il
étoit le correfpondant de MM. Eouche
& Camus. Sa figure baile , creufe & ignoble
, déceloit fa férocité : jamais il ne rioit ;fts
yeux , fuivant l'expreffion énergique d'un de
mes amis qui l'a connu à Avignon , fesyeux
pompoient le fang. Il auroit été le meilleur
valet de Catilina. Sans doute , fes vertueux
amis , MM. Verninac & le Sceine des Mai-
Sons ,
lui feront célébrer un fervice public
, & demanderont pour lui une place
à Sainte- Geneviève .
Parmi les Grands Hommes qui fe font
évertues à juftifier l'ufurpation du Comtat,
les infâmes moyens qui l'ont confonimée ,
& la conduite civique des Médiateurs , le
Cazetier Univerfel tient un des premiers
rangs . Un Comtadin plein de mérite , &
dont le talent , dans fon état , eft connu de
toute la France , avoit adreffé à ces Gaz -
tiers une réfutation : on fe doute bien qu'ils
ont refufer de l'imprimer ; car celui qui
avance des erreurs le rétracte à la vue de
P
( -348 )
la lumière ; mais l'impofteur préméditéle
garde bien de la montrer. Voici la lettre
refufée par ces Folliculaires ; nous la publions
, parce qu'elle renferme une déduc
tion très jufte , & inatta quable de la queftion..
De Paris , ce 13 % Octobre 1791 .
Vous paroiffez défapprouver le defir de votre
Correfpondant , qui voudroit qu'on attendît 4
à 5 ans , avant de faire entrer Avignon & le
Comtat dans la nouvelle diftribution géogra
phique de la France. Mon opinion à cet égard ,
eft qu'on ne fauroit trop attendre , quand il eft
queftion de confommer un acte d'iniquité ; mais
fi j'ai commencé à foupçonner que ce que je
regarde comme un acte d'iniquité , vous le regardez
comme un acte de juftice , je ne puis
plus en douter , lorfqu'à la fin de votre paragraphe
je vois ces mots : « La Maifon d'Autriche
, par exemple , avoit- elle fur la Pologne
des droits pareils à ceux de la France fur
Avignon. »
Des droits ! ch quoi ! toujours des droits .
lors même que ces prétentions ont été détruites
par des raifons fans replique. »
« On a argumenté à l'Affemblée Nationale :
fur la Minorité de la Reine Jeanne de Naples ,
lorfqu'elle vendit Avignon au Pape , & c'eſt le
plus fort des argumens qu'on ait employé dans
cette difcuffion , mais n'a - t-on pas répondu victorieufement
à ces hommes fans pudeur ?? on
leur a dit : Si vous voulez, vous faire un titre
de cette prétendue Minorité , pour revendiquer
la ville d'Avignon , il faut la prouver ; & je
Vous déclare que vous ne la prouverez pas ,
( 349 )
car il n'eft aucun homme fur la terre qui fcache ,
qui puiffe favoir , en quelle année la Reine
Jeanne a vu le jour . Après ce défi , de me fournir
là preuve de ce que vous ofez avancer , je fuis
difpenfé de vous en dire davantage ; cependant
je veux bien ajouter que toutes les preuves
morales font en faveur de la Majorité de la
Reine Jeanne ; elle avoit quinze ans de mariage
lorfqu'elle vendit Avignon , ce qui eft prouvé ;
d'ailleurs , les Princes & Princeffes dans l'Etat
de Naples étoient majeurs à 18 ans , ce qui
eft encore prouvé ; donc , en fuppofant feulement
trois ans à la Reine Jeanne lorſqu'elle fe
maria ( fuppofition qui certes ne doit pas répugner
) , elle étoit majeure lorfqu'elle vendit."
Si ces raifons ne vous paroiffent pas fuffifantes
pour établir la Majorités du moins fouvenezvous
que je vous ai demandé la preuve de fa
Minorité , & qu'en jurifprudence , en raiſon &
en morale , vous êtes obligés de la fournir fi
Vous voulez faire valoir ce titre . »
« Cette preuve , Monfieur , vous devez la
favoir , n'a pas été fournie , elle ne pouvoit pas
l'être , & cependant dix fois au moins à la tribune ,
on a dit la Reine JEANNE étoit mineure lorfqu'elle
vendit.
nons ,
cc Tel étoit apparemment l'efprit & la logique
de ces Meffieurs , qu'ils difoient : lorfquefur
une propofition avancée on a été confondu ,
on ne peut plus y revenir ; or , nous y revedonc
nous n'avons pas été confondus ;
nous nous donnons du moins l'air de ne paslêtre
, & nous fommes bien fûrs d'avoir nos
amis & les tribunes pour nous ; & nos Adver-.
faires feront hués , & la populace de l'Affemblée
, & la populace des rues criera : à l'Avocat:
( 350 )
1
du Pape & ce mot feul fera un anáthême un
argument invincible. »
сс
t
Mais qu'import: que Jeanne fût mineure ,
ou qu'elle für m jeure ? qu'importe que la vente
fùt bonne ou qu'ile fu : Luke ? Si ces perfides
Orateus avoient eu que que pudeur , auroientils
parlé des droits prétendes de la France ,
après avoir proclamé à la fice de l'Univers ,
qu'il n'exiftot fur la terre d'autres droits que
les droits des Peuples ? »
« Si d'après la déclaration folemnelle de l'Affemblée
, tout Peuple eft libre de vivic fous le
Gouvernement qui lui plait davantage , les -
Avignonnois peuvent done ( malgré les droits
de la France les plus lidement tables ) vivre
fous la domination du Pape , qui les gouverne
depuis cinq cents ans . Les Orateurs qui , en
diflimulant cette grande vérité , fe font mis dans
la plus étrange contradiction , n'ont pas pu
empêcher qu'elle ne fut fentie par la Majorité
de l'Affeinblée . Alors ils ont dreflé d'autres
batteries. 3
« Ils avoient provoqué de longue main ( fentant
fans doute la foiblefle de leurs droits ) , ils
avoient provoqué , & ils ont enfia amené par la
perfidie , une apparence de voeu de la part des
Comtadins pour la réunion : alors les Légiflateurs
qui fe font trop fouvent laiffés entraîner par
des machiavelistes , ont cru pouvoir proncret
la réunion ; mais ce voeu qui fcul peut fervir
de fondement à cet étrange Décret , n'existe pas.
Les Carpen: raffiens que vous dites formellement
, tous partifans de la réunion n'ont jamais
defiré , ainfi que tous les Comtadins , que de
refter fous la domination du Pape . Ils ont j ré
ceat. fois folemnellement de lui refter fidèles .
S'ils ont enfuite paru varier à cet égard , ce n'a
( 351
jamais été que lorfqu'ils fe font vus affiégés par
une armée de Cannibales , qui fe préfentoit à
leurs portes avec une artillerie formidable ( lorfque
Carpentras n'avoit pas un canen ) avec cinq
beaux ; & des charrettes chargées de cordes.
Queile devoit donc êtie l'énorme quantité de
ces exécutions , auxquelles un feul bourreau
n'auroit pas pu fuffire ? Cependant , les Car-
Featraffiens fe font défendus avec courage &
fuccès ; mais ils favoient trop bien que les armes
font journalières ; il ne falloit qu'un moment
malheureux pour qu'une trahilon , pour que
dans un jour , Carpentras ne fit plus qu'un tas
de cendres & de cadavres . Ils ont arboré les
armes de France comme une fauve- garde contre
des brigands qui déshonoroient la France ,
difant qu'ils agifloient pour la France . Cette
démarche n'a pas éloigné les brigands , & alors
ils ont prononcé récilement le voeu pour la
réunion parce qu'ils ne voyoient point d'autre
meyen de falut . »
en
« Prendrez vous , Monfieur , ce voeu , pour
un voeu libre & légal ? eft fi peu libre , il
eft fi peu fincère que malgré le Décret qui
prononça la réurien , & qui fait de Carpentras
une ville de France , je ne ferois pas étonné
que Carpentras enleva de deffus fes portes les
armes de France, pour y fubftituer celles du Pape .
Ce que je dis de Carpentras , je le dis auffi
de toutes les Communautés du Comtat , je le dis
encore de la ville d'Avignon .
ce De la ville d'Avignon ! ...... oui , Monfieur
jamais Avignon n'a demandé la réunion :
à moins que vous ne voulicz prendre pour le
vou d'une ville de trente mille ames , celui
d'une poignée de gens fans propriété , d'étrangers
même , qui n'ont pu montrer 1400 figna(
352 )
tures qu'en faifant figner les enfans aux écoles
de la Doctrine Chrétienne ,, & ce qui vous furprendra
peut- être , & qui ne me furprend pas ,
c'est qu'aujourd'hui que la réunion eft décrétée ,
ces mêmes Factieux d'Avignon , qui feuis l'avoient
demandée , ne veulent plus de la réunion ,
& qu'ils cherchent chicane à ces mêmes Commiffaires
, avec lefquels ils étoient liés , avec
lefquels ils mangeoient , avec les femmes defquels
ils fe promenoient fa tout ; à ces Commiffaires
enfin qui les ont adulés
occafion , au fcandale des gens fages . Résultat
fimple & naturel , comme le dit fort bien M..
de Clermont - Tonnerre , réſultatfimple & naturel
de toute liaifon avec des brigands. ».
сс
en toute
Enfin , Monfieur , pour tout dire en deux
mots une chofe n'eft pas , lorfqu'elle ne peut .
pas être ; or , il ne peut pas être que les Com--
tadins préfèrent la domination de la France à
celle du Pape . »
« Le Gouvernement du Pape , dans le Comtat ;
je m'explique , eft le Gouvernement le plus
doux qui foit fur la terre...... Arrêtez-vous ,
je vous prie , fur chaque article , & gravez- le.
dans votre mémoire,
2
ce Les Comtadins n'ont jamais connu . les
corvées qui étoient un fléau pour les François....
Les Comtadins n'ont jamais connu les droits
exclufifs de pêche , les droits de chaffe , encore
moins les Capitaineries... Tout homme fans.
propriété peut & a toujours pu avoir chez jui
un ou plufieurs fufils , & chaffer par-tout ou fa.
fantaisie peut le conduire , lorfqu'en France ,
fous le nouveau régime même , on ne peut chaffer
que fur les propriétés...... Sous un Prince néceffairement
pacifique , les Comtadins n'ont jamais
connu les Milices , le fléau des villes & des
( 353
)
campagnes , & n'ont jamais répandu une goutte
de fang pour fatisfaire les caprices de leurs Princes ....
Les Comtadins enfin n'ont jamais payé un fol
d'impôts, lorsque les François en étoient écrafés ... »
« Si je parlois de l'Empire de la Chine , je
n'oferois avancer ce dernier fait , bien fûr d'être
taxé d'abſurdité ; mais je parle d'un Peuple qui
eft au milieu de vous , & je ne crains point
de dire une vérité qui ne peut être conteſtée .
Tout homme de bonne foi doit donc convenir
que quelque belle que puiffe paroître la Conftitution
Françoife , il est évident que par leur
incorporation , les Comtadins perdront leurs .
avantages les plus précieux , & l'on ne peut
fe diffimuler qu'il n'y a pas de François qui
ne portát envie au fort paffé des Comtadins..
Après ces vérités inconteftables , peut-on avancer
peut-on même foupçonner que les Comtadins
aient jamais defiré de fe donner à la France ?
Je l'ai dit , je le repète : une chofe n'eft pas ,
lorfqu'elle ne peut pas être ; mais la mauvaife
foi de quelques Repréfentans d'une Nation qu'ils
qut déshonorée , a diffimulé cette grande vérité.
Je veux admettre un moment qu'il y eût
ponr les Comtadins , queiqu'avantage réel d'être
à la France ; certainement il ne leur conviendroit
pas aujourd'hui de s'y réunir. La conftitution eft
menacée. Si elle eft attaquée , il faudra bien que
le Comtat fourniffe fon contingent en hommes &
en argent , & pour faire la guerre & pour combler
un déficit auquel il n'a pas contribué . Et fi elle
elt renversée !... Je ne le crois pas ; mais tant
de gens le croyent , qu'il faut au moins admettre,
cette opinion con:me une opinion proba! Si ce
malheur arrivoit , les Comtadins après s'être
épuisés pour la France , fe verroient encore réduits
à fubir la honte de revenir à un prince
( 354 )
qu'ils auroient lâchement trahi , fans la moindre
provocation de fa part , & d'implorer fa miféricorde.
Les Comtadins doivent fentir , & ils fentent
fans doute ; que ce feroit la plus haute imprudence
de fe hâ : er d'habiter une maiſon toute
neuve avant de s'être aflurés qu'elle eft affez
folide pour n'en être point écrasés . Comment
voudricz - vous dere qu'aujourd'hui ils votallent
pour la réunion ? Dans quelques années on
verra fi la Conftitution eft affez affermie pour
ofer s'y attacher ; dans quelques années , ils auront
réfléchi dans le calme fur ce qui leur convient
, ils pourront émettre dans la paix , un
voeu libre & légal . Si alors ils votent pour la
réunion , les Repréfentans de la Nation Françoile
pourront peut - être recevoir ce voeu fans
trahir leur confcience & fans le déshonorer comme
aujourd'hui . Votre correfpondant avoit donc raiſon
de dire , qu'il lui paroiffoit convenable d'attendre
4 ou 5 ans avant de confommer cette réunion, »
« Je ne fermerai pas ma lettre fans dire deux
mots , fur cent que je pourrois articuler , pour
prouver 11 perfidie des Commiffaires pacificateurs
envoyés par la France. »
•
ee Ils ont , en arrivant , montré la partialité l
plus révoltante ; ils ont défarmé les honnêtes gens ,
& laiffé les armes dans les mains des brigands.
Dira-t-on qu'ils n'ont pas pu mieux faire , & qué
ce n'eft pas leur faute s'i's ont trouvé moins de
foumillion d'un côté que de l'autre ? Cette excufe
ne feroit pas recevable . Non ils n'ont pas
voulu défarmer les brigands . Bien loin de fe
plaindre de leur conduite ils les ont applaudis ,
ils les ont comb'és d'éloges . »
•
Ecoutez- les parler publiquement au fameux
Jourdan Coupe- tête , chef des brigands : «« Nous
payons à vot.c loyauté une ditte b.cn chère à nos
1355 )
coeurs », La loyauté de Jourdan !... Une derse
chere à leurs coeurs !... Voilà l'infame langage
que tiennent des Commiflaires François au chef
des dévaftatcuis du Comtit , du Comtat doit
les maifons ont été bû ées & les habitans maffacrés
, uniquement parce qu'aux ordres de la
faction d'Avignon , ils n'ont pas voulu violer les
fermens faits à leur Prince , & fortir d'une domination
fous laquelle is touvoient leur bonheur.
« Ecoutez-les encore lorfqu'ils écrivent au
feur de Ferriere , commandant des troupes Françoiles.
»
« En convenant que l'on devoit protection
aux Emigrans , ils leurs recommandent de bica
le garder de donner a kur retour , un air de
triomphe , de ne pas oublier que ceux qui re
viennent de l'armée de Monteux , font des Citoyens
, qui ont tout facrifié à la liberté & qui
méritent eftime & confidération . »
«Quelle abominable prédilection pour des feélérats
Couverts de crimes ! Les Commiffaires ne craignent
pas d'infulter encore indirectement , les honnêtes
gens qui ont été forcés de quitter leur patrie .
En y reftant , il falloit s'unir aux Factieux on
les combattre , & perfonne n'ignore que les
honnêtes gens avoient été défarmés par la perfilic
d'une Municipalité corrompue , & que ne
pouvant combattre pour la bonne caufe , if ne
leur reftoit d'autre parti à prendre que la fuite. »
« Ils ont tout facrifié à la liberté , difcrt- ils ,
en parlant des brigands , & ils méritent cftime
& conſidération !... ود
ee Le coeur fe fou'ève d'indignation , Qu'ontils
donc facrifié ? Tour , difent- ils ; & ces
hommes ne poffédoient rien , & ces hommes
comptoient fur quarante fols de folde , & fur- tout
( 356 )
fur le pillage du Comtat ! Parlera - t - on des
dangers qu'ils ont bravés ? Ils ont cru , & ils
fe font trompés , qu'en fe préfentant avec leurs
canons , & leurs bourreaux , tout leur feroit foumis
fans réfiftance ; ils n'ont jamais ofé , avec une
ertlere formidable , s'approclier affez des murs
de Carpentras . Veut-on à toute force qu'ils
ayent connu le danger & qu'ils l'ayent brave ;
mais les brigands bravent fouvent, nous le favons,
les dangers de la réfiftance ; ils bravent encore
la potence & l'échafaud pour s'approprier les
dépouilles des paffants , ils ont facifié à la li
berté ! eux ! & c'eft des hommes revêtus d'un
caractère refpectable qui ofent tenir ce langage ! »
« Tout eft relatif : on ne me conteftera pas
ce principe , d'où je conclus que ce qui peut
faire le bonheur des François , fera néceffairement
le malheur des Comtadins. »
se Il eft certain que les François qui vivoient
fous le defpotifme le plus dur , en s'expofant
aux dangers , couroient après la liberté , &
qu'ils doivent attacher leur bonneur au nouveau
régime fous lequel ils commencent à vivre ;
mais le fort des François eft - il fait pour être
envié par les Comtadins ? ce feroit demander
fi le fort d'un convalefcent foible & de plus , expofé
aux rechutes , peut-être envié par celui
qui jouit & a toujours joui de la fanté la plus
ferme. Les Comtadins bien loin de vivre ſous
l'empire du defpotifme , nous l'avons dit , nous
l'avons prouvé , vivoient fous l'empire le plus
doux ; ils jouiffoient d'une liberté à laquelle
dans leurs plus beaux jours , les François n'atteindront
jamais . »
cc« Voilà , voilà l'abîme où les factieux d'A
vignon , réunis au camp de Monteux , ont plongé
leurs Concitoyens. Et quand ils ont combattu
( 357 )
pour les opprimer ainfi , des lâches Commiffaires
ont appelé cela combattre pour la liberté ?.. Ils
accordent leur eftime & leur confidération à ces
tigres teints encore du fang de leurs frères qui
ne les avoient pas provoqués , & qui n'ont fait
qu'oppofer une jufte défenfe aux violences de
toute efpèce. Qui donc combattoit pour la liberté
, fi ce n'eft les Comtadius ? Mais les perfides
Commiffaires ont tout dénaturé . Il n'eft pas
étrange que des hommes de cette trempe n'ayent
voulu voir des Patriotes que dans ceux
qui demandoient la réunion , parce qu'ils la
vouloient eux-mêmes , & qu'ils ayent amené en
forçant les volontés , une apparence de voeu
pour cette réunion , dont d'autres hommes , les
uns trompés , les autres corrompus , ont profité
pour l'opérer. »
« Concluons Monfieur , & convenez avec
moi , que les Carpentrafliens , que les Comtadins
, que les Avignonois même , n'ont jamais
voulu la réunion , & qu'après les avoir maffafacrés
, on les a fait fuccomber fous la calomnie
, & qu'ils ont perdu leur liberté. »
« Je fuis , &c. Signé. D. P.
P. S. Nous venons de recevoir des lettres
d'Avignon en date du 19 ; elles confirment ,
& il eft certain , que l'Ecuyer a été maffacré
, non-feulement à caufe du faccagement
des Eglifes , de la vente de toutes les
cloches , même de celles de la Métropole ,
à so liv. le quintal , mais encore à la fuite
des vols commis par ces Meffieurs au Mont
de Piété. Ces facriléges dévastateurs faifoient
acheter leur butin par des Juifs , &
transporter en charrettes hors d'Avignon
( 358 )
les effets qu'ils ne pouvoient vendre. Tels
ont été les mobiles de la rage du Peuple.
Cependant , un Républicain fanatique ,
jadis Prédicateur du Defpotifme , auili
dépourvu de philofophie dans la tête
que dans le caractère , M. de Condorcet ;
vient nous dire effrontément par leJournal
de Paris , que la mort de l'Ecuyer eft le
fruit de la fuperftition , & qu'on avoit perfuadé
au Peuple qu'une flatue de la Vierge,
evoit répandu du fang ! Voici les véritables
circonitances de cette cataftrophe , &
fes abominables fuites..
·D'Avignon le 18 Octobre.
« De nouvelles fcènes d'horreur viennent de
fe paffer dans cette malheureufe vile. Le dépouillement
des Eglifes & des Maiſons Religieufes
, l'enlèvement des cloches & de la caiffe
d'argenterie au Mont- de - Piété , les déprzdations
fans nombre commifes par les Chefs des brigands
; è fin , les vexations auxquelles tous les
Citoyens fans diftinction étoient journellement
expofés , avoient déjà jetté l'épouvante dans
tous les efprits , & la claffe du Peuple , indi
gnée , murmuroit hautement , depuis quelques
jours . Avant hier , vers les dix heures , les
femmes du Peuple , s'étant raffemblées dans l'Eglife
des Cordeliers , cavoyèrent chercher le
fur Lécuyer , ci - devant Ambaladeur du Peuple
Avignonois à l'Affemblée Nationale ; un des
principaux auteurs de tous les défordres qui ont
affigé cette ville , & que tout le monde fait
avoir dirigé toutes les opérations deftructives de
la faction , Rendu a l'Affemblée , on lui demande
f .
( 359 )
compte du produit de toutes les ventes , on veut
que lui & tous fes Collègues reftituent tous les
vols & pillages. Vivement preffé , il perd la
tête ; il veut menacer & fuir la fureur s'empare
de tous les efprits ; on l'arrête , on lui
tombe deflus , on le déchire ; plufieurs femmes
n'ayant que leurs cifeaux , le percent avec cet inf
trement , & le laiffent moit fur la place . Les
Chefs des brigands inftruits de la catastrophe
de leur Collègue fort battre la générale ; les
Payfans & tout le Peuple viennent au fecours
de leurs femmes ; le choc eft violent ; mais
ceux- ci n'ayant que des fourches , des bâtons ,
des haches & très- peu de fufils contre une
troupe de brigands armés , font obligés enfin
de céder à l'inégalité des armes & cherchent
leur falat , dans I fuite. Il y a eu nombre de
morts & de blaffés dans cette action , mais nous
en ignorons encore le nombre. »
ec
2
,
Après cette victoire les vainqueurs de Sarrians
, les héros de Monteux ont fait maſſacrer ,
hier & aujourd'hui , plus de 90 Citoyens qu'ils
retenoient prifonniers depuis l'affaire du 21 août ,
plufieurs autres ont été pris dans la nuit & égor
gés , pour appailer les mânes du Patriote PEcuyer.
Madame Niel , fon fils , M. Moavans ,
Officier Municipal & une infinité d'autres font
égorgés . Des familles entières ont reçu la mort
dans leurs maifons : chaque heure voit de nous
veaux emprisonnemens ; les portes de la ville
font fermées . L'Abbé Mulot toujours à Sorgues ,
a fommé M. de Ferrière de marcher avec fes
troupes , au fecours des victimes ; mais ce Maréchal
- de- Camp , ce Guerrier de la Révolution ,
a prétexte fa foibleffe , & laiflé tout faire . Il a,
cependant , 1800 hommes ! »
Voilà les premiers fruits de la réunion ,
& de l'appui coupable que l'Affemblée
conftituante a donné à ce repaire de bêtes
feroces , contre cent mille propriétaires dont
elle a vu froidement faccager les demeures ,
dévafter les poffeffions , & attaquer la vie.
Voilà les nouveaux forfaits dont la refponfabilité
pefera fur elle , non pas à ce Tribunal
de créatures , qu'elle a formé fous le
nom de Haut Juré; mais à celui de l'Europe
& de tous les gens de bien. Sous peine
du mépris & de l'horreur de quiconque a
confervé une étincelle d'honneur & de fentiment,
que M. Duport du Tertre , ce Gardedu
Sceau de France , qui maîtrife impérieufement
les volontés du Roi , fe juftifie
du choix odieux de ces Médiateurs , complices
de la durée de tant de catastrophes.
Qu'il rende compte de fa connivence dans
la confifcation du Comtat & d'Avignon
dont il a prolongé les infortunes. Son refpect
pour les infâmes tyrans d'Avignon ,
Ton infouciance fur les horreurs qu'ils
exerçoient , font rejaillir fur lui tout le fang
qui vient d'être verfé , à la fuite d'une des
plus horribles injuſtices que l'ambition ait
jamais confommées .
Genevois , habitans du pays de Vaud ,
'Allemands , Espagnols , qui nous environnez
, étudiez cette épouvantable fuite de
forfaits , & appréciez les bienfaits d'une
Révolution !
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI;
COMPOSÉ & rédigé, quant à la partie
Littéraire , par MM. MARMONTEL ,
DE LA HARPE , CHAMFORT , tous
trais de l'Académie Françaife , & M.
GINGUENÉ ; & par MM. FRAMERY &
BERQUIN , Rédacteurs.
M. MALLET DU PAN, Citoyen de Genève,
eft feil chargé de la partie Hiftorique &
Politique.
SAMEDI 1er, OCTOBRE 1791 .
A PARIS ,
Au Bureau du MERCURE , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins , No. 18.
HE NEW YORK
UBLICTIRBHYE GÉNÉRALE
Du mois de Septembre 1791 .
STOR , LENOX AND
DEN FOUNDATIONS
1005
DISTIQUE.
es Solitaires , 3e. Part .
harade , En. Loz.
3 Voyage en Italie.
4 Notices.
36
47
351
PITRE.
Charade , En . Logog.
49 red-cles .
52 Variétés
72
75
Ja Souveraineté , ze ix. (4
Mirabeau.
Not ces.
701
OUPLETS .
Charade , Enig . Log.
Le Convalefcent.
Catichijine.
LE
Mariage , &c.
Charade, En . Log .
Difcuffons.
Encyclopédie.
851
Extrait. 109
Projet de Grammai e. 86 Euvies. III
87 Recherch s.
112
89' Spectacles . 114
106 Notices. 117
121 Traité. 145
133 Spectacles . 148
136 Variétés . 152
14) Notices .
353
Paris , dé l'Imprimerie de Moutard, ruę
des Mathurins , Hôtel de Cluni .
MERCURE
DE FRANCE.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE PETIT MALHEUREUX .
Sa 2
Prenez pitié d'un petit malhenreux,
chargé tout feul du foin de
A 2
MERCURE
fon vieux pere ; ils n'ont, hélas! pour
I
rinf.
fubfifter tous deux ,
qu'un peu de
pain qu'on donne à leur mife
トート
廳
DE FRANCE.
Fv J
re.
PLAIGNEZ leurs fort , prêtez-leur vos fecours ;
C'eſt à regret que ma voix vous implore :
À
De longs travaux l'un a rempli fes jours ;
Pour travailler l'autre eft trop jeune encore,
SOYEZ touché de leur fort malheureux ;
Prenez pitié de l'enfant & du pcre ;
Ils n'ont , hélas ! pour fubfifter tous deux
Que la pitié qu'inſpire leur mifere .
Paroles de M. Berquin , Mufique
de M. de la Live d'Epinay.
6 MERCURE
L'ÉCOLE DE L'AMITIÉ ,
Τουτ
CONTE MORA L.
Premiere Partie.
Our le monde connaît la Pupille de
Grandiffon , cette Emilie Jervins , fi naïve,
fi tendre , fi innocemment amoureufe de
fon Tuteur ; eh bien , j'ai trouvé dans
le monde une feconde Milf Jervins , plus
vive , moins timide , plus animée que la
jeune Anglaife , & un peu mieux infruite
qu'elle de ce qui fe paffait dans fon coeur ;
mais aufli ingénue que l'autre était naïve,
& plus intéreffante encore dans ce qu'elle
appelait fes premieres amours. C'était Delphine
de Séralis , depuis Mad. de Néray.
Comme elle ne vit plus , & qu'il n'y a
dans mes fouvenirs rien que d'honorable
pour elle , je crois pouvoir redire ce qu'elle
m'a conté.
Un jour que , jeune encore , elle m'avait
parlé avec une extrême fageffe dès légéretés
, des caprices , des airs d'étourderie &
de diffipation qui étaient à la mode parmi
les jolies femmes ; & que je lui témoignais
combien j'étais furpris de ne lui voir , ni
dans l'efprit , ni dans le caractere , aucune
DE FRANCE. 7
des frivolités ni des vanités de fon fexe ;
Ah ! me dit- elle , j'étais née pour en avoir
autant qu'une autre ; mais de bonne heure,
je fus en bonne école ; & fi vous me trouvez
raifonnable , j'en dois rendre grace à
l'amour.
Comme c'était la premiere fois que j'entendais
dire que l'amour eût contribué à
former la raifon , je la priai de m'expliquer
comment s'était opéré ce prodige.
Vous avez connu , me dit - elle , celui
qui, le premier, m'infpira le défir de plaire.
Je ne veux pas vous le nommer , & je l'appellerai
Alcime ; mais fi je le peins bien ,
vous le reconnaîtrez .
Il avait quelque reffemblance avec Sir
Charles Grandifon : comme lui vertueux,
modérément fenfible , fage dans tous fes
goûts , incorruptible dans fes moeurs , poffédant
fon ame & fes fens dans une paix
inaltérable , Alcime était, dans fa jeuneffe,
l'homme du monde le plus confidéré .
Dans le petit nombre des fociétés dont
il avait fait choix , on le citait comme un
mcdele , on l'écoutait comme un oracle.
Il y montrait un efprit cultivé , riche de
mille cennaiffances variées , & recueillies
par une mémoire étonnante ; un goût exquis
, une raifon pleine d'éloquence & de
charme , une politeffe attentive & délicate ,
mais fimple & naturelle , une fierté mêlée
& tempérée de modeftie , peut - être un
A 4
$ MERCURE
fentiment de lui - même affez haut pour
s'appeler orgueil , s'il n'eût pas été auffi
jufte , mais qui était comme enveloppé
dans la plus timide pudcur. A tant de qualités
, la Nature avait joint une figure intéreffante
, des traits nobles & doux , le
charme d'un regard où le peignait une belle
ame , une bouche dont le filence même
était touchant lorfqu'il daignait fourire ,
& un fon de voix enchanteur.
" La maifon de Mad. d'Olme etait l'une
de celles qu'il fréquentait le plus afidument.
I y dînait une fois la femaine
avec des femmes de l'ancienne Robe , que
leurs filles accompagnaient . J'y fus menée
dès l'âge de feize ans . C'était-là notre jour
de fête.
Vous penfez bien que dans ce cercle
mes compagnes & moi nous ions peu
de bruit. Nos langues y étaient captives ,
& nos regards ne l'étalent gere moins :
nitis tandis que la modelie renait nos yeux
craintivement bailes , rien n'échappaic à
nos oreilles .
-
J'étais fur tout attentive au langage
plein de douceur & de fagelle qu'Alcime
tenait à nos meres , en leur parlant du
foin d'obferver , d'éclairer , de diriger le
naturel dans l'éducation des enfans , de le
ménager , de l'aider , d'ufer envers lui d'indulgence
même en le corrigeant , fur-tout ,
diſait-il , dans le fexe le plus faible & le
DE FRANCE.
༡
plus flexible. Vous auriez cru voir un
Fleurite cultivant d'une main légere des
plantes délicates qu'il eût craint de bleffer. ·
Je lui favais gré de ces craintes , de ces
ménagemens timides ; je croyais être l'une
des fleurs qu'il appréhendait de ternir .
Je ne penfais encore , ni à lui plaire , ni à
l'aimer plus que ne l'aimait tout le monde.
Je lavais que j'étais jolie , mais je ne m'appercevais
pas du plaifir que j'avais à l'erre
ce jour - là plus que de coutume . Je ne
croyais le trouver beau lui-même que par e
qu'il l'était , & que j'avais des yeux. Ma s
infenfiblement je m'apperçus qu'avec ces
yeux , j'avais aufli un coeur. Alcime m'ocupait
faus celle. Je jouiffais plus que la'-
même des déférences qu'on lui marquait ;
j'étais fiere des avantages que lui donnait
fur les autres hommes fon efprit & fon
caractere ; & fi quelqu'un , lui dilpurait
l'empire de l'opinion , je m'en dépitais cu
fecret , & je le trakais de rebelle.
Une feule qualité lui manquait à men
gré pour être accompli , c'était la fenfibiliré
poli avec les femmes , il n'erait poist
galant , il plaifait fans fonger à plaire. 11
fe corrigera peut-être de ce défaut , difaisje
; mais ce ne fera point ici effurément
qu'il perdra fon indifférence ; & la tranquillité
dont fon ame jouit eft avec nous
en sûreté.
Dès-lors je commençai à m'impatie te :
A.J
10 MERCURE
du rôle de ftatue qu'il fallait jouer à mon
âge. Quelle opinion pouvait-il avoir de ce.
groupe de jeunes filles , muettes & prefque
immobiles ? Qu'on fût belle & bien faite ,
c'était peut-être bien quelque chofe à fes
yeux ; mais ces qualités pouvaient être
celles d'un marbre inanime ; chacune de
nous avait l'air d'attendre , fur fon piédeftal
, le miracle opéré en faveur de Pigmalion
. '
Quel ufage inhumain , que celui de tenir
à la gêne , & comme fcellé , ce que le natarel
pouvait avoir d'intérellant A feize
ans on avait déjà des fentimens & des
idées : on n'aurait pas fi bien raifonné que
ces Dames ; mais peut- être le peu d'efprit
que l'on avait reçu de la Nature , aurait-il
eu , dans fa fimplicité , fa jutteffe & fon
agrément ; & jufqu'à ce qu'on eût la langue
déliée à l'Autel de l'Hymen , il était
tifte & rigoureux d'être condamnée au
filence .
Ce qui m'affligeait encore plus , c'était
de voir qu'Alcime , occupé de nos meres ,
n'eût aucune pitié de nous , & qu'il nous
laifsât l'écouter , fans chercher au moins
quelquefois à lire dans nos yeux l'impreffion
qu'il faifait fur nos ames...
Sur
nos ames ! Et fait-il feulement , difais-je ,
fi nous en avons une ? Eft il curieux de le
favoir ? Nous fait il la grace de croire que
notre efprit foit digne de goûter , d'admirer
DE FRANCE.
le fien ? Il était doux , poli , reſpectueux
avec moi , avec mes compagnes , mais uniment
, également , fans aucune diftinction .
Cependant la perfuafion qui femblait couler
de fes levres , fes lumieres , fon air de
bonté , de candeur , l'élévation de fon ame,
la férénité peinte fur fon viſage & dans fes
yeux , cet air d'Apollon rayonnant , charmaient
toute la Société ; & malgré mon
dépit , moi- même j'en étais ravie . Mais fi
dans mon raviffement , j'ofais lever les
yeux , hélas ! c'était au Ciel qu'il fallait
adrefler ma vue , quoique , dans ce moment
, ce ne fût pas au Ciel
que mes yeux
avaient à parler.
N'y avait - il donc pour moi aucun
moyen de fixer fon attention ? Au moins,
diais je , on nous permet de développer .
dans le monde les talens qu'on a bien
voulu cultiver en nous dès l'enfance ; Alcime
daignerà peut-être aimer ou la danfe
ou le chant. Appliquons-nous à nous donner
ce faible mérite à fes yeux.
Dans la faifen du Bal , Mad. d'Olme
en donna un. J'y danfai de mon mieux ;
mais en danfant , j'eus beau chercher des
yeux mon Sage : il caufait avec un Vieillard
dans le fallon voifin , tandis que pour lui
feul je déployais toutes mes graces.
Peu de jours après , Mad. d'Olme cut
chez ell un petit Cancert. J'y chantai. Je
favais qu'à l'Opéra-Bouffon , Alcime érait
A 6
12 MERCURE
affidument du nombre des Amateurs qui
occupaient le coin de la Reine ; & je m'étais
donné une peine infinie pour exceller ,
s'il m'était posible , dans la brillante exécution
des Airs Italiens que je devais
chanter. Jefpérais qu'il m'applaudirait ; il
m'applaudit , mais faiblement , plutôt en
homme complaifant & poli , qu'en homme
fenfible & charmé. Je fus , comme vous
croyez bien , peù flattée d'un tel fuccès ;
& les éloges que je reçus d'ailleurs ne me
tinrent pas lieu des fiens.
Sans défefpérer cependant de le réduire
à s'occuper de moi , je m'avifui d'engager
mes compagnes à effayer , fous les yeux de
nos meres , s'il nous ferait permis de nous
dire entre nous , tantôt à demi - voix , &
tantôt à l'oreille , quelques petits mots
échappés. L'efiai me réullit. Nes meres ,
d'abord inquietes de cette nouveauté , fe
confultant des yeux , allaient nous l'interdire
; Alcime cette fois voulut bien plaider
notre caufe , mais avec l'indulgence qu'on
a pour des enfans. I fit entendre que la
froide raifon n'avait rien d'affez amufant ,
d'affez intéreffant pour de jeunes efprits ;
que le férieux , à notre are , devenait bientôt
ennuyeux , & qu'il falloit nous laiffer
au moins quelques momens de cete innocente
gaire qui nous allait fi bien , & nous
embelliffait encore.
Ces derniers mots ne m'échapperent
DE FRANCE. 13
point ; & dans nos propos j'eus grand
foin de faire jouer tout leur jeu aux traits
de ma phyfionontie. Je m'animais , j'agaçais
mes compagnes ; en difant des riens ,
j'avais l'air de pétiller d'efprit & de vivacité
; & je ne manquais pas d'enjoliver ma
bouche de tous les charmes du fourire":
quelquefois même je riais aux éclats fans
favoir de quoi ; car j'avais d'affez belles
dents. Je mourais d'envie de le rendre curieux
de nos entretiens ; mais , hélas ! j'y
perdais mes peines il nous laiffait dans
notre coin, jouer & caufer à notre aife ; &
de tout mon perit manége , il ne me ref
tait plus que le regret de ne l'avoir pas
écouté.
Je ramenai vers lui toute mon attention ,
fans pouvoir m'attirer la ficone. Enfin mon
impatience pouffée à bout , me fit prendre
un parti violent. Je lui écrivis ; mais dans
ma lettre , je gardai l'anonyme & je fus
déguifer ma main . La voici cette lettre ,
car je ne veux rien vous cacher.
93
Je m'ennuis , Monfieur , de voir qu'on
» ne foit rien pour vous , párce qu'on a le
» malheur d'éire joune ; & que dans votre
" eftime il n'y ait que les meres qui ne foient
plus enfans . Eh bien ! je veux qu'Alcime
fache que , dans le monde , il voit unel
jeune perfonne très-attentive à recueillin
fes fentimens & les penfées ; je veux
qu'il fache que , dans la bouche , la fa-
33
29
""
و د
14
MERCURE
و ر
geffe a pour moi un charme irréfiftible ;
& que fa voix la fait pénétrer dans mon
" &
" ame ,
Comme un jour doux dans des yeux délicats.
Je veux qu'il fache enfin que le plus ef-
" timable des hommes , en eft aufli pour
" moi le plus aimable ; non pas à caufe
» de fa figure , qui pourrait être un fymbole
trompeur des vertus dont elle eſt
l'image , mais à caufe de la bonté , de la
beauté d'une ame qui fe peint dans tous
fes difcours comme dans une glace pure,
» & qui , je crois , n'a jamais fu ni fein-
» die , ni diffimuler «.
و د
"
و د
Le Sage le plus flegmatique aurait éré
flatté de cette lettre . Alcime a depuis avoué
qu'il ne l'avait pas lue fans quelque émo
tion ; & en m'en parlant , long- temps
après , fon vilage , qui rougiffait comme celui
d'une Vierge , fe colorait encore d'une aimable
pudeur.
Dès lors il ne put fe défendre d'une
attention involontaire pour les jeunes perfonnes
qu'il avait négligées. Je vis fort
bien que fes regards , en paffant & en repaffant
fur notre joli groupe , y cherchaient
l'anonyme ; & il lui fur facile de l'y appercevoir
mon trouble & mon faififfement
fuppléaient à ma fignature ; je la fentais -
écrite fur mon front en lettres de fou . Je
DE FRANCE.
15
fus donc reconnue ; & je n'en pus douter,
car lui - même il baiffait la vue quand fes ,
yeux rencontraient les miens.
Vous allez croire que je fus bien aife
que mon fecret in'eût échappé. Point du
tout ; dès que je crus voir tomber le voile.
du myflere , la modeftie naturelle à mon
âge reprit fur moi tout fon empire. Je
perdis contenance ; & au lieu du plaifir
que je croyais avoir à être diftinguée , je
n'en reffentis plus qu'un pénible embarras.
Ma lettre lui en avait trop dit : tout ce que
j'avais dans le coeur , je croyais l'avoir révélé
:: ces mots fur tout , l'homme le plus
aimable , me faifaient naître des fcrupules.
Pourquoi lui avoir parlé de fa beauté ? &
de quoi m'avilais - je de vanter fa fageffe ?
L'éloge même de fes vertus était déplacé
dans ma bouche. De quel droit me croyaisje
digne de le louer ? Que devait- il penfer
d'une jeune perfonne qui , dans le monde ,
aurait voulu fixer l'attention d'un hommes
& qui , à feize ans , s'impatientait d'être
négligée comme un enfant ? Quelle im
prudence enfin de lui avoir écrit à l'infçu
de ma mere ! Et s'il n'y avait aucun maθ
comme je l'avais cru , pourquoi le lui avaisje
caché ?
Cependant je n'avais encore rien avoué.
Mon trouble & ma rougeur n'étaient que
des indices ; il ne tenait qu'à moi d'en effacer
l'impreffion ; & fi je favais feindre
1.6 MEPCURE
tout ferait bientôt oublié. Je pris donc ,
ou plutôt je crus prendre avec lui un air
de froideur & de negligence ; & lorfqu'en
fe mêlant quelquefois à nos entretiens , il
voulait bien m'adreffer la parole , j'avais
dans mes réponfes cette légèreté craintive
de la biche , qui rufe devant le Chaleur.
J'éludais fes queftions comme autant de
filets : un mot quelquefois vif , le plus fouvent
timide , me dégageait d'un pas difficile
& gliffant.
Mais lorsque je croyais lui avoir donné
le change , & que je le voyais interdit ,
j'en avais du regret , & je me reprochais un
déguisement inutile . Je devais bien penfer
que j'avais été reconnue ; & il y avait plus
que du caprice & de l'inconféquence dans
ma diffimulation. C'était défavoner le plus
pur , le plus jufte hommage ; & cela feul
pouvait êter à ma conduite le caractere
d'innocence qu'elle aurait à fes yeux avec
plus d'ingénuité.
Vous le dirai -je enfin j'ofai penfer au
mariage. Jeune & riche héritiere , d'un état
convenable au fien , pourquoi n'aurais - je
pas defiré de lui plaire ? Ne faut - il pas ,
difais-je , que l'on penfe bientôt à m'erablir
? Et fi l'éponx que l'on me donnera
n'a fait que me voir dans le monde , comme
une peinture mobile ; s'il faut que fur
role il me fuppofe une ame , un caractere ,
un peu d'efprit & de bon fens , fera- t-il
paDE
FRANCE. 17
bien flatté , bien envieux de m'obtenir ?
Celui-ci eft le feul au monde à qui je ferais
gloire d'être unie ; & s'il daignait me dcmander
, certes je défierais pere & mere
de mieux choifir. Si donc il m'engagea t
luimême à convenir que la lettre anonyme
érait de moi , l'érais déterminée à lui en
faire l'aveu ; & j'en attendais le moment.
Ce moment ne vin point; & plus réfervé
que jamais , Alcime s'en tint avec moi ,
comme avec mes compagnes , à cette politeile
affectueule & fimple dont mon coeur
ne pouvait ni fe plaindre , ni fe louer.
J'étais mal à mon aife , & fi mal que
j'aurais voulu ne l'avoir jamais vu , ou ne
plus le revoir ; lorfque je fus faifie d'un
fensiment plus vif , plus affligeant que ma
trifteffe.
Un jour , la veille de celui où nous
devions dîner enſemble , Mad. d'Olme fit
prévenir fes amis que fon dîner n'aurait
pas lieu qu'Alcime était malade , qu'il
était pris d'un accès de goutte allez fort
pour donner de l'inquiétude,
C'était , reprit Mad . de Néray en foupirant
, un mal héréditaire , dont Alcime
dès la jeuneffe , avar fenti les premieres
atteintes , & qui ne l'a pas laiffe vieillir.
Ma mere , à fon réveil , reçut cette trifte
nouvelle , & quand j'allai la voir , elle me
l'annonça. J'eus à peine la force de lui demander
s'il y avait du danger. Mais oui ,
18 MERCURE
dit elle , on craint
, on craint pour les organes de la
vie . Si la goutte les attaquait , il n'y a
point de mort plus foudaine. Souvent en
moins d'une heure on en eft étouffé.
Jugez comme je fus moi -même étouffée
en entendant ces mots terribles . Mon coeur
faifi d'effrei , fuffoqué de douleur , ne put
retenir fes fanglots ; mes yeux fe remplirent
de larmes. Ah ! m'écriai -je , quel malheur
s'il en mourait ! & toute en pleurs, je me
laiffi tomber fur le lit de ma mere. Cette
fcène imprévue l'étonna encore plus qu'elle
ne l'attendrir.
Ma fille , me dit- elle , d'où vous vient
cet excès de fenfibilité , pour un homme
fans doute bien eftimable , mais étranger
pour vous ? Hélas ! lui dis - je , à qui la
verru ft- elle étrangere ? L'intérêt qu'elle
vous inſpire eft juste , reprit-elle , mais dans
une jeune perfonne il ne doit pas aller fi
loin . Et que ferait- ce donc , ma fille , fi
vous aviez à craindre pour ma vie ? Je ne
répondis qu'en pleurant ; & ma mere dans
ce moinant ne crut pas devoir infifler .
Mais lorfque nous eûmes appris que le
péril était paffé , & que la douleur , vive
encore , mais fixée aux extrémités , n'avait
plus rien de redoutable , ma mere voulut
Fénétrer jufqu'à la fource de mes larmes ;
& d'un air doux, mais impofant : Ma fille ,
à préfent , me dit - elle , que vous êtes tranquille
, expliquez - moi la caufe de la défoDE
FRANCE. 19
--
lation où vous avez été , quand nous avons
craint pour Alcime. Ma mere , hélas ! que
vous dirai- je , lui répondis - je en rougillant ?
Alcime eft à mes yeux le plus intéreffant
des hommes , parce qu'il n'en eft point de
meilleur , de plus fage , ni de plus vertueux
que lui ; c'est tout ce que j'en fais moimême.
Et de ces fentimens qu'il vous
a infpirés , lui avez-vous fait confidence?
( ma rougeur redoubla ) répondez - moi , ma
fille en eft- il inftruit? Je le crois . Au
moins a-t- il dû s'en douter . Elle fut un moment
recueillie en filence , & puis : Allez ,
ma fille , me dit - elle , & défiez- vous , à
votre âge , de cette fenfibilité dont le caractere
eft louable , mais dont l'excès eft
dangereux.
Dès lors je vis a mere incuiete &
préoccupée. La convalefccncé d'Alcime fur
célébrée , comme une fère , dans la fociété.
de fon amie Mad. d'Olme. Mais au milien
de la joie commune , je fentis que mon
coeur n'était pas content ; & plus mon émotion
était vive & profonde , plus je faifais
d'efforts pour la diflimuler.
Alcime enfin jouit lui -même du plaifir
qu'on avait de le revoir rendu à la vie &
à la fanté ; & ce fut là qu'en obfervant
mes yeux , à chaque inftant mouillés de
larmes , ma mere prit la réfolution de fe
priver d'une fociété qui faifait fes délices ,
plutôt que de m'y expofer plus long -temps
au danger qu'il y avait pour moi,
20 MERCURE
Je vais , dit- elle à Mad. d'Olme , vous
furprendre & vous affliger. Les plus doux
momens de ma vie fent , vous le favez bien ,
ceux que je pafle auprès de vous ; & cependant
je fuis obligée de me fevrer pour
quelque temps du plaifir de vous voir . Ne
m'en demandez point la caufe ; & croyez
qu'elle eft férieufe , puifque je me fuis
fait un devoir d'y céder.
La caufe , je la fais , lui dit Mad. d'Olme
en fouriant. Mais le remede eft fimple ; il
faut venir me voir & diner avec moi , les
jours qu'il n'y vient pas . Qui donc , lui demanda
ma mere ? Qui? celui que vous
redoutéz. Ah , Madame ! ce qui m'afflige
eft donc bien visible ! - Oui , pour moi ,
qui ai prefque les yeux d'une mere , comme
j'en ai le coeur pour ma chere Delphine ;
mais de quoi vous alarmez - vous ? & qu'y
a-t-il donc de fi trifte ou de fi dangereux
dans une inclination que vous & moi nous
aurions prife innocemment , comme elle ,
fi , à fon âge , nous avions vu celui qui
en eft le digne objer ? Pour moi , je le
confeffe , fi à cinquante ans il était permis
d'être amoureufe , je le ferais d'Alcime.
Delphine , à feize ans , eft fenfible aux
charmes d'un naturel plein d'agrément , elle
a raifon elle s'eft prife d'admiration , d'amour
, fi vous voulez , pour un vertueux
& beau jeune homme ; eh bien , il faut
qu'elle l'époufe. Je me charge , fi vous voulez
, de nouer ce petit Roman.
DE FRANCE. 21
Mon Dieu , lui dit ma mere , comme
vous cheminez ! Je fuppofe , ou plutôt j'avoue
cette inclination naiffante dans le
coeur de ma fille ; qui vous dit qu'Alcime
y réponde ? Savons-nous même , vous &
moi , fi jamais il y répondra ? En doutezvous
, reprit Mad . d'Olme ? Il ferait vraiment
difficile fi , avec fes biens , fa naiffance
, & mille fois plus d'attraits qu'il
n'en faut pour tourner la tête à un Sage ,
ma Delphine ne faifait pas la conquête de
celui- ci. Laiffez -moi le voir tête-à- tête &
lui parler un peu ; je vous réponds de lui .
Savez-vous , lui dit - elle , Alcime, une
nouvelle intéreffante ? N'allez pas me contrarier
; car je ne dis jamais que des nouvelles
fûres , & je ne veux pas qu'on en
doute. Voyons , Madame , j'aime affez
à vous croire , vous le favez ; quelle eft
votre nouvelle ? Que vous vous mariez.
Moi , Madame ! Ah ! je vous protefte
que je n'y ai penfé de ma vie. -Vous
y penferez donc pour la premiere fois , car
c'eft une affaire arrangée. Et qui , Madame
, a pris la peine de l'arranger fans
moi , cette affaire importante ? Moi , Monfeur
, oui moi- même : une riche héritiere ,
d'un état honorable , belle comme le jour ;
& la voilà , faifant de moi l'éloge le plus
accompli. Eh bien , Madame ? ᎬᏂ
bien , cette jeune perfonne eft difpofée à
recevoir avec docilité la main de fon mari
―
---
-
―
22 MERCURE
-
de la main de fa mere ; & fa mere ne
voit pour elle au monde aucun mari qu'elle
préfere à vous. Hélas , Madame ! il y
a fi loin des fentimens que je puis infpirer
à celui qui feul peut fixer & remplir le
coeur d'une femme ! Non , croyez- moi , je
me connois , je ne fuis pas fait pour l'amour.
La goutte eft dans mon fang une
vieilleffe anticipée. C'eft cependant ,
men cher goutteux , de l'amour que vous
infpirez : oui de l'amour, le plus vrai , le
plus, tendre , de celui quijamais ne trompe ,
de celui qui ne fait pas meme ce qu'il eft ,
tant il eft innocent & pur -Oui , Ma
dame , vous le croyez , & il ne tient qu'à
moi de le croire moi - nicine , fi f'écoute ma
vanité ; mais je fais mieux apprécier les
fentimens qu'on a pour moi ; & dans ces
fentimens qui me Hattent & qui m'henos
rent il n'y a pas une étincelles pas une
bluette d'amour. Elle infifta; & lui pour
la diffuader : Se ne fais , dit- il , quelle eft
cette jeune perfonne ; mais je gage que c'eft
la même qui a eu la bonté de m'écrire ;
& je veux bien que vous voyiez ce qu'elle
a pour moi dans le creur. Alors dans l'ine
time confiance de l'amitié , il lui commut
niqua ma lettre . d . sustouch
21 Non , dit - elle , après l'avoir lue, je don
viens que ce n'eft peint là de- cet amous
qui flatte la vanité d'un jeune far. Raid
Four une ame comme la vôtre , Alcime
DE FRANGE. 23.
ya-t-il rien de plus doux , de plus touchant ?
Et ne feriez-vous pas heureux de poffèder
une femme aimable , & qui vous aimerait
ainfi ? Oui , dit il , plus heureux que fi elle
avait pour moi l'amour qu'un joli homme
infpire. Mais mon éloignement pour les
foins dome tiques , mes goûts pour des occupations
férienfes & folitaires , le befoin
que j'ai d'être libre , indépendant & tout
à moi , le plan de vie que je me fuis formé
, analogue à mon caractere , tout me
défend de jamais penfer à un engagement
dont je révere la fainteté , mais dont les
devoirs m'épouvantent ; & férieufement je
vous prie de n'y jamais penfer pour moi ..
Il faut donc , dit Mad. d'Olme , interdite
& fâchée de fa réfolution , que cette
pauvre enfant s'éloigne & ceffe de vous
voir. Pourquoi ? lui demanda-t-il froidement.
-Pourquoi ! parce qu'il eft poffible , &
plus que poffible fans doute , qu'elle fe laiffe
dominer par une inclination qui ferait fon.
malheur. Point du tout , reprit- il , je fuis
auffi sûr d'elle que de moi même ; & ce
qui peut lui arriver de plus heureux , c'eft'
de me voir fouvent , avec le défir de me
plaire & l'efpérance d'être à‚mci .
-
Alcime ! vous n'y pensez pas , reprit Mad.
d'Olme avec étonnement . Se peut - il qu'un
homme auffi fage propofe une chole aufli
folle ? Vous voulez qu'une mere , qui fait
deja fa fille éptile d'un fentiment fi vif &
)
24 MERCURE
fans efpoir , lui laiffe refpirer un feu que
bientôt la raifon , ni le devoir , ni nul
objet nouveau n'aurait la puiffance d'éteindre
! Affurément il n'y aurait pas moins
de cruauté que d'imprudence ; & je fuis
trop amie de Mad . de Séralis pour le lui
confeiller. Hé bien , dit il en fouriant , ce
fera moi qui lui en donnerai le confeil :
faites que nous puiffions en raifenner enfemble.
Si elle m'eftime affez pour le fier
à moi , je lui rendrai , en formant à mon
gré l'efprit & le cecur de fa fille , le plus
rare fervice , le plus effentiel qu'ait jamais
rendu l'amitié. Car je me pique auffi , à
ma maniere , de fenfibilité & de reconnaiffance
; & ce ne fera pas en vain qu'une
jeune & belle perfonne aura daigné penfer
à moi.
Ma mere , à qui Mad. d'Olme , fans.
s'expliquer fur le fuccès de fa médiation ,
propofa l'entrevue que demandait Alcime ,
l'accepta comme un bon augure , & fe rendit
chez fon amie avec ce battement de
coeur qui n'eft connu que du coeur d'une
mere. Alcime l'y attendait.
L'entretien commença par les inquiétudes
que , la Nature infpire fur le deftin de
ccux à qui l'on a donné le jour ; fur les
dangers d'une paffion naiffante , quelque
louable qu'elle puiffe èrre ; & fur le preffant
intérêt ou de la rendre légitime , ou d'en
arrêter le progrès . Enfin le dialogue le rap
prochant
DE FRANCE.
25
prochant de fon objet , ma mere me nomma.
Si je parlais , dit-elle , à un homme ordinaire ,
je fais quelle réferve m'impoferaient les
bienféances ; mais avec vous , Alcime , je ne
crains ni d'ouvrir mon coeur , ni de trahir
le fecret du coeur de ma fille. Elle eft fenfible
( & je lui en fais gré ) à ce qu'elle
me voit chérir , à ce qu'elle m'entend louer
& admirer fans ceffe ; enfin elle vous aime
autant qu'une ame innocente & pure , mais
vive & tendre , peut aimer. Si avec cette
ame ingénue , & un naturel que je crois
heureux , ma fille vous convient , il n'y a
pas fous le Ciel un homme que je préfere
à vous pour elle ; & pour moi - même le
comble de la gloire & du bonheur ferait
de vous entendre m'appeler du doux nom
de mere. A préfent , parlez - moi avec votre
fincérité : voulez -vous être fon époux ?
Madame , lui répondit Alcime , fi la Nature
, qui , dès ma naillance , a mis en moi
un germe indestructible des plus vives douleurs
, ne m'avait pas infpiré par-là un juſte
éloignement pour un état qui
perpétuerait
dans mes enfans le funefte héritage que
m'ont tranſmis mes peres ; fi fans impiété
je croyias pouvoir mettre au jour des êtres
fouffrans comme moi ; de quelque prix que
foit pour moi la liberté, je fens qu'une unica
fi douce lui ferait encore préférable . Mais
expofé à donner à ma femme le fpectacle
de mon fupplice , & prefque affuré de le
N°. 40. 1. Octobre 1791 .. B
j
1.6 MEPCURE
tout ferait bientôt oublié. Je pris denc
ou plutôt je crus prendre avec lui un air
de froideur & de negligence ; & lorfqu'en
fe mêlant quelquefois à nos entretiens , il
voulait bien m'adreffer la parole , j'avais
dans mes réponfes cette légèreté craintive
de la biche , qui rufe devant le Chaleur.
J'éludais fes queftions comme autant de
filets un mot quelquefois vif , le plus fouvent
timide , me dégageait d'un pas difficile
& gliffant.
:
Mais lorsque je croyais lui avoir donné
le change , & que je le voyais interdit
j'en avais du regret , & je me reprochais un
déguiſement inutile . Je devais bien penfer
que j'avais été reconnue ; & il y avait plus
que du caprice & de l'inconféquence dans
ma diffimulation. C'était defavoner le plus
pur , le plus jufte hommage ; & cela feud
pouvait êter à ma conduite le caractere
d'innocence qu'elle aurait à fes yeux avec
plus d'ingénuité.
Vous le dirai - je enfin j'ofai penfer au
mariage. Jeune & riche héritiere , d'un état
convenable au fien , pourquoi n'aurais - je
pas defiré de lui plaire ? Ne faut - il pas ,
difais-je , que l'on penfe bientôt à m'erablir
Et fi l'époux que l'on me donnera
n'a fait que me voir dans le monde , comme
une peinture mobile ; s'il faut que fur parole
il me fuppofe une ame , un caractere,
un peu d'efprit & de bon fens , fera-t-il
DE FRANGE. 17
bien flatté , bien envieux de m'obtenir ?
Celui - ci eft le feul au monde à qui je ferais
gloire d'être unie ; & s'il daignait me dcmander
, certes je defierais pere & mere
de mieux choifir. Si donc il m'engagea t
luimême à convenir que la lettre anonyme
érait de moi , j'étais déterminée à lui en
faire l'aveu ; & j'en attendais le moment.
Ce moment ne vim point ; & plus réfervé
que jamais , Alcime s'en tint avec moi ,
comme avec mes compagnes , à cette politelle
affectueule & fimple dont mon coeur
ne pouvait ni fe plaindre , ni fe louer.
J'étais mal à mon aife , & fi mal que
j'aurais voulu ne l'avoir jamais vu , ou ne
plus le revoir ; lorfque je fus faifie d'un
fensiment plus vif, plus affligeant que ma
trifteffe.
Un jour , la veille de celui où nous
devions dîner enfemble , Mad. d'Oline fit
prévenir fes amis que fon diner n'aurait
pas lieu ; qu'Alcime était malade , qu'il
était pris d'un accès de goutte affez fort
pour donner de l'inquiétude.
C'était , reprit Mad. de Néray en foupirant
, un mal héréditaire , dont Alcime
dès fa jeuneffe , avait fenti les premieres
atteintes , & qui ne l'a pas laiffé vieillir.
Ma mere , à fon réveil , reçut cette trifte
nouvelle , & quand j'allai la voir , elle me
l'annonça . J'eus à peine la force de lui demander
s'il y avait du danger. Mais oui ,
18 MERCURE
dit elle , on craint pour les organes de la
vie. Si la goutte les attaquait , il n'y a
point de mort plus foudaine. Souvent en
moins d'une heure on en eft étouffé .
Jugez comme je fus moi-même étouffée
en entendant ces mots terribles . Mon coeur
faifi d'effroi , fuffoqué de douleur , ne put
retenir fes fanglots ; mes yeux fe remplirent
de larmes . Ah ! m'écriai -je , quel malheur
s'il en mourait ! & toute en pleurs , je me
laiffai tomber fur le lit de ma mere. Cette
fcène imprévue l'étonna encore plus qu'elle
ne l'attendrit.
Ma fille , me dit - elle , d'où vous vient
cet excès de fenfibilité , pour un homme
fans doute bien eftimable , mais étranger
pour vous ? Hélas ! lui dis - je , à qui la
verruft -elle étrangere ? L'intérêt qu'elle
vous infpire eft jufte , reprit-elle , mais dans
une jeune perfonne il ne doit pas aller fi
loin . Et que ferait- ce donc , ma fille , fi
vous aviez à craindre pour ma vie ? Je ne
répondis qu'en pleurant ; & ma mere dans
ce moinant ne crut pas devoir infifler .
Mais lorfque nous cûmes appris que le
péril était paflé , & que la douleur , vive
encore , mais fixée aux extrémités , n'avait
plus rien de redoutable , ma mere voulut
Fénétrer jufqu'à la fource de mes larmes ;
& d'un air doux, mais impofant : Ma fille ,
à préfent , me dit-elle , que vous êtes tranquille
, expliquez - moi la caufe de la défoDE
FRANCE. 19
lation où vous avez été , quand nous avons
craint pour Alcime. Ma mere , hélas ! que
vous dirai- je , lui répondis - je en rougiffant ?
Alcime eft à mes yeux le plus intéreffant
des hommes , parce qu'il n'en eft point de
meilleur , de plus fage , ni de plus vertueux
que lui ; c'est tout ce que j'en fais moimême.
Et de ces fentimens qu'il vous
a infpirés , lui avez-vous fait confidence?
( ma rougeur redoubla ) répondez-moi , ma
fille en eft-il inftruit? Je le crois . Au
-
moins a-t-il dû s'en douter . Elle fut un moment
recueillie en filence , & puis : Allez ,
ma fille , me dit - elle , & défiez - vous , à
votre âge , de cette fenfibilité dont le caractere
eft louable , mais dont l'excès eft
dangereux.
-
Dès lors je vis a mere incuiete &
préoccupée. La convalefccncé d'Alcime fuc
célébrée , comme une fêre , dans la fociété.
de fon amie Mad. d'Olme. Mais au milien
de la joie commune , je fentis que mon
coeur n'était pas content ; & plus non émotion
était vive & profonde , plus je faifais
d'efforts pour la diffimuler.
Alcime enfin jouit lui -même du plaifir
qu'on avait de le revoir rendu à la vie &
à la fanté ; & ce fut là qu'en obfervant
mes yeux , à chaque inflant mouillés de
larmes , ma mere prit la réfolution de fe
priver d'une fociété qui faitait fes delices',
plutat que de m'y expofer plus long-temps
au danger qu'il y avait pour moi,
20 MERCURE
Je vais , dit- elle à Mad. d'Olme , vous
furprendre & vous affliger. Les plus doux
moinens de ma vie fent , vous le favez bien ,
ceux que je paffe auprès de vous ; & cependant
je fuis obligée de me fevrer pour
quelque temps du plaifir de vous voir . Ne
m'en demandez point la caufe ; & croyez
qu'elle eft férieufe , puifque je me fuis
fait un devoir d'y céder.
--
La caufe , je la fais , lui dit Mad. d'Olme
en fouriant. Mais le remede eft fimple; il
faut venir me voir & diner avec moi , les
jours qu'il n'y vient pas. Qui donc , lui demanda
ma mere ? Qui ? celui que vous
redoutez. Ah , Madame ! ce qui m'afflige
eft donc bien viible ! Oui , pour moi,
qui ai prefque les yeux d'une mere , comme
j'en ai le coeur pour ma chere Delphine ;
mais de quoi vous alarmez - vous ? & qu'y
a-t-il donc de fi trifte ou de fi dangereux
dans une inclination que vous & moi nous
aurions prife innocemment , comme elle
fi , à fon âge , nous avions vu celui qui
en eft le digne objer : Pour moi , je le
confeffe , fi à cinquante ans il était permis
d'être amoureufe , je le ferais d'Alcime.
Delphine , à feize ans , eft fenfible aux
charmes d'un naturel plein d'agrément , elle
a raifon elle s'eft prife d'admiration , d'amour
, fi vous voulez , pour un vertueux
& beau jeune homme , ch bien , il faut
qu'elle l'époufe. Je me charge , fi vous voulez
, de nouer ce petit Roman.
DE FRANCE. 21
$
Mon Dieu , lui dit ma mere , comme
vous cheminez ! Je fuppofe , ou plutôt j'avoue
cette inclination naiffante dans le
coeur de ma fille ; qui vous dit qu'Alcime
y réponde ? Savons-nous même , vous &
moi , fi jamais il y répondra ? En doutezvous
, reprit Mad . d'Olme ? Il ferait vraiment
difficile fi , avec fes biens , fa naiffance
, & mille fois plus d'attraits qu'il
n'en faut pour tourner la tête à un Sage ,
ma Delphine ne faifait pas la conquête de
celui- ci . Laiffez -moi le voir tête -à - tête &
lui parler un peu ; je vous réponds de lui .
---
Savez-vous , lui dit - elle , Alcime,, une
nouvelle intéreffante ? N'allez pas me contrarier
; car je ne dis jamais que des nouvelles
fûres , & je ne veux pas qu'on en
doute. Voyons , Madame , j'aime affez
à vous croire , vous le favez ; quelle eft
votre nouvelle? Que vous vous mariez.
Moi , Madame ! Ah ! je vous prorefte
que je n'y ai penfé de ma vie. Vous
y penferez donc pour la premiere fois , car
c'eft une affaire arrangée. Et qui , Madame
, a pris la peine de l'arranger fans
moi , cette affaire importante? Moi , Monhieur,
oui moi-même : une riche héritiere ,
d'un état honorable , belle comme le jour ;.
& la voilà , faifant de moi l'éloge le plus
accompli . Eh bien , Madame ? - Eh
bien , cette jeune perfonne eft difpofée à
recevoir avec docilité la main de fon mari
P
24
MERCURE
fans efpoir , lui laiffe refpirer un feu que
bientôt la raifon , ni le devoir , ni nul
objet nouveau n'aurait la puiffance d'éteindre
!´´ Affurément il n'y aurait pas moins
de cruauté que d'imprudence ; & je fuis
trop amie de Mad. de Séralis pour le lui
confeiller. Hé bien , dit-il en fouriant , ce
fera moi qui lui en donnerai le confeil :
faites que nous puiffions en raifenner enfemble.
Si elle m'eftime aflez pour le fier
à moi , je lui rendrai , en formant à mon
gré l'efprit & le cecur de fa fille , le plus
rare fervice , le plus effentiel qu'ait jamais
rendu l'amitié. Car je me pique auffi , à
ma maniere , de fenfibilité & de reconnaiffance
; & ce ne fera pas en vain qu'une
jeune & belle perfonne aura daigné penfer
à mci.
Ma mere , à qui Mad . d'Olme , fans.
s'expliquer fur le fuccès de fa médiation ,
propofa l'entrevue que demandait Alcime ,
l'accepta comme un bon augure , & fe rendit
chez fon amie avec ce battement de
coeur qui n'eft connu que du coeur d'une
mere. Alcime l'y attendait .
L'entretien commença par les inquiétu
des que , la Nature infpire fur le deftin de
ccux à qui l'on a donné le jour ; fur les
dangers d'une paffion naiffante , quelque
louable qu'elle puiffe être ; & furle preffant
intérêt ou de la rendre légitime , ou d'en
arrêter le progrès. Enfin le dialogue fe rapprochant
.
DE FRANCE. 25
prochant de fon objet , ma mere me nomma.
Si je parlais , dit-elle , à unhomme ordinaire,
je fais quelle réſerve m'impoferaient les
bientéances ; mais avec vous , Alcime , je ne
crains ni d'ouvrir mon coeur , ni de trahir
le fecret du coeur de ma fille . Elle eft fenfible
( & je lui en fais gré ) à ce qu'elle
me voit chérir , à ce qu'elle m'entend louer
& admirer fans ceffe ; enfin elle vous aime
autant qu'une ame innocente & pure , mais
vive & tendre , peut aimer. Si avec cette
ame ingénue , & un naturel que je crois
heureux , ma fille vous convient , il n'y a
pas fous le Ciel un homme que je préfere
à vous pour elle ; & pour moi- même le
comble de la gloire & du bonheur ferait
de vous entendre m'appeler du doux nom
de mere. A préfent , parlez - moi avec votre
fincérité : voulez -vous être fon époux ?
Madame , lui répondit Alcime , fi la Nature
, qui , dès ma naiffance , a mis en moi
un germe indeftructible des plus vives douleurs
, ne m'avait pas infpiré par-là un jufte
éloignement pour un état qui perpétuerait
dans mes enfans le funefte héritage que
m'ont tranſmis mes peres ; fi fans impiété
je croyias pouvoir mettre au jour des êtres
fouffrans comme moi ; de quelque prix que
foit pour moi la liberté , je fens qu'une unica
fi douce lui ferait encore préférable . Mais
expofé à donner à ma femme le fpectacle
de mon fupplice , & prefque affuré de le
N°. 40. 1 °r.. Octobre 1791. .
2
B
3
24
MERCURE
1
fans efpoir , lui laiffe refpirer un feu que
bientôt la raifon , ni le devoir , ni nul
objet nouveau n'aurait la puiffance d'éteindre
! Affurément il n'y aurait pas moins
de cruauté que d'imprudence ; & je fuis
trop amie de Mad. de Séralis pour le lui
confeiller . Hé bien , dit il en fouriant , ce
fera moi qui lui en donnerai le confeil :
faites que nous puiffions en raifenner enfemble.
Si elle m'eftime aflez pour fe fier
à moi , je lui rendrai , en formant à mon
gré l'efprit & le coeur de fa fille , le plus
rare fervice , le plus effentiel qu'ait jamais
rendu l'amitié . Car je me pique auffi , à
ma maniere , de fenfibilité & de reconnaiffance
; & ce ne fera pas en vain qu'une
jeune & belle perfonne aura daigné penfer
à mci .
Ma mere , à qui Mad. d'Olme , fans.
s'expliquer fur le fuccès de fa médiation ,
propofa l'entrevue que demandait Alcime ,
l'accepta comme un bon augure , & fe rendit
chez fon amie avec ce battement de
coeur qui n'eft connu que du coeur d'une
mere. Alcime l'y attendait.
L'entretien commença par les inquiétu-.
des que , la Nature infpire fur le deftin de
ccux à qui l'on a donné le jour ; fur les
dangers d'une paffion naiffante , quelque
louable qu'elle puiffe être ; & fur le preffant
intérêt ou de la rendre légitime , ou d'en
arrêter le progrès. Enfin le dialogue fe rapprochant
1
DE FRANCE. 25
prochant de fon objet , ma mere me nomma .
Si je parlais , dit- elle , à un homme ordinaire ,
je fais quelle réferve m'impoferaient les
bientéances ; mais avec vous , Alcime , je ne
crains ni d'ouvrir mon coeur, ni de trahir
le fecret du coeur de ma fille . Elle eft fenfible
( & je lui en fais gré ) à ce qu'elle
me voit chérir , à ce qu'elle m'entend louer
& admirer fans ceffe ; enfin elle vous aime
autant qu'une ame innocente & pure , mais
vive & tendre , peut aimer. Si avec cette
ame ingénue , & un naturel que je crois
heureux , ma fille vous convient , il n'y a
pas fous le Ciel un homme que je préfere
à vous pour elle ; & pour moi - même le
comble de la gloire & du bonheur ferait
de vous entendre m'appeler du doux nom
de mere. A préfent , parlez - moi avec votre
fincérité voulez -vous être fon époux ?
Madame , lui répondit Alcime , fi la Nature
, qui , dès ma naiffance , a mis en moi
un germe indeftructible des plus vives douleurs
, ne m'avait pas infpiré par-là un jufte
éloignement pour un état qui perpétuerait
dans mes enfans le funefte héritage que
m'ont tranfmis mes peres ; fi fans impiété
je croyias pouvoir mettre au jour des êtres
fouffrans comme moi ; de quelque prix que
foit pour moi la liberté, je fens qu'une unica
fi douce lui ferait encore préférable. Mais
expofé à donner à ma femme le fpectacle
de mon fupplice , & prefque affuré de le
N°. 40. it. Octobre 1791. . B
t
"'
26 MERCURE
voir le renouveler dans mes enfans , je me
fens , je l'avoue , une répugnance invinci
ble à m'affocier des innocens pour fouffrir
avec moi , & après moi encore. Je n'ai que
le courage d'être feul malheureux.
Mais fi , en attendant un époux , vous
daignez , Madame , agréer pour votre fille
un ami sûr, & qui s'engage à remplir auprès
d'elle , avec la piété la plus tendre , les faints
devoirs de l'amitié , c'est l'office qui me cenvient
; & il m'acquittera de ce que je lui dois
de zele & de reconnaiffance. Belle , riche ,
bien née ( je répete l'éloge qu'il fit de moi ) ,
& fur-tout élevée par une mere comme vous ,
elle aura dans le monde, le choix d'un époux
digne d'elle, mais un ami , tel que moi , Madame
, j'ofe dire qu'il eft fi rare, qu'on ne le
retrouve jamais .
Sans doute , répondit ma mere d'un air
férieux & froid, c'eft un tréfor ineftimable
; mais , Monfieur , trouvez bon que
je le réſerve à ma fille pour un âge plus
avancé.
Cét âge, reprit-il , ne fera plus celui où
n'écoutant que moi , elle prendrait fans le
favoir les impreflions de mon ame : Fem;
rire que je puis avoir fur la fienne fera paffé;
ce ne fera plus moi qui réglerai fes
goûts , fes fentimens & fes penfees ; &
d'au res affections lui feront reffentir leur
pouvoir & leur influence . Jufque- là , je
le fais , vous aurez pu former fa raifon &
DE FRANCE. 27
fon caractere ; mais , Madame , on fait bien
fouvent pour l'homme que l'on aime &
à qui l'on veut plaire , on fait pour lui ,
fans y penfer , ce que l'on ne ferait pas
pour la mere la plus chérie ; & cet afcendant.
invifible a d'autant plus de force qu'on ne
s'en doute pas .
Eh Monfieur , c'eft cet afcendant en effet
fi doux & fi fort , que je redouterais pour
le coeur de ma fille. Jufte Ciel ! que propolez-
vous ? Moi ! l'abufer , la pauvre enfant
, jufqu'à lui laiffer croire qu'elle vous
ferait deftinée .
Oui , Madame , il faut , vous & moi ,
non pas lui faire entendré , mais lui laiffer
au moins penfer qu'il eft poffible que vos
voeux & les miens s'accordent avec ceux
qu'elle aura formés. Sans cette illufion ,
je ne puis rien pour elle. C'eft l'ame du
projet que j'ofe concevoir d'en faire une
femme accomplie. - Et que deviendraitelle
, lorfqu'infenfiblement changes´en hat
bitude , ce défir de vous plaire , ce plaifir
innocent de vous aimer , cette efpérance
d'être à vous , devraient s'évanouir ; &
qu'on lui annoncerait que ce feul homme
pour lequel la malheureute voudrait vivre ,
ne ferait pas celui qu'elle devrait aimer ?
Ce charme détruit , cette erreur fi cruellement
diffipée , me fait frémir pour mon
enfant. Non, elle ne doit plus vous voir.
Mad. d'Oime était de l'avis de ma mere.
B 2
28 MERCURE
Mefdames , leur dit -il , vous n'y entendez
rien. L'amour commence par l'amour:
la Bruyere l'a dit ; & combien que s'exalte
tout autre fentiment , comme l'eftime &
l'amitié , ce ne fera jamais cet amour qui
feul eft à craindre. Laiffez donc ma chere
pupille m'aimer autant que je puis être
aimé , & quand viendra l'heure où l'amour
poindra fur l'horizon , ne foyez point en
peine les petites lueurs de fenfibilité s'éteindront
devant lui , tout auffi vite que
les étoiles aux premiers rayons du foleil.
Je ne demande qu'un beau jeune homme,
que vous choisirez avec foin; un peu plus
âgé qu'elle , aimable , intéreffant , & amoureux
fans doute; je vous promets que l'ami
de Delphine aura bien de la peine à n'être
pas tout-à-fait oublié. Laiffez donc la fimple
amitié doucement amufer le loifir de
lon ame. Je ne veux que deux ans pour perfectionner
ce bel ouvrage de la Nature , &
pour n'y lailler rien à défìrer , ni à fa mere ,
ni à fen époux.
Ma bonne amie , dit Mad. d'Olme à
ma mere , rendons cet hommage inoui à
la fageffe , à la bonté d'Alcime , de lui
confier l'ame & le coeur de Delphine. Il
en répond; il n'eft pas homme à nous tromper.
Ma mere y confentit.
747
( Par M. Marmontel. )
La fuite au 1 : Mercure de Novembre.
DE FRANCE. 29
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEmor
de
la
Charade
eft
Guidon
; celui
de
l'Enigme
eft
la
Vigne
; celui
du
Logogri
phe
eft
Alambic
, où
l'on
trouve
Mai
, Baal
,
Ami
, Lia
, Ail
, Mil
, Bac
, Bal
, Lima
, Mal
,
Mi
, La
, Lac
.
CHARADE.
SITOUR de la cabale & de la flatterie ,
Mon premier par les Grands fe trouve déſerté ;
Symbole heureux de la virginité ,
Mon fecond fur le teint d'une fille jolie ,
Se mêlant à la Roſe , ajoute à ſa beauté ;
Et mon entier , du Chaffeur qui l'épie ,
Craint l'adreffe & l'avidité.
( Par M. Lhomandie , d'Angoulême. )
ÉNIGME.
LECTEUR , fans avoir eu de mere ,
Nous fommes fept enfans iffus du même pere ;
Il nous conçut dans la douleur ;
Son crime & fes remords nous firent donner l'être , ´
Et nous causâines fon bonheur.
A ce portrait fans peine on peut nous reconnaître .
(Par un Abonné. )
39 MERCURE´'
LOGOGRIPHE.
Quoi qu'en dife Séneque & fa philoſophie ,
J'ai le ta'ent de plaire & de perter envie.
A chaque inftast du jour on a befoin de moi ,
Et tout , jufqu ' u beau fexe , eft foumis à ma loi.
Si mon riche embonpoint fait toute ma puiffance ,
C'eft que de tous les temps j'eus beaucoup d'élo- ´
quence.
Ma's le vent change-t- il ? la dure adve fité
Porte un coup bien faneſte à mon autorité.
Men corps maigrit , s'alonge , & porte la trifteffe
Dans le coeur de celui qui me flatrait fans ceffe.
Dans mes fix pieds l'on trouve un précieux métal
Source d'ingratitude ; un féroce animal ,
Servant toujours d'emblême à la mifanthropie ,
Et même quelquefois à la mélancolie ;
Le lot du fantaffin ; une note ; une fleur
Dont on fait grand ufage en pommade, en liqueur;
Un manége employé fur-tout en temps de guerre ;
De ma mere l'enfant , & qui n'eft pas mon frere ;
Ce que plus d'un mari refufe à fa moitié ,
Et lui fait encourir fa jufte inimitié ;
Ce qui de la maigreur eft une preuve sûre ;
Un endroit fiéquenté ; du cheval la parure ;
Et le fupplice enfin dent le genre crul
Doit faire friffonner le plus grand crimi e !.
Par M. P... ancien Gendarme. )
20
DE FRANCE. 34
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
VOYAGE du Gouverneur Philip à Botani-
Bay , avec une Defcription de l'Etabliffement
des Colonies du Port Jackfon &
de l'Ifle Norfolk , faite fur des Papiers
authentiques obtenus des divers Départemens
, auxquels on a ajouté les Journaux
des Lieutenans Shortland , Watz, Ball ,
& du Capitaine Marshall ; avec un récit
des nouvelles Découvertes ; traduit de l'Anglais.
A Paris , chez Buillon , Impr-
Libr. rue Haute - feuille , N°. 20. Prix ,
4 liv. 4 f. br.. pour Paris , & 4 liv. 14S..
franc de portpour tout le Royaume.
Nous avons déjà rendu compte des Réhations
imprimées de Voyages à Botani- Bay,
des Erablillemens Anglais fur cette côte, des
mefures prifes pour rendre utile à la mere
Patrie , & peut- être au genre humain , upe
Colonie compofée d'hommes condamnés
par les Loix , & qui par - tout'ailleurs le
font à n'être jamais qu'un fardeau pour la
Société , après en avoir été l'opprobre &
В
4
3:2 MERCURE
le fléau. L'Ouvrage que nous annoncens
entre dans de plus grands détails que les
Relations fuccinctes déjà publiées . Il offre de
plus le caractere d'une authenticité officielle
qui leur manquait. Le Rédacteur a
travaillé fur les Mémoires fournis par le
Gouverneur du nouvel Etabliffement , &
des Officiers inférieurs. La découverte de
plufieurs ifles rend ce Recueil intéreſſant
pour les Amateurs de l'Hiftoire Naturelle
de la Botanique , &c. La defcription des
différentes efpeces d'animaux , d'oifeaux ,
de poiffons , y eft plus exacte & plus détaillée
; mais ce qui eft d'un intérêt plus général
, c'est l'expofé des foins pris par le
Gouverneur pour établir l'ordre dans une
fociété d'hommes ennemis de tout ordre ,
& dont plufieurs font profondément pervertis.
Un autre objet non moins important
des foins du Gouverneur , eft d'amener
à des difpofitions amicales , les Sauvages
de ces déferts. Et c'eft à quoi , malgré fa
douceur perfonnelle , il n'a pu réuffir encore.
Il paraît que quelques violences exercées
contre eux , dans les bois , par les
tranfportés , ont rendu inutiles jufqu'à préfent
les attentions du Gouverneur ; & il
n'eft pas facile de faire entendre à ces Sauvages
, que ces violences ne font que le
crime d'un feul , ou de quelques - uns ; le
châtiment exercé fur les coupables demeure
inconnu à ceux qu'il venge , & qui s'obfDE
FRANCE.
33
timent à refter dans l'éloignement. Il faut
des circonstances bien favorables , pour que
cet Etabliſſement rempliffe un de fes principaux
objets , & pour que ce germe de
civilifation jeté à l'extrémité du Globe ,
produife avec le temps l'effet qu'on en
avait attendu ; mais on fe plaît à ne pas
repouffer cette efpérance. Le tranſport des
condamnés dans l'Amérique Septentrionale
, avait d'abord produit des effets avantageux
pour le pays , & pour eux-mêmes ;
puifque plufieurs , après avoir fatisfait à la
Société par des travaux & des défrichemens
, étaient devenus propriétaires & peres
de famille ; puifque les habitans fouhaitaient
eux-mêmes de voir arriver de pareilles
cargaifons , & qu'ils follicitaient ces envois
de la Métropole . Ce défir tenait au premier
befoin , celui de la culture , à une puiffance
publique fuffifamment coercitive , &.
à un état de chofes qui ne peut exifter de
long- temps dans la nouvelle Galles . Il paraît
qu'en Amérique même tout avait changé à
cet égard , comme on en peut juger parla
plaifanterie de Francklin , qui , voulant
montrer la reconnaiffance de l'Amérique
pour le bienfait de l'Angleterre , qui lui envoyait
fes criminels , fit préfent à un Miniftre
Anglais d'une caiffe remplie de ferpens
à fonnettes , l'invitant à les faire mettre
en liberté dans les jardins du Roi. C'eſt à
peu près ce que faifaient les Français fous
BS
$4. MERCURE
Pancien Régime , en ne banniffant les malfaiteurs
que de l'étendue d'une banlieue ,
on tout au plus d'une province . C'était
apprendre aux différens Peuples qui habitaient
la France , à quel point ils étaient
étrangers les uns aux autres . Les Loix
nouvelles fur la déportation , corrigent
cette abfurdité , mais donneront lieu à des
embarras d'une autre , efpece . Rouſſeau ,
après avoir rejeté l'idée d'une damnation
éternelle pour les méchans , difait avec raifon
qu'on ne fait que faire d'eux dans ce
monde ni dans l'autre. Sixte- Quint , qui
n'était pas en peine d'eux pour l'autre , s'en
délivra très bien dans celui- ci . Sa
-
prompte
& formidable juftice les écarta du territoire
eccléfiaftique , & les fit refluer en
foule dans les Etats vcifins . Les Princes
s'en plaignirent. On connaît la fiere répenfe
du Pontife : Imitez- moi , ou cédezmici
vos Etats.
Le Rédacteur , quoiqu'occupé des objers
utiles & férieux auxquels fon Ouvrage
eft confacré , n'a point dédaigné le récit
d'une fcène touchante , confignée dans le
Journal d'un des Capitaines qui eut cccafon
de relâcher à Otaii. Il y trouve la
mémoire du Capitaine Cook , chérie des
principaux Sauvages auxquels il avait
Jenné des marques d'affection. Il avait fait
peindre un de leurs Chefs , nommé Otco ,
qui , ne concevant rien au motifparticulier
DE FRANCE
de cette action , apprit avec une furprile
mélée d'une vive fenfibilité , que le détir
du Capitaine Cook était d'emporter ce portrait
d'un ami , & de l'avoir toujours lous
les yeux. Auffi-tôt le bon Sauvage dit que ,
pour la mème raifon , le portrait du Capitaine
Cook ferait pour lui un préfent d'un
prix ineftimable. Le Capitaine , touché à
fon tour d'une demande exprimée avec un
fentiment fi vrai , avait eu la condefcendance
de , fe laiffer peindre. Les nouveaux
Voyageurs eurent occafion de voir , dix ans
après , combien Otoo avait été fidele à fa
prom: ffe de ne plus fe féparer du portrait
de fon ami. Il demanda dos nouvelles du
Capitaine Cook , avec l'empreffement de
la tendreffe la plus naïve. Ils fe firent un
devoir de ménager fa fenfibilité , & de lui
cacher la mort du Capitaine. Ce fait intéreffant
montre , comme dit l'Auteur , que ,
malgré des circonstances & des moeurs diamétralement
oppofées , malgré l'impoffibi
lité apparente d'aucune espece de rapport
la bonté du coeur est un charme puillant
qui nous attire , & qui nous enchaîne d'un
Hien indiffoluble.
B 6
36
MERCURE
SPECTACLE S.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE .
ON
N fe rappelle qu'en 1774 , lorſque le
hafard de la naiffance appela Louis XVI
au Trône , il vint à l'Opéra avec la Reine,
& une partie de fa fainile , recevoir les
applaudiffemens & les hommages d'un
Peuple qui concevait de fon regne les plus
heureuſes efpérances. Il était juſte qu'au
moment où il a figné librement un nouveau
Pacte avec la Nation Françaiſe libre,
il vînt au même Spectacle montrer au même
Peuple , régénéré par une Révolution qui
doit en faire un Peuple nouveau , LE ROI
DE LA CONSTITUTION , le premier Ro1
CONSTITUTIOnnel des FraNÇAIS.
Le Mardi 20 Septembre , le Roi , la
Reine , le Prince Royal & Madame Elifabeth
, fe font rendus à une repréfentation
de Caftor & Pollux. Depuis leur départ
du Château des Tuileries , jufqu'à leur arrivée
au Spectacle , ils ont trouvé les rues
& les boulevarts bordés d'une foule immenfe
qui s'empreffait à les voir , & femblait
par fes cris redoublés de Vive le Roi !
Vive la Reine ! vouloir fe dédommager
d'un trop long filence.
DE FRANCE. 37
Au moment où LEURS MAJESTÉS entre-
Tent dans la Loge qui leur était préparée ,
la Salle éclata en applaudiffemens , qui fe
prolongerent au milieu de ces mêmes crist
de Vive le Roi ! Vive la Reine ! juſqu'à
extinction de voix & de forces. L'Orcheſtre,
d'après une motion qui avait été faite , au
lieu de l'ouverture de Caftor & Pollux, joua
l'Air du Quatuor de Lucile : Où peut - on
être mieux qu'au fein de fa famille ? & le
Public applaudit encore vivement à cette
allufion heureufe. La Piece fut entendue
avec une tranquillité qui ne fur troublée
que par quelques-unes de ces fluctuations.
inévitables dans un Parterre nombreux ,
qu'on s'obtine à tenir debout. Mais au
4. Acte , lorfque les Furies & les Diables
veulent s'oppofer au paffage de Pollux , au
milieu de ce Choeur bruyant , accompagné
de danſes tumultueufes , les Diables agitant
leurs flambeaux , qu'ils avaient laiffe s'amortir
, jeterent une lumiere imprévue fur
la Loge où était la Famille Royale. Le
jeune Prince parut fur tout prendre beaucoup
de plaifir à ce coup de Théâtre qui
avait été préparé , & dont il était prévenu.
Les Spectateurs recommencerent alors leurs
applaudiffemens & leurs cris de Vive le
Roi ! Vive la Reine ! Dans le Choeur que
l'on chantait en même temps , les Démons
répetent fouvent ces mots : Brifons' tous
nos fers. Ces mots retentillaient dans le
38
MERCURE
coeur d'un Peuple qui a brifé les fiens ; fes
applaudillemens en redoublaient ; & i, le
Roi fait bien le fens de ce mouvement
extraordinaire , il y aura vu l'expreffion d'an
attachement égal pour fa perfonne & pour
la Liberté.
Ces vers que Pollux adreffe à four frere
Tout l'Univers demande ton retour;
Regne fur un Peuple fidele ,
exciterent de nouveaux tranfports , Au brait
des mains , & aux cris des Spectateurs fe
jeignir le fracas de FOrcheftre , frappant à
coups redoublés fer les inftrumens , & de
toutes les parties de la Salle chacun , ' les
yeux fixés fur la Loge Royals , femblait
faire de ce dernier vers non feulement une
invitation preffante , mais un ferment de
fidélité .
Le départ de LEURS MAJESTÉS fut fignalé
, comme leur entrée , par toutes les
dé monftrations les plus éclatantes & les
plus unanimes du plaifir qu'avait fait leur
préfence. Elles revinrent aux Tuileries au
milieu de la même affluence & des mêmes:
acclamations qui les avaient accompagnées
d'abord. Cette journée doit laiffer dans le
coeur du Roi des fouvenirs bien deux . II
dut plus d'une fois au milieu de ces
fcenes touchantes , fe dire avec attendrilfement
: Sice Peuple aimant & bon
ر و
5:
DE FRANCE. 39
m'accueille avec une telle ivreffe lorfque
je n'ai fait encore qu'accepter fa Conftitution
, que fera ce lorfque j'aurai , pendant
quelques années , fait exécuter les Loix , ré
tabli l'ordre au dedans , au dehors la dignité
nationale , démenti tous les foupçons
rempli toutes les espérances , fidélement
oblervé & fermement établi cette Conftitution
que j'ai jurée « ?
Rien ne fut épargné pour rendre certe
Repréfentation digne de la préfence du Monarque.
Caftor & Pollux eft de tous les
Opéras français celui où le changement &
la beauté des décorations , la richeſſe & la
variété des coftumes , la multitude & l'agrément
des ballets offrent le plus brillant
fpectacle. L'Adminiſtration , en le remettant
au Théâtre avec une mufique nouvelle ,
a fait pour toutes ces parties acceffoires des
frais qui font autant d'honneur à fon goût
qu'à fon zele. Ce jour- là tous les fujets redoublerent
d'efforts , pour que le jeu , le
chant & la danfe produifillent avec le refte
un enfemble parfait.
C'est à l'une des repréfentations de cet
Opéra , que Mr. Gardel , dont une indifpofition
grave privait le Public depuis
long temps , a reparu , à ce qu'il femble ,
avec plus de fuccès & de talent que jamais.
Peu de jours après , on avait remis au Théâ
tre le Ballet - Pantomime de Télémaque ,
où il joue avec tant de fupériorité le prin40
MERCURE
cipal rôle , & Mlle . Saulnier celui de Calypfo.
Ce Ballet ingénieux a fait le même
plaifir que dans fa nouveauté. Ce n'eft pas
qu'il foit fans défauts ; & , par exemple, le
dénouement ne nous paraît pas heureux .
La noirceur de la vengeance que Calypfo
veut exercer fur Eucharis , dégrade fon caractere,
outre qu'elle eft amenée d'une maiere
peu vraisemblable.
Nous foumettrons auffi à l'Auteur du
Ballet une réflexion qui ne nous eft dictée
que par l'amour de l'art. Télémaque , les
Nymphes , l'Amour ne marchent point ,
ils danfent : tel doit être en effet le mode
d'action dans le Ballet - Pantomime. Les
geftes & les pas cadencés y forment en quelque
forte le langage du pays , comme le
chant dans l'Opéra, comme les vers dans la
Tragédie. Pourquoi donc Mentor & Calypfo
ne font-ils que marcher ? Eft- ce pour conferver
plus de nobleffe & de dignité ? Il
fallait leur donner une danſe noble & grave ;
mais encore une fois , la danſe eft dans un
Ballet de l'effence même du langage reçu
& hypothétique. Que dirait - on d'un Muficien
qui , fous le même prétexte , au milieu
de l'Opéra d'Iphigénie , eût fait parler &
non chanter Agamemnon & Clytemneftre ;
ou d'un Poëte qui , parmi les beaux vers
de Britannicus & d'Athalie , eût fait s'exprimer
en profe Agrippine & le Grand-
Prêtre Joad?
DE FRANCE. 41
Nous fommes obligés de différer encore
à parler du Théâtre de la Nation ; nous
dirons feulement que l'on continue avec
fuccès les repréſentations de Virginie , Tragédie
, dont le fujet eft trop connu pour
que nous en donnions l'analyfe , & qui a
particuliérement réuffi par le mérite du
ftyle & la foule de beaux vers dont elle eſt
femée . Au prochain N ° . nous donnerons
quelques détails fur le Conciliateur , Comédie
qui a obtenu le plus grand fuccès.
7
NOTICE S.
ATLAS National portatif de la France , deftiné
à l'Instruction publique , compofé de 91 Cartes ,
& d'un Précis méthodique & élémentaire de la
nouvelle Géographie du Royaume , dé lié & préfenté
à l'Aff.mblée Nationale par les Auteurs de
l'Atlas National de France , 1791. Se trouve à
Paris , au Bureau de l'Atlas National , rue de la
Harpe , No. 26 ; & au Dépôt de cet Atlas placé
au Cabinet Bibliographique , rue de la Monnoie ,
N°. S.
Les Auteurs de cet Ouvrage ont , pour ainfi
dire , affocié leurs travaux avec ceux des Comités
pour la divifion de la France ; les Comités
eux - mêmes ont reconnu en plus d'une occafion
combien le travail des Auteurs de l'Atlas leur
était utile . C'eft de leur part un nouveau
moyca d'utilité , que d'avoir fait une réduction de
42
MERCUREI
ce travail , & d'en avoir fait un Précis propre
à l'Eucation de la Jeuneffe La maniere dent
cet Ouvrage eft , divifé le rend infiment préciens
pour cet objet , car c'eſt par les divifions
& fubdivifions qu'on parvient à des rélultats
méthodiques ; & fous ce point de vue , fes Auteurs
de l'Apas ont en héri même fur les travaux
des Comités .
•
L'idée qu'ils ont eue de divifer la France en
neuf Régions eft auffi utile qu'ingénieufe ; elle
fert d'abord à offrir à l'efprit un grand tableau
qui n'attend plus que les fubdivifions. Les noms
qu'ils ont donné à chacune de ces Régions
fervent encore a les fixer dans l'efprit , puifque
les quatre premieres portent les noms des quatre.
points, cardinaux où elles fon: expofées ; favoir ,
le Nord , l'Eft , le Sud & l'Oueft : les autres oft
pris les noms des Vents intermédiaires, Nord- Eft ,
Sud-Est , Sud- Ouest & Nord- Oueft ; & dans la
crainte que ces derniers termes ne fullent pas
affez familiers aux jeunes gens , les Auteurs : y
ont joint d'autres dénominations plus connues ;
favoir , les Sources , parce que plufieurs grandes
rivieres prennent la leur au Nord- Eft ; “¿» Région
du Rhône , celle de la Garonne , & celle des
Mers , parce qu'elle eft Fornée par F'Océan & la
Manche la ge. eft appelée Région du Centre,
parce qu'en effet ciles y eft place.
: +
On ne faura't imaginer combien cette manicre
d'envifager d'abord la France donne de
facilité à la mémoire pour s'en former un tableau
exact. Le refte de ce Précis de Géographie
en acquiert beaucoup plus de clarté ; mais ce qui
achevé d'en rendre l'étude facile , ce font les
tableaux que les Auteurs ont dreflés . Dans l'un ,
on voit la France divifée comme elle était auDE
FRANCE. 43
trefois en Provinces , & les rapports de ces Provinces
avec les Départemens actuels . Ainfi l'on
peut voir d'un coup d'oeil de quel Département
telle ancienne Province eft compofée , & réci-
Froquement à quelle ancienne Province ces Dé
partemens out fuccédé. On y voit la France
partagée en 2 Divifions Militaires , & en 28
Div fons de la Gendarmerie Nationale. Les Eccléfiaftiques
la trouveront également divifée par
Mécropoles avec tous leurs, arrondiflemens . On
perfe bien que la divifion en Départemens , Dif
tricts , Tribunaux & Cantons n'y a pas été négligée
, & l'on y a joint la fomme de contribution
fanciare & mobiliaire que chaque Département
doit payer , comparée aux impofitions directes
& in directes dont ils étaient précédement
chargés.
Enfin , rien de ce qui peut être utile pour
connaître complétement la Géographie de la
France , n'a été négligé dans cet Atlas portatif,
& nous devons ajouter encore à cet éloge que:
l'exécution en eft ext êmement agréable , tant
pour la gravure des Cartes & le foin avec lequel
elles font enluminées , que pour la partie typographique
& le choix du papier. Nous regardons ,
comme certain que cet Ouvrage , qui a déjà le
fuffrage de l'Allemblée Nationale , obtiendra.
également celui de tonte la France,
Traité de la Vinification , en II Parties ; par
M. Joliver. Se vend 36 . chacure brochée . A
Paris , chez l'Anteur , rue des Deux-Ponts ,
St-Louis , au Bureau de la Petite Pofte.
Cet Ouvrage , dont tous les Papiers publics ort
pa lé avantageufement , traite de la manipulation
de la vendange & des procédés pour obtenir des
44 MERCURE '
végétaux un vin artificiel . Les Propriétaires de
vignes ont le plus grand intérêt à fe pourvoir
de la premiere Partie ; la feconde eft utile aux
Braffeurs & Laboureurs. L'Auteur a relevé beaucoup
de méprifes des Enologiftes les plus célebres
; & comme il eft Vigneron & Md. de vin
en même temps , il est plus à portée que tout
autre de connaître à fond cette branche de Commerce.
Cette Production mérite d'être mife entre les
mains de tous ceux qui fe mêlent de faire des vins.
Defray , Libraire , à Paris , quai des Auguſtins
No. 35 , vient de mettre en vente les Tomes
XI & XII des Euvres complettes du Comte de
Treffan. 2 Vol. in- 8 ° . Prix , 7 liv . 4 f. brochés ,
& 8 liv. port franc dans tout le Royaume..
Ces deux Volumes , attendus depuis f longtemps
, terminent cette précieufe Collection ; ils
font ornés d'un magnifique Portrait de l'Auteur.
Les douze Volumes in - 8 ° . , fuperbes figures ,
au lieu de 60 liv. qu'ils coûtaient francs de port,
ne coûteront plus , jufqu'au 30 Novembre fro
chain , que 42 liv. brochés pour toute l'étendue
du Royaunie.
On trouve chez le même Libraire les Tomes
XVI & XVII des OEuvres, complettes de J. J.
Rouffeau , édition originale de Genève . Les deux
Volumes in-4 °. br. 20 liv. por franc dans tout
le Royaume. Ces deux Volumes font le complẻ-
ment des OEuvres.
Il faut affranchir les ports de lettres & de
Pargent , autrement on ne jouira pas du port
franc.
DE FRANCE.
45
*
Camille , ou le Souterrain , Comédie en ; Actes
en profe , mêlée de muſique ; par M. Marfollier ;
repréſentée par les Comédiens Italiens , le 19 Mars
1791. Prix , 24 f. A Paris , chez Brunet , Lib . rue
de Marivaux , place du Théâtre Italien .
Cer Ouvrage profond au Théâtre peut encore
faire beaucoup de plaifir à la lecture.
Le Sr. Defnos , Ingénieur- Géographe pour les
Globes & Spheres , & Libraire du Roi de Danemarck
, à Paris , rue St-Jacques , No. 254 , offre
à fes Concitoyens une petite Carte générale de
la France , avec la Table alphabétique des 83
Départemens & des 43 Diftricts contenus dans
chacune des fix grandes feuilles qui compofent
fon Atlas National & général de la France ,
dreffée par ordre du Roi , & mife au jour par
M. Caffini de Thury , de l'Académie Royale des
Sciences . Chacune de ces feuilles fe vend fépafément
6 liv.; l'Atlas complet , 14 liv. broché ,
rendu franc de port . La premiere feuille de cet
Atlas contient i Départemens , la feconde 17 ,
la troifieme 13 , la quatrieme 18 , la cinquieme
9 , & la fixieme 14 , ce qui complette les 83
Départemens , conformément aux Décrets de
l'Affemblée Nationale , ſanctionnés par le Roi .
n'eft perfonne qui ne connaiffe le mérite di
certe Carte générale de France , que M. Defnos
offre gratuitement à ceux qui ont acquis l'une
ou l'autre de ces feuilles. Ceux qui ne voudront
que leur Département , ne le payeront que 2 liv.
8 f. en grand papier , 1 1. 10 f. en petit ; & la
Carte générale des 83 Départemens, le même prix.
L'on peut fe procurer encore chez ledit Sieur.
Defaos , l'Atlas National en 83 Cartes. Volume
in-4°. Prix , 84 liv. relié , rendu franc de port.
46
MERCURE
Le vrai Patriotisme , ou Services rendus à la
Patrie , avec les pieces authentiques qui le prouvent
; par El. Michel Laugier , Doct. en Médecine
de l'Univerfité de Montpellier , Membre de
plufieurs Académies , Auteur & Direct des Bains
Hydrauliques Médicinaux à vapeurs , de Paris ,
& c. Brochure de 30 pag. A Paris , chez l'Auteur ,
rue & cul-de-fac St-Dominique-d'Enfér.
Cette Brochure contient tout uniment la lifte
des Cures faites par M. Laugier.
Confultation de MM. les Curés de ... à M.
le Curé de Petite ... Brochure. Prix , 6 f.
Lettre Théologique . fur l'approbation & la jurifdiction
des Confeffeurs , à l'auteur anonyme
des Obfervations fur la Théologie de Lyon . Brochure.
Prix , 12 f.
Réponse de M. l'Evêque de Pistole & Prato
aux Queftions qui lai ont été proposées relativem
nt à l'état de l'Eglife de France. Brochure.
Prx , 6 f.
Lettre d'un Homme de Loi à M. ... Réconciliareur
de la Théologie & du Patriotifme. Brochure
in-12 de 160 pares. Prix , 15 f. Se trouvent
à Paris , chez Leclerc , Libraire , rue Saint-
Martin , No. 254.
Ces différentes Brochures pleines de civifine
& de raifon , tendent à éclairer les Eccléfiaftiques
de bonne foi , que des fcrupules exagérés
one engagé à refufer le Serment ; cu plutôt elles
tendent à juftifier ceux qui l'ont fait aux yeux
de ceux qui cherchent à leur en faire un crime.
a
DE FRANCE. 47
De l'Education , avec cette épigraphe :
( C'eſt véritablement un grand attrait pour
fouhaiter des enfans , que de favoir qu'après
qu'ils feront élevés , ils ne manquerout ni
d'alimens ni d'autres fecours récella res à
vie : mais ce qui eft un motif bien plus fort
& plus puiffant , c'eft de favoir qu'ils vivront
libres & en sûreté. )
Panégyr. de Traj, trad. par Sacy.
la
A Paris , chez Planche , Libraire , rue Neuve de
Richelieu - Sorbonne , No. 3 ; Maillard d'Orivells,
Libr . quai des Auguftins , No. 43.
De tous les Ouvrages nouveaux qui paraiffent
fur l'Education , celui hoas offrons au Public
que
eft un de ceux qui préfente le plus de folidité : il
réunit aux graces du ftyle des principes de morale
qu'effent approuvé J. J. Rouleau , Locke &
Condillac ; & ce qui doit le diftinguer plus particuliéremeat
encore , c'est qu'il repire le patriotifre
le plus épuré , & que l'Auteur n'a été mu
ni par l'orgueil , puifqu'il a confervé l'anonyme ,
ni par l'intérêt , puifqu'il a voulu que le prix de
fon Ouvrage fut fi médiocre que tout le monde
pût ailément fe le procurer. Ce Vo ule> fn-8 ° ;
fe vend 30 f
On trouve chez les mêmes Libraires le Tarif
des Droits d'Enregistrement. Prix , 24. & 30 T.
franc de port.
Catechifme de Morale , par M. Harmand. Prix ,
15 f. & 21 f. franc de port.
48 MERCURE DE FRANCE .
Eloge de J. J. Rouffeau , qui a concours pour
le Prix d'Eloquence de l'Académie Française , en
l'année 1791 ; par M. Thierry , Membre de plufieurs
Académies. Se trouve à Paris , chez˜ M.
Girardin , Libr. au Palais - Royal ; & chez les
Mds. de Nouveautés.
M. Thierry , l'Auteur de cet Eloge , s'était déjà
fait connaître avantageufement par les Mémoires
de M. de la Tude , dont il eft le Rédacteur.
L'Eloge de Rouffeau , dans lequel on retrouve
encore plus de chaleur & de pureté de ftyle , eft
fait pour ajouter à la réputation de ce jeune Erivain
, & lui mériter de nouveaux encouragemens.
A VIS.
Madame de Rouffe , Auteur de la Pommade
couleur de chair , qui teint pour la vie , dans une
feule féance de 4 heures , les cheveux gris , roux
ou blancs en noir , brun ou châtain , ainfi que
les fourcils & cils , prévient que cette Pommade ,
approuvée par la Faculté de Médecine , e contient
rien de nuiſible à la fanté , & ne tache ni
le linge ni la peau. Le pot , avec la maniere de
s'en fervir , fe vend 6 livres . Elle continue de
teindre elle- même les cheveux , moyennant des
arrangemens convenables ; & prie les perfonnés
qui lui écrirort d'affranchir leurs lettres. Ladite
Dame demeure rue du Petit - Lion -Saint- Sauveur
N° . 47 , maiſon du Bombeur de verres , au 2e.
TABLE.
LE Petit Malheureux.
L'Ecole de l'Amitié.
Charade , En. Log.
›
3 Voyage.
6 Spectacles.
31
36 29 Notices.
MERCURE
HISTORIQUE
ET
POLITIQUE.
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 17 Septembre 1791 .
C'EST le 4 , que les Etats de Bohême ont
fait , entre les mains de S. M.I. , la preftation
de foi & hommage. Le furlendemain ,
la cérémonie du Couronnement a été célébrée
en pompe , dans l'Eglife de St. Vite ,
par l'Archevêque de Prague . On a diftribué
des médailles d'or & d'argent , dont
l'un des côtés préfente la Couronnie de
Bohême , avec l'infcription fuivante : Imp.
Caf. Leopoldus II , P. F. Aug. Hungar.
Bohemi Rex , Archid . Aufl. coronatus
Prage v1 Sept. 1791. L'Empereur &
la Cour féjourneront à Prague jufqu'au 25 ;
enfuite S. M. parcourra la Bohême & la
Moravie avant de revenir ici le 14 ou
Nº. 40. 1. Ollobre 1791. Α
,
-
( 2 )
le 1 du mois prochain . -Le Marquis
de Lucchefini , Miniftre Plénipotentiaire
du Roi de Pruffe au congrès de Siftove ,
a ordre d'attendre ici le retour de S.M.I.
Le Confeil Aulique de guerre a fait un
travail extraordinaire à la fin du mois dernier
, & au commencement de celui - ci .
On n'en connoît qu'imparfaitement l'objet
; mais il eft certain qu'en général il a
roulé fur les arrangemens militaires que
devoit occafionner la paix , & fur ceux
que la fituation politique de l'Empire peuvent
rendre néceffaires. Ce double but explique
pourquoi l'on n'apperçoit aucune
uniformité dans les difpofitions adoptées.
Tandis qu'une partie des régimens a été
renvoyée dans fes lieux ordinaires de
cantonnement d'autres ont été préparés
à redevenir mobiles . On fupprime
les quatrièmes bataillons créés pendant la
guerre ; on diminue les compagnies des
Corps réduits ; mais quelques - uns
font laiffés au complet précédent. On
paroît croire au prochain départ de
nouvelles troupes , foit dans l'Autriche
antérieure , foit aux Pays-Bas . Cette conjecture
s'eft fortifiée par l'ordre certain de
marcher à Fribourg en Brifgaw , adreffé la
Semaine dernière au régiment de Neuge-
Bauer remis fur le pied , de guerre.. Il
n'eft pas moins sûr que le Confeil Aulique
a envoyé des ordres femblables an Gou-
2
( 3 )
verneur d'Egra , avec injonction de faire
partir pour Fribourg trois bataillons d'Infanterie
& deux régimens de Cavalerie .
De Francfort-fur- le-Mein , le 21 Septemb‹ e.
Malgré la multitude des intéreffés , des
raifonnemens , & des affirmations touchant
la conférence de Pilnitz , les détails fecrets
des véritables réfuitats de cette entrevue
, dont le but général eft fuffifamment
connu , font encore un fujet d'incertitudes.
Quelle cft la nature de cette alliance
entre les Cours de Vienne , de Drefde &
de Berlin Quand , & comment feront
exécutées les mesures qu'annonce la Déclaration
remife par l'Empereur & le Roi
de Pruffe à M. le Comte d'Artois ? Que
faut- il penfer de la condition unique à
laquelle refte foumife l'exécution de ce
plan figné ? Quelles font les Puiffances
dont le concours eft attendu , & leur acceffion
étoit- elle prévue d'avance ? Voilà
des queftions fur lesquelles on ne répondroit
pas encore fans témérité. On annonce,
comme très prochaine , la fignature de l'Im
pératrice de Ruffie & du Roi de Suède :
les apparences accréditent cette conjecture.
Quatre ou cinq régimens Autrichiens vont
défiler certainement vers le Rhin , mais juf
qu'ici, aucun Corps Pruffien nefe difpofe au
moindre mouvement.Les Cercles s'occupent
J
A 2
( 4 )
;
de préparer leur double contingent ; mais
il ne peut être fur pied avant le Printemps ,
au plutôt. En quinze jours , une efcadre
Ruffe ou Suédoife , avec des troupes
de débarquenient , pourroit fortir de la
Baltique mais aucunes troupes ne font
embarquées , & l'équinoxe interdit maintenant
toute expédition de ce genre . Cependant
l'opinion d'une guerre , ou du
moins d'un déploiement de l'Empire contre
la France , n'eft plus concentrée parmi les
Emigrés de cette Monarchie. L'Allemagne
entière la partage ; elle eft devenue prédominante
fur les lieux où les opérations
doivent fe développer. On en trace le
plan dans les cercles qui doivent être le
mieux inftruits ; les Papiers publics recueillent
ces verfions ; & ce qu'ils n'avoient
point fait encore , ils les publient avec
affurance . Voici entr'autres comment s'exprime
la Gazette de cette ville , en date
du 17.
<< Perfonne ne doute plus de l'exiftence
d'une alliance nouvelle entre les Cours de
» Vienne & de Berlin , à laquelle tout le
Corps Germanique fera invité d'accéder.
» Une des mefures principales paroît avoir
la France pour objet. Le projet eft de
faire agir à - la- fois deux armées , aux
» quelles l'Empire fournira un double con-
» tingent. Les troupes actuelles de l'Em»
pereur dans les Pays- Bas , montent un
» peu au-delà de 45,000 hommes de ce
» nombre , il fera détaché 25,000 hommes
» qui formeront un camp du côté de
» Luxembourg ; à ce Corps d'armée ſe
» joindront les troupes Pruffiennes répar-
» ties dans le Duché de Clèves & dans la
» Weftphalie , ainfi que trois régimens de
» la Marche Electoraie , & les troupes des
» Cercles de Weftphalie & du Bas -Rhin.
» L'autre , l'armée fe formera dans le Brif-
» gaw: elle fera compofée de dix bataillons
» de troupes Allemandes de l'Empereur ,
» d'autant de bataillons de troupes Hon-
» groifes ou Croates , & de zo efcadrons
» de Cavalerie. A ce Corps fe réuniront
» les troupes de contingent de Brande-
» bourg , qui confiftent en cinq régimens
que l'on tirera de la Siléfie , en les faifant.
» marcher par la Bohême , & les troupes.
» des Cercles de Bavière , de Souabe , de
» Franconie & du Haut- Rhin. Les troupes
» de contingent de l'Electeur d'Hanovre
» & de la maifon Ducale de Brunfwick ,
» ainfi que les contingens des Cercles de
» la haute & de la baffe Saxe , formeront
» un corps de réferve , qui s'affemblera aux
» environs de Worms. Voilà le plan de
» réunion de troupes que l'on affure être
» arrêté ; mais comme il fuppofe des pré-
» paratifs & des concerts entre les Cercles
» de l'Empire , fon exécution ne pourra
A 3
( 6)
» pas avoir lieu avant le printemps pro-
>> chain . >>>
Ce plan nous paroft extrêmement plaufible.
On nommé déjà les Généraux deftinés
au commandement , favoir ; le Maréchal
de Lafcy , le Prince de Hohenlohe &
M. de Bouillé ( fans doute de la part des
Princes François , & à la tête de fes Compatriotes
émigrés ) . Il n'y a de certain dans
cette conjecture , que la réunion de ces
trois Chefs à Prague , où on les dit occu
pés à tracer leurs futures difpofitions .
On fait que les Etats de Pomeranie ont fait
demander au Roi , par le Comte de Hertzberg
Miniftre d'Etat , la permiffion d'ériger à Stettinla
Statue du feu Roi ; S. M. y a confenti. Le
Comte de Hertzberg a chargé en conféquence M.
Schado , Sculpteur à Stettin , d'exécuter ce monu- ,
ment. Cette Statue fera de marbre blanc de Carrau ,
e 7 pieds de haut fur un piédeftal de marbre
de Siléfie ; le Roi fera repréfenté dans l'habillement
militaire qu'il avoit coutume de porter;
on n'y ajoutera que le manteau Royal . L'ouvrage
fera fini au mois de Septembre de l'année
Prochaine.
de
FRANCE .
De Paris , le 28 Septembre.
ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du lundi , 19 Septembre.
M. d'André a propofé de fixer le terme dé(
7 )
finitif de l'Affemblée Conftituante , au 30 feptembre
, de rien plus changer ni le préfident ,
ni les fecrétaires , & de charger une députation
d'aller faire part au Roi de cette réfolution
dans la journée. Ces trois propofitions ont été
décrétées ; la principale , fauf rédaction .
Les vacances des juges , fuivant un décret de
la veille , devoient finir le 15 novembre ; un
décret d'aujourd'hui les a prorogées au 15 décembre
, à caufe des vendanges.
M. Defmcunier a fait ftatuer que les confeils
de diftrict fe réuniront , chaque année , le 2 ,
& cette année- ci le 15 octobre ; les confeils
de département , chaque année , le 2 , & cette
année- ci le 15 novembre ; que , nonobftant le
tirage ( auquel ont procédé plufieurs départemens )
de la moitié des membres des directoires , les
membres exclus par le fort demeureront au directoire
jufqu'à la concurrence de moitié , autant
que cela fe pourra , & que fi le nombre eft
moindre , le fort déterminera ceux qui devront
y rentrer . Ainfi , de peur de manquer d'admi ~
niftrareurs , on exige déja , dans leur choix
qu'il foit procédé précisément en fens contraire
des règles folemnellement établies par l'acte
conftitutionnel , auquel déroge , le lendemain.
de fa proclamation , un fimple décret réglémentaire
.
--
Si l'on en avoit cru M. Prieur , les officiers
& les foldats auroient été aflujettis au même
ferment , au même engagement ; mais l'Affemblée
n'a pas adopté les principes militaires de
ce nouveau général applaudi des tribunes .
On eft rentré dans la difcuffion du code pénal ,
& M. le Pelletier de Saint-Fargeas a eu la faisfaction
d'en voir décréter un bon nombge
A
4
( 8 )
d'articles qui auroient occupé toute la vie d'un
d'Agueffeau ; mais qui n'ont coûté que la peine
de fe lever & de s'affeoir . Il n'y a guère eu
de débats qu'au fujet du fils dénaturé qui mutile
fon père ou la mère . Le rapporteur le condamnoit
d'abord à 4 ans de détention , puis à
6 ans de chaîne , puis à 8 ans de détention ,
puis à 9 ans de gêne ; MM . Populus , Garat
& Prugnon , à la mort . Aux peines temporaires ,
M. Tronchet ajoutoit férieufement la dégradation
civique , fuppofant fars doute que s'il n'y
avoit pas une lei expreffe d'exclufion , les affemblées
primaires , électorales , & légiflatives ,
admettroient auffi facilement dans leur fein un
honnête citoyen qui auroit caffé Ics bras à fon
père , qu'elles admettent des hommes diffamés
& décrétés de prife- de - corps . L'addition de
peine , gravement dérifoire , propofée par M.
Troncher , fera probablement fous - entendue ; mais
ja détention , la gêne & la chaine pour plus
ou moins d'années , fuffiront , felon que le fils
aura crevé un ou deux yeux , coupé une ou
deux jambes , un ou deux bras à les parens ;
calcul philofophique où le fentiment n'entre pour
rien ; loi froide , impuiffante , morte , cadavereufe
, funefte aux moeurs , comme tout ce qui
afpire à les refrêner fans morale .
Au refte, voici la fubftance des articles qui
font le moins dans le courant des idées ordinaires
. Tout affaffia ou empoifonneur condamné
à mort fera revêtu d'une chemife rouge . Le
parricide aura la tête & le vifage voilés d'une
étoffe noire , & on ne le découvrira qu'au moment
de l'exécution . Pour bleffures qui rendront
une perfonne incapable de vaquer pendant
plus de 40 jours à un travail corporel , deux
( و )
•
t
années de détention . Pour bras caffé , jambe
ou cuiffe caffée , 3 années de détention . Pour
mutilation de quelque partie de la tête ou du corps ,
ou bleffure qui feroit perdre l'ufage foit d'un
ail, foit d'un membre , 4 années . Pour deux
yeux , deux brás , deux pieds , deux cuiffes ,
6 années de chaîne , Deux années de plus pour
tous ces cas , lorfque lesdites violences auront
-été commifes dans une rixe . La caftration fera
punie de mort ; le viol , de 6 années de chaîne ,
& de 15 , fi la fille eft âgée de moins de 14 ans.
Il n'y aura plus d'action pour raifon de crime
commis , & fans plainte depuis 3 ans , ou depuis
6 ans , fi le juré n'a prononcé lieu d'accu-
Ter ; & le laps de 20 ans abolira tout jugement
de tribunal criminel.
2
On entrevoir combien eft vague la rédaction
de ces loix , combien font arbitraires ces proportions
obfervées avec une puérile fyrmétrie .
Rien de moins défini que les expreflions qui
fervent de caractéristiques à l'action punie . Qui
déterminera le fens des mots travail corporel à
l'égard de toutes les conditions & fituations de
la fociété ? Membre fignifiera - t-il,également une
des phalanges du petit doigt & la cuiffe ? Quel
juré tiré du peuple évaluera légalement le mot
rice ? Une ligne fur la caftration mettra - t- elle
certaine opération de chirurgie à couvert des
ridicules interprétations de ftupides jurés , fi le
malade en meurt ? Pourquoi 6 ans de chaîne ,
lorfque la fille violée a 14 ans & un jour , &
15 ans de chaîne , lorfque cette fille n'a que 14 ans
moins un jour ? & c . &c .
Au milieu de ce tas d'articles jettés à l'aventure
, il en eft peu d'aufi étrangement conçus
que ces deux-ci : « Sera qualifié d'affaffinat ,
A §.
( 15 )
tous autres . --
»
& comme tel puni de mort, l'homicidequi aura précédé,
accompagné ou fuivi d'aut.es crimes, tels que
ceux de voi , d'offenfe à la loi , de fédition , ou
Toute perfonne engagée dans les
liens du mariage , qui en contractera un fecond ,
avant la diffolution du premier , fera punie de
dix années de chaîne . Qu'est- ce qu'offense à
a lot, & tels que ... tous autres ? Qualifie- t -on
ainfi l'affaffinat ? Engagée dans les liens du mariage
, avant la diffolution de ce mariage ,
n'est - ce point une battologie ? Ce fecond , ce
premier ne pourroient- ils pas être aufli bien un
quatrième , un troisième ? Admettre la diffolution
du mariage dans le code criminel , ou pénal ,
avant d'avoir formellement décrété la diffolubilité
du mariage , dans le code civil , feroit- ce
une marche franche , régulière , digne de la
probité légifl t've ? Ne fe donneroit -on pas , à
tort , le faux air de cette rufe corruptrice , qui
chercheroit furtivement à confommer la ruine
des moeurs par les loix en n'ofant donner excflément
pour principe aux loix , la doctrine
de moeurs perverfes ?... Mais pallons aux réalités
, à l'un des réfultats de ces imprudentes
théories .
Le miniftre des contributions eft venu préfenter
à l'Affemblée nationale l'état des verfeme
is faits au tréfor public pendant le mois dernier.
Pour avoir l'agrément de débuter par dire que ,
du premier au 31 août , la recette s'eft élevée
à 18,096,986 liv. , il a été obligé d'y comprendre
millions qu'a fournis la caiffe de l'extraordinaire
, ce qui réduit la recette effective à 13 mil-
Lions 96,986 liv .
Sur cette fomme , l'enregiftrement & le timbre ,
qui devoient donner par an 75,330,000 liv .,
( 11 )
1-6,277,500 liv. par mois , n'ont donné que
1,029,442 liv. les patentes , 572,144 liv. ;
les douanes , rien ; les contributions foncière
& mobilière de 1791 , la fomme de 142,257 liv.
Mais les receveurs font à peine en train , les
moiſſons , les affemblées électorales ont retardé
la perception. Tout ira mieux inceffamment
& en attendant , les légiflateurs confituans
s'en iront. Quelques départemens ont achevé
leurs rôles... comme fi le tréfor fe rempliffoic
de rôles ! Enfin , pour recourir aux grands expédiens
, le miniftre a fait enluminer une carte
géographique , où diverfes couleurs défignent
les départemens plus ou moins prompts à payer
à repartir , à promettre. Cette carte , affichée
dans la falle de l'Affemblée légiflative , va rouvrir
tous les canaux des contributions. On applaudit
à ce moyen , dont ne fe doutoit pas
Colbert.
M. Dupont propofoit d'inviter les députés
à la prochaine légiflature à s'affembler pour
vérifier leurs pouvoirs , afin qu'il n'y eût aucune
interruption . Mais tout débat fur une pareille
propofition pouvant avoir les mêmes inconvéniens
que l'invitation même , on s'eft hâté
de paffer à l'ordre du jour , & l'on a levé la
féance .
Du mardi , 20 Septembre.
Un décret a fupprimé le tribunal provifoire de
la haute-cour nationale , féante à Orléans , comme
devenu inutile depuis l'amnifte . Cette commiffion
extrajudiciaire , à qui l'on avoit déféré l'attribution
abfurde de juger fans appel , & provifoirement
à mort , d'un crime indéfini , fut
heureusement compoſée d'hommes auffi modérés
A 6
( 12 )
qu'elle étoit monftrueufe , & n'aggrava d'aucun
meurtre l'horreur du pouvoir que lui fabriquèrent
ceux qui n'y cherchoient que la cruelle fatisfaction
de dénonciateurs exclufifs & irrefponfables.
L'Affemblée nationale a ordonné à la caiffe
de l'extraordinaire d'avancer 900,000 liv . à la
ville de Marſeille , fur les hypothèques connues ,
des føls additionnels , & du feizième des biens
nationaux revendus .
Les vifiteur & infpecteur général des rôles
devoient être nommés par les départemens , fuivant
le dernier décret ; en vertu d'un nouveau
décret , ils feront nommés par le Roi , pour cette
fois feulement .
on a
Pour le remplacement du DÉFICIT entre la
recette & la dépenfe du mois d'août ,
décrété , fans préambule , que la caiſſe de l'extraordinaire
verfera au tréfor public 48 millions
530,000 liv.
Organe & membre du comité de la marine ›
M. Fermond a fait adopter un projet de loi
fur la police & la juftice dans les ports de mer
& les arfenaux .
M. Duport a demandé que ceux qui auroient
protefté contre la conftitution , foient affimilés
ceux qui refuſent ou rétractent le ferment civique
, & conféquemment déclarés incapables
d'aucunes fonctions publiques. De vifs applaudiffemens
& des cris : aux voix , devoient couronner
cette motion , plus haineufe qu'utile
puifque les honnêtes gens , que leur confcience
porte à refufer le ferment , n'accepteront aucune
place qui l'exige . Mais ce qui n'eft pas indigne
de remarque , aux applaudiemens des galeries
Le font joints les battemens de mains des dé(
13 )
purés à la prochaine légiflature. A la privation
des droits de citoyen actif , M. Bouffion ajoutoit
la privation de tout traitement ou falaire ; injuftice
odieufe envers les eccléfiaftiques dépouillés.
On n'a décrété que la motion d'humeur
de. M. Duport . Le reste a été renvoyé au
comité compétent ; & la féance s'eft terminée
par de nouveaux articles relatifs à la création ,
ou dans le ftyle néologique moderne , à l'organiſation
des notaires publics .
Du mardi , féance du foir.
Après un décret qui accorde 90,000 liv.
d'avance à la ville de Rennes à prendre fur les fols
additionnels & fur le feizième des biens nationaux
par elle revendus , M. de Vifmes a fait
le rapport des demandes en indemnités qu'a formées
M. le prince de Monaco..
La fuppreffion des droits féodaux , péages &
juftices patrimoniales , qui très - inconfidérément
a détruit une grande partie de la valeur réelle
des biens-fonds du royaume , & diminué d'autant
les maffes impofables , à l'époque où le
déficit réclamoit le plus d'impôt ; cette fuppreffion,
impolitique prive le prince de Monaco d'une
portion des conceffions faites à fes auteurs en
exécution du traité de Péronne , du 14 septembre
1641. Il évalue le dommage à 200,000 liv . de
rente annuelle & perpétuelle.
S'érigeant , ainfi que toutes les corporations
du jour , en arbitre des princes & des peuples ,
la commune de Baux , en Provence , foutient
que la maiton de Monaco n'a pu conferver
les biens qui lui ont été concédés en France
depuis les reftitutions qui ont dû lui être faites
fuivant l'article 104 du traité des Pyrénées . Or,
( 14 )
felon le rapporteur , les clauſes effentielles du
traité de Péronne font que le Roi de France
prendra fous fa protection le Prince de Monaco ,
fon état , fa fouveraineté ; qu'il y aura dans
Monaco une garnifon françoife de soo hommes ; 500
que le prince fera , pour le Roi , capitaine &
gouverneur de la place ; que le Roi lui donnera
, en France , en revenu territorial ,
ficfs , l'équivalent de ce que ce prince perdra
de les poffeffions dans le royaume de Naples
& l'Etat de Milan , l'équivalent de 25,000 ducatons
par an , alors 75,000 liv. La France
a vainement réclamé , avant & depuis le traité
des Pyrénées , ces poffeffions retenues par l'Efpagne.
en
•
On a obfervé le contrafte le plus fingulier
entre les maximes du rapporteur , & les axiomes
de droit public qui préparèrent la conquête du
Clermontois fur M. le prince de Condé , & celle
du Comtat & d'Avignon . « Le prince de Monaco
ne doit pas être dépouillé des biens qui
lui furent accordés par le traité de Péronne
puifque dans le droit des gens qui eft le droit
civil des nations entr'elles , l'aliénation du domaine
public peut s'opérer par des traités politiques....
( Le même rapporteur foutint tout le
contraire dans l'affaire du Clermontois ) . Ce
prince doit être indemnifé des pertes que lui
font éprouver vos fuppreffions ... Oui , Meffieurs
, car vous - mêmes avez rendu hommage
au principe du droit naturel & du droit civil ,
fuivant lequel la nation eft garante des évictions
procédantes de fon propre fait envers ceux qui
ont acquis du domaine de l'état , & une aliénation
au profit d'un prince étranger ne peut être
foumife qu'aux règles du droit des gens. »
( 15 )
Le précieux avantage des corps délibérans qui
fe permettent d'avoir deux mefures , deux morales
, deux doctrines , c'eft que les convenances
& l'intérêt décident de ceiles d'après lefquelies
ils font certains qu'ils auront toujours raifon ,
même en adoptant des réfuitats diamétralement
contraires . M. de Vifme n'a point emprunté
fes exemples de la conduite de l'Aſſemblée à l'é-
-gard du Pape ; mais « les princes d'Allemagne ,
a- t- il dit , n'avoient de droits qu'à cette équité
douce & bienfaifante qui refpire dans toutes vos
opérations ; & nous croyons que le prince de
Monaco ne peut pas être traité moins avantageufement,
même d'après les règles de cette juftice
exacte , qui doit être & qui eft le caractère effentiel
de vos décrets . Vous , Meffieurs , qui
pefez d'une main sûre les droits des princes &
despeuples , vous faifirez avec empreffement cette
occafion nouvelle, de manifefter d'une manière
éclatante votre fcrupuleufe probité ; c'eſt le feul
principe politique qui convienne à une nation
puiffante & libre ; & elle n'y doit jamais paroître
plus inviolablement attachée que loifque
fa fupériorité lui permettroit de le violer impunément.
>>
D'ennuyeux & inintelligibles débats entre gens
qui n'entendoient pas même les élémens de la
queftion , ont amené une demande d'ajournement
.
L'appel nominal ayant été propofé , 149 voix
pour non , contre 117 voix pour oui , ont fait rejetter
l'ejournement.
Du mercredi , 21 Septembre..
L'inépuifable ceiffe de l'extraordinaire avancera
40,000 liv , à la municipalité de Melun ,
( 16 )
K
à imputer fur le feizième des biens nationaux
revendus.
Neuf articles adoptés fur la propofition de
M. Defmeuniers , ont déterminé l'établiflement
& les fonctions de commiffaires de police dans
toutes les villes du royaume où on les jugera
néceffaires . Ils auront un traitement fixé par les
-directoires , & payés par les communes ; ils drefferont
les procès - verbaux pour conftater le flagrant
délit & le corps de délit . Dix articles
ajoutés par M. Duport , ont organifé 24 officiers
de paix pour la ville de Paris . On devra
obéir à ces officiers fous peine de 3 mois de
détention ; le décret ne dit pas qu'ils doivent
exhiber aucun ordre de quelque autorité conftituée.
Les gardes du commerce font maintenus
provifoirement.
M. Odier- Maffillon a fait décréter le mode
fuivant lequel fe liquideront les dettes actives
& paffives des communautés , corps & compagnies
qui font ou qui feront fupprimés & liquidés
. 1 °. Les dettes actives dévolues à la nation
fubrogée aux droits des corps fupprimés
feront touchées par les receveurs de diftricis refpectifs
; 2 °. les dettes paffives exigibles feront
remboursées à la caiffe de l'extraordinaire fur
quittances devant notaires de Paris remifes au
commiffaire du Roi , directeur général de la
liquidation , à la décharge de l'état & du débiteur
de l'objet remboursé , fur certificat de
non oppofition du confervateur des hypothèques
& expédition en forme des titres ; 3 ° , les dettes
paffives conftituées , aliénées ou dans le cas de
l'être , & les rentes viagères dont la nation fe
trouve chargée aux termes d'un décret fur
procès-verbal de liquidation d'office , feront re(
17 )
X
conftituées au profit des créanciers , fur quit
tance de remboursement , fictif, & pour l'uniformité
, expédition de titres , acte de naiffance
& certificat de vie pour le viager , fans enregiftrement
, ni timbre , ni certificat des hypothèques
; le tout remis audit commiffaire du
Roi,
Alors , M. Goupil de Préfeln (e reffouvenant
des proteftations on déclarations qu'il a dit modeftement
avoir été répandues avec une affectation
infolente , M. Goupil s'eft indigné , s'eft
courroucé , à froid , d'y avoir va les qualifications
abolies de comte , marquis , & c .; fouvent
même , a-t- il ajouté , priles par des gens
d'une extraction ci-devant roturière . Il a follicité
des mesures repreffives contre cet abus fcandaleux
dans un pays libre ; & a propofé que pour
finir avec dignité & prouver à la nation que
fes légiflateurs conftituans ont mérité fa confiance
, il fut fait le 30 un appel nominal de
tous les membres de l'Affemblée .
M. Chabroud qui n'a point vu de délit dans
les malheurs & les grandes leçons des 5 & 6
octobre , trouve un crime horrible dans l'audace
de figner marquis , baron , &c . C'eſt une révolte »
contre la conftitution . Blâmant l'orgueil des
nobles qui ne veulent que l'être , & careffant
l'orgueil du roturier que le mot noble tourmente ,
M. Chabroud , aux yeux de qui le carcan n'eft ,
fans doute qu'une correction fraternelle , a
demandé que tout noble qui fe qualifieroit baron
, comtè , & c. fût puni de 3 heures de carcan ;
& que tout officier public qui prêteroit fon miniſtère
à la contravention für deftitué . Les galeries
ont applaudi , l'Aff mblée n'a point approuvé
cette propofition , & M. le Chapelier a
,
( 18 )
promis que le comité de conftitution préſenteroit
demain un moyen moins dur & plus efficace .
Du mercredi , féance dufoir.
Une pétition fignée de M. Souton , directeur
de la monnoie de Pau , & lue , en la préſence
par M. le Chapelier , a dénoncé le comité monétaire
, la commiffion des monnoies , & le miniſtre
des contributions. Il accufe le comité d'en avoir
impofé à la nation
en difant que l'on fabriquoit
avec activité des pièces de cuivre , jufqu'à
40,000 liv . par jour ; & d'une craffe ignorance
en fait de monnoie .
A l'en croire , nos beaux- parleurs de monnoie
n'y entendent rien , leurs travailleurs ne
favent ce qu'ils font , brulent beaucoup de
charbon , confomment beaucoup de matière en
pure perte. Il a conclu à ce que l'Affemblée
annullât la nomination du directeur de la monnoie
de Paris , rétablit les ci-devant juges - gardes
des monnoies , &c.
On a lu enfuite des éclairciffemens qui n'ont
rien éclairci , par lefquels la commillion des
monnoies réfutoit M. Souton . Ces lectures
cruelles étant achevées , M. Charles de Lameth
a demandé qu'on paffât à l'ordre du jour fur la
dénonciation . L'Aſſemblée eft paffée à l'ordre du
jour.
Cette affaire avoit été interrompue par l'annonce
d'un courier du département des Bouches
du Rhône , & de nouvelles qui , felon M. d'André,
demandoient des mefures tres - promptes. Il ne
lui en eft échappé que quelques mots . Le département
a donné fuite à fon arrêté pour défarmer
la ville d'Arles ; le corps életcral a envoyé
quatorze députations confecutives au direc(
19 )
toire , & s'est déclaré affemblée permanente. Ces
pièces font envoyées au comité des rapports
qui doit en rendre demain tel compte qu'il lui
plaira.
La féance a été terminée par un décret qui ,
repouffant la pétition politique de la commune
de Baux , prie le Roi de négocier avec le prince
de Monaco , la fixation à l'amiable des indemnités
réclamées & dues , pour être , fur le réfultat
des négociations , délibéré ainfi qu'il appartiendra
par le corps légiflatif.
Du jeudi , 22 Septembre.
L'Aflemblée a déclaré non -avenus , fans débats
contradictoires ni communication publique
de pièces probantes , ainfi que le font la plupart
de les rapports d'adminiſtration , deux arrêts du
confeil-d'Etat de 1784 & 1786 , portant réfiliation,
du traité paflé le 18 mars 1780 entre le
directeur général des finances & les fieurs Leftivuide
& Bedigis , pour l'achèvement du terrier
général de l'Ile de Corfe ; & ordonné l'exécution
dudit traité , inventaire , remife des plans
& mémoires , & indemnités foumifes à l'examen
du commiffaire -liquidateur.
Cinq articles décrétés à la demande de M..
Gouttes , évêque financier , ont ftatué que la
liquidation des dettes exigibles des corps & communautés
des arts & métiers fupprimés , fe
feia avec les formalités ci - devant prefcrites pour
la liquidation des dettes exigibles des communautés
religieufes ; & qu'il fera rendu compte à
la nation , à la diligence de l'agent du tréfor
public , de l'argent , des meubles , effets & prix
d'immeubles qui appartenoient auxdites communautés
de métiers . Il paroît que la fimple pré(
20 )
fentation de ce compte devra paffer pour fon
appurement , ainfi qu'on l'a vu jufqu'ici de tous
les autres comptes rendus à la nation .
M. Gobet , évêque de Paris , eft venu parler.
bien triftement de la joie publique , à l'Affemblée
nationale , qui reçoit de tout côté les avis
les plus défolans ; mais ces fictions font , felon,
lui , partie de fon miniftère . Il a dit , d'une
voix mal affurée , que la proclamation de l'acte
conftitutionnel avoit été fuivie , dimanche , de
ו כ
toutes les réjouiffances capables de précéder les
bienfaits de la conftitution pour tout le peuple
François ; qu'il falloit en rendre grace à Dieu;
que , comme l'Affemblée a conftamment , dans
le cours de fes travaux , marqué la plus grande
confiance en Dieu » , il avoit l'honneur de dépofer
fon mandement fur le bureau , d'en faire
hommage à l'Affemblée , & d'inviter les fidèles
& le corps légiflatif à la cérémonie religieufe de
dimanche prochain ; que la meffe fera fuivie
d'un DISCOURS analogue à la cérémonie , & que
le tout fera terminé par un Te Deum. Cette
annonce , en ſtyle d'affiche de comédie , a été couronnée
de quelques bon ! bon ! du côté gauche , &
l'on a décrété qu'on enverroit à la cathédrale une
députation de 24 membres.
M. Malouet a demandé qu'il fût fait lecture
des états de recette & de dépenfe des commiffaires
de la trésorerie . M. d'André a prétendu
que le rapport de M. de Montefquiou devoit
fuffire , que l'affaire étoit finie ; que les nombreuies
affiches qui , depuis quelque temps , dans
tous les coins de rues de Paris , exigent des
cemptes de l'Aflemblée conftituante , & les exigent
au nom du PEUPLE SOUVERAIN , fost un
moyen très- aftucieux , très - méchant, ; - que le
( 21 )
peuple fouverain , qui figne ces affiches , eft un
particulier très-ariftocrate ( applaudiflemens ).
сс
Attaque-t -on , s'eft- il écrié , le compte de
M. de Montefquiou ? Point du tout. On en demande
un autre . L'Affemblée N'A POINT ADMINISTRÉ
, n'a point reçu d'argent , a ordonné des
dépenfes ; les agens qui les ont faites font
comptables. Quant à nous , nous avons fait
face aux befoins du tréfor public , & ceux qui
nous demandent des comptes favent bien que
nous
avons fauvé la banqueroute , en prenant
les biens nationaux là où ils étoient . Eh ! veilà
le compte qu'on voudroit : mais celui là eſt tout
rendu , parce que la nation a jugé que ces biens
lui appartenoient , & elle les vend » .
L'orateur frémiffant , a qualifié les demandes
de comptes , de motions infidienfes , quoiqu'il
n'y cût évidemment d'infidicux que fes réponſes
ou fes fubterfuges ; puifque , de fon aveu , les
agens font comptables , & qu'ils n'ont préfenté
que des apperçus fommaires ; mais le plaifant
eft , qu'il n'a vu dans le cri unanime : rendez
vos comptes , que ce la fuite du défefpoir où
les ennemis de la révolution ont été jettés par
l'acceptation du Roi & par l'émiflion du væu
général de la nation Françoife » . Chaque phraſe
a été vivement appliudie de la gauche.
Je fus faché pour le préopinant , a dit M.
Malouet au milieu des cris : la difcuffion fermée.....
à l'ordre du jour , qu'il emploie auffi
mal- 2 -propos la reffource de la déclamation . M.
d'André ! déclamateur , difoit M. Dumetz tout
étonné ! Perfonne , a repris M- Malouet , n'a
le droit de me ranger parmi les ennemis du bien
public...... ( On a ri à gauche ) « Je vous
mets au défi qui que vous foyez , a pourſuivi
ל כ
( 22 )
M. Malouet.... Vous aimez donc beaucoup
la conftitution , lui a réparti le même M. Dumetz,
qui nous a paru fe féliciter de cette bonne
fortune de plaifanterie & de logique ? »
Ne perdant pas de vue l'objet que tous ces
lazzi avoient pour but d'écarter , M. Malouet
a déclaré , peut- être à tort , que l'Affemblée
n'étoit ni collectivement ni individuellement
tenue à une reddition de comptes , le corps légiflatif
étant confidéré comme ordonnateur fupreme.
Mais il n'a pris l'ouvrage de M. de
Montefquiou que pour un travail particulier , un
rapport hiftorique auquel fon auteur ne peut
attacher la foi due à un compte rendu ; & il a
rappellé que , par les décrets , l'Aſſemblée avoit
obligé les commiffaires de la tiéforerie à rendre
leurs comptes ; il a foutenu qu'il faut y joindre
les pièces juftificatives ; que c'eft ce que l'Affemblée
doit à la nation ; qu'il feroit indécent
que la feffion fe terminât Tans que le corps
législatif préfentât un bilan en règle , appuyé de
pièces probantes & de fignatures portant refponfabilité
.
M. d'Ailly a répondu à M. Malouet que le
dépôt des pièces étoit ordonné au comité , qu'il
pourroit y aller les examiner. « Je fuis perfuadé
qu'elles exiftent , a répliqué M. Malouct ; mais
encore une fois , je demande qu'un membre les
Hife à la ribune ». Tout cela eft fait , répétoit
M. d'André. M. de Cernon ne monta- t- il pas
avant-hier à la tribune avec toutes les pièces
juftificatives , s'écrie M. Bourdon qui pouvoit
ajouter que M. de Cernon n'en lut aucune !
« Nous fommes tous d'accord , obfervoit M.
le Chapelier ; & M. Malouet eft de notre avis
en feignant de ne pas on être . Les pièces font
--
( 23 )
trop nombreufes pour qu'on les life , pour qu'ou
les imprime. Elles feront dépofées au comité de
finance enfuite aux archives , quand votre
feffion finira. Ceux qui auront des doutes pour
ront les y vérifier . La motion de M. Malouet
eft remplis . Paffſons à l'ordre du jour » . Un
décret a amené l'ordre du jour. ,
La féance a fini par des débats affez vifs fur
les notaires de Paris & fur le rembourfement
de tous les notaires royaux . Nous réunirons enfemble
les articles décrétés quand la loi fera
complette .
Du jeudi , féance du foir.
Malgré les obfervations de M. Biauzat ſur
l'inhumanité des fpoliations qu'alloit entraîner
l'exceffive latitude de la loi proposée au nom
du comité des domaines , deux articles ont été
décrétés , portant en fubftauce que toutes les
aliénations de domaines nationaux , autres que
celles faites en vertu de décrets de l'Affemblée
législative , font révoquées par le préfent décret ;
qu'il fera inceffamment procédé à leur réunion ,
& que la régie des domaines cft chargée de la
poursuivre comme il fera preferit . (Ces quelques
lignes bafardées au moment du départ de légiflateurs
qui n'avoient eru pouvoir jufqu'ici retirer
des domaines qu'un à un , & fur des rapports
particuliers & motivés , vont ébranler un
nombre indéfini de poffeffions confacrées depuis
des fiècles ; & 5 à 6 juges au civil pronon eront
entre le filc & l'individu , de la validité de
ceffions qui tiennent à l'ordre politique. )
Du vendredi, 23 Septembre.
M. de Menou a lu , & l'Aſſemblée a décrété
( 24 )
fur l'organifation du Comtat & d'Avignon 27
articles dont voici la ſubſtance : L'allemblée
électorale féante à Bédaride , toutes les municipalités
, tous les corps civils , judiciaires , adminiftratifs
font fupprimés . Les deux pays réunis ,
feront provifoirement divifés en deux districts
ayant pour chef- lieu , l'un Avignon & l'autre
Carpentras ; le premier comprendra les communes
qui avoient été attribuées à Avignon &
à Cavaillon ; le fecond , celles qui étoient attachées
à Carpentras & à Vaiſon . La divifion
faire en cantons fubfiftera. Ils ne pourront former
un 84. département , mais feront partagés
entre les départemens environnans . On inferira partout
les citoyens actifs , les gardes nationales. Les
affemblées primaires nommeront des électeurs ,
ceux - ci trois députés à la légiflature . Il fera établi un
juge de paix par canton , de nouveaux tribunaux ,
confeils, directoires de diftri&s , de rouyelles municipalités
, une pour chaque commune . Les fonc
tionnaires élus auront les fonctions & le traitement
fixés par les décrets de l'Aſſemblée nationale,
Trois commiffaires de chaque district &
les commiffaires du Roi vérifieront de concert la
dette du pays . Jufqu'à l'organifation définitive,
les commiffaires du Roi tiendront lieu de département
, indiqueront les tribunaux d'appel ; les
tribunaux civils connoîtront provisoirement des
cauſes criminelles, & de commerce ; les huiffiers,
appariteurs & notaires y continueront leurs
fonctions , en prêtant le ferment preferit . Le
stréfor public fera les avances de tous ces premiers
établiffemens ; la prochaine légiflature ftatuera
fur la quotité & la perception des contribations
foncière , mobiliaire & autres . Il ne fera
rien
( 25 )
•
rida ordonné relativement au clergé que pat
l'organiſation définitive , fi ce n'eft l'état exact
des biens nationaux . On fera celui de tous les
offices ayant finarce . Les troupes de lignes &
les gardes nationales s'approcheront pour maintenir
l'ordre & les décrets , & l'amniftie du 13
ſepten bre met la rentrée & la fûreté des émigrés
fou la protection & la refponfablité des
municipalités & des corps adminiftratifs .
"
3. co
D'après un décret préfenté par M. Duport , I
tous faires d'actes ayant pour objet de ?
déelafer que la conftitution acceptée par le Roi
ne doit pas être regardée comme la lor du
royaume , cbfg toire pour tous les François ,
font incapables de tout emploi civil ou ili
take , & en feront déchus , s'ils ne retracent
lefdits actes dans un mois, & ne prêtent le fer- >
mene civique . Les miniftres hot feront au corps
légiflatif , dans 6 femaines , le remplacement des
fignataires qui n'auront pas retracte leurs proteltations
. M. Prieur demandoit qu'on les privat
de traitemens même gagnés par des fervices
antérieurs ; il a fallu que M. Duport démontrât
l'improbité , Pingratitude d'une pareille banquet
route
frauduleulecompte
des troubles d'Arles,
Chargé de tendre
M Alquiera débuté par annoncer qu'il ne
remonteroit pas aux fources ; ce qui doit faire
préfinner que , s'il n'avoit pas lieu de vanter
les patriotes , il ne croyoit avoir aucun fujet de
fe plaindre des ariftocrates . Mais pouvoit - il fe
difpenfer d'inculper vagnement les prêtres réfrac
taires ? IP leur a donc impaté les troubles
dont il ignore la taufe , quoique la perfécution
qu'éprouvent ces prêtres calomntés foit l'origine
Nº. 40. 1ª Octobre 1791. B
er
( 26 )
des malheurs d'Arles. Tel eft l'abrégé de for
long rapport.
Un arrêté , fans motifs prouvés , du directoire
du département, des Bouches du Rhône ,
du 7 ſeptembre , ordonne aux citoyens de cette
ville de dépofer tous leurs armes à la maiſon
commune dans les 24 heures ; aux municipalités
des environs de fournir 12,000 gardes natio
males , de les tenir prêts à marcher à la première
requifition , & aux dépens de qui il appartiendra
; & provifoirement à tous les prêtres
non-affermentés , féculiers ou réguliers , de fortir
d'Arles & du territoire du diſtrict incefſamment
& jufqu'à nouvel ordre ; & que les portes de
Féglife des ci - devant Dominicains où les nonconformistes
s'affembloient pour prier fur la foi
des décrets , foient fermées & murées . Quel
gouvernement que celui où de tels excès font
poffibles ! a-t-il pour lui la volonté générale ?
Les habitans d'Arles dénoncèrent à la nation , &
aux législateurs , au pouvoir exécutif , l'arrêté
du directoire comme calomnieux , arbitraire ,
tyrannique ; fermèrent toutes les portes de la
ville , excepté deux ; fe mirent en état de dé
fenfe , & placèrent so pièces de canon fur les
remparts. Déjà le corps électoral aſſemblé à Aix
avoit chaffé 46 électeurs d'Arles , & écrit une
lettre circulaire portant ces mors : au moment
de la charge vous ferez avertis. C'eft vers Arles
qu'il faudra marcher. Une ligue, monftrueufe y
vexe la garde nationale , y outrage les autorités
conftituées & les patriotes , appelle à grands cris
la contre-révolution. Des députations, des com
miffaires du corps électoral excitent , harcellent,
veulent maîtriſer le directoire qui ne montre pas
( 27)
affez d'ardeur , à leur gré. Les électeurs en
affiégent toutes les féances , fe déclarent affemblée
permanente au mépris des loix conftitutionnelles
, forcent les caiffes à leur payer
des vacations malgré le décret . Plus de 4000
gardes nationales s'avancent vers Arles , & les
alarmes que cette nouvelle y porte font bien
juftifiées par les maffacres de Nimes , &c. &c .
Les citoyens d'Arles offrent de mettre bas les
armes fi les gardes nationales n'approchent pas ,
demandent qu'on y fubftitue des troupes te ligne
plus imparciales & mieux difciplinées . Une proclamation
du Roi , du 18 ſeptembre , a déclaré
nul l'arrêté du directoire.
En improuvant & le département & les élec
teurs , M. d'André a dit que le corps légiflatif
avoit feul le droit d'annuller les actes des corps
électoraux ( qui annullent fes décrets ) ; que le
pouvoir exécutif ne devoit pas s'en mêler. M.
Bonnemant vouloit rendre les électeurs , peutêtre
infolvables , refponfables des frais & des évè
nemens , comme s'il y avoit des
ya
le
carnage
M.
Dupont
, qu'ilsutions
pour
fuffent de
reftituer les fommes qu'ils fe font attribuées ;
M. Martineau exigeoit d'eux les fommes adjugées
par eux à l'entretien des gardes nationales
qu'ils font marcher. Puifqu'on ne veut ou ne
peut pumir de pareils attentats qu'avec des mots
l'avis de M. Malouet étoit que du moins le déetet
portât que l'Affemblée en eft indignée . Le
mot indignée n'y fera pas . Voici le décret :
L'affemblée nationale , après avoir entendu
fou comité des rapports , qui lui a rendu compte
des arrêtés du directoire & du confeil d'adminiftration
du département des Bouches - d 1- Rhône ,
aiqfi que de la proclamation du roi , en date
B 2
( 28 )
du dix-huit de ce mois , qui déclare nuls les
arrêtés de ce département des vingt-huit juin
& lept feptembre derniers
ce
B
Improuve la conduire des électeurs du dé- 1
partement des Bouches- du-Rhône ; déclare nuls
& attentatoires à la conftitution & à l'ordre
public les arrêtés qu'ils ont pris relativement aux
troubles, de , la ville d'Aries , ainfi que leur délibération
du quinze de ce mois , par lefquels !
l'alemblée électorales s'aft déclaréespermanente. s
Fair défenſes aux électeurs de provoquerà Fave's
das ,
nit , fous aucun prétexte &adans aucun
l'armement & la marche des gardes nationales ,
fous peine d'être pourfuivis comme perturbateurs
du repos public.
« Art . I L'Affemblée nationale décrète , que :
les membres du confeil de département & ceux ·
du corps électoral , demeureront perfonnellement
refpontables des maux qui pourroient réfukter
de la marche des gardes nationales qu'ils ontli
ordonnée ou provoquée ; & que les électeurs }
feront tenus de reftituer les fommes qui leur
ont été induement payées , dans leur qualité: i
d'électeurs 13A %
ל כ
« II. Que les gardes nationales qui ont eu
ordre de marcher contre la ville d'Arles ren
treroute inceffamment
au premier ordre quip
leuren fera donné , dans leurs municipalités r
pectives ; & qué le Roiofera prié d'envoyer às'i
Arles des commiffaires chargés d'y prétablit lan
paix , & autorisés à fequérir la force publique.i
III. L'Aflembléesnationale renvoie au por
v réxécutif à ftatuer s'il y adieu , fur les arsol
rêtés & délibérations du département des Bouches : b
du- Rhône . » senoli ob's smsısqab ub noileĦla
On palle aux gensider leurs cft- à- dire
ร
"
( 29 )
au projet du comité colonial fur le décret du 45
mai dernier. Des notions générales élémentaires
fur les Colonies des peuples modernes , M.
Barnave en eft venu aux moyens moraux &
-d'opinion , qui doivent allujettir plus de 60b, 000
-Negres , armés d'inftrumens meurtriers , à 60,000
Blancs difperfés en grande partie , & à la néceffité
d'une claffe intermédiaire . « Du moment ,
-a -t-il dit , que le Nègre qui n'étant pas éclairé ,
ne peut être conduit que par des préjugés pal
pables , par des raons qui frappent fes fens
ou qui font mêlées à festhabitudes du moment
pourra croire qu'il eft Fégal du Blanc ,
dès- lors il devient impoffible de calculer l'effet
de ce chargement d'opinion .
ל כ
A cette conféquence M. Barnave a joint des
argumens une application plus fpéciale à l'efclavage
proprement dit , & confidéré philofophiquement
Ce régime eft abfurde , a-t - il pourſuivi ;
mais il eſt établi ... Opprefif; mais il fait exiſter
en France plufieurs millions d'hommes ... Barbare
; mais il y auroit une plus grande barbarie
à vouloir y porter les mains fans avoir les connoiffances
néceflaires ; car le fang d'une nombreufe
génération coulcroft par votre imprudence
, bien sin d'avoir recueilli le bienfait
qui eût éé dans votre penfee ! Ainf , ' ce n'eft pas
pour le bonheur des hommes , c'est pour
maux incalculables que l'on peut fe hazarder',
dans des connoiffances louches Forter des
loix fur les colonies . Chaque fois que vous
cfoiriez faire peu pour la philofophie , vous
feriez infiniment trop contre la paix & la tranquillité,
hombr ob 91 .
à
des
L'orateur la diftingdé les droits_civils doe
B 3
·
( 30 )
droits politiques ( c'eft- à- dire la liberté civile ,
de la vanité civique ) . Il a prouvé que les
gens de couleur jouiffent des premiers , & que
des millions de François font privés des feconds
, par la conftitution décrétée . Il a remarqué
combien il eft étrange , abfurde , ridicule
de ne pas s'occuper de la liberté de 600,000
Nègres , & de mettre les Colonies & la métropole
en péril pour affurer à 4 à 5 cents Mulâtres
la faculté de voter dans des affemblées
primaires , électorales , coloniales . Enfin , tâchant
d'effacer le décret du 15 mai fans le révoquer
directement , de manière à ne compromettre ni
la dignité du corps législatif conftituant , ni la
confiance affoiblie des Colons , il a lu un projet
de loi qu'il a nommé conftitutionnelle , quoique
la conftitution foit achevée , vu que celle- ci regarde
les Colonies .
MM. de Tracy & Dupont ont demandé l'a
journement à l'autre légiflature. Un ajournement
achevera de ruiner le commerce , difoit M. le
Chapelier , & « s'il falloit parler principes » je
foutiendrois que nous feuls avons le droit de
prononcer . On a fermé la difcuffion , mis aux
voix la queftion préalable invoquéc fur Fajournement
; le préfident a jugé qu'il y avoit lieu
à délibérer ; bruyantes réclamations , appel neminal
, contre
191 , en tout 498 votans il a été décidé que
la queftion ne fera pas ajournée .
& à la majorité de 307 voix Ho
Du famedi , 24 Septembre.
En attendant le produit des fols pour livre ,
& afin de fubvenir fans retard aux dépenfes
de l'ordre judiciaire & de l'adminiftration , du
imeftre de juillet 1791 , la trésorerie nationale
paiera aux directoires des 83 départemens ,
titre d'avance , la fomme de 3,313,585 liv. ,
pour les tribunaux ; & celle de 4,121,294 liv .
pour les adminiſtrations ( total , 7 millions .
434,879 liv . ) La même tréforerie payera à M.
le Couteulx , tréforier de l'extraordinaire' , 53,053 l.
14 fols , avance faite par lui pour la fabrication
des 800 millions d'affignats ; & 87,280 liv.
10 fols 6 deniers , avance pour la fabrication
des affignats de 5 liv. , & des 600 millions
décrétés .
La caiffe de l'extraordinaire ouvrira , en octobre
prochain , le remboursement des fommes
dues en réſultats du tirage fait en avril dernier
de la loterie d'octobre 1783 , montant à la
fomme de 7,200,300 liv .
On eft rentré dans la difcuffion fur les colonies.
M. Rewbell , zélé partifan des grandes refgonfabilités
d'inviolables , vouloit que le rapport
de M. Barnave fût imprimé avant la fin
de la feffion ; & que FAffemblée commençât
par difcuter felle eft encore conftituante , pour
émettre des décrets conſtitutionnels. M. Goupilleau
s'eft naturellement trouvé à cette hauteur.
« Si l'Affemblée , a dit M. de Beaumetz ,
doit décider comme aflemblée conftituante , ce
droit n'appartient évidemment à nulle autre qu'à
elle ; fi elle doit prononcer comme légiflature ,
il faut qu'elle décide , car elle a décrété qu'elle
n'ajourneroit pas. » Après ce grave dilemme
& quelques phrafes de M. d'André , on a fermé
la difcution pour difcuter plus que jamais.
Selon M. Péthion , le décret propofé déci
doit trois articles que l'Affemblée s'étoit folemmellement
engagée à ne point décréter avant
B 4
( -32 )
Ra
22
d'avoir confulté des colonies, Les déclamations
de cet honorable membre & celles de M. Rcberfpierre
fur le fajet débattu ont l'avantage
d'être fuffifainment conpues , fans qu'on le donne
la peine de les citer. Enfin , malgré l'oppofition
de M. Grégoire , M. Régnault a fait décréter
que cette affaire feroit décidée dans la féance ,
& l'Affemblée a de nouveau fermé la difcuffion.
Mais comme c'étoit toujours fur des motions
incidentes , le combat pour le fond ne
ontinuoit pas moins , avec autant de rule que
d'obftination
M, Lucasfufpendoit le fatal décret du 15 mài ,
provifoirement & envoyoit des commiilaites
Pour attendre leur rapport. M. Blin organifoit
les colonies . M. Fernond accordoit à tous les
hommes nés libres le droit de citoyens actifs
dans les colonies , en laiffant aux aflemblées
coloniales à déterminer les conditions de l'éligibilités
ainfi les gens de couleur nés libres an
toient pu être citoyens actifs à la manière des
prices françois . M. Dupont régloit du plus
beau fang-froid le commerce des colonies & de
la métropole , qui , fi on l'en croyoit , n'auroit
bientôt ni commerce ni colonies ; & il laifoit
loyalement aux affemblées colc niales l'initiative
fur les conditions de l'éligibilité,
Il n'a pas été difficile à M. Barnave de prouver
que le projet de M. Lucas n'étoit que l'ajournements
que celui de M. Dupont n'avoit aucune
analogie directe à la grande quefion de la compétence
pour faire les loix conftitutionnelles cololoniales
relatives aux perfonnes . Mais de violens
murmures l'ont interrompu , lorsqu'il a
foutenu que l'amendement de M. Fermond retiro.
t bien agrement la loi rendus par l'A31
)
semblée , que le projet du comité. D'ailleurs ,
il a répété ce qu'il avoit déja dit la veille .
Les deux premiers articles du comité ont été
décrétés ; mais de longs ,& tumultucux débats ont
fuivi, la lecture du troisième . M. de la Rochefoucault
réciamoit l'amendement de M. Fermond ,
qui l'a défendu lui-même, Epreuve douteufe fur
la queftion préalable , on dena de l'appel nominal;
on le porte de la préalable fur le fond de
J'amendement , de-là fur un fous - amendemear
de M. Banière, qui fubftitue les hommes nés
de pères & de meres libres, aux mots , les
kommes libres , & 389 vox , contre 276 décident
qu'il n'y a pas lieu à délibérer.
Après quelques débats inutes fur ld refte ,
le projet en par M. Barnave , a été décrété
, ausmilieu des huées des galeries , en des
termes que fon importa ce nous oblige de tranfcrite
littéralement 20 2
L'Aemblée nationale conftituante voulant ,
avant de terminer les travaux , alturer d'une ma-
*pière invariable la tranquillité intérieure des co-
Jonies les avantages que la France retire
defes importantes pileflions , déurète comme
articles confitutionnels pour les colonies , ce
qui fuide
11
*
:
« Art. I. L'Affeniblés nationale légiflative
faurera exclufivement , avecda fanation du Roi ,
fur le régime extérieur des colonies . En conféquence
elle fora , 1º 1s to x qui règlent les
relations commerciales des colonies , celles qui
en affudeme maintien par l'établillement des
moyens des furveillance la pourfuite , le jugement
& lopuition des contraventions , & celles
qui garauiffent Bexécutionidas engagemens entre
le commerce & les habitans des colonies ; 2 °. les
BS
( 34 )
loir qui concernent la défenfe des colenies , les
parties militaire & adminiſtrative de la guerre &
de la marine. »>››
II. Les affemblées coloniales pourront faire ,
far les mêmes objets , toutes demandes & re-
·préſentations ; mais elles ne feront confidérées
que comme de fimples pétitions , & ne pourront
-être converties dans les colonies en réglemens
provifoires, fauf néanntoins les exceptions extraordinaires
& momentanées relatives à l'introduction
des fubfiftances , lefquelles pourront avoir lieu
à raifon d'un befoin preffant légalement conftaté
, & d'après un arrêté des affemblées coloniales
, approuvé par les gouverneurs, »
« III. Les loix concernant l'état des perfonnes
non libres & l'état politique des hommes
de couleur & Nègres libres , ainfi que les règlemens
relatifs à l'exécution de ces mêmes loiz,
feront faites par les affemblées coloniales ;
s'exécuteront provifoirement avec l'approbation:
des gouverneurs des colonies , pendant un an
pour les colonies Américaines , & pendant deux
ans pour les colonies Afiatiques , & feront por
tées directement à la farction du Roi, fans qu'aucun
décret antérieur puiffe porter obſtacle au
plein exercice du droit conféré par le préfent.
article aux affemblées coloniales . »
« IV. Quant aux formes à fuivre pour la
confection des loix du régime intérieur qui ne
concernent pas l'état des perfonnes défignées
dans l'article ci - deffus , elles feront déterminées
par le pouvoir législatif, ainfi que le furplus
de l'organiſation des colonies , après avoir reçu
le you que les affemblées coloniales ont été autoifées
à exprimer fur leur conftitution
( 35 )
Du Dimanche , 25 Septembre.
Des milliers de municipalités fe permettent im
punément les perquifitions les plus tyranniques
envers les voyageurs , malgré les décrets ; l'Af
femblée légiflative a recours encore à des décrets
pour réprimer cet abfurde defpotifme . Au nom de
fon comité d'agriculture & de commerce ,
elle a
ftatué aujourd'hui que l'exportation à l'étranger ,.
des fabres , épées , couteaux de chaffe , piftolets
de poche , fufils de chaffe , pierres à fufil , de la
Poudre de chaffe & du falpêtre , n'eft pas com--
prife dans la prohibition portée par fes décrets des
21 , 24 , 28 juin & 8 juillet derniers ; que la
fortie de ces divers objets eft libre , ainfi que
celle des efpèces monnoyées à tout autre coin
que celui de France , & toute forte d'ouvrages
d'or , d'argent , bijoux ; a défendu aux adminiftrateurs
& municipaux de faire aucune vifite
les déclarations & vérifications ne devant déformais
avoir lieu qu'aux bureaux des douanes nationales
; donué main-levée des objets retenus
& prié le Roi d'opérer l'exécution d'un décier,
qu'on ne réitéreroit pas s'il eût été poffible de:
Feffectuer.
M. Camus a fat décréter que le premier
octobre les citoyens députés à la première légifla
ture Le réuniront dans la falle de l'Affemblée
nationale à 9 heures du matin , & qu'il fera pro
cédé à l'appel nominal aux termes du décret du
mois de juia dernier . »
sb w
Le miniftre de la guerre a rendu compre des
moyens de défenſe établis fur toutes les frontières.
Du côté du nord , remparts , paliffades , diguess
des inon
darions , tout obligera les ennemis de commen
miles en état de former
promptemenommen
B.&
(.36. )
*
د
cer leur attaque par des fiéges de places parfaitem
nt bien défendues. A l'égard de la Savoie
& des Pyrénées , la faifon ne laiffe aucune inquietude
; ceperdant les travaux fe font avec la
même activité que fi l'on craigno't ; il en eft ainfi
des frontières maritimes. Les nagafins font tous
pleins , & pour les fournir encore davantage , la
prévoyance du miniftre vient d'arrêter des marchés
neng ( chez les endemis peut- être &
fans doute pour des affignats ) . De Bergues à Bêfort
, il y a 128 batailions d'infanterie de ligne &
148 cicadrons de cavalerie ; s'ils ne font pas au complet
, cola viendra . Les gardes nationales volon
taires doivent toujours s'y joindre ; quelques unes
ont été arrêtées par le défaut de vêtemens ; mais
dja cet obftacle commence à fe lever. Les four-
"nitures de fafils , de gibernes , &c. éprouvent dés
retards , fournitieurs manquent de manièrès
premières Tulement ; mais ces difficultés diminuent
chaque jour . Tout eft concerté par les genéraux
, & les camps feront formés , dès qu'ils n'offriront
plus d'inconvénient ,
M. Duportail a paru concevoir d'heureufes efpérances
de la maffe entière de l'armée . Selon Ini ,
fe follat eft fatigué de l'indifcipline , excédé de fen
oifivcté , & le feunet.d ja aux loix militaires .
A la vérité , les récimens de Dauphiné & de
Beauce perfiftent dans une ép na reté coupable ;
un foldat a fait fignifier par un huiffier un exploit
en forme à fon officier - général , pour le fomner
de rendre compte de fa conduite . Mais l'achèvement
de la confiitution & l'acceptation du Roi
des François , produiront la réunion toutes
les opinións. Or , comme on le fait bien , tourle
défordre n'étoit qu'une fimple affaire d'opintor ).
Le miniftie te fate que les légiflateurs , difperfés
༣
( (-37) )
à la fin de leur glorieufe carrière pourront fe
convaincre par eux- mêmes qu'il ne leur en a pas
impelé. Ce difcours étoit trop beau pour ne fas
obtenir les honr.cars de l'impreffion aux frais- pyblics
.
M. Boullé , l'un des commiffaires envoyés fur
les frontières , a coloré le même fonds de vérité
de réflexions fur le développement & les variations
de l'efprit public toujours jufte , & par
conféquent toujours favorable à l'Aflemblée ;
de l'éloge des foldats zélés pour la difcipline au
point de regretter qu'il n'y ait pas encore un
-code Féral qui la maintienne , de l'armée heureufement
purgée de l'efprit d'ariftocratie qui la
tourmentoit depuis des fiècles ; des gardes nationales
, de leur bonne tenue , de leur inftruction
, du patriotifme qui les anime , & de M.
> de Rochambeau fur qui repole , avec juftice,
a -t- il dit , la confianec publique. Il s'eft plaint
d'un bataillon indifcipl'né que l'amuiftie rame-
Pera fûrement à fon devoir ; de la lenteur de
l'organisation des gardes nationales ; de la malveillance
qui cherche de toutes parts à troubler
la difcipline , & de ce que fes collègues n'ont
pas imprimé leurs rapports. Au reste , il n'y a
aucune difpofition hoftile au dehors ; & la conftitution
étant achevée , les fugitifs vont s'empreffer
de rentrer au fein de leur patrie heyreufe.
?
Sur la demande de M. Dillon qu'il ne fût
point accordé de fémeftres pour cette année , yu
le danger d'affoiblir des régimens qui ne font
pas complets , le miniftre a répondu que fes
lettres arculaires avoient pouryu a cet objer.
rapport de M. de Liancourt a amené un
décret qui a diftribué entre divers départemens
( 38 )
1,750,000 liv . reftant du fonds deftiné aux
travaux de charité.
L'ordre du jour appelloit la difcuffion du tra té
encyclopédique de l'éducation nationale de M. de
Talleyrand , ancien évêque d'Autun . Il concluoit
à l'établiffement d'écoles primaires ou de canton
d'écoles de diftritt , d'écoles de département ; d'un
inftitur national , de commiffaires d'inftruction
qui réfideroient à Paris , &c. M. Buzor a fou❤
tenu que l'Affemblée n'auroit pas le temps
difcuter les 7 articles de ce projet ; & les dépenfes
effrayoient.
de
Défolé du contre-temps , l'auteur s'eft réduit
modeftement à 35, articles , puis aux principales
bales , & il fe défendoit par des calculs comparatifs
ou quelques géro de plus ou de moins levoient
Toutes les difficultés .
M. de Beaumetz n'en promettoit rien moins
qu'une égalité de lumières univerfelles
M. Prieur infiftant fur l'ajournement , M.
Emmery a prétendu que M. Prieur vouloit dés
honorer l'Affemblée . MM. Biauzat & Lapoule
écartoient le projet . Le comité central d'inftruétion
placé à Paris , formeroit bientôt une corporation
indépendante , ariftocratique ; cette objec
tion de M. Camus & le défaut de temps ont
englouti le fuperbe plan de fond en comble , ente.
failant renvoyer à la prochaine législature. M. le
Pelletier de Saint-Fargeau a terminé la féance par
la lecture de tous les articles de fon code pénal
précédemment décrétés .
7
Le charlatanifme , l'efprit d'intrigue , &:
le dédain des hommes méprifables pour
Le mépris public , ont furvécu à l'ancien
( 391)
regime ; la Révolution les a même forthfiés
, & mis à leur aife. Tout ce qu'on ne
peut plus opérer par les infurrections populaires
, dont la multitude commence
à fe laffer , on le fait par l'un des trois
mobiles que nous venons d'indiquer. Il eft
conftant que les deux premiers ont détermi
né, non par l'acceptation du Roi ( la prefque:
univerfalité des avis la follicitoit ) , mais .
le ftyle , mais les motifs , mais les formes .
de cet Acte , dont on a fait pour le Prince:
une véritable & très - étrange abjuration de
fes fentimens connus. Les détails de cette
intrigue font rapportés fidèlement , aut
moins pour le fond des chofes , dans le
n°. 280 des Alles des Apôtres : ce morceau
doit fervir aux pages de l'Hiftoire. Nous
pouvons rendre témoignage de la vérité
d'une partie de cette narration; elle comprend
des faits dont nous étions pofitive
ment inftruits avant l'acceptation,
$
En deux mots ; le Roi a eu le choix de
trois déterminations .
1º. D'aller à FAffemblée Nationale , dé
clarer qu'il ne pouvoit , fans trahir fa confcience
, accepter , jurer des Loix qu'il efti
moit dangereufes & inexécutables ; qu'il
n'abdiqueroit point , parce que ce feroit
foufcrire à la violence ; que fa vie étoit entre
les mains de l'Affemblée Nationale, & qu'il
lui apportoit fa tête. Ce confeil qu'eut
donné Henri IV, n'étoit conforme ni au
aemps , ni aux perfonnes.
.
( 1.40 )
2º. D'accepter , fuivant un plan dont deux
Miniftres , & quelques ambitieux de l'Affemblée
, qui parvinrent , dit-on, à s'allurer
du concours de la Reine , confièrent
Ja rédaction à un Provençal, homme d'efprit,
nonimé Pelleno , ci -devant Sécrétaire,
ou plutôt très -utile Collaborateur de Mirabeau
: il rédigea fi bien , que fes Conr
mettans fe virent forcés d'altérer fon travail .
3 ° . D'accepter, avec des obfervations trèsfermes
fur les vices , l'incohérence , le danger
du nouveau régime. Si l'Affemblée
perfiftoit dans l'adoration de fon ouvrage ,
le Roi la déclaroit feule garante des
effets & demandoit que , pour la refponfabilité
de fes Auteurs , ils prifient les rênes
du Ministère. M. M. , Républicain étranger
, familiarifé avec les principes popufaires
, & Collègue des Adams , des Waf
hing on , dans la fameufe Convention, de
Philadelphie, rédigea , d'après ce plan , un
mémoire en Anglois qui fut remis au Roi,
L'Auteur s'y bornoit à examiner la Conftitution
dous fes rapports d'exécution , &
-prouvoit que dans l'Ordre Judiciaire, Fi-
-nancier, Adminiftrat f, Militaire , &c. , elle
létoit inexécutable. Le Roi , dont l'esprit eft
jufte , & l'inftruction; folide goûta ces
obfervations . Elles avoient été lues & dif
cutées chez un Miniftre , en préfence dés
Intrigans qui , hors d'état de les combattre,
tracafsèrent pour les rendre inutiles. Ils firent
( 41 )
fervir les Miniftres à dompter l'opinion
du Ro , qui, excédé de ces combats , fenonça
au mémoire de 1. M,, mais en
" repouffant celui de M. Pellenc
Alors de nouvelles batteries furent dreffées
: on ouvrit l'arfenal des terreurs ; on
effraya la fenfibilité du Prince. MM. Thouret
& Emmery rédigèrent une lettre qui fut
adoptée , & que le Roi envoya le furlendemain
à l'Affemblée Nationale .
Dimanche , les Tuileries & les Champs-
Elifées ont été de nouveau illuminées aux
frais du Roi , & LL. MM . ont été accueillies
par des applaudiffemens réitérés.
Un Te Deum a été chanté à la Cathédrale.
Le Roi a fait diftribuer s0,000 liv. aux
pauvres,
Les nouveaux Députés nommés à Paris ,
font MM. Bofcary , Quatremère de Quincy,
Ramond , ancien Secrétaire du Cardinal de
Rohan, & Traducteur du voyage de Coxe en
Suifle , Robin , Avocat , de Bry , Condorcet,
& de Pardailhan.
M. Thévenard a quitté le Ministère de
la Marine M. de Bougainville a refufé de
le remplacer l'emploi eft encore vacant.
On parle aufli de la prochaine retraite
de M. de Montmorin , & de M. de Mouftier ,
ou de M. Barthelemi , comme devant lui
fuccéder.
( 42 )
-
Il n'eft perfonne , je crois , dans le
Royaume , qui n'eût regardé comme une
dette de l'Affemblée , & attendu de fon
refpect pour la Nation , l'état comparatif
de fituation , où elle a pris & où elle laiffe
les Finances publiques. Lorfqu'on l'a vue
éluder ce tableau indifpenfable , & réduire
la connoiffance de la fortune de l'Etat à
des rapports fimulés , teints de la plus
groffière charlatannerie , & fouftraits à la
difcuffion , on a vivement réclamé contre
fon filence. Pour y perfévérer fans trouble ,
les Meneurs actuels ont attribué ces réclamations
à l'Ariftocratie ; il ont ellayé de
perfuader au Peuple qu'elles décéloient une
nouvelle confpiration , & que , fans trahir
l'Etat , on ne pouvoit exiger de comptes
d'une Affemblée qui a réuni , exercé toutes
les fonctions de la fouveraineté la plus
illimitée. C'eft avec cet argument populacier,
avec cet appel au fanatifme de Parti , &
à l'impudence des Agioteurs , que le finueux
M. d'André a repouflé une demande.
que la raifon , que le patriotifme devoient
dicter à la France entière .
Au lieu d'un bilan politif , appuyé de
pièces juftificatives , M. de Montefquiou eft
monté à la Tribune , armé d'un cahier ,
où, à travers des déclamations , des flagorneries
à l'Aflemblée , des infultes à tous
les Miniftres qui ont géré les Finances ;
des évafions , des réticences , & du ton de
( 43 )
péfomption le plus révoltant , on a dif
ungué une férie de recettes & de dépenfes
hypothétiques , préfentées comme l'état effeetif
de nos Finances. Il exiftoit un moyen
fimple de fauver du naufrage ce prétendu
compte , au moins jufqu'à la diffolution de
Aflemblée , c'étoit de le déclarer inviolable
& de rejetter toute difcuffion . On a.
pris ce parti , & un état de plufieurs mit
lards a été adopté , de confiance , en un
quart d'heure.
Les differtateurs font enfuite furvenus
pour apprendre à la France , que , fuprême.
Ordonnatrice , l'Affemblée ne devoit aucun
compte public , & qu'au furplus , les cu
rieux pouvoient aller fouiller les cartons du
Comité des Finances.
Cette réfolution eft d'une hardieffe , qui
fuppofe de la part de fes Auteurs une confiance
parfaite dans livreffe nationale , &
de la part du Peuple , un fanatifme de
fécurité qui prouve combien peu la liberté
a change fes anciennes habitudes.
Mais le preftige ne durera pas longtemps.
I eft vrai que la nouvelle Législature
pourta juger utile de fe plonger ,
fans examen , dans le cabos de nos Finan
ses , pour étayer de l'obfcurité où les
abandonnent fes prédéceffeurs , dans le cas
où elle ne parviendroit pas à s'en tirer ; ou
de leur défordre précédent , pour mieux
( ( 44 )
faire reffortir la lumière , s'ils réuffiffentà
Pysporter. Worst choral en oppg
Il eft vrai encore que les nouveaux Con-
Meillers du Roi , en le détournant d'exiger
aucun compte de l'Aflemblée nationale ,
lui ont impofé , par la forme de fon acceptation
, la garantie , la refponfabilité da
fort futur des Finances publiques ; en forte
que regardé comme complice de leur
bouleversement, on paiffe lui imputer les
catastrophes de l'avenir.
Ces différentes foutces de lumières étant
fermées ; fe promettroit on une longue
durée des illufions ? Erreur. La vérité ne
deviendra que trop manifefte par leurs effets.
Plufieurs hommes éclairés travaillent à les
prévenir , en portant la fonde dans cette
plaie approfondie , & en déroulant l'entortillage
des faux expofess
:
M. Bergaffe , entr'autres , s'eft impofe
publiquement cette tâche il la remplira
fcrupuleufement , en Citoyen dont la pro
bité politique n'a jamais compofé avec les
intrigues , avec les artifices , avec les intérêts
de l'hypocrifie. Déjà , il vient de
répandre des Obfervations préliminaires far
le rapport de M. de Montefquiou ; obfer
vations où il laiffe fans reffource le com²
mode fophifme , à l'aide duquel M. d' An
dré & fes Collégues délivrent l'Affemblée
de toute comptabilité. Ce morceau doit
<
( 45 )
porter l'évidence dans les yeux les plus
aveuglés.
י ד
37
« Il eft bien certain , en général , dit M. Bergaffe
, qu'il n'eft pas de la nature de la puiflance
légiflative d'être fufceptible d'aucune espèce de
relponfabilité ; car qu'est-ce qui ferc it ,juge de
fa refponfabilité ? Ce ne pourroit être que le
depofitaire fupreme du pouvoir exécutif ; &.
de fuite que fi on lui accordoit
une telle prérogative , l'efclavage des peuples
en feroit,la conféquence (1). "
on
t 8
2
Mais fi une Affemblée législative , dans
un Etat eft , parvenue s'arroger tous les
pouvoirs ; elle juge , fi elle exécute , fi elle
adminiftre quand elle veut ; fi tous les agens ,
de la guiffance publique lont à fon égard dans
la plus fervile dépendance , n'a- t - ele aucun
compte à rendre à la Nation , dont , après tout ,
elle n'eft que mandataire ? Dans tous les points .
où elle n'a pas agi comme Puiffance légiflative ,
mais comme Pulliance exécutrice , ou adminif
trante , qui
lui eft accordé en la qualité feulement de Puiffance
légiflative ? "
peut-elle le prévaloir
du privinif
« Voila la question .
1.2.A
Pour la refoudre n'eft befoin que, de
fe demander ce qui réfulcroit d'un pareil fyl
tême. Il ne faut que voir quel défordre épou
vantable produiroit , dans un Empire , un Afidsluoglet
(1 ) Le Prince ne doit en aucun cas juger juge
le Corps legitatif ; mais il faut qu'il puiffe farrêter
dans les entreprifes , & qu'il ait dans les
mains un pouvoir efficace d'empêcher l'extenfion
dangereufe de ion autorite.
( 46 )
femblée législative qui , le prétendant inviolable
, difpoferoit à lon gré , & fans être affujettie
à aucune espèce de refponfabilité , & de
adminiftration , & des Finantes de l'Etat . II
ne faut que fe demander fi la fortune publique
& la propriété particulière feroient bien reſpectées
dans un tel ordre de chofes ; il ne faut que
confulter un peu l'expérience , & rechercher ,
par exemple , fi ce n'eft pas par le contrôle
réciproque des autorités que l'on contient chacune
d'elles dans leurs limites refpectives , h
fur- tout on a imaginé , chez aucun peuple civilifé
, de confier la Puiffance & la difpofition
de l'impôt & des Finances à des hommes affranchis
de toute efpèce de comptabilité &
quand on fe fera bien convaincu que cette for
tife n'a été imaginée nulle part , alors , peutêtre
, fe permettra-t- on d'examiner , avec quel
que févérité , le nouveau dogme politique que
vient de proclamer l'Affemblée Nationale : & s'il
eft démontré qu'il ne peut opérer que la ruine
des Peuples , & une grande mifère à côté d'une
grande fervitude , alors peut-être auffi comprendra-
t-on qu'une inviolabilité qui s'étend
non -feulement fur les facultés légiflatives d'une
Affemblée , mais auffi für fes actions politiques
& civiles , eft , entre toutes les erreurs en le
giflation , certainement la plus faneſte & la plus
déplorable . »
Si l'Affemblée a difpofé de l'adminiſtration. .
des Finances , elle est donc inconteftablement .
refponfable . »
Mais a -t- elle difpofé de l'adminiſtration
des Finances ? »
«
anc
l'en
croire
,
non
;
&
cela
,
parce
qu'elle
n'a
pas
manié
l'argent
des
Contribuables
, »
>
( 47 )
Mais n'y a-t-il que cette manière de difpofer
de l'admini tration des Finances ? N'avoit-on pas
penfé jufqu'à préfent , qu'adminiftrer les Finances ,
c'étoit déterminer des recettes , fixer des perceptions
, ordonner des paiemens , faire droit fur des
demandes fifcales , infpecter toutes les dépenfes ,
pourvoir à tous les befoins , remplir le tréfor
public tant bien que mal quand il eft vides
le vider tant bien que mal quand il eſt plein ?
Et l'Affemblée n'a- t- elle pas fait toutes ces
choſes ; n'a-t -elle pas fait pis ou micux.comme
on voudra , n'a-t- elle pas bouleversé tout le ſyſtême
de nos impofitions , qui certainement étoit
très-mauvais , mais enfin qu'il ne falloit pas
bouleverser fans remplacer à mesure qu'on détruifoit
n'a-t-elle pas englouti d'immenfes propriétés
pour fubvenir au vide qu'elle opéroit elle-même
dans les perceptions , par l'affoibliffement raifonné
du Pouvoir exécutif; n'a - t-elle pas tenu
à fa difcrétion le tréfor public , & cette fameule
caille de l'extraordinaire , qui a plutôt été la caiffe
prodigue de fa dépenfe , que la caiffe économique
des Créanciers de l'Etat; n'a-t- elle pas fait des
emplois particuliers de fonds pour les Départemens ,
pour les Municipalités , pour les Hôpitaux , &c.
Toutes les liquidations n'ont- elles pas paffé par fesmains
, & y a-t- il dans le Miniſtère des Finances
un feul individu qui ait été autre choſe que le
Simple Exécuteur de fes volontés ? »
« Et on dira qu'une telle Affemblée n'a pas
adminiftré , & on prétendra qu'elle ne doit aucun
compte ! »
J'ignore ce que fera la feconde Légiſlature ;
mais je fais bien qu'elle le rendra coupabie
du plus grand de tous les crimes , celui de fe
jouer de la fortune & de l'existence d'une grande.
( 48 )
Nation , fi au moment de fon inftallation elle
n'exige pas que les divers Comités de l'Affem
blée qui le font occupés de gérer nos Finances ,
& ceux qui ont applaudi au rapport de M. de
Montefquiou , & ceux qui ont empêché qu'il
ne fût difcuté , garantiffent , par leurs fignatures ,
& atteftent fur leur honneur , & au pérd de leur
tête , la véritéde ce rapport! » P
d .
Dans les notes qui fuivent cette préface da
prochain ouvrage de M. Bergaffe , iill trapproche
les faits authentiques , des allertions raisonnées de
M. de Montefquiou. Il prouve , par exemp'e
qu'au mois de juin fuivant, M. Amelot & le comité
d'aliénation n'ont porté qu'à 2,452,227,758
liv . la valeur eftimée des biens nationaux vendus
& à vendre , y compris les bois & forêts déclañés
inaliénables.
Au mois de feptembre , M. de Montefquiou ,
d'un trait de plume , élève les biens nationaux à
2,900,080,082 Rv. juftes , fans y comprendre &
les bois & forêts , avec fefquels il forme un
capital de 3 milliards 300 millions,
Différence entre le compte du mois de juin
& celui de feptembre , 848 millions .
millions.or
La libéralité de M. de Montefquiou n'eft pas
moins grande für les recettes ; mais le chapitre
des dépenfes eft véritablement curieux, M. Be
gaft relève quelques- unies des exagerations & des
omiffions frappantes de ce Raorteurà deurmathy, a
Il a omis , entr'autres , fur la dette exigible ,
pour la portion des villes mifes à la charge de
la nation , au moins 100,000,000 liv.
( Lyon feul do so millions . ) * STONE
Le Teizième des ventes de biens nationaux
allouées aux Municipalités ; 75,650 coliv!!
wani ni sh Les
·( 49 )
•
Les ventes fufpendues , comme celles dos
biens appartenans aux Colléges & Hôpitaux ,
275,000,000 liv .
Le rachat des mouvances & rentes fodales ,
objet de 100 millions au plus , en 30 ou 40
ans , porté à l'actif actuel pour 300 millions
200,000,000 liv . '
Les reprifes de la caiffe de l'extraordinaire ,
portées à 100 millions , & qui n'en valent pas
50,000,000 liv,
La vente éventuelle de ce que M. de M.....
appelle taillis épars , & qu'il a fait venir des
bords du Miffiffipi pour en peupler la France ;
300,000,000 liv.
Voilà donc fur fix articles feulement de recettes
extraordinaires , une erreur d'UN MILLIARD .
сс
Ce n'est là , pourfuit M. Bergaffe , qu'un
premier apperçu du compte de M. de Montef
quiou. Quand je le difcuterai férieufement , il
faudra s'attendre à de bien plus étranges réfultats
»:
DES FACTIONS QUI DIVISENT LA FRANCE.
( Suite du Morceau commencé au N°. 38. )
A Paris comme à Verſailles , jamais il n'y
cut unité d'opinion ni deconduite, foit dans
le côté droit, foit dans le côté gauche de l'Af
fembléeNationale. L'un & l'autre fe composèrent
d'élémens fimilaires , rapprochés par
les circonftances , mais de nature à fe défunir
dès que leur intime coalition cefferoit d'être
néceſſaire à leur défenſe , ou à leur fuccès .
Dans la fection de la droite , ainſi que
N°. 40. 1". Odobre 1791. C
dans le royaume , le Parti qu'on a géné¬
falifé fous le nom d'Ariftocrate , parce
que celui de Royalifte eût été moins
odieux , a prefque autant de branches que
d'individus.
Η
Il compte d'abord quelques hommes ;
en petit nombre , qui haïffent la Révolution
, par antour de l'ancien régime & des
abus , ou la liberté par amour de la paix.
Ils regrettent le temps où la Nation n'in-
Auoit fur le Gouvernement que par l'empire
inconftant de l'opinion ; où la force
de la Couronne , beaucoup trop grande
contre les individus , fléchiffoit devant les
entrepriſes des Corps puiflans ; où les
dignités , les places , les récompenfes , abandonnées
à des cabales de Cour , étoient
devenues , contre l'efprit de la Monarchie ,
le patrimoine de quelques familles , & le
prix de l'intrigue , où des Miniftres paffagers
traitoient la Légiflation & PEtat
comme la toile de Pénélope , en s'étudiant
à faire & à défaire tous les fix ans ; où les
volontés arbitraires de ces Interprêtes du
Monarque , avoient l'efficace de la Loi ; où
la mobilité perpétuelle des inftitutions réfultoit
de cet arbitraire , enforte qu'à la
voix d'un Empyrique entreprenant & accrédité
les divers états de la fociété
changeoient de formes ; nul n'étoit für de
fa pofition pendant deux Miniftères fucceffifs
: où à la foibleffe , à l'inſtabilité du
ལ ”
བྷ་
( 51 )
pouvoir législatif , fe joignoit l'indépendance
oppreflive des Agens d'exécution ;
où feuls arbitres des befoins publics , deux
ou trois Miniftres , en fe conciliant , pouvoient
à leur gré impofer la Nation , la
ruiner par des emprunts , forcer toujours
la recette pour atteindre la dépenfe , au
lieu de fubordonner la dépenfe à la recette ,
& couvrir par des preftiges le défordre
des finances, avant-coureur d'une cataſtrophe
générale ; où l'autorité Royale fe perdoit
dans les canaux irréguliers & innombrables
de la Burocratie ; où la liberté pérfonnelle
n'avoit d'autre fauve garde que
la douceur du Gouvernement & la
bité des Gens en place ; où; enfin , malgré
l'appareil de fes forces , & la plénitude
defa puiflance , l'autorité fouveraine pliant
fous fon propre excès , s'ébranloit ellemême
par les vacillations , & ne connoif
foit plus cette énergie tempérée , mais
continue , fans laquelle tout Gouvernement
penche vers fon déclin.
pro-
Ceux qui convoitent le retour de ce
défordre politique , qui renfermoir tous les
inconvéniens de la Monarchie fans en
avoir les avantages ,one font autre chofe
que réclamer une nouvelle Révolution,
Replacez la France & le Trône fur les an-
-ciens écueils , il y périra une feconde fois ,
& par les mêmes caufes car, auffi long-
2temps que, l'autorité du Prince no sued
C 2
( 52 )
2
pas fur le fondement des Loix , du moment
où fon armée vient à lui manquer,
elle refte fans défenfe & fans reffources.
Malheureufement , aux hommes conduits
par les anciennes habitudes , à quelques
courtifans favorifés , à certaines ames
avilies , fur lefquelles le fentiment de la
liberté ne peut avoir de prife , fe réuniffent
, de jour en jour , pour defirer l'ancien
Gouvernement , des mécontens ré-
-voltés des excès de la Révolution , qui
-dans leur humeur jugent la Nation indigne
d'être libre , & qui préfèrent unjoug
paifible à l'oppreffion fanglante de l'anarchie.
Si la sûreté des biens & des perfonnes
ne fe rétablit pas très-promptement ; fi la
tyrannie des Clubs , des Inquifitions , des
Adminiftrateurs ; fi l'impunité des crimes ,
fi la foibleffe des Tribunaux & de la Police
publique , fi les innombrables vexations
, par lesquelles on fatigue tout ce qui
avoit un rang , un nom , un grade , une propriété
confidérable , ne difparoiffent pas
inceffamment ; fi , fans égard aux fervices
rendus à l'Etat , les emplois continuent à
être la proie de la médiocrité , de la fureur
& de la préfomption ; fi les talens de circonftance,
le babil révolutionnaire , & l'hypocrite
affectation de popularité font les
feuls titres reçus à l'Adminiſtration publique
, l'ancien régime gagnera chaque
jour des partifans. Il faut l'avouer , dans
Phideufe comparaifon de fes abus , & de
la déplorable fituation où l'on a réduit la
France , la tranquillité du Pouvoir abfolu
regagne des attraits.
Une feconde claffe du Royaume , &
du côté droit de l'Affemblée , claffe fur
laquelle portoient fpécialement les coups
d'autorité arbitraire , & qui la première
fonna l'alarme contre elle , redemande une
véritable Monarchie ; mais avec des Etatsį.
Généraux , avec trois Ordres , avec des
Parlemens tuteurs du Trône , & Juges
fouverains par droit de Finance ; avec un
fyftême politique qui donnant à deux
claffes éminentes de la Société , la moitié
de la fouveraineté publique , en attribueroit
le refte aux de la Nation , &
au Monarque. Ce Parti prétend retrouver
dans ce fyftême la véritable Conftitution
Françoife , telle qu'elle exifta fous
Charlemagne & fous Clovis . Comme le
Gouvernement François , à ces époques
fi diffemblables de la nôtre , a fourni la
matière de cent mille controverfes entre
les Hiftoriens & les Publiciftes , & que
ce fanal eft éteint dans les brouillards épais
de nos Loix confufes & de nos ufages contradictoires
, on ne peut confidérer cette
Conftitution primitive , fi jamais elle exifta ,
que fous le rapport d'une hypothèſe. En
conféquence , le fort de la France dépendroit
d'une lutte entre les fyftêmes hiſto-
C 3
Liques , & les fyftêmes métaphyfiques . Leparti
très- nombreux qui adopte ces opinions
, rejette toute autre combinaifon
mixte & Monarchique en facrifiant fes
priviléges civils , il tient plus fortement
fa précédente exiftence politique : il
contefte à l'Affemblée nationale , même le
titre de la fienne , après avoir délibéré deux
ans dans fon fein. S'étant piqué de con
fiftance dans fes démarches , beaucoup plus
que de politique , il a montré la fermeté
a outrance , que fes Membres euffent dé
ployée devant une armée ennemie , fans
empêcher , néanmoins, que fon féjour pers
manent à l'Affemblée nationale ne légitimât
la force qui le contraignit d'entrer , & ne
détruisît l'effet de fes proteftations .
Inconciliable avec les autres fections
politiques , & ayant proclamé plus d'une
fois fa réfiftance à tout accommodement,
fi , par hypothèfe , on le replaçoit à l'ou
verture des Etats- Généraux , il est à croire
qu'il choifiroit encore les retranchemens
dans lefquels il a été battu.
En obfervant que cette Faction embraſſe,
entr'autres , la majorité du Clergé de tout
étát , de la Nobleffe militaire , de la Nobeffe
de robe , de la Nobleffe agricul
trice , des grands Propriétaires de tout
Ordre , on aura le thermomètre de fa chaleur
, & la raifon de fon inflexibilité . Rien .
ne confolide mieux les opinions que la vio-
'
( 655 )
lence des opinions contraires : rien n'aigrit .
irremediablement les fentimens, comme une
adverfité continuelle . Ceferoit trop attendse
de la nature humaine , que d'exiger de la
condefcendance de la part de ceux que
l'on immole impitoyablement , de leur
précher le renoncement à foi -même , à
l'inftant où l'on envahit jufqu'à la liberté
de fe plaindre des injuftices , & de compter
fur la bienveillance des opprimés, au milieu
des coups redoublés de l'oppreffion . Ces platitudes
philofophiques des Rhéteurs du côté
gauche & de fes Ecrivains , qui , en fe
livrant à la fureur de leurs paffions & de
leurs préjugés , exhortent leurs adverfaires
à être fans paffions & fans préjugés , font
d'une hypocrifie trop prononcée.
Dans aucun Pays , dans aucunes Révolutions
, nulles claffes de Citoyens ne
furent l'objet d'un acharnement compara
ble à celui qui a frappé le Clergé & la Nobleffe.
On les a facrifiés à des Confrères pour
lefquels ils avoient montré du mépris , à la
cupidité des Agioteurs , aux tripots de la
Banque , aux calculs des Avocats , & à la
vanité de quelques Bourgeois. Après les
avoir dépouillés de leurs propriétés ; après
avoir livré leurs vies à la justice des brigands
, on leur a ôté le patrimoine de leurs
noms , & la confervation de leur état
civil. N'y eût- il qu'une feule Famille , ( & il
y en exifte des milliers ) à qui des fervices
C 4
(58 )
publics avoient procuré la Nobleffe , cette
récompenfe étoit la plus facrée des dettes
de l'Etat reprendre cette donation fars
indemnités , c'étoit violer la foi publique',
déshonorer la juftice & Phonneur national.
Cependant un de nos Légiflateurs vient de
condamner AU CARCAN , tout Gentil
homme qut oferoit fe fouvenir de cette
propriété indeftru &ible ; mais il eft vrai
que ce Légiflateur eft l'apologifte des forfaits
des 5 & 6 Octobre ( M. Chabroud ).
Retranchés de la protection des Loix , le
nouveau régime les exclut par le fait de
toute participation aux emplois publics ,
en livrant toutes les Elections à la multitude
, l'éligibilité à des conditions dérifoires
, & les Propriétaires à la force du
nombre qui n'a rien. Pour réunir tous les
fléaux fur ces claffes exterminées , on les a
courbées fous le glaive de l'opinion populaire
: dix mille Cerbères ont été chargés
de les couvrir de leur bave, & de multiplier
les hurlemens . Citez un outrage , un genre
de diffamation , un mode d'infolence féroce
qu'on ait épargnés au Clergé & à la
Nobleffe. Et lorfque les défenfeurs de ces
deux Ordres ont tenté , mal- adroitement ,
à la Tribune , de difputer le terrein des
invafions , eft - il un acte de defpotifme ,
par lequel on ait omis de violer leur
liberté , & de leur arracher la parole ?
*
Placés entre les périls du dedans & ceux
( 57.)
du dehors , entre les hoftilités des galeries
& celles des phalanges de Mirabeau , entre
les infultes perfonnelles & l'Abbaye Saint-
Germain , entre les éclats de rite qui célébroient
l'incendie de leurs châteaux , & les
clameurs qui , dans le quart d'heure , brifoient
trente fois leurs opinions ; leur inutile
, leur infatigable perfévérance , eft de
tous les évènemens de la Révolution , le
plus difficile à expliquer.
Je n'imagine pas qu'on puiffe regagner
des coeurs fi profondément offenfés. A
force d'excès , on a juftifié leurs reffentimens
, exalté leur défefpoir & enraciné
leurs opinions. D'un parti dont il
eût été poffible de modifier les principes ,
& d'attendre un efprit de conciliation , on
a fait une Faction indeftructible , qui fe
ralliera toujours au fouvenir de fes fouffrances
, à moins que l'incurable frivolité ,
& l'inconfiftance habituelle d'hommes
énervés par les moeurs de la Cour ou de la
Capitale , ne fuffifent à la diffoudre , fi une
fois on veut lui accorder la sûreté.
Tel eft le fruit de l'injuftice & de l'abus
de la force , que , non-feulement ils éternifent
les animofités , mais , qu'en rendant
les actes oppreffifs toujours plus néceffaires,
ils détruifent encore le principe de la
modération chez les opprimés. Ceux- ci ne
voient plus de milieu entre leur abaiffe- .
ment , & une vengeance complette : ils
C
S
( 58 )
1
évitent de fraternifer , même avec les Mé
contens dont l'indifpofition a un autre
caractère , & de s'unir à aucun plan qui
rapproche les diſtances.
Un troisième Parti d'oppofition , aufli
défavorable que le précédent à la Démocratie
Royale , inftituée par la Majorité ;
auffi révolté des atrocités , des injuftices &
des violences , par lefquelles on eft parvenu
à fondre les principes de la Révolution
dans ceux de la Conſtitution , eſt
placé fur une a tre ligne politique. H
n'a vu en France que des états & point
d'ordres ; ainfi que l'indique , la dénomination
d'Etats - Généraux , qui compre
noient l'état de l'Eglife , l'état militaire ,
foit de la Nobleffe , & le troisième état
foit de tous ceux qui n'étoient ni Militaires
, ni Eccléfiaftiques. En opinant à
réunir ces trois états dans une première
Affemblée commune , ils entendoient en
conferver les diftinctions , la hiérarchie ,
& les prémunir contre les atteintes des
Communes , par une réunion condition
nelle , par un traité pofitif & obligatoire.
Tel fut le fens littéral des Mandats du
Dauphiné , dreffés par les trois Ordies en
commun , facrés par conféquent pour tous
les Députés de la Province , & où la limite .
des facrifices fut mife fous la garde de la
plus folemnelle tranſaction.
En redonnant aux Communes le degré
( 59 )
d'autorité , de force , & d'indépendance ,
qui devoient les mettre en équilibre avec
la puiffance Royale & les deux premiers
états de la hiérarchie , ce Tiers - Parti ,
n'imaginoit point qu'elles duffent engloutir
la fouveraineté publique , ni fe frayer la
route à la Déniocratie , en abattant à
coups de hâches les diftinctions préexiftantes.
Il projettoit de réformer le Clergé
fans l'avilir , de diminuer fon opulence fans
le dépouiller , d'étendre le bienfait de la
tolérance , fans ôter à la religion de 22
millions de François les droits d'une Religion
nationale.
Il fe fût regardé comme coupable d'ufur
pation & de tyrannie , s'il eût porté la
moindre atteinte aux propriétés particu
lières , fous prétexte de befoins publics ; il
ne foupçonna jamais cette politique philofophique,
qui fupplée àl'impéritie par une
injuftice hardie , & qui ruine des claffes
entières de Citoyens , pour fauver la fortune
publique.
Confidérant l'Affemblée nationale
comme Députation conftituante , fubordonnée
à fes Mandats & au concours libre
de la volonté du Prince , il lui reconnoiffoit
le droit d'organifer , de concert
avec le Roi , l'inftitution des Pouvoirs
politiques fondamentaux , & par conféquent
, défavouoit fa compétence
exercer aucun.
en
C6
( 60 )
Ayant defiré une Révolution par laraifon
& la juftice , non par l'intervention d'une
multitude furieufe , & par les crimes de
l'anarchie , il ne foupçonna point , que ,
fans néceffité , on enfanteroit celle - ci , pour
avoir l'occafion de placer dans la Délégation
conftituante ,l'univerfalité des Pouvoirs
publics , la Légiflation , le Gouvernement
, l'Adminiftration , le commandement,
la compofition des armées , la police
publique, la geftion détaillée des Finances ,
& la puiffance judiciaire.
Aux actes de cette fouveraineté , fans
exemple , ils opposèrent deux barriè
res , le droit de ratification par le Peuple
, & le droit de ratification par le
Roi. M. Mounier , l'un des Membres les
plus diftingués de ce Parti intermédiaire ,
repréfenta avec énergie , au mois de Septembre
1789 , la néceffité d'un pareil , frein .
Les Conftituans , difoit-il , ayant reconnu
l'exiftence du Pouvoir du Monarque ,
» les Délégués ne doivent pas en difpofer
» arbitrairement. Avant de figner la Conf-
» itution , le Prince peut demander des
changemens s'ils étoient contraires à
» la liberté , l'Affemblée feroit en droit
» d'appeller à fes Commettans. Le Prince
» a auffi la même faculté , dans le cas où
les Députés s'écarteroient des intentions
» Nationales. » Peu de Perfonnes , même
parmi la Nobleffe , foutinrent cette opi(
61 )
nion ; mais nul n'ofa en contredire la juf
telle (1 ).
Dans le fyftême de ce Parti , & conformément
aux bafes éternelles de toute
Monarchie qui veut allier la liberté des
Loix à leur fageffe , & la ftabilité des Inftitutions
au repos public , la Puiffance
législative étoit divifée , & la Puiffance
exécutrice rigoureufement concentrée dans
la perfonne du Monarque.
On déclaroit , fans s'attribuer le droit
de l'inftituer , l'hérédité de la Couronne
& fon inviolabilité dans la Race régnante .
On reconnoiffoit dans le Prince , non- feulément
le pouvoir du Chef fuprême , in-
(1) Un homme qui ne montra jamais que des
idées de circonftance , verfatile comme tous les
Fadieux , Royalifte par principes , Démocrate par
intérêt , foumettant fans ceffe fa raifon naturelle
à fes paffions , indifférent au bien & aa
mal , au jufte & à l'injuste , fuppléant au génie
par l'effronterie , au talent d'employer des moyens
légitimes , par une profeffion publique d'immoralité,
& s'étant fait Chefd'une école, dont le principe
eft qu'un homme pervers dans fes habitudes ,
fes affections , fes actions privées , eft précisément
le plus vertueux des Citoyens & le plus propre
à gouverner l'Etat ; Mirabeau , en un mot , après
avoir foutenu aux Communes , qu'aucune de
leurs délibérations ne pouvoit le paffer de la
Sanction libre du Roi , foutint alors , contre M.
Mounier, qu'aucune délibération de l'Ademblée
n'avoit beſoin de la Sanction libre du Roi.
( .62. )
dépendant ; & unique d'exécution ; mais
encore les attributs & les fonctions de la,
Royauté. En conféquence , il reftoit formellement
partie intégrante du Pouvoir
Légiflatif , par la néceffité de fa fanction ,
& par l'indépendance de fa négative ab
folue. Seul Repréfentant de la fouveraineté
nationale , fa prééminence fur tous les autres
Pouvoirs étoit confacrée par des formes ,
qui lui affuroient la Majefté , & le ſecours de
l'opinion . Chef de la Juftice , il n'étoit point
exclus de toute participation au choix des
Magiftrats , & à la pourfuite des délits
publics. Chef fuprême de l'Adminiſtration ,
les Adminiftrateurs fous fes ordres n'échap-..
poient point à fes commandemens légaux
en reftant exclufivement foumis à la nomination
du Peuple , & au feul jugement du
Corps Légiflatif. On ne balançoit point
fon autorité fur les Milices de l'Etat , par
une armée abfolument indépendante , fous
le nom de Gardes Nationales , en lui enlevant
même la facuité de licencier une
Compagnie dans l'armée de ligne. La refponfabilité
de fes Miniftres devoit être fixée
de manière à protéger les Loix & la Liberté ,
fans énerver l'action du Gouvernement ,
fans affervir tellement ces Agens à la Légillature
, qu'ils devinffent les efclaves de
quelques Démagogues , pour meurtrir de
leurs fers & le Roi & les Citoyens.
,
En fupprinant la repréſentation par
( 63 )
Ordres , on confervoit aux premières
caffes de la fociété , les diftmctions qui
n'offenfoient ni la liberté , ni la propriété ,
ni l'égalité politique. On préféroit de régler
ainfi , & de limiter l'influence déjà
exiftante des rangs , pour prévenir les
troubles qui accompagnent let inévitable
rétabliffement ; pour préferver l'Etat des
chocs inévitables & inimédiats entre le
Peuple & le Monarque ; pour intéreſſer
ces claffes intermédiaires à la liberté publique
& à la durée de la Conftitution;
pour tempérer , enfin , l'infolente & vile
ariftocratie de la richeffe fans naiſſance ,
fans mérite , fans émulation d'honneur,
fans efprit public.
Un grand Empire ne pouvant , fans
d'horribles inconvéniens , exifter fans grands
Tribunaux , on inftituoit des Cours Suprêmes
de Judicature , où la Magiftrature
confervoit la dignité néceffaire à l'impor
tance de fes fonctions . On hi affocioit des
Jurés au Criminel , mais de véritables Jurés,
toujours Pairs des Parties ; & fi l'on exige
des Jures Anglois 20 livres fterlings de revenu
libre territorial , on en eût exigé
trente dans un pays , où le caractère national
& la nouveauté de l'inftitution follicitoient
une caution plus forte.
Par la confidération toute puiffante que
la France eft un pays agricole , & que que les
feuls propriétaires des terres ont un intérêt
( 64 )
fouverain au maintien des Loix & de
l'ordre , le plus grand fardeau des dépenſes
publiques à fupporter , & feuls le caractère
d'indépendance , effentiel à des Délégués
du Peuple , on leur confioit exclufivement
la fonction de le repréſenter , &
l'habileté à élire fes Mandataires , réunis
Men Chambre des Conimunes.
On détruifoit l'aliment du Démagogifme ,
le fléau des abus de l'éloquence dans une
Affemblée , la fougue infenfée des délibérations
, la tyrannie d'une Majorité , &
l'inévitable ufurpation d'un feul Corps
exclufivement repréfentatif de la volonté
prétendue générale, par l'établiffement d'un
Régulateur , d'une première Chambre , réfervée
aux Députés électifs de la Nobleſſe
& du Clergé ; & aux Citoyens de tout
Ordre , diftingués par de grands fervices ,
ou de grandes propriétés , que le voeu du
Roi auroit appellé à cette Magiftrature Sé-
'natoriale .
Cette inftitution pouvoit fe combiner
de plufieurs marières : il a exifté parmi
ceux qui la propofoient , différentes opinions
plus ou moins propres à fe concilier
avec les intérêts , avec les prétentions
de tous ; excepté avec le nivellement démocfatique
, ou avec l'ambition d'une
Ariftocratie repréfentative qui , voulant
gouverner autant que faire des Loix , fe
délivreroit du frein d'une feconde Chani(
05).
bre comme du frein de l'Autorité
Royale.
Pendant deux mois , Août & Septembre
1789 , le Parti dont nous venons d'analyfer
la doctrine , balança les entrepriſes
des Démocrates , & les regrets des deux
premiers Ordres . La Majorité du Comité
de Conflitution & deux Miniftres ( MM.
l'Archevêque de Bordeaux & de St. Prieft)
avoient embraffé cette dernière planche du
naufrage ; mais une partie du Clergé , &
la Nobleffe prefqu'entière la repoufsèrent.
Un plan fi modéré , fi propre à abréger
les défaftres de la Révolution , & à écarter
un bouleverfement univerfel , convenoit
encore moins aux Profeffeurs d'anarchie ,
aux Républicains , aux Confpirateurs . Les
favans forfaits du mois d'Octobre , & l'ang
rivée de l'Affemblée à Paris , confemmè
rent l'écrafement de ce Parti , beaucoup
plus odieux aux Révolutionnaires , & plus
sedouté que les deux premiers Ordres.
Sans Chefs , fans plan de conduite , fans
concert parfait d'opinions , fa confiftance
ne pouvoit réfifter à la trahifon d'une partie
du Miniftère , à la foibleffe de la
Cour, au reffentiment des deux Ordres
ruinés , aux intrigues des Factieux , à l'invafion
de la multitude dans les délibérations
de l'Affemblée. Les piques & les
poignards étant devenus les arbitres de nos
Loix , MM. Mounier , de Lally , le reſpec
(666)
table Evêque de Langres , & plufieurs
autres dont l'intégrité égaloit les lumières,
fe fouvinrent des beaux vers d'Addiſſons
when impious men bearfway,
The poft ofhonour is a private ftation .
Après la retraite de ces hommes
que Paris
effaya de lapider, & que l'hiftoire vengera ,
leurs partifans , au nombre defquels fe trouvoient
encore des caractères nobles & des
efprits fupérieurs fe fondirent dans le
côté droit de l'Affemblée ; mais en confervant
leurs opinions , chaffées au vent
des préjugés populaires , ainfi que celles
des Ordres condamnés . Cette coalition de
néceflité , reffembla aux armées, combi,
nées , toujours battues faute d'un étendard
Tablement la majorité des
Députés de ce Tiers- Partiqui compte encore
de nombreux adhérens à la Cour , à Paris ,
dans le Royaume , & dans l'Etranger , s'eft
réunie aux Défenfeurs de la primitive
Conftitution Françoife , ou du moins a
accédé à la plupart de leurs réfolutions
"
སྒྲ།
Ni le malheur, ni l'oppreflion , ni la réflexion
, ni la politique n'ont pû her au
même but , & déterminer à des facrifices
néceffaires ces divers fragmens de la
Minorité , tombans épars fous la faulx de
la Démagogie . Ils vérifient la maxime d'un
grand Maître , du Cardinal de Retz , qui
trouvoit plus difficile de vivre avec les gens
de fon parti , que d'agir contre ceux qui
n'en
font pas.
*
Une quatrième Section s'eft élevée mor
mentanément fur la confidération de la
troifiène , & a paru vouloir adopter en
entier la Conftitution nouvelle , à l'excep
tion de l'anéantiffement du Pouvoir Royal
Elle avoit pris le nom d'Amis de la Confli
tution Monarchique , pour rallier , dans le
fait , les mécontens difperfés. On fe rap
pelle que M. Barnave s'abaiffa jufqu'à la
dénoncer , fans ofer foutenir fa dénonciation
; que les . Jacobins la firent profcrire
dans tout le Royaume , qu'elle eut par-tout
les honneurs d'une perfécution en règle,
au nom de la liberté , & qu'abandonnée
par le côté droit qui la déteftoit , elle périt
à côté des harangues pathétiques de M.
Bailly , & du Décret qui protége toutes
les Sociétés paifibles . Celle- ci , réduite à
fes élémens , ne renferme pas aujourd'hui
dix Membres dans la droite de l'Affemblée :
la fuite des exagérations , le poids de la
tyrannie , & la permanence des défordres
ayant ramené tout le refte aux fentimens du
troifième ou du fecond Parti .
La concorde les eût fauvés tous & la
France avec eux ; mais nul Chef , nul
homme actif, habile & prévoyant , pour
ferrer leurs points de jointures . Au contraire
, on s'eft piqué de les élargir : l'intolérance
d'opinion n'a pas même fouffert
( 68 )
2
de nuances , & l'on a fouvent remarqué entre
des hommes dont les périls , dont les
malheurs étoient comniuns , & dont il
étoit fi facile de combiner les idées , l'animofité
qu'on retrouve entre les Sectes religieufes
les plus voifines. C'eft ainfi qu'un
Presbytérien détefte plus un Anglican
qu'un Mufulman , & que nous voyons en
France , les Juifs protégés par les perfécuteurs
des Catholiques Romains (1 ) .
Dans l'efquiffe que je viens de tracer ,
(1 ) M. de Cazalès me fournit un exemple de
cette inconcevable intolérance . Nul n'avoit plus
de droits à l'eftime , à la reconnoiffance de fon
Parti. Eh bien il a été déchiré pour avoir
dans les derniers temps , manifefté quelques ménagemens
qu'il croyoit néceffaires au fuccès de
fes opinions , & quelque penchant pour les bafes
du Gouvernement Anglois . On affure que les
portes de la plupart des Emigrans François lui
ont été fermées à Bruxelles . On cornoît l'incroyable
emprisonnement de MM. de Limon .
M. le Prince de Saint- Mauris , pour avoir opiné
à la réunion des Ordes en Franche Comté , a été
chaffé de Coblentz. M. de Talleyrand , frère de
l'évêque d'Autun , & auffi éloigné que je puis
Fêtre des opinions de ce Prélat , a eu le même
fort . Tout ce qui ne pense pas exactement comme
la Chambre de la Nobleffe , en Mai 1789 , eft
impitoyablement repouflé . Une Faction vict -
rieufe auroit de la peine à fe foutenir avec une
exigeance fi impérieufe : qu'eft - ce donc lorfqu'elle
a befoin des forces de tous les Mécontens ?
( 69 )
je n'ai pas fait mention de quelques hommes
indépendans , exclufivement guidés
par leurs mandats , ou par leur raiſon. Des
caractères fi rares ne font pas faits pour une
Affemblée tumultueufe ; ils n'ont jamais
de parti à eux , & font affures d'avoir toujours
un parti contre.
:
Il réſulte de l'analyse précédente , qu'il
exifte dans le Royaume , au moins quatre
claffes de Mécontens , parmi lesquels on
diftingue une Faction puiffante , qui , chaque
jour , depuis un an , s'eft augmentée d'une
foule d'efprits flottans ou circonfpects , que
la violence de l'anarchie & la haine de fes
Auteurs lui ont ralliés . C'eft une obfervation
importante que , tous les mois , il
s'eft détaché des Membres des Partis modérés
, pour fuivre les drapeaux de la Faction
principale , & que ceux - là fe recrutent
maintenant des Déferteurs journaliers du
régime ominant
.Rien
neprouve
mieux
,
ce me femble , la force de l'éloignement
que la Majorité de l'Affemblée , fes Clubs
perfécuteurs , & les malheurs publics , ont
infpiré & accru depuis 18 mois.
La fin au Journal prochain.
Déclaration de M. MALOUET, Député d'Auvergne.
« Je n'ai point fait de proteftation ; mais ni
ceux qui m'en louent , ni ceux qui me blâment ,
n'ont le droit de dire que, je rétracte ainfi , on
'( 70 )
diffimule mes opinions ; j'ai déclaré à la tribunė
de l'Affemblée Nationale , qu'en ma qualité de
Mandataire du Peuple , je ne pouvois ni ne
voulois donner mon fuffrage à une Conftitution
contraire fur plufieurs points effentiels , à mon
Mandat , & à ce que je crois être les vrais intérêts
du Peuple , les vrais principes de la liberté ,
de l'ordre , & du Gouvernement Monarchique,
Je perfilte invariablement dans cette déclaration .
L'acceptation du Roi , & mes voeux conftans
pour la paix publique m'interdifent toute expli-
€
cation . »
Paris le 8 Septembre.
MALOUET.
Lettre au Rédacteur du Mercure Politique.
A Metz le 8 feptembre 1791 .
« Votre journal , Monfieur , azyle reſpectable
des vérités morales & politiques , fi publiquement
outragées de nos jours , ne refufera pas
de l'être de l'honneur calomnié. »
сс Monfieur le Prince de Saint -Mauris , fits
de M. le Prince de Montbarrey , vient de l'être
indignement dans un article d'un journal de Mde.
de Baumont , copie de je ne fais quel autre journal
, il y eft dir que M. de Saint-Mauris a fait
piller& incendieerr des châteaux en Franche- Comté.
L'auteur anonyme de cet article , quel qu'il foit ,
eft un lâche & vil impofteur , & je figne mon
affertion , pour l'engager à fe faire connoître . Il
eft un lâche , puifqu'il outrage , fous le plaftron
ide Panonyme , un brave & loyal gentilhomme ;
ileft un vil impofteur , puifqu'il rend publique
ane, calomnie atroce, Si M. de Saint-Mauris
1
(( 71 )
az eu quelque tort , dans fa conduite privée
publique , morale & politique , c'eft d'avoir crû ,
en 1788 & au commencement de 1789 , l'Allemblée
des Etats- Généraux néceffaire au falut de
le France ; c'eft , en conféquence , de s'être
oppofé dès - lors , dans la province de Franche-
Comté , aux efforts de ceux qui , par des vûes
perfonnelles , an du moins par efprit prophé
tique , cherchoient à empêcher cette grande
Allemblée , qui devoit , qui pouvoit faire tant
de biens , & qui a fait tant & de fi grands maux.
Ge tort , M. de Saint-Mauris peut l'avouer
il le partage avec les plus vertueux Citoyens de
la France .
Je fuis , Monfieur , avec autant d'admiration
pour vos talens & votre courage que d'eftime
pour votre perfonne , votre très - humble & trèsobéiflant
ferviteur
Je Chr. d'AUTUME ,
Capitaine d'artillerie , Chevalier de l'ordre
royal & militaire de Saint-Louis & Gentilhomme
Franc- Comtois .
N. B. C'est par erreur qu'en parlant de
l'infurrection d'un bataillon à Bois , nous
avons nommé dans le Numéro 37 le régiment
de Beauce : celui- ci eft à Arras ;
il faut lire Rouergue. M. de Chabrillan a
été forcé de renvoyer le régiment du Roi
Cavalerie & un corps de Chaffeurs qui
s'offroient à exécuter le Décret . Toute la
Garde Nationale s'étoit jointe au bataillon
féditieux , foutenu par le Club & la
Municipalité. Un brave Cavalier du Roi ,
s'eft brûlé la cervelle au départ du Ré(
72 )
furgiment
, en difant qu'il ne vouloit pas
vivre à la perte de l'honneur & au mépris
de la Loi.
Nul pêcheur n'a été nommé à Blois
comme on nous l'avoit rapporté abufivement
; mais il eft très-vrai que le nommé
Chabot, Capucin défroqué , Grand -Vicaire
de l'Abbé Grégoire, & le Clubocrate, le plus
déterminé , eft un des Membres de cette Députation
: il a déjà péroré à la Tribune des
Jacobins de Paris.
Les Numéros fortis au tirage de la Loterie
Royale de France , du feize Septembre ,
font : 51 , 57 , 46 , 80 , 55 .
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 8 OCTOBRE 1791.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
IMPROMPTU
A l'Evêque du Département de .....
moment qu'on lui annonça fon élection .
au
L'ADROITE ambition que l'errear divinife,
Avait du Temple faint obfcurci la fplendeur ,
Et le zele pieux , plongé dans la douleur ,
Regrettait, en pleurant , les beaux jours de l'Eglife:
Ces beaux jours renaîtront , puifqu'Ambroife eft
Paſteur.
( Par M. Sabatier de Cavaillon , ancien
Profeur d'Eloquence . )
N°.
° . 41. 8 Octobre 1791 . C
so MERCURE
LE TEMPS ET L'AMOUR ,
ALLÉGORIE
Adreffée à Mile. Aimée de Vil ....
LE Temps fe plaignait ar: Deſtin
Du Dieu qu'on adore à Cythere :
Oui , difait -il , l'Enfant malin ,.
Si-tô: que je parais , fait d'une aile légere ;
Il affecte de m'éviter ,
Il femble craindre ma préfence ,
Et quoi que je puiſſe inventer ,
Nous ne fommes jamais de bonne intelligence.
Hélas ! dit l'Enfant féducteur ,
A quitter les lieux que j'habite ,
Tu ne montres pas moins d'ardeur ;
Quand l'Amour eft préfent, leTemps paffe bien vite.
( Par Aug. Ch. de la Serrie. ) ,
DE FRANCE.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Courlis ; celui
de l'Enigme eft les Sept Pfeaumes de la Pénitence
; & celui du Logogriphe et Bourfe,
où l'on trouve . Or , Ours , Boue, Ré, Kofe,
Rufe , Saur, Robe, Os , Rue , Robe (de cheval) ,
Roue.
CHARADE.
LA FONTAINE était mon premier ;
Mais célebre par mon dernier ,
Son nom vole dans mon entier.
#
( Par un Abonné. )
ÉN IGM E..
L'HOMME autrefois berné dans les défirs ,
S'écartait rarement du lieu de ſa paiffance ;
Plus recherché dans fes plaifirs ,
L'homme aujourd'hui , dès fa plus cendie enfance ,
Va parcourir tous les climats
Pour rapporter chez lui l'indufiic & l'aifance.
Dans fes courfes , c'eft moi qui dirige les pas ;
Mais il me foule aux pieds pour toute récompenfe.
C.2
52
MERCURE
Quoique traité de haut en bas ,
Nuit & jour je lui tends les bras ;
Mais je ne puis être par-tout fon guide.
Il est un élément perfide
Sur lequel , quoi qu'on faffe , on ne me verra pas.
Je le conduis en Italie ,
En Allemagne , en Pologne , en Ruffie ,
Chez l'Efpagnol , le Suiffe , le Français.
Si , curieux de voir d'autres objets ,
Il veut encore aller en Angleterre ,
Je le la ffe embarquer ; & , fidele à la terre ,
Je m'arreicu Pas de Calais,
Mais plus vîte que lui , franchiſſant le paſſage ,
Je vais l'attendre au premier port Anglais ,
Et de nouveau m'offrir à ſon uſage.
Redevenus.compagnons de voyage
Sur l'immobile & folide élément
Nous y ferpentons hardiment ,
Chacun des deux à fa maniere ,
L'un toujours en repos , & l'autre en mouvement ,
Et nous ne nous quittons qu'au bout de la carriere.
( Par un Abonné. )
LOGOGRIPHE.
Soys trois fens , cker Lecteur , je t'offre un
même nom :
Dans le premier l'on m'aime, & l'on fuit mon con
traire ;
DE FRANCE.
53
Le fecond t'offre un meuble utile en ta maifon ,
Et l'autre un Empereur indigne de fon pere.
Veux -tu paffer à la combinaiſon
De mes fept pieds ? c'eft chofe curieuſe :
Dans les quatre derniers , femelle impérieuſe ,
J'affujettis jufqu'au Sage à mes lois ;
Si vous les réduifez à trois ,
Docte , fublime , harmonieuſe ,
Des plus fameux Héros je chante les exploits.
Recourant aux métamorphofes ,
En moi l'on trouve encore un adverbe français.
Qui fert à joindre & comparer les chofes ;
Un texte furchargé de gloſes ,
Que fouvent on cite au Palais ;
Le Patron révéré d'Ecole bien connue
Et fous un humble habit fon Difciple fameux 5
Un colofle orgueilleux élevé dans la nue ,
Des édifices fomptueux
Qu'au vrai Dieu confacra la piété de l'homme ,
Couronnement majestueux,
Que l'on admire à Paris comme à Rome.
(Par un Abonné. )
c ;
Jn4
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
LOGE civique de Benjamin Franklin ,
prononcé le 21 Juillet 1790 , dans la
Rotonde , au nom de la Commune de
Paris ; par M. Abbé Faucher , &c. A
Paris , chez Lottin , Imp-Libr. rue St-
André-des-Arts ; Bailly , Libr. rue Saint-
Honoré ; Defense & Cuffac , Libr. au
Palais -Royal.
C'ÉTAIT un des grands abus de notre
ancien Regime , que le Gouvernement n'accordat
des honneurs publics qu'aux noms,
aux titres & aux dignités ; mais c'était , il
faut l'avouer , être conféquent dans un
fyftême d'abfurdité & d'injuftice ; car dès
qu'on ne donnait les places & les emplois
confidérables qu'à la naiffance ou à la
micheffe , on fuppofait apparemment qu'il
y avait une cafte privilégiée par la Nature
comme par nos Inftitutions ; & il était
tout fimple que ceux qui , de leur vivant
avaient été élevés aux poftes les plus
éminens , foit qu'ils les méritaffent ou non,
DE FRANCE. SS
fuffent aufli loués après leur mort , foit
qu'ils les euffent bien ou mal remplis. La
même flatterie de convention les pourfuivait
encore dans la tombe , comme elle les
avait accompagnés pendant leur vie ; & ce
qui eft bien remarquable , la Religion la
plus auftere dans fa morale devenait adulatrice
dans fes ufages ; fes Miniltres , qui
s'appelaient ceux de la vérité , fe failaient
ceux du menfonge , & l'Eglife feule flattait
encore ceux que le monde même ne
flatte plus , lés morts : tant il eft de l'efprit
des Gouverneinens abfolus de tout
corrompre & de tout dénaturer.
Aujourd'hui que nous ne connaiffons
plus que le mérite perfonnel , & que la
voix publique eft la feule puiflance qui
cliffe les vivens & les morts , ce genre
d'éloquence qu'on appelait Orzifon funebre,
va changer comme tout le refte , & rentrer
dans le domaine de la raion . Il et bien
honteux que cette raifon , la feule grandeur
particuliers à l'homme , n'ai jamais
éré plus indignement & plus ridiculement
outragée que dans ces cérémonies funebres
, qui devaient, au moins un moment,
le rappeler à lui- même ; qu'entre l'Eternel
& la mort on ait compté pour quelque
chofe des Rois & des Grands , ouvrages
des conventions humaines , & que les autels
& les tombeaux n'aient pu nous avertir
de n'honorer que la vertu & le talent ,
C 4
56 MERCURE
-
fruits immortels de la raifon , les premiers
des attributs que Dieu ait donnés à l'homme,
& les feuls que la mort ne détruiſe pas.
Faut- il s'étonner après tout de ces contradictions
qu'offraient les Chaires Chrétiennes
? Le même contrafte exiftait entre
la Religion & l'Eglife . Les prétendus Interpretes
de l'Evangile affociaient leur vanité
à celle de leurs prétendus Héros : ils
prononçaient en Chaire les mots de trèshaut
, très -puiffant , très excellent Prince
auffi orgueilleufement qu'ils s'intitulaient
Monfeigneur dans ces Mandemens où ils
nous appelaient leurs Freres. C'était l'inconféquence
habituelle & le menfonge convenu
d'une claffe d'impofteurs accrédités ,
qui , en prêchant à tous l'égalité & la pauvreté
, n'exceptaient qu'eux feuls de leurs
préceptes ; qui ne nous offraient fans ceffe
l'héritage du Ciel que pour envahir celui
de la Terré , & ne confacraient les Puiffances
qu'à condition de partager avec elles
la dépouille des Sujets . Cet impudent charlatanifme
a duré quinze cents ans , fondé
fur l'ignorance juſqu'au feizieme fiecle
enfuite fur la force à qui l'ignorance avait
laillé le temps de s'établir, & détruit enfin
par les lumieres générales , à l'époque où
elles fe font étendues jufqu'à ceux que
le Defpotifme falariait pour opprimer les
autres.
J
C'est donc une vérité qui fera dévelopDE
FRANCE. 57
pée par l'Hiftoire, que l'Imprimerie a changé
par degrés la face de la terre. A quoi tiennent
les chofes humaines ? Il eft de fait qu'un
alphabet mobile , une aiguille aimantée
& la poudre inflammable ont donné depuis
trois fiecles une nouvelle direction au genre
humain. Mais la premiere de ces inventions
tera fans comparaifon la plus puiffante dans
fes effets , & la feule véritablement bienfaifante
, les deux autres n'ont fait qu'apporter
de nouveaux moyens de pouvoir & de
richeffe. L'Imprimerie doit , avec le temps ,
étendre chez tous les Peuples l'empire de
la raifon. Il nous a été donné d'être témoins
des deux grandes Révolutions qu'elle a déjà
faites en Amérique & en France ; nous
pourrons même en voir d'autres , & nous
preffentons de loin celles que verront les
génerations à venir.
"
Mais fi l'art de propager d'un bout du
Monde à l'autre la libre communication
des idées a été le principe fécond de ces
grands changemens politiques , ce font
toujours des hommes fupérieurs qui en font
les principaux inftrumens. Franklin à éré
un de ces hommes , & c'eſt une fingularité
digne de remarque , que le premier moteur
de la Révolution d'Amérique ait été
un fimple Ouvrier dans ce même Arr de
l'Imprimerie , reconnu pour la caufe premite
de la régéneration des Peuples. Nul
homme peut être n'eût une deſtinée plus
CF
58 MERCURE
extraordinaire : on n'en connaît aucune
qui ait été auffi heureufe avec moins de
ce mélange inévitable dans l'humanité , &
aufli glorieufe avec moins de cet éclar qui
accompagne les hommes faits pour influer
fur le fort des Nations. Celui de Franklin
conftare l'époque où la raifon allait devenir
one puiffance prépondérante : il eft fûr qu'il
n'en eut jamais d'autre. Il n'avait ni naiffance
, ni rang , ni richeffe ; il ne fut ni
Guerrier ni Orateur. La Nature en avait
fait un Sage , l'étude en fit un Savant, &
le rapport de fon caractere & de fon efprit
avec le nouvel efprit de fon fiecle en a fait
le Libérateur de l'Amérique.
Quoique les découvertes fur l'Electricité
foient au nombre des plus belles qui
aient fait honneur à la Science , il n'eft
pourtant fous ce point de vue , que l'égal
de plufieurs autres Philofophes qui ont été
comme lui inventeurs en Phyfique , de Ga-
Hilée , de Torricelli , de Kepler ; mais une
vie entiere , confacrée d'abord à répandre
l'inftruction dans un vafte pays où il y en
avait peu , & enfuite à opérer l'affranchiffement
de l'Amérique Anglaife par
le feul afcendant d'une raifon fupérieure
& courageufe , c'eft une deftinée particufiere
, qui , ce me femble , n'avait juſqu'ici
aucun exemple , & n'a encore appartenu
qu'à Franklin.
Redevable à lui feul de tout ce qu'il
DE FRANCE
$9
fur , il paffa de l'indigence à une fortune
honnête acquife par le travail , bornée par
la modération , employée avec fagelle ; il
fur , par les heureufes recherches , rival des
Savans les plus célebres , & par fes travaux
& fes exemples, le guide & l'inftituteur
de fes compatriotes ; il fut l'organe de la
vérité auprès du Parlement d'Angleterre
qui , dans fes premiers débats avec les Colonies
, eut la prudence de le confulter , &.
n'eut pas celle de le croire ; & l'on fe fouviendra
éternellement & de la faute du
Gouvernement Anglais , & des réponſes de
Franklin. Dépuré par les concitoyens auprès.
du Miniftre de France , il décida une Cour
defporique à s'armer en faveur de la Liberté :
il préfia le premier les Пepréfentans d'un
Peuple qu'il avait engagé à le déclarer bre.
Il vit fon ouvrage affetmni & achevé par
les talens de Washington , par le courage
obtiné de fes compatriotes , & la protection
qu'il avait obtenue de la France ; &
revenant de cette contrée , déjà plus qu'tutogénaire,
aufein d'une Patrie qu'il s'était faite
( car la liberté feule donne une Patrie ) , il
en fut reçu comme un pere qui apporte
fes derniers foupirs & fes derniers voeux à
des enfans dont il a fait le bonheur. Quelle
carriere Il peut y en avoir que Panagi
nation & les préjugés trouvent plus billantes
; il n'en eft point qui , aux yeux de la
raifon , foit à la fois plus douce & plus
belle.
G6
60 MERCURE
Il n'y avait pas non plus de fujet plus
heureux pour l'éloquence ; mais la mauvaife
rhétorique & le mauvais goût peuvent
tour gâter ; & ceux qui connaiffent la
tête & le ftyle de M. l'Abbé Fauchet , ne
feront pas étonnés qu'il y ait fi peu de proportion
entre le Heros & l'Orateur , &
que le Predicateur de la Commune & le
Procureur Général de la Bouche de Fer
ait loue avec la plus ridicule emphafe ce
qui était grand avec fimplicité. Je ne méprife
pas tout- à - fait les têtes exaltées ; ellesne
font pas inutiles dans les premiers temps
d'une Revolution ; el es font bonnes à crier
aux armes , comme les voix fortes à crier
au feu, mais quand la Révoluticon eft faite
( & la nôtre l'a été en un moment ) , quand
if en faut venir à reconftruire & à édifier ;
à faire une Conftitution , ce n'eft plus la
place de ceux qui ne favent que détruire
ou exagérer , c'eft alors la raifon qui doit
tour faire. Il y a long temps qu'elle dit aux
forcenés , aux illuminés , aux fanatiques de
tonté efpece : Arriere , arriere , enfans perdus
de la Révolution , votre tâche eft faite ,
& nous n'oubliercns pas que vous avez eré
utiles ; mais ne gâtez pas votre ouvrage & le
notre nous n'avons plus befoin de gens qui
cent ; il nous faut des gens qui penfent.
Ce n'eft pas là , comme on fait , le fort de
M. l'Abbé Faucher ; c'eft un éclamateur
de bonne foi , mais qui s'eft fait un langage
DE FRANCE. 64
"
de Charlatan , & pour qui la Tribune &
la Chaire ne font que des tréreaux. It commence
par vous dire : » Je loue un grand
homme , Inftituteur de la Liberté Américaine
; je le loue au nom de la Cité &
" même de la Liberté Françaiſe ; je fuis
» homme auffi ; je fuis libre. J'ai le fuffrage
» de mes Concitoyens , c'eft affez : mes pa-
» roles feront immortelles «.
ל כ
Non , vraiment , M. Fauchet , ce n'eft
pas affez au contraire , plus vous aurez
autour de vous de moyens & de circonftances
favorables au talent , moins vous.
ferez immortel , fi vous n'en montrez pas.
Et d'abord ce n'eft pas de cela qu'il s'agit :
pourquoi commencez- vous par vous mettre
ambitieufement à la place de votre Héros ?
Ce n'eft pas de votre immortalité qu'il eft
queſtion , c'eft de celle de Franklin . Laiſſez
ces fortes de faillies aux Poëtes : chez eux ,
c'eft verve ; chez un Orateur , c'eft jactance ..
Jéfus - Chrift votre Maître a dit dans l'Evangile
: Le Ciel & la terre pafferont , mis
mes paroles ne pafferont point. Vous devez
croire qu'il avait plus de droit que vous
de parler ainfi , il y a du moins dix- huit
cents ans qu'il le prouve , & quand nous
n'aurions de lui que le Sermon fur la Montagne
, & fa réponſe aux accufateurs de
la femme adultere , ce feraient certainement
des paroles immortelles. Mais remarquez
comine elles font fimples , vraies , péné62
MERCURE
-
trantes. Pourquoi n'avez vous pas tâché
de parler de même ? Que n'avez-vous lu ,
avant de compofer , le bonhomme Richard
de Franklin , pour vous accoutumer à dire
des paroles raisonnables ? Mais vous avez
trouvé plus facile de vous écrier d'aberd ,
d'une voix de Stentor, que vos paroles feront
immortelles. Rayez cet exorde , M. Fauchet:
il ne faut pas débuter par un mensonge
dans la Chaire de vérité.
>>
Ceux qui chercheraient Franklin dans
cet éloge , l'y chercheraient bien en vain ;
ils ne trouveront prefque jamais que M.
l'Abbé Fauchet. L'ame , le caractere , la
conduité , les penfées de cet homme rare
& original pouvaient fournir les détails
les plus intére flans ; ici le peu de faits qui
le concernent eft comme étouffé fous un
amas de grands mots vides de fens , fous
un éralage d'expreffions gigantefques.
On
» lui laiffait électrifer les confciences pour
» en extraire doucement le feu redoutable
» du vice , comme il électrifait le Ciel pour
lui ravir en paix le feu terrible des élémens
«. Quel galimatias ! quel étrange
rapprochement ! quelle confufion d'idées &
d'expreffions difparates ! Encore g'il eût
peint le Sage de l'Amérique électrifant les
coeurs de fes Concitoyens pour en faire
jaillir les étincelles du patriotifme & le
Feu facré de la Liberté , il y aurait eu quelque
analogie ; mais extraire doucement le
DE FRANCE. 63
feu du vice comme fi l'électricité morale
pouvait agir autrement que l'électricité phy-
Aque , c'est -à -dire par commotion . Où eft
l'exactitude des rapports qui doit fonder
toute métaphore & toute comparaifon ?
Je m'attends bien que M. Fauchet , du
haut de fon génie tranfcendant , traitera ces
obfervations de farilites & de minuties auth
je ne me les permers que pour ceux qui
feraient tentés d'imiter cette maniere d'éerire
, fans avoir les mêmes droits , & qui
croiraient bonnement avoir trouvé comme
lui des paroles immortelles. Je m'arrête encore
bien moins au neologilme & aux
fantes innombrables de langage & de conf
ruction il y a long temps qu'on ne
prend plus garde à ces miferes - là , & je
commence à m'y faire comme un autre.
·
,
Mais je ne fçaurais encore , je l'avoue
m'accoutumer au défaut de fens & d'idée.
Je voudrais que l'on fût du moins ce qu'on
yeut dire : c'eft un faible que j'ai encore ,
& dont je ne fçaurais me corriger.
"
33 Le
Sage lui - même , qui , par la force de
» fes réflexions & l'activité de fa grande
" ame , s'éleve , en implorant l'affiftance
divine , au deffus des vulgaires penfées
» & des fuperftitions populaires , ne fait
» que flotter dans l'immenfité des concep
» tions éternelles « . M. Fauchet pourrait-il
nous apprendre ce que c'est que flotter dans
l'immenfité des conceptions éternelles ? Je ne
་
64
MERCURE
connais que Dieu qui ait de ces conceptions
là , & les hommes ne peuvent que flotter dans.
le vague de leurs conceptions incertaines
& temporelles , ou refier à la limite infurmontable,
prefcrite au petit nombre de leurs
conceptions certaines . Eft- ce que M. Faucher
pretendrai: auffi avoir des conceptions
éternelles comme des paroles immorielles ?
Je lui déclare que je ne crois pas plus aux
unes qu'aux autres .
ود
Ce qui eft cerrain , c'eft qu'il n'eft pas
doué de la faculté d'exprimer clairement
Les conceptions telles quelles en voici un
exemple bien remarquable. » Celui qui pro-
" nonce que tel homme eft libre de croire
» ou de ne pas croire telle doctrine , fe
» rend coupable fouvent d'injuftice , & roujours
de témérité . Qui ne croirait pas
veir dans cette phrafe un blafphême contre
la liberté de conſcience ? Moi , qui fais que
de ce côté là M. l'Abbé Faucher eft irréprochable
, j'ai été long - temps , je l'avoue ,
à deviner fa penfée. Enfin , après avoir relu
plus d'une fois tout le paragraphe , j'ai vu
que toute l'équivoque érait dans ce mot
Libre , placé entouré de maniere à tromper
le lecteur le plus attentif. En effet , ce n'eft
pas de la liberté civile & religieufe des
opinions que M. Faucher veut parler icis
c'eft de la liberté intellectuelle ou métaphyfique
, oppofée à la néceffité. Il veut
dire que le pouvoir de l'éducation , de l'haDE
FRANCE. 65
bitude, des préjugés eft fi fort, que fouvent
Fhomme n'eft pas libre de ne pas croire telle
ou telle erreur, eft néceffité à y croire , & que
par conféquent l'erreur eft excufable. Rien
n'eft plus vrai ; mais il eût fallu s'expliquer
avec plus de clarté.
Ailleurs il nous parle de la douce exiftence
que procurent feules les bonnes vertus
qui nous mettent à l'aife avec la fociété
& avec nous - mêmes : pourquoi cette expreffion
de bonnes vertus ? On dirait qu'il
y en a de mauvaiſes .
Ici , je trouve des paroles pleines de ee
grand fens qui fait fermenter les penſées génireufes
, & qui fuffifent pour jeter les fondemens
de la Patrie. Comment le grandfens
fait il fermenter les penfées ? N'est- ce pas
plutôt le mauvais fens qui fait fermenter
les mauvaiſes têtes ? Et dans tous les cas ,
comment ce qui fait fermenter , peut- il jeter
des fondemens ? Remarquez que c'eſt toujours
faute d'avoir une idée jufte qu'on
réunit des métaphores pour rendre plufieurs.
idées qui ne fignifient rien.
Là j'apperçois Franklin qui fait marcher
de front deux penfées. Il m'eft impoffible
de me repréfenter deux penfées qui marchent
de front.
" A la voix de Franklin , à la voix de
la gloire , parais , jeune la Fayette , ou
plutôt difparais de l'Europe ; montre- toi
» à l'Amérique , &c. «.
»
66 MERCURÈ
Voilà un fingulier compliment : pourquoi
donc M. Faucher veut-il que notre
brave la Fayette ait difparu de l'Europe ,
quand il s'eft montré à l'Amérique : C'eft
au contraire alors pour la premiere fois qu'il
a véritablement paru dans l'Europe ; fufque-
là il y était ignoré. C'eft en fe montrant
à l'Amérique qu'il a fait voir à l'Eu
rope ce qu'il était : il n'a pas ceffé un moment
d'être fous nos yeux. Eft- ce donc à
un Orateur d'ignorer que l'homme ne parait
que dans la gloire , & ne difparaît que dans
L'obfcurité ?
» Ici , Meffieurs , l'intérêt de ce difcours
» augmenic & devient fuprême, & c. «
Point du tour, M. Fauchet , vous vous
trompez : vous prenez une amonce deCharlatan
pour unepréparation oratoire : Ah ! vous
allezvoir ce que vous allez voir, &c. Cela eft
fort bien , quand on montre la lanterne magique.
Celui qui la tient fait bien ce qu'il dit ;
car il eft fûr , comme on fait , de nous montrer
le Soleil & la Lune dans une boîte . Mais
vous , vous n'êtes point fûr que l'intérêt de
votre difcours augmente, parce que le fajets'agrandit;
encore moins qu'il deviennefuprême;
car il fe pourrait faire que l'intérêt du difcours
ne fût pas en raifon de celui du fujet ;
il y en a des exemples. Prenez garde , Monfieur
Fauchet , fuivant le confeil d'Horace,
à la grande ouverture de bouche pour dire
peu de chofe. Vous favez qu'on ne manDE
FRANCE. 67
que jamais d'en rire , & je fais que vous
n'aimez pas qu'on rie.
Jugez vous-même fi je vous avertis mal
à propos . L'intérêt de votre difcours devient
Suprême , dites -vous , parce que vous allez
comparer l'Amérique indépendante avec la
France libre. Vous nous apprenez que la perfection
de l'uniténe pourrait s'établir dans une
multitude de Provinces indépendantes , & vous
en concluez que la forme de République
fédérative convenait feule aux Etats- Unis.
Je ne dirai pas que cela eft vrai , parce que,
tout le monde l'a dit , mais que cela eft
fi clair que tout le monde l'a vu , & quoique
vous le répétiez après tout le monde
il n'y point là d'intérêt fuprême. Mais de
quei vous aviez-vous , en vantant l'unité
monarchique , de nous parler d'un chef im
paffible comme Dieu , & comme lui inva
riable dans la justice ?
Quoi ! c'est vous qui donnez encore dans
ce vieux jargon de l'ancien Régime ? Il n'y
a nulle part de chef impaffible ni invariable
, M. Faucher. Ces hyperboles qu'on
peut permettre dans la Poéfie , font trèsdéplacées
dans un difcours férieux & dans
une mariere fi grave. Quand on apprécie
les Gouvernemens , on ne doit fe fervir que
d'expreffions vraies & raifonnables. La perfection
du nôtre ne tient pas à ce que le
chef foir comme Dieu , nais à ce qu'il puiffe
tre auth paffible & aufli variable que tout
68 "MERCURE
autre homme , avec le moins d'inconvéniens
poffible pour la chofe publique ; à ce que
celle-ci foit fi bien organifée , que le chef
ne puiffe , quoi qu'il faffe , en déranger fenfiblement
le mouvement réglé par la Loi .
ور
M. Fauchet ne s'exprime pas avec plus
de jufteffe fur la Divinité que fur la Royauté.
Il s'adreffe à Dieu dans fa péroraiſon , &
lui dit » Eternel modérateur des forces
» humaines , qui , felon votre parole , difpofez
tour avec un grand refpect pour
notre Liberté, &c. « C'eft fort mal commenter
les paroles de l'Ecriture employées.
dans ce paffage : Cùm magna reverentia dif
ponis nos , veut dire , Vous réglez tout d'une
maniere très-refpectable ; & ces mots ajoutés
par l'Orateur , avec un grand refpect pour
notre Liberté, paraiffent bien étranges , quand
on fonge que les trois quarts & demi du
genre humain font encore efclaves . J'eftime
qu'il y a beaucoup plus d'à - propos dans
ces deux vers d'un homme dont M. l'Abbé
Fauchet fait très - peu de cas , mais qu'on
ne laiffe pas de citer encore quelquefois :
Ofageffe des Dieux ! je te crois très-profonde ;
Mais à quels plats Tyrans as- tu livré le monde !
Volt.
Dans le fait , il eft infiniment probable
que Dieu n'a livré le monde qu'à des loix
générales qui , une fois établies , produiſent
DE FRANCE. - 69.
tous les effets phyfiques & moraux qui
entrent dans la compofition néceffaire du
grand tout , dont nous ne fommes & dont
nous ne connaiffons qu'une très-petite partie.
Les plats Tyrans regnent tant que les fujets
font encore plus plats ; ils tombent quand
les opprimés ont acquis affez de lumieres
pour perdre patience, & le Defpotiſme alors
fait place à la Liberté , qui n'a plus à craindre
que les propres excès. On peut préfumer
encore que notre espece étant perfectible
, & fes progrès les plus marqués
n'ayant eu lieu que depuis peu de fiecles ,
elle marche peut-être à préfent vers un
meilleur ordre de chofes , quoique toujours
néceffairement imparfait ; & comme
elle a épuifé une prodigieufe fomme de
fottifes , fi le chemin qu'elle doit faire en
fe perfectionnant eft auili long que celui
qu'elle a parcouru en fe dégradant , il eft
à croire que du moins nous ferons encore
long- temps fur la route du mieux , & que
nous ne fommes pas prêts à rétrograder.
( D ..... )`
P. S. Depuis que cet Article eft compofé , M.
l'Abbé Fauchet a été élu Député à la nouvelle
Légiflature ; il faut efpérer qu'il y portera un autre
genre d'éloquence qu'au Cercle Social & à la
Bouche de Fer , & qu'il n'y prêchera pas la Loi
agraire & cent autres extravagances pareilles . Au
refte , rien n'empêche qu'on ne foit un bon Patriote
& un mauvais Ecrivain , & c'est tout ce
dont il s'agit, ici.
70 MERCURE
RELATION du Différent, élevé depuis peu,
entre les Archevêques & Evêques d'Allemagne
, & les Nonces du Pape à Munich
& à Cologne ; avec un Recueil des principales
pieces relatives à ce Different ;
traduites de l'Allemand , de l'italien ou
du Latin. Volume in - 12 de 220 pages.
Prix , 30 f. & 36 f. franc de port. A
Paris , chez Leclerc , Libraire , rue St-
Martin , No. 254.
CET Ouvrage n'eft pas tout-à -fait nouveau
, mais il peut aujourd'hui intéreffer
plus que lorfqu'il parut pour la premiere,
fois . Tandis que des Evêques d'Allemagne
nourriffent contre nous des fentimens anti-
Apoftoliques , & veulent mettre pieuſement
l'Europe en feu pour quelques droits qu'il
était peu chrétien d'exercer , & moins chrétien
encore de revendiquer à main armée, il
n'eft pas indifférent de les voir aux prifes
avec l'Evêque de Rome , s'oppoſer à des
vexations réelles , repouffer un nouveau
Nonce, par lequel fon ambitieufe Sainteté
DE FRANCE.
71
voulait tenir plus étroitement en tutelle les
Epifcopats Germaniques , & fecondés par
l'Empereur Jofeph II , renvoyer Ultra
Montes le Nonce Zoglio , fes vaines prétentions
, & fes Ordonnances prématurées.
Au moment où l'antique édifice de l'autorité
papale s'écroule de toutes parts ,
où ce n'est plus en France qu'une mafure ,
où l'on ofe même en Portugal analyfer la
Confeffion de foi de Pie VI , comme vient
de le faire , le Pere Antoine Figueoredo ,
on peut être curieux de favoir ce que ce
même Pape ofait encore , il y a peu d'années
, tenter en Allemagne , pour y étendre
une autorité ufurpée que toute l'Europe
fe laffe enfin de reconnaître.
On doit donc rechercher ce petit Livre ;
& fi on le lit fans plaifir , on ne le confervera
pas fans utilité, comme piece fervant
au grand Procès intenté par la Raifon à la
Tyrannie la plus déraifennable & la plus
funefte qui ait opprimé l'efpece humaine ;
Procès que Rome ne peut manquer de
perdre bientôt avec dépens .
( G ....... )
72 MERCURE
SPECTACLES.
LEJE Conciliateur ou l'Homme aimable >
Comédie en 5 Actes , donnée le Lundi 19
de ce mois, au Théâtre de la Nation , eft en
effet un homme fort aimable , car il cherche
à plaire à tout le monde. Peut- être la grande
habitude qu'il a de prodiguer la louange ,
la fouplelle avec laquelle il fe plie à tous
les avis , l'art avec lequel il faifit le faible
de tous les efprits pour en cirer avantage;
peut- être , dis-je , un pareil caractere n'eft
il pas exempt du reproche de diflimulation ,
& même de faufleté. Tel eft pourtant le
principal Perfonnage de cette Piece.
On y voit encore deux rivaux affez peu
favorités par l'Amour , dont l'un plaît au
pere , & l'autre à la mere ; dont l'un et
un fat , & Fautre un langoureux Philinthe.
On ne voit pas là de quoi tirer des réfultats
d'un comique bien original : encore moins
dans deux tantes de so ans , ayant toutes
les prétentions de la jeuneffe ; dont l'une
eft une prude à fentimens , & l'autre joué
la vivacité , & même l'étourderie, en affurément
n'eft plus commun au Théâtre , n'eft
plus reffafle que ces deux caracteres.
Ceux du pere & de la mere de la jeune
perfonne ;
DE FRANCE, 73
perfonne ; d'un homme faible , qui fait femblant
d'être le maître ; d'une femme impérieufe,
qui commande toujours en paraiſlant
obéit, n'offrent pas plus d'originalité. Ajoutez
y une jeune perfonne amoureuſe &
naïve , une Soubrette intrigante & fpiriruelle
; vous n'aurez encore rien de neuf ,
& qui paraiffe devoir piquer la curiofité.
Cependant , comment fe fait - il que la
Piece où figurent ces divers perſonnages ait
eu un grand fuccès , & que ce fuccès foit
mérité c'eft que le principal perfonnage ,
celui du Conciliateur , montre des vertus
qui mettent fa franchife à l'abri de tout
Loupçon ; c'est que fa délicateffe prouvée
détruit tout ce que fes flagorneries habituelles
pourraient avoir d'odieux ; c'eſt qu'enfin
c'eft de très bonne foi qu'il intéreſſe.
C'eft que tous les autres perfonnages
font fi bien & fi adroitement fubordonnés
à celui- là , qu'on ne s'embarraffe pas s'ils
font d'une inventionmouvelle; il fuffit qu'ils
concourent à l'effet général, par des moyens
qui appartiennent tout entier aux talens de
l'Auteur. Qu'importe en effet que des caracteres
foient connus , fi l'Auteur a fu les
mettre dans des poſitions nouvelles , & s'il
fe les eft appropriées ? Donnons fommairement
une idée de l'intrigue.
L'homme aimable, neven de Dorval , &
fe nommant Dorval lui - même , mais ne
N°.41. & Odobre 1791 .
D
74.
MERCURE
"
paraiffant que fous le nom de Melcour ,
le préfente chez Mondor , pour une entreprife
bien délicate ; il prétend raccommoder
Mondor avec fon oncle , qu'un procès
a brouillés irréconciliablément. Ce Mondor
elt d'un entêtement extrême ; le nom feul
de Dorval & tout ce qui lui appartient
lui eft en horreur : toute fa maifon partage
ce fentiment , & c'eft ce fentiment que Melcour
prétend vaincre. Il veut plus ; ameureux
de la fiile de Mondor , il veut obtenir
fa main comme le gage d'une parfaite réconciliation
.
Nous he détaillerons point par quel
moyen il triomphe de cette haine obitinée ,
-comment il vient à bout de féduire & de
Ae concilier le pere , la mere , les deux tantes ,
la Soubrette, & jufqu'à fes deux rivaux , dont
il arrache l'eftime en les empêchant de ſe
couper la gorge. Il parvient ainfi à obtenir
la main de Lucille ; mais c'elt fous le nom
de Melcour, & fa délicateffe nelui permet
pas de diffinaler celui de Dorval. Cer avea
renverfe toutes les eſpérances ; l'entêtement
de Mondor , fondé fur fon amour- propre ,
, eft le plus fort.
C'est aujourd'hui que fe juge le procès.
Dorval a offert, avant le jugement , de céder
une partie de fes droits , & même tous. On
Je setule, lejugement arrive, & c'eft Mondo
qui a gagné. Dorval au défefpoir n'a
"Pplluuss qu'à demander lui - même la grace
7
DE FRANCE. 75
qu'il avait offerte ; & comme il eft plus
doux d'accorder une grace que de la rece
voir, Mondor triomphant devient capable
d'une action généreufe , & il accorde à
Dorval ce qu'il n'avait pas voulu recevoir
de lui.
Le mérite principal de cet ouvrage eft
le ftyle & la verfification ; non pas qu'ils
foient d'une correction extrême , mais il eſt
impoffible d'y défirer plus d'éclat & plus
d'efprit. Toute la Piece fourmille de traits
inattendus & faits pour exciter l'enthou
fiafme. Auffi eft- ce le fentiment que cett
Piece a excité. L'Auteur , M. Dumouftiez ,
a commencé fa réputation par des Lettres
en profe & en vers fur la Mythologie , qui
font très- eftimées. Il l'a foutenue , au Théâ
tre de la rue Feydeau , par plufieurs effais
agréables ; mais il n'avait nulle part encore
développé autant de talent. Quand
M. Dumouftiez vondra s'écarter un peu
des routes trop pratiquées , & appliquer
la magie de fon tyle à des canevas plus
eriginaux , nous croyons qu'il n'eft point
dans la carriere dramatique de rang auquel
il ne puiffe prétendre.
Cette Piece eft jouée avec un enfemble
parfait , qui ne pourrait être détruit que par
la fupériorité de M. Fleury , fi parmi des
Acteurs excellens la fupériorité de l'un d'eux
pouvait réellement nuire à l'enfemble . On
Dz
76
MERCURE
diftingue encore Mlle. Mezeray, jeune Débutante
qui annence un talent précieux ;
il eft bien à défirer que ce Théâtre, le ſeul
encore qui dans la Comédie , conferve une
fupériorité marquée , s'efforce , par de ſemblables
acquifitions , de réparer les pertes
douloureufes qu'il a faites , & celles dont
il eft menacé.
THEATRE de la rue Feydeau.
-3.5-
LES
repréféntations de Lodoïska fe continuent
avec beaucoup de fuccès . La mufique,
à qui l'on a reproché du luxe , mieux
exécutée & mieux fentie , fe trouve n'être
que riche : les principaux Acteurs chantent
mieux leurs rôles , & l'on s'apperçoit qu'il
ya du chant où l'on craignait d'abord qu'il
ne fût trop négligé ; & qu'où il n'y en a
pas , il eût été à peu près inutile qu'il y
en eût enfin l'enfemble général de la r--
préſentation eft parvenu à fon point de
maturité , & ce point était difficile à acquérir
; ce n'eft pas une épigramme que
nous voulons faire , mais nous ajouterens :
pour des Français . Plus nous avons acquis
en mufique depuis quelques années , plus.
nous devons fentir & avouer
franchement
ce qui nous manque : or , la partie de l'enfemble
n'eſt pas encore celle où nous ayons
fait le plus de progrès : celle de l'Orcheſtre,
DE FRANCE. ダブ
dans cette Piece , gagne beaucoup à être
étudiée. On y découvre une foule d'inten
tions dramatiques , de traits pittorefques
& fpirituels qui devaient néceffairement
échapper aux premieres repréfentations.
Qu'il y ait furabondance d'effets , & manque
de repos & de fimplicité , cela eft trèspoffible
; mais il ne ferait peut - être pas
auffi facile qu'on peut le croire à M. Che
rubini de fe modérer à cet égard. Cela paraît
venir en lui d'une fécondité d'idées
muficales que tout un Orchestre fuffit à
peine à exprimer , fur - tout lorfque c'eſt
prefque uniquement à l'Orchestre qu'il peuc
fe fier pour les rendre. Le coftume & les
décorations font d'une richeffe & d'une
beauté parfaites. La deftrnction du château
de Dourlinsky offre le fpectacle le plus
frappant & le plus , terrible. On ne peut
porter plus loin l'imitation des objets &
Lillufion théâtrale.
Gette même Piece ( la même au moins
pour le fujet ) -s'exécure en même temps int
le Théâtre Italien . Il pourrait être curieux
de les comparer l'une à l'autre ; mais c'eft
fur-tout en les vovant au Théâtre que le
parallele ferait intéreffant.
Le premier Acte des deux Pieces eft
prefque le même , parce qu'il appartient
D ;
78
MERCURE
prefque en entier au Roman. C'eft du
moment que Lovfinsky est entré dans le
château , que les deux Auteurs ont faivi
une route différente. Celui du Théâtre
Italien a développé, dans ce fecond Acte,
des intentions dramatiques qui y répandent
beaucoup d'intérêt ; il a eu l'art de
s'approprier fon fujet. Lovfinsky , furpris
par fon rival , & un rival furieux , fe
tirant noblement d'un fi mauvais pas ; ce
même Lovfinsky, préfenté à Lodoiska par
fon perfécuteur fans qu'elle ait pu en être
prévenue , & trouvant moyen de mettre à
profit jufqu'au tranfport indifcret de celle
qu'il aime , jufqu'à l'aveu qui devait le
trahir : tels font les moyens qui ont foutenu
la Lodoiska au Théâtre Italien , aidés
d'un ftyle fort agréable & très- foigné
& d'une mufique qui , fans avoir de prétention
, offre un chant gracieux & facile.
Les décorations n'ont pas cet effet prefque
magique de celles de la rue Feydeau ; cependant
l'incendie eft fort bien exécuté
& peut fatisfaire pleinement ceux qui ne
comparent point à l'autre.
DE FRANCE. 79
NOTICES.
Les Mariages heureux , ou Empire du Divorce;
fuivi d'une Réfutation des Ouvrages contre le
Divorce; par M. P... Juge de Brives .
( Le Divorce eft le Dieu tutélaire des Ma
Emp. du Div. page 17- riages. )
Prix , 12 f. & 18 f. franc de port par la Pofte.
Se trouve à Paris , chez Laurens jeune , Impr-
Libr.. rue St-Jacques , Nº. 37-
La question du Divorce portant fur une des
pofitions les plus délicates de la vie , l'une de
celles auxquelles prefque tout le bonheur ou le
malheur eft attaché , ne faurait être trop éclaircte.
Les Auteurs qui attaquent le Divorce , commencent
néanmoins à devenir de plus en plus
rares™ & leurs adverfaires femblent acquérir
chaque jour de nouvelles armies contre eux.
>
Etat moral , phyſique & politique de la Maifon
de Savoie ; on y a joint une efquiffe des Portraits.
de la Maifon régnante. 1 Vol. in- 8 ° . Prix, 2 l..
br. & 2 liv . 8 f. franc de port par la Peftt. A
Paris , chez Baifon , Imp-Lib. rae Haute-feuille ,
No. 20.
La Maifon de Savoie ne joue pas dans ce
moment un rôle bien éclatant fur la scène politique
; mais les circonftances du jour , qui ne
feront peut-être pas celles d'après - demain , répandent
fur elle une forte d'intérêt qui doit faire
recevoir avec empreffement l'Ouvrage que nous
annonçons. Il eſt toujours bon d'ailleurs de conmaître
l'Hikoire des Princes..
}
80 MERCURE
De l'Amour & de fa puiffance fuprême , ou
Développement de fus ceuvres dans la Nature &
dans nos coeurs ; par M. Chevret , pour fervic
de fuite & de complément à fon Epitre à l'Humanité
& au Manul des Citoyens.
Tableau central des opinions & de l'Education
publique , ou Développement du fpectacle de la
Nature , de l'unité & de la tinité de fon principe
, & l'accord de la Philofophie & de la Religion
. Tableau deftiné à accompagner l'Ouvrage
intitulé , de l'Amour & de fa pulance , & c. A
Paris , chez l'Auteur , rue Colbert, Nº . 281 .
Ce Tableau très -compliqué , annonce beaucoup
d'adreffe & de patience ; & il y a dans
les explications , à ce qu'il nous a femblé , beaucoup
de métaphyfique , & même de Religion.
Contes & Idylles , par Augufte - Hilarien de
Keratry. Prix , 36 f. br. A Paris , de l'Imprimerie
de Didot jeune ; & fe trouve chez les Ms. de
Nouveautés .
Il y a du courage à M. Keratry de faire paraître
dans ce moment-ci un Ouvrage de littéra
toré agréable. Au furplus , c'eft le courage du
talent ; il ferait bien à défirer que ceux qui en
ont , comme l'Auteur de ces Idylles , nous ren
diffent le fervice de femer de quelques fleurs les
épines de la Politique. Ce n'eft pas déferter les
drapeaux de la Patrie que de vifiter quelquefois
les Mufes y & le Civilme le plus ardent pour
avoir befoin de temps en temps de diftraction.
I en eft peu de plus agréable que ecile que
procurera fans doute la lecture des Hyles de se
nouvel Eleve de Geffner.
DE FRANCE. $1 ❤
Bibliotheque de l'Homme public , ou Analyfe
raifonnée des principaux Ouvrages Français &
Etrangers , &c. &c. Tomes IV & V. 2e. Année.
A Paris , chez Buiffon , Imprim - Libr. rue Hautefeuille
, No. 20.
Cet abrégé d'Ouvrages , que les circonftances
rendent intereffant , devient de jour en jour plus
précieux par le choix éclairé des Rédacteurs."
10. Livraifon des Antiquités Nationales , ou
Recueil de Monumens , &c. &c . On fouferit à
Paris , chez M. Drouhin , rue St - André , Nº . 92 ,
Le fuccès continue d'encourager les foins que
les laborieux Editeurs de cet Ouvrage continuent
de fe donner.
Effais fur les moyens de former de bons Méde=
cins , fur les obligations réciproques des Médecins
& de la Société ; partie d'un projet d'Education
nationale , relative à cette Picfellion : par
M. J. J. Menuret , Docteur , & c. A Paris , chez
l'Auteur , rue St-Honoré , près celle de l'Echelle ;
& chez Belin , Lib. rue St-Jacques , près St-Yves.
:
Cet Ouvrage indique aux Médecins & aux
autres Miniftres de la fanté , leurs devoirs & leurs.
droits à la Société , la maniere de connaître &
de diftinguer ceux qui , dans cette partie inté
reffante & délicate , font dignes de fupporter le
pénible & honorable fardeau de la confiance pa
blique aux Repiéfentans de la Nation , par
quels moyens la réunion de la fcience & de la
vertu , plus néceffaire dans cette Profeffion que
dans toute autre , peut être procurée , confiarée &
encouragée. Les principes & les vues de l'Auteur
font aufli louables que fes intentions & les fantimens.
MERCURE
GRAVURES.
-
Tableaux , Statues , Bas Reliefs & Camées
de la Galerie de Florence & du Palais Pitti ;
deffinés par M. Wicar , Eleve de M. David ,
Peintre du Roi , & gravés fous la direction de
M. Lacombe , Peintre ; avec l'explication des
Antiques , par M. Mongez l'aîné , de l'Académie
des Infcriptions & Belles -Lettres , & c. Imprime's
avec les caracteres gravés & fondus par P ... L ...
Vaffard . 9e. Livraifon. Prix , 18 livres , papier
d'Annoday.
On donnera d'ici à la fin de l'année la Planche
gravée du Frontiſpice..
On ne peut s'adreffer dorénavant, pour la Soufcription
& diftribution de cet Ouvrage , qu'à M.
Lacombe , Peintre - Editeur , rue de la Harpe
No. 84, près la place St-Michel.
Aucune Livraifon ne le cede en beauté aux
précédentes , & elles donnent l'efpoir fondé de
recevoir de nouveaux Chefs - d'oeuvres dans les
nouvelles Livraiſons.
Plan de la Ville & Fauxbourgs de Paris ,
divifé en fes 48 Sections , décrété par l'Affemblée
Nationale le 22 Juin 1790 , fanctionné far le
Roi.
Ce Plan eft le feul que l'Affemblée Nationale
a accepté pour la divifion des Sections. Se trouve
à Paris , chez Defnos , Ingén. Géog. rue Saint-
Jacques , N. 254.
DE FRANCE.
Les Regrets mérités , gravé d'après le Tableau
peint par Mlle. Gerard ; par M. Delaunay , Grayeur
du Roi.
Cette Eftampe fe trouve à Paris , chez M.
Delaunay l'aîné , rue Saint - André - des - Arts ,
Nº . 43. Elle eft d'un effet très- agréable .
Louis XVI à l'Affemblée Nationale accepte
folennellement la Conflitution ; Eftampe gravée
par M. David , Membre de plufieurs Académies ,
d'après M. Lejeune , Peintre du Roi de Proffe.
Prix , 12 liv.; & les premieres épreuves fur pap.
vélin au biftre anglais , 24 liv. A Paris , chez
M. David , rue Pierre- Sarafin , N. 13. Elle eft
très-bien détaillée , & fait honneur aux talens de
M. David.
Serment Civique au Village de N.... en Février
1790; dédié aux bons Villageois. Se vend
Paris , chez M. Rozier , Peintre , rue du Fauxbourg
Montmartre , vis - à - vis la Boule Rouge ,
N °. 1 ; & au Café de Flore , perte St -Denis.
Cette Eftampe eft bien compofée & d'un trèsbon
effet elle rend parfaitement tout ce qu'une
pareille cérémonie a de touchant & d'augufte.
:
Barriere des Champs-Elyfées.
Premier Mai donné à la ville de Paris par l'Affemblée
Nationale , qui fupprime tous les Droits
d'entrée aux Barrieres.
Cette Eftampe , pour fervir de pendant à celie
du Champ de Mars , qui a été dédiée à l'Affem.84
MERCURE
DE FRANCE.
blée Nationale , eft de 13 pouces de hauteur fur
20 de longueur , gravée à quatre Planches en
couleur , produit un effet pittorefque & trèsintéreflant
le travail en eft bien foigné , &
l'enfemble fort agréable. Prix , 6 liv. & 12 liv.
encadré , pour Paris ; & pour les Départemens
8 liv. & 16 liv . franc de port. S'adreffer au Prix
fixe , à côté du Spectacle de Montenfier , an
Palais-Royal ; & à M. le Directeur des Abonnemens
des Ouvrages périodiques pour Paris , Hótel
général des Poftcs , rue J. J. Rouffeau ; & chez
Mad. Lagrie , Marchande Papetiere , rue de Marivaux
, près la Comédie Italienne ,
Nota. On doit affranchir la port des lettres &
l'argent.
A VIS.
Les perfonnes qui défireront acquérir le modele
de la Baftille & fon Baſtion , qui fent pofes
au Salon des Tableaux du Louvre , voudront bien
s'adreffer au Sicur Pommay , Collége des Tréforiers
, place Sorbonne , à Paris. Le prix, en plâtre,
eft de 300 liv.; & avec les verres , 350.
IMPROMPTU.
TABLE.
~ Le Temps & l'Amour.
Charade , Enig . Logog.
Eloge civique.
49 Relation.
30
Spectades.
54/Nocices
.
MERCURE
HISTORIQUE
ET
POLITIQUE.
ALLEMAGNE.
De Hambourg, le 22 Septembre 1791 .
>
A LA fin du mois d'Août dernier , le Roi
de Suède , touché du zèle que montra la
Bourgeoifie de Stockholm dans la garde
de la ville & du château , pendant le féjour
de S. M. en Finlande , a limité la
Jurifdiction de police qu'exerçoit le Gouvernement
fur la capitale , & étendu à cet
égard les attributions de la Régence Municipale.
Celle- ci a confacré la mémoire
de cet évènement par une médaille d'or ,
qu'un Députation du Magiftrat & de la
Bourgeoife a remife au Roi & à la Famille
Royale. On avoit oublié tout nouveau
départ de S. M. S. & l'efcadre de
Carlfcrona , lorfque les lettres du 13 nous
ont informés
suivant le bruit général,
N°. 41.8 Octobre 1791 . D
( 74 )
on avoit repris avec vigueur les travaux
de l'armement , & qu'un Corps de 12,000
hommes , préparés depuis l'Eté à un fervice
quelconque , venoit de recevoir ordre
de le réunir à Cailfcrona , & de s'y embarquer.
Auffi-tôt on a défigné le Roi ,
comme devant en perfonne commander
cette expédition inconnue ; enfuite le Pu
blic a nommé le Baron de Taube .De ces
variantes , il ne réfulte que de l'incertitude
; mais il eft sûr , du moins , que le
Duc de Sudermanie s'est rendu à Carlfcrona.
Des nouvelles ultérieures , plus préciſes ,
ROUS apprendront ce qu'il faut croire de
cet armement & de fa deftination .
Il eft faux que la flotte Ruffe ait été
défarmée en entier. La divifion de Cronf
tadt a fubi ce défarmement ; mais , celle
de Revel , compofée de 12 vaiffeaux de
ligne , refte complettement armée , ainfi que
la flotille de galères qui n'a point quitté
le golfe de Finlande .
- De Vienne , le 25 Septembre.
Le Couronnement de l'Impératrice à
Prague , comme Reine de Bohême , s'eſt
fait le 12 cette Princeffe a reçu la Couronne
des mains de fa fille l'Archiducheffe
Marie -Anne , Abbeffe du Chapitre noble
de Hradfchin. LL. MM . ont dû quitter
Prague hier ; Impératrice ramène ici la
Famille Royale ; mais l'Empereur qui c
doit
( 75 )
---
viter les principales places de la Bohême
& de la Moravie , n'eft attendu ici que
dans trois femaines. Il paroît qu'au retour
de ce Monarque , l'un des premiers
travaux du Gouvernement aura pour objet
l'Adminiftration des Etats Provinciaux
dont les Préfidens , Tous le nom de Capitaines
, ont été mandés ici en confultation.
Les Etats d'Autriche , de Carinthie & de
Styrie ont adreffé à l'Empereur un nouveau
Mémoire , par lequel ils demandent
des changemens affez importans , pour
obvier à des abus généralement fentis.
La réduction d'un bataillon par Régiment
, & celle d'un nombre d'hommes
par Compagnie , n'eft point générale , ainſi
que nous l'avons fait obferver dernièrement.
On laiffe fur le pied de guerre , non-feulement
les Corps militaires cantonnés aux
Pays- Bas , & ceux qui doivent y paffer ;
mais encore 11 Régimens Hongrois , &
cinq Régimens d'Infanterie Allemande . La
Cavalerie ne fubit aucune réduction . Voilà
à quoi fe réduit ce prétendu défarmement
général dont parlent les Gazetiers . Pendant
la guerre , nous avons eu 370,000 hommes
far pied ; ces forces exorbitantes ne font
plus néceffaires , en fuppofant même que
la Maifon d'Autriche voulût concerter
quelqu'entreprife nouvelle , foit avec l'Empire
, foit avec d'autres Puiffances. Par
l'établiflement ordinaire de paix not
·D 2
(176 )
armée irefte à 250,000 combattans effectifs .
Or , comme le plan de réduction excepte
plus d'un tiers des Régimens , il en résulte
que nos forces effectives feront d'au moins
280,000 hommes , après la réforme ordonnée.
Ce dénombrement inconteſtable peut
être facilement vérifié par ceux qui ont notre
état militaire entre leurs mains.
Un Courrier Ruffe , arrivé ici le 14 , chez
l'Ambaffadeur de Ruffie , a confirmé la nouvelle
d'un combat naval , livré le 23 Août , à quelques
milles du Canal , entre l'efcadie Ruffe , commandée
par l'Amiral Uschakow , & celle du
-Capitan Pacha . L'efcadre Ruffe , compofée de
10 vaiffeaux de ligne , & de 14 frégates , atteignit
celle du Capitan Pacha le 23 ; elle eut l'avantage
du vent , & put en conféquence fi bien
diriger fon feu , qu'elle endommagéa l'efcadre
Turque . Celle- ci étant rentrée promptement dans
le Canal , l'action eſt reſtée indécife. Bientôt
après cette affaire , que les Turcs racontent
tout différemment , on reçut à Conftantinople
Favs de la conclufion des préliminaires entre le
Grand- Vifir & le Prince Repnin .
S
扈
7
PAYS- BAS.
De Bruxelles , le 1er. Odobre.
Lorfqu'à l'approche de fes armées , le
Gouvernement , fans combattre , vit pffer
toutes les réfiftances, & difparoître la République
fédérative de M. Van der Noot , il he
put fe méprendre fur les vrais motifs de cette
(( 77 )
réfipifcence , ouvrage de la peur. Les Fac
tieux , cependant , s'étant apperçus qu'ils en :
étoient quittespour des amnifties , qu'on leur
laiffoit le pouvoir d'exercer encore leur turbulence
, & que l'Empereur avoit la bonté
de compter les ramener par des déclarations
paternelles , ils confervèrent leurs efpérances.
Bien loin de fe féliciter de la condefcendance
du Souverain , ils s'étudièrent
fans relâche à en abufer. Le Brabant venoit
de recouvrer fes anciens droits ; les
Etats perfévérèrent à fe conduire comme à
l'époque où ils les avoient perdus. On eut
foin d'entretenir la fermentation dans les
villes , & de ramener fans ceffe les demandes
propres à l'augmenter. La haine
de parti furvécut au rétabliffement de
l'ordre , & travailla à le troubler de nou
veau. Preffé entre la rage des adhérens de
Van derNoot, & la chaleur des Vonckiftes,
le Gouvernement tint entr'eux une balance
vacillante ces tempéramens les aigrirent
de plus en plus , & , pour ne les avoir pas
facrifiés l'un à l'autre , il parvint à les mécontenter
tous. Par philantropie , on laiſſa
impunis des défordres & des tentatives :
on efpéra qu'à force de ménagemens , on
concilieroit tous les intérêts à celui de la
paix publique.
Jamais politique ne fut plus malheureufe.
Soit que les Factieux , ainſi qu'autoriſent à
le croire des indices fur lefquels le Gou-
D 3
( 78 )
vernement a fermé les yeux , fuffent excités
du dehors à créer des embarras au
Gouvernement , & à reprendre la poſture
révolutionnaire ; foit que la violence naturelle
des efprits & des prétentions ranimât
feule l'incendie amorti , les étincelles
ont éclaté de jour en jour avec plus de:
force. Au moment où nous écrivons , l'effervefcence
elt auffi grande qu'elle le fut
au commencement de 1789 .
On fe rappelle qu'en reprenant fa domnation
, Empereur fit exclure du Confeil
de Brabant , cinq Membres qui y avoient
été portés par les Révoltés , en méme.
temps qu'ils chafsèrent ceux qui reftotent
fidèles au Souverain. Les Etats n'ont ceffé
de réclamer la réintégration de ces cinq
Confeillers ; ils l'ont pourfuivie avec autant
d'opiniâtreté , que le Gouvernement a
mis de fermeté à s'y refufer. Cette querelle
n'étoit qu'un prétexte d'oppofition.
plus déclarée ; celle- ci , en effet , a folem-
Hellement éclaté le mois dernier.
Le moment de décréter les fubfides
étant arrivé , les neneurs des Etats , & fpécialement
les Membres du Clergé & de la
Nobleffe , ont fait arrêter le 10 Septembre ,
une remontrance , où les Etats concluent
à refufer tous fubfides jufqu'à ce que le
Gouvernement leur ait accordé fatisfaction.
Le Gouvernement a cru les ramener
à la réflexion par un délai de deux jours ;
( 79 )
mais la délibération du 12 , quoique trèstumultueufe
, a produit le même réfultat
que1la précédente. Les Etats réfólurent ce
jour là , qu'attendu le cri de leur confcience ,
ils s'oppoferoient à l'octroi des fubfides , tant
que les cinq Confeillers ne feroient pas rétablis
dans leurs fonctions , tant que la totalité
des Couvens fupprimés ne feroit pas
rétablie , enfin tant qu'on perfifteroit
dans les exceptions à l'Amniftie générale.
( Ceci regarde Van der Noot, Van Eupen ,
&c. ) A ces demandes ils ajoutèrent celle
du rétabliffement complet de l'Univerfité
de Louvain dans fon état primordial , &
de la réunion des Duchés de Brabant & de
Limbourg, Ce refus conditionnel , accompagné
d'une Proteftation en forme contre
la légalité du Confeil de Brabant , ayant
été remis au Chancelier de Crumpipen , le
Gouvernement a, fait rendre aux Etats leur
remontrance & inftruit l'Empereur de
l'état des chofes .
"
De leur côté , les Factieux & leurs auxi
liaires étrangers , ont repris l'arme des Libelles
incendiaires : le Gouvernement vient
de promettre 200 ducats à celui qui dénoncera
les Auteurs de deux de ces Ecrits
intitulés , le Cri des Brabançons , & Avant-
Coureur du Manifefte Belgique . Ces pourfuites
ne guériront pas le mal . Rien n'eft
oublié pour échauffer de nouveau le Peu
ple , & même pour corrompre les Régi-
C DUST
4
( 80 )
mens. Ces pratiques infâmes n'ont eu , ni
ne peuvent avoir aucunfuccès fur les Régimens
Hongrois ou Allemands ; mais il n'en
eft pas de même de deux Régimens Wallons,!
peuplés de Déferteurs François. Celui de
Murray, en particulier , où , dit-on , on a eu
l'imprudence de faire rentrer 1200 foldats
qui , dans le temps , abandonnèrent leurs
drapeaux , pour fuivre l'armée Braban-
Conne , a obligé fes Chefs de maintenir
la difcipline par des exécutions réitérées .
Si le Gouvernement témoigne encore de
la foibleffe , & cède aux avis de quelques
hommes , plus effrayés des troubles
populaires qu'exercés à les réprimer , il fe
trouvera en peu de femaines , obligé de
plier , devant l'obftination des Factieux ,
ou de déployer enfin toute la fevérité de
fa puiffance.
•
On peut juger par ce tableau fidèle de
l'effronterie de je ne fais quel Gazetier François
, qui pour faire fa Cour aux badauts
de fon pays , a ofé imprimer à Paris que,
notre Confeil de guerre venoit de lui envoyer
les regiftres , & de lui communiquer
un plan de réduction, fuivant lequel la moitié
de notre armée feroit congédiée . Nous
pouvons certifier que loin que l'on fonge à
faire partir un feul foldat , nous recevrons
avant l'hiver les régimens de Neugebauer &
de Bender , mis au complet de guerre . Rien
de moins sûr , d'ailleurs , qu'on fe bornera
( 81 )
à ce renfort ; mais jufqu'à ce jour , nous
ne connoiffons d'autre départ avéré que
celui des deux Régimens dont nous venons
de donner les noms , & des Cuiraffiers de
Hohenzollern , deftinés d'abord pour Fribourg
, & qu'il eft queftion de faire arri
ver dans nos Provinces.
FRANCE.
De Paris , le 4
Odlobre 1791.
Enfin , au bout de 29 mois de fouverai
neté Affemblée nationale vient de pofer le
fceptre de la France. Par la nature de fes opétions
, elle s'eft placée aux yeux de l'Eu
tope dans une fituation telle , que le titre
de la plus fage , ou de la plus infenfée des
Légiflatures , lui eft immanquablement réfervé
.
: Bravant l'expérience , les autorités , les
contradictions , elle a dédaigné les routes
fuivies par tous les Législateurs du monde
connu , pour adopter les leçons qu'enfanta
le délire , ou la profonde fageffe de quel
ques Novateurs.
Si ' cette épreuve légiflative fur vingtcinq
millions d'hommes eft juftifiée par
l'expérience , fi elle procure effectivement
aux Peuples une maffe de bonheur fupé
rieure à celle qui , jufqu'à ce jour , fut le
DS
( 82 )
མ་
partage des fociétés politiques , on accor
dera à ces Législateurs extraordinaires ,
tribut d'éloges exclufif & bien mérité.
Siau contraire , les faits démontrent
impraticable l'application de ces fyftêmes
hafardés , fi les défordres , l'immoralité ,
la licence de l'anarchie qui en ont été les.
premiers fruits, fe prolongent par les mêmes
caufes ; fi , par l'obftination coupable des .
Légiflateurs , les malheurs de la France s'accroiffent
au lieu de diminuer , on regardera
comme une vile charlatanerie cet emploi
continuel des mots de raifon , de liberté,
d'humanité , rien ne fauvera ceux qui
les ont prodigués , du mépris & de l'exécration
du genre humain.
C'eft là une terrible alternative pour tout
homme qui , avec des principes , je ne dis
pas de confcience , mais dé refpect pour fa
réputation , veut fe donner le temps de
réfléchir. Trois claffes d'hommes courent
feuls le hafard de s'y expofer ; les Héros ,
les Scélérats , & les Fous . Ainft, les Mem
bres de la Légiflature expirée doivent s'atr
tendre à être cités , dans l'avenir , comme
des prodiges de perverfité & de démence ,
ou comme des prodiges de fagetie & de
vertu , fans qu'ils puiffent fe plaindre de
cette rigoureufe épreuve , puifqu'ils s'y
font volontairement foumis.
Sans préjuger d'avance les arrêts de l'or
pinion contemporaine & de la poftérité
( 83 )
miné
robfervateur impartial découvre déjà de
triftes augures de leur févérité. A moins de
démentir des faits pofitifs & avérés , l'Af
femblée conftituante ne peut diffimuler
que , par le réfultat de fes dogmes & de
fes opérations , elle laiffe tout principe religieux
anéanti , les moeurs au dernier terme
d'impudence , tous les vices en liberté
le droit de propriété attaqué
dans fes fondemens ; nos forces de terre
& de mer en pire état qu'à l'ouverture
de fon règne qu'elle a ébranlé ,
finon anéanti les principes de toute conftitution
militaire; qu'elle laiffe nos finances
dans l'abîme , la dette publique confidérablement
accrue , le déficit annuel augmenté
de moitié , fuivant les Calculateurs les plus
favorables les impofitions arriérées , Tufpendues
, frappées dans leur fource par la
hardieffe d'un fyllême abfolument nouveau
, dont la conféquence immédiate a
été d'habituer les Peuples à le croire libérés
de taxes . Elle ne peut fe diffimuler que
notre influence, notre confidération en Europe
font éclipfées ; que notre commerce
eft moins floriffant , nos manufactures
moins productives, notre population moins
nombreufe; que la fonime des travaux eft
diminuée , ainfi que la richeffe nationale ;
qu'elle a fait difparoître le numéraire , diffipé
une fomme énorme de capitaux pu
blics ; qu'enfin , notre Police intérieure ,
A
D 6
( 84 )
malgré fes nombreux furveillans , eft plus
oppreffive , moins sûre qu'elle ne l'étoit
avant la Révolution.
le
Nous ajouterons , & on ne pourra
contefter que , dans tous les états , le nombre
des malheureux eft arrivé au plus effrayant
degré , que la misère & le défefpoir couvrent
d'un crèpe funèbre les chants de
triomphe , les illuminations , les Te Deum
& les harangues congratulatoires. Je ne parle
pas du Clergé & de la Nobleffe : leur état
& leur naiffance les ayant rendu criminels
aux yeux du Parti dominant , leurs malheurs
font fans doute des punitions légitimes
, & quatre ou cinq cents Farticuliers
s'étant rendus inviolables , ont eu le
droit de difpofer de leur fort , comme le
Juge difpofe de celui des malfaiteurs . Mais
je demande qu'on m'indique , à l'excep
tion des Agioteurs , une feule claffe quel-
Conque de François , dont la fortune n'ait
déchu , dont les reffources & le bien-être
, ne foient douloureufement atteints ?
Pour apprécier juftement la conduite de
nos premiers Législateurs , il faut écarter
le fophifme par lequel ils ont conftamment
fafciné le vulgaire , en mettant la fituation
actuelle de la France , en parallèle avec
les réfultats défaftreux du plus horrible
defpotifme. C'eft-là une très fauffe
-pofition , à laquelle les fourbes & les fots
ent toujours foin de revenir. Un nombre
( 85 )
immenfe de Citoyens ne veut pas plus de
l'ancien que du nouveau régime, & ce n'eſt
point fur la réforme du premier que
tombent les reproches dout ils accablent
le fecond. Pour furmonter leur défappro →
bation , il faut prouver que, fans les opérations
de l'Affemblée , fans les défaftres
publics & particuliers qu'elles ont néceffités
, la France n'eût jamais acquis la li
berté , la sûreté des biens & des perfonnes,
la fécurité qui eft la première condition
d'un bon Gouvernement , la paix qui en
eft le figne , l'égalité politique , l'abondance
, la force , l'ordre , la conſidération
univerfelle. Il faut prouver encore que
l'Affemblée n'a pas eu d'autre choix d'inf
titutions , qu'aucun milieu ne s'eft préfenté,
& que le feul Gouvernement convenable ,
elle l'a proclamé , parce que nul autre ne
préfentoit des avantages fi certains , ni un
avenir plus évidemment fatisfaifant.
J'invite quelqu'un de nos Légiflateurs ,
M. le Chapelier , par exemple , à employer
fes loisirs à cette falutaire démonftration ;
elle aura plus de force & d'efficace que
les félicitations de l'Aflemblée à l'Affemblée
, que les beaux mouvemens de M.
Paftoret , que les adreffes paffées des
Clubs , maintenant congédiés par leurs Inftituteurs
, à-peu-près comme un libertin
met à la porte la fille perdue dont il a
jouiroitaa soltera al
IR
( 86 )
Σ
Les deux Sections oppofées du Corps
conftituant n'ont pas voulu fe féparer fans
fe jurer une haine éternelle. On verra que
le côté droit ayant preflé la Majorité de
rendre compte à la Nation du bouleverfement
des Finances , un nommé Lavie ,
puiffant Patriote , qu'on dit avoir été
barbier il y a quelques années , & qui ,
en qualité de Député d'Alface , a fait
mille fois retentir la Salle de la langue
des crocheteurs mal élevés , à voué la
Minorité aux affaflins. A l'inftant où l'on
crioit , fous le nom du Roi , une Proclamation
par laquelle M. de Leffart invite
les Amis de la Liberté , à abjurer l'ef
prit de parti & les paffions , ce Lavie
traitoit le côté droit de brigands , d'infâmes
, de fcélérats , qu'on auroit SOIN
DE RECOMMANDER AUX PROVINCES.
C'eft ainfiqu'en partant ,je vous fais mes adieux,
Ce dénouenient de la grande pièce eft
parfaitement digne des fcènes précédentes ;
il ne manque plus que de le célébrer par
un feu d'artifice
ASSEMBLÉE NATIONALE.
Dernière Semaine de la Seffion.
Du lundi , 26 Septembres
Le magnifique plan d'inſtitution nationale , de
( 87 )
M. de Talleyrand ayantété renvoyé à la prochaine
Légiflature. Vous feriez 5 ou 6 mois . fans
éducation , a dit M. d'André à l'Affemblée , ce
qui feroit du plus grand danger » fi les congrégations
& tous les établilfemens exiftans dans
le royaume , e rempliffoient provifoirement leurs
fonctions fous les mêmes loix & l'ancien régime.
Un décret l'a ainſi ſtatué , & M. Fréteau y a
fait ajouter qu'à compter du prenier octobre
toutes les facultés de droit feront tenues de charger
un de leurs membres & les profeffeurs dans les univerfités
d'enfeigner auxjeunes étudians la conftitu-
Hon françoife. Sur la propofition de M. de Landine,
& d'après un embargo mis par la municipalité
fur la bibliothèque publique de Lyon , il a été
auffi décrété que , jufqu'à l'organiſation de l'éducation
nationale , les bibliothèques publiques continueront
d'être ouvertes au public & maintenues ,
avec ceux qui les deffervent , dans les empiacemens
qui leur font actuellement attribués .
A la demande de MM. Alexandre de Beaus
harnois & Defourmel, on a fupprimé le ferment
de Catholicité exigé pour la croix de St,
Louis , que le décret n'appelle plus que la décoration
militaire , & les formalités ufitées Four
conférer ce ci-devant orde. Les lettres qui au
toriferont à porter le figne du mérite , feront
les mêmes , quelle que foit la religion de l'of
ficier , & les non- catholiques qui auront quitté
le fervice feront pareillement fufceptibles de la
décoration militare , s'ils ont fervi le temps fixé
la loi.
par
1
M. d'Auchy a fait décréter. 36. articles , por
tant réglement fur la répartition des contributions,
& leur adjudication au rabais , quant aux frais,
( 88 )
de perception , après trois publications , par les
municipalnés .
M. Vernier avoit à peine lu , de la part du
comité des finances , un article de la plus chatouilleufe
importance pour ce qu'on devroit
nommer la refponfabilité morale des légiflateurs
quel'Aflemblée l'avoit déja décrété en ces termes :
Les commiffaires de la trésorerie ne pourront
être deftitués fans que les caufes de
leur deftitution aient été connues , & vérifiées par
le corps légiflatif. »
.
M. le Pelletier de Saint-Fargeau a cru mettre
la dernière main à fon code pénal , en faifane
décréter les trois difpofitions fuivantes : « 1° . Dèsà-
pr fent , la peine de mort ne fera plus que
la fimple privation de la vie ; 2°. le fouct &
la marque font abolis dès ce jour ; 3 ° . l'accuſé
aura trois jours pour faire la déclaration , qu'il
fe pourvoit en caffation ; pendant ce temps
Fexécution fera fufpendue. Mais M. Démeunier
y a joint trois nouveaux articles adoptés
& que voici :
Art. 1. Si des confeils ou directoires de
diftrict ou de département donnent fuite à des
actes annullés , foit par l'adminiftration de dépar
tement , foit par le Roi , celui qui aura préfidé la
délibération , ainfi que le procureur-général- fyndic
ou le procureur-fyndic qui en aura requis ou or
donné l'exécution , encourront la peine de la dégradation
civique.:
25
ce II . La même peine fera prononcée contre
celui qui aura préfidé une affemblée d'officiers
municipaux , & contre le procureur de la com
mune , qui aura donné fuite à des actes déclarés
nuls . »
2 *?
1
( 89 )
« III. Si une affemblée électorale fe permet
de prendre des délibérations fur des objets étran
gers aux élections ou à fa police intérieure
ceux qui auront préfidé la délibération , ou fait
fonction de fecrétaires , feront punis de la même
peine. »
Le miniftre de la guerre a demandé 9 mil
lions 811,371 liv . pour l'habillement & l'équipement
des gardes nationales , & a remis l'état
des frais des approvifionnemens indifpenfables
pour mettre les places de Giver , Charlemont
& Landau à l'abri d'une furprife , en obfervant
qu'il étoit néceffaire d'y pourvoir dans la femaine
. Sa lettre a été renvoyée au comité des '
finances.
Plufieurs familles nobles avoient multiplié les
fondations en faveur de la pauvre nobleffe , à
charge de réverfion ; lorfque la nation s'eft emparée
de tout , les parens des fondateurs ont
réclamé ; ceux de M. Colet de Saint- Valier técament
100,000 écus , capital de 15,000 1. de
rente fondées par lui pour doter des filles
nobles de la Provence . M. Camus a trouvé
fort mauvais qu'on retardât les opérations nationales
, & a prétendu que « tout ce qui a été donné
dans des vues de bien public eft à la difpofition
de la nation. « Le projet qu'on vous propofe
, a eu la bonne foi de dire M. Régnault,
eft un acte de la puiffance qui dépouille la foibleffe
. »
On n'en a pas moins décrété que tous les
biens dépendans de fondations faites , foit en
faveur d'ordres , de corps & de corporations
fupprimés , foit en faveur des individus qui pouvoient
en faire partie , confidérés comme tels
feront vendus en qualité de domaines nationaux ,
90.)
nonobftant toute claufe de reverfion portée aux
actes de fondation. Il eft vrai que M. Démeunier a,
fait ajouter à ce décret, que « l'Affemblée réſerve à ,
la légiflature d'établir les règles , d'après lefquelles
il fera ftatué fur les demandes particulières qui
pourroient être formées , en conféquence des
claufes écrites dans les actes de fondation . ”
La vente ordonnée , nonobftant les claufes
bleffe évidemment l'article de la déclaration des
droits qui promet une indemnité préalable ; &
foumet les réclamans à la lutte inégale de
individu dépouillé contre la nation fouveraine ,
légiflatrice & mife en poffeffion ; c'cft fuppofer,
que les règles éternelles de la juftice , peuvent
être violées , en attendant qu'une légiflature veuille
bien les établir.
La féar.ce s'eft terminée par une autorisation.
donnée au miniftre de prêter 12 millions à
ceux des 83 départemens qui auront des be
foins imprévus. Ce prêt fera pour deux ans ,
& devra être rendu avec les intérêts à pour,
cent.
Du lundi , féance du foir.
La féance prefqu'entière a fervi à décréter
nombre d'articles ajoutés au volumineux code
pénal rural ; vraie fourmillière de procès qui défoleront
les campagnes .
Du mardi 27 feptembre.
و
票
Un décret de la veille foumettoit la révocation
des commiffaires de la tréforerie , à l'examen
des légiflateurs. M. d'André a repréſenté que
c'étoit détruire la divifion des pouvoirs & toute
refponfabilité parce que fi les commiffaires ont
des moyens de couvir leurs prevarications en
( 91 )
fe faifant un appui dans le corps lég flatif , il fera
impoffible de pourfaivre les coupables ; vérité
qui jette une lumière effrayante fur l'efprit du
décret dont M. d'André a réclamé & obtenu
révocation , ou plus décemment qu'il fût rap
porté.
Sur la propofition de M. Chabroud , l'Aſſemblée
a décrété qu'à compter du premier janvier
1791 , il fera établi une maffe de 16 liv . 10 fols
par an , fur le pied du complet de l'armée , par
chaque officier - général , officier , fous - officier ,
foldat de toute arme , chirurgien- major & aumônier
, pour fubvenir aux frais des logemens
militaires , ameublemens & uftenfiles , foit en
nature foit en argent . Cette égalité abfolte
contient une inégalité relative exceffivement difproportionnée
, puifque 161. 10 fols font plus.
d'un mois de la paye du fimple fantaffin , &
pent-être moins d'une journée de l'officier- général,
dont le logement coûtera plus que celui du
foldat.
Un décret a mis à la difpofition du miniftre
de l'intérieur une fomme de 100,000 liv . , deftinée
à acheter , pour la bibliothèque nationale ,.
les imprimés & manufcrits précieux que la mifère:
commune & la vente des bibliothèques particu-
Hères livrent aux fpéculations des étrangers ;
fomme qui n'empêchera pas que la France ne.
faffe des pertes immenfes & irréparables en ce
genre.
M. le Chapelier à préfenté la rédaction pro- .
mife de la loi contre ceux qui prendront des
titres abolis . Elle portoit la nullité des actes où
fe trouveroient ces qual fications interdites . La
Hullité des actes confervateurs des droits & de
la propriété légitime des nobles qui , dans la
T
( 92 )
forme , tranfgrefferoient ce réglement tyrannique,
n'offroit aucune trace d'improbité à la délicateffe
de M. Lavigne ; mais il s'oppofoit à la nullité ,
des actes obligatoires pour ces mêmes nobles
envers tout roturier ; tant le fophifme perfécu- .
teur eft ingénieux à impofer un filence de mort
à la confcience ! M. Lanjuinais vouloit qu'on
décrétâ le principe. Aux inconvéniens de la nullité,
M. le Chapelier fubftituoit l'amende , qui offroit
à M. d'André l'inconvénient , bien autrement
fâcheux que celui de l'improbité d'une loi , le
tort de reffufciter les titres pour de l'argent , &
M. d'André concluoit que le premier plan écois
ce qu'il y avoit de plus fage.
!
Cependant M. Duport y a vu d'innombrables
difficultés & un principe d'immoralité . Mais de .
fcrupule en fcrupule , fon équité législative s'eft
repofée avec complaifance fur l'amende & l'interdiction
, ou la dégradation , fi juftes pour un
délit fi grave. L'amende a été fixée. par M. Chabroud
à 6 fois la contribution directe ; & le minimum
, par M. Linjuinais , à 1,000 liv. M. le`
Chapelier a adopté les 6 fois la contribution , &,
repouffé tout minimum & maximum . Un autre.
membre a vivement regretté qu'on ne pût appliquer
cette peine au noble mort qui fe feroit
qualifié noble dans un teftament olographe . La
radiation des titres , l'amende , & la dégradation
civique , forment le fond de l'un des décrets le
plus âprement defiré par les législateurs philp-
1ophes d'un peuple libre.
En pallant des nobles aux juifs d'Alface
qu'un journement privoit encore des droits de
citoyens actifs , M. Duport a dit que « les Mufulmans
, les Payens , font admis en France à la
jouiſſance de ces droits , aux conditions confti((
93 )
rutionnelles . M: Rewbell confondoit le décret
prefque rendu , avec ceux qu'il prétendoit que
l'ignorance avoit fait rendre . M. Régneut lui a
cré que c'étoit parler contre la conftitution que
d'attaquer le projet de M. Durort : l'Affemblée
a chargé celui ci du foin de rédiger la loi décrétée.
M. de Liancourt a réſumé ſes beaux ſyſtèmes
de bienfaifance philofophico-nationale envers les
pauvres , pour qui la philofophie & la nation
ont tari les fources abondantes de la charité des
fiècles ; & fuppléant au défaut de moyens par
des phrafes ufées , il imploroit du moins un
décret qui promît ce qu'on s'eft mis de gaîté de
coeur dans l'inexcufable impoffibilité de faire.
« Le comité , a dit M. Andrieux , veut affecter
annuellement à l'extinction de la mendicité so
millions , y compris le revenu des hôpitaux (ruinés),
fur lequel il n'a pas même les renseignemens
néceffaires ». Cet apperçu qui prouve combien
& comment on s'eft occupé des pauvres , & le
manique abfolu de tems , ont amené l'ajournement
à la prochaine légiflature , avec l'expreffion
d'un tendre regret .
Enfaite M. Fermond , également inftruit de
tout , s'eft mis à organifer la régie des poudres
& des fatpêtres , & l'on en a décrété 5 3 articles
en fix titres ; & M. Vifmes auroit organifé tout
" aufli leftement les falins & falines , fi d'abord
'une régie centrale n'avoit fait craindre la réfur-
"rection de la ferme ou peut - être de la gabelle ,
& n'eût fuggéré l'idée affez commode de laiffer
eet embarras , ainfi que beaucoup d'autres , â
la légiflature prochaine.
"
Du mardi , féance dufoir:
Trois décrets ont fucceffivement féuni 1 aux
( 94 )
1
domaines nationaux , fur le rapport de M. Fri
caut , les domaines poffédés par. M. du Châtelet,
en vertu d'un bail emphitéotique & d'un arrêt
du confeil du 6 juin 1772 ; fur le rapport de M.
Barrère, la principauté d'Enrichemont , l'un des
propres de la fucceffion du grand Sully; & , fur
le rapport de M. Enjubault , le pays de Dombes
& leurs dépendances ; fauf à terminer & juger
les évaluations commencées .
Le tefte de la féance a été rempli par la fuite
& la fin du code rural , qu'a lues M. Heurtaut
de Lamerville , & par la fuite & la fin du travail
fur les notaires qu'a préfentées M. le Chapelier,
de tout décrété fans débats intéreſlans.
Du mercredi , 28 Septembre.
A la demande de M. Barnave , l'Aſſemblée
a décrété l'abolition de toutes pourfuites dans les
Colonies , fur les faits relatifs à la révolution ,
& amniftie générale en faveur des hommes de
guerre .
M. de Cernon a fait décréter que cc file cas
l'exige , il fera mis en émiffion cent millions
d'affignats fur la fabrication décrétée le 19 juin
dernier , au- delà de la quantité qui fe trouvera
éteinte par le brûlement. » Il a enfuite annoncé
que vendredi on préfenteroit l'état certifié de la
fituation de la caiffe de l'extraordinaire .
婆
›
i cc Je ne m'en contenterai point , a répondu
M. de Folleville qui a demandé un compte par
articles , par eſpèces , en menu & non de ces
comptes in globo dont nous ſommes , a-t-il dit
affourdis : il a déclaré que ce feroit des mem
bres du côté droit , que la nation apprendroit la
manière dont cette fabrication a été faite.
M. Regnault de Saint- Jean - d'Angély a pré(
95 )
rendu que, ces propos expliquoient d'où veroient
les placards calomnieux qui exigent des comptes
de l'Affemblée ; & en imputant ces étranges
calomnies aux ennemis de la conftitution , M.
·Regnault a laiffé échapper cette phraſe : « il n'eft
aucun de nous qui ne voulût s'engager à rendre
des comptes ... Comme M. de Folleville prenoit
acte de l'aveu , ce n'eft point des comptes
de comptables , a repris M. Regnault , car les
membres de l'Affemblée n'ont fait qu'ordonner ,
n'ont jamais eu de fonds en maniement. Pour
mieux détourner une attention importune , M.
Lavie a parlé du livre rouge , des dilapidations
de l'ancien régime. Des clameurs : à l'ordre du
jour, ont coupé la parole à M. de Folleville ,
& le préfident lui a impofé filence.
M. le Chapelier a lu la rédaction définitive
du décret contre les François qui prendront dés .
titres abolis. Peut- être nos lecteurs regretteroienti's
un jour de n'en avoir pas le texte littéral , tel
que le produifit cette époque , fi vantée , de
liberté, de tolérance, de lumières , de philofophie.
Le voici :
ce L'Affemblée nationale , ayant pour devoir
d'affurer l'exécution des principes conftitutionnels
, décrète ce qui fuit :
ce Art. I. Tout citoyen françois , à compter
du jour de la publication du préfent décret ,
qui inféreroit dans fes quittances , obligations ,
promeffes & généralement dans tous les actes
quelconque , quelques - unes des qualifications
fupprimées par la conftitution , ou quelques-uns
des titres ci- devant atttribués à des fonctions qui
n'exiftent plus , fera condamné à une amende
égale à fix fois la valeur de fa contribution
mobiliaire , fans déduction de la valeur de la
contribution foncière ; lefdites qualifications ou
( 96 )
3
2
titres feront rayés par procès- verbal des juges
du tribunal ; & ceux qui auront commis ce délit
contre la conftitution , feront condamnés en outre
à être rayés du tableau civique , & feront déclarés
incapables d'occuper aucuns emplois civils ou militaires,
« II. La peine & l'amende feront encourues
& prononcées , foit que lefdits titres & qualifications
foient dans le corps de l'acte , attachés
à un nom ou réunis à la fignature , ou fimplesment
énoncés comme anciennement exiftans .
« III. Serort punis des mêmes peines , &
fujets à la même amende , tous citoyens qui
porteroient les marques qui ont été abolies , ou
qui feroient porter des livrées à leurs domeftiques
, & arboreroient des armoiries fur leurs
maifons ou fur leurs voitures. Les officiers municipaux
& de police feront tenus de conftater
cette contravention par leurs procès - verbaux ,
& de les remettre auffi- tôt dans la perfonne da
greffier du tribunal au commiffaire du Roi qui ,
fous peine de forfaiture , fera tenu d'en faire
état aux juges dans les vingt - quatre heures de
la remife qui lui aura été faite deſdits procèsverbaux
par la voie du greffe .
"0
ce IV. Les notaires & tous autres fonctionnaires
& officiers publics ne pourront recevoir
des actes ou cès qualifications ou titres fupprimés
feroient contenus ou énoncés , à peine d'interdiction
abfolue de leurs fonctions ; & leur
contravention pourra être dénoncée par tout
citoyen. »
CC
. و د
V. Seront également deftitués pour toujours
de leurs fonctions tous notaires , fonctionnaires
& officiers publics, qui auroient prêté leur
ministère à établir les preuves, de ce qu'on apin
pelloit
( 97 )
pelloit ci-devant la nobleffe ; & les particuliers
contre lefquels il feroit prouvé qu'ils ont donné
des certificats tendans à cette fin , feront condamnés
à une amende égale à fix fois la valeur
de leur contribution mobiliaire , & à être rayés
du tableau civique ; ils feront declarés incapables
de remplir à l'avenir aucunes fonctions
publiques, »
cc
« VI. Les prépofés au droit d'enregistrement
ferent tenus , à peine de deftitution , d'arrêter
les actes qui leur feroient préfentés , & qui ,
datés du jour de la publication de la préfente
loi , contiendroient quelques- uns des titres & qualifications
abolis par la Conflitution ; de les remettre
aù commiffaite du Roi du tribunal
lequel fera tenu d'agir comme il eſt preſcrit par
l'article III. »
Des nobles dégradés fans qu'il en revienne
aucun avantage au peuple dont on careffe la
fotte vanité , M. Duport cft paflé aux juifs pour
les mettre en concurrence de droits politiques
avec les chrétiens ; fon projet de décret adopté
a levé l'ajournement , dont l'effet étoit de
priver les juifs d'Alface de la qualité de citoyens
actifs , & a ftatué que leur ferment civique fera
regardé comme une rénonciation à tout privilége
& à toute exception précédemment introduite en
leur faveur.
•
M. Ræderer n'a pas réuffi à faire rétablir le
décret rappellé hier fur les commiffaires de la
tréforerie ; ni M. Goupil à reffufciter celui qui
portoit qu'on élitait un gouverneur du Prince-
Royal. Il a plu à M. d'André d'affirmer que ce
dernier n'étoit que provifoire , quoique , dans
le temps , on fit de l'élection de l'instituteur du
premier fuppléant du Roi l'une des bafes de la
No. 41. 8 Octobre 1791 .
E
1
( 98 )
liberté publique permanente & non provifoire.
Mais l'ordre du jour a mis fin aux contradictions
.
Nonobftant toutes les chicanes , les brouhahas ,
les clameurs accoutumées ou même extraordinaires,
M. l'abbé Maury , monté à la tribune pour une
véritable motion d'ordre , a demandé l'exécution
du décret du mois de février , portant que
l'Affemblée ne fe féparera pas avant d'avoir rendu
Tes compres. Quelques mains ont applaudi dans
les galeries. L'orateur s'eft chargé de prouver
que PAffernblée devoit un compte , & que le
compte de M. de Montefquiou n'eft qu'un roman ,
un tiffu d'impoftures . MM. Gouttes , Duport ,
Chabroud , Gombert , Raderer , d'André & Lavie
ont tout mis en oeuvre pour décrier les intentions
& les raifons de M. l'abbé Maury en l'empêchant
de parler. C'étoit à qui l'interromperoit par des
faux- fuyans , ou par des injures : le président a
eu ingénuité de dire que , s'il avoit fu fur quoi
M. l'abbé Maury demandoit la parole , il ne la
lui auroit pas accordée . Selon M. Chabroud exiger
des comptes dus & promis , c'eft vouloir répandre
la fédition .
M. de Foucault a réclamé le plus grand des
droits du peuple ; ces droits du peuple ont fait
éclater de rire le côté gauche . L'honorable membre
a foutenu que le compte de M. de Montefquiou
eft faux , & infiftoit pour que M. l'abbé
Maury le prouvât . La queftion préalable , les
cris à l'ordre qu'il ſe taife ; videz la tribune ,
à bas , à l'Abbaye , & des outrages étoient
l'unique réponse au cri du côté droit rendez
vos comptes. M. Duport avoit la bonne foi de
fe plaindre des interruptions qu'il éprouvoit de
la part de M. l'abbé Maury , qu'il ne vouloit
:
( 99 )
•
pas entendre. La publicité des féancer , celle des
décrets les procès - verbaux de l'Affemblée ,
fatisfont furabondamment à tout , fuivant M.
Duport. Elle n'a point adminiftré , elle ne doit
pas d'autres comptes. M. de Montefquiou n'a
point fait un compte , mais un état public des
recettes & des dépenfes . On veut foumettre
l'Affemblée a prouver qu'elle a reçu tant , qu'elle
a dépensé tant , en efpèces , en affignats ... Cette
propofition infidieufe «ne vaut pas même une
réponse aux yeux de tout homme de bonne- foi.
L'Affemblée doit un état de fituation des finances ;
cet état eft imprimé .
ל כ
« Il eft faux , lui a dit M. de Foucault .
M. Duport a répliqué , en fubftance , que des
difficultés de chiffres demande toient un calcul &
du temps ; que l'acceptation du Roi ayant déjoué
toutes les efpérances de changer la conſtitution ,
on voudroit affoiblir le crédit public ; qu'il
n'exifte aucun pouvoir ultérieur qui ait le droit
de faire rendre des comptes à l'Affemblée nationale
; & pour conclufion , l'ordre du jour.
Accufé d'impofture depuis fi long - temps , M.
de Montefquiou a cru devoir témoigner le defir
que cette difcuffion fût coulée à fond , & qu'on
entendit M. l'abbé Maury; mais pour la fatisfaction
de M. de Montefquiou , il étoit trop
fermement réfolu que M. l'abbé Maury neferoit
pas écouté. Les injures tenant auffi lieu d'argumens
, M. Lavie a dit qu'une lettre de M.
Kellerman lui annonçoit , le 22 , que les brigands
préparoient du tapage pour le 28 .
CC
ccOn auroit évité cette difcuffion , difoit M. Malouet
, fi lorfque j'ai fait la motion d'y foumett e
les comptes des tréforiers & des ordonnateurs ,
au lieu de l'écarter par des déclamations , par
880269
E 2
( 100 )
ככ
--
des qualifications de mauvais citoyen qui changeront
d'adreffe... vous aviez ainfi communiqué
les pièces d'hommes refponfables ; on n'a pas
autre chofe à vous demander ... Elles font aux
archives ! Il falloit les communiquer , le public
n'auroit pas eu d'inquiétude . Le comité
des finances a lui - même adminiftré directement
objecte M. de Montlaufier. -- En fuppofant qu'il
ait adminiftré lui - même , répond M. Malouet ,
il y a toujours d'autres perfonnes refponfables .
Je réfume ma propofition. Si M. l'abbé Maury
veut attaquer les comptes des commiffaires de
la trésorerie & des ordonnateurs , feuls comptes
que vous deviez produire à la nation , l'Aſſemblée
doit l'entendre. S'il veut attaquer le mémoire
de M. de Montefquiou , l'Affemblée doit décider
auparavant fi elle en adopte le contenu , »> On
n'a fait ni l'un , ni l'autre .
En feignant de rendre hommage , cette fois
aux principes de M. Malouet , M. d'André s'eſt
occupé d'en éloigner les fuites ; & il n'a pas
imaginé , pour cela , de moyen plus adroit que
de répéter vos comptes font dans vos décrets
; vous êtes comptables à la nation d'avoir
détruit tous les abus , d'avoir fait difparoître
les anciennes dilapidations , d'avoir rendu au
peuple l'égalité , la liberté , &c. &c. Puis de.
longues phrafes bien véhémentes fur les réclamations
infidieufes , puis l'ordre du jour. Il eft prefqu'inutile
d'ajouter que l'Affemblée y a paffé ,
au milieu des applaudiffemens des votans
de leurs phalanges.
&
« Je ne difcute rien , a repris M. l'abbé
Maury ,, parce que je n'ai rien à oppofer à la
force ; mais je déclare que l'intention du côté
droit , qui vous parle par ma bouche , eft de
( 101 )
rendre des comptes . Nous avons des comptes à
rendre , des accufations à intenter... Il faut
nous féparer comme nous avons vécu. » Et il eft
defcendu de la tribune , applaudi du côté droit ,
& couvert des huées de la gauche & d'une partie
des galeries .
« Nous vous recommanderons aux Provinces,
a dit M. Lavie aux membres du côté droit . -- Juftice
de l'infâme propos de M. Lavie , s'eft
écrié M. d'Eprefméril. Plufieurs voix ont demandé
juftice. « Il n'y a d'infâmes dans cetre
Affemblée que ceux qui me parlent , a reparti
M. Lavie. On préfume bien que l'agitation
a été au comble : Le lecteur nous faura gré
d'abréger le honteux récit des perſonnalités , des
invectives , des menaces . M. Lavie a peint les
hommes qu'il infultoit , comme des gens défefpérés
de ne pouvoir plus opprimer le peuple ,
il les a dénoncés à la prochaine législature ; il
a dit qu'il vouloit les recommander aux électeurs
des départemens , pour éviter de pareils choix ;
il a répété les mots infâmes , fcélérats , brigands .
Et l'Affemblée eft paffée de nouveau à l'ordre
du jour , perfuadée fans doute que de tels
débats devoient tenir lieu de toute reddition de
comptes.
La féance s'eft terminée par l'adoption de
huit articles , fur le mode d'admiflion aux emplois
de fous -lieutenant dans l'armée.
Du mercredi , féance du foir.
Après de nouveaux articles ajoutés à l'interminable
code pénal rural , fix articles ont rappelé ,
commenté , expliqué d'anciens décrets fur les
feecurs accordés en remplacement de penfions
fupprimées. Un autre décret a difpofé de di-
E 3
( 102 )
verfes femmes à compte des 10 millions deftinés
aux penfions , en faveur de perfonnes compriſes
dans des états de répartition annexés ; & un
dernier a ftatué qu'il fera pris , par proviſion ,
fur les retenus de 1 hôtel des Quinze-Vingts ,
& en cas d'infuffifance , fur le tréfor national ,
pour l'année courante , les fommes néceffaires
au traitement des inftituteurs , gouverneurs &
naîtres des écoles des lourds - muets & des
aveugles- nés , logés dans les bâtimens des ci-devant
Céleftins à Paris , & pour 30 penfions gratuites
à raifon de 350 liv.
M. de Beaumetz a fait lecture d'une inftruction
relative aux procédures par jurés ; la rédaction
en a été approuvée , & l'on a levé la
féance .
Du jeudi , 29 feptembre .
Le ministre de la guerre a réitéré fa dernière
demande de quelques millions , en obfervant
qu'il eft effentiel que les fonds foient rendus
aujourd'hui , ce fans quoi ce feroit s'arrêter fur
le champ dans les mefures les plus inftantes .
On les lui a accordés auffi- tôt fur fa refponfbilité
, d'après les opinions combinées de MM.
Prieur, Emmery , Chabroud & Guillaume.
Nos loix font fi claires que ceux- mêmes qui
les ont faites n'y comprennent rien . M. Bouffion
a prié M. Barrère de Vieuzac , rapporteur de
la loi du 5 feptembre courant , au fujet des
claufes prohibitives à l'égard des fucceffions, de
déclarer s'il a réellement entendu annuller toutes
les claufes antérieures au décret . M. Barrère a
répondu que les comités avoient penfé que de
pareilles claufes devoient être réputées non écrites,
que les auteurs s'étoient trompés , que le décroc
1
( 103 )
porte : eft réputée non écrite. Ainfi les intentions
des comités font partie des loix , & des expreffions
équivoques , puifqu'elles laiffent des doutes
à M. Bouffon , peuvent donner aux loix l'effet'
rétroactif d'annuller des claufes d'une date antérieure
.
M. Alexandre de Beauharnois a heureufement
fait décréter , avant la fin de la feffion , les changemens
projettés dans les drapeaux , étendards &
guidons de l'armée , un fond blanc , des raies &
des cravates aux trois couleurs nationales & la
devile : Difcipline. Obéiffance à la loi.... Voilà
comme le génie régénère l'armée Françoiſe par
des moyens innocens , dont ne fe doutoient pas
les Turenne , les Catinat , &c.
L'Affemblée a autorifé le directoire du dépar
tement de Paris à faire lever les fcellés appofés
fur les livres & papiers de la chambre des comptes,
& à nommer provifoirement des gardiens qui
veilleront à la confervation deſdits livres & papiers
, & délivreront les expéditions requifes ,
conformément au décret rendu pour l'expédition
des arrêts du parlement de Paris . ( Cetre difpofition
fi leftement ordonnée , ne feroit- elle pas à
la fois impolitique , illégale , injufte , imprudente
& très -dangercufe ? Le directoire de Paris peut-il
nommer feul des furveillans pour ce qui intéreffe
d'autres départemens que celui de Paris ?'
Répondra-t-il de fes furveillans à toute la France?-
Des furveillans provifoires fans procès - verbal
préalable , impoffible , de l'immensité des papiers
d'un tel dépôt , ne font -ils pas une inftitution
dérifoire ? Le droit de délivrer des expéditions ne`
couvrira- t-il aucune fraude ignorée ? S'expola-t-on
jamais avec autant d'infouciance au reproche de
compromettre l'état de milliers de citoyens ? )
E
A
( 104 )
Par un autre décret , toutes les dépenfes de
l'année 1790 , de quelque nature qu'elles foient ,
qui ne feront pas acquittées au premier octobre
prochain , feront renvoyées à la liquidation générale
, ainfi que toutes les dettes arriérées , &
le paiement ne pourra en être fait qu'en vertu
d'un décret du corps législatif.
On a fixé les dépenfes du bureau du miniſtre
de la juftice à 250,000 liv.; celles du département
de l'intérieur , à 506,420 liv . ; celles du
bureau du miniftre des contributions publiques ,
à 488,920 liv. , & à 15,000 liv. de gratification
pour le premier bureau & 24,000 liv. pour les
deux autres ; total 1,308,340 liv.
« Vraiſemblablement , a dit M. d'André , le
Roi viendra demain à l'Aſſemblée , du moins il
en a le droit. H faut qu'il y ait quelque chofe
de décidé fur le cérémonial ». En conféquence
M. d'André a propofé & l'Ademblée a décrété
ce qui fuit :
«Art. I. Lorfque le Roi fe rendra dans le corps
législatif , l'Affemblée fera debout ; elle fera affife
& couverte lorfque le Roi fera affis & couvert. »
« II. Le Roi fera placé au milieu de l'eftrade;
il aura un fauteuil à fleurs - de-lys ; fes miniftres
feront derrière lui . Le préfident fera à fa droite,
& gardera fon fauteuil ordinaire. »
« III. Perfonne ne pourra adreffer la parole au
Roi , fi ce n'eft en vertu d'un décret exprès de
de l'Affemblée , précédemment rendu . »
M. de la Rochefoucault eft venu propoſer à
l'Affemblée de décréter les impofitions de 1792.
cc Votre comité ne croit point , a dit l'honorable
membre , devoir vous indiquer de nouveaux
moyens . Il a reproduit les réſultats des rapports
des 6 décembre 1790 , 19 février & 15 mais
( 105 )
1791 ; les mêmes fixation & répartition des contributions
foncière & mobiliaire , l'une à 240 ,
l'autre à 60 millions ; un fol pour livre de la
première , deux fols pour livre de la feconde ,
formant deux fonds de non-valeur , l'un de 12
millions dont 8 à la difpofition de la légiflature ,
& 4 à la difpofition des adminiftrations de département
; l'autre, de 3 millions , dont 2 à la
législature & aux départemens ; lefdits fonds
pour être employés en décharges , réductions ,
remifes & modérations. Les départemens & les
municipalités fourniront à leurs dépenfes locales
au moyen de fols pour liv. Quelqu'un a prétendu
que ces fols pour livre feroient exorbitans , ou
ne fuffiroient pas à l'énormité des dépenses locales.
›
On fe fouvient que la loi du 10 avril fixoit
au fixième du revenu le maximum que ces impofitions
ne devoient pas excéder . Aujourd'hui
ce n'eft plus cela . « Dans deux ou trois ans
difoit M. de la Rochefoucault , lorsque les progrès
de l'agriculture enrichie de vos deftructions,
auront accru les produits de la terre , cette proportion
fera fuffifante ; mais à préfent elle eft
trop foible , & cauferoit un vide dans le tréfor
public ». Il portoit donc le maximum au cinquième
, & l'on a décrété que la légiflature le
déterminera avant le premier janvier 1792 .
M. le Chapelier a préſenté , au nom des comités
de conftitution & des rapports , un projec
de loi fur les actes illégaux que fe font permis
des fociétés des amis de la conftitution. Après
les clameurs & les chicanes prévues , il a parlé
des fervices que ces fociétés ont rendus à la révolution
, a fini par les dangers de leur fauffe
popularité , de leur correfpondance , de leurs
*
ES.
( 108 ) !
I affiliations , de leurs journaux , pour conclure 1
qu'il falloit des loix répreffives contre leurs ufurpations
de pouvoirs , & une inftruction qui
avertiffe leur patriotisme des vices de leur organifation
& de leur forme de délibérer ; ce qui a
été la matière de trois articles .
La logique & l'éloquence connues de M. Roberfpierre
ont envain foudroyé ces perfides effets
de reffentimens particuliers cachés fous l'apparence
de l'intérêt public ; ce fystéme machiavelique
d'hommes faux , qui ne prononcent le nom de
la liberté avec éloge que pour opprimer avec impunité
; il a eu beau répéter les grands principes,
que des citoyens paifibles & fans armes ont le
droit de s'affembler , de délibérer , d'écrire , de
s'affilier à d'autres fociétés pareilles . Ceux qui
ne lui difputoient aucun des principes , en repouffoient
les conféquences , & lui foutenoient qu'il
ne favoit pas un mot de la conftitution , affertion
de M. le Chapelier de fort mauvais augure
pour la conflitution , que les clubs & la nation
pourroient bien ne jamais favoir mieux que M.
Roberfpierre & M. Prieur , qui s'eft offert à
prouver que M. le Chapelier la fait trop .
Pour réfuter M. Roberfpierre & les applaudiflemens
que lui prodiguoient les galeries , M.
d'André n'a eu befoin que de délayer le tens des
trois articles dans des commentaires & des déclamations
, dont toute l'énergie étcit tirée de
fon autorité perfonnelle ; car on avoit dit cent
fois , & plus franchement , que les clubs coalifés
tendoient évidemment à fubjuguer la nation , &
perfonne n'en tenoit compte. Il a fait rorfler les
mots courage , invariabilité , conftance profonde,
menacé de la chûte du crédit public , annoncé que
Les gens aifés fuiroient la France , & prophète
4
( 107 )
.
d préfent , malgré les réclamatiors , le bruit &
les amendemens , il a fait rendre le d'cret en ces
termes :
« L'Aſſemblée nationale confidérant que nulle
fociété , club , affo : iation de citoyens , " ne peuvent
avoir , fous aucune forme , une exiſtence
politique , ni exercer aucune action ou inspection
fur les actes des pouvoirs conftitués & des autorités
légales ; que , fous aucun prétexte , ils ne
peuvent paroître fous un nom colle&if , foit pour
former des pétitions ou des députations pour
affifter à des cérémonies publiques , foit pour
tout autre objet , décrète ce qui fuit :
« Art. I. S'il arrivoit qu'une fociété , club ou
affociation fe permît de mander quelques fonctionnaires
publics , ou de fimples citoyens , ou
d'apporter obftacle à l'exécution d'un acte de
quelque autorité légale , ceux qui auront préfidé
aux délibérations , ou fait quelque acte tendant
à leur exécution , feront , fur la pourfuite du
procureur général - fyndic du département , condamnés
par les tribunaux à être rayés pendant
deux ans du tableau civique , & déclarés inhabiles
à exercer pendant ce temps aucune fonction
publique. »
55
» II. En cas que lesdites fociétés , clubs ou
affociations faffent quelque pétition en nom collectif,
quelques députations au nom de la fociété,
& généralement tous les actes où elles paroîtroient
fous les formes de l'exiftence politique , ceux qui
auront préfidé aux délibérations , porté les pétitions
, compofé ces députations , ou pris une
part active à l'exécution de ces actes , feront coa
damnés par la même voie à être rayés pendant
fx mois du tableau civique , & fufpendus de
toute fonction publique , déclarés inhabiles à être
E 6
? 1084)
élus à aucune place pendant le même temps de
fix mois. »
« III. A l'égard des membres qui n'étant point
infcrits fur le tableau des citoyens actifs , commettroient
des délits mentionnés aux articles précédens
, ils feront condamnés par corps à une
amende de 1200 liv . s'ils font François , & de
3000 liv. s'ils font étrangers. »
1
« IV. L'Affemblée nationale décrète que le
rapport de fon ancien comité de conftitution fera
imprimé. »
Du jeudi , féance du foir.
Adreffe du commerce de Bordeaux qui témoigne
fa reconnoiffance pour le décret relatif
aux colonies . Point de mention au procès -verbal ;
à l'ordre du jour. On y paffe .
M. Guillotin a préſenté l'état des dépenſes de
Templacement du corps législatif ; elles ne montent
qu'à un million 300,000 livres , & M. Lavie
a trouvé qu'il étoit impoffible de faire autant de
bien à meilleur compte.
On a voté des remercîmens aux troupes de
ligne pour leur conduite pendant la révolution ;
aux gardes nationales , particulièrement à celles
de Paris & au commandant ; & M. Rabaud de
Saint-Etienne a mis , de nouveau , la dernière
main à l'organiſation des gardes nationales de
tout le royaume.
Il a réparé l'oubli qui s'étoit gliffé dans la
loi qui les concerne du paffe -poil écarlate ;
a preferit l'uniforme des canonniers nationaux ,
compté & placé leurs gros & petits boutons
attaché un capon & une grenade à leur retrouffis
a permis aux villes de donner deux canons ,
elles en ont , à chacun de leurs bataillons def-
>
( 109 )
tinés à la défenſe des frontières ; a fixé l'ordre
da fervice de la force publique dans les lieux ou
fiége le corps légiflatif... Et ce long travail de
général ,
, que trois ans plutôt , avant les miracles
de la philofophie , il eût paru fi ridicule de voir
traiter par un miniftre de l'évangile , il l'a ter",
miné en propofant de décréter que , les années .
de fervice des officiers de tout grade , de l'armée
de ligne , dans les gardes nationales non-foldées ,
depuis 1789 , compteront double pour les décorations
& récompenfes militaires . Mais M. Emméry
a voulu qu'ils comptaffent fimple & non
double . L'Affemblée a préféré l'opinion de l'avocat
à celle du prédicateur.
Au nom des comités eccléfiaftique & des
penfions , M. Lanjuinais a préfenté un décrét .
adopté , portant : 1 °. que les penfions de fecours
provifoires , accordées aux pauvres eccléfiaftiques ,
feront payées , fi fait n'a été ( ce qui eft un
fingulier provifoire ) , pour les années 1790 &
1791 , jufqu'à la concurrence de 600 liv. , &
la totalité de celles qui font moindres , fur le
titre conftitutif de chaque penfion , certifié par
le directoire de département , adreffé à la tréforerie
nationale ; fauf déduction de tout
-compte reçu ; 2°. que les penfions de retraite ,
accordées aux curés , vicaires & autres fonctionnaires
publics eccléfiaftiques qui n'ont aucun
autre traitement , feront réglées d'après le falaire
qu'ils recevoient dans l'emploi qu'ils auront
occupé pendant trois années confécutives ,
fans que lesdites penfions puiffent excédet 12001 .;
3°. que les eccléfiaftiques , pauvres , infirmes
& , de plus , feptuagénaires , s'adrefferont aux
directoires de département , & attendront qu'on
ait rendu compte de leur misère à l'Affemblée
( 110 )
nationale , toujours adminiftrative . Iferoit difficile
d'afficher la bienfaifance avec moins d'humanité
, envers ceux qu'on dépouilla du néceſfaire
le plus légitime.
M. Wimpfen a fait décréter quelques articles
du code pénal militaire , & le préfident a reçu
cette lettre du Roi :
" >
« Je
compte Monfieur
faire demain la
cloture de la feffion actuelle ; je vous charge
d'en prévenir
l'Aſſemblée
. Je viendrai
demain à
trois heures. Signé , Louis . »
Après un morne filence affez femblable à
celui de l'inquiétude ou de la dignité bleffé
ona décrété , fans trop écouter , quatre articles
cu M. Duport a fixé les frais d'étab! iffement
de tribunaux criminels de province à 1,800 liv. ,
&t de ceux de Paris à 3,000 liv. ; accordé
des indemnités aux juges que le ſyſtême actuel
portera d'un tribunal à l'autre ; couché les
plumes autour du chapeau des accufateurs publics
, & inferit dans leur médaillon : la sûreté
publique.
>
Du vendredi , 30 Septembre.
Sur la demande du miniftre , on décréta hier
qu'il feroit nommé huit lieutenans - généraux &
donze maréchaux - de - camp ; aujourd'hui M.
Goupilleau a follicité la révocation , ou néologiquement
le rapport , de ce décret. M. de Noailles
appuyoit la motion pour que l'Affemblée n'imitât
pas les anciens miniftres qui , prêts à quitter leur
place , fe faifoient des créatures au moyen de
promotions ; & parce qu'il nous faut , a-t-il dit ,
des foldats & non des généraux. A ces raifons
M. Fréteau en a joint de diplomatiques , tirées des
( 11 }
mefures qu'a prifes , a- t- il dit , le Roi des François,
pour que les puiffances étrangères ne foient que
fpectatrices tranquilles du bel ordre qui va régner ,
en France ; & des principes de l'Empereur confignés
dans une réponſe de M. de Mercy , à des
queftions de 1790 , relatives aux premiers bruits
d'un raffemblement d'Autrichiens , Le décret de
la veille a été rapporté , annullé .
"
A la tête du corps municipal , M. Bailly ,"
maire , a prononcé un de ces fuperbes difcours ,
où il met tout fon art à ne rien dire , comme le
dira l'hiftoire , ou comme le diroit la véritable
éloquence.
J5
« Meffieurs , la ville de Paris vient pour la
2 dernière fois offrir fes hommages aux premiers
représentans d'une nation puiffante & libre.
Vous avez été armés du plus grand pouvoir
>> dont les hommes puiffent être revêtus ; vous
» avez fait les deftinées de tous les François ;
» mais aujourd'hui ce pouvoir vous quitte , Ercore
» un jour , & vous ne ferez plus . On vous re-
» grettera fans intérêt , on vous louera fans
ככ
flatterie , & ce n'eft pas nous ni nos voeux ,
» ce font les faits qui vous loucroat. » Le pré- ›
fident lui a répondu avec moins d'emphaſe ,
mais d'une manière analogue .
1
M. d'André a annoncé que le directoire du ,
département des Bouches du Rhône avoit révoqué
fon arrêté avant l'arrivée du décret , & que les
gardes nationales font rentrées dans leurs foyers
au lieu d'aller afliéger, Arles . C'étoit vouloir partir
en donnant d'agréables nouvelles.
Sur la propofitian de M. Emmery , un décret a
étendu l'amniftie , des milliers d'innocens qu'elle
a délivrés , jufqu'aux gens condamnés aux galère
depuis le mois de mai 1789 pour fédition . Ainsi
112 )
сс
le pardon eft commun au crime & à la vertu.
Alors M. Paftoret , portant la parole pour le
directoire du département de Paris , a dit : « le
defpotifme avoit effacé toutes les pages du livre
de la nature , vous y rétablîtes cette déclaration
immortelle , le décalogue des hommes libres
(décalogue en 17 articles ! ) « L'égalité étoit
tellement altérée , qu'on regardoit pour un privilége
la défenfe de la patrie ; tous les citoyens
font devenus foldats ». ( Quelle fource de bonheur
pour un peuple induftrieux ! ) Il a loué
l'Affemblée « d'avoir établi la plus belle conftitution
de l'univers »; invité la prochaine légiflature
à veiller fur les finances dont l'embarras
pourroit détruire la révolution ; garanti que « les
foldats étrangers ne toucheront pas envain la
terre hofpitalière de la liberté ; & fini en difant
: « par- tout on va fentir cette grande vérité,
révélée par la philofophie , que la force des tyrans
eft toute entière dans la patience des peuples
». La réponſe du préfident a paru fimple
& fage après cette exaltation factice .
сс
M. Bureau de Pufy a fait organifer , par un
décret , la garde conftitutionnelle du Roi , de
1200 fantaffins & 600 cavaliers ; le premier corps
en trois divifions de 8 compagnies , autant de
capitaines , de lieutenans , de fous -lieutenans ;
le fecond corps , en trois divifions de 4 compagnies
commandées de même ; un lieutenantgénéral-
commandant , deux maréchaux - de- camp,
l'un d'infanterie & l'autre de cavalerie , deux
adjudans - généraux- colonels ; les trois officiersgenéraux
, chefs de la garde , au choix du Roi.
Dans fon fervice avec la garde du Roi , la garde
nationale aura toujours la droite.
M. de Wimpfen a préſenté de nouveaux afti-
2
( 113 )
cles du code pénal militaire , où telles peines font
fimples pour le foldat , doubles ou quadruples
pour le fous-officier , & octuples pour l'officier ,
à délit égal ; ce qui , felon MM. Goupilleau &
de Cuftines , bleffoit le principe de l'égalité ..
Mais M. Barnave a démontré qu'un même délit
abfolu n'étoit pas refpectivement le même dans
l'inférieur & dans le fupérieur . A propos de la
caffation fubftituée pour l'officier aux grandes
peines infligées au foldat , M. Barnave a obfervé
qu'il n'exifte aucune fubordination , fi l'on n'établit
une différence de refpect & de confidération ,
le lien moral étant la bafe de l'obéiffance & de
la fûreté publique. C'étoit démentir ce que tant
d'autres , & lui - même , ont dit & fait , pour
détruire toute différence de refpect & tout lien
moral , en facrifiant la fûreté publique au dogme
d'une égalité illufoire .
Le miniftre des contributions , réduit à les
offrir en peinture , a notifié à l'Affemblée , par
une lettre explicative d'une belle carte colorée ,
que 47 départemens ont fini leur répartition.
leurs rôles , montant à 196,342,000 liv. ; qu'il
n'en refte plus que 36 dont les rôles montent à
103,158,000 liv .; que 16 de ces 36 promettent
leurs rôles pour la fin du mois . L'enluminure &
la lettre ont été applaudies , comme s'il fuffifoit
de faire des cartes , des phraſes & des rôles
pour remplir le tréfor public.
Singulièrement difficile à rebuter des affertions
données pour des comptes , M. de Montefquiou
a rapporté l'état actuel du tréfor , & a dit qu'il
y avoit , au moment même , 35,190,160 liv.
12,300,030 liv . dans la caiffe aux trois clefs ,
4,671,819 livres dans la caiffe des recettes ;
total , 16,971,819 liv . en efpèces ; 8,990,620
( 114 )
liv. en affignats , & le refte en lettres -de- change
on effets ; que la caiffe de l'extraordinaire n'ayant
pas encore completté ce qui eft décrété pour le ,
mois dernier , « il y a peut - être actuellement
100 millions au tréfor public ».
Suivant le rapport qu'a fait , l'inftant d'après ,
M. Camus , il y a dans la caiffe de M. le Couteulx
5,663,000 liv . ; dans la caiffe aux trois
clefs , 5,695,000 liv . ; à la fabrication , qui commencera
demain , 24 millions ; total 35,338,000
liv . Sur les 600 millions de la dernière émiffion
d'affignats , il n'y en a que 235 millions émis
& dépensés. On en a brûlé 284 millions , il
refte done 347 millions à émettre . De ces 347
millions qui reftent , partie eſt à la caiffe de
l'extraordinaire , fabriquée ; partie aux Petits-
Pères , pour être fabriquée ; le furplus eft en
papier ou n'eft pas encore fabriqué ……….. » Voilà
quelle eft la fituation actuelle des finances ».
Qu'on nous permette une obfervation . Les
35 millions ( 190,160 liv . ) qu'a vus M. de Montefquiou
dans le tréfor public , font - ils portion
du fapplément ou complément décrété pour le
mois dernier ? S'il y avoit cent millions , n'y
auroit-il pas 64 millions ( 809,840 liv . ) de moins
dans la caiffe de l'extraordinaire , puilqu'elle les
y. auroit verfés ? Les compteroit- on ici & là ?
Comme tout ce qui eft au tréfor , excepté la
recette , doit être confidéré dépenfe faite par la
caiffe de l'extraordinaire , il ne refteroit des
1800 millions que 283,190,150 liv . , au lieu de
347 millions.
Mais à MM. de Montefquiou & Camus a fuccédé
M. Anfon , ex- précepteur , chargé par le
comité des finances d'annoncer à toute la France
que le mémoire ou rapport de M. de Montefquiou,
( 115 )
fi publiquement argué d'impofture , eft avoué de
ce comité , & ne contient que la vérité même ;
puis s'étayant de la confiance due à fa parole ,
il a proteſté naïvement à la prochaine légiflature ,
qu'il n'y a point de fecret de finance , & qu'elle
commettroit une grande faute fi elle en cherchoit
un. Il a demandé qu'on vérifiât les pièces
déposées aux archives , & que la cenſure eût autant
de publicité que cette déclaration.
Un huiffier a dir : Meffieurs , LE ROI . L'Aſſemblée,
fe lève , le Roi entre précédé d'une députation
, fuivi des miniftres , prend place devant
un fauteuil orné de fleurs-de lys d'or , à côté de
celui du préfident. Sa Majesté portoit le cordon
rouge ; & les fublimes philofophes qui mirent
dernièrement en queſtion fi l'héritier de 60 Rois
pourroit fe préfenter devant eux avec le corden
bicu , ont applaudi avec tranſport à un ruban cou--
leur de feu . Le Roi debout a prononcé ce difours
fouvent interrompu par des applaudiſſemens :
MESSIEURS ·
« Après l'achèvement de la conftitution , vous
avez déterminé pour aujourd'hui la fin de vos
travaux. Il eût peut- être été à defirer que cette
feffion fe prolongeât encore quelque temps , pour
que vous pufliez vous- mêmes , pour ainfi dire ,
cflayer votre ouvrage , & ajouter à vos travaux
ceux qui , déja préparés , n'avoient plus befoin.
que d'être perfectionnés , & tous ceux dont la
néceffité fe feroit fait fentir à des législateurs
éclairés par l'expérience de près de trois années ;
mais vous avez sûrement penfé qu'il importoit
de mettre le moins d'intervalie poffible entre
l'achèvement de la conftitution , & la fin des travaux
du corps conftituant , afin de marquer
( 116 )
avec plus de précision , par ce rapprochement ,
la différence qui exifte entre les fonctions du
corps conftituant , & les devoirs des légiflatures . »
сс
Après avoir accepté la conftitution que vous
avez donnée au royaume , j'emploierai tout ce
que j'ai reçu par elle de force & de moyens
pour affurer aux loix le refpect & l'obéiffance
qui leur font dus . J'ai notifié aux puiſſances
étrangères mon acceptation de cette conftitutution
; & je m'occupe & m'occuperai conftamment
de toutes les mesures qui peuvent garantir
au-dehors la sûreté & la tranquillité du
royaume ; je ne mettrai pas moins de vigilance
& de fermeté à faire exécuter la conftitution
au-dedans , à empêcher qu'elle foit altérée . »>
ce Pour vous , Meffieurs , qui , dans une longue
& pénible carrière , avez montré un zèle infatigable
dans vos travaux , il vous refte encore
un devoir à remplir lorfque vous ferez difperfés
fur la furface de cet empire ; c'eft d'éclairer
vos concitoyens fur le véritable efprit des loix
que vous avez faites pour eux , d'y rappeller
ceux qui les méconnoiffent , d'épurer & de réunir
toutes les opinions par l'exemple que vous donnerez
de l'amour de l'ordre & de la foumiffion
aux loix. En retournant dans vos foyers , Meffieurs
, je compte que vous ferez les interprêtes
de mes fentimens auprès de vos concitoyens .
Dites- leur bien à tous que le Roi fera toujours
leur premier & leur plus fidèle ami ; qu'il a
befoin d'être aimé d'eux ; qu'il ne peut être heureux
qu'avec eux & pour eux . L'efpoir de contribuer
à leur bonheur foutiendra mon courage ,
comme la fatisfaction d'y avoir réuffi fera ma plus
douce récompenfe, » .
( 117 )
M. Thouret debout , à la droite du Monarque ;
a répondu ainfi à Sa Majefté.
SIRE >
« L'Affemblée nationale , parvenue au terme
de fa carrière , jouit en ce moment du premier
fruit de les travaux. »
<< Convaincue que le gouvernement qui convient
le mieux à la France eft celui qui concilie
les prérogatives refpectables du trône avec les
droits inalienables du peuple , elle a donaé à l'Etat
ane conftitution qui garantit également & la
royauté , & la liberté nationale. »
ce Les deftinées de la France font attachées au
prompt affermiffemeut de cette conftitution ; &
tous les moyens qui peuvent en affurer le fuccès ,
fe réuniffent pour l'accélérer. »
ec
Bientôt , Sire , le voeu civique que Votre
Majefté vient d'exprimer fera accompli ; bientôt ,
rendus à nos foyers , nous allons donner l'exemple
de l'obéiffance aux loix , après les avoir
faites , & enfeigner comment il ne peut y avoir
de liberté que par le refpect des autorités conftituées
. »
ce Nos fucceffeurs , chargés du dépôt redoutable
du falut de l'empire , ne méconnoîtront
ni l'objet de leur haute miffion , ni fes limites
conftitutionnelles , niles moyens de la bien remplir.
Ils font & ils le montreront toujours dignes de
la confiance qui a remis en leurs mains le fort
de la nation . »
« Et vous, Sire , déja vous avez prefque tout
fait. Votre Majefté a fini la révolution par fon
acceptation fi loyale & fi franche de la conftitution.
Elle a porté au-dehors le découragement ,
ramené au- dedans la confiance , rétabli par elle
( 118 )
le principal nerf du gouvernement , & préparé
l'utile activité de l'adminiftration . »
« Votre coeur , Sire , en a déja reçu le prix ;
il a joui du touchant fpectacle de l'alegreffe
publique , & des ardens témoignages de la reconnoiffance
& de l'amour des François. Ces fentimens
néceffaires à la félicité des bons Rois vous
font dus , Sire ; ils fe perpétueront pour vous
& leur énergie s'accroîtra à mefure que la nation
jouira des efforts conftans de Votre Majefté pour
affurer le bonheur commun , par le maintien de
la conftitution . »
Le Roi eft forti au bruit des battemens de mains
& des cris : vive le Roi , accompagné d'une fimple
députation ; M. Target a lu le procès - verbal , &
prenant un ton folennel , le préfideut a dit : « L'Af
femblée conftituante déclare que la miffion eft
finie , & qu'elle termine en ce moment les féances, »
On a beaucoup applaudi.
SECONDE ASSEMBLÉE : NATIONALE .
Du famedi , premier octobre.
Les députés à la légiflature étant réunis à 10
heures , des huiffiers ont dit ; en place , Meffieurs
en place ; & chacun , s'eft placé . Plufieurs des
membres de la ci- devant Aflemblée conftituanto
s'étoient afis aux deux extrémités fur des bancs
féparés du eft par des barrières. Toutes les
tribunes ont applaudi , à divers repriſes , en
voyant le plus grand nombre des nouveaux députés
aller s'affecir a la gauche. Ils fe découvrent
bruyans applaud femens ; ils fe levent on
recommence ; ils fe raffeyent & le recouvrent ;
on redouble ; arrive en fin le moment du filence.
M. Camus , archivifte , lit les décrets relatifs
( 119 )
aux premières opérations , & procède à l'appel
nominal.
Le recensement a donné 434 membres préfens .
M. Camus s'eft retiré , en annonçant que les fonctions
étoient finies , que ces Meffieurs avoient dix
bureaux tout prêts , & qu'il laiffoit fur le tapis
la loi qui règle les devoirs de la légiflature .
Un huiffier a demandé s'il y avoit pauni les
députés quelqu'un âgé de plus de 68 ans . Soixante
-neuf ans révolus ont porté l'un d'eux au
fauteuil , & à peine a - t- il touché la fonnette
que l'air a retenti d'applaudiffemens inouis . Les
deux plus jeunes font inftallés fecrétaires , &
l'huifier dit : cc Meffieurs , votre doyen d'âge
eft M. Batteau du département de la Côte- d'Or ,
âgé de 69 ans ; les fecrétaires , M. Dumolar du
departement de l'Isère , âgé de 25 ans & deux
mois , & M. Voizard du département du Doubs ,
âgé de 25 ans & ୨ mois 35, Une partie confidérable
de la députation cft compofée de jeunes
gens de 25 a 30 ans .
M. Dumolar a lu les décrets . Un membre a
ouvert l'avis de divifer les députes par régions
ou métropoles , chacune dans chaque bureau
pour vérifier les pouvoirs. Un autre préféroit
une commiffion générale de vérificateurs , co.npofée
d'un membre par département.
Sur un troisième avis , on s'eft déterminé à
divifer les départemens , de huit en huit , felon
l'ordre alphabétique , depuis l'Ain jufqu'à l'Yonne.
L'Affemblée s'eft ajournée au lendemain matin
à 9 heures .
Du Dimanche , 2 octobre.
Les bureaux ayant rapporté à l'Affemblée leur
travail fur la vérification des pouvoirs , on a
( 120 )
difcuté trois conteftations , bientôt décidées en
faveur des membres , dont les pouvoirs ou l'élection
étoient attaqués . Comme il n'exiſte dans la
nouvelle législation du royaume , aucune loi
contre les brigues , & autres caufes analogues
d'illégalités , on fent que les élections , concentrées
d'ailleurs , à- peu- près par- tout , dans la
même faction , doivent aller toutes feules.
Celle de l'abbé Fauchet , nommé député du
Calvados , a été cependant débattue contradictoirement.
Nous avons rapporté dans le temps les
circonftances de cette nomination : on fe rappelle
que , décrété de prife-de-corps , par une information
dont l'Affemblée confiituante ordonna deux
fois la pourfuite , cet évêque du Cercle focial fut
traîné en triomphe à l'affemblée des électeurs ,
par les électeurs même , élu préfident , & enfuite
député.
Le
rapporteur , M. de Morveau
, s'étant àpeu-
près renfermé
dans l'expofition
des faits
cinq opinans fe font hâtés de reconnoître
dans
M. Fauchet les titres d'un légitime repréfentant
.
A ce plaidoyer , un député qui fe nomme , je
crois , M. Ochier , ou Dochier , a oppofé des
raifons d'un grand fens , exprimées
avec précifion.
« La loi , a- t-il dit , exclut des droits de
citoyenactif, ceux qui font en état d'accufation
.
» L'Affemblée
des électeurs du Calvados
a affiché
le mépris de cette loi , lorſqu'elle
a appellé dans
» fon fein , un citoyen décrété , qui ne pouvoit
» exercer les droits de citoyen aétif , ni être élu
35
90
préfident , & membre de la légiflature . Vous
» êtes venus ici pour inaintenir la paix , l'ordre
» dans l'Empire , pour rappeller l'éxécution des
» loix , trop négligée jufqu'à préfent . Vous devez
› en
( 121 )
32
» en ce moment un exemple févère de refpec
» fost la loi ; exemple qui peut être honorable
» M. Fauchet , car une feconde élection peut
» le porter à la légiſlature . »
"
Perfonne n'a appuyé ces motifs dix argumentateurs
les ont combattus . M. Garan de
Coulon , en particulier , a repréfenté que , fi
M. Fauchet avoit été décrété fuivant les formes
de la procédure de 1670 , ce décret étoit nu
puifque l'ancien ordre non émané de la
volonté générale , ne peut avoir l'autorité d'une
loi 3 que l'Affemblée conftituante n'y avoit
point fuppléé , en décrétant elle-même M. Fauchet
qu'au contraire , elle ratifia le choix fait
à Marseille des acculés décrétés par le prévôt
pour occuper les places municipales ; enfin que
dans Fordre nouveau nulle accufation n'étoit
légale , fi elle étoit prononcée par les Grands
Jurés .
>
Il réfute de ces raifennemons que toutes
les loix anciennes fubfiftantes , les loix , par
exemple , conftitutives de la propriété , peuvent
être légitimément attaquées , comme n'étant point
émanées de la volonté générale. On appercevra
cu ce principe , fan &tionné , en quelque forte ,
par la décision dont nous allons rendre compte ,
va conduire la France, Il réfulte aufli des dogmes
de M. Garran , que , jufqu'à l'inftallation des
Grands Jurés en janvier prochain , nul délit ne
peut être légalement pourfuivi , ni puni , puifque
nulle accufation n'eft régulière.
Aucun député n'a pris la parole contre ces
maximes ; mais M. Cerutti a déclaré qu'il étoit
entre l'enthousiasme & ka toi , qu'il valoit mieux
troubler l'ordre du monde que troubler l'ordre
de la justice , & perdre un grand homme que
No. 41. 8 Octobre 1791 .
F
( 122 )
perdre un principe ; que le grand komme étoit
M. Fauchet dont il admiroit les vertus & les
talens ; que le principe excluoit un accufé de
l'exercice des droits , & non pas des droits de
citoyen actif , & que , par conféquent , M.
Fauchet pouvoit être élu & non pas élire , jouir
des droits & non les exercer.
M. Cerutti a terminé ces quolibets & ce galimathias
par foumettre la queftion à la confcience
, & non à l'efprit.
La très-grande majorité a déclaré bonne &
valable l'élection de M. Fauchet.
Un appel nominal a donné 394 membres vérifiés
, qui auffi-tôt fe font déclarés Affemblée
nationale législative , & ont enfuite prononcé le
ferment collectif , vivre libre ou mourir.
Le Public s'attendoit à un féjour du Roi
& de fa Famille à St. Cloud , ou à Fontainebleau
; mais aucun indice n'annonce
l'exécution de ce projet il n'auroit pu
s'effectuer avant l'inſtallation de la nouvelle
Légiflature ; il refte fubordonné à
plufieurs circonftances variables , qu'il eft
plus aifé de pénétrer , que prudent de développer.
Nonobftant je ne fais quel bavardage
imprimé dans la Gazette Univerfelle
, nous confirmons les détails que nous.
avons donnés fur les mobiles fecrets defquels
a dépendu l'acceptation du Roi ; ou ,
pour parler plus exactement , la forme de
eette acceptation. Le refpect que nous por(
123 )
tons à S. M. , à fon Augufte Famille &
fa fituation , nous défend d'en dire davantage.
Les Gazetiers univerfels qui ont , au
moins dans leur domaine , l'univerfalité
des impoftures de tout genre , affurent qu'il
faut être payé par les Aristocrates , pour
donner au Roi d'autres confeils que les
leurs. Nous ne favons par qui font payés
ces Gazetiers , mais s'ils le font , c'eft à
coup sûr par de grands fots.
Le Peuple de Paris defire tellement le
retour des Princes & des Emigrés , qu'on
l'aniufe de temps en tenips , de l'annonce
pofitive de leur prochaine arrivée : on a
reproduit cette rumeur la ſemaine dernière :
les Agioteurs l'ont tranfmife plufieurs fois
à l'Etranger , avec une fuite de contes touchant
le fuccès des négociations entamées
à ce fujet. Aucune de ces démarches , mal
calculées , ne pouvoit réuffir. S'il y a quelque
chofe de certain , c'eft que jamais les
caufes de l'éloignement des Princes , ne
furent plus invincibles qu'elles le font
actuellement. L'émigration continue , &
s'eft confidérablement accrue depuis quel
ques femaines . De toutes les provinces du
Royaume , il fort des flots de Militaires
de Gentilshommes , de Citoyens de tout
état , qui paffent en Allemagne , ou en
Brabant. Beaucoup de Familles , frappées
de terreurs paniques , ou entraînées par
l'imitation , fuivent ce torrent , & aban-
Fz
( 124 )
donnent la France , dans la crainte que la
nouvelle Légiflature n'en ferme de nouveau
les portes. Tous ces fugitifs font pleins
de l'idée que nous ferors attaqués par les
Etrangers avant l'hiver . Aucune preuve ,
néanmoins , n'autorife encore cette opinion.
Ce qu'on débite de la marche actuelle de
troupes Pruffiennes & Autrichiennes , eft
abfolunient prématuré. Si d'autres Puifances
ont accédé à la Déclaration de Pilnitz
, cette acceffion n'eft point officiellement
connue. Enfin , il devient important , au
milieu de tant d'incertitudes , d'apprendre
l'effet qu'aura produit dans les divers Cabinets
de l'Europe , la dernière acceptation
du Roi . On parle affez pofitivement de la
tenue d'un Congrès général à Aix- la- Chapelle;
on veut que toutes les Puiffances , l'Angleterre
exceptée , y envoient des Miniftres !
on affirme qu'il y fera traité des affaires
de France , & des moyens de garantir
l'Europe d'une fubverfion . Quoique cette
nouvelle s'accrédite de plus en plus , nous
ne connoiffons encore aueun Plénipotentiaire
nommé à ce Congrès , dont la formation
attefteroit que , jufqu'au Printemps ,
il ne fera rien tenté contre la France . Nous
reprendrons plus en détail , là ſemaine fulvante
, le récit & l'examen des faits , des
conjectures , des raifonnemens actuels fur
cette matière.
( 325 )
Au fortir de la dernière Séance qu'ait tenue
l'Affemblée Conftituante , quelques
centaines de femmes , d'enfans & d'habitués
des galeries , prodiguèrent leurs hommages
à MM. Péthion & Roberſpierre : la foule
groffit , la Mufique de la Garde Nationale
fe fit entendre ; on pofa une Couronne civique
fur la tête des deux Députés ; on les
efcorta à leur voiture ; on détela leurs che
vaux ; des Patriotes voulurent traîner leurs
deux idoles ; mais elles fe refusèrent à cet
excès d'honneur. Pendant cette fcène , on
rema qua d'autres Députés , jadis les objets
de cette frénéfie populaire , expofés aux
huées , aux injures , & même aux fifflets de
la multitude.
Les 24 Députés du Département de
Paris , dont nous avons fucceffivenient
donné les noms , font MM. Garan de
Coulon , la Cépède , Paftoret , Cerutti ,
Beauvais de Préau , Bigot- Préameneu
Gouvion , Brouffonnet , Cretté de Palluel ,
Gorguereau , Thorillon , J. P. Briffot ,
Fillafier , Hérault de Séchelles , Abbé Mulot,
Godard, Quatremère de Quincy , Bofcari ,
Ramond , Leonard Robin, Debry, Condorcet,
Treilh- Pardaillan , Augufte Monneron.
DES FACTIONS QUI DIVISENT LA FRANCE.
( Fin. )
Paffons maintenant à la revue du côté
F 3
( 126 )
gauche : elle fera plus fuccincte , parce que
la domination de cette Majorité , l'a mife
dans une évidence bien plus notoire.
pas
La première Faction qui ſe préfente , eft
un compofé de parties hétérogènes, raſſemblées
par l'intérêt , bien plus que par la
conformité des principes. Elle renferme des
efprits tempérés , qui , de toutes les doctrines
républicaines du moment , ont embraffé
celle qui leur a paru la moins incompatible
avec la confervation d'un Gouvernement
Monarchique ; d'hommes foibles
, mais honnêtes , qui n'ofant s'allier
à l'une des divifions du côté droit , fe font
éfugiés dans celle de la gauche où ils ont
rutrouver plus de mefure ; de beaux efprits
politiques , de gens à fyftêmes , que la
vanité de jouer un rôle , que la facilité
de le remplir avec quelques pages de Rouffeau
, mal entendues ou mal appliquées ,
ont épris de la Démocratie Royale , &
qui ont la bonhomie de croire avoir fait
une Conftitution , parce qu'ils ont combiné
quelques moyens d'anarchie ; de Littérateurs
, de Poètes médiocres , de Traducteurs
tout- à- coup transformés en Lycurgues,
anciens valets des Courtifans & aujourd'hui
Courtifans du Peuple ; enfin , de jeunes
enthouſiaftes fans expérience , qu'on entraîne
fur parole , & à qui la nature a
commandé de penfer , de parler , & d'écrire
fans réflexion.
( 127)
Cette cohue tire fa confiftance des Chefs
qui la gouvernent. Guidé par les conjonctures
, beaucoup plus qu'il ne les a gouvernées
, ce Comité de Politiques , d'Importans
& de Sectaires , s'eft recruté des
Apoftats de différens Partis . Qu'on raffemble
les opinions de fes principaux Membres
depuis l'ouverture des Etats - Généraux ,
on y trouvera les fyftêmes les plus contradictoires.
On n'a pas encore oublié ,
par exemple , que M. Thouret à qui le
concours libre du Roi dans les Loix Conf
titutives paroît maintenant une monftruofité
Ariftocratique , défendit avec véhémence
la doctrine du veto abfolu , & que
lié d'opinions avec M. Mounier , il fut en
conféquence réprouvé de fes Collègues
d'aujourd'hui . Les forfaits de Verſailles
& la tranflation de l'Affemblée à Paris
aggrandirent les idées de M. Thouret , dont
la tête chemina depuis avec les circonftances.
Beaucoup d'autres de fes alliés
actuels ont imité cette philofophie progreffive
, foumis leur entendement à l'influence
des temps , & dirigé leur conduite
d'après les fuccès du plus heureux .
D'autres Sociétaires de la même Faction
, après avoir débuté , au contraire . ,
par la plénitude des idées Républicaines ,
feroient aujourd'hui fort étonnés de fe
trouver Monarchistes , s'ils n'euffent fufffamment
pourvu , par les Inftitutions aux
F 4
( 128 )
quelles ils ont coopéré , à réduire l'autorité
Royale au niveau jufte qu'il leur importoit
de conferver , pour faire de cette autorité
l'inftrument matériel du Corps Légiflaaif,
& des Miniftres coalifés avec celui - ci .
Quant aux Sectaires qui forment une
branche du même arbre , ce font ou des
Economistes renforcés , ou des efprits obf
curs qui portant l'abus de la Géométrie
métaphyfique dans les fciences morales ,
prennent les hommes pour des blocs de
marbre , les paffions pour des dimenfions
matérielles , & Pefprit du Légiflateur
pour un cifeau , avec lequel il fuffit d'équat
rir des proportions , & d'aflembler des
cailloux.
Nul fyftêmeuniforme parmi ces individus
de différente mefure , & fpécialement jaloux
de paffer pour fyftématiques . Leur doctrine
eft un bifarre alliage des théories , ensevelies
dans la poudre des Ecrits enfantés par les
Républicains fous Charles I, des paradoxes
de Rouffeau , de maximes abftraitement
vraies & contredites par leur application , ou
de maximes fauffes , dangereufement appli→
quées à l'ordre focial.
Nous avons vu les Chefs de ce Parti
ellaver trente évolutions diverfes , aller au
Pôle , en revenir , y retourner , tâter toutes
les diftances approximatives , flotter fans
ceffe de la République à la Monarchie , &
de tant de variations intéreffécs , nous com(
129 )
poferdernièrement in Code d'incohérences .
Si l'on veut prendre une idée jufte de leur
adreffe , il faut ouvrir , par exemple , leur
doctrine fur la ROYAUTÉ. Dans l'Acte
Conftitutionnel , ils en ont fait le titre d'un
Chapitre ; on parcourt ce Chapitre , on n'y
trouve pas un mot des attributs & des
fonctions de la Royauté : à l'exception de
l'hérédité , les prérogatives qu'on décerne
au Monarque dans cet article , peuvent auffi
bien appartenir au Landamman de Glaris ,
ou au Doge de Venife.
L'Abbé Sieyes qui eft auffi un Monarchiste
de la trempe des précédens , place la différence
entre la Monarchie & la République ,
en ce que la première finit en pointe , et la
Seconde en plate -forme ; or , M. Sieyes préfère
le triangle à la plate -forme (1).
La Faction qu'on vient de définir
avoit d'abord pofé le fiége de fon Empire
dans le Club de 1789. Là , elle projettoit
de gouverner la France ,& l'Univers :
là fut révélé l'Art focial ; là fut le berceau
de la propagation des Révolutions
univerfelles. Mais , bientôt les Jacobins
prirent de l'ombrage : ils jettèrent du ridicule
& des foupçons fur les intentions
(1 ) Voyez une réponse de ce Métaphyficien
à M. Paine, inférée dans le Moniteur du 16
Juillet ; c'eſt l'obfcurum per obfcurius . 3
F
S.
( 130 )
de 1789. Plus puiffans alors que ce dernier
ils lui enlevèrent bientôt un nombre de fes
partifans , entr'autres Mirabeau , qui fe dégoûta
de ce terrein mouvant , fur lequel il
ne pouvoit pas utilement affeoir des batteries.
On croyoit ce Parti éternellement
condamné à la nullité , lorfque la diviſion
des Jacobins lui a fourni un moyen de
reparoître avec éclat. Pendant fon éclipfe ,
il ne s'étoit point endormi . D'une part ,
il
promettoit fon appui aux Miniftres , enchantés
de faifir ce gouvernail dans la tempête
il faifoit nommer fes créatures à
toutes les Places , à toutes les Commiffions":
il s'affuroit du Commandant- Général de
Paris , de la Municipalité , du Département
; chaque jour , il inventoit des emplois
, pour en doter fes partifans ; il devint
le principal Bureau des graces , des
récompenfes , des nominations Miniftérielles.
:
Le plan de fes Chefs étant de gouvermer
, il leur falloit un Roi fans autorité
& fans défenſe , des Miniftres indépendans
du Prince & dépendans de l'Affemblée nationale
; des Corps adminiftratifs , refpon-
Tables à la Légiflature ; l'éloignement de
tous ceux que la naiffance , le mérite.
peu flexible , l'étendue des propriétés
, ou d'anciens fervices pouvoient
appeller autour du Trône , & dans les pla
ces de la Cour oudu Gouvernement;
( 131 )
fontaine des honneurs & des penfions ,
réfervée au Corps Légiflatif ; une Cour
qui pût les craindre ; mais fonder fur eux
quelques espérances ; la ceffation de l'anarchie
, puifque l'anarchie les eût privés
des jouiflances de l'Adminiftration ; enfin ,
un état de chofes tel qu'ils puffent dominer
à la fois la Légiflation & l'exécution
, & fe couvrir du nom du Roi ,
contre les Royaliftes & les Républicains .
Les Jacobins & le côté droit déconcertèrent
cette ambition , en rejettant le
Décret qui confacroit la rééligibilité des
Députés actuels à la Légiflature fuivante ,
& celui qui devoit abolir l'incompatibilité
des places miniftérielles avec le caractère
de Repréfentant de la Nation . On eut
beau déclamer à plufieurs repriſes , & repréfenter
ces demandes condamnées , l'oppofition
fut inébranlable .
De ce moment , les Jacobins , & les Miniftériels
( c'eft ainfi qu'on a baptifé cette
faction de 1789 ) , fe font voués une haine,
dont le fcandale a éclaté à chaque Séance .
On fe rappelle que , profitant du moment
d'effroi qu'avoit femé la fufillade du
Champ- de- Mars , les derniers affichèrent
une fciffion ouverte avec leurs adverſaires ,
& fe réunirent aux Feuillans . Sur leur
théâtre refpectif, ces deux Factions ont
inondé la France de leurs Manifeftes , en
fe difputant l'empire avec acharnement .
F 6
( 132 )
La compofition de la nouvelle Légifla
ture décidera à qui eft refté la victoire
dans le Royaume ; mais les Feuillans l'ont
remportée plufieurs fois à l'Affemblée , par
un fecours que des griefs communs leur
avoient procuré antérieurement.
Ce fecours eft né du rapprochement de
MM. Barnave , de Lameth , Duport, Goupil
, Menou , Beauharnois , & de leurs adhérens
qui , ayant perdu la confiance & la
fuprématie des Jacobins , ont fubitement
changé de principes & de langage. On les
a entendus réclamer un terme à la Révolution
, après avoir dogmatifé les principes
qui doivent l'éternifer ; pourfuivre les
Clubs , après les avoir fondés , & foutenus
dans leurs excès ; la licence de l'armée
, après l'avoir perdue par la protection
conftante de fes défordres , & par fon
aggrégation aux Tribus Jacobites ; les
factieux , après avoir reçu cent fois cette
épithète , & s'en être glorifiés , les Pétitions
incendiaires , après en avoir provoqué
de femblables , & confacré le droit
l'autorité de l'intervention populaire , après
avoir oppofé l'autorité des attroupemens ,
des galeries , des délibérations fanatiques
aux opinions de leurs adverfaires ; la Répu
blique enfin , après en avoir allumé le
foyer , & électrifé les promoteurs. Que cette
converfion furprenante fût ou non le fruit
de l'expérience & de la réflexion , l'am
bition des places du Gouvernement ne
( 13 )
-
paroît pas , chez la plupart , en avoir été
le principal mobile. Peut être qu'après
avoir coopéré à tant de maux , il eft refté
à ce Parti l'émulation de confolider le bien
qui pouvoit les avoir accompagnés , peutêtre
qu'en perdant l'efpoir de revivre dans
la première Légiflature , ils ont perdu celui
de voir affermir leur ouvrage , & calculé
qu'en eflayant d'en diminuer les défauts
is en laifferoient l'odieux à leurs fucceffeurs.
?
Quoi qu'il en foit de ces divers motifs
, cette Faction irritée contre les nouvelles
idoles qui lui raviffoient le piédeſtal ,
cette Faction à qui fes propres forces ne
pouvoient fuffire , a emprunté les inimitiés
de 1789. Ces deux ligues ont aforti leur
réfipifcence , combiné leurs reffentimens.
cublié que , mutuellement , elles s'étoient
dénoncées au Publis , comme un ramas
d'hypocrites pervers , ou de Factieux incorrigibles.
Du moment où les Républi
cains n'ont plus voulu de Roi , elles ont
décidé de le conferver : elles n'ont plus
entretenu l'Affemblée que de la Monarchie,
des intérêts du Pouvoir exécutif , de la
force néceffaire aux Miniftres , de la répreffion
de tous ceux qui tenteroient un
changement quelconque à la Conftitution.
Il étoit difficile que cette tendreffe inopinés
pour le Roi & la Royauté , parût fincère
de la part de gens , qui , depuis deux ans ,
( 134 )
fe difputoient la gloire d'avilir l'un & de
détruire l'autre. En conféquence , la double
cabale en faifant réuflir fes intrigues à la
Cour , & fes démonftrations auprès des
perfonnes de bonne foi , a non -feulement
perdu fa popularité , mais encore celle de
' Affemblée nationale. Le cri public a appellé
la feconde Légiſlature ; les Républicains
ont été les plus ardens à le pouffer.
Ce troifième Parti dans la Majorité renferme
tous ceux à qui un bouleverſement
univerfel , & des Révolutions de chaque
jour , font néceflaires ; les brouillons par
befoin , les brouillons par habitude , les
confpirateurs déjoués , les fots furieux &
vains que la paix replongeroit dans le néant .
Mais il renferme auffi des enthoufiaftes fincères
, des hommes à principes , des efprits
ardens , que la violence des évènemens a
accoutumé à franchir les milieux . Il eft
inconteſtable que de toutes les Factions du
côté gauche , celle- ci eft la feule conféquente
: on ne peut lui reprocher aucune
variation. Elle a rejetté tous les tempéramens
, toute balance de pouvoir , toute
indépendance de la Royauté , toutes claffifications
intermédiaires , parce qu'elle entendoit
fonder en France une Démocratie .
Elle a appliqué à la rigueur le dogme de
la fouveraineté effective du Peuple elle
s'eft conformée aux dogmes prêchés deux
ans à la Tribune ; elle a fenti ce qui eft
( 135 )
d'une palpable évidence , que la Conftitution
étant abfolument Républicaine , la
Royauté devenoit un hors- d'oeuvre dangereux
, & qu'en fuppofant un Confeil exécutif
& un Préfident , à la place du Monarque
, la Conftitution iroit égale
ment , ou que le maintien de la Royauté
ne ferviroit jamais, à la faire aller.
On ne ne fera pas l'outrage de fuppofer
que , je crois compatible avec un
Empire comme la France , une forme de
Gouvernement difficile à foutenir , mais
bonne , mais néceffaire dans un canton
très- limité. Le feul projet de cette transformation
fuppofe ou une aliénation d'efprit
, ou le deffein de diffoudre la Monarchie
; mais il n'en eft pas moins avéré
que les principes , les inftitutions propres à
amener cette cataſtrophe , ont tous été confacrés
en divers temps par la Majorité de
P'Affemblée nationale , & que les francs
Démocrates ont été feuls invariables dans
un fyftême , dont la totalité des Révolutionnaires
a jetté les fondemens.
Cette Faction a pouffé de profondes
racines elle s'appuye d'une part fur les
'élémens d'une Conftitution , exactement
conforme à celle des Grifons ; fur le defpotifme
populaire rendu Loi de l'Etat , fur
le fentinient que des milliers d'infatigables
Ecrivailleurs ont généralisé dans la
multitude : de l'autre, fur la dépravation de
( 136 )
?
moeurs , fur l'anéantiffement de tous les
freins de la morale , de l'honneur , de la
Religion ; fur l'indépendance des Époux ,
des Fils , des Serviteurs , de la Jeuneffe
de toutes les relations fociales ; indépen
dance qu'on peut confidérer comme le
bienfait le plus certain de la Révolution
, & de plufieurs des Loix qu'elle
a produites . Des hommes dont on a
ainfi affranchi les devoirs , les affections
les idées , les fentimens , font entraînés à fe
délivrer promptement de toute autorité . 3
Les Républicains , fans avoir l'avantage
du nombre bien prononcé , ont celui d'un
accord plus intime dans leurs opinions ,
& d'un zèle plus embrâfé dans leur conduite.
Le moment arrivera où la France
fera partagée entr'eux , & les Royaliſtes ,
exagérés.
Dans aucune des Factions de la Majorité
, on n'apperçoit de véritables Chefs
de Parti ; car il eft dérifoire de donner
ce nom à des hommes , dont l'habileté
fe réduit à rédiger des brochures
ou des harangues populaires , à conduire
quelques intrigues , à fomenter quelques
émeutes , à gagner ou à perdre quelques
degrés de popularité ( 1 ) .
(1 ) Il n'existe pas un feul Démagogue qui ait
acquis ou confervé un véritable credit . Le por(
137 )
MM. d'Orléans & de la Fayette ont eu
l'air un moment de prétendre former des
Factions perfonnelles . Les nommer l'un
& l'autre , c'est démontrer qu'euffent- ils eu
un pareil deffein , ils étoient incapables de
le foutenir.
M. d'Orléans , Prince malgré lui , borne
aujourd'hui fon ambition à la Secrétairerie
du Club des Jacobins. M. de la Fayette n'a
pas encore arrêté fa place ; mais en perdant
le commandement de la Garde Nationale
de Paris , il eft douteux qu'il en
trouve de plus favorable aux vues de la
Faction quelconque , dont il épouferoit
les intérêts & à laquelle , j'ofe le
prédire , il ne fera jamais que d'une utilité
très- équivoque.
Ainfi que le côté droit , la Majorité
compte quelques Citoyens fans intrigue ,
fans intérêt perfonnel , étrangers aux Partis
qui incendient les bancs fur lefquels ils
font affis , & qui ont fu maintenir la liberté.
de leurs opinions . De ce nombre font MM.
Garat l'aîné, Martineau , Pifon du Galand,
trait de M. Barnave le crie à un fol ; celui de
M. de la Fayette à deux . Les deux cabales
principales de la niajorité le déchirent depuis
deux mois aux yeux du Peuple chacune a fes
Afficheurs qui capiffent les murs de diffamatlons
. La multitude étonnée ne fait plus où placer
le patriotifme.
( 138 )
Prugnon , Viefville des Effarts , & fur- tout
M. de Landine , Député du Forez , non
moins eftimable par fes qualités perfonnelles
, par l'étendue de fes connoiffances
littéraires , que par la fageffe de fon eſprit ,
& le courage qu'il a montré à défendre
les droits de l'Autorité Royale.
Voilà le tableau de nos efpérances & de
nos craintes pour l'avenir. Tels font lespréfens
que laiffent à la France, ceux qu'elle
avoit chargés d'un Traité de paix éternel
entre la Monarchie & la liberté. Je ne
puis mieux le terminer que par le paffage
fuivant , extrait de l'Ouvrage de M. John
Adams , vice- Préfident du Congrès des
Etats - Unis Ouvrage où ce Républicain
a victorieufement réfuté le fyftême , que la
France a hérité des Levellers Anglois .
De toutes les formes poffibles de Gouver
nement , la fouveraineté dans une feule Affemblée
, fucceffivement choifie par le Peuple , eft
peut-être la mieux calculée pour faciliter les
jouiffances de l'amour - propre & le fuccès de
l'intérêt perfonnel de quelques individus . Par des
talens médiocres , par de l'adreffe , de l'activité ,
des liaffons ou de l'opulence , quelques perfonnages
feront en état d'intriguer avec le Peuples
& fes Chefs , hors de l'Affemblée , jufqu'à ce
qu'ils perdent leurs adverfaires , & y introduifest
leurs amis. Dans ce but , ils accorderont toutes
les places & les émolumens à ces derniers & à
leurs créatures ; ils multiplieront les dégouts &
les refus pour les autres , jufqu'à ce qu'ils aiens
( 139 )
établi dans l'Empire un fyftême d'efpérance &
de crainte , qui les mettra en état d'avoir la
majorité à l'élection fuivante de la Chambre
unique. Les Juges feront nommés par eux , &
feront en conféquence à leurs ordres . Toute
l'autorité judiciaire ainfi que l'autorité exécutrice ,
feront ufurpées , perverties & proftituées , dans
mée
le deffein de dominer. L'innocence & la vertu
ne feront en fûreté que fous la protection des
Chefs & de leurs amis . Des perfécutions légales
feront inftituées contre les gens qui oferont
s'opposer à leurs fyftêmes & à la ruine de l'Empirc
menacé. Comme le tréfor public fera à leurs
ordres , l'argent de la nation fera dépenſé d'après
les mêmes principes. Il ne fera poffible d'obtenir
aucune grace , que par le moyen des Démagogues
de la Chambre. Les penfions , les récompenfes
pécuniaites , les honneurs & les places
de toute eſpèce , feront accordés à leurs amis &
à leurs partifans . La route aux places fera ferpour
tous ceux qui n'adoreront pas l'idole ».
« Les Médecins les plus diftingués ne feront
pas oubliés ; le moyen d'acquérir de la réputation
& des pratiques , fera pour eux d'être les
prôneurs de la Majorité . Le Barreau lui fera fi
dévoué , qu'un jeune homme n'aura aucune efpérance
de fe faire un nom , ni d'avoir des
cliens , qu'en cédant aux vues des Juges & de
leurs protecteurs . Le théâtre même , les Acteurs
& les Actrices deviendront politiques , & chan - `
geront les plaifirs du Public en des armes de
popularité . La pretfe , ce frein puiffant , ce
palladium des droits de l'homme , quand elle
eft protégée dans fa liberté par les Loix , ne
pourra plus être libre . Si les Auteurs , les Ecrivains
, les Imprimeurs ne veulent pas accepter
( 140 )
ce qu'on leur offrira pour les gagner , il faudra
qu'ils fe foumettent à leur perte , qui fera pourfuivie
avec vivacité, La prele deviendra bientôt
la trompette de la calomnie contre la Mino
rité , & l'organe des éloges emphatiques des
Chefs de la majorité ».
ce En un mot , tout le fyftême des affaires ,
& tous les moyens concevables de crainte &
d'efpérance , feront employés pour protéger l'inté
rêt privé d'un petit nombre d'hommes , gouver
nant une humble majorité . Il n'y aura point d'autres
remèdes que la viclence . C'eft à cause de cela
que nous avons vu , dans toutes les Républiques
d'Italie , la minorité forcée de défelpoir à
recourir aux armes » .
« Il peut paroître extraordinaire de dire que
la majorité eft une faction ; mais cela eft cependant
littéralement jufte . Si la majorité montre
en fa faveur la moindre partialité ; fi elle refufe
une parfaite égalité de fait à chaque Membre
de la minorité , c'est une FACTION . Et comme
une Affemblée populaire , collective ou repréfentative
, ne peut agir ni vouloir que par un vote ,
la première réfolution qu'elle prend , fi elle
n'eft pas unanime , occafionne une divifion entre
la majorité & la' minorité , c'eft - à - dire entte
deux partis ; & du moment que le premier devient
injufte , il eft une FACTION ». Defenfe of
the Conftitutions ofthe United States ofAmerica,
T. III . Letter VI. pag. 284 & faivantes.
Depuis plus de 30 ans , M. de Chaponay,
père de 6 enfans , dont trois fuivent la carrière
des armes , dépenfoit fes revenus dans fa
terre de Beaulieu près de Lyon , & y occupoit
un grand nombre d'honumes , de
( 141 )
femmes , d'enfans à toutes fortes de travaux
bien payés. Lors de la grêle du 21 Juim
1764 , le village de Morancé fut prefque
détruit. M. de Chaponay fit , reconſtruire
33 maifons , fournit des bois de charpente
aux Habitans qui en manquoient, leur procura
du bled jufqu'à la récolte , & fur les
Tailles une remifs confidérable qui fubfifta
plufieurs années . A la Fédération célébrée
dans fa demeure , il y eut 130 couverts
pour les Municipaux & les Officiers , &
mille pour les Gardes Nationaux. Tant
d'actes de bienfaifance n'ont préfervé ni fa
perfonne , ni fa famille , ni fes poffeffions ,
des attentats dont il nous décrit lui -même
les circonftances , dignes de l'epoque d'anarchie
où nous vivons.
сс
« Le 24 juin 1791 , après -midi , arrivèrent au
Château de Reaulieu , les Municipalités de Morancé
, de Lucenay , de Chazelay , avec leurs
Maires & les Gardes Nationales , faifant au moins
2000 hommes , tambour battant & drapeaux
déployés. M. de Chaponay alla au- devant d'eux ,
leur demanda ce qui lui procureit le plaifir de les
voir ; ils répondirent qu'ils ne venoient pas pour
l'offenfer , mais que le District leur avoit ordonné
de s'emparer du Château , d'y faiffer 60 hommes
de garde jufqu'au lendemain matin , que le
Diljit & la Garde Nationale de Villefranche
viendroient en faire la vifire . Invités à montrer
Fordre , ils dirent qu'ils ne le pouvoient pas , &
à l'inftant les Gardes Nationales fe mirent à crier
( 142 )
· ·
qu'ils vouloient procéder fur le champ à la
vifite. »
· -
Docile à ce Décret de la majorité armée
le Propriétaire pria les Officiers Municipaux de
mettre quelque régularité dans les perquifitions ,
d'établir des Corps de garde aux principales
portes & fur la terraffe devant les fenêtres , &
de choifir les Gardes Nationaux deftinés à les
accompagner dans l'intérieur. Le Chef de la Garde
Nationale de Lucenay dit avec emportement &
menace que tous étoient égaux , que tous entreroient
; au moment même ils fe précipitèrent en
foule dans le Château ; le défordre & le pillage
commencèrent . Envain M. de Chaponay réclamat-
il les Loix , l'autorité des Officiers Municipaux
& des Commandans ; ils furent fourds a fes inftances
, & fous leurs yeux il vit fa propriété
violée , dévaſtée ; argenterie , affignats , linge en
quantité , dentelles & autres effets brifés , déchirés
, pillés ; les arbres des avenues mutilés , coupés ,
les caves vidées , les tonneaux roulés fur la terraffe
, tout de vin répandu , & le donjon démoli.
»
« Au lieu d'arrêter ce brigandage , les Officiers
Municipaux & les Commandans y encourageoicnt
ceux qui fe rallentiffoienr . M. de Chaponay
faifoit ouvrir les appartemens qu'on vouloit
vifiter ; on les refermoit exprès pour que les
fapeurs qui fuivoient en jettaffent les portes à
bas à coups de hache , & toutes les ferrures en
étoient enlevées . Vers les neuf heures les domeftiques
avertirent leur Maître que les Muninipalités
avoient réfolu de le forcer à figner le
défiftement de les droits féodaux , & de lui couper
la tête après le défiftement ; il fe détermina bien
( 143 )
vite à fe fauver avec fa femme par la feule iffue
qui ne fût pas gardée . Ce couple malheureux
erra toute la nuit dans les bleds , dans les bois ,
au bruit du tocfin de toutes les Paroiffes voisines .
Traqués comme des bêtes fauvages , pourſuivis
à coups de fufils par des détachemens , M. &
Madaine ûe Chapon ay arrivèrent le lendemain à
Lyon , échappés à des dangers fans nombre. »
сс Le 25 juin à 7 heures du matin , les Officiers
Municipaux
& la Garde Nationale d'Ancé vinrent
au Château de Beaulieu , firent ceffer le pillage &
la démolition
du Château commencée
la veille à
4 heures , & dreffèrent procès- verbal des dégradations
commifes , au milieu defquelles l'ame
fenfible du Propriétaire
regrette fur-tout une galerie
de portraits de famille coupés par morceaux.
Dès que ces brigands , défolés de n'avoir pas été
fes ffaffins , furent qu'il étoit à Lyon , ils lui
envoyèrent
des Députés pour lui fignifier que s'il
n'abandonnoit
ſes terriers , ils réduiroient
fes domaines
en cendre & abattroient
fes forêts. On
mit trois fois le feu au Château , & trois fois les
domeftiques
l'éteignirent
au rifque de leur vie.
Les Gardes Nationales & la Municipalité
de Châtillon
démolirent
l'éclufe de fon Pré de Befancin ,
au retour de leur vifite du Château de Bayère , ou
ils venoient de brûler les papiers & commettre de
pareilles horreurs . Cette éclufe lui avoit coûté
10,000 liv . On lui en a détruit deux autres dont
l'une faifoit tourner un moulin...... Quelques
démarches
qu'il ait faites , l'Accufateur
public eft
refté muet ; & fi des Commiffaires
du Département
& un détachement
de Chaffeurs à cheval ne
s'étoient rendus fur les lieux , le 28 & le 29 , pour
calmer l'effervefcence
populaire , quinze Paroiffes
( 144 )
affemblées menaçoient encore ce qu'une première
fureur lui avoit laiffé de propriété. »
l'ex-
« Comme on s'en doute aifémént , ces inſurrections
ont pris leur fource dans les motions in- /
cendiaires des Clubs . Il défigne ceux d'Ancé , de
Chaffelay , de Villefranche , de Trevoux , où l'on
n'a celé de déclamer contre les droits confervés
par les Décrets , & jufqu'à l'Aſſemblée Primaire
du chef- lieu du Canton , où il fut , afure-t-il ,
propofé & arrêté que les Deputés à la feconde
Légiflature feroient chargés d'opérer l'extinction
des droits féodaux fans rachat ,
ainfi que
plique un Mémoire imprimé que le fieur Bonamour,
à préfent Membre du District de Villefranche
, a fait circuler dans l'étendue du Département
; Mémoire figné dudit freur Bonamour ,
des Maires & des principaux habitans , & dont
M. le Comte de Chapon ay le père , Chevalier
de l'Ordre Royal & Militaire de Saint- Louis , &
ancico Capitaine au Régimeni Dauphin , victime
& garant de la vérité de tous ces crimes , nous
mande avoir un exemplaire.
ככ
P. S. M. Paftoret , en concurrence avec
M. Garran de Coulon , eft nommé Président de
la nouvelle Affemblée nationale , & M. du
Caftel , Avocat de Rouen , Vice -Préfident. Les
Secrétaires font MM. François de Neuchâteau ,
Poëte; Garran de Coulon , Cerutti , Poëte , &
tout ce qu'on voudra ; la Cepede , Naturalifte ;
Condorcet , Géomètre ; & Guiton de Morveau
Chymifte.
Les Numéros fortis aur tirage de la Lote +
rie Royale de France, du premier Octobre,
font : $ 9 , 54 , 67 , 41 , 81 .
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 15 OCTOBRE 1791 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
MES ADIEUX A PARIS.
ADIEU , cité bruyante, où , depuis deux années ,
J'ai traîné lentement mes pénibles journées ;
Théâtre varié des talens , des erreurs ,
Et des grandes vertus , & des grandes fureurs :
Adieu ; dans mes foyers déformais plus tranquille ,
Je vais chercher l'abri d'un ſolitaire afilę ;
Là , dépourvu de foins , fur-tout d'ambition ,
Trouvant dans les Beaux- Arts ma feule paffion ,
Je faurai reffaifir , au fein de la Nature ,
Les plaifirs délicats , tréfor d'une ame pure ,
L'étude , le repos , l'aimable obſcurité ,
Et le premier des biens .... la médiocrité.
Nº. 42. 15 Octobre 1791 .
E
86 . MERCURE
Laiffant errer en paix mes douces rêveries ,
Seul, au fond de mes bois, le long de mes prairies ,
Plaçant devant mes yeux le fafié , l'avenir ,
Combien d'objets viendront frapper mon ſouvenir ,
Alors que , reportant mes penfeis en arriere ,
Je me retracerai l'orageufe carriere
Que j'ai finie enfin , après tant de débats ,
De fatigue & d'ennuis , de trouble & de fracas !
Tantôt , il m'a fallu , contre les priviléges ,
Les nombreux préjugés , les complots facriléges ,
Latter pour conquérir l'augufte Liberté ,
Ce charme précieux de la Société :
Les Rois en dépouillaient les Nations féduites ;
Maintenant , par nos foins , elles font mieux inftruites
Et l'Univers entier , rentrant dans tous fes droits ,
Limitera bientôt l'autorité des Rois.
Tantôt , j'ai combattu pour protéger le Trône....
De faux amis du Peuple attaquaient la Couronne ;
Nous , du Peuple & du Roi défenfeurs tour à tour,
Nous l'avons maintenue .... & peut-être qu'un jour,
Lorfque , févere & vrai , le burin de l'Hiſtoire
Aura marqué nos rangs au Temple de Mémoire ;
Lorſqu'il aura chalé les nuages épais
Dont la haine aujourd'hui veut couvrir nos bienfaits
;
DE " FRANCE.
1 :
Ce fait furnagera fur le torrent des âges ;
Il nous vaudra toujours d'honorables fuffrages ,
Et de ces vils propos contre nous inventés ,
Seul il démontrera toutes les faufferés.
Nous avons donc des Loix ch ! puiflions-nous
les fuivre ! ...
Ua bonheur tout nouveau fans peine nous enivre :
Les plus fages alots fe laiffent égarer ;
Mais il faut que la Loi vienne nous éclairer ,
Et quafon regne heureux , trop peu puiffant encore ,
De nos brillans deftins faffe naître l'aurore.
Citoyens , écoutez un véridique ámi ,
Qui , dans la Liberté pour jamais affermi ,
Sa't auffi qu'il en faut modifier l'ulage :
Faifons de ce devoir le noble apprentiſſage.....
Sans doute il fallut bien , pour dériver nos fers ,
Pour diffondre à la fois tous les abus divers ,
De nos coeurs indignés fuivre l'effervefcence :
Mais on doit déformais réprimer la licence ;
Sinon , tous nos travaux , devenant fuperius ,
Ne produiraient bientôt que des malheurs de plus.
Telle eft, ô Citoyens ! la vérité fidelle :
Il eft temps qu'aujourd'hui l'on vous occupe d'elle ;
Il eft temps que le calme habite nos remparts
Et ramene avec lui le bon ordre & les Arts,
E z
$3 MERCURE
Pour moi , qui , travaillant à diffoudre nos chaînes,
Me fuis vu menacé déjà par bien des haines ;
Duffé-je auffi trouver des calomniateurs
Parmi ces intrigans , adroits adulateùrs ,
Qui careflent le Peuple en captant fon fuffrage !
On ne me verra point démentir møn langage....
Voilà ce que par-tout répétera nia voix
Peur être libre , il faut être eſclave des Loix.
J'ofe efpérer qu'un jour ces maximes aufteres
Dans le coeur des Français feront héréditaires ,
Et que ces mois cruels , guerre , profcription za
Seront ainfi changés , paix , bonheur , union.
Alors, ceux d'entre nous qui, parmi tant d'intrigues ,
Loin de tous les partis , des complots & des brigues,
Fizent le bien .... du moins le voulurent toujours ;
Ceux-là ( fi le trépas n'a point tranché leurs jours )
Auront de leurs travaux la douce récompenſe :
Leurs yeux verront enfia la pleine jouiffance
Des plans reftaurateurs que nous avons tracés....
Ah ! quels maux à ce prix ne feraient effacés ?
( Par M. Félix Faulcon , Député à
Affemblée Nationale de 1789. )
1
9
DE FRANCE. 89
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mércure précédent.
LE, mor de la Charade eft Univers ; celui
de l'Enigme eft Chemin ; celui du Logogriphe
eft Commode ( adjectif ) , où l'on trouve
Commode ( meuble) , Commode ( Empereur) ,
Mode, Ode, Comme , Code, Côme ( Saint ) ,
Côme ( Frere ) Feuillant , Dôme.
CHARADE.
DANS l'alphabet on trouve mon premier ;
Dans tous les lieux fe trouve mon dernier ;
Les pleurs fouvent vont avec mon entier.
( Par M. l'Abbé Dewogan , Ecolier de
Philofophie à Dinan. )
ÉNIGM E.
JE fuis une production
De diverfes couleurs , mais de même figure ,
Changeant felon les lieux & de fexe & de nom ,
Sans pourtant changer de nature.
Lecteur , tu feras curieux
De favoir où le fort me place ;
L'été comme l'hiver , tu me vois dans la glace ,
Et je t'accompagne en tous lieux .
(Par M. Pruadere de St- Girons. )
30 MERCURE
JE
LOGO GRIPHE.
E fuis un bien féduifant , mais fragile ,
Que les femmes far- tout défirent ardemment.
Pas un fort peu commun , aux champs comme à la
ville ,
Je plais univerfellement.
Six pieds compofent tout mon être ;
Dérange- les , Lecteur , ils t'offriront d'abord
Un des quatre élémens ; un ornement de Prêtre 3
Ce qui foutient d'un pont la chauffé : & le bord ;
Une des notes de mufique ;
Un tuyau d'ufage en Phyfique ,
Et certain inftrument qui peut ferrer bien fort,
En poursuivant mon analyſe ,
Tu trouveras encor le nom du faux dévot ;
Celui de l'endroit où l'on vife ,
Plus , un monticule ; un vieux mot
Qui de plaifir eft fynonyme.
C'eft t'en dire aſſez , je l'eſtime ,
( Par un Abonné, 】
DE FRANCE. 91
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
VOYAGES & Mémoires de Maurice .
Augufle , Comte de Benyowsky , Magnat
des Royaumes de Hongrie & de Pologne ,
&c. contenantfes opérations militaires en
Pologne , fon exil au Kamfchatka , fon
évafion & fon voyage à travers l'Océan
Pacifique, au Japon , à Formofe, à Canton
en Chine , & les détails de l'Etabliffement
qu'ilfut chargé, par le Miniftere Français,
de former à Madagaſcar. 2 Vol. de 960
pages. A Paris , chez Buiffon , Impr-
Libraire , rue Haute - feuille , No. 20.
Prix , & liv. br. & 9 liv . francs de port
par la Pofte.
IL eft des hommes dont la vie n'eſt qu'un
tiffa d'aventures extraordinaires , lefquelles
femblent l'effet d'une fatalité auffi invincible
qu'inexplicable ; mais en obfervant avec
foin ces perfonnages finguliers , on s'apperçoit
que leur caractere joue dans leur
deftinée un rôle pour le moins égal à celui
E 4
92 MERCURE
de cette fatalité dont ils paraiffent pourfuivis.
Le hafard , qui engage leurs premiers pas
dans cette carriere d'aventures , les abandonne
enfuite à leur caractere , qui s'y
développe & s'y compl . Ils y prennent
des habitudes qui les font agir d'après des
déterminations fecretes , inconnues à la
plupart des hommes . De-là un éloignement
naturel , quelquefois même une averfion
marquée pour les fcènes ordinaires d'une
deftinée commune , dans laquelle ils ne
pourraient déployer les qualités qui les
diftinguent, & dont l'exercice les a confolés
de tout dans des pofitions fouvent cruelles ,
mais non pas dénuées de charme & d'inté
ret . Ils fe plaifent dans les orages , comme
certains oifeaux de mer dans les tempêtes ;
c'eft que dans ces fituations défaftrenfes ,
ces hommes ont pris fur les compagnons de
leurs infortunes , l'empire qui appartient
à la fupériorité du courage , du génie ,
des reffources de tout genre : ils regnent
fur eux- mêmes & fur les autres , quand
ceux-ci , incapables de fe gouverner , font
trop heureux d'obéir. C'est ce qu'on a
fouvent cccafion de remarquer dans ces
Mémoires , dont nous allons donner une
idée à ceux qui n'ont pas le temps de lire
deux gros volumes.
Maurice- Augufte de Benyowsky, Magnat
de Hongrie & de Pologne , naquit à Verbowa
en 1741. Il fe diftingua pendant la
DE FRANCE. 93
4
..
-guerre de fept ans , & fe trouva à quatre
batailles , fous les Généraux Brown ,
Laudon & le Prince Charles de Lorraine.
Héritier d'un oncle qui avait poffédé de
grandes Terres en Lithuanie , il n'en crut
pas moins avoir des droits à la fucceffion
de fon pere , qui venait de mourig en
Hongrie ; mais les beaux - freres s'en étaient
déjà emparés , & le repoufferent, par laforce ,
du château de fon pere , où ils s'étaient
déjà établis . Le Comte fe met à la téte
de fes vaffaux , pour conquérir fon bien ,
& il y réuflit. Cette maniere de plaider ,
qui devait attirer aux deux parties l'indignation
de la Cour de Vienne , ne fut
pourtant funefte qu'à Benyowsky. Ses
adverfaires parvinrent à le dépouiller , & à
le faire regarder comme un perturbateur du
: repos public. Il retourna dans fes Terres
de Lithuanie ; & bientôt après , dès le commencement
des troubles de Pologne , il
s'engagea dans la Confédération contre les
Rules. Il lui rendir de grands fervices ,
fut fait prifonnier , & racheté par les amis ;
mais par malheur il fut repris & relégué
à Cafan avec les autres prifonniers Polonais.
Là , il eut quelque connaiſſance
d'une confpiration contre le Gouverneur ,
tramée par de jeunes Seigneurs Ruffes ,
. mécontens de l'Impératrice ; & quoique
Benyowsky fe fût conduit avec prudence ,
n'ayant voulu engager avec eux ni fes amis
Es
1
"
94 MERCURE
>
ni lui-même , il fut tranfporté à Pétersbourg
, d'où il fut relégué au Kamchatka ,
après la détention la plus injufte & les
traitemens les plus odieux . On peut juger
de fon courage & de la force de fon
caractere , par toutes les inftructions & les
connaiffances , que , malgré fes infirmités
fuite de fa prifon & de fes bleffures , il
fe procura , dans une route de plus de
1600 lieues , entre des montagnes couvertes
de neige , des précipices ; voyageant fur
des traîneaux conduits par des chevaux
puis des élans , & enfin des chiens
traverfant des torrens , des rivieres , des
fleuves dans des canots d'écorce de bouleau .
C'eft ainfi qu'il arrive à Ochozk , au 59º .
dégré de latitude nord , ville peuplée de
900 exilés . C'eft l'entrepôt du commerce
du Kamfchatka ; commerce beaucoup plus
confidérable qu'on ne l'avait cru jufqu'alors
en Europe , & fur lequel le Conite donne
des inftructions affez étendues. Il évalue à
des fommes immenfes le profit que font les
Ruffes fur les fourrures qu'ils tirent de ces
pays , des Ifles Kuriles , des Ifles Alécutiennes
, &c. C'eft , felon lui , une des fources
de la richeffe de l'Empire. Il fe plaint de
la négligence des Nations Européennes , qui
abandonnent ce commerce aux Ruffes . Les
derniers voyages des Anglais à Nootkafand
, prouvent qu'ils ne méritent plus ce
reproche , & l'état des chofes expofé par
DE FRANCE. 95
Le Comte de B ..... , les monopoles des
Gouverneurs , les vexations qu'ils fe permettent
, les émigrations des Commerçans
qui paffent du Continent aux Iiles Alécutiennes
, tout concourt à perfuader que
cette branche de commerce Ruffe diminuera
tous les jours au profit des autres Nations.
Il paraît même convaincu que ces vaftes
contrées du Kamfchatka & de la Sibérie
ne peuvent tarder très long- temps à fe détacher
de l'Empire : la prétendue fortereffe ,
dit-il , qui défend le port d'Ochozk eft
peu importante ; ce font les exilés qui font
employés dans la Marine , & il n'y a point
d'année qui ne foit marquée par une
révolte. Cette difpofition , entretenue par
le défefpoir , ouvrira la Sibérie au premier
venu , & je puis affurer avec confiance
que l'arrivée du premier vailleau étranger
produira une révolution en Sibérie ; car
d'Ochozk à Tobolsk , il y a au moins cent
foixante mille exilés ou defcendans d'exilés ,
tous portant les armes. Les différentes
hordes de Tartares fe joindront à la caufe
commune pour renverfer la domination
Ruffe. Cet événement ne peut être éloigné
& par un coup de cette nature , la Ruffie
fe trouvera privée de tout l'appui qui feul
la met en état de jouer un principal.role
en Europe , par une confidérable augmentation
de richeffes. Revenons aux aventures
particulieres du Comte.
د ن د ا د
E 6
· 96 MERCURE
Le défir de recouvrer fa liberté avait
été , comme de raifon , le premier objet de
fes penfées ; il avait pris fur fes compagnons
d'infortune l'afcendant que donne le
courage & le génie. Tous avaient en luiune
confiance qu'il avait nourrie avec foin ,
& qui s'était accrue de jour en jour jufqu'à
leur arrivée à Boltza Reskoi-Oftrog , c'eft
le nom du lieu deftiné à la réfidence de ces
malheureux . Ils furent préfentés au Gouverneur
, M. de Nilow , qui diftingua - particuliérement
Benyowsky ; il lui demanda
qui il était. Je fuis un foldar , répond- il ,
autrefois Général , maintenant efclave.
Cette réponfe le prévint en faveur d'un
homme qui déjà était recommandé par le
mérite d'avoir fauvé , dans un gros temps, le
navire qui portait les prifonniers , & que
livreffe du Capitaine Rufle avait penfé
faire périr.
M. de Nilow , après avoir fait quelques
honnêtetés aux principaux exilés , leur fit
lecture des Loix auxquelles ils étaient
foumis , & des obligations qui leur étaient
impofées ; ces Loix font frémir. On donne
aux exilés des provifions pour trois jours ,
un moufquet , une livre de poudre , quatre
livres de plomb , quelques armes , quelques
outils , après quoi ils font renus de pourvoit
à leur fubfiftance. Il ne leur refte plus qu'à
payer à la Chancellerie un tribut d'environ
quatre-vingt fourrures précieufes , à travailler
DE FRANCE. 97 .
>
un jour par femaine à la corvée pour le
Gouvernement , & à payer en fourrures
la premiere année feulement , la valeur
de cent roubles, pour dédommager le Gonverneur
de fes avances . Ces Loix font du
Czar Pierre le Grand : c'eft - là le Code
Civil de la Sibérie ; le Code Pénal s'y
rapporte merveilleufement , & lui eſt trèsbien
approprié.
>
Le Comte, qui ſe flattait de ne pas vivre
long - temps fous de pareilles Loix en
écouta à peine la lecture. Bientôt il fit
part de fes efpérances à fes affociés ; ils
étaient au nombre de cinquante-fept. Il les
fait confentir à la formation d'un Comité
de huit perfonnes , dont il devient le chef :
il en dreffe les ftatuts qui font acceptés .
Un des articles décernait la peine de mort
contre tout membre traître à la fociété ,
ou feulement in lifcret. Ici le Comte déploie
tous les talens d'un chef de confpiration ;
il en avait befoin. Qu'on fe figure fes peines ,
fes craintes , fes angoiffes entre un fi grand
nombre d'hommes , de caracteres différens
ou oppofés , inquiets , défians , fachant
tous que les plus grandes faveurs du Gouvernement
attendent le premier traître ;
les faux foupçons , les vaines terreurs nées
d'un incident imprévu , un de leurs complices
mandé par le Gouverneur , une lettre
équivoque furpriſe , le découragement de
plufieurs , &c.
+8
MERCURE
Une circonstance particuliere , mais importante
, avait applani , vers le commencement
, une partie des difficultés que le
Comte aurait éprouvées pour l'exécution
de fon deffein. Le Gouverneur avait une
femme & trois filles : Benyovsky favait
plufieurs Langues ; la mere l'invite à les
apprendre à fes filles ; il y confent. Une
de fes filles conçoit une paffion violente
pour fon Maître ; il devient néceffaire au
Gouverneur & à fa fociété. Il l'aidait de
plus à gagner des fommes confidérables en
jouant aux échecs avec l'Herman des
Cofaques ; celui - ci , qui , après avoir perdu
fon argent chez le Gouverneur , crut le
regagner en jouant avec de riches Commerçans,
fe lie avec Benyowsky, dont le talent
pouvait le fervir dans ce deffein ; l'argent
fe partageait entre les deux vainqueurs , &
le gain de Benyowsky était employé utilement
pour la confpiration. Madame de
Nilow fervait les amours de fa fille ; elle
voulait lui faire époufer le Comte , dont
elle connaiffait la naiffance. Celui - ci fe
gardait bien de dire qu'il était marié en
Lithuanie : l'intérêt de fa délivrance , &
celui de fes affociés , demandait qu'il laiſsât
la jeune perfonne dans l'erreur. L'hiftoire
de Jafon & de Théfée fe renouvelait auprès
de la mer Glaciale ; le goût de M. de
Nilow pour le Comte devenait tous les
jours plus vif; il voyait dans les talens de fon
DE FRANCE. 99
,
gendre futur un moyen d'arriver plus vite
à la fortune ; car , fous le Pole comme
fous l'Equateur il faut faire fortune.
L'ambition de M. de Nilow était d'être
Gouverneur d'Ochozk , place infiniment
plus avantageufe que le Gouvernement de
Boltza-Reskoi - Qarog. La plume du Comte
pouvait le fervir dans ce deffein , & il le
preffait de faire une defcription du Kamfchatka
, digne d'être imprimée , ce que le
Comte exécuta , & fans doute c'eft celle
qui ſe trouve dans fes Mémoires . Cependant
les amis de Benyowsky prirent de grands
foupçons de fes affiduités au château , qui
penferent lui être funeftes. Il fut mandé
au Comité , où il vit fur une table , en
entrant un vafe de poifon entre deux
fabres nus . On lui fit part de la défiance
qu'il avait infpirée ; fa juftification fut
facile , mais il fut forcé de dévoiler le fe-.
cret de Mlle. de Nilow , les nuits paffées
au château , le projet de mariage , & c.
tout cela fut fort approuvé des affociés
hors d'un feul ; c'était un rival malheu
reux , qui conçut une haine atroce pour
Benyowsky , lui caufa de grands embarras ,
inquiéta beaucoup la fociété , devint fou
par intervalles , & enfin apprit à Madaine
& à Mlle . de Nilow que Benyowsky était
marié en Lithuanie . Ce fut un terrible
incident ; mais l'excès de l'amour de cette
jeune perfonne devint le remede du mal
>
700 MERCURE
و
qu'on avait voulu faire au Comte. Il
obtint fa grace en repréfentant fa fituation ,
fans confier fon fecret & celui de fes amis .
Aphanafie , c'était le nom de Mademcifelle
de Nilow , ne s'en attacha que plus à fon
amant ; & telle fut cette paflion , qu'après
la mort de fon pere tué dans un des
combats occafionnés par les fuires , du
complor , elle monta fur le vaiffeau qui
livrait les conjurés à la merci des niers
& vêtue en homme , fous le nom d'Achille
qui lui fut donné , elle partagea toutes les
calamités d'une navigation délaftreufe . Elle
mourut à Macao .
>
Tout le plan de Benyowsky roulait fur
l'efpérance de fe faifir d'un des vaiffeaux
du Gouvernement qui fe trouvait dans le
port la rufe était ici plus néceffaire que
la force , l'Hetman des Colaques étant
dans la ville à la tête de fept cents hommes
qui feraient venus au fecours. Heureufement
on découvrit qu'un Capitaine de la corvette
Saint- Pierre & Saint- Paul fe faifait
une peine de retourner à Ochozk , où il
avait des detres. On négocia avec lui , en
diffimulant le but qu'on fe propofait . Mais
la néceffité d'un grand approvifionnement ,
le nombre de ceux qui devaient y concourir ,
les différens intérêts de chaque affocié ,
l'un voulant emmener la maîtreffe , l'autre
un ami , des rumeurs fourdes & des
démarches équivoques donnerent des foopDE
FRANCE. 101
çons au Chancelier ; on appelle ainfi le
premier Officier Civil. Il les communiqua
au Gouverneur , qui d'abord n'en voulut
rien croire , mais qui enfin , ébranlé par
des vraisemblances , manda Benyowsky ;
c'était le moment de la crife. Le Chancelier
s'était concerté avec l'Hetman pour s'allurer
du Comte ; celui - ci , après avoir diftribué
les rôles entre les afficiés , refufe de fe
✅rendre au fort ; l'Hetman lui rend vifite ,
& l'engage poliment à venir au château ,
pour difliper quelques foupçons du Chancelier.
Sur un fecond refus I'Hetman
ordonne à fes deux Cofaques de le
faifir ; mais un coup de fifflet fait paraître
cing hommes armés , qui fe faififfent des
Cofaques & de l'Hetman , les lient &
les dépofent dans une cave. Une troifieme
tentative du Gouverneur ne fut pas plus
heureufe. Benyowsky s'étant emparé du
Colonel , fe fervit de lui pour s'emparer
de tout le détachement ; il obligea le chef
le piftolet fous la gorge , d'appeler fo
·
foldats un à un , & à mesure qu'ils entraient
ils étaient arrêtés & enchaînés . Alors les
combats fe multiplient entre les divers
pelotons des conjurés , & les foldats du
Gouvernement répandus dans la ville.
Le fort et attaqué & pris . M. de Nilow
eft tué. Mais il reftait encore de grandes
difficultés à vaincre. Pendant ce trouble ,
quelques foldats avaient délivré Herman
-102 MERCURE
prifonnier dans la maifon du Comte.
L'Hetman avait rallié fes foldats au nombre
de plus de fept cents hommes , & s'était
retiré fur une hauteur voifine. Le Comte ,
voyant qu'il faudrait fuccomber un peu
plus tôt , un peu plus tard , prend une
réfolution défefpérée ; il envoie dans la
ville quelques petits détachemens , avec
ordre de faire entrer dans l'églife toutes
les femmes & tous les enfans , enfuite de
faire entaffer tout autour tout le bois &
toutes les matieres combuftibles qu'on
pourrait trouver , & quand tout ferait prêt ,
ce qu'il était poflible d'effectuer avant le
point du jour , d'avertir les femmes de fe
préparer à la mort , en leur apprenant
que leur exiftence & celle de leurs familles
dépendait de la détermination de leurs
maris . Ces femmes demanderent à choisir
parmi elles celles qui feraient députées aux
Cofaques , leurs maris ou leurs parens ; on
y confentit ; un tambour les précéda ; &
fur l'expofé qu'elles firent de l'état des
chofes , du danger imminent des perfonnes
enfermées dans l'églife les Cofaques
fignerent la capitulation qu'on voulut, livrerent
leurs armes , leur chef, & donnerent
des otages ; le Comte en choifit encore
cinquante-deux parmi les plus confidérables
de la ville , & dont la vie répondait de la
conduite du peuple. Tranquille à cer
égard , il eut alors tout le loifir de pourvoir
DE FRANCE. 163
aux foins de fon embarquement. Le nombre
des alfociés s'accrat par celui de quatorze
exilés qui demanderent à être admis fur le
vailleau. Il leur diftribua , avant fon départ ,
l'argent du Tréfer Impérial. Devenu ainfi
maître du fort , de la place & des forces
de la Province dans laquelle il était arrivé
efclave quelques mois auparavant , il en
partit le 7 Mai 1771 , arborant fur fon
vaiffeau l'étendard de la Confédération Polonaife.
Le Journal Maritime du Comte compoſe
le refte de ce premier volume & une partie
du fecond ; il parcourt plufieurs des Ifles
Kuriles , Alécuriennes, de Jedzo , du Japon ,
fur lefquelles il donne des détails inté
reffans pour le Commerce ; il eft pouffé
vers l'Ifle Formofe , où il projette l'établiffement
d'un Comptoir ; il arrive à Macao ,
d'où il revient en Europe , après s'être
arrêté à Madagascar , & s'être procuré fur
cette Ifle des connaiffances qui , à l'arrivée
de Benyowsky en France , le rendirent
intéreffant pour les Mitres alors en
place . C'étaient MM . d'Aiguillon & de
Boynes. Ils le renvoyerent à Madagaſcar
pour y fonder l'Etabliſſement Royal dont
Benyowsky leur avait fait agréer l'idée .
Il paraît qu'il jouiffait auprès d'eux d'une
grande faveur ; mais elle fut inutile à
l'Etabliffement , qui n'était point approuvé
par les fubalternes , Intendans , Cominis , &c.
104 MERCURE
Ils traverferent les vâes de Benyowsky
en tout ce qui dépendait d'eux , & parvinrent
à faire échouer tous fes projets.
Il eft vrai que fon efprit romanefque leur
donnerent de grandes facilités , & ils
furent fecondés par des événemens bizarres .
Une vieille Négreffe qu'il avait amenée de
l'Ile de France, parvint à le faire paffer
pour defcendant d'un chef d'une certaine
peuplade , & le Comte devenait ainſi l'héritier
d'une portion de l'Ifle. Il accueillit &
propagea certe fable abfurde , fous prétexte
qu'elle lui donnait le moyen de civilifer
la contrée , & de fervir utilement la France
dans le projet d'un Etabliffement de Commerce.
Ce qu'il y a d'inconcevable , c'eſt
qu'après avoir quitté l'habit Français &
le fervice de France , après avoir été déclaré
Roi d'une Province dans l'Ile de Madagaſcar
, il ofa revenir en France , où on l'a
vu libre & bien traité par le Miniftere.
On fait qu'il partit pour le Maryland , où
il fut mis à la tête d'une expédition projetée
par une Maifon de Commerce , &
qu'il retourna à Madagaſcar. Il y avait
laiffé des fouvenirs qui lui firent trouver
des fecours parmi les Naturels . Le Gouverneur
de l'Ile de France , auquel il était
refté fufpect , envoya contre lui un vaiffeau
armé , avec un détachement de Troupes
de ligne. Le Comte , attaqué dans un petit
fort qu'il venait de faire conftruire , y fut
DE FRANCE.
1ος
tué d'un coup de balle dans la poitrine.
On regrette que tant de courage & d'énergie
n'ait pas été conduit par un efprit plus
fage & moins bizarre : il aurait pu être un
homme utile , & il ne fut qu'un aventurier
remarquable.
( C...... )
MEMOIR E fur l'Inftitution & fur
l'Education Nationale , avec un projet de
Décret & de Réglement Conftitutionnel
pour les jeunes gens réunis dans les Ecoles
publiques ; fuivi d'un Effai fur la maniere
de concilier la furveillance nationale avec
les droits d'un pere fur fes enfans , dans
Education des Héritiers préfomptifs de
la Couronne ; par Léonard Bourdon
ci-devant Avocat , l'un des Electeurs de
1789, & des Repréfentans de la Commune.
Se vend à Paris , chez Baudouin , Imp.
de l'Affemblée Nationale ; Defenne &
Cuffac , Libr. au Palais- Royal,
>
CET Ouvrage mérite d'être diftingué
parmi la multitude d'Ouvrages que la
Révolution a fait éclore fur l'Education
106
MERCURE
:
publique. Prefque tous ceux qui ont travaillé
fur cette partie fi intéreffante étaient
des Inftituteurs , & on peut leur faire le
reproche général d'avoir cherché à réparer
le bâtiment gothique qu'ils habitaient
plutôt qu'à donner les deffins d'un nouveau
Temple digne de fervir de Veſtibule
au majeftucux édifice de la Conftitution
Françaiſe.
Prefque tous ont confondu deux idées
bien diftinctes , celle de l'Inftruction &
celle de l'Education ; l'une ne s'applique
qu'au développement des facultés intellectuelles
; l'autre embraffe encore celui des
facultés morales : fi l'une fait des hommes
inftruits , l'autre feule peut former des
Citoyens , des hommes libres.
ر
L'Auteur du Mémoire dont nous allons
rendre compte n'avait pas attendu l'époque
de la Révolution pour fentir le befoin d'un
nouveau fyftême d'Education publique.
Dix - huit mois avant cette époque , il
avait retrouvé , dans les Archives de la Nature,
les droits de l'homme oubliés ou méconnus
, & avait pris pour bafes de fon
travail , la Liberté & l'Egalité. Il avait eu
le courage de publier fes idées , & par une .
bizarrerie finguliere , des Lettres - Patentes
du 5 Octobre de l'an dernier du Defpotifme
, les avaient fanctionnées .
Ce nouveau Mémoire préfente l'enfemDE
FRANCE. 1071
ble d'un fyftême général fur l'organiſation
extérieure & intérieure. des Ecoles publiques.
»
"
"
" Dans cette partie fi intimement liée
» à la Conftitution , dit l'Auteur , il ne
fuffit pas de détruire quelques abus , de
» réformer quelques pratiques vicieuſes ;
il faut , ainfi que nos Régénérateurs
l'ont jugé néceffaire pour toutes les au-
» tres parties , tout renverfer pour tout .
" reconftruire , transformer des Ecoles de
préjugés , d'ignorance & de fervitude , en
Ecoles d'où fortent des hommes libres ,
» éclairés & vertueux ; il faut que l'Edu-
» cation marche de pair avec la Confti-
" tution , que toutes les habitudes qu'elle
"
ور
"
و ر
communiquera foient des habitudes na-
" tionales ; il faut enfin que les facultés
morales , intellectuelles & phyfiques de
» la jeuneffe , acquierent par l'inftruction ,
l'ufage & l'expérience, tout le développement
dont elles font fufceptibles «.
39
, و
L'Auteur confidere l'Inftruction fous
deux rapports. L'Inftruction nationale eft
celle qui eft néceffaire à un homme libre ;
c'eft une dette de la Société qu'elle a le
plus grand intérêt d'acquitter ; tous les
Citoyens étant appelés à la formation de
la Loi , qui n'eft que le réfultat de la volonté
générale , tous ayant des droits à
exercer & des devoirs à remplir , doivent
108 MERCURE
être également inftruits & de leurs droits
& de leurs devoirs.
Cette Intruction qui eft due à tous les
Citoyens , fera néceffàirement gratuite.
La feconde, applicable aux Citoyens plus
aifés , élémentaire des principales profeffrons
de la vie , doit être en partie à leur
charge , & y être même entiérement , lorfqu'ils
voudront étendre & multiplier leurs
connaiffances . Telle eft la divifion parfaitement
fentie des Ecoles de Canton , de
Diftrict & de Département.
La Nation a acquitté fa dette envers
tous les Citoyens en général par l'Inftruction
gratuite des Ecoles de Canton ; mais
elle en contracte bientôt une nouvelle envers
ceux qui , dans ces Ecoles qui feront
comme un creufet , annoncent du génie ou
des talens , dont le développement peut
lui devenir utile ; ces êtres favorifés par la
Nature paffent gratuitement à l'Ecole de
Diftrict dans cette Ecole , un nouveau
;
Concours leur eft ouvert , ils font vainqueurs
, ils font reçus dans l'Ecole de
Département.
"
و ر
Nous n'avons pu jufqu'ici , continue
l'Auteur , que faire franchir à l'homme
» de génie , né dans une humble fortune ,
l'intervalle immenfe qui le féparait des
» enfans du riche Citoyen ; ouvrons lui
» déjà , & même avant fon entrée dans la
Société ,
و د
DE FRANCE. 109
33
'
H
་
" Société , une carriere nouvelle & plus
brillante, que feul il puiffe parcourir, &
» dont la fortune ou la faveur ne puiflent
jamais lui difputer l'entrée ; que la gloire
» d'être adinis dans cette carriere éleve celui
quien aura été jugé digne autant au deflus
» de fes égaux , que les talens & les vertus
qui l'y auront porté font au deffus des
" avantages de la richeffe ou des caprices
» de la faveur «.
و ر
30
Tel eft l'objet de l'Ecole Nationale
chef-lieu de toutes les Ecoles du Royaume ,
centre général de correfpondance , Maifon
d'expérience où toutes les méthodes d'Education
& d'enfeignement feront perfectionnées
pour être répandues uniformément
enfuite dans toutes les Eccles.
Ce plan vafte , qui pourvoit à tout , &
qui remplit dans toute leur étendue les
vues d'une grande Nation , a encore l'avantage
d'être un plan économique ; l'Auteur
prouve que les fonds attachés actuellement
à l'Education publique , font plus
que fuffifans pour le bien remplir.
ر
Nous n'entreprendrons pas l'analyfe des
différentes vûes de l'Auteur , fur l'adminiftration
générale des Ecoles fur les
objets de l'enfeignement public , fur les
Etudes des différens âges , fur les moyens
propres à déterminer les hommes de génie
à débuter dans la carriere par l'honorable
N°. 42. 15 Octobre 1791 .
F
110 MERCURE
métier d'Inftituteurs , fur les Comités de
furveillance , fur l'influence active qu'auront
les peres de famille dans l'Education
publique toutes ces vues nous ont paru
faines, & propres à former un bel enfemble.
La feconde Partie traite de l'Education
nationale , que l'Auteur définit , celle qui ,
en confervant à la Jeunefle fes formes naturelles
, lui imprime progreffivement les
formes & les habitudes fociales , & qui la
familiarife par la pratique avec les droits
que la Loi autorife , & les devoirs qu'elle
preferit.
Il remarque avec raifen que cette partie
a éré jufqu'ici entiérement abandonnée au
caprice & à l'arbitraite , qu'elle n'a jamais
été affujottie à une marche raiſonnée ; il
prouve qu'elle eft cependant fufceptible
d'être dirigée uniformément par la Nature
& par la raifon , & qu'il eft nécellaire
qu'elle le foit.
Les jeunes gens , avec les mêmes principes
d'activité , de fenfibilité , d'intelligence
que les hommes faits , doivent être conduits
par les mêmes motifs que ceux - ci ;
la Liberté ne doit pas être un mot vide de
fons pour eux ; ils doivent s'habituer à ne
connaître que la Loi , à n'être jamais dé
pendans des perfonnes , & à ne pouvoir
être jugés que par ceux d'entre eux qu'ils
auront eftimés dignes de leur confiance .
DE FRANCE. LI
C'eft fur ces bafes qu'eft établie la Conftitution
dont M. Bourdon préfente le modele
pour la Jeunelle , Conflitution analogue
& préparatoire à la Confitution
Françaife. Les pouvoirs font partagés entre ,
les Inftituteurs & les Eleves ; les premiers
confervent tous ceux que l'âge & l'expé--
rience réclament en leur faveur , qu'il ett
de l'intérêt de la Jennelle qu'ils exercent;
les Eleves font rétablis dans l'exercice naturel
des fonctions adminiftratives & judiciaires
fous l'ail de leurs Inftituteurs . L'Auteur
penfe que la jouiffance de leurs droits
arrachera nécellaitement les jeunes gens à
leurs devoirs , que la divifion des pouvoirs
rétablira l'harmonie entre eux & leurs Inf
tituteurs , & qu'ils feront en même tempshibres
& dociles , plus inftruits & plus heu
reux. C'eft ainfi , ajoute-t-il , que nous
» auons une Education naturelle & na-
"
"
tionale , que nous ferons les premiers
Peuples de l'Univers qui en recueillerons
» les avantages , & que chaque Génération
( fera un pas de plus vers la perfectibilité.
auquel l'homme peut atteindre dans l'état
focial ".
Le Mémoire eft terminé par un morceau
intéreffant fur l'Education des Héritiers
préfomptifs du Trône . Les bornes d'un
extrait nous obligent de renvoyer nos Lecteurs
à l'Ouvrage. Il eft digne , à plus d'un
F 2
112 MERCURE
,
titre , de leur attention ; nous ne nous
permettrons que le récit d'un fait bien honorable
pour l'Auteur : Le Comité de
Conftitution , dans un Avis du 16 Janvier
dernier , a déclaré que les principes qui font
la bafe de ce Mémoire , fe rapprochent
abfolument de ceux qui ont été décrétés
par la Conftitution. On a vu à quelle date
M: Bourdon avait ofé prendre pour bafe
de l'Education publique la Liberté & l'Egalité
. Les premiers mois qui ont précédé
ou fuivi la Révolution ont fait éclore
plufieurs Ecrits , dont les principes , fans
être auffi fortement prononcés , indiquaient
la même tendance. C'eft cette direction de
l'efprit général qui a déterminé le fuccès.
de la Révolution ; c'eft elle qui promettait
à l'Affemblée Nationale le concours &
Fappui des nombreux auxiliaires , & en quelque
forte des Suppléans qu'elle a trouvés
hors de fon fein. Elle peut , tant qu'elle
voudra , vers la fin de fes travaux , invectiver
contre la Philofophie. Hélas ! qu'aurait
été , fans la Philofophie , cette Affemblée
Nationale , fans laquelle nous ne ferions
lien ?
DE FRANCE.
SPECTACLE S.
MALGR
ALGRÉ l'extrême obfcurité de fon
expofition , la Tragédie intitulée Abdélafs
& Zuleima , donnée le Lundi ; O &cbie 3
fur le Théâtre Français de la rue de Richelieu
, a obtenu & mérité le plus grand
fuccès. Nous commençons par ce reproche
, parce que c'eft à peu près le feul
que l'on ait à faire à cet Ouvrage , & que
nous n'aurons plus à parler que de fes
beautés ; d'ailleurs il nous excufe d'avance
fi nous n'en préfentons pas l'analyfe avec
beaucoup de clarté .
Almanzor , le dernier des Zégris régnant
à Grenade , a donné un tournoi . Un
Chevalier Chrétien ( c'eft Abdélafis ) y a
été vainqueur , mais n'a pas voulu fe faire
connaitre. En recevant des mains de Zuléima
, fille d'Almanzor , l'écharpe deſtinée
au Vainqueur , il lui dit qu'an Souverain
feul peut afpirer à fa main ; que l'obfcurité
de fa naiffance lui défend d'y prétendre
, mais qu'il l'adore & qu'il va mourir
loin d'elle en continuant d'être ignoré
En effet , il refte long- temps errant dens
la Sierra Morena. apprend qu'Abdeame
, le dernier des Abencerrages , -cl fut
114
MERCURE
le point d'époufer Zuléima . La jaloufie , le
défir de la voir une derniere fois , le ramenent
vers Grenade ; il y arrive au moment
où cette ville , affiégée par Ferdinand
, vient de livrer un combat décifif.
Les Maures font vaincus , & leur défaite
eft principalement caufée par la perte de
Jeur Général Abderame , qui , probablement
, n'eft pas encore l'époux de Zuléima .
Abdélafis le trouve dans un endroit écarté,
für le bord d'un fleuve , expirant auprès
de Naffer fon Gouverneur la pitié le
faifit, il oublie qu'il voit fon rival , & le
trani porte près du fleuve, où il le dépouille
& lave fes plaies. Occupé de ce pieux
office il apperçoit entre Abderame &
lui une reffemblance prodigieufe , & dont
il avait déjà entendu parler. Elle lui femble
fi frappante , qu'il conçoit foudain le
projet d'en tirer parti pour fon amour. It
le levet de l'armure d'Abderame , ſe jette
an milieu des combattans ; rallie les troupes
des Maures , & ramene entiérement la
victoire du côté des Grenadins. On devine
la refte . Rentré vainqueur dans les murs
de Grenade , cette reffemblance trompe
tout le monde. Almanzor auffi le prend
pour Abderame. Il époufe fa fille ; il eft
au comble de fes veux. Il y a fix ans que
tout cela s'eft paffé , il a un fils de cinq ans.
و
Voyons pendant ce temps de qu'eſt ' devenu
le véritable Abderame. Le fervice.
DE FRANCE. IES
que lui a rendu Abdélafis l'a rappelé à la
vie : il en donne des fignes , lorfqu'un.
parti de Chrétiens le rencontre & le fait
efclave avec fon Gouverneur Naffer , qui
giffait à fes côtés auffi bleffé que lui . Ils
font vendus à des Barbares du Nord de
l'Europe. Abderame languit trois ans parmi
eux , & meurt enfin dans les bras de
Nafer , en lui recommandant de porter à
Zuléima fes derniers adieux , dès qu'ils.
pourra fortir d'efclavage. Il le charge , en
outre , d'une lettte : il ignore tout ce qui
s'eft paffé loin de lui.
C'eft ici que la Piece commence. Nous
demandons pardon d'avoir étendu ces dé
tails ; on ne les apprend qu'au 4. Acte
de la Piece , & on défire les favoir beaucoup
plus tôr. C'eft donc un fervice à rendre
à nos Lecteurs que de les leur donner
d'avance.
Abdélafis , fous le nom & dans le rang
d'Abderame , eft continuellement vainqueur
de Ferdinand ; mais un chagrin fecret
le confume. Il eft dévoré de remords:
de ne devoir qu'à une impofture fa fortune.
& fon bonheur. Sa femine & fon beaupere
font d'inutiles efforts pour pénétrer
la caufe de fon chagrin , lorfque Naffer
arrive. Il apporte les derniers adieux d'Abderame
: il apportait auffi fa lettre ; mais
il l'a perdue. Il eft fort étonné de trouver
un autre Abderame , après avoir vu le vé116.
MERCURE
ritable mourir dans fes bras . Abdélafis
cherche vainement à le tromper commeles
autres par la reffemblance ; Naffer oft
trop sûr de fon fait ; mais s'il ne peut y
réuffir , il cbtient cet avantage fur le Roi
& fur Zuleima. La perte de la lettre acheve
de faire regarder Naffer comme un impofteur
: on le condamne à la mort. Abdélafis
, dans une fort belle fcène , le délivre
fecrétement , & le fait partit.
Cependant la lettre perdue par Naffer eft
trouvée par les troupes de Ferdinand, qui
la fait remettre au Roi , Abdélafis confondu
n'a plus rien à répondre : Almanzor ordonne
fon fupplice , & en attendant le fait
mettre en prifon. Zuléima , qui ne voit
d'abord dans cette fraude que le crime
d'un ambitieux qui a tout fait pour obtenir
un Trône , a réfolu fa mort ; mais n'oubliant
pas qu'Abdélafis fut fon époux ,
elle veut lui en dérober la honte , & fe:
rend dans fa prifon pour le poignarder ellemême
, & mourir après lui . C'eft là qu'elle
apprend d'Abdélafis les détails que nous
venons de donner ; & dès - lors fon crime
n'étant plas que celui de l'amour , elle le
pardonne mais Almanzor n'eft pas fi indulgent
; les prieres , les larmes de fa fille
ne Schiffent point fon coeur. Abdélafis va
recevoir la mort , lorfqu'on entend le fignal
d'un affaut. Naffer , qui n'avait pas pu s'échapper
encore, le fouviens quelque temps ;
:
#
DE FRANCE. 117
mais les Soldats accoutumés à vaincre fous:
Abdélafis , forcent fa prifon pour le mettre
à leur tête. Il remporte , en effet , la victoire
; mais il n'en vient pas moins préfenter
fa tête à Almanzor. Le fervice qu'il
vient de rendre & qui rappelle ceux qu'il
a déjà rendus , touchent enfin le coeur du
Roi de Grenade , & tout eft pardonné.
Nous répétons qu'une expofition extrêmement
obfcure eft prefque le feul défaut
de cette Piece , d'ailleurs fort bien conduite.
& pleine d'intérêt. Les premiers Actes font
écrits avec élégance & pureté , les derniers
avec vigueur ; & par tout l'Ouvrage , on
rencontre des vers très - beaux & pleins de
fentiment. Il faudrait , au dénouement , en
retrancher une vingtaine d'inutiles . On a
demandé l'Auteur ; c'eft M. André Murville
: il a paru .
La Piece eft très-bien joute ; les Acteurs
qui s'y diftinguent le plus , font Mlle .
Defgarcins , qui femble acquérir de jour
en jour; M. Talma , qui montre un talent ,
propre à toute efpece de rôles ; & M.
Monvel, qui eft au deffus de tout éloge. Les
coftumes y font très-bien obfervés.
慧
118 MERCURE
NOTICES.
Les Ruines , où Méditations fur les Révolations
des Empires par M. Volney , Député à
Affemblée Nationale de 1789 .
( J'irai vivre dans la folitude parmi les ruines ;
jinterregerai les Monumens anciens fur la
fagifle des temps peffés ... ; je demanderait
à la cendre des Légiflatens par quels mo- .
biles s'élevent & s'abaiffent les Empires; de
que les caufes naiffent la profpérité & les
malheurs des Nations ; fur quels principes
erfin doivent s'établir la paix des Sociétés &
le bonheur des hommes . ) Ch . IV, p. 24.
Frix, live broché , avec 3 Pl . gravées . A Paris ,
chez Defenne , Libr . au Palais - Royal , Volland ,
br. quai des Auguftins ; & Plaflant , Hôtel de
Thou , rue des Poitevins , N. 18 .
Cer Ouvrage , à qui le nom de fon Auteur
devait procurer feul un grand fuccès , n'avait pas
même befoin du nom de fon Auteur pour réuflir ;
il cft rempli d'obfervations curienfes & favantes
& le ton philofophique qui le diftingue ne nuit
ras à l'élégance du fyle : il eft aufli bien écrit.
que profondément penfé.
Tomes IV , V , VI & VII de l'Hiftoire des
progrès & de la chure de la République Romaine ;
par Adam Fergufon , Profeffeur de Philofophie
Morale à l'Univerfité d'Edimbourg : Ouvrage
traduit de l'Anglais , & orné de Cartes. Prix ,
3 liv . le Vol.. relié. Ces quatre Volumes terminent;
Ouvrage. A Paris , chez Nyon l'aîné & fils ,.
Lib. rue du Jardinet , quartier St- André- des-Arts..
DE FRANCE. 119
Nouvelle Legislation , ou Collection complette
& par ordre de matieres , de tous les Décrets
rendus par l'Affemblée Nationale conflituante ,
aux années 1789 , 1790 & 1791 .
Les Décrets de l'Affemblée Nationale conftitua
te font épars dans les mains de tout le
monde perfonne ne s'eft encore occupé à les
raffembler fous un même cadre , & dans un tel
ordre qu'il foit toujours facile à l'Adminiftrateur
, au Juge , au Citoyen , de recourir au texte
de la Loi , lorfqu'il en a befoin.
C'eft ce qu'on vient d'entreprendre. 12 Volum.
à peu près , telle fera l'étendue de cet Ouvrage. Le
1. pourra par. ftre inceffamment , & en moins
de trois mois , l'Ouvrage fera fini ; il cont endra
tous les Décrets relatifs à Pordre judiciaire .
Le fecond porterà les différentes Loix for les
Impofitions . Viendront enfuite les Guides Ndionales
, l'Armée , la Marine , les Colonies , & c.
Les Décrees qui , pour être ailémcot fentis , auraient
befoin d'une forte de commentaire , feront
accompagnés de notes explicatives. Ces poces
feren toujours prifes , foit dans le rapport , fot
dans la difcution qui aura pricé lé le Dister.
L'Ouvrage , confié aux mains d'un homme ha
bile , & qui a conftamment falvi les Séances
fera précédé d'un Difcours prélimina're , ou plutôt
dune Hiioire abrégée & très - rapide de l'Af
femblée Nationale conftituante , & de fes immenfes
travaux.
Les perfbanes qui défireront fe le procurer,
font invités à foufrire pour la Collection comp'ento
drz Devaux Libraire , au Palais-Royal ,
N °, 181 , ou rue de Chartres , Nº . 67.
120 MERCURE DE FRANCE.
L'acte de foufcription devra être conçu ainfi
» Je ſouffigné , m'engage à prendre tous les
» Volumes de l'Ouvrage intitulé : Nouvelle Ligiflation
, &c. de les payer à raifon de 3 fous
» 6 den. la feuille , franc de port ; & feulement
mefure que les Volumes me feront livrés «.
ככ
Nota. On obfervera l'ordre de Soufcription
pour l'envoi des Volumes : l'Ouvrage fera fur
très-beau papier & beau caractere de cicero , le
format in- 8°.
MUSIQUE.
3 Quatuors pour deux Vielons , Alto & Baffe ;
par J. Haydn . 1re. Livraiſon , OEuvre 65e . Prix ,
6 liv.
Recueil pour la Guitare , ou Leçons graducllement
faites pour perfectionner les Ecoliers qui
ne chantent pas ; par M. Trille Labarre , Profeffeur
& Compofiteur de Mufique . OEuvre 8e.
Prix , 7 liv. 4 f.
3 Sonates extraites des OEuvres de M. Pleyel ,
arrangées pour la Harpe , avec accompagnement
de Violon ; par M. Blattman : OEuvre 3e. Prix ,
4 f. Se trouvent à Paris , chez M. Naderrue
d'Argenteuil , Butte St - Roch.
7
liv.
man
›
M
TABL E.
ES Adieux à Paris . 851 Mémoire.
Charade, Exy . & Lig . 89 Spectacles.
Voyages & Ménto:res . Notices.
155
III
118
MERCURE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 30 Septembre 1791 .
----
LE Baron de Herbert , resté à Sziftove pour
régler définitivement divers points de la dernière
Convention , a dépêché un Courrier
arrivé la femaine paffée , avec la notification
que le Grand Seigneur fe propofe d'envoyer
à l'Empereur un Miniftre chargé de
féliciter S. M. I. fur fon avènement au
Trône , & fur le retour de l'harmonie entre
les deux Empires. Cet Envoyé , dont M. de
Herbert deniande les paffe - ports , compte
arriver ici dans le mois de Novembre. II
pourra rencontrer fur fa route l'Ambaffadeur
.Ottoman à Berlin , qui retourne en
ce moment à Conftantinople. Les conditions
de la paix dernière s'exécutent rapi
dement. La remife folemnelle de la petite
N °. 42. 15 Octobre 1791. G
( 146 )
Valachie a été faite le 9 aux Commiffaires
Ottomans . Celle de la grande Valachie
& de la Moldavie doit être effectuée ;
après quoi les Commiffaires refpectifs s'occuperont
de régler les limites.- Celles
de la Bofnie offrent quelques difficultés
à caufe de l'extrême attachement des Bofniaques
à la domination de la Porte : ils
menacent de s'oppofer à la ceffion de
Czettin & de Drefnick ; aufli a-t- on tranfporté
de nouveau du canon & quelques
troupes fur cette frontière . Les Botniaques
montrèrent la même oppofition au commencement
du règne de Jofeph II , &
offrirent à la Porte de défendre feuls le
terrein de l'Unna , dont notre Gouvernement
exigeoit alors la ceffion .
?
Plufieurs Cercles du royaume de Bohême ont
envoyé des Députations à l'Empereur , pour remontrer
à S. M. que les Juifs font le plus grand
tort à l'induftrie nationale qu'ils ont tout envahi
& accaparé , & que fi l'on ne prenoit point
des mefures propres à arrêter leur cupidité , ils
réduiront en peu d'années les Sujets Chrétiens
qui conftituent le grand nombre , & forment le
fonds de la population ,à un état pire que l'esclavage .
Il est bien extraordinaire , obfervent- ils , qu'une
Nation qui fe fépare de toutes les autres , qui
veut conferver fa Législation théocratique & rabbiniftique
, qui , par ce motif , ne peut ni ne
veut fe conformer aux Loix politiques & civiles
d'aucun autre Peuple, prétende à tous les avantages
fociaux , fans en pouvoir ni vouloir fupporter
également toutes les charges ; car dès qu'um
( 147 )
Citoyen dit , e je ne puis me foumettre à telle
Loi , parce que ma Loi theocratique s'y
oppofe; & qu'on lui accorde l'exemption , il
devient un privilégié , & ce font les privilèges
qui détruifent les fociétés..
30 22.
Le Baron de Trenck , dont on connoît
l'exaltation naturelle , & qui a contracté
la manie , générale aujourd'hui , d'écrire
fur la Politique , aveit reçu un premier
avertiffement de l'Empereur , avertiffement
fuivi d'une défenfe plus formelle . Pour le
dédommager en quelque forte de cette
privation , S. M. 1. avoit augmenté fa
penfion. Le naturel a été plus fort que la
raifon . Retiré à Peft , M. de Trenck y a
publié un nouveau mémoire politique ,
qu'appareniment on a cru dangereux ; car
le Prince de Cobourg a fait arrêter l'Auteur,
conduit ici où il eft encore en prifon.
Cette affaire , du refte , n'eft point auffi
grave que l'ont repréfentée quelques Papiers
publics ; M. de Trenck n'eft nullement
un Révolutionnaire ; nais l'activité
de fa plume a paru inquiéter le Gouvernement.
De Francfort-fur- le-Mein , les Octobre.
Les revues d'Automne & des mariages
forment dans ce moment , à Berlin , tout
la cercle des évènemens publics. C'eſt le
29 du mois dernier que le Duc d'Yorck a
G 2
( 148 )
épousé la Princeffe Frédérique , fille aînée
du Roi & de la Princeffe de Brunswick
divorciée. Le mariage du Prince Héréditaire
de Naffau-Orange , fils aîné du Statouder
, avec la Princeffe Wilhelmine ,
feconde fille du Roi , a été célébré
le premier de ce mois : les fêtes dureront
jufqu'au 17. La Princeffe d'Orange
eft arrivée le 23 Septembre à Potzdam ,
avec fa fille la Princeffe Héréditaire de
Brunfwick. -La Cavalerie en garnifonà
Berlin , les régimens d'Infanterie de
Bornftedt & de Pfulh , ainfi que les Gardesdu-
Corps qui font à Charlottenbourg , fe
rendirent le 20 Septembre à Potzdam , pour
les manoeuvres d'Automne. Ces exercices de
3 jours ont confifté en combats fimulés , le
Roi commandant une des divifions &
M. de Mollendorf à la tête de l'autre.
"
Les Gazettes ont parlé d'une prétendue
réduction de 40 mille hommes
dans l'armée Pruffienne il n'en eft pas
queftion ; rien n'indique le projet d'une
femblable réforme , qui entraîneroit des
conféquences trop bien appréciées par le
Gouvernement.
Un fait plus important que les mariages
& les manoeuvres fimulées , eft la notification
authentique faite le 16 du mois dernier
par le Comte de Goertz , Miniftre
Comitial de Brandebourg à Ratisbonne .
Par ordre de fa Cour , cet Envoyé a fait
( 149 )'
connoître aux autres Miniftres de la Dicte,
qu'il a été figné à Pilnitz , par l'Empereur
& le Roi de Pruffe , un Traité d'amitié &
d'alliance auquel d'autres Puiffances accéderont;
que ce Traité a pour objet la sûreté
des Etats refpectifs , leur garantie , la confervation
du repos général de l'Europe ,
le bien- être de l'Empire Germanique , &
le mairt en de fes divers Etats dans l'intégrité
de leurs droits & poffeffions , conformément
aux Traités de paix . En mêmetemps
, le Comte de Goërtz a formellement
démenti le faux bruit d'un échange projetté
des Margraviats d'Anfpach & de
Bareith contre la Luface ; & il a déclaré
que dans l'entrevue de Pilnitz , il n'avoit
été queftion d'aucun projet d'échange
quelconque.
Le Miniftre Pruffien n'a fait dans cette
déclaration aucune mention d'une entreprife
quelconque contre la France , & l'on
préfume qu'une politique éclairée laiffera
cet Empire , livré aux Avocats & aux Journaliſtes
, fe confumer jufqu'à la racine par
fon anarchie , fauf à profiter un jour ou
l'autre de fa diffolution , & qu'on fe bornera
, en attendant , à oppofer une digue
invincible aux ravages , que le fanatifme
politique effayeroit d'étendre aux autres
Etats.
La Diète de l'Empire qui n'a pris aucunes
vacances , n'a pas encore reçu le Dé-
G
3
( 150 )
cret de Commiflion - Impériale , qui dợn
ratifier le conclufum , arrêté dans l'affaire des
Princes Allemands poffeffionnés en France ,
SUISSE.
De Laufanne , le 4 Octobre.
Vers le milieu du mois dernier , le camp
de Payerne fut levé : 2600 hommes occupèrent
notre ville , avec un train d'artillerie.
le petit camp de Rolle fe rapprocha également
de nous , & les Commiffaires du
Souverain fe tranfportèrent dans nos murs.
Cette Cour d'information continue le travail
d'une procédure immenfe , qui a doncé
les lumières néceffaires fur les projets dont
cette heureufe contrée étoit menacée , &
fur les principaux Auteurs qui les condaifoient.
L'un deux , le fieur de l'Harpe des
Utins , en fuite dès l'arrivée de la Conmiffion
, & par conféquent légitimement
fufpect , a été cité & proclamé dans les
formes ordinaires : la Citation publique
renferme les articles d'accufation , parmi
lefquels le Fugitif eft entr'autres prévenu ,
d'avoir pris part à des complots faits dans
T'Etranger , et qui avoient pour but defouf
traire le pays de Vaud à la domination de
LL. EE. Ainfi , & comme nous l'avons
annoncé à plufieurs reprifes , d'après des
faits certains qui nous étoient particulière(
151 )
ment connus , ce prétendu zèle à réformer
les abus du Gouvernement , couvroit le
complot de le renverfer , & de livrer cette
partie de la Suiffe à l'Etranger . On en trouve
une nouvelle preuve manifefte , dans une
lettre de M. Conftant de Rebecque , Bourgeois
de cette ville , & ci -devant Colonel
Commandant du régiment Suiffe de May
en Hollande ; lettre adreffée aux Amis de
la Conftitution de Dijon , & que nous venons
de lire dans le Moniteur Univerfel. M. Conf
tant y invoque les François , & leur apprend
que le pays de Vaud eft digne d'être
incorporé a la France , comme ayant fait autrefois
partie du royaume de Bourgogne.
Tel étoit donc le but de l'intime corref
pondance de nos Révolutionnaires avec les
Clubs François Les Feuilles publiques de
Paris font pleines d'atroces impoftures fun
la conduite de la Commiffion . Très - peu
de perfonnes ont été arrêtées ; toutes l'ont
été fur information préalable , & interrogées
avant leur emprifonnement. Nul ne
fera jugé que dans les formes légales , &
que d'après une procédure complette. Voilà
ce que les Folliculaires appellent des perfécutions
, des prefcriptions . La tyrannie , fuivant
eux , confifte à maintenir les Loix , & à
réprimer des coupables.
Au refte , ces manoeuvres auffi abfurdes
qu'odieufes font abfolument anéanties : le
mal a été coupé dans la racine par la fer-
G4
( 152 )
meté mefurée du Gouvernement , qui a
prouvé aux têtes perdues toute leur foibleffe
, & aux habitans fages le danger
auquel on les expofoit . La tranquillité eft
folidement raffermie ; les boute - feux for t
en fuite , & leurs adhérens déconcertés . Le
30 du mois dernier , les villes du Pays
dont on avoit eu à fe plaindre , ont paru
par députation devant les Commiffaires ,
qui , après leur avoir reproché leurs imprudences
, les ont exhorté à fe défendre
à l'avenir des mouvemens auxquels on les
avoit entraînées. Les troupes ont été rappellées
, & doivent arriver à Berne après
demain. Ces Volontaires- Citoyens reſteront
fur leurs foyers avec la demi-paye , en fe
tenant prêts à marcher , jufqu'à nouvel
ordre.
Il fera bien difficile de jamais entamer
une Adminiſtration qui a pour elle , le
fentiment du bonheur public , la force de
l'opinion , la juftelle , l'à- propos des mefures
, la fuite dans les plans , la fermeté
dans l'exécution , & qui , enfin , pofſéde
à un très -haut degré , l'art de gouverner
-peu près perdu dans le refte de l'Europe.
PAYS- BA S.
De Bruxelles , le 8 Octobre 1791 .
S. A. R. l'Archiduc Charles eft arrivé
la femaine dernière : les fêtes dont il eft
( 153 )
l'objet font une diverfion momentanée à
la querelle des Etats avec le Gouvernement.
On complette en ce moment le
Confeil de Brabant , & l'on s'attend à de
nouvelles proteftations : il n'a été encore
pris aucune réfolution définitive fut les
premières ; les autres Provinces font plus
tranquilles. Il n'eft point à craindre qu'elles.
combinent leur réfiftance avec celle du
Brabant.
Nous avons préfenté impartialement , à
plufieurs reprifes , les viciffitudes de l'opinion
, & la variété des rapports touchant
l'intervention quelconque des Puiffances
Etrangères dans l'anarchie de la France.
C'eft en réduifant ces Mémoires polémiques
de la prévention & de l'efprit de
parti , aux probabilités qu'avoue le jugement
, & aux faits conftatés , que nous
fommes reftés dans le doute fur des affertions
accréditées , fans adopter les négations
tranchantes & doctorales • par lefquelles
des Intrigans cherchent à prolonger
l'étourdiffement de la Nation Françoife.
Ecrivant des notices pour
l'Hiftoire ,
& non des menfonges pour des Factions,
nous continuerons à fuivre le cours des
évènemens certains , à féparer les faits des
conjectures , à difcuter les probabilités , &
à nous défier des apparences. Qu'on fe
perfuade bien que ce n'eft point là une
G
( 154 )
chofe aifée , & que fi un fot , un agioteur
, donne fa confiance au Nouvellifte
impudent qui ouvre la porte des Cabinets
, & en tire les fecrets de l'avenir , la
claffe de Lecteurs pour lefquels nous écrivons
, exige qu'on l'inftruife, & non qu'on
l'abufe.
Nous ne fommes pas plus éclairés fur les
intentions des Puiffances Etrangères à l'égard
de la France , que nous ne l'étions il y a un
mois. LaDéclaration que M. le Comte d'Ar
tois rapporta de Pilnitz , n'a eu jufqu'ici aucunes
fuites. Ces troupes que l'Empereur
& le Roi de Pruffe devoient faire marcher
font encore immobiles : on ne connoît
aucun ordre quelconque de les préparer
à fe mouvoir. Les feuls régimens de
Neugebauer & de Bender , les Cuirafliers
de Hohenzollern , & quelques efcadrons
des Dragons de Cobourg , reftés en Bohême
; voilà les feuls Corps qui , notoirement
vont entrer dans le Brifgau & aux
Pays-Bas. On vient de voir que les revues
d'Automne ont eu lieu à Potzdam , fans
que le moindre indice ait décélé le départ
prochain d'aucunes troupes dans l'étendue
de la Monarchie Prullienne.
En interprétant la Déclaration de Pilnitz
par les faits fubfequens , on n'en trouve
donc aucun qui la faffe fortir encore du
cercle des engagemens éventuels , fubor
donnés aux circonftances.
( ASS )
1
If
On a douté des difpofitions de la Cour
de Vienne à en feconder le but , lorsqu'on
a vu fous les yeux même du Gouvernement
fuprême des Pays-Bas , la Gazette
officielle de ce même Gouvernement imprimer
, le 22 Septembre , par autorité , &
fans que qui que ce foit l'ait démentie , 'que
le concours des circonftances qui devoient
avoir rapport à la Déclaration de Pilnitz ,
pouvoit la faire confidérer comme NON
AVENUE ; présomption fortifiée par l'inaction
totale des troupes Autrichiennes , etpar
les grands changemens que pouvoit appor
ter , dans toute cette affaire , le nouvel ordre
de chofes furvenu en France depuis peu.
paroît clair que fi notre Gouvernement a
témoigné quelque déplaifir de la publication
fi prompte de cet Acte de Pilnitz , &
de la Lettre des Princes François
Louis XVI , c'eft qu'il envifageoit le premier
fous des rapports bien différens du
fens qu'il préfente naturellement . Sans
doute , la politique dicte quelquefois des
défaveux de cette efpèce ; fans doute , au
fein de la fermentation qui agite le Brabant
, on a pu juger prudent d'en raffurer
les Habitans contre l'annonce de nouvelles
troupes , & de les contenir par la
certitude que l'armée des Pays - Bas n'en
fortiroit pas. Avant l'adhéfion formelle de
quelques autres Puiffances à l'engagement
de Pilnitz , on a peut- être jugé néceffaire
G
( 156 )
de contrebalancer la précipitation , avec
laquelle on lui attribuoit des effets fubits ;
enfin , cette infinuation contradictoire a
pu réfulter des fentimens du Gouvernement
Autrichien pour le Roi & la Reine
de France , & de la crainte de montrer un
ennemi de la Nation Françoiſe dans le
Beau -Frère , dans l'Allié d'un Roi qui
s'abandonnoit à fa deftinée & à fon Peuple.
En fuppofant ces confidérations fondées
, & ce font les plus favorables à l'opinion
d'un armement contre la France ,
elles atténuent l'idée d'un plan irrévocable
, la probabilité de fon prochain
développement , & l'énergie des motifs.
qu'on fuppofoit avoir déterminé l'Empereur.
On n'eft pas preflé d'agir , lorfqu'on
man fefte une incertitude fi pofitive.
Le caractère de l'Empereur , fa lenteur
à fe décider , la trempe de fon efprit plus.
porté aux opérations adminiftratives de
détail
,
qu'aux grandes vues générales
; l'habitude qu'il a contractée en
Tofcane de mefurer avec le compas fes
démarches , fes décifions ; l'amour qu'on
lui connoît de multiplier les loix , ce qui
exige une paix conftante ; le naturel de ce
Monarque fur qui les craintes ont plus de
prife que les espérances , & qui n'aime pas
à rien donner au hafard ; l'influence du
Prince de Kaunitz , qui emportera au tombeau
le goût des négociations , l'éloigne(
157 )
ment de brufquer les affaires , & l'habitude
de temporifer; l'attachement de ce Miniftre
au Traité de 1756 avec la France ; Traité
qu'on defire à tout prix de conferver , &
qu'une rupture livreroit au fort de la guerre ;
enfin , les liaiſons du fang qui foumettent
plus ou moins les réfolutions de Vienne à
celles du château des Tuileries ; tous ces
mobiles réunis expliquent à certains yeux la
tiédeur de la Cour Impériale, & fon inaction
abfolue jufqu'à ce jour. L'Empereur n'a
pas même écrit une lettre , ni fait une
déclaration au moment des dangers de la
Reine fa foeur. S'il n'a point fongé à irriter
la fière contenance du Roi d'Angleterre pendant
l'emprisonnement de la Reine Mathilde
, ni la conduite énergique du Roi
de Pruffe en Hollande , eft-il vraisemblable
qu'il perde cette attitude paifible , pour
renverser une Conftitution , qu'il croit
devoir périr d'elle-même à fa naiffance :
-
2
Le Roi de Pruffe n'a aucuns motifs perfonnels
dans cette intervention fuppofée :
nulle manifeftation de fon Cabinet n'indique
le deffein de feconder un plan de
contre révolution en France , & fi nous
pouvons en juger par les difcours qui nous
ont été tranfmis de Berlin , on y regarde
comme une extravagance , l'idée que la
Monarchie Pruffienne s'ébranlera pour faire
la guerre à des Feuillans & à des Jacobins
qu'on méprife.
( 158 )
Voilà donc les deux principales Puiffances
de l'Empire , abfolument inactives
jufqu'à préfent , & nous ne trouvons pas
le moindre indice de la ceffation prochaine
de cette inactivité. Ce fait inconteftable
n'empêché pas divers Emigrans & des Journaliſtes
François , de chiffrer tous les huit
jours depuis fix mois , des armées Autri
chiennes & Pruffiennes , qui s'avancent à
grands pas vers les bords du Rhin ; mais
un régiment fait cinq lieues par jour ; une
Lettre , une Gazette , en font cinquante ;
& pas une Lettre , pas une Gazette de l'Empire
, ne nous annoncent la marche d'un
Soldat.
Il feroit dérifoire de faire intervenir ici ,
comme fuppléans de l'Empereur & du Roi
de Pruffe , les Princes de l'Empire condamnés
par leur foibleffe & la défunion de
leurs intérêts , à fuivre conftamment l'impulfion
de l'un ou de l'autre de ces Souverains.
Les éternelles lenteurs de la Diète
de Ratisbonne préfagent ce qu'il faut attendre
d'une réfolution qui dépend de tant
de têtes , de formes , de Mémoires , d'Auttorités
diverfes. L'Empereur n'a point encore
répondu au dernier Conclufum. Le triple
contingent militaire , demandé à l'Empire ,
n'est donc pas encore fur pied : il ne paroft
aucunement qu'on s'en foit occupé dans
les Affemblées des Cercles , & tout dé
( 159 )
montre que s'il eft jamais réalifé , ce fera
au plutôt le Printemps prochain.
C'est donc hors de l'Empire qu'il faut
chercher des appuis immédiats aux Princes
François & à la Nobleffe , ainfi
que des
Auxiliaires actuellement prêts à les fecourir.
His paroiffent compter fur la Suède & la
Ruffie. Guftave III , a , en effet , mani
fefté fes fentimens fans ambiguité. On
conçoit que la conformité du fort de fon
Père avec celui de Louis XVI , le carac
tère entreprenant de ce Prince , amoureux
de la gloire , l'averfion qu'on peut lui fuppofer
pour les maximes anarchiques qui
ont prévalu en France , enflamment fon
émulation , & irritent fon inquiète activité.
Non ignara malis miferis fuccurrere diſco.
Sans doute , il entre dans l'efprit un peu
chevalerefque du Roi de Suède , de concourir
à rétablir la fplendeur d'une Maifon
Royale , dont les fervices aidèrent à le
replacer fur le Trône.
Douze mille hommes de fes meilleures
troupes , font raffemblées dans fes Provinces
méridionales : des bâtimens de tranfport
, une Efcadre pour les foutenir font
armés à Carlfcrona. On ne peut révoquer
en doute que ces forces n'aient pour objet ,
de feconder les projets formés en faveur de
Louis XVI & des Princes fes Frères.
( 160 )
L'Impératrice manifefte les mêmes intentions.
Son Chancelier , le Comte d'Of
terman , a fignifié à M. Genêt , Chargé des.
affaires de France à Pétersbourg , une exhortation
de ne plus paroître à la Cour. 18,000
Ruffes , 13 vaiffeaux de ligne , & une flottille
légère femblent , depuis un mois
attendre le ſignal de mettre à la voile , & de
fe porter vers nos côtes , de conferve avec
les Suedois. L'opinion & les deffeins de
Catherine II font devenus plus manifeſtes,
par la dernière démarche de cette Souveraine
auprès des Princes François . Il eft
certain que M. de Romanzof , fils aîné du
célèbre Maréchal de ce nom , & Miniftrede
Ruffie auprès des Cours Electorales du
Bas- Rhin , a mis , au nom de fa Souveraine,
& à la difpofition des auguftes Frères de
Louis XVI, une fomme de deux millions
de roubles . ( 10 millions tournois ). Dans
la lettre qui accompagnoit ce fecours
I'Impératrice déclare la conformité de fes
fentimens avec ceux de l'Empereur & du
Roi de Pruffe , au fujet du Roi de France ,
& promet d'employer fon pouvoir & fon
influence pour lui rendre fon autorité
légitime. On ajoute qu'elle a accrédité
M. de Romanzof auprès des Princes , à
qui ce Miniftre a remis fes lettres de
créance le 21 Septembre . C'eſt ainfi
qu'on l'annonce dans un imprimé, publié
à Coblentz , fous l'autorisation des Princes ,
( 161 )
& qui renferme plufieurs pièces relatives
à cette circonftance certaine. Ce font un
remercîment à l'Impératrice & à M. de
Romanzof, prononcé à la tête de la Nobleffe
Françoife par le Maréchal de Broglie ;
la réponſe de l'Envoyé Ruffe , & une lettre
de la Nobleffe Françoife à l'Impératrice.
Ce dernier Ecrit , que l'Imprimé dit être
foufcrit par des milliers de Gentilshommes ,
eft de la teneur fuivante :
MADAME ,
Votre Majesté Impériale a depuis long -temps
mérité l'admiration de tous les Peuples . Ses
titres étoient fes actions ; elle acquiert aujourd'hui
des droirs à la reconnoiffance univerfelle.
La Nobleffe Françoife peut donc exprimer ces
deux fentimens à Votre Majefté . Elle ofe dire
qu'il ne manque rien à votre gloire . Affermie
tous les Trônes , en relevant celui des Bout
bons , devoit être un des miracles de votre
règne. Vous embraffez la caufe des Rois , & manifeftez
le voeu de toutes les Puiffances de l'Europe
. Il étoit donc dans l'ordre des deftinées
que deux grandes Souveraines prêtaffent l'appui
de leurs armes & de leur nom à la Maifon de
France. Elifabeth d'Angleterre , l'Héroïne de
de fon fiècle , fecourut Henri IV, qui combattit
la ligue à la tête de nos ayeux . L'immortelle
Catherine fe déclare pour les petits - Fils ,
dont nous fuivons auffi le panache au chemin
de l'honneur ; elle permet au Prince de
Naffau , à ce Héros , pour qui la gloire eft
un befoin , & dont la valeur a par-tout naturalifé
les exploits , de venir fe ranger fous les
( 162 )
étendards des généreux Frères de l'infortuné
Louis. Le Comte de Romanzof , digne Miniftre
d'une telle Souveraine , vient repréfenter
Votre Majefté auprès de nos Princes : ainfi ,
Catherine donne la première fanction à leurs
droits , & la Nobieffe Françoife lui doit fon
premier efpcir. »
:
Votre Majefté Impériale , par une magnanimité
bienfaifante , nous offre un afyle dans
le malheur. Nous ferions fiers de recevoir vos
loix , de partager le bonheur des Peuples qui
vivent fous votre Empire mais il ne nous
eft pas permis de fonger à une feconde patrie.
Si la Monarchie Françoife s'écroule , la Nobleffe
( l'honneur le commande ) doit s'enfevelir
fous fes débris ....... Pourquoi prévoir
des revers , quand tout nous préfage des
fuccès Sous vos aufpices , nous n'en pouvons
douter , cette Monarchie renaîtra de fes ruines ,
& reprendra fon ancienne fplendeur.
сс
כ כ
Quel caractère impofant & fublime Votre
Majefté développe à tout fon fiècle ¦ &
quelle place elle s'affure dans la postérité !
La Nleffe vous devra un fecond luftre ; la
Religion , fes Autels ; Louis , la Liberté , la
Royauté , le maintien de fes droits ; la France ,
le retour de l'ordre & du bonheur ; & le
monde menacé d'un bouleversement général ,
la paix & la tranquillité. Le génie de Pierrele-
Grand a arraché un feul Empire à la barbarie
; le génie de Catherine aura empêché
l'Europe entiere d'y retomber . "
« Nous fommes , & c . »
Le 26 Septembre. 1791 .
Dans ces trois pièces , on découvre l'éten(
163 )
due de l'intérêt que porte l'Impératrice à
la caufe du Roi & de la Nobleffe de Fiance
; mais rien de pofitif fur la nature &
l'époque des fecours que leur deftine cette
Souveraine.
Au refte , le caractère de cette Princeffe ,
dont le règne a été une fuite d'entrepriſes
romanefques , & de fuccès prefque fabuleux
, qui a exercé ou fa domination , ou
fon influence victorieufe fur le Nord & le
Levant ; à laquelle il fuffit de concevoir
une idée qui étonne la renommée , pour
en ordonner l'exécution ; ce caractère ,
dis -je, accrédite les projets nouveaux qu'on
hui attribue. L'Impératrice n'a rien à craindre
de la Révolution Françoife : les petits
& vils propagateurs de trahifon , cette foule
de miférables fuborneurs que la France
laiffe vomir imprudemment de fon fein ,
pour débaucher des Soldats & foulever des
Sujets , fe feroient étrangler par les Soldats
Ruffes , au lieu de les corrompre avec des
proftituées, & la Feuille Villageoife ( 1 ) , avec
des affignats , des fous de cloche , & les
droits de l'homme.
Mais les flottes Ruffes & Suédoises ,
mais les Soldats qu'elles doivent porter ,
n'avoient pas quitté les rades de leurpays
( 1 ) Feuille incendiaire rédigée par deux Prêtres
; le Miniftre Rabaut & l'ex Jéfuite Cerutti.
( 164 )
le 28 feptembre. Trente fois , & récemment
encore , on les a fait arriver à Oftende,
ainfi que les Troupes Allemandes fur le
Rhin , avant que ni les unes ni les autres
ne fuffent parties. Il y a plus ; on n'attend aucunes
troupes , aucuns vaiffeaux étrangers à
Oftende . Si les Ruffes, files Suédois devoient
y débarquer cet automne , ils feroient forcés
d'hiverner dans ce port , qui ne peut
contenir leurs efcadres : leurs Commiffaires
feroient venus raffembler des approvifion
nemens , & préparer leur ftation : or , nu's
Commiffaires n'ont paru.
Si nous portons nos regards fur le refte
de l'Europe , nous trouvons l'Angleterre
défarmée , hors de l'enceinte des projets
fuppofés , gouvernée par un Ministère trop
prudent , pour la faire entrer dans une
ligue , dont la dépenfe ameneroit tôt ou
tard en difcuffion au Parlement , & dans
toutes les claffes de la Nation , les principes
de la Révolution Françoife. Auffi ,
dans leur lettre au Roi de France , les
Princes fes Frères déclarent-ils la neutralité
de la Grande- Bretagne.
Les Suiffes , ne fongeant qu'à maintenir
leur ineftimable tranquillité , l'inestimable
félicité de leurs Peuples , & leur indépendance
; fans troupes réglées , n'en levant
aucune méprifant les Brouillons
les Sectaires fanatiques , les faux Amis de
la Liberté , fachant les réprimer chez eax ,
2
( 165 )
& du haut de leurs rochers , contemplant
avec un fourire de pitié , les conquêtes
des Républicains de théâtre fur la raifon
& la vraie liberté. Le Gouvernement de
Berne avoit armé mille hommes , pour
préferver le pays de Vaud , des attentats
prémédités par quelques fous féduits
contre l'indépendance de l'Etat & le bon
heur de fes Habitans. Ce but ayant été
facilement rempli , par le patriotifme, par
la fageffe de ces derniers , & par l'active
prudence du Souverain , la petite armée
vient d'être licenciée.
Le Roi de Sardaigne ; affez fort pour
maintenir l'ordre & la paix dans fes Etats,
ayant porté fes troupes au complet , &
garni fes frontières du côté de la France ;
mais , dans fon iſolation , ne pouvant ſecourir
ni attaquer perfonne.
L'Efpagne ; fa politique paroit concentrée
dans une multitude de foins minutieux
pour écarter d'elle les femences d'infurrections
, fe garantiffant par un cordon de
12 15 mille hommes qu'elle n'a point
augmenté , & ne faifant d'ailleurs , aucune
difpofition qui puiffe allarmer fes voifins.
à
De ce coup-d'oeil général , il reſulte
que l'Europe entière garde en ce moment
une fituation pacifique , & que s'il exiſte
des deffeinsgénéraux , ils ne peuvent avoir
leur exécution avant l'année prochaine.
Refte à approfondir les véritables mo❤
( 166 )
tifs qui acheveront de coalifer les principales
Puiffances , & par conféquent le
but probable de cette ligue de sûreté. En
traitant ce fujet la femaine prochaine ,
nous appercevrons peut- être que ces combinaifons
, diffèrent prodigieufement de
l'idée qu'on s'en eft légèrement formée en
France , où les mots gouvernent l'opinion ,
& où celui de contre-révolution eft devenu
l'étendard des déraifonneurs de tous les
partis . En dernier réfultat probable , on
trouvera que ce n'eft point la caufe des
Rois , ainfi que le répètent journellement
des têtes vides , mais bien celle des Peuples ,
qui armera la majeure partie de l'Europe,
en faveur des principes défenfifs de l'ordre ,
de la propriété , de la Société civile.
Nós villes du Brabant , du Hainault ,
du Tournaifis , le Duché de Luxembourg,
l'Electorat de Trèves , l'Etat de Liège , les
rives du Rhin , depuis Bale à Cologne ,
font couvertes de François : on en compte
au moins 45 mille fur l'étendue que nous
venons de décrire , & leur nombre augmente
par milliers de femaine en femaine.
La totalité des Gentilshommes de plus d'une
Province de France font maintenant dans
nos Cantons : des Officiers de tout grade,
des Propriétaires de tout état , des Bourgeois
, des Artifans même fuivent le torrent.
A leur arrivée , on incorpore ces
Emigrans en différentes Compagnies. 450
( 167 )
Gardes- du- Corps font montés à Coblentz.
Notre Gouvernement en tolérant à Ath ,
à Antoin , à Binche , à Leuze , à Tournay,
& en d'autres lieux encore , ces raffemblemens
confidérables de François enrégimentés
, leur a défendu de s'armer fur fon
territoire.
L'opinion de la prochaine formation
d'un Congrès général à Aix -la - Chapelle ,
s'affoiblit avec la même rapidité que tant
d'autres nouvelles conjecturales , hazardées
fur les plus foibles préfomptions.
Nul Envoyé n'eft encore nommé à ce Congrès
, & l'on n'apperçoit dans la ville où on
le place , aucuns préparatifs qui indiquent
leur prochaine arrivée.
Au refte , on aura le thermomètre des
fentimens des différentes Cours , lorſqu'elles
fe feront expliquées fur l'adhéfion de
Louis XVI à la Conftitution . Cet événenient
communiqué officiellement à toutes
les Puiffances peut avoir une influence
effentielle fur leur conduite ultérieure
; mais de quelle manière qu'elles
l'envifagent , il ne changera rien aux projets
que des motifs impérieux leur ont
prefcrits , & qui font indépendans des
intérêts de la France , de fen Roi , des
Princes , de la Nobleffe , de l'Affemblée
Nationale , de tous les partis qui divifent.
cette Monarchie .
( 168 )
FRANCE.
De Paris , le 5 Octobre .
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du lundi , 3 ottobre.
Toute cette féance a été employée à l'élection
d'un préfident , d'un vice - préfident & de fix
fecrétaires . Les voix fe font partagées entre MM.
Paftoret & Garran de Coulon ; mais un nouveau
fcrutin a donné 211 voix fur 369 au premier ;
il a été proclamé préfident , a embraffé M.
Batteau , a pris le fauteuil , & a renvoyé l'Alfemblée
dans les bureaux , pour la nomination
d'un vice-président .
De deux ftrutins , dont le premier n'a pas offert
de majorité décifive , le fecond a porté à la vicepréfidence
M. Ducaftel , du département de la
Seine inférieure .
Il s'eft élevé quelques débats pour favoir fi
l'on fuivroit ou le réglement qu'obfervoit l'Affemblée
conftituante , ou fa loi du 17 juin , qui
ordonne que les fecrétaires feront élus à la pluralité
abfolue. Il a été décidé que les fecrétaires
feroient élus à la pluralité relative , & l'Affemblée
étant , pour la quatrième fois de retour des
bureaux , M. Paftoret , préfident , a dit :
ce Voici le recenfement du fcrutin . pour la
nomination des fecrétaires. M. François de Neufchâteau
, 150 voix ; M. Garran de Coulon , 133 ;
M. Cerutti , 99 ; M. Lacépède , 95 ; M. Condorcet,
943 & M. Guiton de Morveau , 80. » Le
feement
( 169 )
ferment preferit par la conftitution eft renvoye
au lendemain.
Du mardi, 4 octobre.
Un fcrupule , ou un accès de zèle patriotique
, a fait renouveller, au nom de lanation ,
be ferment que les députés avoient prêté , dimanche
, pour leur compte , de vivre & mourir
Libres ; ils l'ont tous répété en y ajoutant : Vive
la nation ! & le reste de la féance a été confacré
à l'émiffion d'un troisième ferment , de
celui de maintenir la conftitution , de ne rien
propofer ni confentir dans le cours de la légif
lature qui puiffe y porter atteinte , & d'être en
tout fideles a la nation , à la loi & au Roi,
Un membre a tenté de faire fupprimer le mot
législative , & confeilloit à l'Affemblée de prendre
fimplement le titre d'Affemblée nationale; mais
Fordre du jour a maintenu la première dénomination.
On s'eft occupé de donner au ferment toute
la folemnité poffible en n'y mêlant aucune idée
de religion . Pour cela , M. Michon du Marais
a propofé que chacun jurât en pofant la main
fur le livre de la conftitution ; & M. Girardin ,
que des commiffaires allaffent prendre l'acte aux
archives , attendu que ce livre , a judicieuſement
ajouté M. Quefnet , ne peut pas arriver
tout feul. » Sur la motion de M. Parent-
Mazencourt , qui pénétré de nos jeunes vertus
à l'antique , a réclamé d'auffi auguftes fonctions
pour les vieillards de l'Aſſemblée ; fix commiffaires
, précédés d'huifhers , font allés chercher
Facte conftitutionnel aux archives.
M. Laborde vouloit que le ferment fût écrit
en grandes lettres d'or , au-deffus du bureau
No. 42. 15 Octobre 1791 .
H
( 170 )
du préfident , pour qu'aucun membre ne l'oubliât
; mais M. le Cointre- Puyrabeau a penfé
qu'il fuffiroit de l'avoir gravé en traits de feu
dans le coeur , & a cité les Athéniens , qui n'eurent
des transfuges que lorfqu'on écrivit le ferment
de fidélité fur leurs drapeaux. L'évêque du dépar
tement de Lille & Vilaine , M. Lecoz auroit
bien defiré que le bruit des cloches & des canons
eût indiqué « à tout l'empire » l'inftant du
ferment... L'écriteau , les cloches , les canons ,
& quelques autres moyens de rendre cette
action «plusfublime » ont été écartés par l'ordre
du jour ; un huiffier a annoncé l'acte conftitu
tionnel.
Toute l'Affemblée fe lève , fe découvre ,
fuivant la motion de M. Rouillère . Les commiffaires
entrent accompagnés d'huifiers , &
d'une garde d'honneur ayant les armes hautes.
Au milieu du cortège eft M. Camus , l'archivifte
; il porte le palladium de la liberté Françoife
, monte à la tribune ; & M. Parent-Mazencourt,
l'un des vieillards-acolytes , s'écrie :
cc O yous ! peuple François , citoyens de Paris ,
toujours grands , toujours fermes dans les circonftances
difficiles , frères généreux , & vous
citoyennes vertueufes & favantes ( il regardoit
les galeries ) qui exercez ici la plus douce influence
, voilà le gage de la paix que la légif
lature vous donne. Nous allons jurer deffus , de
vivre libre ou de mourir, & de défendre la
conftitution,jufqu'à la fin de notre existence, »
On avoit fouhaité que les vieillards remiffent,
fur le feuil de la porte , l'acte conftitutionnel
à des jeunes gens ; mais les bonnes pensées ne
prennent pas toutes . M. Nérin a obfervé
forfque le Roi paroît dans l'Affemblée , il eft
11 ARVE
que
( ' 171 ' ).
d'afagé de ne prendre aucune délibération ; que
bien moins encore devoit- on délibérer , tant que
la conftitution feroit dans la falle .
-Le préfident & enfuite tous les membres ont
prêté individuellement le ferment /décrété , en
montant l'un après l'autre à la tribune , & en
tenant la main droite fur le livre ouvert , foutenu
par l'archivifte , qui l'a rapporté aux archives ,
efcorté comme il en étoit venu . Enverrast-on
24 ou 60 députés au Roi , pour l'informer de
cet évènement ? Qui les choifira? Après quelques
débats , il eft décidé que la députation fera de p
60 membres, choifis par le préfident & les fe
crétaires.>
Meffieurs , as dit alors. M. Cerutti , 492
députés ont appuyé leur main fur Févangile de
la conftitution & ont juré de la maintenirs
jufqu'à leur dernier foupir... Il me parbir convenable
d'offrir un fentiment pur & légal an
corps conftituant , de qui nous tenons cette immortelle
conftitution ... Quel fénat de Rome ,
quel parlement Britannique , quel congrès Américain
a fait de fi grandes chofes en fi peu de
temps & avec fi peu de fautes ? &c. » La légiflature
a décrété des remerciemens à l'Affemblée
-conftitaante.
Un des vieillards- commiffaires eft venu dire
que l'acte conſtitutionnel avoit été « renfermé
avec des précautions qui ne laiffent pulle crainte »,
& qu'au refte , le dépôt eft dans tous les
coeurs . La propofition d'affigner des places dans
la falle aux membres du ci -devant corps lé.
giſlatif, a été accueillie par des cris à l'ordre
du jour, & l'on a levé la féance.
Du mercredi , 5 octobre.
:
La majorité de l'Aſſemblée conſtituante a dû
H 2
( 1726)
voir, avec beaucoup de fati -faction , aujourd'hui,
l'emprellement des nouveaux législateurs à n'o
mettre aucune des conféquences prévues , des .
maximes fondamentales fur lefquelles elle a édifié
la conftitution.
M. Ducaftel rendu compte de la miffion des
députés envoyés bier vers le Roi. Nommé préfi
dent de cette dépuration , il écrivit au garde-dufceau
pour demander l'heure. Le miniftre lui
répondit que le Roi ne pourrait les recevoir que
le lendemain à midi ; mais les députés jugèrent
que la chofe publique exigeoit qu'on les reçût le
foir même, Seconde lettre. Le Koi fit répondre
qu'il recevroit la députation à 9 heures du foir.
Al'heure indiquée , les huifkers annoncent , on
ouvre les portes ; à ૩ quatre pas du Roi, M. Ducaftel
falue , s'arrête & dit « Sire , l'Affemblée.
nationale législative eft définitivement conſtituée;
elle nous a député vers votre Majeſté pour l'en
inftruire ».
"
« Je me retirois , a continué M. Ducaftel ,
Jorfque le Roi m'airêtant , m'a dit très- familièrement,
très-cordialement : je ne vous verrai que··
vendredi ; je ne peux pas vous voir plutôt. J'ai
cru que ma miffion ne me permetroit pas de
répondre. Je faluai , je me retirais nous revînmes
à l'Aſſemblée , & nous nous féparâmes fraternellement....
2 2.
Un membre a porté la fermentation dans tous
es efprits , en condamnant l'ufage d'écrire au
garde- du -feeau pour avoir audience , & en propofant
fexécution littérale du décret de 1789 ,
qui veut que l'Afemblée communique toujours
directement avec le Roi. Dès -lors les notions
ont abondé dans ce fens , & ont pris en degré
d'énergie qui tout- à- coup a monté l'Aflemblée
( 173 )
.
au niveau des conceptions les plus civiques.
MM. Grangeneuve , Bazire , Thuriot , Vergniaud,
Voifard, Goupilleau , Gnadet , Cambon , Chabot,
• Coutton & quelques autres , qu'on ne défigneroit
pas mieux en les nommant tous , one fucceffivement
développé les idées , dont les germes
repofent dans la déclaration des droits de l'homme
& dans l'acte conſtitutionnel.
Le Roi & le corps légiflatif font deux pouvoirs
fuprêmes , indépendans , & par conféquent
égaux , à dit le premier opinant. M. Grangeneuve
a demandé qu'on fupprimât le titre de Majesté ,
pour s'en tenir au titre de Roi des François.
Un troifième étoit d'avis qu'on décrétar : « l'Af
femblée nationale confidérant que le code de
l'étiquette ne peut convenir aux repréſentans d'un
peuple libre ; que l'amour du Roi pour les Fran
çois, & l'amour des François pour le Roi , exigent
que le corps législatif , malgré l'évidence de la
prééminence de les droits , traite d'égal à égal avec
le MONARQUE ; qu'il eft de l'intérêt public , qu'à
toute heure , le corps lég flatif puille conferer
avec le Roi , & le Roi fe préfenter à l'Affemblée
nationale ; décrète que les députations au
Roi fe préfenteront à toute heure , & que le Roi
fera également libre de le préfenter à toute heure
à l'Affemblée nationale ……………… » Comment le Roi
doit-il être roçu ?
сс
Se lever quand le Roi fe lève , s'affeoir quand
il s'affied , cette pantomime paroit à M. Coutton
transformer les repréfentans du peuple en vrais
automates « qui ne peuvent penfer, parler & fe
mouvoir , que par la volonté d'un homme ». Le
fauteuil couvert de dorure , & fufage de mots
profcrits par la conftitution , étonnent auffi M.
Courton. Or, fes mots profits font Majeffé &
H
(174 }
€
Sire , qui fignifie Seigneur. De feigneurs fl n'y
en a plus . La conftitution , qui nous rend tous
égaux & libres ,, ne veut point qu'il y ait d'autre
majesté que la majefté divine & la majesté du
Feuple . Ses conclufions ont été que le Roi entrant
dans la falle , tous les membres fuffent
debout & découverts ; mais qu'une fois le Roi
arrivé au bureau , « chacun eût la faculté , bien
naturelle fans doute , de s'affeoir & de fe niettre
comme bon lui femblera , Le Roi lui- même ayant
cette faculté , nous devons l'avoir ». D'ailleurs ,
plus de fauteuil fcandaleux parfa richeffe; & comme
file fauteuil national ne valoit pas le fauteuil
royal , Deux fauteuils égaux , le préfident à la
droite, & pour unique titre : Roi des François.
J'ai été révolté , a dit M. Goupilleau , de
voir le dernier préfident ( M. Thouret ) fe fariguer
en inclinations profondes devant le Roi ».
Il m'a paru fcandaleux à moi , s'écrie M. Chabot,
ex-capucin , qu'un hérault-d'armes vint annoncer
Je Roi dans le fein de l'Affemblée . Je demande
• qu'un huiffier vienne dire feulement
се
que l'on
ceffe toute délibération parce que le Roi eft à la
porte..... Le pouvoir exécutif , qui doit marcher
fur une ligne parallèle , quoiqu'il foit inférieur
au pouvoir légiflatif , cherchera à froifler ce pouvoir
législatif........ Nous l'avons vu charger le
président de la nation d'annoncer l'heure de fon
arrivée , fixer cette heure...... , comme fi nous
ne pouvions pas lever la féance fans l'attendre...
Gardez - vous d'empiéter fur le pouvoir exécutif
comme les comités de l'ancicune législature ; il
ne demanderoit pas mieux pour vous écrafer ;
mais auffi faites refpecter notre dignité & notre
puiffauce par le pouvoir exécutif
ב כ
*
« Le Roi qui s'accoutumeroit à régler , dans
( 175)).
hos féances , les mouvemens de nos corps
pourroit croire bientôt , a dit M. Guadet , pou
voir régler auffi le mouvement de nos ames, »
J'aime à croire que le peuple François révérera
toujours beaucoup plus , dans fa fimplicité , le
fauteuil du préfident des repréfentans de la nation
, que le fauteuil doré fur lequel s'affied le
chef du pouvoir exécutif » L'avis de M. Garran
de Coulon étoit que chacun eût le droit bien
naturel de fe tenir comme il lui plairoit , quand
Je Roi feroit dans la falle .
Deux premiers articles font mis aux voix , &
décrétés . Quelques Membres du côté droit n'ont
rien entendu , à dit M. la Croix. Ces mots côté
droit font pris pour un outrage. Tumulte horrible
& prolongé. Le préfident fe coavre. On lui
crie : A bas le chapeau. Rappellé a l'ordre păr
des clameurs & par un décret , M. la Croix a
déclaré qu'il n'avoit pas eu l'injurieufe intention
d'affimiler les membres de ce côté à ceux qui ,
dans l'Affemblée conftituante , occupoient la même
place . Scène vifiblement convenue.
» Je demande à l'UNIVERS , a repris M. Lagrevol
s'il convient qu'un corps législatif attende trois ou
quatre heures . » -- Un membre a lumineufement
ajouté que le crédit ne réfidoit que dans l'attitude
fière des repréfentans de la nation envers le Roi.
De combien de membres feront compofées lès
députations ? De 60 , de 24 , de 12 ? On ſe décide
pour ce dernier nombre. Le Roi marchera-t-il
à la tête , à la queue , ou au milieu des dépumtions
? Ces queftions demeurent indécifes . Voici
les fix articles qu'on a décrétés :
сс
LAffemblée nationale légitlative décrète se
qui fuit :
« Att. I. Au moment où le Roi entrera dans
H 4
{ {; #76))
F'Affemblée , tous les membres fetiendront debout
& découverts. »
« II. Le Roi arrivé au bureau , chacun des
membres pourra s'afleoir & le couvrir. »
III. Il y aura au bureau , & fur la même
Ligne , deux fauteuils femblables ; celui placé à
Ja gauche du préfi lent fera deftiné pour le Roi, "
IV. Dans le cas où le préfident , ou tout
autre membre de l'Affemblée auroit été chargé
préalablement par l'Affemblée d'adreffer la parole
au Roi , il ne lui donnera , conformément à la
conftitution , d'autre titre que celui de Roi des
François ; & il en fera de même dans les dépu
tations qui pourront être envoyées au Roi, »
V. Lorque le Roi fe retirera de l'Affemblée
, les membres feront , comme à fon arris
vée , debout & découverts . »
сс
« VI. En fin la députation qui recevra & qui
reconduira le Roi , fera compofée de douze
membres. »
Use courte difcuffion a rectifié le décret rendu ,
la veille , fur la propofition de M. Cérutti , de
manière à en effacer ce qu'un membre y a taxé
de flgornerie envers l'Afemblée conftituante.
Il pertera de fimples remercimens , dégagés de
tout enthoufiafine , pour ceux des législateurs conftituans
qui ontfait un digne ufage des pouvoirs qui
leur étoient confiés.
H.
* Dujeudi , 6 octobre.
3
On a vu le décret rendu hier , au bruit des
applaudiflemens , fur le cérémonial que le corps
légiflatif devoit fuivre à égard du Roi. Une
partie de la garde nationale foldée , le peuple ,
les gens fages de tout parti en avoient témoigsé
leur mécontentement. Dès les premiers mots ,
A li
( 177 )
tour a annoncé aujourdhui que ce décret feroit
révoqué. M. Vofgien a débuté par établir que
les loix doivent être méditées dans le calme de
la raison , & non dans les troubles de l'orgueil ;
que le fanatifme de la liberté peut fe pardonner
a un fimple particulier , mais qu'il devient un
crime chez un législateur , & dégrade fon caractère
augufte. Il a demandé que le décret fût
rapporté comme étant prématuré , inconftitutionnel
& rempli d'inconvenance , puifqu'il exafpéroit
deux pouvois qu'on ne fauroit anir de
trop de confiance , puifqu'il ouvroit une fource
de diffentions , qu'il calomnieroit les deffeins des
patriotes , & affligeroit gratuitement le Roi ,
dont l'acquiefcement libre eft l'un des appuis de
la conftitutior.
M. Bazire s'eft plaint de ce qu'on avoit formé
pour les membres de l'Affemblée conftituante
des galeries privilégiées aux extrémités de la falle,
d'cu ils approuvent ou improuvent les diverles
"motions ; mais des cris : à l'ordre , ont étouffé
cette remarque
,
Les auteurs ou les partifans du décret l'ont
défendu par Is motifs qui l'avoient fait rendre.
M. le Contre - Puyrabeau trouvoit que loin de
porter atteinte à la majefté du trône , c'étoit
honorer le monarque . Selon M. Vergniaud , ce
décret de fimple police intérieure né fixoit point
des relations d'autorité , mais d'honnêteté . Sire
& Majefte font des qualifications féodales ;
Louis XVI ne fauroit être bleffé du titre de
des François , qui fera fon bonheur & fa
gloire; & il pourra dire à l'Affemblée, ou meffieurs
( quoique feur ait la même racine que feigneur
& fire ) , ou reprefentans du peuple François
comme il lui plaira , L'opinant vouloit encore
HS
( 178 )
1
cc
qu'on ajoutât au décret : « le Roi , par égard
pour l'Affemblée , fe tient debout , l'Ailemblée,
par égard pour le Roi , fe tiendra debout , &c.
D'autres infiftoient fur l'inconvénient d'abolir le
lendemain une loi de la veille.
M. Hérault de Séchelles a rappellé que l'Affemblée
conftituante ne fe croyoit point liée par
un décret , tant qué le procès - verbal n'étoit pas
clos , & il citoit beaucoup de decrets rapportés.
Un évêque conftitutionnel voyoit dans l'objet
de ces débats la chute du crédit public , & l'un
des chapitres de l'hiftoire des grands événemens
par les petites caufes .
M. l'abbé Champion a rapproché , avec beaucoup
de logique & de fentiment , les éloges
décernés à l'Ailemblée conftituante , des critiques
amères de de
Tindécente & baffe adulation ; la prudente lenteur
des formes preferites , & la fougueufe impatience
qui provoqua le décret ; la néceffité de
la balance de pouvoirs amis pour le bien com
mur, & les fuites funeftes qu'auroit un faux
patriotisme dirigé contre les droits du trône . Il
penfoit qu'uniquement occupe du bonheur du
peuple le Roi communiqueroit avec l'Affemblée
, de quelque manière qu'elle réglât leurs
relations , & que le peuple eit trop éclairé pour
la follicitude de ceux qui mefurent la
Partager
dignité nationale fur la dorure d'un fauteuil.
fon regulation Ceremonial , taxe
3101
95
900 910319
Ne nous déshonorons pas ,, a - t- il dit , par
une ingratitude coupable. Non , les fondateurs
de notre liberté n'étoient pas de vils efclaves.
Avant de fixer les prérogatives du trône , ils
la fouveraineté
du peuple ......
avoient reconn
C'eft comme repréfentant de la nation que l'on
voula environner le Roi d'une fplendeur q
( 179 )
Ipin de contrafter avec la dignité du corps légiflatif,
doit s'y amalgamer. La nation eft honorée
dans fes repréfentans ; c'eft elle qui , après avoir
créé la royauté , l'environne d'un éclat qui fe
réfléchit à la fource , & la rend plus " brillante
encore . »
su et
Soit que le décret fût réglémentaire ou légif
latif, M. Ducaftel concluoit toujours à la révo
cation ; mais il fui eft échappé de défigner le Roi
par le mot fouverain : de percantes clameurs &
une auftère cenfure du préfident lui ont appris
qu'il manquoit à la conftitution. L'orateur a
prié fes frères de juger fon ame & non fon langage
, qui tenoit involontairement encore de
fancien régime . Retombé , le moment 'd'après ,
dans la même faute, il a excité un nouveau ta-
Page , auquel une autre héréfie de ſa part a mis
le comble : Le pouvoir législatif , a- t-il dit
réfide dans l'Affemblée & dans le Roi.
« Je vous rappelle aux principes , luita crié
le préfident , pour avoir attribué au Roi ce qui
n'appartient qu'au peuple » . On a demandé la
parole contre le préfident . Quelqu'un a foutenu
l'opinion de M. Ducaftel , que le pouvoir législatif
étoit compofé des repréfentans de la nation &
du Rei. Au milieu du vacarme , l'obfervateur
attentif ' a pu diftinguer clairement qu'une feule
Vérité ; c'eft que les dépouitaires de la Conftitu
tion he favent encore à quoi s'en tenir für les
Principes fondamentaux de cette conflitution
qu'ils s'entr'oppofent les uns aux autres , & qu'ils
font des loix avant d'être tous d'accord fur l'attribution
& la nature du pouvoir qui doit les
faire.1 250 ( 29105LYEV 250 si us
Le préndent a post die fois la quellion . Des
cris ' ta prealable point de paroles & Bus de tu
H 6
( 180, )
tribune ; aux voix..... Vous voulez prendre une
attitude impofante vis-à- vis le pouvoir exécutif,
હ vousnesavez pas vous maintenir vous -mêmes...
Bravo !.... Je vais fortir.... Tant mieux......
Lappel nominal...... Des applaudiffemens , des
huées de la falle & des galeries auxquelles M.
Garran de Coulon a prétendu que le préfident
n'avoit pas le droit d'impofer filence , ont précédé
le retour de la tranquillité, Le rapport du
décret a été mis aux voix , décrété , & l'ajournement
adopté fans époque déterminée .
Une lettre du miniftre de l'intérieur , a annoncé
que le fecrétaire-général du directcire du département,
de Rhone & Loire eft difparu en
cmportant 246,700 liv. en affignats deſtinés au
paiement des eccléfiaftiques. L'Affemblée a autorifé
les commiffaires de la tréforerie à faire
parvenir dans la caiffe du diftrict de Lyon ,
provifoirement & à titre d'avance , 246,700 liv.
pour pourvoir aux frais du culte , & renvoyé le
furplus à fon neuvième bureau qui en fera demain
le rapport ; & elle a terminé la féance en
ordonnant aux miniftres de lui rendre compte
famedi de l'état du royaume.
Du vendredi, 7 ottobre.
17
Des fermens prêtés , des plaintes contre quelques
gardes nationales qui , avant l'ouverture de la
féance , gefticuloient dans la falle du fabre & de
la bayonnette, en menaçant les membres qu'ils
jugeroient infidèles à la conftitution; plaintes
qui n'ont eu d'autre fuito que les eris : à Lordre,
excités par le mos fatallites , involontairement
mêlé au reci de ces vivacités ; des réflexions (urle
prix du temps perdu , far la néceflité de s'occuper
des finances , d'obferver le régiment de l'Af
·( 181 )
fen.blée conftituante , pour qu'il y ait moins
de clameurs , de huées , de confufion dans les
debats ; l'énoncé virulent , mais vague & fans
preuves , de prétendus crimes des prêtres réfrac
taires , que M. Coutton accufoit de faire beaucoup
de mal même par leur feule présence dans
les lieux où ils fe trouvent , & à qui M. Ramond
voulait qu'on n'opposât que le mépris , en repous
fart jufqu'au nom de prêtres ; des malheurs de
curés jureurs , abardour és , confpués , lapidés ,
fufillės ; objets judiciaires ajournés à quinzaine..
Telles font les motions difparates qui , entrecoupées
de brouhahas & d'hommages de municipaux
, d'adminiftrateurs , de bataillons & de
J'éternel M. Palloy , offrant encore l'éternel
portrait de Mirabeau fr une pierre de la Baltiile
, ont rempi cette féance , terminée par up
difcours du Roi & la réponse du président.
A la tête de la municipalité , M. Bailly eft
venu féliciter le corps légiflatif d'avoir , en jurant
fur le livre faint de la conftitution , confacré
par cette folemnité la religion de la loi , dire
« La loi eft une divinité , l'obéiſſance eft un
culte... La révolution eft confommée ; le
« peuple attend le repos... Il defire que les pou
veirs fe balancent , mais qu'ils le refpectent...
Que la confiance defcende de cette augufte
Ailemblée & du trône pour remonter
« ce trône & à vous par un cercle qui fera celui.
des profpérités , &c. »
·
Orateur du directoire du département , M.
de la Rochefoucault a invité l'Aſſemblée à zerminer
en effet la révolution , que M. Bailly
avoit dit confommée ; & a tracé à ncs légifla
reurs une efquiffe rapide de ce qu'ils ont
faire pour l'édusation , les pauvres , les finances ,
(( 182))
le code civil . L'unité du corps légiflatif lui a
rappellé la fimplicité des moyens qui prodaifent
tant d'effets dans le monde moral & dans le monde
phyfique . -- Réponfes , impreffions , du sout; &
honneurs de la féance .
Enfin , on a relu le cérémonial décrété par
l'Affemblée conftituante ; on y a dérogé , pour
permettre à M. Paftoret d'adreffer la parole à
Sa Majesté. Il est allé s'y préparer dans la re
traite , a repris le fauteuil , & le Roi , accueilli
de vifs applaudiffemens , a parlé debout , à l'Aſ,
femblée debout , ea ces tèrmes :
MESSIEURS ,
« Réunis en vertu de la conftitution pour
exercer les pouvoirs qu'elle vous délègue , vous
mettrez fans doute au rang de vos premiers
devoirs de faciliter la marche da gouvernement,
d'affermir le crédit public , d'ajouter , s'il eft
poftible à la sûreté des engagemens de la nation
; d'affarer à - la- fois la liberté & la paix ;
enfin , d'attacher le peuple à fes nouvelles loix
par le fentiment de fon bonheur . Témoins dans
vos départemens des premiers effets du nouvel
Sordre qui vient de s'établir , vous avez été
à portée de juger ce qui peut être néceffaire
pour le perfectionner ; & il vous fera facile
de reconnoître les moyens les plus propres à donner
à l'adminiſtratión la force & l'activité dont elle
za befoin .
*
1
« Pour moi , appellé par la conftitution à
ézaminer , comme repréfentant du peuple , &
pour fon intérêt , les loix préfentées à ma fanc
tion ; chargé de les faire exécuter , je dois
encore vous propofer les objets que je crois devot
être pris en confidération pendant le cours de
votre fellion ,ɔɔžkykhô
*
( ( 183 ))
ce
Vous penferez , Meieurs , qu'il convient
d'abord de fixer votre attention for la fituation
des finances , pour en faifir Renfemble & en
connoître les détails & les rapports . Vous fentiren
Pimportance d'aflurer un équilibre conftant entre
les recettes & les dépenses d'accélérer la ré
Partition & le recouvrement des contributions ;
d'établir un ordre invariable dans toutes les
parties de cette vafte adminiftration ; & de préparer
ainfi la libération de l'Etat , & le foulagement du
peuple. »
..cc
$
3
5
Les loix civiles paroiffent auffi devoir
vous occuper effentiellement ; vous aurez à les
mettre d'accord avec les principes de la conftitution
; vous aurez à fimplifier la procédure,
& à rendre ainfi plus faciles & plus prompts : les
moyens d'obtenir juftice . Vous reconnoîtrez da
néceffité de donner par une éducation nationalej
des bafes folides à l'efprit public ;omous encou
ragerez le commerce & l'induftries, dont les
progrès ont tant d'influence fur l'agriculture &
fur la richeffe du royaume ; vous vous occu
perez de faire des difpoficions permanentes
pour affurer du travail & des fecours à l'indi
gence, 2013 32 5 20 show ob ng skinom
- Je manifefterai à l'armée, ma volonté fermé
que l'ordre & la difcipline s'y rétabliffent ; je
ne négligerai aucun moyen de faire renaître la
confiance entre tous ceux qui la compofent
& de la mettre en état d'affuter la défenfe du
royaume. Si les loix à cet égard font infuffifantes
, je ferai connoître les mesures qui me pa
roîtront convenables , & fur lesquelles vousaurez
à ftatuer. »
esi bglong ob reim
Je donnerai également, mes foins à Ja malie,
cette partie importante, dela fores publique ,
CC
ཏྟ
( 184 )
deftinée à protéger notre commerce & nos colonies.
»>
« J'espère que nous ne ferons troublés par
aucune aggreflion du debors ; j'ai pris depuis
que j'ai accepté la conftitution , & je continue
de prendre les mesures qui m'ont paru les plus
propres à fixer l'opinion des puiffances étran
gères à notre égard , & à entretenir avec elles
l'intelligence & la bonne harmonie qui doivent
nous affurer la paix. J'en attends les meilleurs
effets ; mais cette efpérance ne me difpenfer
pas de fuivre avec activité les mesures de précaution
que la prudence a dû preferire . »
-Meffieurs pour que vos importans trayaux
, pour que votre zèle prodmfent tout le
bien qu'on doit en attendre , il faut qu'entre le
corps législatif & le Roi , il règne une conftante
harmonie & une confiance inaltérable . Les ennemis
de notre repos ne chercheront que trop à
nous défunir ; mais que l'amour de la patrie
nous rallie , & que l'intérêt public nous rende
-inféparables. 2
D « Ainfi , la puiffance publique fe déploiera
fans obftacle ; l'adminiſtration ne fera pas tourmentée
par de vair es terreurs ; les propriétés &
ja croyance de chacun feront également protégées
; & il ne restera plus à perfonne de
prétexte pour vivre éloigné d'un pays en les loix
feront en vigueur , & ou tous les droits feront
respectés.»
- C'eſt à be grand intérer de l'ordre que tient
Atabilité de la conftitution , le fuccès de vos
travaux la sûreté de l'empire retour de tous
les genres de prospérité.
30
-1 C'eft map ce but , Meffieurs , que doivent
en ce moment fo rapporter toutes nos pedfees ;
( 185 )
c'est l'objet que je recommande le plus fortement
à votre zèle , & à votre amour pour la
patrie. »
Le préfident a répondu :
« SIRE ,
Votre préſence au milieu de nous eft un en-
Ja gagement nouveau que vous prenez envers-
Patrie . Les droits du peuple étoient oubliés , &
tous les pouvoirs confondus ; une conſtitution eſt
née, & avec elle la liberté françoife . Vous devez
la chérir , comme citoyen ; comme Roi , vous
devez la maintenir & la défendre . Loin d'é
branler votre puiffance , elle l'a affermie ; elle
vous a donné des amis dans tous ceux qu'on
n'appelloit autrefois que des fujets. Vous avez
le befoin d'être aimé des François , difiez- vous ,
Sire , il y a quelques jours dans ce temple de
la patrie ; & nous aufli , nous avons befoin de
vous aimer, »
ce La conſtitution vous a fait le premier Monarque
du monde ; votre amour pour elle placera
Vote Majefté au rang des Rois les plus
chéris , & le bonheur de la nation vous rendra
-plus heureux : forts de notre réunion mutuelle ,
nous en fentirons bientôt l'ir fluence falutaire,
Epurer la législation , ranimer le crédit public ,
achever de comprimer l'anarchie ; tel eft notre
devoir ; tels font nos voeux , tels font les vôtres ,
Sire ; telles font nos cfpérances ; les bénédictions
des François en feront le prix.
כ כ
Ces deux difcours ont été fréquemment interrompus
de battemens de mains & de cris :
vive le Roi. La députation a reconduit S. M. ,
à l'ordinaire ..
Une lettre de Lyon a annoncé que le fecrésaire
du département , le feur Dufocard , a
( 186 )
été arrêté par les foins du gouverneur de
' Chambéry , à l'entrée de la Savoie ; elle attefte
le vol , & mande qu'on a tout Taifi.
་
Du famedi , 8 octobre.
"
Plus de cent mille francs de féances n'ont
encore produit aucune loi de quelque intérêt
pour le royaume. Aujourd'hui , des membres
fe font plaints d'avoir reçu des outrages ; M.
Goupilleau de ce que , la veille , dans la falle ,
un officier de la garde nationale , décoré de
la croix de St. Louis , lui avoit dit : « Le
Roi feul a le titre de Majefté & non le
+ cc peuple. Vous n'êtes que des falariés . Si vous
perfiftez dans vos principes , je vous hâcherai
e à coups de bayonnettes. M. Maillet , qu'un
officier de la garde ou de la gendarmerie nasionale
lui avoit dit , en grinçant les dents ,
qu'ils auroient des bayonnettes contre ceux qui
provoqueroient des décrets tels que celui qu'on
•venoit de révoquer ; M. Coutton , qu'un individu,
en habit gris , traitoit , avant-hier , des
députés de va- nuds-pieds , qui n'apportoient ici
que la difcorde. « Eft- ce moi que vous apoftrophez
, lui demandois-je , à pourfuivi M.
« Cotton ? » « Oui , Monfieur , me répondit-il.
Vous êtes un intrigant , & c.; mais foyez für
qu'on ne vous perdra pas de vue. “
. *c
ནི །
Ils concluoient tous ce qu'on prît des
metures pour empêcher que « le temple de la
-patrie ne devienne une arêne de gladiateurs »;
pour qu'aucun étranger ne s'introduife dans la
falle ; & l'un d'entre eux a nommé le premier
officier inculpé , M. d'Ermigny . On deman-.
doit une punition exemplaire de cet attentat.
contre, la Majeſté du peuple. D'autres répu
f
( 187 )
?
gnoient à voir l'Afemblée débuter par un acte
de rigueur , fur- tour envers la garde natiomale
. Quelqu'un obfervoit que le corps légiflatif
ne peut ni punir , ni juger perfonne ;
& que le décret d'inviolabilité ne fpécifiant
ni délits , ni peines correspondantes , les tribunaux
ne fauroient que prononcer. Des cris
appellent l'officier à la baire. La difcuffion eft
fermée. M. Cerutti voit dans ce décret l'ordre
du jour , & prouve par- là que l'Affemblée
n'en eft pas même encore à bien comprendre
fa propre langue . Nouveaux débats , clameurs ,
vacarme ; enfin M. d'Ermigny , qui réclamaic
lui-même le droit d'être entendu , a été admis
à la barre..
Il a raconté qu'étant , avant-hier , dans la
falle , lieu qu'il ne croit refpectable que lorfque
l'Affemblée eft tenante , il entendit , au
milieu de la foule , parler de la conftitution en
termes qui l'indiguèrent ; que d'autres propos
Piritèrent que plus vif que politique , il dit :
" fi quelqu'un attaque la conflitution je ferai fon
premier dénonciateur & fon premier bourreau .
Vous me meaacez , me dit quelqu'un . Non ;
je menace celui qui curameroit li conftitution ;
fans doute , ce n'eft pas vous . Vous avez prêté
Votre ferment nous fommes frères... Et il
a ajouté : Si je croyois que la conftitution
ne dût pas tenir , j'irois m'euterrer tout-à-Pheure
fous une pierre. ( grands applaudiffemens )
Cet officier a interpellé le témoignage de M.
Garran de Coulon & s'eft retiré.ź
M. Garran de Coulon a dit n'avoir tien entendu
mais que M. d'Ermigny lui avoit protefté
de fon refpect pour le caractère de M.
Goupilleau, & pour le fien , L'Alembice a patu
( 188 )
éviter de s'éclaircir davantage , & un long ru
multe l'a ramenée à l'ordre du jour , c'eſt-àdire,
aux premiers hommages de M. Bertrand
de Molleville , nouveau miniſtre de la marine ,
A propos des infultes faites aux députés , M.
Dumolard avoit cité le peuple d'Athènes quì ,
felon lui , punifloit de mort les étrangers furpris
dans les affemblées . A propos de l'émi
gration des nobles , le directoire de l'Eure
Ecrit : « c'eft envain que Coriolan menace
Rome. Une voix avoit crié , jeudi : Tani
mieux ! la France fe purge . Flufieurs voix crient
aujourd'hui bon voyage. Et l'on paffe encore
à l'ordre du jour.
ALourdéac, ville de 6,000 ames de population,
le peuple s'eft déclaré pour l'ancien curénon-jureur ,
contre le curé conftitutionnel . Les adminif
Brateurs & municipaux ont la bonne foi d'a
sefter que c'eft la majorité du peuple , & d'écrire
à l'Affemblée : « Nous n'avons d'autre
: reflource que dans la force. » Ce moyen et
renvoyé au fouvoir exécutif.
Fréquemment interrompu par des huées ,
M. Audrein a long-temps parlé du danger &
du befoin de créer des comités , du defpotifme
bavéré de ceux de l'Affemblée conftituante , &
ila propofé d'en compofer de 12 & de to
membres , & d'en changer au fort , tous les
mois , les deux tiers ( de 20 ! ) . L'arrivée des miniftres
a fait ajourner la difcuffion .
Un difcours d'apparat a conduit le gardedu-
fceau à demander qu'on différât de 15 jours
-au de trois femaines le compte général de
la fituation du royaume. On vouloit que ce
compte füt rendu fur-le-champ , & fans pólitique.
Le ministre de la guerre a promis
Av
( 189 )
le fien pour demain. Le garde- du-fceau diftin
guoit du compte général des éclairciffemens
qu'il étoit prêt à donner ; M. Tarbé s'en référoit
à fon dernier rapport & à fa carte enluminée
. On a fommé M. de Montmorin ,
de s'expliquer ; il a répondu , que le Roi avoit
tout dit , la veille ; & que les courriers porteurs
de la notification de l'acceptation n'étoient pas
encore de retour ( du 13 leptembre au 8 octobre
! ).
Peu fatisfait , M. la Croix veut voir un´
extrait de la correfpondance du miniftre , &
lui a reproche de taire à l'Affen.bléc les intentiens
des puiffances étrangères, « Il eft , obferve
M. de Montmorin , des queftions pontiques trèsdélicates
, qui préfentent des incertitudes qu'il
peut être utile de ne pas communiquer à une
Affemblée auffi nombreuſe... La Suède & la :
Ruffie ne défarment point , quoique la paix
foit faite. Les ambaffadeurs & chargés d'affaires
de la nation , voyoient bien des mouvemens ,
mais s'ils en avoient demandé le motif , on ne
les cût pas écoutés. Il a promis des nouvelles
quand il en auroit , & rappellé fes titres à la
confiance nationale. En effet , jufqu'à ce jour ,
l'évènement a vérifié fes différens rapports.
Un compte , concerté entre tous les miniftres ,
offafquot M. Coutton qui en crigcoit un de
chacun d'eux , fous quinzaine , & un compte
général par apperçu fous trois jours . Qu'on nous
interroge fur tel ou tel objet , a répondu M.
Duport du Tertre. Dans le nombre infini
des détails qu'embraffe mon département , difoit
M. de Loffart , que l'Aflemblée détermine , en
Particulier , ce qu'ene defire que j'explique. Il
n'y a que buit jours que je fuis miniftre de la
--
( 196 )
-
marine , obfervoit M. Bertrand comment pourrais-
je rien garantir . J'aurai l'honneur d'indiquer
dans trois jours , à l'Affemblée , les projets
de décrets les plus urgens , a dit le miniſtre
des contributions... Tous avouoient ne pas conprendre
la demande , affez neuve , d'un compte
général par apperçu. Décrété que M. Tarbé
Tera entendu fous trois jours , & que tous rendront
un compte général le premier novembre.
Le préfident a levé la féance ; on lui en a
difputé le droit , en l'a rappellé à l'ordre ; débats ,
tumulte , confufion ; enfin , chacun s'eft retiré .
Du dimanche, 9 octobre.
. Cette féance , remplie , comme les autres ,
de beaucoup de débats fans fuite , infignifians
& tunjuktueux , n'a cu pour réſultat aucune dilpofition
déterminément légiflative.
Les miniftres n'ayant pas déguisé leur furprife
de fe voir affaillis de queftions vagues &
irrédéchies , on s'eft occupé de donner aux demandes
une forte de préciſion . Il a donc été
Convenu que le miniftre de la guerre feroit 4
interrogé fur l'état des gardes nationales , fur
le remplacement , des officiers dans les troupes
de ligne , fur l'organisation fi tardive de la
gendarmerie nationale , & fur les caufes qui
ont empêché plufieurs départemens ,de recevoir .
les armes qui leur étoient deftinées . Comment
accorder le zèle dévorant à armer tout le
royaume , avec la fécurité que l'on affecte contre
toute espèce de dangers ?
}
Après une difcuffion moins franche que vive,
la fuppreffion des nouvelles places privilégiées ,
affectées très inconvenablement aux membres
de l'Affemblée conftituante , a été décrétéo en
"
( 191. )
ees termes : « A compter de demain il n'y
2
aura plus de tribunes dans les extrémités du
terrein deftiné à l'Affemblée nationale. »
Nos légiflateurs ont agréé la dédicace d'une
traduction de Tacite qui fi elle étoit fidèlle
& s'ils avoient le loifit de la lire , leur révè
roit d'utiles & terribles vérités .
Une lettre des commiffaires de la tréforerié
annonce que les dépenfes du mois dernier ont
excédé la recette d'environ 18 millions 600,000 *
liv . Le verfement à faire par la caiffe de l'extraordinaire
eft ajourné au moment de la véri- !
fication de cette caille.
MM. Genfonné & Gallois , commiffaires '
envoyés dans les départemens de la Vendée &
des deux Sèvres , ont fait le rapport de leurs
obfervations & de leurs travaux . Le ferment
cccléfieftique a jetté là comme ailleurs des fe- '
mences de divifion . Paiſibles & honnêtes , les
habitans de ces contrées font attachés à la religion'
de leurs ayeux ; ces bonnes -gens croyent que les
facremens adminiftrés par un prêtre intrus font
muls ; perfonne parmi eux ne veut affiſter à la
méfe d'un jureur ils vont tous à deux lieues
entendre celle de leurs anciens pafteurs ; " dont"
les commiffaires reconnoiffent les vertus . Quoique
dépoffédés , les curés non-jureurs font les
feuls à qui l'on s'adrefle pour le baptême , le
mariage , les fecours fpirituels , & fi l'on cft
obligé d'abandonner un mort aux prêtres affermentés
, tout fuit dès qu'ils s'en approchent ..
Au refte , nul acte de rébellion , de réfiftance
même. On laiffe les curés conftitutionnels jouir
en paix & dans la folitude , de leur état &
de leur falaire , & on révère & fubftante ceux
qu'ils ont remplacés.
( 192 )
L'ouvrage des commifires a été de prêcher
la tolérance & la conftitution à ces familles
pieufes qui forment le plus grand nombre , &
qu'on traite d'Ariftocrates ; de fufpendre la déportation
des prêtres non affermentés ; d'amener
cebon peuple a fe repentir des fautes qu'il avoit
commiles , & de pourvoir à l'éxécution de la loi..
On a beaucoup applaudi leur rapport , dont l'impreffion
a été décrétée . Il faut efpérer que quelques
membres de l'Affemblée feront remarquer
combien c'eft offenfer les principes de la liberté
la plus vulgaire , que de s'obftiner à donner auxcitoyens
, malgré eux , des officiers du culte dont ils
ne profeffent pas les dogmes , & un nouveau facerdoce
auquel ils refufent leur confiance ; que c'eſt
un rafinement de defpotifme que de perfécuter par
une toléranc fimulée , des milliers de familles pour
qui la religion n'eſt pas une opinion , mais un
devoir qui fanctionne tous les autres ; qu'enfin
ceft la plus infigne violation d'une conftitution
l'on dit fondée fur les droits de l'homme.
D'orageux & longs débats pour & contre les
comités , ont abouti a la décision , fi peu décifive,
qu'il y aura des comités & vingt- quatre bureaux ;
ainfi s'eft terminée la féance,
que
On a vu plus haut que M. Bertrand de
Molleville , ancien Intendant de Bretagne ,
avoit accepté le Ministère de la Marine.
On continue à annoncer la retraite prochaine
de M. de Montmorin , qui doit être
en effet bien las du terrible état, auquel il
s'eft
193 )
s'eft condamné depuis deux ans. Nulle
apparence que M. de Mouftier veuille accepter
cette dangereufe fucceifion . Au refus .
de ce Miniftre , on la deftine , dit- on , à
M. de Ste. Croix , Miniftre de France en
Pologne , qu'on dit être un zélateur de
Révolutions. Par fuite de ce revirement ,"
on enverroit M. de Semonville à Varfovie.
& M. Sabatier de Cabres , ci - devant Abbé
& Parlementaire , à Gènes . Il eft bon de
prévenir que ces nominations hafardées na
font encore que celles du Public.
"'
M. de la Fayette a définitivement aban- ,
donné le Généralat de Paris , & eft parti ›
pour une de fes terres en Auvergne. En
prenant congé de la Garde Nationale , il
lui a écrit une lettre fage , où quittant le
ftyle révolutionnaire , dont il abufa fouvent
comme tant d'autres , il lui rappelle
des devoirs facrés , qu'il eft plus, aifé d'énumérer
que
de faire refpecter, dans l'état de
défordre où toutes chofes font plongées.
On vient de placarder avec profufion, au
nom de la Garde Nationale foldée , une
affiche véhémente contre la Municipalité ,
que cette même Garde , ou du moins ceux
qui prennent fa fignature , accufent d'avoir
dilapidé les fonds , & fait empriſonner
injuftement quelques Soldats.
A
Les premières Séances de la nouvelle
Légiflature ont été tellement défordon-
No. 42. 15 Octobre 1791 . I
( 194 )
nées , que le Peuple même en a hautement
murmuré ; le ridicule Décret fur les Fauteuils
excita une déiapprobation très-générale.
La plupart des Membres de ce Corps
Légiflatif, ayant depuis deux ans exercé
Feur loquacité dans les Clubs, & les Affemblées
populaires , ils devroient être plus
exercés à la difcuffion , que ne l'étoient
Verfailles les premiers Repréfentans des
Communes. Cependant , les délibérations
tumaltuenfes de ceux- ci n'approchèrent pas
du charivari , dont leurs fucceffeurs ont
donné le fpectacle. Tout annonce qu'inceffamment
cette Affemblée fera divifée
eenh deux Sections tranchantes , & non
moins acharnées que ne le furent la Majorité
& la Minorité anciennes. Le poifon de la
jaloufie vlent fe mêler à l'efprit de Parti ,
& toutes les conféquences prévues d'une
Allemblée populaire légiflative , délibérant
en commun , avec des pouvoirs
abfolus & fans autre contrôle
l'infarfection populaire, fe développent déjà
avec plus de rapidité qu'on ne devoit s'y
attendre. On a calculé, dit- on , que la totalité
des Députés actuels ne poffédoient
pas foo mille liv . de rente . Nous n'avons
point vérifié cette évaluation ; mais il eſt
Canain que l'intérêt des Propriétaires eft
bien loin d'être repréfenté : nous en fomines
donc déjà à la corruption même de la
Démocratie. On counoît le mot du céque
( 195 ))
lore Chatam , qu'il n'existe en Angleterre
pas un pouce de terre qui ne foit repréfenté.
Or , je demande où eft la reprélentation
de toutes les propriétés ci-devant
nobles , des redevances foncières , par
exemple , qui forment peut-être une maſſe
de so millions , & plus ? Si quelque débiteur
de ces redevances en propofe la fpoliation
, qui défendra dans l'Affemblée
Législative , l'intérêt des Propriétaires ? Serace
les Journalistes , les Pamphletaires , les
Evêques conftitutionnels , les Clubiſtes ?
Ainfi , fur ce point , comme fur prefque
tous les autres , les Droits de l'Homme font
violés dans le principe le plus fondamental.
Dernièrement , M. de Clermont Tonnerre ,
qui a quitté Paris , a publié fous le titre
d'Analyfe de la Conftitution Françoiſe , la
cenfure la plus méthodique , la plus ferrée ,
la plus philofophique de l'Acte Conſtitutionnel.
Ici l'Auteur ne parle point aux
préventions d'un feul Parti ; mais à la raifon
de tous les Citoyens. On fe rappelle qu'il
étoit un des Membres du Comité de Révifion
. Cette Analyfe vigoureufe , écrite
fans déclamations , fans verbiage , fans
emportement , où l'on trouve fouvent de
la profondeur , & toujours une grande
dialectique , eft beaucoup moins connue
que le Libelle le plus méprifable. Les Jours
nalites fe font accordés à lui donner les
I 2
( 196 )
honneurs du filence : les uns haïffent l'Auteur
, & quoiqu'il défende prefque tous les
principes fondamentaux de la Minorité , il
ne le liront point , parce qu'il s'appeile
Clermont- Tonnerre ; les autres craindroient
de compromettre la Conftitution & leur
confcience , très-délicate , comme on fait ,
s'ils abordoient une femblable difcuffion.
Nous ferons à M. de Clermont - Tonnerre
le reproche d'avoir attendu fi
tard à développer fes opinions , & d'avoir
combattu fi foiblement à la Tribune , quelques-
uns des parodoxes pernicieux contre
lefquels il s'élève aujourd'hui avec une fi
grande fupériorité.
Les démarches des Clubs François pour
foulever les Suiffes du pays de Vaud, les
Habitans de l'Evêché de Bafle ceux
d'Avignon & du Comtat qu'ils ont précipité
, de la fituation la plus douce & la
plus fortunée , dans un océan d'affreufes .
calamités , auroient attiré la févérité de toute
Nation qui refpecte le droit des Gens , ou
qui pofsède une Police. Tramer de pareils
complots contre des Alliés , eft un crime
infâme; les tramer contre des Souverains
indépendans , eft un attentat digne d'une
horde de barbares . Eh bien ! ce délit dort
la France devroit s'empreffer de tirer vengeance
, fe répète envers toutes les Puiffances
qui nous avoifinent. On vient de
( 197 )
répandre avec profufion dans le Brabant ,
d'où il nous eft parvenu , le difcours fuivant
des Amis de la Conftitution de Maubeuge aux
Patriotes Brabançons.
Le 18 Septembre 1791 .
MESSIEURS LES PATRIOTES ,
Vous faviez apprécier la liberté , vous la defiriez
, & des événemens malheureux vous ont privés
de fa conquête . Les Amis de la Conftitution
Françoife EMBRASSENT LE MONDE ENTIER DANS
LEUR SYSTEME DE PHILANTROPIE , & c'eft à ce
titre , Meffieurs , qu'ils espèrent qu'en retournant
dans votre pays , vous y jetterez le germe de nos
projets bienfaifans , pour qu'ils y produifent une
récolte abondante . »
J
Signé , ROCHAMBEAU , Préfident . "
Imprimé par ordre du Comité.
Signés , Morel, Alexandre , Philippe , Secrétaires .
Je demande maintenant , fi nous trouverions
bien philantropiques des Circulaires
adreffées par des Sociétés Angloifes ou ,
Autrichiennes , aux François mécontens de
la Conftitution , pour les inviter à en fe- ,
couer le joug? Plufieurs fois , nous avertimes
que ces indignes & lâches hoftilités
donneroient à la France l'Europe entière
pour ennemie , & que tel Souverain indifférent
à nos Révolutions , finiroit par ,
s'armer du nioment où elles tourneroient le
poignard contre lui. Il eft étonnant que
l'Affemblée Nationale n'ait pas ouvert les
.
I 3
( 198
1
yeux fur ce danger ; il l'eft que , malgré
leur abjection , les Miniftres n'aient jamais
ofé lui repréſenter les conféquences de
cette guerre fcandaleufe . En tolérant ce
inépris des Traités , de la bonne foi , du lien
focial qui unit les Etats, comment fe plaindre
des outrages dont les Souverains accableront
tout François qui abordera fur leur territoire
? Quoi une infraction de limites.
fuffit à créer des différends férieux , & à
provoquer une rupture ; les Gouvernemens
font attentifs à redreffer les moindres griefs
qui offenfent le droit des Gens , & on
laifle impunis des François qui ont la
coupable infolence d'armer dans l'Etranger
, les Peuples contre les Souverains , les
Citoyens contre les Citoyens , & les Frères
contre les Frères , en expofant la France
aux plus terribles repréfaillos , à la haine
univerfelle , & à toutes les calamités de la
guerre ! Aucun crime de Lèze-Nation n'eft"
comparable à celui -là . Cependant , tandis
que le Peuple prodigue fon idolatrie à
ceux qui le volent, qui le trompent , qui le
trahiffent tous les jours , on eft exposé à
fa fureur , fi l'on veut écarter de lui les
dangers dont on l'entoure , & fermer les
précipices où nous entraîne le fanatifme
de nos Capucins politiques .
Cette fureur eft d'autant plus odieufe ,
qu'elle accompagne d'hypocrites déclara
tions de fratrenite univerfelle ,
e
tenonce(
199 )
ment aux conquêtes , & des tendreffes
dramatiques pour le genre humain. "
Il n'y a rien d'exagéré dans ce qu'on a
lu à l'article de Bruxelles , touchant l'im
menfe émigration de François , qui continue
fans intervalle. L'acceptation du Roi
ne lui a rien ôté de fa force ; au contraire ,
mais ce ne font plus comme autrefois des
Gens en place , des Grands effrayés , des
Familles tremblantes qui fuyent le Royaume
en fe cachant. L'émigration fe fait aujour
d'hui par troupes , & le compofe de perfonnes
de tout état. On a fi peu menage
les intérêts individuels , ou ceux des différentes
claffes de la Société ; on a mis un
acharnement fi féroce à tyrannifer tout ce
qui n'abondoit pas dans le fens de la Révolution
; on a anéanti tant de reffources
& attaqué tant de fortunes ; on a confié
les emplois publics à tant d'hommes méprifés
& qui fe vengent de ce mépris par
des abus intolérables d'Autorité , qu'on a
enfin laffé la patience d'une foule de Citoyens
paifibles , qui vainement ent attendu
le retour de l'ordre , des travaux
utiles , des richeffes qui les fécondent , &
de la sûreté. Une claffe entière qu'on a
impitoyablement frappée , la Nobleffe Prof
vinciale , confondue par une injuftice révoltante
, avec celle qui affiégeoit les antichambres
de Verfailles , ayant à fouffrir
à fe plaindre plus que tout autre Ordre de
#
14
( 200 )
}
P.
a
Citoyens , des abus de l'ancien régime ,
dont elle ne profita jamais , cette pépinière
de pos Armées , de nos Flottes , de Propriétaires
Agriculteurs attachés au fol qu'ils.
cultivoient , abandonne fes foyers & va fe
réunir aux Princes. 1200 Gentilshommes
de cette efpèce & de Citoyens tyrannifés
comme eux , font fortis du Poitou feul.
Auvergne , le Limoufin , dix autres Provinces
viennent également d'êtredépeuplées
de leurs Propriétaires : il eft des villes où
il ne reste plus que des Artifans de baffe
profeffion , un Club , & cette nuée de
Fonctionnaires dévorans créés par la Conf
titution . La Nobleffe de Bretagne eſt entièrement
fortie. L'émigration commence
en Normandie , elle s'achève dans les Provinces
frontières. L'Armée , la Marine ,
perdent chaque jour un nombre d'officiers
qui paffent a l'Etranger ; & les profeffions
immolées , une multitude de Sujets.
J'ai eu la vifite de plufieurs de ces
Gentilshommes Agriculteurs , qui , un an
dans leur vie , n'avoient pas abandonné les
foyers domeftiques où ils recurent la naiffance
. Ils m'ont remercié , les larmes atx
yeux , des foibles efforts par lefquels j'avois
préfervé du fer & du feu des Révolutionnaires
, leur existence & leurs héritages , en
dévouant fans relâche à l'horreur publique
les fcélérats & leurs Promoteurs , en rani-.
mant chez les hommes foibles , ou feduits ,
( 201 )
le courage de l'humanité & l'efprit de modération.
Les fentimens de ces hommes
fimples & fincères m'ont dédommagé de
tant d'épreuves , au travers defquelles j'ai
acquis l'honneur de les mériter. Lorfque
ces Gentilshommes m'ont appris qu'ils
alloient fuivre leurs Compatriotes dans les
Pays- Bas , j'ai effayé de leur redonner l'efpérance
d'un temps plus heureux , de modifier
leur réfolution , & de fufpendre leur
départ. « Ah ! Monfieur , m'ont- ils répon-
» du , vous ne connoiffez qu'imparfaite-
» ment l'horreur de notre pofition. Ce
» n'eft ni nos priviléges , ni notre Nobleffe
» que nous regrettons ; mais comment
» fupporter l'oppreffion à laquelle nous
» fommes abandonnés ? Plus de sûreté pour
» nous , pour nos biens , pour nos familles.
» Chaque jour , des fcélérats , nos débi-
» teurs , de petits fermiers qui volent nos
>> revenus , nous menacent de la torche ou
» de la lanterne. Pas un jour de tranquil-
» lité ; pas une nuit qui nous laiffe la cer-
» titude de l'achever fans trouble. Nos per-
» fonnes font livrées aux outrages les plus
» atroces , nos maifons à l'inquifition d'une
foule de tyrans armés : impunément , nos
>> rentes foncières fontvolées, nos propriétés
>> attaquées ouvertement. Seuls à payer les
» Impofitions , on nous taxe avec iniquité :
» en divers lieux nos revenusentiers ne fuffi-
>> ' roient pas à la cotte dont on nous écrafe.
Is
す。
( 202 )
»
» Nous ne pouvons nous plaindre fans
» courir le rifque d'être mafíacrés : les Adminiftrations
, les Tribunaux , inftrumens
» de la multitude , nous facrifient journelle
>>> ment àfes attentats. Le Gouvernement lui-
» même ſemble craindre de fe compro-
» mettre , en réclamant pour nous la pro-
>> tection des Loix. Il fuffit d'être défigné.
» comme Ariftocrate , pour n'avoir plus
» de sûreté. Si nos Payfans , en général ,
» ont confervé plus de probité , d'égards ,
» d'attachement pour nous , chaque Bour-
> geois important , des Clubiſtes effrénés ,
» le plus vil des hommes qui fouillent
» l'uniforme, s'arrogent le privilége de nous
» infulter. Ces miférables font impunis ,
» protégés. Notre religion même n'eft pas
» libre , & l'un de nous a vu fa maiſon
>> faccagée , pour avoir donné l'hofpitalité
>> au Curé octogénaire de fa Paroitie , qui
» a refufé le ferment. Voilà notre deſtinée :
>> nous ne ferons pas affez infames pour la
fupporter. C'est de la Loi naturelle , &
» non des Décrets de l'Affemblée Natio-
>> nale , que nous tenons le droit de réfifter
» à l'oppreffion. Nous partons , nous mour-
>> rons s'il le faut ; mais vivre , fous une
>> anarchie aufli atroce ! Si elle n'eft. pas
» détruite , nous ne remettrons jamais les
>> pieds en France. >>
Tel eft le langage littéral que m'ont tenu
ces Emigrans : je n'y ajoute pas une ligne.
( 203 )
J'ai vu le fanatifme du défefpoir dans le
coeur des hommes qui parloient ainfi ; quatre-
vingt mille le partagent; qu'on fonge bien
qu'il eft encore plus dangereux que celui
d'une liberté de quatre jours , & qu'on
apprécie le civisme de celui qui a dit à la
Tribune : Tant mieux , la France fe purge.
A la vue de cette univerfelle émigration ,
qui réfulte de lettres circulaires expédiées
du dehors dans les Provinces , on ne peut
s'empêcher de croire que les Princes abfens
ont le plan , & les moyens d'une entrepriſe
affez prochaine , même fans le fecours des
forces combinées de l'Europe. Mais il
feroit bien difficile d'affeoir un jugement
fur ces projets , dont la nature & l'exécution
font des problêmes , que nous n'entreprendrons
ni de commenter ni de réfoudre
.
ર
Lorfque M. Anfon , dans la dernière Séance,
annonça que le Comité dés Finances adoptoit &
garantifoit la fidélité du rapport & des calculs de
M. de Montefquiou , je demandai la parole , & le
Préfident déclara que l'Affemblée n'étoit plus délibérante.
»
Voici ce que j'avois à dire :
« L'affertion de M. Anfon & celle du Comité
devoient être conftatées par un Décret qui convertît
le mémoire en rapport , & les calculs de.
recette & de dépenfe en réſultat garanti par le
Comité. »
« Cette première forme remplis, l'Affemblée
16
( 204 )
laifoit à fes fucceffeurs deux fommaires de compte,
dont l'un purement biftorique ( celui de M. de
Montifquiou ), peut être confidéré comme l'état
de fituation des Finances ; & l'autre , plus en
forme comptable ( celui des Commiffaires de la
Tréforerie & des Ordonnateurs ) , eft 1 : premier
figne fenfible de leur refponfabilité . Mais parce
qu'on a fort ma - adroitement éludé toute difcuffion
dans l'examen de ces deux comptes , ils ne
font tranfmis, ni alla Légiflature , ni à la Nation ,
dans l'état où ils doivent être comme réfultat u
shentique de nos opérations . ruj
« Il n'y a point d'authenticité là où il n'y a
point de contradiction. »
„
La contradiction dans un compte d'opérations
, tel que celui de M. de Montefquiou , porte
non -feulement fur les calculs matériels , mais fur
Jes fits.tooleh alih
Les faits dans un tel compte font de deux
efpèces , les uns pofitifs , tels que les recettes &
les dépenfes , les autres font approximatifs , ou
éventuels , tels que les reprifes , les eftimations
de rembourfemens à faire , des biens à vendre ,
de revenus à recouvrer ; d'arriérés à acquitter . »
ec Les fits pofitifs , comme ceux éventuels
font fufceptibles de contradiction de preuves , &
probabilités .
ec
לכ
Il n'y a d'authenticité que le résultat d'une
aith approfondie.
difcuffion
CC
Quant
nant aux comptes des Commiffaires de la
Tréforerie & des Ordonnateurs , ce font des faits
pofitifs , expofés fur leur refponfabilité . Lorfque
j'en aii
demandé la communication , j'ai été con- ,
fondu de l'infouciance avec laquelle on s'en eft
abftenu ; comme li , ces comptes une fois produits,
publiés , imprimés , tout étoit fini , s
( 205 )
« L'impétueufe légèreté qu'on nous reproche
s'eft bien manifeſtée dans la manière dont on a
-- demandé & reçu ces comptes . Tout le monde
les exigeoit ; j'ai été loué de les avoir provoqués ,
& lorfqu'on a eu par la préfentation de ces mêmes
comptés la véritable clef des finances , perfonne
n'a encore propofé l'ufage qu'on en pouvoit faire.i
On a mieux aimé demander ce qu'on appelc le
compte de l'Affemblée. J'ai été blâmé de fontenir
que , l'Aemblée ne doit point de compte en
finances par recette & dépenfe , mais feulement
un compte de fes opérations ; compte qu'elle a
rendu dans la dernière Séance , par l'organe de
M. de Montefquiou & de M. Anfon , après avoir
rejetté , deax jours auparavant , la propofition
ties - raifonnable que je lui avois faite d'agréer ,
ou de n'agréer pas , le rapport de M. de Monrefquioa.
ל כ
& Maintenant on pourra contefter & débattre
toute la partie hypothétique de ce rapport , cele
des évaluations & des motifs , ou du mérite de
chacune des opérations de l'Affemblée , en recette
dépenfe , rembourſemens , aliénation ,
création & emploi d'affignats , .
ec
25 .
Mais revenons au compte des Commiffaires
de la Trélorerie & des Adminiftrateurs ; pièce que
j'appelle la véritable clef des Finances . Je fuis
furf ce point à le contradicteur de M. Anfon ,'
qui prétend qu'il n'y a point de fecret des Fi
nances. Ce fecret , Telon moi , c'est que de rels
comptes ne prouvent pas tout ce qu'il faut
prouver
Je vais rendre ceci bien fenfible par un
exemple. »
ce Les Commiffaites de la Trésorerie portent ,
je fuppofer cent millions la dépenfe de la
( 206 )
guerres ils prouvent la fortie de cette fomme
par le récipité du payeur de la guerre. »
« Le Miniftre du Département juftifie cet
expofé par le tien voilà les Commifaires de
la Trésorerie bien en régle ; la preuve eft com.
plette à leur égard ; il n'y a plus rien à leur
demander. »
« Mais on voit que la dépenfe des cent millions
eft toute entière à juftifier s'il y a cu
beaucoup de défertions de Soldats & d'Officiers ,
la folde , au complet , ayant été précomptée du
tréfor public à celui de la guerre , il doit y
avoir un excédent , qui a dû être appliqué à
d'autres dépenfes ; lefquelles étant elles - mêmes
aflignées , doivent produire un réſultat des reftans
en caiffe . Il y a donc à prouver que
toute la dépenfe de la guerre a été exactement
payée cette année avec les fonds affignés ,
que les excédens reftent en caille , que l'exer
cice prochain n'aura point à fupporter d'arriéré
. »
Et comme ces preuves de détail dans un
fommaire de compte général du Tréfor public ,
deviennent impoffibles dans un bref délai , le
Corps Légiflarif ne peut , fur une teile pièce ,
exercer une inspection utile , qu'en s'emparant
à choix , ou au hazard , d'une partie de dépenfe
quelquonque , & en la fouillant profon--
déinent ; car alors, tous les Agens des dépenses.
publiques font avertis que , par choix , ou par
hazard , ils peuvent être à leur tour mis en
évidence ; ce qui les contient tous dans de juftes
bornes. »
Je voudrois donc , contradictoirement à
M. Anfon , copfeiller à nos fucceffeurs de sloc
cuper dufecret des Finances , & je choifirai dans
( 207 )
le compte général qui nous eft préfenté , trois ou
quatre parties de dépense dont il eft facile de
vérifier tous les détails , avec une grande authenticité.
»
ce Savoir , l'armement extraordinaire qui a
eu lieu à Breft & à Toulon en 1790. »
« L'armement des Gardes nationales , c'eftà
- dire la diftribution d'armes qui leur a été
faite. »
• ce Les créances faites aux Municipalités &
particulièrement à la ville de Paris . »
Enfin le compte des grains achetés en
1789. »
"
Si , chaque année , le Corps législatif prend
la peine de fuivre avec attention quelques - unes
des dépenses principales , telles que celles que je
viens d'indiquer , nous pourrons alors efpérer
d'obtenir des comptes en règle ; mais fi on s'en
tient aux états & bordereaux , quoique fignés par
des Ordonnateurs refponfables les Finances
feront encore long - temps dans le défordre où
nous les avons trouvées , & où nous les laiffons ;
cet expédient étant le feul qui puiffe réparer , en
partie , les vices du fyftême de comptabilité que
I'on vient d'adopter. »
>
MALOUET.
La Pétition ſuivante a été adreffée à
la Municipalité de Paris , & fon Signataire
nous en a remis une copie authentique.
En la lifant , on jugera comment
font obfervés les Droits de l'Homme Sz les
Loix les plus précifes , fous les yeux même
des Légiflateurs & du Roi, Qu'onfe figure ,
après cela , combien de violations impuh
( 208 )
nies on fe permet dan les Départemens . ,
Le Supérieur du Collège des Irlandois a
extrêmement adouci fa narration . Obtiendra-
t - il juftice ? Déjà un Magiſtrat lui a dé- , *
claré qu'on ne pouvoit rien , parce que, le
Peuple n'étoit pas mûr. Il falloit donc attendre
fa maturité , avant de précipiter les
Inftitutions.
« Le Souffigné , Supérieur da. Collège des
Irlandois , dit des Lombards , rue des Carmes ,
à Paris , à l'honneur de vous mettre fous les
yeux fa très - humble Pétition , difant ,
CC Que quelques Malveillans ont cherché à
égarer l'opinion publique par l'article inféré
page 3 de la Feuille du Soir de Dimanche der
nier ci-jointe , dans laquelle il n'y a de vrai
que les vexations exercées contre des Etrangers
, & les traitemens indignes dont ils ont
été , ou les témoins ou les victimes . »
« Un expofé fimple & vrai de ce qui s'eft
paffé , vous mettra , Meffieurs , à portée de connoître
& de prononcer. $
Etablis dans cette Capitale fous la protection
du Gouvernement , & la fauve- garde
des loix, nous jauiffons en VERTU DES TRAITés
, du libre exercice du Culte Catholique
dans cette maifon. Notre Chapelle intérieure a
été toujours ouverte à tous ceux que lla piété
y a attiré jusqu'à ce moment , & en particu
fier à tous nos Compatriotes des deux fexes ,
qui , fcachant à peine quelques mots de François
, font obligés par cela même , en arrivant
à Paris , de s'adreffer à nous pourrlés fecours
fpirituels. Dimanche dernier , 25 Septembre ,
( 209 )
plufieurs d'entre eux accompagnés , peut - être ,
de quelques amis & domestiques François , affiftèrent
à notre Meffe , & furent , en fortant ,
pourfuivis , hués , maltraités par des individus
fortis d'un cabaret voifin; & comme fi c'eût
été trop peu dess infultes & des menaces. Ces
hommes égarés fe faifirent d'une femme honnête
, & la fouettèrent cruellement ( on affure
que cette femme étoit enceinte ) ; cette fcène
fcandaleufe a été applaudie; c'étoit ainfi , difoiton
, qu'il falloit châtier ces dévotes , ces Ariftocrates.
>>
EC Le Commiffaire de Police furvient avec
un détachement de gardes nationales ; il parle
áu Peuple , & lui promet fatisfaction ; il fait
entrer comme témoins quatre de ces hommes ,
qui affiégeoient la porte , il me gourmande en
leur préfence , me fomme au nom de la Loi ,
de faire fortir toutes les perfonnes qui étoient
dans la Chapelle , fans attendre la fin d'une
baffe Meffe déjà très- avancée ; il y entre luimême
, pour en faire la vifite , & me défend
d'ouvrir deformais la porte du Collège à qui
que ce foit.
cc
a
Je lui repréfente l'attachement de mes Compatriotes
à une Chapelle ou repofent les cendres
de leurs Parens ; je réclame inutilement les
Loix & les Traités . Le Commiffaire répond :
qu'il ne connoit point les Traités. Celui qui
commandoit le détachement , & qui devoit être
l'inftrument muet de l'autorité civile adreffe
ces mots aux perfonnes qui fortoient de la
Chapelle Au nom de l'homme de Juſtice , je
vous fomme , moi , de me fuivre à l'Eglife de
St. Etienne , fi - non , je vous abandonne au
Peuple. Ces perfonnes fortent en effet , au
?
1
( 210 )
milieu d'une foule de gens , qui les accable des
injures les plus groffières. J'ignore quelle en a
été la fuite. Tout le refte du jour , je n'ai
entendu qu'infultes & menaces , auxquelles je
n'ai répondu que par ma patience ,
وذ
« J'offre les preuves juridiques , Meffieurs ,
que ni le Curé de St. Hilaire , ni les Vicaires ,
n'ont exercé aucune fonction du Miniſtère dans
le Collège , depuis l'enterrement de Milord
Caler , au commencement de l'année 1789. Je
pourrois même affurer qu'aucun Habitant de
cette Paroiffe n'a entendu la Meffe ici depuis
l'époque du Serment. D'après cet expofé , Mcffeurs
, nous attendons de vous , pour l'avenir ,
sûreté , protection & liberté . Toujours animé par
l'efprit de douceur & de charité que nous diĉe
notre Miniflère , nous oublions volontiers toutes
les injures , & ce premier emportement d'un
Peuple égaré. Nous nous contentons d'invoquer,
nous réclamons même avec confiance le droit
des gens , les Décrets de l'Affemblée Nationale
fur la liberté des opinions religienfes & encore
le Traité du 26 Septembre 178 entre la
France & la Grande-Bretagne. Ce Traité affure
aux Sujets refpectifs des Puiffances , la liberté
de leur Culte dans les établiffemens Natio-
*
naux . »
à
сс & Or , Meffieurs , ce Traité feroit nul
notre liberté chimérique , fi des hommes deftinés,
nous protéger , nous abandonnent à un
Peuple égaré ; fi nous fommes forcés d'établir
à l'entrée de nos Maiſons une inquifition rigou- ,
reufe & impoffible fur la qualité des perfonnes ,.
& de féparer de nos Compatiiores leurs amis ,
& leurs domeftiques , fous le prétexte qu'is font
François.
22
( 2FT )
Je vous demande donc , Meffers , des
mesures promptes , sûres & efficaces , qui nous
mettent déformais à l'abri des infultes & des
outrages ; ou bien , prononcez notre expulfion
de la France . Nous en fortirons fans rougir ,
puifque nous avons toujours été foumis aux Loix
de cet Empire , fans ceffer d'être inviolablement.
artachés à la Monarchie Britannique , dont nous
fommes les Sujets fidèles. »
Nous ofons meme nous flatter que loin
de méconnoître les bienfaits d'une Nation gé--
néreuse qui nous a ouvert des asyles , noust
avons été & nous ferons toujours les premiers .
à donner l'exemple de la foumiffion en tout ce
qui n'eft pas contraire à nos principes religieux.
גכ
De Paris , ce 1er. Octobre 1791 .
Signé , WALSH .
Un des Prêrres du Collège , faifi d'effroi à cette
fcène fcandaleufe , eft tombé malade , & mort
quelques jours après. Dimanche dernier , le Séminaire
des Irlandois , rue du Cheval - veit , fut
exposé à des violences analogues : une femme
à été arrachée du Confeffior na
Lettre au Rédacteur du Mercure politique.
A Nice le 2 Septembre 1791.
2
Nous vous prions , Monfieur , de vouloir
bien inférer 晏 dans votre premier Numéro , le
Serment que, nous vous envoyons.
Nous venons :
de le faire à la fuite de l'invitation qui nous ,
a é faite de prêter celui décrété le 22 Juin , &c . »
Signés , le Marquis de Caftellet , Chef d'ef- ,
cadre , Directeur- général , le Comte de Roux ,
Bonneval , Chef de Divifion , Major- général ; s
le Vicomte de Graffe du Bar , Capitaine de
>
( 212 )
waiſſeau ; Méyronnet St. Marc , id.; Durand
du Braye , id.; le Chevalier de l'Eftang Parade ,
Major de vaiffeau ; le Marquis de Pierrevert , id. ;
le Chevalier de Mazenod , id.; le Marquis de
Cafellane , Lieutenant de vaiffeau ; le Marquis
de Colbert , Lieutenant de vaifleaus le Marquis
de Durand de la Ponne , id .; le Chevalier de
Durand , id. ; le Chevalier de Raouffet Boulbon ,
id.; le Chevalier Antoine de Raouffet , id. ; le
Chevalier Cuci , id. ; le Marquis de Suffren , id.;
le Chevalier de Sade , id. ; de Mervé Jonville ,
id.; le Chevalier de Garcin , id. ; le Marquis
de Pontevés gien , id . ; le Comte Martini Dorfraires
, Elève dans la pere. Claffe ; de Ripert
Barret , id.; de Flotte Montauban , id. -le
Chevalier de Ripert , Elève de la 2º . Claſſe ;
de Roux Bonneval , id . ; de Camelin , id. ;
d'Agay , id.
Serment prêté par les Officiers de la Marine de
tout grade , féant à Nice , & adreffé par eux
à Monfieur de Caftelan Major de Vaiffeau
remplifant les fonctions de Major - général
de la Marine & des Efcadres au Département
de Toulon.
« Nous Jurons de profeffer conftamment la
Religion Catholique , Apoftolique & Romaine ,
d'être inviolablement attachés à la Monarchie
& au Roi , & de le défendre envers & contre
tous. C'eft le feu! Serment que nous puiffions
& voulions faire ; nous plaignons de tout notre
coeur ceux de nos Camarades qui ont été forcés ,
ou entraînés à en prononcer d'autre ; & Lous
méprifons tous ceux que des motifs moins exculables
ont engagés à faire une démarche qu'ils
auroient pû & dû éviter . »
( 213 )
Libres de pouvoir exprimer nos vrais fentimens
, nous nous hâtons de les manifefter pour
conftater à nos Camarades , à toute la France
& à l'Europe entière , que fidèles à nos devoirs
& à nos premiers Sermens , rien ne pourra jamais
ébranler les fentimens d'honneur qui doivent lier
tout François , & tout Militaire . »
« Je foufligné certifie ce Serment prêté &
figné à Original par les Officiers ci deffus
nommés .
MEYRONNET-SAINT -MARC ,
CAPITAINE DE VAISSEAU .
M. de Vauvilliers , dont la probité ,
l'intelligence , & le défintéreffement ont
mérité l'eſtime de tous les Gens de bien
a été indignement calcm ié dans une Affiche
fameuſe , & d'ailleurs fort adroite
fous le titre de Compte à rendre par l'Af
femblée Nationale. If faut ne favoir plus
qui déchirer pour s'attaquer à un Citoyen
qui a facrifié à fa confcience , fa place
d'Adminiftrateur Municipal , de Député à
l'Affemblée Nationale , de Profeffeur au
Collége Royal , & en fe réduifant à la
pauvreté , plutôt que de prêter ferment fur
la Conftitution Civile du Clergé . Nous
regardons comme un devoir de publier fa
réponſe à l'Auteur de l'Affiche en queftion .
A l'Auteur du compte en finance à rendre par
l'Affemblée Nationale.
標
« Je trouve dans votre brochure , Monfieur ,
une note , où , en parlant d'une quittance que M.
( 214 )
Etienne de la Riviere n'a pas repréſentée , à oe
que vous dites , vous ajoutez ces mots : Qu'on
l'ait cherchée dans des facs defarine , qu'elle ait eu
le mêmefort que les comptes de M. de Vauvilliers
qui nous les a rendus en grec , c'est encore une
plaifanterie .
גכ
« Vous vous annoncez , Monfieur , comme favant
en comptabilité . Je vous demande comment
fe rend un compte ? En dépenfe & en recette
apparemment. La dépenfe que j'ai ordonnée fur
la Saiffc de la ville , & qui n'a pas paflé par mes
mains , monte à 4,277,621 liv . To f. 9 den . fuivant
les états que j'ai fournis , détaillés chapitre
par chapitre , article par article , jour par jour ,
& d'avance vérifiés à chaque mandat par les Adminiftrateurs
du domaine , à qui les pièces juftificatives
de chaque objet ont été remiſes avec
chaque mandat , qui les ont gardées en ordonant
chaque payement , & qui ont déctaré , dans un
compte rendu publiquement & imprimé , qu'ils les
avoient gardées. Puifque vous êtes favant en
comprabilité , je vous demande , Monfieur , fi d'après
cela je devois un compte , s'il n'étoit pas tout
rendu entre leurs mains , s'il étoit poffible que celui
que je rendrois fût rendu en grec , Eft-cê là do
grec ou du françois ?
се
Cependant je l'ai rendu , & la vérificatio
faite fur le livre de caifle de la ville a donné le
mêmes refultats fans aucune différence .
« Six Commiffaires nommés par la Commune
provifoire qui ne m'aimoit pas ; fix Commiffaires
, dont quelques - uns étoient mes ennemis
perfonnels , & les autres me font encore inconnus
de nom , à l'exception d'un feul ,
qui je n'ai d'ailleurs aucune relation ; fix Commitfaires
, qui ne m'ont communiqué bi-leur
avec
( 215 )
travail , ni leur rapport , ont déclaré que ces
états , appuyés de pièces justificatives fur tous
Les objets , étoient d'une jufteffe & d'une précifion
qui ne permettoit que des éloges. Quatre
nouveaux Commiffaires , nommés par le Corps
Municipal , depuis ma retraite , obſervez l'époque
, Monfieur , cela n'a pas befoin de réflexions
, ont déclaré , d'après l'examen le plus
approfondi & le plus fcrupuleux , que ces états
étoient évidemment juftifiés par le livre de caiffe
& par des pièces probantes , enforte que la vérité
en caractériſe tous les détails , & attefte la
probité de l'Adminiftrateur : & le Corps Mnicipal
a reconnu cette dépenfe comme juſtifiée
par pièces probantes . Eft - ce là du grec ou du
françois ? »
[C
›
Quant à la recette , j'ai prouvé par les
ordres originaux du Gouvernement que je n'en
avois pas été chargé , ni voulu l'être . Il est
démontré , difent les Commiflaires que M.
Vauvilliers n'a pu être comptable d'aucun objet
de recette , puifqu'il n'a rien reçu , que depuis
la retraite de M. Charpin pour les valeurs qu'il
a reçues pour le reliquat de fon compte. Ces
fommes font l'unique objet de la comptabilité de
M. Vauvilliers. Il juftifie du vérfement de leur
Tréfor public. Il doit donc être
déchargé de toute comptabilité. Et cet article ,
qui monte à 403,927 liv . 7 f. 9 den. , a été
reconnu par l'arrêté du Corps Municipal comme
justifié au rapport des Commiffaires. Et cet
arrêté a été imprimé , le lundi 9 Mai 1791 ,
par fon ordre , aufli bien que le rapport des
Commiffaires qui ont déclaré qu'on ne pouvoit
s'acquitter de mes fervices fignalés que par la
reconnoiffance. Je
Vous en demande
montant au
Y
( 216 )
point , Monfieur , je vous fomme de vous rétracter.
VAUVILLIER'S .
M. Ducluzeau Chenevières , ancien Pro
cureur au Parlement , dont nous avons
précédemment annoncé l'utile établiffement
, continue à fe charger de toutes les
affaires contentieufes , pourfuites , recettes ,
liquidations , &c. Nous nous félicitons
de l'avoir fait connoître à un très-grand
nombre de perfonnes qui lui ont donné
leur confiance , & qui lui rendent les témoignages
les plus honorables à fa probité
, à lon défintéreffement , & à fon in
telligence. Son Bureau eft toujours au Petit
Hôtel de Cluny, rue des Mathurins . On peut
lui écrire fous cette adreffe.
N. B. On eft obligé de prier de nouveau &
très-inftamment MM. les Abonnés , de ne poiat
adreffer à M. Mallet du Pan leurs plaintes fur
des pertes de Numéros , fur dés rerards , fur
des irrégularités de diftribution , non plus que
leurs billets de foufcriptions . Le Rédacteur feta
forcé de laiffer au rebut les lettres de ce genre,
qui le plus fouvent même ne font pas affranchies.
Tout ce qui regarde la régie , la difti
bution , les abonnemens de ce Journal , doit
être adreffé à M. Gath , Directeur du Bureau
du Mercure, hôtel de Thou , rue des Poitevins.
Les Lettres non affianchies ne feront jamais
reques
MERCURE
DE
FRANCE.
SAMEDI 22 OCTOBRE 1791 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
STATUTS
POUR
l'Académie Royale de Mufique.
Nous qui régnons fur des couliffes
Et dans de magiques palais ,
Nota. Cette ingénieufe Satire cf de feu Farthe
& courut manufcrite en mil fept cent foixantefept
: elle n'eft guere connue que de quelques
Amateurs. On la fait paraître ici avec d'autant
moins de fcrupule , que la plupart des abus
qu'elle attaque font des reproches à l'ancien
Régime de l'Opéra , qui ne peuvent tomber fur
l'Administration actuelle. On n'y a retranché
qu'une ftrophe , qui n'eut pas même été piquante
pour la malignité , puiſqu'il n'y eft quellion que
de Sujets retirés depuis long-temps , & que lon
eût afligés très gratuirement. ( Note des Ridalt. )
N". 43. 22 Octobre 1791 .
122 MERCURE
Nous , Juges de l'Orcheſtre , Intendans des Ballets ;
Premiers Infpecteurs des Actrices ( 1 ) ;
A tous nos fideles Sujets ,
Vents , Fantômes , Démons , Déeffes infernales ,
Dieux de l'Olympe & de la Mer ,
Habitans des Bois & de l'Air ,
Monarques & Bergers , Satyres & Veftales (1 ) :
SALUT ; à notre avénement ,
Chargés d'un grand Peuple à conduire ,
De Loix à réformer & d'abus à détruire ;
Qui notre Confeil fur chaque changement
Que nous défirons introduire ,
Nous avons rédigé ce nouveau Réglement
Conforme au bien de notre Empire .
ARTICLE PREMIER.
tons Muficiens connus ou non connus
Soit de France , foit d'Italie ,
Paffés , préfens , à venir ou venus ,
Permettons d'avoir du génie ( 3 ),
I I.
Yuu que pourtant la médiocrité
>
A befoin d'être encouragée ,
( 1 ) Premiers , pas toujours .
( 2 ) Il y a des Veftales à l'Opéra , dans plufieurs Poëmes,
( 3 ) Permiffion dont on p’abuſera pas.
DE FRANCE. 123
Toute infipide nouveauté
Sera par nous , à grands frais , protégée .
Pour les Chefs-d'oeuvre de nos jours ,
Réfervant notre économie ,
Et laiffant la gloire au Génie
De réuflir fans nos fecours (4) .
Ι Ι Ι .
L'Orcheſtre plus nombreux , fous une forte peine :
Défendoos que jamais on change cette Loi ,
Six Flûtes au coin de la Reine ,
Et fix Flûtes au coin du Roi ;
Baſſe ici , Baffe là , Cors- de- chaffe , Trompettes ,
Violons , Tambours , Clarinettes ;
Beaucoup de bruit , beaucoup de mouvemens ;
Pour la meſure , un Batteur frénétique :
Si nous n'avons pas de muſique ,
Ce n'eft pas faute d'inftrumens .
I V.
Sur le Récitatif, même fur l'Ariette ,
Doit peu compter l'Auteur des Vers ;
Comme à fon tour , l'Auteur des Aira
Doit peu compter fur le Poëte (5 ) .
( 4 ) Il peut arriver cependant qu'on fe réconcilie avec
un homme de génte après fa mort.
( 5 ) 41 faut toujeurs , qu'en cas de chute , le Muficien
& le Poëte puiffent fe confoler en s'accufant récip
quement.
G 2
124
MERCURE
V.
Si tous deux , triftement féconds ,
Sans feu co.nme fans caractere ,
Ne donnent qu'un vain bruit de rimes & de fons ;
En faveur des Abbés qui lorgnent au Parterre ,
On raccourcira les jupons ( 6 ).
V I.
Des Pieces les plus mal tiffues
Comme on ne fait plus s'effrayer ,
Que même des Fragmens ne peuvent ennuyer ,
Er que les nouveautés font toujours bien reçues (7) ,
Pourrons quelque jour effayer
Un Spectacle complet en fcènes découfues ( 8) .
V I I.
Avions réfola de concert
De régler des Ballets & le nombre & la forme ;
Mais l'Opéra , par leur réforme ,
Serait régulier & défert .
Que nos Ballets foient donc brillans & ridicules ;
Qu'on vicine encor comme jadis ,
En pas de deux , en pas de fix
( 6 ) Pourvu qu'on le puiffe encore.
( 7) Voyez la Comédie Italienne .
( 8) Cette idée n'eft pas de nous ; plufieurs Tragiques
modernes en ont déjà fait ufage .
DE FRANNCCEE.. 1251
Danfer autour de nos Hercules .
Que la jeune Guimard , en déployant fes bras ,
Sautille au milieu des batailles ;
Qu'Allard batte des entrechats
Pour égayer des funérailles (9) .
VIII.
Ordre à nos bons Acteurs, pour eux , pour l'Opéra ,
D'ufer modérément des Reines de couliffes ( 10).
Permettons à M .... , P ... , & cætera ,
L'ufage illimité de toutes nos Actrices ( 11 ) .
I X.
Pour foutenir l'angufte nom
De la Royale Académie ,
On paycra mieux Deïdamie ,
Pollux , Armide , & Phaeton .
Mais qu'ils n'efperent pas que leur fortune ciciffe
Jufqu'au titre pompeux de Seigneur de Parciffe ,
Aux honneurs d'eau bénite & de droit féodal ;
Roland , dans fon humeur altiere ,
Doit-il fe prétendre l'égal
(9 ) Nous retranchions par ce Statut l'ufage impertinent
des mafques ; mais nous avons reçu une députation de
nos Danfeurs , qui nous remontraient qu'il eft plus aifé
d'avoir un mafque qu'une phyfionomie.
(19) Ce Statut eft de notre Médecin .
( 11 ) Celui- ci de notre Chirurgien.
Gi
26 MERCURE
Ou du Chaffeur de la Laitiere ,
Ou du Cocher du Maréchal ?
X.
Rien pour l'Auteur de la Mufique ;
Pour l'Auteur du Poëme , rien ;
Et le Poëte & le Muficien
Doivent mourir de faim, felon l'uſage antique ( 1 2),
X I.
En attendant que pour le Choeur
On puiffe faire une recrue
De quinze ou vingt Beautés qui parleront au coeur,
Et ne blefferont point la vue ,
Ordre à ces mannequins de bois ,
Taillés en femme , enduits de plâtre ,
De fe tenir toujours immobiles & froids ,
Adoffés en ftatue aux piliers du Théâtre ( 13 )
x
X I I.
Tout remplis du vafte deffein
De perfectionner en France l'harmonic ,
Voulions au Pontife Romain
Demander une colonie
De ces Chantres flûtés qu'admire l'Aufonie ;
( 12 ) Rameau alļait à pied , les Directeurs en caroffe.
( 13 ) Ne pourrions nous pas obtenir de M. Vaucanfon
qu'il nous fit deux douzaines de Chanteufes de Choeur ?
se ferait une dépenfe une fois falta,
DE FRANCE. 127
Mais nous avons vu qu'un Caftra ,
( Car c'eft ainfi qu'on les appelle )
Etait honnête à la Chapelle ,
Mais indécent à l'Opéra ( 14) .
X II I.
Pour toute jeune Débutante
Qui veut entrer dans les Ballets ,
Quatre examens au moins ; c'eft la forme conftantes
Primò , le Duc qui la préfente ,
Y compris l'Intendant & les premiers Valets :
Ceux-ci, près de la Nymphe ont droit de préféance.
Secundò , nous , fes Directeurs ;
Tertiò , fon Maître de danfe ;
Quartò , pas plus de trois Acteurs :
Total , onze Examinateurs .
X I V.
Fieres de vider une caiffe ,
Que celles qu'entretient un Fermier général ,
N'infultent pas dans leur ivreffe
Celles qui n'ont qu'un Duc ; l'orgueil fied toujours
mal ,
Et la modeftie intéreffe.
X V.
Que celles qu'un Evêque apoftoliquement
Vifite fur la brune au fortir de l'Office ,
14) Toutes nos Actrices n'ont eu qu'un cti là - deffus.
G 4
128 MERCURE
N'aillent pas imprudemment
Prononcer dans la couliffe
Le faint nom de leur Amant :
Voulons qu'au moins on s'inftruiſe
A parler très-décemment ,
Et fur-tout enjoignons qu'on reſpecte l'Eglife ( 15 ).
X V I..
Le nombre des Amans limité déformais :
Défenfe d'en avoir jamais
Plus de quatre à la fois ; ils fuffifent pour une.
Que la reconnaiffance égale les bienfaits ;
Que Hamour dure autant que la fortune ( 16) .
X VI I.
Que celles qui , pour prix de leurs heureux travaux ,
Vivent déjà dans l'opulence ,
Ont un Hôtel & des chevaux ,
Se rappellent parfois leur premiere indigence ,
Et leur petit grenier , & leur lit fans rideaux.
Leur défendons en conféquence
De regarder avec pitié
Celle qui s'en retourne à pié ;
Pauvre enfant dont l'innocence
N'a pas encor réuffi ,
( 15 ) Les Corps fe doivent entre eux des égards .
( 16 ) Pufque nos femmes ont le droit de ruiner leurs
Amans , la Nation les invite à préférer les Financiers.
DE FRANCE. 129
Mais qui , graces à la danfe ,
Fera fon chemin auffi.
XVII I.
Item , ordre à ces Demoiselles
De n'accoucher que rarement ,
En deux ans une fois , qu'une fois feulement ;
Paris ne goûte point leurs couches éternelles .
Dans un embarras maudit ,
Ces accidens - là nous plongent :
Plus leur taille s'arrondit ,
Plus nos vifages s'alongent .
X I X.
Item , très-folennellement
Prononçons une jufte peine
Contre le raviffeur qui vient infolemment
L'or en main dépeupler la Scène .
Taxe pour chaque enlévement ;
Cette taxe impofée à raifon du talent ,
:
De la beauté fur- tout tant pour une Danſeuſe ,
Tant pour une jeune Chanteufe ;
Rien
pour celles des Choeurs , nous en ferons préfent
( 17).
Et pour qu'on ne prétende à faute d'ignorance ,
Sera la préfente Ordonnance
( 17 ) Sans garantie.
GS
136 MERCURE
Imprix ée , affichée à tous nos corridors ,
Aux murs des loges , aux couliffes ,
Aux palais des Rolands , aux chambres des Médors,
Et dans les boudoirs des Actrices.
De plus , en nos foyers fera ledit Airêt
Enregiftré dans la forme ordinaire
Pour le bien général & pour notre intérêt ;
Détruifant , annullant , autant que befoin eft ,
Tout Réglement à ce contraire,
L'an de grace , foixante -fept.
Fait en notre Château , dit en Langue vulgaire
Le Magafin , près du Palais- Royal.
Signés , Lebreton & Trial.
Plus bas ; Joliveau , Secrétaire.
1
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Adieu ; celui
de l'Enigme eft Poil ou Barbe ; & celui du
Logogriphe eſt Beauté, où l'on trouve Eau,
Aubs, Butée, Ut, Tube, Etau , Béat , But ,
Bute , Ebat.
DE FRANCE. 131
CHARADE.
JADIS fur mon premier
La Victoire allait aflife ;
Et toujours mon dernier
Se trouve fans chemife ;
Voulez-vous avoir mon entier ?
Prenez le bras de Life .
( Par M. Champion , Régiffeur du Demaine
de Lapuifaie. )
ÉNIGM E.
JE fuis quand mon frere n'eft pas ,
Autrement je ne faurais être ;
C'eft en mourant qu'il me fait naître ;
C'eft en refufcitant qu'il caufe mon trépas.
( Par M. de Laroque. )
LOGOGRIPHE.
J'AI beaucoup de rivaux , mais fur tous je l'emporte
Par plus de cent raifons ; à mon gré la plus forte
Que j'en puiffe apporter , la voici ; mais attends :
C'eſt que je ne vais point le train commun du
monde ;
G 6
སྙ ⪜ ༣
MERCURE
Ceux qui donnent chez moi font toujours trèscontens
;
C'eft celui qui reçoit qui gronde.
Par ce début , je pourrais arrêter
Mon cher Lecteur , quelque fin qu'il puiffe être ;
Mais comme il faut à lui fe faire enfin connaître,
Voici dans ce deffein ce que doit ajouter
Un petit Ecolier dont Dorvigny fut Maître.
Sur fept pieds, t'amufer, Lecteur, eft mon emploi ;
Mais fur fix , je deviens un vrai fléau pour toi ;
Du refte , avec quelque art , fi tu me décompofes ,
Tu trouveras dans moi d'affez étranges chofes ;
D'abord un talifnan d'un pouvoir merveilleux ,
Qui peut- te porter vif dans l'Empire des cieux ;
Ou te laiffant toujours fur la machine ronde ,
Il peut du moins t'affeoir fur les Trônes du Monde,
Profterner à tes pieds les Mortels abattus ,
Et te faire Alexandre , ou Céfar , ou Titus .
Pour me nommer, Lecteur, t'en faut- il davantage ?
Cherche un des chefs fameux de notre Lumain
lignage ;
Ce qui , tous les printemps , couvre tes champs de
fleurs ;
Ce qui te fait dormir fans crainte des voleurs ;
Le fruit des doux loifirs des Hôtes du Permeile ;
Le vaſe dans tes fens qui fait couler l'ivreffe .
Mais , Lecteur , c'eft affez te fatiguer l'efprit ;
Souvent on ne dit rien que pour avoir trop d'r.
( Par M. D…………. Off. d'Inf. )
DE FRANCE. 133
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
VIE du Capitaine Thurot ; par M*** . A ,
Paris , de l'Imprimerie du Cercle Social,
rue du Théatre Français , N° . 4 ; & chez
les principaux Libraires du Royaume .
D.
ANS tous les temps on a aimé à
rencontrer dans l'Hiftoire ces hommes privilégiés
par la Nature , qui n'ont jamais
rien dû qu'à eux- mêmes , & qui ont été
les artifans de leur fortune & de leur gloire ;
mais aujourd'hui fur- tout que la carriere eft
ouverte au mérite en tout genre , de pareils)
exemples , tirés de notre ancien Régime ,
qui en offre peu de cette efpece , doivent
être un puiffant encouragement pour tous
ceux que notre nouvelle Conftitution met
à portée de le faire valoir par leur mérite
perfonnel.
Thurot , dont le nom fera immortel
dans les faftes de la Marine Françaiſe
était fils d'un Maître de Pofte de Nuits
en Bourgogne. Il commença par étudier
en Chirurgie , pour obéir à fon pere . Une
aventure affez finguliere le fit renoncer à
cet état , pour lequel il n'avait d'ailleurs
134
MERCURE
-
aucun goût. Sa mere fe trouvait , depuis
la mort de fon mari , dans la plus grande
détreffe. Le jeune Thurot , égaré par l'amour
filial qui lui fait oublier qu'il y a d'autres
devoirs dont rien ne peut difpenfer , vole
des couverts d'argent chez une de fes tantes ,
pour fecourir fa mere. C'était un délit ,
mais , graces au motif , heureuſement ce
n'était pas une baffeffe. A peine eut - il
commis la faute qu'il ouvrit les yeux fur
lui -même , & fut déſeſpéré de ce qu'il avait
fait. Il part précipitamment avec deux
chemifes & 24 livres ; vole à Calais , &
s'embarque , en qualité de Chirurgien , fur
un corfaire de Dunkerque , qu'on venait
d'armer en courfe. Nous étions alors en
guerre avec les Anglais ; le corfaire eft pris ,
& Thurot conduit prifonnier à Douvres ,
au mois d'Août 1744. Tels furent fes
ils n'étaient pas trèsencourageans
, & ne lui furent pourtant
pas inutiles. Il employa le temps de fa
captivité à étudier la Langue Anglaife , &
à prendre fur ce pays des renfeignemens
dont il profita dans la fuite. Cette même
année le Maréchal de Belle- Ifle & le Comte
fon frere , arrêtés à Caffel , contre le droit
des gens , furent menés prifonniers en Angleterre
, & bientôt après relâchés avec quelques
autres Français , fur un cartel d'échange.
Thurotfit ce qu'il put pour être de ce nombre ;
mais n'ayant pu y parvenir , il prend un
commencemens ;
DE FRANCE. 135
"2
»
"
و ر
parti qui annonçait déjà un caractere d'une
trempe peu commune . Au moment du
départ du Maréchal , il s'échappe de fa
prifon , où il n'était pas bien févérement
gardé. Errant pendant tout le jour , il
attend le moment de la nuit pour fe
» rendre au port . Là , ne prenant confeil
» que de fon courage , il fe précipite dans
» une chaloupe qu'il apperçoir à l'écart ;
s'en empare , la détache , fe fait une
» voile de fa chemife , qu'il fixe à une
petite traverſe , & fe livre en cet état ,
feul , à l'inconftance des vents & à la
fureur des flots. Il vogue , il rame avec
» tant de vigueur & de vivaciré , qu'il fe
» trouve fort éloigné des côtes de l'Angle-
» terre , lorfque le jour paraît . La fatigue
l'accablait ; mais fa préfence d'efprit ne
» l'abandonne pas. Il dirige vers Calais
» & après avoir couru mille dangers , il
" entre dans le port de cette ville , quelques
heures après le Maréchal de Belle - Ifle «.
"
"
ور
"
Sur le bruit que fit une évafion fi aventureufe
, ce Général voulut le voir ; il
conçut de l'eftime & de l'amitié pour lui ,
lui recommanda de s'appliquer à l'étude de
la Marine , & lui promit fa protection.
Jufque - là c'eft un procédé fort , fimple ;
mais ce qui eft digne de remarque , & ce
qui fait honneur à la mémoire du Maréchal,
c'eft qu'il lui tint exactement parole , qu'il
ne négligea pas un moment les moyens de
136 MERCURE
l'avancer ; qu'en un mot , Thurot trouva
en lui un protecteur auffi zélé qu'inébranlable
, malgré la foule d'ennemis que lui
fit bientôt un mérite qu'on ne pardonnait
pas volontiers à un homme qui n'avait
aucune autre recommandation . La meilleure
que puiffe avoir Thurot auprès de la
Poftérité , c'eft cette haine jaloute qui ne
tarda pas à fe déclarer contre lui , & quit
employa fes armes ordinaires , l'intrigue &
la calomnie , dont il fut bien vengé par
l'eftime générale de fes Concitoyens , &
encore mieux par le témoignage même des
Anglais nos ennemis.
Thuror débuta dans fon métier comme
un homme qui veut le bien favoir. Il fut
fucceffivement , Mouffe , Matelot , Pilote ,
& enfin Capitaine de navire , fe montrant
toujours au deffus de fon grade , dès qu'il
l'avait obtenu. En deux campagnes , il
s'était déjà fait connaître affez pour mériter '
la confiance des Armateurs . Il était de la
plus rare intrépidité , & joignait à la plus
parfaite intelligence dans la conduite d'un
vaiffeau le fang froid le plus imperturbable ,
dans les dangers de la mer & des combats .
Avec ces qualités , des prifes fréquentes &
des actions toujours heureufes ou honorables
, il était déjà célebre à la paix de 1748 .
Cette paix ne fut pas pour lui un temps
de lcifir. Ses prifes l'avaient mis en érat
d'équiper un vaiffeau à fes frais. L'objet
DE FRANCE. 137
de fes courfes continuelles était de fe
procurer la connaiffance la plus exacte &
la plus détaillée des côtes d'Angleterre , &
en général de la mer du Nord, connaillance
qui fut depuis le principe de fes fuccès
dans ces mers , & du bonheur qu'il eut
d'échapper fi long - temps à une foule de
vaiffeaux ennemis qui le pourfuivaient. Au ,
refte , il paya d'abord un peu cher cette
érude qui occupait fon activité . Les Anglais
confifquerent fon vaiffeau , qui portait chez
⚫eux des marchandifes prohibées. Ille réclama
en vain ; il perdit fon procès , & ce fut
l'origine de cette haine implacable qu'il jura
aaux Anglais , qui dans la fuite payerent à
leur tour , & au centuple , le vaiffeau qu'ils
lui avaient confifque.
A peine la guerre était - elle rallumée
en 1755 , que les Armateurs fe difputaient
à qui confierait des bâtimens au brave
Thurot. Celui qu'il commanda devint bientôt
un des plus redoutables de la Marine
Marchande. Il coulait bas , faifait échouer ,
brûlait , enlevait tout ce qu'il rencontrait
de navires ennemis . Ainfi , dit très - bien
I'Hiftorien de fa vie , un feul homme alors
vengeait la France ; car Mahon n'était pas
encore pris.
Le bruit de fes exploits parvint jufqu'à
la Cour. Le Roi voulut l'avoir à fon fervice ,
& lui fit expédier un brevet d'Officier de
la Marine Royale . Le Maréchal de Belle#
38 MERCURE
Ifle faifit ce moment pour lui faire donner
le commandement de la corvette la Friponne
il alla croifer dans la Manche , &
avec plus de moyens , il fit des prifes plus
confidérables , & devint l'entretien de la
Cour & de la ville.
C'eft alors qu'il forma le projet hardi de
brûler le port & les chantiers de Portſmouth :
il le propofa au Miniſtere ; mais, foit qu'on
le trouvât peu praticable , foit que la Cour
de Londres , comme on l'a prétendu , eût
des penfionnaires parmi les Commis de
bureau , qui , dans notre Gouvernement ,
ont toujours dirigé toutes les opérations ,
fous le nom du Miniftre qui ne faifait que
prêter fon nom à leur travail , ce projet fut
rejeté. Le protecteur de Thurot le dédom
magea de ce dégoût , en lui faifant obtenir
le commandement d'une flotille compofée
de deux frégates & de deux corvettes . Cet
armement fut terriblement maltraité par
les vents : Thurot fut, réduit plus d'une fois
aux dernieres extrémités ; & , de l'aveu
même des gens de fon équipage , lui feul
les fauva toujours , à force de réfolution
& d'activité , & fur - tout en mettant luimême
la main à des manoeuvres auffi périlleufes
que favantes , que lui feul était capable
de concevoir & d'exécuter, & fouvent fous
le feu des ennemis. C'eft là qu'il donna
plus d'une fois une grande leçon à tous ceux
de fon métier , en faifant voir à quoi lui
DE FRANCE. 139
fervaient dans l'occafion ces connaiffanoes
nautiques qu'il ne devait qu'à une pratique
affidue & Laborieufe , & qui furent le falut
des vaiffeaux qu'il commandait. On le vit
réparer en peu d'heures le délabrement de la
frégate le Belle-Ifle , qui , ayant perdu tous
fes agrès , paraiffait fans reffource , & n'attendait
que le moment de périr. C'était dans
ces crifes terribles que Thurot paraiffait
plus qu'un homme , & favait faire de tous
ceux qui lui obéiffaient autant de Héros .
Parvenu enfin à réparer fa petite flotte ,
fi long- temps & fi cruellement maltraitée
par les élémens & par des ennemis qu'il
trouvait toujours très-fupérieurs en force , il
fit des prodiges d'audace qui furent admirés
des Anglais . Avec les quatre bâtimens , il
attaqua une flotte de 17 pinques armées
en guerre , dont plufieurs portaient 18 &
20 canons ; il la perca par le centre ,
en prit deux , & difperfa le refte . La
Marine Marchande , dont les vaiffeaux
nofaient plus fe montrer dans les mers du
Nord , adreffa de tous côtés des plaintes à
l'Amirauté Anglaiſe , qui , fatiguée &
humiliée qu'un feul homme , avec fi peu
de force , défolât le Commerce d'Angleterre ,
donna ordre à plufieurs vaiffeaux de guerre
d'aller à fa pourfuite. Mais Thurot , auffi
habile qu'entreprenant , favait toujours leur
échapper , & leur donnant fans ceffe le change
, faifait fans ceffe de nouvelles prifes.
140 . MERCURE
Thurot , toujours occupé de fon projet
favori , celui d'une defcente en Angleterre ,
ne profita de la gloire qu'il avait acquife
que pour déterminer le Miniſtere à fe
prêter à fes deffeins. Il obtint le commandement
d'une petite efcadre , compofée de
5 frégates , & chargée de 1200 hommes de
débarquement. L'armement fe fit à Dunkerque
, & la defcente devait être protégée
par la flotte de M. de Conflans & s'exécuter
fur les côtes d'Irlande . Il faut voir comment
un Hiftorien Anglais , M. Smolett ,
parle du projet de cette expédition & du
célebre Marin qui devait la diriger : cc fontlà
les témoignages qu'il eft flatteur d'obtenir :
ils ne fauraient être fufpects .
و ر
331
ر د
و ر
On équipa à Dunkerque une petite
" efcadre dont le commandement fut donné
» au Capitaine Thurot , l'un des plus hardis
Corfaires qui eût paru depuis long- temps
» au fervice deFrance. L'année précédente ,
ce brave Aventurier avait déjà fignalé
fon courage & fon habileté dans les mers
» du Nord , où il commandait le vaiffeau
corfaire le Belle - Ifle , avec lequel il
prit un grand nombre de bâtimens en-
" nemis , & foutint un combat très - vif
contre deux frégates Anglaifes , qui furent
forcées de l'abandonner & de fe retirer
en très -mauvais état. Le nom de Thurot
» était alors la terreur de toute la Marine
و و
ور
و ر
"
22
Marchande , qui , en rendant justice . à
DE FRANCE. 141
"3
33
و د
و ر
و د
32
ور
» fa valeur dans les combats , admirait fon
adreffe à éviter la pourfuite des Corfaires
qu'on avait envoyés fucceffivement pour
l'atraquer dans toutes les parties de
l'Océan Germanique & de la mer du
Nord , jufqu'aux Ifles Orcades . On doit
" encore remarquer , à l'honneur de ce
grand homme , que , quoiqu'il ne fûr
originairement qu'un Marinier , privé de
» tous les avantages de la naiffance & de
l'éducation , il fe diftingua toujours par
» fa générofité , fon humanité & fa compaffion
envers ceux qui tombaient entre
» fes mains ; & ce fut en partie cette
» bonne conduite qui l'éleva à un rang
honorable dans fa Patrie. La Cour de
Verfailles reconnut fon mérite ; le Mo-
" narque Français lui donna une commiffion
, & le chargea de commander le
petit armement qu'on équipait alors à
Dunkerque..
33
"
و د
"3
و و
و ر
33
و د
Auffitôt
que le Miniftere Anglais eut avis que
Thurot avait fait voile de Dunkerque
» avec fa petite efcadre , pour faire une
defcente en Ecoffe ou en Irlande , on
" envova des Courriers à tous les Comman-
» dans des troupes de la Grande- Bretagne
Septentrionale. Ils eurent ordre de tenir
les forts fur toute la côte du Royaume
dans le meilleur état de défenſe , &
» d'être prêts à repouffer les Français par-
» tout où ils pourraient fe préfenten
- ""
""
و ر
142 MERCURE
و د
و د
و ر
و ر
ور
Conformément aux inftructions qu'on
,
» donna à ces Commandans , on éleva des
fignaux de diftance en diftance on
indiqua des quartiers & des rendez - vous
" aux troupes réglées & à la milice , &
l'on publia des ordres pour qu'aucun
Officier ne pût s'écarter de fon corps
fous quelque prétexte que ce fût. Le
plus grand éloge que l'on puiffe faire
» de ce fameux Corfaire , eft de rapporter
les alarmes que fon petit armement
répandit dans une fi grande érendue de
pays d'un puiflant Empire, dont les Hottes
» couvraient l'Océan «,
و د
ود
و ر
33
Cette expédition , qui devait mettre le
comble à la gloire de Thurot , ne le conduifit
qu'à une mort honorable. D'abord la flotte
de M. de Conflans fut honteufement battue
en fortant du port , & devint la proie des
Anglais. De plus , le Miniftere de la
Marine commit l'impardonnable faute de
féparer les pouvoirs du chef d'efcadre &
ceux du Commandant des troupes de
débarquement , comme fi dans une expédition
de cette nature tous les moyens quelconques
ne devaient pas être aux ordres
de celui qui la conduit , ou comme fi l'on
pouvait commander une flotte fans commander
en même temps les foldats. Cette
abfurde inconféquence perdit tout . M. de
Folbert , brave homme d'ailleurs , & qui
fe montra bien dans l'occafion , haïllait
DE FRANCE.
143
mostellement Thurot : la méintelligence
fe mit entre eux , & M. de Folbert pouffa
la violence & l'abus de fon autorité
jufqu'à vouloir deux fois faire arrêter
Thurot fur fon bord. Heureufement les
foldats eurent honte de l'emportement de
leur Chef, & refpecterent Thurot ; mais
on peut imaginer ce que produifit cette
oppofition obftinée entre deux Commandans
qui avaient des vûes tout-à - fait différentes .
On perdit en débats & en délais un temps
précieux , à Carrikfergus , où l'on était
débarqué. Les Anglais eurent le temps de
rafflembler une efcadre fupérieure en canons
& en hommes , & fondirent fur Thurot au
moment où il fortait du port. Ecoutons encore
un autre Ecrivain Anglais , Auteur
d'une Hiftoire de la guerre de 1756 , où il
raconte la mort de Thurot,
"
"
» Thurot fit tout ce qu'on pouvait
» attendre de l'intrépidité de fon caractere ;
» il combattit avec fon vaiffeau jufqu'à
» ce qu'il fûr plein d'eau & couvert de
» morts enfin il fut tué.... Le public
pleura la mort du brave Thuror , qui
» Combattit moins pour l'intérêt que pour
l'honneur.... Il eft honteux de voir dans
le fein de la France des hommes jaloux
» du vrai mérite , chercher à ternir l'éclat
de la gloire du célebre Capitaine Thurot ,
» dont les Anglais même ent admiré les
exploits ".
ور
23
$2
144
MERCURE
Il n'était pas moins honteux que le
Gouvernement laiffât dans l'indigence un
frere & une fille de cet excellent Citoyen ,
qui avait fi bien mérité de fa Patrie , &
qui n'avait rien laiffé après lui que fon
nom. L'Affemblée Nationale vient de laver
dignement cette tache , en affurant à
Mile. Thurot une penfion de 2000 livres.
L'ouvrage dont on rend compte ici eft
imprimé à fon profit ; il me femble qu'il
n'y a pas un bon Français qui ne doive en
acheter un exemplaire.
( D ..... )
VOYAGE dans les Etats - Unis d'Amérique,
fait en 1784 , contenant une Defcription
de fa fituation préfente , de fapopulation,
Agriculture , Commerce , Coutumes &
Moeurs de fes Habitans , des Nations Indiennes,
des principales Villes & Rivieres,
avec quelques Anecdotes fur plufieurs
Membres du Congrès & Officiers Genéraux
de l'Armée américaine ; par J. F.D.
Smith , traduit de l'Anglais par M. de
B .... A Paris , chez Buillon , Imp- Libr.
rue Haute-feuille , N° . 20. Prix
16 f. broché, & liv.franc par la Pofle.
4 و liv.
CE Voyage a eu un grand fuccès en
Angleterre , & fans doute il cn devait the
parte
RE
DE FRANCE. 145
partie aux paffions du moment où il fur
publié oblervation par laquelle on ne
prétend pas déprécier fon mérite aux yeux
des Lecteurs Français . Il peut les intéreffer
à plus d'un titre , & les changemens même
furvenus en Amérique en un fi petit
nombre d'années , donnent lieu à des réflexions
que l'Auteur ne cherchait point à
faire naître.
4
-Attaché au Gouvernement Britannique ,
& ennemi violent de l'indépendance Amé
ricaine , une détention fâcheufe & de mauvais
traitemens , furent les fuites de fa fidélité
à fes principes , & , en quelques occafions
, de fon imprudence. On conçoir
dès lors fous quel afpect il voit & préfente
l'infurrection Américaine. Ce tableau
eft piquant pour des Lecteurs Français à
qui des circonftances analogues montrent.
les mêmes paffions , produifant les mêmes
effets , tenant la même marche , & parlant
le même langage . Sans doute la plainte eft
permife aux malheureux ; & M. Smith
paraît un homme d'honneur qui a voulu
de bonne foi triompher de fon reffentiment.
Mais la victoire qu'il cherche à remporter
fur lui-même, en annonçant une ame généreufe
, fe trouve encore incomplette. Et
d'ailleurs, eût-elle été entiere , il était bien
difficile qu'apportant en Amérique les idées
militaires & féodales de l'Europe , il ne f
pas un pen furpris de voir des Artifans"
Nº. 43. 24 Dîtobre 170k .
deve
H
146 MERCURE
mus Hommes d'Etat, & quelques Aubergiftes
devenus Officiers-Généraux : fans doute il le
fut davantage quand il les vit gagner des batailles.
Beaucoup de gens en Europe ont
de la peine à fe faire à ces idées-là . Il faur
attendre. Il ne voit que des vagabonds , des
gens fans aveu dans les premiers partifans
de la Révolution. Là , comme chez nous ,
c'eft toujours le petit nombre qui triomphe
du plus grand , merveille qui s'eft renouvelée
parmi nous , fi l'on en croit les ennemis
de la Révolution Françaiſe.
Quels que foient les principes politiques,
fon Livre n'en fera pas moins utile à ceux
qui voudront connaître l'état phyfique des
lieux qu'il a parcourus , & qu'il décrit.
Dans l'efpace de quelques années, il a fait,
avec une patience infatigable, environ 5000
milles dans l'Amérique Septentrionale , s'exfonçant
dans les Etabliffemens de l'Oueft ,
pénétrant chez différentes Nations Sauvages ,
dans la Louifiane , dans la Floride , & c.
Population
Commerce Agriculture
Moeurs des habitans , Productions du pays ,
il retrace tout avec exactitude non pas
comme un Savant , comme un Naturalifte ;
mais en homme de bon fens , inftruit
& éclairé. Son Livre n'eft que la réupion
des Notes qu'il a faites durant fon
Voyage , dans le même ordre où il les
a faites , mêlées au rang de fes aventures,
des événemens qui lui font perfonnels.
,
DE FRANCE. 147
Mais cette forme , qui rend difficile &
prefque impoffible l'Extrait de fon Livre ,
n'empêche pas qu'on ne le life avec plaifir :
c'eft que fi on n'y trouve pas celui de
l'ordre on y trouve celui qui réſulte de la
variété.
1
L'Auteur , après toutes ces fatigues , fe fixe
en Virginie, & c'eft ici que commencent fes
malheurs.C'était le moment de l'infurrection
néceffairement marquée par des violences
refpectives. M. Smith qui s'était déclaré ennemi
du nouveau Gouvernement , courut
plus d'une fois rifque de la vie , & dans le
cours de la guerre , ayant été fait prifon
nier, il éprouva des rigueurs très- odieufes ,
dans lesquelles il déploya un courage in
domptable. Ses plaintes ne paraiffent que
trop juftes ; mais il oublie les cruautés
inouies que les Anglais fe permettaient à
Fegard des prifonniers Américains. Conçoiton
qu'après la notoriété de ces barbaries
un homme d'auffi grand fens que M.
Smith puiffe dire que les fentimens déligats
& naturels au Peuple Breton , ont
empêché les Anglais de publier la conduite
peu généreufe des Américains ? A- t-il pu
oublier les Difcours prononcés dans le Parlement
d'Angleterre , par les ennemis des
Américains , & les terribles réponſes de
MM. Wilkes , Sheridan , & tant d'autres ,
fur les cruautés des Soldats Anglais , qui
avaient donné lieu à des repréfailles beau
H2
148. MERCURE
on
coup moins odieufes que les atrocités dont
elles étaient le châtiment ? Mais fi l'on
veut voir jufqu'où la prévention peut aveu
gler de bons efprits , il faut lire dans les
derniers Chapitres la prédiction des mali
heurs qui feront les fuites inévitables de
la fauffe Liberté qu'on a conquife en perdant
la véritable , celle dont en jouillait
fous le Gouvernement Britannique . C'eft ,
felon M. Smith , la ruine totale de l'Amé
rique. Il oublie que quelques pages aupar
ravant il s'étonnait que le Peuple ait
réuffi à couronner fa rebellion , & foit
parvenu à un degré de puiffance & de
profpérité qu'il n'ofait efpérer. Si l'Auteur
eft vivant , comme il eft très- probable , que
doit-il dire en comparant fes prédictions &
l'état floriffant de l'Amérique , conftaté par
tant de relations récentes ? Peut-être l'aveu
glement de l'Auteur eft - il incurable ; pent
être réfifte-t-il à l'évidence , en continuant
de plaindre les Américains égarés dans les
dédales de la Politique Françaife , attachés
à des loix corrompues par bor de la France
captivés par les fauffes démonftrations d'un
Peuple artificieux rufe &faftueux , enchaînés
par des liens dont des Etats - Unis ne fe déli
vreront jamais , & ne pouvant plus réclamer
le vain titre de Peuple libre , qui a fervi de
ralliement pour fomenter la rebellion. Ils ont
ouvert les yeux , mais trop tard, fur la fauffe
Politique, qui les a rendus victimes de la jaloufie
des Français.
DE FRANCE . 149
Les Américains , victimes des Français
dans la derniere guerre ! Voilà ce qu'un
homme honnête , ayant l'ufage de toutes
fes facultés intellectuelles, a écrit en 1784 ;
voilà ce qu'un parti nombreux en Angleterre
a fans doute approuvé. Prenons donc
patience fur ce que les ennemis de la Liberté
écrivent chez nous , & recommandons
- leur la lecture du Voyage de M,
Smith.
SPECTACLES.
IL n'eft pas facile de préſenter en peu
de mots l'analyfe d'une Piece compliquée
d'un grand nombre d'événemens , fur- tout
lorfque ces événemens produifent peu
d'effet , on eft embarraffé alors de trouver
ceux qui fervent exclufivement au développement
de l'action , & cette diftinction
devient encore plus difficile quand l'expofition
de l'Ouvrage eft longue & obfcure :
telle eft la Piece donnée le Lundi 19 Octobre
fur le Théâtre Italien , fous le titre
d'Agnès & Olivier.
Cet Olivier eft un jeune Page du
Comte Sigifmond , qui , devenu amoureux
d'Agnès , fille de ce Prince , parvient à s'en
faire aimer à fon tour . Une tante favorile
H ;
150
MER CUIRE
5
leur inclination mutuelle , & les marie
fecrétement. Cependant Sigifmond veut
marier Agnès à Inarre , fils d'une feconde
femme Chevalier très - poltron , très- difcourtois,
& qué l'Auteur a voulus vainement
rendre comique. Agnès , épouſe &
mere , fur le point d'aller à Aurel , découvre
à fon pere que fa foi eft engagée
mais fans lui nommer fon complice. Il
eft découvert par un billet que lui avait
adreffé Olivier , & qu'elle a perdu. Sigif
mond fait courir après le pere & le fils ,
qu'il veut immoler à fon déshonneur . Il
remet fa fille à la garde d'Enguerrand ,
frere d'armes d'Olivier , & qui arrive pour
défendre Sigifmond, enfermé dans fon camp
par l'armée de Richard. C'eft par fes foins
qu'Olivier a pris la fuite. Ce brave Guerrier
donne de même à la tendre Agnès les
moyens de s'échapper. Elle , Olivier & leur
fils courent divers dangers , &. finiffent par
être pris. Un parti s'eft faifi d'Agnès ; mais
attaqué par les gens de Richard , elle devient
fa prifonniere ; l'autre amene Olivier
près de Sigifmond , qui le fait enchaîner
dans une tente voifine de la fienne.
Deux Soldats , à qui ce jeune Guerrier a
fauvé la vie , font tomber fes chaînes. Dans
le même temps , deux autres Soldats , à
qui Sigifmond avait fait une injuftice , entrent
dans fa tente pour l'affaffiner . Olivier
devenu libre , mais qui n'eft pas encore
DE FRANCE.
151
parti , het obftacle à leur deffein . Il défarme
le plus furieux des deux Soldats
Sigifmond , vaincu par ce trait , pardonne
au féducteur de fa fille. Enguerrand , qui ,
pendant ce temps , a furpris & tué Richard
ramene la jeune Princeffe , & l'union des
deux époux eft confirmée : les deux Soldats
qui ont délivré Olivier , font auffi récompenfés
.
On a trouvé dans cette Piece plus dé
tamulte que de mouvement , & plus d'intentions
que d'effet ; les grands moyens multipliés
par l'Auteur n'ont produit qu'une
fenfation affez froide. La mufique a paru
bien fentie ; mais on y défire cette faci
lité , cette fimplicité , cès chants agréables
que l'on a tant goûtés dans les autres
Ouvrages de l'Auteur. Celui de la mufique
eft M. Dalayrac , & M. Monvel eft l'Auteur
des paroles. On les a demandés l'un
& l'autre , & ils ont paru. Cette circonftance
devrait éclairer les Auteurs fur ces
demandes banales qu'ils ne doivent qu'au
zele de leurs amis ; car s'il eft permis de
fe montrer ainfi au Public , ce ne peut être
que dans un moment de triomphe ; & il
faut convenir que le leur pourrait être
plus éclatant , au moins fi l'on en juge
par la premiere repréſentation. Mad. St-
Aubin & M. Michu , chargés des rôles
principaux , ont donné des preuves de leur
intelligence & de leur fenfibilité ordinaires .
152 MERCURE
-Au moyen de plufieurs fuppreffions , la
feconde repréſentation a beaucoup mieux
réuffi.
NOTICE S.
Tomes XI , XII & XIII du Code politique de
la France , ou Collection des Décrets de l'Affemblée
Nationale.
( Je viens après milic ans changer ces Loix
VOLT. Mah.
groffieres. )
Se trouvent à Paris , chez Nyon l'aîné , Lib. rue
du Jardinet ; & chez Ballard , Imprim. rue des
Mathurins.
Cette Collection fe continue avec un fuccès
mérité.
On trouve chez le même Libraire un Catalogue
de Livres , dont la plus grande partie provient
du fonds de feu M. Saillant , Lib . Fae Saint-Jean-
-de-Beauvais , à Paris.
Tome III des Conflitutions des principaux
Etats de l'Europe & des Etats- Unis de l'Amirique
, par M. de la Croix , Profeffeur de Droit
public au Lycée. Volume in-8 ° . de 440 pages.
Prix , 4 liv. br. & 4 liv. 10 f. franc de port par
Ja Pofte. A Paris , chez Buiffon , Impr- Libr. rae
Haute-feuille , Nº. 20.
Ce Volume n'eft pas inférieur aux deux premiers
, dont nous avons déjà rendu compte avec
les loges qu'ils méritent.
DE FRANCE. 1753
2
Nouveau Mode d'Election. Le Feuple peut élire
& être certain de fon élection fans s'affembler.
Par un Ciroyen actif.
( Ce nouveau Mode , dont les avantages pour
le Peuple paraiflent certains , étant appropriés
à lufage des Corps , Electoraux & des
Lég flatcurs, pourra leur être également utile, )
A Paris , chez Depain , Libr . Cloître St - Honoré.
Cette Brochure paraît renfermer des vûes d'utilité
générale relativement au Mode d'élection .
1.
Difcours civique fur la néceffité d'acquitter les
Impôts , prononcé , le 29 Mars 1791 , à la Société
des Amis de la Conftitution de Montreuil- fur-
Mer; par J. N. M... Hautbout , Curé de Rouffaut
, Département du Pas- de-Calais. Se trouve à
París , au Magafin de Librairie , au Palais de
Juftice , Salle Dauphine , No. 1 .
Ce Difcours , prononcé par un Prêtre ami de
l'ordre & du bien public , eft tel qu'il faudrait
qu'il en fût prononcé fouvent de pareils dans les
campagnes , pour éclairer ceux qui les habitent.
25e. 26e. 27e. 28e . 29e . 30e. 31e. 320. 330.
340. 35e. & 36e. Livraiſons du Nouveau Teftament
de N. S. J. C. en latin & en français , de
la Traduction de Saci ; édition ornée de Figures
en taille - douce , deffinées par M. Moreau le
jeune , & gravées fous fa direction par les plus
habiles Artiftes de la Capitale. Le prix de la
Livraiſon cft de 2 liv. papier vélin , foit qu'il y
ait une ou plufieurs Eftampes , & en papier ord,
1 liv. 10 f. La33e. Livraiſon termine le fecond
Volume, On fouferit chez Saugrain , rue du Jardinct
, No. 9 , à Paris.
On remarque toujours la même beauté dans les
Delfins , & le même foin dans les Gravures.
A54
MERCURE
Tarif des Droits que doivent payer toutes les
productions & marchandifes venant de l'Etranger
, & celles exportées du Royaume à l'Etrane
ger , à leur entrée & fortie du Royaume , fuivant
les Décrets de l'Affemblée Nationale , des 31
Janvier , 1er. Février & 2 Mars 1791. Prix ,
15 f. br. A Paris , chez Nyon l'aîné & fils , Lib.
rue du Jardinet.
Ce Tarif, de forme portative & très -exact ,
ne peut manquer d'être accueilli , fur - tout par
ceux qui en doivent avoir un beſoin journalier.
Mémoires concernant l'Hiftoire , les Sciences ,
les Arts , les Moeurs , les Ufages , &c des Chi- :
nois ; par les Miffionnaires de Pekin. Tome XV
in-4 ° . de 16 pages. A Paris , chez Nyon l'aîné
& fils , Libr. rue du Jardinet.
Ce Volume préfente le portrait du P. Amyot ,
auquel on a beaucoup d'obligations pour fes
recherches profondes fur tout ce qui intéreffe
l'Empire de la Chine.
Détail fidele & fuccinct de ce qui s'eft paffe
à la Martinique pendant le temps de la guerre
civile , qui a défolé cette Ine infortunée . Se
trouve chez Depain , Imprim- Lib . Clofre Saint-
Honoré.
Deux Lettres , dont l'une écrite de la Martinique
au Camp du Gros - Morne , l'autre de ce .
dernier endroit à la Martinique , & une Procla
mation compofent cette Brochure de 100 pages,
Elle est propre à donner des renfeignemens véridiques
fur les troubles qui ont déchiré nas
Colonics.
ر د
DE FRANCE. 155
Tableau général de l'Empire Othonan , par M.
le Ch . de Mouradgea d'Ohdon. Tomes III , IV &
V , avec Fig. Prix de ces trois Volumes , 16 liv .
br . S'adreffer , tous les matins , à M. de Saint-
Julien , rue Neuve des Capucines , près le Boulevat
, à Paris .
Nota. Des Amateurs ayant défiré des Epreuves
coloriés des Planches de la grande édition , le
Public eft prévenu que l'on trouvera aufli chez
M. de St-Julien des Collections complettes des
Eftampes enluminées des deux premiers Volumes
in-folio de cet Ouvrage , ainsi que des Epreuves
avant la lettre dont il ne reite que peu d'Exenplaires.
GRAVURES.
Déclaration des Droits de l'Homme, réduite en
Médaillon avec des Figures analogues . Prix , 151 .
Maximes analogues aux circonftances , pour le
même objet. 6 liv.
La Loi de Moife , auffi pour Tabatieres . Prix ,
12 livres .
Tous ces objets , ainfi qu'une infinité d'Allégories
relatives aux circonftances , pour Bagues ,
Médaillons, Bonbonnieres, &c. exécutés à la plume
dans un genre unique . L'Auteur compele toutes
fortes d'Emblèmes & Chiffres qui peuvent remplacer
les marques diftinctives , &c. & c . par M.
Crullaire , Delfinateur , rue de Condé , vis-à- vis
l'Hôtel de l'Empereur.
156, MERCURE DE FRANCE .
Portrait de M. l'Abbé Maury' , Prédicateur du
Roi , Député du Bailliage de Péronne à l'Affemblée
Nationale de 1789 ; gravé par Fr. Godefroy.
Se vend à Paris , chez l'Auteur , rue des
Francs Bourgeois , Place St -Michel , Nº. 127 .
Cette Gravure , d'un très- bel effet , eft fupérieurement
exécutée , ce qui prouve que M.
Godefroy a réuffi dans plus d'un genre ; car il
eft l'Auteur du Payfage des Nappes d'eau & des
Georgiennes au Bain , où il ne montre pas moins
de talent , & que l'on trouve aufli chez lui.
A VIS.
LA multiplicité des fuccès obtenus par l'ufage
d'une Eau Céphalique en injection , dans la furdité
, même invétérée , a déterminé M. Maigrot ,
Médecin de la Section Poiffonniere , à en faire
part au Public.
Sa demeure eft à St -Lazare , au Bataillon , ou
on le trouve tous les jours depuis onze heures ,
jufqu'à une heure après -midi.
STA TATUTS.
TAB L E.
1
1211 Voyage.
133 Notices.
Charade, Enig. Legeg. 131 Spectacles.
Vie du Capit. Thuros.
144
149
283
MERCURE
HISTORIQUE
f,
EIT
POLITIQUE.
i
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 7 Octobre 1791 .
2006300 b fo 355 6 "
flik o'x god !
Jusqu'ici , le Gouvernement ne laiffe encore
percer l'autre but que de couvrir ſuffifamment
les frontières du côté du Rhin & des
Pays-Bas. Quoique les Feuilles publiques &
la rumeur d'un moment euffent défigné
douze bataillons de troupes Hongroifes , &
fix bataillons d'infanterie Allemande, comme
préparés à ce fervice, ces Corps n'ont reçu
aucun ordre. Nous répéterons que les feuls
régimens dont le mouvement eft arrêté ,
& qui vont partir de la Bohême , font au
nombre de deux, Mathefen, & Gemmingen
dont quelques Compagnies fe trouvent déjà
dans le Bifgau. Nous avons indiqué antérieurement
Neugebauer , Bender , les Dra-
N°. 43. 22 Octobre 1791.
K
( 218 )
•
gons de Cobourg & les Cuiraffiers d'Hohenzollern
, comme deſtinés aux Pays-Bas. Les
Jettres réquifitoriales pour le paffage de cs
troupes ont été expédiées à Munich , & à la
Régence de Francfort : la totalité de ces
Corps partans formera 15,000 hommes.
La correfpondance entre le Prince Repnin,
qui eft à Ifmail , & le Grand Vifir à
Schiumla, eft très - active , & a pour objet
la paix définitive . On pourroit regarder
celle- ci comme impraticable , s'il y avoit
quelque vérité dans te Bulletin fuivant ,
que les Nouvelliftes font arriver de Buchareft.
« Le Grand - Vifir , fuivant ces Narrateurs ,
demande , qu'au moyen de la ceffion d'Oczakof
& du territoire défigné entre Bog & le Niefter ,
le réfte foit réglé d'après les difpofitions cu
Traité de Kainardgi ; mais le Prince Repnin
perfifte à vouloir que les fortifications de
Choczim foient rafées ; que les fortereffes de
Bender & d'Akierman foient laiffées dans l'état
où elles fe trouvent actuellement ; que le nouveau
Prince de Moldavie ne puiffe être déposé
carbitrairement ; mais qu'accufé d'un délic , on
lui faffe fon procès , qui fera jugé par le Divan ,
en préſence du Conful Ruffe ; que tous les Piifonniers
Ruffes foient rendus fans rarçon ; que
l'on ne foit pas tenu de fournir aux Sujets
Turcs du fel des falines de Kinburn ; que la
Porte reconnoiffe le droit de protection de la
Ruffie fur la Géorgie , la Mingrelie , l'Imirette
& tous les Peuples libres le long du Caucafe ,
qui fe font foumis au Sceptre de la Ruffie ; que
( 219 )
t
les vaiffeaux de guerre Ruffes , montés de 36
canons , & les moindres , venant de la mer
Noire , puiffent paffer librement par le canal
de Conftantinople ; qu'il foit libre à la Ruffie
d'établir des Confuls dans tous les ports de
l'Empire de Turquie ; que le Commerce de
Ruffie foit autorité à établir un entrepôt à
Conftantinople ; enfin , que les productions de
la Ruffie importées dans la Turquie , pour y être
confommées , ne paient que pour cent , &
2 pour cent lorsqu'elles feront de tranfit , »
On eft fâché que M. de Repnin ne demande
pas encore au Grand Vifir les clefs
de Conftantinople , & la tête de Sa Hauteffe.
De femblables articles feroient un
véritable manifefte , & un appel à la continuation
de la guerre. A moins d'être d'une
lacheté ou d'un épuiſement irrémédiables ,
la Porte ne recevra de pareilles conditions
qu'en tirant le fabre de nouveau. Si
c'eft la la paix que la Pruffe & l'Angleterre
ont ménagée aux Ottomans , if ne
valoit pas la peine de fe mêler fr longtemps
, & fi difpendieufement de leurs
affaires. Le Prince Potemkin eft convalef .
cent d'une fièvre chaude, qui, le 23 Août, a
enlevé , à Galacz , le Prince Charles-Frédéric-
Henri de Wirtemberg , frère de la
Grande Ducheffe de Ruffie , fixième fils
du Prince Frédéric Eugène , Général Major
au fervice de l'Impératrice , & mort dans
fa vingt- unième année. Le Congres pour la
1
2
K 2
( 220 )
paix n'eft point encore ouvert : il fe tiendra à
Hus , à dix lieues d'laffy ; l'Impératrice y
aura quatre Plénipotentiaires , favoir ; le
Prince Potemkin , le Général Samoilof, le
Général dé Ribas , & le Confeiller d'Etat
de Lafearof.
L'Archiduc Jofeph a été élu , le 25 Septembre
à Mergentheim , Coadjuteur du
Grand- Maître de l'Ordre Teutonique. On
dit qu'il réfidera , foit à Mergentheim , foit
à Ellingen.
-De Francfort-fur- le-Mein , le 12 octobre.
Parmi les paragraphes de Gazettes , auxquels
une curiofité irréfléchie accorde un
moment d'attention , on a remarqué le
fuivant , extrait des Feuilles publiques
Allemandes .
On affure qu'il a été figné deux Conventions
entre les Cours de Vienne & de Berlin ;
la première , le 20 Août à Vienne ; & l'autre ,
le 27 du même mois à Pilnitz . La première Convention
, fignée au nom de l'Empereur par le
Prince de Kaunitz , Chancelier de l'Etat , & au
nom du Roi de Pruffe , par le Major Général
de Bischofswerder , eft un acte préparatoire à
l'autre Convention . Les deux Parties contractantes
s'affurent une amitié permanente & fincère ,
fe réfervent leurs autres Alliances refpectives ,
en tant qu'elles feront convenables à leurs intérêts
d'Etat ; arrêtent que par la fuite elles convien(
221 )
dront plus particulièrement de ce qui pourra inté
reffer le bien- être général de l'Empire d'Allemagne
, & leur convenance particulière ; fe garantiffent
dès ce moment leurs poffeffions actuelles
réciproques , & s'engagent à fe prêter aſſiſtance
contre toute atteinte qui pourroit y être portée ,
tant en dedans qu'au dehors , »
La feconde Convention , fignée par l'Empereur
lui- même & le Roi de Pruffe , entre dans
des détails plus particuliers . On croit en favoir
la ſubſtance : 1º . Les deux Parties contractantes
reconnoiffent la néceffité de déployer les mefures
les plus efficaces pour maintenir complettement
les Traités de paix fubfiftans entre l'Empire
Germanique & la France. A cette fin , tous
les Etats de l'Empire feront invités à fe joindre
à Elles pour foutenir ces Traités , dans le cas
où la voie d'une négociation amiable avec la
France refteroit fans fuccès ; 2 ° . les deux Cours
s'engagent à employer le plus promptement poffible
leurs bons offices auprès de celle de Pé.
tersbourg , en faveur de la fucceffion éventuelle
au Trône de Pologne , affurée par la nouvelle
Conftitution à l'Electeur de Saxe & à fa defcendance
; 3 °. elles le réſervent la faculté de
pouvoir échanger l'une ou l'autre Partie de leurs
poffeffions , actuelles & futures , en obſervant ,
le cas échéant , les loix conftitutionnelles de l'Empire
, & une égalité exacte quant aux revenus
des pays à échanger ; 4° . elles fe propofent de
diminuer leurs armécs refpectives , fi toutefois
leurs rapports avec d'autres Nations le leur permettent
; . le Roi de Pruffe promet de donner
fa voix à l'Archi lue François , pour le faire élire
Roi des Romains , & de ne point s'oppofer à
Fétab.iffement de l'un ou de l'autie des Archi-
K- 3
( 222 )
?
ducs , lorfque la chofe fe fera conformément à
la Conftitution de l'Empire ; 6° . de fon côté ,
l'Empereur prend l'engagement d'employer fes
bons offices auprès de la Cour de Pétersbourg,
& du Roi & de la République de Pologne ,"
pour procurer au Roi de Pruffe la ceffion des
villes de Danzick & de Thorn ; 7° . le Roi de :
Prufle s'engage en outre d'employer fes bons
offices auprès du Roi d'Angleterre , & les Etats-
Généraux des Provinces - Unies , pour les difpofer.
a modifier divers points dans les Conventions
fignées à la Haye , au fujet des Pays -Bas Autrichiens
, & c . »
Non-feulement ce détail confidentiel eft
dépourvu d'aucune authenticité ; il perd ,
de plus , toute créance au moindre examen
. On a vu la femaine dernière , par
l'extrait de la notification certaine dont
le Comte de Goërth a été chargé de la
part du Roi de Pruffe , auprès de la Diète
Germanique , qu'il n'a été queftion entre
les deux Puiffances contractantes d'aucuns,
échanges quelconques . La prétendue ré-,
duction convenue dans l'armée des deux :
Souverains , la promeffe du Roi de Pruffe
de ne s'oppofer à aucun établiffement des
Archiducs , choquent les notions les plus
vulgaires , & font plus dignes de la politique
d'un Gazetier , que de celle des
deux principales Monarchies de l'Empire .
On ne doit donc regarder comme avéré
que la certitude d'une Convention importante
, fignée entre l'Empereur & le Roi de
1
( 223 )
Pruffe ; Convention dont la note de M.;
de Goertz, renferme les bafes fondamentales.
Par nos dernières lettres de Berlin
nous avons appris le retour de la groffe
artillerie qui étoit paffée en Pruffe , &
l'ordre de vendre les chevaux attachés à
de fervice. Le Public parloit , mais vaguement
, & fur des indices encore équivoques
, de la formation de fept nouveaux.
régimens d'Infanterie , & d'un de Cava
lerie , dont le fond feroit fourni par vingt
hommes de chaque Compagnie des regimens
déjà exiftans. Suivant le même
bruit , ce nouveau Corps devroit être cantonné
dans les Margraviats d'Anfpauh &
Bareith.
SUISSE.
De Laufanne , le 10 Octobre.
Ce fut le 30 du mois dernier , que la
Commiffion d'Etat fit paroître ici , devant
elle , les Députés mandés des grands & petits
Confeils des Municipalités de Nion , Rolle,
Aubonne , Morges , Coffonay , Moudon ,
Yverdun & Laufanne . Les Commiffaires
du Souverain fe rendirent au château , au
milieu d'une double haye formée par les
Volontaires Allemands fous les armes. Les
Députés des villes furent admoneftés avec
K
4
( 224 )
appareil , & on leur communiqua la Dé
pêche fuivante du Confeil Souverain à fes
Commiffaires.
« Les défordres qui fe font commis depuis
quelque temps en différens endroits du pays
de Vaud , particulièrement les 14 & 15 Juillet
à Ouchy, à Rolle & ailleurs , nous ont fait
voir qu'un efprit d'innovation , auff dangereux
pour le bien publico que contraire à
notre Conſtitution , avoit pris chez un aflez
grand nombre de Sujets de ce pays , la place
de l'affection & de la confiance,
« Nous avons vu , que plufieurs d'entre
ceux-ci avoient encore ajouté une intention
très - criminelle fans doute , & qu'ils fe propofoient
d'exécuter par le moyen des fecours qu'ils
fe flattoient de trouver , & dans le pays même ,
& dans l'Etranger, yangicha da anch »
ce Les Confeils de la majeure partie des
villes , qui n'ont pu ignorer tous ces défordres ,
auffi attentatoires à l'honneur? & à la sûreté
du Gouvernement , qu'au repos & à la tranquillité
du Citoyen , fe font conduits dans ces
circonftances , de manière à nous faire croire
qu'ils manquoient ou de volonté , ou tout au
moins de vigueur & de fermeté, pour les dé
noncer à nos Baillifs , & pour , conjointement
avec eux , les réprimer les prévenir . »
Notre caractère de Souverain & del Père
de nos fidèles Sujets nous impole impérieufement
le devoit de prévenir efficacement à l'avenir
tous les défordres de cette effèce , par
des mefures vigoureufes . C'eft à cet effet auffi ,
que nous avons ordonné de prenire des informations
exactes , & d'inftruire des procé
dures fur tous ces différens faits , d'après lef
Ec
( 225 )
quelles nous jugerons les coupables , & leur
ferons fubir des peines proportionnées à leur
déli . »
2
cc
Nous avons , en attendant , jugé néceffaire
de vous charger , Meffieurs & très - chers
Collègues , d'évoquer à votre Audience une Députation
de la ville de *** , compofée du Préfident
, de deux Membres du petit , & de quatre
Membres du grand Confil , & de lui déclarer
que , fi par un effet de notre indulgence
paternelle , nous voulons bien pour le moment
nous décider à retirer une partie du Militaire
que nous avons mis fur fied , ce n'eft que
dans la ferme perfuafion que tous les Magiftrats
rempliront à l'avenir leurs devoirs de Sujets
& de Magiftrats , avec plus de zèle & plus d'exactitude
, & que par cette preuve de leur fidélité ,
dont nous exigerons en fon , temps de nouveau
Faffurance folemnelle , ils gagneront la
fiance entière du Gouvernement , dont ils jouiffoient
ci - devant . S'il leur arrivoit de fe rendre
coupables de nouvelles négligences dans l'obfervation
de leurs devoirs , nous nous verrions
cb'igs , malgré nous , d'employer des moyens
d'exécution , qui tomberont à la charge des villes
& de leurs Habitans ; & nous nous procuretions
par ces voies , que leur conduite aurcit
rendues néceffaires , ce que nous espérons d'obtenir
encore par celles de la douceur & de l'exhortation
. »
•
« La première preuve de fon zèle que le
Magiftrat de *** fuiffe nous donner , fera de
concourir avec empreffement & autant qu'il
fera en fon pouvoir à vous faciliter , Meffieurs
& très - chers Collègues , le travail dont vous
êtes chargés , & d'exécuter avec autant d'exac-
K'S
( 226 ) )
titude que de fermeté , les ordres que vou
jugercź à propos de lui donner en veitu de vo
pleins pouvoirs. »
cc Vous aurez foin , Meffieurs & tè - chers
Collègues , de communiquer aux Députés de *** ,
notre préfente Déclaration Souveraine , afin qu'elle
leur feve de règle de conduite , & vous leur
ordonnerez , en leur remettant une copie des préfentes
, de la faire enregistrer dans les protocolles
de leur Confeil . »
ว « Sur ce nous vous recommandons , trèschers
Collègues , à la protection divi : e . »
Donné , ce 13. Septembre 1791 .
3
L'AVOYER , petit & grand Confeil
de la Ville de Berne.
La plus grande partie des troupes Allemandes
eft retournée à Berne , ainfi que
nous l'avons dit la femaine dernière. Pour
gens riches comme le font ces Payfans
cette campagne a été une partie de plaifir :
ls ont obfervé une difcipline qu'on a bien
de la peine à obtenir des troupes réglées ,
dans plufieurs pays . Voilà encore une proye
échappée aux artifans d'anarchie , de pillages
, d'affaffinats . Graces aux mefures du
Souverain , les pères ne s'armeront poirt
contre leurs fils , les frères contre les frères ,
les villes contre les campagnes , les Citoyens
contre les Citoyens. On ne commettra
ni folies , ni crimes pour perdre la
liberté , l'aifance , la paix , pour devenir
Diftrict ou Département François , pour
jouir des bienfaits inérarrables que les
( 1227 ),
Droits de l'Homme ont procuré aux Comtadins
, aux Avignonnois , à vingt provinces .
défolées par ! e fer & par le feu. Les efprits !
remuans , maintenant bien convaincus de
la nullité de leurs moyens , des forces dul
Gouvernement , & de l'affection générale
que lui portent les Habitans , renonceront
fans doute, & pour jamais , à des projets ›
fur lefquels les gens de la campagne font
maintenant bien éclairés , & ils préféreront
de refter Citoyens fages & pailibles ,
à être les protégés coupables de quelques >
Clubiftes François , avec lefquels ils refu
feroient de dîner , s'ils les connoiffoient
mieux que par des Gazettes..
PAYS- BAS.
7
De Bruxelles , le 15 Octobre 1791 .
Les avis ne font point uniformes fur
la conduite ultérieure , préfumée , du Gou- 1
vernement envers les Etats de Brabanten
Quelques- urs s'attendent à un parti de fer :
meté ; mais le plus grand nombre à voir a
l'autorité négocier & mollir. Nous ne nous
hafardérons pas à porterunjugement fur ces
incertitudes mais nous obferverons qué ; ›
rien n'expofe , ni ne ruine plus invinci- I
blenient le Gouvernement , en apparence
le mieux affermi , que ces paffages répétés
de la fermeté à la condefcendance , & dea
K 6
('228.)
la condefcendance à la fermeté : cette pot
litique eft fans doute à la portée des efprits :
médiocres qui , fans ceffe embarraffés des
circonftances , contractent l'habitude de
fe laiffer conduire par elles. Prefque toujours
on le prend trop haut ou trop bas ;
en affoiblit la confiance de fes partifans ;
on accrédite l'opinion de fa timidité; on
provoque ainfi les réfiftances. L'hiftoire
du Brabant depuis fix ans eft un tableau
de ces dangereufes variations , à la fin
defquelles il ne refte plus d'autre reſſource
que le malheur d'allumer les canons & de
charger les fufils .
Le Gouvernement vient de prendre une
nouvelle mefure , qui , fi elle n'eft pas
plus foutenue que tant d'autres , lui crééra
encore des difficultés : cette mefure , la
voici. Par un Requifitoire au Confeil
Souverain de Brabant , le Procureur-fifcal
a demandé là ce Tribunal d'interdire aux
Etats tous paiemens de deniers , autres que
ceux auxquels il eft autorisé par les Oc
trois de S. M. , ou pour les frais ordinaires
de fon Adminiftation ; s de faire
arrêt fur toutes les levées que lefdits Etats !
ont faites pendant les troubles , & de leur
ordonner d'en remettre le compte dans un
bref délai..
TR
Le Confeil Souverain avant décrété les
conclufions du Procureur fical ; le Pen-i
fionnaire des Etats a refufé de recevoir ,
( 229 )
T'exploit par lequel l'Huiffier du Confeil
lui a fignifié le Requifitoire & l'Arrêt.
Second Décret du Confeil Souverain en ,
date du 6 , & en vertu duquel l'Huiffier
s'eft tranfporté en la Salle des Etats pour
fignifier l'exploit aux Députés même . Pas
un ne s'eft trouvé préfent ; leur, Huiffer
même a refufé de le recevoir , & celui du .
Confeil a été forcé de l'afficher fur la
porte de la Salle.
Le Gouvernement général a expédié
, & fit publier à Oftende les ordres
de l'Empereur , pour reconnoître le
Pavillon National de France , tant aux
Pays - Bas , que dans les autres ports de la
domination Autrichienne. Cette difpofi- "
tion , à laquelle des têtes exaltées affectent
d'attacher une grande importance , n'eft ,
au fond , qu'une affaire de police matitime.
Louis XVI ayant lui - même fanctionné ce
Pavillon , les autres Puiffances ne peuvent
le profcrire , fans défavouer le Roi de
France , ni fans fe mettre , à fon égard ,
dans une espèce de rupture ouverte.
10 I MI
M. l'Abbé Maury eft arrivé le 8 à Tour
nay , fans avoir été pendu , ni molefté ,
ri probablement reconnu dans fa route.
Nationaux , Aliemands , François , tous fe
font emprellés de donner à ce célèbre & :
courageux Orateur , des preuves de leur
admiration. A fon : entrée à Tournay , laz
( 2304)
une
foule entoura fa voiture ; il fut obligé de
fe rendre à pied à fon auberge , au milieu
d'un
nombreux
cortège qui
l'accabloit de
fes tranfports. Pendant fon dîner
multitude de
Spectateurs fe
fuccédèrent ,
en fe
culbutant les uns fur les autres , pour
le mieux
confidérer . Ce n'eft pas
feulement
à fes talens
fupérieurs , mais encore à fa
rare &
conftante
intrépidité que Fon rend
hommage ; en effet , on ne lui a furpris ,:
dans le cours de deux années & demie ,
pas un moment de foibleffe & de variation.
Par un instinct très - jufte , les hommes
eftiment
encore plus dans leurs
femblables:
la force du
caractère que les dons de
l'efprit ceux- ci ne forment trop
fouvent
que des lâches ; mais
lorsqu'ils fe rencontrent
avec une ame
courageufe , ils
commandent le refpect &
défarment la
fureur. Auffi a -t - on vu le Peuple de Paris ,
accorder à la fin plus
d'eftime à cet Abbé
Maury , tant de fois accablé de fes malédictions
& de fes
menaces , qu'aux Intrigans
qui ont triomphe de lui & de fes
opinions par la force du nombre , qui ont
eu la baffeffe de l'infulter au milieu des
périls dont ils
l'environnoient , & qui ,
après avoir fi long - temps
triomphe fans
danger , &
montré du courage quand ils
n'eurent rien à
craindre , ont fi par de
inéprifables
variations , fruits de la corruption
, de l'efprit
d'intrigue , & de las
( 231 )
fauffeté du caractère. - M. l'Abbé Maury'
ne trouvera plus dans nos Provinces fon
émule diftingué , M. de Cazalès . Il a quit é
Coblenz , & paffa , il y a trois fèmaines ,
dans cette réfidence , pour fe rendre en Argleterre,
où il eft chargé d'une million paruculière.
Nous ne difcontinuons pas de voir arriver
de nouvelles Recrues de François . Un
grand nombre refte dans nos Provinces ,
pour s'incorporer aux Compagnies formées
en divers lieux ; les autres filent dans
Electorat de Trèves , de Mayence , à
Worms , & lieux circonvoifins. Le dépôt
d'Ath eft compofé de feize Compagnies
de 54 hommes quatorze pareilles font
formées à Worms ; il y en a à Tournay , à
Antoin , & autres endroits que nous avons
antérieurement défignés . Par l'arrivée d'un
grand nombre de nouveaux Gardes-du-,
Corps , il s'en trouve aujourd'hui Soo d'équipés
à Coblentz , où l'on a auffi réuni
& formé les anciennes Compagnies de'
Gendarmes de Chevaux légers de la
Garde , & de Moufquetaires., La Légion,
que commande le Vicomte de Mirabeau ,,
toujours ftationnée à Ettenheim , eft de
deux mille hommes choifis , fort beaux ,
& très- bien difciplinés.
MM. l'Evêque d'Arras , de Naffaut , de
( 232 )
Vaudreuil font partis pour différentes deftinationss.
Au refte , le Confeil François de
Goblentz a déjà beaucoup de politique & de
fecret : il ne laiffe percer que ce qu'il lui importe
dedivulguer , ou qu'il ne peut taire ; &
nous pouvons affirmer que la plupart des
nouvelles répandues par les Emig és , & recueillies
par des Feuilles inconſidérées ,
n'ont nullement fon attache .
FRANCE.
De Paris , le 11 O&obre 1791 .
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALĖ.
Du lundi , 10 Octobre.
La fociété des amis de la conftitution , féante
à Saint - Malo , annonce le départ du colonel
& de 18 autres officiers du 36. régiment ;
celle d'Orange , le départ de 12 officiers du
67. régiment , ci - devant Languedoc, On a lu
ces lettres . malgré les loix qui interdiſent tout
acte collectif à ces fociétés . Quelqu'un`a dic
que la conftiturion fe défendra bien d'ellemême
» , & il a demandé que les départemens
envoient au miniftre un état des émigrés , en
diftinguant ceux qui font partis pour raiſons admiffibles
, & ceux qui font partis « pour cauſe
de mauvailes intentions .
∞
Quoique les corps armés foient conflitutionnellement
non-délibérans , une députation des
▼ 233 )
60 compagnies de Chaffeurs , de Paris , eft
venue prier l'Affemblée de corriger le décret du
i feptembre dernier , en y ajoutant ; ce qu'elles
fubfifteront telles qu'elles ont été créées » ,
de les recréet en compagnies volontaires - légères ,'
attachées à chaque bataillon ..
ou
Ces trois différens objets ont été ajournés
après l'organisation des comités , qui étoit à
l'ordre du jout.
M. Vanier a relevé l'abfurde compofition
des comités de l'Affemblée cftituante , où
lon voyoit un militaire appellé à difcuter des
affaires de jurifprudence ou de difcipline eccléfiaftique
, des évêques traiter la finance ; des
avocats & un miniftre de l'évangile s'occuper
du militaire , de fortifications , d'artillerie ; unt
ex-procureur donner des loix à la marine , abus
révoltans qui chafloient des hommes plus fenfés
plus délicats , vraiment inftruits , de comités livrés
aPignorance , à l'intrigue , aupréfomptueux empyfilme.
Il a propofé de renouveller , tous les trois
mois , les comités , par la voie du fort , d'élire
& des candidats infcrits , & des membres fortis
des comités , fans intervalle , & de ftatuer que
perfonne re feroit de deux comités en même
temps .
Un autre membre a verbeuſement difcuté
les queſtions : Combien dureront les comités ?
comment les organifera- t -on? fe- cat-ils permamens
? pourra t - on ê re de plus d'un comité ?
Ce qu'il a dit de mieux a été , qu'il falloit
perdre le moins de temps poffible.
V
Rentré dans la difcuffion far les comités
M. Ramond à Tubo : donné toutes les queftions
débattdes , à celles- ci dont on ne fe doutoit
pas ; y aura-t- il des comités ? de quels prin(
234 )
unc
cipes , dérive leur établiffement ? quels comités.
établira-t- on ? « L'Aflemblée conftituante devoit
en avoir que l'Aſſemblée législative ne doit
pas fe donner. De la conftitution , & de la
nature d'une fimple légiflature , il a conclu
qu'il falloir , 1 ° . une divifion de comités de
legiſlation , civile , criminelle , procédure , éducation
, mendicité , hôpitaux ; 2 ° , une divifion
de comités d'administration , emplacemens , liquidation
, aliénation & domaines ; 3
divifion de comités des finances ; contributions ,
monnoies , comptabilité , & affignats 4° . des
commiffions extraordinaires pour juger des renvois
& des initiatives . Ces comités d'adminiſtration
pour un corps , dont l'un des devoirs effentiels
eft de ne pas adminiftrer , ces commiffions extraordinaires
, & la funefte extenfion que peut,
recevoir le prétexte du jugement des renvois
& des initiatives , ne feroient- ils point craindre
que l'opinant , très - applaudi , n'ait plus ici la logique
de l'orateur & da bel- efprit que la logique
de l'homme d'état , plus de cette fubtilité qui
claffe ingénieufement des idées de théorie , que de
cet efprit nourri d'expérience , que de féduifantes,
combinaifons n'écartent jamais de fes principes ?
J
I
Co-
Il a penfé que des comités diplomatique
militaire , de matine , devoient être fuppléés
par des commiflions temporaires à raifon de
Initiative royale ou miniftérielle ; qu'on éviteroit
ainfi la corruption ; que former un
mité diplomatique permanent «e ce feroit ouvrir
une éclufe au torrent de l'or étranger .
conclufions ont été le renouvellement des premiers
comités , à certaine époque , en vetu
d'un décret formel , un renouyell ment plus
fiéquent des autres ; une lifte de candidats pour
Ses
ך כ
( 235 )
toute eſpèce d'élection ; nomination de la moitié,
des membres des comités , & ajournement dur
= reste à un mois.
M. Bazire a vu dans ce plan de grandes
beautés & de grandes erreurs , & en a demandé
l'impreffion , qu'on a décrétée . M. la Croix &
plufieurs membres ont vivement follicité le même
- honneur pour le plan de M. Coutton , lu comme
tant d'autres . La préalable invoquée , deux
épreuves douteufes , demi- heure de vacarme
pour favoir fi M. Coutton fera imprimé , amènent
enfin l'affirmative . On lit de nouveaux plans.
Les lumières qui éblouiffent n'éclairent pas ,
difoit M. Cerutti , qui vouloit qu'on allât par
sférics , & qui fubdivifoit chaque férie en férie ::
Je me fuis placé au milieu de la falle pour
montrer que je ne fuis ni du côté droit , ni
du côté gauche , s'écrie un membre. » Eclats
de rire , clameurs : à l'ordre. Créera- t - on une
commiffion qui décide quels comités on
doit
créer ?...
Le miniftre de la juftice dénonce , 1 ° . l'im-
$ poffibilité de conftater les naiffances , les ma-,
riages & les décès ; 2 ° . divers abus qui fe com- ,
mettent dans l'adminiferation de la juftice de
paix. Sa lettre eft renvoyée après l'organiſation:
des comités . & la féance eft terminée avant
qu'il y ait rien de décidé .
Du mardi , 11 octobre.
L'ordre du jour étoit le règlement de police
intérieure. M. Thevenel a fait , en langage peu
correct , des obfervations très-fages fur l'ordre de
la parole. Dix à douze membres , a-t- il dit , font
infcrits à la fois je ne puis manifefter mon
idée , parce que je ne fuis pas inferit après celui
( 236 ).
qui parle , & quand tous les orateurs m'auront
précédé , j'aurai oublié ma remarque , ou les débats
auront changé la queftion , ou la difcuffion
fera fermée . « L'un prend l'affaire par la queue ,
l'autre par la tête , l'autre par le côté , ce qui jette
les opinions dans un emblême d'obscurité , capable
de faire rendre des décrets pen réfléchis . Vous
en avez déja vu l'exemple » . Ce très fenſé cultivateur
propofoit de n'inferire d'abord que 3 ou 4
opinans pour & contre , & qu'à mesure que l'un
menteroit à la tribune , un autre fe fit inferire .
L'unique effet de fa motion a été de faire rire .
M. Hauffy-Robecourt demandoit que le préfident
, les fecrétaires & les orateurs fuffent en
habit décent , & non en redingotte ; que dans
l'Affemblée légiflative on ne portât ni armes , nit
cannes , ainfi qu'un décret l'a ordonné pour les
affemblées primaires . Ses voeux ont été accueillis
par des murmures .
Suivant M. Quatremère de Quincy, le feul principe
de police devroit être le relpect pour la loi; il
vouloit , cependant , que le réglement & fût armé
d'un reffort exécutoire. » Il retraçoit & cenfurcit
« de burleſques pantomimes de patriotifme , qui
' appelleroient fur l'Affemblée que du ridicule . »
Il citoit le parlement d'Angleterre , où jamais ni les
membres , ni le public ne le permettent ces battemens
de mains & ces huées dignes des parterres
forains . Trouvant plus aifé d'opérer fur la falle
que fur les caractères , M. Quatrémère a propofé
le renvoi de la formation du réglement à un comité
, & que fix commiffaires fe concertaflent
avec l'architecte , pour approprier le local au
nombre des légiflateurs & à la police de l'Affemb'éc.
On a lu le réglement de l'Affémbiée conſti-
-
( 237 )
•
tuante. Divers articles débattus , amendés , ont
été adoptés au milieu des clameurs habituelles ;
& celui par lequel tous fignes d'improbation &
d'approbation font expreflément interdits , a été
décrété , & convert de bruyans applaudiffe mens .
Voici la fubftance des deux chapitres décrétés ,
ce que du moins il eft utile d'en favoir : Le préfident
& le vice- préfident n: feront nommés que
pour quinze jours ; leur prédéceffeur les remplacera
dans les cas d'abfence ; ils auront les mêmes
fonctions que ci-devant. La moitié des fix fecrétaires
fera remplacée tous les quinze jours . On
ouvrira la féance à 19 heures ; ele commencera
lorfqu'il y aura deux cents membres réunis ; le
filence fera conftamment obfervé & l'on ne
s'approchera du bureau que pour fe faire inferire .
2
Cent cinquante députés de la fection Parifienne
de Mauconfeil , fort venus témoigner aux légiflateurs
« la peine qu'elle a reffentie , en apprenant
que des audacieux , revêtus de l'uniforme
de la garde nationale , avoient ofé menacer &
infulter les repréfentans du peuple ( les promoteurs
du décret qui fupprimoit les mots Sire ,
Majefté , & le fauteuil aux fleurs-de- lys d'or ).
Elle a vu avec douleur qu'un pareil forfait eft
refté impuni . Nous vous déclarons que nous
pourfuivrons le premier téméraire qui entreprendroit
d'infulter la majefté nationale , afin.
qu'il ferve d'exemple à cette horde d'efclaves
qui méconnoiffent fes droits de l'homme & du
-citoyen , t
•
"
f
Les vengeurs de M. Goupilleau & du décret
· révoqué fur le cérémonial à l'égard du Roi , cont
reçu des complimens du président , & les honneurs
de la féance , aux grands applaudiemens
1
( 238 )
des galeries & de l'Affemblée qui venoit de
décrécer qu'on n'applaudiroit plus .
la
On eft revenu au verſement de 18,672,025 1 .
pour remplacer l'excédent des dépenfes fur la recette
de Septembre ; recette portée , fans preuves ,
à 40,697,705 liv. M. Chabot demandoit que
dépenfe fût vérifiée . Un décret , déclaré urgent ,
a ordonné le verſement à faire par la caiffe de
l'extraordinaire dont les comptes ultérieurs expli-
'queront peut-être un jour le prodige incroyable
de ces 40 millions de recette .
M. Cambon a dit que le 10 ottobre, tout payé,
il y avoit dans la caiffe de la tréforerie nationale
43,996,105 liv . , favoir , 18,175,061 liv . en
· eſpères , Ï 1,311,841 I. en affignats , 3,067,0161 .
.en effets ,, 2,400,000 liv . en affignats remis l'avant
veille à la meffagerie pour divers départemens
, 9,042,185 liv. en divers objets non
réglés , parce qu'ils avoient été payés la veille ;
total , 43,996,105 liv. Il refte dû par la caiffe
de l'extraordinaire à la tréforerie nationale , felon
-les commilaires - vérificateurs , 24,654,000 l . que
la première n'a pas encore retirés ; 5 millions
pour le culte , & 2,537,900 liv . d'avances qu'elle
a faites à la caiffe de l'extraordinaire pour les dépenfes
de 1790 ; indépendamment des 18,671,025
-liv. d'aujourd'hui . On a décrété l'impreffion du
rapport des commiffaires .
2. Les vérificateurs de la caiffe de l'extraordinaire
ontattesté qu'il y avoit en fonds difponibles,
4,695,115 liv . 17 fols 6 den. & en valeurs noodifponibles
, 15,588,820 liv 4. foles qu'ils ont
trouvé dans la caiffe aux trois clefs $1.675,0001 ;
- & y ont verfé : 20,925,000 liv . en affignats , pour
former la fomme de 26,600,000 Jival b 1
( 239 ))
Ces commiffaires- vérificateurs provifoires font
maintenus par un d'cret ; & le miniftre de la
guerre fait aux queftions déterminées , des réponfes
dont l'effentiel eft pris de les rapports an
térieurs . 105,000 hommes d'infanterie , & 25,000
de cavalerie gardent les frontières du nord; 44
bataillons de gardes nationales & 45 places bien
fortifiées offriront une longue réfiftance ; les frontières
de la Suiffe font gardées par 17 bataillons
d'infanterie , 4 efcadrons de cavalerie , & 14 bataillons
de gardes nationales ; nous avons de quoi
nourrir 200 mille hommes pendant un ap. La
nation a pillé par- tout les magafins d'armes , il
en manque pour les gardes nationales envoyés
aux frontières ; mais les citoyens de l'intérieur
pourroient en céder , & l'on en fabriquera , l'étranger
en fournira. Ce ne fur que le 6 octobre
qu'il reçut le dernier décret relatif à la gendarmerie.
Les armes expédiées arriveront ; & il n'y a
plus que les deux tiers des officiers de l'armée à
remplacer s'il n'en part pas davantage. I b
Le garde-du-fceau a demandé qu'on attribuât
au tribunal du cinquième arrondiffement de Paris ,
le jugement de fauffaires contrefacteurs de brevets
de croix de Saint- Louisa pétition á été
ajournée à demain , sumaron u
UP - 29751 qu
6
Va Du mercredi , 12 octobre,.
wwwMGoffain a ouvert fa féanccipar des plaintes
-contre l'Empercar , aut ſpjet d'une lordonnance
du 14 septembre, portant le Léqueftre dès biens
que les ecclefiaftiques fupprimés en France palfédoient
fous la domination nde ASA M. lidahs
les Pays Bas . L'opinant affuroit que , par re-
-préfailles , Affemblée nationale étoit bien fon(
240 )
2:
dée , conformément à l'article 21 du décret da
5 novembre , à priver les corps & bénéficiers
étrangers de la jouiffance des biens qu'ils poile
dent & adminiftrent encore en France . Plufieurs
voix, ont très - difcrètement crié qu'il feroit dan
gereux de continuer cette difcuffion . L'orateur
s'eft borné à protefter de la générofité nationale,
à demander que l'affaire fût ajournée à huitaine,
& que M, de Montmorin rendit compte des
négociations entamées à cet égard. ( II feroit
fingulier qu'en dotant des églifes , les ſujets de
l'Empereur n'eulent fait que donner des fonds
là la nation Françoife , pour acquitter les dettes
qu'elle a contractées ou augmentées en répandant
chez eux les fléaux de la guerre , & en
s'efforçant de détrôner Marie - Thérefe, ) La
queſtion eft ajournée après la formation d'un
comité compétent
Un membre aj blámé la fréquence des dépu
tations celle des Nantois , celle de la fection
de Mauconfeil. M. Fauchet a justifiéces pertes
del temps par les applaudulemens prodigués ,
quoique défendus, De longs brouhahas & l'ordre
du jour ont encore amené une députation , qui
s'eft dire l'organe de 30,000 invalides difperles
fur la furface du royaume. Elle asprié l'Allem
blée de nommer un rapporteur qui fe concerte.
avec M. Dubois de Crance , pour rendre compte
du stravail qu'avoit fait pour eux ce vertueux
citoyen dout crlui qui portoit la paroleva empruntébienfyiq
& loué la pyreré il a dir que
cer rapport ésoita d'ordre du jaub , & qu'on
l'auroit lu à la fin de ſeptembre « fans l'incident
que fit naître M. l'abbé Maury , tróp habitué à
confumer en inutiles difeullions de temps pré-
J
量
cieux
-( 241 )
cieux deftiné aux affaires publiques » . On rit
on applaudit , le préfident répond , & la pétition
colective & par-la inconftitutionnelle eft renyoyée
au comité futur .
2 on ne
Ennemi des interruptions , un membre a d'abord
annoncé qu'il n'auroit raifon que par les raifons ,:
& qu'en refufant d'écouter les raifons
fauroit pas s'il a raiſon ; enfuite il a propofé des
melures.« propres à purifier les opérations de
l'Aiſemblée des défauts qui les ont jufqu'ici un,
peu maculées , défauts inféparables de l'appren-,
tiffage légiflatif , qui écartent de nos délibérations
la bonne odeur de l'opinion publique .)
Il a dit que la fagefie eft la première , la feconde
, la troifième qualité des législateurs , & il.
a fini par jurer de n'interrompre jamais perfonne.
Son exemple n'a pas été contagieux .
M. Fauchet voyoit le nerf de la difcipline
dans le droit du préfident de rappeller à l'ordre ,
& dans le droit de l'Alfemblée d'y rappeller le
préfident. Quelqu'un cherchoit le moyen de con--
tenir les geftes de fureur. Des cris , des huées ,
des débats infignifians , des reproches de s'y ar-:
rêter , fuivis d'applaudiffemens & d'eclats de
rire , l'annonce d'un brûlement de 11 millions
d'affignats , les hommages de l'évêque de Paris
& de fon clergé qui viennent reconnoître humblement
à la barre qu'ils ne tiennent leurs fous
voirs & leur exiflence que de la conſtitution ;
des décrets fans nombre de paffer à l'ordre du
jeur ; une lettre adrefiée au comité colonial &
déchirée , après un décret , fans qu'on la life ;
une pétition des électeurs de Seine & Oife , ten- l
dant à réduire les honoraires jouzpaliers de nos
légiflateurs de 18 liv . à 12 liv. pétition repouffée
par l'ordre du jour..... Tels font les intermèdes
No. 43. 22 Osobre. 1791. L
( 242 )
qui ont prolongé l'adoption fucceffive des chapitres
III , IV , V , VI & VII du réglement de
police de l'Allemblée , loi qu'il feroit fuperflu
de tranferire , conforme prefqu'en tout à celui
de la première Affemblée , & dont la manière
de l'obferver nous donnera sûrement lieu de
rappeller à nos lecteurs les difpofitions les plus
importantes.
}
Le miniftre des contributions ayant énuméré
les décrets de l'Affemblée conftituante relatifs
aux impôts , & les mesures qu'il refte à prendre,
a notifié que 62 départemens avoient réparti
pour 244 mill . 123,800 l . des contributions foncière
& mobilière ; que les autres fe hâteront d'autant
plus qu'il les a tous informés des applaudiffemens
dont le corps légiflatif avoit bien voulu
honorer ceux qui s'étoient mis en règle ( quant
aux rôles ) . Il n'y a plus à repartir que 21 départemens
, tous les diftricts du royaume , &
fes quarante & quelques mille municipalités . Les
divers mémoires que le miniftre a promis , développeront
affez les détails de ces opérations ,
& les apperçus de fon rapport toujours hypothétique.
200 Dujeudi , 13 octobre..
Le directoire du département du nord écrit ,
du 6 , de Douay , que les émigrations d'officiens
font effrayantes , demande qu'on déroge aux nouvelles
loix , & que le miniftre , pour hâter le
remplacement , foit autorifé à en remettre le
föln aux officiers - généraux qui jugeroient plutôt
& mieux des fujets qui fe préfenteront qu'on ne
le ferait par la voie conftitutionnelle des élections
& des examens. Après quelques débats où l'on a
traité ce projet de forme defpotique , & où divers
((-243) )
membres s'engageoient à pourfuivre l'inobéiffance
du miniftre , il a été décrété que M. Duportail
rendra compte , dans trois jours , de l'état des
remplacemens , & enfuite de quinzaine en quinzaine.
L. M. Lambert de Toulon , citoyen actif de Paris ,
a réclamé le droit des gens en faveur des François
maltraités chez l'étranger ; fa pétition a été ajournée.
Une fociété patriotique a dénoncé le ministre
de la écrit guerre comme ayant aux commandans
des troupes de brûler les paquets envoyés d'un
corps à un autre , pour empêcher toute correlpondance
entre les régimens . Cette dénonciation
n'a produit que du bruit.
Nos législateurs auroient perdu bien du temps
encore en motions déccufues , avant de s'accorder
pour la formation des comités , & d'en mettre
l'ouvrage en train , fi M. Camus n'eût tracé un
tableau de l'inftitution & des travaux tant achevés
qu'interrompus des comités de l'Affemblée conftituante.
« Il fera , difoit M. Vergnaud , le fil
qui nous dirigera dans le labyrinthe des bureaux
dont elle avoit été forcée de s'environner , & dans
les mines fécondes... d'inſtruction qu'elles nous a
laiffées ». On en a fait la lecture .
Ces notes générales & particulières de M. Camus
prennent chaque comité dès la naiffance , le
fuivent jufqu'à la fin ou au 30 feptembré. Noust
n'en citerons que les traits les plus remarquables.
M. Camus y recommande beaucoup une combinaifon
des papiers de MM. Aubry Dubochet , &
de Cernon , pour la confection d'un dictionnaire
géographique du Royaume échiqueté comme
il l'eft depuis la nouvelle divifion ; & les cartons
du comité des domaines , préfidé par M. Cochon
contenant a-t- il dit : ce des découvertes qui
L &
·
(244)
pourroient produire deux ou trois cents millions
au tréfor national , fi elles étoient ſuivies avec
quelque foin... Les rapports que ce comité a
fait .... indiquent la route ».
Quant au comité d'aliénation des biens natienaux
, M. Camus nous a révélé qu'il s'eſt gliffé
des fautes dans les chiffres 3: calculs , dans les
états des biens vendus aux municipalités , même
dans les expéditions portées à la fanction . Au
refte , il expofe les motifs de créer ou de ne
pas créer des comités analogues à ceux dont il
fait bien plus l'éloge que la peinture , & dont il
compte mieux les cartons , les livres , qu'il ne
caractérile les opérations & l'efprit. Ses notes cependant
démontrent , fans l'énoncer , une grande
vérité , c'eft qu'un Affablée légiflative adminiftre
prefque tout dès qu'elle a des comités organiles
de la forte , ou que ce font eux qui
règnent.
Une députation du tribunal de cafation vient
offrir fon hommage aux législateurs & leur dire :
« Vous avez à donner à la France une attitude convenable
àfa puiffance, &c . » Le préfident a répondu
« quepour qu'un empire foit bien ordonné, la puiſfance
doit être dans les loix & jamais dans les
hommes , &c. » De ces hauteurs oratoires , où
l'on ne s'entend guère , redefcendue au mécha
nifme des comités , l'Aſſemblée a modeftement
cherché l'avenir dans l'hiftoire du paflé,
Au travers d'inénarrables débats , des clameurs
de M. Girardin contre les lettres - de- cachet dont
il a prétendu que les effets duroient encore ; de
M. Garran de Coulon qui foutenoit que plus les
membres des comités feroient nombreux «plus ils
mépriferoient l'Affembléc. » ; qui préféroit « l'efprit
philofophique de quelques membres à l'efprit
( 245 )
routinier des légiftes» ; des motions de réunir , de
divifer , de fubdivifer ; des mots : légiflation , ju
rifprudence , légiflation judiciaire , dangereufe dic
tature ; des demandes d'un comité de furveillance ,
de comptes rendus , d'examen des anciens comptes,
entr'autres de celui de 45 millions de farine qui
n'ont donné que 1,800,000 liv .... des brouhahas
des cris : à l'ordre dujour, & des préalables ; l'Afemblée
a décrété qu'il y aura un comité de divifion
, un comité de légiflation civile & crimi
nc! ; que quatre commiffaires rendront compte
des mesures prifes relativement aux lettres- decachet
. Le comité de finances eft fupprimé ; mais
for la propofition de M. Condorcet , & pour fim-,
plifier , on y fubftituera fept comités ; 1º . un coraité
de liquidation ; ° . un comité de comptabilité
; 3 °. un comité des monnoies ( que M. Condorcer
confidère ici comme moyens de paiement &
non par rapport au fyitême monétaire ) ; 4° . un
comité des dépenfes publiques ; 5º . un comité
des contributions publiques ; 6° . un comité de
la réforerie nationale ; 7º . un comité de la caiffe
de lextraordinaire .
La trifte nouvelle de plufieurs maifons brûlées ,
& de plus de 700,000 liv . de dommage , dans le
diftrict de Bourbonne , a provoqué des motions .
de fecours , qui en ont attiré beaucoup d'autres ;
il fera nommé des commiffaires pour examiner ces
pétitions.
Du vendredi , 14 Octobre.
Des pétitions & la nomenclature des comités
ont abforbé toute la féance.
M. Lequinio , indigné que le Mercure Univerfal
hui ait prêté une phraſe abfurde. « Je me
tiendrai ferme à cette tribune comme un pilote
fur un rocher , auroit defiré qu'on prit des
L 3
( 245 )
mesures pour que les journaliſtes ne lui fiffent plus
dire des balourdifes en face de la nation ; mais
il a été interrompu par des éclats de rire .
•
Les élèves en chirurgie implorent un moment
d'audience ; des lettres lignées : Rewbell , Leroi ,
& Felix , annoncent , de la part de plufieurs
citoyens de Paris , une pérition « fur un objet
Preflant qui intéreffe l'honneur national & la
sûreté publique . Admettra-t- on les pétitionnaires
L'Affemblée conftituante les admettoit.
--- Dimanche , ou dans une féance du foit . ---
« Les circonstances font naître le befoin de pétition
, obferve M. Bazire , & l'on ne fait ni
comment ni quand viendront les circonstances. »
-- Point de féance du foir. Il eft convenu que
les pétitionnaires, en général , pourront abufer des
loisirs de l'Affemblée , chaque jour , de 9 heures
à midi ; les élèves en chirurgie feront admis
demain , les autres tout-à- l'heure,
Un fieur Berthlemot écrit à nos légiflateurs
qu'habitant l'ifle de France depuis 1775 & You
lant dévoiler les caufes de l'énormiffime dépenfe
de l'adminiftration de cette colonie , il en partic
le 23 décembre 1788 , fit nanfrage , fauva trèsheureuſement
du linge & fon mémoire , prit
terre , le 7 août 1789 , à l'Orient , accourut
Verfailles cu on lui dit : « adreffez vous à
l'Affemblée nationale , là il y a douze cents
Rois & quelques miniftres des colonies ;
que l'Affemblée le renvoya au comité des finances
, puis an comité colonial fans rien
terminer. Ce patriote ruiné offre une économie
de 3 millions par an , & de faire rentrer dans
les coffres de la nation une fomme , tour jufte ,
de 20 millions 54,483 liv. 10 fols 6 deniers.
Après deux épreuves pour favoir fi on liroit fa
,
.I
( 247 ) m
pétition , & un décret pour qu'il fût entendu
lui-même fur-le-champ , on n'a pas trouvé M.
Berthelemot , & l'on eft paffé à autre chef ,
D
C'étoit M. Dubois de Crancé qui demandoit ,
par écrit , que fes 30 ans de fervice & fon infcription
dans la garde nationale à l'époque où
l'Affemblée conftituante vint à Paris , le mettent
aux droits de ceux qu'un décret appelle à cond
courir pour les places d'officiers fupérieurs s'ils
ont fervi dans la garde nationale dès fa formation.
Un nouveau décret a déféré les mêmes
avantages à tous les ex- légiflateurs enrégimensés,
gardes dans le mois de la tranflation de l'Aflenablée
conftituante à Paris , qu'ils aient ou non
fervi 30 ans comme M. Dubois de Crancé qui ,
peu après a demandé, par une feconde lettre, qu'on
l'admit à la barre ; ce qu'un décret lui a refuſé ,
malgré la protection de M. Fauchet.
a
Des citoyens font venus folliciter l'abrogation
de la loi qui fait des ci - devant gardes françoiles ,
depuis gardes nationales , les derniers régimens
des troupes de ligne . Cette loi réfilie les obligations
contractées envers eux par la commune.
de Paris . « Sans leur héroïque, infurrection
dit l'orateur , Paris ne feroit qu'un amas de
ruines , fur lesquelles s'éleveroit encore la Baftille.
affreufe qu'ils ont conquife ... Vous vous emprefferez
de prévenir le reproche d'injuftice &
d'ingratitude... Vous aurez près de vous 1200 .
braves de plus prêts à mourir pour vous. L'ajour
nement & l'ordre du jour.
On a rendu compte des incendies de Bour ,
bonne & de Satray . L'un a confumé 69 maiſons ,
& les récoltes , l'autre 56 mailons & tout ce
qu'elles renfermoient . MM. Breard , Goupilleau.
& de Vaublanc renvoyoient les malheureux au
L44.
( 248 )
miniftre , de peur que Affemblée n'adminiftrât;
en leur a répondu que le miniftre faifoit le found.
L'Aſſemblée a décrété 25 , coo livres de fecours
provifoire pour les deux endroits . Alors a recomunencé
la difcuffion fur les comités .
M. de Vaublanc avoit d'abord demandé qu'un
comité de révifion revisât les comptes des finances
; M. Bagire avoit craint de voir renouveller
la motion de M. l'abbé Maury & le fcandale des
placards rendez- nous vos comptes ; le préopinant
s'étoit rabattu fur les dernières explications de
M. Anfon... Le tefte n'a offert qu'une difpute
de mots , puifque nommer des comités , ce n'eſt
nullement les organifer. Pour n'avoir pas l'air
de fe trainer dans les ornières tracées par le
corps législatif conftituant , on a divifé , dépiacé ,
changé les noms , gardé le fond , fubftitné le
mot fecours à celui de mendicité qui paroificit
à M. Garran de Coulon « tenir en peu à la coufervation
de la chofe ; fupprimé les comités des
recherches , eccléfiaftique & des dîmes , rem-'
placé le premier par un comité de pétitions , &
renvoyé les effets mobiliers des églifes & des
couvens au comité des domaines ; la circonfcription
des paroiffes au comité de divifion . Les
fondations & fabriques au comité des domaines ;
les dîmes inféodées au comité féodal , &c .
M. Merlin a prouvé la néceffité d'un cómité
diplomatique par celle de bien connoître notre
fituation avec les puiflances étrangères « qui ne
voient pas fans chagrin l'aurore de la liberté ſe
lever fur l'univers » ; par l'obfervation ( fauffe )
que la Hollande feule a jufqu'ici reconnu la
conftitution Françoife ; & par la piquante ancedate
de felles & houffes aux armes du Roi , &
d'uniformes de gardes- du- corps , arrêtés ( a -1-
( 249 )
לכ
il dit ) près de Thionville , adreffés à M de
Vergennes , miniftre plénipotentiaire à Coblentz ...
« Ce qui rend indifpenfable d'approfondir les relations
de M. de Montmorin dont il faut qu'on
fache le fecret .. » Voici la lifte des comités confervés
ou appellés à l'existence aujourd'hui , pour
donner au pouvoir exécutif toute fon activité
conftitutionnelle : un comité d'agriculture , un
conité de commerce , un comité féodal , un
comité militaire , un comité de marine , un
comité des domaines , un comité diplomatique ,
un comité des colonies , un comité de fecours
Publics , un comité d'inftruction publique , & er fin
un comité des pétitions qu'un membre aurcit
voulu fuppléer par douze comités de furveillance .
Du famedi , 15 octobre.
D'après la loi de la veille , qui admet les pétitionnaires
, depuis la lecture du procès- verbal
jufqu'à midi , les commiffaires de 48 fections de
Paris font venus demander la confervation de
leurs canonniers , un infticuteur pour chaque compagnie
, & la faculté pour tous de parvenir aux
grades
, récompenfes & retraites décrétés en
faveur des citoyens qui fervent la patrie , un
faitement actuel provitoire , & des témoignages
d'eftime pour ces défenfeurs de la nation « en la
perfonne des Parifiens & de l'Affemblée nationale .»
Un pompex début fur la révolution « cu la
chaîne même des efclaves a terraffé les tyrans » ,
a conduit l'orateur à dire « Tous les citoyens
» de l'empire , vengés par la conftitution , font ,
" parelle , inftinés légiflateurs.. Jufqu'à l'époque
» où la raifen aura achevé de foumettre tous
» fes ennemis , les inftrumens de fon culte feront
" encore des armes , des canons ... Chaque bataillon
cut fes canons enlevés à la tyrannie....
ן כ
Los
( 250 )
ככ
"
ils demandèrent pour inftituteurs des canon
niers de profetion ... On oppofa la dépense
» comme fi la défenſe de la liberté étoir comparable
à aucun prix ... comme fi la volonté
expreffe de la majorité des citoyens n'étoit pas
→ un confentement à cette contribution nécef-
» faire , ou plutôt comme fi ce confentement
» n'étoit pas , pour les adminiftrateurs , l'ordre
» abfòlu de la volonté générale... Nous décla-
» rons , au nom des citoyens de Paris ', qu'aucun `
» ordre , aucune loi , aucune puiflance ne pourra
» les arracher de leurs canons . »
On auroit eu lieu de remarquer les fauffes
idées que ces pétitionnaires fe forment de la
conftitution qui n'érige ni tous les citoyens en
législateurs , ni le voeu du petit nombre des citoyens
actifs des fections d'une ville, en ordre abfolu
de la volonté générale . M. Robecourt a defiré que
l'Affemblée défapprouvât la déclaration de n'obéir
à aucune puiflance . M. de la Cépède n'y a vu
qu'un grand attachement à des devoirs . La députation
a reçu du préfident la promeffe qu'on
s'occuperoit d'elle , & les honneurs de la féance .
Les felles & houffes arrêtées près de Thionville
, ont été l'objet d'une fettre politico-munis
cipale , adreflée aux députés de la Mofelle . Ils
font priés d'informer l'Affemblée qu'on enlève
un tas de chofes précieufes de la France , peutêtre
du garde- meubles de la couronne , pour
l'étranger ; que les officiers émigrans débauchent
les foldats , volent leurs propres chevaux à la
nation ; que la maifon du Roi fe førme à Cobler tz ,
an-deffas de la force ordinaire ; que nous ferons
attaqués inceffamment ; que l'alarme eft dans le
pays , les frontières étant mal déferdues ; que
les prêtres , les moines , les ariftocrates eſpèrent
( 251 )
être rétablis ; que nous fommes fortemeng trahis.
La conclufion eft de mieux veilier à la défenſe ,
& d'arrêter l'exportation.
ɔɔ
Quelqu'un blamoit ces municipaux d'intervertir
la hiérarchie des pouvoirs » en s'adreffant à
l'Affemblée . M. Goupilleau s'eft mis à crier de
toutes fes forces : «la patrie eft en danger...
contenez les prêtres... croyez moins à des miniftres
qui ne difent pas la moitié de ce qu'ils
favent... faites vous refpecter au dehors ... Y
parviendrez -vous en ne vengeant pas la nation
infultée dans la perfonne de M. Duveyrier ? En
voyant tranquillement les puiances étrangères
ne point défarmer , accueillir nos émigrés , rebuter
nos ambaffadeurs , s'obftiner à ne recon
noître .de fouveraineté que dans le Roista . Ce
que nous avons fait , jufqu'à préfent , par genérouté
... nos ennemis l'appellent pufillanimité ..
Il a follicité « un décret jévocatif du décrec qui
révoque le décret contre les émigrans , & des
peines plus fortes contre les militaires émigrés .
כ כ
2
M. Audrain a repréfenté qu'il falloit prendre
extraordinairement des mefures extraordinaires ,
dans les temps extraordinaires , où la grande
lai , la feule loi eft la loi du falut public , vu
que dans la lettre lue , il y a de grandes lue
mières & de grandes leçons que le miniftre
d'Espagne en France eft à Coblentz , que quoiqu'on
donne pour prétexte qu'il y eft pour fa
fanté ( à Coblentz ! ) il n'y eft pas moins . Pour
ce qui eft de la défenfe d'émigrer , l'éloquent
orateur eft fcandalifé d'entendre réclamer la liberté
" Mon Dieu ! la liberté ! attendrez - vous que l'on
foit en état de vous égorger , pour crier encore
la liberté ! , . On vous menace . C'eſt évident ,
de deux chofes l'une , ou il faut qu'on étouffe la
L 6
( 252 )
liberté Françoile dans fon germe , ou il faut
que Meffieurs les defpotes de l'Europe ceffem
abfolument de tyrannir... &c. »
De pareilles citations nous en épargneront
beaucoup d'anties. - - Its font dehors ; tant
imieux , dit Mi Alby qui propofe d'envoyer des
commilaires aux frontières . De perfides murmutes
ont repouffé les lumières que M. Fauchet
auroit aufli fépandues fur ces graves questions
& ton eft parté à l'organiſation des comités qui
s'cft bornée à fixer tel nombre de membres , de
12 à 24 cm 48 , pout rei comité , proportions
purement arbitraires . Certe ennuyeufe difcuffion
où la voix des opinans s'eft fouvent perdue dans
un vacarme inexprimable , n'a offert de fingulier
que les réflexions de M. Ducos , légiflateur à
peine majeur , qui défapprouve le candidatifme ,
& prétend qu'il feroit dangereux de choisir des
membres experts dans l'état auquel fe rapportent
les loix qu'on les chargera de rédiger ; un militaire
pour les loix relatives à la guerre , à l'armée
; un négociant pour celles qui regardent le
commerce ; un avoué pour la judicature , & c.
OaDa a lu un extrait des regiftres de l'Affemblée
générale de Saint - Domingue , féante à
Léogane , du 9 août dernier , portant qu'à la
majorité de 67 voix contre 46 , elle a reconnu
fa dépendance de l'Aſſemblée nationale en ce qui
concerne les relations de la colt nie avec la mé
tropole , & qu'elle a mis tous les créanciers fous
fa protection fpéciale .
Voici tous les décrets rendus dans la féance ,
fut l'organisation des comités
1.
« Art. I. Nul ne pourra être membre , à la
fois , de plufieurs comités . »
« II. Les comités ne pourront secevoir direc-
; ad
( 253 )
tement , pour les prendre en confidération , ni
mémoires , ni adreffes , ni pétitions , mais bien
l'Atlemblée , qui renverra , s'il y a licu
comités . »
сс
raux
III. Les comités ne pourront , en aucun
cas , répondre à des demandes ou questions , ai
rendre des décifions , foit provifoires , foit définitives
. »
cc IV. Les comités feront publics pour tous
les membres de l'Affemblée . »
ce V. Il fera fait un tableau , divifé en autant
de colonnes qu'il doit y avoir de comités ; &
chacun des membres de l'Affemblée fera tenu
d'inferire fon nom ', fes qualités civiles , fon département
, fon domicile , dans les colonnes des
travaux auxquels il voudra fe deftiner , fans que
cette infcription eniporte l'affujettiffement du
choix.
و د
VI. Les membres des divers comités feront
élus dans les bureaux en un feratin de lifte fimple ,
& à la pluralité relative . »
&
I
VII.
NOM S
des
COMITÉS .
COMBI E NDurée def
de
Membres
leur no-
I
Renouvelmination
dontils feront
compofés .
lement.
Meis.
I
I
Royaume ..
civile& criminelle .
de Divifion du
i de Légiflation
1 de Liquidation . 24
24 Membres.3
Renouvellé
par le fort par
moitié 80
rééligible.
Ajourné.
Par moitié
( 254 )
rendra
I de l'examen des !
comptes .
1 des
Dépenfes publiques
1 des Affignats &
compte
124 chaque
mois de
fontravail
Idem.
Idem .
de Monnoles.
24 Idem.
Ides Contributions
publiques. 24 Idem .
1 de la
Tréforerie
nationale 12
Idem.
1 de la
Dette publique
. 24 Idem.
1 d'Agriculture &
des
communications
intérieurcs 24
Idem.
1 de Commerce
Manufactures &
Arts.
24 Idem.
1 des matières Féodales
· 12 Item.
1 Militaire • 24 3
Idem .
I de la Marine .
24 3 Idem.
1 des
Domaines. 24
3
Idem.
1
Diplomatique 12.
13 Idem.
1 des
Colonies. 12 Idim.
Ideo
Secours pu
bliss
24 13
Idem.
blique 2-4
d'éducation pu
1 des
Pétitions. . 24
r des Décrets .
Commiffafres-
Infpecteurs de la
falle
Secrétariat & de
12 Infpecteurs du
l'Imprimerie .
• 12
1
Ajourné à 6
mois.
Par moitié
Idem .
Idem .
Idem.
2
( 255 )
MM . Cerutti , Garran de Coulon & François
de Neufchâteau lont les trois fecrétaires que le
fort a défignés pour être remplacés .
Du Dimanche , 16 octobre.
On a fait lecture d'une feconde lettre de M.
Dubois de Crancé qui demande à l'Affemblée nationale
d'expliquer fon décret du 14 , en faveur
des anciens députés infcrits dans la garde natio
nale. De longs débats , pleins de clameurs , d'efprit
de parti , de faltidieufes redites , & vides
d'intérêt , n'ont amené que l'ordre du jour,
1
2
La difcufiion s'eft encore engagée fur les felles &
houffes , arrêtées par les municipaux de Sierck ,
malgré l'ordre de laiffer paffer du diſtrict de
Thionville. MM. de Vaublanc & Lacroix réclamoient
la hiérarchie théorique des pouvoirs ?
d'autres obfervoient qu'un décret ayant rendu
l'exportation libre , c'étoit doublement autorifer
la défobéiffance que d'accueillir la dénonciation
de ces inunicipaux. M. Coutien a qualifié de pareils
principes d'épouvantables. « Les effets faifis ,
a-t-il dit , font empreints des armes pouvoir
exécutif. Si vous lui renvoyez les
tons
il n'y aura certainement aucune justice ». -- Quell
ques métaphyficiens crioient renvoyez- les à la
LOI. -- « Comment peut - on , difoit M. Bazire ,
renvoyer, pour avoir juftice , à celui dont on croit
avoir à fe plaindre ? » --- On a reproché à M. Baqire
qu'il attaquoit le pouvoir'exécutif, il a répon
du :«je ne parle pas de lui , mais des effers qui
unt paru fufpects à la municipalité de Sieick
Des felles & des houffes occupoient les légif
lateurs de la France depuis affez long- temps pour
que le peuple en eût déja payé la valeur en frais
de féance. Un membre a jugé que les principes
( 256 )
cc
de M. Coutton , le procédé municipal & cette
incroyable difcuffion , étoient ce qu'on pouvoit
imaginer de plus inconftitutionnel . « Si vous improuviez
la municipalité de Sicrck , s'eft écrié
l'ex capucin M. Chabot digue vicaire de M.
Grégoire , je vous propoférois d'improuver auffi
la municipalité de Varennes , parce que c'eft
contre la loi qu'elle empêcha le départ du Roi »...
De viplens murmures ont augmenté la dégoûtante
confufion de ces débats .. Prohibera- t- on la
fortie des armes & des chevaux -- Enfin , atterdu
que le propriétaire des effets failis , à la voie
des tribunaux , la préalable a tranché toutes les
difficultés , jufqu'à de nouvelles plaintes aufli peu
légales.
M. Garran de Coulon a propofé de charger
des commiffaires de rédiger une adreffe aux François
& même aux étrangers , pour les inviter à
concourir de leurs lumières à donner à la France
la meilleure légiflation poffible ; & de voter des
remercimens à un citoyen Anglois , nommé Jérémie
Bentham , ami des révolutions , auteur , a-t-il
dit , d'un excellent ouvrage fur la légiflation de la
France. Quelqu'un a eu beau proteíter ingé
Quement que le plus grand nombre des auditeurs
m'avoient pas lucet excellent live , d'oifcufes
difcuffions ont abouti à décréter le renvoi du tout
au futur comité de législation .
Le miniftre de la guerre a préfenté l'état des
emplois d'officiers vacans , & des remplacemens
effectués. Dans l'infanterie 1468 places abandonnées
font parvenues à fa connoiffance ; il
en a rempli 598,; dans la cavalerie , il compte
464 emplois vacans , & 296 remplacemens ;
total 1,932 places quittées , 764 remplies , &
( 257 )
1,200 à remplir encore fi la déferrion - s'arrête ,
ce qui ne lui paroît pas probable. Or , il n'a fallu
que deux mois pour remplacer 800 officiers
1,200 exigeroicnt trois mois ; mais on entendoit
mil les décrets ; à préfent tout eft bien plus
facile ; quatre ou cinq femaines fuffront , à fuppofer
que l'émigration ne défaffe pas l'ouvrage
mefure qu'il avancera . Tels font les expreffions
du ministre , dont le rapport feia foumis à l'expérience
du comité militaire , dès qu'il y aura un
comité inilitaire .
On eft retombé fur les émigrans . M. Gouvion
provoquait des peines , à compter de l'amnifties
les motions s'enchevêtroient comme toujours.
La queftion eft ajournée à jeudi . Quelqu'un a
demandé l'impreffion de l'état nominal des remplacemens
; & M. Taillefer celle de la lifte des
officiers émigrés. MM. Kouillere & Quefnêt ont
appuyé cette motion ; M. Quefnét , en appellant
les officiers émigrés marrons , propofcit de s'emparer
de leurs biens , pour les préferver du pillage
; fans doute , la même figeffe auroit mis
leurs familles en prifon de peur qu'on ne les
égorgeât. M. de Vaublanc alluroit qu'une lifte
imprimée cauferoit des malheurs dans les dépar
temens. M. Girardin a noblement invité l'Affemblée
à ne jamais adopter des mefures de
profcription ..... Mais des notions inconfidérées.
deviennent des germes de crime , que les folliculaires
sèment fur toute l'étendue du royaume .
Du moins l'Affemblée a- t- elle décrété qu'il n'y
avoit à délibérer fur aucune des deux liftes .
Ainfi s'eft terminée la première quinzaine d'une
feffion qui coûte déjà le montant des contributions
de plus de cent villages , & qui n'a produit que
7258 )
des ajournemens & des projets de comités effentiellement
oppofés à ce que la conftitution a
eependant nommé la monarchie.
L'une des
conféquences de
l'acceptation
du Roi, qu'on a prophétifées avec l'étourderie
ou la mauvaiſe foi , ordinaires , a été
cette démarche , &
fpécialement la forme
que
que des Intriguans ont condamné Sa Majeſté
lui donner ,
défarmeroit toutes les Puiffances
, en obligeant l'Europe à reconnoître.
la
Conftitution
Françoife , & à
fanctionner
la
Révolution. Les Gazetiers dévoués à ce
Parti corrompu que les
Républicains ont
nommé
Ministériel , ne
tariffoient pas fur
l'évidence de la liberté pleine & entière
du
Monarque, & fur
l'empreffement de
P'Univers à refferrer fes liens avec la Monarchie.
C'étoit- là une des
innombrables
illufions , par lefquelles des homines qui
ne les partagent point , épaiffiffent la cataracte
fur les yeux du Peuple.
Ces Couriers , porteurs de
l'acceptation
Royale à toutes les Cours de l'Europe ,
ces Couriers qui devoient revenir avec
la foumiffion des Puiffances aux Décrets de
l'Affemblée
conftituante font en effet de'
retour.
La Cour de Madrid a nettement déclaré
qu'elle ne ceffoit de voir dans le Roi de
France un prifonnier , & qu'elle ne regar(
259 )
doit point fon acceptation comme valide.
Elle à interdit toute communication avec
le Miniftre des affaires Etrangères , à M.
d'Yriarte , fon Chargé d'affaires à Paris
& M. le Comte de Florida Blanca a fignifié
à M. d'Uruubize , Chargé d'affaires de
France à Madrid , qu'il ne le recevroit
fous aucun caractère public.. A
La réponſe du Roi de Naples eft encore.
ignorée ; on ne doute pas , fans doute , de
fa conformité avec celle du Roi d'Efpagne.
Le Roi d'Angleterre s'eft expliqué par
un compliment très fuccinct & infignifiant ,
où il ſe borne en deux mots à des voeux
pour Louis XVI & pour fa Famille .
L'Empereur d'étant point encore de retour
à Vienne , fon opinion performelle
n'eft pas officiellement connue , mais M.
de Noailles , a reçu , en attendant , du
Prince de Kaunitz , une déclaration fèche
qui peut faire préjuger combien peu la
réponſe de S. M. I. s'écartera du fens
de celle du Roi d'Efpagne , quoiqu'à fon
exemple , Elle ne fonge point à s'armer
contre la France. 2
M. de Mouftier , de retour à Paris depuis
Dimanche , a entretenu le Roi de Pruffe
de l'acceptation , & a laiffé ce Monarque,
à ce qu'on affure , dans des difpofitions
touchantes envers le Roi de France , amicales
envers la Monarchie , mais éloigné
( 260 )
'de reconnoître la liberté d'un Acte que
Louis XVI a dû figner fous peine du détrô“
nement.
LL. HH. PP. les Etats - Généraux des
Provinces Unies , ont écrit le 4 de ce
mois en ces termes à Sa Majefté Très-
Chrétienne :
SIRE ,
« Nous avons reeu ia Lettre que Votte Majefté
nous a fait l'honneur de nous écrire en date
du 19 du mois paffé , & par laquelle Votre
Majefté a bien voulu nous informer qu'elle s'étoit
déterminée à accepter l'Acte conftitutionnel que
l'Affemblée Nationale avoit décrété , & venoit
de préfenter à Votre Majefté. Nous fomines,
très -fenfibles à la nouvelle marque d'amitié &
de bienveillancé que Votre Majefté nous donne,
en nous faifant part de cet événement , & noas
nous hâtons de lui en faire nos remercimens .
Nous faififfons avec emprcffeinat cette occa
Lion , comme toutes celles qui le préfenteront
pour témoigner à Votre Majefté le vif intérêt
que nous prenons à tout ce qui concerne fen
augufte Perfonne , ainfi qu'au bien - être & à la
profpérité de la Monarchie Françoife . Nous avons
éprouvé la plus grande fatisfaction en retrouvant
dans la Lettre de Votre Majefté , l'affurance de
fon defir de rendre de plus en plus înaltérables
Tes rapports qui fubfiftent entre elle & notre
République ; & comme nous fommes animés .
des mêmes fentimens , nous mettrons de notre
côté tous nos foins à cultiver ces relations , &
à cimenter de plus en plus les heureux liens
qui unident la Nation Françoiſe à la nôtre .
Sur ce , &c. »
า
( 261 )
Non feulement , on ne trouve dans
cette lettre aucune mention de la Conftitution
Françoife , ni de l'Affemblée Nationale,
dont on ne parle qu'en rappellant
les expreffions même du Roi ; mais on
y découvre le but affecté, de paffer
P'une & l'autre fous filence. LL. HH . PP.
écrivent à Louis XVI , dans l'efprit , dans
le ftyle accoutumé ; leur dépêche pourroit
être antérieure de fix ans : elles ne reconnoiffoient
alors que le Roi ; les fentimens
qu'elles témoignent aujourd'hui font exclufivement
perfonnels à ce Prince malheureux.
C'eft lui feul que les Puiffances confidèrent
; lui feul qu'elles avouent. Si la
Nation refte encore un moment au rang
des Etats politiques , fi fes rapports avec
Europe ne font pas totalement fufpendus ,
c'eft à Louis XVI feul qu'elle le doit. Il eft
important qu'elle fe pénètre de cette vérité,
Qu'elle tranfporte donc à ce Monarque ver
tueux , fi indignement & fi long- temps tyrannifé
, le tribut de reconnoiffance que lui ont
ravi fes Oppreffeurs ; qu'elle fachque , fans
le refpect que l'Europe porte encore au Roi
de France , & à la force invincible de fes
droits légitimes , la Monarchie feroit féqueftrée
du refte des Nations , & fes Ambaffadeurs
par- tout abandonnés à la nullité
& au mépris.
Rien de moins certain que le rôle
( 262 )
qu'on leur laillera , M. Genet , Chargé d'affaires
à Pétersbourg , a compromis la
dignité de la Nation , en ne profitant
point de l'avertiffement qu'il avait reçu
du Chancelier d'Offerman. Il a forcé le
Miniftre à lui défendre , tout haut , en
prélence du Corps Diplomatique , de pas
roître devant l'Impératrice. M. Genét , dont
les propos n'ont pas réuffi , a fait une espèce
de mémoire , ou de proteftation , dont
M. de Montmorin a reçu copie fans en faire
ufage. C'eſt un pofte bien délicat , même
pour M. Genêt , que celui de Charge
d'affaires auprès d'une Cour qui n'entend
pas raillerie.
Dans peu de jours on aura la notice
des réponfes officielles de toutes les
Puiffances; mais il feroit abfurde d'imaginer
, qu'aucunes d'elles reconnoîtra jamais
la Révolution , la Conftitution , ou ,
en d'autres termes , leprincipe & les moyens
qui les ont produites. Nous rendrons cette
vérité plus fenfible , en traitant , la femaine
prochaine , des projets qu'on attribue aux
Souverains ; examen que nous différons de
huit jours , parce qu'il aura dans huit jours
des bafes encore plus folides .
M. de Mouflier a refufé le Ministère des
affaires étrangères ; depuis fon arrivée , on
travaille à vaincre fa réfiftance . Elle ajoute
àl'éloge qu'on fait des connoiffances , des
1
1263 )
a ré
principes,& ducaractère de ce Miniftre . Mais
en fuppofant qu'il cède à fa première nomination
, il n'eft pas sûr que les intrigues des
Factieux permettent au Roi de la confirmer.
On a débité que l'Electeur de Saxe ,
en recevant par M. de Fezenzac , les
dépêches de M. de Montmorin
pondu qu'il étoit impoffible que le Roi ,
en liberté , pût adopter le galimathias de
la Conftitution. A cette qualification , que
répètent malheureufement les Républicains
expérimentés , & tout ce que l'Europe
compte de Publiciftes éclairés , l'Electeur
a ajouté , dit-on , que la meilleure preuve
de la conftante captivité du Roi de France
, étoit la néceffité où il fe trouve de
recevoir les d'Orléans , les Barnave , les
Lameth. On peut conferver des doutes fur
la réalité de cette réponſe , qui ne nous eft
parvenue par aucune voie authentique .
L'avis des ordres donnés dans la Flandre
Autrichienne pour reconnoître le Pavillon,
National , eft parvenu ici par le Conful de
France à Oftende ; mais ni le Roi , ni le Miniftre
n'en ont reçu la communication officielle
, foit du Cabinet de Vienne , foit du
Gouvernement des Pays- Bas. Cet oubli confirme
le peu d'importance de cet incident,
qui tranfportoit d'alegreffe tous les imbécilles
de la rue Vivienne , & leurs auxiliaires
les Gazetiers.
Les Miniftres , effrayés enfin des progrès
( 264 )
toujours croiffans de l'émigration , viennent
de lui oppofer le nom du Roi dans
l'efpoir'd'en arrêter le cours. Voici la lettre
adreffée par le nouveau Miniftre de la Marine
, aux Officier de mer.
Lettre du Roi aux Commandans des Ports.
De Paris , ce 13 Octobre 1791 .
« Je fuis informé , Monfieur , que les émi
grations fe multiplient tous les jours dans le
Corps de la Marine , & je ne puis pas différer
plus long- temps de vous faire connoître combien
j'en fuis vivement affecté . »
« Comment le peut- il que des Officiers d'un
Corps dont la gloire m'a toujours été fi chère ,
& qui m'ont donné dans tous les temps les
preuves les plus fignalées de leur attachement
& de leur zèle pour le fervice de l'Etat , fe
foient laiflés égarer au point de perdre de vue
ce qu'ils doivent à la Patrie , ce qu'ils doivent
àmon affection , ce qu'ils fe doivent à eux-mêmes-? »
Ce parti extrême eût paru móias étonnant
il y a quelques mois , quand l'anarchie fembloit
être à fon comble , & qu'on n'en appercevoit
le terme
. »
pas
Mais aujourd'hui que la majeure & la plus
faine partie de la Nation veat le retour de l'ordre
& de la foumiffion aux Loix , feroit-il poflible que
des généreux & fidèles Marins fongeaffent à ſe ſéparer
de leur Roi ? »
Dites - bien à ces braves Officiers que j'cftime ,
que j'aime, & qui l'ont fi bien mérité , que l'honneur
& la Patrie les appellent . Affurez - les que
leur retour , que je defire par deffus_tout , &
auquel je reconnoîtrai tous les bons François ,
tous
( 265 )
tous mes vrais amis , leur rendra pour jamais
toute ma bienveillance . »
On ne peut plus fe diffimuler que l'exécution
exacte & paisible de la Conftitution , eft
aujourd'hui le moyen le plus fûr d'apprécier les
avantages , & de connoître ce qui peut manquer à
fa perfection. »
сс
Quel est donc votre devoir à tous ? de
refter fidellement à votre pofte , de coopérer avec
moi , avec franchiſe & loyauté , à affurer l'exécution
des Loix que la Nation penfe devoir faire
fon bonheur ; de donner fans ceffe de nouvelles
preuves de votre amour pour la Patrie , & de votre
dévouement à fon fervice. >>
« C'eft ainfi que fe font illuftrés vos Pères ,
& que vous vous êtes diftingués vous- mêmes :
voilà les exemples que vous devez laiffer à vos
enfans , & les fouvenirs ineffaçables qui conftituefont
votre véritable gloire .
CC
ככ
« C'eſt votre Roi qui vous demande de refter
inviolablement attachés à des devoirs que vous
avez toujours fi bien remplis : vous auriez regardé
comme un crimè , de réfifter à fes ordres ; vous
ne vous refuferez pas à fes inftances . »
Je ne vous parlerai pas des dangers , des
fuites facheufes qu'une autre conduite pourroit
avoir ; je ne croirai jamais qu'aucun de vous puille
oublier qu'il eft François , »
Je vous charge , Monfieur , d'adreffer de ma
part , un exemplaire de cette lettre à tous les
Officiers attachés à votre Département , & particulièrement
à ceux qui font en congé. Signé ,
LOUIS. Et plus bas , DE BERTRAND.
M. de Leffart a également rédigé &
fait publier une Proclamation du Roi contre
les emigrations , en date du 14 Octobre,
N° . 43. 22 Octobre 1791. M
( 266 )
Cette pièce étant abfolument analogue à
la précédente , nous la fupprimerons pour
éviter les doubles emplois , ainfi qu'une
troifième Publication de même espèce ,
fignée Duportail, & adreffée aux Officiersgénéraux
& Commandans des Troupes de
terre. Le Miniftre de la Guerre effaie de
les retenir , & avec eux les Officiers de
tout grade , en leur faifant repréſenter par
le Roi , dans le ftyle le plus conftitutionnel,
que « S. M. ne peut regarder comme lui
» étant fincèrement dévoués , ceux qui
» abandonnent leur Patrie au moment où
» elle réclame fortement leurs fervices ;
» que c'est par erreur , que leur attache-
» ment pour fa Perfonne les a fait héfiter
>>
fur des obligations qui leur fembloient
>> incompatibles avec leurs premiers enga-
>> gemens ; mais qu'après tout ce qu'a fait
» S. M. , cette erreur ne peut plus fub-
» fifter. »
Les intentions des Miniftres peuvent être
très -louables ; & fans doute , ils croient
remplir leur devoir ; mais ils ne fauroient
le faire d'une manière plus malheureuſe ;
car la manifeftation de leur defir & l'expofé
de leurs motifs , ferviront d'aiguillon
aux Mécontens qui balanceroient encore
à émigrer. Après avoir abandonné le Roi ,
comme ils l'ont fait au mois de Juin ;
après avoir ufurpé fa place ; après s'être
fervi de fa fignature pendant fon emprifonnement
, & même pour fanctionner
( 267 )
des Décrets outrageans à fa Performe
facrée après avoir été les Agens de la
République plus de 2 mois , quoiqu'ils euffent
juré au Roi fidélité & obéiffance , comment
les Miniftres efpérent ils avoir encore
des droits à la confiance des Royaliſtes ?
Ils peuvent commander au nom de la Loi ,
& ils feront obéis toutes les fois qu'elle
aura parlé , excepté par ceux qui en ont
vingt fois juré le maintien pour avoir le
privilége de la violer impunément ; mais
des exhortations ! mais des remontrances !
Qu'ils ne fe flattent pas de les faire écouter
d'aucune claffe de Mécontens. Les Miniftres
ont appris eux - mêmes à ces derniers , à
féparer le voeu & l'autorité du Roi , du
voeu & de l'autorité de fon Confeil . C'eft
un mal irrémédiable : il dérive de la foumiffion
outrée & volontaire , où les Miniftres
fe montrent profternés depuis un an,
devant l'Affemblée , & devant les Démagogues.
De bonne foi , M. Duportail que
la notoriété publique accufe d'avoir achevé
la perte de l'armée , du fervice , de la difcipline
, par l'aggrégation des Soldats aux
Clubs , & par la protection que leurs dé
fordres ont fouvent trouvée auprès de lui
Spécialement dans l'affaire du régiment de
Beauvoifis , fe flatte-t- il de faire la moindre
impreffion fur les Officiers ? Ne voit- il pas
que fa fignature à côté de celle du Roi
détruit tout l'effet de celle- ci ?
Ma
( 268 )
M. de Leffart qui n'a pas encouru les
mêmes reproches , & qui, du moins depuis
quelque temps , a tenté des efforts impuiffans
pour le maintien de l'ordre , avertit les
Emigrans que , le Roi regardera comme
» fes vrais , & fes feuls amis , ceux qui
» fe réunirontà lui pour maintenir & faire
>> reſpecter les Loix . Cette phrafe eft véri
tablement dérifoire. Quoi les Gentilshommes
chaffés de par- tout par l'oppreffion
, & impuiffans à défendre leurs vies &
leurs propriétés , feroient respecter les Loix
en reftant dans leurs Provinces ?
Il n'exifte qu'un feul moyen de rappeller
les abfens , & de retenir les Fugitifs , c'eft
de leur garantir paix , liberté , religion ,
sûreté. Or , ce moyen n'eft pas dans la dépendance
des Miniftres. Au furplus , le mal
eft à fon comble , & l'émigration continue
avec fureur: de toutes parts , on le précipite
vers les frontières : des Gentilshommes qui
ont à peine 600 livres de revenu partent à
pied. Plus de 600 Officiers de Marine font
fortis du Royaume , & parmi eux des
Commandans de Ports d'un âge avancé ,
tels que MM. d'Hector & de Soulanges.
On affure qu'il ne refte plus que trois Officiers
dans le Département de Rochefort.
Dans l'armée de terre , les Majors , les
Lieutenans -Colonels , les Capitaines commandans
fuivent aujourd'hui la trace des
Lieutenans il paffe encore nombre de
( 269 )
le
Bas Officiers . L'Artillerie commence
auffi à éprouver des pertes , ainfi que
Génie. Quiconque réfléchira au caractère
National , fera convaincu de la difficulté
d'arrêter cette épidémie . La tyrannie , la
crainte du déshonneur , & l'imitation ; voilà
trois mobiles que renforceront encore les
Décrets violens dont l'Affemblée menace
les Emigrans .
M. de Montefquiou a répondu aux Notes
préliminaires de M. Bergaffe , avec la dureté
qu'on n'attendroit pas d'un Homme de
Cour , mais conforme au caractère d'un
Courtifan qui a abaiffé fa hauteur devant
le fceptre de la multitude. Quoique M. de
Montefquiou ait étayé fa brochure d'un
éloge de fes vertus paffées , préfentes &
futures , inféré dans le Journal de Paris ,
on croit bien que ni la brochure , ni l'éloge
ne peuvent défarmer un homme comme
M. Bergaffe. Il eft paffablement curieux de
voir dans ce duel , M. Bergaffe affublé
par M. de Montefquiou , des livrées de l'A
riftocratie , & M. de Montefquiou jouer ici
le rôle d'Ami du Peuple. En attendant le
dénouement de cette mafcarade , voici la
Replique de M. Bergaffe . Nous extrairons
fes Notes par la fuite , ainfi que la réponſe
de M. de Montefquiou , & le joli Mémoire
de ce dernier fur les Affignats.
« Je viens de lire , Monfieur , la réponſe que
Vous avez faite aux obfervations préliminaires
M
3.
270 )
que j'ai publiées fur vos mémoires en finance .
Je n'ai pas étéfurpris du mauvais ton qui règne
dans cette réponſe . Il y a long-temps qu'on affure
qu'un homme d'efprit fait les rapports que vous
prononcez à la tribune ; & vous me prouvez trèsbien
aujourd'hui , que ce n'eft pas cet homme
d'efprit qui fait toutes vos oeuvres . »
« Je ne puis qu'être infiniment fatisfait de
l'engagement que vous contractez, de repliquer
à tout ce que je pourrois écrire contre vos mémoires
; mais pourquoi , Monfieur , en contracant
cct engagement folemuel , prenez- vous l'attitude
de la peur? pourquoi vous ménagez-vous
par des inculpations peu fenfées contre moi , mais
très-propres à vous concilier d'avance la faveur
populaire , le moyen de vous taire fi cela vous
convient , le moyen de m'empêcher de parler ,
fi cela vous convient encore ? »
« Vous ufâtes de cet heureux artifice lors
de la fameufe affaire des affignats . Mes objections
parurent alors fi preffantes à vos amis &
à vous ( car à cette époque on difoit que vous
alliez à la fortune , & vous eûtes beaucoup d'amis )
qu'il vous parut plus facile de me dénoncer à
la vengeance du peuple , que de répondre à mes
raifonnemens . »
« Je n'ai point oublié l'homélle que vous
adreflâtes dans le temps aux Provinces. Vous
m'y fignaliez , ainsi que tous ceux qui avoient
le malheur de n'être pas de votre avis , comme
un ennemi de la liberté ; & tel fut votre inconcevable
afcendant , que ce fimple fignafement
fuffit pour ôter à mes raifonnemens toute
leur force , pour faire oublier le courage avec
lequel j'avois fervi la caufe de la liberté , dans
des circonstances où vous aimiez encore à vivre
( 271 )
des profits de la fervitude , & fur- tout pour
détourner les regards de cette Nation aveuglée
du tableau des malheurs que je lui traçois 3
tableau , il faut bien que vous en conveniez ,
Monfieur , qu'une cruelle expérience n'a que trop
juftifié .
כ כ
« Vous réuffites donc pleinement à cette époque :
la pauvre raifon dont je me déclarai l'apôtre ,
fut milérablement éconduite . Graces à vous ,
la France échangea gaiement fon argent contre
du papier ; & le Peuple , fubitement transformé
en Créancier de l'Etat ( 1 ) , eut la bonhomie
de prendre cette qualité de Créancier pour un
droit nouveau , pour un accroiffement de Souveraineté.
»
сс
Aujourd'hui , Monfieur , c'eft encore avec
les mêmes armes que vous entrez en lice , »
« J'avois cru fottement que l'Affemblée convoquée
pour la reftauration de nos finances
auant que pour l'établiffement de notre Conftitution
, devoit au moins à fes fucceffeurs un
éta raifonné & publiquement débattu de la
fituation de nos affaires . » 2
« Il m'avoit paru en conféquence que je ferois
quelque bien , en l'invitant à ne pas mettre ce
devoir important au nombre des omiffions légères
que la grandeur des occupations dont elle
( 1 ) L'opération des affignats n'a produit autre
chofe que le tranfport des créances d'une certaine
claffe d'hommes , enrichis par les profits ufuraires
qu'ils avoient fait avec le Gouvernement
fur toutes les claffes du Peuple ; & on a eu l'impudence
de foutenir qu'une telle opération foulageroit
le Peuple.
M 4
( 272 )
s'étoit furchargée , pouvoit faire trouver excufables
. »
« L'Affemblée n'a pas abfolument penfé comme
moi . Des comptes étcient difficiles à rendre ;
mais des mémoires qu'elle ne garantiroit pas ( 1),
& qui fuffiroient pour perpétuer l'illuſion du
Peuple , étoient faciles à préduire .
ן כ
« Il a donc été convenu que ces mémoires
feroient rédigés , & que vous les prononceriez
à la tribune ; & puis , fi quelqu'un s'avifoit d'en
prendre de l'humeur on a encore très - prudemment
arrêté qu'on le transformeroit en arif
tocrate , ce mot aristocrate fignifiant , comme
on fait tout ce qu'on veut lui faire fignifier
& fi je ne me trompe , devant fervir avant pou
( pour rendre fans doute notre délibération plus
facile ) à qualifier tous les créanciers de l'Etat
comme il a fervi dans l'affaire des affignats à
qualifier ceux qui ne vouloient pas le devenir . »
ce Vos mémoires ont donc été prononcés avec
le fuccès d'ufage qui accompagne toutes vos pro
ductions publiques. »
I
לכ
« Je les ai lus , car il faut bien vous lire , quand
on n'eft pas tout-à- fait indifférent aux deſtinées de
fon pays . J'ai cru remarquer , pardonnez - moi
( 1 ) M. Malouet a demandé à l'Aſſemblée qué
du moins , puifqu'elle ne vouloit pas permettre
la difcuffion fur les mémoires de M. de Montefquiou
, elle en garantit l'authenticité par un
afte folemnel. L'Affemblée a refuté ; de façon
que l'Affemblée veut qu'on croie aux mémoires ,
quoiqu'elle n'y ait elle- même aucune confiance
j! y a dans tout cela une probité bien neuve
& bien étonnante.
( 273 ( ) 273
>
cette manière de voir , que l'intention dans la
quelle on les a compofés étoit entre autres
chofes , d'exagérer la grandeur des fonds qu'on
dit être encore à notre difpofition , afin de ménager
à la législature qui entre en exercice
l'avantage inestimable d'achever notre ruine ,
par une nouvelle émiffion d'affignats .
3
>
« Vous n'ignorez pas que je n'aime point les
affignats , & puifque je fuis convaincu qu'ils
doivent opérer notre ruine , il a dû vous pareître
tout fimple que je fortiffe enfin de mon
repos , pour inviter 6 par quelques notes rédigées
à la hâte , les gens qui favent compter ,
à compter férieufement avec vous. »
J'ai donc rédigé & puis fait imprimer ces
malheureufes notes. Je n'ai pas trouvé mauvais
que vous cherchaffiez à en prouver l'erreur
ou la fauffeté ; c'étoit votre droit. »
Mais fuppofer que ces notes font le réful
tat d'un complot dont le foyer eft à Coblentz
imaginer une coalition entre le côté droit &
moi , quoique perfonne n'ignore que conftamment
fixé fur ma ligne , je n'ai guères marché
que dans la route de mes opinions perfonnelles
( 1 ) ; m'affocier à tous les faifeurs d'affiches
qui depuis quelque temps , non fans
quelque raifon cependant , demandoient compte
à Affemblée de l'état de nos affaires ; mais.
infulter en ftyle des halles M. l'Abbé Maury
( 1 ) Qu'on me montre une circonftance ou
je me fois écarté de ma route pour m'affervir
à un parti on peut interroger les gens qu
ouvrent mes lettres à la pofte ; je leur permets
de dire ce qu'ils y ont trouvé.
MS
( 274 )
сс
·
qui n'a pu proférer fon opinion dans l'Affemblée
, & auquel néanmoins vous avez l'air de
répondre , comme s'il l'eût produite ( 1 ) ; mais
le faire intervenir dans un écrit qui me concerne
feul , uniquement , fans doute , pour
accréditer dans l'efprit du Peuple l'idée d'une
contre révolution dont nous ferions ici les
correfpondans ou les chefs ; tout cela , Mon.
fieur, ne porte- t-il pas le caractère d'une mauvaife
foi mal-adroite , qui fe défie un peu de
la caufe qu'elle a entréprife , & qui voudroit
bien ajouter à fes moyens naturels de défenſe ,
quelques-uns de ces moyens hardis , qu'en des
momens de diffenfion & de trouble , la calomnie
fait employer avec tant d'avantage. »
сс
ןכ
Aurois-je donc eu tort de dire , en commençant
, qu'à la manière dont vous m'attaquez , il
( 1 ) M. de Montefquiou intitule fon écrit : Réponfe
à MM. Bergaffe , Maury , & c . M. l'Abbé
Maury , qu'il appelle très-élégamment le général
Maury , a été privé par un décret du droit
de difcuter les mémoires de M. de Montefquiou,
à l'inftant où il alloit fans doute en prouver la
faufleté ; de manière que M. de Montefquiou
répond au filence forcé de M. l'Abbé Maury.
Il eft vrai que M. de Montefquiou a déclaré
qu'il n'approuvoit pas le décret de l'Affemblée ,
& qu'il a eu l'air de confentir à la difcuffion.
Mais fa feinte contenance n'en a impofé qu'aux
gens qui font payés pour être dupes : tout avoit
té difpofe dans l'Affemblée pour que M. de
Montefquiou fe préfentât de bonne grace au
combat , & que néanmoins le combat ne s'engageât
pas.
( 275 )
eft ailé de juger que , dans le fait , vous êtes bien
moins occupé de me répondre , que de vous ménager
, avec vos bons amis du peuple , quelqu'u
tile diverfion qui , en rendant odieux votre adverfaire
, vous délivrât , fans beaucoup de peine , du
danger de fes attaques , & de la crainte de fes
fuccès. "
сс
Monfieur, les temps font bien changés , &
je ne fais pourquoi j'ai quelque peur que ces
moyens qui ne vous ont autrefois que trop réuffi¸
ne finiffent enfin par vous devenir funeftes . »
CC
On ne fe joue pas impunément de la fortune
des Etats ; il faut en fin des comptes à une grande
Nation ; & quoiqu'en ait dit M. Duport (1 ) , il
(1 ) M. Duport a prétendu que l'Affemblée ne
devoit aucun compte , parce qu'elle étoit ſupérieure
à tous les pouvoirs , ou , ce qui revient au
même , parce qu'elle eft Puiffance illimitée . Eh !
vraiment , je le fais bien , qu'elle eft Puiffance illimitée
; mais , dans le droit , peut- il y avoir une
Puiffance illimitée ; mais fur- tout une Puiflance
illimitée en matière de finance , n'anéantit -elle pas
toute efpèce de refponfabilité fur les finances dans
un Etat? & croit- on la fortune publique & particulière
bien affurée , là où on peut difpofer des
finances fans en répondre ? Voilà ce qu'il auroit
fallu examiner.
M. Duport a demandé qui eft - ce qui jugeroit
l'Affemblée ? M. Duport oublie que l'infurrection
contre la tyrannie , ou , ce qui eft la même choſe,
contre un pouvoir qu'on ne peut ni arrêter , ni
circonfcrire , ni diffoudre , eft le plus faint de tous
les devoirs, & que , dans fes principes , quand les
opprimés font las de fouffrir , ils ont incontefta-
M 6
( 276 )
T
aut que ces comptes foient débattus . Vous ave
beau , dans ce moment , par des tours d'adrell
dignes de la foire ( 1 ) , appailer l'opinion publique
qui s'avance pour nous juger ; avant peu ( car
enfin cette grande imbécillité qui femble avoir paralyfé
toutes les facultés intellectuelles de la
Nation , ne durera pas toujours , ) avant peu ,
vous verrez l'opinion publique fe déployer d'une
maidère d'autant plus formidable , que vous
l'aurez plus indignement trompée . Alors ,
connoîtra quels font ceux qui ont opéré la mifère
du peuple , quels font ceux qui fe fort
le plus fincèrement occupés de fa prospérité : alo: s
on
s'étonnera peut-être qu'il ait pu exiſter , dans
une partie du globe , une affemblée politique
affez hardie , pour refufer , après deux ans de
la geftion la plus abfolue en matière de finapre
& d'impôt , un état difcuté de la finance &
de l'impôt ; alors , peut- être , on reviendra fur
Je prétendu bien qu'a fait une telle Aſſemblée ;
alors , on fe demandera cù eft cette liberté
qu'elle nous avoit promife , cette abondance ,
cette richeffe qui devoit être le réſultat de fes
blement le droit de juger par des infurrections leurs
oppreffeurs .
( 1 ) Les tours d'adreffe de M. d'André, don
toutes les opinions , depuis le commencement des
Etats- Généraux fe réduilent à ce refrein fi conna
'ase chanfon , qui attefter tautant notre générosité
que la douceur de nos moeurs : Ah ! ça ira , ça ira ,
les aristocrates à la lanterne. Cependant M. d'André
eft un homme de beaucoup d'efprit ; voyez
les Journaux .
( 277 )
travaux ; & n'appercevant d'un côté qu'une conftitution
fubtilement oppreffive , & d'un autre côté
ne voyant , dans une perfpective très- rapprochée ,
que les ruines immenfes de la fortune publique ,
& le défefpoir d'un grand Peuple s'agitant fur
ces ruines ; alors , mais malheureufement trop
tard , on cherchera la vérité où elle eft , chacun
fera mis à fa place , & on ne fe fouviendra
de tous ces hommes fi vains , fi audacieux aujourd'hui
, ( & cependant , quand on co fidère
leurs oeuvres , fi vils & fimiférables , ) que
comme on fe refouvient d'une grande calamité
mêlée à de grands forfaits & à une grande infamie
( 1 ). "לכ
« En attendant , Monfieur , je vous invite à
jetter les yeux fur les nouvelles notes que je
joins ici ( 2 ) . Vous y verrez combien , malgré l'avantage
de votre pofition , vous me paroiffez peu
redoutable . Je ne perdrai pas d'ailleurs beaucoup
de temps à rédiger mes matériaux pour battre vos
mémoires en ruine. »
ec
Ainfi , vous pouvez dès - à-préfent tout dif
pofer pour le combat . Seulement , je vous prierai
(1) Du refte , on voudra bien remarquer que
M. de Mortefquiou n'a répondu à aucun des raifonnemens
que j'ai faits pour établir la refponfabilité
de l'Affemblée en matière de finance.
(2) J'invite auffi mon Lecteur à lire ces notes.
avec la plus grande attention ; c'eft de notre vie
qu'il s'agit ici , plus encore que de nos droits , & il
faut bien favoir maintenant , a au moins. nous
pourrons vivre,
( 278 )
pour l'intérêt de votre réputation , de vous
fervir déformais , en écrivant , de cet autre efprit
qui rédigeoit les difcours que vous prononciez
à la tribune. Ces difcours n'étoient pas
des chefs -d'oeuvres , mais enfin , il y régnoit
un peu plus d'art & de décence que dans le
commencement de votre correſpondance avec
moi. On pouvoit vous lire fans dégoût , & la
forme au moins dédommageoit un peu de la misère
du fond. לכ
« Adieu , Monfieur , je fuis très-occupé de vous ;
je vous promets de ne pas vous quitter , que je ne
Vous aie fini. ɔɔ
Le 4 Octobre 1791 .
BERGASSE.
M. de la Chèfe , ancien Député des Com
munes du Quercy , & du nombre de ceux qui ont
défendu , fans variations , avec un courage fi noble
& fi perfévérant , la doctrine de leurs mandats ,
les droits légitimes de l'Autorité Royale , & les
intérêts de la juctice , vient de publier un compte
rendu de fa conduite à l'Affemblée nationale . En
70 pages , ila réuni les obfervations les plus fages,
fur tant d'opérations défaftreufes que la France
commence à apprécier . On retrouve dans cet écrit
le caractère d'un honnête homme , d'un vrai Citoyen
& d'un efprit folide . Il eft à defirer qu'il
foit bien connu des Commettans de M. la Chefe ,
dont la Province n'a été que trop long- temps
égarée par des incendiaires , & qui lui doit fon
eftime & fa reconnoiffance.
Faute d'informations certaines , nous n'ayons
parlé dans le temps que très- fuccinc(
279 )
tement des troubles d'Arles. Le rapport
qui en fut fait à l'Affemblée Nationale
elt, comme toutes les pièces de ce genre ,
plus ou moins incomplet & partial ; mais
on prendra une idée jufte & curieufe de
ces fcènes qui ont failli divifer la Provence
par une guerre civile , en lifant la lettre
fuivante que nous ont adreffée les Citoyens
de la ville d'Arles .
« Prévenu peut-être contre la ville d'Arles ,
d'après les récits infidèles de certains Papiers
publics , vous aimerez , fans doute , Monfieur ,
à connoître les caufes & la nature des troubles
qui ont agité cette Ville . Vous faurez donc
par nous que Pierre Antonelle , Maire d'Arles ,
que le Peuple avoit idolâtré jufqu'à lui ériger
un monument fur une place publique , abandonna
les fonctions que nous lui avions co:.fiées , pour
fe liguer avec les affaffins du Comtat. Il figura
en Conquérant au fiége de Carpentras , à côté
des Jourdan Coupe - Tête , des Tournal , des
Chabran , &c.; ce qui lui attira la confiance de
tous les brigands du voifinage. Jufques- là notre
ville étoit en paix , puifque fon Maire l'avoit
abandonnée ; mais revenu de cette fameuſe
expédition où il échoua avec fes complices , il
effuya des reproches amers de la part de fes
Concitoyens. Il travailla à foulever nos artifans ,
& il y réuffit . »
cc Dès ce moment , notre Ville fut divifée ;
on pourroit dire , même fans hyperbole , qu'elle
fut en infurrection . Un régiment de Dragons
que l'on nous envoya pour appaiſer ces premiers
troubles , fut congédié en arrivant par
( 280 )
notre Maire , foutenu des cris de la populace .
un Club fut établi malgré la réſiſtance du Public
éclairé , & M. Antonelle nommé préfident de
ce Club ; bientôt les motions les plus incendiaires
, confimèrent les foupçons de ceux qui
s'étoient oppofés à cet établiſſement . Nous vîmes
le moment où le Pouvoir exécutif alloit être
établi comme à Nifmes & à Montpelier ; car
les nerfs de boeuf étoient prêts à frapper les
rebelles à la nouvelle Religion. Nos Prêtres jureurs
fe pla foient beaucoup à ce badinage , ils
attifoient le feu par leurs exemples autant que
par leurs prédications : Is pouffèrent l'indécence
jufqu'à donner des conférences , qu'ils appuloient
conftitutionnelles , dans les Chaires Evangéliques ,
en face des Autels ils échauffèrent ainfi le
Peuple , pour porter l'infurrection à ſon comble .
On menaçoit déjà nos propriétés , on parloit
avec fécurité du partage qu'on vouloit en faire;
les excès furent pouffés jufqu'à devenir trèscriminels
, il fallut en venir aux pourfaites jediciaires
dix décrets de prife de- corps , & dx-buit
d'ajournement perfonnel , en fatent le réfultat :
l'anarchie enfin étoit complette , il falloit tout
permettre ou bien fe révolter à ſon tour ; c'eſt
ce qui arriva . »
:
« Un cri général fe fit entendre : toute la
ville s'affembla , les honnêtes gers fe coaliferent ;
le parti du Maire fut fubjugué. Un Confère
de l'Oratoire , nommé Giraud , anivé ici tout
exprès de Marfeille pour échauffer notre Club ,
y pronorça un Difcours incendiaire , dans lequel
it établifloit que les Clubs avoient le doit de
faire des Décrets , au mépris de ceux de l'Affemblée
Nationale. Il fut chaffé de la Ville avec
un fecond Oratorien qu'il avoit appellé à fon
( 281 )
fecours . Celui - ci , nommé Vanture , Vicaire
d'une Paroiffe , avoit été le premier boute- feu ,
il s'étoit fait l'ami du Maire , il en étoit le confident
, malgré la profeffion publique d'irreligion
que M. Antonelle avoit faite d. ns fes Ecrits . »
« Cette première expédition indifpela contre
nous les M- rfeillois ; notre District , ainfi que
la Municipalité fe déclarèrent pour le Maire.
Se voyat foutenu par les Corps Adminiſtratifs,
il décida alors la perte de notre ville ; il parcourut
tous les Clubs du voifinage , il y déclama
contre nous ; il nous calomnia , il nous attira
une haine publique dans tout le Département ,
fi ce n'eft dans tout le Royaume , il paffoit
pour avéré que notre Ville étoit le centre d'une'
contre-Révolution . »
:
« Au bruit de ce va carme , arrivent deux
Commiffaires civils , envoyés de Paris à Aix ,
& qui , par les informations qu'ils recueillirent
ici , en préfence des deux partis , déclarèrent
que nous n'étions pas coupables . M. de Boiffieu ,
Commandant pour le Roi , nous combla d'éloges
, & tous nous promirent protection . Deux
autres Commiffaires , députés par le Département
, déclarèrent , comme ceux- ci , qu'il n'y
avoit pas matière à une incrimination . Mais
l'un d'eux , nommé Pelicot , defiroit ardemment
d'être Député à l'Affemblée nationale , & prévoyant
qu'il n'arriveroit à fon but qu'en fe coa- ,
fant avec le Maire , il lui promit de le fervir
s'il vouloit lui procurer le fuffrage des Elect urs
de Marseille , dont il le favoit dépofitaire , par
les foins officicux de l'Abbé Giraud. Cette
coalition clandeftine eut l'effet defiré . Le fieur.
Pelicot & le fieur Antonelle furent réellement
élus par les Maiteillois . Le lendemain de cette
( 282
élection , le Département des Bouches du Rhone
proclama un Arrêté contre la ville d'Arles , par
lequel il eft ordonné à tous les habitans 1º . de
fe défarmer dans les vingt - quatre heures ;
2º. d'expulfer tous les Prêtres non - conformistes
hors de la Ville & du Diſtrict , fans en excepter
les naturels du Pays ; 3 ° . de murer la porte
d'une de leurs Eglifes , ainfi que celle d'une
Maifon Commune appellée la Chiffone , où tous
les habitans honnêtes tiennent leur Affemblée ,
Four faire tête à une autre Affemblée , compolée
d'Artifans affer vis au fizur Antonelle , appellée
des Monediers , & qui formoit pour le Maite
une Compagnie de Frères Rouges. »
« Cet arrêté fut affiché , non públié , & pour
caufe. La Chiffone s'affembla fur - le-champ , &
décida qu'elle le déclaroit oppofante à l'exécu
tion d'un Arrêté inconſtitutionnel , dans toute
l'étendue du terme ; & comme ce même Arrêté
portoit qu'en cas de défobéiffance , on enverroit
1,200 hommes pour nous forcer ; la réſiſtance
de la Chiffone fut encore plus énergiquement
prononcée . On cria aux armes ; dans un clind'oeil
nous vîmes tous les Citoyens armés de
pied en cap , s'embraffer réciproquement , & fe
promettre de mourir pour la défenſe de leur
Patrie menacée du pillage , du feu & des
meurtres connus chez nos voifins ( 1 ) . Nos
ennemis intérieurs , épouvantés , prirent a
fuite avec une partie du Diftrict , de la Muni-
>
ce (1 ) Vingt- fix têtes avoient été défignées
par le fieur Roulet , l'un des Frêres Rouges
Chef
des Monediers , ci - devant Colonel de notre Garde
Nationale . »
2831
cipalité , & de nos Prêtres jureurs qui ne manquèrent
pas de publier que nous les avions chaffés ,
mutilés , & maffacrés , tandis qu'il ne s'eft pas
fait une feule égratignure. Nous nous occupâmes
des moyens de défenfe , & dans l'efpace de huit
jours , notre ville fut fortifiée , & mife en état
de foutenir un fiége : 44 pièces de canon qui
étoient embarquées fur le Rhône , & arrêtées
dans notre port , comme par miracle , furent
faifies avec 1800 fufils deſtinés pour Marſeille ;
nos portes furent murées, des foffés , des palliffades
furent fabriqués avec une célérité incroyable ;
tous les habitans , hommes & femmes y furent
employés. Un Maréchal-de-Camp, M. Lieutaud,
Citoyen vertueux , aimé de tous ,
fut choifi par
acclamation pour nous commander, 1,200 hommes
envoyés par le Département étoient déjà
arrivés à Salon : notre contenance les intimida
ainfi que le Département qui fufpendit l'exécu
tion de fon Arrêt ; mais notre Maire profita
de cet intervalle pour parcourir la Provence
pour débaucher les payfans , les foudcyer &
en groffir fon armée qu'il augmenta jufqu'à
4,000 hommes , en y comprenant les Frères
Rouges. Qu'auroient fait 4,000 fans culotes contre
20,000 habitans réfolus à défendre leurs foyers
jufqu'à la dernière goutte de leur fang ? »
« Ces délais donnèrent le temps à deux Députés
d'Arles d'arriver à Paris ; l'Affemblée Nationale
, inftruite alors par les pièces justificatives,
renvoya le jugement de cette affaire au pouvoir
exécutif. Le Roi , informé par des bouches non
fufpectes , loua notre conduite , déclara nul
l'Arrêté dont il s'agit , & l'orage fut diffipé .
c Voilà , Monfieur , en raccourci , le détail
le plus vrai de tout ce qui s'eft paffé à Arles ,
( 284 )
N'allez pas dire , après cela , que la montagne
a accouché d'une fouris , parce que nous fourrions
vous répondre qu'elle eft encore groffe ,
& nous menace d'accoucher d'un volcan . Vous
ne ferez pas étonné de nos craintes , quand nous
vous dévoilerons le fond de cette intrigue , qui
n'eft plus aujourd'hui un mystère . Ce projet
n'eft autre que le républicanifime , fomenté par
vos Jacobins de la Capitale. Pour vous en convaincre
, nous vous ferons cbferver que la prife
de Carpentras , celle déjà faite d'Avignon , la
deftruction totale de la ville d'Arles , avec celle
de fes habitans , pour s'emparer de fon immenfe
terroir , ouvriroient la porte de toute la Provence
à Marſeille , qui vife à devenir la Métropole
de la République projettée . Sans doute ,
M. Pierre Antonelle en feroit le Stadhouder. »
D'après tout ceci , Monfieur , nous foupçonnericz-
vous d'être entachés d'un vernis d'ariltocratie
? En ce cas vous feriez injuſte , cat
nous avons prouvé & démontré , dans toutes les
circonftances , que nous aimons la Conftitution
même avec les défauts ; mais nous ne vous diffimulcrons
pas que nous aimons auffi beaucoup
notre Sainte Religion , notre bon Roi , & nous
nous en glorifions .
сс
ג כ
Arles , le 30 Septembre 1791.
Les Citoyens de la Ville d'Arles , compofant
la Société de la CHIFFON E.
A la demande d'un de ncs Abonnés , nous
publions la Note fuivante qu'il nous a fait
parvenir , & qui dévoileroit une étrange
découverte , fil'accufation qu'elle renferme,
( 285 )
& dont nous ignorons les preuves , eft bien
fondée.
Le 4 Octobre 1791 .
La Diète de Ratisbonne eft trahie par fon
Secrétaire : il rend compte aux Amis de la Conf
titution de Strasbourg , de tout ce qu'elle délibère
relativement aux affaires de France . »
ce Ce Secrétaire eft né en Alface , où il a des
parens . »
« Il exifte parmi les Emigrés des traîtres ftipendiés
par la Société de Strasbourg , & ils correfpondent
avec un Officier général. ככ‹‹
« La Propagande d'Alface eft toujours dans la
plus grande activité chez les Allemands . Lors de
la dernière fête donnée à Strasbourg , il y avoit
plus de 4 mille Etrangers : tous ont été regalés ,
& les Chefs excités à crier Vive la Nation. »
Vous favez fans doute que la lettre des
Princes a été placardée à Strasbourg en Allemand
& en François , avec des notes épigrammatiques.
»
cc
Nous ne favons quel fond on doit faire
fur ces différentes nouvelles : ceux qui les
donnent & ceux qu'elles impliquent s'emprefferont
de les juftifier , ou de les démentir.
Les violences commifes au Collège des Lombards
, & dont nous avons rendu compte , fe
répétèrent huit jours après au Séminaire des Irlandois.
Plufieurs femmes reçurent des outrages
atroces : Dimanche dernier on a protégé le fervice
des Irlandois par un détachement de Cavalerie ;
Le Département de Paris a fait publier un arrêté .
( 286 ).
Pendant que ces infâmes horreurs s'exécutent ,fe renouvellent
à Paris , & que par le fait , les Cacholiques
Romains font privés de l'exercice de leur
Culte , la Municipalité affifte en pompe au fervice
des Proteftans , & lui donne l'éclat de fa'
préfence . Une partialité fi extraordinaire accrédite
des foupçons , que la conduite des Proteftans
du Midi, & leur intimité avec les Promoteurs
en Chefs des Révolutions , ont fait naître depuis
long- temps. Montefquieu a dit vrai : l'efprit du Preteſtantiſme
eftcelui de la République. Les Proteftans
y onttendu par-tout où le Monarque n'apas été
de leur Religion . Maintenant ils font réunis aux Prêtres Conftitutionnels
dans les Provinces Méridionales
, pour opprimer les Catholiques Ro- mains , & leur enlever le droit d'exercer leur
Culte . Il vient de s'élever de nouveaux troubles
à Montpellier un Député de cette ville en a
fait un rapport très - partial à l'Aſſemblée : voici
ce que dit à ce fujet l'Auteur du Journal Général
de France , très -bien inftruit des défordres
du Languedoc . t
ce Mettons nos Lecteurs au fait des intrigues
que les proteftans du Département de l'Héraut
mettent en ufage , pour y faire naître les diffenfions
. Après y avoir formé , fous la facrilége dénomination
de pouvoir exécutif, une horde de brigands
, qui ont chaffé de ces contrées , à coups
de nerfs de boeufs , tous les malheureux Prêtres
non- conformistes , ils ont perfécuté , ils ont profcrit
tous les honnêtes gens de Montpellier ; les
guet- à-pens , les affaffinats , s'y font multipliés
tous les jours. לכ
« Les Membres du Département , épouvantés,
prirent un arrêté , pour demander à l'Aflemblée
nationale leur tranflation dans une autre ville ; &
( 287 )
cette Municipalité , dont on propofe de faire
l'élogé dans le procès- verbal , vit , non-feulement
commettre tous ces excès , tous ces crimes , de
ſang- froid , mais fit révoquer encore l'arrêté du
Département , ou obtint du moins qu'il feroit
fufpendu .
ככ
>
« Les honnêtes gens , indignés de fe voir affaffiner
dans leurs propres maifons , fe coalisèrent
s'oppo èrent aux fcélérats , & les firent rentrer
dans le devoir. L'injuftice , à la fin , produit l'indépendance.
La Municipalité , qui étoit restée
jufqu'alors dans l'apathie , prit des arrêtés ; &
bien loin de faire punir les fcélérats qui , depuis
plufieurs mois , commettoient des excès fans nombre
, elle fit empriſonner ceux qui oppofoient la
réfiftance à l'oppreffion . "
>
cc De-là toute la fermentation ; de- là toutes les
haines . Les Prêtres non - conformiftes n'ont donc
pas été les moteurs ; ils ont feulement été les
victimes. »
« Mais quel eft l'honorable Membre qui les
inculpe ? C'est ce même M. Cambon , qui étoit
Préfident du Club de Montpellier , lorsqu'il
adreffa à l'Affemblée conftituante la régicide
adreffe , dans laquelle , après lui avoir demandé
de faire de la France une République , il
ajoutoit : »
« Nous ne vous dirons rien de Louis ; il eft
avili , & nous le méprifons trop pour le hair ou
le craindre. Nous remettons aux Juges la hache
de la vengeance , & nous nous bornons à vous
demander que le François n'ait plus déſormais
d'autre Roi que lui- même. »
« M. Cambon figna cette adreffe ; & c'eſt
dans ce même Club , dont il étoit alors Préfident
, qu'on a fait , il y a quelques jours a
( 288 )
la motion de maflacrer les aristocrates leurs
femmes & leurs enfans , fi les étrangers faifoient
une invafion en France . Ne feroit- il pas bien
plus raisonnable , bien plus naturel , d'attribuer
tous ces troubles à de femblables factieux , plu-
τότ d'en accufer des Prêtres errans & dif
que
perlés ? »
·
Valade , fils aîné , Imprimeur-Libraire , rue
Plâtrière , n°.. 12 , vend la Collection des Opinions
de M. Malouet , en 2 vol . in - 8 °. Cc
Recueil , compofé au milleu des fureurs , des
crimes , des égaremens d'efprit qui n'ont que
trop fignalé cette Révolution , reflemble à une
Ifle où la raifon s'eft réfugiée durant la tempête.
Il eft peut-être le plus fingulier mo
nument du temps actuel , & il affurera à
fon Auteur une gloire plus durable , que
les Cenotaphes de Sainte Geneviève. On
peut mettre cette . Collection dans le nombre
infiniment petit de nos Livres claffiques fut
l'hiſtoire de la Révolution , au milieu de laquelle
M. Malouet eft refté ſur fa ligne d'indépendance
& de modération. En rapprochant les Cahiers
du Tiers - Etat d'Auvergne qu'il avoit rédigés ,
de fes dernières Opinions , on verra qu'il eſt
forti de l'Affemblée tel qu'il y étoit entré .
Les Numéros fortis au tirage de la Lote
rie Royale de France , du 17 Octobre, font:
80 , 61 , 13 , 28 , 14.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 29 OCTOBRE 1791 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
REGRET S
D'UN Aristocrate fur la deftruction des
Moines , &c. .
SIECLE de douleur & de crife ,
Siecle de réprouvés , où malgré Trente & Pife ,
-
Où malgré nos pieux efforts ,
J'aurai vu piller les tréfors
2
De notre mere fainte Eglife !
Hélas donc adieu je vous dis ,
Palais qu'on nommait Monafteres ;
Adieu , mes bons Révérends Peres ,
Abbés , Prieurs , Moines blancs , Moines gris .
Adieu , tous mes plus chers amis ,
Enfans du Ciel & de la joie ,
No. 44. 29 Octobre 1791 .
#58
MERCURE
Et dont les rentes font la proie
De Municipes mal - appris !
Hélas ! des plus fameufes côtes
Nous ne boirons plus les bons vins ;
Plus de foupers à la Salle des Hôtes ,
Et plus de plaifirs clandeftins.
Vous fouvient-il de nos douces folies ,
Lorfque les Novices couchés ,
Et que tous les Valets chaffés ,
La niece du Prieur , & trois de fes amies ,
D'un minois fripon & joli ,
Nous tenaient tête au Reverfi ,
Au Pharaon , à la Bouillotte ,
Ou bien à d'autres jeux plus doux :
Hélas ! vous en fouvenez- vous ?
Le lendemain , quand d'une ame dévote ,
Vous alliez de trop bon matin
Pour remercier Dieu , marmotter des prieres
Dans un affez mauvais latin ,
Qu'entre nous vous n'entendiez gueres ,
J'allais voir ces Dames au lit ;
De leur fatigue & de leur nuit ,
Je leur demandais des nouvelles.
Et puis vous reveniez , & puis le chocolat ;
Il était , s'entend , pour les Belles ;
Pour nous , bon vin , jambon ou cervelat.
Obrave troupeau d'Epicure !
Suppôts de la fainte Sion !
DE FRANCÉ.
159
Depuis votre méfaventure ,
Tout n'eft pour moi qu'affliction.
Que vont devenir , les familles
Dont yous étiez reftaurateurs ?
Les Dévotes , les vieilles filles ,
Dont vous étiez les Directeurs ?
Et cette troupe paraſite ,'
Buveurs , ou Joueurs de Brelan ,
Qui venait vous faire viſite
A tout le moins une fois l'an ?
Et l'efcadron de Femelles jolies ,
Efcorté de galans Héros ,
Qui galopaient , à travers nos prairies ,
Des Monaftercs aux châteaux ,
Et des châteaux aux Abbayes ?
O le bon temps du Régive ancien !
Bon temps de l'Ariftocratie !
Où l'on menait joyeuſe vie ,
Le tout fans qu'il en coûtât rien..
Le Peuple , il eft bien vrai , fe plaignait de la
Taille ,
Des Dixmes , des Commis : ma foi , vaille que
vaille ,
On vous daubait fur la canaille ;
Mais l'honnête homme vivait bien.
Et vous fur-tout , je vous regrette ,'
Doux afiles de la pudeur ,
I A
160 MERCURE
1
E : des époufes du Seigneur ;
Gertille Chanoineffe , & toi , blanche Nonette ;
Dua vif & tranquille bonheur
Vous faviez enivrer nos anies ,
En mélant aux céleftes flammes
Quelque peu de mondaine ardeur.
Je regrette l'habit de Choeur ,
Et du fin voile & de la guimpe
L'effet & piquant & fi deux ,
Et vos grilles , & vos vetroux ,
Et les hauts murs qu'il faut qu'un Amant grimpe
Lors d'un périlleux rendez- vous.
Quel charme , irritantes barrieres ,
On éprouvait à vous franchir !
Et que l'on trouvait de plaifir
A l'air revêche des Touri res !
mes Soeurs , maudit foit le jour
Où l'on rompit votre clôture !
On ne vous rend à la Nature
Qu'en vous enlevant à l'Amour.
Soyez à préfent Démocrate ,
Républicain , des plaifirs ennemi ;
Vous voyez bien qu'en tout ceci ,
J'ai mes raifons pour être Aristocrate.
( Par un Capitaine d'Artillerie, )
DE FRANCE 165
Poëtes ont écrit en vers à des Rois ; mais
nul ne l'a fait avec ce ton d'aifance , de
liberté , d'amitié. Il eft vrai que les Rois
Poëtes font trop rares pour qu'aucun autre
que Voltaire ait pu dire à fon Héros ,
qui , au milieu de fes travaux guerriers
de fes victoires , & même de fes défaites ,
lui écrivait fouvent en vers :
En faites- vous autant , Georges , Charles , Louis
Très-refpectables Rois , d'Apollon peu chéris ?
La Maifon des Bourbons , ni les filles d'Autriche ,
N'ont jamais fait pour moi le plus court hémi
tiche.
Qu'importent leurs aïeux , leur trône , leurs exploits
?
S'ils ne font point des vers , ils ne font point mes
Rois.
Je confens qu'on foit bon , jufte , grand , magna
nime ,
t
Que Fon foit conquérant ; mais je prétends qu'on
rime.
Protecteur d'Apollon ; grand Génie & grand Roi ,
Battez-vous , écrivez , & fur-tout aimez-moi ...
Dans uneEpitre à un Militaire Provençal ,
M. Thomas , dont le nom rappelle de grands
talens , & fut tout de grandes vertus , dont
les vers peuvent quelquefois manquer d'har
monie & de douceur mais rarement de
堇S
20
166 MERCURE
penfées & d'images , après avoir retracé
le caractere des Grands Hommes dont il a
fait l'éloge , finit par cette réflexion qui eft
tout-à-fait dans fa maniere ;
と
f
De froids Cenfeurs & leurs échos ,
Calculant tout , toifant les mots ,
Dirent que ma tête échauffée ,
Dans ces éloges de Héros ,
Débitait des Contes de Fées.
Hélas ! les fublimes vertus
Sont un Roman pour la faibleffe .
Quel coeur s'éleve à la nobleffe
Des Socrates & des Titus ?
Chacun prétend à fa mefure
Rapetiffer le genre humain.
Point de Géant dans la Nature
Aux yeux étroits du Peuple nain ;
C'eft la baguette de Tarquin ,
Rabaiffant au niveau de l'herbe
Toutes les fleurs au front fuperbe
Qui dominaient dans un jardin .
2 Barthe dont l'amitié conftante
que
Thomas cut pour lui , fait peut - être moins
l'éloge que celui de Thomas , eut pourtant
des qualités eftimables ,. mais qui lui
font plus conteftées que fon talent : leRecueil
de fes Poéfies ferait agréable au Public , &
paraîtra fans doute dès qu'on fera revenu
DE FRANCE. 167
au goût des jolis vers. Son Art d'aimer
était attendu lorfqu'il mourut on trouve
ici dans un fragment de ce Poëme , une
Defcription de la Fontaine de Vauclufe, où
l'on diftingue fur-tout ce vers heureux , qu'on
pourrait mettre au bas du portrait de
Laure :
L'amour qu'elle infpira fut la feule faveur ;
& celui-ci, qui pourrait être infcrit ſous celui
de Pétrarque :
Vingt ans il fut heureux du feul bonheur d'aimer.
Parmi les Poëtes vivans qui enrichiffent
ce Recueil , on diftingue aifément M. le
Brun , & par l'élévation du genre , & par
le degré du talent. Son Ode , intitulée le
Triomphe de nos Payfages , offre une galerie
de tableaux charmans , une foule de détails
poétiques rendus d'une maniere neuve &
piquante , une heureufe audace d'expreffions ,
de grandes difficultés vaincues fans qu'il en
coûte rien , ni aux graces du ftyle , ni à
T'harmonie des vers. Telle eft (ur-tout cette
ftrophe où l'Auteur a eu l'art de peindre
trois objets , qui femblaient peu fufceptibles
des couleurs de la Poéfie , les moulins de
Montmartre , le beurre & le fromage de
Vanvres , & la porcelaine de Seves :
I 6
1.68
MERCURE
La colline qui , vers lé pôle ,.
Borne, nos fertiles marais ,
Occupe les enfans d'Eole
A broyer les dons.de Cérès ;;
Vanvres , qu'habite Galathée:,,
Sait du lait d'Io , d'Amalthée.
Epaiffir les flots écumeux ; ,
Et Seves , d'une pure argile ,
Compofe l'albâtre fragile ,,
Ou Moka nous verfe les feux..
Son Ode , intitulée les Rois , compofée
en 1783 , à l'époque de la paix , eft remarquable
par la hardieffe des idées , par l'éner
gique auftérité du ftyle , & par. l'efpece de
prophétie qui la termine. Le croiſement
des rimes y étonne d'abord un peu l'oreille.
Le dernier vers d'une ftrophe & le premier
de la fuivante font féminins , & ne riment
pas enſemble ; mais on fe fait à cette coupe
nouvelle , fur tout en s'arrêtant un peu ,
comme on doit le faire , à la fin de chaque
rophe..
Qu'à ta voix , s'écrie le Poëte en inve
quant la Vérité ,.
Qu'à ta voix friffonne & pâliffe
Ce lâche & perfide Narciffe ,
Des paflions du Maître ,. efclave fans pudeur,
Qui , de la Couronne éclipfée ,
DE FRANCE. 161
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEE mor de la Charade eft Charnu ; celui
de l'Énigme eft la Nuit ; celui du Logogriphe
eft Reverfi , où l'on trouve Revers,Reve,
Eve, Serure, Vers , Verte à boire.
CHARADE.
Pour peu que vous craigniez d'avaler mon
dernier ,
Gardez -vous à mon tout de faire mon premier.
( Par un Abonné. )
ÉNIGM E.
QUEL eft ce grand parleur , dont le rôle commode
N'exigeant point de fcns , cft fi fort à la mode ;
Et qui , fans réfléchir à rien de ce qu'on dit ,
Vous répond cependant parce qu'il réfléchit ?
( Par M. de Larroque . 】
13
162 MERCURE
1
LOGOGRIP HE.
SANS trop favoir quel était mon parrain ,
Mon nom pourtant eft tant foit peu Romain
, Sans dire au net le nombre
de mes fires
Sache , Lecteur
, qu'entre
eux je fuis l'aîné , ( Non qu'autrefois
ce nom me fût denné ) ; Lorfque
je nais , je fais naître ma mere ,
Qui tient les jours même de mes enfans. Mais voici bien autre étrange
myftere
:
Dans mes fept pieds je renferme
mon pere ;
Un dépôt cher ; ce qui manque aux Romans ;
Une liqueur ; ce qu'on devient par le ;
Du Livre faint un Ectivain fidele ;
Ce qui n'eft point ; deux villes des Nermands ;
Le nid d'un aigle ; une mailon flortante ;
Pas dangereux ; des jardins une plante ;
Une vapeur que tranfportert les vents ;
Le bord d'un fleuve ; un mois ; deux élémens ;
Terme au Trierac ; une note ; un reptile ;
Le nom qu'on donne aux chemins d'une ville ;
Un paffe -temps ; un ftupide a iu al ;
En vieux français un péché capital .
Cherche , Lecteur , dans cette pacotille ;
J'y fuis nommé par non nom de famille.
( Par M. ***. }
DE FRANCE. 16300
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ALMANACH DES MUSES , 1790 &
1791. Prix , 36 fous chaque Volume. A
Paris , chez Delalain l'aîné & fils , Libr,
rue Saint- Jacques , Nº . 240.
QUI
UELQUES Amateurs d'un Art dont on
s'occupe fort peu , & peut-être trop peu
dans ce moment , d'un Art qui ne fut jamais
plus diguement employé qu'à chanter
la Liberté , d'un Arr à qui elle peut donner
chi nous un nouvel effor , une exif
tence prefque nouvelle , s'éronnent que
dans' de Journal , confacré de tout temps
aux bons principes littéraires , il n'ait pas
été , depuis plufieurs années , queftion de
l'Almanach des Mufes. Ce qui rend cette
omiffion plus remarquable , c'eft que le
Mercure à été rédigé long- temps par un
Poëte , & que depuis il compte encore
autant de Poëtes qu'il a de Rédacteurs.
Pas un d'eux qui n'ait facrifié aux Males ,
pas un qui ait penfé à les tirer , en rendant
au moins compte de leur Almanach ,
de cette forte d'oubli où on les a laiffees,
Il faut que le moindre de tous répare
I 4
164 MERCURE
cette négligence ; il fera plus à fon aile
qu'ils ne l'auraient été en parlant de Poéhe
, il n'aura pas , comme ils l'auraient eu ,
l'air de s'occuper de fa gloire.
Au milieu des grands intérêts qui nous
abforbent depuis près de trois ans , il e
fi peu queftion de vers , il femble que l'on
en fait fi peu , qu'on a peine à fe figure
comment l'Editeur de l'Almanach desMufes,
far- tout ces. deux. dernieres années, a pu remplir
fon Recueil . C'eft pourtant ce qu'il a fait
& fans comparer ces deux Volumes avec
les précédens , fans prononcer fur le plus
ou le moins de morceaux diftingués qu'ils
contiennent , relativement aux premiers ,
i eft certain qu'il s'y en trouve un plus
grand nombre qu'on ne l'aurait imagine.
On ne les féparera point dans cet Article
deſtiné à retracer en peu de mots, non tout
se qu'ils renferment d'eftimable , mais ce
qui a paru l'être davantage. Nous nous
mettrons ainfi au courant ; & , réfolus de
ne plus paller déformais fous filence cette
Nouveauté de chaque année , nous aurons
ainfi repris, en quelque forte, l'Hiftoire de
Botre Pcéfie légere , depuis l'époque de la
Révolution.
Le Volume de 1790 offre encore une fois
trois noms illuftres qui renouvellent des regrets.
Ceux de Voltaire , de Thomas & de
Barthe,Trois morceaux deVoltaire font tirés
de fes Lettres au Roi de Prufe . Bien des
DE FRANCE.
175
années ; ce font des Vers à l'Auteur des
Voyages d'Anacharfis , une Fable de l'Aigle
& du Roffignol , & un Fragment d'un Poëme
fur les Montagnes. Tous trois font en vers
libres , & joignent à la jufteſſe , à la clarté
qui , avec d'autres qualités éminentes
regnent ordinairement dans les vers de l'Auteur
, une aifance que ne permet pas toujours
un genre de verfification plus févere.
N'en citons pour exemple que ce joli parallele
adreffé à l'Auteur d'Anacharfis :
Soit que vous rappelicz les jugemens coupables ,
Où la haine envieufe immola des Héros ;
Soit que vous m'attiriez dans ces cercles aimables
Où les Grecs au bon fens préféraient les bons mots
Je retrouve Paris ; & vos crayons finceres ,
Dans les Athéniens me peignent les Français :
Chez nous , les Anitus , comme au temps de nos
peres ,
Calomnieraient encore avec quelques fuccès ;
Et la jeune Phryné , chez nos Juges aufteres ,
Gagnerait toujours fon procès,
Ce n'est point en vers inégaux & croisés.
mais en hexamerres réguliers qu'écrit prefque
toujours M. Collin : on peut dire cependant
que c'eft en vers libres , tant la facilité de
fon ftyle en bannit la gêne & la févérité
des grands vers. Cette facilité defcend
quelquefoisjufqu'à une exceffive négligence ,
174
MERCURE
ou plutôt parmi le grand nombre de vers
négligés qu'il laiffe échapper de fa plume ,
il s'en trouve rarement d'un peu foignés , &
qui s'élevent , par les images ou par le ſtyle ,
au deffus de la fimple profe. Voltaire , dans
fes dernieres années , avait mis à la mode ce
genre expéditif ; mais ce n'eft pas en cela
qu'on doit le choifir pour modele . Peutêtre
vaudrait - il mieux , pour la gloire de
M. Collin , foigner davantage & moins
produire. Sept Pieces , dont quelques -unes
ont plus de cent vers , & dont aucune n'en
a moins de foixante, paraiffent dans ces deux
volumes avec fon nom , & feraient reconnaiffables
quand ce nom n'y ferait pas. Au
lieu de ces fept Pieces faibles , que M. Colin
eût mis le talent très - réel & très - aimable
qu'on lui connaît à faire , à étendre , à
perfectionner les Adieux à Thalie , l'Epître
à la Simplicité , les Mufes délaiffées , &
même l'Infomnie , fujets heureux pour
un Poëte ce pourraient être quatre
morceaux que tous les amis des vers aime
raient à lire ; mais l'Auteur de ces Pieces
négligées , n'a - t - il pas , en les écrivant ,
trop oublié l'Inconftant , l'Optimiste & les
Châteaux on Efpagne ?
›
Une Piece plus foignée , quoique un
ftyle coulant & facile , une Piece piquante
par le fujet & fouvent par l'expreffios ,
c'eft le Francais aux bords du Scioto , de
Mr. Andrieux , qui termine l'Almanach
DE FRANCE. 175
de 1791. La fiction en eft fimple & heureufe.
C'eft un cadre où paraiffent rapidement
les vices de l'ancien Régime , les bons
effets de la Révolution , & les ridicules
ariftocratiques . On en ferait une charmante
Comédie. L'Auteur avait promis de s'en
occuper lui- même ; nul autre ne pourrait
mieux faire, & le Public doit le fommer de
fa parole .
M. de Cubieres eft encore un de nos
Poëtes dont l'abondance & la facilité forment
principalement le caractere, Son Dialogue
intitulé les Journaux d'à préfent , a des
détails agréables & une teinte doucement
fatirique , qui perce auffi dans fon Epître
fur le Déclin de la Poéfie. Cette derniere.
Piece offre une fingularité . L'une des
tirades les plus agréables commence par ce
vers :
Temps heureux où régnaient Louis & Pompadour !
& huit pages après , on trouve une autre
Piece anonyrae , mais qu'on fait être de
M. Gudin , & qui commence par le même
vers , mot pour mot ; toute la tirade a le
même fens dans les deux morceaux, Dans
lun , c'est ce temps où l'on fe demandait
chaque jour , quel était le nouveau chefd'oeuvre
de Voltaire ;
Où l'on courait en foule admirer au Salon
176. MERCURE
les peintures de Vanloo ; où l'on vir
l'arbre encyclopédique élever fes rameaux :
dans l'autre, c'eft ce temps où l'onfe demandait
pour nouvelle quel enfant de Melpo
mene ou de Thalie devait orner la scène d'un
chef-d'oeuvre nouveau ;
Quel Tableau paraîtrait cette année au Salon ;
où l'on courait au Théâtre profiter des
leçons de Voltaire ; où Diderot traçait
le plan de l'Encyclopédie , & c. Il n'eft pas
rare de fe rencontrer en quelque choſe dans
un fujet femblable , mais il l'eft peut - être
de fe rencontrer à ce point.
Le genre de M. de Saint- Ange eft plus
auftere. On fait à quel degré il poffede
le talent de la verfification on en trouve
ici de nouvelles preuves dans fon Epitre
à un jeune Poëte , fur l'amour de la Gloire
& le danger des Paffions , & plus encore
dans la Defcription du Palais du Soleil,
qu'il a retraduite toute entiere du fecond
Livre des Métamorphofes . Il continue courageufement
la Traduction de ce Poëme ;
il a le courage plus difficile encore , de
corriger & de refaire tout ce qu'il reconnaît
lui-même de faible ou de défectueux dans
ce qu'il a publié à un âge qui , d'ordinaire
, eft celui des difpofitions plutôt que
du talent.
Deux morceaux confidérables par Féren
DE FRANCE 169
Emprunte effrontément une vile fplendeur ,
Prix infame du caducée !
l'invoque contre les abus du pouvoir ,
contre ces Cachets tyranniques , alors dans
toute leur force , mais brifes enfim fans retour
, contre les infractions de la juſtice
contre la manie des conquêtes :
Ercins les guerres homicides !
Que le fouffle des Euménides
Ne fafle plus rugir les bronzes enflammés !
Ferme ces bouches effrayantes.
Qui lançaient le courroux des Souverains armés
Et leurs réponses foudroyantes !
Il devait un coup de pinceau aux Rois
efféminés & corrompus . Il l'a donné terrible,,
& tel que , fans qu'il ait nommé l'original ,,
dont la mémoire était alors récente , on le
reconnaît aufli- tôt dans le portrait ...
+6
Au fein des Nymphes d'Amathonte.
Voyez- les endormis fans hente ,
Sacrifier leur gloire aux lâches,voluptés ,
Et d'amour efclaves fuprêmes ,
Sur le front infolent des plus viles Beautés
Humilier leurs diadêmes...
Le Trône n'a pu les abfoudre
Ils avaient ufurpé la foudre,
170
MERCURE
Et de l'encens des Dieux enivré leur orgueil ;
Mais frappés d'une mort impure ,
Ils vont au lieu funebre où le ver du cercueil
Attend fa royale pâture.
L'Ode finit par ces deux ftrophes vrai
ment prophétiques :
Tyrans ! les Nations fommeillent ..
Ah ! jamais ils fe réveillent
Ces Peuples Souverains , détrônés par les Rois ;
Si les abus de la puiffance
Rendaient à l'homme enfin le premier de fes droits ,
La douce & fiere indépendance :
Oh ! qu'alors ma lyre fuperbe ,
Rivale des chants de Malherbe ,
Aimerait à conter nos maux évanouis !
Horace a vu les fers du Tibre :
Moi , je verrai la Seine , amante de Louis
Rouler une onde toujours libre.
Il faut le dire franchement , nous n'avons
rien dans notre Langue de plus beau que ces
cinq ou fix ftrophes. C'eft par cette hardieffe
& cette nouveauté d'expreffions & de penfées
, fans lefquelles il n'y a point de vraie
Poéfie , que M. le Brun eft principalement
diftingué . C'est par-là qu'il prêtera le plus
à la critique , lorfque fes OEuvres paraî
comme on nous le fait enfin efpé- ront ,
DE FRANCE. 171
rer ; mais c'eft auffi par - là qu'il fera le
plus aifé de le défendre , en remontant
aux vrais principes ; ou plutôt c'eſt ce qui
doit faire fon premier éloge. L'invention
eft dans la Poéfie , comme dans tous les
Arts , le vrai cachet du génie. Faire des
vers fans inventer des expreffions nouvelles
, c'eft aligner des mots d'une façon plus
ou moins fonore le vrai Poëte eft celui
qui enrichit la Langue poétique.
Le premier qui ofe appeller la porcelaine
où nous buvons le café , l'albâtre
fragile où Moka nous verfe fesfeux ; qui ,
pour défigner la guerre , fait rugir le fouffle
des Euménides dans des bronzes enflammés
qui , paraphrafant l'ultima ratio regum ,
inferit fur les canons , dit que leurs bouches
effrayantes lançaient le courroux des Souverains
armés & leurs réponses foudroyantes ;
le premier furtout qui , fous le regne
même du Defpotifme , fi loin encore du
temps où tout devait être remis à ſa place.
a dit :
Ces Peuples fouverains , détrônés par les Rois ;
& dont le ftyle en général eft marqué de
cette empreinte hardie , celui-là fans doute
eft un grand Poëte ; il a cet os magna fonaturum
qu'Horace exige , & qu'il avait
lui - même dans fes Odes . M. le Brun a
dans les fiennes d'autres défauts , & cet
372 MERCURE
efprit de création qui l'anime toujours
peut l'égarer quelquefois ; mais le plus fou
vent fes expreflions font , poétiquement
parlant, aufli juftes que nouvelles.
"
Ce n'eft pas ici le lieu de nous étendre
fur ce qui conftitue le vrai ftyle poétique ,
fujet préfque neuf dans notre Langue , &
qu'on pourrait traiter , pour ainfi dire
tout entier , en citant comme exemples de
beautés poétiques tout ce qui , dans nos
plus grands Maîtres , dans Malherbe , Corneille
, Racine , Boileau , La Fontaine , a
Le plus exercé la maligne fubtilité des critiques.
La plupart des traits qui , dans la
nouveauté de leurs Ouvrages , ont fait jeter
les hauts cris à tous les Puriftes timides ,
font précisément ceux qui enchantent tous
les Poëtes. Mais nous nous fommes déjà
involontairement trop arrêtés fur ce fujer.
Nous ne pouvons plus cirer , comme nous
l'auricns voulu , quelques fragmens d'un
grand Poëme , premis & célebre depuis
fong-temps ; nous ne pouvons plus joindre
à nos juftes éloges quelques obfervations
que nous croyons fondées , tant fur ces divers
morceaux , que fur les Odes ; & nous
regrettons toujours de ne pouvoir citer rå
ce Poëme , ni les autres OEuvres de M. le
Brun que par fragments.
On doit tous les ans chercher dans ce Re
cueil les morceaux de M. de Fontanes . On
m'en trouve que trois dans ceux de ces deux
DE FRANCE.
177
due , importans par les objets , piquans
par la maniere dont ils y font traités
intéreffans même par le nom de l'Auteur ,
diftingué depuis dans une autre carriere que
celle des Mufes , ce font une Epitre à
M. Marnefia , & un Portrait hiftorique du
Charlatanifme , par M. Cerutti . Le premier ,
écrit en 1787 , contient le tableau que préfentait
alors la France , & le germe d'espérance
que les Affemblées Provinciales , premier
fignal de la deftruction du Defpotilme &
de la réfurrection du Peuple , infpicaient
à tous les Philofophes patriotes , à tous les
hommes nés libres ou dignes de le devenir :
le fecond offre , dans un cadre heureux , la
confeffion générale du Charlatanifme , &
l'Hiftoire abrégée de fon regne chez tous
les Peuples anciens & modernes . Cette
efpece de fatire fans fiel , étincelle d'efprit
& de talent. Le ftyle en général un peu
brillanté de l'Auteur convient à merveilles
à ce portrait , qui eft tout en oppofitions
& en rapprochemens. En voici quelques
traits pris au hafard. C'eſt le Charlatanifme
qui parle.
Tantôt je marche folitaire ,
Et tantôt la foule me fait.
Je m'enveloppe du myftere ,
Et je m'environne du bruit :
Le bruit en impofe au vulgaire ,
Et le filence à l'homme inftruit ...
1.
178
MERCURE
L'efpoir offre la feule image
Dont tout mortel foit enchanté :
C'est le feul bien que l'on partage
Sans choix , fans inégalité ;
Et c'eft le feul flatteur , je gage ,
Qu'ait jamais eu la pauvreté ...
Je dicte à nos Prélats de pieux Mandemens ,
Des Difcours aux Académies :
Sans être ému , j'ai de grands mouvemens ;
Pompeufement j'orne des minuties .
J'ennoblis bien des inepties ,
J'ennoblis auffi bien des Grands ... & c .
M. Chénier , habitué aux fuccès dramatiques,
l'eft auffi au genre de ftyle poétique
qui peut fuffire au Théâtre ; mais l'Ode
exige d'autres mouvemens , d'autres images ,
une autre audace. Le Dithyrambe eft bien
plus exigeant encore. Il eft , ou plutôt il
était , pour le défordre , pour la hardieffe ,
pour l'étrangeté des figures & de l'expref-
Lion ..... ce que probablement nul Ouvrage
moderne ne pourrait être, fans paraître celui
d'un infenfé. Mais auffi pourquoi faire des
Dithyrambes , ou plutôt pourquoi nommer
Dithyrambe, ce qui n'en eft point, ce qui
ne peut en être un? Est - ce un fujer de
Dithyrambe qu'une Affemblée de Légiflateurs
? En redefcendant au titre d'Ode fur
L'Affemblée Nationale , il y a encore dans
DE FRANCE. 179
cette Piece quelques expreffions peu dignes
de la Lyre , comme Valets des Rois & des
Miniftres..... le fils du grand Pepin , &c.
mais on y trouve auffi de belles ftrophes ;
celle- ci nous a paru la meilleure. C'eſt à la
Liberté qu'elle eft adreffée.
Ton afpect réjouit le mont le plus fauvage ,
Au milieu des rochers enfante les moiffons ;
Par toi , le plus affreux rivage
Rit environné de glaçons.
L'immortelle Nature à ta voix eft foumife ;
Par toi le jour pefant qui luit fur la Tamife ,
Eclaire un Peuple heureux , actif , intelligentz
Sans toi , Divinité chérie ,
Le beau climat de l'Heſpérie ,
Sous d'opulens rayons offre un fol indigent.
>
- M. Duault a deux Pieces très-intéreffantes
; l'une intitulée le Souhait , & l'autre le
Souhait réalifé. Dans la premiere , il exprime
le défir de revoir les lieux qui l'ont vu
naître ; dans la feconde , les plaifirs dont
il a joui à fon retour . Un fentiment doux
des tableaux vrais , des images champêtres
qui prouvent le goût de la Nature & le
talent de la peindre , c'eft ce qu'on remarque
principalement dans ces deux morceaux
affez étendus , qui fervent comme de pendant
l'un à l'autre. Deux exemples trèscourts
fuffiront pour prouver le talent
180 MERCURE
defcriptif de l'Auteur. Quand pourrai - je ,
dit-il, parcourir encore avec mes premiers
amis ces vergers
Où les fruits balancés fur leur rameau ſuperbe ,
Inacceffible encore à nos bras enfantins ,
Tombaient & bondiflaient fur l'herbe ,
Bu rapide caillou fous le feuillage atteints ?
Dans l'autre Piece , parmi les objers dont
fes yeux font enchantés , il n'oublie pas
les moiffens & le riche afpect qu'elles
préfentent.
Du fragile pavot le fuperbe incarnat -
A l'azur des bluets oppofe fon éclat ;
Et dans l'or des moiffons qu'il épuife & décore ,
Parafite brillant , il s'embellit encore.
Entre les noms qui rappellent ici les
pertes récentes que la Littérature a faites ,
on ne doit pas oublier celui d'Imbert ; on
trouve encore de lui dans ces deux Volumes
des Fabliaux & quelques autres Pieces ,
où l'on reconnaît la maniere ingénieufe &
piquante.
On voudrait pouvoir citer un grand
nombre de morceaux agréables de MM. la
Harpe , Bérenger , BBooiissjjoolliinn , Carnot ,
Damas , Dourneau , Florian , Hoffman ,
Pons de Verdun , Regnier , Vigée , Berchoux
,
DE FRANCE. 181
choux, Guyetand , la Tremblaye , Selis , &c,
Mais l'efpace manque , & leurs noms
difent affez ce qu'on doit attendre de leur
talent.
Trois Mufes, dont les productions ne font
pas les moindres ornemens de ceRecueil, ont
de commun entre elles , l'efprit , la grace ,
& une aimable facilité , mais avec des
nuances qui les diftinguent. Les Fables de'
Madame la Ferandiere font pleines de
naturel , de fimplicité, & prefque toujours
d'un fens jufte & philofophique. Les vers
de Madame de Bourdie font brillans d'efprit
& d'imagination , mais fouvent un peu
maniérés. On peut fur-tout reprocher ce
défaut à une longue Piece , intitulée le Bon
Ménage , écrite d'un ftyle qui fut quelque
temps à la mode , mais qui paraît aujour
d'hui tout-à-fait inintelligible. Madame de
Bourdic a trop d'efprit pour qu'on lui pardonne
de courir ainfi après l'efprit.
On ne peut faire ce reproche à Madame
du Frenoy, C'eft fon coeur qui parle dans
fes vers , c'eft à celui de fes Lecteurs qu'elle
fe fait entendre. Le morceau plein de fentiment,
intitulé Zulma à fa Mere , celui où
elle peint le Pouvoir d'un Ament , les vers
fur le Luxembourg, Emploi de la Journée
"d'une Amante , l'Anniverſaire , refpirent tous
la fenfibilité la plus touchante , &
N°, 44. 29 Octobre 1791 ;
portent
K
182 MERCURE
l'empreinte du talent le plus aimable & le
plus vrai.
3.
L'Auteur de cet article ne pourrait , fans
affectation paffer fous filence quelques
bagatelles dont il fent la faibleſſe mieux
que perfonne. Une Ode , intitulée les Etats-
Généraux, qui parut en Avril 1789 , des
Stances fur la mort de Madame de P....
une Epitre à M. de Parny, & quelques
autres Pieces légeres , lui font regretter
qu'une main délintéreffée ne fe foit pas
chargée de cet extrait. Il n'aurait peut- être
pas reçu fans fruit les confeils du goût ,
& l'on peut quelquefois fuivre un confeil
que l'on eft hors d'état de fe donner foimême.
( G ... )
JEAN CALAS , Tragédie en cinq Actes
en vers , repréfentée pour la premiere fois
à Paris fur le Théâtre de la Nation , par
MM. les Comédiens Francais , le 18
Décembre 1790 ; précédée d'une Préface
hiflorique fur Jean Calas , & fuivie d'un
nouveau se . Acte , par J. L. Laya. Prix,
30 f. A Paris , chez Maradan & Perlet,
rue Saint - André - des - Arts Hôtel de
Château-Vieux.
TROIS Auteurs Dramatiques ont traité
ce fujet fi intéreffant , mais qui préſente
DE FRANCE. 183
des difficultés prefque égales à l'intérêt qu'il
infpire. M. Laya , dont la Piece a beaucoup
réuffi au Théâtre , & qui l'a fait
imprimer le premier , paraît avoir fenti
ces difficultés. Il en a même vaincu pluheurs
; & c'eft beaucoup dans une Piece
qu'il a faite , dit-on , très-précipitammen .
L'une des principales érait dans la trop
grande fimplicité d'action , fi on la prenait
près du dénouement ; & dans l'impoffibilité
de conferver l'unité de temps , fi l'on
donnait à cette action plus d'étendue , fi
fur- tout on voulait montrer au Spectateur
l'intérieur de la famille Calas avant le
fuicide du fils . L'Auteur a préféré les inconvéniens
attachés à ce dernier parti. Antoine
Calas ne paraît point dans le 1er.
Acte ; mais on y parle de fa mélancolie, de
fa paffion pour le jeu , & des craintes que
donne fa conduite : c'eft vers la fin de cet
Acte que fon pere & fon ami le trouvent
fufpendu à la corde fatale ; c'eft pendant
le premier entr'Acte que ce malheureux pere
eft arrêté , & jeté dans un cachot .
3
>
De- là naît une autre difficulté plus
grande que la premiere ; c'eft que le Jugement
qui conduifit Calas fur l'échafaud
prononcé par le Parlement de Touloufe
dur être & fut précédé d'une Sentence
portée par le Tribunal inférieur , & qu'ici
tout eft confondu . Un Acteur qu'on nomme
le Capitoul, fe trouve l'un des Juges ; il
K 2
184 MERCURE
préfide même le Parlement , & cet Echevin
de Touloufe ( car les Capitouls n'y étaient
pas autre chofe ) fait en même temps les
fonctions de Préfident du Siége & d'Accufateur
public. Pas un feul autre Capitoul
me l'accompagne ; & ce Tribunal , d'une
formation particuliere , n'eft compofé que
de lui , de fon Affeffeur , & de quelques
Confeillers.
L'action ainfi engagée préfentait un
troifieme écueil dans fa pente trop rapide
vers le dénouement, & dans l'impoffibilité
apparente d'en arrêter ou d'en détourner
le cours par aucun incident qui fufpendit
l'intérêt, & pût donner au Spectateur quelque
furprife , & quelques motifs d'efpérance.
M. Laya imagine un premier moyen
qui produit beaucoup d'effet au Théâtre.
Le Capitoul acharné à la perte de Calas ,
cherche à féduire fa Servante , & lui donne
une bourfe d'or , à condition qu'elle viendra
à l'Audience dépofer publiquement
contre , fon Maître. On amene cette fille
au milieu de l'interrogatoire ; elle déclare
devant tous que Calas eft innocent , que
le Capitoul a voulu la corrompre , & dépofe
la bourfe fur le bureau. Cette fcène
eft fort théâtrale ; & dans la pofition où
font tous les perfonnages , elle ne pouvait
manquer de produire une fenfation trèsvivé.
Mais que devient cette accufation fòDE
FRANCE.
185
lennelle de corruption contre le premier
Juge ? Comment le Capitoul n'est - il pas
récufé fur le champ ? Comment tous les
Confeillers reftent - ils muets témoins de
cette fcène ? Comment M. de la Salle , feul
défenfeur de l'innocence , fe borne - t - il à
vouloir que le Greffier écrive la dépofition
de cette fille : Il fe récufe lui-même , &
fort de ce repaire de l'injuftice. Comment
ne proclame-r-il pas dans toute la ville ce
qui vient de fe paffer fous fes yeux? Comment
ne fe fert - il pas des armes que ce
trait lui donne pour fauver Calas , ou du
mcins pour embarraffer les Juges, & fufpendre
le jugement ?
Il y a encore des objections à faire contre
le fecond moyen de fufpenfion employé
au 4. Acte. La Salle d'un côté , Lavaille
de l'autre , pénetrent dans la prifon
de Calas ; & pourquoi ? l'un , feulement
pour conduire fa fille auprès de lui , fignal
dont ils font convenus , fi l'Arrêt de condamnation
était porté ; tandis qu'il ferait
venu feul fi la Sentence eût été favorable)
fans qu'il foit poffible de deviner le motif
de cette convention bizarre ; l'autre , pour
propofer à Calas de s'échapper de priſon
& de fuivre avec lui une route qu'il s'eft
ouverte à prix d'or. Calas refuſe , comme
on peut le penfer ; mais de tous ces mouvemens
peu vraisemblables , il ne réfulte
rien au profit de l'intérêt de la Piece.
K
3
186
MERCURE
Il en résulte au contraire des difficultés,
& des obfcurités nouvelles . Calas était
condamné ; le vertueux la Salle le lui avait
dit pofitivement ; mais fes Tyrans ont rouvert
leur lice criminelle . La Salle a furpris
dans la nuit l'affreux fecret du Capitoul
Il mande le matin le Sénat , qui s'affemble ;
il y prend encore avec plus de chaleur la
défenfe de Calas , & accufe le Capitoul.
Mais l'Arrêt n'était - il pas porté ? Eft- ce
une révifion de cet Arrêt que la Salle a
obtenue ou voulu obtenir ? Quel fecret
avait- il appris que ne lui eût précédemment
révélé la dénonciation de la Servante ? Et
à quoi aboutit ce faible incident ? L'Af
feffeur dit un mot : il dit que ni la Salle ,
ni Lavaiffe ne doivent en être crus , parce
qu'ils font entrés la veille , au foir , clandeftinement
dans la prifon . Et tous deux
font déclarés fufpects & récufables , & l'Arrêt
eft confirmé , & le malheureux Calas,
ballotté par ces fauffes efpérances , fubit
enfin fon fort.
Tous ces efforts inutilement employés
pour mettre du mouvement , de l'action ,
& des alternatives d'efpoir & de crainte
dans un fujet qui en était peu fufceptible,
prouyent plus contre le fujet que contre
Auteur. Il s'eft encore préparé un écueil
dans le titre de Tragédie donné à fa Piece.
Ce n'eft pas que la Tragédie , telle qu'on
peut la faire maintenant , exclue les perDE
FRANCE: 187
fonnages d'une condition commune , &
qu'une Servante même n'y puiffe paraître ;
mais en defcendant jufqu'à la fimplicité ,
il ne faut pas aller plus bas , & cette fimplicité
doit toujours être revêtue d'une
certaine élégance dont ne doit jamais fe
dépouiller la Poéfie , & fur-tout la Potfie
tragique.
C'eft à quoi M. Laya ne nous paraît
pas avoir toujours pris garde . Quelquefois ,
par un défaut contraire , fes perfonnages
parlent en métaphores peu naturelles , & .
Ton ftyle a une ambition qui ne s'accorde
ni avec le caractere & la pofition des Acteurs
, ni avec la couleur générale de la
Piece. Mais fi la rapidité avec laquelle elle
a été compofée , a caufé la plus grande
partie de ces fautes , elle n'a pas empêché
Auteur d'y donner des preuves affez nombreufes
de talent , pour confirmer les eſpérances
qu'il avait déjà données .
Les difcours du vertueux la Salle font
généralement écrits avec chaleur & avec
l'éloquence de l'ame. La fcène de l'interrogatoire
& plufieurs autres font fort bien
dialoguées . On trouve fouvent des traits
de fentiment heureufement rendus , comme
dans ces quatre vers que Rofe Calas adreffe
à fon pere :
Laiffez-moi , laiſſez -moi les preffer fur mon coeur ,
Ces fers, fignes du crime, aujourd'hui , dumalheur ,
183 MERCURE
Que d'autres mains peut-être ont rendus exécrables ,
Mais fur vous à jamais facrés & refpectables.
Quelquefois l'expreffion a de l'énergie &
de la nouveauté , comme dans ce mot de
Calas :
Comme fi je pouvais de mes ans pleins d'honnent ,
Démentir ce qui refte , & fouiller mon malheur !
Il faut cependant obferver que démentir ce
qui refle dit précisément le contraire de ce
qu'il veut dire en quittant le fentier de
l'honneur , lorfqu'on y a marché , on ne
dément point le refte de les années , mais
les années qui ont précédé ce changement.
On a juftement applaudi aux repréfentations
ces quatre vers de la premiere fcène,
qui expriment une penfée méconnue dans
des fiecles barbarcs , & qu'un refle de fanatifme
aveugle femble encore aujourd'hui
perdre de vue :
L'homme juge de l'homme ! Eh ! n'a-t-il pas dû voir
Qu'il ofait de Dieu même ufurper le pouvoir?
L'Univers tombe aux pieds de fon Maître fupréme :
Le Culte eft différent , mais l'hommage eft le méme.
Il ferait malheureux qu'un jeune Poëte,
capable de faire d'auffi bons vers , & plufieurs
autres qu'on lit avec plaifir dans fa
DE FRANCE.
$9
Piece , naisit lui - même à fon talent en
compofant avec une précipitation qui exclut
prefque toujours dans les Ouvrages Dramatiques
la régularité du plan , le dévelop--
pement approfondi des caracteres , & la
perfection du ftyle.
( G ....... )
NOTICE S.
Promenades , ou Itinéraire des Jardins de
Chantilli , orné d'un Plan & de vingt Eftampes
qui en repréfentent les principales vues ; deffinées
& gravées par Merigot.
Dans fa pompe élégante , admirez Chantilli ,
De Héros en Héros , d'âge en âge embelli .
t Poëme des Jard
Se trouve à Paris , chez Defenne , Libraire , au
Palais -Royal , Numéros 1 & 2 ; Gattey , Libr.
Num. 13 & 14 Guyot , Graveur & Md. d'Ef
tampes , rue St-Jacques , N° . 9 ; & à Chantilli ,
chez M. Hédouin .
Cetre Defcription , fort exacte , contient autant
de Gravures que les Jardins de Chantilli offrent
de points de vues intéreffans ; l'exécution en ek
extrêmement foignée .
Bibliotheque de l'Homme public , ou Analyfe
raifonnée des principaux Ouvrages Français &
Etrangers , &c. Tomes VI & VII. 2e. Année .
A Paris , chez Buiſſon , Imprim - Libr. rue Hautefeuille,
No. 20.
190 . MERCURE
Cet abrégé d'Ouvrages , que les circonftances
rendent intéreffant , devient de jour en jour plus
précieux par le choix éclairé des Rédacteurs.
20c. Livraifon de l'Abrégé de l'Hiftoire Univerfelle
, en Figures deffinées. & gravées par les
premiers Artides de la Capitale ; ou Recueil d'Eftampes
repréfentant les fujets les plus frappans
de l'Hiftoire , tant facrée que profane , ancienne
& moderne ; avec des explications qui s'y rapportent
par M. Vauvilliers , de l'Académie des
Infcriptions & Belles - Lettres. Le prix du Cahier
in- 8°. eft de 4 liv. Hiftoire facrée , N° . 9,
ler. Livre des Rois. On foufcrit à Paris , chcz
Didot jeune , Imprim Libr. quai des Auguftins ;
Dufios , rue St-Victor , près la place Maubert ; &
Moutard , Imp-Lib . rue des Mathurins.
:
Cet Ouvrage , toujours auffi foigné dans toutes
fes parties , continue d'obtenir le fuccès qu'il
mérite.
GEOGRAPHIE,
3
Atlas National & général de la France , divifé
en 83 Départemens , fubdivifés en Diftricts , avec
tous les Chefs - lieux de Cantons , & les Municipalités
qu'ils renferment , en 83 Cartes , levées
géométriquement par ordre du Roi , & mifes au
jour par M. Caffini de Thury , de l'Académie
Royale des Sciences .
Cet Atlas portatif , levé avec le plus grand
foin , eft une Géographie complette de la France ,
défirée depuis long-temps ; les Cartes en font plus
T
DE FRANCE. 191
étaillées qu'aucunes de celles qui ont paru jufqu'à
préfent ; elles font enluminées , les Districts
font diftingués par diverfes couleurs ; les prinipales
Routes y font tracées , & il fe trouve
ur chaque Carte 8 à 10 lieues des environs du
Département qu'elle repréfente , ce qui remplit
a Carte dans toute fon étendue on ofe dire
He cet Ouvrage n'a befoin que d'être connu
pour obtenir les fuffrages du Public. Il eft adopté
dans les Colléges, Penfions , Maifon d'Education ,
par les Inflitutions . &
Cet Atlas , Volume in-4° . très - utile par fes
détails aux perfonnes qui voyagent , eft du prix
le 84 liv. relié ; & en petit in-4 48 liv . rel.
vec un précis méthodique & élémentaire de la
ouvelle Géographie de la France. Chacune des
33 Castes qui le compofent , fe vend féparément
oute encadrée d'une bordure de vignette agréale
, pour être mife fous verre , & peut être .
loyée de maniere à être mise en porte-feuille.
Prix, 1 liv. 4 f.
On trouve chez le même Géographe la grande
Carte de France en fix feuilles enluminées. Prix ,
14 liv. Ces fix feuilles affemblées & brochées
vec une Table indicative fur la feuille de laquelle
fe trouve chaque Département , forment
in Atlas in-folio , dont le prix eft de 24 livres.
Atlas Eccléfiaftique , divifé en 83 Départemens &
Evêchés , & en dix Arrondiffemens Métropoliains.
Broché in-folio , 20 liv. Petit Atlas , divifé
83 Départemens , en 48 Cartes , forma d'Alnanach
; relié en maroquin , 12 liv. Carte de
France, en deux grandes feuilles, avec defcription
n marge , 6 liv. Autre Carte des Poftes de France,
divifée par Départemens , en une grande feuille ,
192 MERCURE DE FRANCE.
S liv. La petite Carte générale , avec defcription ,
I liv. 1o . A Paris , chez le Sr. Defnos , Ingén-.
Geog. & Libr. du Roi de Danemarck , rue St-
Jacques , No. 254.
Il diftribue gratuitement fon Catalogue général
d'Atlas , Globes & Spheres , Itinéraires de
toute l'Europe , Plan de Paris , tant ancien que
moderne , ainfi que de la très -nombreuſe Collection
d'Almanachs en tous genres , avec Tablettes
économiques, perte & gain , & Stilet pour
écrire fur le nouveau papier dont elles font compofées.
Il fatisfait à toutes les demandes faites
par la Pofte , lorfque les lettres font affranchies.
Nouvelle Mappemonde célefte , terreftre , biftorique
& colmographique , où font les Voyages.
de Cook , Ouvrage dédié au Roi , en 4 feuilles
enluminées. 6 liv. L'Europe , l'Afie , l'Afrique ,
l'Amérique , Plan de Paris & fes environs , même
prix.
OMISSION.
Le Portrait de M. l'Abbé Maury , gravé par
M. Godefroy , que nous avons annoncé dans
notre dernier N ° , fe vend 6 liv.
REGRETS.
A
TABLE.
Charade , Enig. Log.
dimanach des Mufes.
157 Jean Calas.
1.164 Notices.
143 ]
MERCURE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
POLOGNE.
De Varfovie , le 7 Octobre 1791 .
DEPEUPOIISS que la Diète a rouvertii fes
Séances , elles n'ont reçu d'intérêt que des
attaques impuiffantes livrées à la Conftitertion
par quelques Députés mécontens
& du zèle de Sa Majefté à la défendre.
LaSéance du2 2 futentr'autres très remarquable.
A peine le Chancelier Chraptovim,
Miniftre des affaires étrangères , avoit-it
commencé le rapport promis par le Roi
aux Etats , concernant les négociations
du Miniflère pendant la prorogation de la
Diète , que le Palatin Malachowski , frère
du Maréchal de la Diète , demanda
parole : on eut de la peine à le retenir. Le
tumulte commença à gagner toute la Salle ;'
N°. 44. 29 Octobre 1791 .
N
( 290 )
enfin , le Roi appella le Palatin auprès de
lui , & parvint à le déterminer à retirer fa
demande ce Nonce fit encore plus , il
quitta la Salle. Après cette fcène , le Miniftre
reprit fon rapport ; il fit un récit
fuccinct de ce qui s'étoit paflé , tant à
Pétersbourg qu'à Siftove , & arriva enfuite
à l'objet principal , favoir ; aux négociations
avee la Cour de Drefde. Il apprit
aux Etats que cette Cour avoit remis au
Miniftre de la République deux Notes ;
T'une du 29 Août , & l'autre du 10 Septembre
; il les lut en entier. Par ces notes,
I'Electeur en difant mille chofes obligeantes
à la Nation Polonoife , décline de s'expliquer
cathégoriquement fur l'acceptation
de la Couronne , & fe borne à déclarer
qu'il prendra cette affaire en confidération
, qu'il l'examinera d'après les intérêts
refpectifs de la Pologne & de la Saxe , &
qu'il fera fur-tout les réflexions fur les
pacta conventa. Dans cette fituation des
chofes , le Miniftre propofa de faire remettre
au Miniftre de Dresde une réponſe
aux deux Notes de l'Electeur ; réponſe
par laquelle on inviteroit l'Electeur à abréger
les délais , & à entamer le plutôt pofible
des conférences. Cette propofition
adoptée par la majorité , fut le figna! d'un
nouvel orage. Les Nonces Sorkowski de
Sendoniir & Jagurski de Volhynie ,
déclarèrent que leurs Commettans ne
(( 291 )
leur avoient donné aucun pouvoir d'ar
rangement avec l'Electeur de Saxe ; que
1
leur intention étoit de s'en tenir à l'ancienne
forme d'élire leur Roi , & qu'ils en appel
doient à la Nation elle - même , fi on oſoit
y apporter quelque changement . Cette
manifeftation excita du tumulte & des
murmures; on ne s'entendit plus ; enfin',
le Roi parvint à calmer les efprits : Sa
Majefté prononça un difcours mâle &
éloquent , dans lequel Elle dit que la Conftitution
ne devoit point éprouver d'oppofitions
de cette efpèce , puifqu'elle avot
été reçue avec joie & reconnoillance dans
la plupart des Vayvodies & des Districts ,
tant du royaume que du Grand Duché.
-
134
Quoiqu'on n'en ait point parlé dans
cette Séance du 22 , on fait que l'Electeur
de Saxe demande plufieurs éclairciffemens
préalables , concernant la future Infante fa
fille. I eft encore certain qu'à Pilnitz ,
S. A. E. a déclaré au Comte Dzieducziski ,
que dans une affaire auifi importante on
ne pouvoit fe paffer du concours de la
Cour de Pétersbourg. La Note arrêtée
le 22 , fut expédiée à Drefde le furlendemain.
La République y preffe l'Electeur
de confidérer que la durée de la Diète
étant limitée , elle defire de connoître cathégoriquement
fes dernières intentions.
A
A peine la Note étoit réd gée , que
trois Nonces déposèrent au Grod lear
N 2
( 192 )
proteftation contre la délibération du 22 ,
& douze autres Norces un acte femblable
contre la nouvelle Gonftitution , en géné
ral. Le Maréchal Malachowski étant vio
temment inculpé dans la première , fes
amis fe recrièrent , le vingt -meaf
fur une attaque fi injufte. Cette plainte
fut appuyée d'une nombreufe majorité : le
Roi , dont l'expérience & le zèle du Maréchal
ont puillamment fecondé les deffeins
, prit également fa défenfe avec cha
leur. De ces efforts combinés , réſulta tine
téfolution de biffer les proteftations , pour
fervir de témoignage & de réparation au
Maréchal Malachowski : cette décifion fut
auffi- tôt exécutée.
Que l'Electeur de Saxe , ou tout autre ,
accepte cette fragile Couronne ; que l'oppofition
des Mécontens foit ou te folt
pas actuellement redoutable; que la pluralité
des Połonois aiment on n'aiment
pas la Conftitation , il ne faut pas être
pénétrant pour prévoir qu'avant peu d'années
elle occafionnera de nouvelles fetouffes.
L'inconftance du caráttère mational
, le défaut de point d'appui & de
moyens de ftabilité qu'on obferve dans ce
fyſtème de Gouvernement , redonneront
bientôt des armes auk Factions ; & tandis
qu'elles troublerom I'tatériver de Etat ,
la Politique étrangère profitera de leurs
fottifes.
( 293 )
ALLEMAGNE.
De Hambourg, le 14 Octobres
M. de Bourgoin , Miniftre Plénipotentiaire
de France auprès des Princes & Elais
de la Baffe- Saxe & des villes Anféatiques ,
renit le 3 de ce mois à notre Sénat
la nouvelle Conftitution Françoife , avee
la lettre d'acceptation de S. M. T. C. a
Aflemblée Nationale. La même notifica
tion a été répétée par M. de Bourgoin aus
Princes & Etats du Cercle de Balfe- Saxe
On defire, fans l'efpérer , que cette accepta
tion contribue à rétablir en France , le
repos , l'ordre , & la confiance.
Il est maintenant bien certain qu'aucune
Puiffance du Nord n'interviendra cotte ans
née dans les affaires de cette Monarchie
déchirée. Les fpéculations fur le Roi da
Suède doivent être renvoyées à un autre
temps , puifque les troupes deftinées à agir
au dehors , ont reçu Fordre de retourner
dans leurs quartiers refpectifs les autres
préparatifs ont été également contreman
dés ; la Cavalerie canipée à Ladugard eft
répartie le premier de ce mois pour fes
garnifons ordinaires . Cependant , on n'a
pas encore commencé à défarmer l'efcadre
de Carlferona , & celle des Ruffes à Revel
eſt toujours en activité , mais , en fuppe
ན་
N 31
( 494
fant que l'une & l'autre fuffent deftinées
à quelque fervice ultérieur ; très certainement
ce fervice eft renvoyé à une époque
indéfinie ; car la Baltique ceffe d'être praticable
pour les vaiffeaux de guerre.
On fe flatte à Petersbourg que la paix
définitive avec les Otomans éprouvera ped
de difficultés cette opinion réfute celle
des prétendues conditions , dictées par le
Prince Repnin , & dont nous avons rendu
compte la femaine dernière. Certes ; Oczakof
& fon territoire eft déjà nhe affez belle
acquifition , quoique d'artificieux Orateus
aient effayé dans le Parlement Britannique ,
d'en atténuer le facrifice. Par la poffellion
de cette place , la Ruffie devient maîtreffe
de l'embouchure du Nieper. Ce Fleuve
qui fort de la Pologne , parcourant
Ukraine , il eft hors de doute que
la
Ruffie n'affujettiffe entièrement de commerce
de cette province. La pofition d'Oc
zakof fur la rive droite du Niéper , ouvré
aux Ruffes l'entrée des poffeffions de la
Porte Ottomanne ; ainfi , en cas d'une nouvelle
guerre , la fortereffe de Bender pourra
être cernée facilement de tous les côtés. Si
la Rufie augmente fa marine fur la mer
Noire, dans la même proportion qu'elle
l'a fait depuis 6 ans ou depuis qu'elle
pofsède la Crimée , elle dominera fur le
Pont-Euxin , & fera trembler , quand elle
le voudra , Varna , Azof & Conftantinople
( 295 )
même. Voilà ce que devient Oczakof entre
les mains des Ruffes : cette place feule eft
plus importante pour eux , que ne le feroient
des provinces entières ; & cependant la
demande qu'ils en ont fafte , a paru
modérée , qu'on n'a ceffé de s'extafier fur
la générofité de l'Impératrice , qui , fans
contredit , fe connoît mieux en politique
atile que fes admirateurs.
De Berlin , le 13 Oslobre.
Le mariage du Prince héréditaire de
Naffau- Orange , fils aîné du Stadhouder ,
avec la Princeffe Wilhelmine , feconde fille
du Roi , a été béni au château , dans la
foirée du premier de ce mois. Mêmesfolemnités
qu'au mariage du Duc d'Yorck.
Le Général & Miniftre d'Etat , Comte
de Schulembourg, eft parti le 4 pour aller
vifiter les magafins de Duché de Magde
bourg & du pays d'Halberstadt : il doit
fe rendre enfuite dans le Duché de Clèves
où il n'y a point de magafins fixes. Il eft
affez naturel de préfumer que M. de Schu
lembourg prendra des mesures éventuelles
pour en établir de tels , dans le cas où les
intérêts de la Pruffe & de l'Empire l'exigeroient
l'année prochaine. Il ne fe fait
d'ailleurs , dans aucun genre quelconques
aucune difpofition militaire , pas même dé
prévoyance , dans l'étendue de la Monar
de
N 4
shie. Les valets & chevaux d'artillerie re
venus de la Pruffe ont été réellement mis
hors de fervice , quoique des Feuilles pu
bliques aient fauffement affuré le contraire ;
lles ont confondu avec ces équipages ren
voyés , l'artillerie à cheval qui refte en état
de mobilitá & qui fera transférée à
Landsberg fur la Wartaw
L'Académie des Sciences a tenu le 6 une
féance publique , à laquelle ont affifté outre
les deux Princes , fils aînés de S.M. , &
les Princes fes gendres , beaucoup de Seineurs
indigènes ou Etrangers , & le Corps
Diplomatique , au milieu duquel on a
leingué l'Envoyé de la Porte Ottomane ,
qui n'a point encore quitté cette réfidence,
En qualité de Curateur de l'Académie ,
M. le Comte de Hertzberg a fait l'ouver
ture de la féance par la lecture d'un Mémoire
hiftorique , très-inftructif & de cit
conftance , fur les Révolutions politiques,
externes , internes , & religieufes . L'illuftre
Auteur a entrepris de prouver que , les
Révolutions proprement dites ont été
moins nombreufes qu'on ne le penſe communément
, & qu'elles font à craindre feu
lement dans les Etats trop abfolus & atbitraires
, ou trop Ariftocratiques fans
empéramens .. M, le Comte de Hertzberg
ya faire imprimer cet Ouvrage , avec fes
deux Mémoires précédens fur la Nobleffe
héréditaire , afin de détruire le préjugé que
( 297 )
Je Gouvernement Prullien eft defpotique.
Cette déduction ne convertira şûrement pas
les maniaques de nos jours qui voient le
defpotifme par - tout , jufques dans les Républiques
les plus libres. Nous ferons connoître
ce Mémoire dès qu'il fera public .
Parmi les Membres Etrangers qui ont été
proclamés à cette féance , fe trouvent le
Roi de Pologne , & le Chevalier Gioeni
de la famille Napolitaine des Ducs d'Angio,
& Auteur de la Lithologie Vefuvienne.
De Vienne , le 13 Oftobre .
L'Impératrice & une partie de fa Famille
font de retour ici depuis le 4 ; mais
on n'attend l'Empereur qu'à la fin du mois :
il vifite les places de la Bohême & de la
Moravie. Avant fon départ de Prague , il
a obtenu des Etats une augmentation de
500,000 florins aux Contributions publiques
: cette fomme fera exclufivement répartie
fur les terres feigneuriales.e
29 Perfonne ici n'eft perfuadé qu'en acceptantila
Conftitution , le Roi de France ait
pu le faire & l'ait fait librement. On ne
fait pas attention , cependant , que fi ce
Prince a pu être contraint être contraint par les terreurs
aqui gouvernent fes démarches depuis deux
ans , par la certitude de perdre la Couronne
, par la crainte d'accafionner fur- lechamp
une guerre civile , à accepter ține
N S
( 298 )
•
forme de Gouvernement qu'il venoit de
déclarer inexécutable deux mois auparavant
, le pouvoir qui s'eft rendu maître
de fes actions , ne pouvoit s'étendre fur
fa volonté , ni le forcer à déclarer bonne ,
& falutaire , une Conftitution qu'il avoit
eftimée injufte , dangereufe & impraticable.
A cette objection , on répond que
la coaction exercée fur les démarches de
ce Prince , fans affujettir fa penſée intérieate
, en a affervi l'expreflion . Comme
aucune Puiffance ne peut pénétrer dans
le coeur du Roi de France , pour y vérifier
les opinions ; comme ce Prince n'a
point démenti celles que les Auteurs de
fa lettre l'ont obligé de figner , chaque
Souverain arbitrera , d'après fa convenance,
la validité de cette acceptation. M. de
Noailles a reparu en public , & l'on ne
doute pas qu'inceffamment il ne reparoiffe
à la Cour.an
Nous confirmons de nouveau que , loin
qu'on foit difpofé à faire paffer de nou-
-velles troupes vers le Rhin ou dans les
Pays - Bas , le nombre de celles qui ont
reçu des ordres eft moins confidérable
qu'on ne l'a cru. Le régiment de Gemmingen
, nommé parmi ceux qui doivent
fe rendre à Fribourg , eft déjà , depuis
long-temps , & prefqu'entier dans l'Autriche
antérieure. Un feul bataillon du
régiment de Mathefen , les Cuiraffiers
( 299 )
譬
€
•
d'Hohenzollern ont la même deftinatior,
Bender eft , à quelques Compagnies près ,
dans les Pays - Bas , où il ne marche abfolument
que trois divifions des Dragons de
Cobourg & quelques efcadrons de
Huffards.
PAYS- B A S.
De Bruxelles , le 22 Octobre 1791 .
nom-
Les Etats de Brabant ne paroiffent point
encore difpofés à fléchir : on travaille fans
doute à les amener à réfipifcence ; mais
il est encore douteux qu'on y parvienne.
S'ils perfiftent dans le refus des fubfides
& dans celui de reconnoître les cinq
Membres du Confeil de Brabant
més par l'Empereur , il faudra bien que
ce Monarque prenne enfin un parti définitif.
On lui fuppofe un plan de vigueur ,
lorfqu'il aura épuifé les voies amiables
ce plan confifte à reprendre fes droits de
conquête , dont il a fufperdu l'exercice
depuis un an , à rompre le Contrat dont
les Etats violent les conditions , & à changer
les rapports conftitutifs de l'Autorité fouveraine
avec celle des Etats. Une armée
puiffante , & dont la fidélité n'a pu être
entamée , garantit que ce projet s'exécuteroit
fans réfiftance ; mais cette armée ,
ilfaudra enfuite la rendre permanente dans
1
N 6
( 300 )
le Brabant , pour prévenir de nouvellesinfurrections
jufqu'à ce que la laffitude en
étouffe les femences . Ce dénouement
arrêté à Vienne , dit - on , préfente des
obftacles qu'une volonté ferme , qu'une
main vigoureufe furmonteroit. Le Gouvernement
Impérial paroît craindre les
extrémités , & fa politique confifte
plus à attendre le mal qu'à le préve
nir. La Convention de la Haye offrira
encore un embarras ; mais il fera poſſible
de s'en tirer par des négociations , & fur
tout par un fyftême de fermeté. Jufqu'à
préfent
préfent le Gouvernement a réuffi à divifer
les intérêts des Partis dans le Brabant , &
ceux des Provinces Belgiques ; auffi , à
l'unanimité & par acclamation , les Etats du
Hainaut viennent-ils de voter les fubfides.
.
•
L'affluence des François qui inondent le
Brabant , le Tournaifis & le Hainaut , leurs
raffemblemens militaires , leurs évolutions ,
l'annonce de leurs futures entreprifes , l'in-
Confidération qu'on reproche à nombre de
ces Emigrans , avaient déjà refroidi tes
difpofitions du Gouvernement des Pays- Bas
leur égard. Un Traité avec la France , toujours
ſubſiſtant, & à la confervation duquelle
Prince de Kaunitz porte une affection paternelle
, les nouveaux rapports fous lefque's
le Roi de France s'eft placé avec les Puiffances
de l'Europe ; enfin , le fyftême de
ménagement & da temporifations qui carac(
301 )
térife le Cabinet de Vienne , ont próbablement
déterminé les réponses fuivantes
du Miniftre Plénipotentiaire de l'Empereur
aux Agens des Emigrés dans le Brabant.
сс
Enréponse aux deux Notes de M. le Marquis
de la Queuille , renfermant l'une quatre , l'autre
cinq demandes , j'ai l'honneur de le prévenir :
1°. Que le Gouvernement ne peut condefcendre
à l'établiffement d'un dépôt de Recruteurs
François , ni à Henri- Chapelle , ni dan's
aucun autre point de la domination de l'Empereur
aux Pays- Bas , parce que cela croiſeroit la
Recine , qui fe fait pour les régimens nationaux
an fervice de Sa Majefté , qui depuis les troubles
font encore loin du complet, »
2 °. Que tout François , muni de paffe- port ,
peut traverfer les Pays- Bas fans difficulté , pour
aller cù bon lui femble ; mais que des tranfports
répétés de quinze hommes pourroient donner
lien à plus d'un inconvénients que fur tout , il
feroit impoffible de permettre qu'ils paffaflent
armés , & fous la fo me ou la dénomination de
tranfport four des régimens qui n'ont pas d'exiftence
légalement reconnue hors du royaume de
France. » I
« 3 °. Tout Ofier François peut fe rendie
dans la province de Luxembourg , & y séjourner
pour telle affaire particulière que ce paille être ,
pourvu qu'il fe légitime par les formalités ordinaires
, & qu'il ne donne pas à fes relations Pair
d'une miffion ou commiffion quelconque . 55 i
On a déjà eu l'honneur de prévenir
M. le Marquis de la Queuille , que les Soldats
François , travei fant les Etats de l'Empereur aux
Pays - Bas fans paffe- ports , feroient à confidérer
ecomme -Déferteurs , & rendus comme teks ,
( 302 )
сс
- étoient réclamés légalement , en vertu du cartel:
c'eft un principe , dont on ne peut pas
dévier. »
« 5°. J'ai déjà fait connoître à M. le Marquis
de la Queuille , qu'il ne feroit pas au pouvoir de
LL. AA. RR. de confentir à aucun raffemblement
de François Gentilshommes , Officiers , ou
autres. Je le requiers inftamment d'éviter foigneufement
tout ce qui pourroit donner cet air - là au
féjour de Meffieurs les François réfugiés , afin
que le Gouvernement ne fe trouve pas dans le
cas d'être interpellé , ou forcé par les propres
relations , à s'oppoler formellement à une chofe
qu'il ne peut pas tolérer , & qui fort entièrement
des loix de l'hofpitalité & de l'afyle , qu'il eft
jaloux d'obferver & de faire obferver. »
Note à M. le Duc d'Uzès .
« Le Gouvernement général étant informé, que
Meffieurs les Officiers François continuent à fe
réfugier en très - grand nombre dans les Pays-
Bas , qu'ils s'y raffemblent dans des villes &
bourgs de la frontière , qu'ils y font des corporations
nouvelles diftinguées par des uniformes
nouveaux , & qu'ils font des exercices & évolutions
militaires , qui , bien qu'elles ne foient pas
armées , ne laiffent pas que de produire une ſenfation
trop forte pour l'état de fermentation , où
les troubles de ces provinces ont laiffé beaucoup
de têtes, Le Miniftre Plénipotentiaire croit devoir
prévenir Meffieurs les François réfugiés , par la
voie de M. le Duc d'Uzès , à qui il a l'honneur
d'adreffer à cet effet la préfente Note :
'7
« Qu'on ne peut pas tolérer , que Meffieurs
les Officiers François fe raffemblent au bourg
d'Antoing, ni qu'ils fe réuniffent en trop grand
(( 303 )
•
3
nombre dans un même endroit , fur- tout à la
frontière. »
cc
Qu'on ne peut pas tolérer qu'ils s'exercers
en corps , même fans armes , à des évolutions
militaires , & encore moins qu'ils retiennent
quelque part que ce foit fur le territoire de Sa
Majefté , des Soldats déferteurs des troupes Françoifes
; & qu'on chargera les Officiers , commandans
les troupes de l'Empereur , de veiller à ces
objets , ainfi qu'à tout ce qui pourroit , dans la
conduite de Meffieurs les Officiers François , s'étendre
au- delà de l'Hofpitalité qu'ils ont réclamée.
On a lieu de fe perfuader qu'ils ne voudroient
pas s'écarter de ce qu'ils doivent à l'afyle
qui leur a été accordé. »
Les villes & bourgs du Roux , de Lens , de
Chièvres , de Soignies , de Braine - le- Comte ,
d'Enghien , de Leffines en Hainaut , de Nivelles,
de Vilvorde & autres en Brabant , nombre de
bourgs & villes dans la Flandre fourniffent à
Meffieurs les Officiers réfugiés des habitations
commodes , & toutes fortes de facilités à fe procurer
à bon marché les vivres , uftenfiles &
meubles nécefaires à leur féjour paffager.
Ces notes fuffifent à guider le jugement
de tout Lecteur de bonne-foi , & à faire
apprécier le degré de crédit que méritent
les extravagans Nouvelliftes , qui
abufent encore les Emigrans François par
des promeffes imaginaires de fecours
étrangers.
L
In : LA
( 304 )
FRANCE.
De Paris , le 18 Octobre.
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du lundi , 17 Ottobre.
Les fept heures de féance , de 2. રે 4 ont
été totalement employées en lectures de pétitions ,
en minutieux débats fur ces pétitions ajournées ,
à l'élection d'un nouveau préfident , & au remplacement
de trois fecrétaires , qui ne s'achèvera
que demain . Comme ces diverfes adreffes font
deftinées à fe reproduire , un jour , dans le rappost
que devront en faire les comités competens
, il fuffira d'indiquer ici l'objet des principales
, pour caractérifer la foite de pouvoirs
que veut exercer l'Affemblée légiflative .
e
"
M. d'Aumont , commandant de la garde nationale
Parifienne , demande en grace que les
drapeaux des régimes de troupes de ligne ,
formés de cette garde foldée , portent une tour
renversée , en mémoire de la conquête de la
* baftille... Au comité militaire.
Quelques Acadiens viennent gémir , à la
barre , de l'inexécution du décret du 17 juillet
dernier, qui les avoit réduits à la moitié des
fecours promis ; inexécution qui les laiffe dans
use horrible misère... Au comité des décrets .
Un clerc de notaire de Paris fe plaint que le
garde-du fceau expédie des provifions de notaire ,
malgré la nouvelle organifation du notariat,
fous prétexte que la loi fanétionnée n'eſt pas encore
promulguée ... Au comité des pétitions.
.
. Des citoyens de Touloufe réclament refpeci
ucufement contre un décret de réduction &
de chconfcription de Paroiffes diametralemena
oppofé à leurs voeux admis ... Au même comité,
Les Bordelois dénoncent à l'Affemblée le miniftre
de la guerre, Faccufent de laiffer leurs
gardes nationales deftinés aux frontières , man❤
quer d'armes , de gibernes , de ceinturons &
d'autres fouruimens , de ne leur avoir fait difs
tribuér que les vieux fufils du feizième régis
ment. « Veut-on , difent-ils , raminer l'audace
des puiffances étrangères , en leur perfuadans
que nous n'avons à leur oppofer que des moyens
iufoires »
M. la Croix a foutenu que le miniftre s'étoit
déja fort mai juftifié de pareilles inculpations .
Quelqu'un lui a répondu que les gardes nationales
trouveroient des armes à l'endroit où ils
doivent fe rendre ; que s'ils alloient à Valen
ciennes , il n'y avoit aucune néceffité d'expédier ,
à grands frais , des armes & des fournimens
pour Bordeaux. Cette difcuffion , courrie de cla
meurs , de huées & de verbiages , ainfi que
toutes les auties , a fini par le renvoi de la dénonciation
au futur comité militaire .
Le directoire du département de Loir & Cher
éerit que les fix cailles des diſtricts fant vides ,
que les envois de fands éprouvent de fi eruels
retards que la multiplicité des réclamations menace
de devenir funefte ; que le déficit eft de
192,625 liv , non compfes les avances faites
pour le raffemblement , l'habillement & l'équi
pement des volontaires. Un femblable déficit dans
tous les départemens excéderoit 20 millions pour
un trimestre . Plufieurs membres exigeoient que
le miniftre fit mandé fur l'heure . M. Lafont
1
( 306 )
Ladebat a dit que le directoire de la Gironde
s'étoit trouvé forcé d'emprunter 50,000 liv. à
la municipalité de Bordeaux , pour le falaire des
prêtres , au premier octobre ; que le 11 il n'avoit
encore que 41,400 liv . , au lieu de 600,000 I.
qu'il devoit pour le trimestre , ce qui fait plus
da double de ce qui manque au département
de Loir & Cher. La lettre fera communiquée
au miniftre de l'intérieur , avec ordre d'en rendre
compte demain. On verra qu'il étoit en règle ,
& que le retard vient de la trésorerie nationale
& de la caiffe de l'extraordinaire , auxquelles il
n'aura pas été difficile d'avoir ainfi des fonds
oftenfibles le 30 septembre & jours fuivans . i
2 Dés lettres du département de l'Hérault ont
annoncé que le dimanche ,,
, du courant ,
cut une infurrection à Montpellier . Un prêtre
non-jureur difoit la meffe dans une petite cha
pelle , 20 hommes & 200 femmes y affiftoient
tranquillement , les derniers l'entendoient de la
porte. Trois jeunes patriotes paffent , crient au
fcandale , à l'incivifme , le peuple accourt , on
fe provoque , on s'infulte , on fe bat , les of
fenfés font traités de fanatiques. La municipa
lité arrive , requiert les troupes de ligne , &
n'entend qu'un voeu manifefte : liberré de culte ,
ouverture de toutes les églifes . Arrêté munici
pal & proclamations conformes aux loix , l'attroupement
fe diffipe ; quelques perfonnes avoient
été bffées.
il y
MM. Goupilleau , Lequinio & d'autres vouloient
abfolument ure mefure générale ; il pleuvoit
de tout côté des accufations , fans preuves,.
contre les prètres non - affermentés , de la Vendée,
de la Haute- Loire , &c. Tumulte , cris , préalable
, décier qui la rejette . On paffe au ſcrutin
( 307 )
& de 545 voix, 302omment M. Ducaftel píéhá
dent de l'Affemblée nationales ?
A
14
1
propos de la plainte du clere de notaire
M. le garde- du- fceau a prié nos légiflateurs de
fxer l'époque de l'exécution des loix par rap
port à lui . Sera-ce quand il aura fait tout fon
poffible pour qu'elles foient publiées , ou feu
lement après leur promulgation effective ? -- Vous
devez regarder la loi comme obligatoire pour vous,
dès qu'elle eft fanctionnée , lui a répondu M
Merlin. On a diftingué les cas qui n'inté
reffent que le garde-du-fceau , des cas où d'autres
que lui font intéreffés ; on a tailonné à perte
de vue , en thèse générale , en principe , Pen
formes légales quelqu'un a dit que le principe
n'étoit pas fait. Le garde- du - fceau a développé
fon opinion , qui ne l'enchaînoit à la loi qu'au
moment où elle le tout l'empire , & il a concla
à ce que du moins les droits des pourvus de
bonne foi ( en conféquence de ces fubtilités );
fuflent réſervés . « Je m'oppose à la réſerve ,
par e que nous n'avons pas befoin de réſervation ,
parce qu'elle est de droit , a crié M. Rouillère .
On a nommé M. Vergniaud vice- préfident. La
formation des comités a terminé cette journée
légiflative , véritable audience miniferielie.
Du mardi , 18 octobre.
* I
A l'ouverture de la féance du mardi 11 , te
président ayant reproché à plufieurs membres qu'ils
arrivoient tard , une voix des galeries avoit crié :
« c'eft qu'on raccommodoit leurs culottes ». Pareille
infolence ne s'eft point répétée aujourd'hui , quoi
que M. Goffin ait renouvelé le reproche en
difant nous fommes payés par la nation ; nous
lui devons tout noue temps ; employons- le done
308 )
fructueuſemear » Mais ce joue p'a pas été plus
fructueux que les autres. Pour concilier le droi
facré des pétitions ciſeuſes ou déplacées , avec
réconomie de momens inappréciables , un memak
bre a fait adopter l'idée de ne lie qu'un extrait
des adreffes , & de n'écouter en entier , que celles
qui le mériteroient.
Un architecte offre en hommage à la légiftture
le projet d'une médaille à l'honneur du corps
conftituant & du Roi ; humeur très-visible; on
paffe brufquement à l'ordre du jour.
4
MM. de Vaublane , Hraut de Sbchelles &
Brifft die Warville , font proclamés fecrétaires
Soixante & un payfans décenus dans les Įrifons
de Périgueux , implorent le bénéfice de l'amriftie
pour les délits de la révolution. Ils furent égaria
par un patriotifme trop ardent . Des commiffaires
de directoire ont eu la cruauté de fire arrêten
sette portion la plus précieufe de l'humanité , qui
auroit dû ne trouver en eux que des amis & des
frères( n'y viffent- ils que des incendiaires & des af
Laffins ) ; l'accufateur public & le tribunal ont la
tyrannie de pourfuivre l'inftruction de la procédure
Un membre obfervoit qu'il ne fuffit pas d'expofer
pathétiquement des griefs bien ou mal
fondés , pour obtenir ce qu'on demande ; & qu'il
faut vérifier les faits. M. Chabot exigeoit que les
miniftres rendiffent compte , fut- le- champ , des
motifs pour lefquels on faifoit jouir de l'ambiltie
les aristocrates , plutôt que les patriotes . On
nè laiſſe , a-t- il dit , les patriotes en prifon , que
parce qu'on attend ure contre révolution pour les
immoler. »>
Les miniftres rendront- ils compte ? D'abord , de
quoi ? enfuite , quand ? Dans 15 jours , dans la huis
taine , dans 3
jours , demain , au moment même...
( 309 )
Autant de queftions chaudement débattues. Mais
la loi leur accorde fix Tomames, n'importe. Quatre
Coldat's font encore détenus à Blois . M. Chabot
tonne contre de miniftre de la guerte. Des fol
dats patriorts , des citoyens généreux ! ... Les
galeries & l'Alfemblée , for un bruit à ne plus
entendre que ces cris : mander les miniftres.
Que les membres qui dénoncent , foient
nommés au procès - verbal , dit un opinant
Lorage redouble. Epreuve, contre- partic inters
rompue. « On ne fe joue pas ainfi d'une augufte
Affemblée , s'écrie un oppofant ». M. Lacroix we
peut fe féfoudre à croite ce qu'il voit , que l'a
mendement foit décrété. « Nouveau vacarme. La
préalable étant invoquée , on a violemment dif
cuté fi , comment , & pourquoi de préfident eſt
l'organe de l'Affemblée . M. Coutton trouvoit te
veeu de la fignature &fon mouîf indécens & contraires
à la liberté des opinions , à l'inviolabi
fité... Les oui , oui , du côté droit , les non
non , du gauche auroient tout couvert , fi M.
Faucher cat pris la parole. Il ne conçoit pas que
des patriotes hésitent à figner des dénonciations
contre les minifties . Applaudiffemens redoublés
à droite , rumeur épouvantable à gauche. « Tout
homme qui avance un fait , infifte M. Fauchet ,
eft un lâche , on peut & doit figner. Je fais sûc
queM. Chabot fe feta un honneur d'infcrire fon
nom pour fostenir ce qu'il attefte.
M. Chabot figne , la difcuflion eft fermée &
refermée , & l'on difpute plús fort que jamais.
Enfin, il a été décrété , fauf rédaction , que le
miniftre de la guerre rendra compre demain de
la détention des quatre foldats du régiment de
Rouergue ( caprifonnés pour indifcipline & dénonciation
de leurs officiorss) ; que des descès
( 310 )
miniftres rendront compte avant le premier nd
venibre de l'exécution de l'amniſtic .
On donne audience au miniftre de l'intérieur
qui fe difculpe du retard de la remife des fonds ;
par quatre railons ; 1 ° ordonner n'eſt pas payer,
le premier eft fon devoir , l'autre celui de la tré
forerie. Il a figné des états de diftribution pour 29
millions ( 159,500 liv . ) . S'ils étoient parvenus ,
les directoires ne fe plaindroient pas. ( Mais lors
des vérifications des caiffes on n'y auroit pas
trouvé 35 millions ) ; 2 ° . les fommes expédiées ont
croifé les plaintes de retard ; 3° . ilfaut 400 fois plus
de moyens pour compofer 2,000 livres en affigiats
de cent fous , qu'en un feul allignat de
2,000 livres inadmiffible dans le paiement des
fonctionnaires ; 4° les directoires négligent de
répondre.
4
Négatives , affirmatives , bruyans débats . « Si
le miniftre n'a pas de réponſe , tant pis pour
Jui , dit un membre ɔɔ Longs éclats de rice ; les
comités futurs pourvoiront à tout , comme s'il
n'y avoit ni miniftres , ni Roi , ni Monarchie
conftitutionnelle .
Un membre propofe un plan de falle , qui
n'aura ni côté gauche ni côté droit , où le préfident
fera ifole , où l'on parlera fans demander
la parole au président , fuj tien qui , felon lui,
donne un air d'écolier... On lit le règlement de
police , on l'approuve , son fe retire. -
Du mercredi , 19 octobre.
L'Aſſemblée eft , pour infi dire , ſubmergée
d'un torrent de pétitions .
M. l'abbé A gier annonce la folution de cer
tain grand problème qui ati effe la France &
l'humanité toute entière , probèmè inconnu aux
( 311 )
peuples anciens & modernes . Il s'agit de légis
lation . Ce modefte programme eft renvoyé aut
comité de législation.
Les citoyens de Libourne ne feront heureux
que lorfqu'une colonne fera élevée , à 150 licues
de chez eux , fur la place de la Baftille , à la gloire
de l'Affemblée conftituante; au comité de pétitionss
Trois mille Lyonnois demandent que les troupes
de ligne ne foient plus en garnifon dans leur
ville ; au comité militaire.
се
Des fociétés d'amis de la conftitution affurent
le corps législatif « de toute l'étendue de leur
confiance & de leur refpect pour les loix qui
émaneront de fon autorité. » On objecte le décret
qui interdit à ces fociétés toute adreife collective ;
mais M. Audrein penfe qu'il feroit bon que tout
les François compofaffent ces fociétés , & don
maffent ainfi des témoignages de confiance & de
refpect... Mention honorable.
Une dépuration des artiftes non-académiciens ,
dont les chefs-d'oeuvie font exposés au fallon du
Louvre , vient propofer , fous le nom d'explica
tion , des corrections au décret portant que les
técompenfes destinées à l'encouragement des arts ,
feront réparties d'ap ès le réglement de l'acadé
mie de peinture & de fculpture , concurremment
avec deux membres de l'académie des ſciences ,
deux membres de l'académie des belles -lettres ,
& 20 artiftes choifis par ceux qui ne font pas
académiciens , &c.
M. Vergniaud , vice - préfident , a répondu aux
députés . La Gière , l'Italie , Rome & les cendres
des C'or , l'out beureufement conduit à l'artifte
qui , le coeur palpitant des beaux mouyemens
de la révolution , avec un citeau créa
teur ou un pinceau magique , repieduira les
>
( 312 )
événemens de cette merveilleule époque , & les
grands-hommes qui l'amenèrent » ; il leur a bien
dit que la barrière qui les fépare de l'académie,
ne les fépare point de l'immortalité ; mais il ne
leur a pas indiqué le riche amateur qui paiera
leurs ouvrages. En attendant , ils ont reçu les
honneurs de la féance, & le temps s'écoule.
Sur leur pétition , appuyée par M. Quatrernère
qui s'eft élevé contre la féodalité académique ,
à la fuite de débats auffi longs que s'il le fut
agi dú falut de l'empire , on a décrété d'abord
l'urgence , & que la diftribution des prix form
différée, & l'expofition prolongée jufqu'au tap
port du comité d'inſtruction.
M. Dufaulx a prononcé un difcours à la barre,
pour faire hommage aux légiflatears , de lón ou
vrage intitulé de la paffion du jeu depuis les
temps anciens jufqu'à nos jours . On l'a renvoré
au comité de légiflation , I cft fort à defiree
qu'on y puiſe & la ferme réſolution & tes moyens
d'arrêter un féau prêt à dévorer les derniers déớc
bris de la mifère publique.
Plufieurs fous-officiers & cavaliers du régiment
Dauphin font introduits , & leur orateur ſe plaint,
en ftyle civique , de ce qu'on les a congédiés
en haine du tuban national qu'ils portoient à
la boutonnière. A les en breite , ihy a dáns tes
corps , un nombre de fous -officiers & de fotdaes
qui profeflent les fentimens des plus contraires à
la conftitution ; qui perfécutent les patriotes , &c
fe nommem la fociété joyeuſe, L'umque tort des
plaignans eft leur rendre aurachemont pour
conftitution , & als me peuvent attendre u
juftice éclatante que de la puiffance de l'Affeinblée
nationale ( & non du chcf}{[uprême »#€
L'armée )
Lẹ
( 313 )
Le vice- préfident leur a déféré les honneurs
de la féance . Quelqu'un a obfervé qu'ils n'étoient
pas juftifiés ; M. la Croix a demandé que ce
membre fût rappellé à l'ordre , & des applaudiffemens
ont accompagné ces patriotes aux places
honorables qu'on leur indiquoit. Alors le combat
s'eft engagé . Au comité , au pouvoir exécutif
au miniftre de la guerre.. Ce nom là feul
effraye mon patriotifme , s'eft écrié un membre »;
& la falle a retenti de battemens de mains. Les
réclamations en faveur de foldats victimes de
leur civiſme , fe multiplient à l'infiei . Tout eft
renvoyé au comité militaire .
·
Organe d'une fociété d'artiſtes , réunis fous le
nom de point central des arts & métiers , M.›
Deffaudray , penfiounaire de la révolution , a
débité , a la barre , un long difcours que le
plaifir n'a pas abrégé. Il a eu l'impolitique franchife
de parler de fanéantiflement prefque total
des arts & du commerce ; de la néceffité d'inftruire
le peuple de fes devoirs , de fes befoins
comme de les droits ; de lui apprendre que
l'exercice de fouveraineté ne le nourrira pas fans
travail bien payé ; que la meilleure conftitution
eft celle qui affure des jouiffances tranquilles , des
confommateurs aux fruits de l'induftrie , l'abondance
du numéraire , l'accroifiement de la popu
lation ; il a dit que la ville de Tours , qui comptoit
, il y a so ans , 75,000 habitans heureux
n'en contient aujourd'hui que 17000 , dont 8,000
font infcrits pour des fecours de charité.
L'impatience éclatoit de toute part. On a
Tommé l'orateur de fe renfermer dans l'objet de
La pétition . « C'eft , a - t- il poursuivi , au tri
bunal de fon bien -être qu'un peuple libre juge
bientôt , en dernier reffort , les nouvelles inft
N°, 44. 29 Octobre 1791 , 0 %
( 314 )
tutions qui lui font données. Il ne s'agit pas de
lui prom.ttre , il faut lui affurer le bonheur...
Vos prédéccflcurs ont tour attaqué , tout détruit...
ils fe font chargés de toutes les hines ……. ils vous
ont délégué nos tocars & notre reconnoitlance …… »
M. Mayerne s'eft élevé contre la corporation du
point central ; M. Girardin & l'Affemblée y oat
oppofé la loi faite & l'ordre du jour.
ככ
Les Dames de la halle ont été admiſes à faire
leur compliment . Celle qui pertoit la parole a
fini par dire « Cette patiie reconnoitſante verfera
jufqu'à la dernière goutte de fon fang pour
la confervation de vos précieux jours & de fa
liberté, » On a vivement applaudi à l'abſurdíté
d'une patrie qui meurt pour être libre . Le viceprésident
les a pompeufement entretenues d'éner
gie , de pertes individuelles , de préjugés barbares ,
de vraie nobleffe & de folide gloire , & d'apathie
honteuse , & leur a accordé les honneurs de la
féance. Le tout fera imprimé aux frais de la
nation .
Dans le département de Mayenne & Loire , un
eccléfiafti que s'eft marié , & les adminiftrateurs
lui out continué le traitement qui lui eft dévolu
en La qualité d'ex- bénéficier , pour en encourager
d'autres à l'imiter . Ils demandent que l'Affenblée
interprête en faveur de leur décifion , les
décrets relatifs au mariage . confidéré comme
contrat civil , aux voeux méconnus par la loi ,
aux chanoineffes qui ne perdent rien à ſe marier.
L'intention de l'Affemblée , a- t - on dit , ne
fut jamais de vouer une claffe de citoyens au
célibat , à un état que la nature réprouve . M.
de Launay qui raifonnoit ainsi , oublioit que
toute loi civile , qui autorife & légitime un parjule
à des fermens notoires > eft immorale &
( 315 )
feardalenfe ; que l'élément radical de la foi eft
Phonnête , & non la volonté , qui n'eft que l'effence
du defporifine . L'évêque conftitutionnel'
de Rennes a prétendu que l'Affemblée conftituante
n'avoit pas eu l'intention d'annuller les engage- '
mens pris avec Dieu ; des huées lui ont fermé
la bouche.
Une lettre du miniftre de la guerre a rendu
compte des ordres donnés relativement à l'amniftie
; les plaintes & ces ordres fe font croisés.
M. Chabot n'en a pas moins perfifté dans fes
inculpations ; a lu toute fa correfpondance , a
gémi fur le fort d'un foldat bouillant patrioté ,
nommé Orofmane , cc réduit à avoir tout l'univers
pour prifon , excepté la ville de Blois » d'ori
fes chefs l'ont chaffé. « Je conclus , a dit M.
Chabot , à ce que le miniftre rende compte , à
e que l'Affemblée ouvre les yeux fur l'armée
de ligne , commandée jufqu'ici par des fcélérats.
( Grands applaudiffemens des galeries . )
fcélérats font à Coblentz , a dit un autre membre
( Nouveaux tranfports ) » . On n'entend plus
que les mots confus : les miniftres à la chaîne... à la
barre... aux tribunaux ... au comité militaire ...
Débats pour la priorité , épreuve douteufe , tumulte
affreux , renvoi au comité.... Ainfi finit
ce qu'il faut appeller une féance légiſlative .
Du jeudi , 22 octobre. "
--
>
Les
Après l'annonce de diverfes adreffes dont
l'objet fe reproduira , puifqu'on les a renvoyées
au comité qu'elles concernent , l'Affemblée a
décrété , fur l'avis de M. Condorcet , que les
députés du Bas - Rhin feroient entendus . On en
efpéroit des lumières relatives aux émigrations ;
mais ils ne fe font pas préfentés : d'une cinquan
*
O 2
( 316 )
taine d'orateurs infcrits pour cette importante
difcuffion , M. Lequinio eft le premier monté à la
tribune .
« Si vos loix , a-t- il dit , portent un caractère
de vérité , de fagelle & de majefté , vous commanderez
aux nations mêmes ; votre empire ( era
celui de la raison qui doit , un jour , gouverner
tous les peuples. De cet éblouiffant ballon
oratoire , il eft defcendu aux quatre queftions :
Devez-vous arrêter les émigrations ? "Punir les
émigrans ? Comment les punir ? Y a-t-il des
précautions à prendre contre les émigrés ? Arrêter
l'émigration , ce feroit bleffer les principes de la
liberté , & l'intérêt de la patrie qui cft de fe
purger d'un fang corrompu , d'hommes perfides ,
de monftres ; d'avoir les ennemis en face & non
dans fon fein . N'attendez rien que de la génération
naiffante ; l'efprit national eft formé ; plus
il fortira de ces traîtres , plutô: fe fera la révo-
Jution de l'univers , &c .
Il a diftingué trois claffes d'émigrés , ceux qui
feat de la liberté conftitutionnelle , ceux qui
défertent leurs drapeaux , & ceux qui s'armeroient
contre la France. On ne peut arrêter les premiers
fans defpotifme . Déclarez les feconds , dont la
defertion eft poftérieure à l'amnistie , déchus des
doits de citoyens François. Quant aux troifèmes
, ne condamnez pas far de fimples pré-
Comptions ; mais dès qu'ils nous attaqueront ,
vous confiquerez leurs biens . Hârez le rempla
cement des officiers , ( un choix arbitraire &
prompt lui paroifoit préférable aux lenteurs de
T'examen décrété , ce qui étoit propofer de violer
la conftitution & d'achever de gâter l'armée ) ;
& que des coumilaires pris parmi nous aillent
visiter les frontières & vous en faffent le rapport.
M. Demoniste diftinguant l'exportation , ou
( 317 )
cc
inl'émigration
des chofes de celle des perfonnes ,
a jugé les loix contre la feconde , irutiles ,
jultes & funeftes : La haine & la douleur ,
a-t-il dir ont des ailes . La fuite des nobles eft
comme une tranfpiration de la terre de la liberté .
Plus il paffera de nobles dans l'étranger , plutôt
ils s'affameront, »
Après avoir épuifé ces confolantes obſervations
, l'opinant ajournant à huitaine la feconde
lecture de la loi contre les déferteurs , demandoit
au miniftre des comptes de la fituation
extérieure tous les huit jours , & defiroit un
décret prohibitif fur l'exportation des munitions
& des armes ; mais une prohibition qui ne nous
exposât pas aux repréfailles.
> Le troifième orateur , M. Baignoux a re
manié quelques idées des deux préopinans ; il a
préfenté un tableau de l'Europe , & a prié l'Affemblée
de ne pas fe déterminer avant les délais
conftitutionnels , & de rendre un décret contre
les déferteurs . f
Des dépurés de la fociété fraternelle des Jacobins
avoient à préfenter une pétition relative
à l'ordre du jour , malgré la loi fur les clubs .
Le préfident réclamoit l'attention de l'Aſſemblée
pour des pétitionnaires de Pondichery. On a
repouffé l'annonce du préfident , & ajourné les
Jacobins à famedi.
M. Frochot , exécuteur teſtamentaire de Mirabeau
que l'hiftoire exhumera , eft venu mettre
le comble aux éloges funèbres du grand- homme ,
non en rappellant les magnifiques legs que le
défunt n'auroit pas faits fans la révolution mais
en difant il eft mort infolvable. Tirant fes
preuves de l'hiftoire ancienne , le panégyrite a
beaucoup parlé des Romains , & a demandé au
Ꭴ ;
+
318 )
nom des créanciers de Mirabeau , que la nation ,
fon héritière , payât les frais de les funérailles.
Ce beau projet fera relu dans huit jours..
Oi eft rentré dans la rhétorique fur les émi
grations. M. Creftiny a vu un méchanifme fecret
& violent , un problème moral , & une maladie
politique. Il fait pofitivement que ni le nombre
ni le courage des émigrans , quand on leurferoit ,
a - t -il dit , la grace de leur en fuppofer , ne nous
empêcheront pas d'être victorieux ; mais les victoires
font auf des malheurs . Il trouve les
émigrés inexcufables de fe dérober à la protection
loyale que leur affure le bon peuple grand dins
Les pardons comme dans fes vengeances . A l'en
croire une nation a le droit de faire tout ce
que les circonftances exigent d'elle ; principe
auffi faux qu'odieux , & qui légitime les forfaits
utiles. Le machiavélifte opinant a demandé le
renouvellement du décret abrogé contre les émigrans
, la prohibition de la fortie des armes ,
une loi contre les déferteurs qui émigrent.
&
De bruyans applaudiffemens ont porté M.
Briffot à la tribune. Nous allons offrir littéralement
les traits les plus marqués de fa diatribe ,
conforme au ton , à la décence , au grand fens ,
à la véracité historique qui diftinguent le Patriote
François , journal rédigé par M. Briffat.
Il a commencé par établir que dans les loix
contre les émigrans , la marche qu'on a fuivie
étoit précisément l'inverfe de celle que la justice
& la raifon prefcrivoient de fuivre. « On s'attache
aux branches , & c'eſt le tronc qu'il faut
attaquer... Oa épargne , on alimente` du farg
françois les chef de la rébellion... A leur têre je
mets les deux fières du Roi , indigues de lui appar(
319 )
eteniei puifqu'ils fe mantrent les ennemis d'une
conftitation qu'il a juré de maintenir » ...
Le fougueux Rétheur a fait ici trois claſſes d'émigrés
3 les chefs , les fonctionnaires déferteurs ,
& les imples citovens fortis du Royaume par
scrainte ou par haine pour la révolution .
noite Vous devez haine & punition aux deux
premières olaffes , indulgence à la dernière ..
Comment pouvoient ils croire des loix fur léiplgration
bien ferienfes , orfqu'ils voyoient les grands
coupablesiéchapper aus glaive de la justice nationale?
Ce prince qui verfa fi lâchement du farg françois
aux Ebaitiories , quoique convaincu par une foute
de témoins , refpccté par un tribunal partial , &
touchant les appointemens de fa place au fein
des nations étrangères où il foulève les efprits
contre la révolution ? ... Lorsqu'ils voient ce
prince de la famille royale , qui après avoir en
glouti , dans une espace de 10 années , plus de
40 millions , obtient encore des millions , de l'Af
Lemblée nationale . ! . Et , malgré des faveurs immenfes
, promène de cours en cours fes prétentions
, follicite les fouverains d'écrafer le
peuple généreux qui pardonne à fes écarts ?...
Aurelte , la famille de Louis XVI , c'eſt - la
nation.
་ ༤།༤ ་
4
Quand Philippe II voulut éteindre l'infurrection
qui rendit Jaliberté aux Pays - Bas , il
épangna le fang des particuliers Egmond &
Hornes montèrent feuls fur l'échafaud ; Maurice
échappa ; c'étoit la tête Maurice que d'Albe ne
ceffa de Fourfuivre... Quand Jofeph II voulut
appailer da trop jufte révolte des Valaques , il
it à prix la tête d'Oria... Voilà les maximes
desi defpotes . Ja ne dis pas à un peuple libre de
fuivre en tout ces maximes fanguinaires ; mais
4
( 320 )
il faut en prendre la bafe... S'il eût exifté une
affemblée toute plébéienne , on ne parleroit plus
ici de Coblentz , ni de Worms ... Les ci- devant
Princes ont l'ame endurcie de naiffance ; trois
années d'une vie errante & mendiante , de défaites
, de confpirations avortées , ne les ont
point corrigés....... Leur dernière proteftation
ne met- elle pas le comble à leurs crimes ? ...
C'eft au- delà du Rhin qu'il faut frapper »...
fi
« Ou ces chefs effrayés rentreront enfin dans
le devoir , ou ils réſiſteront encore ; s'ils cèdent
la tourbe les Tuivra , rentrera ... S'ils réfiftent ,
yous avez le courage de déclarer crime contre la
nation tout paiement qui leur feroit fait de leur
traitement ; de confifquer leurs biens , d'ordonner
qu'on leur faffe leur procès ; ils feront bientôt
délaiffés de leurs courtifans , réduits à la misère...
Les hommes intrépides qui voulurent , dans le
fiécle dernier , affranchir l'Angleterre du defpo
tifme , parvinrent à empêcher Charles II de tra
verfer la caufe de la liberté ...Ils ordonnèrent aux
princes étrangers de chaffer de leurs états les princes
ennemis de cette liberté ; ils les menaçoient de
leur vengeance ; & le fier Louis XIV étoit forcé
d'expulfer lui même fon plus proche parent...Nos
ennemis auront le fort de Charles II.
cc Lorfque le pouvoir des Condé étoit immenfe
, & foutenu par les talens du prince qui
portoit ce nom , Mazarin eut bien le courage
de faire arêter , embastiller les Princes de Condé ,
& de Conti... Ce qu'un Prêtre aftucieux , aufli
petit dans fes vues que dans les moyens , qui n'avoit
pour lui qu'une femme aveuglée , n'a pas
craint d'exécuter ... les repréfentans d'un grand
peuple qui n'a qu'un fentiment... qui réunit à
des forces puiflantes un concert plus puiffant
1
( 321 )
encore , ne l'oferoient pas , par refpe&t pont un
prince qui à un profond dénuement de toute ef
pèce de moyens , ne joint qu'une réputation
honteuse de courtiſan , & des hauteurs ridicules !.....
Faites refpecter la conftitution par les chefs des.
rébelles , ou elle tombera par le mépris ... Le
néant eft là ; il attend ou la nobleffe ou la
conftitution , Choififfez ; ce décret va Yous
jager.
ןכ
La conftitution eſt achevée les chefs des
rebelles doivent donc auffi venir s'agenouiller
devant elle , ou être à jamais profcrits ....Tous
vos maux , toutes les calamités qui défolent la
France.... tout part du foyer de rébellion ….. dirigé
par les ci - devant princes ... Voulez-vous
que le crédit renaiffe , que le numéraire ſe montre
tant que
l'on verra quelques mutins braver la vclonté
de 25 millions d'hommes ? ... la nullité de
ces princes fera bientôt à nud »….. Ici de longues
déclamations fur les principes inviolables de la
liberté qui renferme auffi le droit facré d'aller
où l'on veut & d'emporter avec foi fes propriétés
; & contre l'inutilité des efforts de Louis
XIV pour retenir les biens des proteftans .....
« Attachons - nous à faire aimer la conftitution…………..
Les peuples libres font effentiellement
bɔns , &c. » L'orateur paffe au « bilan de fituation
vis-à - vis des puiflances étrangères .
"?
ce Vous rappellerai - je , s'eft- il écrié , la protection
ouvertement accordée par l'Empereur
dans les Pays -Bas , aux rebelles Frarçois , tandis
qu'i's faifoient arrêter un envoyé du Roi des
François ; l'exil où a langui , depuis la fameufe
lettre du Roi , votre ambaffadeur à la cour de
Vienne ; la faifie faite des biens des établiffemens
religieux François dans les Pays-Bas ; la
( 322 )
perfécution élevée à Florence contre les partifans .
de la révolution ; l'emprisonnement & la ruise
de M. Chauvet ; .... cette lettre où 1 : cour d'Efpagne
infultoit au peuple François , en qualifiant
fon Roi de fouverain , & en le menaçant de fa
vengeance ... l'arreftation de tant de Fiançois
; ... cette inquifition exercée contre les
étrangers , où Tabfurdité impolitique le difpute
à la
étrangnie ;.... l'expédition du côté des Pyrénées
co- incidente à l'époque du 21 juin ......
la déclaration au fénat de Gênes , où l'on fe
plaint de l'accueil fait au premier ambaffadeur
François qui ait déployé le caractère d'un ambaffadeur
patriote ... la penfion infultante ,
faite par le gouvernement de Naples & de Ruffic ,
à l'ex- ambaladeur François qui a préféré le rite
de fujet à celui de repréfentant d'un peuple
fibre ...... la conduite trop connue du Roi de
Sardaigne , celle de la Reine de Portugal .....
la protection affurée par un Roi que nous fou
doyions jadis , par un Roi enthoufiafte fanatique
des prérogatives royales , tourmenté de la mialadie
de la gloire , a l'Arnold François & à un
ex - miniſtre ? .... Et quelle puiflance in férieure...
n'a pas hautement témoigné fa haine pour notre
Iévolution ? »
N'avez-vous pas vu l'Etat de Berne verſer
le fang d'un François qui a parlé en homme 1.bre
à des hommes qui fe piquent de l'être ; perfcenter
avec acharnement des Suiffes , pour avoir célébré
l'époque du 14 juillet , & chanté cet air célèbre
qui effacera le Ran des Suiffes , & qui propagera
jufques dans les derniers temps l'hiftcire
de la révolution Françoife ; ....... défendre aux
troupes Suifies qui font à notre folde , de recevoir
leur paie en monnoie patriotique , en affigoats
?..... Jufqu'à ce gouvernement de Venife,
X 323 J
·
qui n'eft qu'une.comedie ! fon amiral Emo n'at-
i' pas outragé le pavillon national Jufqu'à ces
petits princes d'Allemagne , ... dort Tinfolence
n'eût pas été impunic , fi le rpiniftère des affaires
Etrangères cut été dirigé par des hommes profondément
attachés à la révolution . N'ont ils
pas prêté une hofpitalité condamnable à des rebelles
2 ... Jufqu'à Genève , cet ' atôme de république
; l'ariftocrati : qui la dé honore n'a - t - elle
pas fait later fa : haine contre une conftitution
qui affure à la dette de Genève, une bafe plus
Tolide que les bafes fanguinaires du defpotifme ? ...
Enfin , jufqu'à l'évêque de Liège , …… .. ce prêtre
farguinaire n'a - t -il pas cu finiolence de refafer
un envoyé François , fous le prétexte qu'il appartehoit
à une fociété célèbre dans les faftes de
la révolution ? » ….. ( M. Briffot ne ménage que
l'Angleterre qui , à l'entendre , chérit tendrement
notre révolution . )
сс
Suivent d'innombrables pourquoi ? eft-it vrai !
fura conduite du Roi de Suède , de Impératrice
de Rome ; far la lidifon inquie & mont
Truefe du Roi de Pruffé & de l'Empereur à
Pilnitz... Relation , a - t - il dit , que le
Roi de Prufle ne peut continuer avec Léo-
Fold , sit enten fes intérêts & s'il veut être
honnéte homme .... Et il a poursuivi :
« Vous devez vengar votre gloire ou vous
condamter à un déshonneut éternel ..
forcer les puiffances étrangères à vous donner
des explications .... vous préparer à déployer
toutes vos forces ; .... à apprendre à vos voisins
à être de bonne- foi dans leurs Hommages à votre
conflitution . Dans le cas de refus , ou d'une mediation
armée , il ne faut pas feulement vous
defendre , il faut attaquer vous -mêmes : L'Em-
ཡིན
D
06
·( 324)
pereur a befoin de la paix en jouant le guerrier;
les tréfors de la Ruffie font épuisés , & l'on ne
triomphe pas d'un peuple libre à cette diftance...
Que de calamités la France fe feroit épargnée ,
fi fon minifière patriote n'avoit envoyé dans
l'étranger que des hommes profondément révolu
tionnaires , que des Sydney ! ... Mais la diplomatie
fe purifiera ». En attendant , tels font les
grands moyens que M. Briffot propofe de décréter :
Art. I. Dans un mois , à partir de la notification
de ce décret , tous les François fonctiornaires
publics émigrés en pays étrangers , feront
tenus de rentrer dans le royaume . »
-
ce II. Après ce délai , tous les fonctionnaires
publics qui ne feront pas rentrés , feront déchus
de leurs titres , places , traitemens , droits de
citoyen actif. Louis -Philippe- Jofeph Xavier,
Charles -Philippe , Louis Jofeph de Bourbon-
Bourbon , tous princes François
, feront déchus de leurs droits éventuels à
la couronne , & de tous leurs traitemens.
paiement qui leur fera fait fera regardé comme
une trahifon envers la patrie. »
Condé,
-- Tout
» III. Si les ci- deffus nommés débauchent &-
attirent vers eux des citoyens François ; s'ils
foulèvent contre la France , foit les citoyers ;
foit les puiffances étrangères , ils feront pourfuivis
criminellement par - devant la haute cour
nationale. »
« IV. Tout citoyen pourra librement fortirdu
royaume ; mais aucuns fonctionnaires publics
ne pourront en fortir fans un congé du miniftre
dans le département duquel ils font , & fous fa
reffonfabilité.
و د
« V. L'exportation des munitions de guerre,
armes , Foudie & falpêtre eft expreflément defendue
. »
( 325 )
ee VI. Quast aux puillances étrangères qui
favorifent les émigrans & les rebelles , l'Affemblée
nationale feéferve de prendre des mcfures
convenables à cet égard , après le rapport du
miniftre des affaires étrangères ; ajourné au 1 °r.
novembre prochain .
גכ
er-
De longs battemens de mains ont fait retentir
la falle. M. Briffot a facrifié aux honneurs de
l'impreffion fon expreffion de ci- devant princes ;
& au milieu d'éclatantes rifées contre les oppofaus
, & du triomphe des admirateurs
preffion a été décrétée ,
l'im-
M. Ramond a rendu fenfible l'incohérence des
principes & des conclufions de M. Briffot. L'émigration
eft licite , les déferteurs font puniffables ;
mais on n'a pas le droit de condamner les intentions.
Attendez qu'on vous attaque ; toute
autre conduite eft injufte & violente . Cependant
M. Ramond approuvoit les mefures propofées
contre les chefs ; mais il vouloit fufpendre la
difcuffion jufqu'à la diftribution de l'opinion
de M. Briffot. On lui a répondu par la préalable.
M. Dumas a réduit l'armée des émigrans à
500 hommes , fans armes , fans munition , a foutenu
que la conftitution eft inattaquable , & adit
que le moyen de vaincre eft dans l'obéiffance
aux loix & dars une contenance ferme. ... La
demande décrétée d'imprimer cette cpinion , &
l'ajournement de la reprise de la difcuflien à
famedi , ont terminé la féance .
Du vendredi , 11 octobre.
Un décret a fubftitué dans le procès - verbal
l'expreffion vraie de non - affermentis , à l'expreffion
ir conftitutionnelle de diffidens , 'M. Chabot
voulait qu'on mit : prêtres non formifies ; M.
( 326 )
de Vaublanc , prêtres fanatiques . Perfonne n'a
réclamé contre l'injuftice de la dénomination de
réfrastaires,
Au milieu de diverfes annonces de députations
ajournées , de pétitions renvoyées aux
-comités , une lettre & un mémoire de M,
Amelot ont rappellé à l'Affemblée « la néceffité
de procurer à la caifle de l'extraordinaire, les
moyens de pourvoir , tant aux Tupplémens de
liquidation , qu'aux autres dépenfes principales
qu'elle est obligée d'acquitter. M. Condorcet
a dit : « L'Affemblée conftituante a chargé d'un
côté le commiffaire liquidateur de terminer les
liquidations , de, l'autre elle s'eft refervée de
dire quelle fomme il falloit pour le fervice public
, parce que les , impôts manquoient . Ac
tuellement , qu'on a vu la mafle s'augmenter
d'une manière prodigieufe ( Eft- ce la meffe des
impôts rentrés ou celle des liquidations à
payer ? ) ; il faut examiner comment on pourra
mettre une forte d'équilibre entre l'émiffion des
affignats & les befoins publics . +
د
£
i
33
Nous corions ici des énigmes ; nous ignorans
fices Mefieurs déclarent , à mots couverts,
que la caille eſt à fc , & foll cient ou qu'on
fufpe de les liquidations promifes , ou qu'on
émette de nouveaux affignats . Trois décrets
ont rejetté la propofition d'imprimer & diftri
buer le mémoire , repouffé la notion de
nommer des commiffaires , & ordonné le renvoi
aux comités des affignats & de liquidation réunis .
La municipalité de Paris dénonce une maffe
effrayante de billets de confiance: --Des citoyennes,
anonymes de la paroifle de S. Sulpice , de Paris ,
préludent à la difcuffion mife à l'ordre du jour ,
en dénonçant des maifons particulières , oû des
( 327 )
prêtres non- affermentés adminiftrent les facremens.
Des murmures atteftent que ces milérables
& vils moyens trouvent du moins quelques
délapprobateurs . On entre en matière . Il s'agit des *
prêtres non -jurcurs .
属
M. Ljosne leur impure tous les malheurs
de la France , jufqu'au fchifine qui les dépouille,
& fait leur tourment . Il leur prodigue les épithêtes
de fourbes , de fanatiques , de perturbateurs
; ne prouve rien , n'anitule rien ; fe plaint
de leur influence prodige fe fur l'efprit public ;
ne veut pas qu'on les renvoie aux tribunaux ,
parce que « les fribunaux ont un grand vice
dans leur organisation ; ils font camp ofés de
gens de robe , pour la plupart les plus cruels,
ennemis de confitution . Aifi , felon M.
Lejosne , prêtres , fidèles , efprit public & tribanaux
dépofent contre l'opinion que la conf
titution ait l'affentiment général. L'orateur a
propofé de reléguer les prêtres non jureurs dans,
les chef - lieux des départemens . « La les lumières
des citoyens & 11 force des armes leur
en impoferont ; & qu'on défende aux meines
de paroître hors des couvens avec leurs traveftiffemens
, leurs vêtemens ridicules , vrai talifman
de fanatisme.,
MM, Davigneau & Monneror , de Nantes ,
ont parlé l'un & l'autre , mais fur tout le premier
avec un grand fens en faveur de la liberté
univerfelle des cultes , & du mépris on on
devoit laifer Is querelles des affermentés & des
non -affermentés .
Les, campagnes fanatifées , & l'axiôme que
Four que les bons foient libres , il faut que
les méhans foient enchaînés , ont induit M.
Coutard a ajouter au projet de déportation de
( 328 )
M. Lejofne , l'ordre aux prêtres parqués de le
préfenter tous les huit jours au directoire ; le
pourfuites les plus rigoureufes , & des procla
mations paroiffiales pour diffiper le fanatisme.
ce Deux grandes questions vous occupent ,
a dit M. Baert , & toutes deux font inféparables.
Laifferez- vous aux prêties non- aftermentés
le droit qu'ont les miniftres Proteftans ,'
ies Rabbins , les miniftres de tous les cultes
poffibles , de célébrer , fous la garantie de la
conftitution , les myftères quelconques de leur
religion ? Et laifferez - vous à des milliers de
François , ce droit qui leur eft auffi évidemment
garanti par la conftitution , le culte qu'ils
croient le meilleur , celui qu'ils croient le feul
bon ?... Il n'y a point de milieu : ou il faut
laiffer la liberté de confcience , ou il faut per ...
fécuter ; ont il faut oublier les prêtres , & ne
les regarder que comme de fimples citoyens ;
ou il faut renouveller la motion de Dom Gerle ,
& déclarer bien vite une religion dominante ,
c'eft- à-dire , perfécutrice ... Jufques -là ,
ne pouvez pas plus vous occuper des prêtres,
relativement à la fpiritualité , que des miniftres
Proteltans , Juifs , Mufulmans... Ce titre de
prêtre conflitutionnel , quand la lui ne
Vous
reconnoit
aucun prêtre , ce titre que fe font empreffés
de prendre les miniftres du culte falarié
, tend à lier leur caufe à celle de la conftitution
, à les faire croire établis par elle , à
vous conduire à les regarder comme miniftres
d'une religion conftitutionnelle & dominante, »
L'opinant a repréfené les prêtres renve : fant
bien 6 tontes les puiffances auxquelles ils s'attacholent
: « Gardens- nous de leur domination ,
ne retombons point dans l'enfance , après avoir
( 329 )
atteint la maturité de l'âge... Rappelons-nous
la miférable querelle du Janfénifme... Ce font
les mêmes querelles fous d'autres noms , le
même efprit lous un autre mafque... des partis.
qui veulent fe relever par la conftitution ; terraffez-
les par elle ... Vous avez juré de ne rien
coufentir qui puiffe y porter atteinte ; & c'est
à vous qu'on vient dénoncer des pay fans qui vont
à deux lieues de leur village entendre la meſſe
d'un prêtre auquel ils croient ... que les églifes
des prêtres qu'on nomme conftitutionnels font
vides ; que des prêtres qu'on s'obſtine à rommer
réfractaires , quoique je ne connoiffe aucun
prêtre réfractaire , mais des prêtres non-affer
mentés , que ces prêtres , dis-je , confeffent
communient , font de l'eau-bénite chez eux.
Eh ! qu'est- ce que cela vous fait ? ... Veut - on
Vous engager à contraindre un homme à croire
ce que vous croyez , à ne pas croire ce que
vous ne croyez pas ? Voilà cependant ces grands
rimes qu'on reproche aux prêtres non- affermentés...
qui échappent aux tribunaux parce
qu'heureuſement ils ne font pas encore des crimes
aux yeux de la loi ; & que , par un contrafte
bien fingulier , on vient, avec un zèle profond
& bien ardent dénoncer à une Affemblée qui
peut être compofée de Proteftans , de Juifs.
de Mufulmans , d'Idolâtres même , & dans laquelle
il feroit poffible qu'il n'y eût aucun Catholique
! »
•
M. Baërt a retracé les injuftices commiles
fous le prétexte du falut du peuple , a peint
le ministère bienfaifant d'un bon prêtre , a voué
à la haine publique les prêtres perfécuteurs ,
a taxé de légèreté les choix , en général , qu'on,
a faits des fonctionnaires eccléfiaftiques ; & s'en
( 330 )
remettant aux voies de la douceur , de la pèrfuafion
& au temps , il a propofé de décréter ,
1 °. que le premier travail de comité de légiflation
fût un moyen de corftarer légalement
les nailfances , les mariages : & les décès ;
2º . que dans les villes , fur la réquiſition de
trois cents habitans , on accordera ute égliſe
ou une chapelle aux pretres non-fermentés ,
pour y fuivre leur culte ; 3 ° . que celui qui
infultera un citoyen pour fon opinion , paiera
une amende qui fera du double de ſa contribution
mobiliaire ; 4 ° . qu'il n'y aura plus pour
les citoyens François d'autre ferment que le ferment
civique.
Un évêque conftitutionnel a répété qu'il s'agiffoit
de l'ordre public violé . Toute cette tolérance
lui paroiffoit hors de la question . M.
Pagnanel rappelloit aux principes un opinant
qui avoit prononcé le mot profcrit de- clergé.
M. Rougeau demandoit une adreffe au peuple
François , & qu'on accordât des églifes aux
non-jureurs , aux frais des dévôts ... Un don
de so francs pour la défenſe des frontières
a terminé cette longue féance fans qu'elle ait
produit un décret .
C Du vendredi , féance du foir.
On n'avoit deſtiné cette féance qu'à l'élection
des membres des comités ; mais on y a lu une
lettre des fieurs Tiffot & Rovère , fedifant dé
patés d'Avignon , datée de Paris , du jourmême ;
& des dépêches de la municipalité d'Avignon contenant
d'affreufes nouvelles .
.
Une affiche cominençant par ces mots : Ouvrez
Les yeux , où l'on fe plaignoit aux patrictes de
Fenlèvement de l'argenterie des églifes , de leurs
( 331 )
cloches , des effets dépofés au mont - de - piété , du
départ de plus de 18 malles de butin ; & le bruit
répandu dans le public ( difent les dépêches )
qu'une ftatue de N. D. de l'églife des Cordeliers
étoit devenue rouge & avoit pleuré de tant de
facriléges ; ces caufes & d'autres que le temps.
découvrira peut- être , ayant excité de la fermentation
parmi la multitude , le dimanche 16 ,
M. Lecuyer , fecrétaire- greffier de la commune &
membre de l'Aſſemblée des électeurs - adminiftratears-
repréfentans des états -unis du comtat & d'Avignon
, fut maffacré dans ladite églife où le tumulte
étoit tel qu'un trompète municipal ne put
s'y faire entendre du haut de la chaire .
M. Lecuyer mourut le lendemain . Pendant la
nuit , des gens armés forcèrent les prifons &
mitent 5 à 6 prifonniers en liberté. Les adminiftrateurs
& municipaux ont pris de tardives
mefures au moyen defquelles ils fe flattent d'éviter
de nouveaux malheurs. M. l'Abbé Mulot ,
médiateur , & M. Ferrière , commandant des
troupes de ligne , ont été requis de donner des fecours.
" On a renvoyé l'affaire au pouvoir
exécutif.
Du famedi , 22 octobre.
Il a d'abord été décrété que l'ordre de la parole
feroit provifoirement tiré au fort . M. Vergniad
a dit qu'en adoptant la voie du fort l'Affemblée
avoit décrété une abfurdité. Le préfi
dent la rappellé à l'ordre & lui a représenté qu'on
ne difoit point à une augufte Affemblée qu'elle
décrétoit des abfu dités . M. Vergniaud a foutenu
que le mode étoit mauvais , mais qu'on pouvoi:
changer un mole provifoire. Cet étrange
debat a fini par l'ordre du jour .
( 332 )
: Dans l'affluence d'adreffes & de pétitions ,
nous diftinguerons celle d'une femme chalér
pour la laideur , d'une paroiffe où elle defire que
la puiffance nationale la rétabliffe; l'hommage qu'a
fait à l'Affemblée M. Cartau de la déclaration
des droits miſe en vers ; les doléances de citoyens
de Pondichery qui implorent des fecours & juftice
d'emprifonnemens arbitraires ; & la harangue de
lafociétéfraternelle , très - inconftitutionnellement
admiſe à la barre , comme fociété. L'orateur a dit
que la patrie eft en danger , eft menacée du dehors
& de l'intérieur ; qu'il faut le déclarer , condamner
à la mort les déferteurs de la patrie , &
confifquer leurs biens... Les honneurs de la
féance .
M. Koch , profefleur de Strasbourg , a pris
la parole pour affurer qu'il n'y a d'armée d'émigrans
, ni a Worms , ni à Coblentz , ni dans
les Pays-Bas ; que le camp d'Ettenheim eft come
pofé de la garde que la peur a porté M. le
Cardinal de Rohan à le donner ; de foldats logés
fous des tentes , faute de cafernes , mal habillés ,
mal logés , mal payés , ayant Mirabeau le cadet
à leur tête ; que le feul moyen légal & efficace
pour déloger les émigrans de leurs retraites , feroit
d'intervenir vigoureufemeat auprès des Cerdes
du Rhin & de la Suabe ; que depuis l'ac
ceptation du Roi , tous les politiques voyent la
caufe des émigrés comme défefpérée & fans reffources...
On bat des mains avec transport .
« L'armée du cardinal de Rohan a dit M.
iche , eft de 600 hommes qui s'exercent avec
des bâtons , & à qui l'argent manque . Celle de
M. Condé eft compofée de 300 ci- devant gen-
#ilshommes & d'autant de palfreniers , qui n'ont
poiar d'armes . Ils trouveront à Landau d'eux ba(
333 )
taillons d'infanterie commandés par M. Kellermann.
Les lettres de Stockholm , de Munich , & c.
n'annoncent que des intentions pacifiques . »לכ
-M. Rougier la Bergerie fommoit les princes
émigrés de rentrer en France dans le délai d'un
mois , fons peine d'être déchus de leur droit au
trône. Il vouloit de plus que les autres émigrés
faffent tenus de déclarer s'ils font citoyens François
, de rentrer dans trois mois , fi -non déchus
de ce titre , & leurs noms affichés dans leur
département ( en guile de tables de profcription );
que les déferteurs fuffent jugés par un confeil
de guerre les fouverains interpellés fur les
raffemblemens de troupes pour cet article - ci
des ambaffadeurs , pour le refte des commiffaires
pris au fein de l'Aſſemblée .
Il n'y a pas le moindre danger , felon M.
Dubois Dubay. Nous ferons le bonheur des
émigrés , nous le ferons malgré eux. Des millions
d'hommes armés n'ont rien à redouter .
Plaignons les émigrans ; ils fe privent de la paix
& du bonheur dont nous jouiffons , jufqu'à ce
qu'ils viennent en prendre leur part . Il n'y a
pas lieu à délibérer.
La triple contribution n'offroit à M. Voifard
aucune violation de la liberté , vû la réparation
des torts & l'égalité des charges . Cependant
се
j'avoue , difoit - il , que ce moyen n'eft pas .
exactement équitable ; mais ce n'eft point aux
émigrans à s'en plaindre ; ils ont la liberté de
faire leur devoir ». Des murmures l'ayant interrompa
, M. Fauchet s'eſt écrié : « il femble .
qu'on ne veuille entendre que des endormeurs » .
Alors M. Voifard a demandé la triple impofition
; accufation & pourfuites contre les ci- devant
Condé , Conti , d'Artois , Monfieur , devant
( 334 )
la haute cour nationale , & que le procès foit
fait aux déferteurs , aux confpirateurs , &c.
M. Thurillon propofoit une proclamation
reya e , donnoit aux émigrés , jufqu'au 15 novembre
, & fur preuves d'empêchemens & ferment
de fidélité , juſqu'au 15 décembre ; mais .
i féqueftroit tout au 15 janvier pour s'affurer
du triple impôt , faute d'obéiffance ; n'employeit »
les officiers rentrés , qu'au centre de la France ,
en attendant que la confiance revînt , & faiſcit à
tous leur procès , d'après les loix nouvelles , fans
confifcations ni commilaires , moyens qu'il trai
toit d'inconftitutionnels en adoptant la triple taxe ,
ce qui ramenoit fa logique an niveau de celle
de MM. Voifard & Briffot..
Quelques légiflateurs de Metz écrivent que
l'émigration des fonctionnaires publics eft effrayante
, & envoient à l'Affemblée , un décret
tout fait dans le fens des préopinans ..
M. Aubert Dubayet entreprend auffi ſon tour
d'Europe ; it copie prefque littéralement un
article de l'avant dernier n°. de ce journal ,
pour prouver la fituation pacifique des fouverains
; en fe bornant à ajouter à ces remarques
quelques gafconnades , & quelques injures aux
puiffances. Il voit enfuite dans l'émigration ,
délire , vertige , brandons de fanatifme & rendez-
vous d'orgueil ; il exhorte l'Affemblée à fe
montrer magnanime envers les émigrés , les
Princes & les peuples ; à remplir fa tâche fuperbe
qui conftitue fes pouvoirs , en fondant le
bonheur de 25 millions de François ; ainfi , réquifition
royale auprès des puiffances , notifica
tion aux princes , délai faifonnable , toujours
l'attitude qui convient à la nation ; & nous
verrons enfuite quei autre décret il faudra faire.
( 335 )
Salon M. de Jancourt , la triple impofition
feroit une injuftice ; M. Briffot avoit parlé avec
indignation de l'idée de greffer les maximes du
defpotifme fur l'arbre de la liberté , & malgré
certe abfurde image.de maximes greffées for un
arbre , fes conclufions avoient confacié le defpotime.
Mais confervant un des articles du projet
de M. Briffot , l'opinant à conclu à l'ajournement
à un mois « pour manifefter l'attachement des
François à la perfonne du Roi , l'intérêt qu'inf
pirent fes chagrins d. mestiques , & le regret
de faire parler la loi contre fa famille » . A l'ajournement
, M. de Jaucourt a ajouté un melage
au Roi , & toutes les mefures déjà connues .
Les difcours modérés ont bien excité quelquesapplaadiffemens
; mais la queition préalable a
conftamment repouffé la motion de les imprimer.
On a ajourné la fuite de la difcuffion à mardi .
Du famedi , fiance du foir.
On a proclamé les 24 membres du comité de
l'examen des comptes , & 10 nouveaux millions
d'affignats brûlés complettant la fomme de 309
millions.
L'Affemblée a rendu enfuite deux décrets urgens
; l'un ftatue que les effiliers retirés avec
penfion , & placés dans les bataillons des gardes
nationales definés à la défenfe des frontières ,
jouiront à- la - fois de leur penfion & du traitement
attaché à ce fervice extraordinaire ; l'autre
déclate que l'Ailem biée fatisfaite de l'ouvrage
de M. Camus , intitulé : Notice des décrets , en
ordonne l'impreffion . M. Filafier a dit , à ce
fajer : « recueilons les lumières , aidons-nous
mutuellement ; c'eft en montant fur les épaules les
uns des autres que les géans efcaladèrent les cieux. »
( 336 )
Du Dimanche , 23 octobre
Chaque comité nommera un préſident & deux
fecrétaires , qui feront changés tous les mois ,
& pourront être réélus ; c'eft ce qu'on appelle
organiſer les comités.
oct
La fociété fraternelle admife la veille à la
barre , & le décret tout fait arrivé de Metz ,
aujourd'hui donné lieu à une longue difcuffion
fur le droit de pétition , au fort de laquelle un
membre a dir que , fans ce droit , le régime de
la conftitution feroit pire que l'ancien régime ,
M. Bernard , député d'Auxerre , a eu beau
repréfenter que les pétitions collectives étoient ,
illégales , & combien il étoit abfurde de donner
ainfi à des particuliers , le droit d'initiative dans
la légiflation & dans l'Affemblée . Ces plaintes
judicieufes font reftées fans effet. On eft paflé
à l'ordre du jour. De bruyans applaudiſſemens
ayant couvert ce décret , le préſident à lu la foi
qui défend tout figne d'approbation ou d'improbation
, & de plus vifs applaudiffemens ont encore
fuivi cette lecture .
Des députés de la fection de Paris dite du
Théâtre François , ont follicité la révocation du
décret qui fait des anciens gardes - Françoiles ,
des régimens de troupes de ligne ; & ils ont
demandé que ces foldats foient maintenus gardes
nationales de Paris avec 20, fols de paie. L'ora
teur a dit : « c'eſt à leurs vertus , à leur patriotisme
qu'eft due la conquête de la liberté ;
mais cet acte de verta qui à fauvé la France ,
qui lui a procuré une conftication , eft devenu ,
paarr cela même , le plus grand des crimes aux
yeux des agens du defpotifine . L'exécution du
décret
( 337 )
décret dus août dernier feroit une
tache pour
Fes citoyens de Paris . On nous reprocheroit
avec raiſon , l'ingratitude que nous aurions
montrée envers nos généreux défenſeurs , en
fouffrant qu'ils foient livrés à leurs plus crucfs
ennemis. Enfin l'exécution de ce décret compromettroit
votre fûreté & la nôtre ». La députation
a eu les honneurs de la féance , & la pétition
a été renvoyée au comité .
Quelques cratoriens du collège de Juilly font
venus fe plaindre que , pour avoir enfeigné à
leurs élevés la conftitution & la nouvelle géographie
de la France , ils ont été déplacés par
leurs fupérieurs. M. Audrein les a protégés .,
M. Fauchet a obfervé qu'il étoit important « de
s'occuper de fixer le fort des congrégations
confervées , oratoriens , fulpiciens , lazariftes ,
eudiftes ; c'est - à - dire , de les abolir », Cette
façon de fixer leur fort , a excité des éclats de rire.
Un décret a renvoyé les profeffeurs déplacés
par-devant le directoire du département , & a
erdonné qu'aucun inftituteur de congrégations
enfeignantes , ne foit deftitué que fur l'arrêté
du département & fur l'avis du diftrict . L'utile
motion de l'évêque du Calvados a été renvoyée
au comité des domaines .
La fufpenfion légale d'un adminiſtrateur de
Nantua , prononcée par le département de l'Ain , &
confirmée par une proclamation royale , après
de violens débats , eft foumife à l'examen du
comité des pétitions.
Le Roi a nommé les trois Chefs de fa
nouvelle Maiſon militaire ; ce font MM, de
No. 44 29 Octobre 1791. P
( 338 )
Briffac , d'Hervilly & de Pont-Labbé. Le
fecond , Colonel du régiment de Rohan
Soubife , fe tira , il y fept à huit mois , avec
beaucoup de fermeté & de fang - froid ,
d'une infurrection fufcitée à Nantes contre
lui & contre fon régiment. M. de Pont-
Labbé , Colonel de Royal Comtois , cft
gendre de M. Thierry. Suivant les apparences
, le régiment des Gardes Suiffes fera
licentié , ou transformé en deux régimens
de ligne . Telle eft la récompenfe qu'obtient
ce Corps vraiment militaire , d'une
fidélité éprouvée & inaltérable , qui , depuis
la Révolution , entr'autres dans la
journée du 5 Octobre , s'eft toujours montré
digne de la brave & loyale Nation à
laquelle il a l'honneur d'appartenir , & qui
par la force de fa difcipline , par l'honnêteté
des Soldats , par l'infatigable & pénible
vigilance des Officiers , s'eft maintenu
intact contre les infâmes féductions cent
fois tentées pour le débaucher par ar
gent , par promeffes , par des filies publiques.
Pendant qu'on organife a
Paris cette Maifon militaire du Roi , les
Princes fes Frères lui remontent l'an-
-
*
cienne à Coblentz . Les trois quarts des
Gardes du-Corps , abandonnés du château
des Tuileries par la force des chofes , font
réunis fur les bords du Rhin
Compagnies rouges , ainfi que nous l'avons
dit antérieurement. Jufqu'à quand
9
avec les
( 339 )
durera cette trifte & inconcevable comédie
; nous l'ignorons abfolument . L'émi
gration ne fe rallentit pas les routes fort
toujours couvertes de fugitifs. Il paroît
que le plus grand nombre a pris fon parti
d'hiverner dans l'étranger. En conféquence
des ordres du Gouvernement de Bruxelles ,
ceux qui peuploient les villes frontières
rétrogradent en partie dans l'intérieur des
provinces Belgiques . Un témoin oculaire, &
bien informé , nous mandoit, en ces termes ,
l'état fommaire de ce raffemblement , tel
qu'il exiftoit au 14 Octobre.
« J'ai été fort mécontent de l'établiffement
de Bruxelles , où l'on n'auroit pas
dû en former. Inconduite , jeu effréné ;
tapage à la Comédie , propos de tout genre
fort inconfidérés. »
« Deux cents Officiers de Marine vien
Bent de s'établir à Anghien , lieu charmant ,
à cinq lieues de Bruxelles , fur la grande
route de Tournay à Mons. Ils y attendent
tous leurs camarades , & fornieront des
Compagnies d'Infanterie & de Cavalerie. »
« L'établiffement d'Ath eft fort bien organifé.
On y conptoit avant-hier 1136 Vo-
Fontaires François ; outre 300 d'infcrits , &
qu'on attend d'un jour à l'autre . Dans ce
nombre ne font pas compris environ cent
Bas-Officiers & Soldats d'élite . Tout cela eft
réparti en trois Compagnies de Cavalerie &
P-2
( 346 )
quinze d'Infanterie , que j'ai vu manoeuvrer
comme de bonnes troupes. >>
« L'établiffement de Tournay n'eft point
permanent , & fert en partie de dépôt. II
ya de fixe une Compagnie Périgourdine ,
de Cavalerie , commandée par le Comte
de Loflanges , ancien Colonel de Royal-
Picardie ; une Compagnie Artéfienne Cavaleiie
; une Compagnie Artéfienne à pied ;
deux Compagnies Poitevines , & une Com
pagnie Flamande à pied. »
« Le cantonnement d'Anthoin
, gros
village à une lieue de Tournay eft de deux
Compagnies d'Infanterie . »
« Trois nouvelles Conipagnies Poitevines
font parties de Tournay , la ſemaine
dernière , pour Binche , bourg auprès de
Mons , où il exifté également plufieurs
Compagnies. >>
« Ces Corps manoeuvrent tous les jours
fans armes , les fabres exceptés. Le paffage
pour Coblentz eft très confidérable chaque
jour :on y comptoit 1200 Militaires François
, la femaine dernière. Je ne connois
qu'imparfaitement le nombre de ceux qui
font à Worms. Prefque tous les villages
qui féparent cette ville Impériale, de Coblentz
, font remplis. >>
« On forme un Corps de deux mille
hommes de Cavalerie des Gardes du Corps,
y compris ceux retirés du fervice & qu'on
rappelle , leurs frères , & leurs fils . La
( 347 )
Maifon- rouge fera de 1200 hommes ; il y eft
afoo d'équipés. On va former un établiffement
à Namur. Il y en a un très conſidé
rable à Neuwied. »
« J'eftime à 3,500 en ce moment' , let
nombre de François enrôlés dans des diversétabliffemens
des Provinces Belgiques » .
<< Tous les Gentilshommes ont figné la
lettre adreffée à l'Impératrice de Ruffie . Cet
qui peut , vous furprendre fort c'eft que
la minute & les fignatures de cette lettre
à Tournay , fut enlevée le sau foir chez
M. de Montboiffier. On a été obligé de
refaire la lettre , & de récrire les fignatures.
Très-probablement , la première copie aura
été portée aux Jacobins de Paris . Le Comté
Efterhazy eft à Pétersbourg en qualité de'
Miniftre Plénipotentiaire. »
« Les Princes ont de l'argent. On fait
paffer le temps aux Emigrés avec des nou
velles de toute eſpèce . Les folies diplo
matiques , militaires , & étrangères , de
quelques- unes de vos Feuilles publiques
qu'on charge apparemment de nous tromper
, excitent la pitié des gens inftruits ,
& font méprifer la caufe des Princes. »
« Je ne puis affirmer fi les roturier's
peuvent ou non obtenir l'honneur de l'incorporation
, fans être annoblis. On n'a
dit que les Gentilshommes Bretons & les
Dauphinois avoient demandé qu'on bannit
toute diftinction ; mais que cette mefure
P 3
( 342 )
de fageffe n'avoit pas été approuvée. C'eft
lever , comme vous le voyez , l'étendard
de la Nobleffe , au lieu de lever celui du
Royalifme. Or , tout homme Nobie , &
qui ne fe foucie point de fe faire tuer pour
les intérêts de M. le Marquis à talons rouges,
de M. le Préfiient à Mortier , ou de Madame
la Favorite , reftera chez lui & fera
bien . Si la Nobleffe ne voit qu'elle dans
Ja Révolution , il fera jufte de lui laiffer la
gloire exclufive de s'en tirer. »
« Au refte, tout ce qui fe dit , tout ce
qui fe fait à Bruxelles , à Coblentz , à
Worms , eft fu & rapporté par des efpions ,
foit au château des Tuileries , foit aux
Jacobins , & c. »
Pour varier le cercle monotone des injures
aux Ariftocrates , des parodies fur les
Emigrans , des forfanteries conftitutionnelles
, des applaudiffemens à chaque aflaffinat
des exhortations au foulèvement
adreffées aux autres Peuples de l'Europe ,
& des lettres authentiques de Suiffe , d'la
lie , de Coblentz , de Vienne , de Mayence,
écrites aux Rédacteurs des Gazettes par
leurs Correcteurs d'Imprimerie , l'un de
ces Folliculaires vient de réveler au Public
une Anecdote remarquable qu'il tenoit
en réſerve depuis quelques mois. Cete
anecdote eft « que le Roi de Suède & M. de
Breteuil ont paffé fecrètement quelques
jours au Château de Saint Cloud , du 17 ay
343 )
20 Juin , immédiatement avant l'évafion
de Louis XVI. » L'anecdotier fait le fait
d'un Miniftre Proteftant , lequel le teroit
d'une femme qu'il avoit confeliée au lit de
mort, laquelle le favoit de fen mari ,
valet- de- chambre de M. de Breteuil. Voilà
fans doute de puiffantes autorités . Nous
efpérions que le Gazetier Univerfel, ajouteroit
que
le Roi de Suède l'avoit mis dans
la confidence. Dix imbécilles ont déjà
réimprimé cette impertinente nouvelle :
il fattiroit fans doute de la rapporter, pour
en faire fentir la bètife ; mais fi l'on veut
quelque chofe de plus pofitif, nous offrons
la fignature de quarante témoins oculaires ,
qui ont vu tous les jours le Roi de Suède
du 17 au 20 Juin à Aix - la - Chapelle. Soleurre
en fournira autant du féjour de M. de
Breteuil dans cette Viile , à la même
époque.
Nous avons attendu l'impreflion correte
et corrigée du beau difcours de Mi.
Briffot , pour en faire l'examen . Il eſt afiligeant
de voir le Corps Légiflatif de la
France , renfermer affez peu de lumières ,
de prudence , & de jugement , pour décréter
l'impreffion de ce fatras de contradictiors ,
de calomn es contre dix Puiflances Souveraines
, de confeils incendiaires , appuyés
fur des faufletés , & plus dignes d'un implacabl
ennen de la Nation que de fon
Repréftant. Dans la féance d hier mardi ,
P 4
344 ).
l'une des plus fcandaleufement tumultueu
fes , & oùl'on a continué , fans la terminer ,
la difcuffion fur les Emigrans , M., l'Abbé-
Champion , Député du Jura , a déjà
réfuté fans réplique , les imputations
que le fieur Briffot a hafardées contre les
Républiques de Berne & de Genève. Pour
répondre aux faits , & aux fages réflexions.
de M. Champion , l'Evêque Fauchet a affirmé
qu'une foule de Citoyens Suiffes étoient
plongés par le Gouvernement dans les cachots
duChâteau de Chillon , et que leurs pieds étoient
BAIGNÉS PAR L'EAU DE LA MER. Nous apprendrons
au favant M. Fauchet , que la
foule de Citoyens , fe réduit à deux Bour
geois de Laufanne , décrétés & pourfuivis
juridiquement , non pour aimer la Conf
t'tation Françoife , mais comme accufés.
d'avoir trahi celle de leur pays ; qu'ils
font logés plus commodément que ne l'a
peut être jamais été M. Fauchet , & que
Chillon eft fitué fur le lac de Genève , &
non fur l'Océan.
Notre magot prit pour le coup ,
Un nom de port pour un nom d'homme..
Voilà , cependant , nos Légiflateurs , &
les arbitres de nos deftinées . Certes , c'eft
bien le cas de dire avec Voltaire :
A quels Mattres , Grands Dieux ! livrez - vous.
l'Univers ?
Nous avons fufpendu le tableau , qu
nous avons promis , de la fituation d'Avignon
& du Comtat , depuis l'envoi des ,
( 345 )
;
trois Tyrans que l'Affemblée Conftituante
y fit paffer fous le nom de Médiateurs .
A ce précis fera joint un examen , non
moins utile , de la nouvelle Jurifprudence
en vertu de laquelle , la majorité des anciens
Députés & les élèves de Cartouche ,
qui font maintenant nos Profeffeurs de
Droit Public ,. ont folemnellement décidé
que la terre appartient au premier brigand
qui a la force de s'en rendre maître ; qu'une
troupe de gueux ont le droit de fubjuguer:
tous les Propriétaires à leurs volontés ;
que cefle d'un Peuple eft repréſentée
par une poignée de fcélérats armés
que les meurtres , les incendies , les pil--
lages , les concuffions , la cumulation de:
tous les forfaits caractérisent le patriotisme,
& prouvent la liberté d'une Nation déli--
bérante ; que les voeux arrachés fur des
ruines & des cadavres , par des malfaiteurs
que la plus clémente juftice puniroit du
dernier fupplice , tranfmettent à un Etat
le droit de difpofer de l'Etat d'un autre ,
de dépouiller à la fois & le Peuple & de :
Souverain , de forcer le premier à changer
de maîtres ; & le fecond , à reconnoître :
cette ufurpation. Nous difcuterons enfuite
ce prétendu principe d'une prétendue vo--
lonté générale ; principe dont la conquête :
d'Avignon & du Comtat offre une appli--
cation fi heureuſe & fi magnarie ; & nous
ferons enfuite forcés à conclure que , d'après
P. S
( 346 )
les fyftêmes bienfaifans du jour , la liberté
n'eft autre chofe que la tyrannie du crime fur
la probité , de l'efprit de rapine fur la propriété
; & qu'on nous ramène à la barbarie, en
foumettant la Légiflation , les Droits publics
& privés , au feul & unique empire
du plus fort.
à Les horreurs d'Avignon ne font pas
ler terme il s'en faut. Les brigands qui
y dominent fe font occupés,depuis quelques
femaines , à faccager Collèges , Séminaires ,
Eglifes , Maifons Religieufes ; à voler & à
vendre les vafes faints , les ornemens eccléfiaftiques
, les effets nationaux , à exiger des
contributions , à niultiplier les exactions ,
à faire battre des femmes à coups de nerfde-
boeuf, &c. Ces abominations font inconteftables
, car l'Abbé Mulot lui - même ,
tout Mulot qu'il eft , maintenant brouillé
avec ces fenfibles Heros ( pour emprunter
les heureufes expreflions de M. le Scène des
Maifons ) ; l'Abbé Mulot , dis -je , répondant
à un de leurs libelles , leur a reproché ces
Brrgandages.
A la fin , la patience du Peuple s'eft
émue ; ou plutôt , d'un égarement il eft
tombé dans un autre . A l'inftant cù l'un
des Chefs fpoliateurs venoit de voler le
Mont - de - Piété , la multitude l'a fuivi , a
exigé compte de fes déprédations , & l'a affaffiné
à la porte d'une Eglife : on l'en a retiré
mourant ; il eft expiré le jour même. Voilà
la première vengeance que le Ciel ait en347
)
core permis , de cet anas de crimes qui
forment notre hiftoire depuis deux ans.
L'atroce fureur de la multitude s'eft au
moins , cette fois- ci , déployée fur un fcé-
Jérat. I fe nommoit Lecuyer : fils d'un
Meunier des environs de Paris , ii a été
le principal Artifan des forfaits d'Avignon
, & de la réunion : ce fut lui qui
contribua le plus à faire perdre MM .
de Rochegude , d'Aulan & d'Offray ; il
étoit le correfpondant de MM. Eouche
& Camus. Sa figure baile , creufe & ignoble
, déceloit fa férocité : jamais il ne rioit ;fts
yeux , fuivant l'expreffion énergique d'un de
mes amis qui l'a connu à Avignon , fesyeux
pompoient le fang. Il auroit été le meilleur
valet de Catilina. Sans doute , fes vertueux
amis , MM. Verninac & le Sceine des Mai-
Sons ,
lui feront célébrer un fervice public
, & demanderont pour lui une place
à Sainte- Geneviève .
Parmi les Grands Hommes qui fe font
évertues à juftifier l'ufurpation du Comtat,
les infâmes moyens qui l'ont confonimée ,
& la conduite civique des Médiateurs , le
Cazetier Univerfel tient un des premiers
rangs . Un Comtadin plein de mérite , &
dont le talent , dans fon état , eft connu de
toute la France , avoit adreffé à ces Gaz -
tiers une réfutation : on fe doute bien qu'ils
ont refufer de l'imprimer ; car celui qui
avance des erreurs le rétracte à la vue de
P
( -348 )
la lumière ; mais l'impofteur préméditéle
garde bien de la montrer. Voici la lettre
refufée par ces Folliculaires ; nous la publions
, parce qu'elle renferme une déduc
tion très jufte , & inatta quable de la queftion..
De Paris , ce 13 % Octobre 1791 .
Vous paroiffez défapprouver le defir de votre
Correfpondant , qui voudroit qu'on attendît 4
à 5 ans , avant de faire entrer Avignon & le
Comtat dans la nouvelle diftribution géogra
phique de la France. Mon opinion à cet égard ,
eft qu'on ne fauroit trop attendre , quand il eft
queftion de confommer un acte d'iniquité ; mais
fi j'ai commencé à foupçonner que ce que je
regarde comme un acte d'iniquité , vous le regardez
comme un acte de juftice , je ne puis
plus en douter , lorfqu'à la fin de votre paragraphe
je vois ces mots : « La Maifon d'Autriche
, par exemple , avoit- elle fur la Pologne
des droits pareils à ceux de la France fur
Avignon. »
Des droits ! ch quoi ! toujours des droits .
lors même que ces prétentions ont été détruites
par des raifons fans replique. »
« On a argumenté à l'Affemblée Nationale :
fur la Minorité de la Reine Jeanne de Naples ,
lorfqu'elle vendit Avignon au Pape , & c'eſt le
plus fort des argumens qu'on ait employé dans
cette difcuffion , mais n'a - t-on pas répondu victorieufement
à ces hommes fans pudeur ?? on
leur a dit : Si vous voulez, vous faire un titre
de cette prétendue Minorité , pour revendiquer
la ville d'Avignon , il faut la prouver ; & je
Vous déclare que vous ne la prouverez pas ,
( 349 )
car il n'eft aucun homme fur la terre qui fcache ,
qui puiffe favoir , en quelle année la Reine
Jeanne a vu le jour . Après ce défi , de me fournir
là preuve de ce que vous ofez avancer , je fuis
difpenfé de vous en dire davantage ; cependant
je veux bien ajouter que toutes les preuves
morales font en faveur de la Majorité de la
Reine Jeanne ; elle avoit quinze ans de mariage
lorfqu'elle vendit Avignon , ce qui eft prouvé ;
d'ailleurs , les Princes & Princeffes dans l'Etat
de Naples étoient majeurs à 18 ans , ce qui
eft encore prouvé ; donc , en fuppofant feulement
trois ans à la Reine Jeanne lorſqu'elle fe
maria ( fuppofition qui certes ne doit pas répugner
) , elle étoit majeure lorfqu'elle vendit."
Si ces raifons ne vous paroiffent pas fuffifantes
pour établir la Majorités du moins fouvenezvous
que je vous ai demandé la preuve de fa
Minorité , & qu'en jurifprudence , en raiſon &
en morale , vous êtes obligés de la fournir fi
Vous voulez faire valoir ce titre . »
« Cette preuve , Monfieur , vous devez la
favoir , n'a pas été fournie , elle ne pouvoit pas
l'être , & cependant dix fois au moins à la tribune ,
on a dit la Reine JEANNE étoit mineure lorfqu'elle
vendit.
nons ,
cc Tel étoit apparemment l'efprit & la logique
de ces Meffieurs , qu'ils difoient : lorfquefur
une propofition avancée on a été confondu ,
on ne peut plus y revenir ; or , nous y revedonc
nous n'avons pas été confondus ;
nous nous donnons du moins l'air de ne paslêtre
, & nous fommes bien fûrs d'avoir nos
amis & les tribunes pour nous ; & nos Adver-.
faires feront hués , & la populace de l'Affemblée
, & la populace des rues criera : à l'Avocat:
( 350 )
1
du Pape & ce mot feul fera un anáthême un
argument invincible. »
сс
t
Mais qu'import: que Jeanne fût mineure ,
ou qu'elle für m jeure ? qu'importe que la vente
fùt bonne ou qu'ile fu : Luke ? Si ces perfides
Orateus avoient eu que que pudeur , auroientils
parlé des droits prétendes de la France ,
après avoir proclamé à la fice de l'Univers ,
qu'il n'exiftot fur la terre d'autres droits que
les droits des Peuples ? »
« Si d'après la déclaration folemnelle de l'Affemblée
, tout Peuple eft libre de vivic fous le
Gouvernement qui lui plait davantage , les -
Avignonnois peuvent done ( malgré les droits
de la France les plus lidement tables ) vivre
fous la domination du Pape , qui les gouverne
depuis cinq cents ans . Les Orateurs qui , en
diflimulant cette grande vérité , fe font mis dans
la plus étrange contradiction , n'ont pas pu
empêcher qu'elle ne fut fentie par la Majorité
de l'Affeinblée . Alors ils ont dreflé d'autres
batteries. 3
« Ils avoient provoqué de longue main ( fentant
fans doute la foiblefle de leurs droits ) , ils
avoient provoqué , & ils ont enfia amené par la
perfidie , une apparence de voeu de la part des
Comtadins pour la réunion : alors les Légiflateurs
qui fe font trop fouvent laiffés entraîner par
des machiavelistes , ont cru pouvoir proncret
la réunion ; mais ce voeu qui fcul peut fervir
de fondement à cet étrange Décret , n'existe pas.
Les Carpen: raffiens que vous dites formellement
, tous partifans de la réunion n'ont jamais
defiré , ainfi que tous les Comtadins , que de
refter fous la domination du Pape . Ils ont j ré
ceat. fois folemnellement de lui refter fidèles .
S'ils ont enfuite paru varier à cet égard , ce n'a
( 351
jamais été que lorfqu'ils fe font vus affiégés par
une armée de Cannibales , qui fe préfentoit à
leurs portes avec une artillerie formidable ( lorfque
Carpentras n'avoit pas un canen ) avec cinq
beaux ; & des charrettes chargées de cordes.
Queile devoit donc êtie l'énorme quantité de
ces exécutions , auxquelles un feul bourreau
n'auroit pas pu fuffire ? Cependant , les Car-
Featraffiens fe font défendus avec courage &
fuccès ; mais ils favoient trop bien que les armes
font journalières ; il ne falloit qu'un moment
malheureux pour qu'une trahilon , pour que
dans un jour , Carpentras ne fit plus qu'un tas
de cendres & de cadavres . Ils ont arboré les
armes de France comme une fauve- garde contre
des brigands qui déshonoroient la France ,
difant qu'ils agifloient pour la France . Cette
démarche n'a pas éloigné les brigands , & alors
ils ont prononcé récilement le voeu pour la
réunion parce qu'ils ne voyoient point d'autre
meyen de falut . »
en
« Prendrez vous , Monfieur , ce voeu , pour
un voeu libre & légal ? eft fi peu libre , il
eft fi peu fincère que malgré le Décret qui
prononça la réurien , & qui fait de Carpentras
une ville de France , je ne ferois pas étonné
que Carpentras enleva de deffus fes portes les
armes de France, pour y fubftituer celles du Pape .
Ce que je dis de Carpentras , je le dis auffi
de toutes les Communautés du Comtat , je le dis
encore de la ville d'Avignon .
ce De la ville d'Avignon ! ...... oui , Monfieur
jamais Avignon n'a demandé la réunion :
à moins que vous ne voulicz prendre pour le
vou d'une ville de trente mille ames , celui
d'une poignée de gens fans propriété , d'étrangers
même , qui n'ont pu montrer 1400 figna(
352 )
tures qu'en faifant figner les enfans aux écoles
de la Doctrine Chrétienne ,, & ce qui vous furprendra
peut- être , & qui ne me furprend pas ,
c'est qu'aujourd'hui que la réunion eft décrétée ,
ces mêmes Factieux d'Avignon , qui feuis l'avoient
demandée , ne veulent plus de la réunion ,
& qu'ils cherchent chicane à ces mêmes Commiffaires
, avec lefquels ils étoient liés , avec
lefquels ils mangeoient , avec les femmes defquels
ils fe promenoient fa tout ; à ces Commiffaires
enfin qui les ont adulés
occafion , au fcandale des gens fages . Résultat
fimple & naturel , comme le dit fort bien M..
de Clermont - Tonnerre , réſultatfimple & naturel
de toute liaifon avec des brigands. ».
сс
en toute
Enfin , Monfieur , pour tout dire en deux
mots une chofe n'eft pas , lorfqu'elle ne peut .
pas être ; or , il ne peut pas être que les Com--
tadins préfèrent la domination de la France à
celle du Pape . »
« Le Gouvernement du Pape , dans le Comtat ;
je m'explique , eft le Gouvernement le plus
doux qui foit fur la terre...... Arrêtez-vous ,
je vous prie , fur chaque article , & gravez- le.
dans votre mémoire,
2
ce Les Comtadins n'ont jamais connu . les
corvées qui étoient un fléau pour les François....
Les Comtadins n'ont jamais connu les droits
exclufifs de pêche , les droits de chaffe , encore
moins les Capitaineries... Tout homme fans.
propriété peut & a toujours pu avoir chez jui
un ou plufieurs fufils , & chaffer par-tout ou fa.
fantaisie peut le conduire , lorfqu'en France ,
fous le nouveau régime même , on ne peut chaffer
que fur les propriétés...... Sous un Prince néceffairement
pacifique , les Comtadins n'ont jamais
connu les Milices , le fléau des villes & des
( 353
)
campagnes , & n'ont jamais répandu une goutte
de fang pour fatisfaire les caprices de leurs Princes ....
Les Comtadins enfin n'ont jamais payé un fol
d'impôts, lorsque les François en étoient écrafés ... »
« Si je parlois de l'Empire de la Chine , je
n'oferois avancer ce dernier fait , bien fûr d'être
taxé d'abſurdité ; mais je parle d'un Peuple qui
eft au milieu de vous , & je ne crains point
de dire une vérité qui ne peut être conteſtée .
Tout homme de bonne foi doit donc convenir
que quelque belle que puiffe paroître la Conftitution
Françoife , il est évident que par leur
incorporation , les Comtadins perdront leurs .
avantages les plus précieux , & l'on ne peut
fe diffimuler qu'il n'y a pas de François qui
ne portát envie au fort paffé des Comtadins..
Après ces vérités inconteftables , peut-on avancer
peut-on même foupçonner que les Comtadins
aient jamais defiré de fe donner à la France ?
Je l'ai dit , je le repète : une chofe n'eft pas ,
lorfqu'elle ne peut pas être ; mais la mauvaife
foi de quelques Repréfentans d'une Nation qu'ils
qut déshonorée , a diffimulé cette grande vérité.
Je veux admettre un moment qu'il y eût
ponr les Comtadins , queiqu'avantage réel d'être
à la France ; certainement il ne leur conviendroit
pas aujourd'hui de s'y réunir. La conftitution eft
menacée. Si elle eft attaquée , il faudra bien que
le Comtat fourniffe fon contingent en hommes &
en argent , & pour faire la guerre & pour combler
un déficit auquel il n'a pas contribué . Et fi elle
elt renversée !... Je ne le crois pas ; mais tant
de gens le croyent , qu'il faut au moins admettre,
cette opinion con:me une opinion proba! Si ce
malheur arrivoit , les Comtadins après s'être
épuisés pour la France , fe verroient encore réduits
à fubir la honte de revenir à un prince
( 354 )
qu'ils auroient lâchement trahi , fans la moindre
provocation de fa part , & d'implorer fa miféricorde.
Les Comtadins doivent fentir , & ils fentent
fans doute ; que ce feroit la plus haute imprudence
de fe hâ : er d'habiter une maiſon toute
neuve avant de s'être aflurés qu'elle eft affez
folide pour n'en être point écrasés . Comment
voudricz - vous dere qu'aujourd'hui ils votallent
pour la réunion ? Dans quelques années on
verra fi la Conftitution eft affez affermie pour
ofer s'y attacher ; dans quelques années , ils auront
réfléchi dans le calme fur ce qui leur convient
, ils pourront émettre dans la paix , un
voeu libre & légal . Si alors ils votent pour la
réunion , les Repréfentans de la Nation Françoile
pourront peut - être recevoir ce voeu fans
trahir leur confcience & fans le déshonorer comme
aujourd'hui . Votre correfpondant avoit donc raiſon
de dire , qu'il lui paroiffoit convenable d'attendre
4 ou 5 ans avant de confommer cette réunion, »
« Je ne fermerai pas ma lettre fans dire deux
mots , fur cent que je pourrois articuler , pour
prouver 11 perfidie des Commiffaires pacificateurs
envoyés par la France. »
•
ee Ils ont , en arrivant , montré la partialité l
plus révoltante ; ils ont défarmé les honnêtes gens ,
& laiffé les armes dans les mains des brigands.
Dira-t-on qu'ils n'ont pas pu mieux faire , & qué
ce n'eft pas leur faute s'i's ont trouvé moins de
foumillion d'un côté que de l'autre ? Cette excufe
ne feroit pas recevable . Non ils n'ont pas
voulu défarmer les brigands . Bien loin de fe
plaindre de leur conduite ils les ont applaudis ,
ils les ont comb'és d'éloges . »
•
Ecoutez- les parler publiquement au fameux
Jourdan Coupe- tête , chef des brigands : «« Nous
payons à vot.c loyauté une ditte b.cn chère à nos
1355 )
coeurs », La loyauté de Jourdan !... Une derse
chere à leurs coeurs !... Voilà l'infame langage
que tiennent des Commiflaires François au chef
des dévaftatcuis du Comtit , du Comtat doit
les maifons ont été bû ées & les habitans maffacrés
, uniquement parce qu'aux ordres de la
faction d'Avignon , ils n'ont pas voulu violer les
fermens faits à leur Prince , & fortir d'une domination
fous laquelle is touvoient leur bonheur.
« Ecoutez-les encore lorfqu'ils écrivent au
feur de Ferriere , commandant des troupes Françoiles.
»
« En convenant que l'on devoit protection
aux Emigrans , ils leurs recommandent de bica
le garder de donner a kur retour , un air de
triomphe , de ne pas oublier que ceux qui re
viennent de l'armée de Monteux , font des Citoyens
, qui ont tout facrifié à la liberté & qui
méritent eftime & confidération . »
«Quelle abominable prédilection pour des feélérats
Couverts de crimes ! Les Commiffaires ne craignent
pas d'infulter encore indirectement , les honnêtes
gens qui ont été forcés de quitter leur patrie .
En y reftant , il falloit s'unir aux Factieux on
les combattre , & perfonne n'ignore que les
honnêtes gens avoient été défarmés par la perfilic
d'une Municipalité corrompue , & que ne
pouvant combattre pour la bonne caufe , if ne
leur reftoit d'autre parti à prendre que la fuite. »
« Ils ont tout facrifié à la liberté , difcrt- ils ,
en parlant des brigands , & ils méritent cftime
& conſidération !... ود
ee Le coeur fe fou'ève d'indignation , Qu'ontils
donc facrifié ? Tour , difent- ils ; & ces
hommes ne poffédoient rien , & ces hommes
comptoient fur quarante fols de folde , & fur- tout
( 356 )
fur le pillage du Comtat ! Parlera - t - on des
dangers qu'ils ont bravés ? Ils ont cru , & ils
fe font trompés , qu'en fe préfentant avec leurs
canons , & leurs bourreaux , tout leur feroit foumis
fans réfiftance ; ils n'ont jamais ofé , avec une
ertlere formidable , s'approclier affez des murs
de Carpentras . Veut-on à toute force qu'ils
ayent connu le danger & qu'ils l'ayent brave ;
mais les brigands bravent fouvent, nous le favons,
les dangers de la réfiftance ; ils bravent encore
la potence & l'échafaud pour s'approprier les
dépouilles des paffants , ils ont facifié à la li
berté ! eux ! & c'eft des hommes revêtus d'un
caractère refpectable qui ofent tenir ce langage ! »
« Tout eft relatif : on ne me conteftera pas
ce principe , d'où je conclus que ce qui peut
faire le bonheur des François , fera néceffairement
le malheur des Comtadins. »
se Il eft certain que les François qui vivoient
fous le defpotifme le plus dur , en s'expofant
aux dangers , couroient après la liberté , &
qu'ils doivent attacher leur bonneur au nouveau
régime fous lequel ils commencent à vivre ;
mais le fort des François eft - il fait pour être
envié par les Comtadins ? ce feroit demander
fi le fort d'un convalefcent foible & de plus , expofé
aux rechutes , peut-être envié par celui
qui jouit & a toujours joui de la fanté la plus
ferme. Les Comtadins bien loin de vivre ſous
l'empire du defpotifme , nous l'avons dit , nous
l'avons prouvé , vivoient fous l'empire le plus
doux ; ils jouiffoient d'une liberté à laquelle
dans leurs plus beaux jours , les François n'atteindront
jamais . »
cc« Voilà , voilà l'abîme où les factieux d'A
vignon , réunis au camp de Monteux , ont plongé
leurs Concitoyens. Et quand ils ont combattu
( 357 )
pour les opprimer ainfi , des lâches Commiffaires
ont appelé cela combattre pour la liberté ?.. Ils
accordent leur eftime & leur confidération à ces
tigres teints encore du fang de leurs frères qui
ne les avoient pas provoqués , & qui n'ont fait
qu'oppofer une jufte défenfe aux violences de
toute efpèce. Qui donc combattoit pour la liberté
, fi ce n'eft les Comtadius ? Mais les perfides
Commiffaires ont tout dénaturé . Il n'eft pas
étrange que des hommes de cette trempe n'ayent
voulu voir des Patriotes que dans ceux
qui demandoient la réunion , parce qu'ils la
vouloient eux-mêmes , & qu'ils ayent amené en
forçant les volontés , une apparence de voeu
pour cette réunion , dont d'autres hommes , les
uns trompés , les autres corrompus , ont profité
pour l'opérer. »
« Concluons Monfieur , & convenez avec
moi , que les Carpentrafliens , que les Comtadins
, que les Avignonois même , n'ont jamais
voulu la réunion , & qu'après les avoir maffafacrés
, on les a fait fuccomber fous la calomnie
, & qu'ils ont perdu leur liberté. »
« Je fuis , &c. Signé. D. P.
P. S. Nous venons de recevoir des lettres
d'Avignon en date du 19 ; elles confirment ,
& il eft certain , que l'Ecuyer a été maffacré
, non-feulement à caufe du faccagement
des Eglifes , de la vente de toutes les
cloches , même de celles de la Métropole ,
à so liv. le quintal , mais encore à la fuite
des vols commis par ces Meffieurs au Mont
de Piété. Ces facriléges dévastateurs faifoient
acheter leur butin par des Juifs , &
transporter en charrettes hors d'Avignon
( 358 )
les effets qu'ils ne pouvoient vendre. Tels
ont été les mobiles de la rage du Peuple.
Cependant , un Républicain fanatique ,
jadis Prédicateur du Defpotifme , auili
dépourvu de philofophie dans la tête
que dans le caractère , M. de Condorcet ;
vient nous dire effrontément par leJournal
de Paris , que la mort de l'Ecuyer eft le
fruit de la fuperftition , & qu'on avoit perfuadé
au Peuple qu'une flatue de la Vierge,
evoit répandu du fang ! Voici les véritables
circonitances de cette cataftrophe , &
fes abominables fuites..
·D'Avignon le 18 Octobre.
« De nouvelles fcènes d'horreur viennent de
fe paffer dans cette malheureufe vile. Le dépouillement
des Eglifes & des Maiſons Religieufes
, l'enlèvement des cloches & de la caiffe
d'argenterie au Mont- de - Piété , les déprzdations
fans nombre commifes par les Chefs des brigands
; è fin , les vexations auxquelles tous les
Citoyens fans diftinction étoient journellement
expofés , avoient déjà jetté l'épouvante dans
tous les efprits , & la claffe du Peuple , indi
gnée , murmuroit hautement , depuis quelques
jours . Avant hier , vers les dix heures , les
femmes du Peuple , s'étant raffemblées dans l'Eglife
des Cordeliers , cavoyèrent chercher le
fur Lécuyer , ci - devant Ambaladeur du Peuple
Avignonois à l'Affemblée Nationale ; un des
principaux auteurs de tous les défordres qui ont
affigé cette ville , & que tout le monde fait
avoir dirigé toutes les opérations deftructives de
la faction , Rendu a l'Affemblée , on lui demande
f .
( 359 )
compte du produit de toutes les ventes , on veut
que lui & tous fes Collègues reftituent tous les
vols & pillages. Vivement preffé , il perd la
tête ; il veut menacer & fuir la fureur s'empare
de tous les efprits ; on l'arrête , on lui
tombe deflus , on le déchire ; plufieurs femmes
n'ayant que leurs cifeaux , le percent avec cet inf
trement , & le laiffent moit fur la place . Les
Chefs des brigands inftruits de la catastrophe
de leur Collègue fort battre la générale ; les
Payfans & tout le Peuple viennent au fecours
de leurs femmes ; le choc eft violent ; mais
ceux- ci n'ayant que des fourches , des bâtons ,
des haches & très- peu de fufils contre une
troupe de brigands armés , font obligés enfin
de céder à l'inégalité des armes & cherchent
leur falat , dans I fuite. Il y a eu nombre de
morts & de blaffés dans cette action , mais nous
en ignorons encore le nombre. »
ec
2
,
Après cette victoire les vainqueurs de Sarrians
, les héros de Monteux ont fait maſſacrer ,
hier & aujourd'hui , plus de 90 Citoyens qu'ils
retenoient prifonniers depuis l'affaire du 21 août ,
plufieurs autres ont été pris dans la nuit & égor
gés , pour appailer les mânes du Patriote PEcuyer.
Madame Niel , fon fils , M. Moavans ,
Officier Municipal & une infinité d'autres font
égorgés . Des familles entières ont reçu la mort
dans leurs maifons : chaque heure voit de nous
veaux emprisonnemens ; les portes de la ville
font fermées . L'Abbé Mulot toujours à Sorgues ,
a fommé M. de Ferrière de marcher avec fes
troupes , au fecours des victimes ; mais ce Maréchal
- de- Camp , ce Guerrier de la Révolution ,
a prétexte fa foibleffe , & laiflé tout faire . Il a,
cependant , 1800 hommes ! »
Voilà les premiers fruits de la réunion ,
& de l'appui coupable que l'Affemblée
conftituante a donné à ce repaire de bêtes
feroces , contre cent mille propriétaires dont
elle a vu froidement faccager les demeures ,
dévafter les poffeffions , & attaquer la vie.
Voilà les nouveaux forfaits dont la refponfabilité
pefera fur elle , non pas à ce Tribunal
de créatures , qu'elle a formé fous le
nom de Haut Juré; mais à celui de l'Europe
& de tous les gens de bien. Sous peine
du mépris & de l'horreur de quiconque a
confervé une étincelle d'honneur & de fentiment,
que M. Duport du Tertre , ce Gardedu
Sceau de France , qui maîtrife impérieufement
les volontés du Roi , fe juftifie
du choix odieux de ces Médiateurs , complices
de la durée de tant de catastrophes.
Qu'il rende compte de fa connivence dans
la confifcation du Comtat & d'Avignon
dont il a prolongé les infortunes. Son refpect
pour les infâmes tyrans d'Avignon ,
Ton infouciance fur les horreurs qu'ils
exerçoient , font rejaillir fur lui tout le fang
qui vient d'être verfé , à la fuite d'une des
plus horribles injuſtices que l'ambition ait
jamais confommées .
Genevois , habitans du pays de Vaud ,
'Allemands , Espagnols , qui nous environnez
, étudiez cette épouvantable fuite de
forfaits , & appréciez les bienfaits d'une
Révolution !
Qualité de la reconnaissance optique de caractères