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1791, 09, n. 36-39 (3, 10, 17, 24 septembre)
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22.10 Mo
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520
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Texte
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI ;
COMPOSÉ & rédigés quant à la partie
Littéraire, par MM. MARMONTEL ,
DE LA HARPE , CHAMFORT , tous
trois de l'Académie Françaife , & M.
GINGUENE ; & par MM. FRAMERY &
BERQUIN , Rédacteurs.
M. MALLET DU PAN, Citoyen de Genève,
eft feul chargé de la partie Hiftorique &
Politique.
SAMEDI SEPTEMBRE 1791 .
A PARIS ,
Au Bureau du MERCURE , Hôtel de Thou ;
rue des Poitevins , No. 18,
THE YORK
PUBLIC LIBRABLE GÉNÉRALE
385863 Du mois d'Août 1791 .
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
1905
CHANT d'amour.
Les Solitaires , ze. Part.
Charade , Enig. Logog. 341Notices .
3 Plan.
p dccles.
36
42
46
APOTHEOSE.
Fable.
Charade, Enig, & Log.
EPITRE.
Charade , Eng. Legog.
Correspondance.
ADIEUX.
Charøde, En Log.
49 Nouveaux Voyages.
52D &ionnaire.
55 Nocices.
721Opufcules poétiques .
8 Notices .
821
55
68
71
37
97 M.thode.
102 Notices.
123
125
De la Souveraineté , &c. 104
A Paris , de l'Imprimerie de Moutard, rue
des Mathurins , Hôtel de Cluni.
MERCURE
DE FRANCE.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
DISTIQUE
POUR le Portrait de M. De Buffon.
PEINTRE de la Nature & fublime comme elle ,
Son tableau doit durer autant que le modele.
( Par M. de Bonnard, Rec. de fes Poéfies.
TRADUCTION EN VERS LATINS.
PICTOR Nature , magnus velut ipfa creando ,
Semper , ut exemplar, manfura in imagine vivet.
( Par M Audet , Maître - ès - Arts & de
Penfion à Picpus , ancien Profeffeur
-
de Belles Lettres , & Membre de
l'Académie de Châlons -far- Marne )
A 2
MERCURE
LES SOLITAIRES DE MURCIE ,
CONTE MORA L.
Troifieme Partie.
JE fuis né , pourfuivit mon aimable Suédois
, avec un fentiment d'orgueil dont je
m'accufe, mais que je me pardonne ; c'eſt de
me croire , dans le malheur , plus courageux
que mes amis . Quand je fuis affligé ,
mon ame fe retire , & je n'ai besoin de
perfonne ; mais lorfque c'eft mon ami qui
fouffre , je crois toujours qu'il a beſoin de
moi.
Du moment que Formofe n'eut confié
fes peines , je n'eus plus de repos que je
ne fuffe auprès de lui ; & tantôt en atténuant
les torts qu'il fe reprochait à luimême
, & dont il faifait fon fupplice
tantôt en le flattant d'efpérances confufes ,
j'étais fans ceffe à manier les plaies de fon
coeur , pour y faire couler quelque adouciffement
.
Un jour , après un violent orage , le ciel
ayant repris la férénité pure qui lui eſt naurelle
dans cet heureux climat , j'allai revoir
mon Solitaire . Je le trouvai tout occupé
d'un jeune enfant de l'âge de l'Amour ,
& aufli beau que lui . Mon Sauvage l'avait
DE FRANCE.
enveloppé dans fon manteau , & il me le
fit voir tout nu . Adonis , à neuf ans , n'offrait
pas un plus beau modèle : c'étaient
les graces de l'enfance dans toute leur délicateffe
; c'était la Nature idéale dans toute
fa perfection . Je n'ai rien vu de fi divin .
Mon raviffement fut extrême.
:
Quelle eft cette merveille , demandai -je
à Formofe ? Hélas ! c'eft , me dit - il , un
petit Payfan que je viens de fauver des
eaux fes vêtemens font là qui fechent au
foleil l'orage était paffé , mais la riviere
était enflée ; & cet enfant , une ligne à la
main , était à l'autre bord. Moi , felon ma
coutume , j'allais herborifant fur la pente
de la montagne. Je l'apperçois fur la pointe
d'un roc qu'avait mouillé la pluie , je l'y
vois comme fufpendu , immobile & tout
occupé de l'hameçon qu'il fuivait des yeux.
Le pied lui gliffe , il tombe & roule dans
les eaux. Le courant l'entraînait je m'y
jette , & nageant vers lui , je l'atteins , le
faifis , l'amene vers le bord , l'enleve dans
mes bras & tout évanoui je l'emporte
dans ma cabane. Lorfqu'il s'eft vu ranimé
dans mon fein , il m'en a bien remercié ' ,
le pauvre enfant ; mais il eft défolé d'avoir
perdu fa ligne , que fa mere , dit - il , avait
filée de fes cheveux.
mere

-
Elle doit être belle , mon petit , votre
lui demandai je en le carellant a
Qui , Monfieur , me dit-il , elle est bien
A 3
6 MERCURE
-
belle ; mais elle eft pâle ; & cela m'afflige :
car j'entends dire que lorfqu'on eft fi pâle :
on va bientôt mourir ; & fi je la perdais ,
je ferais bien à plaindre ! Après m'avoir
donné fon lait , c'eft elle encore qui me
nourrit. Aimable enfant ! .... ainfi vous
n'avez plus de pere ? - Hélas ! non . J'ai
perdu mon pere dès le berceau ; je ne l'ai
jamais vu ; je n'ofe pas même en parler ;
car dès que je le nomme , je vois ma mere
toute en pleurs...Tenez, la voilà qui m'appelle
& qui me cherche à l'autre bord.
Elle eft inquiete de moi . Mon Dieu , oui ,
elle eft inquiete elle leve les mains au
ciel. Ele me croit noyé. Ah ! rendez- moi
bien vire mes vêtemens , que je m'habille
& queje paraiffe à fes yeux.
Men bon ami , me dit Formofe , votre
chaife eft là - bas faites-moi le plaifir de
rendre fon enfant à cette mere défolée .
Allez , cher enfant , lui dit- il , allez la retrouver
; aimez -la bien ; & le plus tôt poffible
, rendez lui tous les foins qu'elle aura
pris de vous .
O Dieu ! fi Formofe avait fu quel était
cet enfant qu'il preffait dans fes bras ! s'il
avait fu que cette mere qu'il voyait éplorée
à l'autre bord , était fa chere Valérie ! Oui ,
mon ami , c'était Valérie elle - même. Je
vous le cacherais en vain ; vous l'avez déjà
preffenti.
Dès que l'enfant fut habillé , je defcendis
DE FRANCE. 2
avec lui la montagne ; & en le montrant à
ſa mere , je lui fis figne que la riviere n'étant
pas guéable dans cet endroit , nous
allions la paffer plus haut.
-
ر

-
Lorfque nous fumes dans ma chaife ,
fon fils & moi , je voulus le faire parler ;
& d'abord je lui demandai quel était fon
nom ? .. Hyacinthe. Celui de fa mere ?
-Pauline. Celui de fon pere ? Marcel .
Si fa mere avait quelque bien ? Hélas !
non , me dit-il : elle n'a ni champ , ni prairie
ni verger , pas même un troupeau.
Et de quoi vivez-vous ? Du travail de
fes mains , & des mains de ma bonne aniie.
-Vous avez donc une bonne amie ? Oui ,
Monfieur , qui vit avec nous , & qui fou
lage bien ma mere dans les petits foins
du ménage. Et quel eft leur travail ?
-De filer la laine & la foie , & pour
amufement, de faire , en paille & en ofier,
les plus beaux ouvrages du monde . Moi
je commence à me rendre utile ; je prends
au lacet des oifeaux , des poiffons à la
ligne; c'eft tout ce que je puis . Mais lorfque
je ferai plus fort , j'efpere mieux aider ma
mere. Je ferai Berger , Bucheron , Labonreur
, que fais-je ? Ah ! Monfieur , il me
tarde bien de nourrir ma mere à mon tour !
Je demandai fi elle était contente de fon
état. Il répondit qu'elle faifait femblant de
l'être ; mais qu'elle fe cachait de lui pour
pleurer avec fon amie : fouvent même , en
A
4
8. MERCURE
-
le careffant , les larmes lui échappaient;
& quelquefois auffi elle pouffait de gros
foupirs , en preffant de fes levres une boîte
de paille , tiffue de fa main , & fur laquelle
étaient écrits des mots que je n'entends..
pas , difait-il , mais qu'elle m'a promis de
m'expliquer un jour. Les avez-vous reteus
, ces mots ? Oui , très-bien ; les voici :
Loyauté , Amour & Conftance. Jufte Ciel ,
m'écriai je ! Et lui , en fouriant du cri qui
m'échappait : Vous êtes donc bien étonné ,
me dit il , qu'à mon âge un enfant retienne
trois mots ? Que diriez-vous , fi je vous récitais
l'Hiftoire du petit Moile , & celle
d'Ifaac , & celle de Jofeph , que je fais par
coeur toute entiere ; & fur-tout celle de ce
pauvre petit Ifmaël , que ma mere ne peut
entendre fans me baigner de fes larmes ? Je
fais pourtant bien tour cela ,
Chaque mot confirmait l'indice de la
devife de Formofe ; cependant , comme dans
l'efprit de la galanterie efpagnole , cette
devife n'avait rien de fingulier , ni de bi n
rare , ce n'était qu'un figne équivoque ; &
j'allais rêvant au moyen de mieux éclaircir
ce myftere , fans laiffer échapper moi- même
rien qui décelât mon fecret. Si c'eft elle ,
difais - je , il faut que je l'amene à me faire
fa confidence ; & fi ce n'eft pas elle , il
faut qu'elle n'ait rien appris de moi .
En remontant le bord de la riviere pour
trouver un gué fûr , je voyais de l'autre
DE FRANCE. 9
:
côté la benne mere qui cheminait pour
venir au devant de nous . Je paffai ; &
lorfque je remis entre fes bras fon cher
enfant Ah , Monfieur , me dit- elle , vous
me rendez la vie. Et par quel accident mon
fils s'eft-il trouvé à l'autre bord ? L'enfant
lui-même lui raconta fon aventure . J'étais
nöyé , lui dit - il enfin , lorſqu'un espece de
Sauvage , hideux à voir , mais plein de bonté
dans le coeur , s'eft jeté à eau pour me
fauver , m'a pris , m'a emporté mourant
dans fa cabane , & a fait pour me ranimer
tout ce qu'il aurait fait fi j'avais été fon
enfant. C'eſt lui , dès que je vous ai vue ,
qui a demandé à ce bon Seigneur de me
remmener près de vous . Hé quoi , dit- elle ,
il m'a donc envié le plaifir de lui rendre
graces ! Il eft , repris-je , un peu farouche.
Peut - on l'être , dit- elle , avec tant de
bonté ? Et ne devrait-on pas le laitler voir
à ceux à qui on a fait tant de bien ? Je vis ,
comme lui , folitaire ; mais il me ferait .
doux d'exprimer ma reconnaiffance à
l'homme fecourable qui m'a fauvé mon
fils. Bonne mere , lui dis - je , il faura ves
regrets , il y fera fenfible ; & avec moi ,
lui - même ( car je le vois fouvent ; nous
fommes tous les deux herboriſtes ) ; oui ,
lui- même il viendra vous voir. En attendant
, permettez-moi de vous accompagner
jufqu'à votre hameau . Ma chaiſe m'attendra
au bas de la montagne.
A
s
10 MERCURE
Interfire & embarraffée , elle me fuppliait
de n'aller pas plus loin. Je voulus
doucement vamcre fa réſiſtance. J'ai bien
de la peine , lui dis -je , à quitter mon
petit ami. Ce bel enfant m'a infpiré pour
lui un intérêt fenfible. Il n'eft pas né pour
vivre obfcur dans un hameau ; & j'ofe lui
prédire de nobles deftinées . Oui , j'ofe annoncer
à fa mere qu'il fera quelque jour fa
gloire & fon bonheur.
Il n'eft point de gloire pour nous , me
dit - elle en baiffant les yeux ; il n'eft pour
moi d'autre bonheur que la paix de ma
folitude .
Pourquoi , lui dis-je ? L'efpérance eſt la
compagne du courage. ( Ces mots la firent
treffaillir ) . Et favez - vous , continuai - je , ce
que le Ciel deftine à votre fils , fi en fe
montrant dans le monde auffi vertueux
qu'il eft beau , il s'annonce pour vouloir
faire tout pour la gloire & pour l'amour
Son émotion redoubla , &. ces paroles
furent comme un aimant pour elle ).
Monfieur me dit-elle , mon fils vous
infpire pour lui des fentimens dont je fuis
confufe , & vous me parlez à moi-même
un langage qui me furprend. Puifque vous
voulez bien m'accompagner jufqu'au hameau
, je vous fupplierai de me dire ce
qui vous fait oublier ainfi l'humble éta
où vous me voyez . Je répondis que pour
favoir que cet état n'était pas le fien , il
me fallait que la voir & l'entendre..
و
DE FRANCE. If
Ce n'eft pas en Espagne , réponditelle
, que l'air & le ton du village differe
allez de celui de la ville , pour ne pas s'y
tromper fouvent. Dans l'infortune même
l'homme conferve ici fa nobleffe & fa dignité.
Qui , je l'ai remarqué , lui dis -je
mais jamais aufli bien que dans ce moment.
En effet , elle me reçut fous l'humble
toit de fa demeure avec la même bienféance
que fi elle avait été dans le Palais
de Vélamare. Ce n'était point l'orgueil que
l'infortune abaiffe , ce n'était point non
plus l'humilité du repentir ; c'était une
herté fimple , douce & modefte , qui cédait
au malheur , mais fans y fuccomber . Il ine
femblait voir , dans l'éclipfe d'une grande
fortune , un limbe de clarté rayonner encore
à mes yeux.
f
Dans fa chaumiere , la pauvreté fe cachait
fous l'air de l'aifance . Les meubles les
plus fimples y étaient luifans de netteté ,
oa éblouiffans dé blancheur. Son , amie
auprès d'elle , avait un air d'égalité plus
compofé que naturel , la familiarité de fon
langage & l'aifance de fes manieres , diffimulaient
mal fon refpect ; Valérie ne déguifait
pas mieux fa fupériorité fur elle
& j'aurais diftingué la Dame & la fuivante
au foin même qu'elles prenaient de s'allimiler
devant moi . Cette compagne avait
nom Urfule. Mais il était poffible
fule fût Thérefe ; & c'en était as
A 6
12 MERCURE f
achever de m'éclaircir : je n'aurais eu qu'à
les bien peindre l'une & l'autre aux yeux
de Formofe . Mais ce n'était pas encore lui
que je devais avoir pour confident : il était
en péril ; & je me défiais d'un amour qui
pouvait le trahir & le perdre encore . C'était
la mere d'Hyacinthe que je voulais réduire
à fe dévoiler à mes yeux.
2 Lorfque nous fumes feuls : Pardonnez
me dit-elle , au défir que vous m'inſpirez
de favoir qui vous êtes , d'où vous venez ,
& par quelle aventure vous vous trouvez..
dans nos hameaux.

Je lui répondis , fans détour , qu'envoyé
de la Cour de Suede à celle de Madrid
je profitais de mes loifirs pour voyager dans
ces belles Provinces ; & , en lui parlant de
ma patrie : c'eft auffi parmi nous ,
lui dis-je,
qu'on trouve dans les coeurs Loyauté ,
Amour & Conftance. Sa diffimulation ne put
tenir à ce nouveau trait de clarté . Ah !
Monfieur , me dit- elle , mon fils vous a
parlé ; vous me répétez les paroles ! - II
eft vrai qu'il m'a dit les avoir lues fur une
boîte merveilleufement travaillée ; mais il
ne m'a pas dit ce que renfermait cette
boîte ; cependant je crois le favoir : car
dans nos régions du Nord , nous fommes
tous un peu devins. Vous vous faites un
jeu de m'inquiéter , reprit- elle ; & je n'étonne
qu'avec un air fi vrai de s'intéreffer
au malheur , on fe plaiſe à le tourmenter.
DE FRANCE.
Ah ! que le Ciel venge fur moi , lui dis - je ,
le malheureux que j'aurais voulu rendre
plus malheureux encore ! Non , je n'aurai
jamais cette barbare impiété. Je le refpecterais
le malheur dans le crime même ;
combien ne m'est- il pas facré dans l'innocence
& la vertu ! combien , dans la candeur
& dans la bonne foi d'un coeur ingétendre
& faible , ne m'intérefferait- il
pas ! Ah! ce coeur tendre & faible vous eſt
connu , s'écria- t- elle ; je fuis trahie ! Non ,
vous ne l'êtes pas n'en ayez aucune
frayeur. - Eh bien , dites - moi feulement
ce que vous croyez que contient cette boîte .
-J'y vois de facrés caracteres , mais j'y
vois des traces de fang.- O Dieu ! tous
mes fecrets font divulgués . Non ,
Madame , ils ne le font pas ; ils font fcellés
fous une agathe, & gardés fous d'étroits
liens de ces beaux cheveux que je vois.
- Ainfi vous favez tout. Ah ! s'il vous eft
connu , le feul dépofitaire du fecret de
mon ame , il fait donc où je fuis ? C'eſt lui
qui vous envoie ? Où eft-il ? eft- il en fûreté ?
Madame nous avons lui dis- je , des
confidences à nous faire ; & je fuis prefque
fûr que nos deux fecrets n'en font qu'un ;
mais comme il eft à vous , & qu'il n'eft pas
à moi , c'eſt à vous , à vous feule d'en foulever
le voile , Ma confidence ferait coupable
fi elle devançait la vôtre. C'est à vous de
me prévenir.
ر
>
14
MERCURE
Eh bien , me dit - elle en tremblant , que
voulez vous favoir de moi ? Votre nom .
- -
-
-
Valérie. Et le fien ? - Don Maurice .
C'est donc Thérefe que je vois auprès de
vous ? C'eft elle-même. C'en eft affez. Ne
pérdez pas l'efpérance de le revoir. —Ah !
Heft-il pas encore fous le glaive des loix ?
Où l'avez -vous laiffé ? fait il en quel lieu
je refpire -Il ne fait rien , il eft encore
menacé , fugitif ; une feule imprudence le
perdrait , vous perdrait vous-même ; & je
crains celles dé l'amour. Reftez ici inconnue
au monde ; & que dans fon exil , le
plus paffionné , le plus fidele des Amans ,
ighore quel eft votre afile. En vous fervant ,
je veux vous favoir l'un & l'autre en sûreté
contre vous-mêmes. Je vous réunirai quand
il en fera temps. Mais dites -moi , pour l'en
inftruire , par quelle efpece de prodige vous
avez pu echapper , comme lui , au malheur
qui vous pourfuivair.
Vous devez favoir , me dit -elle , en quel
état il m'avait laiffée. Si le foufflé du vice
avait un feul initant fouillé l'ame de Valéfie
, fi elle avait feulement pu prévoir le
péril où le délire de la douleur & de l'amour
la fit tomber , elle n'aurait pas le courage
de foutenir l'humiliant regard d'un homme
inftruit de fon malheur. Mais un malheur
auffi involontaire ne peut être un crime à
vos yeux ; au nroins ne l'eft - il pas aux
miens. En m'accufant d'une faibleffe fr
.
DE FRANCE. IS
cruellement expiée , ma confcience
n'a
point calomnié mon coeur ; & ce coeur accablé
de peines s'eft du moins épargné
d'injurieux remords . Je ne rougis point
d'être mere. Je fais quelle rigueur a dû ſubir
ma renommée au tribunal des moeurs &
de l'opinion : une fuite , un enlévement font
des faits que le monde juge ; il a dû me ,
croire coupable , & je ne me plains point
de fa févérité : mais le fond de mon ame
c'eft le Ciel , mon amant & moi , qui avons
feuls droit de le juger.
Ce n'eft pas moi , fui dis - je , qu'une
ame auffi noble , auffi belle , doit craindre
de trouver injufte ; & devant moi , l'amante
de Formofe , la mere d'Hyacinthe peut
parler fans baiffer les yeux.
Vous n'ignorez pas , reprit- elle , l'événement
de ce combat , où , fous les murs du
jardin de mon pere…... Oui , je fais tour
ce qui s'eft paffe hors du Palais de Vélamare
, jufqu'à l'évafion de Formble.
Eh bien , dans ce Palais où mon frere
était expirant , mon pere égaré , furieux
ne méditait que la vengeance , & redoublait
les ordres les plus preffans pour découvrir
le meurtrier.
J'avais vu mon frere indigné de la réponfe
de Formofe à la défenfe de me voir;
& s'il ofait l'enfreindre , je l'avais entendu
me menacer de l'en panir. L'heure`, le lieu ,
les combattaus , tous m'affurait donc bien
16 MERCURE
que Formofe était l'inconnu , & qu'il n'était
pas l'agreffeur. On ne le nommait pas ,
on parlait feulement d'amour , de jaloufie
de querelle entre deux rivaux ; & j'étais
foupçonnée d'avoir été la caufe de cette
querelle fanglante.Ce fut fur quoi mon pere
voulut m'interroger.
Ovandès eft mort , me dit-il du ton le
plus févere ; votre frere eft bleffè ; il l'eft
mortellement peut-être . Vous favez d'où
partent les coups ; ma fille , il faut tout
avouer. J'avouai tout ce que ma conduite
avait eu d'innocent ; je ne diffimulai que
mon amour & ma faibleffe . Il me nomma
Formofe ; je parus m'étonner comment
Léonce & fon ami s'étaient pris de querelle
enfemble. Ah ! reprit-il , peut- être le
favez - vous trop bien ! Mais tremblez , fi
j'en ai la preuve ; & accompagnant ces
mots terribles d'un regard plus terrible encore
, il me laiffa le coeur glacé d'effroi.
Je n'eus , toute la nuit , devant les yeux ,
que mon amant chargé de fers , condamné ,
conduit au fupplice . Je le fis conjurer. ,
coinme vous l'avez pu favoir , de ne plus
s'occuper de moi , & d'avoir recours à la
fuite . Il m'obéit enfin ; & du moment qu'il
eut difparu , je refpirai , je me crus libre
quoiqu'enfermée au fond de ce palais , où
tous les yeux veillaient fur moi.
Cette captivité dura tout le temps que
mon frere fut en danger , & que , trop
DE FRANCE. 17
> faible encore il ne pouvait
fe faire entendre.
Mais dès qu'il put parler , il rendit
à mon pere un jufte & noble témoignage
de la loyauté de Formofe
; & quant à moi ,
il répondit
de ma plus parfaite
innocence
.
Il me fut permis de le voir ; & dès -lors ma
prifon fut moins étroite & moins févere :
quelquefois
même encore j'avais la liberté
d'aller prendre
l'air au jardin . Mais de
quelles inquiétudes
n'avais je pas le coeur
rempli & dévoré ! Dans fept mois j'allais
être mere; & cette horrible
fituation
n'était
pas le plus cruel de mes tourmens
; Formofe
allait être jugé.
Dans un moment où je me trouvai feule
au chevet du lit de mon frere , je lui demandi
fi le procès du combat était pourfuivi.
Je n'aurais pas fouffert qu'il le fûc
au nom de mon pere , me dit - il , & luimême
il y a renoncé dans la crainte de
t'expofer à des bruits offenfans , il n'a pas
voulu que ton frere fût nommé dans la
procédure tour s'y réduit au combat de
Ferdinand & de Maurice , fans même en
expliquer la caufe . Mais le Duc d'Ovandès ,
défefpéré de la mort de fon fils , en demande
vengeance ; il y emploie tout fon
crédit ; il cite des témoins à qui Formofe
a révélé fon crime ; & fa fuire achevant
de l'accufer , il y a tout lieu de craindre
qu'il ne foit condamné .
:
Eh quoi , lui dis-je , vous laifferez conS
MERCURE
damner l'innocent ! Et vous n'élevez pas la
voix pour déclarer que Ferdinand & que
vous- même , vous avez mis Formofe dans
la néceffité d'une légitime défenfe ?
Ma foeur, me répondit Léonce, fi je faifais
Cet aveu là , je ferais obligé d'en faire un
plus funefte encore ; & vous qui me preffez
de m'accufer moi- même en me déclarant
l'agreffeur , vous devez favoir à quel prix
il faudrait me juftifier. Qu'il vous fuffife
de m'avoir mis aux portes de la mort ; ne
me demandez pas de vous déshonorer
vous & votre famille . Refpectez , redoutez
un pere qui ne fouffrirait pas impunément
l'affront que lui auraient fait vos amours.
Ah ! Monfieur , fi men témoignage avait
fuffi , l'on m'aurait en vain menacée . Mais
qu'aurais je pu dire pour fauver , mon
Amant?
"
Concevez-vous un état plus horrible &
plus accablant que le mien ? L'arrêt qui
condamnait Formofe me fut annoncé ; je
pâlis ; mon fang fe glaça dans mes veines .
Mon pere était préfent , il m'obfervait fans
doute; cependant comme il dut lui- même
fentir quelque remords du coupable filence
qu'avait gardé Léonce , il ne fit pas femblant
d'avoir remarqué ma douleur ; mais
il prit la réfolution de me féparer à jamais
d'un homme qu'il voyait fans ceffe , difajtil
, la main fumante de fon fang.
Je lui avais demandé un couvent pour
DE FRANCE. لو
afile , & j'appris qu'il me l'accordait ; mais
je fus qu'il avait choifi celui de tous où
je ferais le plus étroitement gardée . Serait -ce
là que j'irais dépofer le fruit déshonorant
de ma malheureufe faibleffe ? Pouvais - je
me flatter que ma honte y ferait cachée ?
Ou plutôt pouvais- je douter que pour enfevelir
le fcandale de fa naiffance , mon
enfant ravi à fa mere .... Ah ! Monfieur , je
frémis encore de l'impreffion que fit für
moi ce funefte preffentiment:
Il ne me reftait que le choix de tout
avouer à mon pere , & de lui abandonner
ma vie & celle de cette innocente & faible
créature , que je croyais fentir remuer dans
men fein ; ou d'échapper à fa furie , &
de lui épargner par ma fuite de cruels
& de longs remords. Je connaiffais fa violence
; & moins pour moi que pour luimême,
je redoutais , dans fes premiers tranfports
, quelque funefte emportement .
Thérefe , dis-je à ma compagne , à quelque
péril que je m'expofe , je veux m'enfair
; m'abandonneras - tu ? La pauvre fille ,
en me baignant de larmes , jura de ne jamais
fe féparer de moi ; & ce fut elle qui pourvut
au moyen de nous éloigner.
Son frere aîné , Paul Luce, était Batelier
fur le fleuve. Il fur gagné. Nous defcendîmes
par la fenêtre du pavillon , à l'aide
des cordons que nous avions tiffus ; & vers
le milieu de la nuit nous nous rendîmes
20 MERCURE
fur la barque où Paul Luce nous attent
dait, Il nous promit en defcendant le fleuve,
qu'à l'embouchure , & dans un lieu appelé
St-Lucar, un Pilote de fes amis nous
donnerait l'afile , & nous ferait paffer fur
le premier navire qui , de Cadix , irait -à
Carthagene , où je difais moi - même avoir
deffein d'aller.
Nous étions déguilées l'une & l'autre
en femmes du peuple ; & fous le nom de
fes deux nieces qui allaient dans la Grequiafamille
nade retrouver leur famille , l'officieux
Pilote voulut bien nous recommander.
N'admirez- vous pas , mon ami , me difait
le Comte de Creutz , comme un Génie favorable
à deux amans fideles prenait, foin
de les réunir ?
En approchant de Carthagene, continua
Valérie , nous fimes réflexion que les deux
fugitives pouvaient y être fignalées , &
qu'il ferait plus fûr de chercher un afile
dans quelque village voifin. Le vaiffeau
qui rafair la côte , nous laiffa voir , au fond
d'une anfe , une vallée délicieuſe , & un
petit village fur le bord de la mer. C'eft
ici , dit Thérefe au Patron du navire , que
nous défirons de defcendre ; & lui , avec
la complaifance d'un galant Efpagnol
ayant mis à l'eau fa chaloupe , nous fit
mener à bord .
Là , commençant à refpirer , nous rendimes
graces au Ciel ; mais la peur , qui ne.
DE FRANCE. 21

>
croit jamais prendre affez de précautions
nous fit encore éviter le village ; & fur les
montagnes voifines nous allâmes cherchant
quelque endroit retiré , folitaire , inconnu
au monde , où nous fuflions enfûreté :
le Ciel nous offrit ce hameau.
Je vous épargne , reprit-elle , le récit des
inquiétudes qui nous avaient accompagnées :
l'effroi de deux columbes , volant au milieu
des vautours > vous en donne une faible
idée. L'habitude, infenfiblement raffura nos
efprits ; & bientôt d'autres foins que celui
de ma vie vinrent s'emparer de mon coeur.
Je fus mere ; & mon fils fufpendu à mon
fein , minfpira le courage que donne la
Nature aux plus timides des oifeaux , pour
la garde & pour la défenſe des petits éclos
fous leurs ailes . Non , il n'était point de
péril que je n'euffe bravé pour protéger
mon fils ; & fi j'avais été préfente lorfqu'il
est tombé dans les eaux , je m'y ferais
précipitée ; je m'y ferais précipitée , fi après
l'avoir inutilement cherché dans le vallon ,
fur la montagne , il ne m'eûtpas été rendu.
Jugez , Monfieur , combien e fuis reconnaiffante
de votre empreffement à me le
ramener jugez combien je dois bénir &
révérer le charitable Solitaire qui lui - même
s'eft expofé à périr pour me le fauver !
Vous devez , lui dis - je , Madame , reconnaître
après tant d'alarmes , qu'évidem
ment un Dieu fe plaît à voir avec quelic
22
MERCURE
conftance vous avez vaincu le malheur. Je
fuis perfuadé qu'il veut vous rendre heureufe
; & je me flatte qu'il m'a choiſi pour
exécuter fon deffein . Je vous quitte. Reftez
ici , obfcure & folitaire , & repofez - vous
fur mes foins. Votre amant faura tout , &
vous fera bientôt rendu.
J'allai le retrouver , mais je me gardai
bien de lui donner aucune envie de paffer
le vallon. Je lui dis feulement que cette
bonne villageoife , en revoyant fon fils ,
avait fait mille voeux au Ciel pour celui
qui l'avait fauvé ; & fes voeux, ajoutai - je ,
vous porteront bonheur ; car il eft rare que
les voeux des coeurs reconnaiffan ne foient
pas écoutés. Pour moi , je ferai , mon ami ,
quelque temps éloigné de vous ; une af
faire imprévue & preffante me ramene à
Séville ; mais je n'ai vu encore , ni la Murcie
, ni la Valence ; & j'efpere bientôt revenir
fur mes pas.
,
A Séville , me dit Formofe, vous trouverez
peut - être encore ce bon Hiéronimite
dont je vous ai parlé . Son nom eft le Pere
Athanafe. Allez le voir ; & fans dire où
je fuis', apprenez-lui que je refpire , & que
je conferve toujours le fouvenir de fes bontés
; fur-tout demandez- lui s'il n'aurait pas
enfin quelque lumiere à me donner fur le
deftin de Valérie.
Invifible tilfu des événemens de ce monde !
Les foins , les mouvemens que j'allais me
DE FRANCE. 23.
donner à Séville , à Madrid , en faveur de
nos deux Amans ; ce beau plan de conduite
que je m'étais tracé ; les moyens que je
méditais pour amener à la clémence les implacables
ennemis de Formofe , tout fut
abrégé par ces mots : Allez voir le Pere
Athanafe.
-
Ah ! quel foulagement , quelle joie vous
m'apportez , me dit le bon vieillard , dès
qu'il m'eut entendu , prononcer le nom de
Maurice ! Que ne puis - je favoir de même
fiValérie eft encore au monde ! Mais hélas !
non , elle n'eft plus. Je l'affurai qu'elle
vivait. Dieu clément , je t'adore , dit- il avec
tranfport ! J'aurai donc , avantde mourir, le
bonheur de les voir unis ! Que dites-vous ,
mon Pere ? -Je dis que ces deux coeurs fi
intéreffans dans leur faibleffe , auront le
prix de leur conſtance. J'ai déjà obtenu que
l'abolition de l'Arrêt de Formofe ferait follicitée
par la famille de Vélamare , & que
Léonce attefterait lui - même que c'eft lui
qui fut l'agreffeur. Hélas ! ce malheureux
Léonce eft confumé depuis long - temps
du chagrin d'avoir dérobé ce témoignage
à l'innocence ; & fon pere, déjà courbé vers
le tombeau , s'eft enfin reproché le filence
coupable qu'il faifair garder à fon fils . L'un
& l'autre ils s'accufent du défefpoir que
cet injufte Arrêt mit dans l'ame de Valérie ;
mais ils ne favent ce qu'elle eft devenue. On
doute dans Séville fi fon pere la retient en24
MERCURE
fermée dans un couvent , ou fi , dans fa colere
, il ne lui a pas donné la mort. Quelques-
uns ont penfe qu'elle s'était noyée
dans le fleuve ; d'autres , qu'en s'évadant ,
fon amant l'avait enlevée . Cependant la
trifteffe & le deuil n'ont ceffé de régner
dans le palais de Vélamare. Enfin j'y ai été
appelé ; & le pere & le fils m'ont conjuré ,
prefque à genoux , de leur dire fi je favais
où étaient Formofe & Valérie. J'ai répondu
que je n'en avais aucune connaiffance. Le
pere a paru confterné.
Je fus injufte , m'a- t- il dit , & je rendis
mon fils coupable. Je veux , autant que je
le puis , expier ces deux crimes avant que
de mourir. On m'accufe d'avoir trempé
mes mains dans le fang de ma fille ; c'eſt
une cruauté dont je ne fus jamais capable ;
mais ai mérité d'être en proie à la plus
noire calomnie , puifque moi-même j'ai
laiffé calomnier, condamner l'innocent , Les
larmes lui étouffaient la voix .
C'eft moi qui fuis le criminel , a dir
Jéonce avec une douleur encore plus déchirante
; infenfé que j'étais , j'ai pris plaifir
à voir s'allumer dans le fein de mon ami
& de ma foeur , cet amour qui les a perdus ;
je l'ai favorifé , je m'en fuis fait un jeu ,
j'en ai été le confident , le complaiſant , à
l'infçu de mon pere , dans l'efpérance que
leur hymen obtiendrait fon aveu. Mais bientôt
, voyant qu'un parti plus riche & plus
brillant
DE FRANCE. 25
brillant fe propofait , j'ai rebuté froidement
un ami qu'il fallait ménager & plaindre.
Ma froideur l'a bleffé ; il me l'a temoigné
avec une fierté que j'ai prife pour une offenfe
; & me rangeant du côté d'un rival
irrité contre lui des mépris de ma foeur ,
je me fuis joint à lui pour le venger. Enfin ,
moi , le fecond de Ferdinand , moi l'agreffeur
, moi le témoin de l'innocence de Formofe
, j'ai pu le laiffer condamner , profcrire
& dépouiller de tous fes biens ; j'ai
mis la mort dans le coeur de celle qui ne
F'aurait jamais connu fans moi , & qui n'aimait
en lui que l'homme généreux dont la
valeur m'avait fauvé la vie . Où les trouver ?
on font- ils l'un & l'autre ? Faut-il mourir
fans avoir réparé tous les maux que je
leur ai faits Tel fut le récit d'Athanafe.
O mon ami ! je reconnus dans ce moinent
combien eft précieuſe à l'homme la penféo
qu'un témoin invifible & jufte lit , du haut
du Ciel, dans fon coeur,
Allez , dis-je à ce bon vieillard , allez
leur annoncer qu'il exifte à Séville un
homme qui peur les confoler. Mon nom
eft le Comte de Creutz , envoyé de Suede
à Madrid ; je fais dans quel endroit du
monde refpire Maurice Formofe ; je crois
favoir auffi où vit cachée Valérie de Vélamare
; vous pouvez les en affurer.

Vous penfez bien qu'à l'inftant même ils
demanderent à me voir. Je les prévins.
No. 36. 3 Septembre 1791 . B
26 MERCURE
Jamais fur deux viſages n'avait été auffi vifiblement
empreint le long tourment du repentir.
-
Eft-il bien vrai , Monfieur , me demanda
le vieux Marquis de Vélamare ? ma fille
voit le jour ! Je l'affurai qu'elle vivait.
Elle a fuivi fans doute le malheureux
Formofe ? Non , il ne fait pas même
en quel lieu elle vit cachée ; elle ignore
auffi dans quel lieu Formofe eft retiré.
Ah ! Monfieur , s'écria le vieillard à ces
mots, ma fille était donc innocente ! - Elle
eft plus , elle eft vertueufe , lui dis-je ; &
fous le ciel rien n'eft plus refpectable que
Valérie dans fon malheur. Je ne parle
point de Formofe : la nobleffe & la loyauté
de fon ame vous font connues ; & le malheur
n'a fait que lui donner de nouvelles
vertus.
Eh bien , Monfieur , me dit Léonce ,
dites- moi où il eft , & je vais tomber à fes
pieds , s'il n'eft pas affez généreux pour me
recevoir dans fes bras.
Meffieurs , leur dis -je , il faut d'abord effacer
jufqu'aux moindres traces de l'Arrêt
qui l'a condamné ; il faut que le Duc
d'Ovandès 'confente...... Ovandès ne vit
plus , me dit Vélamare , & lui- même en
mourant il lui a pardonné.
Dès -lors je vis l'orage diffipé, comme
par un fouffle : l'Arrêt fut aboli , les biens
reftitués ; & l'honneur du nom de Formele
DE FRANCE. 27
fut rétabli dans tout fon éclat . Il ne reftait
plus que la grace d'Hyacinthe à négocier ;
mais ce n'était plus mon office ; & je laiſſai
à la Nature , plus habile que moi , & bien
plus éloquente , le foin de la folliciter .
Dès que l'acte d'abolition fut dans mes
mains , je ne demandai que le temps de ramener
Valérie & Formole , & le plus tôt
poffible j'allai les retrouver.
Ici vous attendez fans doute , mon ami
une belle reconnaiffance ; & d'un côté avec
mon Sauvage , de l'autre avec ma payſanne
& mon jeune Hyacinthe , il ne tenait qu'
moi de produire fans art un coup de
théâtre intéreffant. Mais fur deux ames fatiguées
d'inquiétude & de douleur , pourquoi
me ferais-je fait un jeu cruel des commotions
de la joie ? Ils n'avaient befoin , l'un
& l'autre que de foulagement & de repos ,
après tant de peines.
Au lieu de préparer entre eux une fcene
d'étonnement , je pris foin d'affaiblir , au
moins pour la fenfible Valérie , ce coup
dont la violence aurait pu l'accabler. Je lui
avais laiffé l'efpérance ; mais à mon retour ,
je trouvai ce fentiment prefque éteint dans
fon coeur ; je le ranimai doucement . Je lui
fis voir d'abord comme poffible , & puis
comme affez vraisemblable une heureufe
révolution dans la fortune de fon amant :
rien d'injufte n'était durable ; la vérité n'éprouvait
jamais que des éclipfes paffageres ;
В 2
28 MERCURE
l'innocence avait dans le Ciel , & même
dans le coeur de l'homme , un vengeur
que l'on n'appaifait que par des expiations .
"
A mefure que je voyais ces premieres
lueurs d'efpoir s'infinuer dans fon efprit
je redoublais de confiance. J'allai jufqu'à
promettre que Léonce & fon pere ne tarderaient
pas à réparer l'injuftice de leur
filence,& qu'Ovandès lui -même ne voudrait
pas emporter au tombeau celle de fon reffentiment.
Qui fait enfin , lui dis -je , fi le Ciel,
qui difpofe les événements à fon gré , n'a
pas voulu que non loin de vous , Formofe
foit venu attendre l'un de ces coups du
fort dont la caufe eft dans la Nature, &
qu'on ne trouve miraculeux que parce
qu'ils font imprévus ?
Hélas ! Monfieur , me difait Valérie
pourquoi vous plaifez-vous à m'abufer de
flatteufes illufions ? On n'eft point heureux
par des fables. Non . Mais pourquoi , lui
dis- je , feraient- ce là des fables plutôt que
des réalités ? Ce que je prévois eft fi fimple
que fi je venais à favoir que cette efpece
de Sauvage qui a fauvé votre enfant des
eaux , eft Formofe lui-même , j'en ferais à
peine étonné.Quoi , Monfieur , ce Sauvage
! .... Elle ne put parler , tant l'émotion
que j'avais voulu affaiblir était vive
encore.Oui ; ce Sauvage ; & pourquoi
non ? Pourquoi fi Formofe refpire , ne
ferait- ce point là qu'il fe ferait caché : Tour
DE FRANCE. 19
le prodige ferait que fon afile fe trouvât fi
voilin du vôtre ; & dans le voilinage de
deux cabanes , il n'y a rien de miraculeux.
Quoi , Monfieur, il ferait pollible, il
ferait vrai ! Sans doute , il eft pollible , if
eft vrai que c'eft lui. Dieu ! jufte Dieu !
Mon fils mon fils ! s'écria - t - elle dans fon
égarement. Viens ! ton pere eft vivant , tu
vas le voir. Monfieur ! pardonnez ; mais je
tremble , je n'ofe encore ..... Eft-il bien vrai ?
Quoi , ce vallon , ce vallon feul nous féparait
! Le fait - il ? - Non , il ne fait rien ;
il ne fait point que vous vivez ; il ne fait
pas non plus que l'Arrêt de fa mort eft révoqué
, qu'il rentre dans fes biens ; il ne fait
pas que votre pere confent à vous donner
à lui. Tout cela cependant eft vrai , & nous
allons le lui apprendre
.
Quelque fimplicité qu'affectât mon récit ,
je n'en vis pas moins le moment où fa tête en
était troublée. A chaque mot fon étonnement
redoublait ; fes mains tremblaient ;
tous les frêles refforts de ce corps délicat &
affaibli par la douleur , étaient en mouvement
; je voyais palpiter fes fibres ; fes
yeux même étaient vacillans ; elle ferait
tombée en défaillance fi je ne l'avais ranimée
avec ces mots : Allons le voir. Tout à
coup en effet fes forces lui revinrent ; &
prenant fon fils par la main , allons le voir ,
s'écria-t-elle. Nous défcendimes la montagne ,
la mere , fon enfant & moi ; & tous trois
B3
30
MERCURE
dans ma chaife ayant paffé le fleuve , nous
voilà bientôt arrivés à l'autre côté du
vallon.
C'était l'heure où le Solitaire allait herborifant.
Valérie & fon fils étaient tout
hors d'haleine. Voici , leur dis - je , ſa demeure
; repofez - vous tandis que je vais
l'appeler.
J
Ah ! vous qui m'accufez d'exagérer dans
mes récits , donnez -moi des couleurs pour
peindre l'attendriffement , ou plutôt le délire
d'amour & de compaffion où tomba
Valérie en voyant l'état miférable auquel
depuis neuf ans Formofe était réduit. Ce
toit , ce mur de gazon , cette natte &
cette pierre brute où repofait fa tête ! ....
C'est donc là , difait-elle , qu'il a gémi
qu'il a défefpéré de me revoir. Elle s'y profterna
; ce lit fut baigné de fes larmes . Son
enfant pleurait avec elle en tâchant de la
confoler. Ah ! ma mere ! lui difait- il , quand
nous allons embraffer mon pere , eft- ce le
moment de pleurer ?
Cependant j'errais çà & là , l'appelant ,
mais fans le nommer , & feulement par des
fons de voix que répétait l'écho de la montagne.
Il m'entendit , il vint à moi ; & dès que
je le vis , m'avançant au devant de lui :
embraffez-moi , lui dis - je froidement , & félicitez
-moi. J'ai réuffi dans le deffein qui
me ramenait à Séville. Vous êtes libre :
DE FRANCE
.
-
voici l'acte qui vous rétablit dans les droits
de l'honneur & de l'innocence . Vos biens
vous font rendus. Il me prit dans fes bras ,
& me ferrant contre fon coeur : Généreux
ami , me dit- il , que ne vous dois -je pas ?
Vous me rendez la vie , la liberté , l'honneur
, & jufqu'à ces biens même que j'avais
oubliés . Mais qui me rendra Valérie , ajouta
t- il avec le plus profond accent de la douleur?
Qui vous la rendra ? moi , lui dis-je . -Vous ,
mon ami ! — Et fans cela qu'aurais - je fait
pour vous ? Ce ne fut qu'à ces mots que
je vis éclater fa joie. Allons , repris - je ,
point de faibleffe. Don Maurice , faitesmoi
voir autant de fermeté à foutenir la
joie & le bonheur , que vous avez eu de
courage à vaincre la douleur & l'adverfité.
Je ne veux pas vous trouver infenfible au
plaifir d'apprendre que Valérie voit le jour ;
qu'elle eft mere ; qu'elle a un fils aufli beau
qu'elle-même ; que vous allez bientôt les voir ;
que votre ami Léonce vous eft rendu ; que
fon pere confent à ce que vous foyez l'époux
de Valérie : tout cela doit vous caufer
fans doute un agréable étonnement ; mais
dans toutes les fituations de la vie, une ame
forte fe poffede.
me Qu'appelez -vous une ame forte
dit-il en homme éperdu ! Si la moitié de
ces prodiges , fi le feul bonheur de revoir
ma femme & mon enfant était véritable
ou poffible , les tranfports de ma joie iraient
B 4
32 MERCURE´
jufqu'à l'égarement ; j'en deviendrais fou
dans leurs bras . J'aurais donc bien mieux
fait , lui dis -je , de vous laiffer votre bon
fens , votre force & votre courage. Ah !
mon ami , ne prolongez pas , me dit- il , le
tourmens de l'incertitude ; & fi le Ciel a
fait pour moi tant de miracles , ditės - le- moi ,
prouvez - le -moi ; menez - moi où refpirent
ma femme & mon enfant. Ils ne font pas
loin , répondis - je , & nous allons bientôt
les voir. Suivez -moi .. Tout hors de luimême,
& en homme vraiment égaré , Formofe
me fuivit,
O Dieu ! quelle entrevue ! J'avais fait
comme vous voyez , l'impoffible pour af
faiblir des deux côtés le coup de la furprife
& de la joie. Eh bien , je crus les
voir expirer l'un & l'autre , lorfqu'en entrant
dans fa cabane , Formofe apperçut
Valérie à genoux fur la natte , la baifant ,
l'arrofant de fes larmes ; & qu'à fà voix ,
au cri perçant qu'il fit entendre , elle leva
les yeux fur lui.
Elle avait perdu . connaiffance. Ce furent
les pleurs d'Hyacinthe , fes cris , fes baiſers ,
fes careffes , qui ranimerent fes efprits ; &
mci , foutenant dans mes bras cet homme
courageux qui avait tout furmonté , tout
fouffert fans faibleffe , & qu'un faififlement
de joie allait faire expirer , je m'efforçais de
lui fauver la vie : fon bonheur l'étouffait .
il refpirait à peine ; il refpirait par des fani
DE FRANCE. 33
glots. Enfin les larmes de l'amour , du
bienheureux amour , s'ouvrirent un paffage ;
& la natte en fat inondée. Ils furent un
quart d'heure fans pouvoir fe parler. Je
n'effayerai point de vous répéter leurs paroles
. C'étaient leurs noms , c'était le nom
de leur enfant , c'était le mien , c'étaient
fur tout des élans de reconnaiffance &
d'amour vers le Ciel , vers ce Dieu bienfaifant
qui les avait pris en pitié. Ah ! croyezmoi
, les grandes paffions n'ont pas d'autre
éloquence.
·
L
Je les ramenai à Séville ; & d'abord Formofe
, avec moi & le pieux Hyéronimite ,
vint fe jeter dans les bras de Léonce &
aux genoux de Vélamare. Vous m'avez ,
lui dit - il , pardonné mes malheurs ; ce
n'eft pas tout , & ce n'eft pas affez encore ;
il faut me pardonner mon crime , il faut
me pardonner un moment de délire que
mes larmes & mes remords ont expié durant
neuf ans de folitude & de fouffrance. Le
Ciel lui-même eft défarmé. Il me pardonne ,
puifqu'il me fait enfin retrouver Valérie &
le fils qu'elle m'a donné. O mon pere ! ô
mon frere limitez la clémence du Dieu que
j'ai fléchi ; pardonnez-moi à fon exemple.
Un mot du pere de Valérie prononcé à
l'autel va réconcilier l'honneur , la Nature
& l'amour.
L'orgueil des Vélamare était brifé par le
remords ; il y avait étouffé la haine & la
B
S
34
MERCURE G
vengeance. Mais euffent-ils été féroces , l'air
fuppliant de Don Maurice , le caractere
vrai , fenfible & pénétrant que fa voix , fon
regard , fes pleurs donnaient à fa priere , les
aurait adoucis . Leur confufion cependant
perçait à travers leur filence. Mais lorsque
Valérie , avec le plus beau des enfans ,
vint tomber aux pieds de fon pere & les
arrofer de fes larmes , la Nature elle feule
fe faifit à la fois de tous les coeurs ; je crus
la voir envelopper , ferrer , réunir dans fes
bras le pere & les enfans : tout fut juſtifié
par elle ; & inceffaniment aux autels les fermens
de l'amour furent fanctifiés.
( Par M. Marmontel. )
FIN.
Explication de la Charade, de l'Enigme &
da Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Poiſſon ; celui
de l'Énigme eft Miroir ; celui du Logogriphe
eft Parenthese , où l'on trouve Serpe,
Pere, Pré, Parent, Arêne, Serpent , Thefe.
DE FRANCE. 35
CHARA DE.
UNE conjonction t'offrira mon premier ;
Cher Lecteur , on voit mon entier
Traîné fouvent par mon dernier.
( Par M. Pannelierfils. )
É NIG ME.
JE fuis un vrai Caméléon ;
Rien par moi-même ; & , fous le même nom
Changeant du tout au tout felon le caractere
Et l'éducation & les moeurs & l'efprit
De l'Esclave qui m'obéit
Ou du Tyran à qui je cherche à plaire.
( Par un Abonné. )
LOGOGRIPHE.
UN animal commun ; fon gîte ou ſa priſon ;
Un Royaume , une Ville ; une négation :
Voilà, mon cher Lecteur, ce que t'offre mon nom.
( Par M. Ferran de Fronton. )
B 6
36
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
VOYAGE en Italie, ou Confidérations fur
l'Italie , par feu M. Duclos , Hiftoriographe
de France , Secrétaire perpétuel de
l'Académie Françaife ; feconde édition . A
Paris , chez Buiffon , Libr- Imprim. rue
Haute-feuille , No. 20. Prix , 3 liv. 12 f.
broché, & 4 liv. 2 f. franc par la Pofte..
CET Ecrit que l'Auteur ne deſtinait pas
à l'impreffion , ne peut qu'honorer la mémoire
& le talent de Duclos . On y retrouve
fon efprit d'obfervation , fa philofophie
Ebre & mefurée , fa maniere de peindre
par des faits, des Anecdotes , des rapprochemens
heureux. L'Auteur des Confidérations
fur les moeurs , Ecrivain doué d'une grande
fagacité , mais dénué d'imagination , prefqué
étranger aux
Beaux- Arts , ne dut s'en
occuper que très - peu , même dans leur
patrie. Il n'affecte point de parler de ce
qu'il ne fait pas. Les Gouvernemens , les
hommes , les moeurs générales & celles des
différentes claffes de la Société , voilà prefque
T
DE FRANCE. 37
les feuls objets de fon attention . Quant à
la defcription des Monumens de curiofités
de toute efpece , des chef - d'oeuvres qui
attirent les Voyageurs , il renvoie fur tous
ces objets , à cette multitude d'Ouvragesqui
en traitent bien ou mal. Il fe renferme
à la fois dans fon goût & dans fon talent :
c'eft ce qu'il pouvait faire de mieux pour fes
Lecteurs & pour lui-même.
Ce voyage fut fait & écrit en 1767 &.
1768 , dans un temps où Duclos fe trouvait
en quelque forte contraint de fortir de
France , pour échapper à la perfécution
dont il était menacé , pour la liberté de fes
propos , dans l'affaire de M. de la Chalotais.
Il était de la claffe de ceux qu'on cherche à
faire taire fans les mettre à la Baftille ; les
Miniftres d'alors avaient des idées très-précifes
fur ce qui leur convenait , en calculant
la pofition , les entours , les appuis ,
le degré de célébrité, & ce qu'on appelait la
confidération de ceux qu'ils étaient tentés
de prendre pour victimes . Duclos n'était
point en pofition de braver un Miniftre ,
mais il pouvait l'inquiéter. Une abſence ,
un voyage , était une forte de tranfaction
qui arrangeait à la fois le Philofophe & le
Miniftre .
Duclos arrivé en Italie avec la réputation
d'un Ecrivain diftingué , Hiftoriographe
de France , Membre de plufieurs Académies,
connu de la plupart des Ambaffadeurs , &
3.$ MERCURE
lié fur-tout avec M. le Cardinal de Bernis ,
fe trouva bientôt à portée de connaître les
principaux perfonnages du Théâtre fur lequel
il était tranfplanté. Il traceleur caractere d'un
pinceau qui paraît fidele ; il dévoile plufieurs
intrigues alors fecretes ; il raconte plufieurs
faits alors intéreffans. L'Hiftoire des deux
derniers Conclaves , la lutte des factions
oppofées , les rufes , les contre-rufes & toute
les reffources de l'aftuce Italienne, employées
par les concurrens , tout cela peut encore
amufer même aujourd'hui ; il est toujours
bon de favoir comment les hommes ont
été gouvernés. Duclos prétend néanmoins
que toutes ces rufes font fouvent inutiles
& que les auguftes Affemblées , nommées
Conclaves , fe féparent quelquefois par l'ennui
, la chaleur & les punaifes ; car , ajoutet-
il , le Saint-Efprit fe fert de tout. L'élection
de Rezzonico , homme fans aucune
efpece de talens , mais fils d'un riche Banquier
, prouve que l'argent peut y fervir
auffi , & le hardi Voyageur ne doute pas
qu'avec deux millions habilement diftribués ,
on ne pût faire Pape un Janféniste . Il faut
pardonner ces réflexions à un Auteur Français,
mis à l'Index , même avant fon voyage
d'Italie. Il n'en fut pas moins préfenté au
Pape , n'en reçut pas moins fa bénédiction
& une belle médaille d'or. C'est une des
moindres contradictions de ce monde.
L'expulfion des Jéfuites de France était
DE FRANCE.
39
encore affez récente , & occupait à Rome
tous les efprits. Duclos raconte , à ce ſujet
un fait qui montre en même temps à quoi
tiennent les plus grandes affaires , & ce que
c'eft que cette politique fi vantée de la
Cour de Rome. On en peut juger par le
refus que fit le Saint Pere d'adhérer à la propofition
, & prefque à la priere de Louis
XV , qui fouhaitait une réforme dans l'inſtitut
des Jéfuites , & à ce prix promettait
de les conferver. Duclos a lu la lettre qui
contenait plufieurs éloges affectueux de ces
bons Peres. Il en résulte , de deux chofes l'une,
ou que le Cardinal de Rochechouart , alors
Ambaffadeur de France à Rome , fit féchement
la commiffion , évita habilement de
lire la lettre au Pere Ricci , Général des
Jéfuites , au Pape , au Cardinal Torrigiani ,
fon Miniftre ; & alors c'eft le Cardinal de
Rochechouart qui le trouve la caufe de
la deftruction des Jéfuites ; ou le Pape &
le Cardinal Torrigiani commirent ure
faute inconcevable . Ce bon Miniftre du fouverain
Pontife croyait , à cette époque , être
au temps de l'Empereur Henri IV. Comment
fe peut- il qu'un Gouvernement dont
l'exiſtence dépend de l'état de l'opinion dans
les différens pays de l'Europe avec lefquels
il a des rapports , foit fi mal informé fur ce
qui l'intérelle davantage ? C'eft une queftion
qu'on pouvait faire alors , & qui , de nos
jours , a pu fe renouveler , en 1791 , à la
40 MERCURE!
lecture du dernier Bref Pontifical. Duclos
prétend , relativement à l'affaire des Jéfuites,
qu'il faut tout imputer à l'ignorance entêtée
du Cardinal Torrigiani , & que les Parlemens
, les Janféniftes devaient lui ériger
un autel , avec cette infcription : Deo ignaro
Ces autels aux Dieux ignorans pourraient:
fe multiplier en Europe , & la liberté Françaiſe
leur en doit déjà quelques - uns . Au
refte , il attribue aux Evêques de France à
Rome , plufieurs fautes du Saint-Siége , en
d'autres occafions . J'ai oui dire , dit Duclos ,
au fujet de la Bulle Unigenitus , que fi nos
Evêques ne foufflaient pas le feu à Rome ,
on y ferait fort tranquille fur la Conftitution.
Ne pourrait-on pas aujourd'hui appliquer
mot à mot cette phrafe à la Conftitution
Françaife ? Il paraît qu'on le peur ,
fi l'on en juge par l'indulgence avec laquelle
on a vu à Rome les changemens opérés én
Pologne , relativement au Clergé.
Cette faute du Saint- Siége dans l'affaire
des Jéfuites , rappelle au Voyageur
Philofophe toutes celles que la Cour de
Rome venait de commettre depuis quelques
années à l'égard de plusieurs Puillances de
l'Europe. Cette lifte des mal-adreffes pontificales
fe trouve affez longue ; & de ces
difpofitions à attirer de fâcheufes affaires
par des prétentions maintenant déplacées
l'Auteur concluait la deftruction allez prochaine
de cette Puiffance précaire. Il ofa
DE FRANCE. 41
dire au Cardinal Piccolomini , qu'il fe flatterait
même . d'en être le témoin , s'il n'avait
que dix-huit ans , & le Cardinal ne le contredit
pas. Il n'eft pas rare de trouver dans
Rome des gens d'efprit qui partagent
cette crainte ; mais ce qu'on y redoutait
le plus , dit Duclos , ce font les Ecrivains
Français , & même la Nation Françaife ,
qui, avec. fes incommodes libertés & fon
habile obftination à ne point fe féparer
de l'Eglife Romaine , la rend plus dangereufe
que ne le feraient des Hérétiques
déclarés . Ces mots écrits en 1768 , font
devenus par circonftance tout-à-fait dignes
d'attention en 1791.
On connaît affez tous les vices du Gouvernement
politique & économique de
Rome ; & , fous ce rapport , Duclos n'apprend
que peu de chofe aux Lecteurs inftruits .
Mais les détails fecs & arides chez d'autres
Voyageurs › prennent fous fa plume de
l'agrément & de l'intérêt . Dans l'expofe
des défauts du Gouvernement Pontifical ,
il diftingue ceux qui appartiennent au fond
de ce Gouvernement même , d'avec ce qui
appartient à l'impéritie des Papes & de
leurs Miniftres. Cette part , qui eft la plus
confidérable , lui rappelle fréquemment
l'adminiftration vigoureufe de Sixte -Quint ,
fous lequel la plupart de ces vices n'exitaient
pas . Cependant il fe trouve que c'eft
ce Pape qui , pour détruire l'influence des
42 MERCURE
grandes Maiſons & les défordres dont elle
était la fource , s'étant emparé de prefque
tout l'argent de Rome , & lui ayant fubftitué
la monnoie de papier , a , pour enrichir
quelque temps le Tréfor public , appauvri le
Peuple pour des fiecles . Bientôt , dit Duclos ,
il n'y aura plus d'argent dans Rome que celui
que les Voyageurs y portent dans leur poche,
car la plupart de leurs groffes dépenfes le
payent en lettres de change. Ce Tréfor Pon
tifical , qui , fous Sixte Quint & fes premiers
fucceffeurs , était de 24 millions , était,
en 1767 , réduit à cinq , par la néceffité
où les derniers Pontifes s'étaient trouvés
d'y puifer fréquemment. La Révolution de
France n'eft pas propre à le recruter. Il
faut pourtant convenir que le tribut payé
à Rome , par la Nation , n'était pas auifi
confidérable que le prétendaient alors plufieurs
Ecrivains Français. Duclos en fair
le relevé d'après les regiftres mêmes de la
Daterie, & ce relevé donne, pour cinq ans,
la fomme de 1,879,897.1.Quelque modique,
dit-il ,que foient ces fommes , c'eft peut- être
toujours trop. Cette réflexion était une hardieffe
philofophique en 1768 ; auffi fallait- il
un peut-être pour la faire paffer.
Le tableau des moeurs de Rome eft &
devait être , vu le talent de Duclos , le
morceau le plus intéreffant de ce Voyage. Il
y porte le coup d'oeil d'un Français quí
send faillant tout ce qui fe trouve en oppoDE
T
FRANCE. 43
fition avec nos idées ; & déjà cette oppofition
fe marquant de jour en jour davan
tage , tous les excès de la fuperftition , les
abus qu'elle entraîne , le monachifme , les
fecours indirects offerts à la mendicité ,
l'orgueil & l'ignorance des Grands , le mépris
des Loix , leur impuiffance à protéger
le Peuple , fa mifere , la férocité qui en eft
la fuite , &c. tout cela eft peint avec la
brufque vivacité particuliere à Duclos. Les
Anecdotes forment fes pieces juftificatives.
En voici une d'un genre qui paraît prefque
incroyable. L'Auteur développe plufieurs
effets de ces abus de crédit , pouffés à un
excès monftrueux , & pour qui il a fallu
même créer un mot , Prepotenza ; abus en
vertu duquel un coquin , protégé par une
Eminence, eft à l'abri des pourfuites de la
Juftice , dans la franchiſe du Palais de fon
protecteur. Pendant la guerre de 1745 ,
l'Empereur Français I.ayant été couronné
à Francfort , une partie du Peuple voué à
la faction Autrichienne , s'aviſa d'aller fous
les fenêtres des Ambaffadeurs de France &
d'Eſpagne , alors ennemies de l'Autriche
témoignant fa joie par des cris de vive l'Empereur.
L'Ambaffadeur de France jeta de
Fargent à cette populace,quicria vive France,
& fe rétira. Mais il en fut autrement devant
le Palais du Cardinal Aquaviva , Protecteur
d'Eſpagne, Celui-ci fe croyant bravé , ouvre
fa fenêtre , & vingt coups de fufil , partis
44 MERCURE
à la fois, jettent à terre autant de morts on
de bleffés. Le Peuple veut incendier le
Palais , & y brûler Aquaviva . Mais celui- ci
s'était affuré de plus de mille braves dont
il couvrit la place. Quatre pieces de canon ,
chargées à cartouche , en impofent au
Peuple. Qui croirait que le Pape , avec
l'autorité abfolue & un corps de troupes ,
n'ait jamais fongé à faire au Peuple quelque
juftice du Cardinal ? Voilà de terribles effets
de la Prepotenza. Ce n'eft pas tout. Ce .
Cardinal Aquaviva eut , dans les derniers
jours de fa vie , tant de remords de fes
violences , qu'il voulut en faire publiquement
amende honorable on en a fait à
moins,mais le facré Collége ne voulut jamais
le permettre , pour l'honneur de la pourpre
Ainfi, dans la Capitale du Monde Chrétien
l'expreffion du remords cette vertu du
pécheur , & fa feule reffource , fut interdite
à un Prêtre trop peu châtié par les
remords ; & ce triomphe de l'orgueil , fur
ne Religion d'humilité , fut l'ouvrage de
ceux qui le portent pour fucceffeurs de fes
premiers Apôtres. La Religion durera , fans
doute, mais la Prepotenza ne peut pas durer:
Après quatre mois de féjour dans ce beau
pays, Duclos paffe à Naples ; & c'eft , après
Rome , le théâtre qui lui fournit le plus
d'ebfervations politiques , morales , économiques
, qu'il fautlire dans l'Ouvrage même.
Son goût le portait particuliérement à traced
DE FRANCE. 45
le caractere de ceux qu'il fréquentait , ou
même qu'il rencontrait. Il s'égaie fur-tout
aux dépens d'un Prince de St - Nicandre
Gouverneur du Roi , lequel lui ôtait des
mains les Mémoires de Sully , faifait apprendre
le français au jeune Prince par
un Jéfuite Allemand , & réprimait avec
foin tous les mouvemens honnêtes de fon
Eleve . Le Roi de Naples , dit Duclos , a
montré qu'il était fufceptible d'une autre
éducation que celle qu'il a reçue. Dans la
derniere difette qu'il y eut , ayant ouï parler
de la mifere du Peuple , il propoſa à fon
Gouverneur de vendre fes tableaux &
ſes bijoux , pour en donner le prix aux
pauvres. Le prudent Gouverneur remontra
avec beaucoup de dignité à fon Eleve , qu'il
ne devait pas difpofer ainfi de ce qui appartenait
à la Couronne ' ; & ce fut tout ce
qu'il crut devoir lui dire dans cette occafion.
Le jeune Prince a déjà fenti & fait connaître
ce qu'il penfe du peu de foin qu'on a eu de
l'inftruire. L'Empereur & le Grand -Duc ,
étant à Naples avec la Reine leur foeur ,
& la converfation ayant tourné fur l'Hiltoire
& d'autres matieres , le Roi , étonné
d'entendre fa femme, & fes beaux - freres
traiter des fujets qu'il ne comprenait pas
plus que s'ils euffent parlé une Langue étrangere,
fe tourna vers lePrince de St - Nicandre :
Il faut , lui dit- il , que vous n'ayez bien mal
élevé , pour que je ne fois pas en état de
46
MERCURE
converfer avec des Princes , & même avec
une Princeſſe de mon âge. Qui ne ferait
tenté , en lifant de pareils traits , de rapporter
les fautes & les malheurs d'un regne
à des Inftituteurs coupables qui négligent
& quelquefois même corrompent des naturels
heureux ? Ce crime , fi impuni par-tout ,
eft un des plus grands qui puiffent fe commettre
à l'égard d'une Nation foumife au
Defpotifme. Il deviendra plus rare par
l'effet
de l'agitation des efprits en Europe. Les
Rois & les Princes fentiront le befoin de
faire inftruire leurs enfans , pour l'intérêt
d'une autorité qu'il faudra bien chercher
à rendre utile & bienfaifante : & cela
même peut déjà s'appeler une Révolution.
Ainfi le fort de l'humanité fera un peu plus
fupportable , même dans les pays qui ne
peuvent prétendre à la liberté civile & politique,
fource de tout bonheur , comme de
toute vertu.
( C....... )
Au prochain N. le 2. Extrait fur la
Souveraineté du Peuple.
DE FRANCE. 47
NOTICE S.
Tableau Géographique de la puiffance induftrielle
, commerciale , agricole , civile & militaire
de la Nation Françaife , par Départemens ,
Diftri&ts & Cantons , fuivant l'ordre de la nouvelle
diftribution du Royaume ; dans lequel en
trouve la démarcation des limites de chaque Département
& de fes Diſtricts , la nature des productions
de fon fol , &c. ; les moyens de commerce
& d'induftrie , les ufines , les Univerfités ,
les Académies , &c. Par P. Couédic , de la Société
des Amis de la Conftitution. 2c. Edition
confidérablement augmentée.
On fouferit pour cet Ouvrage , qui fera en
2 Volumes in- 8°. d'environ 700 pages chacun
à Paris , chez M. Girardin , au Club Littéraire
du Palais- Royal. Le prix des 2 Volumes fera de
7 liv. 10 f. br.
La premiere Édition , dont il ne reste qu'un
petit nombre d'Exemplaires à Paris , a été contrefaite
par des brigands de la preffe. Il en fera
fans doute fait autant de la feconde ; c'est pourquoi
on ne fera tirer que le nombre d'Exemplaires
pour lequel il aura été ſouſcrit . On ne payera
le prix de l'Ouvrage qu'à la livraiſon du fecond
Volume.
GRAVURES.
Portrait de P. J. Deffault , Chirurgien en chef
de l'Hôtel- Dieu de Paris ; deffiné par C... N...
Cochin , & gravé par L. J. Cathelin . Se vend à
Paris , chez l'Auteur , rue de l'Arbre-Sec , N°.
Prix , 1 liv. 4 fo
48 MERCURE DE FRANCE.
A VIS.
C'eft pendant l'abfence de M. de la Tude
qu'ont été publiés fs Mémoires , rédigés par M.
Thierry , Avocat ; il s'y eft gliffé plufieu : s erreurs
qu'il n'a pas été à portée de rcct fier : il .
apprend aujourd'hui qu'un avide Cont : efacteur
fait réimprimer ces Memoires avec ces mêmes
fautes , auxquelles on en ajoutera peut-être d'autres
en conféquence , M. de la Tude prévient
le Public qu'il travaille lui-même à faire paraître
une feconde édition de fes Memoires , confidéra- ;
blement augmentée , corrigée avec le plus grand.
foin , & ornée de plufieurs Portraits . Le premier
des 4 Volumes eft fous preffe ; tous les Exemplaires
feront figués de la main de M. de la Tude.
Les Rédacteurs de la Petite Bibliotheque des
Théâtres , prient MM . les Soufcripteurs auxquels
il manquerait quelques Volumes , quelques Portraits
d'Auteurs , & c . des fix premieres Années de
cette Collection , d'en faire la réclamation chez
Belin , Libr. , rue St-Jacques , ou chez Brunet ,
Libr., place du Théâtre Italien , avant le tér.
Octobre prochain , temps où l'on les complétera
gratis , paffé lequel ils ne feraient p'us admis à
fe compléter , même en payant les objets qu'ils
réclameraient .
DISTIQUE ISTIQUE.
TABLE..
Les Solitaires , ze . Part.
Charade , En. Log.
3Voyage en Italie,
4 Notices.
351
36
47
MERCURE
HISTORIQUE ·
ET
POLITIQUE.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 9 Août 1791 .
' ON apprend de Stockholm que le Roi
de Suède y eft arrivé le 3 de ce mois ,
& qu'auffi - tôt il s'eft rendu à fon chateau
de Haga. -Les lettres de Pétersbourg
annoncent que le 29 Juillet un
Officier arriva de l'armée du Cuban
avec la nouvelle que les troupes Rules fe
font emparées du fort de Sudfchukale ,
à quarante wertes d'Anapa , & que les Peuplades
du mont Caucafe ont réclamé la
protection de la Ruffie.
2
Les nouvelles de Pologne portent , que
N °. 36. 3 Septembre 1791 . A
( 2 )
les Maréchaux de la Diète font de retour
a Varfovie , & qu'au premier jour les Etats
fe railembleront. On fuppofé que le premier
travail dont ils s'occuperont fera de
nommer une Députation pour fe rendre
près de l'Electeur de Saxe , dont les derniers
fentimens ne font point encore connus
fur la fucceffion au Trône de Pologne,
établie dans fa Famille . - Les Diétines
Bourgeoifes font ouvertes pour le choix
des Députés qui doivent compofer les Tribunaux
d'appel & de ceux qui aflifteront
aux Affemblées Provinciales . La nouvelle
fe confirme que les troub.es de l'Ukraine
& de Volhynie ont ceffé , ou plutôt qu'ils
n'ont jamais été d'une importance à caufer
de l'inquiétude.
De Vienne , le 13 Août.
Il arrive chaque jour des Etrangers ici ,
fur - tout des François émigrés. On attend
fous peu M. le Comte d'Artois ; M. le
Duc de Polignac vient d'arriver , ainfi que
M. de Ferfen & de Flachslanden , Officiers
au fervice de France. Toutes les Perfonnes
de la Cour qui doivent fe trouver
au Couronnement à Prague , font en
route pour se rendre dans cette ville ; le
Chancellier de Bohême , le Conite de
Collowrath eft parti avec les Officiers de
-
( 3 )
Chancellerie & autres Perfonnes'attachées à
fa place. - Le Baron de Jacobi, Miniftre
de Brandebourg , & Milord Elgin ont eu
le 7 de ce mois une audience particulière
de l'Empereur , dans laquelle on affurs
qu'ils ont communiqué verbalement à Sa
Majefté Impériale , la réponfe de leu s
Cours refpective; à la lettre de l'Empereur
touchant les affaires de France. Le
même jour , Milord Elgin eft reparti pour
Londres ; ce qui fait croire que l'on n'eft
point d'accord fur les mefures à prendre
dans cette affaire.
L'on s'eft déjà conformé ici à une des
difpofitions du conclufum , relative aux libelles
féditieux qui circulent dans l'Allemagne,
& où l'on prêche la révolte fous
le nom d'infurrection , le mépris de toutes
les Loix , fous le nom de Souveraineté
populaire , & l'anarchie fous le titre de
conquête des Droits de l'Homme . L'Empereur
a ordonné aux Cenfeurs de ne permettre
l'impreffion d'aucun ouvrage pour
ou contre la Révolution Françoife . Cette
févérité , que dans un autre temps on regarderoit
comme une forte de tyrannie &
d'attentat à la liberté , ne trouve que des
approbateurs , aujourd'hui que la Prefle
eft devenue , entre les mains d'un grand
nombre d'énergumènes , un inftrument de
A 2
( 4)
1
ruine & de calamité pour la Société , &
pour tout ce qui en affure le repos & la
liberté .
On ne fait encore rien des motifs de'
l'entrevue de l'Empereur & du Roi de
Suède , on penfe feulement qu'elle n'aura
lieu qu'après le Couronnenient , & l'on
affigne Pilnitz comme le lieu du rendezvous.
La paix eft définitivement conclue entre
notre Cour & la Porte Ottomane ; c'eſt le
4 de ce mois qu'elle a été fignée à Siftowe
par les Miniftres de l'Empereur & ceux de
la Porte , fous la médiation des Cours de
Londres , de Berlin & des Etats - généraux
des Provinces- unies . Voici l'extrait de cet
acte que nous donnerons en entier , par la
fuite , lorfque nous en aurons une copie
exacte .
Le ftatus quo établi à Reichenbach fert de bafe
aux conditions du Traité ; la Mailon d'Autriche
s'oblige de rendre à la Porte tous les pays &
toutes les fortereffes qu'elle a fait occuper par
fes troupes . Le Vieux - Orfowa reftera uni au
Bannat de Temelwar , conformément à l'efprit
du Traité de Belgrade; la petite rivière de Czerna
fervira de limites aux poffeffions refpectives des
deux Puifances contractantes du côté de la Wala
chie . La plaine qui s'étend depuis le Vieux- Orfowa
jufqu'au Danube reftera déferte & indépendante
des deux Puiflances ; la partie Nord - Et de
la Croatie Turque reftera à la Maifon d'Autriche ,
& on tirera une ligne de démarcation depuis cet
endroit jufqu'aux environs de Novi ; par cet
arrangeracnt , Cettin , un autre petit fort & quelques
villages , appartiendront à la maifon d'Au
triche ; le refe de la Croatie Turque fera reftitué
à la Porte . Toutes les places , depuis Novi
jufqu'à Choczim , ( cette dernière place exceptée )
feront rendues à la Porte , dans l'efpace de deux
mois , à compter de la fignature de la paix , dans"
l'état où elles fe font trouvées lors de leur conquête
, avec toute l'artillerie qui y étoit . La
fortereffe de Choczim reftera entre les main's
de l'Empereur jufqu'à la pacification de la Porte
avec la Rullie. Toutes les conventions faites entre
la Maiſon d'Autriche & la Porte , nommément
des règnes de Marie- Thérèfe & de Jofeph II, font
rappellées & confirmées dans le Traité. La Walachie
fera évacuée par les troupes de l'Empereur,
d'ici au 4 eptembre prochain.
Ce Traité , en délivrant la Cour de
Vienne des foins de veiller à la fûreté de
fes Etats du côté de la Turquie , en rendant
inutiles les troupes qu'elle étoit obligée
d'y entretenir , lui rend la liberté &
les moyens de fuivre ce què d'autres intérêts
& les befoins de l'Empire pourroient
lui prefcrire. On peut donc efpérer de la
voir fous peu fe montrer avec efficacité
dans les négociations , ou prendre une
part ouverte aux mouvemens que les
troubles de France ont donné aux diverfes
A 3
Cours d'Allemagne . Mais d'autres vues ,
que peut-être l'on ignore , une complica
tion d'intérêts , des ménagemens de
convenance & d'utilité peuvent encore
prolonger la manifeftation des fentimens
de l'Empereur à cet égard.
De Francfort-fur-le-Mein , le 20 août.
f
le
L'on écrit de Vienne qu'on y a reçu la
nouvelle d'un combat fur la mer Noire
entre l'escadre Ruffe , commandée par
vice Amiral Utschakow &c l'efcadre Turque
du Capitan Pacha ; on ajoute que cette
dernière a perdu dans cette occafion fept
gros vaiffeaux . Il faut attendre la confirmation
de cette nouvelle.
L'on fait des préparatifs dans les Bailliages
de Hanau -Lichtenberg pour y mettre des
troupes en quartier , aux environs de Spire
on difpofe également des lieux de cantonnenient
pour y recevoir les troupes Helloifes
qu'on doit y envoyer .
De Ratisbonne , le 11 Août.
L'avis de la Diète de l'Empire fur l'affaire
des Princes poffeflionnés en Alface , qui
réclament contre les Décrets fpoliatifs de
l'Affemblée Nationale de France eft connu.
( 7 )
Nous allons le tranfcrire ici en fon entier;
l'importance da fujet le demande :
« Les Confeillers , Ambaffadeurs & Envoyés
des Electeurs , Princes & Etats affemblés en Diète ,
ont l'honneur de communiquer au Prince Charles-
Anfelme de la Tour- Taxis , Commillaire Principal
de l'Empereur , accrédité à la Dète , ce qui
fuit:
« Le Décret de Commiſſion adreffé à l'Empire ,
affemblé en Diète par Sa Majefté Impériale ,
le 26 avril 1791 , & porté à la dictature le 30
de même mois , ayant été mis en propofition
& délibération par les trois Colleges de l'Empic,
& la Diète y ayart reconnu avec un intérêt
vraiment patriotique , les nombreux dommages
& préjudi.es , auffi injuftes que contraires aux
Traités portés aux Etats d'Empire & leur ayanscaufes
, par les Décrets connus de la foi difapte
Affemblée Nationale , de même qu'à leurs priviléges
, revenus , libertés , droits & prérogatives ,
on eft convenu unanimement des mefurcs fuivantes
:
« 1º , S. M. I. fera très - humblement remertiée
par l'Empire , en Corps , de ce qu'el'e a
bien voulu employer fon intervention paternelle
auprès de S. M. T. C. , & porter à la connoiffance
de l'Empire la réponse dudit Roi. »
20. Il appert fuffisamment par la réponſe
de Sadite Majefté , laquelle , à l'étonnement de
tous les Etats refpectifs de l'Empire , a été
corçue au mépris des conventions , en langue
Françoife , combien la France eft éloignée de
rétablir les Etats léfés dans leurs droits , & d'efftir
A 4
( 8 )
un dédommagement acceptable en hommes & en
territoire ; en conféquence ,
ce 3 ° . Il a été réfolu de ne jamais le départir
des conventions & Traités de paix fubfiftans , nommément
des Traités de Weftphalie , de Nimegue ,
de Ry wick , de Bade & de Vienne ; bien au
contraite d'infilter fermement fur leur obfervation
exacte . Pour donner cependant à la France une
preuve convaincante de l'amour de la paix de la
part de l'Empire Germanique , on eft d'abord
unanimement convenu que ,
« 4º . S. M. I. fera refpe&neufement requife
par l'Empire en Corps , d'adreffer une feconde
lettre très - férieufe à S. M. T. C. , tant en fon
nem qu'en celui de l'Empire , afin de réfe : ver
les droits dudit Empire , & autant que poflible
engager le Roi Très- Chrétien à une compofition;
comme néanmoins les circonftances ont tellement
changé en France , que le Roi lui - même , part
l'évènement le plus défaftreux , eft devenu prifonnier
public, & par conféquent dépouillé de
toute fon autorité & de fon pouvoir fuprême
exécutif, on a jugé que pour le moment cette
mefure feroit hors de faifons qu'elle ferait même
inapplicable auffi long - temps que l'exercice dudit
Pouvoir exécutif fe trouveroit entre les mains
de la foi-difante Affemblée Nationale ; on cft donc
fimplement convenu que ,
5. Il fera entièrement abandonné à la
fageffe & aux lumières de S. M. I. fi , quand
& à quel point une nouvelle entremile amicale
& efficace pourroit être applicable auprès de Sa
Majefté Très- Chrétienne , que de plus ,
6 ° . Tous les Puiffans Etats de l'Empire
( و )
1
Germanique , mommément les Princes chargés
de la garantie du Traité de Weftphalie feroient
invités par leurs Miniftres réfidans à la Diète à
s'intéreffer à la bonne caufe & à l'appuyer. »
7°. Que S. M. I. fera très - humblement
fuppliée au nom de l'Empire en Corps , de fi miner
fans délai MM . les Princes convoquans de tous
les Cercles , de prendre les mefures convenables au
prompt rétabliffement de l'ordre conftitutionnel
des Cercles , & d'un état refpectable d'attaque
& de défenſe . »
« 8° . On a la confiance dans S. M. I. qu'Elle
voudra bien de temps en temps , donner connoiffance
à l'Empire affemblé en Diète du fuccès
de fon entreprife auprès de S. M. T. C. , felon
les circonftances & la inanière dont elle aura jugé
propos de la faire valoir , afin que la Diète ,
en conféquence de ces renfeignemens , puitle
prendre des mefures ultérieures pour atteindre le
but qu'on le propoſe .
à
כ כ
9° . Quoique dans la plupart des Cercles de
Empire Germanique , on ait prévenu par ie
cenfure éclairée , la communication des livres
& écrits féditieux , on a cependant , pour affermir
davantage la tranquillité publique , & donner
plus d'enfemble aux mefures générales , jugé à
propos de fupplier très-humblement S. M. I.
d'ordonner à tous les convoquans des Cercles ,
de prendre dans leurs Cercles refpectifs toutes
les mefures convenables pour la confifcation defdits
écrits Allemands ou Etrangers , & la punition des
perfonnes employées à les diftribuer . »
« La Commiffion Impériale eft duement requife
par tous les Confeillers , Ambasadeurs & Envoyés
As
( 10 )
des El deurs , Princes & Etats de l'Empire affem
blés en Diète , de faire parvenir ce que delus ,
à la connoiffance de S. M. I. , pour qu'il lui plaife
de le ratifier. »
C'eft le 6 Août que cette pièce a été
remife au Comuniflaire Impérial , qui l'a
fait paffer à l'Empereur . Elle ne contient,
comme on voit , rien qui annonce des
déterminations actives , de nature à s'effectuer
promptement. On voit par l'article
V, que la Diète préféreroit une conciliation
aux voies de rigueur, & qu'elle
en abandonne le choix à Sa Majefté Im
périale. C'eft donc de la réfolution finale
de la Cour de Vienne que dépendra le
parti que prendront les Princes Allemands,
& l'on ne doit pas croire que dans une
affaire aufli importante elle fe déterminé
légèrement; elle ne le fera qu'avec quelque
certitude de fuccès , fondée fur l'état des
négociations & celui des forces néceffaires
pour rendre fon intervention efficace.
GRANDE-BRETAGNE.
De Londres , le 23 Août.
+1
Enfin l'on a reçu les dernières propofi
tions de l'Impératrice de Ruflie , relativement
aux négociations de la Paix, La
( 11 )
Gazette de la Cour a en même temps fait
connoître le réfultat des dépêches apportées
à cet égard. La notification officielle
en a été donnée par le Lord Grenville aux
Ambaffadeurs réfidans à Londres , & aux
Miniftres Britanniques dans les Cours
étrangères.
Par l'arrangement définitif figné à Pétersbourg
par les Miniftes de Londres , de
Berlin & le Comte d'Ofterman au nom de
leurs Cours refpectives , l'Angleterre fe
trouve avoir terminé le différend qui
s'élèvoit entre elle & la Ruffie ; elle rette
avec la Pruffe chargée de propofer à la
Porte de conclure un traité définitif de
paix avec la Rufie , fur les bafes qui cat
été confenties , & dans le cas de refus , de
déclarer au miniftère de la Porte , que les
Cours Conciliatrices abandonneront les
moyens de terminer la guerre aux évènemens
qu'elle pourra amener.
Voici , au refte , les conditions auxquelles
les Miniftres des deux Cours font
chargés de propofer la conclufion de la
paix à la Porte Ottomane :
1º . Qu'Oczakow , fes fortifications &
fon District resteront à la Rufie ; 2 °. que
tout le pays entre le Bog & le Dniefter lui
appartiendra en pleine fouveraineté ; 3 °.
A 6
( 12 )

que
le Dniefter fera déforma's la limite
des deux Empires ; 4° . que les deux Puiffances
auront une liberté pleine & égale
d'établir autant de fortereffes & d'ouvrages ,
qu'elles jugeront refpectivement à propos ,
fur les bords de cette rivière ; 5 ° . que
Impératrice accordera une navigation
libre fur ce fleuve.
L'iffue de cette négociation avec la
Ruffie a auli- tôt amené des changemens
dans notre grand armement . Une Procla
mation du Roi , du 17 , fait ceffer la prime
accordée aux Matelots expérimentés qui
prenoient du fervice fur là flotte , & l'on
affure que des ordres ont été adreffés à
Portfinouth de défarmer une grande partie
de la flotte qui fera réduite à douze vaiſleaux
de ligne , répartis à Portſmouth , Plimouth
& Chatam . Vingt - cinq frégates refteront
en état de fervice afin de donner , dit- on ,
chaffe aux Contrebandiers qui font en grand
nombre.
Cette paix du Nord a déjà tourné les
fpéculations de nos Armateurs vers la
Ruffie , & de nombreuſes cargaifons font
prêtes à être tranfportées dans ce pays ,
d'où la crainte d'une rupture avoit re
pouffé les Négocians Anglois.
( 13 )
FRANCE.
De Paris , le 17 Août.
ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du lundi , 22 août.
Le président a annoncé qu'il avoit reçu une
lettre de M. de Thévenard , miniftre de la marine ,
qui en accompagnoit une de M. de Blanchelande,
commandant à Saint-Domingue . Nous croyons
que l'extrême importance de l'objet exige que nous
tranfcrivions la lettre du commandant. La voici :
Au Cap , le 3 juillet 1791 .
ee Un navire arrivé de Nantes le jeudi 30,juin ,
aapporté plufieurs lettres qui annoncent le décret
rendu par l'Affemblée nationale aux féances des
13 & 15 mai , qui admet les gens de couleur,
nés de père & mère libres , aux affemblées primaires
& coloniales. Je voudrois qu'il me fût
permis de vous laiffer ignorer la fenfation qu'il
a faite , & la rapidité avec laquelle elle commence
à fe communiquer à toutes les parties de
la Colonie. »
сс
Indépendamment de l'habitude du préjugé ,
Jes Colons les plus fages & les . plus froids font
convaincus que la foumiffion des Noirs dépend
effentiellement de ce qu'il exifte entr'eux & les
Blancs une claffe intermédiaire , marquée autant
par l'état civil que par la couleur . Enfuite ce
décret a paru une violation formelle de la pre
meffe confignée dans le préambule du décret du
12 octobre, 2
( 14 )
" Ainfi , Monfieur , trois motifs puiffans fe
réunillent pour exciter la fermentation : l'amourpropre
offenfé ; on croit le falut de la Colonie
compromis , & on réclame un engagement que
l'on croit vielé . »
сс
ce Le fouvenir des importans fervices que la
partie du Nord a rendus à la nation ; l'aveu authentique
que l'Affemblée nationale en a fait ;
les éloges & les remercimens qui ont accompagné
cet aveu , tout favorife & excite le mécontentement
. »
сс
N'exigez pas , Monfieur , que je vous faffe
le détail des propofitions toutes plus violentes
les unes que les autres , qui s'agitent dans les
converfations. Les coeurs les plus fidèles font
akénés , & la guerre civile la plus affreufe , ou
la perte de la Colonie pour la France , peuvent
être les faites de la difpofition préfente des
efprits. »
ce Le filence du commerce dans la difcuffion
de cette affaire eft comparé au zèle avec lequel
il s'eft montré , lorfqu'il étoit queſtion de la
traite des Noirs ; & cette comparaifon irrite
encore davantage . »
« La première partie du décret fur les efclaves
& les fimples affranchis , ne raffure même pas à
Tégard des propriétés ; on n'y voit qu'une difpefition
qu'un décret fubféquent abrogera , comme
celui - ci anéantit la promeffe du 12 octobre.
Ainfi ( ce qui eft le plus grand des malheurs ) ,
la confiance des Colons en l'Affemblée nationale
fe détruit. »
Les mêmes lettres annoncent que l'Angleterre
a un armement de 45 vaiffeaux , & ma
plume fe refute à vous rendre les difcours , &
( 15 )
peut être les veux que cette circonftance kit
naitre. »
« L'affemblée provinciale s'affemble demain ,
m'affare- t- on , pour prendre un parti . Je ne
fanois prévoir ce qui y fera réfolu : j'ai l'expé
rience de fon patriotifme ; mais l'Affemblée na
tionale a vu les principes fur les gens de couleur
, dans fon adreffe du mois de juillet . Ils
n'ont pas changé. D'un autre côté , il eſt difficile
que les gens de couleur n'aient pas avis de
ce décret fi public ; & s'ils remuent , tout eſt
perdu . »
cc
Jugez , Morfieur , quelle doit être ma pcfition
. Il ne m'appartient pas de commenter les
décrets ; & mon devoir eft de les faire cxécuter.
Mais je fuis réfolu de verfer jufqu'a la dernière
goutte de mon fang plutôt que de répandre celui
de mes concitoyens & de mes fières . »
« Je fais des voeux pour que la retraite des
députés des Colonies de l'Affemblée nationale ,
& les réclamations du commerce aient fait retirer
ce décret fatal ; je defire qu'au moins l'Affemblée
nationale daigne l'interprêter ; car en fup
pefant même ( ce qui eft comme impoflible )
une foumiffen ftricte des Blancs , il peut donner
Heu à une foule toujours renaiffante de préten
tions capables de mettre les armes à la main aux
deux partis . »
« Il prononce uniquement l'admiffion des gens
de couleur aux affeniblées , & les Blancs s'en
tiendront à ce droit ; mais les gens de couleur
en tireront la conféquence qu'ils font admiffibles
à tous les emplois ; & véritablement cette affimilation
parfaite de gens dort les frères peuvent
encore être efclaves , peut détruire la Colonie
en rompant tous les liens de la lubordination . »
( 16 )
J'ai cru devoir , Monfieur , vous rendre
compte de cette première impreffion ; je ferai
exact dans la fuice journalière de ma correfpondance
. Je ferai mes efforts pour entretenir la
paix , ou plutôt pour empêcher l'effufion du
fang ; mais la pofition de la Colonie vous annonce
combien mes moyens feront foibles , furtout
après la réunion inévitable de tous les Blancs
en un feul parti , qui ne fera pas celui de l'Affemblée
nationale . »
» En un mot , Monheur , j'ai tout lieu de
craindre que ce décret , s'il n'eft au moins modifié
, ne foit l'arrêt de mort de plufieurs milliers
d'hommes , & ne devienne également fanefle
au petit nombre de ceux- là mêmes qu'il a pour
objet de favorifer. »
cc Je fuis , & c.
GC
Signé , BLANCHE LANDE.
Pour copie , figné THEVENARD .
Au milieu d'une difcuffion criar de au fujet de ces
nouvelles alarmantes , on refufoit d'entendre M.
Moreau de S. Méry, en criant : à l'ordre dujour; au
comité. Ces propofitions font mifes aux voix ,
décrétées , prelqu'unanimement rétractées . A la
première agitation fuccède un tuinulte indéfiniffable.
Le préfident ne fait à qui donner la voix ,
à qui la refufer. Plufieurs membres s'efforcent de
parler , la majorité du côté gauche femble redouter
autant les raifonnemens , les explications que
de nouveaux faits . M. de Tracy ne s'en prend
qu'aux mefures mal prifes pour affurer le fuccès
du décret ; M. Rewbell à M. de Blanchelande qu'il
veut mander à la barre . MM. de Tracy , Merlin ,
Rewbell , Babey & Régnault de Saint- Jean d'Angély
, nient , affirment , difputent dans le bruit .
Le préfident prie , fonne , fe couvre , « Nous
( 17 )
fommes trahis , sécrie M. Rewbell ! c'est une
abſurdité ; je veux aller en Amérique » . Ne pouvant
obtenir du filence , le préfident fe découvre ,
raconte tout ce qui s'eft paflé pour qu'on fache où
l'on en eft . Second décret de paffer à l'ordre du
jour , fuivi de violentes réclamations .
сс
Qu'on mande le miniftre , a repris M. Regnault
; tout le monde fait qu'il exifte d'autres
nouvelles . C'eft une tactique que de les envoyer
les unes après les autres . Il n'y a perfonne qui ne
la fente. Une autre dépêche annonce la tenue de
l'Affemblée coloniale , que M. de Blanchelande
sy eft renda , que l'on a pris des mefures pour
fafpendre l'exécution du déciet. L'importance eft
de découvrir pour quoi l'on n'a point envoyé
ces deux lettres à la fois ; de bien voir où font
vos ennemis fecrets lorfqu'on vous environne de
terreurs . Les lettres officielles n'étoient pas arrivées
encore dans les colonies , celles de M. Moreau ,
de M. Gouy & d'autres font arrivées . Une oppofition
eft évidemment provoquée .... L'opinant
& tous ceux qui l'ont applaudi , s'obſtinoient à ne
voir la caufe du mal que dans une intrigue fuppofée
& non dans le décret lui - même que perfonne
ne propofoit de révequer ou de modifier.
De pareilles difpofitions expliquent affez le vacarme
& le refus d'écouter M, Moreau de Saint-
Méry , à qui l'on a pourtant enfin laiffé prendre
la parole .
כ
Il a dit avoir reçu des lettres jufqu'à l'époque
du 18 juillet , de la Martinique dont il n'étoit pas
queftion ; il a interprété les nouvelles de Saint-
Domingue .
M. de Tracy a ergoté & divagué fur le même
objet en concluant à adjoindre un certain nombre
de menores au comité colonial.
( 18 )
M. Rewbellprétendoit que la lettre même de
M. de Blanchelarde , dénonçoit ce commandant
comme favorifart l'infurrection ; & la févérité
qu'il invoquoit prouveit qu'on peut cublier que
infurrection eft le plus faint des devoirs ; mais ne
pouvoit en rien fon accufation contre M. de
Blanchelande. M. Biurgat a dénoncé un écri : intitulé
le tre importante à mes concitoyens portint
le nom de M. Gouy d'Arcy , & répandue
dans les colonies . Elle a été renvoyée au comité
& l'on a déciété de marder le miniftre de la marine
, & d'adjoindre fix membres au comité colonial.
:
La difcuffion s'eft alors portée fur quelques
articles à ajouter à l'acte conflitutionnel , & fur
la repreffion des délits de la preffe.
M. Roberfpierre a borné les motifs de pourfuite
aux calomnies privées. Il a prétendu que
fi l'ancien gouvernement n'avoit pas eu déja peur
des patriotes , J. J. Rouffeau aurcit été puni de
mort pour fon contrat focial qu'on traitoit d'écrit
féditieux ; & il a fingulièrement juftifié J.
Jacques du reproche qu'on lui faifoit alors d'être
un novateur dangereux , en décernant l'honneur
affez gratuit d'avoir eu beaucoup de part à la
révolution . Mais Caton traduit foixante fois en
juftice , & les Décemvirs fortifiant leur tyrannie
d'une loi contre les libeiles , lui ont fervi à livrer
tous les fonctionnaires publics aux diatribes des
folliculaires chargés de la furveillance civique .
MM, Rewbell , Dumetz & Barnave ne voient
d'auteurs condamnables que ceux qui confeillent
le meurtre , la violence & la défobéiffance aux
décrets , & M. Barnave veut que les dents foient
déterminés par le principe général & par les Jurys.
On fe difpute pour & contre les mots : à deffein ,
( 19 )
directement , formellement , aviliffement des per
voirs conftitués , outrages ; les deux extrémités du
côté gauche s'entre-acculent de tactiquez -M . a'André
prend des ah ! ah ! pour un hommage qu'ou
lui rend & s'en félicité ; M. Goupil demarde
que toute injure contre le Roi & la Royauté feit
pourfeivie ; M. Rewbell range ce pouvoir conftitué
parmi les autres ; enfin des longs débats qui
dégénéroient fouvent en altercations , eft fortie
use lei co nforme au projet du comité . Voici tous
les articles additionnels de l'acte conftitutionnel ,
décrétés dans cette féance :
« Art . J. Nui homme ne peut être faifi que
pour être conduit chez l'officier de police . »
« Nul ne peut être artêté qu'en flagrant- délit
on en vertu d'un mandat des officiers de police ,
d'une ordonnance de prife- de- corps d'un tribunal
, ou d'un jugement de condamnation à prifon,
ou détention correctionnelle . »
cc« II. Tout homme faifi & conduit devant
l'officier de police fera examiné fur-le-champ ,
ou au plus tard dans les vingt- quatre heures . »
a S'il réfulte de l'examen qu'il n'y a aucun fujet
d'inculpation contre lui , il fera remis aufli - tôt
en liberté , ou , s'il y a lieu de l'envoyer à la
mailon d'arrêt , il y fera conduit dans le plus
bref délai , qui en aucun cas , ne pourra excédet
trois jours . »
III. Nul homme arrêté ne peut être retenu ,
s'il donne caution fuffifante , dans tous les cas
où la loi permet de refter libre fous cautionnement.
>>
« IV. Nul homme , dans les cas où la détention
eft autorisée par la loi , ne peut être conduit
& détenu que dans les lieux légalement & publi
( 2011
quement défignés pour fervir de maifon d'arrêt ,
de maifon de juftice , ou de prifon .
« V. Du moment qu'un homme fera arrêté ,
il est défendu à qui que ce foit de rien imprimer
& publier contre lui ; la loi doit établir contre les
contrevenans une punition infamante. »
« VI. Nul gardien ou geolier ne peut recevoir
ni retenir aucun homme qu'en vertu des
mandats , ordonnances de prife- de- corps , ou
jugemens mentionnés dans l'article I ci deilus , &
fans que la tranfcription en ait été faite fur fon
regiftre . »
VII. Tout gardien ou geolier eft tenu ,
fans qu'aucun ordre puiffe l'en difpenfer , de repréfenter
la perfonne du détenu à l'officier civil
ayant la police de la maifon de détention , toutes
les fois qu'il en fera requis par lui . »
La repréfentation de la perfonne du détenu
ne pourra de même être refufée à les parens &
amis , porteurs de l'ordre de l'officier civil , qui fera
toujours tenu de l'accorder , à moins que le gardien
on geolier ne repréfente une ordonnance du juge ,
tranferite far fon registre , pour tenir l'arrêté au
fecret. >>
" VIII . Tout homme , quelle que foit fa place
ou fon emploi , autre que ceux à qui la loi donne
le droit d'arreftation , qui donnera , fignera ,
exécutera , ou fera exécuter l'ordre d'arrêter un
citoyen ou quiconque , même dans les cas
d'arrestation autorités par la loi , conduira , recevra
, ou retiendra un citoyen dans un lieu de
détention non publiquement & légalement défigné
; & tout gardien ou geolier qui contreviendra
aux difpofitions des articles ci- defius ,
feront coupables du crime de détention arbi
traire . »
( 21 )
L'action pour la recherche & la punition de
ce crime eft impreſcriptible .
ל כ
Répreffion des délits commis par la voie de la
preffe.
« Art. I. Nul homme ne peut être recherché
ni poursuivi pour raifon des écrits qu'il aura
fait imprimer ou publier , fur quelque matière
que ce foit , ce n'est qu'il ait provoqué à
deffein la défebéiffance à la loi , l'outrage des
pouvoirs conftitués & la réfiftance à leurs actes ,
uquelqu'une des actions déclarées crimes eu délits
par la loi . »
Du mardi , 23 août.
Les adminiftrateurs compofant le confeil général
de Corfe mandent à l'Affemblée que le
général Paoli , à la tête de 600o gardes nationales
, a foumis la ville de Baftia fans le moindie
défordre. Ils impatent la révolte à un complot
entre les officiers municipaux & quelques chefs
de la ville , dont les prêtres & les moines n'ont
été que les aveugles inftrumens . On a défarmé
le peuple , qui eft animé d'un patriotisme pur ,
& prêt à mourir pour la conftitution . La procédure
va s'inftruire. Un commillaire & 150
hommes veillent à la tranquillité publique ;
expérience qui démontre combien eft fauffe la
théorie de ceux qui veulent une force réprimante
, lorfque tous font armés :
Comme le papier épais des petits affignats ne
fècheroit pas vite en hiver , M. Papin a eu la
précaution de faire décréter , qu'il fera fabriqué
du papier pour de nouveaux affignats de cent
fols , à la concurrence de cent millions , lequel
( 22 )
demeurera dépofé aux archives jufqu'à ce qu'un
décret l'en retire .
On eft rentré dans la difcuffion des articles
relatifs aux délits commis par la voie de la
preffe , en commençant par cette diſpoſition :
« Les calomnies volontaires contre la probité
des fonctionnaires publics , & contre la droiture
de leurs intentions dans l'exercice de luis fonc
tions , pourront être dénoncées ou pourfuivies
Pr ceu qui en font l'objet ,
35
Fartifan d'une liberté indéfinie , M. Péthion
n'a vu qu'un brevet d'impunité pour les minif
tres dans la defenfe de les calomnier par des
-libelles , attendu que les miniftres feront toujours
difficiles à convaincre ou abfous devant les tribunaux.
Que peut , difoit - il , une calomnie
paffagère contre une vie confacrée à la vertu ?
Il oublioit que les calomniateurs dirigent les :
coupes- têtes dans un Erat parfaitement libre
comme il l'entend . Tant de cent mille fonctionnaires
publics créés par la conftitution
ce
auront
"
tous , felon lui , l'impaffible vertu de Thésdofe,
qui , fans doute , entouré d'une bonne garde
difoit à l'occafion des libelles qui l'outrageoient :
« fi c'eft légéreté , méprifons ; folie , ayons pitié;
deffein de nuire , pardonnons » . Mais on n'a
pas encore pourvu à donner des gardes à chacun
des fonctionnaires publics françois , & il ett peu
probable que les affemblées primaires n'aient à
choisir que des Théodofes .
La nation ne paroitant pas à M. Rewbell
affez avancée dans fa nouvelle morale , pour
bien fentir les avantages de l'impunité de la
calomnic , il a voté pour l'article , mais en demandant
que les législateurs actuels fiffent une
( 23 )
exception , & ne fuffent pas mis au nombre des
fonctionnaires publics ..
1
A la théorie de Théodofe , M. de la Rochefoucault
oppofoit la mort de Socrate & de Pho
cion , en obfervant qu'il feroit injufte d'exiger
que tout homme en place fe réfignât à boire la
cgue.
--
M. d'André pofſoit ainfi la queftion : tout
citoyen aura-t- il la faculté indéfinie de calomnier?
Vous calomniez vous-mêmes 'en pofant
ainfi la queſtion , lui a crié M. Salles . Mais:
M. d'André a facilement prouvé que , dans les
opinions débitées , le flambeau de la cenfure &
autres termes magnifiques , mettoient dans la
liberté le droit de calomnier impunément , civi- ;
quement. M. Raderer l'ayant interrompu , il a
dit au président : «« je vous prie de rappeller.
M. Roederer à l'ordre , il devient infupportable ».
L'orateur a relevé les dangers de la calomnie ,
fur-tout dans les temps de trouble , & a remarqué
que beaucoup de citoyens paifibles , éclairés ,
honnêtes , n'aimoient pas à être fans ceffe déchirés
par des libelles ..... Tels que le chant du
cog , a repiis M. Roederer , en parlant d'un
flacard affiché tous les jours depuis trois semaines
fur les murs de Paris.
On fe plaît à me l'attribuer ; je n'y ai aucune
part , a répliqué M. d'André , mais je vondreis
le faire , car je le regarde comme un très - bon
ouvrage.
M. Roberfpierre a remanié l'argument tiré de
ce qu'on eût été puni d'avoir qualifié M. de
Bouillé de traître , avant le 21 juin . M. Duport
a dit qu'il n'y avoit point d'opinion publique là
où l'on ne punifloit pas la calomnie ; ce qui
( 24 )
répond fingulièrement à ceux qui fondent depuis
deux ans leur gloire fur l'opinion publique .
- Ne m'accuferoit - on pas de calomnier , a deman
lé M. de Sillery , fi je difois qu'un miniftre
eft un fot ? Dans ce cas ,
lui a répondu une
voix , il auroit la réplique . Après d'autres débats
de ce genre , l'article a été décrété , & l'on
eft paffé aux cas d'abdication préſumée de la
royauté.
--
Le délai admis entre la proclamation & le
retour du Roi forti de France , étoit de deux
inois. M. Prieur trembloit qu'un Roi n'eût le
temps d'aller chercher chez les puiffances étrangères
, des fecours contre la Conftitution franfoife
. Il laiffoit le délai au jugement des lé
giflatures . M. Guillaume donnoit un mois. M.
de la Rochefoucault accordoit deux mois conftitutionnellement
, avec le droit aux légiſlatures
de proroger le terme .
- Perfuadé qu'on ne peut jamais faire de loix
pour un corps conftituant ; que l'on ne peut
qu'en exprimer les droits ; que d'ailleurs il ne
fauroit venir à l'efprit d'un . Roi de France
d'abandonner tous les avantages qui réfttent
pour lui de la conftit tion , M. Régnault vouloit
qu'on déclarât que les conventions , les corps
conftituans prendroient les déterminations que
les circonftances exigeroient , le cas arrivant.
Le Roi abfent commandera-t-il toujours comire
pouvoir exécutif, demandoit M. Roederer ? - On
eft convenu que la proclamation fufpendroit le
pouvoir, & l'on a décrété l'article . Voici ceux
qu'on a adoptés dans cette féance :
La cenfure fur tous les actes des pouvoirs
conftitués eft permife ; mais les calomnies vólontaires
( 25 )
fontaires contre la probité des fonctionnaires
publics & contre la droiture de leurs intentions
dans l'exercice de leurs fonctions , pourront êtie
dénoncées ou poursuivies par ceux qui en font
Fobjet. "
Les calomnies ou injures contre quelques per
fonnes que ce foit , relatives aux actions de
leur vie privée , feront punies fur leur pour
fuite. »
cc

par la voie II. Nul ne peut être jugé , foit
civile , foit par la voie criminelle , pour fair
décrits imprimés ou publiés , fans qu'il ait été
reconnu & déclaré par un juré , rº. s'il y a délir
dans l'écrit dénoncé , 20. fi la perfonne pour
fuivie en eft coupable. »
1
Délais à fixer dans deux cas de l'abdication
préfumée du Roi.
ee Art. 1. Si , un mois après l'invitation du
corps législatif , le Roi n'a pas prêté ce ferment ,
ou fi , après l'avoir prêté , il le rétracte , il fera
ccnfé avoir abdiqué la royauté.
33
H. Si le Roi étant forti du royaume , n'y
rentdoit pas après Einvitation qui lui en feta
faire par une proclamation du corps législatif
dans le délai qu'il fixera , & qui ne pourra êtres
moindre de deux mois , il feroit cenfé avoir
abdiqué la royauté . »
* །
Le miniftre de la marine mandé a lu un mémoire.
Il en réfulte que les ftructions des
commiflaires deftinés pour les colovies , n'ont
été remifes que le 25 juillet , qu'une fregate les
attendoit , qu'ils ont offert leur démillion le 16,
qu'on a dû en nommer, d'autres , & qu'il n'a
reçu de lettre officielle que celle de M. de
Blanchelande.
the
No. 36. 3 Septembre 1791. B
( 26 )
M. Barnave a rappellé que , du moment où
le décret du 15 mai avoit été rendu contre fon
avis , il avoit ceffé fes travaux aux comités.
« Les membres du comité co osial , a -t-il ajouté ,
m'invitèrent à ne pas publier mi demiffion . Je
n'ai pas voulu qu'on me crût . oppofé au fuccès
du décret. Mes travaux antérieurs m'avoient ac
quis affez de confiance en Amérique , pour que
ma retraite du comité devenue publique pût nuire
au décret rendu . Les fuites facheufes devoient
être attribuées non à la négligence , ou au retard
des comités , quoiqu'on lui ait objecté que de 48
membres , il s'y en rendoit à peine deux ; mais
au décret même. Sans les mesures les plus fages,
la plus belle dés colonies Françoifes eft perdue.
Certain membre avoit bien pu écrire des lettres
coupables , mais le vaiffeau porteur du décret
avoit précédé toutes les inftructions particulières
; & je défie qui que ce foit de produire une
lettre , qui dife que le décret ait été bien accueilli
de perfonne, »ל כ
M. Monneron a répété qu'on lui avoit écrit
qu'on n'en craignoit rien de bien dangereux . M.
de la Rochefoucault a répo: té l'attention de l'Affemblée
fur les adjoints au comité , & l'Affemblée.
seft retirée dans les bureaux pour nommer ces
adjoints.
Du mercredi , 24 août.
M. Goudard a communiqué à l'Affemblée un
mémoire , ou rapport , dout le but étoit de
perfuader que les fabriques , le négoce & la
navigation ont fingulièrement profpéré en France,
depuis la révolution , que la balance du commerce
n'a ceffé d'être à l'avantage de ce Royaume ;
que les manufactures d'armes , de drap , &c. out
( 27 )
bien compenfé , en profits nationaux , le defici
momentané de celles qui n'ont pas eu le même degré
d'activité. Il a comparé quelques centaines
d'émigrans des claffes oifives , orgueilleules , oppreffives
de la fociété , abandonnant aujourd'hui
volontairement leur patrie , avec as effains ,
ces millions d'hommes paifibles , induſtrieux
pourfuivis par le glaive , lors de la révocation
de dit de Nantes , forcés d'emporter chez
l'étranger , avec les regrets de leurs concitoyens ,
bos arts , nos manufactures & notre numéraire »j
les pertes de notre commerce pendant la feule
guerre de 1756 , & les bienfaits fans nombre &
fans mefure d'ane révolution qui nous affure &
bonheur & gloire , & qui ne nous a pas empêchés
d'avoir des gains corfidérables dans la plupart
des branches de l'induftrie , de l'exportation
& de l'importation . De pareilles affertions ne pouvoient
manquer d'être applaudies .
On s'eft retrouvé dans l'acte confiitutionnel , &
il s'eft agi de la garde du Roi . Le comité propcfoit
une garde payée de la lifte civile , de 1200
hommes à pied & de 600 à cheval , pis pa mi
eux qui fent en activité dans les troupes de igne
& dans les gardes rationales , garde qui ne feroit
jamais aucun fervice public.
« Une nation fière & jaloufe de fa liberté
verra-t- lle fans crainte , a dit M. Vadier, une
troupe mercenaire & anti- civique garder les
avenues du trône ? Ces prétentions ne peuvent
convenir qu'aux defpotes qui ne règnent que par
la terreur. Un Roi qui doit tout à la libéralité
de la nation pourroit - il s'environner , d'un corps
de fatellites ftipendies ,, au lieu de fe faire un
rempart de l'amour & de la reconnoiffance du
peuple Ces craintes qu'infpireroient 1809
B 2
(( 28 )
hommes à 14 às millions de citoyens armés
cette libéralité de la nation , ce tendre amour pour
un Roi qu'on laifle captif, ont excité des inurmu,
res . L'orateur n'en a pas moins continué .
Il a vu dins la garde propofée ure inſtitution
vicieufe & chevalerefque , une exeroillance -dangereufe
, une difformité bifarre , une école de
Spadaffinage ,de morarchifme , un dépôt d'illusions
nobiliaires. Rappellant l'héroïfme de l'Allemblée
nationale au jeu de paume , il a peint tous les
dangers prêts à menacer la France fi le Roi a 1800
hommes de garde qui puiffent auffi reprendre la
cocarde blanche ; talifman , a- t-ildit , d'une cor→
poration fantaftique ; & il y a ſubſtitué des déta
chemens fournis tour -à -tour par les gardes natio
nales des 83 départemens.
M. d'Eftourmel s'en référoit à la lettre du Roi,
accucillic avec tranfport par l'Affemblée à une
époque bien différente au décret qui donne au
Roi l'initiative fur l'armée, & à plus forte raifonfur
fa garde qu'il doit payer ; enfin , aux règlemens &
conventions qui déterminent le fervice des gardes
Suiffes il a fini par demander que , par acelas
marion , comme le 9 juin 1790 , on décrétât , au
moment même une députation vers le Roi pour te
prier de reprendre fes fonctions , & de faire parvenir
à l'Affemblée nationale fon vou fur la
compofition de la garde de Sa Malé .
:
38
cc Le Roi a une garde , a dit M. Roberfpierre ,
nous ne devons pas nous en occuperà préfent.
Attendons que la paix publique foit affermie .
Alors nous verrons s'il eſt un ſyſtême plus conve!
nable que celui qu'on a faivi jufqu'ici . Je conclus
à la queſtion préalable . Les galeries ont applaud .
M. Fréteau a peint de bons Rois affaffinés au
milieu d'une garde nombreufe & fidèle ; il a dit
( 29 )
= qu'aucune ftipulation n'attachoit les Suiffes à la
garde du Roi , & ila defiré que Louis XVIeût
3000 hommes de garde... Enfin les mots liberté ,
honneur de la nation , defposifme, domefticité,
mêtés à des raifonnemens qui n'étoient pas plus
ranges que leur bjer , ont amené l'adoption de
Particle a- feu prèsetei que l'avoit offert le comité ,
& la garde du Roi , de 1800 hommes , fera orga
nifée d'après un prochain rapport du comité mili
taire:
Qui ne croiroitt que··
l'Ademblée conflituante a
caut de n'avoir pas afiez d'ouvrage ? De la
garde du Roi, l'invifible enchaînement des grands ,
principes , a faite paffer le corps légiflatif à cette
autre queftion : les parens du Roi furont -ils pri-
Yes ou jouiront-ils des drous politiques , c'eft àdire
, des droits de citoyens actifs ? L'opinion de
M. Thouret , rapporteur , empruntée de feu
Mirabeau , eft que la famille royale étant la
feule privilégiée , il en refulto clairement que
fés membres ne peuvent être rien de ce que ,
dorénavant , on ne fera , qu'en prouvant qu'on
eft citoyen actif: Leur exclufion ne tient point
de la dégradation puifqu'elle naît d'un privilége
unique , héréditaire ; excellent moyen , die M.
Thouret , de confolider l'abolition des diftinctions
estre le refte des citoyens . Quant au titre , le
comité lè laiffoit en blanc Ils porteront le
titre de .. 33
Armé des décrets conftitutionnels qui ftatuent
l'égalité des conditions pour être citoyen actif ,
domicile & contribution de 3 journées ; & menaçant
de demander fi les parens du Roi font Franfois
, s'ils font des hommes , M. d'Orléans a
dénié à l'emblée , auffi, fermement qu'il l'a
B- 3
$ 30 )
pa , le droir de le priver du titre de citoyen.
atif ; il a conclu à la réjection de l'article , & a,
dic: « Mais dans le cas où vous l'adoptericz , je
déclare que je déposerai fur le bureau ma renonciation
formelle aux droits de membre de la dynaltie
régnante , pour m'en tenir à ceux de citoyen.
François. Les applaudiflemens & les bravo du:
côté gauche & des galeries ont couronné cet acte,
de civilme.
M. d'Orléans , a dia M. d'André , n'a le drois,
de renoncer à rien du tout , ni pour lui , zi pour
fes enfans , ni pour les créanciers ... Grands age ,
plaudiffemens & iongs éclats de rie de la droite ,
auxquels répondent les murmures de la gauche
& des tribunes ; & fur l'honorable renonciation
conditionnelle à la patenté du Roi , l'Affemblée
eft pafée à l'ordre du jour.
familie
« Qui , s'eſt écrié M. de Silléry , après avoir
prévenu les auditeurs que fon opinion se roit .
pas celle d'un factieux , mais celle d'un citoyen ,
dévoué au bonheur public ; quoi ! le comité des
conftitution , vient propofer , pour la
royale , l'étrange marche de troquer le plus beau.
titre qu'un homme puiffe porter , le titre de
citoyen actif François , contre celui de Prince ou
d'autres que vous avez proferits ! Les ina faiteurs ,
les banqueroutiers , les fauffaires feront punis par
la dégradation civique , & voilà la clate ou vous.
voulez ranger les membres de la dynaftic ! N'eft-il
pas poffible qu'il s'en trouve de patriotes ? Ceuxlà
mériteront-ils d'être flétris de la tache originelle
qu'on veut in primer fur toute la race ?..
Ce feroit les livrer à tous les vices…… Les droits
de l'homme , évangile de la raifon , feroient tous
violés ... Puis annonçant que la ville de Vendôme
a décerné une couronne civique à M. de
( jr Y
Chartres , l'orateur s'eft écrié : « fera- ce la pres
mière & la dernière que ta race récevia de la nation
? Si ce décret paffoit , elle ne pourroit attendre
de cette famille dégradée & profcrite civile
ment , que des régens ambitieux , des Rois imbécilles
ou des tyrans ». On a décrété l'impreffion
de ce difcours & levé la féance .
Du jeudi , 25 août .
Les membres adjoints au comité colanial , font-
MM. de la Rochefoucault , de Tracy , Broftaret,:
Périffe du Lac , Cußtellanet.
Une lettre de M. Darortail repréfente à l'Affemblee
que les cours martiales font peu adm.ffibles
contre des régimens entiers , que des affaires
de cette nature trainent trop en longueur pour ne
pas avoir prefqué tous les inconvéniens de l'im--
punité dans les corps militaires , où la promp
trude à punir maintient foule la difcipline . Le
miniftre fenfible à ce qu'il nomme l'état humiliant
où nous laiffel'infubordination de l'armée , réclame
la févérité & la puiffance des législateurs contre
les régimens ci-devant Dauphin & Auvergne , & le
deuxième bataillon du régiment ci - devant Beauce ,
qui perfévèrent dans la réfiftance à la loi . Sa lettre
ett renvoyée au comité , avec ordre d'en fairele
rapport demain .
Après une lettre de M: Boullé , commiffaire ,
qui dit que tout va bien dans le département du
Nord, une autre de quelques architectes de
Nantes , qui entretiennent l'Affemblée d'une colonne
de 80 pieds de haut , où feront gravés
les noms de nos premiers légiflateurs à qui on
los demande , il a été faic lecture d'une adrelle
de 300 citoyens de la même ville , qu'on s'ac--
B 4
( 32 )
cufera pas d'élever un monument d'adulation , Eu
voici la. fubftance :
Vous
Avant le décret du 15 mai , nous
avons foumis nos obfervations for le dasger
des principes qui paroilloient vous y conduire. Ce
décret rendu , nous vous avons fait des ob
fervations fur les fuites qu'il pourroit avoir . Nous
avons frémi des malheurs que nous préfagions .
Il eft du devoir de citoyens libres de vous tranfmettre
de juftes alarmes . Les planteurs attendoient
le code que vous leur aviez annoncé , &
les commiffaires promis ; au lieu de voir accom¶
plir leurs voeux , ils reçoivent le décret du 15i
mai. Les délibérations du défeſpoir ont fuccedé
au calme de la confiance . Le fang eft prêt à?
couler; & les hommes de couleur feront les
premières victimes . Nous craignons un embra
fement univerfel . Nos colonics nous échappent,
& avec elles une fource abondante de la fortune
publiques commerce , marine , induftrie , tour va
être ruiné; ce décret aura fait des millions de matheureux....
»ɔù
--
La lecture de ces repréfentations , dont un
extrait-affoiblit l'énergie , a été fréquemment interrompue.
Vous n'avez pas le courage d'en
tendre la vérité , difoit M. Lavie à ceux qui
crioient à l'ordre du jour. Il eft bon d'en
tendre des réclamations pour l'humanité , difoit
M. Lanjuinais , mais on ne peut y paffer trois
heures . On n'en a pas moins achové , dévoré
Tadreffe jufqu'à la dernière ligne. Elle a été
renvoyée au comité colonial , qui en fera fon rap
port lun li prochain .
33
M. Demeunier , rapporteur , a ramené la dif
ouffion fur les droits politiques des parens dar.
Roi , en répondant aux, objections de la veilles
( 33 )
de manière à référver aux membres de la fa»..
mille royale les droits des citoyens actifs , en.
déclarant toutefois l'incompatibilité de l'éligibilité.
aux fonctions publiques , & de ka-fucceffion éventuelle
au trône.
·∙Aur argumens connus de MM. d'Orléans &
de Sillery, M. Guillaume on a joint d'autres ,
tirés de ce qu'un homme qui n'aura pas été
chøyen actif fera , lorfqu'il devia régner , étranger
à la conftitution , aux intérêts du peuple , à
l'adminiftration , à toute connoiffance des chofes
& des hommes . Que de propriétés miraculeufes
dans ce titre de citoyen act f, qui ne coû e qua
la peine de te prendre & le prix de tois jour
nées du dernier des manoeuvres La conclufion .
de M Gaillaume a été que les parens du Roi.
forent citoyens actifs , mais qu'ils ne foient plus
princes.
Leur emploi politique , felon M. Chapelier ,
eft d'attendre la couronne ; il ne faut pas qu'ils
aient un autre emploi . A quols dangers l'Etat
feroit expafé i jamais un parent du Roi devenoit
miniftre , ambaffade ur , ou fi dévoré d'ambicon
, il parvenoit même à ſe faire élire mira
de Pris ? En effet , tout feroit bien changé fi le
ci-devant monfeigneur comte d'Artois occupoit
ou briguoit la place de M. Bailly. L'opulant
eft convenu de la néceffité d'un titre dift actif ,
& a die que la queftion préalable . décrétée fur
le nom de prince ne devoit pas lier l'Affembléo ,
attendu la difficulté de trouver un nom pour
remplacer celui la,"
ce On femble nous dire , a obfervé M..Vaidel
payez les doutes dos parens du Roi qui font fis
gifs , rendez-leur le titre de prince , & ils feront
Bientôt de retour . Vous avez décrété que l'Etat
BS
( 34 )
f
ne payera les dettes de perfonne ; vous aviez
aufli décrété qu'il n'y auroit plus de princes .
Détruire ce dernier décret , eft préparer l'abrogation
de l'autre . »
Au lieu de n'employer que des infinuations
perfides ; a repris M. Démeunier , M. Voidel,
qui eft du comité des recherches , devroit nous
faire part des myftères qu'il a pu découvrir, »
-
« Pendant qu'un membre de la famille du
Roi donnoit les prenyes les plus éclatantes de
patriotifme , a pouríuivi M. Voidel avec la
même paffion pour l'eftime & t'honneur , les
autres alloient par tout nous chercher des
ASSASSINS . Ils ont fatigué, toutes les cours de
'Europe , ils commencent à leptir l'inutilité de
leurs efforts ; & c'est le moment qu'une nation
libre employeroit pour capituler avec eux ! Rome,
ne fut point abattue par les plus grands revers ,
& la fureur de quelques rebelles vous feroit
facrifier votre.comitigation » ! M. Voidel a in-,
voqué la queſtion préalable.
Apologifte des principes du comité , M. Gou
pil de Préfeln en déduit la théctic , & enfuite
s'est écrié fur l'exclufion des droits de citoyen
actif : « pourquoi ne verriors nous pas encore
M. d'Orléans a la tête de nos fortes ? Pourquoi
me le vernians - nous plus chargé d'une égocia
tion importante en Angleterre ? Les éclats de
rue du côté droit ont fuvi ce perfiflige farglant
de M. Goupil. Ses conclufions ont été pour le
droit de citoyen..
و د
Nous n'apprendrions abfolument rien à nos
lecteurs , en tranfcrivant un long difcours de
A Roberfpierre qui s'eft plaint qu'on ne vouloi
pas l'entendre, après avoir parlé plus d'une heure
demic,
1
( 35 )
M. Barnave a penfé que fi ha queftion ne fe.
traitoit pas révolutionnairement, elle feroit bienvite
décidée . Les uns , a - t- il dit , veulent faire rentrer les
princes , les autres veulent les en empêcher ; tour
cela n'cft ni dans les principes ni dans l'intérêt de la
nation . Selon lui , les droits civils appartiennent aux
individus , & les drous politiques à la fociété qui
en difpofe ; axiôme qui cût privé Platon de tout
doit politique à Abdère , fut-il né à Abdère.
On a pu fans danger nommer le premier fuppléant
au trône , prince royal ; on peut fans
danger nommer prince , un fecond , un troifième
fuppléant. Décidons d'abord s'ils feront éligibles
aux places que donne le peuple & nous les nommerons
enfuite .. Un décret a fermé la dif--
cuffion.
---
-
On coupe la parole à M. de Silléry ; M. te
Chapelier di ife l'objet en trois queftions : 1 ° . les
parens du Roi joui ont- ils des droits de citoyens
actifs Un décret l'a décidé affirmativement ;
2. feront-ils éligibles aux places qui font à la
nomination du peuple Deux épreuves paroiffent
douteufes , & l'appel nominal ayant eu lieu 2677
yoix out dit non , 180 voix out. dit oui , ce
ce qui a donné une majorité de 87 conte l'éligibalité
33 ° quel titre donnera- t -on aux membres
de la famille Royale ? Cette importante difficul
eft renvoyée à une autre féance..
Du vendredi 26 août
Le fieur Justin George , capitaine des grena--
diers de la garde nationale de Varennes , per--
fuadé fans doute qu'après une belle action , on
ne fauroit trop fe montrer pour l'exemple , a
emercié , par une lettre , l'Affemblée des 60000
( 361
liv . qu'elle lui a décernées , pour avoir concouru
à l'arrestation du Roi ; & ce qu'il auroit pu faire
mins publiquement s'il avoit voulu fe dérober
a gloire , il confacre 3000 liv. à la folde des
défenteurs dé nos frontières , & 3000 liv . à des
objets utiles à la ville de Varennes. Or a dé--
crété que mention hunorable en feroit faire au
procès- verbal .
Un décret envoie aux hôtels des monnoies
tous les uftenfiles de cuivre des communautés
églifes & paroiffes fupprimées ; reffource done
On n'avoit pas l'idée fous l'ancien régime.
Rappent ces époques mémorables où l'Af
femblée abforba tous les pouvoirs , attribuant à
la néceffité des circonftances l'effet prévu d'une
Labverh n que rien ne rendoit néceffire , &
répétant une phrafe qui , dans tout autre temps ,
auroit paffé pour tenir du blafphême , que l'Af
femblée étoit la feule providence à laquelle les
François vouluffent croire , M. Poujard cft com
venu qu'un comité du corps législatif n'eft nul
lement propre à l'adminiftration , & il a propofe
de rendre au pouvoir exécutif, les fonctions que
Te comité d'aliénation ne remplifoit qu'en attendant
que la conftitution fut achevée . Sa motion
eft bientôt devenue un décret , dont voici les
difpofitions effentielles .

A compter du premier feptembre prochain ,
le commilfaire du Roi , adminiftrateur de la
caiffe de l'extraordinaire , fera chargé des opérations
relatives à la vente des biens nationaux ;
Les directoires entretiendront avec lui une correfpondance
exacte fur tous ces objets ; il furveilicia
tour , pour fuites des procureurs - fyndics
contre les ajficataires , paiement , folle - enchère
, délits , fraudes , prévarications ; inftruira
137)
de tourle miniffre de l'intérieur , afin que le Roi
puiffe annuller les actes irréguliers & pour les
proclamations. Le comité fe bornera au rapport
des projets de décrets ; & il ne fera fait qu'une
feule expédition en parchemin , contenant l'en
femble des municipa ités adjudicataires.
Que certe forte d'abdication ait , cu non , pour
caufe fecrète quelque prefentiment de difficultés
qu'on eft bien aile de laiffer au pouvoir exécu
tif , du moins l'article concernant le parchemin.
a-t- il offert à M. Camus 40,oco écus d'économie
..
D'un ordre de payer 25, zzz liv, pour dépla
cement de troupes en vertu d'anciens décrets ,
l'Aflemblée cft revenus a l'acte confiitutionnel ,
& M. Démeunier, raporteur , a pole ces troisi
queftions : 1° . les membres de la mile royale
feront-ils éligibles aux places qui font à la nos
mination du pouvoir exécutif ? 2º. Auront - ils
une dénomination particulète ? 3° : Quelle dés
nomination leur donnera- t - on ?*
Au mieu de ce torrent de vaines paroles ,
ou fe confondent & les fophifmes & les faite
hafardes , fur des matières qui n'ont pu devem
des problêmes que pour l'efprit de chicane
porté dans la politique , M. Roberftierre avait
appris à l'Europe que , « la B heme , & la Fon
grie ont fenti que , fi une famille étoit dit me
guée des autres , l'égalité des membres au fou
verain eoit viole » . U autre homme - d'Etat
avoit dit qu'en Angleterre , les membres de la
famil e 1oyale font éligibles pour la chambre
des communes. Ea averint , ce qu'on croira
fans ne , que les comité n'éroient allés dans
auc in pays chercher le modèle de ce qu'ils propofent
, & reconnoiffant ainfi avec candeur que
( 38- ) :
leurs projets de loix ne teffemblent abfolument
à rien , M. Démeunier a cru ne devoir relever
que la fauffe allégation relative aux princes
d'Angleterre à la vérité, le dicit qu'ont les fils
du Roi d'entrer dans la chambre haute , a fourni
à l'orateur l'agréable occafion de taxer la conftiation
Angloife de bizarrerie..
Rentré dans fes trois queftions fi peu bizarres ,
il n'a d'abord vu aucun danger à permettre aux
princes François de commander l'armée , puifqu'ils
feront affujettis , comme citoyens , à la
marche conftitutionnelle de l'avancement. A ce
propos , M. Démeunier a fait l'éloge de M. de
Chartres , qui fe diftingue , a - t - il dit , dans la
carrière des armes , & qu'il fuppofoit prefque ,
pouvoir être un jour le feul de nos princes , que,
le nouveau cours régulier du fervice porteroit
aux premiers grades . Mais la place de miniftre
lui a paru celle où les princes feroient trop peu
telponiables ; auffi l'a - t - il cxceptée . Les ambaffades
ne font point effrayé . Quant à la dénomination
, il a répété ce qu'avoit dit M. ,Thourer.
--
Les parens du Roi pourront-ils être miniftres,
ambaffadents , généraux , demandoit M. Babey:
qui defiroit qu'on décidât ces trois queftions l'une
après l'autic ? Qu'ils n'aient aucune des
Places que donne le pouvoir exécutif, difoit M
Rewbell ; feulement l'entrée au confeil à 25 ans,
avec voix confuitative & le titre de princes ..
Ajoutez qu'ils ne pourront commander en
chef une armée de terre ou de mer, fans y ête
autorisés par un décret du corps légiflatif, rendu
fur la propofition du Rei , difcit. M. Goupil.
Mais cette initiative épouvantoit M. Péthion ,
dont le génie a prophétifé que , le temps viendra
ole Roi des François aura dans l'Aſſemblée :
4
(139 )·
Rationale une majorité aufli affurée querelle du
Roi d'Ang eterie dans le Parlement, depuis que
le malheureux peuple Anglois a perdu ſa liberté ,
malgré les précautions qu'il avoit prifes .
>
1
De ces incroyables débats , où la jufteffe des
expreffions haudant la gravité des idées , on
entendoit les mots cafte , dynastie , fuppléant au
trone ; oì l'un difcit : le pouvoir exécutif doit
ayoir un pouvoir ; l'autre , il faut motiver le
motif, ou M. Barrère de Vieuzac voyoit l'opinion ,
de l'Aſſemblée fe diriger vers Popinion de M.
Goupil , qui pouvoit fratern fer les pouvoirs
rendre les princes infenfibles à l'opinion , & dedaroit
qu'il teimmejt fon opinion , par s'allurer,
de toutes fes forces conte l'opinion des comités ;;
q M. Grégoire differtoit d'ambaffade ; où M.
Roberfpierre craignoir que fi jamais on s'accou-,
tymoit à dire M. le prince d'Artois ; M. le
prince de Condé , on ne dit bientôt , M. le prince
de Montmorency , M. le prince de Broglie ; &
Foteftoit qu'il aineroit autant l'un que l'autre
ou même M. le comte de Lameth ; cù M. de
Maou pronoftiquoit qu'on ditoit : princes arif
tocrates ; cufe fuccédoient les cris tranchans
je veux , je ne veux pas ; cù MM. Salles &
d'André ont mis une férikule importance à ce
que les membres de la famille royale ne por
taffent plus des noms de principautés , mais leur
nom de baptême & le titre de prince François ;
le nom d'abord , le titre enfuite : Louis , prince ;
Philippe , prince ; cù l'on a même affecté de
fubftituer une périphrafe aux mots fi fimples :
noms de baptême , le nom qui leur auja été
donné dans l'acte civil qui conftate leur, naif
fance ) . De ces longues difcuffions qui n'ont leur
fource ni dans l'intérêt du peuple , ni dans fes
2
:
( 40% )
caliers , font fortis décrétés les articles fuivans
de lacte conftitutionnel :
A l'exception des départemens du ministère ,
les membres de la famille royale font fufceptibles
des places & emplois à la nomination du Roi. »
« Néanmoins ils ne pourront commander en
chef aucune armée de terre ou de mer , ni remplir
les fonctions d'Ambaffadeur , qu'avec le confentement
du corps législatif , accoidé fur la propofition
du Roi. »
« Les membres de la famille du Roi appelés à
la fucceffion éventuelle au trône ne porteront que
le nom qui leur aura été donné dans l'acte c'vil
qui conftate leur naiſſance ; ce nom ſera fuivi de
la dénomination de Princefrançois .
33
« Les actes par lefquels feront légalement conf
tatés leurs naiflances , mariages & décès , feront
Préfentés au corps légiflauf qui en ordonnera le
dépôt dans fes archives . »
Ces grands objets terminés , on s'eft trouvé
dans un nouvel embarras : les décrets fur les
contributions auront ils befoin d'être fan&tionnés ?
MM. de Beaumetz & Duport opinoient affirma
tivement ; l'extrémité du côté gauche a coupé
a parole à M. Duport. Le préfident a rappellé
l'ordre ceux qui interrompoient l'orateur , &
feur a dit qu'ils ne feroient pas la loi , M. de
Sillery a répondu que c'étoit le préſident qu'on
devoit rappeller a l'ora e ;, dt bruyans applau
diffemens & de gs murmures ont couvert les
voix que fe ditputoient , pour qu'on entendit
où pour qu'on entendit pas M. Duport. Ea
queſtion & prob blement le vaçarme ont été
renvoyés au lendemain:
((4 ))
Du famedi , 17 août.
Pour mettre en activité l'agent du tréfor pù-1 ,
blic , fur la propofition , de M. Vernier , l'Àf-,
femblée a décrété que cet agent tiendra deuxi
regiftres , l'un pour les titres de créance active,
fufceptibles d'action en juftice , l'autre pour les ,
demandés judiciaires contre la nation ; vifera
les fignifications faites a fon domicile , remettrai
chaque mois , aux commiffaires de la trésorerie
un état des affaires > pourra être autorisé par
eux à adhérer à un contrat d'union de créanciers
à donner des délais aux débiteurs , & à tran
figer , fauf pour cet . objet , l'aveu du corps lés :
gill rif
On a repris la difcuffion de l'acte conftitu- !
tionnel , & M. de Beaumetz a lu quatre articles ,
dont le premier accordoit l'initiative aux miniftres
à l'égard des impôts , en ftatuant qu'ils donnercicet
àl'Affemblée leur opinion fur les moyens
dy pourvoir Selon M. Barrère , ces mots réduiroient
les légiflatures à n'être que des parlemenst
ou des affomblées de notables.
« Dans l'ancien régime , a-t- il dit , fi des
parlemens refufoient l'impôt , ils difoient qu'ils ;
n'appartenoit qu'à la nation aſſemblée de s'impofer
libreinent ; & voilà le germe de la révo
lation actuelle. Comment a-t- on pu l'oublier ?
L'ancien régime ne forçoit- il pas le Roi & les
miniftres de reconnoître le principe qu'à la nation
feule appartient le droit inalienable de con
fentir les contributions publiques ? Et cette maxime
déjà confacrée par les parlemens , fi dangereux.
ennemis des droits nationaux , fut folemnellement ,
Confacrée dans les lettres patentes de ce qu'on appe
loit: alous , états généraux Commeur.dopo a
( 42 )
pu efpérer de faire oublier aujourd'hui , cette
maxime défofée même dans le berceau de l'Af
feinblée nationale ? .. Le Roi n'eft , quant à l'impôt
fur-tout , qu'un véritable fonctionnaire public
, qu'un commis de la nation pour faire percevoir
ce qu'on a impofé fur chaque membre
de cette famille . Vous avez reconnu ce principe
17 juin... Un impôt pèſe- t-il fur le peuple ?
Le corps légiflatif veut l'abolir . Le veto eft appofé
fur le décret populaire . Un impôt nouveau
eft créé ; il peut remplir plus facilement le tréfor
public ; c'est encore le veto qui empêche qu'il
ne foit perçu . Ce n'eft p- s -pour cela , Mcffieurs
, qu'on afait un R, & des minktres. »
Nous n'avons fait une révolution que pour être
les maitres de l'impo , & je pris les membres
des ci- devant communes de s'en fouvenir »
s'elt écrié M. Lavic . Il n'y a rien a répondre
a de parcilles raitons foutenues de battemens demains
M. de Beaumetz a voulu réfater M. Barrère 3
dés clameurs Font empêché de parler , & l'oppofition
s'eft vivement applaudie elle inême . Il s'eftfait
unfoulèvement général du côté gauche contre
le préfident ; le tuniuite s'eft prolongé juſqu'à laï
préalable admife fue l'article . On n'a Pas oublié
que le côté droit ne prend aucune part à ces fortest
dé délibérations . Alors M. de Beaumetz a demandé
que le difcours de M. Barrère fût imprimé , & lui
a dit de le dépofer fur le bureau , M. Biauzat a
prétendu que c'étoit un defpotifme , une actich
malhonnête. M. Barrère a remis le difcours à.M.
Baudouin , l'unprimeur , & l'on eft pallé à l'ordre
de jour.
La fanction fera -t- elle néceffaire , aux décrets fur
les peines coactives qui devront alluter la percep
?
1
43 )
tion des impôts? Des longs raifonnemens qu'à
fuggérés cette queftion , nul n'eft parti du fait
in lubit ble que tous les cahiers aftreignoient les
députés à n'émettre de loix que conjointement
avec le Monarque , & portoient que les décrets
n'auroient force de loix que par la fan &tion libre
du Roi ; mais les bailliages re fuppofolent pas
qu'il ne fût qu'un commis , & que ceux qu'il avoit
convoqués auroient le droit & le befoin de l'inftaller
, de le faire,
Tranfeire les articles qu'on a décrétés , c'cft
fe difpenfer d'analyfer la fuite de la difcuffion .
Celui qui portoit : « la loi ne reconnoît le mainge
que comme contrat civil , étoit certainement
bien dans le génie d'une conftitution , qui s'honore
d'être abfolument étrangère à toute relation de
l'homme à Dieu & de Dieu à l'homme , quoique
fondée fur plus de fermens ; que jamais n'eu prefcrivit
aucune conftitution , même.théocratique .
L'Evêque conftituticnnci de Rouen , M. Charrier
a dit que cet artiste jetteroit de funeftes femerces
de trouble dans la fociété ; & a repréſenté le tort :
qu'on feroit aux prêtres jureurs en leur retirant le
miniſtère du mariage,
« Nous fommes devenus , en quelque forte ,'
Votre ouvrage nous avons befoin de votre
appui , vous avez auffi befoin de toute notre
infuзnce ... Cet accord entre vous & nous eft auffi`
nécellaire que glorieux & facile. Vous avez befoin
de la religion pour confaerer & bénir dans
tous les coeurs vos immortelles opérations . La teligion
a befoin de votre appui pour rallier tous les
citoyens , par fes fublimes motifs , au but cora→
mun de la félicité publique... Ce décret achèveroit
d'aggraver la difgrace de la religion ... Vous
puniriez que ceux qui vous ont été foumis... ne
( 44 )
A ces humbles follicitarons de l'épifcopat de la
oosvelle égale , tremblante de perdre fes prifes
extérieures fur les catholiques reftés fidèles a
Léglife remaine , au centre d'unité , M. Laujuinais
a répondu que le décret ne jugeoit rien , &
n'empêcheroit pas que les prêtres jurenis ne
puflent aveit ,, comme d'autres fonctionnaires pu
blics , la charge de conftater les naiffancès , les
mariages , les fépultures , d'après le mode à décréter.
Cependant l'article mis aux voix , prefque,
d'autorité , par les inftances tranchantes de M.
Treilhard, a fubftitué au mot reconnoît , le mot
confidère modification qui ne, changera rien aux
conféquences .
M. Démeunier a la l'article fur les conditions
déligibilité pour les électeurs . Les décrets du
mois de novembre 1789.y fent entièrement dé
naturés . M. Rewbell a repréfenté le danger de
réformer des décrets conflitutionnels acceptés par
Le Roi & jurés par la nation. « C'eft rifquer des
Perdre la conftitution , difoit - il. De quel droit ,
nous refuferions-nous enfuite à les difcuter fur
les obfervations que nous ferait le Roi ? Dans quel
temps veut- on nous expofer à tous les dangers.
d'une.verfatilité auffi honteufe ! » .A ces raiton , il
en a joint d'autres empruntées des théories cons
ues de MM. Péthion , Roberfpierre, &c. Qu
lut a répondu qu'on ne changeoit que pour le
mieux. Il aété convena qu'un décret, abrogeroit .
le décret: ex-conftitutionnel , du marc d'argent.
qui . fera obfervé pour les élections actuelles-; &
que l'on délibérera lundi prochain fur le mode de
préfentation de la charte à l'acceptation libra
du Roi.
Voici les articles décrétés, dans cette féances
( 45 )
une fimple analyfe tes mileroit fans des abréger :
Décrets en matière de contribution , exempts de
fanétion.
4
« Art. 1. "Les décrets du corps légiflatif concernant
l'établissement , la prorogation & la perception
des contributions publiques , porteront
le nom & l'intitulé de loix . Le corps légiflatif
he pourra inférer dans ces décrets aucune difpofition
étrangère à leur objet. »>
לכ
« II . Les décrets relatifs aux contributions ne
pourront en aucun cas être rendas qu'après les
tteis difcuffions , & dans les délais preferits par
les art. IV , V , VI , VII & VIII de la fection II
du chap. III. »
III. Quant aux difpofitions relatives à la
perception des contributions qui ét bliroient des
peines autres que des peines pécuniaires , elles ne
pourront être exécutées fans être revêtues de la
Lanction,.>>
« IV. Les comptes détaillés de la dépense
des départemens de da guerre , de la marine ,
& autres fignés & certifiés par les miniftres ou
ordonnateurs géneraux , feront rendus publics per ~
la voie de l'impreffion au commencement des
feffions de chaque légiflature ; il en fera de mên e
des états de recette des divers impôts , & de tous
les revenus publics :
« Les états de ces dépenfes & recettes feront
diftingués fuivant leur nature , & exprimeront
les fommes touchées & dépentées année par année
dans chaque diftrict. »
cc
Les dépenfes particulières à chaque départes
ment & relatives aux tribunaux , aux corps adın: -
niftratifs fans exception , & antres établiſſemens ,
feront également rendues publiques ,‚¹¤¤
( 46 )
7
Sur les corps adminiſtratifs.
ce Les adminiftrateurs répartiront les contributions
directes , & furveilleront les deniers provenans
de toutes les contributions & revenus publics
, dans leur territoire. Il appartient au pou
voir légiflatif de déterminer les règles & le mode
de leurs fonctions , tant fur les objets ci - deffus
exprimés , que fur toutes les autres parties de
l'adminiftration intérieure. »
Sur le pouvoirjudiciaire.
Art. I. Le droit des citoyens de terminer
définitivement leurs conteftations par la voie de
l'arbitrage , ne pourra recevoir aucune atteinte .
par les actes du pouvoir législatif. »
ce II. Les tribunaux ne pourront recevoir aucune
action au civil, fans qu'il leur leit juſtifik
que les parties ont comparu , ou que le demane
deur a cité la partie adverfe devant des médiateurs
pour parvenir à une conciliation . »
י כ
Sur la force publique. *
ee L'armée de terre & de mer , & la troupe
deftinée à la fûreté intérieure , font foumiles à des
loix particulières , foit pour le maintien de la
difcipline, foit pour la forme des jugemens ,
& la nature des peines en matière de délits
militaires. »
Sur l'état des citoyens.
« La loi ne confidère le mariage que comme
contrat civil. Le pouvoir législatif établira pour
tous les habitans , fans diftinction , le mode par
lequel les naiffances , mariages , & décès feront
conftatés ; & il défignera les officiers publics qui
en recevront & conferveront les actes . »»
(947 )
Conditions pour être nommé électeur , en fuppri
mant celle du marc d'argent pour être député .
« Nul ne pourra être , nommé élc&cur , s'il
ne réunit aux conditions néceſſaires pour être citoyen
actif; favoir :
« Dans les villes au - deffus de fix mil'e ames ,
celle d'être propriétaire ou ufufruitier d'un bien
évalué fur les iôles de contribution à un revenu
égal à la valeur locale de deux cents journées de
travail , ou d'être locataire d'unc habitation évaluée
fur les mêmestrôles à un revenu égal à la valeuṛ
de cent cinquante journées de travail ;
« Dans les villes au - deffous de fix mille ames ,
celle d'être propriétaire ou ufufruitier d'un bien
évalué fur les rôles de contribution à un revenu ,
égal à la valeur de cent cinquante journées de travail
, ou d'être locataire d'une habitation évaluée
fur les mêmes rôles à un revenu égal à la valeur
de cent journées de travail ; »
« Et dans les campagues , celle d'être propriétaire
ou ufufruitier d'un bien évalué fur
les rôles de contribution à un revenu égal à la
valeur locale de cent - cinquante journées de travail
ou d'être fermier ou métayer de biens
évalués fur les mêmes rôles à un revenu égal à
La valeur de quatre cents journées de travail . »
Sur la régence élective.
« Art. I. Si un Roi mineur n'avoit aucun
parent réuniffant les qualités ci - deffſus exprimées ,
le régent du royaume fera élu ainfi qu'il va
être dit aux articles fuivans : ››
« II. Le corps légiſlatif ne pourra élire le
régent.

ל כ
III. Les électeurs de chaque diſtrict ſe réu,
(( 48 ) )
airont au chef lieu du dultrict , d'après une proclamation
qui fera faite dans la première fe
maine du nouveau règne , par le corps lég flatif,
s'il eſt réuni ; & s'il étoit féparé , le miniftre
de la justice fera tenu de faire cette proclama
tion la même femaine . »
ссcc IV . Les électeurs nommneront en chaque
diſtrict , au ' fcrutin individuel & à la pluralite
abfolge des fuffrages , un citoyen éligible do
micilié dans le diftrict , auquel ils donnerent
par le procès-verbal de Félection , un mandat
fpécia , borné à la feule fonction d'élire le citoyen
qu'il jugera en fon ame & confcience ,
le plus digne d'être régent du royaume . » ·
V. Les citoyens mandataires nommés par
les diftricts feront tenus de fe raffembler dans
la ville où le corps légiflatif tiendra fa féance ,
le quatrième jour au plus tard , à partir de
celui de l'avènement du Roi -mineur au trône
& ils y formeront l'affemblée électorale qui procédera
à la nomination du régent .
כ כ
cc VI. L'élection du régent fera faite au ſcrutin
individuel & a la pluralité abfolne des fuffrages . "
- « VII. L'All'emblée électorale ne pourra s'oc
euper que de l'élection , & fe féparera auflitôt.
qu'elle fera terminée. Tout autre acte qu'elle
entreprendroit de faire , eft déclaté inconkitu
tionnel & de nul effet , »
ce VIII . L'Affemblée électorale fera préſenter ,
par fon préfident , le procès -verbal de l'élection.
au corps législatif qui , après avoir vénfié la
régularité des électon , la fera pòblier dans
tout le royaume par une proclamation, so
Du
(849)
Du ſamedi , féance dufoir.
M. d'Eymar a demandé que les cendres de
J. J. Rouffeau fuffent dépolées dans le Panthéon
François. Ses reftés , ont objecté MM. Bouche &
Charles de Lameth , font devenus la propriété de
M.de Girardin. Les manes d'un grand homme apr
partiennent à la nation , a répondu M. Boiffy
d'Anglas , & M. de Girardin ne s'oppofera pas à
la gloire de fon ami.
Enfin , fur la propofition de M. de Montmorency
, on a décrété les honneurs & renvoyé au
comité les moyens d'exécution .
Lors du départ du Roi pour Montmédy , M. de
Gamache taxé d'incivilme comme fondateur d'un
club monarchique dans une monarchie , fut arrêté
Painboeuffur des lettres interceptées , dont les
adminiftrateurs n'avoient pas rougi de violer le
eachet , dans lesquelles il demandoit à un ami
3500 liv. pour aller joindre le Roi , en ajoutant ;
« Le Roi fuit , voilà où tous les François doivent
fe réunir... On attribueroit mon inaction au
défaut de courage & non au défaut d'argent... Je
me flatte qu'une victoire me ramènera en fûreté
. M. la Ville - aux- Bois , rapporteur , a con
du à ce qu'on décrétât qu'il n'y avoit pas lieu à
accufation & que M. de Gamache détenu depuis
deux mois fût mis en liberté . De véritables clameurs
ont invoqué la queftion préalable . Les
conclufions n'en ont pas moins été décrétées .
Du Dimanche , 28 Août.
Trois- cent -deux voix feulement out concouru
à la nomination d'un préfident , ce qui ne fait
pas les trois dixièmes de l'Afemblée ; & il
No. 36. 3 Septembre 1791. C
( 50 )
fuffi du quart de 259 fuffrages pour élever
au fauteuil M. Vernier.
Les gardes nationales de Clermont en Argone
ont envoyé une députation , qui a déclaré à l'Affemblée
que la pureté de leur civilme répugne
à toute gratification , qu'ils trouvent dans l'action
même la récompenfe des vertus nouvelles ,
qui les portèrent à concourir à l'arreſtation du
Roi.
Réponse honorable du préfident & impreſſion
du tout.
"
M. de Cernon a préſenté un tableau , dont le
réſultat eft que la dépenfe totale des 83 départemens
pour tous les frais de juges de paix
de tribunaux & d'adminiftration fe monteront
fans à 20 millions par an. Il n'y comprend
doute , ni les vacations ni les droits de rôle &c.
Le même membre a offert aufli un dictionnaire
de tous les cantons , districts , départemens
& de leurs relations , ouvrage que M. le Couteulx
a nommé le bréviaire des législateurs françois
. Mais ce bréviaire étant volumineux , M.
de Cernon attendoit les ordres de l'Affemblée
pour le livrer à l'impreffion , aux frais de l'Etat.
Un décret l'a bientôt ordonné, en chargeant le
comité de veiller à l'économie .
Alors un avocat , organe & membre du comité
militaire , M. Chabroud a fixé l'attention
de l'Affemblée fur une nouvelle loi martiale ,
à
pour rétablir la fubordination dans l'armée ,
l'occaſion des trois régimens dénoncés , ces joursci
par le miniftre de la guerre , Auvergne, Beauce
& Dauphiné La loi propofée contenoit des difpofitions
générales , coups de canon d'alarmes
tous les quarts-d'heure , raffemblement de troupes
de ligne , de gendarmerie & de gardes natio-
,
( 5 )
ñales , concours des commandans & des municipaux
, proclamation où les avis & les ordres
ne font donnés au nom de perfonne , où l'on
ne nomme que la loi ; feu , cour martiale ,
autre proclamation , & peine de mort pour les
officiers , & de 20 ans de chaîne pour les foldats
révoltés .
Je demande l'ajournement & l'impreffion du
rapport , a dit M. Péthion , qui s'eft plaint de
ce qu'on parloit toujours des foldats & jamais
des officiers , & de ce que les engagemens portoient
encore fervir le Roi , troupes du Roi ,
par toutle Roi & nulle part la nation . M. Alexandre
de Lameth a répondu qu'on s'occupoit de changer
les formules d'engagement , celle des brevets
des cartouches ; mais que l'infubordination de
l'armée avoit pour caufe les opinions débitées
dans diverfes fociétés , & jufques dans l'Affemblée
nationale , par MM. Péthion & Roberfpierre.
« On y parle fans ceffe des droits de l'homme ,
de liberté , d'égalité ; rien de tout cela n'eft compatible
avec l'engagement du foldat . C'eſt lorſque
plufieurs régimens font dans un état d'indifcipline
alarmant , quand le fecond bataillon de Beauce
eft près d'incendier la ville où il eft en garnifon ,
où 300 brigands vont peut-être mettre le feu à
Arras , quand on le voit prefque obligé d'affiéger
Phalsbourg pour en punir la garnifon ; c'eft dans
de pareils momens que M. Péthion prend la défenfe
des foldats contre les officiers . Punir l'officier
de mort , & le foldat de 20 ans de chaîne pour la
même faute , n'eft-ce donc prononcer des peines
que contre les foldats ? Les officiers ne partent que
parce qu'ils font en danger d'être pendus . Des
courriers attendent le décret. MM . de Rochambeau
, Luckner, tous les généraux écrivent qu'ils
C 2
(( 52 )
nerépondentde rien , fi de juftes& prompts exemples
ne rétabliffent la difcipline .... On n'a pas d'idées
d'un brouhaha ſemblable à celui qu'a excité cette
véhémente fortie , où M. de Lameth revenoit de fi
loin , oublioit fagement tant de chofes & fes propres
fuccès , pour attaquer des inaux devenus extrêmes.
M. Péthion oppofoit des négatives ; M. Roberfpierre
faifoit de vains efforts pour parler.
M. de Cuftines a infifté fur le befoin d'une
conduite ferme & a raconté que 25,000 hommes
menaçant de paffer à l'ennemi , plutôt que
de prendre une nouvelle coeffure ordonnée ,
MM. de Daun & de Lafcy étoient d'avis de céder;
que M. de Laudhon feul foutint qu'il y auroit du
danger à montrer de la foibleffe , offrit la coeffure
, bonnet ou chapeau , au nom de la Souveraine,
au premier caporal ; fur fon refus lui
cafla la tête , paffa au premier homme de la
file , & refufé , lui caſſa la tête ; que le troifiême
& tout le corps obéirent. A propos des
mots : au nom de la Souveraine , M. de Cuffines
a dit qu'on ne connoiffoit pas alors la fouveraineté
des nations , & qu'affurément en ordonnant
au nom de la nation , on ne feroit pas
défobéi. Un être compofé , un mot abftrait
n'agit cependant pas autant fur celui qui doit
obéir , qu'un individu que l'on peut voir , ontendre
, & dont l'opinion & le fentiment confacrent
la fuprême éminence. Au refte , la rigueur
feroit malheureufement ici une véritable guerre
civile. Qu'ils font dignes d'exécration , les fophiftes
de qui le peuple abufé ne recevra que
des fléaux pour prix de fa corfiance !
Criant toujours à la calomnie , M. Rober
pierre vouloit oppofer à des révoltés , non la
terreur , mais des principes . On l'acculoit d'une
653 )
correfpondance avec des régimens , il traitoit
Pimputation d'abfurdité groffière ; il a nié les
dangers d'Arras , & dit que l'infubordination
venoit de l'ordre donné par M. de Rochambeau,
de quitter le ruban tricolor que les foldats aiment
à porter à la boutonnière par patriotisme,
Les tribunes ont vivement applaudi M. Roberf
pierre , lorfqu'il a foutenu que c'étoit provoquer
des révoltes que d'en fuppofer.
Appellé en témoignage , M. Alquier a fait
de l'armée une peinture , bien différente de celle
qu'en offroient les rapports des commiffaires ,'
au nombre defquels il avoit tout loué comme
un autre. Défobéiffance formelle aux ordres du
général , foldats qu'il faut prier inftamment de
refter en fentinelle , qu'on n'ofe- pas mettre
dans la chambre de difcipline , qui menacent de
faire feu fur leurs officiers , qui s'écartent de la
route , entrent dans une maifon , y infultent
une femme , pillent tout , & couchent en joue
le caporal qui veut les ramener ..
2
On a eu la bonhomie de lui demander pouquoi
les rapports n'avoient rien dit de tout cela
comme on devoit s'y attendre , il a répondu
qu'ils ont dénoncé tout au comité militaire en
arrivant ; & c'eft ainfi qu'on inftruit la nation
parce qu'il fuffit de l'éclairer pour que la loi
règne.
>
Une partie du régiment qui eft à Blois , a dit
M. Fréteau, y eft arrivé fans hardes & fans
les foldats ayant tout vendu , cheminfaifant
, pour fournir à leurs débauches .
armes ,
Après avoir annoncé un nouveau raflemblement
à Jalès , M. Vouland trembloit qu'on ne renouvellât
les fcènes tragiques de Nancy , que le fang
des citoyens ne fut répandu , recommandoit les
C 3
( 54 ) 90
moyens de prudence , & l'envoi de commiffaires .
Des murmures ont appellé la queftion préalable.
L'Affemblée a décrété le projet de loi préſenté
par M. Chabroud. {
Sur la demande de M. Broftaret , au nom
des comités des colonies , de la marine & du
commerce , & les inftances de M. Blin qui a fortement
appuyé la terrible vérité que cinq millions
de François périroient de milère & de défefpoir
fi la France perdoit fes colonies , un
décret a fufpendu le départ des commiffaires prêts
à partir pour Saint- Domingue ; de nouveaux troubles
exigeant d'autres inftructions.
Le 21 Juin , j'ai interrompu forcément
la rédaction de ce Journal , auquel je n'ai
pris aucune part jufqu'à ce jour , à l'exception
d'un paragrafe relatif à la Suiffe , & du
récit des malheurs de la famille Guillin. Pendant
cet intervalle , M. Peuchet a bien voulu
fe charger de tenir la plume , malgré des
Occupations multipliées. Je lui dois des remerciemens
publics , & fans doute les Lecteurs
juftes s'y réuniront : en me fuccédant ,
il a affronté le danger de partager le poids
des reffentimens qui me pourfuivoient , &
de conferver à ce Recueil le caractère qui
lui a mérité l'eftime de l'Europe. Eloigné
des opinions extrêmes , mais fachant exprimer
les fiennes fans timidité , il a gardé
la contenance qui convient au talent & à
( 55 )
un homme libre. Aux titres qu'il avoit à la
confidération des honnêtes gens , s'en eft
joint un nouveau , qu'on peut regarder
maintenant comme la décoration d'honneur
: il a été affocié aux infultes féroces
que me prodiguent depuis deux ans cette
bande de Vifigoths , qui , au nom de la
Liberté & de la Révolution , font un commerce
utile des menfonges les plus effrontés
, des accufations les plus calomnieuſes ,
& de toutes les extravagances politiques
que peut engendrer l'enfance de la raifon
humaine , ou fon délire . Electeur en 1789 ,
enfuite Officier Municipal , & l'un des
Adminiftrateurs de la Police , M. Peuchet
a fait une expérience - pratique de la domination
de la multitude : il a fenti qu'on pouvoit
chérir la liberté , & cependant refpecter
la morale dans les moyens de l'acquérir ;
qu'une révolution utile ne devoit pas être
une cataſtrophe , qu'il étoit infenfé en rendant
un Peuple libre, c'eft-à-dire, en le replaçant
fous la feule fervitude des Loix , de:
l'habituer au mépris de tous les freins , &
de commencer fa régénération par l'im-.
punité de tous les défordres . Tous les Adminiftrateurs
populaires ont répété aujourd'hui
la même épreuve ; mais bien peu
ont , à l'exemple de M. Peuchet , le courage
de la fincérité. Par ambition , ou par
foibleffe , la plupart de ces Officiers du
Peuple careffent l'anarchie , & font moins,
C4
( 56 )
jaloux de réprimer les excès , que de fe
faire pardonner de timides remontrances :
à force de montrer leur peur à la multitude
, ils font parvenus à ne lui en infpirer
aucune. Or, s'ils fe perfuadent , fur la foi des
baladins de la Philofophie, qu'on gouverne
les paflions des hommes fans les intimider ,
& par le feul empire de la raiſon , malheur
aux intérêts qui feront commis a leur fauvegarde.
Je dois aux Soufcripteurs de ce Journal
, un compte fuccinct des motifs qui
m'ont obligé de fufpendre mon travail ;
mais en renouvellant le témoignage de ma
reconnoiſſance, à ceux qui ont accompagné
leurs plaintes , de marques touchantes d'intérêt
& d'attachement , j'exprimerai ma
furpriſe du calcul fingulier de quelquesuns.
Ils paroiffent confidérer un Auteur
dans les conjonctures où nous fommes ,
comme un ferviteur qu'ils ont chargé de
défendre leurs opinions , & qui doit monter
à la tranchée pendant qu'ils dorment ,
ou fe divertiffent. Ils trouvent commode.
qu'un homme s'occupe tous les huit jours ,
au rifque de fa vie , de fa liberté , de fes
propriétés , de leur faire lire quelques
pages qui amufent leurs paflions durant
l'heure du chocolat , & ils regardent comme
un devoir , comme une dette , qu'on s'immole
à leur incurie , & à leurs ridicules
illufions . Ces Meffieurs ont cherché à me
· ( 57 )
prouver , avec humeur , que je ne pouvois
me permettre aucun relâche , que mon intrépidité
devoit fuppléer à la leur , & que
fort de l'approche des Contre-Révolutionnaires
, il m'étoit facile de me dévouer
au falut public. Voilà certes de plaifans
confeils & de plaifantes sûretés. Je répondrai
à ces égoïftes , que je doute
des contre- révolutions , que je ne veux devoir
ni mon repos , ni ma liberté à des
contre-révolutions , & que la mefure de
mon courage, fixée par la raifon ou par
le fentiment, ne le fera jamais par les forfanteries
des tétes exaltées , qui , fans mettre
un écu ni une goutte de fang dans la balance
des dangers , font des Eumenides
pour y précipiter les autres , & des Puif-
Tances mortes pour les en tirer.
N'ayant jamais prétendu me dévouer à
aucun parti , ni prendre mes opinions de
perfonne , je n'ai donné à perfonne le droit
de me prefcrire ce que je dois faire ou
penfer. Je ne rends compte qu'à la Loi
& à ma confcience dans celle- ci , j'ai
placé mon appui & ma récompenſe : la
tyrannie ou la fottife d'aucune faction ne
me les enlevera.
:
Je viens à mon récit , en demandant
pardon de mêler ce qui m'eft perfonnel
à de fi grands intérêts publics ; mais je ne
puis laiffer ignorer à mes Soufcripteurs ,
C's
( 5.8 )
que je n'ai point volontairement fufpendu
ma rédaction .
Sur une dénonciation dont je connois
les Auteurs , la Section du Luxembourg
envoya le 21 Juin , jour du départ du
Roi , un détachement militaire & un Commiffaire
dans mon domicile. Nulle décifion
juridique, nul ordre légal foit de la
Police , foit d'un Tribunal , foit du Juge
de Paix , nul examen quelconque ne précéda
cette expédition. Le hafard m'en inf
truifit à 200 pas de ma demeure , à l'inftant
où j'allois y rentrer avec mon époule ,
& dans un journée comme celle du
21 Juin , au milieu d'une extrême fermentation
, la prudence m'ordonna d'abandonner
ma maifon à ceux qui s'en étoient
rendus les maîtres . Ils queftionnèrent mes
domeftiques pour leur arracher le nom de
notre féjour du moment , & plufieurs d'entr'eux
annoncèrent le deffein de nous conduire
à l'Abbaye St. Germain ; nouvelle
Baftille qui a recelé plus d'innocens depuis
deux ans , que l'ancienne n'a renfermé de
Prifonniers pendant le règne de Louis XVI.
Les Envoyés de la Section vifitèrent mes
papiers , mes livres , mes lettres ; tranfcrivirent
quelques-unes de celles - ci , emportèrent
copies & originaux , & apposèrent
fur le refte le fcellé , qu'ils laifsèrent fous la
garde de deux Fufiliers. Jamais exécution
arbitraire ne fut confommée , je dois le
( 59 )
dire , avec plus d'ordre & de ménage
mens.
Dès le lendemain , j'écrivis au Préfident
de la Section , pour connoître les motifs de
cette invaſion , pour provoquer toutes les
recherches , pour m'accufer d'être , comme
je l'avois été publiquement dans mes écrits,
l'ennemi de l'extenfion effrénée de la Révolution
, & le défapprobateur de plufieurs
des principales Loix politiques , inftituées
dans le fens et par les moyens d'une Révolution
, c'eft-à-dire , d'une manière incompatible
avec le fang- froid , la réflexion ,
la mefure , inféparables de la formation
d'un Code de Gouvernement.
:
Un procès- verbal dreffé chez moi , en
mon abfence , & fans que perfonne nie repréfentât
, avoit été envoyé par la Section,
ainfi que mes lettres , au Comité des Recherches
de la Municipalité. Celle - ci ordonna
le rapport de l'affaire la décifion
fut accélérée par les foins de M. Cahier de
Gerville , Subftitut du Procureur - Syndic
de la Commune. D'après le rapport de ce
Magiftrat, je fus autorifé à requerir la levée
du fcellé ; mais on réſerva mes lettres au
Comité des Recherches de l'Affemblée
Nationale ; enfin , au bout de 15 jours mon
domicile fut libre , & j'y rentrai .
Pendant la durée de ma profcription, les
Feuilles publiques patriotiques , s'évertuèrent
à célébrer ma fuite. L'un de ces
C 6
"( 60 ))
brigands me plaçoit à Bruxelles , l'autre
Genève , un troifième en prifon , un quar
triènie me faifoit tuer civiquement dans la
rue Taranne . J'étois pour ces miférables
le cadavre fur lequel des corbeaux croaf,
fant appellent leur eſpèce à la curée . Pas
une de ces fentinelles de la liberté , ne s'avifa
de remarquer , qu'une violation de domicile
, opérée fans les formes légales , frap
poit tous les Citoyens en général , qu'elle
étoit une atteinte aux Décrets les plus facrés
, & qu'au défaut du mien , l'intérêt
de la liberté de la preffe devoit amortir les
applaud ffemens .
:
Un feul homme , dans cette foule d'Ecrivains
de tout parti , ofa réclamer en ma
faveur , ce fut l'Auteur de la Feuille du
Jour il marqua l'efprit du temps & la
nature de notre liberté , en faifant obferver
le contrafte de la perfécution que j'éprou
vois , avec la protection accordée aux Libelliftes
les plus criminels. En effet , ces
Artifans du meurtre , du pillage , de la licence
en tout genre , vomifloient alors ,
avec encore plus d'impunité , leurs affiches
fanguinaires , leurs prédications incendiaires,
& undébordement des plus infâmes,
des plus dégoûtantes atrocités contre le Roi,
contre la Reine , contre la Famille Royale ,
contre quiconque ofoit montrer de la pitié.
Lecourage de M. Parifau, Rédacteur de la
Feuille du Jour , lui a donné droit aux
( 613 )
fentimens que je viens d'exprimer , comme
ilen a fur tous les Lecteurs fages , par le
ton raisonnable , décent & ingénieux qu'
foutient dans fa Feuille périodique.
Je n'ai pas quitté Paris un feul inftant :
je n'ai point formé de plainte , parce que
la conjoncture & l'effervefcence qui en
étoit réfultée , excufoient à mes yeux la
démarche illicite de la Section du Luxembourg,
& que d'ailleurs un homme entaché
d'Aristocratie par gens qui appellent
Ariftocrate quiconque poudre fes cheveux,
ne plaide point à Paris contre une Section
. Aurois- je eu plus de juſtice à attendre,
que n'en ont obtenu , en pleine paix , le Club
Monarchique , les Catholiques des Théatins
, les Propriétaires incendiés & volés ,
mille innocens vexés ou enfermés , depuis
que la Déclaration des Droits de
l'Homme eft gravée fur la porte des cabarets?
La miférable aventure de ma cancellation
formoit la plus foible de mes follicitudes ,
à l'inftant des malheurs du Roi , de ce
Prince auquel on ne reprochera qu'une
foibleffe , celle d'avoir jugé les hommes
auffi vertueux que lui , & d'avoir cru a la
probité publique ; de ce Prince qui , feul
peut-être dans le royaume , a defiré avec
candeur l'alliance de la Liberté & de la
Monarchie ; qui avoit plus fait pour les
droits du Peuple , que tous les Souverains ,
( 62 )
tous les Démagogues réunis des temps
anciens & modernes ; qui abaiffant volontairement
fa Puiffance héréditaire , &
malheureuſement illimitée , devant l'opinion
& le voeu des Sages , n'avoit pas dû
s'attendre à fe voir traiter comme Néron
ne le fut jamais. Je ne fuis pas né ſous ſa
domination : je donnerois mon fang pour
le maintien du Gouvernement Républicain
qui a formé mon enfance , mes inclinations
, mon efprit & mon caractère ; mais
je m'honore , avec tout ce que les Etats
libres renferment d'hommes généreux , de
verfer des larmes fur le fort d'un Roi qui
ne peut ni me récompenfer , ni me punir ;
fur le fort de la Nation trompée qui a pu
méconnoître l'étendue de fes magnanimes
facrifices & la pureté de fes intentions ; fur le
fort de cette Famille illuftre & antique , fous
le gouvernement de laquelle , malgré tant
d'abus monftrueux , & nonobftant les
fléaux du régime abfolu , la France furpaffa
toutes les Nations en puiffance , en
richeffes , en gloire , en monumens impé
riffables de grandeur & de félicité pu
bliques. Profondément affecté des fuites
déplorables du départ du Roi , & incertain
de la deſtinée qui lui étoit réfervée ,
je ne recouvrai la liberté d'écrire que pour
me réfoudre à ne plus écrire déformais .
Le détrônement du Monarque légitime ,
( 63 )
ou l'établiffement de la République, euffent
rendu cette réfolution invariable.
De puiflantes confidérations m'y confirmoient.
La plus honteufe de toutes les
guerres , la guerre des brochures ; fymptôme
de l'affoibliffement moral d'un
Peuple , qui néglige
les reffources
des vertus & des grands talens , n'a que trop
long-temps défolé la France , fans l'éclairer .
Je ne connois
pas , aujourd'hui
, d'armes
moins efficaces que celles du raifonnement
.
Des caufes légitimes produifirent le premier
élan de la Révolution ; il en falloit
une pour mettre en équilibre l'influence
du Peuple , avec celle des Grands & du
Trône , dans le grand ouvrage de la confection
des loix politiques ; mais cet équilibre
ne convenoit ni aux difciplés de Jean
de Leyde , qui , dans leurs conciliabules ,
avoient formé l'entrepriſe de bouleverfer la
Société, ni aux Ergoteurs qui defiroient fortune
& réputation , ni aux Conjurés auxquels
un renversement complet étoit néceffaire.
Par leurs oeuvres combinées , la
Révolution s'eft perpétuée ; elle a préfidé
à la Conftitution ; elle l'a imbibée des
poifons de l'anarchie ; elle a confondu les
principes de la liberté avec les pouvoirs
de la multitude , & fondé le Gouvernement
monarchique fur les mobiles qui ,
par-tout , ont renverfé même les Républiques.
Alors a difparu la puiffance de la
( 64 )
-
raifon , de l'expérience , de l'autorité dęs
fiècles. On a pratiqué au milieu des violences
, une opinion qui , établie fur l'ignorance
, a fubitement pris le caractère de
l'enthoufiafme. Rien n'a refifté à ce torrent
de fanatifie le fer , ou la clef des prifons
à la main , il a pourfuivi , calomnié ,
décrié toutes les idées modérées. Bientôt
nous avons vu ce fceptre de l'opinion
paffer aux hommes grolliers & ignorans ,
inftruits par des déclamateurs , & pervertis
par des Folliculaires. Il n'y a plus , abſolument
plus d'opinion publique en France.
A cet empire fuprênie & vénérable qu'exer- .
cent fur l'intelligence & fur les fentimens ,
la raifon épurée des Philofophes , les leçons
de l'hiftoire , les méditations des Hommes
de génie , & le poids des âges réunis , a
fuccédé l'imbécille tyrannie de je ne fais
quel galimathias révolutionnaire , & d'un
catéchifme d'adages , prétendus populaires.
Ce jargon , moitié infpiré , moitié hypocrite
, après avoir fait la fortune de fes
Auteurs , eft devenu la langue des Clubs ,
des Tribuns , des Journaux , des Sections ,
& de tous les Rhéteurs. Avec cet inftrument,
ils ont terraffé les Sages Anciens & Modernes
, les Légiflateurs de tout pays , &
les opinions circonfpectes. Montefquieu
feroit hué maintenant par les galeries de
J'Affemblée nationale & dans les Diftricts
de Paris : une Affiche du coin, & le paragra
( 65 )
-
phe d'un fot, prévalent fur l'Esprit des Loix.
Onn'avoit pas encorevu un premier exemple
de cette domination irréfiftible des efprits
bornés , enflammés par des efprits faux ,
& fubjuguant par le nombre des clameurs ,
ou par des fuperftitions politiques , l'enfeignement
du génie , & les réflexions de
la fageffe.
Rien n'eft donc plus inutile que d'attaquer
cette fiévre avec des feuilles de
papier . On ne convertit , on n'adoucit
perfonne : les enthoufiaftes s'irritent comme
les Hydrophobes , lorfqu'on leur préfente
le remède. Si les lumières avoient quelque
prife fur l'exaltation , elles échoueroient
devant la vanité , l'hypocrifie & l'intérêt ,
car il eſt moins aifé de furmonter les prétentions
que les erreurs . La Révolution eft
devenue pour une infinité d'Acteurs , un
théâtre de bel efprit : ils ont fait de la
Conftitution & de la liberté un exercice
Académique tel homme a facrifié fes
devoirs , fa confcience même , au defir de
faire applaudir fon éloquence , ou fa métaphyfique
; & comme la route des exagérations
eft celle des fuccès , la tourbe
des demi talens s'y eft précipitée : la vanité,
l'y retient ; la vanité , bien différente de
l'émulation , ne fe doute pas combien il
faut peu d'efprit pour forcer les limites de
la vérité ; elle ne foupçonne pas même la
patiente & craintive application , qui nous
( 66 )
apprend à en circonfcrire l'ufage. Glorieux
de leurs écarts , enchantés de leur déraifon ,
imaginant avoir pofé les bornes de l'efprit
humain , & conquis l'Univers à leurs penfées
d'emprunt , parce qu'ils ont reçu
P'hommage de quelques fous ; ces Sectaires
qui fe croient des hommes d'Etat , rallient
autour de leurs Statues tous les préjugés
populaires ; & ils employent la main de
leurs idolâtres à opprimer quiconque ofe
penfer , & leur refufer un culte .
Qui fe flattera de conquérir par le raifonnement
ou par les faits , tant d'amourpropres
triomphans ? Qui amenera des
hypocrites à facrifier à la vérité qu'ils apperçoivent
comme nous , leur admiration
de commande & leur enthoufiafme de
théâtre ? A- t-on jamais vu des Chefs de:
parti , ou des Doctrinaires ambitieux rétracter
des erreurs qui leur font utiles ?
Le monde eft - il changé , depuis que
Rouffeau écrivoit qu'il n'y a pas un - feul
Philofophe , qui ne préférât le menſonge
qu'il a trouvé , à la vérité découverte par
un autre ? Aurez- vous plus d'empire fur les .
nombreuſes créatures que nos Architectes
de ruines ont affervi à leur caufe ? Enumerez
, fi vous le pouvez , cette multitude
de places , d'Officiers publics , d'Employés
nouveaux de toute eſpèce , par la création
journalière defquels , on a renchéri fur la
prodigalité de l'ancien régime , & occupé ,
1
( 67 )
plus d'individus à l'adminiftration de la
France , qu'il n'en faudroit pour gouverner
trois Monarchies ?
Si les paffions , fi des intérêts puiffans ,
repouffent toute lumière ,toute réfipifcence ,
dans la ligue des Révolutionnaires qui
fiégent aux premiers rangs , efpérera - t -on
d'aborder avec plus de fuccès la multitude ,
le Peuple même qui n'eft point populace ,
qui retenu par la nature de l'ancien Gouvernement
, dans la plus épaiffe ignorance
des vérités politiques , a embraflé avec
tranfport les premiers paradoxes que fes
guides lui ont préfentés ; qu'on a vu
fubitement
paffer de fa précédente léthargie ,
à cette corruption d'efprit qui nous énorgueiilit
des premiers pas de notre intelligence
, & nous fait méprifer toute inftruction
; auquel on a infpiré , à- la - fois , la
préfomption de fes lumières , & la haine
de toute opinion qui contrarie l'amour
effréné de l'indépendance , & l'amour
effréné de la domination populaire ?
Ses précepteurs les Folliculaires , fes
Dictateurs les factieux , l'ont convaincu
qu'il devoit , qu'il pouvoit fe gouverner
lui même , & que toute autre autorité étoit
néceffairement malféante & illégitime.
Cet axiôme prouve fort bien le deffein
qu'ont les Démagogues de gouverner fous
le nom du Peuple : par- tout & dans tous
les temps , ils fe fervirent de cet artifice ;
( 68 )
mais comment une Nation , fans expérience
de ces tromperies , démêlera - t - elle
ce groffier ftratagême ? Le premier qui entreprendra
de le lui expliquer , fe a dévoué
à fa fureur , & elle éteindra le flambeau
qui pourroit l'éclairer , dans le fang de
celui qui aura eu la témérité de l'allumer.
Si vous lui rappellez ce que l'Hiftoire
des Républiques lui apprendroit à chaque
page , que le sûr moyen de perdre la liberté
eft de trop étendre le pouvoir du Peuple ;
que fa véritable force , la feule qu'il puiffe
employer fans danger pour lui - même &
pour l'Etat, fe trouve dans la faculté de conferver
fes droits , & non dans celle de dominer
les Loix & d'affervir les autorités
publiques ; fi vous perdez le temps à
eflayer de lui faire comprendre qu'il a fes
pallions , ainfi que les Defpotes ; que s'il
s'en feit en maffe , il renverſe l'Etat ; que
s'il en prête l'appui à des Dénagogues ,
il crée des ufurpateurs , ou la tyrannie des
factions ; qu'il importe , par conféquent ,
à la paix , a la sûreté , à l'ordre , à la liberté
publique & individuelle , de le préſerver
de fi grands malheurs ; que les paffions ont
en politique les mêmes effets qu'en mo
rale , & qu'il faut les traiter en politique
comme en morale , c'eft -à- dire les contrebalancer
les unes par les autres , pour en
affoiblir l'énergie que la nature a fait illimitée
; qu'on ne parvient à ce but , qu'en
( 69 )
organifant les Pouvoirs publics de ma
nière , à ce que fe réprimant l'un par l'autre ,
:
ils foient forcés de refter dans les limites
de la Loi ; que , fans cette balance , fans
ces freins qui font le chef-d'oeuvre de la
légiflation politique , une Conftitution
n'eft qu'un édifice de verre , conftruit par
l'impéritie , & qui fe brifera au premier
choc. Enfeignez des vérités de cet ordre à
ce Peuple qui à pris un empire abfclu fur
la légiflation ; il vous confondra par la
citation du dernier Piacard des carrefours ;
il vous répondra par la Feuille in- 12 ,
in-4° , in-folio qu'il a lue dans le Club ou
au Café il vous objectera les harangues
des Tribuns , les décifions des Sociétés Fraternelles
, & le civifme des Patriotes qui lui
ont fimplifié toutes ces queftions. Il fait
d'eux que le Peuple eft fouverain , qu'il ne
fe trompe jamais , qu'il doit difpofer à difcrétion
de tous les pouvoirs , & s'en attri
buer le plus pofible , fous peine d'efclavage;
que le grand nombre doit gouverner le
petit ; qu'il faut refpecter la Loi , mais
feulement lorfqu'elle flatte les caprices de
la multitude ; que toute balance de pou
voir eft une Ariflocratie, & l'autorité Royale
un defpotifme; que tous les Rois , même
ceux qui préfident une Démocratie , font
des tyrans , tous les Miniftres des fripons ,
que quiconque parle de limiter la puiffance
du Peuple , ou celle de fes Repréfen-
&
( 70 )
tans , eft un traître & un contre- révolu
tionnaire.
Voulez-vous éclairer le Peuple fur les
faits , lui expofer des autorités , le ramener
aux vraisemblances , & préferver fa crédulité
? Efforts perdus. Depuis le projet d'incendier
Paris à boulets rouges, & d'égorger
les petits enfans en Juillet 1789 , jufqu'au
départ du Roi qui devoit rentrer avec une
armée d'Autrichiens , pour mettre la capitale
en cendres , empaler l'Affemblée nationale,
& faire brûler vifs tous les Diftricts , il n'eſt
pas une fable de Cabaret qu'on n'ait folidement
accréditée : les Folliculaires en
nourriffent la multitude depuis deux ans :
ils la font vivre de conjurations : ils ont
planté le pivot du menfonge dans la foule
des cerveaux débiles , & malheur à l'imprudent
qui tenteroit de l'arracher.
Il eft impoffible maintenant de faire parvenir
au Peuple aucune inftruction fenfée :
livré à des flots d'écrits populaires qui égarent
fa raiſon , & ont achevé de corrompre
fa morale , ce n'eft plus que dans l'effroi
de la tempête qu'on lui fera écouter la
voix de la fageffe , & les commandemens
de fon propre intérêt ( 1 ) .
(1) Quoiqu'il refte encore à faire plus d'un
ouvrage néceffaire ; quoiqu'un très-grand nombre
des Ecrits publics depuis deux ans , ait le tort
( 71 )
A qui donc s'adreffe aujourd'hui , tout
Ecrivain dont les fentimens contrarient les
d'être exclufivement polémique , il en a paru
fuffilamment , & d'affez démonftratifs en différentes
langues , pour fixer l'opinion , s'il pouvoit
exifter une opinion , raifonnable , au milieu d'un
déréglement d'idées , foutenu par les fureurs
populaires. Cependant , je lis dans un receuil de
verbiages , intitulé Ami des Patriotes , & qu'on
attribue à je ne fais quel M. Duquesnoy , qu'on
dit Député à l'Affemblée Nationale , qu'on ne
comptepas un Ecrivain eftimable parmi les Champions
de l'Ariftocratie. Or , un Aristocrate pour
le Juge qui prononce cette Sentence , est tout
homme qui ofe propoſer ou défendre une autre
forme de Gouvernement libre , que celle de la
Conftitution Françoife . C'eft une belle preuve
du progrès des lumières , & de la hauteur d'entendement
où la Révolution a porté les efprits ,
que cette décifion d'un obfcur Avocat , qui en
a tant appris fur les bancs de l'Affemblée Nationale.
Ce Monfieur n'a fans doute jamais ouvert
d'autrelivre que le Procès - verbal des Séances , ou les
Journaux de Paris . Avec une érudition moins
prodigieufe , il fe feroit fe feroit peut être douté
que fa doctrine & celle de fes amis , compte
parmi fes adverfaires des fuffrages plus qu'eftimables.
Il nous réduit à demander fi Polybe
Cicéron , Tacite, Falckland , Harrington , Locke ,
Hume , Blackstone , Montefquieu , qui tous ont
profcrit le fyftême adopté par nos Législateurs ,
peuvent balancer l'autorité de M. Duquesnoy,
Nous prions ce grand homme de nous pardon-
-
( 72 )"
idées impétueules , dont s'eft engoutée ' une
partie fi confidérable de la Nation ? A un
her , fi nous demandons grace pour MM. Adams ,
Morris , Washington , qui ont défendu en Amérique
les principes de la Confiitution Ang'oife ,
fait diviler le Corps Légiflatif, & attribuer au
Préfident du Congrès plus de dignité & de pouvoir
qu'on n'en a confervé au prétendu Monarque
des François. Nous r : commandons à l'Eu
rope , contre les terribles arrêts de M. Duquesnoy,
MM. Mounier, Bergaffe , Lally , Malouet , Montlauzier
, Cazales , & MM. Raynal , Servan &
Burke , & quelques centaines de Publiciftes Philofophes
& d'Hommes - d'Etat , qui n'ont ni la
gloire , ai le génie de M. du Quefroy. Nous
prions cet illuftre arbitre de l'estime publique
d'accorder fon indulgence à la Diète de Pologne ,
qui a fait une Conftitution mixte , fans conful
ter l'ami des Patriotes , au fils étonnant du
grand Chatam , qui a jugé nos mépriſes , en
difant que nous avions peffé au travers de la
liberté ; enfin à M. Fox qui , en applaudiffant
à la chûte du defpotifme en France , a condamné
le code d'anarchie qu'on lui a ſubſtitué,
& fait fentir l'excellence du Gouvernemeut - balancé
de fa patrie.
M. Duquesnoy pourroit faire un fupplément
ingénieux à fes pamphlets , en prouvant que ,
jufqu'à lui, tous les hommes de génie furent des
Ariftocrates ; c'est- à-dire des imbéciles , dont la
réputation ufurpée doit céder devant les équariffemens
les plus dignes de M. Sieyes , les rapports
petit
( 73 )
petit nombre d'hommes , dont la raifon
plus froide , aime à s'entretenir avec l'ouvrage
où ils retrouvent leurs opinions , à quelques
ames dont la pareffe , ou le fanatifme
n'a pas éteint la fenfibilité. Sans
doute , cette communauté de penfées ana-
Alogues , eft un foutien de Fémulation , la
douce & noble récompenfe des travaux les
plus ftériles ; mais à côté de ces Lecteurs
privilégiés , fe trouve la foule immenfe des
indifférens , des lâches , & des incertains ,
dont les Ecrits , & principalement les
Journaux dans les difcordes civiles , tendent
à perpétuer l'incurie.
L'écrivaillerie , difoit l'Obfervateur Montaigne
, eft le fymptôme d'un fiècle débordé.
Nous fommes un trifte exemple de cette vérité
. Siles excès de la Révolution n'ont rencontré
aucun obftacle ; fi la violence en eft
devenue le feul mobile, fi les Citoyens fages
ont perdu toute influence, fi la terreur a glacé
les courages , même celui de l'efprit ; fi
la plupart des évènemens n'ont offert qu'une
lutte entre la perverfité & la molleife ; fi ,
dans le cours de tant de cataſtrophes , on
de M. Démeunier , les prononcés de M. d'André
, & les amendemens de M. Régnault de
Saintonge.
No. 36. 3 Septembre 1791. D
( 7+ )
a retrouvé fi peu de ces fentimens géné
reux , fi peu de ces actions fortes qui
éclarèrent dans les plus horribles Révolutions
, n'en doutons point , il faut en
chercher une des principales caufes dans
le caractère que l'Ecrivaillerie & des
habitudes efféminées ont donné aux
moeurs. Chacun a cherché fa défenfe dans
des brochures. Les oppreffeurs en ont fait
l'arfenal de leur tyrannie ; les opprimés ont
remis à des Imprimeurs le foin de les venger.
Après avoir épuifé les imprécations
contre l'Affemblée nationale & les menaces
impuiffantes contre fes Chefs , on s'eft crû
quitte envers la Patrie . Les Lecteurs de ces
diatribes , confolés , prefque triomphans ,
& trouvant une victoire dans chaque imprimé
, ſe font repofés avec fécurité fur
l'effet prodigieux de ces pamphlets , onbliés
huit jours après leur naiffance . Au
milieu de tous les défordres , & de tous les
malheurs , ils n'ont envifagé la Révolution
que comme une efcrime de raiſonnemens
d'éloquence & d'invectives. Quand on s'habitue
à juger , à fentir ainfi par autrui , on
devient foi-même incapable du moindre
effort. Ce que l'efprit gagne en jouiffances ,
le caractère le perd en énergie. L'activité de
l'ame , ce feu facré qui ne s'évapore point
comme celui de l'entendement , s'affoiblit
au milieu de tant de controverfes. Cepen(
75 )
dant dans les orages de la Société , c'eft
à agir, & non à lire , que les hommes
font deftinés. Par -tout où vous appercevrez
le contraire , vous appercevrez encore
des indices de dégénération des têtes
noyées dans l'océan des fottifes imprimées
, ne font plus propres à fe conduire :
n'en attendez ni grandeur , ni énergie ; ces
rofeaux polis plieront fous les coups de
vent fans jamais fe relever.
Atoutes les caufes de découragement qui
viennent affaillir l'Ecrivain fans intérêt perfonnel
dans cette crife , ajouterai- je la certitude
, que fon iffue fera décidée par la
force , ainfi que l'ont été fes divers périodes
? Ajouterai-je que , de jour en jour ,
les ruines s'entaffent , les mécontentemens
s'aggravent ; que la Monarchie en lam
bears offre une proie à dix factions prêtes
à l'engloutir , & qu'échappât- elle aux in
trigues défefpérées qui peuvent la livrer à
P'Etranger , elle fe traînera au milieu d'une
fanglante anarchie , vers le dernier terme
de tout Etat fans Gouvernement , vers une
diffolution de parties ? Qui entendra ce
fracas , & en écrira ftoi quement l'hiſtoire ?
Si ces affreux différends ne doivent pas
aboutir à une conciliation , à quoi ſert de
jetter des femences de rapprochement , en
pourfuivant le crime & le défordre , & en
follicitant le facrifice des exagérations réciproques
!
D 2
( 76
) Je ne parlerai pas des outrages infolens qui
accablent , & qui vont achever de détruire
la liberté d'exprimer fes opinions. Je ne
dirai pas que d'irrégulières autorités , chancelantes
devant des fcélérats , ou jugeant
utile de fe fervir de leurs poifons , ont
pardonné l'enfeignement comme la pratique
de tous les attentats , en refufant leur
appui à ceux qui ofoient les combattre :
je ne rappellerai ni les menaces fanguinaires
, ni les profcriptions , ni les déla-,
tions calomnieufes , ni les violences exerdes
cées contre moi ; je ne dirai pas que
Départemens ont eu l'audace de faire failit
ce Journal chez les Directeurs des Poftes ,
& de leur en défendre toute diftribution .
Une loi fur les délits de la preffe , a femblé
mettre fin à cet arbitraire défolant . &
profcrire le defpotifme des Comités des
Recherches , les arreftations illégales , les
vexations des particuliers : enfin , l'on a
ouvert les Tribunaux pour les Ecrivains
coupables , comme pour les Ecrivains innocens
; chacun fait maintenant de quels
torts , & à qui il fera déformais refponfable
; mais cette difpofition tardive , tant
de fois & fi inutilement invoquée , ne frap
pera - t-elle pas , par la nature des circonf
tances , fur la liberté plutôt que fur la li
-cence ? A-t- on réfléchi à l'effrayante latitude
d'application , que peut recevoir la
claufe qui place au nombre des délits ,
ܐ
77
)
Paviliffement des pouvoirs conftitués ? Sans
doute , il faut les défendre de la diffamation
; fans doute , il importe qu'organes de
la Loi , ils foient refpectés comme elle ,
toutes les fois qu'ils la refpecteront euxmêmes.
Cependant , la diftance entre l'ontrage
& la cenfure des autorités publiques ,
ou des perfonnes qui les exercent , eft
effacée dans la Loi. Dans un Etat organifé
& fous le règne de la paix , cette vague
fpécification alarmeroit la liberté. Que n'at-
on pas à en redouter au milieu des diffenfons
civiles , fous le régime de la force
populaire qui a partagé la Nation en deux
lots , celui des Oppreffeurs & celui des
Opprimés , & qui perfécute , en ennemis ,
tous les Citoyens contraires à une Majorité
apparente , mais dominatrice ?
Sans la plus févère impartialité , la Juffice
eft un brigandage. Pour que la Loi
pénale fur les délits de la preffe , pour
que les Loix pénales fur tous les délits ,
ne fuffent pas des inftrumens d'iniquité &
des prétextes de tyrannie , il faudroit que
leur application fût évidente , ou leur interprétation
défintéreffée . Or , eft- ce là ce
qu'on peut efpérer des conjonctures , & des
nouveaux établiemens ? Le premier qui
fur une terre où l'on appelloit la liberté ,
attacha le mérite , l'innocence des actions
& des penfées , à leur conformité avec le
D3
( 78)
fens de la Révolution , pervertit les principes
de l'équité , & foumit vingt- cinq millions
d'ames à la Jurifprudence des factions . Cette
affreufe morale étoit antérieurement fortie
de l'écume de la Révolution ; elle eſt devegue
le cri de guerre univerfel : l'efprit
de parti , fa fureur & la déraifon s'en font
emparés , pour frapper tout ce qui leur
faifoit ombrage. Les Comités des Recherches
fe font chargés de la mettre en
pratique.
Dès qu'on leur eft fufpect , on n'eft plus innocent,
Les Cafuiftes politiques , les Précepteurs
du Peuple , & le Peuple lui-même ont
claffé les Citoyens en deux divifions , des
Amis & des Ennemis de la Révolution ,
des Ariftocrates & des Patriotes. Quiconque
a détefté les énormités du fanatifme
& de la férocité publique , quiconque a
improuvé les dogmes prêchés dans les
Clubs & à la Tribune des Tuileries ; quiconque
a accordé fa pitié aux victimes
entallées fur les débris de tant de droits
légitimes & d'abus odieux ; quiconque ,
enfm , a ofé élever un doute ou une plainte,
difputer aux Inventeurs de notre fyfteme
conftitutionnel , le titre de la perfection ,
propofer des bafes plus folides d'ordre &
de liberté, & fur-tout réclamer en faveur
( 79 )
de la Couronne les prérogatives que la
juftice , la raifon , l'expérience , l'intérêt
public s'accordoient à lui conferver , a été
affiché Ennemi de la Nation. Après avoir
ainfi préfenté tous les mécontens comme
autant de Confpirateurs , on a légitimé
dans l'opinion tous les crimes dirigés contre
eux. Les Lacédémoniens tuoient les Ilotes ,
lorfque leur nombre infpiroit des alarmes :
nous avons imité cette coutume : la confcience
publique , formée par les factieux ,
& par cette bande d'écumeurs politiques
qui feroient l'opprobre d'une Nation barbare
, n'a plus confidéré les attentats contre
les vies & contre les propriétés , que comme
une juſtice nationale , & plus d'une fois ,
on a entendu la nouvelle d'un meurtre , ou
la fentence qui menaçoit de la mort un
Innocent , faire éclater des hurlemens d'allégreffe
.
Il s'eft donc établi deux droits naturels ,
deux Juftices , deux moralités : par l'une,
il eft permis de faire contre fon femblable
réputé Ariftocrate , tout ce qui feroit criminel
s'il étoit Patriote. Le Club des Jacobins
eût fait pendre les téméraires qui
euffent tenté de troubler fes Séances ; mais
les bandits qui , de guet- à-pèns , ont été
affaillir le Club Monarchique , ont mérité
la couronne civique.
Par- tout les Adminiftrateurs ont fecondé
cette profcription. Aucun des délits contre
D
4
( 80 )
la liberté individuelle des Profcrits n'ayant
été puni , très- peu même ayant été recher-.
chés , le Peuple s'eft fortifié dans l'opinion
de la légalité de fes violences. Plus d'une
fois , les Tribunaux ont été forcés de lui
abandonner fes victimes . Les Départemens ,
les Municipalités , très - attentives au devoir
de ne fâcher ni la multitude , ni les Clubs ,
ont foigneufement adopté dans leurs placards
, cette double juſtice, cette double dénomination
, & l'on a vule Maire de Paris ,
intimidé par les coupables , livrer les Innocens
à la fureur publique , en affichant fut
les murs de la capitale qu'il gouverne , que
les Ariftocrates ,fomentoient la Pétition du
Champ- de- Mars pour faire juger le Roi ,
& le détrôner ( 1 ) .
( 1 ) Les harangueurs des Clubs , & les Folliculaires
leurs Commentateurs , fortifient chaque
our ces préjugés atroces , qui fubvertiffent toute
juftice. L'un de ces inquifiteurs périodiques viene
d'imprimer l'autre jour que M. Bergaffe étoit an
mauvais Citoyen , parce qu'il critiquoit la conf
titution. Je ne relève pas ici l'ineptie d'un barbouilleur
périodique , qui , parce que , dans la
dimenfion de fes idées , il n'a pu trouver un défaut
dans l'acte conftitutionnel , luce l'excommunication
civile contre un Philofophe moins
heureux que lui ; mais il eft évident que , fi M.
Bergaffe devenoit l'objet d'un procès criminel ,
( 81 )
Qu'un Ecrivain , foupçonné de Royalifme
, fe préfente devant le Jury qui , par
l'organifation décrétée n'eft point un Jury ;
que l'Accufateur public le dénonce comme
fufpet d'héréfies politiques , & qu'il interprète
les paffages fur lefquels if entend
le faire condamner ; l'Audience , le Jury,
úré des claffes même inférieures du Peuple ,
fentiront le befoin de le trouver coupable."
Et comme ce Jury Patriote eft naître de
préjuger les intentions de l'Auteur , &
d'interpréter une Loi indéfinie , je demande
fi nos nouvelles vertus feront une caution
fuffifante contre les inclinations néceffairement
partiales du Tribunal ? Ah ! pour
prendre confiance & fécurité , il faudra
qu'une malheureufe expérience ait enfin
la clameur publique & la prévention du Juge ,
s'il eft Patriote , le feroient condamner .
Un autre Journaliſte plus fameux , vient d'exprimer
très- naïvement cette doctrine des deux
Juftices & des deux balances. Ce procès , dit- il,
en parlant des pourfuites contre les féditieux du
Champ de Mars , n'eût- il été dirigé que contre
des Ariftocrates , eût été odieux, Quel nom mé
rite- t-il donc , puifqu'il frappe fxr des Patiotes ?
Voyez le Patriote François du 21 août . ) Ex
c'eft un Républicain furibond , un des empiriques
les plus emportés en faveur de l'anarchie, qu'il
appelle liberté , qui avoue cette doctrine . De
crimine ab uno difce omnes .
DS
( 82 )
replacé les Autorités dans les feules mains
o la vertu ne puiffe pas les craindre ,
qu'une feule Faction , que des Clubs furieux
ceffent de peupler lesTribunaux & les
Adminiftrations , des hommes qu'ils ont
eftimé les plus ardens à partager leurs paffions
, & à fervir leurs inimitiés ; il faudra
que la Juftice redevienne égale pour tout
le monde , & que le fanatifme des opinions
n'en entraîne pas la balance. Alors , feulement
, nous ferons libres ; alors les Loix
cefferont d'être les jouets de la haine &
des préventions populaires.
On me fera grace , fans doute , des
preuves de fait qui légitimeroient les craintes
que je viens d'expofer. On ne m'objectera
ps que je combats une chimère , lorfque
Lai vu la force armée envahir mon domicile
, à l'inſtant où cent Libelles exécrables
proclamoient dans les rues , ainfi que je
l'ai remarqué plus haut, & le régicide , &
le maffacre de tous les Royaliftes , & tout
ce que la perverfité ou la démence peut
vomir de fcandales , lorfque les Feuilles , les
Ecrits les plus modérés portoient l'em
preinte de la terreur , tandis que des fré
nétiques affichoient la République aux
portes de l'Affemblée nationale , & crioient
fous les fenêtres du Roi prifonnier , la fentence
qui devoit lui ravir le Trône ; lorfque
P'Auteur de l'Ami du Roi , dont je ne partage
pas toutes les opinions , & dont je
( 83 )
n'excufe ni l'excès de zèle , ni la cenfure
trop univerfelle , fe voit confondu dans les
mêmes pourfuites , avec des hommes qui
chaque jour mettoient à prix la tête du
Monarque , de M. de la Fayette , des Miniftres
, de plufieurs Membres de la Majorité
du Corps Légiflatif ; lorfque M. Def
camps gémit dans les prifons de Béthune ,
à la requête d'un Accufateur public , pour
avoir écrit contre les Clubs , contre les
défordres , contre l'oppreffion à l'aide de
laquelle des infenfés entendent faire réuflir
la Conſtitution .
Avec tant de motifs puiffans qui me
répouffoient de la trifte carrière , où je fuis
condamné à marcher fur des couleuvies &
à femer fur le fable , ai- je befoin de compter
celui de l'horreur qu'infpire aujourd'hui à
tous les coeurs honnêtes la profeffion
d'Ecrivain politique ? Mon ame fe foulève
2.
de penser que , fans participer
aux crimes
de la preffe , je partagerai
peut- être la honte
de ceux qui la proftituent
; car l'indifférente
opinion
diftingue
rarement les exceptions
,
lorfque
les coupables
font fi nombreux
.
Du moins , tant que les circonftances
me
laifferont la plume , je l'ennoblirai
par une
ferme perfévérance
dans les fentiers de la
justice & de la vérité (1).
(1) M. de Lally- Tolendal dans une Lettre àM.
Burke , quivientdeparoître , &dont plufieurs pages
D 6
( 84 )
L
"
fi
En reprenant mon travail , je dois aux
Perfécuteurs de bonne foi , une dernière
Déclaration , que je m'interdirois
m'étant exclufivement perfonnelle , elle ne
renfermoit une leçon que je crois néceffaire ,
& un motif de tolérance univerfelle,
brûlent le papier , a peint en ces termes le carac
tère d'un grand nombre d'Ecrivains dujour. «La
Nation , dit-il , n'eft pas dans des Littérateurs dégradés,
mercenaires, envieux , adulateurs de toutes
les Puiffances qu'elles qu'elles foient , menteurs à
leur confcience , ingrats envers leurs bienfaiteurs,
& qui à la noble & douce fonction d'éclairer les
hommes , d'adoucir leurs moeurs , & d'embellir
leur vie ont fubftitué celle de les tromper , de
les corrompre , de les rendre féroces & méprifables.
»
Depuis que ces batteleurs pablics fe font divifés ,
ils donnent à la capitale le fpectacle de leurs combats
; ils femordent avec rage , & ils appliquent
deurs morfures fur des placards affichés aux coins
des rues . Mutuellement , ils fe reprochent leurs
baffeffes & leurs crimes. Voyez les volumes
d'horreursque s'adreffent les Morande & les Briffot.)
Voilà cependant les hommes qui ont influé fur
le fort de la France & de fes foix , les difpenfateurs
des Couronnes civiques , les arbitres des vertus ,
& les Sauveurs du monde. Ceft parmi eux qu'on
a eu foin de choisir des Electeurs , & l'on verra
rel de ces Charlatans fubalternes , fiéger à la
Légißature , de préférence au Propriétaire eftimable
qui paie un tribut confidérable aux revenus
publics .
( 85 )
Certes , il n'y a que la bêtife ou la folie ,
qui puiffent accufer de regretter le defpoufme
, ou de haïr la liberté , ceux qui ont
placé le fanctuaire de cette Divinité blafphémée
, hors des leviers fanglans d'une
Révolution , & dans les bafes que , l'univerfalité
des Peuples libres , & des Publiciftes
célèbres , avoient indiquées a toutes
les Nations. Il feroit d'un orgueil trop burlefque
, de prétendre effacer tant d'exemples
impofans , & de vouloir courber fous
des nouveautés de 24 heures , la raifon plus
frappée des vérités confolidées par le temps ,
que des paradoxes nés dans l'anarchie . Que
fignifient donc ces ftupides appellations
Ennemis de la Liberté , d'Ennemis de la
Nation , appliquées aux Citoyens qui refufent
une confiance raifonnée à l'ouvrage
de deux ans de troubles ? Le dogne de
Tobéiffance paffive, intellectuelle, eft-il donc
le premier fruit de notre liberté , & le garant
de fon affermiffement ?
Mais , par quelle tyrannique déraifon
entend - on impofer des devoirs qu'on ne
refpecte pas foi-même , & forcer l'admira
tion pour les Perfonnes & les chofes , au
milieu des variations des unes & des autres ,
& de nos propres fentimens ?
« Vous prétendez , dirai - je à tous ces
Zélateurs d'une Conftitution qu'ils ne comprennent
pas , & qui lèvent le poignard
fur tous ceux qui la comprennent fans l'ap(
86 )
2 prouver , vous prétendez depuis 18 mois ,
à fubjuguer de force toutes les volontés &
tous les coeurs , aux pieds de certains
hommes fur lefquels votre opinion- mobile
change de jugement au gré de vos
paffions , & d'un Code d'inftitutions dont
les variantes actuelles juftifient les Défaprobateurs.
»
Remontez aux premiers jours de la
Révolution. Ses ennemis , à vos yeux ,
étoient alors ceux de MM. Necker , Mounier
, Lally , &c. Devenus criminels à
vos yeux , ces objets de votre éftime cédèrent
la place à MM. Sieyes , d'Autun
Chapelier, la Fayette, &c . au mois d'Octobre,
le Roi eft traîné à Paris , au milieu . des
brigands qui venoient de fouiller le Palais
de fang , & de ce moment , la girouette dé
la popularité fe fixe vers MM. Barnave ,
Duport , Lameth , &c. Aujourd'hui , ces
idoles ne font plus dans votre efprit que
des intriguans & des confpirateurs : MM.
Pethion, Roberfpierre & autres reçoivent vos
hommages de l'inftant : il eft difficile de prévoir
jufqu'où ces refpects s'abaifferont à defcendre
par la fuite. Ces mêmes hommes que
vous déchirez avec injuftice , vous les défendiez
avec fureur, & nul crime n'étoit alors
plus grave que d'énoncer fur leur compte ,
une foible partie des reproches dont vous
les accablez aujourd'hui . » ?
« Trouverons-nous plus de confiftance
( 87 )
dans ces opérations légiflatives , que les
Opérateurs & vous leurs échos enthouhaftes
, aviez déclarées immuables , fous
peine du Tribunal d'Orléans ? Comptez les
pas rétrogrades auxquels l'expérience a enfin
forcé ces mêmes hommes , dont vous ménaciez
de pendre les contradicteurs. »
« A fon origine , dirai - je prefque à
Chaque Décret , on a impofé le ferment
d'obéir à la Conftitution à faire , & de
maintenir des Loix qui n'étoient pas faites.
Ç'eft pour affurer l'efficace de ces fermens
anticipés , que vos Clubs , prétendus Patriotiques
, ont femé la terreur dans les familles
, la perfécution dans toutes les Villes,
la défolation dans les Châteaux & dans
l'Eglife , & la licence dans l'armée . Quelques
- unes de ces Sociétés , dignes d'avoir
formé celle de Sejan , poufserent le zèle
jufqu'à défendre aux Citoyens , de difcuter
même les propofitions de Loix , émanées
de la tête de leurs Affiliés dans le Corps
légiflatif. »
" Eh bien ! rapprochez maintenant les
décifions de 1790 , de celies de 1791. »
« On vous avoit perfuadé que la preffe
eft efclave , toutes les fois qu'elle ne peut
impunément , provoquer le crime , la ca-
1mnie & la rébellion . L'Affemblée nationale
le penfoit conime vous : lorfqu'à plufeurs
reprifes , l'inflexible & courageux
Malouet éveilla l'attention fur l'atrocité des
( 88 )
Libelles , fes follicitations furent repouffées
avec outrage. Au moment où la cabale des
Républicains afficha dans Paris que le
Trône étoit vacant , ce même M. Malouet
renouvella fes efforts : les conjonctures preffoient
l'impérieufe néceffité d'une Loi répreffive.
M. Chapelier répondit que les Libelles
ne devoient pas occuper la dignité de
l'Affemblée nationale , & tel fut le réfultat
de cette dignité, qu'on fut réduit huit jours
après , à fufiller au Champ- de- Mars , des
Pétionnaires enhardis, exculéspar l'impunité
de leurs premières tentatives. Quatre jours
après , la Loi pénale fur la preffe fut propofée
& décrétée , plus févère qu'aucune
de celles qu'avoit follicité M. Malouer ».
« Votre Comité de Conftitution , transformant
, au mois de Février dernier ,
Roi en Fonctionnaire public , s'obſtina à
conferver,& fit adopter cette dénomination
anti-Monarchique. Inutilement , j'en repréfentai
, avec bien d'autres , l'inconvenance
& le danger. Je prouvai qu'elle achevoit
l'aviliffement du Trône & du Monarque.
C'eft lorfque cet aviliffement inouï a été
confommé , après que Paris a vu le Roi
que le Ciel lui avoit accordé dans fa bonté,
ramené dans fon triſte Palais , au milieu
des ordres qui , à fon paffage , fixoinut les
chapeaux fur toutes les têtes ; c'eſt alors
dis-je , que voyant la Monarchie prête à
périr dans fon dernier retranchenient , ces
le
( 89 )
0-
S
mêmes Comités ont reconftruit la palif
fade qu'ils avoient abbattue , en redonnant
au Roi le caractère de Repréfentant hé
réditaire de la Nation ? >>
« Autrefois tous leurs difcours , leurs
motions , leurs maximes , leurs décrets
mêmes , avoient pour but d'enlever toute
énergie au Pouvoir exécutif : maintenant
ils ne font occupés que de l'inquiétude d'en
remonter les refforts , après les avoir bri-
Tés . »
« Enveloppant les Princes du Sang dans
leur fyftème d'aplaniffement , ils leur
avoient ravi par deux Décrets , le titre qu'ils
reçurent de leurs ayeux , & des Loix éternelles
de la Monarchie Françoife . Trois
féances ont été confommées en efforts , pour
leur rendre ce qu'on imagina poffible de
leur ôter ; on les a reconftitués Princes ,
avec une puérile modification , témoignage
de l'embarras de la Majorité. »>
« Cette énumération formeroit un volume
& je n'ai qu'une page. Souvenezyous
feulement qu'un des principaux Fondateurs
de la Conftitution , M. Thouret,
vous a déclaré , il y a quinze jours , qu'elle
périroit par l'inadmiffibilité des Agens du
Pouvoir exécutif à la légiflature. Je ne
ferai pas l'injure à un efprit auffi fubtil
que celui de M. Thouret , d'attacher la
ruine de fon' fyftême politique à une imperfection
de détail ; mais je vois dans cet
( 90 )
aveu , celui d'une défiance qui doit ébranler
la foi la plus robuſte ?»

« Enfin ces Clubs où vous avez placé
les fupports de vos Loix & les véritables
roues du Gouvernement, ces Clubs tant prônés,
cesClubs oùun de vos Miniftres , du nombre
de ceux qui abjurèrent fi loyalement au
mcis de Juin, le Monarque dont ils tenoient
leur existence, un Miniftre de laGuerre,a prié
l'Affemblée nationale d'appeller les foldats
pour former leur efprit ; voyez comment
les traitent maintenant leurs Promoteurs &
leurs Panégyriftes . Ai - je jamais furpaffé ,
en vérités défobligeantes , M. Duport ,
lorfqu'il vous a dit à la Tribune , que , de
degrés en dégrés on vous amenoit à une
complette déforganifation fociale ; & M.
Barnave prononçant que toute hiérarchie
défenfive de l'ordre public , toutes balances
intermédiaires , tous les milieux tempérans
étant renverfés , on touchoit à la ligne,
où l'égalité coincide avec l'invafion des
propriétés , & la liberté avec l'aboliſſement
de la Monarchie ? ».
« Cherchez , après cela , cetteunité prétendue
d'opinion pour vos Loix Conftitutionnelles.
Puifque ceux- là même qui les
ont rédigées , nous les montrent fi menaçantes
, fi inftables, fi périffables; puifquela
réflexion les a conduits aux mêmes réfultats
leurs contradicteurs , ne vous emque
portez pas contre l'oppofition des fentimens,
( 91 )
1
& n'éteignez point avec la verge de la ty
rannie , la lumière fans laquelle la liberté
vous traînera dans le précipice. »
« M. Chapelier vient de vous affurer
hier mardi , que l'exécution des Loix nouvelles
, figne infaillible d'acceptation , a été
par-tout prompte et complete . Hélas ! il
fait ranger cette affertion dans le nombre
des prophéties : votrc Conftitution eft encore
un être de raifon : fi vous en doutez ,
fuivez le contrafte de vos Loix avec l'état
univerfel du Royaume. »>
« Nul ne peut être accufé , arrêté , détenu
que dans les formes légales . En vos
Comités d'inquifition , vos Corps nouveaux
, & vos Corpufcules , accufent
arrêtent & détiennent au mépris de toutes
ces formes. Dans vos nouvelles Baftilles ,
gémiffent depuis deux , trois mois , des
prévenus , fans avoir même fubi un interrogatoire.
Jamais la liberté perfonnelle
ne fut plus facilement outragée par des
ordres arbitraires . »
« La tolérance illimitée eft proclamee,
à côté des fermens qui offenfent la confcience
, à côté d'Eglifes conftamment fermées
aux Catholiques Romains , à côté de
Prêtres non conformiftes, livrés par la haine
de leurs fucceffeurs , aux emportemens les
plus honteux de la perfécution ; à côté des artêtés
defpotiques qui , fans preuves , fans déits
, fans qu'une Teule procédure ait légi192
)
timé, les délations , ont ofé arracher des
Citoyens , des Eccléfiaftiques irréprocha
bles , des hommes dépouillés au profit de
la Nation , de leurs foyers , de leur ville ,
des afyles même que leur avoit ouvert
l'hofpitalité. »
Tout homme eft libre , par les bafes
même de la Conftitution , d'aller , de venir
, de refter : & les portes de la France
font fermées ; & quiconque abandonne
cette prifon , eft grevé d'une amende plus
forte , que celle dont on puniroit des délits
graves. »
« Depuis deux ans , la perfonne du Roi
a été déclarée inviolable , & le 18 avril
il n'a pas été le maître de fortir de fa demeure
, où il eft gardé lui & fa famille ,
avec les formes & l'appareil de la plus
humiliante captivité. ».
« Sa Perfonne a été reconnue facrée .
& pas un des outrages dont il fut accablé,
n'a été ni puni , ni réprimé. Ses Arreſtareurs
font venus fe vanter à la Barre de
l'Allemblée Nationale , créée par Louis
XVI , qu'ils l'euffent tué à Varennes plu
tôt que de l'en laiffer fortir , & ils ont
été récompenfés des deniers publics . >>
« Un Décret folemnel a reconnu le
droit qu'avoit le Roi de fe tranfporter à
Montmédi , puifqu'aucune loi ne la lui
défendoit ; & un Décret fuivant le retient
en arreftation , jufqu'à l'achevement de la
( 93 )
Conftitution. C'est la première fois , fans
doute , qu'on a vu enfermer le Chef héréditaire
d'une Monarchie , pour inftituer
plus commodément des Loix , & foumettre,
fon élargiffement à la condition de leur
acceptation future. »
Le droit d'allifter aux Affemblées primaires
eft celui de tout Citoyen payant
}3 liv. de contribution : & par les violences
exercées fur les opinions , plus de la moitie
des François font forcés de déferter
ces comices, abandonnées aux hommes qui
ont le moins d'intérêt à l'ordre public , à
la ftabilité des Loix , le moins de propriétés
, le moins de part aux Contributions
publiques . >>
« On a détruit avec fanatifmie toutes
les corporations , pour en élever une ef
fentiellement politique , qui étend fes affiliations
dans tout le royaume , & même
dans l'Etranger , qui a fon tréfor ; fes Co
mités , fes Reglemens , qui gouverne le
Gouvernement , juge la Juftice , fe rend
l'arbitre de tous les droits , domine tous
les établiffemens , délibère , & prend des
arrêtés. Lorique d'autres Sociétés plus
modérées , & moins ambitieufes, ont tenté
de fe former dans les principes de la Loi ,
les Clubs Jacobites les ont , écrafées par
violence , & cet attentat , le plus criminel
dans un Etat libre , l'Affemblée Nationale ,
dont le pouvoir s'étend du cèdre juſqu'à
( 94 )
Pherbe , a dédaigné de le réprimer , en
abandonnant les victimes & fes propres
Loix aux ufurpateurs . »
« Je pourrois étendre le tableau de ce
contrafte , prefqu'à chacune de nos Loix ,
& montrer par des faits de notoriété publique
, que la France en eft aujourd'hui
le cimetière. >>>
Qu'on nous préfente la Liberté , & toute
la France fera à genoux devant elle ; mais
les coeurs nobles & fiers réfifteront éternellement
à l'oppreffion qui fe couvre de ce
mafque facré ils invoqueront la Liberté ;
mais la Liberté fans crimes , la Liberté qu'on
n'acheta jamais par des moyens qui ontragent
la morale , l'humanité & les droits
naturels , la liberté qui fe foutient fans
cachots , fans Inquifiteurs , fans brûleurs ,
fans brigands , fans fermens forcés , fans
coalitions illégales & fans fupplices popu
laires , la liberté enfin , qui ne laiffe impuni
aucun oppreffeur , qui n'écrafe pas
les Citoyens paifibles du poids des chaînes
qu'elle a brifées , qui fe préfente avec
l'olive , & non avec des bayonnettes , &
qui n'établit fon règne que pour affeoire
à côté d'elle la paix , la paix dont le nom
n'a jamais frappé les murailles de l'Affem
blée nationale , la paix dont les fcélérats
ont fait un objet d'horreur publique , &
fans laquelle , les plus beaux plans légifla
*
"
CU
( 95 )
tifs font une tromperie & une fource de
smalheurs.
« Voulez-vous favoir quel eſt le traître
à la Patrie , difoit Démosthène aux Athéniens
? C'est celui qui vous parle autrement
qu'il ne penfe » . Précieuſe vérité , combien
es-tu méconnue parmi nous !
1.
La Conſtitution fe traîne à fon dénoument.
Si elle refte debout , je donnerai
l'exemple de lui vouer la plus entière fou
miffion. Quelles que puiffent en être les
défauts , fi elle marche , fi fes principes
font praticables , fi elle rétablit la sûreté ,
la liberté , l'équité , la juftice , la morale,
Fordre focial que fa naiffance a fubvertis,
tout Citoyen doit concourir à l'affermir :
car lorfque l'efprit a parcouru le cercle
des combinaiſons humaines fur l'optimisme
des Gouvernemens , il vient fe repofer fur
ceux qui nous donnent la sûreté de nos
biens & de nos perfonnes. L'infurgent
incendiaire , le révolutionnaire atroce , le
raiſonneur ambitieux renwerfe ce bonheur ,
pour détruire la chance des nouveautés , &
qui s'arme pour renverfer , au lieu de réflé
chir pour réformer , ne féduira que des
Peuples pervertis , ou profondément mal+
heureux. >>
>
Après avoir expofé quelques remarques
fur l'Acte Conftitutionnel , je m'in(
96 )
terdirai à l'avenir de la remetttre de nouveau
en jugenient , & je me bornerai à la
peindre par fes effets,
Ce 31 Août 1791 .
MALLET DU PAN .
Plufieurs Perfonnes font dans l'ufage d'adreffer
aux Feuilles publiques des lettres circulaires fur
des réclamations , ou des événemens qui les
concernent. Nous devons prévenir ie Public que
nous n'admettrons aucun article , aucune lettre ,
envoyée à d'autres Journaux . Neus invitons nos
Abonnés à nous continuer leurs correfpondances s
en les priant de s'aflurer de la certitude des faits
avant de nous écrire. Nous ne faifons ufage
que des lettres fignées ; mais les fignatures refte
Lont toujours inconnucs , à moins qu'on ne nous
eût trompés , & que des plaintes légitimes ne
nous obligeaflent à en divulguer la fource.
Les Souferipteurs doivent s'adreffer exclufives
ment , pour tout ce qui concerne leur abonnement
& la diftribution , à M. Guth , Directeur du
Mercure , Hôtel de Thou , rue des Poitevins
& M. Mallet du Pan les prie inſtamment de ne
jamais leur écrire pour cet objet qui ne le regarde
point....!! K
I
I
....
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 10 SEPTEMBRE 1791 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE
A plufieurs jolies Femmes , fur une partie
de campagne.
MON faible pinceau
l'entreprend
Ce tableau digne d'un Apelle ;
Car ma Mufe eft comme une Belle' "
Dès qu'on la preffe , elle fe rend,
Mais lorfque ma main va décrire
Ces beaux licux chéris des Amours ,
Qu les Plaidrs , depuis trois jours ,
Se raffemblaient pour nous fourire ;
Je crains , je l'avouerai tout bas ,
Nº . 37. 10 Septembre 1791 . C
50
MERCURE
L'oeil indret de la Satire .
Le monde aime tant à médire !
I croit ce qu'on ne lui dit pas ,
Plus que ce qu'on veut bien lui dire .
Quoi j'apprendrais aux envieux
Que dans ces parcs délicieux ,
Où chaque jour fur une fêre ,
Nous allions jafant tête à tête ,
Et nous promenant deux à deux !
Ma's Licoris , qui fait la prude ,
Commentant tout avec aigreur ,
Va foutenir que la pudeur
Ne cherche pas la fol tude.
Et fi je parle en petits vers ,
Du coeur fi grand par fon empire ,
Pholcé , toujours prête à rire ,
Prenant ce coeur tout de râvers ,
Va me croire dans fon délire
Audi bertin que Boulers."
On fait que fixant fur nos traces
Ses pas trop fouvent indicis ,
Le Bonheur , au lieu de trois Graces ,
Nous en avait accordé x ;
Que le Hafard , qui , dans la vie ,
Agit parfois avec deffein ,.
D'un double trio mafculia
Avait complété la partie .
Eh bien ! dans fou calcul malia ,
DE FRANCE. si
Sars qu'aucun égard la retienne ,
Doris aura bientô : juré
Que tout fut air fi préparé ,
Afin que chacun cût la fienne.
Il vous fouvient de cette nuit ,
Cu dans vos lits , paifible enceinte ,
On crut entendre quelque bruit
Semblable aux clamcurs de la crainte.
Soudain nous volâmes vers vous ;
Et notre vigilante eſcorte ,
Forçant vos clefs & vos verroux ,
Pour vous préferver des filoux ,
Crut devoir enfoncer la porte.
Nous entrâmes ; à notre affect
Vos terreurs furent diffipées : -
Car vous comptiez für nos épées
Autant que fur notre reſpect .
Mais je gage que dans la ville
Les libertins & les cagots ,
Donnant l'effor à leurs bons mots
Vont fur ce fait en bâtir mille .
Que ne peut la malignité !
Vous entendrez leur calomnie
Outrager, même dans Julie ,
Et la candeur & la beauté.
Auffi , duffé- je vous déplaire
Je veux d'une fête fi chere
C 2
St MERCURE
Garder pour moi le fouvenir :
Votre fexe en doit convenir ;
Si le bonheur eft de jouir ,
La fageffe eft l'art de fe taire.
( Par M. Defpare fils , du Musée de Bor
deaux , & de la Société des Amis de la
Conftitution de cette Ville. )
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEmot de la Charade eſt Carroſſe ; celui
de l'Enigme eft l'Amour ; & celui du Logogriphe
eft Chien , où l'on trouve Niche,
Chine , Nice , Ni.
CHARAD E.
Les
jeux
ES
de mon
premier
& ceux
de mon
dernier
( De
plaintes
& malheurs
fource
trop
ordinaire
)
Ont
réduit
plus
d'un
riche
au fort
de Bélifaire
;
La France
cependant
admire
mon
entier
;
Il fut de la Philofophie
L Oracle & le Génie.
( Par M. B... de St- Quentin.
DE FRANCE. 53
ÉNIGM E.
QUAND L'écembre en nos champs a ramené
la glace ,
Un Sauvage velu vient ufurper ma place ;
Son regne n'eft pas long , je l'éclipfe à mon tour.
Dans nos champs émaillés quand Flore eft de
retour ,
Rival de fon Amant , comme lui peu fidele ,
Il vole après les fleurs ; & moi , de Belle en Belle ,
Je pourfuis mon deftin , plus fêté chaque jour ;
La bouche de Chloé fans ceffe me rappelle ,
Sur fon beau fein je bats de l'aile ;
Mais je fuis fans plaiſir ainſi que fans amour.
( Par un Abonné. )
LOGOGRIPHE.
JE fu's , avec mon chef, du genre végétal ;
Sans lui , Lecteur , je tiens de l'animal .
( Par M. Lebrun , Vic. d'Aunay. )
$4 M.E.R CURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DE la Souveraineté du Peuple , & de l'excellence
d'un Etat libre; par Marchaniont
Needham ; traduit de l'Anglais , & enrichi
des Notes de J. Jacques Rouſſeau ,
Hably , Boffuet, Condillac, Montesquieu,
le Trofne Raynal , &c. &c . &c. ; par
Théophile Mandard .

>
Il faut faifir la circonstance de l'événe,
ment préfent pour me ter les ames au
ton des ames antiques.
J. J. Rouss. Gouv, de Pologne,,
2 Vol. in-8°. Prix , 6 liv. br. & 7 liv.
francs de port par la Pofte. A Paris, chez
la Villette , Libraire , Hôtel Bouthillier',
rue des Poitevins,
SECOND EXTRAIT.
LA 3 °. Partie est toute confacrée au
développement de cette grande vérité qui
ne peut plus être conteſtée aujourd'hui :
Le Peuple eft la fource de toute puiffance
legitime. L'Auteur la prouve felon la méthode
ordinaire , par l'autorité de la raiſon ,
& par celle de l'Hiftoire. Il s'éleve contre
DE FRANCE. 55
ceux qui prétendent que l'autorité des Rois
prend fa fource dans celle que les anciens
Patriarches exerçaient fur leurs nombreux
enfans . Il remonte jufqu'aux premiers âges
du Monde , & foutient que fi ce Gouver-,
nement a été légitime & fupportable , ce
n'eft qu'à l'égard des enfans des Patriar
ches , auffi long- temps qu'il ne dégénéra
point en tyrannie.
:
Il existe un autre mode de Gouvernement
polirique qui n'eft point fondé fur
la Nature , ni für aucun droit paternel
mais fur le choix hibre , le confentement
& l'accord muruel de plufieurs perfonnes
formant une affeciation civile. A quelque
époque qu'il ait commencé , c'eft le mode
le plus conforme à la raifon le Gouvernement
n'y eft autre chofe que la fomme
des forces réfultantes de la réunion de
toutes les volontés ; & chaque individu
n'obéiffant qu'à la Lei qu'il s'tit impofte,
jouit d'une maniere illimitée & fans crainte,
de tous les droits qui ne s'écartent ni de
la juftice , ni de la liberté publique. Toutes
les forces & toutes les volontés fe trouvant
ainfi réunies , concourent à la fois vers un
feul & même centre , ce qui affure &
multiplie la parfaire fécurité & la félicité
de toutes les parties : or , il eft évident
que dans ce mode , le plus raifonnable &
le mieux combiné de tous , où toutes chofes
concourent avec cet ordre & certe activité

4
56
MERCURE
qui donnent à l'autorité fa vigueur & toute
fon énergie , où l'accord des Citoyens eft
indifpenfable pour confentir & agir enfemble
, tout dépend effentiellement du Peuple
; tout ce qui conftitue la fouveraine
Puillance appartient au Peuple , qui en eft
la véritable fource.
non
L'Hiftoire ancienne & moderne vient ici
témoigner que la liberté eft l'état propre
des Nations, que la conquête, l'oppreffion,
la tyrannie , ont pu feules leur donner des
Maîtres ou des Rois non délégués
choifis par elles ; que ce droit de choisir
la forme de leur Gouvernement , que la
force feule peut leur enlever , ce droit de
déléguer la Souveraineté à qui & comme
il leur plaît, prouve que cette Souveraineté
appartient au Peuple , & qu'il n'y a de
Pouvoirs légitimes que ceux qui viennent
de lui .
Dans la 4 ° . Partie , Needham releve &
combat les principales erreurs des Gouvernemens
qui fe font accréditées , fur- tout
dans les Etats Chrétiens .
Ire. Erreur, Divifion en Etat civil &
eccléfiaftique. Needham remonte jufqu'à
l'origine de cette divifion ; il en fait voir
les fuites funeftes depuis l'établiſſement du
Chriftianifine ; il attribue avec raifon la
plupart des diffentions & des guerres qui
ont agité l'Europe , à ce combat entre les
DE FRANCE. 57
intérêts du Clergé & ceux de la Puiffance
civile , ou au mélange non moins dangereux
de ces deux intérêts oppofés.
&
II . Erreur. Dans tous les temps
auffi fouvent que le Peuple a fait quelque
#changeinent dans le mode de fon Gouvernement
, on a négligé d'examiner fi la tyrannie
que l'on venait de détruire , & qui
avait forcé le Peuple à changer fon Gouvernement,
ne fe reproduirait pas avec plus
d'énergie fous la forme nouvelle de l'Adminiftration
. Il n'eft donc pas étonnant que,
quels qu'aient été les changemens qu'on
a vas s'opérer dans les différens modes du
Gouvernement des Nations , la tyrannie fe
foir perpétuée avec les Siecles. Pour éviter
cette erreur , il faut donc , par exemple ,
lorfqu'on a détruit le Defpotifme , ou , ce
qui eft la même chofe , la Monarchie abfolue
, ne rien introduire dans le nouveau
Gouvernement qui puiffe ramener les mêmes
abus , ni rendre à qui que ce foit des
prérogatives qui puiffent , dans l'avenir , en
occafionner le retour .
III . Erreur. Laiffer ignorer au Peuple
les moyens les plus effentiellement néceffaires
pour la confervation de fa liberté.
La tyrannie a toujours abhorré & retardé
autant qu'elle a pu l'inftruction du Peuple..
Cette inftruction doit donc être un des
premiers foins d'un Gouvernement libre.
IV . Erreur. Se laiffer gouverner dans
8 MERCURE
l'adminiftration des affaires , fans aucun
égard pour ce qu'exigent les Loix d'une
probité rigoureufe. Certe erreur , connue
fous le nom de raifon d'Etat , eft d'autant
plus dangereufe qu'elle eft commune à
prefque toutes les Nations de l'Univers ,
& qu'on pourrait la comparer à une épidémie
qui infecte & détruit la morale des
Etats . On entend par raifon d'Etat ces décifions
fondées fur des principes corrompus
, que les Rois ont invoqués pour légitimer
& pour avouer des fautes commifes
par des vûes fecretes & cachées ..
C'eft à cette raifon d'Etat qu'on dɔit oppofer
une méthode bien préférable , &
ui confifte à mettre toute la confiance en
Dieu & dans fon courage , lorſqu'on le
trouve dans la néceffité de faire des actions
vigoureufes qu'exige la juftice ; c'eſt alors
que l'homme honnête farisfait doit fe dire :
Fiat juftitia & fractus illabatur orbis ....
S'il obtient le fuccès qu'il défire , n'eft-il
pas fuffifamment récompenfé en confidérant
qu'il a procuré le bien de fa Patrie ?
S'il meurt avant d'avoir couronné les entrepriſes
, il défcend au tombeau couvert
d'une gloire que rien ne peut ternir.
Ve. Erreur. Confier à un feul homme ,
ou à plufieurs familles réunies conftamment
à cet effet , le Pouvoir législatif &
le Pouvoir exécutif de l'Etat . Sans un cas
tout- à-fait extraordinaire , on ne peut unir
DE FRANCE. 5'9'
ces deux Pouvoirs dans les mains d'une
même claffe de Citoyens , dont les intérés
réunis deviendraient directement contraires
à celui de l'Etat , fans expofer la République
aux plus grands dangers ; il eft donc
nécellaire que ces deux Pouvoirs , placés
dins des mains différentes , ne fe rencontrent
jamais dans les mains d'un feul
excepré dans le cas d'un péril imminent
pour la chefe publique : or, la gravité &
importance même d'un péril aufli grand
ne peuvent jamais étre que d'une courte
durée.
VI . Erreur. Soumettre avec trop de facilité
à la décifion de quelques in lividus.
les affaires & les intérêts du Peuple , en .
ôter la connaiffance au Peuple lui - même
& à fes Représentans.
VII . Erreur. Se laiffer conduire par un
efprit de faction ou de parti . Un Peuple
libre qui fe laiffe ainfi conduire , détruit
jfque dans fes fondemens les baſes de la
liberté & celles de la profpérité publique.
Si l'on découvre chez ce Peuple des deffeins
, des confeils , des actions qui com
battent fes intérêts réels & avoués par la
Conftitution , l'on en pour infailliblement
conclure qu'il y a une faction , & que les
Citoyens qui donnent ces confeils , ou qui
protégent ces actions , compofent le parti
des factieux , qui eſt toujours d'autant plus
à craindre que les diffentions interieures
C6
60 MERCURE
qui en font la fuite , en déchirant l'Etat ,
le livrent à la merci des ennemis domeftiques
ou étrangers , & expofent les biens ,
les jours & la liberté du Peuple à toutes
les horreurs du pillage & de la guerre
civile.
VIII . Erreur. Elle confifte dans ce honteux
penchant que les Nations ont montré
dans tous les Siecles , à s'affranchir de
leurs engagemens & de leurs promeffes ,
encore qu'elles aient été faites fous la foi
du ferment , felon que les temps ou les
circonftances leur faifaient appercevoir un
avantage à les enfreindre.
L'Auteur , pour combattre cette erreur
avec plus d'avantage , cite le Chapitre entier
du Livre du Prince , où Machiavel
examine fi les Princes doivent tenir leur
parole , & où il fe détermine pour la négative
avec un fang froid qui a fait foup-
Comer que cet ardent Républicain n'avait
établi cette doctrine effrontée que pour dégoûter
tous les Peuples des Princes & des
Rois , ennemis naturels de la Liberté.
Needham , en le combattant , feconde parfaitement
fon projet ; & fi fes réponſes ne
peuvent corriger les Princes de mauvaiſe
foi , elles peuvent au moins garantir les
Peuples d'être leurs dupes .
Toutes ces Erreurs ne font pas dénoncées
de fuite dans fon Ouvrage , il en inDE
FRANCE. G&
L
terrompt l'énumération , & s'arrête après
la troifieme , pour donner les Regles qu'il
croit les plus propres au maintien de la
Liberté. Voici ces Regles dégagées de tous
les développemens & des nombreux exemples
hiftoriques dont il les accompagne.
1. Regle. Entretenir la haine du Peuple
pour le Gouvernement qu'il a détruit,
comme on eut foin d'entretenir toujours
chez les Romains la haine pour les Rois ;
renverfer de fond en comble les établiffemens
vicieux qui favorifaient la fuperftition
ou le Defpotifme , & prendre pour
devife ce mot d'Henri VIII , qui , après
avoir faifi les revenus des Abbayes , en fit
démolir les bâtimens , & dit : » Détruifez
» les nids , & les corbeaux n'y viendront
plus ".
و ر
་ ་
2. Regle. S'oppofer avec le plus grand
foin à ce qu'aucun Citoyen , ou aucune
affociation , ne s'éleve avec fierté , ne puiffe
acquérir plus de crédit , & ne paraiffe avec
un éclat qui infulte à l'égalité.
3. Regle. Avoir un foin extrême de ne
point permettre que le commandement foit
continué trop long - temps dans les mains
d'un particulier ou d'une même famille
& de fixer le temps auquel ceux qui l'exercent
devront le quitter.
4. Pegle. Ne junais fouffrir que deux
prionnes d'une même famille rempliflent
62 MERCURE
en même temps des emplois importans
ni qu'aucune dignité confidérable foir continuée
dans une feule & même maison.
و
5. Regle. Perfonne , dans un Etat libre ,
ne doit attaquer la majefté des décisions
ni en révoquer en doute la légalité , foit ,
qu'elles foient prononcées par on Sénat
ou qu'elles foient le réfultat des Affemblées
générales de la Nation. S'il pouvait exiftur
une autorité capable de les altérer à fom
gré , ou de les contredire , la Liberté difpa-:
raîtrait à l'inftant.
6. Regle. Exercer continuellement les
Citoyens dans le maniement des armes , &
confier tonre la force militaire entre les
mains du Peuple, ou du moins de ceux des
Citoyens qui font les plus zélés pour la
confervation de la Liberté ; de façon que
les Affernblées fuprêmes foient toujours
en état d'en difpofer à leur gré. En un
mot , ne confier l'exercice des armes qu'à
ceux qui font fermement attachés à la
forme d'un Etat libre , & dont le zele & ;
les fentimens pour la chofe publique font
connus ; qui ne déferteront jamais la caufe .
de la I iberté , de quelque prétexte que l'on ,
ule & de quelque moyen que fe fervent
les Agens du Pouvoir , pour égaier leur,
patriotisme.
7. Regle. Dans les Etats libres , il eſt
néceffaire que les enfans foient élevés &
DE FRANCE. 63
inftruits dans les principes de la Liberté ,
afin qu'i's les chériffent par préférence à
tout , que leur ame fe penetre de bonne
heure de toures les vertus , par l'enfenable
defquelles la Liberté eft un bienfait.
La 8. Regle que la Politique preferit
à un Etat libre , & qui regarde plus fpécialement
la conduite du Peuple , c'eft qu'il
doit ufer avec modération de la Lb rte qu'il
vient d'acquérir , pour qu'elle ne dégénere
point en licence , parce que devenant alors
une epoce de tyrannie , elle occafionne
ordinairement la diffoletion de la Républi
que qu'elle a corrompue , & fait que l'on
y prétere le Defpotime.
Cette Regle paraît fi importante à l'Auteur
, qu'il s'arrête à la développer & à
établir les moyens qu'un Peuple libre doit
employer pour prévenir cette licence dangereufe
, & pour tromper toutes les efpés .
rances des ennemis de fa liberté .
1. Eviter les diffentions civiles , & fe
fouvenir fans ceffe des dangers qu'il y aurait
à recourir à la violence , pour punir
les fautes que la faibleffe pourrait fire
commettre aux Citoyens entre les mains
defquels on a placé l'exercice de l'Autorité
& toute fa confiance.
2º. Dans l'ufage du droit dont jouiffent
les Citoyens , d'émettre leur voeu pour
Pélection des Magiftrats , ils doivent avoir
64
MERGURE
fans ceffe les yeux ouverts fur le mérite
des Candidats qui fe préfentent , & ne
choifir que les perfonnes qui ont été les
plus actives & les plus ardentes dans leur
amour pour la Patrie , que ceux dont la
fageffe & le patriotiíme ont affermi la Liberté
, & qui leur en affureront la jouiffance.
3 ° . Prendre garde de ne donner à qui
que ce foit le droit de fiéger fur un Tribunal
, ou dans un Confeil fuprême , fans
y être déterminé par un mérite reconnu :
il faut que dans ce choix l'efprit de faction
, la voix du fang , les liens de l'amitié ,
rien de tout ce qui peut illuftrer un Candidat
, ne puiffe influer dans les élections.
Si les fuffrages du Peuple ne tombent que.
fur celui qui réunit la probité la plus fcrupuleufe
à une profonde fageffe , on verra
'Univers entier applaudir à ce choix , &
l'équité fermera la bouche à ceux -là même
qui pourraient avoir des défirs oppofés ;
mais file Peuple , dans fes élections , fe
laiffait guider par des motifs différens , on
doit s'attendre à ce que la promotion des
Citoyens ainfi immoralement élus , excitera
le mécontentement , fi elle n'engendre pas
une divifion dans l'Etat.
A
4° . Se conferver toujours le droit de
faire rendre compte à fes Officiers & à fes
Magiftrats de leur conduite & de leurs actions
; permettre en tout temps aux CiDE
FRANCE. 6.5
toyens de fe porter accufateurs contre ceux
dont ils croient avoir raifon de fe plaindre :
mais auffi éviter avec le plus grand foin
d'impurer à ces Chefs des fautes qui n'ont
d'exiftence que dans la haine ou la calomnie
qui les répand : fi l'on fouffrait un
pareil excès , ce ferait abuſer honteuſement
de la iberté.
5 °. Ne confier à une même perfonne
qu'une telle portion d'autorité qu'il foit
roujours facile de la limiter ou de la fufpendre
, plutôt que de fouffrir que l'exercice
en devienne dangereux entre fes mains,
Les honneurs , les richeffes , les dignités
acquifes ou confervées , expofent l'homme
à des tentations irréfiftibles ; toute fa vertu
& toute fa fageffe oppofent à leur effort
une réfiftance qui eft toujours trop faible
contre le flot impétueux de toutes ces
puiffances réunies . Il eft donc de la derniere
prudence pour un Peuple habitué à
jouir de fa liberté , & particuliérement
pour celui qui vient de la conquérir , après
avoir fubjugué la tyrannie , de difpofer
tellement de l'exercice de fon autorité
qu'il ne laiffe à l'ambition aucune forte
d'efpérance. C'eft ainfi qu'il prémunira fes
Chefs contre toutes les tentations de l'intérêt
perfonnel , & qu'il parviendra à évirer
ces diffentions inteftines , dont la fuite a
toujours fini par la ruine de la liberté publique.
66 MERCURE
La IX . & derniere Regle , qui eft effentiellement
liée à la liberté publique , confifte
à regarder comme criminel de haute
trabifon , & indigne d'aucune efpece de
faveur & de grace , celui des Citoyens qui
aurait attenté contre les droits & la majefté
du Peuple.
و ر
وو
L'Auteur Anglais termine cette théorie
complette de la Liberté & de la Souveraineté
du Peuple par des réflexions importantes
fur le choix des Repréfentans . » Dans
" un Etat nouvellement libre , il eft, dit- il,
» raifonnable. de fuppofer qu'il eft des
efprits mécontens & actifs qui,,, voyant
» le Peuple prêt à s'affembler pour choisir
fes Repréfentans , fe donneront tous les
» mouvemens imaginables pour s'infinuer
» dans les bonnes graces , & gagner fa confiance
, dans la vûe perfide de partager
l'Adminiftration actuelle , pour gagner
enfuite l'efprit de leurs Collegues , &
» donner une nouvelle vie à l'ancien Gou-
» vernement par la deftruction de l'Adminiftration
populaire.
"
و ر
و د
On ne peut douter que , dans ce cas,
le choix des hommes à nommer n'exige
de grandes précautions de la part des
» Electeurs , qui doivent également fe dé-
» fendre des ennemis anciens & nouveaux
» de la Conftitution , & qui doivent encore
avec plus de foin , éloigner de leurs
DE FRANCE. 67
1
, ر
22
و ر
و ر
و ر
"
Affemblées fuprêmes ces gens indifférens,
qui ne font d'aucun parti , parce que ,
femblables à l'animal amphibie de Laodicée,
qui vivait également dans les deux
élémens , ces gens n'ont jamais d'opinion
qui leur foit propre , & qu'ils fui-
» vent en toutes circonftances le parti qui
» flatte leur malignité naturelle : remettre,
» l'autorité à la difcrétion de pareils Sujets,
c'eft expofer la Conflitution la plus fage,
» à être totalement renverfée . On ne peut
» donc être trop exact , dans tous les temps,
» à fermer l'entrée des Alfemblées fuprêmes
de la Nation à ces hommes ouver-
» tement ou fecrétement déclarés contre.
» la forme de fon Adminiftration , ainfi
و ر
"
>>
qu'à ceux qui n'époufent que faiblement
» les intérêts du Peuple ; le refle a un droit,
" inconteſtable à partager le Pouvoir fuprême
, & à jouir de tous les droits qui,
>> у font attachés .. Quelque abus
qu'il en puiffe faire , il eft de la juftice ,
qu'il en jouiffe ; & les inconvéniens qui
» en peuvent réfulter , ne feront jamais
comparables à ceux qui fuivraient la,
» témérité de l'en dépouiller ou de les lui,
" refufer ".
"
و ر
Needham eft regardé par les Anglais
comme un des génies les plus hardis qui
aient écrit fur la liberté des Peuples. On
voit qu'il n'eft pas moins méthodique &
68 MERCURE
moins régulier que hardi . Au lieu de difcourir
fur fon Ouvrage , nous avons cru
qu'il ferait utile de réduire fon fyftême aux
fimples élémens , & de les rendre familiers
à nos Lecteurs ; mais nous les invitons
à en chercher dans l'Ouvrage même
les développemens & les preuves. Ses principes
fur les élections peuvent fur tour
être utiles dans ce moment où , pour la feconde
fois , les Electeurs chargés de nos
pouvoirs , choififfent les Repréfentans dont
la volonté réunie doit former la Loi, unique
Souveraine d'un Peuple libre.
Cette Traduction qui n'a point été aſſez
annoncée , méritait de l'être avec éloge .
Elle eft ecrite d'un ftyle qui a toute la
liberté de l'original. M. Mandard l'a ornée
de nores & d'appendices , tirés , comme le
titre l'annonce , de ceux de nos Philofophes
, de nos Publiciftes & de nes Hiftoriens
qui ont écrit avec le plus de force
en faveur de la Liberté. Elle eft précédée
d'une Préface remplie de chaleur & de patrictifme
, & fuivie d'une Lettre du Traducteur,
plus chaude encore & plus patriotique
que la Préface . Cette ardeur n'eſt
pas feulement dans les Ecrits dé M. Mandard,
elle eft auffi dans fes actions, & cette
Lettre l'attefte : on y voit qu'il eut , en
1789 , une part très-active dans les grands
événemens des 12 , 13 & 14 Juillet , ce fut
tui qui , au moment où la Baftille venait
DE FRANCE. 69
d'être prife , ofa pénétrer dans le camp du
Champ de Mars , annoncer ce fait mémorable
à M. de Béfenval , qui refufait de le
croire , & engager ce Général à éviter par
la fuite une action infructueufement meurtriere
entre des Troupes laffes de fervir le
Defpotifme , & un Peuple enthouſiaſte de
fa liberté conquife. Quand cette action
n'aurait pas décidé la levée du camp , elle
n'en ferait pas moins louable , moins digne
de refter gravée dans le fouvenir de rous
les bons Citoyens. Celui qui , dans cette
occafion , ne craignit point de paraître
au milieu des armes en Miniftre Plénipotentiaire
du Peuple , n'a pas dû traduire
froidement un Auteur qui établit , en faveur
de ce Peuple , fur une théorie fondamentale
, les titres impreferiptibles de fa
Souveraineté.
Le fecond Volume eft terminé par des
obfervations du Traducteur fur l'Efclavage
& le Commerce des Negres . On peut
juger par ce qui précede du parti qu'il a dû
choifir dans cette caufe , & du feu qu'il doit
mettre à la foutenir. On fait , & c'en eft
ici une preuve de plus , que tous les véritables
amis d'une Conftitution libre le
font auffi de la juftice & de l'humanité.
( G ...... )
70 MERCURE
>
MIRABEAU peint par lui - même , ou
Recueil des Difcours qu'il a prononcés
des Motions qu'il a faites , tant dans le
fein des Communes qu'à l'Affemblée Nationale
confiituante , depuis les Mai
1789 , jour de l'ouverture des Etats-
Généraux , jufqu'au 2 Avril 1791 , époque
de fa mort ; avec un Précis des matieres
qui ont donné lieu à ces Difcours &
Motions , le tout rangé par ordre chronologique
, avec cette épigraphe :
Et que ferait-ce fi vous l'aviez entendu
ESCHINE. lui - même !
4 Vol. in- 8°. formant 1850 pages , imprimées
avec les beaux caracteres de M.
Didot. Prix , 16 liv. br. & 18 liv . francs
de port par la Pofte. A Paris , chez
Buiffon , Imprimeur- Libraire , rue Hautefeuille
, No. 20.
CE Recueil n'a befoin que d'être annoncé
pour provoquer l'empreffement pue
blic. L'époque dont il retrace les fouvenirs,
fchers & fi récens , le nom & les talens
de l'Auteur, dont les Harangues , les Motions
, les Réparties rempliffent prefque
entiérement ces quatre Volumes ; tout concourt
à lui affurer le fuccès le plus étendu .
DE FRANCE. 71
La forme de ce Livre eft entiérement
neuve , & c'était prefque la feule qui pût
préfenter Mirabeau tout entier , confidéré
con me Orateur , & tel qu'il fut à la Tribune.
C'est ici que l'on fent l'avantage de
cet Art qui recueille fur le champ tout ce
qui s'y prononce , & qui fait paffer la
parole fugitive jufqu'à la Poftérité . Nous
n'avons de l'Antiquité que les Difcours
prononcés à la Tribune d'Athenes ou de
Rome , & pour la plupart compofés d'avance
, quelquefois même après avoir été
prononcés , comme la Harangue de Cicéron
Pro Milone. Quel monument précieux ce
ferait qu'une Collection antique qui nous
préfenterait, dans un Dialogue vif , animé,
les débats , les réponfes , les faillies de
deux Orateurs , tels que Cicéron , Horterfius
, Démofthene & Efchine , &c. en n'y
laiffant que ce qui mérite d'être confervé!
C'eft à quoi s'eft attaché le Rédacteur de ce
Recueil. Il a raifon de fe flatter que cet Ouvrage
fera utile aux Membres de l'Aflemblée
Nationale , à ceux de la prochaine Légiflature
, à tous les Citoyens de l'Empire.
Cette juftice qu'il fe rend ne lui fera refufée
par perfonne , & le Public le traitera
même beaucoup plus favorablement.
༣༦ ཟླ ༩
72 MERCURE
SPECTACLE S.
DIVERSES circonftances nous ont empêchés
depuis quelque temps d'entretenir nos
Lecteurs d'Ouvrages de Théâtres : pendant
ce temps , les Nouveautés fe précipitent ;
elles réuffiffent ou tombent, & toutes s'oublient
, les unes plus tôt , les autres plus
tard. Nous ne parlerons que de celles qui
ont paru exciter l'attention du Public , ce
qui n'eft pas peu de chofe dans un temps
où la multiplicité des Théâtres multiplie fi
prodigieufement les Pieces nouvelles .
Au Théâtre Italien , La veuve Calas d
Paris & Lodoiska ont beaucoup réufli . Au
Théâtre de la rue Feydeau , Il Finto Ciecco
s'eft montré avec une forte de fuccès , & la
Pazza per amore avec un fuccès complet ;
derniérement au Théâtre de la Nation, Virginie
ou la Daftruction des Décemvirs , a recueilli
des applaudiffemens ; mais nous ne
pouvons rendre compte de tout à la fois :
difons d'abord quelques mots de la Veuve,
Madame Calas s'eft rendue en prifon à
Paris, avec fon fils & fes filles , pour la révifion
du Jugement cruel porté à Toulouſe
contre fa malheureufe famille. Elle a tour
lieu
DE FRANCE. 73
lieu d'attendre fa réhabilitation : elle a pour
elle fon bon droit évident , l'opinion ferme ,
affurée , & l'éloquence de M. Elie de
Beaumont ; elle a pour elle l'ardent intérêt
que M. de Voltaire a pris à fes malheurs ,
intérêt qui l'a porté à faire ufage , en fa
faveur , de tout fon crédit ; & elle craint
cependant , cette infortunée , parce qu'elle
eft infortunée.
Un homme s'eft préfenté au Geolier de
la prifon ; il a demandé place dans un lieu
caché, pour y voir l'effet que produira fur
cette famille la proclamation de fon innocence
. Ce Geolier lui parle de Voltaire avec
éloge , & le vieillard paraît embarraffé ; la
Servante de Calas arrive. Flus intéreffée
encore dans l'affaire , c'eft avec enthoufiafime
qu'elle parle du Philofophe de Forney
; elle enchérit fur fon élege. L'embarras
de l'inconnu redouble , il n'y peut plus
tenir. A le voir dans cette fituation , on
doit juger que cet homme eft un ennemi
acharné de Voltaire , ou Voltaire lui -même.
C'est en effet ce grand Homme que l'Auteur
fuppofe arrivé à l'échappée à Paris ;
c'eft lui qui ne peut fupporter les éloges
brûlans de la reconnaiffance ; la bonne Servante
s'y trompe naturellement , le croit
un méchant , & le traite comme tel , fans
parvenir à le fâcher.
Toute la péripétie qu'un pareil fujet
N°. 37. 10 Septembre 1791 . D
74
MERCURE
pouvait produire , eft adroitement ſaiſie par
l'Auteur. M. de Beaumont s'échappe us
moment de l'Audience pour relever l'efpoir
de fes Cliens . Cet efpoir eft refroidi dans
le coeur de Mad. Calas & de fes enfans ,
par l'idée de ce prétendu méchant homme
qui les écoute : enfin le Jugement arrive aut
milieu des cris de joie du Peuple ; mais
n'eft- ce point la joie infultante des Fanati
ques ? on s'y trompe encore : enfin M. de
Beaumont parle , & tout eft éclairci .
Mais il refte cet Etre mal-veuillant qui .
écoute aux portes , & que la famille Calas
veut écrafer de toute la joie , de toute la
reconnaiffance qu'elle doit & qu'elle prodigue
à Voltaire fon bienfaiteur. Qu'on
juge de la fituation tous les Perfonnages ,
quand c'eft Voltaire hi - même qui eft reconnu
! On le couronne , on l'embraffe : on
en fait autant à M. de Beaumont ; tout le
monde et heureux.
La Piece eft de M. Pujoulx , Aureur de.
plufieurs autres Ouvrages qui ont eu beaucoup
de fuccès . Aucun peut- être n'en méritai
autant que celui- ci , où regne un intérêt
doux , continu & parfaitement gradué ; où
le ftyle fans prétention , mais touchant &
vrai, cft toujours au ton des Perfonnages.
Nous parlerons inceffamment des autres
fuccès.
DE FRANCE. 75
VARIÉTÉ S.
DE bons Citoyens m'ont recommandé ( c'eſt le
terme dont ils fe fervent ) une Feuille volante
que les Ariftocrates font courir , & qui a pour
re : Extrait d'un Journal fort connu ( L'AMI
DU ROI). Il fe peut que ce Journal font fort
connu : il ne l'eft pas de moi , qui n'en ai jan als
lu une page ; j'ai autre choſe à faire , & j'emploie
mieux mon temps ; mais pour favoir qu'en
penfer , il me fuflifait de connaître le nom de
l'Auteur , avant nême que l'opinion publique
m'apprit ce qu'était l'Ouvrage. L'Able Royou
avait fait fes preuves dès long-temps , & il faut
avouer que s'il n'a pas furpaffé l'attente de ceux
qui le connaillaient ( cela n'était pas poffible ) ,
il l'a du moins parfaitement remplic.
Au reste , fi l'on ne favait quelle eft , en fait
de ra fonnement , la force de cette efpece d'hommes
, on aurait peine à comprendre comment ils
ont cru pouvoir tirer parti de cet Extrait , qu'ils
regardent pourtant comme une piece triomphante,
puifqu'ils ont fait imprimer féparément & circuler
avec profufion . Cette note n'eft vraiment
remarquable que par l'excès de la bêtife. Ne
dites pas , Lecteur , que le mot eft dur : c'eſt le
mct propre ; j'en ai toujours fait cas , & il n'y
a pas de raifon pour fe le refufer , quand il
s'agit dun homme dévoué au mépris & a l'horreur
de la Nation , comme un ennemi déclaré
de la Patrie , de la Liberté & des Loix. Il ne
s'agit donc plus que de favoir fi l'exprafion aft
D 2
76 MERCURE
trop forte en elle-même vous allez en juger ;
je m'en rapporte à vous .
L'objet dudit Royou eft d'infirmer l'autorité
de Voltaire & de Rouffeau en Morale & en Légiflation
, & il croit y parvenir en rapprochant
deux paffages ou ces deux grands Hommes fe
font fort maltraités réciproquement. Voici ces
paffages :
Voltaire , en paraiffant croire en Dieu , n'a
" réellement jamais cru qu'au Diable , puifque
» fon Dieu prétendu n'eft qu'un être mal- faiſant ,
» qui , felon lui , ne prend de plaifir qu'à nuire..
L'abfurdité de cette doctrine eft fur- tout ré-
» voltante dans un homme comblé de biens de
» toute efpece , qui , du fein du bonheur , cherche
à défefpérer fes femblables par l'image de
» toutes les calamités dont il eft exempt «.
Rouff. Conf. Tome 1 , page 34.
» Laiffons Rouffeau croire qu'il a furpafé Fé-
» nélon & Xénophon... Les extravagances
» ne méritent pas un décret de prife de corps :
les Petites - Maifons fufifunt avec de bons
» bouilions , de la faignés & du régime « .
Volt . Homme aux 49 écus.
Nous verrons tout à l'heure ce qu'il faut
penfer de ces deux pallages. Voyons d'abord la
conclufion qu'on en tire dans l'Extrait.
» On voit ce que penfaient l'un de l'autre les
» deux Oracles de l'augufte Sénat : ils étaient
plus à portée & plus capables que perfonne de
» fe bien apprécier « .
>>
Pour bien juzer cette maniere de raifonner ,
obfervez , Lecteur , qu'en rappelant des fats
publics que perfonne ne peut ignorer ni contef
DE FRANCE. 77
:
zer , la propofition ci- deffus énoncée équivaut
complétement à celle ei Voltaire & Rouleau
étaient ennemis l'un de l'autre ; donc ils étaient
plus capables que perfonne de fe bien apprécier.
L'abfurdité eft fi palpable , qu'il n'eft pas permis
d'y répondre autrement que par un éclat de rire ;
c'est pourtant , dans la plus rigoureuſe exa &itude
, le raifonnement dudit Royou , qui a cru
en déguifer le ridicule en fupprimant la premiere
partie. Ainfi , felon lui , pour juger déiormais
deux hommes célebres qui auront cu le
malheur de fe hair , il n'y a point de regle plus
sûre que d'en croire le mal qu'ils auront dit l'un
de l'autre . Ai - je cu tort d'appeler cela de ta
bêtife ? & pouvais-je me fervir d'un autre terme ?
Maintenant , fi l'on examine les deux paffages ,
Tinjuftice eft évidente dans l'un comme dans
l'autre ; & faut - il s'étonner que l'inimitié foit
injufte Dire férieufement que Voltaire ne
croyait qu'au Diable , eft un ridicule qu'on ne
peur pardonner qu'à ces accès d'humeur ou
Rouffeau n'était que trop fujet. Tous les Ouvrages
de Voltaire atteftent qu'il croyait à l'exiftence
& à la né , cffité d'une caufe premiere , par
les mêmes rafons que tous les grands Philofophes
anciens & modernes . Il eft vrai qu'il trouvait
la Création impofible à expliquer , & qu'il
s'eft moqué de l'Optimisme ; mais ce n'eft pas
plus une preuve contre fon opinion que contre
le Théime. De ce que nous ne pouvons pas
expliquer les conféquences d'une propofition métaphyfique
démontrée , il ne s'enfuit pas que cette
propofition foit à rejeter ; il s'enfuit feulement
que nos lamieres font bornées. Ce font ceux qui
veulent expliquer la Création qui donnent beau
jou aux Athées , parce qu'elle eft vraiment in-
D 3
78
MERCURE
explicable pour nous . Les Théiftes alors s'embarraflent
dans leurs hypothefes , comme les Athées
quand ils veulent prouver le Monde éternel .
Ceux -ci ne pourront jamais rien répondre aux
preuves tirées de l'intelligence & du deffein qui
frappent notre raifon dans le fyftême du monde
phytique ; & les autres , après avoir démontré
cette premiere vérité , doivent s'arrêter là , &
dire : Il cxifte une caufe premiere , parce que
notre raiſon nous apprend que , fazs cette pre-
-miere caule , nous ne pouvons rien concevoir
de ce qui eft. Comment cette premiere caufe
a-t-elle agi ? c'eft ce qu'il ne nous eft pas denné
de favoir. Il eft probable que fi nous le favions
nous frions aufh favans que Dieu même ; & i!
elt cur que s'il ne nous l'a pas appris , c'eft que
nous n'en avons pas befoin.
:
La dodirine de Voltaire n'a jamais été que
Ditu eft un être mal-faifant , qui ne prend plaifir
qu'à ruire il a feulement oppofé aux partifans
de l'Optimisme le tableau des maux phyfiques &
moraux qui défolent la Terre , & a foutenu que ce
mélange du bien & du mal n'eft point du tout expliqué
par l'hypothefe des défordres particuliers réfultant
cun ordre général. Cette maniere de philofopher
qui n'aboutit qu'au Scepticisme , n'a rien de coman
avec la fottife de n'avoir d'autre Dieu
te Dable , dent Voltaire était plus loin que perfonne
. Qui cft- ce qui fe ferait douté que Volraire
crât au Diable ?
que
Mais il n'eft pas plus jufte envers Rouffeau
que Rouffeau envers lui. Perfonne ne contefte .
qu'il n'y ait dans les Ouvrages du Philofophe .
Genevois beaucoup de paradexes infenfés ; mais
s'y pas reconnaître le plus rare talent pour l'éloquence
& une foule de vérités lumincufes >
DE FRANCE. 79
:
c'eft être aveuglé par la haine. Voltaire cut ce
malheur ceux de fes amis qui n'ont jairas été
fes adulateurs , ni de fou vivant , ni après fa ,
mort, ont avoué & déploré cene faiblefie , fans
eflayer jamais de la juffifier. Ils doivent plus que .
d'autres , s'affliger des grofféretés qu'il a vomis
& en vers & en profe contre un homme tel que
Rouffeau , & qui certairement n'ont fait de tort
qu'à Voltaire . Mais qui ne fait auffi que la Poftérité
laifle dans l'oubli toutes ces ordures , &
ne recueille de l'hér tage des grands Ecrivains
que ce qui a fait horneur à leur plume , & du
bien à l'humanité Eft-ce lennemi de Voltaire
que l'Aflemblée Nationale a confulté dans le
Contrat Social? Eft-ce le détracteur de Rouffeau ,
qui , dans les Ouvrages de Voitaire , a éclairé
la Nation ? Prétendre qu'il faut les juger uniquement
par le mal qu'ils ont dit l'un de l'autre ,
c'eft une démence rare & neuve qui était réfevée
à l'Abbé Royou.
"
Me reprochera-t-on de qualifier at fi de lêtife
deux autres inductions , que l'en tire dans le
méme Extrait , de deux mots de Voltaire , l'un
fur le Peuple , lautre fur les Negres : Le Folliculaire
, fori connu , voulant rayer Voltaire du
nombre des défenfeurs des droits du Peuple ,
rappelle un endroit de fes OEuvres , où , à propos
de la Reine Elifabeth à qui on a reproché de
n'avoir pas aimé ni ménagé le Peuple , il s'écrie :
Qui eft-ce qui aime le Peuple ? Et l'on a foin de
mettre ces mois en lettres majufcules .
un arrêt de réprobation contre Voltaire . Ah !
pauvre homme tu entends la Langue francaife
comme la Légiflation & la Pelitigite . Qe post
ignoter que certe tournere de phrafe et precifement
le cri d'indignation qui échappe à tout
Comme
So MERCURE
moment à ceux qui fe plaignent de ne pas trouver
dans les autres le fentiment qu'ils éprouvent
eux- mêines ? Entendez un Philofophe parler de
cette faiblele trop commune qui factie la vérité
à des converances ferviles , s'écriera :
Eh ! qui eft ce qui aime la vérité ? & il ne
s'imaginera jamais qu'on en concluera qu'il ne
T'aime pas lui même. Il n'y a pas de maniere
de parler plus uftfe , & jamais perfonne ne s'y
eft mépris. On me dira peut - Ctre que l'Abbé
Royou lui - même , tour Royou qu'il eft , n'eft
pas allez fot pour s'y méprendre fcit ; mais ce
n'en eft pas moins une bêtife : car il y a auffi
de la bétife à croire fes Lecteurs fi bêtes .
A qui perfuadera-t-il que Voltaire foutient l'ef
clavage des Negres , & le trouve légitime , parce
qu'il a dit , en parlant des mauvais traitemens
qu'en leur fait effuyer : Pourquoi font- ils fi fots
que de le fouffrir ? Si l'Abbé Royou fait auffi
bien que nous que ces paroles ne four que l'élan
d'une ame indignée qui voudrait armer les op :
primés pour punir les opprefieurs , pourquoi
fuppofe-t-il qu'il y aura des Lecteurs affez tupides
pour s'y tromper de bonne foi , quand il
feint de s'y tromper ?
II y a du moins un peu plus de fondement
dans le reproche qu'il fait à Voltaire d'avoir
comparé le Chancelier Maupeou à l'Hôpital ,
lors de l'abolition de la vénalité des charges de
Judicature , & de la deftruction des anciens Parlemens
fous Louis XV : mais cela prouve feulement
que Voltaire , qui déteftait dans les l'ar-
Jemens , & avec grande raifon , les affaflius de la
Barre , de Lally , de Calas , & de tant d'autres
victimes innocentes , les fangfues du Peuple plaideur
& les agens d'un Delpotifme plus odieux
DE FRANCE. 81
que celui des Miniftres , ne vit dans leur deftructeur
que l'ennemi de nos ennemis , & le
vengeur de la juftice & de l'humanité . Il eut
tort fans doute c'était ne voir qu'un côté des
objets ; des Gens de Lettres , moins fougueux ,
garderent alors le filence de la neutralité ; aucun
Ecrivain diflingué ne fe méla de ces querelles ;
ils étaient affez fatisfaits de voir les Tyrans
s'entre-déchirer mais de ce que Voltaire écouta
trop cette fois fa haine , d'ailleurs très- légitime ,
contre les Parlemens , s'enfuit-il que fes Ouvrages
n'aient pas rendu de grands fervices à la
raifon ?.
Citoyens , voilà la logique de vos ennemis :
faites en forte qu'ils n'en puiflent jamais avoir
d'autre ; ils ne feront pas à craindre .
( Di .... ).
NOTICE S.
Banquet des Savans , par Athénée , traduit tant
fur les textes imprimés que fur plufieurs Manuf
crits ; par M. Lefevre de Villebrune . 11e . Livraifon
, Livre 14e. A Paris , chez Lamy , Libraire ,
quai des Auguftins , Nº . 26.
Il ne refte plus à fournir qu'une Livraiſon de
ce magnifique Ouvrage , magnifique autant pour
fon utilité que pour la beauté de l'exécution. La
Soufription eft encore ouverte. Le prix de chaque
Livraifon eft de 9 liv. pour le petit in- 4°.. &
de 24 liv . pour le grand papier railin fin fatiné.
82 MERCURE
-
Nouvelle Defcription Géographique , Hydrographique
& Phyfique de la France , d'après le
Décret de l'Affemblée Nationale ; contenant ,
1º. La divifion du Royaume en 83 Départeareas
, & ceux-ci en Diftri&s , & c .
2º . L'étendue en lieucs carrées de chaque Département
, leur population , le mode d'impofition
la diftance de comparaifon avec la divifion .
3 ° . Une defcription des grandes & petites rivieres
du Royaume.

4 ° Un détail de tous les canaux qui font faits
ou projetés.
5. Un abrégé de Chronologie , & d'un Traité
de la Sphere , avec l'application de cette Science
à la Géographie ; & les principes généraux de
Géographie , avec une Table alphabétique ou
Dictionnaire Géographique de la France.
6. Enfin un Tableau des climats & des différences
, & c.; par le Sieur Daik , Ingénieur &
Maître de Mathématique. 1 Vol . in-8 °. de 400
pages. A Paris , chez Debray , Libr . au Palais-
Royal ; l'Auteur , rue du Hazard ; Reinville , rue
de Seine , hôtel de Mirabeau ; & chez les principaux
Libraires du Royaume.
Cet Ouvrage n'eft point une compilation des
anciennes Defcriptions de la France ; c'eft purement
un Ouvrage nouveau , & le réfultat de pluficurs
années de voyages & de recherches ou
l'Auteur a vu par lui-même , il ceft d'ailleurs méthodique
& nettement préfenté par - tout on y
trouve l'inſtructif & l'agréable.
Géographie de France , d'après la nouvelle divilion
en 8 ; Départemens. Volume in- 12 de plusde
foo pages , avec une Carte. Prix , 3 liv. br.
& 3 liv. 12 f. rel . A Paris , chez Devaux, Libr.
DE FRANCE. · 33
au Palais -Royal ; à Angers , chez Pavie , Impr-
Libr.; & à Lyon , chez les freres Bruylet.
On a toujours reproché à ceux qui ont fait
des Céographies , de remplir leurs Livres de nomenclatures
ennuveufes , ou de deferiptions prolixes
; de n'y faire entrer aucun détail fur les
chofes qu'il importe le plus de favoir. L'Auteur
de cet Ouvrage a profité des fautes de ceux qui
l'ont précédé. Egalement éloigné & de la rebatante
fécherefle des uns , & de la férile abondance
des autres , dans un Volume de 600 pages il a
renf rmé , avec toute la précifion & toute la netteté
pollible , ce que les Révolutions de la France ,
THiNoire Naturelle , la Littérature , les Sciences
& les Beaux - Arts ont de plus intéreflant. Ea
variété qui regne dans cet Ouvrage fait qu'on
le lit d'un bout à l'autre avec un égal plaifir :
à la fin , on fe demande comment l'Auteur a pu
renfermer tant de chofes en fi pau d'efpace .
A VIS.
L'Etabliffement formé par M. Chirol , pour
l'Education des jeunes gens de tout âge , & (péciales
ent ceux qui fe duftinent à fervir dans le
Génie , l'Artillerie & la Marine , eft placé grande
rue Verte , Fauxbourg St- Honoré , Nº . 1130 .
M. Chiro! a pour lui l'expérience d'un grand
nombre d'années , pendant lefquelles il a dirigé
une Maifon d'Education très - connue & formée
fur les mêmes erremens. La confiance qu'il n'a
pu manquer d'acquérir dans cette premiere place ,
l'a faivi dans , fon Etablierent nou cau , qui
paraît avoir déjà un fuccès affuré . La méthode
d'Enfeignement qu'il fuit dans cette Maiſon nojvelle
, eft abfolument conforme à celle qui était
établic dans la premiere , & dont il a vu les plus
84 MERCURE DE FRANCE.
heureux effets . Le prix principal eft de 200 liv.
avant l'âge de douze ans ; de 900 liv. à duże
ans , pour ceux qui n'apprennent ni Mathématique,
ni Deffin , & de 1100 liv. à tout âge pour les
Eleves qui ont feulement ces derniers Maîtres.
On aura de plus amples ren cigne nens chez
M. Chirol , grande rue Verte , Fauxbourg Saint-
Honoré , N. 1130 .
On reçoit , au Bureau des Biens à vendre , rue
Saint- Magleire , quart'er St- Denis , les demandes
de ceux qui veulent acquérir ces deirandes font
portées fur un Regiftre public pour tous ceux qui
ont à vendre , & que l'on peut confulter & extraire
au Bureau. Elles ont maintenant pour objet
l'acquifition de Maifons à Paris , du prix de so
à 200,000 Evres , & de Terres , Domaines &
Fermes , à 100 licues à la ronde de Paris , de foà
800,00 liv . Les Propriétaires d'objets convenz
bles à ces demandes , peuvent en adreffer les détails
, francs de port , au Bureau . Lorsque les objets
propofés ne conviennent à aucune des demandes
enrégiftrées , il eft à la difpofition des Propriétaires,
ou de les retirer , ou d'en confier la vente
à l'Etabliffement .
On fouferit au Bureau pour le Tableau des
Biens particuliers & Journal des Domaines Nationaux.
Prix , 1 liv. pour trois mois , 24 liv .
pour fix mois , 36 liv. pour l'année ; & pour
Départemens , 18 , 30 & 48 liv. port franc.
EPITRE.
les
TABLE.
49 Spectacles. 72
52 Variétés. 752
Notices.
701
Charade , En. Logog.
La Souveraineté , 2e Ex. ( 4
Mirabeau.
MERCURE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
ALLEMAGNE,
De Hambourg , le 22 Août 1791 .
L'EMPRESSEMENT pour faciliter la paix.
entre la Ruffie & la Porte Ottomane , offre
un contrafte avec les opiniâtres négociations
qui l'ont retardée près d'un an. La
rcideur précédente des Cours alliées , &
celle du Cabinet de Pétersbourg , devoient
faire craindre une iffue moins favorable ;
mais les conjonctures , les intrigues , la
crainte réciproque de courir des hafards
incalculables , ont rapproché les diftances,
& fait céder les inimitiés . La Ruffie a enfin
reconnu & admís , finon la médiation formelle
de la Pruffe & de l'Angleterre , du
moins leur intervention pofitive dans l'ouvrage
de la pacification : ces deux Cours
No. 37. 10 Septembre 1791. E

( 98 )
alliées en ont été en quelque forte les arbitres
; elles ont obligé les Miniftres de
l'Impératrice à traiter directement de la
paix par leur intermédiaire : on s'en remet
à elles du foin d'amener la Porte à la conclufion.
Si l'on fe rappelle d'une part , la
hauteur de la Ruffie à rejetter ces bons
offices dont elle fe défioit , & de l'autre
l'obftination de fes Alliés à les offrir , on
verra que la dignité de tous fort intacte de
cette lutte. Sans combats , les Alliés ont
rempli une partie de leur but , en couvrant
les Ottomans d'une protection efficace
qui leur rend plufieurs provinces perdues
, & en balançant par le feul empire
de leur médiation armée , les fuccès de
deux Puiffances triomphantes. La Ruffie ,
de fon côté , gagne une fortereffe qui lui
affure fa domination en Crimée , fur le
Liman & la mer Noire , & recule les frontières
de fon ennemi au de-là du Niefter . La
perte définitive d'Oczakof , pris antérieurement
, & toujours rendu à la paix , enlève
aux Ottomans prefque tout efpoir de
jamais reconquérir la petite Tartarie.
On jugera du defir , du befoin impérieux
qu'on avoit de ce dénouement , par
le ftyle affectueux qui a fuccédé à la
fecté des premiers Mémoires. Voici en
quels termes le Chancelier Comte d'Ofterman
répondit,, le 27 Juillet , au plan d'ac199
)
commodement qu'avoient propofé les Mi
nistres d'Angleterre & de Pruffe.
сс
L'Impératrice a vu avec une entière fatisfaction
, au moyen du mémoire remis à fon
Ministère le 11 ( 22 ) de ce mois par les Miniftres
de L. M. les Rois de la Grande Bretagne
& de Pruffe , que ces Princes rendent pleinement
juftice à la modération & à l'équité des conditions
que S. M. I. a propofées pour fervir d'acheminement
& de moyen à fon accommodement
avec la Porte Ottomane , & qu'en conféquence
i's veulent bien fe charger de faire
valoir ces conditions auprès de cette dernière ,
& tâcher de les lui faire accepter dans toute leur
pureté & étendue . Voyant dans ces intentions de
leurs dites Majeftés ure parfaite conformité avec
celles que S. M. I. a fait connoître elie-même ,
ele ne négligera affuiément aucune des facilités
qui pourront dépendre d'elle , & qui pourront
contribuer à l'accompliffement du but qu'on fe
propoſe , attendant avec confiance de l'amitié &
du zèle , que L. M. Britannique & Pruffien ne
lui témoignent , qu'elles mettront dans leurs dématches
, pour déterminer la Porte , toute l'activité
& toute l'énergie qu'exigent l'importance
de l'objet & le prix qu'elles y ont paru attacher.
Tout ce qui peut tendre & contribuer à arrêter
au plutôt une plus longue effufion du fang humain
, affectant S. M. I , comme Partie intéreffée
, plus particulièrement & plas directement
qu'aucune autre Puiffance : on ne fauroit douter
de l'empreffement qu'elle aura de faifir le moment
où elle pourra fans danger & fans inconvénient
convenir d'une fufpenfion d'hoftilités
535868
E 2
( 1001
auffi-tôt qu'elle fera affurée de l'acquiefcement pr
& fimple de la part des Turcs aux baſes qu'on
leur propofera. L'intervalle des quatre mois ,
propofé dans le mémoire des M niitres d'Angleterre
& de Pruffe , eft un terme plus que fuffilant
pour l'acceptation & l'adhéfion des Tures . Ainfi
la confection de l'ouvrage de la p . ix dépendra
uniquement de la Porte Ottomane ; & tous déleis
& tous obftacles avec leurs conféquences re
fauroient être attr bués qu'à eile feule . Cepen
dant S. M. I. comptant fur les fins efficaces ,
que L. M. les Rois de la Grande - Bretagne
de Pruffe s'impofent , pour donner une heureuſe
iffue à leur entreprife , s'en forme un préfage
favorable , & fe fait d'avance un plaifir de leur
témoigner , combien il lui fera agréable de voir ,
dans l'accompliffement de fes va x pour la paix,
une occafion de leur donner une i ouvelle preve
" de fon defir conftant de cultiver leur amitié &
leur confiance . »
A St. Pétersbourg , ce 16 ( 27 ) juillet 1791 .
&
Suivant l'opinion générale , la Porte ,
accablée de revers , & non moins épuifée
que fa Rule, cédera aux inftances de fes
Alliés , & fe trouvera heureufe d'accepter
la paix aux conditions propofées. En fuppofant
même que la campagne actuelle
Jui procurât des victoires , ces fuccès n'aboutiroient
qu'à lui rendre la Valachie &
la Beffarabie , qu'on lui reftitue fans coup
férir. Ht faudroit encore une campagne
des avantages foutenus pour reprendse
Oczakof. L'armiftice ne tardera donc
&
(( 110011 ))
pas , probablement , à être convenu. Déjà ,
Pon annonce des ordres donnés au Prince
Repnin de refter fur la défenfive , & de repaffer
le Danube.
Perfonne encore n'a pénétré le motif
pour lequel , au milieu d'une tranquillité
affurée fur la Baltique , une efcadre Ruffe ,
compofée de vaiffeaux de ligne , de galères,
de tranſports , & portant 15 à 18 mille
hommes de débarquement , tient pofte
à Fridéricsham . On a prétexté la reconf
truction de quelques paliffades fur les frontières
de la Finlande - Ruffe; mais à quoi bon
une flotte & une armée pour établir trois cu
quatre redoutes ? La deſtination de ces forces
ne peut regarder la Baltique , & cependant
le moment approche où une fois
fortie de cette mer , elle ne pourroit plus
y rentrer avant le Printemps prochain."
Ceux qui ont la maladie de lier tous les
mouvemens de l'Europe aux troubles de
la France , font appareiller l'efcadre Ruffe
pour Oftende : ils nous expliqueront auffi
fans doute , comment un armement , forti
de Cronftat & de Riga , va s'enfoncer &
féjourner dans le golfe de Finlande , pour
arriver droit fur les côtes de la Flandre
Autrichienne.
Le même mystère couvre les préparatifs
certains du Roi de Suède . Ses vaiffeaux
de ligne , fes frégates , fes bâtimens légers ,
& 12 mille hommes de fes meilleures
·E 3
( 102 )
troupes affemblées , femblent n'attendre
qu'un fignal les Officiers furnuméraires
ont reçu ordre de joindre leurs Corps refpectifs
; enfin , à peine de retour à Stockholm
, S. M. S. annonce & prépare un
nouveau départ très -prochain . Ira- t - il à
Pétersbourg où l'envoient les Gazetiers ?
Reviendra - t- il en Allemagne , fuivant l'opinion
que fes projets bien manifeftés ont
laiffé de ce retour ? Peu de jours éclaireiront
ce doute, car fi l'équinoxe atteint
le Roi a Stockholm , bien certainement
il laiffera fes forces dans les ports.
De Vienne , le 24 out.
Avant hier l'Empereur s'eft mis en route
pour la Bohême :fon entrevue avec l'Electeur
de Saxe au château de Pilnitz , précédera
le Couronnement , puifqu'elle elt fixée au
27. On fait que le Roi de Pruffe , ainfi
que le Duc de Saxe- Weimar , font attendus
à ce rendez - vous , fur lequel la politique
fpéculative bâtit de grands deffeins , des
efpérances , & peut-être des illufions . Au
milieu de ces conjectures hafardées , l'opinion
qui le paroît le moins , eft que
cet entretien , fruit du rapprochement
inopiné de deux Cours fi long-temps inconciliables
, ferrera plus étroitement les
noeuds de cette intelligence , qu'on y cimentera
les moyens de maintenir la tran-
1
( 103 )
quillité intérieure des deux Etats & de
l'Empire , qu'on garantira l'Europe d'une
fubverfion univerfelle & du fléau des Révolutions
fanguinaires , en lui oppofant
des digues redoutables ; que la fituation
de la France , celle de fon Roi & de fa
Famille , fixeront l'attention des deux
Monarques , & vraisemblablement des
mefures retardées par l'incertitude des
événemens , & par les contrariétés d'intérêts
, d'avis , de plans entre les Parties in -
téreffées. La préfence du Duc de Saxe-
Weimar à Pilnitz , tend , de plus , à confirmer
le bruit qu'il eft queftion d'arrêter
le mariage de la jeune Princefle de Saxe ,
deftinée un jour au Trône de Pologne ,
avec le Prince héréditaire de Saxe-Weimar.
Les deux futurs Epoux n'étant âgés que de
huit ans , cet arrangement dont l'effet eft
encore éloigné , laiffe des espérances à
toutes les ambitions.
Le départ de S. M. I. a été retardé de
quelques jours par l'arrivée de M. le Comte
d'Artois. Ce Prince , entré le 19 dans
cette réfidence , & ne pouvant pas reconnoître
dans M. de Noailles , le Miniftre de
l'Affemblée Nationale de France eft
defcendu chez M. l'Ambaffadeur d'Ef
pagne , feul Repréfentant de la Maifon
de Bourbon auprès de notre Cour. Le
lendemain , il s'eft rendu au Palais , & a
reçu de l'Empereur , de l'Impératrice & de
E
4
( 104 )
de toute la Famille Impériale , l'accueil le
plus tendre & le plus diftingué. Ce Prince,
dont l'adverfité a fi heureufement développé
le caractère & mûri l'efprit naturel
, a retrouvé ici les marques touchantes
d'eftime & d'intérêt , qu'il avoit recueillies
dans tous les féjours , où depuis deux ans
il a fucceffivement fixé fa demeure. Ces
témoignages flatteurs de l'opinion publique
fe font principalement manifeftés au
fpectacle , où M. le Comte d'Artois s'eſt
rendu avec l'Empereur : le Public ayant
couvert de fes applaudiffemens plufieurs
vers qui faifoient allufion à la fituation
du Prince & aux malheurs de fa Maifon ,
nos Souverains fe levèrent , embrassèrent
M. le Comte d'Artois , & redoublerent
par cette fcène touchante les tranfports
des Spectateurs. - M. de Calonne accompagne
le Prince , & l'on a remarqué un
changement frappant à fon égard dans les
difpofitions de la Cour & du Prince de
Kaunitz , qui jufqu'ici lui avoient été
moins favorables. Avant hier , M. le Comte
d'Artois dina avec l'Empereur , & il l'a
fuivi à Pilnisz , d'où il reviendra immédiatement
à Coblentz , fans affifter au Couronnement.
Un Courrier parti d'ici le 13 , a porté
à Sziftowe la ratification du Traité de
paix conclu , le 4 , fous la médiation des
Cours de Londres , de Berlin & de la
( 105 )
Haye. Nous donnerons la Seniaine prochaine
cette Convention définitive en
14 articles.
Outre cette Convention , il existe un
Acte léparé en fept articles , pour fixer les
limites refpectives fur la rivière Czerna
en Valachie , le bourg & le territoire du
Vieux Orfowa reftant à l'Empereur , & fur
la rivière d'Unna dans la Croatie Turque.
Les Etats de Lombardie ayant prié l'Empereur
de laiffer dans le Milanois le coningent
entier des troupes que paye la Province
, & qui forme le nombre de 10,000
hommes , un Régiment de garnifon , &
les troifièmes bataillons de Pellegrini & de
l'Archiduc Jofeph , vont inceffamment completter
cette divifion , & fe rendre en Italie.
Les bataillons des Régimens Hongrois ne
feront pas encore réformés . --- Ca voit
rentrer dans leurs quartiers de cantonnement
les différens Corps de l'armée qui
étoient encore en activité plufieurs
des Régimens de Cavalerie vont en
Bohême & en Moravie , & jufqu'ici les
feuls Cuiraffiers de Hohenzollern font dé
fignés pour pafler dans les Pays -Bas,
De Francfort-fur-le -Mein , le 18 Aodt.
A la lecture des Gazettes Françoifes ,
des nouvelles de France , des Correfpondances
affirmatives qui étayent toutes ces
E
S.
( 106 )
,
narrations , toutes ces prophéties , l'AHe
magne eft tentée de croire qu'un vertige
contagieux a fubitement tourné les têtes des'
habitans de ce royaume , & de ceux qui en
font fortis. Les Nouvelliftes des différens
partis qui le déchirent , s'accordent la plupart
, à préfenter le Nord & le Midi .
FOrient & le Couchant , & toutes les Puiffances
exiftantes depuis la mer Cafpienne
jufqu'aux Colonnes d'Hercule. conime
exclufivement occupées de la Révolution
Françoife , & comme armant des troupes
innombrables pour la renverfer. La confiance
eft au point que , depuis 18 mois ,
on ajourne de femaine en femaine , l'époqne
de cet évènement : des milliers de lettres ,
copiées par les Feuilles publiques , ouvrent
te livre des Deftins à la crédulité , à la
peur , & au défefpoir. Elles vous entretiennent
d'une ligue univerfelle de tous les
Potentats , y compris le ci -devant Prince
d'Yvetot ; de 60,000 Autrichiens très pofitivement
en marche dans les ballons de M.
Blanchard , de 40,000 Ruffes & Suédois
arrivés à Oftende par la voie de Stralfund ,
de 29 mille autres Ruffes entrés à Ruremonde
, de 16 mille Pruffiens entrés à
Liége & de 30,000 autres Pruffiens
qui fe rendent ; en chariots de pofte , de
Berlin dans le Brifgaw , & précédés de
vingt mille Chaffeurs à cheval . Ces terribles
énumérateurs ne vous font grace ni de
2
2 .
( 107 )).
25 mille Suiffes qui s'ébranlent , ni de
20 mille Piémontois en Savoie , ni de
so mille Espagnols en Catalogne , in de
toute l'artillerie de l'Europe qui couvre
les chemins , & que les Huffards portent
dans leurs poches , afin de mieux Couvrir
le jeu. On vous cite la teneur , le jour ,
l'heure du Manifefte univerfel qui , fans
faute au premier Octobre , interprétera les
intentions de la Chrétienneté . Une armée
d'Enigrans enrégimentés , plus nombreuſe
que celle de Xercès , s'ébranle de toutesparts
on eft déjà embarraſſé , comme
Pichrocole , du choix des conquêtes , &
du meilleur Code à fubftituer à la nouvelle,
Charte des François. Voilà ce que répètent
tous les jours , depuis fix mois , avec la
plus imperturbable confiance , une légion
de Contre - Révolutionnaires plus ardens
que fenfés de Journalistes auxquels
la paffion ôte tout efprit de crique
, & de têtes légères entraînées par
ces autorités. Nier une feule de ces relations
, ofer prononcer un doute , c'eft,
encourir la colère des Badauts , & paffer
pour être un Camille Defmoulins.
Dans fes redoublemens de fièvre continue
, le Parti oppofé & triomphant , a
auffi fes alternatives de crédulité & de
présomption. Un jour , il honore de fesimprécations
toutes les Puiffances , pénè- .
tre leurs projets , voit les frontières fe
E 6
( 108 )
couvrir de leurs bataillons , dévoue aux
dieax infernaux les Croifades contre la
liberté , met à prix la tête des Rois , &
fe promet , pour abréger , d'affaffiner tous
les Officiers ennemis qui pafferont la frontière.
Ce Droit de la guerre , d'un genre
affez dangereux pour les Publiciftes auxquels
on en doit l'invention , leur paroît
fpécialement applicable aux circonftances ,
& conforme à la morale des Peuples libres .
Ils découvrent fur- tout , dans les mouvemens
de l'Europe , la certitude que les
Emigrans & leurs Alliés ne rentreront en
France , que pour laver les pieds de leurs
chevaux dans le fang des femmes & des enfans
, & pour incendier les 48 quartiers de
Paris , après leur déjeuné . M. de Montmarin
qui ne révèle point ces favantes entreprifes
, eft sûrement un traître fecret, &
le Comité Diplomatique paroît endormi
fur fes lauriers.
Si les bulletins de Bruxelles ou de Strasbourg
laiffent quelqu'intermittence , & que
M. de Cuftine , par exemple , promette aux
galeries de l'Affemblée nationale & à M.
Lucas , qu'on n'a befoin ni d'armée de
ligne , ni de Finances , ni de Magafins ,
ni de Munitions , ni de Généraux , ni de
difcipline , ni de tactique, pour écrafer l'Univers
avec ces mots vivre libre ou mourir
alors la fécurité renaît ; plus de dangers ,
plus de ligues , plus de bataillons mena(
109 )
çans ; alors , ce font les Puiffances étrangères
qui tremblent pour leurs propres
foyers , c'eft le génie de la liberté qui
épouvante tous les Cabinets , ce font les
Peuples régénérés par nos Gazettes qui
déclareront la guerre à leurs Souverains ,
en cas que ceux - ci tentent un mouvement ;
ce font des Princes philofophes convertis
à la grace efficace des Révolutions. Il ne
faut plus qu'un rapport de M. de Montefquiou
fur l'état des frontières , pour que
tous les Citadins qui s'intitulent Citoyens ,
danfent autour du cheval de Troyes.
Très certainement , les hommes fages
n'iront pas chercher leurs opinions fur le
préfent & l'avenir , dans ces forfanteries
réciproques , ni dans les niaiferies militaires
& politiques , dont des Journaliſtes de
parti amufent les efpérances des Ariftocates
ou des Démocrates. Voyons ce qu'il.
faut croire de tant d'exagérations , de raifonnemens
en l'air , & de faits hafardés :
rapportons fidélement les probabilités , ou
les preuves de ceux qui annoncent l'exécution
immédiate d'un plan concerté entre
les Pailiances pour opérer en France
une nouvelle Révolution ; de ceux qui
nient ce concert & cette exécution ; enfin ,
des Obfervateurs plus tempérés qui fe
bornent à les prévoir.
Les premiers mettent en armes la Pruffe,
l'Empereur , l'Empire , la Suède , la Ruffie ,-
( 110 ).
les Suiffes , l'Efpagne , les Rois de Naples
& de Sardaigne , enfin le Pape : ils fondent
lears affirmations fur les rapports multipliés
des Emigrans : ils citent des promeffes
faites aux Princes de la Maifon de Bourbon
, l'intérêt profond & univerfel de tous
les Souverains à défendre les Rois contre
les Révolutions , & à prévenir l'affermiffement
d'une doctrine , la propagation
d'un exemple qui les menacent tous. Tant
qu'ils ont pu croire que
le Volcan s'éteindroit
de lui -même , & qu'en réformant le
Gouvernement de France , les réformateurs
respecteroient les bafes de la Société , & les
droits de l'Autorité Suprême, les Souverains
fe font réduits au rôle de Spectateurs. Un
différend antérieur à la Révolution , une
guerre fanglante compliquée à terminer ,
des négociations épineufes à fuivre , & la
défiance mutuelle qui a précédé & retardé
la paix , ont tourné les regards & les forces
de la Politique vers le Nord & le Levant..
Aujourd'hui , les méfintelligences , les prétentions
, les obftacles , les anciennes rivalités
ont cédé à la néceflité de fe rallier '
contre un ennemi commun, contre l'anarchie
d'un Empire retourné comme un
gant par des Avocats & des Lettrés fubalternes.
Auffi-tôt l'ouvrage de la pacification
a été terminé : il l'a été à l'inftant où ,
le Trône de Louis XVI n'étoit plus fuf-"
pendu qu'à un fil , & où la fituation de ce
( 111 )
Monarque devenoit affrenfe & défefpérée .
Tous les Cabinets fe font réunis dans le
defir , dans le deflein de l'en tirer : de - ia'
un redoublement d'activité dans les négociations
, un rapprochement dans les
vues , un accord certain dans les moyens'
d'exécution . Les raffemblemens militaires.
des Emigrans , l'incorporation de cette
foule d'Officiers & de Gentilshommes qui
fe jettent fans relâche dans les bras des
Princes , fuppofent la certitude d'être fecourus
; car , fans fecours , nulle dépense ne
feroit plus inutile , nuls malheureux ne
feroient plus à plaindre qu'un grand
nombre de ces Fugitifs qui perdent tout ,
abandonnent tout , par l'efpoir de fervir la
caufe à laquelle ils fe dévouent. On ob-'
jecte vainement les retards d'exécution , &
les ajournemens fuivis d'ajournemens éternels.
Rien n'a pu s'opérer , fe combiner
même définitivement avant la paix. L'impatience
des têtes exaltées & des jeunes
gens a anticipé fur les véritables époques ; '
mais ces anticipations ne font que des
preuves de légéreté. Par- tout , les faits
correfpondent aux conjectures : le Roi de-
Suede a fait publiquement connoître fes
fentimens il va revenir en Allemagne ;
le Prince de Naffau eft chargé de porter
à Coblentz l'acceffion de l'Imperatrice de
Ruffie ; la conférence de Pilnitz va pofer
la clef de la voûte , & toutes les autres
( 112 )
Puiffances ayant le même intérêt à agir ,
elies agiront.
Les Incrédules qui oppofent des raifonnemens
à ces raifonneniens , ne s'étayent
d'aucun fait , & en niant même la poffibilité
, l'intention d'aucun concert femblable
entre les Puiffances , ils glanent des indices
dans les Gazettes , pour en faire des démonftrations
de la quiétude imperturbable
de toute l'Europe . Leurs Antagoniſtes ,
dans la déma che la plus indifférente d'un
Souverain , apperçoivent une combinaiſon
contre les Révolutionnaires François : ceuxci
n'y découvrent à leur tour que des motifs
de fécurité. Ils ont auffi leurs lettres du
dehors faites chez le Reftaurateur du coin,
des Correfpondans du premier vol , qui
protègent la Révolution dans les antichambres
de l'Europe, & des efpions adroits
qui rendent compte aux Gazetiers de
Paris de toutes les penfées des Monarques,
des Princes & des Miniftres.
I a claffe d'Obfervateurs qui prévoit les
événemens fans les faire , & qui balaye ce
fatras d'inepties & de redites , débitées
avec une ridicule affurance , ne connoit
de terrain ferme que fur les faits , ou fur
les probabilités qu'avoue la raifon.
Or , l'hiftoire du moment leur fait renvoyer
aux Mille & une Nuits , ces armées
confédérées qu'on fait arriver de toutes
C
( 113 )
parts ce n'eft pas dans les lettres prophétiques
des Emigrans François , qu'ils
puifent leurs connoiffances , lorfque ces
lettres ne font foutenues d'aucun avis conforme
, donné par les Naturels du pays.
A la réferve de quelques bataillons de
Croatie qui doivent paffer dans le Brifgaw ,
aucun Régiment Autrichien n'a reçu encore
d'ordres ni pour les Pays- Bas , ni
pour les
bords du Rhin : ces ordres ne fe donnent
point incognito ; ils font toujours officiellement
annoncés ; la marche de ces corps eft
précédée de lettres requifitoriales toujours
rendues publiques , & pas une des Gazettes
qui fe trouventfurleur paffage , n'omet de le
notifier. Or, aucune de ces conditions n'eft
remplie aucune lettre d'Allemagne écrite
par un Allemand , n'indique un mouvement
de troupes Autrichiennes . Beaucoup d'epinions
fe réuniffent , il eft vrai , à prévoir
le départ d'un Corps confidérable ; mais
jufqu'ici ce départ n'eft point commandé .
Les affurances pofitives de l'approche
des Pruffiens n'ont pas plus de fondement.
Il ne s'eft pas ébranlé une feule Compagnie
: il n'existe pas plus de Pruffiens à
Liege qu'à Paris les cantonnemens de la
Weftphalie n'ont pas été augmentés d'un
feul homme : on parle feulement d'ordres
pour les mettre au complet de guerre ; on a
confervé une partie des chevaux d'artillerie
revenus de la Pruffe , ce qui peut faire
( 114 )
préfumer des mouvemens ultérieurs ; mais
dans toute l'étendue de la Monarchie Pruffienne
, on n'en connoît d'autres en ce moment
, que celui des revues ordinaires
d'Automne , paffées par le Roi en perfonne.
Le Roi de Suéde eft encore à Stockholm ,
fon Efcadre à Carlícrona , les Ruffes à
Fridericsham , &le voyage de M. de Naffau
eft le feul indice manifefte , de l'intérêt que
prend l'Impératrice aux malheurs de la
maifon de Bourbon , en fuppofant que
M. de Naffau foit chargé d'ordres de la
part
de cette Souveraine. :
L'Efpagne n'a pas 15 mille hommes dans
fes Provinces limitrophes de la France. Ce
cordon n'eft point une armée , & il n'eft
pas déraisonnable de preffentir , que , dans
le cas d'une réunion armée contre la France ,
cette Monarchie gardera la neutralité .
Le Roi de Sardaigne a porté au plus
fix mille hommes en Savoye on a fait
une augmentation dans les Compagnies ;
rien ne décèle encore la defcente de nouvelles
troupes vers les frontières du Dauphiné
ou du Bugey.
le
Le Canton de Berne a quatre ou cinq mille
hommes fous les armes : c'en eftaflez pour
but de ce raffemblement , pour le niaintien
( 115 )
de la tranquillité menacée par quelques
têtes turbulentes & irréfléchies , aux impulfions
defquelles il eft fage de ne pas abandonner
l'ordre public, & l'indépendance de
l'Etat ; mais les Suiffes ne fongent pas plus
à combattre la Révolution qu'à la protéger
; ils fe borneront toujours , fuivant leur.
prudente & heureufe politique , à repouffer
des aggreffeurs , & à contenir les méchans.
Enfin la flotte Angloife défarmée , eft
réduite à 12 vaiffeaux de garde , & ni fur.
terre , ni fur mer , la tempête n'eft déclarée.
Mais il aifé d'appercevoir les nuages qui.
la forment , & d'entendre au loin le bruit
des vents. Penfer que les principales Monarchies
refteront indifférentes au tremblement
de terre qui fecoue les entrailles de
la France , c'eft préfumer beaucoup de leur
incurie , ou de leurs moyens de Itabilité.
Il fe prépare une puiflante réaction : certainement
, plufieurs Souverains & leurs
Cabinets ont des plans arrêtés ,
coalition faite nul doute que ces.
plans ne fe lient à ceux qu'ont formé
les Princes François : leur exécution peut
être ou accélérée , ou retardée pag divers
incidens ; mais ils paroiffent avoir de
fondes racines. Dans le courant de Septembre
, nous aurons plus de fils pour par
courir ce labyrinthe , & par une opinion.
moins incertaine , fixer celle des Lecteurs .
taifonnables.
une
pro(
116 )
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 3 Septembre.
Le Gouvernement a mis une jufte févérité
dans la pourfuite des féditieux ,
auteurs des violences commifes à Birmingham
; il n'a pas voulu laiffer croire
que la Conftitution avoit befoin de brigands
pour défenfeurs . Dans un moment
où ailleurs on autorife tous les crimes ,
toutes les énormités de la licence , fous
prétexte de civifime & de régénération ,
eft néceffaire de rapporter les principes ,
d'après lefquels fe conduit une Nation
qa porte dans fon coeur , dans fes Loix ,
& non dans la bouche de quelques Tribuns ,
le fentiment de la liberté .
Douze prifonniers , accufés par le Solliciteur
de la Couronne , ont été mis en
jugement. L'efprit de parti qui corrompt
toute morale , toute vertu , & qui fait
oublier tous les devoirs , paroiffoit influer
fur les Jurés. Vingt d'entr'eux , d'abord
nommés par le Sherif , avoient refufé de
fervir , & payé l'amende ; leurs Suppléans
penchoient à abfoudre les Accufés les plus
évidemment coupables. M. Coke , Solliciteur
de la Couronne , a jugé néceffabe ,
avant l'audition des Témoins , de s'adreffer
aux Jurés , & de leur dire ces paroles
( 117 )
mémorables , monumens glorieux d'une
Conftitution qui infpire de tels fentimens .
« Meffieurs du Juré , a dit M. Coke, le crime
dont les prifonniers à la barre font accufés ,
eft d'avoir commencé à démolir la maifon du
Docteur Priestley , qui jouit à jufte titre de la
réputation la plus intacte , dont la bienfaisance
eft fans bornes , & qui a obtenu l'amitié &
l'eftime de tous ceux qui le connoiffent. Je fais
que les opinions politiques ne s'accordent pas
avec celles d'un grand nombre de perfonnes ;
moi-même je ne les approuve point ; mais ce
n'eft pas une raifon , pour qu'on le perfécue ,
n'ck .
ou pour qu'il n'ait pas un droit égal avec les
aurres Sujets de S. M. à la protection des loir.
je m'étois trouvé à Birmingham , au temps
de l'ém ute , j'aurois fac: ifi ma vie , pour défendre
fa maiſon ; la différence d'opinion qui exifte er tre
nous , auroit été un motif de plus , pour me faire
courir à fon fecours . »
Si
« Stuvenez-vous , Meffieurs ,, que le propre
de la pe fécution a été , & fera toujours , d'augmenter
la fecte qui en eft l'objet . Les Presby
tériens font nombreux , & fi l'on fouffre qu'on
les opprime impunément , tôt ou tard les effets
de cette oppreflion retomberont fur les Auteurs .
On n'a démoli la maiſon du Docteur , que parce
qu'il eft Presbytérien . Ce prétexte barbare ne
doit- il pas infpirer la plus grande horreur ? Quels
font les Jurés qui voudroient laiffer impunis les
crimes de cent bommes femblables à ceux qui
font à la barre , & fouffrir qu'on brâ ât un Citoyen
auffi refpectable que le Docteur Priestley ? Voilà
eependant , Meffieurs , ce qui arriveroit , fi vous
ne condamniez pas ceux qui font coupables . Ce
118 )
mal ne feroit pas le feul qui réfakeroit d'une (
pareille conduite . Dans le fiècle prochain , vos
petits enfans en reffentiroient probablement les
effets . D'ailleurs , le 14 Juillet reviendra encore;
il fe fera d'autres affemblées pour célébrer cette
journée ; & fi les crimes qui fe font commis à
cette occafion reftent impunis , ils fe renouvelleront
infailliblement , & peut- être avec un plus
grand degré de férocité . Quoique je défapprouve
ces fortes d'affemblées , quoique je ne vouluffe
pas m'y trouver moi-même , je n'en fuis pas moins
d'avis que perfonne n'a le droit de les empêcher
, & que les Habitans de ce pays ont le
dreit de s'affembler pour boire & manger autant
qu'ils veulent. Meffieurs , je vous conjure comme
Anglois , comme amis de la Conftitution ,
de fuivre attentivement les dépofitions des té-
- moins , & de remplir votre devoir. Les yeux
du Gouvernement , & ceux de tout le royaume ,
font fixés fur vous. J'ai entendu dire hautement
dans les rues de cette ville , que vous étiez déterminés
à abfoudre tous les féditieux . J'aime à
croire que c'eft une calomnie , & que vous ferez
fidèles au ferment que vous avez prêté .:
23
Ce langage , qui devroit faire mourir
de honte tant de lâches complices des crimes
populaires , qu'on voit en d'autres Etats
n'employer leur Autorité qu'à protégez
des Coupables , & à perfécuter des Innocens
; qu'on entend dire aux
cufés , penfe comme moi & comme mon
Club , ou je vais te condamner. Es- tu
ami , ou ennemi de ma Conftitution ? Dans
le dernier cas , les Loix ne te doivent rien ,
Ac(
119 )
la Garde te refufera tout fecours , et je te
laiffe à la merci de tes délateurs , des voleurs
de ta propriété , des pillards patriotes de
ta maifon & de tes affaffins : ce langage ,
difons- nous , a fait rentrer en eux - mêmes
les Jurés ; ils ont condamné à mort quatre
des Coupables . Le Grand-Juge Perrhyn leur
a adreffé le difcours fuivant :
<< Prifonniers ! vous avez été atteints & convaincus
, par des Jurés très - humains & trèsattentifs
, des crimes énormes de détruire & d'incendier
, les maifons & les propriétés de vos
Compatriotes d'une manière féroce & fans provocation
. Votre cri , l'Eglife & le Roi , n'étoit
qu'un prétexte pour commettre des déprédations
& des vols . La Loi & la Conftitution font un
bouclier fuffifant pour protéger l'Eglife , & la
perfonne facrée de Sa Majefté , ainfi que tous
fes bons Sujets , dans leurs perfonnes & dans
leurs propriétés . La Loi a auff affez d'énergie
& de vigueur , pour faire un exemple des mauvais
Citoyens qui la violent méchamment & de propos
délibéré.
un
<< Malheureux criminels ! vous êtes de ce
nombre , & il est néceffaire que vos crimes feient
expiés par la perte de vos vies , comme
exemple public. Vous devez donc être bientôt
retirés de ce monde , & je dois vous recommander
d'employer le peu de temps qui vous refte , à
faire votre paix avec votre Créateur , que vous
avez offenfe , & qui feul peut vous accorder le
pardon , que vous ne devez point attendre de
votre pays. "
« Mon dernier , & mon plus pénible devoir ;
eft de prononcer la terrible fentence de la loi ,
( 120 )
que vous François-Field , dit Rodney, convaincu
; vous Jean Green , Guillaume Hands , dit
Hammond , Barthelemi Fisher , & chacun de
vous , foyez conduits à l'endroit d'où vous êtes
venus , & de là au lieu de l'exécution , pour
chacun de vous y être pendu par le cou , juf
qu'à ce que mort s'enfuive ; & que le Seigneur
prenne pitié de vos ames ! »
L'exécution de ces quatre miférables fe
fera la femaine prochaine à Birmingham .
Que l'impartiale vigueur du Gouvernement
Anglois , & la fermeté de nós Juges
indépendans des faveurs de la multitude ,
fervent de leçon aux imbéciles détracteurs
de notre liberté , qui ne fouffre ni intclérance
, ni attentats fur perfonne , ni intervention
des fcélérats dans la police de
l'Etat!
FRANCE.
De Paris , le 7 Septembre .
ASSEMBLÉE NATIONALE.
Le Public nous faura gré d'avoir réduit
à quelques pages , l'analyfe des obfcurités
contradictoires qui ont rempli les féances
de la femaine dernière , au fujet des Conventions
nationales. M. Malouet avoit ou
vert & fermé la carrière , en démontrant ,
même aux efprits grolliers , l'inutilité con
piette de cette difcullion amphigourique
jur
1
( 121 )
fur les Pouvoirs conftituans : la question
n'a fait aucun pas depuis lui , & malgré
le jugement des Galeries , l'oppofition forcée
qui fe trouve entre les articles décrétés ,
prouve le vice d'une Délibération , par
laquelle on entreprend de dompter le cours
néceffaire & inévitable des choſes .
Depuis qu'un jour , l'Affemblée nationale
s'eft adjugée de fon chef , fans inftitution
antérieure , fans Mandats , fans Loi ,
le Pouvoir abfolu & illimité , fous le nom
de Pouvoir conftituant , elle a cru devoir
faire hommage au Peuple de fa fouveraineté
fans bornes. Plufieurs Etats libres , &
des Publiciftes renommés avoient reconnu
dans toute Nation en Corps , l'élément
le principe , le type originel de la Puif-.
fance fouveraine. Deux ans de Révolution
populaire nous ont appris à tranſporter dans
le Peuple même , la poffeffion immédiate ,
T'exercice arbitraire & fuprême , & le fiége
vifible de la fouveraineté. Ses Repréfentans
, il eft vrai , lui ont repris une partie
de fa Toute- Puiflance , pour la déléguer
en fon nom à certains Pouvoirs fecondaires
, & pour la fubordonner à des formes
; mais , comme la fouveraineté popu
laire a fur tout autre defpotifme , l'avantage
d'être illimitée & indépendante par fa
nature , les Loix par lefquelles on effaie
d'en reftreindre l'exercice , font privées de
tout point d'appui , car elles repofent fur
No. 37. 10 Septembre 1791. E
( 122 )
la puiffance abfolue qui a le droit de les
détruire , & celui de détruire même l'aut
torité légiflative à laquelle elle en a confié
l'inftitution , ou le maintien.
Telles font les conféquences rigoureuſes
de la fouveraineté populaire , & du dogme
qui fait réfulter la Loi de la volonté générale
, c'est-à- dire de la force du nombre
jufte ou injufte , raifonnable ou fou .
Le Gouvernement repréſentatif eft incompatible
avec ces bales diftinctives de
la Démocratie. Rouffeau de qui l'on a
adopté cette doctrine de la volonté générale
, plus conféquent que fes difciples ,
déclaroit le voeu du Peuple , intranfmiflible
& inaliénable. Ce n'eft plus un Gouvernement
repréfentatif que celui où la
fouveraineté même n'eft pas repréſentée ,
où la Nation ne délègue a fes Députés
qu'une partie de fa puiffance active , où
par une action continue , elle tend fortement
à fubftituer fes volontés aux leurs ,
gouverner leur raifon , & à dominer les
Loix même.
à
Ces effets feront inévitables dans tout
fyfteme où les droits de la Démocratie ,
feront plus énergiques , plus étendus que
ceux de l'Autorité repréfentative ; où des
Elections biennales renouvellant fans ceffe
le Corps Légiflatif , mettront la puiffance
du Peuple dans un exercice continuel ; où
les Magiftratures , les Adminiſtrations , les
( 123 )
Officiers publics , retomberont à des inter
valles très- courts , dans la main des Affemblées
populaires ; où cette multitude de
Délégués amovibles , à commencer par le
Membre de la Légiflature , & à finir par
le Municipal , auront une part effentielle à
l'exécution des Loix , fans dépendre du
Chef oftenfible , auquel ce Pouvoir d'exécution
eft en apparence confié.
Une Nation ainfi organifée , fera livrée
aux agitations & à la corruption de la
Démocratie , fans reffentir les avantages
du Gouvernement Repréfentatif. On l'a fi
bien fenti , qu'en avouant ce danger , les Rhéteurs
nous ont rafluré , en nous apprenant
qu'avec tous les Pouvoirs , le Peuple auroit
toutes les vertus , & le fecond chapitre de
ce Poëme a été une organifation politique,
qui fuppofe des hommes jettés au moule
pour les inftitutions qu'on leur donne , &
qui place la force , l'efpérance de la Société
, dans des Loix dont on attend le
miracle de fubjuguer , par un empire
magique , les paffions d'hommes qu'une
liberté politique extrême remet prefqu'au
niveau de l'indépendance naturelle .
Cette attribution de la fouveraineté
effective au Peuple , devant l'Autorité
Suprême duquel , il n'exifte que des Pouvoirs
publics dont l'exiftence dépend de fa
volonté , ce droit de refaire fes Loix &
fes Pouvoirs toutes les fois qu'on lui en
F 2
( x24 )
infpirera l'envie , cette influence Démocratique
irréfiftible à côté d'un régime repréfentatif
, font , par la Conftitution actuelle
, effentielles à la liberté du Peuple .
Comme fes Repréſentans , en fe conftituant
centre unique du Pouvoir Légiflatif indiviſible
, en enlevant au Roi toute faculté
de fe fervir du veto fufpenfif , en réduiſant
aux fimples Réglemens , l'exercice de ce
veto , en dépouillant le Prince du droit
d'en appeller à la Nation , en diffolvant
une Légiflature ufurpatrice , ont fupprimé
toutes les barrières à leurs ufurpations , ils
deviendroient abfolus , fi le Peuple n'étoit
maître de redreffer leurs erreurs , & de
réprimer leur ambition .
Le Gouvernement Anglois eft formé des
principes oppofés . Le Peuple d'où émane
la Souveraineté , & toutes les autorités
publiques , ne s'eft réfervé que le choix de
fes repréfentans. Depuis le Lomg-Parlement,
il s'eft bien gardé , dans fa profonde fageffe ,
de s'inftituer le Souverain . Cette autorité
fouveraine réfide dans le Parlement , compofé
du Roi & des deux Chambres , &
puifque ni l'exercice , ni la repréſentation
de la Souveraineté ne peuvent être en vacance
, c'eft au Chef éminent de la hiérarchie
politique , au grand Magiftrat de
la Nation , qu'elle a remis le titre de fa
fuprématie. Trois pouvoirs veillent pour
elle fur la liberté , leur intérêt mutuel au
( 125 )
maintien de la Conftitution , la garantit de
toute entrepriſe ; leur accord dans la réforme
d'une Loi , affure la probabilité que cette
innovation eft fage ou néceffaire .
Les derniers difcours fur les conventions
nationales annoncent le tourment de remplacer
ces balances politiques , regardées
par nos jeunes Novateurs , comme autant
d'arrière-faix aristocratiques . Il faut voir
dans les differtations de MM. Frockot ,
Barnave & autres , les efforts d'efprit , par
lefque's ils ont tenté de trouver un moyen
de ftabilité dans le mouvement perpétuel ,
& de concilier la fouveraineté du Peuple ,
avec l'immutabilité des Loix.
M. Frochot a diftingué trois ou quatre
fouverainetés ; la fouveraineté du Peuple , la
Jouveraineté du Corps Législatif , la fouveraineté
Réformatrice , la fouveraineté Conftituante.
Ce Polytheïfme conflitutionnel a eu
les honneurs de l'impreflion : il eft d'un
genre abfolument neuf.
Enfin , de cette multitude d'évolutions
oratoires pour fortir du cercle où l'on étoit
pris , ont réfulté d'abord , un Décret qui
met la Nation au- deffus de tous les Pouvoirs
& de toutes les Loix , en lui reconnoiffant
le droit de les abolir , de les changer
, de les modifier à fon gré ; enfuite un
Décret , pour inviter ce Souverain abſolu ,
au nom de fes Repréfentans non moins
fouverains que lui ; à laiffer dormir la
F 3
( 126 )
Conftitution pendant trente ans ; & puis
un troisième Décret , qui caffant les deux
premiers , foumet le voeu du Peuple réformateur
à celui de trois Légiflatures fucceffives
, qui pourront ordonner une Affemblée
de révifion .
Et l'on a tellement craint de laiffer au
Roi , à ce fquelette Monarchique qui doit
refter plein de force et de dignité entre le
Peuple & le Corps Légiflatif fes deux Souverains
, on a tellement craint , difons- nous ,
de lui laiffer une défenfe contre les innovations
attentatoires à fon exiſtence , qu'on a
libéré les Légiflatures du devoir de prendre
fa fanction , lorfqu'elles ordonneront la
Convention réformatrice.
Nul Républicain, je penfe, ne fera effrayé.
de ce pénible reffaffement de formes , pour
prévenir une altération fubite de la Conftitution.
Elles s'effaceront bien vîte devant
la plénitude de la fouveraineté nationale ,
& la volonté de fes organes . Si un Peuple
qui , depuis tant de fiècles exiftoit en fociété
, a pû fe replacer au lendemain du déluge
; fi fes Mandataires appellés par le
Monarque pour concourir avec lui à la réforme
de nos Loix , & au falut de nos Finances
, ont pû légitimement fe transformer
en créateurs , replonger le monde dans
le chaos pour en fabriquer un nouveau ,
anéantir tous les Droits , toutes les Poffeffions
, toutes les Conventions , tous les Pouvoirs
, toutes les Loix , & recommencer la
127 )
diſtribution univerfelle des partages poli
tiques ; fi , à leurs yeux , le Roi auquel
ils devoient leur exiſtence , dont le trône
repofoit fur la bafe des fiècles , & fur le
confentement non interrompu de la Nation
, n'a plus été qu'un Citoyen de Verfailles
, dont le Sceptre appartenoit à quatre
ou cinq cents Dictateurs Conftituans , pourquoi
leurs fucceffeurs n'ufurperoient- ils pas
les mêmes droits ? Sila Nation trouve bon de
confommer la République , en détruifant le
nom de Roi , quelle objection fupportable
pourront lui faire les Conſtitutionnaires actuels
? Ils lui ont déféré le pouvoir créateur ,
ils l'ont mis au - deffus des préjugés des limites
; ils lui ont tracé l'exemple ; elle le fuivra,
parce qu'un Peuple veut néceſſairement tout
ce qu'il peut , & qu'il n'exifte dans notre
Conftitution aucunes bornes à fa Puiffance.
Confier le foin de prévenir les innovations
à un Corps de repréfentans , qui
peuvent à tout inftant mettre en mouvement
la puiffance conftituante , arrêter l'action du
Gouvernement , le détruire , ou le recompofer
, fans qu'aucune force négative puiffe
tempérer l'activité de leurs deffeins , c'eſt
bâtir fa demeure fur les alles d'un moulin à
vent.
De toutes les conjectures qu'autorife
l'examen de ce régime , la plus plaufible eft ,
qu'avant fort peu d'années , le Gouvernement
fera tout entier dans le Corps
F 4
( 128 )
Législatif. La Suède où les Etats devenoient
à volonté Pouvoir réviseur , la
Suède , dont le Roi étoit privé du droit négatif
, vit fes Diètes envahir l'exécution : le
Sénat fut leur efclave & leur inftrument :
il en fera de même de nos Miniftres & des
Corps Adminiftratifs , du Pouvoir Exécutif.
On a réſervé aux Légiflatures la créa
tion & la fuppreffion des Offices publics
fans diftinction , l'organifation détaillée de
l'armée , la collation des honneurs , des décorations
, des récompenfes , la difpofition
des forces militaires dans leur réfidence , la
pourfuite de tous les crimes quelconques
de lèfe-nation , le jugement des Corps Adminiftratifs
, & c. & c. Il feroit aifé de dé
montrer qu'à l'aide des articles qui lui affignent
ces fonctions , elles pourront légale
ment évoquer dans leur fein toutes les af
faires , s'emparer des moindres détails de
l'Adminiſtration publique, & réduire le Roi
à des remontrances , que fes Miniftres
effrayés par la refponfabilité , n'oferons
jamais figner.
Du lundi 29 Août.
Enfin , après plus de deux mois , un décret a
levé les fcellés appofés le 22 juin dernier fur
les maifons royales & fur la caiffe de la lifte
civile .
On a fupprimé & circonfcrit des paroiffes ,
& l'on eft rentré dans la difcuffion des queftions
Conftitutionnelles . La nation a le droit de ré
·( 129 )
" former fa conftitution dans tous les temps a
dit M. le Chapelier, & toute conftitution fage
doit contenir en foi les moyens d'arriver à la
plus grande perfection , fans commotions & fans
troubles . De ces deux axiômes , qui dans la praque
pourroient fort bien être contradictoires
& des inconvéniens dont il a trouvé qu'étoient
fufceptibles divers modes de révision fommairement
énoncés , il en eft venu à la combinaiſon
qu'avoit adoptée le comité , & a fait lecture d'un
projet de décret en 3 fections , contenant 36
articles . En voici l'effenticl :
сс •
3
Il y aura , le 1er juin 1800 , une affemblée
de révifion , compofée de 249 élus dans chaque
département , un tiers à raifon du territoire ,
& les deux autres tiers à raifon de la population
active rédaction vicieufe qui laiffe douter fi
Affemblée fe compofera de élus par dépar
tement , ce qui rendroit la proportion illufoire ,
ou de 83 fois 249 , formant en tout 20,667 élus . }
Lelieu du raffemblement fera éloigné de 20 milles
au moins du lieu cu fiégera le corps légiflatif.
Les membres de la légiflature ne pourront être
membres de l'affemblée de révision , & les fonctions
de celle- ci fe borneront à rétablir les pouvoirs
dans leurs limites , à fuppofer qu'elles aient
été franchies , & à opérer dans la conftitution les
réformes défignées par les pétitions des citoyens
des affemblées primaires ( à la majorité de plus
de 41 départemens ) , du corps législatif & du Roi ,
qu'on nomme toujours le dernier , & à qui l'on
accorde ici l'ufage de fon veto fufpenfif; pétitions
inadmiffibles avant le premier juillet 1795. L'Af
femblée de révision prendra pour règle les droits
de l'homme & du citoyen , ne pourra s'en écarter
& fon travail achevé, elle nommera 24 commiflaires
F5
( 130 )
qui , en préſence du corps législatif& du Roi , feront
olemnellement à la conftitution , fur la minute
fépofée aux archives , les changemers qui auront
été décrétés .
A ce plan , qui e bien plus celui d'une cérémonic
que le mode de création d'une partie irtégrante
de conftitution politique ; où le plus
grand des pouvoirs naît de quelques paroles ,
& n'a pour tout principe d'énergie , & pour
toute digue dans fes écarts , que quelques paroles ;
M. Malouet a fait fuccéder des vérités , fondées
fur l'expérience des fiècles , & des vices d'hommed'état
, qu'il a développés en ces termes :
« Fixer une époque éloignée pour la réforme
d'une conftitution , c'eft fuppofer que pendant
l'intervalle de temps qui s'écoulera jufqu'à cette
époque , il ne s'y développera aucun vice effentiel
qui en altérera la folidité. »
« Si , à cette fuppofition , on ſubſtituoit celle
des grands inconvéniens conftatés , des vices effentiels
reconnus , il feroit abfurde de dire qu'il
faut attendre vingt -cinq ans de défordre & d'anarchie
, pour y remédier. »
ce Les conventions périodiques ne font donc
admiffibles que dans le cas où l'on ne prévois
pas la néceflité d'un changement affez important
pour en accélérer l'époque. Cette hypothèſe
ne convient qu'à une conftitution éprouvée par
le temps , & formée fucceffivement par le réfultat
des moeurs , des ufages , des habitudes
d'un peuple ; car , il faut le dire en paffant ,
il n'exifta jamais de conftitution abfolument
neuve qui eût quelque fuccès que celle de Lygurgue
, & elle étoit fondée fur les moeurs. Tous
les autres gouvernemens , dont nous avons eu
connoiffance , fe font formés par des actes fuc
1
( 131 )
ceffifs , dont l'amélioration & le complément ,
à une certaine époque , font devenus une conftitution
; ainfi les capitulaires , fous Charlemagne ,
la grande charte en Angleterre , la bulle d'or
dans l'empire Germanique , ont été la conftitution
de ces états , en fixant des droits & des
ufages antérieurs , garantis par l'expérience , &
far le confentement ou les réclamations des
peuples. »
« La conftitution même des états - unis , fondée
fur des ufages , des moeurs , des établiſſemens
antérieurs à la déclaration de leur indépendance ,
cette conftitution qui n'a effacé que le nom du
prince , pour y fubftituer celui du peuple ; qui
n'a rien détruit , mais tout amélioré ; qui a tenu
compte de tous les intérêts , de toutes les prétentions
; qui a réuni tous les voeux , en appellant
toutes les réclamations ; cette conftitution le prête
fans doute à l'examen fucceffif des conventions
nationales . Pour abroger ou changer de telles
loix , il eft fage d'attendre qu'une longue expérience
en montre l'infuffifance. »>
« Mais lorsqu'une conftitution , au lieu d'être
la réunion des anciens ftatuts , la fixation légale
& folemnelle des anciens ufages , en établit complettement
la profcription , il faut deux chofes
pour donner à cette loi nouvelle un caractère »
permanent; il faut que l'expérience en juftifie le
fuccès , & que le confentement univerfel ait pu
fe manifefter librement . »
сс Aucune de ces deux conditions ne ſe trouve
encore dans votre nouvelle loi ; vous ne conneiffez
encore que l'opinion de ceux qui trouvent
cette loi favorife leuis intérêts & leurs pafons
; lorfque toutes opinions contraires font
fubjuguées par la terreur ou par la force ; lorfque la
que
F 6
( 1-3-2 )·
France ne s'est encore expliquée que par l'organe.
de fes clubs ; car tout ce qui exifte aujourd'hui
de fonctionnaires publics eft forti de fes fociétés ,
ou leur eft affervi. »
"
« Avez -vous donc pris quelques mefures pour
que cette multitude de fociétés tyranniques , qui
corrompent & fubjuguent l'opinion publique
qui influent fur toutes les élections , qui dominent
toutes les autorités , nous reftituent la liberté
& la paix qu'elles nous ont ravies ? »
6C
Avez- vous pris quelques mefures pour que
cette multitude d'hommes aimés , dont la France
eft couverte , foit invinciblement contenue dans
les limites que la loi lui preferit? »
« Si donc la conftitution ne tend pas à réprimer
l'abus des moyens extraordinaires dont on
s'eft fervi pour l'établir , comment peut on nous
propofer un long efpace de temps à parcourir ,
avant qu'il foit permis de la réformer ?
7 « Il me feroit facile , en parcourant toutes vos
inftitutions , de vous montrer comment elles vont
s'altérer & fe corrompre ; fi au lieu de les confier
aux époufes & aux mères , vous ne vous hâtez
de les fouftraire à ce fanatifme bruyant quiles
celèbre les livrer à une raifon févère
pour ,
qui les corrige , qui feule peut réfifter au temps
& commander aux évènemens .
CG
כ כ
Vous voulez des conventions nationales ,
c'eft - à - dire , des révolutions périodiques , des
commotions éternelles ; car , dans l'intervalle
de ces conventions , que ferons - nous des vices
& des défordres naifans d'une mauvaiſe loi
conftitutive ? Eft - ce la patience ou l'infurrection
qu'on nous confeille après nous avoir,
commandé tour- à - tour l'obéiffance paffive & la
réfiftance à l'oppreffion ? »

( 133 )
Cependant , quel aute juge que moi-même
avez - vous établi de cette oppreflion à laquelle
il m'eft permis de réfifter ? Quel autre juge que
vous-mêmes avez -vous établi de cette cbé ince
paffive que vous exigez ? »
« Ainfi preffés dans toutes les circonstances
de notre vie politique , entre deux principes
entre deux impulfions oppofées , nous ferions
fans confolation dans notre obeiflance , fans modérateur
& fans frein dans notre rénftance . »
« L'inconvénient inévitable de tout gouverne
ment populaire eft de mettre dans un mouvement
continuel les affections , les inimitiés &
toutes les paffions de la maffe des citoyens qui
y participent médiatement par les élections , ou
immédiatement pa: leurs emplois .
כ כ
« Je veux que la combinaifon de ce gouver
nement foit la plus parfaite poffible , qu'elle
foit affez habilement calculée , pour que toutes
les forces motrices fe balancent & fe contiennent
fans s'opprimer , de manière qu'il réfulte de cet
équilibre conftant , le meilleur ordre public ;
au moins cft - il évident que les élémens de cet
ordre peuvent devenir , en un inftant , ceux du
défordre & des factions . Dans une conftitution
telle que la vôtre , qui met tout à neuf & ne
laiffe rien fubfifter de ce qui étoit ancien , les
conventions périodiques font des ajournemens
de révolution , & l'intervalle de ces conventions
pourroit être une anarchie continue . »
Voulez- vous , devez- vous laiffer courir de
tels.rifques à la nation ? Mais je dis plus ,
quand ce feroit votre volonté , croyez - vous qu'elle
fut axécutée ? Examinez fioidement comment vous
êtes arrivés vous mêmes au dernier terme du
Pouvoir que vous exercez maintenant . Les cir-
Conftances & les évènemens vous ont conduit

( 134 )
de la convocation en états -généraux à la conftitution
en Affemblée nationale . Un de vos orateurs
vous a enfuite déclaré corps conftituant
& cette dénomination , qui n'a jamais été proclamée
par un décret , eft le feul titre qui ait
opéré , au milieu de vous , la réunion de tous
les pouvoirs ; cependant vous vous étiez foumis
,
en devenant les mandataires du peuple
à l'obfervation de vos mandats , vous avez ciu
devoir les abroger. »
>
« Or , penfez-vous que vos fucceffeurs ne
fauront pas auffi s'aider des circonstances & des
évènemens & qu'il leur fera difficile de s'affranchir
de tous les liens qu'ils ne fe feront point
impofés ? »
CC
>
Lorfqu'il a été queftion de fufpendre l'exercice
de l'autorité royale , on vous a dit , dans
cette tribune : cc nous aurions dû commencer par
là ; mais nous ne connoiffions pas notre force
ainfi , il ne s'agit , pour vos fucceffeurs , que
de mesurer leur force pour effayer de nouvelles
entrepriſes . ככ <<
> >
: ךכ
cc Tel eft CC Meffieurs il ne faut pas vous
le diffimuler , le danger de faire marcher de front
une révolution violente & une conftitution libre.
L'une ne s'opère que dans le tumulte des paffions
ou des armes l'autre ne peut s'établir
que par des tranſactions amiables entre les intérêts
anciens & les intérêts nouveaux ( 1 ) . On
>
(*) Tranfactions ! On a ri & murmuré ; on
n'en veut point. Mais , Meffieurs , Gengis-
Kan , maître de l'Afie , tranfigea avec les vaincus ;
il leur laiſſa leurs moeurs , leur religion , leurs
propriétés.
( 135 )
ne compte point les voix , on ne difcute pas les
opinions pour faire une révolution , foit que ce foit
le peuple ou le prince qui change & détruiſe tout
ce qui exiftoit auparavant. Une révolution eft une
tempête durant laquelle il faut ferrer fes voiles
ou être fubmergé ; mais après la tempête , ceux
qui en ont été battus comme ceux qui n'en
ont pas fouffert , jouiffent en commun de la fé→
rénité du ciel & de l'état brillant du foleil , tout
eft pur & paifible fous l'horifon . Ainfi après une
révolution , il faut que la conftitution , fi elle
eft bonne , rallie tous les citoyens ; & il faut
que tous les citoyens , dans la plus parfaite fécurité
, puiffent la trouver bonne ou mauvaiſe ;
car il n'eft pas d'autre manière d'établir une conftitution
raifonnable , & d'échapper au defpotifme
ou à l'anarchie . »
out
« Mais fi tout concourt à imprimer à la
conftitution le caractère de la révolution ,
vous avez à craindre long-temps encore la violence
de fes mouvemens , ou la conftitution
périra dans l'affaiffement qui fuccède à de longues
agitations , bien avant que vous foyez parvenus
à l'époque qu'on vous propofe de fixer pour une
réformation. »
Ainfi , Meffieurs , foit que vous confidériez
la conftitution comme excellente ou comme im
parfaite , il fuffit qu'elle préfente un ſyſtême abfolument
neufde légiflation & de gouvernement
pour que vous foyez obligés de la foumettre à
une autre épreuve que celle des conventions nationales
. Je vous ai démontré que , dans les deux
hypothèſes , cet expédient étoit dangereux ou
impraticable. Lorsqu'au lieu de recueillir de
fixer , d'épurer les anciennes inftitutions , on a
3. out changé , tout détruit , appeller à certaines
>
( 136 )
époques des hommes autorifés à changer encore ,
c'eft préparer de nouveaux troubles , c'eft fonder
une génération éternelle de fyftèmes & de def
tructions . »
« Tant que les erreurs & les vérités qui régiffent
les hommes , confervent une grande autorité
fur les efprits , l'ordre ancien fe maintient
& le gouvernement conferve fon énergie ; lorf
que fes appuis s'ébranlent dans l'opinion publique
, il fe prépare une révolution . Il n'appartient
qu'aux hommes fages & d'un grand caractère
de la prévenir ou de la diriger ; mais
Lur-tout de fe féparor des hommes corrompus ,
des méchans & des fous qui fe bâtent d'y prendre
part ; tant que cette ligne de démarcation n'eſt
pas tracée , la révolution n'eft pas confommée ,
l'état et toujours en péril . Les flots de la li
cence fe roulent , comme ceux de l'Océan , fur
une vafle étendue , & la conftitution , qui s'élève
fur cette mer orageufe , y flotte comme
un efquif fans bouffole & fans voiles. »
" Telle eft , Meffieurs , notre pofition ! quelque
trifte que foit cette vérité elle vous preife
de fon évidence. Voyez tous les principes de
morale & de liberté que vous avez pofés , accueillis
avec des cris de joie & des fermens redoublés
; mais violés avec une audace & des fureurs
inouies . »
« C'eft au moment où ( pour me fervir des
expreffions ufitées ) la plus fainte la plus libre
des conftitutions fe proclame , que les attentats
les plus horribles contre la liberté , la propriété
que dis-je , contre l'humanité & la confcience ,
fe multiplient & fe prolongent .
כ כ
« Comment ce contrafte ne vous effraie - t-il
pas ? Je vais vous le dire , »
8137
A
zc
Trompés vous-mêmes fur le méchanifme
d'une fociété politique , vous en avez cherché
la régénération fans égard à fa diffolution ; &
prenant alors les effets pour les caufes , Vous
avez confidéré comme obſtacle le mécontentement
des uns , & comme moyen l'exaltation
des autres . En ne croyant donc vous roidir que
contre les obftacles & favorifer les morens ,
vous renverfez journellement vos principes , &
Vous apprenez au peuple à les braver ; vous
détruifez conftamment d'une main ce que vous
édifiez de l'autre. C'eft ainfi que prêts à vous
féparer , vous laiffez votre conftitution fans appui
entre ccs obftacles & ces moyens qui
>
ne font autres que les mouvemens
convulfifs
de
la révolution
; & pour augmenter
aujourd'hui
l'activité de ce tourbillon
on vous propofe
de placer , dans fa fphère , un nouveau pouvoir
conftituant
; c'cft élever un édifice en en fappaut
les fondemens
. »
« Je le répère donc avec affurance , & je ne
crains pas qu'il y ait en Europe un bon efprit
qui me démente ; il n'y a de conftitution libre
& durable , il n'y a de poffible , hors celle du
defpotifme , que celle qui termine paisiblement
une révolution , & qu'on propofe , qu'on accepte
, qu'on exécute par des formes pures , calmes
& totalement diflemblables de celles de la révo
lution . Tout ce que l'on fait , tout ce que l'on
veut avec paffion , avant d'être arrivé à ce point
de repos , foit qu'on commande au peuple ou
qu'on lui obéifle , foit qu'on veuille le tromper
ou le fervir , c'eſt l'oeuvre du délire . »
сс
Meffieurs , le temps nous preffe , je reſerve
mes idées , je m'interdis tous les développemens ;
je vous ai montré le mot , je vais en indiquer le
( 138 )
сс
remède ; & fi je fuis interrompu par des murmures
, fi vous rejettez mes confeils , je crains
bien qu'ils ne foient juftifiés par les évènemens. »
La conftitution ne peut avoir aucun fuccès
-permanent , fi elle n'eft librement & paifiblement
acceptée par une grande majorité de la
nation & par le Roi . Elle ne peut être utilement
& paisiblement réformée , qu'après un
examen libre réfléchi , & une nouvelle émiſſion
du vou national . D'où il fuit :
CO Qu'en préfentant votre conftitution au Roi
& à la nation , vous devez mettre le Roi & tous
les François en état de la juger fans inquiétude &
fans danger. »לכ
ce Il faut donc terminer la révolution , c'eſt-àdire
, commencer par anéantir toutes les difpofitions
, tous les actes contradictoires aux principes
de votre conftitution ; car il n'eft aucun
homme raisonnable qui prenne confiance en ce
qu'elle nous promet de sûreté & de liberté individuelle
, de liberté de confcience , de refpect
pour les propriétés , tant qu'il en verra la violation
. Ainfi , vos comités des recherches ,
les
ois fur les émigrans , les fermens multipliés , &
les violences qui les fuivent , la perfécution des
prêtres , les empiifonnemens arbitraires , les
procédures criminelles contre des accufés fans
preuves, le fanatifme & la domination des clubs ,
tout cela doit difparoître à la préſentation de la
conftitution , fi vous voulez qu'on l'accepte librement
, & qu'on l'exécute . »
« Mais ce n'eft pas encore affez pour la tranquillité
publique ; la licence a fait tant de ravages
, la lie de la nation bouillonne fi violem-
? ment , l'infubordination effrayante des troupes
, les troubles religieux , le mécontentement des
( 139 )
colonies , qui retentit déja lugubrement dans les
ports , l'inquiétude far l'état des finances , qui
s'accroît par toutes les caufes . -- Tels font les
motifs qui doivent vous décider à adopter , dès
ce moment- ci , des difpofitions générales qui
rendent le gouvernement auffi impofant , auffi
réprimant qu'il l'eft peu ; fi l'ordre ne fe rétablit ,
tout à- la-fois dans l'armée & dans les ports ,
dans l'églife & dans l'état , dans les colonies
comme dans l'intérieur du royaume , l'état ébrar lé
s'agitera encore long- temps dans les convulfions
de l'anarchie.
« Ces difpofitions , pour être efficaces , doivent
être obligatoires pour vos fucceffeurs ; & fi vous
confidérez qu'en réuniffant aujourd'hui tous
les pouvoirs , en dirigeant l'adminiftration comme
la légiflation , vous n'êtes cependant entourés
que de défordre , vous n'êtes encore affis que
fur des débris , quelle fera la poſition de
vos fucceffeurs ? Si vous ne les contenez par
des difpofitions plus fortes que leur volonté
fi vous ne leur remettez un gouvernement actif
& vigoureux , une affemblée qui ne peut être
diffoute dépaffera tous les limites de fes pouvoirs
, & aura pour excufe l'embarras des circonftances
; que deviendra alors votre conftitution
? Souvenez-vous , meffieurs , de l'hiſtoire ,
des Grécs , & combien une première révolution
non terminée , en produifit d'autres dans l'eſpace
de cinquante ans . »
сс
Enfin , raeffieurs , les puiffances étrangères
doivent exciter , fi -non votre effroi , au moins
votre attention. Si la paix fe rétablit dans le
royaume ; fi les François font libres , & leur gouvernement
refpeété , nous n'avons rien à craindre
( 140 )
au
đè nos ennemis , & nous ne pouvons plus avoir
au moins pour ennemis des François ; fi ,
contraire , l'anarchie continue , l'Europe toute
entière eft intéreffée , ne vous le diflimulez pas ,
à la faire ceffer , quoiqu'une déteftable politique
pût tenter de l'accroître . »

« Ce font toutes ces confidérations réunies , le
danger des conventions nationales , celui des circonftances
actuelles , la fituation du Roi , la néceffité
d'un voeu libre & paisible , tant de fa
part , que de la part de la nation , fur la conftitution
, fur les moyens de la réformer , qui m'ont
dicté le projet de décret que je vais vous foumettre
. »
( Ce Projet en 27 articles eft le réfumé
des Conclufions de l'Orateur. )
Ce difcours qui , dans d'autres temps , cût fixé
des fuffrages unanimes , & par fa force réelle
& par fa prudente mefure , fi d'autres temps
euffent fourni li défolante matière d'un pareil
difcours , n'a eu pour tout effet que les juftes applaudiffemens
du côté droit , & les murmures de
la majorité du côté gauche & des galeries . Cependant
, il a été écouté avec affez de calme .
31-
« Je demande , s'eft écrié M. Martineau ,
que le projet de M. Malouet foit renvoyé aux
comités de conftitution & de révision . Il y a des
chofes excellentes qui tendent à rétablir le calme
dans le Royaume. M. Goupil invoquoit la
queftion préalable. « A moins qu'on ne veuille
créer un comité de contre révolution , a dit M.
Biauzat , il ne faut pas renvoyer le projet de M.
Malouet . Aux commodités , & non aux comités ,
s'eft écrié quelque crocheteur qui fiégeoit parmi
( 141 )
les députés. L'on s'eft mis enfuite à écouter M.
Péthion de Villeneuve .
Cet opinant a débité beaucoup de généralités
fur les conventions nationales , & fur leur défi
nition prife dans l'hiftoire d'Argleterre , & en
Amérique , où certainement aucun homme inftruit
, fenfé de bonne - foi , ne trouvera ce qu'on
entend aujourd'hui par convention nationale.
Mais l'orateur a paru bien plus extraordinaire ,
encore , dans les raifonnemens , que dans fes
affertions , fur- tout lorfqu'il a dit : « Je fais une
réflexion très - fimple . Je demande comment il
feroit poffible de donner au corps légiflatif le caractère
& le pouvoir d'une convention ; & c'eſt
ce qu'on fait naître par le projet . Je dis que fion
Perigeoit lui-même en convention il s'enfuivroit
qu'on lui accorderoit la faculté de fe conftituer à
fon gré , de ſe réformer également à fon gré ; or
rien ne feroit plus abfurde & plus dangereux en
principes qu'un corps qui tiendroit fon existence de
lui feul , qui n'en devroit compte qu'à lui feul.....
Un pareil corps prendroit bientôt l'accroiffement .
le plus terrible & le plus formidable à la nation ;
fe mettroit au- deffus de la nation dont tous les
corps doivent dépendre , & il l'a gouverneroit . »
Selon M. Péthion , que plus d'une voix a preffé
de fe renfermer dans la quefiion , il feroit dangereux
de laiffer à un corps le foin de remédier aux
abus , qui font la jouiffance de ce corps . Si l'on .
fe repole fur les Affemblées primaires pour la
convocation de l'Affemblée de révifion , jamais
il n'y en aura . On doit ufer rarement de conventions
nationales . Une périodicité à longs intervalles
lèveroit tous les inconvéniens . En conféquence
, & vu que fi notre conftitution eft mauvaile
il eft inftant de la modifier , que fi elle
( 142 )
&
eft bonne elle ne peut que gagner à la diſcuſſion ,
la prochaine révifion auroit lieu dans 10 ans ,
les fuivantes de 20 en 20 ans . Leur durée n'excèderoit
pas 6 mois ; cette affemblée ne s'occuperoit
d'aucun objet de légiflation , & feroit composée
d'un tiers de plus de députés que les départemens
n'en enverront pour le corps légiflatif ; les deux
miffions feroient incompatibles & les commettans
ne donneroient pour tous mandats que des obfervations
& des mémoires... On a décrété l'impreffion
de ce difcours & non pas celle de l'opinion
de M. Malouet.
M. de Tracy a dit qu'il étoit chargé par MM.
de la Rochefoucault, Caftellannet & Périffe du Luc,
de remettre leur démiffion du comité colonial
duquel ils avoient reçu un accueil défavorable ,
comme ayant des principes oppofés à ceux des
membres , qui penchent à la révocation du décret
relatif aux gens de couleur.
439
ce On ne s'est encore occupé dans le comité que
des moyens de fauver les colonies , a répondu M.
Bégouen . Nous croyons devoir y refter , ont
dit , en fubftance , MM. Broftaret & Monneron ,
autres adjoints , afin d'y maintenir de tout notre
pouvoir l'exécution des décrets ; sûrs que l'Afemblée
ne juge pas d'après fes comités mais d'après
fes lumières ». On propofoit l'entier renouvellement
du comité ; les efprits s'échauffant , M. de
Croix a ouvert l'avis promptement adopté de lever
la féance .
Du mardi , 30 Août.
Tandis que l'Affemblée nationale décrétoit que
le procès feroit fait à l'évêque du Calvados ,
des commiffaires du département étoient à Bayeux
( 143 )
pour concilier ce différend , a dit M. de Wimpfen
qui a bien voulu fe charger d'une pareille interceffion
. M. Fauchet eft convenu qu'il avoit
uelques torts , mais il s'eft plaint qu'on lui
mputoit des imprimés qui n'étoient pas de lui.
La municipalité de Bayeux défireroit que , pour
le rétabliſſement de la paix , on fufpendît l'exé .
cution du décret . Une défapprobation trèsmarquée
a provoqué l'ordre du jour.
M. d'André a fait lecture d'une lettre de M.
le prince-évêque de Bâle à M. de Montmorin ,
& un long mémoire de M. Bacher fur la miffon
auprès de ce prince . La lettre prie M. de
Montmorin d'aflurer l'Affemblée nationale que
l'attachement du prince pour la nation françoiſe ,
com.ne pour le Roi , eft inviolable , & que
les liens qui fubfiftent entre la France & fa
principauté , lui font infiniment précieux ; qu'il
ne veut que remplir les obligations qui résultent
des traités ; mais que l'intention préfumée d'holtilités
ne fuffit pas pour établir le cafus foederis.
M. le prince - évêque ajoute :
« Ces réfléxions , Monfieur , auroient été
plus décentes de la part de M. l'évêque de Lydda
( aujourd'hui évêque de Paris ) que le rôle de
délateur dont il a cru devoir fe charger. J'avoue
que les inculpations qu'il s'eft permifes
m'ont d'autant plus affecté , que je devois lui fuppofer
d'a tres fentimens pour moi... Il a dû fon
exiſtence mes prédéceffeurs , & il a joui pendant
à 8 ans de mes bienfaits & de ma confiance
. Mais il me paroît que M. l'évêque de
Lydda a cru devoir brifer les liens qui
doute, le gênoient depuis long- temps . C'eſt vraifemblablement
par le même motif qu'il a tâché
de rendre fufpecte la cour de Vienne dont il a
fans
( 144 )
de tous les temps , été le protégé. Je vous demande
pardon , Monfieur , de cet épiſode ; je
T'aurois épargné à V. E. , fi je n'avois jugé
devoir faire connoître l'homme qui s'eft conftitué
mon accufateur , qui me calomnic , & qui oubliant
le caractère dont il eft revêtu , n'a pas
rougi de furprendre la religion de l'Affemblée
nationale. »
M. d'André alloit lire des lettres anonymes ,
portant qu'à Porentruy on forçoit les François
à quitter l'habit de garde national. M. Lavie
a repréfenté , un peu tard , qu'on ne devoit pas
infulter les puiffances étrangères dans la tribune ,
en débitant des allégations vagues & dénuées de
preuves .
M. Rewbell a raconté qu'en Suiffe on arrachoit
aux François la cocarde tricolor ; mais M.
d'André a obfervé qu'en France on ne permettoit ;
pas aux étrangers de porter la leur , que les nations
ufoient de repréfaille , qu'on avoit tort de part ,
& d'autre , ce en quoi il auroit mal raisonné ,:
fi la cocarde aux trois couleurs étoit feule un
figne convenu pour propager l'infurrection , «Auffi,
a- t-il ajouté , ces plaintes font inévitables , quand.
une nation eft dans un état de révolution &
voudroit en étendre les principes , & que fes
voifins ne veulent pas s'y mettre. p
L'ordre du jour appelloit encore les conventions
nationales : M. Camus a pris la parole pour
ce qu'on a fi bizarrement nommé une motion
d'ordre.
Sa motion d'ordre étoit de dire aux législateurs :
Si la conftitution n'eft promptement préfentée
au Roi , nous courons les plus grands dangers....
Notre foiblefe augmente tous les jours , des
factions
2
( 145 )
-
factions s'élèvent dans l'Affemblée ... Je n'y vois
plus malheureufement cette beile , cette grande
majorité qui fit éclore les actes héroïques des
17 & 20 juin .
Mais , il ne fuffie pas de jetter un regard
douloureux fur notre foibleffe , notre vieille ,
no:re laffitude... Voyez ce que font les miniftres ,
ou plutôt ce qu'ils ne font pas... Viennent- is
vous rendre compte tous les jours ? Pourquoi në
vous préviennent-ils pas ? Pourquoi n'ont - ils pas
encore fait les remplacemens néceffaites dans
l'arnée ? Et ce régiment de Paris ! Pourquoi le
fi:-on refter près des villes où il s'énerve & ſe
corrompt ? Est- ce donc pour ne l'envoyer aux
frontières que comme un objet de mépris ? C'étoit
dans le premier moment , dans le moinent de
leur courage qu'il falloit les tranfporter aux frontières...
» ( Comme fi le fort du royaume dependoit
d'un régiment ; comme i l'ennemi choifroit
tout juste ce moment de courage pour fe
faire battre. ) « Et vos fucccffeurs ! Dans quel
état vous trouveront-ils , fi la conftitution n'et .
pas achevée ? Ils voudront y prendre pait !
Croyez - vous que fi vous ne vous êtes mis en
état de fimple légiflature , s'ils fuccèdent au corps
conftituant , ils ne fe tiendront pas pour corps
conftituant , & comme une fuite de la convention
nationale ? »
Enfin les conclufions de M. Camus o :t été :
ce y aura-t- il des conventions ? Quand aura lieu
la première ( il devoit dire la feconde ) ? De
combien de députés fera - t - elle compofée ? Ou
s'affemblera- t-elle ? »
Pour écarter l'idée des conventions périodiques
, M. d'André a dit qu'il ne concevoit pas
qu'on voulût donner une fiévre intermittente à
No. 37. 10 Septembre 1791.
G
( 146 )
un état . D'ailleurs , ajoutoit-il , vous n'en avez
pas le droit , la première convention pouvaet
tout changer . La perspective d'une convertion
à une époque fixe laifferoit aux fa & ioux un moyen
d'entretenir des troubles ; & la France a befoin ' de
tranquillité. Bornez - vous donc à déliberer fut
les conventions appellées par le corps légiflatif
& le Roi. Ce plan de difcuffion a été adopté.
« Entendez-vous foumettre la conftitution à
ure acceptation 1bre de la nation , a demandé
M. Malouet ; car dans le cas d'une convencion
trop éloignée , il faut que vous trouviez un r › de
pour reconnoître & conftater le von libre &
g néral de la nation ... » Des murmures , les cris :
nous avons ce voeu libre & général ; il eft conmu ;
votre motion ne fera pas fortune , ont été la feule
réponse qu'on ait faite à M. Maloutt.
M. le Chapelier a férieuferent objecté que ,
la motion de M. Malouet n'étoit pas à fordre
du jour. « Notre conftitution , a pourſuivi le
meine M. le Chapelier , eft acceptée par les 99
centièmes de la nation , & je ne dis pas affigi
ele eft acceptée par l'aflentiment qu'on lui a
donné , en entrant peur élite , dans les affembiées
primaires . Ou se trouve à peine la cinquantième
partie de la nation. ) H s'agit , in
fiftoit M. te Chapelier , non pas de favoir fi ,
une conftitution acceptée par Taffentiment prefqu'unanime
, fen excepte les mécontens , doit
être réformée ; mais de favoir quelles feront les
formes confignées dans cette constitution , poor
en réformer les diverses parties quand la volonté
nationale fe fera déclarée à cet égard . Ce n'eſt
pas un fyfteme de contre révolution qu'il faut
nous propofer , au moment où l'acceptation la
147
plus sAre & la plusfolemnelle réſuke de L'exécution
de nos loix.
Les 99 centièmes & plus , exception des méconrens
& la preuve de l'effentiment prel
qu'ananime tirée de l'exécution de loix costre
Finexécution defquelles on réclame & décrète du
matin au foir en fe gardant bien de tout réweler
, ont été fortement applaudis d'une partie
•du côté gauche.
Ayant écarté les conventions périodiques &
ceiles à époques fixes par des conféquences adoptéas
M. d'André a defiré que le terme de la
première fût affcz éloigné pour que now -feulement
les paflions actuelles fulle tetrintes , mais
que même les ci - devant privilégiés filent tous
moris , ce qui le menoit à 30 ans ,
dulce come?
mune d'use génération ,
A enratoire MM. Rewbell & Demernier , faute
d'efpérer une révifion prochaines mécontens
ameneront une révolution forcée au furplus ce
feroic violer pendant trop long- temps la fouvefaineté
nationale . L'un fixoit 15 ans , l'autre dix
avant l'admiffion des pétitions . Mais M. Démeunier
foutenoit que la nation ne pouvoit en
auzun temps , refondre totaleinent la conftitution
Parce qu'elle repofe fur les bafes de la juftice & de
la morale ; & que fi lanation fouhaitoit ungouvernemcot
républicain , il ne feroit pas néceffaire de réformer
en entier la conftitution : ingenuité que
n'ont point laillé tomber ceux , qui pensent que
cette conftitution n'eft point monarchique.
Après un déluge de vagues affections , de rai-
Lonnemens fans bales , de difputes fans difcufhons
, M. de la Fayette a pris la parole , & fe
citant lui- même , il a rappellé un article d'un
projes de déclaration des droits qu'il avoit pro-
Gi
( 148 )
pofé le 11 juillet 1789. L'article portoit que
toute bonne conftitution doit offrir des moyens
conftitutionnels & paifibles , de revoir & modifier
la forme du gouvernement . Je penfes
a - t-il dit , qu'il feroit attentatoire à ce droit
fouverain du peuple François , d'adopter une
propofition qui l'en prive abfolument pendant
30 ans , c'eft-à - dire , pendant une génération
toute entière ; & je perfifte à demander la queftion
préalable.
6
Croit- on que le numéraire reparoîtra , que
le crédit & le commerce fe rétabliront , diſoît
M. Muguet , fi l'on prévoit qu'à telle époque
nous pourrons retomber dans l'état de révolution
? Donnez au gouvernement de la ſtabilité.
Fixer un terme éloigné ce n'eſt pas borner la
fouveraineté , c'eft donner un utile confeil à la
nation . » Le mot inviter plaifoit à M. Garat
T'aîné. M. Tronchet a promis de couvrir par la
rédaction le danger des mouvemens (éditieux
excités par les brouillons qu'il faudroit contenir
durant 30 ans ; & au milieu d'applaudiffemens
qui tenoient beaucoup de la joie de fortir d'un
fombre labyrinthe on a décrété la rédaction
grammaticalement incorrecte de M. Tronchet,
en ces termes
-
« La nation a le droit imprefcriptible de revoir
fa conftitution quand il lui plaît ; mais l'Affemblée
nationale déctare que fon intérêt l'invite à
fufpendre l'exercice de ce droit pendant trente
ans.
Du mercredi , 31 août.
M. de Noailles a demandé qu'on mit en
délibération de quelle manière la nation noti
fiera fon defir d'une convention , quand &
comment cette convention pourra ſe raſſembler.
( 149 )
t
Pour réunir la tranquillité publique & le perfectionnement
de la conftitution , M. Goupil
permettoit à tout citoyeu actif de figner fa péti
tion corrective , & vouloit que les pétitions
remifes aux municipalités , aux départemens ,
aux corps légiflatifs , duffent être , renouvellées
pendant trois légiflatures , pour que la quatrième
en délibérat & ordonnât en co: féquence
la convocation d'une affemblée de revifion,
3
On pourroit rendre tant de précautions
inutiles , a repris M. de Croix , en ne négligeant
rien pour que la conftitution feit bonne & folide;
il a préfenté quelques réxions , tendantes a
faire ceffer l'état , qu'il nommoit menfreux ,
où le trouve l'affemblée depuis 1. fufpenfion
de l'autorité royale. li a picité que tous les
chiers enjoigncient aux députés de ne potter
de loix qu'avec la participation libie du Rei
qui feul aveit convoqué les électeurs & les élus
& il a foutenu que la conduite de laffemblée
Four revoir & contiger fon ouvrage , étoit toute
tracée .
« Elle confiſte , a-t- il ajouté , à faire préfenter
votre travail au Roi par une députation , dès
demain , & à provoquer vous- mêmes les obfervations
que l'intérêt du peuple pourra lui infpirer
... (Des éclats de rire font partis de la
gauche. ) « Réfléchillez , à pouſuivi l'opinant ,
que fi vous n'adoptez pas cette mefure , vous
Vous trouverez en oppofition avec les ordres
précis que vous avez ,reçus , & chargés conféquemment
de l'effrayante refponfabilité d'avoir
ftatué feuls fur le fort d'une grande nation ,.
& contre le voeu qu'elle avoit exprimé » ( cris,:
à l'ordre , & nouveaux éclats de rire du côté
gauche. ) +
G 3
( 150 )
*
Vous détruifez la conftitution dans 'fes bales ,
a dit M. Goupilleau , qui vraisemblablement
ǹ vouloit ni ne croyoit en dire autant. & C'eft
vous mêmes qui l'attaquez , a répondeo M. de
Choix , en vous mettant à la place de la nation
dont vous n'êtes que les repréfeetas . Vous
n'êtes pas lu nation ; elle a voulu que le Roi fut
Votre modsateur. Je conchus à ce qu'une dépu
tation foit chargée de préfenter demany Bacté
conftitutionnel au Roi , que le Roi foit prié de
fe retirer dans tel lieu qu'il jagera convenable
& propre à affurer la liberté de fa perfonne &
de fon confentement ; qu'il foit en outre prie
( priék prié ! ont répété ironiquement plafisar
voix de la gauche ) de faire parvenir à l'aflem
blée telles obſervations que la fageffe & l'intérêt
da peuple pourront lui dicter pour qu'elle poife
' en délibérer , »
On n'imagine pas le tumulte de l'un des côtes
de la falle & des galeries . M. Goupilleau s'ek
1ftement engagé à réfater ce fyfteme par de
grands pincipes , & n'a cité que la fouveraineté
de la nation qui prononçoit contre lei ; puifque
Tefyteme portait for les ordres exprès , écrits ,
imprimés , p.bliés & jusés de este même nation
fouverane de façon que d'après i Vade
se
conflituionuel étoje radicalement nul , à Fexzep
tion de ce principe & des décrets conformes
aux cthiers des bailliages , librement fanc
rionnés par le Ro . M. Frochot a pris la parole.
Fations de revifion admifes de toute patt
fucceflivement par ticis légifitures ; convocation
ou d'une convention nationales réformes
defiés ne font que partielles , ou d'un cors
"conftituant s'il s'agit de tour détruire pour tout
changer, La convention fera compofie de 999
( 151 )
membres ; le corps conftituant de 1243 y
compris ceux de la légiflature , Ce qu'ils décréteront
comme convention ou corps conftituant
fera accepté ; ce qu'ils décréteront comme légif
lature , devra être fanctionné par le Roi.. Cette
opinion , s'eft écrié M. Lavie , me paroît digne
de l'ami de Mirabeau
M. Salles a lu fon plan qui n'à fait aucune
fenfation . M. de Tracy a renoncé au fien parce
qu'on ne vouloit plus écouter de préambule.
M. d'Armadat vouloit que la conftitution étang
finie , l'affemblée tint fa tâche pour remplie ,
& qu'on mit la queftion préalable fur tous les
plans , en laiffant la nation juger & faire felon
3 les droits & fa fageffe. M. d'André le recommençoit
pour réfuter M. Frochot, C'eft n'admettre
pour unique moyen que l'infurrection
hui crie M. Roberfpierre. « Vous m'attribuez vos
moyens , réplique M. d'André ; je n'ai jamais
parlé d'infurrections , je ne les aime pas... »
Aucun corps légiflatif n'appellera des conven-
#
1
tions ,
, pour redreffer les abus ou les erreurs
dont il profitera , infiftoit M. Raberfpierre .
« Si vous ne mettez des entraves aux ufurpations
des corps conftitués , oblerve M. Buzoz ,
ils s'empareront de la fouveraineté nationale .
Il s'agit de fçavoir fi un corps de délégués du
peuple peut s'arroger le droit de chauger la
conftitution , ou d'éxiger une convention pour
Ja changer. »
« J'établis ес a dit M. Barnave , qu'il eft
contre l'intérêt public , & contre tout pouvoir ,
que nous établiffions rien relativement au pouveir
conftituant , qui eft un effet de la pleine
fouveraineté. Le peuple nous la tranfmife pour
une fais ; il s'eft momentanément dépouillé de
G4
( 192 )
la fouveraineté , par l'acte qu'il nous a chargés
de faire pour lui ; mais il n'a ni entendu mi
pu entendre nous confier fa fouveraineté , pour
Fmiter , indiquer ou provoquer , après cous
les autres actes de la fouveraineté de la mêmé
étendue & de la même nature.... Le Gouver
sement anglois a mis le pouvoir réformat : ur
dans fon pouvoir lég flatif , parce que la légif-
Lion eft confiée chez luia trois pouvoirs oppo
fés , qui refpectivement fe limitent & empêchent
la rapidité & la facilité des changemens ... Mais
vous avez un moyen plus für , moins impru
Rent , plus libre & plus national fur- tout , de
prévenit chez vous l'abus du pouvoir légiflatif
far les corrections conftitution: dløs ; c'eſt " d'égiger
le ven snpératif , répété de plufieurs affem-
Flés de réprientans du peuple, »
L'orateur s'eft montré bien plus ex, & chins les
faits , comme en legique , leifju'il a dir que
pour le commun des hommes , la tranquillité
étoit plus néceffaire que la liberté ; que l'exeis
cice immédiat de la fouveraineté , la démocratic
, étoit ce qu'il y au morde de plus
fubverfif , de plus nuifible au peuple lui même ;
que la liberté politique n'eft qu'un fuperflu de
bonheur , moins néceflaire que la tranquillitéz
qu'en promenant dans les campagnes une élo
quence incendiaire , en mendiant des adhésions
à la fortie des églifes de villages , rien n'eft
faifé que d'obtenir une majorité d'ignorans ,
deftructive de tout ordre focial..
On fe débat , on ferme la difcuffion , on
divife ; enfin il eft décidé que lorfque trois
légiflatures ccécutives auront émis un Vou
uniforme pour la revifion de quelques articles
conftitutionnels , il y aura lieu à la revifion.
6153 )
Mais fuppofera - t - elle une adjonction de
membres ? Au milieu de murmures où l'on
diftinguoit ces mots : ah ! ah ! l'Amérique !...
à l'ordre du jour ; M. de la Fayette a pro-
Fofé qu'on fit un aprel nominal , imprimé fur
deux fiftes , pour que le peuple fcache ques
membres ont vôté pour la réforme de tel article
de la conftitution , & puffle les réélire ; il a
dit que cette méthode étoit fuivie avec fuccès
en Amérique. Son idée d'empiunt a été renvoyée
au comité de conftitution , & l'on a décrévé
que les membres de la troifième légiflture qui
auront vôté pour la revifion ne pourront enter
dans la légiftrare fuivante .
. Une lettre de M. de Blanchelande , du Cap
& du 7 juillet , a co: fimé fa précédente . Les
députés font en route pour Léogane . Il a toujours
les mêmes motifs de terreur ; & frémit
de devoir veifer le fang des citoyens à la tête
defquels le Roi l'a place.
A cette lecture a fuccédé celle d'une adrefle
de Alemblée provinciale du nord de Sint-
Domingue , qui répete tout ce que les plus fages
orateurs dirent , dans le temps , contre le
fatal projet devenu décret le is mai ; fur
la réceffité d'une claffe intermédiaire entre
600,000 nègres & 60,000 blancs : elle impute le
décretà lignorance des localités , & à ceux qui
penfent que des colonies font plus onéreufes
qu'avantageufes à la métropole . L'Aflemblée
du Nordjure de maintenir l'exécution des décrets
des 8 & 12 octobre , & demande la prompte
révocation de celui du 1 mai , comme la violation
de l'engagement le plus folemnel.
Les commerçans de Bordeaux , réunis en
aflemblée générale , retracent dans une lettre
GI
( 154 )
:
qu'a luc M. de Sére les mêmes alarmes ,
les mêmes principes , préfagent le dernier excès
da'défcfpoir , & difent que les difperions, des
colons envers les Bordelois , menaçent Ja fic
vince d'une défolation épouvantable. Les colcnics
font perdues , fi l'on tente le moindre effort
Four fire exécuter le décret du 15 mai . Si le
préjugé qu'il attaque eft odieux à la philofophie ,
la néceffité exige ce préjugé , qui ceffe par- là
d'en être un , en loi fautaire , puifqu'il eft le
principe confervateur des colonics & du bien
erre de 5 à 6 millions de Francois ; il préferve
ful la France d'une ruine inévitable , d'une
diffolutien imminente .
Plas philofophes que tous les faifeurs de repréfentations
, les adminiftrateu : s de la Gironde
feant à Bordeaux , dénoncent cette pérition des
commerçans comme le fait d'une affemblée
irconftitutionnelle , atteftert que tous les patriotes
Bordelois penfent bien autrement : « Ces n'gocians,
difent- ils , ne voient jamais que leurs propriétés ,
Lurs créances , leur commerce. » Le directoire
propofe encore une armée , quoique la ville
eir imploré & reçu 800,000 de fecours ; ils fe
flattent de faire exécuter le décret da 15 mai
au grand triomphe du patriotifme & de l'égalité
fraternelle , exploit qui , felon cux , affurera
la gloire des giflateurs & la félicité jublique,
Un correfpondant affidé leur mende que le
décret eft parfaitement bien reçu , qu'on revient
des premières im ; refiions que les aristocrates
euls , ou les connie- révolutionnaires avoient
données ; enfin , que , fi l'on arrive e force , on
Je foutiendra. M. Monneron reçoit & lit aufli
quelques lignes pleines d'efpérance..
Les négocians du Havre tremblent qu'on ne
( 155 )
fe des colonies un valte tombeau , & de la
France l'affreux féjour de millions de malheureux,
furieux de fe voit privés de travail & de fabfiftance
, ou que le fang ne doive conier pour
fuccès d'une doctrine perfide d'une abfurde
métaphyfique .
>
le
Ce qui , dans ces lectures , favorifoit le
décret du 15 mai , étoit applaudi , le refte
ex.ioit de viclens murmures : le tout a été
remis au comité colonial .
Dujeudi , premier feptembre.
L'Affemblée a décrété que les députés élus
pour la prochaine légiflatare , feront , à leur
arrivée à Paris , inftrue leurs noms aux archives
nationales .
On eft rentré dans la difcuffion fur les conventions
nationales .
Après avoir décrété que les membres additionnels
fe retireront dès que la révision fera
finie , l'Affemblée s'eft occupée de la queftion
de favoir fi , les légiflatures délibéreroient fur les
articles à foumettre à la révifion , au commencement
ou dans les deux derniers mois de leurs
travaux. M. d'André craignoit que les gens à
'grandes vues , qui font les entendus , qui écri-
-vent & impriment , ne pailaffent, tout le temps
à difcuter la conftitution . Il a été décrété qu'on
ne délibérera far les articles conflitutionnels pour
voir s'il Y auroit lieu à réformation , que dans
les deux derniers mois des légiflatures , & que
les électeurs éliront d'abord les députés au corps
ligiflatif & enfuite les 249 députés additionnels ,
trois par département .
M. d'André vouloit encore que le Roi , en préfumant
le voeu de révision d'une légiflarure à ja A
G 6
1 156 )
giflature fubféquente , cût le droit d'y jeindre
Les obfervations . La question préalable s'eft
écrié M. Ræderer ; & MM. Biauzat , Prieur,
& de Tracy ont appuyé cette préalable . M. de
Beaumetz a dit que la conftitution doit exclure
le Roi de tous les cas où il n'agiroit pas comme
pouvoir , que ce feroit lui accorder indécemment
le droit d'être un pamphlétaire . M. d'André a
retiré la propofuion .
On a rappellé les deux liftes imprimées fug:
gérées par M. de la Fayette ; mais M. Camus
a fait fentir le danger de divifer les légiflatures
en deux partis , & de les indiquer au peuple.
La motion américaine reproduite par M. Prieur
a été retirée . M. d'André ayant paru craindre
que , dès le mois prochain , quelque membre de
la nouvelle légiature n'afpirât à fe diftinguer en
propofant des révifions , une rédaction de M.
Tronchet a nis bien vîte un préservatif infaillible
contre cet inconvénient , dans le décret déjà
rendu , en ces termes :
te Par les mêmes vues d'intérêt général qui
Font dirigée , & d'après la néceffité d'atendre les
leçons de l'expérience , l'Affemblée nationale décrète
qu'il ne pourra être fait aucune motion tendante
à la révifion de la conftitution , ni pris
Laucune délibération à cet égard dans la première
Tegiflature fubféquente & la fuivante .
Alors M. de Beaumer dont on connoit le
oyalifme , a lu une pièce oratoire :
La nation fatisfaite de votre conduite , ait
dit , s'eft réveillée en fouveraine ; elle a
étendu fon bras , & vos ennemis font difparus ...
Un élan du patriotifme François confomma ,
dans une feule nuit , plus de facrifices qu'on
auroit pu en efpérer de dix fiècles ... Les droits
1
( 157 )
de l'hemme confacrés vous ont permis de ne
mettre à vos combinaiſons politiques d'autres
bornes que celles indiquées par le defir de la
perfection... L'hiftoire... pciedra , avec les couleurs
qui leur conviennent , & les forfaits atroces
que vous avez détefiés , & ces traits fublimes
d'héroïfine & de vertu qui ont confolé vos coeurs
& juftifié l'espèce humaine ... Votre conduite fi
prudente ne s'eft point démentie dans vos relations
avec le trône . Au frontifpice de la conf
titution vous avez attaché la confervation de la
monarchie... Il importoit que la royauté ... ne
perdît rien dans l'efprit du peuple , de ce refpeét
& de cet amour dont il eft bon que toutes les
parties de la conftitution foient invefties... que
vous fuffiez fortifiés par une union étroite entre
vous & le trône... Lorfque les ennemis du bien
public , à force d'entourer le Monarque de perfides
confeils & de coupables terreurs , lui ont
arraché une fatale démarche ; dans un péril
extraordinaire vous avez trouvé affez de reffources
dans l'autorité qui vous appartient & dans fa
confiance qui vous environne ... Il ne feroit pas
généreux d'oublier que fi les repréfentans de la
nation furent convoqués , ce fur par le voeu de
Louis XVI... S'il n'a pu , légiflateur provifoire
, rendre dès - lors au peuple François l'intégrité
de fes droits , il a placé dans la double
repréfentation des communes le germe fécond
dont ces droits ne pouvoient manquer de renaître.
Rien ne peut effacer le fouvenir de cet acte de
juftice... fi la perfonne du Monarque eft dans
tous les temps inviolable & facrée , fon indépendance
eft , en ce moment , plus que jamais
le plus preffant intérêt de la nation ... Il importe
( 158 )
qu'elle foit évidente aux yeux de l'univers... Ce
n'eft Pas l'inftant de retracer ici votre puillance...
ceux - là chercheroient la compromettre qui
vous confeilleroient d'un développer ici un ufage
rigoureux ou un appareil inutile... On ne iefule
pas un trône offert par la nation Françoile
quand on fait quel prix incftimable cette nation
aimante & généreufe réferve au Monarque qui
refpectera lui-même & feta refpecter les loix. »
M. Fréteau a demandé que le projet de décret
qui a fuivi ce difcours , für adopté par accla
mation ; M. Lanjuinais a penfé qu'une délibé
ration froide feroit plus folemnelle .
Le fort de la conflitution et indépendant de
Louis XVI , a dit en fubftance M. Koberfeierre.
Nul doute qu'il n'accepte avec tranfport le trône
avec tous les avantages que nous y avons attachés
, le pouvoir exécutif , le veto fufpenfif,
des armées innombrables laiffées à fes ordres
un empire immenfe fur les corps administratifs ,
Te tréfor public groffi de tous les biens nationaux
à fa difpoficion , 40 milions deftinés à fes plaifirs
perfonnels. « Nous allons dire au Monarque ':
La nation vous offre le plus beau trône de l'univers.
Sa réponte ne peut être que je le veux
ou je ne le veux pas. Or , pour répondre à cette
question : voulez - vous être Roi des François ?
Je foutiens que le Roi fera toujours libre , dans
quelque licu qu'il fe trouve. »
L'opinant , concluant que l'état des chefes ' ,
& la fituation ou eft Louis XVI, n'avoient aucun
befoin d'être changés par fon acceptation , a fini
par demander que quiconque propoferoit la révocation
d'un décret conftitutionnel , fûr déclaré
traitre à la patrie.
ن ا و
Au milieu d'un brouhalia inexprimable de
1
( 159 )
débats , de démentis , d'applaudiffemens , & de
cris : aux voix , 'M. de Montlaufer eft à peine
parvenu à faire entendre ces paroles , au nom de
tout le côté droit . « Les formes fous lefqueftes la
délibération a été proposée & la délibération
elle- même , nous ont paru entièrement nenves ,
attentatoires à la dig é royale , & au gouvernement
monarchique ; en conféquence nous demandons
acte de notre filence . » Des murmures
ont couvert fa voix , & l'on a décrété les arè
ticles faivans du projet de M. de Beaumetz :
« Arr. I. Il fera nommé une députation pour
préfenter l'acte conftitutionnel à l'acceptation du
Roi. »
1
« Le Roi fera prié de donner tous les ordres
qu'il jugera convenables pour fa garde & pour
la dignité de fa perfonne. »
III. Si le Roi fe rend au voeu des Frånçois
en adoptant l'acte conflitutionnel , il fera prie
d'indiquer le jour & de régler les formes dans
lefquelles il prononcera folemnellement , co préfence
de l'Affemblée nationale , l'acceptation de
la Royauté conftitutionnelle , & l'engagement
d'en remplir les fonctions. »
Du vendredi , 2 Septembre
Au moment de la lecture de te conftitution
nel , M. Malouet a cru deyeir inviter l'Alvinblée
à ne pas tomber en contradiction . II a cité
ne adreffe préfentée par elle au Roi le 9 juillet
1789 , où il étoit dit : « Vous nous avez appellés ,
» Sire pour fixer , de concert avec vous , la
» conffitution du Royaume , vos voeux feront
> accomplis . Si vous ne lui affez aujourd'hui
d'autre alternative que cele de la fimple acceptation
ou du refus , a demandé M. Maboter , Re
( 160 )
Roi ne fera-t-il pas fondé à vous représenter cet
acte folemnel configné dans le procès - verbal ?....
Un vacarme horrible a interrompu l'honorable
membre. On crigit : à l'ordre du jour. Vous cus
bliez le 14 juillet , a dit M. Chabroud. L'Affemblée
eft patiée à l'ordre du jour , & les galeries
ont célébré ce triomphe per des applaudiffemens
inouis . M, Malouet a fixé fur elles le regard de
l'homme d'honneur que de pareils procédés indignent
toujours , les applaudiffemens ont redouble
dans les galeries & dans le côté gauche .
Sur la propofition de M. Pifon du Galand , on
a décrété , fans débats , les titres IV. & V de la
loi relative à l'adminiſtration foreftière , concer
pant les fonctions des gardes & des infpecteurs.
Enfuite M. Thouret a lu l'acte conftitutionnel auquel
il a été ajouté deux articles portant :
« Il fera établi des fêtes nationales paur conferver
le fouvenir de la révolution françoife , entretenir
la fraternité des citoyens & l'amour des
Loix. »
« Il fera fait un code de Loix civiles communes
à tout le Royaume .
גכ
L'article qui déclaroit qu'il étoit de l'intérêt de
la nation de ne point avoir de convention nationale
avant 30 ans , a pâru contredire les articles
relatifs aux Alfemblées qu'on a nommées révifantes
. Dans le cours d'une longue difcufion , M. de
Beaumetz a dit que la fugeile des moyens employés
par l'Affemblée pour affurer une amélioration
douce & lente à la conftitution , faifoit defter au
comité que l'idée d'une convention nationale filt
entièrement éloignée fauf le droit imprefcriptible
qu'a la nation , d'en convoquer quand elle le
voudra. On a propofé d'inviter la nation à n'ufer
que de révifion ; cette invitation mife aux yoix',
.6
( 161 )
après deux épreuves douteuses , le préfident á kvé
Ja féance .
Du famedi fetembre. 3.
On n'a cru ni déplacé de lire , ni fuperflu de
renvoyer au comité colonial une adrefle d'une
vingtaine de patriotes du Havre , qui s'élèvent
contre les milliers de fignatures de commerçans
du Havre , de Nantes , de Bordeaux , & réclament
énergiquement le maintien du décret du
15 mai dernier , fur les gens de couleur .
M. Pifon du Galand a fait décréter le titre VI
de l'adminiftration foreftière , des fonctions des
confervateurs , & M. Thouret a reproduit l'atticle
d'iavitation, telatif aux conventions à différer
au moins de 10 ans , article décrété hier , &
remanié depuis , enfin rédigé définitivement en
des
ternies :
L'Affemblée nationale déclare que la nation
a le droit imprefcriptible de changer fa confli
tution , & néanmoins confidérant qu'il eft plus
conforme à l'intérêt national d'ufer feulement par
des moyens pris dans la conftitution , même du
droit en réformer les articles dont l'expérience
auta fait fentir les inconvéniers , décrète qu'il y
fera procédé par une affemblée de révifios , dans
la forme fuivante . »
On a demandé violemmert à aller aux voix.
Une partie de la gauche a fommé le préfident
de fermer la difcuflion , & la rédaction de M.
Thouret a été adoptée .
Sur la propofition de M. Régnault de S. Jeand'Angely
, Alèmblée a déciété l'une des idécs
éclofes dans l'efprit de M. Frochot , que les
déparés réviseurs juteront de fe borner à la révilion
, défgnée par le veu uniforme des trois
( BG2 )
Hégiatures ; & Pos y a ajouté que l'exercice de
ce nouveau pouvoir , ne fera pas foumis à la
fanction .
Roi
M. de Saint-Martin a reprefenté qu'il étoit
Très important, que le droit de faire grace fit ôté au
par un décret conftitutionnel. « Mais fi la lér
giftature retire ce droit délégué aux jurés , l'an
ticle conftitutionnel ne pouvast are changé , le
droit de faire grace , objectoit M. Troncher,
n'exiſteroit ainfi nelle part . I eft véritable
dans la nature même des chofes , a dit M. Lar
juinais , que le Roi ne doit point avoir le droit
de faire grace. Si la légifnure l'ôte aux jurés,
reftera toujours affez de moyens légaux d'exercer
le droit d'équité. »
Nos lecteurs favent d'avance tout ce qu'a
débité , far cet objet , M. Roberfpierre . Mais la
dextérité légiflative de M. Dport, n'est pas
facile à deviner , parce qan moment où l'on
agira cette queſtion , i Licourut très -fortemen
contre l'attribution à la Couronne du droit de
faire grace.
Lorfque vous avez , a-t -il dit , décréré un
mode de jarés qui contredit & liafitution des
jurés d'A. giererte & celle des jurés d'Amérique ,
le comité ne peut prendre for fa refponfibilé.
Tuffemblée ne peut prende for el'e de faire
un article conftitutionnel de cette inflitution
foute nouvelle & non éprouvée par l'expérience ,
ces jurés font pourtant le feul maye de plus
d'une loi conftitutionnelle décrétée , & aucune
des innovations dont elles abondent n'a fubi
F'épreuve de l'expérience . ) St l'on vous dit
que le Roi pourra faire grâcé , il faudra dire
auf que corps légiflrif , que les juges ne
pourront faire grace... Je demande qu'on palle
à l'ordre du jour, » On y cit paffé .
( 183 )
A l'unanimité de la partie gauche ; & aus
applaudiffemens redoublés des galeries , le côté
droje ne prenant aucune part à la délibération
laffemblée a décrété, que l'acte conftitutionnel
eft clos & qu'il n'y fera fait aucun changement.
M. d'André a propofé de le porter au Roi ,
le foir même. M. Riederer demandoit une
députation de 83 membres à caufe des 83 dépar+
remens ; M. d'André n'en a voulu que 60 , &
la députation de 60 a été décrétée , ainfi que
le prompt envoi de l'acte imprimé à tous les
corps adminiftratifs. On a décrété auffi que
les membres de l'aflemblée ne pourront s'abfenter
fans congé . Un membre a defiré que l'orateur
de la députation communiquât d'avance à l'affe::
blée le diftours qu'il devoit adreffer au Roi.
Mais M d'André a penié . que ce feroit bien
aftez d'annoncer tout fimplement au Roi l'objet
de la miffion . Point de difcours , point de difcours
, s'eft-en- écrié du côté ganche avec un
emportement indicible. La lifte a été faite
on n'y a compté que M. Malouer du côté droit z
* le préfident a levé la féance.
Du Dimanche , 4 Septembre .
M. de Girerain a réclamé par une lettre
adreffée à l'Affemblée nationale , le droit de
conferva: dans la terre d'Ermenonville les cendres
de J.-J. Rouffeaus « Je remplis religieufement
fes intentions , s'écrie-t-il, C'eft dans le jei de
la nature ifolée des pervers qu'un monument lui
a été élevé par les foins de fon ami. Les obfeques
ont été faites fuivant les rites de fon pays
en préfence de plufieurs citoyens de Genève. Il
en a été dreffé un acte civil , dépofé au greffe d'Epmenonville.
Dans ce circonftances , je crois que
d'on ne peut , fans bieffer la loi parurelle , la loi
( 164 )
33
civile , la loi religieufe & le droit des gens ,
contrevenir aux voeux d'un homme & d'un étran
ger, relativement au lieu qu'il a marqué luimême
pour le repos de fes mânes . »
Selon M. Regnault de Saint-Jean- d'Angely,
les repréfentans de la nation feuvent faire exhu
mer les morts de par- tout pour les transférer au
Panthéon national. Cette fuperbe opinion a été
accueillie de longs murmures défapprobatifs , &
Pon a renvoyé la lettre au Comité de Conftitution
, qui furvit à la fin de fon ouvrage.
M. Thouret a pris la parole , & a dit:
la députation que vous avez nommée hier pour
préfentcr l'acte conftitutionnel au Roi , a rempli
fa million. Elle partit d'ici à 9 heures du foit ,
& fe rendit au château avec une efcoite d'honneur
, compofée d'un détachement won.b.et : de
Ja garde nationale Parifienne & de la gendar
merie nationale, » »
« Nous marcbâmes, au milieu des applauditfemens
du peuple . Nous fumes reçus dans la
chambre du confeil cu le Roi s'étoit rendu . I
étoit accompagné de SES miniftres & dé ple
fieurs autres perfonnes . En lui préfentant l'acte
conftitutionnel , nous lui dîmes : "
SIRE , les Repréfentans de la Nation vienent
offrir à l'acceptation de Votre Majefté , l'Ace
conftitutionnel qui confacre les droits imprelcriptibles
du peuple François , qui mainticat la
vraie dignité du trône , & qui régénère le gou
vernement de l'empire 33.
« Le Roi reçut l'Acte conftitutionnel , & nous
répondit : »
« Meffieurs , je vais examiner la Conftitution
que l'Affemblée nationale vous a chargés de me
préfenter. Je lui ferai connoître ma réfolution
après le délai le plus court qu'exige l'examien d'un
( 165 )
objet fi important . Je me fuis décidé à refter
à Paris & je vais donner au commandant- général
de la garde Parifienne , les ordres que je
croirai convenables pour le fervice de ma garde. »
«Le Roi avoit l'air fatisfait . Nous revinmes
à la falle dans le même ordre que nous en étions
partis . Comme plufieurs de nos collègues & un
certain nombre de citoyens y étoient reftés , je
me fis un devoir de les inftruire de ce qui venoit
de le paffer , parce que j'étois perfuadé que la
publicité ne pourroit trop tôt exifter . Par tont
ce que nous avons vu , par tout ce que nous
avons entendu , nous pouvons annoncer que tout
pronbftique que l'achèvement de la conftitution
fera auffi le terme de la révolution .
On a configné ces faits mémorables dans le
ptocès -verbal , & dépofé fur le bureau la réporfe
du Re , écrite de la main de Sa Majefté. La
féance s'eft terminée par la lecture & l'admiffion
des neuf derniers titres de l'adminiftration
foreftière.
Depuis Dimanche , le jardin & le château
des Tuileries font rouverts au Public.
Ce jour- là , le Roi & la Reine affiftèrent
à la Meffe , en préfence d'un grand nombre
de Spectateurs , dont quelques- uns crièrent ,
vive le Roi , pourvu qu'ilfigne. On n'a pas
apperçu de trifteffe fur le vifage de Leurs
Majefté , qui paroiffent confidérer leur
détention de deux mois , fous le même
afpect que M. Louis de Noailles ( 1 ) ,
⋅ ( 1 ) Dans un rapport militaire , hiftorique ,
politique & diplomatique , fait Lundi à l'Affemblée
nationale par ce Député.
( 166 )
c'eft a dire , comme un voyage dont Elles
font de retour. L'opinion univerfelle pré
fage Pl'acceptation du Roi , non pas pure
& fimple , mais dans le ftyle du difcours
du 4 Février 1790. On annonce que S. M.
déclarera qu'obéiflant au vou de la Nation ,
Elle lui facrifie fes doutes précédens , fa
DéclarationduzoJain, & les intérêts publics
qu'Elle avoit cru devoir défendre jufqu'à
prefent ; que de tous les Décrets rendus ,
Eile demande la révocation d'un feul , celui
qui prive quelques Intrigans du jour, des
places du Minitère , en les déclarant in
compatibles avec les fonctions de la Lé
flature prochaine , & des fonctions ex
pirantes du Corps Conftituant. On ajoute
que la feule condition mife par S. M. à
fon acceptation , eft une Amniftie en faveur
des Perfonnes qui fe font facrifiées pour
Elle ,en concourant à fon voyage ; mais
que par forme de compenfation , Elle
invoque la même clémence pour les Pré-
Venus , pourfuivis à raifon de l'affaire du
Champ- de- Mars.
7
Ceft à Jeudi ou Vendredi qu'on fixe la
date de ce Difcours , que le Roi prononcera
à l'Affemblée nationale , en recevant
la Couronne , à-peu -près comme la regut
Pharamond. Sans doute , S. M. a mûrement
réfléchi fur l'engagement folennel
qu'Elle va contracter , engagement auquel
il ne feroit plus permis de manquer , fats
A 167 )
dégrader la dignité Royale , & fans fe
jouer de ce qu'il y a de plus facré parmi
les hommes , puifqu'il réfulteroit d'une détermination
motivee , puifqu'on feroit mal
fondé par la fuite , à alléguer la contrainte ,
qu'aucune force humaine ne pouvoit impofer
à l'entendement , à la volonté raifonnée
de Louis XVI.
En rapportant ces Verfions courantes fur
les prochaines réfolmions du Roi , nouș
n'entendons pas en accréditer la vérité : au
contraire , on doit en foupçonner l'inexactude.
Nous croyons pouvoir annoncer
prefque polnivenient , que , S. M. n'ira
-point cette femaine à l'Allemblée nationale
, que la forme fi importante do fon
acceptation & le caractère de fa réponſe
font préfumés trop légèrement , enfin , que
des circonstances imprévues & poflibles,
influeront peut-être fur cet acte décifif &
irrévocable.
Le Corps Diplomatique étranger qui ,
- pendant la captivité du Roi , s'étoit abftenu
de toute préfentation an château des
Tuileries , y a reparn hier , Mardi , avec
affez d'éclat : la Cour d'ailleurs fut nombreufe
, fur- tout en femmes...
M. Malouet , ainfi qu'on l'a vu plus haut ,
avoit été nommé , feul du côté droit , Membre
de la Députation quí a remis à S. M. l'A &e
Conflitationnel ; mais il a décliné cet honneur ,
& n'a point paru à la Députation : fes dernières
( 168 )
opinions fur la néceffité, du concours libre du
Roi à l'oeuvre de nos Loix politiques , ont dicté
fa conduite & la juftifieut . Le Journal général
de France s'eft trompé , en affirmant le contraire ,
& il a eu plus grand tort de motiver ſon erreur,
par la raifon que M. Malouet n'a jamais été
franchement attaché à aucun des deux Partis qui
divifent l'Affemblée. Eft - ce une cenfure , ou un
éloge , que cette obfervation du Journaliſte ? Je
ne lais files Commettans de M. Malouet l'avoient
député aux Etats - Généraux , pour y arborer
l'aigrette blanche ou noire ; mais je fais qu'ils
lui avoient remis des Cahiers dont il ne s'eft
pas écarté un feul inſtant . Or , c'eſt à celui qui
fera refté fidèle au parti de fes Mandats , que
la France attachera fon eſtime fans avoir
befoin pour cela des claflifications des Journafiftes.

Le Corps Electoral de Paris , divifé
comme le côté gauche de l'Affemblée
nationale , ballotte au fcrutin des Jacobins
ou des Feuillans. La prodigieufe activité
des Candidats correfpond en général à
celle des Electeurs. Les premiers choix font
tombés fur MM . Garran de Coulon , connu
par l'exercice de fon Miniſtère dans le Comité
des Recherches , de la Cépède , Naturaliſte
, qui de la garde du Cabinet du
Roiseft fubitementarrivé aux plus hautes régions
de la Politique ; Paftoret, Procureur-
Syndic du Département de Paris , Cerutti ,
ex - Jéfuite Piémontois , célèbre par 112
Pamphlets pour ou contre la Révolution ,
&
( 169 )
C
& par les injures qu'il a prodiguées
au Clergé , à tous ceux qui , à mon
exemple , faifoient peu de cas de fes brochures
à deux mains : MM . Beauvais de
Preau , Médecin , & Bigor de Préamenu
font les derniers nommés . M. Brif
fot refte encore à la sporte , & n'a pu
obtenir que 173 voix : fes partiſans néanmoins
lui promettent l'Election , tandis que
fes ennemis , qui certes ne font pas ces
Ariftocrates dont il s'eft fait le délateur , le
perfécuteur , i affallin moral le plus acharné ,
mais bien de bons & vigoureux Patriotes
comme lui , le gratifient chaque matin d'un
Libelle diffamatoire , pour l'écarter de
Election. Norsine favons pas fi ce fontlà
de bonnes actions ; mais affurément elles
ne font pas belles.
Nous indiquerons les choix des Dépar
teens , lorfqu'ils nous parviendront avec
exactitude. On affure qu'à Blois , on a
nonimé un Pêcheur , nommé Chabou ,
auquel fes exploits révolutionnaires dans
genre vif , ont fait une grande réputation
, & un ex- Capucin fougueux , devenu
Grand-Vicaire par la grace de M. l'Abbé
Grégoire.

Les lettres de Vienne , du 25 Août , nous
inftruifent que la paix entre la Porte &
la Ruffie a été fignée le 12 Août , ( nouveau
ftyle ) dans le Camp du Grand- Viur ,
N°. 37. 10 Septembre 1791. H
( 170 )
aux conditions arrêtées entre l'Impératrice
& les trois Puiffances Médiatrices .
Ceux qui écriront , dans l'avenir , l'hiftoire
de la Révolution , en faifiront fans
doute un caractère , fur lequel l'attention
des Obfervateurs a trop légèrement glulé,
& qui attefte la profonde habileté des
Machiavélites , auxquels a été confié le
foin d'en pervertir le but , & de la déshonorer.
Au moment où le Peuple ronipit fes
chaînes , & méconnut toute autorité ,
il
étoit peu étonnant qu'il exerçât des actes
de fureur ; il l'eût été beaucoup , qu'à l'inf
tant d'une diffolution de tous les freins il
reftât feul modéré , & docile à fa Justice
naturelle ; mais fes vengeances fembloient
devoir s'adreffer à ceux dont il avoit le
plus long-temps , le plus durement éprouvé
Poppreffion , & que le cri public lui dénonçoit
depuis un demi- fiècle . C'eſt le
régime fifcal qui accabloit de fa peſanteur
les villes & les campagnes : les exé-
-cuteurs de ce régime odieux , les Percep
teurs de l'impôt , les Commis aux Aides ,
les Préposés aux Recettes publiques , les
Surveillans , les Juges de la contrebande ;
enfin , l'armée innombrable des Gens de
Finances , dont les vexations de détail fatiguoient
chaque jour la misère des Familles
-pauvres & des payfans , avoient tout à
craindre du défefpoir mis en liberté. V
( 171 )
:
Eh bien ! par une manoeuvre digne de
grands Maîtres , on a détourné le reffentiment
du Peuple de ces têtes dévouées ,
en marquant d'autres victimes à fa férocité:
les Maltotiers déteftés de la multitude ont
échappé à fes Lanternes , & les Directeurs
des exécutions ont précipité les tigres fur
la Nobleffe qui les nourriffoit , fur les
Eccléfiafti ques qui foulageoient leur misère ,
& qu'ils regardoient comme leurs confolateurs
.En prenant l'exception pour la règle ,
ileft fort aifé à un Agitateur de mauvaiſe
foi , de repréfenter tous les Nobles comme
des fang fues , & tous les Pafteurs comme
des fripons ce nienfonge n'empêche pas
que , fur cent Propriétaires qualifiés ,
quatre - vingt n'étoient connus de leurs "
Vaffaux que fous des rapports de bienfaifance
; que le château fourniffoit des
alimens dans les maladies , des aumônes
plus ou moins abondantes chaque année ,
des travaux continuels , des places aux Enfans
, des recommandations utiles aux Pères ,
& des répis dans les paiemens des rédevances
, en cas de détreffe particulière , ou
de calamité publique. La Nobleffe des
Provinces habitoit fes terres une grande
partie de l'année , & y dépenfeit par conféquent
une fomme confidérable de fes
revenus. J'admets la dureté de quelques
Intendans domeftiques , l'infolence de la
Valetaille , & quelquefois les hauteurs trop
H 2
( 172 )
impérieufes des Maîtres ; ces torts particuliers
ne balançoient point les avantages infinis
qui réfultoient de cette clientèle , de
ce Patriarchat entre le Seigneur & fes Vaffaux.
On n'avoit pas befoin sûrement d'une
Révolution fanglante , pour faire difpa
roître les abus de cette Inftitution ; abus
bien peu onéreux aux campagnes , en comparaifon
de tant d autres fous lefquels elles
gémiffoient , & fpécialement des exactions
des gens de Loi , qui ont remplacé les
Gentilshommes dans la faveur de la mul
titude .
Quelques Eccléfiaftiques fcandaleux ,
quelques Abbés diffipateurs , quelques
Curés tracaliers n'empêchoient pas la
grande pluralité des Palteurs , à commencer
par les
Prélats
, d'être aux yeux du
Peuple des Magiftrats de Morale , des Cenfours
refpectables des Solliciteurs de
charités , des hommes dévoués par état ,
par confcience , par habitude , par intérêt
même, à fecourir yournellement l'indigence
& le malheur. Quiconque a préfenté le
Clergé de France en général , fous des
couleurs différentes , a été le plus crimi
nel des calomniateurs , car il a détruit pour
jamais l'empire inestimable de la bienfaifance,
infpirée par la Religion.
Il convenoit aux grands Machiniftes de
la Révolution ' , d'oublier la Finance qui
tomboit d'elle - même , & d'écraser la No(
173 )
*
bleffe & le Clergé. Auffi- tôt , les Pamphlets
& les brigands ont été détachés ;
on a lâché les Payfans contre leurs bienfaiteurs
; on a réprimé toute vengeance
étrangère à cette grande entreprife ; on a
éveillé la cupidité , en même-temps que la
fureur ; on a appris aux campagnes qu'en
aflaffinant leurs Seigneurs , & en incendiant
les châteaux , elles fe délivreroient des titres ,
& qu'ainfi le Peuple feroit libéré de fes
dettes légitimes
.
Ii
Il y a plus j'affirme comme un fait
dont j'ai recueilli des preuves multipliées ,
c'eft qu'en enibraffant les excès de la Révolution
, plufieurs Propriétaires vexateurs ,
& haïs ont fauvé leurs héritages ; c'est que
les crimes des Payfans , rendus féroces , ont
eu pour objet les Seigneurs même qui les
avoient comblés de bienfaits : jamais l'ingratitude
ne déploya plus de noirceur , &
cette ingratitude avoit été commandée par
les favans Artiftes , qui craignoient l'empire
de la reconnoiffance dans le coeur des
Vaffaux , & par conféquent un obstacle
à leurs grands deffeins.
Le même motif fit déchaîner la mul
titude contre le Clergé : on redoutoit , on
youlut écrafer tout ce que le Peuple étoit
habitué à aimer & à refpecter : telle fut la
caufe certaine de la lapidation de M. l'Ar
chevêque de Paris , par des forcenés au
foulagement defquels il avoit facrifié , l'hi-
H.3.
( 174)
ver précédent , fa lortune entière & celle de
fa Famille. Les Proteftans des Provinces
méridionales , qui depuis 40 ans ne devoient
au Clergé catholique que de la
retonnoiffance , font généralement accufés
d'avoir fervi à le perfécuter , d'après
les inftigations de quelques- uns de leurs
Miniftres ; fi cette accufation que les horribles
fcènes de Nîmes , d'Uzès & Montauban
, ont légitimement accréditée , n'eft pas
une erreur , les Proteftans ont perdu l'avan-"
tage dé fe plaindre , de l'affreufe intolérante
dont ils furent les victimes au dernier fiècle . "
Après avoir ainfi exterminé en gros le
Clergé & la Nobleffe , on a travaillé à les
battre en détail , & les Ordres anéantis , on;
eft affé aux individus. Les fimples Pafteurs
font pas été plus ménagés que les Evêques.
Un Serment laiffé libre par la forme , &
rendu coactif par le fait , a abrégé la ruine
de ces Inforturés , & 40 mille Citoyens
ont été , fans délit, fans jugement , de
darés coupables de forfaiture; ils ont perdu
leur état , gagné par les fueurs d'une vie
entière , & par la pratique des plus labo
reufes vertus. Un dernier refte d'équité
leur a-t-il fait conferver une penfion, fort
au-deffous d'un fubfide alimentaire On
en a foumis le paiement à la difcrétion
d'Adminiftrateurs qui , tantôt ont prétexte
leur impuiflance , tantôt les Décrets
britatifs , tantôt les décifions arbitraites
*
( 475 )
Edam Comité . Enfin , pour le délivrer plus ,
vite du fardeau de cette dette facrée , des
Départeniens ont imaginé de faire du
Serment un acte obligatoire , d'intituler en
conféquence , Prêtres Refractaires , tous
les Non -Conformiftes , & de les chaffer
comme des Coupables . Par une dérifion :
vraiment facrilege , on a joint la calomnie
à l'inhumanité ; on nous a peint ces Eccléfiaftiques
plongés dans le deuil , la misère
& l'humiliation , comme des fanatiques
entreprenans : à l'inftant où la barbarie leur
prodiguoit les plus infames traitemens , des
Corps Adminiftratifs , des Ecrivailleurs ,
des Repréfentans du Peuple , appelloient
fer eux une plus grande férocité, Les outrages
qu'ils effuyent dans les Provinces méri
dionales, où la haine des Proteftans a fecondé
celle des Prêtres Conftitutionnels , font
des monumens du mépris des Loix , & de
l'audace de la tyrannie.
I n'échappera à aucun homme impurdal
, qu'au milieu de cette oppreffion , qu'au
milieu de tant d'accufateurs hypocrites, qui
l'autorifent par le reproche de fanatifme &
de révolte , il ne s'eft pas encore manifeſté
on feul acte de réfiftance . Des délateurs , des
Municipalités gouvernées par les Clubs ont
fait jetter dans les cachots un grand nombre
de non-jureurs ; ils en font tous fortis , ou
Hy gemiffent encore ,fans jugement , &
aul Tribunal n'a trouvé de coupables.
( 176 )
Le ferment & fon interprétation ont
fervi à renouveller_l'Eglife entière , & à
dépouiller tous les Titulaires : le ferment
a diílous de même la Marine & l'Armée .
Ce n'étoit pas allez d'avoir armé les Soldats
contre leurs Officiers , par deux ans de manoeuvres
infatigables ; ce n'étoit pas affez
d'avoir rompu tous les liens de la difcipline,
fufcité les rébellions , abfous les attentats,
& récompenfé les Soldats de leur licence ,
en leur faifant un devoir civique de l'ingratitude
& de l'immoralité . A l'honneur de
de l'armée , beaucoup de Corps repouffoient
encore la féduction & les féducteurs : cette
bonne conduite étoit le fruit du zèle héroïque
des Officiers , de leur patience , de leur
courage inébranlable.
Eh bien ! pour rendre inutiles ces efforts
& aggrandir la plaie , on follicite l'entrée
des Clubs aux Soldats : des Généraux , oui
des Généraux portent eux-mêmes cette demande
; ils en repréfentent l'obtention ,
comme le prix mérité des vertus actuelles
de la milice : ils phrafent fur la fublimité du
fpectacle de ces Soldats Légiflateurs & Citoyens,
allant prendre à la fource des lumières
, du bon ordre & du civifme , l'ef
prit de régénération & les vrais devoirs de
leur état. Le Miniftre de la guerre s'empreffè
d'adopter ce grand moyen de force & de
difcipline : il envoye l'Armée à l'école des
( 197 )
Clubs ; un Décret légitime la perte de
notre puiffance Militaire.
Alors chaque régiment fe partage en
Clubiftes & en non Clubiftes ; c'eft de la
Société Patriotique du lieu , que le Soldat
reçoit fes ordres & fes impulfions : une
Cour Martiale s'élève dans ces Comités
pour juger les Officiers , far les délations
dictées de leurs , Soldats : toute trace de fubordination
s'évanouit ; des défordres affreux
fignalent cette régénération civique ;
unrégiment devient une arène , où l'Officier
hors d'état de contenir le Soldat par les loix
de l'honneur & de fon état, ne peut plus
effayer fon autorité légitime , fans commettre
fes jours : bientôt la rébellion de
vient la règle tête levée , elle chaffe les
Supérieurs , ou exige impérieufement leur
renvoi . Ces mêmes Soldats qui regardoient
conime une injuftice , la cartouche jaune.
qui les renvoyoit fans jugement , s'attribuent
le droit de ravir fans formes les emplois des
leus Officiers.
Tel fut le fpectacle qu'offrirent autrefois
les Légions Romaines dans la décadence de
l'Empire , & qu'offrent aujourd'hui les Milices
indifciplinées des Orientaux.
"
Ceft à l'inftant , néanmoins , de cette
fubverfion , lorfque les Officiers en butte
a mille outrages , à la diffamation , à un
danger de chaque jour , pourfuivis par les
Clubs & par des Soldats égates , faifoient!
( 178 )

des prodiges de prudence & d'intrépidité ;
lorfqu'avec une ftoïque perfévérance , ils
dévoroient le mépris de leur autorité , pour
en conferver le fimulacre ; lorfqu'enfin ils
foutenoient par une vertu de chaque jour .
& les affauts de la corruption , & les efforts
des corrupteurs , & le délire des Soldats pervertis
, pour ramener la fidélité chancelante
des Soldats foibles , c'eft alors qu'on les a
Aétris du fceau de la défiance , en leur impofant
un nouveau ferment . A peine l'avoient-
ils prêté , qu'une troifième formule
leur a été commandée , ainfi que l'ordre
d'abjurer le Roi . Plus de fix mille d'entre
eux ont alors abandonné les Drapeaux de
la République : ils n'ont vu dans la continuation
de leurs fervices qu'une continuation
de fouffrances , & là bravoure ne
fupporte point celles de l'honneur.
Parmi ceux que la crainte d'une cataſtrophe ,
& le defir louable de préſerver la fûreté des lieux
de leur cantonnement , ont déterminés au Serment,
un grand nombre ne l'a prêté que comme un
engagement provifoire ; ils ont déclaré folemnellement
cette reftriction , & leur foumiffion
exclufive à la Nation , à la Loi , & au Roi. Le
Serment Républicain n'ayant point été révoqué ,
divers de ces Corps d'Officiers donnent fucceffivement
leurs démiffions . Tels font en particalier
, ceux des régimens de Lorraine , d'Aqui
taine , de la Reine , de Languedoc , Infanterie ,
de Berry , Cavalerfe , & plufieurs autres quinous
( 179 )
ont fait parvenir leurs déclarations , à M. Duportail,
ou au Préfident de l'Aſſemblée Nationale .
Plus des deux tiers de l'armée eft , ou va fetrouver
fans Officiers ; point de jour ou quelques- uns
d'entre eux ne réfignent , ou ne fuient dans l'Etranger
. Pendant la vacance du Trône , le Miniftre
de la Guerre s'eft cru permis de diftribuer des
Régimens , fans l'autoritation du Roi ; cette hardicife
n'a pas été heureufe ; M. Duportail a eu
la mortification d'effuyer un grand nombre de
refus , par lefquels on lui a rappellé qu'il n'étoit
pas le Roi des François . M. de Clermont- Tonle
Député de Paris , a ainfi décliné l'honneur
que lui faifoit le Miniftre de la guerre.
M. le Chevalier de Mefgrigny , nommé Colonel
au 43. régiment d'Infanterie , a pris le parti
d'écrire au Roi la lettre fuivante :
nerre ,
SIRE,
« J'ai l'honneur de mettre fous les yeux de
Votre Majefté , la copie d'une lettre que je
a viens de recevoir de M. du Portail ; comine
« elle n'énonce pas les ordres de Votre Majefté ,
je les attendrai avec reſpect & foumiffion ;
& je renouvelle aujourd'hui , Sire , en loyal
* Chevalier le ferment de fidélité que vous doit
tout bon François . & c. &c.
CC

Un Courrier extraordinaire arrivé de
Blois , Dimanche dernier , avoit laiffé cette
ville dans la plus déplorable fituation. Elle
eft occupée par ce régiment de Beauce que
M. Freteau dénonça l'autre jour , comme
ayant vendu dans fa route fes habits & fes
armes , pourfournir à fes débauches. Suivant
( 180 )
les lettres dont on nous a rapporté la fubf
tance, M. de Chabrillant qui commandeà
-Blois , avoit fignifié au régiment défor-
'donné , le dernier Décret de l'Affemblée
nationale touchant la difcipline militaire.
Cette notification ayant été infructueuſe ,
& le Régiment s'étant appuyé fur l'autorité
& les bonnes graces du Club Jacobite , le
Commandant a fait entrer un autre Régi
ment , qui pafioit dans le veifinage , fans
doute pour faciliter l'exécution du Décret.
Authi-tôt le Club a dépéchéune Députation
à la Municipalité , qui , dit-on , a tergiverfé ,
puis obei : le Commandant a refifte, on la
profcrit , le tochina fonné , & les Villages
accouroient en armes à la Ville , au moment
où M. de Chabrillant a expédié fon Courtier.
Les Numéros fortis au tirage de la Lote
rie Royale de France , du premier Septembre
font : 17 , 18 , 53 , 37 ,
aked .
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 17 SEPTEMBRE 1791 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
COUPLETS
A MADEMOISELLE
Air : Avec les jeux dans le Village , &c.
D'UNE Fête
Patriotique ,
Vous qui fecondez les apprêts ,
Ah ! d'une Couronne Civique
Que ne puis -je orner vos attraits !
Heurenx , dans votre ame attendrie ,
Trop heureux qui faurait , un jour ,
Au noble amour de la Patrie
Faire allier un autre amour !
N°. 38. 17 Septembre 1791 .
E
86 MERCURE
Les Graces , pour votre parure ,
Sous vos pas font naître les fleurs :
Vous uniffez à leur ceinture
Ce beau Ruban aux trois couleurs.
Pour être vraiment Citoyenne ,
Il est encore un sûr moyen :
Jeune Eglé , qu'il vous en fouvienne ,
Rendez heureux un Citoyen.
( Par M. Benoît Lamothe, }
PROJET DE GRAMMAIRE.
DESES tu , des vous
Je m'en vais faire
Une Graminaire
Pour les Amans & les Epoux.
Plus de vous avec fa Bergere ,
Plus entre femmes & maris ;
ITEM , plus de vous entre amis
De frere à frere,
De pere à fils .

A moins qu'on ne foit en colere .
Tous ces vous là , je les maudis .
" Ils ont polis :
Mais quand on s'aime ,
Les tu , les toi fent fi jolis !.
Sont fi gentis !
Je gage même
Qu'on le tutoie en Paradis.
( Par un Abonne. )
DE
FRANCE. 87
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
Emot de la Charade eft Defcartes ; celui
de l'Enigme eft Eventail ; celui du Lógogriphe
eft Erable.
CHARADE.
SUR
l'albâtre de mon
premier ,
Je vois flotter les cheveux de Glicere ;
Un petit animal vous offre mon dernier ,
Et mon tout fert à la Laitiere.
( Par M. Lhomandie ,
d'Angoulême . ).
ÉNIGM E.
.
COQUETTE de nos jours, je ſuis bien votre imago,
Si-tôt que le Printemps
m'accorde une faveur ,
Chacun me fait fa cour ; quand je perds ma fraîcheur,
Le mépris devient mon partage.
Mes
appas
Je reçois comme vous l'hommage du moment.
En quelques points nous différons pourtant ;
font voilés fous l'ombre du myftere;
Je fuis fimple , fans ornement ,
Et j'incline ma tête
humblement vers la terre
A l'afpect du Berger que m'adreffe l'Amour
Dans un bofquet ma conquête eft facile ;
?
E 2
83 MERCURE
Mais pour me polléder on m'achete à la ville ;
Il femble que je prends les mceurs de ce féjour.
Par un Abonné. )
LOGOGRIPHE..
ES cuifines , des champs je fuis un uftenfile ,
Utile d'autant plus que je fuis peu fragile.
Lorſqu'avec mon pareil on me voit fuſpendu ,
Li's enfemble , alors nous changeons de vertu .
Nous rendons au Public juftice fans parole ,
Nous nous contredifons pourtant pour une obole .
On trouve en mes fept pieds ce que n'ofe ha´arder
Le fainéant poltron qui craint , fuit le danger ;
Une ville où naquit un grand & bon Monarque ;
L'élément fur lequel nous voyageons en barque ;
Un petit animal qui , croit-on , ne voit pas ,
Et qui fous terre vit , comme des champs les rats ;
Une grande ville en Syrie ;
Une autre aux confins d'Italie ,
Qui des Minimes vit naître le Fondateur ;
Du Péron riviere extrême en fa largeur ;
Un fupplice des Tures ; deux norés de mufique ;
·´Enfin un jeu d'adreffe où Ziphire , par pique ,
Fut caufe qu'Apollon
Donna, d'un coup du jeu , la mort à fon Mignon.
( Par M B... de St- Quentin. )
DE FRANCE. 89
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LE Convalefcent de Qualité, ou l'Aristocrate,
Comédie en deux Aes & en vers ; par
M. Fabre d'Eglantine , repréfentée pour
la premiere fois au Théatre Français , dit
la Comédie Italienne , le 28 Janv. 1791 .
A Paris , chez la veuve Dichefne , Libr.
rue St Jacques , No. 47.
M. Fabre n'eft pas le feul qui ait eu
cette idée toute naturelle de mettre fur la
Scène un homme qui , tramporté tout å
coup au milieu du nouvel ordre de chates
que la Révolution a introduit , fans avoir
aucune connaillance de cette même Révolution
, fe trouverait fans ceile dans un
contrafte marqué entre fes idées habituelles
& tout ce qui fe palle fous les yeux. On
avait déjà effayé de travailler fur ce plan ,
mais fans y réuffit . M. Fabre lui - même
ne paraît pas l'avoir vu du côté le plus
comique. Il était très - pollible de ménager
& de graduer les furprifes & les explications
, pendant cinq Actes , i on l'eût
voulu , de maniere que le nouveau dé-
E 3
༡༠ MERCURE
barqué n'apprenant jamais rien que partiellement
, parce que perfonne ne fuppofe
qu'il ignore ce que tout le monde fair , à
tout moment de plus en plus étourdi , faute
de favoir le mot de l'énigmeyen vint au point
de croire que la tête a tourné à tout le
monde , ou que lui-même a perdu l'efprit.
Avec ce fond bien manié , un Auteur qui
aurait la gaieté de Regnard , nous eût fait
rire comme on rit aux Menechmes . M. Fabre
a fuivi un autre plan , qui , fans être
auffi gai , ne laiffe pas d'être piquant ; ` il
laiffe fon perfonnage principal ignorer tout,
abfolument tout jufqu'à la derniere fcène.
On ne lui dit pas jufque- là un feul mot
qui puiffe lui donner le moindre foupçon ;
mais ce perfonnage étant un grand Seigneur,
Ariftocrate de pere en fils , comme dit fort
bien l'Auteur , l'objet de l'Ouvrage eft
d'amener à chaque fcène une fituation qui
mette en jeu tous les préjugés d'état , tous
les , abus de pouvoir qui caractériſaient la
plupart des Grands , & dont le ridicule ou
l'odieux devient plus frappant à meſure
que le Marquis d'Apremine ( c'eft le nom
du grand Seigneur ) eft plus heurté par le
changement qui s'eft fait à ſon infçu dans
tout ce qui l'environne.
Il ne faut pas chicaner l'Auteur fur les
moyens qu'il emploie pour motiver l'ignorance
abfolue du Marquis d'Apremine. Il
fuppofe que pour guérir une goutte don't
DE FRANCE. 91
les accès deviennent plus dangereux par
l'humeur aigre & irafcible du vieux Marquis
, fon Médecin l'a relégué dans une
terre éloignée , au milieu d'une forêt , au
pied d'une montagne , avec défenſe de
communiquer avec qui que ce foit , hors
fon Intendant ; & cet Intendant , depuis
dix - huit mois , n'a rien laiffe tranfpirer juf
qu'à lui de la Révolution de 1789 , julqu'au
moment où la fantaifie lui a pris de
revenir à Paris. Il eft bien vrai que cette
fuppofition eft un peu forcée , & qu'il eft
à peu près impoflible qu'un événement de
eette nature n'ait pas percé jufque dans la
retraite d'un homme auffi confidérable que
le Marquis , quelque étroitement reclus
qu'on puiffe le fuppofer ; mais auffi cette
premiere donnée eft fi difficile à établir
avec une vraiſemblance exacte , & en même
temps elle eft fi indifpenfable pour le fujet
, qu'il eft jufte de ne pas preffer de trop
près les moyens de l'Auteur , pourvu qu'il
en tire un parti convenable , & c'eft ce
qu'a fait M. Fabre d'Eglantine .
Il met d'abord le vieux Seigneur aux
prifes avec un honnête & riche Cultivateur
, Gautier , qui , fachant que fon fils
eft amoureux & aimé d'une jeune Chanoineffe
, fille de M. d'Apremine , ne trouve
rien de plus fimple que de venir la demander
en mariage à fon pere. Au fond , cette
demande n'a rien de fort extraordinaire en
E 4
92 MERCURE
-
elle - même ; car Gautier eft très riche ,
& d'Apremine eft très- obéré , & l'on fait
que depuis long - temps il n'en fallait pas
davantage poule allier la Nobleffe & la
Roture. Ce qui rend la fcène comique, ce
font les formes un peu agreftes & brufques
de Gautier , qui contraffant avec la bauteur
naturelle de d'Apremine , rappellent
précisément les fcènes du Glorieux & du
Financier Lifmmon. D'Apremine , forr fcandalifé
du début familier du bon Laboureur
, qui s'allied d'abord parce qu'il eft
las, & ne fe montre pas fort délicat fur
le cérémonial , lui dit fiérement :
A qui parlé - je ?
GAUTIER.
A qui ? Je vais vous en inſt tire .
Je me combe François- Henri- Louis Gautier ,
Citoyen, exerçant l'cftimable métier
De faire profpérer trois mille arpens de terre,
Dont , fans devoir un feu , je fais propriétairey
Lequel bien au furplus , en toute bonne foi,
Accru de pere en fils , eft venu jufqu'à moi
Depuis quatre cents ans où remonte l'époque
De Nicolas Gautier , qui bâtit ma bicoque :
Elle eft un peu plus belle en ce moment qu'alors; /
Mais j'y refte toujours : mes aïeux y font morts,
Et je veux, va le train des chofes qui fe paflent,
Que dans mille ans d'ici les Gautiers y trépaffent.

DE FRANCE. 93
En quatre mots , voilà qui j'étais , qui je fuis ,
Ma qualité , mon bien ', & ma vie , &fès fruits.
Excepté ce mot & fes fruits , terme impropre
amené là pour la rime , le ton de
ce morceau eft fort bon. Vient la propofition
du mariage. D'Apremine indigné le
traite de faquin , & appelle fes gens pour
le mettre dehors. Gautier ouvre la redingote
qui couvrait fon umforme National :
à cette vue , tous les Valeus s'enfuient
Remarquez qu'il y a ici un jeu de Théâtre
néceffaire pour conferver la vraisemblance ;
il faut que Gautier fe tourne de maniere
que fon uniforme ne foit vu que des gens
du Marquis , & ne foit pas apperçu par
le Maire ; fans quoi il faudroit bien expliquer
à d'Apremnine comment un Laboureur
eft en uniforme , & pourquoi cet
uniforme en impofe à ce point ; mais en
core une fois , il convient ici de fe prêter
un peu aux moyens , dont l'Auteur s'eft
moins occupé que des effets.
Gautier repréfente avec beaucoup de
raifon que fa propofition ne méritait pas
une pareille infulte , & qu'on ne chaffe de
chez foi que les coquins. Il affure que
réfolu à tout faire pour allurer le bonheur
d'un fils qu'il préfère à tout , il ne négli
gera rien pour venir à bout de ce mariage ,
d'aurant plus convenable , felon hui , que
fon fils eft aimé de la fille du Marquis.
Es
94
MERCURE
Celui-ci , outré de plus en plus , fe récrie
que la chofe eft impoffible.
Aimer un Roturier !
Ma fille eft Demoiselle .
. Il fait fur le champ venir fon Secrétaire,
& lui dicte une lettre pour le Lieutenant
de Police : il demande à ce Magiftrat une
Lettre de cacher contre le nommé Gautier ,
homme de campagne ( cette dénomination
d'homme de campagne eft d'un choix trèsheureux
) , qui vient de lui manquer chez lui
d'une maniere outrageante , & contre Gautier
fils , qui a pouffé la démence jufqu'à
parler d'amour à Madame la Chanoineſſe fa
fille il faut mettre en lieu de sûreté ces
deux hommes , & il attend ce fervice de
l'extrême bonté du Magiftrat. C'eût été en
effet une extrême bonté envers d'Apremine ,
fi ce n'était pas une extrême juftice envers
les Gautier. Non feulement cette lettre eft
fort bien libellée , mais l'obſervation des
moeurs eft fidelle : nombre de fcis des Lettres
de cachet ont été follicitées & expédiées
pour de pareils motifs.
On peut fe figurer l'étonnement du
Secrétaire qui entend parler de Lettre de
cachet & de Lieutenant de Police. Il ne
cache pas fa furpriſe , & remontre au
Marquis que tout cela eft du vieux ftyle.
Il n'a pas le temps d'en dire davantage ,
DE FRANCE. 95
parce que le vieux Seigneur s'emporte , fe
plaint qu'on lui manque..... Le Secrétaire .
impatienté déchire la lettre & fe retire .
Le Marquis , toujours plus irrité , fe propole
bien d'obtenir auffi une Lettre de
cachet contre lui. Il en a déjà fait donner
trente -fept : c'eft dix de plus que n'en
avait obtenu le Marquis de Mirabeau
l'ami des hommes , pere du Comte de Mirabeau,
l'ami de la Liberté.
Bertrand , créancier du Marquis , vient
lui livrer, un nouvel affaut. Ce Bertrand
a eu la complaifance de fe charger de
différentes detres du Marquis jufqu'à lá
fomme de 200 mille livres , & n'a pu encore
en tirer un écu . Il exige fon dû avec
toute, la vivacité d'un homme long-temps
leurré , & toute la liberté d'un Citoyen
devenu , aux yeux de la Loi , l'égal de tour
autre dans notre nouvelle Conftitution . Le
Marquis , qui n'en fait
pas un mot trouve
que Bertrand eft bien changé , qu'il eft devenu
infolent , qu'il lui manque ; car tout
le monde lui manque, à ce M. d'Apremine.
A l'égard de fa dette , voici comme il
prétend s'acquitter. Ce morceau mérite
d'être cité ; il eft bien dans l'efprit de notre
ancien Régime :
1
>
N'étiez-vous pas d'accord , & vous en conviendrez ,
Qu'à l'aîné de vos fils , par le crédit immenſe
De trois nouveaux parens que j'ai dans la Finance ,
E 6
96 MERCURE
Je ferais obtenir une Direction
Des Fermes en Champagne , avec condition
Que le pofte vaud ait fix mille écus de rente ,
Sans le tour du bâton ? l'affaire eft excellente .
Voilà l'aîné placé : quant à votre calet ,
Que j'ai vu fi je li fons le petit collet ,
Nous fommes convenus qué ma foeur la Baronne
Dont le crédit peut tout fur craine perfonne ,
Le nommera't bientôt, vu les foins que je prends ,
Au Prieuré d'Evron , qui vaut fix mille francs.
Votre fille , qui doit , comme je le préfume ,
Epoufer , l'an prochain, certain homme de plume,
Doit lui porter en dot deux mille écus aufli
De rente fur la Ca fle établie à Poiffi,
Ilnous reste un neveu , qui , fur la Loterle
Doit obtenir un bon , lequel , je le parie ,
Lui vaudra tous les ans mille écus pour le moins ;
Et vous , qui ne pouvez avoir perdu vos foins ,
Je vous ferai toucher , malgré votre fortune ,
Cent louis chaque été fur le clair de la Lane.
BIRTRAND,
Cent louis chaque été ?
APREMINE.
C'eft quand il me plaira
Calculez maintenant ce qui vous reviendra
Desnon bicux revenus que ma faveur vous donné,
Et convenez aumoins d'une ame franche & bonac ,
DE FRANCE. 97
Vos deux cent mille francs payés & rabat us ,
Que vous me redevez encor cent mille écus .
On ne pent nier que ce ne foit là du
comique de moeurs , & que plus d'une
fois les grands Seigneurs n'aient pris de
femblables arrangemens pour l'acquit de
leurs dettes : ce n'étaient pas même ceux
qui les payaient le plus mal.
Bertrand ne l'entend pas ainfi :
A bien juger du temps & de l'air du bureau ,
La raiſon a séduit vos calculs à zéro ,
lui dit- il , & il veut de l'argent. Le Marquis
, fuivant l'ancien ufage , trouve plus
commode & plus court de le faire fauter
par les fenêtres.
BER
Ah ! ah ! faifi demain.
LE
ND.
MARQUIS.
Ah ! faifi ! nous verrons. '.
Je voudrais bien favoir quel Huiff.1 affez bête ,
Affez audacieux , quel Juge mal-honnête ,
Quel Procureur enfin affez fot , étourdi¸
Feront exécuter le projet que tu di ?
Mon gendre eft Préſident à Mortier.
BERTRAND.
Je m'en moque.
J'ai Sentence , & mes gens.
·98
MERCURE
LE MARQU.I S.
Au Confeil pour la vie .
Toi , dióle ! je t'évoque
C'était là en effet la derniere reffource ,
mais non pas ordinairement dans les affaires
d'argent. Les Lettres de furféance étaient
plus ufitées dans ce cas-là , & je fuis furpris
que l'Auteur n'en ait pas parlé : c'eft
une omiflion qu'il doit réparer. Quant aux
Procureurs & aux Huifliers , que le Mar
quis défie , parce qu'il a un gendre Préfident
à Mortier , cela n'eft pas non plus
tout- à-fait exact. Il faut être jufte : la Nobleffe
n'était pas entiérement à l'abri des
faifies , & il fe trouvait des Procureurs &
des Huiffiers affez hardis pour faire exécu
ter une prife de corps contre, un Duc &
Pair. Il n'y avait que les Membres , des
Parlemens qui n'euffent rien à craindre des
pourfuites juridiques pour dettes ; c'était
un noble privilége exclufivement attaché
à la noble fonction de rendre la juftice ,
que la juftice fût pour tout le monde , excepté
pour eux : c'était une chofe reconnue.
Il n'exiftait pas dans le Royaume un
Procureur ni un Huiffier affez audacieux
pour fignifier un exploit à un de Meffieurs:
il eût été perdu pour jamais . Le Roi luimême
, tout puillant qu'il était , n'aurait
pas pu le fauver il pouvait bien exiler
4
DE FRANCE. 99
tout un Parlement , l'anéantir même , s'il
le voulait ; mais il n'aurait pas trouvé
avec toute la puiflance , un Huiffier qui
eût ofé porter un exploit chez un Confeiller
; c'eût été une chofe monftrueufe , & la
Robe n'en parlait que comme du renverfement
de toute police. C'eft l'exacte vérité
; c'eft là ce qu'on a fi long - temps
fouffert ; & il y a encore de bonnes gens v
qui regrettent les Parlemens ! Le Marquis
s'en prend à fon Intendant, qui n'en peut
mais , des fâcheufes vifites de fes créanciers .
Ce n'eft pas qu'il ignore que tous fes re-t
yenus fonciers font faifis ; mais il demande
compte des produits de fes trois Gouvernemens
; & l'on trouve encore ici des détails
curieux..
ܪ܂
N'avez-vous pas loué les glacis , les foffés ,
Taxé les jeux publics , revendu ma marée ,
Impofé les marchés , prêté mes droits d'entrée ?
L'INTENDANT.
Le moyen ! ...
LE MARQUIS..
N'ai-je pas un droit de pot- de- vin
Pour nommer aux emplois de Synd c , d'Echevin ?
Cinq à fix ont vaqué , j'en fuis sûr ; bon Apôtre ,
Combien les avez-vous vendus l'un portant l'autre ? >
J
100 MERCURE
Arrive fa fille la Chanoineffe , majeure
depuis peu de temps , & qu'il a fait venir
pour s'éclaircir fur l'affaire de Gautier. II
ne peut le faire à l'idée que ce Gautier
ait pu lever les yeux juſqu'à elle.
Ah ! je vous apprendrai , Citoyen doucerenz,
Si d'une Chanoineſſe on doit être amoureux.
C'eft bien pis quand la Chanoineffe ellemême
, Mathilde d'Apremine , toute d'A
premine & toute Chanoinelle qu'elle eft ,
lui déclare ingénument qu'elle aime de tout
fon coeur Monfieur Gautier...... A ce mot
il s'écrie par deux fois : Point de Monfieur.
Gautier donc , continue-t-elle , lui a fauvé
l'honneur & la vie , lorfque des brigands
attaquaient le Couvent où elle était renfermée
mais fon pere , qui apparemment
aimerait mieux qu'on l'eût violée , ne fait
pas la moindre attention à toutes les rai-
Tons :
:
Comment , vous aimeriez ce faquin
Ouf! Je ne fais comment de cet énorme crime
Vous n'êtes pas déjà la premiere victime.
Je ne me connais plus.
MATHILDE.
Mon pere !...
DE FRANCE. 101
LE MARQUIS hors de lui.
A moi la Cour !
Herrear des Grands !.
MA ALD
LE
Mon pere !...
MARQUIS.
A moi les Parlemens.
MATHILDE.
Ah ! Monfieur ! .....
LE MARQUIS.
C'eft un rapt.
MATHILDE.
Ecoutez votre fille..
LE MARQUIS.
Des Lettres de cachet , des Exempts , la Baftille.
Je fuccombe à ma honte.
Iltombe dans un fauteuil.
Sa fille faifit ce moment pour tâcher de
lui faire entendre raiſon Elle fait que fon
pere n'eft pas en état de lui donner une
dor ; elle défire d'être époufe & mere ,
fuivant le voeu de la Nature.
LE MARQUIS.
Ah ! ah ! vous voulez un mari' !
102 MERCURE
MATHILDE.
"Lesfentimens d'honneur dont mon coeur s'eft nourri
Me difent ...
LE MARQUIS.
J'entends bien : vous n'êtes pas un Ange.
Mais on garde fon nom , fa naiffance ... On s'a : range .
Quelle terrible vérité dans ce mot , on
s'arrange ! quelle cenfure de nos moeurs !
& ce n'eft pas là de l'exagération . Que de
peres avares , ambitieux & cruels ont dit
ce mot ou l'équivalent ! La réponſe de
Mathilde eft ce qu'elle doit être :
Je ne vous entends point.
Elle perfifte avec une fermeté modeſte
& refpectueufe dans la réfolution où elle
eft de s'unir à fon libérateur , à celui qui
a mérité fon eftime , fa reconnaiffance &
fon amour. Elle fait entendre à fon pere
que fans doute il ne voudrait pas la forcer
à fe fervir du droit de fon âge , & qu'il
deviendra plus jufte & plus raifonnable.
Elle fe retire , & le Médecin du Marquis
vient enfin , déterminé à lui apprendre la
Révolution . Cet expofé eft gradué convenablement
, & tracé avec chaleur. L'étonnement
, la fureur , l'abattement fe fuccedent
dans l'ame du Marquis , à meſure
qu'on le met au fait de tout . Pour l'acheDE
FRANCE. 103
ver, un Huiffier vient lui fignifier la faifie ,
de la part de Bertrand ; la crife eft preffante.
Alors le bon homme Gautier fe préfente
de nouveau : il vient d'acheter la
créance de Bertrand , & offre quittance au
Marquis , s'il confent à donner fa fille au
jeune Gautier , qui l'époufera fans dot.
D'Apremine héfite encore ; mais fon Médecin
lui confeille de ne pas balancer , &
la néceffité encore plus ; car , graces à la
Révolution , la nobleffe ne difpenfe plus
de payer fes dettes . Il fe rend donc , &
Gautier fils , qui eft Officier dans l'Etat-
Major de la Garde Nationale , paraît avec
fon uniforme & fes deux épaulettes. Quoi !
s'écrie le Marquis ,
Il eft donc Colonel ! ..
Vous ne m'en difiez rien : il eft donc préſenté!
Ah ! c'eft une autre affaire;
Cet hymen en ce cas ne peut plus me déplaire.
Il eft fi enchanté qu'il accepte la cocarde
nationale des mains de fa fille ; & voilà du
moins un Ariftocrate converti.
Cette petite Piece , qui reffemble un peu
à celles qu'on nomme Pieces à tiroir , eft
fort jolie . Il n'y a aucune efpece d'intrigue
; mais les fcènes font gaies, bien filées,
& le principal perfonnage , celui du Marquis
, eft bien conçu & bien rempli . L'Au-
Leur paraît avoir cet efprit d'obfervation
104 MERCURE
qui caractériſe la Comédie de moeurs : c'eſt
celle qu'il nous faur aujourd'hui . Qu'il
continue à livrer au ridicule , au mépris ,
à la haine les êtres de l'ancien Régime ,
qu'auparavant on n'eût pas ofé mettre fur
la Scène ; ce doit être une leçon utile &
patriotique pour la génération naiffante ,
qui fera , je l'efpere , affez heureuſe pour
ne plus voir qu'en repréſentation ce que
nous avons vu en réalité .
Le ftyle eft moins vicieux que cehi
du Philinte ; il a du naturel & de la facilité
, mais il eft encore plein de négligences
& d'incorrections ; c'eft la partie faible de
F'Auteur , & nous ne cefferons de l'exhorter
à s'en corriger. Il vient de mériter un
nouveau fuccès à un autre Théâtre , celui
de la rue de Richelieu , où il a donné
'Intrigue épiftolaire, Comédie en cinq Actes,
fort applaudie & fort fuivie. Nous en parlerons
quand elle fera imprimée. Aujour
d'hui nous nous contenterons d'obferver
qu'elle eft jouée parfaitement , & que Mlle.
Lange , Actrice de 17 ans , y montre un
talent qui ne demandait qu'à fe dévelop
per dans un grand rôle. Elle a mis dans
le fien toute la grace & toute la fenfibilité
qu'on peut défirer. Ce Théâtre qui àa pris
une face toute nouvelle , fous les aufpices
de la Liberté , doit intéreffer tous les
Amateurs de l'Art Dramatique. Je ne parke
pas feulement des grands talens qui vienDE
FRANCE.
105
ut de s'y réunir , & dont la réputation
it faite , de Mme. Veftris , de M. Duzon
, de M. Monvel ; mais il ne femble
' on doit apporter un intérêt particulier
x talens nains qu'il a mis à portée de
endre de bonne heure un effor qui eût
éleng- temps retardé fur l'ancien Théâtre,
ique & privilégié . M. Talma , qui , dans
rus , a joué de maniere à nous promete
fous peu d'années un véritable Acteur
gique , aurait joué Proculus pendant
pt ou huit ans fur le Théâtre du Fauxurg
St-Germain . Mlle. des Garcins , qui
ous rendra Mlle. Gauffin , eûr été réduite
cinq ou fix rôles d'Amoureufes en ſousdre.
Voilà ce que produit la concurnce
& la liberté. Les Entrepreneurs inéent
d'ailleurs tous les encouragemens du
ublic par le foin qu'ils apportent aux aceffoires
fi effentiels au Théâtre. Rien n'éit
plus beau que les décorations & les
oftumes de Brutus : c'eft la premiere fois
ue ce chef-d'oeuvre a paru dans toute fa
ompe.
ל
(.D...
106 MERCURE
[
CATÉCHISME de Morale, pour l'Education
de la Jeuneffe ; par M. Harmand , aved
cette Epigraphe
Populus intelligens & fapiens , gens
magna.
DEUT. 4.
Prix , is f. br. A Paris , chez Planche
Libraire , rue de Richelieu - Sorbonne
& chez Maillard , Libr. quai des
No. 1 ,
Auguftins , No : 43 .
CET Ouvrage ne pouvait paraître dans
un moment plus favorable que celui cù
l'on s'occupe de réformer une Education
vicieufe , dans laquelle les mots tenaient
ine grande place , & les chofes une trop
petite , & cù l'on n'apprenait point affez
à être vertueux. On forme parmi nous
ود
95 beaucoup de
Savans parmi nous
difait Duclos ,
» mais on ne s'eſt pas encore avifé de
former des hommes «. Le moment en
eft venu , fi nous voulons refter libres &
rendre utiles de bonnes Loix , qui ne peuvent
fubfifter fans de bonnes moeurs ; &
l'on ne peut douter que la Morale n'entre
pour beaucoup dans le nouveau plan d'Education
de l'Affemblée Nationale.
Il nous faut des livres élémentaires.
DE FRANCE. 107
Celui- ci, qui a pour objet une parti auſſi
intéreante de l'Inftiturion publiqy, pa
raît devoir d'autant mieux remplile but
de l'Auteur , qu'il l'a deftiné , on aux
enfans qui apprennent à lire , ais aux
jeunes gens dont la raifon , déjà xercée &
développée , eft capable d'embiffer l'enfemble
& de fuivre les détails d la Science
des moeurs.
M. Harmand part de l'amar de foi &
du défir d'être heureux por établir les
principes de la Morale . Il réfente la voix
de la confcience , la force des habitudes ,
les befoins réciproque des hommes ,
comme des fources natuelles d'où découle
la connaiffance de nos evoirs . Il rapporte
es principaux de ces devoirs aux quatre
vertus fondamentales des anciens Moraiftes
; favoir , la Prudence , in Juftice , la
Force & la Tempérance. » La Prudence ,
2 dit-il d'après Charron , eft l'art de la vie.
comme la Médecine eft l'art de la fanté. " .
La Juftice nous procure la paix avec les
hommes & avec nous - mêmes la . Force
nous aide à fupporter les peines de la vie ,
& à furmonter les paffions : la Tempérance
en prévient les excès en modérant
nos affections & nos goûts.
Mais l'Auteur ne borne point les inftructions
aux questions que préſente chacune
de ces vertus ; il traite encore , avec
des détails ſuffiſans , de la Probité , dont il
198 MERCURE
fait cfifter la perfection , non feulement
dans Hbfervation de fes devoirs , mais encore
des l'honnêteté de l'ame , le défintéreffemet
& l'honneur ; de la Religion , qui
nous faftrapporter à Dieu toutes nos actions
; dela Piété envers nos parens , qui,
après Die , tiennent la premiere place
fur la Terra notre égard ; de la Bonne- foi
& de la Sinérité , qui nous affurent l'eftime
des homes ; de la Bienfaifance , qui
nous attire le affection , & qui nous rend
la plus fidelle image de la Divinité ; de
l'Obéiffance at Loix , qui garantit notre
sûreté & la tranquillité publique ; enfin ,
de l'Amour du travail , qui nous fait rendre
à la Société , felon notre état & nos
forces , le tribut que nous lui devons pour
les avantages dont elle nous fait jouir.
C'est d'après ce principe imprefcriptible
d'utilité publique , & en raifon des vertus
& des talens , que l'Auteur range les différens
stats de la Société en douze claffes
& qu'il fixe le degré d'eftime que chacun
mérite. Sera t - on éné qu'il place au
dernier rang les Rentiers & ies Propriétaires
qui ne connaiffent de leurs Terres
que la rente ? Jamais cette vérité ne pouvait
être plus aifée à fentir qu'aujourd'hui ;
mais il paraît que l'Auteur l'eût rendue
fenfible dans tous les temps , ainfi que les
autres vérités morales fur lefquelles it répand
les lumieres les plus pures , foit par
des
DE FRANCE. 109
des maximes , foit par des traits hiftoriques ,
propres à frapper l'efprit & le coeur des
jeunes gens. La raifon , la vertu & le bon
goût refpirent dans ce petit Ouvrage &
le feront adopter aifément parmi les Livres
élémentaires .
1
J
EXTRAIT Alphabétique de tous les
Décrets de l'Affemblée Nationale , fervant
de Table générale , applicable à toutes· les
Collections , & qui peut même en tenir
lieu à ceux qui , fans approfondir les
Loix , veulent fe procurer les facilités d'y
recour au befoin ; par Yves - Claude
Jourdain , Homme de Loi , à Rennes.
In-8°. de 556 pages. Prix , s liv. 10 S.
.bbrr.. ,, & 6 liv. 10f. franç de port par tout
le Royaume. A Rennes , chez Madame
Bruté , Imp-Libr. ; & fe trouve à Paris
chez Belin , Lib. rue St-Jacques, N° . 26.
Ce n'eft pas feulement la Conftitution
Françaife qu'il importe aux Français de
ennaître. Un nombre prefque infini de
Décrets réglementaires qui ont foutenu
ans une fi longue crife l'édifice public ,
ontinuellement affailli de toutes parts ,
°. 38. 17 Sept. 1791 .
F
LO MERCURE
qui , au milieu de tant d'orages , ont fondé
pour l'avenir un ordre de chofes admirable ,
& les bafes de mille établiffemens utiles ;
routes ces Loix , qui attefteront à jamais
les périls dont fut environnée la premiere
Afemblée conftituante , fon courage , fa
prévoyance & fes lumieres , devront être
fouvent méditées & confultées par tous les
Citoyens qui fe deftineront , de quelque
maniere que ce foit , à fervir la Patrie. Il
leur importera de connaître ce qui a été
fait , pour mieux juger de ce qu'ajouteront
les Législateurs à venir , aux travaux de
leurs prédéceffeurs .
Un Extrait alphabétique & raifonné de
tous les Décrets de l'Affemblée Nationale,
pouvant non feulement fervir de Table ,
& épargner des recherches pénibles darl'immenfe
collection de ces Décrets , mais
fouvent même difpenfer d'y recourir par
l'énoncé fuccinct des décifions , eft donc
un Ouvrage très-utile.
Le Volume qui vient de paraître , contient
la Table complette de toutes les matierès
des Décrets de 1789 & 1790. II
fera fuivi , par Supplément , d'un fecond
Volume pour ceux de 1791 , dont l'Auteur
raffemble les matériaux à mefure que les
Décrets font prononcés , & qu'il publiera,
le plus promptement poffible , après la fin
de la feffion , fur-tout, s'il y eft encouragé
par le fuccès très - vraisemblable de fon
premier travail. **
DE FRANCE. 111
.
En parcourant cette fimple indication
de la multitude d'objets réglés , difcutés ,
approfondis par nos Légiflateurs , on embraffe
, pour ainfi dire , d'un coup d'oeil la
tâche immenfe & honorable qu'ils ont
remplie ; on fe rappelle en même temps ,
& l'on apprécie mieux les obftacles qu'ils
ont eu à vaincre , ceux contre lefquels ils
luttent encore , les efforts de leurs ennemis,
& les injures de leurs détracteurs .
EUVRES complettes de Boulanger. 10 Vol.
petit in- 12 . A Paris , chez Garnery , rue
Serpente , No. 17. Prix , 15 livres , &
18 liv. francs de port.
Le nom de Boulanger tient une place
diftinguée dans la lifte des Philofophes modernes
qui ont porté les coups les plus
mortels à la fuperftition ; mais fes différens
Ouvrages , imprimés fucceffivement
& après la mort , n'avaient point été recueillis
dans une même édition. Celui qui
eft intitulé le Defpotifme Oriental , & qui
parut le premier , n'eft que le dernier Chapitre
de l'Antiquité dévoilée , Ouvrage qui
ne fut donné au Public que plufieurs années
après le précédent. Il fut fuivi par le
Chriftianifine dévoilé, & c'est à peu près
F 2
12 MERCURE
tout ce qu'on trouve de lui dans la plupart
des Bibliotheques. On connaiffait auffi fes
Differtations fur Elie, Enoch, & fur Efope
le Fabulifte ; mais il avait écrit plufieurs
Traités particuliers répandus en différens
Recueils , & quelques Articles importans
de l'Encyclopédie , tels que ceux de Corvée,
Société , Déluge .
Cette édition préfente le Recueil de ces
divers Traités & de ces Articles qui font
eux-mêmes des Traités. Nous n'entrerons
dans aucun détail fur un Ecrivain dont les
principaux Ouvrages font connus de tout
le monde , & infpirent le défir de poffeder
toutes fes Productions éparfes jufqu'aujourd'hui
, & perdues pour la plupart des
Lecteurs.
RECHERCHES fur l'état de la Médecine
dans les Départemens de la Marine ,
pour fervir de Réponse aux principes de
réclamations des Chirurgiens des Vaiffeaux
de Ligne ; Mémoire in-4° . de 53 pages.
RECHERCHES fur l'état de la Pharmacie,
confidérée dans fes rapports à la Médecine
des Départemens de la Marine , & Elémens
de Conftitution Médicale ; Mémoire
in-4° . de 109 pages , par Elie la Poterie ,
Docteur-Régent de la Faculté de Médecine
DE FRANCE. 113
"
de Paris , & premier Médecin de la Marine
à Breft. A Paris , chez Gattey , Libr.
au Palais - Royal.
Ces deux Mémoires qui , au premier
afpect , femblent n'avoir d'autre but que
de combattre les projets légiflatifs des
Chirurgiens de la Marine , conduiſent M.
de la P .... à des recherches très- favantes
fur la partie hiftorique & les Inftitutions
de la Médecine chez les différentes Nations
de l'Europe. Les Notes du 2 ° . Mémoire
fur- tout nous ont paru très - curieufes par
les connaiffances de l'homme moral qui y
font répandues ; on y voit une expérience
fage de la Médecine , s'appuyant fur les
vérités de la Philofophie , & ces deux
Sciences s'éclairer ainfi l'une par l'autre.
En général , il regne un grand intérêt dans
ces Mémoires , où M. de la P..... a eu le
double mérite d'éviter les écueils d'une
difpute polémique , & de traiter des queftions
arides par elles-mêmes dans un ftyle
quelquefois brillant , toujours exact , & qui
annonce que l'Auteur à fu concilier les
travaux de fon état avec le goût de la Littérature.
Nous croyons cet Ouvrage utile
à toutes les claffes de Lecteurs , & trèspropre
, dans les circonftances actuelles , à
répandre des lumieres fur un plan raifonnable
d'organisation de la Médecine en
France.
1
F3
114 MERCURE
SPECTACLE S.-
THEATRE de la rue Feydeau.
ONNa donné depuis peu à ce Théâtre dem
Nouveautés Italiennes , il Finto Cieco ou le
Faux Aveugle , & la Pazza d'amore ou la
Follepar amour, l'uneimitée de notre Aveugle
clair voyant, & l'autre prefque entiérement
traduite de Nina.
Il Finto Cieco eft du Signor Gazzaniga ;
c'eft de la mufique bien faite , un chant pur
& facile, une expreffion fidelle des paroles ;
ce font des Airs parfaitement conduits , &
des accompagnemens bien deffinés , d'un
ftyle clair & élégant ; mais qui a un peu
vieilli. La Mufique ne vit pas âge d'homme ;
& quoique le fond de l'Art ne change
point en Italie , les formes font fujettes à
une mobilité que ceux des anciens Maîtres,
qui vivent & compofent encore , ont de
la peine à faifir. Le cadre dans lequel les
Airs s'étaient renfermés s'agrandit ; certaines
modulations hardies qu'on en avait
écartées s'y introduifent , on découvre de
nouveaux effets d'orcheftre ; les morceaux
d'enfemble prennent de plus grands développemens
; ils vont même jufqu'à une forte
DE FRANCE. ITS
d'exagération que le goût n'approuve pas
toujours , lors même qu'elle frappe , enchante
ou étonne l'oreille ; mais le Public
habitué à ces exploſions , fur- tout dans les
finali , paraît les regretter lorfqu'elles n'y
font pas , lorfque abftraction faite du ftyle
& de la maniere du Compofiteur , la fituntion
du Poëme ne les exigeait , ou quelquefois
même ne les comportait pas.
Au refte , il n'eft pas difficile d'appercevoir
dans plufieurs morceaux de cet Opéra
une différence de coloris qui annonce plufieurs
changemens faits à la partition originale.
Le charmant Duo Dove l'amor
de' primi tempi , chanté , au premier Acte,
par Mefdames Morichelli & Mandini , eſt
de M. Cherubini. L'Air comique du fecond
Acte , All' età del mio Bifnonno , rendu
par M. Mandini d'une maniere fi originale
& fi piquante , eft de Cimarofa ; le bel Air
Da ti pace , chanté par M. Simoni avéc
cette pureté , cette grace élégante & noble
qui le diftinguent , eft d'Andreozzi . Mr.
Jadin , jeune Compofiteur Français , qui
tient le Clavecin à l'Orcheſtre , a fait pour
Mme. Mandini le joli Rondeau Amore poverello.
Parmi les morceaux qui font de
Gazzaniga , on a fur tout applaudi le
Sextuor du fecond Acte ; il eft du meilleur
style , d'un chant très -expreffif , d'un deffein
grand & large , & d'une harmonie ravillante.
116 MERCURE
Les Acteurs & Actrices que nous ve
nons de nommer, fuffiraient pour faire voir
avec quel foin cet Ouvrage a été mis au
Théâtre. Il y faut ajouter M. Rafanelli ,
chargé du rôle aflez peu intéreffant du faux
Aveugle , mais qui en tire un parti furprenant
par cette perfection de Pantomime
& cette vérité profonde & fcrupuleufe
d'imitation qui le transforment toujours
dans le perfonnage qu'il repréfente. Il faut
aufli rendre juftice à M. Brochi , qu'un
grand naturel , une bouffonnerie férieufe
& d'autant plus plaifante , ont fait juf
tement applaudir dans le rôle d'un Poëte
ridicule.
Nous ne pouvons terminer cet article
fans revenir fur Mme. Morichelli , dans la
quelle on admire chaque jour de plus en plus
l'étonnante réunion de tout ce qui fait
grande Actrice lyrique , la voix , l'expref
fion , la méthode & le jeu. Dans le bel Air
Quefto cor ch'io ferbo in feno du premier
Acte, & dans celui du fecond , Ah ! f
tutti i mali mici , où le plaifant & le pa
thétique font fi adroitement mélangés , elle
déploie tous fes avantages ; & n'y eût - j
que ces deux morceaux chantés par elle
il faudrait aller au Finto Cicco pour le
entendre . Elle eft bien plus étonnante en
core dans la Pazza d'amore , de Paifiello ,
qui vient d'avoir un fuccès prodigieux , &
dont nous rendrons compte inceffamment.
DE FRANCE.
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Recueil des Monumens , pour fervir à l'Hifire
gén. & part . de 1 Empire Français tels que
ombeaux , Infcriptions , Statues , &c. tirés des
bbayes , Monafteres , Châteaux , & c . devenus
on aines nationaux ; par Aub. L.... Millie . On
suferit à Paris , chez M. Drouhin , Ediser &
priétaire , rue Saint-André- de - Arts , ظ
fqu'a Pâques ; & à cette époque , rue Chrif
8. 27
118
MERCURE
Obfervations fur le Plan d'Education Nationale
de M. Mirabeau l'aîné , par M. Bernardi , de
l'Oratoire .
( Ainfi , Meffieurs , c'eft d'une bonne éducation
publique feulement que vous devez attendre
le complément de régénération qui établira
bonheur du Peuple fur fes vertus & fes
vertus fur fes lumieres. ) Difc. de M. Mirab.

Ves générales fur l'Inftruction Clericale , du
T'Enfeignement des Séminaires ; par le même. 1
petites Brochures. A Tours , de l'Imprimerie de
Ch. Billau ; & le trouvent à Paris , chez les Mds.
de Nouveautés.
Ces deux petits Ouvrages offrent des Vues
pleines de fageffe qui annonc. nt un homme bien
inftruit de la matière qu'il traite , & de plus un
excellent Citoyen.
Traité élémentaire de Mathématiques , à l'afage
de la Jeuneffe ; par M. Lemoine. 1 Vol. in-8 .
broché. A Paris , chez Régent & Bernard , Libr.
quai des Auguftins , Nº: 37.
On trouve chez les mêmes Lib. tous les Livres
relatifs aux Mathématiques , à l'Agriculture , aux
Sciences & aux Arts , Effai -d'un Art defufion,
par Erhmann , fuivi des Mémoires de M. Lavoi
fer ; l'Architecture de Vitruve , le Parallele de
l'Architecture ancienne & moderne , la Conf
truction des Ponts de Neuilly , &c . l'Architecture
de Nativelle , Rome ancienne & moderne , les
difices antiques de Rome par Defgodetz , la
ification perpendiculaire de M. , Mentalembert ,
s les Livres militaires . Ils fe chargent des
fions pour les Départemens & les pays
rs .
DE FRANCE.
Annales de Chimie , ou Recueil de Mémoires
ncernant la Chimie & les Arts qui en dépennt
; par MM. de Morveau , Lavoifier , Berollet
, Fourcroy , Monge , Dietrich , Haffentz
, Adet , Seguin & Vauquelin.
Il y a deux ans que les Annales de Chimie
t au jour , & il en paraît actuellement fept
olumes.
L'intention des Auteurs , en publiant cer Ouage
, a été d'établir une communication & une
refpondance actives entre tous les Savans de
Europe ; de hacer les progres d'une Science
ont l'étude dominante démontre fuffifamment
mportance ; & de faire un rapprochement néflaire
des travaux difperfés dans un grand
ombre de Volumes.
Leur intention a encore été de fe rendre utiles
la Société , en préparant , par le fecours de la
himic , de nouvelles richelles aux Arts & aux
anufactures.
Enfin , comme toutes les Sciences ont entre
les des rapports intimes , la Phyfique particure
, la Minéralogie , la Chimie médicale , &
ême les procédés applicables à l'Agriculture ,
nt fait néce airement partie du plan que les
uteurs avaient embraſſé"
On délivrera 12 Cahiers par an . ; Cahiers
ormeront un Velume ; de forte que 12 Cahiers
onneront 4 Volumes dans l'année. Il paraîtra
n Cahier le 15 de chaque mois ; . ainfi , le 15
anvier prochain on délivrera le premier Cahier
le l'année 1791 , & de fuite de mois en mois
ans interruption.
On fouferit pour l'antée entiere , à Paris ,
hez Cuchet , Libraire , rue & Hôtel Serpente ;
x on payera en foufcrivant , 18 liv . pour Paris ,
21 liv. pour les Départemens.
120 MERCURE DE FRANCE.
Collection générale des Décrets rendus par l'Af
femblée , & fanétionnés ou acceptés par le Roi. A
Paris , chez Devaux , Imp- Lib. au Palais-Royal ,
No. 181.
Cette Collection a un grand nombre d'avantages
fur celles qui l'ont précédée : 1º . elle eft
d'une très-grande exactitude : 29. elle cft accompagnée
de Tables féparées par ordre de matieres ,
ce qui la rend infiniment commode : 3 ° . elle va
jufqu'au mois d'Août . Ainfi elle contient jufqu'aux
derners Décrets rendus , & aucune autre Collection
n'eft auffi avancée . Elle forme 8 Volumes , dont
le prix ett de 36 liv . à Paris , & de 48 liv . francs
de port pour les Départemens . On s'abonne pour
la fuite à raifon de 30 par Livraiſon , chez le
même Libra.re .
GRAVURES.
Jéfus au Tombeau , Gravure au lavis , d'après
le Delfin d'Antoine Vandick ; par Claude Hoin ,
Peintre de Monfieur , de plufieurs Académies , &c .
Prix , I liv. 10 f.
Apothéose d'Honoré- Gab. Riquetti , ci - devant
Conte de Mirabeau , Gravure au biftre Anglais ;
par le même. Prix , 30 f. & 3 liv . avant l'adreile..
Autre Jéfus au Tembeau , Gravure au bifre
Anglais , d'après le Deffin de Boichot , Sculpteur
du Roi ; par le même. Prix , 24 f. Se vendent à
Paris , chez M. Ponce , Grav. rue St-Hyacinte .
COUPLETS .
TABL E.
Projet de Granmai- e.
Charade , Enig. Log.
Le Convalefcent .
Catéchifine.
85 Extrait.
8 Quvres .
87 Recherches.
89Spectacles.
106 Notices.
109
III
152
114
་་་
MERCURE
HISTORIQUE
Ꭼ Ꭲ .
POLITIQUE.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 29 Août 1791 .
UNE émeute de Compagnons - Ouvriers,
qui follicitoient une augmentation de falaire
, a troublé ici un inftant la tranquillité
publique : l'infiftance des mutins s'étant
aggravée , & leurs demandes faites en tumulte
, ayant été foutenues de voies de
fait, le Sénat a concilié la prudence & la
fermeté il a employé la force militaire
contre les féditieux , & écouté les repréfentations
légitimes . Aujourd'hui , l'ordre
& le calme font rétablis . Ce mouvement
qui n'avoit aucune caufe politique , étoit
de même nature que ceux qui , pour une
caufe femblable , agitent fouvent les villes
manufacturières.
:
N°. 38 , 17 Septembre 1791. I
( 182 )
La Baltique ne voit toujours que les
pavillons du Commerce : les efcadres
Ruffes & Suédoifes reftent immobiles ;
mais on ne les défarme point encore.
Aucune inquiétude ne s'élève à Stockholm ,
ni aucunes précautions ne font prifes ,
au fujet du féjour des forces Ruffes en
Finlande & en Livonie. Le Roi n'a pointquitté
fa capitale : fon fecond départ redevient
un problême : ce n'en étoit pas un
que fes fentimens pour la Révolution de
France ; mais ce Prince vient d'en donner
une nouvelle preuve , dans la manière dont
il a fait annoncer la promotion de MM.
de Bouillé. La Gazette officielle de Stockbolm
en parle dans ces termes :
« En confidération des qualités diftinguées ,
& des grandes connoiffances militaires , par lef
quelles le Marquis de Bouillé , ci- devant Général
au fervice de France , s'eft fait connoître
depuis long- temps , & en confidération du dévouement
qu'il a montré dernièrement pour le
Roi , la Reine de France & leur Famille , Sa
Maj . l'a pris à fon fervice , & lui a conféré le
grade de Lieutenant- général , ayant rang
dater du brevet qu'il avoit obtenu en France ,
comme Lieutenant- général. S. M. a nommé ,
en même temps , fon Adjudant- général , le fils
de M. de Bouillé , Louis Jofeph ,, ci devant Lieutenant
- Colonel de Cavalerie au fervice de France:
feur traitement a été affigné fur les fonds extraor
dinaires. »
à
( 183 )
De Drefde , le 30 Août.
L'Electeur & toute la Famille Electorale.
fe rendirent le 24 au château de Pilnitz , où
Empereur & l'Archiduc François , partis
de Vienne le 22 , arrivèrent le lendemain..
Le Roi de Pruffe qui , le 22 aufi , avoit
paffé la revue générale , & vu manoeuvrer
les troupes de Siléfte dans le camp de
Schalkau , vint fe réunir le même jour
aux auguftes hôtes de l'Electeur ; le Prince
Royal l'accompagnoit. M. le Comte d'Artois
, entré le 24 dans notre capitale , fe
rendit le lendemain matin à Pilnit dans
une voiture de l'Electeur ( 1 ) . Parmi les autres
Etrangers de marque qui ont féjourné dans
le même rendez- vous , on a diftingué le
Duc de Saxe-Weimar , le Prince de Naffau
venant de Pétersbourg,le Marquis de Bouille,
le Comte d'Efterazhy & le Prince de
Hohenlohe , Gouverneur de Breflau . Le 28 ,
(1 ) La Gazette de Leyde du 6 Septembre
copiée par d'autres Gazettes , a rendu le compte
le plus faux de cette entrevue , où elle prétend
que M. le Comte d'Artois n'a point affifté : elle
ajoute que ce Prince eft allé à Vienne contre
l'ordre de l'Empereur. Cette Feuille , autrefois
diftinguée par affez d'exactitude , ne parle plus
qu'avec ignorance ou mauvaiſe foi , des évènemens
relatifs aux affaires de France.
I 2
( 184 )
l'Empereur eft retourné à Prague , &le Roi
de Pruffe à Potzdam.
Chacun differte & conjecture fur le
fecret de cet entretien folemnel , dont
l'objet excite la curiofité publique . La
váriété des rapports en prouve l'incertitude
fuivant les uns , on y a déterminé
non-feulement une alliance offenfive &
défenſive entre les Cours de Vienne & de
Berlin ; mais encore une quadruple alliance
entre ces deux Puiffances , la Ruffie & la
Suède. D'autres ajoutent un arrangement
pour l'échange du Margraviat d'Anfpach
& Bareith contre la Luface. On parle encore
d'une tranfaction relative à Thorn &
Dantzick ; enfin , d'un plan général de
paix publique dans lequel la France eft
enveloppée. Ces différentes hypothèſes font
toutes plus ou moins plaufibles ; la véritable
ne peut être long-temps un myſtère :
ce qui , jufqu'ici , paroît le plus certain , eft
l'objet dont on parle le moins , favoir ; la
conciliation des vues pour la fucceffion au
Trône de Pologne , & le futur mariage
de la Princeffe Electorale : il eſt naturel de
penfer , que dans une Conférence tenue
chez notre Souverain , on s'y fera occupé
de fes intérêts .
De Vienne , le 31 Août.
M. de Heff , Major au fervice de Ruffie,
( 185 )
eſt arrivé ici le 21 , avec des dépêches du
Prince Repnin pour le Prince Galliin.
Le Général , Prince Repnin , mande à cet
Ambaffadeur que , le 11 de ce mois , les
préliminaires de paix entre la Ruffie & la
Porte Ottomane , ont été fignés à Gallacz
par lui & le Grand-Vifir , conformément
aux bafes convenues antérieurement entre
l'Impératrice & les trois Puiffances Médiatrices
. Oczakof & fon territoire reſteront
à la Ruffe , & le Dniefter formera à l'avenir
la limite entre les deux Empires . En
attendant la conclufion définitive de la
paix , on eft convenu d'un armistice de
huit mois. Quoique ces préliminaires aient
été fignés prefqu'en même temps que la
dernière Convention de Pétersbourg , il
n'eft pas douteux qu'ils n'aient réfulté de
négociations fimultanées , dont le Grand-
Vifir & le Prince Repnin étoient inftruits ,
& auxquelles ils fe font conformés . L'épuifement
réciproque a accéléré cette conclufion
, qu'on a fauffement attribuée à l'impoffibilité
d'agir , où les manoeuvres du
Général Ruffe avoient mis le Grand-
Vifir.
Quant au Traité de paix définitif entre
l'Empereur & la Porte Ottomane , en voici
les articles.
cc 1. Il y aura à l'avenir une paix conftante
& générale , par terre & fur l'eau , entre les
deux Empires , aufli bien qu'un oubli parfait
I 3
( 186 )
de toutes les hoftilités exercées durant le cours`
de la guerre actuellement terminée , de manière
que les Habitans de Montenegro , de la Boſnie ,
dela Valachie & de la Moldavie peuvent retourner
pailiblement à leurs poffeffions , fans être en aucun
temps punis de ce qu'ils fe font déclarés contré
leur Souverain ou qu'ils ont prêté ferment
de fidélité à la Cour Impériale Royale . »
« 2 °. Les deux Parties contractantes admettent
le ftatus quo ftrict , tel qu'il exiftoit avant la guerre
dé larée le 9 Février 1788 , pour fondement réciproque
de la préfente pacification ; elles renouyellent
en conféquence très foigneulement le
Traité de Belgrade du 18 Septembre 1739 , la
Convention du s Novembre de la même année ,
celle du 2 mars 1741 , qui interprête le Traité
de Belgrade ; l'Acte du 25 Mai 1747. qui
prolonge la paix . de Belgrade ; la Convention
du 7 Mai 1775
fur la Ceffion de la Bukowine
& celle du 12 Mars 1776 , touchant la frontière
de cette Province ; lefquels Traités fubfifteront
dans toute leur teneur & vigueur . »
3. La Porte renouvelle en particulier l'Acte
obligatcie du 8 azût 1783 , par lequel elle s'engage
de procurer aux Navigateurs - Marchands Allemands
, qui dépendent des ports foumis à la Cour
Impéiacle , une fûreté entière contre les Corfaires
Barbarefques & autres Sujets Turcs , d'indemnifer
même le dommage qu'ils pourroient
effuyer ; d'ailleurs , l'Aste du 24 février 1784 ,
en faveur de la Navigation & du Commerce libres
des Sujets Impériaux- Royaux dans tous les pays ,
fur toutes les mers & rivières appartenans
l'Empire des Ottomans ; en outre le Firman du
4 Décembre 1786 concernant la menée & la
re- menée du bétail de la Tranfylvanie dans la
( 187. ).
Valachie & la Moldavie ; enfin , tous autres actes
& Firmans qui fubfiftoient avant le 9 Fé
vrier 1788. Ȭ
сс
4. Par contre , la Cour Impériale-Royale
promet d'évacuer , de céder & de reftituer à la
Porte , toutes les poffeffions , villes , fortereffes ,
& palanques , qui ont été conquifes par les
troupes Impériales - Royales pendant cette guerre ,
y compris la Principauté entière de Valachie ,
& les Districts conquis dans la Moldavie , fans
aucun partige ni retenue ; en rétabliſſant d'ail
leurs encore l'ancienne frontière qui , le 9 Fé
y.ier 1788 , fervoit de limite aux deux poffeffions
. Les forterefles & palanques feront reflituées
avec l'artillerie qui s'y trouvoit , au moment de
leur prife , "
сс 5. La fortereffe de Choczim & la foidifant
Raja feront auffi reftituées , mais alors
feulement quand la Porte aura conclu fa paix
avec la Ruffie ; jufqu'à ce moment la Cour Impériale-
Royale les gardera comme un dépôt neutre ,
fans fe mêler davantage de la guerre actuelle ,
ni prêter , foit directement , foit indirectement ,
des fecours à la Cour de Pétersbourg. »
сс « 6°. Après l'échange des ratifications , il fera
procédé , de part & d'autre , aux évacuations &
à la repriſe de toutes les conquêtes , auffi bien
qu'au rétabliffement des anciennes limites entre
les deux Empires ; ce dont le temps précis fera
fixé ci-après. Dès que les Cominiffaires refpectifs
auront été nommés , quelques- uns dirigeront les
opérations relatives à la Valachie, & aux cinq
Diſtricts en Moldavie , pour les terminer dans
l'efpace de 30 jours , à compter de celui où
l'échange des ratifications aura eu lieu . Les autres
Commillaires fe tranfporteront fur l'Unna fupé-
I 4
( 188 )
rieur , afin de rétablir les limites de la Bofnie ,
de la Servie , & du vieux bourg Orfowa , avec
Pears Diftricts circonvoifins , le tout conformément
au ftatus quo ftrict des poffeffions refpectives avant
le 9 Février 1788. On accordera deux mois aux
derniers de ces Commiffaires , à dater dù moment
comme deflus , puifque ce temps eft néceffaire
à la démolition des nouvelles fortifications , au
tranfport de l'artillerie , &c . & c . » ·
CC
7° . Comme tous les Turcs , Civils & Mi
litaires , faits Prifonniers durant la guerre , ont
été fans aucune exception remis en liberté par
la Cour Impériale - Royale ; tandis que de la
part des Turcs n'ont été échangés que les Sujets
& Soldats Autrichiens , détenus dans les prifons
publiques , ou qui fe trouvoient au pouvoir de
quelques Maitres Bofniaques , de manière qu'it
en exifte encore beaucoup dans une fervitude
domestique ; la Porte s'engage à rendre pour rien ,
c'est-à-dire , fans rançon , deux mois après l'échange
des ratifications , tous les Prifonniers de
guerre & efclaves , de tout âge , fexè & condition
, n'importe où i's puiffent fe trouver ;
zellement qu'il n'en fera exclus que ceux dont
il fera conftaté , que d'un côté ils aient embraffé
Ja Religion Chrétienne , ou de l'autre la Religion
Mahométane . »
cc 8 ° . Néanmoins les Sujets de l'une des deux
Puiffances refpectives qui , avant cette guerre ,
ou durant le cours d'icelle , fe font expatriés fur
le territoire de l'autre , & volontairement aflujettis
à fa domination , ne peuvent être réclamés
par leur Souverain naturel , car on doit les regarder
comme Sujets de la Puifance à laquelle`
ils fe font foumis. Ceux qui poffèdent à la fois
des biens fitués fous la jurifdiction réciproque,
( 189 )
fixeront à leur choix la demeure de l'un ou de
l'autre côté ; ils n'auront cependant qu'un feul
Souverain , & pour cet effet feront tenus de
vendre les poffeffions qu'ils ont fous l'autre Gouvernement.
»
« 9° . Pour le bien du Commerce , les Sujets
de la Monarchie Autrichienne , auffi bien
que ceux de la Porte , pourront reprendre le
cours de leurs affaires où ils les avoient laiffé
au moment de l'éruption des hoftilités , faire
valoir tous leurs droits , exiger le paiement dé
ce qui leur eft dû & des effets arriérés , &
réclamer , dans tous ces cas , le fecours des tribunaux.
ɔɔ
« 10° . Les Gouverneurs & Commandans des
places frontières de l'un & de l'autre Empire,
feront perfonnellement refponfables du prompt
rétabliffement de la Police générale , de la tranquillité
publique d'un bon voifinage , ainfi que de
la punition des perturbateurs du repos public . »
4
a11 . Ils protégeront efficacement les Sujets
de l'autre Puiffance , qui , pour des affaires mercantiles
& autres 9 voyageront dans l'intérieur
des Provinces , par terre & fur l'eau . »
« 12 °. Quant à ce qui concerne l'exercice de
la Religion Chrétienne Catholique dans l'Empire
Ottoman , fes Prêtres , fes Eglifes , fes pélérinages
, la Porte renouvelle les Priviléges mentionnés
dans l'art . IX du Traité de Belgrade ,
& tous ceux qui ont été accordés enfuite par des
Firmans .
cc 13 ° . On enverra de part & d'autre des
Miniftres du fecond rang , foit à l'occafion de
la préfente paix , foit , comme par le paffé , pour
notifier l'avènement au Trône des Souverains
Is
( 190 )
respectifs. Ces Miniftres feront admis avec le
Cérémonial ufité. »
c 14° . Dans l'efpace de 15 jours , à dater de
la fignature , ou plutôt , s'il eft poffible , les ratifi
cations doivent être échangées .
>>
Comme on le voit , ce Traité ne règle
point les différends antérieurs à la dernière
guerre ; mais leur conciliation eſt ſtipulée
dans la Convention particulière qui concerne
les limites , & dont nous donnerons
dans huit jours la Traduction littérale.
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 7 Septembre..
Le Roi , la Reine , & les deux Princoffes
, Filles aînées de LL. MM. , ont quitté
Windfor , Samedi dernier , pour fe tendre
à Weymouth , où ils font arrivés le foir
du même jour. LL. MM. féjourneront fix
femaines dans ce port de mer , dont le
elimat eft doux & l'air falubre . Elles font
logées dans la maifon du Duc de Glocefter.
A leur arrivée , toute la ville fut illuminée,
avec des tranfparens allégoriques au raccommodement
de l'Angleterre & de la Ruf-,
fie. Une efcadre légère fous les ordres du
Capitaine Alexandre Hood , mouille à la
rade de Weymouth , pour y prendre , au
befoin , les ordres de LL. MM.
La feule Puiffance qui balançât celle des
( 191 )
Anglois aux Indes Orientales , & qui ne
la balançoit plus , depuis que la France
eft effacée de la carte politique, va s'anéantir
devant nos armes & nos alliances.
L'inquiet -Tippoo Saïb , à la fuite d'hoftilités
contre un des Alliés de la Compagnie
, crut l'année dernière pouvoir harceler
impunément le Coloffe , que fon
père & lui bravèrent plus d'une fois avec
fuccès : il pénètra dans le Carnate , il en
faccagea une partie : on ne lui oppofa d'abord
qu'une partie des troupes de l'établiffement
de Madras ; les fuccès furent
balancés : Tippoo Saib enhardi eut la témérité
de fe croire très-redoutable ; il rejetta
les négociations ; il pourfuivit le faccagement
du Carnate.

Alors , Milord Cornwallis , Gouverneur
Général du Bengale , déploya fon activité
& fes immenfes reffources . Parti en perfonne
, avec des troupes d'élite , pour la
côte de Coromandel , il ordonna aux
Commandans chargés des établiffemens
de la côte de Malabar , de raffembler leurs
forces , & d'attaquer les Etats de Tippoo
par le royaume de Cannanor , l'une des
furpations d'Hyder Ali. En même temps ,
1 requit le fecours des Marattes & du
Nizam , ( Soubah du Décan ) Alliés de la
Compagnie , ennemis invétérés de Tippoo
Saib: Pendant que les Commandans Anglois
exécutoient avec fuccès les ordres de
I G
( 192 )
Milord Cornwallis fur la côte de Malabar ,
& que nos Alliés fecondoient leurs difpofitions
, le Gouverneur Général força
Tippoo à repaffer les montagnes , & à défendre
l'intérieur de fes poffeffions.
Par les derniers avis officiels , on étoit
inftruit que Milord Cornwallis venoit
d'achever d'exécuter ce grand plan , en
paflant lui -même les Ghauts , à la tête d'une
armée formidable , & en chaffant devant
lui Tippoo Saib. Arrivé au centre des Etats
de ce Mufulman , il alloit entreprendre le
fiége de Bangalore , feconde place du pays,
tandis que le Général Abercrombie & l'atmée
du Malabar , cerneroient Seringapatam
, capitale de toute la contrée. A
cette époque , la plupart des forts en première
& feconde ligne étoient emportés ,
& Tippoo ayant inutilement tenté de retarder
la marche de notre armée , s'étoit
setiré fous Bangalor.
Cette pofition conftatée donna l'efpoir que le
premier vaiffeau nous apporteroit la nouvelle de
la reddition de cette place importante . En effet ,
le navire le Hawke , vient d'arriver avec des
dépêches de Madras , en date du 15 Avril. Le
21 Mars précédent , Milord Cornwallis avoit fait
artaquer Bangalore . Par un mouvement fimulé ,
Tippoo ayant menacé les Affiégeans , il fut
repouffé avec la bayonnette. Nos batteries ayant
entamé le fort , fur deux brêches , le Général
Meadows monta à l'affaut , à la tête de 1400
Grenadiers &Chaffeurs Européens ; toute l'armée
7193 }
:
Angloife reftant en ligne de bataille pour recevoir
Tippoo- Saib , & couvrir les affaillans . Ceux- ci
emportèrent les remparts en un inftant ; il
étoit onze heures du foir , & le feu des
canons éteignoit le clair de lune la place
efcaladée en deux endroits fut prise en très -peu
de temps , l'impétuofité des Affiégeans furmonta
toute réfiftance , le carnage fut confidérable ;
parmi les morts fe fout trouvés le Killedar
Bahauder Khan , & le fecond Commandant de
Bangalore . Kitsna - Row , favori du Sultan , a
été fait Prifonnier. Nous avons perdu deux Officiers
de mérite , les Colonels Moorhoufe & Frédérick
; plufieurs autres font bleffés , mais peu
dangereufement. On a trouvé dans la place des
magafins immenfes de vivres , de munitions ,
d'armes , & plus de 100 pièces de canons , fans
compter un butin confidérable ; qui a été partagé
entre les Soldats : le tréfor public , qu'on dit renfermé
dans Bengalore n'avoit pas encore été découvert.
Tippoo s'eft retiré au Nord , après avoir
demandé la paix à Milord Cornwallis , qui lui
a répondu qu'il n'en feroit aucune fans y comprendre
fes Alliés .
Le Général Abercrombie n'étoit plus qu'à quinze
mille de Seringapatam , & l'on s'attend à la
prife inmédiate de cette Capitale , dont la perte
enfevelira la Puiffance de Tippoo dans cette partie
du monde.
Les actions des Indes ont monté de s
pour 100. Les 3 pour 100 confolidés font
à 90 , & tous les autres fonds publics à
proportion , c'est- à- dire,auffi hauts qu'ils
le furent à la paix de 1763. Qui auroit
prédit en 1782 , que l'Angleterre écrasée
( 194 )
par une guerre ruineufe contre quatre Puiffances
, perdant le Continent Américain ,
& aggravant fa dette de 100 millions fterlings
, verroit au bout de dix ans fa profpérité
arriver au dernier terme , fa navigation
marchande couvrir toutes les mers ,
les manufactures toute l'Europe ; fes fonds
publics revivifiés , recevoir le tribut des
Capitaliſtes de tous les pays ; fes Finances
reftaurées , le numéraire entrer par Acts
dans les caiffes publiques & particulières ,
fes Flottes impofer la Loi fans fortir des
ports , & fes négociations déterminer la
balance de l'Europe ?
Mais qui auroit prédit que la France
triomphante , riche , & confidérée en 1782 ,
feroit réduite en 1791 à fubfifter de vieux
cuivre , de débris de cloches , & de papiermonnoie
perdant 15 pout 100 dans la
Capitale même que fes changes tomberoient
de 25 pour 100 , avec les places
auxquelles elle donnoit la loi ; que fes
fabriques ne fe foutiendroient plus que par
le difcrédit des valeurs idéales , repréfentatives
du numéraire ; que fa dette feroit
accrue de deux milliards en deux ans ;
qu'après avoir dévoré fes capitaux , elle
mettroit à la difcrétion d'un Peuple armé
fes recettes & fes reffources ; que fes Efca
dres referoient inactives par la licence de
fes Matelots , que les dégoûts , la tyran
mie , & l'impoffibilité de fervir honora-
*
( 195 )
tés , &
que
blement l'Etat , la priveroient de tout ce
qu'elle comptoit de Généraux expérimen
fes Ambaffadeurs ne feroient
plus en Europe , que les témoins de la
nullité de leur Patrie , & de la haine
qu'infpireroient par-tout fes Perturbateurs ?
Quelle leçon pour la politique fpéculative
? O vanité des raifonnemens !
FRANCE.
De Paris , le 14 Septembre..
ASSEMBLEE NATIONALE.
Du lundi , s feptembre .
L'Affemblée a décrété que les officiers qui ,
fans démiffton volontaire ou fans jugement anront
été arbitrairement privés de leur état , ou
fufpendus de leurs fonctions , feront cenfés les
avoir toujours exercées ; en conféquence , feront
= replacés au rang & grade qui leur appartiendroient
s'ils n'avoient pas éprouvé d'injustice ; &,
que les officiers pourvus de commiffions de colonels
ou de lieutenans- colonels antérieurement au premier
janvier 1789 , avec des lettres d'attache
aux troupes à cheval ou à l'infanterie , obriendront
le grade de maréchal-de- camp pour retraite
conformément aux décrets des 15 février &
3 mars 1791.
,
Malgré quelques repréſentations fur le danger
d'anéantir , par un dernier coup , l'autorité pa-i
temelle , premier garant des vertus & de l'hon
( 196 )
neur des familles , M. Barrère de Vieufac rompant
l'unique frein qu'un père expirant pût impofer
à la paffion de fon fils pour un objet méprifable
ou infame , confacrant en même temps
& le fcandale & l'égalité , de peur que les nobles ne
s'oppofent encore à ce qu'ils appellaient des méfalliances
, M. Barrère de Vieufac , diſons - nous , a fait
rendrele décret fuivant : «Toute clauſe impérative
ou prohibitive qui feroit contraire aux lois & aux
bonnes moeurs , qui porteroit atteinte à la liberté
religieufe du donataire , héritier ou légataire ,
qui gêneroit la liberté qu'il a , foit de fe marier ,
même avec telle perfonne , foit d'embraffer tel
emploi ou profeffion , ou qui tendroit à le détourner
de remplir les devoirs ou d'exercer les
fonctions déférés par la conftitution aux citoyens
actifs éligibles , eſt réputée non écrite . »
Après une longue pièce déclamatoire , dans
le ftyle de Balzac , le même Amplificateur , M.
Barrère a propofé , & l'Affemblée a décrété la
révocation des conceffions & des inféodations de
biens nationaux fitués en Corfe ; avec ordre atx
détenteurs de remettre inceffamment leurs titres
& mémoires au commiffaire du Roi ; fauf à fe
pourvoir par devant les tribunaux , dans les cas
de prétention à la propriété , & pour tout droit
d'ufage à réclamer , au nom des particuliers ou
des communes.
>
M. de Noailles a lu enfuite une opinion ,
ου un rapport fur la fituation des frontières ,
& fur les difpofitions extérieures . Dans cette el pèce
d'Encyclopédie , l'auteur difcourant à perte de
vue fur la France , fur l'Europe , l'hiftoire , les
caufes , les effets , l'attaque , la défenſe , a déployé
toute cette érudition épifotique , pour
arriver à des résultats chagrinans , & à des ex(
197 )
cc

ns incertains . « Il faut enfin , a - t- il dit
rd , prendre une attitude qui nous faffe
ître de tous nos ennemis , qui leur montre
fi nous ne les craignons pas , c'est parce
nous fommes en état de les combattre . »
ant après , le rapporteur parlant de l'armée ,
inte des couleurs fuivantes : «Nous ne poucompter
ni fur la force , ni fur les moyens...
upart de nos officiers ont abandonné leurs
caux , les remplacemens ne s'exécutent pas ,
Coldats ont perdu le goût des manoeuvres ,
itude de la difcipline , & la fcience des
hes ; nos vétérans même fe dégoûtent &
eu de fubordination & du ton avantageux
eurs émules . Les gardes nationales foldées
organifent qu'avec une extrême lenteur ; la
art de nos corps font incomplets , & ` nous
ons pas d'armée de campement.
m fe plaignant de l'efprit de méfiance & du
ut d'accord qui nuifent à l'enſemble des
res , M, de Noailles a aigrement cenfuré
iniftre de la guerre , qui dernièrement explit
aux avocats , aux médecins & aux curés
Affemblée , qu'un camp fur nos frontières ,
Tovoque un chez l'ennemi . Après avoir ébranlé
onfiance dans le miniftre de la guerre , & déti
par le tableau de nos forces & de notre
ation militaire , les rapports romanefques &
oulés des commillaires revenus des frontières ,
arrivé aux bruits fourds de médiations qui ſe
ndent . Avec qui donc , a-t -il dit , aurions-nous
trer en médiation ? La nation eft - elle divifée en
x partis . Réfide-t - elle en quelques individus
promènent leur mécontentement hors du
aume ? Une nation puillante a- t- elle befoin
médiateurs étrangers pour faire les loix ? »
( 198 )
Mais les raifonnemens de M. de Noailles
font devenus plus étranges , lorfqu'à propos du t
manque abfolu de précautions , qui feul empêcha¦
felon lui , les Hollandois & les Belges de conferver
leur liberté ; quand au fujet de ce que peut la
prévoyance , il a ajouté : « Lorfque l'Angleterre
fit fa mémorable révolution , premier germe de
la nôtre , par- tout fes flottes firent refpecter le
pavillon de la liberté , par - tout on craignit d'irfiter
une nation occupée à fe rendre libre .
Cette tirade eft auffi fauffe, en faits qu'en
inductions. Les Hollandois ne craignirent point
d'irriter la république , qu'ils combattirent avec
úne énergie au moins égale à la fienne . Avensnous
à fon exemple un Cromwell , des Monck ,
des Lambert , des troupes formées par douze ans
de guerre civile , des foldats dévots , bien difciplinés
, dévoués à leurs Chefs ; des tréfors ,
des finances en bon ordre , un commerce floriffant
? & c.
Les préparatifs de Frédéric II ont honoré fa prévoyance
dans la fameufe guerre de fept ans . C'eſt
cette vertu de l'homme- d'état , que l'homme de
guerre dut les fuccès fi glorieux qu'il obtint contre
des puiffances qui devoient l'accabler. L'Europe
entière étonnée de fes reffources , & fatiguée
de fa réfiftance , vit qu'elle n'avoit pas affez de
moyens pour combattre ce grand homme ; elle
s'empreffa de conclure la paix . Serions- nous
animés par des motifs moins puiffans que les
fiens? Les intentions de nos ennemis produirontelles
contre nous un moindre acharnement que
les projets fi glorieufement déconcertés par Frédéric
On pourroit demander à M. de Noailles
fi les fujets & les foldats de Frédéric croyoient
à l'égalité , fi ce Roi n'étoit qu'un pouvoir exé(
199 )
Hépendant d'un pouvoir législatif, un hors
re décrié dans la conftitution de fes Etats ;
comités peuvent donner à la France , lil'arnarchie
, le tréfor & l'excellente armée
édéric , & un génie de fa trempe ? Il feifficile
d'ufer davantage de la liberté de
onfondre , & de fubftituer des noms à des
des phrafes à des reffources.
pinant a fuppofé deux époques où nous
ons être attaqués , en octobre ou au prin-
- A l'en croire , l'attaque d'octobre feroit
edoutable , parce que l'Allemagne ne peut
er que de 104 mille hommes ; cependant ,
navcu , ils peuvent venir établir leurs
ers d'hyver dans la Champagne . Celle du
mps pourroit être l'effet d'une confédéragénérale
de l'Europe , & nous aurions à
re quatre à cinq cent mille hommes . Mais
toyens qui combattent pour la liberté he
tent pas des foldats chargés des fers de la
ude . Nos opinions font de nature à ſe
ger; nos victoires allumeroient des feux de
hez nos ennemis ; .un deuil effrayant acagneroit
par tout nos défaites. Les bois ,
rets , les ravins arrêteront les troupes , les
imeront en combats de tout genre : ( comme
bois , lesforêts , les ravins ne pouvoient
uffi bien couvrir , & arrêter les ennemis . )
abitans , les vieillards , les femmes , les enferoient
autant de bras qu'il faudroit ener.
(« Ces moyens ne manquoient ni aux
ançons , ni aux Bataves . » ) Le Roi acceptant
nftitution , pourfuit M. de Noailles , les
ntens ne feront plus aux yeux de l'Europe
les rébelles à l'autorité légitime ; cettefaction
endroit dangereuse à celui qu'elle voudroit
сс
1
·
( 200 )
fervir , & nos foldats joindroient au zèle pour
défendre la conftitution & la liberté , leurs fentimens
perfonnels pour le chef fuprême de
T'armée. »
« Le Roi doit être confidéré , comme revenant
d'un long voyage , durant lequel il s'eft opéré
dans l'empire ( François ) des changemens immenfes
qui , toujours , lui ont été préfentés dans
un fens contraire à leur objet ... Le Roi feroit le
plus malheureux des mortels , s'il ne prenoit pas
la ferme réfolution d'appuyer par tous les moyens
qui lui font confiés , & par fon plein affentiment ,
la conftitution actuelle de l'empire. S'il a des
doutes fur la bonté de certaines loix , fur l'action
du gouvernement , qu'il les préfente , il en a le
droit ; mais qu'il fache que ce n'eft pas dans la
confufion de l'anarchie & dans l'exaltation qu'on
éclaircira ces doutes... Il n'y a pas un homme de
bon fens qui ne lui prédife les plus accablantes infortunes
pour lui & fes defcendans , s'il ne s'appli
que fincèrement à confolider la révolution …..li
faut donc qu'il connoifle parfaitement & l'état
des forces ( on a vu qu'elles étoient nulles ) dont
il a le commandement , & les opérations que les
circonftances exigent... »
De ces apperçus , de ces divagations , qui fembleroient
plutôt tendre à retarder qu'à accélérer
décifion du Roi , l'opinant eft arrivé à des conclufions
prefqu'imperceptibles à côté de fi gigantelques
prémiffes . Il a propofé deux articles dont
l'Affemblée n'a ordonné que l'impreffion , tendant
à ce que le Miniftre de la guerre fe réuniffe , aux
frontières , avec MM . de Rochambeau & Luckner,
& les chefs de l'artillerie & du génie , pour concerter
un plan de défenfe ; ( propofition qui fuppofe
toujours que le Monarque n'eft pas de retour de
( 201 )
fon long voyage; ) & à ce que le Miniftre fourniſſe
tous les documens , relatifs à la négociation des
indemnités , dues aux princes poffeffionnés en
Lorraine & en Alface .
Du lundi , féance du foir.
Quelqu'un n'avoit pas jugé qu'il convîrt d'imprimer
à la fin de la conftitution , l'article qui
déclare qu'elle eft achevée , & qu'on n'y changera
plus rien; mais un décret a ordonné à l'imprimeur
de ne pas omettre cet article .
Des citoyens décrétés comme grièvement compromis
dans l'affaire du champ- de- mars , du 17
juillet , parmi lefquels font MM. Santerre & Camille
des Moulins , nommés électeurs de Paris &
repouffés par le corps électoral , ont rappellé
dans une pétition à l'Affemblée , la déclaration
des droits qui veut que tout accufé foit préfumé
innocent , jufqu'à ce qu'un jugement l'ait déclaré
coupable. M. Péthion a plaidé leur cauſe. Mais
M. d'André s'eft écrié qu'il falloit être d'une bien
Profonde ignorance , pour foutenir une opinion
auffi abfurde , & convenir avec les pétitionnaires ,
qu'un décret conſtitutionnel fufpend l'exercice des
droits de citoyen actif, en tout homme qui eft en
état d'accuſation , fans lui ôter le droit d'être électeur.
L'Affemblée a paffé à l'ordre du jour.
les
Deux foi difant députés de Breft font venus tancer
à la barre le comité colonial , l'accufer de l'inexécution
du décret du 15 mai relatif aux gens de couleur
, en demander le maintien ,
aflurer que
nouvelles alarmantes étoient , controuvées , &
s'autorifer du vou prétendu de la Croix-des-Bouquets
, où , difent-ils , le décret eft respecté. M.
Alexandre de Lameth a répondu que vingt perfonnes
ont été tuées à la Croix- des - Bouquets , que
( 202 ).
le décret y eft détefté , & qu'on devroit punir ces
audacieux porteurs d'adrefies. On a murmuré
crié Vos Cris ne détruiront pas des faits , a répliqué
M. Alexandre de Lameth ; & fi vous ne
dépouillez tout efprit de parti , vous perdrez les
plus belles propriétés de la France . »
Ces mots ont été le fignal de la plus violente
rumeur , qu'on eût vue depuis long - temps régner
dans le côté gauche de l'Affemblée . M. Roberf
pierre a demandé juftice de l'outrage fait par M.
de Lameth à la majefté nationale : contrarié , hué ,
pouffé à bout , il s'eft répandu en virulentes diatribes
contre le pouvoir exécutif & contre les conités
, a menacé de démafquer les traîtres , &
prenant à partie MM. de Lameth & Barnave , il
lés a dénoncés nominativement comme traîtres à
la patrie , au bruit des applaudiflemens des galeries.
Vacarme épouvantable , clameurs , tranf
ports , grands mouvemens de bras , imprécations ,
fureurs du côté gauche , fourire de la droite paifible
, bravos & battemens de mains & de pieds des
tribunes.
En qualifiant cette fcène de ridicule , M. Barnave
a vu dans la prétendue députation de Breft
une intrigue de M. Briffot , dit Warville , pour
reconquérir l'opinion publique & celle des électeurs
; il a foutenu qu'il falloit écouter non tel
club ami de l'infurrection , mais les négocians ;
il a pronostiqué l'époque très- prochaine , où l'on
jugera fainement du fatal décret , & du perturba-,
teur de l'empire François , qui l'avoit nommé trai
tre. MM. Roberfpierre & Barnave fe font accor
dés en ce point , qu'ils ont également defiré qu'on
entendit le premier fur fes inculpations ; mais de
crainte d'un nouveau Tcandale , ou dans l'embar
ras d'admettre ou de réfuter le combat proposé ,
( 20 ; ) .
le préfident a levé la léance extraordinaire qui ,
d'après un décret , ne devoit avoir lieu que pour
des affaires très- preffantes.
Du mardi , 6 Septembre.
Organe du comité de conftitution , M. le Chapelier
, après un long rapport , a remis fous les
yeux de l'Affemblée un projet de décret fur les
offices des receveurs des confignations & des .
commiffaires aux faifies - réelles . De divers amendemens
qui ont modifié ce projet , s'eft compofé
un décret que l'Affemblés a adopté , &
dont voici la fubftance :
Tous effices de receveurs des confignations
& commiffaires aux faifies - réelles , font fupprimés
; le comité de judicature fera inceffamment
fon rapport fur le mode de leur liquidation &
la reddition de leurs comptes. Leurs fonctions
feront provifoirement & jufqu'à nouvel ordre.
exercées par des prépofés nommés par les directoires
de diftrict , prépofés qui fourniront un
cautionnement des deux tiers de celui des receveurs
de diftrict , & auront , de droits , les receveurs
des confignations , trois deniers pour livre
fes fommes réellement confignées , & les commiffaires
aux faifies - réelles , douze deniers pour
livre du prix des baux . Les receveurs & comniffaires
continueront leurs précédentes fonctions
la charge de réfider près du tribunal , & de
e conformer à l'édit du mois de février 1689
aux déclarations qui ont ajouté ou dérogé à
st édit .
Une partie du cinquante - huitième ci- devant
Rouergue , s'eft mis dans un état d'infurrection
Blois ; amis dé la conftitution , officiers muniipaux
,
adminiftrateurs s'en font mêlés , ont
( 204 )
du
figné une pétition des foldats , des atteftations ,
des recommandations ; le ferment prêté par les
officiers du régiment n'a pas infpiré de confiance
aux inférieurs , les chefs ont hésité de profiter
du paffage d'un corps de cavalerie qui pouvoit
leur fournir moyen d'exécuter la loi martiale
militaire contre les foldats indifciplinés . A la fuite
de l'expofé de tous ces détails , M. Chabroud a
fait décréter que le feunent prêté par les officiers
cinquante- huitième régiment , après lecture
de la formule prefcrite par la loi du 22 juin , eft
conforme à la loi ; que les loix affurant les droits
de tous les individus qui compofent l'armée ,
I"Affemblée nationale ne peut tolérer que des griefs
allégués fervent , quels qu'ils foient , de prétexte
à l'infubordination ; qu'il n'eft permis ni aux
citoyens , ni aux municipalités , ni aux corps adminiftratifs
de s'ingérer dans le régime militaire ,
de fe mêler des rapports de commandement &
d'obéiffance que la loi a établis dans l'armée , que
toute intervention de leur part y doit être ſévèrement
réprimée ; que les fupérieurs font puniflables
s'ils n'ont pas fait ufage des moyens que la
loi leur a confiés pour maintenir ou rappeller la
difcipline & le bon ordre ; mais que la loi étant
faite , le foin de la faire exécuter doit être réfervé
aux divers fonctionnaires inftitués à cet effet ;
qu'en conféquence les pièces juftificatives du rapport
du comité feront renvoyées aux miniftres ; &
au furplus , qu'il n'y a pas lieu à délibérer .
4
Sur la préfentation de M. d'Auchy , l'Affemblée
a décrété qu'à compter du premier janvier 1792,
il fera établi fur diverfes routes le nombre de
couriers de poftes aux lettres en voitures que détermine
un état joint au décret,
La
( 205 )
éance a été terminée par l'adoption de fix
x articles du code pénal rural , relatifs
Dupeaux , clôtures , parcours & vaine
u mercredi , 7 septembre.
Temblée a décrété que la caiffe de l'exnaire
avancera & payera en l'acquit de
= de Dieppe , la fomme de 316,880 liv .
négocians Anglois , prix en capital & indes
fubfiftances qu'ils ont fournies à ladite
n.1789 fur la demande des officiers muix
alors en exercice .
>
nom du comité des rapports , M. Varin
ifié l'arrestation faite à Dunkerque , de
fabricateurs de faux affignats , dénoncés
n françois qui réfide à Londres . Il a été
é que , le tribunal du district de Dunkerque
ra le procès de ces deux fauffaires nom-
Brunet & Gannot ; que le miniftre de la
e en sertifiera inceffamment le corps légif-
& en outre , que le fieur Polverel , acur
public du premier arrondiffement de
rendra compte , de trois jours en trois
au même miniftre , de l'état de la proe
qui s'inftruit contre d'autres fabricateurs
gnats , & que la caille de l'extraordinaire
tra en la difpofition de la trésorerie nale
une fomme de cent mille livres pour
air aux frais de ces fortes de recherches .
Affemblée électorale du département de la
e inférieure s'eft permis de retrancher 34
90 électeurs de Nantes , fous prétexte que
ombre étoit fans proportion avec celui des ciens
actifs de ladite ville ; cette exclufion.tutucule
ayanı fait arguer de nullité les opé
No. 38. 17 Septembre 1791 .
K
( 206 )
rations ultérieures du corps électoral , fur le
rapport de M. Rabaud , l'Affemblée nationale
s'eft déclaré incompétente & a patlé à l'ordre
du jour.
M. Cochard a tu un rapport fur l'organifation
d'un bureau général de comptabilité où le
Roi nommeroit quinze commiffaires vérificateurs ,
trois par fections dudit bureau . Après l'avoir
écouté , l'on n'a pas même décidé qu'on ne
décideroit rien ; il n'y a eu ni décret ni ajournement.
Mais il n'en a point été de même a
l'égard d'une lettre du miniftre que l'affluence
des chefs- d'oeuvre force à demander que l'ouverture
du Sallon du Louvre qu'une loi fixoit
au 8 foit différée jufqu'au 15 Septembre. La
puiffance législative a bien voulu accorder.ce
délai au pouvoir exécutif & aux , artiftes dont
il eft jufte auffi de payer le civilme de quelque
condefcendance .
On a lu des adreffes des chambres de commerce
de Nantes , du Havre , de louen , qui
réclament & motivent énergiquement l'abrogation
du décret du 15 mai relatif aux colonies . M. Malouet
ademandé qu'on mit promptement cet impertant
objet à l'ordre du jour . M. Rewbell -
voqué la préalable & foutenu que toutes ces adrelles
font jettés dans le même moule ; qu'on n'a point de
nouvelles certaines des colonies ; que les lettres
qui en viennent & les adreffes qui fe multiplient
contre le décret , étoient prêtes avant qu'il fût
rendu ; que l'Affemblée fe déshonore en cédant
aux réclamations de quelques mauvais citoyens
que ce décret me fait aucun tort aux Coloni ,
& ne bleffe quer leur orgueil. On a objecte
M. Rew bell fon opinion fur les juifs d'Aface
auxquels il refufoit les droits de citoyens actas
( 207 )
pondu que leur religion eft incompatible
otre régime politique , ce qui eft oublier
os loix modernes confidèrent philoſophint
les hommes indépendamment de toute
n avec Dieu.
1. Péthion , Roberfpierre , Grégoire évêque
utionnel de Blois & J. P. Briffot , paent
défignés , dans l'une de ces pétitions ,
= lettres initiales de leurs noms , comme
cendiaires , des ennemis déclarés de leur
Eft-il poffible , s'écrioit M. Lanjuinais
comité colonial employe des moyens fi
our faire triompher la caufe de l'égoilme
l'intérêt ! Puifqu'on écoute avec tant de
aifance des déclamations contre un décret
par la juftice & l'humanité , que l'on enauffi
les adreſſes en adhéſion à ce même
de pareils raifonnemens & aux murmures
partie du côté gauche , M. Barnave a opl'intérêt
national qui exige une prompte
on de cette maiheureufe affaire , qu'il feroit
reux d'abandonner aux variations des léares.
Ses conclufions ont été de recevoir
Etitious des chambres de commerce , & d'aer
le rapport à huitaine. L'Asemblée les a
és .
tardives complaintes du garde- du-fceau
es horreurs commifes à Avignon , & fur
gnité nationale ſcandaleufement compromife
la perfonne ou par la conduite des com
ires médiateurs ont amené la demande
le comité diplomatique fit au plutôt un
Dr fur les moyens de fecoutit cette ville
tunée . M. Malouet vouloir que les comaires
fufient mandés à la barre pour y rendre
K2
( 208 )
compte de leur médiation ; mais on s'eft borné
à ajourner l'affaire à famedi.
Du jeudi , 8 Septembre.
M. Duportail a écrit une longue lettre à
I'mblée , pour réfuter un placard , cu M.
de loreton reproche à ce miniltre mauvaiſe
volonté , inconféquence coupable , & violation
manifefte du décret fur l'avancement , dans l'exécution
du décret rendu d'après les pétitions dudit
M, de Moreton. M. Duportail a conclu à ce
que le confeil de guerre foit changé en une cour
martiale. On a renvoyé au comité militaire la
lettre du miniftie réduit à répondre à une af
fiche des rues .
·
M. Camus a ramené la difcuffion für la comptabilité
, & a oppofé un nouveau rapport à celui
qu'avoit lu , la veille , M. Cochard , au nom de
la majorité du comité de liquidation . M. Camus
a préfenté les obfervations de la minorité.
L'opinant fouhaitoit que les receveurs de diftrict
& tréforiers particuliers comptaffent avec les
Icommitfaires de la tréforerie nationale , & avec
le tréforier & l'adminiftrateur de la caiffe de
l'extraordinaire ; que ceux - ci & les adminiftrateurs
de la régie des droits d'enregistrement , &
des domaines comptaffent à l'affemblée légifative
; que les conteftations fur les comptes des
premiers fuffent ourfuivies devant les tribunaux
de diftrict du domicile des comptables ; & à
l'égard des feconds , devant le tribunal dans le
territoire duquel feront établies la tréforerie nationale
& la caille de l'extraordinaire ; ( ce qui
feroit évidemment remettre au jugement d'un
tribunal de localité partielle les intérêts directs
de la généralité du royaume , paffage irrégu(
209 )
lier , confufion monftrueufe de l'ordre civil à
l'ordre politique. )
la
M. Tronchet n'a vu dans cet arrangement
qu'une furcharge de travail pour les commilaires
de la tréforerie , & l'inconvénient de fuppofer
que leurs comptes puiffent être déchargés par
feule préfentation , ou d'exiger qu'ils appellent
Paris & les pièces juftificatives & les comptables
des provinces . M. Camus lui a répondu qu'il y
a deux manières de compter fur livres & fur
pièces , il les a prolixement expliquées l'une &
l'autre , & a conclu , à la grande fatisfaction de
beaucoup de gens qui n'y entendoient rien , qu'il
eft très-facile d'établir la comptabilité fur pièces
lorfqu'on a déja la comptabilité fur livres.
Hors du cercle étroit des routines & des expédiens
d'avocats , embraffant la fphère politique
M. Malouet a établi qu'il feroit également infuffifant
de rendre les commiffaires de la tréforerie ,
juges en définitif des autres comptables , ou de
les aftreindre à rendre les comptes , fcit fur de
fimples bordereaux , foit avec tous les moyens
de vérification , au tribunal du domicile , au corps
législatif , ou au bureau de comptabilité própofé
par M. Cochard. En homme d'état , il a penfé
que fpécialement convoquée pour le falut des
finances , l'Afemblée avoit eu le tort de s'occuper
trop peu & trop tard de comptabilité ;
que l'appurement par le corps légiflatif eft impoffible
ou n'eft qu'une vaine formalité ; que
15 commiffaires révifears , & moins encore de
juges occupés d'autres affaires , ne pourroient
vérifier annuellement 300,000 pièces ; que le
tribunal fupiême doit prononcer non - feulement
fur le contentieux ; mais auffi fur la régalité des
comptes. Enfin il étoit imposible de mieux
K 3
( 210 )
prouver , fans le dire , qu'on avoit mal falt de
true inconfidérément les chambres des comptes
qu'il eût été plus fage de les approprier au
nouveau régime.
« C'eft en voulant tout faire , a dit M. Malover
, c'eſt en voulant attirer à vous tous les
détails , que l'enfemble vous échappera , & que
Vous ne pourrez porter fur ancun une attention
févère. Voyez ce qui vous eft arrivé dans cette
feffon , & ce que avez pû obtenir en vérification
de comptes . La fituation des finances ne
vous a été connue que par bordereaux , & vous
n'avez pû vérifier ni juger aucune opération de
finance ni en recette ni en dépenie... Ces états ,
fignés & vérifiés par un miniftre qui expofe les
entrées & les forties du tréfor public... ce n'eit.
là que la préface des comptes , & tant que les
pièces probantes ne feront pas revues & vérifiées
, l'appurement n'exiftera pas . »
Ses conclufions ont été de propoſer , le plan
fuivant : établir un contrôle général des recettes,
& dépenses de l'état , près l'Affemblée nationale
; que les comptables adreffent au contrô
leur général un compte général par mois & un
compte fommaire chaque année dont le réſultat
vérifié fera compris dans le tableau préſenté à
la fin de l'année au corps législatif ; que les di
rectoires furveillent les recettes & dépenfes des
départemens , mais qu'il ne foit fait aucune dépenfe
que lorfqu'elle aura été approuvée par le
Roi fur le mandat d'un administrateur à ce
commis par le Roi ; qu'il foit établi à Paris un
tribunal fupérieur de comptabilité , dont le Roi
choifira les membres parmi ceux des chambres
des comptes fupprimées ; ce tribunal jugera en
première & dernière inftance , les comptes de'
( 211 )
la tréforetic , de la guerre , de la marine , des
affaires étrangères , des ponts & chauffées , &
définitivement tous les comptes des départemens
arrêtés par le contrôleur général des recettes &
des dépenfes..
ཏའ་ ་ M. Camus ayant fuppofé que les comptes
pouvoient fe rendre à l'amiable , M. Malouet
a foutenu qu'une reddition de compte eft un
afte rigoureux , & fon appurement un jugement
qui doit émaner d'une autorité conftituée ; que
ceft pour cela que le corps législatif ne peut
apparer un compte , parce que le corps légiflatif
ne fauroit en connoiffance de caufe rendre
( un jugement , à l'appui du vou de l'érection
d'un tribunal fuprême pour cetobjet. M. Du
pont a rapellé que M. Amelot a fouvent dit
au comité d'aliénation que de 547 receveurs
de diftrict , il y en avoit à peine 40 qui fuffent :
faire un compte, que plufieurs pouffoient l'ignorance
jufqu'à écrire , 18,000 liv. de recette &
18,000 liv. de dépenſe ; total , 36,000 liv . ( On
a ri , comme s'il n'eût pas été queftion du pro- '
duit des fueurs & du fang du peuple. ) M. Dupont
a eu la bonne - foi de douter qu'on trouvât :
1,500 bons juges de diftrict ; & fon avis , après
tant d'innovations , au milieu de tant de ruines
étoit qu'il valoit mieux employer les élémens
exiftans pour que la nation fût bien fervic...
,
>
Selon M. Anfon , il s'éleveroir fi peu de dif
ficultés qu'il ne falloit pas , pour les réfoudre
ériger & payer un nouveau tribunal . M. Camus
a réduit la thèſe à favoir s'il y auroit un tribunal
unique , ou files conteftations feroient jugées
par les tribunaux du domicile des comptables , les
juges duffent-ils n'y rien comprendre ; & il ciroit
a l'appui de fon dire les procédés du comité de
K 4
( 212 )
liquidation & les décisions de l'affemblée . « Si
jamais , a repris M. Malouet, un comité de l'affemblée
s'eft permis d'adminiftrer , de favoriler
des dépenfes ou des recettes qui ne pourroi.nt
pas être juftifiées , le corps légiflatif , ou fon coinité,
aura cent facilités pour le cacher , & je
foutiens que la fortune publique eft menacée , f
vous confacrez de tels principes . ・・
Mais M. Fermond a répondu que toute dépenfe
décrétée étant fanctionnée du Roi , aucun
juge ne peut fe difpenfer de juger en faveur de
l'affemblée , & l'on a vivement applawdi. Plus
profond encore , M. de Beaumetz a dit , que les
comités & laffemblée jugeroient tout auffi peu que
la chambre des comptes , dont il a prétendu qu'on
ne qualifioit les décifions d'arrêts ou dejugemens,
que parce que fes membres étoient revêtus de
robes... Un décret a décidé qu'il n'y auroit point
de tribunal unique de comptabilité .
Du vendredi 9 feptembre.
On a lu deux lettres de M. Duportail ; dans
l'une , ce miniftre repréfente qu'un très-grand
nombre des gardes nationales qui fe difpolent à
marcher aux frontières manquent de fufils &
l'autre accompagnoit l'envoi de l'état fommaire
des dépenfes du département de la guerre. Les
dépenfes ordinaires vont à 91,596,242 liv . , &
les dépenfes extraordinaires , à 68,580,787 liv . ,
total 168 millions , 177,023 liv. L'Affembléc
a décrété l'impreffion de cet état , & le renvoi
de la première lettre air comité militaire .
Quelques départemens paient déja leurs électeurs
, le taux varie , & plufieurs corps électoraux
demandent qu'on les paie. Le comité de
conftitution avoit été chargé de rendre compte
( 213 )
de les vues à cet égard . M. d'André s'eft plain
de la lenteur du comité , a repouffé toute crainte
d'indifpofer les corps électoraux , tout ménagement
indigne des loix , & fon avis particulier étoit
que les électeurs ne fuffent point payés . M. le
Chapelier a dit que le comité penloit de même ,
1. parce que ce feroit une charge énorme pour
l'Etat ; 2 ° parce qu'un falaire feroit briguer ces
places ; 3. parce qu'à l'avenir les nouvelles conditions
d'éligibilité écarteroient ceux qui n'auroient
pas l'aifance néceffaire pour facrifier au public le
peu de jours & les dépenfes qu'exigeront ces fonctions
moins fréquentes . On a décrété que les électeurs
ne feront pas payés ; loi qui peut - être n'aura
d'autre, effet que de rendre les voix moins nombreufes
ou moins chères .
La formule des jurés coupable , mais excufable
, impolitiquement fubftituée à l'antique
droit royal de faire grace , eft devenue une fource
d'abus & d'impunité , fur- tout dans le militaire.
Elle eft appliquée fi leftement par les jurés , fi
fingulièrement interprétée par les juges , que les
délits ne fe jugent plus , que les prifons regorgent
d'acculés dont les fentences ne font
fufceptibles d'aucune forte d'exécution . Après
avoir fait preffentir vaguement que l'Affemblée
auroit bientôt telle difpofition de bienfaiſance
ou de clémence à décréter , dans laquelle il feroit
poflible de comprendre les hommes qui font dans
le cas d'y être compris , M. Emmery , organe du
comité militaire , a propofé de ftatuer que la
formule excufable , ne ferviroit aux juges que
d'avertiffement qu'ils peuvent ufer d'indulgence ,
& prononcer une peine moins rigoureufe , fans
devoir déférer à un femblable avertiſſement , lorf-
:
K s
( 214 )
qu'en leur ame & confcience ils croiront plus
jufte de ne pas s'y foumettre.
M. Martineau a judicieufement réclamé contre
l'arbitraire d'une pareille loi. « Il ne faut pas ,
a dit M. Chabroud , confondre la loi civile &
la loi militaire . Il faut que la loi militaire foit
exécutée , fans cela vous n'aurez point d'armée . »
Comme s'il étoit indifférent que la loi civile cût
ou non fon exécution . Mais concluant mieux qu'il
n'avoit raiſonné, l'opinant a demandé qu'on reftreignit
la formule des jurés à : coupable ou non- co:pable.
M. Tronchet vouloit que l'article für adopté
provifoirement , en attendant la fin des loix pénales
. On a décrété , ſauf rédaction , que dans
les cas excufables, le juge appliquera la peine
moindre d'un degré , que celle qu'auroit encourue
l'accufé déclaré coupable & non- excufable.
A ce r'habillage inoui d'un code tout neuf, qui
même eft à peine achevé , a fuccédé le véritable
ordre du jour , la lecture des trois chapitres de
M. de Montefquiou ſur l'état des finances . Il a
parlé fort long- temps ; mais fuivant fon joli
bon- mot , fi analogue à la gaieté des réfuitars
de les mémoires , il faut favoir s'ennuyer avec
fes gens d'affaires.
Nous analyferons cette Encyclopédie financière ,
lorfque fa partie arithmétique , la feule qui mérite
examen, fera mife en difcuffion..
Du vendredi , féance du foir.
Une deputation du peuple Avignonois eft venue
exprimer le plus vif defir de la réunion
d'Avignon & du Comtat à la France : « Interrogez
, a dit l'orateur , les fages médiateurs que
vous avez envoyés pour nous apporter la paix ,
ils vous attefteront qu'il ne manque aux Avi(
215 )
33 сс
gaonnois que le nom de Françcis. » « Déja cette
adoption eft formée dans nos coeurs , a répondu
le préfident , mais c'eft à la feule juftice à la
confommer. » Et il a promis que l'Affemblée
nationale confulteroit l'impartialité de fes principes ,
en ajoutant qu'elle n'attendoit que le concours
des volontés , pour procéder à cet examen . La
députation a reçu les honneurs de la féance ,
fans avoir été vérifiée , fans qu'aucune preuve
atteftât la légalité de leur miffion .
Quelqu'un a voulu oppofer une proteftation
fignée de 183 citoyens Avignonnois , qui foutiennent
que ces foi- difant députés n'ont pas les
pouvoirs néceffaires ; mais M. Charles de Lameth
a prétendu , fans prouver l'existence des
pouvoirs conftatés , que ce feroit faire trop
d'honneur à une réclamation obfcure que de la
réfuter , & l'on a renvoyé les pièces aux comités . "
Après un rapport motivé , M. de Boufflers a
fait adopter un décret , tendant à déterminer
l'emploi de 300,000 liv. à prendre chaque
année fur les deux millions annuellement deftinés
aux gratifications pour les découvertes utiles ,'
femme qui fera diftribuée parmi les artiftes fur
les certificats des directoires .
Il entroit dans le plan des habiles tacticiens
qui préinéditent la conquête , fi fouvent différée
du Comtat & d'Avignon , de travailler ce qu'on
nomme encore l'opinion par des impreffions
analogues & fucceffives . Un député du peuple
Vauclufien , M. Duprat le jeune , membre de
l'affemblée électorale du Département de Vaucluse ,
eft auffi venu demander la réunion à la France
& dire ingénuement aux législateurs François :
Vous devez être flattés des fentimens que
2-
K 6
( 216 )
vous nous avez infpirés , & des efforts que nous
avons faits dans la lutte effroyable qu'il nous
a fallu foutenir contre les ennemis de la révolution
. Ce qui prouve que le voeu de la
révolution & de la réunion n'eft pas unanime ,
& qu'on n'a pu l'obtenir qu'à l'aide de ces
efforts , qui triomphent d'une lutte effroyable. II
feroit impoffible de mieux traduire ces mots :
nous n'avons vaincu , ſubjugué , conquis que
par l'excès des violences . »
La fublime déclaration des droits a frappé
l'orateur & fes commettans de la lumière dont'
elle doir un jour éclairer l'univers . « Nous:
étions courbés fous le joug aviliffant du defpotifme
facerdotal ; nous nous fommes levés , nos chaînes
fe fout brifées , nous avons voulu redevenir François...
Soutenir que nos mouvemens ont été ilfégitimes
, que nous n'avons pu changer la forme
d'un gouvernement vicieux , & que Rome a des
droits fur nous & fur notre territoire , ce feroit
renverser la bafe de l'édifice que vos travar
ont élevé pour le bonheur du peuple François ,
& déchirer d'une main facrilège le livre faint
de votre conftitution ...... Les patriotes de
nos contrées l'adorent , ils la veulent dans toute
fon intégrité .
בכ
De ces étranges rapprochemens , plus indifcrers '
que favorables à fa caufe , l'orateur paffart aux
faits , les a tous dénaturés ; il a peint les Avignonnois
& les Comtadins fidèles à leurs fermens
, à leur fouverain légitime , dont le règne.
n'eft marqué que par fa bienfaifance , comme
des fanatiques , des efclaves , des contre -révolutionnaires
. Il n'a vu dans les atrocités des 11
& 12 juin 1790 , dans celles de Cavaillon , du'
Thor , de Sarrians , que des événemens provo217
)
qués par ceux qui en furent les victimes ; a
foutenu que les quatre cinquièmes du Comtat
& d'Avignon avoient libreinent voté pour la
réunion à la France; a vanté les patriotes , & ?
l'affreux fuccès de leurs maffacres , de leurs brigandages
, en difant de ces perfides agreffeurs ::
« Des hommes libres qui repouffent les attaques
de leurs tyrans peuvent - ils obtenir
autre
chofe que la liberté ou la mort ? » Et le côté
gauche & les galeries ont retenti d'applaudifiemens.
Vous ne repoufferez point , a conclu
M. Duprat , CENT MILLF François qui viennent.
fe jetter dans vos bras . »
сс
Un membre a demandé que les représentans
d'un peuple fuffent admis dans l'intérieur de la
falle , & l'électeur & fes co- députés ont été introduits
. M. Rovère , fon collègue , perfuadé
que rien n'eft plus utile au repos des nations ,
que de prodiguer de calomnieux & groffiers
outrages aux Têtes Couronnées , fur- tout au
moment d'une coalition formidable , a dit que :
« Les tyrans répandus fur la furface de l'Europe ,
la rorche & le poignard à la main , avoient effacé
le code facré de la liberté , que l'Affemblée nationale
rendoit ce code au monde ; que quelque
foit le bonheur romancier dont on affure quejouiffoient
les Avignonnois & les Comtadins , fous
le joug de l'évêque de Rome... la qualité de fujet
du Pontife de Rome étoit déjà devenue unë
injure. "
Son éloquence a pris , pour fujet favori , la
mort tragique de quelques patriotes , qui reve
nant de l'aimée , ont été afſaillis dans leurs villages
par des pères , des époux , des fils , des frères
qui leur demandoient compte du fang d'un fils ,
d'une femme , d'un père , d'un frère égorgés
( 218 )
par ces patriotes , pour n'avoir voulu être par- ,
jures au Souverain légitime , auquel ils avoient.
juré fidélité , & qui les avoit préfervé , à les
frais , de la diferte .
Ces malheureux payfans défcfpérés , ruinés ,
pouvoient- ils traîner aux pieds des juges , de-,
voient-ils bénir le brigand qui , publiquement.
pro: égé par la médiation , venoit fe vanter chez
eux du carnage de leur famille ?
M. Duprat avoit parlé de CENT MILLE VOtans
pour la réunion M. Rovère le borne à
n'annoncer que DIX MILLE patrictes , dont il
fait autant de partiates réfolus à conquérir le
nom François ou à mourir ; d'oùì l'on peut conclure
qu'ils font comme une armée en état de
guerre , contre le pius grand nombre de ceux
que , cependant , ils fuppofent avoir prefque
unanimement émi le même voeu de réunion . Le
préfident en a témoigné l'impartial defir au
nom de la France , en ajoutant qu'une févère,
justice doit régler toutes les démarches de l'Alfembiće.
,
Du famedi , 10 Septembre.
On a introduit à la barre MM. Vertinac de
Saint-Maur le Scène des Maifons , commilfaires
médiateurs revenus du Contat.
M. le Scène des Maifons a pris la parole.
Selon lui , la révolution qu'une armée d'étrangers
, de déferteurs & de gens fans aveu vient
d'opérer à Avignon & dans le Comté Vénaiſſio ,
eft une fuite naturelle & inévitable de la révolution
françoife. A la fin d'août 1789 , les Avignonois
préfentèrent des doléances au Vice - Legat , le
peuple foutint fes droits contre un gouvernement
paternel dans les chefs , mais oppreffeur dans
( 219 )
-M
Pexercice des agens fubalternes. Des citoyens furent
décrétés , emprisonnés ; le bourreau les recevoit
, a-t- il dit , dans les prifons ; il eft vrai qu'il,
n'y cuc aucune exécution quelconque . L'impa-:
tience du peuple devint infurrection ; il força les ,
prifons , délivra les prifonniers , brûla les pro-,
Les confuls fe démirent , une admis
on
provifaire fut établie ( ici l'orateur a
oublié un comité des recherches . ) Des affemblées
de district adoptèrent les décrets de l'Affemblée
nationale . Une municipalité fe forma le 18 avril
1790 ; & l'on abolit l'inquifition, qui n'étoit plus
qu'un vain fimulacre. Les privilégiés ( d'un pays
qui ne payoit point d'impôts au monarque ) fe
coalisèrent , a pourfuivi le narrateur difpenfé de
rien prouver ; & le 10 juin vit éclore des crimes ,
& provoquer des vengeances . Il s'agifloit ici de
juftifier les exécrables forfaits des 11 & 12 juin
1790. M. le médiateur prétend que des nobles
& des prêtres , qu'il fe garde bien de nommer,
éroient fortis d'une églife & avoient tué plufieurs
des partisans des nouvelles idées . Cette allégation
et la plus infigne fauffeté.
« Le peuple refta le maître. Le plaifir de la
Vengeance remplaça alors le befoin de défendre.
Nombre de nobles avoient été arrêtés . On vouloit
les facrifier tous à la sûreté publique ( bien qu'on
n'eût plus befoin de fe défendre ) . Mais le peuple ,
peu accoutumé à exercer lui- même fes vengeances,
voulut qu'elles fuffent exécutées par le bourreau.
Cet heureux retard rallentit l'excès de la fureur , &
quatre malheureux furent victimes des fureurs de
teur parti ; victimes d'autant plus à plaindre que
l'opinion publique donne à deux d'entre eux des
vertus , & ne les fuppofe coupables que de leur fois
bleſſe » . ( Il eſt natoire que les deux refpectables
( 220 )
victimes n'avoient partagé lafureur d'aucun parti ,:
n'étoient coupables en aucune manière ; qu'on les:
arrach de l'afyle le plus paifible pour les pendre
fans autre motif que la rage des fcélérats que l'on
affe&te d'appeller le peuple ; que l'une d'elles fut
encore , vivante , criblée de coups de bayonnettes
par les patriotes ou révolutionnaires , dont le vrai
peuple & le vertueux maire d'Orange eurent horreur
; que des patriotes dansèrent autour du corps
Langlant , fufpendu , palpitant & déchiquetté , en
chantant danfe , tourne chien d'aristocrates ; &
qu'après la mort affreufe de la feconde des vice
times défignées avec un fi beau fang-froid
trouva dans fon teftament des legs confidérables
pour les pauvres. )
*
"
on
C'eft le lendemain de ces abominations , que
fut émis un voeu de réunion que M. le média.
teur donne pour général , quoique les honnêtes
gens épouvantés s'éloignaffent d'affemblées tumul
tucafes où dominoient les inftigateurs de tant de
violences. Les troubles gagnent le Comtat , il s'y
forme une aſſemblée repréfentative ; Carpentras
s'y refufe , quelques villes fe foulèvent , 300
habitans de Cavaillon viennent fe joindre aux
agitateurs d'Avignon en fe difant perfécutés ; on
court affiéger Cavaillon , fous le prétexte de les
✰ rétablir , & dans le fait pour y réalifer les
nouvelles idées; à force armée ; on va effrayer Carpentras.
Les communes font convoquées . L'ora
teur affirme que 68 fur 84 émirent le voeu de réunion
à la France ; mais nos lecteurs fe fouvien
nent de la manière víðorieuſe dort Mide Cler
mont- Tonnerre a réfuté , dans le temps , cette
impofture . Création d'une affemblée électorale
chargée de l'adminiftration des deux états ; ces
( 221 )
électeurs adminiftrateurs ( contradiction abfurde
jufques dans les termes ) en font à l'avance
84. département de France fous le nom de dés
partement de Vauclufe; divifion , anarchie . L'orateur
attefte fur des preuves qui lui ont été adminiftrées
, dit- il , mais qu'il ne communique pas ,
que l'allaffinat du maire de Vaiſon , Lavillaffe ,
fut le fruit d'une combinaifon des partifans de
l'eflemblée de Sainte - Cécile , oppofée à l'affem-,
blée électorale .
n'eft
Dès-lors , dans le récit , les Carpentrafliens &
leurs adhérens font les agreffeurs , les brigands.
ou patriotes d'Avignon fe défendent & ont pour
eux l'avantage d'une groffe artillerie . Sarrans eft
livré au pillage , la campagne ravagée ; tout cela
que d'effet naturel des diffentions civiles .
Carpentras eft bloqué , fe défend avec courage.
L'armée des patriotes lève des contributions.
cxige d'Avignon , les municipaux s'y refufent ...
Ici l'eloge du général Jourdan furnommé coupetêtes
, d'après ce qu'il avoit raconté lui - même
de fon intervention dans les, horreurs des 5 & 6
octobre 1789 ; léger oubli de lui-même , qui n'em-
Pêche point que , felon M. le Médiateur , Jourdan
ne foit un homme groffier , mais plutôt fenfible
que févère , ayant le courage du fang-froid & le
langage qui convient au peuple. Carpentras &
les communes fidèles à leur fouverain , fe concertent
enfin pour partit de divers côtés , & fondre
fur l'armée du fenfible Jourdan , cantonnée à
Monteux... Telle étoit la fituation des chofes
quand les médiateurs arrivèrent à Orange.
Ils débutèrent par exiger le défarmement de
tous les contre- révolutionnaires , & ne manquèrent
pas de raifons pour retarder le défar(
222)
mement de l'armée de Jourdan ; & ils propofèrent
des préliminaires qui furent fignés . Or , on
devine aifément dans quel efprit de conciliation
& d'impartialité , ils admirent au nombre dest
parties contractantes , l'armée de Jourdan qui ,
s'ils étoient venus huit jours plus tard , auroit
été punie de fes crimes innombrables ; & l'affemblée
électorale du departement de Vauclufe
ee reconnue par les uns repouffée par les
autres , affez généralement haze , puifque l'arméeétoit
à fes ordres & qu'elle fe portoit à d'odieufes
vexations » a dit M. te Scène des Maiſons qui
n'a pas laiffé d'ajouter , qu'elle étoit fondée en
Principes.
>
>
Ces préliminaires fignés , les médiateurs firent
entrer des troupes de ligne dans Avignon &
dans le Comtat ; l'armée de Jourdan corpe-tête
entra , avec eux , en triomphe dans Avignon,
Le narrateur n'a pas jugé à propos de dire , que
ces dignes patriotes y entrèrent portant chacun
un écriteau : brave brigand , & qu'on infultoit
publiquement ceux qui ne crioient pas vive
la nation , vive la France ! Que les braves
brigands devinrent , & ne cefferent d'être l'objet
des prédilections des médiateurs , ce qu'atteftent
leurs lettres , leurs proclamations , & leur conduite
en toutes les occafions ; mais il a décrit aveccomplaifance
les déplorables effets de la furear
des Contadins à la vue des affaffins de leurs
familles , impunis , & s'énorgueilliffant de leur
fanguinaire patriotifme . Les patriotes ont bien
emprifonné plufieurs citoyens , & 4 officiers .
municipaux ; mais une proclamation des médiateurs
a fuffi pour faire relâcher tous ceux qu'on '
n'a pas voulu garder en prifon fur des accafations
fignées. Les conclufions de l'otateur ort
( 223 )
été que , la paix procurée par la médiation
à ces contrées , n'eft qu'une paix boiteufe , une
trêve éphémère ; que des voeux libres , la cocarde .
que tout citoyen y porte , le bonnet de la liberté
qu'on y a fubftitné à la Tiare , y appellent !
le bienfait néceffaire d'une prompte réunion ;
que ce pays eft une matière combuftible , attachée
à notre empire , & que de la détermination
de l'affemblée dépend la tranquillité de nos dépa- *
temens du midi : Ces derniers mots ont été l'apologie
des médiateurs , apologie digne de leur
conduite qu'il a continué en ces termes :
a Si c'eft être d'un parti que profeffer certains
principes , & porter dans fon coeur l'amour de
la conftitution françoife . Ace compte , Meffieurs ,
nous fommes très - coupables d'efprit de parti ,
car il n'eft aucun de nous qui n'adore votres
Ouvrage,
M. l'abbé Maury eft monté à la tribune , les
cris à l'ordre du jour , lui ont coupé la parole .
Il s'eft porté accufateur des commiſſaires- médiateurs
, a demandé à les poursuivre au tribunal
d'Orléans. On a éclaté de rire , le préfident lui
a ordonné de quitter la tribune ; plufieurs voix
cioient à l'abbaye . Il a été décrété que M.)
Tabbé Maury ne feroit pas entendu , & le préfident
a témoigné aux médiateurs la fatisfaction .
de l'affemblée . 1
· L'ancien évêque d'Autun , M. de Talleyrand
Périgord a commencé la lecture d'un rapport fur
l'éducation publique. Il ne l'a pas achevé. Nous
en parlerons lorfqu'il aura lu le refte.
Du famedi , féance du foir.
Une députation de plufieurs habitans du dépar
( 224 )
tement de Rhône & Loire , a été admiſe à la
barre , & l'orateur a prononcé l'un des difcours
les plus extraordinaires , les plus pénibles pour
les ames honnêtes , qu'on ait eu le front de débiter
depuis que des harangueurs abufent du temps ,
& de l'indulgence excellive d'un auditoire . C'étoit,
nous ne dirons pas , une réfutation mais use
atroce récrimination , dictée par l'effoir d'effacer.
les profondes traces , qu'ont laiflées dans les
couts fenfibles & juftes , les horreurs commifes
fur la perfonne de M. Guillin de Montel , &
les larmes de fa veuve.
"
J
Elle avoit peint le vrai patriotifme , la loyauté,
la douceur , la bienfaifance de fon époux , la
fcélérateffe & l'antropophagie des acteurs de
réxécrable fcène du 17 juillet dernier . L'apologifte
de ces horreurs a prétendu que M.
Guillin , comme militaire , eût mérité non des
récompenfes , mais des punitions , fans la perverfité
de l'ancien miniftère '; il a lâchement ca-
Jomnié le mort , en affirmant que cet homme
d'honneur tengit chez lui des affemblées d'anomymes
fufpects ; il lui a fait un crime de ce
qu'il permit á fa femme de danfer de joie ,
en apprenant l'évafion du Roi . Il a foutenu que
M. Gaillin tiroit indiftinctement fur les gens
& fur les bêtes , exhymoit les cadavres encore
fumans du cimetière de Polémieux pour engraiffer
fes terres , refufoit de vendre les bleds vieux ,
fous l'allarmant prétexte que le feu ne tarderoit
pas à brûler les récoltes , qu'il recélcit chez lui
So petits facs remplis d'étoupes & de fonfre.
qui ne pouvoiect , ce me femble ( a dit l'accufateur
) fervir qu'à incendier les habitations &
j
( 225 )
#
les blads d'alentour... Et de tant d'inculpations .
auffi abfurdes que fauffes , celui qui les entallait
ne donnoit pour unique garant que SA PAROLE.
Voilà , Mellieurs , s'eft il écrié , l'honnête , le
parfait citoyen , le fenfible & généreux patriote ,
le vertueux Guillin , dont la charitable épouse
à livré les membres à la cannibalilie de 30 paroiffes...
Achever la peinture par un repas de chair
humaine , c'étoit le coup de maître... Le génie
officieux qui a tenu le pinceau , a fait , en habile
ennemi de la conftitution , fon profit de l'heureufe
occurrence... Tout honoroit le fieur Guillin , &
30 paroifles l'ont coupé en lambeaux , & fes membres
déchirés , elles les ont engloutis dans un horrible
repas... Voyez à quelle espèce vous avez
confié les intérêts du peuple , à des mangeurs de
corps humain. Quelle liberté , jufte ciel ! hâtezvous
de renchaîner le peuple françois , de reffuſciter
le defpotifme ; car mieux vaut porter le joug
que de fervir de pâture à des bêtes féroces . Oui
tel a été le but du récit menfonger dont on a affligé
vos cccurs paternels ... Je me regarde comme lé
défenfur... de notre fainte conftitution , que
la dame Guillin a ofé outrager en l'accufant d'avoir
, s'il eft permis de parler air fi , démufelé une
ménagerie vorace ... »
Fréquemment in errompu par des cris d'horreur ,
l'impaffible diffamateur d'une victime dépécée &
margée , cédant aux invitations de M. Prieur , a
continué , s'eft inferit en faux , fans fe nommer,
contre le récit de Madame Guillin , & ne donnant
pas la moindre preuve de fes affertions , if a raconte
que , lois du départ du Roi , la municipalité de
Polémieux avoit penfé qu'il étoit prudent de
s'allurer de M. Guillin , dont le projet étoit peut(
226 )
être de favorifer l'invafion des étrangers . Elle
fe difpofa donc à faire chez lui une perquifition
defûreté. On fe préfente au château , on parle
honnêtement à M. Guillin , qui répond par
des injures , & par un coup de pistolet , qui fait
faux feu. Les commiffaires à écharpe fe retirent ,
une divifion de leur garde s'avance , ils effuyent
une décharge de 7 à 8 coups de fufils & d'un coup
de canon ; feconde décharge , le combat s'engage ;
le tocfin fonne , les dames effrayées conjurent ,
promettent que la vifite fera foufferte , le calme
renaît . Madame Guillin eft retenue en ôtage ,
M. Guillin accueille poliment les commiffaires ,
& leur offre des rafraîchiffemens , ce qui prouve
la familiarité avec le crime.
Les visiteurs trouvent dans un cabinet , des
bouteilles caffées , des balles mordues , des flèches
indiennes empoisonnées , des poignards , une gibecière
pleine de poifon , un baril de pierres à
fufils , deux barrils de poudre , deux fufils avec
leur bayonnette , deux fufils à deux coups ,
canons nommés gueulards , chargés ; & pour tout
procès-verbal de ces découvertes nous n'avons
encore que le dire de l'orateur . Mais le tocfin
avot attiré des milliers d'inconnus qui vouloient
citrer dans le château . M, Guillin les injurie ,
veur les écrafer , les menace de mettre en jeu une
machine qui les couvrira de pierres . Il couche en
joue un commillaire & fait faux feu , le bleſſe à la
cuiffe d'un coup de poignard qu'aucun rapport de
chirurgien n'attefte , & le fexagénaire plus étonnant
qu'un Briarée , lance à la fois une grêle de
cailloux , des flèches routes & toujours empoifonnées
, & tire des coups de fufils , de piftolets , de
canon , &c.
( 227 )
l'inftant , nombre d'échelles , qu'on avoit
ées la par précaution , furent appliquées aux
tres . Les portes font enfoncées jufqu'à celles
a cave. Le vin & les liqueurs joignent l'ie
à la rage. C'eft le général des contrelutionnaires
, crient les patriotes ; point de
e . Il eſt dans la tour ; les flammes embral'intérieur
du château ; il déferte , les muaux
font tous les efforts imaginables pour
uver , on les affomme ; aucun n'en eft
de , on fe précipite en foule fur cux
es coups de fourches & de croffes de fufils
vent , en terminant l'existence du criminel
lin , de récompenfer les forfaits dont il avoit
lé cette effrayante journée... Après la mort
et homme fon cadavre taillé en pièces ... »
murmures ayant coupé la parole à cet efable
orateur , il l'a bientôt reprise pour afr
que ces attentats fembloient perdre de leur
eur quand on envifageoit les atrocités
imputoit feul à la victime .
ant d'allégations dénuées de preuves & fuivies
' aveu de ce que la réalité cut de plus aboable
, n'ont abouti qu'à conclure à ce qu'on
étât que la recherche des armes n'eft point
raire aux loix , qu'il n'y a pas lieu à acer
la municipalité & la garde nationale , &
l'affaire fait renvoyée devant un autre trial
que celui de la campagne de Lyon , qui
veut pas croire à l'agreffion , aux canons
flèches empoisonnées , aux forfaits de M.
llin ; & qui montre ainfi une partialité alnante
pour l'innocence.
A
Le préfident a répondu que , les pouvoirs
at diftribués l'Affemblée fe faifoit une loi

( 228 )
de fe renfermer dans l'ordre Axé par la conftitution
; & néanmoins on a renvoyé l'adrelle
au comité pour y être jointe à celle de Madame
Guillin. Tel a été l'objet qui a rempli prefque
toute cette féance , terminée par un rapport
fur les indemnités du prince de Monaco , remis
à mardi foir.
Du dimanche , 11 septembre.
Sur 350 votans , 216 voix ont porté M.
Thouret au fauteuil de la préfidence donc
fufi pour cela d'une majorité qui n'est guère que
le cinquième de l'Aſſemblée nationale d'après fon
dernier appel nominal..
M. Rabuud de Saint-Etienne a tâché d'introduire
quelques innovations anti- monarchiques dans
le plan de gendarmerie nationale que fa modef
tie d'auteur ne lui fera jamais trouver affez parfait
; mais fon nouveau projet de décret eft
retombé dans les comités grièvement bleffé de
la préalable.
Le ci- devant évêque d'Autun , M. Taleyrand-
Périgord ayant achevé fon fameux difcours encyclopédique
Tur l'éducation nationale , ' nous en
donnerons une idée par la fuite .
Le miniftre de l'intérieur eft venu prier l'Affemblée
de s'occuper des fubfiftances . La récolte
eft infufflante dans plufieurs départemens ,
la circulation des grains peut rencontrer des
obftacles ; il n'y a rien de plus urgent que ces
deux objets. On a renvoyé l'examen aux comités
des finances , d'agriculture & de commerce .
Du
( 229. ).
Du Principe des Factions , et de celles qui
divifent la France.
Au moment où l'Affemblée politique
qui a transfufé le fang du Corps focial
en France , va céder fon amphithéâtre à
de nouveaux Acteurs , il eft inftructif de
marquer le point où elle laiffe les coeurs &
les opinions. Lorfqu'elle fe raffembla à
Versailles , la Nation avoit exprimé un
vou prefqu'unanime dans fes cahiers , fur
* les rapports fondamentaux du Monarque
avec les Repréfentans du Peuple ; elle avoit
circonfcrit fes droits en les déterminant.
En fe ralliant à ce panache , les efprits divifés
qui ne formoient pas encore des Partis
dans l'Etat , euffent prévenu une difcorde
fyftématique ; les diffentimens n'auroient
pas dégénéré en délibérations factieufes.
Il y a une grande différence entre des
Légiflateurs qui inftituent un Gouvernement
, pour mettre en harmonie toutes les
claffes fociales , & des Fondateurs de fectes
, ou de Factions. Ces derniers divifent
les intérêts au lieu de les réanir , facrifient
les Minorités aux Majorités , multiplient
les loix comme autant d'inftrumens
de malfaifance , comme autant de piéges
pour leurs ennemis. Ils fubordonnent
les droits de la juftice à la convenance
du nombre dont ils fe font allurés
N°. 38. 17 Septembre 1791. L
;
( 230)
ils en confient l'exercice à des Tribunaux ,
dont l'efprit.de parti eft le premier befoin ,
& Fe premier devoir ; ils rejettent tout ce
qui tend à l'équilibre des volontés & des
pouvoirs ; fe ménagent dans leurs inftitutions
, des moyens d'influence exclufive
& perfonnelle' ; font un Gouvernement
pour gouverner eux feuls ; nomment leurs
partifans , la Nation ; décernent les emplois
au mérite & à la vertu , en ne plaçant
le mérite & la vertu que dans leurs créatures.
Ils ont foin de focarer , comme
l'Evangile dans le Ciel , les bons des méchans
les bons ce font eux & leurs amis ;
les méchans , font tous les Citoyens qui refufent
de ramper dans leur Parti , où qu'ils
ont immolé à fon intérêt.
Ces Factions naiffent de toute Révolu
tion violente ; elles fe perpétuent , fe diverfifient
par la législation même qui en
a été le réfultat ; car à fon tour , elle engendre
les factions dont le principe a vicié
fa naiffance. On les retrouve par-tout où
les Inftitutions publiques , ne fe purifient
point par un accord libre entre les pouvoirs
préexiftans & les pouvoirs nouveaux,
entre fes Partis fubjugués & les Partis triomphans
, La Démocratie eft leur élément : tout
Gouvernement populaire où le défaut de
contre-poids tend à favorifer les nouveautés,
ftimule leur ambition , & développe leur
énergie : là , elles infectent la Législature
( 231 )
même ; là , une liberté politique trop étendue
les délivre de tous les freins , & feconde
leur activité ; enfin , l'abfence d'un
Pouvoir impartial , fuffifamment coactif,
fur- tout dans les grands Etats , ôte la faculté
de les extirper.
Ce fléau eft plus ou moins redoutable ,
fuivant le caractère que les Chefs , que les
circonftances , que la Conftitution nationale
, impriment aux Factions.
Les Républiques de la Grèce , celles
d'Italie & de Suiffe dans le moyen âge,
des Monarchies libres , mal organifées
nous ont offert durant des fiècles , l'Etat
partagé entre la Faction du Peuple & celle
des Nobles , ou en d'autres termes , entre
les Patriciens & les Plébéïens , entre les
Riches & les Pauvres. Ayant dans le Gouvernement
une autorité diftincte , qu'on ne
s'occupa jamais de foumettre à une balance
mutuelle , & de diriger concurremment au
maintien des Loix & de la liberté , ces deux
Factions n'obéirent qu'à leur intérêt oppofé
, & ne travaillèrent qu'à leur indépendance.
L'hiftoire eft pleine de leurs combats
: malgré les défaites , les banniffemens ,
les profcriptions , les maffacres , elles ne
parvinrent jamais à s'exterminer fuffifamment
au contraire , elles fe confolidoient
dans des flots de fang ; tous les dix ans ,
l'Etat devenoit fuccellivement la proye de
l'une d'elles.
L 20
( 232
inévitablement
le
Cette lepre rouge
régime abfolument populaire , qu'au défaut
de diftinctions entre les claffes de la
Société , le Peuple en a par- tout créé dars
fon propre fein , pour repaître le befoin
du trouble , l'amour des innovations , &
l'ambition des Démagogues . Tite - Live
nous apprend que les factions des deux
Tribus Papiria & Pollia , fe déchirèrent
à Rome pendant trois cents ans .
Bien loin d'éteindre ces divifions funeftes
, le principe de l'égalité fociale en
eft précisément la caufe & faliment. Tandis
que la Loi nivelle tous les Citoyens , l'opinion
trace les inégalités ; le cours impérieux
de la Société les établit . De cette
oppofition entre la Loi & l'ufage , entre
le droit & le fait , naiffent les emportemens
de la jaloufie , & le choc des vani
tés. Perfonne ne voulant reconnoître de
fupérieurs , ni de hiérarchie , il fe fait en
tout fens un effort univerfel , foit pour
atteindre le niveau , foit pour le dépaffer.
-Dans toutes les claffes , on n'eftime plus
l'égalité, que comme un moyen d'abaiffer
à foi ceux que l'opinion a fait fortir de
la ligne commune ; mais on y fixe ceux
qu'on confidère comme fes inférieurs . Les
applaniffeurs feroient plutôt remonter le
cours des fleuves , qu'ils ne détruiroient
cette invincible tendance du coeur humain.
Si le Légiſlateur ne l'a pas prévue , fi ,
( 233 )
fupprimant toutes les diftinctions , il a
compté fur la force de fon cordeau de
nivellement , ce jeu de planimètre eft un
appel à la difcorde. La Société reproduira
fous d'autres formes les différences & les
rangs les Loix n'en ayant fuppofé ni
l'existence , ni l'inévitable retour , n'auront
aucune prife fur leur action : hors
d'état de défendre l'égalité commune contre
les chances de la nature & de la civilifation ,
fubjugueront- elles les prétentions avec des
Décrets ? Empêcheront- elles l'opinion de
déterminer une fubordination morale ?
Non ; mais , faute d'avoir regardé ces
claffifications diftinctes , comme des accidens
néceffaires de la Société , faute de
les avoir co - ordonnées au plan général ,
d'où il étoit impoffible de les bannir , les
divers ordres de Citoyens fe diviferont en
factions politiques , d'autant plus acharnées
, qu'aucune Inftitution n'aura fongé
d'avance à concilier leurs droits , & à tempérer
leur effervefcence .
Tel feroit par-tout la fuite inévitable
d'un fyftême d'égalité abfolue. Qu'on en
calcule les effets dans un Etat Monarchique ,
où des diftinctions fubfiftantes depuis des
fiècles , légitimées par les Coutumes , fortifiées
par les moeurs & par les habitudes
nationales , feroient fubitement retranchées
de la Société !
Rome ancienne nous fournit l'application

3.
( 234 )
"
des vérités précédentes. Plufieurs Hiftoriens
ont très-juftement obfervé , qu'autii
long- temps que la diftinction des Patriciens
& des Piébéïens fut reconnue , réglée
par les Loix , ou remplacée par celle que
donnoient les Dignités curules c'est-àdire
, pendant plus de 400 ans , depuis
l'expulfion des Rois jufqu'à la mort des
Gracches , les Factions n'eurent jamais un
caractère fanguinaire , & que le plus fouvent
leurs différens fe terminèrent par des
accords. Il n'en fut plus de même , forfque
la barrière des diftinctions civiles étant
rompue , & l'équilibre renverfé entre le
Peuple & le Sénat , la République fe partagea
en deux claffes , celles dé , tous les
ambitieux fans retenue , qui , pour parvenir
aux honneurs , formèrent de la popu
lace même une faction , & celle des Citoyens
qui , pour leur difputer l'autorité
& fauver le Gouvernement , fe rallièrent
au Sénat. Tout ce que le Patriciat renfermoit
d'hommes pervers , rainés , déshonorés
, fe précipita dans , la première
de ces deux factions : comme elle décernoit
les dignités , le crédit , la puiflance ,
on vit les defcendans des plus illuftres
Familles de Rome , briguer les alliances
& les charges Plébéïennes : ils achevèrent
la corruption du Peuple , dont la protection
couvrit leurs défordres & leurs crimes.
Ceft ainfi que le plus effronté , le flus
}
( 235 )
ne des Romains , ce Clodius né avec
quence qui convient à une multitude '
ertie , fe fit adopter par une Famille .
éïenne , & nommier Tribun du Peuple.
e Faction où fe réuniffoient les indi-'
les débiteurs , les efprits ardens , les
mes entachés , ou pourfiivis par les
& cette foule de caractères affamés
évolutions , de difcordes & de rapines ,
Sallufle nous a peints dans le portrait
Catilina , cette Faction , difons - nous ,
nt le foyer de toutes les entreprifes ,
e de toutes les ambitions , & le moyen
ous , les attentats.
près l'avoir inondée de fang , elle entit
la République le premier qui
a l'exemple des profcriptions , le prcqui
fit porter au Forum les têtes fantes
des plus illuftres , des plus vertueux
oyens , fut un favori du Peuple . Appien
s inftruit que , toute liberté des Elecs
étant violée , les Romains honnêtes
bandonnèrent . De ce moment , on vit
Démagogues récompenfer la multitude
crimes qu'elle exécutoit pour eux , par
Plébifcites populaires. Lorfque Non-
,
que le Sénat & les Patriciens avoient
té au Tribunat , fut maffacré par les
ellites de Marius , une des créatures de
Conful Piébéien , le Tribun Appuleius
décréter par le Peuple une nouvelle
ribution de terres & de grains , don-
= L
4
( ·2361
ner force de loi aux Plébifcites fans le
concours du Sénat , déclarer . Traître à la
République quiconque interromproit un.
Tribun , & affujettir le Sénat à jurer dans
cinq jours , la confirmation de toutes les
décifions des Tribus.
On fait affez , comment la même Faction
fraya au populaire Céfar , qui s'étoit
déclaré pour elle , le chemin de l'ufurpation
& de la tyrannie.
Il réfulte de cet expofé de faits , que,
l'ancienne diftinction des Patriciens & des
Plébéïens fut utile à la liberté , en oppofant
à une ambition déterminée & circonfcrite
par les Loix , une ambition du même caractère
, & en prévenant ainfi la puiffance
irrégulière & incalculable , d'Ufurpa
teurs affurés de dominer feuls , lorfqu'ils
fe font affervis le dévouement
d'une faction . Rien ne pût fauver Rome
de ce malheur ; parce que l'Ordre même
qui , autrefois , étoit intéreffé à contenir
le pouvoir du Peuple , ne fut plus inté
reflé qu'à l'étendre , & que le Peuple ,
délivré de la crainte des Patriciens , ne
connoiffant plus de retenue dans les exac
tions de fa puiliance , immola celle du
Sénat , ainfi que la liberté publique , à fes
corrupteurs qui devinrent fes Maîtres , en
lui parlant de fa fouveraineté .
Ne faifant point ici un Traité général
fur les Factions , je me difpenferai de dé(
237)

duire les autres caufes qui les produifent ,
pour remarquer , avec douleur , que ces
caufes fe combinent parmi nous , de manière
à perpétuer l'agitation de la Françe
& fon déchirement.
*
Je viens d'indiquer ce que nous préfage
le dogme & la pratique de l'égalité civile
& morale. A ce premier mobile , fe joint
la nature même de la Conftitution , qui
offre à tous les Novateurs l'efpoir & le
moyen de changemens continuels ; qui
rend le Peuple maître à fon gré de déplacer
les autorités , qui , par une multitudes
d'Elections populaires , embrâfe fans
relâche toutes les paffions , & rend inévitables
des Factions perpétuelles , fans ceffe
irritées par d'innombrables rivalités ; qui
concentre la force des divers Partis dans
les décifions de la multitude , qui , dans la
Légiflature foumet la Minorité au defpotifme
arbitraire d'une Majorité , qu'aucun
autre Pouvoir ne peut balancer , redreffer ,
ni contenir ; qui , en armant la République
entière , a fubdivifé la force motrice de
cette armée univerfelle, énervé l'obéiffance ,
généralifé la foif du commandement , &
préparé ainfi des cohortes à toutes les
Factions .
L'incertitude des principes fur lesquels
repofe notre nouvelle Loi , & les applications
illimitées qu'on peut en déduire , font
un autre fource de Factions. La doctrine
L
S
( 238 )
de la Souveraineté populaire , prête à toutes
les extenfions poffibles , depuis la Conftitution
actuelle jufqu'aux confeils délibératifs
de la inultitude , exerçant elle -même
tous les pouvoirs . On fent de refte combien
l'affociation d'un Gouvernement Mo
narchique à des formes & à des inftitutions
politivement républicaines , prépare
de combats entre ces deux principes difcordans.
L'écart entre les opinions eft immenfe
parmi nous : ceux qui defirent une
Monarchie libre , & ceux qui ont fait une
Démocratie monarchique , fent entre eux à
ne diftance prefqu'égale à celle qui fépare
les Républicains , des partifans de la
Monarchie abfolue. On n'apperçoit dans les
divers fyftêmes , pas plus que dans les
inftitutions , ces points de contact & de
rapprochement qui préfervent l'Angleterre
des Fations. Depuis 80 ans , un Tory eft
l'ami de la Monarchie fans abandonner la
liberté ; un Whig eſt l ami de la liberté fans
renoncer à la Monarchie . Toute alliance
eft poffible entre deux Partis qui ne font
, divifés que par des
nuances & qu'enchaîne
une Conftitution
mixte , qui repofe
fur des bafes
communes
à toutes les opinions.
Enfin à tant de mobiles ; qui de toutes
parts , provoquent les Factions , il faut
ajouter les deftructions , les envahiffemens
qui ont aigri les cours , accru les motifs
( 239 )
de défunion , des mécontentemens particu-.
liers de plufieurs claffes de Citoyens , &
planté le germe des troubles dans une mul
titude de reffentiment de Corps & de haines
perfonnelles.
, Voyons maintenant ce qui eft déjà
réalité de ce tableau fpéculatif, ou en d'autres
termes , à combien de Partis diftincts
font livrés l'Affemblée nationale & la
France qu'elle dirige : ce fera compter les
bouches du Volcan , & en mefurer la
fondeur.
La fin au Journal prochain .
pro-
La conférence de Pilnitz eft interprêtée
à Paris , ainfi qu'on le fuppofe , fuivant les
paffions , les craintes , les defirs des différens
Partis. Nul ne cherchant la vérité ,
que pour la trouver favorable à fa caufe ,
if eft peu étonnant qu'on accrédite de part
& d'autre les premières rumeurs que l'ina
térêt fait circuler. Tandis que des Narrateurs
affurent que tout a été conclu , terminé
au gré des Princes François , & que
les armées Allemandes vont s'ébranler, leurs
Antipodes affirment que l'Empereur a rejetté
les propofitions de M. le Comte
d'Artois , & que les Emigrans feront abandonnés.
Ne pouvant combattre aucune de
ces verfions par des autorités péremptoires
, nous nous bornerons à rapporter que,
nous avons lu une lettre fignée d'un des
L 6
( 240 )
Perfonnages les plus importans qui ont
figuré à Pilnitz , & dont on ne peut récafer
la véracité ni le jugement. Il mande
en date du 28 que , la veille , l'Empereur
& le Roi de Pruffe avoient figné & remis
à M. le Comte d'Artois , leur Déclaration
relative à l'intervention de plufieurs Puif
fances dans les troubles de la France ,
qu'elle feroit annexé , au Manifeſte des
Princes , & publiée conjointement. Pl
fieurs lettres de Dresde s'expriment dans
les mêmes termes : l'opinion prefque générale
en Allemagne depuis un mois , eft
qu'en effet , il va fe faire un déployement
de forces vers nos frontières ; mais , jufk
qu'ici , ni cette Déclaration , ni ces forces ,
ni les ordres qui doivent les mettre en
mouvement , ni la marche de nouvelles
troupes , ni l'exécution projettée ne font
connus. Ce n'est qu'au moment où toutes
ces chofes cefferoient d'être un mystère ,
que les doutes deviendroient déraifonna-
Bles.
-
Ce qu'il y a de certain , d'après des lettres
authentiques de Coblentz , c'eft que M. le
Comte d'Artois y eefftt aarrrriivvéé llee 44 ,, précédé
par le Prince de Naffau. MONSIEUR ,
quatre à cinq cens Gardes - du Corps ,
autant d'Officiers , beaucoup d'autres François
, auxquels s'étoient joints un grand
nombre d'Allemands , font allés à la ren
contre du Prince fur le pont volant des
D
( 241 )
ما
Rhin. A la fuite d'un moment d'entretien
fecret entre les deux Frères , MONSIEUR
jettant en l'air fon chapeau qui tomba dans
le fleuve , cria Vive le Roi ! ce cri fut répété
par tous les Spectateurs & fe prolongea
fur le rivage , où l'Electeur s'étoit rendu
en perfonne.
2:
Les Députés nommés à Paris depuis la
femaine dernière , font MM. de Gouvion ,
Major General de la Garde Parifienne ,
Brouffonet de l'Académie des Sciences ,
Crette de Palluel , Gorguereau , Avocat , &
Thorillon. M. Briffot partage toujours le
fcrutin ; en combinant la force de la cabale
qui le foutient , & de la cabale qui veut
l'écarter , les probabilités fe réuniffent en
faveur de fa prochaine Election : il refte
encore treize Députés à nommer ; ainſi ,
ce Candidat & fes Aflociés ont de la
marge. Dans le fait , les Jacobins domb
nent l'Election , en forçant prefque toujours
le choix des Electeurs ou fur M.
Briffot qu'ils reproduifent à chaque fcrutin
, ou fur le Candidat qu'ils niettent fur
lleess rangs collatérallement avec lui.
Nous retarderons la lifte des nominations:
faites dans les Départemens , parce que celles
qui fuivent font fautives , imparfaites , & qu'àpeu
près généralement , elle n'offie que des
noms abfolument obfcurs , ignorés même fur
les lieux , avant l'inflitution des Clubs & des
( 242 )
Corps Adminiftratifs . On ne doit pas perdre
de vue que la moitié des Citoyens actifs n'ont
point afité aux Affemblées primaires , & qu'à
Paris fpécialement , le Corps Electoral a réfulté des
fuffrages de fix à fept inille Votans , fur 80 mille
Citoyens actifs . On compte néanmoins plufieurs
choix eſtimab es fortis de la roue de fortune.
Teis en font , entr'autres , M. le Breton , Maile
de Monfort l'Amaury , aufi confidéré par la
fageffe de fon efprit , que par les qualités perfonnelles
; M. Foiffy , Préfident du Dépar
tement de la Meurthe , quelques - uns des Députés
du Département du Pas de Calais , la
plupart de ceux du Département de la Drôme ,
& fans doute plufieurs autres que nous connoiffons
moins particulièrement ; mais il eft trop
vrai que , plus généralement , les Clubs , leurs
protégés les plus emportés , les hommes qui ont
le plus contribué à prolonger l'anarchie , les Ré-
Publicains les plus ardens vont être chargés
des intérêts de lá France . Quoiqu'un Décret
de prife- de - corps eût exclu le ci - devant
Prêtre Fauchet , aujourd'hui Evêque de la Conftution
, des fonctions d'Electeur & de Député ,
il n'en a pas moins été porté triomphalement & à
l'unanimité des Votans , au fauteuil de l'Affemblée
Electorale du Calvados ; cette Affemblée en
a fait enfuite fon premier Député à la prochaine
Légiflature. Une lettre de Bar- le - Duc , en date
du 6 , nous informe que les Electeurs du Département
ont donné la pr-fidence de lear -Affemblée
à ce Procureur de Varennes
Sauce immortel qui fit arrêter le Roi ; ce premier
honneur faifoit préfager que la perfonne
de M. Sauce , feroit inteffamment plus inviclable
& plus facrée que celle de Louis XVI,
و
"
,
à ce
( 243 )
c'eft-à- diré , qu'il hégeroit dans le Corps Légiſlatif
d'une Monarchic .
MM. le Cointre & le Général Dumas.
ci- devant Aide-de camp de M. de la Fayette ,
& immédiatement auparavant de M. le
Maréchal de Broglie , font nommés à Verfailles.
Dans le Département du Lot , c'est
un M. Ramet , auquel on a attribué une
partie des malheurs du Quercy ; c'eft M.
Dupuy Montbrun , fameux dans les fcènes
de Montauban , & d'autres hommes animés
du même efprit . Ceft à Dijon l'élite
de la Démagogie & du Clubifine , MM . ,
Navier, Morveau , Bazire cadet, &c. On
attribue à ce dernier la fublime Adreffe des
Amis de la Conftitution de Dijon aux Habitans
de Laufanne , & la Lettre où ces
mêmes Amis , écrivant au Repréfentant du
Souverain dans cette ville du pays de Vaud,
traitent ce Magiftrat & le Gouvernement
de Berne , dans l'élocution des Généraux
Romains aux petits Princes de l'Afie . Ce ftyle
mâle & prudent doit engager la Légiflature,
à choisir M. Bazire pour fon Secrétaire
avec les Puiffances étrangères : fa diction
vaudia une armée .
Il feroit peu aifé de définir le vrai caractère
des fentimens qui agitent en ce
moment le Peuple de la Capitale. Sa défiance
inquiète reflemble à la fièvre que
donne le inal - aife , & qui ne nous permet
pas de garder la même pofition. Le ren
( 244 )
chériflement du pain , le fléau du papiermonnoie
, la difparution toujours croiffante
du numéraire , la cherté des denrées ,
l'Ariftocratie , la contre- révolution , l'apof
tafie prétendue de M. Barnave , les intrigues
des Ministériels , les futures réfolutions
du Roi , compofent ce mêlange en fermentation
. Le pain a hauffé de deux fous
par quatre livres : on fe plaint auffi de la
qualité de quelques farines : la Halle n'est
point tranquille , & le Maire de Paris y
a alfez inutilement déployé fon éloquence.
Ce ne font ni les récoltes ni les fémailles ,
comme l'indiquent des Badauts , crus par
d'autres Badauts , qui ont fait hauffer le
prix des grains. Cette augmentation dérive
de la petite quantité de bleds anciens ,
de la médiocrité de la dernière récolte à
20 lieues à la ronde , & très - certainement
du papier-monnoie. Le vendeur ajoute au
prix de fa denrée payée en Affignats , la
différence de valeur entre ce papier & l'argent.
Cet effet eft inconteftable , puifque le
renchériffement eft univerfel : les vins font
hauffé de 22 liv . le muid fur la place depuis
quinze jours ; un poulet payé en pa ter fe
vend so fols au lieu de 40. Les draps ont
augmenté de 25 pour roo : les toiles , les
foyeries , les dentelles , &c. , à propor
tion. Il n'eft plus temps d'égarer le
Peuple , ni d'efpérer lui faire illufion . Il
reffent déja , il va reffentir plus cruelle
(1.245.)
ment encore , les effets déplorables de cette
maile de chiffons dont on a empoisonné la
circulation. On lui avoit prédit qu'elle feroit
pour lui la boëte de Pandore, qu'elle élèveroit
le prix de toutes chofes , qu'elle chafferoit
le numéraire , qu'elle ruineroit.
l'Etat par la baiffe des changes , qu'elle
écraferoit la misère du pauvre ; qu'il fau
droit couvrir le mal par le mal , entaffer
papier fur papier , billets fur billets , &
livrer le Public à la merci de tous les Jongleurs,
qui lui troqueroient patriotiquement
leur fignature fans hypothèque contre des
affignats . Eh bien ! ceux qui à l'Affemblée
nationale osèrent annoncer ces vérités , furent
repréfentés commedes confpirateurs, comme
des ennemis de la Nation: on les menaça de la
lanterne , on les infulta , on les diffania dans
tous les Libelles périodiques . Deux fois , le
vertueux Bergaffe qui ofa montrer au Peuple
le miroir de fa prochaine deftinée , courut
ifque de la vie . Certes , c'eft une belle confolation
pour 25 millions d'hommes , appauvris
par des milliards de billets de
toute couleur , qui ont remplacé les eſpèces,
que
l'annonce dérifoire & triomphante
du brûlement de deux cents millions , d'Affignats
, qui ne fait pas rentrer un écu dans
la circulation.
Le fort d'Avignon & du Comtat fera
décidé aujourd'hui. Hier , M. l'Abbé Maury
( 246 )
a roué vifs les Médiateurs , leurs amis Jourdan
le Coupe-tête , Tournal, & c. & autres
brigands de l'armée Vauclufienne . Je
cherche vainement dans l'hiftoire un femblable
mêlange de fcélérateffe & d'hypocrifie.
Ces hommes , a dit entre autres l'Abbé
Maury , qui viennent vous porter ici le voeu
d'un Peuple libre , favez- vous comment ils
font fortis d'Avignon ? déguisés en Huffards :
ils étoient pendus fi on les eût reconnus.
Toutes les allégations de cet Orateur font
de la plus rigoureufe vérité : elles repofent
fur des pièces juftificatives inattaquables.
En attendant les détails où nous entrerons
à ce fujet , il faut redire encore une fois
que , fi l'Affemblée s'empare d'Avignon
& du Comtat , fur les titres que lui apportent
des hommes teints du fang de leurs
Concitoyens , enrichis de brigandages , &
qui ont écrit leur donation à la lueur des
maifons qu'ils incendioient ; fi elle confidère
cette fuite de forfaits , comme des
moyens légitimes de conquête , & comme
l'expreffion de la liberté ; fi , fans avoir
entendu le Souverain Pontife , ni 40 mille
Avignonois ou Comtadins chaflés de leur
pays , par les brigands qui s'en font emparés
à force ouverte ; fans avoir même fait intervenir
dans la difcuflion la partie nombreufe
des Comtadins qui s'oppofe à la
reunion , elle fe croît en droit de rompre
le contrat facré qui lioit un Peuple à fon
( 247
)
Souverain légitime , & d'unir ainfi un Etat
étranger à fes donraines ; elle va fonner
contre la France le toczin dans toute l'Europe
; elle le fonnera à l'inftant où elle eſt
menacée de dangers certains ; elle fournira
un motif légitime d'aggreffion , & armera
tous les Souverains qui ont à défendre leur
pays & leur sûreté. Alors , la Nation demandera
les noms des 60 Députés qui lui
auront attiré ce malheur , & celui du Mi,
niftre qui , préfidant a la Juftice , n'a pas
eu honte de confacrer par fon fuffrage une
fi dangereufe ufurpation.
C
Lettre au Rédacteur du Mercure Folinique.
Paris , le 29 acút 1791 .
« Monfieur je crois rendre juftice à votre
honneteté , & à votre fenfibilité qui s'inftruira
avec intérêt , en vous mettant à portée de ré
pater l'erreur que vous commettez dans le More
cure du 20 août que j'ai fous les yeux. »
« Vous dites , page 225 , à l'article de
« féance du foir du mardi 9 août , сс
qu'un
décret précédent à celui rendu le dit jour , a
fait payer à la fimilie de Low endal 300,000
liv . pour la part de M. de Lowendalfils du Maréchat
de cenom. » Votre confiance , & celle de bien
d'autres , eft peut - être la plus forte critique
dù décret , qui ne lui en a donné que le tiers.»
cc Quand ces 300 , oo liv . feroient réellement
la part de M. de Lowendal , elle feroit
encore très -inférieure à fes droits : car il s'agit
ici d'une liquidation , & non pas d'un acte de
munificence , comme on en a répandu Pillufion ,
avec auf peu de bonne foi que de générofité.
Accablé ainfi que trois enfans ( feuls reftes du
( 248 )
nom de Lowendal ) d'une injuſtice & d'une op
preffion bien plus grandes encore , il eft auffr
important que confolant d'inftruire plus exactement
le public en attendant des évènemens
plus heureux , de l'exces du mécompte que la
branche mafculine de Lowendal , fubit , & de
tous les acceffoires qui concourent à rendre ſon
fort & plus rigoureux & plus extraordinaire , »
« Le décret de 300,000 liv . du 28 avril dernier
, inveftis du mot pompeux de reconnoif
fance & de générofité , n'a été de la part de M.
Camus , qu'un acte d'erreur ou de dérifion ,
puifque la Nation retiroit en même temps ,
$3,000 liv . de rentes qui , à pl feurs titres
facrés , étoient l'unique fortune des trois branches
de la maifon de Lowendal , compofée en France
d'un fils , de deux filles , & de douze petits enfans
, & dans lefquelles étoient comprifes 20,000
annuelles à titre de propriété. »
ce Les deux tiers de cette fomme , 200,000
liv. affectées à Madame de Brancas & à fes
enfans , & aux enfans de feu Madame de Turpin,
n'étoient que la ftricte liquidation des penfions
de 10,000 liv. que chacune de ces Dames avoit
reçue de l'état , à leur Mariage , pour les indemnifer
de l'infortune totale ou le Maréchal
de Lowendal les avoit laiffées , après fes victoires
, & après avoir abandonné en Ruffie une
fortune très-confidérable , pour venir fervir utis
lement la France. »
6
« Et les 100,000 liv. qui reftoient ſeulement
fur ce décret , à M. de Lowendal , répondoient
uniquement à ce même objet de dédomagement
de l'état , dont il n'eft pas plus jufte
que propofable , que les filles jouiffent exclufivement
; car l'héritier du nom partage égalemeat
, au moins , les facrifices de fon fère , &
( 249 )
les droits que les fervices ont acquis à les hériders
. »
ce Maïs indépendemment de ce droi : naturel,
M. de Lowendal jouilfoit encore comme unique
héritier mâle & du nom , de la propriété du régiment
de Low endal , feule & unique reffource
de fubfiftance pour ce fils , depuis qu'il
exifte.
לכ
Le décret du 28 avril n'avoit fait aucune
mention de cette propriété de 20,000 l . annuelles,
& perfonnelle à M. de Lovendal , fi ce n'eft pour
l'en dépouilier , en confondant dans les motifs
de la prétendue générosité le mot de Régiment
& en fuppofant la perte au moment de la mort
du Maréchal de Lowendal , malgré les preuves
contraires que j'avois remifes aux comités : de manière
,à prétendre s'aquitter de cet objet important
& facré , en partageant avec fes foeurs , une indemnité
qui lui étoit propre. Il eft aifé de ſentir
combien cette ingénieufe économie , répréfentée
d'ameurs comme un acte magnifique de pure
1 générofité , produifoit de mécompte pour tout
le monde , foit que M. de Lowendal eut légitimement
réclamé fes droits complets dans une
fi foible liquidation ; foit qu'il n'eut confulté
que fon coeur & la juftice vis - à - vis de fes foeurs
qui ne trouvent qu'une exacte liquidation , dans
la part qui leur eft faite , pour les penfions dont
on les dépouille .
• GC
35
>
Chargée en l'abſence de mon mati de fes
droits , & de ceux de mes enfans , j'ai dû faire
des réclamations contre une erreur fi étrange
qui réduifoit la branche mafculine de Lowendal
・fous l'aspect de la reconnoiffance nationale ,
de 23,000 liv. de rentes à 5,000 liv. »
C'eft en feite de mes réclamations , que
M. Chabroud a fait à là féance du foir du g
;( 250 )

ach: le nouveau rapport dont il avoit été chargé
par la majorité des comités réunis , fur la demande
qui en fut faite au comité des penfions par
le comité militaire : auffitôt que le nouveau
rapporteur a eu jetté les yeux fur les titres que
j'avois remis aux comités , il a reconnu l'erreur
commife fur la propriété héréditaire du régiment
´de M. de Lowendal , totalement oubliée dans
le rapport de M. Camus ; & fur le rapport de
M. Chabroud cette propriété a été unanimement
reconnue... Mais M. Camus , quoique confulté
& convaincu par M. Chabroud , a ajouté cette
fois à fa première diftraction un mécompte plus
inexplicable encore. »
« Au lieu d'évaluer cette propriété fur fon prix
réel , & fur le pied des titres que j'ai repréfentés
, & que les fervices du Maréchal de
Lowendal ont confacrés : Valeur que leur confervoit
la date même des réclamations de cette
famille , ouvertes avant le nouveau décret ' :
au lieu de s'en tenir en faveur des circonftaricus ,
aux termes rigoureux des décrets , termes adoptés
par M. Chabroud , & approuvés vis- à-vis de
lui par M. Camus , lorfqu'il en fut confulté ;
M. Camus a encore trouvé le fecret de réduite
à 50,000 liv. la valeur du régiment de Lowendal,
levé par le Maréchal de Lowendal , tandis que
les décrets les plus rigoureux donnent au minimum
100,000 liv. aux colonels propriétaires les plas
mal payés , & 230,000 liv . environ à cedi
qui ont levé leurs régimens . Il a auffi trouvé
le fecret d'annuller les arrérages dûs à M. de
Lowendal depuis les deux ans environ que les
comités ont pris pour l'examen d'une affaire fi
fimple...Ces arrérages qui formoient un objer de
plus de 30,000 , liv. étant effacées de la main de
M. Camus , fur la fubfiftance du père & des enfans,
( 251 )
it en réfulte qu'ils ne reçoivent dans les 50,000 liv.
qu'un à compte de 20,000 liv . environ fur une
propriété de 400,000 liv . »
сс
+
Ce rouveau décret a d'ailleurs été rendu
au bruit des injures , des calomnies , & des
reproches d'une avidité de notre part , & d'une
munificence de la part des comités , qui faifoient
fouffrir le peuple.. Les amis du peuple ne vouloient
rien donner du tout , & follicitcient pour le peuple
le bien entier d'une famille qui s'eft ruinée pour
le défendre , & qui lui a facrifié plus d'un million ,
en lui fafant remporter d'immenfes victoires ,
& en lui épargnant plus d'un milliard. Voilà
ce que ces amis du peuple ne lui difent pas ;
& voilà la vérité. Ils ne lui difent pas non plus
que Madame la Maréchale de Lewendal a aliéné
un bois confidérable pour foutenir les fervices
de fon mari , & pour payer les dcttes immenfes
qu'il a liffées en mourant , parce qu'il ne reçevoit
de l'état qu'une foible penfion viagère, éteinte
avec lui... Ils ne lui difent pas que les enfans
ont été forcés de renoncer à fa fucceffion , &
qu'ils n'exiftent depuis 36 ans , que fur les revenus
qu'on leur retire , dont étoit une propriété inattaquable
aux termes de la capitulation de M. le
maréchal de Lowendal... Mais c'eſt à coté de
tant de facrifices de tant d'utilité , de tant
de gloire , & d'une propriété de 20,000 liv . de
rentes , que deux de ces amis du peuple arrivcat
des bords de la Garonne , & du climat brulant
du Languedoc , pour crier en vrais aveugles .
fur tout ce qu'ils ignorent , & pour placer le
mot de munificence à coté de 150,000 1. une fois
payées à la poftérité mafculine de Lowendal. »
«Ils font piacer d'autorité ce capital pour éteindre
s'ils le peuvent , les prétentions de cette famille
dans l'avenir , qu'ils préfument tacitement , &
12521
auxquelles cette pré aution fournit un titre de
plus... Un acte de f ree ne pouvant décrire
des droits fi réele , & fi facrés ! ... Er ils réduifent
enfin M. de Lewerda! & fes enfans à 7500 liv.
fous les noms de juftice & de reconnoillance :
cherchant à perfu.der au peuple qu'on abfe du
-prix de les fueurs , tandis qu'on retire fos fon
nom le foible prix du fang de fes défenfeurs.
33
Qu'ont-ils donc dit , à ce peuple aveuglé , le
jour qu'ils ont confacré fans héritiers le milion
déjà payé depuis 30 ans à M. de Lackner
dans une perfion de 36,000 liv . qu'il conferve ,
exclufivement à tous les nationaux & a tous lis
défenfeurs de l'état , a cet ancien ennemi , qui
ne l'a encore qu'humilié , & qui ne commence
que d'aujourd'hui à fe préfenter pour le fervir ?..."
« Le fort de M. de Luckner à été l'affaire d'un
mot , & le réſultat d'un traité qu'un moment
d'humeur contre le Roi d'Angleterre lui a fait
folliciter de la France.

Le fort des héritiers de Lowendal eft le fruit
du plus généreux dévouement , des plus grands
facrifices de fervices immortels d'une bien
modefte capitulation , & de deux ans d'examen... »
tc C'eft le même homme , qui a fait prononcer
le fort de tous les deux... Quand la famil'e de
Lowendal demande à M.Camus avec quot
elle a dû vivre depuis près de deux ans qu'elle
ne reçoit rien ? Avec quoi elle payera les avances
qui lui ont été faites ? Avec quoi elle viva
jufqu'à l'échéance du placement exigé fur l'a
compte de fa propriété ?.. Il répond « qu'il ne
s'en embarraffe pas , & que l'Affemblée nationale
ne doit pas s'occuper de cela . » ‹
Votre & c....
сс
LA MERE des petits enfans DU NOM đã
Maréchal de LoWENDAL .
PLÉM à l'article de Paris & aux Nouvelles
étrangères.
Du Jeudi 15 Septembre 1791 .
rogea eance à l'affaire du Comtat & d'Avignon ,
difcuffion .

Mardi 13. Hier , l'Affemblée
nationale confacra une
-troifière
Aujourd'hui , après de nouveaux
S fur cet objet , & une permiflion
fpéciale accordée au
au ci-devant Dauphin de porter le Cordon bleu , le
s légiflatif a entendu la lecture d'une lettre du Roi
nt interrompue
par les cris : Bravo ! Vive le Roi !
Sté gauche & des galeries. Nos lecteurs nous fauront
e ne pas la leur faire attendre une femaine , & de la
donner toute entière. La voici :
MISSIEURS
examiné attentivement l'Acte conftitutionnel que vous
préſenté à mon acceptation. Je l'accepte , & je le ferai
ter. Cette déclaration eût pu fuffire dans un autre temps :
rd'hui je dois aux intérêts de la Nation , je me dois à
ême de faire connoître mes motifs.
le commencement de mon règne , j'ai defiré la réforme
us ; & dans tous les actes du gouvernement , j'ai aimé à
re pour règle l'opinion publique. Diverfes caules , au
re defquelles on doit placer la fituation des finances à
vènement au Trône , & les frais immenfes d'une guerre
able , louenue long- temps fans accroiflement d'impôts ,
at établi une difproportion confidérable entre les revenus
dépenfes de l'Etat.
ppéde la grandeur du mal , je n'ai pas cherché feulement
yens d'y porter remède ; j'ai fenti la néceffité d'en préle
retour. J'ai conçu le projet d'aflurer le bonheur du
e fur des bafes conftantes , & d'affujettir à des règles
ables l'autorité même dont j'étois dépofitaire . J'ai appelle
r de moi la Nation pour l'exécuter.
Dans le cours des évènemens de la Révolution , mes int
tions n'ont jamais varié . Lorſqu'après avoir réformé les
ciennes inftitutions , vous avez commencé à mettre à
place les premiers effais de votre ouvrage , je n'ai point an
du , pour y donner mon affentiment , que la Conftitut
entière me fût connue ; j'ai favorisé l'établiffement de
parties avant même d'avoir pu en juger l'enſemble : & fi
défordres qui ont accompagné preíque toutes les époque
la Révolution venoient trop fouvent affliger mon coeur ,
pérois que la Loi reprendroit de la force entre les mains
nouvelles autorités , & qu'en approchant du terme de
travaux , chaque jour lui rendront ce refpect fans le
le Peuple ne peut avoir ni liberté ni bonheur. J'ai per
long-temps dans cette efpérance , & ma rélolution n'a cha
qu'au moment où elle m'a abandonné. Que chacun fe rappe
le moment où je me fuis éloigné de Paris : la Confticum
étoit près de s'achever ; & cependant l'autorité des Loix fe
bloit s'affoiblir chaque jour ; l'opinion , loin de fe fite
fe fubdivifoit en une multitude de parris. Les avis les plus e
gérés fembloient feuls obtenir de la faveur ; la licence
écrirs étoit au comble ; aucun pouvoir n'étoit reſpecté.
2
Je ne pouvois plus reconnoître le caractère de la volon
générale dans des Loix que je voyois pat - tout fans force
fans cxécution . Alors , je dois le dire , fi vous m'euffiez
femté la Conflitution , je n'aurois pas cru que l'intérêt
Peuple ( règle conftante & unique de ma conduite ) me
mit de l'accepter. Je n'avois qu'un fentiment ; je ne for
qu'un feul projet ; je voulus miloler de tous les partis
favoir quel étoit véritablement le voeu de la Nation.
Les motifs qui me dirigeoient , ne fubfiftent plus aujou
d'hui : depuis lors , les inconvéniens & les maux dont je
plaignois vous ont frappés comme moi ; yous ayez manife
la volonté de rétablir l'ordre , vous avez porté vos regards
l'indifcipline de l'armée , vous avez connu la néceflité de rép
mer les abus de la preffe . La révision de votre travail a
au nombre des loix réglémentaires plufieurs articles qui m
voient été préfentés comme conftitutionnels . Vous avez éta
des formes légales pour la révision de ceux que vous avez pla
dans la Conftitution. Enfin le voeu du Peuple n'eft plus do
teux pour moi ; je l'ai vu le manifefter à -la-fois , & par
adhéſion à votre ouvrage , & par fon attachement au mainti
du Gouvernement monarchique.
J'accepte donc la Conftitusion ; je prends l'engagement
la maintenir au-dedans , de la défendre contre les attaques
( 3 )
rs , & de la faire exécuter par tous les moyens qu'elle met
on pouvoir.
déclare qu'inftruit de l'adhéfion que la grande majorité
uple donne à la Conftitution , je renonce au concours
'avois réclamé dans ce travail , & que n'étant reípon(a-
' à la Nation , nul autre , lorsque j'y renonce , n'auroit
bit de s'en plaindre.
nanquerois cependant à la vérité , fi je difois que j'ai apdans
les moyens d'exécution & d'adminiftration , toute
ie qui feroit néceffaire pour imprimer le mouvement &
conferver l'unité dans toutes les parties d'un fi vafte
e ; mais puifque les opinions font aujourd'hni divifées
s objets , je confens que l'expérience feule en demeure
Lorfque j'aurai fait agir avec loyauté tous les moyens
' ont été remis , aucun seproche ne pourra m'être adreffé ;
Jation , dont l'intérêt feul doit fervir de règle , s'explipar
les moyens que la Conſtitution a réſervés.
is Meffieurs , pour l'affermiflement de la liberté , pour
ilité de la Conftitution , pour le bonheur individuel de
es François , il eft des intérêts fur lefquels un devoir imx
nous prefcrit de réunir tous nos efforts : ces intérêts
se refpect des Loix , le rétabliffement de l'ordre , & la
on de tous les Citoyens . Aujourd'hui que la Conftitution
finitivement arrêtée , des François vivant fous les mêmes
ne doivent connoître d'ennemis que ceux qui les enfrei-
: la difcorde & l'anarchie ; voilà nos ennemis communs .
es combattrai de tout mon pouvoir : il importe que vous
fucceffcurs me fecondiez avec énergie ; que , fans vouominer
les penfées , la Loi protége également tous ceux
i foumettent leurs actions ; que ceux que la crainte des
cutions & des troubles auroit éloignés de leur Patrie ,
t certains de trouver , en y rentrant , la sûreté & la
uillité ; & pour éteindre les haines , pour adoucir les
qu'une grande révolution entraîne toujours à fa fuite ;
que la Loi puifle , d'aujourd'hui , commencer à recevoir
leine exécution , confentons a l'oubli du paffé : que les
ations & les poutfuites qui n'ont pour principe que les
mens de la Révolution , foient éteintes dans une réconhon
générale. Je ne parle pas de ceux qui n'ont été déter-
; que par leur attachement pour moi pourriez vous y
des coupables ? Quant, à ceux qui , pat des excès où je
( 4 )
pourrois appercevoir des injures perfonnelles , ont attiré
eux la pourfuite des Loix , j'éprouve à leur égard queje
le Roi de tous les François. Signé , LOUIS .
P. S. J'ai pensé , Meffieurs , que c'étoit dans le lieu me
où la Conftitution a été formée , que je devois en pronon
l'acceptation folemnelle : je me rendraí , en conféquence ,
main à midi à l'Affemblée nationale .
Du Mercredi 14. L'Affemblée a révoqué le Décret com
les Emigrans , déclaré une amniftic générale & l'aboliti
de toute procédure née de la révolution.- Un autre Déc
a déclaré qu'en vertu des Droits de la France fur . Avig
& le Comtat , & conformément au voeu des Communes
ces contrées , lefdits Etats font , dès ce moment , partic
l'Empire François ; que les ordres feront donnés en con
quence , & que le Roi fera prié de négocier avec le S Sit
pour les indemnités . -Louis XVI eft venu , à midi , f
cordon bleu , jarer , au milieu de l'Affemblée , d'être fid
à la Nation & à la Loi , de maintenir de tout fon pouv
la Conftitution décrétée par l Affemblée conftituante , a
années 1789 , 1793 & 1791. Le Préfident affis , ainfi que
Roi conftitutionnel & route l'Affembléc , a prononcé
Difcours analogue à la circonftance.

MERCURE
DE FRANCE.
AMEDI 24 SEPTEMBRE 1791 .
IECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
E MARIAGE DE CONVENANCE ,
CONT E.
EN débutant , c'eft bien le cas
De broder un peu fon exorde ;
Eh bien que la critique y morde ;
Mais ce Conte n'en aura pas.
De certain Diable fort habile ,
Je veux ce ſoir vous dire un tour ;
Mes amis , ce Diable eft l'Amour.
Je me fervais d'un autre ftyle
Avant que je lui diffe adieu ,
Et lorfqu'aux pieds de ma Maîtreffe ,
Je brûlais d'une douce ivreffe ,
Pour moi ce Diable était un Dieu.
Nº. 39. 24 Septembre 1798 .
G
122 MERCURE
Le plaifir d'en parler encore
Pourra prolonger mon récit :
Si le fommeil ne l'accourcit ,
Je vous retiens jufqu'à l'aurore.
L'Amour a régné de tout temps ,
Et fa chaleur vive & féconde ,
Des airs , de la terre & de l'onde
Embrafe tous les Habitans ,
Qui s'ennuiraient bien dans ce monde
Sans cet honnête paffe -temps .
Au fein de la Cour éthérée
Sur-tout il dominait jadis ,
Er jufques dans le Paradis
Sa puiffance était adorée.
Ah ! que tout a changé depuis !
Là , dans leurs amoureufes crifes ,
Toutes les têtes étaient prifes ,
Les cours s'enflammaient tout à
coup ,
Et les Déeffes bien éprifes
Faifaient toujours quelques fottifes ,
Et les Dieux en difaient beaucoup.
De la fcandaleufe chronique ,
Tandis qu'aucun n'eſt préſervé ,
Sur Junon fe tait la critique ;
Et nulle part je n'ai trouvé
Qu'aucun trait galant fût prouvé
Contre la Déeffe pudique ;
DE FRANCE. 123
Mais fi fon coeur trop refroidi
Des feux d'Amour n'eut rien à craindre ,
Elle n'eut pas moins à fe plaindre
Des malices de l'Etourdi ,
Qui , perfiflant fon innocence ,
Entre les mains de fon mari
Remit le foin de fa vengeance.
Le fripon avait bien choifi :
A quelque mortelle jolie ,
Jupiter fouvent s'attachait ,
Malgré Janon qui ſe fâchait
Contre l'Amour qui décochair
Quelque bon trait de jaloufie ,
Et puis fecrete zizanie ,
Sous certain air de bouderie ,
Dans le ménage fe cachait .
La débauche enfia nous ennuie ,
Sur-tout quand nous n'en fommes pas ;
La Déeffe était dans ce cas.
Vous vous moquez , je le parie
De fon ridicule embarras :)
Très-facile était le remede ,
Allez-vous dire ; mais , hélas !
Mes bons amis , elle était laide.
Cependant on la pouffe à bout ,
Il faut que le défordre ceffe ;
Elle était & femme & Décffe ,
Et partant capable de tout .
G2
124 MERCURE
Eh bien je donnerais en mille
A deviner ce qu'elle fit ,
Tant ce que femme a dans l'efprit
Eft à deviner peu facile !
,
Lorfqu'un Epoax ofe changer ,
Mefdames , nous favons l'ufage :
Oppofer l'outrage à l'outrage ,
Eft le moyen de s'arranger;
Mais ici vous devez fonger
Qu'on n'avait pas cet avantage..
Junon , enrageant d'être fage ,
Ira- t- elle fe dégager
Des tendres noeuds du Mariage ,
Et des torts d'un Mari volage
Contre elle-même le venger ?
Non , non , elle était trop
Pour une pareille action ,
Et puis la féparation
honnête
Lui parailfait un coup de tête
Bien fujet à réflexion .
Pour aggraver encor l'offenſe ,
L'Amour , auteur de tout le mal ,
Aux dépens du lit conjugal
S'égayait avec indécence ;
Mais pour réprimer fa licence ,
Junon prétend , au joug fatal ,
Affervir fon indépendance ,
Et le marier à fon tour.
DE FRANCE. 125
Quoi ! Junon marier l'Amour !
On ne s'attendait point , je penſe ,
A cet ingénieux retour .
Croyait- elle , la bonne Dame ,
Qu'il fuffirait de prendre femme
Pour ceffer d'être libertin ?
Hélas ! par fon propre deftin ,
Elle devait bien elle-même
Savoir que de fon ftratagême
Le fuccès était incertain ;
Mais femure tiest à fon fyftême .
Pour préparer l'événement ,
Ua matin indifféremment
A Jupiter on le propofe :
Tout haut il approuve la chofe ,
Et fourit tout bas d'un projet
Dont il devinait bien la caufe ,
Mais dont il craignait peu l'effet.
La befogne ainfi difpofée ,
Il reftait encore à choisir
Fille ou femme qui pût remplir
Le digne rôle d'époufée.
Diane & la grave Pallas
Sur ce point furent confultées ;
Toutes deux étaient irritées
Contre l'Amour ; & les éclats
Que faifaient fes étourderies
Soulevaient leurs coeurs délicats .
126 MERCURE
1
L'une ne lui pardonnait pas
Ses mauvaifes plaifanteries:
Sur le difcret Endymion ,
Avec qui l'aukere Bégueule,
La nuit , oubliair route feule
Sa chafte réputation ;
Et l'autre en voulait à fa mere
Depuis que , fur le Mont Ida ,
Certain Berger fe décida
Pour cette Beauté Feu févere.
Enfin après quelques débats ,
Ces Dames conviennent enfemble
Que la Raifon eft , dans ce cas ,
Le perfonnage qui leur femble ,
Malgré les antiques appas ,
Propre au deffein qui les raffemble.
Mais furvint un autre embarras ,
C'est qu'au Ciel on ne favait pas
Où l'on trouverait la future ;
De ſa vénérable figure
A peine fe fouvenait- on ,
Et parmi les Dieux du bon ton ,
Son nom était prefqu'une injure .
Diane , Pallas & Jancn
S'en vinrent cherchant fur la terre
Celle qui chez nous n'était gueré
Plus que chez les Dieux de faifon ;
Er fans tirer à conféquense ,
DE FRANCE. 127
On vit dans cette circonftance
Femmes qui cherchaient la Raifon .
Enfin , au gré de leur envie ,
Dans un recoin de l'Italie ,
Elles découvrent le féjour
De la Railon , qui , retirée
Aup.ès de Saturne & de Rhée ,
Enbellifait la vieille Cour.
Après les complimens d'ufage ,
Elles lui difent le fujet
De leur voyage , & le projet
De mariage , & puis l'objet
Avec qui bientôt on l'engage .
Surpriſe de leur verbiage '
Qu'elle ne comprend pas trop bien ,
La Raifon , en perfonne fage ,
Calcule de ce mariage
L'inconvénient , l'avantage ,>
Veut parler , balle .... & ne dit rien .
Tandis qu'en cet état de crife ,
Elle était encore indécife
Sur ce point très - effentiel ,
Dans un char elle eft enlevée ,
Et jufques aux portes du Ciel
En un clin d'ail eft arrivée .
Certes , je n'entreprendrai pas
De rétrer les pafquinades ,
G.4
128 MERCURE
Les Galembourgs & les Charades
Dont on accabla fes appas ,
Qui , dans fon buricfque embarras ,
N'en paraiffaient que plus mauffades .
L'Amour lui-même s'en mêla ,
Et du ton le plus agréable ,
S'écriait Elle eft incroyable !
On n'eft point fait comme cela !
Mais il changea bientôt de ganime ,
Quand Junon , dun air fatisfait ,
Lui dit Il faut être difcret ,
Et ménager au moins fa femme ;
Et Junon de lui révéler
Cet inexplicable myftere :
La furpriſe l'avait fait taire ,
La colere le fit parler ;
C
Et fans difcours préliminaire ,
Il déclara que cette affaire
Lui ferait , au féjour des Cieux ,
Préférer celui de la Terre ,
Où l'on faurait le traiter mieux .
A ce propos féditieux ,
A ces menaces très -expreffes ,
L'Amour fit pâlir tous les Dieux ,
Et rougir toutes les Déeſſes .
,
La Raifon dut s'appercevoir
A cette premiere entrevue
Que dans le célefle manoir
Elle n'était pas bien venue :
DE FRANCE. 129
Mais enfin elle était rendue ;
Et que rifquait-elle de voir
Quelle pouvait être l'iffue
Que tout ceci devait avoir ?
Vous voulez auffi le favoir ,
Mes chers amis , & mon hiftoine
Eft bien faite pour endormir
Le plus indulgent auditoire.
A pofféder l'art de finir ,
Un Conteur doit mettre fa gloire
Mais le diable eft d'y parvenir ;
Cependant je commence à croire
Que cela va bientôt venir.
Feignant de feconder fa femme ,
Jupiter , en mari prudent ,
Se rend le double confident'
Et de l'Amour & de fa Dame.
Il perfuade à la Raifon
Qu'elle établit mieux fa puiffance
Par cette brillante union ,
Puifque , fans affectation ,
Le plus fouvent femme qui penfe
Devient Maîtreffe à la maifon.
A ce dernier trait d'éloquence
La bonne Dame ſe rendit.
,
L'Amour feul faifait réfiftance ;
Mais à des nous fans conféquence ,
GS
1
130
MERCURE
En fecret Jupiter lui dit
Que l'on mettait moins d'importance
Pour exemple il ſe propofa ;
Encouragé par fon modele ,
Aifément l'Amour s'appaiſa ;
Et , pour terminer la querelle ,
Enfin le couple s'épouſa.
A leur pénible contenance ,
Les deux Epoux paraiſſaient bien.
Gens de nouvelle connaiffance,
Chacun put deviner d'avance
Qu'ils ne s'accordera'ent en rien ,
Et l'on appela ce lien
Mariage de convenance .
Cette bizarre expreffion
N'a point , grace à l'expérience
Befoin d'une explication.
Malgré l'indifférence extrême
Du plus étourdi des Epeux ,
Il eft des foins dont , entre nous ,
Il faut qu'il s'acquitte lui- même.
L'Amour très-exact là - deffus ,
Comine un autre fit fon fervice ,
Et la Raifon , d'un air confus
Porta bientôt certain indice
Des procédés qu'il avait éus.
D'après cela , quitte envers elle ,
Le jeune Epoux croyait très-fort
A DE FRANCE.
Avoir , par ce fublime effort ,
Acquis le droit d'être infidele .
Ne le blâmons pas ; aujourd'hui
L'opinion n'eft plus nouvelle ,
Bien d'autres penfent comme lui .
Ah plutôt rendons- lui juſtice
Son choix excufe fon erreur ;
Je lui pardonne de bon coeur.
Avec une aimable complice ,
Que cette faute a de douceur !
>
Comment vous repréſenter celle
Qui de l'hymen le confola ?
Comment rendre ce minois-là ?
La friponne n'était point belle ,
Elle était mieux que tout cela.
Jeune , fraîche , vive , étourdie ...
Non , non , je ne la peindrai pas ,
Trop au deffous de fes appas ,
Mon pinceau l'aurait enlaidie .
Il fuffira de la nommer ;
Mes amis , qui pourrait blâmer
L'Amour d'adorer la Folie ?
C'eft elle qui de la Raiſon
Fut la redoutable rivale ;
La concurrence était fatale ,
Et l'Amour eût été trop bon.
De tenir la balance égale.
G 6
MERCURE
1
La Raifon ofa fe fâchet,
Et , dans un accès de colere ,
Savifa même d'accoucher ;
C'eft-là ce qui gâta l'affaire .
2
Ele mit au monde ¡ Ennui
Qui ne reffemblait qu'à fa mere .
L'Amour enragea d'être pere
D'un fils qui n'avait rien de lui ;
Et dans les bras de fa Maîtreffe
Il courut cacher fon chagrin .
Elle auffi portait dans fon fein
Le fuit heureux de fa ten reffe
Que l'Amour, vit éclore enfin ,
Et fa vengeance fut remplie.
Plus à propos ne put venir .
Le nouveau né , car la Folie
Devint la mere du Plaifir .
Depa's ce temps - là fur la Teire ,
Mes amis , on a remarq é
Que ces Enfans n'ont pas manqué
D'accompagner chacun leur Mere .
( Par un Abonné. )
DE FRANCE.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent:
LE mot de la Charade eft Couloir ; celti
de l'Enigme eft Violette ; & celui du Logogriphe
et Plateau ( afiette de bois ) , cù
l'on trouve Pear, Pau, Eau , Taupe, Alep,
Paule, Plata, Pal, Ut, La, Palet.
CHARADE.
Mon premier ignore , fans foins & fans culture , ON
D'un autre végé al tirant fa nourriture ,
S'oppose à fa fertilité .
Mon fcond te difpofe à la reconnaiffance ;
Et mon tout à la guerre , en mufique , en france ,
A parfois fon utilité .
( Par M. Gd. Dr. M. à Richelieu. )
ÉNIGM E.
Ou je m'attache , où l'on me voit vieillir ,
U
Quoique je répande des larmes ,
Je fais la fou ce du plaifir ;
will
Sans moi Comus ne ferait que languir ,
Et dans mon fang , l'Amour trempe , en riant , fes
armes.
Ainfi que lui , de mes dons pleins de charmes ,
234 MERCURE
Je fais jouir les Mortels & les Dieux ;
Mais en fattant & le goût & les yeux ,
Ces dons trop féduifans rendraient fou le plus fage ,
Si la raifon n'en modérait l'ufage.
( Par un Abonné. )
LOGO GRIPHE.
JE ne fuis point abeille ;
. Ma's on me voit , d'une façon pareille ,"
Tirer , & mjeux encor le fuc de mille ficurs.
Sept pieds forment mon tout ; ils vous offrent ,
Lecteurs ,
En les décompofant , un mois fort agréable ;
Plus , une vicille idole ; un Mortel eſtimable ;
"De Laban une fille ; un mets de Moiſſonneur ;
Un grand nombre ; un bateau ; ce que cherche un
Danfeur ;
Une ville au Pérou ; ce qui vexe & tourmente ;
Deux notes de musique ; un amas d'eau dormante ;
Enfin un jeu connu . Ma foi , je ſuis à bout ;
Je n'en fais pas plus long, pour vous montrer mon
tout.
Par M. Mouſſeau de Maleſſet. )
DE FRANCE. 139
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DISCUSSIONS importantes débattues au
Parlement d'Angleterre par les plus célebres
Orateurs depuis 30 ans ; renfermant
un choix de Difcours , Mottons , Adreſſes ,
Répliques , &c. accompagné de Réflexions
politiques analogues à la fituation de la
France, depuis les Etats- Généraux; Ouvrage
traduit de l'Anglais. 4 Vol. in-8 ° .
A Paris , chez Maradan & Perlet , Imp-
Libr. Hôtel de Château- Vieux , rue St-
André-des- Arts .
CE Recueil , intéreffant par lui -même ,
le devient encore plus par les circonstances.
où nous fommes . Un Extrait ou un choix
des meilleurs morceaux répandus dans les
Annales Parlementaires des Anglais , publié
au moment où les Français commencent
des Annales de la même efpece ;
c'eft fervir à la fois l'Eloquence & la Patrie ;
c'eft multiplier les modeles de l'Eloquence
politique chez un Peuple qui ne connaiffait
que celle des Grecs & des Romains .
136 MERCURE
Il est vrai qu'en ne la confidérant que
dans fes formes , les modeles que nous
ont laiffé ces deux Nations , pouvaient
nous fuffire , puifque les Anglais leur font
reftés inférieurs , mais en paffant de la
forme au fond , en confidérant , fous des
rapports qui nous font communs avec
eux , & qui ne peuvent exifter entre les Anciens
& nous , plufieurs des queftions agitées
dans le Parlement d'Angleterre ; queftions
qui , pour la plupart , feront agitées
chez nous avant peu d'années , & dont plufieurs
intéreffent nos relations avec les Anglais
; on fent combien cette Collection peut
être utile . Unefoule de traits , qui peignent les
moeurs & les idées générales d'une Nation ,
des dérails curieux dont l'Hiftoire , ni même
Yes détails particuliers ne fe chargent pas
toujours , ajouteront aux connaiffances que
peuvent avoir de l'Angleterre les Français
qui prétendent en avoir beaucoup . Combien
de faits de l'antiquité Grecque ou
Romaine , combien d'ufages , combien de
Loix même ne font parvenus jufqu'à nous ,
que par les Difcours qui nous retent de
leurs Orateurs !
Le Traducteur a renfermé fon travail &
le choix de ces Difcours dans l'efpace des
trente dernieres années ; fi l'on en excepte
quelques - uns de Walpole , Pulteney , Shippin
, & quelques autres qui remontent à
l'année 174. Sans doute il pouvait reDE
FRANCE. 137
onter plus haut , & les débats parlemenires
ont produit , avant cette époque , des
fcuflions de la plus haute importance ;
mis on a penfé avec raifon qu'en fe
pprochant du moment actuel , l'intérêt
rait à la fois plus vif & plus général .
es noms de Lord Chatham , Wilkes ,
heridan , Sawbridge , Littleton , plus
cnnus des Français contemporains que
eux des précédens Orateurs Anglais , infireraient
une curiofité plus vive , quand
nême leurs Difcours ne rouleraient pas fur
les événemens qui ont préparé la Révoluion
Françaife. C'eft fur- tout à cette époque
que l'Eloquence Anglaife s'eft élevée à la
aauteur des intérêts difcutés dans le Parlement.
On fe rappelle encore même en
France , l'effet que produifit le Difcours du
Lord Chatham , en faveur des Américains ,
ou plutôt des Anglais , qu'il voulait préferver
des fuites d'une guerre funefte. On
oublié non plus celui de M. Wilkes ,
dans la même occafion , & fur - tout ce
paffage remarquable qu'il nous fera permis
de tranfcrire. On les nomme rebelles ( les .
Américains ) . Leur état préſent eſt- il ef-
" fectivement un état de rebellion ? ou
" n'eft- ce qu'une réfiftance convenable &
" jufte à des coups d'autorité qui bleffent
» la Conftitution qui envahiffent leur
" propriété & leur liberté Mais voici .
n'a
pas
""
" ,
ce que je fais très bien. Une réfiftance
-
138 MERCURE
93
» couronnée du fuccès , eft une Révolution ,
» & non une Rebellion. La rebellion eft
» écrite fur le dos du révolté qui fait ;
» mais la Révolution brille fur la poi-
> trine du guerrier victorieux. Qui peut
» favoir , fi , en conféquence de la violente
» & folle adreffe de ce jour , les Améri-
ر
cains , après avoir tiré l'épée , n'en
a jetteront pas le fourreau , auffi bien
» que nous , & fi , dans peu d'années ,
» ils ne fêteront pas l'Ere glorieule de la.
Révolution de 1775 , comme nous cé-
» lébrons celle de 1688 : Si le Ciel n'avait
" pas couronné du fuccès les généreux efforts
de nos peres pour la Liberté , leur
" noble fang aurait teint nos échafauds ,
au lieu de celui des traîtres & rebelles
Ecollais , & ce période de notre Hitoire
, qui nous fait tant d'honneur, aurait
paffé pour une rebellion contre l'autorité
légitime du Prince , & non pour une
réfiftance autorifée par toutes les Loix de
" Dieu & de l'homme , & non pour l'expulfion
d'un Tyran «.
و د
"
2
Il eft inutile de remarquer que les plus
beaux Difcours inférés dans ce Recueil ,
font ceux qui ont été prononcés en faveur
de la caufe Américaine , foit pour prévenir ,
foit pour faire ceffer la guerre les Harangues
prononcées contre eux & dans le
fens oppofé , font pitié en comparaifen .
Il eft vrai que de leur côté fe trouvaient
DE FRANCE. 139
les Pitt , les Fox , les Wilkes , les Sheridan
, & que l'opinion contraire n'avait
point de pareils défenfeurs ; mais il eſt à
croire que fi ces hommes célebres fe fullent
trouvés dans le parti miniftériel , ils fe
feraient abftenus de parler en cette occafion.
Ce fentiment profond d'où part l'éloquence
des hommes de génie , et pour
l'ordinaire accompagné de ce fens droit
qui marche vers la vérité , fource de cette.
Conviction qui donne à l'éloquence tout
Ton éclat & toute fon énergie. Les vrais
Orateurs le fentent parfaitement bien ; &
fuffent-ils fans vertu , le feul intérêt de
leur amour-propre les écarterait d'une mauvaife
caufe , comme un Général habile s'éloigne
du terrein où il ne peut déployer
fes forces. Les hommes de talent à qui les ,
Jéfuites avaient la fottife de s'adreffer pour
la réfutation des Lettres Provinciales ,
auraient pu leur répondre : la puiffance de
votre adverfaire eft moins celle de fon génie
que celle de la vérité ; & maintenant
qu'elle s'eft montrée , on pourrait défier
Pafcal de fe réfuter lui-même.
·
Plufieurs de ces Difcours ont reçu de
la Révolution Françaife un mérite qu'ils
n'avaient pas dans le temps où ils furent
prononcés , celui d'offrir des allufions fréquentes
à divers événemens de la Révolution
. Des circonftances analogues ont dû
à diverfes époques , faire dire les mêmes
140
MERCURE
chofes à ceux qui fe croyaient intéreffés à
les dire ; & ce n'eft pas les Français qui
s'étonneront aujourd'hui de voir les Nobles
Lords au ruban bleu , dire dans le Parlement
d'Angleterre , que le vifage d'un feul
Soldat Anglais , ferait fuir des centaines
d'Américains.
,
Si l'on ne jugeait des Orateurs Anglais
que par ceux dont les Difcours ont trouvé
place dans cette Collection , ce qui ferait
très - injufte , & ce qui ne conviendrait pas
à un Etranger , fur- tout d'après une traduction
; on ferait porté à croire que M.
Wilkes & M. Fox laiffent bien loin derriere
eux tous leurs rivaux. Tous les deux
pleins de véhémence , ils favent tous les
deux varier habilement leurs tons &
manier plaifamment l'ironie , figure favorite
de l'Eloquence Républicaine. Nous
pourrions en citer plufieurs exemples dans
M. Wilkes & M. Fox ; mais nous n'en
indiquerons qu'un feul de ce dernier ,
d'après lequel on ne prendra pas une haute
idée de la crainte qu'infpire aux Miniftres
Anglais cette refponfabilité qu'on croit fi
redoutable aux nôtres. Il s'agit d'environ
1,500,000 liv . dont il doit rendre compte. Le
Miniftre indique pour l'emploi decette fomme
, un envoi de rafoirs & de guimbardes
aux Sauvages de l'Amérique ; & quand on
lui demande combien de temps il lui faut
pour produire la preuve de l'emploi & la véDE
FRANCE. 141
ification du compte, il répond quatorze ou
quinze ans tout au plus. Si l'occafion de
laifanter était heureufe pour M. Fcx , la
naniere dont il raconte cette perite harieffe
miniftérielle prouve qu'il ne manque
as à l'occafion .
L'Editeur a enrichi fa Collection des
neilleurs Difcours prononcés dans le Parement
d'Irlande & dans le Congrès Amé
icain . Il y a joint diverfes Adrelles , Proclanations,
& c. publiées dans les occafions les
lus importantes. Il femble qu'il ait cherché
former un Cours d'Eloquence à l'ufage
le la Liberté.
L
Qui croirait après cela que ce Recueil
ût l'ouvrage d'un ennemi de la Révolu
ion : C'est ce qu'on apperçoit avec ſurpriſe
i la lecture de fa Préface. Il y regne un
ton d'aigreur qui perce de phrafe en phrafe ,
& qui finit par ne pouvoir plus fe contenir.
Comment , occupé plus ou moins des
idées Anglaifes & Américaines , au moins
pendant qu'il les traduifait en Langue Françaife
, a - t- il pu defcendre jufqu'à ce fophifme
trivial , qui confite à imputer à la
Liberté les défordres inévitables à fa naiffance
; à invectiver contre des abus paffagers ,
comme contre des calamités durables ?
Eft-ce le Traducteur des Lettres.de Wafhington
& de Hancock qui devait faire
cette defcription de l'état de la France
avant 1789 ? La France , riche de fon
ו נ
142 MERCURE
93
""
"
و ر
fol , de fa pofition , de fa population ,
» réfiftait aux abus ; la Nobleffe partageait
la fouveraineté , le Clergé s'était
» fouvent mis au deffus ; le Peuple avait
ignoré long - temps qu'il était malheu
» reux, ou croyait qu'il était né pour l'être.
Quelques Livres remplis de vérités ameres
» contre les Traitans , confolaient leurs
victimes ; les finances n'étaient pas réparées
, mais on écrivait qu'elles le feraient
, & le calme momentané revenait .
» La Cour fe permettait toute forte de
prodigalités , mais les individus recueillaient
; les Grands imitaient les Princes
33
mais c'était autant de canaux par où
" coulait l'abondance. Des hommes , trop
"
favans peut-être pour notre bonheur ,
» vinrent nous dire que nous étions mal-
» heureux , pauvres , ruinés , &c « . C'eft
dommage; fans eux nous n'en aurions jamais
rien fu. Ne nous fachons pas contre l'Auteur,
qui , fans doute , n'a qu'une humeur paffagere,
& qui convient , dès la page fuivante,
qu'on a déjà fait beaucoup de chemin , &
que dans les prochaines Légiflatures on s'appercevra
bien vite des pas immenſes faits
dans une fcience prefque inconnue aux
Français. On voit que le mal n'eft pas incurable
, & nous exhortons le Traducteur ,
quel qu'il foit , à nous avancer dans cette
fcience, en ajoutant à fon utile Collection ,
un choix de ce qu'il trouvera de meilleur
DE FRANCE. 143
ans les Annales Parlementaires , avant ou
près l'époque dans laquelle il avait d'abord
igé à propos de fe renfermer. Le fucs
paraît sûr , le plus grand nombre des
rançais ayant aujourd'hui la permiffion
e s'intérelfer à ces queftions politiques
i autrefois n'occupaient que quelques
hilofophes , & dont fe fouciait même alpeu
la plupart de ceux qu'on appelait
ftueufement Hommes d'Etat.
( C ...... )
>
INCYCLOPÉDIE DOMESTIQUE
Lou Annales inftructives , formant Recueil
de toutes fortes de Remedes , Recettes ,
Préfervatifs , Curatifs de diverfes Maladies
des hommes & des animaux , de Secrets,
d'Inventions , de Découvertes utiles
& agréables , & généralement ce qui peut
intereffer lafanté , la beauté, la curiofité,
c'est-à- dire les befoins & les agrémens de
la vie phyfique & morale , à l'ufage des
deux fexes. Volume in-8°. de 406 pages.
Prix , 4 liv. 4 f. , & 5 liv. port franc par
la Pofte. A Paris , chez Laurens jeune ,
Imp- Lib. rue Saint-Jacques, No. 37 , &
chez les Mas, de Nouveautés.
S
VOILA ce qu'on peut appeler un titre
prometteur gare le proverbe. On ne peut
144
MERCURE
eft
dire cependant que l'Ouvrage ne tienne ,
en partie , ce qu'il promer ; mais tout y
confondu , fans deflein , fans ordre , meme
alphabétique , malgré le titre d'Encyclopédie
qui le fuppofe , & quoique chaque
Article foit placé fous un mot , comme on
le fair dans les Dictionnaires. Il femble
que le Rédacteur en ait d'abord eu l'idée.
Dans les o premieres pages , les mots
font ranges alphabetiquement. La lettre
A revient enfuite ; & pendant environ sof
auttes pages , l'alphabet , fouvent interrompu
, ne revient du moins pas fur luimême
; mais enfin tout le mêle , & dans
le reite du Volume , les Articles font jetés
au hafard. Auprès des Romaines à cadran
on trouve la Montre de paille , puis l'Air
fixe & les propriétés ; enfuite le Raifind'Ours
ou Bouffarole , plante efpagnole qui
guérit la néphrétique ; puis les Gouttes du
General la Motte , les Contrepoifons de
l'Arfenic , & les Pampes à fein. Ge font
tour implement les annonces publiées , foit
à part , foit dans divers Journaux , par
les Inventeurs des differens Remedes , Machines
ou Secrets quelconques, réunis dans
un feul Recueil .
Le défaut d'ordre eft réparé par une
Table alphabétique très - complette. It eft
certain que , fans adopter les exagérations
du titre , ce Volume contient une fource .
d'indications utiles , & qu'il raffemble u
grand
DE FRANCE. 145
rand nombre d'objets relatifs , foit à la
inté , foit à l'inftruction ou à la fimple
ariofité , qu'il faudrait fe donner beaucoup
e peine pour aller chercher fur les feuilles
olantes & dans les Ouvrages périodiques
à ils ont éré d'abord annoncés.
Le Rédacteur a donc bien mérité du
ublic en formant cette efpece de dépôt
es inventions les plus récentes ; & fans
voir de titres à la gloire , il peut en avoir
la reconnaiffance.
( G .... )
RAITÉ complet de la Culture, Fabrication
& Vente du Tabac , d'après les procédés
pratiqués en Pannonie , Virginie , Danemarck
, Ukraine , Valteline , Guyanne
Françaife , & ci-devant en Gyenne ; auquel
on a joint d autres objets d'économie
rurale, qui, réunis or fubftitués au iabac,
en rendent la culture encore plus utile aux
Propriétaires , & très intéreljante pour
l'Etat. Ouvrage orné de fix Planches en
taille - douce ; par un ancien Cultivateur.
A Paris , chez Buffin , Imprimeur-Libr.
rue Haute feuille , N°. 20. i Vol. in-8°.
Prix , liv. br. & s liv . 10 f. franc de
port par la Pofte.
L'AUTEUR de ce précieux Ouvrage dépar
les Déc ts des 1. & 20 Mars, bute
•No. 392 24 Sept. 1791.
J
er
H
146 MERCURE
en vertu defquels il eft permis à tout Citoyen
de cultiver , fabriquer & vendre du
Tabac. L'Affemblée Nationale , dit-il
22
""
enfuite , en décrétant la liberté de cette
» culture , & c . a donné une grande impulfion
au defféchement des marais ; aucane
plante ne convient mieux à cette
efpece de novales , & n'exige moins de
» dépenfes de la part du Cultivateur.
?
23
"
Mais aucune culture ne demande plus
» de bras ; d'un autre côté, l'Etat y trouve
» deux avantages : 1. celui de la population
de la campagne , & celui d'y pro-
» curer la fubftance des individus : 2 °. le
moyen de décharger les Hôpitaux de
ces enfans qui n'ont de pere que le Pa-
» blic. En effet , les enfans au deffous de
l'âge de puberté, filles ou garçons, y font
» les plus propres «.
ور
و ر
L'Auteur continue fa Préface , & fait,
fentir de quelle importance peut devenir
catte branche de commerce qui nous caufait
tous les ans une exportation de 14
millions , fans autre bénéfice que pour les
Fermiers , à qui le Tabac coûtait 6 fous
d'achat , revenait à 13 cu 14 fous pour
être vendu 4 liv.
Mais cette culture, prohibée depuis longtemps
en France , pouvait devenir un appât
préjudiciable à ceux qui , fans être guidés
par l'expérience , auraient deffein d'y placer
des fonds. C'eft pour prévenir ces pertes
DE FRANCE. 147
que l'Auteur , appuyé d'une expérience
fuffifante , donne fes avis , avec tout le faveir
& la franchife d'un Citoyen qui veur &
peut fe rendre utile. Il n'a négligé même
aucuns des moindres détails , quelque minutieux
qu'ils puiffent paraître à des gens
inftruits. On verra donc dans cet Ouvrage
tout ce qui concerne l'Hiftoire Naturelle
de la plante , le choix du fol , les différentes
manieres de les cultiver , les bâtimens
, les inftrumens , les animaux utiles,
uifibles , les engrais , la cueillette des
euilles , la fabrique , les femis à faire pour
es récoltes fubiéquentes ; le calcul de toues
les dépenfes particulieres qu'exigent les
lifférentes parties de la culture , celui des
produits nets , & enfin celui du bénéfice.
Mais la culture du Tabac ne fuffifant
pas pour employer les bras toute l'année
Auteur montre fans réplique l'immenfe
énéfice que ferait le Propriétaire par l'élucation
des vers à foie , la culture du
hanvre , du lin , du coton , pour lefquels
a France a jufqu'ici été obligée de faire
afler tous les ans plus de 100 millions
ux Etrangers , qui devraient, au contraire,
tre les tributaires de notre fol & de notre
nduftrie.
H 2
148 MERCURE
SPECTACLE S.
THEATRE de la rue Feydeau.
LA PAZZA D'AMORE , traduite prefque
littéralement
de Nina , miſe en muſique
par Paefiello , & jouée à Naples par
Ja Signora Coltellini , y a obtenu le plus
grand fuccès. On peut douter cependant
qu'elle en ait eu un plus complet , & furtout
qu'elle ait fait couler autant de larmes
qu'à Paris , jouée par Mad . Morichelli
& par une Compagnie
fupérieure dans fon
enfemble à celles d'Italie. Toute prévention
à part , fi les Acteurs Italiens nous
préfentent ici d'excellens modeles dans l'Art
du Chant , nos Acteurs leur en offrent à
leur tour dans la repréſentation
dramatique,
dont , au bout de quelque temps, le
jeu de la plupart d'entre eux doit fe reffentir
: mais dans cet échange l'avantage n'eſt
pas égal . Un an de féjour à Paris peut
fuffice à tout bon Acteur Italien pour acquérir
celles de nos convenances
théâtrales
qui lui manquent pour nous plaire. Il
n'en eft pas ainfi de l'Art du Chant , qui
exige de premieres études, dont les difpofitions
les plus heureufes & le talent imitatif
le plus fouple ne peuvent tenir lieu . Mais
revenons à Nina.
DE FRANCE. 149
Il nous ferait impoffible d'entrer dans le
dérail de toutes les beautés muficales dont
cet Ouvrage eft rempli . Point de rôle indifférent
ou négligé. Le bon Nourricier
lui - même chante un feul Air ; mais cet
Air eft un chef- d'oeuvre ; & c'eft de celui-là
qu'il faut parler , précisément parce qu'il
eft placé dans un rôle fecondaire. Le Nourricier
veut que le pere de Nina fe confcle ;
qu'il efpere , pour fa fille , une guérifon
prompte ; il peint la part que prend tout
le village à fon malheureux état ; comme
on s'afflige quand elle paraît trifte , pâle
égarée , comme on fe réjouit quand fes regards
font plus fereins , fon teint plus vif
fon ame plus tranquille ; puis il revient à
l'efpérance qu'il faut avoir , & puis à la
triftelle qu'on reffent , & puis encore à la
joie qu'on éprouve : tout cela eft exprimé
par le Compofiteur avec un art & une
vérité admirables , dans un Air qui n'en
eft pas moins un , moins régulier : & pais
venez brifer des motifs , hacher des péricdes
, & bouleverfer tout un Orcheſtre
pour peindre des tranfitions, de fentimens &
de penfées ! Cet Air eft rendu avec infiniment
de naturel & d'expreflion par Mr.
Brocchi , qui met en général beaucoup d'intérêt
dans tout fon rôle.

M. Rovedino n'en a peut-être point encore
joué qui, foit plus favorable à fa belle
voix , à fon jeu ncble & grave , qué celui
H 3
iso MERCURE
>
>
du pere de Nina. Jamais il n'a été plus
juftement applaudi que dans ce bel Air
fi fiero il mio tormento , dans le récitatif
obligé qui le précede , & dans le Duo ,
toujours redemandé , qu'il chante au premier
Acte avec M. Viganoni . Ce dernier,
dans le rôle de Lindoro , joint à l'art & à
la méthode qu'on lui connaît, une expreffion
& une chaleur dont tout le monde
ne le croyait pas fufceptible , parce qu'il
a rarement l'occafion d'en mettre dans fes
rôles. Mais c'eft principalement fur Mad.
Morichelli , ou plutôt fur Nina , que
fe
réunit l'intérêt. Quand on ne la voit pas ,
c'eft à elle que l'on penfe ; & dès qu'elle
paraît on ne voit qu'elle. L'impreffion
que laille dans l'ame un jeu fi vrai , fi pathétique
, un chant fi parfait & fi paffionné,
efface , pour ainfi dire , toutes les autres
impreffions. Quelle folie intéreffante 4 c'eft
celle de l'amour ; il n'y a point à s'y méprendre
: c'eft celle d'un amour innocent
& chafte ; on le fent même au milier du
plus profond délire : c'eft une folie qui n'eft
que dans la tête & dans le coeur ; point
d'affectation ni de caricature , ni de polition
étudiée , ni de contorfions , ni d'égarement
forcé. Atoutes les difficultés de ce rôle,
fe joint celle de parler en chantant dans les
fcènes , & Mad.Moriche li en tire deux avan
tages ; c'eft d'abord que , fans manquer un
inſtant à la vérité, à la jufteſſe de la déclamaDE
FRANCE. 151
tion, elle ne ceffe point de faire entendre ce
fon de voix touchant , que celui de la voix
parlée , quelque doux qu'il foit , n'égale jamais
en expreffion & en douceur ; c'eft enfuire
qu'elle dit fupérieurement le récitatif,
que ce mérite eft plus rare encore que celui
de chanter avec méthode & avec art ; &
que, dans cette partie importante du rôle
de Nina , elle s'eft acquis un titre de plus
au fuffrage des connaiffeurs. Quant aux
morceaux de mufique , il faudrait les citer
tous , & pour fon éloge & pour celui du
Compofiteur. Tous reftent dans le coeur
& dans la mémoire. Il y a fur-tout certains
mots qui n'en peuvent fortir , tels que
Voglia il Ciel ! Ma non farà , que Nina
répond à fes jeunes amies qui la flattent
du retour de fon bien-aimé ; & cet autre
d'une expreffion fi différente, Ah ! chi potrà
comprendere la mia felicità ? &c. &c.
"
En général , cette Piece eft mife avec
beaucoup de foin , & exécutée dans toutes
fes parties avec cet enfemble fi néceffaire
à l'effet de la mufique , & fans lequel on
la devine plutôt qu'on ne l'entend.
Il ne faut pas oublier que les fcènes
étaient écrites en profe dans la partition
originale , qu'elles ont été mifes en vers , à
Paris , par un Peete Italien , & que M.
Cherubini en a fait le récitatif. Il eft en
général d'une perfection rare , d'une exprefhon
jufte , pathétique , d'une déclaration
152 MERCURE
variée & toujours vraie : auffi l'écoute- t-on
avec une attention fuivie. Le Public doit
remercier M. Cherubini de n'avoir pas dédaigné
un travail ebfcur, qui ajoute , furtout
pour nous , un grand mérite à celui
de cette Piece intéreffante.
VARIÉTÉ S.
NOUS ous avons inféré dans le N ° . 22 un article
tiré de la Gazette des Tribunaux , relatif à'un
Mémoire de M. de Scze , entre Mad . de Bréau
& MM. Petit. Cet article a excité une réclamation
de la part de MM. Petit , qui fe plaignet
avec raifon qu'on y emploie des expreffions défobligeantes
qu'ils n'ont pas méritées ; & que
d'ailleurs on y préjuge le fond de l'affaire , fans ,
avoir lu le Mémoire qu'ils ont oppofé à celui
dont on a voulu faire l'éloge , & qui en détruit
tous les moyens. On y cite la favante & profonde
Confultation publiée en faveur de la Dame
de Bréau , qui a été complétement réfutée par
un Mémoire refté fans réplique . L'Auteur de l'aticle
nous autoriſe à défavouer de fa part toute
intention maligne , & à déclarer qu'il n'a prétendu
prendre cun parti dans cette affaire , qui n'eft
poin: encore jugée. Il n'a voulu que rendre juf

tice aux talens de M. de Seze comme Ecrivain
& comme Orateur.
DE FRANCE. 153
#
NOTICES.
Sur les Légiflatures & les Conventions Natio
nales , par M. Aug. de Pruneté , Cap de Drag.
Citoyen du Département de Seine & Oife.
( La sûreté de l'édifice veut qu'on trouve à préfent
autant d'obftacles pour y toucher , qu'il
fal ait d'abord de facilité pour le conftruire.)
Brochure de 70 pages. A Paris , chez Gattey
Lib au Palais- Royal ; & chez les Marchands de .
Nouveautés.
L'Epigraphe donne une idée du parti que
l'Auteur a pris dans cette queftion. Cette Brochure
eft une forte de Tétition , fignée par l'Auteur ; il
la termine par deux Poft- Scriptum , qui tous deux ,
fur un objet différent , tendent à rendre au Pouveir
exécutif une grande auterité. C'eſt au Lecteur
à juger de la folidité des motifs qui ont
déterminé l'Auteur.
Réveil des Dames , ou les Femmes devenues
Pares , Cardinaux , Evêques , Minifires , Magiftrars
, Profeffeurs , &c. &c par un Corps Académique
des Dames , d'après le confeil de M.
A Paris, chez l'Auteur, au Marché- Neuf , près le
Palais Marchand , N° . 40. Brochure de 18 pag.
Les Dames qui ont des prétentions férieuſes à
l'Adminiſtration pourront bien ne pas goûter
cette Brochure , qui , toute grave qu'elle paraît ,
pourrait bien n'être au fond qu'une plaifanterie.
}
154 MERCURE

Quatre Foy g's chez les Hottentots & ch z les
Coffres , par le Li utcant Wiliam Paterfon , ` dcpais
Mai 1777 , jufqu'en Décembre 1779 , traduit
de 1 Ang is
La Carte du Voyage de M. le Vaillant dens
ces mêmes Conrées , faite d'après les obfervatio
s & fon Joura ' , par l'Auter de cocte
Traduct on , paraita daps q clques mois , en 4
feuilles onlara , ulus tard , avec le fecond
Voyage de M le Vallant , que l'on va intrimer.
On y trouv ra tracées les routes de MM .
Pate fon & Sparmann , telles qu'on a pu les préfumer
, d'arès le und obfervations que l'on a
dex Cote Ca te ne le trouvera que chez M.
le Vallant A Paris , de l'imprimerie de Dido
l'aîné , rue Pavéc- St- André.
P
+
Ce Ouvrage icter ffant & fait avec beaucoup
de foin , arheve de diner les lumieres qui pou
vaient manquer fur ce pays peu connu jufqu'à
MM. Sparmann & le Vaillant . La Carte faite
par le Traducteur de cet Ouvrage pour celui de
M. e Vaillant , deit fer ir également pour celuici.
O doir favoir beaucoup de gré à l'Auteur
d'employer à des travaux littéraires auffi utiles les
loifits que fes par is confaerent trop fouvent à
des occupations futiles . Les Sciences ont déjà plufieurs
obligations de ce genre à M. de Laborle ,
& il eft à défirer que ce ne fait pas la derniere .
La légitimité du Serment civique juftifiée d'erreur
; feconde édition . Brochute de 1 z 4 pagès
in-8 °. Se trouve à Faris , chez Leclerc , Lib . rue
St-Martin , N. 254 : & Froullé , Libr . quai des
Auguftins , N°. 39. Prix , 18 f.
Il eft à défirer que cette feconde édition réuffiffe
autant auprès des Eccléfialiques non affermentés,
que la premiere a réuli auprès des autres .
DE FRANCE. iss
La Théologie réconciliée avec le Patriotifme
ru Lettre Théologique fur Forig ne de la Fuiffance
Roy le. V in - 12 de 264 pag . chacun.
Pris , 3 v . , & francs de pert , 4 liv. A Paris ,
chez le lerc , Lb rue St- Martin , Nº . 254 .
Pour fe réconcilier avec le Patriotifine , la
Théologie n'avait befoin que de renoncer à l'efprit
de trouble & aux fubtilités de l'argumentaion.
L'Auteur de cet Ouvrage développe les
vues pacifiques d'un excellent Citoyen .
P. L. Raderer à la Socié é des Amis de la
Conftitution de Metg. Brochure de ss pages A
Paris , chez Buillon , Lib - Imp. re Haute- feuille ,
V , 20. Prix , 12 f. , & 16 f fa c de port.
Il s'agit ici d'une querelle de Clubs , à laquelle
4. Rade.er & beaucoup d'autres perfonnes paaiflent
mettre une grande importance . Nous ne
éciderons point entre les Feuillans & les Jacobins.
Mémoire fur le Sel & les Salines de Lorraine
ni a remporté le prix de l'Académie des Sciences
t Belles- Lettres de Nancy , le 8 Mai 791 ; par
4. Piroux , Architecte - Juré de cette Ville , ˆ &
tomme de Loix à Lunéville , Autour des Moyens
e préferver les Edifices d'incendies , & d'empê
her les progrès des flammes Brochure de 56 pag.
e trouve à Nancy , chez H. Hæner , Impr. ord.
Roi ; & à Paris , chez tous les Marchands de
Vouveautés.
Les fuffrages d'une Académie garantiffent fuffamment
excellence & l'utilité de ce Mémoire.
156 MERCURE DE FRANCE.
Annales de la Révolution , ou Recueil de pieces
authentiques & d'extraits des procès-verbaux faits
à l'Hôtel de Vil'e de Paris , depuis le 12 Juillet
1789 , jufqu'au 1er. Janvier 1791. 3 Vol . in -8 ° .
par F. L. Bayard , Licencié-ès-Loix. Á Paris , chez
l'Auteur , Hôtel Charoft , No. 228 , rue Montmartre.
Cet Ouvrage , compofé en grande partie du
Journal de la Municipalité , contient infini nent
de matériaux précieux , & qui le deviendront
chaque jour davantage pour écrire l'Hiftoire de
la plus mémorable des Révolutions .
Conftitution des principaux Etats de l'Europe ,
& des Etats- Unis de l'Amérique ; par M. de la
Croix , Profeffeur du Droit public au Lycée ; te.
édition 2 Vol. in- 8 ° . Prix , 8 lv . br. , & 9 liv.
francs de port par la Pefte. A Paris, chez Buillon ,
Imp-Lib . rue Haute- feuille , N°. 20.
Cette feconde édition peut être regardée comme
le troifieme fuccès de l'Auteur , qui s'en était
affaré un d'avance dans fes Cours du Lycée :
T'impreiſion n'a fait que le confirmer.
TABLE.
LE
Mariage , &c. 121 ) Traité. 145
Charade, En. Log 135 Sedacies. 148
Ifiumions. aso Mariétés. 732
Eucyclapetie. 143 Notices.
MERCURE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 10 Septembre 1791 .
E Baron d'Herbert , le Comte François
Efterhazy , le Marquis de Lucchefini, le
evalier de Keith & le Baron van Haf-
Miniftres Plénipotentiaires au Congrès
Siftove , font de retour ici . Ces Mitres
ont reçu en préfent , de la Porte
acun une peliffe d'honneur , un cheval
hement caparaçonné , & 30,000 piaftres.
■ évalue à un million de piaftres ce que
Congrès de Siſtove a coûté au Grand
gneur.
Ce n'eft pas trop pour finir une guerre
a occafionné une dépenfe prodigieufe
ommes & d'argent. On affure qu'il a
i par les maladies & par le fer, plus
No. 39. 24 Septembre 1721. M
( 254 )
de 130,000 Soldats de l'Empereur , environ
200,000 Ruffes , & pour le moins autant
d'Ottomans ; ce qui compofe une
perte totale de 50,000 hommes dans la
vigueur de l'âge , puifqu'ils portoient les
armes. On évalue la dépenfe de cette guerre
à 300 millions de florins pour la Maifon
d'Autriche , à 200 millions de roubles pour
la Rudie , & à 250 millions de plaftres
pour la Porte . En dernier réfultat , les
Ottomans retombent dans leur première
fituation , même aggravée ; la Ruffie gagne
Oczak of & fon territoire c'eft-à-dire ,
qu'elle ajoute un pouce de terre à fes
immenfes poffeffions ; & l'Empereur acquiert
un villageValaque & quelques vallées
prefque inhabitées.
"
Il nous refte à tranfcrire la Convention
Séparée , qui a déterminé notre nouvelle
frontière avec les Ottomans : elle a été
fignée à Siftove le 4 Août , dans les termes
fuivans.
« Art. I. Comme il y avoit avant la guerre
une négociation ouverte fur les demandes de
la Cour Impériale des terreins du Bannat de
Temefwar , poflédés par l'Empire Ottoman ,
& des Diftricts fitués à la gauche de l'Unna ;
les deux hautes Parties confidérant d'un côté les
défectuofités de l'ancienne frontière dans ces
parties, & voulant de l'autre y remédier d'une
manière invariable , à la fatisfaction commune ,
ont arrêté l'arrangement final , fpécifié dans les
articles 2 & 3 de la préfente Convention ; par
( 255 )
= lequel arfangement elles confentent de terminer
foncièrement & définitivement , tous les fujets de
réclamation qui faifoient l'objet de la négociation
citée .
כ כ
ce H. En conféquence de quoi , la Sublime
Porte Ottomane confent que le bourg & terrein
du Vieux- Orfewa jufqu'à la Czerna , refte &
demeure dans la pelleflion & Souveraineté de
la Cour Impériale & Royale , de façon que la
Czerna faffe de ce côté déformais & à perpétuité
, la frontière de la Monarchie Autri- 1
chienne ; mais avec la condition expreffe , que
ladite Cour Impériale & Royale ne puifle jamais
fortifier , ni le vieux bourg d'Oriowa , ni aucune
partie du terrein cédé par la Sublime - Porte
en vertu du préfent article. Pour la petite plaire)
vis-à-vis le fort de l'ifle d'Orfowa , bornée par -
les confins fpécifiés dans l'articles du Traité de
paix de Belgrade , elle reftera pour toujours ,
dans le fens le plus ftrict , neutre entre les deux
dominations ; c'est -à - dire , que la Souveraineté
n'en appartiendra ni à l'une , ni à l'autre , &
les Pairies contractantes s'engagent à laiffer ladre
plaine abfolument déferte , fans jamais per--
mettre à perfonne d'y bâtir , d'y demeurer , ni
d'y exercer la culture . »
:
te III. Quant aux Districts à la gauche de .
l'Unna , les deux hautes Parties contractantes
font convenues que les limites des deux Empites
feront déformais & à perpétuité réglées de
la manière que voici la nouvelle lig de féparation
, d'après le deffin tracé en couleur
rouge fur la carte annexée au préfent article .
commencera dans ces endroits à la rive droite
de la Glina par le point marqué fur ladite carte ,
fera continuée le long d'un petit ruiffeau , en
M 2
( 256 )
laiffant Czettin , avec fon Diſtrict , fous la domination
Impériale & Royale , le dirigera le
long de la banlieue du fort Ottoman Sturlich ,
ou Sturlitz , marqué fur la carte en jaune ; de
façon que ce fort , ainfi que fa banlieue , déterminée
par la portée d'un coup de canon ,
reftent dans la poffeffion de l'Empire Ottoman ;
d'où cette ligne fe portera en droit chemin fur
la Corana , pour fuivre en remontant le cours
de cette rivière jufques & compris Dreſnick ,
qui restera avec fon Diftrict fous la domination
Impériale & Royale ; enfuite de quoi , ladite
ligne fe prolongera par la montagne de
Smolianatz & l'endroit de Tichiewo ; elle longera
la haute montagne , au pied de laquelle
fe trouve l'endroit de Lapaz , marqué fur la
carte en jaune , & fera continuée jufqu'à l'Unna ,
à une heure de chemin au- deffus de Vacup ,
marqué en jaune , d'où cette ligne prendra en
remontant la rive gauche de l'Unna , juſqu'à
fes fources occidentales , fuivant la ligne marquée
en rouge , pour fe terminer par le plus
droit chemin que donne la direction des hautes.
montagnes , au triple confin actuel , en laiſſant
ainfi Sternitza-Turc fous la domination Ottomane.
La Cour Impériale & Royale s'engage
à ne jamais réparer ni conftruire aucune fortification
quelconque , fous quelque titre , &
pour quelque motif que ce puiffe être , dans
toute l'étendue , fans exception , du Diſtrict
que la Sublime Porte lui cède en vertu du préfent
article . »
ce IV. La Cour Impériale & Royale , afin dé
répondre de fon côté aux difpofitions amicales
que la Sublime Porte a montrées dans l'arrangement
final des confins , tant du côté du bourg
..I.
( 257 )
& terrein du vieux Orfowa , que fur la haute
Unna , tel qu'il fe trouve arrêté par les articles 2
& 3 de la préfente Convention féparée , & pour
affermir & confolider d'autant plus l'heureufe
paix qui vient d'être conclue entre les deux
Empires , déclare de la manière la plus folemnelle
, qu'elle reconnoît le préfent arrangement
des confins comme définitif , & s'engage à ne
former à l'avenir aucune prétention au- delà des
limites fixées ci - deffus . »
« V. La Cour Impériale & Royale , pour
marquer fa fatisfaction de l'arrangement des.
limites fixées ci -deffus , s'engage de rendre à
la Sublime Porte toutes les fortereffes , châteaux
& palanques , conquifes fur l'Empire Ottoman
daus l'état où elles fe trouvent à préfent , &
fans détruire aucune des réparations , ni les
ouvrages nouveaux qu'on y a faits , renonçant
en conféquence à la claufe de démolition , ftipulée
à la fin de l'art . VI du Traité définitif. »
« VI. Pareillement , - la Cour Impériale &
Royale , fecondant le defir manifefté par la
Sublime Porte- Ortomane de rentrer prompte- .
ment dans la poffeffion de toutes les conquêtes
concourt volontiers à rapprocher les délais fixés
aux évacuations dans l'art . VI dudit Traité ,
& établit avec la Sublime Porte Ottomane , qu'on
comptera ces délais du jour de la fignature du
Traité , & non plus de celui de l'échange des
ratifications , favoir ; 30 jours à compter de cejourd'hui
pour l'évacuation , ceffion & reftitution
de la Valachie , & des cinq Districts de
la Moldavie , & foixante jours à compter de
la même époque , pour toutes les autres conquêtes
, Les deux Parties s'engagent en outre
à effectuer l'échange des ratifications du Traité
M 3.
( 258 )
de paix , en 15 jours au plus tard , au lieu de
40 Exés par l'article 14 du Traité définitif. » *
« VII. Les ratifications de cette Convention
féparée feront dreffées féparément , mais échangées
le même jour que les ratifications du Traité
de paix.
"
Fait à Siftove , le 4 ° . jour du mois d'Août ,
l'an de grace 1791 .
(L. S. ) Le Baron d'Herbert-Rathkeal.
( E. S. ) Le Comte François Efterhazy de
Galantha.
Le Général Wallis qui commande à
Belgrade , fait remeure dans fon premier
état cette fortereffe , où l'on a ramené l'Artillerie
Turque qui avoit été conduite à
Péterwaradin. Le Général Mitrowski a, de
fon côté , commencé à évacuer la Valachie
: cette Province aura pour Hofpodar
Michel Suzzo , prédéceffeur de Maurojeni.
Quant aux négociations de paix définitive
entre la Ruflie & la Porte , probablement
elles auront lieu à Jaffy , où le
Prince Potemkim eft déjà arrivé.
L'Empereur , qui a quitté Drefde le
28 Août , Pimpératrice & toute la Famille
Impériale ont fait , le 31 , leur entrée folemnelle
à Prague , avec la pompe la plus
éclatante. On a compté à cette cérémonie
89 carroffes de parade , 550 chevaux de
felle , & environ 800 Officiers de maifon
& gens à livrée. La preftation de foi &
hommage a eu lieu le 4 de ce mois.
( 259 )
De Francfort-fur-le- Mein , le 14 Septembre.
La Conférence de Pilnitz entre deux
Souverains qui , l'année dernière , furent
à la veille de fe combattre , l'intimité qui
femble règner aujourd'hui entre deux Maifons
filong- temps ennemies en paix comme
en guerre , la réunion d'un Frère du Roi
de France à cette entrevue , les motifs qui
l'y ont conduit , le réfultat de ce grand
Confeil , font un de ces évènemens qu '
n'eft pas donné à la Politique de prévoir ,
& dont l'Hiftoire doit recueillir les détails
.
La Gazette officielle de Berlin a rapporté
les circonstances extérieures de ces
trois journées , dans les termes fuivans ,
empruntés d'une lettre de Drefde , en date
du 29 Août.
« Le 25 de ce mois avant midi , l'Empereur
arriva , pour une courte vifite , près de notre
Sereniffime Electeur à fon château de Pilnitz .
Avec Sa Majefté vinrenc l'Archiduc François ,
le Feld - Maréchal Comte de Lafey , le Comte
d Palfy , & quelques autres Cavaliers . A une
heure après midi y arriva égalemenr Sa Majesté
le Roi de Pruffe , accompagnée du Prince - Royal ;
du Prince héréditaire de Hohenlohe , Gouverneur
de Breslau , du Comte Charles de Bruhl , da
Général Major & Aide - de - Camp- Général de
Biffchofswerder , & du Colonel de Stein ; enfin ,
arrivèrent auffi le même jour ici le Comte d'Ar-
M
4
( 260 )
sois , M. de Calonne , le Général de Flachflanden
( au fervice de France , & qui peu auparavant
'étoit également rendu à Vienne , ) & plufieurs
autres Cavaliers François , comme le jour précédent
y étoient déjà venus le Général Bouillé,
le Duc de Polignac , & le Prince de Naffaus
Siegen . Le même jour ( 25 Août ) il y eut
grande table à Pilnitz , où fe trouvèrent , outre
Les illuftres hôtes Allemands , le Comte d'Artois
& le Duc de Polignac . Le foir , il fut donné
une Operette au théâtre du château ; & enfuite
tout Pilnitz fut illuminé . Le 26 , il y eut de
nouveau grand dîner , après lequel l'Empereur
premièrement , enfuite S. M. Pruffienne , recurent
la Cour , qui y fut auffi nombreuſe que
brillante ; après quoi il y eut de nouveau Opérette
& un fouper de 400 couverts. Après que
la table eut été levée , il fut tiré un magnifique
feu d'artifice . Le 27 après le dîner , toutes ces
illuftres Perfonnes vinrent ici à Drefde , & y
vitent la galerie des Tableaux , la voûte verte
& le Palais du Japon . Le foir , il y eat redoute
au grand théâtre de l'Opéra , où il fe trouva
environ 3 mille mafques. La falle avoit été expreffément
décorée pour cette occafion , & illuminée
de plus de 60 grandes girandoles. Toute
l'illumination confiftoit en 6000 bougies . A la
fatisfaction particulière du Public de Drefde ,
qui depuis 30 ans n'avoit rien vu de pareil , les
auguftes Princes Etrangers dansèrent avec les
mafques , fans diftinction de rang . Le 28 , l'Empereur
partit pour Prague ; le Roi de Pruffe
de fon côté , pour Moritzbourg , & de - là par
Elfterwerda , où il fit le plaifir d'une vifite au
Duc de Courlande , vers les Etats.
50
"
261 )
M. le Comte d'Artois , annoncé la veille
par le Chevalier de Roll, Commandant de
la Compagnie générale aux Gardes Suiffes ,
qui n'a pas quitté le Prince depuis fon
départ de Paris , arriva le 26 à Pilnitz.
S. A. R. fut introduite fur le champ auprès
de l'Empereur & du Roi de Pruffe : dans
la journée , elle eut un premier entretien
de trois quarts d'heure avec les deux Monarques.
Le 27 , la Conférence fe rouvrit
entre les trois mêmes Perfonnages , & dura
près de trois heures . Elle fut repriſe après
le fouper , & devint plus générale ; MM.
de Lafcy , de Spielman , de Calonne & de
Bifchofswerder y affiftèrent ; elle ne finit
qu'à deux heures après minuit ; au fortir,
'Empereur reprit la route de la Bohême.
On ne doute point que le Prince de
Naffau ne fût chargé d'une Commiffion
fecrette de l'Impératrice de Ruffie , relative
au principal objet de cette entrevue. M. de
Fezenfac , Miniftre de France auprès de
P'Electeur , a eu la prudence de ne paroître
ni à Pilnitz , ni à Drefde , ni aux Fêtes
publiques qui ont eu lieu . Le Marquis
de Noailles , Ambaffadeur de la même
Puiffance à la Cour de Vienne , a gardé
le même incognito pendant le féjour de
M. le Comte d'Artois dans cette réfidence
Impériale.

Le but , le réſultat de cette Conférence
ne font connus qu'en partie : il refte biem
M
( 262 )
"
des voiles Tur les détails , les acceffoires ,
l'extenfion des réfolutions prifes les mefures
par lefquelles on entend les exécuter ;
mais l'impatience & l'inquiétude ont du
moins des bafes fur lefquelles elles
peuvent déralfonner moins vaguement.
D'abord , il paffe pour conftant qu'on y
a agité , décidé & niême arrêté une
triple Alliance défenfive entre les Cours
de Vienne , de Berlin , & & Dresde ;
alliance de sûreté refpective & de paix
publique , à laquelle le Corps Germanique
& d'autres Puillances feront invitées d'accéder.
Les claufes en ont été , dit-on , difcutées
& fixées à Vienne par le Prince de
Kaunin , & par MM . de Bischopswerder
& Jacobi. Etrangère aux intérêts politiques
extérieurs , des Contraclans , elle ne menace
la liberté de perfonne , & deit fervir , au
contraire , de rempart à l'indépendance ,
& à la fouveraineté de tous.
L'appui à donner au Roi de France , au
Gouvernement Monarchique qu'il jura de
maintenir en recevant la Couronne , à la
Maifon de Bourbon , à la confervation d'un
Empire fi important dans la balance politique,
& annullé par la profondeur de l'anarchie
qui le dévore , a formé le fecond objet
de l'entrevue.de Piiritza il n'y a été queftion
que de rédaction & de fignatures ;
les plans , les actes , les moyens , avoient
été déterminés d'avance. On connoit gé(
263 )
néralement l'un des actes qui ont réfulté
de cette conférence ; c'eft une Déclaration
fignée le 27 Août , de l'Empereur & du
Roi de Pruffe , & effectivement remife a
M. le Comte d'Artois. En voici une copie
authentique , plus exacte que les verfions
qu'on a fait courir.
>
S. M. l'Empereur & S. M. le Roi de Prufſe ,
ayant entendu les defirs & les représentations de
MONSIEUR & de M. le Comte d'Artois , déclarent
conjci tement , qu'elles regardent la fituation où
le trouve actuellement S. M. le Roi de France ,
comme un objet d'un intérêt commun à tous
les Souverains de l'Europe . Elles efpèrent que
cet intérêt ne peut manquer d'être reconnu par
les Puillances , dont le fecours eft reclamé ,
& qu'en conféquence , elles ne refuferont pas
d'employer conjointement avec leurfdites Majeftés
, les moyens les plus efficaces , relativement
à leurs forces , pour mettre le Roi de
France en état d'affermir , dans la plus parfaite
liberté , les bafes d'un Gouvernement monarchique
, également convenable aux droits des
Souverains , & au bien-être des François . Alors
& dans ce cas leurfdites. Majeftés font décidées
à agir promptement , & d'un mutuel accord ,
avec les forces néceffaires pour obtenir le but
propofé & commun . En attendant , elles donneront
à leurs troupes les ordres convenables
pour qu'elles foient à portée de fe mettre en
activité »
?
A Pilnitz , le 27 Août.
Signé par l'Empereur & le Roi de Pruffe.
>
Il feroit très-intéreffant que cette Déclas
M 6
( 264 )
ration, où l'onreconnoît le cachet du Prince
de Kaunitz ne fût pas abondonnée au délire
de l'efprit de parti , & que les Citoyens
attachés à leur Patrie , s'il en eft encore en
France , invitaffent le Public à Y réfléchir
vingt - quatre heures. Tandis que les uns
affecteront d'y voir dix armées prêtes à les
reconduire triomphans fur leurs foyers ;
& que les autres , fidèles. à leur plan ,
devenu befoin impérieux , de tromper &
de trahir le Peuple , lui mettront en chan
fons cette Déclaration de deux Souverains ,
qu'ils confidèrent comme des Préfidens
de Districts ; il importe de perfuader à
tous , que ceci eft un acte férieux , un
engagement public , une manifeftation de
deffeins réfléchis ; que la modération même
de cette Déclaration , & les délais qu'elle
fuppofe , en démontrent la maturité , ainfi
que les conféquences. Une Nation fage
ne doit point s'en alarmer ; une Nation
enivrée doit la confidérer avec terreur ,
& la pefer avec fang froid.
En tempérant la fougue des uns & des
autres , elle peut les amener à la rendre
inutile. Ce feroit néanmoins , commettre
une lourde méprife que d'en attendre une
femblable efficace. Au contraire , chacun
y trouvera des prétextes pour s'affermir
dans une téméraire confiance. Pendant
qu'on ergotera fur les commentaires ,
les autres Puiflances adhéreront à cette
( 265)
Déclaration , & nous ofons prédire que
cet évènement eft infiniment peu éloigné .
Quoiqu'à ce jour , aucun Corps de troupes
ne foit en marche ; quoiqu'on fe borne
à annoncer le départ de deux régimens.
d'Infanterie , & de huit efcadrons Autrichiens
pour les Pays Bas ; quoiqu'aucun
déployement de forces foit dans le Nord ,
foit dans l'Empire , ne faffe préfager encore
une entrepriſe immédiate contre la France ,
on ne peut fe diffimuler que les mefures
d'exécution font concertées & convenues.
On regarde comme une fuite de ce projet ,
le départ fubit du Prince de Hohenlohe.. A
peine revenu de Pilnitz à Breflau fon commandement
, il en eft réparti le 2 de ce
mois pour aller rejoindre l'Empereur à
Prague , d'où il doit fe rendre à plufieurs
Cours de l'Empire , & enfuite fur les bords
du Rhin. Or , ce Prince paroît deſtiné ,
fuivant la voix publique , à figurer aux
premiers rangs dans la fcène qui fe prépare
. Tous les corps de la Divifion qu'il
commande près de Namflau en Siléfie
ont ordre de refter fur l'état de campagne
L'Electeur- Palatin a nommé le Baron
de Hertling fon Miniftre Plénipotentiaire
auprès du Cercle de Souabe ; les circonftances
actuelles , qui demandent un concert
entre les Etats voifins de FEmpire , ont
exigé cette nomination. Le double contin
gent militaire , que l'Electeur doit fournir
( 266 )
eft de 7.600 homás ; on prend actuellement
les mefures néceffaires pour mettre ce
Corps fur le pied de campagne,
SUISSE.
De Laufanne , le 14 Septembre .
Nous avons rendu compte des mesures
fermes que la prudence a dictées au Gouvernement
de Berne eiles ont fauvé la
tranquillité & l'indépendance du pays de
Vaud , en manifeftant le danger dont Fune
& l'autre étoient menacées . Peu redoutables
par leur nombre , les Perturbateurs
commençoient à le devenir par l'activité
de leurs efforts , de leurs manoeuvres &
de leurs menaces : ils fe flattoient d'intimider
la fidélité des bons Citoyens ; il
leur étoit fort alfé avec des calomnies ,
des promefles & des déclamations de Gazettes
, d'égarer quelques efprits fimples.
Ils feroient parvenus à fe faire un Part ,
qui , du moment où il auroit jugé fes
forces fuffifantes à balancer l'autorité du
Souverain , & à effrayer les Citoyens tranquilles
, eût développé fes reffources étrangères
, & renouvelié l'exemple d'Avignon.
Lauſanne paroît avoir été le foyer de ce
complot :Tous le voile de réformes à demander
, & de prétendus priviléges à réclamer
, ceux qui dirigeoient cette entre(
267 )
prife Y avoient entrainé des dupes , fans
doute fort éloignées de preffentir le but
déteítable où on les conduifoit. La plupart
de ces Sectateurs , trompés par des
brouillons , euffent reculé d'horreur , fi on
les eût inftruit qu'on alloit les faire fervir
à la perte de leur liberté , de leur profpérité
, de leurs reffources , par un changement
de domination .
Rien cependant n'étoit plus certain que
ce projet dès l'année dernière , fes indices
fe développèrent. La conformité des
préliminaires , avec ceux qui entanièrent
la révolte d'Avignon , démontre que cette
confpiration fe tramoit par les mêmes
mains , tendoit aux mêmes effets , & devoit
s'exécuter par les mênies moyens. On
a commencé par des écrits incendiaires :
on a pris foin d'envenimer les plus légers
mécontentemers ; on a tenté des affiliations
& un concert de plaintes. Lorfque les ef
prits ont été ainſi préparés , on a propofé
la Conftitution Françoife à leur admiration
; on a fubftitué la Déclaration des
Droits aux Coutumes du pays ; on a célébré
les charmes d'une Révolution . Aux
campagnes qui ne fupportent aucunes impofitions
civiles , on a préfenté l'appât de
Pabolition des redevances féodales qui
font une propriété inattaquable , & des
dimes dont le principal produit fert à l'entretien
de l'Eglife, comme fi d'un feul coup
( 268 )
on eût dû bannir la Religion & le Gou
vernement. Aux Municipalités , on offroit
le partage de la Souveraineté ; aux Bourgeois
des villes , l'égalité abfolue & la poffeffion
de tous les emplois publics. Déjà
le pays de Vaud étoit divifé en Affemblée
Nationale, en Départemens , en Diftricts
, en Municipalités indépendantes.
Bientôt les idées fe font étendues ; de
l'amour de la Conſtitution Françoife & du
deffein de la réaliſer , on a paffé à l'expédient
le plus court & le plus sûr pour
l'obtenir. Alors , nous avons vu femer des
adreffes , des invitations , des brochures
obligeantes , où l'on nous exhortoit à nous
jetter dans les bras de la France , & à la
prier de nous recevoir au nombre de fes
Départemens. Les mêmes fils étoient tendus
à la fois à Genève & en Savoie , pour
combiner une triple trahifon , & pour
vendre les trois Etats au Club des Jacobins.
Prefque tous ces brûlots nous étoient
lancés de France , recueillis par les Gazettes
Françoifes , introduits , répandus , au milieu
de nous par les vils Confpirateurs qui
traitoient de notre liberté. Des rubans tricolors
, des boutons de Gardes Nationales
nous arrivoient par ballots. Une corref
pondance active & foutenue avec les Clubs
François les plus voifins , & avec les grands
Maîtres à Paris , offroit un commerce réci
proque de félicitations , de fervices pro

( 269 )
mis & de fervices de reçus , manoeuvres
à combiner , d'affurances de fecours , & de
mefures à fuivre pour les rendre néceffaires.
Voilà trait pour trait ce qu'on avoit auff
pratiqué à Avignon & dans le Comtat : on
fût arrivé au même dénouement , fous un
Gouvernement auffi mou , auffi éloigné
des Sujets que celui du Pape , & où une
ville confiderable peuplée d'étrangers , d'indigens
, d'aventuriers , de déferteurs. , auroit
aidé les Factieux à écrafer les Propriétaires
, & à fubjuguer les campagnes . Mais
au pays de Vaud , les refforts du Gouvernement
confervoient toute leur élaſticité ;
ils étoient maniés par des hommes prévoyans
, fermes & habiles . D'ailleurs , le
moindre examen fuffifoit à éclairer les
campagnes & les Propriétaires fur le précipice
qu'on leur creufoit. Le pays de
Vaud vend pour plus de deux millions de
fes vins au canton Allemand. Qu'une féparation
s'effectue , la République de Berne
encourageroit l'exportation des vins du
Margraviat , de l'Alface & du Rhin ; ceux
du pays de Vaud refteroient fans confommateurs
; le Club de Dijon ne lui en fourniroit
pas. Comme la plus grande partie
des revenus publics eft formée par les domaines
utiles du Souverain ; domaines
qu'on ne pourroit pas même lui enlevers
par une conquête , des impofitions . devien
( 270 )
droient néceffaires pour foutenirles charges
de l'Etat , & en s'unifiant à la France , on
s'uniroit au fardeau accablant de fes dettes ,
de fes taxes , de fes dépenfes publiques incalculables
, de fes guerres certaines , mak
gré la fraternité univerfelle des Décrets .
L'entreprife qu'on vient de déconcerter ,
étoit donc une confpiration contre le Peuple
de cette contrée , bien plus encore que
contre FAutorité fouveraine. Son fuccès
étoit impoflible ; fon effai eût amené les
plus horribles calamités.
:
Heureufement , les Chefs da complot fe
font démafqués trop tôt leurs mancuvres
perçoient de toutes parts , les fcandaleufes
célébrations du 14 Juillet ont
achevé de déchirer le voile. Cette joie à
Parreftation du Roi de France , l'effervefcence
féditieufe dont elle fut l'occafion ,
& les circonftances des fcènes de Juillet ,
auroient fuffi dans tout Gouvernement
libre , à faire fufpecter la fidélité de Con
vives , fi bruvamment épris d'une Conftitution
étrangère.
*
Ainfi que nous l'avons rapporté antérieurement
, une Commiffion de quatre
Magiftrats Bernois informe fur les lieux.
Elle a recueilli les faits , entendu les dépofitions
, conftaté l'exiftence de projets ,
dont inceffamment on aura la certitude
juridique . Elle a acquis la preuve de correfpondances
coupables avec divers Clubs
( 271 )
par François , qui amforçoient les habitans
les promeffes les plus féduifantes . Ces informations
continuent fans relâche. Deux
habitans de cette ville , MM. Roffet & Muller
de la Motte , ont été fur preuves acquifes ,
& d'après leur interrogatoire , arrêtés &
transférés au château de Chillon . Perfonne
ne s'eft ému en leur faveur , à l'exception
de la Municipalité de cette ville qui a
envoyé une Députation à Berne . Elle ré
clanie , dit- on , leprivilége en vertu duquel ,
les accufés devroient être jugés à Laufanne
même par les Juges ordinaires ; mais le
Coutumier du pays de Vaud qui confacre
cette prérogative inviolable , ne l'étend
point aux crimes d'Etat. Il avoit été propofé
des démarches plus violentes : la
réflexion & la prudence les ont fait trèsfagement
abandonner. Quelques - uns des
principaux boutefeux fe font décélés en
prenant la fuite : l'un s'eft fauvé à 1 yor ,
un fecond à Pontarlier ; d'autres en divers
lieux de la France.
On a formé près de Payerne un camp
de trois mille Allemands , & un de mille
Volontaires du pays de Vaud auprès de
Rolle fur les bords du lac de Genève.
Deux Compagnies gardent le château de
Chillon dernièrenient , un détachement
de 3 à 400 hommes s'eft avancé de Payerne
à Moudon , & dans les gorges du petit.
Jura. On a été plus embarralde de ref272
)
traindre cette petite armée quede laformer:
les Volontaires s'offroient en foule fous les
Drapeaux un fimple payfan Allemand ,
du nombre de ceux dont l'opulence frappe
tous les Voyageurs , & attefte la bonté da
Gouvernement , a propofé de lever à ſes
frais & d'entretenir une Compagnie.
Probablement , ces troupes feront licenciées
avant l'hiver , & tout nous promet
le raffermiffement de l'ordre & de la tranquillité
on profitera de la circonftance
pour réformer quelques abus . Certaines
têtes chaudes dans les villes , des Avocats ,
de petits Marchands , des Etrangers Hollandois
& François qui , par reconnoiffance
de l'hofpitalité qu'on leur accorde ,
travaillent à nous inoculer le poifon de
leur pays , voilà la claffe d'hommes qui
s'occupoit d'une fubverfion. Les Propriétaires
terriens , les payfans , les Gentilshommes
, & une grande partie des Magiftratures
ont vu l'abîme , & concourront
avec le Gouvernement à le fermer pour
jamais.
Les autres Cantons avoient préparé &
offert leurs troupes à celui de Berne : cette
circonftance a fourni une nouvelle preuve
du zèle des Cantons démocratiques ; ils
ont mis le plus d'empreffement à remplir
les devoirs de l'Union , & à propofer leur
fecours. Heureufement , cette affiſtance n'a
point été néceſſaire.
( 273 )
Le Gouvernement vient de défendre
ntrée de plufieurs Libelles périodiques im
més en France , entr'autres de la Gazette
iverfelle. Ce font des dépôts de calom
s, de menfonges, d'outrages , de diatribes
endiaires. On ne toléreroit sûrement pas
Angleterre , que de méprifables Folliaires
jettaffent des femences de haine
re l'Etat & fes Alliés , & qu'ils provoaffent
chez ces derniers des révoltes , des
rpations & des calamités.
FRANCE.
De Paris , le 24 Septembre.
ASSEMBLÉE NATIONALE
Du lundi , 12 Septembre.
2
On avoit parfaitement prouvé antérieurement ,
des affignats de 90 , 80 , 70 , 60 & so liva
ent indifpenfables on a tout auffi bien
ontré aujourd'hui , que ceux de 200 & de
Oliv. valent mieux ; en conféquence il fera
ciqué pour 130 millions de ceux- ci en remcement
de même fomme des premiers qui
nt fupprimés. Le vrai motif eft d'avoir des
Lions plutôt .
A. Alexandre de Beauharnois , organe du
mité militaire , a fait adopter des changemens
ntiels dans les brevets des officiers & l'engaent
des foldats , Les mots ; expérience à la
( 274 )
>
guerre , ont été effacés ; parce que , vt les principes
actuels de la nation a dit M. le rappor
teur , il fera poffible de parvenir même aux grades
fupérieurs fans avoir fait la guerre ; & 1 : fidélité
au Roi devoit naturellement être remplacée par
l'amour de la loi , & la fidélité à la patric ..
Après un décret de liquidation de 14,800,000
livres d'offices de procureurs ; un autre a changé
les 60 bataillons des gardes nationales de Paris ,
en fix légions portant fur leurs drapeaux : la
liberté ou la mort ; organifé le tout & les parties ,
aboli la place de commandant général & déféré
ce fervice aux chefs defdites légions pour un
mois , à tour de rôle .
Chargé de tous les détails militaires , M. Emméry
a propofé l'établiflement d'un corps de cavalerie
nationale volontaire Parifienne pour aller
aux frontières ; d'accorder 20 fols par jour , pour
toute folde à chacun de ces cavaliers qui s'offrent
à cette condition , & que le directoire du dépar
tement de Paris nommera l'état - major & les
capitaines. La dénomination de nationale Parifienne
forme éviderament un pléonafme .
< Les 20 fols ont paru impolitiques à M. de
Noailles. Toutes les villes voudtont fournir de
pareils corps , obfervoit M. de Cuftine , & vos
armées auront beaucoup de reffemblance avec
celles des Tures , difficiles à nourrir & plus embarraflantess
qu'utiles . M. Chabrouds , eu avocat
fubtil , n'a vu dans ces feges réflexions qu'an
defir d'éloigner les citoyens de fervir avec les
troupes de ligae. M. Rewbell fupprimait les
valets pour foigner les chevaux. M. Blauzat
vouloit que le fervice des gardes nationales à
cheval & à pied , donnât le droit d'entrer dans
la cavalerie ou dans l'infanterie de ligne . Tous
( 275 )
- divers amendemens ont été compris dans le
jet de décret adopté par l'Affen: blée , hormis
nomination de l'état-major & des capitaines ,
on n'a pas laiffée au directoire , & qui fera -
e par le corps. Perfonne n'a relevé l'extrême
portance de proportions conftitutionnelles catre
deux fortes d'armée .
L'ordre du jour appelloit un rapport fur Ayion
& le Comtat. Mais avant qu'on eût endu
le rapporteur , M. l'abbé Maury a redendé
à être envoyé à Orléans comme acculateur
= trois commitlaires médiateurs , s'engageant
- fa tête à prouver qu'ils s'étoient conduits
n en médiateurs , mais en exterminateurs ; &
obfervant que fes inculpations démontrées ,
ruiroient la bale même du rapport . On n'a
dans les inftances qu'une chicane dilatoire .
M. Malouet exigeoit l'initiative miniftérielle
n qu'il y eût du moins une eſpèce de refponilité
; autre chicane pour retarder la décision ,
on M. d'André qui cbjectoit que , le pouvoir
Ecutif n'avoit l'initiative que dans les négotions
& les traités , & qu'il ne s'agifloit ni
négocier ni de traiter avec le Pape ; mais
lement de confulter le voeu des Comtadins
des Avignonors . On a finalement répondu
e tous ces objets avoient été débattus chez le
niftre de la juftice , M. Duport du Tertre
tre les députés des départemens environnans ,
"ainfis rien › n'étoit plus jufte que d'entendre
. de Menou .
Son renfort d'argumens , il l'a tiré des articles
liminaires , ou l'armée du Coupe - têtes &
Temblés électorale , eleit - à -dire adminiftrative ,
At-à-dire législative du département de Vau
fe avant la reunion , fignèrent pour un peuple
( 276 )
Indépendant ; du décret qui confirma ces articles ;
& dans lequel il ne fut fait aucune mention du
Pape , preuve négative d'un genre neuf. Reconnus
indépendans par la France , les Avignonois
& les Comtadins ont donc pu & dû émettre
leur voeu de réunion . Or , ils l'ont émis dans
cette proportion : 54 communes , à l'époque de
la médiation , population de 101,046 ames ; 18
communes s'en font référées à leur ancien væu ,
16,319 ames ; 9 communes n'ont jamais prononcé
de voeu , mais elles paroiffent avoir fuivi
la majorité, population de 4,887 ames ; 19 communes
ont voté de refter fidèles au Pape , &
ne montent qu'à 30,667 ames ; & la liberté de
toutes ces communes on la
prouve
par celles
qui ont émis
leur vou
pour
le Pape
; comme
fi
19 qu'on
n'a pu ni fubjuguer
, ni intimider
, ni
corrompre
, atteftoient
que
72 n'ont
été ni
effrayées
ni féduites
, ni calomniées
par de faux
actes
; comme
fi en comptant
les mille
ames
qui
compofent
une commune
, au lieu de la majorité
réclle
de l'affemblée
votante
, c'étoit
énoncer
l'effective
majorité
votante
du pays . Combien
y a-t-il de ces communes
fophiftiquement
recenfées
, où le dixième
, où le centième
des habitans
n'a pas voté
? N'a-t- on pas eu le front
de
compter
les voix
de Sarrians
faccagée
? Les conclufions de M. de Menou ont adjugé
Avignon & le Comtat à la France , au nom de
l'humanité , de l'honneur national & de l'intérêt
de l'état , en vertu des droits de celui - ci , &
du conſentement libre des communes . Des commiſſaires
iront examiner les moyens d'exécuter
l'incorporation , fauf à indemnifer le pape ; ce qui
fera l'objet d'une négociation aufli fimple que
raisonnable ,
M
( 277 )
M. d'Eprémefnil a demandé que l'Affemblée
i permit de dépofer fur le bureau une déclataon
de beaucoup de membres du côté droit , qui
: font levés en figne d'affentiment ; des claeurs
prévues ont attiré l'ordre du jour.
Alors M. l'abbé Maury s'eft chargé de prouer
que les médiateurs envoyés à Avignon , n'ont
is fait leur devoir , ont fait le contraire de ce
e leur impofoit la miffion , & fe font rendus
s complices des fcélérats qui dévaftent ce maleureux
pays. Il eft entré dans des détails révolns,
que nous aurons occafion d'indiquer en
ndant compte de la féance prochaine , & ne
eft attiré que des contradictions fans aucune rétation
. « Telles font , a - t- il dit , la paix & la
›erté que ces médiateurs le vantent d'avoir étaie
à Avignon , que le maire , arrivé avec eux .
a pu en fortir que déguisé en huffaid. Un arté
de l'affemblée Electorale a condamné les
incipes de M. l'abbé Mulot ( l'un des trois méajeurs
) comme dangereux , & en a renvoyé
xamen à fon comité des rapports ; fingerie ricale
, qui ne confirme pas moins qu'il ne règne
cun accord entre eux . » S'il faut s'emparer du
omtat , parce que c'eft un foyer de contre -révotion
, QUE NE PRENEZ-VOUS LE BRAbant , deandoit
M. l'abbé Maury ?
M. Lavigne ne s'eft empreffé d'exiger que l'oteur,
déposât fur le bureau fes dénonciations'
rites , qu'en répétant ce que celui- ci avoit loya
nent , implicitement offert & promis dès la
ille. La propofition acceptée pour le lendeain
, on a levé la féance,
Du mardi , 13 Septembre .
Preffentant que le Roi ne tardera guère à fe
No. 39. 24 Septembre 179'1 . N
1278 )
rendre au fein de l'Affemblée , M. Biauzat & M.
Goupil le font hâtés de demander la prompte luppreffion
de toute autre marque de diftinction , que
celle des militaires . « On m'avertit que le Roi
viendra demain prêter le ferment , a dit M. d'André
, il faut néceffairemeet que vous décidiez fi
le Roi & le Prince- Royal peuvent venir ici décorés
du cordon bleu ou non ». La délibération
s'eft prolongée fur cette étrange & grave queftion.
M. Goupil réfervoitbonnement le cordon bleu au
Roi & au Prince-Royal ; comme figne caractéristique
de leur état conftitutionnel ; état ou figne
très -philofophiquement modefte , puifque celui-ci
auroit long- temps été le partage de plufieurs fujets
non princes , & reffembleroit à la décoration
de plufieurs particuliers étrangers , qui , s'ils
voyageoient en France , pourroient être pris pour
le pouvoir exécutif. Au Roifeul &point au Prince-
Royal , crioient beaucoup de membres . MM. Lépaux
& Lanjuinais ne vouloient pas de cordon
bleu , & invoquoient la préalable ; enfin ce dernier
condefcendant aux foibleffes bumaines , s'eft rangé
de l'avis de M. Goupil ; M. d'André l'ayant
adopté , l'Affemblée l'a décrété fauf rédaction , &
l'on eft rentré dans la difcuffion de l'affaire du
Comtat.
A peine M. l'abbé Maury étoit - il à la tribune ,
M. Bouche l'a fommé de dépofer fur le bureau fa
dénonciation contre les commiffaires médiateurs.
100
La voici , a répliqué M. l'abbé Maury. Ces
deux mots ont fait tout-à-coup changer de batteries.
M. Martineau a repréſenté qu'aucun membre
ne devoit être refponfable de ce qui fe dit
dans la tribune. On appelle l'ordre du jour . L'Af
femblée eft paffée à l'ordre du jour . Nos lecteurs
voyent combien le defir de preuves qu'avoit
( 279 )
manifefté le décret folliciré par M.,Lavigne s'étoit
amorti depuis que M. l'abbé Maury en offroit
d'inexpugnables.
Perfuadé que la confcience de l'honnête homme
doit être plus facrée que la loi , l'orateur s'eft
foumis à une condition qu'on n'avoit pas le droit ,
que fur-tout on n'avoit plus l'envie de lui impofer ,
& il a lu fon accufation écrite & fignée de fa
main ; efpérant de la juftice de l'Affemblée qu'elle
fera affez frappée de l'importance des griefs & des
preuves pour fentir la néceffité de punir les médiateurs
s'ils font coupables , oude les juftifier s'ils
font innocens . Voici la fubftance de l'acte d'accufation
.

« L'Affemblée s'étant réſervée les fonctions de
grand juré , de décider s'il y a lieu à accufation
contre les agens du Gouvernement , je dénonce
MM. le Scène des Maifons , Verninac de Saint-
Maur & Mulot , commiffaires médiateurs chargés
de rétablir le bon ordre dans Avignon & le
Comtat ; je demande à être autorifé à les pour- ,
fuivre au tribunal de la hautre Cour nationale
à Orléans , comme s'étant rendus coupables
dans l'exercice de leurs fonctions , de la partialité
la plus inique , des abus les plus révoltans d'autorité,
de confiance , de la protection la plus fcandaleufe
qu'ils ont conftamment accordée aux brigands...
Je les accufe , fur ma refponſabilité ,
d'avoir vécu , dès leur arrivée à Orange , dans
la plus grande intimité avec tous les chefs de l'armée
des brigands , de les avoir admis parties.
contractantes avec les communes d'Avignon &
de Carpentras ; d'en avoir fait leur confeil , leur
fociété , leurs convives ; d'avoir défarmé les
citoyens & d'avoir laiffé toujours armés les brigands
qui le font encore , qui fe font emparés
N 2
-1 280 )
du palais & de l'arfenal d'Avignon ; d'avoir ré
pondu aux citoyens étonnés de cette partialité &
nommément à M. Vincé , procureur de la commune
d'Avignon: les armesfont bien placées entre
les mains de ces gens- là & non dans les vôtres. »
« Je les accufe d'avoir , fans autorité , placé
des troupes de ligne dans le Comtat , & de les
avoir enfuite renvoyées parce qu'elles refufoient
de feconder le defpotifme ; d'y avoir ſubſtitué des
gardes nationales tirées de Nîmes & de Marfeille
, de s'en être fervis pour intimider & furcharger
de frais onéreux les communautés qui
vouloient demeurer fidèles à leur fouverain légitime
, abus d'autorité dénoncés par les départemens
du Gard & des Bouches du Rhône à l'Affemblée
nationale & au ministre de l'intérieur.……. De
s'être refufés à la demande expreffe de la munici
palité d'Avignon de défarmer les brigands ; de les
avoir fait entrer dans cette ville en triomphe ,
tambour battant , mêche allumée , portant en
forme de cocarde , un écriteau imprimé , fur
lequel on lifoit : braves brigands de l'armée du
département de Vauclufe ; de les avoir complimentés
aux portes de la ville ; d'avoir écrit à
l'officier général qui commande en Provence que
ces brigands méritent eftime & confidération ,
lettre imprimée ; d'avoir préfidé ( le fieur Verninac
) au club d'Avignon ; d'avoir écrit en qualité
de préſident de ce club , des éloges de ces
brigands ; d'y avoir concouru à la fuppreffion des
procédures criminelles inftruites contre eux ; d'avoir
écrit que perfonne n'ofoit les accufer , tandis
qu'on détruifoit de force ces procédures ,
« Je les accufe d'avoir dit publiquement , à
Villeneuve , aux émigrans d'Avignon ; qu'ils ne
promettoient pas sûreté à ceux qui voteroient pour
( 281 )
fe Pape ; de s'être oppofés à la confection d'un
procès - verbal qui devoit conftater les violences
des brigands pour arracher des voeux de réunion ,
les tombeaux ouverts dans une églife , les menaces
d'y jetter vivant quiconque voteroit pour
le Pape , promeffe effectuée à l'égard d'un mal- ❤
heureux qu'on en retira. Je les accufe d'avoir menacé
des communes de tous les malheurs fi elles
reftoient fidèles au Pape ; d'avoir changé le jour
fixé pour les affemblées primaires lorfque les
efprits n'étoient pas difpofés à feconder leurs vuet ;
d'emprisonnemens arbritraires , de protection
accordée aux brigands pour leur faire obtenir
40 fols de folde & des gratifications ; de la réintégration
forcée du juge Raphel folemnellement
deftitué pour s'être mis à la fuite des brigands
comme juge des crimes de lèfe-nation ; d'avoir
reconnu la fouveraineté de l'affemblée électorale .
& légitimé toutes fes vexations ; d'avoir été fpectateurs
tranquilles d'affaffinats fans nombre ; de
s'être livrés à des orgies continuelles avec les chefs
des brigands, auteurs impunis de tant d'horreurs.
M. l'abbé Maury s'eft foumis à toute réparation
civile , à tous dépens , a demandé acte de
fa dénonciation, fe réfervant d'en articuler plufieurs
autres majeures ; enfin il l'a déposée fur le bú-
Feat .
Les médiateurs inculpés s'étoient affis à la place
des miniftres ; fur l'obfervation qu'en a fafte
M. Malouet , ils ont regagné la barre , & M.
le Scène des Maifons a entrepris de réfuter M.
l'abbé Maury par des faux - fuyans & des farcafmes.
A l'entendre , il étoit du devoir de la médiation
d'admettre l'aflemblée électorale & l'armée
de Vauclufe au traité de paix comme
N 3
( 282 )

--
corps reconnus. Licencier une armée , ce n'eftM
point ôter les armes aux individus. Sans les a
médiateurs , la paix eût été rétablie. « -- Oui ,
la paix des morts des tombeaux ; 12,000
hommes en auroient égorgé 3,000 ... Voilà la
paix de M. l'abbé Maury »... Ici , récit pathéiquement
hypocrite des vengeances odicufes de
gens dont les brigands protégés >
honorés
avoient malfacré les familles & dévasté les poffeffions
; le tout pour amener ce trait à deux
pointes nous les avons défarmés comme on arrache les dents à une bête féroce comme
on devroit arracher la langue aux calomniateurs, »
De vifs applaudiffemens ont at cfté que l'inten
tion avoit été faifie ; & perfonne n'a demande :
Pourquoi ne défarmicz -vous pas les brigands ?
Pourquoi n'arrachiez pas les dents à ces bêtes
féroces ? Mais il falloit acheter leurs fervices
au prix de leur impunité ; défarmer ces guerriers
patriotes & révolutionnaires , c'eût été outrepaffer
les pouvoirs de médiateurs . La langue qui
flatte le crime mérite- t- e le moins d'être arrachée
que celle qui dénigre la vertu ? La plus
atroce des calomnies n'eft - elle pas d'accufer de
calomnie celui qui ne réclame que la justice fans
laquelle il n'y a plus d'humanité ?
On devine bien que les médiateurs n'ont jamais
employé la force pour réprimer la violence . M.
l'abbé Maury a dit qu'une ville ayant voté pour
le Pape , on y avoit envoyé des gardes natic
nales , qu'on réquéroit de préférence des Proteftans
pour la plupart de ces garnifons , dont
les communes paifibles n'avoient aucun befoin ,
& fe plaignoient , & que le feu a été mis aux
quatre coins de cette ville... Qu'est- ce que cela
fait aux médiateurs , s'eft écrié M. Bouche ?
( 283 )
--
··
M. Maury abufe de la patience de l'Affemblée ;
a ajouté M. Lavie. Treize foldats ont été
tués , a repris M. l'abbé Maury. Treize ou
cent , vous n'avez pas la parole ; que M. Mo
fe taile , a réparti M. de Beaumetz... C'eft avec
cette impartialité que l'affaire a été diſcutée .
M. le Scène des Maifons eft convenu que
des incendies , des maifons pillées & ravagées ,
malheurs peut- être inévitables à la guerre, avoient
fait hair l'armée , & il a prétendu que la médiation
exigeoit qu'on effaçât cette haine de
là , les témoignages a'eftime & de confideration
prodigués à des brigands au nom de la France.
Il eft auffi convenu que l'affemblée électorale
avoit féqueftré beaucoup de biens eccléfiaftiques ,
fi ce n'est même la totalité ; que
les payfans
refufcient la dixme : « mais a - t - il dit , nous
n'étions pas venus pour faire payer. » Il à nommé
l'armée des brigands , la population d'Avignon
; afin de pouvoir ajouter : « Les médiateurs
devoient - ils chaffer la population d'Avignon
pour plaire au haut Comtat ? » n'a
pas nié qu'on n'eût remué une tombe ; mais il
s'agiffoit d'élire l'état - major . Sur le propos decourageant
tenu aux émigrans à Villeneuve , on
les a tout fimplement prévenus de ne pas porter
dans les affemblées le même efprit d'infurrection ,
quoique ce fuffent eux qui ne vouloient pas
d'infurrection , de rébellion , de félonie ."
L'escorte de huffards , qui accompagroit les
médiateurs , a été exculée par des dangers allégués
; la réintégration illégale du juge aux gages
des bourreaux (de Raphel ) , s'eft bornée à une
déclaration , bien, innocente , que la force publique
prêteroit fon affiftance aux jugemens dudit Raphel.
Nous ne nous fommes arrêtés à ces détails aufli
N
4
( 284 )
révoltans pour tout coeur fenfible que pour tout
efprit doué de quelque rectitude , qu'afin d'éviter
le reproche de partialité en offrant au lecteur
un réfumé des plus fortes raifons des deux orateurs.
M. le Scène des Maifons a tâché de ſon
mieux de paroître fe flatter d'avoir répondu
victorieufement à M. l'abbé Maury; mais le
feul bon argument du médiateur étoit dans l'intérêt
qu'on prenoit au fuccès de fa caufe ; audi
fon difcours a-t-il été couvert des applaudiffemens
de la gauche & des galeries.
M. Verninac s'eft accufé d'abord, & juftifié
enfuite de la préfidence du club des amis de
la conftitution , fur ce que les décrets de l'Alfemblée
étoient les loix d'Avignon & du Comtat
; mais il n'a pas jugé à propos de dire que
dans fes harangues il a conftamment exercé le
facerdoce des loix françoifes , en prodiguant l'outrage
au gouvernement du Pape , & le mépris
& les motifs de terreur à fes fujets fidèles ;
ce qui n'entroit pas dans le perfonnage de médiateur.
Le garde du fceau , M. Duport du Tertre en
fimarre ; eft. entré chargé d'un meffage du Roi.
A l'ouverture du paquet, le préfident a demandé
le temps de le parcourir , l'écriture étant difficile
à lire. M. Verninac a repris fon apologie
, & s'eft obligé à traduire à fon tour des
contre-révolutionnaires à Orléans . M. l'abbé
Maury, que cette réticence pouvoir paroître défigner
, a exigé que le récriminateur les nommât;
celui- ci , vifiblement troublé , n'a nommé perfonne
, & le préfident a lu la lettre de S. M.,
en ees termes :
« Meffieurs , j'ai examiné attentivement l'ade
conftitutionnel que vous avez pré.eaté à mon
( 2851 )
acceptation ; je l'accepte , & je le ferai exécuter.
Cette déclaration cût pu fuffire dans un autre
temps ; aujourd'hui , je dois aux intérêts de la
nation , je me dois à moi - même de faire connoître
mes motifs. »
« Dès le commencement de mon règne , j'ai
defiré la réforme des abus , & dans tous les
actes du gouvernement , j'ai aimé à prendre pour
règle l'opinion publique. »לכ
Diverfes caufes , au nombre defquelles on
doit placer la fituation des finances à mon avènement
au trône , & les frais immenfes dune
guerre honorable foutenue long- temps fans
accroiffement d'impôts , avoient établi une difproportion
confidérable entre les revenus &
les dépenfes de l'Etat . Frappé de la grandeur
du mal , je n'ai pas cherché feulement les
moyens d'y porter remède ; j'ai fenti la néceffité
d'en prévenir le retours j'ai conçu le projet
d'affurer le bonheur du peuple fur des bafes .
conftantes , & d'aflujettir à des règles invariables
l'autorité même dont j'étois dépofitaire ;
j'ai appellé autour de moi la nation pour l'exé
cuter . »
?
Dans le cours des évènemens de la révolution
, mes intentions n'ont jamais varié. Lorfqu'après
avoir réformé les anciennes inftitutions
, vous avez commencé à mettre à leur
place les premiers effais de votre ouvrage , je
n'ai point attendu , pour y donner mon affenment
, que la conftitution entière me fût connue.
J'ai favorifé l'établiſſement de fes parties avantmême
d'avoir pu en juger l'enfemble ; & fi les
léfordres , qui ont accompagné prefque toutes
es époques de la révolution , venoient trop
fouvent affliger mon coeur , j'efpérois que la loi
ΝNS
( 286 )
1
reprendroit de la force entre les mains des nouvelles
autorités ; & qu'en approchant du terme
de vos travaux , chaque jour lui rendroit ce refpect
fans lequel le peuple ne peut avoir ni liberté
, ni bonheur . J'ai perfifté long- temps dans
cette efpérance , & ma réfolution n'a changé qu'au
moment où elle m'a abandonné. »
Que chacun fe rappelle l'époque où je me
fuis éloigné de Paris ; la conſtitution étoit prête
à s'achever , & cependant l'autorité des loix
fembloit s'affoiblir chaque jour. L'opinion , loin
de fe fixer , fe fubdivifoit en une multitude
de partis ; les avis les plus exagérés fembloient
feuls obtenir de la faveur ; la licence des écrits
étoit au comble ; aucun pouvoir n'étoit refpecté.
»
33 .
« Je ne pouvois plus reconnoître le caractère
de la volonté générale , dans des lois que je
voyois par-tout fans force & fans exécution.
Alors, je dois le dire , fi vous m'euffiez préfenté
la conftitution , je n'aurais pas cru que
l'intérêt du peuple , règle conftante & unique
de ma conduite , me permît de l'accepter . Je
n'avois qu'un fentiment ; je ne formai qu'un
feal projet.; je voulus m'ifoler de tous les partis ,
& favoir quel étoit véritablement le voeu de la
nation. »
« Les motifs qui me dirigèrent , ne ſubſiſtent
plus aujourd'hui. Depuis lors , les inconvéniens
& les maux dont je me plaignois , vous ont
frappés comme moi . Vous avez manifeſté la
volonté de rétablir l'ordre ; vous avez porté
vos regards fur l'indifcipline de l'armée ; vous
avez connu la néceffité de réprimer les abus
de la preffe. La révision de votre travail a mis
au nombre des lois réglementaires , plufieurs
( 187 )
articles qui m'avoient été préfentés comme conftitutionnels
. Vous avez établi des formes légales
pour la révifion de ceux que vous avez placés
dans la conftitution . Enfin , le voeu du peuple
n'eft plus douteux pour moi ; je l'ai vu fe manifefter
à- la -fois , & par fon adhéſion à votre ouvrage , &
par fon attachement au maintien du gouvernement
monarchique.
сс
כ כ
J'accepte donc la conftitution ; je prends
l'engagement de la maintenir au-dedans , de la
défendre contre les attaques du dehors , & de
la faire exécuter par tous les moyens qu'elle met
en mon pouvoir.
לכ
"
« Je déclare qu'inftruit de l'adhéfion que la
grande majorité du peuple donne à la conftitution
, je renonce au concours que j'avois réclamé
dans ce travail , & que n'étant refponfable qu'à
la nation , nul autre , lorfque j'y renonce , n'auroit
le droit de s'en plaindre. »כ כ
« Je manquerois cependant à la vérité , fi je
difois que j'ai apperçu , dans les moyens d'exécution
& d'adminiftration , toute l'énergie qui
feroit néceffaire pour imprimer le mouvement
& pour conferver l'unité dans toutes les parties
d'un fi vafte empire. Mais puifque les opinions
font aujourd'hui divifées fur ces objets ,
je confens que l'expérience feule en démeure
juge . Lorfque j'aurai fait agir avec loyauté tous
les moyens qui m'ont été remis , aucun reproche
ne pourra m'être adreffé ; & la nation , dont
f'intérêt feul doit fervir de règle , s'expliquera
par les moyens que la conftitution lui a ré-
Cervés. »
« Mais , Meffieurs , pour l'affermiffement de
la liberté , pour la ftabilité de la conftitution ,
pour le bonheur individuel de tous les Fran
N6
( 288 )
çois , il eft des intérêts fur lefquels un devoir
impérieux nous preferit de réunir tous nos efforts.
Ces intérêts font le refpect des loix , le réta
bliffement de l'ordre , & la réunion de tous les
citoyens. Aujourd'hui , que la constitution eſt
définitivement arrêtée , des François vivant fous
les mêmes loix , ne doivent connoître d'ennemis
que ceux qui les enfreignent. La difcorde &
l'anarchie , voilà nos ennemis communs , je les
combattrai de tout mon pouvoir. Il importe que
vous& vos fucceffeurs me fecondiez avec énergie ;
que fans vouloir dominer la penſée , la loi protège
également tous ceux qui lui formettent
leurs actions , que ceux que la crainte des perfé
cutions & des troubles auroit éloignés de leur
patrie , foient certains de trouver en y rentrant,
la fûreté & la tranquillité. Et pour éteindre les
haines , pour adoucir les maux qu'une grande
révolution entraîne toujours à fa fuite ; pour que
la loi puiffe , d'aujourd'hui , commencer à recevoir
une pleine exécution , confentons à l'oubli
du paffé; que les accufations & les pourfuites
qui n'ont pour principe que les évènemens de
la révolution , foient éteintes dans une reconciliation
générale. »ස
« Je ne parle pas de ceux qui n'ont été déterminés
que par leur attachement pour moi ; pourriez-
vous y voir des coupables ? Quant à ceux
qui , par des excès où je pourrois appercevoir
des injures perfonnelles , ont attiré fur eux la pourfuite
des loix , j'éprouve à leur égard que je fuis.
Je Roi de tous les François . »
Signé , LOUIS.
Paris , le 13 Septembre 1791 .
« P. S.. J'ai pensé , Meffieurs , que c'étoit ,
dans, le lieu même où la conftitution avoit été
1
( 289 )
formée , que je devois en prononcer l'acceptation
folemnelle ; je me rendrai , en conféquence , demain
, à midi , à l'Aſſemblée nationale. »
Le côté gauche a fait répéter , en criant bis,
le paffage ou le Roi renonce au coucours qu'il
avoit réclamé dans le travail de la conftitution
, concours exigé par la nation elle- même ,
par l'univerfalité des cahiers ; & des bravo !
bravo ! vive le Roi ! font alors , & à la fin
de la lecture , partis du côté gauche & des
galeries , & ont fingulièrement contrasté avec le
profond filence du côté droit.
M. de la Fayette a propofé de mettre en
liberté toutes les perfonnes détenues relativement
au départ du Roi ; l'abolition des procédures
nées de la révolution , & la libre fortie du
royaume. Une députation de 60 membres eft
allée porter au Roi ce décret , & l'expreffion
du bonheur qu'avoit donné fa lettre , « Finiffons.
aujourd'hui l'affaire d'Avignon » , avoit dit
M. Dandré. « Je crois dans ma confcience
avoit répondu , M. de Liancourt , qu'il ne vous
eft pas prouvé que le voeu de réunion foit
libre ; & que vous n'avez pour vous que la
raifon de la convenance, Pour qu'on ne penfat
pas que «l'Affemblée ſe fû: laiſée aller à l'enthoufiafme
& au premier mouvement qu'excitoit
la lettre du Roi. » M. Dandré vouloit que
la difcuffion fût continuée . Le préfident a défigné
les députés , & terminé le tumulte en levant
la féance.
Du mercredi , 14 Septembre.
M. le Chapelier a rendu compte , à la tribune,
de la miffion des 60 membres députés , la veille
vers le Roi , qui , après avoir entendu le décret
>
( 290 )
d'abolition & d'amniftie , a dit à la députation ,
fuivant le rapport de M. le Chapelier :
« Je me ferai toujours un vrai pláifir & un devoir
de fuivre la volonté de la nation , quand elle
me fera connue. Je fuis fenfible à l'empreflement
de l'affemblée nationale à déférer au défir que je
lui ai témoigné de faire un acte de bienfaifanee .
Ce jour fera mémorable dans l'hiftoire ; je fouhaite
qu'il mette fin à la difcorde , qu'il réuniffe
tout le monde , & que nous ne foyons qu'un . » A
ces mots , le côté gauche & les galeries ont retenti
d'applaudiffemens .
Le Roi a ajouté , a pourfuivi le narrateur :
« Je fuis inftruit que l'affemblée nationale a
rendu , ce matin , un déeret relativement au cordon
bleu , dont elle nous a , mon fils & moi ,
honorés exclufivemeut . Comme cette décoration
n'avoit à mes yeux d'autre prix que celui de la
pouvoir communiqner , je fuis déterminé à quitter
le cordon bleu ; je vous prie de faire part de ma
réfolution à l'Affemblée . » Nouveaux applaudiffemens.
4
M.le Chapelier a continué fon récit : « La Reine
& les enfans du Roi fe montrèrent à la porte de la
chambre du confeil ou votre députation avoit été
reçue par Sa Majefté. Le Roi s'eft tourné vers
nous , en difant : Voilà la Reine & mafamille
qui partagent mes fentimens . » La Reine s'avançant
avec empreffement vers nous , nous a dit :
nous accourons tous , mes enfans & moi , & nous
partageons tous les fentimens du Roi ». Des
bruyans témoignages de la fatisfaction du côté
gauche & des galeries ont couronné ces paroles
de l'augufte fille de Marie - Thérèſe ; & tout de
fuite plufieurs voix fe font mifes à crier : l'affaire
d'Avignon .
( 291 )
Une lettre a informé le corps législatif qu'il
venoit de fe paffer dans la nuit une fcène tumultucufe
au milieu de l'affemblée électorale de
Paris. Le Geur Damien , huiffier , avoit cru pouvoir
y exécuter un décret de prife de corps , du 4
août , lancé contre M. d'Anton l'un des électeurs .
Pareille fcène auroit pu fe paffer jufqu'au fein de
l'Affemblée nationale conftituante , fi l'on n'avoir
pas décrété l'inviolabilité de fes membres , le
grand Mirabeau , entr'autres , étant dans les liens
d'un décret lorfqu'il donnoit des loix à la France.
La lettre a été renvoyée au comité de conftitution.
On eft paffé à Avignon ."
M. Péthion a triomphaé , fans efforts , de M.'
l'abbé Maury abfent , en oppofant de tranchantes
négatives à des vérités de notoriété publique ; a
foutenu que le voeu des Avignonois & des Comtadins
pour la réunion étoit libre , volontaire , fuffifant
; que
les droits de la nation Françoiſe pourroient
être douteux & obfcurs , à s'en tenir aux
faits hiftoriques ; mais que la volonté du peuple
devoit tout décider ; que M. l'abbé Maury ne s'attachoit
qu'à des circonstances étrangères à cette volonté
dontperfonne ne doute... On a, par un décret,
écarté la motion incidente de M. l'abbé Maury,
fermé la difcuffion , répondu par des applaudiffe-'
mens d'ironie & de triomphe à M. Malouet , qui
demandoit l'appel nominal , & qui s'eft plaint
de ce que les galeries reprenoient l'habitude de
commander à l'Affemblée ; & le projet de conquête
par affis & levé , a été décrété au milieu d'un vacarme
dejoie inexprimable. Nous allons rapporter
le texte littéral de cet acte , que fes principes , fes
motifs , fes moyens & fa forme rendent certaine
ment auffi étrange en morale qu'en diplomatie.
"L'Affemblée nationnale , après avoir entendu
( 292).
le rapport de fes comités diplomatique & d'Avignon
: »
« Confidérant que conformément aux préli
minaires de paix ,airêtés & fignés à Orange le
19 Juin de cette année , par les députés de
l'Affemblée électorale , des municipalités d'Avignon
& de Carpentras , & de l'Armée de Vau
clufe , en préfence & fous la garantie provifoire
des médiateurs de la France , députés par le Roi ;
garantie que l'Aſſemblée nationale a confirmée
par fon décret du 5 Juillet dernier les commiffaires
des deux états réunis d'Avignon & du
Comtat Vénaiffin , fe font réunis en Affemblées
primaires pour délibérer fur l'état politique de
leur pays ; »
>
« Confidérant que la majorité des communes
& des citoyens a émis librement & folemnellement
fon vou pour la réunion d'Avignon & du
Comtat Venaiffin à l'Empire François ; »
.ce Confidérant que par fon décret du 25 mai
dernier , les droits de la France fur Avignon &
le Comtat Vénaiffin ont été formellement
réſervés ; »
ec L'Affemblée nationale déclare qu'en verta
des droits de la France fur les états réunis
d'Avignon & du Comtat Vénaiffin , & conformément
au vou librement & folemnellement
émis par la majorité des communes & des citoyens
de ces deux pays, pour être incorporés
à la France , lefdits deux états réunis d'Avi-'
gnon & du Comtat Vénaiffin font dans ce
moment, partie intégrante de l'empire François.
39
» L'aſſemblée nationale décrète que le Roi
fera prié de nommer des commiffaires qui fe
rendront inceffamment à Avignon & dans le
Comtat Vénaiffin , pour examiner les moyens
- ( 193 )
d'exécuter l'incorporation de ces deux pays
l'empire françois ; & fur le compte qui en fera
rendu , l'Affemblée nationale décidera défini
rivement le mode de la réunion . »
« Dès ce moment toutes voies de fait , tous
actes d'hoftilité font interdits aux différens
partis qui peuvent exifter dans ces deux pays .
Les commiffaires médiateurs veilleront à l'exécution
la plus exacte des loix ; ils pourront re
quérir , avec les formes accoutumées , les troupes
de ligne & gardes nationales Françoifes , pour
l'ex cution des décrets & le maintien de la paix. »
« Le Roi fera prié de faire ouvrir des négociations
avec la cour de Rome pour traitér
des indemnités & dédommagemens qui pourront
lui être dus. »
« L'affemblée nationale charge fes comités
de conftitution , diplomatique & d'Avignon ,
de lui préfenter inceflamment un projet de de
cret fur l'établiſſement provifoire des autorités
civiles & judiciaires qui adminiftreront ces
pays jufqu'à l'organiſation définitive . »
Sur le rapport de M. de Beaumetz on a décrété,
fans débats , les cinq articles fuivans :
« L'Affemblée nationale confidérant que l'objet
de la révolution françoife a été de donner
une conftitution à l'Empire & qu'ainfi la révo
lusion doit prendre fin au moment où la conftitution
eft achevée & acceptée par le Roi ; "
« Confidérant qu'autant il ferait déformais
coupable de réfifter aux autorités conftituées &
aux loix , autant il eft digne de la nation françoife
d'oublier les marques d'oppofition dirigées
contre la volonté nationale lorfqu'elle n'étoit
pas encore généralement reconnine , ni folemnellement
proclamée ; qu'enfin le temps eft venu
294 )
C
d'éteindre les difcuffions dans un fentiment
commun de patriotifme , de fraternité & daffection
pour le Monarque qui a donné l'exemple
de cet oubli généreux , décrète : »
« Art. I. Toutes procédures inftruites fur
des faits relatifs à la révolution quel qu'en
puiffe être l'objet , & tous jugemens intervenus
fur femblables procédures , font irrévocablement
abolis . »
« II. Il eft défendu à tous officiers de police
ou juges , de commencer aucunes procédures
pour les faits mentionnés en l'article précédent ,
ni de donner continuation à celles qui feroient
commencées . »
›› Par
« III. Le Roi fera prié de donner des ordres
au miniftre de la juflice de faire dieller
les juges de chaque tribunal , l'état vilé par le
commiffaire du Roi , d.s procédures & jugemens
compris dans la préfente abolition ; le miniftre
certifiera le corps législatif de la remiſe deſdits
érats . "
IV . L'Affemblée nationale décrète une amniftie
générale en faveur de tout komme de
guerre prévenu , accufé ou convaincu de délit
militaire , à compter du premier juin 1789 en
conféquence , toute plainte portée , pourſuite
exercée ou tous jugemens rendus à l'occaſion de
femblables délits , feront regardés comme non
avenus ; & les perfonnes qui en étoient l'objet
feront mifes immédiatement en liberté , fi elles
font détenues , fans néanmoins qu'on puiffe induire
du préfent article que ces perfonnes confervent
aucun droit fur les places qu'elles auroient
abandonnées. >>>
s V. L'Affemblée nationale décrète qu'il ne
fera plus exigé aucune fermiffion ou paffe-port
( 295 )
dont l'ufage avoit été momentanément établi ; le
décret relatif aux émigrans eft révoqué ; &,
conformément à la conftitution , il ne fera plus
apporté aucun obſtacle au droit de tout citoyen
François de voyager librement dans le Royaume ,
& d'en fortir à volonté.
M. Camus a fait fufpendre , par un ajournement
, l'abolition follicitée du décret qui exige
des certificats de domicile pour tout payement de
rentes ; l'une des loix les plus rigoureufes contre
les émigrans . M. Lanjuinais a demandé qu'on
révoquat les ordres de déportation des piêtres
non - affermentés ; M. Martineau qu'il ne fût plus
prêté d'autre ferment que celui dètre fidèle à la
nation , à la lọi , au Roi , & de maintenir la cotitution
. Mais M. Camus effrayé du danger que
couroit fa nouvelle églife , a obtenu qu'on pafsât
à l'ordre du jour de peur , a- t-il dit , que
d'enthoufalme
en enthouſiaſme on ne nous mène jufqu'à
détruire tout ce que nous avons fait. »
Il a été décidé qu'aucun membre ne prendroit
la parole , tandis que le Roi feroit dans la falle .
Le préfident a nommé la députation qui devoit
aller au-devant de S. M. On a couvert deux
fauteuils égaux de tapis parfemés de fleurs - delys
, & M. Thouret, préfident , s'eft placé dans
le fauteuil à la droite de celui qu'on deftinoit au
Roi. Il a dit qu'il étoit convenable que l'Affemblée
çût le ferment du Roi , affife . Vainement M.
Malouet a-t-il réclamé le refpect dû à la majesté
royale: Vous vous mettrez à genouxfi vous voulez,
lui a crié une de ces voix qui ont le malheur de
n'être jamais à l'uniffon des penfées vraies , fages
& nobles . M. d'André a cru réfuter M. Malouet,
en citant le décret de filence , & l'étiquette obfervée
, felon lui , dans la féance' royale ou à
( 296 )
l'ouverture des états -généraux . Par une fiction
qui , après tant de nouveautés , n'a pas dû paroître
fingulière , M. Thouret a déclaré que tous
ceux qui étoient dans la falle , remplie d'une foule
de curieux , étoient cenfés représentans de la nation.
Onavoit repris le travail fur l'organiſation
forestière ; un huiffier annonce Le Roi , l'Affemblée
ſe lève , la majorité de la droite avoit difparu.
t
Sa Majesté eft entrée fans cordon bleu , s'eft
placée à la gauche du préfidens, & a dit
« Meffieurs , Je viens confacrer ici folemnellement
l'acceptation que j'ai donnée à l'acte
conftitutionnel. En conféquence je jure d'être
fidèle à la nation & à la loi ; d'employer tout
le pouvoir qui m'eft délégué , à maintenir la
conftitution déc : étée par l'Affemblée nationale
conftituante , & à faire exécuter les loix . Puiffe
cette grande & mémorable époque être celle da
rétablillement de la paix , de l'union , & devenir
Le gage du bonheur du peuple & de la profpérité
de l'Empire. »
Au moment où le Roi proféroit les mots :je
jure d'être fidèle à la nation , l'Affemblée s'étoit
affife ; & pour la première fois de la vie , Louis
XVI, pour la première fois depuis la fondation
de la monarchie , le Roi de France juroit debout
fidélité à fes fujets affis ; mais ceux- ci devenus
le fouverain , ne voyoient plus dans le Roi que
leur premier fonctionnaire falarié , légalement
foumis à la déchéance. Après les mots : Affemblée
nationale conftituante , le Roi s'appercevant
que lui feul étoit debout a parcouru la falle
d'un regard où la bonté tempéroit jufqu'àli
furprife , & Sa Majeſté s'eſt aſſiſe & a pourſuivi
fon difcours
( 297 )
Tout a retenti des cris : vive le Roi. Le garde
du fceau a préfenté au Roi la conftitution à figner;
l'Affemblée s'eft levée , le Roi a figné , l'Affemblée
s'eft raflife ; & M. Thouret , préfident , ne
s'étant levé que pour les premiers mots : « de
longs abus... » & s'affeyant enfuite avec la familiarité
fraternelle & ' civique , a lu au Roi le diſcours
que voici :
ce De longs abus , qui avoient triom Th
bonnes intentions des meilleurs Rois , & qui
auroient bravé fans ceffe l'autorité du trône
opprimoient la France. »
..CC
les
Dépofitaire du væu , des droits & de la
puiffance du Peuple , l'Affemblée nationale a
rétabli par la deftruction de tous les abus ,
folides bafes de la profpérité publique . Sire, ce
que cette Affemblée a décrété , l'adhéſion nationale
le ratifie : l'exécution la plus complette dans
outes les parties de l'Empire attefte l'affentiment
général ; il déconcerte les projets impuiffans de
ceux que le mécontement aveugla trop longtemps
fur leurs propres intérêts ; il prometà
Votre Majefté qu'elle ne voudra plus en vain
le bonheur des François.
כ כ
L'Aſſemblée nationalé n'a plus rien à defirer
en ce jour à jamais mémorable où vous con-
Tommez dans fon fein , par le plus foleinnél ongement
, l'acceptation de la royauté conftitutionnelle.
C'eft l'attachement des François , c'eft
eur confiance qui vous défèrent ce titre refpectable
& pur à la plus belle couronne de l'anivers
; & ce qui vous le garantit , Sire , c'eft
l'impériffable autorité d'une conftitution librement
décrétée e'eft la force invincible d'un
peuple qui s'eft fenti digne de la liberté ; c'eft
298 )
le befoin qu'une auffi grande nation aura toujours
de la monarchie héréditaire . »
cc
-
Quand Votre Majefté , attendant de l'expérience
les lumières qu'elle va répandre fur les
réfultats pratiques de la couftitution , promet
de la maintenir au-dedans , & de la défendre
contre les attaques du dehors , la nation fe repofant
& fur la juftice de fes droits , & fur le
fentiment de fa force & de fon courage , & fur
la loyauté de votre coopération , ne peut con- .
noître au dehors aucun fujer d'alarmes , & va
concourir, par fa tranquille confiance , au prompt
fuccès de fon gouvernement intérieur . »
« Qu'elle doit être grande à nos yeux , Sire !
chère à nos coeurs ; & qu'elle fera fublimé dans
notre hiftoire , l'époque de cette régénération
qui donne à la France des Citoyens , aux François
une patrie ; à vous , comme Roi , un nouveau
titre de grandeur & de gloire ; à vous.
encore , comme homme , une nouvelle fource
de jouiffances , & de nouvelles fenfations de
bonheur ! »
Des applaudiffemens , des bravo ! des vive le
Roi ! ont accompagné le Monarque conftitutionnel
de la falle aux Tuileries où l'Aſſemblée l'a
fuivi.
Du jeudi , 15 Septembre.
Sur la propofition de M. Goupil , quant à la
promulgation de la conftitution ; de M. Regnault ,
quant au Te Deum ; de M. Duport , quant aux
détenus pour mois de nourrices , il a été rendu le
décret fuivant :
cc L'Aflemblée nationale décrète que fes commiffaires
pour porter les décrets à la ſanction
fe retireront pardevers le Roi pour prier -fa
9
( 299 )
Majefté de donner des ordres pour que dimanche
prochain , dans la capitale , la conflitution_ſoit
folemnellement proclamée par les officiers Municipaux
, & qu'il foit fait des réjouiffances,
publiques pour célébrer fon heureux achèvement
; >>
сс
ce Et que la même publication folemnelle &
les mêmes réjouiffances ayent lieu dans tous les
chefs-lieux de département le dimanche qui fuivra
le jour où la conftitution fera parvenue officiel .
lement aux adminiftrations de département , &
dans les autres municipalités le jour qui fera fixé
par un arrêté du directoire du département.
« L'Affemblée nationale décrète que les pri
fonniers détenus pour dettes de mois de nourrice
feront mis en liberté , & que la dette pour laquelle
ils étoient détenus fera acquitée des fonds
du trésor public ; » -
<< Renvoie aux comités des finances & de
mendicité pour préfenter à l'Affemblée un projet
pour faire participer les départemens à cet acte
de bienfaifance . »
K
M. Fréteau defiroit un mode pour faire paffer
dans les troupes de ligne , les gardes -Suiffes qui
partagent encore la garde du Roi . En conféquence
d'un amendement de M. d'André , l'ALfemblée
a décrété que , le Roi fera prié de
donner des ordres au miniftre de la
guerre
pour qu'il préfente inceffament au corps législatif,
de concert avec le miniftre des affaires étrangères,
d'après de nouvelles conventions avec les cantons
Suiffes , un règlement fur le ci-devant régiment
des gardes -Suiffes & autres régimens de
cette nation ; & que provifoirement , le régiment
des ci -devant gardes- Suiffes fera entretenu
fur l'ancien pied jufqu'à nouvel ordre. 拳
( 300 )
f
Dans plufieurs diftricts, a prétendu M. Vicillard,
les prêtres conftitutionnels font obligés de fuir.
On en a déja pendu un grand nombre en effigie.:
Un courier extraordinaire du département de la
Manche vient d'apporter des pieces, qui annoncent :
que le défordre y eft au comble , je demande
qu'on indique un jour pour le rapport , & que
les pièces dont je ne puis faire lecture , foient
envoyées aux comités. »
MM. Biauzat & Goupilleau en ont retracé.
autant des départemens du Puy du Dôme & de
la Vendée. Tous imputoient ce décri général
aux prêtres réfractaires , & follicitoient des mefures
expéditives & rigoureufes. Mais M. L
Chappelier a repréſenté que la rigueur excitoit :
le fanatifme , & a confeillé de s'en remettre
aux tribunaux , aux corps adminiſtratifs 2ux
autorités conftiruées ; M. Tronchet au code
pénal ; MM. Fréteau & Lanjuinais au pouvoir
exécutif; ce dernier expédient a été jugé le plus
commode.
?
Pour déblayer les travaux dont les comités
font encombrés , M. Régnault a demandé qu'il
y eût déformais les féances du foir ; quelqu'un
vouloit qu'on ne lût plus d'adreffes , qu'on ne
reçut plus de députations . Ces projets d'économie
de temps n'ont pas empêché que les électears
du département de Seine & Oife , ( Verfailles
) ne fuffent admis à la barre . Leur orateur
a peut-être prophétifé en difant à l'Affemblée :
ce Vos fucceffeurs imiteront votre courage , ils
profiteront de votre exemple... La première légif
lature eût été conftituante fans le hazard de la
primauté., . Mais fi la conftituante lui fervîtde modèle
, celle- ci doit en fervir à fon tour. » Ce droit
conftituant
( 301 )
conftituant de hazard , & ces annonces dimi?
tation parfaite , ont été payées des henneurs de
la féance .
M. Tronchet a fait rendre un décret en deux
fections , fur le mode & le taux du rachat des
droits ci- devant feigneuriaux , foit fixes foit cafuels
, dont font grévés les biens poffédés à titre
de bail emphyteotique ou de rente foncière nonperpétuelle
; la première feétion concernant les
biens patrimoniaux des particuliers ; la feconde
fection concernant les biens nationaux , ceux'
même poffédés aux titres ci-deffus , par la nation
comme fubrogée au lieu & place des bénéficiers
corps & communautés féculières ou régulières .
Cette loi compliquée n'eft pas fufceptible d'une
analyfe qui pût l'abréger .
A la demande de M. Tronchet , l'Affemblée
a encore décrété douze articles additionnels &
fervant d'explication aux décrets des 3 mai &
18 décembre 1790 , relatifs aux droits ci -devant
feigneuriaux ; & far le rapport de M. Pifon du
Galand , dix-fept articles formant le complément
de l'adminiftration foreftière .
La féance s'eft terminée par l'adoption , prefque
furtive , de feize articles qu'a reproduits
M. Camus , portant création d'un bureau de
Comptabilité compofé de 1s commiffaires que le
Rei nommera , qui ne pourront être deftitués
qu'à la demande des légiflateurs , fourniront
hacun un cautionnement de 60 mille livres en
mmeubles , appureront les comptes des comniffaires
de la tréforerie , du tréforier de l'exraordinaire
, des adminiftrateurs des domaines
les droits d'enregistrement & du timbre ; pour
que , fur leur rapport , le corps légiflatif appure
léfinitivement lefdits comptes , & que
No. 3.9. 24 Septembre 1791. O
toute diffi
( 302 )
culté ou refponfabilité foit jugée ou pourfuivie
devant le tribunal dans l'arrondiffement duquel
fe trouvera la caiffe ou l'agent comptable &
refponfable. M. Malouet avoit démontré que
ces commiffaires divifés en fections , alternant ,
ne donnant de preuves qu'un rapport figné de
trois ; ces difficultés foumiles à 5 a 6 juges furchargés
de procès & encore plus incompétens ,
l'appurement , le jugement définitifs dévolus
aux légiflatures , ne feroient jamais ce qu'on
appelle une véritable reddition de comptes.
Du jeudi , féance du foir.
Le 14 juillet 1789 , confidéré comme le premier
jour de la révolution , & le 14 ſeptembre
1791 , pris pour four dernier jour , vû l'acceptation
du roi , l'un fous le figne du lion , de la
force & du courage , l'aurre fous le figne de la
balance ou de la justice , telle eft l'idée , digne de
Mathieu Lansberg , que M. Alexandre de Beauharnois
a donnée pour très- heureuſe , & dont un
peintre qu'il protège a fait un deffin allégorique.
Enchanté de ce chef d'oeuvre , il en a
obtenu une mention honorable dans le procèsverbal.
Autre affaire de la même importance . M.
Bouche s'eft plaint de ce que le fceau du corps
legiflattf ne porte que les cinq monofyllabes , la
loi & le roi. I! a trouvé que cette infcription
aristocrate pourroit donner à penfer que c'eft le
roi qui fait la loi . D'après d'auffi lumineuses
obfervations , le fceau fera brifé , & l'on ne fe
fervira déformais que d'un fceau portant : la
nation , la loi & le roi.
Sur la propofition de M. Biauzat , l'aſſemblée
a décrété que le roi fera prié d'écrire aux puif(
303 )
fances helvétiques & de folliciter le pardon des
Suiffes condamnés aux galères pour avoir combattu
contre M. de Bouillé à Nancy ; les motifs
de M. Biauzat ont été , l'amniftie accordée pour
toute affaire relative à la révolution ; enſuite que
ces foldats furent condamnés par un confeil
fuiffe , où la loi françoife n'étoit pas la loijugeante
; enfin qu'au fond , la cataſtrophe de
Nancy n'offroit , felon lui , qu'une manoeuvre de
Bouillé.
L'Affemblée qui touche à tout , qui remue
tout , qui bouleverfe même les établiſſemens
attachés à la confiance publique, s'eft auffi attaqu'e
aux notaires .
M. le Chapelier a fait rendre un décret concernant
ces officiers , qui pourroit bien avoir des
uites dangereufes . Comme il eft d'un intérêt
général pour tout le royaume , nous croyons,
devoir le tranfcrire ici littéralement .
TITRE PREMIER.
SECTION PREMIÈRE.
Suppreffion des Notaires Royaux & autres.
· « Art I. La vénalité & l'hérédité des offices
les notaires & tabellions royaux , & ceux connus
ous le nom de clercs ou notaires aux invenaires
, font abolies. »>
«. II. Les offices des notaires ou tabellions auhentiques
, apoftoliques , feigneuriaux , & tous
utres offices du même genre , fous quelque déomination
qu'ils exiftent , font fupprimés.
cc
כ כ
ce III . Ils feront tous remplacés par des noaires
publics dont l'établissement fera formé
our le préfent & pour l'avenir , ainfi qu'il
era dit ci- après. »
*
O 2
( 304 )
cc
IV. Jufqu'à la formation dudit établiffement
, les notaires & tabellions fupprimés par
les articles I & II , feront libres de continuer
provifoirement leurs fonctions dans l'étendue de
leur ancien arrondiffement . »
Seront valables tous les actes paffés depuis
la nouvelle divifion du royaume ; quoiqu'ils
ayent été reçus par, des notaires outre les limites
de leur ancien, arrondiffement . »
33
SECTION II..
Création de Notaires publics.
cc Art. I. Il fera établi , dans tout le royaume ,
des fonctionnaires publics chargés de recevoir
les actes extrajudiciaires & volontaires qui font
actuellement du reffort des notaires royaux &
autres , & de leur donner le caractère d'authenticité
attaché aux actes publics .
C6
ןכ
ca II . Ces fonctionnaires porteront le nom de
notaires publics ; ils feront inftitués à vie , &
ils ne pourront être deftitués que pour caufe de
prévarication préalablement jugée. »
cc III. Provifoirement , & jufqu'à la confection
d code civil , les actes des notaires publits
feront reçus dans chaque lieu fuivant les anciennes
formes; & néanmoins , dans les lieux
où la préfence de deux notaires étoit textuellement
requife & déclarée fuffifante pour
certains actes , ces mêmes actes pourront être
reçus par un feul notaire public & deux témoins
âgés de vingt-un ans , fachant figner , & ayant
d'ailleurs les autres qualités requiles .
Du vendredi , 16 Septembre .
M. de la Rochefoucault a propoké & l'on a
( 305 )
décrété une nouvelle loi en huit articles , dont
voici tout l'efprit :
Lorfqu'il fera procédé à la levée du territoire
d'une communauté , en vertu de l'ordonnance du
directoire du département , l'ingénieur fera un
plan de maffe offrant la circonfcription de la
communauté & fa divifiou en fections , & les
plans de détail qui compoferont le parcellaire
de la commuauté ; en prenant pour bale une
ligne droite dont les officiers municipaux reconnoîtront
les deux points extrêmes . Iis en drefferont
procès-verbal , & les feront marquer par
Fdes bornes . Les directoires feront procéder à la
détermination géométriqué de tous les clochers
& autres points remarquabies fitués dans l'étendue
de leur département.Le ministre des contributions
préfente a inceffamment à l'affemblée légiſlative
une inftruction fur les moyens d'exécuter ces
travaux , inſtruction d'après laquelle les directoires
publieront une table comparative des mesures
locales avec la toile de l'académie qui devra
fervir pour étalonner toutes celles qui feront
employées.
(A ne compter qu'autant de communautés que
de municipalités , à ne fuppofer qu'un clocher
une ligne droite , deux bornes , quatie procèsverbaux
, un plan de maffe & cinq feulement de
parcellaires pour chaque communauté , à dix
francs par clocher géométriquement déterminé
par ligne , borne , procès- verbal , plan de maſſe
& parcellaire , on auroit quarante quelques mille
fois cent- quarante livres , ou près de fept millions
de dépenfes , fans y comprendre les frais d'arpen- ,
tage , de plans généraux , de tranfport , d'infpec- ,
tion , & le galpillage inévitable qui décuples
toutes ces données.)
03
( 306 )
-M. Duport a relu le code entier fur les jurés ,
& a préfenté des articles additionnels que l'Af
femblée a décrétés. En voici les principales
difpofitions :
Quand une affaire , de nature à être renvoyée
au corps législatif, fera portée aux tribunaux
criminels , le commiffaire du roi devra en requérir
la fufpenfion, & le président en ordonner le renvoi
fous peine de forfaiture. Tout citoyen qui ,
mandé par le juré , ne fe rendra pas à l'invita
tion , y fera contraint par corps. Le rapporteur
ajoutoit à la prife de corps vingt écus d'amende ,
mais on a fupprimée . En presençant la fentence
de mort , le juge avertira le coupable que la loi
lui permet de le pourvoir contre ce jugement,
s'il a des preuves réelles à repréfenter.
M. Duport vouloit que l'inftitution des jurés
fût miſe en activité trois mois après l'organifation
de la gendarmerie nationale , qu'il gémiffoit de
ne pas voir organisée ; il voyoit dans ce délai
l'avantage d'attendre que les haines fuffent
amorties.
« Si l'on tarde autant , a répondu en fubf
fance M. Prieur , dès que vous aurez ceffé vos
travaux , il n'exiftera plus aucun moyen d'être
jugé criminellement ; la prochaine légiflature
aura le droit de fupprimer une inftitution conftitutionnelle
. »
L'opinant fixoit l'établiflement des jurés au
jour de l'inſtallation de la prochaine légiflature ;
quelques membres trouvoient le délai de trois
mois trop court , d'autres trop long . M. Duport
eft convenu que , pour faire la révolution , on
s'eft permis de la chaleur , du zèle & même quel
qu'aigreur contre les oppofans , & il a craint que
des patriotes ardens n'ayent pas l'impartialité
( 307 )
néceffaire à des jurés , que d'abord les élections
ne nomment qu'eux , & qu'ainfi la première impreffion
ne foit défavorable à l'inſtitution ellemême
, qui par - là feroit manquée . Nous avions
développé , dans le journal du 3 feptembre , les
motifs de ces craintes légitimes .
Un décret a fixé le délai au premier janvier
1792 ; un autre a ftatué que les mois de feptembre
& d'octobre de chaque année feront des mois
de vacances pour tous les juges ; & la féance a
été levée.
Du famedi , 17 Septembre.
Parmi fes arrêtés réglémentaires , le corps
électoral de Paris avoit , dès les premières féances ,
ftatue qu'après 3 heures de relevée , fon travail
feroit interrompu ; en conféquence ceux qui ont
émis leur billet pour le ferutin s'en vont. I
étoit plus de 3 heures quandle fieur Damien; huiffier
, fe promenant , mercredi , dans l'avant- cour
de l'évêché , où s'affemblent les électeurs , fut
abordé par l'un d'eux à qui il dit qu'il avoit un
décret de prife de corps , émané d'un tribunal de ‹
Paris à exécuter contre un membre de cette
Affemblée (M. d'Anton ) . L'électeur lui confeilla
d'écrire au préfident & l'introduifit dans l'un des
bureaux où l'huiffier écrivit une lettre polic
pour demander au préfident , M. Paftoret , comment
ce décret pourront être ramené à exécution.
A la lecture de fa lettre , les électeurs improuvent
violemment la conduite de l'hoiffier , vienent
l'infulter dans le bureau , le mandent à leur
Perre , le foumettent à un interrogatoire , ( sinfi
énommé par un procès - verbal ); portent un arrêté
qui le conftirue en état d'arrcitation , le détiens
ent jufqu'à 3 heures du matin , livrent lui &
4
( 308 )
fon commis on elere qui l'accompagnoit , à
un commiffaire de police qui les envoic en pri-
Ton à l'abbaye où ils font depuis trois jours.
du
Ce procédé vraiment extraordinaire , l'eft
encore moins au milieu de la confufion anarchique
de tous les pouvoirs , que l'interrogatoire
n'étoit rifible . Quand des centaines de clubs
jugent , citent à leur barre , adminiftrent , profrivent
, comment les corps électoraux ne pourroient-
ils pas délibérer , avoir une barre , rendre
des arrêtés & les exécuter ? Mais il tût été impof;
fible de deviner qu'un procureur - général- Lyndic
département de Paris , qu'un ancien magiftrat ,
que M. Paftoret s'oublieroit au point de faire ,
ea qualité de fimple éiccteur , fubir un interrogatoire
à un agent de la nouvelle juftice nationale
& poufferoit l'ingénuité jufqu'à lui demander : "
pourquoi n'avez - vous pas fignifié ce décret de
prife de corps à domicile ? Pour ne pas
manquermon coup , auroit pu répondre l'huifier.
Revenant fur les faits , la détention , les injures
, l'arrêté , l'incarcération , M. d'André a
foutenu que l'affemblée électorale avoit eu tort
de délibérer ; que l'huiffier n'étoit point en faute ;
qu'il devoit être renvoyé à fe pourvoir par les
voies de droit ; & que le comité de conftitution
pouvoit préſenter un projet de décret pour le
refte.
--
>
Selon M. Roberfpierre , un huiffier qui rode
autour d'une affemblée électorale , avec l'intention
d'exécuter des décrets de prife de corps , eft coupable
; il viole le territoire de l'électorat , la liberté ,
la dignité, la majefté des repréfentans du peuple.
De l'opinion de M. d'André & de celle de M.
Lanjuinais , eft réfulté le décret que voici :
L'Affemblée nationale , oui le rapport de
( 309 )
fon comité de conftitution fur les pétitions refpectives
de l'affemblée électorale du département ..
de Paris , & de l'huiflier Damien & de fon
commis , décrète qu'elle improuve la conduite ,
tenue par les électeurs du département de Paris :
à l'égard de l'huiffier & de fon commis les
renvoie à fe pourvoir , ainfi qu'ils verront ,
devant les juges compétens. 33
- M. Dionis du Séjour a proposé de ftatuer
qu'un citoyen décrété de prise de corps ne pourra
prendre féance dans les corps conftitués . On eft
paffé à l'ordre du jour , & l'affemblée a rendu ,
Lans difcuffion intéreffante , un décret qu'il
fuffira de tranferire.
« Art. I. Les tribunaux auront deux mois
de vacances , depuis le 15 ſeptembre jufqu'au
15 novembres pour cette année les vacances
des tribunaux feront dan mois feulement , depuis
le 15 octobre jufqu'au 15 novembre. »
« II. Celui des juges qui eft chargé des
fonctions de directeur du juré , reftera de fervice
au tribunal , foit pour remplir lesdites fonctions
, foit pour décider les affaires fommaires
& provifoires: qui font portées aux tribunaux . >>
Pour cette année les juges nommeront l'un
d'entre eux pour faire l'inftruction des affaires
criminelles , & décider les affaires fommaires &
provifoires.
« III. Dix membres du tribunal de caffation
refteront de fervice pendant les vacances , pour
décider fur l'admission des requêtes feulement .
33
co Il y aura un commiffaire du Roi particulier
& exclufif , pour exercer les fonctions auprès
des tribunaux criminels . »
Les communautés des arts & métiers ne fau
(( 310 ))
roient être trop exactement informées des deux?
articles fuivans :
ccce Art. I. Les marchandifes & effets faifis
par les anciens gardes ou fyndics des ci- devant
corps & communautés d'arts & métiers , dont
la confifcation n'aura pas été jugée , feront rendus
aur particuliers qui juftifieront y avoir droit ,
& cela dans un mois à compter de la publication
du préfent décret ; paflé lequel temps lef
dits effets feront vendus avec ceux qui faifoient
partie du mobilier des ci -devant corps & communautés.
»
« II. Toutes inftances qui auroient pu fuivre
la faifie defdits effets , font & demeurent éteintes ,
ainfi que tout procès entre les communautés
pour l'exercice de leurs priviléges , s
M. d'Allarde a fait décréter 17 nouveaux ar
ticles fur la perception du droit de
>
patentes.
Le miniftre de l'intérieur eft venu annoncer
que dans le département de l'Orne , les démiffions
& les élections à la prochaine législature , réduifoient
le directoire à ne conferver prefqu'aucun
de fes membres. On a chargé le comité de conftitution
de pourvoir à cet autre cas non prévu
dans l'acte conftitutionnel ; & M. Emmery a
terminé la féance par la formule adoptée du
ferment définitif que devra prêter l'armée :
6
cc L'Affemblée nationale décrète que déformais
le ferment des troupes fera prêté , par les
officiers de tout grade en ces termes : »
« Je jure d'être fidèle à la nation à la loi
& au Roi , de maintenir de tout mon pouvoir
la conftitution , & d'exécuter & faire exécuter les
règlemens militaires .
Et par les foldats , en ces termes : 5
Je jure d'être fidèle à la nation à la loi ›
( 311 )
& au Roi , de défenere la conſtitution , de ne
jamais abandonner mes drapeaux
& de me
conformer en tout aux règles de la difcipline
militaire. »
Du famedi , féance du foir.
>
A la fuite de quelques adreffes dégoûtantes
à force de flagorneries , le préfident a lu des
letres d'un tout autre intérêt , apportées par un
courrier extraordinaire , arrivé d'Arles. Des divifions
agitoient cette ville , le départemene des
Bouches - du - Rhône a ordonné que les deux partis
mettroient bas les armes , & les dépoferoient à
maifon commune ; mais le plus nombreux
ne les a pas quittées , s'eft emparé des officiers
municipaux & des adminiftrateurs du diftrict ,
& les tient en chartre privée . Ces mouvemens
s'étendant fur plufieurs points du département ,
le directoire a cru devoir requérir 4,000 gardes
nationales , & les faire approcher d'Arles , en
attendant l'arrivée des troupes de ligne . De toute
part il accourt des renforts au parti dominant
à Arles ; & il n'y a aucun officier général dans
le département. L'Aflemblée a paru profondément
affectée de ces étranges preuves de l'affertion
que fes loix ont pour elles un affentiment
général . MM . Populus & d'André , s'attachant
au grand principe que la conftitution &
l'égalité donnent à tous les citoyens le droit de
porter les armes , en ont conclu que le département
avoit eu tort d'en défarmer fans l'autorifation
du Roi ; & pour le tifer d'embarras ,
on a renvoyé le fiège d'Arles au pouvoir exécutif.
Du Dimanche , 18 Septembre.
L'huillier incarcéré après un arrêté l'af
méré
de
( 312 )
femblée électorale de Paris , n'a pas encore été
mis en liberté , malgré le décret d'hier , qui la
lui rend. M. d'André en a conclu que le détenu
auroit droit à des réparations plus confi
dérables. On voit que l'inexécution des loix n'étonne
ni n'afflige , & qu'elle a même un côté
utile . La nouvelle pétition du prifonnier n'a pas
cu de fuite.
Mais le retard des contributions inquiête davantage.
Vainement , les miniftres preffent- ils
des départemens à ce fujet , avis , inftances
reproches , rien n'opère . Impatienté , M. d'André
demande & obtient que le miniftre rendra comp
demain des départemens qui ont payé , qu'on
imprimera la lifte de ceux qui font en retard.
D'après l'obfervation de M. Emmery , que
la prochaine législature ne devoit point avoir
de comité militaire , à moins qu'on ne voulût
renoncer à voir l'ordre fe rétablir & fe maintenir
dans l'armée , le code pénal militaire , &
la fin du travail fur les commiffaires des guerres
ont été mis à l'ordre du jour pour mardi. Nous
ignorons fi l'on exigera de la feconde légiflature
un ferment de ne point créer de comité militaire ,
& fi ce ferment fera plus fcrupuleufement rem-
•pli que ceux qu'on avoit faits aux bailliages .
-1
M. d'André a informé l'Affemblée qu'il y a
déja 200 nouveaux députés inferits .
- Sur la propofition de M, Rabaud , on a
-décrété que le miniftre de la guerre ordonnera
aux corps adminiftratifs , de lui envoyer des
états des brigades exiftantes , des augmentations
néceffaires , changemens & emplacemens de gendarmerie
nationale; & que , faute par les directoires
d'exécuter ces ordres , le miniftre fera
toriſé à établir lui-même la gendarmerie dans
( 313 )
les départemens , d'après l'avis des colonels ;
fauf la décifion définitive du corps législatif ,
qui réduit ici l'exécution fuprême à la préfentation
des projets qu'il ne fait pas faire , & à
la tranſmiſſion fervile de fes volontés abfolues '
jufque fur les moindres détails .
On a rendu , concernant la circulation des
bleds , le décret fuivant , que fon intérêt univerfel
nous oblige de tranfcrire :
cc L'Affemblée nationale décrère :
ce Art. I. Que le Roi fera prié de donner
les ordres les plus précis pour faire poursuivre
& punir fuivant la rigueur des loix , toute perfonne
qui s'oppoferoit , fous quelque prétexte
que ce puiffe être , à la libre circulacion des
fubfiftances . »
« II. Les propriétaires , fermiers , cultivateurs
, commerçans & autres perfonnes faifant
circuler les grains en rempliffant les conditions
exigées par la loi , qui éprouveront des violences ,
ou le pillage de leurs grains , feront indemnifés
par la nation , qui reprendra la valeur de l'indemnité
en l'impofant fur le département dans
lequel le défordre aura été commis. Le département
fera porter cette charge fur le diftrict ;
le diftrict fur les communes dans le territoire defquelles
le délit aura été commis , & fur celles qui
ayant été requifes de prêter du fecours , s'y feroient
refufées ; fauf à elles à exercer leur recours
folidaire contre les auteurs des défordres . »
La féance a été terminée par l'adoption
fans débats , de dix articles fur les retraites graduelles
& les gratifications deftinées aux officiers
& aux foldats de la garde nationale foldée de
Paris ; & de quelques difpofitions relatives aux
notaires ; nous tranfcrirons celles - ci par la fuite.
( 314 )
Ainfi qu'on l'aura vu dans la notice de
la féance du Mercredi 14 , le Roi arrivé
à l'Aflemblée conftituante , avec le cortège
qui lui refte , c'eſt - à- dire avec des Gardes
nationales , des Ecuyers , & quelques Pages ,
parut fans cordon bleu. On peut en induire
que S. M. entend renoncer à cette décoration
, dont le Pouvoir fouverain lui avoit
permis l'ufage. Tous les Spectateurs que
nous avons confultés fe font accordés à
nous dire , qu'au début de S. M. parlant
debout , M. Thouret , Préfident , affis les
jambes croisées , & le coude appuyé fur le
bras de fon fauteuil , regardoit attentivement
le Roi. Lorfque ce Prince s'apperçut
qu'il étoit feul levé , il fe mit à l'uniffon
de l'Affemblée . Il y a auffi loin de ces
formes à celles du Parlement d'Angleterre ,
qu'il y a loin d'un Roi des François à un
Roi de la Grande- Bretagne. La Reine &
le Dauphin affiftèrent , dit-on , à cette cérémonie
dans la loge baffe d'un Folliculaire.
Hier , cette Princeffe eft fortie de fon confinement
de deux années , pour conduire le
Roi à l'Opéra , où LL. MM. ont été l'objet
de très-vifs applaudiffemens.
Perfonne , je penfe , ne doutoit que
Louis XVI acceptât la Conftitution ; mais ,
hormis les Faifeurs qui étoient dans le
fecret , fort peu de gens s'attendoient à
T'expofé des motifs dont cet acte a été
1
( 315 )
accompagné. Sans doute , il pouvoit être
l'expreifion libre de la volonté libre de
S. M. , & porter le caractère des fentimens
qu'elle avoit dans fon coeur. Sans doute ,
nul défapprobateur de la Conftitution n'eût
biâmé fans tort un affentiment , dont les
motifs euffent été conformes à la fincérité
conftante du Roi , dignes de fa pofition ,
& puifés dans l'évidence des malheurs,
qu'entraîneroit fon refus. Sans doute , nul
Démocrate honnête homme & fenfé ne fe
fût irrité d'entendre le Roi , répéter des
vérités déjà confirmées par l'expérience ;
montrer l'inquiétude de fa raiſon , & pro
mettant fon invariable dévouement àla Loi ,
montrer la difficulté de la faire craindre &
exécuter, avec un Gouvernement fans pou
voir , & un Peuple prefque fans frein.
Mon refpect pour le Roi , & pour les
réfolutions revêtues de fa fignature , m'in
terdifent toute obfervation fur fa Lettre à
Aflemblée. Je n'examinerai pas même ,
felle remplit le but falutaire d'imprimer
à l'acceptation le fceau de la franchife &
de la liberté d'opinion , qui devoient la
caractérifer , puifque S. M. entendoit ſe
dier, fans contrainte , à un engagement
volontaire & irrévocable . Déjà , quelques
Journalistes inconfidérés & repréhenfibies ,
en ont pris occafion de traiter cette démarche
de fimagrée , & d'atténuer l'acquiefcement
fpontané du Roi. C'eft ca(
316 )
:
lomnier l'abandon que ce Monarque a mis
dans fa conduite mais les Auteurs de fa
Lettre , partagent le reproche de ce com-.
mentaire : ils ont affoibli les facrifices de
S. M. en les exagérant ; ils ont perdu la
mefure jufte qui convenoit à cet acte folemnel
de la l'embarras , les contradictions
, les prétextes , le défaut total de
dignité qui fe font remarquer dans cet
Ecrit. Au lieu de faire une feconde édition
de la Lettre expédiée au mois de
Mai aux Ambaffadeurs , fous le nom de
M. de Montmorin , que n'a-t - on préféré de
laiffer parler le Roi lui-même , dans le
ftyle fimple , touchant & fincère de fon
Difcours du 4 Février 1790 , & de fa
Déclaration du mois de Juin ?
Rien ne décèle plus mal adroitement la
main qui a tenu la plume , que cette
phrafe très - applaudie à l'Affemblée , & trèsremarquée
dans le Public , où S. M. dé
clare qu'elle renonce au concours qu'elle
avoit réclamé dans la Conftiturion , et quenul
autre , lorfqu'elle y renonce , n'a le droit de
s'en plaindre. Ce dernier trait eft évidemment
dirigé contre l'obftination récente
& vertueufe de M. Malouet , à réclamer le
concours du Roi , aux termes des Mandats ,
& de l'Acte convocatoire des Etats- Généraux.
Un homme impartial pourroit répondre
au Roi : « Sire ; en fuppofant que
» V. M. ait la faculté de renoncer à

( 317 )
>> Bexercice d'un droit , dont la Nation
>> confultée n'entendit jamais vous priver,
& auffi effentiel à la liberté publique
» qu'à la ftabilité de la Couronne , l'Etat ,
» le Peuple , la raifon publique , tout
» Citoyen qui veut préferver la France
» de dégénérer très - promptement en République
, réclameront contre vous-
» même , ce concours que vous abdiquez :
» ils en ont le droit , parce qu'ils font
» libres , & qu'une erreur du Monarque
» ne peut prévaloir fur la leçon de l'ex-
» périence , ni fur l'autorité de la fagefle
» univerfelle . »>
>>
M. Thouret répondit au Roi dans le
même ftyle que S. M. avoit écrit . Quinze
jours après avoir affirmé à la Tribune ,
que la Conftitution périroit , puifqu'on
excluoit lui M. Thouret & fes amis du
Ministère , il eft venu entretenir le Roi &
l'Audience , de l'impériable autorité de la
Conftitution librement difcutée : il a emphatiquement
cité l'exécution la plus complette
des Décrets dans toutes les parties de l'Empire.
Ce ton d'affurance , démenti dans
toutes les parties de l'Empire , par des évènemens
de notoriété publique , eft bien
peu afforti à la gravité d'un moment fi
foleminel , & à la jufteffe d'expreffion qui
convient à un Préfident , à qui les déclamations
de Rhétorique font rigoureuſement
interdites .
7318 )
..Et où exifte cette exécution complete dont
parle M. Thouret ? Eft- ce à Toulon , au
milieu des morts & des bleffés qui fe font
fufillés à la face de la Municipalité & des
Directoires ébahis ? Eft-ce à Marſeille où
deux particuliers ont été affommés &
maffacrés impunément , comme des Arif
tocrates qui vendoient aux petits enfans
des dragées empoifonnées , pour com
mencer la contre révolution ? Eft - ce à
Arles en infurrection , dont le fiége eft
peut-être commencé en ce moment ? Eft- ce
à Bayeux , où le fear Fauchet , Evêque
Conftitutionnel , décrété de prife de-corps ,
& pourfuivi même par ordre de l'Affenblée
nationale , a reçu les honneurs du
triomphe , de la Préfidence , & de la Dé
putation à la Légiflature ? Est- ce à Blois ,
où le Commandant dévoué à la mort pour
avoir tenté l'exécution des Décrets , a été
forcé de renvoyer un régiment fidèle , &
de fe foumettre à un bataillon licentieux ,
foutenu du Club , de la Municipalité &
de la Garde nationale ? Eft- ce à Nifmes ,
où le régiment de Dauphiné quittant la
ville par ordre du Miniftre , a reçu du
Peuple ordre de défobéir au Miniftre , & de
refter ; où il eft refté par complaifance pour
ces braves Amis de la Conftitution qui l'aiderent
, il y a quelques mois , à fe débarraffer
de fes Officiers ? Ef- ce dans ces régimens ,
( 319 )
que les Officiers ont été forcés , le piftolet
fur la poitrine , d'abandonner pour faire
place aux Amateurs ? Eft-ce à Touloufe où,
à la fin d'Août , les Corps Adminiftratifs
ont ordonné à tous les Prêtres non-affermentés
de fortir dans trois jours de la ville ,
& de fe retirer à quatre lieues ? Eft- ce dans
la banlieue de cette même ville de Touloufe
, où le 28 Acût , fuivant le rapport
de plufieurs Feuilles publiques & notamiment
du Courier d'Avignon , ( du 13 Septembre
) , un Officier Municipal a été pendur
au reverbère , à la fuite d'une rixe à coups
de fufils ? Eit ce enfin , dans le paiement
des impofitions , dans le refpect des propriétés
, dans la ceffation du vol des rentes
foncières , dans la tolérance des Catholiques
Romains , dans le retour de la sûreté
publique & particulière , dans l'énergie de
la police , dans l'indépendance des Tribunatix
, dans la vigueur légale des Munici
palités , dans la fubordination de l'armée ,
dans la liberté des opinions , dans la retenue
des Pouvoirs publics & leur obéiffance
au Chef de l'Etat , que M. Thouret
a rencontré cette exécution complette ?
Qu'il interroge fon comité des rapports ,
& ces Miniftres dont l'Affemblée a fait des
efclaves , & qui la fervent en efclaves ,
en lui déguifant les malheurs & les défobéiffances
, pour l'avilir de leurs flatteris
, & la tromper par des illufions.
( 320 )
L'heureux décret qui a fuivi l'accepta,
tion du Roi , & qui ouvre les prifons à cette
foule de détenus , entaffés par les lettres - decachet
de l'inquifition civile , eft un acte de
justice , & point de grace on n'accorde
d'amnistie qu'à des coupables ; or , le pream
bule même du Décret , certifie l'innocence
de tous ces prétendus criminels de lèfe- nation
, puifqu'il fe borne à leur attribuer
des marques d'oppofition contre la volonté
nationale , avant qu'elle fûs généralement
reconnue. Cet aveu porte une fentence de
réprobation contre les Comités des Recherches
, & les déclare coupables de tyrannie.
Cependant , nulle Loi ne les abolit ,
comme aucune Loi ne les a conftitués , &
ils fubfifteront pour l'honneur du nouveau
régime , & pcu le maintien de la liberté.
MM. de Choifeul de Damas , de Floriac ,
les trois Gardes du Corps arrêtés avec le
Roi , MM . Guillin , d'Efcars , Terraffe,
Bonne- Savardin , & quelques milliers d'individus
de tout état , dont régorgeoient
les Baftilles conftitutionnelles , en font fortis
, ou en fortiront.
Dimanche dernier , la Conſtitution a
été proclamée folemnellement dans les
carrefours, & au Champ- de-Mars , au bruit
des falves d'artillerie. Le foir , il y a eu Fête.
publique , c'est-à-dire , un Aéroftat lancé ,
illuminations, Feu d'artifice, Orcheſtres aux
Tuileries & dans les Champs Elifées. Nous
( 321 )
laiffons les defcriptions , & le detail de ces
réjouiffances aux Gazettes , qui font là- def
fus de fort belles phrafes. Le Roi , la Reine
& leurs Enfans font allés en voiture aux
Champs Elifées , & le cri de vive le Roi
a été mêlé fouvent à celui de vive la Nation
& de vive la Fayette. En général l'allégreffe
du Peuple a été fort tempérée : nous
n'y avons apperçu nulle part ce caractère de
gaîté vive & effervefcente qui le diftingue ,
Depuis un mois , les Electeurs de Paris
balottent des Candidats , & ils n'en font
encore qu'à leur 15. Député . M. Briffot
dit Warville a enfin été nommé : les autres
Députés élus après lui dans la huitaine dernière
, font MM. Hérault de Sechelles
Thorillon , ci- devant Procureur , Filaffier ,
Arborifte, Godard,Avocat, & l'Abbé Mulot,
fameux par fes relations avecBette d'Etienville
dans l'affaire du Collier , & par fa campagne
d'Avignon. Un homme encore plus illuftre
dans les troubles du Comtat , le compagnon,
le Panégyrifte de Jourdan coupe - tête & autres
Héros du midi , M. Antonelle , Maire
d'Arles , eft auffi nommé Député . Chaſſé
d'Arles où l'on le regardoit comme un incendiaire
, le Corps Electoral des Bouches
du Rhône en a fait un Législateur. Les choix
du Département de la Gironde font , à ce
qu'on nous mande de Bordeaux , conformes
aux temps & à l'efprit des. Clubs les
plus exaltés . M. Cavelier , Procureur
( 322 )
fyndic de la Commune de Breft dé
noncé à l'Affemblée , & enfuite publiquement
par M. d'Albert de Rioms , comme le
principal fauteur des rébellions de l'eſcadre ,
eft encore élu . Nous avons our parler avec
éloge de quelques - unes des nominations du
Département , d'ailleurs fort fage , de l'Ardèche
, de celui de l'Ain qui s'eft conduit
avec prudence & modération , de ceux de
l'Yonne & du Haut- Rhin. Mais en général ,
la Légiflature offrira très - peu de Propriétaires
, affez confidérables pour fournir
la garantie de l'éducation , des lumières,
des talens cultivés , & fur-tout de l'amour
de l'ordre , de la paix , de la ftabilité des
Loix. On y comptera à vue d'oeil , plus de
foo Avocats , ou gens de Loi de toute
couleur.
P. S. Al'inftant , nous recevons la copie
authentique d'une lettre écrite au Roi , par
MONSIEUR & par M. le Comte d'Artois ,
en lui envoyant la Déclaration fignée à
Pilnitz, M. le Prince de Condé , fon fils
& fon petit-fils , ont joint une lettre analogue
à celle des Frères du Roi : les voici
l'une & l'autre.
ес
SIRE NOTRE FRÈRE ET SEIGNEUR ,
Lorfque l'Affemblée qui vous doit l'exiftence
, & qui ne l'a fait fervir qu'à la deſtruction
de votre pouvoir , ſe croit au moment de con(
323 )
fommer fa coupable entreprife ; lorſqu'à l'indignité
de vous tenir captif au milieu de votre
Capitale , elle ajoute la perfidie de vouloir que
vous dégradiez votre trône de votre propre
main ; lorfqu'elle ofe enfin vous préfenter l'option
, ou de fouferire des décrets qui feroient le
malheur de vos Peuples , ou de cefler d'être Roi ,
Nous nous empreffons d'apprendre à Votre Ma
efté que les Puiffances dont nous avons reclamé
pour Elle le fecours , font déterminées à y em
pleyer leurs forces , & que l'Empereur & le Roi
de Pruffe viennent d'en contracter l'engagement
mutuel . Le fage Léopold , auffitôt après avoir
afuré la tranquillité de les états & amené celle
de l'Europe , a figné cet ergagement à Pilnitz ,
le 27 du mois dernier , conjointement avec le
digne fucceffeur du grand Frédéric ; ils en ont
remis l'original entre nos mains ,
& pour le faire
parvenir à votre connoiffance nous le ferons
imprimer à la fuite de cette lettre , la publicité
tant aujourd'hui la feule voie de communica
tion dont vos cruels oppreffeurs n'aient pu nous
priver .
ל כ
?
Les autres Cours font dans les mêmes difpo
Girions que celles de Vienne & Berlin . Les Prines
& Etats de l'empire ont déjà proteſté dans
des actes authentiques , contre les léfions faites
à des droits qu'ils ont réfolu de foutenir avec
igueur. Vous ne fauriez douter , Sire , du vif
ntérêt que les Rois Bourbons prennent à votre
itsation ; Leurs Majeftés Catholiques & Siciiennes
en ont donné des témoignages non équi
voques . Les généreux fentimens du Roi de Sardaigne
, notre beau -père , ne peuvent pas être
ncertains. Vous avez droit de compter fur ceux
des Suiffes , les bons & anciens amis de la
( 324 )
France . Jufques dans le fond du Nord , un Roi
magnanime veut auffi contribuer à rétablir votre
autorité ; & l'immortelle Cathérine , à qui aucun
genre de gloire n'eft étranger , ne laiffera pas
échapper , celle de défendre la cauſe de tous
les Souverains . »
ce Il n'eft point à craindre que la Nation Britannique
, trop généreuse pour contrarier ce
qu'elle trouve jufte , & trop éclairée pour ne pas
d: firer ce qui intéreffe fa propre tranquillité ,
veuille s'opposer aux vues de cette noble &
irréfiftible Confédération . ɔɔ
« Ainfi , dans vos malheurs , Sire ; voas
avez la confolation de voir toutes les Puiffances
confpirer à les faire ceffer , & votre fermeté
dans le moment critique où vous êtes , aura
pour appui l'Europe entière . » .
ce Ceux qui favent qu'on n'ébranle vos réfo
lutions qu'en attaquant votre fenfibilité , voudront
fans doute vous faire envifager l'aide des
Puiffances étrangères comme pouvant devenir
funefte à vos fujets ; ce qui n'eft que vue
auxiliaire , ils le traveftiront en vue hoftile &
vous peindront le Royaume inondé de fang ,
déchiré dans toutes fes parties , menacé de démembremens.
C'eft ainfi qu'après avoir toujours
employé les plus fauffes alarmes pour
caufer les maux les plus réels ils veulent le
fervir encore du même moyen pour les perpétuer.
C'eft ainfi qu'ils efpèrent faire fupporter
les fléaux de leur odieufe tyrannie , en faiſant
croire que tout ce qui la combat, conduit au plus
dur cfclavage .
: ce Mais , Sire , les intentions des Souverains
qui vous donneront des fecours , font auffi
droites,
4
( 325 )
droites , auffi pures que le zèle qui nous les
fait folliciter ; elles n'ont rien d'effrayant ni
pour l'état , ni pour vos peuples . Ce n'est point
les attaquer , c'eft leur rendre le plus fignalé
de tous les fervices que de les arracher au
defpotifme des démagogues & aux calamités de
l'anarchie . Vous vouliez affurer plus que jamais.
la liberté de vos fujets , quand des féditieux
vous ont ravi la vôtre ce que nous faifons
pour parvenir à vous la rendre , avec la meſure
d'autorité qui vous appartient légitimement
ne peut être fufpect de volonté oppreffive . C'eft
au contraire venger la liberté , que de réprimer
la licence ; c'eſt affranchir la Nation que de rétablir
la force publique fans laquelle elle ne peut être
libre. Ces principes , Sire , font les vôtres ; le
nême efprit de modération & de bienfaifance
qui caractériſe toutes vos actions , fera toujours
la règle de notre conduite ; il eft l'ame de
toutes nos démarches auprès des Cours étrangères
, & dépofitaires de témoignages pofitifs
des vues aufli généreufes qu'équitables qui les
animent • nous pouvons garantir qu'elles n'ont
d'autre defir , que de vous remettre en poffeffion
du gouvernement de vos états , pour que vos
Peuples puiffent jouir en paix des bienfaits que
vous leur avez deftinés . " "
« Si les rebelles oppofent à ce defir une réfistance
opiniâtre & aveugle , qui force, les armées
étrangères de pénétrer dans le Royaume ,
ux feuls les y auront attirées ; fur eux feuls
réjailliroit le fang coupable qu'il feroit nécesfaire
de répandre , la guerre feroit leur ouvrage :
le but des Puillances confédérées n'eft que de
foutenir la partie faine de la Nation , contre la
partie délirante , & d'éteindre au fein du Royaume
No. 39. 24 Septembre 1791. P
( 326 )
le volcan de fanatifme dont les éruptions propagées
menacent tous les Empires. »
« D'ailleurs , Sire , il n'y a pas lieu de croire
que les François , quelque foin qu'on prenne
d'enflammer leur bravoure naturelle en exaltant ,
en électriſant toutes les têtes par des prestiges
de patrioti(me & de liberté , veuillent long-temps
facrifier leur repos ,
leur biens & leur fang
pour foutenir une innovation extravagante qui
n'a fait que des malheureux. L'ivreſſe n'a qu'un
temps ; les fuccès du crime ont des bornes ; &
on fe laffe bientôt des excès , quand on en eft
foi-même victime. Bientôt on ſe demandera
pourquoi l'on fe bat : & l'on verra que c'eft
pour fervir l'ambition d'une troupe de factieux
qu'on méprife , contre un Roi qui s'est toujours
montré jufte & humain ; pourquoi l'on fe ruine :
& l'on verra que c'eft pour affouvir la cupidité
de ceux qui fe font emparés de toutes les richeffes
de l'Etat , qui en font le plus déteftable .
uſage , & qui , chargés de reftaurer les finances
publiques , les ont précipitées dans un abyme
épouvantables ; pourquoi l'on viole les devoirs
les plus facrés : & l'on verra que c'est pour
devenir plus pauvres , plus fouffrans, plus vexés ,
plus impofés qu'on ne l'avoit jamais été ; pourquoi
on bouleverfe l'ancien gouvernement : & ,
l'on verra que c'eft dans le vain efpoir d'en introduire
un , qui , s'il étoit praticable , feroit mille .
fois plus abufif , mais dont l'exécution eft abfolument
impoffible ; pourquoi l'on perfécute les
Miniftres de Dieu : & l'on verra que c'eft
favorifer les deffeins d'une fecte orgueilleufe
pour
qui a réfolu de détruire toute religion , & par
conféquent de déchaîner tous les crimes.
CC
Déjà même toutes ces vérités font devenues
( 327 ) .
fenfibles ; déjà le voile de l'impofture fe déchire
de toutes parts , & les murmures contre l'Affem,
blée qui a ufurpé tous les pouvoirs & anéanti
zous les droits , s'étendent d'une extrémité du
Royaume à l'autre . »
« Ne jugez pas , Sire , de la difpofition du plus
grand nombre , par les mouvemens les plus
Eurbulens ; ne jugez pas le fentiment national
d'après l'inaction de la fidélité & fon apparente
Indifférence , lorfque vous fùtes arrêté à Vaennes
, & qu'une troupe de fatellites vous reconduifit
à Paris . L'effioi glaçoit alors tous les
fprits , & faifoit regner un morne filence . Ce
qu'on vous cache , ce qui dénote bien mieux le
changement qui s'eft fait & fe fait de jour en
Jour , dans l'opinion , ce font les marques de
mécontentemens qui percent dans toutes les
Provinces , & qui n'attendent 'un appui pour
éclater davantage ; c'eft la demande que plufieurs
départemens viennent de former pour que,
TAffemblée ait à rendre compte des fommes,
immenfes qu'elle a dilapidées depuis fa geftion ;,
c'eft la frayeur que fes chefs laiffent apper-,
cevoir , & leurs tentatives réitérées pour entrer
en accommodement ; ce font les plaintes du
commerce & l'explofion récente du défeſpoir de
nos Colonies ; c'eft enfin la pénurie abfolue du
numéraire , le refus des contribuables de payerles
impôts , l'attente d'une banqueroute prochaine
la défection des troupes qui , victimesde
tous les genres de féductions , commencent
à s'en indigner ; & le progrès toujours croiffant
des émigrations. Il cft impoffible de fe méprenfre
à de pareils fignes , & leur notoriété eft telle ,
que l'audace même des féducteurs du Peuple ne
lauroir en contefter la vérité . »
P 2
( 328 )

« Ne croyez donc pas , Sire , aux exagérations
des dangers par lefquels on s'efforce de vous
effrayer. On fait que , peu fenfible à ceux qui
ne menaceroient que votre Perfonne YOUS
Fêtes infiniment à ceux qui tomberoient far vos
Peuples , ou qui pourroient frapper des objets
chers à votre coeur ; & c'eft fur eux qu'on a
lá barbarie de vous faire frémir continuelle
ment , en même tems qu'on a l'impudence de
vanter votre liberté . Mais depuis trop long tems
on abufe de cet artifice , & le moment eft venu
de rejetter fur les factieux qui vous outragent ,
F'arme de la terreur qui jufqu'ici a fait toute leur
force. »
« Les grands forfaits ne font point à craindre ,
lorfqu'il n'y a aucun intérêt à les commettre ,
ni aucun moyen d'éviter , en les commettant ,
une punition terrible . Tout Paris fait , tost
Paris doit favoir , que fi une fcélérateffe fanatique
ou foudoyée , ofoit attenter à vos jours
ou ceux de la Reine , des armées puiffantes ,
chaffant devant elles une milice foible par indifcipline
, & découragée par les remords , vien
droient auffitôt fondre fur la ville impie qui
auroit attiré fur elle la vengeance du ciel &
l'indignation de l'Univers . Aucun des coupables
ne pourroit alors échapper aux plus rigoureux
fupplices donc aucun d'eux ne voudra s'y ex
pofer. »
Mais i la plus aveugle fureur atmoit un bras
parricide , vous verriez , Sire , n'en doutez pas,
des milliers de Citoyens fidèles , fe précipiter
autour de le Famille Royale , vous couvrir, s'il
le falloit , de leurs corps , & verſer tout leur
fang pour défendre le vôtre... Eh ! pourquoi
cefferiez-vous de compter fur l'affection d'un
( 329 )
Peuple dont vous n'avez pas ceffé un feul moment
de vouloir le bonheur ? >
« Le françois fe laifle facilement égarer : mais
facilement auffi il rentre dans la route du devoir
; les moeurs font naturellement trop douces
pour que fes actions foient long- tems féroces
& fon amour pour les Rois eft trop enraciné
dans fon coeur , pour qu'une illufion funefte air'
pu l'en arracher entièrement . »
« Qui pourroit être plus porté que nous à
concevoir dés alarmes fur la fituation d'un Frère
tendrement chéri ? Mais au dire même de vos
plus téméraires oppreffeurs , ce refus du réſumé
conftitutionnel que nous apprenons vous avoir
été préfenté par l'Affemblée le trois de ce mois ,
ne vous expoleroit qu'au danger d'être deftitué par
elle , de la Royauté. »

« Or ce danger n'en eft pas un. Qu'importe
que vous ceffiez d'être Roi aux yeux des factieux
, lorfque vous le feriez plus folidement &
plus glorieufement que jamais , aux yeux de toute
l'Europe & dans le coeur de tous vos fujets
fidèles ? Qu'importe que par une entrepriſe infenfee
, on ofât vous déclarer déchu du trône
de vos ancêtres , lorfque les forces combinées
de toutes les Puiffances font préparées pour vous
y maintenir & punir les vils ufurpateurs qui en
auroient fouillé l'éclat ? »
"
Le danger feroit bien plus grand , fi en
paroiffant confentir à la diffolution de la Monarchie
, vous paroiffiez affoiblir vos droits perfonnels
aux fecours de tous les Monarques , &
fi vous fembliez vous féparer de la caufe des
Souverains en confacrant une doctrine qu'ils font
obligés de proferire, Le péril augmenteroit en
proportion de ce que vous montreriez moins de
P. 3.
( -330. );
confiance dans les moyens préfervateurs ; ilaugmenteroit
à mefure que l'impreffion du caractère
augufte qui fait trembler le crime aux
pieds de la Majefté Royale dignement foutenue ,
perdroit de fa force ; il augmenteroit lorfque.
T'apparence de l'abandon des intérêts de la religion
pourroit exciter la fermentation la plus redoutable.
Il augmenteroit enfin , fi vous réfignant
à n'avoir plus que le vain titre d'un Roi fans
pouvoir , vous paro ffiez , au jugement de l'univers
, abdiquer la couronne dont chacun fait que
la confervation exige ceile des droits inalienables
qui y font effentiellement inhérens . »
«
Le plus facré des devoirs , Sire , ainfi que le
plus vif attachement , nous portent à mettre fous
vos yeux toutes ces conféquences dangereufes
de la moindre apparence de foibleffe , en même
ems que nous vous préfentons la maffe des forces
impofantes qui doit être la fauve- garde de votre
fermeté, OD
"
» Nous devons encore vous annoncer , & même
nous jurons à vos pieds , que fi des motifs qu'il
nous eft impoffible d'appercevoir , mais qui ne
pourroient avoir pour principe que l'excès de la
violence & une contrainte qui pour être déguilée
n'en feroit que plus crucile , forçoient votre
main de foufcrire une acceptation que votre
coeur rejette , que votre intérêt & celui de vos
peuples repouffent , & que votre devoir de Rol
yous interdit expreffément , nous protefterions,
à la face de toute la terre , & de la manière la
plus folemnelle , contre cet acte illufoire & tout
ce qui pourroit en dépendre ; nous démontresions
qu'il eft nul par lui-même , nul par le
défaut de liberté , nul par le vice radical de
toutes les opérations de l'Affemblée pfurpatrice
1
( 331 )
qui , n'étant pas Aflemblée d'Etats-Généraux
neft rien. Nous fommes fondés fur les droits
de la nation entière , à rejetter des décrets dias
métralement contraires à fon voeu exprimé pat
l'unanimité de fes cahiers ; & nous défavouerions
pour elle , des mandataires infidèles qui ,
en violant fes ordres & transgreffant la miffion
qu'elle leur avoit donnée , ont ceffé d'être fes
représentans . Nous foutiendrions , ce qui eſt
évident , qu'ayant agi contre leur titre , ils ont
agi fans pouvoir , & que ce qu'ils n'ont pu faire
légalement , ne peut être accepté validement . » ›
Notre proteftation fignée avec nous , par
tous les Princes de votre fang qui nous font
réunis , feroit commune à toute la maiſon de
Bourbon à qui les droits éventuels à la couronne
impofent le devoir d'en défendre l'augufte dé
pôt. Nous protefterions pour vous même , Sire ,
en proteftant pour vos Peuples , pour la religion
, pour les maximes fondamentales de la
monarchie , & pour tous les ordres de l'Etat. »
« Nous protefterions pour vous & en votre nom ,
contre ce qui n'en auroit qu'une fauffe empreinte
Votre voix étant étouffée par l'oppreffion , nous
en ferions les organes néceffaires & nous
exprimerions vos yrais fentimens , tels qu'ils font
confignés au ferment de votre avenerbent au
Trône , tels qu'ils font conftatés par les actions
de votre vie entière tels qu'ils fe font montrés
dans la déclaration que vous avez faite au
premier moment que vous vous êtes cru libre.
Vous ne pouvez pas , vous ne devez pas en
avoir d'autres ; & votre volonté n'existe que
dans les actes ou elle refpire librement .
C
Nous protefterions pour vos Peuples , qui
dans leur délire ne peuvent appercevoir com
( 332 )
u'on bien ce fantôme de conftitution nouvelle qu'e
fait briller à leurs yeux , & aux pieds duquel
on les a fait jurer vainement , leur deviendroit
funefte. Lorsque ces Peuples ne connoiffant
plus ni leur chef légitime , ni leurs intérêts les
plus chers , fe laiffent entraîner à leur perte ;
lorfqu'aveuglés par de trompeufes promeffes
ils ne voient pas qu'on les anime à détruire
eux- mêmes les gages de leur sûreté , les foutiens
de leur repos , les principes de leurs fubfiftances
& tous les liens de leur affociation
civile , il faut en réclamer pour eux le réta
bliffement , il faut les fauver de leur propre
frénèfie.
2
"
cé Nous proteftérions pour la religion de nos
pères , qui eft attaquée dans fes dogmes & dans
fon culte comme dans fes Miniftres ; & fuppléant
à l'impuiflance où vous fetiez de remplir - vous
même en ce moment , vos devoirs de Fils aîné
de l'Eglife , nous prendrions en votre nom , la
défente de fes droits , nous nous oppofefions
à des fpoliations qui rendent à l'avilir ; nous
nous éléverions avec force contre des actes qu
menacent le Royaume des horteurs du fchifme ,
& nous profefferions hautement notre attachement
inalterable aux règles eccléfiaftiques ad
miles dans l'Etat , defqueles vous avez juré de
maintenir Fobfervation.
1
Nous protefterions pour les maximes fondamentales
de la monarchie dont il ne vous eft
pas permis Sire , de vous départir ; que la
Nation elle-même a déclaré inviolable ; & qui
feroient totalement renversées par les décrets
qu'on vous préfente 3 fpécialement par ceux
qui en excluant le Roi de tout exercice du
pouvoir législatif , aboliffent la royauté même ;
( 333 )
par ceux qui en détruifent tous les foutiens en
fupprimant tous les rangs intermédiaires ; par
ceux qui en nivelant tous les états , anéantiflent
jufqu'au principe de l'obéiffance ; par ceux qui
enlèvent au Monarque les fonctions les plus
effentielles du gouvernement Monarchique , on
qui le rendent fubordonné dans celles qu'ils lui
laiffent
; par ceux enfin , qui ont armé le peuple ,
qui ont annulé la force publique , & qui , en
confondant tous les pouvoirs , ont introduit en
France la tyrannic populaire.
Nous proteíterions pour tous les ordres de
l'Etat , parce qu'indépendamment de la fuppreffi
intolérable & impoffible , prononcée
contre les deux premiers ordres , tous ont été
lezés , vexés , dépouillés ; & nous aurions à
réclamer tout- à- la fois les droits du Clergé qui
n'a voulu montrer une ferme & généreule réfiftance
que pour les intérêts du ciel & les
fonctions du faint miniſtère ; les droits de la
Nobleffe . qui , plus fenfible aux outrages faits
au Trône dont elle eft l'appui , qu'à la perfécution
qu'elle éprouve , facrifie tout pour ma
nifefter par un zèle éclatant , qu'aucun obſtacle
ne peut empêcher un Chevalier François de
demeurer fidèle à fon Roi , à fa patrie , à fon
honneur , les droits de la Magiftrature qui re
grette , beaucoup plus que la privation de fon
erat , de le voir réduite à gémir en filence de
l'abandon de la juftice , de l'impunité des crimes
& de la violation des Loix dont elle eft effen-:
tiellement dépofitaire ; enfin les droits des pof-
Lefleurs quelconques , puifqu'il n'eft point en
France de propriété qui été refpectée , point
de Citoyens honnêtes qui n'ayent fouffert .
Comment pourriez- vous , Sire , donner une ,
2
( 334 )
approbation fincère & valide à la prétendue
conftitution qui a produit tant de maux ?
Dépofitaire ufufruitier du Trône que vous
avez hérité de vos ayeux , vous ne pouvez ni
en aliéner les droits primordiaux , ni détruire la
bafe conftitutive fur laquelle il eft affis . >>
. Сс
ce Défenfeur né de la Religion de vos Etats,
yous ne pouvez pas confentir à ce qui tend à fa
ruine, & abandonner les miniftres à l'opprobre.
לכ
.cc Débiteur de la juftice à vos Sujets , vous ne
pouvez pas renoncer à la fonction effentiellement
royale de la leur faire rendre par des tribunaux
légalement conftitués , & d'en furveiller vousmême
l'adminiftration .
« Protecteur des droits de tous les Ordres
& des poffeffions de tous les Particuliers , Vous
ne pouvez pas les laiffer violer , & anéantir par
la plus arbitraire des oppreffions ..
CC
לכ
Enfin , Père de vos Peuples , vous ne pouvez
pas les livrer au défordre & à l'anarchie. »
« Si le crime qui vous obfède , & la violence
qui vous lie les mains , né vous permettent
pas de remplir ces devoirs facrés , ils n'en
font pas moins gravés dans votre coeur en
traits ineffaçables , & nous accomplirions votre
volonté réelle , en fuppléant autant qu'il eft en'
nous,à l'impoſſibilité où vous feriez de l'exercer. »
¿ ce Duffiez-vous même nous le défendre , &
fuffiez-vous forcé de vous dire libre en nous
le défendant , ces défenfes , évidemment contraires
à vos fentimens , puifqu'elles le feroient aur
premiers de vos devoirs , ces défenfes , forties '
du fein de votre captivité , qui ne ceffera,
réellement que quand vos Peuples feront rentrés
dans le devoir , & vos troupes fous votre
obéiffance , ces défenfes , qui ne pourroient avoir
( 335 )
en
plus de valeur que tout ce que vous aviez fait
avant votre fortie , & que vous avez défavoué
enfuite ; ces défenfes enfin , qui feroient imprégnées
de la même nullité que l'acte approbatif
Contre lequel nous ferions obligés de protefter ,
e pourroient certainement pas nous faire trahir
otre devoir , facrifier vos intérêts , & manquer
ce que la France auroit droit d'exiger de
ous en pareille circonftance. Nous obéirions ,
ire , à vos véritables commandemens ,
éfiftant à des défenfes extorquées , & nous
erions fûts de votre approbation , en fuivant les
pix de l'honneur . Notre parfaite foumiffion
ous eft trop connue pour que jamais elle vous
aroiffe douteufe , Puffions- nous être bientôt au :
moment heureux où , rétabli en pleine liberté ,
ous nous verrez voler dans vos bras , y renoueller
l'hommage de notre obéiffance , & en
onner l'exemple à tous vos Sujets !
35
2
cc Nous fommes , Sire , notre Frère & Seide
Votre Majefté ,
neur,
Très-humbles & très - obéiffans Frères ,
Serviteurs &. Sujets , LOUIS -STANISLAS-
XAVIER , CHARLES PHILIPPE .
u Château de Schonburnfluft , près Coblence , le
10 Septembre 1791 .
ec
SIRE ,
Vos auguftes Frères ayant bien voulu nous
mmuniquer la lettre qu'ils adreffent à votre
ajefté , nous permettre de lui attefter nousêmes
que nous adhérons de coeur & d'efprit
tout ce qu'elle renferme ; que nous fommes
nétrés des mêmes fentimens ; animés des
êmes vues , inébranlables dans les mêmes
Tolutions. Le zèle dont ils nous donnent
( 336 )
Fexemple , eft inféparable du fang qui coule
dans nos veines , de ce fang , toujours prêt à
Le répandre pour le fervice de l'Etat , François
& Bourbons jufqu'au fond de l'ame , quelle doit
être notre indignation , lorfque nous voyons
de vils factieux ne répondre à vos bienfaits que
par des attentats , infulter à la Majeſté Royale ,
fronder tontes les Souverainetés , fouler zux
pieds les Loix divines & humaines , & prétendre
affeoir leur monftreux fyftême fur les ruines
de notre antique Conftitution & Toutes nos démarches
, Sire , font guidées par des Princes
dont la fageffe égale la valeur & la fenfibilité.
En fuivant leurs pas , nous fommes fûrs de
marcher avec fermeté dans le chemin de l'honneur
; & c'eft fous leurs nobles aufpices , que nous
renouvellons entre vos mains , comme Princes
de votre, fang, & comme gentilshommes François
, le ferment de mourir fidèles à votre fervice.
Nous périrons tous plutôt que de fouffrir
le triomphe du crime , l'aviliffement du Trône
& le renverſement de la monarchie. » ?
Sire ,
Nous fommes avec le plus profond reſpect ,
de votre Majeſté ,
Les très -humbles , très - obéiffans &
Très fidèles ferviteurs & fnjets ;
LOUIS JOSEPH DE BOURBON
LOUIS - HENRI JOSEPH De Bour-
BON , LOUIS - ANTOINE - HENRI
DE BOURBON.
A Worms , ce 11 Septembre.
( On a lu plus haut la Déclaration fignée
à Pilnitz ).
La fuite de l'article fur les Factions , au
Numéro prochain. )
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le