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1791, 07, n. 27-31 (2, 9, 16, 23, 30 juillet)
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Texte
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROI ;
COMPOSÉ & rédigé , quant à la partie
Littéraire , par MM.
MARMONTEL ,
DE LA HARPE &
CHAMFORT , tous trois
de
l'Académie
Françaiſe ; & par MM.
FRAMERY & BERQUIN , Rédacteurs.
M. MALLET DU PAN, Citoyen de Genève,
eft feul chargé de la partie
Hiftorique &
Politique.
SAMEDI 2
JUILLET 1791 .
PUBLIC
A
PARIS
Au Bureau du
MERCURE , Hôtel de Thou ;
rue des Poitevins , No. 18.
THE NEW YORK
PUBLIC LIERAARBLE GÉNÉRALE
335356 Du mois de Juin 1791 .
ASTOR, LSHOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
1003
PITRE.
Pa émon.
Charade , Enio. Logog.
Mémoires Miflor •ques .
O
DE
Le Réfeda,
Vers.
Charade, Enig. & Log.
Lettres.
ROMANCE.
Charade, Enig. Legog.
De la Balance , &c.
Traité.
3 Obfervations .
7 Variétés.
26
Notices.
79
49, Difcours h ftor`que.
3 *
3+9
41
62
Droits de l'Homme. 71
Varities.
༢༨
73
56 Notices. 77
8 Spectacles.
110
92 Mar étés.
113
94
108 Notices. 115
.I .
ERS.
A M. Roucher.
Vers.
Charle , En Log.
Merdottes
121 , La Légende dorée, 136
124
122! Spectacles
. 142
Variétés. 150
125
127 Notices, 153
A Paris , de l'Imprimerie de Moutard , rue
des Mathurins , Hôtel de Cluni.
MERCURE
DE FRANCE.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
É PIGRAMM E.
PAUL , ennemi de toute poésie ,
Trouve mauvais mon chef-d'oeuvre naïffant ;
Quoi qu'en cent licux à fa gloire on publie ,
Paul dit tout haut que ma Muſe eſt tranfie ,
Que mon Ouvrage eft froid & languifſant.
Poëte lâche & Profateur auftere ,
Paul , de rimer, blâme fort le travers :
Pour m'en guérir , le très- rufé confrere
s'y prend fort bien , car il m'écrit en vers
( Par M. Clottereau. }
A 2
MERCURE
LA RAISON ET LE PENCHANT ,
CONTE.
Vous ne concevez pas & comment & pourquoi
L'homme en fon propre fens eft contraire à luimême.
Je le conçois bien , mei.
Il est né fou , d'abord ; fot , enfuite , à l'extrême.
Voilà , foyons de bonne foi ,
Et le comment & le pourquoi.
Mais l'homme, direz- vous, cet être raifonnable....
Je vous dis qu'il eft fou. Cet être doux , aimable....
Je vous dis qu'il eſt ſot ,
Et tellement que je veux en un mot
Vous en convaincre . Ecoutez cette Fable.
Certaine fille un jour , le fait eft vraisemblable ,
Eut défir de fe marier.
Qui prendre ? qui choifir ? c'eft un point difficile.
Elle était libre , & pouvait s'allier
Au plus riche, au plus grand, au jeune , à l'imbéelle,
Ou bien au plus fpirituel ;
Enfin à celui-là pour qui dame Nature
Lui foufflerait un penchant naturel.
D'abord elle fe mit l'efprit à la torture .
Prendrai-je celui- ci ? prendrai-je celui-là ?
Le grand me fait trop peur ; le riche m'humilie ;
DE FRANCE. 5
1
Lejeuneefttropgaillard ; l'homme d'efprit m'ennuie.
Que reste-t-il après cela ?
L'imbécille Ah ! quelle figure !
Et que fon air fi plat eft de mauvais augure !
Non content d'être un vrai nigaud ,
Il eft joueur , dit-on , jaloux , menteur , colere....
Ah ! mon Dieu , le vilain magot !
Mais... par où ce magot
a-t-il donc fu me plaire ?
Voyons , comment a-t- il pu faire
Pour me ravir ma liberté ?
L'épouferai-je ? Oh ! non , en vérité.
Je ferais malheureafe on ne peut davantage ;
Je maudirais cent fois le jour ,
Et mon hymen & mon funeſte amour ;
Les larmes feraient mon partage ;
Mon corps friffonnerait feulement à le voir ;
Victime enfin d'un affreux efclavage ,
Oui , je mourrais de défeſpoir .
Comme elle finiffait , entre mon imbécille.
Il parla mariage , alors on s'excufa:
Il revint à la charge , on fit la difficile :
Il voulut fuir ..... on l'époufa.
( Par M. Levrier de Champ-Rion. )
A 3
MERCURE
LES SOLITAIRES DE MURCIE ,
CONTE MORA L.
J
Premiere Partie.
AVAIS pour ami un Suédois fi heureufement
organifé , fi fenfible aux beautés
de l'Art & à celles de la Nature , que
lorfqu'il nous rendait les impreffions qu'il
en avait reçues , fes récits reffemblaient
aux rêveries d'un Poëte. Dans la vie & ·
les moeurs des hommes , le beau moral
était pour lui une fource de voluptés ;
mais lors même qu'il en était le plus
charmé , fon émotion était paifible commeles
fonges d'un doux fommeil : c'était de
lui qu'on pouvait dire alors qu'il était
dans l'enchantement. Son ame était ravie ,
& fes fens étaient calmes ; fon langage.
feul exprimait l'ivreffe où il était plongé ;
encore dans fon langage . même , l'hyperbole
avait-elle de la naïveté . On ne concevait
pas , dans une ame exaltée , cette douceur
inaltérable on avait peine à fe perfuader
qu'un raviffement fi tranquille . au dehors
fût fincere ; & moi , tout accoutumé que
j'étais à le voir tous les jours le même
un naturel fi fingulier ne laiffait pas de
m'étonner.. Mais j'obfervais que ces élans
DE FRANCE. 7
de fenfibilité , ces mois involontairement
fublimes qui lui éraient familiers dans les
émotions du plaifir , ne lui venaient jamais
pour exprimer les peines : la douleur dans
fon ame était filencieufe , intérieure &
profonde c'eft le caractere de la mélancolie
d'exhaler doucement la joie & de renfermer
la douleur ; ce caractere était le fien .
Miniftre de la Cour de Suede à cellede
Madrid , le Comte de Creutz avait
parcouru ces belles Provinces d'Espagne
dont les deux mers baignent les bords ;
& dans fes lettres , il m'en avait parlé
comme d'un pays romantique : mais lorfqu'il
revint à Paris , il me les décrivit
avec plus de détail & encore plus d'enthoufiafme.
Je me plaifais à voir fon imagination
embellir fa mémoire , & je lui demandais
comment , fi les peintures étaient
fidelles , on n'allait pas en foule habiter
ces heureux clima's : Ah ! me dit-il , c'eft
que les hommes font des plantes , & qu'ils
prennent racine au lieu où i's font nér.
Un jour que je le plaifantais for l'air
poétique & fabuleux qu'il donnait - aux
defcriptions de la Grenade & de la Murcie
: Que ferait - ce donc , me dit- il , fi je
fije
vous racontais ce qui m'y eft arrivé ? Vous
diriez bien , c'eft un Roman ; ce ne ferait
pourtant que la vérité toute fimple.
Je le preffai , comme vous croyez bien ,
de me conter fon aventure , & il ne me fit
pas languir.
A 4
MERCURE
Je parcourais lentement , me dit- il , les
fertiles confins de ces belles Provinces
incertain fi j'étais plus attiré par les charmes
de celle que je venais voir , que re
tenu par les délices de celle que j'allais
quitter ; lorfque dans un village appelé
Molina , peu éloigné de Carthagene , j'entendis
parler d'un Sauvage qui , depuis
neuf ans , vivait feul fur l'une des monragnes
qui bordent le vallon où ferpente
la Ségura. Ce Solitaire , me difait- on , eft
jeune encore : il a l'air fombre & trifte ;
mais quoiqu'une barbe touffue & des cheyeux
épais laiffent à peine vcir les traits
de fon vifage , ce que l'on en découvre
& un air de nebleffe qu'on remarque dans
fa ftature & dans fes mouvemens , font
foupçonner que ce n'eft pas un homme du
commun. Il n'eft guere acceffible que pour
un Payfan d'un village voifin , lequel va
prendre dans fa cabane les aromates qu'il
a cueillis , & ya les vendre à Carthagene .
C'eft du produit de ce petit négoce que
le Solitaire tire fa fubfiftance ; & il y ajoute
la culture d'un jardin qu'on dit être fort
curieux par la variété des fimples qu'il y
a rafflemblés .
J'ai fait dans ma jeuneffe , continua
mon Suédois , une étude particuliere de
l'hiftoire de la Nature ; car fon fein eft de
tous les Livres le plus intéreffant pour
inci ; & en Butanique , j'ai eu pour Maître
DE FRANCE. 9
notre célebre Linnéus. Encore tout plein
de fes leçons & de l'amour qu'il m'avait
infpiré pour cette Science attrayante , je
me fentis un vif défir de voir le fage Solitaire
qui en faifait fa richelle ; & prétextant
d'avoir à faire emplette d'une collection
de plantes , je m'acheminai vers le
fommet de la montagne qu'il habitait. Là ,
pour ne pas l'effaroucher , dès que j'apperçus
fa cabane , je renvoyai le Guide qui
m'y avait conduit.
La cabane était fituée entre deux cimes
de la montagne , & le jardin occupait l'efpace
du vallon qu'elles enfermaient. Le
Solitaire y travaillait lorfque je m'avançai
vers lui . Il témoigna quelque furpriſe de
me voir ; & d'un air grave , mais accueillant
, il me demanda quel deffein pouvait
m'amener dans ce lieu. Je fuis , lui dis-je,
un Etranger qui voyage dans ces contrées :
j'aime la Botanique , & je compofe une
collection des aromates de vos climats . J'ai
appris que vous en faifiez une étude favante
& un petit commerce ; je viens vous
demander la préférence fur les Négocians
'à qui vous les vendez. Sage Solitaire
ajoutai-je , peut - être l'homme illuftre qui
a bien voulu m'inftruire dans la Science
que vous aimez , ne vous eft - il pas inconnu
; je fuis Difciple de Linnéus.
O merveille de la Science ! d'une extrémité
de ce monde à l'autre , la renommée
A s
10 MERCURE :
:
> des
fair à un homme des admirateurs
amis fon nom feul fait chérir , honorer
fes Difciples ; fon école eft par- tout où fes
lumieres peuvent s'étendre ; le refpect qu'il
infpire e comme une espece de culte ;
& vous allez voir à quel point de vénération
ce culte peut aller.
, Heureux mortel , me dit le Solitaire.
vous qui , fans doute , né dans le même
climat que le vrai Salomon du Nord, avez
pu le voir & l'entendre , fi vous le revoyez.
encore cet Oracle de la Nature , dites-lui
que fur l'autre bord du continent , on l'écoute
& on le révere ; dites- lui que dans
les montagnes où long - temps ont régné
les Maures , fur les confins de la Grenade
& de la Murcie , un Solitaire fait fes
délices de fes écrits.
Ce langage à mon tour m'émur d'étonnement.
Je parcourus avec le Botanifte ce
jardin où il raffemblait tous les tréfors du
regne végétal nous herborisâmes enfemble
fur la pente de la montagne ; il parut
me trouver inftruit , me confulta même
flus d'une fois en déférant à mes lumieres
; & après une affez longue promenade,
il me propofa de venir me repofer dans fa
cabane.
Un mur de terre , enceint d'une haie
vive & couvert d'un toit de ramée , en
formait l'édifice ; pour meubles , j'y vois
au dedans une table & deux fiéges groffieDE
FRANCE. 9
notre célebre Linnéus . Encore tout plein
de fes leçons & de l'amour qu'il m'avait
infpiré pour cette Science attrayante , je
me fentis un vif défir de voir le fage Solitaire
qui en faifait fa richelle ; & prétextant
d'avoir à faire emplette d'une collection
de plantes , je m'acheminai vers le
fommet de la montagne qu'il habitait. Là ,
pour ne pas l'effaroucher , dès que j'apperçus
fa cabane , je renvoyai le Guide qui
m'y avait conduit .
La cabane était fituée entre deux cimes
de la montagne , & le jardin occupait l'efpace
du vallon qu'elles enfermaient. Le
Solitaire y travaillait lorfque je m'avançai
vers lui. Il témoigna quelque furpriſe de
me voir ; & d'un air grave , mais accueillant
, il me demanda quel deffein pouvait
m'amener dans ce lieu. Je fuis , lui dis-je,
un Etranger qui voyage dans ces contrées :
j'aime la Botanique , & je compofe une
collection des aromates de vos climats. J'ai
appris que vous en faifiez une étude favante
& un petit commerce ; je viens vous
demander la préférence fur les Négocians
'à qui vous les vendez. Sage Solitaire ,
ajoutai-je , peut - être l'homme illuftre qui
a bien voulu m'inftruire dans la Science
que vous aimez , ne vous eft - il pas inconnu
; je fuis Difciple de Linnéus.
O merveille de la Science ! d'une extrémité
de ce monde à l'autre , la renommée
A s
13 MERCURE :
:
fait à un homme des admirateurs , des
amis fon nom feul fait chérir , honorer
fes Difciples ; fon école eft par- tout où fes
lumieres peuvent s'étendre ; le refpect qu'il
infpire e comme une efpece de culte ;
& vous allez voir à quel point de vénération
ce culte peut aller.
Heureux mortel , me dit le Solitaire
vous qui , fans doute , né dans le même
climat que le vrai Salomon du Nord, avez
pu le voir & l'entendre , fi vous le revoyez.
encore cet Oracle de la Nature , dites-lui
que fur l'autre bord du continent , on l'écoute
& on le révere ; dites-lui que dans
les montagnes où long - temps ont régné
les Maures , fur les confins de la Grenade
& de la Murcie , un Solitaire fait fes
délices de fes écrits .
Ce langage à mon tour m'émur d'étonnement.
Je parcourus avec le Botanifte ce
jardin où il raffemblait tous les trésors du
regne végétal : nous herborisâmes enfemble
fur la pente de la montagne ; il parut
me trouver inftruit me confulta même
Flus d'une fois en déférant à mes lumieres
; & après une affez longue promenade,
il me propofa de venir me repofer dans fa
cabane .
و
Un mur de terre , enceint d'une haie
vive & couvert d'un toit de ramée , en
formait l'édifice ; pour meubles , j'y vois
au dedans une table & deux fiéges groffieDE
FRANCE. 13
difciple lui dis-je en l'embraffant , vous y
comptez´au moins les peines de l'amour ?
A ces mots , fon vifage reprit la gravité
qu'il avait eue en m'abordant ; & par un
moment de filence interrompant ce dialogue
, il ouvrit fon Herbier & me pria d'y
voir ce qui pouvait me convenir.
Je fentis vivement que je venais d'être
indifcret en mettant le doigt fur fa plaie.
Je ne fis pourtant pas femblant de remarquer
la diverfion brufque qu'il faifair à
mes queſtions ; & parcourant avec lui le
recueil des fimples qu'il avait claffés fuivant
la méthode de Linnéus , je me donnai
le temps de raffurer fa confiance effarouchée.
Après nous être occupés enſemble des
fruits, de fes études : Oui , le fage d'Upfal
faura dans peu , lui dis - je , qu'il a dans
ces montagnes un digne & fidele Difciple ;
& vos nouveaux tréfors feront mis fous
fes yeux. Mais envoyé de la Cour de Suede
à celle de Madrid , je fuis encore pour
deux ans en Eſpagne ; & Linnéus ne me
pardonnerait pas de ne vous avoir vu
qu'une fois. Je me propofe , avant de m'é
loigner de Carthagene & de Murcie , d'en
parcourir les environs , & je ferai quelque
féjour à Molina , au pied de ces montagnes.
Permettez-moi de revenir m'inftruire
auprès de vous , & faire un choix des
plantes que ce climat produit.
a
14 MERCURE
Ma cabane eſt ouverte , me répondit le
Solitaire , pour le Difciple de Linnéus ;
mais qu'il fe fouvienne que dans cette
cabane , je veux vivre & mourir inconnu
au Monde ; & qu'il me jure qu'ame vivante
, pendant fon féjour en Espagne
ne l'entendra parler de moi. Je lui en fis
le ferment ; & après quelques heures d'entretien
, nous nous féparâmes comme deux
amis qui auraient paffé leur vie enfemble ,
avec le regret de nous quitter & le défir
de nous revoir.
. Ma chaife m'atten lait au bas de la
montagne. J'y remontai tout occupé de ce
que je venais de voir , de ce que je venais
d'entendre ; & je retournai dans mon village
, la tête pleine des idées qu'une curiofité
impatiente faifait éclore en foule , fans
qu'il me fût poflible de favoir à laquelle
je devais me fixer. Ce que j'en réfumais ,
c'eft que mon Solitaire avait été malheus
reux par l'amour , & que des fouvenirs
cruels le pourfuivaient dans fa cabanes
Mais dans quel efprit , & pourquoi s'étaith
ilvréduit à la vie du plus gigide . Anacho
rete ? Sa piété n'était point celle d'un Cés
nobite, & fa religion , comme il me l'avait
dit , n'avait rien de fuperftitieux, A fon âge
( car il ne pouvait guere avoir plus de 30
ans ) , le premier mouvement d'une ame
profondément blefféelétrie par le
chagrin , eft de chercher la folitudes mala
་
DE FRANCE.
s'y fixer avec une réfolution i tranquillemont
décidée ; mais , au bout de neuf ans,
s'y tenir fans ennui , fans regret , fans inquiétude
, & vouloir y vivre & mourir
éloigné des hommes qu'on ne hait pas ,
& oublié d'une Patrie dont on ne parle
qu'avec éloge ! Tout cela me femblait peu
naturel ; j'y cherchais une caufe , & je ne
l'imaginais pas..
Deux jours après , j'allai le revoir. J'elfayai
de le ramener à ce premier instinct
de feciabilité dont nous a doué la Nature
, & à ce befoin mutuel qu'ent les
hommes de vivre enfemble . Ce befoin ,
me dit- il , n'en eft plus un pour mei ; &
une vie folitaire eft la feule qui me
convient.
Ne prenez pas , lui dis -je , pour une
curiofité vainement indifcrette , celle qui ,
dans mes réflexions , me femble vous importuner.
Les circonftances qui déterminent
votre réfolution , peuvent être loca
les ; & peut- être , ailleurs qu'en Efpagné,
aimeriez-vous mieux vivre en fociété avec
des gens de bien , que de refter ici réduit
à l'ifolement d'un Sauvage . Si cela
eft , dites - le moi. La Suede , fous un
climat tout différent du vôtre , ne laiffe
pas d'avoir fes charmes un ciel froid
i eft vrai , mais pur durant fix mois ,
après cela , fix mois d'un Printemps , d'un
Eté , d'un Automne délicieux , où les
•
SI 20SV
6 MERCURE
1
nuits féparent à peine les jours les plus
fereins , les plus beaux jours de la Nature
; un foleil fans nuage , & qui , par
la douceur de fon influence durable , femble
vouloir nous confoler de la longueur
de fon abfence ; l'activité d'une végétation
que hâte fa lumiere & qu'elle rend
féconde , l'impatience que femble avoir la
terre d'en afpirer tous les rayons pour
réchauffer fon fein ; la diligence avec laquelle
on y voit les germes éclore , &
les moiffons croitre & mârir ; enfin l'air
le plus fain qui fe refpire fur le Globe ,
& la vigueur que fon reffort y communique
aux plantes , aux animaux , furtout
à l'homme ; tels font les avantages
de ce climat que vous croyez difgracié
par la Nature. Non , mon ami , nulle
part l'homme n'eft plus actif & plus robufte
nulle part il n'eft plus heureux ;
& le bonheur , qui parmi vous eft comme
une fleur faible , délicare & fragile , eft
une plante vivace & forte parmi nous.
Vous le verrez Aleurir far le bord de nos
lacs , fur le gazon de nos prairies ; vous
y verrez la gaîté bondir dans les danfes
de nos Paſteurs & de leurs fidelles compagnes
; vous les verrez ces lacs , couverts
de barques pleines de nos jeunes amans ,
& vous entendrez les rivages de ces petites
mers où fe répete l'azur du ciel
vous les entendrez retentir de chanfons où
DE FRANCE. 17
l'amour fe mêle avec la joie ; car nos
Villageois font Poëtes . Mais au ſein même
de la liberté dont , fur fa bonne foi , jouit
cette jeuneffe , vous verrez l'innocence &
la pudeur naïve régner comme dans l'âge
d'or. C'eft pour nous feuls au monde que
cet âge fe réalife , ou plutôt qu'il s'eft
prolongé. Nous avons des Provinces où ,
de temps immémorial , la même pureté
de moeurs s'eft confervée inaltérable. Les
habitans de ces campagnes exercent religieufement
les antiques devoirs de l'hofpitalité
, car ils vivent dans l'abondance.
Leurs ufages , leurs habitudes , leurs vêtemens
, rien n'a changé. Ils font laborieux
, juftes & bons , comme l'étaient
leurs peres . A peine ont - ils beſoin de
loix , leurs moeurs en tiennent lieu . C'eſt
là que je m'engage à vous tranfplanter
dans deux ans. J'oferais prefque dire que je
fuis aimé de mon Roi ; au moins le fuisje
de les enfans , & fur- tout de celui qui
doit lui fuccéder au Trône ; il n'y a pas
au monde un plus hennête homme que
lui. Ils s'emprefferont tous à vous procurer
un afile ; vous leur ferez recommandé
par Linnéus & préfenté par moi. C'eft ce
que je puis vous offrir ; & jufqu'à mon
retour , je puis encore , fur le premier navire
qui partira de Carthagene , vous donner
le moyen d'aller m'attendre en France,
où je ferai quelque féjour. Voyez fi votre
18 MERCURE
folitude vous promet , vous affure un avenir
plus doux.
Tandis que je parlais , le Solitaire , attendri
jufqu'aux larmes , mais triftement
recueilli en lui-même , avait les yeux attachés
fur les miens . Non , me dit- il en-'
fin avec un lente& profond foupir , non ,'
c'et dans ces climats que fon ombre
eft errante ; je ne forcerai pas fon ombre
à me fuivre au delà des mers . Que ne
fais-je où eft fon tombeau ! c'eft fur la
pierre de ce tombeau que j'irais repofer
ma tête ; c'eft la terre qui couvre cette
cendre adorée que j'arroferais de mes pleurs .
Je ne veux point m'éloigner des bords cu
elle a refpiré , je veux qu'elle m'y voie
expier , par une mort lente , le crime
d'un faneſte amour. Alors , tout me fut
expliqué , & à mon tour je reftai abattu
dans un tifte & morne filence .
Je vous en ai trop dit pour ne pas
achover , reprit- il ; & puifque je trouve
en vous une ame noble , un coeur compariffant
, une ami sûr , je veux , avant
que le chagrin acheve de me confumer ,
me fotlager du poids du remords qui
m'opprelle. Souvenez vous , Monfieur ,
qu'après le ciel , vous êtes mon feul confident.
❤
Mon nom eft Maurice Formofe ; je fuis
né à Zamore , dans le Royaume de Léon ;
fils unique , privé d'un père qui me laiffait
DE FRANCE. 19.
des biens confidérables , & livré à moi- ,
même dans l'âge où la plus orageufe des .
paffions commence à menacer , je voyageais
avec l'inquiétude d'un coeur qui,
n'aime rien encore , mais qui fent le be-.
foin d'aimer , lorfqu'à Séville , dans l'un
de ces Spectacles où , voltigeant autour
d'un taureau furieux , la jeuneffe Efpagnole
fait gloire d'exercer & fon adrelle
& fon courage , je me trouvai placé au
deffous d'un groupe de femmes éblouiffantes
de parure , mais au milieu defquelles
une jeune perfonne , avec moins,
d'ornemens , les effaçait comme l'aurore .
efface les étoiles. Je la vis , je ne vis
plus qu'elle ; & l'un de fes regards abaiffés
fur mes yeux , ayant percé jufqu'à
mon ame , acheva d'y allumer ce feu qui
ne devait s'éteindre qu'à mon dernier fou-,
pir. Il fallut cependant diffimpler mon
trouble , & fixer à regret ma vue fur le
fpectacle du combat.
Bientôt , après quelques préludes qui
n'avaient fait qu'éguillonner la fougue da
taureau , parut dans l'enceinte un jeune
homme , qui , l'attaquant avec audace ,
le bleffa de fes javelots , & l'irrita au
point que l'animal bondiffant de furie
venait à lui rête baiffée. Il l'évita ; mais
de l'élan qu'il avait pris pour lui échapper,
il fut renverfé fur l'arene. Froiffé
du coup , il allait être foulé fous les pieds
>
20 MERCURE
du taureau. Au même inftant , un cri
s'éleve avec ces mots : Ah ! men frere ! mon
frere ! C'eft elle- même qui l'a pouffé , ce
cri déchirant pour men ame. Je me tourne
& je vois fes mains , fes yeux levés au
Ciel , & l'effroi peint fur fon vifage. M'élancer
, franchir la barriere , & l'épée à
la main , m'expofer à toute la fougue du
taureau , ffuutt peur moi le temps d'un
éclair. Je le provoque , je l'attire , & je
donne au jeune homme le temps de s'éloigner.
D'autres combattans me fuccedent
; & n'étant ni armé , ni vêtu pour
entrer en lice , je vais fur l'Amphithéâtre
me temettre à ma place .
Les Spectateurs me furent gré d'un
mouvement involontaire ; mais j'en reçus
dans l'inftant même un prix bien plus tou
chant pour moi que tous leurs applaudiffemens.
Cette aimable foeur du jeune
homme que j'avais fecouru , s'incline , &
d'un air , d'une voix , d'un regard qui
m'aurait payé de la plus pénible victoire ,
elle daigne me rendre graces. Ah ! tour
mon fang , lui dis- je , verfé pour vous ,
Madame , ne mériterait pas cet excès de
bonté.
Le lendemain matin , fon frere , Don
Léonce de Vélamare , à peine remis de
fa chute , vint me voir , & me dit , de la
part du Marquis fon pere , qu'il défirait
de m'embraffer. Je ne rappelle ces détails
DE FRANCE. 21
que pour vous faire voir par quel fentier
gliffant je fuis defcendu dans l'abîme .
Je me rendis à cette invitation , avec
un tremblement de joie que vous concevez
mieux que je ne puis vous l'exprimer.
La famille était affemblée , & Valérie
, qui n'avait plus de mere , y parut
au milieu des femmes de fon fang. Tous ,
les yeux attachés fur moi , femblaient jouir
de ma préfence ; toutes les voix me béniffaient.
Valérie elle feule , les yeux
baillés & le vifage couvert d'une vive
rougeur , gardait un filence modeſte ; mais
fon fein , fous le voile , s'élevait , s'abaiffait
d'un mouvement qui décelait affez
l'agitation de fon coeur. Hélas ! l'infortunée
avait , ainfi que moi , reçu le coup
fatal qui nous a perdus tous les deux.
Son pere , Alphonce de Vélamare , homme
brave & fuperbe , me parut moins
touché du falut de fon fils unique , qu'il
appelait un étourdi , que du courage avec
lequel , fans autres armes que mon épée ,
j'étais allé à fon fecours. Il me demanda
fi c'était la premiere fois que j'étais entré
dans l'arene ; & comme je lui répondis
que c'était là mon coup d'effai , il
me donna fiérement l'accolade , comme à
un brave & digne Chevalier. Ce fut cette
formule d'accolade chevalerefque qui , en
exaltant nos efprits , fut la caufe de nos
malheurs, Ahmon ami ! vous allez voir
22 MERCURE
comme une paffion naiffante fe failit des
idées qui peuvent lui fervir d'excufe ou
d'aliment.
Dès ce jour , il me fut permis d'aller
de temps en temps rendre des devoirs au
Marquis. J'efpérais inutilement , mais j'efpérais
toujours de trouver près de lui fa
fille ; & en attendant je cultivais l'amitié
du jeune Léonce ; car il me parlait
de fa foeur , & mon unique foulagement
au déplaifir de ne pas la voir , 'était d'entendre
parler d'elle. Il fe plaitait à la louer
fans ménagement , fans réferve , fans fe
douter , hélas ! du mal qu'il me faifait.
Tantôt c'était la beauté de fon ame , fon
intéreffante candeur , fon naturel fenfible
& tendre , fon aimable ingénuité ; tantôt
c'était la grace familiere qui ſe mêlait
négligemment à tous les charmes de fa
figure. Alors ceux de ces charmes que
l'innocente fécurité d'une jeune four laiffe
entrevoir aux yeux d'un frere , m'étaient
peints comme à demi- nuds ; & dans ce
miroir fi dangereux pour mon imagination
brûlante , je la voyais des yeux pénétrans
de l'amour.
J'avouai à fon frere qu'il lui devait la
vie , & que le cri perçant qu'elle avait
fait entendre , en le voyant étendu fur
l'arene , m'avait fait , fans réflexions ,
m'élancer pour le fecourir. Il me répondit
fa foeur s'en était apperçue , & qu'elle дие
DE FRANCE.
23
ne lui parlait de moi qu'en m'appelant
fen Chevalier. Son Chevalier , lui dis - je ,
ferait bien glorieux fi elle daignait lui permettre
de porter fes couleurs ! Vraiment ,
c'est bien le moins qu'elle vous doive , me
dit- il , & je ne doute pas qu'elle n'en foit
flariée.
Il lui rendit notre entretien ; & dans
cette faveur , dont elle ne fentait ni le
prix ni la conféquence , elle ne vit que le
fimple gage de la reconnaiffance qu'elle
croyait devoir au liberateur de fon frere.
Je reçus donc , par les mains de Léonce ,
trcis rubans , l'un de couleur fauve , l'autre
ponceau , & l'autre azur. Le premier
lui dit- elle , eft de la couleur du taureau
dont il vous a fauvé , le fecond exprime
le feu de courage qui l'animait ; l'autre ,
azuré comme le ciel lerfqu'il eft fans
nuage , exprime les voeux que je fais pour
que mon Chevalier n'ait que des jours
fereins.,. Sereins , grand Dieu ! ah ! ce fatal
préfent les aurait troublés pour la vie.
L'émotion avec laquelle je le reçus fe
modéra fi bien , que mon jeune ami n'y
put voir qu'un amour - propre fenfiblement
flatté de cette faveur innocente. Cependant
j'ofai fouhaiter qu'à mes couleurs
elle eût ajouté ma devife. Vous n'y
entendez rien , me dit-il : ce fut toujours
au Chevalier lui-même de choifir fa devife
, & à la Dame de l'agréer . Vous lui
24
MERCURE
en offrirez donc l'hommage , répliquai- je
& parmi les devifes que je propoferai
vous lui donnerez à choifir ? Je lui en
remis trois écrites de ma main.
Pour un moment toute ma vie.
Tout pour la gloire & pour l'amour.
Loyauté , amour, & conftance.
Mon imprudent ami fe fit un jèu de
ma chevalerie ; & fa foeur , encore plus
mïve , trouva tout naturel de choisir ma
devife , puifque j'avais pris fes couleurs.
Hélas ! à fon infçu peut - être , fon coeur
en décida le choix ; & avec la même
innocence , gardant les trois devifes écrites
de ma main , elle me renvoya , écrite
de la fienne , celle qu'elle avait préférée.
Loyauté , amour , & confiance.
Vous la voyez cette devife , me dir
Formofe , en dépouillant fon bras , yous
la voyez tracée fur ce tiffu de fes cheveux ;
& le billet où l'écrivit fa main eft enfermé
fous cette agate , qui fert d'agraphe
au bracelet . J'y conferve un écrit
plus précieux encore ; c'est tout ce qui
me refte d'elle je l'emporterai dans le
tombeau .
Je fus ravi de ce premier fuccès , continua
le Solitaire ; mais mon raviflement
eut l'air d'une folie , dont mon ami ne
fit encore que s'amufer. Me voilà Chevalier
.
DE FRANCE. 23
fier , lui dis - je , il n'y manque plus que
l'armure , & je l'aurai . Mais dans quelle
fête héroïque , dans quel tournoi ma jeune
Dame me verra-t-elle armé de pied en cap ,
monté fur un beau palefroi , le corps ceint
d'une écharpe , & le cafque ombragé d'un
panache de fes couleurs ; un taureau d'or
fur ma cuiraffe , & fur mon écu , ces trois
mots qui font gravés à jamais dans mon
cour: Loyauté , amour, & conftance ?
C'eft dommage , me répondit Léonce ,
toujours en badinant , que les tournois ne
foient plus de mode ; le temps en reviendra
peut-être. En attendant , tout ce que je
puis faire pour notre nouvel Amadis , c'eft
de lui procurer la gloire de caracoler avec
moi , le long des murs du jardin de mon
pere , fous les fenêtres d'un pavillon où
quelquefois fon Oriane vient prendre l'air
après le coucher du foleil .
Ni lui , ni moi , ni elle- même , nous ne
vines pour elle , dans cette cavalcade
qu'un fimple amufement ; mais pour moi ,
le plaifir de paffer fous fes yeux , paré de
fes couleurs , était d'un prix inestimable ;
& mon ami eut encore l'imprudence de
lui dire avec quelle ardeur j'en avais preflé
le moment.
Rien de plus plaifant , lui dit-il , en lui
parlant de ma folie. Je crois qu'il va courir
le monde pour chercher à rompre des
lances à la gloire de ta beauté . Son ar-
Nº. 27. 2 Juillet 1791 .
B
26 MERCURE
mure n'eft pas finie , le taureau d'or &
Fa devife ne font pas encore cifelés ; mais
demain au foir , fi tu veux , tu le verras
en équipage chevalerefque , faire avec moi
des courfes devant ton pavillon . Elle accepta
d'un air riant cette dangereuſe entrevue
, à condition cependant que je net
ferais pas inftruit de fa préfence , & que
1s jaloufies du pavillon feraient fermées :
rempart faible & fragile que fe réſervait
fa pudeur.
Monfieur , reprit Formofe , comme en
s'interrompant , dans aucun pays de l'Europe
, les femmes n'ont plus de fierté ,
plus de dignité qu'en Efpagne ; mais
penfez au foleil brûlant qui luit fur elles
comme fur nous ; penfez à la gêne irrirente
cù leur jeune ile eft retenue ; fongez
de plus que , devant un pere violent ,
févere , inflexible , & dont le feul regard
faifait baiffer les yeux à fes enfans , Valérie
, toujours tremblante , goûtait pour la
premiere fois le plaifir de foumettre un
coeur dont elle avait admiré le courage , & ›
d'exercer fur lui l'empire de l'amour & de la
beauté ; enfin , cenfidérez cette fimplicité
naturelle à fon âge , qui , de fon eftime pour
moi , écartait toute défiance , & juſqu'aa
foupçon du dauger ; vous lai pardonnerez
d'avoir été fenfible & trop fenfible à mon
amour.
Nous voilà donc , Léonce & moi ,
montés fur les plus beaux chevaux qu'eût
DE FRANCE. Ly
vu naître l'Andaloufie ; lui en écharpe &
en plumet blanc , & mei tout brillant des
couleurs de mon aimable fouveraine , paffant
& repaffant vingt fois fous les murs
de fon pavillon. Je favais qu'elle était pré-
Lente ; j'ofai défirer davantage ; & attristé
de voir que mes regards follicitaient en
vain les jaloufies de s'ouvrir : Léonce , disje
, en foupirant, le temps n'eft plus où la
Dame la plus févere honorait au moins
d'un regard le Chevalier qui faifait gloire
de fe vouer à fon fervice , on dédaigne
aujourd'hui l'hommage de fa foi.
Ce reproche bleffa le coeur de Valérie , &
malgré fa réfolution , elle ouvrit la grille
& parut. Chevalier , me dit- elle d'un air
noble & modefte , pourquoi nous croyezvous
injuftes ? Er pourquoi prenez - vous
une timidité naturelle à mon âge , pour
un oubli de ves bienfaits . Serais-je allez
dénaturée pour n'avoir pas du plaifir à
voir celui à qui je dois la vie de mon
frere ? Eft - ce donc par mépris ou par
ingratitude que je vous ai permis de porter
mes couleurs ?
Ah ! Madame , lai dis-je , en m'avançant
fous la fenêtre du pavillon , pardonnez
un moment de douleur & d'impatience
, & n'humiliez pas celui qui a fi
peu fait pour vous encore en lui parlant
de fes bienfaits. Vous me voyez tout éclatant
des marques d'une eftime qu'au prix
B *
26 MERCURE
de tout mon fang j'aurais vosfu payer.
Ajoutez à tant de faveurs celle de recevoir
l'hommage d'une vie qui ne ferait plus rien
pour votre Chevalier , fi vous n'aviez pas
la bonté de vouloir qu'elle fût à vous.
Eh bien , ma foeur , s'écriait Léonce ,
en fe moquant de moi , t'ai -je dit que tu
avais la gloire de reffufciter Amadis ?
Bon jeune homme , à quoi penfais - tu ?
qu'avais tu fait ? & dans quel piége tu
nous attirais l'un & l'autre ?
-
Chevalier , me répondit-elle , en imitant
, avec une grace naïve , le langage de
l'ancien temps , les droits que vous avez
acquis à ma reconnaiffance & à mon eftime
, me font chers & facrés. J'accepte
votre hommage ; & je prendrai toujours
au bonheur du vaillant Don Maurice Formofe
, le même intérêt qu'à fa gloire .
A merveille , reprit Léonce ! on dirait
qu'elle fait par coeur le langage des vieux
Romans .
Après m'avoir répondu ces mots , d'une
voix dont le charme avait fait treffaillir
mon coeur , elle nous falua , & la jalouſie ,
en fe fermant , la fit difparaître à ma vue.
Cette fcene innocente , dont le frere &
la foeur ne s'étaient fait qu'un badinage ,
allait bientôt nous devenir funefte à tous
les trois . Infenfé celui qui badine avec un
fer brûlant ou des fleches empoisonnées !
Plus infenfé celui qui fe fait un jeu de
l'amour ! ( Par M. Marmontel. )
DE FRANCE. 20
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogriphe du Mercure précédent .
·
LE mot de la Charade eſt Drapeau; celui
de l'Enigme eft Bougie; celui du Logogriphe
eft Ménage , où l'on trouve Ame , Mage
Game , Age , Manége , Nage.
CHARADE
LE matin & le foir on tire mon premier ;
Au moulin , lorfqu'on veut , on trouve mon dernier ;
Au Concert , au Théatre , on entend mon entier..
( Par M. J. B. Calvet , de la Société
Littéraire du Collège de Reims. )
ÉNIGM E.
FILLE ILLE d'une Divinité ,
Le Deftin ne me fit que Reine ;
Mais d'un charmant Empire , aimable Souveraine ,
Ma couronne eft pour moi le prix de la beauté.
Le Zéphir amoureux agite le feuillage ,
La terre s'embellit au moment où je nais ,
Les oifeaux font entendre un plus touchant langage ,
Tout à l'envi célebre mes attrait .
B ;
30 MERCURE
Que ne puis-je du temps plutôt braver l'outrage !
Je vois par fes rigueurs mes appas fe fléttir :
Ah ! le dirai-je ? hélas ! je ne vis qu'une aurore ;
Les feux d'un Dieu m'ont fait éclore ,
Mais leur ardeur me fait mourir.
1
Plus d'un Amant me rend hommage ;
Si je ne vis qu'un jour , il eſt tout à l'amour ;
Le refpect fuit pourtant ma Cour ;
Jamais impunément l'imprudent ne m'outrage :
Mais quand le rendre Amant vient m'adreffer fes
voeux ,
Alors point de rigueurs , à lui je m'abandonne ;
Le fein de la Beauté devient alors mon Trône ,
J'embellis ce qu'il aime , il eft près d'être heureux.
( Par M. Rouvroy fils, d'Arras. )
LOGOGRIPHE.
JE fuis dans chaque Cuite un objet qu'on révere ,
Les Prêtres , les Rabbins font tous mon miniſterc .
Divifez mes neuf pieds , je vous donne une flcur ;
Le dernier châtiment qu'épreuve maint voleur ;
Cet emblême facré qui pate notre têteż
L'endroit où le vaiffeau ne craint plus la tempête ;
Ce que Clovis reçut des mains de Saint Remi ;
Ce qui fert au Sauvage attaquant l'ennemi ;
La chofe que C ..... nous montrera bien vite
Si nous faifons femblant d'aller à fa pourfuite,
( Par M. Calvet. )
DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MÉMOIRES fecrets fur les Regnes de
Louis XIV & Louis XV ; par feu M.
Duclos , de l'Académie Françaife , Hifzoriographe
de France , &c. 3. édition.
2 Volumes in - 8°. formant 1050 pages
imprimées fur caraclere de M. Didot jeune.
Prix , 9 liv. br. & 1 liv. francs par la
Pofte. A Paris , chez Buiffon , Imp-Lib.
rue Haute-feuille , Nº. 20.
CETTE troifieme édition atteſte le fucces
de ces Mémoires , & ce fuccès ne doit pas
furprendre. La Révolution , loin de nuire
à cet Ouvrage , femble lui attacher un intérêt
nouveau . Il eft écrit , finon dans les
principes qui ont prévalu , au moins dans
les idées de liberté qui ont préparé la victoire
de ces principes : Duclos mérite à cet
égard une place diftinguée parmi les Gens
de Lettres de la génération précédente . I
penfait & s'exprimait en homme libre :
B4
32
MERCURE
-
c'eft ce ton qui a fait , en partie , le fuccès
de fon Livre des Confidérations fur les
Mours. On le retrouve dans ces Mémoires .
Louis XIV , fon regne , fes Miniftres , fes
Courtifans y font jugés d'une maniere qui
eût femblé bien étrange , bien audacieufe,
fi ce morceau eût paru à l'époque où il
fut compofé. On eût, pour le moins , trouvé
qu'un Hiftoriographe prenait un peu trop
le ton d'un Hiftorien . Il y avait là de quoi
faire tort à fa place : Voltaire , qui l'avait
quitrée fans doute pour exercer plus librement
l'emploi d'Hiftorien , n'ufe point de
fes droits , dans fon Siecle de Louis XIV ,
auffi librement que Duclos dans fes Mémoires.
Il eft aifé de fentir les raifons de
cette différence. Voltaire voulait faire jouir
le Public d'un Ouvrage utile , & jouir luimême
de fa gloire,, fans compromettre fa
tranquillité. Duclos s'étant déterminé à ne
point imprimer fes Mémoires de fon vivant,
ne fe crut pas obligé à couvrir d'un voile,
encore moins à rendre refpectables les faibleffes
d'un grand Roi ; il le montre tel
qu'il eft , jouet de fes Miniftres & de ceux
qui l'approchaient ; aveuglé par fa feconde
femme , efclave de fon Confeffeur , croyant
vouloir & recevant d'autrui fa volonté
couvrant le Royaume de fes efpions , &
ignorant des faits publics & connus de tout
le monde.
On s'afflige , on gémit fur le fort des
DE FRANCE. 33
hommes , fur la fatalité qui préfide aux
chofes humaines , lorfqu'on jette les yeux
fur les trois portions du tableau que Duclos
préfente dans le premier Livre de fon
Ouvrage ; la Cour de France , celle d'Elpagne
, celle de Rome.
En France , un vieux Roi , accablé des
malheurs d'une guerre , effet d'une ambition
dont il devait prévoir les fuites ; idolâtré
de fa Cour , & haï de fon Peuple ,
élevé au rang des Saints parmi les monumens
de fes adulteres , fe croyant un Théodofe
, quand on verfait pour la Foi le fang
de fes fujets , & rendant fon ame à Dieu.
avec la confiance d'un parfait Chrétien ,
fur la parole d'un Prêtre barbare.
En Espagne , fon pétit - fils , Prince
faible & dévot , avec du courage & du bon
fens , renfermé dans fon palais , entre un
prie dieu , fa femme & fon Confeffeur ;
foumis , ainfi que fon époufe , à l'empire.
d'une vieille intrigante Françaife , la Princeffe
des Urfins , dont l'infolence ofa retarder
de plufieurs mois , pour une prétention
extravagante , la fignature de la
paix d'Utrecht , qui doit affermir fur le
Trône d'Efpagne le Monarque qu'elle affervit.
A Rome , un vieux Pontife , doux & humain
, inftrument des fureurs d'un Jéfuite
Français , & qui prétendant à l'honneur
B S
34
MERCURE
d'être un grand Larinifte , compoſe lur
même , quoiqu'un peu aidé de Jouvenci
l'Exorde d'une Bulle qu'il détefte , & condamne,
comme Pape, un Livre qu'il aimait,
dans lequel , difait-il , il s'édifiait fans ceffe
comme Chrétien. Il faut convenir qu'on a
quelque peine à voir le Monde ainfi gouverné.
Nous écartons une foule d'Anecdotes ,
la plupart piquantes , dont Duclos égaie
un peu le fond de ce tableau fi triſte
anais nous en rappellerons une qui montre
plaifamment fous quel afpect on avait
fait envifager la Religion à Louis XIV.
Le Duc d'Orléans , allant , en 1706 ,
commander l'armée d'Italie , voulut emmener
avec lui Angrand de Fontpertuis ,
homme de plaifir , & qui n'était pas dans
le fervice. Le Roi l'ayant fu , demanda
à fon neveu pourquoi il amenait avec luï
un Janfenifte ? Lui , Janfénifte dit le
Prince ? N'eft ce pas , reprit le Roi , le fils
de cette folle qui courait après Arnaud ?
Fignore , répondit le Prince , ce qu'était
la mere ; mais pour le fils , je ne fais
s'il croit en Dieu . On m'avait donc trompé,
dit ingénument le Roi , qui laiffa partic
Fontpertuis , puifqu'il n'était d'aucun danger
pour la Foi ? Tel était le Chriftianime
d'un Monarque , par lequel on farfait
perfécuter quinze cents mille de fes
fujets pour la gloire de Dieu.
3
DE FRANCE. 35
La partie de ces Mémoires la plus importante
, la plus foignée , c'eſt l'hiftoire
de la Régence. Des fix Livres qui compofent
les Mémoires de Duclos , elle en
acoupe quatre. C'eſt la plus complette que
nous ayons , & elle ne laiffe prefque rion
à défirer. Il a fallu tout le talent de Duclos
pour foutenir fi long- temps l'attention
du Lecteur dans cette fuite de folies ,
de délaftres , de brigandages , dans le récit
de ces querelles entre les Princes & les
légitimés , entre les légitimés & les Ducs
& Pairs, &c. C'est quelque chofe auffi d'avoir
fait fupporter la vue de tous ces fripons
fubalternes , que la faibleffe du Régent
& la fcélérateffe de Dubois produifirent
fur la fcène.
Un P. Laffiteau , depuis Evêque de Siteron,
émiffaire deDubois à Rome, payé pour
intriguer en fa faveur, & intrigant pour fon
propre compte , rappelé par Dubois , qui
lui donne un Evêché pour s'en déburraffer
, & allant pafler quarante jours chez
un Chirurgien , ce qui , felon Dubais ,
lui tenait lieu de Séminaire.
Un Abbé de Tencin , convaincu de faux
& de parjure à Paris , en pleine Audienas,
remplaçant Laffiteau à Rome , pour qu'u
n'y crût pas avoir perdu au change.
Un Abbé de Gamache , Auditeur de
Rote , qui rappelé à Paris , refule mst
36 MERCURE
d'obéir au Gouvernement , fe fait crain
dre de Dubois , mérite l'honneur d'en
tre acheté , & ferait devenu Cardinal fi
une mort prématurée n'y eut mis ordre.
>>
Un Abbé de la Fare , qui fubjugue
Dubois par une audace aftucieuſe , arrache
de lui , en faveur de l'Archevêquede
Reims , fon protecteur , la permiffion
de porter la Barette , obtenue de Rome
fans l'aveu du Régent. On déployait
dans ces intrigues , pour un Evêché
pour un Chapeau , des talens & des
reffources admirables : ce font des rufes
& des fubtilités dignes de Mafcarille
& de Sbrigani. Le Peuple s'en doutait ;
mais il ignorait les détails réservés
comme de raifon , à la bonne compagnie
, qui a eu tort de n'en pas garder
le fecret. On avouera que fi de certaines
dignités , de certains honneurs paraiffent
tombés confidérablement dans
l'opinion , c'eft un peu la faute de ceux
qui en ont fi mal- adroitement difpofé , &
qui les ont fi follement avilis.
Parmi le grand nombre de faits rapporrés
par Duclos , qui , fous le Régent ,
rendirent l'autorité ridicule , en voici un
moins connu & qui mérite de n'être
point oublié. Le Duc d'Orléans , pendant
les troubles du fyftême , avait exilé
, comme on fait le Parlement à
»
DE FRANCE. 37
-
Pontoife. Dès le foir , le Régent fit por--
ter au Procureur Général cent mille li-:
vres en argent , & autant en billets , pour
en aider ceux qui en auraient befoin. Le
premier Préfident eut une fomme encore
plus forte pour foutenir fa table
& tira , à diverfes reprifes , plus de cinq
cents mille livres du Régent ; de forte
que la féance de Pontoife devint une
vacance de plaifir. Le premier Préfident
tenait table ouverte. L'après - midi , tables,
de jeu dans fes appartemens , caleches
toutes prêtes pour ceux & celles qui préféraient
la promenade ; le foir , un fouper
fomptueux pour toutes les jolies femmes
& les hommes du bel air , qui , dans
cette belle faifon , venaient journellement,
de Paris , & y retournaient la nuit . Les
fêtes , les concerts fe fuccédaient perpétuellement
la route de Pontoife étair
aufli fréquentée que celle de Verfailles l'eft
aujourd'hui. Il n'eût peut être pas été
impoffible d'y amener le d'y amener le Régent. Ce
dernier trait eft un excellent coup de
pinceau . Duclos en a plufieurs de cette
eſpece . C'eſt ainfi , qu'à propos de l'Abbeffe
de Fontevrault , foeur de Madame
de Montefpan , qui paraiffait fréquemment
à Verfailles & qui venait montrer
fon voile & fa croix dans cette Cour
de volupté , il dit : Perfonne n'y trou
vait d'indécence , & l'on en aurait été.
و
-
38 MERCURE
édifié , fi le Roi l'eût voulu. Ce mot
ne paraîtra exagéré qu'à ceux qui ne connaillent
pas à fond l'efprit de ce temps.
Quelques - uns des Courtifans , pourfuit
Duclos , n'ofaient pas même juger intérieurement
leur Maître : ils refpectaient
en lui ce qu'ils fe feraient cru coupables
d'imiter femblables à certains Païens
que la pureté de leurs nræurs n'empêchait
pas d'adorer un Jupiter féducteur &
adultere.
Si quelque chofe pouvait paraître plus
étrange que ce trait de faibleffe du Régent
, ce ferait l'inconcevable aven que fait
de la fienne , Philippe V , dans une lettre
écrite à fa nouvelle époufe , la Princeſſe
de Parme. Il envoyait au devant d'elle
la Princeffe des Urfins . Il était réglé fecrétement
, entre les deux époux , que la
Reine , à la premiere entrevue cherchant
querelle à Madame des Urfins ,
la chafferait fur le champ de fa préfence;
mais , ajoutait le Roi , ne manquez point
votre coup d'abord ; car fi elle vous
voit feulenient deux heures , elle vous enchaînera
, & nous empêchera de coucher
enfemble , comme avec la feue Reine.
,
La faibleffe de ces deux Princes , le
Duc d'Orléans & le Roi d'Espagne ,
proches parens , mais d'un caractere
oppofé , fur la vraie caufe de taut
DE FRANCE. 39
'événemens bizarres , en France & en
Efpagne , foit dans l'intérieur des deux
Royaumes , foit dans les combinaiſons
de la politique extérieure. Ce fut cette
faibleffe qui enhardit & pouffa prefque
aux derniers excès l'imprudence des
Cardinaux Dubois & Alberoni. Il ferait
curieux , mais il ferait trop long de conter
les occafions où chacun d'eux trompa
fon Maître Maître , comme on trompe un
-vieillard dans les Comédies ; & quelquefois
ils fe jouaient de lui dans des
affaires auxquelles était attachée la deftinée
de l'Empire. Duclos prétend qu'une
de ces perfidies du Cardinal Alberoni
fit perdre à l'Efpagne l'occafion unique
de recouvrer Gibraltar. En ajoutant foi
au fond de fon récit , nous avons peine à
croire que le recouvrement de Gibraltar
eût été la fuite du fait qu'il raconte ;
le voici Le Régent , lié avec le Roi
d'Angleterre , George premier , avait dépêché
au Roi d'Espagne , un des anciens
Menins de Philippe V , un Gentilhomme
, nommé Louvile , qu'Alberoni empecha
de voir le Roi , par des moyens
qui font toujours au pouvoir d'un Miniftre.
Les mefures étaient fi bien prifes
, dit Duclos , que fi Louvile eût pa
voir le Roi d'Efpagne , il lui eût fait
aifément accepter & figner les conditions
pen importantes qu'exigeait le Rai Gear-
:
40 MERCURE
ge ; & celui - ci envoyait auffi-tôt au Roi
d'Espagne l'ordre pour le Gouverneur ,
de remettre la place. Un Corps de troupes
paraiffait à l'inftant pour en prendre
poffeffion , & Gibraltar eût été
au pouvoir des Efpagnols , avant que le
Parlement d'Angleterre en eût eu la premiere
nouvelle. Voilà un fait qui doit
paraître au moins douteux ; & s'il était
cru en Angleterre , la mémoire du Roi
George y ferait aufli déteftée que cellede
Charles II , qui vendit Dunkerque
aux Français. L'Hiftorien devait dire
où il avait pris cette indication . Une
dépêche du Miniftre Anglais ne ferait pas.
une preuve fuffifante , & laifferait encore
plus de place au foupçon d'une rufe diplomatique
, qu'à celui d'une pareille trahifon.
Comment imaginer que le Roi George
, chef d'une Maifon nouvellement établie
fur le Trône d'Angleterre , eût ofé
jouer ainfi fa Nation , avec bien plus de
rifques que n'en courait Alberoni , en
négligeant l'intérêt de l'Efpagne Il eft
bien plus probable qu'on n'avait pas deffein
de remettre vraiment Gibraltar à
Philippe V , & que le Cabinet de Londres
, par une de ces rufes miniſtérielles
fi communes , tenait en réferve quelque
moyen d'éluder fa promeffe..
Nous avons eu de fi fréquentes occa
fions , en rendant compte des Mémoires
DE FRANCE. 41
nous
de Richelieu , de paffer en revue les événernens
& les perſonnes les plus connues
à cette époque , que nous éprouvons
une forte de dégoût à revenir fur les
moeurs & fur les idées qu'elle préfente.
Nous étendons cette réflexion au miniftere
de M. le Duc , & aux premieres.
années du Cardinal de Fleuri , les feuls
dont Duclos ait écrit l'Hiftoire . Mais
croyons devoir recommander à
nos Lecteurs un morceau très - intéreflant
fur la Ruffie & fur le Czar Pierre ,
Capofe fur des Mémoires dont il ga-,
rantit l'authenticité. Ce morceau épifodique
trouve fa place fous le Miniftere
de M. le Duc , à l'occafion de l'embarras
où l'on fut de marier Louis XV après.
le renvoi de l'Infante. Catherine premiere ,
Impératrice de Ruffie , fit offrir pour
épcufe du jeune Roi fa feconde fille
la Princeffe Eliſabeth , qui régna depuis
en Ruffie : elle promettait pour récompenfe
à M. le Duc , le Trône de Pologne
, après la mort du Roi Augufte.
Il eft probable que cet arrangement ne
convint pas à la Marquife de Prie , Maîtreffe
de M. le Due ; il refufa la Princelle
pour le Roi , & la demanda pour
lui - même , dans l'efpérance plus sûre ,
difait - il , des fecours de l'Impératrice ,
quand elle les accorderait à fon gendre .
Quelque projet qu'on falle de ne plus
42 MERCURE
s'étonner , on eft toujours furpris malgré
foi de la maniere dont les Miniftres
traitent quelquefois leurs Maîtres ; les Rois
& les Peuples , c'eft tout un pour eux.
Tros Rutulus ve fuat.
Nous ignorons fi ces fix Livres des
Mémoires de Duclos compofent en effet
tout fon Ouvrage , & nous fommes portés
à croire que non. En effet , comment
n'aurait - il rien écrit fur les événemens.
qui fe paffaient fous fes yeux , au moment
où il était plus en état de juger les chofes
& les perfonnes ? On peut foupçonner
que vivant , il aura pu prendre des
arrangemens d'après lefquels il aurait marqué
deux époques différentes pour la publication
des deux moitiés de fon Ouvrage ;
en ce cas , celle- ci paraîtrait la premiere
par des raisons qu'il eft facile de deviner ;
l'autre , dans les idées que Duclos pouvait
avoir alors , plus delicate & plus épineufe ,
ne paraîtrait que beaucoup plus tard. Cette
conjecture deviendra plus vraisemblable ,
fi l'on fait attention à la maniere dont
il traite 1'Hiftoire de la guerre de 1756 ,
qui termine le fecond volume . Nous le
croyons détaché de cette feconde Partie ,
comme pouvant être livré au Public féparément.
L'Auteur femble y avoir eu pour eb
jet de juftifier, à certains égards , le traité
DE FRANCE:
43
#
de Vienne , ou plutôt M. de Bernis , que
l'on en crut l'Auteur , mais qui ne fit
que s'y prêter , dans des limites qui bientôt
fe trouverent franchies , & avec des
restrictions au delà defquelles on paffa
malgré les réclamations de M. de Bernis ,
qui donna fa démiffion. L'Auteur rappelle
l'ivreffe générale qu'excita la fignature
de ce traité ; ivreffe qui dura jufqu'aux
difgraces dont il ne pouvait être
la caufe. Ce ne fut pas ce traité qui fit naître
les cabales , les haines , les diffentions
entre les Miniftres , les Généraux , les fubalternes
, qui fit faire tant de mauvais
choix dans tous les genres ; & là - deffus
l'Hiftorien récapitule nos fottifes. Il les
compte ; le dénombrement ne tient que huit
pages : ce n'eft pas trop. Les adverſaires du
traité de Vienne pofent la queftion autrement
; ainsi , les raifons de Duclos reftent
fans force pour eux. Mais il eft inutile
d'entrer dans cette difcuffion , fur laquelle
l'opinion publique eft fixée.
( .C...... )
44 MERCURE
NOTICE S.
La petite Lutece devenue grande fille , Ouvrage
où l'on voit fes aventures & fes révolutions ,
depuis fon origine jufqu'au 14 Juillet 1790 ,
l'époque de fa majorité , & le jour du Pace fédératif.
2 Vol . in- 12 de 292 pages chacun . Prix ,
3 liv . 1 f. br . A Paris , chez Cuchet , Lib . rue
& hôtel Serpente.
Cet Ouvrage , qui nous eft échappé dans le
temps où il a paru , eft une espece d'Allégorie ,
puifqu'on y préfente la ville de Paris depuis fa
fondation , fous la figure d'une jeune fille . C'eft
un Recueil hiftorique des moeurs & des préjugés
des Parifiens depuis les temps les plus reculés.
Cette Allégorie & le ftyle dans lequel elle eft
écrite , ne font pas toujours de très bon goût ;
mais les vûes de l'Auteur font faines , très- patriotiques
, & fes recherches nous font connaître une
foule d'Anecdotes curieufes.
-
Projet de réforme fur l'exercice de la Médecine
en France , par M. Ant . Petit , Docteur - Régent
de la Faculté de Médecine de Paris , de l'Académie
des Sciences , & c. Brochure de 35 pages.
Prix , 12 f. A Paris , chez Croullebois & Baftien ,
Libraires , rue des Mathurins.
M. Petit s'eft occupé toute la vie d'être utile.
Aujourd'hui même qu'il fe repofe de fes longs
travaux , il fonge encore à éclairer fon Art de
fes confeils ; ils ne peuvent être reçus qu'avec
une profonde reconnaillance.
DE FRANCE. 45
Plan de Reftauration & de Libération , fondé
fur les principes de la Légiflation & de l'Economie
politique ; propofé aux Etats- Généraux , par
M. Defrefne Comparaifon du Plan de Libération
des Propriétaires & de celui des Capitaliftes .
Volume in- 8 ° . de 216 pages. A Paris , chez Debray
, Libr. au Palais-Royal , galeries de bois ,
No. 235.
La date de cet Ouvrage eft un peu vicille ,
puifqu'il eft de 1789 , avant la Révolution ; cependant
l'objet de cette Brochure eft d'un intérêt
général , & les principes de l'Auteur lui méritefont
toujours le fuffrage public .
Le Porte-feuille du Bonhomme , ou petit Dictionnaire
très- utile pour l'intelligence des affaires.
préfentes . Petite Brochure in- 16. A Paris , chez
Debray , Lib. au Palais- Royal , galeries de bois ,
No. 235.
C'eft une critique fouvent gaie , quelquefois
amere, toujours vive & hardie, de beaucoup d'objets
relatifs aux circonstances. Chacun , felon fon
goût , trouvera de quoi blâmer ou applaudir
l'Auteur.
Mémoire fur l'Inftruction & fur l'Education Nationale
, avec un Projet de Décret & de Réglement
conftitutionnel pour les jeunes gens réunis
dans les Ecoles publiques ; fuivi d'un Efai fur la
maniere de concilier la furveillance nationale
avec les droits d'un pere fur fes enfans , dans
l'éducation des héritiers préfomptifs de la Couronne
; par L. Bourdon ( de la Crofniere ), Avocat
, l'un des Electeurs de 1789. A Paris , chez
•
46
MERCURE
Cuffac , Imp-Lib. au Palais-Royal , Num . 7 & 8.
Prix , 1 liv. 10 f.
Ces nouvelles vûes fur l'Education publique
doivent être accueillies avec empreement dans
Pinftant où cet objet important eft fur le point
d'occuper l'Affemblée Nationalc .
Du fervice des Hôpitaux Militaires , rappelé
aux vrais principes ; par M. Cofte , 1er. Médecin
des Camps & Armées du Roi . Volume in- 8 °. de
338 pages. Priz, 3 liv . A Paris, chez Croullebois ,
Lib . rue des Mathurins - Sarbonne , N ° . 32 .
L'Auteur eft pins à portée qu'un autre de préfenter
des idées faines fur la nouvelle organifation
des Hôpitaux Militaires , qui ont below ,
comme tous les autres Etabliffemens de l'ancien
Régime , d'une entiere régénération . Il a donné
beaucoup d'étendue à l'objet qu'il traite , & a
difcuré cette matiere en homme qui la connaît à
fonds.
Mémoire fur les Maladies les plus familieres à
Rochefort , avec des Obfervations fur les Maladies
qui ont régné dans l'Armée Navale combinée
, pendant la campagne de 1779 ; par M. Lucadou
, Médecin de la Marine dans ce Département
& chargé des fonctions de 1er. Médecin
dans cette Armée . Brochure in- 8 ° . de 335 pages.
A Paris , chez Croullebois , Lib . rue des Mathurins
au coin de celle des Maçons . Prix ร 2 liv.
8 fous .
"
C'eft par des obfervations locales qu'on peut
parvenir , en Médecine , à des résultats généraux ;
il fuffit de comparer les circonftances & les rapDE
FRANCE.
47
ports que les différentes localités peuvent avoir
entre elles. D'après cette réflexion , l'utilité de
Ouvrage de M. Eucadou s'étend beaucoup plus
loin que le pays où il a recueilli fes obfervations.
Plan d'organisation générale de la force publique
dans l'intérieur du Royaume , communiqué aux
Comités Mili aire & de Conftitution , le 19 Mars
1791 , pour ê re préfenté à l'Affemblée Nationale
; par M. Charles Gaullard de Saadray , Commandant
en fecond de la Garde Nationale. A
Paris , chez Buiffon , Imp- Lib. rue Haute-feuille ,
N° . 20. Prix , 24 f. br . & 30 f. port franc par
la Pofte.
Ce qui fe paffe chaque jour nous fait fentir
vivement de que le importance il eft de bien organifer
la Garde Nationale : on ne faurait done
railembler trop de lumieres fut cet objet , & c'eit
fur tout ceux qui , comme M. de Saudray , fe
font diftingués dans cette carriere , qui peuvent
en parler convenablement.
-
Obfervations far l'efficacité du mélange d'éther
falfarique & d'haile volatile de tirésenthire ,
dans Is coliques hépatiques , produites par des
pierres biliaires ; par M. Durande , Médecin de
la ville de Dijon , ancien Profleur de Chimie
& de Botanique , Allocić -Regnicole de la Société
Royale de Médecine , & c . Brochure in - 8 ° . de
192 pages. A Paris , chez Croullebois , Lib . rue
des Mathurins , Nº. 32. Prix , 2 liv. 8 f.
L'expérience feule , affez long-temps répétée ,
peut faire juger de l'efficacité d'un Remede nouveau.
C'eft fur un grand nombre d'obfervations *
48
MERCURE
DE
FRANCE
.
que fe forde l'expérience ; celles de M. Durande
-paraiffent fe réunir en faveur du Remede qu'il
propofe on doit lui favoir gré de les publier..
Inftructions & Obfervations fur les Maladies
des Animaux domeftiques , avec les moyens de
les guérir , de les préferver , de les conferver en
fante , de les multiplier , de les élever avec avantage
, & de n'être point trompé dans leur achat
on y a joint l'analyfe raifonnée , hiftorique &
critique des Ouvrages vétérinaires anciens & modernes
, pour tenir lieu de tout ce qui eft écrit
fur cette Science : Ouvrage deftiné à faire fuite
à l'Almanach Vétérinaire , rédigé par une Société ,
mis en ordre , & publié par MM . Chabert Flandrin
& Huzard , année 1791. Volume in-8 ° . de
432 pages. A Paris , chez la veuve Vallat la Chapelle
, Libr. grand'falle du Palais .
Le nom des Auteurs & l'expérience qu'ils ont
été à portée d'acquérir à la tête de la première
E ole Vétérinaire du Royaume , rend leur Ouvrage
recommandable à tous égards.
A. V I S.
Le VIe, Volume de la Bibliotheque des Villages ,
retardé par des circonflances particulieres , paraitra
vers le 15 de ce mois ; & les quatre
feront publiés de 15 en 15 jours.
EPIGRAM PIGRAMME.
fuivans
TABLE.
3 Mémoires.
29 Notices.
44
Les Solitaires de Murcie. 6.
Charade , En. Log .
MERCURE
HISTORIQUE
É T
POLITIQ U E.
POLOGNE.
De Varfovie , le 11. Juin 1791 .
OTRE Révolution s'eft effectuée avec
paix & contentement public , parce qu'au
lieu d'affoiblir les pouvoirs politiques, eile
leur a donné d'abord du nerf pour affurer
le maintien & l'exécution des nouvelles
loix. Cependant on ne croit pas que ces nouvelles
loix reftent abfolument teles qu'elles
ont d'abord été décrétées;plufieurs appellent
des changemens effentiels , & d'autres que!-
ques développemens qui en rendent l'exécution
plus facile & plus affurée. De ce
nombre eft la loi qui accorde au Prince le
droit de grace ; on y a apporté quelques
modifications , non point pour en altérer
le fond , mais pour en déterminer
No. 27. 2 Juillet 1791. A
( 2 )
l'ufage , de façon à ce qu'elle ne devienne
point un moyen de tendie vaine la refponfabilité
ministérielle. C'eft ainfi que l'efprit
de
gouvernement procède , non point en
détruifant ce qui eft bon , par la vue de
quelque danger qui y feroit attaché , mais
en prévenant , par une règle particulière ,
les écarts de la loi générale. Une Commiffion
de révision eft chargée de préfenter à
la Diète les divers changemens qui peu-.
vent être jugés néceffaires aux articles décrétés
, & ce travail eſt déja fort avancé .
Celui qui fixe l'époque & le régime
des Diètes cónftituantes a été terminé
dans la féance du 28 Mai . Elles s'affenbleront
tous les 25 ans , & apporteront à
la Conftitution les changemens que les be
foins publics & le laps de temps auront
rendus néceffaires . Toutes les formes qui
doivent être obfervées dans la convocation ,
le travail & la clôture de ces Diètes ont
été prefcrites par la loi qui les concerne' ;
elles forment neuf articles que nous ferons
connoître avec détail dans un autre moment.
On s'étonne que la Cour de Drefdé
n'ait point encore fait connoître fa façon
de penfer fur les affaires de Pologne , dune
manière cathégorique. On croit affez gé
néralement que l'Electeur ne veut rien promettre
fans avoir confulté les Etats de fon
Electorat ; peut - être , ainfi que quelques
( 3 )
perfonnes le penfent , voudroit - il obtenir ,
dans le travail de révifion , quelque changeinent
à l'article de fucceflion relative à
fa fille ; on affure que la forme établie à cet
égard ne lui plaît point.
Si l'on en croit quelques lettres de Conftantinople
, en date du 30 Avril , les forces
maritimes des Turcs font montées für un
pied refpectable. La flotte deftinée pour la
mer Noire doit être compofée de dix- huit
vaiffeaux de ligne , trente fregates , & plus
de cinquante autres petits bâtimens. Indé- '
pendamment de ces forces , la Porte a encore
, fuivant les mêmes lettres , dix vaiffeaux
dans l'Archipel , dont elle peut fe
fervir pour affurer fes poffeffions dans ces
parages , & fe défendre contre les attaques
qu'on pourroit tenter de ce côté,
-
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 18 Juin .
Un nouvel incident vient de jetter quel
qu'incertitude fur le retour prochain de la
paix. Le Grand- Vifir , que les dernières victoires
des Ruffes n'ont point abattu , s'eft
mis en mouvement de Siliftrie pour pér
nétrer dans la Valachie , & attaquer fon
ennemi après avoir paffé le Danube fur usa
pont de bateaux. On ne dit point que le
A 2
( 4 }
paffage fe foit effectué , mais l'on fait que
le Général Rufle Mitrowski , inftruit de cette
démarche , a fait avancer plufieurs pièces
d'artillerie , & un corps fuffifant de troupes
pour en empêcher l'exécution .
Cette conduite inopinée de la part du
Grand-Vifir a produit l'effet qu'on devot
en attendre au congrès de Siftowe ; on l'a
regardé comme une preuve de l'éloignement
du Ministère Ottoman pour les bafes
propofées dans les conférences ; auffi le
Baron de Herbert a - t - il déclaré aux Plénipotentiaires
refpectifs , qu'il regardera les
négociations comme ronpues , fitôt qu'il
apprendra que le paffage du Danube aura
eu lieu.
Au reste , rien de nouveau dans les conférences
; elles traînent toujours , & l'on
croit voir dans cette lenteur le defir de
connoître , avant de rien arrêter , la tournure
que prendront les négociations entre
la Porte & la Ruffie.
Le 25 Mai , cependant , les Miniftres Ottomans
ont répondu aux articles propofés
le 19 par le Miniftre de l'Empereur ; ils
font convenus que d'après le traité de Belgrade
, qui a pofé pour limite , entre les
provinces Autrichiennes & Turques , la:
petite rivière de Czerna , la fortereffe d'Orfowadevoit
fairepartie de la Valachie; mais
ils ont en même-temps infifté fur la renon(
5 )
ciation , de la part de l'Empereur , à toutes
prétentions ultérieures , ajoutant que c'é
toit - là une des conditions de la ceffion que
la Porte Ottomane a faite de la Buckowine
à la Maifon d'Autriche.
Ils ont encore demandé qu'en cas que
les limites fuffent déterminées d'après le
traité de Belgrade , on ne pût établir de
part ni d'autre aucune fortereffe fur les
frontières refpectives ; toute difpofition
contraire leur paroiffoit oppofée à la lettre
comme à l'efprit des traités fubfiftans entre
les deux Nations ; enfin ils n'ont rien voulu
entendre aux autres propofitions qui leur
ont été faites & paroiffent attendre des
évènemens , la règle des conceffions qu'ils
auront à faire pour donner une activité
réelle aux négociations .
De Francfort-fur-le-Mein , le 25 Juin 1791 .
Deux grands objets fixent aujourd'hui
l'attention des principales Nations de l'Europe
; la guerre du Nord & les réfolutions
que prendra l'Empire Germanique pour
le maintien de fes droits & la protection
d'une grande partie de fes membres , qui
réclament contre les décrets fpoliatifs de
l'Affemblée nationale de France.
Il eft peut-être plus d'un rapport entre
l'activité des moyens que la politique exigera
de prendre à l'égard de l'un & de
A 3
( 6 )
T'autre , & l'on ne doit point douter que
l'Europe ne voie dans la &n de la guerre
du Nord un acheminement de plus à la
paix intérieure & au maintien des droits
refpectifs des Etats de l'Empire.
Auffi les négociations de Siftowe , où
Fon traite du premier de ces cbjets ne
ceffent- elles de s'attirer une attention inquiète
de la part de toutes les puiflances
intéreffées à leurs fuccès, malgré la lenteur ,
peut-être motivée , avec laquelle elles marchent.
Les difficultés naiffent principalement
de l'interprétation du ſtatus quo qui fait la
bafe de la convention de Reichenbach ,
& auquel on veut donner une extenfion
qui paroît exorbitante.
En attendant du temps & des évènemens
ultérieurs , les modifications que le
defir de la paix pourra apporter aux propofitions
refpectives , les délibérations de la
Diète de Ratisbonne fe foutiennent , & l'empire
parcît moins embarraflé des moyens
de faire re peer fes droits , que des formes
légales qu'il convient d'apporter pour
affuter l'étendue & la validité de ceux qui
font réclam és. /
Le nombre des Princes qui ont à fe
plaindre vient de s'accroître encore ; le
Prince de Montbarrey s'y eft réuni . Il a
fait préfenter à la Diète de Ratisbonne
par le Miniftre Comitial de la Ville libré
& impériale de Cologne , un mémoire ap(
7 )
puyé d'une confultation de l'Univerfité de
Heidelberg , dans lequel , en qualité de
Grand- Bailli d'Haguenau & d'Avoyé des
dix Villes jadis libres & impériales d'Alface
, il réclame la protection de l'Empire
pour la confervation de fes droits.
Malgré les dernières tentatives des Turcs
pour pafler le Danube & les difpofitions
du Général Mitrowski pour les en empêcher
, malgré la menace que l'on affure
qu'a faite le Baron de Herbert de quitter
le Congrès fi ce paffage s'effectuoit , l'on
apprend de Berlin que les efpérances de
la paix s'y foutiennent , on la regarde même
comme peu éloignée. Les contre - ordres
donnés pour le voyage du Roi qui devoit
fe rendre en Pruffe , & le peu de fuite qu'on
donne aux difpofitions hoftiles , achèvent de
confirmer dans cette opinion les perfonnes
qui penfert que , fans l'apperçu d'une
conciliation prochaine , les préparatifs
commencés par la Cour de Berlin n'auroient
point été ralentis & le voyage du Roi
fufpendu .
On croit même voir qu'un intérêt d'un
autre genre que la guerre de Ruffie occupe
la Prufle en ce moment. Le voyage
de M.Bifchofvoerder, Colonel au fervice de
Pruffe , qui fe rend auprès de l'Empereur
chargé d'une million importante , précifément
après que Milord Elgin a par ordre de
fa Cour été trouver le même Prince à Flo-
A 4
( 8 )
rence pour une négociation fecrette , fait
penfer que des rapports étendus occupent
les Cabinets de Londres , Vienne & Berlin ,
& que peut-être la guerre du Nord n'eft
point l'objet principal de leurs correfpondances
actuelles.
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 21 Juin.
L'on a reçu , dans la nuit du 18 au 19 ,
la nouvelle de Portfmouth que le vent
étant tombé au fud- eft , la première divifion
de la flotte , fous le commandement
de l'Amiral Hotham avoit fait voile , &
qu'au départ du Courier les navires qui
la compofent étoient déja hors de vue ,
l'on croyoit affez généralement que fi le
vent continuoit d'être bon , le Lord Hood
ne manqueroit point de fuivre la première
divifion avec le refte de la flotte , il n'étoit
cependant point encore parti de Spithéad
le 19 matin , comme on le fut enfuite d'un
Courier arrivé à l'Amirauté , & qui y avoit
apporté des lettres de cet Amiral.
( 9.)
FRANCE.
De Paris , le 22 Juin .
ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du Dimanche , 19 Juin.
Pour éviter tout mal- entendu , M. Treilhard
a propofé de décréter que les accufateurs publics
feront tenus de poursuivre tous ceux des anciens
fonctionnaires publics eccléfiaftiques qui , depuis
leur ren placement , auroient continué ou conti
nueroient les mêmes fonctions , & de requérir
contre eux l'exécution du décret du 27 novembre
dernier.
MM. de la Chefe & de Virieu ont voulu
fire quelques objections , M. d'André leur a
répo du qu'on avoit diftingué les fonctions fimplement
eccléfiaftiques des fonctions publiques .
« Je demande que les eccléfiaftiques fonctionnaires
pubics qui ont rétracté ou qui rétractefont
leur ferment , foient privés de tout traitement
& de toute penfion accordés par les précé
dens décrets , a dit M. Bouffion . M. de Marinais
fouhaite it que ceux qui ont prêté le ferment avec
des reftrictions do t les municipalités n'auroient
pas fait me tion , cuffent le même traitement que
les eccléfiaftiques non-affermentés . Les propofitions
de MM. Trilhard & Bouffion ont été
décrétées .
M. Camus a rendu compte à l'Aſſemblée des
miffions d' fignats & de leur emploi. En afgnats,
d'abord 400 millions , puis soo millions,
A_S
( 10 )
*
& en coupons annexés aux affignats de la première
création , 1,656,468 liv.3 total , 1 milliard
201,656,468 liv.
Dépenfe , 1. jufqu'au dernier mai 1791 ,
échange de billets de la caiffe d'efcompte ,
348,433,800 liv . ; verfemens au tréfor public
409,438,403 liv. ; liquidations & remborrfemens ,
295,332,304 liv . ; intérêts avancés dont il fera
tenn compte par le trésor public , 2,900,216 l .;
Coupons rembourfés , 4,610,479 liv .
2º. Dépente pour la liquidation , du premier
juin au 17 juin , 61 millions , 15042 livres ; à
verfer au tréfor public pour ce mois de juin ,
8,451,436 livres ( en tout pour ce mois , 89
millions , 466,478 liv . )
› Total de la dépenfe ( on néglige les fous )
1 milliard , 150 millions 181 mille , 771 livres .
Refte SI millions 474 mille 696 livres.
.
N. B. I reftoit à échanger de billets de la
caiffe d'efcompte , ( au 1 mai 1791 ) 51,566,200
livres.
Paffant aux domaines nationaux , M. Camus
a expofé deux manières de les évaluer par approximation
; l'une eft de M. Amelot , l'autre
eft du comité d'aliénation .
Suivant la première , de 43,915 municipalités
que contient aujourd'hui la France , 17001 feulement
ont déclaré les biens nationaux fitués
dans leur territoire , dont l'enſemble monte à
37.798,850 liv . C'eft pour les 43,915 municipalités
, 97,637,58 % liv . qui , au denier vingt ,
forment un capital de deux milliards 440 millions
939,525 liv.
Suivant la feconde , des 544 di ricts du
royaume , 314 ont envoyé des états de leurs
biens nationaux montant à 1,415,440,287 liv . ¿
( 11 )
c'eft pour les 544 districts , un capital de deux
milliards 462 millions , 227,758 liv . Les deux
calculs donnent également deux milliards 400
millions & plus , de biens ra ionaux vendus ou
à vendre .
M. Camus a conclu en propofant une fabrication
de 600 millions en affignats de 500 , 100 ,
90 , 80 , 70 , 60 & 50 livres ; de n'en émettre
à préfent que pour 160 millions en remplace-.
ment des affignats rentrés & brûlés , & ainfi à
mefure qu'on en brûlera , pour qu'il n'y en ait
jamais plus que 1200 millions en circulation .
Tous les articles de ce décret ont été fucceffi
yement adoptés .
Сс
Au nom du comité diplomatique , M. d'André
a préfenté un projet de loi poitant que Tindemnité
annoncée par le décret du 28 octobre
1790 , en faveur des princes d'Allemagne pour
leurs poffeffions dans les départemens du Haut
& Bas- Rhin , s'étendra également aux lieux poffédés
dans les autres départemens du Royaume»
& que l'intentieu de l'Affemblée a été « de comprendre
dans ladite indemnité leur non- jouiffance
des droits fupprimés fans indemnité , à partir
de l'époque de leur fuppreffion jufqu'à celle du
remboursement effectué . »
сс
c
« Il eft, temps , a dit M. Rewbell, que nous
fachions où en font les négociations ouvertes
avec les princes d'Allemagne poffeffionnés en
Alface: Je penfe que l'Affemblée pourroit ordonner
au comité diplomatique de fixer un terme ,
paffe lequel les princes qui n'accepteroient pas ...
Des murmures ayant interrompu l'orateur , il a
repris en dilant « Il eft bon que quelqu'un
:
པ བསམ་
dans cette tribune ait le courage de faire, favole
( 12 )
aux princes Allemands qu'à la fin notre patience
fe laffera . »
Après de légers débats , le projet de M. d'André
eft pallé en décret ,
Du lundi , 20 juin.
Reverant fur le décret de famedi , relatif à M.
le cardinal de la Rochefoucault , M. Bouche a fouhaité
que le procès- verbal fit mention que M. de
La Rochefoucauis n'avoit point connoifiance de
l'installation des nouveaux évêques de Rouen &
de Verfailles , afin de juftifier , difoit - il , l'Af
femblée d'avoir cédé plutôt à des confidérations
perfonnelles qu'à la loi qui doit frapper tous ceux
qui l'ont violée . M, Freithard a fait de l'obfervation
de M. Bouche ce qu'on a nommé le confidérant , le
motif du décret ; & fur fa demande , l'Aſſemblée a
ajouté les mots , & leur inftallation , aux mots , leur
remplacement , dans le décret de la veille concernant
les fonctionnaires publics ,
+
Les citoyens de Paris formant l'affemblée primaire
de la fection des Gobelins , ont demandé ,
par une adreffe , au corps législatif, la révocation
des conditions pécuniaires que les loix conftitutionelles
mettent au droit d'éligibilité . M , ď’André
a obtenu le renvoi de cette pétition au comité
de conftitution ,
Un décret a accordé 6000 liv. de gratification
an heur Gafpard , inventeur de piſtons propres
aux pompes de vaiffeaux. Un autre décret a ſtatué
que les avances faites ou à faire au tréfor public
par la caille de l'extraordinaire , pour le quartier
de janvier , ne feront que de 67 millions , quoique
d'après les apperçus du directeur du tréfor on
cût décrété le verſement de & millions de plus,
( 13 )
M. de Cernon a fait adopter quelques difpof
tions fur le timbre , le numérotage & le compte
des affignats , la deftination de l'emplacement de
la bibliothèque des Auguſtins de la place des Victoires
à ces travaux , & le traitement des numéroteurs
, infpecteurs , timbieurs & compteurs.
Sur la propofition de M. Rouffillon , l'Affemblée
a fucceffivement décrété vingt- cinq articles
qui ont pour but d'opérer l'exécution du décret
contenant le tarif des droits que doivent fayer les
marchandifes provenant du commerce qu'un décret
a rendu libre , pour tous les François , audelà
du cap de Bonne- Efpérance .
Après l'ajournement d'un projet de décret de
M. Milet fur les moyens de fabriquer des fous
& des demi - fous avec le métal des cloches , on
alu une lettre de M. le curé de Saint - Germain-
F'Auxerrois ; & l'Aſſemblée a décidé , à l'unanimité
du côté gauche , les membres du côté doit
ne donnant point de voix , que le corps lég f
tif affiftera , jeudi prochain , à la proceffion de
la fère-Dieu,
M, de Talleyrand , ancien évêque d'Autun ,
a développé la théorie du charge , expliqué notre
fituation monétaire , par les grandes quantités de
grains que le gouvernement a été obligé de tirer
du dehors en 1788 & 1789. A cette caufe , il
a joint tous les embarras des finances , le papier
aflocié aux forious des monnoies , fa quite
ment fubit des rentes , les ren bourfenens arriérés
, l'exportation des émigrans , la différence
qui s'étab' i entre los ffigeats & largest devenu
marchandife , les placemens fur l'étranger en
papier de banque , l'interruption du commerce
actif , l'acht des matières , & la rareté prog ef
five du numérake`´confidérée comme effet &
) 1(4 L
comme caufe. Il a foutenu que Factivité actuelle
des manufactures françoiles , preflées de
demandes de l'extérieur , peut avoir des inconvéniens
, les fpéculations que nos circonstances
rendent profitables aux étrangers devant nuire
au maintien habituel de nos fabriques ; d'où il
a conclu que cette activité actuelle ne promet
pas, la permanente profpérité à laquelle on doit
defirar d'atteindre .
Le moyen que M. de Talleyrand a propofé
pour atténuer le défavantage allarmant du change,
confifte en un emprunt hypothéqué fur les
forêts nationales & fur les annuités des ventes
des domaines nationaux , mefure que M. Anfon
& M. Barnave ont jugée très - funefte au crédit
des affignats , l'une des bafes de la fortune publique
. Ils ont penfé que l'activité renaiffante du
commerce , le rétabliffement de l'ordre , & l'affermiffement
de la conftitution , feroient repren
dre au change fon niveau naturel ; & l'ordre du
jour a écarté la motion de M. de Talleyrand..
Du mardi , 21 juin.
1513
J'ai une nouvcile affligeante à vous donner,
a dit le préfident à l'Affemblée dès l'ouverture
de cette féance. M. Bailly eft venu , il n'y a
qu'un inftant , chez moi , m'apprendre que le
Roi & une partie de fa famille ont été enlevés.
cette nuit , par les ennemis de la choſe publique.
ככ
Le profond filence qui , pendant quelque
temps , a régné dans la falle , offroit un de ces
caractères que Tacite ou Montefquieu pourroient
feuis exprimer.
Sur la propofition de M. Régnault de Saint-
Jean - d'Angely , ' Affemblée a ordonné que « le
( 15 )
miniftre de l'intérieur expédieroit à l'inftant des
couriers dans tous les départemens , avec ordre
à tous les fonctionnaires publics & gardes nationales
ou troupes de ligne de l'empire , d'arrêter
ou faire arrêter toute perfonne quelconque
fortant du royaume ; comme auffi d'empêcher
toute fortie d'effets , d'armes , de munitions ou
d'espèces d'or ou d'argent , de chevaux , de voi
tures ; & dans le cas où les couriers joindroient
le Roi , quelques individus de la famille reyale,
& ceux qui auroient pu concourir à leur enlèvement
, lefdits fonctionnaires publics , gardes
nationales ou troupes de ligne , feront tenus de
prendre toutes les mesures néceffaires pour arrêter
le lit enlèvement , les empêcher de continuer leur
route , rendre compte enfuite au corps légiflatif.
»
M. Camus a demandé que la falle für exace
tement gardée , qu'on mandât les miniftres , le
maire de Paris , le commandant de la garde nationale
; M. Charles de Lameth , qu'on ordonnât
à M. de Rochambeau de fe rendre fur la frontière
de Flandres ; & M. le Chapelier a fait décréter
que les adminiftrateurs & les officiers
municipaux inftruiroient les citoyens , par une
procl mation , que l'Affemblée alloit s'occuper
avec la plus grande activité , & fans aucune interruption
de féance , des moyens d'affurer l'ordre
dans l'empire.
Un aide-de-camp de M. de la Fayette , M.
Robeuf, s'eft préfenté à la barre , & a raconté
que les ouvriers du pont de Louis XVI venoient
de l'arrêter , de le maltraiter. Il partoit chargé
d'un ordre du général , pour avertir les bons
citoyens du départ du Roi , & de s'opposer aux
sentatives des ennemis du bien publie. L'Affem16
)
+
blée a joint un ordre à celui du commandant
& M. Robeuf eft reparti fous fauve- garde de
deux membres de l'Àffemblée , qui ont détrompé
le peuple .
M Rewbell vouloit que l'on s'informât s'il
étoit vrai que les officiers avoient , depuis plufeurs
femaines , la configne de ne pas laiffer
fortir le Roi après minuit ; & il a prétendu que
« cela fignifisit quelque chofe » , Mais M. Barnave
l'a interrompu pour repréſenter qu'il étoit
du plus grand intérêt d'attacher la confiance populaire
à qui elle appartenoit , afin d'avoir un
centre d'exécution , & un bras pour agir , comme
une tête pour penſer. Il a rendu juftice au civifme
de M. de la Fayette , écarté les inquiétudes
qu'auroit pu faire naître la motion
du préopinant , mal interprêtée ; & il a
con lu à ce qu'il fut ordonné aux citoye s « de le
tenir en armes , m is calmes , mais tranquilles
avec la ferme réfolution d'obéir au mouvement
qui leur fera imprimé par l'Aſſemblée nationale »,
Sa propofition a été unanimement décrétée .
On a appris que M. de Cazulès étoit arrêté
par le peuple , 1A emblée a envoyé fix commiffaires
pour effectuer la liberté de ce membre ,
qui l'a bientôt recouvrée,
Par un nouveau décret , l'Affumblée s'eſt occupée
de prévenir les troubles , qui , en menaçant la
fûreté & les propriétés , compromettroient la conftitution
& la liberté commune.
M. de Crillon le jeune a propofé une commiffion
de cinq perfonnes ou de moins encore ,
auxquelles on confieroit le pouvoir nécèffaire pour
maintenir l'ordre dans tout le royaume, On lui
a répondu que ce projet avoir été rejetté par
TAflemblée.
( 17)
ا م
Sur la motion de M. Fréteau , il a été ſtatué
que les décrets feront fcellés du grand ſceau des
archives de l'Affemblée nationale , & qu'il ne
fera plus fait ufage des cachets particuliers des
comités.
M. Charles de Lamoth, a ouvert l'avis d'ordonner
aux comités de travailler avec les miniftres
, d'autorifer cenx - ci à venir , au befoin ,
dans le fein de l'Affemblée , & d'adjoindre fix
membres au comité des recherches . « Il a été
commis un grand forfait , a - t - il dit , un crime
de lèfe- nation au premier chef , s'il y en a.
« Il y aura mille recherches à faire pour favoir
quels moyens on a employés , & les auteurs
« & les complices de ce crime . »
K
Vu l'impoflibilité actuelle de la fanction , M.
d'André a propofé de décréter que provifoirement
& jufqu'à ce qu'il en ait été autrement
ordonné , tous les décrets rendus par elle feront
mis en exécution par les miniftres , fans qu'il
foit befoin de fanction ni d'acceptation. M. Guil
laume a demandé qu'au lieu des mots : Louis par
la grace de Dieu , &c. , on mît à la tête des
loix : L'Affemblée nationale décrète , mande &
ordonne ce qui fuit.
-Des membres de l'Affemblée feront-ils adjoints
aux miniftres ? Telle a été la queftion que M.
de Leffart , admis à la barre , a témoigné le de fir
qu'on décidât affirmativement , & que M. de
Cazalès a prié de mettre aux voix pour qu'elle
fut rejettée , l'inviolabilité & la reſponſabilité
devant s'entr'exclure .
Par une apostille au bas d'un mémoire qui
m'a été communiqué , ce matin , a dit à la barre
M. Duport Dutertre , le Roi m'enjoint de ne
figner ni ne fceller aucun ordze jufqu'à ce qu'il
( 18 )
• m'en ait autrement ordonné . Il eft utile que.
l'Affemblée m'autoriſe à appofer à fes décrets le
fceau de l'état , car c'eſt le Roi qui m'a nommé
& qui m'a confié ce feeau entre les mains.
On a remis au préfident une lettre adreffée à
la Reine , trouvée , a - t- on dit , dans les apparremens
par le peuple . Un membre a crié : il fant
l'ouvrir. Non , a été la réponíe générale . Cette
lettre a été renvoyée au comité des recherches .
Le préfident a donné des ordres pour que M.
de Montmorin bloqué chez lui par le peuple ,
pût fe rendre à l'Aſſemblée nationale , où ce
miniftre demandoit à être errendu ; & le projet
de décret de M. d'André a été rédigé & adopté
en ces termes : ce L'Affemblée conftituante ordonne
que les décrets rendus ou à rendre nonfanctionnés
par le Roi , à raifon de fon abfence ,
auront néanmoins provifoirement force de loix
dans toute l'étendue du royaume. »
M. Moreau de Tours , a fait la motion qu'on
mandat à la barre M. de la Porte , intendant
de la lifte civile , que M. Duport du Tertre avoit
dit lui avoir communiqué un mémoire ſuivi de
l'apoflille déjà citée , de la main du Roi . Mor
Camus objectoit que M. de la Porte n'étoit qu'un
particulier , qu'un domeftique du Roi , que ce
feroit une imprudence , une inconvenance que
de le mander à la barre. M. de Beaumetz a
répondu que l'Affemblée avoit fouvent mandé
des particuliers , qu'il ne falloit pas être ininiftre
pour lui donner des renfeignemens . La motion
de M. Moreau eft paflée en décret , & fur l'avis
de M. Alexandre de Lameth , on a renvoyé au
comité militaire à propoſer ſes vues relativement
à l'armée de ligne & aux gardes nationales .
Je demande , a dit M. Muguet , que M.
( 19 )
Affry foit chargé de venir faire párt à l'Affemblée
des mesures qu'il doit avoir prifes dans les
départemens où il commande & notamment pour
les gardes fuiffes qui doivent être en ce moment
au fervier de l'Afemblée nationale . »
Quelqu'un a propofé de fufpendre , dès ce
jour , les dépenfes de la lifte civile . M. de
Cazalès a repréfenté que la rigueur de cet ordre
retomberoit fur des hommes parfaitement innocens
dans cette affaire . Il n'y a pas eu lieu à
délibérer.
сс
Entré dans la falle avec M. Bailly , M. de
ta Fayette eft allé fe placer à côté de M. Camus
qui , fe levant précipitamment , s'eft écrié :
a point d'uniforme içi : nous ne devons pas voir
d'uniforme dans l'Affemblée. » Le préfident a
judicieufement obfervé que , dans ces momens ,
le commandant-général qui voloit aux ordres de
Affemblée ne pouvoit être retardé par la loi
qui défend de délibérer en uniforme. « Il s'eft
commis cette nuit , a dit- en fubftance M. de la
Fayette , un grand attentat. M. Gouvion étoit
chargé du pofte des Tuileries . Je prends fur ma
refponfabilité la conduite de cet officier . »
M. Gouvion , admis à la barre , a raconté
qu'il y eut famedi huit jours , un commandant
de bataillon de la garde nationale lui confia que
certains mouvemens dans le château décéloient
un projet d'enlèver M. le Dauphin & Madame .
Royale ; que fur cet avis on redoubla de vigilance
, que plufcurs officiers avoient veillé toute
la nuit dernière , que , ce matin , il avoit
appris le départ du Roi , de la même perfonne
qui l'inftruifit du projet , mais qu'il ignore com
ment & par où le Roi eft forti des Tuileries.
M. Bailly a confirmé tous ces détails.
( 20 )
Une députation du département a communiqué
Tarrêté qu'il avoit pris relatif à l'appofition des
fcellés fur les portes des châteaux des Tuileries
& du Luxembourg , & aux informations à
prendre des perfonnes qui y logent. L'Affemblée
a approuvé cet arrêté du directoire .
MM. Voidel & l'Apparent ont parlé d'avis
donnés au comité des recherches , de conférences
à ce fujet qui n'avoient abouti qu'à des démaṛ-
ches de furveillance qu'on avoit bientô: tenues pot r
fuperfues. On a renvoyé au comité de conft itution
l'idée de M. de Cuftine modifiée par M.
Démeunier & par M. le Chapelier, de déclarer
qu'aucun acte du pouvoir exécutif ne fera exécuté
, s'il n'eft figné par un des miniftres actuelle
ment en fonction .
M. Fréteau a fait décréter que la municipalité
de Paris mettra le fcellé fur les archives des affaires
étrangères & les chiffres qu'elles renferment , que
rien n'en fortira que fur la fignature de M. de
Montmorin & fa refponfabilité.
Ce miniftre & M. d'Affry ont éte admis l'un
dans l'Affemblée & l'autre à la barre , & y ont
protefté de leur dévouement au corps conftituant ;
le
peu d'étendue de la voix de M. d'Affry nous
a a peine permis d'entendre fa demande d'être
quelquefois fuppléé à caufe de fon grand âge
& fs aflurances d'attachement à la conftitution
& à la liberté , & de la fidélité de ſon état - major,
Ces proteftations ont été cous crtes d'applaudiffemens
.
"
Après d'autres détails indiqués dans notre précédent
nº. , l'Aſſemblée a repris l'ordre du jour
& décrété un nouvel article du code pénal.
Interpellé par le préfident , M. de la Portea
dit qu'un domeftique du premier valet- de-chambre
( 21 )
du Roi , lui avoit remis , à 8 heures du matin ,
un mémoire qu'il avoit communiqué à M. le
garde -du - fceau . M. Fermont demandoit que ce
mémoire fût renvoyé aux comités des recherches
& des rapports ; mais plufieurs membres ont infifté
pour obtenir qu'on en fit lecture. Un des
fecrétaires l'a lu : nous en avons inféré dans le
dernier nº , un extrait littéralement tiré d'un papier
public très-répandu .
M. Barnave a propolé de ne livrer ce mémoire
à aucun dépofitaire , qu'après qu'il auroit
été figné & paraphé du président de l'Aſſemblée
& de M. de la Porte ; & que les commandans
des troupes actuellement à Paris , fuflent tenus
de prêter leur ferment d'obéiffance à l'Affemblée
nationale . On a décrété les motions de M. Barnave
& fufpendu la délibération pendant une
heure.
Site de la féance du mardi 21 juin à 6 heures
du foir.
M. Régnault de Saint- Jeant- d'Angély annonce
les inquiétudes de quelques ambaffadeurs relativement
à leur sûreté , & y répond lui - même en
obfervant la parfaite tranquillité de la capitale .
Il ne nomme que l'ambaffadeur de Portugal , &
demande que l'on pourvoie à ce que leurs maifons
foient refpectées , & qu'il leur foit déclaré
à tous que la nation Françoife eft dans l'inten
tion de fe maintenir en bonne intelligence avec
les puiffances étrangères , & qu'ils pourront correfpondre
, comme ci-devant , avec M. de Montmorin
.
"
Il paroiffoit inftant à M. Fréteau d'envoyer des
couriers auprès des diverfes puiffances pour les
avertir de négocier avec ce Miniftre , & il a
( 22 )
ajouté que les dernières lettres de la Suiffe ne
refpiroient pas la même unien que nous témoignoit
, quelques mois plutôt , cette ancienne
alliée .
« Plus nous refferrens dans notre fein la marche
des affaires , a dit M. Charles de Lameth , plus ...
nous détruirons l'effet de l'évafion du Rci. Depuis
que j'ai entendu la lecture de fon mémoire , je ne
me fervirai plus du mot d'enlèvement : ce feroit
trahir l'état ( on applaudit ) ... Le comité diplomatique
fe mettra au fait de ces correspondances , il
verra fi ces fédérations de defpotes contre la liberté
& les intérêts des peuples... -- Je demande , s'eft.
écrié M. Martineau , que le préopinant foit rappellé
à l'ordre ; car il ne lui appartient pas d'ine.
fulter les puiffances étrangères. » M. Charles de
Lamech a répondu qu'une pareille fuppofition n'étoit
pas une injure , & la dernière partie de la
motion de M. Régnault rédigée par M. Fréteau
a été décrétée .
D'après le compte qu'à rendu M. de Cernon
de l'état du tréfor public , il s'y trouvoit , lundi
fo , 31,136,000 livres , dont 2millions en or
6 en argent , 18 en affignats , & le refte en
effets de porte- feuille.
Sur le rapport de M. Rewbell , à l'occafion des
28 millions qu'un décret du matin avoit ordonné
que la caiffe de l'extraordinaire verferoit dans
le tréfor public , un nouveau décret a autorifé
le commiffaire du Roi près ladite caiffe à figner
feul , fur fa refponfabilité , les ordonnances mentionnées
au décret du 4 février , juſqu'à nouvel
ordre .
M. Biauzat a voulu favoir où s'écouloient l'or
& l'argent qu'on ne ceffe de monnoyer , la plupart
de ceux qui vont au tréfor public n'en retirant que
( 23 )
du papier. Les troupes & la marine abforbent la
monnoie , a dit M. de Cernon ; & l'on a décrété
l'impreffion des états de fabrication & de diftribution
de numéraire pour deux mois .
Les créances de la lifte civile ont intéreffé M.
Biauzat. « Ou le Roi doit , ou le Roi ne doit
pas , a réparti M. Régnault. S'il ne doit rien ,
il n'y a pas lieu à délibérer ; s'il doit , un décret
porte que la nation ne payera jamais les dettes de
perfonne . » M. Biauzat a retiré fa motion .
Une des 48 fections de Paris , celle de la Croix-
Rouge , a proteſté , par une adreffe , de ſa fidélité
aux décrets de l'Affemblée , nonobftant le départ
du Roi. Ces expreffions de dévouement ont été
vivement applaudies , & Fon eft paffé à l'ordre
du jour , au code pénal . Des débats dont l'intérêt
, fût - il tout autre , ne fe foutiendroit pas
dans l'époque où tout nous difpenfe de les retracer,
ont conduit l'Affemblée à décreter divers arti
cles fur l'homicide . Nous les tranfcrirens avec la
fuite du même code.
Ayant obfervé que les facultés morales & phy
ques d'un homme prefque feptuagénaire ne pen
vent répondre de la sûreté de toute une frontière.
M. de Rochambeau s'eft empreffé d'offrir à l'Aſfemblée
l'hommage du zèle le plus ardent pour la
patrie & de fidélité aux décrets . MM. de Crillon ;
de Montefquiou , d'Aiguillon , de la Tour-Maubourg,
de Tracy , de Cuftine , de Prafin , de
Wimpfen , de Toulongeon & Charles de Lameth
ont rémoigné,les mêmes fentimens .
4
Je Je prie l'Affemblée , a dit M. Charles de
Lameth , de délibérer fur le filence de ceux qui
ne s'engageront pas , dans la journée de demain ;
car les circonftances font extrêmes , il n'y a point
à reculer ici... Je demande que ceux des membres
( 24 )
de l'Affemblée nationale , qui , dans la journée de
demain , n'auront pas été au- devant de l'honneur
de profeffer leurs fentimens , foient déchus de
leur grade .
MM. la Tour-Meaubourg & de Toulongeon
defirent une formule de ferment appropriée aux
circonſtances ; le comité militaire eft chargé de
la rédiger , & M. de Rochambeau eft adjoint
au comité militaire pour toutes les mesures à
prendre.
Des députés du département de Seine & Oife ,
du diftrict & de la commune de Verſailles
font venus dire à l'Affemblée que fi le Roi
abandonne fon pofte , l'Aſſemblée auroit le courage
de ne pas abandonner le fien , & qu'ils
confidèrent le corps conftituant comme le centre
auquel le rallieront tous les François fidèles à
leur ferment . Introduit dans l'enceinte , M. de
Chabrillant a proteſté de fa fidélité à la conftitution
, au milieu des applaudiffemens ; & M.
Alexandre de Lameth a propolé , au nom du
comité militaire , un décret dont voici la ſubſftance
:
La garde nationale du royaume fera miſe en
activité comme il fuit . Les départemens du Nord ,
du Pas-de-Calais , de l'Aine , des Ardennes
de la Mazelle , de la Meufe , de la Meurthe
du Bas-Rhin , du Haut-Rhin , de la Haute-
Saône , du Doubs , du Jura , du Var , ces 1-5
départemens fourniront le nombre de gardes na→
tionales que leur fituation exige & que leur popu
lation pourra leur permettre. Les autres départemens
fourniront de deux à trois mille homines
& néanmoins les villes pourront ajouter à ce
nombre ce que leur population leur perinectra.
Tout
Tout citoyen qui voudra prendre les armes four
ha défense de Fétát & le maintien de la confti-"
tution , fe fera inferire au plutôt dans fa municipalité.
Des commiflaires procéderont à la formation.
Les bataillons feront de dix compagnies ,
chaque compagnie de 50 gardes nationales , un
capitaine , un lieutenant , un Tous - lieutenant , 2 fergens
, un fourrier & 4 caporaux. Chaque bataillon
fera commandé par un colonel & deux lieute-.
nans-colonels . Les compagnies sommeront leurs
officiers & fous- officiers ; l'état-major fera nommé
par le bataillon . La folde fera de Is fous par
jour , à dater du jour du raſſemblement ; le caporal
& le tambour recevront une folde & demie ,
le fergent & le fourrier deux foldes ; le fouslieutenant
trois foldes ; le lieutenant quatre foldes ;
le capitaine cinq foldes ; le lieutenant- colonel fix
foldes ; & le colonel fept foldes. »
M. de Cuftine defiroit qu'on délibérât fur ce
projet de décret article par article , & repréſentoit
que cette armée coûteroit au moins 300,000 liv.
pat jour , c'est- à - dire 109 millions 500,000 liv.
par an. Pour reftreindre une dépenfe & exorbizante
, il propofoit de ne payer que du jour du
raffemblement , parce qu'il avoit entendu le
jour de la formation. « Tout calcul de finance
eft bien inutite en un pareil momenta dit M.
de Montefquiou & l'on a décrété tous les
articles, 25 5.27
L'Aſſemblée a autoriſé le miniſtre à traiter avec
M. Grand réquis'oblige à fournir 60 mille fufils .
Elle a décrété aufli que la pofte continueroit à
diſtribucrsles lettres comme à l'ordinaire , & la
féance a été de nouveau prorogée.
} འི
>b Nº4-277al Inøller. 1792519900ÁB
( 26 )
+
1
Suite de la féance du mardi , 21 juin , à minuit ,
& du mercredi 22.
-Les comités s'étoient chgagés à ne pas fe féparer
, le département & la municipalité avoient
auffi jugé indifpenfable dè refter affemblés , pour
être prêts à exécuter les ordres du corps légifla
tif, & à prendre les macfures qu'exigeroient les
circonftances.
- I
On a lu le procès- verbal , & on en a ordonné
une nouvelle rédaction . ¿
2
Une lettre de M. de Sparre , commandantgénéral
de la dix-huitième divifion , retenu chez
lui par la goutte , a tranfmis fon ferihent de
fidélité à la nation & à la loi , & a annoncé qu'il
alloit le faire porter en litière au lieu de fon
commandement. La délibération aà été fufpendue .
A 4 heures du matin ( mercredi ) . Une feconde
rédaction du procès- verbal eft luc , approuvée ;
on y insère la lettre de M. de Sparre.
M. Lucas a propofé d'expédier des couriers
extraordinaires pour porter ce procès - verbal à
tous les départemens ; M. Pifon du Galand a
obfervé qu'il falloit attendre la proclamation .
Autre relâche .
Ano heures. Lecture d'une lettre de la municipalité
de Saint -Cloud , qui refpire le même
civilme que les précédentes , & excite les mêmes
applaudiffemens .
En attendant que les rapporteurs euffent achevé
quelque projet de décret , M. Charles de Lameth
a demandé aux commiffaires envoyés au gardemeuble
, des éclairciffemens fur les diamans de
la couronne , & a dit qu'il couroit des bruits à cet
égard ; il a même foupçonné que l'attachement de
( 27 )
·
M. Thierry de Ville d'Avray four le Roi ,
pourroit avoir fourni « une excufe au crime dont
on fe feroit rendu coupable . M. Bion , l'un des
commiffaires , lui a répondu qu'ils avoient rempli
leur miffion , que M. Chantereine ayant fuppléé
M. Thierry abfent , garantiffoit fur la tête ,
que tous les diamans étoient en ordre , que le
Roi & la Reine avoient remis tous ceux qui leur
reftoient . Avez-vous vus lés diamans , a-t-on
infifté ? Non ; mais M. Thierry arrivera aujourd'hui
de la campagne , & nous irons encore
au garde -meuble. M. de Lameth a voulu que
les commiffaires , le jouaillier de la couronne, &
un autre artifte , vérifiaflent contradictoirement
les diamans & les inventaires. Sa propofition cft
"paffée en décret .
--
--
M. Fréteau a lu une lettre de Londres , du
17 juin , portant que la flotte Angloife fe rendoit
« à la baie de Carlife..... que par conféquent
, jufqu'à préfent , la courſe ne peut pas
être inquiétante ».
*
« Je crois , a dit M. Charles de Lameth
qu'il ne doit être ni difficile , ni long , ni cher
farmer des vaiffeaux pour la nation ; car nous
avous ordor.né l'armement de 45 vailleaux ». Il
ajoutoit que les frais faits il y a fix mois , devoient
fervir pour cet armement ci ; que M.
Thévenard affuroit qu'il ne manquoit qu'un ordre
d'y mettre des matelots .
De la marine paffant à la gendarmerie natio
nale , M. Blauzat a propofé d'organifer ce corps,
& de charger le miniftre de la guerre de donner,
à tous les officiers & fous - officiers qui font à
Paris pour y folliciter , l'ordre de fe rendre inceffamment
à leur pofte. Le traitement des
officiers qui fe retireront n'eft pas fixe , a ob-
--
B 24
( 28 )
--
fervé M. Rabaud. -- Cela n'empêche pas de nom
mer les fous - officiers , a réparti M. Dubois du
Cays. Plufieurs officiers ne veulent céder lear
place que lorfqu'ils feront sûrs de leur traitement
, a repris M. Biauzat , qui étoit d'avis
qu'on autorisât les membres de la gendarmerie
nationale à percevoir leurs appointemens comme
auparavant. Cette opinion a été couverte de violens
murmures. «e Puifque vous m'y forcez , a
'dit M. Biauzat , je vous dirai que le prévôt qui
eft dans ma ville , a déclaré qu'il ne quitteroit
pas fa place qu'on ne lui ait affuré un traitement;
c'eft -là ce qui empêche le colonel nommé pour
te remplacer de prendre fa place . »
« L'homme qui demande aujourd'hui une retraite
n'en mérite point , s'eft écrié M. Charles
de Lameth. Perfonne ne peut en demander à
moins d'être un traître. Puis en parlant de l'évahion
du Roi , il a craint que des fcélérats ne millent
le feu aur moiffons , « On n'a pas eu honte , a - t- il
dit , au commencement de la révolution , de faire
faucher les blés verds ; on n'aura pas honte
"
tenant
de
faire brüler
les
blés
fecs
.
»
Charles de Lameth & M. de la Rochefoucault
ont obrena un décret , portant que le
miniftre de la guerse expédiera , dans la journée,
les brevets de tous les officiers & fous - officiers
de la gendarmerie nationale nommés , cidonnera
à tous les gendarmes nationaux de fe rendre fur
le champ à leurs poftes refpectifs , & que l'organifation
de ce corps fera complettement ache
vée dans le plus court délai .
M. Fréteau a lu uue lettre minifterie le de
Mayence , du 15 juin , adreffée au miniftre des
affaires étrangères . L'électeur a donné des fêtes
brillantes ; foir & matin des tables de 400 cou
( 29
verts. Calle de M. d'Artois a conftamment été
de 74 couverts . Beaucoup d'émigrans , d'officiers
François . On dit qu'il y a eu des conférences ,
où M. de Calone a été adois ; que M. de Mirabeau
commandera 2000 bomines ; que la nić,
fintelligence ne perce pas ; que M. d'Autichemp
á donné fa démiffion.... La plupart des gardes
du corps s'étoient rendus à Worms , & s'en fent
terrés depuis peu ..... Les derniers décrets relatifs
aux François qui tenteroient des démarches
hoftiles contre la France , ont produit une im
preffion..... L'Empereur , dit on , cherche à fe
lier avec la France...... Le landgrave de Heffe
& d'autres princes défapprouvent les propofitions
de l'électeur de Mayence , dont la quatrième a
pour objet le démembrement du royaume.
Le furplus de la lettre , a dit M. Fréteau ,
renferme des conjectures qu'il eft peut- être ben
de ne pas rendre publiques . Cependant fi l'Af
femblée l'ordonne .... Non , non , a- t -on crié de
toutes les parties de la falle ; & une députation
du nioural de caffation eft venue protefter de
fa foúmiſſion , de fa fidélité à la loi. Le préfident
a répondu que ce grand événement... prou
veroit au mo de que les François libres par l'effet
des lumières du fiècle , ne cefferont de l'être
qu'en péritfart sus jufqu'au dernier.
Au nom du comité de matine , M. de Sillery
a lu un projet de décret que nous rappellerens
ailleurs.
L'Affemblée a décrété le paiement de 217,000
livres pour les travaux militaires du Havre ;
600,000 liv. pour les travaux de Cherbourgi
30,000 liv. pour des à- comptes au commis des
bureaux de l'adminiftration ; & adopté divers
B3
( 30 )
articles tendant à l'exécution du tarif fur les marchandifes
de l'Inde.
M. d'Aumont , malade , envoie fon ferment
écrit.
On s'eft occupé des droits de champart ; & M.
Emmery, organe du comité militaire , a lu une
formule de ferment & les noms des membres
choifis pour aller recevoir ce ferment dans les
départemens maritimes & des frontières . Les
mers la conftitution..... jurée par le Roi , en
ont été fupprimés d'après les réflexions de M.
Prieur & de M. Roederer , pour qu'on ne fe crût
pas difpenfé d'obéir aux décrets non- fanctionnés.
La formule eft décrétée en ces termes
L'Allemblée nationale décrète :
« 1°. Que le ferment ordonné les 11 & 13
juin dernier fera prêté dans la forme quifuit :
cε
Je jure d'employer les armes remifes en mes
mains à la défenfe de la patrie , & à maintenir
contre tous les ennemis du dedans & du
ce dehors la conftitution décrétée par l'Affem-
« blée nationale , de mourir plutôt que de fouffric
« l'invafion du territoire François par des troupes
étrangères , & de n'cbéir qu'aux ordres qui
« feront donnés en conféquence des décrets de
l'Affemblée nationale . »
« 2°. Que des commiffaires pris dans le fein
de l'Affemblée feront envoyés dans les départemens
frontières pour y recevoir le ferment cideffus
, dont il fera dreffé procès-verbal , pour y
concerter avec les corps adminiftratifs & les
commandans des troupes , les mesures qu'ils croi-
Font propres au maintien de l'ordre public , &
à la fûreté de l'état , & faire à cet effet toutes
requifitions néceflaires . »
3 °. En conféquence , l'Affemblée nationale
( 31 )
nomme pour commiflaires MM. de Cuftine ,
Chaffer & Reynier , pour les départemens du haut-
Rhin , du bas - Rhin & des Vofges. »
« MM. de Toulongeon , Régnault de Saint-
Jean-d'Angely & Lacour d'Ambefieux , pour les
départemens de l'Ain , de la Haute-Saone , du
Jura & du Doubs .
כ כ
« MM . de la Tour- Maubourg , Alquier &
Bouilé , pour les départemens du Nord & du
Pas- de-Calais . 1
« MM. de Biron , de Vifmes & Colonna ,
pour les départemens des Ardennes , de la Meufe
& de la Mofeliet »
« Et MM. de Sinetty, Prieur & Ramel- Nogaret ,
pour le département du Finiftère: 3
« O: donné qu'immédiatement après la preftation
du ferment des troupes , MM. de Cuftine ,
de Toulongcon , de la Tour- Maubourg , de Biron
& de Sincity', viendront rendre compte à l'Affemblée
nationale de l'état des départemens qu'ils
auront vifites, is
M. Charles de Lameth a dit que tous les ini-
'litaires membres de l'Affemblée devoient prêter
ce ferment , & M. de Folleville qu'on ne pouvoit
Texiger que des fonctionnaires publics , obfervation
accueillie par de longs murmures . Le préfident
ayant lu la formule , un grand nombre
de militaires fe font portés vers la tribune , &
ont dit je le jure. Tout efprit de parri fembloit
anéanti ; de la gauche ou de la droite , on étoit
également applaudi en prêtant ferment . M. d'Orléans
l'a étébeaucoup . M. de Lufignan n'a pas été le
feul qui ait cru pouvoir fe permettre des reftrictions
; l'Affemblée les a toutes rejettées .
«Comme le Roi , a- t- il dit , eft inféparable de la
B 4
( 32 )
33
la patric , je jure.., Oa n'a pas voulu em
entendre davantage , il a quitté la tribune .
c
2
« J'aiété nommé officier général , adit M. d'Ambly,
j'ai été rayé de la lifte par les jacobins & par
le comité militaire les membres du côté gauche
ent rion m'a dong rayé de la liste pour ly
mettre M. de Montefquicu. Je joue de défundie
ma patrie , & j'oublierai l'ingratitude » . Tous les
auditeurs ont applaudi avec émotion M. d'Ambly
& M. de Montefquio , qui lui a témoigné
refpe&uent reconnoittanee
U décret a fé qu'il fera fair, un appel
nominal d´s membres du corps Ngiff je na
julet , & , qu'on n'accorders pasida á þigés jutqu'a
novel ordre, Un autre a ordonné rungbynicipalités
d'aprofer les fcells, dins les bâtimens
compris dans la lifte civile . M. de Juigné an-
Donçoit une reftriction à fpa ferment ; l'Affemblée
Pa refulte. Nous omettrons ici toutes les lectures
du ferment , faites pour les militaires , qui ont
Tacceffivement demandé au préfident de le lire ,
ont dit je lejure . Il fuffirande les rammer.
M. Gouy d'Arcy , arrivé de Selis , a apporté
deux lettres , que la municipalité de cette ville
avoit prifes far M. Hérard , médecin du Roi ; &
larépété tout ce que lui avoient dit des pofi lons
au fujer d'une voiture ou étoient une femme
un enfant , un ou deux gros hommes bruns , qui
Le cachoient. Le maire de Paris cft venu faire
part a 'Alleinbiée d'une adjudication de biens natien
ux faite à Paris dans le jour même . Para
nouveau décret , il a été pourvu à la libre circulation
des espèces ; on n'en a défendu que l'exportation
. La difcuffion s'eft reportée fur les
champarts ; on a décrété quelques articles .
( ༣༣ )
Voici la liste des militaires qui ont prêté le
dernier ferment.
MM . Alexandre Beauharnois d'Fbecq ,
Liancourt, Cuftine , de Tracy , Choifeul - Prafli ,
fis , Dublaifel , Millet de Murau , Félix de Wimpfen ,
Ja Marck , d'Allarde , d'Aiguillon , Toulongeon ,
Latour-Maubourg, Alexandre Lameth , Toutain ,
Matthieu de Montmorency , d'Orléans , Louis
de Sinetty , Jacques Menou , Wolter de Neurbourg
, Lab! ache , Roft.ing , Châteauneuf- Randon
, la Cofte , Jeffé , Vialis , Crillon , Pierre
Dedely , le Sergeant d'Isbergues , Champagny ,
de Puifaye , la Baume Mentrevel , la Touche ,
Deprez Craffier , Chcifeul- Pratin , M. zancourt,
Quency , du Hautcy , Dumefnil , Gualbert ,
Sillery , Biencourt , Guittard , Dumont , Maulette ,
d'Harambure , Charles Lameth , Glaude la
Chatre , Matthieu Buttafuoco , de Froment ,
Mortemart , Henry de Craffe , Louis -Marthe de
Gouy , Bonneville , Montcalm-Gozon , de Croix ,
de Hercé , Galiffonnière , Lamber:ye , Folleville
, Cruffol d'Amboife , Saillin , d'Avarey ,
de Lufignan , Brueys d'Aigalliers , de Murinais ,
Depuch Montbreton , Moncony , la Fayette ,
Boufflers , Louis -André Caftellane , Levis , Biton ,
Labadie , Louis Deftagnol , Pheligne , Colonna
la Rochefoucault , Chatenay Lanty , Dubois de
Crancé , Rochegude , Sarrazin , A. Dilon
de Luynes , Rochechouart , Racley Meracy ,
Prudhomme de Kiraugon , d'Ambly .
Suite de la féance , du mercredi 22 juin ,
6 heures du foir.
>
M.. le Chapelier a demandé qu'on admît à la
barre une déguitation de Bretons.qui , bien que
réfidant actuellement à Paris , nich vercient pas
BS
( 34 )
>
сс
moins exprimer les fentimens de la ci - devant
province de Bretagne , fans croire avoir befoin
pour cela d'une miflion fpéciale . « Loin de nous ,
a dit leur orateur la foibleffe de gémir fur
l'évaſion du Roi ... Un grand coup a été porté à
Empire par celui qui devoit le défendre ; mais
la loi vit . » Ils ont offert à l'Affemblée l'hommage
de leur vie. Le préfident leur a répondu
& les a invités à la féance,
Au nom du comité de conftitution , M. Démeunier
a fait lecture d'une proclamation intitulée
: L'Affemblée nationale aux François , pour
fervir de réponse au mémoire écrit de la main du
Roi. L'Affemblée a décrété cette proclamation &
ordonné qu'on l'enverra fans délai à tous les
départemens . Nous la tranfcrivons plus bas .
M. de Mefgrigny a prêté le feriment , & M.
Rabaud a lu & fait adopter huit nouveaux articles
relatifs à la gendarmerie nationale . Les
anciens exempts de la ci -devant maréchauffée ,
maréchaux- des -logis , concourront , pour la préfente
formation , avec les fous - lieutenans du même
corps aux grades fupérieurs. Les divifions ne feront
qu'un feul corps pour l'avancement , Les ci- devant
prévôts & infpecteurs auront , les premiers 4000l . ,
les autres 6000 liv . de retraite s'ils ne font pas
faits colonels . La gendarmerie nationale ne rendra
les honneurs qu'à l'Asemblée nationale en corps ,
au Roi , à l'héritier préfomptif du trône , au
régent , & aux officiers généraux en activité . Elle
eft autorisée à vifiter les auberges & les cabarets
pour y faire la recherche des perfonnes fufpectes ,
& les maifons particulières à la réquifition des
officiers de police & de juftice , des propriétaires ,
locataires ou fermiers defdites maiſons.
On arenvoyé au comité l'opinion de M. Charles
( 35 )
de Lameth , tendante à ce que les commandans
défignés par la voix publique comme fufpects à
la nation foient fufpendus- vû qu'il vaut mieux
rifquer une injuftice particulière que de manquer
de Tauver l'état , & lá féance a été prorogée .
:
A dix heures. Un grand bruit s'eft fait entendre.
On ne diftinguoit que ces mots le Roi !
le Roi ! Il eft arrêté ; le Roi eft pris ; & des cris
de joie . Deux couriers font entrés dans la falle ,
au milieu des applaudiffemens , & ont remis un
paquet au préfident qui a demandé du filence à
l'Allemblée & la ordonné aux galerics . Le paquet
contenoit des lettres des adminiftrateurs du diftrict
de Clermont aux municipalités , & des
officiers municipaux de Varennes , de Châlons &
de Sainte Menehould! Leurs Majeftés & là
famille Royale ont été arrêtées à Varennes . [
·
1
On a lu des copies de divers ordres de M. de
Bouillé à des corps de dragons & de huffards
d'envoyer des détachemens fur cette route pour
escorter un convoi d'argent , ordre daté des 13
14 & 15 juin. Les lettres ajoutent que les dragons
font patriotes , mais qu'on attend d'autres
troupes. Tant de mouvemens & d'autres indices
ayant fait naître des foupçons , M. Drouet
maître de pofte , a donné l'alarme , couru après
les voitures ; on les a arrêtécs .
Sur la propofition de M. Charles de Lameth ,
on a décrété que perfonne ne partiroit de Paris
fans un paffeport figné du préfident de l'Affemblée
nationale ; & fur l'avis de M. Alexandre de
Lameth , les comités des rapports , de conftitu
tion & militaire ont été chargés de prendre des
mefures pour affurer le retour du Roi dans la
capitale , inftruire le royaume que la vigilance
des citoyens avoit empêché l'enlèvement du Roi ,
B 6
( 36 )
& s'affarer de la perfonne de M. de Bouillé
En rappellant le décret qui ftatue qu'aucum
officier ne fera deftitué fans jugement , réflexion
qui a excité de longs murmures , M. de Wimp
fer a demandé que M. de Bouillé fût fufpenda
en attendant fon jugement.
La royauté appartient à la nation , & ne dois
jamais être avilic , a dit M. de Toulongeon . Je
demande qu'on rende au caractère du Roi le
respect qui lui eft dû . M. Rewbell a invoqué
l'ordre da jour fur la motion applaudie de M
de Toulongeon. La féance a été fufpendue.
On l'a repriſe pour lire des lettres des direc
toires du département de Seine inférieure , d
diftrict de Rouen , du département du Loiret ;
toutes refpiroient le patriotifme. !! -1
M. de Clermont - Tonnerre, malade , a envoyé ,
par écrit , fon nouveau ferment à l'Affemblér.
A minuit . M. Emmery a lu & fait adopter
les décrets, fuivans :
•
ད་
« L'Affemblée nationale , ouïe la lecture des
lettres & autres pièces à elle adreffées par la
municipalité de Varennes , Sainte- Menthould
& Châlons , décrète que les metures les plus
puiffantes & les plus actives feront prifes pour
protéger la fûreté de la perfonne du Roi , da
T'héritier prétemptif de la couronne , & des autres
perfonnes de la famille royale dont le Roi eft
accompagné , & affurer leur retour à Paris .
« Ordonne que pour l'exécution de ces dif
pofitions , MM. Latour- Maubourg Pethion &
Barnave , fe rendront à Varennes & autres lex
où il feroit néceffaire de fe tranfporter , avec le
titre & le caractère de Cammilaires, de l'Allem
blée nationale,
Leur donne pouvoir de faire agir les gardes
( 37 )
nationales & les troupes de ligne ; de donner
des ordres aux corps adminiftianfs & municipaux,
& à tous cfficiers civils & militaires , & généra
lement de faire & ordonner tout ce qui fra
néceffaire en exécution de leur niflion, 2
« Leur recommande (pécialement de veilles
à ce que le reſpect dû à la dignité , royale fʊit
maintenu . »
« Décréte , en outre , que lefdits commillaires
ferort accompagnés de M. Demus , adjudantgénéral
de l'armée க chargé de faire exécuten
leurs ordres . »
« L'Aſſemblée n´tionale décrète que Françoish
Claude -Amour Bouillé eft fufpendy de les fonctions
militaires . »
« Elle défend à toutes perfonnes exerçant des
fonctions civiles , où mitaires , de recom oître
fon commandement & d'obéir à fes ordres . »
ce Elle ordonne aux tribunaux , corps adainiftratifs
, municipalités , de le faire arreter &
conduire à Châlons) , pour être enfuite ftatué ce
qu'il appartiendra ; & aux gardes , nationales ,
troupe's de ligne & à tous autres citc yeas , de
prêter main forte pour fon arreftation .
« .
+C
ce. Elie autorife fes commiffaiçse, dont l'envoi
a été décrété ce jour même nFour recevoir le
ferment des troupes , à fufpendre , les circonf
tances l'exigent , les officiers qui commandent
fous les ordres de M. Bouillé . » .
• CG
Elles ordonne aux tribunaux , corps admi
niftratifs , municipalités gardes nationales ,
roupes de lige , & à toutes perlonnes qui en
feron: requifes , d'obéir aux ordres qui pourront,
leur être donnés par lefdits commiffaires , pour
' exécution du préfent décret. »
Un autre décret propofé par M. d'André ,
( 38 )
amendé par M. de Virieu , fur l'efprit de paix
qui règne dans la capitale , a été rendu en ces
termes :
1
ee L'Affemblée nationale , éprouvant la pleine
fatisfaction de Fordre & de la tranquillité qui
ont régué dans la ville de Paris , invite les citoyens
de cette ville à perfifter dans des fentimens
fi conformes au patriotifme qui les a
toujours animés ; enjoint au département de Paris ,
à la municipalité & au commandant de la garde
nationale , de prendre toutes les précautions néceffaires
à la fûreté de la perfonne du Roi &
de la famille . »
La délibération a été interrompue à minuit &
demi.
Suite de la féanee , du jeudi 23 juin , à 8 heures
du matin.
Sans annuller le décret de la veille , accédant
aux repréfentation's des bouchers & autres citoyens
qu'il eût empêchés de pourvoir à l'approvisionnement
de la capitale , un nouveau décret a
rendu la fortie de Paris libre à ceux qui étoient
venus y apporter des légumes, & autres denrées
ou comeftibles , & au département le foin de
juger des exceptions & de délivrer des paffe- ports .
On avoit obfervé que les trois commiffaires étoient
déjà partis.
M. du Châtelet a prêté le ferment , & après
avoir annoncé qu'il avoit auffi été prêté par
MM. Bercheny, d'Oraifon & de Heffe , M. de
Heffe eft un prince étranger , frère d'un prince
d'Allemagne , les membres font fortis pour
aller à la proceffion , & il n'en eft refté dans la
Lalle que vingt préfidés par M. Rabaud.
Deux lettres , l'une de la municipalité de Va(
39 )
4
lenciennes , l'autre des amis de la conftitution de
cette même ville , ont entretenu les auditeurs
des mesures prifes d'après la première nouvelle
du départ du Roi , du civiſme & du ferment de
M. de Sarlabons , commandant du département.
La dernière , fignée Frondeur , préfident , ajoutoit
: « Nous apprenons que Monfieur eſt à
Mons , & que M. de Ferfen a écrit , ce matin ,
que le Roi & la famille Royale étoient hors de
la France. » Toutes demandoient des moyens de
défenfe. Une lettre de la municipalité de Saint-
Quentin a notifié l'arreftation de M. de Tailleyrand
de Périgord , & de la famille munis d'un
paffe-port contrefigné par M. de Montmorin. On
y témoigne des craintes que la ville ne foit bientôt
attaquée. Cette ville n'a pour toutes troupes
ligne , que so fuiffes & 25 chaffeurs , manque
abfolument de canons , & fa garde nationale eft
mal armée. Le tout eft renvoyé aux comités .
de
A midi & demi . L'on admet à la barre M.
Mangin arrivé , la veille , de Varennes , & por
teur de la première nouvelle de l'arrestation du
Roi. Voici le récit qu'a fait M. Mangin.
« Exténué de la fatigue d'une courfe précipitée,
je n'ai pu hier à mon arrivée vous faire les détails
qui ont précédé & fuivi l'arreftation du Roi à Varennes.
35
ecVers les neuf heures du matin , il entra à Varennes
une voiture que l'on étoit éloigné de
foupçonner renfermer le Roi & la famille royale :
elle étoit efcortée par un détachement de huifards
de Lauzun & accompagnée de quelques perfonnes
qui fervoient de couriers. Le maître de pofte
de Sainte-Menehould , qui avoit eu des foupgons
fur cette voiture • & qui l'avoit fui(
401)
vie jufqu'a Clermont où les couriers avoient dé
claré aller à Verdun , s'apperçut qu'elle prenoit
la route de Varennes. Il devança alors la voiture
& vint crier dans la ville d'arrêter la voiture qui
alloit paffer.
»
« Le nommé Paul Leblanc & Jofeph Poucin , fe
trouvèrent fur la lice , s'opposèrent au paffage 5
les couriers fauettoient les chevaux les citoyens.
ayant dic qu'ils allaient tirer dans la voiture fi
elle n'arrêtoit , on ordor na d'arrêter . Pendant cet
intervalle , plufieurs pe : Lɔnnes qui s'éroient affemblées
femèrent l'alarme ; a l'inftant toute la garde
pationale fut fur pied . Les perfonnes qui éto eat
-dans la voiture furent invitées de defcendre ,
qu'elles firent fans . réfiftance . La garde nationale
arrêta le détachement des huffards de Lauzun
qui ne firent aucune réfiftance . Le procureur de la
commune fit entrer les perfonces chez lui , cu
elles demandèrent à fe rafraîchir ..
tc
ce
>
Jufques -là on igaoroit qui elles étoient , j'entrai
, je reconnus le roi , la reine , le dauphin
madame royale & madame Elifabeth. Je fortis &.
je déclarai à tous mes concitoyens que c'étoir le
roi & la famille royals . Is témoignèrent le plus
grand zèle pour s'oppofer à leur départ, & arieter
certains officiers de huffards & de dragons qui
effayoient de favorifer leur fuite La bonne contenance
des gardes nationales , & la formeté des
officiers municipaux , firent échouer leurs efforts .
Le roi eut l'attention d'envoyer à Clermert pour
donner contre-ordre & arrêter le départ des dra -i
gons qui devoient protéger fa fuite . Sur ces entrefaites
je montai à cheval ainfi que douze autres
de mes concitoyens ; nous courûmes de village
en village chercher du fecours , & en moins d'une
beure , nous fumes plus de 4 mille hommes de
( 41 )
gardes nationales , fans compter les huffards & les
diagons qui fort tous patriotes. »
ec
Lorfque je vis que nous pouvions répondre
du Roi & de fa famille , je m'empreffai de venir
vers cette capitale , pour tranquillifer les
bons citoyens & les repréſentans de la nation.
Je partis vers les quatic heures du matin ; arrivé
à la barrière de Paris , j'ai été arrêté par le peuple ,
à qui j'ai fait le récit des évènemens que je vous
retrace. La fatigue de mon voyage & les récits
que j'ai faits de ma miflion , chemin faifant
m'ont empêché de paroître plutôt devant vous ,
Pour vous inftruire des faits que je viens de vous
exp fer. 20
Des détachemens de garde & de gendarmerie
motionales , précédés d'une mufique militaire ,
fort entrés avec les membres qui revenoient de
1oceffion . Le bruit des battemens de mains
s'cít uni à l'air : ça ira , ça ira . M. Alexan
dre de Beauharnois a pris le fauteuil , a reçu
le ferment de quelques officiers & de M. de
Bouthillier , & l'on a entendu de toute part ;
je le jure. La mufique & les applaud ffemens ont
recommenté , & les grenadiers & gendarmes
nationaux font fortis de la falle .
Les commiffaires nommés pour la vifite des
diamans de la couronne , ont atteflé que ces
diarsans étoient tous dans un état conforme aux
3 inventaires de 1771 , 1774 & 1789 ; que irême
il y el avait beaucoup qui n'étoient pas portés
dans les inventaires , & qu'on leur a dit appar
senir perfonnellement au Roi & à la Reine. Ils
avoient examiné chaque pièce , aidés d'un
jouailler , & fe propofeient encore de recommencer
leur opération le lendemain .
Une députation du confeil général de la com(
42 )
::
mune de Paris , a préfenté à l'Affemblée une
lettre d'un M. Beaudin ou Bodan , datée d'Ordeval
, près Sainte-Menehould , qui figne : envoyé
de la municipalité. Ce citoyen annonce
que fa majefté lui ayant fait promettre qu'elle
n'avoit aucun rifque à courir , il en avoit répondu
fur la tête , & qu'il ne quitteroit point le
Roi pendant toute la route. En conféquence
il prie inftaminent la municipalité de Paris , de
prendre toutes les précautions peffibles pour la
sûreté du Roi & de la famille royale . On a interrompu
la délibération à z heures & demie.
-
As heures. Une lettre de MM. de la Tour-
Masbourg , Péthion & Barnave , commiflaires
envoyés au-devant du Roi , datée de la Fertéfous
Jouarre , le jeudi 23 juin à 9 heures du
matin , a informe l'Affemblée que le Roi a
couché à Châlons ; qu'une armée l'accompagne
que par tout les citoyens fignalent , avec une
contenance fière & libre , leur refpe&ucule confance
dans l'Affemblée nationales
Lettre du département de Seine & Marne,
proteftations de patriotifine & des dévoument ,
détail des précautions prifes , & quelques mots
fur les mesures projettées pour le recouvrement
des impofitions de 1791.
M. Roberfpierre vouloit que l'on décernât une
couronne civique aux citoyens qui ont arrêté e
Roi. On fait qu'ils ont menacé de tirer fur lá
voiture s'ils n'en reftoient les maîtres . M. Rewbell
a dit qu'il ne falloit la déférer que fur un
mûr exainen. L'Affemblée a renvoyé la motion
aux comités .
Un décret a fufpendu le départ des commiffaires
, qu'un décret antérieur deftinoit aux dépattemens
maritimes , d'après l'obfervation de
( 43 )
M. Fermont & de M. d'André , qu'il n'étoit pas
néceffaire de tant d'appareil pour recevoir le ferment
d'une trentaine , au plus , d'officiers de la
marine dans le département de Breſt.
M. Thouret a livré à la difcuffion le projet de
décret fuivant :
« L'Aſſemblée nationale déclare traîtres à la
nation & au Roi , ceux qui ont confcillé , aidé
& exécuté Penlèvement du Roi , & tous ceux
qui , pour favorifer leurs deffeins pervers tant aux
droits imprefcriptibles du peuple François , qu'à
l'intérêt de la royauté , tenteroient de mettre
des obftacles au retour du Roi dans la capitale ,
& à fa réunion aux répréſentans de la nation. »
« Ordonne à tous les fenctionnaires civils & à
tous commandans de troupes de ligne , de gendarmerie
nationale & de gardes nationales , d'employer
, chacun en ce qui les concerne , l'autorité
qui leur eft confiée , pour maintenir en pleine
fûreté , & la perfonne du Roi , & celles des indivi
dus de fa famille dont elle eft environnée . »
Ordonne également de repouffer par la
force , de faifir & de mettre en état d'arreftation
, pour être immédiatement livrés à la pourfuite
des tribunaux , tous ceux qui eferoient manquer
au refpect dû à la dignité royale , ou
violer , dans les perfonnes qui l'accompagnent ,
la fûreté individuelle garantie à tous les citoyens
par la conftitution . »
∞
Enjoint aux accufateurs publics auprès des
tribunaux , de pour faivre rigoureufement & fans
délai , quiconque entreprendroit de troubler
l'effet des difpofitions qui feront prifes par le
département & la municipalité de Paris , d'après
les décrets de l'Affemblée , pour allurer la tran
44 )
illité de la capitale , & garantir la fûreté de
Roi & des perfonnes qui l'accompagnent. »
2
Le premier article a paru à M. Roberſpierrė
préjuger une grande quetion , qu'il fochitoit
de vair folemnellement jugée , & par confequent
journée . Il ne s'eft pas expliqué davantage , &
plufieurs auditeurs ont paru frémir de le trop
comprendre. Le fecond article lui a femblé inad
hifible pour l'intérêt même , a - t - il dit , des
perfonnes dont on parle , & pour l'honneur dự
peuple , les metures déjà prifes étant fuffifantes .
M. Rewbell a demandé que les inftigateurs de
la faite du Roi fallent qualifiés de criminels de
lèze - nation , fans quoi l'on n'auroit , felon lui ,
ni délit ni tribunal . Il a trouvé le mot enlèvement
déplacé pour tous les membres de l'Affcmb'éc qui
ne font pas complices de l'évation , & a fouteur
que c'étoit en déguifant ainfi la vérité qu'on avoit
mis la France au bord d'un piécipice. Quant à
la réunion da Roi avec les repréfentans de la
nation , il n'a pas hésité de s'écrier : « retranchez
ces mots. Quiconque ne m'entend pas eft indigne
d'être François.
te J'espère , Meffieurs , a dit , en ſubſtance ,
M. de Toulongeon , que nous n'oublierons pas
que nous allons écrire de grandes pages dans
l'hiftoire , & que nous ferons tourner à notre
avantage le rapprochement qui va fe préfenter ..
entre nous & une nation qui a laiffé un terrible
exemple condamné par l'hiftoire. Il eft beau à un
peuple de ne pas vouloir tout ce qu'il feut. Je
m'étonne d'abord que dans l'opinion de M. Roberfpierre
, le mot facré du peuple François le
confonde fans cefle avec fes feuls ennemis . Le
peuple François doit definer que perfonne ne
trouble la gloire de fes grandes journées . C、ít .
( 45 )
donc contre les ennemis du bien public , contre
les ennemis de fa gloire que le dernier article eft
fur-tout néceffaire... Le premier article ne préjuge
abfolument rien tur des faits qui n'ont pas
Pallé fous les yeux de la loi . »
Ces obfervations ont mis fin à la délibération
qui n'a été repriſe qu'à 9 heures & ſur toute autre
matière,
M. de la Grange & plufieurs députés fuppléans
, militaires , ont prêté le ferment , & la
garde nationale Parifienne à demandé à renouveiler
le fien dans l'Affemblée. Les gardes nationales
font entrés , ayant à Lur tête M. de la
Fayette , dont le difcours s'eft terminé par ces
-mots : « Que les premiers foldats de la liberté
foient les premiers à repoutler, les foldats du
defpotifme. » Le préfident a fait une réponſe ,
lu la formule du ferment , & des milliers de
ciroyens de tous les états , dans tous les coftu
mes , les forts de la halle armés de fufils , &a
ont défilé pendant trois heures, & crié , en levant
la main devant le préfident qui tenoit aufli fa
main tendue nous le jurons , au bruit des applaudiffemens
continuels de l'Aflemblée , & la
mufique jouant tantôt l'air : ça ira , ça ira
tantôt l'air : où peût- on être mieux qu'au fein de
fa famille ?
Lavoit
A 6 heures du matin , M. l'abbé Gouttes qui
n'avoit pas quitté le fauteuil , après avoir lu des
dépêches de Châlons portant que le i
du coucher à Epernay ; & annoncé le départ de
Madame d'Orléans & de M. de Penthievre qui
étoient à Aumale , a fufpendu la feance.
Kong.Áð
(46 )
Suite de lafiance , du vendredi 24 juin, à 11
heures du matin.
Le diftrict de. Commercy n'a plus de biens nationaux
à vendre , & les prêtres eux-mêmes en
ont acheté. M. Camus obtient qu'il en foit fait
mention dans le procès-verbal .
M. de Bellegrade , infpecteur de l'artillerie , a
prêté le nouveau ferment.
par
Sur la propofition de M. Gombert de ſuſpendre
les penfions des abfens , parce qu'il ne trouvoit
Pas naturel « qu'on donnât 150,000 liv . mois
a M. d'Artois pour aller engager des troupes contre
nous & qu'il regre toit auffi juftement les
fommes que l'on paycroit à Monfieur , actuellement
émigrant , M. de Saint - Martin vouloit
que le comité de conftitution préfentât au plutôt
la loi ajournée fur les émigrans ; mais M. Camus
a préféré de décréter que le tréfor public & la
caiffe de l'extraordinaire ne feront aucun paiement
qu'à ceux qui fe préfenteront en perfonne
ou qui rapporteront une déclaration municipale de
réfidence effective & habituelle , viſée du diſtric
& du département . Ce projet amendé a donné
Je décret fuivant :
« L'Aſſemblée nationale décrète qu'à compter
de ce jour , il ne fera fait , foit au tréfor public ,
foit à la caiffe de l'extraordinaire , foit dans les
différentes cailles nationales , à aucun François
ayant trairement , penfion ou créances à exiger ,
aucun paiement , à moins qu'il ne le préfente en
perfonne même , à la charge de faire certifier ,
par la municipalité des licux , fes noms & qualités
, s'ils ne font pas connus . Dans le cas où
lefdits François ne pourroient pas fe tranſporter
cà perfonne aux caiffes où les paiemens doivent
( 47 )
s'exécuter , ils ne pourront toucher leur paiement
que par un fondé de leur procuration fpédiale
, à laquelle fera joint un certificat que la
perfonne qui a donné la procuration , eft actuel
lement & habituellement domiciliée dans le
royaume le certificat fera expédié par la municipalité
du lieu du domicile , vifé par le directoire
du diſtrict. »
«L'Affemblée déclaré ne pas comprendre dans les
difpofitions du présent décret , les étrangers ou les
ambaffadeurs créanciers & penfionnaires de l'Etat ,
& dans le cas où il feroit queftion , d'un fonctionnaire
public , le certificat qui fera joint à ſa
procuration , juftifiera qu'il eft actuellement à
fon pofte. Dans tous les cas , & avant de faire
aucun paiement , le tréforier chargé de l'acquit
ter fe fera représenter la quittance du paiement
fait par la partie prenante , tant de les impoftions
pour l'année 1790 , les années antérieures ,
que des deux premiers tiers de fa contribution
patriotique , ou déclaration qu'elle n'a pas été
dans le cas d'en faire . »
Si la partie prenante n'avoit pas encore acquitté
les impofitions ou fa contribution patriotique
, il lui fera libre d'en offrir la compenfation
avec ce qui lui eft dû ; auquel effet ladite
partie , ou fon fondé de procuration , rapporte
ront le bordereau , certifié par le directoire du
diftrict , de ce dont ils feront débiteurs , foit
pour impofition , foit pour contribution patriotique.
»
La circulation des hommes , des armes , des
vivres , de l'argent , a dit M. Emmery , doit être
libre dans tout le royaume ; mais il faut une loi
pour qu'às lieues des frontières on arrête indifféremment
> jufqu'à nouvel ordre , & les
((-481 )
hommes & les chofes . Un décret a rempli le weir
de M. Emmery..
Au moment de partir , M. de Rochambeau efe
Menu prendre congé du corps législatif qui a
prouvé la confiance par de nombreux applaudiffemens.
Deux députés des adminiſtrateurs du diſtrict
de Cermont , dans lequel eft fitué Varennes ,
Heu de l'arteftation du Rai , ont été introduits
accompagnés de M. de Romauf l'aîné , aide -deamp
de M. de la Fayette. M. Romaufa dit :
« Meffieurs , chargé des ordres de l'Affemblée ,
pour courir après le Roi , lorfqu'elle a été inftruite
de fon départ , je m'empreffe d'avoir l'honneur
de rendre compte à l'Affemblée de ma conduite
& de ma million . Dès que j'ai été hors de Paris ,
Fai pris la route que m'a paru avoir pris la voiture
da Roi , d'après les différentes indications qui
m'ont été données . Je fuis arrivé à Châulons à 9
heures du foir , où j'ai rencontré M. Baillon ;
tommandant de bataillon de Paris , & chargé des
ordres particuliers de M. de la Fayette pour faire
courir après le Roi. Il étoit retardé depuis deux
heures à Châalons , & venoit d'expédier le maître
de pofte à Sainte-Menehould , qui , ayant pris des
Traverfes très-conites , a arrêté le Poi au moment
où il entroit à Varennes . M. Baillon , arrêté
pondant deux heures à Châlons pour l'arrestation
del M. de Bouillé , eft reparti avec moi pour
Varennesci od: nous fommes arrivés à Varennes
quelques heures après l'arrivée du Roi. Nous
avons érésrendre compté à la municipalité de
d'objet de notre voyage , & nous rous formes
préfentés chez le Poi; Je lui ai communiqué le dél
erer de l'Aßemblée , dont j'étois porteur 3 il m'ą
Sundowne
7
ی ھ ت
( 49 )
donné alors fa parole que fon intention n'étoir
pas de fortir du royaume ( murmures & ris ) , qu'il
fe rendoit à Montmédi ; mais que d'après la connoiffance
qu'il avoit du décret , it alloit fe rendre
à fon vau , & reprendre la route de Paris . Le Roi
eft parti de Varennes à fept heures . Je me fuis
trouvé retardé avec MM . Damas & Choiseul =
la municipalité étoit partie avec le Roi pour
l'accompagner jufqu'à Clermont ; le peuple n'a
pas voulu nous laiffer partir avant le retour de
la municipalité : nous y avons été retenus priſonniers.
Je fuis refté avec ces Meffieurs , croyant
pouvoir leur être utile , en ma qualité d'envoyé
de l'Affemblée nationale : je fuis refté avec eux
juſqu'à ce que je les aie vu partir pour Verdun ,'
fous un escorte très- forte de la garde nationale
de Verdun , qui s'étoit rendue à Varenne. Je
me fuis mis en route pour arriver , & j'ai éprouvé
fur la route une nouvelle difficulté pour revenir à
Sainte-Menehould , fur une fauffe alarme que
les ennemis du bien public mettoient tout à feu
& à fang. J'y ai été arrêté , comme venant de ce
pays-là ; & n'en ayant pas donné avis , c'eft à
Mellieurs les adminiftrateurs du diſtrict qui font
ici que je dois d'être arrivé . »
« M. le préfident , j'oubliois de vous dire que
M. de Choifeul , retenu avec moi , avoit reçu les
ordres particuliers de M. de Bouillé pour le trouver
à Varennes , ſans aucun détachement , le jour
où le Roi y eft paflé ; & M. Damas avoit reçu
un ordre de M. de Bouillé de faire partir fon
régiment de fa garnifon pour aller à Mouzon ,
& de fe foumettre aux ordres particuliers que devoit
lui donner M. de Douglas , qui dans cette
affaire paroît avoir eu la confiance de M. de
Bouillé.
Nº. 27. 2 Juillet 1791 .
C
(( so )
сс
Nous fommes chargés par le directoire da diſtrict,
de Clermont , a dit enfuite l'orateur de la députa
tion , de mettre fous les yeux de Affemblée les
procès-verbaux & pièces relatives au voyage du
Roi. Ce ne peut être fans un vif fentiment de
douleur , que nous allons vous retracer les complots
affreux qu'avoient formés les ennemis de la
patrie . Mais il eft au moins pour nous quelque
confolation , celle d'avoir rendu inutiles leurs coupables
manoeuvres , & celle d'avoir été témoins du
patriotifme de tous les citoyens , du refpect des
foldats pour la loi , & de ces traits de civilme qui
heureufement ne vont plus devenir rares . Pour ne
Foint abufer des momess précieux de l'Affemblée
, nous ne retracerons point des évènemens
qui lui font connus , & dont les circonftances
affligeantes fe trouvent détaillées dans le procèsverbal
que le directoire a drefle de tous les faits
dont il a été témoin. Mais , Meffieurs , nous ne
poavons paffer fous filence le zèle infatigable des
gardes nationales , le patriotifme des dragons, du
treizième régiment , dont un détachement le trouvoit
à Clermont , & qui malgré les ordres de
fon commandant , a conftamment refufé de marcher
contre les citoyens , d'après la défenſe qui
leur en avoit été faite par le corps adminiftratif
& la municipalité. Nous vous retracerors la conduite
fage & héroïque de M. Sauffe , procu
Leur de la commune de Varennes , qui , lors de
l'arrivée du Roi , ne répondit aux promeffes les
plus infidieules , aux carreffes même , que par ce
feul mot : je dois beaucoup à mon Roi , mais tout
ma Patrie. ».
Le fecond député a retracé d'autres motifs d'a
farmes. Une lettre du commandant général du
( SI )
1
département de la Meufe , du 22 Juin', annonce què
des troupes ennemies s'approchent des frontières.
On y a couru aux armes , mais il n'y a pas dans le
département affez de fufils pour armer un homme
fur vingt. « Quand bien même nous ne ferious
pas armés , a dit ce député , nos bras fuffiroient
pour repouffer les ennemis .
сс
Un fecrétaire a lu l'extrait des délibérations du
diftrict de Clermont . Les mouvemens des dragons
de Damas lors du paffage de deux voitures , & li
route détournée qu'elles ont prife , ont donné des
fourçons. M. de Damas interrogé a dit qu'il avoit
des ordres de M. de Bouillé ; fommé par le maire
de furfeoir au départ , il a crié : à moi dragons !
Enfia il a remis l'ordre ; dociles aux repréfentations
des officiers municipaux , les dragons n'ont
fait aucun mouvement au commandement de ?
marche qui leur a été donné . Les adminiſtrateurs
& les dragons ont crié : vive la nation ! Ceux - ci
ont mis pied à terre , & M. de Damas s'eft enfui .
On a produit le paffe - Fort dont le Roi étoit
porteur ; on y a lu : « Laiffez paffer la baronne,
de Korffallant à Francfort , avec deux enfans ,
une femme , un valet- de - chambre & trois domeftiques...
Donné à Paris , le 5 Juin 1791. Signé ,
LOUIS. Par le Roi , MONTMORIN.
l'un
MM. Camus & Mugtet ont demandé ,
que M. de Montmorin fùt arrêté pour fa sûreté
perfonnelle , l'autre qu'un détachement confidérabic
de la garde nationale amenât ce miniftre
à l'Affemblée. On l'a décrété , & la lecture a été
continuée .
Confidérant la proximité de la frontière ' , les
effores que pouvoit faire M. de Bouillé , & « l'ias
fidélité reconnue des commandans & officiers ,
C.2
( 52 )
le directoire a arrêté que le Roi partiroit fur le
champ. Le Roi eft reparti à 10 heures du matin
efcorté de 6,000 gardes nationales & d'une foule
immenfe. Le directoire eft allé au -devant du Roi ;
fon préfident a exprimé les alarmes que caufoit ce
départ , à quoi le Roi a répondu que ſon intention
n'étoit pas de fortir du royaume. » Louis
XVI a continué fa route au milieu des cris répétés
: vivent la nation & la loi !
On a décrété que le métal des cloches fera
fondu en fous & demi-fous ; & M. Alexandre de
Lameth a fait adopter les articles fuivans au nom
du comité militaire :
« Art. I. L'Affemblée nationale décrète que
les commiffaires civils qu'elle a envoyés dans les
départemens frontières feront , fi les circonstances
l'exigent , toutes réquifitions néceffaires aux corps
adminiftratifs & municipaux , à l'effet de procurer
aux généraux d'armée les gardes nationales
dont ils pourroient avoir befoin pour concourir
au fervice militaire . »
ec II. Les gardes nationales défignées à cet
effet par les corps adminiftratifs & municipaux ,
pafferont fous les ordres des généraux , & ils
ferviront de la même manière que les troupes
de ligne. »
« ill. Outre les pouvoirs ordinaires donnés
aux généraux d'armée , ils jouiront , jufqu'à ce
qu'il en ait été antrement ordonné , du droit
d'appliquer la déchéance prononcée par le même
décret,
« IV. Pourront également , les généraux d'armée
, fufpendre provifoirement tout officier , de
quelque grade, qu'il foit , dont la conduite leur
paroîtroit fufpecte , à la charge d'en rendre compte
Pinftant au ministre de la guerre . »
( 53 )
V. L'Aſſemblée nationale autorife les géné
raux d'armée à propofer à toutes les fous- lieutenances
qui viendront à vaquer dans les corps
à leurs ordres , les citoyens qu'ils croiront le
plus en état de les bien remplir ; réſervant la
moitié de ces emplois aux fous - officiers des corps
dans lefquels ils vaqueront. »
Arrivé à la barre , M. de Montmorin a dit que
le miniftre des affaires étrangères , ne pouvoit
favoir fi les noms fous lefquels on demandoit des
paffe-ports étoient vrais cu fuppofés , que s'il en
avoit donné de faux au Roi , pour opérer fon éva
fion , il les auroit précédés ou fuivis . M. Rewbell
a parlé de madame de Korf, le miniftre a dit ne
pas la connoître . M. Gourdan ajoutoit que Monfeur
& Madame étoient fortis du royaume munis
d'un palle- port , figné Montmorin , que ceux de
Mefuames , tantes du Roi , avoient été délivrés
fous des noms fuppofés . Le miniſtre a pofitivement
affirmé le contraire de cette dernière affertion qui
n'étoit ni vraic , ni vraisemblable , puifque Mafiames
s'étoient nommées par- tout. M. d'André a
franchement obfervé que de parcilles fuppofitions
fuffifoient pour faire affaliner un miniftre ,
réflexion qui laiffe une étrange idée du règne de
la loi ; & MM. Gourdan , Roederer, Camus &
Muguet ont été défignés commiffaires pour vérifier
ce fait fur tout registre .
Sur l'obfervation de MM. Rewbell & Fréteau
que déja des citoyens de Paris fe propofoient de
préfenter une pétition tendante à ce que l'Affemblée
nationale ne pût prendre , dans la criſe actuelle ,
des mefures qui ne fuffent concertées avec les 83
départemens , pétition qui pouvoit être appuyées
& pour éviter que les affemblées primaires & les
corps électoraux ne s'occupaffent de toute autre
€ 3
$ 4 1
shofe que d'éleAions
, pour
, pour n'avoir pas 83 corps
délibérans , le corps législatif conftituant a bientôt
adopté ce projet de loi préfenté par M. le
Chapelier :
> « L'Affembléec nationale mcfurant toute
l'étendue de fes obligations , & trouvant dans la
confiance de la nation le droit & le devoir de
prendre fur clle les dangers dont on a menacé
la lberté Françoife :
се
CC
Confidérant que la tranquillité du royaume ,
l'achèvement de la conftitution dépendent des
moyens que l'Aflemblée nationale vient d'employer
, & de la fuite qu'elle doit y apporter :
Certaine que le courage & la modération
du peuple François abrégeront les travaux de fes
représentans ; mais ne pouvant , dans le nouvel
ordre d'évènemens où elle fe trouve placée
marquer , fans compromettre la chofe publique ,
l'époque précife de fa feparation , quelque zèle
qu'elle mette à la rapprocher ; & ne voulant
Laiffer aucun doute fur la réſolution où elle eft
de remplir le ferment qu'elle a fait de remettre
à la première légiflture le dépôt complet de la
liberté publique & de la conftitution , croit donner
à la nation une preuve néceflaire de fon dévoucment
, en fufpendant , pour quelques inftans
les opérations des électeurs qui font déjà ou qui
feront nommés par les affemblées primaires :
« En conséquence , elle ordonne que les électeurs
qui ont été ou qui feront nommés par les
affemblées primaires , ne fe réuniront pas , &
furfeoiront aux nominations auxquelles il devoit
être procédé d'après le décret du 29 mai , juſqu'au
jour qui fera déterminé par un décret de
Affemblée nationale. »
La féance a été fufpendue à trois heures,
As heures du fol . Le rapport acs commit
faires a conftaté que madame de Korf avoit obrenu
un paffe-port le 5 juin , par l'entremise de M.
de Simolin , miniftre de Ruffie ; qu'ayant feint
d'avoir brûlé , par mégarde , ce paffe port , elle
en avoit reçu un duplicata par la même vois
Un décret a déclaré M. de Montmorin irréprochable
, & 4 députés font alles en informer le peuple
qui menaçoit les propriétés & la perfonne de M.
de Montmoria . Celui- ci eft bientôt revenu remercier
l'Affemblée ..
Le préfident a lu une lettre des trois com
miffaires envoyés au- devant du Roi , conque en
ees termes :
A Dormans , le 24 juin 1791 , trois heures un
quart du mat! du matin.
PHU
M. LE PRÉSIDENT
2
« Nous avons joint le Roi à peu de diftance
Epernay ; il étoit dans une voiture avec la
Reine , le Dauphin , Madame Royale Madamé
Elifabeth & Madame Tourzelle trois doineltiques
étoit fur le fiége deux femmes fuivoient
dans un cabriolet ; un peuple immenfe & en armes
étoit fur la route . Nous nous fammes approchés
de li perfonne du Roi , nous lui avons fait part
de notre miffion , & nous lui avons donné lecture
du décret de l'Aflemblée nationale
en avons également fait lecture aux braves citoyens
qui for fervoient de cortége : nous avons
inftitué M. Dumas leur commandant , & nous
nous fommes rendus en bon ordre à Dormans
où nous paffons la nuit . Demain nous nous rendrons
à Meaux , & après- demain à Paris . "
« Ce qui ralentit notre marche , c'eſt Taf-
; nous
לכ
C4
fluence des gardes nationales qui fe rendent de
toutes parts fur le paffage du Roi pour l'escorter ,
& dont nous devons louer le zèle & la conduite
prudente & généreuse, »
Nous fommes avec refpect ,
Monfieur le Préſident ,
L
« Votre très-humbles , &c . Signé ,
Péthion , Latour - Maubourg , fl Baruave , Dumas. »
M. Dupont a lu une adreffe aux François pour
te paiement des contributions foncières & mobihaires
, M. le Grand a prétendu qu'elle renfermoit
trop de belles expreffions , trop de grandes phrafes,
pour être entendue de toutes les claffes de contribuables
il auroit préféré une adreffe qui efit ¿
réchauffe le patriotifme mieux que cette longue
énumération des impôts détruits. M. Dupont a
répondu que deux colonnes , l'une des anciens
impôts , l'autre des nouveaux , feroient l'adreffe
la plus patriotique que l'on pût envoyer aux
départemens. L'adrefle a été décrétée .
Les cofps adminiftratifs de Verſailles out dénoncé
au tribunal du diſtrict , & le tribunal a
d'abord fait arrêter & enfuite feulement empèché
de partir madame d'Offun , dame d'atour
de la Reine . Cette dame a prouvé qu'elle n'avoit
aucune part à l'évènement du jour, en produifant
une lettre de la Reine dont voici la teneur
& qui ne lui parvint que mardi :
« Ce lundi foir 20 juin 1791. Tous les devoirs
réunis m'ont empêché , Madame , de vous
avertir de notre départ . J'ai pourtant rifqué de
vous engager à faire une courfe , ne fût- ce que
pour vous favoir hors d'ici . J'ai bien pcu de momens
à moi , & beaucoup d'affaires . Je me borne
( 57 )
donc à vous affurer de mon éternelle & inviolable
amitié. Dieu veuille que nous puiflions être
promptement réunies ! je vous embraffe , &c . »
On a décrété , fur la propofition de M. de
Menou , ce qui fuit :
« 1 ° . Les officiers généraux commandans les
troupes fur les frontières du royaume , font autorités
à faire délivrer aux gardes nationales qui
feront employées fous leurs ordres , tant en corps
d'armée que dans les places de guerre & autres
poftes quelconques , les armes & munitions de
guerre de toute effèce , ainfi que les effets de campement
& autres attirails de guerre qu'ils jugeront
nécellaires , fous la condition de rendre compté au
miniftre de la guerre des diftributions qu'ils auront
ordonnées , & de prendre fes ordres à cetégard. »
« 2°. L'Affemblée nationale ordonne aux officiers
généranx employés , de veiller avec le plus
grand foin fur les différens arfenaux , magains
& dépôts d'armes & munitions de guerre ; les
autorilaut à changer le lieu de ces dépôts s'ils le
croient néceffaire à leur sûreté. Il eft expreffément
défendu aux différens corps adminiftratifs
de s'immifcer dans tout ce qui peut avoir rapport
à cette branche d'adminiftration militaire . »
« L'Affemblée nationale décrète que le miniftre
de la guerre eft autorisé à augmenter de feize
officiers généraux le nombre de ceux qui d'après
les précédens décrets lont actuellement employés ;
favoir , quatre lieutenans généraux & douze maréchaux-
de- camp. Le miniftre eft autorisé à choisir
les quatre lieutenans -généraux & les douze maréchaux-
de-camp , foit dans la ligne , foit parmi
les officiers généraux actuellement exiftans. A ces
feize officiers généraux feront attachés des aidesde-
camp , dont le nombre fera fixé conforme-
C f
( 581
ment aux précédens décrets de l'Aſſemblée natlonale
. »>
L'Affemblée à ordonné le remplacement des
officiers généraux émigrans ou démis , & M. de
Menou a fait le tableau de l'état de guerre où fe
trouve actuellement le royaume. Du département
du Nord à celui du Haut-Rhin , 700 pièces de
canon , de la poudre pour fept à huit campagnes
des plus actives , des provifions très-con-
•fdérables de boulets , de balles ; des vivres pour
200,000 hommes de troupes , four 18 mois ; des
effets de campement pour trois armées de 60,000
hommes chacune ; & par-tout des difpofitions
qui augmenteront encore ces reffources , M. Lavenue
a demande qu'on fit part à l'Aſſemblée
d'un plan de défenfe pour nos frontières ; cette
propofition a excité de longs éclats de rire , & l'on
eft paffé à l'ordre du jour.
Une députation de la municipalité de Paris a
préſenté M. Drouet & M. Guillaume , qui prirent
de concert des mesures pour arrêter les voitures
du Roi . M. Dacier , orateur de la députation
, a dit : «c aujourd'hni que tous les François
font frères , lorfqu'un des citoyens fait une
bonne action , la gloire en rejaillit fur toute la
famille . On a applaudi , & M. Drouet a parlé
à peu près en ces termes :
«Je fuis maître de pofte à Sainte- Menehould,
ancien dragon au régiment de Condé ; mon camarade
Guillaume et un ancien dragon au régiment
de la Reine. ( On applaudit ) Le 21 juin ,
7 heures & demie du foir , deux voitures &
onze chevaux relayèrent à la pofte de Sainte-
Menehould. Je crus reconnoître la Reine ; &
appercevant un homme dans le fond de la voiture
à gauche , je fus frappé de la reſſemblance
3
de fa phyfionnomie avec l'effigie d'un affignat
de so livres. ( On applaudit. ) Ces voitures
étant conduites par un détachement de dragons,
lequel fuccédoit à un détachement de huffards ,
fous le prétexte de protége un tréfor , cette efcorte
me confirma dans mes fourçons , fur- tout
lorfque je vis le commandant de ce détachement
parler d'un air , très-animé à l'un des couriers.
Cependant ocrraa ggnnaanntt d'exiter de fauffes
alarmes , étant tout feul , ne pouvant confulter
perfonne , je laiffai partir les voitures ; mais
voyant auffitôt les dragons prêts à fe mettre
en mouvement pour les fuivre & voyant
qu'après avoir demandé des chevaux pour Verdun
, ces voitures prenoient la route de Varenres
, je pris un chemin de traverse pour les
rejoindre. Je les devançai à Varennes , il
étoit onze heures du foir : il faifoit très - noir ;
tout le monde étoit couché. Les voitures furent
arrêtées dans une ruc , par une difpute qui eut
lieu entre les poftillons & le maître de pofte
du lieu , Celui- ci vouloit qu'on fit repofer &
rafraichir les chevaux , felon l'ufage . Le Roi
au contraire , vouloit accélérer fon départ . Je dis
alors à mon camarade es - tu bon patriote Nen
doute pas , Eh bien , lui répondis-je , le Roi eft à
Varennes ; il faut l'arrêter. Alors nous defcendîmes
& nous fimes réfléxion que , pour le fuccès
de notre projet , il falloit barricader la rue & le
pont par où le Roi devoit paffer. ( On applaudit . )
un
En conféquence, nous nous tranfportâmes
moi & mon camarade , près du pont de Varennes ;
il y avoit heureufement tout près une voiture
chargée de meubles , nous l'amenâmes , nous la
culbutâmes , de manière qu'il étoit impoffible
de paffer. (On applaudit . )
C 6
( 60 )
Alers , nous courûmes chercher le procureur de
la commune , le maire , le commandant de la
garde nationale , & en moins d'un demi quartd'heure
nous fùmes réumis au nombre de 8
hommes de bonne volonté. Le commandant de
la garde nationale accompagné du procureur de
la commune s'approchèrent de la voiture & demandèrent
aux voyageurs , qui ils étoient & où
ils alloient. La Reine répondit , qu'ils étoient
preffés. On infifta pour voir le paffeport ; elle
donna enfin fon pafleport à deux gardes - d'honneur
, qui defcendirent & vinrent à l'auberge.
Ce palleport portoit le nom de madame la baroape
de Korff , &c. Quelques perfonnes qui
entendirent la lecture de ce paffeport difuient
qu'il devoit fuffire . Nous combattimes cette
idée , parce que le pafferort n'étoit figné que
du Roi , & qu'il devoit l'être auffi par le préfident
de l'Affemblée nationale . Si vous êtes une
étrangère , difions-nous à la Reine , pourquoi
avez- vous affez d'influence pour faire partir après
vous un détachement ? pourquoi lorfque vous
paffâtes par Clermont , en avez - vous eu affez
pour vous faire fuivre par un premier détachement?
D'après ces réfléxions & notre obftination , on
délibéra que les voyageurs ne partiroient que le
lendemain. Ifs defcendirent dans la maifon du
procureur de la commune .
"
Alors de lui- même , le Roi nous dit : Voilà
le Roi , voilà mon épouse & mes enfans ; nous
vous conjurons de nous traiter avec les égards
que les François ont toujours eus pour leurs
Rois . Auflitôt les gardes nationales accoururent
eu foule , & l'on vit en même temps arriver les
huffards le fabre à la main ils effayerent d'approcher
la maiſon où étoit le Roi ; mais nous
( 61 )
leur criâmes que fi on vouloit l'arracher , on me
l'arracheroit que mort d'entre nos mains .... Le
commandant de la garde nationale eu l'attention
en outre de faire venir deux pièces d'artillerie
qu'il fit mettre à l'embouchure de la rue par en
haut , & deux autres en bas , de manière que
les huffards fe trouvèrent entre deux feux . On
les fomma de defcendre de cheval . M. Jouglas
s'y refufa dit qu'il vouloit avec la troupe
garder le Roi : on lui répondit que la garde
nationale le garderoit bien , qu'elle n'avoit pas
befoin de fon fecours ; il infiſta , alors le commandant
de la garde nationale ordonna aux canonniers
de fe mettre à leurs rangs & de faire
feu ; ils prirent la mêche à la main ..... Mais
j'ai l'honneur de vous obſerver qu'il n'y avoit
rien dans les canons. »
« En un mot , le commandant de la garde nationale
& la garde nationale firent fi bien qu'ils
parvinrent à défarmer les buffards ; le Roi fat
donc conftitué prifonnier. Ayant ainfi rempli
notre devoir , nous retournâmes chez nous ,
milieu des félicitations de nos concitoyens ; &
nous fommes venus dépofer dans le fein de l'Affemblée
nationale l'hommage de nos fervices..
au
Des députés des tribunaux criminels de Paris
fort venus entretenir l'Affemblée des ſuggeſtions
qui pouvoient avoir induit le premier fonctionnaire
public , ce font leurs expreffions , à déferter
de fon pofte ; de la fageffe & de l'énergie ducorps
conftituant ; de leur admiration & de leur
fidélité . Organe du département de Paris , M.-
Paftoret a prêté le ferment que ces adminiftrateurs
, a- t-il dit , prêtent nuit & jour à la patrie
; il a ajouté : « vos vertus font notre nodèle
, vos travaux notre gloire & notre bon(
62 )
*
heut , & juré de maintenir la conftitution , en
obfervant qu'ils n'avoient pas befoin de promettre
de l'aimer . Le préfident a réfoudu , & la
féance a été de nouveau Tufpendue . Il étoit 10
heures du foir.
La fuite au Journal prochain.
Nous nous réfervons d'attacher la réflexion
de nos Lecteurs fur les principaux
incidens de la retraite & du retour du Roi
lorfque les premiers ébranlémens qu'a produits
cet événement feront calmés , que
les détails feront vérifiés , & que l'on aura
pu prendre quelqu'opinion des faits . L'on
en a pu voir d'importans dans les Séances
de l'Affemblée Nationale ; il en eft d'autres
moins frappans , mais qui ont trait au
même fait , & que nous recueillerons avec
foin ; les pièces publiques fur tout méritent
une attention particulière , & nous tâcherons
de les rapporter lorfqu'elles pourjont
éclairer & guider le jugement dans cette
orageufe circonftance. On a déja vu un extrait
de la déclaration de S..M . aux François,
à fa fortie de Paris ; nous la rapporterons
en entier en attendant , voici l'adreffe de
l'Affemblée Nationale aux François , décrétée
en forme de Proclamation , dans la
Séance du 22 Juin ; c'eft une forte de réponſe
à la déclaration du Roi , & par con
féquent , un premier apperçu du fentiment
31
( 63 )
de l'Affemblée Nationale fur les diverfes
plaintes qui s'y trouvent expofées.
се
« Un grand attentat vient de fe commettre.
L'Affemblée nationale touchoit au terme de fes
longs travaux ; la conftitution étoit finie ; 1.s
erages de la révolution alloient ceffer ; & les
ennemis du bien public ont voulu , par un feul
forfait , immoler la nation entière à leur vongeance
. Le Roi & la famille royale ont été enlevés
dans la nuit du 20 au 21 de ce mois. "
« Vos repréfentans triompheront de cet
obftacle ; ils mefurent l'étendue des devoirs qui
leur font impofés. La liberté publique fera maintenue
; les confpirateurs & les esclaves apprendront
à connoître l'intrépidité des fondateurs de
la liberté françoife ; & nous prenons , à la face
de la nation , l'engagement folennel de venger
la loi ou de mourir. »
« La France veut être libre , & elle fera libre ;
on cherche à faire rétrograder la révolution , la
révolution ne rétrogradera point . François , telle
eft votre volonté ; elle fera accomplie .
כ כ
« Il s'agiffoit d'abord d'appliquer la loi à la
pofition momentanée où se trouve le royaume.
Le Roi , dans la conftitution , exerce les fonctions
royales du refus ou de la fanction fur les
décrets du corps légiflatif, il eft en outre chef
du pouvoir exécutif; & , cp cette dernière qualité,
il fait exécuter la loi par des miniftres refponfables
. Si le premier des fonctionnaires publics
déferte fon pofte , ou eft enlevé malgré lui ,
les repréfentans de la nation , revêtus de tous
les pouvoirs néceffaires au falut de l'Etat , &
à l'activité du gouvernement , ont le droit d'y
fuppléer ; en prononçant que l'appofition du fceau
de l'état , & la fignature du miniftre de ļa juf(
64 )
ce , donneront aux décrets le caractère & l'autorité
de la loi ; l'Allemblée nationale conftituante
a exercé un droit inconteftable. Sous le fecond
rapport , il n'étoit pas moins facile de trouver
un fupplément. En effet , aucun ordre du Roi
ne pouvant être exécuté s'il n'eft contrefigné par
les miniftres , qui en demeurent refponfables , il
a fuffi d'une fimple déclaration qui ordonnât provifoirement
aux miniftres d'agir fous leur refponfabilité
, fans la fignature du Roi . »
Après avoir pourvu aux moyens de completter
& de faire exécuter la loi , les dangers
de la crife actuelle font écartés à l'égard de l'intérieur
du royaume. Contre les attaques du dehors ,
'on vient de donner à l'armée un premier renfort
de quatre cent mille gardes nationales . Au- dedans
& au- dehors , la France a donc toute forte de
motifs de fécurité , fi les efprits ne fe laiffent point
frapper d'étonnement , s'ils gardent de la modéra
tion.L'Affemblée nationale conftituante eft enplace;
tous les pouvoirs publics , établis par la conftitution
, font en activité ; le patriotiffne des citoyens
de Paris , fa garde nationale , dont le
zèle eft au-deffus de tout éloge , veilient autour
de vos représentans . Les citoyens actifs du royaume
entier font enrôlés , & la France peut attendre
fes ennemis . »
<<< Faut- il craindre les fuites d'un écrit arraché
avant le départ de ce Roi féduit , que nous ne
croirons inexcufable qu'à la dernière extrémité ?
On conçoit à peine l'ignorance & les prétentions
de ceux qui l'ont dicté ; il fera difcuté par la fuite
avec plus d'étendue , fi vos intérêts l'exigent ; mais
'il eft de notre devoir d'en donner ici une idée . »
« L'Affemblée nationale a fait une proclamation
folemnelle des vérités politiques ; elle a
( 65 )
retrouvé , ou plutôt elle a rétabli les droits facrés
du genre humain ; & cet écrit préfente de nonyeau
la théorie de l'efclavage . »
cc
François ! on y rappelle cette journée du
23 juin , ou le chef du pouvoir exécutif, ou
le premier des fonctionnaires publics ofa dicter
fes volontés abfolues à vos repréfentans , chargés
par vos ordres de refaire la conftitution du
royaume. »
« On ne craint pas d'y parler de cette armée
qui menaçoit l'Affemblée Nationale au mois de
juillet ; on ofe fe faire un mérite de l'avoir éloignée
des délibérations de vos repréfentans . »
L'Affemblée nationale a gémi des évènemens
du 6 octobre. Elle a ordonné la pourſuite
des coupables ; & parce qu'il cft difficile de retrouver
quelques brigands au milieu de l'infurrection
de tout un peuple , on lui reproche de
les laiffer impunis ! on fe garde bien de raconter
les outrages qui provoquèrent ces défordres . La
nation étoit plus jufte & plus généreuse ; elle ne
reprochoit plus au Roi les violences exercées fous
fon règne , & fous le règne de fes aïeux . »
On ofe y rappeller la fédération du 14
juillet de l'année dernière . Qu'en est- il refté dans
la mémoire des auteurs de cet écrit ? C'eſt que
le premier fonctionnairc public n'étoit placé qu'à
la tête des repréſentans de la nation . Au milieu
de tous les députés des gardes nationales & des
troupes de ligne du royaume , il y prononça un
ferment folemnel ; & c'eft-là ce qu'on oublie !
Le ferment du Roi fur libre ; car il dit lui-même ,
que c'eft pendant la fédération , qu'il a paffé les
momens les plus doux de fon féjour à Paris ;
qu'il s'arrête avec complaifance fur le fouvenir
des témoignages d'attachement & d'amour que
( 66 )
lui ont donnés les gardes nationaux de toute la
France. Si un jour le Roi ne déclaroit pas que
des factieux l'ont entraîné , on auroit dénoncé
fon parjure au monde entier . »
cr
Eft-il befoin de parcourir tant d'autres reproches
, fi mal fondés ? On diroit que les peuples
font faits pour les Rois , & que la clémence cft
Funique devoir de ceux-ci ; qu'une grande nation
doit fe régénérer fans aucune agitation fans
troubler un moment les plaifirs des Rois & de
leur cour. Quelques défordres ont accompagné
la révolution ; mais l'aneien defpotifme doit-il
fe plaindre des maux qu'il avoit fait ? & convient-
il de s'étonner que le peuple n'ait pas toujours
gardé la mefure , en diffipant cet amas de
corruption , formé pendant des diècles par les
crimes du pouvoir -abſolu ? »
•
cc Des adreffes de félicitations & de remerciemens
font arrivées de toutes les parties du
royaume ; on dit que c'eft l'ouvrage des fictieix ;
oui , fans doute , de vingt- quatre milions de
factieux . »
Il falloit reconftituer tous les pouvoirs ,
parce que tout étoit corrompus parce qu'une
dette effrayante , accumulée par l'impéritie & les
défordres du gouvernement , alloit précipiter la
nation dans un abîme. On nous reproche de
n'avoir pas foumis la conftitution au refus du Roi;
mais la royauté n'eft établie que pour le peuple ;
& les grandes nations font obligées de la maintenir
, c'eft parce qu'elle eft la fauve -garde de
leur bonheur. La conftitution lui laiffe fa prérogative
& fon véritable casactère . Vos repréfentans
feroient criminels , s'ils avoient facrifié
vingt quatre millions de citoyens à l'intérêt d'un
feul homme, »
( 67 )
ca Le travail des peuples alimente le tréfor
de l'Etat ; c'eſt un dépôt facré . Le premier fymptôme
de l'esclavage eft de ne voir dans les contributions
publiques , qu'une dit e envers le defpotifme.
La France devoit être , fur ce point ,
plus févère qu'aucune autre nation . On a réglé
l'emploi des contributions d'après la ftricte juftice
; on a pourvu avec munificence aux dépenfes
du Roi ; par une condefcendance de l'Affemblée
nationale , il en a lui - même fixé la fomme ;
& près de trente millions accordés à la lifte
civile , font préfentés comme une fomme trop
modique !:
כ כ
Le décret fur la guerre & la paix ôte au
Roi & à fes miniftres le droit de dévouer les
peuples au carnage , felon le caprice ou les calculs
de la cour; & l'on paroît le regretter ! Des
traités défaftreux ont tour - à-tour facrifié le ter
Fitoire de l'empire François , les tréfors de l'Etat ,
& l'induftrie des citoyens . Le corps législatif
connoîtra mieux les intérêts de la nation , & l'oa
nous reproche de lui avoir confervé la révifion
& la confirmation des traités ! Quoi donc ! n'avez
vous pas fait une affez lougue expérience des
erreurs du gouvernement ? »
« Sous l'ancien régime , l'avancement & ia
difcipline des foldats & des officiers de terie' &
de mer étoient abandonnés au caprice du miniftère
. L'Allemblée nationale , occupée de leur
bonheur , leur a reftitué des droits qui leur
appartiennent ; l'autorité royale n'aura plus que
le tiers ou le quart des places à donner ; & l'on
ne trouve point cette part fufflante ! b
ice On attaque votre ordre judiciaire , fans forger
que le Roi d'un grand peuple ne doit fe mêler
de l'adminiſtration de la juftice que pour faire
( 68 )
.
obferver les lois & exécuter les jugemens . On
veut exciter des regrets fur le droit de faire grace &
de commuer les peines ; & cependant tout le monde
fait comment ce droit eft exercé , & fur qui les
monarques répandent de pareilles faveurs . »
« Se plaindre de ne pouvoir plus ordonner
toutes les parties de l'adminiftration , c'eſt revendiquer
le defpotifme miniftériel . Certes , le
Roi ne pouvoit l'exercer lui-même. On a laiffé
au peuple le choix de fes adminiſtrateurs ; mais
ces mêmes adminiftrateurs font fous l'autorité du
Roi, en tout ce qui ne concerne pas la répartis
tion de l'impôt ; il peut , fous la refponfabilité
de fes miniftres , annuller leurs actes irréguliers ,
les fufpendre de leurs fonctions. »
:LC
Les pouvoirs une fois répartis , le corps
législatif, comme tout autre pouvoir public , ne
pourra fortir des bornes qui lui feront affignées .
Au défaut des miniftres , l'impérieufe néceflité
a forcé quelquefois l'Affemblée nationale à fe
mêler , malgré elle , de l'adminiftration . Ce n'eft
pàs au gouvernement à le lui reprocher. On doit
le dire ; il n'infpiroit plus de confiance ; & ,
tandis que tous les François fe portoient vers le
corps législatif, comme centre d'action , elle ne
s'est jamais occupée , fur ce point , que des difpofitions
néceffaires au maintien de la liberté.
Devoit-elle conferver de la défiance ? Vous pouvez
en juger d'après le départ du Roi. »
eċ
La faction qui, à la fuite de ce départ , a
tracé la longue lifte de reproches auxquels il fera
fi facile de répondre , s'eft démafquée elle - même.
Des imputations fouvent renouvellées en décèlent
La fource . On fe plaint de la complication du
nouveau régime; & par une contradiction fenfible
, on fe plaint en même temps de la duréo
( 69 )
biennale des fonctions des électeurs . On reproche
amèrement aux fociétés des amis de la conftitu
tion cet amour ardent de la liberté qui a tant ſervi
la révolution , & qui peut être fi utile encore ,
fi , dans les circonftances actuelles , il eft dirigé
par un patriotifme tout à-la -fois prudent &
éclairé. »
cc
Faut -il parler enfin de cette infinuation relative
à la religion catholique ? L'Aſſemblée nationale
, vous le favez , n'a fait qu'ufer des droits
de la puiffance civile ; elle a rétabli la pureté
des premiers fiècles chrétiens ; & ce ne font pas
les intérêts du ciel qui dicent ce reproche .
François ! l'abſence du Roi n'arrêtera point
l'activité du gouvernement ; & un ſeul danger réel
vous menace. Vous avez à vous prémunir contre
la fufpenfion des travaux de l'induftrie , du paiement
des contributions publiques , contre cette
agitation fans mefure , qui , bouleverfant l'Etat
par excès de patriotiſme ou à l'inſtigation de nos
ennemis , commenceroit par l'anarchie , & finiroir
par la guerre civile.
و و
C'eft fur ce danger que l'Affemblée nationale
appelle la follicitude de tous les bons citoyens
; c'eft ce malheur véritable qu'il faut éviter.
Vos représentans vous exhortent , au nom de
la patrie , au nom de la liberté , à ne pas les
perdre de vue . Dans les momens de crife ; il
eft néceffaire de développer un grand caractère ;
c'eft alors que les haines privées & les intérêts
particuliers doivent difparoître. Le peuple , qui
vient de reconquérir la liberté, doit fur- tout'
montrer cette fermeté tranquille qui fait pâlir les'
tyrans. »
« Le grand, prefque l'unique intérêt qui doivel
aqus occuper particulièrement juſqu'à l'epoque
770 )
très-prochaine où l'Affenib'ée nationale aura pris
une réfolution définitive , e'eft le maintien de
Fordre. L'ordre peut exifter par-tout où il exifte
un centre d'autorité ; il fe trouve dans l'Aſſemblée
de vos repréſentans . Il faffira provifoirement , fi la
voix des citoyens prononce avec énergie l'obligation
de refpecter la loi ; fi la force publique
de l'armée , des gardes nationales , & de tous
les François en appuie l'exécution . Nous gémi
rons des malheurs de notre Roi ; nous appelle
rons la vengeance des lois fur ceux qui l'ont
entraîné loin de fon pofte ; mais l'empire ne
fera point ébranlé ; l'activité de l'adminiftration
& de la juftice ne fera point ralentie . Riezvous
donc fur ce point , auquel le falut de la
France eft attaché ; furveillez ces hommes qui
ne voient dans les calamités publiques qu'une
o :cafion favorable à leur brigandage . Uniffez
vos efforts pour empêcher les violences , pour
aflurer le paiement des contributions , & la libre
circulation des fubfiftances , pour maintenir la
fureté des perfonnes & de toutes les propriétés .
Montrez la loi aux coupables ; fortifiez les autorités
conftitutionnelles de toute la puiffance de
la volonté générale ; que les factieux qui demandent
le fang de leurs concitoyens voient l'ordre
fe maintenir au milieu des' orages , la conftitution
s'affermir , & devenir plus chère aux François
par les coups qu'ils lui portent ; & qu'enfin les
dangers qui vous éroient réservés , n'atteignent
que les ennemis .de votre bonheur . La capitale
peut fervir de modèle au refte de la France ;
le départ du Roi n'y a point caufé d'agitation ;
& , ce qui fait le défelpoir de nos ennemis , elle
jouit d'une tranquillité parfaite. »
་
« Il eft , envers les grandes nations ,
des at
( 71 )
tentats que la générosité feple peut faire oublier .
Le peuple François étoit fier dans la fervitude ;
il montrera les vertus & Phéroïfme de la liberté .
Que les ennemis de la conftitution le fachent ; pour
aflervir de nouveau le territoire de cet empire ,
il faudroit anéantir la nation . Le defpotiſme formera
, s'il le veut , une parcille entrepriſe ; il
fera vaincu ; ou , à la fuite de fon affreux triomphe ,
il ne trouveia que des ruines . »
Signés , ALEXANDRE BEAUHARNAIS , Préfident
, MAURIET , REGNIER , LECARLIER , FRICAUD
, GRENOT , MERLE , Secrétaires .
Comme nous nous ferons toujours un
devoir de rectifier les méprifes , où malgré
l'amour de l'impartialité,nous pouvons être
entraînés par la rapidité de la rédaction du
journal des feances , nous nous empreffons
'de configner ici la réclamation de M. Paul
Nairac , député de Bordeaux. Il n'a point
demandé à l'Affemblée nationale , ainfi
qu'on l'annonce dans le n°. 23 du Mercure
, page 194 de la partie politique
que le corps législatif improuvat la conduite
de la Municipalité de Bordeaux , coupable
de violences contre les loix et la
liberté des citoyens , « il a demandé au
contraire que les applaudiffemens donnés
à cette conduite par l'Affemblée , fuffent
confirmés par une lettre du préfident. >>
J
DRUIDATES UTCUits a MUUT
J 1
SUPPLEMENr à l'article de Paris & aux Nouvelles
étrangères.
Du dimanche 26 juin 1791.') sta
LA féance a tenue toute la nuit , & la délibération a été
reprife à dix heures du matin. On a fait lecture d'une lettre
de la municipalité du Mans , qui annonce que M. de Brezé
a été arrêté le 22 , comme n'ayant point de paffe port , &
pouvant par fa place donner des lumières fur l'évafion du
Roi . Cette lettre étoit accompagnée d'un interrogatoire qu'avoit
fubi M. de Brézé , & dans lequel il avoit dit qu'il fe
retiroit dans une de fes terres par le confeil de fes amis ; qu'aurefte
, il ne pouvoit donner aucun renfeignement fur la fuite
de la Famille Royale , dont il n'avoit été inftruit que le mardi
à 11 heures du matin. L'Aflemblée a ordonné l'élargißement
de M. de Brezé .
On s'eft enfuite occupé da moyen d'exécuter le décret de
la veille portant qu'il fera informé des auteurs & complices
de l'évafion du Roi , & que les perfonnes qui l'accompa
gnoient feront mifes en état d'arrestation . Après quelques
débats , où l'on a entendu avec peine des applaudiffemens
prodigués à ces paroles de M. Roberfpierre : « La Reine n'eft
qu'une citoyenne , le Roi un citoyen comptable. L'on a décrété
trois articles , dont le premier ordonne que le tribunal de
l'arrondiffement des Tuileries fera inforiner fur l'évasion du
Roi , & les faits qui y font antérieurs ; le fecond , qu'il fera
interroger les perfonnes mifes en état d'arreftation ; & le
troifième , que l'Aflemblée Nationale nommera trois commiffaires
pris dans fon fein, pour recevoir les déclarations du Roi
& de la Reine.
L'Affemblée s'eft retirée dans les bureaux , fur les trois
heures , pour procéder à cette nomination : les commiflaires
choifis font , MM . Tronchet , d'André & Duport
Il a été décrété que la féance qui duroit depuis mardi 21 ,
feroir levée aujourd'hui .
Le lundi 27 , on lit diverſes lettres & adreffes des directoires
de départemens qui rendent compte des moyens qu'ils ont
employés pour affurer la tranquillité publique , & du zèle des
semnice Da
monare , & le porter contre les ennemis du dehors , que de
faux bruits annonçoient comme ayant déja pénétré dans le
royaume.
On décide qu'il fera fait dans le procès verbal une mention
honorable de déclaration faite par M. de Bonnay , qu'auffirôt
que les gordes - du - corps ont appris à Versailles le départ
du Roi, ils ont montre le plus grand zèle à mantenir l'ordre
& la tranquillité publique . On a décrété une férie d'articles
fur la confervation & le claflement des places de guerre.
M. d'Eftaing cnvoid fon ferment a l'Affemblée dans une leure
dost on a fait lecture. Ap ès quoi , des commiſſaites nommés
pour recevoir les déclarations de leurs Majeftés , ont rendu
compte de leur million . Ils fe fout rendus aux Thuileries le
dimanche 26 , à neuf hers du foin , & ont été introduits
dans la chambre du Roi , qu'iis ont trouvé feul. Ils ont fait
Jecture à La Majefté du déc. et du 211 , & de l'objet de leur milfion
; le Roi alors prenant la parol , leur a dir qu'il n'entendoit
point fubir un interrogatoire , mais qu'il failoit une
déclaration conformément à la demande de l'Affemblée Nationale.
Il l'a effectivement faite & figuée , ainfi que les commillaires
de l'Aflemblée.
Ces Meffieurs fe font enfuite rendus chez la Reine , mais
Madame Elifabeth, qui étoit prête à fe mettre à table avec
le Roi , leur a dit que la Reine ne pouvoit point les recevoir
parce qu'elle étoit au bain , mais qu'elle les prioit de
paffer le lendemain à onze heures , ce qu'ils ont fait. La
Keine a également fait fa déclaration . Nous en allons
donner la fubftance ainfi que de celle du Roi ; ces pièces importantes
feront rapportées en entier dans le prochain otdinaire.
Extrait de la Déclaration du Roi.
Cejourd'hui 26 Juin , &c.
« Les motifs qui m'ont déterminé à quitter Paris font les
outrages & les menaces faits a ma famille & à moi- même
dans la journée du 18 avril , lefquels fout reftés impunis
J'ai cru qu'il n'y avoit ni sûreté ni décence pour moi &
pour ma famille a demeurer dans la capitale. Jamais mon
intention n'a été de fortir du royaume . Je n'ai entretenu
aucun con eft , pour mon départ , ni avec les puitlances
étrangères , ni avec mes parens , ni avec les François
émigrés. »
་
de ce que je dis . J'avois choifi cette placé parce qu'elle eft
bien fortifiée , parce que j'aurois pu m'oppofer à toute invalion
contre la France , i on avoit voulu en faire une
& parce que j'aurois pu me porter en perfonne fur tous les
points attaqués. Je confervois toujours le defir de revenir
dans Paris , comme on peut le voir par la dernière phraſe
de mon mémoire ; & fi j'avois eu l'intention de fortir de la
France , je n'aurois publié ma déclaration qu'au moment où
fen aurois été dehors. Je defirois faire tomber l'argument
de ma non-liberté , qu'on oppofoit à la légitimité des loix.
It portois avec moi 13,200 liv . en argent , & 360,000 liv.
in affignats . Mon frère devoit revenir en France auprès de
⚫ moi. >>
« Les trois couriers qui m'ont fuivi ignoroient la deftination
de mon voyage ; non pafle- port n'étoit pour Francfort ,
que parce qu'on n'en donne au bureau des affaires étran
geres que pour les pays étrangers , & on voit d'ailleurs par
route que j'ai fuivie que je n'allois point à Francfort. Je
'ai fait aucune autre proteftation que celle contenue dans
mon mémoire , & elle porte moins fur le fonds des prin
tipes que fur le peu de liberté dont je jouiffois , & fur ce
que les décrets ne m'étant point préfentés en maffe , je n'avois
pa juger de l'enfemble . Je reconnus dans mon voyage que
'opinion publique étoit décidée en faveur de la conftitution ;
Je n'avois pas cru pouvoir connoître cette opinion dans Paris
je me fuis convaincu de la néceffité de donner de la force
x autorités conftitutionnelles Auffi-tôt , je
n'ai pas héfité
de faire tous les facrifices qui peuvent contribuer au bonbeur
de la nation , & j'oublierai volontiers les défagremens
the j'ai pu effuyer. J'ajoute que la gouvernance de mon fils
& les deux femmes de chambre n'ont été averties que trespeu
de temps avant le départ. »
ture ne
Extrait de la déclaration de la Reine.
Cajourd'hui 27 juin , &c .
Je déclare que le Roi defir.nt partir , rien dans la na
pouvoit m'empêcher de le fuivre , & j'ai prouvé
depuis deux ans que je ne voulois point me féparer de lui ș
fle Roi avoit eu l'intention de quitter le royaume , toure
ma force auroir été employée à l'empêcher. La gouveranre
de mon fils n'a reçu mes ordres que peu de temps
avant le départ . Les trois couriers ignoroient la deftination
du voyage on leur donnoit de l'argent dans la route , &
ils payoient la dépenfe. Les femmes de chambre n'ont été
averties qu'au moment du départ , & l'une d'elles n'a pu
voir fon mari. Monfieur & Madame devoient nous rejoindre
en France ; & ils n'ont pris un autre chemin , que pour
ne pas faire marquer de chevaux. Nous fommes fortis par
l'appartement de M. de Villequier , féparément à diverfes
reprifes ».
Le Roi a demandé d'avoir un double de fa déclaration.
L'Affemblée ne s'eft point oppole à le donner ; enfuite on à
renvoyé les deux déclarations au comité , pour , après les informations
prifes , en être fait le rapport.
On lit , à l'ouverture de la féance du nhrdi 28 , une
lettre des commiffaires de l'Allemblée envoyés dans le département
du Pas - de- Calais , pour y faire prêter le nouveau
ferment aux troupes. Ils demandent des inftruétions fur
les moyens de remplir leur miffion , & annoncent que plu
fieurs officiers ont paffé à l'étranger , & qu'il y a eu quelques
troubles à Saint- Omer. L'Affemblée charge for comité
de lui préfenter un projet de décret fur la manière de faire
prêter le ferment.
Les vainqueurs de la Baftille prêtent ferment à l'Affem
blée des ouvriers demandent à la barre que l'on rétabliffe
les ateliers de charité. »
Les commiffaires nommés pour recevoir la déclaration
du Roi & de la Reine , annoncent que par billet le Roi
les invite à paffer chez lui pour leur communiquer quelque
chofe l'Affemblée le leur permet , ils s'y rendent. Le Roi
leur a déclaré qu'il avoit donné des ordres à M. Bouillé pour
qu'il protégeât par des troupes fon arrivée à Montmédi.
On difcute plusieurs articles relatifs à la liberté d'émigrer.
Proviloirement , les étrangers feuls & les négocians pourront
fortir du royaume avec certaines précautions ; la fortie d'armes,
chevaux , bagages , eft interdite .
On propofe divers articles fur la nomination du gouverneur
de l'héritier préfomptif de la couronne ; après d'affez
longs débats , il eft décrété qu'aucun des membres de l'Affemblée
ne feront éligibles pour cette place.
L'on apprend de Vienne que le congrès de Siftowe eft féparé
, & que les plénipotentiaires fe tranfportent à Buchareſt
dans la Valachie:
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 9 JUILLET 1791 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
DÉPIT D'UN AMANT.
JE vous rends ces gages trompeurs ,
Ces billets démentis , ces lettres infidelles ;
Qu'ai-je beſoin de ces preuves nouvelles
Pour me rappeler mes malheurs ?
J'eus quelque temps la vanité d'y croire ;
Mon coeur s'enivra du poiſon
Dont vous faviez fi bien féduire ma raiſon....
Allez , à me tromper vous n'aviez pas de gloire ;
Vous auriez dû rougir de ma crédulité ...
Ces promeffes d'amour & de fidélité
Ces doux fermens , ces plus douces careffes ,
Ce vif langage de deux coeurs ,
N°. 28. 9 Juidet 1791 .
C
MERCU
Tous deux épris de leurs faldeffes ;
Ces yeux fouvent bignés de pleurs ,
Effuyés de ma main tre blante ;
Ces pardons accordés & reçus tour à tour 3
Enfin tous ces élans d'une ame impatiente ....
Eh bien ! non , tout cela n'était point de l'amour !
Quand votre fein battait fous ma main téméraire ,
Que votre pied repofait fur le mien ,
Alors à vous chérir je mettais tout mon bien ;
Vous-même à mes r gards vous efforciez de plairez
Un fouris , un coup d'oeil , un feul mot , un foupir
Une main tendrement preffée ,
C'était pour votre Amant le comble du plaiſir ;
Je m'endormais ému ; cette douce penſée
Venait m'accompagner juſque dans mon fommeil ;
Enfin j'en jouiffais encore à mon réveil ;
Et maintenant , victime délaidée ,
Redoutant un lien nouveau ,
Je vois de mes beaux jours s'éteindre le flambeau.
Adieu , fonges rians que m'offrait la jeuneffe ,
Trompeufe illusion on m'abufit fans ceffe ,
J'ai brifé tove
Ah ! for ma tête A
talifmans :
Fuyez , douce fo , erber enchantereffe :
Les pleurs on: Midla
( Part
rans
leffe .
ane , de Sens. )
DE FRANCE.
A BOUZAYD ,
ou le Miniftre difgracié , à fon Fils ;
CONTE ORIENTAL.
CONTENTE -TOI des biens hê ités de tes peres ,
Ils fuffiront à ton bonheur :
Fuis les honneurs publics ; ces brillantes chimeres
Ne font pas lignes d'un grand coeur.
Dans les palais des Rois, fous le poids des entraves,
Ne vas point te traîner fur les pas des efclaves :
Le Sage vit de peu ; les befoins renaiffans
Ne troublent point le repos de fa vies
Sa médiocrité le fauve de l'envie ,
Et fes jours coulent innocens.
A tes amis fais part de tes richeſſes ;
Vis en paix , ignoré : c'eft le fouverain bien ;
Et fur l'infortuné répandant tes largeffes ,
Dans le bonheur d'autrui tu trouveras le tien.
Jadis , aux beaux jours de ma gloire ,
Quand de tous les Perfans un feul régnai : for moi ,
Je difais : » Les méchans en vain auprès du Roi
»Oferaient me noircir ; il ne peut les en croire ;
» Mahmoud eft trop sûr de ma foi « .
Quelle était mon erreur ! j'ai bien vu le contraire ;
fils ! fouviens-toi des malheurs de ton pere.
mon
C 2
52 MERCURE
La malice du faible eft même à redouter :
Et ce Roi des forêts , qu'on ne faurait dompter ,
Souvent reçoit la mort des dents d'une vipere .
( Par M. l'Abbé Dourneau. )
Explication de la Charade , de l'Épigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEmot de la Charade eft Basson ; celui
de l'Enigme eft la Rofe; celui du Logogriphe
eft Sacerdoce , où l'on trouve Rofe, Corde ,
Cocarde, Rade, Sacre, Arc, Dos.
CHARADE.
LE Riche faftueux habite mon premier ;
Par-delà tous les cieux regne en paix mon dernier ;
Le Pauvre vit & meurt au fond de mon entier.
Fits
( Par M. l'Abbé Dourneau. )
ÉNIGME
ILS d'une mere mépriſée ,
J'ai le plus bizarre deftin ;
Je parle grec , français , latin ;
J'excite fouvent la rifée ,
Quelquefois l'applaudiffement.
C'cft par mon fecours qu'un Amant
DE FRANCE. 13.
Afa chere Amante fe lie ,
- En dépit de l'éloignement ;
Mais , malgré ces marques de vie ,
Je n'ai ni pieds , ni mains , langue , ni fentiment.
( Par Mile. S. B. G. âgée de 14 ans . )
LOGO.GRIPHE
JE
E fuis de taille fort petite ,
Et de plus noire à faire peur;
Je fuis même boffue : or fus , ami Lecteur L
Il faut auffi parler de mon mérite ,
mes autres
Et me montrer par n
côtés.
Pour commencer, je fuis d'un très- fréquent ufage ;
Peu confidérée au village ,"
A la ville on connaît toutes mes qualités &
-Toi-même fais combien je fuis utile
Tous les jours tu te fers de moi ,
Ou du moins je me montre à toi ;
Même aujourd'hui , fans être trop habile ,
Dans mes fept pieds tu trouveras une Ife ;.
Ce que de ta fenêtre ailément tu peux voir ;
Un uftenfile de ménage ;
Ce qui met maints oiſeaux en cage ;
La fource où tout Docteur a puifé fon favois.
Je finis , j'aurais tort d'en dire davantage.
( Par M. de F.... ancien Officier aw
ci-devant Rég, du Roi , Inf. )
C 3
54
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LA Chafteté du Clergé dévoilée , ou Procèsverbaux
trouvés à la Baftille. 2 Volumes.
in-8°. A Paris , chez les Marchands de
Nouveautés.
CE n'eft pas le défir de rappeler des fautes
oubliées , fouvent trop punies , qui nous
engage à dire un mor de certe Collection .
Cette Collection , qui peut égayer une jeuneffe
folle , fournir d'autres penfées à ceux
qui confiderent les maux cautés à la Société
par une inftiurion vicieufe , le célibat
des Prêtres . A fes effets, funeftes dans
tout le Royaume , fe joignaient , dans Paris ,
de honteux fcandales dont la Police confervait
le fouvenir , pour divertir un Monarque
qui avait la faibleffe de s'en amufer.
Mais toujours fidelle au grand principe
du refpect pour la hiérarchie des rangs ,
elle diftinguait fcrupuleufement le haut &
le bas Clergé . Elle avait pour l'un & l'an
tre un livre à part , & l'on n'a trouvé à
la Baftille que celui qui contient les
faits & geftes du Clergé inférieur : on rencontre
pourtant dans cette lifte de Prê
DE FRANCE.
ز م ر
tres roturiers quelques noms illuftres , quel
ques beaux noms. Comment s'eft opéré ce
mélange fi offenfant pour des Prêtres Gentilshommes
? Hélas ! les malheureux ! c'eft
qu'ils étaient à pied , ce n'eſt pas leur
faute. Ils n'avaient pas encore les riches
bénéfices qu'ils ont obtenus depuis. Les
Efpions détachés à leur fuite pouvaient
les atteindre facilement , & on n'était
pas obligé de payer pour cette recherche
un train de Police. Comme nos Lecteurs
pourraient ignorer ce qu'était un train de
Police ; comme ce mot ne préſente pas
d'abord une idée auffi nette , auffi diftincte
que celui de train d'Artillerie , par
exemple , nous lui apprendrons qu'un
train de Police était une Brigade de cinq
ou fix Efpions , capable de fuivre le carfoffe
d'un riche Abbé , d'un Prélat , de
tous ceux dont les noms illuftres ornent
fans doute le Livre noble dont on ne nous
a pas encore gratifiés.
L'Auteur de la collection actuelle eſt
excelk nr Patriote , ayant trouvé fur la lifte
de ces captures de la Police ancienné , lest
noms de quelques Prêtres ou Abbés qui ,
depuis , ont fait oublier , par leur bonne
conduite ces petites infirmités de leur
jeuneffe , & les ont expiées , dans l'Allemblée
Nationale , par un dévouement généreux
à la caufe publique , il a effacé
ces noms du Procès- verbal imprimé. Nulle
›
C 4
$6 . MERCURE
!
trace , nulle indication , pas même la petite.
faveur d'une lettre initiale qui eût confolé
leurs Collegues Ariftocrates , & qui
eût donné lieu à de malignes conjectures.
C'eft ainfi que le patriotifme eft quelque
fois récompenfé , même dans ce monde ,
tandis que les Prêtres , mauvais Gitoyens ,
y font châtiés par le défagrément d'être
nommés en toutes lettres foit dans
le Procès - verbal , foit dans une Table
alphabétique parfaitement rédigée. Nous
euffions défiré que cette indulgente radia
tion des noms patriotiques fe fût étendue
jufqu'au nom d'un Prélat célebre , qui
fans être , aux yeux de la Patrie , exempe
de tout reproche , a fu depuis réparer envers
elle une partie de fes torts ; & à ce
titre , fans avoir l'honneur d'être Membre
de l'Affemblée Nationale , méritait peutêtre
qu'on le traitât comme un Dépuré .
Notre gravité ne ferait pas defcendue à
parler d'un Livre fi peu édifiant , fi cette
mention ne nous menait à un réfultat philofophique
, la néceffité du mariage des
Prêtres. En lifant plufieurs de ces articles ,
il nous eft arrivé plus d'une fois de dire
avec Dandin :
Mariez au plus tôt :
Des demain s'll fe peut ; aujourd'hui s'il le faut.
Il le faut sûrement , & fi l'on en doute ,
qu'on life ce Livre.
4
DE FRANCE.
CORRESPONDANCE particuliere & hiftorique
du Maréchal de RICHELIEU , en
1756 , 1757 & 1758 ; & de M. Paris:
DUVERNEY , Confeiller d'Etat : fuivie
des Mémoires relatifs à l'expédition de
Minorque , en 1756 , & précédée d'une
Notice hiftoriquefur la Vie du Maréchal-
A Paris , chez Buiffon , Imprimeur-
Libr. rue Haute-feuille, N° . 20. 2 Vol.
in-8°. Prix , s liv, brochés , & 6 liv.
francs de port par la Pofte par tout le
Royaume.
LA publication de cette Correfpondance
avait précédé celle des Mémoires du Maréchal.
Elle confirmait d'avance une partie
des détails que l'on trouve dans les Mémoires
, à l'époque de cette conquête qui lui
valut , de la part de Madame de Pompadour
, le furnom de Minorcain ; & de cette
campagne fi différente qui fit donner à l'ur
des monumens de fon luxe le nom farcafmatique
de Pavillon d'Hanovre:
Pâris Duverney n'était pas Miniftre, mais
il dirigeait les Miniftres , & les contre- carraig
ou les déplaçait quelquefois , ainfi que lep
C
58 MERCURE
Généraux. Ce fut lui qui fit ôter le commair
dement de l'armée d'Hanovre à M. d'Eftrées ,
dont le généralat finit par la victoire d'Aftembeck
, & qui le fit donner à M. de Richelieu
, dont la carriere militaire fut terminée
d'une maniere un peu moins glorieufe .
par la convention de Clofter- Seven. Il était
jufte que le Maréchal lui rendît compte de
fes opérations , & fe dirigeât fouvent par
fes confeils. M. Duverney allait plus loin ;
il faifait des plans de campagne , & donnair
au Général des inftructions particulieres
qui , jointes aux ordres & aux inftructions
royales , c'eft- à -dire miniftérielles , ne laiffaient
guere d'autre exercice au génie militaire
, & d'autre moyen de faire quelque
chole qui fût à foi , que de s'en écarter
quelquefois , & de prendre les accidens fur
fon compte.
Alors le vieux Munitionnaire fe fâchait
contre Monfeigneur , fon protégé ; il lui
difait avec humeur qu'il ne voulait plus fe
mêler des affaires , qu'il ne dirait plus rien
pas même fur les fourrages : Monfeigneur
infiftait d'abord , & tâchait de faire entendre
raifon; mais fi on lui tenait tête , au lieu
de réfifter davantage , il prenait le ton du
fentiment , celui d'une tendre affliction ,
d'une amitié alarmée. Que ceux qui ont
vu dans Richelieu , d'après fes Mémoires
& fa Vie privée , un froid égoïfte
homme incapable d'attachement , lifent cer-
› un
#
DE FRANCE.
59
taines lettres de cette Correfpondance , &
qu'ils difent fi la vraie fenfibilité peut parler
un autre langage.
,, Il me vient d'arriver un Courrier , mon
cher Duverney , qui me déchire le coeur. Ce
n'eft pas les affaires qu'il traite qui m'intéreſfent
, par rapport à vous , de préférence à
tout; mais c'eft par la façon dont je vois que
vous prenez tout ce que je vous ai dit ( cela
eft joliment écrit pour un Académicien ;
mais il ne s'agit pas de ftyle ). J'ai cru que
l'amitié exigeait la vérité , & que par conféquent
je vous mandafle tout ce que je
croyais voir . Je ne vous ai jamais rien mandé
qu'en vous affurant que je m'en rapportais
plus à vos lumieres qu'à ce que je croyais
voir. Je vous ai dit des faits , pour que
vous y fiffiez des raifonnemens , & que vous
puffiez apporter les remedes aux inconvéniens
... Comment eft-il poffible que
vous ne m'ayez pas plaint fi je me fuis,
trompé , quand vous faviez que tout vous
était foumis ? Comment était-il poffible que
vous ayez été en colere , & ayez peut - être
ceffé de m'aimer, parce que je me trompais ?
Je ne le puis croire , mon cher Duverney
& un coeur comme le vôtre & comme le
mien ne doivent pas fouffrir d'altération pour
des malentendus ; & votre efprit eft trop
éclairé & trop jufte pour condamner à une
zelle peine des méprifes , & abandonner
"
,
C 6
60 MERCURE
:
votre ouvrage ; car tout ceci vous appar
tient je ne ceffe de le penfer & de le dire
Je vous dois trop , & fuis trop content de
vous devoir , pour ceffer de le fentir , &
pour n'être pas pénétré de la plus vive dou
leur... Je ne raifonne plus , je fens feulement.
& je fouffre. Je vous demande , au nom
de
amitié la plus tendre , de céder à celle
que j'ai & aurai toute ma vie pour vous
& de me répondre d'une façon qui puiffe,
fatisfaire mon coeur ".
Qu'on dife maintenant que l'ambition
ne rend pas tendre , & que le Maréchal
était un homme infenfible Mettez , il eft
vrai , tout autre homme que Duverney ,
dans la même pofition , avec la même influence
, l'amitié eût été la même pour lui ,
& l'on aurait eu pour les beaux yeux de
fon crédit , le même degré de fentimens .
Cela ne laiffait pas d'avoir fon bon côté ,
comme toutes les chofes de ce monde.
En effet, fi les amis de l'homme en place ou
en faveur l'avaient été de fa perfonae, la mobilité
des affaires eût caufé des révolutions
& des mouvemens continuels dans les amitiés
de la Cour ; au lieu que par ce ré
gime approprié à la nature des chofes &
à celle du lieu , les hommes fe remplaçaient
, fe déplaçaient , fe pouffaient en
vain l'un l'autre dans les grands emplois ,
ou dans la faveur du Maître , ou dans celle
DE FRANCE. ·Gr
en arrivant
ر
de fes Favoris , & ; ce qui valait encore
mieux, de les Favorites ; ils fe trouvaient ,'
un entourage tout fait , ils
avaient l'agrément de fe voir , dès le premierjour
, le centre d'un cercle d'amis inamovibles.
Aces échantillons de l'amitié de Richelieu
, nous pouvons en oppofer quelquesuns
de fa haine. Voici, par exemple, comme
il traite un de ſes égaux , dont il eût peutêtre
parlé autrement peu de temps après,
lorfque la fortune l'eut élevé au Miniftere.
» M. le Maréchal de Belle- Ifle trouve
tout facile quand il n'eſt chargé de rien ,
» & avec des penfions aux Gazetiers , il
fart valoir fes billevefées , & avec fes
giles , il faurait ternir les plus belles ac-
» tions . Auffi il ne faut pas s'arrêter à fes
raifonnemens politiques ; il faut feule-
→ ment tâcher de faire tout ce qu'il dit &
» ne ferait pas ....... Ce miférable Maréchal
de Belle-Ifley dit - il ailleurs , que vous:
» avez, par faibleffe, empêché d'être pendu,,
» me défole au milieu de ce Confeil ".
"9
19
Enfin fi l'on eft curieux de connaître ce
que penfait des Rois un de ces Champions
de la Royauté , qui fe feraient fait couper
en morceaux pour obéir au Roi , pour fervir
le Roi , pour la gloire du Roi ; le voici
en très-peu de paroles : » Vous devez favoir
→ à préfent que la capitulation ( de Clof-
•
MERCURE
» ter ) eft abfolument rompue ; & vous
» favez ce que c'eft que les paroles d'hon-
" neur des Rois “.
33
Les détails les plus circonftanciés de
l'expédition de Minorque rempliffent prefque
en entier le fecond Volume. Toutes
ces pieces officielles forment un recueil qu'il
eft bon de trouver raffemblé. Cé font des
matériaux utiles pour l'Hiftoire . Cette Correfpondance
doit être jointe aux Mémoires
& à la Vie privée de Richelieu ; elle y fert ,
pour trois années fort importantes , on de
complément, ou de pieces juftificatives . Elle
contribue à faire connaître à fond , non
feulement un homme comme il n'y en aura
plus , mais un ordre de chofes qui appelait
néceffairement un autre ordre , & vers le-;
quel il n'y a plus de retour.
LES Amours du Chevalier de Faublas
ze. édition , revue , corrigée & augmentée ;
par M. Louvet de Couvray : 13 petits
Volumes ; favoir , une partie intitulée
Une Année de la Vie du Chevalier , &c.
5 Vol.; un autre , Six Semaines de la
Vie, &c. 2 Vol. ; & la derniere , La fin
des Amours , &c. 6 Vol. Prix , 19 liv,
DE FRANCE. 69
1of. A Paris , chez Bailly , Libraire ,
rue Saint Honoré , Barriere des Sergens.
EST- IL donc vrai qu'on ne lit plus de
Romans , qu'on n'en lira plus , qu'on n'en
doit plus lire ? N'eft - il donc pas encore
permis de repofer fur des objets amufans
l'attention que l'on doit aux affaires publiques
Les ames tendres & fenfibles ne
pourront-elles pleurer que fur des malhears
réels ? Leur interdira-t-on les larmes plus
douces de la fiction qui les délaffent ? Nos
moeurs font-elles devenues fi féveres, qu'on
en doive écarter tout ce qui ne fert pas
immédiatement à l'inftruction ? Le rire enfin
ferait-il un attribut de l'efclavage à jamais
banni de la France par le retour de la
Liberté ? Je ne le crois pas. Les grands
intérêts qui nous occupent , laiffent encore
de la place aux diftractions. Les lectures
frivoles , moins néceffaires que fous le Defporifme
dont elles adouciffaient les fers
peuvent encore fervir à foulager l'efprit
après des études férieufes , & il eft temps,
à mesure que le calme fe rétablit , de faire
fuccéder des tableaux agréables aux tableaux
affligeans qui nous ont trop profondément
affectés.
Mais files Romans ne doivent être ,
comme nos Ouvrages Dramatiques, qu'une
image fidelle de nos moeurs & de ce qui
fe paffe dans le Monde , comment recon64
MERCURE
naîtrons - nous les formes que la Société
avait confervées jufqu'en 1789 , & qui
font déjà prefque entiérement effacées en
1791 Déjà nos Théatres fe font revêtus
de ces couleurs nouvelles ; déjà l'amour
n'y paraît plus comme principal intérêt
ce font des fentimens patriotiques qu'on
y développe ; les gens qu'on appelait de
qualité , qu'on s'était accoutumé à regar-,
der exclufivement comme la bonne compagnie
, n'en font plus les perſonnages indifpenfables.
Si on les montre encore fur
Ja Scène , c'eft pour tourner en ridicule;
les chimériques prétentions de quelquesuns
; c'eft pour faire voir, dans d'autres, des
vertus réelles , bien préférables à leurs titres
fantaftiques . Comment donc s'intéreſfer
aujourd'hui à des Romans ; par exem
ple , à celui de Faublas , où l'on ne voit
que des Ducs , des Comtes , des Marquis ,
des intrigues de Cour , des intrigues amou
reufes , des abus d'autorité , des aventures
de Couvent , &¢. & c. ?
Mais ce Livre contient auffi des peintu
res de paffions plus ou moins profondes ,
des fituations tantôt comiques , tantôt attendriffantes
, des fentimens vrais , & une
grande connaiffance du coeur humain. Six
les formes mobiles de la Société ne font
que de ce ficcle & ont difparu hier , les
paffions font de tous les temps , font impériffables
, & ne perdront jamais le droig
DE FRANCE. 63
d'émouvoir les coeurs. D'ailleurs, ces formes
même font bonnes à conferver au moins
en tableau. Cette peinture flatte le louvenir
de ceux qui les regrettent encore , &
fert de trophée à ceux qui les trouvaient
odieufes ; elles font comme la dépouille d'un
animal dangereux qu'on a terraffé .
•
·
On fe fouvient du prodigieux fuccès
qu'eut , il y a quelques années , le commencement
des Aventures du Chevalier de
Faublas , fous le titre d'Une Année de fa
Vie : c'était le coup d'effai de M. Louvet ,
& l'on fut étonné de trouver tant d'efprit
de gaîté , d'imagination , de connaiffance
du monde , dans un Auteur inconnu jufqu'alors.
Il eſt certain qu'il a eu l'art d'y
accumuler , fans confufion , les fituations
' les plus fingulieres. On y voit fon Héros
promené d'embarras en embarras , en fortir va
toujours naturellement. La maniere de
conter de l'Auteur eft rapide , pétillante
de traits , fort fouvent d'un naturel rare.
Le ſtyle , toujours piquant , eft quelquefois
négligé , fi l'on veut , mais de cette négli
gence aimable qui , dans ce genre d'Ous
vrages , eft un mérite de plus. Il regne dans
cette premiere Partie une extrême variété;
l'efprit & le coeur y font affectés tour à
tour ; à une fituation gaie fuccede toujours
une fituation pathétique ou feulement touchante
c'eft avec une adreffe infinie que
le rire y eft mêlé aux pleurs.
$
MERCURE
Il s'en faut de beaucoup que les dett
Volumes fuivans , fous le titre des Six Se
maines , aient le même mérite & aient
obtenu le même fuccès . Il femble que l'Auteur
fe foit cru obligé de fuivre la même
marche , de multiplier les fituations du
même genre. Tout ce qu'on avait applaudi
dans les premiers Volumes , il a voulu les
répéter dans les fuivans , mais il l'a fait avec
& de
grace. Son imagination , ou plutôt fa matiere
épuifée , ne lui a plus fourni que des
imitations de tableaux auxquels il voulait
faire des pendans. L'action d'ailleurs ne
fait pas , dans ces deux Volumes , un pas de
plus , & ils refroidiffent beaucoup l'intérêt
puillant qu'ont infpiré les autres.
bien moins de bonheur , degoûta
Mais l'Auteur fe roleve bien dans les
fx derniers Volumes. C'est là que M. Lou
ver a déployé un véritable talent , un ta
lent préférable à celui qu'on avait admité
dans la premiere Partie , qui pouvait n’être
qu'une boutade heureufe d'une imagination
fenfible & d'un efprit très-gai . Il
a peint dans cette Fin des Amours de Faublas
des caracteres très-neufs , très-extraordinaires
, & cependant pleins de vérité.
Je crois qu'on regardera comme un chefd'oeuvre
celui de la Comtelle de Lignolle,
de cet enfant gâré , volontaire , qui joint
la fenfibilicé la plus exquiſe à une violence
de défirs qu'aucun obftacle ne peut arrê
DE FRANCE.
ter. Les événemens d'ailleurs y font difpofés
avec beaucoup d'art; & f romanefque
que foit la catastrophe , elle paraît
amenée très-naturellement par tout ce qui
a précédé. Cet art eft d'autant plus remar
quable , qu'il me femble , ( l'Auteur feul
peut favoir fi je me trompe ) il me femble,
dis-je , qu'en commençant ces Aventures , i
ne favait pas comment il les finirait. Il avait
jeté fes fils au hafard fans s'inquiéter on
ils aboutiraient , & c'eft , fans contredit ,
une tâche pénible qu'il s'était impofée
que celle de rechercher tous ces fils , enmêlés
les uns dans les autres , & de les attacher
à fon dénouement, fans qu'on puiffe
apperc.voir cette jonction. Quoi qu'il en
foit, cette difficulté eft habilement vaincue ,
& quoiqu'on puiffe reprocher à ce dénouement
un peu trop de merveilleux, & de contrafter
trop fortement avec le ton général de
l'Ouvrage, on ne peut s'empêcher d'applau
dir l'adreffe de l'Auteur à le rendre néceffai
re , & à le faire trouver fatisfaifant.
+
On aurait bien encore quelques reproches
à faire à cette derniere Partie. Le caractere
de M. de Lignolle eft un peu trop calqué fur
celui de M. de B***, quelque variété que
l'Auteur ait râché d'établir entre eux . Tous
deux maris benêts & trompés , la prétention
de l'un à fe connaître en phyfionomies
, & de l'autre à diftinguer les affections
de l'ame , les rend trop reffemblans. Le goût
68
MERCURE
!
de ce dernier pour les Charades produit
une ſcène extrêmement plaifante , qui ne
devait pas être fi fouvent répétée. On trou
vera peut- être aufli que la conduite de la.
Marquife de B*** . eft trop imitée de celle.
de M'de . de Merteuil dans les Liaifons dange
Teufes , quoique l'Auteur lui ait donné n
caractere très-différent. M. Louvet eft fait,
pour créer, & n'a befoin d'imiter perfonne.
J'ajouterai que l'action me paraît trop prolongée
; que les fcènes du même genre , fi
plaifantes qu'elles puiffent être , à force de
revenir fouvent , deviennent monotones &,
fatigantes ; que l'Ouvrage enfin gagnerait
infiniment à être refferré. Il ferait encore
affez long en n'y confervant que ce qu'il
a de charmant. Il y aurait peu de chofes
á ôter , fur-tout dans les fix derniers Vo-,
lumes , où l'on trouve plufieurs fcènes
délicieuſes , un ftyle bien fupérieur à celui
des premiers , & une foule de traits que
j'appellerais fublimes , fi l'Ouvrage était
moins frivole par fon objet.
*
Je m'apperçois que cet article n'eft intelligible
que pour ceux à qui le Roman
eft déjà connu. Eh ! comment pourrait-on
parler autrement d'un Livre de ce genre ?
Faudrait-il expliquer d'avance au Lecteur
une intrigue dont le principal mérite eft
toujours un intérêt de curiofité ? Ce ferait
lui ôter tout fon attrait , & pour celui-ci furtour,
ce ferait grand dominage ; car , malDE
FRANCE. 69
gré fes défauts , qui n'existeraient peut- être
pas fi l'Ouvrage eût été conçu dans fon
enfemble & exécuté d'un feul trait , je crois
que , parmi les Romans de ce fiecle , il en
eſt peu qui méritent autant leur fuccès que
les Aventures du Chevalier de Faublas
& qui prouvent dans leur Auteur un talent
auffi diſtingué .
Qu'il me foit permis de finir l'extrait d'un
Livre agréable par deux remarques bien férieufes
,car ellesfont purement grammaticales
& étymologiques : elles ne feront peut - être
pas inutiles à quelques Lecteurs . Elles portent
fur deux notes : dans l'une , M. Louvet
emploie le terme de vagiflas : » C'eft, dit-il ,
" le nom qu'on donne à la vitre que les Portiers
ouvrent & ferment à volonté«. 1 °.Il
faut dire vafiftas , & non vagiflas . Ce mot
eft compofé de trois mots Allemands , was
is thas , qui eft là ou qu'est - ce que cela ? Il
s'applique à toutes les ouvertures par lefquelles
on peut voir ce qui fe paffe , fans
ouvrir la porte ou la fenêtre. Dans un autre
endroit , l'Auteur parle d'un jouet que
l'on fait tourner entre fes doigts , & dit
en note : Le grand nombre des Ecoliers
و د
appellent cela un tenton ". Non pas un
tonton , mais un toton. C'eſt un petit cube
traverfé par un axe fur lequel il tourne. Les
quatre faces perpendiculaires de ce cube ont
chacune une lettre initiale d'un mot latin ;
favoir, unA, accipit : on prend un jeton. Un
170 MERCURE
D, dat : on donne un jeton. Un P , perdit:
on perd ce qu'il y a fur le jeu . Enfin , un T,
TOTUM: on prend tout ; & c'eft ce dernier
mot , totum , prenoncé toton , qui a
donné fon nom à l'inftrument.
Je demande pardon à M. Louvet de la
gravité de cette remarque , faite pour fon
inftruction & celle de l'Univers.
TABLEAU Politique , Religieux & Moral
de Rome & des Etats Eccléfiaftiques ,
accompagné de Notes analogues au fujet
& à la nouvelle Conftitution de la France;
Maurice Lévesque , avec cette Epi- par
graphe :
Ex veneno mede'a.
1 Vol. in-8°. de 370 pages. A Paris ,
chez Defenne, Libraire, au Palais Royals
& chez l'Auteur , rue St Benoit, N° .41 .
IL exifte beaucoup de Voyages d'Italie ,
mais tous font confacrés à la defcription
des Antiquités , des Monumens étonnans
qui atteftent encore par leurs ruines la
grandeur du Peuple - Roi. M. Lévesque ,
dans un féjour de quatre années à Rome ,
DE FRANCE. ก
a obfervé cette ville & les Etats du Pape
fous un autre point de vue. Il s'eft occupé
de connaître à fond le Gouvernement Eccléfiaftique
, la fuperftition fur laquelle il
repofe , les moeurs des habitans du pays.
Le Tableau qu'il offre de tous ces objets
eft tracé d'une main fage & ferme ; mais
on ne peut le confidérer fans éprouver un
fentiment douloureux. On fe demande :
Sont -ce là les Romains ? font-ce les defcendans
de ce Peuple qui donna des loix
à l'Univers ? Eft- ce la Patrie des Cicéron,
des Virgile , des Herace , des Jules-Céfar
des Brutus , &c. ? ... Quelle grandeur autrefois
! aujourd'hui quel aviliffement ! Tels
font les triftes effets du fanatifme , de la
fuperftition , de l'efelavage. Avec l'Inquifition
& l'Index , le Peuple le plus éner
gique ferait bientôt dégradé. Si l'on y joine
une armée de Moines , de Prêtres , qui
feuls poffedent toutes les charges , tous les
emplois , le pays le plus heureux , le plus
fertile de la Terre pourrait-il réſiſter à tant
de caufes d'inertie & de pauvreté ?
Dans ce Tableau d'un mauvais Gouvernement
, M. Lévefque trouve des motifs
de nous faire chérir notre Conftitution
nouvelle , fondée far les principes
les plus purs de la raifon humaine. &
protectrice des vertus , des talens & de l'induftrie.
Les notes qui fuivent l'Ouvrage ,
font remplies d'excellentes vûes de politi-
1
72 MERCURET
que & d'adminiftration. Enfin , quoiqu'on
ait beaucoup écrit fur l'Italie , cet Ouvrage
manquait ; & l'on peut dire qu'en le publiant
, M. Lévefque fe rend véritablement
utile à fes Compatriotes.
Monumens de la France , par M. Puthod ,
( de Maiſon- Rouge ) N° . VIII .
C huitieme Numéro d'un Ouvrage
dont nous avons annoncé les fept premiers ,
& que l'Auteur continue avec beaucoup
d'activité & de zele , prouve à la fois &
l'utilité de la Commiffion dont il eſt Membre
, établie pour veiller à la confervation
des monumens qui exiftent dans les Eglifes
& Maifons religieufes , & celle dont
peut être un recueil tel que le fien , deftiné
, non feulement à conftater les monumens
encore exiftans , mais à garder la
mémoire de ceux que l'inattention , la
négligence ou l'ignorance auront pu laiffer
détruire.
L'Eglife de Saint- Germain - des - Prés
d'abbatiale qu'elle était , étant devenue
paroiffiale , dans les changemens qu'exigeait
cette métamorphofe la Section & la
Municipalité ont malheureuſement négligé
les précautions néceffaires pour que rien
ne fût détruit de ce qu'il était poffible &
و
utile
DE FRANCE.
73
utile de conferver. Le Tombeau de Childebert
Ier. , Roi de France , & d'Ultrogothe
La femme , fondateurs de cette Eglife , qui
était au milieu du choeur , & fix Sarcophiages
de Rois & de Reines , placés contre les
grilles de fer , ont été brifés & détruits.
Les Tombes que ces Sarcophages foutenaient
ont été plufieurs jours expofées
dans une cour de paffage , & la Frédégonde
, » que fes beautés Mérovingiennes
» rendent chere à l'Europe favante , &
» que des Ouvriers , accoutumés aux mi-
" racles , ont gâtée en la déplaçant , allait
effuyer un même fort , fi de vives ré-
» clamations ne fe fuffent fait entendre «.
و ر
On a pris depuis le parti de fe fervir
de ces Tombes pour carreler le fanctuaire ,
ce qui ne peut manquer de les effacer
en peu de temps & de nous priver de
l'admirable & fi curieux Ouvrage de Frédégonde.
D'autres dégâts ont été commis ; deux
Statues de Saints en pierre , & leurs infcriptions
brifées ; on voulait détruire encore
, dans la Chapelle de Saint Chriſtophe ,
les deux grands Maufolées des Douglas
on voulait toucher & reculer de dix pas ,
au rifque de l'endommager , " ce Maître-
Autel fi beau , fi délicatement fait , dont
chacun , après avoir admiré le travail ,
» veut encore admirer , dans les Piédeftaux
No. 28. 9 Juillet 179 D
74 MERCUREN
2
N
» & les Colonnes , ce marbre précieux ;
efpece de Cipolin , trouvé proche d'Alger
, fous les ruines de Zébéda , patrie
de Septime Sévere , & que , felon les
uns , Alger, fous Louis XIV , donna en
» préfent à la France ; & que, felon les au-
» tres, le Miniftre des Finances, Colbert de
Seignelay , acheta d'Alger ..
Mais enfin les Amis des Arts font parvenus
à fe faire entendre; l'Affemblée Nationale
a été inftruite , la Municipalité s'eft
réveillée , & ces travaux deftructeurs ont été
fufpendus. Les foins que M. Puthod s'eft
donnés , & l'ardeur qu'il a témoignée en
cette occafion , n'ont pas été fans récompenfe
; & quelques Amateurs lui ont donné ,
par reconnaiffance , le titre de Sauveur de
Childebert. Ce font là de ces honneurs auxquels
un Antiquaire ne peut être infenfible.
Le refte de ce Numéro eft occupé par
cet ancien Puits de Saint - Germain , qui
guériffait autrefois tant de malades , qui
opérait tant de miracles , qui fans doute
en opérerait encore fi on le laiffait faire , &
fi l'on recourait à lui avec la fimplicité d'efprit
néceffaire en pareil cas.
On voit que ce n'eft pas fans fondement
que l'Auteur avait annoncé l'utilité
de fon Ouvrage. Ce fera comme un
répertoire univerfel où fe retrouveront après
la inutation & même la deftruction d'un
DE FRANCE. 75
grand nombre d'établillemens eccléfiafti
ques , une infinité de monumens qui intéreffent
les Lettres , les Sciences & les Arts .
Il est donc utile , comme le dit l'Auteur ,
non feulement aux Antiquaires & aux
Médailliftés , mais aux Mécaniciens , aux
Orfevres , Monétaires ; Architectes , Pein
tres , Gravears , Sculpteurs , Hiftoriens ,
Chronologies , Lexicographes , Philologues
, Grammairiens , Mythologiſtes , &
même aux Poëtes & aux Muficiens , qui
tous y trouveront des recherches capables
de les guider dans leurs études.
L'Auteur mérite d'être encouragé dans
cette entreprife laborieufe. Le prix de la
foufcription eft de 24 liv. l'année , 13 liv.
les fix mois , & 7 liv. les trois mois , franc
de port par tout le Royaume.
Toutes les femaines il en paraît un
Cahier de deux feuilles in- 8 °.
On foufcrit à Paris , chez- l'Auteur , rue
des Marais , Nº. 5 , Fauxbourg Saint-Germain
, & chez le Normand , Imprimeur ,
rue des Prêtres St -Germain-l'Auxerrois.
D 2
76 MERCURE
D
SPECTACLES.
-
EPUIS long-temps , en parlant des divers
Théatres , nous ne diftinguons plus aucun
rang ; nous les confondons fous la dénomination
générale de Spectacles , pour
marquer davantage cette égalité conftitutionnelle
qui eft fur tout l'apanage des
Arts. Un nouveau motif nous y engage
aujourd'hui que ces Théatres , jadis fi divifés
d'intérêt , femblent fe rapprocher &
faire caufe commune pour s'aider réciproquement.
On en vient de voir au moins
un exemple touchant entre le Théatre de
la Nation & le Théatre Italien ( tous deux
fi mal nommés ) ; le premier a voulu remettre
Athalie avec fes Choeurs , dont M.
Goffec a fait la Mufique il y a quelques
années , & qui furent exécutés à la Cour.
Nous n'examinerons point fi le choix de
cette Tragédie et bien approprié aux circonftances
; les Comédiens en ont efpéré
de l'effet ; & dans la fituation où ils fe
- trouvent , tout ce qui peut leur ramener
l'affluence doit leur être permis. Ils avaient
befoin de Chanteurs pour l'exécution de
cette Piece. Ils ont demandé les Choriftes
de l'Opéra , que l'Adminiftration de ce
Spectacle leur a refufés. Ils ont fait la même
DE FRANCE. 77
demande au Théatre Italien : les Comédiens
ont voulu leur accorder davantage ;
ils fe font offerts eux - mêmes , & l'on a
vu avec furprife , intérêt & plaifir, les premiers
Sujets de l'un & de l'autre Théatre ,
réunis fur la même Scène , en parallele
d'emplois & de talens. On a vu dans une
marche , d'un côté , M. Clairval , de l'autre
M. Molé ; M. Michu avec M. Fleury;
M. Chenard avec M. Dazincourt ; Madame
Dugazon avec Mademoiſelle Contar
&c. s'avancer fur deux lignes , fe prendre la
main en figne de fraternité , fe divifer pour
fe rejoindre ; & cet accord entre les Acteurs
de deux différens Théatres, a plus ému
encore les Spectateurs que toute la pompe
de cette Tragédie , à laquelle on n'avait
pourtant rien négligé.
En figne de reconnaiffance , les Comé
diens de la rive gauche de la Seine ont
donné cette même repréſentation fur le
Théatre de la rive droite , & cette fingu
larité ajoutée à la premiere , n'a pas moins
bien réuffi .
Nous ne parlerons pas de la maniere
dont quelques endroits de cette Tragédie
ont été rendus , pour n'avoir à mêler aucune
critique au récit d'une action auffi digne
d'éloges , & à laquelle les Auteurs Drama
tiques, quoiqu'ayant à fe plaindre des Comédiens
Français, ont applaudi avec autant
D3
78 MERCURE
d'enthoufiafime que de fincérité , dans une
lettre qu'ils ont adreffée aux Comédiens Italiens
à ce fujet. Nous n'excepterons qu'un
rôle , parce qu'il mérite un éloge particulier
; c'eft celui de Joas , rendu par la jeune
perfonne qui en eft chargée , avec autant
de nobleffe & d'intérêt , que d'intelligence
& de fimplicité. A ces qualités fi rares dans
un enfant , elle joint une prononciation
précieufe pour fa netteté fans affectation :
fon talent promet beaucoup s'il eft bien
dirigé.
La maniere dont M. Goffec a traité les
Choeurs de cette Piece , ne peut qu'ajouter
à la réputation que fes talens lui ont méritée
depuis long- temps , fur-tout pour la Mufique
d'Eglife ; & tel eft le genre de celle
que cette Tragédie exigeait. Les gens d'un
goût févere auraient peut- être défiré que
le Compofiteur eût mis dans fon chant
des formes plus antiques , & qui euffent
rappelé davantage l'idée qu'on s'eft faite
de la Mufique des Grecs. Mais il eft douteux
que cette nouveauté eût été goûtée
par le plus grand nombre des Spectateurs.
La premiere loi dans les Arts eft de plaire;
M. Goffec a cherché à rendre l'expreffion
des paroles & des fituations d'après nos
conventions modernes , très différentes des
conventions anciennes ; il y a réuffi parfaitement
, & c'est tout ce qu'on pouvait
défirer.
DE FRANCE. 79
VARIÉTÉ S.
Les demandes enregistrées dans les Burcaux de
l'Etabliffement du Tableau des Biens à vendre ,
ont principalement pour objet l'acquifition de
plufieurs Terres & Domaines bâtis ou non bâtis' ,
en Biens particuliers , à 60 lieues à la ronde de
Paris , dans les prix de so à 1,200,000 livres ,
& jufqu'à la concurrence de 3 à 400 millions .
Dans une circonftance où la maffe des fonds
à placer accroît prodigieufement le nombre de
ces demandes , les Directeurs de cet Etabliffement
, pour répondre à l'accueil qui leur eft
accordé , doivent prévenir les Propriétaires qui
ont à vendre , que nulle occafion ne peut être
plus favorable à leurs intentions , qu'on recevra
dans le Bureau les détails de leurs Biens , &
qu'on n'en fera que l'ufage qu'ils prefcrirent.
Le Tableau des Biens particuliers , & Journal
des Domaines Nationaux qui font à vendre ,
paraît deux fois la femaine. Prix , 15 liv. [our
trois mois , 24 liv . pour fix , & 36 livres pour
l'année ; & pour les Départemens , 18 , 30 &
48 liv. franc de port. On fouſcrit au Bureau , suc
Saint- Magloire , quartier Saint -Denis .
MERCURE
NOTICE S.
Tableau géographique de la puiffance induftrielle ,
Commerciale , Agricole , Civile & Militaire de la
Nation Française , par Départemens , Diſtricts &
Cantons , fuivant l'ordre de la nouvelle diftribution
du Royaume ; dans lequel on trouve la
démarcation des limites de chaque Département
& de fes Districts ; la nature des productions de
fon fol , fon étendue & fa population ; l'apperçu
de fa contribution , celui du montant de fon Ar
mée Citoyenne , fes moyens de commerce & d'induftrie
, fes minéraux , fes ufnes , les Univer
tés les Académies , &c. par M. P.... Couédic ,
Citoyen du Département des Côtes du Nord.
2 Vol. in - 8°. près de 800 pages. A Paris ,
Fue des Mathurins , N°. 12 .
Cet Ouvrage , dont le premier Volume avait
paru feul , eft maintenant complct. L'Auteur ne
fe borne pas à donner féchement les détails qu'il
annonce ; il prêche par-tout le patriotifine , & la
deftruction des abus qu'il fe fait un devoir de
dénoncer. Il en attaque un affez important dans
la Préface du fecond Volume , fur le régime actuel
des Poftes qui refuſe ou accepte arbitrairement
le tranfport des Livres imprimés .
M. Couédic porte un nom cher à la France
fous le rapport le plus nobic, & le plus intéreffant,
celui de fervices effentiels rendus à la Patrie,
& il paraît fait pour le foutenir.
DE FRANCE. 81
Mirabeau jugé par fes amis & par fes ennemis
avec cette épigraphe :
;
Le convoi des Triomphateurs Romains était
furvi d'une foldatefque , qui mêlait ſouvent
fes cris jaloux aux acclamations des Citoyens
l'Envie s'affeoit fur la tombe des
grands Hommes , & dans fon défeſpoir , un
poignard à la main, elle remue leurs cendres.
DID.
Prix , 30 f. br. A Paris , chez L. P. Couret , Imp-
Lib. rue Chriftine , No. 2.
C'eſt un Recueil de ce qu'on a écrit de mieux
dans les Journaux pour & contre ce célebre Béputé.
On eft fâché de n'y pas rencontrer le détail
de fa maladie par M. Cabanis fon Médecin. On
trouve avec plaifir un Poëme de M. Cubiere ,
Í'Ode de M. de Chénier , & c.
Traité des principales Maladies aigües qui attaquent
le Peuple , de la maniere de les connaître
& de les traiter ; par M. R *** . premier Médecin
des Camps & Armées du Roi , Infp. gén . des
Hôpitaux Militaires , de l'Académie de Montpellier
, de Guttingue , & c. Volume in- 12 . Prix, 36 f.
br. & 2 liv. 8 f. A Paris , chez Croullebois , Lib .
rue des Mathurins , Nº . 32 ; & chez Detorville ,
Lib. rue St-Jean- de-Beauvais , No. 36 .
L'Auteur , perfuadé que ce qu'il y a de plus
dangereux dans les Maladies du Peuple eft la
crainte qu'il a de ces mêmes Maladics , emploie
tous fes efforts à le raffurer. » Il faut non feulement
des fecours au Peuple , dit- il , mais encore
des confeils contre les maux, qu'il n'a point &
qu'il redoute «. C'eft affurément une entreprise
82 MERCURE
très-louable & très patriotique , que de confacrer
fes connaiffances au foulagement d'une claffe af
Aligée d'infortunes & de maux .
15e. 16e. & autres Livraiſons fuivantes de la
Collection des Mémoires du Regne de Louis XV ,
jufque & compris la 28. publiée le 10 Juin. A
Paris , rue de Condé , N ° . 7. Prix , 1 liv L.
chaque Livraiſon , franche de port dans tout le
Royaume.
Les 28 Livraiſons de cet Ouvrage , qui coutent
35 liv. , contiennent à préfent les trois Volumes
complets des Mémoires de M. de Maurepas
, depuis 1710 jufqu'en 1740 ; un Volume
des Mémoires du feu Duc d'Aiguillon ; un Volume
de Lettres de Mad. Tencia ; le To RE ICE
complet des Mémoires de Duclos ; les trois premieres
Livraiſons de la Vie privée du Maréchal
de Richelieu , 2e . édition , & c ; -le Tome ƒ complet
, jufqu'en 1741 , de fes Mémoires , qu'on
verd féparément en faveur de ceux qui ont acheté
les quatre premiers chez Buffon , Libraire . I y
a encore dans cette Collection la Galerie des
Portraits en caricature , gravés , en 1689 , à Londres
; des Princes , Miniftres & Favoris qui ont
perfécuté les Proteftans , avec le tableau hiftorique
des effets de la révocation de l'Edit de
Nantes. On donnera dans le Mercure des extraits
de ces différens Ouvrages , qui donnent un nouveau
jour à notre Hiftoire moderne .
De J. J. Rouffeau , confidéré comme l'un des
premiers auteurs de la Révolution ; par M. Mereier.
2 Vol. in- 8 ° . formant environ 600 pages.
Prix , liv. 4 br. & 6 liv . francs de port par 5
DE FRANCE. 83
la Pofte dans tout le Royaume . A Paris , chez
Buiffon, Imp-Lib. rue Haute-feuille , N° . 20.
C'est une espece d'éloge de J. J. Rouſſeau ,
mais préfenté fans doute fous le point de vue
le plus intéréflant . Parmi les nombreufes obligations
que nous avons à ce Philofophe , celle
d'avoir préparé les efprits à la Liberté n'eft pas
la moindre. On connaît le pinceau de M. Mercier;
il ajoute un nouvel intérêt au fujet qu'il
a traité.
Grande circulation d'Argent , Rentrée du Numéraire
, Abondance des matieres d'or & d'ar◄
gent , Moyen de rendre les Arts & le Commerce
foriflans ; ou Précis d'un Projet de Finance
concernant la Mornoie , tous deux préfentés à
l'Affemblée Nationale , & remis à fon Comité
des Finances , au mois de Mars 1790 par MM,
de Willencour , Profeffeur d'Elocution Françaiſe
& Poiffaut , Négociant , Auteur d'un Projet relatif
à la Marine . Brochure in 89. avec une
feuille additionnelle .
·
Ce Projet eft , felon les Auteurs , celui de Law
perfectionné. Il confifte principalement dans l'augmentation
de la valeur conventionnelle des ef
peces. Il ne faut pas le condamner
fur les premieres
objections qu'il fait naître d'abord ; il demande à être approfondi , médité avec foin. Les Auteurs fe propofent d'en envoyer dans les 83 Départemens
,
Antiquités Nationales , ou Recueil de Monumens
, pour fervir à l'Hiftoire générale & particuliere
de l'Empire Français ; tels que Tombeaux
, Inſcriptions , Statues , Vitraux , Freſques,
84
MERCURE DE FRANCE.
&c. tirés des Abbayes , Monafteres , Châteaux &
autres lieux devenus Domaines Nationaux ; par
Aubin-Louis Millin. 7c. Livraiſon .
On doit toujours les mêmes éloges à cet Ouvrage
, dont on ne faurait trop encourager la
continuation . Cette Livrai fou contient , entre autres
Monumens , la Prifon de Vincennes où fut
enfermé Mirabeau.
On fouferit chez M. Drouhin , rue Chriftine ,
No. 2 , à Paris.
GRAVURES.
& la
Les Sentimens du pieux Citoyen , Médaillon
exécuté à la plume dans un genre unique , aing
que les Droits de l'Homme & du Citoyen
Loi de Moife , avec figures analogues. Toutes
ces chofes exécutées à la plume , de toute grandeur
, foit pour Tabatieres , foit pour Tableaux
qui tiendront lieu de Trumeau fur une cheminée,
Se trouvent à Paris , chez M. Cruffaire , Deffinateur
, rue de Condé .
Nous avons déjà eu l'occafion de faire l'éloge
des talens de cet artifte , dont les Ouvrages font
fur-tout remarquables par le fini le plus précieux,
T
DÉPIT d'un Amant.
Abouzai!.
Charade , En. Logog.
La Chafteté du Clergé.
Correspondance.
Les Amours,
ABLE.
49 Tableau Politique.
51 Les Monumens.
52 Spectacles.
54
Variétés.
57
62 Natices.
ד ס
72
76
79
MERCURE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
SUÈDE.
De Stockholm , le 20 Juin 1791 .
L'ABSEN 'ABSENCE du Roi n'a rien diminué des
travaux ordinaires de l'Adminiftration &
de la Marine. Le Confeil de Régence ,
compofé des perfonnes les plus inftruites
des foins du Gouvernement , fuit le plan
& les vues tracés par le Roi lui- même ,
avant fon départ : auffi , la Suède n'éprouve
aucune de ces fâcheufes intermittences dans
les affaires , qui ne nuifent pas moins aux
intérêts des Particuliers , qu'à ceux de la
Monarchie.
On croit ici que la multiplicité des
Confeils ou des Comités particuliers dans
l'Adminiſtration, ne peut qu'en embarraffer
la marche , & rompre l'enfemble des
No. 28. 9 Juiliet 1791 . D
( 74 )
moyens d'exécution , fans lequel il n'eft
point de Gouvernement folide & durable.
Ce principe a conduit le Confeil de Régence
à fupprimer , conformément aux intentions
du Roi , une Chambre qui avoit
été formée pour vérifier les comptes des
divers Départemens , & en réunir les fonctions
à celles des Finances. Les matières
feront préalablement mifes en état d'être
rapportées dans un Bureau fubordonné à
la Chambre des Finances .
Notre flotte de galères eft armée , &
maintenant fur nos côtes ; elle n'eft pas
moins de 130 voiles , & eft prête à partir au
premier befoin. Cependant rien n'annonce
qu'elle doive mettre en mer , & l'on croit
voir chaque jour des preuves plus ou moins
marquées que la tranquillité du Nord ne
fera point troublée ; opinion confirmée
par ce qu'on vient d'apprendre que trois
vaiffeaux Danois qui avoient été envoyés
dans la Baltique , font rentrés dans le port
dans les premiers jours du mois.
POLOGNE
De Varfovie , le 18 Juin 1791 .
L'Affemblée s'eft occupée des Staroſties
dans une de fes dernieres Séances. Ces
eſpèces de bénéfice forment la propriété
( 75 )
+
& le foutien d'un grand nombre de familles.
On avoit cependant propofé de les retirer
des mains des Titulaires & Poffeffeurs actuels
, pour les vendre an profit du Tréfor
public. Ce projet , comme tous ceux
qui préfentent des moyens expéditifs d'avoir
de l'argent , avoit d'abord eu un aſſez
grand nombre de partifans , & l'on ne
doutoit point qu'il ne pafsât au premier
jour en Décret.
Néanmoins , plus de réfléxion a fait
fentir qu'il y auroit peut- être plus d'inconvénient
que d'utilité à cette meſure de
rigueur , qu'on ruineroit beaucoup de familles
qui ont rendu des fervices à la République
, ou qu'on furchargeroit le Tréfor
de penfions , fi l'on vendoit les Starofties
; que d'ailleurs cette conduite multiplieroit
les mécontens , & ôteroit à la Révolution
Polonoife ce caractère de fageffe
& de modération qui la diftingue fi fort ,
d'événemens du même nom arrivés dans
d'autres pays. Ces raifons développées par
le Roi lui -même , ont fait impreffionfur
la Diète , & le projet de vendre les Starofties
au profit de la République a été rejeté
; on a feulement renvoyé à examiner
le mode qu'on adopteroit pour aliéner
celles qui font vacantes , & dont on peut
difpofer fans léfer les droits de perfonne.
On a renouvellé la propofition d'établir
des Milices Bourgeoifes dans les
D 2
( 76 )
grandes villes , & fur tout à Varfovie ; mais
on paroît balancer fur le parti qu'il convient
de prendre à cet égard. On peut , par
une femblable inftitution , détruire tout ce
qu'on a fait pour la liberté publique , &
entraver la Diète & le Pouvoir Exécutif
par les circonfpections qu'on feroit forcé
d'avoir pour cette troupe indépendante &
formidable ; elle feule finiroit par envahir
tous les droits de la Souveraineté , bien
moins par des actes pofitifs , que par l'expreffion
d'une volonté tacite à laquelle il
ne feroit plus au pouvoir des loix de réfifter.
La Pologne eft un Gouvernement civil
fondé fur les délibérations des Etats & le
Pouvoir conftitutionnel du Roi ; changerfes
Habitans en Soldats , c'eſt tout- à-coup
en faire une République militaire , c'eſt-àdire
, un Etat qui peut offrir une apparence
de liberté orageufe pendant quelques
années, mais qui retomberoit enfuite fous le
pouvoir abfolu de quelque Monarque , ou
d'une Affemblée qui fauroit gagner la
Bourgeoifie armée , en lui facrifiant les
droits de la Souveraineté ! auifi ne paroîton
envifager les Milices Bourgeoifes que
comme de fimples Gardes des villes , mais
non point comme Gardes de la Conſtitution
; celle - ci ne doit avoir de protecteur
que la Diète & le Roi , qui , au dehors
comme au dedans , ont exclufivement le
( 77 )
droit d'affurer la paix & la liberté de la
des moyens qui leur foient
République par
fubordonnés.
L'on s'eft occupé de quelques autres
objets du Gouvernement, &-l'on a décrété
la forme du Straz , ou Confeil général de
l'Etat ; il lui a été affigné une fomme pour
fes frais & le traitement de fes Membres ;
on a arrêté encore d'envoyer des Miniftres
de la République & des Confuls dans
les lieux où il ne s'en trouve point , & où
cependant leur préfence peut nous être.
néceffaire. Ainfi , Naples , Venife , Turin
, Lisbonne auront chacun inceffamment
un Miniftre , dont la nomination
eft réfervée au Roi par les loix
conftitutionnelles . La Diète a accordé ,
pour les dépenfes fixes des affaires étrangères
, une forme annuelle de quinze
cents mille florins ( à peu près trois millions
tournois ) & trois cents milie florins pour
les dépenfes extraordinaires. Les dépenfes
de la Députation qui faifoit les fonctions
de ce Département depuis le commencement
de laDiète , fe font élevées à la fomme
de deux millions de florins , ou quatre
millions de France .
Une fête vraiment patriotique & fraternelle
a eu lieu ici les de ce mois ; comnie
il n'y a point de motif de haine & de fujet
de s'infulter parmi les différens Ordres de
la République , qu'on ne s'en aime pas
D 3
( 78 )
moins , parce que des diftinctions politiques
caractérisent particulièrement une
certaine claffe de perfonnes , que la baffe
jaloufie ne tend point chez nous a tout
avilir en tout ravalant , cette fète a eu
toutes les marques de l'union & de la fraternité
. C'eft l'Ordre Equeftre qui l'a donnée
aux Délégués des villes , aux Bourgeois
, Magiftrats & Chels des Corporations
de la capitale. On y a célébré la Patrie
, le Roi , la Liberté , la Conſtitution &
la Paix. Sa Majefté eft venue avant le repas
témoigner aux convives combien cette
union lui paroiffoit touchante , & de toutes
les parties de la Salle s'eft élevé des cris
multipliés de joie & de vive le Roi.
On a appris par un Courier récentment
arrivé , que les troupes Ruffes , raffemblées
le long de la Duna , ont reçu plufieurs renforts
; qu'un Corps de 3000 Cofaques s'y
eft réuni , & que chaque jour on y voit
arriver des régimens . Ces mouvemens font
naturellement la fuite des dernières tentatives
des Tures .
De Francfort-fur-le-Mein , le 2 Juillet.
Si toutes les nouvelles du Nord font pour
la paix& qu'on foit sûr à peu près aujourd'hui
que la rupture que l'on craignoit entre
la Pruffe & la Ruffie n'éclatera pas , les
avis du midi ne font point également fa(
79 )
tisfaifans. Il eft certain que les refus du
Plénipotentiaire Ottoman d'accéder aux
propofitions des Miniftres de Vienne ont
donné lieu à une forte de diffolution du
Congrès de Siftowe ; les Membres qui le
compofent fe tranfportent à Buchareft dans
la Valachie , du moins l'on fait que le Baron
de Herbert & le Comte d'Efterhazy
fe font rendus dans ce dernier lieu & que
les autres Miniftres étoient déterminés à
s'y rendre fi ceux- ci perfiftent à y refter.
Cette demarche des Plénipotentiaires
peut encore être l'effet des mouvemens
hoftiles de l'armée du Grand- Vifir ; on
craint que les tentatives pour paffer le
Danube & fe faifir des premiers poftes ne
s'exécutent & n'agiffent fur la liberté des
délibérations .
De leur côté les deux Empires ont pris
des mefures pour s'oppofer aux progrès de
Farmée Ottomane & prévenir l'avantage
que donne à l'ennemi fe fuccès d'une première
démarche. Les Généraux Autrichiens
ont fait renforcer les garnifons frontières
& élever des batteries pour empêcher le
paffage du fleuve. La Hongrie eft difpofée à
tout faire pour foutenir l'Empereur , & le
Maréchal de Wallis a fait garnir de canons
les remparts , & augmenter la garnifon
d'Orfowa , une des places les plus expofées
& des plus importantes à conferver.
Cet état de chofes n'empêche paint
D 4
( 80 )
T'Empereur de prolonger fon féjour en
Italie , ce Prince y vifite tous les monumens
des Arts & les établiffemens de bienfaifance.
On ne parle de fon retour à Vienne
que vers la fin de Juillet ; ainfi il faut , ou
que les dangers foient moins grands qu'on
le croit , ou que des intérêts qui lui font
chers le retiennent hors de fes Etats.
On croit affez généralement que les récla
mations des Princes & des émigrés Fran
çois l'occupent. Il a eu plufieurs entrevues
avec les principaux d'entre les fugitifs , M.
le Comte d'Artois paroît être celui avec
qui l'Empereur entretient une correfpondance
plus fuivie ; ce Prince eft, venu à.
Mayence , l'Electeur eft allé au-devant de
lui , & il a été reçu avec les égards que l'on
doit à fa perfonne & à fa pofition. M. le
Prince de Condé & fa famille s'y étoient
rendus avant ; ils font repartis , l'un &
l'autre pour Bruxelles. On penfe qu'ils
doivent fe rendre à Aix - la - Chapelle ,
où fe trouve le Roi de Suède , avec une
fuite peu nombreufe. L'on ignore le motif
de ce rendez-vous ; il eft dificile de croire
qu'il ne foit que l'effet du hafard, ou une
fimple vifite de politeffe de la part des Princes
François envers Sa Majefté Suédoiſe.
De Ratisbonne , le 15 Juin.
Tout femble annoncer que les Etats de
( 81 )
PEurope ont enfin fenti qu'un intérêt conmun
les lie aux démarches de la Diète de
Ratisbonne , qu'ils ont reconnu que dans la
grande Société des Nations , il existe une
police & des droits pofitifs , qu'il eft du devoir
de tous de faire refpecter ; que fouffrie
les violations arbitraires des traités , c'eft
ébranler la paix univerfelle & livrer les
peuples aux écarts des ambitions particulières
; qu'il n'eft pas plus permis de prêcher
le mépris des loix établies , que le fanatifme
& la rébellion ; que troubler par ces voies
la tranquillité des Etats , c'eft leur déclarer
la guerre d'une manière plus odieufe que par
des hoftilités ouvertes & déclarées ; qu'enfin
il n'eft point de Prince qui ne doive
à fes peuples de les mettre à l'abri des
funeftes effets de l'anarchie & du brigandage
, par tous les pouvoirs légitimes qu'il
a reçus pour protéger leurs perfonnes &
leurs biens.
Cette grande penfée prend chaque jour
de la confiftanee & lutte avec fuccès contre
les abftractions vagues & les maximes tyranniques
des modernes puritains ; l'opinion fe
foulève de toutes parts contre les principes
de la licence politique , prêchée par les
émiffaires de la France ; on craint de voit
par leur doctrine les familles ruinées & :
bouleverfées , & l'oppreffion fuivre de près
le mépris des loix , & des autorités etablies
pour en affurer l'exécution.
DS
( 82 )
On eft perfuadé de plus que les devoirs
politiques des Nations entr'elles ne les engagent
point feulement à fe donner fecours
& protection contre les invafions étrangères
, mais encore à réduire à l'impuiffance
de nuire celles qui par des difpofitions particulières
érigeroient en loi le mépris des
traités , prendroient à tâche d'inquiéter , de
troubler leurs voifins , & chercheroient par
des menées adroites , à foulever contre la
fociété toutes les claffes d'hommes que le
défaut de lumières & de propriété peut facilement
porter aux plus coupables attentats .
Telles font en bref les confidérations qui
ont dû frapper les Puiflances de l'Europe
& les attacher aux délibérations de la Diete
de l'Empire. Tout fait préfager que fous des
prétextes légitimes & impérieux , les grands,
Etats fe réuniront aux forces Germaniques
contre les hautes de l'Affemblée nationale
de France & concourront au maintien des
droits réclamés par les Princes contre la
violation des traités .
La Pruffe , comme Protectrice de l'union
germanique , doit être une des premières
à appuyer les Décrets de la Diète ,
& à faire ceffer l'efpèce de mépris qu'on
a pour elle en France , fur l'efpoir malfondé
que fon impuiffance réduira les
réclamnans à fe contenter des indemnités
qu'on voudra bien leur acco rder.
L'Empereur eft tenu , par fa Capitulation
( 83 )
même , à foutenir l'Empire contre tout
démembrement , & l'intérêt de la paix , de
la liberté publique de l'Europe , doit réunir
à la caufe Gernianique ceux qu'un intérêt
particulier n'y attacheroit pas directement ,
C'eft fans doute avec la perspective ou le
preffentiment de ces fecours combinés ,
que les électeurs pourfuivent les travaux
commencés depuis l'ouverture des délibérations
; s'il y a quelque partage fur les
moyens d'obtenir l'exécution des traités ;
c'eft moins parce qu'on doute de la juftice
des réclamations ou des forces néceffaires
pour les appuyer , que pour garder toutes .
les formes qui peuvent mûrir les deffeins
& donner aux procédés un caractère d'égard
& de confidération , même pour ceux qui
n'ont pas cru devoir en conferver pour les
autres.
On a donc propofé différens objets de
délibérations & de modes de conduite à
la Diète. Les Electeurs Eccléfiaftiques ont
affez généralement penfé que toutes nouvelles
tentatives auprès de la France fe-,
roient inutiles , & par l'état où fe trouve,
ce Royaume dans ce moment, & parce
que les démarches précédentes n'ont abouti
qu'à des refus ou à des conditions qu'il
n'eft point de la dignité de l'Empire d'accepter.
Ils demandent donc que la guerre ,
fait déclarée , comme le feul moyen de fe
faire écouter d'un Peuple qui n'entend
D 6 .
( 84 )
point croifer fon fyftême politique par aucune
convention étrangère à fes nouvelles
idées .
Les Electeurs Laïcs paroiffent defirerque
l'on effaie une feconde fois d'obtenir ,
par la négociation , ce que la France
s'obtine à leur refufer , ou à n'accorder
qu'avec des modifications & des foumiffions
contraires aux intérêts & à la dignité
des Princes qui réclament.
Les inftructions envoyées fur cette
matière aux Miniftres comitiaux , par les
Princes & les Etats , préfentent , outre
ce voeu fur la néceffité de déclarer la
guerre ou de la différer , d'autres propofitions
fur lesquelles il paroît que la
Diète aura à délibérer avant de prendre
un parti. On y propofe , dit-on , comme
une des voies de rigueur indifpenfable ; de
déclarer à la France que l'Empire d'Allemagne
ne fe regarde plus comme lié par
les traités & les conventions conclus avec
elle , puifque , fans y avoir égard , cette
couronne a , la première , méprifé les droits
qu'elle s'étoit engagée de refpecter , & qui
fervoient de conditions à des conceflions
confidérables ; de prohiber , par un récès
de l'Empire , l'importation des marchandifes
de France en Allemagne ; de mettre
en féqueftre les biens , qui , en Allemagne ,
appartiennent à des François , jufqu'à ce
qu'on ait obtenu fatisfaction ; enfin de
*
( 85 )
porter une loi rigoureufe contre quiconque,
par des écrits ou des manoeuvres , chercheroit
à foulever le Peuple contre l'ordre
public & le gouvernement de chaque
Etat.
Indépendamment de ces fujets de délibérations
, les inftructions contiennent quelques
développemens fur l'intérêt qu'ont
tous les Membres de l'Empire de concourir
au maintien des droits de chacun d'eux. Sans
cette harmonie , y eft-il dit , l'Empire feroit
bientôt démembré par l'ambition ou l'intérêt
des Puiffances voifines , qui ne trouveroient
dans chaque Etat en particulier , qu'une
réſiſtance facile à furmonter ; au lieu que ,
réunis avec fon Chef , l'Empire préfente
tous les moyens d'affurer fes droits & de
protéger fes Membres contre l'ambition
le mépris ou la mauvaiſe foi des Puiffances
voifines.
Il faut attendre du temps le réfultat de
ees difpofitions ; elles paroiffent liées dans
leur enfemble , & de grands intérêts , des
intérêts très actifs s'y réuniffent , pour en
rendre la marche & l'exécution affurées. Le
nombre feul des Princes qui réclament ,
forme déjà une Puiffance confidérable ;
celui de Mecklenbourg - Schwerin vient de
l'augmenter encore. Il a adreffé , le 8 de
ce mois , une lettre à la Diète , dans laquelle ,
il réclame deux places de Capitulaires dans
la Cathédrale de Strasbourg, & appuie fa
( 86 )
demande fur le fecond paragraphe de l'article
XII du traité de Weftphalie.
PAYS - BA S.
De Bruxelles , le 27 Juin.
L'entrée de l'Archiducheffe & du Duc
de Saxe Tefchen , fon époux , Gouverneurs
des Pays - Bas Autrichiens , a eu lieu
le 12 de ce mois , au milieu des témotgnages
de la joie publique , & des acclamations
du peuple , qui s'eft porté en foule
fur leurs pas.
Les Membres du Gouvernement , les
trois Etats en Corps , le Confeil Soaverain
de Brabant , toutes les corporations
ont attendu Leurs Alteffes à la porte de
la ville , & les ont accompagnées jufqu'à
leur Palais.
Ce dernier gage de l'ordre & de la paix
publique a défefpéré quelques forcenés frénétiques
qui ne voient la liberté que dans
les troubles & l'anarchie populaire , & qui
frémiffent dès que le règne de la juftice
& des loix remplace celui du fanatifme &
de la violence. Ce malheureux parti n'eft
pas encore entièrement étouffé ; le bonheur
public le tourmente , & par- tout il cherche
à précipiter les peuples dans la révolte
& le mépris de fes Princes légitimes. C'eft à
Anvers fur-tout qu'on en apperçoit plus fen
( 87 )
fiblement les artifices . Cette ville continue
des'op pofer à l'inauguration , ou du moins
prétend y apporter des conditions que
reprouvent les droits des Etats & de la
Souveraineté Belgique.
Les Etats ont accordé unanimement un
don gratuit de 600,000 liv . tournois à nos
Gouverneurs.
L'on avoit appris , le 23 , la nouvelle
que le Roi de France & fa Famille avoient
quitté le royaume ; alors a paru le fentiment
d'amour qui attache les François à
leur Roi ; on s'eft livré à une joie qui
tenoit de l'ivreffe , & que partageóient
le peuple & les Bourgeois des villes Belgiques
. Mais bientôt on a fu qu'il avoit été.
arrêté , & que Monfieur & Madame feuls
avoient dépaffé la frontière. Ils font arrivés
ici le lendemain ; ils logent au Palais de
Leurs Alteffes , ainfi que M. le Comte
d'Artois & une partie des perfonnes de leur
fervice.
AN
MM. de Lambefc & de Vaudemont font
arrivés dans le même temps ici . Ils viennent
d'Italie , & ont paffé par Mayence ; le
premier a été fait Général par l'Empereur ,
& Gouverneur de Tournay ; & l'autre
Colonel. M. le Prince de Lambesc a été
reçu Major-Général des troupes Autri
chiennes à la garde montante. On foupçonne
qu'ils ont apporté quelques dépêches
de Sa Majefté Impériale , relatives au dé
( 88 )
part du Roi de France pour les frontières
du Luxembourg.
GRANDE-BRETAGNE,
De Londres , le 28 Juin.
Il paroît que la flotte aux ordres de
'Amiral Hood ne partira point encore de
fi-tôt ; la divifion de l'Amiral Hotham refte
cependant à la rade de Leith , & y attend
des ordres. On attribue ce changement aux
dépêches que l'on a reçues de Pétersbourg ,
& que l'on dit favorables aux efpérances
de paix. La petite efcadre que l'on difoit
deftinée pour la Méditerranée n'eft point
fortie non plus , les ordres de refter lui
ont été adreffés dans la matinée du 23 .
La preffe n'en continue pas moins , & le
Roi a ordonné que les encouragemens donnés
à ceux qui fe préfentent pour fervir
dans la marine , feroient continués jufqu'à
la fin de juillet.
La nouvelle du départ , de l'arreftation
& de la captivité du Roi de France & de fa
Famille , ont fait ici une grande fenfation ;
tout ce qu'il y a de perfonnes éclairées
ont craint les fuites d'un événement auffi
extraordinaire ; la Révolution de France
leur a rappellé les malheurs du long Parlement
, la prifon de Charles I , fa mort
1891
& celle de plufieurs perfonnes que les devoirs
& l'honneur lui attachoient.
On annonce néanmoins que l'anniver
faire de la Révolution fera célébrée le 14
juillet , comme une époque de liberté &
de bonheur public. Cet inftant n'eft point
envifagé avec plaifir ; l'on craint que les
factieux , les gens perdus de dettes , & les
têtes exaltées ne parviennent à occafionner
quelque trouble , & à refluſciter le fanatifme
& la licence. D'un autre côté , les bons
patriotes font indignés qu'il fe trouve en
Angleterre des gens affez peu attachés à leur
Patrie que d'y propager des principes deftructeurs
de la Conftitution Angloife ,
& pour chercher à plonger dans l'anarchie
un Royaume que fes Loix & fa liberté
rendent le plus floriffant de l'Europe . L'An
gleterre n'eft point un Royaume agricole,
comme la France ; une révolution fanglante
l'auroit bientôt privée de fa puiffance
, ruinée & réduite à un état de foibleffe
dont jamais elle ne fe releveroit .
Un navire , arrivé de la Chine avanthier
, a apporté la nouvelle qu'au 18 Février
dernier , le Lord Cornwallis & le
Général Meadows fe difpofoient à entrer
dans le Myfore avec 25,000 hommes de
bonnes troupes , & que leur objet étoit de
s'emparer de Bangalore.
Le Général Abercrombie étoit avec fes
forces à Tillichery , où il attendoit les or
( 90 )
dres de Lord Cornwallis. Le Général
Mufgrave étoit à Trichinopoli avec un
corps de
troupes confidérable, & 30 pièces
de canon ; l'on affuroit auffi que les Marattes
fe tenoient prêts à fe joindre au Lord
Cornwallis avec un corps de cavalerie confidérable
pour l'aider dans fon expédition.
FRANCE.
De Paris , le 19 Juin.
ASSEMBLÉE NATIONAL. B.
Suite de la fiance du famedi 25 juin , après
minuit.
M. Thierry de Ville - d'Avray , arrivé de la
campagne , fe rend aux ordres des commiffaires
chargés de l'examen des diamans , & répond de
tout. L'examen en fera refait dans la jou née.
A7 heures . On a lu une lettre des trois commiffaires
envoyés au- devant du Roi , datée de
Meaux , le 24 juin , à 11 heures & demie du
foir . Ils annoncent que le Roi & fa famille pafferont
la nuit à Meaux , & arriveront à Paris
Le 25 entre 2 & 3 heures , fi la marche n'eft pas
retardée . L'Affemblée a autorifé la municipalité
de Paris à lever incontinent les fcellés appofés
au château des Tuileries .
Une lettre du directoire du département de la
Marne , de Châlons , le 24 juin , annonce que
les bruits de tentatives des ennemis fur les frontières
ne paroiffent pas le vérifier ; qu'à la première
alarme , les gardes nationales font accou
( 91 )
rues de toute part à Châlons . Mais le défaut
d'armes a expofé les officiers municipaux & les
adminiftrateurs a la fureur populaire . La municipalité
a fait diftribuer toutes les armes qui
étoient au dépôt des gardes du Roi ; mais l'in
fuffifance de ce nombre a fait craindre au maire
des violences ; il s'eft évadé par une fenêtre de
la maifon commune , & n'a fauvé les jouis qu'en
prenant la fuite . Ils demandent des fufils , des
canons , des munitions , & proteſtent de leur
patriotifine .
Le directoire du département de la Meurthe ,
mande de Nancy , le 23 à 5 heures , d'abord les
précautions qu'il a prifes , & enfuite qu'on
eur écrit que les ennemis font à plus de 8 lieues
de la France. M. d'André à demandé qu'on donnât
toute la publicité poſſible à ces nouvelles ,
& le courier qui les apportoit a affuré que Bar ,
Verdun & Nancy , offroient au moins 800,000
hommes fous les armes. Cependant , a - t - il
ajouté , Nancy eft fans foldats , fans munitions ,
les patriotes de Nancy ont volé au fecours de
Merz , que M. de Bouillé vient de quitter.
Au moment même , il eft arrivé un autre coufier
, qui a remis au préfident un procès - verbal
des adminiftrateurs de Verdun. En voici la
fubftance :
Sur l'avis du diftrict de Clermont au fujet du
refus qu'avoit fait M. de Damas d'expliquer
fes motifs du départ des dragons ; fur l'avis
du procureur-fyndic de la commune de Varennes
qui annonçoient l'arrivée du Roi & appelloient
des fecours , ils ont expédié 150 dragons , so
mineurs & 200 gardes nationales . Les fuiffes de
Caftella avoient ordre de M. de Bouillé de partir
pour Carignan , Stenay & Montmédy , ils ont de
( 92 )
mandé d'aller à Verdun pour leurs affaires yon les
a tous accompagnés dans les maiſons où ils ont
dit avoir affaire , & la municipalité leur a enjoint
de partir au bout d'une heure & demie . Les
adminiftrateurs ordonnent de faire , au befoin ,
couper les ponts . Nouvelles de l'arreftation du
Roi , de fa marche rétrograde . Arrivent de Metz
soo hommes de troupes de ligne & de garde nationale
avec 15 canons . La municipalité d'Hefdin
notifie le départ du régiment de Caftella & d'un
détachement de Lauzun. Elle a chargé un homme
de les fuivre . Un aide - de- camp de M. de Bouillé
arrête & interroge cet homme qui répond qu'il
doit ramener deux chevaux fournis à des officiers.
( On applaudit . ).
Le 23 , on apprend qu'un parti d'Autrichiens
fe porte fur Varennes , on expédie des couriers
Les gardes nationales en reviennent, démentent ces
bruits , & amènent quatre officiers arrêtés , MM.
de Choifeul , Damas , Floriac & Rémy . Interrogés
, ils fe difculpent en exhibant des ordres fignés
Bouillé. On les conduit dans la maiſon d'arrêt
ou ( difent les adminiftrateurs ) ils feront détenus
jufqu'à ce que l'Affemblée nationale ait ordonné
leur élargiffement ; « ou les ait renvoyés à Orléans
Pour y être jugés par le tribunal previfcire . »
Parvenus à Anvillers , les Suiffes de Caftella n'ont
pas voulu aller plus loin ( applaudiffemens ).
« L'indignation , pourfuit le rédacteur du procèsverbal
, a fuccédé à l'obéiſſance , & défabufés ils.
ne reconnoîtront plus d'autre autorité que celle de
la nation. Ils font actuellement à Verdun.
CC
On a lu le procès - verbal d'arrestation des
quatre officiers , une lettre de M. de Choifeul
Stainville, qui fe couvre des ordres de M. de
Bouillé , & de l'ordre du Roi , qui lui a dit de
( 93 )
"
refter auprès de fa perfonne ; & une lettre de
M. de Damas , qui affure n'avoir fait menter
les dragons à cheval que dans l'incertitude fi
tout ce qui fe paffoit , ne l'empêcheroit pas de
remplir les ordres de M. de Bouillé , & de patir
pour Varennes , comme l'en preffoit l'arrivée
d'une ordonnance de huffards , qui venoit alors
au-devant de fa troupe . Il ajoute que , requis
par la municipalité , & entendant battre la génétale
, il fit mettre pied à terre à fes dragons , &
les renvoya dans leurs quartiers ; que fur le bruit
que la famille royale étoit arrêtée , il prit le parti
d'aller à Varennes ; que lorfqu'il montoit en
voiture pour en revenir , on l'arrêta , on le mit -
en prifon , on l'a transféré à Verdun , qu'il n'a
fait qu'obéir à des ordres dont il ignoroit l'objet .
Il demande fa liberté & celle de M. de Floriac,
qui l'a fuivi fans favoir où ils alloient , & de
M. Remy, qui fe rendoit au logement , & qui
a été arrêté en paffant à Varennes .
Ce paquet contenoit deux lettres non -cacherées
, l'une adreflée à Madame de Simiane , &
l'autre à Madame de Grammont ; l'Affemblée a
ordonné que le préfident les cacheteroit , & les
enverroit à leur deftination .
M. Muguet a fait adopter l'article fuivant :
L'Afemblée nationale ajoutant aux difpofitions
de fon décret de ce matin , décrète que
le département de Paris eft autorifé à faire mettre
fous un fcellé particulier tous les papiers qui feront
trouvés dans les appartemens du château des Tuileries
, fous le fceau de la municipalité & de
l'intendant de la lifte civile , & que lefdits papiers
feront à l'inftant tranfportés aux archives
nationales. >>
Après le préambule , où l'on a remarqué avec´
( 94 )
éronnement ces mots : « il devient impoffible de
laiffer fubfifter les premières relations qui exiftoient
entre l'Aſſemblée nationale & le Roi ; de
compromettre les décrets en les foumettant à une
fanction toujours fujette au défaveu ; de laiffer
l'exercice du pouvoir executif à des intentions
évidemment & nettement déclarées contre la
conftitution » ; M, Thouret a lu le projet de décret
que voici :
« L'Affemblée nationale , après avoir entendu
le rapport de fon comité de conftitution , décrète
ce qui fuit :
« Art. I. Auffi- tôt que le Roi fera arrivé au
château des Tuileries , il lui fera donné , provifoirement
, une garde qui , fous les ordres du
commandant général de la garde nationale Parifienne
, veillera à ſa sûreté , & répondra de fa
perfonne. »>
"
« II. Il fera provifoirement donné à l'héritier
préfomptif de la couronne une garde particulière ,
de même fous les ordres du commandant général
, & il lui fera nommé un gouverneur par
l'Affemblée nationale. »
« III. Tous ceux quiont accompagné la famille
Royale feront mis en état d'arreſtation , & interrogés,
»ל כ
•
« Le Roi & la Reine feront entendus dans
leur déclaration ; le tout fans délai , pour être
pris enfuite par l'Aſſemblée nationale les réfolutions
qui feront jugées néceffaires . »
IV. Il fera provifoirement donné une garde
particulière à la Reine. »
« V. Jufqu'à ce qu'il en ait été autrement
ordonné , le décret rendu le 21 de ce mois , qui
enjoint au miniftre de la juftice d'appofer le fceau
de l'état aux décrets de l'Affemblée nationale ,
1957
E :
fans qu'il foit befoin de la fanction ou de l'ac
ceptation du Roi , continuera d'être exécuté dans
toutes les difpofitions . »
« VI. Les miniftres & les commiffaires du
Roi pour la tréforerie nationale , la caiffe de
l'extraordinaire & la direction de liquidation ,
font de même autorifés provifoirement à continuer
de faire , chacun dans leur département ,
& fous leur refponſabilité , les fonctions du pouvoir
exécutif. »
« VII. Le préfent décret lera publié à l'inſtant
même , à fon de trompe , dans tous les quartiers
de la capitale , d'après les ordres du miniftre de
l'intérieur , tranfmis au directoire du département
de Paris. »
Suite de la féance du famedi..
M. Malouet s'est élevé contre ces difpofitions
avec toute l'énergie que déploie la raison de
l'homme d'état lorfqu'il puife fes principes dans
fa confcience. C'eft , a -t -il dit en ſubſtance ,
changer dès ce moment la conftitution que vous
avez décrétée & juré de maintenir . Le cas de
l'abfence du Roi eft prévu par vos décrets , &
ils ont déclaré le Roi inviolable . On vous propofe
de conftituer le Roi prifonnier , de réunir
en vous tous les pouvoirs . Il peut être pénible
d'ouvrir une ſemblable opinion au milieu de pareilles
circonstances . Je propofe que l'Affemblée fe
forme en grand comité pour délibérer ou qu'on le
retire dans le comité de conftitution où chacun
pourra Faire librement fes obfervations . Défendons-
nous de la prévention comme de l'irréflexion .
Epargnons au peuple bien des regrets , de grands
malheurs. Je demande une conférence & je déclare
que jamais je n'accéderai à des mesures qui
tendroient à rendre le Roi priſonnier.
( 96 )
Après des doutes fur l'extenfion de l'inviolabilité
jufqu'à la connivence avec les ennemis de l'état ,
M. Ræderer a dit que le projet de loi n'attaquoit
point le principe de l'inviolabilité , qu'il ne s'agiffoit
pas
d'un jugement , mais fculentont de tenir
le Roi en état d'arreftation provifoire. Non , non ;
cela eft eff eux , le font écriées plufieurs voix , &
MM. Martineau , Démeunier & beaucoup d'autres
membres ont demandé que M. Ræderer fùt
rappellé à l'ordre . Il a dit qu'il prenoit le projet
dans le fens qu'y attachoit M. Malouet , &
a demandé qu'on ajoutât ces mots : « Veiller fur
fa perfonne , pour la sûreté & celle de la nation . »
au-.
Pour réfuter M. Malouet , M. Alexandre de
Lameth a foutenu que le décret ne faifoit qu'établir
le corps conftituant dans la fituation où il
roit été fi des inconvéniens pratiques ne s'étoient
oppofés à la promulgation des grands principes
qui veulent que pouvoir exécutif foit fufpendu
dans les mains du Roi tandis qu'on organife le
trône. Vingt- cinq milions d'ames , a-t- il dit ,
ont un befoin indifpenfable d'une conftitution
monarchique. Les évènemens n'ont rien changé
à la nature des chofes . Nous achèverons la conftitution
, elle aura l'affentiment du peuple , & fera
fon bonheur & notre récompenſe.
M. Malouet a répliqué en niant que l'Affemblée
ait reçu la miffion & le droit de fufpendre tous
les pouvoirs , que le principe du décret fût dans
l'effence du pouvoir conftituant. Ce décret , a- til
répété , eft une nouvelle conftitution ; la nation
peut elle - même s'effrayer d'une cumulation de
pouvoirs. Cette mefure eft née d'aujourd'hui .
Vous n'avez pas pris le pouvoir exécutif dès
le commencement ... On vous entraîne trop loin...
Craignez
( 97 )
Craignez de funeftes fuites ... Je ne voterai jamais
pour conftituer le Roi prifonnier.
¿M. d'André a tâché de prouver que l'Affem .
blée n'avoit pas cu deffein d'abſorber en elle tous
les pouvoirs , puifqu'elle venoit de confier
le pouvoir exécutif, non à fes membres , mais aux
miniftres . Mais il auroit fallu démontrer qu'on
ne ſe réſerve rien du pouvoir en le confiant à des
agens tenus dans la plus paffive dépendance , &
que la portion de pouvoir que la conftitution
décrétée & folennellement jurée a placée dans le
Roi , celle qui confifte dans le droit de fufpendre ,
peut fubfifter en des miniftres amovibles & fans
l'inviolabilité de celui qui l'exerce.
au
Le rapporteur , fecondé de M. Duport , a voulu
affimiler l'action que l'on propofoit d'exercer , aux
déclarations que les magiftrats de l'ancien régime
venoient demander , dans certaines affaires ,
Roi & à la Reine , avec les formes connues de
fujets refpectueux . « L'hiftoire de France en fournit
des exemples , difoit M. Thouret... Cela a
té pratiqué dans les Tribunaux , difoit M. Du- i
port. » L'Affemblée a adopté le décret , & fans
autre fanction , il a été publié à fon de trompe.
сс
Un autre décret a ordonné que les fieurs Dumas
& Choifeul , colonels- commandans des deux régimens
ci -devant de Monfieur & de Royal-Dragons,
Floriac , capitaine ; Remy , quartier- maître au
régiment de Monfieur , détenus à Verdun , continueront
d'y refter en état d'arreſtation juſqu'à
ce que l'Affemblée nationale ait pris des mesures
ultérieures fur les perfonnes qui peuvent avoir favorifé
le départ du Roi.
Plufieurs officiers d'artillerie prêts à partir ont
prêté le nouveau ferment à la barre. M. de
No. 28. 9 Juillet 1791 . E ..
( 98 )
Broglie l'a prêté à la tribune ; leurs noms fant
confignés dans le procè -verbal , ainsi que le don
de 300 liv. fait par madame Puignon pour les
folders .
Comme on décrétoit quelques articles relatifs
aux places de guerre , une grande agitation á annoncé
que le Roi venoit d'arriver ; & M. le
Couteulx avant dit que les trois couriers ramenés
avec le Roi étoient menacés , des commiffaires
ont été envoyés pour préferver ces trois gardesdu
- corps de toute voie de fait , & l'on a continué
de lire & de décréter d'autres articles fur
·les places de guerre . Les commiffaires font rentrés
. Leur préfence avoit diffipé le danger , la
garde nationale & M. de la Fayette étoient parvenus
à faire affez de place pour que le Roi
& la Reine puffent defcendre. « Louis XVI ,
& fa famille , a dit le préfident , ce font rendus
au château des Thuileries en sûreté . »
сс
Les trois gardes - du-corps mis en état d'arreftarion
dans l'une des falles du palais qu'habite le
Roi , font MM. Valory , de Moutier & Maldan .
L'un d'entr'eux avoit laiffé tomber un portefeuille
qu'il a déclaré ne contenir que du papier
de batteur d'or . On a préfenté ce porte - feuille
à l'Affèmblée . M. de Bonnay demandoit qu'on
y mit le fcellé de peur de fuppofition de pièces ;
Louis XVI avoit aufli remis la clef de fa voiture -
que le peuple vouloit que l'on vifitât ; ces détails
ont été renvoyés à la municipalité & au dé
partement?
M. Barnave a rendu compte , à la tribune , de
la miffion des commiffaires envoyés au - devant
du Roi. On craignoit quelques mouvemens des
troupes Autrichiennes , M. Dumas avoit difpofé , i
fur la route, les gardes nationales en conféquence .
( 99 )
Les commiffaires ont fait arrêter la voiture entre
Dormans & Epernai ; l'un d'eux a lu au Roi le
décret , le Roi a témoigné fa fenfibilité de l'intérêt
qu'on prenoit à fa sûreté , & a dir que fon
intention n'étoit pas de s'éloigner des frontières .
M. Barnave a donné des éloges aux gardes nationales
, aux municipalités , aux adminiftrateurs
& au peuple. M. Fermont renvoyoit aux minif- '
tres du Roi le foin de pourvoir au lieu d'arreftation
des trois gardes du Roi conduits en prifonniers
fur le fiége de fa voiture ; & M. Goupil
a demandé le licenciement des quatre compagnies
des gardes- du-corps .
On re peut rien conclure du fait de trois individus
contre un corps qui a fait fes preuves dans
tous les temps , a dit M. de Bonnay... Comme
à Versailles , s'eft écriée une voix de la gauche .
M. Voydel a obfervé que les grles-du-corps .
paroiffcient beaucoup plus attachés au Roi qu'à
lear patrie , & a cité pour exemple M. de Bonnay
lui -même qui , mardi matin avoit er voyé chercher
un cheval nominé l'incertaine à Veifailles pour
fuir de Pans , tandis que l'Affemblée montroit
tant de fermeté. M. de Bonnay a raconté qu'il
étoit à la campagne à quatre lieues de Paris lorf
qu'il a fu le départ du Roi , que fuppofart que
Paris feroit livré au plus grand trouble , il avoit
demandé une jument qui a le trot très - déterminé.
( Il s'eft élevé des murmures ) . «J'ignore , a- t- il repris
, fi l'on peut interprêter défavorablement les
précautions que j'ai prifes ; je crois que ceux qui
en auroient la volonté , ne s'adrefferoient pas à
moi pour le faire . » Au refte , je me fuis rendu
à l'Affemblée dès que j'ai lu qu'elle tenoit fes
fances . Rien ne prouve que les gardes- du- corps
foient plus attachés au Roi qu'à la patric . « Je
S38366
E. 2
1 100 )
les regardai toujours comme indivifibles , & je
répète qu'ayant juré de mourir pour l'un & l'autre ,
par -tout où le devoir m'appellera pour la nation
ou pour le Roi , j'y volerai . Si le Roi m'eût confulté
, je lui aurois déconfeilié de partir ; s'il
m'eût ordonné de le fuivre , je ferois mort à fes
côtés , & je me ferois honoré de mourir pour fa
défenſe . » Murmures à gauche , applaudiffemens
à droite , & le licenciement des gardes-du-corps
a été décrété .
L'Affemblée à décerné des témoignages de
reconnoiffance aux trois commiffaires & à M.
Dumas , & prorogé la féance à onze heures du
matin.
Suite de la féance commencée le mardi 21. Du
Dimanche 16 juin.
M. Grégoire occupoit le fauteuil .
La municipalité du Mans annonce qu'elle a
fait arrêter M. de Brézé ( & fa femme ) , fe rappellant
qu'il donna , dit- elle , des preuves d'incivifme
à Versailles le 23 juin 1789 , & qu'it
étoit attaché au Roi comme grand - maître des
cérémonies . Elle envoie l'interrogatoire qu'elle
Jui a fait fubir . M. de Brézé n'avoit appris qu'à
fon réveil , le mardi 21 à onze heures du matin ,
le départ du Roi , & fe rendoit à fa campagne.
Un décret l'a mis en liberté .
Un autre décret a tatué que les officiers &
cavaliers de la ci- devant maréchauffée inculpés ,
& contre lefquels il pourroit y avoir quelque,,
pourfuite , font fufceptibles de remplacement
dans la gendarmerie nationale , jufqu'à ce que
l'Affemblée ait prononcé fur les tribunaux qui
doivent juger des délits qui feroient commis pat
les membres de ce corps .
( 101 )
•
-
M. de Noailles a demandé que les chevaux
des gardes - du- corps fuffent donnés aux chaffeurs
d'Alface . « Nous avons toujours confidéré les
gardes du corps comme appartenant à la lifte
civile , a dit M. Camus . Si vous difpofez de leurs
chevaux , je crains qu'on ne vous dife : vous
avez ordonné leur licenciement , il faut à préfent
leur accorder des retraites ; c'eft le tréfor
qui doit les payer , puifqu'il a profité du prix
des chevaux. Laiffons- leur les chevaux qui leur
appartiennent , & ne leur payons aucune retraité ;
je demande l'eftimation des chevaux , » . La motion
a été renvoyée au comité militaire . M.
Alexandre de Beauharnois prend le fauteuil .
a
Revenant aux moyens d'exécuter le décret de
la veille , M. Duport a expofé que les informations
relatives au départ du Roi , devoient
être faites par le tribunal de l'arrondiffement du
lieu où les évènemens fe font paffés ; que c'étoit
à des commiffaires de ce tribunal à procéder à
l'interrogatoire , à l'audition des témous ,
des commiffaires du corps légiflatif à recevoir .
les déclarations du Roi & de la Reine . Ses motifs
étoient la diftinction néceffaire entre 1 interrogatcite
de ceux qui ont accompagné le Roi , &
la déclaration du Roi & de la Reine , le plus
de confiftance que donnercit à cette démarche
la miffion de l'Affemblée , & « la dignité réci
proque des deux fouvoirs , qui exiftent à côté
l'un de l'autre , & qui doivent , tant qu'ils exifteat
, être refpectés ».
Le caractère du délit a paru à M. Chabroud
en renvoyer naturellement la connoiffance au
tribunal prépofé aux crimes de lezc- nation . Mais ,
vu l'inactivité du tribunal provifoire d'Orléans
la propofé qu'il fut procédé à l'information &
,
E 3
( 102 )
à l'inftruction « par un extrait du tribunal de
caffation . >>
Cela contrediroit vos principes conftitutionnels
, a répondu M. Duport. Dans aucun cas
le tribunal de caffation n'eft appellé par la loi
à remplir ces fonctions . Il ne s'agit pas ici de
juger un crime de lèze - nation , mais de premières
informations à rapporter à l'Affemblée ,
qui feule décidera s'il y a lieu d'accufer .
On fubftitue le mot évènement au mot délit ,
remarquoient M. Chabroud & M. Buzot , qui
ré lumoient l'intervention de l'accufateur public
.
Des particuliers prévenus d'un fait font
arrêtés fur la cl..meur publique , difoit M. Lavigne.
Ce n'est qu'après la réunion des indices
que le premier interrogatrice des prévenus peut
avoir lieu . On ne perdra pås de vue le caractère
de l'affaire . L'accufateur public peut agir
d'office , s'il le veut ce et à nous à lin
Aiculis, Las frevenus font arrêtés par le fait ,
par les circo ilances , par lear arreftation même.
Eh bien ce font ces prévenus par la claineur
publique , dont on recevra les déclarations ; l'accufateur
public agira après les premiers interrogatoires.
»
Moins enveloppé , M. Roberfpierre a foutenu
que les juges du tribunal de l'arrondiffement
des Tuileries , devoient, interroger les témoins
8 recevoir toutes les d'clarations ; que plus le
peuple a de confiar ce en l'Affemblée nationale,
plus celle- ci doit la ménager avec délicateffe
& ne pas violer tous les principes pour faire une
exception auth fingulière ; qu'aucun citoyen ne
te dégrade en obtiffant aux loix ; que la Reine
>
ܕ܂
( 103 )
n'eft qu'une citoyenne , & le Roi un citoyen
comptable à la nation .
M. Bouchotte appuyoit cette opinion . M. Buzot
prétendoit que l'Affemblée vouloit exercer un
-pouvoir qu'elle n'avoit p.s. « Sans m'expliquer
dans ce moment , a repris M. Duport , je dirai -
qu'en portant un jugement , il eft très - certain
qu'on ne peut pas confidérer le Roi comme un
fimple citoyen . C'eſt un pouvoir vis - à-vis duquel
il est néceflaire d'agir avec des formes nonfeulement
civiles mais politiques . Vous l'avez
mis dans une claſſe à part. Il n'est point au- deffus
des loix , mais la manière de les lui appliquer
eft différente , fans quoi il fercit foumis à fes
fubordonnés . « Vous avez defiré ne pas le fou .
mettre à l'interrogatoire , parce que ce n'eft pas
une forme qui puiile lui être appliquée tant qu'il
exifte » .... "C'eft fur fa déclaration que vous
Laur.z un jour un parti important à prendre....
Quant à ce que les juges recueillent cette déclaration
, je ne fais , Mcfficurs , s'il n'eft pas
convenable de ne pas faire penser que c'eft une
procédure qui s'inftruit dans ce moment , & par
des formes ordinaires , injuftement contre le
Roi. Vous ne favez pas encore le parti que vous
ferez obligé de prendre , & il ne faut pas que
1s formes que vous déterminez l'annoncent,
M. Malouet a objecté que lorfque , felon Fufage
, des juges recevoient les déclarations du
Roi, c'étoit le Roi qui recevoit fes propres officiers
comme bon lui fembloit. Il a conjuré l'AC
femblée de voir ce que deviendroit l'inviolabilné
du Roi , fi un juge l'interrogeoit , & il a defi é
que les commiffaires de l'Affemblée ufaffent
d'une formule mefurée en parlant au Roi . -- A
genoux fans doute , ont dit plufieurs voix de la
E
4
( 104 )
11
gauche . -- Je fuis étonné , a repris M. Malouet,
que dans une circonftance aufli grave , on réponde
par des ironies aux confidérations les plus
importantes. Si un tribunal fe préfente au Roi
pour recevoir fa déclaration , dês -lors une autorité
fupérieure eft en préfence du Roi. -- La
loi , la loi , a-t- on crié de la gauche . Sans
doute , a pourfuivi M. Malouet , la loi eft audeffus
du Roi ; mais prenez garde qu'en décrétant
l'inviolabilité du Roi , décret fans lequel
vous ne pouviez avoir ni Roi , ni monarchie
vous avez déclaré le Roi étranger à tout défit
(Longs murmures ) . Je demande que les commiffaires
de l'Affemblée foient chargés de dire
au Roi , qu'ils viennent , par ordre de l'Affenblée
, pour recevoir fa déclaration ; qu'aucune
autre formule ne foit ajoutée .
« Tout ce que vous allez écrire doit fe retrouver
au dernier terme , pour fervir à là conviction
ou à l'abſolution , a dit M. Chabroad » .
Il en a conclu que l'Aſſemblée joucroit le rôle
d'accufateur. « C'eft à Louis XVI que vous
devez vous adreffer , non au Roi....... Il faut
confiderer ici le Roi comme individu , & non
comme Roi. Il ne faut pas s'étonner de cette
réflexion ; dans un état focial , il eft une infinité
d'occafions où il faut marcher ainfi par des abftractions
, féparer la perfonne de la qualité .....
Une dernière obfervation . Toute la France aurà
les yeux fur la procédure qui va s'inftruire ;
l'Affemblée nationale ne doit pas fe charger d'une
pareille refponfabilité . L'opinion publique pourroit
faire regarder les membres de cette Affemblée
qui ont pris des mesures pour empêcher
Penlévement du Roi , comme ayant un intérêt
( 105 )
fecret ; les juges ne peuvent pas être foupçonnés
d'un intérêt de ce genre.. »
M. de Saint - Martin propofoit que les juges
reçuffent ces déclarations en préfence des commilaires.
M. d'André difoit qu'il n'y avoit ni
plainte , ni procédure , ni affignation , ni dépofition
, ni inte rogatoire. Après quelques débats ,
on a rejetté l'amendement de M. Roberfierre
& le projet de décret de M. Duport a été adopté
en ces termes :
« L'Aſſemblée nationale décrète , 1 ° . qu'il fera
informé par tout où befoin fera , par le tribunal
des Tuileries , fur l'évènement du 20 juin , & fur
tous les faits antérieurs & poftérieurs qui y fe
ront relatifs . »
« 2 °. Il fera procédé à l'interrogatoire & audition
des témoins par deux commiffaires nommés
à cet effet par le tribunal chargé de l'inftruction.
»
cc
3°. L'Affemblée nationale nommera trois
commiffaires , pris dans fon fein , pour recevoir
les déclarations du Roi & de la Reine . Ces déclarations
feront reçues de la bouche du Roi &
de la Reine , rédigées par écrit , fignées du Roi
& de la Reine , & des commiflaires . Le tout
fera rapporté à l'Affemblée , pour être pris par
elle les précautions qu'elle jugera convenables » .
M. Georges , député de Varennes , a préſenté'
à l'Affemblée nationale les deux citoyens qui ont
arrêté le Roi en menaçant de tirer dans la voiture.
Le préfident leur a dit que Varennes feroit
à jamais célèbre , que les François reconnoiffans
fe ralliervient autour de fes murs pour
les défendre. Une majorité abfolue , fur 599 votans
, a défigné , au fcrutin , pour commifiaires
MM. Tronchet , d'André & Dupert. On a fait
r
Es
( 106 )
mention honorable de officier municipal qui
avoit répondu de la sûreté du Roi fyr fa tête ,
c'eft M. Beaudan ; & un décret a levé la
féance.
Du lundi , 27 juin.
Une députation de l'Affemblée électorale du
département de Scine & Marne , ayant l'évêque
conftitutionnel à ſa tête , a proteſté de ſon obéiffance
au décret qui fufpend leurs travaux , &
piêté le nouveau ferment.
M. de Bonnay a préfenté une atteſtation des
municipaux de Verfailles qui conftate que , lors
de la nouvelle du départ du Roi , les gardes - ducorps
ont inis le plus grand zèle à maintenir, le
ben ordre & la tranquillité publique . L'Affemblée
a décrété qu'il en fera fait mention honorable
dans le procès - verb.l.
Une lettre de MM. Vouland, d'Alquier &
Biron , commiflaires de l'Affemblée envoyés dans
les départemens du Nord & du Pas- de- Calais ,
annonce que de légers obftacles ont retardé leur
marche , mais qu'on les a comblés de marques
de refpe&t & de reconnoifi ne , que par - tour
règne le plus ardent & le plus fage patriotifme.
Les adminiftrateurs de la Loire inférieure ont
pris les mêmes précautions que tous les autres ,
exigé le ferment des officiers , & mis un emba: go
à Painboeufpour empêcher I nouvelle du départ
du Roi d'arriver trop tôt dans les colonies. Ils
mandent que fi le Roi eft parti , la nation , le
véritable fouverain refte , & qu'ils ont fupprimé
le nom du Roi du ferment pour y ſubſtituer
PAffemblée nationale . M. Chabroud a trouvé dans
cette adrefle du directoire de Nantes « un principe
qui eft dans tous les coeurs , mais qui n'a
( 137 )
pas été énoncé d'une manière auffi préciſe , » 11
en a demandé l'impreffion .
M. d'Estaing , malade à Paris , a écrit au préfident
de l'Affemblée , le 23 juin . Il lui envoie
fon ferment, de lieutenant- général & vice - amiral ,
il regrère qu'il n'existe pas un élément de plus
où il puiffe s'acquitter de tous les devois de
citoyen. Il eft fort applaudi , & l'on décrète une
féance extraordinaire pour lire les nombreufes
adreffes qui ont été envoyées.
Sur la propofition de M. Bureau de Pufy & de
M. le Pelletier de Saint-Frgeau , l'Affemblée a
décrété divers articles relatif aux places de guerre
& du code pénal. Nous les tranierirons ailleurs
avec ceux qui les ont précédés & ceux qui les
fuivront.
M. Tronchet a raconté qu'en exécution du
dé ret de la veille , MM. d'André , Duport &
lui s'étant rendus au château des Tuileries
avoient trouvé le Roi fod dans fa chambre à
coucher ; qu'ils ont obfervé au Roi que fa déclaration
devoit fe reférer , felon l'intention da
décrit , aux évènemens du 21 de ce mois , aini
qu'aux faits y relatifs tant antérieurs que poltérieurs
que le Roi kur a déclaté qu'il n'entendoit
point fubir un interrogatoire , mais que fan
deffein étoit de faire une déclaration ; que le Roi
l'a dictée , lue , fignée & paraphée à toutes les
pages. Le même membre a ajouté que s'étant
tranfportés dans l'appartement de la Reine , ils
y ont trouvé 1. Roi pêt à fe mettre à table avec
Madame Elifabeth qui leur a dit que 1 Reine
ne pouvoit les recevoir parce qu'elle étoit dans
le bain ; qu'ils l'ont priée de leur indiquer l'heure,
qu'elle leur a indiqué celle de 11 heures cu
matin. Nous avons rendu ce récit dans les fontes
E 6
( 108 )
du rapporteur , en n'y admettant comme lui aucun
veftige de l'urbanité Françoiſe qui auroit employé
moins de pronoms il , elle , lui , mais les
mets Sa Majefté , Princeffe. Toutes les nations
de l'Europe , les Anglois même ne parlent de
leur famille royale qu'avec le plus grand refpect .
Voici les procès - verbaux des deux déclarations
dont M. Durort a fait lecture .
сс
Aujourd'hui dimanche , 26 juin 1791 , nous
François- Denis Tronchet , Adrien-Jean- François
Duport , & Antoine - Balthazard-Jafeph d'André ,
commiffaires nommés par l'Affemblée nationale ,
pour l'exécution de fon décret de ce jour ; ledit
décret portant que l'Affemblée nationale nommera
trois commiffaires , pris dans fon fein , pour
recevoir par écrit , de la bouche du Roi , fa déclaration
, laquelle fera fignée du Roi & des commiflaires
, & qu'il en fera de même de la déclaration
de la Reine ; nous étant réunis au comité
militaire , nous en fommes partis à l'heure de
fix heures & demie pour nous rendre au château
des Tuileries , où étant , nous avons été ir troduits
dans la chambre du Roi ; & feuls avec lui , le
Roi nous a fait la déclaration ſuivante :
Je vois , Meffieurs , par l'objet de la miffion
qui vous eft donnée , qu'il ne s'agit point ici
d'un interrogatoire ; mais je veux bien répondre
au defir de l'Affemblée nationale , & je ne craindrai
jamais de rendre publics les motifs de ma conduite,
»
« Les motifs de mon départ font les outrages
& les menaces qui ont été faits , le 18 avril ,
à ma famille & à moi- même . Depuis ce temps ,
plufieurs écrits ont cherché à provoquer des violences
contre ma perfonne & ma famille ; &
ses infultes font reftées jufqu'à prefent impusies.
( 109 )
J'ai cru dès lors qu'il n'y avoit pas de fûreté
ni même de décence pour ma famille & pour moi
de rester à Paris . J'ai defiré , en conféquence ,
quitter cette ville . Ne le pouvant faire publiquement
, j'ai réſolu de fortir de nuit , & fans
fuite. »
« Jamais mon intention n'a été de fortir du
royaume. Je n'ai eu aucun concert ſur cet objet ,
ni avec les puiffances étrangères , ni avec mes
parens , ni avec aucun autre François forti du
royaume. Je pourrois donner , pour preuve de
mon intention , que des logemens étoient préparés
à Montmédi , pour me recevoir , ainfi que
ma famille . »
« J'avois choifi cette place , parce qu'étant
fortifiée , ma famille y auroit été en fûreté , &
qu'étant près des frontières , j'aurois été plus
portée de m'oppofer à toute efpèce d'invafion
dans la France , fi on avoit voulu en tenter
quelques- unes , & de me porter moi-même par
tout où j'aurois pu croire qu'il y avoit quelque
danger. »לכ
Enfin , j'avois choift Montmédi comme le
premier point de ma retraite , jufqu'au moment
où j'aurois trouvé à propos de me rendre dans
telle autre partie du royaume qui m'auroit paru
convenable . »
« Un de mes principaux motifs en quittant
Paris , étoit de faire tomber l'argument qu'on
tiroit de ma non - liberté , qui pouvoit devenir
une occafion nouvelle de troubles . »
« Sijavois eu l'intention de fortir du royaume ,
je n'aurois pas publié mon mémoire le jour même
de mon départ ; mais j'aurois attendu d'être hors
des frontières. »
« Je confervois toujours le defir de retourner
( 110 )
à Paris . C'eft dans ce fens qu'il faut entendre la
dernière phrafe de mon mémoire , dans lequel
je dis François , & vous fur- tout Parifiens ,
quelplaifir n'aurois -jepas à me retrouver au milieu
de vous ! »
« Je n'avois dans ma voiture que 13 , 200 liv.
en or , & $ 60,000 livres en affignats , contenus
dans le porte-feuille qui m'a été renvoyé par
le département. >>
Je n'ai prévenu Monfieur de mon départ que
peu de temps auparavant . Il n'a paffé dans le
pays étranger que parce qu'il avoit été convenu ,
entre lui & moi , que nous ne luivrions pas la
même route, & il devoit revenir en France auprès
de moi. »
J'avois fait donner des ordres , peu de jours
avant mon départ , aux trois perfonnes qui m'accompagnoient
en couriers, de fe faire faire des
habits de couriers pour porter des dépêches . Ce
n'eft que la veille que l'un d'eux a roça verba,
Jement mes ordres . »
« Le pafle-port étoit néceffité pour faciliter
moa voyage . Il n'a été indiqué pour un pays
étranger , que parce qu'on n'en donnoit pas au
bureau des affaires étrangères pour l'intérieur du
royaume; & la toute indiquée par Francfort ,
n'a pas été fuivie dans ce voyage. v
« Je n'ai jamais fait aucune proteftation que
ceile contente dans le mémoire que j'avois fair
à mon depart . Cotte proteftation ne porte pas
mêine , ainfi que le contenu du mémoire , fur
de fonds des principes de la conftitution , mis
fur la forme des functions , c'eft- à- dire fur le
peu de liberté dont je paroiffeis jouir , & fur
ce que les décrets n'ayant pas été piéfentés en
( 111 )
maffe , je ne pouvois pas juger de l'enſemble
de la conftitution , »
« Le principal reproche qui eft contenu dans
le mémoire , fe rpporte aux difficultés dans les
moyens d'adminiftration & d'ex cution . J'ai reconnu
, dans mon voyage , que l'opinion pu
blique étoit décidée en faveur de la conſtitution .
Je n'avois pas cru pouvoir connoître pleinement
cette opinion publique à Paris . Mais d'après les
nations que j'ai recucil ies perfonnellement dans
ma route , je me fuis convaincu combien il étoit
néceffaire pour le bonheur de la conftitution de
denner de la force aux pouvoirs établis pour maintenir
l'ordre public. »
* Auth-tôt que j'ai reconnu li volonté généale
, je n'ai point héfité , comme je n'ai jamais
héfité , de faire le facrifice de tout ce qui m'eſt
perfonnel pour le bonheur du peuple , qui a toujours
été l'objet de mes defirs . J'oublierai volontiers
tous les défagrémens que je peux avoir
éfluyés , pour affurer la paix & la tranquillité
de la nation. »
«Le Roi , après avoir pris lecture de la déclaration
, a obfervé qu'il avoit omis d'ajouter que la gouvernante de fon fils & les femmes de fa tuite
n'avoient été averties que peu de temps avant fon
départ . Et le Roi a figné avec nous : Louis ,
TRONCHET , DUPORT , D'ANDRÉ . »
ec
Délaration de la Reine.
Aujourd'hui , lundi 27 juin 1791 , nous
François -Denis Tronchet , Adrien- François Duport
, & Antoine-Baltazar - Jofeph d'André , & c ....
Nous fommes partis à dix heures & dome du
matin pour nous rendre au château des Tuileries ,
où étant , nous avons été introduits dans la
7112 )
chambre à coucher de la Reine , & feuls avec
elle , la Reine nous a fait la déclaration fuivante
:
« Je dédare que le Roi defrant partir avec
fes enfans , rien dans la nature n'auroit pu m'empêcher
de le fuivre. J'ai affez prouvé , depuis
deux ans , dans plufieurs circonftances , que je
voulois ne le quitter jamais . Ce qui m'a encore
plus déterminée , c'est l'affurance pofitive que
j'avois que le Roi ne vouloit pas quitter le
royaume . S'il en avoit eu le defir , toute ma force
auroit été employée pour l'en empêcher. »
« La gouvernante de mon fils étoit malade
depuis trois femaines , & n'a reçu les ordres que
peu de temps avant le voyage . Elle en ignoroit
abfolument la deftination . Elle n'a emporté avec
elle aucune espèce de hardes , & j'ai été moimême
obligée de lui en prêter. »
« Les trois courtiers n'ont point fu la deftination
ni le but du voyage . Sur le chemin
on leur donnoit de l'argent pour payer les chevaux
; ils recevoient l'ordre pour la route. Les
deux femmes- de- chambre ont été averties dans
l'inftant même du départ , & l'une d'elles , qui
a fon mari dans le château , n'a pas pu le voir
avant de partir.ɔɔ
« Monfieur & Madame devoient venir nous
joindre en France , & ils n'ont paffé dans le pays
étranger , que pour ne pas embarraffer & faire
manquer de chevaux fur la route. Nous fommes
fortis par l'appartement de M. de Villequier, en
prenant la précaution de ne fortir que féparément,
& à diverfes reprifes.
сс
ל כ
Après avoir fait lecture à la Reine de la
préfente déclaration , elle a reconnu qu'elle étoit
conforme à ce qu'elle nous avoit dit , & elle a
( 113 )
gné avec nous : MARIE-ANTOINETTE , TRONCHET
, D'ANDRÉ , Duport . »
Je crois devoir ajouter , a repris M. Tronchet,
que le Roi a témoigné le defir d'avoir un double
de fa déclaration . L'Aſſemblée a décrété qu'il en
feroit délivré une expédition , & a renvoyé le
tout au comité chargé de rapporter cette affaire.
Du lundi , féance extraordinaire du foir.
Adreffe du département du Jura qui s'eſt hâté
de confier la garde des forts à la garde nationale
, & invite les bons citoyens à fe faire enregistrer.
Lettres & adreffes du directoire de Bar-fur-
Aube , des départemens de la Nièvre , de l'Eure
du Bas - Rhin , de la Côte - d'Or , contenant le
ferment de mourir libres & fidèles à l'Aſſemblée
nationale . Celui de l'Aifne demande des armes
prie le corps légiflatif de châtier ſévérement ceux
qui ont enlevé le Roi , & de confier l'éducation
du Dauphin à la nation .
M. Merle a fait lecture d'un procès - verbal
militaire dont nous offrirons ici la fubftance en
copiant littéralement les paffages caractériſtiques .
Les fous- officiers & foldats du douzième ré
giment , ci - devant d'Artois , « convaincus que
la fuite honteufe du Roi n'a pu être protégée
par des généraux qui commandent l'armée de cet
Empire , fans que ces mêmes généraux aient été
sûrs que dans les différens corps qui la compofent
, il exiftoit des traîtres animés des mêmes
intentions de fcélérateffe qui ont dirigé les Bouillé
& Heyman ; confidérant que tous les officiers ,
ci - devant de naiffance , qui font actuellement
dans les régimens , ont toujours affiché leur
amour pour le Roi & la haine pour la nation &
( 114 )
la conftitution qu'elle s'eft donnée par fes repréfentans
»..., ont arrêté que la caiffe & les guidons
du régiment feront transportés chez des officiers ,
ci-devant de fortune ; que cet arrêté fera communiqué
aux divers membres des corps admi- .
niftratifs pour obtenir leur affentiment à la préfunte
de ibération . Fait a Metz , le 24 juin 1791 .
M. Bataille de Mandelet , capitaine commandant
dudit régiment , inftruit de cet arêté , a
fit affumbler le régiment fans armes , s'eft affuré,
en recueilint toutes les voix , que telle étoit la
-volonté générale , a donné fa démiffion & refufé
de commander à des foldats qui le méficient de
Ju . MM. Chambon , Bouix , Gombault , & Chennevière
imitent fon exemple . Le maréchal- deslogis
en chef déclare à M. Bataille que la má
fiance vient d'un propos , & lui impute d'avoir
dit en préfence d'un adjudant , lors de l'arreftation
du Roi , qu'il auroit favorisé cette évafion.
Ji a été prouvé que M. Bataille n'avoit pas tenu ce
propos , on l'a prié de conferver le commandement
, la caiffe & les guidons . Ces cinq officiers
ont perfifté dans leur démiffion . M. Bourfelot ,
maréchal-des-logis , a reproché aux officiers , cidevant
de naiffance leur incivifme , les juftes
Loupçons du régiment fur leur volonté de maintenir
la conftitution décrétée par l'Affemblée nation
de , leur fociété féparée des officiers , cidevant
de fortune , l'air peu fatisfait avec lequel
is voient le patriotifie des dragons. C'eſt en ·
conféquence de tous ces griefs que ceux-ci ont
pris l'arrêté qu'on vient de lire , & qu'ils demandent
le remplacement du colonel , ci - devant
commandart , François d'Efcars émigrant , & de
tous les officiers qui font défignés dans une lifte.
MM. les membres du directoire ayant accueilli
( II )
favorablement les députés du douzième régiment
de dragons , ont demandé que copie dudit procèsverbal
foit remife fur le bureau , ce qui a été
exécuté après avoir fait mettre les fignatures .
Fait a Metz , le 25 juin 1791. » On a envoyé
ces pièces au comité des recherches.
Les citoyens de Mâcon écrivent à l'Aſſemblée :
« Nous jurons d'écrafer nos ennemis & les
vôtres. Vifs applaudiffemens de la gauche
& des galeries.
« 32
Une lettre des adminiftraterrs de Sedan informe
le corps législatif de l'arrestation de M.
de Mandelle , i utenant-colonel du régiment
Royal- Allemand , & de deux autres cfficiers qui
paffolent dans l'étranger . Il réfute , écrit -en
de leurs aveux que M. de Bouillé kur avcit remis ,.
far la route de Varetes , un ordre figné , du
Roi feul pour aller lui donger min - forte , qu'on
a promis aux cavaliers que le Roi les prendroit
pour la garde , & qu'il a été diftribué 25 louis
Par compagnie , & 100 louis au 1º , eſcadron .
Le district de viontraédy marce que lo offciers
rettés ou rentrés ont tous déclaré n'avoir
aucune connoiffance des motifs des mouvemens
ordonnés par M. de Bouillé. M. de Bouillé
& M. de Kinglin vinrent à Montmédy le 18
juin , à Stenay le 20. On parloit d'un camp
près de Montmédy. Le général commanda de
cuire 18,000 tations de pain . Plusieurs détachemens
curent ordre de prendre , de nuit , la route
de Varennes, On courut aux armes , les gardes
nationales fe raffemblèrent ; deux heures après,
on app: it que le Roi étoit arrêté à Varennes ,
& que M. de Bouillé n'ayant pu éffir , avoit
pris le chemin le plus court pour fortir du royaume ,
avec fon elcoute. Prefque tous les officiers de
( 116 )
Royal- Allemand , le colonel de Nafau , le lieutenant
colonel de Champagne , font disparus . Il
n'exifte d'autre garnifon dans cette partie de la
frontière que des troupes Allemandes . Les caporaux
& foldats d'infanterie ci- devant Naffau
ont figné un acte où ils atteftent que , partis
de Thionville pour Sedan , arrivés le 20 à Montmédy
, ils reçurent l'ordre d'y refter , que le zz , à 5
heures du matin , le fecond batail on fut commandé.
>
11 partit à 6 heures du matin fans favoir où
on le conduifoit ni pour quel objet . Il eut dans
la journée une autre marche , & revint fans connoiffance
de caufe , comme il convient ( écriventils
) à un régiment bien difcipliné , foutenu par
de braves officiers , de fuivre exactement les ordres
du chef... Nous déclarons que nous aurions rejetté
toute propofition qui auroit pu forter atteinte à
notre honneur & à celui de notre régiment , qui
jufqu'à ce moment a été fans tache , & ne fera
jamais réfractaire au ferment d'être fidèle à la
nation , à la loi & au Roi.... Fait à Montmédy , r
le 23 juin 1791. »>
Un procès-verbal de Longwy rentre dans les
mêmes détails , & n'y ajoute feulement que des
obfervations fur les couleurs autrichiennes , vues ,
dès le 16 , dans les plumets des aides-de-camp
de M. de Bouillé ; fur l'air inquiet & rêveur de
ce général ; fur l'abbaye d'Orval , pour y ordonner
les préparatifs néceffaires pour y recevoir le Roi ,
fur l'ordre qu'il avoit laiflé de préparer fon
dîner , chez lui , à Metz , le 22 ; & l'argent diftribué
aux foldats .
A Bordeaux , l'état-major de la garde natiomale
a prêté ferment entre les mains de la municipalité...
Tous ces renfeignemens & beau-
Coup d'autres que nous fupprimons , parce qu'ils
( 117 )
fe reffemblent , ont été renvoyés au comité des
recherches . La féance entière n'y a pas fuffi ,
& n'a produit que le décret fuivant :
L'Affemblée nationalé décrète que les fieurs
Mandelle , lieutenant- colonel du régiment de
Royal-Allemand , les fieurs Macaflis & Tallard ,
l'un capitaine , l'autre fous - lieutenant au même
régiment , feront détenus en état d'arreftation
dans la ville de Mézières jufqu'à ce qu'il en
ait été autrement ordonné . »
сс
Qu'il fera , par les juges des lieux , procédé
inceffamment aux interrogatoires , tant des
particuliers dénommés en l'article ci - deffus , que
de toutes autres perfonnes qui font ou pourront
être arrêtées dans les divers départemens de
l'Empire pour les mêmes faits , ainfi qu'à l'audition
des témoins , pour , lefdits interrogatoires
& dépofitions , être envoyés à l'Affemblée nationale.
»
Du mardi , 28 juin.
Brûlement de dix millions en affignats pour
vendredi prochain .
Les vainqueurs de la Baſtille , admis à la barre ,
ont juré de défendre la conftitution , & reçu les
honneurs de la féance .
Une députation de vingt ou trente mille ouvriers
des atteliers de charité de Paris eft venu
demander la révocation du décret qui fupprime
ou réduit leurs travaux ou leur falaire . Le préfident
leur a recommandé d'avoir confiance dans
l'Afemblée , leur a dit qu'elle les avoit écoutés
avec intérêt , & les a invités à affifter à fa
féance .
On a fait lecture d'une lettre de Mezières ,
du 26 ; des adminiftrateurs du département des
等
( 118 )
Ardennes qui annoncent l'arrivée à Paris , vers
mardi , des trois officiers de Royal - Allemand
arrêtés & envoyés à " Affemblée nationale , &
demandent que la sûreté de ces prifonniers
efficacement protégée. Ils parlent auffi de la refintelligence
qui divife les régimens d'Alface &
des Deux Ponts à Givet , & défefpèrent de ra❤
niener cette partie des troupes de ligne à la fubordination
.
Cette lettre contenoit divers pièces faifies fur
les trois officiers arrêtés . Un ordre du Rei portant
que fon intention étant de fe rendre à
Montmedi le 20 juin , il eft ordonné au fieur
de Bouillé de placer des troupes ainfi qu'il le
jugera convenable pour la sûreté de fa perfonne
& de fa famille fur la route de Châlons -fur-
Marne à Montmédi , le rendant refponf ble des
ordres qu'il donnera . Signé Louis . Enfuite eft
écrit : il eft enjoint à M. Mandelle , aux offi.iers ,
fous- officiers & cavaliers du régiment de Royal-
Allemand d'exécuter & faire exécuter le plus
grand ordre. Signé Bouillé . Péclamation des
officiers & cavaliers du régiment par laquelle ils
redemandent le fieur Mandelle. Refus du directoire
de Sédan . Signalement & interiogatoire des
trois officiers détenus . Certificat de la bonne
conduite & du civisme de cet officier , donné
par la municipalité de Stenay . Déclaration d'un'
adjudant que M. de Bouille a fait diftribuer 2001
louis à ce régiment.
Un troisième article fervant d'amendement au
décret du 29 mars dernier , a autorifé le tréfor
public a payer les triinéftres d'avance aux hôpitaux
chargés d'enfans - trouvés , dont l'entretien
doit être fupporté par le tréfor public pour l'année
1791 .
( 119 )
Sur la propofition de M. Frétcau , I'ATemblée
a décrété les fept articles fuivans :
« Art. I. La libre fortie du royaume ne fera
permife , jufqu'à ce qu'il en ait été autrement
ordon é , qu'aux é rangers & aux négocians
françois , avec les précautions qui vont être indiquées
pour les uns & pour les autres . »
« II. A l'égard des étrangers qui le trouvent
à Paris , ceux qui font nés ou domiciliés dans
un Etat ou Royaume qui entretient un ambaffadeur
ou miniftre , réfidant en France , feront
tenus de fe munir d'un paffe- port du miniftre
des affaires étrangères , accordé fur l'atteftation
écrite & fignée de fits ambaffadeurs ou réfidens ;
ceux qui font nés en d'autres pays , prendront
également un paffe port du miniftre des affaires
étrangères , qui fera accordé fur l'atteſtation de
la municipalité de Paris , conftatant qu'ils font
commus pour étrangers & habitans de la capitale
depuis tel temps. "
III. Les étrangers , habitant dans les autres
villes de France , fe muniront de paffe- ports fignés
de la municipalité du chef lieu du diftrict qu'ils
habitent , ainfi qu'il vient d'être expliqué , fans
avoir befoin de celui du miniftre. »
« IV. Les négocians françois & couriers en- .
voyés par lesdits négocians , qui voudront fortir
du royaume , feront également munis d'un paffeport
de la municipalité du chef lieu du diftrict.
qu'habitent lefdirs négocians ; & les officiers
municipaux attefteront la vérité des faits & in--
dications y contenus . »
V. Ceux desdits négocians qui s'étant mis
en route avant le décret du 21 du préfent mois ,
ne pourroient attendre l'arrivée d'un paffe - port
de leur propre municipalité , s'en procureront
( 120 )
un de quelqu'autre municipalité plus voiſine ,
où ils auront des correfpondaps & amis en état
d'attefter aux officiers municipaux leur qualhé
de négociant.
39 1
« VI. La fortie des armes , munitions , chevaux
, ( autres que ceux qui fervent aux couriers
, aux étrangers , aux négocians , aux conducteurs
de voiture ) & celle de matières & efpèces
d'or & d'argent , notamment par tout port
de mer , reftent également prohibées jufqu'à
nouvel ordre.
cc VII. Tous les paffe- ports contiendront le
nombre des perfonnes à qui ils feront donnés
leur nom , leur âge , leur fignalement , la province
habitée par ceux qui les auront obtenus ,
lefquels feront obligés de figner fur les regiſtres des
paffe- ports , & fur les paffe- ports eux mêmes . »
Les commiffaires envoyés auprès du Roi pour
recevoir la déclaration de Sa Majefté , invités à
s'y rendre encore , par un billet du Roi , & autorifés
à cela par l'Affemblée , font allés aux
Tuileries. Introduits dans la chambre à coucher ,
ils ont appris de Louis XVI qu'il avoit oublié
de faire mention des ordres donnés à M. de
Bouillé. Ils ont répondu que ces ordres étoient
connus ; le Roi leur a dit qu'il l'ignoroit , que
s'il l'eût fu il n'auroit pas pris de moyen pour le
leur faire favoir.
Au nom du comité des contributions , M. de
la Rochefoucault a préfenté & l'Affemblée a décrété
quinze articles que nous tranfcrirons ailleurs .
En attendant que le comité de conftitution ait
achevé fon plan d'éducation nationale pour former
l'héritier préfomptif du trône, M. Démeunier
a lu un projet de décret fur l'élection du
gouverneur
( 121 )
gouverneur provifoire de M. le Dauphin . « Je
vais , a-t -il dit , développer les motifs du comité
avec toute la fimplicité d'un homme qui
De fonge ni ne peut fonger à remplir l'impor
tante million qui vous occupe ». Le choix devant
être fait au nom de la nation entière , il en a
chargé l'Affemblée nationale ; & les exclufions
étant contraires aux droits individuels de toutes
les communes du royaume , le choix fixé hors
d: l'Affemblée légiftative ne paroiffant pas pou
voir être auffi bon , il a jugé a propos que les
fuffrages portaffent également au dehors & au
dedans de l'Affemblée . Certainement les bailliages
étoient loin de deviner que leurs députés
nommeroient le gouverneur de l'héritier du trône
à l'exclufion du Monarque & de fa famille .
Selon M. Buzot , les fonctions de gouverneur
du Dauphin & celles de légiflateur font incom
patibles à caufe de l'affiduité néceffaire ; & il
ne veut point qu'un repréfentant de la nation
quitte fon pofte pour une pareille place .
La délicateffe de M. Rew bell ne vouloit point
qu'on gênât la liberté du choix . Ceux qui ,
comme moi , difoit- il , n'ont été attachés à aucun
parti , auront bien de la peine à choifir hors de
I'Affemblée , hors des feuls hommes que j'ai
été à portée d'apprécier & de connoître.
4
---
M. Ganat l'aîné a obſervé qu'il n'étoit d'aucun
parti , puifqu'il n'étoit d'aucun club
& a mis en queftion fi l'on entendoit bien
-ce que c'eſt délicateffe .
que
La définition
n'ea eft pas à l'ordre du jour , a répondu
M. de Tracy ; & peut-être y en a-t-il à braver
de vaines critiques pour s'attacher à fon devoir.
M. Garat a foutenu que le choix de l'Affemblée
dans fon propre fens ne pourroit avoir une
N°. 28. 9 Juillet. 1791 . £
( 122 )
impartialité fupérieute à tout foupçon ; que les
legiflateurs fe doivent tout entiers à leurs travaux
; que des décrets antérieurs ont décidé ce
point ; que l'opinion publique jugeroit les contradictions.
La liberté , le befoin de vertus fervoient
à M. Lavigne pour écarter toute incompatibilité.
M. de Delay d'Agier craignoit que le
royaume ne fupposát que l'on voulut reftreindre
cette importante élection dans la feule ville deParis .
Depuis le jour où l'on m'a refulé la parole furun
certain ferment auquel on en a fubftitué un autre,
a dit M. de Foucault , je me fuis condamné au
filence , au rôle de fimple obfervateur de votre
marche ; mais aujourd'hui qu'on propoſe un décret
qui eft fi loin de pourvoir à la sûreté du
Royal enfant , je déclare en mon privé nom ,
que je me croirois coupable de voter & d'élire .
Beaucoup de membres de la droite fe font levés
pour adhérer à cetre déclaration .
Rapp liant à l'Affemblée que c'eft à ſon défin
zéreffement qu'elle doit ce refpect qui a fauvé
l'empire , M. Prieur invoquoit la préalable fur
le projet du comité . Quelqu'un a demandé fi la
miffion d'élire le gouverneur du Dauphin étoit
conftitutionnellement dévolue au corps légiflatif.
A l'importance qu'on attachoit à ce qu'un légiflateur
ne fut pas diftrait par d'autres fonctions ,
M. Démeunier objectoit l'affertion bien géné
zale : « Un feul homme ne peut être indilpenfablement
néceffaire à l'époque où nous fommes ;
Je falut de l'empire ne doit jamais être attaché à
un feul individu . » -- « Ce n'eft pas en ce mo
ment , a dit M. Malouet , qu'on doit attaquer
la prérogative royale par une difpofition conftitutionnelle.
Il a ajouté qu'on ne pouvoit enlever
au Roi le droit de la nature.
50
( 123 )
MM. Tronchet & Pethion penfoient que l'ea
ne pouvoit renoncer au ferment de ne point fe
féparer que la conftitution ne fut achevée. Etre
gouverneur du Dauphin , c'étoit aufli travailler
a la conftitution , fuivant M. Démeunier. Affimilant
la vie & les moeurs de l'héritier du trône
à une fomme d'argent , M. Lavigne vouloit que
le gouverneur du Dauphin choisit feul fes fubordonnés
, comme le dépofitaire des deniers
publics a le choix de fes agens , parce qu'il eft
refponfable.
ce Il s'agit d'un côté , a dit M. d'André , de
readre illufoire une refponfabilité importante ;
& de l'autre , d'ôter à un père, toute efpèce de
communication avec fon fils. Eft- il un père qui
voulût y confentir peur toutes les couronnes de
la terre ( violens murmures ) ? Il y auroit de
la barbarie d'enlever tout-à-coup à un enfant
de fix ans ( nouvelles huées ) toutes les perfoanes
auxquelles il eft accoutumé . » L'Affemblée ajourne
Je cinquième article , & les quatre premiers font
décrétés en ces termes :
ce Art. I. Avant de procéder à la nomination
du gouverneur qui fera provifoirement donné
T'héritier préfomptif de la couronne , il fera fait
une fifte indicative des citoyens qui paroîtrono
propres à remplir cette fonction . »
33
II. Les membres de l'affemblée répartis en
bureaux , procéderont à un fcrutin indicatif, le
fcrutin reçu par un fecrétaire , la lifte fera , rapportée
à l'affemblée , & imprimée .
35
<< III. L'élection fera faite au fcrutin indiri
duel & à la majorité abfolue des fuffrages ; les
choix pourront porter non -feulement ; fur ceux
forits fur la lite , mais encore fur tous les
Fa
( 124 )
autres citoyens ; le choix cependant ne pourra
tomber fur les membres de l'Aſſemblée. »
CC > « IV. Le gouverneur prêtera à la nation
dans le fein de l'Affemblée nationale , le ferment
de veiller religieufement à la confervation de la
vie & de la fanté de l'héritier préfomptif , & répondra
de fa perfonne.
ود
ce V, Toutes les perfonnes attachées au fervice
de Théritier préfomptif , feront fous la furveillance
& fous les ordres du gouverneur.
ג כ
, M. Baudoin , imprimeur de l'Affemblée , défavoue
& dénonce un prétendu interrogatoire du
Roi , publié comme fortant de fes preffes . Un
décret charge l'accufateur public de pourfuivre
les auteurs . On auroit vu dans cet acte de juſtice
un témoignage de respect pour S. M.; mais
M. Baget a demandé que le décret portât : attendu
qu'il s'agit d'un faux, propofition décrétée .
Une lettre de M. Daveyrier , de Worms ,
du 22 , annonce que M. de Condé l'a
les égards dus à fa miffion , & lui a laiffé le choix
de l'attendre à Worms , ou de le fuivre à Mayence
& à Coblentz , où il auroit plutôt une réponſe .
M. Duveyrier eft parti four Mayence & Cobleatz.
Du mardi , féance du foir.
reçu avec
Une lettre de Dunkerque a informé l'Affemblée
que tous les officiers de Colonel - Général ,
dont M. de Condé étoit colonel , fe font enfuis
de Dunkerque à Furnes , ville Autrichienne ,
avec les drapeaux ; qu'ils n'en ont laiffé que les feuls
bâtons ; qu'un aumônier & l'un des fugitifs s'entendoient
pour enlever la caiffe , qu'on a trouvé
chez cet aumônier 50,000 liv . ; que 8 officiers
du régiment de Viennois ont aufi pris la fuite ,
( 125 )
& qu'on a arrêté 250,000 liv . près des frontières,
avec les malles des officiers .
Voici un extrait de la lettre que M. de Théon ,
l'un des officiers partis , a écrit au régiment de
Colonel - Général , extrait tel qu'il à été lu å
l'Affemblée nationale :
« 24 juin 1791. Soldats , votre Roi étoit
dans les fers : la nouvelle de fen arreſtation eft
fauffe ; ainfi le premier régiment ne peut fe difpenfer
d'aller le joindre , pour former fa garde
& le dérober au fer des affaffins , que l'on n'a
pas manqué d'envoyer à fa pourfuite . Dépofitaires
de nos enfeignes , nous verrons tous les
bons François , les vrais patriotes , & ceux même
qui en prennent le nom pour le fouiller , fe
rallier à nos drapeaux . Croyez que le parti
royaliste , qui eft très-nombreux , va fe déclarer,
quand il verra qu'il peut , fans compromettre
les jours de fon fouverain , arborer la cocarde
blanche . Reprenons le fymbole de l'honneur François
, & rejettons loin de nous la couleur d'un
prince factieux, l'opprobre d'un nom qu'il déshonore
, & d'une famille qu'il déchire . Vos offciers
, vos vrais amis vous attendent à Furnes ....
Venez vous y rallier ; venez y renouveller votre
premier ferment de fidélité au plus jufte & au
meilleur des Rois . Mais que ces troupes qui font
infectées des maximes des clubs , qui fe croient
patriotes , quoiqu'ils n'aiens ni foi , ni loi , ni
honneur ( ce paffage a excité des éclats de rire) ,
reftent dans leur pays , pour y perpétuer l'anarchie.
Souvenez - vous que vous êtes François.
& que tout François , qui porte ce nom fans
l'avilir , doit obéir au Roi , & accourir pour
avoir l'honneur de le recevoir . Vive le Roi !
De Théon. »
F 3
( 126)
Toutes ces pièces ont été renvoyées au comité
es, recherches.
A la première nouvelle du départ du Roi ,
te bourg de Sainte - Foy , près Lyon , s'eft empreffé
de payer un à - compte de 6,000 liv . fur
Les contributions publiques.
Plus de 200 gendarmes rationaux fe font préfentés
à la barre pour prêter le nouveau
feriment
; & leur orateur, organe auffi des deux compagnies
fécialemeut attachées au fervice du corps
légatif , a juré , en leur nom , de mourir pour
la patric & pour la conftitution . Le préfident a
rendu juftice à leurs fentimens , & répondu que
L'Affemblée , fatisfaite de leurs hommages , les in
vitoit à aflifter à la féance.
Des députés des communes de Givet & de
Charlemont font venus dire qu'ils ne s'affligcoient
pas du départ du Roi . « L'Aſſemblée nationale
le remplacera , nous n'y perdrons rien ; & fi
la royauté étoit une récompenfe , fes travaux
la lui auroient bien méritée . Ils ont raconté
enfuite que la ville de Givet étant mal fortifiée ,
& l'entrepreneur des fortifications doarant pour
raifon du retard des travaux le manque de fonds ,
les foldats des régimens de Foix & d'Alface ,
pris 12,000 liv . fur la maffe de leur linge &
de leur chauffure , pour fournir à ces dépenfes
& fe font tous mis à l'ouvrage ; que fe méfiant
du colonel , l'un des régimens a tranfporté la
caille à la municipalité & dépofé les drapeaux
chez M. de Chamborand , dont le civiſme a mérité
leur confiance . Enfuite Is ont prêté le ferment
militaire .
ont
M. Salicetti a annoncé que le calme étoit rétabli
dans l'Isle de Corfe , que les facticux &
Les fanatiques de Baftia étoient foumis ou dif→
1
( 127 )
parus ,la citadelle au pouvoir des troupes de ligre ,
& que le département ,qui venoit de raffembler
10,000 gardes nationales , n'avoit pas eu befoin
d'employer la force publique .
A la fuite d'un rapport de M. Payen , fur les
colonies & l'Aſſemblée coloniale de Saint - Domingue
, où il a montré que cette affemblée , rctenue
depuis plus de neuf mois à la fuite du corps
légiflatif , avoit bien commis des crreurs de priscipes
& donné trop d'extenfion aux conféquences
dès décrets , Mais qu'il n'y avoit rien à lui reprocher
dans fa conduite , pure & exempte de
complots. Un décret a confacré ces conclufions
en faveur des 85 membres de l'affemblé géné
rale & de M. de Santo Domingo , qui font
libres d'aller cù ils voudront . La queftion
préalable a répouffé les motions d'accorder
6,000 livres au moins , foit d'indemnisé ,
d'avance , à chacun de ces membres , quoique
M. Gouy d'Arcy fe portât pour leur can
tion ; on s'eft conformé , à cet égard , à l'opinion
de M. Lavigne.
-
Du mercredi 29 juin 1791.
On mande de Quilleboeuf à l'Aſſemblée natio,
nale , qu'on a arrêté le départ d'un vaiffeau charg
de 817 marcs d'argent . Les informations ont été
renvoyées au comité des recherches .
M. d'Ambly s'eft plaint de ce que trois communautés
font allées dans fa campagne , demander
des fufils & 50 écus à la femme , & ont dit
que d'ici à huit jours fept communautés, viendroient
encore , fous prétexte que ſon prédéceffeur
les avoit fait défarmer , il y a 25 ans.
J'ai hérité de ce bien , a-t-il poursuivi ; ja
mais je n'ai pris de fufils à perfonne , & l'on Re
( 128 )
doit pas venir en exiger à main armée où il n'y
a que des femmes & un enfant. Ma femme &
mon petit- fils vouloient partir , je leur ai écrit
de refter. Je fuis fait pour donner l'exemple de la
fermeté. Si les propriétés d'un député font dévaftées
, que direz - vous pour les autres ? Comment
leur ferez -vous la loi ? Je prie MM. les
journalistes de mettre mes plaintes dans leurs
feuilles ; je fuis trop vieux pour avoir peur de
mourir. L'avis de M. de Chabroud a été qu'il
falloit fe pourvoir devant les tribunaux , les muni
cipalités , les corps adminiftratifs chargés de l'exécution
des loix , qu'un député ne doit avoir aucun
privilège ; & cet avis eft devenu celui de l'Affemhlée
qui eft paffée à l'ordre du jour .
Organe du comité militaire , M. de Noailles
a préfenté deux décrets ; l'un avoit pour objet
d'admettre au fervice de France les François qui
ne pouvant fervir leur patrie parce qu'ils n'étoient
pas nobles , ont fervi dans l'étranger & ont fair
preuve de talens & de patriotifme ; l'autre por
toit fur le mode du licenciement des gardes-ducorps
, & mettoit leur penfion de retraite décrétée
à la charge de la lifte civile. M. Merlin a ob-
-jecté au premier que c'étoit une meſure de circonftance
par laquelle le comité avoit en vue de
favorifer quelques particuliers ; qu'il y avoit un
très-grand nombre d'officiers réformés en France ,
en conféquence de nouvelles loix , & que ce dé
cret les priveroit injuftement de quelques chances
pour être placés . On a objecté au fecond projet
que ce feroit mettre la lifte civile à la difpofition
de l'Affemblée nationale. Ils ont été renvoyés
au comité.
Le préfident a reçu une lettre du département
de l'Oife , accompagnée de plufieurs lettres fai(
129 )
fies fur des couriers , & adreffées à M. de Pen- ·
thievre & à madame d'Orléans . Sur la motion
de M. de Crillon , le jeune , on a remis ces lettres
à la pofte pour qu'elles parviennent à leur deftination
.
Alors s'eft ouverte une fcène d'autant plus
étrange aux yeux de l'obſervateur attentif &
impartial , que le comité de conftitution & de
revifion qui en ont été les acteurs , ne paroiffcient
pas croire qu'elle fût fi fingulière & de nature à
donner beaucoup à réfléchir hors de l'Affemblée .
M. Duport a jetté un coup - d'oeil fur les moyens
de défenfe intérieure & extérieure ; & s'eft raffuré
en remarquant que les gardes nationalės
fe font inferire , fur les rélations actuelles de
l'Affemblée avec le pouvoir exécutif , & il a paru
perfuadé qu'à cet égard on avoit pris le parti
que les principes & les circonftances indiquoient ;
qu'on feroit aujourd'hui ce qu'il n'avoit pas été
poffible de faire au commencement ; que le pouvoir
exécutif dans les mains du Roi feroit fufpendu
jufqu'à la fin de la conftitution , parce
qu'il étoit indifpenfable de revenir aux vrais
principes .
Enfin il s'eft occupé de la néceflité où eft l'Affemblée
de dominer les événemens pour ne pas en
être dominée ; d'appuyer fon ouvrage de toutes
les forces de l'opinion générale , comme fi dans
les tems de partis , il y avoit une cpinion générale
; & de tout cela , il a conclu que dans
un gouvernement repréſentatif la délibération ne
peut être placée qu'au centre , qu'on a fait fagement
de fufpendre les corps électoraux ; que le
parti qu'il faut prendre d'après les circonstances
préfentes , le maintien de la conftitution , la ratification
nationale néceſſaire à l'ordre établi aug
FS
( 130 )
defans & aux rélations du dehors , fans laquelle
aucun miniftre ne pourroit traiter avec les puiffances
, ni aucune puiffance avec la nation Françoife
; que le foin de la gloire des légiflateurs ,
le befoin d'enthoufiafme , de ce levier à l'aide
duquel on furmonte tous les obftacles ……………….
exigent que l'on crée un grand évènement :
or ce grand événement à créer , c'eſt une nouvelle
fédération comparée de gardes nationales ,
de troupes de lignes , de la marine & d'affciers
municipaux . Ne pouvant en fixer l'époque
au 14 juillet , il indiquait le 4 août , jour
où furent abolis les droits féodaux .
Si les électeurs fe fe raffemblent pas inceffamment
, a dit M. Buzot , ils ne fe réuniront qu'après
la moiffon ou même au mois d'octobre . Ce
retard donneroit à l'ambition le tems de manoeuvrer
; on calomniera le corps législatif: des gardes
nationales & des officiers municipaux n'auront aucune
miffion pour ratifier la conftitution , ( argument
qui porteroit auffi fur les conféquences
qu'on a cru pouvoir tirer de la fédération précédente
) . Une fédération générale feroit inutile ,
difpendieufe ; Paris profiteroit feul de ces frais
énormes. Sa conclufion a été de renvoyer le
projet aux comités pour qu'ils en préfentaffent un
autre ; de lever la fufpenfion des travaux des
électeurs ; de fixer au 14 juillet une fète civique
fi l'on en vouloit une , & de la célébrer dans
chaque département.
M. d'André a foutenu qu'il étoit extrêmement
dangereux & très-impolitique d'affembler les électeurs
dans ce moment ; qu'on favoit que les affemblées
électorales étoient déjà travaillées pour
demander un nouveau corps conftituant , une
Bouvelle conftitution . Ce n'eſt pas un lòng dé(
131 )
lai qu'il faut , a - t- il ajouté ; mais attendez que
nous ayons la certitude de notre état intérieur &
extérieur.
ec Des citoyens réunis ont émis le voeu que
dans la crife actuelle nous n'agiffions pas fans
confulter les 83 départemens , a repris M. Duport.
On propofe différentes formes de gouvernement.
Je ne crains point de le dire ; cela fe manifefte
dans les adreffes qui vous ont été envoyées .Je ne dis
point que ces adreffes ne foient très - patriotiques ;
que ces hommes ne foient très- cftimables ; mais
ils prétendent que la circonftance eft favorable
pour changer la forme du gouvernement ; ils ont
penfé que nous avions fait un gouvernement
contre le pouvoir exécutif , & qu'ayant toujours
fait un pas de plus , il ne nous en reftoit plus
qu'un à faire.......... Nous avons fait la conftitution
que nous avons crue bonne ; nous favons
voulu indépendamment des circonftances... Le
départ du Roi ne l'a pas changée . Cette conftitution
eft bonne , ou nous avons abufé de la
confiance de la nation . »
сс
Quel feroit notre état , a- t- il continué , fi
l'on pouvoit nous oppofer que la conftitution n'eft
pas celle que les départemens défirent ? Et dèslors
, quel parti prendrions -nous ?... Prenez garde
que vous n'êtes pas chargés par la nation de
recueillir le voeu des individus ; vous êtes chargés
de faire vouloir le peuple ; c'eft ici ou eft
fa tête murmures du côté droit ) ; M. Duport
eft convenu que des gardes nationales , des foldats
de ligne , & des officiers municipaux fédérés
n'exprimeroient pas le veu du peuple ; mais il
foutenoit , ce que nous n'avons pas bien compris ,
que ce réunit les deux extrémités de la fociété ,
eft le parti le plus fage pour faire une organi-
F 6
( 132 )
fation .complette de l'opinion publique. Aufficôt
que le grand acte fera fait , on finira dans l'eathoufiafme
& dans la gloire ce que vous avez
fait dans la peine & dans la fatigue . Ainfi vous
ferez tirés des circonftances délicates cù vous
êtes . Cet enthoufiafme donné comme un
expédient unique , & fi contraire à la maturité
de jugement que l'on fuppoferoit devoir confommer
l'oeuvre qui doit opérer ou le bonheur
ou le malheur de vingt - cinq millions d'ames ,
l'a conduit à folliciter l'ajournement au lendemain.
Invoquant It queftion préalable fur la propofition
de M. Duport , M. Camus a repréfenté
que ce projet décéloit trop d'incertitude
affichoit trop de méfiance , un befoin de fecours.
ce Nous ne connoiffons pas , ce femble , a- t- il
dit , quelle eft notre grandeur , lorfque dans
l'événement le plus délicat nous nous fommes
montrés avec la plus grande fermeté , lorfque
nous n'avons pas fait un faux pas , j'oſe le dire ,
& que nous devons faire l'admiration de l'Europe
( applaudiffement à gauche & murmure de
diffentiment à droite ) .... Agiffons toujours avec
la même fageffe , & la nation approuvera tout
comme elle l'a déjà fait. »
M. Démeunier penfoit que fi rAffemblée ne
s'environnoit pas d'un renfort d'opinion publique
dont une fédération lui paroifloit le feul ou le
meilleur moyen , elle n'acheveroit de longtems
fa chartre conftitutionnelle , & qu'elle laifferoit
fon ouvrage fans folidité.
Ce grand moyen , cette grande mefure , M.
Péthion les trouvoit déplacés. « Comment peuton
croire s'eft-il écrié qu'une conftitution
telle que la nôtre puiffe fe trouver ratifiée par
>
( 133 )
la force qui ne délibère pas & par quelques of
ficiers municipaux ? Soyez bien perfuadés que
votre conftitntion eſt ratifiée d'avance , qu'elle
eft dans les coeurs de tous les François , qu'elle
fera religieufement obfervée » .
L'Aſſemblée a adopté la queftion préalable ,
pure & fimple fur le projet de fédération , &
quant à préfent fur la propofition de lever la
fafpenfion des affemblées primaires & de corps
électoraux.
On a introduit à la barre les gardes - nationales
de Varennes , Sainte- Menehould , Rheims
& Châlons , qui ont accompagné le Roi . Leur
orateur a dit à l'Affemblée : « Vous avez rempli
votre devoir en faififfant les rênes de l'empire
; nous avons fait le nôtre en nous foumettant
à la loi ». Ils ont renouvellé leur ferment
& le préfident leur a adreffé une ré
ponſe analogue & fort applaudie.
,
Du jeudi , 30 juin.
Après un décret qui autorife la municipalité
de Paris à difpofer d'une maiſon voifine des
prifons de l'Abbaye , de la manière la plus convenable
à la sûreté de ces prifons , fauf les indemnités
dues aux propriétaires , M. Vernier a lu
un projet de décret compofé de quatorze articles
relatifs à l'organiſation intérieure de la tréforerie
nationale , & l'Affemblée en a décrété le titre I ,
des tommiffaires de la tréforerie & de leurs fonc
tions ; le titre II , du fecrétaire ; le titre dernier
de la tranfmiffion du tréfor public aux commiffaires
de la trésorerie ; & un titre particulier , des fup
preffions.
M. de Menou a fait un rapport fur « l'ef
pèce de religion , a - t-il dit , » que le patriotifme
attache aux couleurs nationales , fur l'importance
7 (
( 134 )
de leur confervation . Il a obfervé que le panache
blanc d'un de nos Rois montra jadis aux François
le chemin de la gloire , & que les couleurs nationales
opéreront bien autrement , bien mieux en
fervant de témoignage de la deftruction du defpotifine
& de la conquête de la liberté ; qu'elles ne
fe déployeront jamais pour envahir injuftement
les domaines des autres nations ; & qu'ainfi que
les aigles romaines , elles imprimeront la terreur
à tous ceux qui voudront nous attaquer. L'orateur
a faifi cette occafion pour exhorter les officiers
à ne pas regretter la chimère de la nobleffe héréditaire
, à s'illuftrer plus par le civilme que par de
vains titres ; & les foldats à la foumiffion ,
loix par amour pour la conftitution . Ces acceffoires
une fois préſentés , après avoir demandé aux
uns & aux autres : « Pouvez- vous croire que la
' conftitution ne foit pas le réfultat de la volonté
générale ? Pouvez-vous penfer qu'elle ne doive
pas faire le bonheur du peuple François en
eft venu au principal de fon rapport , & a propofé
& l'Aflemblée a décrété , avec l'impreffion
du difcours , les cinq articles fuivant fur les drapeaux.
aux
cc L'Affemblée nationale , oui le rapport de
fon comité militaire , décrète ce qui fuit : »
« Art. I. Le premier drapeau de chaque régiment
d'infanterie Françoife , Allemande , Irlandoife
& Liégeoife , de chaque régiment d'attillerie
, ainfi que le drapeau de chaque bataillon
d'infanterie légère ; le premier étendart de chaque
régiment de cavalerie Françoife , de huffards
de chaffeurs à cheval & de carabiniers ; le premier
guidon de chaque régiment de dragons
porteront déformais les trois couleurs nationales ,
Tuivant les difpofitions & formes qui feront pré[
135 ]]
сс
fentées à l'Affemblée par fon comité militaire . »
II. Les drapeaux des régimens d'infanterie
Françoife , Allemande , Irlandoife & Liégeoife ,
& des régimens d'artillerie ; les autres étendarts
des régimens de cavalerie Françoife , de huffards ,
de chaleurs à cheval & de carabiniers ; les autres
guidors de chaque régiment de dragons , porteront
déformais les couleurs affectées à l'uniforme
de chaque régiment , fuivant les difpofitions
& formes qui feront préfentées à l'Affemblée
Par fon comité militaire . »
« III. Tous les drapeaux étendarts & guidons
porteront d'un côté l'infcription fuivante : dif
cipline & obéiffance à la loi ; de l'autre côté
le n°. du régiment, »
« IV. Les cravates de tous les drapeaux
étendarts & guidons feront aux couleurs natio
nales. »
cc V. Ceux des régimens qui portoient dans
leurs drapeaux , étendarts & guidons des preuves
honorables de quelque action éclatante à la guerre ,
conferveront ces marques de leur bonne conduite
& de leur valeur ; mais toutes armoiries ou autres
diftinctions qui pourroient avoir rapport à la
féodalité , feront entièrement fupprimées fur les
drapeaux , étendarts & guidons. >>
Sur la demande de M. Alexandre de Lameth ,
on a décrété que les officiers François occupés au
fervice de l'étranger , actuellement en France , &
demandant à être employés , pourront avoir des
places ; & M. Bureau de Pufy a fait adopter ces
difpofitions - ci :
cc L'Affemblée nationale autolife le miniftre
à comprendre dans la nouvelle promotion les
officiers françois qui ont fervi à l'étranger , &
qui font rentiés en France depuis la révolution . »
« Elle autorife également les officiers-géné(
136 )
raux à prendre & à choifir leurs aides- de-camp
dans tous les officiers de l'armée indiftinctement,
fans avoir égard aux dix années de fervice
exigées par les décrets pour pouvoir remplir les
fonctions d'aide - de-camp. »
« Les officiers choifis pour cette fois feulement
, pour être aides - de- camp , ne pourront
néanmoins obtenir la commiffion de capitaine
qu'à l'époque à laquelle ils y auroient été portés
par leur ancienneté dans leurs corps refpectifs .
לכ
L'Affemblée a décrété quelques articles , fur
les places de guerre , & le préfident lui a fait
part d'une lettre qu'il venoit de recevoir , datée
dé Luxembourg , du 26 juin , ainfi conçue :
« M. le Préfident , j'ai l'honneur de vous envoyer
ci-jointe une lettre à l'Affemblée nationale ;
je la crois affez intéreffante pour mériter qu'elle
foit mife fous fes yeux . J'ai l'honneur d'être , &c .
le marquis de Bouillé. »
Je l'ai feulement parcourue , a dit le préfident
; j'y ai trouvé les expreflions , les plus vives.»
On en a demandé la lecture ... Voici cette lettre
telle qu'elle a été lue à l'Affemblée par M. de
Noailles :
A Luxembourg le 26 Juin 1791 .
MESSIEURS
« Le Roi vient de faire un effort pour brifer
les fers dans lefquels vous le retenez depuis longtemps
, ainfi que fa famille infortunée . Une deftinée
aveugle , à laquelle les empires font foumis ,
& contre laquelle la prudence des hommes ne
peut rien , en a décidé autrement : il eft encore
votre captif , & fes jours , ainfi que ceux de la
Reine , font ( & j'en frémis ) à la difpofition
d'un peuple , que vous avez rendu féroce &
( 137 )
fanguinaire ( murmures ) , & qui eft devenu l'objet
du mépris de l'univers. Il eft intéreſſant pour
vous , Meffieurs , pour ce que vous appellez
la nation , pour moi , enfin pour le Roi luimême
, que les caufes qui ont produit cet évènement
, que les circonftances qui l'ont accompagné
, que le grand objet qui devoit en être
le réfultat & qui avoit inſpiré au Roi ce deffein
noble & courageux , foient connus des François ;
qu'ils le foient de l'Europe entière , & que l'on
fache , qu'en défertant de fa priſon , en voulant
chercher fur la frontière un afyle près de moi &
parmi les troupes , il a eu moins en vue fon
falut , que celui d'un peuple ingrat & cruel ;
les dangers qu'il pouvoit courir , ceux auxquels
il expoloit fa famille , rien n'a pu l'arrêter il
n'a écouté que la générofité & la bonté de fon
coeur. »
co
>
Dégagé dans ce moment de tous les liens
qui m'attachoient à Vous n'étant plus retenu
par aucune confidération , libre enfin , je vais
vous parler le langage de la vérité que vous
n'êtes peut-être plus en état d'entendre , & que
vous n'écouterez fans doute pas ; mais j'aurai
rempli tout ce que je dois à ma patrie , tout
ce que je dois à mon Roi , tout ce que je me
dois à moi -même. »
« Je ne vous rappellerai pas , Meffieurs , ce
que vous avez fait depuis deux ars ; je ne retra
cerai pas le tableau du défordre affreux dans
lequel vous avez plongé le royaume ; mais le
Roi étoit devenu le prifonnier de fon peuple ,
lui & fon augufte famille étoient en bute aux
plus fanglans outrages ; attaché à mon fouverain ,
attaché à la monarchie , en déteftant les abus
qui étoient réfultés d'une autorité trop étendue
a
( 138 )
?
>
qu'il vouloit lui- même circonfcrire , je gé
jenger
miffois de la frénéfie du peuple que vous aviez
égaré , je gémiffois des malheurs du Roi , je
blamois vos opérations ridicules & infenfées ;
mais j'efpérois qu'enfin la raifon reprendroit les
droits ; que le délire du peuple cefferoit ; que
les méchans feroient confondus ; que l'anarchie ,
que vous avez établie par principes , finiroit ; que
l'ordre renaîtroit & nous rameneroit na gouvernement
finon excellent , du moins fuppor
table , & que le temps pourroit le rendre meilleur,
C'eft ce qui m'a fait fouffrir toutes les épreuves
, auxquelles vous m'avez mis depuis le commencement
de la révolution : mon attachément
pour le Roi , mon amour pour ma patrie m'ont
donné le courage & la patience néceflai : e pour
braver les infultes & les affronts , & pour fupporter
la honte & l'humiliation de communiquer
avec vous. Le temps a détruit mes eſpérances ;
j'ai vu que , dans votre aflemblée , il ne règnoit
aucun efprit public ; que celui de faction feul
y dominoit , & la divifoit en plufieurs partis ,
dont les uns vouloient le défordre , l'entretenoient
, le provoquoient même , pour faire naître
la
guerre civile , comme étant pour eux la feule
voie du falut, les autres vouloient une république :
M. de la Fayette étoit à la tête de ce parti ; fon
ambition fourde & cachée le conduifoit au feul
but qu'il avoit , d'être le chef d'un gouvernement
auffi monſtrueux pour nous. C'eſt dans ces
circonftances que les clubs s'établirent , qu'ils
achevèrent de corrompre le peuple dans toutes
les parties de l'Empire & de détruite l'armée . Je
vis donc que l'anarchie étoit parvenue au dernier
période , la populace , dirigée par les intriguans
de tous les coins de la France , étant
1
( 139 )
devenue maîtreffe abfolue ; qu'il n'exiftoie plus
de force publique , le Roi avoit perdu non- feulement
fa confidération , mais encore fa liberté ;
que les loix étoient fans force & fans vigueur ;
que l'armée ne préfentoit plus qu'une foldatefque
effrénée , ne reconnoiſſant ni autorité , ni chefs ;
qu'il ne reftoit plus de moyen de rétablir l'ordre ,
& que toute reffource étoit ôtée , tout espoir
détruit. «
« Ce fut alors que je propofai au Rei dẹ
fortir de Paris , de venir fe réfugier , avec fa
famille , dans quelque place frontière , ou je
l'environne: ois de troupes fidelles ; perfuadé que
cette démarche pourroit opérer quelque changement
avantageux dans l'efprit du peuple , déchirer
le bandeau qui couvroit les yeux , & déjouer
tous les factieux. Le Roi & la Reine s'y
refuferent conftamment , alléguant la promeffe
qu'ils avoient faite de refter dans Paris , auprès
de l'Amblée. Je leur repréfentai qu'une promeffe
arrachée par la force ne pouvoit les lier
mais ce fut en vain , Je ne pus ébranler leur
réfolution . »
La journée du 28 février me donna lieu
de renouveller au Roi mes inftances . J'éprouvai
les mêmes refus & la même conftance dans fes
principes ; il craignoit les événemens qui pouvoient
réfalter de fa fuite , les effets de la fureur
du peuple & l'accroiffement , s'il étoit poffible ,
de l'anarchie & du défordie. Je le dis avec vél
rité la Reine penfoit de même & fe refufa à
toutes mes propofitions . Je ne perdis pas courage.
J'étois convaincu que le départ du Roi étoit le
fcul moyen de fauver l'état ; je Lavois que toutes
les puflances de l'Europe armoient contre la
la France , qu'elles fe préparoient à lui faire la
:
( 140 )
guerre , à envahir fon territoire. Libre , au milieu
de les troupes , le Roi feul pouvoit arrêter
la marche des armées ennemies fans doute
alors frappé de terreur , le peuple fe voyant fans
moyens de défenfe , inftruit que l'armée n'exiftoit
plus , que les places étoient presque démantelées
que les finances étoient épuifées , que le
papier ne pouvoit fuppléer au numéraire qui
avoit fui de cette terre appauvrie , il auroit de
lui- même prévenu les vues bienfaifantes du Monarque
& fe feroit jetté dans fes bras . »
Après l'arreftation du Roi , le 18 avril
lorfqu'il voulut aller à St. Cloud , je lui renou
veliai mes inftances avec plus de force , en lui
faifant envifager , qu'il n'y avoit que ce parti
à prendre pour fauver la France , qui alloit
bientôt être déchirée par une guerre civile &
mife en lambeaux par une guerre étrangère. Le
bonheur ou plutôt le falut du peuple fit , fur
fon coeur généreux , l'impreffion que j'en attennois
& il fe décida enfin . Îl fut réfolu qu'il iroit
à Montmédi & que , dès qu'il y feroit en sûreté
, il annonceroit aux princes étrangers la
démarche qu'il venoit de faire & les motits qui
l'y avoient engagé ; qu'il feroit en forte de fuf--
pendre leur vengeance , ici de longs éclats de
rire & de murmures ) jufqu'à ce qu'une nouvelle
affemblée , qu'il auroit convoquée , leur
eut donné la fatisfaction qu'ils devoient attendre,
& qu'elle eut réglé les droits du Monarque
ainfi que ceux du peuple françois . Une procla
mation devoit annoncer un nouveau corps légiflatif
librement choifi : l'exécution des cahiers
qui exprimoient feuls le voeu de la nation , auroit
fervi de bafe au travail des repréfentans des
François.
ככ
,
( 14 )
« Le Roi devenu médiateur entre les puiffances
étrangères & fon peuple , ( on rit ) celuici
placé , entre la crainte de voir la france devenir
la proie des armées étrangères qui environnent
1 : s frontières , & l'espoir du rétabliffement de
l'ordre par un gouvernement circonfcrit dans les
bornes de la raison , auroit confié fes droits &
fes intérêts à des hommes fages & éclairés , qui
auroient rempli le voeu du prince & celui du
peuple ; les injuftices , les ufurpations , le règne
du crime enfin , fource inévitable du defpotilme
Populaire , cuffent fans doute ceffé ; & peut- être ,
du cahos où nous fommes , aurions- nous vu
naître les beaux jours de l'Empire françois ,
éclairé par le flambeau de la liberté . Voilà ce
que vouloit votre malheureux Monarque . Malé
vous - mêmes , malgré l'ingratitude & l'at
trocité de ce peuple féroce , il vouloit encore
fon bonheur! C'est cette feule idée , c'eft ce
beau defir qui ont déterminé la démarche hardie
qu'il a faite , en trompant la vigilance de M.
de la Fayette , en s'expofant à la fureur de fes
fatellites , & en guidant fes pas vers moi. »
<< Nul autre motif ne l'a conduit. Mais votre
aveuglement vous a fait repouffer la main protectrice
qu'il vous tendoit : il va bientôt produire
la deftruction de l'Empire François . ( Nouveaux
éclats de rire » . )
сс , « Croyez - moi , Meffieurs les princes de
l'Europe reconnoiffent qu'ils font , ainfi que leurs
peuples , menacés par le monftre que vous avez
enfanté . Ils font armés pour le combattre , &
bientôt notre malheureufe patrie , ( car je lui
donne encore ce nom ) n'offrira plus qu'une fcène
"de dévastation & d'horreur. Je connois micux
que perfonne les moyens de défenſe que vous
742 )
avez à oppofer. Ils font nuls ( Ris . ) Tout efpair
ferit chimérique. Il n'eft plus temps de vous
abufer. Il ne l'eft peut - être plus de deffiller les
yeux du peuple que vous avez criminellement
trompé , & dont vous ferez juftement & févèrement
punis. Votre châtiment fervira d'exemple
mémorable à la poſtérité , qui vous reprochera
éternellement d'avoir affaffiné votre patrie , dont
yous pouviez prolonger la durée pendant dés
ècles , dont vous pouviez aflurer & embellir la
deftinée . »
« C'eft ainfi que doit vous parler un homme
qui n'a rien à attendre de vous , auquel vous
avez infpiré d'abord la pitié , & qui n'a plus
pour vous , & pour le peuple antropophage que
vous avez enivré de crines
, que du mépris ,
de l'indignation & de l'horreur . »
•
« Au furplus , n'accufez perfonne du complot
& de la confpiration prétendue contre ce que
vous appellez la nation , & votre infernale conftitution
. J'ai tout arrangé , tout réglé , tout ordonné
. Le Roi lui- même n'a pas fait les ordres :
c'eft moi feul . Ceux qui ont dû les cxécuter
n'ont été inftruits qu'au moment , & ils ne pouvoient
y défobéir . C'eft contre moi feul que doit
être dirigée votre fureur fanguinaire , que vous
devez aiguifer vos poignards & préparer vos poifons.
J'ai voulu fauver ma patrie . J'ai voulu
fauver le Roi , fa famille ; voilà mon crime .
Vous répondrez de leurs jours , je ne dis pas à
moi , mais à tous les Rois ; & je vous annonce
que , fi on leur ôte un cheveu de la tête , avant
peu , il ne restera pas pierre fur pierre à Paris .
Eclats de rire . ) Je connois les chemins ; j'y
guiderai les armées étrangères ; & vous - mêmes
en ferez refponfables fur vos têtes . Cette
( 143 )
lettre n'eft que l'avant-coureur du manifefte des
Souverains de l'Europe , qui vous inftruiront ,
avec des caractères plus prononcés , de ce que
avez à faire , ou de ce que vous avez à craindre. »
or Adieu , Meffieurs , je anis fans complimens ,
mes fentimens vous font affez connus .
Signé LE MARQUIS DE BOUILLÉ .
M. Lanjuinais a demandé le renvoi au comité
des recherches . Mettez aux voix qu'il
a manqué fon coup , difoit M. Prieur. M. Goupilleau
dontoit que ce fut de l'écriture de M
de Bouillé. Il y en avoit encore au comité des
recherches ; M. de Noailles a attefté que c'étoit
la véritable fignature .
L'ordre du jour , a dit M. Roederer ; il ne faut
pas faire à cette lettre l'honneur de la renvoyer
au comité. L'Affemblée nationale a décrété qu'elle
paffoit à l'ordre du jour & fixé au lendemain la
lifte indicative qui doit fervir à la nomination
du gouverneur de M. le Dauphin .
Du Vendredi 1er . Juillet.
A l'ouverture de la féance , on a lu une lettre
de MM. de Montefquiou , Colona & Devifme ,
commiflaires de l'Aflemblée envoyés dans les départemens
de la Meufe , de la Mofelle & des
Ardennes .
Ils ne font arrivés à Verdun que le 25 au
foir. Sérant auffitôt concertés avec les officiers
municipaux & les adminiftrateurs pour la proclamation
des décrets , ils firent mettre le lendemain
, les troupes de ligne & les gardes nationales
fous les armes. Rangées en bataille , ayant
l'état-major de la place au centre , elles prêtèrent le
ferment preferit par le corps légiflatif. Les off(
144 )
eiers civils le préterent également. Nulle héfication ,
nulle reftriction n'a jété le moindre nuage furla fincérité
de leurs fentimens . Les follats de Caftella
nourriffoient des foupçons contre leurs chefs ;
ceux-ci étoient , à leur infçu , l'objet d'une fermentation
qui pouvoit devenir dangereuſe ; mais
l'entremise des commiſſaires a retabli l'union entre
des officiers eftinables & des foldats patriotes ;
& la cérémonie de la preftation folemnelle du
ferment achevée , les commiffaires font partis
pour Metz .
Oa leur confirma là que M. de Bouillé étoit
à Luxembourg ; que MM. Heymann , de Kinglin
& Offlife étoient fortis du royaume , qu'il
n'y avoit aucun des officiers généraux employés
dans le département de la Mofelle , que toutes
les places de la première ligne étoient dégarnies
་
de
troupes ; leur compte
rendu
annonce que l'indignation
contre M. de Bouillé
eſt au comble.
M. de la Varenne
, maréchal- de - camp , commandant
à Metz , qui avoit eu d'intimes
réla
tions avec M. de Bouillé
, eft compris
dans cette
profcription
générale
quoiqu'on
n'ait rien à lui
reprocher
. A la réquifition
des citoyens
paisibles
,
'les corps adminiftratifs
ont d'abord
fufpendu
M.
de la Varenne
, & les commiffaires
ont confirmé
fa fufpenfion
provifoire
en reconnoiffant
que cet
homme
s'y eft foumis
avec la refignation
de l'innocence
, & ils ont déféré le commandement
à
M. de Creufel
Les foldats aiment la conftitution avec ardeur.
« Il faut , difent-ils , l'aimer comme nous , pour
être digne de nous commander. » En leur parlant
de devoir , en écoutant leurs griefs , on les
a reconciliés avec leurs officiers . Les raifonnemens
des
( 145 )
des foldats font d'une jufteffe foudroyante , affurent
les commiffaires. M. de Bouillé nous eût
mené en enfer , ont dit fes foldats , s'il l'eût
voulu . Serment dans le plus grand appareil , la
ville eft illuminée , les commiflaires font portés
en triomphe . La lifte des officiers qui n'ont
pas voulu prêter le ferment eft nombreuſe dans
le cinquante - cinquième régiment d'infanterie :
quelques officiers du douzième de dragons ont
prêté le ferment & donné leur démiſſion ; ceux
du troisième de Chaffeurs prendront probablement
auffi le parti de la retraite . Voici les mefures
de défenfe qu'ils propofent. Il eft indifpenfable
que Sarrelouis ait deux bataillons ,
Thionville trois ; que trois régimens des troupes
légeres occupent l'intervalle entre Bitche & Sarrelouis
, l'efprit du département eft excellent ; mais
il n'y a pas de généraux & l'on n'en veut que
de patriotes .
M. Doffant penfoit que trois bataillons ne fuffifoient
pas à Thionville , que douze n'étoient pas
trop à Metz. M. Fréteau difoit qu'avoir laiſſé
Thionville avec 500 hommes , c'étoit un délit
national fans exemple dans la monarchie . Sur
la propofition de M. d'André , les pieces ont été
renvoyées au comité militaire qu'on a chargé d'en
faire fon rapport demain .
Le maire de Roye a informé l'Affemblée de
l'arreftation de M. de Montmorin , colonel du
régiment de Flandres , & d'une voiture chargée
d'effets , de balles , & d'une caffettes garnie de
lames de cuivre poli , adreffée à Bruxelles , à ,
Marie- Chriftine , archiducheffe d'Autriche , gouvernante
des Pays-Bas . Deux femmes inconnues
atteftent , par écrit , à la fociété des droits de
l'homme , en fignant : Boyere la mere , & femme
No. 28. 9 Juillet 1791 . G
1
( 146 )
Gourdain , qu'elles ont vu de leurs yeux tous
les bijoux de la Reine & tous les diamans de
la couronne dans l'églife de Saint- Florentin à
Roye en Picardie ; & M. Fréteau lit ces attef
' tations , & dit au moment même... que ler
maire de Roye certifie que le fcellé a été mis
far cette caffette fans qu'on l'ait ouverte , & ?
qu'on l'a déposée à l'hôtel - de - ville ; mais ici les
feuilles du jour auront de quoi prendre ce qui
leur conviendra le mieux.
M. Chriftin eft venu renouveller l'affurance
fuperflue après tant d'autres , mais toujours né
ceffaire , après de pareilles lectures , que les diamans
de la couronne , ceux du Roi & de la
Reine , & jufqu'à leurs montres , font au gardemeuble
. Perfonne n'a de foi à l'atteftation de
ces femmes , a repris M. Fréteau. Sur l'avis de
M. d'André , l'Affemblée a ordonné qu'il foit
fait , par les officiers municipaux de Roye , un
inventaire du contenu de la caffette & des autres
effets arrêtés , & qu'ils en enverront l'inventaire
au comité des rapports .
M. Fréteau a lu des lettres fignées la Gravière
, portant que Monfieur n'ayant pu fuivre
la route qui devoit le rapprocher de Montmédy ,
étoit allé de Mons à Bruxelles , avoit pris le
chemin de Namur , & que leurs alteffes royales
ont été à la rencontre de Monfieur & de Madame ,
qui font arrivés le 25 à Bruxelles , où l'on at- I
tend M. le comte d'Artois . Ce paragraphe de
gazette a été renvoyé aux comités des rapports
& des recherches .
Le préfident a donné de nouvelles preuves que
la lettre fignée le marquis de Bouillé , étoit bien
de ce général , l'enveloppe retrouvée étant timbrée
de Luxembourg , & l'écriture étant exacte(
147 )
ment la même que celle des originaux des ordres
fignés Bouillé , dépofés aux archives . Il a annoncé
qu'il recevoit une feconde pétition des
ouvriers des ateliers de Paris , licenciés par le
décret du 15 juin . Quelqu'un a dit qu'il le formoit
un raffemblement de ces ouvriers , à peu
de diftance de la falle , dans la place de Vendôme.
Un autre membre a demandé que la pétition
ne fût pas lue , & qu'on avertît les adminiftrateurs
de ce raffemblement ; l'Aflemblée a
adopté cet avis , & paffé à l'ordre du jour .
M. Malouet a dénoncé une affiche appliquée
dans le corridor , à la porte de l'Aſſemblée ,
affiche fignée , où l'on demandoit l'abolition de
la royauté ; & il a conclu à ce que les corps
adminiftratifs pourſuiviffent les auteurs de pareils
crimes . M. Martineau vouloit que les fignataires
fuffent mis en état d'arreftation . M. Péthion
obfervoit qu'on ne devoit pas délibérer fur parole
, qu'il falloit voir l'affiche. M. Malouet la
montre & va la lire , dit que c'eft an fcandale
atroce. Mais M. Chabroud objecte que les écrits
qui n'ont pas le fens - commun font deftinés à
tomber d'eux - mêmes , qu'ils n'offrent aucun
danger dès qu'on les méprile , que l'auteur eft un
feu , que le temps eft trop précieux pour qu'on
le faffe perdre ainfi à l'Affemblée qui venoit
d'écouter patiemment les atteftations de Boyère
la mère & la femme Gourdin ; que ces affaires
de police regardent la municipalité .
MM . Dubois des Guais & le Chapeliern'y ont vu
qu'un paradoxe , qu'une folie , qu'une opinion , &
l'on fait que les opinions font libres , quoique tous
les jours on féviſſe contre des écrits qui ne contiennent
aufli que des opinions . Les cris : à
l'ordre du jour ont étouffé fouvent la voix de
G 2
( 148 )
M. Malouet. Quelqu'un s'eft écrié : « il n'y a
pas un feul libelle que M. Malouet n'ait dénoncé ,
excepté les fiens . Vous applaudiffez des abo-
103
ninations , a dit un membre de la droite . » On
a mis l'ordre du jour aux voix ; le tumulte
croiffoit , l'épreuve a paru douteuse ; enfin ,
l'Affemblée cft paffée à l'ordre du jour au milieu
des applaudiffemens du côté gauche & des galeries
, & M. Ferrand a obtenu qu'il feroit fait
mention dans le procès - verbal des obfervations
de MM. Chabroud & le Chapelier. Point de voix ,
avoit dit le côté droit.
que
сс
Un décret a ftatué que « la prefcription contre
la nation , pour raifon des droits corporels dépéndans
des biens nationaux , eft , & demeurera
fufpendue depuis le 2 novembre 1789 , juſqu'au
2 novembre 1794 , fans qu'elle puiffe être alléguée
pour aucune partie du temps qui fe fera
écoulé pendant le cours defditcs cinq années ».
Un autre a ordonné les fieurs Mandelle,
lieutenant - colonel du ci devant régiment de
Royal- Allemand , Marciffaud & Chalard , l'un
capitaine & l'autre fous - lieutenant au même régiment
, feront retenus en état d'arreftation en
l'Abbaye Saint-Germain , à Paris , juſqu'à nouvel
ordre ; que les perfonnes arrêtées pour le fait de
l'évafion du Roi , feront interrogées par les juges
des lieux , & les informations envoyées à l'Aſſemblée
nationale . »
-
Un troisième , que les fcellés appofés fur les
bureaux de la caiffe de la lifte civile , dont les
paiemens alloient éprouver par-là des retards
feront levés par le juge de paix de la ſection de
la place Vendôme .
›
L'Affemblée a d'ailleurs décrété , fur la propofition
de M. le Pelletier de Saint-Fargeau
( 149 )
une férie d'articles du code pénal , que nous
tranfcrirons en y joignant ceux qui les ont précédés
, & que l'abondance des matières nous a
forcés d'omettre .
Du jamedi , 2 juillet.
Une lettre fignée : une femme de vingt ans ,
fait hommage à l'affemblée nationale de soo livres ,
fruit de longues économies , pour la folde on la
récompenfe de celui des gardes nationales de
Varennes qui aura montré le plus de civifme.
M. de Chartres , colonel du quatorzième régiment
, ne peut réſiſter à ſon impatience de prêter -
le nouveau ferment , & le prête par écrit ; fa
lettre eft fort applaudie du côté gauche .
Le directoire du département de la Loire inférieure
a fait part au corps légiflatif de l'importante
nouvelle de mouvemens fur les côtes du Poitou.
Un courier extraordinaire du diftrict de Marchecoul
, eft arrivé chargé d'une dépêche , dont le
contenu apprend que les anglois ont tenté , & en
partie effectué , une defcente près de Saint Gilles ,
au lieu appellé Sion , & qu'on a apperçu vingt-fix
voiles. Toutes les précautions ont été prifes , les
avis expédiés , les fignaux établis ou ordonnés.
Les adminiflrateurs fe font confultés avec M. du
Mourier , maréchal - de - camp ; il est déjà parti
une petite armée ; d'autres forces la fuivront s'il
le faut. Ces nouvelles font renvoyées aux comités
militaire, de la marine & diplomatique .
Au nom des comités des rapports & des recherches
, M. Armand a expofé qu'il avoit été
expédié le 26 juin , par un négociant de Metz à
un négociant de Francfort , trois barils contenant
pour environ 50,000 livres en piaftres pour le
compte de banquiers de Paris ; que ces barils ont
été arrêtés par le receveur des douanes de Torbac,
G
3
( 150 )
сс
en vertu du décret qui défend provifoirement la
fortie de l'or & de l'argent . Et il a propofé de décréter
que ces barils paffent librement à leur deftination.
M. Fréteau a dit qu'il y avoit plufieurs
demandes de cette nature , & qu'il étoit inftant
de s'occuper du terme auquel on limitera l'exécution
du décret du 21 juin , renouvellé le 28. « Si
le négoce fouffre , il mérite de fouffrir » , a répondu
M. Rewbell , qui , fans tenir le moindre
compte des opérations forcées du commerce ,
accufoit les banquiers & les négocians d'exporter
le numéraire & de décrier les affignats , & foutenoit
que rendre l'exportation libre , ce feroit
mécontenter la plus grande partie des municipaliés
du royaume . Or, e ce n'eft pas , ajoutoit- il,
le moment de les mécontenter ». Il ne permettoit
que la fortie des monnoies étrangères . M. Rabaud
a demandé & obtenu le renvoi au comité .
Sur la propofition de M. Rabaud , le comité
monétaire a reçu ordre de préfenter mardi un
projet d'exécution du décret du 11 janvier , fur
la fabrication d'une menue monnoie , de louis &
d'écus , pour obvier au profit immenfe que
M. Rabaud prétend toujours qu'on fait en fondant
des monnoies de France , d'argent & d'or en
lingots pour les vendre aux hôtels des monoies ,
les en retirer , les refondre & les leur revendre
encore ; profit qu'il fuppofe de 15 , 16 ou 17
pour 100 , & qui n'eft peut - être que la différence
qui fe trouve entre les valeurs relatives de l'argent
, de l'or & des affignats ; car , avant la révofution
, les monnoies étoient les mêmes , & il n'y
a guère d'apparence que l'on gagnât autant alors
à les fondre en lingots.
M. Bureau de Pufy a propofé de nombreux
articles fur les places de guerre. Nous donnerons
( rs1 )
une autrefois ceux qui ont déja été adoptés &
ceux qu'on a décrétés dans cette féance :
Une lettre de Morbihan annonce que , la nouvelle
que les anglois étoient près de Saint-
Malo , & qu'ils fe difpofoient à defcendre vis- àvis
le Guildo ( qui paroît être un autre bruit que
celui de leur apparition fur les côtes du Poitou ) ,
n'a été qu'une faufle alerte ; qu'il ne s'en eft pas
moins raffemblé près de 20,000 hommes , qu'en
24 heures les cinq départemens en fourniroient
200,000 ; que le feul évènement arrivé à Guildo ,
étoit l'entreprife qu'ont faite 2 à 300 hommes
de s'embarquer pour paffer chez l'étranger ; que
les gardés nationales ont empêché cet embarquement
, & difperfé ceux qui vouloient partir , qui
fe font retirés dans les terres . Cet embarquement
manqué , de malheureux françois au Guildo ,
pris pour un débarquement à Sion , a excité beaucoup
d'applaudiffemens .
On fait lecture de la lifte des perfonnages
défignés comme dignes de concourir pour la place
de gouverneur de l'héritier préfomptif du trône .
Un fuffrage y portoit M. de Bouillé . « Celui qui
a ofé préfenter ce nom , a dit M. Rewbell , méritcroit
d'être chaffé du corps législatif» ; l'Affemblée
a décidé que M. de Bouillé feroit rayé , &
qu'elle ne procédera que dans quinze jours à
Félection du gouverneur. ( Nous donnerons la
lifte dans le numéro prochain. )
Il n'étoit guère à préfumer qu'après l'impunité
des outrages chaque jour renouvellés
contre eux , le Roi & la Famille Royale
ne tenteroient point d'échapper à cette dure
G 4
( 152 )
pofition , & de chercher ailleurs à jouir des
premiers de tous les biens , la tranquillité ,
la quiétude , fans lefquelles il ne peut y
avoir d'existence heureufe. Comment
pouvoit- on penfer qu'au milieu d'un Empire
où tout retentit des cris de liberté , une
famille , naguères Souveraine , fupporteroit
la captivité & tout ce qu'il plairoit à une
légion de calomniateurs à la tâche , de publier
journellement contre elle ? N'étoit- ce
point en quelque forte provoquer fon éva
hon , & pourroit - on faire un crime à
l'homme malheureux de chercher , par les
moyens qui font en lui , à fortir d'un état
auffi pénible ? Comme père , comme
époux , comme ami , le Roi pouvoit - il
ne pas être fenfible aux mêmes émotions
que les autres honimes ? D'ailleurs , pour
effectuer fa fuite , il n'a fait ufage d'aucun
moyen de violence , d'aucune tentative publique
, c'eft un captif qui s'eft échappé
qui a cru fauver fa fenime , fes enfans : il
n'y a là aucun de ces actes qui fuppofent
le crime & des intentions hoftiles . Mais
la démarche du Roi pouvoit être fuivie
des plus triftes conféquences. Sans doute
de la part des paffions intérieures ; mais le
Roi a affuré que fa conduite n'avoit aucun
but de rigueur , & jufqu'à ce qu'on l'ait
démenti par des preuves , on doit l'en croire.
On peut penfer qu'un intérêt fecret , pour
la deftruction de l'anarchie , dont ſa capti(
153 )
vité pouvoit être une des caufes , lui infpira
le deffein de faire quelque tentative en faveur
de l'ordre & de la liberté nationale.
Un Roi a devoir & qualité pour maintenir
les droits de tous contre les prétentions du
grand nombre ; & cependant depuis deux
ans , que de propriétés violées !
que de
perfonnes
impunément livrées au couteau de
la multitude ! que de familles ruinées , défolées
, profcrites ! le Roi pouvoit - il être
infenfible à tant de maux ? pouvoit- il voir
avec indifférence qu'on n'y apportât aucuns
remèdes ? Ces contrariétés , ces tiraillemens ,
ces violences , ne pouvoient - ils pas lui
donner à penser que ce qu'on lui préfentoit
comme la volonté générale , n'étoit que
celle de ceux qui peuvent fe faire entendre ?
Pour rendre la fuite du Roi odieufe &
criminelle , on a fuppofé qu'elle couvroit
un deffein caché de livrer le Royaume à
l'étranger , à peu près comme on fit accroire
au Peuple en 1789 , que le projet étoit fait
de détruire Paris. C'eſt par de femblables
fables qu'on égare la multitude , & qu'enfuite
on fe trouve dans l'impoffibilité de la
rappeller aux devoirs & à la foumiſſion politiques.
Il eft aifé de calomnier les intentions des
hommes , c'eft ordinairement la logique de
la force ; c'eſt d'elle qu'une foule d'agitateurs
s'étayent aujourd'hui , pour diriger
Contre Louis XVI & fa malheureuſe fa-
Gs
( 154 )
mille , tous les poifons de la haine & de la
vengeance populaires. Mais rien ne prouve
le moindre de leurs foupçons , & tout tend
à démafquer l'intérêt caché fous cette hypocrifie
de patriotifme.
On doit cette juftice à l'Affemblée nationale
, que ces difpofitions criminelles n'ont
fouillé aucune des opinions de la majorité ;
elle s'eft peut-être trop promptement laiffée
aller à des difpofitiors de rigueur , mais
elle a repouffé avec mépris des fuggeftions
qui ne pouvoient être que le fruit de l'aveuglement
& de la haine.
Le décret qui retient le Roi & fa Famille
en état d'arreftation , qui le fufpend de fes
fonctions , celui qui fubftitue l'expreffion
de dignité à celui de majesté, font contraires
aux principes & à la juftice rigoureufe que
doit obferver une Affemblée légiflative . La
prifon attaque & détruit l'inviolabilité du
Monarque le fufpendre de fes fonctions ,
c'eft le détrôner provifoirement , ce que
l'Affemblée eft sûrement bien éloignée de
eroire qu'elle ait droit de faire ; fubftituer le
caractère de dignité à celui de majesté, qui
convient au Roi , c'eft le dépouiller d'une
propriété qu'il ne peut perdre qu'avec la
vie , & qui tient , effentiellemeut à la perfonne
facrée du Prince.
Ces actes d'autorité au refte , font bien
au-deffous des exagérations républicaines ,
des atrocités de tout genre, des fyftêmes de
(-155 )
profcription que les feuilles démocratiques
& les clubs ont vomi contre la monarchie ,
depuis l'arreftation connue du Roi dans fa
fuite.
Tant qu'on l'a cru libre , qu'on a pu
craindre des démarches , bien éloignées de
fon coeur , fans doute , une forte de fluctuation
a régné dans les efprits. Paris étoit calme
, mais du calme de l'inquiétude ; les plus
hardis perturbateurs étoient comme frappés
d'une forte de terreur ; le peuple fe livroit à
des actes d'une vengeance puérile ; il faifoit
barbouiller fur les enfeignes les mots Roi ,
Reine , Royal , & effacer les couronnes partout
où il en voyoit. On afficha au pont de
Louis XVI : Pont national , nommé par les
Ouvriers Patriotes . Ces misères occupoient
e partie de la multitude , & fembloient
d'ailleurs favorifer le fyftême des ennemts
de la Royauté. Les efprits fuperficiels , ceux
qui ne peuvent jamais étendre leur penfée
au lendemain , pour qui l'Hiftoire eft inutile
, ne voyoient, dans cet évènement , qu'un
changement fans conféquence ; nous aurons
une République , difoient-ils , comme ſi l'exiftence
de la Monarchie dépendoit du lieu de
la réfidence du Roi , & qu'une abfence dent
on ignoroit la caufe , pût être un motif fuffifant
de détruire un gouvernenient établi
par la Conftitution françoife.
Cependant l'on s'interrogeoit , l'on fe
queftionnoit dans les rues ; la furpriſe étoit
G6
( 156 )
grande , les bataillons , une partie du peuple
des fauxbourgs étoient fous les armes , &
fembloient chercher un ennemi qu'ils
trouvoient point. Les trompettes du menfonge
r tentiffoient dans les carrefours &
fur les places publiques ; tout étoit dans la
rumeur. La bonne Bourgeoifie , qui a quelque
chofe à perdre , craignoit une guerre ,
& cachoit fon inquiétude. Elle fe demandoit
pourquoi , lorfqu'on auroit pu faire le
bonheur de la France par des réformes fages
& graduelles , on en étoit venu à ces extrémités
malheureufes de divifer la Nation , le
Roi, & tous les Ordres de la fociété entre
eux. Elle voyoit encore avec peine la liberté
des paffages détruite , & le defpotifme du
peuple s'appefantir , par ce prétexte, fur les
perfonnes & les propriétés.
La tranquillité n'étoit point précisément
troublée , mais la multitude infpiroit de
grandes inquiétudes . Le Maire , le Commandant
général étoient devenus l'objet des
plus terribles foupçons ; leur vie paroiffoit
en danger : ils font mandés à l'Àffemblée
nationale ; ils s'y juftifient & reviennent à
l'Hôtel-de-Ville au milieu d'une phalange de
Garde nationale , qui ne les auroit peut-être
point fouftraits à la mort , fi de bonne heure
on n'eut raffuré le peuple fur les craintes
qu'il avoit conçues , & fi la fuite du Roi
n'eut jetté dans les efprits une forte de ſtupeur
& de repentir.
( 157 )
Les placards de la Municipalité , des
Corps Adminiftratifs fe multiplièrent , le
Confeil général de la Commune rendit
plufieurs Arrêtés. On y invitoit le peuple
à la paix , à la tranquillité , & l'on Hattoit
fon orgueil par l'impuiffance où l'on fut
de réprimer fa fureur s'il avoit voulu exercer
des violences. La démarche du Roi étoit
qualifiée d'enlèvement , toutes les boutiques
, les fpectacles furent fermés , la marche
des voitures défendue , & Paris ne
préfentoit plus qu'une ville peuplée de
foldats & d'ouvriers qui quitroient
leurs atteliers pour fe porter dans les places ;
tout le Fauxbourg St. Antoine étoit en armes;
plufieurs Sections eurent la foibleffe de permettre
la même chofe dans leur arrondiffement
; les Forts de la halle montèrent la
garde , firent patrouilles avec un fourniment
complet , mais fans uniforme. Ces troupes
d'hommes armés , ainfi à la hâte , formoient
un fpectacle effrayant. Les barrières étoient
gardées , le peuple exerçoit à cet égard la
plus févère police , & étoit bien éloigné de
voir dans cette légéreté a détruire la liberté
individuelle , un des plus dangereux abus
de la force & du gouvernement arbitraire .
Deux jours fe pafsèrent dans cette anxiété .
Paris n'offroit rien de remarquable ; l'Affemblée
nationale abforboit tout. Cependant
les fentimens étoient partagés dans le
public fur le fort du Roi. Les uns defiroient
( 158 )
qu'il échappât aux pourfuites , & nous
amenât en peu de temps la paix & la
liberté ; d'autres qu'il fut arrété , fon procès
fait , & livré à la vengeance de la Nation.
Un parti aflez confidérable , mais diffimulé ,
voyoit dans l'abfence du Roi , un moyen
d'élévation & de puiffance pour ceux qui
le compofent , & craignoit fon retour. Čes
divers intérêts jettoient fur tous ceux qui
ont joué de grands rôles depuis deux ans ,
une forte de contrainte & d'inquiétude , que
des remords fecrets pouvoient accroître encore
dans quelques- uns.
A chaque heure de la journée il circuloit
des nouvelles d'arreftation du Roi &
de fa Famille , mais leur peu de vraiſemblance
les faifoit tomber & d'autres leur
fuccédoient. Enfin , le 22 à neuf heures du
foir , l'on apprit que Leurs Majeftés & la
Famille Royale avoient été reconnues à
Varennes, qu'elles étoient arrêtées & gardées
par plus de vingt mille hommes arrivés des
Paroiffes voifines .
Dès lors la crainte fe diffipa ; le parti qui ,
la veille , avoit femblé faire quelque cas de
la prudence & de la modération , reprit fon
orgueil ordinaire . Les plus groffières expreffions
furent prodiguées par la populace
contre le Roi & fa malheureufe Famille.
L'Afemblée nationale , qui avoit envoyé
des Commiffaires dans les Départeniens
avec prefque tous les pouvoirs dela royauté ,
( 159 )
décréta fur-le champ qu'il s'en rendroit audevant
du Roi avec ordre de protéger fa
pe: fonne & de faire refpecter en elle la
dignité Royale. Une altération fenfible fe
fit appercevoir dans le maintien de l'Affemblée;
les Amis de la Monarchie furent bien
aifes du retour du Roi ; les Républicains le
craignoient , ils auroient peut- être été bien
contens d'être débarraffés d'un pareil prifonnier.
Ces divers fentimens plus ou moins développés
ont donné lieu aux Décrets que
l'on a vu dans les Séances de l'Affemblée
& dont les plus remarquables font ceux qui
tiennent le Roi en état d'arreſtation , le fufpendent
de fes fonctions & nomment des
Commiffaires pour l'entendre dans fa déclaration
ainsi que la Reine. Depuis , on lui.
a encore ôté le droit que tout père tient de
Dieu & de la nature , de veiller à la vie , à
l'éducation de fes enfans , ou de ne les confier
qu'à des perfonnes de fon choix. Aucune
puiffance fur la terre n'a qualité pour envahir
l'autorité paternelle ; c'eft abufer des
principes que de prétendre qu'à cet égard ,
un Roi n'a point le droit des autres hommes,
ou encore, que l'homme ne s'appartient
point , mais qu'il eft à la fociété qui peut
difpofer de fa perfonne. Telles font cependant
les raifons qu'en général on fait valoir
pour appuyer ce Décret rigoureux.
Mais peut -être qu'ici l'Affemblée s'eft
( 160 )
trouvée dominée par une force d'opinion
environnante , foutenue d'une autre force
dont elle-même ne fe fent plus la maîtreſſe
de diriger les mouvemens.
Tandis que le Monarque , la Famille ,
& quelques - uns de fes ferviteurs approchoient
lentement de la Capitale , l'Af
femblée nationale recevoit les fermens d'obéiffance
des corps armés , des fonctionnaires
publics ; le vendredi foir les Forts de la Halle ,
les Ouvriers , une multitude armée à la hâte
de toutes fortes d'inftrumens de meurtres ,
plufieurs détachemens des gardes nationales,
& c. vinrent jurer fidélité. Des pelotons de
cette troupe effrayante montèrent enfuite la
garde & firent un fervice public , malgré les
Toix qui défendent les corporations armées ,
autres que les gardes nationales . Cette confufion
, ce défordre des idées étoit accru par
les arrêtés des fociétés & des clubs ; on y dénonçoit
le Roi comme parjure , on invitoitle
peuple à profcrire la Royauté; les plus captieux
argumens , ceux qui pouvoient faire leplus
d'impreffion fur les efprits étoient mis en
ufage pour foutenir cette doctrine que des
harangueurs factieux appuyoient de leur éloquence
groffière au coin des rues.
La légèreté parifienne confervoit au milieu
de ce cahos fon caractère ordinaire : dès
le furlendemain du départ du Roi , & tandis
qu'on le favoit livré à des peines multipliées ,
Les promenades du Bois de Boulogne , des
( 161 )
Champs - Elysées , étoient remplies de monde
qui parloit d'un ton de frivolité des objets
les plus graves , & l'on y voyoit des jeunes
gens prononcer des arrêts de mort en folâtrant
avec des courtifannes.
L'on fut le vendredi , 24 , que le Roi arrivoit
lelendemain aux Tuileries ; des ordres
font donnés pour que les fcellés appofés
chez lui foit levés , l'on interdit de nouveau
la fortie de Paris , & un placard affiché au
Fauxbourg St. Antoine apprend que celui
qui applaudira le Roi , à fon arrivée , fera
bâtonné , & que celui qui l'infultera , fera
pendu.
L'on favoit déja les particularités de l'arreftation
du Roi à Varennes ; les principales
avoient été lues à l'Affemblée nationale dans
les procès-verbaux des Municipalités & Départemens
par où s'étoit dirigée la retraite de
la Famille Royale. Depuis on a fu d'autres
détails qui ont été rendus publics dans les
papiers , & dont nous recueillerons quelques-
uns , fans en garantir complettement
l'authenticité, & feulement pour faire connoître
plutôt ce qu'on a dit que ce qui eft.
Une lettre que l'on dit écrite de Verdun ,
donne les détails fuivans :
, Le mardi 21 à onze heures du for le
maître de pofte de Clermont vint trouver M. de
Villée, préfident du diftrict de cet endroit ; il lui dit
qu'un courier venoit de paffer, qui lui avoit demandé
onze chevaux en lui mettant trois louis dans
( 162 )
enla
main ; que cetre générofité l'avoit étonné›:
un inftant après étoit arrivée une voiture trèslarge
& très -foigneufement fermée : pendant qu'il
atteloit lui-même les chevaux , une voix lui crie :
combien Y a-t- il d'ici à Verdun ? Trois poftes .
Fouette , à Varennes . M. de Damas s'étoit trouvé
au paffage du courier en avant , & l'avoit tiré
à l'écart , où il avoit eu , à voix baffe , une
courte converfation avec lui . Cet air myſtérieux
me fait croire que cette voiture renferme
des perfonnes importantes . Je le crois comme
vous , répond le préfident . Les différens Pelotons
de troupes légères répandus dans nos
virons annoncent quelques projets . Sûrement ils
favorisent l'évasion de quelques perfonnages importans
, probablement de la Reine & de fon
fils . Je cours affembler le directoire. M. de
Damas avoit fait monter les dragons à cheval.
Monfieur , dit le maire au colonel des dragons
, votre départ précipité alarme les citoyens
on dit que vous favorifez l'évasion
de la Reine fi cela eft , nous nous oppofons
à votre départ : fi cela n'eft pas , vous partirez
au jour , il fera tems. Les dragons témoignent
de l'irréfolution . M. de Damas dit qu'il
obéit à des ordres fupérieurs & en montre en
effet de M. de Bouillé , qui lui ordonne de fe
tranfporter à Varennes . Il commande le départ.
Le maire le couche en joue . Si tu avance je te tue .
Le colonel ordonne de mettre pied à terre , feint
de retourner à fon auberge , & par un chemin détourné
court bride abattue vers Varennes , ac
compagné de deux de fes officiers . Pendant ce
colloque , les autres cfficiers municipaux & adfont
miniftrateurs prennent des mcfures fûres ,
foaner le tocfin , s'emparent des paffages , cou-
:
( 163 )
&
pent les ponts , &c. &c . Un garde national franchit
les trois lieues de Clermont à Varennes en
très-peu de tems , croit donner l'alarme en cette
ville & eft fort furpris d'apprendre que le Roi
eft arrêté. Drouet , maître de pofte de Sainte-
Menehould , avoit eu des foupçons fondés. 11
étoit parti en conféquence ventre à terre
arrivé au Bras-d'or , il fait part à l'aubergifte
de fes foupçons ; celui- ci déterminé fe charge
d'arrêter la voiture ; il l'attend à l'iffue d'une
voûte qui fépare la ville haute de la ville baffe
& fous laquelle il falloit néceffairement qu'elle
paflât : elle parcît , l'aubergifte ajufte le poftillon
, & crie , arrête . Nous fommes patriotes
laiffez paffer. Patriotes ou diables ne paffent pas . Si
vous faites un pas je tire dans la voiture . En
ce cas , dit le Roi , detelez . L'aubergifte conduit
& le Roi & fa famille chez lui ; la municipalité
eft avertie ; on fait le moindre bruit poffible
; on court au village voifin , à Vaucourt ,
dont les habitans font tous braconniers , faifeurs
de clous ; ils s'emparent du pont qui n'étoit point
gardé par les huffards de Lauzun , logés au delà :
es gardes nationales fe trouvent en un inſtant
fous les armes , bordent les avenues du pont &
du quai d'une petite rivière prefque à fec. Le
nommé Sauce , procureur- fyndic , dit à fa troupe
compofée d'une cinquantaine de bourgeois mal,
armés je ne fuis pas militaire ni vous non
plus ; mais en cas d'attaque , je crois qu'il faut
vous mettre quatre de front & faire un feu continuel
en tirant par divifion , & les quatre qui
auront fait leur décharge pafferont derrière pour
charger de nouveau , & quatre autres fucceffivement
avanceront : ils avoient deux petites pièces
de campagne. Après ces difpofitions , Sauce va
>
( 164 )
trouver le Roi qui ne fe croyoit pas connu.
Monfieur , lui dit -il , je erois que vous ferez
quelque tems ici ; acceptez un logement plus
commode , permettez que je vous conduife chez
moi mais pourquoi donc ne pourrois je pas partir
? Voilà bien du tumulte pour un étranger :
d'ailleurs voyez , je fuis en règle ; & il montre
un paffeport figné Lovis & Montmorin , qui ordonne
à tous corps , & c . de laiffer paffer madume
la baronne de Korfz , qui va à Francfort , avec
fes deux enfans , fon valet & deux femmes de
chambre. Monfieur , nous fommes ici fur le quivive
, nous craignons l'ennemi , vous entendez
fonner le tocfin ; il n'y auroit pas de fûreté pour
vous , attendez au jour. Le roi remercie M.
Sauce de fes attentions , fans témoigner aucune
inquiétude . La Reine & fa belle-four prennent
cet homme par le bras ; le Roi prend fes enfans
par la main & tous s'acheminent dans
la maifon du fieur Sauce , marchand chandelier ,
traverfent la boutique & montent dans une
petite chambre . M. Sauce fortoit de tems
en tems , fous prétexte d'aller appaiſer le tumulte
à la priere du Roi , & dire que ce n'étoit
qu'un paffant ordinaire . Chaque fois qu'il
fortoit , le Roi lui difoit : hâtez- vous de revenir;
j'ai beſoin de vous ; votre converfation me plait ,
&c. Ah ! ça. Vous avez un pont ici ? Oui ,
monfieur , mais il eft fi embarraflé de charettes ,
&c. que vous ne pouvez pas paffer. Eh bien ,
répondit le Roi , je pafferai le gué . Ah ! le gué,,
c'eft bien pis ; nous craignons les Autrichiens ;
je me fuis avifé d'y faire mettre des gripeauts ,
des piquets , de forte qu'il n'eft pas poffible aux
chevaux d'y paffer. Eh bien , faites donc débarrailer
le pont j'y vais donner ordre. :
,
( 165 )
сс
Cependant les Huffards s'étoient préfentés au
Font : le commandant avoit voulu le paffer ; mais
les payfans les en ont empêchés. Les Huffards fe
font retirés fans brûler une amorce . M. Sauce ,
qui avoit amufé le Roi , pour donner le tems aux
gardes nationales d'accourir , crut qu'il étoit tems
dé déclarer au Roi qu'il étoit jour , & qu'il falloit
qu'il fe difpofat à reprendre la route de Paris . It
entra dans fon appartement pour le lui fignifier.
Il y avoit dans cette chambre un portrait du Roi.
Sauce fit quelques tours avec l'original ; puis il
lui dit Sire , voilà votre portrait . A ces mots
le Roi dit au fieur Sauce : oui , mon ami ,
c'eft ton Roi qui eft en ton pouvoir , c'eſt
ton Roi qui t'implore ; veux- tu le trahir , le
livrer à fes plus cruels ennemis ? Ah ! fauve-moi ;
je me mets fous ta protection ; fauve ma femme ,
mes enfans ; accompagne - nous , guide - nous. La
Reine prend le Dauphin entre fes bras , le conjure
de la fauver , de fauver le Dauphin :
Sauce inexorable , dit : non , Sire , ce que vous me
demandez eft impoffible ; j'ai deux chofes préeieufes
à conferver , ma vie & l'honneur ; difpofez
de ma vie , elle eft à vous ; mais n'eſpérez pas
de me rien faire faire de contraire aux devoirs de
l'honneur ; j'ai juré d'être fidèle à la nation , à la
loi & à vous ; je vous trahirois également tous
trois en cédant à vos demandes ; je trahirois la
conftitution que vous avez promis de défendre ,
ainfi que moi.
» Sur ces entrefaites , arriva le fieur Chemin ,
envoyé par le diftrict de Clermont , qui s'avifa
de faire des remontrances d'un ton aigre &
indécent . Le Roi ne put l'entendre de fang - froid :
il lui dit , vous êtes un impudent : puis s'adreffant
à ceux qui étoient préfens : mes amis , confeillez(
166 )
moi ; que faut - il faire ? Sire , vous fauver ,
répondit M. de Damas ; enfuite il dit qu'il y
avoit un décret qui lui permettoit de voyager dans
tout le royaume qu'il vouloit aller à Montmédi :
on lui montra celui qui l'oblige à ne pas s'éloigner
à plus de vingt lieues du corps légiftif. Il le lut
attentivement , puis le rejetta avec indignation.
Je n'aijamais fanctionné cela . Il étoit pour lors près
7 heures du matin . Arrive un aide- de--ccamp de
M. de la Fayette , muni du décret de l'Aſſemblée .
Le Roi vouloit être conduit à Fontainebleau :
mais on lui fit voir la multitude degardes nationales
qui s'y oppofoit . Il partit à 7 heures &
demie. Pendant cette conteftation , arrive un
officier qu'on croit être M. Dampierre ; il fe
préfente , veut parler au Roi : on s'y oppoſe. Le
Roi n'eft donc pas libre ? non ; & en même- tems
on lui tire un coup de piftolet qui lui caffe une
côte ; on s'en faifit , & il eft jetté dans une
marre. Le Roi étoit en marche , efcorté d'une
troupe effrayante . On n'entendoit que les
cris de vive la nation ! les aristocrates à la
lanterne . Un boucher a failli rendre cet événement
affreux ; il s'approche de la voiture ,
& veut tout égorger : heureusement le fieur de
Villée s'en faifit . Aun quart de liene de Varennes ,
on rencontre le corps adminiftratif de Clermont ,
en charrette . Que veulent ces meffieurs , crie
l'aide - de - camp für le fiége ? Parler
Roi , répondit le préfident. Le Roi a écouté ſa
harangue refpectueufe fur les malheurs que fon
évalion auroit caufés . Mon peuple eft féduit ,
mon peuple eft trompé , voilà la réponſe
33.
au
>
Encore une fois nous ne donnons les détails de
eette lettre que pour ce qu'ils valent; lorfque nous
ec aurons de plus certains nous les ferons connoître.
( 167 )
Le Roi , la Reine & leur Famille ont eu beaucoup
à Touffrir dans cette route , où la chaleur
& la pouffière ajoutoient encore à tous les défagrémens
de leur pofition . Les groffierctés fanatiques
de quelques miférables ont dû encore les affliger.
Un témoin oculaire nous a afluré qu'aux appro
ches de Paris , la Reine leva le ftore de la voiture
& dit au peuple en montrant les enfans ;
Meffieurs , voyez , nous étouffons , regardez donc
mes pauvres enfans dans quel état les voilà :
quelques voix féroces fe firent entendre : nous
t'étoufferons bien autrement. Les Gårdes nationales
fe hâtèrent de réprimer ces exclamations
du crimes.
Il ne faut pas croire au refte que le refpe&t du trônet
& l'attachement au Monarque aient été également
méconnus ; le directoire du département des deux
Sèvres s'eft expliqué à cet égard par une adreffe
remile à fa mjcité le 28 juin , & dont voi i la
copie. Sans doute if fèra imité par tout ce qu'il y a
de François éclairés & attachés à la liberté , à la
tranquillité de fon pays.
SIRE ,
›
i
« La nouvelle de votre départ avoit confterné
la France ; la nouvelle de votre arreftation de- '
voit être & devient le prix de fes juftes allarmes .
Vous quittiez , Sire vos amis & vos enfans .
Ce reproche puiflant que notre coeur commande
eft le feul qui doive être fait au Roi des François.
Vous partiez ! .... quels font les climats ou
vous euffiez trouvé ce que vous abandonniez ?
adoré d'un peuple qui met dans cet amour un
de fes plus chers devoirs , que falloit - il de pius
à l'ambition d'un roi fenfible ? Vous aviez fauvé
la France en briſant ſes fers ; vous aviez donné ,
( 168 )
l'exemple à l'Europe étonnée , de la véritable
puifance , celle de regner fur les coeurs par la
raifon & l'équité. Votre majeſté a - t- elle pu changer
tout- à-coup ? Et l'âme de Louis XVI au
milieu des heureux qu'elle avoit faits , a - t- elle
pu regretter fon ouvrage & former le projet de
le détruire ? »
ce
Rappellez - vous nos fermens , rappellez- :
Vous vos promeffes. La conftitution eſt notre
bonheur , la conftitution fait votre gloire , nous {
avons juré de la maintenir , vous avez promis
de la défendre , & les François , & leur Roi
ne font point faits pour le parjure . »
« Mais oublions l'orage lorfque le calme paroît
fur nos têtes . Montrons que nous étions digne
de pofféder le monarque qui nous échappoit ..
Les noeuds de l'amour & du respect font les
feuls liens avec lefquels nous voulons l'enchaîner ?
à nous. »
Les adminiftrateurs du directoire du départe
ment des deux Sèvres. 2
Signé Château , préfident , & Piet- Chambelle,
fecrétaire- général .
I I
Comme il eft dans nos principes de ne rien
donner au hazard , nous nous empreffons de
rectifier une lettre inférée dans notre dernier
n°. pages 41 & 42.
« Le Roi n'a jamais pu foupçonner les François
d'en vouloir à fes jours ..... Il eft conftant que ,
fa majefté contemplant d'un oeil calme tout ce
qui l'environnoit , n'a manifefté aucune crainte .
Sa follicitude vraiment paternelle ne s'eft étendue
que fur les perfonnes qui l'accompagnoient .
Quand il les a crues en fûreté , il s'eft abandonné
avec confiance à ſon fort , »
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 16 JUILLET 1791 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LA RÉSISTANCE INUTILE.
"
Sur PAir Comment goûter quelque repos ?
AMOUR ! daigne combler mes voeux ,
» Range fous tes loix ma Bergere ,
Difait à l'Enfant de Cythere
Un Berger tendre & malheureux :
Elle ne pourra ſe défendre ,
33
Ayant contre elle dans un jour
" Son coeur , fa jeuneffe , l'amour ,
» Et la tendreffe de Léandre.
Nº. 29. 16.Juillet 1751 ... E
86 MERCURE
Le Dieu fourit d'un air malin ;
Léandre court dans la prairie ,
Chifit des fleurs pour fon amie ,
Et vient les placer fur fon fein .
Qu'cût-elle fait pour s'en défendre ?
Elle avait contre elle en ce jour
Son coeur , fa jeuneffe , l'amour ,
Et la tendreffe de Léandre.
LEANDRE après veut un baifer ;
Il le demande , on fe mutine ;
Il preffe , on le gronde ; il s'obftine ,
On le permet fans l'accorder.
Qu'eût -elle fait pour s'en défendre ?
Elle avait contre elle en ce jour
Son coeur , fa je uncffe , l'amour
Et la tendrefle de Léandre .
ENIVR de cette faveur ,
2
Content , fi l'Amour pouvait l'être ,
De lui-même il n'eft plus le maître ,
Qu'il ne foit certain de fon coeur .
Qu'cût-elle fait pour s'en défendre ?
Elle avait contre elle en ce jour
Son coeur , fa jeuneffe , l'amour ,
Et la tendreffe de Léandre.
2
DE FRANCE. 87
IL exige d'elle un aveu
Quoiqu'un tel ayeu foit à craindre :
" Je t'aime & je ne fais point feindre
Lui dit Eglé , l'oeil tout en fen .
Qu'eût- elle fait pour s'en défendre ?
Elle avait contre elle en de jour
Son coeur , fa jeuneffe , l'amour ,
Et la tendreffe de Léandre .
CE mot ne fit que l'enhardir ,
Il s'affura de fa conquête ,
Et l'on dit que de fa défaite
La Belle eut lieu de s'applaudir .
Qu'eût-elle fait pour s'en défendre
Elle avait contre elle en ce jour
Son coeur , fa jeuneffe , l'amour ,
Et la tendrelle de Léandre .
ELLE aime à fe le rappeler ,
Et ne peut fouffrir fon abfence ;
Mais on dit que par fa préfence
Il vient fouvent la confoler.
Elle ne peut plus s'en défendre ,
Ayant contre elle chaque jour
Son coeur , la jeuneffe , l'amour
Et le fouvenir de Léandre .
( Par M. P... A... Miger , de Lyon. )
E 2
88 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du:Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Hôtel-Dieu ; celui
de l'Enigme eft Papier ; celui du Logogriphe
eft Virgule , où l'on trouve Ré ( Ifle ), Rue ,
Gril, Gru , Livre.
CHARADE.
UN des fept tons du Chant t'offrira mon premier ,
cher Lecteur, partage mon dernier.
Et mon tout ,
( Par M. Bouffarrot fils. )
ÉNIGM E.
Nous fommes tous égaux & nous fommes tous
ficres.
Toujours en l'air & toujours ſuſpendus ;
Nous fommes des agens par qui font étendus
Les voiles des plus doux myfteres.
Mais pour nous deviner , voici l'effentiel :
Le Soleil comme nous elt de figure ronde ,
Il fait le tour du Monde ,
Et nous le tour du Ciel.
Par un Abouné. )
DE FRANCE. 89
LOGOGRIPHE.
ON fait, ami Lecteur, de moi beaucoup de cas
Et l'on me donne accès dans un brillant repas :
Quelquefois je fuis douce, & quelquefois piquante ;
Mais change mes huit pieds , d'abord je te préfente
Ce que les élégans fe piquent d'imiter ;
Le fléau de nos jours ; le foutien d'an Guerrier ;
De l'Univers jadis la fuperbe maîtreffe ;
Puis un poiffon de mer ; un arbre ; une Déeffe ;
Un adverbe ; un pronom ; une note ; an oifeau ;
Un mot qui trouve place aux agrès d'un vaiffeat ;
Un habitant des bords de la Mauritanie ;
Un quadrupede ; puis un autre qui l'épie ;
Un outil rond qui tourne , utile au Fabricant ;
Une plaine liquide ; un fragile élément ;
Ce qui met les vaffaux à l'abri du naufrage ;
Un enfant plein d'appas qui reçoit notre hommage;
En un mot , je renferme un métal recherché ,
Dont l'avare ici-bas fait fa Divinité.
( Par M. Bouffarrot fils. )
E ;
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
LE Philinte de Moliere , ou la fuite du
Mifanthrope, Comédie en cinq Actes & en
vers , par P. F. N. Fabre d'Eglantine ;
repréfentée au Théatre Français le 22
Février 1790 .
Miferis fuccurrere difco. VIRG .
A Paris , chez Prault , Impr. du Roi ,
quai des Auguftins , à l'Immortalité.
ONN a fait une obfervation critique fur
le titre de cette Comédie , que l'on voudrait
changer ; & cela prouve d'abord qu'on
la regarde comme un Ouvrage de mérite ;
car qu'importerait le titre d'une mauvaiſe
Piece ? On a dit , & avec raifon , ce me
femble , qu'il ne fallait pas appeler celleci
le Philinte de Moliere , parce que le
Philinte de M. d'Eglantine en eft trèsdifférent
; lui - même paraît l'avoir fenti ,
puifque l'on dit à fon Philinte :
Et je vous ai connu bien meilleur que vous n'êtes.
C'eft qu'en effet celui de Moliere n'eft
DE FRANCE. 91
point un homme perfonnel , infenfible &
dur ; fon caractere eft celui de la raifon
indulgente , qui croit devoir le prêter aux
faibleffes & aux travers que l'on ne faurait
corriger ; il eft d'ailleurs très -bon ami,
& s'occupe , pendant toute la Piece , des
intérêts d'Alcefte , dont il ne blâme la
mauvaiſe humeur qu'en raifon du mal
qu'elle peut lui faire. Cette maniere d'être
n'a rien de commun avec celle du nouveau
Philinte , qui n'eft autre chofe qu'un
parfait égoïfme : j'aurais donc intitulé la
Piece , Philinte Egoifle & Alcefte Philantrope
, & j'aurais voulu expofer dans le
cours de l'Ouvrage, comment le caractere
de Philinte s'était corrompu & endurci
dans le commerce d'un certain monde où
l'on ne s'accoutume que trop à n'exifter
que pour foi. J'en aurais tiré une moralité
de plus , c'eft que l'indulgence & la
douceur , quand elles ne tiennent pas à
des principes réfléchis , mais à une forte
de molleffe & d'indolence , peuvent conduire
jufqu'à cette infouciance méprifable
qui rend un homme étranger aux fentimens
& aux devoirs de l'humanité. C'eft
précisément notre Philinte : l'idée & l'exécution
de ce rôle font beaucoup d'honneur
à M. d'Eglantine , & d'autant plus
qu'il a réuffi où d'autres avaient échoué.
On avait plufieurs fois eflayé de peindre
cet égoïline qui a été , aux yeux des obfer-
E
4
92 MERCURE
vateurs , un des caracteres les plus marqués
parmi nous , à cette époque où le Gouvernement
avait découragé les vertus , &
avili les ames au point d'introduire une
immoralité fyftématique & une corruption
raifonnée. Voilà , en effet , ce qui caractétife
le Philinte de M. d'Eglantine ; l'Auteur
en a fupérieurement faifi & deffiné
tous les traits ; & .graces à lui , nous avons
enfin au Théatre , ce qui était très- difficile
à faire , un perfonnage qui remplit l'idée
que nous avens d'un véritable Egoïste . M.
Eglantine a très- habilement évité le grand
écueil du fujet , celui de rentrer dans des
caracteres connus. Je ne le louerai pas de
n'avoir point fait de fon Egoïlte un escroc
& un fripon ; cette faute était trop groffiere
, & n'a pu être commife qu'une fois ;
mais il a fait plus : fon Philine n'eft ni
un ambitieux , ni un avare , ni un intrigant
; c'eft purement un Egoifte , & pas
autre chofe , un de ces hommes comme
il y en a tant dans une Nation profondément
dépravée , qui , pour ne pas déranger
leur femmeil ou leur digeftion , fe
refuferaient à rendre le plus grand fervice
ou à faire la meilleure action qui dépendrar
d'eux , un homme pour qui rien
n'exifte au monde que lui , pour qui tout
eft bien dès que lui-même n'eft pas mal , qui
n'a aucun autre fentiment que celui de fon
bien-être individuel ; un homme tout enDE
FRANCE. 93
tier dans fon moi , & que rien de ce qui
regarde autrui ne peut en tirer un moment ;
qui ne plaint point le malheur & ne s'in
digne point du crime , attenda que cela
troublerait fa tranquillité , & qu'il ne fe
croit chargé de rien que de lui . On fent
qu'un pareil caractere eft la mort de toutes
les vertus , de tous les fentimens humains
& honnêtes : s'il devenait général , il ferait
de la Société un défert. On ne peut.
favoir trop de gré à un Auteur comique
d'avoir fait fervir fon talent à combattre
cette efpece de monftre anti- focial , à le
montrer dans toute fa difformité , à en
infpirer l'horreur. Il a fait très heureufement
concourir à ce bur moral le contrafte
de l'Alcefte de Moliere , qui repataît
ici avec fon ame ardente & impétueufe
, & toute fa haine pour les méchans
; mais l'objet de l'Auteur moderne
étant très différent de celui de Moliere
, il a repréfenté fon Alcefte fous un
jour nouveau , beaucoup moins comique ,
il ft vrai , mais bien plus intéreffant.
Moliere a voulu faire voir combien la vertu
pouvait fe nuire à elle-même par des formes
rudes & repouffantes , & par l'oubli
de tous les ménagemens : conventions néceffaires
de la Société ; & il a parfaitement
rempli cet objet . L'Auteur moderne , qui
a eu le noble courage de marcher fur fes
traces , s'eft emparé du beau côté que
Es
-
94 MERCURE
>
Moliere n'avait pas dû préfenter. Nous
avions un Alcefte ne pouvant fupporter
les vices des hommes , ni même leurs faiblaffes
& leurs travers , & les gourmandant
avec une rigueur intraitable ; & fous ce
point de vue , c'eft le Mifanthrope : ici
Alcefte ne peut voir une injuftice fans s'y
oppofer de toute fa force , ni un opprimé
fans vouloir le fervir ; & fous cet autre
point de vue , c'eft le Philanthrope. Ce
bean caractere moral eft peint avec toute
l'énergie , toute la véhémence , tout le feu
dont il était fufceptible ; & mis en oppofition
avec l'odieux égoïimede Philinte , il
acquiert encore plus d'effet.
Le plan de la Piece eft fimple & bien
conçu la marche en eft claire & foutenue
, & l'action , fans être compliquée ,
ne languit pas un moment. Toute l'intri
gue tient à une feule idée ; mais elle eft
du nombre de celles qu'on appelle , en
termes de l'art , idées meres , & il n'en
faut qu'une de ce genre pour fournir cinq
Actes au talent qui fait conftruire une
Piece & difpofer les acceffoires . Cette
idée , très- dramatique & très-morale , confifte
à punir l'égoïime par lui-même , en
rendant l'apathique Philinte l'objet d'une
friponnerie atroce , qu'il ne veut pas que
l'on combatte , quand il croit qu'elle ne
tombe que fur un autre , contre laquelle il
refufe obftinément d'employer des moyens
DE FRANCE. 95
qui font à fa difpofition , & dont il et
au moment d'être lui - même la victime
s'il ne trouvait fon appui dans le zele ac
tif & courageux d'Alcefte , dans ce même
zele qu'il n'a ceffé , pendant trois Actes ,
de blâmer comme une imprudence , & de
méprifer comme un ridicule. Il ne peut
pardonner à fon vertueux ami , qui a déjà
un procès pour un de fes vaffaux qu'il
veut défendre de l'oppreffion , & qui eft
en ce moment frappé d'un décret de prife
de corps , furpris par la chicane & la calomnie;
il ne peut lai pardonner de vouloir
fe mêler encore d'une affaire qui ne
le regarde pas il fe refufe à faire aucune
démarche auprès d'un homme en place
qui eft de fes parens , & qui pourrait prevenir
un crime ; il rebute très durement
les prieres de fa femme Eliante , qui fe
joint à fon ami Alcefte pour folliciter fes
fecours ; & les raifons de fes refus font
prifes dans la nature d'un pareil perfonnage
; c'eft qu'il ne faut pas fe brouiller
avec les méchans qui ne pardonnent pass
& que fi l'on a quelque crédit , il faut le
garder pour foi voilà bien l'Egdifte . Il
fait plus ; il emploie ce qu'il a d'efprit à
prouver, par de miférables fophifmes , qu'il
n'y a aucun mal à ce que 200 mille écus
paffent de la bourfe du légitime poffeffeur
dans celle d'un fripon . Rien ne lui paraît
plus fimple & plus dans l'ordre : tant pis
-
E 6
96 MERCURE
,
pour l'homme confiant ; s'il eft dupe , il
m'a que ce qu'il mérite ; il eft bien sûr
hui, de ne pas l'être ; & fi cela lui arrivait,
il ne dirait mot ...... & c'eft lui qui eft la
dupe dont il s'agit ; & dès qu'il l'apprend,
il jette des cris de fureur , & tombe , un
moment après , dans l'anéantiffement qui
eft le dernier degré du défeſpoir. C'eft-là ,
fans contredit, une fituation qui réunit la
leçon & l'effet ; elle eft d'ailleurs bien fufpendue
, amenée par des refforts naturels :
tout a été caché , & tout le découvre à
propos fans qu'il y ait rien de forcé ni
d'invraisemblable ; & toujours les fituations
mettent en jeu les perfonnages , de
maniere à faire reffortir lur caractere.
Alcefte , dans ce moment terrible & théatral
où Philinte eft att rré , ne dément pas
la générofité qu'il a montrée juſque là Il
eft vrai que par un mouvement impoffible
à contraindre , & que le Spectateur partage
, il s'écrie d'abord :
Oh ! morbleu !
C'est vous que le deftin , par un terrible jeu ,
Veut inftruire & punir ! .... O célefte juſtice !
Vorre malheur m'accable & je fuis au fupplice .
Mais je ne prendrais pas moi , de ce coup du fort ,
Cent mille écus comptat .. Hé bien ! avais-je tort?
Tout eft-il bien , Monfieur ?
DE FRANCE. 97
PHIL INTE.
Je me perds , je m'égare.
O perfidie ! ô fiecle & pervers & barbare !
Hommes vils & fans foi ! Que vais -je devenir ?
Rage ! fureur ! vengeance ! Il faut.. On doit punir,
Exterminer.....
N'eft - ce pas là encore l'Egoifte ? Les
autres fouffrent; cela eft dans l'ordre : le
mal vient- il jufqu'à lui le monde entier
eft confondu. Mais comme le Spectateur
jouit de cette caraftrophe ! Comme, après
tous les beaux propos que Philinte vient
de débiter , on eft tenté de lui crier avec
Alcefte ,
Tout est-il bien , Monfieur ?
On le détefte fi cordialement , qu'on
pardonnerait prefque au fripen qui lui vole
toute la fortune. Mais ce premier mouvement
donné à la juftice , a -t- on moins de
plaifir à entendre Alceft dire à fon ami
coupable , mais malheureux :
Vous pouvez difpofer de tout ce que je puis .
Mes reproches, Monfieur, fe aient juftes , je penſe;
Mais mon coeur les retient : 1. vôtre m'en difpenfe.
Tous mérité qu'il eft , le malheur a fes droits ,
La ¡ itié des bons coeurs , le refpect des plus froids.
Mon ame fe contraint , quand la vô- re eft preffie ;
Quand vous ferez heureux, vous faurez ma penfée .
MERCURE
Ce dernier vers eft fort beau ; les autres
devraient être meilleurs.
Remarquez que ce même Alcefte , qui
s'affecte fi vivement de ce qui regarde autrui
, eft calme & imperturbable dans fes
propres dangers . Il eft arrêté au 4° . Acte ,
en préfence de Philinte , qui s'écrie :
Alcefle, eft- il bien vrai ? quel accident terrible !
Mais Alcefte fe contente de lui répondre
froidement :
Quoi ! Monfieur ! vous voyez enfin qu'il eft poffible
Que tout ne foir pas bien.
PHIL INTE.
Après un pareil coup,
Je fuis défefpéré..... Que faire?
ALCESTE.
Rien du tout.
( Au Commiffaire. )
Monfieur, me voilà prêt : menez-moi, je vous prie,
Au Juge , fans tarder.
On ne peut mieux obferver les convenances
de caractere . Philinte auffi ne dément
pas le fien. Le revers qu'il vient d'éprouver
, & la leçon qu'il a reçue , ne le
rendent pas meilleur. Sa femme le preffe,
DE FRANCE. 99
aus . Acte , de courir auprès de fon ami
arrêté , & qui ne l'eft que parce qu'il s'eft
expofé pour lui ; mais Philinte a bien autre
chofe à faire. Tout ce qui l'occupe ,
c'eft d'engager fa femme à faire oppofition
à la faifie des biens , en vertu de fes droits
& de fes reprites ; il compte employer la
journée avec elle à courir chez des gens
d'affaires , & Alcefte deviendra ce qu'il
pourra. Un autre trait caractérifique , c'eft
qu'il confent à s'accommoder en payant une
partie de ce billet faux que l'on produit
contre lui , ce qui eft à peu près avouer
la dette qu'il nie , & par conféquent fe
déshonorer ; mais il aime mieux cette infame
tranfaction que les peines & les
fatigues d'un procès cù fon honneur n'eft
pas moins compromis que fa fortune. Son
Avocat en rougit pour lui ; Alcefte refufe
d'être témoin d'une démarche fi aviliffante ;
mais un Egoïte n'eft pas fi délicat.
Cet Avocat eft encore un rôle très-bien
entendu , bien adapté à la Piece , bien
lié à l'action . C'eft Alcefte qui le fait veni ,
au commencement du premier Acte , pour
le charger de la pourfuite de ce procès qu'il
a entrepris en faveur de fes Vallaux ; mais
la maniere dont il s'y prend pour ſe
curer un Avocat eft fort originale : fe défiant
de fon choix & de la renommée qui
peuvent le tromper également , il aime
mieux s'en rapporter au hafard pour troupro100
MERCURE
ver un honnêre homme ; & il envoie fon
Valer au Palais chercher le premier Avocat
qu'il rencontrera. Cette idée eft plaifante
& bizarre , & produit quelques détails
comiques. Heureufement ilfe trouve
que cet Avocat eft en effet le plus honnête
homme du monde ; mais il commence par
avoir une querelle avec Alcefte , parce qu'il
refufe d'abord de fe charger d'une affaire
qui l'empêcherait d'en fuivre une très - inf
tane , où il ne s'agit de rien moins que
de faire tête à un fripon qui , avec un faux
billet dont la fignature eft vraie , veut efcroquer
denx cent mille écus c'eft précifément
l'affaire de Philinte ; mais on n'en
fait encore rien , vu que Philinte a pris
depuis quelque temps le titre de Comte
de Valancés. Un Intendant qu'il a chaffe ,
lui a furpris une fignature & y a joint
le billet frau luleux ; il l'a remis entre les
mains de notre Avocat , pour en pourfuivre
le payement ; mais celui- ci , qui connaît
fon homme & qui ne doute pas de
la fauffeté du titre , eft occupé à chercher
le prétendu débiteur pour éclaircir l'affaire
avec lui. Dès qu'Alceft a entendu ces
dérails , il eft le premier à convenir que
l'Avocat a raion ; il laiffe là fon Procès
& fe joint à l'honnêre Légifte , pour confommer
la bonne action qu'il veut faire ;
il veut y employer le crédir de Philinte ,
dont l'oncle eft Miniftre d'Etat , & peut
DE FRANCE. ΙΟΥ
, ne veut rien
en impofer à un fauffaire impudent ; mais
Philinte , comme on l'a vu
entendre ; il prépare lui -même fon malheur
& fa punition. La maniere dont tous ces
incidens font ménagés , mérite des éloges ,
& prouve de la connaiffance du Théatre.
و
Ôn voit par la nature de cette intrigue
& par celle des perfonnages , que le
ton de la Piece doit être en général fort
férieux ; c'eft plutôt celui du Drame que
de la Comédie ; mais , on ne faurait trop
le redire ne circonfcrivons point le talent
dans des bornes trop étroites . Tour
Cuvrage dramatique qui attache , qui intéreffe
, qui inftruit , eft par cela même
un Ouvrage eſtimable. Sans doute , fi l'Auteur
avait pu y répandre le comique que
Moliere a mis dans le fujet férieux du
Milanthrope & dans le fujet odieux du
Tartuffe , il aurait infiniment plus de mérite
& de gloire ; mais ces chef- d'oeuvres
de l'efprit humain font néceffairement
rares ; & fort loin au deffous d'eux , il y
a encore de la gloire dans un Art auffi
difficile que celui de la Comédie .
Le rôle d'un coquin de Procureur , nommé
Rolet , & très -digne de fon nom , eft
le feul qui ait une teinte comique ; ce
rôle eft très bien fait , & fuffirait pour
prouver que l'Auteur n'eft point du tout
étranger au ton de la Comédie proprement
dite, quand même il ne l'aurait pas prouvé
102 MERCURE
dans d'autres Productions dont nous par
lerons inceffamment .
On peut faire quelques obfervations fur
le dénouement ; il peut paraître un peu
forcé ce même Procureur Rolet fe rend
peut- être un peu facilement ; il a les formes
pour lui , il ne rifque rien , & il a
montré de la tête. Alcefte a beau s'offrir
pour aller en prifon ; il a beau demander
qu'on y traîne auffi l'Intendant , fous la condition
d'être pendu lui , Alcefte , s'il ne
prouve pas que l'Intendant doit l'être ; dans
les formes de nos anciens Tribunaux , un
pareil défi n'eût pas été accepté, fur- tout
de la part d'un homme étranger à l'affaire .
Le Commiffaire lui aurait répondu qu'il
fallait fuivre la marche prefcrite par les
Loix ; c'eft là fur-tout la réponſe que le Praticien
Rolet devait faire ; cependant Alcefte
nous apprend , dans un récit , que ce Rolet
s'eft troublé , & que l'Intendant a rendu
le billet. Mais après tout , on n'a pas
coutume de fe rendre fi difficile fur un
dénouement de Comédie , qui d'ailleurs
efl fatisfaifant , prifqu'il remplit tous les
væeux des Spectateurs & fait juftice à
tout le monde. Alcefte humilie Philinte
en lui rendant fa fortune , & le punit en
renonçant pour jamais à fon amitié :
l'innocence de ce même Alcefte eft reconnue
, & l'ordre qu'on avait donné contre
lui eft révoqué far le vû de pieces pro-
و
DE FRANCE. 103
bantes ; fa vertu brille aux yeux de tous
les Juges , qui lui affurent le triomphe le
plus complet dans le procès généreux qu'il
a entrepris . Il va retrouver fes Vaffaux
dont il eft le libérateur , & emmene avec
lui le vertueux Avocat , dignement récompenfé
par le titre d'ami d'un homme tel
qu'Alcefte , qui déformais ne veut plus fe
féparer de lui .
Le feul reproche effentiel qu'on puiffe
faire à cette Piece , porte fur le ftyle qui
ne répond pas à tout le refte , & je dois
d'autant moins diflimuler ce reproche après
toutes les louanges que j'ai cru devoir
à l'Auteur , qu'heureufement il n'y a point
ici impuillance de faire mieux , mais feu- .
lement un excès de négligence , avec lequel
il eft impoffible de faire bien. M.
d'Eglantine n'a point en écrivant les défauts
qu'on ne corrige point , le manque
d'idées , de naturel , de vérité , de force ;
il a au contraire de tout cela ; il penſe
il fent , il dialogue ; mais il eft trop évident
qu'il s'abandonne fans réferve à une
facilité de compofition qui eft très- dangereufe
, fi l'on ne s'en défie pas. Sa diction
eft entiérement incorrecte , pleine de
fautes de langage , de conftruction , de, verfification
, chargée de termes impropres &
de chevilles. Toutes ces fautes échappent ,
je le fais , dans la chaleur du débit théatral
; mais à la lecture , elles choquent &
104 MERCURE
fatiguent tout Lecteur un peu inftruit , &
font fenties même de quiconque a un peu
d'oreille & de goût naturel en un mot ,
un Ouvrage mal écrit n'eſt jamais relu
& M. d'Eglantine a trop de talent pour
ne pas afpirer à être : il eft trop heureux
de n'avoir befoin , pour y parvenir
que de travail & de réflexion . Je ne dirais
pas trop , en affurant que la moitié de
Ta Piece demande à être récrite ; & comme
elle eft faite pour refter au Théatre , il
doit être jaloux du fuccès du cabinet , fans
lequel on n'a jamais qu'une réputation
fecondaire. On n'exigera pas que je releve
tous les vers défectueux ; mais une foule
de fautes graves raffemblées dans un petit
nombre de vers pris fort près les uns des
autres , demontrera combien fa diction eft
habituellement vicieuſe.
Eh ! quel endroitfauvage
Que le vice infolent ne parcoure & ravage ?
Ainfi de proche en proche , & de chaque cité ,
File au loin le poifon de la perverſité .....
Ce ne font point les endroits fauvages
que le vice ravage ; il eft clair que fauvage
eft là pour la rime ; & comment ravage
t-on un endroit fauvage ? C'eft fe contredire
dans les termes . File au loin eft extrêmement
dur ; & qu'est - ce qu'un poiſon
qui file
) .
DE FRANCE. 105
La vertu ridicule avec fafte eft vantée.
C'eft encore une contradiction dans les
termes . Si la vertu eft vantée avec fafte ,
elle n'eft pas ridicule. L'Auteur a voulu
dire , la vertu dont on fe moque en fecret
eft vantée avec fafte ; mais il ne le
dit
pas.
Tandis qu'une morale en fecret adoptée ,
Morale défaftreufe , eft l'arme du puiſſant
Et des fripons adroits pour frapper l'innocent.
Pour comprendre comment une morale
peut être l'arme du puiffant, il faudrait qu'on
nous dît ce que c'eft que cette morale ; il n'en
eft pas queftion dans tout le morceau. Il
ne fuffit pas de dire qu'elle eft défaftreufe ;
tout cela eft vague & infignifiant ; & quelle
langueur traînante dans cet enjambement
& dans cette conftruction ? L'arme du puiffant
& des fripons pour frapper. Cela ferait
mal écrit & mal conftruit en profe comme
en vers .
Et ce morceau fur le crédit :
On n'en a jamais trop , pour que de toute part
On aille, l'employer & l'ufer au hafard .....
On n'en a jamais trop pour qu'on aille ,
&c. n'a pas même l'apparence d'une conftruction
Françaife ; c'eft une phrafe barbare.
10G MERCURE
Vous voulez le rebours de tout ce qu'on évite;
Comme fi la coutume en effet n'était pas ,
Au Feu de porter ceux qu'on jette fur nos bras ,
Pour fi peu de crédit qui vous tombe
en partage ,
D'être prompt, au contraire, à prendre de l'ombrage
De toute créature & de tout protégé
Par qui l'on pourrait voir ce crédit partagé ,
Soit Four les détourner ou pour les mettre en fuite .
Non feulement ces vers fe traînent miférablement
les uns après les autres ; mais
pour en découvrir le fens, il faut abfolument
reconftruire toute la phrafe , dont il n'y a
pas un feul membre qui tienne à l'autre.
Vos jours voluptueux , mollement écoulés
Dans cet affaiffement dont vous vous accablés.
Concevez ce que c'eft que des jours écoulés
mollement dans un affaiffement dont on s'accable
! tâchez d'accorder enfemble ces expreffions
& ces idées .
Ce goût de la pareffe , où la froide opulence
Laifle au morne loifir bercer fon exiftence ,
Sont les fruits corrompus qu'au milieu de l'ennui
L'égoïfme enfanta , qui remontent vers lui ,
Pour en mieux affermir le trifle caractere....
Quelle incohérence de figures , & d'idées
& de termes ! je le demande à l'Auteur
DE FRANCE. 107
lui -même : comment peut-il fe figurer des
fruits qui remontent pour affermir un caractere
? Ces quatre métaphores abfolument
difparates forment le plus étrange amphigouris.
Mais auffi de ces fruits dérive leurfalaire.
Même ftyle : unfalaire qui dérive , & qui
dérive des fruits ! je le répete , ce ftyle eft
intolérable.
J'ai entendu applaudir au Théatre ce
vers :
Vous clouez le bienfait aux mains du bienfaiteur .
Quelque illufion qu'ait pu faire le jeu
de l'Acteur , qui mettait une grande expreffion
dans ce vers , il n'en eft pas
moins mauvais . Il n'y a point d'énergie
fans vérité , & il eft impoffible de fe repréfenter
, de quelque maniere que ce foit,
le bienfait cloué à une main ; l'expreffion eft
également fatiffe & ignoble.
Si M. d'Eglantine veut , d'après ces obfervations
, fe juger de bonne foi , comme
il convient à tout homme de fens il
fentira la néceflité de travailler , de corriger
, d'épurer fa verfification .
>
La Piece eft précédée d'une Préface
affez étendue , dont le but eft de faire voir
combien l'Optimifle de M. Collin eft un
108 MERCURE
une
Ouvrage immoral. Il y a bien un fond de
vérité générale dans les remarques du
Cenfeur à ce ſujet ; mais d'abord il y
regne un ton d'amertume qui accufe une
animofité perfonnelle , & qui dès -lors infirme
& décrédite l'autorité du Critique ;
de plus , c'eft un grand principe d'erreur
& d'injuftice , de tirer des conféquences
ftrictes & rigoureufes des difcours d'un
perfonnage de Théatre , pour les appliquer
à l'Auteur , comme s'il eût écrit un
livre de Philofophie. Il eft certain qu'il fe
mêle à l'Optimisme de Plainville
forte d'infouciance fur les maux d'autrui ,
qui eft fort contraire à la philantropie ; mais
d'abord le caractere de Plainville n'eft pas
donné dans la Piece comme un modele
à imiter ; il eft repréfenté feulement comme
un homme dont la tournure d'efprit confifte
à voir tous les objets du côté le plus
favorable. M. d'Eglantine releve quelques
détails analogues à des préjugés qui régnaient
encore quand M. Collin a fait fon
Optimifte ; je ne vois pas qu'on puille
faire un crime à un Auteur comique de
fe conformer aux préjugés dominans ; mais
j'avoue qu'il eft beau de les combattre .
& je pardonne de bon coeur à M. d'Eglantine
fon indignation contre l'Optimiste , puifqu'elle
lui a fait faire fon Philinte : Pacit
indignatio verfan. (D ... )
RAPTORT
DE FRANCE. 109
RAPPORT de MM. J. Godard & L. Robin,
Commiffaires civils , envoyés par le Roi
dans le Département du Lot, en exécution
du Décret de l'Affemblée Nationale , du
13 Décembre 1790 ; remis au Roi le 6
Avril par M. Godard , en préfence de M.
Duport , Miniflre de la Juftice , & préfenté
par lui à Sa Majefté; imprimé par
ordre de l'Affemblée Nationale.
CE Rapport eft divifé en deux Parties.
Dans la premiere , les Commiffaires du
Roi confiderent quel était l'objet de leur
miflion ; dans quel état ils ont trouvé le
Département du Lot ; ce qu'ils ont fait
pour y rétablir la paix ; & dans quel
état ils l'ont laiffé ; puis , fe repliant , pour
ainfi dire , fur eux- mêmes , ils examinent
dans un tableau général des faits , quelles
ont été les caufes des diverfes infurrections ,
& quels font les moyens propres à affernir
dans le Département du Lot , l'ordre
& la tranquillité ; cet examen fait
l'objet de la feconde Partie.
On fe rappelle que ce font les malheurs
de la Ville de Gourdon , occafionnés par
le raffemblement de sòoo Payfans que com-
N°. 29. 16 Juillet 1791 . F
110 MERCURE
mandait M. de Linars , qui déterminerent
L'Affemblés Nationale à décréter . l'envoi
de Commiffaires civils fur les lieux . Mais
à l'arrivée des Envoyés du Roi , les maux
s'étaient aggravés , & étaient répandus fur
toute la furface du Département .
❤
Les Commiffaires du Roi en ont parcouru
prefque tous les Diftricts ; ils ont
conféré avec la plupart des Municipalités ;
par tout , foit dans les campagnes , foit
dans les villes , ils n'ont agi que par l'empire
de la perfuafion & de la Loi ; & partout
, comme ils le difent dans leur Rapport
, après avoir cité un grand nombre
de faits qui atteftent ce réfultat , ils font
parvenus , à l'aide d'un mélange de fermeté
de douceur, proportionné aux lieux , aux
circonftances & aux personnes , à rétablir le
calme & à ramener le regne de la juftice
& des Loix.
+
Ce Rapport , rédigé par M. Godard
n'eft figné que de lui. Une note placée à
la fin de l'Ouvrage , annonce qu'il n'eft
pas figné de M. Robin , envoyé par le Roi
dans le Département du Gard ; mais que
toutes les bafes en avaient été arrêtées avec
lui avant fon départ.
༧༩
DE FRANCE.
SPECTACLES.
ONNa donné fur le Théatre Français de la
rue de Richelieu , l'Intrigue épifiolaire, Comédie
en 5 Actes, de M. Fabre d'Eglantine.
Cette Pisce a eu le plus grand fuccès .
Quelques perfonnes ont reproché à l'Auteur
d'avoir travaillé fur un fonds rebattu :
nous croyons ce reproche tout- à - fait injufte.
C'est un mérité de plus au contraire,
& rien ne prouve mieux le génie dramatique
que de traiter un fujer commun ,
quand on a l'art d'en faire fortir des fituations
, des combinaiſons nouvelles ; que
d'employer des refforts ufés quand ils fervent
à produire des effets inconnus . Rien en
effit n'a été mis fi fouvent au Théatre
qu'une pupille qui parvient à tromper fon
tuteur ; & tel et le fujet de l'Intrigue
épiftolaire ; mais que les deux Amans trouvent
le moyen d'agir parfaitement de concert
, fans le voir , fans fe parler ; qu'ils
parviennent à fe faire rendre leurs lettres ,
malgré les plus féveres précautions du jaloux
, & à l'aide de ces mêmes précautions ;
c'eft là ce qui demandait beaucoup d'art
d'imagination & de connaiffance de Théatre.
On pourrait juftifier égalenient quelques
fcènes , quelques moyens de l'Auteur
>
F 2
112 MERCURE
qu'on accufe de reffemblance avec des Ouvrages
connus . Ses réfultats fent fi différens
, que cette reffemblance même , fi elle
était réelle , ne ferait qu'ajouter à fa gloire,
puifqu'il fe ferait engagé à vaincre une
difficulté de plus . C'eft , s'il eft permis de
comparer un Art à un autre , le célebre
Symphonifte Haydn qui , d'un motif commin
& trivial qu'il s'eft plu à choifir, fait
tirer des chants auffi nobles , que neufs &
finguliers.
Au furplus , ce même Ouvrage offre un
caractere , qui certes n'eft pas dans le cas
d'un parcil reproche . C'eft celui d'ua Peintre
tout paffionné pour fon Art , & rempli
de cette infouciance profonde fur les intérêts
qui diftingue prefque tous les Artiftes.
Ce feul perfonnage fuffirait pour faire juger
de la verve comique & du véritable
talent dramatique dont l'Auteur a donné
tant d'autres preuves.
Nous ne fuivrons pas l'intrigue qui aurait
trop à perdre dans une analyſe . Nous
dirons feulement qu'elle eft tiffue avec beaucomp
d'art ; que fa complication ne nuit
en rien à la clarté ; que les fituations y font
auffi variées que bien ménagées . Quant au
ftyle , nous attendrons pour en parler que
la Picce feit imprimée ; mais nous pouvons
annoncer d'avance que le fel attique
y eft répandu à pleines mains.
DE FRANCE. 113
L'Ouvrage est en général très-bien joué.
On voit que la Troupe Comique de ce
Théatre cherche à n'être pas au deffous
de la Troupe Tragique ; & fes premiers
ellais font efpérer qu'elle ne tardera pas à
y parvenir.
Ce même Théatre a donné une Tragédie
de M. Ducis , intitulée Jean Sans-Terre .
Shakeſpeare a fait auffi une Tragédie ,
intitulée. La vie & la mort du Roi Jean ;
c'eft la premiere de fes Pieces hiftoriques .
Mais M. Ducis a changé entiérement la
difpofition du fujer , & n'en a imité que
deux fcènes du 4 ° . Acte : il a donné aufli
un caractere très différent à fes perfonnages.
Il a fait du Roi Jean un Tyran atroce,
dévoré des foupçons , des alarmes qui alfiégent
un Ufurpateur haï de fes Sujets
& qui ne lui laiffent pas efpérer de repos
jufqu'à ce qu'il fe foit défait de l'infortuné
Rival dont il a envahi les droits .
Tout l'intérêt de la Piece Françaiſe porte
fur le jeune Arthur , enfermé depuis plufieurs
années dans la Tour de Londres
fous la garde d'Hubert , que le Tyran croit
attaché à fon parti. La mere de cet enfant,
Conftance , Princeffe de Bretagne , cachée
dans Londres à la faveur d'un nom obfcur , en
cherchant à découvrir le lieu qui renferme
fon fils, a excité les foupçons du Tyran, & a
été renfermée dans cette même Tour. Une
F 3
114
MERCURE
croix d'or fur laquelle Arthur a écrit fon
nom , & qui a été trouvée par un brave
Breton , nommé Kermadeuc , eft encore
pour le Roi un nouveau fujet d'inquiétude.
Il a fait courir le bruit qu'Arthur avait perdu
la vue , pour ôter au Peuple le défir de le
remettre fur le trône ; il pré- end réaliſer
cette horreur , & charge le fidele Hubert
de l'exécuter. C'eft là une des fcènes que
M. Ducis a imitée de Shakefpéare. Mais
dans l'Auteur Anglais, Hubert n'e qu'une
ame lâche , qui cede plutôt par faibleffe
que par humanité aux carelles preffantes
d'un enfant. Dans la Piece Françaife ,
Hubert ne confent à remplir cet ordre
barbare que pour fauver les jours de fon
aimable pupille , que le Tyran ne refpecrerait
pas s'il voyait toujours fon Rival en
état de lui nuire. Le Roi bientôt ne veut
s'en fer qu'à lui - même , & c'eſt en ſa
préfence que le crime eft confommé. La
mere d'Arthur , confinée dans la Tour
fous le nom d'Adele , eft juftement choifie
pour garder un enfant qui lui eft fi cher.
On conçoit tont le pathétique de leur
réunion , lorfqu'elle le retrouve dans ce
cruel état. L'enfant reconnaît fa mere à
fa tendreffe cette tendreffe leur devient
fatale à l'un & à l'autre . Elle les décele
devant le Tyran , dans un interrogatoire
qu'il leur fait fubir.
DE FRANCE.
111
Ils font enfermés dans le Château de
Pomfret , lieu de profcription que l'Auteur
décrit d'une maniere fort reffemblante
à ce qu'était autrefois la Baftille . Hubert,
qui a fi mal fervi fon Maître , eſt enferiné
ailleurs . Cependant le Peuple fe fouleve ;
il délivre le Breton Kermadeuc , qui , à
fon tour , délivre Hubert. Mais pendant ce
temps , le Tyran envoie à Conftance & à
fon fils une coupe empoisonnée , & leurs
Libérateurs arrivent trop tard à leur fecours.
Jean eft vaincu , détrôné , livré à
fes remords , & ne jouit pas du prix de
fes forfaits .
Il y aurait des reproches à faire à la
contexture de cette Piece , où l'on trouve
des répétitions inutiles , des moyens qui
ne produifent rien , des invraisemblances
& des négligences de ftyle : mais on y
trouve auffi des détails pleins d'intérêt &
de fentiment , des vers énergiques & qui
partent du coeur , des fcènes très - bien
filées & remplies de pathétique ; en un
mot , toutes les beautés qu'on eft accourumé
à rencontrer dans les Ouvrages de
M. Ducis.
La Piece eft jouée avec un grand enfemble.
Mad. Veftris y porte au plus haut
degré l'expreffion de la tendreffe maternelle
, & M. Talma celle des foucis rongeurs
qui déchirent l'ame d'un Tyran ;
116 MERCURE
Mr. Monvel montre une fenfibilité profonde
dans le rôle très-noble & très-intéreffant
d'Hubert , & trouve le fecret de le
varier par ces détails que l'art dérobe à la
Nature, & que peu d'Acteurs ont fu allier
avec cette dignité inféparable de la Tragédie.
Une chofe plus étonnante peut - être ,
c'ift le talent auili vrai que précoce de
Mile . Simon , très - jeune débutante de
ce Théatre , chargée du rôle d'Arthur. A
tous les dons naturels de la figure & de
la grace , elle joint une fenfibilité bien rare
à fon âge , guidée par une intelligence plus
rare encore. En fuivant les confeils des
Hommes de Lettres diftingués qui paraiffent
s'attacher à ce Théatre , il ne nous
paraît pas douteux qu'elle n'en falfe un
jour la gloire & le principal ornement .
DE FRANCE.
VARIÉTÉ S.
DÉCOUVERTE INTÉRESSANTE.
M. GOUVENAIN , Citoyen de Dijon , propofe
une Scufcription pour l'exécution d'une
Découverte , qui confifte à garantir les Affignats ,
Billets de toute rature , & autres valeurs fictives
qui circulent dans le commerce des accidens
de vel , de perte , & même de fauffes fignatures
anxquelles ces fortes de propriétés font li fujettes.
Ce moyen eft très fimple : chaque porteur
de ces effets pourra l'employer lui- même
fans le fecours de perfonne , à fa volonté , fans
autres frais que ceux de premiere acquifition
& fans que , pour les Affigrats & autres effets
de ce genre , il en résulte aucune refponfabilité
envers les diverfis perfonnes entre les mains
defquelles ils circulent . On fent que dès-lors on
ne fera plus obligé de payer aux Poftes ou aux
Meffageries des droits confiderables pour leur
garantie , comme dans l'état actue'. ·
Par ce moyen , tout vol defdits effets ferait
infructueux à celui qui l'aurait commis ; & avec
certaines précautions dans le cas de perte , on
ferait rétabli dans fon droit , fans nuire à celui
d'autrui.
On devine aisément tous les avantages qui
réfulteraient de ce moyen pour la facilité des
échanges & des tranfactions de commerce d'un
bout du Royaume à l'autre , fans avoir aucun
accident à craindre , puifqu'on pourra , dans tous
MERCURE
les cas , reconnaître fi le porteur d'un titre quel
conque en eft le légitime poffeffeur.
Comme tous les Citoyens font intéreflés , mais
d'une maniere inégale , en raifon de leur fortune
& du genre de leurs affaires , aux avantages
de cette Découverte , M. Gouvenain propofe
de faire parvenir fes moyens à tous ceux
qui lui ferent pafler , port franc , leur foumilion
dans la forme fuivante :
" Je fouffigné , m'engage & promets de faire
» remettre à M. Gouvenain , à Dijon , la ſomme
» de .... lorfqu'il m'aura prévenu qu'il eft
fur le point de ne faire parvenir les moyens
» de jouir de fa Découverte annoncée dans fon
Profpectus , du 18 Juin 1791. Fait à ……..
35
Le prix laiffé en blanc n'excédera pas la fomme
de cinquante livres , mais pou a être beaucoup
inférieur fi le nombre des Sofiteurs eft confidérable.
On pourra lui envoyer des foumiffions
conditionnelles , en motivant que le prix
n'excédera pas la fomme de .... ( que l'on (pécifiera
. ) Si l'on fait attention à la fuppreffion de
chargement à la Pofte qui en réfaltera, on verra
qu'il y a un bénéfice réel à la Scufcript on demandée.
Pour raffurer les perfonnes qui auraient
des doutes fur l'efficacité de ces moyens , l'Auteur
s'engage à rendre l'argent à tous ceux qui ,
treis mois après la publication de ces moyens ,
pourraient prouver qu'ils n'ont pas la sûreté
qu'il leur attribue . Si quelque Maifon de Commerce
, pour en jouir plus tôt , voulait traiter
avec lui , il offre de fe rendre au lieu indiqué ,
pourvu qu'on s'engage à lui payer fon voyage ,
dans le cas où l'on ne conviendrait pas de prix.
M. Gouvenain prie les perfonnes qui ont fen
Profpecus , de le répandre le plus qu'elles pourDE
FRANCE. I
ront . I fe donne gratis , à Paris , chez Gattey ,
Libraire , au Palais- Royal ; & Crapart , place St-
Michel. Il en fera paffer , francs de port , à ceux
qui lui en demanderont par des lettres affranchies .
NOTICES.
Connaiffance des Temps , à l'ufage des Aftronomes
& dis Navigateurs avec des Addit ons
pour l'année bifextile 1792 , publiée par ordre
de l'Académie des Sciences ; par M. Méchain ,
de la même Académie . A Paris , de l'Imprimerie
Royale ; & fe trouve chez Moutard , Imp-Lib.
de l'Académie des Sciences , rue des Mathurins ,
Hôtel de Cluni.
On trouve chez le même Libraire los Ouvra→
ges fuivans :
Avis au 48 Sections , fur la Formation d'un
Corps Electoral pour procéder à lélection des
Députés de Département à l'Affemblée Nationale ,
de la feconde Légiflature ; par M. Loifeau , Auteur
du Journal de Conftitution & de Légiflation .
Réponse à la Lettre de Guillaume - Thomas
Raynal , adreffée à l'Affemblée Nationale , & qui
a été lue le 31 Mai 1791 ; par le même .
Secrets concernant les Arts & Métiers ; Ouvrage
utile , non feulement aux Artiftes , mais
encore à ceux qui les e . ploient. 4 gros Volumes
in-12 .
Cet Ouvrage contient un grand nombre de
détails fur les Arts , de Procédés , de Recettes
qu'on ne trouve point dans les Recueils de ce
genre , & qui conftatent la grande utilité de
celui - ci.
2 .
720 MERCURE
DE FRANCE
.
GRAVURES.
Tableaux de la Révolution Française , ou Collection
de 48 Gravures , repréfentant les événemens
principaux qui ont eu lieu en France depuis
la transformation des Etats- Généraux en Astembiée
Nationale. Le texte fera imprimé avec des
caracteres de M. Didot lainé , fur papier vélin
fuperfin , grand in- folio . Tous les mois il paraîtra
, à dater du 15 du préfent , une Livraison
contenant 2 Gravures & environ 8 pages de Dilcours
, compofé par Claude Fauchet , Evêque du
Calvados. Chaque Livraifon coûtera 6 liv . peur
Paris , & 7 liv. 4 f. pour les Départemens ; le
tout fianc de port.
S'adreffer à M. Briffault de la Charprais , Banquier,
rue Saint- Honoré , en face de celle Saint-
Florentin , N °. 374 ; ou à Madame Lefclapart ,
Libr. rue du Roule , N. 11. On ne donnera
d'argent qu'en recevant chaque Livraiſon.
A VIS.
Le Public eft averti qu'il fe débite chez plufieurs
Libraires , & notamment au Palais - Royal ,
une contrefaçon du Roman de Faublas , que
nous avons annoncé derniérement ; on veut la
faire paffer pour la bonne édition . Cependant il
eft aité de reconnaître cette contrefaçon au papier
très-commun fur lequel elle eft faite . L'Auteur
de Faublas déclare qu'il n'avoue que l'édition
qui fe trouve chez M. Bailly , Libraire , rue St-
Honoré , vis- à- vis la Barriere des Sergens.
TABLE.
LA Réfiftance inutile. 85 | Spectacles.
Charade , Enig. Log.
Rapport.
88
Variétés.
Le Philinte de Moliere . ୨୦
109 Notices.
333
117
119
MERCURE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
SUÈDE.
De Stockholm , le 27 Juin 1791.
La faifon s'avance , & aucune flotte n'a
encore paru dans la Baltique. Cette mer ,
dès la fin d'Août , devient impraticable
pour les gros vaiffeaux , par l'approche de
l'équinoxe & des mauvais temps . Il n'eft
donc guère probable qu'une campagne
s'ouvre , de ce côté , de toute l'année ; les
efpérances que la paix du Nord ne fera
point troublée fe confirment donc chaque
jour. Les ordres qu'on vient d'adreffer
dans les ports & dans les chantiers viennent
encore à leur appui : ils prefcrivent de faire
ceffer tous les préparatifs militaires qui
avoient été commandés ; ce qui fuppofe
de la part de notre Gouvernement , la
Nº. 29. 16 Juillet 1791 . H
(170 )
certitude des intentions pacifiques des
autres Cours intéreffées. Notre elcadre de
galère eft toujours à la côte , & rien n'annonce
qu'elle doive s'en éloigner.
On vient de donner cours à des billets
de la valeur de 16 fchellings , pour faciliter
les échanges , & fuppléer aux efpèces.
On affure que cette opération du comp
toir d'Etat à jufqu'à préfent l'approbation
de tout le monde , & que ces petits billets
jouiffent de la plus grande confiance
POLOGNE.
De Varfovie , le 25 Juin 1791.
L'affaire de Mittau & le projet de for
mer la Courlande en Palatinats a occupé
la Diète dans les premières féances du
mois : il n'y a encore rien de décidé. Voici
de quoi il eft queftion par rapport au premier
de ces objets. La Cour de Ruffie s'eft
habituée à entretenir à Mittau un Corps de
100 à 150 hommes de troupes ; cette efpèce .
d'acte de Souveraineté a été dénoncé à
la Diète mais il a été obfervé par
quelques Nonces que ce Corps de troupe.
n'étoit que pour la garde du Réfident ,
Ruffe à Mittau . On n'en a pas moins paru
craindre que la Ruffie ne regardât cet ulage
comme une forte de titre de Souveraineté,
* l'on a dû domander au Miniftre, de
+
( 170 ) \
Ruffie à Varfovie qu'il fit connoître lo
prétentions de fa Cour à cet égard.
Depuis on a porté à la Diète une autre
dénonciation contre le Duc de Courlande,
que l'on affure favorifer les prétentions de
la- Ruffie , & chercher à fouftraire ce fief
à la Souveraineté de la Pologne . Plufieurs
Miniftres de la République , réfidans au
près des Cours étrangères , ont écrit qu'on
ne devoit négliger aucuns des moyens
propres à confolider la nouvelle Conftitu
tion, & à prévenir les démarches des Puif
fances qui auroient quelqu'intérêt à la fairò
échouer. On aflure que ces avis annoncent
qu'il a été envoyé , pour cet objet , da
fommes confidérables à Varfovie.
Par le rapport de la Commiffion da
Tréfor , préfenté à la Diète les 9 & 1o de
ce mois , il réfulte que les dépenfes fixes ,
excèdent les revenus de cinq millions ,
ce qui , joint aux dépenses extraor
dinaires que doivent occafionner les cir
conftances actuelles , met les finances de la
République dans un affez mauvais état. I
été décidé de nommer une Commiffion
ou Députation chargée d'avifer au moyen
d'éteindre ce déficit, & d'augmenter les ra
venus publics.
311
¡
De Vienne , le 25.Juin, zeb neons
ab
Depuis l'interprétation de la convention
H &
( 172 )
de Reichenbach , par les Plénipotentiaires
Impériaux , ou plutôt l'extenfion qu'ils ont
donnée au fens du ftatus quo , qui avoit
fervi de bafe à ces conventions , les Miniftres
Ottomans n'ont femblé affifter aux nés
gociations , que pour donner au Grand
Vifir le temps de remonter fon armée , &
de fe mettre en état d'apporter quelques
modifications , par le fuccès des armes ,
aux demandes refpectives de notre Cour
& de celles de Pétersbourg.
Quoi qu'il en foit de cette conjecture ,
l'on s'apperçoit par ce qui vient de fe paffer
à Siftowe , & qui en a amené la féparation
, que la Porte n'a jamais eu l'intention
d'accéder aux conditions qui y ont été
propofées par les Miniftres-Médiateurs. Dès
le 19 Mai, on s'apperçut de l'éloignement de
la Porte pour reconnoître les droits que prétendavoir
la Maifon d'Autriche fur le vieux
Orfowa & le Diftrict de l'Unna ; & dans la
conférence du 7 Mai , il fut tout - à - fait
prouvé que l'on n'avoit rien à attendre des
négociations , tant qu'on tiendroit à ces
conditions principales , ainfi qu'à la ceffion
d'Oczakow à la Ruffie. Auf les Plénipotentiaires
Autrichiens déclarèrent- ils , dès
ce moment , au Miniftre Ottoman , que ,
puifque la Porte ne vouloit entendre à
aucun des accommodemens propofés , leur
préfence devenoit inutile à Siftowe, & que
dailleurs l'armistice étant fur le point d'ex((
173 )
pirer , ils jugeoient à propos de fe retirer
dans la Valachie.
A cette déclaration , le Miniftre de la,
Porte répondit qu'il alloit expédier un
Courier au Grand - Vifir , pour lui faire part
des intentions des Miniftres Autrichiens
& qu'en conféquence il demandoit deux
jours , avant de pouvoir donner une réponſe
décifive. On y confentit , le Courier
fut expédié , & revint le lendemain. On
tint alors une nouvelle conférence ; le Miniftre
Turc y fit connoître très -formellement
l'intention de la Porte , de ne jamais
accepter l'interprétation du ftatus quo donnée
par les Miniftres de l'Empereur , ni de
confentir à aucune des ceflions demandées .
En conféquence de cette réponſe , les Piépipotentiaires
Autrichiens fe font retirés
de l'Affemblée , & ont notifié leur départ
aux Miniftres - Médiateurs , en ajoutant
qu'on ne devoit point regarder abfolument
leur déniarche comme une rupture du Congrès
; qu'en fe retirant à Buchareft , ils fe
tiendront toujours prêts à retourner à Siftowe
auffi-tôt que les Miniftres de la Porte
auront déclaré leur intention de figner les
articles qui font la bafe du ftatus quo réclamé.
Cet incident & plus encore les mouve
mens de l'arinée Turque , fa difpofition &
fes forces , qui , quoiqu'audeffous de ce
qu'on les fait , peuvent , d'un moment a
H 3
( ( 74 )
C
Pautre , faire changer la face des chofes ,
ont décidé l'envoi de plufieurs corps d'ac
née & des difpofitions de défenfe fur
Jes frontières. Plufieurs régimens qui étoient
en Hongrie & en Tranfylvanie , ont reçu
les ordres de fe rendre en Valachie. Il eft
parti d'ici une divifion de Pontonniers ,
qui doivent fe rendre à Belgrade avec quelques.
Compagnies d'Artilleurs. L'achat de
vivres & fourrages néceffaires pour l'armée
a été aui ordonné ; on iève des Corp
de Volontaires , & tous les ordres font
donnés , comme fi la guerre étoit inévitable.
Les Hongrois , qui ont toujours paru
mécontens des derniers arrangemens avec
les Turcs , & qui ont voulu avoir un repréfentant
aux conférences de la paix , marquent
le plus grand empreffement à recommencer
la guerre , & s'offrent de fournir
un Corps d'armée confidérable.
Les dernières nouvelles reçues de la
Valachie annoncent que fix bataillons d'infanterie
Autrichienne & un régiment de
Huffards campent vis -à-vis de Sileftric , &
qu'on y a établi des batteries pour empêcher
le paffage des Turcs ; que les troupes
Ruffes ont paffé le Danube près de Gallacz ,
& que le Grand-Vifir qui eft toujours à
Schiumla , a détaché un corps de troupes
vers Maczin , avec ordre de chaffer les
Ruffes qui font de ce côté. Ainfi , fuivant
cet avis , voilà deux corps d'armée qui
( 175 )
vont fe trouver en préfence , chacun avos
l'intention d'éloigner l'autre , & on doit en
Conféquence s'attendre à quelqu'évènement.
A
Ce ne feroit point la première fois au
refte que la paix fe feroit faite au moment
où la guerre paroiffoit devoir recommencer
avec plus d'opiniâtreté. Malgré tous co
mouvemens on ne doit point la regarder
comme abfolument perdue de
vue. D'ailleurs il femble y avoir quelque
convenance politique de fa part des Turcs
à développer encore de grands moyens ,
foit pour obtenir de meilleurs termes dans
les négociations , foit pour relever le cou
rage des peuples , & empêcher qhills no
regardent les conditions de la paix abfo
lument comme dictées par la fupériorité
des forces étrangères.
Jufqu'actuellement on ne fait point
ces circonftances hâteront le retour
T'Empereur ; fon féjour en Italie paroit l'
attacher à quelque grand intérêt , & d'ail
leurs l'Archiduc fe conduit en fon abfence
avec beaucoup de prudence & une maturité
de confeil qui femble au - deilus de
fon âge.
ALLEMAGNE.
De Berlin , le 25 Juin .
Le général Mollendorf eft parti pour
H 4
7176 )
l'armée qui eft en Pruffe , & l'on a expédié
au moment de fon - départ plufieurs eftafettes
, tant pour ce Royaunie que pour la
Poméranie. On n'en doit pas conclure
cependant que ces démarches annoncent
une rupture décidée ; cent motifs peuvent
avoir donné lieu au départ de ce Général
& à l'envoi des couriers ; mais d'une
manière ou d'une autre , avant peu , l'on
doit connoître le réfultat & la fin de ces
mouvemens alternatifs & tantôt directs ,
tantôt rétrogrades des Puiffances armées de
l'Europe.
De Francfort-fur-le-Mein , le 9 Juiller.
On conçoit difficilement comnient , au
moment où la paix du Nord paroît affurée,
où tout femble indiquer que la Porte abandonnée
, va fe trouver livrée à fes propres
forces , elle fe foit montrée fi opiniâtre
dans les négociations de Siftowe , & faffe
aujourd'hui paroître tant d'empreffement à
recommencer les hoftilités. Cette politique
de fa part paroît d'autant plus énigmatique
que l'on ne regardoit la conftance des Turcs
à continuer la guerre malgré leurs pertes ,
que parce qu'on leur fuppofoit l'efpoir de
trouver de nouvelles reffources dans la diverfion
en leur faveur qu'auroient pu faire
l'Angleterre & la Pruffe. Mais aujourd'hui
ces efpérances font tombées ; la dernière de
( 177 )
ces Puiffances a tout à coup fufpendu la
marche de fes préparatiís , & des intérêts
plus directs que ceux qui la lient avec
la Porte Ottomane , femblent lui preſcrire
non- feulement de ne point s'engager dans
aucune guerre avec la Ruffie , mais encore
de fe conferver en bonne intelligence avec
elle. Quant à l'Angleterre , guidée toujours
par l'intérêt de fon commerce , elle aura dû
Te relâcher fitôt qu'on aura pu lui offrir
dans le Nord des avantages fupérieurs à
ceux qu'elle auroit pu retirer de fon intervention
en faveur des Turcs.
Tout paroit donc faire croire que ceuxci
n'auront aucun allié dans la guerre qu'ils
femblent difpofés à continuer, fi commie on
l'affure, & comme on a lieu de le penfer, les
Polonois n'ont voulu , à aucun prix , faile
avec eux un traité d'alliance offenfive .
Il faut donc croire qu'ils comptent faire
changerles difpofitions politiques des Cours
par le fuccès de leurs armes. Ce qu'il y a de
certain c'eft qu'ils ont tenté déja le paffage
du Danube , malgré les conféquences qu'ils
devoient bien penfer qu'on en tireroit. Six
cents hommes du corps d'armée pofté dans
les environs de Siliftrie étoient parvenus
même de l'autre côté du fleuve , lorfque
plufieurs détachemens Autrichiens fe font
préfentés & les ont forcés à repaffer le pont.
Jufqu'actuellement l'on n'a point connoiffance
que ce mouvement ait eu d'autres
HS
( 178 )
fuites. L'on fait feulement que les troupes
Ottomanes ont pris des pofitions très - avantageufes
, & qu'elles peuvent également fecourir
Braïlow , Varna , Siliftrie & fe porter
par- tout où l'attaque & la défenfe pourroient
l'exiger. Il faut attendre ce que ces
difpofitions deguerre ; après tant de conférences
pour la paix , fignifient , & ce qu'elles
produiront.
Onmande de Vienne que l'on y a défendu
Pimpreffion & la diftribution que fe propofoit
de faire la Société typographique
d'Italie , du Bref du Pape , concernant la
fufpenfion du nouveau Clergé de France .
La Régence d'Augsbourg a fait publier
qu'ayant été inftruite qu'un particulier avoit
trouvé le moyen de contrefaire les affignats
de France , elle avoit pris les mesures convenables
pour empêcher cette fraude,& prévenir
qu'on ne tente une entrepriſe aufli
criminelle dans la ville d'Augsbourg à
l'avenir.
De Bruxelles , le + Juillet.
L'inauguration des Gouverneurs - Généraux
a eu lieu le 30 Juin , comme on l'avoit
annoncé. Cette cérémonie s'eft faite avec
la pompe & la magnificence ordinaires ;
toutes les villes y ont donné leur confentement
, malgré les manoeuvres d'un parti
ennemi de toute tranquillité , & qui peut(
179 )
être efpéroit , dans la réfiftance de quelques-
unes d'elles , trouver des fujets de prolonger
les défordres & la divifion . La ville
d'Anvers a été la dernière à fe réunir aux
autres , & ce n'a été que le 28 qu'elle a
donné fon confentement.
Les Princes François réfugiés ici , ont eu
quelques conférences entr'eux. Un grand
nombre d'émigrés fe font préfentés chez
eux , & en ont été bien reçus ; il y a eu des
affemblées très - nombreuſes , où toute cette
Noblefle Françoife , diftinguée par l'amour
de fes Rois , s'eft empreffée de témoigner
à Monfieur & à fon frère la joie qu'elle avoit
de les voir ; elle leur a marqué le plus grand
dévouement , ainfi qu'une éternelle fidélité
au Monarque malheureux dont ils leur rappellent
l'image.
On ignore au refte les déterminations des
Princes & de ceux qui s'y font attachés ;
on parle de répartir les émigrés en diffé
rentes villes , pour en former des Corps
Militaires qu'on employeroit au befoin ;
mais fur tout cela il n'y a encore rien de
bien arrêté , & tout paroît fubordonné à des
mefures fupérieures.
GRANDE-BRETAGNE.
De Londres , les Juillet.
Nos Papiers publics fe rempliffent de
H6
( 180 )
toutes les folies que les Feuilles Françoifes
multiplient chaque jour , & nos Journa
liftes les copient avec la plus grande exactitude.
De fà , les bruits contradictoires , &
fouvent ridicules , qui fe répandent fur les
évènemens , & qui font que , malgré la
multitude de Journaux ce n'eft que longtemps
après que l'on peut parvenir à favoir
quelque chofe d'exact & de certain .
Le départ du Roi de France , fon arreftation
, ce qui s'en eft enfuivi offrent la preuve
la plus complette de la jufteffe de cette
obfervation . On a porté le manque de
critique jufqu'à rapporter des bruits popu
laires pour des Décrets de l'Affemblée , &
des Délibérations de Clubs pour le voeu de
la Nation Françoife. C'eſt ainſi qu'on a dit
qu'il avoit été décidé que la Reine feroit
miſe à l'Abbaye du Val - de-Grace , que le
Roi feroit placé ailleurs , & la royauté
déformais détruite feroit place à une
République. On a dit encore que le Roi
de France avoit écrit à fon Ambaffadeur ,
àLondres, de fe rendre aux fêtes que lesClubs
doivent donner le 14 Juillet à l'occaſion de
la Révolution , & cent autres contes de
cette espèce . On doit dans ces momens de
factions fe défier beaucoup des paragraphes
de Journaux & des prétendues nouvelles
fabriquées dans le fens des partis qui en
foudoyent les Auteurs.
La flotte n'eft point fortie ; la divifion
( 181 )
-
aux ordres de l'Aniral Hotham que l'on
avoit crue & annoncée comme partie , eft
reftée. Il eft certain aujourd'hui que Sa
Majefté fe rendra dans l'Ile de Wight pour
jouir du coup d'oeil de cette magnifique
flotte. Il n'y aura point de revue propre
ment dite , mais le Roi parcourra la ligne ,
accompagné des Officiers - Généraux de
l'armée & de fes fils . On croit que la Reine
ni aucune des Princeffes ne s'y trouveront.
Le Duc de Gloucester a d'avance joui
du fpectacle magnifique de ce fuperbe armement,
un des plus complets & des mieux
tenus que jamais ait eus la marine Angloife.
Après avoir longé la ligne des vaiffeaux ,
tous ornés de leurs flammes & pavillons ,
fon Alteffe s'eft rendue fur le Victory , où
étoit le pavillon Amiral , & il a été falué
de vingt-un coups de canon par chaque
vaiffeau.
L'on n'a point encore de nouvelles certaines
des négociations relatives à la ceffion
d'Oczakow & du parti auquel fe décidera
l'Impératrice. Des lettres particulières annoncent
feulement que notre Envoyé auprès
de cette Cour , à eu fon audience publique
quelques jours après fon arrivée ,
& que l'Impératrice ne faifoit paroître aucune
inquiétude des diverfes méfures qu'on
prenoit relativement à la guerre actuelle; on
ajoute qu'elle a donné à connoître qu'elle
n'entendroit à aucun arrangement , que fous
( 182 )
la condition préalable de la ceffion d'Oczakow.
On annonce encore que la flotte Ruffe
eft à Cronstadt , foas le commandement de
P'Amiral Krufle , & qu'elle eft compofée
de trente trois vaifleaux de guerre , de ſeize
frégates & vingt- deux cutters.
L'on a reçu plufieurs lettres de l'Inde ,
qui toutes confirment les difpofitions de
l'armée aux ordres du Général Cornwallis ,
Pour attaquer Tippoo dans fes Etats . Une
de ces lettres adreflée , par le Confeil
& le Gouverneur du fort St. Georges , à la
Cour des Directeurs de la Compagnie des
Indes , en date du 16 Février 1791 , annonce
le départ de l'armée des environs
de Madras , où elle fe tenoit pour fe rendre
à Vallore . Elle s'eft mife en marche
les Février , & eft arrivée à fa deftination
le 11. A cette époque , le Général Cornwal
lis fe propofoit de fe diriger fur Chittoor &
Moglée ; il penfoit qu'il pourroit arriver
an défilé qui fe trouve fur le chemin de
Bengalore vers le 20 au 21 , & que delà il
s'avanceroit fur cette place qu'il croyoit
pouvoit inveftir les Mars .
Lorfque l'armée Angloife s'eft approchée
de Madras au commencement de Janvier
, l'ennemi , qui canipoit près de Tiagar,
s'eft promptement éloigné, & cít allé
attaquer Permacoil , qu'il a prife avec la
foible garnifon de Cipaïs qui la défen(
183 )
doit ; il s'eft emparé auffi du fort de Trepatore
, fitué dans le pays de Baraniau !,
mais que l'on dit de peu d'importance.
L'oi fit que la Cour de Madrid a montré
la meilleure volonté , non- feulement
d'indemnifer les Marchands des pertes qu'ils
ont faites par fuite des hoftilités commifes
a Nootkafund , mais encore d'évaluer à
qui peuvent fe monter celles qu'a du cccafionner
la fufpenfion du commerce qu'ils
auroient pu faire entre Nootka & la Chine;
commerce que les Efpagnols ont fait pendant
ce temps à leur grand avantage . Ce
font MM. Woodford & de la Pieras , le
premier nommé par notre Cour, le fecond
par celle de Madrid , qui font chargés d'eftimer
les indemnités qui peuvent être dues
par Sa Majefté Catholique , pour les caufes
que nous venons d'expofer. Il eft convenu
en outre que , fi les Commiffaires nonimés
de part & d'autre ne conviennent pas des
indemnités à accorder , il fera nommé par
quelque Puiffance en bonne intelligence
avec les deux Cours , un troifième Commiffaire
à l'arbitrage duquel on s'en rapportera.
C'est donc bien à tort que des bruits fe font
répandus que la méfintelligence régnoit
entre les Cours de Londres & de Madrid
au fujet de ces indemnités , & que cette
affaire ne fe termineroit point aifément. Il
n'eneft pas moinsvrai que les fonds ontbaiffé
le premier Juillet à la bourſe , fi- tôt qu'on
( 184 )
a fù l'arrivée de Madrid de M. Hammond,
Secrétaire de légation auprès de cette Cour .
Mais cet effet eft toujours produit par tout
événement inattendu & difficile à expliquer
d'abord.
FRANCE.
De Paris , le 6 Juillet.
ASSEMBLÉE
NATIONALE,
Lifte de ceux qui ont été portés pour la place dø
Gouverneur du Dauphin.
MES
STIRS
Agier , préfident d'un tribunal de diftrict de
Paris ; Allonville ( d' ) , ci devant chevalier 5
Amand d'Aupeley de Breteuil , département de
l'Eure ; Auger ( l'abbé ) , de l'académie des infcriptions
: Bâcon , électeur ; Barberin , colonel
d'artillerie ; Baudin , maire de Sédan ; Béranger ,
auteur de l'efprit de Mably ; Bernardin- de-Saint-
Pierre , auteur des études de la nature ; Berquin ,
auteur de l'ami des enfans ; Beugnot , Procureurfyndic
du département de l'Aube ; Bigot- de-
Prémaneu ; Bochard de Sarron ; Boſſu ( l'abbé ) s
Bouchage ( du ) , officier d'artillerie de la marine s
Bougainville (de ) ; Bourbon - Conti ; Bret , place
des victoires ; Brouffonnet , fecrétaire de la fociété
d'agriculture ; Callet , principal du collège de
Vannes ; Cérutti ; Charroft-Béthune ( ci-devant
duc ); Chateaugiron ( de ) ; Coadjuteur de Sens (le) ;
Coëtlogon ( Emmanuel de ) ; Condorcet; Cofte ,
( 185 ).
maire de Verfailles ; Croi ( ci - devant duc de s
Dacier, fecrétaire - perpétuel de l'académie des
belles- lettres ; Defmares-de- Gaccy , du département
de l'Orne ; Defpaulx , directeur en chef de
la ci- devant école militaire de Sorreze ; Devon -de-
Forbonnais ; du Caftel , homme de loi , à Rouen;
Ducis; Dduit- de- Romainville , ci-devant gouverneur
des pages ; Duménil ; Dupori-du- Tertre
Duverger ; Duverryer , fecrétaire du fceau ; Fleurieu
; François de Neufchâteau ; Garran-de- Coulon ;
Geres- aquey , du département de la Gironde ;
Guitton- Merveau , procureur- général- fyndic du
département de la Côte-d'Or ; Harcourt ( d' ) ;
He alt de Sechells ; Herbouville ( d' ) , préfident
du département de Rouen ; Hom , homme de
lot ; Jourdan , ci- devant préfident du district das
Petits -Auguftins ; Kerfain , de Ereft ; la Cépède,
adminiftrateur du département de Paris ; la
Cretelle ; Lafond , médecin ; Lametherie , frèr
du député ; Leger ou Legier , juge de paix de
la fection des poftes ; M. Lehoc , commandant
le bataillon de la garde nationale de Paris ; Leroi,
de l'académie des Sciences ; Maithe , procureurgénéral-
fyndic de la Haute- Garonne ; Malesherbes,
ancien miniftre ; Mariette , caiffier des ponts &
chauffées ; Mayot , membre du département de
Paris ; Mollien , rue de la Michodière ; Mongés,
de l'académie des fciences ; Montbel ; Montciel ,
maire de Dôle ; Montmorin , miniftre ; Morel de
Vindé , juge d'un tribunal de diftrict de Paris ;
Necker; Noël , rédacteur de la Chronique ; Ormeſſon
( d' ) , ci- devant contrôleur général ; Paftoret,
procureur- général-fyndic du département de
Paris ; Perron , officier municipal de Paris ; Picyres ,
deNimes , auteur de l'école des pères ; Pujet (du) ,
colonel d'artillerie ; Quatremer de Quincy ; Quef-
J
( 186 )
nay de Saint- Germain ; Roucher , préfident de
La fection de Saint-Etienne- du - Mont ; , Sainte
Croix , miniſtre en Pologne ; Saint- Martin' ,
auteur du livre des erreurs & dela vérité ; Séguin ,
évêque de la métropole de l'Eft ; Ségur , ambaffadeurà
Rome ; Servan , ancien avocat-général ;
Siccard ( abbé ) ; Terrède , médecin à l'Aigle , département
de l'Orne ; Tremblay ( du ) , adminiftráteur
du département de Paris ; Valence ; Valforts
Vandauvre; Vauvilliers ; Vergennes , commandant
de bataillon ; Villes ( de ) , ancien fermiergénéral.
Fait & arrêté par nous , fecrétaires de l'Affemblée
nationale , à Paris , ce premier juf
let 1791 .
Signés , GRENOT , LECARLIER , MAURIET.
Dufamedi , féance du ſoir.
M. Bérenger a pris l'engagement de payer la
folde annuelle de l'un des gardes nationales qu'on
enverra fur les frontières . Cette marque decivilme
a été juftement applaudie .
L'Affemblée a reçu le ferment de quelques
officiers . Les commis de la caiffe de l'extraordinaire ,
admis à la barie , ont offert d'entretenir 30
hommes armés. Des députés des gardes nationales
de Châtillon font venus protefter de leur
zèle à défendre la conftitution ; «le plus beau
chef-d'oeuvre qui foit forti de la main des hommes ,
puifque l'évangile n'en eft pas » , phrafe de Fontenelle
(fur le livre de l'Imitation ) , que leur orateara
fort heureufement appliquée , fans le citer ,
à un ouvrage que ce bel-efprit ne prévoyoit pas.
Le préfident a répondu à ces difcours , & les a
payés des honneurs de la féance .
Quatre-vingt- fept lettres arrêtées , au retour
( 187 )
de Jerfey , fur le bâteau d'un particulier fufpect ,
difent les adminiftrateurs de Saint - Malo , fort
adr ffées au préfident de l'Affemblée nationale .
En railonnant en fimple citoyen , M. Bouche
aurait demandé , comme un autre , que ces lettres
faffent religieufement remifes à leurs adreffes ,
mais en qualité d'homme public , d'homme d'état ,
de lég flateur , il a propofé de les renvoyer au
comité des recherches , & fon avis eft devena
un décret.
Le commis de la pofte , au contre - feing de
1'emblée , a fait remettre au préfident un panier
plein de gros paquets , en déclarant que celui
de MM. les députés qui l'a remis , n'en envole
pas moins toutes les fuis qu'il vient au contr
fing. Cet abus a porté M. Voidel a réclamér
fuppreffion du contre -feing de l'Affemblée .
M. Bigat a penfé que les municipalités & les
corps adminiftratifs ne fe refuferoient pas à payer
le port des paquets qui leur feroient envoyés ; cette
opinion a excité de longs murmures . Il a affuié
que c'eft à la faveur du contre- feing qu'on adrefle
des libelles à tous les énergamènes des départemeus
; mais aujourd'hui l'efprit de parti app! que
aveuglément les mêmes dénominations aux objets
les plus différens . Pour lever l'équivoque , M.
Blauzata cru pouvoir ajouter que l'ancien évêque
de Clermont n'a gâté le département du Puyde-
Dône que par ce moyen - là . Le nom de ce
prélat explique affez bien les mets libelles &
énergamènes . L'impartial opinant a conclu à ce que
les paquets fuffent envoyés fans franchife à leur
adreffe .
Il ne s'agit point , a répondu M. Barnave ,
de favoir fi une poignée d'ariftocrates recevront
ou non des libelles qui leur parviendront tout
( 188 )
jours , ni fi la poſte ou la nation gagneront ou
non deux ou trois cents mille lives ; mais fi
la fuppreffion du contre-feing n'ôtera pas aux
membres de l'Affemblée fiacèrement attachés à
la conftitution , la faculté d'éclairer leurs commettans
fur les véritables principes de la moharchic
, que tant de gens égarés par un patriotifme
mal-entendu , & par les efforts de la malveillance
attaquent de toute part. Je demande que
fur la propofition de M. Voidel on paſſe à l'ordre
du jour. On eft paffé à l'ordre du jour.
גכ
Une députation de 500 invalides eft venue
prêter le nouveau ferment , & leur orateur a dit
que quoique vieillis fous les drapeaux du defpotifme
ils verferoient avec ardeur le refte de
Jeur fang pour la liberté . « Qu'ils ofent dong ſe
montrer , s'eft écrié le préfident , ces ennemis
de votre repos , ces hommes foudoyés par des
tyrans. Vous faurez leur prouver que les infir
mités d'un homme libre peuvent réfifter aux forces
d'un efclave armé , & qu'animé par l'amour de
la patrie , un foldat françois n'a pas d'âge .
Trois à quatre mille écoliers de tous les col
léges de Paris , fous la conduite de leurs nou
veaux maîtres ont fuccédé aux invalides , ont
harangué , défilé & juré de mourir pour la
conftitution. Des applau diffemens des aris
de joie ont fignalé cet enthousiasme. Tous les
difcours & les réponſes du président feront im
primés par ordre de l'Affemblée .
M. Beaudron offre 300 livres pour fa contribution
volontaire à la folde des foldats - citoyens
qui marcheront contre les fatellites du defpotiſme,
On lui défère les honneurs de la féance .
Une lettre de MM. Régnault de St. Jean-d'Anx
gely , de Toulongeon , la Cour d'Ambefieux , com(
189 )
miffaires de l'Affemblée envoyés dans les départemens
du Doubs , du Jura & de la Haute- Saone ,
datée de Befarçon du 23 juin , annonce , air fi
que toutes les autres , les meilleures difpofitions
de la part des troupes de ligne , des gardes nationales
, des citoyens , & la preftation du ferment.
De pareilles affurances de plufieuis adminiftrateurs
de départemens , de diftricts , de
municipaux , de fociétés d'amis de la conftirution
, de Longwy , Sarrelouis , Péthiviers , Vannes ,
Bois- commun , Caen , Chartres , Nancy , Dijon ,
Sens , Sedan abſorbent le temps de l'Affemblée ,
& la municipalité de Marfeille y joint des actions
de grace pour le décret en faveur des gens de
couleur , les gardes nationales de cette ville
offrent de fe tranfporter dans les colonies , pour
y maintenir les décrets , & de traverfer le royaume
pour défendre les frontières.
e Meffieurs , a dit M. de la Fayette , qui
arrivoit alors dans la falle, je reçois de Luxembourg
, fous le cachet de M. de Boullé , deux
exemplaires imprimés de fa lettre à l'Aſſemblée ;
fi les projets qu'il annonce fe réalifoient , il
me conviendroit mieux , fans doute , de le combattre
que de répondre à fes perfonnalités . Co
n'eft donc pas pour M. de Bouillé qui me calomnie
, ce n'eft pas même pour vous , Meffieurs
, qui m'honorez de votre confiance , c'eſt
pour ceux que fon affertion pourroit tromper ,
que je dois la relever ici . On m'y dénonce comme
ennemi de la forme du gouvernement que vousavez
établie ; meffieurs , je ne renouvelle point
mon ferment , mais je fuis prêt à verfer mon
fang pour le maintenir ( on applaudit ) . "
*Sur 426 votans , M. Charles de Lameth a em
249 voix pour la préfidence.
( 190 )
M. d'Arraing a demandé que tous les officiers
ci-devant de fortune , fallent payés fans délai
de leurs penfions échues , fans égard à la date
des brevets , & que l'on rapprochât l'époque
des penfions de ces braves militaires . Sa récla
motion a été renvoyée au comité .
Les quatre décrets fuivans ont été rendus fang
difcuffion :
« L'Affemblée nationale décrète que les per
fions portées aux deux états annexés au préfent
décret , & dont le montant eft de 12,981 liv . 9 fou
4 deniers ; & mifes à la charge du fermier des
meffageries par le bail du 4 février dernier , feiont
acquittées par ledit fermier , conformément aux
claufes de fon bail, »
« L'Affemblée nationale , confidérant la néceflité
de fubvenir aux penfionnaires fur le fort
defquels il n'a pas encore pu être ftatué nominativement
, foit par provifion , foit définitive
ment , décrète que les décrets par elle précédemment
rendus pour procurer aux ci- devant per
fionnaires des fecours pour l'année 1790 , notam
ment les décrets du 3 août 1790 , Jes 9 & 11
janvier , & du 20 février dernier , auront leur
exécution , pour l'année 1791 , dans les mêmes
termes , aux mêmes conditions , & en outre aux
conditions fuivantes :
>
ec 1 ° . Les perfonnes qui le préfenteront pour
recevoir lefdits fecours , feront tenues de juftifier ,
aux termes du décret du 24 juin dernier , de leur
domicile actuel & habituel dans le royaume
ainfi que de la quittance de leurs impofitions & du
paiement des deux premiers termes de leur contribution
patriotique , ou de la déclaration qu'elles
n'ont pas été dans le cas de faire une contribu
tion patriotique. »
( 191 ) .
* 2°. Lefdites perfonnes feront tenues de dédarer
expreflément dans la quittance qu'e les donneront
du fecours qui leur fera payé , fi elles
Le préfentent en perfonne pour le recevoir , on
dans la procuration qu'elles donneront à cet effet ,
qu'elles n'ont aucune penfion dont elles touchent
les arrérages , en tout ou en partie , à quelque
titre que ce foit , ni aucun traitement d'activité. »
3. Les fecours fur l'année 1791 , feront
payés en deux partics : la première , à compre
de ce jour pour les fix premiers mois ; la fe
conde , à compter du premier janvier prochain
pour les fix derniers mois. »
4° . Le directeur - général de la liquidation
fera dans le plus court délai poffible , fon rap
Fort des perfonnes qui ayant rendu des fervices
à l'Etat , n'ont été récompenfées que de penfion ..
inférieures à la fomme de 150 livres . »
« Et dès à préfent décrète que fur le fonds
de deux millions deſtinés aux gratifications pour
l'année 1790 , il fera payé à François Aude ,
ancien carabinier au régiment royal des carabiniers
, la fomme de 10,000 livres , en confidéation
de la prife qu'il a faite du général Ligonier ,
à la bataille de Lawfeldt , au moyen de laquelle
gratification la penfion de 200 liv . qu'il avoit
fur le tréfor public , ceffera d'être employée dans
l'état des penfions . »
5 °. L'Affemblée décrète en outre que fur
le même fonds des gratifications , il fera payé
Françoife Imbert , garde nationale de Bergerac,
la fomme de 400 liv. , pour le courage qu'elle
a montré à la tête des gardes nationales de Bergerac.
»
6. L'Affemblée nationale décrète pareillemeut
que fur les fonds, annuels deſtinés aux pen-
1
( 192 )
fions , il fera payé à Madame Flacheron , provifoirement
, à compter du premier janvier 1790 .
chaque année , & jufqu'au retour de M. Mongès ,
l'un des favans qui ont accompagné M. de la
Peyrouf dans fon expédition , la fomme de 600 1.,
qui lui a été affurée par le Roi , lors de l'èmbarquement
dadit fieur Mongès , fon fière. »
L'Affemblée nationale décrère que les perfonnes
qui , ayant fervi l'état dans des places
de juges , ou d'officiers chargés du miniftère
public près des tribunaux pendant l'espace de vingt
années au moins , avoient précédemment obtenu
des penfions , & qui font arrivées à l'âge de foi- .
zante ans , obtiendront le rétabliffement de leurs.
penfions , fous la condition toutefois qu'elles
ne pourront pas excéder la fomme de 1,800 liv.
pour ceux qui feront âgés de foixante à foixantedix
ans , & la fomme de 2,400 liv . pour ceux
qui feront âgés de foixante -dix à foixante-quinze
ans. »
Les magiftrats & officiers chargés du miniffère
public dans les tribunaux de l'ifle de Corfe
qui n'étoient pas originaires de cette ifle , & qui
ne feroient pas rappelés aux mêmes fonctions rat
les élections faites ou à faire , auront droit à
une penfion de retraite , s'ils ont fervi dans lefdites
fonctions pendant dix années ; ces retraites
feront fixées d'après les mêmes bales du décret
du 3 août 1790 , en rapprochant les termes &
les époques portées au titre premier dudit décret
, de manière qu'après dix années de fervice
lefdits magistrats & officiers obtiennent le quart
du traitement dont ils jouiffoient, & pour chacune
des années ultérieures le vingtième des trois quarts .
reftaut ».
L'Affemblée
( 193 )
L'Aflemblée nationale , oui le rapport de
fon comité des penfions , décrète que fur les fonds
affectés au paiement des penfions , le tréfor public
paiera provifoirement & à titre de fecours , pour
chacune des années 1790 & 1791 , la fomme
de 273,677 liv. 2 fous 2 deniers , laquelle fera
répartie entre les perfonnes compriſes en l'état
anacxé au préfent décret , & fuivant la proportion
portée audit état ; & qu'en outre il fera remis
entre les mains de M. Pingré , de l'académie des
fciences ; la fomme de 3,000 liv . , pour l'impreffion
des annales céleftes du dix -feptième fiècle ;
Jaquelle femme fera prife fur le fonds de 2 millions
deftinés aux gratifications. "
« Le paiement fera fait dans les termes & aux
conditions exprimées au décret du 1er février dernier
, & , en outre , aux conditions fuivantes :
•
« 1 ° . Les perfonnes compriſes audit état , ´ne
ferontpayées qu'en juftifiant , aux termes du décret
du 24 juin dernier , de leur domicile actuel &
habituel dans le royaume , ainfi que de la quittance
de leurs impofitions , & du paiement des
deux premiers termes de leur contribution patrio
tique , ou de la déclaration qu'elles n'ont pas été dans
le cas de faire une contribution patriotique .
"
2º . Lefdites perfonnes feront tenues de dé
clarer expreffément dans la quittance qu'elles donneront
du fecours qui leur fera payé , fi elles
Le préfentent en perfonne pour le recevoir , ou
dans la procuration qu'elles donneront à cet effet .
qu'elles n'ont aucune autre penfion dont elles
touchent les arrérages , en tout ou en patrie , à
quelque titre que ce foit , ni aucun traitement
d'activité. »
1
3 °. Il fera fait déduction fur les fommes
qui reviendront aux perfonnes comprifes dans
N°. 29. 16 Juillet 1791. I
( 194 )
l'état annexé au préfent décret , de ce qui leur
auroit été payé fur les fecours déjà accordés par
T'Affemblée nationale pour l'année 1790 , 2ux .
perfonnes qui n'étoient pas , à l'époque de fes
décrets , comprifes dans des états nominatifs . »
Du Dimanche , 3 Juillet .
M. Chriftin a obfervé qu'il manquoit au code
pénal une difpofition , celle de l'abrogation de
totes les anciennes loix pénales , telles que celle
qui , dans certaine province , condamnoit , a- t - il
dit , à la mort quiconque mangeoit des poulets le
vendredi-faint , fans permiffion du curé. L'attertion
de l'Affemblée s'eft portée fur des objets d'un
intérêt plus grave.
Une lettre du directoire du département des
Baffes - Pyrénées & de la municipalité de Pau , du
29 juin 1791 annonce que les Efpagnols font
entrés en France par trois différentes gorges.
Nous ne manquons pas de bras , écrivent- ils ,
mais nous n'avons ni troupes de ligne , ni armes ,
ni munitions , ni généraux. כ
Des lettres de Bordeaux communiquées à l'Af-
Temblée par M. de Nérac , portent qu'on y a
reçu une lettre de Pau qui annonce l'entrée des
Elpagnols en France , que l'en n'a ni troupes de
ligne , ni commandant de divifion , que M. de
Fouillac , directeur des Baffes- Pyrénées , va fe
rendre à fon pofte ; qu'il feroit indifpenfable d'avoir
au plutôt dans cette partie des officiers de confrance
pour commander les forces qui vont être
raffemblées .
Une autre lettre de Bordeaux mande que les
Efpagnols. font rentrés dans leurs limites. « Nous
Hoy attendions , écrit- on ; l'arreſtation de
"Louis XVI a changé toutes les difpofitions de cet
( 195 )
infame complot. » La nouvelle étoit arrivée la
veille , & à 4 heures & demie de l'après - dînée
l'artillerie étoit déja prête & 1500 hommes alloient
partir. On attend les ordres de l'Affemblée . Toutes
ces lettres refpirent le même zèle de vivre libre ou
mourir , mais toutes auffi répètent qu'on manque
d'armes , de troupes de ligne & d'officiers géné
raux ; aucune ne parle des fonds en numéraire ,
pour foutenir la campagne.
Quelqu'un a fait la motion d'appeller , furle
- champ , le miniftre de la guerre & de lui
ordonner d'envoyer bien vite des troupes ,
d: s armes , un commandant. Ces mefures.
ne paroiffant pas affez promptes à M. de
Nérac , il demandoit que les départemens des
Baffes-Pyrénées & de la Gironde fuffent autorisés
à acheter des armes chez eux ; & il a lu une lettre
que lui écrit le maire de Saint-Jean - Pied -de- Porc ,
qui le prévient des faits fuivans . Des commiffaires
avoient été chargés de conftater certaines dégradations
qu'on accufoit les Efpagnols d'avoir commifes
dans nos forêts ; des députés de Cife ont
menacé les ouvriers de Sa Majefté catholique que
fi dans huit jours les dégradations n'étoient pas
payées , ils iroient en nombre mettre le feu à des
établiffemens Efpagnols ; ces députés étoient pris
de vin , dit le maire , & leurs mandats ne les
autorifoient qu'à vérifier les dommages. En l'abfence
du Vice-Roi , le gouverneur de Pampelune
a envoyé 500 hommes à Viac , so foldats de
ligne & 450 furbalers , pour protéger les établiffemens
du Roi d'Espagne .
M. Mauriet affimiloit l'entrée des Espagnols à
la defcente des Anglois annoncée la veille , &
répondoit qu'avant que les Efpagnols ayent paffe
I
( 196 )
gorges des montagnes , les bergers les auroient
affommés à coup de foulettes.
A l'envoi d'armes , de troupes , de munitions
& de généraux expérimentés , M. d'André joignoit
une autre mefure à prendre , celle de vérifier s'ily
a réellement eu une violation de territoire , de
demander les réparations dues à la nation Francoife
, ou d'en tirer une éclatante vengeance ,
L'Aſſemblée a renvoyé cette affaire aux comités
réunis diplomatique & militaire .
Par un décret rendu fans débats , fur la préfentation
de M. Fréteau , l'Affemblée a déclaré que
dans fon décret du 28 juin dernier , qui permet la
libre fortie du royaume aux étrangers , elle a entendu
comprendre les François attachés comme
fecrétaires aux ambaffadeurs & miniftres des puif-
Lances étrangères , même ceux de leurs domeftiques
François qu'ils attefteront avoir à leur fervice
depuis fix mois ; qu'elle n'a point entendu
défendre aux fecrétaires d'ambaffade ou de légation
Françoife qui fe trouvent à Paris , en vertu
de congé , de retourner à leur pofte , & qu'il
leur fera délivré des paffe- ports par le miniftre
des affaires étrangères , avec les formalités décrétées
.
Un autre décret , rendu fur la propofition du
même membre , a ftatué que les espèces monnoyées
étrangères pourront fortir comme ci- devant
, nonobitant la prohibition des 21 & 28 juin
qui n'aura lieu que pour les matières d'or & d'ar
gent & pour les monnoies au coin de l'état ..
On a renvoyé au comité diplomatique la demande
des commiffaires médiateurs envoyés dans
le comtat , de pouvoir , s'il eft néceffaire , requé
rir les troupes de ligne Françoifes pour entrer
dans le comtat ou dans Avignon ,
( 197 )
Le directoire du département de la Mozelle à
informé le préfident que M. de Bouillé avoit
répandu à Metz un grand nombre d'exemplaires
de fa lettre à l'Affemblée nationale & qu'elle n'y
a nullement paru dangereufe . M. Prieur a demandé
que l'on votat des remerciemens à tous
les corps adminiftratifs & même à tous les François ,
M.Fréteau annonce avec joie que M. deMontmorin
vient de dire au comité diplomatique que dans
toute fi correfpondance rien ne préfente la plus
légère difpofition hoftile de la part du gouveinement
Efpagnol..
M. Dumetz a lu un projet d'inſtruction relatif à
l'aliénation des domaines nationaux ; l'Affemblée
l'a décrétée.: ' ,
Une lettre de M. Luckner , de Grenoble , le 28
juin , apporte fon ferment au corps législatif qui le
reçoit avec applaudiffement.
Chargé de rendre compte , au nom du comité
militaire , des mefures prifes , de concert avec le
miniftre de la guerre , pour la défente des fiontières
du nord , M. de Broglie a jugé que « le
moment eft venu de mettre en activité une partic
de ces gardes nationales qui viennent de préfenter
à l'univers un fpectacle fi impofant ; que les enfans
de la conftitution ont un droit particulier à la
défendre dans cet inſtant qui a révélé à l'Europe
le fecret formidable de notre puiffance . » Il a
regretté de ne pouvoir joindre à ces premières
difpofitions les règlemens de police & de difcipline
relatifs aux gardes nationales & à leurs
relations avec les troupes de ligne , ouvrage
que le comité n'a pas encore achevé ; mais
Fordonnance imprimée des manoeuvres fera envoyée
à tous les départemens ; & pour le refte ,
I 3
f 198. )
voici le projet de décret qu'il a préfenté , & que
l'Afemblée a adopté en ordonnant l'impreflion
du tout :
« Art . I. Ceux des régimens de l'armée , y
compris les fept régimens d'artillerie , qui n'ont
pas encore reçu l'ordre de fe porter au complet
de 750 hommes par bataillon , & de 170 hommes
par efcadron , recevront cet ordre & l'exécuteront
fans délai . »
II. Le nombre des gardes nationales mifes en
activité par le décret du 25 du mois dernier , fera
porté à 18,000 , dont 8000 fur la Somme , &
10,000 pour la défenſe des frontières des Ardennes,
de la Meufe & de la Mofelle. »
« III . Il fera remis de plus en activité , dans les
départemens du Rhin , 8000 hommes de gardes
nationales qui feront fournis par le département du
Doubs , du Jura , de la Haute-Saone , des Vofges,
du Haut & du Bas- Rhin . »
« IV. La quotité des gardes nationales à fournir
par chaque département en particulier , lei
fera indiquée par le miniftre de la guerre , ainf
que le lieu où ils devront fe porter. 33
Du lundi , 4 juillet.
Un décret du 13 mars réfervoit la maifon des
Récolets de Royan pour un hôpital de la marine
; mais il s'est trouvé qu'un particulier l'avoit
achetée avant ce décret ; fur la propofition de
M. Prugnon , l'adjudication du 5 février a été
confirmée..
Les religieufes de la Vifitation de Bellay ,
quoique libres de conferver leur maison , ayant
volontairement confenti à être transférées dans
le couvent des Capucins fupprimés , pour que la
!
1
( 199 )
leur devienne un féminaire diocéfain , & que le ,
féminaire actacl foit vendu , M. Brillat Savarin
a demandé qu'il fût fait mention honorable du
civilme des Vifitandines. On a décrété que le
diſtrict paieroit , à l'adjudication au rabais , les
réparations qu'exige leur inftallation dans la
maifon des Capucins ; & M. Prugnon a déclaré
Le point s'oppofer à ce qu'on dit des chofes
agréables aux dames .
MM. de Bonnay & de Sérent , membres du
corps législatif , lui ont écrit la lettre fuivante :
« Nous avons l'honneur de vous prévenir , M.
le préfident , que nos principes , en ce moment,
nous font la loi de ne point prendre part aux
d libérations de l'Affemble , & de nous abfte-.
nir de fes féances » . Cette lettre a produit une
impreffion qu'on n'a pas rendue moins évidente ,
en fe hâtant de crier à l'ordre du jour.
L'évêque conftitutionnel d'Angoulême a demandé
qu'on ne donnât dorénavant à l'Affemblée
aucune connoiffance de pareilles lettres , ce
qui pet pareître contraire à l'indiſpenſable notoriété
de la repréfentation nationale , d'autant
plus que Fopinant fuppofoit que de pareilles
lettres devoient être nombreuſes ; M. Goupil &
M. Prieur vouloient que ces membres fuffent
remplacés . MM. Biauzat & Chabroud le font
oppofés de toutes leurs forces au remplacement.
M. Chabroud fe fondoit fur ce
que l'Affemblée ,
qui s'eft conftamment refufée à toute efpèce
de proteftations ou d'oppofitions individuelles prononcées
dans fon fein , ne pouvoit pas permettre
qu'on les Jui envoyât par des lettres qu'il qualifioit
très -indécentes ; & fur ce que cela mèneroit
à la difcuffion de la queſtion : « en quoi ces
meffieurs prétendent- ils que leurs principes font
14
( 200 )
oppofés à ceux de l'Aflemblée » difcuffion
que M. Chabroud regardoit comme très - dangereufe.
Y auroit - il done des vérités qu'il re
Teroit pas bon de laiffer entrevoir au penple ?
" Eh laiffez- les partir , s'eft écrié M. Bouche ;
qu'ils s'en aillent , nous n'en ferons que mieux
les affaires " . L'Affemblée eft paffée à l'ordre
du jour , & M. Chabroud a demandé que le
procès- verbal ne fit aucune mention de la lettre
Jue , demande adoptée..
M. Rabaud a lù une adreffe du département
du Gard , diftrict de Nîmes ; mêmes fentimens ,
même ftyle que les autres adminiſtrateurs ; on
diroit que c'eft par-tout la même plume qui
écrit , le même efprit qui dicte . Ils ont licencié
& recréé la garde nationale de St. Gilles , ville
Irabitée , difent-ils , par un grand nombre de
citoyens égarés par le fanatifme , & juftement
fufpects aux patriotes ; ils ont difperfé les fociétés
monarchiques , comme des centres de
malveillance .
Le brûlement d'affignats annoncé par M. Ca
mus , pour vendredi , fera de 8 millions .
M. Bureau de Pufy a préfenté beaucoup de
ouveaux réglemens fur les places fortes , que
l'Affemblée 3 décrétés . Nous les tranfcrirons
avec les autres .
On lit des adreffes des communes de Romans
& de Strasbourg , & le ferment de M. d'Albignao ,
employé à Lille.
Au nom du comité central de liquidation ,
M. Camus a fait un rapport far la comptabilité,
& propofé une longue férie d'articles , dont les
principales difpofitions , font qu'à compter du
jour de la publication & de la notification du
préfent décret , toutes les chambres des compres
( 201 )
du royaume cefferont leurs fonctions ; que tous
comptables qui n'auront pas envoyé à l'Affemblée
nationale leurs états & mémoires de comptabilité
dans le delai de quinzaine , n'auront
aucun droit aux intérêts du montant de leurs
finances , cautionnement , fonds d'avance , & feront
condamnés à une amende de 300 liv. , &
de 10 liv . de plus pour chaque jour de retard.
Le rapporteur , M. Camus , s'eft occupé de
cette queſtion : « le corps législatif connoîtratil
lui-même des comptes , ou déléguera-t- il ce
pouvoir ? M. Camus & le comité central ont
penfé que la nature même de la miffion des députés
à l'Affemblée rend impoffible la délégation
d'un pareil pouvoir , parce que , felon eux , les
provinces chargèrent expreffément leurs députés.
de faire une conftitution , & de porter la lumière
& l'ordre dans les finances : la conclufion
eft que les légiflatures remplaceront feules les
chambres des comptes .
M. Legrand , au contraire , jugeoit que l'Affemblée
ne pouvoit fe difpenfer de déléguer le
pouvoir de revoir les comptes , fans fe jetter
dans des embarras inextricabies , d'où ne fe tireroient
pas des légiflatures dont les feffions ne
dureroient que 3 à 4 mois ; que les difficultés
qui s'éleveroient fur les moindres comptes , devroient
être pourfuivies devant les 547 tribunaux
de diftricts , & les pièces courir ainſi d'un
bout du royaume à l'autre .
1
« Nous ne pouvons nous diffimuler , a die
M. de Cernon , que , quelque bien composée
qu'elle foit , la légiflature fera prefque toujours
compofée de perfonnes étrangères aux détails de
la comptabilité , qui auront à lutter contre la
préparation d'un homme qui aura employé tout
I S
( 202 )
fon temps & tout fon ta'ent à le prémunir contre
le jugement du compte ». Sa conclufion étoit
que , pour la préparation du compte , il y eût
un examen intermédiaire entre le comptable &
ce'ui auquel le compte eft rendu ; que confier
cet examen à l'un des comités de l'Affemblée
ce feroit blefler tous les principes , les examinateurs
devant être refponfables ; que les départe
mens & leurs directoires n'ont pas les premiers
élemens de ce travail , & font furchargés d'ou
vrages . Tout cela ne regarde que la comptabilité
du paflé ; car la comptabilité du futur , M.
de Cernon la croit très - fimple , & la borne ,
quant au corps législatif , au compte de la tréforerie
nationale , des bureaux centrals que l'en
va créer.
M. Legrand a propofé de faire nommer des
auditeurs refponfables par les départemens qui
n'auront pas nommé à la cour de caffation . M,
a André & M. Camus fe font accordés pour demander
qu'on mit aux voix la queſtion ainsi
polée :: « le corps législatif verra & appurera par
lui - même & définitivement les comptes de la
nation ; & l'Aflemblée a adopté l'article , fauf
à s'occuper de la manière dont feront formés les
bureaux de comptabilité , réferve énoncée par le
mot définitivement . Nous donnerons ailleurs la
totalité du décret relatif aux chambres des comptes
& à la comptabilité.
On a fait lecture de la lettre faivante de
Ambaffadeur d'Efpagne à M. de Montmorin :
Paris , le 3 Juillet 1791 .
MONSIEUR ,
Je viens de recevoir une lettre de votre excellence
, dans laquelle elle m'apprend que le
dircctoire du département des Baffes -Pyrénées ,
( 203 )
de
réuni au directoire du diftrict & à la municipa
lité de Pau , viennent d'annoncer l'entrée de
troupes Espagnoles en France par trois diffé
rentes gorges montagnes ; cette nouvelle ne
peut être l'effet que de quelque méprife exagérée .
Vous favcz , M. le Comte , que dans nos
frontières , ainfi que dans celles qui nous féparent
du royaume de Portugal , il y a fouvent
des incurfions réciproques qui occafionnent des
coups de fufils entre les contrebandiers des deux
royaumes c'est fans doute un événement de
cette espèce qui , dans les circonftances actuelles ,
aura donné lieu à un pareil bruit , ne fe trouvant
fur la frontière que les troupes abſolument
néceffaires pour le cordon dont j'ai eu l'honneur
de vous faire part. »
>
«Votre excellence , qui connoît le caractère
perfonnel du Roi d'Espagne pourroit- elle le
croire capable d'une pareille conduite ? Cette
conduite feroit - elle digne de la probité du Roi ,
& conforme à la dignité de la couronne ? Si la
poffibilité du changement de ces principes exiftoit
, feroit- ce envers la France , fon amie & fon
allée , qu'il commenceroit à s'en écarter ? »
« Non , M. le Comte , je crois que le Roi
mon maître ne me tiendroit pas ici pour que
fes intentious vous fuffent connues par des lettres
des municipalités de la frontière . Je me flatte
que les premières que vous recevrez vous feront
connoître la fauffeté des nouvelles dont vous
voulez bien me faire part . »
« J'ai l'honneur d'être avec un parfait attachement
, Monfieur le Comte ,
<< Votre très-humble & très- obéiffant
ferviteur. Signé , le Comte de Fernand-
Nunez, 53
I
( 204 )
Le moment d'après , le même membre , M.
Fréteau , a lu une lettre de l'ambaffadeur d'Angleterre
à M. de Montmorin , conçue en ces
mes :
Paris , 3 Juillet 1791.
Je reçois dans l'inftant une lettre de Nantes ,
du 30 juin , & fignée par MM. Tuin & Ferter ,
maîtres de l'Endeavour & du Commerçant , deux
vaiffeaux qui font dans ce port , qui fe plaignent ,
tant en leur nom , qu'en celui de tous les maîtres
Anglois , dont les vaiffeaux y font en ce moment
, que le 29 un corps de garde nationale
eft venu à bord de leurs vaiffeaux & en a emporté
les voiles : ils repréfentent qu'ils étoient
fur le point de partir ; qu'aucuns des gens de
l'équipage n'avoient troublé l'ordre ni violé les
loix du pays ; je vous prie donc , Monfieur
de prendre les moyens néceffaires pour que leurs
voiles & la liberté de partir leur foient rendus fans
délai.
>
« J'ai l'honneur d'être , &c. Signé , l'ambaffadeur
d'Angleterre . »
En corféquence , M. Fréteau a propolé , &
l'on a fur le champ adopté le décret que voici :
« L'Affeniblée nationale charge le miniftre de
Pintérieur de prendre , fans délai , les éclaircif
femens néceffaires fur ce qui a donné lieu à ce
procédé , afin qu'il foit accordé une jufte indamité
, s'il y a lieu , aux maîtres des deux
bâtimens Anglais dont il s'agit , & que toute
liberté leur foit rendue pour luivre leur deftinazion.
»
« Et cependant l'Affemblée nationale voulant
que la bonne inteliigence & l'amitié qui règnent
entre la France & les nations étrangères foient
conftamment entretenues , ordonne aux corps
( 205 ).
"
adminiſtratifs , aux municipalités , aux commandans
des forces de terre & de mer , & généralement
à tous les fonctionnaires publics , de faire
jouir les étrangers , dans toute l'étendue du ro--
yaume , & particulièrement dans les ports de
France , de la liberté , de la fûreté & de la
protection qui leur font garanties par les traités
.
Portant la parole pour les comités diplomatique
& d'Avignon , M. de Menou a rendu compte
d'une lettre du miniftre de la juftice , relative
aux demandes des commiffaites médiateurs envoyés
dans le Comtat , qui defirent avoir la
difpofition des troupes de ligne de France , pour
prévenir , difent- ils , les défordres. Il a lu les
préliminaires fignés à Orange dont telle eft la
teneur :
1
« Préliminaires de paix & de conciliation arrêtés
& fignés par MM. les députés de l'affembléc
électorale , ceux des municipalités d'Avignon
& de Carpentras , & ceux de l'armée de Vauclufe
, dite Avignoncife , par MM. les commiffaires
conciliateurs de la France , députés par
le Roi »
" Procès-verbal : Cejourd'hui 14 juin 1791 ,
MM . les députés de l'affemblée électorale , des
municipalites d'Avignon , de Carpentras & de
l'armée de Vauclufe , étant réunis en préfence
de MM. les médiateurs de la France , font convenus
de ce qui fuit , & en ont pris l'engagement
formel pour ce qui concerne leurs commettans
refpectifs , envers MM. les médiateurs de
la France . »
• << Art.
Chaque
députation
s'engage
à fufpendre
dès-à-préfent
toute hoftilité
, à licencier toutes les troupes
armées
pour la guerre , à réta¬
( 206 )
blir & protéger la liberté & la fûreté des campagnes
, & la récolte des moiffons. »
« II. Il eft convenu entre les deux parties
contractantes , que l'affemblée électorale le réunira
dans un lieu qui ne foit foupçonné d'aucune
influence de parti , le plus propre à la liberté
des fuffiages & qui fera choifi par MM . les
médiateurs . »
« III. Pour hâter le fuccès des intentions
bienfaifantes de l'Affemblée nationale de France ,
les députés de l'affemblée électorale arrêtent
qu'elle ne s'occupera que des objets relatifs à la
médiation pendant toute fa durée. »
ce IV. Il a été arrêté , par t utes les parties ,
que , pendant tout le temps que l'affemblée électorale
s'occupera de la décifion de l'état politique
du
les pays , tous corps adminiftratifs feront
circonfcrits dans les droits qui font de leur effence
& qu'ils ne s'attribueront aucun de ceux
qui appartiennent aux corps adminiſtratifs de la
nation . »
« V. Pour affurer l'exécution des préfens préliminaires
, pour rendre à ceux qui auroient pa
être intimidés par la force , leur liberté entière
& abfolue , enfin pour prévenir le défordre de
ceux qui , après le licenciement des armées pourroient
fe répandre dans les campagnes & y
exercer des vexations , MM. les députés de l'affemblée
électorale dès municipalités d'Avignon ,
de Carpentras & de l'armée de Vauclufe demandent
unanimement à MM. les médiateurs de la
France , premièrement de fe porter pour garans
envers & contre chacun des contractans ; comme
auffi contre toute affociation & attroupemens
faits dans les deux états , pour s'opposer à l'ordre
public & à l'exécution des engagemens ci -deſſus
( 207 )
mentionnés ; 2 ° . de placer dans les deux villes
d'Avignon & de Carpentras , & dans tout autre
lieu où befoin feroit , des troupes francoifes
pour prévenir tous les maux prévus dans les
précédens articles , bien entendu que les armées
ne feront licenciées qu'après que l'on aura pris
lefdites furetés pour rétablir l'ordre . »
« VI. Il a été convenu entre toutes les parties
que les préfens préliminaires feroient envoyés à
toutes les communcs de l'état d'Avignon &
comtat Venaiffin , à l'effet par elles d'envoyer
chacune un député muni de pouvoirs fuffians
pour contra&er & foufcrire ce préfent engagement.
>>
CC VII. Il a été arrêté enfin que tous les prifonniers
refpectivement faits feront rendus fans
rançon , & à l'inftant du licenciement des armécs.
»
« Les préfens préliminaires ont été arrêtés &
fignés pour être exécutés auffi- tôt après la ratification
refpective des commettans de chacune
des députations , en préfence de MM. les médiateurs
de la France , députés par le Roi , lefquels
ont figné avec les contractans , comme
témoins & garans des préfentes. Fait à Orange ,
les jour & an que deffus . Suit un grand nombre
de fignatures.
сс
לכ
Après cette lecture , M. de Menou a préſenté
le projet de décret fuivant adopté fans débats :
L'Affemblée nationale , ouï le rapport de
fes comités diplomatique & d'Avignon , déclare
qu'elle approuve la conduire des trois commiffaites
, qui , en exécution du décret du 25 mar
dernier , ont été envoyés à Avignon & dans le
Comtat Venaiffin , pour y offrir aux différens
partis belligérans la médiation de la France , &
( 208 )
pour y concourir au rétabliffement de l'ordre
public & de la tranquillité . »ל כ
« L'Aflemblée nationale décière que , conformément
au vou exprimé par MM. les députés
de l'affemblée électorale , ceux des municipalités
d'Avignon & de Carpentras , &, ceux de l'armée
de Vauclufe , dite avignonoife , dans l'article V
des préliminaires de paix & de conciliation , arrétés
& fignés le 14 juin dans la ville d'Orange , par
les parties ci- deffus mentionnées , & par-devant les
médiateurs de la France , lefdits commiffaires - médiateurs
font autorifés à requérir , foit les gardes
nationales, foit les troupes de ligneFrançoifes, pour
affurer l'exécution de tous les articles & préliminaires
de paix arrêtés & fignés à Orange , ainfi qu'il
a été dit ci- deffus , & notamment pour prévenir
& empêcher toute violence qui pourroit être
faite , foit aux perfonnes , foit aux propriétés ,
foit pour affurer le licenciement des troupes
bélligérantes actuellement répandues dans les pays
d'Avignon & le Comtat Venaiffin ; pour arrêter
les défordres de ceux qui , après le licenciement,
pourroient le répandre dans les campagnes , &
y exercer des vexations ; pour diffiper toute affociation
ou attroupement qui pourroit fe former
avec prétention de s'oppofer à l'ordre public ; &
enfin , pour placer dans les deux villes d'Avignon
& de Carpentras , & dans tout autre lieu où
befoin feroit , une force publique fuffifante pour
le maintien & l'exécution des loix. »
« L'Affemblée nationale déclare qu'elle confirme
la garantie donnée par les trois commiffaires
médiateurs pour l'exécution des préliminaires
de paix , arrêtés & fignés à Orange le
14 juin dernier » .
-
On a décrété la remife de 500,000 livres en
( 209 )
affignats de livres à la tréforerie nationale ,
deftinée à des à points pour ne pas acheter de
numéraire , & quelques difpofitions locales fur les
droits que paieront les bois & les charbons des
manufactures d'armes & forges de Charleville &
de Marienbourg , & ceux exportés par la Saire .
Du mardi , s juillet.
L'Affemblée a renvoyé aux comités des rapports
& des recherches , un mémoire des commiffaires
du Roi , contenant les détails des troubles
arrivés à Colmar.
Des procès - verbaux du directoire du département
du Var , & du diftrict & de la municipalité
de Toulon , annoncent que , dès qu'on fút le
départ du Roi , les troupes prêtèrent le nouveau
ferment ; que M. de Glandevez , commandant de
la marine , s'y refufa , en alléguant qu'en fa qualité
de chevalier de Malthe , il ne pouvoit promettre
de maintenir la conftitution civile du
clergé en ce qui touche le fpiritu , objet qui paroît
affez étranger à la marine. M. de Glandevi
dit en outre aux adminiftrateurs , & M. Porcel ,
ordonnateur de la marine , qui le lui avoit déclaré,
le leur confirma , qu'il n'y avoit que 3,000 liv .
dans la caiffe . Le directoire alarmé d'une difette
imprévue d'argent , qui pouvoit exciter les ouvriers
à l'infurrection , arrêta qu'il feroit fait un
emprunt de 200,000 liv. , quoiqu'un décret du
mois de juin interdit tout emprunt aux corps adminiftratifs
; & tous les adminiftrateurs fe portèrent
folidaires . Mais un commiffaire & le procureur-
général-fyndic ayant vérifié l'état de la caiffe ,
atteftèrent y avoir trouvé 13,386 liv . en efpèces ,
7,347 liv. en refcriptions , & 190,600 liv. en
aflig ats .
En réfumant fon opinion , M, Bouche a de(
210 )
сс
> a
mandé qu'on nommât à la place de M. de Glan
devez , & que l'on s'aflurât de M. Porcel. « Ce
n'eft pas à vous à deflituer M. de Glandevez ; il
faut ordonner au miniftre de le remplacer »
dit M. Legrand , qui a fuppofé fans doute , qu'ordonner
à un miniftre de remplacer un comman、
dant , ce n'eſt pas deftituer foi - même ce commandant.
D'ailleurs , il voulcit que les fcellés
fuffent appofés fur les papiers du prévenu .
-
M. Fermond a penfé que le procès – verbal
fufifoit pour mettre les deux perfonnes dénoncées
en état d'arreftation , avant toute difcuffion
contradictoire ; & que puifque la qualité de chevalier
de Malthe éloigne de la foumiffion à la
conftitution , il falloit que les comités chargés
d'un rapport fur l'ordre de Malthe , fiffent inceflamment
ce rapport.
MM. d'Offant & Mougins ont été d'avis que
M. de Glandevez n'étoit point coupable , que fon
refus du ferment n'opéroit que fa démillion , que
relativement à la caifle dont il n'étoit pas ielponfable
, il n'avoit que répété ce que M. Porcel
venoit de lui dire . Aucun membre n'a obſervé
que les reftrictions que le fcrupule met aux fermens
, ajoutent à la confiance due. à l'homme
qui les prête pour l'effentiel de fon devoir de
citoyen qu'un commandant pour la marine aùroit
pu jurer de défendre la patrie & la conftitution
civile & politique en ce qu'elle a de temporel
, fans fe mêler du fpirituel , fur- tout dans
un Etat où la liberté indéfinie des cultes cft
établie ; qu'en ſe bornant au ferment civique &
militaire , on confervoit un homme d'honneur &
de mérite au fervice de la France . Voici le décret
qui a terminé ces débats :
» L'Aflemblée nationale , fatisfaite de la con-
1
( 211 )
2
duite des adminiftrateurs compofant le directoire
du département du Var , décrète que les ordres
les plus prompts feront donnés pour que le ficur
Porcel , ordonnateur de la marine à Toulon
feit faifi & mis en état d'arreftation , & que le
fcellé foit oppofé fur les papiers ; décrète de plus
que le procès- verbal du 25 juin fera renvoyé aux
comités des rapports & des recherches . »
On a renvoyé au comité de conflitution ure
difficulté indique par M. d'André , fur l'exercice
des droits de citoyen actif , que le décret
qui ftatue que les militaires ne peuvent être
citoyens actifs dans les villes où ils font en
garnifon , femble refufer aux marins domiciliés
dans les ports de mer chefs lieux de département .
Après une difcuffion & des amendemens ou
M. Chabroud a remarqué judicicufement qu'une
amende égale , en fomme , pour tous , n'eft
n'eft pas
une peine égale pour tous ; où M. Péthion a
dit que la loi ne devoit « ni indiquer ni reconnoître
des maisons de débauche , & qu'ainfi il
feroit digne de l'Affemblée de fupptimer abfolument
l'article VIII » qui tendoit à prévenir les
rixes , batteries & violences dans ces fortes de
lieux ; & où M. Garet a férieuſement prié l'Affemblée
d'obferver que « c'est le feul fignal
d'arifocratie qui nous reftera déformais , que
les voitures . Après quelques débats de cet
intérêt , l'Affemblée a fucceflivement décrété ,
fur la propofition de M. Démeunier , tous les
articles qui fuivent , du code municipal.
Difpofitions d'ordre public pour les Villes &
Municipalités de campagne.
« Art . I. Dans toutes les municipalités , les
corps municipaux feront conftater l'état des ha
( 212 )
foit
bitans , foit par des officiers municipaux ,
par des commiflaires de police , s'il y en a , foit
par des citoyens commis à cet effet . Chaque année
, dans le courant des mois de Novembre &
de Décembre , cet état fera vérifié de nouveau ,
& on y fera les changemens néceffaires . »
« II. Le regiftre contiendra mention des déclarations
que chacun aura faite de fes noms , âge ,
lieu de naiffance , dernier domicile , profeffion ,
métier & autres moyers' de ſubſiſtance. Le décla
rant qui n'auroit à indiquer aucun moyen de fubfiftance
, défignera les citoyens domiciliés dans la
municipalité , dont il fera connu , & qui pourront
rendre bon témoignage de fa conduite. »
« III. Ceux qui , dans la force de l'âge , n'auront
ni moyens de fubfiftance , ni métier , ni répondans
, feront infcrits avec la note de gens fans
avcu . »
« Ceux qui refuferont toute déclaration , feront
inferits fous leur fignalement & demeure ,
avec la note de
gens fufpects.
ל כ
« Ceux qui feront convaincus d'avoir fait de
fauffes déclarations , feront infcrits avec la note
de gens mal intentionnés. »
сс IV. Ceux des trois claffes qui viennent d'être
énoncées , s'ils prennent part à une fixe , un attroupement
féditieux , un acte de voie de fait ou
de violence , feront foumis , dès la première fois ,
aux peines de la police correctionnelle . »
ce V. Dans toutes les villes ainfi que dans les
municipalités de campagne , les aubergiftes , maîres
d'hôtels garnis & logeurs feront tenus d'inf
crite de fuite & fans aucun blanc , fur un regiſtre
paraphé par un officier municipal ou un commiffaire
de police , les noms , qualités , domicile habituel
, dates d'entrée & de fortie de tous ceux qui
1
( 213 )
logeront chez eux , & qui demeureront plus de
vingt- quatre heures dans le même lieu ; de repréfeater
ce regitre tous les quinze jours , & en
outre toutes les fois qu'ils en feront requis , foit
aux officiers municipaux , foit aux commiffaires
de police , ou aux citoyens commis par la municipalité.
❤
VI . Faute de fe conformer aux difpofitions
du précédent article , ils feront condamnés à unc
amende da quart de leur droit de patente , fans
qu'elle puiffe être moindre de 12 liv . & demeureront
civilement refponfables des défordres &
délits commis par ceux qui logerent dans leurs
nraifons. »
« VII. Les propriétaires ou principaux locataires
des mailons & appartemens ou le publie
feroit admis à jouer des jeux de hafard , feront ,
s'ils demeurent dans ces maifons & s'ils n'ont
pas averti la police , condamnés pour la première
fois , à 300 liv . & pour la feconde , à 1000
liv . d'amende , folidairement avec ceux qui occuperont
les appartemens employés à cet ulage , n
ce VIII. I en fera de même à l'égard des
propriétaires ou principaux locatai : es des maifons
ou appartemens abandonnés , notoirement
à la débauchie , s'il y arrive des rixes , batteries
cu violences . >>>
Règles àfuivre par les Officiers municipaux ou les
Citoyens commis par la Municipalité pour
conftater les contraventions de police.
« IX. Nul officier municipal , commiffaire
ou officier de police municipale , ne pourra entrer
dans les maifons des citoyens , fi ce n'est pour
Ja confection des états ordonnés par les articles
I , II & III , & la vérification des regiftres des
logeurs , pour l'exécution des loix fur les con(
2147
tributions directes , ou en vertu des ordonnances
contraintes & jugemens dont ils feront porteurs ,
on enfin fur le cri des citoyens invoquant de
l'intérieur d'une maifon le fecours de la force
publique. »
« X. A l'égard des lieux livrés notoirement
à la débauche , de ceux où tout le monde eft
admis indiftinctement , tels que les caffés , cabarets
, boutiques , les officiers de police pourront
toujours y entrer , foit pour prendre connoiffance
des contraventions aux règ'emens , foit
Four vérifier les poids & mefures , le titre des
matières d'or ou d'argent , la falubrité des comeſtibles
& médicamens ; ils pourront auſſi entrer
dans les maifons où l'on donne habituellement à
jouer des jeux de hafard , mais feulement fur la
défignation qui leur en auroit été donnée par
deux citoyens domiciliés. »
ce XI. Hors les cas mentionnés aux articles
IX & X , les officiers de police , qui , fans,
autorisation fpéciale de juftice ou de la police
de fûreté feront des vifites ou recherches dans
les maifons des citoyens , feront condamnés par
le tribunal de police , & en cas d'appel , par
celui de diftrict , à des dommages & intérêts
qui ne pourront être au-deffous de 100 liv.
fans préjudice des peines prononcées par la loi
dans les cas de voies de fait & de violences &
"autres délits . »
« XII. Les commiffaires de police , dans les
fieux où il y en a , les agens de police affermentés
, drefferont dans leurs vifites & tournées
le procès -verbal des contraventions , en préſence
de deux des plus proches voisins , qui y appoferont
leur fignatore , & des experts en chaque
-partie d'art , lorfque la municipalité , ſoit par
( 215 )
voie d'adminiſtration , foit comme tribunal de
police , aura jugé à propos d'en indiquer. »
« XIII. La municipalité , foit par voie d'adminiftration
, foit conime tribunal de police ,
pourra , dans les lieux où la loi n'y aura pas pourvu
, commettre à l'inſpection du titre des matières
d'or ou d'argent , à celle de la falubrité des comeftibles
& médicamens , un nombre fuffifant
de gens de l'art , lefquels , après avoir prêté
ferment , rempliront à cet égard feulement les
fonctions de commiffaires de police .
Délits de police municipale , & peines qui feront
prononcées.
לכ
XIV. Ceux qui voudront former des fociétés
ou clubs , feront tenus chacun , à peine
de 200 livres d'amende , de faire préalablement
au greffe de la municipalité , la déclaration des
lieux & jours de leur réunion ; & en cas de récidive
, ils feront condamnés à 5oo liv . d'amende
. »
« XV. Ceux qui négligeront d'éclairer & de
nettoyer les rues , devant leurs maifons , dans
les lieux où ce ſoin cft kiflé a la charge des citoyens.
»
cc
Ceux qui embarrafferont ou dégraderont les
voies publiques ; »
« Ceux qui contreviendront à la défenſe de
rien expofer fur leurs fenêtres au-devant de
leur maifon fur la voie publique , de rien jetter
qui puiffe nuire ou endommager par fa chûte ,
ou caufer des exhalaifons nuifibles ; »
威
« Ceux qui laifferont divaguer des infenfés
ou furieux , des animaux malfaifans ou féroces . »
« Seront , indépendamment des réparations
& indemnités envers les parties -léfées , condancés
à une amende de so liv. fans qu'elle
( 216 )
puiffe jamais être au deffous de 2 liv. ro fols ;
& fi le fait eft grave , à la détention de police
municipale. "
XVI. Ceux qui , par imprudence ou par
la rapidité de leurs chevaux , auront bleflé quelqu'un
dans les rues ou voies publiques , feront,
indépendamment des indemnités, condamnés à huic
jours de détention & à une amende de 300 liv . ,
& qui ne pourra être au-deffous de 16 liv . S
y a eu fracture de membres , ou fi , d'après les
certificat des gens de l'art , la bleflute eft telle
qu'elle ne puiffe fe guérir en moins de quinze
jours , les délinquans feront renvoyés à la police
correctionnelle. »
Le préfident a annoncé le ferment de M. de
Fleury , officier général employé dans l'armée de
M. de Rochambeau .
Il a été fait lecture d'une lettre des commiffaires
de l'Affemblée envoyés en Alface , de
Strasbourg ( le 2 juillet 1791 ) où ils arrivèrent
le 27 juin. Quelques officiers chefs de corps
parurent d'abord peu difpof's à prêter le nouveau.
ferment , & témoigaèrent qu'une partie des officiers
de toutes les armes partagoient cette répugnance.
Les commiflaires crutent devoir les
éclairer , les ramener , écrivent -ils , au grand
principe de la fouveraineté nationale que perfonae
n'ofe plus méconnoître . Ils ont convaincus ces
officiers par des raifons invincibles . Ceux- ci ayant
demandé 24 heures pour communiquer ces raifons
aux officiers leurs inférieurs , le ferment
fur différé d'un jour , & tous les efprits fe foumirent
aux décrets. Prefque tous ont prêté le
ferment , à l'exception d'un petit nombre d'officiers
qui avoient donné leur démiſſion auparavant.
( 217 )
vant. En figne de leur bonne volonté , ils l'ont
tous renouvellé avec les foldats . Eloge du civifie
de la majorité de la Ville de Strasbourg & des
gardes nationales formant un corps de 6000
hommes comparable aux meilleures troupes de
ligne . Quelques citoyens des plus zélés avoient
douté de la fincérité du ferment de certains officiers
qui paffoient pour défapprouver la révolu
tion ; mais les commiffaires penfent que la bonne
foi , la loyauté que ces officiers ont montrées
doit écarter toute idée de perfidie . Au refte , les
commiffaires vont conférer ce fur les meſures
promptes & vigoureufes capables d'arrêter les
progrès , de déconcerter les efpérances des moines
& des prêtres diffidens qui redoublent d'efforts ,
Four égarer les habitans des campagnes dans les
départemens du Haut & du Bas- Rhin , & qui
n'y ont déjà que trop réuffi , ce dont les corps
adminiftratifs & les meilleures citoyens de Strasbourg
témoignent les plus vives alarmes . »
:
Comme on finiffoit cette lettre , M. de Foucault
a dit que plus de 300 de fes collègues ...
Des cris à l'ordre du jour... levez la feance
ayant interrompu M. de Foucault , l'Allemblée
a décrété qu'elle paffoit à l'ordre du jour ; prefque ,
tout le côté gauche s'eft hâté de fortir, a
Celt ,
a poursuivi M. de Foucault , la déclaration que
nous devons à la vérité ; nous la dépofons fur
le bureau. On n'a pas voulu l'y recevoir . Il
l'a remife dans fa poche , & par le fait la féance
s'eft trouvée levée .
Du mardi , féance du foir.
M. Malouet a demandé à l'Aſſemblée de vouloir
bien ordonner qu'il foit furfis à l'exécution
du décret rendu le matin relativement au¬com-
No. 29. 16 Juillet. 1791. K
( 218 )
miffaire ordonnateur de la marine à Toulon .
Les motifs étoient qu'il feroit injufte de décréter
l'arrestation d'un citoyen fans preuves , fans l'entendre
, & fur un fimple expofé qui ne préfente
ni plainte ni inculpation ; que les paiemens ne
pouvant fe fire aux ouvriers qu'en monnoie &
devant s'effectuer dans deux jours , l'ordonnateur
a craint avec raiſon , que le départ du roi ne
rendit l'échange des affignats très - difficile , & a
été fondé à dire je n'ai point d'argent , parce
qu'au lieu de 160 mille livres qu'il lui falloit en
argent , il n'y avoit en caiffe que 13 mille livres .
Il a dit je n'ai que 3000 livres ; c'eft une erreur.
Du foir au matin , d'un moment à l'autre ,
le caiffier a pu recevoir dix mille liv. Si le décret
d'arrestation arrivoit à Toulon , cet honnête ſeptuagénaire
n'y feroit pas en furcté.
:
Je me porte garant de fes fentimens , a dit
M. Caftellanet, & ne faurois trouver de termes
aflez forts pour exprimer combien la nation peut
compter fur le civifme de ce citoyen , père refpectable
, d'une des plus anciennes familles de
Toulon ». Des murmures ont averti l'opinant
que ce n'eft plus un titre à l'eftime que de defcendre
d'une ancienne famille long- temps révérée .
Auffi s'eft- il hâté d'ajouter que l'homme dontil
faifoit un jufte éloge n'étoit pas de ces anciennes
familles de qui les privilèges lèfoient le
tiers-état. Ce dernier mot a excité de nouvelles
rumeurs. L'Affemblée a fufpendu l'exécution de
fon décret , & l'a renvoyé aux comités des rapports
& des recherches .
On a introduit une députation de la haute
cour nationale provifoire établie à Orléans . L'orateur
a d'abord offert à l'Affemblée fon tribut
d'admiration , & juré de défendre la conftitu(
219 )
tion . Enfuite il s'eft plaint de ce qu'au fein
même du corps législatif il s'étoit élevé des doutes
fur le zèle & le patriotifme du tribunal . Réunis
depuis trois mois , les membres de ce tribunal
provifoire , qui n'en jugera pas moins provifoirement
mort , fans appel , & de crimes que
la loi n'a pas encore défiais , ont paffé fix femaines
à Orléans avant qu'il y eût ni procès , ni accufés ,
ni prifons. Cine acculés arrivent enfin , Les fieurs
Rique & Durivage , coaccufés de M. le cardinal de
Rohan , font écroués le 28 avril, interrogés le 29 ; le
décret qui faifit le tribunal n'y parvint que le 18
mai. L'inftruction commence le 20. Il faut du
tems pour traduire un grand nombre de pièces
Allemandes , qui ne font traduites que depuis
quatre à cinq jours. Les fieurs Dufrenay pere
& fils , font écroués le 16 mai , interrogés le
17. Le décret portant qu'il y a lieu à l'accufation
, arrive le 18 , & tranfcrit le 19 ; mais le
commiffaire du roi ayant foutenu que cette tranfcription
étoit nulle , on l'a tranfcrit de nouveau
le 27 mai . Plainte le 11 juin , décret de priſe
de corps le 16 , interrogatoire les 24 & 25.
Témoins éloignés & pauvres ; exécutoires décernés
à leur profit le 17 ; audition le 20 juin & jours
fuivans. Le fieur de Riolles eft écroué le 20
mai , interrogé les 29 & 30. L'accnfateur public
écrit le 13 & le 22 juin pour avoir l'information
faite à Vienne les 19 & 22 octobre ;`on
l'attend . Tel eft le compte de tous les procès dont
le redoutable tribunal ait eu à s'occuper après
tant de confpirations découvertes.
« Nous avons befoin d'une grande confidération
, a dit l'orateur de ces juges. Du fein
de cette affemblée , a -t-il pourſuivi , ont été
adreffées aux prifonniers détenus dans nos pri
K
( 220 )
font , des lettres peu refpectueufes , ir jurieufes
même pour l'Affemblée nationale & pour les
membres de ce tribunal . »
M. Lucas a demandé que les lettres défignées ,
& fans doute interceptées , puifqu'on ne les
avoit pas écrites aux juges , fullent polées ſur
le bureau & renvoyées au comité des recherches .
« On venge ainfi toutes les injures , excepté
celles du Roi , a dit M. Malouet . » L'orateur
du tribunal a obfervé que les lettres en queftion
n'avoient point été adreffées à la hautecour
nationale , mais aux accufes détenus dans fes
prifons. « Quelle morale quels principes , s'eft
écrié M. Malouet ! » Mais on avoit déjà décrété
la motion de M. Lucas , l'envoi au
comité.
M. Lanjuiniais a diminué les charges du culte
en faifant décréter des fuppreffions & nouvelles
circonſcriptions de paroiffes ; & M. l'abbé Royer ,
organe du comité des rapports , a entretenu le
corps conftituant de l'efpèce de différend & de
conflict furvenu entre l'un des tribunaux de Paris ,
& le directoire du département aur ſujet du fujet
du décret du rs avril dernier , portant que Phô .
pital des Quinze- vingts fera adminiftré conformément
au décret du 15 novembre 1790 .
L'affaire a été renvoyée à la prochaine ſéance
du foir.
Du mercredi 6 juillet.
Au nom du comité des domaines , M. Chriftin
compofé un projet de loi tendant à obliger les
falines nationales de Salins , d'Arles , de Montmoron
, à fournir une quantité fixe de fel aux
habitans de la Franche - Comté , à 6 livres
le quintal, M. Biauzat a vu dans cette motion
( 221 )
>
le renverfemert des principes de l'égalité , de
la liberté ; la réfurrection des privilèges . MM .
de Delay d'Agier & Vernier n'y voyoient
comme le propofant , que le maintien du commerce
des fromages . L'Affemblée a décrété l'impreffion
du rapport & l'ajournement de cette
queftion .
>
Un vaiffeau françois nommé l'africain , partant
de Rouen pour Hambourg a été arrêté
& conduit à Caudebec , où le peuple exige qu'on
le décharge fous le prétexte qu'un matelot a dit
qu'il y avoit des barils pleins d'or & d'argent.
Après des informations juridiques , ce matelot
a rétracté la dénonciation ; mais le peuple perfifte
à vouloir qu'on vifite ce vaiffeau. La ville
de Rouen eft un port réputé extrême frontière 3
les vaiffeaux qui en partent , quoiqu'ils ayent
encore 30 lieues de rivière à defcendre , font
cenfés être en mer & ne doivent plus fubir
aucune perquifition . En vain le département de
la Seine inférieure a- t - il écrit au diftrict de
Caudebec qu'il n'exifte nulle preuve d'embar
quation prohibée , qu'on a pris tous les renfeignemens
imaginables , que les connoiflemens
font réguliers , qu'une démarche hazardée fémeroit
la méfiance le long des côtes , multiplieroit
les entraves du commerce , éloigneroit les étrangers
de nos ports , dégoûteroit le François luimême
de fa patrie . Le directoire du diftrict de
Caudebec convient , par écrit , que la dénonciation
a été retractée , qu'elle eft fauffe ; mais
il obferve qu'elle a produit l'effet de la vérité
fur l'opinion publique , qu'il n'eft plus poffible
de faire rétrogarder les efprits prêts à ufer de
la force ; que toutes les municipalités des côtes.
de la Seine attendent armées ce navire au paflage
K 3
( 222 )
pour le vifter & le décharger.
Après avoir rétracé tous ces faits , lu toutes
les pièces probantes , M. le Couteulx a conclu
à ce que le vaiffeau fut relâché pour ſe rendre
à fa deftination . Mais , fe rangeant de l'avis
du district de Caudebec , M. Bianzar a fontenu
que le peuple s'autorife avec raifon des décrets
qui s'opposent à l'exportation de l'or & de l'argent
; qu'il feroit dangereux de ne pas calmer
ces juftes inquiétudes ; que d'ailleurs l'Affemblée
nationale doit un fage retour pour la confiance
que lui témoigne toutes les parties de l'empire.
Il a demandé que ce bâtiment arrêté ſoit viſité ,
déchargé. MM. Rewbell & Legrand réſervoient
les indemnités . L'Affemblée a décrété que le
vaiffeau l'africain fera vifité ; qu'on en dreſſera
procès-verbal , qu'à cet effet le directoire de
département de la Seine inférieure en ordonnera
le déchargement , fauf les indemnités , s'il y a
lieu.
Les commiffaires envoyés dans les départemens
frontières du Jura & de la haute - Saone ,
par une lettre de Befançon du 3 juillet , informent
l'Affemblée que les difpofitions y font
les mêmes que par- tour. Il eft inutile d'augmenter
les troupes de ces côtés , toute aggreffion eft
invraisemblable , pour ne pas dire impoffible ,
écrivent - ils . Abondance de munitions , affluence
de gardes nationales qui s'infcrivent ; piufieurs
anciens militaires ; des chevaliers de faint
Louis s'y font infcrire avec leurs enfans . M.
de la Chaife lieutenant colonel du dix- neuvième
régiment de cavalerie , ci - devant royal-normandie
a harangué fa troupe , au fujet du nouveau
ferment , M. de Belmont remplace M,
de Bouillé.
>
( 223 )
Un décret a ftatué que l'office de premier
préfident de la chambre des comptes de Grénoble
, fera liquidé conformément à l'évaluation
de 1771 .
ce Un autre , que « les officiers & fous - officiers attachés
au ſervice de terre ou de mer , domiciliés habitucl'ement
dans les lieux où ils fe trouveront , foit
en garnifon , foit en arité de fervice , pourront
y cxercer leurs droits de citoyens actifs , s'ils
réuniffent d'ailleurs les conditions réquifes .
:
DJ
On a repris la difcuffion du code municipal .
Nous donnerons les articles dans un autre numéro .
Le comité militaire & le miniftre de la
gherre
ayant penfé qu'il feroit utile d'employer quelques
officiers membres de l'Affembléc , M. de la
Tour-Maubourg a dit au miniftre je fuis prêt.
Mais « dans un moment ( a- t- il obfervé ) où
il fe repard que beaucoup de députés cherchent
à s'abfenter » , il a défiré que le congé qu'il
demandoit portât qu'il ne s'abfentoit que pour
être employé militairement à Metz avec le grade
de colonel & l'agrément du corps législatif ; ce
qui fui a été accordé .
M. Duport du Tertre a envoyé à l'Affemblée
une copie des procédures , commencées par le
tribunal d'Altekirck contre des prêtres . On l'a
renvoyée aux comités des rapports & des recherches.
Un membre a communiqué à l'Affemblée des
lettres qu'il a reçues de la municipalité de
Landrécies , qu'on dit avoir été remiſes à cette
municipalité par des foldats du dixième bataillon
de chaffeurs ci - devant Gévaudan ; lettres que
l'on préfente comme écrites de Mons par piufieurs
officiers émigrans . Elles contiennent des
affurances d'attachement pour les foldats , pour
K
4
7224 )
сс
la patrie , pour le vertueux & malheureux monarque
. Ceux à qui on les attribue , y difent
que M. le comte d'Artois a un plein pouvoir
du Roi , eft autorifé à recevoir les officiers &
les foldats , à leur continuer leur grade & leur
folde. «Votre premier ferment , y eft- il dit , fut
d'être fideles au Roi ... Votre régiment eft où font
vos officiers où il y a de l'aneur à acquérir . Nous
vous reverrons comme des compagnons d'armes
dignes de partager avec nous la gloire de fauver
l'état & le Roi. » Et on a lu : « figné ,
de Bey , de Fontevieux , le chevalier de Gafton ,
George , de Monteffuy , le chevalier Guillon ,
le cheval er d'Alheim , de Laclos , de Frefquieres
, le comte de Leumont , de Finances ,
de Clefieux. »
Les amis de la conftitution de Dunkerque
envoyent aufi des copies de lettres , où il
s'agit d'argent faifi , perte dont on fe dit
cnfterné , & dont on affure que M. le comte
d'Artois fera très - affecté ; & d'un écrit fans
fignature trouvé dans l'une des chambres des
officiers fugitifs du 22. régiment ; écrit qui
paroîtroit adreffé à M. le comte d'Artois &
qui contient des témoignages d'empreffement
à fe facrifier pour fa caufe & pour celle du Roi ,
Il y eft auffi fait mention de M. le prince de
Condé. Toutes ces découvertes , ont été renvoyées
au comité des recherches & ne feront
appréciées que lorfqu'on aura tout examiné.
M. Ranel-Nogaret a dit que les frontieras
du midi font exposées aux mêmes tentatives ,
& que les amis de la révolution y déployent la
même activité ; qu'on s'eft affuré , par un déeret
de prife de corps , d'un cffi.ier dénoncé
par quatre fous- officiers du régiment qui eft en
( 225 )
garnifon à Carcaffonne , comme les ayant follicités
à paffer en Espagne . En fe rappellant
la dénonciation faite contre M. de Lautrec ,
l'homme honnête de tous les partis remettra
fon jugement à l'époque des preuves . Nouveau
renvoi au comité , on a mis à l'ordre du jour
la loi fur les émigrans , & la féance a été levée .
Du jeudi , 7 juillet.
Le préfident a annoncé & lu une lettre du Roi ,
conçue en ces termes :
Paris , le 7 juillet 1791 .
« Je vous envoie , M. le préfident , une note
que je vous prie de lire à l'Allemblée nationale,
».
Signé , LOUIS .
« Meffieurs , j'apprends que plufieurs officiers
paffés en pays étrangers , ont invité , par des
lettres circulaires , les foldats des régimens dans
lefquels ils étoient , à quitter le royaume & à
venir les joindre ; que pour les y engaget ,
ils
leur promettent de l'avancement & des écompenfes
en vertu de pleins pouvoirs directement
ou indirectement émanés de moi ; je crois devoir
démentir formellement une pareille allertion , &
répéter à cette occafion ce que j'ai déja déclaré :
qu'en fortant de Paris , je n'avois d'autre projet
que d'aller à Montmédy , & y faire moi-même
à l'Affemblée nationale les obfervations que je
penfois néceffaires fur les difficultés que préfentoit
l'exécution des loix & l'adminiſtration du
royaume ; je déclare pofitivement que toute perfnne
qui fe diroit chargée de femblables pouvoirs
de ma part , en impoſeroit de la manière
la plus coupable .
לכ
121
Signé, Louis,
( 226 )
L'Affemblée a décrété que cette lettre . feroit
imprimée & inférée dans le procès - verbal.
M. l'Epaule a repréfenté l'état du dénuement
où le trouvoient à Paris quelques citoyens pea
fortunés qui ont contribué à l'arrestation du Roi
à Varennes , & il a obtenu que le comité des
rapports fe concre avec le miniftre des contributions
, pour fosruir à ces particuliers les
chofes néceflaires en attendant que la loi les
récompenfe.
Un décret a ordonné que les barils de piaftrés
adreflés de Metz a Francfort , & arrêtés à Forback,
jouiffent de la libre circulation pour arriver
à leur destination .
On lit & adopte la rédaction définitive du déeret
qui déclare qu'il n'y a pas lieu à inculpation
contre les membres de la ci-devant affemblée générale
de Saint-Domingue , & M. de Santo -Domingo
, mandés & retenus à la fuite de l'Affemfemblée
nationale par les décrets du 20 feptembre
& du 12 octobre 1790 , & qu'ils feront libres
ainfi que les officiers & l'équipage du vaiffeau le
Léopard.
Les commiffaires envoyés en Flandres ont
écrit de Lille , le 3 juillet , que tous les officiers
en garnifon dans cette place , à l'exception de
quinze, ont prêté le nouveau ferment. Ces commiffaires
ont fufpendu trois officiers contre lefquels
il exiftoit , difent-ils , des plaintes & quelques
foupçons. Soldats & gardes nationales , tous fe
font empreffés de jurer avec enthouſiaſme.
M. Goudard a fait un rapport fur le tranfit &
l'entrepôt réclamés par les départemens du Haut
& du Bas -Rhin , fur le remboursement des droits
perçus à l'entrée des toiles blanches de coton ,
trangères , introduits dans le royaume four être
( 227 )
imprimées dans les manufactures du département
du Haut-Rhin . Ce rapport a été fuivi de 13
articles que l'Affemblée a décrétés , contenant le
détail de l'importation defdites marchandifes , de
leur conduite , des déclarations , de l'entrepôt ,
de fa durée , des vérifications , de la fortie ,
& des droits remboursés. Le dernier de ces articles
porte que , les manufactures actuellement
établies dans le royaume , qui juftifieront avoir
les mêmes befoins , pourront jouir du même
avantage ; mais feulement en vertu d'une loi
nouvelle , qui fera , comme celle- ci , une dérogation
aux loix générales .
L'ordre du jour ou plutôt l'afcendant des circonftances
appelloit la loi fur les émigrans . Dans
un long rapport , M. Vernier a retracé la conduite
des fept comités chargés d'examiner fi une
parcille loi pouvoit fe concilier avec les droits
de l'homme. D'abord le comité de conftitution
promit que la liberté n'en feroit point allarmée ;
puis changeant tout- à - coup de langage , ce même
comité déclara qu'une telle loi blefferoit les droits
du citoyen , ou qu'elle ne pourroit l'exécuter
qu'à l'aide d'une commiffion dictatoriale . Aujourd'hui
ce n'eft plus une loi contre les émigrans
qu'on veut nous donner , c'eſt uniquement une
loi contre l'abfence coupable ; & l'on part pour
cela d'un principe d'obligation réciproque . Tout
citoyen qui a vécu à l'abri des loix de fa patrie ,
ne peut , dit- on , fans ingratitude , fans crime,
la quitter lorfqu'elle eft en danger , pour y rentrer
quand le calme y fera rétabli ; & le corps I'giflatif
devient tout entier la commiffion dictatoriale
qui juge du danger , du droit & du devoir.
Peut- être ce lyftême feroit- il plus applicable à
un autre état de chofes que celui où la protec-
K 6
( 228 )
tión & la fûreté s'évaluent en argent & s'acquittene
en fubfides , où l'impôt remplace le fervice perfonnel
, où le citoyen qui fatisfait aux contributions
publiques concourt réellement à la défenfe
commune , pour fes propriétés , abſent ou
non , & pour fa perfonne taut qu'il réfide ; ou
il feroit injufte d'exiger que tout individu ferve
& paie , dès que payer c'eft auffi fervir .
2
Quoi qu'il en foit de ces notions élémentaires ,
nous tranfportant dans les républiques anciennes.
où des milliers d'ef:laves , & d'affranchis chargés
des travaux utiles laiffoient aux citoyens défoeuvrés
le loifir d'adminiftrer , gouverner & défendre
leur patrie , M. Vernier a propofé les onze
articles fuivans :
сс
ce Art. I. Toute perfonne en France a la faculté
d'aller , de venir , d'habiter en tout lieu du royaume ,
d'en fortir & d'y rentrer à volonté . »
« II. Le corps législatif pourra , lorfque la
défenfe & la fûreté de l'état le rendront néceffaire
, ordonner à tous les citoyens François , &
à eux feulement , de fe tenir prêts à donner à la
patrie les fecours extraordinaires que chacun d'eux
lui doit. Ce décret fera fuivi d'une proclamation
du Roi , pour en ordonner l'exécution. »
« III . Cette loi demeurera en vigueur juſqu'à
ce que le corps lég flatif ait annoncé par un
décret , pareillement fuivi d'une proclamation du
Roi , que la patrie n'exige plus des citoyens que
leur fervice ordinaire . »
« IV . L'effet de la loi fera de limiter momentanément
& de la manière ci -après déterminée ,
l'exercice de la faculté déclarée par l'article premier
du préfent décret. »
«V, A compter du jour de la proclamation ,
-Loue citoyen qui fortira du royaume , ſera tenu
( 229 )
de faire fa déclaration à la municipalité du lieu cu
il fe trouvera , portant que fur la foi du ferment
civique qu'il a prêté , ou qu'il prêtera à l'inftant
même , il promet d'être & de demeurer fidèle
à la conftitution , & de continuer à fervir la patre
de tout fon pouvoir . Il fera dreilé acte de cette
déclaration ; il lui en fera remis un extrait , dont
il fera tenu d'envoyer une copie en forme à la
municipalité du lieu de fa réfidence . »
сс
VI . Tout citoyen abfent du royaume à l'époque
de la proclaination fera tenu d'y rentrer
dans le délai qui fera fix par le décret , ou d'envoyer
à la municipalité du lieu de fon domicile
en France , une déclaration en forme , telle qu'elle
a été preferite par l'article précédent . »לכ
« VII. Tout citoyen abfent du royaume après
la proclamation , qui aura fait la déclaration prefcrite
par les articles précédens , paiera , à titre
d'indemnité due à l'état , outre fes contributions.
ordinaires , une fomme égalé auxdites contributions
d'une demi - année , s'il eft abfent fix mois
ou moins de fix mois , & d'une année entière ,
s'il eft abfent pendant plus de fix mois . »
ce VIII. Tout citoyen abfent du royaume après
la_fufdite proclamation fans avoir fait la déclaration
prefcrite par les articles précédens , paiera ,
par forme d'amende , outre fes contributions ordinaires
, une fɔmine égale au double desdites contributions
, dans les proportions fixées par l'article
précédent , & fera déchu du titre & des
droits de citoyen François jufqu'à ce qu'il y foit
rétabli par un décret cu corps légiflauf , lanctionné
Par le Roi. >>
« IX. Sont exceptés des difpofitions des deux
articles précédens , ceux qui auront une million
du gouvernement , & les gens de mer , »
( 230 )
X. La moitié du produit des augmentations
des contributions ci - deffus fera répartie en moins
impolé , entre les contribuables de la même municipalité
qui ne paieront que 12 liv . d'impofition
& au-deffous ; l'autre moitié fera verfée au tréfor
public.
ככ
« XI. Tous citoyens abfens ou préfens , qui
auront porté les armes contre la France , ou enrôlé
des hommes pour les porter , qui feront
convaincus d'avoir tramé des complots contre le
repos ou la fûreté de rat , font déclarés traîtres
à la patrie ; ils feront pourſuivis & punis comme
tels . »
M. de Toulongeon a penfé que cette loi coûteroit
la vie ou la liberté à des citoyens , &
donneroit le befoin d'émigrer à ceux qui n'en
ont que le defir. On a demandé la queſtion préalable
, le renvoi au comité . Demandant l'une
ou l'autre , M. Chabroud vouloir laiffer aux légiflateurs
le droit de prononcer d'après les circonftances
fans loi générale , & défiroit , pour
l'inftant actuel , des mefures plus vigoureufes
contre les émigrans .
Les mefures propofées , difoit M. Prieur
font infuffifantes ; & il prétendoit qu'on ne feroit
une bonne loi contre les émigrans qu'en partant
de ce dilemme tout françois qui , dans ce moment
, eft hors du royaume eft un mauvais citoyen
ou un traître ; dilemme effentiellement
défectueux , tout traître étant un mauvais citoyen
, & un françois pouvant être abſent par
tendre le filiale , paternelle , par générofité , par
amour pour les arts , pour les fciences , pour
l'humanité , par maladie par horreur des meurtres
impunis , par impoffibilité de fubfifter en France ,
motifs qui ne tiennent nullement de la trahiſon .
( 231 )
L'opinant a penfé qu'il importoit de prévenir les
deffeins finiftres de françois parricides. M. Duport
a prétendu qu'il falloit les méprifer . Plufieurs
voir lui ont crié : allons , allons ; taifez-vous . M.
d'André infiftoit fur le renvoi , afin que l'on
pût combiner la rigueur indifpenfable , & l'exécution
poffible. L'Aſſemblée a renvoyé le projet
de décret au comité qui le lui rapportera famedi
prochain.
Une lettre de la municipalité d'Avignon annonce
qu'une partie des habitans de cette ville ,
qu'on y nomme comme ailleurs tous les citoyens
, ayant appris le départ du Roi , le font
hâtés de renouvelier le ferment de vivre libres
& françois ( applaudiffemens ) .
Rentrée dans la difcuffion de la police correctionnelle
, l'Affembléc a fucceffivement décrété
une longue férie d'articles. Deux feuls objets y
ont excité des débats de quelque intérêt , l'accufation
d'adultère & la peine décernée pour expofition
d'eftampes ou figures obfcènes . Le mot
obfcène ne paroiffoit pas affez clair , affez précis
à M. Péthion qui craignoit qu'on ne prit pour
obfcènes les nudités académiques ; & à M. Roberfpierre
qui trembloit que d'un prétexte à
l'autre , on ne fi ît par attaquer la liberté de
la preffe , la libre communication des idées à
laquelle doivent concourir tous les arts ; quant
à l'adultère , M. d'Arnaudat a demandé que cette
queftion ne fut traitée que lorfqu'on auroit ftatué
fur le divorce ; l'eſpoir du divorce a excité
des applaudiffemens , & l'article a été rétiré.
Voici les articles qu'on a décrétés fur la police
correctionnelle :
}
4
Art. Ier . Les peines correctionnelles feront ,
. F'amende ; 2º la confifcation , en certain
( 232 )
cas , de la matière du délit ; 3 ° . l'emprisonnement
; 4° . enfin , la déportation , laque tera
toujours à vie . »
cc II. Il y aura une maifon de correction deftinée
, 1º . aux jeunes gens au-deffous de l'âge
de 21 ans , qui devront y être renfermés , conformément
aux articles XV , XVI & XVII du
titre X du décret fur l'organifation judiciaire;
2°. aux perfonats damnées par voie de police
correctionnelle . »
ce III. Si la maifon de correction eft dans le
même local que la maifon deftinée aux perfonnes
condamnées par jugement des tribunaux criminels
, le quartier de la correction fera entièrement
Léparé. »כ כ
« IV. Les jeunes gens détenus d'après l'arrêté
des familles feront féparés de ceux qui auront
été condamnés par la police correctionnelle . »
V. Toute maifon de correction fera maiſon
de travail ; il fera établi par les confeils ou di .
rectoires de départemens , divers genres de travaux
communs ou particuliers , convenables aux
perfonnes des deux fexes ; les hommes & les
femmes feront féparés. »
« VI. La maifon fournira le pain , l'eau &
le coucher ; fur le produit du travail du détenu ,
un tiers fera appliqué à la dépenſe commune de
la maison , »
« Sur les deux autres tiers , & fur fes biens ,
lorfque le jugement l'aura ainfi prononcé , il lui
fera permis de fe procurer une nouiriture mej
leure & plus abondante que celle de la maiſon . »
« Le furplus fera réservé pour lui être remis après
que le temps de fa détention fera expiré.
ג כ
« VII. Ceux qui feront prévenus d'avoir attenté
publiquement aux moeurs , par outrage હૈ
( 233 ) .
la pudeur des femmes , par actions deshonnêtes,
d'avoir favorisé la débauche , ou corrompu des
jeunes gens de l'un ou l'autre fexe , par expofition
& vente d'images obfcènes , pourront être
faifis fur -le - champ , & conduits devant le juge
de paix , lequel eft autorifé à les faire retenir
jufqu'à la prochaine audience de la police correctionnelle.
»
« VIII. Si le délit eft prouvé , les coupables
feront condamnés , felon la gravité des faits ,
à une amende de so à soo liv . , & à un emprifonnement
qui ne pourra excéder fix mois . Pour
avoir favorité la débauche ou corrompu des jeunes
gens de l'un & de l'autre fexe , l'emprisonnement
fera d'une année. S'il s'agit d'images obfcènes
les eftampes & les planches feront en outre confifquées
& brifées . R
« IX. Les peines portées en l'article précédent ,
feront doubles en cas de récidive . »
Du jeudi , féance du foir.
Prefque toute cette féance a été abſorbée par
des lectures d'adreffes , ou par des difcours d'orateurs
de députations : On a vu fucceflivement
arriver celles de la municipalité , du dictrict , des
gardes nationales & des troupes de St. Germainen-
Laye , qui ont offert leur hommage , prété
le ferment , & reçu les honneurs de la féance ;
des artiftes employés dans le département de
Paris , dont le ferment a été fuivi de l'offre de
la folde de dix citoyens - foldats envoyés pour
défendre les frontières ; du département de la
Marne ; du diftri&t & de la municipalité de Châlons
qui , ap: ès avoir dit que « l'Etre invifible
qui eft préfent aux confeils des Rois , a vu les
deffcies des méchans & la trâme des traîtres , s'en
( 234 )
eft joué , & a marqué de fon doigt le lieu de
leur confufion ... Un ferment de courage & de
force s'eft exprimé à - la - fois ... » Ont ajouté :
« Il vous refte à répondre au vou des citoyens ...
c'eft de prolonger votre feflion autant qu'il fera
néceffaire pour remplir le ferment de remettre à
la première légiflature le dépôt complet de la
liberté publique. »לכ
La fociété logographique eft venue s'engager
à entretenir deux gardes nationales fur la frontière
, & dépofer le premier mois de leur paye ;
& M. le Page , arquebuficr , a fait aufli , pour
cet objet , un don patriotique de 150 livres .
Une adreffe du diftrict de Rhétel a informé
l'Aflemblée que des lettres annoncent l'arrivée de
M. de Bouillé près de l'Abbaye d'Orval avec un
noyau d'armée de 15 mille hommes . Ces adminiftrateurs
n'ont pu voir , fans la plus vive fatisfaction
, le parti qu'a pris le corps légiflatif de
refter à fon pofte jufqu'au moment où la conftitution
fera achevée . Quelqu'un a dit avoir reçu
des lettres de 4 à 5 lieues d'Orval qui ne lui
parlent pas de l'entrée des troupes ; un autre ,
que la députation dés Ardennes étoit informée
qu'à peine M. de Bouillé avoit- il 1500 hommes.
Adrefles de Bourg- en - Breffe , où l'on conſeille
l'union pour éviter le fort de la Hollande , de
Liége , &c ; des corps adminiftratifs de Metz ;
du département de l'Ain , contenant l'avis de
faire la guerre , non aux peuples , mais aux
princes , aux defpotes ; des habitans de Loriol ,
qui , pénétrés du prix de la confiance , ne veulent
plus ouvrir leurs lettres qu'en préſence de deux
officiers municipaux ; des amis de la conftitution
de Befarçon ; des gardes nationales de Rheims ,
de Rochefort , de Villeneuve ; du département
!
[ 235 ]
du Cantal ; de la municipalité de Coignac , portant
que les terres de ceux qui s'abfenteront pour
défendre la frontière feront, cultivées par ceux
qui resteront ; effe plus laconique des citoyens
de Verdun , confiftant en ces mots : « Nous
fommes prêts à mourir pour l'exécution de vos
loix », & quatre pages in-folio de fignatures.
> en
Enfin , M. Royer a fait un troisième rapport
de l'affaire des Quinze - Vingts. Le tribunal du
quatrième arrondiffement de Paris ayant
exécution d'un décret de l'Affemblée , réintégré
les anciens adminiftrateurs ; MM . Tolozen ,
Béchet & Duhamel & leurs adhérens ont induit
le département à les maintenir dans cette adminiftration
d'où les excluoient & le décret & le
tribunal ; le directoire les a renommés . M. Royer
a conclu à la confirmation du jugement . M. Cha
broud a demandé le renvoi au pouvoir exécutif,
c'est-à -dire au miniftre de l'Affemblée nationale .
M. Ræderer craignoit tout décret tendant à reconnoître
une corporation religienfe niême
d'aveugles . Ses craintes ont été repouffées par
la préalable , & l'Affemblée a décrété que le
jugement aura fon effet , & que les arrêtés du
directoire du département de Paris , à cet égard ,
feront comme non- avenus.
,
Chargé de la juftification des feldats & fousofficiers
du régiment Royal- Comteis caffés par
un confeil de guerre le 12 juillet 1773 , pour
infubordination & mémoires féditieux & diffamatoires
contre le lieutenant - colonel & le major ,
M. Chabroud a d'abord obfervé qu'il ne connoiffoit
guère de cette affaire que la fentence qui les
condamne & les affurances que les condamnés
donnent qu'ils n'étoient pas coupables . Il a argumenté
en leur faveur de l'abfence totale des
( 236 )
pièces ; & de ce qu'on ne produit qu'une fentence
, il en infère qu'il n'y a pas eu de jugement
, mais un abus de crédit & d'autorité . Ses
conclufions ultérieures , ont été adoptées , & ont
déclaré nulle la fentence rendue le 12 juillet 1773
par le confeil de guerre contre les foldats & ſousofficiers
du régiment de Royal- Comtois .
Du vendredi , 8 juillet.
Après de nouvelles fuppreffions & circonf
eriptions de paroiffes , décrétées fur la propofition
de M. Defpatys , l'Affembléc a ftatué qu'a l'avenir
fes décrets d'utilité générale porteront la claufe
d'impreffion & d'envoi à tous les départemens
& que les loix de pure localité feront adreffées
manufcrites aux corps adminiftratifs ou aux tribunaux
qu'elles concerneront . Une pareille difpofition
faite dès le commencement de la feffion
auroit épargné des fommes énormes en frais
d'imprimerie , de papier & de pofte ; tel décret
ayant coûté plus de dix mille écus , ainfi qu'on
l'a remarqué dans l'Aſſemblée .
M. le Couteulx a fait le tableau de la fituation
de tous les hôpitaux du
réduits aux
royaume
dernières extrémités, & à laiffer fans fecours & fans
nourriture un nombre confiderable de pauvres ,
de malades , d'infirmes , d'enfans , faute des revenus
que ces établiſſemens retiroient des octrois
fupprimés dans toutes les villes . Il a lu quelques
articles dont M. Bouche a demandé l'impreflion
& l'ajournement. M. Camus vouloit qu'on s'occupât
, la femaine prochaine , d'un moyen de
pourvoir à la dotation de tous les hôpitaux , &
il obfervoit que des mefures proviloires n'ac
quitteroient pas cette dette facrée . Mais les befoins
lout urgens on a imprudemment • tari les fou: ces
( 237 )
de bienfaisance religieufe ; chaque heure accordée
à de froides del bérations , tue peut - être vingt
malheureux . Cédant à une jufte fenfibilité , I'ATfemblée
s'eft hâtée d'adopter le projet amendé de
M. le Couteulx , en ces termes :
« Art. I. Il fera deftiné fur les fonds de la
caiffe de l'extraordinaire , une fomme de trois millions
pour les fecours provifoires que pourront
exiger les befoins preffans & momentanés des
hôpitaux du royaume , laquelle fera avancée
fucceflivement à titre de prêt , fur la demande
des directoires de diftriét , de département & des
municipalités du royaume , en faveur des hôpitaux
qui y font fitués , ainfi qu'il fera déterminé
par les articles fuivans : »
« II. Les différentes municipalités qui réclameront
ces avances en faveur de leurs hôpitaux ,
ne pourront le faire fans l'avis des directoires
de diftrict & de département où elles font fituées ,
& feront tenues de fe procurer l'acquiefcement
des confeils - généraux de leurs communes
avec
obligation de rétablir ces avances dans la caiffe
de l'extraordinaire dans les fix premiers mois de
l'année 1792 , par le produit des fols additionnels
aux contributions foncière & mobiliaire , &
fur les droits de patentes à impofer en 1791. »
«III. Ces municipalités feront tenues en outre
de préfenter le confentement du confeil - général
de la commune , pour donner en garantie de
ces avances , & de la reftitution des deniers à la
caiffe de l'extraordinaire , le feizième qui leur
revient dans le produit de la vente des biens
nationaux dont elles font foumiffionnaires . »
« IV. A défaut de cette garantie du feizième
qui revient aux municipalités dans le produit de
la vente des biens nationaux , les hôpitaux ou
( 238 )
les municipalités feront tenus de préfenter en
garantie de ces avances , fur l'avis des directoires
de diftrict & de département , les capitaux des
rentes appartenant aux hôpitaux fur le tréfcr
national , ou d'autres créances vérifiées être à
la charge dudit tréfor , & liquidées à la caiffe
d: l'extraordinaire , ou même les biens - fonds
que pourroient pofféder les hôpitaux qui font
dans le befoin , & en faveur defquels feront
faites les avances de la caiffe de l'extraordinaire.
>>
ee V. Les fommes qui feront ainfi avancées à
titre de prêt aux différens hôpitaux de Paris , en
remplacement provifoire des revenus dont i's
font privés par la fuppreffion des droits d'entrée ,
feront rétablies à la caiffe de l'extraordinaire dans
les fix premiers mois de l'année 1792 , fur les
premiers deniers provenant des impofitions qui
feront ordonnées en remplicement de ces revenus
; & les créances fur le tréfor national dont
lefdits hôpitaux font propriétaires , ainfi que leurs
biens- fonds , feront , fur l'avis du directoire du
département de Paris , reçues en garanties de la
reftitution de ces deniers . >>
« VI, L'état de diftribution des avances qui
feront faites aux hôpitaux du royaume , conformément
aux difpofitions déterminées dans les
articles precédens , fera dreffé par le miniftre
de l'intérieur ; cet état indiquera , par chaque
hôpital une fomme déterminée pour chaque
mois , & le commiffaire du Roi à la caiffe de
l'extraordinaire , ne pourra ordonner le paiement
de ces avances , que conformément à cet état ,
qui lui fera communiqué par le miniftre de
l'intérieur. »
« VII. Les pièces à produire par les muni
cipalités & les hôpitaux , à l'appui de leurs de
( 239 )
mandes , ne feront point affujetties au timbre . »
Le commandant de la garde nationale de
Bullion , département de Seine & Oife , M.
Cheval , a envoyé soo livres pour la défenſe
des frontières .
Plufieurs officiers du régiment Royal - Comtois
font admis à prêter le ferment.
On lit une lettre de M. Richier qui donne fa
démiffion .
L'exécution du décret portant que les affignats
de cent fols feront échangés contre des affignats
de 1000 & de 1000 livres , auroit l'inconvénient
imprévu de mettre les poffeffeurs de ces gros
affignats à même de revendre les petits au public.
M. Cernon & le comité , perfuadés que le patriotifme
des troupes leur fera sûrement accepter
les affignats de cent fols , & ne croyant pas que
la caifle de l'extraordinaire doive confier aux
départemens des fommes confidérables de petits
affignats pour les échanger contre de plus forts ,
fans avoir aucune affurance , ont proposé de décréter
dix articles dont les trois premiers font les
feuls qui aient foutenu le choc des opinions.
Un long raisonnement de M. Rabaud a préfenté
cent millions en affignats des livres comme
une refiource prefque nulle pour un royaume où
il en faudroit , felon lui , pour environ 1800 millions
en remplacement des écus enfouis ou exportés
. Il a peint le defir impatient pour ces petits
affignats , l'inévitable danger des accaparemens
fi les diftributions ne fe font pas en quan
tités un peu fortes , fa conclufion a été qu'on.
envoyât 1,200,000 livres en affignats de cent fols
dans chaque département , que du moins , on
partit de cette règle ; & que l'on rendît , dès le
( 240 )
lendemain , le décret portant émiffion d: menue
monnoie d'argent.
M. Camus a oblervé qu'il en coûtoit 90,000 liv.
par femaine pour achat de numéraire , & ne parlant
pas des échanges , mais de la fomme qui
eft actuellement dans la tréforerie , il étoit d'avis
de payer les à - points en petits affignats dès lundi
prochain , & de faire , en affignats de cent fols ,
l'envoi qui doit s'effectuer le 12 ou le 13 dans les
départemens pour les frais du culte , en prévenant
les départemens de ne pas donner enfuite tous les
petits affignats aux cccléfiaftiques .
Sur la remarque ou la motion de M. d'André
qu'à mesure que le tréfor public recevra de petits
affignats de la caiffe de l'extraordinaire , celle- ci
devra recevoir du tréfor public de gros affignats
en échange , afin que l'émiffion n'excède pas la
fomme décrétée de 1200 mil ions , l'Affemblée
a adopté les trois premiers articles de M. Cernon ,
fauf rédaction.
Pour mieux fubdivifer la maffe des affignats
de cent fols , M. Rabaud a demandé qu'il en fût
envoyé pour 400,000 liv. à la foire de Baucaire.
qui s'ouvrira le 22 juillet , & où il craint qu'il ne
fe fafle que fort peurs d'affaires , vu les difficultés
des échanges . Il vouloit que la municipalité de
Beaucaire en fît la diftribution de concert avec
des commiffaires du département , & qu'on y
envoyât le plus qu'il fe pourroit de monnoie de
cuivre. Si on adopte cette propofition , a dit M.
d'Arnaudat au milieu des murmures qui l'ont
accueillie , il faut tranfporter la caiffe de l'extraordinaire
à la foire de Beaucaire , ou il faudroit avoir
recours à la même meſure pour toutes les foires du
Royaume. On eft paffé à l'ordre du jour en la renvoyant
au pouvoir exécutif,
Le
( 241 )
•
Le préfident a annoncé la mort de M. de Roche .
chouart , député de Paris , qui fera remplacé par
M. de Ségur le jeune.
D'après la motion de M. Cernon , l'Affemblée a
décrété ce qui fuit , dernière rédaction des articles
dont il s'eft agi plus haut :
Art. I. Il fera fourni à la trésorerie , par
la caiffe de l'extraordinaire , la fomme de
24,618,376 liv. pour fupplément aux dépenses
ordinaires du mois de juin. ככ
ce II. La caiffe rembourfeta à la trésorerie la
fomme de 11,991,470 liv , en remplacement de pa-,
reille fomme par elle avancée pour l'acquittement
des dépenfes particulières à l'année 1791. »
L'Ambaffadeur de Portugal , a dit M. Fréteau ,
s'eft plaint , par écrit , de l'arreftation faite à
Quilleboeuf, de 817 marcs de vaiffelle , détaillés
dans un paffe- avant en bonne forme pris à la douane'
de Paris le 11 du mois dernier , vaiffelle au poin-
Con de Paris & marquée aux armes de la Reine de
Portugal. Pour faire droit aux réclamations' de.
l'Amballadeur , le comité diplomatique a rédigé ,
& l'Affemblée a adopté ce nouveau décret en
explication ou reftriction de celui qu'a déjà modifié"
le cas particulier des piaftres arrêtées à Forback :
ce L'Affemblée nationale ayant entendu le
rapport de fon comité diplomatique , voulant ,
conformément à fon décret du 24 juin , qu'il ne
foit apporté aucun obftacle au cours ordinaire du
commerce , déclare que les feuls effets dont elle
entend prohiber quant à préfent le tranfport à
l'étranger , font les armes & munitions de guerre,
les matières d'or & d'argent en lingot , & les efpèces
mounoyées qui ont cours dans le royaume ;
l'exportation des ouvrages de l'orféverie & de
joaillerie marquées à la nouvelle marque demen-
No. 29. 16 Juillet 1791 . L
( 242 )
1
Fart libres ; n'entendant néanmoins l'Aſſemblée
porter aucune atteinte aux prohibitions portées
par les loix & les réglemens de commerce , lefquelles
font maintenues comme par le paffé.
ל כ
On a repris la difcuffion du code relatif à la
police correctionnelle . Les mots : imputations calomnieufes
ont fourni à M. Buzot l'occafion d'expofer
fes fcrupules fur tout ce qui tend à bleſſer
la liberté de la preffe & de la communication des
idées ; d'établir en principe qu'une calomnie ne
doit être punie que lorfqu'elle eft publique , &
encore fur des preuves auffi claires que le jour , &
patiemment attendues. Il a cité , pour exemple ,
M. de Bouillé. « Er le jugeant , a- t- il dit , par
fes alentours , par les faits antérieurs , parceux qui
fuivent , je demande s'il n'eft pas probable , pour
chacun de nous , que cet homme eft véritablement
un traître . Et cependant non- feulement les
journalistes , mais beaucoup d'autres hommest
qui , dans la fociété , fe font permis d'avancer ce
mot , euffent pu être pourfuivis , & ce n'eft que
quatre mois après que l'évènement a juftifié leur
opinion . Nous donnerons les articles qu'on a décrétés
:
La féance a été levée .
Du famedi 9 juillet.
M. Bégouen a préfenté un projet de loi qui exeepte
des difpofitions du décret du mois de mars
dernier , les Nantukois exerçant en France la pêche
de la baleine , leur permet de faire venir de
la Nouvelle - Angleterre les bâtimens propres à
cette pêche , de s'établir dans le royaume , de
jouir des avantages du pavillon françois , fans
que leurs navires puiffent avoir aucune atr
deftination que la pêche de la baleine. Selon
( 243 )
Lavie, c'étoit facrifier l'intérêt national à l'inté
rêt particulier ; mais M. Bégouen lui a prouvé
que le bien général du peuple françois , qui né
fçait plus faire la pêche de la baleine , demande
que l'on favorife des étrangers attirés par le
gouvernement , habiles dans ce genre d'induftrie
que leurs leçons pourront naturaliſer chez nous ;
& le projet a été décrété.
L'ordre du jour appelloit la difcuffion ſur la
loi concernant les émigrans. M. Vernier a pris
la parole au nom des comités réunis chargés de
refondre cette loi fi fouvent reproduite. ce Les
vérités les plus heureufes , a-t-il dit , ont , je
ne fçais par quelle fatalité des circonftances
te plus de peine à s'accréditer ; mais vous avez
enfin reconnu , dans la derniere féance , que
la liberté qu'a effentiellement le citoyen d'aller
Bu il lui plaît peut être fufpendue lorsque la
patrie eft en danger. » Il a propofé enfuite , un
projet de décret dont aucune difpofition n'a cependant
été accueillie , le voici :
Les circonftances où le trouve la nation francoife
lui faifant un devoir de rappeller dans fon
fein tous les enfans de la patrie , l'Aſſemblée
nationale décrete :
Article I. Jufqu'à ce qu'il en ait été autrement
ordonné , les françois abfens du royaume
feront tenus de rentrer en France dans un mois .
à dater de ce jour le délai , meflieurs , eft
affez long ). »ود
(
cc II. Sont exceptés des difpofitions ci - deffus
ceux qui ont une miffion du gouvernement
les gens de mer , les négocians ou leurs facteurs
, notoirement connus pour faire des voyages
chez l'étranger . »
III . Ceux qui rentreront en exécution du
L 2
( 244 )
préfent décret font mis fous la fauve- garde fpéciale
de la loi. Les municipalités , les corps adminiftratifs
& les gardes nationales demeurent
chargés de veiller à leur fûreté . »
IV. Les biens de ceux qui ne rentreront
pas dans le délai preferit , font néanmoins mis
fous la fauve - garde fpéciale de la nation : & le
délai expiré , lefdits biens-meubles & immeubles
feront féqueftrés & adminiftrés au profit de la
nation , de la manière qui fuit : »
« V. A l'expiration du délai porté par l'article
premier , les directoires de diftrict nommeront
des commiflaires pour ſe tranſporter dans
l'étendue de leur reffort , y prendre connoiffance
fur l'indication des municipalités de l'habitation
des émigrans & des biens dont ils jouiffoient.
»
se VI. Lefdits commiffaires mett: ont les í c!-
lés fur les portes defdites , maifons & appartemens
occupés ci - devant par lefdits émigrans .
Ils établiront auffi un gardien bon & folvable.
Ils appelleront les fermiers , locataires , régiffears
, & autres prépofés ; ils prendront , fous
la foi du ferment , la déclaration des loyers &
fermages dont ils font débiteurs ; ils fe feront
préfenter les quittances defdits payemens ;
recevront pareillement les déclarations defdits
biens & régies dont ils fe , feront exhiber
les comptes ; ils donneront auxdits fermiers &
locataires lecture du préfent décret ; ils leur enjoindrout
de payer les fommes dont ils feroient
débiteurs , aux receveurs de diftri&t , & recevront
la foumiffion des régiffeurs à cet effet :
& dans le cas ou lefdits régiffears refuferoient
de foufcrire ladite foumiffion , & où lefdits biens
ne feroient ni en ferme ni en régie , leſdits com(
245 )
miffaires procéderont de la manière ci - après . Ils
feront annoncer publiquement l'adjudication des
récoltes pendantes par racines fur les domaines
régis . Ladite adjudication fera faite au plus offrant
, après un intervalle de vingt-quatre heures ,
au moins depuis l'annonce . Dans le cas où
l'abfence des émigrans fubfifteroit encore au
premier novembre prochain , les biens à eux
appartenans feront régis conformément aux décrets
portés , excepté les lieux deftinés à leur
habitation , à l'égard defquels ils ne fera fait
aucune difpofition nouvelle , jufqu'à ce qu'il y
ait été pourvu par le corps législatif.
>>
cc VII. Les débiteurs defdits émigrans feront
tenus de payer entre les mains du receveur de
diftrict en leur domicile , les fommes qu'ils pourroient
leur devoir tant en principaux qu'en intérêts
. »
VIII. Sur les revenus qui proviendront des
biens féqueftrés , feront pris d'abord les frais des
commiffaires à l'appofition des fcellés , vifites &
autres , fuivant le réglement qui en fera fait
par le département ; le furplus fera verfé à la
caiffe de l'extraordinaire . »
« IX. Les droits des créanciers , des femmes &
enfans defdits émigrans & de tous autres qui
prétendroient avoir des actions à exercer contre
eux , demeurent réservés pour les faire valoir
ainfi qu'il appartiendra .
x
X. Lorfque les abfens rentreront ils feront
réintégrés dans la jouiffance de leurs biens fur
la demande qui en fera par eux faite pardevant
le directoire du district . »
ce XI. Toutes difpofitions & conventions faites
en fraude du préfent décret , front regardées
comme nulics & non avenues & feront ré-
>
L 3
( 246 )
putées telles toutes aliénations ou paiemens Fa
vance qui n'auroient pas une date certaine
antérieures au préſent décret. »
M. Caftellanne a invoqué la queftion préalable,
« Si quelqu'un fe charge de manifefter
l'indignation que mérite ce projet de décret , a
dit M. Malouet , je ne parlerai pas . Je manifefterai
mon indignation contre ceux qui parleront
contre le décret , a répondu M. Rewbell. »
--
Loin de fervir contre les émigrans , M. d'Arnaudat
a pensé que l'on devroit plutôt écouter
l'avis , qu'ils donnent de faire un bon. gouvernement
que perfonne ne foit tenté de quitter.
*
L'Europe entière , pourfuit-il , eft encore incertaine
fur les effets de notre révolution . »
Ayant prévenu l'Affemblée qu'il ne connoilloit
pas de moyens de réfuter les murmures , M.
d'Arnaudat a foutenu que la fociété ne pou
voit exiger comme devoirs fociaux le filence
& la réfignation qui font des vertus morales ;
que la loi propofée ajouteroit aux raifons
J'émigrer ; qu'il y a tyrannic & efclavage là où
un feul homme eft contraint de vivre fous des
leix qui n'ont pas fon confentement libre ; que
l'émigration dont on fe plaint eft une fuite paffagère
caufée par la crainte & le mécontentement ;
que le falut du peuple , au nom duquel fe font
commis les plus grands crimes , n'eſt que dans
un refpect religieux pour les loix de l'équité
- naturelle ; qu'auffitôt qu'on entre dans les domaines
de l'arbitraire , c'eft une dictature qu'il
faut adopter ; que parmi les émigrans , il en eſt
beaucoup que la terreur a fait s'expatrier ; & l'oaprès
avoir cité le décret fur la liberté
des voyageurs , a conclu à l'ajournement du
projet qui l'abroge , jufqu'à l'achevement de la
rateur ,
( 247 )
conftitution qui doit ramener la fûreté , le come
, enfin à la queſtion préalable quant à pré-
Tent.
En convenant qu'il ne s'agiffoit point de févir
contre des hommes dont le tort fe borneroit à
l'abfurdité de ne pas approuver une conſtitution
qui comble les voeux d'une grande nation . M.
Prieur n'a vu dans le décret propofé que de
fages mefures contre des hommes armés prêts
à porter le fer & le feu au fein de leur patrie
, quoiqu'il n'y foit fait mention ni d'armes,
ni de projets hoftiles , mais feulement d'émigration.
M. de Beaumetz a déclaré d'abord que tous
françois qui s'arme contre fa patrie mérite le
dernier fupplice. Enfuite l'opinant a obfervé que
ces principes lui paroiffoient étrangers à la loi
propofée qui , dans fa latitude indéfinie , embraffe
tous les françois qui n'ont quitté la France
qu'a regret , épouvantés de calamités particu
lieres intéparables d'une grande révolution , Cette
Joi préfentée fous tant de faces , a toujours été
repouffée. On l'appuye fur les circonftances , it
s'appuye lui- même fur les circonftanees pour
la combattre. Il la croit pleine de défectuofités,
d'impoffibilités, d'exécution , d'injuſtices de détail ,
d'immoralités.
« Vous êtes parvenus , a- t - il dit en ſubſtance',
au plus beau période de la révolution . Une immenfe
majorité s'eft ralliée autour de votre conftitution
. La totalité de la nation , eft impregnée
du vou d'être libre . Cette grande majorité a
été fentie au- dedans & au- dehors . Les puiffances
étrangeres ne croiront plus que la révolution foit
l'ouvrage de quelques factieux d'un petit
ambre d'hommes plus remarquables par leur
L
4
( 248 )
mouvement que par leur multitude . Elles ne
verferont ni leurs tréfors ni le fang de leurs
fujets pour empêcher une nation d'être libre &
heureufe à fa manicre . » Au refte , fon avis a
été que s'il eft forti de France quelques -uns de
ces avanturiers qui s'en orgueillent d'être les
vils ftipendiaires de tel qui paye une valeut dont
ils ne favent que faire , le plus grand nombre
des émigrans confifte en propriétaires honnêtes
qu'une loi provoquante attacheroit à leur exil ,
que le retour de la paix , de la fûreté , rappellera
dans leur patrie ; & il a demandé l'ajournement
du projet jufqu'à la fia de la conftitution
.
Tous ces difcours n'étoient , ' fuivant M.
Rewbell , qu'une critique indirecte de tous les
décrets de l'Affemblée qui portent fur la réciprocité
des obligations civiques. A l'entendre ,
les émigrans veulent tous où mettre la France
à feu & à fang ou la ruiner en exportant le
numéraire , point de milieu . Le décret propofé
n'eft qu'une conféquence néceffaire des fages
mefures qu'on a déjà prifes . « Si vous vouliez ,
difoit-il ; forcer les gardes nationales à défendre
les propriétés d'émigrans ou dangereux ou inutiles
, vous commettriez la plus grandes des iniquités
, & vous ne feriez pas obéis . »
сс
« On a beau dire, a- t- il pourfuivi , que nous
commettons un crime en ne remettant pas la
défenfe du royaume au chef du pouvoir exé-
" cutif ; car on nous traite de criminels de , ne
pas le faire. On a beau dire que nous commet
tons un crime de ne pas nous en remettre à des
généraux perfides pour réprimer les mécontens » .
M. de Jeffé a diftingué des françois ennemis
de leur patrie , les hommes qui n'ont quitté
( 249 )
la France que parce que le bienfait du nouveau
pacte foci . I ne leur convient pas . Voici l'effentiel
de fon difcours , que nous regrettons
pouvoir tranfcrire littéralement & en entier.
de ne
La majorité d'un royaume a le droit de fe
donner un gouvernement , mais on a le choix
libre d'obéir ou de s'en aller. Beaucoup d'émigrans
efpèrent revenir cucillir le fruit de nos
inftitutions , lorfqu'il fera mûr , & n'ont point
voulu courrir les chances. Il feroit indigne de
rançonner la foibleffe & la frayeur par des
loix fifcales . Il feroit à fouhaiter que la France
pût vomir par toutes fes iflues tous les mécontens
qu'elle renferme . Pour atteindre quelques
individus mal - intentionnés , votre loi frapperoit
fur une foule d'hommes , de femmes , de vieillards
, d'enfans , de qui l'on , n'eft pas fondé à
exiger du courage . Un contrat n'eft obligatoire
que lorfqu'il eft mutuel . L'interregne des loix
ne vous a encore permis de faire protéger les
droits & les jouiffances de chacun par la force
commune.....
Il étoit tout fimple que chacun cherchâr ſa
fûreté lorsqu'aucune autorité ne la lui garan
tiffoit . Une loi contre les émigrans eft tyrannique
& inutile ; la contrebande des hommes ne ſe
fera qu'avec plus de fubtilité . La maison & les
terres des émigrans doivent être protégées dès
qu'elles payent l'impôt prix de la protection . Tout
citoyen qui refte , paye l'impôt & défend encore
l'état de fa perfonne ; l'argument eft juste : cette
réciprocité néceffaire vous autorife à forcer l'émigrant
à fournir , à payer un homme armé. Dans
les petites conftitutions monacales de la Grèce
( ou de Saint- Marin ) un brás de plus imporsoit
au falut public ; mais dans un empire im
L
S
( 250 )
menfe on peut fe faire fuppléer , & l'émigran
rend fervice en fe faifant remplacer par un garde
nationale qui vaudra mieux que lui .... Maintenant
que tout eft organifé , frappez les perturbateurs
, faites réguer les loix , & celle contre
les émigrans , celle que nous agitons fera portée .
Pompée jura de traiter en ennemis tout ceux
qui n'embrafferoient pas fa caufe ; Céfar , ce
favori de la fortune fi digne de la dominer ,
annonça qu'il regarderoit comme étant pour lui
tous ceux qui ne feroient pas contre lui . ( quelqu'un
a crié : nous n'avons ni Céfar ni Pompée. )
La conclufion de l'opinant a été que la loi propolée
étant injufte , dangereufe & inexécutable
l'Affemblée avoit fait tout ce qu'elle devoit &
pouvoit faire en portant une loi contre les rébelles.
Une lettre du directoire du département de
Paris a invité le corps légiflatif à envoyer des
députés à la cérémonie de la tranflation du corps
de Voltaire dans l'églife de Sainte - Genevieve.
Il est décidé que l'Affemblée y enverra douze
de fes membres. Cette cérémonie aura lieu lundi
matin .
Rentré dans la difcuffion , M. Barrère n'a vu
dans la loi projetée qu'une mesure de police ,
de fûreté , mefure , a-t-il dit › que Mirabeau
Jui-même trouvoit convenable. Il a retracé les
dangers auxquels la France avoit échappé depuis
le 21 juin , a foutenu qu'elle en couroit encore,
On veut attendre la fin de la conftitution ; mais
qui répond que les troubles de l'intérieur & les
troubles de l'extérieur que tant de rapports lient
enfemble , ne mettront pas des entraves aux trayaux
qui doivent l'achever. On prétend que
Impôt eft le prix de la fûreté ; quelle est donc
( 251 )
cette: opinion burfale ? Dans les dangers communs
, l'argent , l'impôt paye pour les propriétés
& la perfonne pour la perfonne, ... On objecte
les droits de l'homme ; je n'entends jamais parler
des droits de la cité. Le falut du peuple eft
la fuprême loi ; devant elle s'abaiffent refpectueufement
les droits de l'homme & du citoyen.
La patrie alors commande jufqu'au facrifice de
la vie qu'elle a protégée .... Rappellez les émigrans
au milieu de leurs freres , ou frappez - les
du fceau de la réprobation civique .... L'Affemblée
a ordonné l'impreffion de ce difcours & fermé
la difcufion.
M. Malouet a cru devoir à fa qualité de … ..
proteftant a dit une voix du côté gauche ; de
repréfentant de la nation a repris l'honorable meinbre
, de déclarer publiquement qu'il s'oppofoit
au décret . M. Fréteau a demandé l'ajournement
jufqu'à ce que le comité de conftitution ait préfenté
un mode de réquifition & d'exercice de
la force publique , d'où puiffe réfulter la fûreté
de ceux qu'on veut rappeller , ce qui eft atteſter
qu'il n'y avoit pas de fûreté avant ce mode à
naître . L'ajournement paroît ou funefte ou inutile
à M. Bouchotte ; le motif, ou le prétexte ,
en paroît fingulier à M. Vernier qui obferve
que les propriétés des mauvais citoyens , des
émigrans , étoient fous la fauve-garde du zele
généreux des gardes nationales dirigés par la
Toi . Mais l'ajournement qu'on craignoit tant, venoit
d'être écarté par une décifion à laquelle le
côté droit avoit pris part , non fans exciter de
bruyantes rifées . M. d'Ambli a voulu juftifer
les émigrans éffrayés des pillages & des affaffinats
impunis ; M. Babey s'eft opposé à ce qu'on
entendit aucun des membres fignataires de la
L 6
( 252-))
déclaration réiative à la captivité du Roi ; de
vifs applaudiffemens du côté gauche ont couvert
cette faillie ; mais plufieurs voix du même côté
ont impofé filence à celui qui fe l'étoit permife.
On a relu les articles . M. d'André a trouvé
le premier inadmiffible dans la généralité , fulceptible
d'une foule d'exceptions ' néceffaires &
de toute juftice . Il eft impoffible , difoit-il , de
décreter que tout françois forti du royaume ,
fera tenu d'y rentrer dans un mois . Quelques
"difpofitions ont fait crier de tous les côtés de
la falle c'eft atroce ! c'eft abominable ! Saififfant
le mouvement fortement prononcé de répugnance
qu'il a ' remarqué dans l'Affemblée , M.
d'André a infifté fur les inconvéniens de l'exception
des négocians notoirement tels , du féquef-
' tre , de l'inventaire , des fcellés , de cette inquifition
inouie , odieufe , infupportable . M. Rewbell
y a fubftitué une triple impofition pour 1791 ,
& le terme de deux mois , fauf les mesures plus
févères à prendre en cas d'invafion ; & fa propofition
mife aux voix a eté décrétée fauf ré-
"daction .
M. de Cazalès a écrit & l'on a la la lettre
fuivante : « J'ai l'honneur de prévenir l'Affemblée
nationale que je donne ma démillion ».
Une autre lettre a annoncé la démiſſion de M.
'Montboiffier motivée par fon grand âge ; & la
féance a eté levée.
[
Au milieu du cahos & de l'anarchie ,
que l'impunité des crimes & la deftruc
on du Gouvernement propagent , on
(42534)
´eft étonné de trouver quelqu'ordre & quelque
sûreté dans la Capitale. Cet étonnement
croît encore à la vue des confeils
violens & des écrits meurtriers dont on
tourmente aujourd'hui la multitude . Il n'eft
point de maximes infenfées , de ſyſtême de
tyrannie qui ne trouvent ici un peuple de
partifans & des écrivains foudoyés pour en
juftifier l'atrocité. Ces ceuvres de barbarie
circulent avec rapidité dans les provinces ,
& comme la variété des fcènes n'y diminue
pas l'intensité des paffions , elles y produifent
un redoublement de fanatifme &
ces meurtres dont aucun peuple policé
n'a jamais offert une auffi honteufe continuité.
Cependant à travers ce défordre des
volontés , deux objets fixent conftamment
l'attention , la prifon du Roi & les difpofitions
des Puiflances étrangères.
Il eft fi monftrueux de tenir en chartre
privée le Monarque à qui la Loi , la raifon
& la justice accordent le partage de la
Souveraineté ; c'eft une chofe fi contradictoire
, fi oppofée aux principes qu'on tienne
à la chaîne celui dont le confentement va
indifpenfablement être néceffaire à la validité
des formes qui établiffent la liberté
de tous , que quelle que foit la légèreté
Parifienne , on eft frappé de l'inconféquence
de cette conduite & des inconvé
niens multipliés qui s'y trouvent néceffai
6
7254 )
rement attachés. Il faut le concours de
l'autorité Royale aux Décrets du Corps
Légiflatif, c'eft l'effence de la Conftitution
Françoife ; il faut donc que le Prince foit
libre , qu'il fanctionne , ou qu'on recommence
la Conftitution déjà finie & folemnellement
reconnue dans le Royaume.
Mais c'eft ce mode de liberté à accor
der au Roi qui rallume toutes les paffions
& coalife les ennemis de la Monarchie pour
le rendre impoffible ; c'eſt le caractère qu'il
doit avoir qui effraie tous ceux qui ne
voient dans la révolution que leur vengeance
perfonnelle & la haine qu'ils portent
à toute autorité. Quel qu'il foit ce mode , il
fuppofe deux conditions ; 1°. le refpect pour
la perfonne du Roi & les membres de la Famille,
2 °.la difpofition & la nomination de fa
garde.Sans celale Prince n'eft point libre tout
acte émané de lui n'oblige aucun de ceux
qui ont fait ferment de fidélité à la Nation ,
à la Loi & au Roi ; tonte fanction ou ac
ceptation n'eft qu'un titre de foumiffion
arrachée la force à la foibleffe ou à
par
Ja prudence.
Les difpofitions des Puiffances étran
gères font incertaines , on ne peut connoître
encore leur objet & leur direction.
Il eft bien sûr que les excès de la révolution
, l'oppreflion qu'elle exerce fur un
grand nombre d'individus , ont excité une
horreur univerſelle chez nos voisins , que
( 255 )
ce ne font pas feulement les Princes & les
Rois qui la redoutent , mais tous ceux qui
ont quelque propriété , & que les plaintes
des Emigrés ont fait une profonde impreffion
fur les divers Cabinets de l'Europe. Il
eft encore certain que la réunion des Princes
qui réclament contre les Décrets , peut entraîner
des difpofitions hoftiles , mais rien
ne paroît jufqu'à préfent concerté d'une
manière à pouvoir effectuer un grand deffein.
Toutes les conjectures a cet égard
font plutôt l'effet de l'inquiétude que
d'une
véritable connoiffance du danger.
Qu'on ne croie pas cependant que
finous
avions à foutenir une guerre au-dehors , nos
forces & nos moyens puflent long- temps
fuffire. S'en impofer à cet égard , c'eft agir
directement contre fes propres intérêts &
préparer des malheurs dont rien ne pour
Loit nous garantir. J'ajouterai que fi quelque
choſe pouvoit donner aux Puillances étrangères
plus de raifon de nous attaquer ,
feroient les outrages dont on ne fe contente
pas d'accabler le Roi & fa malheureuſe
Famille , mais encore tous ceux que l'on
prodigue contre les Etats voifins , dont on
traite les Peuples d'efclaves , les Princes de
defpotes, & dont on injurie les troupes au
point d'annoncer qu'avec de l'argent & des
brochures on leur feroit aifément trahir
leur Roi , leur Patrie & leur devoir.
Quelle que foit au refte la furie des
( 256 )
Journalistes & des agitateurs républicains ,
on eft généralement convaincu des bons
principes de la majorité de l'Affemblée
nationale ; on attend d'elle que , ferme dans
fes premiers principes , elle ne facrifiera
pas les reftes de la Monarchie aux prétentions
fanatiques de la démagogie de quel-
Clubs. Les déclarations faites par plufieurs
de fes Membres font pleines de ref
pect pour le Trône & la liberté , & les
principes qu'elles renferment ont généralement
un bien plus grand nombre de partifans
qu'il ne paroît.
ques
La première alloit être lue dans la féance
du 5 Juillet , lorfque des murmures , qui
fe font prolongés jufqu'à la fin de la féance,
ont empêché M. de Foucault de parler .
Les fignataires de cette déclaration , aŭ nombre
de 290 , ont fuppléé par l'impreflion
au refus qu'on a fait de les entendre . Voici
comme ils s'expriment :
« Au milieu des outrages faits au Monarque,
à fon augufte famille , & dans leur
perfonne à la Nation entière , qui eft devenue
la Monarchie ? Les Décrets de l'Affemblée
nationale ont réuni en elle le Pouvoir
Royal tout entier : le Sceau de l'Etat a été
dépofé fur fon bureau ; fes Décrets font
rendus exécutoires fans avoir befoin de
fanction ; elle donne des ordres directs à
tous les Agens du Pouvoir Exécutif ; elle
fait prêter en fon nom des fermens dans
( 257 )
lefquels les François ne retrouvent plus
'même le nom de leur Roi ; des Commiffaires
, qui ont reçu leur milion d'elle feule ,
parcourent les Provinces , pour recevoir les
fermens qu'elle exige , & donner des ordres
à l'armée : ainfi , du moment où l'inviolabilité
de la perfonne facrée du Monarque
a été anéantie , la Monarchie a été
détruite , l'apparence même de la royauté
n'exifte plus ; un interim républicain lui eft
'fubftitué. »
« Loin de tous ceux qui connoiffent les
règles de notre conduite ( & nous ofons
croire qu'il eft bien peu de François qui ne
les apprécient ) , l'idée que nous ayons pn.
concourir à ces Décrets. Ils contriftent nos
ames autant qu'ils s'éloignent de nos principes.
Jamais nous n'avons fenti avec plus
de douleur la rigueur de nos devoirs , jamais
nous n'avons gémi davantage fur les
fatales conféquences que l'on tire de la
miffion dont nous fommes chargés , que
lorfqu'il nous a fallu refter les témoins
d'actes qui n'étoient à nos yeux que des
attentats coupables ; que lorfque ceux de
nous qui font le plus fouvent notre organe
, devenus timides pour la première fois,
ont été forcés de fe condamner au filence ,
pour ne pas faire partager à une caufe facrée
la défaveur , dont on a fi bien fù nous
inveſtir ...... >>
( 258 )
« Avant l'époque défaftreufe où nous
fommes arrivés , nous pouvions du moins
embraffer le fantôme de la Monarchie ,
nous combattions fur fes débris ; l'eſpoir
de la conferver juftifioit notre conduite.
Aujourd'hui le dernier coup a été porté à
la Monarchie ; mais , au défaut de ce grand
notif, des devoirs d'un autre ordre fe
préfentent. Le Monarque exifte ; il eft captif
: c'est à l'intérêt du Roi que nous devons
nous rallier ; c'est pour lui , c'eft pour fa
famille , c'eft pour le fang chéri des Bourbons
, que nous devons refter au pofte d'où
nous pouvons veiller fur un dépôt auffi
précieux. Nous la remplirons donc encore
cette obligation facrée , qui feule doit être
notre excufe , & nous prouverons par -là ,
que dans nos coeurs le Monarque & la
Monarchie ne peuvent jamais être féparés.
l'un de l'autre.
Mais lorfque nous obéiffons à ce pref
fant devoir , que nos Commettans ne s'attendent
plus à entendre notre voix fur au
cun objet qui y foit étranger. Lorfqu'un feul
intérêt peut nous forcer à fiéger auprès de
ceux qui ont élevé une République informe
Tur les débris de la Monarchie , c'eft
à ce feul intérêt qne nous nous devouons
tout entiers . De ce moment , le filence le
plus abfolu , fur tout ce qui n'y fera pas
relatif, annoncera notre profonde douleur,
( 2599)
7
en même temps qu'il fora la feule expref
fion de notre conftante oppoſition à tous
les Décrets...... >>
« En conféquence nous continuerons
Les le feul motif de ne point abandonner
es intérêts de la perfonne du Roi & de
la Famille Royale , d'affifter aux délibérations
de l'Affemblée nationale ; mais que
ne pouvant , ni avouer fes principes , ni
reconnoître la légalité de fes décrets , nous
ne prendrons dorénavant aucune part aux délibérations
qui n'auront pas pour objet les
feuls intérêts qui nous reltent à défendre. »
Cette déclaration n'eft point la feule
qui ait été faite par les Membres attachés
aux principes de la Monarchie ; MM. Malouet
, de Landine , de Viefville des Effars
de Cicé , de Clermont- Tonnerre , de Cazalès
ont fait chacun la leur , & toutes fe réuniffent
à défendre les droits du Trône , les intérêts.
de la nation Françoiſe & de la liberté pu
blique. Voici celle de M. Malouet , nous
donnerons enfuite celle de MM. Landine
& des Effars , & la lettre de M. l'Archevêque
de Bordeaux au Préfident de l'Affemblée
nationale , dans le prochain numéro.
« Je me fuis oppofé de toutes mes forces &
tant qu'on m'a laiffé parler au décret qui prive
le Roi, la famille Royale de leur liberté , & qui
fufpend l'exercice de l'autorité royale. Fai
dénoncé avec auffi peu de fuccès l'audacieufe &
criminelle affiche qui invite les François à abolir.
( 2601)
la royauté . Je ne reconnois dans aucun pouvoir
délégué par la nation , le droit de porter atteinte à
l'indépendance & à l'inviolabilité de la perfonne facrée
duRoi, je m'unis à toutes les déclarations qui lui
aflurent des fujets fidèles . C'est défendre
pour
ces principes , & c'eft uniquement pour les défendre
que je m'impofe la pénible obligation de continuer
à remplir mes fonctions de Député à l'Affemblée
nationale .
"C
1-1
Paris , premier Juillet 1791 .
MALOUET.
Chacun des Membres de l'Affemblée nationale
a fans doute le droit de faire connoître fes
fentimens. C'eft un devoir dans la circonftance . »
« Au moment du départ du Roi , l'Affemblée
, pour éviter tout choc violent , tout défordre
dans l'Etat , a été forcée de réunir le pouvoir
exécutif au législatif. Les évènemens maîtrifoient
cette réfolution. »
« Par un décret poftérieur , l'Affemblée a
maintenu provifoirement , en fes mains , l'exercice
de ce pouvoir. D'un autre côté , en fufpendant les
nouvelles élections , elle a prorogé à fes Membres ,
ane autorité qui alloit finir. Nous pensons qu'il
eft temps qu'à cette détermination provifoire , fuccède
une décifion définitive , qui rende au Monarque
les droits qui lui font accordés par la Conftitution
, & à la Nation la faculté de continuer les
élections >>
сс
Nos cahiers ont guidé notre conduite : ils
demandoient une Monarchie , & elle a été décrétee
. Le Roi eft déclaré le chef fuprên è de la Nation
; fa perfonne eft rendue facrée & inviolable ;
à lui feul appartient le pouvoir exécutif. Notre
( 261 )
von eft que ce pouvoir lui foit excluſivement &
entièrement rendu , que fa perfonne refte hors de
toute atteinte , & que nos regards ne puiffent fe
porter au- delà des intentions & des faits qu'il a
confignés dans fa déclaration , aux Commilaires
de l'Affemblée nationale »
« Le Gouvernement Monarchique une fois
établi , fes bafes indépendantes de tout évènement ,"
doivent refter inébranlables . Nous défirons donc &
nous nous propofons d'en faire la motion expreffe
que le pouvoir délégué auMonarque lui refte intact ;
que tout ce qui peut en affurer , en faciliter en
ce moment l'exercice , foit protégé par la Puiffance
légiflatrice ; que le Roi foit libre dans fa
perfonne & dans les actes de fa volonté ; qu'il
puiffe choifir dans l'intérieur du royaume & a la
diftance fixée par les décrets le lieu de fa réfidence,
& s'y environner des perfonnes qui lui plaira .
GC
ככ
Pleins d'efpoir dans la fageffe dont l'Affemblée
nationale a donné fi fouvent des preuves ,
nous y continuerons des fonctions pénibles , mais
auxquelles nous attachent l'àdoption & le maintien
de ces principes que nous ne cefferons de profeffer.
כ כ
donner
« Perfuadés qu'il eft jufte & généreux d'étein- &
dre mutuellement toute fufpicion , & que
au Monarque de nouvelles preuves de fa confiance,
c'eft honorer la nation Françoife ; perfuadés encore
qu'un accord mutuel , une liberté réfléchie ,
une condefcendance réciproque peuvent feuls ramener
l'ordre , affurer la tranquillité intérieure ,
la paix au-dehors , & le bonheur du Roi toujours
inféparable de celui du Peuple , rous défirons
trouver dans chacun des Membres dé l'Affemblée ,
( 262 )`
es fentimens qui font & feront toujours les nôtres
A Paris , ce 4 Juillet 1791 .
DELANDINE , VIEF VILLE DES ESSARS .
La cérémonie de la tranflation de Voltaire
a eu lieu le 11. Cette proceffion a été
brillante malgré le mauvais temps des
Chars , des Muficiens , des Députés de
toutes Corporations Civiles , Politiques ,
Littéraires Militaires & de l'Affenablée
nationale ont accompagné le convoi du
Poète François. Ce cortége magnifique a
paffé fous les fenêtres du Château des
Tuileries ; l'on y voyoit ceux qui ont arrêté
la voiture du Roi & menacé de tirer deffus ,
ornés d'une couronne de chêne & marchant
en triomphe au milieu des Fanfares & des
Gardes nationales. La Baftille avoit fervi de
repofoir aux cendres de l'Ecrivain , & c'eft
delà qu'on les a portées dans le Panthéon
élevé aux manes des Grands Hommes.
On avoit affiché , la veille , un placard
figné d'une foule de citoyens connus & ref
pectés , qui proteftent contre cette idolâtrie
prodiguée à un homme qui a
confacré fa plume à décrier le culte , on y
difoit que c'étoit en quelque forte confacret
les opinions irréligieufes de l'Ecrivain ,
que de lui accorder de pareils honneurs ; &
le peuple ajoutoit que ces dépenfes de luxe,
( 263 )
dans ces momens de trifteffe , lui paroiffoient
affez déplacées.
P. S. Dans la féance du Dimanche 10
on a fait lecture d'une lettre de l'Ambaffadeur
d'Efpagne à la Cour de France adreffée
à M. de Montmorin , dans laquelle M. Fernand
Nunez inftruit le Miniftre François que
fitôt que Sa Majefté Catholique fut inftruite
de la retraite du Roi , elle écrivit une note
deftinée à être mife fous les yeux de l'Affemblée
nationale , & que la nouvelle de l'arrefta
tionqu'elle n'apprit qu'enfuite, ne changea
rien à la rédaction de la note, dont voici
la fubftance :
« La retraite de Paris , entrepriſe par le Roi
très-chrétien avec la famille , & fes deffeins ,
quoiqu'ignorés encore de fa Majefté catholique ,
ne peuvent avoir eu pour cauſe que de fe délivrer
des infultes populaires & de fe procurer un
lieu de fûreté , où le fouverain & les vrais repréfentans
de la nation cuffent pu délibérer librement
».
сс C'eft dans ce fens , comme allié de la France ,
parent & ami de fon Roi , qu'elle prend le plus
grand interêt au bonheur de la nation françoife, &
qu'elle exhorte les François à réflechir fur le parti
que leur fouverain a été forcé de prendre , & de
revenir fur les procédés outrés qui peuvent en
avoir été la caufe , de refpecter fa perfonne facrée
& celle de fa famille , & de croire que toutes
les fois que la nation françoiſe remplira fes devoirs
, elle trouvera , dans les procédés du Roi ,
( 264 )
les fentimens qu'il lui a toujours témoigné & qui
conviennent mieux à fa fituation que toutes les
autres mesures quelconques
53 .
Après cette lecture l'Aſſemblée a ordonné que
l'opinion de M. Rabaud feroit inferite dans le
procès-verbal ; elle portoit que le filence devoit
être la réponse à cette note , & que la France
ne fe mêlant point des affaires des autres , elle
n'entendoit point qu'on fe mêlât des fiennes ,
--
Dans une lettre écrite de Verdun , mais dont
le Rédacteur ne garantit pas l'authenticité , on
rend compte des détails de l'arrestation du Roi
à Varennes. On y lit ( page 165 ) que le Roi
« s'adreffant à ceux qui étoient préfens , leur
dit : mes amis , confeillez -moi , que faut- ilfaire?
Sire , vous fauver , répondit M. de Damas. »
Il eft certain que le Roi n'a point fait cette
queftion , & que M. de Damas n'a pas été
dans le cas de faire cette réponfe ; puifque , fuivant
les détails authentiques envoyés à l'Affemblée
nationale , il eft arrivé à Varennes longtemps
après que le Roi étoit defcendu dans la
maifon du Procureur - Syndic.
L'on a appris la nouvelle importante que
les Ruffes ont battu, le 15 Juin , un corps
de Turcs de 25 mille hommes , détruit un
magaſin confidérable , tué 1500 hommes &
pris huit pièces de canons , &c .
C
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 23
JUILLET 1791 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE
A M. LEROUX, Négociant à Rouen , fur la
Convocation des Affemblées primaires.
Its approchent ces jours heureux ,
Ces jours de joie & d'eſpérance ,
Souvent appelés par mes voeux ,
Qui vont imprimer en ces lieux
Une immortelle confiftance
A ces grands deftins de la France ,
Que nous léguons à nos neveux ,
Er détruire la fosvenance
Et les monumens douloureux
N°. 30. 23 Juillet 1791 .
122 MERCURE
De dix fiecles de dépendance
Qui peferent fur nos aïeux.
Déjà , dans les vaftes contrées
Que nos Loix ont régénérées ,
Les Citoyens font réunis
Pour élire d'autres amis
De la Conflitution fainte ,
Et de ces droits évanouis ,
Dont nos foins ont dans ce pays
Rétabli la divine empreinté :
Bientôt ceux qu'ils aurent choifis
Viendront , en cette même enceinte ,
Où nous travaillons aujourd'hui ,
A ces maximes éternelles
Qui dicerent les Loix nouvelles ,
Ajouter un nouvel appui .
Quelle fatteufe perſpective ,
O mon ami ! quels doux objets
Préfente à mon ame attentive
L'image long-temps fugitive
Du bonheur du Peuple Français !...
Sans doute ces penfers aimables
Dont j'aime tant à me bercer ,
Ne feront point au rang des fables ....
Ils vont tous fe réaliſer :
Même , ces rêves mémorables
Qu'on crur ceux d'un efprit troublé ,
DE FRANCE. 123
Et que
Saint-Pierre émerveillé
Fit pour rendre heureux tous les hommes ,
On peut , dans le temps où nous fommes ,
Y croire étant bien éveillé .
Oui , j'en retrace ici l'augure ,
Ils reluiront fur l'Univers
Ces beaux jours , que la rouille impure
Des préjugés , de l'impofture ,
Pendant des fiecles a couverts ;
Et bientôt les Peuples divers ,
Apprenant à faire lecture
"
Dans ces Livres toujours ouverts
Code vivant de la Nature ,
Et que la fraude défigure ,
Tour à tour briferont leurs fers.
Si ces espérances lointaines ,
Ami , que je mets devant vous ,
Peuvent vous paraître incertaines ;
Il en eft d'autres plus prochaines
Qui fe préparent près de nous....、
'Celles-là ne feront point vaines .
Voyez nos premiers fucceffeurs ,
Tous pénétrés du même zele
Et de ces fentimens vainqueurs ,
Que par-tout & dans tous les coeurs
La Liberté porte avec elle :
Voyez-les ces Législateurs
G &
MERCURE
124
Etendre la ligne immortelle
Des principes reftaurateurs ,
Que fans ceffe , par fes clameurs ,
Par l'intolérance cruelle
Outrageait , la longue féquelle
Des Defpotes , de leurs Flatteurs ,
De la horde Miniſtérielle ,
Et des Bigots & des Cenfeurs ,
Dans le temps où tous ces Meffieurs
Tenaient le génie en tutelle
Sous leurs efforts perfécuteurs.
Qu'ils auront fur nous d'avantage !
De quelle maffe de pouvoir
Ils jouiront dans leur meſſage ,
Nos fucceffeurs , qui vont avoir
Les plus beaux moyens en partage ,
Eux qui , pour faire un bon ouvrage ,
N'auront enfin qu'à le vouloir ! ...
Mais jetons un coup d'oeil rapide
Sur les défordres effrénés
Qu'un Patriotifine intrépide .
A pour toujours déracinės .....
Les brigandages defpotiques
Et les pourfuites fanatiques
Etaient naguere ... ils ne font plus....
Ils font de même difparus ,
Et les priviléges antiques ,
DE FRANCE. 129
Et tous les titres fuperflus ,
It tous les préjugés gothiques ,
Et tant d'innombrables abus ,
Enfans de notre ancien Régime ,
Qui plaçaient fi fouvent le crime
Au rang qui n'eft dû qu'aux vertus.
Eh ! fi , malgré tous ces obftacles ,
Et les troubles & le tracas
Qui fans ceffe entravaient nos pas ,
Nous avons pu , par des miracles
Qu'encore je ne conçois pas ,
Donner le grand exemple au Monde ,
D'an Peuple long- temps avili ,
Qui perce enfin la nuit profonde ,
Où de fes droits le long oubli
Le tenait comme enfeveli ;
Quels ne feront pas les prodiges .
Qui pourront être exécutés ,
Quand tous les regrets , les vertiges ,
Et les complots tant répétés ,
Et les abus accrédités
Jufque dans leurs derniers veftiges
Seront par le temps emportés ?
Comme ces images touchantes
De paix , de joie & de bonheur
Portent de charme dans mon coeur !
Combien elles font féduifantes !
G
$26 MERCURE
Ah ! quand cet efpoir enchanteur
Que la réflexion prolonge ,
Et qu'il eft fi doux d'éprouver ,
Pourrait n'être qu'un vain menfonge
Je dirais encor d'un tel fonge :
Heureux qui peut ainfi rêver !-
( Par M. Félix Faulcon , Député
à Afemblée Nationale. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEE, mot de la Charade eft Minuit ; celui
de l'Enigme eft Anneaux de rideaux de lit ;
celui du Logogriphe eft Moutarde , où l'on
trouve Mode, Mort, Arme , Rome, Morue,
Ormeau, Erato, Tard, Me, Ut, Outarde,
Mat, Maure , Rat, Matou, Rouet, Mer, Eau,
Rade, Amour, Ou.
MON
CHARADE.
ON premier vous préfente un terme de
mufique ;
Mon fecond, ce qui couvre & Prince & Roturier
;
Mon troisieme , une part du nom d'un homme
• unique :
Sans trop favoir pourquoi maint Prêtre eft mon
entier.
( Par Mlle. Perpétue. )
(
DE FRANCE. 127
É NIG ME.
Jouer infortuné, des caprices du fort ,
Je n'exifte jam is , car je reçois la mort
Un inftant même avant de naître ,
De la part d'un frere inhumain .
A ces traits , fi quelqu'un ne peut me reconnaître ,
Il peut, pour me trouver, chercher jufqu'à demain .
( Par Mlle. S. B. G. âgée de 14 ans . )
LOGOGRIPHE.
MON HO
ON nom eft enchâffé dans un autre plus long
Qui retentit dans les Imprimeries.
Je fuis né dans le fein d'antiques rêveries ,
Et n'exiſtai jamais ; je fuis un Forgeron ;
La Nature envers moi fut cruelle & bizarre ;
Prodigue dans un point , & dans un autre avare ;
Par ma taille , je fuis un autre Goliath ;
Et par l'un de mes fens en pitoyable état .
( Par M. A. de N. )
128 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
chez
LA Police de Paris dévoilée , par Pierre
Manuel , l'un des Adminiſtrateurs de
11789. 2 Volumes in- 8 ° . A Paris ,
Garnery , Libraire , rue Serpente , Nº .
à Strasbourg chez Treutell ; & à
Londres , chez de Boffe , Libr. , Gerard
Street , Nº. 7.
17 ;
ONN fe rappelle l'effet qu'a produit le
Livre intitulé la Baftille dévoilée. Celui - ci
eft d'un autre genre , mais fon fuccès ne
fera pas moins grand. L'un préfente le
Defpotifme dans toute fon horreur , l'autre
dans toute fa baffeffe ; & en rapprochant
ces deux Livres , on peut dire :
Le Ciel voulut ici raffembler tous les crimes.
Il eſt un grand nombre de Lecteurs à qui
ce Livre n'apprendra que peu de choſe ;
& ce font ceux qui , ayant vécu dans le
monde , comme on s'exprimait il y a deux
ans , connaiſſant une partie de ces iniquités
& de ces fcandales , pourraient aiféDE
FRA'N C´E. 129
1
ment deviner le refte . Mais le Recueil offrira
à la génération naiffante , aux Franiçais
placés loin de la Capitale , fur- tout
aux Etrangers , la peinture d'un état de
chofes , dont il eft prefque impoffible de
fe faire. l'idée , & fans doute ils le confidéreront
comme une des cauſes qui a le
plus concouru à la rapidité de la Révolution
qui les étonne. Ils verront que le
premier moment où tant de chaînes font
tombées des mains d'un Peuple ainfi garrotté
, a dû être un moment terrible . Ils
cefferont d'être furpris que le fentiment
d'un malheur commun ait d'abord réuni
toutes les claffes, contre les agens d'une
autorité maintenue par de pareils moyens.
Enfin , ils verront comment la révélation
progreffive de tant de honteux myſteres a
nourri l'enthoufiafme des Français pour
une Conftitution nouvelle , & a fait de
la Liberté une paffion conftante , qui en
s'éclairant de toutes les lumieres , cherche
à fe fortifier de tous les appuis.
?
Il reftera pourtant , après la lecture de
ce Recueil , un grand ſujet de ſurpriſe pour
ceux qui penfent qu'une entiere perverfité des
moeurs eft un obftacle éternel à la Liberté .
C'eft une maxime répandue & accréditée
- par les oppreffeurs de toute efpece , que
es Nations vieilles & corrompues ne peuvent
revenir à la Liberté , qu'elle n'eft
-faite que pour les Nations neuves & vierges;
Gs
130 MERCURE'
& comme la nôtre n'eft en effet ni neuve, ni
vierge , ils en concluaient que nous étions
des infenfés de vouloir être libres. Ainfi
le prix des foins qu'avait pris le Defpotifme
, de corrompre les moeurs , devait
-être la perpétuité du Defpotifme. Cet ar
gument ne laiffait pas que d'ébranler d'alfez
bons efprits : heureufement il s'en eft
trouvé de meilleurs . Ceux- ci ont dit aux Nations
que les lumieres pouvaient leur tenir
lieu de virginité ; que fi , au courage de
conquérir la Liberté , elles joignaient les
lumieres requifes pour créer un ordre fo
cial qui fit naître & encourageât les vertus
& non pas les vices , elles arriveraient ,
vierges ou non , au but de toute Société
politique, le bonheur de tous, ou du moins
de l'inamenfe majorité . C'était là une héréfie
il y a quelques années ; mais il paraît
qu'elle s'accrédite de jour en jour.
Nous n'arrêterons point les yeux de nos
Lecteurs fur toutes les turpitudes dévoilées
dans ce Livre. Ce n'est pas à la malignité
humaine que nous le recommandons
, mais à la curiofité philofophique.
Au refte , l'équité demande qu'on n'aecorde
pas le même degré de croyance à
toutes ces Anecdotes. Un très -grand nombre
ne font que des notes données par
les Infpecteurs ou Efpions de Police , à
leur Général. On fait la confiance due à
de pareils témoins , qui mefuraient la vraiDE
FRANCE. 131
femblance d'une aventure fur la grandeur
du fcandale ; qui faifaient leur cour à
Monfeigneur, en l'amufant & en le mettant
à portée de faire fa cour & d'amufer le
Roi. Le porte-feuille de ces Meffieurs devenait
le rendez - vous de tous les bruits
de ville , de toutes les délations de la haine .
La feule envie de fe divertir , ou de montrer
de l'efprit , fuffifait pour engager les
Rédacteurs du Bulletin à charger leurs récits
de circonftances controuvées , mais
plaifantes ; les mauvaiſes moeurs publiques
Tuppléaient abondamment aux preuves qui
manquaient ; & un témoin oculaire qui
eût rétabli le fait , en fupprimant une circonftance
faulle , mais plaifante , aurait
été traité de pédant , & aurait eu pour
réponſe : Est- ce que cela n'était pas mieux
de l'autre maniere ? C'eft ce que l'Auteur
du Recueil n'ignorait pas ; & certe réflexion
aurait dû lui faire fupprimer les noms d'un
grand nombre de perfonnes compromifes
dans ce Répertoire de Police ; il faut efpérer
que l'indulgente juftice du Public
réparera cette faute , en ne faifant pas d'attention
aux perfonnes , en ne s'occupant
que des chofes , en ne regardant les indivi
lus cités que comme des noms en l'air,
de pures abſtractions.
Il ferait inutile d'exiger da Public la
même indulgence pour ceux qui ont pris
la peine de fe dégrader eux-mêmes d'une
G 6
132 MERCURE
maniere authentique , en écrivant les lettres
fignées de leur nom , & imprimées figurativement
dans ce Recueil. Que répondre ?
Ce font eux - mêmes qui fent leurs propres
délateurs. Tout ce qu'on peut faire ,
c'eft d'entrer dans leur peine. On dit qu'elle
eft très - grande. On prétend que plufieurs
mêmes ont déjà quitté Paris. Il y en a de pires
, & ceux-là resteront . Il eft vrai que quelques-
uns y font retenus par leurs places
& par le Patriotifme fubit qu'ils ont montré
en remplacement du zele qu'ils avaient
voué au Defpotifme précédent. Ce Recueil
qui les déforiente , les rendra plus circonfpects
& moins prompts à fufciter contre eux
de juftes reffentimens par des provocations
gratuites. Quand l'antre de Cacus fut ouvert
par le fammet , Cacus trembla....
mais ceci devient férieux. Revenons à la
Police de Paris , devenue elle - même la
délatrice des délateurs , par les fuites de
cette malheureuſe journée du 14 Juillet.
...
1
Si l'on veut fe faire une idée jufte de
ce qu'était l'état des Gens de Lettres en
France avant la Révolution , il faut parcourir
dans ce Livre le Chapitre intitulé :
De la Police fur la Librairie , fur les Gens
de Lettres , fur les Cenfeurs Royaux , fur
les Nouvelles à la main , fur les Comédiens,
On a quelque peine à comprendre comment
la raifon a pu fe faire jour à travers
tant d'obſtacles. Il faut voir nos meilleurs
DE FRANCE.
Ecrivains réduits à flatter un Lieutenant
de Police , à careffer un Cenfeur , à tromper
un Miniftre & tous fes Agens . Voltaire,
mit peut - être plus de temps à intriguer
pour faire repréfenter Mahomet , & à prévenir
les dangers que pouvaient attirer fur lui
l'impreffion & la publication de fon Ouvrage,
qu'il n'en mit à le compoſer. Un de
Meffieurs fut très-fcandalifé à la premiere
repréſentation de cette Comédie ; c'eft ainfi
qu'on défignait Mahomet dans la Grand-
Chambre. Auffi-tôt cette Comédie eft dénoncée
par M. Joly de Fleury. Voilà Voltaire
entre le Parlement , le Cardinal de
Fleuri , M. de Maurepas , le Lieutenant
de Police Marville , & fe moquant d'eux
tous comme de raiſon . On convient que
la Piece fera retirée du Théatre ,. & qu'elle
ne fera point livrée à l'impreffion . Par
malheur Voltaire fe laiffe dérober fon ma
nufcrit ; il fe plaint de ce vol au Lieutenant
de Police , écrit au Cardinal pour
obtenir qu'on prévienne l'impreffion ; i
avait pris foin que cela fût impoffible . It
écrit aux Miniftres pour fe plaindre de ce'
contre temps, qu'ils avaient prévu , & l'Auteur
de Mahomet en eft quitte pour quelques
complimens épiftolaires , en dépit du
Parlement , toujours furieux contre cette
Comédie de Mahomet , toute propre , di
faient Meffieurs , à produire des Ravaillacs
, quoique l'objet de la Piece foit de
834
MERCURE
deffiller les yeux & d'arracher les poignards
aux Ravaillacs.
Il est heureux que Voltaire ait joint à
fes talens celui de parvenir à faire jouer fes
Tragédies , & de fe tirer enfuite des em
barras qu'elles lui caufaient. Si quelques
moraliftes féveres lui reprochaient trop du
rement cette foupleffe flexible & cette
habileté en intrigues , nous répondrions
pour lui , que dans fon deffein de déniaifer
les Français , il facrifiait à ce grand
but plufieurs confidérations d'un ordre inférieur
; qu'en faveur de cette intention
philofophique , il fe donnait l'abfolution
de ces petites peccadilles en morale ;
qu'enfin , il était naturellement efpiégle ,
& qu'après tout , les plus honnêtes gens
d'alors fuccombaient à la tentation de fe
moquer du Gouvernement ; car cela s'appelait
le Gouvernement. Ce Gouvernement
était fi étonné de l'être , fi inquiet
fi peu sûr de fa force , qu'il avait peur
dé tout. C'eft un plaifir de voir fes tranfes
à l'occafion di grand Livre de Madame
Doublet. C'était un Répertoire de
nouvelles dont les faifeurs de Bulletins tronvaient
le fecret d'attraper quelques bribes ,
accident qui alarma plus d'une fois Louis
XV; c'était une grande affaire que ce Livre
de Madame Doublet , à laquelle on
effaya vainement d'impofer filence. Mais ,
dira- t-on , pourquoi ne pas faire enfermer
DE FRANCE. 135
Madame Doublet ? L'objection eft forte.
Oui , mais il faut favoir que Madame
Doublet était femme de bonne compagnie,
qu'elle tenait à tout , qu'elle était parente
de M. d'Argenfon , de M. de Choifeuil.
Il fallut donc traiter avec Madame Doublet
, & capituler avec la route - puiffance
du grand Livre. C'était un Tribunal d'opinions
privées qui préparait l'opinion publique
, toujours favorable à ceux qui contrariaient
le Defpotifme. Plus d'une fois
il fut forcé de reculer devant ce Tribunal .
comme pour annoncer avec quelle célérité
il devait fuir un jour devant l'opinion nationale.
Ce peu de pages fuffit pour infpirer le
défir de parcourir un Recueil , qui , en
préfentant aux Français le tableau de
feurs moeurs , à l'époque de leur régénération
, leur offre des motifs nouveaux de
bénir la Révolution qui les fouleve hors
-de cette fange , & en même temps , montrant
aux Etrangers l'amas des chaînes &
des liens de toute efpece fous lefquels gémiffait
la Nation Françaife , les mer à
portée d'évaluer les reproches que le Defpotifme
expirant a multipliés contre la Liberté
naiffante.
Nous ne terminerons pas cet article fans
-recommander à la curiofiré de nos Lecteurs
un morceau fur la Police de Londres. L'Auteur
y releve plufieurs abus monſtrueux
136
MERCURE
qu'on s'étonne de trouver chez un Peuple
cité fi long - temps pour modele des
Peuples éclairés. Mais ce qui furprend davantage
, & même au point d'exiger confirmation
pour être cru , c'eft l'excès de
mifere d'une immenfe portion du Peuple.
Il porte à deux cent mille hommes le nombre
de ceux que cette mifere accable dans
des quartiers de Londres prefque inconnus
des Etrangers. Le détail où il entre
à cet égard fait frémir . Si ce tableau eft
fidele , les conféquences peuvent être funeftes
à la veille des fecoues qui menacent
le Gouvernement. Rapprochons de ce
tableau les mots de la pétition faite par une
Société nombreuſe & refpectée , celle des
Amis de la Conftitution : Nous croyons qu'il
eft impoffible aux gens fages de ne pas s'appercevoir
que le temps approche où lajuftice
fera exigée d'un ton affez ferme poar
ne pouvoir être refufée , quelque pénible qu'il
puiffe être pour certaines perfonnes defouf
crire à cette demande.
Dans un pays où l'on parle ainsi , & au
fein d'une Capitale , où une immenſe po-
-pulation préfente l'afpect d'une mifere hideufe
, telle qu'on ne peut s'en former
l'idée , en comparant les quartiers qu'ils
habitent avec ceux qu'habite à Paris , la
claffe la plus indigente , ce font les termes
de l'Auteur ; dans un tel état de
chofes , combien de temps peuvent fubDE
FRANCE. 137
fifter les abus politiques dont fe plaignent
en Angleterre les Amis de la Conftitution
Amis de la Révolution Françaiſe ? Queftion
intéreffante & digne d'occuper le Cabinet
de Saint -James .
( C...... )
re
BIBLIOTHEQUE de l'Homme public , ou
Analyfe raifonnée des principaux Ouvrages
Français & Etrangers fur la Politique en
général , &c. &c. par M. de Condorcet ,
de l'Académie Françaiſe & de celle des
Sciences ; M. de Peyffonnel , ancien
Conful général de France à Smyrne; &
autres Gens de Lettres . 1. Année formant
12 Volumes in- 8 °. Ouvrage dont il
paraît un Volume par mois. On s'abonne
à Paris , chez Buiffon , Impr-Libraire
rue Haute-feuille , N° . 20. Prix , 32 liv,
pour un an , 17 l. pourfix mois , & 9 la
pour trois mois , franc deportpar la Poſte
dans tout le Royaume ; & pour
Paris
28 liv. 1f. , 15 liv. & 8 liv.
LA multiplicité des objets politiques que
renferme cette excellente Collection , & la
précifion à laquelle nous condannent les
238 MERCURE
bornes de notre Journal , ne nous permer
tent qu'un coup d'oeil rapide fur chacun
des Volumes qui la compofent. Les noms
célebres de fes Auteurs diminuent d'autant
plus nos regrets , à cet égard , qu'ils n'ont
rien à emprunter de la recommandation d'un
Journaliste , & qu'il fuffit de connaître le
titre de leur Ouvrage , pour fentir toute
fon importance , & juger favorablement de
fon exécution.
La Politique a des principes généraux ,
des axiomes fondés fur la raiſon éternelle
& fur les droits inviolables des Peuples ;
mais , comme toutes les autres Sciences ,
elle a des problêmes d'une folution d'autant
plus difficile , qu'elle dépend d'une
infinité de circonftances qui modifient &
changent même les rapports naturels de fes
principes avec l'objet de leur application.
Ce qui eft vrai & jufte dans la fpéculation
, n'eft pas toujours utile dans la pratique
, & c'est l'utilité générale, qui doit
être le but de toutes les Loix & de tous
·les Gouvernemens . Il eft même , en politique
, très - peu de principes inconteftables.
" Je crains , dit le Philofophe Hume
que le monde n'ait pas encore affez vieilli
pour nous permettre d'établir beaucoup
de propofitions politiques généralement
vraies , & dont la vérité puiffe fe foutenir
dans les âges les plus reculés..
Non feulement la logique de cette Science
DE FRANCE. 139
eft défectueule comme celle de toutes les
autres , mais nous n'avons pas même affez
de matériaux dont nous puiflions faire
ufage dans nos raifonnemens . Il faut lire
tour ce que dit ce Philofophe dans fes
Effais , Tome II de la Iere. Année de la
Bibliotheque de l'homme public , page 86 ,
pour fentir combien l'application des principes
eft fubordonnée à mille circonſtances ,
& combien les événemens détrompent quel
quefois les plus fages Philofophes des principes
qui leur paraiffaient les mieux fondés .
Il eft donc bien néceffaire , avant de fe
décider fur une queftion importante , de
confulter tous les Politiques anciens &
modernes qui ont mis à profit l'expérience
de tous les fiecles , nous ont donné le réfultat
de leurs méditations. profondes fur
l'Hiftoire des Nations , & des Théories
calquées d'après le génie des Peuples ,
les paffions des hommes , les différens degrés
de leurs lumierès , &c. & c. L'Ouvrage
que nous annonçons , vient au fecours de
notre inexpérience ; il épargne des recherches
pénibles ou faftidieufes ; & la Table
analytique qui doit le terminer , préſentera
fous un feul point de vue tout ce qu'ont
penfé de mieux , fur les queftions les plus
épineufes , les plus célebres Philofophes
de tous les fiecles ; il attache le Lecteur
en le mettant à portée de fuivre les progrès
de l'efprit humain dans l'importante Science
- 440 . MERCURE
des Gouvernemens ; un trait hiftorique,
marque la fituation des Etats dans lefquels
écrivaient les Auteurs que l'on analyſe , un
trait de critique apprécie leurs différens
fyftêmes. On fent , par cet apperçu , que
nous ne pouvons cueillir que peu d'épis
dans cette immenſe moiſſon.
Ariftote , Bodin & Machiavel fe partagent
le premier Volume ; Ariftote traite
des Républiques , de la Monarchie & des
Defpotes. Il établit un parallele entre la
Royauté & la Tyrannie , page 52. » Le
Royaume fe conferve par l'amitié & la
confiance ; la Tyrannie au contraire fonde
fa sûreté fur la méfiance , & favorife ,' pour
cette raison , la licence des Efclaves contre
les Maîtres ; le Tyran ne doit être
entouré que d'Efclaves qui tremblent devant
lui...... Sa confervation eft fondée
fur trois points principaux : lâcheté &
ignorance dans les fujets , défiance réciproque
entre eux , & impoffibilité de fe révolter
& de confpirer . Le caractere du
Tyran a fourni à Machiavel le canevas de
fon Prince.
Les Effais moraux & politiques de M.
Hume, & le Gouvernement civil de Locke,
fournillent le 2 ° , Volume. M, Hume , qui ,
comme Hiftorien , mérite toute la célébrité
qu'il a acquife , offre d'excellentes vues
en politique ; fes Effais font connus . Nous
Be citerons qu'un trait de l'Avant-propos ,
DE FRANCE. 749
qui appartient aux Rédacteurs , page 4.
On a remarqué de tout temps que les
meilleures Loix & les plus célebres Légiflateurs
ont pris naiffance au milieu des
troubles & des diffentions civiles ; ainfi ,
les Ordonnances les plus falutaires à l'ordre
public, & qui fubfiftent encore aujourd'hui
en grande partie , furent faites fous
le regne anarchique de Charles IX ......
Ainfi , l'Angleterre , au milieu des guerres
civiles & parmi les convulfions horribles
de l'anarchie, fonda fa Liberté fur des Loix
fages , & fa profpérité & l'étendue de fon
Commerce fur cette Liberté. Auffi eftce
dans cette Ifle que la Politique a fait
les plus grands progrès ".
Dans le troisieme Volume & dans une
partie du quatrieme , on paffe en revue
les Avis de Guichardin , l'Etat des affaires
de la France par divers Auteurs , &
le Tableau de la Richelle des Nations de
M. Smith. Le Lecteur y trouvera , fur la
population , un réſultat affez curieux des
calculs d'un favant Anglais , M. Wallace .
If a compté ce que la poſtérité d'un homme
& d'une femme pourrait produire 1253
ans après leur mariage ; il en porte le
nombre à quatre cent douze milliars ,
trois cent feize millions , huit cent foixante
mille quatre cent feize têtes. Pour que le
: monde puiffe fuffire à fes habitans , il faut
recourir aux caufes phyfiques & morales
de dépopulation.
42 MERCURE
A la fuite de Smith fe trouvent , dans le
quatrieme Volume , la République de
Platon , l'Eutopie de Thomas Morus , & la
Situation politique de la France , par M.
de Condorcet ; le célebre Bacon termine ce
Volume ; fes maximes veulent être approfondies.
Montefquieu, qui occupe la majeure partie
du cinquieme Volume , eft trop connu
pour que nous donnions ici un extrait de
fa Philofophie , qu'on peut regarder comme
le premier germe de la Révolution pré-
Lente. Platon paraît enfuite comme Légiflateur
, & fes Loix , quelquefois bizarres ,
doivent être rapprochées de fon fiecle. On
eft étonné , dans le nôtre , de , voir tellement
établir l'influence politique de la Poeſie ,
de la Mufique & de la Danfe , qu'il ne
puiffe être introduit dans les Arts aucun
changement fans altérer la Conftitution
d'un Etat. Mais , difent les Rédacteurs,
les perfonnes qui joignent à une grande fenfibilité
, la précieufe habitude de réfléchir ,
& qui ont eu le bonheur d'entendre cent
fois , fans en être raffafiés ; les Opéras
de Gluck , pourront concevoir comment
Platon avait trouvé , dans la mélodie ,
l'expreffion des paffions tendres & affectueufes
, l'expreffion du courage , de la mas
gnanimité , des grands fentimens ; & dans
la pantomime , tout ce que peut offrir aux
yeux l'image vivante de ces vertus “.
DE FRANCE.
143
Dans le fixieme Volume , M. de Condorcet
difcute , avec fa fagacité & fa profondeur
connues , la queftion célebre propolée
en 1779 , par l'Académie de Berlin :
S'il eft utile aux hommes d'être trompés ?
L'Académicien , comme on peut le croire
d'un Philofophe de fa trempe , fe décide
pour la négative. Les Rédacteurs ne nomment
point l'ancien Magiftrat à qui l'on
doit la Politique naturelle qui termine ce
Volume : c'eft le Defpotifme dévoilé &
fortement cenfuré dans fes Agens & dans
fes cauſes.
Le feprieme Volume contient un petit
Ouvrage fur l'autorité de Montefquieu dans
la Révolution préſente , dans lequel l'Auteur
réfute les idées de ce célebre Philofophe
fur la Conftitution Monarchique ,
& défarme l'Ariftocratie d'un bouclier prefque
facré , en détruifant fon fyftême fantaftique
des pouvoirs intermédiaires . Les
deux premiers Livres de la Puiffance légitime
du Prince fur le Peuple & du Peuple
fur le Prince , ou du Junius Français , arment
les fanatiques de toutes les Religions
contre les Princes oppreffeurs & intolérans
; le troifieme développe les droits du
Peuple , & pofe les limites de l'autorité
légitime du Prince ; le quatrieme prouve
que les Princes Chrétiens Etrangers peuvent
& doivent foutenir les fujets d'un
autre Royaume , qui défendent l'Eglife &
144
MERCURE
:
l'Etat. Cet Ouvrage eft en général la pro
duction d'un Républicain qui penfe fur
les Monarques comme on parlait dans le
Sénat de Rome après l'expulfion des Tarquins.
Le Traité de la Légiflation de M.
l'Abbé de Mably termine ce Volume ; l'Auteur
ramene toute la Légiflation au but
des Sociétés , le bonheur du Public. Le
bonheur dépend des conditions auxquelles
la Nature nous permet d'être heureux . Une
de ces conditions eft l'égalité fi néceffaire
à la profpérité des Etats. L'avarice &
l'ambition font des obftacles infurmontables
qui s'opposent à cette égalité précieuſe ;
& c'eft contre ces deux paflions que le
Légiflateur doit tourner avec prudence toutes
fes forces. L'Auteur caractériſe les Loix
néceffaires pour les réprimer & les régler :
mais de quelles précautions n'eft- il poim
néceffaire d'ufer pour préparer les Citoyens,
d'un Etat corrompu à fe rapprocher
des vues de la Nature ?
Le huitieme Volume commence par
deux morceaux précieux de l'Antiquité ; ce
font les difcours d'Agrippa & de Mecene
à Augufte traduits du Grec de Dion
Caffius , par M. le Franc de Pompignan.
Les Princes & toutes les perfonnes qui
ont le maniement des affaires publiques ,
y trouveront des inftructions utiles. Agrippa
confeille Augufte en Romain libre , indépendant
des graces , ennemi du pouvoir
arbitraire ;
DE FRANCE. 145
› arbitraire ; Mecene en ami fouple , en
fujet docile & qui veut un Maître jufte
& foumis aux Loix : fon difcours eft le
plan d'une Monarchie (age & bienfaifante.
L'Analyfe du Traité de la Population , de
M. le Marquis de Mirabeau , fait honneur
, par fa préciſion & l'abondance des
idées fubftantielles & utiles qu'elle renferme
, à cet Auteur célebre qui juftifia
toujours par fes écrits , fon titre d'Ami
des hommes. Un Traité hiftorique & économique
des Communes , ou Obfervations fur
l'Agriculture, &c. termine ce Volume ; nous
regrettons de ne pouvoir tranfcrire ici les
raifons que donne l'Auteur de l'Analyfe ,
pour prouver qu'il eft de l'intérêt des Municipalités
d'aliéner les biens communaux ,
à la charge , pour l'acquéreur & fes hé
ritiers , d'entretenir les chemins , les aqueducs,
ou telle partie d'ouvrages publics qui
leur feraient défignés par leur contrat.
Le neuvieme Volume contient les Ouvrages
politiques de Milord Bolingbroke ,
la République des Philofophes attribuée à
Fontenelle , & le Traité philofophique des
Loix naturelles , par Richard Cumberland.
Nous ne citerons qu'un paffage de Bolingbroke
, tiré du caractere d'un Roi Patriote
& Citoyen. Tout cet article renferme les
meilleures leçons qu'on puiffe donner à un
Monarque dans des circonftances difficiles.
» Un Roi qui n'eft pas Citoyen ne peut
N°. 30. 23 Juillet 1791. H
146
MERCURE
gouverner avec sûreté , avec facilité , avec
honneur , ni même avec un pouvoir fuffifant
; mais un Roi Citoyen aura tous ces
avantages avec un pouvoir auffi étendu &
bien plus agréable que celui du plus abfolu
Monarque. Pour cet effet , fon amour
pour la Patrie doit être réel , fondé fur de
grands principes, & foutenu par de grandes
vertas.
ود Un des caracteres effentiels à un Roi
Patriote, eft de n'époufer aucun parti , autrement
le parti deviendrait bientôt une
faction , celle du Roi ou celle du Miniftre....
Un Roi bon & fage , au lieu de fe mettre
à la tête d'un parti pour gouverner
fon Peuple , fe mettra à la tête de fon
Peuple pour fubjuguer tous les partis «.
Le droit de la Nature & des Gens , du
Baron de Puffendorff , les Mémoires politiques
du Général Lloyd , un Difcours
de M. Peyffonnel fur l'État politique de
l'Europe , l'Ambaffadeur & fes fonctions ,
de M. Wicquefort & une Analyfe hiftorique
fur la Légiſlation des grains , depuis 1692 ,
fe partagent les trois derniers Volumes de
cette premiere année : on y trouve, comme
dans les autres , tout ce qui peut contribuer
à former le grand Politique , le fage
Législateur , l'Adminiftrateur éclairé , le
Général habile , le Négociateur adroit , &
donnera à chaque Fonctionnaire public la
Science qui lui eft propre. Nous nous réDE
FRANC E. 147
fervons d'entrer dans quelque détail für
les trois Volumes qui commencent la feconde
Année de cet Ouvrage , dans lequel
on trouve plufieurs articles de M. de Condorcet
, fur l'inftruction publique, dignes de
la plus férieufe attention.
De l'Autorité de Rabelais dans la Révolution
préfente & dans la Conftitution
civile du Clergé, ou Inftitutions Royales,
Politiques & Ecclefiaftiques , tirées de
Gargantua & de Pantagruel. A Paris
chez Gattey, Libraire , au Palais-Royal,
No. 14.
ޅ
RABELAIS paraiffait fort étranger à la
Révolution de France.
On ne s'attendait guere
A voir Ulyffe en cette affaire .
Me. François n'en était pourtant pas
fi loin qu'il pouvait le paraître à ceux qui
ne le connaiffent point , ou ne le connaif
fent point affez. Peu d'Ecrivains fe font,
plus moqués des ridicules attachés aux
abus , qui de fon temps défolaient la
France , & ont continué à la ravager plus
de deux fiecles après lui , en ne faifant
que changer de formes. Rien ne prouve
mieux l'inutilité des palliatifs. Rabelais x
H 2
148 MERCURE
en fa qualité de Médecin , ferait fans doute
convenu que , lorfque les maux font extrêmes
, il faut avoir recours aux remedes appelés
héroïques dans le jargon de la Faculté.
Ceux qu'il emploie font plus doux & furtout
plus plaifans : mais la dérifion à laquelle
il a livré les abfurdités monachales ,
cléricales , pontificales , féodales , fifcales ,
judiciaires , parlementaires , &c. n'ont
fervi qu'à égayer les Français dans leurs
calamités , à les faire rire au cabaret ou
dans des orgies domeftiques . C'eſt après
avoir répété ou parodié fes plaifanteries
fur les Papegots , Cardingots , Evegors ,
qu'ils envoyaient acheter à Rome le droit
d'époufer leurs coufines , qu'ils devenaient
les inftrumens d'un Cardinal de
Lorraine , d'un Duperron , d'un Pellevé ,
& qu'ils fuivaient des Moines en proceffion
pour remercier Dieu du fuccès de la
faint Barthélemi . Tel Noble ou Bourgeois
bien joyeux , bien goguenard , qui favait
Rabelais par coeur , finiffait par déshériter
fa femme & fes enfans , pour donner fa
Terre aux Monegauts ou aux Moines les
plus moinans de toute la Moinerie . C'était
le bon temps , le fiecle de la bonhomie ,
de la vraie gaîté Françaife. On conçoit
qu'il y eut des gens qui devaient trouver
cela très -gai . 1
Rabelais a , comme on fait , deux réputations
, celle d'un bon plaifant plein de
DE FRANCE. 149
>
philofophie , & celle d'un bouffon ivrogne.
& groffier toutes les deux méritées
prefque également. L'Auteur de cet Ecrit
agréable & ingénieux , M. Ginguené , a
foin de ne nous faire voir Rabelais que
du beau côté ; c'était le feul moyen de le
faire accueillir en ce moment par des Lecteurs
d'un goût délicat.
Tour en accufant notre goût trop tanide ,
notre fauffe décence , il a eu foin de le
ménager. Lui -même convient qu'il ne s'eft
laiffe ennuyer qu'une fois par ce qui eft
extravagant , obfcur à deffein , obfcene
fans gaîté , trivial & infignifiant ; il n'a
confervé que les traits d'une fatire ingénieuſe,
où brillent un fens droit , une raifon
fupérieure .
C'eft ainfi que Rabelais peut plaire à
tous les efprits cultivés ; & c'eft une idée
heureufe que celle d'ajouter au piquant
de fa lecture par des applications fréquentes
aux divers événemens de notre
Révolution , aux abus qu'elle a profcrits ,
aux principes qu'elle a confacrés , &c.
On a dit que Rabelais avait jeté fes
diamans fur un fumier , & cette compa
raifon n'était que trop jufte. Le Public les
recevra avec plaifir dans l'écrin que l'efprit
& le goût lui préfentent ; écrin qui
lai-même a fa valeur , indépendante des
diamans qu'il recele.
( C...... )
H 3
150
MERCURE
SPECTACLE S.
LE fujet de Calas vient d'être traité pour
la troifieme fois fur la Scène , & pour la
feconde fur le même Théatre . M. M... J....
Chénier eft l'Auteur de ce dernier Ouvrage,
que nous ne comparerons point aux deux
autres qui l'ont précédé . On concevra facilement
nos motifs. Nous nous contenterons
de dire que M. Chénier a fimplifié
fon action & lui a donné beaucoup plus
d'intérêt , en la circonfcrivant dans le feul
Jugement de Calas pere. Tous les événemens
acceſſoires ne font confervés qu'en.
récit, & donnent plus de reffort à l'événement
principal . Il y a dans l'ordonnance
de cet Ouvrage des chofes extrêmement
adroites , telles que l'idée d'avoir peint
dans le caractere du Juge un Fanatique
de bonne foi , fans lui avoir donné de
motifparticulier pour perfécuter la famille.
des Calas. Un perfonnage préfenté ſous
ce point de vue eft infiniment moins com-.
mun , plus intéreffant & plus théatral.
On peut reprocher quelque embarras .
dans le dénouement : Madame Calas ,
à l'inftant où elle reçoit de fon défenſeur
quelques idées confolantes , voit arriver
fon mari , qui fort de la queſtion , pour
DE FRANCE.
"
marcher au fupplice. Cette fituation frappante,
mais bien pénible , a obligé l'Auteur à
faire évanouir ce perfonnage qui le gênait ,
& qui reprend de temps en temps fes elprits
, lorfque le befoin de la Scène l'exige
Tout cet Acte contient des développemens
néceffaires fans doute , mais qui n'ont pas
paru bien placés après le moment où Calas
eft allé fur l'échafaud.
On a défapprouvé auffi la durée trop
étendue d'unorage qui , dans le 3 ° . Acte, répandde
l'intérêtfur quelques tableaux , mais
a l'inconvénient de couvrir la voix des
qui
Acteurs , & de ne pas produire un effet
proportionné à l'emploi d'un pareil moyen.
Nous nous hâtons de terminer ces légeres
critiques , pour parler du ftyle qui a
paru généralement digne des plus grands
éloges. Nulle part M. Chénier n'avait déployé
encore autant d'énergie & de fenfibilité.
On trouve beaucoup de très - beaux
vers dans les autres Ouvrages ; mais aucun
n'en offre une fi grande quantité que celuici
, & n'eft écrit fur- tout avec une élégance
& une poéfie auffi foutenues. Peutêtre
même cette derniere qualité eft - elle
trop affectée dans quelques endroits , notamment
dans le rôle de la Servante des
Calas , où l'on défirerait quelquefois un
peu plus de fimplicité. On a principalement
applaudi deux morceaux d'une grande
beauté ; Fun fur Voltaire , & l'autre fur
152 MERCURE
Louis XIV , où le patriotifme de M.
Chénier fe développe , ainfi que fon talent,
avec la plus grande vigueur.
La Piece eft parfaitement jouée ; il fuffira
pour en convaincre d'indiquer les noms
des principaux Acteurs. Calas pere , M.
Monvel , Madame Calas , Mad. Veftris ;
leur défenfeur , M. Talma , Madame Germain
, chargée du rôle de la Servante; l'Acteur
chargé de celui du Juge , dont nous
ignorons le nom ; MM. Monville , Sainclair
, & c.
On a donné au même Théatre , avec
beaucoup de pompe & de fuccès , les
Mufes rivales , petite Comédie de Mr.
de la Harpe , qui avait déjà obtenu tous
les fuffrages lors de la mort de Voltaire
& qui ne devait pas moins réuffir la veille
de fon apothéofe . Cette circonstance a infpiré
à l'Auteur un morceau neuf, qui n'a
pas fait moins de plaifir que le refte , &
qui n'avait pas befoin de l'à-propos pour
être applaudi avec tranfport .
Le Théatre de la Nation , près du Luxembourg
, vient de faire paraître un Ouvrage
de circonftance , intitulé Washington,
dans lequel l'Auteur , en peignant l'établiffement
de la Liberté en Amérique , a
préfenté divers tableaux applicables à la
DE FRANCE. 153
Révolution Françaife. Il ferait difficile de
fuivre l'action de cette Tragédie qui en
contient plufieurs . Mais fi l'on y trouve
peu d'intentions dramatiques , on y trouve
un très-grand nombre de beaux vers , qui ,
avec les fentimens patriotiques qu'ils expriment
, ont affuré le fuccès de l'Ouvrage. On
en a demandé l'Auteur , & l'on a nonimé
M. de Sauvigny , Auteur de plufieurs autres
Ouvrages eftimés .
N.B. Dans le prochain No. nous donnerons
une defcription de l'Apothéofe de Voltaire.
NOTICE S.
Teftament politique de l'Empereur Jofeph II ,
Roi des Romains. 2 Vol . in- 12, formant plus de
1100 pages. Prix , s liv. 10 f. br. , & 6 livres
francs de port par la Pofte dans tout le Royaume.
A Paris , chez Buiffon , Impr-Libr. rue Hautefeuille
, N° . 20.
Voltaire nous a fait un peu revenir des Teftamens
politiques ; mais il n'attaquait que leur
authenticité : ce n'eft pas non plus fous ce rap
port que peut intéreffer l'Ouvrage que nous annonçons
, mais par les vûes philofophiques &
fages que l'Auteur y a raffemblées .
154
MERCURE
Paul & Virginie , Comédie en trois Actes et
profe , mêlée de mufique , repréfentée par les
Comédiens Italiens , le 15 Janvier 1791. Prix ,
1 liv. 4 f. A Paris , chez Bruner , Libr . ,rue de
Marivaux , place du Théatre Italien .
Cette Piece , pleine d'intérêt & d'un ftyle
plus foigné que les Opéras- comiques ordinaires ,
nous paraît devoir réaffir autant à la lecture qu'à
la repréſentation .
Plan d'Education publique , confidérée fous le
1apport des Livres élémentaires ; par Etienne
Barruel. 1 Vol . in- 8 °. A Paris , chez Moutard ,
Lib Imp. rue des Mathurins , Hôtel de Cluni ;
& chez Defenne , Lib. au Palais-Royal.
L'importance du fujet ne nous permet pas de
prononcer avant d'en avoir fait un févere examen,
& nous promettons d'en rendre compte inceffamment.
MUSIQUE.
Abonnement de Harpe , ou Recueil périodique ,
compofé d'Ouvertures , Pots - pourris , morceaux
détachés de Sonates , Ariettes & Chanfons choifies,
avec accompagnement, &c.; par les Sieurs
F. Petrini , de la maniere , Deleplanque , &c.
Pollet , No. 4. Prix de la foufcription , 24 liv
chaque Cahier féparé , 3 liv . A Paris , chez H.
Naderman , Facteur de Harpe , rue d'Argenteuil ,
Butte St- Roch , à Apollon.
DE FRANCE. 155
-
ASTRONOMIE & GÉOGRAPHIE.
Les ufages de la Sphere & des Globes célefte
& terreftre , felon les hypothefes de Ptolémée &
de Copernic ; précédés d'un abrégé analytique
fur leur origine & fur les différens fyftêmes du
Monde.
Defcription de la Sphere Armillaire ; Dénombrement
des Conftellations anciennes & modernes
, avec l'afcenfion droite & la déclinaifon des
principales Etoiles réduites pour l'année 1790
fuivant l'Atlas de Flamftad ; corrigé & augmenté
de plus de 1200 Etoiles ; par M. Méchain ,
l'Académic Royale des Sciences .
de
Defcription & ufages de la machine nommée
Géo-cyclique , qui donne l'explication des Phénomenes
felon le fyflême de Copernic.
Analyfe hiftorique & géographique des quatre
parties du Monde , fuivie d'un Précis fur l'invention
& la perfection des Cartes Géographiques
, &c. &c. 1 Vol. in- 8 ° . contenant , 1 ° . des
Planches & Figures , les Tables des Conftellations
tant anciennes que modernes, & des Conftellations
Zodiacales ; 29. la Carte de la France ,
divifée en 83 Lépartemens , la Table alphabétique
de ces Départemens , avec les noms des
principaux Chef- lieux , le nombre des Diftricts ,
& l'indication des Tribunaux ; 3 ° . la Table de la
différence des Méridiens , ou longitudes entre
l'Obfervatoire de Paris & les principaux lieux
de la Terre , avec leur latitude ou hauteur de
Pôle ; par C. F. Delamarche , Géographe.
Cet Ouvrage fe trouve au Collège de Maître
156
MERCURE DE FRANCE.
Gervais , rue du Foin-St-Jacques , à Paris , 1791.
Prix , 4 liv . br.
GRAVURES.
Pafcal Paoli , né à Roftine en Corfe , Portrait
de 25 pouces de haut fur 10 de large , par M...
Drelling gravé par Henriquez , de l'Académie
de Peinture. Se vend chez M. Drelling , rue du
Temple , vis-à-vis celle de Montmorenci , No. 46.
Nous ne pouvons pas juger de la reffemblance ,
mais nous ne faurions trop applaudir au mérite
de l'exécution .
ERRAT A.
Quand on donne une étymologie , d'après une
Langue étrangere , il faut fur tout qu'elle foit
exacte , fans quoi le Lecteur qu'on veut inſtruire
eft induit en erreur.
Dans le N° . 28 , à la fin de l'extrait du Roman
de Faublas , au fujet du mot Vagiflas , au lieu
de ces mots : Ce mot eft compofe de trois mats
allemands , WAS IS THAS ; il faut lire ,
trois mots allemands , WAS IST DAS ( prononcez
TAS ) .
ces
EPITRE.
TABL
Charade, Entg . Logog .
La Police de Paris .
Bibliotheque.
E.
121 De l'Autorité.
126 Spectacles
.
128
157
Notices
1
147
140
753
MERCURE
HISTORIQUE
ET
POLITIQUE.
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 2 Juillet 1791 .
CR que l'on pouvoit prévoir eft arrivé.
L'armée Ruffe qui avoit paffé le Danube
près de Gallacz , & celle des Turcs cantonnée
au-delà de ce fleuve , fe font ob
fervées pendant quelques jours , & livrés
combat le 15 Juin près de Babada. Suivant
la Note officielle envoyée après la
bataille , au Prince de Gallitzin , Amballadeur
de la Cour de Pétersbourg à celle de
Vienne , le Général Ruffe Koutoufow! a
battu , dans cette occafion , un Corps d'ar
mée , composé de Turcs & de Tartares au
nombre d'environ 23000 hommes. Ces
forces étoient commandées par le Cham
Bachty Ghercy & le Séraskier Achmet Pacha,
No. 30. 23 Juillet 179
M
am་ མར °¢ ( »266 ) ག 。
qui avoient fous leurs ordres trois Pachas
& cinq Sultans Tartares.
On eftime la perte des Turcs à quinze
cents hommes , fans compter huit pièces
de canon & quelques diapeaux. Le camp
a été pris par les Rules , qui en outre
ont détruit un magafin de 30,000 boiffeaux
de farine & des provifions confidérables.
L'on ne fait point connoître la perte des
Ruffes , l'on dit feulement qu'elle est trèspeu
confidérable.
Cet événement pourroit éloigner peutêtre
les conclufions de la paix , fi les Turcs ,
las d'une guerre dans laquelle ils n'ont
éprouvé que des pertes , ne voyoient par
cet échec Fefpérance de la campagne pref
que détruite , & de nouveaux fujets de
mécontentemens pour les provinces qui
ont à fouffrir principalement des hoftilités.
Aufli continue- t- on de regarder la paix
comme plus prochaine que jamais , par
cètteil feule, raifon que tous les partis fe
trouvent avoir un intérêt, égal à la con
clure , & aucun à la continuer.
-Onda reçu ici , le 30 Juin, la nouvelle
dat départ du Roi de France de Paris , avec
la Reine & le Dauphin , & celle de leur
arreſtation àVarennes . Un Courier extraor
dinairesa été expédié fur- le- champ à l'Empereur
, mais on penfe que Sa Majefté aura
été inftruite de cet événement par des Couriers
qui feront partis de Bonn.
( 267 )
L'Empereur ne tardera pas à venir ici ,
& l'on allure que M. de Bifchofswerder
honime de confiance de Sa Majesté Prulfienne
, doit le précéder. On fait que cet.
Officier avoit été chargé d'une million
fecrette auprès de Sa Majesté Impériale à
Milan. Pe Lord Elgin doit également reve
nir fot. quelques jours
chef!
"De Francfort- fur-le-Mein le 9 Juillet.
Jam is om n'a remarqué une correfpondanceus
active entre tous les cabinets de
l'Europe . Les Couriers fe fuccèdent avec
une grande promptitude on mande de
Vienne qu'on y en a vu arriver trois le
29 Juin , l'un de Siftowe , l'autre de Berlin ,,
& le troisième de Milan ; leurs dépêches ,
ajoute-t-on , avoient pour objet de hâter
la conclufion de la paix. 1
ela ༣
On affuroit aufli que les Miniftres Turcs
qui font encore à Siftowe avec ceux des
Puiffances médiatrices avoient reçu l'ordre
du Grand Seigneur de continuer & terminer
les négociations de la paix d'après les
avis des Miniftres médiateurs . Ceux- ci
étoient encore à Siftowe le 22 Jain , &
attendoient la réponſe de leurs Cours refpectives
fur la retraite du Baron de Her
bert & du Comte d'Efterhazy a Buchareſt.
Deux Couriers venant de Pétersbourg,
M 2
fg ( 268 )
& allant à Londres , l'un Ruffe & l'autre
Anglois , ont paffé par Berlin le 27. Juin;
on les croyoit chargés de l'Ultimatum de
la Cour de Ruffie que l'on dit conforme
aux demandes que l'Impératrice a foutenues
jufqu'à préfent dans les négociations,
de la paix. Le même jour on a fait partir
pour Vienne un Lieutenant d'Artillerie
avec des dépêches , & un Chaffeur pour
Magdebourg.
Les difpofitions militaires & les négociations
fe fuccèdent ou marchent enſemble
alternativement ; rien n'eft bien connu des
intentions & de l'iffue de tant de combinaifons
; on doute qu'elles fe rapportent
toutes à la paix avec les Turcs : ce qu'on
peut croire , c'eft que l'incertitude ne peut
pas durer long-temps , && que sûrement
avant peu l'on faura à quoi s'en tenir fur
les vues & les démarches des Puiffances
aujourd'hui en armement en Europe.
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 9 Juillet.
Rien de nouveau fur les difpofitions de
la Ruffie le Courier que l'on attendoit
depuis long- temps eft arrivé le s , mais la
Cour n'a rien publié de fes dépêches ; on
en conclut qu'elles nefont point favorables
( 269 )
aux efpérances de la paix ; mais il eft plus
raifonnable de penfer qu'elles ne contienhent
que des réponſes conditionnelles , ou
plutôt l'intention qu'a déja manifeſtée l'Impératrice
de conferver , pour indemnité de
1la bue
guerre , Oczakow & fon territoire .
Quoi qu'il en foit , les fonds ont baiſſé
de deux pour cent dès le lendemain de
2.
l'arrivée du Courier.
-
-
La flotte eft toujours prête à mettre à la
voile. L'Amiral Hood a fait favoir qu'il
coucheroit dorénavant à bord , & a ordonné
aux Officiers d'en faire autant. Pour
ne point donner aux équipages occafion
de s'abfenter , il a été arrêté que des bâtimens
de tranfport porteroient les provifions
néceffaires aux vaiffeaux , & que
l'on ne fe ferviroit plus de leur chaloupe
pour cet objet,
Ce qu'on avoit dit des François réfu
giés à Jerſey vient d'être démenti par une
lettre de cette ifle : non -feulement les Habitans
de St. Hélier , chef- lieu de l'endroit
, n'ont point cherché à les forcer de
s'en aller , mais ils ont pour eux tous les
égards que leur pofition réclame. Les
François , d'ailleurs , s'y conduifent avec
cette politeffe , cette urbanité qui fait le
caractère des gens bien nés en France ;
-la plupart font des Gentilshommes Bretons
, des Prêtres , des Evêques , des familles
1001 D old 115 94AIL M
3
( 270 ) YTG
que
D
I entières
les violences
& les meurtres
,
dont ils ont été témoins , ont avec raifon
effrayés , & qui font venus chercher à
Jerfey la paix & la sûreté de leur perfonne, dont ils craignoient
de ne pouvoir plusjouir
en France.
་
673
FRANCE.
De Paris , le 13 Juillet.
ASSEMBLEE NATIONALE.
"Articles fur le Code Municipal , décrétés dans le
Séance du Mercredi 6 Juillet 1791 ..
«сс XVII. Le refus des fecours & fervices requis
par la police en cas d'incendie ou autres
éaux calamiteux , fera puni par une amende
du quart de la contribution mobiliaire , fans que
l'amende puiffe être au- deffous de 3 div
cc XVIII. Le refus ou la négligence d'obeir
-à la fommation de réparer ou démolir les édifices
menaçant ruine fur la voie publique , feront ,
outre les frais de la démolition ou de la réparation
de ces édifices , panis d'une amende de
la moitié de la contribution mobiliaire , laquelle
amende ne pourra être au - deffous de 6 iv.
сс
ود
XIX. En cas de ríxe ou difputé avec ameutement
du peuple ;
ราว
En cas de voies de fait ou violences légères
dans les affemblées & lieux publics ; en cas de
bruits & attronpemens nocturnes ;
» Ceux de la feconde & troisième claſſe , mentionnés
en l'arti le III , & ceux de la première
claffe , mentionnés au même article , qui font
(1271) )
en état de travailler , feront , dès la première
fois , renvoyés à la police correctionnelle . A
» Les autres feront condamnés à une amende
du tiers de leur contribution mobiliaire , & pour
ront l'être ', felon la gravité du cás , à une détentión
de trois jours dans les campagnes , &
de huit jours dans les villes .
1
320 (
Tous ceux qui , après une premiere condamnation
prononcée par la police municipale ,
-fe rendroient encore coupables de l'un des déits
ci- deflus , feront renvoyés à la police correctionnelle
.
2
י כ כ
2 XX En cas d'expofition en vente de comeftibles
gâté , corrompus ou nuisibles ils feront Sļ
* confifqués & jetées , & le délinquant condamné à
une amende du tiers de ſa contribution mobiliaire ,
1aquelle amende ne pourra être au - de fous de
3 liv .
» XXI. En cas de vente de medicamens gâtés ,
le délinquant lera envoyé à la polite correctionnelle
, & puni de 1bolw . d'amende , & de fix
mois d'emprisonnement. »
XXII: En cas d'infidélité des poids & mefures
dans la vente des denrées ou autres objets qui le
-débitent à la mfure , au poids du à l'aung ,
les faux poids & fauffes mefures feront confifqués
& brifés , & l'amende fera de la moitié
du droit de patente , pour la première fois .
» XXIII . Les délinquans , aux termes de l'article
précédent , feront , em outre condamnés à
la détention de police municipale , & en cas de
récidive , les prévenus feront renvoyés à la p
lice correctionnelle . »
« XXIV. Les vendeurs convaincus d'avoir
trompé , foit fur le titre des matières d'or ou d'argent
, foit fur la qualité d'une pierre fauffe even-
M
4
( 272 )
due pour fine , feront renvoyés à la police correctionnelk
. »
XXV. Quant à ceux qui feroient prévenus
d'avoir fabriqué , fat fabriquer ou employé de
faux poinçons , marqué ou fait marquer des
matières d'or ou d'argent , au- deffous du titre
annoncé par la marque , ils fercat , dès la première
fois , renvoyés par un mandat d'arrêt du
juge de paix , devant le juré d'accufation ; jugés ,
s'il y a lien , felon la forme établie pour l'inf
truction criminelle , & , s'ils font convaincus ,
punis des peines établies dans le code pénal,
Co
XXVI. Ceux qui ne paieront pas , dans les
trois jours , à dater de la fignification du jugement
, l'amende prononcée, contr'eux , y feront
contraints par les voies de droit : néanmoins la
contrainte par corps ne pourra entraîner qu'une
détention d'un mois à l'égard de ceux qui font
abfolument infolvables, »
XXVII . Toutes les amendes établies par
xle préfent décret feront doubles en cas de récidive.
»
XXVIII . Pourront être faifis & retenus jufqu'au
jugement , tous ceux qui , par impradence
ou la rapidité de leurs chevaux , auront
fait quelques bleffures dans la rue , ou voje
publique , ainfi que ceux qui feroient prévenus
des délits mentionnés aux articles XIX , XXI
-& XXII . lis feront contraignables par corps au
paiement des dommages & intérêts ,
ainfi que
des amendes >>
Confirmation de divers règlemens & difpofitions
contre l'abus de la taxe des denrées.
« XXIX . Les réglemens actuellement exifraus
fur le titre de matieres d'or & d'argent ,
( 273 )
far la vérification de la qualité de pierres fines
ou fauffes , la falubrité des comeftibles & des
médicamens , continueront d'être exécutés julqu'à
ce qu'il en ait été autrement ordonné . Il en
fera de même de ceux qui établiffent des difpofitions
de fûreté , tant pour l'achat & la vente
des matières d'or & d'argent , que pour objets
de chirurgie , des drogues , médicamens & poifons
, que pour la préfentation , le dépôt & ad-
Judication des effets précieux dans les monts - depiété
Lombards , ou autres mailons de ce
genre. »
9
XXX. La taxe des comestibles ne pourra
provifoirement avoir lieu dans aucune ville ou
commune du royaume , que fur le pain & fa
viande de boucherie , fans qu'il foit permis , en
aucun cas de l'étendre fur le bled , les autres
grains , ni autre efpèce de denrée , & te , fous
peine de deftitution des officiers municipaux. »
cc XXXI. Les réclamations élevées par les
marchands relativement aux taxes , ne feront
en aucun cas , du reffort des tribunaux de ' dif-
, trict ; elles feront portées devant le dirctoire du
département , qui prononcera fans appel : les
réclamations des particuliers contre les marchands
qui vendroient au -deffus de la taxe , feront
portées & jugées au tribunal de police , fauf l'appel
au tribunal de diftrict..
《”
→ Forme de procéder & règles à obferver par le
tribunal de police municipale .
>
« XXXII. Tous ceux qui dans les villes &
dans les campagnes, auront été faifis , feront conduits
directement chez un juge de paix , lequel
genverra par- devant le commiffaire de police ,
OG
MS
1
1274 >
oul'officier municipal chargé de l'adminiſtration de
cette partie , lorfque l'affaire ferà de la compétence
de la police municipale. »
XXXIII. Tout juge de paix d'une ville ,
dans quelque quartier qu'il le trouve établi
Tera compétent pour prononcer , foit la liberté
des perfonnes amenées , foit le renvoi à la police,
municipale , foit le m nat d'amener , od
devant lui , où devant un autre juge de paix ,
foit enfin le mandat d'arrêt , tant en matiere
de police correctionnelle , qu'en matiere crimi
nelle,
3
XXXIV. Néanmoins , pour affurer le fervice
dans 1 ville de Paris , il fera déterinině
par la municipalité un lieu vers le centre de
la ville , ou le trouveront toujours deux juges
de paix , lefque's pourront chacun donner fépa
rément les ordonnances néceffaires . Les jrges
de paix remont tour - a - tour ce fervice pen
dant vingt - quatre heures.
"
« XXXV. Les perfonnes prévenues de contraventions
aux loix & réglemens de police , foit
qu'il y ait cu un procès-verbal ou non feront
citées devant le tribunal par les apparteurs , ou
par tous autres huiffiers , à la requête du Frocureur
de la commune ou d's particulis qui
croiront avoir à Te plaindre. Les parties pourront
comparoître volontairement , ou für un
fimple avertiſement , fans qu'il foit befoin de
citation .
XXXVI. Les citations feront données à
trois jours , ou à l'audience la plus prochaine . »
XXXVII. En cas de non-comparution , le
tribunal de police pourta crdonner que la citation
foit réitérée par l'un des appariteurs de
L'audience.
( 275 )
* XXXVIII. Les défauts ne pourront être
rabattus qu'autant que la perfonne citée comparoîtra
dans la huitaines de la fignification du
jugement , & dema : dera à être entendue fans
délai ; fi elle ne comparoît pas , le jugement
fera définitif , & ne pourra être attaqué par la
voie de l'appel. } ---
»
. 1
XXXIX. Les perfonnes citées comparoî
tront par elles mêmes , ou par des fondés de
procuration fpéciale. Il n'y aura point d'avoués
aux tribunaux de police municipale . » .
ket XL. L'inftruction fera faite ; les procèsverbaux
, s'il by ena , feront lus ; les témoins ,
s'il faut en appeller , feront entendus ; la d'
fenfe fera propoféc ; les conclufions feront données
par le procure ar de la commune ; le juges
ment prépara oire ou définitif ſera reddu , avec
expeliony de motifs , dans la même audience ,
ou au plus tard dans la fuitante; » .
& XLI . L'appel des gemers hel feral pas
reçu , si eft interjeté après huit jours depuis
la prononciation publique ou la fignification des
jugemens à la partie condamnée.
A rod
21 XLI. La forme de procéder fur Tappel
en matière de police ; fera la même qu'en poeeamière
inftande , nich do
ipe Xhelaestribunal de police fera compoté
ade trois menìbres que les , offers municipaux
choifiront parmi eux , de cinq dans les villes
soù il y a foixante mille ames ou davantage ,
ade neuf à Paris. »
1
ch XLIV. Aucun jugement ne pourra être
-rendu que par trois juges , & fur les con lasfrousadub
procureur de la commune ou de fon
J
M6
( 276 )
XLV. Le nombre des audiences fera réglé
d'après le nombre des affaires , qui feront toutes
erminées au plus tard dans la quinzaine ,
1
Dú Dimanche , 10 Juillet.
ท
Il s'eft élevé des doutes fur le délai que Le
décret d'hier accorde aux émigráns. On l'avoit
d'abord propofé de deux mois ; l'Affemblée a
déclaré avoir entendu le fixer à un mois feulement
, à compter de la publication du décret…… ,
Lesmunicipaux de Narbonne attendent un ordre
du corps législatif relativement à différens effets
qu'ils ont arrêtés .
Une députation de douze membres de l'Af
femblée nationale affiftera à la diftribution des
prix de l'univerfité de Paris. 1
Les commiffaires de l'Affemblée envoyés dans
le département du Jura , dans une lettre datéc
de Lons - le-Saulniers , le 6 juillet , font les éloges
ades adminiftrateurs , des gardes nationales , des
troupes de ligne , des citoyens , & fur - tour du
régiment qui eft en garnifon à Dôle , commandé
par M. Théodore de Lameth , dont les officiers
& des foldats font tous animés du meilleur efprit.
Les forts de Salins ont befoin de réparations
&c de munitions . Ceux des gardes nationales qui
manquent de fufils , fe font forgé d'autres armes
que leur courage rend terribles ; & les femmes
même prêtent le ferment militaire , & defirent
que leurs maris aillent repouffer l'ennemi ; ellos
fe chargeront des travaux de la campagne & de
la garde intérieure du pays. Mais les commiffaires
paroiffent n'avoir pas tout dit dans cette
lettre oftenfible; car un poftfcriptum annonce qu'ils
((277 ))
somettent aux comités les pièces relatives à l'ad
miniſtration , à la confcription , aux difficultés
Locales que peut éprouver l'exécution de la loi ,
pièces dont ils penfent qu'il feroit inutile d'entretenir
actuellement l'Afemblée , & conféquem→
ment le public.
M. Prieur a jugé que ces lettres des com
miffaires étoient la voie la plus fûre pour inftruire
le peuple de ce qu'on veut qu'il fache , & il
a facilement obtenu que dorénavant on les im
primeroit toutes.
2
1
« Je demande , a dit M. de Noailles, que
l'on rende compte à l'Affemblée de l'époque où
les bataillons deftinés aux frontières pourront fe
réunir & le rendre dans la ligne qui leur eft tracées
& que cette semaine les gardes nationales de Paris
reçoivent enfin non l'ordre, mais la permiffion
de fe mettre en marche pour aller à la défenfe
de la frontière. Tout le monde penfera qu'elle
ne peut être en meilleures mains . »
Préposé à la furveillance des relations extérieures
, M. Fréteau a lu quelques lettres relatives
aux difpofitions de l'Efpagne. Ala première nouvelle
du départ du Roi , le département des
Pyrénées orientales avoit interdit la fortie des
-perfonnes , de l'or & de l'argent . Le comman
dant des troupes de ligne en Catalogne , M.
le comte de Lafcy , a écrit de Barcelone , à
M. Chollet , commandant des troupes du dépar
tement , pour lui témoigner fa furprife des ordres
qui interrompent la communication , & empêchent
ala fortie & la rentrée libre des fujets de S. M. C.
Il trouve étrange cette violation des traités , déclare
qu'il va fuivre le même fyftême pour le
précautionner contre les entreprifes de gens mal(
278 )
intentionnés ; il demande de quelle autorité peut
éma ser un erre fi extraordmaire , & attend une
prompté réponf . D'ailleurs , le directoire loue
beaucoup lt zèle des citoyens & réclame des
troupe de ligne."
"
Celui des Baffes -Pyrénées nerefpire que patrio
tilme , courage , indignation & fécuri é parfaite.
Bayonne offie le fpectacle de 2000 gardes na
tionales en uniforme , armés & bien - exercés .
Mais l'ancien évêque s'eſt dérobé aux bienfaits
connus de la liberté des cultes , en le retirant
dans l'abbaye d'Udache ; d'autres évêqués & les
préres non -jureurs du diftri &t d'Uftatitz font en
co relpondance de fanatisme; & voici une nou
velle queftion du droit des gens , que le directoi
e réfour d'un trait de plume . L'abbaye d'Ur
dach a toujours nommé à la cure d'Agon , ville
des Bafques , & vient d'y nommer. Comme
ce privilege a paru appartenir juſqu'à préfent ,
à une puiflance étrangère , nous penfons , écrivent
les adminiftrateurs publiciftes , qu'il est néceflaire
que l'Affemblée nationale rende un décret particulier
pour l'abolition de ce privilege.
כ כ
Des lettres du directoire d'Ultaritz & de la
municipalité de Saint -Jean- de - Luz annoncent ; en
toure hate , qu'un homme für , chargé de favoir
ce qui fe palle à la frontière , vient d'atrefter
que les troupes elpagnoles s'approchent , & vont
être réparties à Sangoranfi , Biradiron & Fonfabies
que défenſes font faites - aux Eſpagnols
de paffer en France , & aux François de
Paffer en Efpagne. Ces lettres demandent des
renforts , fans lefquels l'on ne pourroit , difentelles
, fuffire à la garde des rives du Bidalloa.
62791
2
Enfm , M. Freteau a lu les pièces qui fuivent e
V
Copie d'une lettre de M. Ambaffadeur d'Espagne,
à M. de Montmorin , miniftre des affaires
étrangères
}
De Paris , le 8 juillet 1791.
MONSIEU ‹Â¸¦ 4 ? I'
J'ai l'honneur d'envoyer à votre éminence
une copie exacte de la dépêche que je viens de
recevoir de ma cour , & de la note qui y eft
jointe , pour que vous la faffiez connoître à l'Affemblée
nationale . Elle y trouvera là confirmation
des mêmes fentimens que j'ai eu l'honneur
de vous expofer le 3 de ce mois, »
Le bonheur du Roi & de la nation francoife
, fa tranquilité intérieure & fazprospérité ,
voila , M. le comte , le feul objet de toutes les
démarches d'une alliée telle que l'Espagne , qui
emploiera conftamment tous les moyens qu'elle
croira convenables pour l'accomplir . »
« J'ai l'honneur d'être , avec le plus fincère
attachement , & c. »
Signe , LE COMTE DE FERNAND -NUNEZ .
Traduction littérale d'une dépêche de M. de Flo
rida Blanca d l'ambaſſadeur d'Eſpagre. * )
AD
ce J'ai reçu , ce matin , la lettre du 21 juin ,
par laquelle V. E. mi forme que le Roi vèschrétien
& la famille roy te fe font ablentés de
Paris . Je rendis compte immédiatement de cet
évèneme tu Roi ; & Tam jefté m'ordon d'expédier
a V. El ce courrier avec la d'ch ration
-jointe , que vous ideviez remettre au gouvĕrnement,
20
7 289 )
1
A une heure après -midi, eft arrivé le courrier
que vous m'avez expédié avec deux lettres
des 22 & 23 , par lefquelles vous m'annoncez
que ce fouverain a été arrêté dans fon voyage.
Il apportoit également l'office que l'Affemblée
nationale avoit ordonné à M. de Montmorin de
envoyer
Vous . ১১
C
« La même déclaration ou note dont je viens
de vous parler , étoit déja préparée ; & le Roi
a penfé que , telle qu'elle étoit , c'étoit la meil
leure réponse qu'elle pût vous charger de faire
à M. de Montmorin , pour qu'il la communiquât
à l'Affemblée, nationale , & que cette affemblée
pût connoître quelles ont été & quelles font les
intentions de Sa Majefté , relativement aux affairès
du royaume de France , & particulièrement
dans le cas préfent. Ainfi , je ne retarde point
cetextraordinaire , & je le réexpédie -fur - le- champ
ien fortant de mon travail avec S. M.
J'ai l'honneur d'être , &c. » 1
Signé , LE COMTE DE FLORIDA-BLANCA .
Aranjuez, ce premier juillet 1791 .
« LaLa retraite de Paris , entreprife par le Roi
T. C. avec la famille , & fes deffeins , quoiqu'ignorés
encore par le Roi C. , peuvent avoir
eu & ne fauroient avoir pour caufe & pour objet ,
que Ta néceffité de le délivrer des infultes popu
laires que l'Affemblée actuelle & la municipalité
ront pas eu le pouvoir d'arrêter ni de punir ,
& de fe procurer un lieu de fûreté , où le fouverain
& les repréfentans vrais & légitimes de
lanation euffent , pour leurs délibérations , Ja
aliberté dont ils ont été privés jufqu'à ce jour ;
privation dont on a des preuves & des protef
sations inconteftables, »
( 281 )
C'eft dans ce fens , dans celui d'allié le
plus intime de la France , de proche parent , d'ami
de fon Roi , & de voifin le plus immédiat de
fon territoire , que S. M. prend le plus grand
intérêt à la félicité & à la tranquillité intérieure
de la nation françoife ; & que bien loin de penfer
à la troubler , elle a pris la réfclution d'exhorter
les françois , & elle les conjure de réfléchir tranquillement
fur le parti que leur fouverain a été.
forcé de prendre , de revenir fur les procédés
outrés qui peuvent y avoir donné caufe , de refpecter
la haute dignité de fa perfonne facrée ,
Sa liberté & fon immunité , & celle de toute la
famille royale ; & de fe perfuader que toutes les
-fois que la nation françoife remplira ces devoirs ,
comme le Roi l'efpère , elle trouvera dans les
procédés de S. M. C. les mêmes fentimens d'amitié
& de conciliation qu'il lui a conftamment témoignés
, & qui , fous tous les rapports , conviennent
mieux à la fituation que toute autre
mefure quelconque. »
2
A Aranjuez , ce 1º . juillet 1791.
Bon pour copies conformes aux originaux
Paris , ce 9 juillet 1791. Signé , MONTMORIN ,
Au milieu des murmures & des éclats de rite
du côté gauche & des galeries , à la fuite de cette
Jecture on a lu une lettre des commis de la
caiffe de bienfaifance de M. la Farge , qui offrent
811 liv. fous pour trois gardes nationales .
ce On vient de vous lire , a dit alors M. Rabaud,
une lettre du Roi d'Espagne. Plusieurs voix
l'ont interrompu , en difant allons , allons ;
à l'ordre du jour, « Je ne fais a repris M.
Rabaud , fi vous entendez ne donner aucun ordre
à M. de Montmorin à cet égard , ou fi le filence
,
>
( 282 )
eft la feule réponse que vous ayez à faire. »
Les mêmes voix ont crié oui , oui , oui ; & de
longues huées , M. Rabdud a ouvert l'avis de
déclarer
que « de même que l'Affemblée ne fe
mêle des affaires d'aucune nation étrangère , la
nation françoife ne veut pas fouffrir que perfonne
fe mêle des fiennes . Des applaudiffemens d'enthouſiaſme
ont couronné cet avis .
1
M. d'André a dit que telle avoit été fa profeffion
de foi depuis le ferment exigé des militaires
; mais il a penfé qu'an lieu de répondre
fur - le- champ , l'Affemblée avoit d'autres mesurés
¹à préndie . De plus grands intérêts vous ap
pellent vous avez votre gouvernement à établir
, à confolider ; vous avez à prononcer fur
le fort du Roi ; voilà ce que toute la nation demande
, ce que votre intérêt follicite .... Quand
Vous aurez pris une détermination , vous direz
l'Europe que cette détermination eft fixe comme
un rocher.. Nous ferons connoître à l'Europe nos
intentions , & que nous mourrons plutôt que de
fouffrir le moindre change nent, La falle a
retenti des aplaudiffemens prolongés du côté
gauche & des galeries , & l'on a déciété le tenvoi
des pièces au comité , l'infertion au procèsverbal
des opinions de MM. Rabaud & d'André,
& que l'Affemblée paffoit à l'ordre du jour , qui
a roulé fur les appointemens des 162 commis
de la caiffe de l'extraordinaire .
Le président a dit que 11 configne étoit donnée,
que perfonne n'entreroit dans les Tuileries , pas
même les légiflateurs . M. d'Ambly a obfervé
qu'il ne convenoit pas à la dignité de l'Afem
blée de recevoir des ordres . MM . de Montlaufier,
de Foucault, de Faucigny , Dufraiffe Duchey ,
fe font élevés contre cette configue . « N'est -il
( 283 )
-pas permis d'aller chez le Roi ; a dit M. Malouet ?
Non , lui a répondu M. Lavie. De quel droit ?
de quelle autorité ? Je veux y aller , moi , a
reparti M. Malouet. Je demande , s'eft écrié
M. Montlaufier , que M. de la Fayette foit mandé
à la barre pour rendre compte de fa conduite. Il
fera refponfable des outrages faits à la dignité
royale... Je me réferve de le poursuivre... Il
eft inconcevable qu'on ait mis des fentinelles
jufques fur les toits... Grands applaudiſſemens,
des tribunes.
933. On a délibéré fur les appointemens , fans rien
conclure ; une lettre d'une dame anonyme, a
fait hommage de bijoux à la nation , après avoir
affuré que les Romains ne font aflervis qu'extérieurement
, & qu'à Turin on l'a traitée d'Ariftocrate
; & la féance s'eft terminée par un décret
qui ordonne de refpecter le fecret des poftes
que tant d'adminiflrateurs & de municipaux opt
•f pen refpecté depuis le 21 juin.
I
Du
lundi 11 juillet
.
Un décret relatif aux appointemens des bureaux
de la caiffe de l'extrordinaire , un fecond
décret qui foumet à la direction du département
de la guerre les régimens coloniaux , & quelques
autres difpofitions peu intéreflantes , out confumé
les premières heures de la féance.
"On fait que M, Duveyrier , envoyé par l'ACfemblée
à Worms, pour apporter à M. le Prince
de Condé l'ordre de rentrer en France , ou de
s'éloigner de la frontière fous quinze jours , a
donné de les nouvelles de Worms , & a annoncé
que M. de Condé étant fur le point de partir
pour,Mayence & Coblentz , lui avoit laiffé le
choix d'attendre a Worms ou de le fuivre , caen
( 284)
bfervant que dans ce cas la tépenfe feroit plus
prompte. M. Bergaffe de Ziroule à dit à l'Af
Temblée que depuis , le bruit couroit que M.
Duveyrier avoit été arrêté , que des lettres par
ticulières fembloient confirmer ce bruit , & il a
demande que le miniftre des affaires étrangères
fût chargé de s'en informer.
•
Plufieurs voix ont crié au comité. Mais M.
André s'eft oppofé au renvoi , en objectant
qu'il n'y avoit pas d'examen à faire . Un envoyé
de la nation françoile eft abfent , a -t-il
dits on n'en a pas de nouvelles ; le peu qu'en
en fait , quoique ce ne foit pas parfaitement
authentique , indique cependant qu'à ſon égaìd
on a violé toutes les règles du droit des gens....
Les mêmes perfonnes qui ont toujours montré
une fermeté inébranlable pour le maintien de
l'ordre public , montreront une ferméré toute
auffi courageufe pour réprimer tout ce qui pot-
-teroit atteinte à la dignité nationale . Je demande
donc que M. de Montmorin foit invité à venir '
à l'Affemblée rendre compte de ces fairs ,
que pous puiflions prendre toutes les mefures
qu'exige la majefté de la nation ». Cette propofition
a été décrétée .
3
afia
Une lettre du département de Paris a annoncé
que le temps devenant meilleur , le voeu général
étoit que le triomphe de Voltaire , d'abord renvoyé
à demain , eût lieu aujourd'hui , & que le
cortége partiroit à midi de la Baſtille .
On a décrété la fuite des articles relatifs à
Totganifation de la tréforerie nationale , préfentés
Par M. Vernier; de la recette titre I , & titre II
des caiffes de recette ; après quoi M. de Montmorin
a été introduit .
Ce miniftre a déclaré qu'on n'avoit pas de
1
1 ( 285 ) 5 19
Bouvelles directes de M. Duveyrier depuis fa
lettre du 23 juin , communiquée à l'Aſſemblée ,
par le garde-du-fceau,
Les bruits d'arreftation s'étant en effet répan
dus ; ce j'ai dépêché hier un courier à Coblentz
& à Mayence , avec ordre aux miniftres , dans
le cas où M. Duveyrier feroit détenu , ce que
j'ai peine à croire , de le réclamer avec la plus
grande, force , & de déclarer que , on ne le
remettoit fur- le - champ en liberté , cette infrac
tion feroit regardée comme une violation manifefte
du droit des gens , & comme une hoftilité
commiſe » Le côté gauche a beaucoup ,
applaudi. M. de Montmorin a ajouté qu'il ne
prévoyoit pas avoir de réponſe avant 8 à 12
jours , le courier devant paffer par Coblentz
Mayence , Worms & Strasbourg.
Quelques nouvelles femblent indiquer , a repris
M. d'André, que: M. Duveyrier avoit repaffé
par Luxembourg ; & l'honorable membre a dé-i
firé qu'on expédiât un courier à Bruxelles , Mais
le miniftre a répondu qu'il recevoit tous les jours ;
des lettres de Bruxelles , & qu'il feroit impoffible
que s'il étoit arrivé quelque chofe dans le Brabant
, il n'en fût pas inftruit. Cette difcuffion
a fatisfait M. d'André , & l'on a repris le cours :
de la délibération . !
Au nom du comité des monnoies , M. de
Courmenil a fait un rapport où il a retracé les
inconvéniens qu'il y auroit à frapper de nouvelles
piècès de 24 , 12 & 6 fels , aux anciens coins
& titres ; les avantages politiques & même moraux
des nouveaux coins , ou le règne de la loi
remplacera l'ancienne légende ; le danger de voir
la boa monnoie d'argent fondue en lingots 3
l'heureux expédient d'y mêler un tiers en fus de
1
( 286 )
tuivre , procédé dans lequel le quart du tout
en alliage ne fera pas compté , parce qu'il con
vient que la nation falle ce facrifice . à La ma- !
ignité la plus exercée , a -t-il pourſuivi , n'dera
pas le trifte prétexte de dire que vous avez
aktéré la monnoie , puifqu'il fera évident queh
vous l'aurez améliorée ........ Vous aurez donc
trouvé le fecret d'avoir une monnoïë qui fera !
feulement pour nous & non pour nos voisins...
Ceux qui apporteront à la monnaie des matières
d'argent recevront fans aucune retenue , la
même quantité de grain fin en monnaie fabriquée
. Ne calculez pas l'étendue d'un pareil facrifice
. L'Angleterre nous en donne heureux
exemple : imitons - la , lors même quer, fous
d'autres rapports , nous lui en donnons de grands
à fuivre . On a décrété ce qui fuit :
"
ce Art. I. Conformément au déćŕet du 11
janvier les pièces de to fols contiendront en
grain de fin la moitié de l'écup colles de 15
fols le quart de l'écu . »
ce II. Néanmoins chacune defdites pièces fera
alliée dans la proportion de huit deniers d'argene
fin avec quatre deniers de cuivrezen
III. Lelgravear- général préparera fans délai
les poinçons néceffaires à cette fabrication , au
type décrété le 11 avril dernier ; de forte que dans
trois femaines au plus tard de . la publication du
préfent décret , la fabrication foit en activité: »
IV. L'argenterie des églifes fupprimées ,
& déposée dans les hôtels des monnoies , ferai
d'abord employée à cette fabrication ; elle fera
continuée enfuite avec les matières que fe pro
cure le tréfor public pour la fabrication des écus ,:
dont il ne fera fabriqué que pour les befoins
indifpenfables , jufqu'à ce que l'émiffion de la
( 287 )
menue monnoje foit déclaréé fuffifant , par, un
décret du corps législatif.
ל כ
« V. Toute perfonne qui apportera à la monnoie
des matières d'argent , recevra , fans aucune
retenue , la même quantité de grains de
fin en monncie fabriquée .
On a repris moins la difcuffion que l'audition
des articles concernant la police correctionnelles
& ily en a eu un bon nombre de décrétés . Nous
les donnerons avec les autres .
•
Du mardi , 12 Juillet. !
M. Camus a annoncé que vendredi , le brûlement
d'affignats fera de 9 millions ce qui portera
, le total des affignats brûlés à 197 millions .
Il a été décrété qué les dons patriotiques def
tinés aux gardes nationales envoyés fur les
frontières , feront dépofés entre les mains du
caiffier de l'extraordinaire & inferits dans un
regiftre féparé.
?
#
Le rapport des fept comités fur le départ du
Roi eft mis à l'ordre du jour de demain.
M. d'Arnaudat a demandé que le comité diplomatique
& le miniftre des affaires étrangères
inftruififfent l'Affemblée de l'état on font les trà
vaux de la commiffion chargée, autrefois , de
fixer les limites de la France & de l'Espagne ,
M. d'André a defire adjoindre M. d'Arnaudau
au comité. Motions adoptées. E
Le directoire du département du Var demande
avec inftance le remboursement des frais du
raffemblement de gardes nationaux fur le bord
duVar & à Antibes , d'après fon arrêté du 24
novembre 1790. C'eft une fomme de 20 ; 124
livres . On envoie la lettre de M. de Leffare
à ce fujer , au comité des finances.
VI
?
( 2889
On a procédé à l'appel nominal de tous les
députés à l'Affemblée nationale .
Une lettre de M. Bailly a invité l'Affemblée
à affifter à la meffe & au Te Deum que
le corps municipal fera célébrer , le 14 , au
champ de la Fédération , ci - devant le champ
de Mats. M. Legrand & plufieurs autres membres
, ont penfé que le patriotifme exigeoit qu'il
n'y eût pas de féance le 14 , &
que toute l'Af
femblée fe rendit à cette fère. Tenir féance aus
contraire , & travailler au bonheur du peuple ,
a paru , avec railon , encore plus patriotique à
M. d'Auchy; & l'on a décidé que 24 menbrès
iroient à la folemnité commémorative .
M. de la Rochefoucault a fait un long rapport
fur le mode d'évaluation propre à déter
miner la contribution foncière des Bois- futaies
ou deftinés à le devenir , & des tourbiètes ; rapport
fuivi d'un projet de foi en fix articles.
MM. Aubry du Bochet , Millon , Ramel- Noga
ret , Moreau de Tours , d'Ortans , d'Auchy &
Efourmel ont relevé des inconvéniens dans ce
mode , & propofé divers amendemens . De la
difcuffion eſt reſulté un décret en ces termes
Art. I, Les bois non en coupe réglée , &
qui ont plus de trente ans , feront eftimés
leur valeur actuelle , & cotilés comme s'ils produifoient
un revenu égal à deux & demi pour
ent de cette valeur . »
II. Tous les bois au- deffous de trente ans
Leront réputés taillis , & cotifés comme tels . »
III. Lorfqu'un terrein fera exploité en tourbière
, on évaluera , pendant les dix années qui ,
fuivront le commencement du tourbage , fon
revenu au double de la fomme à laquelle il
étoit évalué l'année précédente .
IV.
I
3
1
( 289 )
« IV. Il fera fait note fur chaque rôle , de
l'année où doit finir ce doublement d'évalua
tion. Après ces dix années , ces terreins feront
cotifés comme les autres propriétés .
အ
L'Affemblée a décrété la ceflation du paiement
de 130,000 liv . qu'on a dit que la fermie
générale payoit au Pape, en vertu de l'accord à
raifon duquel elle fourniffoit le fel dans le Comtat
; & la culture du tabac y étoit interdite . M.
Bouche a auffi obtenu la fuppreffion de 3 , coo
liv. que le gouvernement payoit , dit - on , annuellement
à la chambre apoftolique d'Avignon.
M. Duportail a mis fous les yeux de l'Af
femblée un premier apperçu des frais du nouvel
état de guerre ordonné par les derniers décrets .
La première mise à faire pour porter l'armée de
ligne au complet de 750 hommes par bataillon ,
& de 170 par efcadron , monte à 12,287,278
liv. à payer dès à préfent. La folde & les maffes
des hommes & des chevaux de cette augmen
tation montent par mois à 1,217,466 liv . payables
à compter du premier juillet courant ; objet
de 3,652,398 liv . par timeftre. La folde de
26,000 gardes nationales coûtera par mois
731,430 liv. , & de plus la dépenfe d'étape ,
voitures , & c. en tout par mois 800,000 liv.
( ce qui porteroit la folde & les frais de 400,000
gardes nationales à plus de 12,250,000 liv. par
mois , à plus de 147 millions par an. ) L'équi
page d'artillerie , mis à 2000 chevaux au lieu
de 1000 , demande pour folde de ladite augmentation
80,000 liv. par mois , à compter du
premier
août ; fans oce qu'on devra aux entrepre
neurs pour la levée des chevaux.
Au moyen de ces difpofitions , l'armée offrira
163,450 hommes d'infanteric , 37,456 de cavalerie
No. 30. 23 Juillet 1791. N
( 290 )
72,363 d'artillerie, un équipage de 2000 chevaux ,
& 26,000 gardes nationales , total 239,269 hom..
La lettre du miniftre a été renvoyée aux comicés
des finances & militaire .
il
D'après un court rap , ort de M. de Broglie ,
on a décrété deux articles , portant qu'indépen
damment des traitemeus fixés par les décrets des
18 août , 5 octobre 1790 , & 4 mars 1791 ,
fera accordé un nombre de rations de fourrage
proportionnel aux grades , favoir à chaque
maréchal de France & lieutenant - général en chef,
12 rations ; à chaque lieutenant- général com
mandant de diviſion , 8 rations ; à chaque maréchal-
de-camp employé , 6 rations ; à chaque
adjudant-général ou aide- de-camp- colonel ,
rations ; à chaque adjudant- général ou aide- decamp
lieutenant - colonel , 4 rations ; à chaque
aide - de - camp , deux rations . Ces rations de
fourrage feront payées à raifon de 15 Tous par jour
chaque , de 270 liv. par an de 360 jours , cumu
lativement avec les appointemens , & ne poure
ront être exigées qu'en nature pendant la guerre.
Le réfutat de l'appel nominal a donné 1029
députés préfens & 132 abfens . Piufieurs de ceux- d
foot malades , d'autres ont des congés , d'autres
ont donné leur demiffion. Il a été décidé que
le comité de vérification recevra les réclamations
jufqu'a dimanche , & qu'alors on conftatera le
nombre des abfens fans caufe légitime.
Da mardi , féance du foir.
On a fuccefivement introduit des dép: tations
des gardes nationales de Paffy ,, Auteuil , Boulogse
; de la commune de Sainte-Menehould ; de
F'Ecole gratuite de deffin , troupe d'enfans vêtus ,
partie cu uniformes, partie en habits bourgeois ,
( 2x )
accompagnés d'une mufique guerrère qui jouoit
l'air : fa ira ; & les citoyens - foldats qui avoient
fervi d'efcorte d'honneur au convoi de Voltaire.
Tous haranguent , jurent & reçoivent , après une
réponse du président , les honneurs de la féance.
La commune de Sainte - Menehould a demandé
fix canons , un corps de cafernes & quelques
autres objets relatifs à ſa fûreté . » On l'a ren
voyée an comité militaire .
Les gardes nationales de Varennes ont ſupplié ,
par écrit , l'Affemblée de n'accorder aucune récomper
fe aux citoyens de cette ville qui ont arrêté,
le Roi , en menaçant de ne le livrer que mort; ik
leur fuffit de la gloire d'avoir fait leur devoir.
Sur la motion de M. Roberfpierre on a lu une,
adreffe de citoyens de Brie - Comte - Robert , ils s'
plaignent des vexations des autorités conftitutiorhelles
d'adminiftrateurs & de municipaux gangrerénés
de tous les préjugés de l'ancien régime
coalifés avec les chefs d'une foldatefque avengle
on tranferit ici leurs propres termes ; & ils finiffent
par implorer l'élargiffement provitoire des accufés
d'infurrection détenus en vertu de décrets desjuges ;
dans leur ftyle , des infortunés que intrigue &
Fincivifine ont chargé de fers , le tout fous la ref-,
ponfabilité de la commune,
L'un des détenus eft mort en priſon . M. Res
berfpierre s'eft permis d'obferver que fi le rapport
avoit été fait au bout de deux fois vingt- quatre
heures , comme l'ordonnoit le décret rendu il Y a
15 jours , l'Affemblée nationale n'auroit pas ce
malheur à fe reprocher. Au milieu des mu mures
qu'excitoit cette réflexion , il a qualifié la muni- '
cipalité d'aristocratique , les priforniers de patriotes
opprimés . Les rumeurs de la falle & les applaudiemens
des galeries n'ont ceffé qu'après un
N
292 )
décret qui a fixé le rapport à famedi foir ; & h
fin de la féance a été remplie d'une difcuffion
d'articles additionnels explicatifs des précédens
concernant les mines & minières , qu'a terminée
l'adoption du titre II , des mines de fer.
Du mercredi , 13 juillet 1791 .
A l'ouverture de cette féance , les amis de la
vertu , de la juftice , de la paix , les feuls amis du
peuple , ont parcouru avec des yeux mouillés des
farmes du fentiment , une brochure de 32 pages ,
que des mains vraiment pieufes répandoient en
profufion dans la falle , & qui depuis a produit
une grande fenfation dans le public. Cet ouvrage
du moment eft intitulé : Le règne de Louis XVI
mis fous les yeux de l'Europe . L'auteur énumère
rapidement tout ce que Louis XVI a fait pour la
nation , & pour les Parifiens qu'une banqueroute
- eût ruinés , fi la probité du jeune Roi n'avoit ga
ranti feule une dette de cinq milliards qu'il trouva
contractée en arrivant au trône ; l'affranchiffement
des ferfs , les adminiftrations provinciales ; l'abo
lition des corvées , de la queftion ; des loix plus
humaines contre la déſertion ; la fraude & la violence
exclues des enrôlemens ; l'état civil rendu
aux proteftans ; les arts & les fciences protégés ;
des marais defféchés ; l'hofpice de Rochefort ; des
quartiers de Paris rendus plus fains ; une marine
formidable & protectrice du commerce ; le traité
avec la Ruffie ; des germes de guerres fanglantes
étouffés dans le Nord , dans le Levant , à Vienne
& en Hollande ; Tabago réuni à nos Antilies ; la
pêche de Terre-Neuve affurée , augmentée ; plu
feurs Aldées acquifes dans l'Inde ; la paix de
1782 honorable pour la France & pour les alliés ;
travaux aufli utiles que glorieux dans les ports de
( 293 )
Dunkerque , du Havre , de la Rochelle , de Toulon
, de Cherbourg & de Vendres ; canaux entrepris
en Bourgogne , dans le Berry , la Bretagne ,
la Picardie , le canal de Languedoc perfectionné
au grund avantage du commerce ; de nombreux
traits de fenfibilité gravés dans tous les coeurs ,
enfin la double repréfentation accordée au
peuple , la magnanimité du Roi qui vient
apporter des paroles de paix à Paris au milieu
de deux cents mille hommes armés en
infurrection ; du bon Roi qui enjoint à ſes gardes
de fe dévouer comme lui au falut du peuple ,
fe laiffer égorger plutôt que d'oppofer la force à
la violence , & qui vient habiter au sein d'une
ville (garée par d'atroces calomnies.
de
Un pareil tableau publié , au moment où taut
de plumes dégoûtantes de fang & de fiel fe difputent
la honte d'outrager un Prince délaiſſé eſt un fi
bel hommage à la nation , que nous nous reprocherions
de l'avoir paffé fou filence , & fi l'o, inion
ek une des fources de nos loix , il ne fautoit être
confidéré comme étranger à l'importante difcuf-
Lon dont on va s'occuper . Toute l'Europe fait ,
dit l'impartial & calme appréciateur du règne de
Louis XVI , avec quelle patience , avec quel
courage il a fupporté , depuis fon féjour dans la
capitale , les peines , les privations , les facrifices
que les circonftances fembloient exiger . Enfin ,
après avoir bu à longs traits , pendant dix - huit
mois , dans ce calice d'amertumes , il tombe ma.
lade ; convalefcent à l'entrée de la belle faifon ,
le 18 avril , il defire aller refpirer l'air de la campagne
; on s'y oppofe avec violence , on l'infulte
publiquement & cruellement dans fa perfonne ,
dans celles de fon époufe , de fa foeur , de les enfans
; l'on va jufqu'a preferie des loix à fa couf-
N 3
- 2
( 294 )
1
: au
ence. » L'auteur expofe les intentions fi bien
conuues de Louis XVI , réduit à s'éloigner momentanément
de la capitale fans cela vouloir
fortir du royaume : « Âu reſte , ajoute- t - il , fi
eeste mefure que le Roi a crue fage & néceffaire ,
etoit fujette à des inconvénicus , on ne peut les
mputer justement , on ne peut on faire des repro->
ches légitimes qu'a ceux qui , en diffimulant depuis
près de deux années , à Louis XVI fa véritable
uation politique , l'ont trompé , & ont également
trompé toute la France & toute l'Europe ; à
eux , en un mot , qui ont dit & répété mille fois
que LE ROI étoit libre & devoit l'être ; & qui
prétendent aujourd'hui que c'étoit une fiction &
pofent en principes que LE ROI n'étoit pas 1.bre /
& n: devoit pas l'être raifonnement ,
aefte , qui ne tend à rien moins qu'a détruire la
conftitution & à frapper de nullité tout ce qui
s'eft fait... En ouvrant tous les coeurs à des fénimens
de juftice & de reconnoiffance , j'ai dû
fpéier de mettre enfin un terme aux malheurs
de non Roi & à ceux de ma Patie . Je demande
donc avec affurance à tous les François , fi pour
prix des verius , du civifme de leur Roi , & de
fi confiance fans bornes dans leur loyauté , i's ont
Jamais penfé , un feul inftant , qu'ils s'arrogeroient
le droit affreux de le dépouiller , de le dégrader,
de le détrônet ? Je demande aux Parifiens , fi
parce que pour eux feuls peut-être , pour leurs
feuls intérêts , leur Roi s'elt déterminé à convoquer
les Etats - Généraux , ils ont ente da qu'ils
auroient le droit honteux d'abufer de fọn ainouri
pour eux , qu'ils auraient celui de les tourmenter ,
de l'outrager , d'enchaîner le Monarque bienfaifant
qui a facrifié la puiflance , fes prérogatives ,
fon bonheur au defir de protéger & de conferver
leur fortand? L'Europe attend la réponfe ; &
"
*
$
i
( 295 )
te génie de l'hiftoire eft prêt à la graver en capactères
ineffaçables. "">
Sur une obfervation de M. Bouche , l'Affen
blée a fufpendu fon décret de la veille qui fupprimoit
les 130 mi e liv. , que la ferme générale
payoit au papt , difpofition prématurée qui
priveroit de tout moyen de fubfiftance des perfonnes
que la ferme ertretenoit à Avignon ,
pour l'exécution du traité relatif au tabac , aut
fel , aux indiennes .
Par un dernier décret , M. Raband a fit
achever enfin l'uniforme des gardes nationales;
& prenant la parole au nom des commiffaires
revenus des départemens de la Meule , de la
Molelle & des Ardennes , l'un d'eux , M. de
Montefquiou , a rendu le compte le plus fafailant
de leur miflion .
C'eft en tout licu le même patriotifme . P
fieurs officiers avoient donné leur démon
150 ont refusé le ferment , & ont été deftitués .
Le befoin de rétablir la fubordination eſt imm
nent ; mais le mal n'eft pas tel qu'on voudroit
le pindre , & le remède eft facile ; des chef
patriotes & des cours martiales fuffiront à tout.
Il fra bon de former un camp. Bitche & Chaplemont
font fur un pied refpectable ; les autres
plaçes demandent des réparations ou fent dé
mantelées ; cet état donne aux habitens des
doutes fur l'adminiftration. Metz eft tout ouvert
d'un côté ; on a pris quelques précautions ......
Les diftricts des frontières manquent abfolument
de fufils , & les ouvriers défobé.flent. Deux
mutins ont réfifté aux exhortations des com
miffaires , & un de ces mutins a voulu affuftiner
l'officier d'artillerie qui dirige les travaux...
On le plaint du retard de la gendarmerie na
N 4
( 296 )
tionale . Il n'y a nul fondement aux craintes
d'invafion jufqu'à préſent . Lẹ duché de Luxembourg
ne contient que 3,000 hommes néceffaires
pour le garder. Nous ferons très -fagement de
négocier des alliances avec beaucoup de puiffances
de l'Europe intéreffées à ce que la France
conferve fa prépondérance politique , & chez
lefquelles notre conftitation a trouvé plus d'admiration
que de cenfure.
M. Fréteau a relevé des inexactitudes dans ce
rapport. On affuroit dernièrement à la tribune ,
que les magafins contenoient des vivres pour
18 mois pour une armée de 150,000 hommes ,
& l'on dit à préfent que les frontières manquent
d'approvifionnemens . Il craignoit que ces variantes
ne répandiffent des alarmes. Le rapporteur
a reftreint le manque de vivres & de fourrage
au département des Ardennes , & a foutenu
que des diftricts de la frontière n'avoient pas
reçu un fufil. Selon M. Alexandre de Lameth ,
le compte que doit rendre inceffamment le comité
militaire , prouvera que tout abonde , &
que nous avons un tiers de plus d'artillerie que
l'Europe entière . L'Affemblée a décrété l'impreflion
du rapport de M. de Monteſquiou , &
fon adjonction au comité .
M. Muguet , organe des 7 comités réunis ,
Pour préparer les décrets à porter au sujet de
l'évènement du 21 juin, il a retracé les détails
connus de la fortie nocturne des Tuileries , une
voiture far le quai des Théatins , une autre dans
la cour des Princes , les 3 gardes - du- corps en
vefte jaune , réunion de la famille royale dans
une voiture plus commode à la porte St. Mar4 :
tin . A Ste . Menehould , le fieur Drolet , maître
de pofte , crut avoir reconnu la Reine , die le
4
( 297 )
>
rapporteur ; & dans le récit du freur Douet,
fut le Roi qu'il reconnut d'après l'effigie empente
fur un affignat de so Lv. N'importe
MM. Drouet & Gillaume dévancent le , voyageurs
, & vont annoncer au fieur Leblanc , aubergifte
à Varennes , qu'tis fourgon ent que
deux voitures qui vent arriver renferment le
Roi & fa fan.illc.. Les deux fières Leblanc &
d'autres arrêtent la voiture du Roi , le fieur
Sauffe, procureur - fyndic de la commune , & l'efficièr
municipal faifant les fo. ctions de maire, prétextent
qu'il eft trop tard pou vifer le pafic- port , que
les chemins font défits , que ces taifons &
Palarme qui fe répand doivent engager les
Voyageurs à defcendre chez le ficut Safe . Ils
y defcendent , on barricade la ville , & des canons
font pofés près de la maifen.
Un détichement de huffards commandé par
un aide-de-camp de M. de Bouillé , arrive se
fe range en bataille devant cette maifon , &
raide-de-camp eft introduit auprès du Roi , que
Jui demande quand part -on ? L'officier répond
qu'il n'attend que fes ordres ; le Roi lui dé
clare , & au major de la garde nationale furvenu
, qu'il ne veut que fo à 100 gardes na
tionaux pour l'accompagner ; & fe jettant d.ns
les bras de . Sauffe , il lui dit : « je fuis votre
Roi. Plicé dans la capitale au milieu des poignards
& des bayonnettes , je viens chercher en
province , au fein de mes fidèles fojets , la l
berté & la paix dont vous jouillez . Je ne puis
plus refter à Paris fans yoir & ma famille '
en même-temps ». L'infortuné monarque eme
braffe ceux qui l'entourent , la Reine partage fes
craintes , fe jeint à fes inftances . I perfille a
vouloir fe rendre à Montmédy , en proteftant
NS
( 298 )
qu'il ne veut pas fortir du royaume , & que k
garde nationale peur l'accompagner. Vingt dras
goas travertent la ville ; ou mer les hufards
entre deux batteries . Lear commandant va char
ger la garde nationale , dont l'aide - major pare
un coup de fabre , & lâche un coup de pifiolet
qui caffe l'épaule au commendant des huffards ;
ceux - ci demandent à être commandés par un
officier de la garde nationale , & l'air retenti
des cris vive le Roi ! vive la nation ! vivi
Affemblée nationale ! vive Lauzun !
;
Arrive un aide - de - camp de M. de la Fayette,
porteur du décret ; le Roi perfévère à vouloir
partir pour Montmédy. Le retour cft décidé ,
les citoyens accourus forment un non breux
cotege , on fe met en marche vers Châlons.
i le rapporteur affirme que le Roi ne reçut
fur la route que des témoignages de refpect ; il
ite bien l'ordie digne de l'excellent coeur de
Henri IV , l'ordre que le meilleur des Rois fit
donner au fils de M. de Bouillé de ne rien
entreprendre mais il ne nous apprend point
qu'aucune ame ait été fer fible à ce trait admirable
de bonté , d'humanité , de généro té ; il
ne dit rien de M. Dampierre , égorgé fous les
yeux du monarque , des horribles imp: écations
ni frappeient l'air autour de la voiture où fe
réfignoient fi magnanimement le vertueux prince
& fa malheureufe f mille ; il n'oublie cependant
Pas d'ajouter que par tout on crioit vive la
nation , vive l'Affemblée nationale ! & s'en remet
, pour les détails , à ce qu'en ont raconté
les commiffaires.
·
Après un extrait de tous les procès - verbaux
qu'on a déjà lus , il a pofé cette grande queftion
qui jamais n'en fut une le Roi peut- il être mis
( 299 )
en cafe ? & il en a trouvé la folution dans les
décrets conftitutionnels . Vous avez décrété , juré
une conftiturien monarchique & l'inviolabilité du
Roi qui n'eft pas un citoyen mais un pouvoir .
Si le Roi n'étoit pas indépendant , s'il pouvoit
être jugé par l'Aflemblée , il lui fercit foumis
il ne feroit pas l'bre. On ne peut féparer le Roi
de la royauté. Si commettoit un crime , on le
fuppoferon en état de démence . Son évasion n'eft
pas même un délit ; vous ne pouvez prononcer
fur des loix qui ne font pas faites. Fut-il forti
du royaume , il n'auroit pas forfait à la conftitution
avant de ſe refuſer à une proclamation ,
La déclaration qu'il a laiffée n'a aucun carac
tère légal , & ne contient aucune renonciation
directe ni ind.recte à la royauté. Son acceptation
étoit une form. lité inutile à vos décrets ... Le Roi
n'est donc pas coup.bie aux yeux de la loi .
Soulevant le voile qui peut - être auroit du
couvrir toujours les fuites poffibles d'une opinion
contraire , M. Muguet a laiffé entrevoir les malheus
qui défolèrent l'Angleterre Jors du meurtre
de Charles I , en a rapproché les troubles de la
minorité de Louis XIV , idées qui te naiflent
ici que de l'hypothèle la plus déchirante & la
plus affreute à méditer ; & il a fini par ces mots ;
Vous verriez des régens que la loi défigne &
que la confiance éloigne » Tous les motifs des
comités fe combinant dans fes conclufions , le
rapporteur a pensé que le Roi ne pouvoit , fous
aucun rapport , être mis en jugement; & il a
propofé de décréter :
1°. Que le procès fera fait & parfait à Louis-
François-Amour Bovillé & à fes fauteurs , compices
& adhérens , 2 ° . Qae MM. Hymaan ,
Kinglin , d'Orfelife , Defoteux , Vauglas ,Damas ,
N
( 300 )
Cho feuil- Stainville , a'Androuin , Valcour
Mandel, Manuffin , Talon , Bouillé tils , Ferfen ,
Maldan , Valory & Dumoutier, font four connés
d'avoir eu connoiffance du complót , & d'avoir
eu en vue de le favorifer ; que le procès leur
fera fait & parfait. 3 ° . Que les perfonnes cideffus
dénommées , qui font ou feront arrêtées ,
feront conduites dans les prifons de la ville
dOrléans. 4° . Que MM. Floriac , Remy , la.
Cour, Joinville, Debridge & Madame de Tourzel ,
refteront en arreitation , pour être , ap ès les
informations , ftatué ce qu'il appartiendra . 5 ° . Que
les Dames Brunier & Newville , fmmes - cechambre
de M. le Dauphin & de la fille du Roi ,
feront nifes en liberté.
сс
>
Quelques membres ont demandé l'impreffion
d'autres l'ajournement ; M. d'André s'y eft oppofé
en difant que cela entraînerit un long délai.
Plufieurs voix ont crié tant mieux. Tant pis ,
a-t- il répliqué , tant pis pour ceux qui veulent
-la tranquillité . L'impreffion ne donneroit pas de
nouvelles lumières , & certaines gens « qui avoient
préparé cette circonftance pour renverser la conftitution
qu'ils ont juré de défendre , ne defirent
que du temps pour confommer leurs funeftes
deffeins. Oui , ce ne font que des factieux , des
intriguans
fans talens qui veulent différer . » La
falle a retenti d'applaudiffemens . Il a demandé
que la difcuffion s'ouvrit à l'inftant & ne fut
point interrompue.
M. Roberfpierre a dit que ce n'étoit point être
fictieux que de fouhaiter que les efprits fe préparaffent
, par un intervalle , à une difcufion
profonde & folemnelle ; & les galeries ont applaudi
M. Roberfierre.
En embraffant l'avis du préopinint , M. Alè--
( for )
•
xandre de Lameth invoquoit la queftion préalable
fur l'ajournement ; & s'armant des fuites de touté
décifion influencée , contre ce qui menaçoit d'une
Fareille décifion , il a foutenu que l'ajournement
laifferoit trop de jeu aux moyers cornus de
former une opinion publique factice ; & il a dit'
qu'un confeil exécutif à la place du Roi ... ( Cè
n'eft pas la question , lui a- t- on crié . ) Pardonnezmoi
, a - t-il repris , c'eft la queftion . Un confeil
exécutif a la place du Roi feroit la fubverfion,
abfolue de la conftitution décrétée & jurée .
Un décret a fermé la difcuffion , écarté l'ajournement
, & M. Pethion a pris la parole. Le
Roi fera- t -il mis en caufe ? Non , parce qu'il eft
violable. Qu'est - ce que l'inviolabilité 2 Će n'eſt
pas le droit de faire le mal. Quant aux tcs de
la royauté , le Roi cft irrefponfable ; quant aux
actions civiles , il comparoît devant les tribunaux
: reftent les actions criminelles . Un Roi
confpirateur doit - il demeurer impuni ? L'impunité
du crime n'est bone à rien , fi ce n'eſt à
enhardir à de nouveaux crimes . Comme citoyen
& fonctionnaire public , le Roi cft foumis à la
loi ; s'il eft au- deffus d'elle , c'eft un defpote .
Pour être inviolable , il faut être impeccable...
I!
pourra donc tuer impunément ? Un Néron ,
un Caligula ( un frémitlement général a dû rappeller
à l'orateur qu'il parloit de Louis XVI ,
mais il a poursuivi) peut fe livrera les fureurs , on
refpecteta fes goûts fanguinaires ! Qu'ailez vous
faire, s'eft- il écrié ? conferver le Roi...Il eft, dit - on ,
unpouvoir, & l'on ne punit pas un pouvoir . Quelle
miférable fubtilité ! Un juge n'eft pas la juftice, le
Roi n'eft pas la royauté , un être abftrait . Vos décrets
prononcent fa déchéance , il n'eft donc pas
toujours inviolable . Mais s'il ſe met à la tête de
( 302 )
сс
La minorité de la nation pour combattre la majorité
, s'il puble un manifefte contre la conftiturion
, s'il reffe de jurer de la maintenir..
Un Roi parjure feroit - il dans un cas plus favorable
?... Si la nation veut ufer de clémence
qu'elle s'explique... « D'ailleurs , je re fais pas
extrêmem ut effrayé du parti qu'on femble redouter.
Une majorité impofante a toujours retenu
une foible minorité... Qu'on ne craigne
pas les puiflances étrangères... Nous avons pus
dhommes armés que l'Europe entière ...Les peuples
qui veulent erre libres ne font jamais vaincus ; les
Suiffes , les Hollandois , les Américains ( on tui
a crié qu'il étoit le plagiaire de Briffot. ) Ou le
Roi eft foible , a-t -il continué , ou i¡ cft pervers ;
dans les deux cas , il doit être jugé... Je demande
qu'il foit mis en caufe , & jugé par
J'Aflemblée nationale ou par une convention
nommée ad hoc.
Cette étrange difcuffion qu'il nous eft impoffible
d'analyfer,fa séprouver l'invincible & fccière
horreur du lacrilège , a été continuée au lendemain
.
Du Jeudi , 14 juillet.
On a repris la difcuffion relative au Roi.
M. de Liancourt a diftingué deux chofes , le
départ du Roi & fon mémoire à examiner fous
les rapports de la raifon & de la loi . Ayant
établi que l'inviolabilité du Mon rque eft leful
frein qu'on puiffe o pofer aux factieux qui me
nacent de redre la liberté funelle ; que fi le Roi
pouvoit être mis en cafe, il le feroit pr chaque
nouvele faction & fubi oit le joug aviliflant d'une
inquifition perpétuelles que inviolabilité eft
non pur tellection , mais P ur telle perfonne,
Porateur s'eft demandé le Roi avoit , en pa
1
( 303 )
ant , encouru la déchéance ; & il a répondu négativement
a cert queftion par toutes les raifons
déduites dans le rapport de M. Magnet .
Quant aux motif , M. de Liancourt a dit
que l'état du Poi , connu de toute l'Europe ,
' étoit pas celui de la liberté ; qu'il s'étoit reffenti
des moyens violens & extraordinaires qui
a oient forcé fon arivée à Paris ... Les moye
d'exécution qui ont fecondé nos deficins , ' out
pas toujours été dignes de la pureté de nos vues ,
a-t-il ajouté. Nous étions , lui & nous , en butte
à des orages communs ; mais il ét‹ it expofé à
toutes les f &ions & nous é ins nvuonnés
de toute la puiffance récle & de celle de l'ojinion
publique . Cet état néceff ire dans un temps
de révolution , néc.fire peut - être jusqu'à ce
que la conftitution für décrétée , n'en cxiftoit
pas moins. Use chofe marquoit à notre révo
lution ; c'cft que le Roi pût accepter librement
la conftitution , choifir le lieu le plus fur
>
revenir enfuite dans la capit. l . Eh bien ! fe
projet du Roi , tel au moins qu'il étoit dans fon
intention , tendoit uniquement à ce but . Le Roi
ne pouvoit forti en plein jour ; il cut eu à
éprouver tous les obftacles , tous les dégoûts
dont nous avons tous gémi dans la journ e du
18 avril . Il a donc fallu qu'il l'exécutât de nuit
& d'une manière occulte. Cet exp fé a été interrompu
par des murmures . La conclufion de
M. de Liancourt a été d'adopter le projet des
fept comité .
M. Vadier a dit que la nation ne permettroit
pas aux légifteurs de couvrir d'un voile le crime
d'un Roi parjure qui enlevoit l'héritier du trône
& fe jettoit dans les bras d'un parricide ; d'un
Roi qui vouloit arrofer de fang la terre hofpi
( 304 )
talière ou tant de malheureux corfacrent leurs
fueurs à fa profpérité . Us Roi qui , par un
manifefte perfile , a ofé déchirer votre conftitution
, un tel homme peut-il être encore qua-
1.fié du titre glorieux de Roi des François ? »
M. Vadier le prête à la fuppofition de l'invio
Labilité , mais c'est pour demander fi un brigand
couronné... Il s'élève des murmures . Le
préfident obferve que ce n'eft qu'une hypothèſe
; & l'orateur pourfiivit en demandant &
un brigand couronné peut impunément tuer
incendier , confpirer , répandre rar tour la dé
folation & le carnage. Or , cela fe difoit à propos
de Louis XVI qui prefcrivit à fes gardes
de périr plutôt que de le défendre , qui donna
l'ordre de ne rien entreprendre aux guerriers
prêts à s'opposer à fon retour ignominieux de
Varennes , qui n'a répondu que par l'expreffion
de cette bonté qui le dévoue , à ceux qui juroient
de tirer fur la voiture & de ne le livrer
que mort. M. Vadier accufe le Roi d'avoir fecoué
le joug des loix ; le traite de perfide , de transfuge
à qui les tributs de 10 , 12 départemens n'ont
pas fuffi ... ( Les contributions foncières & mobiliaires
, leurs fols pour livre additionnels , le
timbre " &c. , porteront , fans contredit les
tributs de chaque département , l'un allant pour
l'autre , à plus de 9 millions ; douze départemens
payeront donc 108 millions , plus de
quatre fois le montant de la lifte civile defti
née d'ailleurs à nourrir des milliers de citoyens ;
car enfin le Roi ne dépense qu'en payant. Qu'on
eft à plaindre d'employer de pareilles hyperboles
pour dénigrer fon Monarque ! )
2
On a dit que M. Vadier débitoit du Marat;
( 305 )
que
afin de prouver le contraire il a continué en
reprochant au Roi le fafte afiatique des palais
la nation lui a donnés , & des accappatemens
finiftres qui avoient pour but d'ajouter la
famine à la guerre ; & M. Vadier a proteſté
n'avoir d'autre éloquence que celle de la vérité ,
que celle du coeur. Sa conclufion a été d'exhorter
l'Affemblée à ne pas ternirfa gloire par une clémence
, par une abfolution criminelle , à céder au voeu **
lanation qui ne refpire que vengeance ; & qu'une de
convention nationale inceffamment convoquée
für chargée de prononcer fur le fort du Roi.
Sans raindre d'être accufé d'une fuperfticton
royalite , M. Prugnon s'eft attaché à prouver
l'indifpenfable néceflité de l'unité parfaite du pouvoir
éxécutif , & de l'inviolab.lité du Roi , abfolue
, telle , a- t- il dit , que non-feulement on
ne doit pas l'analyfer , mais même la mettre en
difcuffion, La perfonne du Roi , facrée fous un
apport , l'eft fous tous les rapports dans la conf--
titution monarchique , décrétée & jurée . On parle
de Bois affaffins ! combien en compte - t-on dans
15 fiècles ? quelle région que ceile des hypothèles
! Un Roi aflaffin feroit déchu- ; la loi punit
les meurtres . S'il employoit des fcélérats , ils
fereient punifiables comme les autres... Un
Roi n'eft pas toute la juftice ; le Roi eft toute
la royauté... Louis XVI n'a pas violé la conſtiturion...
Abfent , il n'y auroit encore eu que fon
refus de fe rendre a la formation qui l'eût établi
coupable ; il n'eft pas forti du royaume , il eft
probable qu'il ne vouloit pas en fortir ; il n'y a
Pas de déit ... Mais plufieurs adreffes expbriment
un voeu contraire à cette opinion ! Tremblez de
eries des adages pour les tyrars. Jamais , le veu
général ne fe tranfmet par de femblables organes
*
( 306 )
La grande majorité de la nation tient à la mo-
Darchie. Situation topographique , étendue , population
relations moeurs , caractère , tout
l'exige en France . J'ajouterai , avec Montefquieu ,
que fi la religion a fes racines dans le ciel , la
monarchie a les finnes dans le coeur de tous les
François. Quant au mémoire du Roi , ce font
des repréfentations , des doléances plutôt qu'an
manifefte... J'appuie le projet des comités.
M. Roberfpierre a revêtu de les formes oratoires
connues les argumens de MM. Péthion &
Vadier , en fe difpenfant d'examiner ſi on enlève
un Roi comme on enlève une femme , & en promettant
de parler de Louis XVI comme de l'Empereur
de la Chine ; tels ont été fes propres
termes. Les dangers de l'impunité du crime dans
un fonctionnaire public , les bornes de l'inviolabilité
fubtilifées , la vengeance des loix , l'égalité
l'ont conduit de fophifme en fophifme ,
peindre le Roi égorgeant nos enfans fous nos
yeux , outrageant nos femmes , pour demander ,
fans exagération , aux partifans des comités
lui diriez -vous : Sire , vous ufez de votre droits
nous vous avons tout permis... Il eft inviolable !
& vous auffi ; mais êtes - vous à l'abri de toute
accufation ? Les repréfentans du fouverain ontils
des droits moins étendus que celui dont ils ont
créé le pouvoir ? ... Avez - vous réfléchi à la
fituation d'une nation gouvernée par un Roi
criminel de lèze-nation ? » Il a propofé de confulter
le veu de la nation fur l'affaire du Roi ,
de lever le décret qui fufpend les élections pour
la prochaine légiflature , & la préalable fur le
projet des comités , ou que du moins l'Affemblée
ne fe fouille pas de partialité dans le choir
des coup.bles.
( 307 )
M. Duport arépondu que four qu'ily cut un délie
dans l'évasion ou dans le mémoire du Roi, il faudroit
qu'il eût été autorifé par une loi antérieure . Il a
pole en principe que l'acceptation du Roi n'étoit
nullement néceffaire aux décrets , ce qui parcie
démentir tous les cahiers qui enjoignent
>
Députés de ne rien décréter que de concert avec
le Monarque , le ferment de maintenir la conftitution
fanctionnée par le Roi , le décret du vero
fufpenff, &c. Selon M. Duport , l'acceptation
n'étoit utile qu'au penple pour le difpofer à l'adoption
des loix nouvelles , avat que l'Affemblée
développât librement fa nouvelle théorie . « Lorfqu'une
nation , a t-il dit , envoie fes représentans
pour lui donner une conftitution , elle met tous
les pouvoirs dans une inaction paffagère . Quant
la conftitution fera finic le confentement de
Louis XVIle créera le Roi cu fon refus le deftituera...
Tout empire où la féparation des fouvoirs
n'eft pas déterminément fixée , n'a ri conftitution
ri liberté. Il est néceffaire de conser un
frein à la grande puiffance des repréfentans de la
nation ; ce frein ne peut être qu'un Monarque
ou un confeil exécutif... Un pouvoir qui ne connoît
point de frein eft defpote... Voulez- vous opter
entre la monarchie & 1 république ? ... Il feroit
dangereux de confulter les fections du Royaume...
Ceux qui divifent l'inviolabilité font les partifans
d'un fénar ou confeil exécutif ; mais tout exige en
France une Mosaichie , & dans cette hypothèle , il
faut que le Monarque foit inviolable , indépendant
du corps législatif dont il doit modérer le pouvoir ,
& par conséquent qu'il ne puifle être ni jugé ni
accufé ; car il feroit dans la dépendance de tout
accufateur , de tour calomniateur & de fes juges .
T
( 308 )
Nous avons réfumé la fubftance d'un long difcours.
Tout en plaignant les Anglois des pertes immenfes
qu'a faites leur liberté politique , fuivant
lui , M. Duport a reconnu que chez eux la liberté
individuelle étoit garantie par la divifion des pouvoirs
qui les préferve du defpotifme intolérable
des communes. Il a dit qu'il manqueroit un feuron
à la couronne de l'Affemblée , fi après avoir
conftamment fuivi une opinion qui attiroit le
vau général , elle ne favoit pas réfifter à l'influence
dont on cherche à Fenvironner ; qu'on hâre les
élections en s'occupant de la révifion ; qu'une
convention nationale éxciteroit les factieux ; que
s'enfuir ce feroit fe priver des bénédictions d'un
peuple de qui l'on eft près d'affurer la liberté &
le bonheur. Il a conclu pour le projet des comités.
1
Mɔi-même , a dit M. Prieur , je me fuis occupé
du grand objet que vous traitez & de la crife
où nous fommes ; ( on a ri ) je ne fuis ni factieux;
ni républicain. Après ce début , il a divifé l'invio
Labilité , foutenu que le Roi inviolable dans tous
fes actes de la royauté , no l'eft pas en tant qu'ins
dividu . Ladivifion des pouvoirs ne lui a paru mulles
ment compromife , & le corps légiflatif , fans jager,
déclare que le Roi fera jugé par une convention ad
hoc. Le mémoire du Roi offre à l'opinant une proteftation
contre Is conftitution , une rétractation
de fermens qu'il fuppofe vraisemblablement auffi
libres & plus valides que celui du facre ; & trèsconféquemment
une abdication. « L'Affemblée,
a - t- il dit , s'eft- elle amusée , le 21 juin , à difcuter
l'article équivoque de l'inviolabilité ? Non
Meffieurs , vous avez défendu au Roi de fortir
du royaume ; vous lui avez donné une garde
сс
( 309 )
particulière ; vous vous êtes cimparés du pouvoir
exécutif ( qu'on a fi fouvent dit que l'Affemblée
n'avoit pas pris ) ; vous ne lui avez pas rendu ;
pourquoi ? parce que le Roi n'eft pas inviolable ;
car s'il l'eft , c'est vous qui êtes criminels , c'eft
à veus qu'il faut faire le procès ( les galeries pplaudiffent-)
. Ou vous rendrez le pouvoir exécutif
au Roi , ou vous le mettrez en cause . Peuton
rendre le pouvoir à celui qui a proteſté contre
vos loix ? »
M. Démeunier lui a répondu , au nom des
fept comités , que leur intention étoit de laiffer
la royauté fufpendue jufqu'à la fin de la conftitution
,, & que le corps conftituant en avoit le
droit , même en convenant de l'inviolabilité qui
répugne à ce que le Roi foit mis en jugement. --.
Cela n'eft pas vrai , s'eft écrié M. de Montlaufier
en parlant de ce droit , en cela très -conféquent
aux principes de la Monarchie.
---
----
Il faut d'abord , a repris M. Démeunier , prévoir
tous les cas de déchéance ; alors il n'y aura pas
de jagement. La loi déclarera , la légiflature prononcera...
Qu'est- ce donc qu'un jugement , a
demandé M. Péthion ? Le préfident a dit que
M. Démeunier n'avoit la parole que pour répondre
à M. Prieur ; & M. Démeunier a expofé
comment la conftitution achevée devra être préfentée
au Roi qui , s'il ne l'accepte purement &
fimplement , fera déchu du trône , fans jugement...
& de vifs applaudiffemens ont coupé fa
phrafe .
Préfentera- t-on la charte conftitutionnelle à
Louis XVI? Telle eft la queftion dont M. Rew
bell veut qu'on s'occupe . M. Démeunier lit un
article portant : « Dans le cas où le Roi actuel
on tout autre Roi...» M. Rabaud y ſubſtitue cette
'( 310 )
rédaction : « Celui qui fera chargé du pouvoir
exécutif fuprême , be pourra régner qu'il n'ait
accepté l'acte conftitutionnel qui lui fera préfenti
par le corps conftituant » ; rédaction qui n'eft point
acceptée . L'Afmblée paffe à l'ordre du jour.
Du jeudi , féance du foir.
Dous & fermens patriotiques. Une lettre du
département du Gard informe l'Affemblée que les
impofitions de 1790 font payées , & offrent un
compte fur.celles le l'année courante; & l'Affembléc
agréé l'hommage ingénieux d'un tableau al égorique
que la fitte d'un Peintre eft venue expliquer
à la barre ; la falle en fera décorée .
1
Un décret a rétabli les pensions de quelques
perfonnes nées en 1716 & 1717 , montant aux
fommes de 48,768 liv. , 48,104 liv . & 126,248
liv. en divers états liquidés . Un autre décret a
annulé & révoqué la donation faité , par lettres
patentes du mois de décembre 1659 , au cardinal
Mazarin & à fes fucceffeurs , du Comté
de Ferrette & des feigneuries de Bedfort , Delle ,
Tharm , Altkirch & lfenheim ; de forte qu'après
132 ans de jouiffance , les domaines corporels ,
incorporels , droits & cbjets quelconques dépén
dans de ces feigneuries font enlevés à leurs poffeffeurs
& amé iorateurs pour être adminiftrés par
les prépófés des régie & adminiftration nationales
au profit de la nation .
Du vendredi , 15 juillet .
On a lu une pétition préfentée la veille a
nom d'une multitude de gens groffiers , de
femmes d'ouvriers , qui fe font appelés So
ciété fraternelle ; en voici la fubftance :
Paris , le 17 juillet 1791.
" Meffieurs , c'eft pour are conftitution que te
( 3rr )
peuple frarçois a envoyé fes repréfentans à l'Affem
blée nationale , & non pour rétablir un chef traître
& parjure à fes fermens les plus facrés. Juftement
alarmés des difpofitions de vos comités
nous
>
>
venons dépofer nos craintes dans votre
fein , & vous demander , au nom de la patrie ,
de les diffiper. Quand les Romains , ce peuple
libre , avoient à prendre dans le fénat une délis
bération importante les fénateurs venoient
prendre dans le peuple l'opinion publique. Ainfi ;
vous ne ftatuerez point définitivement fur le fort
du Roi fans avoir confulté le voeu de toutes les
parties de l'Empire ; & vous confidérerez que
tout décret qui ne feroit pas dans vos principes
feroit frappé de nullité . »
Ayant la parole fur le projet de décret des
fept comités , M. Goupil de Préfeln l'a foutenu ,
d'abord en développant la plupart des railonnemens
employés en faveur de l'inviolabilité abfolue
du Monarque ; en confidérant la fouveraineté
nationale fous deux relations , comme légiflative
& comme pouvoir exécutif fuprême , inviolable
modérateur du pouvoir législatif ; &
enfuite par l'expofé des manoeuvres auxquelles
on ne rougifloit pas de recourir pour intimider
T'Affemblée & lui perfuader que l'opinion publique
étoit contraire à cette loi. Il a peint les
intrigues des factieux exercés dans l'art de féduire
une multitude irréfléchie , les a nommés cluboerates
; c'étoit analyfer les fruits empoisonnés des
faux principes de théorie & de l'impunité de la
licence .
Je me puis , a- t-il dit , m'empêcher de mettre
fous vos yeux cent traits frappans auxquels j'ai
été préfent. Le 8 de ce mois , dans un de ces
elubs , qui , lorfqu'il n'a pas été influencé par des
( 312 )
hommes pervers , a montré des ſentimens vraiment
patriotiques dans ce club on y donne
lecture d'une adreſſe à l'Aſſemblée nationale , &
je vous obferve qu'elle n'étoit ni adrefléc ni
faite pour l'Affemblée nationale ; & notez que
dans cette adreffe l'Aſſemblée nationale y étoi
cenfurée injurieufement ; de quoi ? vous ne vous
en douteriez pas ( nous tranfcrivons ici les propres
expreflions de l'opinant ) : d'avoir envoyé
yers le Roi des commillaires , & de n'avoir pas
mandé le Monarque à la barre... Au trait d'une
aufli odieuſe & aufli abominable démence , je
frémiffois , & tout retentiffoit d'applaudiffemens.
Il y a plus , Meffieurs ; on a eu l'indécence ,
l'inconféquence , je ne fais quel terme employer ,
d'arrêter que cette adreffe feroit imprimée &
envoyée dans les provinces. »
сс
1
M. Le Grand a obfervé que M. Goupil avoit
été président de ce club. Il s'agifloit de celui des
Jacobins . L'opinant a répondu qu'il n'y préfidoit
pas alors , qu'il n'auroit pas fouffert une pareille
fcène , & il a continué « Pour foutenir ces
abominables manoeuvres , on accapare des jour
naliſtes , des folliculaires , des pamphlétaires . Un
homme invefti d'une réputation qu'il avoit ob
tenue , je ne fais comment , & décoré de titres
académiques ( M. Condorcet ) a été employé
dans cette occafion ... qui voudroit de la mal
heureufe & criminelle célébrité de ces Eroftrates
modernes ? Un autre avec moins d'éclat ... fait
comme un trafic de fon éruditio Le fieur Briffot
de Warville s'eft lui - même a anoncé a cette
Affemblée , il a fait un difcours , un difcuss !
dont l'impreffion a été ordonnée : on our lat
hardicfle , l'imprudence d'en faire la diftritagion
>
au
·( 313 )
au bureau de diftribution de l'Affemblée nationale
avant-hier . »
сс
S'attachant à l'un des écrivains qu'il dénonçoit
comme de criminels ennemis de la royauté , « il
veut y fubftituer , a repris M. Goupil , le monftze
d'une république qui ne fut jamais fait pour la
France ; il dit que ceux qui ne font pas de fon
avis , ont de bonnes raisons pour vivre fous
notre gouvernement , & qu'ils font payés par la
-lifte civile . Voudroit- il bien nous dire , ce lâche ,
cet artificieux calomniatcur , quel'e bonne raifon
il peut avoir eue pour nous produire dans fon
mémoire l'infamie de l'efcobarderie la plus honteufe,,
inventée , pour nous rendre parjures au
ferment qui nous lie à notre divine conſtitution ?
Briffot n'a pas craint d'écrire , de débiter : je fais
la motion que l'inviolabilité abfolue foit regardée
comme attentatoire à la fouveraineté de la nation ,
& fubverfive de la conftitution ; & qu'en conféquence
on déclare que le Roi peut & doit être
jugé. Quelqu'un n'a - t-il pas été tenté d'applaudir
à ces horreurs ? Oui , Meffieurs , dans un club
qui a ordonné l'impreffion de cette production...
ne diroit-on pas que la nation n'exiſte que dans
Briffot de Warville & les adhérens ?... Voici ce
qu'on ajoute à ces manoeuvres . On dit avec confance
dans ces clubs , c'eft la volonté générale
de tout Paris. On écrit en conféquence dans les
provinces ; on s'adreffe aux hommes dont en
fait les têtes & plus foibles & plus évaporées ;
de-là les adhéſions .... Puis on vous dit : c'est le
voeu de Paris , des 83 départemens , & cela eft
répété jufqu'aux portes de la falle par des gens
payés pour le dire , & qui ne favent pas s'ily
83 départemens.
7
La conclufion de M. Goupil a été d'adoptr
Ne. 30. i3 Juillet. 1791. O
( 314 )
P
"
le projet des fept comités , & de demander que ,
par amendement , l'Affemblée déclarât qu'elle ne
ceffera de maintenir « comme un des points fondamentaux
de la conftitution , que la perfonne
du Roi eft inviolable & facrée . On a battu des
mains & demandé l'impreflion , la queſtion préalable
& fordre du jour.
M. de Rochambeau , fi's , a envoyé ſon ſerment
dans une lettre , & la difcuflion a été reprife.
M. Grégoire , évêque conftitutionnel , avoit
la parole. Il a débuté par fe plaindre de ce qu'on
difoit autour de lui qu'il ne convenoit pas à un
prêtre de traiter la queftion préfente . « Perfonne
ne vous l'a dit , lui a répondu M. d'Arnaudat;
vous commencez par des menfonges , vous finirez
par des horreurs . » Le préfident a obfervé que
c'étoit apparemment une figure de rhétorique
dont M. l'évêque avoit voulu fe fervit ; &
celui- ci a repris fon difcours en proteftant qu'il
alioit parler d'après fa confcience.
La défertion du pofte de fonctionnaire public ,
le faux pale- port , le démenti donné de M. de
Montmorin aux ambaffadeurs chez les puiffances
étrangères , le mémoire , tout l'a conduit à ce
dilemme ou Louis XVI voulcit fe rendre à
Montmédy pour faire des obfervations paifibles
à l'Affemblée , alors il étoit inutile de fuir ; ou
il vouloit foutenir les prétentions à main armée ;
& c'eft une confpiration contre la liberté . M.
Grégoire oublioit que le Roi pouvoit très - innocemment
defirer de jouir de cette fiberté comme
un autre , fe fouftraire à la captivité , aux ouirages
, & le porter médiateur entre le peuple
François & Europe armée ; mais rien de tout
cela n'entroit dans le dilemme de M. Grégoire.
Il a conclu par dire que les représentans de la
( 315 )
nation outrageroient la nation s'ils décidoient de
fen fort fans elle , & peut être contre elle &
contre fon vou.
--
-
1
A la fuite de quelques réflexions très- fages
fur l'aigreur qui le mêloit à ces débats , fur
la néceffité de fe rallier autour des principes de
la conftitution , M. Salles s'eft propofé trois
queftions : le Roi est-il coupable d'avoir fui ?
L'eft-il d'avoir laiffé un manifefte ? La fuite &
le manifefte démontrent - ils que le Roi fut complice
de M. Bouillé ? Il n'y a pas de crime
où la loi fe taît . Oa peut fuir fans être coupable
. Pour ce qui eft du manifefte , on aura
perfuadé à Louis XVI que nous étions fans
gouvernement parce que les refforts en étoient
relâchés dans fes mains .... Ici l'opinant a plus
éludé que vaincu la difficulté de juftifier l'anarchie.
L'Affemblée elle - même , a t -il dit , a confirmé
cette erreur , ou ces terreurs , en exerçant ,
comme elle ne pouvoit s'en difpenfer , divers
actes de l'adminiftration.... Tant de proteftations
ont été tolérécs , qu'il feroit injufte de n'avoir
pas une égale indulgence pour celle du Roi. M.
Salles pouvoit le rappeller que la liberté des
opinions étant décrétée , conftitutionnelle , jurée ,
l'exercice d'un droit ne fuppofe aucune indulgence
, & fa privation arbitraire n'eft pas fevérité
, mais injuftice ..
Le manifefte , a t-il poursuivi , ne rend point
Louis XVI coupable ; mais étoit- il complice du
général Bouillé ? « Si Louis XVI a voulu ce
que Bouillé exécutoit , c'eſt un monftre. Il eft
bien prouvé que le Roi avoit donné des ordres
pour le faire accompagner ; mais il ne l'eft point
qu'il ait fait des préparatifs hoftiles ». En effet
on n'apperçoit nulle trace d'un pareil deffein .
02
( 316 )
Des journalistes nous donnent des confeils , les
impriment, demandent la deftitution du Roi , une
régence , une convention nationale , un confeil
exécutif ; tout cela ne tend qu'à détruire le règne
de la loi. ce Quant à moi , je déclare folemnellement
qu'il faudra me poignarder ou me chaffer
de la France avant que je confente à laiſſer
paffer l'adminiftration exécutive du royaume dans
les main: de plufieurs ( On a vivement applaudi ).
Il y a des gens & le nombre en eft très-confidérable
, qui ne fe croient grands que parce
qu'ils s'attachent à quelque chofe d'élévė ...
Partifan de l'inviolabilité indivifible ; je ne crois
cependant pas qu'elle s'étende à un Roi qui
fuieroit de fon pays pour le mettre à la tête
d'une armée ennemie. Mais un Roi coupable ne
peut être juge ; la fainte loi de l'infurrection
donne le droit de le chaffer . Dans ce cas , il
eft cenfé avoir abdiqué.... En concluant donc
pour le projet des comités , je fais la motion
expreffe que l'on décrète immédiatement les articles
que je vais propofer & qui ne pourront
être appliqués à Louis XVI pour ce qu'il a fait
dans cette circonftance » .
« Art. I. Un Roi qui quitte fon poſte pour
fe mettre à la tête d'une armée ennemie , eft
cenfé avoir abdiqué.
59
« II. Un Roi qui après avoir prêté fon ferment
à la conftitution , le retireroit , eft cenfé
avoir abdiqué. »
« III . Un Roi qui aura abdiqué , reviendra
fimple citoyen , & pourra être accufé , comme
les autres , pour les délits qui auront fuivi fon
abdication . "
M. Buzot qu'on entendoit à peine , & que de
Fréquens murmures ont interrompu , a remanié
( 317 )
les armes de MM. Péthion , Vadier & Roberf
pierre; inviolabilité du Roi , métaphyfique , abftraite
; violabilité , jufticiabilité de l'individu ;
Néron , Caligula , parjure .... Et pour renfort ,
T'hiftoire d'Angleterre , & Blackflonne , qui dit
précifément que les loix Angloifes n'ont prévu
ni ne devoient prévoir aucun cas cù le Roi
doive être jugé. L'opinant a repréſenté que la
peur ne devoit pas empêcher une convention
nationale . Et les tyrans auffi , difoit- il , craignoient
les affemblées du peuple . L'Affemblée conftituante
doit fe confidérer comme la nation ellemême
, & ne pas fouffrir qu'on place le Roi
au- deffus du fouverain en prononçant qu'il ne
peut être jugé. Il a vu dans le manifefte ou
mémoire du Roi un appel au peuple , & n'a pas
héfué d'avancer que le peuple pafferoit de l'indignation
au mépris.... Le tefte comme M. Péthion.
Liberté & ſtabilité ont été les pivots fur lesquels
a roulé la théorie de M. Barnave qui a fuccédé à
M. Buzot , pour foutenir que la ftabilité ne
Fouvoit le trouver que dans le gouvernement
monarchique & dans l'inviolabilité du monarque.
Ia judicieufement caractérisé ces faifeurs de
romans politiques , ces rêveurs inconféquens qui
nous affimilent aux Américains défendus par
l'immenfité des mers & des forêts impénétrables ,
à un peuple neuf , prefqu'entièrement occupé
des foins de l'agriculture , fimple dans les moeurs
héréditaires , fans luxe , fans nos befoins factices .
Un gouvernement fédératif ne convient ni à notr
population , ni à nos rélations , ni à notre ma
nière d'être , & le peuple ne conferve fa liberté
dans une monarchic que par la féparation &
03
( 318 )
l'indépendance des pouvoirs qui fe fervert de
frein , de régulateur l'un à l'autre.
›
Il a lumineufement obfervé que ceux que le
reffentiment tranſporte le plus contre l'action du
Roi qu'aucune loi ne condamne encore , tomberoient
aux genoux du Roi , s'ils étoient contens
de lui ; qu'on ne doit pas vouloir une république
dans un pays où le refentiment du
people fuffit pour changer la nature du gouvernement
, d'autant moins que la nation Françoife
eft très -mobile & fait mieux aimer que
hair ; qu'il étoit fort heureux que la loi n'eût
pas prononcé la déchéance pour le cas actuel.
Après avoir affuré que les puiffances étrangères
n'avoient point décidé les comités , qu'elles font
hors d'état d'infpirer la moindre crainte ; « je
crains notre force a t-il dit , notre agitation ,
notre fièvre révolutionnaire………. Tout le réduit
à ces queftions allons-nous , terminer actre révolution
? Allons -nous la recommencer ? Si vous
vous défiez de la conftitution établie , où fera
le point où vous vous arêterez ? Non , vous ne
pouvez plus perpétuer , fans un trouble affreux ,
le mouvement qui nous a conduits au point
cù nous fommes , & où nous devons nous arrêter....
Hors de - là , dans la ligne de la liberté ,
le premier attentât fera l'anéantissement de la
royauté , dans la ligne de l'égalité , le premier
attentâ fera contre la propriété .... Des favans
dans le cabinet , en géométrie , incapables ent
politique , ont des romans tout prêts pour faire.
un gouvernement ... La nuit du 4 août a plus
fait pour la liberté que tous les décrets conftitutionnels
rendus depuis ; mais y a t - il encore
une nuit du 4 août à donner? »
Il a dit que fi la révolution fe prolongcois
( 319 )
encore au milieu des horreurs , elle feroit deshonorée
; qu'il étoit tems de préfenter la paix
au monde inquiet , une grande fatisfaction aux
peuples qui fent leurs deftinées dans les nôtres ;
de tranquillifer les rois de l'Europe en prouvant
que l'abolition des abus n'eſt pas celle de la
royauté. « Hâtons-nous de terminer a -t- il ajouté ,
cette révolution gloricufe dans laquelle nous n'avons
pas mérité un feul reproche » . On a vivement
applaudi ce difcours qui fera envoyé aux
83 départemens .
r
M. Prieur a demandé que tout roi qui conf
pircroit contre la conftitution fût déchu . L'Affemblée
a adopté cette propofition & les articles
de M. Salles , fauf rédaction . MM . Roberf
pierre & Prieur vouloient que Monfieur fut accufé
; le premier fout.noit qu'il faffifoit des in-
-dices ; M. Chabroud a qualifié ce te doctrine de
déteſtable . Voici ce qu'on a décrété :
« L'Aſſemblée nationale , après avoir entendu
le rapport des comités diplomatique , militaire ,
de conititution , des recherches , des rapports ,
de révision , de jurifprudence criminelle . »
« Attendu qu'il réfulte des pièces dont le
rapport lui aa été ffaaiitt , que le four Bouillé
général de l'armée frarçcife fur la Meuſe , la
Sarre , la Mofelle , a conçu le projet de renverfer
la conftitution ; qu'a cet effet il a cherché
à fe faire un parti dans l'Empire , follicité &
exécuté des ordres non contre- fignés ; attiré le
Roi & fa famille dans une ville de fon commandement
; difpofé des détachemens , fait marcher
des troupes vers Montmédy , & préparer
un camp près cette ville ; cherché à corrompre
les foldats , les a engagés à la défertion pour
fe réunir à lui , & follicité les puiffances étran-
04
( 320 )
gères à faire une invafion fur le territoire françois
, décrète : »
ce 1°. Qu'il y a lieu à accufation coutre le
feur Bouillé , fes complices & adhérens , &
que leur procès leur fera fait & parfait pardevant
la haute- cour nationale provifoire , féante
à Orléans ; qu'à cet effet les pièces qui font
déposées à l'Affemblée nationale feront adreffées
à l'officier qui fait auprès de ce tribunal les fonctions
d'accufa eur public.
לכ
2 °. Qu'attendu qu'il réfulte également des
pièces dont le rapport lui a été fait , que les
ffeurs Heymann , Klinglin & d'Offife , maréchal
- de-camp employés dans la même armée
du feur Bouillé ; Défotteux , adjudant - général ;
Bouillé fils , major d'huffards , & de Dauglas ,
aide de camp ; Choifeul- Stainville , colonel du
régiment de dragons ; le fieur Mandel ; Ferfen ,
colonel propriétaire du régiment royal-fuédois ;
& les fieurs Valory , Malledant & Dumouftier ,
font prévenus d'avoir eu connoiffance dudit complot
du fieur Bouillé , & d'avoir agi dans la
vue de le favorifer , il y a lieu à accufation
& que leur procès leur fera fait
& parfait devant la haute- cour nationale , féante
à Orléans . »
contre eux >
cc 3°. Que les perfonnes dénommées dans les
articles précédens contre lefquelles il y a lieu à
accufation , qui font ou feront arrêtées par la
fuite , feront conduites fous bonne & fûre garde
dans les prifons d'Orléans , qu'à cet effet les informations
& autres pièces dépofées tant à l'Affemblée
nationale que dans les différens tribunaux
, feront envoyées à l'officier chargé des
fonctions d'accufateur public près la haute- cour
•
1
( 321 )
nationale , qui feule fera chargée de la fuite de
cette affaire . »
сс
4°. Que les feurs de Damas , Daudorin ,
Vallecour , Marafin , Talon , Floriac & Remy ,
les fieurs Lacour , lieutenant an premier régiment
de dragons ; Pehondy , fous - lieutenant au régimert
de Caftella , fuiffe ; Brige , écuyer du Roi ,
& la dame Tourzelle , resteront en état d'arreftation
jufqu'après les informations prifes
pour , fur icelles , être ftatué ultérieurement fur
feur fort. »
сс
5°. Que les dames Brunier & Neuville
feront mifes en liberté. »
La féance a été levée .
Du Samedi 16 juillet.
Un décret a réduit la dépenfe des employés
des hôtels de la guerre , de Paris , Vertailles ,
Compiègne & Fontainebleau , de 62,806 livres
à 25,000 livres , à compter du 25 juillet prochain.
L'Affemblée a aufli décrété neuf articles rélatifs
aux divers modes de conceffions , de fecours
extraordinaires pour les cas de grêle , incendie ,
inondation , épizootic , & d'autres fléaux , & fur
ta propofition fuivant laquelle y devront contribuer
les communes , cantons , diftricts , départemens
, ou la nation , quant au fupplement
de fecours , dont tout département fecouru de
vra répondre d'an vingt-quatrième.
Des caiffes de fafils envoyées aux gardes nationales
de la Haute-Vienne avec des paffeports
fignées Duportail & fignées encore du
préfident de l'Affemblée législative atteftant &
la vérité de Fordre & la fignature du miniftre ,
ont été arrêtées au Bourg- la-Reine , près Paris,
L'Aſſemblée a de nouveau décrété le libre pal(
322 )
fage des caiffes expédiées en verta d'un précédent
décret.
M. d'André a informé le corps conftituant
que fon décret de vendredi concernant le Roi ,
étoit l'objet de violentes rumeurs ; que les ennemis
de la conftitution redoubioient d'efforts pour
égarer le peuple. Il a retracé la néceflité des
mefures les plus fermes pour maintenir l'exécu
tion de ce décret ; s'eft plaint de l'inaction de
la municipalité qui fouffre les motions & les affiches
incendiaires dans les lieux publics , des
provocations au meurtre , au pillage ; puis il a
demandé que les accufateurs publics , le département,
la municipalité & le miniftre de la juftice
fuffent mandés pour recevoir l'ordre de veiller
à la tranquillité générale .
M. Vernier a dénoncé qu'un député préfidant
la veille une fociété des amis de la conftintion
, il y avoit été propofé de ne plus reconnoître
le Roi ; que plufieurs autres députés s'étoient
refufés à prendre part à la délibération
après laquelle cette motion avoit été décrétée .
C'eft l'affaire des tribuuaux , a dit en fubftance
M. d'André ; qu'ils informent , inftruiſent le
procès ; l'Affemblée décidera s'il y a lieu à accufation
& ils jugeront . Je demande que féance
tenante , il foit fait une adreffe aux François
pou expofer les motifs du décret d'hier & que
la municipalité foit invitée à feconder le zèle de
la garde nationale . M. Chabroud a defiré que
l'on ne fit des reproches à la municipalité que franchement
& directement ; & en convenant de la
juftice incontestable des éloges donnés à la garde
nationale , il a obfervé que ce n'étoit pas conf
titutionnellement à la municipalité à feconder le
( 323 )
zèle de ceux à qui elle commande. La remarque
a paru fage à M. d'André.
L'un des plus ardents antagonistes des fept
comités , M. Vadier a déclaré n'en être pas
moins prêt à expofer fa vie pour le maintien du
décret rendu contre fon opinion , ce qu'on a
vivement, applaudi.
M. Emméry a dit que la garde nationale avoit
arrêté la veille , un homme qui diftribuoit de
l'argent en tenant des propos féditieux , & que
la municipalité l'avoit fait relâcher ; & il a demandé
que la municipalité mît , fans délai cn
exécution le décret fur la police correctionnelle
rélatif au régiftre des étrangers. MM. d'André,
Chabroud , le Chapellier , Emméry & Fréteau ,
ont été nommés commiffaires pour la redaction
de l'adreffe aux François . Ces débats ont amené
le décret fuivant :
L'Affemblée nationale décrète , 1 ° . Qu'il
fera rédigé , féance tenante , une adreffe aux
François pour leur expofer les principes qui
ont dicté le décret rendu hier , & les motifs
qu'ont tous les amis de la conftitution de fe
réunir autour des principes conftitutionnels , &
que cette adreffe fera envoyée par des couriers
extraordinaires ; »
ce 2 °. Que le département & la municipalité
de Paris feront mandés pour qu'il leur foit enjoint
de donner des ordres pour veiller avec foin'
à la tranquillité publique ; »
3 ° . Que les fix accufateurs publics de la
ville de Paris feront mandés , & qu'il leur féra
enjoint , fous leur refponfabilité , de faire in-'
former fur- le - champ contre tous les infracteurs'
des loix & les perturbateurs du repos public ; »
4. Que les miniftres feront appelés pour
k
O 6
( 324 )
lear ordonner de faire obferver exactement
fous peine de refponfabilité , le préfent décret . »
Le département des Ardennes a écrit à l'Affemblée
qu'en attendant qu'elle ait prononcé fur
l'état définitif du Roi , & pour éviter toute contradiction
entre le ferment du 14 juillet 1790 ,
& celui du 21 juin 1791 , & ne donner avantige
à aucun parti en faisant ou fupp: imant les
mots : au Roi , le directoire a arrêté que la cérémonie
du 14 juillet fe borneroit à un TeDeum . Ce
directoire ajoute que les foldats du régiment de
Heffe- d'Armstadt , en garnifon à Sedan , ont
arrêté de travailler tous les jours au nombre de
100 gratis aux fortifications de cette ville,
Le président écrira des lettres de fatisfaction au
directoire & aux foldats.
Des membres du département & de la municialité
de Paris , font introduits , reçoivent les
ordres de la bouche du préfident qui leur lit le
décret & celui relatif au dénombrement des citoyens
tel que nous l'avons rapporté précédemment,
MM. de la Rochefoucault & Bailly répondent
de la vigilance des corps dont-ils font les
orgines , & fe retirent .
Une lettre des adminiftrateurs du département
de Seine & Marne a annoncé que les
troubles de Bric Comte - Robert étoient appaifés ,
quand la dénonciation de M. Roberfpierre y avoit
apporté un nouveau germe de difcorde dont
heureufement les fuites n'ont pas été férieuſes ;
que le civifme des chaffeurs du Hainault eft
bien connu & qu'ils n'avoient exécuté que les
ordres des tribunaux , quoi qu'en ait dit M. Roberfpierre.
Cette lettre a reçu des applaudiffemens.
( 325 )
Du famedi , féance du foir.
Les miniftres introduits dans la falle ont été
occuper leur place ordinaire en face du bureau.
Après avoir er tendu la lecture du décret du matin
, ils ont proteſté de leur zèle pour l'exécution
des loix.
Il n'a comparu que trois des fix accufateurs
publics , l'éloignement des domiciles ayant empêché
les trois autres de recevoir la lettre que
le miniftre de la juftice leur avoit écrite.
M. Chabroud a dit que les commiffaires chargés
de rédiger l'adreffe aux François , décrétée
dabord féance renante , & enfuite renvoyée à
la féance du foir , avoient ceflé de s'en occuper
en réfléchiffant que les difcours de MM.
Duport , Salles & Barnave étoient prefque entièrement
imprimés & rempliroient complettement
cet objet . M. Legrand trouvoit ir concévable
, une excufe qu'il inculpoit d'impuiffance
ou de négligence ; mais M. d'André , fur la motion
de qui le décret avoit été rendu , a déclaré
y avoir mieux réfléchi , & que l'impreffion &
l'envoi de ces difcours fuffiroient, ec Vous avez
voulu a répondu M. de Delay d'Agier , qu'un
expofé rapide des principes affiché par - tour , lu
par tout le monde , empêchât le peuple de s'égarer.
Si vous changez d'avis fur cet objet , alors
il ne faut point d'adreffe ; finon , il faut perfifter
dans le décret . Ces difcours ne font point
à la portée de tout le peuple. L'adreffe doit
être fimple , courte , offrir un exposé clair &
fuccint des principes & des motifs de votre
décifion ».
M. Salles a voulu lire & n'a point achevé
fa rédaction particulière de l'adreffe . Sur les ob-
Tervations de M. Biauzat que les décrets qu'on
( 326 )
alloit rendre étoient li meilleure explication de
celui d'hier ; & de M. Duport , qu'une adreffe
prolongeroit la difcffion terminée , & la feroic
dégénerer en argumentation , l'Affemblée a décrété
les trois articles de M. Salles für les
>
cas de déchéance un article propofé avanthier
par M. Dafmeuniers , & il a été décidé
qu'il ne feroit pas fait d'adreffe . Voici les articles
adoptés :
Art. I. Si le Roi , après avoir piêté ferment
à la conftitution , fe rétracte , il fera ceufé
avoir abdiqué. »
« II. Si le Roi fe met à la tête d'une armée pour
en diriger les forces contre la nation , où s'il
ordonne à fes généraux d'exécuter un tél projet ,
ou enfin s'il ne s'oppofe pas par un acte formel
à toute action de cette efpèce qui s'exécuteroit
en fon nom , il fera centé avoir abdiqué.
CC
2
cc III. Un Roi qui aura abdiqué , ou qui
fera cenfé l'avoir fait , redeviendra fimple cito-
& il fera accufable fuivant les formes ordinaires
pour tous les délits poftérieurs à fon
abdication .
yen ,
ככ
« L'Affemblée nationale décrète que fon décret
du 25 du mois dernier , qui fufpend l'exercice
des fonctions royales & des fonctions
du pouvoir exécutif entre les mains du Roi
fubfiftera jufqu'au moment où la conftitution
étant achevée , l'acte conftitutionnel entier aura
été préſenté au Roi . »
>
Au nom des comités des recherches & des
rapports , M. Cochon l'Apparent a rendu compté
des derniers troubles arrivés dans le département
de la Vendée après le départ du Roi . Nobles &
eccléfiaftiques non-affermentés dénoncés , amas
d'armes foupçonnés , vifites infructueuses , châ13271
teaux incendiés , pillés , billets anonymes trouvés ,
interprêtés . La conclufion a été le décret fuivant
porté fans difcuffion :
ce Art. I. Les procédures commencées dans
les tribunaux de diftrict de la Roche- fur-Yon ,
les Sables & Chaltan , pour raifon des troubles
qui ont eu lieu dans l'étendue de ces diftricts
dans les mois d'avril , mai & juin derniers , y
feront continuées jufqu'à jugement définitif
fauf l'appel ainfi que de droit ; & cependant
copie des procédures fera envoyée à l'Affemblée
nationale , fans que cet envoi puiffe retarder
les jugemens.
« II. Il fera envoyé inceffamment , dans le
département de la Vendée , deux commilaires
civils qui prendront tous les éclairciffemens qu'ils
pourront fe procurer fur les caufes des troubles ,
& fe concerteront avec les corps adminiftratifs
fur les moyens de rétablir l'ordre & d'aflurer
la tranquillité publique ; lefdits commiffaires
feront aurorifés a requérir , toutes les fois qu'ils
le jugeront convenable , le fecours des gardes
nationales & des troupes de ligne , tant dans le
département de la Vendée que dans les départemens
voifins . »
M. Duchaffaud décrété de prife de corps
s'eft fouftrait par la fuite aux pourfuites dirigées
contre lui rélativement à ces troubles .
Si dès les premiers défordres l'Affemblée
nationale eut témoigné une grande haine
des factions , qu'elle eut mis fes foins à
réprimer la licence , à contenir les agitateurs
publics , les violateurs des loix & de
63281
par
la liberté des perfonnes , le peuple retenu
la crainte des châtimens & par l'horteur
du crime , n'eut point offert à l'intrigue
, à l'ambition une sûreté , des moyens
toujours préfens de fomenter l'anarchie , &
d'ériger en droits un fyftême de force &
de violences journalières. Mais lorfqu'il a
vu que les plus criminelles actions reftoient
impunies , que des écrits meurtriers circuloient
avec une audacieufe liberté , que
les plus atroces injures contre le Roi , fa
famille & tout ce qu'il y a de refpectable
dans le monde , étoient une forte de titre
fi non à la confiance , du moins à la célébrité
, à la fortune , il a penfé qu'il n'y
avoit d'autre loi que celle du plus fort ,
& que le nombre en tout étoit la règle
de la juftice.
,
A cette déforganiſation fociale , s'eſt
joint la pufillanimité des Corps Adminif
tratifs ; l'audace des Harangueurs publics
leur en a impofé ; plus effrayés qu'indignés
de cette licence ils ont abandonné le
peuple aux impreffions que pouvoient lui
donner les nouveaux apôtres du fanatifme
& de l'orgueil. Ils n'ont point voulu entendre
, qu'accoutumer le peuple au mépris
des perfonnes , c'eft le préparer à méconnoître
les loix ; que lui permettre des profcriptions
contre des individus haïs ou per
fecutés , c'eft l'appeller un jour à la révolté
contre tout ce qu'il lui plaira de nommer
( 329 )
fon ennemi ; que c'eft préparer l'anarchie
par la foibleffe ou l'effufion du fang par
le befoin d'arrêter les défordres.
Ces vérités cent fois répétées ont tou
jours fait place aux combinaiſons artificieufes
du fanatifme & de la haine ; la
perfécution populaire , fes attentats contre
les perfonnes & les propriétés , les émigrations
& les rigueurs qui en ont été la
fuite, n'ont paru aux yeux de la prévention
qu'un moyen violent , mais nécellaire d'effrayer
les ennemis du nouvel ordre de
chofes ; à des faits impofans , on arépondu
par des adages infignifians & menteurs ;
la sûreté individuelle a été founife aux
acceptions de partis , & lorfque par fois la
protection publique s'eft montrée indifférente
aux reffentimens particuliers , on a
regardé comme un acte de vertu recommandable
, ce qui n'étoit qu'un devoir
rigoureux de juftice fociale & d'intérêt
commun.
Moins que les Provinces , Paris a dû
s'appercevoir
de cette corruption politique
; la vie , la liberté , les propriétés y
ont été moins expofées ; la diverfité d'opinions
, la direction connue de la force
publique , le befoin du repos après l'agitation
dans un grand raſſemblement
d'hommes
, ont dû néceffairement
atténuer les
effets de l'anarchie dans la Capitale , & y
maintenir jufqu'à un certain point l'appa(
330 )
rence d'un calme extérieur , & de la fécurité.
Mais fi toutes les matières combustibles
que renferme ce volcan venoient à s'embrâfer
, fi le choc des maffes qui le récèlent
venoit à y allumer une incendie , les effets
en feroient terribles & leurs progreffions ne
s'arrêteroient qu'avec la deftruction de toutes
les formes exiftantes d'organiſation politique.
C'eſt au milieu de ces dangers & de cette
agitation qu'un parti puifiant s'eft tout-àcoup
manifefté par la retraite & l'arreflation
du Roi , & a ouvertement favorisé le
renversement de toutes les loix & la deftruction
du Gouvernement établi ; foit qu'il
ait été dirigé par l'intérêt d'un chef , ſoit
que depuis long- temps des ambitions cachées
y aient placé leurs efpérances , il eſt
sûr que ce n'eft qu'au moment où le trône
a paru menacé qu'il s'eft fait connoître d'une
manière pofitive & déterminée.
On ne fauroit guères en effet attribuer
à d'autres motifs qu'au deffein formé .
de renverfer la monarchie , les démarches
féditieufes dont nous avons été témoins
depuis quelques jours ; motions , attroupemens
, placards , outrages contre le Prince ,
toutes ces manoeuvres ont été employées
& fans une févérité devenue néceffaire ,
elles entraînoient la ruine du Gouverne(
331 )
ment & l'établiſſement probable de quelque
dictature tyrannique .
Pour entraîner le peuple à ces extrémités
il falloit le difpofer aux excès qu'elles fuppofent
; la haine aveugle & facrilège qu'on
fçût lui infpirer contre le Monarque , fervoit
complettement ces vues criminelles ; on le
peignit comme un tyran , & l'on affecta de
trouver étrange que l'Affembiée ne l'eût
point déclaré déchu du trône , comme fi
elle le pouvoit , & comme s'il le méritoit ;
on voulut exiger la révocation du Décret.
porté le vendredi 15. La Société fraternelle ,
les Clubs , ces éternels arfénaux de fana-.
tifine & d'anarchie couvrirent les murs de
leurs étranges productions , & le peuple lifoit
avidement ces Adreffes audacieufes qui plus.
que tout autre chofe prouvoient le filence
des loix & l'impuiffance de la justice.
Pour mieux effrayer les efprits & contenir
par la crainte ceux qui auroient pu
manifefter quelque oppofition à ces menées
féditieufes , le Club des Cordeliers fit afficher
qu'il receloit dans fon fein une Société
de tyrannicides , qui ont individuel
lement juré de tuer quiconque voudra.
porter atteinte a la liberté françoife . On fait
ce que ces furieux appellent tyrans , &
ce qu'ils entendent par liberté .
Enfin , famedi 16 , une pétition eft fignée ,
par quelques malheureux égarés, pardes fem
mes , des enfans , elle eft apportée à l'Affem(
332 )
blée nationale par une députation & vendue
enfuite dans Paris avec un autre libelle , où
l'on accufoit M. Barnave de trahison , de
connivence avec Louis XVI , uniquement
parce qu'il a défendu , avec fuccès , les
intérêts du trône contre ceux du fanatifme
& des factions.
Le dimanche matin une Loi fut publiée
& affichée ; on y annonçoit les mesures
prifes par l'Affemblée nationale pour affurer
l'ordre public ; les armes du Roi s'y
trouvoient imprimées dans une grande
vignette & le titre commençoit par la
formule ordinaire : Louis etc. voulons et
ordonnons ce qui fuit.
Cette vue ranime la haine des féditieux ,
un attroupement fe forme au Champ- de-
Mars ; fur les onze heures on apprend que
deux hommes y ont été pendus & maſſacrés
par cette multitude que l'impunité a
depuis fi long-temps habituée au cime
La Municipalité s'affemble , à 4 heures , la
Loi martiale eft publiée , à 7 le Corps
Municipal , le Drapeau rouge & 6000
Gardes nationales fe rendent aut Champde-
Mars ; le premier mouvement des facrieux
fut d'infulter les Magiftrats & la
Garde. On pouvoit croire que la force
préfente leur en impoferoit , mais ils re-
Commencent ; ils ne peuvent croire que
Pon ofe l'employer contre des hommes
à qui l'on a perfuadé qu'ils font le
( 333 )
Souverain ; cependant on fait feu , une
douzaine font tués , autant de bleffés , les
maifons font illuminéespour la sûreté de la
nuit, & la tranquillité renaît dans la Ville.
Cet acte de rigueur paroît avoir intimidé
la fureur populaire & fait taire les
fanatiques ; mais ces apparences de calme
difparoîtront bientôt devant les harangueurs
des rues , les motions des clubs , & la doctrine
des Apôtres du puritanifmie moderne .
On a cru voir au refte dans ces mouvemens
quelqu'intervention étrangère . Un
homme déjà connu par fa groffièreté , par
fes calomnies contre le nouvel & l'ancien
ordre de chofes , un fieur Rotondo a été
arrêté. Un Juif, foupçonné de connivence
avec la Pruffe , dit- on , a été mis en priſon .
Il eft poffible que ces gens & d'autres encore
fomentent des troubles , mais il eft fûr que
la véritable fource de tous les défordres
fe trouve dans la publication des écrits
effrénés , dans le fanatifme de la petite
Bourgeoifie , & dans l'habitude où l'on
entretient le peuple de méprifer tout ce
qu'il y a de refpectable dans la fociété.
ce Ainfi qu'on a pu le voir dans les féances
de l'Affemblée , la commémoration de la Fédération
a eu lieu le 14. De nombreufes députations
ont formé le cortége qui a défilé devant les Tuileries
où le Roi continue d'être tenu dans une
étroite prifon avec fa famille , & où l'on ne
voit que des foldats & quelques tentes qui gat(
334 )
niffent le devant du parterre du Jardin . C'eſtlà
que le Monarque attend 'qu'on décide de lui ,
& que par un renversement bifarre , il eft , fans
aucune forme , privé d'une liberté qu'on n'ôte au
dernier fujet qu'après qu'un jugement l'a condamné
à ce rigoureux châtiment . »
« Voici les corps tant civils que mi'itaires ,
qui fe font trouvés à cette cérémonie dont l'effet
a été fingulièrement affoibli par les grands intérêts
qui attachent l'attention générale à d'autres objets
dans ce moment . Les Gardes nationales , les Juges
de paix , les Tribunaux , les Electeurs de 1789 ,
ceux de 1790 , les Députés des Sections , la Municipalité
, les Notables , les Officiers Municipaux
des Villes & autres lieux du département de Paris.
feulement ; les Membres de Département , les
Miniftres du Roi , enfin une députation de l'Affemblée
nationale . »
Si nous nous en rapportions à quelques
lettres que l'on dit venir de Suiffe , nous
ferions tentés de croire que la même
fièvre qui nous tourmente agite également
les habitans des treize Cantons . Mais
s'il eft vrai de dire qu'il y a par-tout des
hommes ruinés & qui n'ont de falut que
dans les défordres , s'il eft encore vrai que
le peuple de la Suiffe peut être travaillé
par quelques fanatiques , il eft bien
naturel de croire en même temps que
des hommes qui ne paient prefque point
d'impôts, dont le gouvernement paternel &
ftable les tient dans une tranquille & douce
abondance , ne doivent avoir que de l'hor-
-
( 3357
reur pour la liberté incendiaire qu'on vou
droit leur prêcher. Deux cents ans de bonheur
doivent prévaloir aux yeux d'un peuple
raifonnable , contre les déclamations de la
démagogie fyftématique ; ainfi donc croire
à des révolutions dans la Suiffe , c'eft fuppofer
que des hommes connus par leur bon
fens tomberont tout-à-coup en démence au
gré de quelques intriguans.
L'exemple d'Avignon , du Comtat , de
Liége , du Brabant , doit à jamais prévenir
les peuples fages contre les inftigations
de l'inquiétude & la folie des exagérations.
Ce n'eft jamais qu'aux dépens
des incurs , de la juftice , de la profpérité
des gens de bien , que s'opèrent ces infurrections
commandées par l'ambition &
foutenues par le fanatifme. Mais c'eft
auffi un devoir aux Corps politiques , aux
Agens de l'autorité publique , de prévenir
par une juftice exacte , le refpect des loix
& l'amour des peuples , les fuites du niécontentement
que ne produifent que trop
fouvent la cupidité & les petites tyrannies
des Agens de l'Adminiftration publique.
Les Numéros fortis au tirage de la Loterie
Royale de France , du premier Juillet ,
font : 48 , 42 , 68 , 62 , 24 ; & ceux du
tirage du 16 du même mois , fønt : 51 ,
54, 88 , 12 , 31.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 30 JUILLET 1791 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
SUR la mort de mon Chien.
PAR -TOUT trahi... par -tout persécuté...
Du moins au féin de ma mifere ,
Mon pauvre Chien m'était reſté ,
Je n'étais pas feul fur la Terre .
Pour épuifer fur moi fa cruauté ,
A mes moindres défits le Sort toujours rebelle ,
M'ealeve mon feul bien... le feul ami fid : le
Que mes malheurs ne m'avaient pas ôté.
Par M. de la M... de N... >
Nº.
. 31. 30 Juillet 179 .
I
138 MERCURE
LA VOITURE PUBLIQUE
UN Coche immenfe & plein de Voyageurs ,
Gens de toutes façons , de ville ou de campagne ,'
Defcendait au galop une haute montagne ;
Les chevaux fatiguaient la main des conducteurs.
La route était étroite , & la pente rapide :
Le Cocher le plus intrépide
N'eût pas vu fans effroi le char fe balancer ,
De cahot en cahot toujours prêt à verfer :
Aux deux bords du chemin s'ouvrait un précipice.
Raffemblé fur la route , un ramas de Bandits
Pour piller la voiture attend qu'elle périffe :
Ils ont foin d'exciter les chevaux par des cris.
» Courez : vous n'êtes pas au bout de la carriere :
» Avancez ; vous pourriez revenir en arriere :
Courez encor plus fort ; courez, mes bons amis «.
D'imprudens Voyageurs , la tête à la portiere ,
Egarés par ces afſaffins ,
En criant avec eux ſecondaient leurs deſſeins.
Heureufement les gens de l'équipage ,
Cochers & Poftillons , & des bons Voyageurs
Le plus grand nombre & le plus fage ,
Connurent les projets de Meffieurs les brailleurs.
DE FRANCE. 159
» Taifez-vous , infenfés ; ceffez ce grand tapage ;
» Ce n'eft pas l'inftant de crier ;
» Nous qui ne voulons pas que la voiture échoue ,
» Nous allons rafraîchir & mouiller chaque roue ,
» Et pour quelque temps enrayer.
» On ne remonte point une pente fi forte ;
» Nous fommes bien sûrs d'arriver ;
» Un peu plus tôt, un peu plus tard, qu'importe ?
L'important eft de nous fauver «,"
50
Français, vous m'entendez; le temps qui tout amene
Vous a fait voir deux fiecles en deux ans ;
Il produira fur notre Scène
Encor bien d'autres changemens :
Mais de nos ennemis ne fervons point la haine.
C'eft nous feuls que je crains pour nous ;
Les Tyrans font des fots ; ne foyons point des fous.
Ils fe perdront ; j'en crois leur bêtife & leur rage :
Pour nous , tâchons d'unir la ſageſſe au courage.
Si nous rompons le frein des Loix ,
Avant d'arriver au terme du voyage ,
que
Nous aurons verfé mille fois.
( Par M. Andrieux. )
I 2
160 M. E.R CURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du.Logogriphe du Mercure précédent.
E mot de la Charade eft Réfractaire ; celui
de l'Enigme et Demain ; celui du Logogriphe
et Cyclope , renfermé dans celui d'Encyclopédie.
Tu
CHARADE.
U dois de mon premier devenir la pâture ;
Mon fecond fert de lit aux pauvres indigens :
La campagne au printemps reçoit de la Nature
Mou: root accompagné de fes riches préfens.
Par Mile, S. B. G. âgée de 14.ans . )
ÉNIGM E.
MA fieur me doit fon exiftence
Je fuis fo unique foutien ;
Mais elle a fur mon être une égale puiffance ,
Et fans elle je re fuis rien.
A notre feule reflemblance
Nous devons tout notre agrément ;
Malé le nccud qui nous joint conftamment ,
Nous nous tenons affez communément
DE FRANCE. 167
A quatre , cinq ou fix pieds de diftance.
Un cfpace plus grand ne peut nous féparer ,
Sinon , lorfque de nos coufipes
Une ou deux s'avançant pour être nos voisines ,
Entre nous viennent fe fourrer.
Tantôt je fais docile à la voix qui m'appelle ;
Tantôt je fuis d'humeur difcourtoife & rebelle.
Peu compatible avec la Liberté,,
Parfois je permets la licence.
Les Grecs & les Romains ignoraient ma beauté
Autrefois.un mortel très-conau dans la France ,
A qui j'avais long- temps prodigué mes attraits ,
Me manqua de reconnaiffance ,
Et voulut d'ici -bas me bannir à jamais .
Hélas ! des plus rares bienfaits
Telle eft fouvent la récompenfe.
( Par M. N... d'Arras. ?)
DE
LOGO GRIPHE.
E vices , de vertus , rien n'eft plus fufceptible ;
Je fuis tout à la fois honnête , bon , fenfible ,,
¡ Fidele , généreux , tendré , compatiffant ,
Impitoyable , dur , féroce , mal- faifant . ,
Diffimulé , trompeur , franc , loyal & fincere ,
Lâche , ingrat , vrai , droit, jufte ; & dans le même
instant
13
162
MERCURE
Faiſant mon Dieu chéri de l'Enfant de Cythere,
Et comme un monftre affreux traitant ce même
Enfant.
Peu de mots , comme moi , pour peu qu'on me
reffafle ,
En renferment autant dans un très- court eſpace.
Combine mes cinq pieds en vingt contraires fens ,
Et vingt mots à tes yeux , Lecteur , feront préfens.
D'abord ce qu'aujourd'hui la Loi veut que l'on
coupe ;
L'épithete du fil au fortir du rouet ;
Des Autans & des flots l'infenfible jouet , ♦
Dont les brave en tout temps l'impénétrable croupe ;
que tout être en général , Ce
Le beau fexe fur-tout , aine fort qu'on lui faffe ;
Un infecte rongeur ; un inftrument de chaffe ;
Un adverbe un pronom ; une terre ; un métal ;
Un traitement ; un bénéfice ;
L'honnête homme qu'on en pourvoit ;
Ce qu'on donne quand on reçoit ;
Ce qu'on trouve au deffus du revers de la cuiffe ;
Le contraire de cuit ; une augmentation ;
Plus une particule ; une conjonction.;?
Ce qui rend ftable une vis ; une note ;
Un lieu très- paffager , fur-tout dans ce pays ;
Ce qui fouvent vous y couvre de crote .
J'ai tenu plus que je n'avais promis
Vingt- trois , au lieu de vingt ; mais auffi je finis.
( Par M. L. B. de la Section du Roi de Sicile)
DE FRANCE. 1.63
t
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
I.
POESIES diverfes , par M. de Bonnard .
1. Vol. in-8°. de 210 pages. A Paris ,
chez Defenne, Libraire, au Palais- Royal;
avec le Portrait de l'Auteur.
CE n'eft pas trop le temps des vers ,
& fur tout de la Poéfie légere ; nous
fommes un peu férieux , & il y a de quoi
l'être mais après tout , les bons vers font
de tous les temps pour le petit nombre
d'hommes qui les aime & qui s'y connaît ,
& Bonnard était du petit nombre de ceux
qui en ont fu faire. Il était de la bonne
École. Il écrivit avec pureté & élégance ;
il a de la vérité , de la délicateffe , de la
grace ; on pourrait lui défirer quelquefois
plus d'expreffion poétique, & plus de précifion
dans les détails ; mais en général
fon petit Volume de Poéfies fe lit avect
plaifir , & s'il y a des pieces faibles , il y
en a d'excellentes. La meilleure ( & il eft
à remarquer que c'eft la premiere qui le
fit connaître ) eft celle qu'il adreffa à M.
le Ch. de Boufflers , aujourd'hui Député:
à l'Aſſemblée Nationale , qui reffemblait
I 4
764 MERCURE
alors parfaitement au portrait que Bonnard
en fait , & qui a fait voir depuis
qu'il était capable d'un autre genre de
mérite. Je ne connais point de plus jolie
piece en ce genre , depuis Voltaire qui
s'y eft mis hors de toute comparaiſon. La
voici , quoiqu'elle foit par-tout ; elle n'eft
pas longue , & les bons vers font fi rares,
que des vrais amateurs font toujours bien
aifes de les retrouver.
Tes Voyages & tes bons Mots
Tes jolis Vers & tes chevaux
Sont cités par toute la France ;
On fait par coeur ces riens charman's
Que tu produis avec aifance .
Tes paftels frais & reffemblans
Peuvent fe paffer d'indulgence.
Les Beaux-Efprits de notre temps ,
Quoique s'aimant avec outrance
Troqueraient volontiers , je penfe,
Et leurs Drames & leurs Romans
Pour ton heureuſe négligence
Et la moitié de tes talens .
>
. Mais pardonne-moi ma franchiſe :
Ni tes tableaux , ni res Ecrits ,
N'équivalent , à mon avis ,
Au tour que tu fis à l'Eglife.
Nos Guerriers , la Ville & da Cour,
Admirant ta métamorphofe ,
Battirent des mains tour à tour
DE FRANCE. 165
La Gloire fourit , & l'Amour
Crut feul y perdre quelque chofe.
*On a tant célébré Grammont ,
Son efprit , fa gaîté , les graces' :
Il revit en toi ; tu remplaces
Le Héros de Saint - Evremont.
Les Ris le fuivirent fans celle ,
Et fur fon arriere-faifon
Semerent des fleurs à foifon ,
#Comme aujourd'hui fur ta jeuneſke.
En vain le Temps , de fon poifon ,,
Voudrait amortir ta ' faillie.
Tu donnerais à la Raifon
Tous les grelots de la Folie.
Jouis bien d'un deftin fi beau :)
Sûr de plaire & toujours nouveau ,
Brille dans nos camps , à Cythere,
·Chante les plaifirs & Voltaire ;
Lis Végece , Ovide & Folard ,
Et vois les lauriers du Rarnaffe,,
Unis aux palmes de la Thrace ,
Couvrir ton bonnet de Houfard.
Garde ton goût pour les voyages ;
Tous les pays en font jaloux ,
Et le plus aimable des foux
Sera par tout chéri des fages .
*Sois plus amoureux que jamais ;
Peins en courant toutes les Bellos ;
1s
266 MERCURE
Et fois payé de tes portraits
Entre les bras de tes modeles..
Excepté un feul endroit que j'ai marqué
, de fon poifon voudrait amortir fa
faillie mauvaifes métaphores le temps
n'a poi de poifon , & un poifon n'amortit
poin ) , la piece d'ailleurs eft un morceau
achevé. Les Journalistes , complaifans ou
féduits , qui prodiguerent autrefois à Dorat
tant d'éloges que, le temps, & le bon goût
ont démentis,,, ne fe doutaient pas qu'une
feule piece de ce mérite valait cent fois.
mieux pour les connaiffeurs qu'un Volume:
entier de Poéfies généralement fort médiocres
, fouvent fort mauvaiſes , mêléesde
quelques pieces qui ne font qu'agréables
. Ces gens- là n'ont jamais fu qu'il
n'y a point de proportion entre l'excellent
& le médiocre ; & la raifon en eft fimple,
c'eft qu'ils ne fentent pas l'excellent .
Après cette Epître , une de celles qu'on
a le plus louées dans la nouveauté, a pour
titre , A un Ami revenant de l'armée : c'eft
la peinture d'un jeune Militaire revenant
au Château de fes peres , au fein d'une famille
dont il eft tendrement chéri , & cette
peinture a de la vérité & de l'intérêt ; mais
il me femble que l'Auteur y épuife trop.
les petits détails , dans un genre d'écrire
où il ne faut jamais qu'effleurer légérement
& rapidement il y en a d'heureux
& de bien choifis..
DE FRANCE. 167
En vain preffant ton palefroi ,
L'animant de ta voix guerriere ,
Veux - tu le pouffer devant toi ;
Il baiffe l'oeil & la criniere ,
Marche en gliffant fur les frimas ,
Et perce l'ombre à petits pas.
Ces derniers vers font parfaits : voilà ce
qui s'appelle peindre en poéfie ; mais j'aurais
voulu fupprimer ceux qui précedent:.
Ta voix en furfaut éveille
L'hôte , l'hôteffe & les valets.
» Eh ! mais , Monfieur , on n'y voit goutte ;
» Le coq n'a pas encor chanté.
N'importe , &c.
Ce dialogue eft froid & inutile ; il faut fer
garder de tout dire & de tout peindre.
C'eft-la (dans le château) que depuis ton abfence
On a compté tous les momens .
Vois-tu leurs bras s'ouvrir d'avance ?
Ils t'appellent , tu les entends.
Ton courfier bondit & s'élance ,.
Voit le but & reprend vigueur.
On fe range fur ton paffage ;
On te falue , on t'enviſage ;
›
IG
468
MERCURE
Chacun fe dit , c'eft Monfeigneur,
Toi , tu ne réponds à perfonne ;
Demain tu leur diras bon jour
On parle , tu fais , on s'étonne ;
Le pont - levis fous toi réfonne ;
Te voilà dans la grande cour.
Ce tableau eft très-bien ; voici qui me pa-
Taît de trop . Après avoir peint les tranfports
de joie de toute la famille , & avoir
fait parler le pere & la mere convenablele
Poëre conduit Valfort à fa cham-
و
bre, & il ajoute":
י כ כ
Mais ta feeur précipitamment
Saffit ton bras , elle le ferre
Gontre le fien » Ce pauvre frere !
Qu'un jour de l'autre eft différent- !
Que j'étais trifle d'ordinaire !
Et que je fuis - aife à préfent !
» Es-tu bien las ? te fuis- je chere ?…..
A propos ; tu ne m'écris guere ' ;
´´C'eſt mal , à moi qui t'aime - -tant c
Tout cela , fans doute , ne manque pas
de vérité ; mais c'eft tomber dans le babil
& l'enfantillage. Il ne faut pas 'détailler ce
que tout le monde fuppofe & devine de
refte ; il faut choifir & s'arrêter.
Je,préférerais l'Epître à Zéphirine : c'eft
DE FRANCE. 5,
à peu près ce même fond d'idées dont
"Chaulieu a donné le premier modele , c'eft
la légéreté & l'inconftance réduites en principes
, mais avec une mefure jufte & des
nuances délicates & gracieufes. Je crois
faire plaifir au Lecteur qui aime à s'inftruire
& à comparer , en mettant fous fes
yeux cette piece , quoiqu'un peu plus étendue
que la premiere ; il verra la différence
de ce ton à celui des Dorat , des Pezay
de tous nos Agréables , qui ont traité le
même fujet.
ÉPITRE A ZÉPHIRINE.
C
' Oui , mon départ “eſt arrêté';
Je vais vivre loin de tes charmes
Et n'en fuis pas fort attrifté :
Je crois bien que de ton côté
Tu n'en verferas point de larmes.
Moi j'ai mefuré ma douleur.
1
Sur celle de ma Zéphirine :
Hélas ! en ce commun malheur
Nous choifirons , je le devine ,
Le Plaifir pour confolateur .
1
Au vrai , que deviendraient les Belles ,
Si pour un rien broyant du noir ,
•Chaque Amant qui prend congé d'elles,,
Les réduisait au défeſpoir ?
Il en fut des douleurs martellos. ,
Mais autrefois , dans le vieux temps ;
173 MERCURE
3
*
Les Princeffes étaient fidelles ,
Et les fiéges duraient dix ans ::
Les femmes en ce fiecle ſage ,
Maîtrifant les événemens ,
Et mieux inftruites par l'ufage ,
Perdront , s'il le faut , vingt Amans
Mais ne perdront jamais courage.
D'après leurs fublimes leçons
Qu'elles nous ont appris à fuivre ,
S'eft formé l'art du favoir-vivre
Dans le beau fiecle où nous vivons..
Cet art profond & néceſſaire , `
Zéphirine ! c'eft à toi
Aux jolis tours que tu fais faire
A tes leçons que je le doi :
Tes maximes ont fu me plaire ,
Et ta' conduite a fait ma loi.
L'exemple eft fi puiffant fur moi !
J'étais ( j'en rougis quand j'y penfe )
J'étais un Berger du Lignon ,
Aimant jufqu'à l'extravagance ,.
Traitant la moindre liaiſon
Comme une affaire d'importance ;
Enfin ce qu'on appelle en France
Un homme à grander paffion ,
Sur mon compte apprêtant à rire ,
Bien ridicule & bien dupé ,
Souffrant chaque jour le martyre ,
DE FRANCE. 171
Et n'étant jamais détrompé.
Je te vis tu venais d'éclore
Pour le Monde , & pour les Amours ;
Plus fraîche qu'on ne peint l'Aurore ,
Belle & brillante fans atours ,
Tu me parus novice encore
Ne voulant pas l'être toujours
Soudain je défire & j'adore.
Taille de Nymphe , dix fept ans ,
Grands yeux bien noirs , un air de fête ,,
Propos fans fuite , mais charmans ,
Tout cela me tourne la tête ,
Et porte le feu dans mes féns.
Tu diftingues mon tendre hommage ;
Mes défirs , mes tranfports brûlans
Paffent dans ton fein ; tu te rends ;
L'Amour achevé fon ouvrage.
Ah ! Zéphirine , quels momens !
Quels effets fur moi devaient faire '
Ta piquante ingénuité ,
Cet abandon de volupté
Qui me femblait involontaire ,,
Et ta jeuneffe, & ta beauté ;
Des careffes toujours actives ,.
Ces foupirs de feu , ces élans ,,
Et ces fenfations fi vives
Que je croyais des fentimens !!!
J'étais enivré de ma flamme ;
MERCURÉ
Je m'en pénétrais 'à ' loffir';
Et la vanité dans mon ame
Se gliffait avec le plaifir .
<Mais l'ivreffe ne dura guère ;
Quand je croyais mieux te tenir,
Tu m'échappas ; je vis ' finir
Mon beau triomphe imaginaire.
Chaque jour des Amans nouveaux
Te trouvaient charmante & crédule
Hélas ! tu n'eus point de ferupule
De les rendre tous mes égaux ;
Et j'eus , comme autrefois Hercule
Des compagnons de mes travaux.
D'abord, en mon humeur altiere
Indigné de voir mes rivaux
Entrerainfi dans la carriere ;
: සා
Sentant mes forces & mes droits,
J'allais fur ton humeur volage ,
*
Crier , menacer , faire rage .;
Mais je raifonnai cette fois- :
Railonner , c'eft prefque être fage .
Modérons les tranfports fougueux
5
Que mon coeur jaloux fait paraître ,
» Me dis-je , & fi je fus heureux ,
N'empêchons perfonne de l'être .
รว
}
120 Ah ! n'enchaînons point la Beauté
Aimone & jouiffons par elle,,
DE FRANCE. 173
Mais refpectons fa liberté ;
Il faut qu'elle foit infidelle
Pour répandre la volupté.
Satisfaits de ce qu'elle donne ,
Recevons les bienfaits fi doux ,
» Comme le jour qui luit pour tous,
» Et qui n'appartient à perſonne « .
י כ כ
""
Depuis l'inftant qui m'a changé ,
De ma gothique fténésie ,
Grace à res foins , bien corrigé ,
Sans humeur & fans jaloufie ,
Jugeant de tout d'après tes loix ,
Je n'ai vu dans tes goûts rapides ,
Dans le caprice de tes choix ,
Que l'amour des plaifirs folides.
J'ai dit : Cette femme ira loin
Quelque jour en philofophie ,
Puifque fans avoir eu beſoin
» D'aucune étude réfléchie ,
» Sentant les erreurs de Platon ,
» Et voyant l'amour comme un Sage ,
» Par un pur inflinet de raiſon ,
» Elle eft de l'avis , à fon âge ,
» De Luerece & du grand Buffon c
Ah ! que Paris foit ton théâtre !
Là , ton fexe aimable , enchanteur
Frompé tour à tour & trompeur ,
Donnant des loix qu'on idolâtre
174
MERCURE
Charme l'efprit plus que le coeur.
Là , plus d'une Belle volage
En fait peut-être autant que toi
Sur l'amour & fur fon ufage ;
Mais je jurerais bien , ma foi , `
Que nulle n'en fait davantage .
Adieu donc , puifqu'il faut partir :
Je cours en toute diligence
Dans la Capitale de France
Achever de me convertir!
Toi , pendant ce temps ; facrifie
Plus d'une Hécatombe à l'Amour ;
Que fur ta douce fantaifie
Chacun ait des droits à fon tour .
Après cinq ou fix mois d'abſence ,
Je puis fans doute me flatter
Que tu voudras bien me traiter
Comme nouvelle connaiſſance.
C'est ainsi que la Poéfie peut jouer avec
l'amour qui n'est que galanterie , ce qui
eft encore un talent , quoique fort loin de
celui de traiter l'amour comme paffion :
tous les genres , bien maniés ont leur mérite.
Vous ne voyez rien ici de cette impertinence
que des fots prenaient pour le
bon ton , ni de cette groffièreté qu'ils appelaient
gaîté. Bonnard ne reffembla point à
Dorat , qui difait à une femme :
DE
472
FRANCE.
Tu n'es , je le dis fans façon ,
Pudique ni majestueuſe.
Attaque des tempéramens
Ruffes , Français , ou Germaniques.
Tu n'es pas pudique ! Que cela eft fin &
délicat ! Et fon digne émule , Pezay , qui
difait à une Glycere , dont il fe croyait
l'Alcibiade :
Sois toujours belle , & fur-tout bien coquine.
Voltaire avait dit :
Avec tant d'attraits précieux ,
Hélas ! qui n'eût été friponne ?
Remarquez que quand l'homme de goût a
mis friponne , l'homme fans goût croit enchérir
& faire merveille en mettant coquine;
c'eft la différence entre le danfeur qui voltige
fur la corde , & le paillaffe qui fait
la culbute fur les planches.
mais
Bonnard avait le défaut d'être un peu
louangeur. Il adreffe à ce même Dorat des
flagorneries poétiques , qu'on fait bien ne
devoir pas être prifes à la lettre
qu'on eft toujours fâché de voir adreffées
à un mauvais Ecrivain. Il ne manque pas
de le prendre par fon faible , la prétention
d'homme à bonnes fortunes.
MERCURE
*
Cher fripon , ne me cache rien :
Que fais-tu de tes deux Maîtreffes ?
Et le cher fripon lui répond :
Il s'eft enfui le temps des deux Maîtreffes.
Voilà du moins ce qu'on lit dans le Recueil
de Bonnard , aù l'on a inféré la réponſe
de Dorat ; mais on n'a pas oublié
qu'il y avait d'abord ::
Que fais-tu de tes cing Maîtreffes ?
Et les cinq Maitreffes fe retrouvaient auffi
dans la premiere édition de la réponſe de
Dorat. On fe permit den rire un peu
Que fit -il? Dans une édition fubféquente,
il fubftitua deux à cinq , & le Public de
rite encore plus de cette modefte fuppreffion.
Que fit encore l'Auteur dépité? Dans
une troifieme Edition , il remit bravement
les cinq Maitreffes , en dépit des envieux
& des rieurs. Il avait raïfon , il ne lui en
coutait pas plus pour les cinq que pour
les deux tout cela était l'affaire d'un trait
de plume. Où eft le temps où toutes ces
bagatelles faifaient la nouvelle du jour ,
T'entretien des foupers , & l'aliment de
l'efprit de parti , qui n'avait pas alors d'autre
reffource ? Si Dorat eût vécu jufqu'à
cejour , il ferait étrangement déforienté.
DE FRANCE. 1377
J'indiquerai encore comme une des plus
jolies pieces de ce Recueil l'Epître à Mme.
la Marquise de P... Un des mérites de cette
piece , comme de plufieurs autres du même
Auteur , c'est qu'on n'y retrouve pas ce
que l'on a vu par-tour. En général , Bonnard
ne donne pas dans les lieux communs
; c'eft un avantage qui devient tous
les jours plus rare. Je pourrais citer quelques
endroits marquans de cette piece ; mais
cet article eft déjà bien long pour le moment.
Il faut pourtant permettre cette diftraction
paffagere aux efprits occupés de
la chofe publique : il eft encore heureux
de pouvoir aujourd'hui mifcere jocis feria.
Nos Lecteurs ont dû voir que depuis longtemps
la Littérature de ce Journal a été
confacrée prefque toute entiere au patriotifme
, & fans doute ils ne nous en feront
pas un reproche ; cependant la Liberté ne
doit pas nous rendre tout-à- fait étrangers.
aux Mufes , & nous tâcherons de trouver
du temps pour tout .
( D …………… )
178 MERCURE
ÉLOGE de J. J. ROUSSEAU , mis au
Concours de 1790 , avec cette Epigraphe :
Sa fenfibilité l'a rendu malheureux..
Par M. DE L'OR THE. A Paris , chez
l'Auteur, rue Dauphine, Hôtel d'Orléans;
& chez Duplain , Lib. Cour du Commerce.
L'AUTEUR de cet Ouvrage déclare luimême
qu'il n'a point prétendu faire un
Eloge oratoire de J. J. Rouffeau ; c'eſt par
occafion , par une efpece de défi qu'il l'a
entrepris ; il fe borne à y paffer en revue
quelques opinions de ce Philofophe célebre
, quelques -unes de les qualités morales
& des actions de fa vie. Il fe plaît furtout
à citer fes affertions fur l'imperfection
& la vanité des Sciences humaines , & les
perfécutions qu'il éprouva de la part de
quelques Savans. M. de l'Orthe fe trouve,
fous ce dernier rapport , avoir des conformités
avec lui.
La Géométrie & la Théorie Muſicale
ont été les principaux objets de fes études.
Il a fait dans l'une & dans l'autre des
découvertes fur lefquelles il accufe- & les
Géometres & les Muficiens de n'avoir pas
voulu lui rendre juſtice.
DE FRANCE. 179:
Lorfqu'il a avancé , par exemple , que
le carré de la diagonale , nommée l'Hypoténufe
, était fufceptible de deux folu- .
tions différentes , ou que ce carré avait
deux furfaces qui ont différentes valeurs .
en quantités , il dit qu'on l'a traité de
fou , & même d'imbécille. Les Savans fe .
difpenfent quelquefois d'être polis ; mais
peut- être un examen des raifons propofées,
& une réfutation de celles qui ne leur paraiffent
pas admiffibles , vaudraient - ils
mieux que des injures. M. de l'Orthe expofe
ces raifons dans l'Avant- Propos de
fon Difcours ; c'eft aux Géometres à les
juger , & la matiere en vaut la peine ; car
cette folution peut influer fur les mefures,
fur la divifion des terreins , & fur d'autres .
objets importans.
On objecte à l'Auteur que fon fyftême
mene à la quadrature du cercle ; il répond
qu'il ne s'agit pas de favoir où il mene ,
mais ce qu'il vaut ; & en cela il nous pa-.
raît avoir raifon.
En Mufique , choqué des faux rapports
& des inconvéniens de notre tempéra-.
ment , il a imaginé un Forté - Piano avec
des cordes d'égale groffeur , également tendues
& raccourcies dans des proportions
convenables pour conferver juftes toutes les
notes de la gamme ; il fubftitue au tempérament
une note ajoutée ou doublée
& donne pour accorder cet inftrument un
•
>
180 MERCURE
moyen fimple que tout Amateur pourrait
mettre en pratique fans le fecours d'un
Accordeur.
M. Philidor , à qui il a fait part , de fa
découverte , l'a recommandé à MM. Piccinni
, Grétry & Gollec , par une lettre où
il fe dit convaincu de la vérité de fon prin- .
cipe. On a paru d'abord vouloir encourager
cette invention ; mais on s'eft enfuite ralenti
, & une Soufcription ouverte pour
l'exécution de l'inftrument projeté n'a pas
êté remplie.
L'Auteur n'a pas été plus heureux re-
Jativement à quelques Ouvrages fcientifiques
qu'il a fait imprimer précédemment,
Parmi ces Ouvrages , que nous ne connaiffons
pas , il en eft un qui a pour titre
cet axiomie dont la jufteffe nous paraît démontrée
: La fimplicité mene à lavérité, la
fubtilité conduit à l'erreur. C'est un excellent
principe que M. de St - Pierre a ingénieufement
développé dans fa Chaumiere Indienne.
M. de l'Orthe affure n'avoir pu même
obtenir qu'aucune de ces Productions fût
annoncée dans les Journaux. Nous avons
voulu lui prouver que nous ne partageons
pas l'injuftice & les préventions de nos
Confreres .
Nous ne citerons qu'an paffage de fon
Difcours. C'eft le feul où , en fondant fa
caufe avec celle de Jean Jacques , il ait
mis quelque chaleur & quelque mouve-
-
ment
DE FRANCE. 181
و د
و د
ود
""
و د
33
ment oratoire. Il peint les obftacles, qu'un
Aureur trouve dans fon chemin , lorfque les
premiers Ouvrages annoncent des découvertes
qui s'écartent de la route commune .
S'il a du courage & de l'énergie , il paffera
le refte de fa vie en difputes qui le
dégoûtent , & l'empêchent de faire des
» découvertes utiles . S'il tient tre à fes
» puiffans ennemis , on dira avec dédain :
Il ne fait que fe plaindre , il ne parle
» que de lui ; il finit par être jaloufé ca
" point qu'il femble qu'on eft fiché qu'il
" ait de bonnes raifons à donner. On a
dir tant de chofes contre les premieres
" opinions de Jean-Jacques , que dans la
fuite on l'a condamné par habitude ; &
l'on a fait tout ce qu'on a pu pour lui
» rendre la vie malheureufe. Il y a des
perfonnes qui difent : Mais il fe let
attiré. Demandez en quoi ? On répond
qu'il a combattu toutes les opinions des
autres ; fi vous entrez dans de plus grands
détails , que vous demandiez : Erait - il
» calomniateur ? On répond , non. Médi-
» fant ? Non. Intrigant , méchant , de
» mauvaife for ? Non, non, non. Qu'était-
" il donc ? Homme de mérite & de génie :
mais il n'était pas fociable . Pour qu'il
le devint, quel agrément lui a-t-on donné
dans la Société ? On l'a calomnié , critiqué
, tracaffé jufque dans fes, affaires
domeftiques , qui n'avaient de rappor .
NN.°.3311. 30 Juillet 1791.
.
K
29
39
33
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33
93
و د
و د
182 , MERCURE
99
39
qu'à lui. Quand on l'a eu mis au point
de ne favoir que devenir , on a été.
» étonné qu'il fût parvenu à fe fuffire à
» lui - même; & jaloux de ce qu'il fe rendait
heureux étant feul , on l'a même
inquiété jufque chez lui «<
و د
33
و د
VARIÉTÉS.
( G. )
AUX REDACTEURS DU MERCURE.
Paris , 12 Juillet 1791.
JE vous ai promis , Meffieurs , une defcription
de la fête de Voltaire : je ferai court fi je puis.
Je ferais loin de l'être fi je voulais tout dre ;
fur- tout fi je joignois à ce que j'ai vu , tout ce
que j'ai fenti , tout ce que m'a fait éprouver ce
fpectacle pompeux & fimple , philofophique &
populaire , vraiment antique , & bien fupérieur à
toutes nos futilités modernes , qu'on appelle des
cérémonics.
Voltaire , né à Paris , mort à Paris , après avoir ,
pendant plus de foixante années , éclairé , amuſé ,
illuftré Paris & la France , ne put recevoir dans
nos murs les chétifs honneurs d'un peu de terre. On
lui refufa ce qu'on accorde au dernier des miférables
; l'amitié , la reconnoiffance en larmes ,
durent , au milieu de leur douleur , imaginer
des expédiens & des rufes , pour fouftraire fes
reftes vénérables à la fureur facrilége du fanatifme
facerdotal ; pour le faire fortir furtivement
de cette ville où un deuil univerfel aurait dû
DE FRANCE. 1S3
honorer fes funérailles ; & fi l'un des neveux de
Voltaire n'avait été alors poffeffeur d'une Abbaye ,
nulle tombe n'aurait s'ouvrir au défenfeur des
Calas , au deſtructeur des fuperftitions , à l'apôtre
de l'humanité : on aurait vu traîné à la voirie ,
par la ace dévote , celui qui , bienfaisant toute
fa vie , avait dit avec l'élan du coeur : Paradis
aux bienfaifans !
Il fallait à la France libre une réparation écla
tante de cet outrage : il fallait que le fanatifne
expirant vit avec une rage impuiffante le triomphe
de fon plus mortel ennemi , & que des honneurs
fans cxemple fuffent décernés à ce génie
extraordinaire. Le bigotifme intolérant n'a pas manqué
de vomir le reste de fes poifons contre le projet
de ces honneurs qui devaient , prétendait-il , coûter
600,000 liv. & qui n'en ont pas coûté 20,000 . Il
eft à remarquer que rien de religieux n'y devait
être mêlé , que les dévots , par conféquent , n'y
avaient rien à dire , & qu'après avoir refufé à
Voltaire une pompe facrée , il était aufli trop abfurde
de trouver mauvais qu'on lui en décernât
une toute profane .
Vous favez qu'on ne quitta la Baftille qu'à deux
ou trois heures . La Baftille ! non ; mais la place
d'où elle menaçait jadis & Paris & la Liberté Françaife.
Cette place , rafe aujourd'hui , était artiftement
décorée. Sur un amas de ruines repréfentant
les débris de ce repaire da Defpotifme ,
entre des bofquets de lauriers & de fleurs , s'élevait
une maffe de pierres tarrées , fur laquelle avait
été dépofé le Sarcophage c'était un véritable
Elyfée qui remplaçaft l'ancien Enfer. On y lifait
cette infcription gravée fur la pierre :
Acette place où le Defpotifme t'enchaîna , Voltaire,
Reçois les hommages d'un Peuple libre.
K 2
184 MERCURE
C'eft de là que le cortège partir , vers les trois
heures après midi , & fuivit les boulevarts jufqu'a
l'Opéra. Le temple de Polymnie était cré
du Bufte de Voltaire entouré de feftons & de
giandes . Trois édaillons portaient les titres
de fes trois feuls Ouvrages lyriques , Samfon , le
Temple de la Gloire & Pandore : les Sujets de ce
beau fpectacle l'y attendaient . Iis chanterent un
Hymre à fa gloire , & lui poferent une couronne.
Il était environ 6 heures lorfqu'après avoir
parcouru tous les boulevarts , traverté la place
Louis XV , le Quai qui borde les Tuileries , &
pallé le Pont- Royal , le cortée arriva devant la
maifon de M. de Villette , maiſon illuftrée par
le dernier féjour & les derniers momens de Vol
taire. Son corps en fortit , il y a 13 ans , en
proferit & en fugitif; il y revenait en triomphateur.
Elle était décorée avec un goût parfait :
ni luxe , ni me (quinerie ; des draperies des feuillages
, des attributs , & cette infcription heureuſe :
Son efprit eft par- tout , & fon coeur eft ici .
Son coeur y repofe en effer , dépôt facré qui re
commande encore cette maifon à l'intérêt de tous
les amis de la Philofophie & des Arts .
Devant la façade était un dôme de verdure ,
a centre duquel était fufpendue une couronne.
Un amphithéâtre extérieur était couvert de femmacs
& de jeunes perfonnes vêtues de blanc , avec
func ceinture bleue , une guirlande de rofes fur la
tête , une couronne civique à la main. Mme. de
Villette , dans le même coftume, portant feulement
une guirlande de rofes blanches & une ceinture
blanche , en figne de deuil , était avec fa fille ,
vêtue comme elle , entre deux perfonnes dort le
nom reter tit aujourd'hui far nos Théâtres , & fuffirit
feul à l'éloge de Voltaire ; les deux Demoifelles
Calus.
DE FRANCE. 185
Lorfqu'on vit approcher le cortége , la terre
fut jonchée de verdure & de fleurs . Toute la
pompe défila dans le plus bel ordre , au milieu des
applaudiffemens & des cris de joie , jufqu'au moment
où la ftatue de Voltaire arriva devant l'amphithéatre
, fous le dôme & fous la couronne,
Alors tout s'arrêta. Madame de Villette defcendit
; elle s'approcha de la ſtatue , s'indina religieufement
devant fou pere adoptif, laila un
inftant repofer fa tête fur fon fein , & lui plaça
la couronne civique fur la tête , aux acclamations
d'un peuple inmenfe attendri par ce touchant
fpectacle. Sa fille , aimab'e & jolie enfant , lui fut
apportée : elle la fit approcher du Grand Homme;
& la vona , par cette efpece de confécration , à
la Raifon , à la Philofophie à la Liberté ( 1
•
La Mufique fe fit entendre : elle exprima d'abord
le deuil & les regrets ; mais bientôt la joie
& le triomphe. Un choeur nombreux de vox &
d'inftrumens exécuta des ftrophes d'une Ole de
M. Chénier à la louange de Voltaire , nifes en
mufique par M. Goffec ; & Mme . de Villette , avec
les Dames qui devaient accompagner la marche ,
s'étant jointe au refte du cortége , il continua
majeftucufement fa route , fur ce beau Quai qui
borde la Seine , & que le patriotifme ingénieux
à décoré du nom de VOLTAIRE. Un peuple innombrable
le rempliffait toutes les fenêtres ,
tous les balcons étaient garnis : la joie & l'attendriffement
étaient fur tous les vilages.
:
Mais je vous parle toujours du cortège , & je
he l'ai pas encore décrit. Un détachement de
Cavalerie nationale ouvrait la marche. Il é ait
( 1 ) Expreffions de la Chronique de Paris , que j'ai cru
devoir conferver.
K 3
186
MERCURE
fuivi des Sapeurs & des jeunes Eleves militaires.
On diftinguait enfuite parmi plufieurs députations
des Clubs , celle de la Société fraternelle des
Halles , avec cette devife , ennemie des excèss
populaires :
Grands Dieux ! exterminez, de la terre où nous
fommes,
Quiconque avec plaifir répand le fang des hom
mes
Er celle d'une autre Société , portant avec fierté
pour infcription cette maxime fondamentale de la
Conftitution Françaiſe :
Les mortels font egaux-; ce n'est point la naiffance ,
C'eft la feule vertu qui fait leur différence.
Elles étaient fuivies de tout le cortège de la Baf
tille , à peu près dans cet ordre :
1º . Un détachement de la Section des Plantes
une Compagnie de Maçons , & ceux de nes
Forts de la Halle qui fe font infcrits volontairement
pour matcher aux frontieres. Les braves
Citoyens du Fauxbourg Saint - Antoine , armés
de piques , entourant le drapeau déchiré qui̟ attefte
leur courage une femme portait au bout
d'une pique ces mnots.très- fignificatifs : La derniere
raifon du Peuple , réponſe péremptoire à
l'uhtima ratio Regum.
2º. Sur un premier brancard la Couronne murale
, digne prix de cette viêtoire fi rapide &
fi mémorable ; fur un fecond , le Procès - verbal
de l'Affemblée des Electeurs de 1789 , & l'ouvra
ge
eftimable de M. Duffaulx , de l'Infurrection Pa
rifienne für un troifieme , des pierres de la
Baftille , des boulets & des morceaux d'armures
trouvés dans fes débris.
DE FRANCE. 187
3. Enfin les vainqueurs de la Baftille , avec
feurs femmes , & parmi eux une Amazone, en uniforme
national , qui partagea pendant le fiége
leurs travaux & leurs dangers ; fur leur étendard
était l'empreinte de cette fortereffe , dont l'image.
en relief était portée par les Citoyens des Fauxbourgs.
L'un d'eux arborait pour enfeigne le
Bonnet de la Liberté. Cette image de la Baftille
eft l'un des 83 modeles donnés aux Départemens
par le Citoyen Palloy , qui marchait luimême
à la tête de tout ce cortége.
1
Enfuite paraiffait le bufte de Mirabeau en relief
, donné par le même Citoyen à la Commune
d'Argenteuil , &entouré de quatreMédaillons peints ,
celui de Mirabeau , ceux de Franklin , de Rouffeau
& de Défille. Ce groupe était fuivi de nos
braves freres d'armes de Varenne & de Nancy ,
d'un détachement des Suiffes , des Cent- Suiffes &
de la Gendarmerie nationale , d'une députation
nombreufe des amis de la Conftitution , des Elecreurs
de 1789 & de 1790 , & des Députés des Sections
de Paris .
Ceux des Théâtres venaient enfuite . On a remarqué
avec fcandale qu'il n'y en avait aucun
du Théâtre Italien : lorfque la Pompe avait paflé
devant ce Théâtre & s'y était arrêtée pour chanter
une ftrophe de l'Hymne , elle n'y avait trouvé
perfonne qui lui en fit les honneurs. Les Acteurs
des deux Comédies Françaife & Italienne étaient
raffemblés au Théâtre du Luxembou : g , pour rendre
à Voltaire un hommage plus commode. Ce
dernier Théâtre qui s'intitule de la Nation avait ,
dit-on , envoyé deux députés ; mais ils étaient
confondus dans la foule qu'ils auraient dû conduire.
La belle Statue de Voltaire , affife dans une
shaife curule , modelée fur celle de Houdon ,
K4
198 MERCURE
dorée couronnée de lauriers , était portée par
des hommes, habillés à l'antique , entourée de
jeunes Elovès de l'Académie de Peinture & de
Sculpture , habillés de même , portant des Etendards
& des Métaillons , fur leſquels on lifait
les titres des principaux Ouvrages de Voltaire.
Les Gens de Lettres , qu'on nomm : avec raifon
la famille de Voltaire , précédaient un coffre
doré , de la forme la plus noble & la plus
élégante , qui renfermait la caufe premiere de
certe fête & de tous ces honneurs , l'immortel
antidote de la fuperftition & du fanatifme , la
fource inépuifable de l'inftruction & de l'affranchiffement
des peuples , en un mot , la collection
des Ouvres de Voltaire . C'était le fuperbe exemplaire
de l'édition de Kell , fur papier vélin fatiné
, donné par M. Beaumarchais à la Bibliotheque
Nationale.
Un très -grand nombre de Muficiens vêtus à la
grecque , portant les uns de véritables inftrumens ,
les autres des inftrumens fi nulés imitant ceux des
Anciens faifaient entendre de momens en momens
des morceaux d'une mufique noble & touchante
. Ils étaient fuivis d'un double rang d'hommes
habillés de longues tuniques blanches , cou
ronnés de feuillages , à la maniere des Prêtres
anciens , & qui précédaient le Sarcophage , ou
plutôt le Char triomphal.
Ce Char était traîné par douze ſuperbes chevaux
blancs , attelés à l'antique , fur trois rangs de
quatre de front , conduits à la main par des
hommes vêtus à la grecque. Sa ferme impofante
& du goût le plus exquis , ainsi que tous
les acceffoires dont il était orné & environné ,
font un honneur infini à M. David & à M. Cé
léricr , dont l'un a donné les deffins , l'autre dirigé
les travaux & ordonné toute la fête ils
DE FRANCE. 18.,
ont tous deux attaché leur nom à la plus belle
folennité dont l'Hiftoire puiffe garder le fouvenir
, an prem er triomphe dont l'afpect ait pu
faire pa'piter d'aife un coeur ami de Î'humanité .
Un fentiment profond faififfait l'ame , quand on
fongeait que les reftes inanimés du grand Homme
étaient cachés fous les ornemens de ce Char . tels
qu'après treize années , ils ont été retrouvés à
Selliere , c'eft-à- dire prefque tout entiers .
On lifait fur le Char ces deux , inſcriptions :
Il vengea Calas , Sirven , la Barre & Montbailly.
Poëte , Philofophe , Hiflorien , il a fait prendre
un grand effor à l'efprit humain , & nous a
: préparés à devenir libres.
Madame de Villette , ayant à côté d'elle fa fille
portée fur les bras de fa Bonne , fuivait immédiatement
le Char. M. de la Harpe lui donnait le bras ,
& payait aux mancs de Voltaire fon tribut public
de reconnaiffance filiale. L'ail fuivait avec plaifir
une troupe de jeunes femmes qu'animait une joie
décente , & que le faccès de leur toilette athénienne
devrait dégoûter à jamais de nos modes
françaiſes .
Ce groupe intéreffant était faivi de la partie
du cortège la plus grave , compofée de Lég flateurs
& de Miniftres de la Loi ; le Procureur- ·
Syndic du Département , le Maire , le Commiffaire
à la Tranflation , la députation du Corps
légiflatif, le Département , la Municipalité , les
Diſtricts de Saint - Denis & de Bourg - la- Reine ,
les Tri unaux & Juges de paix.
Les Vétérans nationaux , fuivis d'un détachement
de Cavalerie , fermaient la marche. Une multitude
preffée fuivait fans défordre ; & ce Peuple , à
qui l'on avait prétendu qu'une pareille fête ferait
fort indifférente , en jouiffait avec autant d'avidité
que d'ordre & de décence .
Ks.
190
MERCURE .
Dans la rue de l'ancienne Comédie Françaiſe .
la façade du bâtiment qui tient aujourd'hui la
place de ce Théâtre , était décorée d'un grand
tableau repréfentant deux génies , au milieu defquels
était le bufte de Voltaire couronné de feuilles
de chêne, On y lifait cette infcription : Il fit
@dipe à 17 ans.
:
Il était nuit lorfqu'on arriva devant le Théâtre.
de la Nation. Les Comédiens Français avaient décoré
avec goût, la façade de leur falle. Les colonnes
étaient entourées de guirlandes un médaillon
fur chaque colonne offrait le titre d'une
Tragédie de Voltaire ; emblême de ce que leur
doit ce fpectacle qu'elles ont foutenu f longtemps
On lifait fous le périftile H fit Irene à.
83 ans cette infcription rapprochée de la premiere
, étendait fa carriere dramatique dans l'ef
pace de 66 ans. Toute la pompe s'arrêta , devant
ce lieu , qu'on pourrait appeler la Métropole de
l'Empire de Voltaire , puifque c'eft principalement
Far le Théâtre qu'il a régné , & que depuis fa
jeuneffe jufqu'à fes derniers ans , il l'a toujours
fait fervir à fes conquêtes philofophiques.
La Mufique y exécuta ce choeur de fon Opéra
de Samfon , dont les paroles femblent avoir été
faites le 14 Juillet 1789 .
Peuple , éveille - toi , romps tes fets :
Remonte à ta grandeur premiere ;
Comme un jour Dieu , du haut des airs ,
Rappellera les Morts à la lumiere
Du fein de la pouffiere ,
Et ranimera l'Univers :
Peuple , Eveille- toi , romps tes fers.
La Liberté t'appelle,
Peuple fier , tu maquis pour elle :
Peuple , éveille toi , romps tes fers ,.
· &c₂
DE FRANCE. 191
En ce moment , la pluie qui commençait depuis
quelque temps à devenir incommode , romba
abondamment , que la plus grande partie du
cortége fut obligé de chercher un afile fous le
Fériftile & dans le veftibule , où l'on exécuta de
nouveau , devant la ftatue de Voltaire , le choeur
de Samfon , qui fit encore plus d'effet que la
premiere fois ; tandis que dans le petit foyer ou
dans la falle d'affemblée , les Dames , autour d'un
grand feu , réparaient le défordre de leur toilette
& les ravages de la pluie .
Elles n'allerent pas plus loin ; le reſte ſe remit
en marche & fuivit courageufement fa- route jufqu'à
Sainte-Genevieve. Les fots & les fanatiques
fe font réjouis de ce contre-temps qui a obfcurci
la fin d'une fi éclatante journée ; les miférables !
ils n'ont pour fe confoler de tout ce qui con--
tribue au bonheur du peuple , que les petits accidens
qui le troublent !
Pour moi , je revins l'ame fi remplie de touchantes
& de nobles affections , que je ne fongeai
point du tout à leur trifte & honteufe joie.
Je me fuis feulement rappelé depuis, quelques figures
indifférentes ou dédaigneufes que j'avais ap--
perç es dans la foule. Je fais à qui appartiennent
ces figures , & à quoi tiennent cette indifférence &
ce dedain. Je fais auffi ce que je penfèrai toute
ma vie de quiconque aura vu la fête de Voltaire
la fête de la Liberté , de la Raifon , des Arts , de.
lá Philoſophie , & m'en parlera froidement.
GINGUENÉ.
24
N. B. Les Articles de M. Ginguené , adjoint
depuis le mois d'Octobre dernier à MM . les
Coopérateurs du Mercure, feront déformais fignés
d'un G.
K6
192 MER.CURE
.
A VIS.
ON a mis en vente , Lundi 18 Juillet , Hôtel
de Thou , rue des Poitevins , la 45e. Livraiſon
de ENCYCLOPÉDIE.
·
Cette Livraiſon eft compofée du Tome III ,
feconde & derniere Partie de la Théologie , par
feu M. Bergier , Docteur en Sorbonne , & Confeffeur
de Monfieur ; du Tome I , ire . Partie ,
de la Philofophie ancienne & moderne , par M.
Naigeon ; & du Dictionnaire Encyclopédique des
And ou de l'Encyclopédiana , Volume in -4 ° . de
120 feuilles , ou de 972 pages d'impreffion.
Le prix de cette Livraiſon eft de 22 liv .
Le Dictionnaire Encyclopédique des Ana contient
ce qu'on a pu recueillir de moins connu ,
ou de pus curieux parmi les faillies de l'efprit ,
les écarts brillans de l'imagination , les petits
faits de l'Hiftoire générale & particu iere , certains
ufages finguliers , les traits de moeurs & de
earacteres de la plupart des perfonnages illuftres ,
anciens & modernes ; les élans des ames fortes
& généreufes , les actes de vertus , les attentats
du vice , le délire des paffions , les penfées les
plus remarquables des Philofophes , les dictums
du Peuple , les réparties ingénieuſes , les Anecdotes
, Epigrammes & bons Mots ; enfin , les fingulari
és en quelque forte des Sciences , des Arts
& de la Littérature, que la gravité de l'Encyclopédie
ne permettait pas qu'on inférât dans chacun
des Dictionnaires particuliers qui la compofent «.
DE FRANCE. 193
L'Encyclopédiana eft un fupplément à l'Encyclopédie
méthodique , dont elle fait une partie -
affi néceflaire qu'agréable ; le mérite de cette
Collection unique en fon genre , confifte à
renfermer dans un feul Volume in-4° . de 972
pages , ce que tous les Ouvrages connus fous le
titre d'Ana , & ce qu'un très - grand nombre de
Volumes , de Recueils fugitifs , de Livres rares
& finguliers offrent de remarquable & de faillant
dans les différentes parties des Sciences , des Arts ,
de l'Hiftoire & de la Littérature .
Cet Encyclopédiana , que nous publions en
un feul Volume, pourrait nous fervir à répondre
à un repro che inal fondé que quelques Soufcripteurs
n'ont ceffé de nous faire. Ils ont cru
que notre intérêt particulier nous avait portés à
multiplier le nombre d.s Volumes de difcours de
l'Encyclopédie actuelle . Nous leur avons objecté
que cette augmentation de Volumes était le plus
grand malheur qui eût pu nous arriver dans cette
grande & laboricufe entreprife ; elle a eu lieu
néceffairement , fans aucune vue d'intérêt de la
part des Auteurs , & certes fans aucune de la
nôtre ; elle a été néceffitée par l'extrême imperfection
de la premiere Ency, lopédie , où il
manque des parties entieres des connaiflances
humaines , & où aucune n'a été traitée en entier
, puifqu'on ne pourrait tirer un feul Dictionnaire
fupportable de cette maffe in folio , & que
fon plus grand défaut eft que l'on n'y trouve
prefque jamais ce qu'on y cherche. Cette imperfection
, ce déficit nombreux d'articles , qui s'éleve
à plus de cent mille , comme nous l'avons
dit tant de fois , ne pouvait être connu ni de
nous ni des Auteurs , lorfque nous avons publié
le Profectus de l'Encyclopédie actuelle ; & la
194
MERCURE
maniere dont nous nous fommes exécutés à cet
égard , en allouant aux Soufcripteurs quarantehuit
Volumes à 6 liv . , au lieu de 3 à 4 qu'ils
pouvaient prétendre , en prenant le véritable efprit
du Profpectus , aurait dû nous mettre à l'abri
de tout reproche à cet égard ; & lá majorité des
Soufcripteurs ont fi bien fenti ce facrifice , qu'ils
y out applaudi. Ces Volumes à 6 liv. préfentent
une perte immenfe , fur , tout dans les circonf
tances actuelles , & nous n'avons pu la couvrir
en partie que par toutes les combinaifons que
nous avons faites. Mais , pour en revenir à cet
Encyclopédiana , nous dirons que le projet des
Editeurs était de faire quinze Volumes in-4°. Il
dévait y avoir un Encyclopédiana de la Médecine ,
de la Chirurgie , de l'Anatomie ; un autre de
l'Hiftoire ; un des Mathématiques , de la Phyfique
, &c: Nous leur repréféntâmes que s'ils voulaient
faire un bon & utile Ouvrage , il fallait
réduire tous ces Encyclopédiana en un feul Volume
, & ils ont adopté nos obfervations. II
y a tant de fatras dans ces Recueils nombreux ,
connus fous le nom d'Ana , que c'eft fans doute
rendre un nouveau Yervice aux- Soufcripteurs que
de ne leur préfenter que la fubftance.de ce qu'ils
renferment de plus curieux & de plus intéreſſant :
nous efpérons auffi que les Soufcripteurs nous
fauront gré des efforts que l'on fait tous les jours
pour compléter ce grand Ouvrage ; car une entrepriſe
de cette nature , fi l'on veut que l'exé--
cution réponde à fon titre , doit contenir l'univerfalité
des connaiffances humaines de tous les
âges , de tous les fiecles ; rien ne doit y être :
omis ; on doit y trouver en quelque genre, de
Sciences , d'Arts ou d'Induftrie que ce foit , tout
ce que les hommes ont conçu , créé , imaginé
depuis que l'Art d'écrire, & de penfer eft inventé..
DE FRANCE..
་ཉ་
M B. Tous les mots de cet Encyclopédiana
feront repris dans le Vocabulaire univerfel de
L'Encyclopédie méthodique. Ce, Volume , vendu
féparément , ne fera pas donné à moins de 15
liv.; les Soufcripteurs ne le payent que 11 liv...
& ils ne pourraient pas, fe procurer pour 100 écus
tous les Ouvrages qui ont fervi à fa compofition.
Nous les invitons à lire l'Avertiffement des
Editeurs , qui fe trouve à la tête de ce Volume.
Le Dictionnaire de la Philofophie ancienne &
moderne , que nous publions aujourd'hui , eft un
de ceux dont le Chancelier Bacon défirait ardem--
ment que quelque Savant enrichŵt la Littérature ;;
il en a même tracé le plan dans fon excellent :
Traité De augm. Scientiar , Livre III, Ch. 4 ,
page 995. Un long intervalle de temps s'eft:
écoulé entre ce projet de Bacon & l'Hiftoire
Philofophique de Stanley , qui n'eft elle - même
qu'une efquifle très-faible ; c'eft qu'en effet une
entreprise de cette nature paraît au deus des
forces d'un feul homme par la réunion de toutes
les connaiſſances qu'elle exige. M. Naigeon a cu
le courage de sen charger , & s'en eft conftamment
occupé depuis près de neuf années qu'il a
traite avec nous ; & fi le premier Volume de fon
Ouvrage n'a pas paru plus tôt , c'eft qu'il y a dans
ce Volume des articles , comme le mot Académi→
cien, qui feul a exigé plus d'une année de recherches
, de lectures & de méditations . L'impreffion -
de cet Ouvrage fe continue fans aucune interruption
, & nous nous fommes affurés que plus des
trois quarts du manuſcrit font faits en entier.
M. Diderot n'a fait qu'efquiffer cette Partie :
dans l'Encyclopédie in- folio . Quoiqu'il poffédât
les différentes fortes de mérite néceffaires à un
Hiftorien de la Philofophie , fon active & ar196
MERCURE
:
dete iragination , la defcription des Arts & Métiers
, dont il s'eft feul chargé dans cet Ouvrage ,
Partie qui feule fuffrait pour l'immortalifer, lé
loignait de cet efprit d'érudition & de critique ,
fans lequel cependant on ne peut faire une bonne
Hiftoire de la Philofophie ancienne & moderne
; lui - même regrettait de n'avoir pas donné à
ce travail une attention & des foins qui répondiffent
a l'importance de l'objet ; mais le pouvaitil
, dans la crife terrible ou fe trouvait alors
l'Encyclopédie , tourier té par les Libraires dont
la fortune était expofée , tourmenté fur- tout par
l'impatience peu réfléchie des Scufcripteurs toujours
preflés de jour , & à qui , en général , il
importe fi peu qu'up Ouvrage foit bien ou mal
fait , pourvu que les volumes dont il doit être
compofé , & qu'on leur a promis , fe fuccedent
rapidement ?
M. Diderot crut pouvoir fuivre Brucker , fans
craindre de s'égarer fur fes traces. Il fuppofa qu'un
Livre qui avait coûté 40 ans de lectures & de
recherches à fon Auteur , ne devait rien laiffer à défirer
fur la matiere qui en faiſait l'objet : en effet ,
fes extraits ne font fouvent que la traduction
de ceux de Brucker , dont il a même adopté
l'ordre , la méthode & les divifions ; il a feulement
eu l'art d'y répandre , avec autant de
goût que de fobriété , quelques- unes de ces vûes
ingénieufes & fines , de ces penſées nouvelles &
hardies , de ces réflexions profondes qui caractérifent
particuliérement ce Philofophe éloquent ,
l'un des Hommes les plus étonnans de ce fiecte ,
& auquel on n'a point affez rendu juftice .
M. Naigeon , pénétré de refpect pour la mémoire
de Diderot fon ami , a confervé religieufement
cette partie de fon travail ; & tout ce
DE FRANCE. 197
qui lui a paru néceffaire pour le compléter , eft
renfermé entre deux crochets .
A l'égard des articles d . Philofophie contenus
dans la premiere Encyclopédie , dont M. Diderot
n'eft pas l'Auteur , le nouvel Editeur en a
ufé comme de fon propre bien . Il les a refaits en
tout ou en partie , felon qu'ils lui ent paru exiger
des changemens plus ou moins confidérables.
Il en a fuppléé un grand nombre , fur - tout de la
Philofophie moderne , dont il a complété la nomenclature
autant qu'il a été poffible on jugera
de l'efprit qui l'a guié dans ce travail long , pénible
, faftidiux , qui exigeait la plus froide
patience , réunie au talent , à l'art d'écrire , à
une lecture immenfe , aux recherches les plus
favantes , à une critique éclairée , à une méditation
approfondie , par la lecture du difcours
préliminaire qui fe trouve à la tête de ce Volu .
me, & par plufieurs articles capitaux qu'il renferme.
La feconde Partie du Tome III , qui termine
le Dictionnaire de Théologie , contient , à la fin ,
une Table analytique pour diriger les Lecteurs
dans l'étude de cette Science. De pareilles Tables
terminent les Dictionnaires de l'Encyclopédie
qui font actuellement finis , & en forment
autant de Traités de Sciences . Par- là ils deviennent
les inftrumens les plus utiles de toutes les
connaiffances humaines , & on ne peut plus dire
qu'ils ne font bons qu'à confulter .
Le Mémoire relatif à l'Encyclopédie , que nous
avions annoncé en publiant la 44° . Livraiſon ,
paraîtra avec la 46e. Il eft composé de 11 articles.
1º . D'une Lettre de M.. Panckoucke à Mef-
Lieurs les Soufcripteurs , qui leur fait connaître
198 MERCURE
la fituation actuelle de cette grande entreptile,
les pertes qu'elle a éprouvées par l'effet de la
Révolution ; les efforts & les combinaifons de
toute efpece qu'il a faites pour la fauver du
naufrage qu'une fufpenfion rendait inévitable ,
la néceffité preffante où font les Soufcripteurs ,
pour leurs propres intérêts , de retirer les Livrai
fons dont ils font en retard , & les nouvelles à
mesure qu'elles paraiffent , &c .
2º. Sur les retards que l'Encyclopédie a éprou
vés de la part de plufieurs Auteurs , & für les
moyens qu'on a pris pour qu'ils n'aient plus lieu
à l'avenir.
3°. Sur les Planches d'Hiftoire Naturelle , par
MM . l'Abbé Bonnatere , Lamarck & Brugniere.
4°. Sur des Planches d'Antiquités , par M. de
Mohgès , de l'Académie des Inferiptions.
5 °. Sur un Atlas des 8 ; Départemens qui for
ment aujourd'hui la nouvelle divifion de la France ,
par M. Caffini , Directeur de l'Obfervatoire , & de
l'Académie Royale des Sciences.
N. B. Tous les Deffins en font actuellement
faits , & la publication de cet Atlas pourra avoir
lieu à la fin de 1792 , quand le travail de l'Alfemblée
Nationale fera entiérement complété à
cét égard.
6º. Dictionnaire de l'Affemblée Nationale , contenant
, 1. l'Hiftoire de la Révolution ; 2° . les
Débats de l'Affemblée Nationale ; 39. les Actes
de la Légiflation , ou la Collection des nouvelles
Loix , pour fervir de Supplément aux Dictionnaires
de Jurifprudence , des Finances , du Commerce
, de l'Economie politique & diplomatique ,
par une Société de Jurifconfultes, ( M. Peucher
Edireur. )
DE FRANCE 199
7. Sur une opinion qui commence à fe répandre
dans le Public , que la Révolution rend
Inutiles plufieurs Dictionnaires de l'Encyclopédie
méthodique.
8 °. Premier état des payemens faits par les
Soufcripteurs jufques & compris là 30e. Livraifon.
Ce tableau contient quatre colonnes ; la
premiere , l'ordre numérique des Livraifons ; la
feconde , le nombre des Volumes de Difcours
publiés à chaque Livraiſon ; la 3c. , le nombre
& la dénomination des Volumes de Planches ; la
4e., le prix de chaque Livraifon.
9. Deuxieme état des payemens faits par les
Soufcripteurs jufques & compris la 44c. Livra
fon. Cet état eft dreffé dans le même ordre que
celui ci-deffus..
N. B. On n'a pu joindre à ce dernier état la
4se. & la 46e, Livraifons , parce qu'il était imprimé
avant que ces Livraifons euffent .paru.
10° Tableau des Volumes de Difcours & de.
Planches qui doivent compofer l'Encyclopédie
méthodique. Ce Tableau , partagé en cinq colonnes
, contient , 1. le nombre des Dictionnaires ;
2º. les titres de chaque Dictionnaire ; 3 °. le
nombre de Volumes de chacun ; 4°. les Diction
naires & Volumes actuellement complets qui
peuvent être reliés ; s . le temps où ils feront
finis.
11º . Tableau du bénéfice réel que chaque
Soufcripteur aura fur fon Encyclopédie , & des
moyens de l'afurer.
200 MERCURE
枣
NOTICE S.
De la Culture du Tabac en France , laivi
du précis d'un Plan pour l'Etabliffement d'une
Caifle de prévoyance , deftinée à diminuer la
Mendicité par H. J. Janfen . Brochure de 29
pages . Se trouve à Paris , chez Defenne , Libr .
au Palais - Royal.
Les connaiffances que préfente l'Auteur ne
peuvent manquer d'intéreffer dans un moment
bu la culture du Tabac en France vient d'être
déclarée libre. Le projet d'une Caiffe de prévoyance
que propofe M. Janfen eft ingénieux ,
& fait pour plaire à tous les coeurs bienfaifans .
Il eft auffi l'Auteur d'un Projet pour conferver
fes Arts en France , en immortalifant les événemens
patriotiques & les Citoyens illuftrés ; Dif.
cours compoté pour la Société Nationale des
Neuf Soeurs , qui fe trouve dans les Recueils de
cette Société , & qui fe vend féparément chez
Defenne , L'br. au Palais-Royal . Le fuccès qu'il
a eu dans une Société auffi diftinguée , eft garant
de celui qu'il doit avoir auprès du Public."
Code politique de la France , ou Collection des
Décrets de l'Affemblée Nationale ; avec cette
épigraphe :
Je viens après millo 205 changer ces Loix groffirees.
Tomes VII & VIII , in- 16 large.
Cet Ouvrage devient néceffaire pour tous les
Citoyens , qui , plus que jamais obligés de conDE
FRANCE. 201
naître & d'étudier à fond les Loix de leur pays ,
ne peuvent fe difpenfer d'en pofféder la Collection.
Mémoire fur l'Inftruction & fur l'Education Nationale
, avec un Projet de décret & de réglement
conftitutionnel pour les jeunes gens réunis dans
les Ecoles publiques ; fuivi d'un Efai fur la maniere
de concilier la furveillance nationale , avec
les droits d'un pere fur fes enfans , dans l'éducation
des Méritiers préfomprifs de la Couronne ;
par L. Bourdon ( de la Crofniere ) , Avocat , l'an
des Electeurs de 1789. Se vend à Paris , chez
Cuffac , Imp-Lib. au Palais-Royal , num . 7 & 8.
Prix , 1 liv . 10 f.
Ces nouvelles Vues fur l'Education publique
doivent être accueillies avec empreftement dans
l'inftant où cet objet important eft fur le point
d'occuper l'Affemblée Nationale.
Atlas National de France , divifé en Départemens
, Diftrics & Cantons. Livraifon contenant
les Départemens de l'Orne , de la Loire
inférieure , d'Indre & Loire , du Pas - de -Calais ,
de la Seine inférieure , & de la Sarte , décrétés
par l'Affemblée Nationale en Janvier & Février
1790.
Se vend à Paris , au Bureau de l'Atlas National
de France , rue Serpente , No. 15 ; & au
Cabinet Bibliographique , rue de la Monnoie,,
N°. 5.
202
MERCURE
Lettres du Comte de Mirabeau à fes Commettans,
pendant la tenue de la premiere Légiflature . Un
Vol . in-8° . de plus de foo pages. Prix , 4 livres
10 f. A Paris , chez Lavillette , Lib. rue du Battoir
, No. 8.
On fait qu'à l'ouverture des Etats- Généraux ,
Mirabeau commença la fortune par un Journal ,
J'un des premiers que la Révolution ait fait
éclore , intitulé Lettres du Comte de Mirabeau à
fes Commettans. Un autre Journal leur faccéda
fous le titre de Courrier de Provence ; mais
jouant déjà un grand rôle , il ceffa de le compofer
lui-même , & ne fit plus que le diriger.
Ce font les 19 premieres Lettres qui furent réellement
fon ouvrage , & que l'on a jugé à propos
de recueillir. Elles feront , difent les Editeurs ,
le complément de toutes les Editions qu'on pourra
faire du Démofthene Français .
ze. Lettre à M. Cérutti fur les prétendus Prodiges
& faux Miracles , employés dans tous les
temps pour abufer & fubjuguer les Peuples ; avec
nombre d'exemples de ces pieufes fraudes , non
moins amufantes qu'intéreflantes ; par l'Auteur
eu Editeur des pieces intéreffantes & peu connues :
Non tam certandi cupidus ,
Quàm te imitari aveo.
Se vend à Paris , chez Debray , Lib. galeries de
bois , No. 235 , au Palais-Royal.
*
Ces Lettres du Neftor de la Littérature font
honneur à l'efprit de l'Auteur , qui , dans l'âge
de plus avancé , conferve toute la vigueur de la
railon.
DE FRANCE.
203
Systême de la Raifon , ou le Prophete Philofophe
; par M. Carra. Imprimé à Londres pour la
premiere fois en 1773 ; 3e. édition . Prix , liv.
4 f. br. & 1 1. 10 f. franc de port par la Pofte.
A Paris, chez Buiffon, Imp- Lib. rue Haute-feuille ,
N °. 20.
Cet Ouvrage , qui ne contient pas des Prédictions
faites après coup , mais qui avait été
publié long-temps avant la Révolution , ne doit
qu'à cet événement fon introduction en France :
une partie des exemplaires de la ire. édition a
été diftribuée gratis , par l'Auteur , en Allemagne ,
en Ruffie & en Turquie : » Il les a femés , dit-
" il , comme des germes qui pourraient produire
an jour l'arbre de la Liberté & la haine raifonnée
des Tyrans « . On connait le patriotifme
de M. Carra , & l'on jugera par cet Ouvrage
, fi , comme le dit l'Edi eur , M. Carra était
propre & préparé à la Révolution de 1789.
MUSIQUE.
Numéros 297 à 300 du Journal d'Ariettes
Italiennes , contenant un Air de Cimarofa , un
de Martini , un de Sarti , & un de Paisiello.
Prix , 2 liv. 8 f. chaque. Abonnement, 36 liv.
& 42 liv . A Paris , chez Bailleux , Marchand de
Mufique, que St-Honoré, près celle de la Lingerie.
6e. Cahier du Journal de Guitare , ou Choix
d'Airs nouveaux de tous les caracteres , avec
Préludes , Accompagnemens , Airs variés , & c.
pincé & doigté marqués pour l'inftruction . Prix
* MERCURE DE FRANCE.
dla Soufcription , 18 liv. pour Paris & les Départemens
, port franc. Chaque Cahier féparénn
, 2 liv. & les Etrennes , 7 liv. 4 f..
Prélude pour la Flûte traverfiere , avec huit
Variations fur les Folies d'Efpagne ; par M. Cambini.
Prix , 24 f. franc de port. A Paris , chez
M. Porro , rue Tiquetonne , Nº. 10 .
·
GRAVURES.
Collection de Portraits de MM . les Députés
Cife font le plus diftinguer à l'Affemblée Nationale
, deffinés d'après nature , & gravés à la
maniere Anglaife. Prix , 16 f. en couleur , & 8 f.
en noir A Paris , chez l'Auteur , rue des Cordeliers
, No. 19 ; & à Bordeaux , chez Jegan , Md .
d'Eftampes , rue du Chapeau-Rouge.
- Cette Collection fe continue toujours avec
fuccès. C'eft une des plus foignées , pour la ref
femblance & pour l'exécution , de routes celles
qui fe publient.-
TABLE:
157 Eloge.
ཀ༼ ༼ ER S.
La Vo turè pub ! que.
Charade, En. Log
Poeftes diverfes.
178
1.8 Variétés. 182
160 Avis 192
163 Notices. 200
MERCURE
HISTORIQUE
zingsh
ET
POLITIQUE.
RUSSIE.
n
De Petersbourg , le 30 Juin 1791 ,
L
ON regarde comme une conféquence du
fuccès des travaux pour la paix , que le
départ du Prince Potemkin pour Farmée , ait
été fufpendu. Cependant les négociations
ne font point terminées ; il paroît même
qu'elles ont repris une nouvelle activité ,
depuis furtout le 20 de ce mois que
M. Fawkner , envoyé de Londres ici , a
remis au Vice -Chancelier Comte d'Oflermann
, la copie de les lettres de créance , en
conféquence de quoi il eut le 28 fa première
audience . Ces préliminaires étoient
néceffaires au fuccès des negociations , &
leur retard annonçoit celui plus ou moins
éloigné des conclufions de la paix.
No. 31. 30 Juillet 1791. P
( 338 )
Au refte , fi les dernières négociations
ne font point encore très - connues , la
marche de celles qui ont eu lieu fe trouve
détaillée , avec authenticité , dans un mémoire
remis le 26 Mai par MM. Whiworth
, Miniftre Britannique , & le Comte
Goftz, Envoyé de Sa Majefté Pruffienne ,
à M. le Comte d'Oftermann.
On y dit que ces deux Cours , depuis
le conimencement des négociations, avoient
fait leur poffible pour maintenir la paix de
l'Europe ; qu'elles y étoient en quelque
forte parvenues par l'acceptation du ſtatus
quo entre l'Autriche & la Porte ; mais que
la Cour de Pétersbourg n'ayant point voulu
négocier fur le même fondement, & l'ouverture
de la campagne pouvant être également
funefte aux parties intéreffées , les
deux Cours de Londres & de Berlin ont
de nouveau cherché à concilier les différends
, en infiftant toujours fur l'admiffion
a ftatus quo , & en obfervant de plus à
celle de Pétersbourg , que la sûreté des
frontières Turques & le repos de l'Europe
demandoient qu'elle fe relâchât de fa demande
d'Oczakow & de fon territoire
entre le Bog & le Dniefter ; qu'à cette
condition , les Miniftres -médiateurs étoient
autorifés à entamer une négociation
conforme aux principes de juftice & d'équité.
Mais la Ruffie ayant tenu ferme dans
fa demande , la Cour de Copenhague.pro(
3395
pofa à Londres & à Pétersbourg une modification
du ftatus quo rigoureux , dont
le Miniftre Britannique vouloit maintenir
l'intégrité. La démarche du Danemarck
fut inutile d'abord , mais détermina un
changenient dans la marche du Cabinet Britannique.
Il nomma M. Fawkener pour
fuivre une nouvelle négociation , fondée fur
ne modification du ſtatus quo , d'abord
ftrictement exigé.
?
Par une note remife le 6 Juin aux Miniftres-
médiateurs , l'Impératrice répondit
que c'étoit autant pour la sûreté des Etats,
de l'Empire Ottoman que pour la fienne ,
propre qu'elle demandoit Oczakow jufqu'au
Dniefter ; que ce fleuve étoit une !
limite naturelle des deux Etats & qui
pouvoit également convenir aux deux Empires
, que c'étoit la moindre indemnité
qu'ellepût demander pour les dépenfes d'une
guerre longue & des pertes qui en font
réfultées; qu'en conféquence , elle déclare
aux Cours de Londres & de Berlin qu'elle
perfifte dans fes premières der andes , &
qu'elle profitera avec plaifir & reconnoiffance
de toutes les démarches amicales &
impartiales que ces Cours jugeront à
propos de faire pour avancer le falutaire.
ouvrage de la paix.
Le Prince de Naſſau eft parti de Cronſtadt avec
fa Aotille qui porte 25 mille hommes de débarquement.
It ſe rend d'abord en Livonie . Sa vé-
P 2
( 340 )
• fitable deftination cft un mystère qui inquiète
car.cet ormement ne peut menacer aucune Puilfance
de la Baltique , pifque les troupes Pruffiennes
font rentrées ou rentrent dans leurs premiers
cantonn.mens , & que plafieurs régimens
Rafles , envoyés ce Printemps en Livorie , l'ont
quittée le mois dernier , dès qu'on à eu la certitale
d : confervirala paix.
AI. LEMAGNE.
De Francfort-fur-le- Mein, le 16 Juillet.
:
Depuis que l'on ne doute plus de la
prochaine conclufion de la paix , on ne
s'occupe que des conditions auxquelles il
peut être probable qu'elle fera confentie
Far les Puiffances qui y font intéreflées.
Mais il ne paroît pas qu'on puiffe préjuger
rien de certain à cet égard ; on fait
feulement , d'une manière pofitive , que
FImpératrice de Rulie tient à la ceilion
d'Oczakow , & que la négociation avec les
Cours inediatrices a étéreprife fur cette bafe .
Quant aux conjectures fur la ceffion de
Thorn & He Dantzick , rien encore ne
paroît venir à leur foutien ; ce qu'on dit
du cantonnement des troupes Pruffes aux
environs de ces villes , peut tenir à d'autres
mefures , quoiqu'au fond il feroit poflible
que dans les nouvelles combinaifons la
Rullie obtenant Oczakow , la Pruffe voulût
, pour prix de fa conftance à fe refufer
aux follicitations de la Porte , quelqu'ac
( 341 )
quifition qui lui convînt. On ne voit point
au refte que la Pologne , occupée du foin
d'affermir fa nouvelle forme de Gouver
nement , pût apporter un obftacle infurmontable
à cet arrangement ; mais fur cet
objet rien de certain n'eft encore à la connoiffance
du public , malgré les plans
de traités faits ou à faire qui circulent dans
les Gazettes.
Ce qu'il y a cependant de probable au
milieu des évènemens actuels & des fuggeftions
fanatiques , par lefquelles on
cherche à foulever les peuples , & armer
la claffe des Lazaroni , de tous les états ,
contre les propriétaires , les Magiftrats &
les Princes ; ce qu'il y a de probable , c'eſt
que les grandes Puillances de curope formeront
entre elles des traités de garantie ;
qu'elles s'engageront à fe donner réciproitement
aide , fecours & confeil , pour
mettre les Peuples & les Rois à l'abri des
progrès de l'anarchie , du brigandage &
de la deftruction politique qui fe répandent
en Europe aujourd'hui , & menacent
les droits & les propriétés d'une ufurpation
fubverfive & tyrannique.
On ne doit point douter même qu'à
cette confédération de paix Européenne
ne viennent fe réunir les petits Etats , les
villes , les Républiques qui ne peuvent exifter
qu'avec la tranquillité , & que de longs
malheurs ont inftruit des dangers que
1
P 3
342 )
courent la liberté , l'ordre public à donner
tout à la force , fans égard pour les droits
politifs & les formes confacrées par l'ufage
& la profpérité des Peuples qui s'y font
foumis .
Quelque foit au refte la réalité de ce
projet , propofé il y a cent ans par
l'Abbé de S. Pierre , on ne peut douter
que fon exécution , fufceptible peut - être
de quelques difficultés politiques , n'offrit
bien plus encore d'avantages aux Peuples
qu'aux Rois , aux individus qu'aux Gouvernemens
, s'il eft vrai qu'il n'eft point de
liberté , de bonheur là où règnent l'infabilité
des propriétés , la crainte des infurrections
& le defpotifne du grand nombre
au mépris des droits de tous.
Le Cabinet de Pruffe vient de perdre un
des hommes publics qui ont montré en
Europe des talens diftingués dans l'Adminiftration
politique & extérieure d'un grand
Etat. C'eft M. le Comte de Hertzberg, ci -de.
vant Miniftre d'Etat & du Cabinet de S. M.
Pruienne ; il a demandé & obtenu fa
etraite du département des affaires étrangères
, dans lequel il avoit travaillé eu
qualité de Confeiller privé , depuis 1746
jufqu'en 1763 , & en celle de Miniſtre du
Cabinet depuis l'année 1765 , après avoir
été Négociateur dans la paix de Hubertzbourg
qu'il a conclu avantageufement
pour la Pruife . Il eft remplacé par M. de
Schulenbourg- Kehnert.
:
( 343 )
M. le Comte de Hertzberg cependant ne
devient point étranger au Miniftère ; le Roi
a voulu qu'il y reftat attaché avec les appointemens
de fa place , & qu'il confervât
fa commiffion de Curateur de l'Académie
des Sciences & Belles - Lettres , ainfi que la
direction de la culture de la Soie nationale
, dont les produits font aflez confidérables
pour que les Cultivateurs qui s'en
Occupent en aient recueilli près de fix mie
livres pefant , l'année dernière.
PAYS- BAS.
Da Bruxelles , ke x3 Juillet.
L'inauguration de l'Empereur s'eft fuccellivement
faite , dans les Capitales des
Etats qui compofent la Belgique , c'eft-adire
, ici d'abord en qualité de Duc de Los
thier , de Brabant &: de Limbourg ; à Gand
en qualité de Comte de Flandres ; à Mons ,
conime Comte de Hainault , &c.
L'inauguration , dans cette dernière ville ,
a eu lieu le 11. Le Duc de Saxe- Tefchen
y a repréfenté Empereur , & la Cérénione
s'eft faite avec la magnificence ordinaire.
A leur retour ici , nos Gouverneurs Gé--
Béraux ont reçu la vifite du Prince hérédi-..
taire de Naffau, fils du Stadthouder, vifite qui
a donné lieu à une foule de conjectures de
P 4
( 344 )
la part des politiques du jour , & qui ont
cru y voirde grands deffeins cachés , comme
fi une démarche d'honnêteté étoit une
chofe étrangère à la conduite des Princes
dont les Etats. font auffi voifins.
Après fes longs & utiles travaux , M. le
Comte de Mercy - Argenteau s'eft retiré
à Spa; on ignore encore s'il reviendra on
France ou s'il recevra quelque nouvelle
commiffion importante de la part de fon
Souverain .
A
C'eft M. le Comte de Metternich Winnembourg
, Grand'Croix de l'Ordre Royal
de St. Etienne , Confeiller d'Etat.intime de
l'Empereur , qui remplace M. le Comte de
Mercy en qualité de Miniftre Plénipotentiaire
de Sa Majefté Impériale & Royale
auprès des Gouverneurs Généraux des
Pays -Bas. Ileft arrivé, le to, avee fa famille
& une fuité nombreuſe.
es pratsumo
GRANDE-BRETAGNE
De Londres ; le 18 Juillet.
Malgré la certitude de la paix , la flotte
refte en armement , onaniéliore même
chaque jour les équipages , en fubftituant
dès Matelots de choix à ceux que le befoin
a forcé de prendre d'abord . Il n'eft point
aifé de deviner les intentions du Gouver
nement dans le développement & la con
( 345 )
fervation d'une force auffi confidérable ,
au moment où l'on croit voir que le motif
qui y avoit donné lieu ceffe , & qu'il
n'y a point de raifon connue à y ful: ftituer.
Les craintes qu'on avoit conçues fur les
mouvemens que pourroit produire l'anniverfaire
de la révolution Françoiſe n'étoient
point fans fondement. Il étoit aifé
de prévoir que la ' commémoration d'un
évènement où toutes les autorités , ont difparu
devant la force du peuple , devoit
naturellement porter la multitude à des
actes qu'on ne pourroit réprimer enfuite
que par l'effution du fang , ce
qui eft par - tout uunn grand malheur.
C'eft -là où conduifent toujours ces réunions
d'enthoufiaftes qui forcent la marche
du Gouvernement , produifent une
chaleur éxagérée dans la Société & firif
fent par caufer le malher des familles , dont
cépendant elles difent n'en vouloir défendre
que les droits.
A Londres , à Norwich , dans quelques
autres endroits , la Fête du
14
. a été
affez trar quille. On avoit eu foin , dans la
pretière de ces Villes , de tenir fous les
armes les milices de la cité. On craignoit
que le peuple & les petits boutiquiers
he refpectaflent pas la tranquillité publique
& vonluffent intervenir comme
partie contraire dans cette efièce d'honimage
rendu à une revoir oppofee
P5
( 346 )
à celle qui fait , depuis tant d'années
le bonheur de l'Angleterre. Mais ce qui
n'eft point arrivé à Londres , où les révolutionnaires
ont , à loifir , porté les ſantés
qu'ils ont voulu , a caufé de grands malheurs
à Birmingham , ville du Comté de
Warvick , qui fait un grand commerce
de fer. Le peuple s'y eft porté à des excès
terribles. D'abord la maifon où l'on célébroit
la Fête de la révolution a été infultée
, les volets brifés ; les convives ont
été obligés de fe fauver ; l'attroupement
s'eft enfuite porté à la maifon du Docteur
Prieftley , qui a fuccé lé au Docteur Price
dans les exagérations d'une fauffe liberté
& les déclamations contre la Conftitution
Angloife. Son laboratoire , fes meubles
ont été pillés & détruits ; la multitude
étant devenue confidérable ,
s'eft portée dans plufieurs endroits de
la Ville & des environs où plus de dix`
maifons ont été démolies , pillées , incendiées.
Ces actes de férocité commis , les
attroupés exigèrent des contributions & con
tinuèrent leurs defordres depuis le jeudi 14,
jufqu'au dimanche au foir 17. Pendant cet
intervalle la conſternation a été à ſon comble,
les chemins, les places publiques étoient
remplis d'effets brûlés , pillés , & préfentoient
le fpectacle de la deftruction . Birmingham
falt une perte de plus de deux
cents mulle livres sterlings. ]
elle
Cette émeute , comparable à celle de
1780 , s'eft paffée avec une forte de trasquillité
parmi les attroupés. Ils n'ont tué
perfonne ; leur haine étoit froide , elle s'eft
portée contre les propriétés de ceux qui ,
par leurs rêveries , leur doctrine erronée
le font fait paffer , dans l'efprit du peuple ,
pour des novateurs dangereux. Au milieu
des ruines & de l'incendie , ils crioient :
Vive le Roi , vive la Conftitution Angloife ,
point de Cromwell, point de faux Droits de
'Homme. Il n'y a eu ni lanterne , ni coupetête
; la populace Angloife a cela de par
ticulier , que même dans fes excès elle refpecte
la vie des hommes & les droits de
Khumanité. Le Dimanche au foir , un détachement
de troupes étoit arrivé ; on affuroit
que les féditieux avoient fait réſiſtence,
& qu'il y avoit à craindre qu'il n'y ait eu du
fang de verfé : on attendoit de plus grandes
forces , & la ville étoit dans de vives alarmes.
(
On craint qu'à Dublin de pareils
malheurs ne foient arrivés. Cette ville .
depuis long - temps , eft tourmentée par
des efprits brûlés , qui n'aiment que le
trouble , l'agitation & croient fervir la
liberté en plongeant leur Patrie dans la
ruine & l'anarchie. Les dernières nouvelles
annonçoient qu'il y avoit du mouvement ,
mais il faut attendre pour pouvoir en obtenir
la certitude.
P 6
( 348 )
FRANCE.
i:
De Paris , le 20 Juillet..
J
ASSEMBLÉE NATIONALE.
*
Du Dimanche , 17 juillet..
.ر
Le préfi lett a annoncé qu'on affuroit que
deux citoyens vero est d'être tués au champ de la
fédération , pour avoir exhorté une mukitude
amoutée à fe conformer às la loi , a refpecter le
décret du a's . Plusieurs voix fe font écriéds : cela
' eft pas vrai , M. Régnault de Saint-Jean- d'Angaly
a demandé que l'on prit des metres lévères
pour réprimer de pareils attentes , & s'informer
de la vérité des faits , afin de proclamer , s'il le
failoit , la foi martiale : Cette propofition a été
adoptéetiti
201
Uneferald M. Bailly a attefté que ce n'étoit
pas un officier municipal , comme M. Emmery
l'avoit avancé dans l'Affembles , mais un com
millaire de police , qui fe permit de faire fermer
le théâtre de la rue Faydeau , le vendredis .
L'un des accufateurs publics s'eft excufe de
n'avoit pu fe rendre aux ordres de l'Affemblée ,
fur ce qu'il avoit été obligé d'aller prendre connoiffance
de la mort d'un foldat , & des bleffures
de deux autres , qui tous les trois , Turcides de
fait ou d'intention , avoient voulu fe tuer ent
le mettant leurs piftolets dans la bouche
On a renvoyé au comité de jurifprudence criminelle
, pour qu'il rapporte, féance, tenante ,
un projet de loi
préfenté
par M. Régnault de
( 3491)
Saint-Jean-d'Angely , contre toute perfonne qui ,
dans un écrit , quelle qu'en foit la forme , aura
manifefté le deflein d'empêcher l'exécution de la
loi & porter le peuple à réfifter aux autorités conftituées.
Il fera fourni par le tréfor national une fomme
de 3,000,000 liv . au département des Ponts &
Chauffées . MM , Ro feu , maître en pharmacie. ,
& Gerig , foldat-citoyen , ont fait un don patriótique
, l'un de 100 jiv . , l'autre de 300 liv. Four
les gardes nationales employés aux frontières .
Sur la propofition de M. Fermont , l'Afem
blée a décrété 31 articles relatifs à la maine , à
l'administration civile des ports , à la direction
des travaux.
"7
3
1
1
Les commiffaires envoyés dans les départe ,
mens, des Vofges & du Rhin , ont rendu compte
de leur miflion , par une lettre de Strasbourg , du
14 juillet . Nulle part , mandent- ils , autant d'of
ficicis n'ont juré qu'à Strasbourg . Ceux qui fe
font refufés au ferment , en plus grand nombre ,
dans les garnisons du fort Saint - Louis , de Hague ,
nau , &c. , ont rejoint les émigrans . En général ,
les foldats ont paru dans d'excelle tes difpofitions ,
fur- tout le régiment de Beauvoifis , à Wiffembourg
, qui depuis la défertion de fes chefs ,
atenu une conduite plus régulière encore qu'auparavant
, Parmi le peuple , les uns tiennent invinciblement
à la conftitution , les autres témoignent
Bourelle jufqu'à de la haine dans la crainte que la
religion de leurs peces ne fait, perdue. Une troifeme
claffe Botte incertaine ; ce n'eſt pas , dit - on ,
qu'elle ne préfère au fond le nouveau régime , à
l'ancien ; mais on ne ceffe de lui répéter que l'exil ,
la honte & la mort attendent tous ceux qui auront
travaillé à fon affermiffement. Dans beaucoup,
(( 350 )
de villages , la réélection n'a pas eu lien ; les
alfemblées primaires étoient réduites à quelques
individus , les autres ayant refufé le ferment.
Les nouveaux curés font honis , chaſſés ; on lâche
après eux des chiens de baſſe - cour , on les menace
de les jetter dans la rivière . Tous les foirs , depuis
Je retour du Roi , on chante un Miferere. La lettre
affirme qu'on a fait un cantique dont l'objet eft
d'exciter le peuple à tirer fur les prêtres conftitutionnels.
A ces mots , M. d'André s'eft écrié qu'on
fait dans ce pays- là comme ici ; exclamation d'autant
plus étrange qu'il eft d'une notoriété publique ,
incontestable, que les prêtres non-jureurs font les
feuls perfécutés à Paris comme en d'autres lieux.
Il résulte de l'expofé des conmiſſaires qu'il
exifte deux partis dans le département du Bas-
Rhin , l'un pour la révolution , l'autre s'y oppofant
avec l'énergie des anciennes coutumes ; que
la plus grande partie des villes , & notamment
Strasbourg montrent beaucoup d'amour pour la
révolution , que quelques villages offrent les mêmes
difpofitions , mais que la plupart des autres , &
prefque toute la campagne font du dernier parti .
On s'attend bien à voir imputer ces diffidences
aux princes fugitifs , aux prêtres qu'on nomme
toujours réfractaires , même à la tribuné , malgré
le décret qui déclare que , libres d'opter entre le
ferment & leur place , entre leur confcience &
Fargent , ceux qui refuferont le ferment ne feront
pas réfractaires. Les religieux , a dit gaiement
M. de Broglie , préfentent aux femines le diable
fous routes les formes ( on a ri ) ; & leurs per
fuadent que l'on ne baptife plus qu'au nom du
Père , du Fils & de la Nation….. “
: Dans ces circonftances , l'Affemblée des corps
adminiftratifs & le confeil- général de la commune¹
( 351 )
de Strasbourg , ont pris un arrêté portant en fubftance,
que les eccléfiaftiques non-affe: mentés feront
obligés de fe réunir tous à Strasbourg, dans huitaine,
ou qu'on les y tranférera ; qu'ils n'es pourront fortir
fans un paffe-port ; que l'évêque conftitutionnel
remplacera les fonctionnaires par des prêtres affermentés
. M. Lavie trouvoit que la diftance de
15 lieues ne fuffiroit pas, & propofoit bonnement
de tranfpotter les religieux dans la Mofelle....
dans le département de la Mofelle , a - t- il repris ,
& cette gentilleſſe a beaucoup fait rire . Quelqu'un
a defiré que ces mesures violentes s'étendiffent fur
tous les départemens , & que l'on tranſportât
les moines au nom du Père , du Fils & de la Loi,
plaifanterie pour le moins déplacée & de mauvais
goût.
M. Malouet a objecté qu'il falloit conftater
les délits avant de punir ; qu'on ne pouvoit fe
permettre , fans defpotifme , fans tyrannie , un
acte de profcription contre une claffe entière de
citoyens non-jugés …….On lui a crié : ce ne font pas
des citoyens , comme fijuftice & humanité n'étoient
pas dues à tous les hommes . « J'ai l'honneur
de vous obferver , a repris M. Malouet , qu'en
propofant des mefures générales , on vous propofe
la violation la plus manifefte ( ah ! ah !
nous y voilà , ont dit quelques voix ! ) ... la viola
tion la plus manifefte de tous les principes confervateurs
de la liberté . Si les démarches criminelles
de certains eccléfiaftiques font prouvées , nul doute
qu'ils ne doivent êtrepunis, mais individuellement.
Autrement vous contrevenez à toutes les loix ,
vous établiffez an fyftême de profcription ... S'il
ya dans le royaume 20 ou 30 mille eccléfiaftiques
non -affermentés... Les départemens qui
ne fe croiront pas autorifés à prendre les mêmes
( 352 )
méfures , feront prévenus par les fanatiques qui
pcurfuivront , avec baibarie , ces prêtres nonaffermentés
, & vous verrez des fcènes révoltantes
dans tout le royaume . J'ofe vous fupplier
de rejetter la demande de vos commiſſaires ( murmures
)... Nous fommes dans une pofition que
vous avez jugée vous- mêmes exiger des mesures
calmes qui puiffent appaifer la fermentation du
peuple . On vous dit qu'elle eft excitée en Alfate
par des eccléfiaftiques ... Qu'on leur falle le procès ;
mais une affemblée légiflative nepeut, dans aucun
cas , pour quelque railon que ce foit , s'écarter
des principes , proferire une claffe d'individus ,
des eccléfiaftiques qui , d'après vos décrets , ont
da compter au moins fur la liberté de continuer à
vivre dans leurs maifons conventuelles .
L'orateur , à qui M. Legrand a reproch? de faire
perdre le temps à l'Allemblée , a infifté fur l'utilité
de la douceur & de la juice pour attirer à la
conftitution les honnêtes gens qui ont en horreur
les violences populires .; far le danger de
hyrer des hommes paifibles à la perfécution de
ces êtres , fécoces qui croient fervir la conftitution
par leur férocité ; fur la néceffité de procé
dures légales pour ne pas outrager les loix , s
droirs..de l'homme Le préopinant a retiré fon
amendement , dont le but étoit d'étendre à tout
le royaume les melures indiquées . M. Rewbell
avoit oblervé que les procédures coûteraient
plus que les prêtres réfractaires ne valent. Voici
le décret que l'on a rendu fur ces débats .:
ce 1 ° . Le comité eccléfiaftique propofera aux
religieux qui auront préféré la vie commune ,
des maifons dans l'intérieur du royaume , dans
lefquelles ils feront tenus de fe retirer définitivement.
j.po
( 353 )
2. Ceux des religieux qui auront préféré
la vie particulière , feront tenus de quitter le
coftume de leur ci - devant ordre , & de fe retiter ,
dans l'intérieur du royaume , à la diftance detrente
lieues des frontières ;
Ils feront tenus de déclarer avant leur
départ , à la municipalité du lieu dans laquelle ils
font actuellement téfidcns , le lieu dans lequel ils
entendent fe retirer , & de faire , à leur arrivée
audit lieu , leur déclaration à la municipalité , »
1 Du lundi 18 juilletí
哪
M. de Sillery a militaireinent propoſé de faire
battre la générale pour appeller les légiflateurs à
leur pofte. M. Lavigne a féricufement demandé
fi la générale que l'on bat lortque le feu eft
quelque part , devoit être le fignal de la réunion
des repréfentans du peuple. Il n'a pas para a
M. Delamerville qu'il fut convenable d'aftreindre
le corps législatif à une li militaire . L'Allemblée
a charge fon comité de conftitution d'ima
giner un mode ou figne deraflemblement pour
les députés dans les circenftances extraordi
naires.
Sur l'obfervation que le comité des recherches
étoit peu nombreux , plufieurs de fes membres
s'étant retirés , M. d'André a propofé &
obtenu que celui des rapports y fera réuni , &
qu'ils n'en formeront plus qu'un fous le nom
de coinité des rapports .
M. de Cernon a fait adopter les deux décrets
fuivans act
Art. 1. Le département de Paris défignera une
caiffe , dans laquelle toute perfonne fera admife
à échanger des affignats des liv . contre de la
menue monnoie , fans cependant qu'il puiffe être
:
( 354 )
échangé par jour plus d'un billet à la même
perfonne. »>
« 11. Les chefs d'ateliers , de manufactures
pourront le préfenter au bureau de M. de la
Marche , vieille rue du Temple , munis de leur
patente & d'un certificat de leur fection , pour y
recevoir un mandat , lequel pourra être d'une
fomme au-deffus de 5 livres , mais jamais audeffus
de 100 liv.: munis de ce mandat , ils
feront admis à l'échange au bureau indiqué en
l'article premier.»>
с«с III. Le directeur de la monnoie verſera à
la caifle indiquée par le département , la fomme
de 200,000 liv , en menue monnoie de cuivre &
billon pour fervir aux échanges de la femaine . »
« IV. Le directeur de la monnoie échangera
au tréforier de l'extraordinaire , la fomme de
3000 liv . en menue monnoie pour fervir aux
appoints des paiemens. »
Co La caiffe de l'extraordinaire verfera à la
éforerie la fomme de 5,632,948 liv. , en rem
placement de pareille fomme par elle acquittée
dans le mois de mai dernier pour dépenſes particulières
à l'année 1791. »
Le concours pour la préfidence n'a été que
de 253 voix , fur 1029 membres préfens; & per
fonne n'a eu la majorité abfolue , qui n'étoit
cependant que de 127 fuffrages , c'est - à -dire
moins de huitième de l'Affemblée nationale.
Une lettre des amis de la conftitution de
Rouen affure que « l'immenfe majorité qui a
confacré les décrets rendus fur les fuites de
l'évasion du Roi , ne le fera pas moins dans
toute l'étendue de l'Empire » ; & en applaudiffant
à la prudence des légiflateurs , ils jurent de
vivre & mourir efclaves des loix.
}
( 355 )
Une adreffe faite , a- t-on dit , à Bayonne , &
fuivie de dix pages de fignatures , après des reproches
au Roi d'avoir « abandonné furtivement
les fonctions auguftes qui lui étoient confiées » ,
protefte que cet attentat horrible n'a pas abattu
une nation unie par le lien indiffoluble de la
fraternité ; & les fignataires jurent de mourir
libres. Le début de cette adreffe , qu'on pourroit
prefque appeller déjà du vieux ftyle , a d'abord
excité des murmures ; mais la fin a été couverte
d'applaudiffemens .
M. Amelot a donné l'état de la contribution
patriotique du premier juillet , contribution qu'il
faut bien fe garder de confondre avec les dons
civiques . Cet état porte 28,273 rôles , produi
fant 120,397,562 liv. Il a été perçu ,
tant par
les anciens receveurs- généraux que par les receveurs
de diftricts , 44,236,574 liv . Il refte encore
14,094 de ces rôles à vérifier. Quelques
départemens n'ont fourni aucun bordereau ; les
directoires dirigent tous leurs efforts à l'accélé
ration des rôles ; mais les municipalités tardent
à fe mettre en règle.
La municipalité de Paris & M. de la Fayette
ayant été introduits ; M. Bailly a fait un dif-
Cours où il a peint la profonde douleur dont
l'avoient pénétré les évènemens des jours précé
dens , motivé la rigueur par l'indifpenfable néceffité
; enfuite il a lu le procès - verbal , dont
nous allons donner un extrait abrégé & fidèle :
Du 17 juillet 1791. Il paroiffoit conftant
qu'il devoit le former aujourd'hui de grands raf
femblemens fur le terrein de la Baftille , pour fẹ
porter enfuite au champ de la Fédération ; cependant
il y avoit lieu de croire qu'au moyen
des précautions prifes , la tranquillité ne feroit
( 356 )
point troublée . Arrêté municipal qui attribué ces
projets connus de fubverfion à des factieux &
à des étrangers payés , & qui défend les attroupemens.
Un adminiftrateur annonce à 11 heures
que deux particuliers viennent d'être attaqués
dans le quartier du Gros - Caillou , & qu'au
moment même leurs rêtes font au bout de deux
piques . Nouvel arrêté , & commiffaires expédiés
au Gros- Caillou , avec un bataillon de la garde
nationale qui y eft infultée. Déjà le comman
dant-général avoit fait conduire à l'hôtel - de- ville
quatre particuliers , arrêtés an champ de la Fédération
& aux envirous , pour avoir lancé des
piertes contre la garde nationale . Nouvel arrêté ;
la générale fera battue , le canon d'alarme, tiré ,
le drapeau rouge déployé , la loi martiale proclamée;
ce qui fut exécuté à 5 heures & demie.
Les commilaires envoyés au Gros - Caillou alfnoncent
'qu'un des meurtriers pris , s'eft échappé;
qu'un homme avoit effayé de tirer un coup de
fil , à bout portant , fur M. de la Fayette ; que
le comp aveit manqués que l'homme ayant été
conduit au comité , M. de la Fayette l'avoit fait
mettre en liberté que le champ de la Fédération
étoit couvert d'un grand nombre de pers
fonnes des deux fexes , qui fe difpofsient à figner
fur l'autel une pétition contre le décret du 15.
Le corps municip eft parti précédé d'un détachement
d'infanterie , de trois pièces de canon
& du drapeau ronge ; fuivi de plufieurs corps
de cavalerie , d'infanterie , & de deux pièces de
canons à fept heures du foir il arrive au champ
de la Fédération . Du haut des glacis on crie :
à bas le drapeau rouge , à bas les bayonnettes
les pierres volent , & un coup de pistolet eft
dirigé fur la tête de la municipalité . La garde
( 357 )
nationale fait feu en l'air ; le corps municipal
employoit tous les efforts pour faire ceffer le
feu. D'autres pierres , d'autres coups de fufils &
de piftolets rendent les fommations impofiibles ;
La garde a fait alors le plus grand feu . On
évalue le nombre des morts à dix ou douze , &
celui des bleflés à autant . Plufieurs foldats - citoyens
ont été bleffés ; deux chafleurs & un canonier
volontaires ont été aílaflinés ; on a conduits
à 6 perfonnes à l'hôtel de la Force .
Le préfient a fortement approuvé , au nom
de l'Affemblée , la conduite des municipaux , de
la garde nationale & des citoje s qui les out
fecondés. M. Barnave a demandé l'infertion de
cos juftes éloges dans le procès- verbal , en ajoutant
qu'il étoit temps ce que ceux qui ont été le
tourment perpétuel de leui patrie , en deviennent
Léternel mépris , que ces hommes qui ort profité
du momenti u la force publique étoit énervée,
pour exercer des vengeances individuelles , foient
réprimés avec énergie & pourfuivis par les tribunaux
» . M. Régnault de S. Jean - d'Angély a con-
Aiéré l'action de M. de lu Fayette comme pouvant
devenir très - dangercule . Après avoir modeftement
afluré qu'il s'honoreroit d'un pareil trait ,
M. Treilhard a demandé que le particulier relaché
, fùt décrété & arrêté ; & l'arrestation a
été décrétée.
Un des trois articles propofés par M. Régrault,
'concernant les écrits féditieux , a fait trembler
M. Péthion pour la liberté de la preffe . En
repouffant la calomnie dont il fe piétend affailli ,
en défiant tous les citoyens d'articuler le moindre
fait contre lui , en s'élevant contre ceux qui
provoquent les meurtres & le pillage , M. Péthion
a defité que la manière d'y exciter füt plus pré(
358 )
cifément caractérisée pour éviter les perfécutions
arbitraires . Le décret a été rendu en ces termes :
« Art. I. Toute perfonne qui aura provoqué
le meurtre , l'incendie , le pillage , ou conſeille
formellement la défobéiffance à la loi , foit par
des placards ou affiches , foit par des écrits publiés
& colportés , foit par des difcours tenus
dans des lieux ou affemblées publiques , fera regardée
comme féditieux & perturbateur de la
paix ; & en conféquence les officiers de police
font tenus de la faire arrêter fur -le- champ , &
de la remettre aux tribunaux pour être punie
fuivant la loi. »
« II. Tout homme qui , dans un attroupement
où une émeute , aura fait entendre un cri
de provocation au meurtre , fera puni de trois
ans de la chaîne , fi le meurtre ne s'eft pas
commis , & comme complice du crime , s'il a
eu lieu. Tout citoyen préfent eft tenu de s'employer
& de prêter main-forte pour l'arrêter. »
III. Tout cri contre la garde nationale ou
la force publique en fonction , tendant à lui
faire baiffer ou dépofer les armes , fera regardé
comme cri de fédition , & fera pani d'un emprifonnement
qui ne pourra excéder deur années
.
cc
לכ
MM. de Bonnay & de Sérent ont annoncé
que dorénavant ils affifteroient aux féances.
Pourquoi ne fait - on pas des fous des cloches ,
a dit M. d'André ? M. Biauzat a répondu qu'avec
du fer en queue , on fabriqueroit une monnoie
femblable à celle du métal de cloche , à fix liards
la livre . M. de Cernon a fait adopter les articles
fuivans :
« L'Affemblée nationale décrète :
« 1°. Que le cuivre réfültant des expériences
( 359 )
faites fur le métal des cloches , en préſence des
commiffaires des comités des monnoies & des
finances , fera inceffamment porté à l'hôtel des
monnoies , pour y être fabriqué & réduit en
monnoie. »
« 2º. Il fera procédé à ces nouveaux travaux
de dépuration du métal des cloches , fous la
furveillance des mêmes comités , lefquels tiendront
note exacte des dépenfes & réſultats. »
!
« 3 °. Le département de Paris délivrera les
cloches néceffaires à ces opérations .
ود
Le même membre a informé l'Affemblée
qu'en ce moment il y avoit pour 4,300,000 liv.
d'affignats de livres en circulation , dont
3,500,000 liv . dans les provinces ; & la féance
a été terminée par l'adoption de dix- neuf nouveaux
atticles fur l'organiſation de la partie adminiftrative
de la marine qu'a préfentés M. Fermond.
Du mardi , 19 juillet.
Deux- cents-vingt - quatre voix ont porté M.
Fermont à la préfidence , & M. Charles de Lameth
lui a cédé le fauteuil .
On a lu une adreffe du confeil général de
la commune de Rouen ; qui fe diftingue cellement
des adreffes fans nombre dont la lecture
a été applaudie depuis le 21 juin , que nos lecteurs
nous faurons gré de la leur donner ici
toute entière :
« Meffieurs , des perfides , des traîtres out ſeduit
le Roi , & lui ont conſeillé d'abandonner
le meilleur des peuples . »
ee Le Monarque a difparu dans un inftant
où la fuite pouvoit perdre l'état . S'il a prévu
les funeftes conféquences de cette étrange dé(
362 )
marche , il doit le faire, les plus grands repro
ches ; mais , par la conftitution , fa perfonne,
elt , facrée & inviolable , & elie n'a pu ceffen
de l'être. »
Le Monarque tient tous les pouvoirs de la
nation . S'il eft inviolable , ce n'eſt pas pour fon
bonheur , c'eft pour le nôtre ; s'il eſt inviolable
il ne peut donc être acculé : autrement fon inviolabi.
ité feroit tilufoire ; il étoit cependant,
foumis à une peine . Si , forti du royaume , il
refufoit d'y rentrer , il perdoit le trône, Sa feule
peine légale étoit dans la déchéance ; mais il
n'a pas mérité ce malheur , puifqu'il eft encore
au milieu des François . Le peuple a pu blâmer
fa conduite ; mais qui que ce foit ne peut inculper
la perfonne. Malheur à ceux qui voudroi nt
foumettre le chef de l'état aux attentats de l'audace
ou de la fcélérateffe ! Voila , Meffieurs ,
ce que vous venez de confacrer encore par un
de vos décrets . >>
GC
Cependant , un petit nombre de factieux ,
que nous fomnies bien éloignés de confondre
avec la très grande majorité de nos frères les
braves & fages Parifiens , ofe protefter en ce
moment contre le décret par lequel vous venez
d'affermis l'inviolabilité des Monarques Fran
çois. $ 13.0
20
« Nous n'éxaminous pas quels font les chefs ,
les inftigateurs de ces révoltés ; nous ne releverons
pas les fophifines dangereux dont ils
s'efforcent de voiler leurs projets criminels ;
yous ne confidérons que la loi : elle eſt rendue }
& dès-lors ceux- là doivent être punis , qui ,
méconnoiffant l'autorité, fuprême du pouvoir
conftituant , ofent appeller de fes décrets à des
allemblées turbulentes & illégales . ».
a Ils
( 361 )
ec Ils fe montreroient moins hardis , ces
hommes pervers dont l'anarchie eft l'élément
fi , par un fentiment naturel aux grandes ames ,
vous n'aviez prefque toujours ufé de clémence ,
lorfque l'ariftocratie & le fanatifme irrités de
feur chûte , provoquoient fans ceffe votre févérité.
»
« Mais le temps eft venu de donner un grand
exemple ; & l'intérêt de Paris , l'intérêt de tous
les départemens , fatigués de tant de manoeuvres
criminelles , exigent que toute la rigueur des
loix foit déployée contre tous ceux , quels qu'ils
foient , qui enfreindront les loix conftitutionnelles
, & troubleront l'ordre public. ןכ
ce Loin de nous les projets condamnables de
cette ligue infenfée de factieux , qui voudroient
foumettre notre immortelle conftitution à la
cenfure miférable d'un petit nombre de brigands
foudoyés. "
«Nous jurons , & ce ferment eft celui de tous
nos concitoyens , nous jurons de maintenir , contre
les ennemis du dehors & du dedans , la conftitution
que vous avez donnée à la France. »
« Nous jurons de vivre & mourir fous le
gouvernement libre & monarchique que vous
avez décrété . »
« Achevez , Meffieurs , de fixer les baſes de
ce gouvernement ; confervez cette immuable
cette imperturbable fermeté contre laquelle font
venus échouer tous les efforts des malveillans ;
& ne retournez dans vos foyers qu'après avoir
donné à la France le code complet de fa conf--
titution . Les membres compofant le confeil génénéral
de la commune de Rouen . »
>
Rouen 18 juillet 1791 .
M. Camus a annoncé un brûlement de 10 mil
No. 31. 30 Juillet 1791 .
:
1
( 362 )
lions en affignats , formant , a- t- il dit , la fomme
de 207 millions en affignats déjà brûlés ..
Après quelques décrets d'emplacement de corps
adminiftratifs ou de tribunaux , fur la propofition
de M. Prugnon ; M. Démeunier a fait lecture du
préambule de la loi fur la police municipale , &
ce qu'il a nommé la relue des articles additionnels
adoptés dans les féances précédentes . L'Affemblée
a joint le préambule à la loi .
>
Suivant une lettre de M. Tarbé , miniftre des
contributions , la fabrication de monnoie de cuivre
s'élève , en ce moment , à 480,060 livres ; les
monnoies de Paris , Rouen Lyon , Orléans ,
Strasbourg , Metz & la Rochelle font , faute de
matière , les feules qui ne puiffent y travailler.
Le vieux cuivre provenant du doublage des
vaiffeaux dans les arfenaux de la marine de Breft ,
monte à 3,476 livres pefant . Cette matière fera
transportée à Rouen pour y être fondue & réduite
en flaons ; elle produira , en monnoie 3 .
une fomme de 531,936 livres . D'autres quantités
de cuivre de vailleaux doivent fe trouver à
J'Orient , à Toulon , à Rochefort , & feront
monnoyées à Nantes , à Marfeille , à la Rochelle.
200,000 livres de monnoie de cuivre ont été
délivrées pour le fervice de la femaine . Les expériences
du moulage en fable de métal des cloches
font achevées ; ce procédé fournira 40 mille liv.
par femaine & davantage dès que les ouvriers
auront acquis plus de célérité. On s'occupe des
moyens de mouler avec des moules de métal ;
mais les poinçons décrétés , pour les nouveaux
fols & pour la petite monnoie d'argent , ne
feront finis que dans 15 jours . Inceffamment on
fera l'adjudication de l'entreprise de la defcente
des cloches.
( 363 )
Du mardi , féance du foir.
Parmi plusieurs adreffes , on en a lu une des amis
de la conftitution & des autres citoyens de la
commune de Riom . Ils écrivent à l'Affemblée
nationale que la municipalité de Riom. a reçu ,
fous le contre-feing de l'Affemblée , un exemplaire
de la proteftation de 290 membres du
corps législatif ( leur nombre eft monté depuis
à 303 ) , fur les décrets relatifs à la perfonne da
Roi ; que le cachet & l'écriture leur ont fait
juger que c'étoit M. Dufraiffe qui envoyoit cet
écrit méprifable. Les applaudiffemens prodigués
t
.
une parcille cenfure ne laiffoient pas de contrafter
an peu fingulièrement avec les principes
tutélaires de l'inviolabilité de la perfonne du Momarque
, principes qui font l'unique bafe de l'écrit
figné par les 290 membres.
Ne violent- ils point leur ferment ces députés
réfractaires qui oppofent leurs voeux corrompus
& défordonnés au bien public & à la volonté
générale , poursuivent les rédacteurs de l'adreffe ?
Où les emporte une rage fi aveugle & fi impuiffante
? Peuvent - ils ignorer que tout ordre
focial n'eft établi que fur la volonté du plus
grand nombre... qu'ils outragent par leurs proteftations
le voeu national ... quand les loix les
plus fages viennens confoler la nation des éga
remens d'un Roi trop difpefé à compter pour
rien fes fermens , le fang des François & leur
amour ? ... Comment ces efprits inquiets ne
voient- ils que des crimes , que le renversement
des loix , dans les précautions qui nous ont
fauvés des plus grands défordres ? La royauté eft
détruite , difent-ils , & nous avions juré de la
maintenir ; la perfonne du Roi devoit être in
Q 2
( 364 )
violable , & on porte atteinte à fa liberté , on
l'environne d'une garde qu'il ne commande pas .
Difcours artificieux , mais dont le motif eft trop
connu pour en impofer. Ils n'invoquent aujourd'hui
la conftitution que pour la déchirer & la
détruire. ( applaudi ) . La nation l'a déclarée folemnellement
, tous les pouvoirs émanent d'elle
& pour elle... Quand elle a confervé ſur le trône
les membres de la famille de Bourbon , elle a ufé
de fon droit ... Les choix qu'elle a faits , elle les
a crus convenables , elle a droit de les changer
s'ils deviennent funeftes & dangereux... » Et les
auteurs finiffent par implorer une loi pénale.
contre l'attentat des proteftations ; fuivent fix
pages de fignatures .
il être déchu. --1
M. d'André a demandé qu'il fût décrété que
tout membre du corps lég flatif qui le permettra
de protefter contre la majorité foit déchu de fes
fonctions. Cette loi eft d'autant plus jufte ,
a-t-il dit , que vous avez décrété que le Roi
qui protefteroit feroit cenfé avoir abdiqué ; à
Pius forte raifon le légiflateur qui proteſte , doit-
On me dit : non pas . Je commence
par obferver que le décret propofé ne
peut avoir d'effet rétroactif. Qu'eft - ce qu'une
proteftation ? Une rébellion . Qu'est - ce qu'une
rébellion dans le corps législatif ? Une véritable
forfaiture. Quelle eft la peine de la forfaiture ?
La déchéance ... Je ne crois pas qu'un renvoi
foit néceffaire ; mais fil'Affemblée veut l'ordonner
, je ne m'y oppole pas. Cependant nous
fommes à une féance du foir & la loi que je
propofe eft conftitutionnelle ; je demande moimême
le renvoi au comité de conftitution. » Le
renvoi a été ordonné avec, ordre d'en faire le
rapport inceffamment . ⠀
( 365 )
Le fieur Bourfault , ci - devant Malherbe
entrepreneur d'un nouveau théâtre de Paris ,
fous le nom de théatre de Molière , a offert ,
à la barre , d'entretenir , pendant une année
, fix gardes nationales , en regrettant que
les fonctions publiques qui l'attachent lui & fescomédiens
au fervice de la capitale , les privent
de la gloire que leurs frères d'armes vont cueillir
aux frontières ; & il y a joint le ferment de re
jamais fouffrir que l'on débite fur fon théâtre
aucunes maximes étrangères aux loix que FACfemblée
nationale a décrétées.
Réunis aux corps adminiftratifs de la ville de
Saint -Flour , le 2 juillet , les membres du directoire
du département du Cantal & beaucoup
d'autres citoyens , ont configné dans une lettre
le vou le plus formel pour l'inviolabilité du
Monarque. A Argenteuil on fait des prières pour
la confervation des bons citoyens ; les femmes
vont à l'églife , les hommes vont aux champs ,
les jeunes gens nontent la garde. Dans le dé
partement du Nord , le jour de la fédération ,
il s'eft élevé la queftion de favoir fi l'on prêteroit
le premier ou le dernier ferment décrété .
Le directoire a décidé que le dernier feroitprêté
. Tous les citoyens s'y font foumis ; quelques
chefs de la garnifon de Douay s'y font
oppofés ; il y a une forte de divifion à ce fujet .
L'Aflemblée a approuvé le directoire .
Au moment où il s'agit du fort de la France
on n'eft pas peu furpris d'avoir à s'occuper
de fpectacles . M. le Chapelier a propofé , &
après une difcuffion plus longue qu'intére flance ,
le corps
conftituant a décrété les articles fuivans :
L'Affemblée nationale , après avoir entendu
le rapport de fon comité de conftitution , confidécc
Q 3
( 366 )
rant que la loi du 16 août 1790 n'étoit que provifoire
, & que la loi du 13 janvier dernier contient
des difpofitions générales , qui feules doivent être
exécutées dans tout l'empire François , a décrété ,
fur l'art . I du projet du comité , qu'il n'y a pas
lieu à délibérer. »
« Art. I. Conformément aux difpofitions de
l'art . III, & du décret du 13 janvier dernier ,
concernant les fpectacles , les ouvrages des auteurs
vivans , même ceux qui étoient repréſentés
avant cette époque , foit qu'ils fuffent ou non
gravés ouimprimés , ne pourront être repréſentés
fur aucun théâtre public , dans toute l'étendue du
royaume , fans le confentement formel & par écrit
des auteurs , ou fans celui de leurs héritiers ou
ceffionnaires pour les ouvrages des auteurs morts
depuis moins de cinq ans ; le produit total des
repréſentations fera au profit des auteurs ou de
leurs héritiers ou ceffionnaires . »
<< II. La convention entre les auteurs & les
entrepreneurs des fpectacles fera parfaitement libre ;
& les officiers municipaux , mi aucuns fonctionnaires
publics ne pourront taxer lesdits ouvrages ,
ni modérer & augmenter le prix convenu ; se
la rétribution des auteurs , convenue entr'eux ou
leurs ayant-caufe & les entrepreneurs de fpectacles
, ne pourra être ni faifie , ni arrêtée par
les , créanciers des entrepreneurs des fpectacles . »
Un autre décret a annullé l'inféodation du fol
de la forêt de Beaufort faite au fieur Barraudière
Deuffile par arrêt du confeil du 9 août 1771 ;
a révoqué les ventes faites en conféquence , &
maintient les cenfitaires à la charge de tenir
directement du domaine national . Ce décret offre
dans fon préambule çes mots : «c Confidérant ,
au furplus , que l'intérêt de la nation devant être
li mefure & la règle de l'exercice de les droits... »
( 367 )
La mefure du droit étant , dans la justice indépendamment
de l'intérêt & de la volonté , il eft
à defirer que de pareils énoncés foient rectifiés
lors d'une révifion générale.
Voici fept articles décrétés dans la même
féance .
«Art. I. Les reconnoiffances définitives de liquidation
qui fe trouvent grevées d'oppofitious , ne
pourront être payécs comptant à la caiffe de
Textraordinaire , & feront fufceptibles d'être employées
en acquifition de domaines nationaux , en
conformité des articles XI & XII du Décret du
30 octobre , & des articles V & X de celui du 6
& 7 novembre . »
II. Elles ne feront expédiées qu'après que
les parties prenantes auront juftifié des acquifitions
par elles faites , qui feront vifées dans
Icfdites , réconnoiffances , dans lesquelles il fera
en outre fait mention du nom des oppofans &
de la date des oppofitions. ככ"
c. III . Les intérêts dont les créances liquidées
feront fufceptibles aux termes du décret , feront
calculés & compris dans lefdites reconnoiffances.
»
« IV. Lefdites reconnoiffances ne pourront
être reçues au paiement des domaines nationaux ,
qu'après que le porteur aura notifié aux créanciers
oppofans l'acquifition par lui faite , avec
fommation à comparoître à jour & heure fixes
chez le tréforier du District , pour y affifter par
cux ou leurs procureurs fondés , à l'emploi de
ladite reconnoiffance , & au tranſport de leurs
droits,priviléges&hypothèques.»ככ
« V. Le tréforier du Diſtrict qui recevra lefdites
reconnoiffances en paiement , les retirera
quittancées par le propriétaire ou fon fondé de
Q 4
·( 368 )
Procuration , & fera tenu de les vifer dans la
quittance qu'il délivrera , & d'y faire mention
du nom des créanciers oppofans , de la fommasion
qui leur aura été faite , & de leur préfence
ou défaut de comparution , & fe conformera en
outre à ce qui lui eft preferit par l'article VII da
décret du 30 décembre . »
ce VI . Lefdites reconnoiffances ne pourront
être employées qu'à la charge de payer la totalité
d'un ou de plufieurs domaines nationaux , afin
qu'en aucun cas l'hypothèque des créanciers ne
foit atténuée par le privilège de la nation fur
les biens vendus . »
« VII. Les droits , priviléges & hypothèques
des créanciers palleront fur le domaine acquis fats
novation , en conformité de l'article XII du décret
du 30 octobre . »
Du mercredi 20 juillet.
L'ordre du jour appel'oit la difcuffion fur le
code rural , & M. Delamerville en a propofe
divers articles que l'Affemblée a décrété , après
de légers débats . Nous les tranferirons ailleurs
avec ceux qu'on a déjà rendus fur cette partie ,
reftreinte aujourd'hui à la police par le befoin
de marcher plus vîte à la fin de la conftitution . '
M. de Sillery a repréfenté que le délai fixé
pour la nomination du gouverneur de M. le
Dauphin étoit expiré depuis famedi dernier. « Je
demande , a t - il dit , abfolument que l'Affemblée
décide fi fes décrets font illufoires » . Pluficurs
voix ont crié à l'ordre du jour ; d'autres de
famedi en quinze ou en huit. M. Vieillard s'eft
félicité du délai , parce qu'on avoit acquis des
lumières très précieufes , & que tels fujets qui
auroient eu des voix n'en auront pas , ( exemple
( 369 )
inftructif de la verfatilité de l'opinion publique ) .
L'Affemblée a décrété que la nomination fe ferade
famedi en huit .
Dès après-demain , a dit M. Anfon , tous les
citoyens pourront échanger à Paris des affignats
contre de la petite monnoie ( applaudi ) .
M. Charles de Lameth a dénoncé M. Brulée
comme ayant trompé la nation & l'Affemblée
en s'engageant dans l'entrepriſe d'un canal pour
lequel il n'avoit pas de fonds , en promettant
de donner de l'ouvrage à un grand nombre
d'ouvriers que ce faux efpoir a retenus aux environs
de la capitale . Il a demandé que le décret
relatif au canal de M. Brulée fût renvoyé aux
comités des domaines & de mendicité .
Le fieur Brulée n'a pas joué l'Affemblée , n'a
trompé ni la nation ni les ouvriers , a répondu
M. Martineau . Cet honnête citoyen a conçu un
projet , & l'a mis à exécution autant qu'il étoit
en fon pouvoir. Jamais l'Affemblée & le public
n'ont pu croire que le fieur Brulée entreprendroit
feul un canal qui coûtera de 26 à 30 millions ;
it comptoit fur des fonds. On devoit conftruire .
le long du canal des magafins où les marchands
de Paris auroient déposé leurs marchandiſes pour
ne les faire entrer qu'à fur & à meſure du dérail
, ce qui leur eût épargné de grandes avances
de droits d'entrées ; la fuppreffion des entrées a
rendu ces entrepôts inutiles , les gains eſpérés
ont difparu , ceux qui avoient promis des fonds
ont retiré leur parole , & le fieur Brulée a dé '
penfé cinq à fix cents mille livres en travaux &
préparatifs.
Je demande , a reptis M. Charles de Lameth ,
le renvoi aux comités ; on verrà files faits font
( 370 )
fauffement exposés par moi ou par M. Martineau.
Le renvoi a été décrété. 114
M. Hotteau , chargé des affaires de France à
Philadelphie , a juré d'être fidèle à la nation , à
la loi & au Roi , le 28 avril . M. de Montmorin
en a informé l'Affemblée .
Le confeil de la commune d'Amiens , & les
adminiftrateurs du département de Seine &
Marne , envoient au corps conftituant des
adreffes plus analogues aux dernières loix égalerent
conftitutionnelles . Ils y repouffent tout
fyftême perfide de république fédérative , ne font
aucune mention du Roi , rendent hommage à
la fageffe & au courage de l'Affemblée , &
jurent de vivre libres ou de mourir pour le
maintien de fes décrets .
Un procès -verbal a atteſté que le navire l'Africain
ne contenoit ni or ni argent ; & la féance
s'eft terminée par l'adoption de quelques nouveaux
articles du code pénal rural .
Du jeudi , 21 juillet .
Organe du comité militaire dont il eft membre
, M. Emmery , avocat , a expofé la fituation
de l'armée de ligne . Quantité de régimens font
dépourvus d'officiers ; de ceux- ci plufieurs ont
paffé dans l'étranger , d'autres ont été deftituées
par les foldats . Le fervice eft prefque nul , les
exercices fe font à peine . Il est très -inftant de
rétablir la difcipline. Pour cela M. Emmery a été
d'avis que les officiers foient punis fuivant l'exigeance
des cas , & que les foldats qui fe font permis
, a - t- il dit , un acte de licence intolérable en
deftituant eux- mêmes leurs officiers de la manière
La plus illégale , « doivent auffi recevoir quelque
сс
( 371 )
marque d'improbation de la part de l'Affemblée
nationale. »
Dans ces vues , il a propofé un décret en 13
articles , portant ce qui fuit : Les officiers qui ,
depuis l'époque du premier mai dernier , one
abandonné
leur corps fans donner leur démiffion
& font paflés à Pétranger , feront pom:fuivis
comme transfuges
, & les émigrans qui avoient
donné leur démiffion , pourfuivis de même, s'ils
ne rentrent en France dans le délai d'un mois .
Toute dénonciation
des foldats & des fous-offciers
fera reçue contre les officiers forcés de
quitter leur corps en conféquence
de foupçons
non légalement
vérifiés. Ceux contre lefquels il
n'y aura pas de dénonciation
faite dans la quinzaine
, ou qui feront abfous , rentreront
dans
leur corps ou dans un autre , en prêtant le ferment.
Les dénonciateurs
qui ne prouveront
rien
feront caffés . La nomination aux emplois réfervée
aux fous-officiers , n'aura lieu dans les régimens
coupables de deftitutions
illégales d'officiers,
fur la demande des chefs . Tous autres déque
fits , excepté la défertion , l'embauchage
& la
trahifon, feront réputés non-avenus , & les condamnés
mis en liberté. Déformais
l'infubordination
fera rigoureufement
punie , ´les commiffaires
-auditeurs & les fous- officiers en demeureront
refponfables
. On punira touté réunion
non- autorisée
par la loi , toute délidération
formée
, toute émiffion de voeu collectif, & toujours
des cartouches
pures & fimples , riem
d'infamant. Tels font en fubftance les moyens
propofés par le comité militaire , pour rétablir
la difcipline . On en a décrété l'impreffion
&
l'ajournement
au lendemain
de la diftribution
.
Reprenant
encore la parole , M. Emmery a
Q 6
( 372 )
raconté que les commiffaires de l'Affemblée , par
une fuite de leurs difpofitions pour la défenfe des
frontières , ayant ordonné au régiment de Naflau
de fe rendre à Sedan , cette ville a refufé de le
recevoir ; à Thionville , on a déclaré qu'on leve
roit les pents ; à Sarrelouis , on a menacé de
tirer le canon. Ce régiment eft use des meilleures
troupes , des mieux difciplinées , il a prêté
tous les fermens qu'on a voulu ; mais il étoit
fous les ordres de M. de Bouillé , & l'on le fouvient
que Naffau fut employé à l'orangerie à
Verlailles . Les corps adminiftratifs de Metz ,
pénétrés de tant de refus , ont fufpendu fa
marche. Un grenadier de Naffau eut une querelle
à Metz avec un grenadier du régiment de
Condé ; ce dernier fuccomba ; fes camarades
vouloient le venger : cette rixe particulière alloir
produire une affaire générale & fanglante ; la
prudence des officiers & des adminiftrateurs parvint
à tout calmer.
Les commiflaires donnèrent au régiment de
Naffau l'ordre de fe rendie à Toul ; quatre à
cinq cents hommes ( für 1400 ) refusèrent d'obéir .
Depuis , ces foldats ont déchiré les galons de
leurs habits , arraché leurs boutons & leurs retrouffis
, en déclarant qu'ils ne ferviroient point
dans un régiment étranger , qu'ils ne vouloient
fervir que comme François . On a beaucoup
applaudi à l'ardeur , à l'énergie de leur ferment
lors de la fédération . Le furplus du régiment a
demandé que deux officiers municipaux l'accompagnaflent
à Toul , & y eft actuellement place.
M. Emmery a préfenté un projet de décret adopté
fans débats en ces termes :
ce L'Affemblée nationale décrète que le quatrevingt-
feizième régiment d'infanterie , de ci- de(
373 )
vant Naffau , & tous ceux ci -devant défignés
fous le nom de régimens infanterie allemande
irlandoife , font partie de l'infanterie françoife ;
qu'en conféquence ils ne font avec elles qu'une
feule & même armée ; qu'ils prendront l'uniforme
françois , fuivant la inême difcipline que les
autres troupes françoifes , qui , à compter du
premier de ce mois , feront traitées de la même
manière relativement à la folde , aux appointemens
& à la fixation des différentes maffes , »
Trois ingénieurs étoient à Landau , ils ont
paffé chez l'étranger , les habitans en ont conçu
de vives alarmes . Pour les raflurer , M. Emmery,
toujours au nom du comité militaire , a propofé
un décret auquel M. de Montefquiou a fait
l'amendement que M. Phélines iroit non- feulement
comme ingénieur , mais aufli comme commilaire
de l'Affemblée ; tel eft ce décret :
ce L'Affemblée nationale décrète que M. Phêlines,
membre de l'Affemblée , fe tranfportera ,
ca qualité de commiffaire , fans aucun retard ,
à Landau , & delà dans les différentes places du
Bas-Rhin , pour en reconnoître & en conftater
Fétát , & avifer avec les chefs & commaLdans
militaires , & même s'il y a lieu , les corps ad-
Ainiftratifs & municipaux , aux moyens de tout
genre à employer pour la défenfe & la confervation
de ces places , & correfpondre fur tous
ees objets avec le miniftre de la guerre & le
comité militaire . »
M. Lebrun a fait adopter un projet de loi en
47 articles contenus en cinq titres , portant pour
indications des matières I. Liquidation &
comptabilité de la ferme générale & de la régie
générale. II. Rembourfemens des adminiftrateurs-
généraux des domaines fupprimés par le
( 374 )
1
raux. --
décret du 7 février 1791 , & des régiſſeurs-géné-,
III Rembourfemens de fonds d'avance
de cautionnement & d'exploitation de la ferme
générale.-- IV . Remboursemens des fonds d'avance
& de cautionnement des employés . --V. Régiffeurs
des poudres & administrateurs de la loterie.
Un citoyen anonyme de Paris a donné 300
liv. pour la défenſe des frontières . -
Au nom du comité de la marine , M. de
Champagny a fait rendre un décret en 24 articles,
contenant le mode d'exécution de décrets antérieurs
, fur le concours & l'examen des candidats
pour les places d'afpirans & celles d'enfeignes
entretenus. C'eſt le titre des examinateurs & des
profeffeurs.
-
Les commiffaires envoyés dans les départemens
du Nord & du Pas - de - Calais , ont écrit de
Valenciennes , le 20 juillet , à l'Aſſemblée nationale.
Par- tout le plus grand ordre , une confiance
fans bornes dans le corps conftituant , des
places dans le meilleur état , des provifions &
des munitions en abondance ; mais des municipalités
qui s'emparent de tous les fufils expédiés
pour ailleurs , qui vident les arfenaux & s'en
approprient les armes fans les payer , & des
prêtres toujours réfractaires qu'il ne fuffit pas
d'avoir ruinés , dont l'afpect trouble les prêtres
conftitutionnels , & à qui l'on impute facilement
ce qu'on veut ; tel eft le fonds ufé de cette lettre ,
où , des éloges des talens & du civiſme connus
de M. de Rochambeau , l'on paffe aux amis de
la conftitution de Valenciennes , qui envoient
une adrefle pleine d'admiration pour les légiflateurs
impaffibles comme la loi , que les factieux
n'ont pas détournés des vrais principes . L'impreflion
en a été décrétée,
( 375 )
Du jeudi , féance du foir.
Une lettre de M. de Montmorin a informé
l'Affemblée qu'il venoit de recevoir enfin des
nouvelles de M. Duveyrier. Il paroît , par une
note envoyée de Bruxelles au miniftre , qu'en
effet M. Duveyrier qu'on perfifte à nommer envoyé
de la nation , quoiqu'il n'ait été chargé
d'aucune lettre de créance , d'aucun caractère
auprès des fouverains chez qui on l'envoyoit , a}
été arrêté à Luxembourg & relâché avant la
réclamation que M. de Montmorin en a faite .
La note eft ainfi conçue :
·
"
>
ce Il eft parvenu à la connoiffance du gouver
neur-général des Pays - Bas , que deux François ,
l'un nommé Duveyrier , ſe diſant garde du Roi ,
l'autre Bouchard , ne prenant pas de qualité ,
avoient été arrêtés à leur paffage à Luxembourg
par le commandant militaire de la fortereffe
parce qu'ils n'étoient pas munis de pafle-port
& que le deuxième de ces quidams avoit tenu ,
dans un lieu public , des propos affez peu mefurés.
Le gouverneur général s'attachant moins aux
formalités d'ufage , qu'aux circonftances publiquès
, ne voulant pas même qu'il fût ufé de
repréfailles , à l'égard des violences ou des outrages
que l'on s'eft permis fur les frontières
contre les fujets de l'Empereur , notamment à
Thionville , à l'occafion d'un officier qui réclamoit
deux foldats déferteurs , a fait donner furle-
champ ordre au commandant de Luxembourg ,
de relâcher lefdits Duveyrier & Bouchard , de les,
faire conduire hors du territoire du gouvernement
& de leur faire délivrer un certificat du
fujet de leur arreftation . Le gouverneur n'a aucunement
douté que cet ordre n'ait été exécuté.
*
( 376
Mais fur le mémoire de M. de la Galière , il
va le réitérer , dans la confiance qu'en cas pareil
le gouvernement de France confervera les mêmes
procédés à l'égard des fujets de l'Empereur , &
qu'il fera donné des explications convenables fur
les différens objets de plainte qui ont été portés
depuis quelques jours à la connoiffance du miniftre
de France . Bruxelles , le 19 juillet 1791. ”
On a demandé le renvoi au comité diplomatique.
« Il faut une vengeance éclatante , a dit
une de ces voix qui dévancent toute réflexion , »
Le renvoi pur & fimple a été décrété .
Nos lecteurs nous difpenferont d'extraire un
nombre d'adreffes qui femblent toutes être des
copies d'une première ou diverfes façons d'un'
même thême. Celle de Charleville s'élève avec
cette énergie de civifme qu'une filencieufe &
refpectueule obéiffance ne caractériseroit pas
moins heureufemment , contre le républicaniſme
que des factieux cherchoient à faire triompher
du décret du 15 fur l'inviolabilité du Monarque
toujours détenu . Quelques citoyens de Montmédy
témoignent le vou d'établir une fête en
commémoration de l'arrestation de Louis XVI
à Varennes. Le projet d'un cenotaphe pour
Honoré Mirabeau à mérité le prix propolé pour
ce fujer par l'académie ci-devant royale d'architecture
; l'auteur du deffia couronné eft venu
en faire hommage aux repréfentans de la nation ,
& a reçu les honneurs de la féance . Des députés
de Sedan atteftent que le département des Ardennes
eft dans les meilleures difpofitions , ne
demandent que des chefs & des commandans
expérimentés & patriotes , & jurent de courir à
la victoire en répétant le cri qui fera déformais
le fignal des combats vivre libres ou mourir, »
( 377 )
Leur requête eft renvoyée au comité militaire.
Pour réfuter les calomnies dont s'eft nouri
le faux bruit que Marfeille vouloit s'ériger en
république , M. Caftellannet a rappellé les preuves
non - équivoques de l'amour de cette ville pour
la révolution , a communiqué à l'Affemblée les
mefures que la municipalité de Marfeille a prifes
relativement aux gens fans aveu & aux vagabonds
, même avant le décret qui les concernes
& il a de plus ajouté que , fur la réquifition des
commiffaires conciliateurs envoyés dans le Comtat
Venaiffin , il avoit été accordé un détachement
de la garde nationale Marfeilloife qui eft parti
pour aller appuyer leurs travaux.
Au nom des comités de mendicité , d'aliénation
, de finances & de conftitution , M. Frieur
a fait lure d'un rapport fur l'établiffement de
l'inftitution des fourds & muets , rapport imprimé
par eux - mêmes . M. l'abbé Sicard , leur
inftitutcur , a obtenu auffi la parole & a dit que
fes élèves avoient dreffé un autel femblable à
celui du champ de la fédération , & que pénétrés
du zèle patriotique ils jureroient le foir même ,
d'être fidèles à la nation qui les adopte & de ne
jamais oublier les noms de leurs auguftes bienfaiteurs.
Les conclufions de M. Prieur avoient
été un projet de décret adopté en ces termes :
Art. I. Le local & les bâtimens du couvent
des ci-devant célestins fitués à Paris , près l'arfenal
, feront , fous les réferves que le département
de Paris pourroit juger néceffaires , employés
à l'établiffement des écoles deftinées à
l'inftruction des fourds , muets , & des aveugles.
« II. L'établiſſement de l'école des fourds &
muets occupera provifoirement la partie des bâtimeus
indiqués par l'arrêté du 20 avril dernier,
( 378 )
« III. Il fera pris fur les fonds de la tréorerie
nationale : »
.ccce 1 ° . Annuellement , & à compter du premier
janvier dernier , la fomme de 12,700 liv.
pour les honoraires du premier inſtituteur , du
fecond , des deux adjoints , d'un économe
d'un maître d'écriture , de répétiteurs & de deux
maîtreffes ; »
"
cc 2 °. Pour cette année feulement , pour vingtquatre
penfions gratuites , à raifon de 350 liv .
chacune , qui feront accordées à vingt- quatre
élèves fans fortune fuivant actuellement les écoles ,
celle de 8,400 liv. ဘ
« IV. Les 12,700 liv. d'honoraires accordés
par l'article précédent , feront réparties ainfi qu'il
fuit : »
Au premier inftituteur
4,000 1.
Au fecond instituteur 2,420
A deux adjoints à raifon de
1,200 liv. chacun
• 2,400
A l'économe . 1,500
350 liv. chacun
Au maître d'écriture externe
A deux répétiteurs , à raison de
Aux deux maîtreffes gouvernantes
, à raifon de 600 liv . chaseo
700
cune ·
3 TOTAL.
1
•
1,200
12,700 liv .
« Tous auront le logement , excepté le maître
d'écriture..
» Nul n'aura la table que l'économe , les deux
répétiteurs & les deux maîtreffes - gouvernantes , »
cc V. Le choix des deux inftituteurs actuellement
occupés à l'inftruction des fourds & muers
eft confirmé. »
1379 )
« VI. Il leur feta adjoint deux élèves-inftituteurs
qui feront nommés par le département
de Paris , fur la préfentation du premier inftituteur.
»
« La furveillance de l'établiſſement eft fpéclement
confiée au département de Paris . »
M. Malouet a demandé que le nom de M.
l'abbé de l'Epée , premier fondateur d'une inftitution
auffi louable , fût rappellé avec tout l'honneur
dû à la mémoire d'un homme auffi précieux
à l'humanité . L'Affemblée a favorablement accueilli
cette propofition .
On a terminé la féance en décrétant douze
articles relatifs à la liberté du commerce maritime
. Tout François pourra dorénavant envoyer
de tous les ports du royaume des vaiffeaux &
marchandiſes dans toutes les échelles du Levant ,
dans tous les ports de la Barbarie , y faire des
établiffemens , en fourniffant , jufqu'au réglement
qui fera préfenté à l'Affemblée nationale
fur le inode « d'organifation de l'adminiſtration
du Levant , un cautionnement qui garantifie les
autres établiffemens François des actions qui
pourroient être exercées contre eux par fon fait
ou celui de fes agens. » Ces cautionnemens feront
reçus par les directoires des départemens qui en
remettront un extrait à la chambre de commerce
de Marfcille . Les retours fe feront dans tous
les ports de France , après avoir fait quarantaine
à Marseille . Les droits , entrepôts & tranfit font
défignés par le même décret.
Du vendredi , 22 juillet.
On a informé que la partie la plus nombreuſe
du régiment de Naffau eft arrivée & a été reçue
avec joie à Toul , que l'autre partie s'y cft,
( 380 )
jointe & qu'un nouveau ferment a prouvé leur
civifime ; détails vivement applaudis .
> MM. Buiffon & Garnery libraires de Paris ,
s'engagent à payer l'entretien , l'un de 4 , de 8
ou de 12 , l'autre de 2 ou de 4 foldats - citoyens
employés à la défenfe des frontières , plus ou
moins felon le degré du danger de la patrie .
Au nom des comités militaire & diplomatique
M. Alexandre de Lameth a fait un rapport fur
les mefures à prendre pour la défenſe du
royaume. Il a d'abord établi qu'au moment de
l'organisation de l'armée , les foldats «< ignoroient
encore quelle étoit l'autorité falutaire & protectrice
( comme fi la conftitution même ne défignoit
pas le Roi chef fuprême de l'armée ) ;
que , depuis , de grands acts de juftice ont
acquis à l'Affemblée la confiance de la plus grande
partie des troupes . » Pendant plufieurs mois ,
a t- il dit , le fuccès du recrutement le trouvant
au moins balancé par les défertions , l'armée eft
reftée à 350 mille hommes effectifs . Des décrets
rendus pour l'augmenter , paffant à l'éloge des
généraux patriotes & à la cenfure peu impartiale
des officiers « qui n'ont pu faire à la patrie le
facrifice des préjugés dont ils étoient les jouets ,
& qui en fe féparant de l'armée en ont fouftrait
un germe perpétuel de méfiance & de troubles » ;
M. Alexandre de Lameth a retracé tous les ordres
donnés & connus , & il a prouvé par des états
vifés & fignés d'un premier commis & certifiés
par M. Duportail , que de Dunkerque a Béfort ,
& de Béfort à Monaco , il y a des effets de
campement dans les magafins , Four 82,230
hommes que 133 magafins répandus en échellons
fur les frontières & les côtcs , contiennent
des vivres fuffifans pour une armée de 400,000
сс
i
( 381 )
hommes pour fix mais ; des fourrages pour
40,000 chevaux pendant quatre mois ; que jamais
le département de la guerre n'a été aufli tiche
en cette partie .
сс
Douze cents caiffons pour le ſervice des vivres
font prêts & fuffiront pour deux armées de 30,000
hommes , exigeront 4,500 chevaux . Les hôpitaux
de Bitche , Lille , Strasbourg ont des approvifionnemens
pour trois armées de 30,000 hommes
chacune , & à quelques objets près dont la fournitare
eft ordonnée . » Il a été commandé 339
bouches à feu & 42 mille fufils . Les magafins
de l'artillerie contiennent de 19 à 20 millions de
poudre ; la régie en a fourni , cette année , 400
anilliers. On fabrique des boulets & des bombes
en quantité. « Il exifte dans les places de Douay ,
Arras , la Fère , Strasbourg , Metz , Auxonne ,
Lyon , Grenoble & Fort-Barrault , 1,226 bou
ches à feu avec tous leurs attirails & munitions
pour former fix grands équipages d'artillerie dont
trois de campagne & trois de fiéges à la fuite
des armées qu'on pourroit être dans le cas de
faire marcher en Flandre , en Allemagne , en
Italie , & ce indépendamment des quatre petits
équipages deftinés à défendre les côtes du
royaume... Au furplus , quand on fait qu'il y a
environ 6,000 bouches à feu , de fonte , &
1,500 de fer , fur les frontières , on doit croire
que les places font dans un excellent état de
défenſe . »
De tous ces faits revenant aux hypothèſes ,
M. Alexandre de Lameth n'a vu que deux fuppofitions
à faire , celle d'une coalition générale
des puiffances pour une invafion , ou celle d'une
attaque partielle dans l'efpérance de former un
parti dans le royaume , & de réunir dans cette
( 382 )
entrepriſe les émigrans , les petites puiffances de
Empire , & peut - être même quelques puiffances
du premier ordre. » Toutes les deux fuppofitions
font également invraisemblables acx yeux de
M. de Lameth. La première ne pourroit fe réalifer
ou fe tenter qu'au printemps ; la feconde
feroit une haute imprudence qu'il eft cependant
bon d'examiner férieufement.
Nous n'avons rien à craindre , felon lui , de
l'Angletere. Des ports défendus par des travaux
confidérables , les troupes de lignes , les gardes
nationales , la mer , l'équinoxe , l'impoffibilité
où feroient les Anglois de fe foutenir fur nos
côtes , tout raffure M. le rapporteur . Les frontières
d'Espagne , de Savoie , de Suiffe , font
défendues par des chaînes de montagnes qu'il
fuffit de nommer. Le Roi d'Espagne « ne paroît
Ps vouloir prendre une part active aux projets
qui pourroient être dirigés contre nous . Le Roi
de Sardaigne eft occupé chez lui à contenir le
ferment de révolution que nos émigrans y ont
apporté. Les lenteurs délibératives des Suiffes
nous donneroient du temps ; & tous redouteroient
qu'avant la fin de feptembre , les neiges
ne leur fermaffent le retour dans leur pays ; cat
Fimmenfité de nos forces ne leur laifferoit nul
efpoir de prendre des quartiers d'hiver en France.
Au refte , ces dangers même chimériques feront
prévenus par des nombreux détachemens de gardes
nationales.
ל כ
Tranquille de tous ces divers côtés , M. Alexandre
de Lameth a jetté un coup- d'oeil fur les
frontières plus expofées . De Béfort à Dunkerque
nous avons en oppofition les Pays - Bas , le
Luxembourg , & Worms à l'autre rive du Rhin.
L'Empereur , a-t- il dit , n'a que 40 à 45 mille
( 383 )
сс
hommes dans les Pays - Bas. Il lui faut 20,000
hommes , au moins , pour y maintenir fa puiffance
; il ne pourroit donc employer contre nous
que 15 à 20 mille hommes. Le Luxembourg a
befoin des 3 à 4 mille hommes qui le contien
nent. Worms ne préfente qu'un attroupement
qui n'eft pas exactement connu » de 4 à s
mille émigrans , qui ne mériteroient aucune at
tention fi l'on ne fuppofoit qu'ils peuvent rece
voir quelque fecours des princes Allemands poffeffionnés
en Alface . M. de Lameth porte le tout
à 15 ou 20 mille hommes au plus . Cela ne feroit
que 30 à 40 mille hommes ; & il y oppofe
64,674 hommes effectifs de troupe de ligne qui
en feront bien 91,260 lorfque les corps feront
au complet décrété ; plus 2.600 gardes nationales
décrétés ; plus une réferve de 15 mille
autres placés entre Paris & la frontière pour la
sûreté de la capitale ; & enfuite les troupes qu'on
pourra tirer de l'intérieur; total 105 mille hommes
fans compter ce qu'il a nommé « les moyens matériels.
»
M. Alexandre de Lameth a propofé de mettre
fur pied & d'entretenir dès ce moment , 97 mille
gardes nationales en 15 divifions , ce qui portera
farmée à 243 mille hommes effectifs & à 3 10,000
lorfque la troupe de ligne fera complette ( quatrevingt-
dix-fept mille gardes nationales avec la
paye des fous- officiers , officiers , &c. , coûteront
plus de 125 mille livres par jour , confêquemment
plus de 3 millions 750,000 liv . par
mois ; plus de 45 millions par an ) . On fuivra
la réparation des places avec activité ; 4 millions
feront provifoirement accordés pour cet objet.
Les recrutemens fe hâteront, « Les ordres font
'donnés pour les achats d'approvifionemens , conf(
384 )
·
truction d'effets de campement , fabrication
d'armes. » Enfin , des commiffaires pris dans le
fein de l'Affemblée nationale iront par- tout où
befoin fera , favorifer l'exécution des décrets ,
calmer les inquiétudes , affurer l'ordre public ,
preffer , réalifer le paiement des contributions ,
diriger le patriotifme vers le refpect des autorités
légitimes , & la difcipline & la fubordination
régneront déformais dans l'armée. »
Sa péroraifon a peint les peuples voiſins jaloux
de notre alliance & affez fages pour ne pas
chercher à nous aliéner par d'imprudentes querelles
; une véritable & légitime puiffance , des
mefures fuivics , de l'ordre , du calme dans les
réfolutions , & un gouvernement vigoureux , là
où tant de paffions & d'intérêts vouloient , difcitil
, n'appercevoir qu'une faction , que des factieux
, que l'agitation d'un petit nombre d'hommes
, que la confufion & l'anarchie . Ce difcours
vivement applaudi du côté gauche & des galeries
, s'eft terminé par un projet de décret ,
adopté fur le-champ tel que le voici :
сс L'Aſſemblée nationale , oui le rapport des
comités militaire & diplomatique , fur les moyens
de pourvoir à la défenſe extérieure de l'Etat
décrète ce qui fuit :
« Art. I. Il fera mis fur- le- champ en activité
97,000 hommes de gardes nationales , y
compris les 26,000 qui , par le décret du ......
ont été deftinés à la défenſe des frontières du
Nord ; ces gardes nationales feront foldées & organifécs
conformément aux précédens décrets , &
Teront diftribuées ainfi qu'il fuit :
« Première divison . De Dunkerque à Givet ,
8000 hommes fournis par les départemens ,de la
Somme ,
( 385 )
Somme, de l'Oife , de TAifac , du Pas- de- Calais
& du Nord.
כ כ
ce Deuxième divifion . De Giver à Bitche ,
10,000 hommes fournis par les départemens de la
Marne , les Ardennes , la Meufe , la Meurthe &
la Molelle . »
Troisième divifion . De Bitche à Huningue
& Béfort , $ , 000 hommes fournis par les départemens
du Haut & Bas -Rhin . »
Сс
Quatrième divifion . De Béfort à Belley ,
1 ,con hommes fournis par les départemens des
Vofges , de la Haute- Saône , du Doubs , du Jura
& de l'Ain . 39
CG
Cinquième divifion . De Belley à Entrevaux
fur le Var , 8,000 hommes fournis par les départemens
de l'Isère , les Hautes - Alpes , les Baffes-
Alpes & la Drôme , »
Sixième divifion . De la Méditerranée , depuis
l'embout hure du Vas jufqu'à celle du Rhône ,
4,000 hommes fournis par les départemens du
Var & des Bouches - du -Rhône . »
ce Septième divifion . De l'embouchure du Rhône
jufqu'à l'étang de Leucate , 3,000 hommes fournis
par les départemens du Gard , de l'Hérault & de
1 Aude , »
ce Huitièmedivifion . De Perpignan à Bayonne ,
10,000 hommes fournis par les départemens der
Pyrénées Orientales , de l'Arriége , de la Haute-
Garonne , des Hautes-Pyrénées & des Baffes-
Pyrénées . »
Neuvième divifion . De l'Océan , depui
Bayonne jufqu'à l'embouchure de la Gironde ,
4,000 hommes fournis par les départemens des
Landes & de la Gironde . »
ce Dixième divifion . De l'embouchure de l
Gironde à celle de la Loire , 3,000 hommes fou
N°. 31. 30 Juillet 1791.
R
( 386 )
nis par les départemens de la Charente inférieure ,
de la Vendée , de la Loire inférieure , des deux
Sevres , & Mayenne & Loire. »
« Onzième diviſion . De l'embouchure de la
Loire à St. Malo , 5,000 hommes fournis par les
départemens du Morbihan , du Finistère & des
Côtes du Nord . »
ee Douzième divifion . De Saint-Malo au Grand-
Vay, 3,000 hommes fournis par les départemens
de l'Ille & Vilaine , la Manche & la Mayenne . »
ce Treizième divifion . Du Grand-Vay à l'embouchure
de la Somme , 4,000 hommes fournis
par les départemens du Calvados , de la Seine
inférieure & de l'Eure . »
cc Quatorzième divifion. L'ifle de Corfe ,
2,000 hommes fournis par le département de
l'ifle de Corfe. »
CCcc Quinzième divifion . Il fera formé une réferve
de 15,000 hommes , placés fur Senlis
Compiègne , Soiffons & lieux circonvoifins . Elle
fera fournie par les départemens ci-après dénommés
Paris , Seine & Oife , Seine & Marne ,
l'Aube , l'Yonne , Loiret , l'Eure & Loire , l'Orne ,
la Sarthe , Loire & Cher , la Nièvre , er ,
la Côte-d'Or , la Haute-Marne , l'Indre & Loire ,
l'Indre. »
cc
II. Le miniftre de la guerre nommera furle
champ une commiffion compofée d'officiers
d'artillerie & de génie , lefquels feront chargés
de parcourir , enſemble ou féparément , les principales
frontières duroyaume , de prendre connoiffance
de l'état des places , des travaux qui y ont
été commencés , & de ceux qui font néceffaires
pour completter leur défenfe ; de donner provifoirement
des ordres pour les travaux qu'ils jugeront
les plus preflans , d'en rendre immédiatemen
( 387 )
compteau miniftre de la guerre , qui communiquera
à l'Affemblée les informations qu'ils lui auront fait
parvenir. »
& I fera fait un fonds de 4,000,000 pour
pourvoir aux dépenfes les plus inftantes qu'exige
la continuation des travaux commencés , & la
reparation des places . Le miniftre rendra compte
de leur emploi , & préfentera l'état des dépenses
ultérieures qui pourroient être néceffaires. »
& III . Le nombre des chevaux d'équipage d'artillerie
fera porté à 3,000 . "
« IV. Il fera nommé par l'Affemblée nationale
des commiffaires pris dans fon fein , pour aller
dans les départemens qui leur feront défignés ,
furveiller & preffer l'exécution , tant du préfent
décret que de ceux qui ont été précédemment
rendus pour la défenfe de l'Etat , pour le rétabliffement
de l'ordre & de la difcipline dans
l'armée , le recouvrement des impôts , & rendre
compte fur tous ces objets à l'Affemblée nationale.
Ces commiffaires feront chargés d'inftruetions
uniformes . »
Une nouvelle difpofition a étendu le commandement
de M. de Rochambeaujufqu'à Bitche ,
pour que tous les points qui peuvent être menacés
, foient fous les ordres du même général .
M. Gobet , évêque de Paris , a rappellé à
l'Affemblée que le prince évêque de Porentruf
avoit permis l'introduction de 500 à 600 Autrichiens
dans fes états ; & il a demandé qu'aux
termes de l'article III du traité de 1739 renouvellé
en 1780 , on envoyât une armée de 20,000
hommes occuper les défilés de ce pays . Mais fe
reffouvenant que le traité n'articule l'occupation
des gorges que dans le cas d'aggreffion formelle
ou d'hoftilités imminentes , M. d'André a penfé
R 2
( 388 )
"
9
que ce feroit regarder les Autrichiens en enne
mis ; & il propofoit d'attendre le rapport que le
comité diplomatique devoit faire le lendemain ,
quand M. Duveyrier a été introduit dans l'intérieur
de la falle .
Le récit de M. Daveyrier eft peu fufceptible
d'un extrait , parce qu'une phrafe omife , un
mot changé , dénaturent un procédé. Nous en
tranferirons ici l'effentiel :
«Lorfque j'ai appris , à - t-il dit , les marques d'in
térêt que l'Aflemblée nationale avoit pris à mon
fort , toutes mes peines ont été effacées ; je n'ai
confervé de fouvenir de tout ce que j'ai louffert
,, que pour être en état de vous en rendre
compte. » *
« En exécution de la commiffion dont j'étois
chargé , je fuis parti le vendredi 17 juin avec
M. Bouchard , mon coufin , ancien garde du
Roi. Arrivé à Worms le mardi 21 juin à neuf
heures du foir , je me tranfportai fur le champ
au château habité par M. de Condé. Je fus introduit
prefque à l'inftant ; je le trouvai entouré
de quatre ou cinq officiers françois , dont un ,
colonel françois , dont j'aurai occafion de parler
dans la fuite . M. de Condé lut avec beaucoup
d'attention les dépêches que je lui remis : il me
demanda qui j'étois . Je lui dis mon rom. Alors
il me dit je cherche à me rappeller fes propres
expreffions , que quoiqu'il ne lui fût pas difficile
de me répondre à l'inftant même , il avoit
à confulter M. d'Artois , à qui il avoit donné
La parole de ne rien faire dans ces circonftances
importantes fans fe concerter avec lui , ( &
certes cette circonftance eft affez importante ) ;
qu'il partoit demain pour Coblents , où étoit M.
d'Artois ; & que je pouvois , ou l'y fuivre ,
( 389 )
ou attendre à Worms la réponſe. Cependant ,
comme je lui demandai auquel des deux partis
je devois m'en tenir , il n.e confeilla de le fuivre
à Coblents , où je recevrois fa réponſe plus
promptement ; ce qui abrégeroit mon voyage.
Il partit le lendemain , à neuf heures du matin ,
& je ne pus partir qu'à une heure après midi.
J'arrivai à fept heures du foir à Coblents , où
M. de Condé ne m'avoit devancé que d'une
dennie heure. Il étoit déjà dans le palais de l'électeur
, avec M. d'Artois . »
« Je m'y rendis fur-le- champ. On me fit
attendre dans l'antichambre , & le colonel françois
que j'avois vu la veille , vint me dire «
M. Daveyrier va attendre ici les ordres de M.
le Prince de Condé. » Huit ou dix jeunes officiers
françois qui fe trouvoient dans l'antichambre
, m'y reçurent , je ne puis le diffimuler,
avec très-peu de bienveillance . Une heure après,
le miniftre de l'électeur de Trêves vint me
dire « M. Duveyrier , Monfeigneur le Prince
de Condé , Monfeigneur le Comte d'Artois &
Monfeigneur l'électeur font en conférence fur
l'objet de vos dépêches , qu'ils voient avec
beaucoup de déplaifir ; & c'eft par intérêt pour
votre fûreté perfonnelle qu'ils vous invitent à
vous rendre à Andernach , viile impériale , ou
vous attendrez leur réponſe . " Un moment
après , le colonel françois dont j'ai déjà parlé ,
vint à moi je repréfentai le reſpect dû à mon
caractère d'envoyé. « Ce n'eſt pas nous ,
dit- il , qui ignorons cela ; mais nous avons ici
de jeunes officiers dont nous ne fommes pas
les maîtres. >>
me
« Je partis donc avec un officier chargé de
me conduire. Je fus rendu à Andernach le len
R 3
( 390 )
•
demain matin . Le vendredi 24 juin , j'attendis
les dépêches de M. de Condé cependant je
voyois un grand mouvement de couriers qui fe
fuccédoient avec rapidité . On venoit d'apprendre
la nouvelle de la fuite du Roi ; je vis M. d'Artois
paffer fous mes fenêtres pour fe rendre
à Aix-la- Chapelle ; j'appris en même temps que
M. de Condé partoit pour Worms ; j'appris fur
les neuf heures du foir , que plufieurs officiers ,
ivres de joie , fe propofoient de venir m'infulter
dans mon auberge . Je ne jugeai pas devoir
refter plus long - temps , & je priai le maître
de l'auberge de m'indiquer le plus court chemin
pour me rendre en France. Je vis que je devois
paffer par Trêves & par Luxembourg. Je partis
le famedi 25 juin , à fix heures du matin. Le
maître des poftes m'apprit , à Trêves , que le
Roi avoir été arrêté . On ne demandi mon'
nom je le donnai ainsi que celui de mon compagnon.
J'appris à l'auberge que M. Bouille
venoit d'arriver à Luxembourg avec plufieurs
officiers. »
сс
›
>
Luxembourg étoit le feul paffage que j'eufle
à fuivre. Je fentois cependant combien il étoit
délicat de m'y trouver avec M. de Bouillé
d'après les relations que j'avois eues avec lui
lors de l'affaire de Nancy. Je partis done pour,
Luxembourg. On m'y demanda mon nom , je le
donnai fans déguisement , ainfi que celui de mon
compagnon. On me dit qu'il falloit avoir un
billet ligné du commandant , pour avoir des
chevaux de pofte. »לכ
« Mon compagnon fe rendit feul chez le
commandant , qui le conduifit chez M. de Bouillé.
Celui-ci lui paiut dans une fituation fort animée
à mon égard ; il effuya plufieurs invectives.
( 391 )
perfonnelles ; on lui nia qu'il étoit garde- du-
Roi , précisément parce qu'il m'accompagnoit.
Le commandant vint vifiter nos papiers ; je lui
donnai mon porte - feuille qui contenoit ma com
miffion & mon paffe -port . Vers les dix heures
du foir , nous fumes conduits au corps- de-garde ;
le capitaine de garde s'abfenta quelque temps .
Un françois , au fervice de l'Empereur , faifit
cette occafion pour faire entrer une foule d'officiers
françois . J'ai été traité par eux avec une
infolence dont cn n'a pas d'idée , & qu'on ne
pourroit jamais fuppofer chez des officiers françois.
Le capitaine de garde étant de retour
les a fait fortir avec févérité ; & j'ai fu qu'à la
garde montante , le major & l'aide- major leur
avoient fait le lendemain les plus vifs reproches
fur leur conduite , & leur avoient demandé de
quel droit ils avoient violé une garde , & leur
avoient fait d'expreffes défenfes de venir m'in
falter. Le lendemain je fus queftionné par le
major & l'aide-major avec des formes effrayantes ;
ils nie dient que j'avois donné un faux nom à
Tièves ma dénégation fut formelle . »
« Je demandai la permiffion d'écrire au miniftre
qui m'avoit donné ma commiffion , & à
mes parens . Elle me fut refufée , on me dit
qu'elle me feroit inutile dans vingt- quatre heures,
& qu'on m'apporteroit inceffamment de bonnes
nouvelles . Cependant on cherchoit toujours des
prétextes , & l'on me dit que j'étois acculé
d'avoir été envoyé , comme beaucoup d'autres
pour débaucher les foldats de l'Empereur . Notre
détention fut de 22 jours . Je ne dois pas oublier
de parler d'une vifite que je reçus : ce
fut celle d'un officier françois qui vint me prier
de changer pour des affignats , trois mille louis :
R 4
( 392 )
on fuppofoit que je portois des fommes confidérables
pour diftribuer aux foldats . M. de Roshefort
, qui m'avoit toujours traité avec beaucoup
d'égard , vint me dire « vous allez partic
d'ici , on vous conduira fur la frontière , du
côté de Thionville ; on vous laiffera à un vil-
Jage qui eft à une lieuc de - là . Là , on vous
dira la raifon pour laquelle vous avez été détenu
. On me demanda une atteftation que j'avois
été traité avec beaucoup d'égards ; je donnai
cette atteſtation . Je fortis à neuf heures du ſoir,
dans une voiture efcortée d'un caporal & de fix
cavaliers . Plufieurs officiers autrichiens vinrent
m'embraffer & me fouhaiter bon voyage trèscordialement.
Nous étions arrivés à une demileue
du village indiqué. Nous trouvâmes un
nouveau pofte deftiné à nous efcorter . Le caporal
de cette nouvelle gard donna , dre de
changer de chemin. Mon compagnon , qui entend
un peu l'Allemand , me dit « Voici encore
une nouvelle occafion de montrer du courage
: en nous fait fuivre une autre route . » Naus
cheminâmes toute la nuit par des chemins détournés
, & même en traverfant les terres labourées . »
Enfin des houlans m'ont accompagné jusqu'à la
ligne de démarcation ; & à cet endroit , voici le
certificat que l'on m'a remis :
« Per ordre de L. A. R. les gouverneursgénéraux
& capitaines des Pays-Bas ; il eft déclaré
aux fieurs Duveyrier & Bouchard qu'ils ont
été traités par arrêt à Luxembourg , 10. parce
qu'ils n'avoient pas de paffe- port ( il eft vrai que
mon faffe- port ne faifoit pas mention de mon
compagnon de voyage ) ; 2 °. en raifon du traitement
que des officiers de nos troupes , qacique
munis de palle-ports , avoient éprouvés dans les
( 393 )
villes frontières de France & notamment dans
les fortereffes . >>
Je n'ai pas mis un quart- d'heure à atteindre
Longwi ; & la manière dont j'ai été reçu m'a
confoté de toutes mes inquiétudes . Je rapporte
le même zèle pour la fortune publique , & la
plus profonde reconnoiffance pour les bontés de
I'Affemblée nationale ( applaudiffemens ) .
Le préfident a témoigné à M. Duveyrier les
alarmes que l'Affemblée avoit conçues fur le
fort d'un citoyen- fi précieux & d'un envoyé de
la France. Il est évident , a dit M. d'Andié , que
ta première pièce que l'on a trouvée dans fon
poste-feuille eft fon paffe- port , ainfi l'excufe tirée
de ce que fon compagnon de voyage n'en avoit
pas , eft infuffifante. Le motif tiré des mauvais
traitemens qu'on prétend avoir été faits à des
officiers imperiaux à Thionville , n'eft qu'un vain
prétexte , puifqu'on n'a point réclamé. Il á demandé
que les comités militaire & diplomatique
entendiffent ce foir M. Duveyrier & préfentaffent
un projet de loi fur les mefures qu'ils jugeroicut
convenables ; propofition adoptée .
Une adreffe des citoyens de la fection de
Montmartre qui vont fur la frontière ,
velle leur ferment ; ils oat figné fur la pièce de
canon.
renou-
M. Salles , organe des fept comités réunis ,
à la fuite d'un rapport a lu un projet de décret
portant établissement d'un tribunal central compofé
de fix membres des fix tribunaux d'arrondiffemens
, & d'un membre de chacun des fix
tribunaux criminels provifoires féant au palais ;
efpèce de tribunal prévôtal & temporaire qui
jugeroit en dernier reffort des délits commis à
R &
( 394 )
Paris depuis le 15 juillet jufqu'au jour déterminé
par l'Aflemblée.
M. Lanjuinais a demandé l'impreffion &
l'ajournement ; M. Rewbell a foutenu qu'une
pareille inftitution étoit exécrable . On la renvoyée
au lendemain & la féance a été levée .
Du famedi 23 juillet.
Une députation du diſtrict de Meaux eft venue
lire à la barre une adreffe de la commune & des
gardes nationales de cette ville qui adhèrent aux
décrets fur l'inviolabilité du Roi , toujours captif,
invitent les fages légiflateurs à demeurer fermes.
dans leurs principes , à achever leurs fublimes
travaux , & jurent de périr plutôt que de fouffrir
que la conftitution reçoive la moindre atteinte.
Applaudiffemens ordinaires , réponſe du préfident ,
honneurs de la féance , infcription au procèsverbal
.
A propos de la miffion de M. Duveyrier
M. Regnault de Saint-Jean-d'Angély á demandé
que les miniftres fuflent chargés , par un décret ,
de faire mettre à exécution le décret rendu contre
Louis-Jofeph de Bourbon- Condé , « d'abord pour
apprendre que ce n'eft pas en vain qu'on manque
à une nation , en fecond lieu , parce que ,
lorfque les biens de M. Condé feront entre les
mains de la nation , l'Affemblée ſera plus sûre
que les propriétés feront refpectées . » On ob-
Jectoit qu'il ne faloit pas un décret pour ordonner
l'exécution d'un décret . M. Camus a
propofé que le miniftre en rendit compte dans
trois jours , & cette motion a été décrétée .
M. Rabaud a follicité la prompte exécution
du décret concernant le recensement des habi
tans de Paris. Il a dit qu'il aimoit à Paris une
( 395 )
Infinité d'étrangers ; les a peint animés « de
l'efpoir d'une curée générale qui leur étoit promife.
» cc Que l'on prenne , a-t - il infifté , toutes
les précautions néceffaires pour expulfer les brigands
, les affffins , les confpirateurs dont Paris
regorge , & que le maire foit mandé . . . Nous
favons par M. de Montmorin que les émigrans
fe propofent de faire une tentative ; il cft impoffible
qu'au moment où ils attaqueront la fiontière
, il ne fe fafle un mouvement fur Paris.
Deux ou trois mille officiers renvoyés par leurs
foldats , retirés d'eux- mêmes , ou qui ont refufé
le ferment ; une foule de foi- difant ou de cidevant
gentilshommes font accourus dans la capitale
; des étrangers foudoyent les factieux...
Cent quarante trois mille hommes de troupes
de ligne & 97 mille gardes nation.les , tous ces
décrets , tous ces projets font infiniment fages .
mais je ne m'y fie que quand cela eft exécuté...
Les apports qu'on nous lit & les lettres particulières
des frontières ne s'accordent pas... M.
Duveyrier a dit qu'au lieu de 3000 hommes qu'on
fuppofcit dans le Luxembourg , il y en a de huit
à dix mille & que l'on y attend trente mille
Croates... Je demande que le miniftre rende
compte non des mefures ordonnées , mais des
difpofitions faites , & que le comité militaire fe
concerte avec les députés des frontières pour que
nous raiſonnions fur des notions pofitives . »
"
Parmi les perfonnes bleffées , ie 17 , au champ
de la fédération , a dit M. Rewbell , on ma
affuré qu'il y avoit plufieurs chevaliers de Saint- ·
Louis dont on a trouvé la croix dans la poche.
Out , oui , fe font écriées quelques voix de la
gauche , & cette affertion eft restée jufqu'ici fans
fuite & fans preuve quelconque,
R &
( 396 )
Avant d'en venir à la difcuffion de l'affaire
de Porentrui , M. d'André a jugé convenable
d'égayer l'Affemblée en annonçant que l'armée
des émigrans étoit , en Allemagne , tout au plus
de 5 à 6 mille individus , au nombre defquels il
y avoit 300 ci-devant confeillers au parlement ,
& un régiment de chanoines. On a beaucoup ri.
Enfuite il a lu les articles II , III & IV du
traité de 1739 renouvellé en 1780 , par lequel
le Roi de France & le prince - évêque fe lont
promis de n'accorder aucun paffage aux troupes
ennemies , de s'y oppofer à main arméc , fi la
néceffité le requiert , & de convenir , le cas
échéant , des moyens de sûreté , en fermant les
paffages. Ses conclufions ont été de décréter que
le miniftre des affaires étrangères envoie vers le
prince-évêque de Bafle pour traiter des moyens
de procurer , dans les circonftances actuelles , la
sûreté refpective des deux états .
Comme M. d'André & les comités diploma-.
tique & militaire perfiftoient à ne vouloir point
encore paroître voir des ennemis , & renvoyoient
la claufe délicate de fermer les paflages , du
décret à rendre où ils ne fouhaitoient pas qu'elle
fût en toutes lettres , aux inftructions à donner
à l'envoyé du miniftre ; M. Rewbell a nommé
tous les émigrans & tous les princes poffeffionnés
en Alface , nos ennemis ; M. Rabaud a demandé
que les inftructions fuffent délibérées & arrêtées
en pleine affemblée , & portaffent expreffément
la clôture des défilés , & M. Regnault de Saint-
Jean - d'Angély l'adjonction de 5 à 6 cents gardes
nationales aux 200 invalides & au bataillon d'Auftrafie
qui font dans le château de Blamont.
L'évêque de Paris , M. Gobet , a retiré fa motion
de la veille , adopté le projet des comités ,
( 397 )
& l'Affemblée l'a décrété avec l'amendement de
M. Regnault .
M. Salles a repris fon projet de tribunal central
en déclarant qu'il en approuvoit la formation
mais , l'attribution fouveraine étoit
que
l'idée du comité . « Il n'eft pas poffible , a dt
M. Lanjuinais , de faire une cenfure plus amère
de votre ordre judiciaire . » Il vouloit que ces
procédures fuffent dévolucs au tribunal du fixième
arrondiffement , & pur appe !, à l'un des cinq
autres tribunaux . La néceffité , l'excès doccupation
des juges , le bien public , l'état de crife ,
tout rendoit indifpenfable l'inftitution propofée
& fon droit de juger en dernier reffort , aux
yeux de M. Brillat - Savarin qui craignoit que
la lenteur des formes n'arrêtât le glaive de la
loi dans ces momens de danger commun . Il
faut , difoit-il , que la privation de l'appel faffe
une portion de la peine des perturbateurs du
repos général.
M. d'André a demandé que le miniftre de la
juftice exposât ce qui avoit été fait par l'accu-
Lueur public depuis le jour où l'Aflemblée le
chargea de cette pourfuite , & qu'en févît contre
eux & contre les juges s'il y avoit cu de la
négligence . L'Affemblée a décrété qu'il ne, fera
pas formé de tribunal particulier , & ( fur une
obfervation de M. Tronchet ) que le tribunal
du fixième arrond: ffement de Paris fe fera aider
par des fuppléans ou même par des hommes de
foi pour l'inftruction & le jugement du procès ,
relatif aux faits des 17 & 18 juillet.
L'embarras n'a plus été que de favoir où fesoit
porté l'appel . Tre perfonnes condamnées
à être pendues s'accorderont - elles à choisir le
même tribunal , ou appelleront- elles chacune à
( 398 )
celui qu'il leur plaira de préférer , ainfi que le
permet la conftitution , de façon que divers tri--
bunaux jugeront à la fois la même affaire ,
recevront les mêmes pièces , entendront les mêmes
témoins , les mêmes coaccufés , les mêmes
avoués ? Cette réflexion de M. Dionis du Séjour
a découvert un vide , une lacune affez
étrange dans le code judiciaire . Le comité de
conftitution a été chargé de s'en occuper .
M. Bailly eft venu rendre compte des mesures
prifes pour le recenfement des habitans de la
capitale , lire des arrêtés municipaux pour l'exécution
des décrets , affurer que les regiftres fe
font , & qu'en attendant , les fections recueillent
des liftes fur des feuilles particulières . Réponſe
de fatisfaction .
Sommé par le président de rendre compte dans
trois jours de l'exécution du décret contre M.
de Condé , le miniftre de l'intérieur a judiciéufement
obfervé que c'étoit au miniftre de la
juftice qu'on avoit chargé d'en rendre compte.
On a intimé à celui- ci le décret relatif aux procès
contre les fabricateurs de faux affignats , &
La féance a été levée .
Le calme continue , la Loi Martiale eft
toujours en activité , & les Corps adminiftratifs
feniblent vouloir mettre quelque
fuite à contenir les perturbateurs de l'ordre
public , & ceux qui fe font une occupation
journalière d'égarer le Peuple par des
menfonges & des atrocités Plufieurs des
Folliculaires enragés qui prêchoient le défordre
& la violence , ont été arrêtés . Un
( ༤༣༡9 )
M. Verrieres , Membre du Club des Cordeliers
, & Auteur de l'Ami du Peuple ,
eft de ce nombre. Ses preffes , fes Pa- :
piers ont été faifis , lui & Mademoiſelle
Colombe , Directrice de la Feuille , mis en
prifon , & le lendemain en liberté. Les
recherches municipales fe font portées
aufli chez l'Auteur de l'Orateur du
Peuple , M. Freron , que l'on n'a point
trouvé , non plus que l'Auteur de l'Ami du
Roi , dont les Papiers ont également été
faifis . Ces rigueurs pourroient avoir un
caractère plus conforme à la Loi , fi au lieur
de fe tranfporter par voie d'adminiftration
chez les perfonnes que l'on veut arrêter ,
on ne le faifoit qu'en vertu d'un jugement
rendu fur information , & par les fornies
ordinaires de la procédure. Mais peut- être
regarde-t - on la pofition d'un Auteur d'écrits
incendiaires comme un flagrant délit , qui
permet l'arrestation fans information , &
par conféquent fans jugement préalable.
C'eft une queftion importante à décider.
Quoi qu' en foit , pour éviter probablement
d'être conftitués prifonniers de
cette manière , on annonce que MM. Danton
, Camille Defmoulins , le Gendre , ont
quitté Paris , ainfi que plufieurs autres ,
qui ont quelque rapport avec l'émeute du
champ de Mars & la Pétition des prétendus
quarante mille Citoyens , fignée fur l'Aute
de la Patrie.
1
( 402 )
S exiftoit quelque folide autorité ,
devroit - on regarder comme un évènement
important la fciffion d'une Société
particulière ; mais les Clubs des Amis de
la Conflitution ont joué un rôle for
gueilleux dans la révolution , ils font encore
fi puiffans , leur infl tence fi prodgieufe,
la foibleffe de l'Affemblée nationale
fi grande pour ce qu'ils veulent , qu'on ne
peat s'empêcher d'en fuivre les mouvemens
& la deftinée jufqu'à ce qu'ils n'exiftent plus.
Déjà celui des Jacobins eft morcelé en
deux grandes parties , une féante aux Jacobins
, fe prétend toujours la mère affemblée
, le Club chef-lieu ; l'autre aux Feuillans,
fe regarde comme celle qui a confervé le
feu facré de l'amour de la Conftitution ,
& prétend que , comme il n'y a point de
falut hors del'Eglife univerfelle , on ne doit
trouver le Patriotifme , les bons principes
& l'amour de la Conftitution que chez
elle. Cette dernière eft compofée principa
lement de Députés qui ont enfin conçu de
l'indignation des principes fubverfifs de la
Monarchie , que des hommes étrangers à
toute idée de gouvernement , s'efforçoient
de faire gemer dans un auditoire fouvent
aufli pen inftruit qu'eux. Les derniers
difcours de MM. Briffot , Roberfpierre &
autres ont comblé la mefure ; il falloit renoncer
à fon devoir de Député , ou quitter
une femblable Synagogue.
( 401 )
Les Harangueurs des rues ont moins
d'audace , le Drapeau Rouge fufpendu à
PHôtel - de-Ville leur en impofe fans doute;
mais le Peuple & la petite Bourgeoifie
font toujours furieux , fanatiques ; tout ce
qui rappelle l'idée du devoir & de la foumiflion
les révolte . La Garde a été maltraitée
dans quelques rues , & un Cavalier
bleflé d'un coup de piftolet. C'eft peutêtre
là un acte de quelque tyranticide, dont
la Société doit fon exiftence à Prudhomme
& au Club des Cordeliers .
"
Aucune nouvelle fûre des frontières &'
des difpofitions de l'Empire ; il faut attendre
la conclufion définitive de la paix
pour favoir à quoi s'en ten'r bien pofitivement
à cet égard ; cependant les Gardes
Nationales partent ; les quatorze con's que
fournit le Département de Paris ont paflé
la revue & ont dû fe mettre en route
cette femaine. L'opinion générale & la
plus probable c'eft que les Fuiffances volfines
ne nous déclareront la guerre qu'après
s'être offertes médiatrices , & nous
voir fai des propofitions fur leurs droits
respectifs & ceux de la Nobleffe expatriée.
Lenuméraire devient plus rare chaque jour ,
l'argent eft à 12 pour 100 pour les petites
fommes , plus pour les grofles , & le moindre
défordre public le fait auffi- tôt monter à
vingt & vingt- cinq , fuivant le befoin .
A l'unanimité , la Dicte Helvétique ,
( 402 ).
affemblée le mois dernier à Trauenfeld , a
rendu un Décret communiqué à l'Ambaf
fadeur de France à Soleure . Par cette réfolution
publique , la Diète défend aux Régimens
Suiffes au fervice de France , de
prêter d'autres fermens que celui décrété
en 1789 , & déclare le nouveau , s'il a été
prêté, comme nul & non -avenu . Elle entend
que lefdits Régimens foient payés
non en affignats , mais en efpèces fonnare
tes , conformément à la lettre des traités;
enfin , elle interdit à tous Officiers & Soldats
de s'affilier aux Clubs patriotiques , &
de les fréquenter , fous peine d'être pourfuivis
dans leurs corps & fortunes , & déchus
de leur habileté à fervir dans les
régimens Suiffes . Quoique ce décret de
la Diète ait été notifié à M. le Comte
d'Afry , & lu aux cafernes des Gardes
Suifles , quelques Gazetiers ont publié.
qu'il étoit l'ouvrage du Canton de Berne
feul , et que le Corps Helvétique témoignoit
hautement fon attachement à la Conftitution
Françoife . On obfervera que le décret en
queftion a été rendu par la Diète même , i
l'univerfalité des fuffrages , & que les Cantons
démocratiques ont été les plus ardens
à le folliciter.
Le Comtat eft à la veille de voir les torches
de la guerre civile fe rallumer dans fon fein .
Les Commiffaires médiateurs en ne témoignant
peut- être pas affez d'hoireur pour les brigan(
403 )
dages commis par la horde de Montaux , en foumettant
en quelque forte les droits des opprimés
au niveau des prétentious des opprefleuts , en
paroiffant pencher pour un parti , ont peut- être
manqué l'objet de leur miffion . La paix n'eft
point rétablic , la défiance règne & les voies de
violence continuent.
Partis de Paris , comme nous l'avons annoncé,
le 11 Juin , MM . le Scene des Maifons , de
Saint -Maur & l'Abbé Mulot fe font rendus à
Orange , ou ayant mandé des Députés de
l'Affemllée de Cavaillon , de l'armée , des Municipalités
d'Avignon & de Carpentras , ils ont
fait figner des préliminaires de conciliation , préliminaires
qui fuppofoient déja la reconnoiffance
de l'Affemblée Electorale , quoiqu'on ne pût
douter que fa légalité étoit au moins conteftée par
une grande partie des Communes & des Habitans,
du Comtat . Cette première démarche ranima
les efférances de la faction Françoife , elle vit bien
que l'efprit des négociations feroit toujours en
fa fiveu . Auffi lorfque les Commiffaires fe ren-,
dirent à Avignon le 20 Juin , qu'ils y curent
fait entrer quelques détachemens de troupes Françoifes
, & que conformément à un article des pré-
Luminaires,ils curcnt ordonné le licenciement de l'armée
, ils n'éprouvèrent aucune difficulté , & les ,
chefs Avignonois applaudirent à toutes leurs démarches.
La proclamation du Roi , portant amniftie
pour les déferteurs François fut enfuite
publiée , & des détachemens du régiment de
la Fère , de Sonemberg Suiffe , de Huffards &
d'Artilleurs placés en différens endroits pour af
Lurer l'exécution des préliminaires , fous les ordres
de M. de Ferrière , Maréchal des Camps & Ar
mées du Roi , Commandant de cette troupe
( 404)
Dans une lettre à cet Officier les Commilfaires
en lui donnant les inftructions qu'ils jugent
néceffaires , ajoutent on doit protection
à ceux appellés émigrans , mais il faut bien fe
gaider de donner à leur retour l'air du triomphe
, puifque ceux qui font affez foibles pour
abandonner la chofe publique , n'ont point droit
de repatoire avec un orgueil infultant pour les
citoyens qui l'ont défendue . --- Il ne faut pas
non plus que les citoyens qui ont combattu poar
leur patrie , en abufent pour vexer ceux qui feviennent
, & qui ont toujours droit à la protection
de la loi ; cependant il ne faut pas oublier que
ceux qui reviennent de l'armée de Monteux , font
des citoyens qui ont tout facrifié à la liberté &
qui méritent eftime & confidération.
Sans doute le droit d'infulter n'appartient à
perfonne , pas même au plus fort ; mais comment
peut-on dire que les émigrans Avignonnois
ou Comtadins , profcrits , chaffés par la violence,
& cherchant à fe mettre en sûreté contr'elle,
ont abandonne la Patrie en danger ? Abandonnet-
on quelque chofe lorfqu'on cède à la force ?
Enfuite qu'est - ce que MM. les Médiateurs appellent
ceux qui ont combattu pour leur Pattie
font-ce ceux qui , pour punir les autres , de
ne pas penfer comme eux , ont livié les perfonnes
& les propriétés au brigandage ? Ou bien ceux
qui , fidèles à des engagemens refpe& ubles , ont
été forcés de prendre les armes pour pepouffer ces
hoftilités contraires à tous les droits de la justice &
de l'humanité ? Il faut avoir oublié les fcènes de
dévaftations qui ont eu lieu pour donner le nom
de défenfeurs de la Patrie à ceux qui les out
provoquées , propagées , foutenues avec une impunité
qu'on ne peut expliquer que par un veftige
de parti auffi aveugle qu'impolitique.
( 408 )
Qu'est- il réfulté de ce trop de foibleffe des
Commiffaires pour ceux dont la conduite avoit
excité une indignation générale } que la confiance
eft peut-être détruite , que l'audace des factieux
a pris de l'à- plomb , & que l'effufion du fang va
recommencer dans ce malheureux pays où la
loyauté lutte avec tant de courage contre la
révolte & le mépris des droits de fociété .
Déja Lille a vu fes habitans s'égorger , le 4
Juillet ; les médiateurs pacifiques font obligés
d'employer de tous côtés la voie des armes , qui ,
dans pareilles circonstances , conferment les efprits ,
mais ne les réconcilient point. Cette Ville avoit
un détachement de dragons , qui paroiffoit obferver
une exacte impartialité dans le maintien
de la tranquillité ; le détachement reçut ordre de
partir ; bientôt on ferme les portes de la Ville ;
les partifars de l'infurrection , appuyés d'une bande
atrivée de l'armée de Monteux , infultent ceux
qui veulent refter fidèles au Prince légitime ; l'on
fe fufilie dans les rues , nombre de perfonnes
font tuées , lorfque M. l'Abbé Mulot arrive avec
50 Haffards , fait convoquer une affemblée de
Commune , harangue , prouve que les Habitars
fidèles ont tort , les armes font fendues aux autres
, les honnêtes gens fe retirent , & la haine
refte dans les coeurs. A Piolen , fur les confins
du territoire d'Orange , des rixes , des voies de
fait , le mécontentement des ge tranquilles ,
l'audace des révolutionnaires , alloient faire couler
le fang , lorqu'un médiateur arrive avec trois
cents hommes de troupes , tant gardes nationales
qu'autres , & ramène tout bientôt au filence & à la
réfignation .
C'est au milieu de co trouble des paffions &
des efprits qu'on prétend avoir le voeu libre des
( 406 )
'Communes du Comtat fur fon état politique ,
c'eft-à- dire , fa réunion à la France . Il est difficile
de croire qu'avec la prédilection que les Commiffaires
ont trop légèrement fait paroître , on
puiffe en obtenir un bien légal & Cuflifant pour
une auffi importante décifion . Une médiation
Françoife eft d'ailleurs récufable aux yeux de l'Europe
dans une femblable négociation , puifqu'il
eft bien clair qu'elle ne fera rien que de conforme
aux vues fecrettes que l'on a fur cet état.
Quoi qu'il en foit , & malgré l'attitude menaçante
du parti oppofé , plufieurs des Communes
qui veulent refter fidèles au Prince qui ne lear
a donné aucun fujet de fciffion , ont manifefté
le voeu de ne point changer leur état politique.
La délibération de la Commune de Bollène ,
entr'autres , eft remarquable , on y lit que les
médiateurs ayant déclaré que l'on protégeroit la
liberté des opinions contre la violence , les Habitans
de Bollène affemblés pour délibérer fur la propofition
des Commiffaires , profitent de ce moment
favorable à la liberté pour renouveller leferment de
fidélité au S. Siége, comme en effet ils le renouvellent
& réitèrent , n'ayant jamais eu l'intention defe
fouftraire à fon autorité. Ils ont de plus arrêté
qu'il feroit envoyé des Députés à Rome qui fe
réuniroient avec ceux des communes qui ont
formé le ne vou , pour porter à Sa Sainteté
l'expreffion de leur hommage & de leur inviolable
attachement.
Tandis que dans le Comtat on entretient
le peuple dans des démarches malheureufes
, des troubles , & l'anarchie , en
France on renouvelle , en quelque forte,
contre les émigi ans,les rigueurs qu'on exer(
407 )
çoit contre les Proteftans , lorfque les Miniftres
de Louis XIV vouloient les retenir
dans le Royaume pour les y priver de
leur état , déclarer leurs enfans bâtards &
leur faire éprouver mille duretés . C'eſt
fans doute une belle chofe que de veiller à
l'exécution de la loi ; mais c'est un acte
bien près de la tyrannie, que celui qui prive
l'individu du droit qu'aucune Puiflance
que celle de la force , ne peut lui ôter ,
le droit d'aller où bon lui femble ; c'eft
dans une Nation quelque chofe d'odieux
que l'ardeur a captiver des malheureufes familles
effrayées & défolées , que l'on
pourfuit le long des côtes & à la frontière
, lorfque par hafard elles ont cherché
à s'éloigner d'un pays qu'elles n'aiment
plus. On doit avouer qu'à cet égard le fanatifime
politique ne paroît pas plus excufable
que la perfécution religieufe ; voilà cependant
où nous en fommes venus ; en
forte qu'il femble prouvé que la France
eft une terre où la liberté individuelle ne
peut point germer , même au milieu des
exagérations de la liberté politique , aufli
inutile qu'infigniñante après la deftruction
de celle des perfonnes.
Avant qu'un décret cut ordonné un armement
pour al er à la recherche de M. de la Peyroufe,
un officier de la marine Françoife , M. Duretithouars
, avoit formé le projet d'arme : un navire
pour cet objet , & de faire fervir en même
( 408 )
temps cette expédition à des recherches géogra
phiques , d'hiftoire naturelle , & à la vente d'une
cargaifon qui offrit aux actionnaires de l'entreprile
, un bénéfice confidérable pour les fonds
qu'ils voudroient y mettre.
La connoiffance du décret n'a point empêché
M. Dupetithouars de perfifter dans fon premier,
deffein . Il vient en conféquence de publier un
profpectus très- clair , où il détaille fes moyens
& les efpérances. Les uns & les autres paroiffent
fondés d'une manière à infpirer la confiance .
M. Dupetithouars eft diftingué par des talens &
de l'ufage dans la navigation ; fon projet eft
appuyé du fuffrage des hommes éclairés , &
refpire l'eftimable enthoufiafme des chofes utiles ,
qui eft prefque toujours un gage de fuccès .
M. Dupetithouars penfe que trente mille liv.
lui fuffiront pour l'achat d'un navire defoixantedix
tonneaux & l'armement néceflaire . Ces
trente mille liv . il les divife en 600 actions de
so liv . chacune , & même en demi - actions de
25 liv . Par le commerce qu'il fe propoſe de
faire , il promet aux foufcripteurs un bénéfice
de cent pour un ; ce qui n'eft peut- être point
exagéré , fi l'on confidère le prefit immenfe que
l'on doit faire fur des fourrures échangées coutre
de la vieille féraille & des vroteries , & vendues
enfuite très cher à la Chine ; commerce
que les Anglois & les Efpagnols font avec un
grand fuccès dans ce moment . M. Dupetithouars
compte déjà un grand nombie de foufcripteurs ,
& prévient que les perfonnes qui voudront
s'intéreffer dans cette entrepriſe , à la fois cftimable
& lucrative , peuvent s'adreſſer à M.
de la Borde , ancien fermier - general , au Carouzel
, à Paris . C'eft chez lui qu'on recevra
les actions .
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROI ;
COMPOSÉ & rédigé , quant à la partie
Littéraire , par MM.
MARMONTEL ,
DE LA HARPE &
CHAMFORT , tous trois
de
l'Académie
Françaiſe ; & par MM.
FRAMERY & BERQUIN , Rédacteurs.
M. MALLET DU PAN, Citoyen de Genève,
eft feul chargé de la partie
Hiftorique &
Politique.
SAMEDI 2
JUILLET 1791 .
PUBLIC
A
PARIS
Au Bureau du
MERCURE , Hôtel de Thou ;
rue des Poitevins , No. 18.
THE NEW YORK
PUBLIC LIERAARBLE GÉNÉRALE
335356 Du mois de Juin 1791 .
ASTOR, LSHOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
1003
PITRE.
Pa émon.
Charade , Enio. Logog.
Mémoires Miflor •ques .
O
DE
Le Réfeda,
Vers.
Charade, Enig. & Log.
Lettres.
ROMANCE.
Charade, Enig. Legog.
De la Balance , &c.
Traité.
3 Obfervations .
7 Variétés.
26
Notices.
79
49, Difcours h ftor`que.
3 *
3+9
41
62
Droits de l'Homme. 71
Varities.
༢༨
73
56 Notices. 77
8 Spectacles.
110
92 Mar étés.
113
94
108 Notices. 115
.I .
ERS.
A M. Roucher.
Vers.
Charle , En Log.
Merdottes
121 , La Légende dorée, 136
124
122! Spectacles
. 142
Variétés. 150
125
127 Notices, 153
A Paris , de l'Imprimerie de Moutard , rue
des Mathurins , Hôtel de Cluni.
MERCURE
DE FRANCE.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
É PIGRAMM E.
PAUL , ennemi de toute poésie ,
Trouve mauvais mon chef-d'oeuvre naïffant ;
Quoi qu'en cent licux à fa gloire on publie ,
Paul dit tout haut que ma Muſe eſt tranfie ,
Que mon Ouvrage eft froid & languifſant.
Poëte lâche & Profateur auftere ,
Paul , de rimer, blâme fort le travers :
Pour m'en guérir , le très- rufé confrere
s'y prend fort bien , car il m'écrit en vers
( Par M. Clottereau. }
A 2
MERCURE
LA RAISON ET LE PENCHANT ,
CONTE.
Vous ne concevez pas & comment & pourquoi
L'homme en fon propre fens eft contraire à luimême.
Je le conçois bien , mei.
Il est né fou , d'abord ; fot , enfuite , à l'extrême.
Voilà , foyons de bonne foi ,
Et le comment & le pourquoi.
Mais l'homme, direz- vous, cet être raifonnable....
Je vous dis qu'il eft fou. Cet être doux , aimable....
Je vous dis qu'il eſt ſot ,
Et tellement que je veux en un mot
Vous en convaincre . Ecoutez cette Fable.
Certaine fille un jour , le fait eft vraisemblable ,
Eut défir de fe marier.
Qui prendre ? qui choifir ? c'eft un point difficile.
Elle était libre , & pouvait s'allier
Au plus riche, au plus grand, au jeune , à l'imbéelle,
Ou bien au plus fpirituel ;
Enfin à celui-là pour qui dame Nature
Lui foufflerait un penchant naturel.
D'abord elle fe mit l'efprit à la torture .
Prendrai-je celui- ci ? prendrai-je celui-là ?
Le grand me fait trop peur ; le riche m'humilie ;
DE FRANCE. 5
1
Lejeuneefttropgaillard ; l'homme d'efprit m'ennuie.
Que reste-t-il après cela ?
L'imbécille Ah ! quelle figure !
Et que fon air fi plat eft de mauvais augure !
Non content d'être un vrai nigaud ,
Il eft joueur , dit-on , jaloux , menteur , colere....
Ah ! mon Dieu , le vilain magot !
Mais... par où ce magot
a-t-il donc fu me plaire ?
Voyons , comment a-t- il pu faire
Pour me ravir ma liberté ?
L'épouferai-je ? Oh ! non , en vérité.
Je ferais malheureafe on ne peut davantage ;
Je maudirais cent fois le jour ,
Et mon hymen & mon funeſte amour ;
Les larmes feraient mon partage ;
Mon corps friffonnerait feulement à le voir ;
Victime enfin d'un affreux efclavage ,
Oui , je mourrais de défeſpoir .
Comme elle finiffait , entre mon imbécille.
Il parla mariage , alors on s'excufa:
Il revint à la charge , on fit la difficile :
Il voulut fuir ..... on l'époufa.
( Par M. Levrier de Champ-Rion. )
A 3
MERCURE
LES SOLITAIRES DE MURCIE ,
CONTE MORA L.
J
Premiere Partie.
AVAIS pour ami un Suédois fi heureufement
organifé , fi fenfible aux beautés
de l'Art & à celles de la Nature , que
lorfqu'il nous rendait les impreffions qu'il
en avait reçues , fes récits reffemblaient
aux rêveries d'un Poëte. Dans la vie & ·
les moeurs des hommes , le beau moral
était pour lui une fource de voluptés ;
mais lors même qu'il en était le plus
charmé , fon émotion était paifible commeles
fonges d'un doux fommeil : c'était de
lui qu'on pouvait dire alors qu'il était
dans l'enchantement. Son ame était ravie ,
& fes fens étaient calmes ; fon langage.
feul exprimait l'ivreffe où il était plongé ;
encore dans fon langage . même , l'hyperbole
avait-elle de la naïveté . On ne concevait
pas , dans une ame exaltée , cette douceur
inaltérable on avait peine à fe perfuader
qu'un raviffement fi tranquille . au dehors
fût fincere ; & moi , tout accoutumé que
j'étais à le voir tous les jours le même
un naturel fi fingulier ne laiffait pas de
m'étonner.. Mais j'obfervais que ces élans
DE FRANCE. 7
de fenfibilité , ces mois involontairement
fublimes qui lui éraient familiers dans les
émotions du plaifir , ne lui venaient jamais
pour exprimer les peines : la douleur dans
fon ame était filencieufe , intérieure &
profonde c'eft le caractere de la mélancolie
d'exhaler doucement la joie & de renfermer
la douleur ; ce caractere était le fien .
Miniftre de la Cour de Suede à cellede
Madrid , le Comte de Creutz avait
parcouru ces belles Provinces d'Espagne
dont les deux mers baignent les bords ;
& dans fes lettres , il m'en avait parlé
comme d'un pays romantique : mais lorfqu'il
revint à Paris , il me les décrivit
avec plus de détail & encore plus d'enthoufiafme.
Je me plaifais à voir fon imagination
embellir fa mémoire , & je lui demandais
comment , fi les peintures étaient
fidelles , on n'allait pas en foule habiter
ces heureux clima's : Ah ! me dit-il , c'eft
que les hommes font des plantes , & qu'ils
prennent racine au lieu où i's font nér.
Un jour que je le plaifantais for l'air
poétique & fabuleux qu'il donnait - aux
defcriptions de la Grenade & de la Murcie
: Que ferait - ce donc , me dit- il , fi je
fije
vous racontais ce qui m'y eft arrivé ? Vous
diriez bien , c'eft un Roman ; ce ne ferait
pourtant que la vérité toute fimple.
Je le preffai , comme vous croyez bien ,
de me conter fon aventure , & il ne me fit
pas languir.
A 4
MERCURE
Je parcourais lentement , me dit- il , les
fertiles confins de ces belles Provinces
incertain fi j'étais plus attiré par les charmes
de celle que je venais voir , que re
tenu par les délices de celle que j'allais
quitter ; lorfque dans un village appelé
Molina , peu éloigné de Carthagene , j'entendis
parler d'un Sauvage qui , depuis
neuf ans , vivait feul fur l'une des monragnes
qui bordent le vallon où ferpente
la Ségura. Ce Solitaire , me difait- on , eft
jeune encore : il a l'air fombre & trifte ;
mais quoiqu'une barbe touffue & des cheyeux
épais laiffent à peine vcir les traits
de fon vifage , ce que l'on en découvre
& un air de nebleffe qu'on remarque dans
fa ftature & dans fes mouvemens , font
foupçonner que ce n'eft pas un homme du
commun. Il n'eft guere acceffible que pour
un Payfan d'un village voifin , lequel va
prendre dans fa cabane les aromates qu'il
a cueillis , & ya les vendre à Carthagene .
C'eft du produit de ce petit négoce que
le Solitaire tire fa fubfiftance ; & il y ajoute
la culture d'un jardin qu'on dit être fort
curieux par la variété des fimples qu'il y
a rafflemblés .
J'ai fait dans ma jeuneffe , continua
mon Suédois , une étude particuliere de
l'hiftoire de la Nature ; car fon fein eft de
tous les Livres le plus intéreffant pour
inci ; & en Butanique , j'ai eu pour Maître
DE FRANCE. 9
notre célebre Linnéus. Encore tout plein
de fes leçons & de l'amour qu'il m'avait
infpiré pour cette Science attrayante , je
me fentis un vif défir de voir le fage Solitaire
qui en faifait fa richelle ; & prétextant
d'avoir à faire emplette d'une collection
de plantes , je m'acheminai vers le
fommet de la montagne qu'il habitait. Là ,
pour ne pas l'effaroucher , dès que j'apperçus
fa cabane , je renvoyai le Guide qui
m'y avait conduit.
La cabane était fituée entre deux cimes
de la montagne , & le jardin occupait l'efpace
du vallon qu'elles enfermaient. Le
Solitaire y travaillait lorfque je m'avançai
vers lui . Il témoigna quelque furpriſe de
me voir ; & d'un air grave , mais accueillant
, il me demanda quel deffein pouvait
m'amener dans ce lieu. Je fuis , lui dis-je,
un Etranger qui voyage dans ces contrées :
j'aime la Botanique , & je compofe une
collection des aromates de vos climats . J'ai
appris que vous en faifiez une étude favante
& un petit commerce ; je viens vous
demander la préférence fur les Négocians
'à qui vous les vendez. Sage Solitaire
ajoutai-je , peut - être l'homme illuftre qui
a bien voulu m'inftruire dans la Science
que vous aimez , ne vous eft - il pas inconnu
; je fuis Difciple de Linnéus.
O merveille de la Science ! d'une extrémité
de ce monde à l'autre , la renommée
A s
10 MERCURE :
:
> des
fair à un homme des admirateurs
amis fon nom feul fait chérir , honorer
fes Difciples ; fon école eft par- tout où fes
lumieres peuvent s'étendre ; le refpect qu'il
infpire e comme une espece de culte ;
& vous allez voir à quel point de vénération
ce culte peut aller.
, Heureux mortel , me dit le Solitaire.
vous qui , fans doute , né dans le même
climat que le vrai Salomon du Nord, avez
pu le voir & l'entendre , fi vous le revoyez.
encore cet Oracle de la Nature , dites-lui
que fur l'autre bord du continent , on l'écoute
& on le révere ; dites- lui que dans
les montagnes où long - temps ont régné
les Maures , fur les confins de la Grenade
& de la Murcie , un Solitaire fait fes
délices de fes écrits.
Ce langage à mon tour m'émur d'étonnement.
Je parcourus avec le Botanifte ce
jardin où il raffemblait tous les tréfors du
regne végétal nous herborisâmes enfemble
fur la pente de la montagne ; il parut
me trouver inftruit , me confulta même
flus d'une fois en déférant à mes lumieres
; & après une affez longue promenade,
il me propofa de venir me repofer dans fa
cabane.
Un mur de terre , enceint d'une haie
vive & couvert d'un toit de ramée , en
formait l'édifice ; pour meubles , j'y vois
au dedans une table & deux fiéges groffieDE
FRANCE. 9
notre célebre Linnéus . Encore tout plein
de fes leçons & de l'amour qu'il m'avait
infpiré pour cette Science attrayante , je
me fentis un vif défir de voir le fage Solitaire
qui en faifait fa richelle ; & prétextant
d'avoir à faire emplette d'une collection
de plantes , je m'acheminai vers le
fommet de la montagne qu'il habitait. Là ,
pour ne pas l'effaroucher , dès que j'apperçus
fa cabane , je renvoyai le Guide qui
m'y avait conduit .
La cabane était fituée entre deux cimes
de la montagne , & le jardin occupait l'efpace
du vallon qu'elles enfermaient. Le
Solitaire y travaillait lorfque je m'avançai
vers lui. Il témoigna quelque furpriſe de
me voir ; & d'un air grave , mais accueillant
, il me demanda quel deffein pouvait
m'amener dans ce lieu. Je fuis , lui dis-je,
un Etranger qui voyage dans ces contrées :
j'aime la Botanique , & je compofe une
collection des aromates de vos climats. J'ai
appris que vous en faifiez une étude favante
& un petit commerce ; je viens vous
demander la préférence fur les Négocians
'à qui vous les vendez. Sage Solitaire ,
ajoutai-je , peut - être l'homme illuftre qui
a bien voulu m'inftruire dans la Science
que vous aimez , ne vous eft - il pas inconnu
; je fuis Difciple de Linnéus.
O merveille de la Science ! d'une extrémité
de ce monde à l'autre , la renommée
A s
13 MERCURE :
:
fait à un homme des admirateurs , des
amis fon nom feul fait chérir , honorer
fes Difciples ; fon école eft par- tout où fes
lumieres peuvent s'étendre ; le refpect qu'il
infpire e comme une efpece de culte ;
& vous allez voir à quel point de vénération
ce culte peut aller.
Heureux mortel , me dit le Solitaire
vous qui , fans doute , né dans le même
climat que le vrai Salomon du Nord, avez
pu le voir & l'entendre , fi vous le revoyez.
encore cet Oracle de la Nature , dites-lui
que fur l'autre bord du continent , on l'écoute
& on le révere ; dites-lui que dans
les montagnes où long - temps ont régné
les Maures , fur les confins de la Grenade
& de la Murcie , un Solitaire fait fes
délices de fes écrits .
Ce langage à mon tour m'émur d'étonnement.
Je parcourus avec le Botanifte ce
jardin où il raffemblait tous les trésors du
regne végétal : nous herborisâmes enfemble
fur la pente de la montagne ; il parut
me trouver inftruit me confulta même
Flus d'une fois en déférant à mes lumieres
; & après une affez longue promenade,
il me propofa de venir me repofer dans fa
cabane .
و
Un mur de terre , enceint d'une haie
vive & couvert d'un toit de ramée , en
formait l'édifice ; pour meubles , j'y vois
au dedans une table & deux fiéges groffieDE
FRANCE. 13
difciple lui dis-je en l'embraffant , vous y
comptez´au moins les peines de l'amour ?
A ces mots , fon vifage reprit la gravité
qu'il avait eue en m'abordant ; & par un
moment de filence interrompant ce dialogue
, il ouvrit fon Herbier & me pria d'y
voir ce qui pouvait me convenir.
Je fentis vivement que je venais d'être
indifcret en mettant le doigt fur fa plaie.
Je ne fis pourtant pas femblant de remarquer
la diverfion brufque qu'il faifair à
mes queſtions ; & parcourant avec lui le
recueil des fimples qu'il avait claffés fuivant
la méthode de Linnéus , je me donnai
le temps de raffurer fa confiance effarouchée.
Après nous être occupés enſemble des
fruits, de fes études : Oui , le fage d'Upfal
faura dans peu , lui dis - je , qu'il a dans
ces montagnes un digne & fidele Difciple ;
& vos nouveaux tréfors feront mis fous
fes yeux. Mais envoyé de la Cour de Suede
à celle de Madrid , je fuis encore pour
deux ans en Eſpagne ; & Linnéus ne me
pardonnerait pas de ne vous avoir vu
qu'une fois. Je me propofe , avant de m'é
loigner de Carthagene & de Murcie , d'en
parcourir les environs , & je ferai quelque
féjour à Molina , au pied de ces montagnes.
Permettez-moi de revenir m'inftruire
auprès de vous , & faire un choix des
plantes que ce climat produit.
a
14 MERCURE
Ma cabane eſt ouverte , me répondit le
Solitaire , pour le Difciple de Linnéus ;
mais qu'il fe fouvienne que dans cette
cabane , je veux vivre & mourir inconnu
au Monde ; & qu'il me jure qu'ame vivante
, pendant fon féjour en Espagne
ne l'entendra parler de moi. Je lui en fis
le ferment ; & après quelques heures d'entretien
, nous nous féparâmes comme deux
amis qui auraient paffé leur vie enfemble ,
avec le regret de nous quitter & le défir
de nous revoir.
. Ma chaife m'atten lait au bas de la
montagne. J'y remontai tout occupé de ce
que je venais de voir , de ce que je venais
d'entendre ; & je retournai dans mon village
, la tête pleine des idées qu'une curiofité
impatiente faifait éclore en foule , fans
qu'il me fût poflible de favoir à laquelle
je devais me fixer. Ce que j'en réfumais ,
c'eft que mon Solitaire avait été malheus
reux par l'amour , & que des fouvenirs
cruels le pourfuivaient dans fa cabanes
Mais dans quel efprit , & pourquoi s'étaith
ilvréduit à la vie du plus gigide . Anacho
rete ? Sa piété n'était point celle d'un Cés
nobite, & fa religion , comme il me l'avait
dit , n'avait rien de fuperftitieux, A fon âge
( car il ne pouvait guere avoir plus de 30
ans ) , le premier mouvement d'une ame
profondément blefféelétrie par le
chagrin , eft de chercher la folitudes mala
་
DE FRANCE.
s'y fixer avec une réfolution i tranquillemont
décidée ; mais , au bout de neuf ans,
s'y tenir fans ennui , fans regret , fans inquiétude
, & vouloir y vivre & mourir
éloigné des hommes qu'on ne hait pas ,
& oublié d'une Patrie dont on ne parle
qu'avec éloge ! Tout cela me femblait peu
naturel ; j'y cherchais une caufe , & je ne
l'imaginais pas..
Deux jours après , j'allai le revoir. J'elfayai
de le ramener à ce premier instinct
de feciabilité dont nous a doué la Nature
, & à ce befoin mutuel qu'ent les
hommes de vivre enfemble . Ce befoin ,
me dit- il , n'en eft plus un pour mei ; &
une vie folitaire eft la feule qui me
convient.
Ne prenez pas , lui dis -je , pour une
curiofité vainement indifcrette , celle qui ,
dans mes réflexions , me femble vous importuner.
Les circonftances qui déterminent
votre réfolution , peuvent être loca
les ; & peut- être , ailleurs qu'en Efpagné,
aimeriez-vous mieux vivre en fociété avec
des gens de bien , que de refter ici réduit
à l'ifolement d'un Sauvage . Si cela
eft , dites - le moi. La Suede , fous un
climat tout différent du vôtre , ne laiffe
pas d'avoir fes charmes un ciel froid
i eft vrai , mais pur durant fix mois ,
après cela , fix mois d'un Printemps , d'un
Eté , d'un Automne délicieux , où les
•
SI 20SV
6 MERCURE
1
nuits féparent à peine les jours les plus
fereins , les plus beaux jours de la Nature
; un foleil fans nuage , & qui , par
la douceur de fon influence durable , femble
vouloir nous confoler de la longueur
de fon abfence ; l'activité d'une végétation
que hâte fa lumiere & qu'elle rend
féconde , l'impatience que femble avoir la
terre d'en afpirer tous les rayons pour
réchauffer fon fein ; la diligence avec laquelle
on y voit les germes éclore , &
les moiffons croitre & mârir ; enfin l'air
le plus fain qui fe refpire fur le Globe ,
& la vigueur que fon reffort y communique
aux plantes , aux animaux , furtout
à l'homme ; tels font les avantages
de ce climat que vous croyez difgracié
par la Nature. Non , mon ami , nulle
part l'homme n'eft plus actif & plus robufte
nulle part il n'eft plus heureux ;
& le bonheur , qui parmi vous eft comme
une fleur faible , délicare & fragile , eft
une plante vivace & forte parmi nous.
Vous le verrez Aleurir far le bord de nos
lacs , fur le gazon de nos prairies ; vous
y verrez la gaîté bondir dans les danfes
de nos Paſteurs & de leurs fidelles compagnes
; vous les verrez ces lacs , couverts
de barques pleines de nos jeunes amans ,
& vous entendrez les rivages de ces petites
mers où fe répete l'azur du ciel
vous les entendrez retentir de chanfons où
DE FRANCE. 17
l'amour fe mêle avec la joie ; car nos
Villageois font Poëtes . Mais au ſein même
de la liberté dont , fur fa bonne foi , jouit
cette jeuneffe , vous verrez l'innocence &
la pudeur naïve régner comme dans l'âge
d'or. C'eft pour nous feuls au monde que
cet âge fe réalife , ou plutôt qu'il s'eft
prolongé. Nous avons des Provinces où ,
de temps immémorial , la même pureté
de moeurs s'eft confervée inaltérable. Les
habitans de ces campagnes exercent religieufement
les antiques devoirs de l'hofpitalité
, car ils vivent dans l'abondance.
Leurs ufages , leurs habitudes , leurs vêtemens
, rien n'a changé. Ils font laborieux
, juftes & bons , comme l'étaient
leurs peres . A peine ont - ils beſoin de
loix , leurs moeurs en tiennent lieu . C'eſt
là que je m'engage à vous tranfplanter
dans deux ans. J'oferais prefque dire que je
fuis aimé de mon Roi ; au moins le fuisje
de les enfans , & fur- tout de celui qui
doit lui fuccéder au Trône ; il n'y a pas
au monde un plus hennête homme que
lui. Ils s'emprefferont tous à vous procurer
un afile ; vous leur ferez recommandé
par Linnéus & préfenté par moi. C'eft ce
que je puis vous offrir ; & jufqu'à mon
retour , je puis encore , fur le premier navire
qui partira de Carthagene , vous donner
le moyen d'aller m'attendre en France,
où je ferai quelque féjour. Voyez fi votre
18 MERCURE
folitude vous promet , vous affure un avenir
plus doux.
Tandis que je parlais , le Solitaire , attendri
jufqu'aux larmes , mais triftement
recueilli en lui-même , avait les yeux attachés
fur les miens . Non , me dit- il en-'
fin avec un lente& profond foupir , non ,'
c'et dans ces climats que fon ombre
eft errante ; je ne forcerai pas fon ombre
à me fuivre au delà des mers . Que ne
fais-je où eft fon tombeau ! c'eft fur la
pierre de ce tombeau que j'irais repofer
ma tête ; c'eft la terre qui couvre cette
cendre adorée que j'arroferais de mes pleurs .
Je ne veux point m'éloigner des bords cu
elle a refpiré , je veux qu'elle m'y voie
expier , par une mort lente , le crime
d'un faneſte amour. Alors , tout me fut
expliqué , & à mon tour je reftai abattu
dans un tifte & morne filence .
Je vous en ai trop dit pour ne pas
achover , reprit- il ; & puifque je trouve
en vous une ame noble , un coeur compariffant
, une ami sûr , je veux , avant
que le chagrin acheve de me confumer ,
me fotlager du poids du remords qui
m'opprelle. Souvenez vous , Monfieur ,
qu'après le ciel , vous êtes mon feul confident.
❤
Mon nom eft Maurice Formofe ; je fuis
né à Zamore , dans le Royaume de Léon ;
fils unique , privé d'un père qui me laiffait
DE FRANCE. 19.
des biens confidérables , & livré à moi- ,
même dans l'âge où la plus orageufe des .
paffions commence à menacer , je voyageais
avec l'inquiétude d'un coeur qui,
n'aime rien encore , mais qui fent le be-.
foin d'aimer , lorfqu'à Séville , dans l'un
de ces Spectacles où , voltigeant autour
d'un taureau furieux , la jeuneffe Efpagnole
fait gloire d'exercer & fon adrelle
& fon courage , je me trouvai placé au
deffous d'un groupe de femmes éblouiffantes
de parure , mais au milieu defquelles
une jeune perfonne , avec moins,
d'ornemens , les effaçait comme l'aurore .
efface les étoiles. Je la vis , je ne vis
plus qu'elle ; & l'un de fes regards abaiffés
fur mes yeux , ayant percé jufqu'à
mon ame , acheva d'y allumer ce feu qui
ne devait s'éteindre qu'à mon dernier fou-,
pir. Il fallut cependant diffimpler mon
trouble , & fixer à regret ma vue fur le
fpectacle du combat.
Bientôt , après quelques préludes qui
n'avaient fait qu'éguillonner la fougue da
taureau , parut dans l'enceinte un jeune
homme , qui , l'attaquant avec audace ,
le bleffa de fes javelots , & l'irrita au
point que l'animal bondiffant de furie
venait à lui rête baiffée. Il l'évita ; mais
de l'élan qu'il avait pris pour lui échapper,
il fut renverfé fur l'arene. Froiffé
du coup , il allait être foulé fous les pieds
>
20 MERCURE
du taureau. Au même inftant , un cri
s'éleve avec ces mots : Ah ! men frere ! mon
frere ! C'eft elle- même qui l'a pouffé , ce
cri déchirant pour men ame. Je me tourne
& je vois fes mains , fes yeux levés au
Ciel , & l'effroi peint fur fon vifage. M'élancer
, franchir la barriere , & l'épée à
la main , m'expofer à toute la fougue du
taureau , ffuutt peur moi le temps d'un
éclair. Je le provoque , je l'attire , & je
donne au jeune homme le temps de s'éloigner.
D'autres combattans me fuccedent
; & n'étant ni armé , ni vêtu pour
entrer en lice , je vais fur l'Amphithéâtre
me temettre à ma place .
Les Spectateurs me furent gré d'un
mouvement involontaire ; mais j'en reçus
dans l'inftant même un prix bien plus tou
chant pour moi que tous leurs applaudiffemens.
Cette aimable foeur du jeune
homme que j'avais fecouru , s'incline , &
d'un air , d'une voix , d'un regard qui
m'aurait payé de la plus pénible victoire ,
elle daigne me rendre graces. Ah ! tour
mon fang , lui dis- je , verfé pour vous ,
Madame , ne mériterait pas cet excès de
bonté.
Le lendemain matin , fon frere , Don
Léonce de Vélamare , à peine remis de
fa chute , vint me voir , & me dit , de la
part du Marquis fon pere , qu'il défirait
de m'embraffer. Je ne rappelle ces détails
DE FRANCE. 21
que pour vous faire voir par quel fentier
gliffant je fuis defcendu dans l'abîme .
Je me rendis à cette invitation , avec
un tremblement de joie que vous concevez
mieux que je ne puis vous l'exprimer.
La famille était affemblée , & Valérie
, qui n'avait plus de mere , y parut
au milieu des femmes de fon fang. Tous ,
les yeux attachés fur moi , femblaient jouir
de ma préfence ; toutes les voix me béniffaient.
Valérie elle feule , les yeux
baillés & le vifage couvert d'une vive
rougeur , gardait un filence modeſte ; mais
fon fein , fous le voile , s'élevait , s'abaiffait
d'un mouvement qui décelait affez
l'agitation de fon coeur. Hélas ! l'infortunée
avait , ainfi que moi , reçu le coup
fatal qui nous a perdus tous les deux.
Son pere , Alphonce de Vélamare , homme
brave & fuperbe , me parut moins
touché du falut de fon fils unique , qu'il
appelait un étourdi , que du courage avec
lequel , fans autres armes que mon épée ,
j'étais allé à fon fecours. Il me demanda
fi c'était la premiere fois que j'étais entré
dans l'arene ; & comme je lui répondis
que c'était là mon coup d'effai , il
me donna fiérement l'accolade , comme à
un brave & digne Chevalier. Ce fut cette
formule d'accolade chevalerefque qui , en
exaltant nos efprits , fut la caufe de nos
malheurs, Ahmon ami ! vous allez voir
22 MERCURE
comme une paffion naiffante fe failit des
idées qui peuvent lui fervir d'excufe ou
d'aliment.
Dès ce jour , il me fut permis d'aller
de temps en temps rendre des devoirs au
Marquis. J'efpérais inutilement , mais j'efpérais
toujours de trouver près de lui fa
fille ; & en attendant je cultivais l'amitié
du jeune Léonce ; car il me parlait
de fa foeur , & mon unique foulagement
au déplaifir de ne pas la voir , 'était d'entendre
parler d'elle. Il fe plaitait à la louer
fans ménagement , fans réferve , fans fe
douter , hélas ! du mal qu'il me faifait.
Tantôt c'était la beauté de fon ame , fon
intéreffante candeur , fon naturel fenfible
& tendre , fon aimable ingénuité ; tantôt
c'était la grace familiere qui ſe mêlait
négligemment à tous les charmes de fa
figure. Alors ceux de ces charmes que
l'innocente fécurité d'une jeune four laiffe
entrevoir aux yeux d'un frere , m'étaient
peints comme à demi- nuds ; & dans ce
miroir fi dangereux pour mon imagination
brûlante , je la voyais des yeux pénétrans
de l'amour.
J'avouai à fon frere qu'il lui devait la
vie , & que le cri perçant qu'elle avait
fait entendre , en le voyant étendu fur
l'arene , m'avait fait , fans réflexions ,
m'élancer pour le fecourir. Il me répondit
fa foeur s'en était apperçue , & qu'elle дие
DE FRANCE.
23
ne lui parlait de moi qu'en m'appelant
fen Chevalier. Son Chevalier , lui dis - je ,
ferait bien glorieux fi elle daignait lui permettre
de porter fes couleurs ! Vraiment ,
c'est bien le moins qu'elle vous doive , me
dit- il , & je ne doute pas qu'elle n'en foit
flariée.
Il lui rendit notre entretien ; & dans
cette faveur , dont elle ne fentait ni le
prix ni la conféquence , elle ne vit que le
fimple gage de la reconnaiffance qu'elle
croyait devoir au liberateur de fon frere.
Je reçus donc , par les mains de Léonce ,
trcis rubans , l'un de couleur fauve , l'autre
ponceau , & l'autre azur. Le premier
lui dit- elle , eft de la couleur du taureau
dont il vous a fauvé , le fecond exprime
le feu de courage qui l'animait ; l'autre ,
azuré comme le ciel lerfqu'il eft fans
nuage , exprime les voeux que je fais pour
que mon Chevalier n'ait que des jours
fereins.,. Sereins , grand Dieu ! ah ! ce fatal
préfent les aurait troublés pour la vie.
L'émotion avec laquelle je le reçus fe
modéra fi bien , que mon jeune ami n'y
put voir qu'un amour - propre fenfiblement
flatté de cette faveur innocente. Cependant
j'ofai fouhaiter qu'à mes couleurs
elle eût ajouté ma devife. Vous n'y
entendez rien , me dit-il : ce fut toujours
au Chevalier lui-même de choifir fa devife
, & à la Dame de l'agréer . Vous lui
24
MERCURE
en offrirez donc l'hommage , répliquai- je
& parmi les devifes que je propoferai
vous lui donnerez à choifir ? Je lui en
remis trois écrites de ma main.
Pour un moment toute ma vie.
Tout pour la gloire & pour l'amour.
Loyauté , amour, & conftance.
Mon imprudent ami fe fit un jèu de
ma chevalerie ; & fa foeur , encore plus
mïve , trouva tout naturel de choisir ma
devife , puifque j'avais pris fes couleurs.
Hélas ! à fon infçu peut - être , fon coeur
en décida le choix ; & avec la même
innocence , gardant les trois devifes écrites
de ma main , elle me renvoya , écrite
de la fienne , celle qu'elle avait préférée.
Loyauté , amour , & confiance.
Vous la voyez cette devife , me dir
Formofe , en dépouillant fon bras , yous
la voyez tracée fur ce tiffu de fes cheveux ;
& le billet où l'écrivit fa main eft enfermé
fous cette agate , qui fert d'agraphe
au bracelet . J'y conferve un écrit
plus précieux encore ; c'est tout ce qui
me refte d'elle je l'emporterai dans le
tombeau .
Je fus ravi de ce premier fuccès , continua
le Solitaire ; mais mon raviflement
eut l'air d'une folie , dont mon ami ne
fit encore que s'amufer. Me voilà Chevalier
.
DE FRANCE. 23
fier , lui dis - je , il n'y manque plus que
l'armure , & je l'aurai . Mais dans quelle
fête héroïque , dans quel tournoi ma jeune
Dame me verra-t-elle armé de pied en cap ,
monté fur un beau palefroi , le corps ceint
d'une écharpe , & le cafque ombragé d'un
panache de fes couleurs ; un taureau d'or
fur ma cuiraffe , & fur mon écu , ces trois
mots qui font gravés à jamais dans mon
cour: Loyauté , amour, & conftance ?
C'eft dommage , me répondit Léonce ,
toujours en badinant , que les tournois ne
foient plus de mode ; le temps en reviendra
peut-être. En attendant , tout ce que je
puis faire pour notre nouvel Amadis , c'eft
de lui procurer la gloire de caracoler avec
moi , le long des murs du jardin de mon
pere , fous les fenêtres d'un pavillon où
quelquefois fon Oriane vient prendre l'air
après le coucher du foleil .
Ni lui , ni moi , ni elle- même , nous ne
vines pour elle , dans cette cavalcade
qu'un fimple amufement ; mais pour moi ,
le plaifir de paffer fous fes yeux , paré de
fes couleurs , était d'un prix inestimable ;
& mon ami eut encore l'imprudence de
lui dire avec quelle ardeur j'en avais preflé
le moment.
Rien de plus plaifant , lui dit-il , en lui
parlant de ma folie. Je crois qu'il va courir
le monde pour chercher à rompre des
lances à la gloire de ta beauté . Son ar-
Nº. 27. 2 Juillet 1791 .
B
26 MERCURE
mure n'eft pas finie , le taureau d'or &
Fa devife ne font pas encore cifelés ; mais
demain au foir , fi tu veux , tu le verras
en équipage chevalerefque , faire avec moi
des courfes devant ton pavillon . Elle accepta
d'un air riant cette dangereuſe entrevue
, à condition cependant que je net
ferais pas inftruit de fa préfence , & que
1s jaloufies du pavillon feraient fermées :
rempart faible & fragile que fe réſervait
fa pudeur.
Monfieur , reprit Formofe , comme en
s'interrompant , dans aucun pays de l'Europe
, les femmes n'ont plus de fierté ,
plus de dignité qu'en Efpagne ; mais
penfez au foleil brûlant qui luit fur elles
comme fur nous ; penfez à la gêne irrirente
cù leur jeune ile eft retenue ; fongez
de plus que , devant un pere violent ,
févere , inflexible , & dont le feul regard
faifait baiffer les yeux à fes enfans , Valérie
, toujours tremblante , goûtait pour la
premiere fois le plaifir de foumettre un
coeur dont elle avait admiré le courage , & ›
d'exercer fur lui l'empire de l'amour & de la
beauté ; enfin , cenfidérez cette fimplicité
naturelle à fon âge , qui , de fon eftime pour
moi , écartait toute défiance , & juſqu'aa
foupçon du dauger ; vous lai pardonnerez
d'avoir été fenfible & trop fenfible à mon
amour.
Nous voilà donc , Léonce & moi ,
montés fur les plus beaux chevaux qu'eût
DE FRANCE. Ly
vu naître l'Andaloufie ; lui en écharpe &
en plumet blanc , & mei tout brillant des
couleurs de mon aimable fouveraine , paffant
& repaffant vingt fois fous les murs
de fon pavillon. Je favais qu'elle était pré-
Lente ; j'ofai défirer davantage ; & attristé
de voir que mes regards follicitaient en
vain les jaloufies de s'ouvrir : Léonce , disje
, en foupirant, le temps n'eft plus où la
Dame la plus févere honorait au moins
d'un regard le Chevalier qui faifait gloire
de fe vouer à fon fervice , on dédaigne
aujourd'hui l'hommage de fa foi.
Ce reproche bleffa le coeur de Valérie , &
malgré fa réfolution , elle ouvrit la grille
& parut. Chevalier , me dit- elle d'un air
noble & modefte , pourquoi nous croyezvous
injuftes ? Er pourquoi prenez - vous
une timidité naturelle à mon âge , pour
un oubli de ves bienfaits . Serais-je allez
dénaturée pour n'avoir pas du plaifir à
voir celui à qui je dois la vie de mon
frere ? Eft - ce donc par mépris ou par
ingratitude que je vous ai permis de porter
mes couleurs ?
Ah ! Madame , lai dis-je , en m'avançant
fous la fenêtre du pavillon , pardonnez
un moment de douleur & d'impatience
, & n'humiliez pas celui qui a fi
peu fait pour vous encore en lui parlant
de fes bienfaits. Vous me voyez tout éclatant
des marques d'une eftime qu'au prix
B *
26 MERCURE
de tout mon fang j'aurais vosfu payer.
Ajoutez à tant de faveurs celle de recevoir
l'hommage d'une vie qui ne ferait plus rien
pour votre Chevalier , fi vous n'aviez pas
la bonté de vouloir qu'elle fût à vous.
Eh bien , ma foeur , s'écriait Léonce ,
en fe moquant de moi , t'ai -je dit que tu
avais la gloire de reffufciter Amadis ?
Bon jeune homme , à quoi penfais - tu ?
qu'avais tu fait ? & dans quel piége tu
nous attirais l'un & l'autre ?
-
Chevalier , me répondit-elle , en imitant
, avec une grace naïve , le langage de
l'ancien temps , les droits que vous avez
acquis à ma reconnaiffance & à mon eftime
, me font chers & facrés. J'accepte
votre hommage ; & je prendrai toujours
au bonheur du vaillant Don Maurice Formofe
, le même intérêt qu'à fa gloire .
A merveille , reprit Léonce ! on dirait
qu'elle fait par coeur le langage des vieux
Romans .
Après m'avoir répondu ces mots , d'une
voix dont le charme avait fait treffaillir
mon coeur , elle nous falua , & la jalouſie ,
en fe fermant , la fit difparaître à ma vue.
Cette fcene innocente , dont le frere &
la foeur ne s'étaient fait qu'un badinage ,
allait bientôt nous devenir funefte à tous
les trois . Infenfé celui qui badine avec un
fer brûlant ou des fleches empoisonnées !
Plus infenfé celui qui fe fait un jeu de
l'amour ! ( Par M. Marmontel. )
DE FRANCE. 20
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogriphe du Mercure précédent .
·
LE mot de la Charade eſt Drapeau; celui
de l'Enigme eft Bougie; celui du Logogriphe
eft Ménage , où l'on trouve Ame , Mage
Game , Age , Manége , Nage.
CHARADE
LE matin & le foir on tire mon premier ;
Au moulin , lorfqu'on veut , on trouve mon dernier ;
Au Concert , au Théatre , on entend mon entier..
( Par M. J. B. Calvet , de la Société
Littéraire du Collège de Reims. )
ÉNIGM E.
FILLE ILLE d'une Divinité ,
Le Deftin ne me fit que Reine ;
Mais d'un charmant Empire , aimable Souveraine ,
Ma couronne eft pour moi le prix de la beauté.
Le Zéphir amoureux agite le feuillage ,
La terre s'embellit au moment où je nais ,
Les oifeaux font entendre un plus touchant langage ,
Tout à l'envi célebre mes attrait .
B ;
30 MERCURE
Que ne puis-je du temps plutôt braver l'outrage !
Je vois par fes rigueurs mes appas fe fléttir :
Ah ! le dirai-je ? hélas ! je ne vis qu'une aurore ;
Les feux d'un Dieu m'ont fait éclore ,
Mais leur ardeur me fait mourir.
1
Plus d'un Amant me rend hommage ;
Si je ne vis qu'un jour , il eſt tout à l'amour ;
Le refpect fuit pourtant ma Cour ;
Jamais impunément l'imprudent ne m'outrage :
Mais quand le rendre Amant vient m'adreffer fes
voeux ,
Alors point de rigueurs , à lui je m'abandonne ;
Le fein de la Beauté devient alors mon Trône ,
J'embellis ce qu'il aime , il eft près d'être heureux.
( Par M. Rouvroy fils, d'Arras. )
LOGOGRIPHE.
JE fuis dans chaque Cuite un objet qu'on révere ,
Les Prêtres , les Rabbins font tous mon miniſterc .
Divifez mes neuf pieds , je vous donne une flcur ;
Le dernier châtiment qu'épreuve maint voleur ;
Cet emblême facré qui pate notre têteż
L'endroit où le vaiffeau ne craint plus la tempête ;
Ce que Clovis reçut des mains de Saint Remi ;
Ce qui fert au Sauvage attaquant l'ennemi ;
La chofe que C ..... nous montrera bien vite
Si nous faifons femblant d'aller à fa pourfuite,
( Par M. Calvet. )
DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MÉMOIRES fecrets fur les Regnes de
Louis XIV & Louis XV ; par feu M.
Duclos , de l'Académie Françaife , Hifzoriographe
de France , &c. 3. édition.
2 Volumes in - 8°. formant 1050 pages
imprimées fur caraclere de M. Didot jeune.
Prix , 9 liv. br. & 1 liv. francs par la
Pofte. A Paris , chez Buiffon , Imp-Lib.
rue Haute-feuille , Nº. 20.
CETTE troifieme édition atteſte le fucces
de ces Mémoires , & ce fuccès ne doit pas
furprendre. La Révolution , loin de nuire
à cet Ouvrage , femble lui attacher un intérêt
nouveau . Il eft écrit , finon dans les
principes qui ont prévalu , au moins dans
les idées de liberté qui ont préparé la victoire
de ces principes : Duclos mérite à cet
égard une place diftinguée parmi les Gens
de Lettres de la génération précédente . I
penfait & s'exprimait en homme libre :
B4
32
MERCURE
-
c'eft ce ton qui a fait , en partie , le fuccès
de fon Livre des Confidérations fur les
Mours. On le retrouve dans ces Mémoires .
Louis XIV , fon regne , fes Miniftres , fes
Courtifans y font jugés d'une maniere qui
eût femblé bien étrange , bien audacieufe,
fi ce morceau eût paru à l'époque où il
fut compofé. On eût, pour le moins , trouvé
qu'un Hiftoriographe prenait un peu trop
le ton d'un Hiftorien . Il y avait là de quoi
faire tort à fa place : Voltaire , qui l'avait
quitrée fans doute pour exercer plus librement
l'emploi d'Hiftorien , n'ufe point de
fes droits , dans fon Siecle de Louis XIV ,
auffi librement que Duclos dans fes Mémoires.
Il eft aifé de fentir les raifons de
cette différence. Voltaire voulait faire jouir
le Public d'un Ouvrage utile , & jouir luimême
de fa gloire,, fans compromettre fa
tranquillité. Duclos s'étant déterminé à ne
point imprimer fes Mémoires de fon vivant,
ne fe crut pas obligé à couvrir d'un voile,
encore moins à rendre refpectables les faibleffes
d'un grand Roi ; il le montre tel
qu'il eft , jouet de fes Miniftres & de ceux
qui l'approchaient ; aveuglé par fa feconde
femme , efclave de fon Confeffeur , croyant
vouloir & recevant d'autrui fa volonté
couvrant le Royaume de fes efpions , &
ignorant des faits publics & connus de tout
le monde.
On s'afflige , on gémit fur le fort des
DE FRANCE. 33
hommes , fur la fatalité qui préfide aux
chofes humaines , lorfqu'on jette les yeux
fur les trois portions du tableau que Duclos
préfente dans le premier Livre de fon
Ouvrage ; la Cour de France , celle d'Elpagne
, celle de Rome.
En France , un vieux Roi , accablé des
malheurs d'une guerre , effet d'une ambition
dont il devait prévoir les fuites ; idolâtré
de fa Cour , & haï de fon Peuple ,
élevé au rang des Saints parmi les monumens
de fes adulteres , fe croyant un Théodofe
, quand on verfait pour la Foi le fang
de fes fujets , & rendant fon ame à Dieu.
avec la confiance d'un parfait Chrétien ,
fur la parole d'un Prêtre barbare.
En Espagne , fon pétit - fils , Prince
faible & dévot , avec du courage & du bon
fens , renfermé dans fon palais , entre un
prie dieu , fa femme & fon Confeffeur ;
foumis , ainfi que fon époufe , à l'empire.
d'une vieille intrigante Françaife , la Princeffe
des Urfins , dont l'infolence ofa retarder
de plufieurs mois , pour une prétention
extravagante , la fignature de la
paix d'Utrecht , qui doit affermir fur le
Trône d'Efpagne le Monarque qu'elle affervit.
A Rome , un vieux Pontife , doux & humain
, inftrument des fureurs d'un Jéfuite
Français , & qui prétendant à l'honneur
B S
34
MERCURE
d'être un grand Larinifte , compoſe lur
même , quoiqu'un peu aidé de Jouvenci
l'Exorde d'une Bulle qu'il détefte , & condamne,
comme Pape, un Livre qu'il aimait,
dans lequel , difait-il , il s'édifiait fans ceffe
comme Chrétien. Il faut convenir qu'on a
quelque peine à voir le Monde ainfi gouverné.
Nous écartons une foule d'Anecdotes ,
la plupart piquantes , dont Duclos égaie
un peu le fond de ce tableau fi triſte
anais nous en rappellerons une qui montre
plaifamment fous quel afpect on avait
fait envifager la Religion à Louis XIV.
Le Duc d'Orléans , allant , en 1706 ,
commander l'armée d'Italie , voulut emmener
avec lui Angrand de Fontpertuis ,
homme de plaifir , & qui n'était pas dans
le fervice. Le Roi l'ayant fu , demanda
à fon neveu pourquoi il amenait avec luï
un Janfenifte ? Lui , Janfénifte dit le
Prince ? N'eft ce pas , reprit le Roi , le fils
de cette folle qui courait après Arnaud ?
Fignore , répondit le Prince , ce qu'était
la mere ; mais pour le fils , je ne fais
s'il croit en Dieu . On m'avait donc trompé,
dit ingénument le Roi , qui laiffa partic
Fontpertuis , puifqu'il n'était d'aucun danger
pour la Foi ? Tel était le Chriftianime
d'un Monarque , par lequel on farfait
perfécuter quinze cents mille de fes
fujets pour la gloire de Dieu.
3
DE FRANCE. 35
La partie de ces Mémoires la plus importante
, la plus foignée , c'eſt l'hiftoire
de la Régence. Des fix Livres qui compofent
les Mémoires de Duclos , elle en
acoupe quatre. C'eſt la plus complette que
nous ayons , & elle ne laiffe prefque rion
à défirer. Il a fallu tout le talent de Duclos
pour foutenir fi long- temps l'attention
du Lecteur dans cette fuite de folies ,
de délaftres , de brigandages , dans le récit
de ces querelles entre les Princes & les
légitimés , entre les légitimés & les Ducs
& Pairs, &c. C'est quelque chofe auffi d'avoir
fait fupporter la vue de tous ces fripons
fubalternes , que la faibleffe du Régent
& la fcélérateffe de Dubois produifirent
fur la fcène.
Un P. Laffiteau , depuis Evêque de Siteron,
émiffaire deDubois à Rome, payé pour
intriguer en fa faveur, & intrigant pour fon
propre compte , rappelé par Dubois , qui
lui donne un Evêché pour s'en déburraffer
, & allant pafler quarante jours chez
un Chirurgien , ce qui , felon Dubais ,
lui tenait lieu de Séminaire.
Un Abbé de Tencin , convaincu de faux
& de parjure à Paris , en pleine Audienas,
remplaçant Laffiteau à Rome , pour qu'u
n'y crût pas avoir perdu au change.
Un Abbé de Gamache , Auditeur de
Rote , qui rappelé à Paris , refule mst
36 MERCURE
d'obéir au Gouvernement , fe fait crain
dre de Dubois , mérite l'honneur d'en
tre acheté , & ferait devenu Cardinal fi
une mort prématurée n'y eut mis ordre.
>>
Un Abbé de la Fare , qui fubjugue
Dubois par une audace aftucieuſe , arrache
de lui , en faveur de l'Archevêquede
Reims , fon protecteur , la permiffion
de porter la Barette , obtenue de Rome
fans l'aveu du Régent. On déployait
dans ces intrigues , pour un Evêché
pour un Chapeau , des talens & des
reffources admirables : ce font des rufes
& des fubtilités dignes de Mafcarille
& de Sbrigani. Le Peuple s'en doutait ;
mais il ignorait les détails réservés
comme de raifon , à la bonne compagnie
, qui a eu tort de n'en pas garder
le fecret. On avouera que fi de certaines
dignités , de certains honneurs paraiffent
tombés confidérablement dans
l'opinion , c'eft un peu la faute de ceux
qui en ont fi mal- adroitement difpofé , &
qui les ont fi follement avilis.
Parmi le grand nombre de faits rapporrés
par Duclos , qui , fous le Régent ,
rendirent l'autorité ridicule , en voici un
moins connu & qui mérite de n'être
point oublié. Le Duc d'Orléans , pendant
les troubles du fyftême , avait exilé
, comme on fait le Parlement à
»
DE FRANCE. 37
-
Pontoife. Dès le foir , le Régent fit por--
ter au Procureur Général cent mille li-:
vres en argent , & autant en billets , pour
en aider ceux qui en auraient befoin. Le
premier Préfident eut une fomme encore
plus forte pour foutenir fa table
& tira , à diverfes reprifes , plus de cinq
cents mille livres du Régent ; de forte
que la féance de Pontoife devint une
vacance de plaifir. Le premier Préfident
tenait table ouverte. L'après - midi , tables,
de jeu dans fes appartemens , caleches
toutes prêtes pour ceux & celles qui préféraient
la promenade ; le foir , un fouper
fomptueux pour toutes les jolies femmes
& les hommes du bel air , qui , dans
cette belle faifon , venaient journellement,
de Paris , & y retournaient la nuit . Les
fêtes , les concerts fe fuccédaient perpétuellement
la route de Pontoife étair
aufli fréquentée que celle de Verfailles l'eft
aujourd'hui. Il n'eût peut être pas été
impoffible d'y amener le d'y amener le Régent. Ce
dernier trait eft un excellent coup de
pinceau . Duclos en a plufieurs de cette
eſpece . C'eſt ainfi , qu'à propos de l'Abbeffe
de Fontevrault , foeur de Madame
de Montefpan , qui paraiffait fréquemment
à Verfailles & qui venait montrer
fon voile & fa croix dans cette Cour
de volupté , il dit : Perfonne n'y trou
vait d'indécence , & l'on en aurait été.
و
-
38 MERCURE
édifié , fi le Roi l'eût voulu. Ce mot
ne paraîtra exagéré qu'à ceux qui ne connaillent
pas à fond l'efprit de ce temps.
Quelques - uns des Courtifans , pourfuit
Duclos , n'ofaient pas même juger intérieurement
leur Maître : ils refpectaient
en lui ce qu'ils fe feraient cru coupables
d'imiter femblables à certains Païens
que la pureté de leurs nræurs n'empêchait
pas d'adorer un Jupiter féducteur &
adultere.
Si quelque chofe pouvait paraître plus
étrange que ce trait de faibleffe du Régent
, ce ferait l'inconcevable aven que fait
de la fienne , Philippe V , dans une lettre
écrite à fa nouvelle époufe , la Princeſſe
de Parme. Il envoyait au devant d'elle
la Princeffe des Urfins . Il était réglé fecrétement
, entre les deux époux , que la
Reine , à la premiere entrevue cherchant
querelle à Madame des Urfins ,
la chafferait fur le champ de fa préfence;
mais , ajoutait le Roi , ne manquez point
votre coup d'abord ; car fi elle vous
voit feulenient deux heures , elle vous enchaînera
, & nous empêchera de coucher
enfemble , comme avec la feue Reine.
,
La faibleffe de ces deux Princes , le
Duc d'Orléans & le Roi d'Espagne ,
proches parens , mais d'un caractere
oppofé , fur la vraie caufe de taut
DE FRANCE. 39
'événemens bizarres , en France & en
Efpagne , foit dans l'intérieur des deux
Royaumes , foit dans les combinaiſons
de la politique extérieure. Ce fut cette
faibleffe qui enhardit & pouffa prefque
aux derniers excès l'imprudence des
Cardinaux Dubois & Alberoni. Il ferait
curieux , mais il ferait trop long de conter
les occafions où chacun d'eux trompa
fon Maître Maître , comme on trompe un
-vieillard dans les Comédies ; & quelquefois
ils fe jouaient de lui dans des
affaires auxquelles était attachée la deftinée
de l'Empire. Duclos prétend qu'une
de ces perfidies du Cardinal Alberoni
fit perdre à l'Efpagne l'occafion unique
de recouvrer Gibraltar. En ajoutant foi
au fond de fon récit , nous avons peine à
croire que le recouvrement de Gibraltar
eût été la fuite du fait qu'il raconte ;
le voici Le Régent , lié avec le Roi
d'Angleterre , George premier , avait dépêché
au Roi d'Espagne , un des anciens
Menins de Philippe V , un Gentilhomme
, nommé Louvile , qu'Alberoni empecha
de voir le Roi , par des moyens
qui font toujours au pouvoir d'un Miniftre.
Les mefures étaient fi bien prifes
, dit Duclos , que fi Louvile eût pa
voir le Roi d'Efpagne , il lui eût fait
aifément accepter & figner les conditions
pen importantes qu'exigeait le Rai Gear-
:
40 MERCURE
ge ; & celui - ci envoyait auffi-tôt au Roi
d'Espagne l'ordre pour le Gouverneur ,
de remettre la place. Un Corps de troupes
paraiffait à l'inftant pour en prendre
poffeffion , & Gibraltar eût été
au pouvoir des Efpagnols , avant que le
Parlement d'Angleterre en eût eu la premiere
nouvelle. Voilà un fait qui doit
paraître au moins douteux ; & s'il était
cru en Angleterre , la mémoire du Roi
George y ferait aufli déteftée que cellede
Charles II , qui vendit Dunkerque
aux Français. L'Hiftorien devait dire
où il avait pris cette indication . Une
dépêche du Miniftre Anglais ne ferait pas.
une preuve fuffifante , & laifferait encore
plus de place au foupçon d'une rufe diplomatique
, qu'à celui d'une pareille trahifon.
Comment imaginer que le Roi George
, chef d'une Maifon nouvellement établie
fur le Trône d'Angleterre , eût ofé
jouer ainfi fa Nation , avec bien plus de
rifques que n'en courait Alberoni , en
négligeant l'intérêt de l'Efpagne Il eft
bien plus probable qu'on n'avait pas deffein
de remettre vraiment Gibraltar à
Philippe V , & que le Cabinet de Londres
, par une de ces rufes miniſtérielles
fi communes , tenait en réferve quelque
moyen d'éluder fa promeffe..
Nous avons eu de fi fréquentes occa
fions , en rendant compte des Mémoires
DE FRANCE. 41
nous
de Richelieu , de paffer en revue les événernens
& les perſonnes les plus connues
à cette époque , que nous éprouvons
une forte de dégoût à revenir fur les
moeurs & fur les idées qu'elle préfente.
Nous étendons cette réflexion au miniftere
de M. le Duc , & aux premieres.
années du Cardinal de Fleuri , les feuls
dont Duclos ait écrit l'Hiftoire . Mais
croyons devoir recommander à
nos Lecteurs un morceau très - intéreflant
fur la Ruffie & fur le Czar Pierre ,
Capofe fur des Mémoires dont il ga-,
rantit l'authenticité. Ce morceau épifodique
trouve fa place fous le Miniftere
de M. le Duc , à l'occafion de l'embarras
où l'on fut de marier Louis XV après.
le renvoi de l'Infante. Catherine premiere ,
Impératrice de Ruffie , fit offrir pour
épcufe du jeune Roi fa feconde fille
la Princeffe Eliſabeth , qui régna depuis
en Ruffie : elle promettait pour récompenfe
à M. le Duc , le Trône de Pologne
, après la mort du Roi Augufte.
Il eft probable que cet arrangement ne
convint pas à la Marquife de Prie , Maîtreffe
de M. le Due ; il refufa la Princelle
pour le Roi , & la demanda pour
lui - même , dans l'efpérance plus sûre ,
difait - il , des fecours de l'Impératrice ,
quand elle les accorderait à fon gendre .
Quelque projet qu'on falle de ne plus
42 MERCURE
s'étonner , on eft toujours furpris malgré
foi de la maniere dont les Miniftres
traitent quelquefois leurs Maîtres ; les Rois
& les Peuples , c'eft tout un pour eux.
Tros Rutulus ve fuat.
Nous ignorons fi ces fix Livres des
Mémoires de Duclos compofent en effet
tout fon Ouvrage , & nous fommes portés
à croire que non. En effet , comment
n'aurait - il rien écrit fur les événemens.
qui fe paffaient fous fes yeux , au moment
où il était plus en état de juger les chofes
& les perfonnes ? On peut foupçonner
que vivant , il aura pu prendre des
arrangemens d'après lefquels il aurait marqué
deux époques différentes pour la publication
des deux moitiés de fon Ouvrage ;
en ce cas , celle- ci paraîtrait la premiere
par des raisons qu'il eft facile de deviner ;
l'autre , dans les idées que Duclos pouvait
avoir alors , plus delicate & plus épineufe ,
ne paraîtrait que beaucoup plus tard. Cette
conjecture deviendra plus vraisemblable ,
fi l'on fait attention à la maniere dont
il traite 1'Hiftoire de la guerre de 1756 ,
qui termine le fecond volume . Nous le
croyons détaché de cette feconde Partie ,
comme pouvant être livré au Public féparément.
L'Auteur femble y avoir eu pour eb
jet de juftifier, à certains égards , le traité
DE FRANCE:
43
#
de Vienne , ou plutôt M. de Bernis , que
l'on en crut l'Auteur , mais qui ne fit
que s'y prêter , dans des limites qui bientôt
fe trouverent franchies , & avec des
restrictions au delà defquelles on paffa
malgré les réclamations de M. de Bernis ,
qui donna fa démiffion. L'Auteur rappelle
l'ivreffe générale qu'excita la fignature
de ce traité ; ivreffe qui dura jufqu'aux
difgraces dont il ne pouvait être
la caufe. Ce ne fut pas ce traité qui fit naître
les cabales , les haines , les diffentions
entre les Miniftres , les Généraux , les fubalternes
, qui fit faire tant de mauvais
choix dans tous les genres ; & là - deffus
l'Hiftorien récapitule nos fottifes. Il les
compte ; le dénombrement ne tient que huit
pages : ce n'eft pas trop. Les adverſaires du
traité de Vienne pofent la queftion autrement
; ainsi , les raifons de Duclos reftent
fans force pour eux. Mais il eft inutile
d'entrer dans cette difcuffion , fur laquelle
l'opinion publique eft fixée.
( .C...... )
44 MERCURE
NOTICE S.
La petite Lutece devenue grande fille , Ouvrage
où l'on voit fes aventures & fes révolutions ,
depuis fon origine jufqu'au 14 Juillet 1790 ,
l'époque de fa majorité , & le jour du Pace fédératif.
2 Vol . in- 12 de 292 pages chacun . Prix ,
3 liv . 1 f. br . A Paris , chez Cuchet , Lib . rue
& hôtel Serpente.
Cet Ouvrage , qui nous eft échappé dans le
temps où il a paru , eft une espece d'Allégorie ,
puifqu'on y préfente la ville de Paris depuis fa
fondation , fous la figure d'une jeune fille . C'eft
un Recueil hiftorique des moeurs & des préjugés
des Parifiens depuis les temps les plus reculés.
Cette Allégorie & le ftyle dans lequel elle eft
écrite , ne font pas toujours de très bon goût ;
mais les vûes de l'Auteur font faines , très- patriotiques
, & fes recherches nous font connaître une
foule d'Anecdotes curieufes.
-
Projet de réforme fur l'exercice de la Médecine
en France , par M. Ant . Petit , Docteur - Régent
de la Faculté de Médecine de Paris , de l'Académie
des Sciences , & c. Brochure de 35 pages.
Prix , 12 f. A Paris , chez Croullebois & Baftien ,
Libraires , rue des Mathurins.
M. Petit s'eft occupé toute la vie d'être utile.
Aujourd'hui même qu'il fe repofe de fes longs
travaux , il fonge encore à éclairer fon Art de
fes confeils ; ils ne peuvent être reçus qu'avec
une profonde reconnaillance.
DE FRANCE. 45
Plan de Reftauration & de Libération , fondé
fur les principes de la Légiflation & de l'Economie
politique ; propofé aux Etats- Généraux , par
M. Defrefne Comparaifon du Plan de Libération
des Propriétaires & de celui des Capitaliftes .
Volume in- 8 ° . de 216 pages. A Paris , chez Debray
, Libr. au Palais-Royal , galeries de bois ,
No. 235.
La date de cet Ouvrage eft un peu vicille ,
puifqu'il eft de 1789 , avant la Révolution ; cependant
l'objet de cette Brochure eft d'un intérêt
général , & les principes de l'Auteur lui méritefont
toujours le fuffrage public .
Le Porte-feuille du Bonhomme , ou petit Dictionnaire
très- utile pour l'intelligence des affaires.
préfentes . Petite Brochure in- 16. A Paris , chez
Debray , Lib. au Palais- Royal , galeries de bois ,
No. 235.
C'eft une critique fouvent gaie , quelquefois
amere, toujours vive & hardie, de beaucoup d'objets
relatifs aux circonstances. Chacun , felon fon
goût , trouvera de quoi blâmer ou applaudir
l'Auteur.
Mémoire fur l'Inftruction & fur l'Education Nationale
, avec un Projet de Décret & de Réglement
conftitutionnel pour les jeunes gens réunis
dans les Ecoles publiques ; fuivi d'un Efai fur la
maniere de concilier la furveillance nationale
avec les droits d'un pere fur fes enfans , dans
l'éducation des héritiers préfomptifs de la Couronne
; par L. Bourdon ( de la Crofniere ), Avocat
, l'un des Electeurs de 1789. A Paris , chez
•
46
MERCURE
Cuffac , Imp-Lib. au Palais-Royal , Num . 7 & 8.
Prix , 1 liv. 10 f.
Ces nouvelles vûes fur l'Education publique
doivent être accueillies avec empreement dans
Pinftant où cet objet important eft fur le point
d'occuper l'Affemblée Nationalc .
Du fervice des Hôpitaux Militaires , rappelé
aux vrais principes ; par M. Cofte , 1er. Médecin
des Camps & Armées du Roi . Volume in- 8 °. de
338 pages. Priz, 3 liv . A Paris, chez Croullebois ,
Lib . rue des Mathurins - Sarbonne , N ° . 32 .
L'Auteur eft pins à portée qu'un autre de préfenter
des idées faines fur la nouvelle organifation
des Hôpitaux Militaires , qui ont below ,
comme tous les autres Etabliffemens de l'ancien
Régime , d'une entiere régénération . Il a donné
beaucoup d'étendue à l'objet qu'il traite , & a
difcuré cette matiere en homme qui la connaît à
fonds.
Mémoire fur les Maladies les plus familieres à
Rochefort , avec des Obfervations fur les Maladies
qui ont régné dans l'Armée Navale combinée
, pendant la campagne de 1779 ; par M. Lucadou
, Médecin de la Marine dans ce Département
& chargé des fonctions de 1er. Médecin
dans cette Armée . Brochure in- 8 ° . de 335 pages.
A Paris , chez Croullebois , Lib . rue des Mathurins
au coin de celle des Maçons . Prix ร 2 liv.
8 fous .
"
C'eft par des obfervations locales qu'on peut
parvenir , en Médecine , à des résultats généraux ;
il fuffit de comparer les circonftances & les rapDE
FRANCE.
47
ports que les différentes localités peuvent avoir
entre elles. D'après cette réflexion , l'utilité de
Ouvrage de M. Eucadou s'étend beaucoup plus
loin que le pays où il a recueilli fes obfervations.
Plan d'organisation générale de la force publique
dans l'intérieur du Royaume , communiqué aux
Comités Mili aire & de Conftitution , le 19 Mars
1791 , pour ê re préfenté à l'Affemblée Nationale
; par M. Charles Gaullard de Saadray , Commandant
en fecond de la Garde Nationale. A
Paris , chez Buiffon , Imp- Lib. rue Haute-feuille ,
N° . 20. Prix , 24 f. br . & 30 f. port franc par
la Pofte.
Ce qui fe paffe chaque jour nous fait fentir
vivement de que le importance il eft de bien organifer
la Garde Nationale : on ne faurait done
railembler trop de lumieres fut cet objet , & c'eit
fur tout ceux qui , comme M. de Saudray , fe
font diftingués dans cette carriere , qui peuvent
en parler convenablement.
-
Obfervations far l'efficacité du mélange d'éther
falfarique & d'haile volatile de tirésenthire ,
dans Is coliques hépatiques , produites par des
pierres biliaires ; par M. Durande , Médecin de
la ville de Dijon , ancien Profleur de Chimie
& de Botanique , Allocić -Regnicole de la Société
Royale de Médecine , & c . Brochure in - 8 ° . de
192 pages. A Paris , chez Croullebois , Lib . rue
des Mathurins , Nº. 32. Prix , 2 liv. 8 f.
L'expérience feule , affez long-temps répétée ,
peut faire juger de l'efficacité d'un Remede nouveau.
C'eft fur un grand nombre d'obfervations *
48
MERCURE
DE
FRANCE
.
que fe forde l'expérience ; celles de M. Durande
-paraiffent fe réunir en faveur du Remede qu'il
propofe on doit lui favoir gré de les publier..
Inftructions & Obfervations fur les Maladies
des Animaux domeftiques , avec les moyens de
les guérir , de les préferver , de les conferver en
fante , de les multiplier , de les élever avec avantage
, & de n'être point trompé dans leur achat
on y a joint l'analyfe raifonnée , hiftorique &
critique des Ouvrages vétérinaires anciens & modernes
, pour tenir lieu de tout ce qui eft écrit
fur cette Science : Ouvrage deftiné à faire fuite
à l'Almanach Vétérinaire , rédigé par une Société ,
mis en ordre , & publié par MM . Chabert Flandrin
& Huzard , année 1791. Volume in-8 ° . de
432 pages. A Paris , chez la veuve Vallat la Chapelle
, Libr. grand'falle du Palais .
Le nom des Auteurs & l'expérience qu'ils ont
été à portée d'acquérir à la tête de la première
E ole Vétérinaire du Royaume , rend leur Ouvrage
recommandable à tous égards.
A. V I S.
Le VIe, Volume de la Bibliotheque des Villages ,
retardé par des circonflances particulieres , paraitra
vers le 15 de ce mois ; & les quatre
feront publiés de 15 en 15 jours.
EPIGRAM PIGRAMME.
fuivans
TABLE.
3 Mémoires.
29 Notices.
44
Les Solitaires de Murcie. 6.
Charade , En. Log .
MERCURE
HISTORIQUE
É T
POLITIQ U E.
POLOGNE.
De Varfovie , le 11. Juin 1791 .
OTRE Révolution s'eft effectuée avec
paix & contentement public , parce qu'au
lieu d'affoiblir les pouvoirs politiques, eile
leur a donné d'abord du nerf pour affurer
le maintien & l'exécution des nouvelles
loix. Cependant on ne croit pas que ces nouvelles
loix reftent abfolument teles qu'elles
ont d'abord été décrétées;plufieurs appellent
des changemens effentiels , & d'autres que!-
ques développemens qui en rendent l'exécution
plus facile & plus affurée. De ce
nombre eft la loi qui accorde au Prince le
droit de grace ; on y a apporté quelques
modifications , non point pour en altérer
le fond , mais pour en déterminer
No. 27. 2 Juillet 1791. A
( 2 )
l'ufage , de façon à ce qu'elle ne devienne
point un moyen de tendie vaine la refponfabilité
ministérielle. C'eft ainfi que l'efprit
de
gouvernement procède , non point en
détruifant ce qui eft bon , par la vue de
quelque danger qui y feroit attaché , mais
en prévenant , par une règle particulière ,
les écarts de la loi générale. Une Commiffion
de révision eft chargée de préfenter à
la Diète les divers changemens qui peu-.
vent être jugés néceffaires aux articles décrétés
, & ce travail eſt déja fort avancé .
Celui qui fixe l'époque & le régime
des Diètes cónftituantes a été terminé
dans la féance du 28 Mai . Elles s'affenbleront
tous les 25 ans , & apporteront à
la Conftitution les changemens que les be
foins publics & le laps de temps auront
rendus néceffaires . Toutes les formes qui
doivent être obfervées dans la convocation ,
le travail & la clôture de ces Diètes ont
été prefcrites par la loi qui les concerne' ;
elles forment neuf articles que nous ferons
connoître avec détail dans un autre moment.
On s'étonne que la Cour de Drefdé
n'ait point encore fait connoître fa façon
de penfer fur les affaires de Pologne , dune
manière cathégorique. On croit affez gé
néralement que l'Electeur ne veut rien promettre
fans avoir confulté les Etats de fon
Electorat ; peut - être , ainfi que quelques
( 3 )
perfonnes le penfent , voudroit - il obtenir ,
dans le travail de révifion , quelque changeinent
à l'article de fucceflion relative à
fa fille ; on affure que la forme établie à cet
égard ne lui plaît point.
Si l'on en croit quelques lettres de Conftantinople
, en date du 30 Avril , les forces
maritimes des Turcs font montées für un
pied refpectable. La flotte deftinée pour la
mer Noire doit être compofée de dix- huit
vaiffeaux de ligne , trente fregates , & plus
de cinquante autres petits bâtimens. Indé- '
pendamment de ces forces , la Porte a encore
, fuivant les mêmes lettres , dix vaiffeaux
dans l'Archipel , dont elle peut fe
fervir pour affurer fes poffeffions dans ces
parages , & fe défendre contre les attaques
qu'on pourroit tenter de ce côté,
-
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 18 Juin .
Un nouvel incident vient de jetter quel
qu'incertitude fur le retour prochain de la
paix. Le Grand- Vifir , que les dernières victoires
des Ruffes n'ont point abattu , s'eft
mis en mouvement de Siliftrie pour pér
nétrer dans la Valachie , & attaquer fon
ennemi après avoir paffé le Danube fur usa
pont de bateaux. On ne dit point que le
A 2
( 4 }
paffage fe foit effectué , mais l'on fait que
le Général Rufle Mitrowski , inftruit de cette
démarche , a fait avancer plufieurs pièces
d'artillerie , & un corps fuffifant de troupes
pour en empêcher l'exécution .
Cette conduite inopinée de la part du
Grand-Vifir a produit l'effet qu'on devot
en attendre au congrès de Siftowe ; on l'a
regardé comme une preuve de l'éloignement
du Ministère Ottoman pour les bafes
propofées dans les conférences ; auffi le
Baron de Herbert a - t - il déclaré aux Plénipotentiaires
refpectifs , qu'il regardera les
négociations comme ronpues , fitôt qu'il
apprendra que le paffage du Danube aura
eu lieu.
Au reste , rien de nouveau dans les conférences
; elles traînent toujours , & l'on
croit voir dans cette lenteur le defir de
connoître , avant de rien arrêter , la tournure
que prendront les négociations entre
la Porte & la Ruffie.
Le 25 Mai , cependant , les Miniftres Ottomans
ont répondu aux articles propofés
le 19 par le Miniftre de l'Empereur ; ils
font convenus que d'après le traité de Belgrade
, qui a pofé pour limite , entre les
provinces Autrichiennes & Turques , la:
petite rivière de Czerna , la fortereffe d'Orfowadevoit
fairepartie de la Valachie; mais
ils ont en même-temps infifté fur la renon(
5 )
ciation , de la part de l'Empereur , à toutes
prétentions ultérieures , ajoutant que c'é
toit - là une des conditions de la ceffion que
la Porte Ottomane a faite de la Buckowine
à la Maifon d'Autriche.
Ils ont encore demandé qu'en cas que
les limites fuffent déterminées d'après le
traité de Belgrade , on ne pût établir de
part ni d'autre aucune fortereffe fur les
frontières refpectives ; toute difpofition
contraire leur paroiffoit oppofée à la lettre
comme à l'efprit des traités fubfiftans entre
les deux Nations ; enfin ils n'ont rien voulu
entendre aux autres propofitions qui leur
ont été faites & paroiffent attendre des
évènemens , la règle des conceffions qu'ils
auront à faire pour donner une activité
réelle aux négociations .
De Francfort-fur-le-Mein , le 25 Juin 1791 .
Deux grands objets fixent aujourd'hui
l'attention des principales Nations de l'Europe
; la guerre du Nord & les réfolutions
que prendra l'Empire Germanique pour
le maintien de fes droits & la protection
d'une grande partie de fes membres , qui
réclament contre les décrets fpoliatifs de
l'Affemblée nationale de France.
Il eft peut-être plus d'un rapport entre
l'activité des moyens que la politique exigera
de prendre à l'égard de l'un & de
A 3
( 6 )
T'autre , & l'on ne doit point douter que
l'Europe ne voie dans la &n de la guerre
du Nord un acheminement de plus à la
paix intérieure & au maintien des droits
refpectifs des Etats de l'Empire.
Auffi les négociations de Siftowe , où
Fon traite du premier de ces cbjets ne
ceffent- elles de s'attirer une attention inquiète
de la part de toutes les puiflances
intéreffées à leurs fuccès, malgré la lenteur ,
peut-être motivée , avec laquelle elles marchent.
Les difficultés naiffent principalement
de l'interprétation du ſtatus quo qui fait la
bafe de la convention de Reichenbach ,
& auquel on veut donner une extenfion
qui paroît exorbitante.
En attendant du temps & des évènemens
ultérieurs , les modifications que le
defir de la paix pourra apporter aux propofitions
refpectives , les délibérations de la
Diète de Ratisbonne fe foutiennent , & l'empire
parcît moins embarraflé des moyens
de faire re peer fes droits , que des formes
légales qu'il convient d'apporter pour
affuter l'étendue & la validité de ceux qui
font réclam és. /
Le nombre des Princes qui ont à fe
plaindre vient de s'accroître encore ; le
Prince de Montbarrey s'y eft réuni . Il a
fait préfenter à la Diète de Ratisbonne
par le Miniftre Comitial de la Ville libré
& impériale de Cologne , un mémoire ap(
7 )
puyé d'une confultation de l'Univerfité de
Heidelberg , dans lequel , en qualité de
Grand- Bailli d'Haguenau & d'Avoyé des
dix Villes jadis libres & impériales d'Alface
, il réclame la protection de l'Empire
pour la confervation de fes droits.
Malgré les dernières tentatives des Turcs
pour pafler le Danube & les difpofitions
du Général Mitrowski pour les en empêcher
, malgré la menace que l'on affure
qu'a faite le Baron de Herbert de quitter
le Congrès fi ce paffage s'effectuoit , l'on
apprend de Berlin que les efpérances de
la paix s'y foutiennent , on la regarde même
comme peu éloignée. Les contre - ordres
donnés pour le voyage du Roi qui devoit
fe rendre en Pruffe , & le peu de fuite qu'on
donne aux difpofitions hoftiles , achèvent de
confirmer dans cette opinion les perfonnes
qui penfert que , fans l'apperçu d'une
conciliation prochaine , les préparatifs
commencés par la Cour de Berlin n'auroient
point été ralentis & le voyage du Roi
fufpendu .
On croit même voir qu'un intérêt d'un
autre genre que la guerre de Ruffie occupe
la Prufle en ce moment. Le voyage
de M.Bifchofvoerder, Colonel au fervice de
Pruffe , qui fe rend auprès de l'Empereur
chargé d'une million importante , précifément
après que Milord Elgin a par ordre de
fa Cour été trouver le même Prince à Flo-
A 4
( 8 )
rence pour une négociation fecrette , fait
penfer que des rapports étendus occupent
les Cabinets de Londres , Vienne & Berlin ,
& que peut-être la guerre du Nord n'eft
point l'objet principal de leurs correfpondances
actuelles.
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 21 Juin.
L'on a reçu , dans la nuit du 18 au 19 ,
la nouvelle de Portfmouth que le vent
étant tombé au fud- eft , la première divifion
de la flotte , fous le commandement
de l'Amiral Hotham avoit fait voile , &
qu'au départ du Courier les navires qui
la compofent étoient déja hors de vue ,
l'on croyoit affez généralement que fi le
vent continuoit d'être bon , le Lord Hood
ne manqueroit point de fuivre la première
divifion avec le refte de la flotte , il n'étoit
cependant point encore parti de Spithéad
le 19 matin , comme on le fut enfuite d'un
Courier arrivé à l'Amirauté , & qui y avoit
apporté des lettres de cet Amiral.
( 9.)
FRANCE.
De Paris , le 22 Juin .
ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du Dimanche , 19 Juin.
Pour éviter tout mal- entendu , M. Treilhard
a propofé de décréter que les accufateurs publics
feront tenus de poursuivre tous ceux des anciens
fonctionnaires publics eccléfiaftiques qui , depuis
leur ren placement , auroient continué ou conti
nueroient les mêmes fonctions , & de requérir
contre eux l'exécution du décret du 27 novembre
dernier.
MM. de la Chefe & de Virieu ont voulu
fire quelques objections , M. d'André leur a
répo du qu'on avoit diftingué les fonctions fimplement
eccléfiaftiques des fonctions publiques .
« Je demande que les eccléfiaftiques fonctionnaires
pubics qui ont rétracté ou qui rétractefont
leur ferment , foient privés de tout traitement
& de toute penfion accordés par les précé
dens décrets , a dit M. Bouffion . M. de Marinais
fouhaite it que ceux qui ont prêté le ferment avec
des reftrictions do t les municipalités n'auroient
pas fait me tion , cuffent le même traitement que
les eccléfiaftiques non-affermentés . Les propofitions
de MM. Trilhard & Bouffion ont été
décrétées .
M. Camus a rendu compte à l'Aſſemblée des
miffions d' fignats & de leur emploi. En afgnats,
d'abord 400 millions , puis soo millions,
A_S
( 10 )
*
& en coupons annexés aux affignats de la première
création , 1,656,468 liv.3 total , 1 milliard
201,656,468 liv.
Dépenfe , 1. jufqu'au dernier mai 1791 ,
échange de billets de la caiffe d'efcompte ,
348,433,800 liv . ; verfemens au tréfor public
409,438,403 liv. ; liquidations & remborrfemens ,
295,332,304 liv . ; intérêts avancés dont il fera
tenn compte par le trésor public , 2,900,216 l .;
Coupons rembourfés , 4,610,479 liv .
2º. Dépente pour la liquidation , du premier
juin au 17 juin , 61 millions , 15042 livres ; à
verfer au tréfor public pour ce mois de juin ,
8,451,436 livres ( en tout pour ce mois , 89
millions , 466,478 liv . )
› Total de la dépenfe ( on néglige les fous )
1 milliard , 150 millions 181 mille , 771 livres .
Refte SI millions 474 mille 696 livres.
.
N. B. I reftoit à échanger de billets de la
caiffe d'efcompte , ( au 1 mai 1791 ) 51,566,200
livres.
Paffant aux domaines nationaux , M. Camus
a expofé deux manières de les évaluer par approximation
; l'une eft de M. Amelot , l'autre
eft du comité d'aliénation .
Suivant la première , de 43,915 municipalités
que contient aujourd'hui la France , 17001 feulement
ont déclaré les biens nationaux fitués
dans leur territoire , dont l'enſemble monte à
37.798,850 liv . C'eft pour les 43,915 municipalités
, 97,637,58 % liv . qui , au denier vingt ,
forment un capital de deux milliards 440 millions
939,525 liv.
Suivant la feconde , des 544 di ricts du
royaume , 314 ont envoyé des états de leurs
biens nationaux montant à 1,415,440,287 liv . ¿
( 11 )
c'eft pour les 544 districts , un capital de deux
milliards 462 millions , 227,758 liv . Les deux
calculs donnent également deux milliards 400
millions & plus , de biens ra ionaux vendus ou
à vendre .
M. Camus a conclu en propofant une fabrication
de 600 millions en affignats de 500 , 100 ,
90 , 80 , 70 , 60 & 50 livres ; de n'en émettre
à préfent que pour 160 millions en remplace-.
ment des affignats rentrés & brûlés , & ainfi à
mefure qu'on en brûlera , pour qu'il n'y en ait
jamais plus que 1200 millions en circulation .
Tous les articles de ce décret ont été fucceffi
yement adoptés .
Сс
Au nom du comité diplomatique , M. d'André
a préfenté un projet de loi poitant que Tindemnité
annoncée par le décret du 28 octobre
1790 , en faveur des princes d'Allemagne pour
leurs poffeffions dans les départemens du Haut
& Bas- Rhin , s'étendra également aux lieux poffédés
dans les autres départemens du Royaume»
& que l'intentieu de l'Affemblée a été « de comprendre
dans ladite indemnité leur non- jouiffance
des droits fupprimés fans indemnité , à partir
de l'époque de leur fuppreffion jufqu'à celle du
remboursement effectué . »
сс
c
« Il eft, temps , a dit M. Rewbell, que nous
fachions où en font les négociations ouvertes
avec les princes d'Allemagne poffeffionnés en
Alface: Je penfe que l'Affemblée pourroit ordonner
au comité diplomatique de fixer un terme ,
paffe lequel les princes qui n'accepteroient pas ...
Des murmures ayant interrompu l'orateur , il a
repris en dilant « Il eft bon que quelqu'un
:
པ བསམ་
dans cette tribune ait le courage de faire, favole
( 12 )
aux princes Allemands qu'à la fin notre patience
fe laffera . »
Après de légers débats , le projet de M. d'André
eft pallé en décret ,
Du lundi , 20 juin.
Reverant fur le décret de famedi , relatif à M.
le cardinal de la Rochefoucault , M. Bouche a fouhaité
que le procès- verbal fit mention que M. de
La Rochefoucauis n'avoit point connoifiance de
l'installation des nouveaux évêques de Rouen &
de Verfailles , afin de juftifier , difoit - il , l'Af
femblée d'avoir cédé plutôt à des confidérations
perfonnelles qu'à la loi qui doit frapper tous ceux
qui l'ont violée . M, Freithard a fait de l'obfervation
de M. Bouche ce qu'on a nommé le confidérant , le
motif du décret ; & fur fa demande , l'Aſſemblée a
ajouté les mots , & leur inftallation , aux mots , leur
remplacement , dans le décret de la veille concernant
les fonctionnaires publics ,
+
Les citoyens de Paris formant l'affemblée primaire
de la fection des Gobelins , ont demandé ,
par une adreffe , au corps législatif, la révocation
des conditions pécuniaires que les loix conftitutionelles
mettent au droit d'éligibilité . M , ď’André
a obtenu le renvoi de cette pétition au comité
de conftitution ,
Un décret a accordé 6000 liv. de gratification
an heur Gafpard , inventeur de piſtons propres
aux pompes de vaiffeaux. Un autre décret a ſtatué
que les avances faites ou à faire au tréfor public
par la caille de l'extraordinaire , pour le quartier
de janvier , ne feront que de 67 millions , quoique
d'après les apperçus du directeur du tréfor on
cût décrété le verſement de & millions de plus,
( 13 )
M. de Cernon a fait adopter quelques difpof
tions fur le timbre , le numérotage & le compte
des affignats , la deftination de l'emplacement de
la bibliothèque des Auguſtins de la place des Victoires
à ces travaux , & le traitement des numéroteurs
, infpecteurs , timbieurs & compteurs.
Sur la propofition de M. Rouffillon , l'Affemblée
a fucceffivement décrété vingt- cinq articles
qui ont pour but d'opérer l'exécution du décret
contenant le tarif des droits que doivent fayer les
marchandifes provenant du commerce qu'un décret
a rendu libre , pour tous les François , audelà
du cap de Bonne- Efpérance .
Après l'ajournement d'un projet de décret de
M. Milet fur les moyens de fabriquer des fous
& des demi - fous avec le métal des cloches , on
alu une lettre de M. le curé de Saint - Germain-
F'Auxerrois ; & l'Aſſemblée a décidé , à l'unanimité
du côté gauche , les membres du côté doit
ne donnant point de voix , que le corps lég f
tif affiftera , jeudi prochain , à la proceffion de
la fère-Dieu,
M, de Talleyrand , ancien évêque d'Autun ,
a développé la théorie du charge , expliqué notre
fituation monétaire , par les grandes quantités de
grains que le gouvernement a été obligé de tirer
du dehors en 1788 & 1789. A cette caufe , il
a joint tous les embarras des finances , le papier
aflocié aux forious des monnoies , fa quite
ment fubit des rentes , les ren bourfenens arriérés
, l'exportation des émigrans , la différence
qui s'étab' i entre los ffigeats & largest devenu
marchandife , les placemens fur l'étranger en
papier de banque , l'interruption du commerce
actif , l'acht des matières , & la rareté prog ef
five du numérake`´confidérée comme effet &
) 1(4 L
comme caufe. Il a foutenu que Factivité actuelle
des manufactures françoiles , preflées de
demandes de l'extérieur , peut avoir des inconvéniens
, les fpéculations que nos circonstances
rendent profitables aux étrangers devant nuire
au maintien habituel de nos fabriques ; d'où il
a conclu que cette activité actuelle ne promet
pas, la permanente profpérité à laquelle on doit
defirar d'atteindre .
Le moyen que M. de Talleyrand a propofé
pour atténuer le défavantage allarmant du change,
confifte en un emprunt hypothéqué fur les
forêts nationales & fur les annuités des ventes
des domaines nationaux , mefure que M. Anfon
& M. Barnave ont jugée très - funefte au crédit
des affignats , l'une des bafes de la fortune publique
. Ils ont penfé que l'activité renaiffante du
commerce , le rétabliffement de l'ordre , & l'affermiffement
de la conftitution , feroient repren
dre au change fon niveau naturel ; & l'ordre du
jour a écarté la motion de M. de Talleyrand..
Du mardi , 21 juin.
1513
J'ai une nouvcile affligeante à vous donner,
a dit le préfident à l'Affemblée dès l'ouverture
de cette féance. M. Bailly eft venu , il n'y a
qu'un inftant , chez moi , m'apprendre que le
Roi & une partie de fa famille ont été enlevés.
cette nuit , par les ennemis de la choſe publique.
ככ
Le profond filence qui , pendant quelque
temps , a régné dans la falle , offroit un de ces
caractères que Tacite ou Montefquieu pourroient
feuis exprimer.
Sur la propofition de M. Régnault de Saint-
Jean - d'Angely , ' Affemblée a ordonné que « le
( 15 )
miniftre de l'intérieur expédieroit à l'inftant des
couriers dans tous les départemens , avec ordre
à tous les fonctionnaires publics & gardes nationales
ou troupes de ligne de l'empire , d'arrêter
ou faire arrêter toute perfonne quelconque
fortant du royaume ; comme auffi d'empêcher
toute fortie d'effets , d'armes , de munitions ou
d'espèces d'or ou d'argent , de chevaux , de voi
tures ; & dans le cas où les couriers joindroient
le Roi , quelques individus de la famille reyale,
& ceux qui auroient pu concourir à leur enlèvement
, lefdits fonctionnaires publics , gardes
nationales ou troupes de ligne , feront tenus de
prendre toutes les mesures néceffaires pour arrêter
le lit enlèvement , les empêcher de continuer leur
route , rendre compte enfuite au corps légiflatif.
»
M. Camus a demandé que la falle für exace
tement gardée , qu'on mandât les miniftres , le
maire de Paris , le commandant de la garde nationale
; M. Charles de Lameth , qu'on ordonnât
à M. de Rochambeau de fe rendre fur la frontière
de Flandres ; & M. le Chapelier a fait décréter
que les adminiftrateurs & les officiers
municipaux inftruiroient les citoyens , par une
procl mation , que l'Affemblée alloit s'occuper
avec la plus grande activité , & fans aucune interruption
de féance , des moyens d'affurer l'ordre
dans l'empire.
Un aide-de-camp de M. de la Fayette , M.
Robeuf, s'eft préfenté à la barre , & a raconté
que les ouvriers du pont de Louis XVI venoient
de l'arrêter , de le maltraiter. Il partoit chargé
d'un ordre du général , pour avertir les bons
citoyens du départ du Roi , & de s'opposer aux
sentatives des ennemis du bien publie. L'Affem16
)
+
blée a joint un ordre à celui du commandant
& M. Robeuf eft reparti fous fauve- garde de
deux membres de l'Àffemblée , qui ont détrompé
le peuple .
M Rewbell vouloit que l'on s'informât s'il
étoit vrai que les officiers avoient , depuis plufeurs
femaines , la configne de ne pas laiffer
fortir le Roi après minuit ; & il a prétendu que
« cela fignifisit quelque chofe » , Mais M. Barnave
l'a interrompu pour repréſenter qu'il étoit
du plus grand intérêt d'attacher la confiance populaire
à qui elle appartenoit , afin d'avoir un
centre d'exécution , & un bras pour agir , comme
une tête pour penſer. Il a rendu juftice au civifme
de M. de la Fayette , écarté les inquiétudes
qu'auroit pu faire naître la motion
du préopinant , mal interprêtée ; & il a
con lu à ce qu'il fut ordonné aux citoye s « de le
tenir en armes , m is calmes , mais tranquilles
avec la ferme réfolution d'obéir au mouvement
qui leur fera imprimé par l'Aſſemblée nationale »,
Sa propofition a été unanimement décrétée .
On a appris que M. de Cazulès étoit arrêté
par le peuple , 1A emblée a envoyé fix commiffaires
pour effectuer la liberté de ce membre ,
qui l'a bientôt recouvrée,
Par un nouveau décret , l'Affumblée s'eſt occupée
de prévenir les troubles , qui , en menaçant la
fûreté & les propriétés , compromettroient la conftitution
& la liberté commune.
M. de Crillon le jeune a propofé une commiffion
de cinq perfonnes ou de moins encore ,
auxquelles on confieroit le pouvoir nécèffaire pour
maintenir l'ordre dans tout le royaume, On lui
a répondu que ce projet avoir été rejetté par
TAflemblée.
( 17)
ا م
Sur la motion de M. Fréteau , il a été ſtatué
que les décrets feront fcellés du grand ſceau des
archives de l'Affemblée nationale , & qu'il ne
fera plus fait ufage des cachets particuliers des
comités.
M. Charles de Lamoth, a ouvert l'avis d'ordonner
aux comités de travailler avec les miniftres
, d'autorifer cenx - ci à venir , au befoin ,
dans le fein de l'Affemblée , & d'adjoindre fix
membres au comité des recherches . « Il a été
commis un grand forfait , a - t - il dit , un crime
de lèfe- nation au premier chef , s'il y en a.
« Il y aura mille recherches à faire pour favoir
quels moyens on a employés , & les auteurs
« & les complices de ce crime . »
K
Vu l'impoflibilité actuelle de la fanction , M.
d'André a propofé de décréter que provifoirement
& jufqu'à ce qu'il en ait été autrement
ordonné , tous les décrets rendus par elle feront
mis en exécution par les miniftres , fans qu'il
foit befoin de fanction ni d'acceptation. M. Guil
laume a demandé qu'au lieu des mots : Louis par
la grace de Dieu , &c. , on mît à la tête des
loix : L'Affemblée nationale décrète , mande &
ordonne ce qui fuit.
-Des membres de l'Affemblée feront-ils adjoints
aux miniftres ? Telle a été la queftion que M.
de Leffart , admis à la barre , a témoigné le de fir
qu'on décidât affirmativement , & que M. de
Cazalès a prié de mettre aux voix pour qu'elle
fut rejettée , l'inviolabilité & la reſponſabilité
devant s'entr'exclure .
Par une apostille au bas d'un mémoire qui
m'a été communiqué , ce matin , a dit à la barre
M. Duport Dutertre , le Roi m'enjoint de ne
figner ni ne fceller aucun ordze jufqu'à ce qu'il
( 18 )
• m'en ait autrement ordonné . Il eft utile que.
l'Affemblée m'autoriſe à appofer à fes décrets le
fceau de l'état , car c'eſt le Roi qui m'a nommé
& qui m'a confié ce feeau entre les mains.
On a remis au préfident une lettre adreffée à
la Reine , trouvée , a - t- on dit , dans les apparremens
par le peuple . Un membre a crié : il fant
l'ouvrir. Non , a été la réponíe générale . Cette
lettre a été renvoyée au comité des recherches .
Le préfident a donné des ordres pour que M.
de Montmorin bloqué chez lui par le peuple ,
pût fe rendre à l'Aſſemblée nationale , où ce
miniftre demandoit à être errendu ; & le projet
de décret de M. d'André a été rédigé & adopté
en ces termes : ce L'Affemblée conftituante ordonne
que les décrets rendus ou à rendre nonfanctionnés
par le Roi , à raifon de fon abfence ,
auront néanmoins provifoirement force de loix
dans toute l'étendue du royaume. »
M. Moreau de Tours , a fait la motion qu'on
mandat à la barre M. de la Porte , intendant
de la lifte civile , que M. Duport du Tertre avoit
dit lui avoir communiqué un mémoire ſuivi de
l'apoflille déjà citée , de la main du Roi . Mor
Camus objectoit que M. de la Porte n'étoit qu'un
particulier , qu'un domeftique du Roi , que ce
feroit une imprudence , une inconvenance que
de le mander à la barre. M. de Beaumetz a
répondu que l'Affemblée avoit fouvent mandé
des particuliers , qu'il ne falloit pas être ininiftre
pour lui donner des renfeignemens . La motion
de M. Moreau eft paflée en décret , & fur l'avis
de M. Alexandre de Lameth , on a renvoyé au
comité militaire à propoſer ſes vues relativement
à l'armée de ligne & aux gardes nationales .
Je demande , a dit M. Muguet , que M.
( 19 )
Affry foit chargé de venir faire párt à l'Affemblée
des mesures qu'il doit avoir prifes dans les
départemens où il commande & notamment pour
les gardes fuiffes qui doivent être en ce moment
au fervier de l'Afemblée nationale . »
Quelqu'un a propofé de fufpendre , dès ce
jour , les dépenfes de la lifte civile . M. de
Cazalès a repréfenté que la rigueur de cet ordre
retomberoit fur des hommes parfaitement innocens
dans cette affaire . Il n'y a pas eu lieu à
délibérer.
сс
Entré dans la falle avec M. Bailly , M. de
ta Fayette eft allé fe placer à côté de M. Camus
qui , fe levant précipitamment , s'eft écrié :
a point d'uniforme içi : nous ne devons pas voir
d'uniforme dans l'Affemblée. » Le préfident a
judicieufement obfervé que , dans ces momens ,
le commandant-général qui voloit aux ordres de
Affemblée ne pouvoit être retardé par la loi
qui défend de délibérer en uniforme. « Il s'eft
commis cette nuit , a dit- en fubftance M. de la
Fayette , un grand attentat. M. Gouvion étoit
chargé du pofte des Tuileries . Je prends fur ma
refponfabilité la conduite de cet officier . »
M. Gouvion , admis à la barre , a raconté
qu'il y eut famedi huit jours , un commandant
de bataillon de la garde nationale lui confia que
certains mouvemens dans le château décéloient
un projet d'enlèver M. le Dauphin & Madame .
Royale ; que fur cet avis on redoubla de vigilance
, que plufcurs officiers avoient veillé toute
la nuit dernière , que , ce matin , il avoit
appris le départ du Roi , de la même perfonne
qui l'inftruifit du projet , mais qu'il ignore com
ment & par où le Roi eft forti des Tuileries.
M. Bailly a confirmé tous ces détails.
( 20 )
Une députation du département a communiqué
Tarrêté qu'il avoit pris relatif à l'appofition des
fcellés fur les portes des châteaux des Tuileries
& du Luxembourg , & aux informations à
prendre des perfonnes qui y logent. L'Affemblée
a approuvé cet arrêté du directoire .
MM. Voidel & l'Apparent ont parlé d'avis
donnés au comité des recherches , de conférences
à ce fujet qui n'avoient abouti qu'à des démaṛ-
ches de furveillance qu'on avoit bientô: tenues pot r
fuperfues. On a renvoyé au comité de conft itution
l'idée de M. de Cuftine modifiée par M.
Démeunier & par M. le Chapelier, de déclarer
qu'aucun acte du pouvoir exécutif ne fera exécuté
, s'il n'eft figné par un des miniftres actuelle
ment en fonction .
M. Fréteau a fait décréter que la municipalité
de Paris mettra le fcellé fur les archives des affaires
étrangères & les chiffres qu'elles renferment , que
rien n'en fortira que fur la fignature de M. de
Montmorin & fa refponfabilité.
Ce miniftre & M. d'Affry ont éte admis l'un
dans l'Affemblée & l'autre à la barre , & y ont
protefté de leur dévouement au corps conftituant ;
le
peu d'étendue de la voix de M. d'Affry nous
a a peine permis d'entendre fa demande d'être
quelquefois fuppléé à caufe de fon grand âge
& fs aflurances d'attachement à la conftitution
& à la liberté , & de la fidélité de ſon état - major,
Ces proteftations ont été cous crtes d'applaudiffemens
.
"
Après d'autres détails indiqués dans notre précédent
nº. , l'Aſſemblée a repris l'ordre du jour
& décrété un nouvel article du code pénal.
Interpellé par le préfident , M. de la Portea
dit qu'un domeftique du premier valet- de-chambre
( 21 )
du Roi , lui avoit remis , à 8 heures du matin ,
un mémoire qu'il avoit communiqué à M. le
garde -du - fceau . M. Fermont demandoit que ce
mémoire fût renvoyé aux comités des recherches
& des rapports ; mais plufieurs membres ont infifté
pour obtenir qu'on en fit lecture. Un des
fecrétaires l'a lu : nous en avons inféré dans le
dernier nº , un extrait littéralement tiré d'un papier
public très-répandu .
M. Barnave a propolé de ne livrer ce mémoire
à aucun dépofitaire , qu'après qu'il auroit
été figné & paraphé du président de l'Aſſemblée
& de M. de la Porte ; & que les commandans
des troupes actuellement à Paris , fuflent tenus
de prêter leur ferment d'obéiffance à l'Affemblée
nationale . On a décrété les motions de M. Barnave
& fufpendu la délibération pendant une
heure.
Site de la féance du mardi 21 juin à 6 heures
du foir.
M. Régnault de Saint- Jeant- d'Angély annonce
les inquiétudes de quelques ambaffadeurs relativement
à leur sûreté , & y répond lui - même en
obfervant la parfaite tranquillité de la capitale .
Il ne nomme que l'ambaffadeur de Portugal , &
demande que l'on pourvoie à ce que leurs maifons
foient refpectées , & qu'il leur foit déclaré
à tous que la nation Françoife eft dans l'inten
tion de fe maintenir en bonne intelligence avec
les puiffances étrangères , & qu'ils pourront correfpondre
, comme ci-devant , avec M. de Montmorin
.
"
Il paroiffoit inftant à M. Fréteau d'envoyer des
couriers auprès des diverfes puiffances pour les
avertir de négocier avec ce Miniftre , & il a
( 22 )
ajouté que les dernières lettres de la Suiffe ne
refpiroient pas la même unien que nous témoignoit
, quelques mois plutôt , cette ancienne
alliée .
« Plus nous refferrens dans notre fein la marche
des affaires , a dit M. Charles de Lameth , plus ...
nous détruirons l'effet de l'évafion du Rci. Depuis
que j'ai entendu la lecture de fon mémoire , je ne
me fervirai plus du mot d'enlèvement : ce feroit
trahir l'état ( on applaudit ) ... Le comité diplomatique
fe mettra au fait de ces correspondances , il
verra fi ces fédérations de defpotes contre la liberté
& les intérêts des peuples... -- Je demande , s'eft.
écrié M. Martineau , que le préopinant foit rappellé
à l'ordre ; car il ne lui appartient pas d'ine.
fulter les puiffances étrangères. » M. Charles de
Lamech a répondu qu'une pareille fuppofition n'étoit
pas une injure , & la dernière partie de la
motion de M. Régnault rédigée par M. Fréteau
a été décrétée .
D'après le compte qu'à rendu M. de Cernon
de l'état du tréfor public , il s'y trouvoit , lundi
fo , 31,136,000 livres , dont 2millions en or
6 en argent , 18 en affignats , & le refte en
effets de porte- feuille.
Sur le rapport de M. Rewbell , à l'occafion des
28 millions qu'un décret du matin avoit ordonné
que la caiffe de l'extraordinaire verferoit dans
le tréfor public , un nouveau décret a autorifé
le commiffaire du Roi près ladite caiffe à figner
feul , fur fa refponfabilité , les ordonnances mentionnées
au décret du 4 février , juſqu'à nouvel
ordre .
M. Biauzat a voulu favoir où s'écouloient l'or
& l'argent qu'on ne ceffe de monnoyer , la plupart
de ceux qui vont au tréfor public n'en retirant que
( 23 )
du papier. Les troupes & la marine abforbent la
monnoie , a dit M. de Cernon ; & l'on a décrété
l'impreffion des états de fabrication & de diftribution
de numéraire pour deux mois .
Les créances de la lifte civile ont intéreffé M.
Biauzat. « Ou le Roi doit , ou le Roi ne doit
pas , a réparti M. Régnault. S'il ne doit rien ,
il n'y a pas lieu à délibérer ; s'il doit , un décret
porte que la nation ne payera jamais les dettes de
perfonne . » M. Biauzat a retiré fa motion .
Une des 48 fections de Paris , celle de la Croix-
Rouge , a proteſté , par une adreffe , de ſa fidélité
aux décrets de l'Affemblée , nonobftant le départ
du Roi. Ces expreffions de dévouement ont été
vivement applaudies , & Fon eft paffé à l'ordre
du jour , au code pénal . Des débats dont l'intérêt
, fût - il tout autre , ne fe foutiendroit pas
dans l'époque où tout nous difpenfe de les retracer,
ont conduit l'Affemblée à décreter divers arti
cles fur l'homicide . Nous les tranfcrirens avec la
fuite du même code.
Ayant obfervé que les facultés morales & phy
ques d'un homme prefque feptuagénaire ne pen
vent répondre de la sûreté de toute une frontière.
M. de Rochambeau s'eft empreffé d'offrir à l'Aſfemblée
l'hommage du zèle le plus ardent pour la
patrie & de fidélité aux décrets . MM. de Crillon ;
de Montefquiou , d'Aiguillon , de la Tour-Maubourg,
de Tracy , de Cuftine , de Prafin , de
Wimpfen , de Toulongeon & Charles de Lameth
ont rémoigné,les mêmes fentimens .
4
Je Je prie l'Affemblée , a dit M. Charles de
Lameth , de délibérer fur le filence de ceux qui
ne s'engageront pas , dans la journée de demain ;
car les circonftances font extrêmes , il n'y a point
à reculer ici... Je demande que ceux des membres
( 24 )
de l'Affemblée nationale , qui , dans la journée de
demain , n'auront pas été au- devant de l'honneur
de profeffer leurs fentimens , foient déchus de
leur grade .
MM. la Tour-Meaubourg & de Toulongeon
defirent une formule de ferment appropriée aux
circonſtances ; le comité militaire eft chargé de
la rédiger , & M. de Rochambeau eft adjoint
au comité militaire pour toutes les mesures à
prendre.
Des députés du département de Seine & Oife ,
du diftrict & de la commune de Verſailles
font venus dire à l'Affemblée que fi le Roi
abandonne fon pofte , l'Aſſemblée auroit le courage
de ne pas abandonner le fien , & qu'ils
confidèrent le corps conftituant comme le centre
auquel le rallieront tous les François fidèles à
leur ferment . Introduit dans l'enceinte , M. de
Chabrillant a proteſté de fa fidélité à la conftitution
, au milieu des applaudiffemens ; & M.
Alexandre de Lameth a propolé , au nom du
comité militaire , un décret dont voici la ſubſftance
:
La garde nationale du royaume fera miſe en
activité comme il fuit . Les départemens du Nord ,
du Pas-de-Calais , de l'Aine , des Ardennes
de la Mazelle , de la Meufe , de la Meurthe
du Bas-Rhin , du Haut-Rhin , de la Haute-
Saône , du Doubs , du Jura , du Var , ces 1-5
départemens fourniront le nombre de gardes na→
tionales que leur fituation exige & que leur popu
lation pourra leur permettre. Les autres départemens
fourniront de deux à trois mille homines
& néanmoins les villes pourront ajouter à ce
nombre ce que leur population leur perinectra.
Tout
Tout citoyen qui voudra prendre les armes four
ha défense de Fétát & le maintien de la confti-"
tution , fe fera inferire au plutôt dans fa municipalité.
Des commiflaires procéderont à la formation.
Les bataillons feront de dix compagnies ,
chaque compagnie de 50 gardes nationales , un
capitaine , un lieutenant , un Tous - lieutenant , 2 fergens
, un fourrier & 4 caporaux. Chaque bataillon
fera commandé par un colonel & deux lieute-.
nans-colonels . Les compagnies sommeront leurs
officiers & fous- officiers ; l'état-major fera nommé
par le bataillon . La folde fera de Is fous par
jour , à dater du jour du raſſemblement ; le caporal
& le tambour recevront une folde & demie ,
le fergent & le fourrier deux foldes ; le fouslieutenant
trois foldes ; le lieutenant quatre foldes ;
le capitaine cinq foldes ; le lieutenant- colonel fix
foldes ; & le colonel fept foldes. »
M. de Cuftine defiroit qu'on délibérât fur ce
projet de décret article par article , & repréſentoit
que cette armée coûteroit au moins 300,000 liv.
pat jour , c'est- à - dire 109 millions 500,000 liv.
par an. Pour reftreindre une dépenfe & exorbizante
, il propofoit de ne payer que du jour du
raffemblement , parce qu'il avoit entendu le
jour de la formation. « Tout calcul de finance
eft bien inutite en un pareil momenta dit M.
de Montefquiou & l'on a décrété tous les
articles, 25 5.27
L'Aſſemblée a autoriſé le miniſtre à traiter avec
M. Grand réquis'oblige à fournir 60 mille fufils .
Elle a décrété aufli que la pofte continueroit à
diſtribucrsles lettres comme à l'ordinaire , & la
féance a été de nouveau prorogée.
} འི
>b Nº4-277al Inøller. 1792519900ÁB
( 26 )
+
1
Suite de la féance du mardi , 21 juin , à minuit ,
& du mercredi 22.
-Les comités s'étoient chgagés à ne pas fe féparer
, le département & la municipalité avoient
auffi jugé indifpenfable dè refter affemblés , pour
être prêts à exécuter les ordres du corps légifla
tif, & à prendre les macfures qu'exigeroient les
circonftances.
- I
On a lu le procès- verbal , & on en a ordonné
une nouvelle rédaction . ¿
2
Une lettre de M. de Sparre , commandantgénéral
de la dix-huitième divifion , retenu chez
lui par la goutte , a tranfmis fon ferihent de
fidélité à la nation & à la loi , & a annoncé qu'il
alloit le faire porter en litière au lieu de fon
commandement. La délibération aà été fufpendue .
A 4 heures du matin ( mercredi ) . Une feconde
rédaction du procès- verbal eft luc , approuvée ;
on y insère la lettre de M. de Sparre.
M. Lucas a propofé d'expédier des couriers
extraordinaires pour porter ce procès - verbal à
tous les départemens ; M. Pifon du Galand a
obfervé qu'il falloit attendre la proclamation .
Autre relâche .
Ano heures. Lecture d'une lettre de la municipalité
de Saint -Cloud , qui refpire le même
civilme que les précédentes , & excite les mêmes
applaudiffemens .
En attendant que les rapporteurs euffent achevé
quelque projet de décret , M. Charles de Lameth
a demandé aux commiffaires envoyés au gardemeuble
, des éclairciffemens fur les diamans de
la couronne , & a dit qu'il couroit des bruits à cet
égard ; il a même foupçonné que l'attachement de
( 27 )
·
M. Thierry de Ville d'Avray four le Roi ,
pourroit avoir fourni « une excufe au crime dont
on fe feroit rendu coupable . M. Bion , l'un des
commiffaires , lui a répondu qu'ils avoient rempli
leur miffion , que M. Chantereine ayant fuppléé
M. Thierry abfent , garantiffoit fur la tête ,
que tous les diamans étoient en ordre , que le
Roi & la Reine avoient remis tous ceux qui leur
reftoient . Avez-vous vus lés diamans , a-t-on
infifté ? Non ; mais M. Thierry arrivera aujourd'hui
de la campagne , & nous irons encore
au garde -meuble. M. de Lameth a voulu que
les commiffaires , le jouaillier de la couronne, &
un autre artifte , vérifiaflent contradictoirement
les diamans & les inventaires. Sa propofition cft
"paffée en décret .
--
--
M. Fréteau a lu une lettre de Londres , du
17 juin , portant que la flotte Angloife fe rendoit
« à la baie de Carlife..... que par conféquent
, jufqu'à préfent , la courſe ne peut pas
être inquiétante ».
*
« Je crois , a dit M. Charles de Lameth
qu'il ne doit être ni difficile , ni long , ni cher
farmer des vaiffeaux pour la nation ; car nous
avous ordor.né l'armement de 45 vailleaux ». Il
ajoutoit que les frais faits il y a fix mois , devoient
fervir pour cet armement ci ; que M.
Thévenard affuroit qu'il ne manquoit qu'un ordre
d'y mettre des matelots .
De la marine paffant à la gendarmerie natio
nale , M. Blauzat a propofé d'organifer ce corps,
& de charger le miniftre de la guerre de donner,
à tous les officiers & fous - officiers qui font à
Paris pour y folliciter , l'ordre de fe rendre inceffamment
à leur pofte. Le traitement des
officiers qui fe retireront n'eft pas fixe , a ob-
--
B 24
( 28 )
--
fervé M. Rabaud. -- Cela n'empêche pas de nom
mer les fous - officiers , a réparti M. Dubois du
Cays. Plufieurs officiers ne veulent céder lear
place que lorfqu'ils feront sûrs de leur traitement
, a repris M. Biauzat , qui étoit d'avis
qu'on autorisât les membres de la gendarmerie
nationale à percevoir leurs appointemens comme
auparavant. Cette opinion a été couverte de violens
murmures. «e Puifque vous m'y forcez , a
'dit M. Biauzat , je vous dirai que le prévôt qui
eft dans ma ville , a déclaré qu'il ne quitteroit
pas fa place qu'on ne lui ait affuré un traitement;
c'eft -là ce qui empêche le colonel nommé pour
te remplacer de prendre fa place . »
« L'homme qui demande aujourd'hui une retraite
n'en mérite point , s'eft écrié M. Charles
de Lameth. Perfonne ne peut en demander à
moins d'être un traître. Puis en parlant de l'évahion
du Roi , il a craint que des fcélérats ne millent
le feu aur moiffons , « On n'a pas eu honte , a - t- il
dit , au commencement de la révolution , de faire
faucher les blés verds ; on n'aura pas honte
"
tenant
de
faire brüler
les
blés
fecs
.
»
Charles de Lameth & M. de la Rochefoucault
ont obrena un décret , portant que le
miniftre de la guerse expédiera , dans la journée,
les brevets de tous les officiers & fous - officiers
de la gendarmerie nationale nommés , cidonnera
à tous les gendarmes nationaux de fe rendre fur
le champ à leurs poftes refpectifs , & que l'organifation
de ce corps fera complettement ache
vée dans le plus court délai .
M. Fréteau a lu uue lettre minifterie le de
Mayence , du 15 juin , adreffée au miniftre des
affaires étrangères . L'électeur a donné des fêtes
brillantes ; foir & matin des tables de 400 cou
( 29
verts. Calle de M. d'Artois a conftamment été
de 74 couverts . Beaucoup d'émigrans , d'officiers
François . On dit qu'il y a eu des conférences ,
où M. de Calone a été adois ; que M. de Mirabeau
commandera 2000 bomines ; que la nić,
fintelligence ne perce pas ; que M. d'Autichemp
á donné fa démiffion.... La plupart des gardes
du corps s'étoient rendus à Worms , & s'en fent
terrés depuis peu ..... Les derniers décrets relatifs
aux François qui tenteroient des démarches
hoftiles contre la France , ont produit une im
preffion..... L'Empereur , dit on , cherche à fe
lier avec la France...... Le landgrave de Heffe
& d'autres princes défapprouvent les propofitions
de l'électeur de Mayence , dont la quatrième a
pour objet le démembrement du royaume.
Le furplus de la lettre , a dit M. Fréteau ,
renferme des conjectures qu'il eft peut- être ben
de ne pas rendre publiques . Cependant fi l'Af
femblée l'ordonne .... Non , non , a- t -on crié de
toutes les parties de la falle ; & une députation
du nioural de caffation eft venue protefter de
fa foúmiſſion , de fa fidélité à la loi. Le préfident
a répondu que ce grand événement... prou
veroit au mo de que les François libres par l'effet
des lumières du fiècle , ne cefferont de l'être
qu'en péritfart sus jufqu'au dernier.
Au nom du comité de matine , M. de Sillery
a lu un projet de décret que nous rappellerens
ailleurs.
L'Affemblée a décrété le paiement de 217,000
livres pour les travaux militaires du Havre ;
600,000 liv. pour les travaux de Cherbourgi
30,000 liv. pour des à- comptes au commis des
bureaux de l'adminiftration ; & adopté divers
B3
( 30 )
articles tendant à l'exécution du tarif fur les marchandifes
de l'Inde.
M. d'Aumont , malade , envoie fon ferment
écrit.
On s'eft occupé des droits de champart ; & M.
Emmery, organe du comité militaire , a lu une
formule de ferment & les noms des membres
choifis pour aller recevoir ce ferment dans les
départemens maritimes & des frontières . Les
mers la conftitution..... jurée par le Roi , en
ont été fupprimés d'après les réflexions de M.
Prieur & de M. Roederer , pour qu'on ne fe crût
pas difpenfé d'obéir aux décrets non- fanctionnés.
La formule eft décrétée en ces termes
L'Allemblée nationale décrète :
« 1°. Que le ferment ordonné les 11 & 13
juin dernier fera prêté dans la forme quifuit :
cε
Je jure d'employer les armes remifes en mes
mains à la défenfe de la patrie , & à maintenir
contre tous les ennemis du dedans & du
ce dehors la conftitution décrétée par l'Affem-
« blée nationale , de mourir plutôt que de fouffric
« l'invafion du territoire François par des troupes
étrangères , & de n'cbéir qu'aux ordres qui
« feront donnés en conféquence des décrets de
l'Affemblée nationale . »
« 2°. Que des commiffaires pris dans le fein
de l'Affemblée feront envoyés dans les départemens
frontières pour y recevoir le ferment cideffus
, dont il fera dreffé procès-verbal , pour y
concerter avec les corps adminiftratifs & les
commandans des troupes , les mesures qu'ils croi-
Font propres au maintien de l'ordre public , &
à la fûreté de l'état , & faire à cet effet toutes
requifitions néceflaires . »
3 °. En conféquence , l'Affemblée nationale
( 31 )
nomme pour commiflaires MM. de Cuftine ,
Chaffer & Reynier , pour les départemens du haut-
Rhin , du bas - Rhin & des Vofges. »
« MM. de Toulongeon , Régnault de Saint-
Jean-d'Angely & Lacour d'Ambefieux , pour les
départemens de l'Ain , de la Haute-Saone , du
Jura & du Doubs .
כ כ
« MM . de la Tour- Maubourg , Alquier &
Bouilé , pour les départemens du Nord & du
Pas- de-Calais . 1
« MM. de Biron , de Vifmes & Colonna ,
pour les départemens des Ardennes , de la Meufe
& de la Mofeliet »
« Et MM. de Sinetty, Prieur & Ramel- Nogaret ,
pour le département du Finiftère: 3
« O: donné qu'immédiatement après la preftation
du ferment des troupes , MM. de Cuftine ,
de Toulongcon , de la Tour- Maubourg , de Biron
& de Sincity', viendront rendre compte à l'Affemblée
nationale de l'état des départemens qu'ils
auront vifites, is
M. Charles de Lameth a dit que tous les ini-
'litaires membres de l'Affemblée devoient prêter
ce ferment , & M. de Folleville qu'on ne pouvoit
Texiger que des fonctionnaires publics , obfervation
accueillie par de longs murmures . Le préfident
ayant lu la formule , un grand nombre
de militaires fe font portés vers la tribune , &
ont dit je le jure. Tout efprit de parri fembloit
anéanti ; de la gauche ou de la droite , on étoit
également applaudi en prêtant ferment . M. d'Orléans
l'a étébeaucoup . M. de Lufignan n'a pas été le
feul qui ait cru pouvoir fe permettre des reftrictions
; l'Affemblée les a toutes rejettées .
«Comme le Roi , a- t- il dit , eft inféparable de la
B 4
( 32 )
33
la patric , je jure.., Oa n'a pas voulu em
entendre davantage , il a quitté la tribune .
c
2
« J'aiété nommé officier général , adit M. d'Ambly,
j'ai été rayé de la lifte par les jacobins & par
le comité militaire les membres du côté gauche
ent rion m'a dong rayé de la liste pour ly
mettre M. de Montefquicu. Je joue de défundie
ma patrie , & j'oublierai l'ingratitude » . Tous les
auditeurs ont applaudi avec émotion M. d'Ambly
& M. de Montefquio , qui lui a témoigné
refpe&uent reconnoittanee
U décret a fé qu'il fera fair, un appel
nominal d´s membres du corps Ngiff je na
julet , & , qu'on n'accorders pasida á þigés jutqu'a
novel ordre, Un autre a ordonné rungbynicipalités
d'aprofer les fcells, dins les bâtimens
compris dans la lifte civile . M. de Juigné an-
Donçoit une reftriction à fpa ferment ; l'Affemblée
Pa refulte. Nous omettrons ici toutes les lectures
du ferment , faites pour les militaires , qui ont
Tacceffivement demandé au préfident de le lire ,
ont dit je lejure . Il fuffirande les rammer.
M. Gouy d'Arcy , arrivé de Selis , a apporté
deux lettres , que la municipalité de cette ville
avoit prifes far M. Hérard , médecin du Roi ; &
larépété tout ce que lui avoient dit des pofi lons
au fujer d'une voiture ou étoient une femme
un enfant , un ou deux gros hommes bruns , qui
Le cachoient. Le maire de Paris cft venu faire
part a 'Alleinbiée d'une adjudication de biens natien
ux faite à Paris dans le jour même . Para
nouveau décret , il a été pourvu à la libre circulation
des espèces ; on n'en a défendu que l'exportation
. La difcuffion s'eft reportée fur les
champarts ; on a décrété quelques articles .
( ༣༣ )
Voici la liste des militaires qui ont prêté le
dernier ferment.
MM . Alexandre Beauharnois d'Fbecq ,
Liancourt, Cuftine , de Tracy , Choifeul - Prafli ,
fis , Dublaifel , Millet de Murau , Félix de Wimpfen ,
Ja Marck , d'Allarde , d'Aiguillon , Toulongeon ,
Latour-Maubourg, Alexandre Lameth , Toutain ,
Matthieu de Montmorency , d'Orléans , Louis
de Sinetty , Jacques Menou , Wolter de Neurbourg
, Lab! ache , Roft.ing , Châteauneuf- Randon
, la Cofte , Jeffé , Vialis , Crillon , Pierre
Dedely , le Sergeant d'Isbergues , Champagny ,
de Puifaye , la Baume Mentrevel , la Touche ,
Deprez Craffier , Chcifeul- Pratin , M. zancourt,
Quency , du Hautcy , Dumefnil , Gualbert ,
Sillery , Biencourt , Guittard , Dumont , Maulette ,
d'Harambure , Charles Lameth , Glaude la
Chatre , Matthieu Buttafuoco , de Froment ,
Mortemart , Henry de Craffe , Louis -Marthe de
Gouy , Bonneville , Montcalm-Gozon , de Croix ,
de Hercé , Galiffonnière , Lamber:ye , Folleville
, Cruffol d'Amboife , Saillin , d'Avarey ,
de Lufignan , Brueys d'Aigalliers , de Murinais ,
Depuch Montbreton , Moncony , la Fayette ,
Boufflers , Louis -André Caftellane , Levis , Biton ,
Labadie , Louis Deftagnol , Pheligne , Colonna
la Rochefoucault , Chatenay Lanty , Dubois de
Crancé , Rochegude , Sarrazin , A. Dilon
de Luynes , Rochechouart , Racley Meracy ,
Prudhomme de Kiraugon , d'Ambly .
Suite de la féance , du mercredi 22 juin ,
6 heures du foir.
>
M.. le Chapelier a demandé qu'on admît à la
barre une déguitation de Bretons.qui , bien que
réfidant actuellement à Paris , nich vercient pas
BS
( 34 )
>
сс
moins exprimer les fentimens de la ci - devant
province de Bretagne , fans croire avoir befoin
pour cela d'une miflion fpéciale . « Loin de nous ,
a dit leur orateur la foibleffe de gémir fur
l'évaſion du Roi ... Un grand coup a été porté à
Empire par celui qui devoit le défendre ; mais
la loi vit . » Ils ont offert à l'Affemblée l'hommage
de leur vie. Le préfident leur a répondu
& les a invités à la féance,
Au nom du comité de conftitution , M. Démeunier
a fait lecture d'une proclamation intitulée
: L'Affemblée nationale aux François , pour
fervir de réponse au mémoire écrit de la main du
Roi. L'Affemblée a décrété cette proclamation &
ordonné qu'on l'enverra fans délai à tous les
départemens . Nous la tranfcrivons plus bas .
M. de Mefgrigny a prêté le feriment , & M.
Rabaud a lu & fait adopter huit nouveaux articles
relatifs à la gendarmerie nationale . Les
anciens exempts de la ci -devant maréchauffée ,
maréchaux- des -logis , concourront , pour la préfente
formation , avec les fous - lieutenans du même
corps aux grades fupérieurs. Les divifions ne feront
qu'un feul corps pour l'avancement , Les ci- devant
prévôts & infpecteurs auront , les premiers 4000l . ,
les autres 6000 liv . de retraite s'ils ne font pas
faits colonels . La gendarmerie nationale ne rendra
les honneurs qu'à l'Asemblée nationale en corps ,
au Roi , à l'héritier préfomptif du trône , au
régent , & aux officiers généraux en activité . Elle
eft autorisée à vifiter les auberges & les cabarets
pour y faire la recherche des perfonnes fufpectes ,
& les maifons particulières à la réquifition des
officiers de police & de juftice , des propriétaires ,
locataires ou fermiers defdites maiſons.
On arenvoyé au comité l'opinion de M. Charles
( 35 )
de Lameth , tendante à ce que les commandans
défignés par la voix publique comme fufpects à
la nation foient fufpendus- vû qu'il vaut mieux
rifquer une injuftice particulière que de manquer
de Tauver l'état , & lá féance a été prorogée .
:
A dix heures. Un grand bruit s'eft fait entendre.
On ne diftinguoit que ces mots le Roi !
le Roi ! Il eft arrêté ; le Roi eft pris ; & des cris
de joie . Deux couriers font entrés dans la falle ,
au milieu des applaudiffemens , & ont remis un
paquet au préfident qui a demandé du filence à
l'Allemblée & la ordonné aux galerics . Le paquet
contenoit des lettres des adminiftrateurs du diftrict
de Clermont aux municipalités , & des
officiers municipaux de Varennes , de Châlons &
de Sainte Menehould! Leurs Majeftés & là
famille Royale ont été arrêtées à Varennes . [
·
1
On a lu des copies de divers ordres de M. de
Bouillé à des corps de dragons & de huffards
d'envoyer des détachemens fur cette route pour
escorter un convoi d'argent , ordre daté des 13
14 & 15 juin. Les lettres ajoutent que les dragons
font patriotes , mais qu'on attend d'autres
troupes. Tant de mouvemens & d'autres indices
ayant fait naître des foupçons , M. Drouet
maître de pofte , a donné l'alarme , couru après
les voitures ; on les a arrêtécs .
Sur la propofition de M. Charles de Lameth ,
on a décrété que perfonne ne partiroit de Paris
fans un paffeport figné du préfident de l'Affemblée
nationale ; & fur l'avis de M. Alexandre de
Lameth , les comités des rapports , de conftitu
tion & militaire ont été chargés de prendre des
mefures pour affurer le retour du Roi dans la
capitale , inftruire le royaume que la vigilance
des citoyens avoit empêché l'enlèvement du Roi ,
B 6
( 36 )
& s'affarer de la perfonne de M. de Bouillé
En rappellant le décret qui ftatue qu'aucum
officier ne fera deftitué fans jugement , réflexion
qui a excité de longs murmures , M. de Wimp
fer a demandé que M. de Bouillé fût fufpenda
en attendant fon jugement.
La royauté appartient à la nation , & ne dois
jamais être avilic , a dit M. de Toulongeon . Je
demande qu'on rende au caractère du Roi le
respect qui lui eft dû . M. Rewbell a invoqué
l'ordre da jour fur la motion applaudie de M
de Toulongeon. La féance a été fufpendue.
On l'a repriſe pour lire des lettres des direc
toires du département de Seine inférieure , d
diftrict de Rouen , du département du Loiret ;
toutes refpiroient le patriotifme. !! -1
M. de Clermont - Tonnerre, malade , a envoyé ,
par écrit , fon nouveau ferment à l'Affemblér.
A minuit . M. Emmery a lu & fait adopter
les décrets, fuivans :
•
ད་
« L'Affemblée nationale , ouïe la lecture des
lettres & autres pièces à elle adreffées par la
municipalité de Varennes , Sainte- Menthould
& Châlons , décrète que les metures les plus
puiffantes & les plus actives feront prifes pour
protéger la fûreté de la perfonne du Roi , da
T'héritier prétemptif de la couronne , & des autres
perfonnes de la famille royale dont le Roi eft
accompagné , & affurer leur retour à Paris .
« Ordonne que pour l'exécution de ces dif
pofitions , MM. Latour- Maubourg Pethion &
Barnave , fe rendront à Varennes & autres lex
où il feroit néceffaire de fe tranfporter , avec le
titre & le caractère de Cammilaires, de l'Allem
blée nationale,
Leur donne pouvoir de faire agir les gardes
( 37 )
nationales & les troupes de ligne ; de donner
des ordres aux corps adminiftianfs & municipaux,
& à tous cfficiers civils & militaires , & généra
lement de faire & ordonner tout ce qui fra
néceffaire en exécution de leur niflion, 2
« Leur recommande (pécialement de veilles
à ce que le reſpect dû à la dignité , royale fʊit
maintenu . »
« Décréte , en outre , que lefdits commillaires
ferort accompagnés de M. Demus , adjudantgénéral
de l'armée க chargé de faire exécuten
leurs ordres . »
« L'Aſſemblée n´tionale décrète que Françoish
Claude -Amour Bouillé eft fufpendy de les fonctions
militaires . »
« Elle défend à toutes perfonnes exerçant des
fonctions civiles , où mitaires , de recom oître
fon commandement & d'obéir à fes ordres . »
ce Elle ordonne aux tribunaux , corps adainiftratifs
, municipalités , de le faire arreter &
conduire à Châlons) , pour être enfuite ftatué ce
qu'il appartiendra ; & aux gardes , nationales ,
troupe's de ligne & à tous autres citc yeas , de
prêter main forte pour fon arreftation .
« .
+C
ce. Elie autorife fes commiffaiçse, dont l'envoi
a été décrété ce jour même nFour recevoir le
ferment des troupes , à fufpendre , les circonf
tances l'exigent , les officiers qui commandent
fous les ordres de M. Bouillé . » .
• CG
Elles ordonne aux tribunaux , corps admi
niftratifs , municipalités gardes nationales ,
roupes de lige , & à toutes perlonnes qui en
feron: requifes , d'obéir aux ordres qui pourront,
leur être donnés par lefdits commiffaires , pour
' exécution du préfent décret. »
Un autre décret propofé par M. d'André ,
( 38 )
amendé par M. de Virieu , fur l'efprit de paix
qui règne dans la capitale , a été rendu en ces
termes :
1
ee L'Affemblée nationale , éprouvant la pleine
fatisfaction de Fordre & de la tranquillité qui
ont régué dans la ville de Paris , invite les citoyens
de cette ville à perfifter dans des fentimens
fi conformes au patriotifme qui les a
toujours animés ; enjoint au département de Paris ,
à la municipalité & au commandant de la garde
nationale , de prendre toutes les précautions néceffaires
à la fûreté de la perfonne du Roi &
de la famille . »
La délibération a été interrompue à minuit &
demi.
Suite de la féanee , du jeudi 23 juin , à 8 heures
du matin.
Sans annuller le décret de la veille , accédant
aux repréfentation's des bouchers & autres citoyens
qu'il eût empêchés de pourvoir à l'approvisionnement
de la capitale , un nouveau décret a
rendu la fortie de Paris libre à ceux qui étoient
venus y apporter des légumes, & autres denrées
ou comeftibles , & au département le foin de
juger des exceptions & de délivrer des paffe- ports .
On avoit obfervé que les trois commiffaires étoient
déjà partis.
M. du Châtelet a prêté le ferment , & après
avoir annoncé qu'il avoit auffi été prêté par
MM. Bercheny, d'Oraifon & de Heffe , M. de
Heffe eft un prince étranger , frère d'un prince
d'Allemagne , les membres font fortis pour
aller à la proceffion , & il n'en eft refté dans la
Lalle que vingt préfidés par M. Rabaud.
Deux lettres , l'une de la municipalité de Va(
39 )
4
lenciennes , l'autre des amis de la conftitution de
cette même ville , ont entretenu les auditeurs
des mesures prifes d'après la première nouvelle
du départ du Roi , du civiſme & du ferment de
M. de Sarlabons , commandant du département.
La dernière , fignée Frondeur , préfident , ajoutoit
: « Nous apprenons que Monfieur eſt à
Mons , & que M. de Ferfen a écrit , ce matin ,
que le Roi & la famille Royale étoient hors de
la France. » Toutes demandoient des moyens de
défenfe. Une lettre de la municipalité de Saint-
Quentin a notifié l'arreftation de M. de Tailleyrand
de Périgord , & de la famille munis d'un
paffe-port contrefigné par M. de Montmorin. On
y témoigne des craintes que la ville ne foit bientôt
attaquée. Cette ville n'a pour toutes troupes
ligne , que so fuiffes & 25 chaffeurs , manque
abfolument de canons , & fa garde nationale eft
mal armée. Le tout eft renvoyé aux comités .
de
A midi & demi . L'on admet à la barre M.
Mangin arrivé , la veille , de Varennes , & por
teur de la première nouvelle de l'arrestation du
Roi. Voici le récit qu'a fait M. Mangin.
« Exténué de la fatigue d'une courfe précipitée,
je n'ai pu hier à mon arrivée vous faire les détails
qui ont précédé & fuivi l'arreftation du Roi à Varennes.
35
ecVers les neuf heures du matin , il entra à Varennes
une voiture que l'on étoit éloigné de
foupçonner renfermer le Roi & la famille royale :
elle étoit efcortée par un détachement de huifards
de Lauzun & accompagnée de quelques perfonnes
qui fervoient de couriers. Le maître de pofte
de Sainte-Menehould , qui avoit eu des foupgons
fur cette voiture • & qui l'avoit fui(
401)
vie jufqu'a Clermont où les couriers avoient dé
claré aller à Verdun , s'apperçut qu'elle prenoit
la route de Varennes. Il devança alors la voiture
& vint crier dans la ville d'arrêter la voiture qui
alloit paffer.
»
« Le nommé Paul Leblanc & Jofeph Poucin , fe
trouvèrent fur la lice , s'opposèrent au paffage 5
les couriers fauettoient les chevaux les citoyens.
ayant dic qu'ils allaient tirer dans la voiture fi
elle n'arrêtoit , on ordor na d'arrêter . Pendant cet
intervalle , plufieurs pe : Lɔnnes qui s'éroient affemblées
femèrent l'alarme ; a l'inftant toute la garde
pationale fut fur pied . Les perfonnes qui éto eat
-dans la voiture furent invitées de defcendre ,
qu'elles firent fans . réfiftance . La garde nationale
arrêta le détachement des huffards de Lauzun
qui ne firent aucune réfiftance . Le procureur de la
commune fit entrer les perfonces chez lui , cu
elles demandèrent à fe rafraîchir ..
tc
ce
>
Jufques -là on igaoroit qui elles étoient , j'entrai
, je reconnus le roi , la reine , le dauphin
madame royale & madame Elifabeth. Je fortis &.
je déclarai à tous mes concitoyens que c'étoir le
roi & la famille royals . Is témoignèrent le plus
grand zèle pour s'oppofer à leur départ, & arieter
certains officiers de huffards & de dragons qui
effayoient de favorifer leur fuite La bonne contenance
des gardes nationales , & la formeté des
officiers municipaux , firent échouer leurs efforts .
Le roi eut l'attention d'envoyer à Clermert pour
donner contre-ordre & arrêter le départ des dra -i
gons qui devoient protéger fa fuite . Sur ces entrefaites
je montai à cheval ainfi que douze autres
de mes concitoyens ; nous courûmes de village
en village chercher du fecours , & en moins d'une
beure , nous fumes plus de 4 mille hommes de
( 41 )
gardes nationales , fans compter les huffards & les
diagons qui fort tous patriotes. »
ec
Lorfque je vis que nous pouvions répondre
du Roi & de fa famille , je m'empreffai de venir
vers cette capitale , pour tranquillifer les
bons citoyens & les repréſentans de la nation.
Je partis vers les quatic heures du matin ; arrivé
à la barrière de Paris , j'ai été arrêté par le peuple ,
à qui j'ai fait le récit des évènemens que je vous
retrace. La fatigue de mon voyage & les récits
que j'ai faits de ma miflion , chemin faifant
m'ont empêché de paroître plutôt devant vous ,
Pour vous inftruire des faits que je viens de vous
exp fer. 20
Des détachemens de garde & de gendarmerie
motionales , précédés d'une mufique militaire ,
fort entrés avec les membres qui revenoient de
1oceffion . Le bruit des battemens de mains
s'cít uni à l'air : ça ira , ça ira . M. Alexan
dre de Beauharnois a pris le fauteuil , a reçu
le ferment de quelques officiers & de M. de
Bouthillier , & l'on a entendu de toute part ;
je le jure. La mufique & les applaud ffemens ont
recommenté , & les grenadiers & gendarmes
nationaux font fortis de la falle .
Les commiffaires nommés pour la vifite des
diamans de la couronne , ont atteflé que ces
diarsans étoient tous dans un état conforme aux
3 inventaires de 1771 , 1774 & 1789 ; que irême
il y el avait beaucoup qui n'étoient pas portés
dans les inventaires , & qu'on leur a dit appar
senir perfonnellement au Roi & à la Reine. Ils
avoient examiné chaque pièce , aidés d'un
jouailler , & fe propofeient encore de recommencer
leur opération le lendemain .
Une députation du confeil général de la com(
42 )
::
mune de Paris , a préfenté à l'Affemblée une
lettre d'un M. Beaudin ou Bodan , datée d'Ordeval
, près Sainte-Menehould , qui figne : envoyé
de la municipalité. Ce citoyen annonce
que fa majefté lui ayant fait promettre qu'elle
n'avoit aucun rifque à courir , il en avoit répondu
fur la tête , & qu'il ne quitteroit point le
Roi pendant toute la route. En conféquence
il prie inftaminent la municipalité de Paris , de
prendre toutes les précautions peffibles pour la
sûreté du Roi & de la famille royale . On a interrompu
la délibération à z heures & demie.
-
As heures. Une lettre de MM. de la Tour-
Masbourg , Péthion & Barnave , commiflaires
envoyés au-devant du Roi , datée de la Fertéfous
Jouarre , le jeudi 23 juin à 9 heures du
matin , a informe l'Affemblée que le Roi a
couché à Châlons ; qu'une armée l'accompagne
que par tout les citoyens fignalent , avec une
contenance fière & libre , leur refpe&ucule confance
dans l'Affemblée nationales
Lettre du département de Seine & Marne,
proteftations de patriotifine & des dévoument ,
détail des précautions prifes , & quelques mots
fur les mesures projettées pour le recouvrement
des impofitions de 1791.
M. Roberfpierre vouloit que l'on décernât une
couronne civique aux citoyens qui ont arrêté e
Roi. On fait qu'ils ont menacé de tirer fur lá
voiture s'ils n'en reftoient les maîtres . M. Rewbell
a dit qu'il ne falloit la déférer que fur un
mûr exainen. L'Affemblée a renvoyé la motion
aux comités .
Un décret a fufpendu le départ des commiffaires
, qu'un décret antérieur deftinoit aux dépattemens
maritimes , d'après l'obfervation de
( 43 )
M. Fermont & de M. d'André , qu'il n'étoit pas
néceffaire de tant d'appareil pour recevoir le ferment
d'une trentaine , au plus , d'officiers de la
marine dans le département de Breſt.
M. Thouret a livré à la difcuffion le projet de
décret fuivant :
« L'Aſſemblée nationale déclare traîtres à la
nation & au Roi , ceux qui ont confcillé , aidé
& exécuté Penlèvement du Roi , & tous ceux
qui , pour favorifer leurs deffeins pervers tant aux
droits imprefcriptibles du peuple François , qu'à
l'intérêt de la royauté , tenteroient de mettre
des obftacles au retour du Roi dans la capitale ,
& à fa réunion aux répréſentans de la nation. »
« Ordonne à tous les fenctionnaires civils & à
tous commandans de troupes de ligne , de gendarmerie
nationale & de gardes nationales , d'employer
, chacun en ce qui les concerne , l'autorité
qui leur eft confiée , pour maintenir en pleine
fûreté , & la perfonne du Roi , & celles des indivi
dus de fa famille dont elle eft environnée . »
Ordonne également de repouffer par la
force , de faifir & de mettre en état d'arreftation
, pour être immédiatement livrés à la pourfuite
des tribunaux , tous ceux qui eferoient manquer
au refpect dû à la dignité royale , ou
violer , dans les perfonnes qui l'accompagnent ,
la fûreté individuelle garantie à tous les citoyens
par la conftitution . »
∞
Enjoint aux accufateurs publics auprès des
tribunaux , de pour faivre rigoureufement & fans
délai , quiconque entreprendroit de troubler
l'effet des difpofitions qui feront prifes par le
département & la municipalité de Paris , d'après
les décrets de l'Affemblée , pour allurer la tran
44 )
illité de la capitale , & garantir la fûreté de
Roi & des perfonnes qui l'accompagnent. »
2
Le premier article a paru à M. Roberſpierrė
préjuger une grande quetion , qu'il fochitoit
de vair folemnellement jugée , & par confequent
journée . Il ne s'eft pas expliqué davantage , &
plufieurs auditeurs ont paru frémir de le trop
comprendre. Le fecond article lui a femblé inad
hifible pour l'intérêt même , a - t - il dit , des
perfonnes dont on parle , & pour l'honneur dự
peuple , les metures déjà prifes étant fuffifantes .
M. Rewbell a demandé que les inftigateurs de
la faite du Roi fallent qualifiés de criminels de
lèze - nation , fans quoi l'on n'auroit , felon lui ,
ni délit ni tribunal . Il a trouvé le mot enlèvement
déplacé pour tous les membres de l'Affcmb'éc qui
ne font pas complices de l'évation , & a fouteur
que c'étoit en déguifant ainfi la vérité qu'on avoit
mis la France au bord d'un piécipice. Quant à
la réunion da Roi avec les repréfentans de la
nation , il n'a pas hésité de s'écrier : « retranchez
ces mots. Quiconque ne m'entend pas eft indigne
d'être François.
te J'espère , Meffieurs , a dit , en ſubſtance ,
M. de Toulongeon , que nous n'oublierons pas
que nous allons écrire de grandes pages dans
l'hiftoire , & que nous ferons tourner à notre
avantage le rapprochement qui va fe préfenter ..
entre nous & une nation qui a laiffé un terrible
exemple condamné par l'hiftoire. Il eft beau à un
peuple de ne pas vouloir tout ce qu'il feut. Je
m'étonne d'abord que dans l'opinion de M. Roberfpierre
, le mot facré du peuple François le
confonde fans cefle avec fes feuls ennemis . Le
peuple François doit definer que perfonne ne
trouble la gloire de fes grandes journées . C、ít .
( 45 )
donc contre les ennemis du bien public , contre
les ennemis de fa gloire que le dernier article eft
fur-tout néceffaire... Le premier article ne préjuge
abfolument rien tur des faits qui n'ont pas
Pallé fous les yeux de la loi . »
Ces obfervations ont mis fin à la délibération
qui n'a été repriſe qu'à 9 heures & ſur toute autre
matière,
M. de la Grange & plufieurs députés fuppléans
, militaires , ont prêté le ferment , & la
garde nationale Parifienne à demandé à renouveiler
le fien dans l'Affemblée. Les gardes nationales
font entrés , ayant à Lur tête M. de la
Fayette , dont le difcours s'eft terminé par ces
-mots : « Que les premiers foldats de la liberté
foient les premiers à repoutler, les foldats du
defpotifme. » Le préfident a fait une réponſe ,
lu la formule du ferment , & des milliers de
ciroyens de tous les états , dans tous les coftu
mes , les forts de la halle armés de fufils , &a
ont défilé pendant trois heures, & crié , en levant
la main devant le préfident qui tenoit aufli fa
main tendue nous le jurons , au bruit des applaudiffemens
continuels de l'Aflemblée , & la
mufique jouant tantôt l'air : ça ira , ça ira
tantôt l'air : où peût- on être mieux qu'au fein de
fa famille ?
Lavoit
A 6 heures du matin , M. l'abbé Gouttes qui
n'avoit pas quitté le fauteuil , après avoir lu des
dépêches de Châlons portant que le i
du coucher à Epernay ; & annoncé le départ de
Madame d'Orléans & de M. de Penthievre qui
étoient à Aumale , a fufpendu la feance.
Kong.Áð
(46 )
Suite de lafiance , du vendredi 24 juin, à 11
heures du matin.
Le diftrict de. Commercy n'a plus de biens nationaux
à vendre , & les prêtres eux-mêmes en
ont acheté. M. Camus obtient qu'il en foit fait
mention dans le procès-verbal .
M. de Bellegrade , infpecteur de l'artillerie , a
prêté le nouveau ferment.
par
Sur la propofition de M. Gombert de ſuſpendre
les penfions des abfens , parce qu'il ne trouvoit
Pas naturel « qu'on donnât 150,000 liv . mois
a M. d'Artois pour aller engager des troupes contre
nous & qu'il regre toit auffi juftement les
fommes que l'on paycroit à Monfieur , actuellement
émigrant , M. de Saint - Martin vouloit
que le comité de conftitution préfentât au plutôt
la loi ajournée fur les émigrans ; mais M. Camus
a préféré de décréter que le tréfor public & la
caiffe de l'extraordinaire ne feront aucun paiement
qu'à ceux qui fe préfenteront en perfonne
ou qui rapporteront une déclaration municipale de
réfidence effective & habituelle , viſée du diſtric
& du département . Ce projet amendé a donné
Je décret fuivant :
« L'Aſſemblée nationale décrète qu'à compter
de ce jour , il ne fera fait , foit au tréfor public ,
foit à la caiffe de l'extraordinaire , foit dans les
différentes cailles nationales , à aucun François
ayant trairement , penfion ou créances à exiger ,
aucun paiement , à moins qu'il ne le préfente en
perfonne même , à la charge de faire certifier ,
par la municipalité des licux , fes noms & qualités
, s'ils ne font pas connus . Dans le cas où
lefdits François ne pourroient pas fe tranſporter
cà perfonne aux caiffes où les paiemens doivent
( 47 )
s'exécuter , ils ne pourront toucher leur paiement
que par un fondé de leur procuration fpédiale
, à laquelle fera joint un certificat que la
perfonne qui a donné la procuration , eft actuel
lement & habituellement domiciliée dans le
royaume le certificat fera expédié par la municipalité
du lieu du domicile , vifé par le directoire
du diſtrict. »
«L'Affemblée déclaré ne pas comprendre dans les
difpofitions du présent décret , les étrangers ou les
ambaffadeurs créanciers & penfionnaires de l'Etat ,
& dans le cas où il feroit queftion , d'un fonctionnaire
public , le certificat qui fera joint à ſa
procuration , juftifiera qu'il eft actuellement à
fon pofte. Dans tous les cas , & avant de faire
aucun paiement , le tréforier chargé de l'acquit
ter fe fera représenter la quittance du paiement
fait par la partie prenante , tant de les impoftions
pour l'année 1790 , les années antérieures ,
que des deux premiers tiers de fa contribution
patriotique , ou déclaration qu'elle n'a pas été
dans le cas d'en faire . »
Si la partie prenante n'avoit pas encore acquitté
les impofitions ou fa contribution patriotique
, il lui fera libre d'en offrir la compenfation
avec ce qui lui eft dû ; auquel effet ladite
partie , ou fon fondé de procuration , rapporte
ront le bordereau , certifié par le directoire du
diftrict , de ce dont ils feront débiteurs , foit
pour impofition , foit pour contribution patriotique.
»
La circulation des hommes , des armes , des
vivres , de l'argent , a dit M. Emmery , doit être
libre dans tout le royaume ; mais il faut une loi
pour qu'às lieues des frontières on arrête indifféremment
> jufqu'à nouvel ordre , & les
((-481 )
hommes & les chofes . Un décret a rempli le weir
de M. Emmery..
Au moment de partir , M. de Rochambeau efe
Menu prendre congé du corps législatif qui a
prouvé la confiance par de nombreux applaudiffemens.
Deux députés des adminiſtrateurs du diſtrict
de Cermont , dans lequel eft fitué Varennes ,
Heu de l'arteftation du Rai , ont été introduits
accompagnés de M. de Romauf l'aîné , aide -deamp
de M. de la Fayette. M. Romaufa dit :
« Meffieurs , chargé des ordres de l'Affemblée ,
pour courir après le Roi , lorfqu'elle a été inftruite
de fon départ , je m'empreffe d'avoir l'honneur
de rendre compte à l'Affemblée de ma conduite
& de ma million . Dès que j'ai été hors de Paris ,
Fai pris la route que m'a paru avoir pris la voiture
da Roi , d'après les différentes indications qui
m'ont été données . Je fuis arrivé à Châulons à 9
heures du foir , où j'ai rencontré M. Baillon ;
tommandant de bataillon de Paris , & chargé des
ordres particuliers de M. de la Fayette pour faire
courir après le Roi. Il étoit retardé depuis deux
heures à Châalons , & venoit d'expédier le maître
de pofte à Sainte-Menehould , qui , ayant pris des
Traverfes très-conites , a arrêté le Poi au moment
où il entroit à Varennes . M. Baillon , arrêté
pondant deux heures à Châlons pour l'arrestation
del M. de Bouillé , eft reparti avec moi pour
Varennesci od: nous fommes arrivés à Varennes
quelques heures après l'arrivée du Roi. Nous
avons érésrendre compté à la municipalité de
d'objet de notre voyage , & nous rous formes
préfentés chez le Poi; Je lui ai communiqué le dél
erer de l'Aßemblée , dont j'étois porteur 3 il m'ą
Sundowne
7
ی ھ ت
( 49 )
donné alors fa parole que fon intention n'étoir
pas de fortir du royaume ( murmures & ris ) , qu'il
fe rendoit à Montmédi ; mais que d'après la connoiffance
qu'il avoit du décret , it alloit fe rendre
à fon vau , & reprendre la route de Paris . Le Roi
eft parti de Varennes à fept heures . Je me fuis
trouvé retardé avec MM . Damas & Choiseul =
la municipalité étoit partie avec le Roi pour
l'accompagner jufqu'à Clermont ; le peuple n'a
pas voulu nous laiffer partir avant le retour de
la municipalité : nous y avons été retenus priſonniers.
Je fuis refté avec ces Meffieurs , croyant
pouvoir leur être utile , en ma qualité d'envoyé
de l'Affemblée nationale : je fuis refté avec eux
juſqu'à ce que je les aie vu partir pour Verdun ,'
fous un escorte très- forte de la garde nationale
de Verdun , qui s'étoit rendue à Varenne. Je
me fuis mis en route pour arriver , & j'ai éprouvé
fur la route une nouvelle difficulté pour revenir à
Sainte-Menehould , fur une fauffe alarme que
les ennemis du bien public mettoient tout à feu
& à fang. J'y ai été arrêté , comme venant de ce
pays-là ; & n'en ayant pas donné avis , c'eft à
Mellieurs les adminiftrateurs du diſtrict qui font
ici que je dois d'être arrivé . »
« M. le préfident , j'oubliois de vous dire que
M. de Choifeul , retenu avec moi , avoit reçu les
ordres particuliers de M. de Bouillé pour le trouver
à Varennes , ſans aucun détachement , le jour
où le Roi y eft paflé ; & M. Damas avoit reçu
un ordre de M. de Bouillé de faire partir fon
régiment de fa garnifon pour aller à Mouzon ,
& de fe foumettre aux ordres particuliers que devoit
lui donner M. de Douglas , qui dans cette
affaire paroît avoir eu la confiance de M. de
Bouillé.
Nº. 27. 2 Juillet 1791 .
C
(( so )
сс
Nous fommes chargés par le directoire da diſtrict,
de Clermont , a dit enfuite l'orateur de la députa
tion , de mettre fous les yeux de Affemblée les
procès-verbaux & pièces relatives au voyage du
Roi. Ce ne peut être fans un vif fentiment de
douleur , que nous allons vous retracer les complots
affreux qu'avoient formés les ennemis de la
patrie . Mais il eft au moins pour nous quelque
confolation , celle d'avoir rendu inutiles leurs coupables
manoeuvres , & celle d'avoir été témoins du
patriotifme de tous les citoyens , du refpect des
foldats pour la loi , & de ces traits de civilme qui
heureufement ne vont plus devenir rares . Pour ne
Foint abufer des momess précieux de l'Affemblée
, nous ne retracerons point des évènemens
qui lui font connus , & dont les circonftances
affligeantes fe trouvent détaillées dans le procèsverbal
que le directoire a drefle de tous les faits
dont il a été témoin. Mais , Meffieurs , nous ne
poavons paffer fous filence le zèle infatigable des
gardes nationales , le patriotifme des dragons, du
treizième régiment , dont un détachement le trouvoit
à Clermont , & qui malgré les ordres de
fon commandant , a conftamment refufé de marcher
contre les citoyens , d'après la défenſe qui
leur en avoit été faite par le corps adminiftratif
& la municipalité. Nous vous retracerors la conduite
fage & héroïque de M. Sauffe , procu
Leur de la commune de Varennes , qui , lors de
l'arrivée du Roi , ne répondit aux promeffes les
plus infidieules , aux carreffes même , que par ce
feul mot : je dois beaucoup à mon Roi , mais tout
ma Patrie. ».
Le fecond député a retracé d'autres motifs d'a
farmes. Une lettre du commandant général du
( SI )
1
département de la Meufe , du 22 Juin', annonce què
des troupes ennemies s'approchent des frontières.
On y a couru aux armes , mais il n'y a pas dans le
département affez de fufils pour armer un homme
fur vingt. « Quand bien même nous ne ferious
pas armés , a dit ce député , nos bras fuffiroient
pour repouffer les ennemis .
сс
Un fecrétaire a lu l'extrait des délibérations du
diftrict de Clermont . Les mouvemens des dragons
de Damas lors du paffage de deux voitures , & li
route détournée qu'elles ont prife , ont donné des
fourçons. M. de Damas interrogé a dit qu'il avoit
des ordres de M. de Bouillé ; fommé par le maire
de furfeoir au départ , il a crié : à moi dragons !
Enfia il a remis l'ordre ; dociles aux repréfentations
des officiers municipaux , les dragons n'ont
fait aucun mouvement au commandement de ?
marche qui leur a été donné . Les adminiſtrateurs
& les dragons ont crié : vive la nation ! Ceux - ci
ont mis pied à terre , & M. de Damas s'eft enfui .
On a produit le paffe - Fort dont le Roi étoit
porteur ; on y a lu : « Laiffez paffer la baronne,
de Korffallant à Francfort , avec deux enfans ,
une femme , un valet- de - chambre & trois domeftiques...
Donné à Paris , le 5 Juin 1791. Signé ,
LOUIS. Par le Roi , MONTMORIN.
l'un
MM. Camus & Mugtet ont demandé ,
que M. de Montmorin fùt arrêté pour fa sûreté
perfonnelle , l'autre qu'un détachement confidérabic
de la garde nationale amenât ce miniftre
à l'Affemblée. On l'a décrété , & la lecture a été
continuée .
Confidérant la proximité de la frontière ' , les
effores que pouvoit faire M. de Bouillé , & « l'ias
fidélité reconnue des commandans & officiers ,
C.2
( 52 )
le directoire a arrêté que le Roi partiroit fur le
champ. Le Roi eft reparti à 10 heures du matin
efcorté de 6,000 gardes nationales & d'une foule
immenfe. Le directoire eft allé au -devant du Roi ;
fon préfident a exprimé les alarmes que caufoit ce
départ , à quoi le Roi a répondu que ſon intention
n'étoit pas de fortir du royaume. » Louis
XVI a continué fa route au milieu des cris répétés
: vivent la nation & la loi !
On a décrété que le métal des cloches fera
fondu en fous & demi-fous ; & M. Alexandre de
Lameth a fait adopter les articles fuivans au nom
du comité militaire :
« Art. I. L'Affemblée nationale décrète que
les commiffaires civils qu'elle a envoyés dans les
départemens frontières feront , fi les circonstances
l'exigent , toutes réquifitions néceffaires aux corps
adminiftratifs & municipaux , à l'effet de procurer
aux généraux d'armée les gardes nationales
dont ils pourroient avoir befoin pour concourir
au fervice militaire . »
ec II. Les gardes nationales défignées à cet
effet par les corps adminiftratifs & municipaux ,
pafferont fous les ordres des généraux , & ils
ferviront de la même manière que les troupes
de ligne. »
« ill. Outre les pouvoirs ordinaires donnés
aux généraux d'armée , ils jouiront , jufqu'à ce
qu'il en ait été antrement ordonné , du droit
d'appliquer la déchéance prononcée par le même
décret,
« IV. Pourront également , les généraux d'armée
, fufpendre provifoirement tout officier , de
quelque grade, qu'il foit , dont la conduite leur
paroîtroit fufpecte , à la charge d'en rendre compte
Pinftant au ministre de la guerre . »
( 53 )
V. L'Aſſemblée nationale autorife les géné
raux d'armée à propofer à toutes les fous- lieutenances
qui viendront à vaquer dans les corps
à leurs ordres , les citoyens qu'ils croiront le
plus en état de les bien remplir ; réſervant la
moitié de ces emplois aux fous - officiers des corps
dans lefquels ils vaqueront. »
Arrivé à la barre , M. de Montmorin a dit que
le miniftre des affaires étrangères , ne pouvoit
favoir fi les noms fous lefquels on demandoit des
paffe-ports étoient vrais cu fuppofés , que s'il en
avoit donné de faux au Roi , pour opérer fon éva
fion , il les auroit précédés ou fuivis . M. Rewbell
a parlé de madame de Korf, le miniftre a dit ne
pas la connoître . M. Gourdan ajoutoit que Monfeur
& Madame étoient fortis du royaume munis
d'un palle- port , figné Montmorin , que ceux de
Mefuames , tantes du Roi , avoient été délivrés
fous des noms fuppofés . Le miniſtre a pofitivement
affirmé le contraire de cette dernière affertion qui
n'étoit ni vraic , ni vraisemblable , puifque Mafiames
s'étoient nommées par- tout. M. d'André a
franchement obfervé que de parcilles fuppofitions
fuffifoient pour faire affaliner un miniftre ,
réflexion qui laiffe une étrange idée du règne de
la loi ; & MM. Gourdan , Roederer, Camus &
Muguet ont été défignés commiffaires pour vérifier
ce fait fur tout registre .
Sur l'obfervation de MM. Rewbell & Fréteau
que déja des citoyens de Paris fe propofoient de
préfenter une pétition tendante à ce que l'Affemblée
nationale ne pût prendre , dans la criſe actuelle ,
des mefures qui ne fuffent concertées avec les 83
départemens , pétition qui pouvoit être appuyées
& pour éviter que les affemblées primaires & les
corps électoraux ne s'occupaffent de toute autre
€ 3
$ 4 1
shofe que d'éleAions
, pour
, pour n'avoir pas 83 corps
délibérans , le corps législatif conftituant a bientôt
adopté ce projet de loi préfenté par M. le
Chapelier :
> « L'Affembléec nationale mcfurant toute
l'étendue de fes obligations , & trouvant dans la
confiance de la nation le droit & le devoir de
prendre fur clle les dangers dont on a menacé
la lberté Françoife :
се
CC
Confidérant que la tranquillité du royaume ,
l'achèvement de la conftitution dépendent des
moyens que l'Aflemblée nationale vient d'employer
, & de la fuite qu'elle doit y apporter :
Certaine que le courage & la modération
du peuple François abrégeront les travaux de fes
représentans ; mais ne pouvant , dans le nouvel
ordre d'évènemens où elle fe trouve placée
marquer , fans compromettre la chofe publique ,
l'époque précife de fa feparation , quelque zèle
qu'elle mette à la rapprocher ; & ne voulant
Laiffer aucun doute fur la réſolution où elle eft
de remplir le ferment qu'elle a fait de remettre
à la première légiflture le dépôt complet de la
liberté publique & de la conftitution , croit donner
à la nation une preuve néceflaire de fon dévoucment
, en fufpendant , pour quelques inftans
les opérations des électeurs qui font déjà ou qui
feront nommés par les affemblées primaires :
« En conséquence , elle ordonne que les électeurs
qui ont été ou qui feront nommés par les
affemblées primaires , ne fe réuniront pas , &
furfeoiront aux nominations auxquelles il devoit
être procédé d'après le décret du 29 mai , juſqu'au
jour qui fera déterminé par un décret de
Affemblée nationale. »
La féance a été fufpendue à trois heures,
As heures du fol . Le rapport acs commit
faires a conftaté que madame de Korf avoit obrenu
un paffe-port le 5 juin , par l'entremise de M.
de Simolin , miniftre de Ruffie ; qu'ayant feint
d'avoir brûlé , par mégarde , ce paffe port , elle
en avoit reçu un duplicata par la même vois
Un décret a déclaré M. de Montmorin irréprochable
, & 4 députés font alles en informer le peuple
qui menaçoit les propriétés & la perfonne de M.
de Montmoria . Celui- ci eft bientôt revenu remercier
l'Affemblée ..
Le préfident a lu une lettre des trois com
miffaires envoyés au- devant du Roi , conque en
ees termes :
A Dormans , le 24 juin 1791 , trois heures un
quart du mat! du matin.
PHU
M. LE PRÉSIDENT
2
« Nous avons joint le Roi à peu de diftance
Epernay ; il étoit dans une voiture avec la
Reine , le Dauphin , Madame Royale Madamé
Elifabeth & Madame Tourzelle trois doineltiques
étoit fur le fiége deux femmes fuivoient
dans un cabriolet ; un peuple immenfe & en armes
étoit fur la route . Nous nous fammes approchés
de li perfonne du Roi , nous lui avons fait part
de notre miffion , & nous lui avons donné lecture
du décret de l'Aflemblée nationale
en avons également fait lecture aux braves citoyens
qui for fervoient de cortége : nous avons
inftitué M. Dumas leur commandant , & nous
nous fommes rendus en bon ordre à Dormans
où nous paffons la nuit . Demain nous nous rendrons
à Meaux , & après- demain à Paris . "
« Ce qui ralentit notre marche , c'eſt Taf-
; nous
לכ
C4
fluence des gardes nationales qui fe rendent de
toutes parts fur le paffage du Roi pour l'escorter ,
& dont nous devons louer le zèle & la conduite
prudente & généreuse, »
Nous fommes avec refpect ,
Monfieur le Préſident ,
L
« Votre très-humbles , &c . Signé ,
Péthion , Latour - Maubourg , fl Baruave , Dumas. »
M. Dupont a lu une adreffe aux François pour
te paiement des contributions foncières & mobihaires
, M. le Grand a prétendu qu'elle renfermoit
trop de belles expreffions , trop de grandes phrafes,
pour être entendue de toutes les claffes de contribuables
il auroit préféré une adreffe qui efit ¿
réchauffe le patriotifme mieux que cette longue
énumération des impôts détruits. M. Dupont a
répondu que deux colonnes , l'une des anciens
impôts , l'autre des nouveaux , feroient l'adreffe
la plus patriotique que l'on pût envoyer aux
départemens. L'adrefle a été décrétée .
Les cofps adminiftratifs de Verſailles out dénoncé
au tribunal du diſtrict , & le tribunal a
d'abord fait arrêter & enfuite feulement empèché
de partir madame d'Offun , dame d'atour
de la Reine . Cette dame a prouvé qu'elle n'avoit
aucune part à l'évènement du jour, en produifant
une lettre de la Reine dont voici la teneur
& qui ne lui parvint que mardi :
« Ce lundi foir 20 juin 1791. Tous les devoirs
réunis m'ont empêché , Madame , de vous
avertir de notre départ . J'ai pourtant rifqué de
vous engager à faire une courfe , ne fût- ce que
pour vous favoir hors d'ici . J'ai bien pcu de momens
à moi , & beaucoup d'affaires . Je me borne
( 57 )
donc à vous affurer de mon éternelle & inviolable
amitié. Dieu veuille que nous puiflions être
promptement réunies ! je vous embraffe , &c . »
On a décrété , fur la propofition de M. de
Menou , ce qui fuit :
« 1 ° . Les officiers généraux commandans les
troupes fur les frontières du royaume , font autorités
à faire délivrer aux gardes nationales qui
feront employées fous leurs ordres , tant en corps
d'armée que dans les places de guerre & autres
poftes quelconques , les armes & munitions de
guerre de toute effèce , ainfi que les effets de campement
& autres attirails de guerre qu'ils jugeront
nécellaires , fous la condition de rendre compté au
miniftre de la guerre des diftributions qu'ils auront
ordonnées , & de prendre fes ordres à cetégard. »
« 2°. L'Affemblée nationale ordonne aux officiers
généranx employés , de veiller avec le plus
grand foin fur les différens arfenaux , magains
& dépôts d'armes & munitions de guerre ; les
autorilaut à changer le lieu de ces dépôts s'ils le
croient néceffaire à leur sûreté. Il eft expreffément
défendu aux différens corps adminiftratifs
de s'immifcer dans tout ce qui peut avoir rapport
à cette branche d'adminiftration militaire . »
« L'Affemblée nationale décrète que le miniftre
de la guerre eft autorisé à augmenter de feize
officiers généraux le nombre de ceux qui d'après
les précédens décrets lont actuellement employés ;
favoir , quatre lieutenans généraux & douze maréchaux-
de- camp. Le miniftre eft autorisé à choisir
les quatre lieutenans -généraux & les douze maréchaux-
de-camp , foit dans la ligne , foit parmi
les officiers généraux actuellement exiftans. A ces
feize officiers généraux feront attachés des aidesde-
camp , dont le nombre fera fixé conforme-
C f
( 581
ment aux précédens décrets de l'Aſſemblée natlonale
. »>
L'Affemblée à ordonné le remplacement des
officiers généraux émigrans ou démis , & M. de
Menou a fait le tableau de l'état de guerre où fe
trouve actuellement le royaume. Du département
du Nord à celui du Haut-Rhin , 700 pièces de
canon , de la poudre pour fept à huit campagnes
des plus actives , des provifions très-con-
•fdérables de boulets , de balles ; des vivres pour
200,000 hommes de troupes , four 18 mois ; des
effets de campement pour trois armées de 60,000
hommes chacune ; & par-tout des difpofitions
qui augmenteront encore ces reffources , M. Lavenue
a demande qu'on fit part à l'Aſſemblée
d'un plan de défenfe pour nos frontières ; cette
propofition a excité de longs éclats de rire , & l'on
eft paffé à l'ordre du jour.
Une députation de la municipalité de Paris a
préſenté M. Drouet & M. Guillaume , qui prirent
de concert des mesures pour arrêter les voitures
du Roi . M. Dacier , orateur de la députation
, a dit : «c aujourd'hni que tous les François
font frères , lorfqu'un des citoyens fait une
bonne action , la gloire en rejaillit fur toute la
famille . On a applaudi , & M. Drouet a parlé
à peu près en ces termes :
«Je fuis maître de pofte à Sainte- Menehould,
ancien dragon au régiment de Condé ; mon camarade
Guillaume et un ancien dragon au régiment
de la Reine. ( On applaudit ) Le 21 juin ,
7 heures & demie du foir , deux voitures &
onze chevaux relayèrent à la pofte de Sainte-
Menehould. Je crus reconnoître la Reine ; &
appercevant un homme dans le fond de la voiture
à gauche , je fus frappé de la reſſemblance
3
de fa phyfionnomie avec l'effigie d'un affignat
de so livres. ( On applaudit. ) Ces voitures
étant conduites par un détachement de dragons,
lequel fuccédoit à un détachement de huffards ,
fous le prétexte de protége un tréfor , cette efcorte
me confirma dans mes fourçons , fur- tout
lorfque je vis le commandant de ce détachement
parler d'un air , très-animé à l'un des couriers.
Cependant ocrraa ggnnaanntt d'exiter de fauffes
alarmes , étant tout feul , ne pouvant confulter
perfonne , je laiffai partir les voitures ; mais
voyant auffitôt les dragons prêts à fe mettre
en mouvement pour les fuivre & voyant
qu'après avoir demandé des chevaux pour Verdun
, ces voitures prenoient la route de Varenres
, je pris un chemin de traverse pour les
rejoindre. Je les devançai à Varennes , il
étoit onze heures du foir : il faifoit très - noir ;
tout le monde étoit couché. Les voitures furent
arrêtées dans une ruc , par une difpute qui eut
lieu entre les poftillons & le maître de pofte
du lieu , Celui- ci vouloit qu'on fit repofer &
rafraichir les chevaux , felon l'ufage . Le Roi
au contraire , vouloit accélérer fon départ . Je dis
alors à mon camarade es - tu bon patriote Nen
doute pas , Eh bien , lui répondis-je , le Roi eft à
Varennes ; il faut l'arrêter. Alors nous defcendîmes
& nous fimes réfléxion que , pour le fuccès
de notre projet , il falloit barricader la rue & le
pont par où le Roi devoit paffer. ( On applaudit . )
un
En conféquence, nous nous tranfportâmes
moi & mon camarade , près du pont de Varennes ;
il y avoit heureufement tout près une voiture
chargée de meubles , nous l'amenâmes , nous la
culbutâmes , de manière qu'il étoit impoffible
de paffer. (On applaudit . )
C 6
( 60 )
Alers , nous courûmes chercher le procureur de
la commune , le maire , le commandant de la
garde nationale , & en moins d'un demi quartd'heure
nous fùmes réumis au nombre de 8
hommes de bonne volonté. Le commandant de
la garde nationale accompagné du procureur de
la commune s'approchèrent de la voiture & demandèrent
aux voyageurs , qui ils étoient & où
ils alloient. La Reine répondit , qu'ils étoient
preffés. On infifta pour voir le paffeport ; elle
donna enfin fon pafleport à deux gardes - d'honneur
, qui defcendirent & vinrent à l'auberge.
Ce palleport portoit le nom de madame la baroape
de Korff , &c. Quelques perfonnes qui
entendirent la lecture de ce paffeport difuient
qu'il devoit fuffire . Nous combattimes cette
idée , parce que le pafferort n'étoit figné que
du Roi , & qu'il devoit l'être auffi par le préfident
de l'Affemblée nationale . Si vous êtes une
étrangère , difions-nous à la Reine , pourquoi
avez- vous affez d'influence pour faire partir après
vous un détachement ? pourquoi lorfque vous
paffâtes par Clermont , en avez - vous eu affez
pour vous faire fuivre par un premier détachement?
D'après ces réfléxions & notre obftination , on
délibéra que les voyageurs ne partiroient que le
lendemain. Ifs defcendirent dans la maifon du
procureur de la commune .
"
Alors de lui- même , le Roi nous dit : Voilà
le Roi , voilà mon épouse & mes enfans ; nous
vous conjurons de nous traiter avec les égards
que les François ont toujours eus pour leurs
Rois . Auflitôt les gardes nationales accoururent
eu foule , & l'on vit en même temps arriver les
huffards le fabre à la main ils effayerent d'approcher
la maiſon où étoit le Roi ; mais nous
( 61 )
leur criâmes que fi on vouloit l'arracher , on me
l'arracheroit que mort d'entre nos mains .... Le
commandant de la garde nationale eu l'attention
en outre de faire venir deux pièces d'artillerie
qu'il fit mettre à l'embouchure de la rue par en
haut , & deux autres en bas , de manière que
les huffards fe trouvèrent entre deux feux . On
les fomma de defcendre de cheval . M. Jouglas
s'y refufa dit qu'il vouloit avec la troupe
garder le Roi : on lui répondit que la garde
nationale le garderoit bien , qu'elle n'avoit pas
befoin de fon fecours ; il infiſta , alors le commandant
de la garde nationale ordonna aux canonniers
de fe mettre à leurs rangs & de faire
feu ; ils prirent la mêche à la main ..... Mais
j'ai l'honneur de vous obſerver qu'il n'y avoit
rien dans les canons. »
« En un mot , le commandant de la garde nationale
& la garde nationale firent fi bien qu'ils
parvinrent à défarmer les buffards ; le Roi fat
donc conftitué prifonnier. Ayant ainfi rempli
notre devoir , nous retournâmes chez nous ,
milieu des félicitations de nos concitoyens ; &
nous fommes venus dépofer dans le fein de l'Affemblée
nationale l'hommage de nos fervices..
au
Des députés des tribunaux criminels de Paris
fort venus entretenir l'Affemblée des ſuggeſtions
qui pouvoient avoir induit le premier fonctionnaire
public , ce font leurs expreffions , à déferter
de fon pofte ; de la fageffe & de l'énergie ducorps
conftituant ; de leur admiration & de leur
fidélité . Organe du département de Paris , M.-
Paftoret a prêté le ferment que ces adminiftrateurs
, a- t-il dit , prêtent nuit & jour à la patrie
; il a ajouté : « vos vertus font notre nodèle
, vos travaux notre gloire & notre bon(
62 )
*
heut , & juré de maintenir la conftitution , en
obfervant qu'ils n'avoient pas befoin de promettre
de l'aimer . Le préfident a réfoudu , & la
féance a été de nouveau Tufpendue . Il étoit 10
heures du foir.
La fuite au Journal prochain.
Nous nous réfervons d'attacher la réflexion
de nos Lecteurs fur les principaux
incidens de la retraite & du retour du Roi
lorfque les premiers ébranlémens qu'a produits
cet événement feront calmés , que
les détails feront vérifiés , & que l'on aura
pu prendre quelqu'opinion des faits . L'on
en a pu voir d'importans dans les Séances
de l'Affemblée Nationale ; il en eft d'autres
moins frappans , mais qui ont trait au
même fait , & que nous recueillerons avec
foin ; les pièces publiques fur tout méritent
une attention particulière , & nous tâcherons
de les rapporter lorfqu'elles pourjont
éclairer & guider le jugement dans cette
orageufe circonftance. On a déja vu un extrait
de la déclaration de S..M . aux François,
à fa fortie de Paris ; nous la rapporterons
en entier en attendant , voici l'adreffe de
l'Affemblée Nationale aux François , décrétée
en forme de Proclamation , dans la
Séance du 22 Juin ; c'eft une forte de réponſe
à la déclaration du Roi , & par con
féquent , un premier apperçu du fentiment
31
( 63 )
de l'Affemblée Nationale fur les diverfes
plaintes qui s'y trouvent expofées.
се
« Un grand attentat vient de fe commettre.
L'Affemblée nationale touchoit au terme de fes
longs travaux ; la conftitution étoit finie ; 1.s
erages de la révolution alloient ceffer ; & les
ennemis du bien public ont voulu , par un feul
forfait , immoler la nation entière à leur vongeance
. Le Roi & la famille royale ont été enlevés
dans la nuit du 20 au 21 de ce mois. "
« Vos repréfentans triompheront de cet
obftacle ; ils mefurent l'étendue des devoirs qui
leur font impofés. La liberté publique fera maintenue
; les confpirateurs & les esclaves apprendront
à connoître l'intrépidité des fondateurs de
la liberté françoife ; & nous prenons , à la face
de la nation , l'engagement folennel de venger
la loi ou de mourir. »
« La France veut être libre , & elle fera libre ;
on cherche à faire rétrograder la révolution , la
révolution ne rétrogradera point . François , telle
eft votre volonté ; elle fera accomplie .
כ כ
« Il s'agiffoit d'abord d'appliquer la loi à la
pofition momentanée où se trouve le royaume.
Le Roi , dans la conftitution , exerce les fonctions
royales du refus ou de la fanction fur les
décrets du corps légiflatif, il eft en outre chef
du pouvoir exécutif; & , cp cette dernière qualité,
il fait exécuter la loi par des miniftres refponfables
. Si le premier des fonctionnaires publics
déferte fon pofte , ou eft enlevé malgré lui ,
les repréfentans de la nation , revêtus de tous
les pouvoirs néceffaires au falut de l'Etat , &
à l'activité du gouvernement , ont le droit d'y
fuppléer ; en prononçant que l'appofition du fceau
de l'état , & la fignature du miniftre de ļa juf(
64 )
ce , donneront aux décrets le caractère & l'autorité
de la loi ; l'Allemblée nationale conftituante
a exercé un droit inconteftable. Sous le fecond
rapport , il n'étoit pas moins facile de trouver
un fupplément. En effet , aucun ordre du Roi
ne pouvant être exécuté s'il n'eft contrefigné par
les miniftres , qui en demeurent refponfables , il
a fuffi d'une fimple déclaration qui ordonnât provifoirement
aux miniftres d'agir fous leur refponfabilité
, fans la fignature du Roi . »
Après avoir pourvu aux moyens de completter
& de faire exécuter la loi , les dangers
de la crife actuelle font écartés à l'égard de l'intérieur
du royaume. Contre les attaques du dehors ,
'on vient de donner à l'armée un premier renfort
de quatre cent mille gardes nationales . Au- dedans
& au- dehors , la France a donc toute forte de
motifs de fécurité , fi les efprits ne fe laiffent point
frapper d'étonnement , s'ils gardent de la modéra
tion.L'Affemblée nationale conftituante eft enplace;
tous les pouvoirs publics , établis par la conftitution
, font en activité ; le patriotiffne des citoyens
de Paris , fa garde nationale , dont le
zèle eft au-deffus de tout éloge , veilient autour
de vos représentans . Les citoyens actifs du royaume
entier font enrôlés , & la France peut attendre
fes ennemis . »
<<< Faut- il craindre les fuites d'un écrit arraché
avant le départ de ce Roi féduit , que nous ne
croirons inexcufable qu'à la dernière extrémité ?
On conçoit à peine l'ignorance & les prétentions
de ceux qui l'ont dicté ; il fera difcuté par la fuite
avec plus d'étendue , fi vos intérêts l'exigent ; mais
'il eft de notre devoir d'en donner ici une idée . »
« L'Affemblée nationale a fait une proclamation
folemnelle des vérités politiques ; elle a
( 65 )
retrouvé , ou plutôt elle a rétabli les droits facrés
du genre humain ; & cet écrit préfente de nonyeau
la théorie de l'efclavage . »
cc
François ! on y rappelle cette journée du
23 juin , ou le chef du pouvoir exécutif, ou
le premier des fonctionnaires publics ofa dicter
fes volontés abfolues à vos repréfentans , chargés
par vos ordres de refaire la conftitution du
royaume. »
« On ne craint pas d'y parler de cette armée
qui menaçoit l'Affemblée Nationale au mois de
juillet ; on ofe fe faire un mérite de l'avoir éloignée
des délibérations de vos repréfentans . »
L'Affemblée nationale a gémi des évènemens
du 6 octobre. Elle a ordonné la pourſuite
des coupables ; & parce qu'il cft difficile de retrouver
quelques brigands au milieu de l'infurrection
de tout un peuple , on lui reproche de
les laiffer impunis ! on fe garde bien de raconter
les outrages qui provoquèrent ces défordres . La
nation étoit plus jufte & plus généreuse ; elle ne
reprochoit plus au Roi les violences exercées fous
fon règne , & fous le règne de fes aïeux . »
On ofe y rappeller la fédération du 14
juillet de l'année dernière . Qu'en est- il refté dans
la mémoire des auteurs de cet écrit ? C'eſt que
le premier fonctionnairc public n'étoit placé qu'à
la tête des repréſentans de la nation . Au milieu
de tous les députés des gardes nationales & des
troupes de ligne du royaume , il y prononça un
ferment folemnel ; & c'eft-là ce qu'on oublie !
Le ferment du Roi fur libre ; car il dit lui-même ,
que c'eft pendant la fédération , qu'il a paffé les
momens les plus doux de fon féjour à Paris ;
qu'il s'arrête avec complaifance fur le fouvenir
des témoignages d'attachement & d'amour que
( 66 )
lui ont donnés les gardes nationaux de toute la
France. Si un jour le Roi ne déclaroit pas que
des factieux l'ont entraîné , on auroit dénoncé
fon parjure au monde entier . »
cr
Eft-il befoin de parcourir tant d'autres reproches
, fi mal fondés ? On diroit que les peuples
font faits pour les Rois , & que la clémence cft
Funique devoir de ceux-ci ; qu'une grande nation
doit fe régénérer fans aucune agitation fans
troubler un moment les plaifirs des Rois & de
leur cour. Quelques défordres ont accompagné
la révolution ; mais l'aneien defpotifme doit-il
fe plaindre des maux qu'il avoit fait ? & convient-
il de s'étonner que le peuple n'ait pas toujours
gardé la mefure , en diffipant cet amas de
corruption , formé pendant des diècles par les
crimes du pouvoir -abſolu ? »
•
cc Des adreffes de félicitations & de remerciemens
font arrivées de toutes les parties du
royaume ; on dit que c'eft l'ouvrage des fictieix ;
oui , fans doute , de vingt- quatre milions de
factieux . »
Il falloit reconftituer tous les pouvoirs ,
parce que tout étoit corrompus parce qu'une
dette effrayante , accumulée par l'impéritie & les
défordres du gouvernement , alloit précipiter la
nation dans un abîme. On nous reproche de
n'avoir pas foumis la conftitution au refus du Roi;
mais la royauté n'eft établie que pour le peuple ;
& les grandes nations font obligées de la maintenir
, c'eft parce qu'elle eft la fauve -garde de
leur bonheur. La conftitution lui laiffe fa prérogative
& fon véritable casactère . Vos repréfentans
feroient criminels , s'ils avoient facrifié
vingt quatre millions de citoyens à l'intérêt d'un
feul homme, »
( 67 )
ca Le travail des peuples alimente le tréfor
de l'Etat ; c'eſt un dépôt facré . Le premier fymptôme
de l'esclavage eft de ne voir dans les contributions
publiques , qu'une dit e envers le defpotifme.
La France devoit être , fur ce point ,
plus févère qu'aucune autre nation . On a réglé
l'emploi des contributions d'après la ftricte juftice
; on a pourvu avec munificence aux dépenfes
du Roi ; par une condefcendance de l'Affemblée
nationale , il en a lui - même fixé la fomme ;
& près de trente millions accordés à la lifte
civile , font préfentés comme une fomme trop
modique !:
כ כ
Le décret fur la guerre & la paix ôte au
Roi & à fes miniftres le droit de dévouer les
peuples au carnage , felon le caprice ou les calculs
de la cour; & l'on paroît le regretter ! Des
traités défaftreux ont tour - à-tour facrifié le ter
Fitoire de l'empire François , les tréfors de l'Etat ,
& l'induftrie des citoyens . Le corps législatif
connoîtra mieux les intérêts de la nation , & l'oa
nous reproche de lui avoir confervé la révifion
& la confirmation des traités ! Quoi donc ! n'avez
vous pas fait une affez lougue expérience des
erreurs du gouvernement ? »
« Sous l'ancien régime , l'avancement & ia
difcipline des foldats & des officiers de terie' &
de mer étoient abandonnés au caprice du miniftère
. L'Allemblée nationale , occupée de leur
bonheur , leur a reftitué des droits qui leur
appartiennent ; l'autorité royale n'aura plus que
le tiers ou le quart des places à donner ; & l'on
ne trouve point cette part fufflante ! b
ice On attaque votre ordre judiciaire , fans forger
que le Roi d'un grand peuple ne doit fe mêler
de l'adminiſtration de la juftice que pour faire
( 68 )
.
obferver les lois & exécuter les jugemens . On
veut exciter des regrets fur le droit de faire grace &
de commuer les peines ; & cependant tout le monde
fait comment ce droit eft exercé , & fur qui les
monarques répandent de pareilles faveurs . »
« Se plaindre de ne pouvoir plus ordonner
toutes les parties de l'adminiftration , c'eſt revendiquer
le defpotifme miniftériel . Certes , le
Roi ne pouvoit l'exercer lui-même. On a laiffé
au peuple le choix de fes adminiſtrateurs ; mais
ces mêmes adminiftrateurs font fous l'autorité du
Roi, en tout ce qui ne concerne pas la répartis
tion de l'impôt ; il peut , fous la refponfabilité
de fes miniftres , annuller leurs actes irréguliers ,
les fufpendre de leurs fonctions. »
:LC
Les pouvoirs une fois répartis , le corps
législatif, comme tout autre pouvoir public , ne
pourra fortir des bornes qui lui feront affignées .
Au défaut des miniftres , l'impérieufe néceflité
a forcé quelquefois l'Affemblée nationale à fe
mêler , malgré elle , de l'adminiftration . Ce n'eft
pàs au gouvernement à le lui reprocher. On doit
le dire ; il n'infpiroit plus de confiance ; & ,
tandis que tous les François fe portoient vers le
corps législatif, comme centre d'action , elle ne
s'est jamais occupée , fur ce point , que des difpofitions
néceffaires au maintien de la liberté.
Devoit-elle conferver de la défiance ? Vous pouvez
en juger d'après le départ du Roi. »
eċ
La faction qui, à la fuite de ce départ , a
tracé la longue lifte de reproches auxquels il fera
fi facile de répondre , s'eft démafquée elle - même.
Des imputations fouvent renouvellées en décèlent
La fource . On fe plaint de la complication du
nouveau régime; & par une contradiction fenfible
, on fe plaint en même temps de la duréo
( 69 )
biennale des fonctions des électeurs . On reproche
amèrement aux fociétés des amis de la conftitu
tion cet amour ardent de la liberté qui a tant ſervi
la révolution , & qui peut être fi utile encore ,
fi , dans les circonftances actuelles , il eft dirigé
par un patriotifme tout à-la -fois prudent &
éclairé. »
cc
Faut -il parler enfin de cette infinuation relative
à la religion catholique ? L'Aſſemblée nationale
, vous le favez , n'a fait qu'ufer des droits
de la puiffance civile ; elle a rétabli la pureté
des premiers fiècles chrétiens ; & ce ne font pas
les intérêts du ciel qui dicent ce reproche .
François ! l'abſence du Roi n'arrêtera point
l'activité du gouvernement ; & un ſeul danger réel
vous menace. Vous avez à vous prémunir contre
la fufpenfion des travaux de l'induftrie , du paiement
des contributions publiques , contre cette
agitation fans mefure , qui , bouleverfant l'Etat
par excès de patriotiſme ou à l'inſtigation de nos
ennemis , commenceroit par l'anarchie , & finiroir
par la guerre civile.
و و
C'eft fur ce danger que l'Affemblée nationale
appelle la follicitude de tous les bons citoyens
; c'eft ce malheur véritable qu'il faut éviter.
Vos représentans vous exhortent , au nom de
la patrie , au nom de la liberté , à ne pas les
perdre de vue . Dans les momens de crife ; il
eft néceffaire de développer un grand caractère ;
c'eft alors que les haines privées & les intérêts
particuliers doivent difparoître. Le peuple , qui
vient de reconquérir la liberté, doit fur- tout'
montrer cette fermeté tranquille qui fait pâlir les'
tyrans. »
« Le grand, prefque l'unique intérêt qui doivel
aqus occuper particulièrement juſqu'à l'epoque
770 )
très-prochaine où l'Affenib'ée nationale aura pris
une réfolution définitive , e'eft le maintien de
Fordre. L'ordre peut exifter par-tout où il exifte
un centre d'autorité ; il fe trouve dans l'Aſſemblée
de vos repréſentans . Il faffira provifoirement , fi la
voix des citoyens prononce avec énergie l'obligation
de refpecter la loi ; fi la force publique
de l'armée , des gardes nationales , & de tous
les François en appuie l'exécution . Nous gémi
rons des malheurs de notre Roi ; nous appelle
rons la vengeance des lois fur ceux qui l'ont
entraîné loin de fon pofte ; mais l'empire ne
fera point ébranlé ; l'activité de l'adminiftration
& de la juftice ne fera point ralentie . Riezvous
donc fur ce point , auquel le falut de la
France eft attaché ; furveillez ces hommes qui
ne voient dans les calamités publiques qu'une
o :cafion favorable à leur brigandage . Uniffez
vos efforts pour empêcher les violences , pour
aflurer le paiement des contributions , & la libre
circulation des fubfiftances , pour maintenir la
fureté des perfonnes & de toutes les propriétés .
Montrez la loi aux coupables ; fortifiez les autorités
conftitutionnelles de toute la puiffance de
la volonté générale ; que les factieux qui demandent
le fang de leurs concitoyens voient l'ordre
fe maintenir au milieu des' orages , la conftitution
s'affermir , & devenir plus chère aux François
par les coups qu'ils lui portent ; & qu'enfin les
dangers qui vous éroient réservés , n'atteignent
que les ennemis .de votre bonheur . La capitale
peut fervir de modèle au refte de la France ;
le départ du Roi n'y a point caufé d'agitation ;
& , ce qui fait le défelpoir de nos ennemis , elle
jouit d'une tranquillité parfaite. »
་
« Il eft , envers les grandes nations ,
des at
( 71 )
tentats que la générosité feple peut faire oublier .
Le peuple François étoit fier dans la fervitude ;
il montrera les vertus & Phéroïfme de la liberté .
Que les ennemis de la conftitution le fachent ; pour
aflervir de nouveau le territoire de cet empire ,
il faudroit anéantir la nation . Le defpotiſme formera
, s'il le veut , une parcille entrepriſe ; il
fera vaincu ; ou , à la fuite de fon affreux triomphe ,
il ne trouveia que des ruines . »
Signés , ALEXANDRE BEAUHARNAIS , Préfident
, MAURIET , REGNIER , LECARLIER , FRICAUD
, GRENOT , MERLE , Secrétaires .
Comme nous nous ferons toujours un
devoir de rectifier les méprifes , où malgré
l'amour de l'impartialité,nous pouvons être
entraînés par la rapidité de la rédaction du
journal des feances , nous nous empreffons
'de configner ici la réclamation de M. Paul
Nairac , député de Bordeaux. Il n'a point
demandé à l'Affemblée nationale , ainfi
qu'on l'annonce dans le n°. 23 du Mercure
, page 194 de la partie politique
que le corps législatif improuvat la conduite
de la Municipalité de Bordeaux , coupable
de violences contre les loix et la
liberté des citoyens , « il a demandé au
contraire que les applaudiffemens donnés
à cette conduite par l'Affemblée , fuffent
confirmés par une lettre du préfident. >>
J
DRUIDATES UTCUits a MUUT
J 1
SUPPLEMENr à l'article de Paris & aux Nouvelles
étrangères.
Du dimanche 26 juin 1791.') sta
LA féance a tenue toute la nuit , & la délibération a été
reprife à dix heures du matin. On a fait lecture d'une lettre
de la municipalité du Mans , qui annonce que M. de Brezé
a été arrêté le 22 , comme n'ayant point de paffe port , &
pouvant par fa place donner des lumières fur l'évafion du
Roi . Cette lettre étoit accompagnée d'un interrogatoire qu'avoit
fubi M. de Brézé , & dans lequel il avoit dit qu'il fe
retiroit dans une de fes terres par le confeil de fes amis ; qu'aurefte
, il ne pouvoit donner aucun renfeignement fur la fuite
de la Famille Royale , dont il n'avoit été inftruit que le mardi
à 11 heures du matin. L'Aflemblée a ordonné l'élargißement
de M. de Brezé .
On s'eft enfuite occupé da moyen d'exécuter le décret de
la veille portant qu'il fera informé des auteurs & complices
de l'évafion du Roi , & que les perfonnes qui l'accompa
gnoient feront mifes en état d'arrestation . Après quelques
débats , où l'on a entendu avec peine des applaudiffemens
prodigués à ces paroles de M. Roberfpierre : « La Reine n'eft
qu'une citoyenne , le Roi un citoyen comptable. L'on a décrété
trois articles , dont le premier ordonne que le tribunal de
l'arrondiffement des Tuileries fera inforiner fur l'évasion du
Roi , & les faits qui y font antérieurs ; le fecond , qu'il fera
interroger les perfonnes mifes en état d'arreftation ; & le
troifième , que l'Aflemblée Nationale nommera trois commiffaires
pris dans fon fein, pour recevoir les déclarations du Roi
& de la Reine.
L'Affemblée s'eft retirée dans les bureaux , fur les trois
heures , pour procéder à cette nomination : les commiflaires
choifis font , MM . Tronchet , d'André & Duport
Il a été décrété que la féance qui duroit depuis mardi 21 ,
feroir levée aujourd'hui .
Le lundi 27 , on lit diverſes lettres & adreffes des directoires
de départemens qui rendent compte des moyens qu'ils ont
employés pour affurer la tranquillité publique , & du zèle des
semnice Da
monare , & le porter contre les ennemis du dehors , que de
faux bruits annonçoient comme ayant déja pénétré dans le
royaume.
On décide qu'il fera fait dans le procès verbal une mention
honorable de déclaration faite par M. de Bonnay , qu'auffirôt
que les gordes - du - corps ont appris à Versailles le départ
du Roi, ils ont montre le plus grand zèle à mantenir l'ordre
& la tranquillité publique . On a décrété une férie d'articles
fur la confervation & le claflement des places de guerre.
M. d'Eftaing cnvoid fon ferment a l'Affemblée dans une leure
dost on a fait lecture. Ap ès quoi , des commiſſaites nommés
pour recevoir les déclarations de leurs Majeftés , ont rendu
compte de leur million . Ils fe fout rendus aux Thuileries le
dimanche 26 , à neuf hers du foin , & ont été introduits
dans la chambre du Roi , qu'iis ont trouvé feul. Ils ont fait
Jecture à La Majefté du déc. et du 211 , & de l'objet de leur milfion
; le Roi alors prenant la parol , leur a dir qu'il n'entendoit
point fubir un interrogatoire , mais qu'il failoit une
déclaration conformément à la demande de l'Affemblée Nationale.
Il l'a effectivement faite & figuée , ainfi que les commillaires
de l'Aflemblée.
Ces Meffieurs fe font enfuite rendus chez la Reine , mais
Madame Elifabeth, qui étoit prête à fe mettre à table avec
le Roi , leur a dit que la Reine ne pouvoit point les recevoir
parce qu'elle étoit au bain , mais qu'elle les prioit de
paffer le lendemain à onze heures , ce qu'ils ont fait. La
Keine a également fait fa déclaration . Nous en allons
donner la fubftance ainfi que de celle du Roi ; ces pièces importantes
feront rapportées en entier dans le prochain otdinaire.
Extrait de la Déclaration du Roi.
Cejourd'hui 26 Juin , &c.
« Les motifs qui m'ont déterminé à quitter Paris font les
outrages & les menaces faits a ma famille & à moi- même
dans la journée du 18 avril , lefquels fout reftés impunis
J'ai cru qu'il n'y avoit ni sûreté ni décence pour moi &
pour ma famille a demeurer dans la capitale. Jamais mon
intention n'a été de fortir du royaume . Je n'ai entretenu
aucun con eft , pour mon départ , ni avec les puitlances
étrangères , ni avec mes parens , ni avec les François
émigrés. »
་
de ce que je dis . J'avois choifi cette placé parce qu'elle eft
bien fortifiée , parce que j'aurois pu m'oppofer à toute invalion
contre la France , i on avoit voulu en faire une
& parce que j'aurois pu me porter en perfonne fur tous les
points attaqués. Je confervois toujours le defir de revenir
dans Paris , comme on peut le voir par la dernière phraſe
de mon mémoire ; & fi j'avois eu l'intention de fortir de la
France , je n'aurois publié ma déclaration qu'au moment où
fen aurois été dehors. Je defirois faire tomber l'argument
de ma non-liberté , qu'on oppofoit à la légitimité des loix.
It portois avec moi 13,200 liv . en argent , & 360,000 liv.
in affignats . Mon frère devoit revenir en France auprès de
⚫ moi. >>
« Les trois couriers qui m'ont fuivi ignoroient la deftination
de mon voyage ; non pafle- port n'étoit pour Francfort ,
que parce qu'on n'en donne au bureau des affaires étran
geres que pour les pays étrangers , & on voit d'ailleurs par
route que j'ai fuivie que je n'allois point à Francfort. Je
'ai fait aucune autre proteftation que celle contenue dans
mon mémoire , & elle porte moins fur le fonds des prin
tipes que fur le peu de liberté dont je jouiffois , & fur ce
que les décrets ne m'étant point préfentés en maffe , je n'avois
pa juger de l'enfemble . Je reconnus dans mon voyage que
'opinion publique étoit décidée en faveur de la conftitution ;
Je n'avois pas cru pouvoir connoître cette opinion dans Paris
je me fuis convaincu de la néceffité de donner de la force
x autorités conftitutionnelles Auffi-tôt , je
n'ai pas héfité
de faire tous les facrifices qui peuvent contribuer au bonbeur
de la nation , & j'oublierai volontiers les défagremens
the j'ai pu effuyer. J'ajoute que la gouvernance de mon fils
& les deux femmes de chambre n'ont été averties que trespeu
de temps avant le départ. »
ture ne
Extrait de la déclaration de la Reine.
Cajourd'hui 27 juin , &c .
Je déclare que le Roi defir.nt partir , rien dans la na
pouvoit m'empêcher de le fuivre , & j'ai prouvé
depuis deux ans que je ne voulois point me féparer de lui ș
fle Roi avoit eu l'intention de quitter le royaume , toure
ma force auroir été employée à l'empêcher. La gouveranre
de mon fils n'a reçu mes ordres que peu de temps
avant le départ . Les trois couriers ignoroient la deftination
du voyage on leur donnoit de l'argent dans la route , &
ils payoient la dépenfe. Les femmes de chambre n'ont été
averties qu'au moment du départ , & l'une d'elles n'a pu
voir fon mari. Monfieur & Madame devoient nous rejoindre
en France ; & ils n'ont pris un autre chemin , que pour
ne pas faire marquer de chevaux. Nous fommes fortis par
l'appartement de M. de Villequier , féparément à diverfes
reprifes ».
Le Roi a demandé d'avoir un double de fa déclaration.
L'Affemblée ne s'eft point oppole à le donner ; enfuite on à
renvoyé les deux déclarations au comité , pour , après les informations
prifes , en être fait le rapport.
On lit , à l'ouverture de la féance du nhrdi 28 , une
lettre des commiffaires de l'Allemblée envoyés dans le département
du Pas - de- Calais , pour y faire prêter le nouveau
ferment aux troupes. Ils demandent des inftruétions fur
les moyens de remplir leur miffion , & annoncent que plu
fieurs officiers ont paffé à l'étranger , & qu'il y a eu quelques
troubles à Saint- Omer. L'Affemblée charge for comité
de lui préfenter un projet de décret fur la manière de faire
prêter le ferment.
Les vainqueurs de la Baftille prêtent ferment à l'Affem
blée des ouvriers demandent à la barre que l'on rétabliffe
les ateliers de charité. »
Les commiffaires nommés pour recevoir la déclaration
du Roi & de la Reine , annoncent que par billet le Roi
les invite à paffer chez lui pour leur communiquer quelque
chofe l'Affemblée le leur permet , ils s'y rendent. Le Roi
leur a déclaré qu'il avoit donné des ordres à M. Bouillé pour
qu'il protégeât par des troupes fon arrivée à Montmédi.
On difcute plusieurs articles relatifs à la liberté d'émigrer.
Proviloirement , les étrangers feuls & les négocians pourront
fortir du royaume avec certaines précautions ; la fortie d'armes,
chevaux , bagages , eft interdite .
On propofe divers articles fur la nomination du gouverneur
de l'héritier préfomptif de la couronne ; après d'affez
longs débats , il eft décrété qu'aucun des membres de l'Affemblée
ne feront éligibles pour cette place.
L'on apprend de Vienne que le congrès de Siftowe eft féparé
, & que les plénipotentiaires fe tranfportent à Buchareſt
dans la Valachie:
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 9 JUILLET 1791 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
DÉPIT D'UN AMANT.
JE vous rends ces gages trompeurs ,
Ces billets démentis , ces lettres infidelles ;
Qu'ai-je beſoin de ces preuves nouvelles
Pour me rappeler mes malheurs ?
J'eus quelque temps la vanité d'y croire ;
Mon coeur s'enivra du poiſon
Dont vous faviez fi bien féduire ma raiſon....
Allez , à me tromper vous n'aviez pas de gloire ;
Vous auriez dû rougir de ma crédulité ...
Ces promeffes d'amour & de fidélité
Ces doux fermens , ces plus douces careffes ,
Ce vif langage de deux coeurs ,
N°. 28. 9 Juidet 1791 .
C
MERCU
Tous deux épris de leurs faldeffes ;
Ces yeux fouvent bignés de pleurs ,
Effuyés de ma main tre blante ;
Ces pardons accordés & reçus tour à tour 3
Enfin tous ces élans d'une ame impatiente ....
Eh bien ! non , tout cela n'était point de l'amour !
Quand votre fein battait fous ma main téméraire ,
Que votre pied repofait fur le mien ,
Alors à vous chérir je mettais tout mon bien ;
Vous-même à mes r gards vous efforciez de plairez
Un fouris , un coup d'oeil , un feul mot , un foupir
Une main tendrement preffée ,
C'était pour votre Amant le comble du plaiſir ;
Je m'endormais ému ; cette douce penſée
Venait m'accompagner juſque dans mon fommeil ;
Enfin j'en jouiffais encore à mon réveil ;
Et maintenant , victime délaidée ,
Redoutant un lien nouveau ,
Je vois de mes beaux jours s'éteindre le flambeau.
Adieu , fonges rians que m'offrait la jeuneffe ,
Trompeufe illusion on m'abufit fans ceffe ,
J'ai brifé tove
Ah ! for ma tête A
talifmans :
Fuyez , douce fo , erber enchantereffe :
Les pleurs on: Midla
( Part
rans
leffe .
ane , de Sens. )
DE FRANCE.
A BOUZAYD ,
ou le Miniftre difgracié , à fon Fils ;
CONTE ORIENTAL.
CONTENTE -TOI des biens hê ités de tes peres ,
Ils fuffiront à ton bonheur :
Fuis les honneurs publics ; ces brillantes chimeres
Ne font pas lignes d'un grand coeur.
Dans les palais des Rois, fous le poids des entraves,
Ne vas point te traîner fur les pas des efclaves :
Le Sage vit de peu ; les befoins renaiffans
Ne troublent point le repos de fa vies
Sa médiocrité le fauve de l'envie ,
Et fes jours coulent innocens.
A tes amis fais part de tes richeſſes ;
Vis en paix , ignoré : c'eft le fouverain bien ;
Et fur l'infortuné répandant tes largeffes ,
Dans le bonheur d'autrui tu trouveras le tien.
Jadis , aux beaux jours de ma gloire ,
Quand de tous les Perfans un feul régnai : for moi ,
Je difais : » Les méchans en vain auprès du Roi
»Oferaient me noircir ; il ne peut les en croire ;
» Mahmoud eft trop sûr de ma foi « .
Quelle était mon erreur ! j'ai bien vu le contraire ;
fils ! fouviens-toi des malheurs de ton pere.
mon
C 2
52 MERCURE
La malice du faible eft même à redouter :
Et ce Roi des forêts , qu'on ne faurait dompter ,
Souvent reçoit la mort des dents d'une vipere .
( Par M. l'Abbé Dourneau. )
Explication de la Charade , de l'Épigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEmot de la Charade eft Basson ; celui
de l'Enigme eft la Rofe; celui du Logogriphe
eft Sacerdoce , où l'on trouve Rofe, Corde ,
Cocarde, Rade, Sacre, Arc, Dos.
CHARADE.
LE Riche faftueux habite mon premier ;
Par-delà tous les cieux regne en paix mon dernier ;
Le Pauvre vit & meurt au fond de mon entier.
Fits
( Par M. l'Abbé Dourneau. )
ÉNIGME
ILS d'une mere mépriſée ,
J'ai le plus bizarre deftin ;
Je parle grec , français , latin ;
J'excite fouvent la rifée ,
Quelquefois l'applaudiffement.
C'cft par mon fecours qu'un Amant
DE FRANCE. 13.
Afa chere Amante fe lie ,
- En dépit de l'éloignement ;
Mais , malgré ces marques de vie ,
Je n'ai ni pieds , ni mains , langue , ni fentiment.
( Par Mile. S. B. G. âgée de 14 ans . )
LOGO.GRIPHE
JE
E fuis de taille fort petite ,
Et de plus noire à faire peur;
Je fuis même boffue : or fus , ami Lecteur L
Il faut auffi parler de mon mérite ,
mes autres
Et me montrer par n
côtés.
Pour commencer, je fuis d'un très- fréquent ufage ;
Peu confidérée au village ,"
A la ville on connaît toutes mes qualités &
-Toi-même fais combien je fuis utile
Tous les jours tu te fers de moi ,
Ou du moins je me montre à toi ;
Même aujourd'hui , fans être trop habile ,
Dans mes fept pieds tu trouveras une Ife ;.
Ce que de ta fenêtre ailément tu peux voir ;
Un uftenfile de ménage ;
Ce qui met maints oiſeaux en cage ;
La fource où tout Docteur a puifé fon favois.
Je finis , j'aurais tort d'en dire davantage.
( Par M. de F.... ancien Officier aw
ci-devant Rég, du Roi , Inf. )
C 3
54
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LA Chafteté du Clergé dévoilée , ou Procèsverbaux
trouvés à la Baftille. 2 Volumes.
in-8°. A Paris , chez les Marchands de
Nouveautés.
CE n'eft pas le défir de rappeler des fautes
oubliées , fouvent trop punies , qui nous
engage à dire un mor de certe Collection .
Cette Collection , qui peut égayer une jeuneffe
folle , fournir d'autres penfées à ceux
qui confiderent les maux cautés à la Société
par une inftiurion vicieufe , le célibat
des Prêtres . A fes effets, funeftes dans
tout le Royaume , fe joignaient , dans Paris ,
de honteux fcandales dont la Police confervait
le fouvenir , pour divertir un Monarque
qui avait la faibleffe de s'en amufer.
Mais toujours fidelle au grand principe
du refpect pour la hiérarchie des rangs ,
elle diftinguait fcrupuleufement le haut &
le bas Clergé . Elle avait pour l'un & l'an
tre un livre à part , & l'on n'a trouvé à
la Baftille que celui qui contient les
faits & geftes du Clergé inférieur : on rencontre
pourtant dans cette lifte de Prê
DE FRANCE.
ز م ر
tres roturiers quelques noms illuftres , quel
ques beaux noms. Comment s'eft opéré ce
mélange fi offenfant pour des Prêtres Gentilshommes
? Hélas ! les malheureux ! c'eft
qu'ils étaient à pied , ce n'eſt pas leur
faute. Ils n'avaient pas encore les riches
bénéfices qu'ils ont obtenus depuis. Les
Efpions détachés à leur fuite pouvaient
les atteindre facilement , & on n'était
pas obligé de payer pour cette recherche
un train de Police. Comme nos Lecteurs
pourraient ignorer ce qu'était un train de
Police ; comme ce mot ne préſente pas
d'abord une idée auffi nette , auffi diftincte
que celui de train d'Artillerie , par
exemple , nous lui apprendrons qu'un
train de Police était une Brigade de cinq
ou fix Efpions , capable de fuivre le carfoffe
d'un riche Abbé , d'un Prélat , de
tous ceux dont les noms illuftres ornent
fans doute le Livre noble dont on ne nous
a pas encore gratifiés.
L'Auteur de la collection actuelle eſt
excelk nr Patriote , ayant trouvé fur la lifte
de ces captures de la Police ancienné , lest
noms de quelques Prêtres ou Abbés qui ,
depuis , ont fait oublier , par leur bonne
conduite ces petites infirmités de leur
jeuneffe , & les ont expiées , dans l'Allemblée
Nationale , par un dévouement généreux
à la caufe publique , il a effacé
ces noms du Procès- verbal imprimé. Nulle
›
C 4
$6 . MERCURE
!
trace , nulle indication , pas même la petite.
faveur d'une lettre initiale qui eût confolé
leurs Collegues Ariftocrates , & qui
eût donné lieu à de malignes conjectures.
C'eft ainfi que le patriotifme eft quelque
fois récompenfé , même dans ce monde ,
tandis que les Prêtres , mauvais Gitoyens ,
y font châtiés par le défagrément d'être
nommés en toutes lettres foit dans
le Procès - verbal , foit dans une Table
alphabétique parfaitement rédigée. Nous
euffions défiré que cette indulgente radia
tion des noms patriotiques fe fût étendue
jufqu'au nom d'un Prélat célebre , qui
fans être , aux yeux de la Patrie , exempe
de tout reproche , a fu depuis réparer envers
elle une partie de fes torts ; & à ce
titre , fans avoir l'honneur d'être Membre
de l'Affemblée Nationale , méritait peutêtre
qu'on le traitât comme un Dépuré .
Notre gravité ne ferait pas defcendue à
parler d'un Livre fi peu édifiant , fi cette
mention ne nous menait à un réfultat philofophique
, la néceffité du mariage des
Prêtres. En lifant plufieurs de ces articles ,
il nous eft arrivé plus d'une fois de dire
avec Dandin :
Mariez au plus tôt :
Des demain s'll fe peut ; aujourd'hui s'il le faut.
Il le faut sûrement , & fi l'on en doute ,
qu'on life ce Livre.
4
DE FRANCE.
CORRESPONDANCE particuliere & hiftorique
du Maréchal de RICHELIEU , en
1756 , 1757 & 1758 ; & de M. Paris:
DUVERNEY , Confeiller d'Etat : fuivie
des Mémoires relatifs à l'expédition de
Minorque , en 1756 , & précédée d'une
Notice hiftoriquefur la Vie du Maréchal-
A Paris , chez Buiffon , Imprimeur-
Libr. rue Haute-feuille, N° . 20. 2 Vol.
in-8°. Prix , s liv, brochés , & 6 liv.
francs de port par la Pofte par tout le
Royaume.
LA publication de cette Correfpondance
avait précédé celle des Mémoires du Maréchal.
Elle confirmait d'avance une partie
des détails que l'on trouve dans les Mémoires
, à l'époque de cette conquête qui lui
valut , de la part de Madame de Pompadour
, le furnom de Minorcain ; & de cette
campagne fi différente qui fit donner à l'ur
des monumens de fon luxe le nom farcafmatique
de Pavillon d'Hanovre:
Pâris Duverney n'était pas Miniftre, mais
il dirigeait les Miniftres , & les contre- carraig
ou les déplaçait quelquefois , ainfi que lep
C
58 MERCURE
Généraux. Ce fut lui qui fit ôter le commair
dement de l'armée d'Hanovre à M. d'Eftrées ,
dont le généralat finit par la victoire d'Aftembeck
, & qui le fit donner à M. de Richelieu
, dont la carriere militaire fut terminée
d'une maniere un peu moins glorieufe .
par la convention de Clofter- Seven. Il était
jufte que le Maréchal lui rendît compte de
fes opérations , & fe dirigeât fouvent par
fes confeils. M. Duverney allait plus loin ;
il faifait des plans de campagne , & donnair
au Général des inftructions particulieres
qui , jointes aux ordres & aux inftructions
royales , c'eft- à -dire miniftérielles , ne laiffaient
guere d'autre exercice au génie militaire
, & d'autre moyen de faire quelque
chole qui fût à foi , que de s'en écarter
quelquefois , & de prendre les accidens fur
fon compte.
Alors le vieux Munitionnaire fe fâchait
contre Monfeigneur , fon protégé ; il lui
difait avec humeur qu'il ne voulait plus fe
mêler des affaires , qu'il ne dirait plus rien
pas même fur les fourrages : Monfeigneur
infiftait d'abord , & tâchait de faire entendre
raifon; mais fi on lui tenait tête , au lieu
de réfifter davantage , il prenait le ton du
fentiment , celui d'une tendre affliction ,
d'une amitié alarmée. Que ceux qui ont
vu dans Richelieu , d'après fes Mémoires
& fa Vie privée , un froid égoïfte
homme incapable d'attachement , lifent cer-
› un
#
DE FRANCE.
59
taines lettres de cette Correfpondance , &
qu'ils difent fi la vraie fenfibilité peut parler
un autre langage.
,, Il me vient d'arriver un Courrier , mon
cher Duverney , qui me déchire le coeur. Ce
n'eft pas les affaires qu'il traite qui m'intéreſfent
, par rapport à vous , de préférence à
tout; mais c'eft par la façon dont je vois que
vous prenez tout ce que je vous ai dit ( cela
eft joliment écrit pour un Académicien ;
mais il ne s'agit pas de ftyle ). J'ai cru que
l'amitié exigeait la vérité , & que par conféquent
je vous mandafle tout ce que je
croyais voir . Je ne vous ai jamais rien mandé
qu'en vous affurant que je m'en rapportais
plus à vos lumieres qu'à ce que je croyais
voir. Je vous ai dit des faits , pour que
vous y fiffiez des raifonnemens , & que vous
puffiez apporter les remedes aux inconvéniens
... Comment eft-il poffible que
vous ne m'ayez pas plaint fi je me fuis,
trompé , quand vous faviez que tout vous
était foumis ? Comment était-il poffible que
vous ayez été en colere , & ayez peut - être
ceffé de m'aimer, parce que je me trompais ?
Je ne le puis croire , mon cher Duverney
& un coeur comme le vôtre & comme le
mien ne doivent pas fouffrir d'altération pour
des malentendus ; & votre efprit eft trop
éclairé & trop jufte pour condamner à une
zelle peine des méprifes , & abandonner
"
,
C 6
60 MERCURE
:
votre ouvrage ; car tout ceci vous appar
tient je ne ceffe de le penfer & de le dire
Je vous dois trop , & fuis trop content de
vous devoir , pour ceffer de le fentir , &
pour n'être pas pénétré de la plus vive dou
leur... Je ne raifonne plus , je fens feulement.
& je fouffre. Je vous demande , au nom
de
amitié la plus tendre , de céder à celle
que j'ai & aurai toute ma vie pour vous
& de me répondre d'une façon qui puiffe,
fatisfaire mon coeur ".
Qu'on dife maintenant que l'ambition
ne rend pas tendre , & que le Maréchal
était un homme infenfible Mettez , il eft
vrai , tout autre homme que Duverney ,
dans la même pofition , avec la même influence
, l'amitié eût été la même pour lui ,
& l'on aurait eu pour les beaux yeux de
fon crédit , le même degré de fentimens .
Cela ne laiffait pas d'avoir fon bon côté ,
comme toutes les chofes de ce monde.
En effet, fi les amis de l'homme en place ou
en faveur l'avaient été de fa perfonae, la mobilité
des affaires eût caufé des révolutions
& des mouvemens continuels dans les amitiés
de la Cour ; au lieu que par ce ré
gime approprié à la nature des chofes &
à celle du lieu , les hommes fe remplaçaient
, fe déplaçaient , fe pouffaient en
vain l'un l'autre dans les grands emplois ,
ou dans la faveur du Maître , ou dans celle
DE FRANCE. ·Gr
en arrivant
ر
de fes Favoris , & ; ce qui valait encore
mieux, de les Favorites ; ils fe trouvaient ,'
un entourage tout fait , ils
avaient l'agrément de fe voir , dès le premierjour
, le centre d'un cercle d'amis inamovibles.
Aces échantillons de l'amitié de Richelieu
, nous pouvons en oppofer quelquesuns
de fa haine. Voici, par exemple, comme
il traite un de ſes égaux , dont il eût peutêtre
parlé autrement peu de temps après,
lorfque la fortune l'eut élevé au Miniftere.
» M. le Maréchal de Belle- Ifle trouve
tout facile quand il n'eſt chargé de rien ,
» & avec des penfions aux Gazetiers , il
fart valoir fes billevefées , & avec fes
giles , il faurait ternir les plus belles ac-
» tions . Auffi il ne faut pas s'arrêter à fes
raifonnemens politiques ; il faut feule-
→ ment tâcher de faire tout ce qu'il dit &
» ne ferait pas ....... Ce miférable Maréchal
de Belle-Ifley dit - il ailleurs , que vous:
» avez, par faibleffe, empêché d'être pendu,,
» me défole au milieu de ce Confeil ".
"9
19
Enfin fi l'on eft curieux de connaître ce
que penfait des Rois un de ces Champions
de la Royauté , qui fe feraient fait couper
en morceaux pour obéir au Roi , pour fervir
le Roi , pour la gloire du Roi ; le voici
en très-peu de paroles : » Vous devez favoir
→ à préfent que la capitulation ( de Clof-
•
MERCURE
» ter ) eft abfolument rompue ; & vous
» favez ce que c'eft que les paroles d'hon-
" neur des Rois “.
33
Les détails les plus circonftanciés de
l'expédition de Minorque rempliffent prefque
en entier le fecond Volume. Toutes
ces pieces officielles forment un recueil qu'il
eft bon de trouver raffemblé. Cé font des
matériaux utiles pour l'Hiftoire . Cette Correfpondance
doit être jointe aux Mémoires
& à la Vie privée de Richelieu ; elle y fert ,
pour trois années fort importantes , on de
complément, ou de pieces juftificatives . Elle
contribue à faire connaître à fond , non
feulement un homme comme il n'y en aura
plus , mais un ordre de chofes qui appelait
néceffairement un autre ordre , & vers le-;
quel il n'y a plus de retour.
LES Amours du Chevalier de Faublas
ze. édition , revue , corrigée & augmentée ;
par M. Louvet de Couvray : 13 petits
Volumes ; favoir , une partie intitulée
Une Année de la Vie du Chevalier , &c.
5 Vol.; un autre , Six Semaines de la
Vie, &c. 2 Vol. ; & la derniere , La fin
des Amours , &c. 6 Vol. Prix , 19 liv,
DE FRANCE. 69
1of. A Paris , chez Bailly , Libraire ,
rue Saint Honoré , Barriere des Sergens.
EST- IL donc vrai qu'on ne lit plus de
Romans , qu'on n'en lira plus , qu'on n'en
doit plus lire ? N'eft - il donc pas encore
permis de repofer fur des objets amufans
l'attention que l'on doit aux affaires publiques
Les ames tendres & fenfibles ne
pourront-elles pleurer que fur des malhears
réels ? Leur interdira-t-on les larmes plus
douces de la fiction qui les délaffent ? Nos
moeurs font-elles devenues fi féveres, qu'on
en doive écarter tout ce qui ne fert pas
immédiatement à l'inftruction ? Le rire enfin
ferait-il un attribut de l'efclavage à jamais
banni de la France par le retour de la
Liberté ? Je ne le crois pas. Les grands
intérêts qui nous occupent , laiffent encore
de la place aux diftractions. Les lectures
frivoles , moins néceffaires que fous le Defporifme
dont elles adouciffaient les fers
peuvent encore fervir à foulager l'efprit
après des études férieufes , & il eft temps,
à mesure que le calme fe rétablit , de faire
fuccéder des tableaux agréables aux tableaux
affligeans qui nous ont trop profondément
affectés.
Mais files Romans ne doivent être ,
comme nos Ouvrages Dramatiques, qu'une
image fidelle de nos moeurs & de ce qui
fe paffe dans le Monde , comment recon64
MERCURE
naîtrons - nous les formes que la Société
avait confervées jufqu'en 1789 , & qui
font déjà prefque entiérement effacées en
1791 Déjà nos Théatres fe font revêtus
de ces couleurs nouvelles ; déjà l'amour
n'y paraît plus comme principal intérêt
ce font des fentimens patriotiques qu'on
y développe ; les gens qu'on appelait de
qualité , qu'on s'était accoutumé à regar-,
der exclufivement comme la bonne compagnie
, n'en font plus les perſonnages indifpenfables.
Si on les montre encore fur
Ja Scène , c'eft pour tourner en ridicule;
les chimériques prétentions de quelquesuns
; c'eft pour faire voir, dans d'autres, des
vertus réelles , bien préférables à leurs titres
fantaftiques . Comment donc s'intéreſfer
aujourd'hui à des Romans ; par exem
ple , à celui de Faublas , où l'on ne voit
que des Ducs , des Comtes , des Marquis ,
des intrigues de Cour , des intrigues amou
reufes , des abus d'autorité , des aventures
de Couvent , &¢. & c. ?
Mais ce Livre contient auffi des peintu
res de paffions plus ou moins profondes ,
des fituations tantôt comiques , tantôt attendriffantes
, des fentimens vrais , & une
grande connaiffance du coeur humain. Six
les formes mobiles de la Société ne font
que de ce ficcle & ont difparu hier , les
paffions font de tous les temps , font impériffables
, & ne perdront jamais le droig
DE FRANCE. 63
d'émouvoir les coeurs. D'ailleurs, ces formes
même font bonnes à conferver au moins
en tableau. Cette peinture flatte le louvenir
de ceux qui les regrettent encore , &
fert de trophée à ceux qui les trouvaient
odieufes ; elles font comme la dépouille d'un
animal dangereux qu'on a terraffé .
•
·
On fe fouvient du prodigieux fuccès
qu'eut , il y a quelques années , le commencement
des Aventures du Chevalier de
Faublas , fous le titre d'Une Année de fa
Vie : c'était le coup d'effai de M. Louvet ,
& l'on fut étonné de trouver tant d'efprit
de gaîté , d'imagination , de connaiffance
du monde , dans un Auteur inconnu jufqu'alors.
Il eſt certain qu'il a eu l'art d'y
accumuler , fans confufion , les fituations
' les plus fingulieres. On y voit fon Héros
promené d'embarras en embarras , en fortir va
toujours naturellement. La maniere de
conter de l'Auteur eft rapide , pétillante
de traits , fort fouvent d'un naturel rare.
Le ſtyle , toujours piquant , eft quelquefois
négligé , fi l'on veut , mais de cette négli
gence aimable qui , dans ce genre d'Ous
vrages , eft un mérite de plus. Il regne dans
cette premiere Partie une extrême variété;
l'efprit & le coeur y font affectés tour à
tour ; à une fituation gaie fuccede toujours
une fituation pathétique ou feulement touchante
c'eft avec une adreffe infinie que
le rire y eft mêlé aux pleurs.
$
MERCURE
Il s'en faut de beaucoup que les dett
Volumes fuivans , fous le titre des Six Se
maines , aient le même mérite & aient
obtenu le même fuccès . Il femble que l'Auteur
fe foit cru obligé de fuivre la même
marche , de multiplier les fituations du
même genre. Tout ce qu'on avait applaudi
dans les premiers Volumes , il a voulu les
répéter dans les fuivans , mais il l'a fait avec
& de
grace. Son imagination , ou plutôt fa matiere
épuifée , ne lui a plus fourni que des
imitations de tableaux auxquels il voulait
faire des pendans. L'action d'ailleurs ne
fait pas , dans ces deux Volumes , un pas de
plus , & ils refroidiffent beaucoup l'intérêt
puillant qu'ont infpiré les autres.
bien moins de bonheur , degoûta
Mais l'Auteur fe roleve bien dans les
fx derniers Volumes. C'est là que M. Lou
ver a déployé un véritable talent , un ta
lent préférable à celui qu'on avait admité
dans la premiere Partie , qui pouvait n’être
qu'une boutade heureufe d'une imagination
fenfible & d'un efprit très-gai . Il
a peint dans cette Fin des Amours de Faublas
des caracteres très-neufs , très-extraordinaires
, & cependant pleins de vérité.
Je crois qu'on regardera comme un chefd'oeuvre
celui de la Comtelle de Lignolle,
de cet enfant gâré , volontaire , qui joint
la fenfibilicé la plus exquiſe à une violence
de défirs qu'aucun obftacle ne peut arrê
DE FRANCE.
ter. Les événemens d'ailleurs y font difpofés
avec beaucoup d'art; & f romanefque
que foit la catastrophe , elle paraît
amenée très-naturellement par tout ce qui
a précédé. Cet art eft d'autant plus remar
quable , qu'il me femble , ( l'Auteur feul
peut favoir fi je me trompe ) il me femble,
dis-je , qu'en commençant ces Aventures , i
ne favait pas comment il les finirait. Il avait
jeté fes fils au hafard fans s'inquiéter on
ils aboutiraient , & c'eft , fans contredit ,
une tâche pénible qu'il s'était impofée
que celle de rechercher tous ces fils , enmêlés
les uns dans les autres , & de les attacher
à fon dénouement, fans qu'on puiffe
apperc.voir cette jonction. Quoi qu'il en
foit, cette difficulté eft habilement vaincue ,
& quoiqu'on puiffe reprocher à ce dénouement
un peu trop de merveilleux, & de contrafter
trop fortement avec le ton général de
l'Ouvrage, on ne peut s'empêcher d'applau
dir l'adreffe de l'Auteur à le rendre néceffai
re , & à le faire trouver fatisfaifant.
+
On aurait bien encore quelques reproches
à faire à cette derniere Partie. Le caractere
de M. de Lignolle eft un peu trop calqué fur
celui de M. de B***, quelque variété que
l'Auteur ait râché d'établir entre eux . Tous
deux maris benêts & trompés , la prétention
de l'un à fe connaître en phyfionomies
, & de l'autre à diftinguer les affections
de l'ame , les rend trop reffemblans. Le goût
68
MERCURE
!
de ce dernier pour les Charades produit
une ſcène extrêmement plaifante , qui ne
devait pas être fi fouvent répétée. On trou
vera peut- être aufli que la conduite de la.
Marquife de B*** . eft trop imitée de celle.
de M'de . de Merteuil dans les Liaifons dange
Teufes , quoique l'Auteur lui ait donné n
caractere très-différent. M. Louvet eft fait,
pour créer, & n'a befoin d'imiter perfonne.
J'ajouterai que l'action me paraît trop prolongée
; que les fcènes du même genre , fi
plaifantes qu'elles puiffent être , à force de
revenir fouvent , deviennent monotones &,
fatigantes ; que l'Ouvrage enfin gagnerait
infiniment à être refferré. Il ferait encore
affez long en n'y confervant que ce qu'il
a de charmant. Il y aurait peu de chofes
á ôter , fur-tout dans les fix derniers Vo-,
lumes , où l'on trouve plufieurs fcènes
délicieuſes , un ftyle bien fupérieur à celui
des premiers , & une foule de traits que
j'appellerais fublimes , fi l'Ouvrage était
moins frivole par fon objet.
*
Je m'apperçois que cet article n'eft intelligible
que pour ceux à qui le Roman
eft déjà connu. Eh ! comment pourrait-on
parler autrement d'un Livre de ce genre ?
Faudrait-il expliquer d'avance au Lecteur
une intrigue dont le principal mérite eft
toujours un intérêt de curiofité ? Ce ferait
lui ôter tout fon attrait , & pour celui-ci furtour,
ce ferait grand dominage ; car , malDE
FRANCE. 69
gré fes défauts , qui n'existeraient peut- être
pas fi l'Ouvrage eût été conçu dans fon
enfemble & exécuté d'un feul trait , je crois
que , parmi les Romans de ce fiecle , il en
eſt peu qui méritent autant leur fuccès que
les Aventures du Chevalier de Faublas
& qui prouvent dans leur Auteur un talent
auffi diſtingué .
Qu'il me foit permis de finir l'extrait d'un
Livre agréable par deux remarques bien férieufes
,car ellesfont purement grammaticales
& étymologiques : elles ne feront peut - être
pas inutiles à quelques Lecteurs . Elles portent
fur deux notes : dans l'une , M. Louvet
emploie le terme de vagiflas : » C'eft, dit-il ,
" le nom qu'on donne à la vitre que les Portiers
ouvrent & ferment à volonté«. 1 °.Il
faut dire vafiftas , & non vagiflas . Ce mot
eft compofé de trois mots Allemands , was
is thas , qui eft là ou qu'est - ce que cela ? Il
s'applique à toutes les ouvertures par lefquelles
on peut voir ce qui fe paffe , fans
ouvrir la porte ou la fenêtre. Dans un autre
endroit , l'Auteur parle d'un jouet que
l'on fait tourner entre fes doigts , & dit
en note : Le grand nombre des Ecoliers
و د
appellent cela un tenton ". Non pas un
tonton , mais un toton. C'eſt un petit cube
traverfé par un axe fur lequel il tourne. Les
quatre faces perpendiculaires de ce cube ont
chacune une lettre initiale d'un mot latin ;
favoir, unA, accipit : on prend un jeton. Un
170 MERCURE
D, dat : on donne un jeton. Un P , perdit:
on perd ce qu'il y a fur le jeu . Enfin , un T,
TOTUM: on prend tout ; & c'eft ce dernier
mot , totum , prenoncé toton , qui a
donné fon nom à l'inftrument.
Je demande pardon à M. Louvet de la
gravité de cette remarque , faite pour fon
inftruction & celle de l'Univers.
TABLEAU Politique , Religieux & Moral
de Rome & des Etats Eccléfiaftiques ,
accompagné de Notes analogues au fujet
& à la nouvelle Conftitution de la France;
Maurice Lévesque , avec cette Epi- par
graphe :
Ex veneno mede'a.
1 Vol. in-8°. de 370 pages. A Paris ,
chez Defenne, Libraire, au Palais Royals
& chez l'Auteur , rue St Benoit, N° .41 .
IL exifte beaucoup de Voyages d'Italie ,
mais tous font confacrés à la defcription
des Antiquités , des Monumens étonnans
qui atteftent encore par leurs ruines la
grandeur du Peuple - Roi. M. Lévesque ,
dans un féjour de quatre années à Rome ,
DE FRANCE. ก
a obfervé cette ville & les Etats du Pape
fous un autre point de vue. Il s'eft occupé
de connaître à fond le Gouvernement Eccléfiaftique
, la fuperftition fur laquelle il
repofe , les moeurs des habitans du pays.
Le Tableau qu'il offre de tous ces objets
eft tracé d'une main fage & ferme ; mais
on ne peut le confidérer fans éprouver un
fentiment douloureux. On fe demande :
Sont -ce là les Romains ? font-ce les defcendans
de ce Peuple qui donna des loix
à l'Univers ? Eft- ce la Patrie des Cicéron,
des Virgile , des Herace , des Jules-Céfar
des Brutus , &c. ? ... Quelle grandeur autrefois
! aujourd'hui quel aviliffement ! Tels
font les triftes effets du fanatifme , de la
fuperftition , de l'efelavage. Avec l'Inquifition
& l'Index , le Peuple le plus éner
gique ferait bientôt dégradé. Si l'on y joine
une armée de Moines , de Prêtres , qui
feuls poffedent toutes les charges , tous les
emplois , le pays le plus heureux , le plus
fertile de la Terre pourrait-il réſiſter à tant
de caufes d'inertie & de pauvreté ?
Dans ce Tableau d'un mauvais Gouvernement
, M. Lévefque trouve des motifs
de nous faire chérir notre Conftitution
nouvelle , fondée far les principes
les plus purs de la raifon humaine. &
protectrice des vertus , des talens & de l'induftrie.
Les notes qui fuivent l'Ouvrage ,
font remplies d'excellentes vûes de politi-
1
72 MERCURET
que & d'adminiftration. Enfin , quoiqu'on
ait beaucoup écrit fur l'Italie , cet Ouvrage
manquait ; & l'on peut dire qu'en le publiant
, M. Lévefque fe rend véritablement
utile à fes Compatriotes.
Monumens de la France , par M. Puthod ,
( de Maiſon- Rouge ) N° . VIII .
C huitieme Numéro d'un Ouvrage
dont nous avons annoncé les fept premiers ,
& que l'Auteur continue avec beaucoup
d'activité & de zele , prouve à la fois &
l'utilité de la Commiffion dont il eſt Membre
, établie pour veiller à la confervation
des monumens qui exiftent dans les Eglifes
& Maifons religieufes , & celle dont
peut être un recueil tel que le fien , deftiné
, non feulement à conftater les monumens
encore exiftans , mais à garder la
mémoire de ceux que l'inattention , la
négligence ou l'ignorance auront pu laiffer
détruire.
L'Eglife de Saint- Germain - des - Prés
d'abbatiale qu'elle était , étant devenue
paroiffiale , dans les changemens qu'exigeait
cette métamorphofe la Section & la
Municipalité ont malheureuſement négligé
les précautions néceffaires pour que rien
ne fût détruit de ce qu'il était poffible &
و
utile
DE FRANCE.
73
utile de conferver. Le Tombeau de Childebert
Ier. , Roi de France , & d'Ultrogothe
La femme , fondateurs de cette Eglife , qui
était au milieu du choeur , & fix Sarcophiages
de Rois & de Reines , placés contre les
grilles de fer , ont été brifés & détruits.
Les Tombes que ces Sarcophages foutenaient
ont été plufieurs jours expofées
dans une cour de paffage , & la Frédégonde
, » que fes beautés Mérovingiennes
» rendent chere à l'Europe favante , &
» que des Ouvriers , accoutumés aux mi-
" racles , ont gâtée en la déplaçant , allait
effuyer un même fort , fi de vives ré-
» clamations ne fe fuffent fait entendre «.
و ر
On a pris depuis le parti de fe fervir
de ces Tombes pour carreler le fanctuaire ,
ce qui ne peut manquer de les effacer
en peu de temps & de nous priver de
l'admirable & fi curieux Ouvrage de Frédégonde.
D'autres dégâts ont été commis ; deux
Statues de Saints en pierre , & leurs infcriptions
brifées ; on voulait détruire encore
, dans la Chapelle de Saint Chriſtophe ,
les deux grands Maufolées des Douglas
on voulait toucher & reculer de dix pas ,
au rifque de l'endommager , " ce Maître-
Autel fi beau , fi délicatement fait , dont
chacun , après avoir admiré le travail ,
» veut encore admirer , dans les Piédeftaux
No. 28. 9 Juillet 179 D
74 MERCUREN
2
N
» & les Colonnes , ce marbre précieux ;
efpece de Cipolin , trouvé proche d'Alger
, fous les ruines de Zébéda , patrie
de Septime Sévere , & que , felon les
uns , Alger, fous Louis XIV , donna en
» préfent à la France ; & que, felon les au-
» tres, le Miniftre des Finances, Colbert de
Seignelay , acheta d'Alger ..
Mais enfin les Amis des Arts font parvenus
à fe faire entendre; l'Affemblée Nationale
a été inftruite , la Municipalité s'eft
réveillée , & ces travaux deftructeurs ont été
fufpendus. Les foins que M. Puthod s'eft
donnés , & l'ardeur qu'il a témoignée en
cette occafion , n'ont pas été fans récompenfe
; & quelques Amateurs lui ont donné ,
par reconnaiffance , le titre de Sauveur de
Childebert. Ce font là de ces honneurs auxquels
un Antiquaire ne peut être infenfible.
Le refte de ce Numéro eft occupé par
cet ancien Puits de Saint - Germain , qui
guériffait autrefois tant de malades , qui
opérait tant de miracles , qui fans doute
en opérerait encore fi on le laiffait faire , &
fi l'on recourait à lui avec la fimplicité d'efprit
néceffaire en pareil cas.
On voit que ce n'eft pas fans fondement
que l'Auteur avait annoncé l'utilité
de fon Ouvrage. Ce fera comme un
répertoire univerfel où fe retrouveront après
la inutation & même la deftruction d'un
DE FRANCE. 75
grand nombre d'établillemens eccléfiafti
ques , une infinité de monumens qui intéreffent
les Lettres , les Sciences & les Arts .
Il est donc utile , comme le dit l'Auteur ,
non feulement aux Antiquaires & aux
Médailliftés , mais aux Mécaniciens , aux
Orfevres , Monétaires ; Architectes , Pein
tres , Gravears , Sculpteurs , Hiftoriens ,
Chronologies , Lexicographes , Philologues
, Grammairiens , Mythologiſtes , &
même aux Poëtes & aux Muficiens , qui
tous y trouveront des recherches capables
de les guider dans leurs études.
L'Auteur mérite d'être encouragé dans
cette entreprife laborieufe. Le prix de la
foufcription eft de 24 liv. l'année , 13 liv.
les fix mois , & 7 liv. les trois mois , franc
de port par tout le Royaume.
Toutes les femaines il en paraît un
Cahier de deux feuilles in- 8 °.
On foufcrit à Paris , chez- l'Auteur , rue
des Marais , Nº. 5 , Fauxbourg Saint-Germain
, & chez le Normand , Imprimeur ,
rue des Prêtres St -Germain-l'Auxerrois.
D 2
76 MERCURE
D
SPECTACLES.
-
EPUIS long-temps , en parlant des divers
Théatres , nous ne diftinguons plus aucun
rang ; nous les confondons fous la dénomination
générale de Spectacles , pour
marquer davantage cette égalité conftitutionnelle
qui eft fur tout l'apanage des
Arts. Un nouveau motif nous y engage
aujourd'hui que ces Théatres , jadis fi divifés
d'intérêt , femblent fe rapprocher &
faire caufe commune pour s'aider réciproquement.
On en vient de voir au moins
un exemple touchant entre le Théatre de
la Nation & le Théatre Italien ( tous deux
fi mal nommés ) ; le premier a voulu remettre
Athalie avec fes Choeurs , dont M.
Goffec a fait la Mufique il y a quelques
années , & qui furent exécutés à la Cour.
Nous n'examinerons point fi le choix de
cette Tragédie et bien approprié aux circonftances
; les Comédiens en ont efpéré
de l'effet ; & dans la fituation où ils fe
- trouvent , tout ce qui peut leur ramener
l'affluence doit leur être permis. Ils avaient
befoin de Chanteurs pour l'exécution de
cette Piece. Ils ont demandé les Choriftes
de l'Opéra , que l'Adminiftration de ce
Spectacle leur a refufés. Ils ont fait la même
DE FRANCE. 77
demande au Théatre Italien : les Comédiens
ont voulu leur accorder davantage ;
ils fe font offerts eux - mêmes , & l'on a
vu avec furprife , intérêt & plaifir, les premiers
Sujets de l'un & de l'autre Théatre ,
réunis fur la même Scène , en parallele
d'emplois & de talens. On a vu dans une
marche , d'un côté , M. Clairval , de l'autre
M. Molé ; M. Michu avec M. Fleury;
M. Chenard avec M. Dazincourt ; Madame
Dugazon avec Mademoiſelle Contar
&c. s'avancer fur deux lignes , fe prendre la
main en figne de fraternité , fe divifer pour
fe rejoindre ; & cet accord entre les Acteurs
de deux différens Théatres, a plus ému
encore les Spectateurs que toute la pompe
de cette Tragédie , à laquelle on n'avait
pourtant rien négligé.
En figne de reconnaiffance , les Comé
diens de la rive gauche de la Seine ont
donné cette même repréſentation fur le
Théatre de la rive droite , & cette fingu
larité ajoutée à la premiere , n'a pas moins
bien réuffi .
Nous ne parlerons pas de la maniere
dont quelques endroits de cette Tragédie
ont été rendus , pour n'avoir à mêler aucune
critique au récit d'une action auffi digne
d'éloges , & à laquelle les Auteurs Drama
tiques, quoiqu'ayant à fe plaindre des Comédiens
Français, ont applaudi avec autant
D3
78 MERCURE
d'enthoufiafime que de fincérité , dans une
lettre qu'ils ont adreffée aux Comédiens Italiens
à ce fujet. Nous n'excepterons qu'un
rôle , parce qu'il mérite un éloge particulier
; c'eft celui de Joas , rendu par la jeune
perfonne qui en eft chargée , avec autant
de nobleffe & d'intérêt , que d'intelligence
& de fimplicité. A ces qualités fi rares dans
un enfant , elle joint une prononciation
précieufe pour fa netteté fans affectation :
fon talent promet beaucoup s'il eft bien
dirigé.
La maniere dont M. Goffec a traité les
Choeurs de cette Piece , ne peut qu'ajouter
à la réputation que fes talens lui ont méritée
depuis long- temps , fur-tout pour la Mufique
d'Eglife ; & tel eft le genre de celle
que cette Tragédie exigeait. Les gens d'un
goût févere auraient peut- être défiré que
le Compofiteur eût mis dans fon chant
des formes plus antiques , & qui euffent
rappelé davantage l'idée qu'on s'eft faite
de la Mufique des Grecs. Mais il eft douteux
que cette nouveauté eût été goûtée
par le plus grand nombre des Spectateurs.
La premiere loi dans les Arts eft de plaire;
M. Goffec a cherché à rendre l'expreffion
des paroles & des fituations d'après nos
conventions modernes , très différentes des
conventions anciennes ; il y a réuffi parfaitement
, & c'est tout ce qu'on pouvait
défirer.
DE FRANCE. 79
VARIÉTÉ S.
Les demandes enregistrées dans les Burcaux de
l'Etabliffement du Tableau des Biens à vendre ,
ont principalement pour objet l'acquifition de
plufieurs Terres & Domaines bâtis ou non bâtis' ,
en Biens particuliers , à 60 lieues à la ronde de
Paris , dans les prix de so à 1,200,000 livres ,
& jufqu'à la concurrence de 3 à 400 millions .
Dans une circonftance où la maffe des fonds
à placer accroît prodigieufement le nombre de
ces demandes , les Directeurs de cet Etabliffement
, pour répondre à l'accueil qui leur eft
accordé , doivent prévenir les Propriétaires qui
ont à vendre , que nulle occafion ne peut être
plus favorable à leurs intentions , qu'on recevra
dans le Bureau les détails de leurs Biens , &
qu'on n'en fera que l'ufage qu'ils prefcrirent.
Le Tableau des Biens particuliers , & Journal
des Domaines Nationaux qui font à vendre ,
paraît deux fois la femaine. Prix , 15 liv. [our
trois mois , 24 liv . pour fix , & 36 livres pour
l'année ; & pour les Départemens , 18 , 30 &
48 liv. franc de port. On fouſcrit au Bureau , suc
Saint- Magloire , quartier Saint -Denis .
MERCURE
NOTICE S.
Tableau géographique de la puiffance induftrielle ,
Commerciale , Agricole , Civile & Militaire de la
Nation Française , par Départemens , Diſtricts &
Cantons , fuivant l'ordre de la nouvelle diftribution
du Royaume ; dans lequel on trouve la
démarcation des limites de chaque Département
& de fes Districts ; la nature des productions de
fon fol , fon étendue & fa population ; l'apperçu
de fa contribution , celui du montant de fon Ar
mée Citoyenne , fes moyens de commerce & d'induftrie
, fes minéraux , fes ufnes , les Univer
tés les Académies , &c. par M. P.... Couédic ,
Citoyen du Département des Côtes du Nord.
2 Vol. in - 8°. près de 800 pages. A Paris ,
Fue des Mathurins , N°. 12 .
Cet Ouvrage , dont le premier Volume avait
paru feul , eft maintenant complct. L'Auteur ne
fe borne pas à donner féchement les détails qu'il
annonce ; il prêche par-tout le patriotifine , & la
deftruction des abus qu'il fe fait un devoir de
dénoncer. Il en attaque un affez important dans
la Préface du fecond Volume , fur le régime actuel
des Poftes qui refuſe ou accepte arbitrairement
le tranfport des Livres imprimés .
M. Couédic porte un nom cher à la France
fous le rapport le plus nobic, & le plus intéreffant,
celui de fervices effentiels rendus à la Patrie,
& il paraît fait pour le foutenir.
DE FRANCE. 81
Mirabeau jugé par fes amis & par fes ennemis
avec cette épigraphe :
;
Le convoi des Triomphateurs Romains était
furvi d'une foldatefque , qui mêlait ſouvent
fes cris jaloux aux acclamations des Citoyens
l'Envie s'affeoit fur la tombe des
grands Hommes , & dans fon défeſpoir , un
poignard à la main, elle remue leurs cendres.
DID.
Prix , 30 f. br. A Paris , chez L. P. Couret , Imp-
Lib. rue Chriftine , No. 2.
C'eſt un Recueil de ce qu'on a écrit de mieux
dans les Journaux pour & contre ce célebre Béputé.
On eft fâché de n'y pas rencontrer le détail
de fa maladie par M. Cabanis fon Médecin. On
trouve avec plaifir un Poëme de M. Cubiere ,
Í'Ode de M. de Chénier , & c.
Traité des principales Maladies aigües qui attaquent
le Peuple , de la maniere de les connaître
& de les traiter ; par M. R *** . premier Médecin
des Camps & Armées du Roi , Infp. gén . des
Hôpitaux Militaires , de l'Académie de Montpellier
, de Guttingue , & c. Volume in- 12 . Prix, 36 f.
br. & 2 liv. 8 f. A Paris , chez Croullebois , Lib .
rue des Mathurins , Nº . 32 ; & chez Detorville ,
Lib. rue St-Jean- de-Beauvais , No. 36 .
L'Auteur , perfuadé que ce qu'il y a de plus
dangereux dans les Maladies du Peuple eft la
crainte qu'il a de ces mêmes Maladics , emploie
tous fes efforts à le raffurer. » Il faut non feulement
des fecours au Peuple , dit- il , mais encore
des confeils contre les maux, qu'il n'a point &
qu'il redoute «. C'eft affurément une entreprise
82 MERCURE
très-louable & très patriotique , que de confacrer
fes connaiffances au foulagement d'une claffe af
Aligée d'infortunes & de maux .
15e. 16e. & autres Livraiſons fuivantes de la
Collection des Mémoires du Regne de Louis XV ,
jufque & compris la 28. publiée le 10 Juin. A
Paris , rue de Condé , N ° . 7. Prix , 1 liv L.
chaque Livraiſon , franche de port dans tout le
Royaume.
Les 28 Livraiſons de cet Ouvrage , qui coutent
35 liv. , contiennent à préfent les trois Volumes
complets des Mémoires de M. de Maurepas
, depuis 1710 jufqu'en 1740 ; un Volume
des Mémoires du feu Duc d'Aiguillon ; un Volume
de Lettres de Mad. Tencia ; le To RE ICE
complet des Mémoires de Duclos ; les trois premieres
Livraiſons de la Vie privée du Maréchal
de Richelieu , 2e . édition , & c ; -le Tome ƒ complet
, jufqu'en 1741 , de fes Mémoires , qu'on
verd féparément en faveur de ceux qui ont acheté
les quatre premiers chez Buffon , Libraire . I y
a encore dans cette Collection la Galerie des
Portraits en caricature , gravés , en 1689 , à Londres
; des Princes , Miniftres & Favoris qui ont
perfécuté les Proteftans , avec le tableau hiftorique
des effets de la révocation de l'Edit de
Nantes. On donnera dans le Mercure des extraits
de ces différens Ouvrages , qui donnent un nouveau
jour à notre Hiftoire moderne .
De J. J. Rouffeau , confidéré comme l'un des
premiers auteurs de la Révolution ; par M. Mereier.
2 Vol. in- 8 ° . formant environ 600 pages.
Prix , liv. 4 br. & 6 liv . francs de port par 5
DE FRANCE. 83
la Pofte dans tout le Royaume . A Paris , chez
Buiffon, Imp-Lib. rue Haute-feuille , N° . 20.
C'est une espece d'éloge de J. J. Rouſſeau ,
mais préfenté fans doute fous le point de vue
le plus intéréflant . Parmi les nombreufes obligations
que nous avons à ce Philofophe , celle
d'avoir préparé les efprits à la Liberté n'eft pas
la moindre. On connaît le pinceau de M. Mercier;
il ajoute un nouvel intérêt au fujet qu'il
a traité.
Grande circulation d'Argent , Rentrée du Numéraire
, Abondance des matieres d'or & d'ar◄
gent , Moyen de rendre les Arts & le Commerce
foriflans ; ou Précis d'un Projet de Finance
concernant la Mornoie , tous deux préfentés à
l'Affemblée Nationale , & remis à fon Comité
des Finances , au mois de Mars 1790 par MM,
de Willencour , Profeffeur d'Elocution Françaiſe
& Poiffaut , Négociant , Auteur d'un Projet relatif
à la Marine . Brochure in 89. avec une
feuille additionnelle .
·
Ce Projet eft , felon les Auteurs , celui de Law
perfectionné. Il confifte principalement dans l'augmentation
de la valeur conventionnelle des ef
peces. Il ne faut pas le condamner
fur les premieres
objections qu'il fait naître d'abord ; il demande à être approfondi , médité avec foin. Les Auteurs fe propofent d'en envoyer dans les 83 Départemens
,
Antiquités Nationales , ou Recueil de Monumens
, pour fervir à l'Hiftoire générale & particuliere
de l'Empire Français ; tels que Tombeaux
, Inſcriptions , Statues , Vitraux , Freſques,
84
MERCURE DE FRANCE.
&c. tirés des Abbayes , Monafteres , Châteaux &
autres lieux devenus Domaines Nationaux ; par
Aubin-Louis Millin. 7c. Livraiſon .
On doit toujours les mêmes éloges à cet Ouvrage
, dont on ne faurait trop encourager la
continuation . Cette Livrai fou contient , entre autres
Monumens , la Prifon de Vincennes où fut
enfermé Mirabeau.
On fouferit chez M. Drouhin , rue Chriftine ,
No. 2 , à Paris.
GRAVURES.
& la
Les Sentimens du pieux Citoyen , Médaillon
exécuté à la plume dans un genre unique , aing
que les Droits de l'Homme & du Citoyen
Loi de Moife , avec figures analogues. Toutes
ces chofes exécutées à la plume , de toute grandeur
, foit pour Tabatieres , foit pour Tableaux
qui tiendront lieu de Trumeau fur une cheminée,
Se trouvent à Paris , chez M. Cruffaire , Deffinateur
, rue de Condé .
Nous avons déjà eu l'occafion de faire l'éloge
des talens de cet artifte , dont les Ouvrages font
fur-tout remarquables par le fini le plus précieux,
T
DÉPIT d'un Amant.
Abouzai!.
Charade , En. Logog.
La Chafteté du Clergé.
Correspondance.
Les Amours,
ABLE.
49 Tableau Politique.
51 Les Monumens.
52 Spectacles.
54
Variétés.
57
62 Natices.
ד ס
72
76
79
MERCURE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
SUÈDE.
De Stockholm , le 20 Juin 1791 .
L'ABSEN 'ABSENCE du Roi n'a rien diminué des
travaux ordinaires de l'Adminiftration &
de la Marine. Le Confeil de Régence ,
compofé des perfonnes les plus inftruites
des foins du Gouvernement , fuit le plan
& les vues tracés par le Roi lui- même ,
avant fon départ : auffi , la Suède n'éprouve
aucune de ces fâcheufes intermittences dans
les affaires , qui ne nuifent pas moins aux
intérêts des Particuliers , qu'à ceux de la
Monarchie.
On croit ici que la multiplicité des
Confeils ou des Comités particuliers dans
l'Adminiſtration, ne peut qu'en embarraffer
la marche , & rompre l'enfemble des
No. 28. 9 Juiliet 1791 . D
( 74 )
moyens d'exécution , fans lequel il n'eft
point de Gouvernement folide & durable.
Ce principe a conduit le Confeil de Régence
à fupprimer , conformément aux intentions
du Roi , une Chambre qui avoit
été formée pour vérifier les comptes des
divers Départemens , & en réunir les fonctions
à celles des Finances. Les matières
feront préalablement mifes en état d'être
rapportées dans un Bureau fubordonné à
la Chambre des Finances .
Notre flotte de galères eft armée , &
maintenant fur nos côtes ; elle n'eft pas
moins de 130 voiles , & eft prête à partir au
premier befoin. Cependant rien n'annonce
qu'elle doive mettre en mer , & l'on croit
voir chaque jour des preuves plus ou moins
marquées que la tranquillité du Nord ne
fera point troublée ; opinion confirmée
par ce qu'on vient d'apprendre que trois
vaiffeaux Danois qui avoient été envoyés
dans la Baltique , font rentrés dans le port
dans les premiers jours du mois.
POLOGNE
De Varfovie , le 18 Juin 1791 .
L'Affemblée s'eft occupée des Staroſties
dans une de fes dernieres Séances. Ces
eſpèces de bénéfice forment la propriété
( 75 )
+
& le foutien d'un grand nombre de familles.
On avoit cependant propofé de les retirer
des mains des Titulaires & Poffeffeurs actuels
, pour les vendre an profit du Tréfor
public. Ce projet , comme tous ceux
qui préfentent des moyens expéditifs d'avoir
de l'argent , avoit d'abord eu un aſſez
grand nombre de partifans , & l'on ne
doutoit point qu'il ne pafsât au premier
jour en Décret.
Néanmoins , plus de réfléxion a fait
fentir qu'il y auroit peut- être plus d'inconvénient
que d'utilité à cette meſure de
rigueur , qu'on ruineroit beaucoup de familles
qui ont rendu des fervices à la République
, ou qu'on furchargeroit le Tréfor
de penfions , fi l'on vendoit les Starofties
; que d'ailleurs cette conduite multiplieroit
les mécontens , & ôteroit à la Révolution
Polonoife ce caractère de fageffe
& de modération qui la diftingue fi fort ,
d'événemens du même nom arrivés dans
d'autres pays. Ces raifons développées par
le Roi lui -même , ont fait impreffionfur
la Diète , & le projet de vendre les Starofties
au profit de la République a été rejeté
; on a feulement renvoyé à examiner
le mode qu'on adopteroit pour aliéner
celles qui font vacantes , & dont on peut
difpofer fans léfer les droits de perfonne.
On a renouvellé la propofition d'établir
des Milices Bourgeoifes dans les
D 2
( 76 )
grandes villes , & fur tout à Varfovie ; mais
on paroît balancer fur le parti qu'il convient
de prendre à cet égard. On peut , par
une femblable inftitution , détruire tout ce
qu'on a fait pour la liberté publique , &
entraver la Diète & le Pouvoir Exécutif
par les circonfpections qu'on feroit forcé
d'avoir pour cette troupe indépendante &
formidable ; elle feule finiroit par envahir
tous les droits de la Souveraineté , bien
moins par des actes pofitifs , que par l'expreffion
d'une volonté tacite à laquelle il
ne feroit plus au pouvoir des loix de réfifter.
La Pologne eft un Gouvernement civil
fondé fur les délibérations des Etats & le
Pouvoir conftitutionnel du Roi ; changerfes
Habitans en Soldats , c'eſt tout- à-coup
en faire une République militaire , c'eſt-àdire
, un Etat qui peut offrir une apparence
de liberté orageufe pendant quelques
années, mais qui retomberoit enfuite fous le
pouvoir abfolu de quelque Monarque , ou
d'une Affemblée qui fauroit gagner la
Bourgeoifie armée , en lui facrifiant les
droits de la Souveraineté ! auifi ne paroîton
envifager les Milices Bourgeoifes que
comme de fimples Gardes des villes , mais
non point comme Gardes de la Conſtitution
; celle - ci ne doit avoir de protecteur
que la Diète & le Roi , qui , au dehors
comme au dedans , ont exclufivement le
( 77 )
droit d'affurer la paix & la liberté de la
des moyens qui leur foient
République par
fubordonnés.
L'on s'eft occupé de quelques autres
objets du Gouvernement, &-l'on a décrété
la forme du Straz , ou Confeil général de
l'Etat ; il lui a été affigné une fomme pour
fes frais & le traitement de fes Membres ;
on a arrêté encore d'envoyer des Miniftres
de la République & des Confuls dans
les lieux où il ne s'en trouve point , & où
cependant leur préfence peut nous être.
néceffaire. Ainfi , Naples , Venife , Turin
, Lisbonne auront chacun inceffamment
un Miniftre , dont la nomination
eft réfervée au Roi par les loix
conftitutionnelles . La Diète a accordé ,
pour les dépenfes fixes des affaires étrangères
, une forme annuelle de quinze
cents mille florins ( à peu près trois millions
tournois ) & trois cents milie florins pour
les dépenfes extraordinaires. Les dépenfes
de la Députation qui faifoit les fonctions
de ce Département depuis le commencement
de laDiète , fe font élevées à la fomme
de deux millions de florins , ou quatre
millions de France .
Une fête vraiment patriotique & fraternelle
a eu lieu ici les de ce mois ; comnie
il n'y a point de motif de haine & de fujet
de s'infulter parmi les différens Ordres de
la République , qu'on ne s'en aime pas
D 3
( 78 )
moins , parce que des diftinctions politiques
caractérisent particulièrement une
certaine claffe de perfonnes , que la baffe
jaloufie ne tend point chez nous a tout
avilir en tout ravalant , cette fète a eu
toutes les marques de l'union & de la fraternité
. C'eft l'Ordre Equeftre qui l'a donnée
aux Délégués des villes , aux Bourgeois
, Magiftrats & Chels des Corporations
de la capitale. On y a célébré la Patrie
, le Roi , la Liberté , la Conſtitution &
la Paix. Sa Majefté eft venue avant le repas
témoigner aux convives combien cette
union lui paroiffoit touchante , & de toutes
les parties de la Salle s'eft élevé des cris
multipliés de joie & de vive le Roi.
On a appris par un Courier récentment
arrivé , que les troupes Ruffes , raffemblées
le long de la Duna , ont reçu plufieurs renforts
; qu'un Corps de 3000 Cofaques s'y
eft réuni , & que chaque jour on y voit
arriver des régimens . Ces mouvemens font
naturellement la fuite des dernières tentatives
des Tures .
De Francfort-fur-le-Mein , le 2 Juillet.
Si toutes les nouvelles du Nord font pour
la paix& qu'on foit sûr à peu près aujourd'hui
que la rupture que l'on craignoit entre
la Pruffe & la Ruffie n'éclatera pas , les
avis du midi ne font point également fa(
79 )
tisfaifans. Il eft certain que les refus du
Plénipotentiaire Ottoman d'accéder aux
propofitions des Miniftres de Vienne ont
donné lieu à une forte de diffolution du
Congrès de Siftowe ; les Membres qui le
compofent fe tranfportent à Buchareft dans
la Valachie , du moins l'on fait que le Baron
de Herbert & le Comte d'Efterhazy
fe font rendus dans ce dernier lieu & que
les autres Miniftres étoient déterminés à
s'y rendre fi ceux- ci perfiftent à y refter.
Cette demarche des Plénipotentiaires
peut encore être l'effet des mouvemens
hoftiles de l'armée du Grand- Vifir ; on
craint que les tentatives pour paffer le
Danube & fe faifir des premiers poftes ne
s'exécutent & n'agiffent fur la liberté des
délibérations .
De leur côté les deux Empires ont pris
des mefures pour s'oppofer aux progrès de
Farmée Ottomane & prévenir l'avantage
que donne à l'ennemi fe fuccès d'une première
démarche. Les Généraux Autrichiens
ont fait renforcer les garnifons frontières
& élever des batteries pour empêcher le
paffage du fleuve. La Hongrie eft difpofée à
tout faire pour foutenir l'Empereur , & le
Maréchal de Wallis a fait garnir de canons
les remparts , & augmenter la garnifon
d'Orfowa , une des places les plus expofées
& des plus importantes à conferver.
Cet état de chofes n'empêche paint
D 4
( 80 )
T'Empereur de prolonger fon féjour en
Italie , ce Prince y vifite tous les monumens
des Arts & les établiffemens de bienfaifance.
On ne parle de fon retour à Vienne
que vers la fin de Juillet ; ainfi il faut , ou
que les dangers foient moins grands qu'on
le croit , ou que des intérêts qui lui font
chers le retiennent hors de fes Etats.
On croit affez généralement que les récla
mations des Princes & des émigrés Fran
çois l'occupent. Il a eu plufieurs entrevues
avec les principaux d'entre les fugitifs , M.
le Comte d'Artois paroît être celui avec
qui l'Empereur entretient une correfpondance
plus fuivie ; ce Prince eft, venu à.
Mayence , l'Electeur eft allé au-devant de
lui , & il a été reçu avec les égards que l'on
doit à fa perfonne & à fa pofition. M. le
Prince de Condé & fa famille s'y étoient
rendus avant ; ils font repartis , l'un &
l'autre pour Bruxelles. On penfe qu'ils
doivent fe rendre à Aix - la - Chapelle ,
où fe trouve le Roi de Suède , avec une
fuite peu nombreufe. L'on ignore le motif
de ce rendez-vous ; il eft dificile de croire
qu'il ne foit que l'effet du hafard, ou une
fimple vifite de politeffe de la part des Princes
François envers Sa Majefté Suédoiſe.
De Ratisbonne , le 15 Juin.
Tout femble annoncer que les Etats de
( 81 )
PEurope ont enfin fenti qu'un intérêt conmun
les lie aux démarches de la Diète de
Ratisbonne , qu'ils ont reconnu que dans la
grande Société des Nations , il existe une
police & des droits pofitifs , qu'il eft du devoir
de tous de faire refpecter ; que fouffrie
les violations arbitraires des traités , c'eft
ébranler la paix univerfelle & livrer les
peuples aux écarts des ambitions particulières
; qu'il n'eft pas plus permis de prêcher
le mépris des loix établies , que le fanatifme
& la rébellion ; que troubler par ces voies
la tranquillité des Etats , c'eft leur déclarer
la guerre d'une manière plus odieufe que par
des hoftilités ouvertes & déclarées ; qu'enfin
il n'eft point de Prince qui ne doive
à fes peuples de les mettre à l'abri des
funeftes effets de l'anarchie & du brigandage
, par tous les pouvoirs légitimes qu'il
a reçus pour protéger leurs perfonnes &
leurs biens.
Cette grande penfée prend chaque jour
de la confiftanee & lutte avec fuccès contre
les abftractions vagues & les maximes tyranniques
des modernes puritains ; l'opinion fe
foulève de toutes parts contre les principes
de la licence politique , prêchée par les
émiffaires de la France ; on craint de voit
par leur doctrine les familles ruinées & :
bouleverfées , & l'oppreffion fuivre de près
le mépris des loix , & des autorités etablies
pour en affurer l'exécution.
DS
( 82 )
On eft perfuadé de plus que les devoirs
politiques des Nations entr'elles ne les engagent
point feulement à fe donner fecours
& protection contre les invafions étrangères
, mais encore à réduire à l'impuiffance
de nuire celles qui par des difpofitions particulières
érigeroient en loi le mépris des
traités , prendroient à tâche d'inquiéter , de
troubler leurs voifins , & chercheroient par
des menées adroites , à foulever contre la
fociété toutes les claffes d'hommes que le
défaut de lumières & de propriété peut facilement
porter aux plus coupables attentats .
Telles font en bref les confidérations qui
ont dû frapper les Puiflances de l'Europe
& les attacher aux délibérations de la Diete
de l'Empire. Tout fait préfager que fous des
prétextes légitimes & impérieux , les grands,
Etats fe réuniront aux forces Germaniques
contre les hautes de l'Affemblée nationale
de France & concourront au maintien des
droits réclamés par les Princes contre la
violation des traités .
La Pruffe , comme Protectrice de l'union
germanique , doit être une des premières
à appuyer les Décrets de la Diète ,
& à faire ceffer l'efpèce de mépris qu'on
a pour elle en France , fur l'efpoir malfondé
que fon impuiffance réduira les
réclamnans à fe contenter des indemnités
qu'on voudra bien leur acco rder.
L'Empereur eft tenu , par fa Capitulation
( 83 )
même , à foutenir l'Empire contre tout
démembrement , & l'intérêt de la paix , de
la liberté publique de l'Europe , doit réunir
à la caufe Gernianique ceux qu'un intérêt
particulier n'y attacheroit pas directement ,
C'eft fans doute avec la perspective ou le
preffentiment de ces fecours combinés ,
que les électeurs pourfuivent les travaux
commencés depuis l'ouverture des délibérations
; s'il y a quelque partage fur les
moyens d'obtenir l'exécution des traités ;
c'eft moins parce qu'on doute de la juftice
des réclamations ou des forces néceffaires
pour les appuyer , que pour garder toutes .
les formes qui peuvent mûrir les deffeins
& donner aux procédés un caractère d'égard
& de confidération , même pour ceux qui
n'ont pas cru devoir en conferver pour les
autres.
On a donc propofé différens objets de
délibérations & de modes de conduite à
la Diète. Les Electeurs Eccléfiaftiques ont
affez généralement penfé que toutes nouvelles
tentatives auprès de la France fe-,
roient inutiles , & par l'état où fe trouve,
ce Royaume dans ce moment, & parce
que les démarches précédentes n'ont abouti
qu'à des refus ou à des conditions qu'il
n'eft point de la dignité de l'Empire d'accepter.
Ils demandent donc que la guerre ,
fait déclarée , comme le feul moyen de fe
faire écouter d'un Peuple qui n'entend
D 6 .
( 84 )
point croifer fon fyftême politique par aucune
convention étrangère à fes nouvelles
idées .
Les Electeurs Laïcs paroiffent defirerque
l'on effaie une feconde fois d'obtenir ,
par la négociation , ce que la France
s'obtine à leur refufer , ou à n'accorder
qu'avec des modifications & des foumiffions
contraires aux intérêts & à la dignité
des Princes qui réclament.
Les inftructions envoyées fur cette
matière aux Miniftres comitiaux , par les
Princes & les Etats , préfentent , outre
ce voeu fur la néceffité de déclarer la
guerre ou de la différer , d'autres propofitions
fur lesquelles il paroît que la
Diète aura à délibérer avant de prendre
un parti. On y propofe , dit-on , comme
une des voies de rigueur indifpenfable ; de
déclarer à la France que l'Empire d'Allemagne
ne fe regarde plus comme lié par
les traités & les conventions conclus avec
elle , puifque , fans y avoir égard , cette
couronne a , la première , méprifé les droits
qu'elle s'étoit engagée de refpecter , & qui
fervoient de conditions à des conceflions
confidérables ; de prohiber , par un récès
de l'Empire , l'importation des marchandifes
de France en Allemagne ; de mettre
en féqueftre les biens , qui , en Allemagne ,
appartiennent à des François , jufqu'à ce
qu'on ait obtenu fatisfaction ; enfin de
*
( 85 )
porter une loi rigoureufe contre quiconque,
par des écrits ou des manoeuvres , chercheroit
à foulever le Peuple contre l'ordre
public & le gouvernement de chaque
Etat.
Indépendamment de ces fujets de délibérations
, les inftructions contiennent quelques
développemens fur l'intérêt qu'ont
tous les Membres de l'Empire de concourir
au maintien des droits de chacun d'eux. Sans
cette harmonie , y eft-il dit , l'Empire feroit
bientôt démembré par l'ambition ou l'intérêt
des Puiffances voifines , qui ne trouveroient
dans chaque Etat en particulier , qu'une
réſiſtance facile à furmonter ; au lieu que ,
réunis avec fon Chef , l'Empire préfente
tous les moyens d'affurer fes droits & de
protéger fes Membres contre l'ambition
le mépris ou la mauvaiſe foi des Puiffances
voifines.
Il faut attendre du temps le réfultat de
ees difpofitions ; elles paroiffent liées dans
leur enfemble , & de grands intérêts , des
intérêts très actifs s'y réuniffent , pour en
rendre la marche & l'exécution affurées. Le
nombre feul des Princes qui réclament ,
forme déjà une Puiffance confidérable ;
celui de Mecklenbourg - Schwerin vient de
l'augmenter encore. Il a adreffé , le 8 de
ce mois , une lettre à la Diète , dans laquelle ,
il réclame deux places de Capitulaires dans
la Cathédrale de Strasbourg, & appuie fa
( 86 )
demande fur le fecond paragraphe de l'article
XII du traité de Weftphalie.
PAYS - BA S.
De Bruxelles , le 27 Juin.
L'entrée de l'Archiducheffe & du Duc
de Saxe Tefchen , fon époux , Gouverneurs
des Pays - Bas Autrichiens , a eu lieu
le 12 de ce mois , au milieu des témotgnages
de la joie publique , & des acclamations
du peuple , qui s'eft porté en foule
fur leurs pas.
Les Membres du Gouvernement , les
trois Etats en Corps , le Confeil Soaverain
de Brabant , toutes les corporations
ont attendu Leurs Alteffes à la porte de
la ville , & les ont accompagnées jufqu'à
leur Palais.
Ce dernier gage de l'ordre & de la paix
publique a défefpéré quelques forcenés frénétiques
qui ne voient la liberté que dans
les troubles & l'anarchie populaire , & qui
frémiffent dès que le règne de la juftice
& des loix remplace celui du fanatifme &
de la violence. Ce malheureux parti n'eft
pas encore entièrement étouffé ; le bonheur
public le tourmente , & par- tout il cherche
à précipiter les peuples dans la révolte
& le mépris de fes Princes légitimes. C'eft à
Anvers fur-tout qu'on en apperçoit plus fen
( 87 )
fiblement les artifices . Cette ville continue
des'op pofer à l'inauguration , ou du moins
prétend y apporter des conditions que
reprouvent les droits des Etats & de la
Souveraineté Belgique.
Les Etats ont accordé unanimement un
don gratuit de 600,000 liv . tournois à nos
Gouverneurs.
L'on avoit appris , le 23 , la nouvelle
que le Roi de France & fa Famille avoient
quitté le royaume ; alors a paru le fentiment
d'amour qui attache les François à
leur Roi ; on s'eft livré à une joie qui
tenoit de l'ivreffe , & que partageóient
le peuple & les Bourgeois des villes Belgiques
. Mais bientôt on a fu qu'il avoit été.
arrêté , & que Monfieur & Madame feuls
avoient dépaffé la frontière. Ils font arrivés
ici le lendemain ; ils logent au Palais de
Leurs Alteffes , ainfi que M. le Comte
d'Artois & une partie des perfonnes de leur
fervice.
AN
MM. de Lambefc & de Vaudemont font
arrivés dans le même temps ici . Ils viennent
d'Italie , & ont paffé par Mayence ; le
premier a été fait Général par l'Empereur ,
& Gouverneur de Tournay ; & l'autre
Colonel. M. le Prince de Lambesc a été
reçu Major-Général des troupes Autri
chiennes à la garde montante. On foupçonne
qu'ils ont apporté quelques dépêches
de Sa Majefté Impériale , relatives au dé
( 88 )
part du Roi de France pour les frontières
du Luxembourg.
GRANDE-BRETAGNE,
De Londres , le 28 Juin.
Il paroît que la flotte aux ordres de
'Amiral Hood ne partira point encore de
fi-tôt ; la divifion de l'Amiral Hotham refte
cependant à la rade de Leith , & y attend
des ordres. On attribue ce changement aux
dépêches que l'on a reçues de Pétersbourg ,
& que l'on dit favorables aux efpérances
de paix. La petite efcadre que l'on difoit
deftinée pour la Méditerranée n'eft point
fortie non plus , les ordres de refter lui
ont été adreffés dans la matinée du 23 .
La preffe n'en continue pas moins , & le
Roi a ordonné que les encouragemens donnés
à ceux qui fe préfentent pour fervir
dans la marine , feroient continués jufqu'à
la fin de juillet.
La nouvelle du départ , de l'arreftation
& de la captivité du Roi de France & de fa
Famille , ont fait ici une grande fenfation ;
tout ce qu'il y a de perfonnes éclairées
ont craint les fuites d'un événement auffi
extraordinaire ; la Révolution de France
leur a rappellé les malheurs du long Parlement
, la prifon de Charles I , fa mort
1891
& celle de plufieurs perfonnes que les devoirs
& l'honneur lui attachoient.
On annonce néanmoins que l'anniver
faire de la Révolution fera célébrée le 14
juillet , comme une époque de liberté &
de bonheur public. Cet inftant n'eft point
envifagé avec plaifir ; l'on craint que les
factieux , les gens perdus de dettes , & les
têtes exaltées ne parviennent à occafionner
quelque trouble , & à refluſciter le fanatifme
& la licence. D'un autre côté , les bons
patriotes font indignés qu'il fe trouve en
Angleterre des gens affez peu attachés à leur
Patrie que d'y propager des principes deftructeurs
de la Conftitution Angloife ,
& pour chercher à plonger dans l'anarchie
un Royaume que fes Loix & fa liberté
rendent le plus floriffant de l'Europe . L'An
gleterre n'eft point un Royaume agricole,
comme la France ; une révolution fanglante
l'auroit bientôt privée de fa puiffance
, ruinée & réduite à un état de foibleffe
dont jamais elle ne fe releveroit .
Un navire , arrivé de la Chine avanthier
, a apporté la nouvelle qu'au 18 Février
dernier , le Lord Cornwallis & le
Général Meadows fe difpofoient à entrer
dans le Myfore avec 25,000 hommes de
bonnes troupes , & que leur objet étoit de
s'emparer de Bangalore.
Le Général Abercrombie étoit avec fes
forces à Tillichery , où il attendoit les or
( 90 )
dres de Lord Cornwallis. Le Général
Mufgrave étoit à Trichinopoli avec un
corps de
troupes confidérable, & 30 pièces
de canon ; l'on affuroit auffi que les Marattes
fe tenoient prêts à fe joindre au Lord
Cornwallis avec un corps de cavalerie confidérable
pour l'aider dans fon expédition.
FRANCE.
De Paris , le 19 Juin.
ASSEMBLÉE NATIONAL. B.
Suite de la fiance du famedi 25 juin , après
minuit.
M. Thierry de Ville - d'Avray , arrivé de la
campagne , fe rend aux ordres des commiffaires
chargés de l'examen des diamans , & répond de
tout. L'examen en fera refait dans la jou née.
A7 heures . On a lu une lettre des trois commiffaires
envoyés au- devant du Roi , datée de
Meaux , le 24 juin , à 11 heures & demie du
foir . Ils annoncent que le Roi & fa famille pafferont
la nuit à Meaux , & arriveront à Paris
Le 25 entre 2 & 3 heures , fi la marche n'eft pas
retardée . L'Affemblée a autorifé la municipalité
de Paris à lever incontinent les fcellés appofés
au château des Tuileries .
Une lettre du directoire du département de la
Marne , de Châlons , le 24 juin , annonce que
les bruits de tentatives des ennemis fur les frontières
ne paroiffent pas le vérifier ; qu'à la première
alarme , les gardes nationales font accou
( 91 )
rues de toute part à Châlons . Mais le défaut
d'armes a expofé les officiers municipaux & les
adminiftrateurs a la fureur populaire . La municipalité
a fait diftribuer toutes les armes qui
étoient au dépôt des gardes du Roi ; mais l'in
fuffifance de ce nombre a fait craindre au maire
des violences ; il s'eft évadé par une fenêtre de
la maifon commune , & n'a fauvé les jouis qu'en
prenant la fuite . Ils demandent des fufils , des
canons , des munitions , & proteſtent de leur
patriotifine .
Le directoire du département de la Meurthe ,
mande de Nancy , le 23 à 5 heures , d'abord les
précautions qu'il a prifes , & enfuite qu'on
eur écrit que les ennemis font à plus de 8 lieues
de la France. M. d'André à demandé qu'on donnât
toute la publicité poſſible à ces nouvelles ,
& le courier qui les apportoit a affuré que Bar ,
Verdun & Nancy , offroient au moins 800,000
hommes fous les armes. Cependant , a - t - il
ajouté , Nancy eft fans foldats , fans munitions ,
les patriotes de Nancy ont volé au fecours de
Merz , que M. de Bouillé vient de quitter.
Au moment même , il eft arrivé un autre coufier
, qui a remis au préfident un procès - verbal
des adminiftrateurs de Verdun. En voici la
fubftance :
Sur l'avis du diftrict de Clermont au fujet du
refus qu'avoit fait M. de Damas d'expliquer
fes motifs du départ des dragons ; fur l'avis
du procureur-fyndic de la commune de Varennes
qui annonçoient l'arrivée du Roi & appelloient
des fecours , ils ont expédié 150 dragons , so
mineurs & 200 gardes nationales . Les fuiffes de
Caftella avoient ordre de M. de Bouillé de partir
pour Carignan , Stenay & Montmédy , ils ont de
( 92 )
mandé d'aller à Verdun pour leurs affaires yon les
a tous accompagnés dans les maiſons où ils ont
dit avoir affaire , & la municipalité leur a enjoint
de partir au bout d'une heure & demie . Les
adminiftrateurs ordonnent de faire , au befoin ,
couper les ponts . Nouvelles de l'arreftation du
Roi , de fa marche rétrograde . Arrivent de Metz
soo hommes de troupes de ligne & de garde nationale
avec 15 canons . La municipalité d'Hefdin
notifie le départ du régiment de Caftella & d'un
détachement de Lauzun. Elle a chargé un homme
de les fuivre . Un aide - de- camp de M. de Bouillé
arrête & interroge cet homme qui répond qu'il
doit ramener deux chevaux fournis à des officiers.
( On applaudit . ).
Le 23 , on apprend qu'un parti d'Autrichiens
fe porte fur Varennes , on expédie des couriers
Les gardes nationales en reviennent, démentent ces
bruits , & amènent quatre officiers arrêtés , MM.
de Choifeul , Damas , Floriac & Rémy . Interrogés
, ils fe difculpent en exhibant des ordres fignés
Bouillé. On les conduit dans la maiſon d'arrêt
ou ( difent les adminiftrateurs ) ils feront détenus
jufqu'à ce que l'Affemblée nationale ait ordonné
leur élargiffement ; « ou les ait renvoyés à Orléans
Pour y être jugés par le tribunal previfcire . »
Parvenus à Anvillers , les Suiffes de Caftella n'ont
pas voulu aller plus loin ( applaudiffemens ).
« L'indignation , pourfuit le rédacteur du procèsverbal
, a fuccédé à l'obéiſſance , & défabufés ils.
ne reconnoîtront plus d'autre autorité que celle de
la nation. Ils font actuellement à Verdun.
CC
On a lu le procès - verbal d'arrestation des
quatre officiers , une lettre de M. de Choifeul
Stainville, qui fe couvre des ordres de M. de
Bouillé , & de l'ordre du Roi , qui lui a dit de
( 93 )
"
refter auprès de fa perfonne ; & une lettre de
M. de Damas , qui affure n'avoir fait menter
les dragons à cheval que dans l'incertitude fi
tout ce qui fe paffoit , ne l'empêcheroit pas de
remplir les ordres de M. de Bouillé , & de patir
pour Varennes , comme l'en preffoit l'arrivée
d'une ordonnance de huffards , qui venoit alors
au-devant de fa troupe . Il ajoute que , requis
par la municipalité , & entendant battre la génétale
, il fit mettre pied à terre à fes dragons , &
les renvoya dans leurs quartiers ; que fur le bruit
que la famille royale étoit arrêtée , il prit le parti
d'aller à Varennes ; que lorfqu'il montoit en
voiture pour en revenir , on l'arrêta , on le mit -
en prifon , on l'a transféré à Verdun , qu'il n'a
fait qu'obéir à des ordres dont il ignoroit l'objet .
Il demande fa liberté & celle de M. de Floriac,
qui l'a fuivi fans favoir où ils alloient , & de
M. Remy, qui fe rendoit au logement , & qui
a été arrêté en paffant à Varennes .
Ce paquet contenoit deux lettres non -cacherées
, l'une adreflée à Madame de Simiane , &
l'autre à Madame de Grammont ; l'Affemblée a
ordonné que le préfident les cacheteroit , & les
enverroit à leur deftination .
M. Muguet a fait adopter l'article fuivant :
L'Afemblée nationale ajoutant aux difpofitions
de fon décret de ce matin , décrète que
le département de Paris eft autorifé à faire mettre
fous un fcellé particulier tous les papiers qui feront
trouvés dans les appartemens du château des Tuileries
, fous le fceau de la municipalité & de
l'intendant de la lifte civile , & que lefdits papiers
feront à l'inftant tranfportés aux archives
nationales. >>
Après le préambule , où l'on a remarqué avec´
( 94 )
éronnement ces mots : « il devient impoffible de
laiffer fubfifter les premières relations qui exiftoient
entre l'Aſſemblée nationale & le Roi ; de
compromettre les décrets en les foumettant à une
fanction toujours fujette au défaveu ; de laiffer
l'exercice du pouvoir executif à des intentions
évidemment & nettement déclarées contre la
conftitution » ; M, Thouret a lu le projet de décret
que voici :
« L'Affemblée nationale , après avoir entendu
le rapport de fon comité de conftitution , décrète
ce qui fuit :
« Art. I. Auffi- tôt que le Roi fera arrivé au
château des Tuileries , il lui fera donné , provifoirement
, une garde qui , fous les ordres du
commandant général de la garde nationale Parifienne
, veillera à ſa sûreté , & répondra de fa
perfonne. »>
"
« II. Il fera provifoirement donné à l'héritier
préfomptif de la couronne une garde particulière ,
de même fous les ordres du commandant général
, & il lui fera nommé un gouverneur par
l'Affemblée nationale. »
« III. Tous ceux quiont accompagné la famille
Royale feront mis en état d'arreſtation , & interrogés,
»ל כ
•
« Le Roi & la Reine feront entendus dans
leur déclaration ; le tout fans délai , pour être
pris enfuite par l'Aſſemblée nationale les réfolutions
qui feront jugées néceffaires . »
IV. Il fera provifoirement donné une garde
particulière à la Reine. »
« V. Jufqu'à ce qu'il en ait été autrement
ordonné , le décret rendu le 21 de ce mois , qui
enjoint au miniftre de la juftice d'appofer le fceau
de l'état aux décrets de l'Affemblée nationale ,
1957
E :
fans qu'il foit befoin de la fanction ou de l'ac
ceptation du Roi , continuera d'être exécuté dans
toutes les difpofitions . »
« VI. Les miniftres & les commiffaires du
Roi pour la tréforerie nationale , la caiffe de
l'extraordinaire & la direction de liquidation ,
font de même autorifés provifoirement à continuer
de faire , chacun dans leur département ,
& fous leur refponſabilité , les fonctions du pouvoir
exécutif. »
« VII. Le préfent décret lera publié à l'inſtant
même , à fon de trompe , dans tous les quartiers
de la capitale , d'après les ordres du miniftre de
l'intérieur , tranfmis au directoire du département
de Paris. »
Suite de la féance du famedi..
M. Malouet s'est élevé contre ces difpofitions
avec toute l'énergie que déploie la raison de
l'homme d'état lorfqu'il puife fes principes dans
fa confcience. C'eft , a -t -il dit en ſubſtance ,
changer dès ce moment la conftitution que vous
avez décrétée & juré de maintenir . Le cas de
l'abfence du Roi eft prévu par vos décrets , &
ils ont déclaré le Roi inviolable . On vous propofe
de conftituer le Roi prifonnier , de réunir
en vous tous les pouvoirs . Il peut être pénible
d'ouvrir une ſemblable opinion au milieu de pareilles
circonstances . Je propofe que l'Affemblée fe
forme en grand comité pour délibérer ou qu'on le
retire dans le comité de conftitution où chacun
pourra Faire librement fes obfervations . Défendons-
nous de la prévention comme de l'irréflexion .
Epargnons au peuple bien des regrets , de grands
malheurs. Je demande une conférence & je déclare
que jamais je n'accéderai à des mesures qui
tendroient à rendre le Roi priſonnier.
( 96 )
Après des doutes fur l'extenfion de l'inviolabilité
jufqu'à la connivence avec les ennemis de l'état ,
M. Ræderer a dit que le projet de loi n'attaquoit
point le principe de l'inviolabilité , qu'il ne s'agiffoit
pas
d'un jugement , mais fculentont de tenir
le Roi en état d'arreftation provifoire. Non , non ;
cela eft eff eux , le font écriées plufieurs voix , &
MM. Martineau , Démeunier & beaucoup d'autres
membres ont demandé que M. Ræderer fùt
rappellé à l'ordre . Il a dit qu'il prenoit le projet
dans le fens qu'y attachoit M. Malouet , &
a demandé qu'on ajoutât ces mots : « Veiller fur
fa perfonne , pour la sûreté & celle de la nation . »
au-.
Pour réfuter M. Malouet , M. Alexandre de
Lameth a foutenu que le décret ne faifoit qu'établir
le corps conftituant dans la fituation où il
roit été fi des inconvéniens pratiques ne s'étoient
oppofés à la promulgation des grands principes
qui veulent que pouvoir exécutif foit fufpendu
dans les mains du Roi tandis qu'on organife le
trône. Vingt- cinq milions d'ames , a-t- il dit ,
ont un befoin indifpenfable d'une conftitution
monarchique. Les évènemens n'ont rien changé
à la nature des chofes . Nous achèverons la conftitution
, elle aura l'affentiment du peuple , & fera
fon bonheur & notre récompenſe.
M. Malouet a répliqué en niant que l'Affemblée
ait reçu la miffion & le droit de fufpendre tous
les pouvoirs , que le principe du décret fût dans
l'effence du pouvoir conftituant. Ce décret , a- til
répété , eft une nouvelle conftitution ; la nation
peut elle - même s'effrayer d'une cumulation de
pouvoirs. Cette mefure eft née d'aujourd'hui .
Vous n'avez pas pris le pouvoir exécutif dès
le commencement ... On vous entraîne trop loin...
Craignez
( 97 )
Craignez de funeftes fuites ... Je ne voterai jamais
pour conftituer le Roi prifonnier.
¿M. d'André a tâché de prouver que l'Affem .
blée n'avoit pas cu deffein d'abſorber en elle tous
les pouvoirs , puifqu'elle venoit de confier
le pouvoir exécutif, non à fes membres , mais aux
miniftres . Mais il auroit fallu démontrer qu'on
ne ſe réſerve rien du pouvoir en le confiant à des
agens tenus dans la plus paffive dépendance , &
que la portion de pouvoir que la conftitution
décrétée & folennellement jurée a placée dans le
Roi , celle qui confifte dans le droit de fufpendre ,
peut fubfifter en des miniftres amovibles & fans
l'inviolabilité de celui qui l'exerce.
au
Le rapporteur , fecondé de M. Duport , a voulu
affimiler l'action que l'on propofoit d'exercer , aux
déclarations que les magiftrats de l'ancien régime
venoient demander , dans certaines affaires ,
Roi & à la Reine , avec les formes connues de
fujets refpectueux . « L'hiftoire de France en fournit
des exemples , difoit M. Thouret... Cela a
té pratiqué dans les Tribunaux , difoit M. Du- i
port. » L'Affemblée a adopté le décret , & fans
autre fanction , il a été publié à fon de trompe.
сс
Un autre décret a ordonné que les fieurs Dumas
& Choifeul , colonels- commandans des deux régimens
ci -devant de Monfieur & de Royal-Dragons,
Floriac , capitaine ; Remy , quartier- maître au
régiment de Monfieur , détenus à Verdun , continueront
d'y refter en état d'arreſtation juſqu'à
ce que l'Affemblée nationale ait pris des mesures
ultérieures fur les perfonnes qui peuvent avoir favorifé
le départ du Roi.
Plufieurs officiers d'artillerie prêts à partir ont
prêté le nouveau ferment à la barre. M. de
No. 28. 9 Juillet 1791 . E ..
( 98 )
Broglie l'a prêté à la tribune ; leurs noms fant
confignés dans le procè -verbal , ainsi que le don
de 300 liv. fait par madame Puignon pour les
folders .
Comme on décrétoit quelques articles relatifs
aux places de guerre , une grande agitation á annoncé
que le Roi venoit d'arriver ; & M. le
Couteulx avant dit que les trois couriers ramenés
avec le Roi étoient menacés , des commiffaires
ont été envoyés pour préferver ces trois gardesdu
- corps de toute voie de fait , & l'on a continué
de lire & de décréter d'autres articles fur
·les places de guerre . Les commiffaires font rentrés
. Leur préfence avoit diffipé le danger , la
garde nationale & M. de la Fayette étoient parvenus
à faire affez de place pour que le Roi
& la Reine puffent defcendre. « Louis XVI ,
& fa famille , a dit le préfident , ce font rendus
au château des Thuileries en sûreté . »
сс
Les trois gardes - du-corps mis en état d'arreftarion
dans l'une des falles du palais qu'habite le
Roi , font MM. Valory , de Moutier & Maldan .
L'un d'entr'eux avoit laiffé tomber un portefeuille
qu'il a déclaré ne contenir que du papier
de batteur d'or . On a préfenté ce porte - feuille
à l'Affèmblée . M. de Bonnay demandoit qu'on
y mit le fcellé de peur de fuppofition de pièces ;
Louis XVI avoit aufli remis la clef de fa voiture -
que le peuple vouloit que l'on vifitât ; ces détails
ont été renvoyés à la municipalité & au dé
partement?
M. Barnave a rendu compte , à la tribune , de
la miffion des commiffaires envoyés au - devant
du Roi. On craignoit quelques mouvemens des
troupes Autrichiennes , M. Dumas avoit difpofé , i
fur la route, les gardes nationales en conféquence .
( 99 )
Les commiffaires ont fait arrêter la voiture entre
Dormans & Epernai ; l'un d'eux a lu au Roi le
décret , le Roi a témoigné fa fenfibilité de l'intérêt
qu'on prenoit à fa sûreté , & a dir que fon
intention n'étoit pas de s'éloigner des frontières .
M. Barnave a donné des éloges aux gardes nationales
, aux municipalités , aux adminiftrateurs
& au peuple. M. Fermont renvoyoit aux minif- '
tres du Roi le foin de pourvoir au lieu d'arreftation
des trois gardes du Roi conduits en prifonniers
fur le fiége de fa voiture ; & M. Goupil
a demandé le licenciement des quatre compagnies
des gardes- du-corps .
On re peut rien conclure du fait de trois individus
contre un corps qui a fait fes preuves dans
tous les temps , a dit M. de Bonnay... Comme
à Versailles , s'eft écriée une voix de la gauche .
M. Voydel a obfervé que les grles-du-corps .
paroiffcient beaucoup plus attachés au Roi qu'à
lear patrie , & a cité pour exemple M. de Bonnay
lui -même qui , mardi matin avoit er voyé chercher
un cheval nominé l'incertaine à Veifailles pour
fuir de Pans , tandis que l'Affemblée montroit
tant de fermeté. M. de Bonnay a raconté qu'il
étoit à la campagne à quatre lieues de Paris lorf
qu'il a fu le départ du Roi , que fuppofart que
Paris feroit livré au plus grand trouble , il avoit
demandé une jument qui a le trot très - déterminé.
( Il s'eft élevé des murmures ) . «J'ignore , a- t- il repris
, fi l'on peut interprêter défavorablement les
précautions que j'ai prifes ; je crois que ceux qui
en auroient la volonté , ne s'adrefferoient pas à
moi pour le faire . » Au refte , je me fuis rendu
à l'Affemblée dès que j'ai lu qu'elle tenoit fes
fances . Rien ne prouve que les gardes- du- corps
foient plus attachés au Roi qu'à la patric . « Je
S38366
E. 2
1 100 )
les regardai toujours comme indivifibles , & je
répète qu'ayant juré de mourir pour l'un & l'autre ,
par -tout où le devoir m'appellera pour la nation
ou pour le Roi , j'y volerai . Si le Roi m'eût confulté
, je lui aurois déconfeilié de partir ; s'il
m'eût ordonné de le fuivre , je ferois mort à fes
côtés , & je me ferois honoré de mourir pour fa
défenſe . » Murmures à gauche , applaudiffemens
à droite , & le licenciement des gardes-du-corps
a été décrété .
L'Affemblée à décerné des témoignages de
reconnoiffance aux trois commiffaires & à M.
Dumas , & prorogé la féance à onze heures du
matin.
Suite de la féance commencée le mardi 21. Du
Dimanche 16 juin.
M. Grégoire occupoit le fauteuil .
La municipalité du Mans annonce qu'elle a
fait arrêter M. de Brézé ( & fa femme ) , fe rappellant
qu'il donna , dit- elle , des preuves d'incivifme
à Versailles le 23 juin 1789 , & qu'it
étoit attaché au Roi comme grand - maître des
cérémonies . Elle envoie l'interrogatoire qu'elle
Jui a fait fubir . M. de Brézé n'avoit appris qu'à
fon réveil , le mardi 21 à onze heures du matin ,
le départ du Roi , & fe rendoit à fa campagne.
Un décret l'a mis en liberté .
Un autre décret a tatué que les officiers &
cavaliers de la ci- devant maréchauffée inculpés ,
& contre lefquels il pourroit y avoir quelque,,
pourfuite , font fufceptibles de remplacement
dans la gendarmerie nationale , jufqu'à ce que
l'Affemblée ait prononcé fur les tribunaux qui
doivent juger des délits qui feroient commis pat
les membres de ce corps .
( 101 )
•
-
M. de Noailles a demandé que les chevaux
des gardes - du- corps fuffent donnés aux chaffeurs
d'Alface . « Nous avons toujours confidéré les
gardes du corps comme appartenant à la lifte
civile , a dit M. Camus . Si vous difpofez de leurs
chevaux , je crains qu'on ne vous dife : vous
avez ordonné leur licenciement , il faut à préfent
leur accorder des retraites ; c'eft le tréfor
qui doit les payer , puifqu'il a profité du prix
des chevaux. Laiffons- leur les chevaux qui leur
appartiennent , & ne leur payons aucune retraité ;
je demande l'eftimation des chevaux , » . La motion
a été renvoyée au comité militaire . M.
Alexandre de Beauharnois prend le fauteuil .
a
Revenant aux moyens d'exécuter le décret de
la veille , M. Duport a expofé que les informations
relatives au départ du Roi , devoient
être faites par le tribunal de l'arrondiffement du
lieu où les évènemens fe font paffés ; que c'étoit
à des commiffaires de ce tribunal à procéder à
l'interrogatoire , à l'audition des témous ,
des commiffaires du corps légiflatif à recevoir .
les déclarations du Roi & de la Reine . Ses motifs
étoient la diftinction néceffaire entre 1 interrogatcite
de ceux qui ont accompagné le Roi , &
la déclaration du Roi & de la Reine , le plus
de confiftance que donnercit à cette démarche
la miffion de l'Affemblée , & « la dignité réci
proque des deux fouvoirs , qui exiftent à côté
l'un de l'autre , & qui doivent , tant qu'ils exifteat
, être refpectés ».
Le caractère du délit a paru à M. Chabroud
en renvoyer naturellement la connoiffance au
tribunal prépofé aux crimes de lezc- nation . Mais ,
vu l'inactivité du tribunal provifoire d'Orléans
la propofé qu'il fut procédé à l'information &
,
E 3
( 102 )
à l'inftruction « par un extrait du tribunal de
caffation . >>
Cela contrediroit vos principes conftitutionnels
, a répondu M. Duport. Dans aucun cas
le tribunal de caffation n'eft appellé par la loi
à remplir ces fonctions . Il ne s'agit pas ici de
juger un crime de lèze - nation , mais de premières
informations à rapporter à l'Affemblée ,
qui feule décidera s'il y a lieu d'accufer .
On fubftitue le mot évènement au mot délit ,
remarquoient M. Chabroud & M. Buzot , qui
ré lumoient l'intervention de l'accufateur public
.
Des particuliers prévenus d'un fait font
arrêtés fur la cl..meur publique , difoit M. Lavigne.
Ce n'est qu'après la réunion des indices
que le premier interrogatrice des prévenus peut
avoir lieu . On ne perdra pås de vue le caractère
de l'affaire . L'accufateur public peut agir
d'office , s'il le veut ce et à nous à lin
Aiculis, Las frevenus font arrêtés par le fait ,
par les circo ilances , par lear arreftation même.
Eh bien ce font ces prévenus par la claineur
publique , dont on recevra les déclarations ; l'accufateur
public agira après les premiers interrogatoires.
»
Moins enveloppé , M. Roberfpierre a foutenu
que les juges du tribunal de l'arrondiffement
des Tuileries , devoient, interroger les témoins
8 recevoir toutes les d'clarations ; que plus le
peuple a de confiar ce en l'Affemblée nationale,
plus celle- ci doit la ménager avec délicateffe
& ne pas violer tous les principes pour faire une
exception auth fingulière ; qu'aucun citoyen ne
te dégrade en obtiffant aux loix ; que la Reine
>
ܕ܂
( 103 )
n'eft qu'une citoyenne , & le Roi un citoyen
comptable à la nation .
M. Bouchotte appuyoit cette opinion . M. Buzot
prétendoit que l'Affemblée vouloit exercer un
-pouvoir qu'elle n'avoit p.s. « Sans m'expliquer
dans ce moment , a repris M. Duport , je dirai -
qu'en portant un jugement , il eft très - certain
qu'on ne peut pas confidérer le Roi comme un
fimple citoyen . C'eſt un pouvoir vis - à-vis duquel
il est néceflaire d'agir avec des formes nonfeulement
civiles mais politiques . Vous l'avez
mis dans une claſſe à part. Il n'est point au- deffus
des loix , mais la manière de les lui appliquer
eft différente , fans quoi il fercit foumis à fes
fubordonnés . « Vous avez defiré ne pas le fou .
mettre à l'interrogatoire , parce que ce n'eft pas
une forme qui puiile lui être appliquée tant qu'il
exifte » .... "C'eft fur fa déclaration que vous
Laur.z un jour un parti important à prendre....
Quant à ce que les juges recueillent cette déclaration
, je ne fais , Mcfficurs , s'il n'eft pas
convenable de ne pas faire penser que c'eft une
procédure qui s'inftruit dans ce moment , & par
des formes ordinaires , injuftement contre le
Roi. Vous ne favez pas encore le parti que vous
ferez obligé de prendre , & il ne faut pas que
1s formes que vous déterminez l'annoncent,
M. Malouet a objecté que lorfque , felon Fufage
, des juges recevoient les déclarations du
Roi, c'étoit le Roi qui recevoit fes propres officiers
comme bon lui fembloit. Il a conjuré l'AC
femblée de voir ce que deviendroit l'inviolabilné
du Roi , fi un juge l'interrogeoit , & il a defi é
que les commiffaires de l'Affemblée ufaffent
d'une formule mefurée en parlant au Roi . -- A
genoux fans doute , ont dit plufieurs voix de la
E
4
( 104 )
11
gauche . -- Je fuis étonné , a repris M. Malouet,
que dans une circonftance aufli grave , on réponde
par des ironies aux confidérations les plus
importantes. Si un tribunal fe préfente au Roi
pour recevoir fa déclaration , dês -lors une autorité
fupérieure eft en préfence du Roi. -- La
loi , la loi , a-t- on crié de la gauche . Sans
doute , a pourfuivi M. Malouet , la loi eft audeffus
du Roi ; mais prenez garde qu'en décrétant
l'inviolabilité du Roi , décret fans lequel
vous ne pouviez avoir ni Roi , ni monarchie
vous avez déclaré le Roi étranger à tout défit
(Longs murmures ) . Je demande que les commiffaires
de l'Affemblée foient chargés de dire
au Roi , qu'ils viennent , par ordre de l'Affenblée
, pour recevoir fa déclaration ; qu'aucune
autre formule ne foit ajoutée .
« Tout ce que vous allez écrire doit fe retrouver
au dernier terme , pour fervir à là conviction
ou à l'abſolution , a dit M. Chabroad » .
Il en a conclu que l'Aſſemblée joucroit le rôle
d'accufateur. « C'eft à Louis XVI que vous
devez vous adreffer , non au Roi....... Il faut
confiderer ici le Roi comme individu , & non
comme Roi. Il ne faut pas s'étonner de cette
réflexion ; dans un état focial , il eft une infinité
d'occafions où il faut marcher ainfi par des abftractions
, féparer la perfonne de la qualité .....
Une dernière obfervation . Toute la France aurà
les yeux fur la procédure qui va s'inftruire ;
l'Affemblée nationale ne doit pas fe charger d'une
pareille refponfabilité . L'opinion publique pourroit
faire regarder les membres de cette Affemblée
qui ont pris des mesures pour empêcher
Penlévement du Roi , comme ayant un intérêt
( 105 )
fecret ; les juges ne peuvent pas être foupçonnés
d'un intérêt de ce genre.. »
M. de Saint - Martin propofoit que les juges
reçuffent ces déclarations en préfence des commilaires.
M. d'André difoit qu'il n'y avoit ni
plainte , ni procédure , ni affignation , ni dépofition
, ni inte rogatoire. Après quelques débats ,
on a rejetté l'amendement de M. Roberfierre
& le projet de décret de M. Duport a été adopté
en ces termes :
« L'Aſſemblée nationale décrète , 1 ° . qu'il fera
informé par tout où befoin fera , par le tribunal
des Tuileries , fur l'évènement du 20 juin , & fur
tous les faits antérieurs & poftérieurs qui y fe
ront relatifs . »
« 2 °. Il fera procédé à l'interrogatoire & audition
des témoins par deux commiffaires nommés
à cet effet par le tribunal chargé de l'inftruction.
»
cc
3°. L'Affemblée nationale nommera trois
commiffaires , pris dans fon fein , pour recevoir
les déclarations du Roi & de la Reine . Ces déclarations
feront reçues de la bouche du Roi &
de la Reine , rédigées par écrit , fignées du Roi
& de la Reine , & des commiflaires . Le tout
fera rapporté à l'Affemblée , pour être pris par
elle les précautions qu'elle jugera convenables » .
M. Georges , député de Varennes , a préſenté'
à l'Affemblée nationale les deux citoyens qui ont
arrêté le Roi en menaçant de tirer dans la voiture.
Le préfident leur a dit que Varennes feroit
à jamais célèbre , que les François reconnoiffans
fe ralliervient autour de fes murs pour
les défendre. Une majorité abfolue , fur 599 votans
, a défigné , au fcrutin , pour commifiaires
MM. Tronchet , d'André & Dupert. On a fait
r
Es
( 106 )
mention honorable de officier municipal qui
avoit répondu de la sûreté du Roi fyr fa tête ,
c'eft M. Beaudan ; & un décret a levé la
féance.
Du lundi , 27 juin.
Une députation de l'Affemblée électorale du
département de Scine & Marne , ayant l'évêque
conftitutionnel à ſa tête , a proteſté de ſon obéiffance
au décret qui fufpend leurs travaux , &
piêté le nouveau ferment.
M. de Bonnay a préfenté une atteſtation des
municipaux de Verfailles qui conftate que , lors
de la nouvelle du départ du Roi , les gardes - ducorps
ont inis le plus grand zèle à maintenir, le
ben ordre & la tranquillité publique . L'Affemblée
a décrété qu'il en fera fait mention honorable
dans le procès - verb.l.
Une lettre de MM. Vouland, d'Alquier &
Biron , commiflaires de l'Affemblée envoyés dans
les départemens du Nord & du Pas- de- Calais ,
annonce que de légers obftacles ont retardé leur
marche , mais qu'on les a comblés de marques
de refpe&t & de reconnoifi ne , que par - tour
règne le plus ardent & le plus fage patriotifme.
Les adminiftrateurs de la Loire inférieure ont
pris les mêmes précautions que tous les autres ,
exigé le ferment des officiers , & mis un emba: go
à Painboeufpour empêcher I nouvelle du départ
du Roi d'arriver trop tôt dans les colonies. Ils
mandent que fi le Roi eft parti , la nation , le
véritable fouverain refte , & qu'ils ont fupprimé
le nom du Roi du ferment pour y ſubſtituer
PAffemblée nationale . M. Chabroud a trouvé dans
cette adrefle du directoire de Nantes « un principe
qui eft dans tous les coeurs , mais qui n'a
( 137 )
pas été énoncé d'une manière auffi préciſe , » 11
en a demandé l'impreffion .
M. d'Estaing , malade à Paris , a écrit au préfident
de l'Affemblée , le 23 juin . Il lui envoie
fon ferment, de lieutenant- général & vice - amiral ,
il regrère qu'il n'existe pas un élément de plus
où il puiffe s'acquitter de tous les devois de
citoyen. Il eft fort applaudi , & l'on décrète une
féance extraordinaire pour lire les nombreufes
adreffes qui ont été envoyées.
Sur la propofition de M. Bureau de Pufy & de
M. le Pelletier de Saint-Frgeau , l'Affemblée a
décrété divers articles relatif aux places de guerre
& du code pénal. Nous les tranierirons ailleurs
avec ceux qui les ont précédés & ceux qui les
fuivront.
M. Tronchet a raconté qu'en exécution du
dé ret de la veille , MM. d'André , Duport &
lui s'étant rendus au château des Tuileries
avoient trouvé le Roi fod dans fa chambre à
coucher ; qu'ils ont obfervé au Roi que fa déclaration
devoit fe reférer , felon l'intention da
décrit , aux évènemens du 21 de ce mois , aini
qu'aux faits y relatifs tant antérieurs que poltérieurs
que le Roi kur a déclaté qu'il n'entendoit
point fubir un interrogatoire , mais que fan
deffein étoit de faire une déclaration ; que le Roi
l'a dictée , lue , fignée & paraphée à toutes les
pages. Le même membre a ajouté que s'étant
tranfportés dans l'appartement de la Reine , ils
y ont trouvé 1. Roi pêt à fe mettre à table avec
Madame Elifabeth qui leur a dit que 1 Reine
ne pouvoit les recevoir parce qu'elle étoit dans
le bain ; qu'ils l'ont priée de leur indiquer l'heure,
qu'elle leur a indiqué celle de 11 heures cu
matin. Nous avons rendu ce récit dans les fontes
E 6
( 108 )
du rapporteur , en n'y admettant comme lui aucun
veftige de l'urbanité Françoiſe qui auroit employé
moins de pronoms il , elle , lui , mais les
mets Sa Majefté , Princeffe. Toutes les nations
de l'Europe , les Anglois même ne parlent de
leur famille royale qu'avec le plus grand refpect .
Voici les procès - verbaux des deux déclarations
dont M. Durort a fait lecture .
сс
Aujourd'hui dimanche , 26 juin 1791 , nous
François- Denis Tronchet , Adrien-Jean- François
Duport , & Antoine - Balthazard-Jafeph d'André ,
commiffaires nommés par l'Affemblée nationale ,
pour l'exécution de fon décret de ce jour ; ledit
décret portant que l'Affemblée nationale nommera
trois commiffaires , pris dans fon fein , pour
recevoir par écrit , de la bouche du Roi , fa déclaration
, laquelle fera fignée du Roi & des commiflaires
, & qu'il en fera de même de la déclaration
de la Reine ; nous étant réunis au comité
militaire , nous en fommes partis à l'heure de
fix heures & demie pour nous rendre au château
des Tuileries , où étant , nous avons été ir troduits
dans la chambre du Roi ; & feuls avec lui , le
Roi nous a fait la déclaration ſuivante :
Je vois , Meffieurs , par l'objet de la miffion
qui vous eft donnée , qu'il ne s'agit point ici
d'un interrogatoire ; mais je veux bien répondre
au defir de l'Affemblée nationale , & je ne craindrai
jamais de rendre publics les motifs de ma conduite,
»
« Les motifs de mon départ font les outrages
& les menaces qui ont été faits , le 18 avril ,
à ma famille & à moi- même . Depuis ce temps ,
plufieurs écrits ont cherché à provoquer des violences
contre ma perfonne & ma famille ; &
ses infultes font reftées jufqu'à prefent impusies.
( 109 )
J'ai cru dès lors qu'il n'y avoit pas de fûreté
ni même de décence pour ma famille & pour moi
de rester à Paris . J'ai defiré , en conféquence ,
quitter cette ville . Ne le pouvant faire publiquement
, j'ai réſolu de fortir de nuit , & fans
fuite. »
« Jamais mon intention n'a été de fortir du
royaume. Je n'ai eu aucun concert ſur cet objet ,
ni avec les puiffances étrangères , ni avec mes
parens , ni avec aucun autre François forti du
royaume. Je pourrois donner , pour preuve de
mon intention , que des logemens étoient préparés
à Montmédi , pour me recevoir , ainfi que
ma famille . »
« J'avois choifi cette place , parce qu'étant
fortifiée , ma famille y auroit été en fûreté , &
qu'étant près des frontières , j'aurois été plus
portée de m'oppofer à toute efpèce d'invafion
dans la France , fi on avoit voulu en tenter
quelques- unes , & de me porter moi-même par
tout où j'aurois pu croire qu'il y avoit quelque
danger. »לכ
Enfin , j'avois choift Montmédi comme le
premier point de ma retraite , jufqu'au moment
où j'aurois trouvé à propos de me rendre dans
telle autre partie du royaume qui m'auroit paru
convenable . »
« Un de mes principaux motifs en quittant
Paris , étoit de faire tomber l'argument qu'on
tiroit de ma non - liberté , qui pouvoit devenir
une occafion nouvelle de troubles . »
« Sijavois eu l'intention de fortir du royaume ,
je n'aurois pas publié mon mémoire le jour même
de mon départ ; mais j'aurois attendu d'être hors
des frontières. »
« Je confervois toujours le defir de retourner
( 110 )
à Paris . C'eft dans ce fens qu'il faut entendre la
dernière phrafe de mon mémoire , dans lequel
je dis François , & vous fur- tout Parifiens ,
quelplaifir n'aurois -jepas à me retrouver au milieu
de vous ! »
« Je n'avois dans ma voiture que 13 , 200 liv.
en or , & $ 60,000 livres en affignats , contenus
dans le porte-feuille qui m'a été renvoyé par
le département. >>
Je n'ai prévenu Monfieur de mon départ que
peu de temps auparavant . Il n'a paffé dans le
pays étranger que parce qu'il avoit été convenu ,
entre lui & moi , que nous ne luivrions pas la
même route, & il devoit revenir en France auprès
de moi. »
J'avois fait donner des ordres , peu de jours
avant mon départ , aux trois perfonnes qui m'accompagnoient
en couriers, de fe faire faire des
habits de couriers pour porter des dépêches . Ce
n'eft que la veille que l'un d'eux a roça verba,
Jement mes ordres . »
« Le pafle-port étoit néceffité pour faciliter
moa voyage . Il n'a été indiqué pour un pays
étranger , que parce qu'on n'en donnoit pas au
bureau des affaires étrangères pour l'intérieur du
royaume; & la toute indiquée par Francfort ,
n'a pas été fuivie dans ce voyage. v
« Je n'ai jamais fait aucune proteftation que
ceile contente dans le mémoire que j'avois fair
à mon depart . Cotte proteftation ne porte pas
mêine , ainfi que le contenu du mémoire , fur
de fonds des principes de la conftitution , mis
fur la forme des functions , c'eft- à- dire fur le
peu de liberté dont je paroiffeis jouir , & fur
ce que les décrets n'ayant pas été piéfentés en
( 111 )
maffe , je ne pouvois pas juger de l'enſemble
de la conftitution , »
« Le principal reproche qui eft contenu dans
le mémoire , fe rpporte aux difficultés dans les
moyens d'adminiftration & d'ex cution . J'ai reconnu
, dans mon voyage , que l'opinion pu
blique étoit décidée en faveur de la conſtitution .
Je n'avois pas cru pouvoir connoître pleinement
cette opinion publique à Paris . Mais d'après les
nations que j'ai recucil ies perfonnellement dans
ma route , je me fuis convaincu combien il étoit
néceffaire pour le bonheur de la conftitution de
denner de la force aux pouvoirs établis pour maintenir
l'ordre public. »
* Auth-tôt que j'ai reconnu li volonté généale
, je n'ai point héfité , comme je n'ai jamais
héfité , de faire le facrifice de tout ce qui m'eſt
perfonnel pour le bonheur du peuple , qui a toujours
été l'objet de mes defirs . J'oublierai volontiers
tous les défagrémens que je peux avoir
éfluyés , pour affurer la paix & la tranquillité
de la nation. »
«Le Roi , après avoir pris lecture de la déclaration
, a obfervé qu'il avoit omis d'ajouter que la gouvernante de fon fils & les femmes de fa tuite
n'avoient été averties que peu de temps avant fon
départ . Et le Roi a figné avec nous : Louis ,
TRONCHET , DUPORT , D'ANDRÉ . »
ec
Délaration de la Reine.
Aujourd'hui , lundi 27 juin 1791 , nous
François -Denis Tronchet , Adrien- François Duport
, & Antoine-Baltazar - Jofeph d'André , & c ....
Nous fommes partis à dix heures & dome du
matin pour nous rendre au château des Tuileries ,
où étant , nous avons été introduits dans la
7112 )
chambre à coucher de la Reine , & feuls avec
elle , la Reine nous a fait la déclaration fuivante
:
« Je dédare que le Roi defrant partir avec
fes enfans , rien dans la nature n'auroit pu m'empêcher
de le fuivre. J'ai affez prouvé , depuis
deux ans , dans plufieurs circonftances , que je
voulois ne le quitter jamais . Ce qui m'a encore
plus déterminée , c'est l'affurance pofitive que
j'avois que le Roi ne vouloit pas quitter le
royaume . S'il en avoit eu le defir , toute ma force
auroit été employée pour l'en empêcher. »
« La gouvernante de mon fils étoit malade
depuis trois femaines , & n'a reçu les ordres que
peu de temps avant le voyage . Elle en ignoroit
abfolument la deftination . Elle n'a emporté avec
elle aucune espèce de hardes , & j'ai été moimême
obligée de lui en prêter. »
« Les trois courtiers n'ont point fu la deftination
ni le but du voyage . Sur le chemin
on leur donnoit de l'argent pour payer les chevaux
; ils recevoient l'ordre pour la route. Les
deux femmes- de- chambre ont été averties dans
l'inftant même du départ , & l'une d'elles , qui
a fon mari dans le château , n'a pas pu le voir
avant de partir.ɔɔ
« Monfieur & Madame devoient venir nous
joindre en France , & ils n'ont paffé dans le pays
étranger , que pour ne pas embarraffer & faire
manquer de chevaux fur la route. Nous fommes
fortis par l'appartement de M. de Villequier, en
prenant la précaution de ne fortir que féparément,
& à diverfes reprifes.
сс
ל כ
Après avoir fait lecture à la Reine de la
préfente déclaration , elle a reconnu qu'elle étoit
conforme à ce qu'elle nous avoit dit , & elle a
( 113 )
gné avec nous : MARIE-ANTOINETTE , TRONCHET
, D'ANDRÉ , Duport . »
Je crois devoir ajouter , a repris M. Tronchet,
que le Roi a témoigné le defir d'avoir un double
de fa déclaration . L'Aſſemblée a décrété qu'il en
feroit délivré une expédition , & a renvoyé le
tout au comité chargé de rapporter cette affaire.
Du lundi , féance extraordinaire du foir.
Adreffe du département du Jura qui s'eſt hâté
de confier la garde des forts à la garde nationale
, & invite les bons citoyens à fe faire enregistrer.
Lettres & adreffes du directoire de Bar-fur-
Aube , des départemens de la Nièvre , de l'Eure
du Bas - Rhin , de la Côte - d'Or , contenant le
ferment de mourir libres & fidèles à l'Aſſemblée
nationale . Celui de l'Aifne demande des armes
prie le corps légiflatif de châtier ſévérement ceux
qui ont enlevé le Roi , & de confier l'éducation
du Dauphin à la nation .
M. Merle a fait lecture d'un procès - verbal
militaire dont nous offrirons ici la fubftance en
copiant littéralement les paffages caractériſtiques .
Les fous- officiers & foldats du douzième ré
giment , ci - devant d'Artois , « convaincus que
la fuite honteufe du Roi n'a pu être protégée
par des généraux qui commandent l'armée de cet
Empire , fans que ces mêmes généraux aient été
sûrs que dans les différens corps qui la compofent
, il exiftoit des traîtres animés des mêmes
intentions de fcélérateffe qui ont dirigé les Bouillé
& Heyman ; confidérant que tous les officiers ,
ci - devant de naiffance , qui font actuellement
dans les régimens , ont toujours affiché leur
amour pour le Roi & la haine pour la nation &
( 114 )
la conftitution qu'elle s'eft donnée par fes repréfentans
»..., ont arrêté que la caiffe & les guidons
du régiment feront transportés chez des officiers ,
ci-devant de fortune ; que cet arrêté fera communiqué
aux divers membres des corps admi- .
niftratifs pour obtenir leur affentiment à la préfunte
de ibération . Fait a Metz , le 24 juin 1791 .
M. Bataille de Mandelet , capitaine commandant
dudit régiment , inftruit de cet arêté , a
fit affumbler le régiment fans armes , s'eft affuré,
en recueilint toutes les voix , que telle étoit la
-volonté générale , a donné fa démiffion & refufé
de commander à des foldats qui le méficient de
Ju . MM. Chambon , Bouix , Gombault , & Chennevière
imitent fon exemple . Le maréchal- deslogis
en chef déclare à M. Bataille que la má
fiance vient d'un propos , & lui impute d'avoir
dit en préfence d'un adjudant , lors de l'arreftation
du Roi , qu'il auroit favorisé cette évafion.
Ji a été prouvé que M. Bataille n'avoit pas tenu ce
propos , on l'a prié de conferver le commandement
, la caiffe & les guidons . Ces cinq officiers
ont perfifté dans leur démiffion . M. Bourfelot ,
maréchal-des-logis , a reproché aux officiers , cidevant
de naiffance leur incivifme , les juftes
Loupçons du régiment fur leur volonté de maintenir
la conftitution décrétée par l'Affemblée nation
de , leur fociété féparée des officiers , cidevant
de fortune , l'air peu fatisfait avec lequel
is voient le patriotifie des dragons. C'eſt en ·
conféquence de tous ces griefs que ceux-ci ont
pris l'arrêté qu'on vient de lire , & qu'ils demandent
le remplacement du colonel , ci - devant
commandart , François d'Efcars émigrant , & de
tous les officiers qui font défignés dans une lifte.
MM. les membres du directoire ayant accueilli
( II )
favorablement les députés du douzième régiment
de dragons , ont demandé que copie dudit procèsverbal
foit remife fur le bureau , ce qui a été
exécuté après avoir fait mettre les fignatures .
Fait a Metz , le 25 juin 1791. » On a envoyé
ces pièces au comité des recherches.
Les citoyens de Mâcon écrivent à l'Aſſemblée :
« Nous jurons d'écrafer nos ennemis & les
vôtres. Vifs applaudiffemens de la gauche
& des galeries.
« 32
Une lettre des adminiftraterrs de Sedan informe
le corps législatif de l'arrestation de M.
de Mandelle , i utenant-colonel du régiment
Royal- Allemand , & de deux autres cfficiers qui
paffolent dans l'étranger . Il réfute , écrit -en
de leurs aveux que M. de Bouillé kur avcit remis ,.
far la route de Varetes , un ordre figné , du
Roi feul pour aller lui donger min - forte , qu'on
a promis aux cavaliers que le Roi les prendroit
pour la garde , & qu'il a été diftribué 25 louis
Par compagnie , & 100 louis au 1º , eſcadron .
Le district de viontraédy marce que lo offciers
rettés ou rentrés ont tous déclaré n'avoir
aucune connoiffance des motifs des mouvemens
ordonnés par M. de Bouillé. M. de Bouillé
& M. de Kinglin vinrent à Montmédy le 18
juin , à Stenay le 20. On parloit d'un camp
près de Montmédy. Le général commanda de
cuire 18,000 tations de pain . Plusieurs détachemens
curent ordre de prendre , de nuit , la route
de Varennes, On courut aux armes , les gardes
nationales fe raffemblèrent ; deux heures après,
on app: it que le Roi étoit arrêté à Varennes ,
& que M. de Bouillé n'ayant pu éffir , avoit
pris le chemin le plus court pour fortir du royaume ,
avec fon elcoute. Prefque tous les officiers de
( 116 )
Royal- Allemand , le colonel de Nafau , le lieutenant
colonel de Champagne , font disparus . Il
n'exifte d'autre garnifon dans cette partie de la
frontière que des troupes Allemandes . Les caporaux
& foldats d'infanterie ci- devant Naffau
ont figné un acte où ils atteftent que , partis
de Thionville pour Sedan , arrivés le 20 à Montmédy
, ils reçurent l'ordre d'y refter , que le zz , à 5
heures du matin , le fecond batail on fut commandé.
>
11 partit à 6 heures du matin fans favoir où
on le conduifoit ni pour quel objet . Il eut dans
la journée une autre marche , & revint fans connoiffance
de caufe , comme il convient ( écriventils
) à un régiment bien difcipliné , foutenu par
de braves officiers , de fuivre exactement les ordres
du chef... Nous déclarons que nous aurions rejetté
toute propofition qui auroit pu forter atteinte à
notre honneur & à celui de notre régiment , qui
jufqu'à ce moment a été fans tache , & ne fera
jamais réfractaire au ferment d'être fidèle à la
nation , à la loi & au Roi.... Fait à Montmédy , r
le 23 juin 1791. »>
Un procès-verbal de Longwy rentre dans les
mêmes détails , & n'y ajoute feulement que des
obfervations fur les couleurs autrichiennes , vues ,
dès le 16 , dans les plumets des aides-de-camp
de M. de Bouillé ; fur l'air inquiet & rêveur de
ce général ; fur l'abbaye d'Orval , pour y ordonner
les préparatifs néceffaires pour y recevoir le Roi ,
fur l'ordre qu'il avoit laiflé de préparer fon
dîner , chez lui , à Metz , le 22 ; & l'argent diftribué
aux foldats .
A Bordeaux , l'état-major de la garde natiomale
a prêté ferment entre les mains de la municipalité...
Tous ces renfeignemens & beau-
Coup d'autres que nous fupprimons , parce qu'ils
( 117 )
fe reffemblent , ont été renvoyés au comité des
recherches . La féance entière n'y a pas fuffi ,
& n'a produit que le décret fuivant :
L'Affemblée nationalé décrète que les fieurs
Mandelle , lieutenant- colonel du régiment de
Royal-Allemand , les fieurs Macaflis & Tallard ,
l'un capitaine , l'autre fous - lieutenant au même
régiment , feront détenus en état d'arreftation
dans la ville de Mézières jufqu'à ce qu'il en
ait été autrement ordonné . »
сс
Qu'il fera , par les juges des lieux , procédé
inceffamment aux interrogatoires , tant des
particuliers dénommés en l'article ci - deffus , que
de toutes autres perfonnes qui font ou pourront
être arrêtées dans les divers départemens de
l'Empire pour les mêmes faits , ainfi qu'à l'audition
des témoins , pour , lefdits interrogatoires
& dépofitions , être envoyés à l'Affemblée nationale.
»
Du mardi , 28 juin.
Brûlement de dix millions en affignats pour
vendredi prochain .
Les vainqueurs de la Baſtille , admis à la barre ,
ont juré de défendre la conftitution , & reçu les
honneurs de la féance .
Une députation de vingt ou trente mille ouvriers
des atteliers de charité de Paris eft venu
demander la révocation du décret qui fupprime
ou réduit leurs travaux ou leur falaire . Le préfident
leur a recommandé d'avoir confiance dans
l'Afemblée , leur a dit qu'elle les avoit écoutés
avec intérêt , & les a invités à affifter à fa
féance .
On a fait lecture d'une lettre de Mezières ,
du 26 ; des adminiftrateurs du département des
等
( 118 )
Ardennes qui annoncent l'arrivée à Paris , vers
mardi , des trois officiers de Royal - Allemand
arrêtés & envoyés à " Affemblée nationale , &
demandent que la sûreté de ces prifonniers
efficacement protégée. Ils parlent auffi de la refintelligence
qui divife les régimens d'Alface &
des Deux Ponts à Givet , & défefpèrent de ra❤
niener cette partie des troupes de ligne à la fubordination
.
Cette lettre contenoit divers pièces faifies fur
les trois officiers arrêtés . Un ordre du Rei portant
que fon intention étant de fe rendre à
Montmedi le 20 juin , il eft ordonné au fieur
de Bouillé de placer des troupes ainfi qu'il le
jugera convenable pour la sûreté de fa perfonne
& de fa famille fur la route de Châlons -fur-
Marne à Montmédi , le rendant refponf ble des
ordres qu'il donnera . Signé Louis . Enfuite eft
écrit : il eft enjoint à M. Mandelle , aux offi.iers ,
fous- officiers & cavaliers du régiment de Royal-
Allemand d'exécuter & faire exécuter le plus
grand ordre. Signé Bouillé . Péclamation des
officiers & cavaliers du régiment par laquelle ils
redemandent le fieur Mandelle. Refus du directoire
de Sédan . Signalement & interiogatoire des
trois officiers détenus . Certificat de la bonne
conduite & du civisme de cet officier , donné
par la municipalité de Stenay . Déclaration d'un'
adjudant que M. de Bouille a fait diftribuer 2001
louis à ce régiment.
Un troisième article fervant d'amendement au
décret du 29 mars dernier , a autorifé le tréfor
public a payer les triinéftres d'avance aux hôpitaux
chargés d'enfans - trouvés , dont l'entretien
doit être fupporté par le tréfor public pour l'année
1791 .
( 119 )
Sur la propofition de M. Frétcau , I'ATemblée
a décrété les fept articles fuivans :
« Art. I. La libre fortie du royaume ne fera
permife , jufqu'à ce qu'il en ait été autrement
ordon é , qu'aux é rangers & aux négocians
françois , avec les précautions qui vont être indiquées
pour les uns & pour les autres . »
« II. A l'égard des étrangers qui le trouvent
à Paris , ceux qui font nés ou domiciliés dans
un Etat ou Royaume qui entretient un ambaffadeur
ou miniftre , réfidant en France , feront
tenus de fe munir d'un paffe- port du miniftre
des affaires étrangères , accordé fur l'atteftation
écrite & fignée de fits ambaffadeurs ou réfidens ;
ceux qui font nés en d'autres pays , prendront
également un paffe port du miniftre des affaires
étrangères , qui fera accordé fur l'atteſtation de
la municipalité de Paris , conftatant qu'ils font
commus pour étrangers & habitans de la capitale
depuis tel temps. "
III. Les étrangers , habitant dans les autres
villes de France , fe muniront de paffe- ports fignés
de la municipalité du chef lieu du diftrict qu'ils
habitent , ainfi qu'il vient d'être expliqué , fans
avoir befoin de celui du miniftre. »
« IV. Les négocians françois & couriers en- .
voyés par lesdits négocians , qui voudront fortir
du royaume , feront également munis d'un paffeport
de la municipalité du chef lieu du diftrict.
qu'habitent lefdirs négocians ; & les officiers
municipaux attefteront la vérité des faits & in--
dications y contenus . »
V. Ceux desdits négocians qui s'étant mis
en route avant le décret du 21 du préfent mois ,
ne pourroient attendre l'arrivée d'un paffe - port
de leur propre municipalité , s'en procureront
( 120 )
un de quelqu'autre municipalité plus voiſine ,
où ils auront des correfpondaps & amis en état
d'attefter aux officiers municipaux leur qualhé
de négociant.
39 1
« VI. La fortie des armes , munitions , chevaux
, ( autres que ceux qui fervent aux couriers
, aux étrangers , aux négocians , aux conducteurs
de voiture ) & celle de matières & efpèces
d'or & d'argent , notamment par tout port
de mer , reftent également prohibées jufqu'à
nouvel ordre.
cc VII. Tous les paffe- ports contiendront le
nombre des perfonnes à qui ils feront donnés
leur nom , leur âge , leur fignalement , la province
habitée par ceux qui les auront obtenus ,
lefquels feront obligés de figner fur les regiſtres des
paffe- ports , & fur les paffe- ports eux mêmes . »
Les commiffaires envoyés auprès du Roi pour
recevoir la déclaration de Sa Majefté , invités à
s'y rendre encore , par un billet du Roi , & autorifés
à cela par l'Affemblée , font allés aux
Tuileries. Introduits dans la chambre à coucher ,
ils ont appris de Louis XVI qu'il avoit oublié
de faire mention des ordres donnés à M. de
Bouillé. Ils ont répondu que ces ordres étoient
connus ; le Roi leur a dit qu'il l'ignoroit , que
s'il l'eût fu il n'auroit pas pris de moyen pour le
leur faire favoir.
Au nom du comité des contributions , M. de
la Rochefoucault a préfenté & l'Affemblée a décrété
quinze articles que nous tranfcrirons ailleurs .
En attendant que le comité de conftitution ait
achevé fon plan d'éducation nationale pour former
l'héritier préfomptif du trône, M. Démeunier
a lu un projet de décret fur l'élection du
gouverneur
( 121 )
gouverneur provifoire de M. le Dauphin . « Je
vais , a-t -il dit , développer les motifs du comité
avec toute la fimplicité d'un homme qui
De fonge ni ne peut fonger à remplir l'impor
tante million qui vous occupe ». Le choix devant
être fait au nom de la nation entière , il en a
chargé l'Affemblée nationale ; & les exclufions
étant contraires aux droits individuels de toutes
les communes du royaume , le choix fixé hors
d: l'Affemblée légiftative ne paroiffant pas pou
voir être auffi bon , il a jugé a propos que les
fuffrages portaffent également au dehors & au
dedans de l'Affemblée . Certainement les bailliages
étoient loin de deviner que leurs députés
nommeroient le gouverneur de l'héritier du trône
à l'exclufion du Monarque & de fa famille .
Selon M. Buzot , les fonctions de gouverneur
du Dauphin & celles de légiflateur font incom
patibles à caufe de l'affiduité néceffaire ; & il
ne veut point qu'un repréfentant de la nation
quitte fon pofte pour une pareille place .
La délicateffe de M. Rew bell ne vouloit point
qu'on gênât la liberté du choix . Ceux qui ,
comme moi , difoit- il , n'ont été attachés à aucun
parti , auront bien de la peine à choifir hors de
I'Affemblée , hors des feuls hommes que j'ai
été à portée d'apprécier & de connoître.
4
---
M. Ganat l'aîné a obſervé qu'il n'étoit d'aucun
parti , puifqu'il n'étoit d'aucun club
& a mis en queftion fi l'on entendoit bien
-ce que c'eſt délicateffe .
que
La définition
n'ea eft pas à l'ordre du jour , a répondu
M. de Tracy ; & peut-être y en a-t-il à braver
de vaines critiques pour s'attacher à fon devoir.
M. Garat a foutenu que le choix de l'Affemblée
dans fon propre fens ne pourroit avoir une
N°. 28. 9 Juillet. 1791 . £
( 122 )
impartialité fupérieute à tout foupçon ; que les
legiflateurs fe doivent tout entiers à leurs travaux
; que des décrets antérieurs ont décidé ce
point ; que l'opinion publique jugeroit les contradictions.
La liberté , le befoin de vertus fervoient
à M. Lavigne pour écarter toute incompatibilité.
M. de Delay d'Agier craignoit que le
royaume ne fupposát que l'on voulut reftreindre
cette importante élection dans la feule ville deParis .
Depuis le jour où l'on m'a refulé la parole furun
certain ferment auquel on en a fubftitué un autre,
a dit M. de Foucault , je me fuis condamné au
filence , au rôle de fimple obfervateur de votre
marche ; mais aujourd'hui qu'on propoſe un décret
qui eft fi loin de pourvoir à la sûreté du
Royal enfant , je déclare en mon privé nom ,
que je me croirois coupable de voter & d'élire .
Beaucoup de membres de la droite fe font levés
pour adhérer à cetre déclaration .
Rapp liant à l'Affemblée que c'eft à ſon défin
zéreffement qu'elle doit ce refpect qui a fauvé
l'empire , M. Prieur invoquoit la préalable fur
le projet du comité . Quelqu'un a demandé fi la
miffion d'élire le gouverneur du Dauphin étoit
conftitutionnellement dévolue au corps légiflatif.
A l'importance qu'on attachoit à ce qu'un légiflateur
ne fut pas diftrait par d'autres fonctions ,
M. Démeunier objectoit l'affertion bien géné
zale : « Un feul homme ne peut être indilpenfablement
néceffaire à l'époque où nous fommes ;
Je falut de l'empire ne doit jamais être attaché à
un feul individu . » -- « Ce n'eft pas en ce mo
ment , a dit M. Malouet , qu'on doit attaquer
la prérogative royale par une difpofition conftitutionnelle.
Il a ajouté qu'on ne pouvoit enlever
au Roi le droit de la nature.
50
( 123 )
MM. Tronchet & Pethion penfoient que l'ea
ne pouvoit renoncer au ferment de ne point fe
féparer que la conftitution ne fut achevée. Etre
gouverneur du Dauphin , c'étoit aufli travailler
a la conftitution , fuivant M. Démeunier. Affimilant
la vie & les moeurs de l'héritier du trône
à une fomme d'argent , M. Lavigne vouloit que
le gouverneur du Dauphin choisit feul fes fubordonnés
, comme le dépofitaire des deniers
publics a le choix de fes agens , parce qu'il eft
refponfable.
ce Il s'agit d'un côté , a dit M. d'André , de
readre illufoire une refponfabilité importante ;
& de l'autre , d'ôter à un père, toute efpèce de
communication avec fon fils. Eft- il un père qui
voulût y confentir peur toutes les couronnes de
la terre ( violens murmures ) ? Il y auroit de
la barbarie d'enlever tout-à-coup à un enfant
de fix ans ( nouvelles huées ) toutes les perfoanes
auxquelles il eft accoutumé . » L'Affemblée ajourne
Je cinquième article , & les quatre premiers font
décrétés en ces termes :
ce Art. I. Avant de procéder à la nomination
du gouverneur qui fera provifoirement donné
T'héritier préfomptif de la couronne , il fera fait
une fifte indicative des citoyens qui paroîtrono
propres à remplir cette fonction . »
33
II. Les membres de l'affemblée répartis en
bureaux , procéderont à un fcrutin indicatif, le
fcrutin reçu par un fecrétaire , la lifte fera , rapportée
à l'affemblée , & imprimée .
35
<< III. L'élection fera faite au fcrutin indiri
duel & à la majorité abfolue des fuffrages ; les
choix pourront porter non -feulement ; fur ceux
forits fur la lite , mais encore fur tous les
Fa
( 124 )
autres citoyens ; le choix cependant ne pourra
tomber fur les membres de l'Aſſemblée. »
CC > « IV. Le gouverneur prêtera à la nation
dans le fein de l'Affemblée nationale , le ferment
de veiller religieufement à la confervation de la
vie & de la fanté de l'héritier préfomptif , & répondra
de fa perfonne.
ود
ce V, Toutes les perfonnes attachées au fervice
de Théritier préfomptif , feront fous la furveillance
& fous les ordres du gouverneur.
ג כ
, M. Baudoin , imprimeur de l'Affemblée , défavoue
& dénonce un prétendu interrogatoire du
Roi , publié comme fortant de fes preffes . Un
décret charge l'accufateur public de pourfuivre
les auteurs . On auroit vu dans cet acte de juſtice
un témoignage de respect pour S. M.; mais
M. Baget a demandé que le décret portât : attendu
qu'il s'agit d'un faux, propofition décrétée .
Une lettre de M. Daveyrier , de Worms ,
du 22 , annonce que M. de Condé l'a
les égards dus à fa miffion , & lui a laiffé le choix
de l'attendre à Worms , ou de le fuivre à Mayence
& à Coblentz , où il auroit plutôt une réponſe .
M. Duveyrier eft parti four Mayence & Cobleatz.
Du mardi , féance du foir.
reçu avec
Une lettre de Dunkerque a informé l'Affemblée
que tous les officiers de Colonel - Général ,
dont M. de Condé étoit colonel , fe font enfuis
de Dunkerque à Furnes , ville Autrichienne ,
avec les drapeaux ; qu'ils n'en ont laiffé que les feuls
bâtons ; qu'un aumônier & l'un des fugitifs s'entendoient
pour enlever la caiffe , qu'on a trouvé
chez cet aumônier 50,000 liv . ; que 8 officiers
du régiment de Viennois ont aufi pris la fuite ,
( 125 )
& qu'on a arrêté 250,000 liv . près des frontières,
avec les malles des officiers .
Voici un extrait de la lettre que M. de Théon ,
l'un des officiers partis , a écrit au régiment de
Colonel - Général , extrait tel qu'il à été lu å
l'Affemblée nationale :
« 24 juin 1791. Soldats , votre Roi étoit
dans les fers : la nouvelle de fen arreſtation eft
fauffe ; ainfi le premier régiment ne peut fe difpenfer
d'aller le joindre , pour former fa garde
& le dérober au fer des affaffins , que l'on n'a
pas manqué d'envoyer à fa pourfuite . Dépofitaires
de nos enfeignes , nous verrons tous les
bons François , les vrais patriotes , & ceux même
qui en prennent le nom pour le fouiller , fe
rallier à nos drapeaux . Croyez que le parti
royaliste , qui eft très-nombreux , va fe déclarer,
quand il verra qu'il peut , fans compromettre
les jours de fon fouverain , arborer la cocarde
blanche . Reprenons le fymbole de l'honneur François
, & rejettons loin de nous la couleur d'un
prince factieux, l'opprobre d'un nom qu'il déshonore
, & d'une famille qu'il déchire . Vos offciers
, vos vrais amis vous attendent à Furnes ....
Venez vous y rallier ; venez y renouveller votre
premier ferment de fidélité au plus jufte & au
meilleur des Rois . Mais que ces troupes qui font
infectées des maximes des clubs , qui fe croient
patriotes , quoiqu'ils n'aiens ni foi , ni loi , ni
honneur ( ce paffage a excité des éclats de rire) ,
reftent dans leur pays , pour y perpétuer l'anarchie.
Souvenez - vous que vous êtes François.
& que tout François , qui porte ce nom fans
l'avilir , doit obéir au Roi , & accourir pour
avoir l'honneur de le recevoir . Vive le Roi !
De Théon. »
F 3
( 126)
Toutes ces pièces ont été renvoyées au comité
es, recherches.
A la première nouvelle du départ du Roi ,
te bourg de Sainte - Foy , près Lyon , s'eft empreffé
de payer un à - compte de 6,000 liv . fur
Les contributions publiques.
Plus de 200 gendarmes rationaux fe font préfentés
à la barre pour prêter le nouveau
feriment
; & leur orateur, organe auffi des deux compagnies
fécialemeut attachées au fervice du corps
légatif , a juré , en leur nom , de mourir pour
la patric & pour la conftitution . Le préfident a
rendu juftice à leurs fentimens , & répondu que
L'Affemblée , fatisfaite de leurs hommages , les in
vitoit à aflifter à la féance.
Des députés des communes de Givet & de
Charlemont font venus dire qu'ils ne s'affligcoient
pas du départ du Roi . « L'Aſſemblée nationale
le remplacera , nous n'y perdrons rien ; & fi
la royauté étoit une récompenfe , fes travaux
la lui auroient bien méritée . Ils ont raconté
enfuite que la ville de Givet étant mal fortifiée ,
& l'entrepreneur des fortifications doarant pour
raifon du retard des travaux le manque de fonds ,
les foldats des régimens de Foix & d'Alface ,
pris 12,000 liv . fur la maffe de leur linge &
de leur chauffure , pour fournir à ces dépenfes
& fe font tous mis à l'ouvrage ; que fe méfiant
du colonel , l'un des régimens a tranfporté la
caille à la municipalité & dépofé les drapeaux
chez M. de Chamborand , dont le civiſme a mérité
leur confiance . Enfuite Is ont prêté le ferment
militaire .
ont
M. Salicetti a annoncé que le calme étoit rétabli
dans l'Isle de Corfe , que les facticux &
Les fanatiques de Baftia étoient foumis ou dif→
1
( 127 )
parus ,la citadelle au pouvoir des troupes de ligre ,
& que le département ,qui venoit de raffembler
10,000 gardes nationales , n'avoit pas eu befoin
d'employer la force publique .
A la fuite d'un rapport de M. Payen , fur les
colonies & l'Aſſemblée coloniale de Saint - Domingue
, où il a montré que cette affemblée , rctenue
depuis plus de neuf mois à la fuite du corps
légiflatif , avoit bien commis des crreurs de priscipes
& donné trop d'extenfion aux conféquences
dès décrets , Mais qu'il n'y avoit rien à lui reprocher
dans fa conduite , pure & exempte de
complots. Un décret a confacré ces conclufions
en faveur des 85 membres de l'affemblé géné
rale & de M. de Santo Domingo , qui font
libres d'aller cù ils voudront . La queftion
préalable a répouffé les motions d'accorder
6,000 livres au moins , foit d'indemnisé ,
d'avance , à chacun de ces membres , quoique
M. Gouy d'Arcy fe portât pour leur can
tion ; on s'eft conformé , à cet égard , à l'opinion
de M. Lavigne.
-
Du mercredi 29 juin 1791.
On mande de Quilleboeuf à l'Aſſemblée natio,
nale , qu'on a arrêté le départ d'un vaiffeau charg
de 817 marcs d'argent . Les informations ont été
renvoyées au comité des recherches .
M. d'Ambly s'eft plaint de ce que trois communautés
font allées dans fa campagne , demander
des fufils & 50 écus à la femme , & ont dit
que d'ici à huit jours fept communautés, viendroient
encore , fous prétexte que ſon prédéceffeur
les avoit fait défarmer , il y a 25 ans.
J'ai hérité de ce bien , a-t-il poursuivi ; ja
mais je n'ai pris de fufils à perfonne , & l'on Re
( 128 )
doit pas venir en exiger à main armée où il n'y
a que des femmes & un enfant. Ma femme &
mon petit- fils vouloient partir , je leur ai écrit
de refter. Je fuis fait pour donner l'exemple de la
fermeté. Si les propriétés d'un député font dévaftées
, que direz - vous pour les autres ? Comment
leur ferez -vous la loi ? Je prie MM. les
journalistes de mettre mes plaintes dans leurs
feuilles ; je fuis trop vieux pour avoir peur de
mourir. L'avis de M. de Chabroud a été qu'il
falloit fe pourvoir devant les tribunaux , les muni
cipalités , les corps adminiftratifs chargés de l'exécution
des loix , qu'un député ne doit avoir aucun
privilège ; & cet avis eft devenu celui de l'Affemhlée
qui eft paffée à l'ordre du jour .
Organe du comité militaire , M. de Noailles
a préfenté deux décrets ; l'un avoit pour objet
d'admettre au fervice de France les François qui
ne pouvant fervir leur patrie parce qu'ils n'étoient
pas nobles , ont fervi dans l'étranger & ont fair
preuve de talens & de patriotifme ; l'autre por
toit fur le mode du licenciement des gardes-ducorps
, & mettoit leur penfion de retraite décrétée
à la charge de la lifte civile. M. Merlin a ob-
-jecté au premier que c'étoit une meſure de circonftance
par laquelle le comité avoit en vue de
favorifer quelques particuliers ; qu'il y avoit un
très-grand nombre d'officiers réformés en France ,
en conféquence de nouvelles loix , & que ce dé
cret les priveroit injuftement de quelques chances
pour être placés . On a objecté au fecond projet
que ce feroit mettre la lifte civile à la difpofition
de l'Affemblée nationale. Ils ont été renvoyés
au comité.
Le préfident a reçu une lettre du département
de l'Oife , accompagnée de plufieurs lettres fai(
129 )
fies fur des couriers , & adreffées à M. de Pen- ·
thievre & à madame d'Orléans . Sur la motion
de M. de Crillon , le jeune , on a remis ces lettres
à la pofte pour qu'elles parviennent à leur deftination
.
Alors s'eft ouverte une fcène d'autant plus
étrange aux yeux de l'obſervateur attentif &
impartial , que le comité de conftitution & de
revifion qui en ont été les acteurs , ne paroiffcient
pas croire qu'elle fût fi fingulière & de nature à
donner beaucoup à réfléchir hors de l'Affemblée .
M. Duport a jetté un coup - d'oeil fur les moyens
de défenfe intérieure & extérieure ; & s'eft raffuré
en remarquant que les gardes nationalės
fe font inferire , fur les rélations actuelles de
l'Affemblée avec le pouvoir exécutif , & il a paru
perfuadé qu'à cet égard on avoit pris le parti
que les principes & les circonftances indiquoient ;
qu'on feroit aujourd'hui ce qu'il n'avoit pas été
poffible de faire au commencement ; que le pouvoir
exécutif dans les mains du Roi feroit fufpendu
jufqu'à la fin de la conftitution , parce
qu'il étoit indifpenfable de revenir aux vrais
principes .
Enfin il s'eft occupé de la néceflité où eft l'Affemblée
de dominer les événemens pour ne pas en
être dominée ; d'appuyer fon ouvrage de toutes
les forces de l'opinion générale , comme fi dans
les tems de partis , il y avoit une cpinion générale
; & de tout cela , il a conclu que dans
un gouvernement repréſentatif la délibération ne
peut être placée qu'au centre , qu'on a fait fagement
de fufpendre les corps électoraux ; que le
parti qu'il faut prendre d'après les circonstances
préfentes , le maintien de la conftitution , la ratification
nationale néceſſaire à l'ordre établi aug
FS
( 130 )
defans & aux rélations du dehors , fans laquelle
aucun miniftre ne pourroit traiter avec les puiffances
, ni aucune puiffance avec la nation Françoife
; que le foin de la gloire des légiflateurs ,
le befoin d'enthoufiafme , de ce levier à l'aide
duquel on furmonte tous les obftacles ……………….
exigent que l'on crée un grand évènement :
or ce grand événement à créer , c'eſt une nouvelle
fédération comparée de gardes nationales ,
de troupes de lignes , de la marine & d'affciers
municipaux . Ne pouvant en fixer l'époque
au 14 juillet , il indiquait le 4 août , jour
où furent abolis les droits féodaux .
Si les électeurs fe fe raffemblent pas inceffamment
, a dit M. Buzot , ils ne fe réuniront qu'après
la moiffon ou même au mois d'octobre . Ce
retard donneroit à l'ambition le tems de manoeuvrer
; on calomniera le corps législatif: des gardes
nationales & des officiers municipaux n'auront aucune
miffion pour ratifier la conftitution , ( argument
qui porteroit auffi fur les conféquences
qu'on a cru pouvoir tirer de la fédération précédente
) . Une fédération générale feroit inutile ,
difpendieufe ; Paris profiteroit feul de ces frais
énormes. Sa conclufion a été de renvoyer le
projet aux comités pour qu'ils en préfentaffent un
autre ; de lever la fufpenfion des travaux des
électeurs ; de fixer au 14 juillet une fète civique
fi l'on en vouloit une , & de la célébrer dans
chaque département.
M. d'André a foutenu qu'il étoit extrêmement
dangereux & très-impolitique d'affembler les électeurs
dans ce moment ; qu'on favoit que les affemblées
électorales étoient déjà travaillées pour
demander un nouveau corps conftituant , une
Bouvelle conftitution . Ce n'eſt pas un lòng dé(
131 )
lai qu'il faut , a - t- il ajouté ; mais attendez que
nous ayons la certitude de notre état intérieur &
extérieur.
ec Des citoyens réunis ont émis le voeu que
dans la crife actuelle nous n'agiffions pas fans
confulter les 83 départemens , a repris M. Duport.
On propofe différentes formes de gouvernement.
Je ne crains point de le dire ; cela fe manifefte
dans les adreffes qui vous ont été envoyées .Je ne dis
point que ces adreffes ne foient très - patriotiques ;
que ces hommes ne foient très- cftimables ; mais
ils prétendent que la circonftance eft favorable
pour changer la forme du gouvernement ; ils ont
penfé que nous avions fait un gouvernement
contre le pouvoir exécutif , & qu'ayant toujours
fait un pas de plus , il ne nous en reftoit plus
qu'un à faire.......... Nous avons fait la conftitution
que nous avons crue bonne ; nous favons
voulu indépendamment des circonftances... Le
départ du Roi ne l'a pas changée . Cette conftitution
eft bonne , ou nous avons abufé de la
confiance de la nation . »
сс
Quel feroit notre état , a- t- il continué , fi
l'on pouvoit nous oppofer que la conftitution n'eft
pas celle que les départemens défirent ? Et dèslors
, quel parti prendrions -nous ?... Prenez garde
que vous n'êtes pas chargés par la nation de
recueillir le voeu des individus ; vous êtes chargés
de faire vouloir le peuple ; c'eft ici ou eft
fa tête murmures du côté droit ) ; M. Duport
eft convenu que des gardes nationales , des foldats
de ligne , & des officiers municipaux fédérés
n'exprimeroient pas le veu du peuple ; mais il
foutenoit , ce que nous n'avons pas bien compris ,
que ce réunit les deux extrémités de la fociété ,
eft le parti le plus fage pour faire une organi-
F 6
( 132 )
fation .complette de l'opinion publique. Aufficôt
que le grand acte fera fait , on finira dans l'eathoufiafme
& dans la gloire ce que vous avez
fait dans la peine & dans la fatigue . Ainfi vous
ferez tirés des circonftances délicates cù vous
êtes . Cet enthoufiafme donné comme un
expédient unique , & fi contraire à la maturité
de jugement que l'on fuppoferoit devoir confommer
l'oeuvre qui doit opérer ou le bonheur
ou le malheur de vingt - cinq millions d'ames ,
l'a conduit à folliciter l'ajournement au lendemain.
Invoquant It queftion préalable fur la propofition
de M. Duport , M. Camus a repréfenté
que ce projet décéloit trop d'incertitude
affichoit trop de méfiance , un befoin de fecours.
ce Nous ne connoiffons pas , ce femble , a- t- il
dit , quelle eft notre grandeur , lorfque dans
l'événement le plus délicat nous nous fommes
montrés avec la plus grande fermeté , lorfque
nous n'avons pas fait un faux pas , j'oſe le dire ,
& que nous devons faire l'admiration de l'Europe
( applaudiffement à gauche & murmure de
diffentiment à droite ) .... Agiffons toujours avec
la même fageffe , & la nation approuvera tout
comme elle l'a déjà fait. »
M. Démeunier penfoit que fi rAffemblée ne
s'environnoit pas d'un renfort d'opinion publique
dont une fédération lui paroifloit le feul ou le
meilleur moyen , elle n'acheveroit de longtems
fa chartre conftitutionnelle , & qu'elle laifferoit
fon ouvrage fans folidité.
Ce grand moyen , cette grande mefure , M.
Péthion les trouvoit déplacés. « Comment peuton
croire s'eft-il écrié qu'une conftitution
telle que la nôtre puiffe fe trouver ratifiée par
>
( 133 )
la force qui ne délibère pas & par quelques of
ficiers municipaux ? Soyez bien perfuadés que
votre conftitntion eſt ratifiée d'avance , qu'elle
eft dans les coeurs de tous les François , qu'elle
fera religieufement obfervée » .
L'Aſſemblée a adopté la queftion préalable ,
pure & fimple fur le projet de fédération , &
quant à préfent fur la propofition de lever la
fafpenfion des affemblées primaires & de corps
électoraux.
On a introduit à la barre les gardes - nationales
de Varennes , Sainte- Menehould , Rheims
& Châlons , qui ont accompagné le Roi . Leur
orateur a dit à l'Affemblée : « Vous avez rempli
votre devoir en faififfant les rênes de l'empire
; nous avons fait le nôtre en nous foumettant
à la loi ». Ils ont renouvellé leur ferment
& le préfident leur a adreffé une ré
ponſe analogue & fort applaudie.
,
Du jeudi , 30 juin.
Après un décret qui autorife la municipalité
de Paris à difpofer d'une maiſon voifine des
prifons de l'Abbaye , de la manière la plus convenable
à la sûreté de ces prifons , fauf les indemnités
dues aux propriétaires , M. Vernier a lu
un projet de décret compofé de quatorze articles
relatifs à l'organiſation intérieure de la tréforerie
nationale , & l'Affemblée en a décrété le titre I ,
des tommiffaires de la tréforerie & de leurs fonc
tions ; le titre II , du fecrétaire ; le titre dernier
de la tranfmiffion du tréfor public aux commiffaires
de la trésorerie ; & un titre particulier , des fup
preffions.
M. de Menou a fait un rapport fur « l'ef
pèce de religion , a - t-il dit , » que le patriotifme
attache aux couleurs nationales , fur l'importance
7 (
( 134 )
de leur confervation . Il a obfervé que le panache
blanc d'un de nos Rois montra jadis aux François
le chemin de la gloire , & que les couleurs nationales
opéreront bien autrement , bien mieux en
fervant de témoignage de la deftruction du defpotifine
& de la conquête de la liberté ; qu'elles ne
fe déployeront jamais pour envahir injuftement
les domaines des autres nations ; & qu'ainfi que
les aigles romaines , elles imprimeront la terreur
à tous ceux qui voudront nous attaquer. L'orateur
a faifi cette occafion pour exhorter les officiers
à ne pas regretter la chimère de la nobleffe héréditaire
, à s'illuftrer plus par le civilme que par de
vains titres ; & les foldats à la foumiffion ,
loix par amour pour la conftitution . Ces acceffoires
une fois préſentés , après avoir demandé aux
uns & aux autres : « Pouvez- vous croire que la
' conftitution ne foit pas le réfultat de la volonté
générale ? Pouvez-vous penfer qu'elle ne doive
pas faire le bonheur du peuple François en
eft venu au principal de fon rapport , & a propofé
& l'Aflemblée a décrété , avec l'impreffion
du difcours , les cinq articles fuivant fur les drapeaux.
aux
cc L'Affemblée nationale , oui le rapport de
fon comité militaire , décrète ce qui fuit : »
« Art. I. Le premier drapeau de chaque régiment
d'infanterie Françoife , Allemande , Irlandoife
& Liégeoife , de chaque régiment d'attillerie
, ainfi que le drapeau de chaque bataillon
d'infanterie légère ; le premier étendart de chaque
régiment de cavalerie Françoife , de huffards
de chaffeurs à cheval & de carabiniers ; le premier
guidon de chaque régiment de dragons
porteront déformais les trois couleurs nationales ,
Tuivant les difpofitions & formes qui feront pré[
135 ]]
сс
fentées à l'Affemblée par fon comité militaire . »
II. Les drapeaux des régimens d'infanterie
Françoife , Allemande , Irlandoife & Liégeoife ,
& des régimens d'artillerie ; les autres étendarts
des régimens de cavalerie Françoife , de huffards ,
de chaleurs à cheval & de carabiniers ; les autres
guidors de chaque régiment de dragons , porteront
déformais les couleurs affectées à l'uniforme
de chaque régiment , fuivant les difpofitions
& formes qui feront préfentées à l'Affemblée
Par fon comité militaire . »
« III. Tous les drapeaux étendarts & guidons
porteront d'un côté l'infcription fuivante : dif
cipline & obéiffance à la loi ; de l'autre côté
le n°. du régiment, »
« IV. Les cravates de tous les drapeaux
étendarts & guidons feront aux couleurs natio
nales. »
cc V. Ceux des régimens qui portoient dans
leurs drapeaux , étendarts & guidons des preuves
honorables de quelque action éclatante à la guerre ,
conferveront ces marques de leur bonne conduite
& de leur valeur ; mais toutes armoiries ou autres
diftinctions qui pourroient avoir rapport à la
féodalité , feront entièrement fupprimées fur les
drapeaux , étendarts & guidons. >>
Sur la demande de M. Alexandre de Lameth ,
on a décrété que les officiers François occupés au
fervice de l'étranger , actuellement en France , &
demandant à être employés , pourront avoir des
places ; & M. Bureau de Pufy a fait adopter ces
difpofitions - ci :
cc L'Affemblée nationale autolife le miniftre
à comprendre dans la nouvelle promotion les
officiers françois qui ont fervi à l'étranger , &
qui font rentiés en France depuis la révolution . »
« Elle autorife également les officiers-géné(
136 )
raux à prendre & à choifir leurs aides- de-camp
dans tous les officiers de l'armée indiftinctement,
fans avoir égard aux dix années de fervice
exigées par les décrets pour pouvoir remplir les
fonctions d'aide - de-camp. »
« Les officiers choifis pour cette fois feulement
, pour être aides - de- camp , ne pourront
néanmoins obtenir la commiffion de capitaine
qu'à l'époque à laquelle ils y auroient été portés
par leur ancienneté dans leurs corps refpectifs .
לכ
L'Affemblée a décrété quelques articles , fur
les places de guerre , & le préfident lui a fait
part d'une lettre qu'il venoit de recevoir , datée
dé Luxembourg , du 26 juin , ainfi conçue :
« M. le Préfident , j'ai l'honneur de vous envoyer
ci-jointe une lettre à l'Affemblée nationale ;
je la crois affez intéreffante pour mériter qu'elle
foit mife fous fes yeux . J'ai l'honneur d'être , &c .
le marquis de Bouillé. »
Je l'ai feulement parcourue , a dit le préfident
; j'y ai trouvé les expreflions , les plus vives.»
On en a demandé la lecture ... Voici cette lettre
telle qu'elle a été lue à l'Affemblée par M. de
Noailles :
A Luxembourg le 26 Juin 1791 .
MESSIEURS
« Le Roi vient de faire un effort pour brifer
les fers dans lefquels vous le retenez depuis longtemps
, ainfi que fa famille infortunée . Une deftinée
aveugle , à laquelle les empires font foumis ,
& contre laquelle la prudence des hommes ne
peut rien , en a décidé autrement : il eft encore
votre captif , & fes jours , ainfi que ceux de la
Reine , font ( & j'en frémis ) à la difpofition
d'un peuple , que vous avez rendu féroce &
( 137 )
fanguinaire ( murmures ) , & qui eft devenu l'objet
du mépris de l'univers. Il eft intéreſſant pour
vous , Meffieurs , pour ce que vous appellez
la nation , pour moi , enfin pour le Roi luimême
, que les caufes qui ont produit cet évènement
, que les circonftances qui l'ont accompagné
, que le grand objet qui devoit en être
le réfultat & qui avoit inſpiré au Roi ce deffein
noble & courageux , foient connus des François ;
qu'ils le foient de l'Europe entière , & que l'on
fache , qu'en défertant de fa priſon , en voulant
chercher fur la frontière un afyle près de moi &
parmi les troupes , il a eu moins en vue fon
falut , que celui d'un peuple ingrat & cruel ;
les dangers qu'il pouvoit courir , ceux auxquels
il expoloit fa famille , rien n'a pu l'arrêter il
n'a écouté que la générofité & la bonté de fon
coeur. »
co
>
Dégagé dans ce moment de tous les liens
qui m'attachoient à Vous n'étant plus retenu
par aucune confidération , libre enfin , je vais
vous parler le langage de la vérité que vous
n'êtes peut-être plus en état d'entendre , & que
vous n'écouterez fans doute pas ; mais j'aurai
rempli tout ce que je dois à ma patrie , tout
ce que je dois à mon Roi , tout ce que je me
dois à moi -même. »
« Je ne vous rappellerai pas , Meffieurs , ce
que vous avez fait depuis deux ars ; je ne retra
cerai pas le tableau du défordre affreux dans
lequel vous avez plongé le royaume ; mais le
Roi étoit devenu le prifonnier de fon peuple ,
lui & fon augufte famille étoient en bute aux
plus fanglans outrages ; attaché à mon fouverain ,
attaché à la monarchie , en déteftant les abus
qui étoient réfultés d'une autorité trop étendue
a
( 138 )
?
>
qu'il vouloit lui- même circonfcrire , je gé
jenger
miffois de la frénéfie du peuple que vous aviez
égaré , je gémiffois des malheurs du Roi , je
blamois vos opérations ridicules & infenfées ;
mais j'efpérois qu'enfin la raifon reprendroit les
droits ; que le délire du peuple cefferoit ; que
les méchans feroient confondus ; que l'anarchie ,
que vous avez établie par principes , finiroit ; que
l'ordre renaîtroit & nous rameneroit na gouvernement
finon excellent , du moins fuppor
table , & que le temps pourroit le rendre meilleur,
C'eft ce qui m'a fait fouffrir toutes les épreuves
, auxquelles vous m'avez mis depuis le commencement
de la révolution : mon attachément
pour le Roi , mon amour pour ma patrie m'ont
donné le courage & la patience néceflai : e pour
braver les infultes & les affronts , & pour fupporter
la honte & l'humiliation de communiquer
avec vous. Le temps a détruit mes eſpérances ;
j'ai vu que , dans votre aflemblée , il ne règnoit
aucun efprit public ; que celui de faction feul
y dominoit , & la divifoit en plufieurs partis ,
dont les uns vouloient le défordre , l'entretenoient
, le provoquoient même , pour faire naître
la
guerre civile , comme étant pour eux la feule
voie du falut, les autres vouloient une république :
M. de la Fayette étoit à la tête de ce parti ; fon
ambition fourde & cachée le conduifoit au feul
but qu'il avoit , d'être le chef d'un gouvernement
auffi monſtrueux pour nous. C'eſt dans ces
circonftances que les clubs s'établirent , qu'ils
achevèrent de corrompre le peuple dans toutes
les parties de l'Empire & de détruite l'armée . Je
vis donc que l'anarchie étoit parvenue au dernier
période , la populace , dirigée par les intriguans
de tous les coins de la France , étant
1
( 139 )
devenue maîtreffe abfolue ; qu'il n'exiftoie plus
de force publique , le Roi avoit perdu non- feulement
fa confidération , mais encore fa liberté ;
que les loix étoient fans force & fans vigueur ;
que l'armée ne préfentoit plus qu'une foldatefque
effrénée , ne reconnoiſſant ni autorité , ni chefs ;
qu'il ne reftoit plus de moyen de rétablir l'ordre ,
& que toute reffource étoit ôtée , tout espoir
détruit. «
« Ce fut alors que je propofai au Rei dẹ
fortir de Paris , de venir fe réfugier , avec fa
famille , dans quelque place frontière , ou je
l'environne: ois de troupes fidelles ; perfuadé que
cette démarche pourroit opérer quelque changement
avantageux dans l'efprit du peuple , déchirer
le bandeau qui couvroit les yeux , & déjouer
tous les factieux. Le Roi & la Reine s'y
refuferent conftamment , alléguant la promeffe
qu'ils avoient faite de refter dans Paris , auprès
de l'Amblée. Je leur repréfentai qu'une promeffe
arrachée par la force ne pouvoit les lier
mais ce fut en vain , Je ne pus ébranler leur
réfolution . »
La journée du 28 février me donna lieu
de renouveller au Roi mes inftances . J'éprouvai
les mêmes refus & la même conftance dans fes
principes ; il craignoit les événemens qui pouvoient
réfalter de fa fuite , les effets de la fureur
du peuple & l'accroiffement , s'il étoit poffible ,
de l'anarchie & du défordie. Je le dis avec vél
rité la Reine penfoit de même & fe refufa à
toutes mes propofitions . Je ne perdis pas courage.
J'étois convaincu que le départ du Roi étoit le
fcul moyen de fauver l'état ; je Lavois que toutes
les puflances de l'Europe armoient contre la
la France , qu'elles fe préparoient à lui faire la
:
( 140 )
guerre , à envahir fon territoire. Libre , au milieu
de les troupes , le Roi feul pouvoit arrêter
la marche des armées ennemies fans doute
alors frappé de terreur , le peuple fe voyant fans
moyens de défenfe , inftruit que l'armée n'exiftoit
plus , que les places étoient presque démantelées
que les finances étoient épuifées , que le
papier ne pouvoit fuppléer au numéraire qui
avoit fui de cette terre appauvrie , il auroit de
lui- même prévenu les vues bienfaifantes du Monarque
& fe feroit jetté dans fes bras . »
Après l'arreftation du Roi , le 18 avril
lorfqu'il voulut aller à St. Cloud , je lui renou
veliai mes inftances avec plus de force , en lui
faifant envifager , qu'il n'y avoit que ce parti
à prendre pour fauver la France , qui alloit
bientôt être déchirée par une guerre civile &
mife en lambeaux par une guerre étrangère. Le
bonheur ou plutôt le falut du peuple fit , fur
fon coeur généreux , l'impreffion que j'en attennois
& il fe décida enfin . Îl fut réfolu qu'il iroit
à Montmédi & que , dès qu'il y feroit en sûreté
, il annonceroit aux princes étrangers la
démarche qu'il venoit de faire & les motits qui
l'y avoient engagé ; qu'il feroit en forte de fuf--
pendre leur vengeance , ici de longs éclats de
rire & de murmures ) jufqu'à ce qu'une nouvelle
affemblée , qu'il auroit convoquée , leur
eut donné la fatisfaction qu'ils devoient attendre,
& qu'elle eut réglé les droits du Monarque
ainfi que ceux du peuple françois . Une procla
mation devoit annoncer un nouveau corps légiflatif
librement choifi : l'exécution des cahiers
qui exprimoient feuls le voeu de la nation , auroit
fervi de bafe au travail des repréfentans des
François.
ככ
,
( 14 )
« Le Roi devenu médiateur entre les puiffances
étrangères & fon peuple , ( on rit ) celuici
placé , entre la crainte de voir la france devenir
la proie des armées étrangères qui environnent
1 : s frontières , & l'espoir du rétabliffement de
l'ordre par un gouvernement circonfcrit dans les
bornes de la raison , auroit confié fes droits &
fes intérêts à des hommes fages & éclairés , qui
auroient rempli le voeu du prince & celui du
peuple ; les injuftices , les ufurpations , le règne
du crime enfin , fource inévitable du defpotilme
Populaire , cuffent fans doute ceffé ; & peut- être ,
du cahos où nous fommes , aurions- nous vu
naître les beaux jours de l'Empire françois ,
éclairé par le flambeau de la liberté . Voilà ce
que vouloit votre malheureux Monarque . Malé
vous - mêmes , malgré l'ingratitude & l'at
trocité de ce peuple féroce , il vouloit encore
fon bonheur! C'est cette feule idée , c'eft ce
beau defir qui ont déterminé la démarche hardie
qu'il a faite , en trompant la vigilance de M.
de la Fayette , en s'expofant à la fureur de fes
fatellites , & en guidant fes pas vers moi. »
<< Nul autre motif ne l'a conduit. Mais votre
aveuglement vous a fait repouffer la main protectrice
qu'il vous tendoit : il va bientôt produire
la deftruction de l'Empire François . ( Nouveaux
éclats de rire » . )
сс , « Croyez - moi , Meffieurs les princes de
l'Europe reconnoiffent qu'ils font , ainfi que leurs
peuples , menacés par le monftre que vous avez
enfanté . Ils font armés pour le combattre , &
bientôt notre malheureufe patrie , ( car je lui
donne encore ce nom ) n'offrira plus qu'une fcène
"de dévastation & d'horreur. Je connois micux
que perfonne les moyens de défenſe que vous
742 )
avez à oppofer. Ils font nuls ( Ris . ) Tout efpair
ferit chimérique. Il n'eft plus temps de vous
abufer. Il ne l'eft peut - être plus de deffiller les
yeux du peuple que vous avez criminellement
trompé , & dont vous ferez juftement & févèrement
punis. Votre châtiment fervira d'exemple
mémorable à la poſtérité , qui vous reprochera
éternellement d'avoir affaffiné votre patrie , dont
yous pouviez prolonger la durée pendant dés
ècles , dont vous pouviez aflurer & embellir la
deftinée . »
« C'eft ainfi que doit vous parler un homme
qui n'a rien à attendre de vous , auquel vous
avez infpiré d'abord la pitié , & qui n'a plus
pour vous , & pour le peuple antropophage que
vous avez enivré de crines
, que du mépris ,
de l'indignation & de l'horreur . »
•
« Au furplus , n'accufez perfonne du complot
& de la confpiration prétendue contre ce que
vous appellez la nation , & votre infernale conftitution
. J'ai tout arrangé , tout réglé , tout ordonné
. Le Roi lui- même n'a pas fait les ordres :
c'eft moi feul . Ceux qui ont dû les cxécuter
n'ont été inftruits qu'au moment , & ils ne pouvoient
y défobéir . C'eft contre moi feul que doit
être dirigée votre fureur fanguinaire , que vous
devez aiguifer vos poignards & préparer vos poifons.
J'ai voulu fauver ma patrie . J'ai voulu
fauver le Roi , fa famille ; voilà mon crime .
Vous répondrez de leurs jours , je ne dis pas à
moi , mais à tous les Rois ; & je vous annonce
que , fi on leur ôte un cheveu de la tête , avant
peu , il ne restera pas pierre fur pierre à Paris .
Eclats de rire . ) Je connois les chemins ; j'y
guiderai les armées étrangères ; & vous - mêmes
en ferez refponfables fur vos têtes . Cette
( 143 )
lettre n'eft que l'avant-coureur du manifefte des
Souverains de l'Europe , qui vous inftruiront ,
avec des caractères plus prononcés , de ce que
avez à faire , ou de ce que vous avez à craindre. »
or Adieu , Meffieurs , je anis fans complimens ,
mes fentimens vous font affez connus .
Signé LE MARQUIS DE BOUILLÉ .
M. Lanjuinais a demandé le renvoi au comité
des recherches . Mettez aux voix qu'il
a manqué fon coup , difoit M. Prieur. M. Goupilleau
dontoit que ce fut de l'écriture de M
de Bouillé. Il y en avoit encore au comité des
recherches ; M. de Noailles a attefté que c'étoit
la véritable fignature .
L'ordre du jour , a dit M. Roederer ; il ne faut
pas faire à cette lettre l'honneur de la renvoyer
au comité. L'Affemblée nationale a décrété qu'elle
paffoit à l'ordre du jour & fixé au lendemain la
lifte indicative qui doit fervir à la nomination
du gouverneur de M. le Dauphin .
Du Vendredi 1er . Juillet.
A l'ouverture de la féance , on a lu une lettre
de MM. de Montefquiou , Colona & Devifme ,
commiflaires de l'Aflemblée envoyés dans les départemens
de la Meufe , de la Mofelle & des
Ardennes .
Ils ne font arrivés à Verdun que le 25 au
foir. Sérant auffitôt concertés avec les officiers
municipaux & les adminiftrateurs pour la proclamation
des décrets , ils firent mettre le lendemain
, les troupes de ligne & les gardes nationales
fous les armes. Rangées en bataille , ayant
l'état-major de la place au centre , elles prêtèrent le
ferment preferit par le corps légiflatif. Les off(
144 )
eiers civils le préterent également. Nulle héfication ,
nulle reftriction n'a jété le moindre nuage furla fincérité
de leurs fentimens . Les follats de Caftella
nourriffoient des foupçons contre leurs chefs ;
ceux-ci étoient , à leur infçu , l'objet d'une fermentation
qui pouvoit devenir dangereuſe ; mais
l'entremise des commiſſaires a retabli l'union entre
des officiers eftinables & des foldats patriotes ;
& la cérémonie de la preftation folemnelle du
ferment achevée , les commiffaires font partis
pour Metz .
Oa leur confirma là que M. de Bouillé étoit
à Luxembourg ; que MM. Heymann , de Kinglin
& Offlife étoient fortis du royaume , qu'il
n'y avoit aucun des officiers généraux employés
dans le département de la Mofelle , que toutes
les places de la première ligne étoient dégarnies
་
de
troupes ; leur compte
rendu
annonce que l'indignation
contre M. de Bouillé
eſt au comble.
M. de la Varenne
, maréchal- de - camp , commandant
à Metz , qui avoit eu d'intimes
réla
tions avec M. de Bouillé
, eft compris
dans cette
profcription
générale
quoiqu'on
n'ait rien à lui
reprocher
. A la réquifition
des citoyens
paisibles
,
'les corps adminiftratifs
ont d'abord
fufpendu
M.
de la Varenne
, & les commiffaires
ont confirmé
fa fufpenfion
provifoire
en reconnoiffant
que cet
homme
s'y eft foumis
avec la refignation
de l'innocence
, & ils ont déféré le commandement
à
M. de Creufel
Les foldats aiment la conftitution avec ardeur.
« Il faut , difent-ils , l'aimer comme nous , pour
être digne de nous commander. » En leur parlant
de devoir , en écoutant leurs griefs , on les
a reconciliés avec leurs officiers . Les raifonnemens
des
( 145 )
des foldats font d'une jufteffe foudroyante , affurent
les commiffaires. M. de Bouillé nous eût
mené en enfer , ont dit fes foldats , s'il l'eût
voulu . Serment dans le plus grand appareil , la
ville eft illuminée , les commiflaires font portés
en triomphe . La lifte des officiers qui n'ont
pas voulu prêter le ferment eft nombreuſe dans
le cinquante - cinquième régiment d'infanterie :
quelques officiers du douzième de dragons ont
prêté le ferment & donné leur démiſſion ; ceux
du troisième de Chaffeurs prendront probablement
auffi le parti de la retraite . Voici les mefures
de défenfe qu'ils propofent. Il eft indifpenfable
que Sarrelouis ait deux bataillons ,
Thionville trois ; que trois régimens des troupes
légeres occupent l'intervalle entre Bitche & Sarrelouis
, l'efprit du département eft excellent ; mais
il n'y a pas de généraux & l'on n'en veut que
de patriotes .
M. Doffant penfoit que trois bataillons ne fuffifoient
pas à Thionville , que douze n'étoient pas
trop à Metz. M. Fréteau difoit qu'avoir laiſſé
Thionville avec 500 hommes , c'étoit un délit
national fans exemple dans la monarchie . Sur
la propofition de M. d'André , les pieces ont été
renvoyées au comité militaire qu'on a chargé d'en
faire fon rapport demain .
Le maire de Roye a informé l'Affemblée de
l'arreftation de M. de Montmorin , colonel du
régiment de Flandres , & d'une voiture chargée
d'effets , de balles , & d'une caffettes garnie de
lames de cuivre poli , adreffée à Bruxelles , à ,
Marie- Chriftine , archiducheffe d'Autriche , gouvernante
des Pays-Bas . Deux femmes inconnues
atteftent , par écrit , à la fociété des droits de
l'homme , en fignant : Boyere la mere , & femme
No. 28. 9 Juillet 1791 . G
1
( 146 )
Gourdain , qu'elles ont vu de leurs yeux tous
les bijoux de la Reine & tous les diamans de
la couronne dans l'églife de Saint- Florentin à
Roye en Picardie ; & M. Fréteau lit ces attef
' tations , & dit au moment même... que ler
maire de Roye certifie que le fcellé a été mis
far cette caffette fans qu'on l'ait ouverte , & ?
qu'on l'a déposée à l'hôtel - de - ville ; mais ici les
feuilles du jour auront de quoi prendre ce qui
leur conviendra le mieux.
M. Chriftin eft venu renouveller l'affurance
fuperflue après tant d'autres , mais toujours né
ceffaire , après de pareilles lectures , que les diamans
de la couronne , ceux du Roi & de la
Reine , & jufqu'à leurs montres , font au gardemeuble
. Perfonne n'a de foi à l'atteftation de
ces femmes , a repris M. Fréteau. Sur l'avis de
M. d'André , l'Affemblée a ordonné qu'il foit
fait , par les officiers municipaux de Roye , un
inventaire du contenu de la caffette & des autres
effets arrêtés , & qu'ils en enverront l'inventaire
au comité des rapports .
M. Fréteau a lu des lettres fignées la Gravière
, portant que Monfieur n'ayant pu fuivre
la route qui devoit le rapprocher de Montmédy ,
étoit allé de Mons à Bruxelles , avoit pris le
chemin de Namur , & que leurs alteffes royales
ont été à la rencontre de Monfieur & de Madame ,
qui font arrivés le 25 à Bruxelles , où l'on at- I
tend M. le comte d'Artois . Ce paragraphe de
gazette a été renvoyé aux comités des rapports
& des recherches .
Le préfident a donné de nouvelles preuves que
la lettre fignée le marquis de Bouillé , étoit bien
de ce général , l'enveloppe retrouvée étant timbrée
de Luxembourg , & l'écriture étant exacte(
147 )
ment la même que celle des originaux des ordres
fignés Bouillé , dépofés aux archives . Il a annoncé
qu'il recevoit une feconde pétition des
ouvriers des ateliers de Paris , licenciés par le
décret du 15 juin . Quelqu'un a dit qu'il le formoit
un raffemblement de ces ouvriers , à peu
de diftance de la falle , dans la place de Vendôme.
Un autre membre a demandé que la pétition
ne fût pas lue , & qu'on avertît les adminiftrateurs
de ce raffemblement ; l'Aflemblée a
adopté cet avis , & paffé à l'ordre du jour .
M. Malouet a dénoncé une affiche appliquée
dans le corridor , à la porte de l'Aſſemblée ,
affiche fignée , où l'on demandoit l'abolition de
la royauté ; & il a conclu à ce que les corps
adminiftratifs pourſuiviffent les auteurs de pareils
crimes . M. Martineau vouloit que les fignataires
fuffent mis en état d'arreftation . M. Péthion
obfervoit qu'on ne devoit pas délibérer fur parole
, qu'il falloit voir l'affiche. M. Malouet la
montre & va la lire , dit que c'eft an fcandale
atroce. Mais M. Chabroud objecte que les écrits
qui n'ont pas le fens - commun font deftinés à
tomber d'eux - mêmes , qu'ils n'offrent aucun
danger dès qu'on les méprile , que l'auteur eft un
feu , que le temps eft trop précieux pour qu'on
le faffe perdre ainfi à l'Affemblée qui venoit
d'écouter patiemment les atteftations de Boyère
la mère & la femme Gourdin ; que ces affaires
de police regardent la municipalité .
MM . Dubois des Guais & le Chapeliern'y ont vu
qu'un paradoxe , qu'une folie , qu'une opinion , &
l'on fait que les opinions font libres , quoique tous
les jours on féviſſe contre des écrits qui ne contiennent
aufli que des opinions . Les cris : à
l'ordre du jour ont étouffé fouvent la voix de
G 2
( 148 )
M. Malouet. Quelqu'un s'eft écrié : « il n'y a
pas un feul libelle que M. Malouet n'ait dénoncé ,
excepté les fiens . Vous applaudiffez des abo-
103
ninations , a dit un membre de la droite . » On
a mis l'ordre du jour aux voix ; le tumulte
croiffoit , l'épreuve a paru douteuse ; enfin ,
l'Affemblée cft paffée à l'ordre du jour au milieu
des applaudiffemens du côté gauche & des galeries
, & M. Ferrand a obtenu qu'il feroit fait
mention dans le procès - verbal des obfervations
de MM. Chabroud & le Chapelier. Point de voix ,
avoit dit le côté droit.
que
сс
Un décret a ftatué que « la prefcription contre
la nation , pour raifon des droits corporels dépéndans
des biens nationaux , eft , & demeurera
fufpendue depuis le 2 novembre 1789 , juſqu'au
2 novembre 1794 , fans qu'elle puiffe être alléguée
pour aucune partie du temps qui fe fera
écoulé pendant le cours defditcs cinq années ».
Un autre a ordonné les fieurs Mandelle,
lieutenant - colonel du ci devant régiment de
Royal- Allemand , Marciffaud & Chalard , l'un
capitaine & l'autre fous - lieutenant au même régiment
, feront retenus en état d'arreftation en
l'Abbaye Saint-Germain , à Paris , juſqu'à nouvel
ordre ; que les perfonnes arrêtées pour le fait de
l'évafion du Roi , feront interrogées par les juges
des lieux , & les informations envoyées à l'Aſſemblée
nationale . »
-
Un troisième , que les fcellés appofés fur les
bureaux de la caiffe de la lifte civile , dont les
paiemens alloient éprouver par-là des retards
feront levés par le juge de paix de la ſection de
la place Vendôme .
›
L'Affemblée a d'ailleurs décrété , fur la propofition
de M. le Pelletier de Saint-Fargeau
( 149 )
une férie d'articles du code pénal , que nous
tranfcrirons en y joignant ceux qui les ont précédés
, & que l'abondance des matières nous a
forcés d'omettre .
Du jamedi , 2 juillet.
Une lettre fignée : une femme de vingt ans ,
fait hommage à l'affemblée nationale de soo livres ,
fruit de longues économies , pour la folde on la
récompenfe de celui des gardes nationales de
Varennes qui aura montré le plus de civifme.
M. de Chartres , colonel du quatorzième régiment
, ne peut réſiſter à ſon impatience de prêter -
le nouveau ferment , & le prête par écrit ; fa
lettre eft fort applaudie du côté gauche .
Le directoire du département de la Loire inférieure
a fait part au corps légiflatif de l'importante
nouvelle de mouvemens fur les côtes du Poitou.
Un courier extraordinaire du diftrict de Marchecoul
, eft arrivé chargé d'une dépêche , dont le
contenu apprend que les anglois ont tenté , & en
partie effectué , une defcente près de Saint Gilles ,
au lieu appellé Sion , & qu'on a apperçu vingt-fix
voiles. Toutes les précautions ont été prifes , les
avis expédiés , les fignaux établis ou ordonnés.
Les adminiflrateurs fe font confultés avec M. du
Mourier , maréchal - de - camp ; il est déjà parti
une petite armée ; d'autres forces la fuivront s'il
le faut. Ces nouvelles font renvoyées aux comités
militaire, de la marine & diplomatique .
Au nom des comités des rapports & des recherches
, M. Armand a expofé qu'il avoit été
expédié le 26 juin , par un négociant de Metz à
un négociant de Francfort , trois barils contenant
pour environ 50,000 livres en piaftres pour le
compte de banquiers de Paris ; que ces barils ont
été arrêtés par le receveur des douanes de Torbac,
G
3
( 150 )
сс
en vertu du décret qui défend provifoirement la
fortie de l'or & de l'argent . Et il a propofé de décréter
que ces barils paffent librement à leur deftination.
M. Fréteau a dit qu'il y avoit plufieurs
demandes de cette nature , & qu'il étoit inftant
de s'occuper du terme auquel on limitera l'exécution
du décret du 21 juin , renouvellé le 28. « Si
le négoce fouffre , il mérite de fouffrir » , a répondu
M. Rewbell , qui , fans tenir le moindre
compte des opérations forcées du commerce ,
accufoit les banquiers & les négocians d'exporter
le numéraire & de décrier les affignats , & foutenoit
que rendre l'exportation libre , ce feroit
mécontenter la plus grande partie des municipaliés
du royaume . Or, e ce n'eft pas , ajoutoit- il,
le moment de les mécontenter ». Il ne permettoit
que la fortie des monnoies étrangères . M. Rabaud
a demandé & obtenu le renvoi au comité .
Sur la propofition de M. Rabaud , le comité
monétaire a reçu ordre de préfenter mardi un
projet d'exécution du décret du 11 janvier , fur
la fabrication d'une menue monnoie , de louis &
d'écus , pour obvier au profit immenfe que
M. Rabaud prétend toujours qu'on fait en fondant
des monnoies de France , d'argent & d'or en
lingots pour les vendre aux hôtels des monoies ,
les en retirer , les refondre & les leur revendre
encore ; profit qu'il fuppofe de 15 , 16 ou 17
pour 100 , & qui n'eft peut - être que la différence
qui fe trouve entre les valeurs relatives de l'argent
, de l'or & des affignats ; car , avant la révofution
, les monnoies étoient les mêmes , & il n'y
a guère d'apparence que l'on gagnât autant alors
à les fondre en lingots.
M. Bureau de Pufy a propofé de nombreux
articles fur les places de guerre. Nous donnerons
( rs1 )
une autrefois ceux qui ont déja été adoptés &
ceux qu'on a décrétés dans cette féance :
Une lettre de Morbihan annonce que , la nouvelle
que les anglois étoient près de Saint-
Malo , & qu'ils fe difpofoient à defcendre vis- àvis
le Guildo ( qui paroît être un autre bruit que
celui de leur apparition fur les côtes du Poitou ) ,
n'a été qu'une faufle alerte ; qu'il ne s'en eft pas
moins raffemblé près de 20,000 hommes , qu'en
24 heures les cinq départemens en fourniroient
200,000 ; que le feul évènement arrivé à Guildo ,
étoit l'entreprife qu'ont faite 2 à 300 hommes
de s'embarquer pour paffer chez l'étranger ; que
les gardés nationales ont empêché cet embarquement
, & difperfé ceux qui vouloient partir , qui
fe font retirés dans les terres . Cet embarquement
manqué , de malheureux françois au Guildo ,
pris pour un débarquement à Sion , a excité beaucoup
d'applaudiffemens .
On fait lecture de la lifte des perfonnages
défignés comme dignes de concourir pour la place
de gouverneur de l'héritier préfomptif du trône .
Un fuffrage y portoit M. de Bouillé . « Celui qui
a ofé préfenter ce nom , a dit M. Rewbell , méritcroit
d'être chaffé du corps législatif» ; l'Affemblée
a décidé que M. de Bouillé feroit rayé , &
qu'elle ne procédera que dans quinze jours à
Félection du gouverneur. ( Nous donnerons la
lifte dans le numéro prochain. )
Il n'étoit guère à préfumer qu'après l'impunité
des outrages chaque jour renouvellés
contre eux , le Roi & la Famille Royale
ne tenteroient point d'échapper à cette dure
G 4
( 152 )
pofition , & de chercher ailleurs à jouir des
premiers de tous les biens , la tranquillité ,
la quiétude , fans lefquelles il ne peut y
avoir d'existence heureufe. Comment
pouvoit- on penfer qu'au milieu d'un Empire
où tout retentit des cris de liberté , une
famille , naguères Souveraine , fupporteroit
la captivité & tout ce qu'il plairoit à une
légion de calomniateurs à la tâche , de publier
journellement contre elle ? N'étoit- ce
point en quelque forte provoquer fon éva
hon , & pourroit - on faire un crime à
l'homme malheureux de chercher , par les
moyens qui font en lui , à fortir d'un état
auffi pénible ? Comme père , comme
époux , comme ami , le Roi pouvoit - il
ne pas être fenfible aux mêmes émotions
que les autres honimes ? D'ailleurs , pour
effectuer fa fuite , il n'a fait ufage d'aucun
moyen de violence , d'aucune tentative publique
, c'eft un captif qui s'eft échappé
qui a cru fauver fa fenime , fes enfans : il
n'y a là aucun de ces actes qui fuppofent
le crime & des intentions hoftiles . Mais
la démarche du Roi pouvoit être fuivie
des plus triftes conféquences. Sans doute
de la part des paffions intérieures ; mais le
Roi a affuré que fa conduite n'avoit aucun
but de rigueur , & jufqu'à ce qu'on l'ait
démenti par des preuves , on doit l'en croire.
On peut penfer qu'un intérêt fecret , pour
la deftruction de l'anarchie , dont ſa capti(
153 )
vité pouvoit être une des caufes , lui infpira
le deffein de faire quelque tentative en faveur
de l'ordre & de la liberté nationale.
Un Roi a devoir & qualité pour maintenir
les droits de tous contre les prétentions du
grand nombre ; & cependant depuis deux
ans , que de propriétés violées !
que de
perfonnes
impunément livrées au couteau de
la multitude ! que de familles ruinées , défolées
, profcrites ! le Roi pouvoit - il être
infenfible à tant de maux ? pouvoit- il voir
avec indifférence qu'on n'y apportât aucuns
remèdes ? Ces contrariétés , ces tiraillemens ,
ces violences , ne pouvoient - ils pas lui
donner à penser que ce qu'on lui préfentoit
comme la volonté générale , n'étoit que
celle de ceux qui peuvent fe faire entendre ?
Pour rendre la fuite du Roi odieufe &
criminelle , on a fuppofé qu'elle couvroit
un deffein caché de livrer le Royaume à
l'étranger , à peu près comme on fit accroire
au Peuple en 1789 , que le projet étoit fait
de détruire Paris. C'eſt par de femblables
fables qu'on égare la multitude , & qu'enfuite
on fe trouve dans l'impoffibilité de la
rappeller aux devoirs & à la foumiſſion politiques.
Il eft aifé de calomnier les intentions des
hommes , c'eft ordinairement la logique de
la force ; c'eſt d'elle qu'une foule d'agitateurs
s'étayent aujourd'hui , pour diriger
Contre Louis XVI & fa malheureuſe fa-
Gs
( 154 )
mille , tous les poifons de la haine & de la
vengeance populaires. Mais rien ne prouve
le moindre de leurs foupçons , & tout tend
à démafquer l'intérêt caché fous cette hypocrifie
de patriotifme.
On doit cette juftice à l'Affemblée nationale
, que ces difpofitions criminelles n'ont
fouillé aucune des opinions de la majorité ;
elle s'eft peut-être trop promptement laiffée
aller à des difpofitiors de rigueur , mais
elle a repouffé avec mépris des fuggeftions
qui ne pouvoient être que le fruit de l'aveuglement
& de la haine.
Le décret qui retient le Roi & fa Famille
en état d'arreftation , qui le fufpend de fes
fonctions , celui qui fubftitue l'expreffion
de dignité à celui de majesté, font contraires
aux principes & à la juftice rigoureufe que
doit obferver une Affemblée légiflative . La
prifon attaque & détruit l'inviolabilité du
Monarque le fufpendre de fes fonctions ,
c'eft le détrôner provifoirement , ce que
l'Affemblée eft sûrement bien éloignée de
eroire qu'elle ait droit de faire ; fubftituer le
caractère de dignité à celui de majesté, qui
convient au Roi , c'eft le dépouiller d'une
propriété qu'il ne peut perdre qu'avec la
vie , & qui tient , effentiellemeut à la perfonne
facrée du Prince.
Ces actes d'autorité au refte , font bien
au-deffous des exagérations républicaines ,
des atrocités de tout genre, des fyftêmes de
(-155 )
profcription que les feuilles démocratiques
& les clubs ont vomi contre la monarchie ,
depuis l'arreftation connue du Roi dans fa
fuite.
Tant qu'on l'a cru libre , qu'on a pu
craindre des démarches , bien éloignées de
fon coeur , fans doute , une forte de fluctuation
a régné dans les efprits. Paris étoit calme
, mais du calme de l'inquiétude ; les plus
hardis perturbateurs étoient comme frappés
d'une forte de terreur ; le peuple fe livroit à
des actes d'une vengeance puérile ; il faifoit
barbouiller fur les enfeignes les mots Roi ,
Reine , Royal , & effacer les couronnes partout
où il en voyoit. On afficha au pont de
Louis XVI : Pont national , nommé par les
Ouvriers Patriotes . Ces misères occupoient
e partie de la multitude , & fembloient
d'ailleurs favorifer le fyftême des ennemts
de la Royauté. Les efprits fuperficiels , ceux
qui ne peuvent jamais étendre leur penfée
au lendemain , pour qui l'Hiftoire eft inutile
, ne voyoient, dans cet évènement , qu'un
changement fans conféquence ; nous aurons
une République , difoient-ils , comme ſi l'exiftence
de la Monarchie dépendoit du lieu de
la réfidence du Roi , & qu'une abfence dent
on ignoroit la caufe , pût être un motif fuffifant
de détruire un gouvernenient établi
par la Conftitution françoife.
Cependant l'on s'interrogeoit , l'on fe
queftionnoit dans les rues ; la furpriſe étoit
G6
( 156 )
grande , les bataillons , une partie du peuple
des fauxbourgs étoient fous les armes , &
fembloient chercher un ennemi qu'ils
trouvoient point. Les trompettes du menfonge
r tentiffoient dans les carrefours &
fur les places publiques ; tout étoit dans la
rumeur. La bonne Bourgeoifie , qui a quelque
chofe à perdre , craignoit une guerre ,
& cachoit fon inquiétude. Elle fe demandoit
pourquoi , lorfqu'on auroit pu faire le
bonheur de la France par des réformes fages
& graduelles , on en étoit venu à ces extrémités
malheureufes de divifer la Nation , le
Roi, & tous les Ordres de la fociété entre
eux. Elle voyoit encore avec peine la liberté
des paffages détruite , & le defpotifme du
peuple s'appefantir , par ce prétexte, fur les
perfonnes & les propriétés.
La tranquillité n'étoit point précisément
troublée , mais la multitude infpiroit de
grandes inquiétudes . Le Maire , le Commandant
général étoient devenus l'objet des
plus terribles foupçons ; leur vie paroiffoit
en danger : ils font mandés à l'Àffemblée
nationale ; ils s'y juftifient & reviennent à
l'Hôtel-de-Ville au milieu d'une phalange de
Garde nationale , qui ne les auroit peut-être
point fouftraits à la mort , fi de bonne heure
on n'eut raffuré le peuple fur les craintes
qu'il avoit conçues , & fi la fuite du Roi
n'eut jetté dans les efprits une forte de ſtupeur
& de repentir.
( 157 )
Les placards de la Municipalité , des
Corps Adminiftratifs fe multiplièrent , le
Confeil général de la Commune rendit
plufieurs Arrêtés. On y invitoit le peuple
à la paix , à la tranquillité , & l'on Hattoit
fon orgueil par l'impuiffance où l'on fut
de réprimer fa fureur s'il avoit voulu exercer
des violences. La démarche du Roi étoit
qualifiée d'enlèvement , toutes les boutiques
, les fpectacles furent fermés , la marche
des voitures défendue , & Paris ne
préfentoit plus qu'une ville peuplée de
foldats & d'ouvriers qui quitroient
leurs atteliers pour fe porter dans les places ;
tout le Fauxbourg St. Antoine étoit en armes;
plufieurs Sections eurent la foibleffe de permettre
la même chofe dans leur arrondiffement
; les Forts de la halle montèrent la
garde , firent patrouilles avec un fourniment
complet , mais fans uniforme. Ces troupes
d'hommes armés , ainfi à la hâte , formoient
un fpectacle effrayant. Les barrières étoient
gardées , le peuple exerçoit à cet égard la
plus févère police , & étoit bien éloigné de
voir dans cette légéreté a détruire la liberté
individuelle , un des plus dangereux abus
de la force & du gouvernement arbitraire .
Deux jours fe pafsèrent dans cette anxiété .
Paris n'offroit rien de remarquable ; l'Affemblée
nationale abforboit tout. Cependant
les fentimens étoient partagés dans le
public fur le fort du Roi. Les uns defiroient
( 158 )
qu'il échappât aux pourfuites , & nous
amenât en peu de temps la paix & la
liberté ; d'autres qu'il fut arrété , fon procès
fait , & livré à la vengeance de la Nation.
Un parti aflez confidérable , mais diffimulé ,
voyoit dans l'abfence du Roi , un moyen
d'élévation & de puiffance pour ceux qui
le compofent , & craignoit fon retour. Čes
divers intérêts jettoient fur tous ceux qui
ont joué de grands rôles depuis deux ans ,
une forte de contrainte & d'inquiétude , que
des remords fecrets pouvoient accroître encore
dans quelques- uns.
A chaque heure de la journée il circuloit
des nouvelles d'arreftation du Roi &
de fa Famille , mais leur peu de vraiſemblance
les faifoit tomber & d'autres leur
fuccédoient. Enfin , le 22 à neuf heures du
foir , l'on apprit que Leurs Majeftés & la
Famille Royale avoient été reconnues à
Varennes, qu'elles étoient arrêtées & gardées
par plus de vingt mille hommes arrivés des
Paroiffes voifines .
Dès lors la crainte fe diffipa ; le parti qui ,
la veille , avoit femblé faire quelque cas de
la prudence & de la modération , reprit fon
orgueil ordinaire . Les plus groffières expreffions
furent prodiguées par la populace
contre le Roi & fa malheureufe Famille.
L'Afemblée nationale , qui avoit envoyé
des Commiffaires dans les Départeniens
avec prefque tous les pouvoirs dela royauté ,
( 159 )
décréta fur-le champ qu'il s'en rendroit audevant
du Roi avec ordre de protéger fa
pe: fonne & de faire refpecter en elle la
dignité Royale. Une altération fenfible fe
fit appercevoir dans le maintien de l'Affemblée;
les Amis de la Monarchie furent bien
aifes du retour du Roi ; les Républicains le
craignoient , ils auroient peut- être été bien
contens d'être débarraffés d'un pareil prifonnier.
Ces divers fentimens plus ou moins développés
ont donné lieu aux Décrets que
l'on a vu dans les Séances de l'Affemblée
& dont les plus remarquables font ceux qui
tiennent le Roi en état d'arreſtation , le fufpendent
de fes fonctions & nomment des
Commiffaires pour l'entendre dans fa déclaration
ainsi que la Reine. Depuis , on lui.
a encore ôté le droit que tout père tient de
Dieu & de la nature , de veiller à la vie , à
l'éducation de fes enfans , ou de ne les confier
qu'à des perfonnes de fon choix. Aucune
puiffance fur la terre n'a qualité pour envahir
l'autorité paternelle ; c'eft abufer des
principes que de prétendre qu'à cet égard ,
un Roi n'a point le droit des autres hommes,
ou encore, que l'homme ne s'appartient
point , mais qu'il eft à la fociété qui peut
difpofer de fa perfonne. Telles font cependant
les raifons qu'en général on fait valoir
pour appuyer ce Décret rigoureux.
Mais peut -être qu'ici l'Affemblée s'eft
( 160 )
trouvée dominée par une force d'opinion
environnante , foutenue d'une autre force
dont elle-même ne fe fent plus la maîtreſſe
de diriger les mouvemens.
Tandis que le Monarque , la Famille ,
& quelques - uns de fes ferviteurs approchoient
lentement de la Capitale , l'Af
femblée nationale recevoit les fermens d'obéiffance
des corps armés , des fonctionnaires
publics ; le vendredi foir les Forts de la Halle ,
les Ouvriers , une multitude armée à la hâte
de toutes fortes d'inftrumens de meurtres ,
plufieurs détachemens des gardes nationales,
& c. vinrent jurer fidélité. Des pelotons de
cette troupe effrayante montèrent enfuite la
garde & firent un fervice public , malgré les
Toix qui défendent les corporations armées ,
autres que les gardes nationales . Cette confufion
, ce défordre des idées étoit accru par
les arrêtés des fociétés & des clubs ; on y dénonçoit
le Roi comme parjure , on invitoitle
peuple à profcrire la Royauté; les plus captieux
argumens , ceux qui pouvoient faire leplus
d'impreffion fur les efprits étoient mis en
ufage pour foutenir cette doctrine que des
harangueurs factieux appuyoient de leur éloquence
groffière au coin des rues.
La légèreté parifienne confervoit au milieu
de ce cahos fon caractère ordinaire : dès
le furlendemain du départ du Roi , & tandis
qu'on le favoit livré à des peines multipliées ,
Les promenades du Bois de Boulogne , des
( 161 )
Champs - Elysées , étoient remplies de monde
qui parloit d'un ton de frivolité des objets
les plus graves , & l'on y voyoit des jeunes
gens prononcer des arrêts de mort en folâtrant
avec des courtifannes.
L'on fut le vendredi , 24 , que le Roi arrivoit
lelendemain aux Tuileries ; des ordres
font donnés pour que les fcellés appofés
chez lui foit levés , l'on interdit de nouveau
la fortie de Paris , & un placard affiché au
Fauxbourg St. Antoine apprend que celui
qui applaudira le Roi , à fon arrivée , fera
bâtonné , & que celui qui l'infultera , fera
pendu.
L'on favoit déja les particularités de l'arreftation
du Roi à Varennes ; les principales
avoient été lues à l'Affemblée nationale dans
les procès-verbaux des Municipalités & Départemens
par où s'étoit dirigée la retraite de
la Famille Royale. Depuis on a fu d'autres
détails qui ont été rendus publics dans les
papiers , & dont nous recueillerons quelques-
uns , fans en garantir complettement
l'authenticité, & feulement pour faire connoître
plutôt ce qu'on a dit que ce qui eft.
Une lettre que l'on dit écrite de Verdun ,
donne les détails fuivans :
, Le mardi 21 à onze heures du for le
maître de pofte de Clermont vint trouver M. de
Villée, préfident du diftrict de cet endroit ; il lui dit
qu'un courier venoit de paffer, qui lui avoit demandé
onze chevaux en lui mettant trois louis dans
( 162 )
enla
main ; que cetre générofité l'avoit étonné›:
un inftant après étoit arrivée une voiture trèslarge
& très -foigneufement fermée : pendant qu'il
atteloit lui-même les chevaux , une voix lui crie :
combien Y a-t- il d'ici à Verdun ? Trois poftes .
Fouette , à Varennes . M. de Damas s'étoit trouvé
au paffage du courier en avant , & l'avoit tiré
à l'écart , où il avoit eu , à voix baffe , une
courte converfation avec lui . Cet air myſtérieux
me fait croire que cette voiture renferme
des perfonnes importantes . Je le crois comme
vous , répond le préfident . Les différens Pelotons
de troupes légères répandus dans nos
virons annoncent quelques projets . Sûrement ils
favorisent l'évasion de quelques perfonnages importans
, probablement de la Reine & de fon
fils . Je cours affembler le directoire. M. de
Damas avoit fait monter les dragons à cheval.
Monfieur , dit le maire au colonel des dragons
, votre départ précipité alarme les citoyens
on dit que vous favorifez l'évasion
de la Reine fi cela eft , nous nous oppofons
à votre départ : fi cela n'eft pas , vous partirez
au jour , il fera tems. Les dragons témoignent
de l'irréfolution . M. de Damas dit qu'il
obéit à des ordres fupérieurs & en montre en
effet de M. de Bouillé , qui lui ordonne de fe
tranfporter à Varennes . Il commande le départ.
Le maire le couche en joue . Si tu avance je te tue .
Le colonel ordonne de mettre pied à terre , feint
de retourner à fon auberge , & par un chemin détourné
court bride abattue vers Varennes , ac
compagné de deux de fes officiers . Pendant ce
colloque , les autres cfficiers municipaux & adfont
miniftrateurs prennent des mcfures fûres ,
foaner le tocfin , s'emparent des paffages , cou-
:
( 163 )
&
pent les ponts , &c. &c . Un garde national franchit
les trois lieues de Clermont à Varennes en
très-peu de tems , croit donner l'alarme en cette
ville & eft fort furpris d'apprendre que le Roi
eft arrêté. Drouet , maître de pofte de Sainte-
Menehould , avoit eu des foupçons fondés. 11
étoit parti en conféquence ventre à terre
arrivé au Bras-d'or , il fait part à l'aubergifte
de fes foupçons ; celui- ci déterminé fe charge
d'arrêter la voiture ; il l'attend à l'iffue d'une
voûte qui fépare la ville haute de la ville baffe
& fous laquelle il falloit néceffairement qu'elle
paflât : elle parcît , l'aubergifte ajufte le poftillon
, & crie , arrête . Nous fommes patriotes
laiffez paffer. Patriotes ou diables ne paffent pas . Si
vous faites un pas je tire dans la voiture . En
ce cas , dit le Roi , detelez . L'aubergifte conduit
& le Roi & fa famille chez lui ; la municipalité
eft avertie ; on fait le moindre bruit poffible
; on court au village voifin , à Vaucourt ,
dont les habitans font tous braconniers , faifeurs
de clous ; ils s'emparent du pont qui n'étoit point
gardé par les huffards de Lauzun , logés au delà :
es gardes nationales fe trouvent en un inſtant
fous les armes , bordent les avenues du pont &
du quai d'une petite rivière prefque à fec. Le
nommé Sauce , procureur- fyndic , dit à fa troupe
compofée d'une cinquantaine de bourgeois mal,
armés je ne fuis pas militaire ni vous non
plus ; mais en cas d'attaque , je crois qu'il faut
vous mettre quatre de front & faire un feu continuel
en tirant par divifion , & les quatre qui
auront fait leur décharge pafferont derrière pour
charger de nouveau , & quatre autres fucceffivement
avanceront : ils avoient deux petites pièces
de campagne. Après ces difpofitions , Sauce va
>
( 164 )
trouver le Roi qui ne fe croyoit pas connu.
Monfieur , lui dit -il , je erois que vous ferez
quelque tems ici ; acceptez un logement plus
commode , permettez que je vous conduife chez
moi mais pourquoi donc ne pourrois je pas partir
? Voilà bien du tumulte pour un étranger :
d'ailleurs voyez , je fuis en règle ; & il montre
un paffeport figné Lovis & Montmorin , qui ordonne
à tous corps , & c . de laiffer paffer madume
la baronne de Korfz , qui va à Francfort , avec
fes deux enfans , fon valet & deux femmes de
chambre. Monfieur , nous fommes ici fur le quivive
, nous craignons l'ennemi , vous entendez
fonner le tocfin ; il n'y auroit pas de fûreté pour
vous , attendez au jour. Le roi remercie M.
Sauce de fes attentions , fans témoigner aucune
inquiétude . La Reine & fa belle-four prennent
cet homme par le bras ; le Roi prend fes enfans
par la main & tous s'acheminent dans
la maifon du fieur Sauce , marchand chandelier ,
traverfent la boutique & montent dans une
petite chambre . M. Sauce fortoit de tems
en tems , fous prétexte d'aller appaiſer le tumulte
à la priere du Roi , & dire que ce n'étoit
qu'un paffant ordinaire . Chaque fois qu'il
fortoit , le Roi lui difoit : hâtez- vous de revenir;
j'ai beſoin de vous ; votre converfation me plait ,
&c. Ah ! ça. Vous avez un pont ici ? Oui ,
monfieur , mais il eft fi embarraflé de charettes ,
&c. que vous ne pouvez pas paffer. Eh bien ,
répondit le Roi , je pafferai le gué . Ah ! le gué,,
c'eft bien pis ; nous craignons les Autrichiens ;
je me fuis avifé d'y faire mettre des gripeauts ,
des piquets , de forte qu'il n'eft pas poffible aux
chevaux d'y paffer. Eh bien , faites donc débarrailer
le pont j'y vais donner ordre. :
,
( 165 )
сс
Cependant les Huffards s'étoient préfentés au
Font : le commandant avoit voulu le paffer ; mais
les payfans les en ont empêchés. Les Huffards fe
font retirés fans brûler une amorce . M. Sauce ,
qui avoit amufé le Roi , pour donner le tems aux
gardes nationales d'accourir , crut qu'il étoit tems
dé déclarer au Roi qu'il étoit jour , & qu'il falloit
qu'il fe difpofat à reprendre la route de Paris . It
entra dans fon appartement pour le lui fignifier.
Il y avoit dans cette chambre un portrait du Roi.
Sauce fit quelques tours avec l'original ; puis il
lui dit Sire , voilà votre portrait . A ces mots
le Roi dit au fieur Sauce : oui , mon ami ,
c'eft ton Roi qui eft en ton pouvoir , c'eſt
ton Roi qui t'implore ; veux- tu le trahir , le
livrer à fes plus cruels ennemis ? Ah ! fauve-moi ;
je me mets fous ta protection ; fauve ma femme ,
mes enfans ; accompagne - nous , guide - nous. La
Reine prend le Dauphin entre fes bras , le conjure
de la fauver , de fauver le Dauphin :
Sauce inexorable , dit : non , Sire , ce que vous me
demandez eft impoffible ; j'ai deux chofes préeieufes
à conferver , ma vie & l'honneur ; difpofez
de ma vie , elle eft à vous ; mais n'eſpérez pas
de me rien faire faire de contraire aux devoirs de
l'honneur ; j'ai juré d'être fidèle à la nation , à la
loi & à vous ; je vous trahirois également tous
trois en cédant à vos demandes ; je trahirois la
conftitution que vous avez promis de défendre ,
ainfi que moi.
» Sur ces entrefaites , arriva le fieur Chemin ,
envoyé par le diftrict de Clermont , qui s'avifa
de faire des remontrances d'un ton aigre &
indécent . Le Roi ne put l'entendre de fang - froid :
il lui dit , vous êtes un impudent : puis s'adreffant
à ceux qui étoient préfens : mes amis , confeillez(
166 )
moi ; que faut - il faire ? Sire , vous fauver ,
répondit M. de Damas ; enfuite il dit qu'il y
avoit un décret qui lui permettoit de voyager dans
tout le royaume qu'il vouloit aller à Montmédi :
on lui montra celui qui l'oblige à ne pas s'éloigner
à plus de vingt lieues du corps légiftif. Il le lut
attentivement , puis le rejetta avec indignation.
Je n'aijamais fanctionné cela . Il étoit pour lors près
7 heures du matin . Arrive un aide- de--ccamp de
M. de la Fayette , muni du décret de l'Aſſemblée .
Le Roi vouloit être conduit à Fontainebleau :
mais on lui fit voir la multitude degardes nationales
qui s'y oppofoit . Il partit à 7 heures &
demie. Pendant cette conteftation , arrive un
officier qu'on croit être M. Dampierre ; il fe
préfente , veut parler au Roi : on s'y oppoſe. Le
Roi n'eft donc pas libre ? non ; & en même- tems
on lui tire un coup de piftolet qui lui caffe une
côte ; on s'en faifit , & il eft jetté dans une
marre. Le Roi étoit en marche , efcorté d'une
troupe effrayante . On n'entendoit que les
cris de vive la nation ! les aristocrates à la
lanterne . Un boucher a failli rendre cet événement
affreux ; il s'approche de la voiture ,
& veut tout égorger : heureusement le fieur de
Villée s'en faifit . Aun quart de liene de Varennes ,
on rencontre le corps adminiftratif de Clermont ,
en charrette . Que veulent ces meffieurs , crie
l'aide - de - camp für le fiége ? Parler
Roi , répondit le préfident. Le Roi a écouté ſa
harangue refpectueufe fur les malheurs que fon
évalion auroit caufés . Mon peuple eft féduit ,
mon peuple eft trompé , voilà la réponſe
33.
au
>
Encore une fois nous ne donnons les détails de
eette lettre que pour ce qu'ils valent; lorfque nous
ec aurons de plus certains nous les ferons connoître.
( 167 )
Le Roi , la Reine & leur Famille ont eu beaucoup
à Touffrir dans cette route , où la chaleur
& la pouffière ajoutoient encore à tous les défagrémens
de leur pofition . Les groffierctés fanatiques
de quelques miférables ont dû encore les affliger.
Un témoin oculaire nous a afluré qu'aux appro
ches de Paris , la Reine leva le ftore de la voiture
& dit au peuple en montrant les enfans ;
Meffieurs , voyez , nous étouffons , regardez donc
mes pauvres enfans dans quel état les voilà :
quelques voix féroces fe firent entendre : nous
t'étoufferons bien autrement. Les Gårdes nationales
fe hâtèrent de réprimer ces exclamations
du crimes.
Il ne faut pas croire au refte que le refpe&t du trônet
& l'attachement au Monarque aient été également
méconnus ; le directoire du département des deux
Sèvres s'eft expliqué à cet égard par une adreffe
remile à fa mjcité le 28 juin , & dont voi i la
copie. Sans doute if fèra imité par tout ce qu'il y a
de François éclairés & attachés à la liberté , à la
tranquillité de fon pays.
SIRE ,
›
i
« La nouvelle de votre départ avoit confterné
la France ; la nouvelle de votre arreftation de- '
voit être & devient le prix de fes juftes allarmes .
Vous quittiez , Sire vos amis & vos enfans .
Ce reproche puiflant que notre coeur commande
eft le feul qui doive être fait au Roi des François.
Vous partiez ! .... quels font les climats ou
vous euffiez trouvé ce que vous abandonniez ?
adoré d'un peuple qui met dans cet amour un
de fes plus chers devoirs , que falloit - il de pius
à l'ambition d'un roi fenfible ? Vous aviez fauvé
la France en briſant ſes fers ; vous aviez donné ,
( 168 )
l'exemple à l'Europe étonnée , de la véritable
puifance , celle de regner fur les coeurs par la
raifon & l'équité. Votre majeſté a - t- elle pu changer
tout- à-coup ? Et l'âme de Louis XVI au
milieu des heureux qu'elle avoit faits , a - t- elle
pu regretter fon ouvrage & former le projet de
le détruire ? »
ce
Rappellez - vous nos fermens , rappellez- :
Vous vos promeffes. La conftitution eſt notre
bonheur , la conftitution fait votre gloire , nous {
avons juré de la maintenir , vous avez promis
de la défendre , & les François , & leur Roi
ne font point faits pour le parjure . »
« Mais oublions l'orage lorfque le calme paroît
fur nos têtes . Montrons que nous étions digne
de pofféder le monarque qui nous échappoit ..
Les noeuds de l'amour & du respect font les
feuls liens avec lefquels nous voulons l'enchaîner ?
à nous. »
Les adminiftrateurs du directoire du départe
ment des deux Sèvres. 2
Signé Château , préfident , & Piet- Chambelle,
fecrétaire- général .
I I
Comme il eft dans nos principes de ne rien
donner au hazard , nous nous empreffons de
rectifier une lettre inférée dans notre dernier
n°. pages 41 & 42.
« Le Roi n'a jamais pu foupçonner les François
d'en vouloir à fes jours ..... Il eft conftant que ,
fa majefté contemplant d'un oeil calme tout ce
qui l'environnoit , n'a manifefté aucune crainte .
Sa follicitude vraiment paternelle ne s'eft étendue
que fur les perfonnes qui l'accompagnoient .
Quand il les a crues en fûreté , il s'eft abandonné
avec confiance à ſon fort , »
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 16 JUILLET 1791 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LA RÉSISTANCE INUTILE.
"
Sur PAir Comment goûter quelque repos ?
AMOUR ! daigne combler mes voeux ,
» Range fous tes loix ma Bergere ,
Difait à l'Enfant de Cythere
Un Berger tendre & malheureux :
Elle ne pourra ſe défendre ,
33
Ayant contre elle dans un jour
" Son coeur , fa jeuneffe , l'amour ,
» Et la tendreffe de Léandre.
Nº. 29. 16.Juillet 1751 ... E
86 MERCURE
Le Dieu fourit d'un air malin ;
Léandre court dans la prairie ,
Chifit des fleurs pour fon amie ,
Et vient les placer fur fon fein .
Qu'cût-elle fait pour s'en défendre ?
Elle avait contre elle en ce jour
Son coeur , fa jeuneffe , l'amour ,
Et la tendreffe de Léandre.
LEANDRE après veut un baifer ;
Il le demande , on fe mutine ;
Il preffe , on le gronde ; il s'obftine ,
On le permet fans l'accorder.
Qu'eût -elle fait pour s'en défendre ?
Elle avait contre elle en ce jour
Son coeur , fa je uncffe , l'amour
Et la tendrefle de Léandre .
ENIVR de cette faveur ,
2
Content , fi l'Amour pouvait l'être ,
De lui-même il n'eft plus le maître ,
Qu'il ne foit certain de fon coeur .
Qu'cût-elle fait pour s'en défendre ?
Elle avait contre elle en ce jour
Son coeur , fa jeuneffe , l'amour ,
Et la tendreffe de Léandre.
2
DE FRANCE. 87
IL exige d'elle un aveu
Quoiqu'un tel ayeu foit à craindre :
" Je t'aime & je ne fais point feindre
Lui dit Eglé , l'oeil tout en fen .
Qu'eût- elle fait pour s'en défendre ?
Elle avait contre elle en de jour
Son coeur , fa jeuneffe , l'amour ,
Et la tendreffe de Léandre .
CE mot ne fit que l'enhardir ,
Il s'affura de fa conquête ,
Et l'on dit que de fa défaite
La Belle eut lieu de s'applaudir .
Qu'eût-elle fait pour s'en défendre
Elle avait contre elle en ce jour
Son coeur , fa jeuneffe , l'amour ,
Et la tendrelle de Léandre .
ELLE aime à fe le rappeler ,
Et ne peut fouffrir fon abfence ;
Mais on dit que par fa préfence
Il vient fouvent la confoler.
Elle ne peut plus s'en défendre ,
Ayant contre elle chaque jour
Son coeur , la jeuneffe , l'amour
Et le fouvenir de Léandre .
( Par M. P... A... Miger , de Lyon. )
E 2
88 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du:Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Hôtel-Dieu ; celui
de l'Enigme eft Papier ; celui du Logogriphe
eft Virgule , où l'on trouve Ré ( Ifle ), Rue ,
Gril, Gru , Livre.
CHARADE.
UN des fept tons du Chant t'offrira mon premier ,
cher Lecteur, partage mon dernier.
Et mon tout ,
( Par M. Bouffarrot fils. )
ÉNIGM E.
Nous fommes tous égaux & nous fommes tous
ficres.
Toujours en l'air & toujours ſuſpendus ;
Nous fommes des agens par qui font étendus
Les voiles des plus doux myfteres.
Mais pour nous deviner , voici l'effentiel :
Le Soleil comme nous elt de figure ronde ,
Il fait le tour du Monde ,
Et nous le tour du Ciel.
Par un Abouné. )
DE FRANCE. 89
LOGOGRIPHE.
ON fait, ami Lecteur, de moi beaucoup de cas
Et l'on me donne accès dans un brillant repas :
Quelquefois je fuis douce, & quelquefois piquante ;
Mais change mes huit pieds , d'abord je te préfente
Ce que les élégans fe piquent d'imiter ;
Le fléau de nos jours ; le foutien d'an Guerrier ;
De l'Univers jadis la fuperbe maîtreffe ;
Puis un poiffon de mer ; un arbre ; une Déeffe ;
Un adverbe ; un pronom ; une note ; an oifeau ;
Un mot qui trouve place aux agrès d'un vaiffeat ;
Un habitant des bords de la Mauritanie ;
Un quadrupede ; puis un autre qui l'épie ;
Un outil rond qui tourne , utile au Fabricant ;
Une plaine liquide ; un fragile élément ;
Ce qui met les vaffaux à l'abri du naufrage ;
Un enfant plein d'appas qui reçoit notre hommage;
En un mot , je renferme un métal recherché ,
Dont l'avare ici-bas fait fa Divinité.
( Par M. Bouffarrot fils. )
E ;
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
LE Philinte de Moliere , ou la fuite du
Mifanthrope, Comédie en cinq Actes & en
vers , par P. F. N. Fabre d'Eglantine ;
repréfentée au Théatre Français le 22
Février 1790 .
Miferis fuccurrere difco. VIRG .
A Paris , chez Prault , Impr. du Roi ,
quai des Auguftins , à l'Immortalité.
ONN a fait une obfervation critique fur
le titre de cette Comédie , que l'on voudrait
changer ; & cela prouve d'abord qu'on
la regarde comme un Ouvrage de mérite ;
car qu'importerait le titre d'une mauvaiſe
Piece ? On a dit , & avec raifon , ce me
femble , qu'il ne fallait pas appeler celleci
le Philinte de Moliere , parce que le
Philinte de M. d'Eglantine en eft trèsdifférent
; lui - même paraît l'avoir fenti ,
puifque l'on dit à fon Philinte :
Et je vous ai connu bien meilleur que vous n'êtes.
C'eft qu'en effet celui de Moliere n'eft
DE FRANCE. 91
point un homme perfonnel , infenfible &
dur ; fon caractere eft celui de la raifon
indulgente , qui croit devoir le prêter aux
faibleffes & aux travers que l'on ne faurait
corriger ; il eft d'ailleurs très -bon ami,
& s'occupe , pendant toute la Piece , des
intérêts d'Alcefte , dont il ne blâme la
mauvaiſe humeur qu'en raifon du mal
qu'elle peut lui faire. Cette maniere d'être
n'a rien de commun avec celle du nouveau
Philinte , qui n'eft autre chofe qu'un
parfait égoïfme : j'aurais donc intitulé la
Piece , Philinte Egoifle & Alcefte Philantrope
, & j'aurais voulu expofer dans le
cours de l'Ouvrage, comment le caractere
de Philinte s'était corrompu & endurci
dans le commerce d'un certain monde où
l'on ne s'accoutume que trop à n'exifter
que pour foi. J'en aurais tiré une moralité
de plus , c'eft que l'indulgence & la
douceur , quand elles ne tiennent pas à
des principes réfléchis , mais à une forte
de molleffe & d'indolence , peuvent conduire
jufqu'à cette infouciance méprifable
qui rend un homme étranger aux fentimens
& aux devoirs de l'humanité. C'eft
précisément notre Philinte : l'idée & l'exécution
de ce rôle font beaucoup d'honneur
à M. d'Eglantine , & d'autant plus
qu'il a réuffi où d'autres avaient échoué.
On avait plufieurs fois eflayé de peindre
cet égoïline qui a été , aux yeux des obfer-
E
4
92 MERCURE
vateurs , un des caracteres les plus marqués
parmi nous , à cette époque où le Gouvernement
avait découragé les vertus , &
avili les ames au point d'introduire une
immoralité fyftématique & une corruption
raifonnée. Voilà , en effet , ce qui caractétife
le Philinte de M. d'Eglantine ; l'Auteur
en a fupérieurement faifi & deffiné
tous les traits ; & .graces à lui , nous avons
enfin au Théatre , ce qui était très- difficile
à faire , un perfonnage qui remplit l'idée
que nous avens d'un véritable Egoïste . M.
Eglantine a très- habilement évité le grand
écueil du fujet , celui de rentrer dans des
caracteres connus. Je ne le louerai pas de
n'avoir point fait de fon Egoïlte un escroc
& un fripon ; cette faute était trop groffiere
, & n'a pu être commife qu'une fois ;
mais il a fait plus : fon Philine n'eft ni
un ambitieux , ni un avare , ni un intrigant
; c'eft purement un Egoifte , & pas
autre chofe , un de ces hommes comme
il y en a tant dans une Nation profondément
dépravée , qui , pour ne pas déranger
leur femmeil ou leur digeftion , fe
refuferaient à rendre le plus grand fervice
ou à faire la meilleure action qui dépendrar
d'eux , un homme pour qui rien
n'exifte au monde que lui , pour qui tout
eft bien dès que lui-même n'eft pas mal , qui
n'a aucun autre fentiment que celui de fon
bien-être individuel ; un homme tout enDE
FRANCE. 93
tier dans fon moi , & que rien de ce qui
regarde autrui ne peut en tirer un moment ;
qui ne plaint point le malheur & ne s'in
digne point du crime , attenda que cela
troublerait fa tranquillité , & qu'il ne fe
croit chargé de rien que de lui . On fent
qu'un pareil caractere eft la mort de toutes
les vertus , de tous les fentimens humains
& honnêtes : s'il devenait général , il ferait
de la Société un défert. On ne peut.
favoir trop de gré à un Auteur comique
d'avoir fait fervir fon talent à combattre
cette efpece de monftre anti- focial , à le
montrer dans toute fa difformité , à en
infpirer l'horreur. Il a fait très heureufement
concourir à ce bur moral le contrafte
de l'Alcefte de Moliere , qui repataît
ici avec fon ame ardente & impétueufe
, & toute fa haine pour les méchans
; mais l'objet de l'Auteur moderne
étant très différent de celui de Moliere
, il a repréfenté fon Alcefte fous un
jour nouveau , beaucoup moins comique ,
il ft vrai , mais bien plus intéreffant.
Moliere a voulu faire voir combien la vertu
pouvait fe nuire à elle-même par des formes
rudes & repouffantes , & par l'oubli
de tous les ménagemens : conventions néceffaires
de la Société ; & il a parfaitement
rempli cet objet . L'Auteur moderne , qui
a eu le noble courage de marcher fur fes
traces , s'eft emparé du beau côté que
Es
-
94 MERCURE
>
Moliere n'avait pas dû préfenter. Nous
avions un Alcefte ne pouvant fupporter
les vices des hommes , ni même leurs faiblaffes
& leurs travers , & les gourmandant
avec une rigueur intraitable ; & fous ce
point de vue , c'eft le Mifanthrope : ici
Alcefte ne peut voir une injuftice fans s'y
oppofer de toute fa force , ni un opprimé
fans vouloir le fervir ; & fous cet autre
point de vue , c'eft le Philanthrope. Ce
bean caractere moral eft peint avec toute
l'énergie , toute la véhémence , tout le feu
dont il était fufceptible ; & mis en oppofition
avec l'odieux égoïimede Philinte , il
acquiert encore plus d'effet.
Le plan de la Piece eft fimple & bien
conçu la marche en eft claire & foutenue
, & l'action , fans être compliquée ,
ne languit pas un moment. Toute l'intri
gue tient à une feule idée ; mais elle eft
du nombre de celles qu'on appelle , en
termes de l'art , idées meres , & il n'en
faut qu'une de ce genre pour fournir cinq
Actes au talent qui fait conftruire une
Piece & difpofer les acceffoires . Cette
idée , très- dramatique & très-morale , confifte
à punir l'égoïime par lui-même , en
rendant l'apathique Philinte l'objet d'une
friponnerie atroce , qu'il ne veut pas que
l'on combatte , quand il croit qu'elle ne
tombe que fur un autre , contre laquelle il
refufe obftinément d'employer des moyens
DE FRANCE. 95
qui font à fa difpofition , & dont il et
au moment d'être lui - même la victime
s'il ne trouvait fon appui dans le zele ac
tif & courageux d'Alcefte , dans ce même
zele qu'il n'a ceffé , pendant trois Actes ,
de blâmer comme une imprudence , & de
méprifer comme un ridicule. Il ne peut
pardonner à fon vertueux ami , qui a déjà
un procès pour un de fes vaffaux qu'il
veut défendre de l'oppreffion , & qui eft
en ce moment frappé d'un décret de prife
de corps , furpris par la chicane & la calomnie;
il ne peut lai pardonner de vouloir
fe mêler encore d'une affaire qui ne
le regarde pas il fe refufe à faire aucune
démarche auprès d'un homme en place
qui eft de fes parens , & qui pourrait prevenir
un crime ; il rebute très durement
les prieres de fa femme Eliante , qui fe
joint à fon ami Alcefte pour folliciter fes
fecours ; & les raifons de fes refus font
prifes dans la nature d'un pareil perfonnage
; c'eft qu'il ne faut pas fe brouiller
avec les méchans qui ne pardonnent pass
& que fi l'on a quelque crédit , il faut le
garder pour foi voilà bien l'Egdifte . Il
fait plus ; il emploie ce qu'il a d'efprit à
prouver, par de miférables fophifmes , qu'il
n'y a aucun mal à ce que 200 mille écus
paffent de la bourfe du légitime poffeffeur
dans celle d'un fripon . Rien ne lui paraît
plus fimple & plus dans l'ordre : tant pis
-
E 6
96 MERCURE
,
pour l'homme confiant ; s'il eft dupe , il
m'a que ce qu'il mérite ; il eft bien sûr
hui, de ne pas l'être ; & fi cela lui arrivait,
il ne dirait mot ...... & c'eft lui qui eft la
dupe dont il s'agit ; & dès qu'il l'apprend,
il jette des cris de fureur , & tombe , un
moment après , dans l'anéantiffement qui
eft le dernier degré du défeſpoir. C'eft-là ,
fans contredit, une fituation qui réunit la
leçon & l'effet ; elle eft d'ailleurs bien fufpendue
, amenée par des refforts naturels :
tout a été caché , & tout le découvre à
propos fans qu'il y ait rien de forcé ni
d'invraisemblable ; & toujours les fituations
mettent en jeu les perfonnages , de
maniere à faire reffortir lur caractere.
Alcefte , dans ce moment terrible & théatral
où Philinte eft att rré , ne dément pas
la générofité qu'il a montrée juſque là Il
eft vrai que par un mouvement impoffible
à contraindre , & que le Spectateur partage
, il s'écrie d'abord :
Oh ! morbleu !
C'est vous que le deftin , par un terrible jeu ,
Veut inftruire & punir ! .... O célefte juſtice !
Vorre malheur m'accable & je fuis au fupplice .
Mais je ne prendrais pas moi , de ce coup du fort ,
Cent mille écus comptat .. Hé bien ! avais-je tort?
Tout eft-il bien , Monfieur ?
DE FRANCE. 97
PHIL INTE.
Je me perds , je m'égare.
O perfidie ! ô fiecle & pervers & barbare !
Hommes vils & fans foi ! Que vais -je devenir ?
Rage ! fureur ! vengeance ! Il faut.. On doit punir,
Exterminer.....
N'eft - ce pas là encore l'Egoifte ? Les
autres fouffrent; cela eft dans l'ordre : le
mal vient- il jufqu'à lui le monde entier
eft confondu. Mais comme le Spectateur
jouit de cette caraftrophe ! Comme, après
tous les beaux propos que Philinte vient
de débiter , on eft tenté de lui crier avec
Alcefte ,
Tout est-il bien , Monfieur ?
On le détefte fi cordialement , qu'on
pardonnerait prefque au fripen qui lui vole
toute la fortune. Mais ce premier mouvement
donné à la juftice , a -t- on moins de
plaifir à entendre Alceft dire à fon ami
coupable , mais malheureux :
Vous pouvez difpofer de tout ce que je puis .
Mes reproches, Monfieur, fe aient juftes , je penſe;
Mais mon coeur les retient : 1. vôtre m'en difpenfe.
Tous mérité qu'il eft , le malheur a fes droits ,
La ¡ itié des bons coeurs , le refpect des plus froids.
Mon ame fe contraint , quand la vô- re eft preffie ;
Quand vous ferez heureux, vous faurez ma penfée .
MERCURE
Ce dernier vers eft fort beau ; les autres
devraient être meilleurs.
Remarquez que ce même Alcefte , qui
s'affecte fi vivement de ce qui regarde autrui
, eft calme & imperturbable dans fes
propres dangers . Il eft arrêté au 4° . Acte ,
en préfence de Philinte , qui s'écrie :
Alcefle, eft- il bien vrai ? quel accident terrible !
Mais Alcefte fe contente de lui répondre
froidement :
Quoi ! Monfieur ! vous voyez enfin qu'il eft poffible
Que tout ne foir pas bien.
PHIL INTE.
Après un pareil coup,
Je fuis défefpéré..... Que faire?
ALCESTE.
Rien du tout.
( Au Commiffaire. )
Monfieur, me voilà prêt : menez-moi, je vous prie,
Au Juge , fans tarder.
On ne peut mieux obferver les convenances
de caractere . Philinte auffi ne dément
pas le fien. Le revers qu'il vient d'éprouver
, & la leçon qu'il a reçue , ne le
rendent pas meilleur. Sa femme le preffe,
DE FRANCE. 99
aus . Acte , de courir auprès de fon ami
arrêté , & qui ne l'eft que parce qu'il s'eft
expofé pour lui ; mais Philinte a bien autre
chofe à faire. Tout ce qui l'occupe ,
c'eft d'engager fa femme à faire oppofition
à la faifie des biens , en vertu de fes droits
& de fes reprites ; il compte employer la
journée avec elle à courir chez des gens
d'affaires , & Alcefte deviendra ce qu'il
pourra. Un autre trait caractérifique , c'eft
qu'il confent à s'accommoder en payant une
partie de ce billet faux que l'on produit
contre lui , ce qui eft à peu près avouer
la dette qu'il nie , & par conféquent fe
déshonorer ; mais il aime mieux cette infame
tranfaction que les peines & les
fatigues d'un procès cù fon honneur n'eft
pas moins compromis que fa fortune. Son
Avocat en rougit pour lui ; Alcefte refufe
d'être témoin d'une démarche fi aviliffante ;
mais un Egoïte n'eft pas fi délicat.
Cet Avocat eft encore un rôle très-bien
entendu , bien adapté à la Piece , bien
lié à l'action . C'eft Alcefte qui le fait veni ,
au commencement du premier Acte , pour
le charger de la pourfuite de ce procès qu'il
a entrepris en faveur de fes Vallaux ; mais
la maniere dont il s'y prend pour ſe
curer un Avocat eft fort originale : fe défiant
de fon choix & de la renommée qui
peuvent le tromper également , il aime
mieux s'en rapporter au hafard pour troupro100
MERCURE
ver un honnêre homme ; & il envoie fon
Valer au Palais chercher le premier Avocat
qu'il rencontrera. Cette idée eft plaifante
& bizarre , & produit quelques détails
comiques. Heureufement ilfe trouve
que cet Avocat eft en effet le plus honnête
homme du monde ; mais il commence par
avoir une querelle avec Alcefte , parce qu'il
refufe d'abord de fe charger d'une affaire
qui l'empêcherait d'en fuivre une très - inf
tane , où il ne s'agit de rien moins que
de faire tête à un fripon qui , avec un faux
billet dont la fignature eft vraie , veut efcroquer
denx cent mille écus c'eft précifément
l'affaire de Philinte ; mais on n'en
fait encore rien , vu que Philinte a pris
depuis quelque temps le titre de Comte
de Valancés. Un Intendant qu'il a chaffe ,
lui a furpris une fignature & y a joint
le billet frau luleux ; il l'a remis entre les
mains de notre Avocat , pour en pourfuivre
le payement ; mais celui- ci , qui connaît
fon homme & qui ne doute pas de
la fauffeté du titre , eft occupé à chercher
le prétendu débiteur pour éclaircir l'affaire
avec lui. Dès qu'Alceft a entendu ces
dérails , il eft le premier à convenir que
l'Avocat a raion ; il laiffe là fon Procès
& fe joint à l'honnêre Légifte , pour confommer
la bonne action qu'il veut faire ;
il veut y employer le crédir de Philinte ,
dont l'oncle eft Miniftre d'Etat , & peut
DE FRANCE. ΙΟΥ
, ne veut rien
en impofer à un fauffaire impudent ; mais
Philinte , comme on l'a vu
entendre ; il prépare lui -même fon malheur
& fa punition. La maniere dont tous ces
incidens font ménagés , mérite des éloges ,
& prouve de la connaiffance du Théatre.
و
Ôn voit par la nature de cette intrigue
& par celle des perfonnages , que le
ton de la Piece doit être en général fort
férieux ; c'eft plutôt celui du Drame que
de la Comédie ; mais , on ne faurait trop
le redire ne circonfcrivons point le talent
dans des bornes trop étroites . Tour
Cuvrage dramatique qui attache , qui intéreffe
, qui inftruit , eft par cela même
un Ouvrage eſtimable. Sans doute , fi l'Auteur
avait pu y répandre le comique que
Moliere a mis dans le fujet férieux du
Milanthrope & dans le fujet odieux du
Tartuffe , il aurait infiniment plus de mérite
& de gloire ; mais ces chef- d'oeuvres
de l'efprit humain font néceffairement
rares ; & fort loin au deffous d'eux , il y
a encore de la gloire dans un Art auffi
difficile que celui de la Comédie .
Le rôle d'un coquin de Procureur , nommé
Rolet , & très -digne de fon nom , eft
le feul qui ait une teinte comique ; ce
rôle eft très bien fait , & fuffirait pour
prouver que l'Auteur n'eft point du tout
étranger au ton de la Comédie proprement
dite, quand même il ne l'aurait pas prouvé
102 MERCURE
dans d'autres Productions dont nous par
lerons inceffamment .
On peut faire quelques obfervations fur
le dénouement ; il peut paraître un peu
forcé ce même Procureur Rolet fe rend
peut- être un peu facilement ; il a les formes
pour lui , il ne rifque rien , & il a
montré de la tête. Alcefte a beau s'offrir
pour aller en prifon ; il a beau demander
qu'on y traîne auffi l'Intendant , fous la condition
d'être pendu lui , Alcefte , s'il ne
prouve pas que l'Intendant doit l'être ; dans
les formes de nos anciens Tribunaux , un
pareil défi n'eût pas été accepté, fur- tout
de la part d'un homme étranger à l'affaire .
Le Commiffaire lui aurait répondu qu'il
fallait fuivre la marche prefcrite par les
Loix ; c'eft là fur-tout la réponſe que le Praticien
Rolet devait faire ; cependant Alcefte
nous apprend , dans un récit , que ce Rolet
s'eft troublé , & que l'Intendant a rendu
le billet. Mais après tout , on n'a pas
coutume de fe rendre fi difficile fur un
dénouement de Comédie , qui d'ailleurs
efl fatisfaifant , prifqu'il remplit tous les
væeux des Spectateurs & fait juftice à
tout le monde. Alcefte humilie Philinte
en lui rendant fa fortune , & le punit en
renonçant pour jamais à fon amitié :
l'innocence de ce même Alcefte eft reconnue
, & l'ordre qu'on avait donné contre
lui eft révoqué far le vû de pieces pro-
و
DE FRANCE. 103
bantes ; fa vertu brille aux yeux de tous
les Juges , qui lui affurent le triomphe le
plus complet dans le procès généreux qu'il
a entrepris . Il va retrouver fes Vaffaux
dont il eft le libérateur , & emmene avec
lui le vertueux Avocat , dignement récompenfé
par le titre d'ami d'un homme tel
qu'Alcefte , qui déformais ne veut plus fe
féparer de lui .
Le feul reproche effentiel qu'on puiffe
faire à cette Piece , porte fur le ftyle qui
ne répond pas à tout le refte , & je dois
d'autant moins diflimuler ce reproche après
toutes les louanges que j'ai cru devoir
à l'Auteur , qu'heureufement il n'y a point
ici impuillance de faire mieux , mais feu- .
lement un excès de négligence , avec lequel
il eft impoffible de faire bien. M.
d'Eglantine n'a point en écrivant les défauts
qu'on ne corrige point , le manque
d'idées , de naturel , de vérité , de force ;
il a au contraire de tout cela ; il penſe
il fent , il dialogue ; mais il eft trop évident
qu'il s'abandonne fans réferve à une
facilité de compofition qui eft très- dangereufe
, fi l'on ne s'en défie pas. Sa diction
eft entiérement incorrecte , pleine de
fautes de langage , de conftruction , de, verfification
, chargée de termes impropres &
de chevilles. Toutes ces fautes échappent ,
je le fais , dans la chaleur du débit théatral
; mais à la lecture , elles choquent &
104 MERCURE
fatiguent tout Lecteur un peu inftruit , &
font fenties même de quiconque a un peu
d'oreille & de goût naturel en un mot ,
un Ouvrage mal écrit n'eſt jamais relu
& M. d'Eglantine a trop de talent pour
ne pas afpirer à être : il eft trop heureux
de n'avoir befoin , pour y parvenir
que de travail & de réflexion . Je ne dirais
pas trop , en affurant que la moitié de
Ta Piece demande à être récrite ; & comme
elle eft faite pour refter au Théatre , il
doit être jaloux du fuccès du cabinet , fans
lequel on n'a jamais qu'une réputation
fecondaire. On n'exigera pas que je releve
tous les vers défectueux ; mais une foule
de fautes graves raffemblées dans un petit
nombre de vers pris fort près les uns des
autres , demontrera combien fa diction eft
habituellement vicieuſe.
Eh ! quel endroitfauvage
Que le vice infolent ne parcoure & ravage ?
Ainfi de proche en proche , & de chaque cité ,
File au loin le poifon de la perverſité .....
Ce ne font point les endroits fauvages
que le vice ravage ; il eft clair que fauvage
eft là pour la rime ; & comment ravage
t-on un endroit fauvage ? C'eft fe contredire
dans les termes . File au loin eft extrêmement
dur ; & qu'est - ce qu'un poiſon
qui file
) .
DE FRANCE. 105
La vertu ridicule avec fafte eft vantée.
C'eft encore une contradiction dans les
termes . Si la vertu eft vantée avec fafte ,
elle n'eft pas ridicule. L'Auteur a voulu
dire , la vertu dont on fe moque en fecret
eft vantée avec fafte ; mais il ne le
dit
pas.
Tandis qu'une morale en fecret adoptée ,
Morale défaftreufe , eft l'arme du puiſſant
Et des fripons adroits pour frapper l'innocent.
Pour comprendre comment une morale
peut être l'arme du puiffant, il faudrait qu'on
nous dît ce que c'eft que cette morale ; il n'en
eft pas queftion dans tout le morceau. Il
ne fuffit pas de dire qu'elle eft défaftreufe ;
tout cela eft vague & infignifiant ; & quelle
langueur traînante dans cet enjambement
& dans cette conftruction ? L'arme du puiffant
& des fripons pour frapper. Cela ferait
mal écrit & mal conftruit en profe comme
en vers .
Et ce morceau fur le crédit :
On n'en a jamais trop , pour que de toute part
On aille, l'employer & l'ufer au hafard .....
On n'en a jamais trop pour qu'on aille ,
&c. n'a pas même l'apparence d'une conftruction
Françaife ; c'eft une phrafe barbare.
10G MERCURE
Vous voulez le rebours de tout ce qu'on évite;
Comme fi la coutume en effet n'était pas ,
Au Feu de porter ceux qu'on jette fur nos bras ,
Pour fi peu de crédit qui vous tombe
en partage ,
D'être prompt, au contraire, à prendre de l'ombrage
De toute créature & de tout protégé
Par qui l'on pourrait voir ce crédit partagé ,
Soit Four les détourner ou pour les mettre en fuite .
Non feulement ces vers fe traînent miférablement
les uns après les autres ; mais
pour en découvrir le fens, il faut abfolument
reconftruire toute la phrafe , dont il n'y a
pas un feul membre qui tienne à l'autre.
Vos jours voluptueux , mollement écoulés
Dans cet affaiffement dont vous vous accablés.
Concevez ce que c'eft que des jours écoulés
mollement dans un affaiffement dont on s'accable
! tâchez d'accorder enfemble ces expreffions
& ces idées .
Ce goût de la pareffe , où la froide opulence
Laifle au morne loifir bercer fon exiftence ,
Sont les fruits corrompus qu'au milieu de l'ennui
L'égoïfme enfanta , qui remontent vers lui ,
Pour en mieux affermir le trifle caractere....
Quelle incohérence de figures , & d'idées
& de termes ! je le demande à l'Auteur
DE FRANCE. 107
lui -même : comment peut-il fe figurer des
fruits qui remontent pour affermir un caractere
? Ces quatre métaphores abfolument
difparates forment le plus étrange amphigouris.
Mais auffi de ces fruits dérive leurfalaire.
Même ftyle : unfalaire qui dérive , & qui
dérive des fruits ! je le répete , ce ftyle eft
intolérable.
J'ai entendu applaudir au Théatre ce
vers :
Vous clouez le bienfait aux mains du bienfaiteur .
Quelque illufion qu'ait pu faire le jeu
de l'Acteur , qui mettait une grande expreffion
dans ce vers , il n'en eft pas
moins mauvais . Il n'y a point d'énergie
fans vérité , & il eft impoffible de fe repréfenter
, de quelque maniere que ce foit,
le bienfait cloué à une main ; l'expreffion eft
également fatiffe & ignoble.
Si M. d'Eglantine veut , d'après ces obfervations
, fe juger de bonne foi , comme
il convient à tout homme de fens il
fentira la néceflité de travailler , de corriger
, d'épurer fa verfification .
>
La Piece eft précédée d'une Préface
affez étendue , dont le but eft de faire voir
combien l'Optimifle de M. Collin eft un
108 MERCURE
une
Ouvrage immoral. Il y a bien un fond de
vérité générale dans les remarques du
Cenfeur à ce ſujet ; mais d'abord il y
regne un ton d'amertume qui accufe une
animofité perfonnelle , & qui dès -lors infirme
& décrédite l'autorité du Critique ;
de plus , c'eft un grand principe d'erreur
& d'injuftice , de tirer des conféquences
ftrictes & rigoureufes des difcours d'un
perfonnage de Théatre , pour les appliquer
à l'Auteur , comme s'il eût écrit un
livre de Philofophie. Il eft certain qu'il fe
mêle à l'Optimisme de Plainville
forte d'infouciance fur les maux d'autrui ,
qui eft fort contraire à la philantropie ; mais
d'abord le caractere de Plainville n'eft pas
donné dans la Piece comme un modele
à imiter ; il eft repréfenté feulement comme
un homme dont la tournure d'efprit confifte
à voir tous les objets du côté le plus
favorable. M. d'Eglantine releve quelques
détails analogues à des préjugés qui régnaient
encore quand M. Collin a fait fon
Optimifte ; je ne vois pas qu'on puille
faire un crime à un Auteur comique de
fe conformer aux préjugés dominans ; mais
j'avoue qu'il eft beau de les combattre .
& je pardonne de bon coeur à M. d'Eglantine
fon indignation contre l'Optimiste , puifqu'elle
lui a fait faire fon Philinte : Pacit
indignatio verfan. (D ... )
RAPTORT
DE FRANCE. 109
RAPPORT de MM. J. Godard & L. Robin,
Commiffaires civils , envoyés par le Roi
dans le Département du Lot, en exécution
du Décret de l'Affemblée Nationale , du
13 Décembre 1790 ; remis au Roi le 6
Avril par M. Godard , en préfence de M.
Duport , Miniflre de la Juftice , & préfenté
par lui à Sa Majefté; imprimé par
ordre de l'Affemblée Nationale.
CE Rapport eft divifé en deux Parties.
Dans la premiere , les Commiffaires du
Roi confiderent quel était l'objet de leur
miflion ; dans quel état ils ont trouvé le
Département du Lot ; ce qu'ils ont fait
pour y rétablir la paix ; & dans quel
état ils l'ont laiffé ; puis , fe repliant , pour
ainfi dire , fur eux- mêmes , ils examinent
dans un tableau général des faits , quelles
ont été les caufes des diverfes infurrections ,
& quels font les moyens propres à affernir
dans le Département du Lot , l'ordre
& la tranquillité ; cet examen fait
l'objet de la feconde Partie.
On fe rappelle que ce font les malheurs
de la Ville de Gourdon , occafionnés par
le raffemblement de sòoo Payfans que com-
N°. 29. 16 Juillet 1791 . F
110 MERCURE
mandait M. de Linars , qui déterminerent
L'Affemblés Nationale à décréter . l'envoi
de Commiffaires civils fur les lieux . Mais
à l'arrivée des Envoyés du Roi , les maux
s'étaient aggravés , & étaient répandus fur
toute la furface du Département .
❤
Les Commiffaires du Roi en ont parcouru
prefque tous les Diftricts ; ils ont
conféré avec la plupart des Municipalités ;
par tout , foit dans les campagnes , foit
dans les villes , ils n'ont agi que par l'empire
de la perfuafion & de la Loi ; & partout
, comme ils le difent dans leur Rapport
, après avoir cité un grand nombre
de faits qui atteftent ce réfultat , ils font
parvenus , à l'aide d'un mélange de fermeté
de douceur, proportionné aux lieux , aux
circonftances & aux personnes , à rétablir le
calme & à ramener le regne de la juftice
& des Loix.
+
Ce Rapport , rédigé par M. Godard
n'eft figné que de lui. Une note placée à
la fin de l'Ouvrage , annonce qu'il n'eft
pas figné de M. Robin , envoyé par le Roi
dans le Département du Gard ; mais que
toutes les bafes en avaient été arrêtées avec
lui avant fon départ.
༧༩
DE FRANCE.
SPECTACLES.
ONNa donné fur le Théatre Français de la
rue de Richelieu , l'Intrigue épifiolaire, Comédie
en 5 Actes, de M. Fabre d'Eglantine.
Cette Pisce a eu le plus grand fuccès .
Quelques perfonnes ont reproché à l'Auteur
d'avoir travaillé fur un fonds rebattu :
nous croyons ce reproche tout- à - fait injufte.
C'est un mérité de plus au contraire,
& rien ne prouve mieux le génie dramatique
que de traiter un fujer commun ,
quand on a l'art d'en faire fortir des fituations
, des combinaiſons nouvelles ; que
d'employer des refforts ufés quand ils fervent
à produire des effets inconnus . Rien en
effit n'a été mis fi fouvent au Théatre
qu'une pupille qui parvient à tromper fon
tuteur ; & tel et le fujet de l'Intrigue
épiftolaire ; mais que les deux Amans trouvent
le moyen d'agir parfaitement de concert
, fans le voir , fans fe parler ; qu'ils
parviennent à fe faire rendre leurs lettres ,
malgré les plus féveres précautions du jaloux
, & à l'aide de ces mêmes précautions ;
c'eft là ce qui demandait beaucoup d'art
d'imagination & de connaiffance de Théatre.
On pourrait juftifier égalenient quelques
fcènes , quelques moyens de l'Auteur
>
F 2
112 MERCURE
qu'on accufe de reffemblance avec des Ouvrages
connus . Ses réfultats fent fi différens
, que cette reffemblance même , fi elle
était réelle , ne ferait qu'ajouter à fa gloire,
puifqu'il fe ferait engagé à vaincre une
difficulté de plus . C'eft , s'il eft permis de
comparer un Art à un autre , le célebre
Symphonifte Haydn qui , d'un motif commin
& trivial qu'il s'eft plu à choifir, fait
tirer des chants auffi nobles , que neufs &
finguliers.
Au furplus , ce même Ouvrage offre un
caractere , qui certes n'eft pas dans le cas
d'un parcil reproche . C'eft celui d'ua Peintre
tout paffionné pour fon Art , & rempli
de cette infouciance profonde fur les intérêts
qui diftingue prefque tous les Artiftes.
Ce feul perfonnage fuffirait pour faire juger
de la verve comique & du véritable
talent dramatique dont l'Auteur a donné
tant d'autres preuves.
Nous ne fuivrons pas l'intrigue qui aurait
trop à perdre dans une analyſe . Nous
dirons feulement qu'elle eft tiffue avec beaucomp
d'art ; que fa complication ne nuit
en rien à la clarté ; que les fituations y font
auffi variées que bien ménagées . Quant au
ftyle , nous attendrons pour en parler que
la Picce feit imprimée ; mais nous pouvons
annoncer d'avance que le fel attique
y eft répandu à pleines mains.
DE FRANCE. 113
L'Ouvrage est en général très-bien joué.
On voit que la Troupe Comique de ce
Théatre cherche à n'être pas au deffous
de la Troupe Tragique ; & fes premiers
ellais font efpérer qu'elle ne tardera pas à
y parvenir.
Ce même Théatre a donné une Tragédie
de M. Ducis , intitulée Jean Sans-Terre .
Shakeſpeare a fait auffi une Tragédie ,
intitulée. La vie & la mort du Roi Jean ;
c'eft la premiere de fes Pieces hiftoriques .
Mais M. Ducis a changé entiérement la
difpofition du fujer , & n'en a imité que
deux fcènes du 4 ° . Acte : il a donné aufli
un caractere très différent à fes perfonnages.
Il a fait du Roi Jean un Tyran atroce,
dévoré des foupçons , des alarmes qui alfiégent
un Ufurpateur haï de fes Sujets
& qui ne lui laiffent pas efpérer de repos
jufqu'à ce qu'il fe foit défait de l'infortuné
Rival dont il a envahi les droits .
Tout l'intérêt de la Piece Françaiſe porte
fur le jeune Arthur , enfermé depuis plufieurs
années dans la Tour de Londres
fous la garde d'Hubert , que le Tyran croit
attaché à fon parti. La mere de cet enfant,
Conftance , Princeffe de Bretagne , cachée
dans Londres à la faveur d'un nom obfcur , en
cherchant à découvrir le lieu qui renferme
fon fils, a excité les foupçons du Tyran, & a
été renfermée dans cette même Tour. Une
F 3
114
MERCURE
croix d'or fur laquelle Arthur a écrit fon
nom , & qui a été trouvée par un brave
Breton , nommé Kermadeuc , eft encore
pour le Roi un nouveau fujet d'inquiétude.
Il a fait courir le bruit qu'Arthur avait perdu
la vue , pour ôter au Peuple le défir de le
remettre fur le trône ; il pré- end réaliſer
cette horreur , & charge le fidele Hubert
de l'exécuter. C'eft là une des fcènes que
M. Ducis a imitée de Shakefpéare. Mais
dans l'Auteur Anglais, Hubert n'e qu'une
ame lâche , qui cede plutôt par faibleffe
que par humanité aux carelles preffantes
d'un enfant. Dans la Piece Françaife ,
Hubert ne confent à remplir cet ordre
barbare que pour fauver les jours de fon
aimable pupille , que le Tyran ne refpecrerait
pas s'il voyait toujours fon Rival en
état de lui nuire. Le Roi bientôt ne veut
s'en fer qu'à lui - même , & c'eſt en ſa
préfence que le crime eft confommé. La
mere d'Arthur , confinée dans la Tour
fous le nom d'Adele , eft juftement choifie
pour garder un enfant qui lui eft fi cher.
On conçoit tont le pathétique de leur
réunion , lorfqu'elle le retrouve dans ce
cruel état. L'enfant reconnaît fa mere à
fa tendreffe cette tendreffe leur devient
fatale à l'un & à l'autre . Elle les décele
devant le Tyran , dans un interrogatoire
qu'il leur fait fubir.
DE FRANCE.
111
Ils font enfermés dans le Château de
Pomfret , lieu de profcription que l'Auteur
décrit d'une maniere fort reffemblante
à ce qu'était autrefois la Baftille . Hubert,
qui a fi mal fervi fon Maître , eſt enferiné
ailleurs . Cependant le Peuple fe fouleve ;
il délivre le Breton Kermadeuc , qui , à
fon tour , délivre Hubert. Mais pendant ce
temps , le Tyran envoie à Conftance & à
fon fils une coupe empoisonnée , & leurs
Libérateurs arrivent trop tard à leur fecours.
Jean eft vaincu , détrôné , livré à
fes remords , & ne jouit pas du prix de
fes forfaits .
Il y aurait des reproches à faire à la
contexture de cette Piece , où l'on trouve
des répétitions inutiles , des moyens qui
ne produifent rien , des invraisemblances
& des négligences de ftyle : mais on y
trouve auffi des détails pleins d'intérêt &
de fentiment , des vers énergiques & qui
partent du coeur , des fcènes très - bien
filées & remplies de pathétique ; en un
mot , toutes les beautés qu'on eft accourumé
à rencontrer dans les Ouvrages de
M. Ducis.
La Piece eft jouée avec un grand enfemble.
Mad. Veftris y porte au plus haut
degré l'expreffion de la tendreffe maternelle
, & M. Talma celle des foucis rongeurs
qui déchirent l'ame d'un Tyran ;
116 MERCURE
Mr. Monvel montre une fenfibilité profonde
dans le rôle très-noble & très-intéreffant
d'Hubert , & trouve le fecret de le
varier par ces détails que l'art dérobe à la
Nature, & que peu d'Acteurs ont fu allier
avec cette dignité inféparable de la Tragédie.
Une chofe plus étonnante peut - être ,
c'ift le talent auili vrai que précoce de
Mile . Simon , très - jeune débutante de
ce Théatre , chargée du rôle d'Arthur. A
tous les dons naturels de la figure & de
la grace , elle joint une fenfibilité bien rare
à fon âge , guidée par une intelligence plus
rare encore. En fuivant les confeils des
Hommes de Lettres diftingués qui paraiffent
s'attacher à ce Théatre , il ne nous
paraît pas douteux qu'elle n'en falfe un
jour la gloire & le principal ornement .
DE FRANCE.
VARIÉTÉ S.
DÉCOUVERTE INTÉRESSANTE.
M. GOUVENAIN , Citoyen de Dijon , propofe
une Scufcription pour l'exécution d'une
Découverte , qui confifte à garantir les Affignats ,
Billets de toute rature , & autres valeurs fictives
qui circulent dans le commerce des accidens
de vel , de perte , & même de fauffes fignatures
anxquelles ces fortes de propriétés font li fujettes.
Ce moyen eft très fimple : chaque porteur
de ces effets pourra l'employer lui- même
fans le fecours de perfonne , à fa volonté , fans
autres frais que ceux de premiere acquifition
& fans que , pour les Affigrats & autres effets
de ce genre , il en résulte aucune refponfabilité
envers les diverfis perfonnes entre les mains
defquelles ils circulent . On fent que dès-lors on
ne fera plus obligé de payer aux Poftes ou aux
Meffageries des droits confiderables pour leur
garantie , comme dans l'état actue'. ·
Par ce moyen , tout vol defdits effets ferait
infructueux à celui qui l'aurait commis ; & avec
certaines précautions dans le cas de perte , on
ferait rétabli dans fon droit , fans nuire à celui
d'autrui.
On devine aisément tous les avantages qui
réfulteraient de ce moyen pour la facilité des
échanges & des tranfactions de commerce d'un
bout du Royaume à l'autre , fans avoir aucun
accident à craindre , puifqu'on pourra , dans tous
MERCURE
les cas , reconnaître fi le porteur d'un titre quel
conque en eft le légitime poffeffeur.
Comme tous les Citoyens font intéreflés , mais
d'une maniere inégale , en raifon de leur fortune
& du genre de leurs affaires , aux avantages
de cette Découverte , M. Gouvenain propofe
de faire parvenir fes moyens à tous ceux
qui lui ferent pafler , port franc , leur foumilion
dans la forme fuivante :
" Je fouffigné , m'engage & promets de faire
» remettre à M. Gouvenain , à Dijon , la ſomme
» de .... lorfqu'il m'aura prévenu qu'il eft
fur le point de ne faire parvenir les moyens
» de jouir de fa Découverte annoncée dans fon
Profpectus , du 18 Juin 1791. Fait à ……..
35
Le prix laiffé en blanc n'excédera pas la fomme
de cinquante livres , mais pou a être beaucoup
inférieur fi le nombre des Sofiteurs eft confidérable.
On pourra lui envoyer des foumiffions
conditionnelles , en motivant que le prix
n'excédera pas la fomme de .... ( que l'on (pécifiera
. ) Si l'on fait attention à la fuppreffion de
chargement à la Pofte qui en réfaltera, on verra
qu'il y a un bénéfice réel à la Scufcript on demandée.
Pour raffurer les perfonnes qui auraient
des doutes fur l'efficacité de ces moyens , l'Auteur
s'engage à rendre l'argent à tous ceux qui ,
treis mois après la publication de ces moyens ,
pourraient prouver qu'ils n'ont pas la sûreté
qu'il leur attribue . Si quelque Maifon de Commerce
, pour en jouir plus tôt , voulait traiter
avec lui , il offre de fe rendre au lieu indiqué ,
pourvu qu'on s'engage à lui payer fon voyage ,
dans le cas où l'on ne conviendrait pas de prix.
M. Gouvenain prie les perfonnes qui ont fen
Profpecus , de le répandre le plus qu'elles pourDE
FRANCE. I
ront . I fe donne gratis , à Paris , chez Gattey ,
Libraire , au Palais- Royal ; & Crapart , place St-
Michel. Il en fera paffer , francs de port , à ceux
qui lui en demanderont par des lettres affranchies .
NOTICES.
Connaiffance des Temps , à l'ufage des Aftronomes
& dis Navigateurs avec des Addit ons
pour l'année bifextile 1792 , publiée par ordre
de l'Académie des Sciences ; par M. Méchain ,
de la même Académie . A Paris , de l'Imprimerie
Royale ; & fe trouve chez Moutard , Imp-Lib.
de l'Académie des Sciences , rue des Mathurins ,
Hôtel de Cluni.
On trouve chez le même Libraire los Ouvra→
ges fuivans :
Avis au 48 Sections , fur la Formation d'un
Corps Electoral pour procéder à lélection des
Députés de Département à l'Affemblée Nationale ,
de la feconde Légiflature ; par M. Loifeau , Auteur
du Journal de Conftitution & de Légiflation .
Réponse à la Lettre de Guillaume - Thomas
Raynal , adreffée à l'Affemblée Nationale , & qui
a été lue le 31 Mai 1791 ; par le même .
Secrets concernant les Arts & Métiers ; Ouvrage
utile , non feulement aux Artiftes , mais
encore à ceux qui les e . ploient. 4 gros Volumes
in-12 .
Cet Ouvrage contient un grand nombre de
détails fur les Arts , de Procédés , de Recettes
qu'on ne trouve point dans les Recueils de ce
genre , & qui conftatent la grande utilité de
celui - ci.
2 .
720 MERCURE
DE FRANCE
.
GRAVURES.
Tableaux de la Révolution Française , ou Collection
de 48 Gravures , repréfentant les événemens
principaux qui ont eu lieu en France depuis
la transformation des Etats- Généraux en Astembiée
Nationale. Le texte fera imprimé avec des
caracteres de M. Didot lainé , fur papier vélin
fuperfin , grand in- folio . Tous les mois il paraîtra
, à dater du 15 du préfent , une Livraison
contenant 2 Gravures & environ 8 pages de Dilcours
, compofé par Claude Fauchet , Evêque du
Calvados. Chaque Livraifon coûtera 6 liv . peur
Paris , & 7 liv. 4 f. pour les Départemens ; le
tout fianc de port.
S'adreffer à M. Briffault de la Charprais , Banquier,
rue Saint- Honoré , en face de celle Saint-
Florentin , N °. 374 ; ou à Madame Lefclapart ,
Libr. rue du Roule , N. 11. On ne donnera
d'argent qu'en recevant chaque Livraiſon.
A VIS.
Le Public eft averti qu'il fe débite chez plufieurs
Libraires , & notamment au Palais - Royal ,
une contrefaçon du Roman de Faublas , que
nous avons annoncé derniérement ; on veut la
faire paffer pour la bonne édition . Cependant il
eft aité de reconnaître cette contrefaçon au papier
très-commun fur lequel elle eft faite . L'Auteur
de Faublas déclare qu'il n'avoue que l'édition
qui fe trouve chez M. Bailly , Libraire , rue St-
Honoré , vis- à- vis la Barriere des Sergens.
TABLE.
LA Réfiftance inutile. 85 | Spectacles.
Charade , Enig. Log.
Rapport.
88
Variétés.
Le Philinte de Moliere . ୨୦
109 Notices.
333
117
119
MERCURE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
SUÈDE.
De Stockholm , le 27 Juin 1791.
La faifon s'avance , & aucune flotte n'a
encore paru dans la Baltique. Cette mer ,
dès la fin d'Août , devient impraticable
pour les gros vaiffeaux , par l'approche de
l'équinoxe & des mauvais temps . Il n'eft
donc guère probable qu'une campagne
s'ouvre , de ce côté , de toute l'année ; les
efpérances que la paix du Nord ne fera
point troublée fe confirment donc chaque
jour. Les ordres qu'on vient d'adreffer
dans les ports & dans les chantiers viennent
encore à leur appui : ils prefcrivent de faire
ceffer tous les préparatifs militaires qui
avoient été commandés ; ce qui fuppofe
de la part de notre Gouvernement , la
Nº. 29. 16 Juillet 1791 . H
(170 )
certitude des intentions pacifiques des
autres Cours intéreffées. Notre elcadre de
galère eft toujours à la côte , & rien n'annonce
qu'elle doive s'en éloigner.
On vient de donner cours à des billets
de la valeur de 16 fchellings , pour faciliter
les échanges , & fuppléer aux efpèces.
On affure que cette opération du comp
toir d'Etat à jufqu'à préfent l'approbation
de tout le monde , & que ces petits billets
jouiffent de la plus grande confiance
POLOGNE.
De Varfovie , le 25 Juin 1791.
L'affaire de Mittau & le projet de for
mer la Courlande en Palatinats a occupé
la Diète dans les premières féances du
mois : il n'y a encore rien de décidé. Voici
de quoi il eft queftion par rapport au premier
de ces objets. La Cour de Ruffie s'eft
habituée à entretenir à Mittau un Corps de
100 à 150 hommes de troupes ; cette efpèce .
d'acte de Souveraineté a été dénoncé à
la Diète mais il a été obfervé par
quelques Nonces que ce Corps de troupe.
n'étoit que pour la garde du Réfident ,
Ruffe à Mittau . On n'en a pas moins paru
craindre que la Ruffie ne regardât cet ulage
comme une forte de titre de Souveraineté,
* l'on a dû domander au Miniftre, de
+
( 170 ) \
Ruffie à Varfovie qu'il fit connoître lo
prétentions de fa Cour à cet égard.
Depuis on a porté à la Diète une autre
dénonciation contre le Duc de Courlande,
que l'on affure favorifer les prétentions de
la- Ruffie , & chercher à fouftraire ce fief
à la Souveraineté de la Pologne . Plufieurs
Miniftres de la République , réfidans au
près des Cours étrangères , ont écrit qu'on
ne devoit négliger aucuns des moyens
propres à confolider la nouvelle Conftitu
tion, & à prévenir les démarches des Puif
fances qui auroient quelqu'intérêt à la fairò
échouer. On aflure que ces avis annoncent
qu'il a été envoyé , pour cet objet , da
fommes confidérables à Varfovie.
Par le rapport de la Commiffion da
Tréfor , préfenté à la Diète les 9 & 1o de
ce mois , il réfulte que les dépenfes fixes ,
excèdent les revenus de cinq millions ,
ce qui , joint aux dépenses extraor
dinaires que doivent occafionner les cir
conftances actuelles , met les finances de la
République dans un affez mauvais état. I
été décidé de nommer une Commiffion
ou Députation chargée d'avifer au moyen
d'éteindre ce déficit, & d'augmenter les ra
venus publics.
311
¡
De Vienne , le 25.Juin, zeb neons
ab
Depuis l'interprétation de la convention
H &
( 172 )
de Reichenbach , par les Plénipotentiaires
Impériaux , ou plutôt l'extenfion qu'ils ont
donnée au fens du ftatus quo , qui avoit
fervi de bafe à ces conventions , les Miniftres
Ottomans n'ont femblé affifter aux nés
gociations , que pour donner au Grand
Vifir le temps de remonter fon armée , &
de fe mettre en état d'apporter quelques
modifications , par le fuccès des armes ,
aux demandes refpectives de notre Cour
& de celles de Pétersbourg.
Quoi qu'il en foit de cette conjecture ,
l'on s'apperçoit par ce qui vient de fe paffer
à Siftowe , & qui en a amené la féparation
, que la Porte n'a jamais eu l'intention
d'accéder aux conditions qui y ont été
propofées par les Miniftres-Médiateurs. Dès
le 19 Mai, on s'apperçut de l'éloignement de
la Porte pour reconnoître les droits que prétendavoir
la Maifon d'Autriche fur le vieux
Orfowa & le Diftrict de l'Unna ; & dans la
conférence du 7 Mai , il fut tout - à - fait
prouvé que l'on n'avoit rien à attendre des
négociations , tant qu'on tiendroit à ces
conditions principales , ainfi qu'à la ceffion
d'Oczakow à la Ruffie. Auf les Plénipotentiaires
Autrichiens déclarèrent- ils , dès
ce moment , au Miniftre Ottoman , que ,
puifque la Porte ne vouloit entendre à
aucun des accommodemens propofés , leur
préfence devenoit inutile à Siftowe, & que
dailleurs l'armistice étant fur le point d'ex((
173 )
pirer , ils jugeoient à propos de fe retirer
dans la Valachie.
A cette déclaration , le Miniftre de la,
Porte répondit qu'il alloit expédier un
Courier au Grand - Vifir , pour lui faire part
des intentions des Miniftres Autrichiens
& qu'en conféquence il demandoit deux
jours , avant de pouvoir donner une réponſe
décifive. On y confentit , le Courier
fut expédié , & revint le lendemain. On
tint alors une nouvelle conférence ; le Miniftre
Turc y fit connoître très -formellement
l'intention de la Porte , de ne jamais
accepter l'interprétation du ftatus quo donnée
par les Miniftres de l'Empereur , ni de
confentir à aucune des ceflions demandées .
En conféquence de cette réponſe , les Piépipotentiaires
Autrichiens fe font retirés
de l'Affemblée , & ont notifié leur départ
aux Miniftres - Médiateurs , en ajoutant
qu'on ne devoit point regarder abfolument
leur déniarche comme une rupture du Congrès
; qu'en fe retirant à Buchareft , ils fe
tiendront toujours prêts à retourner à Siftowe
auffi-tôt que les Miniftres de la Porte
auront déclaré leur intention de figner les
articles qui font la bafe du ftatus quo réclamé.
Cet incident & plus encore les mouve
mens de l'arinée Turque , fa difpofition &
fes forces , qui , quoiqu'audeffous de ce
qu'on les fait , peuvent , d'un moment a
H 3
( ( 74 )
C
Pautre , faire changer la face des chofes ,
ont décidé l'envoi de plufieurs corps d'ac
née & des difpofitions de défenfe fur
Jes frontières. Plufieurs régimens qui étoient
en Hongrie & en Tranfylvanie , ont reçu
les ordres de fe rendre en Valachie. Il eft
parti d'ici une divifion de Pontonniers ,
qui doivent fe rendre à Belgrade avec quelques.
Compagnies d'Artilleurs. L'achat de
vivres & fourrages néceffaires pour l'armée
a été aui ordonné ; on iève des Corp
de Volontaires , & tous les ordres font
donnés , comme fi la guerre étoit inévitable.
Les Hongrois , qui ont toujours paru
mécontens des derniers arrangemens avec
les Turcs , & qui ont voulu avoir un repréfentant
aux conférences de la paix , marquent
le plus grand empreffement à recommencer
la guerre , & s'offrent de fournir
un Corps d'armée confidérable.
Les dernières nouvelles reçues de la
Valachie annoncent que fix bataillons d'infanterie
Autrichienne & un régiment de
Huffards campent vis -à-vis de Sileftric , &
qu'on y a établi des batteries pour empêcher
le paffage des Turcs ; que les troupes
Ruffes ont paffé le Danube près de Gallacz ,
& que le Grand-Vifir qui eft toujours à
Schiumla , a détaché un corps de troupes
vers Maczin , avec ordre de chaffer les
Ruffes qui font de ce côté. Ainfi , fuivant
cet avis , voilà deux corps d'armée qui
( 175 )
vont fe trouver en préfence , chacun avos
l'intention d'éloigner l'autre , & on doit en
Conféquence s'attendre à quelqu'évènement.
A
Ce ne feroit point la première fois au
refte que la paix fe feroit faite au moment
où la guerre paroiffoit devoir recommencer
avec plus d'opiniâtreté. Malgré tous co
mouvemens on ne doit point la regarder
comme abfolument perdue de
vue. D'ailleurs il femble y avoir quelque
convenance politique de fa part des Turcs
à développer encore de grands moyens ,
foit pour obtenir de meilleurs termes dans
les négociations , foit pour relever le cou
rage des peuples , & empêcher qhills no
regardent les conditions de la paix abfo
lument comme dictées par la fupériorité
des forces étrangères.
Jufqu'actuellement on ne fait point
ces circonftances hâteront le retour
T'Empereur ; fon féjour en Italie paroit l'
attacher à quelque grand intérêt , & d'ail
leurs l'Archiduc fe conduit en fon abfence
avec beaucoup de prudence & une maturité
de confeil qui femble au - deilus de
fon âge.
ALLEMAGNE.
De Berlin , le 25 Juin .
Le général Mollendorf eft parti pour
H 4
7176 )
l'armée qui eft en Pruffe , & l'on a expédié
au moment de fon - départ plufieurs eftafettes
, tant pour ce Royaunie que pour la
Poméranie. On n'en doit pas conclure
cependant que ces démarches annoncent
une rupture décidée ; cent motifs peuvent
avoir donné lieu au départ de ce Général
& à l'envoi des couriers ; mais d'une
manière ou d'une autre , avant peu , l'on
doit connoître le réfultat & la fin de ces
mouvemens alternatifs & tantôt directs ,
tantôt rétrogrades des Puiffances armées de
l'Europe.
De Francfort-fur-le-Mein , le 9 Juiller.
On conçoit difficilement comnient , au
moment où la paix du Nord paroît affurée,
où tout femble indiquer que la Porte abandonnée
, va fe trouver livrée à fes propres
forces , elle fe foit montrée fi opiniâtre
dans les négociations de Siftowe , & faffe
aujourd'hui paroître tant d'empreffement à
recommencer les hoftilités. Cette politique
de fa part paroît d'autant plus énigmatique
que l'on ne regardoit la conftance des Turcs
à continuer la guerre malgré leurs pertes ,
que parce qu'on leur fuppofoit l'efpoir de
trouver de nouvelles reffources dans la diverfion
en leur faveur qu'auroient pu faire
l'Angleterre & la Pruffe. Mais aujourd'hui
ces efpérances font tombées ; la dernière de
( 177 )
ces Puiffances a tout à coup fufpendu la
marche de fes préparatiís , & des intérêts
plus directs que ceux qui la lient avec
la Porte Ottomane , femblent lui preſcrire
non- feulement de ne point s'engager dans
aucune guerre avec la Ruffie , mais encore
de fe conferver en bonne intelligence avec
elle. Quant à l'Angleterre , guidée toujours
par l'intérêt de fon commerce , elle aura dû
Te relâcher fitôt qu'on aura pu lui offrir
dans le Nord des avantages fupérieurs à
ceux qu'elle auroit pu retirer de fon intervention
en faveur des Turcs.
Tout paroit donc faire croire que ceuxci
n'auront aucun allié dans la guerre qu'ils
femblent difpofés à continuer, fi commie on
l'affure, & comme on a lieu de le penfer, les
Polonois n'ont voulu , à aucun prix , faile
avec eux un traité d'alliance offenfive .
Il faut donc croire qu'ils comptent faire
changerles difpofitions politiques des Cours
par le fuccès de leurs armes. Ce qu'il y a de
certain c'eft qu'ils ont tenté déja le paffage
du Danube , malgré les conféquences qu'ils
devoient bien penfer qu'on en tireroit. Six
cents hommes du corps d'armée pofté dans
les environs de Siliftrie étoient parvenus
même de l'autre côté du fleuve , lorfque
plufieurs détachemens Autrichiens fe font
préfentés & les ont forcés à repaffer le pont.
Jufqu'actuellement l'on n'a point connoiffance
que ce mouvement ait eu d'autres
HS
( 178 )
fuites. L'on fait feulement que les troupes
Ottomanes ont pris des pofitions très - avantageufes
, & qu'elles peuvent également fecourir
Braïlow , Varna , Siliftrie & fe porter
par- tout où l'attaque & la défenfe pourroient
l'exiger. Il faut attendre ce que ces
difpofitions deguerre ; après tant de conférences
pour la paix , fignifient , & ce qu'elles
produiront.
Onmande de Vienne que l'on y a défendu
Pimpreffion & la diftribution que fe propofoit
de faire la Société typographique
d'Italie , du Bref du Pape , concernant la
fufpenfion du nouveau Clergé de France .
La Régence d'Augsbourg a fait publier
qu'ayant été inftruite qu'un particulier avoit
trouvé le moyen de contrefaire les affignats
de France , elle avoit pris les mesures convenables
pour empêcher cette fraude,& prévenir
qu'on ne tente une entrepriſe aufli
criminelle dans la ville d'Augsbourg à
l'avenir.
De Bruxelles , le + Juillet.
L'inauguration des Gouverneurs - Généraux
a eu lieu le 30 Juin , comme on l'avoit
annoncé. Cette cérémonie s'eft faite avec
la pompe & la magnificence ordinaires ;
toutes les villes y ont donné leur confentement
, malgré les manoeuvres d'un parti
ennemi de toute tranquillité , & qui peut(
179 )
être efpéroit , dans la réfiftance de quelques-
unes d'elles , trouver des fujets de prolonger
les défordres & la divifion . La ville
d'Anvers a été la dernière à fe réunir aux
autres , & ce n'a été que le 28 qu'elle a
donné fon confentement.
Les Princes François réfugiés ici , ont eu
quelques conférences entr'eux. Un grand
nombre d'émigrés fe font préfentés chez
eux , & en ont été bien reçus ; il y a eu des
affemblées très - nombreuſes , où toute cette
Noblefle Françoife , diftinguée par l'amour
de fes Rois , s'eft empreffée de témoigner
à Monfieur & à fon frère la joie qu'elle avoit
de les voir ; elle leur a marqué le plus grand
dévouement , ainfi qu'une éternelle fidélité
au Monarque malheureux dont ils leur rappellent
l'image.
On ignore au refte les déterminations des
Princes & de ceux qui s'y font attachés ;
on parle de répartir les émigrés en diffé
rentes villes , pour en former des Corps
Militaires qu'on employeroit au befoin ;
mais fur tout cela il n'y a encore rien de
bien arrêté , & tout paroît fubordonné à des
mefures fupérieures.
GRANDE-BRETAGNE.
De Londres , les Juillet.
Nos Papiers publics fe rempliffent de
H6
( 180 )
toutes les folies que les Feuilles Françoifes
multiplient chaque jour , & nos Journa
liftes les copient avec la plus grande exactitude.
De fà , les bruits contradictoires , &
fouvent ridicules , qui fe répandent fur les
évènemens , & qui font que , malgré la
multitude de Journaux ce n'eft que longtemps
après que l'on peut parvenir à favoir
quelque chofe d'exact & de certain .
Le départ du Roi de France , fon arreftation
, ce qui s'en eft enfuivi offrent la preuve
la plus complette de la jufteffe de cette
obfervation . On a porté le manque de
critique jufqu'à rapporter des bruits popu
laires pour des Décrets de l'Affemblée , &
des Délibérations de Clubs pour le voeu de
la Nation Françoife. C'eſt ainſi qu'on a dit
qu'il avoit été décidé que la Reine feroit
miſe à l'Abbaye du Val - de-Grace , que le
Roi feroit placé ailleurs , & la royauté
déformais détruite feroit place à une
République. On a dit encore que le Roi
de France avoit écrit à fon Ambaffadeur ,
àLondres, de fe rendre aux fêtes que lesClubs
doivent donner le 14 Juillet à l'occaſion de
la Révolution , & cent autres contes de
cette espèce . On doit dans ces momens de
factions fe défier beaucoup des paragraphes
de Journaux & des prétendues nouvelles
fabriquées dans le fens des partis qui en
foudoyent les Auteurs.
La flotte n'eft point fortie ; la divifion
( 181 )
-
aux ordres de l'Aniral Hotham que l'on
avoit crue & annoncée comme partie , eft
reftée. Il eft certain aujourd'hui que Sa
Majefté fe rendra dans l'Ile de Wight pour
jouir du coup d'oeil de cette magnifique
flotte. Il n'y aura point de revue propre
ment dite , mais le Roi parcourra la ligne ,
accompagné des Officiers - Généraux de
l'armée & de fes fils . On croit que la Reine
ni aucune des Princeffes ne s'y trouveront.
Le Duc de Gloucester a d'avance joui
du fpectacle magnifique de ce fuperbe armement,
un des plus complets & des mieux
tenus que jamais ait eus la marine Angloife.
Après avoir longé la ligne des vaiffeaux ,
tous ornés de leurs flammes & pavillons ,
fon Alteffe s'eft rendue fur le Victory , où
étoit le pavillon Amiral , & il a été falué
de vingt-un coups de canon par chaque
vaiffeau.
L'on n'a point encore de nouvelles certaines
des négociations relatives à la ceffion
d'Oczakow & du parti auquel fe décidera
l'Impératrice. Des lettres particulières annoncent
feulement que notre Envoyé auprès
de cette Cour , à eu fon audience publique
quelques jours après fon arrivée ,
& que l'Impératrice ne faifoit paroître aucune
inquiétude des diverfes méfures qu'on
prenoit relativement à la guerre actuelle; on
ajoute qu'elle a donné à connoître qu'elle
n'entendroit à aucun arrangement , que fous
( 182 )
la condition préalable de la ceffion d'Oczakow.
On annonce encore que la flotte Ruffe
eft à Cronstadt , foas le commandement de
P'Amiral Krufle , & qu'elle eft compofée
de trente trois vaifleaux de guerre , de ſeize
frégates & vingt- deux cutters.
L'on a reçu plufieurs lettres de l'Inde ,
qui toutes confirment les difpofitions de
l'armée aux ordres du Général Cornwallis ,
Pour attaquer Tippoo dans fes Etats . Une
de ces lettres adreflée , par le Confeil
& le Gouverneur du fort St. Georges , à la
Cour des Directeurs de la Compagnie des
Indes , en date du 16 Février 1791 , annonce
le départ de l'armée des environs
de Madras , où elle fe tenoit pour fe rendre
à Vallore . Elle s'eft mife en marche
les Février , & eft arrivée à fa deftination
le 11. A cette époque , le Général Cornwal
lis fe propofoit de fe diriger fur Chittoor &
Moglée ; il penfoit qu'il pourroit arriver
an défilé qui fe trouve fur le chemin de
Bengalore vers le 20 au 21 , & que delà il
s'avanceroit fur cette place qu'il croyoit
pouvoit inveftir les Mars .
Lorfque l'armée Angloife s'eft approchée
de Madras au commencement de Janvier
, l'ennemi , qui canipoit près de Tiagar,
s'eft promptement éloigné, & cít allé
attaquer Permacoil , qu'il a prife avec la
foible garnifon de Cipaïs qui la défen(
183 )
doit ; il s'eft emparé auffi du fort de Trepatore
, fitué dans le pays de Baraniau !,
mais que l'on dit de peu d'importance.
L'oi fit que la Cour de Madrid a montré
la meilleure volonté , non- feulement
d'indemnifer les Marchands des pertes qu'ils
ont faites par fuite des hoftilités commifes
a Nootkafund , mais encore d'évaluer à
qui peuvent fe monter celles qu'a du cccafionner
la fufpenfion du commerce qu'ils
auroient pu faire entre Nootka & la Chine;
commerce que les Efpagnols ont fait pendant
ce temps à leur grand avantage . Ce
font MM. Woodford & de la Pieras , le
premier nommé par notre Cour, le fecond
par celle de Madrid , qui font chargés d'eftimer
les indemnités qui peuvent être dues
par Sa Majefté Catholique , pour les caufes
que nous venons d'expofer. Il eft convenu
en outre que , fi les Commiffaires nonimés
de part & d'autre ne conviennent pas des
indemnités à accorder , il fera nommé par
quelque Puiffance en bonne intelligence
avec les deux Cours , un troifième Commiffaire
à l'arbitrage duquel on s'en rapportera.
C'est donc bien à tort que des bruits fe font
répandus que la méfintelligence régnoit
entre les Cours de Londres & de Madrid
au fujet de ces indemnités , & que cette
affaire ne fe termineroit point aifément. Il
n'eneft pas moinsvrai que les fonds ontbaiffé
le premier Juillet à la bourſe , fi- tôt qu'on
( 184 )
a fù l'arrivée de Madrid de M. Hammond,
Secrétaire de légation auprès de cette Cour .
Mais cet effet eft toujours produit par tout
événement inattendu & difficile à expliquer
d'abord.
FRANCE.
De Paris , le 6 Juillet.
ASSEMBLÉE
NATIONALE,
Lifte de ceux qui ont été portés pour la place dø
Gouverneur du Dauphin.
MES
STIRS
Agier , préfident d'un tribunal de diftrict de
Paris ; Allonville ( d' ) , ci devant chevalier 5
Amand d'Aupeley de Breteuil , département de
l'Eure ; Auger ( l'abbé ) , de l'académie des infcriptions
: Bâcon , électeur ; Barberin , colonel
d'artillerie ; Baudin , maire de Sédan ; Béranger ,
auteur de l'efprit de Mably ; Bernardin- de-Saint-
Pierre , auteur des études de la nature ; Berquin ,
auteur de l'ami des enfans ; Beugnot , Procureurfyndic
du département de l'Aube ; Bigot- de-
Prémaneu ; Bochard de Sarron ; Boſſu ( l'abbé ) s
Bouchage ( du ) , officier d'artillerie de la marine s
Bougainville (de ) ; Bourbon - Conti ; Bret , place
des victoires ; Brouffonnet , fecrétaire de la fociété
d'agriculture ; Callet , principal du collège de
Vannes ; Cérutti ; Charroft-Béthune ( ci-devant
duc ); Chateaugiron ( de ) ; Coadjuteur de Sens (le) ;
Coëtlogon ( Emmanuel de ) ; Condorcet; Cofte ,
( 185 ).
maire de Verfailles ; Croi ( ci - devant duc de s
Dacier, fecrétaire - perpétuel de l'académie des
belles- lettres ; Defmares-de- Gaccy , du département
de l'Orne ; Defpaulx , directeur en chef de
la ci- devant école militaire de Sorreze ; Devon -de-
Forbonnais ; du Caftel , homme de loi , à Rouen;
Ducis; Dduit- de- Romainville , ci-devant gouverneur
des pages ; Duménil ; Dupori-du- Tertre
Duverger ; Duverryer , fecrétaire du fceau ; Fleurieu
; François de Neufchâteau ; Garran-de- Coulon ;
Geres- aquey , du département de la Gironde ;
Guitton- Merveau , procureur- général- fyndic du
département de la Côte-d'Or ; Harcourt ( d' ) ;
He alt de Sechells ; Herbouville ( d' ) , préfident
du département de Rouen ; Hom , homme de
lot ; Jourdan , ci- devant préfident du district das
Petits -Auguftins ; Kerfain , de Ereft ; la Cépède,
adminiftrateur du département de Paris ; la
Cretelle ; Lafond , médecin ; Lametherie , frèr
du député ; Leger ou Legier , juge de paix de
la fection des poftes ; M. Lehoc , commandant
le bataillon de la garde nationale de Paris ; Leroi,
de l'académie des Sciences ; Maithe , procureurgénéral-
fyndic de la Haute- Garonne ; Malesherbes,
ancien miniftre ; Mariette , caiffier des ponts &
chauffées ; Mayot , membre du département de
Paris ; Mollien , rue de la Michodière ; Mongés,
de l'académie des fciences ; Montbel ; Montciel ,
maire de Dôle ; Montmorin , miniftre ; Morel de
Vindé , juge d'un tribunal de diftrict de Paris ;
Necker; Noël , rédacteur de la Chronique ; Ormeſſon
( d' ) , ci- devant contrôleur général ; Paftoret,
procureur- général-fyndic du département de
Paris ; Perron , officier municipal de Paris ; Picyres ,
deNimes , auteur de l'école des pères ; Pujet (du) ,
colonel d'artillerie ; Quatremer de Quincy ; Quef-
J
( 186 )
nay de Saint- Germain ; Roucher , préfident de
La fection de Saint-Etienne- du - Mont ; , Sainte
Croix , miniſtre en Pologne ; Saint- Martin' ,
auteur du livre des erreurs & dela vérité ; Séguin ,
évêque de la métropole de l'Eft ; Ségur , ambaffadeurà
Rome ; Servan , ancien avocat-général ;
Siccard ( abbé ) ; Terrède , médecin à l'Aigle , département
de l'Orne ; Tremblay ( du ) , adminiftráteur
du département de Paris ; Valence ; Valforts
Vandauvre; Vauvilliers ; Vergennes , commandant
de bataillon ; Villes ( de ) , ancien fermiergénéral.
Fait & arrêté par nous , fecrétaires de l'Affemblée
nationale , à Paris , ce premier juf
let 1791 .
Signés , GRENOT , LECARLIER , MAURIET.
Dufamedi , féance du ſoir.
M. Bérenger a pris l'engagement de payer la
folde annuelle de l'un des gardes nationales qu'on
enverra fur les frontières . Cette marque decivilme
a été juftement applaudie .
L'Affemblée a reçu le ferment de quelques
officiers . Les commis de la caiffe de l'extraordinaire ,
admis à la barie , ont offert d'entretenir 30
hommes armés. Des députés des gardes nationales
de Châtillon font venus protefter de leur
zèle à défendre la conftitution ; «le plus beau
chef-d'oeuvre qui foit forti de la main des hommes ,
puifque l'évangile n'en eft pas » , phrafe de Fontenelle
(fur le livre de l'Imitation ) , que leur orateara
fort heureufement appliquée , fans le citer ,
à un ouvrage que ce bel-efprit ne prévoyoit pas.
Le préfident a répondu à ces difcours , & les a
payés des honneurs de la féance .
Quatre-vingt- fept lettres arrêtées , au retour
( 187 )
de Jerfey , fur le bâteau d'un particulier fufpect ,
difent les adminiftrateurs de Saint - Malo , fort
adr ffées au préfident de l'Affemblée nationale .
En railonnant en fimple citoyen , M. Bouche
aurait demandé , comme un autre , que ces lettres
faffent religieufement remifes à leurs adreffes ,
mais en qualité d'homme public , d'homme d'état ,
de lég flateur , il a propofé de les renvoyer au
comité des recherches , & fon avis eft devena
un décret.
Le commis de la pofte , au contre - feing de
1'emblée , a fait remettre au préfident un panier
plein de gros paquets , en déclarant que celui
de MM. les députés qui l'a remis , n'en envole
pas moins toutes les fuis qu'il vient au contr
fing. Cet abus a porté M. Voidel a réclamér
fuppreffion du contre -feing de l'Affemblée .
M. Bigat a penfé que les municipalités & les
corps adminiftratifs ne fe refuferoient pas à payer
le port des paquets qui leur feroient envoyés ; cette
opinion a excité de longs murmures . Il a affuié
que c'eft à la faveur du contre- feing qu'on adrefle
des libelles à tous les énergamènes des départemeus
; mais aujourd'hui l'efprit de parti app! que
aveuglément les mêmes dénominations aux objets
les plus différens . Pour lever l'équivoque , M.
Blauzata cru pouvoir ajouter que l'ancien évêque
de Clermont n'a gâté le département du Puyde-
Dône que par ce moyen - là . Le nom de ce
prélat explique affez bien les mets libelles &
énergamènes . L'impartial opinant a conclu à ce que
les paquets fuffent envoyés fans franchife à leur
adreffe .
Il ne s'agit point , a répondu M. Barnave ,
de favoir fi une poignée d'ariftocrates recevront
ou non des libelles qui leur parviendront tout
( 188 )
jours , ni fi la poſte ou la nation gagneront ou
non deux ou trois cents mille lives ; mais fi
la fuppreffion du contre-feing n'ôtera pas aux
membres de l'Affemblée fiacèrement attachés à
la conftitution , la faculté d'éclairer leurs commettans
fur les véritables principes de la moharchic
, que tant de gens égarés par un patriotifme
mal-entendu , & par les efforts de la malveillance
attaquent de toute part. Je demande que
fur la propofition de M. Voidel on paſſe à l'ordre
du jour. On eft paffé à l'ordre du jour.
גכ
Une députation de 500 invalides eft venue
prêter le nouveau ferment , & leur orateur a dit
que quoique vieillis fous les drapeaux du defpotifme
ils verferoient avec ardeur le refte de
Jeur fang pour la liberté . « Qu'ils ofent dong ſe
montrer , s'eft écrié le préfident , ces ennemis
de votre repos , ces hommes foudoyés par des
tyrans. Vous faurez leur prouver que les infir
mités d'un homme libre peuvent réfifter aux forces
d'un efclave armé , & qu'animé par l'amour de
la patrie , un foldat françois n'a pas d'âge .
Trois à quatre mille écoliers de tous les col
léges de Paris , fous la conduite de leurs nou
veaux maîtres ont fuccédé aux invalides , ont
harangué , défilé & juré de mourir pour la
conftitution. Des applau diffemens des aris
de joie ont fignalé cet enthousiasme. Tous les
difcours & les réponſes du président feront im
primés par ordre de l'Affemblée .
M. Beaudron offre 300 livres pour fa contribution
volontaire à la folde des foldats - citoyens
qui marcheront contre les fatellites du defpotiſme,
On lui défère les honneurs de la féance .
Une lettre de MM. Régnault de St. Jean-d'Anx
gely , de Toulongeon , la Cour d'Ambefieux , com(
189 )
miffaires de l'Affemblée envoyés dans les départemens
du Doubs , du Jura & de la Haute- Saone ,
datée de Befarçon du 23 juin , annonce , air fi
que toutes les autres , les meilleures difpofitions
de la part des troupes de ligne , des gardes nationales
, des citoyens , & la preftation du ferment.
De pareilles affurances de plufieuis adminiftrateurs
de départemens , de diftricts , de
municipaux , de fociétés d'amis de la conftirution
, de Longwy , Sarrelouis , Péthiviers , Vannes ,
Bois- commun , Caen , Chartres , Nancy , Dijon ,
Sens , Sedan abſorbent le temps de l'Affemblée ,
& la municipalité de Marfeille y joint des actions
de grace pour le décret en faveur des gens de
couleur , les gardes nationales de cette ville
offrent de fe tranfporter dans les colonies , pour
y maintenir les décrets , & de traverfer le royaume
pour défendre les frontières.
e Meffieurs , a dit M. de la Fayette , qui
arrivoit alors dans la falle, je reçois de Luxembourg
, fous le cachet de M. de Boullé , deux
exemplaires imprimés de fa lettre à l'Aſſemblée ;
fi les projets qu'il annonce fe réalifoient , il
me conviendroit mieux , fans doute , de le combattre
que de répondre à fes perfonnalités . Co
n'eft donc pas pour M. de Bouillé qui me calomnie
, ce n'eft pas même pour vous , Meffieurs
, qui m'honorez de votre confiance , c'eſt
pour ceux que fon affertion pourroit tromper ,
que je dois la relever ici . On m'y dénonce comme
ennemi de la forme du gouvernement que vousavez
établie ; meffieurs , je ne renouvelle point
mon ferment , mais je fuis prêt à verfer mon
fang pour le maintenir ( on applaudit ) . "
*Sur 426 votans , M. Charles de Lameth a em
249 voix pour la préfidence.
( 190 )
M. d'Arraing a demandé que tous les officiers
ci-devant de fortune , fallent payés fans délai
de leurs penfions échues , fans égard à la date
des brevets , & que l'on rapprochât l'époque
des penfions de ces braves militaires . Sa récla
motion a été renvoyée au comité .
Les quatre décrets fuivans ont été rendus fang
difcuffion :
« L'Affemblée nationale décrète que les per
fions portées aux deux états annexés au préfent
décret , & dont le montant eft de 12,981 liv . 9 fou
4 deniers ; & mifes à la charge du fermier des
meffageries par le bail du 4 février dernier , feiont
acquittées par ledit fermier , conformément aux
claufes de fon bail, »
« L'Affemblée nationale , confidérant la néceflité
de fubvenir aux penfionnaires fur le fort
defquels il n'a pas encore pu être ftatué nominativement
, foit par provifion , foit définitive
ment , décrète que les décrets par elle précédemment
rendus pour procurer aux ci- devant per
fionnaires des fecours pour l'année 1790 , notam
ment les décrets du 3 août 1790 , Jes 9 & 11
janvier , & du 20 février dernier , auront leur
exécution , pour l'année 1791 , dans les mêmes
termes , aux mêmes conditions , & en outre aux
conditions fuivantes :
>
ec 1 ° . Les perfonnes qui le préfenteront pour
recevoir lefdits fecours , feront tenues de juftifier ,
aux termes du décret du 24 juin dernier , de leur
domicile actuel & habituel dans le royaume
ainfi que de la quittance de leurs impofitions & du
paiement des deux premiers termes de leur contribution
patriotique , ou de la déclaration qu'elles
n'ont pas été dans le cas de faire une contribu
tion patriotique. »
( 191 ) .
* 2°. Lefdites perfonnes feront tenues de dédarer
expreflément dans la quittance qu'e les donneront
du fecours qui leur fera payé , fi elles
Le préfentent en perfonne pour le recevoir , on
dans la procuration qu'elles donneront à cet effet ,
qu'elles n'ont aucune penfion dont elles touchent
les arrérages , en tout ou en partie , à quelque
titre que ce foit , ni aucun traitement d'activité. »
3. Les fecours fur l'année 1791 , feront
payés en deux partics : la première , à compre
de ce jour pour les fix premiers mois ; la fe
conde , à compter du premier janvier prochain
pour les fix derniers mois. »
4° . Le directeur - général de la liquidation
fera dans le plus court délai poffible , fon rap
Fort des perfonnes qui ayant rendu des fervices
à l'Etat , n'ont été récompenfées que de penfion ..
inférieures à la fomme de 150 livres . »
« Et dès à préfent décrète que fur le fonds
de deux millions deſtinés aux gratifications pour
l'année 1790 , il fera payé à François Aude ,
ancien carabinier au régiment royal des carabiniers
, la fomme de 10,000 livres , en confidéation
de la prife qu'il a faite du général Ligonier ,
à la bataille de Lawfeldt , au moyen de laquelle
gratification la penfion de 200 liv . qu'il avoit
fur le tréfor public , ceffera d'être employée dans
l'état des penfions . »
5 °. L'Affemblée décrète en outre que fur
le même fonds des gratifications , il fera payé
Françoife Imbert , garde nationale de Bergerac,
la fomme de 400 liv. , pour le courage qu'elle
a montré à la tête des gardes nationales de Bergerac.
»
6. L'Affemblée nationale décrète pareillemeut
que fur les fonds, annuels deſtinés aux pen-
1
( 192 )
fions , il fera payé à Madame Flacheron , provifoirement
, à compter du premier janvier 1790 .
chaque année , & jufqu'au retour de M. Mongès ,
l'un des favans qui ont accompagné M. de la
Peyrouf dans fon expédition , la fomme de 600 1.,
qui lui a été affurée par le Roi , lors de l'èmbarquement
dadit fieur Mongès , fon fière. »
L'Affemblée nationale décrère que les perfonnes
qui , ayant fervi l'état dans des places
de juges , ou d'officiers chargés du miniftère
public près des tribunaux pendant l'espace de vingt
années au moins , avoient précédemment obtenu
des penfions , & qui font arrivées à l'âge de foi- .
zante ans , obtiendront le rétabliffement de leurs.
penfions , fous la condition toutefois qu'elles
ne pourront pas excéder la fomme de 1,800 liv.
pour ceux qui feront âgés de foixante à foixantedix
ans , & la fomme de 2,400 liv . pour ceux
qui feront âgés de foixante -dix à foixante-quinze
ans. »
Les magiftrats & officiers chargés du miniffère
public dans les tribunaux de l'ifle de Corfe
qui n'étoient pas originaires de cette ifle , & qui
ne feroient pas rappelés aux mêmes fonctions rat
les élections faites ou à faire , auront droit à
une penfion de retraite , s'ils ont fervi dans lefdites
fonctions pendant dix années ; ces retraites
feront fixées d'après les mêmes bales du décret
du 3 août 1790 , en rapprochant les termes &
les époques portées au titre premier dudit décret
, de manière qu'après dix années de fervice
lefdits magistrats & officiers obtiennent le quart
du traitement dont ils jouiffoient, & pour chacune
des années ultérieures le vingtième des trois quarts .
reftaut ».
L'Affemblée
( 193 )
L'Aflemblée nationale , oui le rapport de
fon comité des penfions , décrète que fur les fonds
affectés au paiement des penfions , le tréfor public
paiera provifoirement & à titre de fecours , pour
chacune des années 1790 & 1791 , la fomme
de 273,677 liv. 2 fous 2 deniers , laquelle fera
répartie entre les perfonnes compriſes en l'état
anacxé au préfent décret , & fuivant la proportion
portée audit état ; & qu'en outre il fera remis
entre les mains de M. Pingré , de l'académie des
fciences ; la fomme de 3,000 liv . , pour l'impreffion
des annales céleftes du dix -feptième fiècle ;
Jaquelle femme fera prife fur le fonds de 2 millions
deftinés aux gratifications. "
« Le paiement fera fait dans les termes & aux
conditions exprimées au décret du 1er février dernier
, & , en outre , aux conditions fuivantes :
•
« 1 ° . Les perfonnes compriſes audit état , ´ne
ferontpayées qu'en juftifiant , aux termes du décret
du 24 juin dernier , de leur domicile actuel &
habituel dans le royaume , ainfi que de la quittance
de leurs impofitions , & du paiement des
deux premiers termes de leur contribution patrio
tique , ou de la déclaration qu'elles n'ont pas été dans
le cas de faire une contribution patriotique .
"
2º . Lefdites perfonnes feront tenues de dé
clarer expreffément dans la quittance qu'elles donneront
du fecours qui leur fera payé , fi elles
Le préfentent en perfonne pour le recevoir , ou
dans la procuration qu'elles donneront à cet effet .
qu'elles n'ont aucune autre penfion dont elles
touchent les arrérages , en tout ou en patrie , à
quelque titre que ce foit , ni aucun traitement
d'activité. »
1
3 °. Il fera fait déduction fur les fommes
qui reviendront aux perfonnes comprifes dans
N°. 29. 16 Juillet 1791. I
( 194 )
l'état annexé au préfent décret , de ce qui leur
auroit été payé fur les fecours déjà accordés par
T'Affemblée nationale pour l'année 1790 , 2ux .
perfonnes qui n'étoient pas , à l'époque de fes
décrets , comprifes dans des états nominatifs . »
Du Dimanche , 3 Juillet .
M. Chriftin a obfervé qu'il manquoit au code
pénal une difpofition , celle de l'abrogation de
totes les anciennes loix pénales , telles que celle
qui , dans certaine province , condamnoit , a- t - il
dit , à la mort quiconque mangeoit des poulets le
vendredi-faint , fans permiffion du curé. L'attertion
de l'Affemblée s'eft portée fur des objets d'un
intérêt plus grave.
Une lettre du directoire du département des
Baffes - Pyrénées & de la municipalité de Pau , du
29 juin 1791 annonce que les Efpagnols font
entrés en France par trois différentes gorges.
Nous ne manquons pas de bras , écrivent- ils ,
mais nous n'avons ni troupes de ligne , ni armes ,
ni munitions , ni généraux. כ
Des lettres de Bordeaux communiquées à l'Af-
Temblée par M. de Nérac , portent qu'on y a
reçu une lettre de Pau qui annonce l'entrée des
Elpagnols en France , que l'en n'a ni troupes de
ligne , ni commandant de divifion , que M. de
Fouillac , directeur des Baffes- Pyrénées , va fe
rendre à fon pofte ; qu'il feroit indifpenfable d'avoir
au plutôt dans cette partie des officiers de confrance
pour commander les forces qui vont être
raffemblées .
Une autre lettre de Bordeaux mande que les
Efpagnols. font rentrés dans leurs limites. « Nous
Hoy attendions , écrit- on ; l'arreſtation de
"Louis XVI a changé toutes les difpofitions de cet
( 195 )
infame complot. » La nouvelle étoit arrivée la
veille , & à 4 heures & demie de l'après - dînée
l'artillerie étoit déja prête & 1500 hommes alloient
partir. On attend les ordres de l'Affemblée . Toutes
ces lettres refpirent le même zèle de vivre libre ou
mourir , mais toutes auffi répètent qu'on manque
d'armes , de troupes de ligne & d'officiers géné
raux ; aucune ne parle des fonds en numéraire ,
pour foutenir la campagne.
Quelqu'un a fait la motion d'appeller , furle
- champ , le miniftre de la guerre & de lui
ordonner d'envoyer bien vite des troupes ,
d: s armes , un commandant. Ces mefures.
ne paroiffant pas affez promptes à M. de
Nérac , il demandoit que les départemens des
Baffes-Pyrénées & de la Gironde fuffent autorisés
à acheter des armes chez eux ; & il a lu une lettre
que lui écrit le maire de Saint-Jean - Pied -de- Porc ,
qui le prévient des faits fuivans . Des commiffaires
avoient été chargés de conftater certaines dégradations
qu'on accufoit les Efpagnols d'avoir commifes
dans nos forêts ; des députés de Cife ont
menacé les ouvriers de Sa Majefté catholique que
fi dans huit jours les dégradations n'étoient pas
payées , ils iroient en nombre mettre le feu à des
établiffemens Efpagnols ; ces députés étoient pris
de vin , dit le maire , & leurs mandats ne les
autorifoient qu'à vérifier les dommages. En l'abfence
du Vice-Roi , le gouverneur de Pampelune
a envoyé 500 hommes à Viac , so foldats de
ligne & 450 furbalers , pour protéger les établiffemens
du Roi d'Espagne .
M. Mauriet affimiloit l'entrée des Espagnols à
la defcente des Anglois annoncée la veille , &
répondoit qu'avant que les Efpagnols ayent paffe
I
( 196 )
gorges des montagnes , les bergers les auroient
affommés à coup de foulettes.
A l'envoi d'armes , de troupes , de munitions
& de généraux expérimentés , M. d'André joignoit
une autre mefure à prendre , celle de vérifier s'ily
a réellement eu une violation de territoire , de
demander les réparations dues à la nation Francoife
, ou d'en tirer une éclatante vengeance ,
L'Aſſemblée a renvoyé cette affaire aux comités
réunis diplomatique & militaire .
Par un décret rendu fans débats , fur la préfentation
de M. Fréteau , l'Affemblée a déclaré que
dans fon décret du 28 juin dernier , qui permet la
libre fortie du royaume aux étrangers , elle a entendu
comprendre les François attachés comme
fecrétaires aux ambaffadeurs & miniftres des puif-
Lances étrangères , même ceux de leurs domeftiques
François qu'ils attefteront avoir à leur fervice
depuis fix mois ; qu'elle n'a point entendu
défendre aux fecrétaires d'ambaffade ou de légation
Françoife qui fe trouvent à Paris , en vertu
de congé , de retourner à leur pofte , & qu'il
leur fera délivré des paffe- ports par le miniftre
des affaires étrangères , avec les formalités décrétées
.
Un autre décret , rendu fur la propofition du
même membre , a ftatué que les espèces monnoyées
étrangères pourront fortir comme ci- devant
, nonobitant la prohibition des 21 & 28 juin
qui n'aura lieu que pour les matières d'or & d'ar
gent & pour les monnoies au coin de l'état ..
On a renvoyé au comité diplomatique la demande
des commiffaires médiateurs envoyés dans
le comtat , de pouvoir , s'il eft néceffaire , requé
rir les troupes de ligne Françoifes pour entrer
dans le comtat ou dans Avignon ,
( 197 )
Le directoire du département de la Mozelle à
informé le préfident que M. de Bouillé avoit
répandu à Metz un grand nombre d'exemplaires
de fa lettre à l'Affemblée nationale & qu'elle n'y
a nullement paru dangereufe . M. Prieur a demandé
que l'on votat des remerciemens à tous
les corps adminiftratifs & même à tous les François ,
M.Fréteau annonce avec joie que M. deMontmorin
vient de dire au comité diplomatique que dans
toute fi correfpondance rien ne préfente la plus
légère difpofition hoftile de la part du gouveinement
Efpagnol..
M. Dumetz a lu un projet d'inſtruction relatif à
l'aliénation des domaines nationaux ; l'Affemblée
l'a décrétée.: ' ,
Une lettre de M. Luckner , de Grenoble , le 28
juin , apporte fon ferment au corps législatif qui le
reçoit avec applaudiffement.
Chargé de rendre compte , au nom du comité
militaire , des mefures prifes , de concert avec le
miniftre de la guerre , pour la défente des fiontières
du nord , M. de Broglie a jugé que « le
moment eft venu de mettre en activité une partic
de ces gardes nationales qui viennent de préfenter
à l'univers un fpectacle fi impofant ; que les enfans
de la conftitution ont un droit particulier à la
défendre dans cet inſtant qui a révélé à l'Europe
le fecret formidable de notre puiffance . » Il a
regretté de ne pouvoir joindre à ces premières
difpofitions les règlemens de police & de difcipline
relatifs aux gardes nationales & à leurs
relations avec les troupes de ligne , ouvrage
que le comité n'a pas encore achevé ; mais
Fordonnance imprimée des manoeuvres fera envoyée
à tous les départemens ; & pour le refte ,
I 3
f 198. )
voici le projet de décret qu'il a préfenté , & que
l'Afemblée a adopté en ordonnant l'impreflion
du tout :
« Art . I. Ceux des régimens de l'armée , y
compris les fept régimens d'artillerie , qui n'ont
pas encore reçu l'ordre de fe porter au complet
de 750 hommes par bataillon , & de 170 hommes
par efcadron , recevront cet ordre & l'exécuteront
fans délai . »
II. Le nombre des gardes nationales mifes en
activité par le décret du 25 du mois dernier , fera
porté à 18,000 , dont 8000 fur la Somme , &
10,000 pour la défenſe des frontières des Ardennes,
de la Meufe & de la Mofelle. »
« III . Il fera remis de plus en activité , dans les
départemens du Rhin , 8000 hommes de gardes
nationales qui feront fournis par le département du
Doubs , du Jura , de la Haute-Saone , des Vofges,
du Haut & du Bas- Rhin . »
« IV. La quotité des gardes nationales à fournir
par chaque département en particulier , lei
fera indiquée par le miniftre de la guerre , ainf
que le lieu où ils devront fe porter. 33
Du lundi , 4 juillet.
Un décret du 13 mars réfervoit la maifon des
Récolets de Royan pour un hôpital de la marine
; mais il s'est trouvé qu'un particulier l'avoit
achetée avant ce décret ; fur la propofition de
M. Prugnon , l'adjudication du 5 février a été
confirmée..
Les religieufes de la Vifitation de Bellay ,
quoique libres de conferver leur maison , ayant
volontairement confenti à être transférées dans
le couvent des Capucins fupprimés , pour que la
!
1
( 199 )
leur devienne un féminaire diocéfain , & que le ,
féminaire actacl foit vendu , M. Brillat Savarin
a demandé qu'il fût fait mention honorable du
civilme des Vifitandines. On a décrété que le
diſtrict paieroit , à l'adjudication au rabais , les
réparations qu'exige leur inftallation dans la
maifon des Capucins ; & M. Prugnon a déclaré
Le point s'oppofer à ce qu'on dit des chofes
agréables aux dames .
MM. de Bonnay & de Sérent , membres du
corps législatif , lui ont écrit la lettre fuivante :
« Nous avons l'honneur de vous prévenir , M.
le préfident , que nos principes , en ce moment,
nous font la loi de ne point prendre part aux
d libérations de l'Affemble , & de nous abfte-.
nir de fes féances » . Cette lettre a produit une
impreffion qu'on n'a pas rendue moins évidente ,
en fe hâtant de crier à l'ordre du jour.
L'évêque conftitutionnel d'Angoulême a demandé
qu'on ne donnât dorénavant à l'Affemblée
aucune connoiffance de pareilles lettres , ce
qui pet pareître contraire à l'indiſpenſable notoriété
de la repréfentation nationale , d'autant
plus que Fopinant fuppofoit que de pareilles
lettres devoient être nombreuſes ; M. Goupil &
M. Prieur vouloient que ces membres fuffent
remplacés . MM. Biauzat & Chabroud le font
oppofés de toutes leurs forces au remplacement.
M. Chabroud fe fondoit fur ce
que l'Affemblée ,
qui s'eft conftamment refufée à toute efpèce
de proteftations ou d'oppofitions individuelles prononcées
dans fon fein , ne pouvoit pas permettre
qu'on les Jui envoyât par des lettres qu'il qualifioit
très -indécentes ; & fur ce que cela mèneroit
à la difcuffion de la queſtion : « en quoi ces
meffieurs prétendent- ils que leurs principes font
14
( 200 )
oppofés à ceux de l'Aflemblée » difcuffion
que M. Chabroud regardoit comme très - dangereufe.
Y auroit - il done des vérités qu'il re
Teroit pas bon de laiffer entrevoir au penple ?
" Eh laiffez- les partir , s'eft écrié M. Bouche ;
qu'ils s'en aillent , nous n'en ferons que mieux
les affaires " . L'Affemblée eft paffée à l'ordre
du jour , & M. Chabroud a demandé que le
procès- verbal ne fit aucune mention de la lettre
Jue , demande adoptée..
M. Rabaud a lù une adreffe du département
du Gard , diftrict de Nîmes ; mêmes fentimens ,
même ftyle que les autres adminiſtrateurs ; on
diroit que c'eft par-tout la même plume qui
écrit , le même efprit qui dicte . Ils ont licencié
& recréé la garde nationale de St. Gilles , ville
Irabitée , difent-ils , par un grand nombre de
citoyens égarés par le fanatifme , & juftement
fufpects aux patriotes ; ils ont difperfé les fociétés
monarchiques , comme des centres de
malveillance .
Le brûlement d'affignats annoncé par M. Ca
mus , pour vendredi , fera de 8 millions .
M. Bureau de Pufy a préfenté beaucoup de
ouveaux réglemens fur les places fortes , que
l'Affemblée 3 décrétés . Nous les tranfcrirons
avec les autres .
On lit des adreffes des communes de Romans
& de Strasbourg , & le ferment de M. d'Albignao ,
employé à Lille.
Au nom du comité central de liquidation ,
M. Camus a fait un rapport far la comptabilité,
& propofé une longue férie d'articles , dont les
principales difpofitions , font qu'à compter du
jour de la publication & de la notification du
préfent décret , toutes les chambres des compres
( 201 )
du royaume cefferont leurs fonctions ; que tous
comptables qui n'auront pas envoyé à l'Affemblée
nationale leurs états & mémoires de comptabilité
dans le delai de quinzaine , n'auront
aucun droit aux intérêts du montant de leurs
finances , cautionnement , fonds d'avance , & feront
condamnés à une amende de 300 liv. , &
de 10 liv . de plus pour chaque jour de retard.
Le rapporteur , M. Camus , s'eft occupé de
cette queſtion : « le corps législatif connoîtratil
lui-même des comptes , ou déléguera-t- il ce
pouvoir ? M. Camus & le comité central ont
penfé que la nature même de la miffion des députés
à l'Affemblée rend impoffible la délégation
d'un pareil pouvoir , parce que , felon eux , les
provinces chargèrent expreffément leurs députés.
de faire une conftitution , & de porter la lumière
& l'ordre dans les finances : la conclufion
eft que les légiflatures remplaceront feules les
chambres des comptes .
M. Legrand , au contraire , jugeoit que l'Affemblée
ne pouvoit fe difpenfer de déléguer le
pouvoir de revoir les comptes , fans fe jetter
dans des embarras inextricabies , d'où ne fe tireroient
pas des légiflatures dont les feffions ne
dureroient que 3 à 4 mois ; que les difficultés
qui s'éleveroient fur les moindres comptes , devroient
être pourfuivies devant les 547 tribunaux
de diftricts , & les pièces courir ainſi d'un
bout du royaume à l'autre .
1
« Nous ne pouvons nous diffimuler , a die
M. de Cernon , que , quelque bien composée
qu'elle foit , la légiflature fera prefque toujours
compofée de perfonnes étrangères aux détails de
la comptabilité , qui auront à lutter contre la
préparation d'un homme qui aura employé tout
I S
( 202 )
fon temps & tout fon ta'ent à le prémunir contre
le jugement du compte ». Sa conclufion étoit
que , pour la préparation du compte , il y eût
un examen intermédiaire entre le comptable &
ce'ui auquel le compte eft rendu ; que confier
cet examen à l'un des comités de l'Affemblée
ce feroit blefler tous les principes , les examinateurs
devant être refponfables ; que les départe
mens & leurs directoires n'ont pas les premiers
élemens de ce travail , & font furchargés d'ou
vrages . Tout cela ne regarde que la comptabilité
du paflé ; car la comptabilité du futur , M.
de Cernon la croit très - fimple , & la borne ,
quant au corps législatif , au compte de la tréforerie
nationale , des bureaux centrals que l'en
va créer.
M. Legrand a propofé de faire nommer des
auditeurs refponfables par les départemens qui
n'auront pas nommé à la cour de caffation . M,
a André & M. Camus fe font accordés pour demander
qu'on mit aux voix la queſtion ainsi
polée :: « le corps législatif verra & appurera par
lui - même & définitivement les comptes de la
nation ; & l'Aflemblée a adopté l'article , fauf
à s'occuper de la manière dont feront formés les
bureaux de comptabilité , réferve énoncée par le
mot définitivement . Nous donnerons ailleurs la
totalité du décret relatif aux chambres des comptes
& à la comptabilité.
On a fait lecture de la lettre faivante de
Ambaffadeur d'Efpagne à M. de Montmorin :
Paris , le 3 Juillet 1791 .
MONSIEUR ,
Je viens de recevoir une lettre de votre excellence
, dans laquelle elle m'apprend que le
dircctoire du département des Baffes -Pyrénées ,
( 203 )
de
réuni au directoire du diftrict & à la municipa
lité de Pau , viennent d'annoncer l'entrée de
troupes Espagnoles en France par trois diffé
rentes gorges montagnes ; cette nouvelle ne
peut être l'effet que de quelque méprife exagérée .
Vous favcz , M. le Comte , que dans nos
frontières , ainfi que dans celles qui nous féparent
du royaume de Portugal , il y a fouvent
des incurfions réciproques qui occafionnent des
coups de fufils entre les contrebandiers des deux
royaumes c'est fans doute un événement de
cette espèce qui , dans les circonftances actuelles ,
aura donné lieu à un pareil bruit , ne fe trouvant
fur la frontière que les troupes abſolument
néceffaires pour le cordon dont j'ai eu l'honneur
de vous faire part. »
>
«Votre excellence , qui connoît le caractère
perfonnel du Roi d'Espagne pourroit- elle le
croire capable d'une pareille conduite ? Cette
conduite feroit - elle digne de la probité du Roi ,
& conforme à la dignité de la couronne ? Si la
poffibilité du changement de ces principes exiftoit
, feroit- ce envers la France , fon amie & fon
allée , qu'il commenceroit à s'en écarter ? »
« Non , M. le Comte , je crois que le Roi
mon maître ne me tiendroit pas ici pour que
fes intentious vous fuffent connues par des lettres
des municipalités de la frontière . Je me flatte
que les premières que vous recevrez vous feront
connoître la fauffeté des nouvelles dont vous
voulez bien me faire part . »
« J'ai l'honneur d'être avec un parfait attachement
, Monfieur le Comte ,
<< Votre très-humble & très- obéiffant
ferviteur. Signé , le Comte de Fernand-
Nunez, 53
I
( 204 )
Le moment d'après , le même membre , M.
Fréteau , a lu une lettre de l'ambaffadeur d'Angleterre
à M. de Montmorin , conçue en ces
mes :
Paris , 3 Juillet 1791.
Je reçois dans l'inftant une lettre de Nantes ,
du 30 juin , & fignée par MM. Tuin & Ferter ,
maîtres de l'Endeavour & du Commerçant , deux
vaiffeaux qui font dans ce port , qui fe plaignent ,
tant en leur nom , qu'en celui de tous les maîtres
Anglois , dont les vaiffeaux y font en ce moment
, que le 29 un corps de garde nationale
eft venu à bord de leurs vaiffeaux & en a emporté
les voiles : ils repréfentent qu'ils étoient
fur le point de partir ; qu'aucuns des gens de
l'équipage n'avoient troublé l'ordre ni violé les
loix du pays ; je vous prie donc , Monfieur
de prendre les moyens néceffaires pour que leurs
voiles & la liberté de partir leur foient rendus fans
délai.
>
« J'ai l'honneur d'être , &c. Signé , l'ambaffadeur
d'Angleterre . »
En corféquence , M. Fréteau a propolé , &
l'on a fur le champ adopté le décret que voici :
« L'Affeniblée nationale charge le miniftre de
Pintérieur de prendre , fans délai , les éclaircif
femens néceffaires fur ce qui a donné lieu à ce
procédé , afin qu'il foit accordé une jufte indamité
, s'il y a lieu , aux maîtres des deux
bâtimens Anglais dont il s'agit , & que toute
liberté leur foit rendue pour luivre leur deftinazion.
»
« Et cependant l'Affemblée nationale voulant
que la bonne inteliigence & l'amitié qui règnent
entre la France & les nations étrangères foient
conftamment entretenues , ordonne aux corps
( 205 ).
"
adminiſtratifs , aux municipalités , aux commandans
des forces de terre & de mer , & généralement
à tous les fonctionnaires publics , de faire
jouir les étrangers , dans toute l'étendue du ro--
yaume , & particulièrement dans les ports de
France , de la liberté , de la fûreté & de la
protection qui leur font garanties par les traités
.
Portant la parole pour les comités diplomatique
& d'Avignon , M. de Menou a rendu compte
d'une lettre du miniftre de la juftice , relative
aux demandes des commiffaites médiateurs envoyés
dans le Comtat , qui defirent avoir la
difpofition des troupes de ligne de France , pour
prévenir , difent- ils , les défordres. Il a lu les
préliminaires fignés à Orange dont telle eft la
teneur :
1
« Préliminaires de paix & de conciliation arrêtés
& fignés par MM. les députés de l'affembléc
électorale , ceux des municipalités d'Avignon
& de Carpentras , & ceux de l'armée de Vauclufe
, dite Avignoncife , par MM. les commiffaires
conciliateurs de la France , députés par
le Roi »
" Procès-verbal : Cejourd'hui 14 juin 1791 ,
MM . les députés de l'affemblée électorale , des
municipalites d'Avignon , de Carpentras & de
l'armée de Vauclufe , étant réunis en préfence
de MM. les médiateurs de la France , font convenus
de ce qui fuit , & en ont pris l'engagement
formel pour ce qui concerne leurs commettans
refpectifs , envers MM. les médiateurs de
la France . »
• << Art.
Chaque
députation
s'engage
à fufpendre
dès-à-préfent
toute hoftilité
, à licencier toutes les troupes
armées
pour la guerre , à réta¬
( 206 )
blir & protéger la liberté & la fûreté des campagnes
, & la récolte des moiffons. »
« II. Il eft convenu entre les deux parties
contractantes , que l'affemblée électorale le réunira
dans un lieu qui ne foit foupçonné d'aucune
influence de parti , le plus propre à la liberté
des fuffiages & qui fera choifi par MM . les
médiateurs . »
« III. Pour hâter le fuccès des intentions
bienfaifantes de l'Affemblée nationale de France ,
les députés de l'affemblée électorale arrêtent
qu'elle ne s'occupera que des objets relatifs à la
médiation pendant toute fa durée. »
ce IV. Il a été arrêté , par t utes les parties ,
que , pendant tout le temps que l'affemblée électorale
s'occupera de la décifion de l'état politique
du
les pays , tous corps adminiftratifs feront
circonfcrits dans les droits qui font de leur effence
& qu'ils ne s'attribueront aucun de ceux
qui appartiennent aux corps adminiſtratifs de la
nation . »
« V. Pour affurer l'exécution des préfens préliminaires
, pour rendre à ceux qui auroient pa
être intimidés par la force , leur liberté entière
& abfolue , enfin pour prévenir le défordre de
ceux qui , après le licenciement des armées pourroient
fe répandre dans les campagnes & y
exercer des vexations , MM. les députés de l'affemblée
électorale dès municipalités d'Avignon ,
de Carpentras & de l'armée de Vauclufe demandent
unanimement à MM. les médiateurs de la
France , premièrement de fe porter pour garans
envers & contre chacun des contractans ; comme
auffi contre toute affociation & attroupemens
faits dans les deux états , pour s'opposer à l'ordre
public & à l'exécution des engagemens ci -deſſus
( 207 )
mentionnés ; 2 ° . de placer dans les deux villes
d'Avignon & de Carpentras , & dans tout autre
lieu où befoin feroit , des troupes francoifes
pour prévenir tous les maux prévus dans les
précédens articles , bien entendu que les armées
ne feront licenciées qu'après que l'on aura pris
lefdites furetés pour rétablir l'ordre . »
« VI. Il a été convenu entre toutes les parties
que les préfens préliminaires feroient envoyés à
toutes les communcs de l'état d'Avignon &
comtat Venaiffin , à l'effet par elles d'envoyer
chacune un député muni de pouvoirs fuffians
pour contra&er & foufcrire ce préfent engagement.
>>
CC VII. Il a été arrêté enfin que tous les prifonniers
refpectivement faits feront rendus fans
rançon , & à l'inftant du licenciement des armécs.
»
« Les préfens préliminaires ont été arrêtés &
fignés pour être exécutés auffi- tôt après la ratification
refpective des commettans de chacune
des députations , en préfence de MM. les médiateurs
de la France , députés par le Roi , lefquels
ont figné avec les contractans , comme
témoins & garans des préfentes. Fait à Orange ,
les jour & an que deffus . Suit un grand nombre
de fignatures.
сс
לכ
Après cette lecture , M. de Menou a préſenté
le projet de décret fuivant adopté fans débats :
L'Affemblée nationale , ouï le rapport de
fes comités diplomatique & d'Avignon , déclare
qu'elle approuve la conduire des trois commiffaites
, qui , en exécution du décret du 25 mar
dernier , ont été envoyés à Avignon & dans le
Comtat Venaiffin , pour y offrir aux différens
partis belligérans la médiation de la France , &
( 208 )
pour y concourir au rétabliffement de l'ordre
public & de la tranquillité . »ל כ
« L'Aflemblée nationale décière que , conformément
au vou exprimé par MM. les députés
de l'affemblée électorale , ceux des municipalités
d'Avignon & de Carpentras , &, ceux de l'armée
de Vauclufe , dite avignonoife , dans l'article V
des préliminaires de paix & de conciliation , arrétés
& fignés le 14 juin dans la ville d'Orange , par
les parties ci- deffus mentionnées , & par-devant les
médiateurs de la France , lefdits commiffaires - médiateurs
font autorifés à requérir , foit les gardes
nationales, foit les troupes de ligneFrançoifes, pour
affurer l'exécution de tous les articles & préliminaires
de paix arrêtés & fignés à Orange , ainfi qu'il
a été dit ci- deffus , & notamment pour prévenir
& empêcher toute violence qui pourroit être
faite , foit aux perfonnes , foit aux propriétés ,
foit pour affurer le licenciement des troupes
bélligérantes actuellement répandues dans les pays
d'Avignon & le Comtat Venaiffin ; pour arrêter
les défordres de ceux qui , après le licenciement,
pourroient le répandre dans les campagnes , &
y exercer des vexations ; pour diffiper toute affociation
ou attroupement qui pourroit fe former
avec prétention de s'oppofer à l'ordre public ; &
enfin , pour placer dans les deux villes d'Avignon
& de Carpentras , & dans tout autre lieu où
befoin feroit , une force publique fuffifante pour
le maintien & l'exécution des loix. »
« L'Affemblée nationale déclare qu'elle confirme
la garantie donnée par les trois commiffaires
médiateurs pour l'exécution des préliminaires
de paix , arrêtés & fignés à Orange le
14 juin dernier » .
-
On a décrété la remife de 500,000 livres en
( 209 )
affignats de livres à la tréforerie nationale ,
deftinée à des à points pour ne pas acheter de
numéraire , & quelques difpofitions locales fur les
droits que paieront les bois & les charbons des
manufactures d'armes & forges de Charleville &
de Marienbourg , & ceux exportés par la Saire .
Du mardi , s juillet.
L'Affemblée a renvoyé aux comités des rapports
& des recherches , un mémoire des commiffaires
du Roi , contenant les détails des troubles
arrivés à Colmar.
Des procès - verbaux du directoire du département
du Var , & du diftrict & de la municipalité
de Toulon , annoncent que , dès qu'on fút le
départ du Roi , les troupes prêtèrent le nouveau
ferment ; que M. de Glandevez , commandant de
la marine , s'y refufa , en alléguant qu'en fa qualité
de chevalier de Malthe , il ne pouvoit promettre
de maintenir la conftitution civile du
clergé en ce qui touche le fpiritu , objet qui paroît
affez étranger à la marine. M. de Glandevi
dit en outre aux adminiftrateurs , & M. Porcel ,
ordonnateur de la marine , qui le lui avoit déclaré,
le leur confirma , qu'il n'y avoit que 3,000 liv .
dans la caiffe . Le directoire alarmé d'une difette
imprévue d'argent , qui pouvoit exciter les ouvriers
à l'infurrection , arrêta qu'il feroit fait un
emprunt de 200,000 liv. , quoiqu'un décret du
mois de juin interdit tout emprunt aux corps adminiftratifs
; & tous les adminiftrateurs fe portèrent
folidaires . Mais un commiffaire & le procureur-
général-fyndic ayant vérifié l'état de la caiffe ,
atteftèrent y avoir trouvé 13,386 liv . en efpèces ,
7,347 liv. en refcriptions , & 190,600 liv. en
aflig ats .
En réfumant fon opinion , M, Bouche a de(
210 )
сс
> a
mandé qu'on nommât à la place de M. de Glan
devez , & que l'on s'aflurât de M. Porcel. « Ce
n'eft pas à vous à deflituer M. de Glandevez ; il
faut ordonner au miniftre de le remplacer »
dit M. Legrand , qui a fuppofé fans doute , qu'ordonner
à un miniftre de remplacer un comman、
dant , ce n'eſt pas deftituer foi - même ce commandant.
D'ailleurs , il voulcit que les fcellés
fuffent appofés fur les papiers du prévenu .
-
M. Fermond a penfé que le procès – verbal
fufifoit pour mettre les deux perfonnes dénoncées
en état d'arreftation , avant toute difcuffion
contradictoire ; & que puifque la qualité de chevalier
de Malthe éloigne de la foumiffion à la
conftitution , il falloit que les comités chargés
d'un rapport fur l'ordre de Malthe , fiffent inceflamment
ce rapport.
MM. d'Offant & Mougins ont été d'avis que
M. de Glandevez n'étoit point coupable , que fon
refus du ferment n'opéroit que fa démillion , que
relativement à la caifle dont il n'étoit pas ielponfable
, il n'avoit que répété ce que M. Porcel
venoit de lui dire . Aucun membre n'a obſervé
que les reftrictions que le fcrupule met aux fermens
, ajoutent à la confiance due. à l'homme
qui les prête pour l'effentiel de fon devoir de
citoyen qu'un commandant pour la marine aùroit
pu jurer de défendre la patrie & la conftitution
civile & politique en ce qu'elle a de temporel
, fans fe mêler du fpirituel , fur- tout dans
un Etat où la liberté indéfinie des cultes cft
établie ; qu'en ſe bornant au ferment civique &
militaire , on confervoit un homme d'honneur &
de mérite au fervice de la France . Voici le décret
qui a terminé ces débats :
» L'Aflemblée nationale , fatisfaite de la con-
1
( 211 )
2
duite des adminiftrateurs compofant le directoire
du département du Var , décrète que les ordres
les plus prompts feront donnés pour que le ficur
Porcel , ordonnateur de la marine à Toulon
feit faifi & mis en état d'arreftation , & que le
fcellé foit oppofé fur les papiers ; décrète de plus
que le procès- verbal du 25 juin fera renvoyé aux
comités des rapports & des recherches . »
On a renvoyé au comité de conflitution ure
difficulté indique par M. d'André , fur l'exercice
des droits de citoyen actif , que le décret
qui ftatue que les militaires ne peuvent être
citoyens actifs dans les villes où ils font en
garnifon , femble refufer aux marins domiciliés
dans les ports de mer chefs lieux de département .
Après une difcuffion & des amendemens ou
M. Chabroud a remarqué judicicufement qu'une
amende égale , en fomme , pour tous , n'eft
n'eft pas
une peine égale pour tous ; où M. Péthion a
dit que la loi ne devoit « ni indiquer ni reconnoître
des maisons de débauche , & qu'ainfi il
feroit digne de l'Affemblée de fupptimer abfolument
l'article VIII » qui tendoit à prévenir les
rixes , batteries & violences dans ces fortes de
lieux ; & où M. Garet a férieuſement prié l'Affemblée
d'obferver que « c'est le feul fignal
d'arifocratie qui nous reftera déformais , que
les voitures . Après quelques débats de cet
intérêt , l'Affemblée a fucceflivement décrété ,
fur la propofition de M. Démeunier , tous les
articles qui fuivent , du code municipal.
Difpofitions d'ordre public pour les Villes &
Municipalités de campagne.
« Art . I. Dans toutes les municipalités , les
corps municipaux feront conftater l'état des ha
( 212 )
foit
bitans , foit par des officiers municipaux ,
par des commiflaires de police , s'il y en a , foit
par des citoyens commis à cet effet . Chaque année
, dans le courant des mois de Novembre &
de Décembre , cet état fera vérifié de nouveau ,
& on y fera les changemens néceffaires . »
« II. Le regiftre contiendra mention des déclarations
que chacun aura faite de fes noms , âge ,
lieu de naiffance , dernier domicile , profeffion ,
métier & autres moyers' de ſubſiſtance. Le décla
rant qui n'auroit à indiquer aucun moyen de fubfiftance
, défignera les citoyens domiciliés dans la
municipalité , dont il fera connu , & qui pourront
rendre bon témoignage de fa conduite. »
« III. Ceux qui , dans la force de l'âge , n'auront
ni moyens de fubfiftance , ni métier , ni répondans
, feront infcrits avec la note de gens fans
avcu . »
« Ceux qui refuferont toute déclaration , feront
inferits fous leur fignalement & demeure ,
avec la note de
gens fufpects.
ל כ
« Ceux qui feront convaincus d'avoir fait de
fauffes déclarations , feront infcrits avec la note
de gens mal intentionnés. »
сс IV. Ceux des trois claffes qui viennent d'être
énoncées , s'ils prennent part à une fixe , un attroupement
féditieux , un acte de voie de fait ou
de violence , feront foumis , dès la première fois ,
aux peines de la police correctionnelle . »
ce V. Dans toutes les villes ainfi que dans les
municipalités de campagne , les aubergiftes , maîres
d'hôtels garnis & logeurs feront tenus d'inf
crite de fuite & fans aucun blanc , fur un regiſtre
paraphé par un officier municipal ou un commiffaire
de police , les noms , qualités , domicile habituel
, dates d'entrée & de fortie de tous ceux qui
1
( 213 )
logeront chez eux , & qui demeureront plus de
vingt- quatre heures dans le même lieu ; de repréfeater
ce regitre tous les quinze jours , & en
outre toutes les fois qu'ils en feront requis , foit
aux officiers municipaux , foit aux commiffaires
de police , ou aux citoyens commis par la municipalité.
❤
VI . Faute de fe conformer aux difpofitions
du précédent article , ils feront condamnés à unc
amende da quart de leur droit de patente , fans
qu'elle puiffe être moindre de 12 liv . & demeureront
civilement refponfables des défordres &
délits commis par ceux qui logerent dans leurs
nraifons. »
« VII. Les propriétaires ou principaux locataires
des mailons & appartemens ou le publie
feroit admis à jouer des jeux de hafard , feront ,
s'ils demeurent dans ces maifons & s'ils n'ont
pas averti la police , condamnés pour la première
fois , à 300 liv . & pour la feconde , à 1000
liv . d'amende , folidairement avec ceux qui occuperont
les appartemens employés à cet ulage , n
ce VIII. I en fera de même à l'égard des
propriétaires ou principaux locatai : es des maifons
ou appartemens abandonnés , notoirement
à la débauchie , s'il y arrive des rixes , batteries
cu violences . >>>
Règles àfuivre par les Officiers municipaux ou les
Citoyens commis par la Municipalité pour
conftater les contraventions de police.
« IX. Nul officier municipal , commiffaire
ou officier de police municipale , ne pourra entrer
dans les maifons des citoyens , fi ce n'est pour
Ja confection des états ordonnés par les articles
I , II & III , & la vérification des regiftres des
logeurs , pour l'exécution des loix fur les con(
2147
tributions directes , ou en vertu des ordonnances
contraintes & jugemens dont ils feront porteurs ,
on enfin fur le cri des citoyens invoquant de
l'intérieur d'une maifon le fecours de la force
publique. »
« X. A l'égard des lieux livrés notoirement
à la débauche , de ceux où tout le monde eft
admis indiftinctement , tels que les caffés , cabarets
, boutiques , les officiers de police pourront
toujours y entrer , foit pour prendre connoiffance
des contraventions aux règ'emens , foit
Four vérifier les poids & mefures , le titre des
matières d'or ou d'argent , la falubrité des comeſtibles
& médicamens ; ils pourront auſſi entrer
dans les maifons où l'on donne habituellement à
jouer des jeux de hafard , mais feulement fur la
défignation qui leur en auroit été donnée par
deux citoyens domiciliés. »
ce XI. Hors les cas mentionnés aux articles
IX & X , les officiers de police , qui , fans,
autorisation fpéciale de juftice ou de la police
de fûreté feront des vifites ou recherches dans
les maifons des citoyens , feront condamnés par
le tribunal de police , & en cas d'appel , par
celui de diftrict , à des dommages & intérêts
qui ne pourront être au-deffous de 100 liv.
fans préjudice des peines prononcées par la loi
dans les cas de voies de fait & de violences &
"autres délits . »
« XII. Les commiffaires de police , dans les
fieux où il y en a , les agens de police affermentés
, drefferont dans leurs vifites & tournées
le procès -verbal des contraventions , en préſence
de deux des plus proches voisins , qui y appoferont
leur fignatore , & des experts en chaque
-partie d'art , lorfque la municipalité , ſoit par
( 215 )
voie d'adminiſtration , foit comme tribunal de
police , aura jugé à propos d'en indiquer. »
« XIII. La municipalité , foit par voie d'adminiftration
, foit conime tribunal de police ,
pourra , dans les lieux où la loi n'y aura pas pourvu
, commettre à l'inſpection du titre des matières
d'or ou d'argent , à celle de la falubrité des comeftibles
& médicamens , un nombre fuffifant
de gens de l'art , lefquels , après avoir prêté
ferment , rempliront à cet égard feulement les
fonctions de commiffaires de police .
Délits de police municipale , & peines qui feront
prononcées.
לכ
XIV. Ceux qui voudront former des fociétés
ou clubs , feront tenus chacun , à peine
de 200 livres d'amende , de faire préalablement
au greffe de la municipalité , la déclaration des
lieux & jours de leur réunion ; & en cas de récidive
, ils feront condamnés à 5oo liv . d'amende
. »
« XV. Ceux qui négligeront d'éclairer & de
nettoyer les rues , devant leurs maifons , dans
les lieux où ce ſoin cft kiflé a la charge des citoyens.
»
cc
Ceux qui embarrafferont ou dégraderont les
voies publiques ; »
« Ceux qui contreviendront à la défenſe de
rien expofer fur leurs fenêtres au-devant de
leur maifon fur la voie publique , de rien jetter
qui puiffe nuire ou endommager par fa chûte ,
ou caufer des exhalaifons nuifibles ; »
威
« Ceux qui laifferont divaguer des infenfés
ou furieux , des animaux malfaifans ou féroces . »
« Seront , indépendamment des réparations
& indemnités envers les parties -léfées , condancés
à une amende de so liv. fans qu'elle
( 216 )
puiffe jamais être au deffous de 2 liv. ro fols ;
& fi le fait eft grave , à la détention de police
municipale. "
XVI. Ceux qui , par imprudence ou par
la rapidité de leurs chevaux , auront bleflé quelqu'un
dans les rues ou voies publiques , feront,
indépendamment des indemnités, condamnés à huic
jours de détention & à une amende de 300 liv . ,
& qui ne pourra être au-deffous de 16 liv . S
y a eu fracture de membres , ou fi , d'après les
certificat des gens de l'art , la bleflute eft telle
qu'elle ne puiffe fe guérir en moins de quinze
jours , les délinquans feront renvoyés à la police
correctionnelle. »
Le préfident a annoncé le ferment de M. de
Fleury , officier général employé dans l'armée de
M. de Rochambeau .
Il a été fait lecture d'une lettre des commiffaires
de l'Affemblée envoyés en Alface , de
Strasbourg ( le 2 juillet 1791 ) où ils arrivèrent
le 27 juin. Quelques officiers chefs de corps
parurent d'abord peu difpof's à prêter le nouveau.
ferment , & témoigaèrent qu'une partie des officiers
de toutes les armes partagoient cette répugnance.
Les commiflaires crutent devoir les
éclairer , les ramener , écrivent -ils , au grand
principe de la fouveraineté nationale que perfonae
n'ofe plus méconnoître . Ils ont convaincus ces
officiers par des raifons invincibles . Ceux- ci ayant
demandé 24 heures pour communiquer ces raifons
aux officiers leurs inférieurs , le ferment
fur différé d'un jour , & tous les efprits fe foumirent
aux décrets. Prefque tous ont prêté le
ferment , à l'exception d'un petit nombre d'officiers
qui avoient donné leur démiſſion auparavant.
( 217 )
vant. En figne de leur bonne volonté , ils l'ont
tous renouvellé avec les foldats . Eloge du civifie
de la majorité de la Ville de Strasbourg & des
gardes nationales formant un corps de 6000
hommes comparable aux meilleures troupes de
ligne . Quelques citoyens des plus zélés avoient
douté de la fincérité du ferment de certains officiers
qui paffoient pour défapprouver la révolu
tion ; mais les commiffaires penfent que la bonne
foi , la loyauté que ces officiers ont montrées
doit écarter toute idée de perfidie . Au refte , les
commiffaires vont conférer ce fur les meſures
promptes & vigoureufes capables d'arrêter les
progrès , de déconcerter les efpérances des moines
& des prêtres diffidens qui redoublent d'efforts ,
Four égarer les habitans des campagnes dans les
départemens du Haut & du Bas- Rhin , & qui
n'y ont déjà que trop réuffi , ce dont les corps
adminiftratifs & les meilleures citoyens de Strasbourg
témoignent les plus vives alarmes . »
:
Comme on finiffoit cette lettre , M. de Foucault
a dit que plus de 300 de fes collègues ...
Des cris à l'ordre du jour... levez la feance
ayant interrompu M. de Foucault , l'Allemblée
a décrété qu'elle paffoit à l'ordre du jour ; prefque ,
tout le côté gauche s'eft hâté de fortir, a
Celt ,
a poursuivi M. de Foucault , la déclaration que
nous devons à la vérité ; nous la dépofons fur
le bureau. On n'a pas voulu l'y recevoir . Il
l'a remife dans fa poche , & par le fait la féance
s'eft trouvée levée .
Du mardi , féance du foir.
M. Malouet a demandé à l'Aſſemblée de vouloir
bien ordonner qu'il foit furfis à l'exécution
du décret rendu le matin relativement au¬com-
No. 29. 16 Juillet. 1791. K
( 218 )
miffaire ordonnateur de la marine à Toulon .
Les motifs étoient qu'il feroit injufte de décréter
l'arrestation d'un citoyen fans preuves , fans l'entendre
, & fur un fimple expofé qui ne préfente
ni plainte ni inculpation ; que les paiemens ne
pouvant fe fire aux ouvriers qu'en monnoie &
devant s'effectuer dans deux jours , l'ordonnateur
a craint avec raiſon , que le départ du roi ne
rendit l'échange des affignats très - difficile , & a
été fondé à dire je n'ai point d'argent , parce
qu'au lieu de 160 mille livres qu'il lui falloit en
argent , il n'y avoit en caiffe que 13 mille livres .
Il a dit je n'ai que 3000 livres ; c'eft une erreur.
Du foir au matin , d'un moment à l'autre ,
le caiffier a pu recevoir dix mille liv. Si le décret
d'arrestation arrivoit à Toulon , cet honnête ſeptuagénaire
n'y feroit pas en furcté.
:
Je me porte garant de fes fentimens , a dit
M. Caftellanet, & ne faurois trouver de termes
aflez forts pour exprimer combien la nation peut
compter fur le civifme de ce citoyen , père refpectable
, d'une des plus anciennes familles de
Toulon ». Des murmures ont averti l'opinant
que ce n'eft plus un titre à l'eftime que de defcendre
d'une ancienne famille long- temps révérée .
Auffi s'eft- il hâté d'ajouter que l'homme dontil
faifoit un jufte éloge n'étoit pas de ces anciennes
familles de qui les privilèges lèfoient le
tiers-état. Ce dernier mot a excité de nouvelles
rumeurs. L'Affemblée a fufpendu l'exécution de
fon décret , & l'a renvoyé aux comités des rapports
& des recherches .
On a introduit une députation de la haute
cour nationale provifoire établie à Orléans . L'orateur
a d'abord offert à l'Affemblée fon tribut
d'admiration , & juré de défendre la conftitu(
219 )
tion . Enfuite il s'eft plaint de ce qu'au fein
même du corps législatif il s'étoit élevé des doutes
fur le zèle & le patriotifme du tribunal . Réunis
depuis trois mois , les membres de ce tribunal
provifoire , qui n'en jugera pas moins provifoirement
mort , fans appel , & de crimes que
la loi n'a pas encore défiais , ont paffé fix femaines
à Orléans avant qu'il y eût ni procès , ni accufés ,
ni prifons. Cine acculés arrivent enfin , Les fieurs
Rique & Durivage , coaccufés de M. le cardinal de
Rohan , font écroués le 28 avril, interrogés le 29 ; le
décret qui faifit le tribunal n'y parvint que le 18
mai. L'inftruction commence le 20. Il faut du
tems pour traduire un grand nombre de pièces
Allemandes , qui ne font traduites que depuis
quatre à cinq jours. Les fieurs Dufrenay pere
& fils , font écroués le 16 mai , interrogés le
17. Le décret portant qu'il y a lieu à l'accufation
, arrive le 18 , & tranfcrit le 19 ; mais le
commiffaire du roi ayant foutenu que cette tranfcription
étoit nulle , on l'a tranfcrit de nouveau
le 27 mai . Plainte le 11 juin , décret de priſe
de corps le 16 , interrogatoire les 24 & 25.
Témoins éloignés & pauvres ; exécutoires décernés
à leur profit le 17 ; audition le 20 juin & jours
fuivans. Le fieur de Riolles eft écroué le 20
mai , interrogé les 29 & 30. L'accnfateur public
écrit le 13 & le 22 juin pour avoir l'information
faite à Vienne les 19 & 22 octobre ;`on
l'attend . Tel eft le compte de tous les procès dont
le redoutable tribunal ait eu à s'occuper après
tant de confpirations découvertes.
« Nous avons befoin d'une grande confidération
, a dit l'orateur de ces juges. Du fein
de cette affemblée , a -t-il pourſuivi , ont été
adreffées aux prifonniers détenus dans nos pri
K
( 220 )
font , des lettres peu refpectueufes , ir jurieufes
même pour l'Affemblée nationale & pour les
membres de ce tribunal . »
M. Lucas a demandé que les lettres défignées ,
& fans doute interceptées , puifqu'on ne les
avoit pas écrites aux juges , fullent polées ſur
le bureau & renvoyées au comité des recherches .
« On venge ainfi toutes les injures , excepté
celles du Roi , a dit M. Malouet . » L'orateur
du tribunal a obfervé que les lettres en queftion
n'avoient point été adreffées à la hautecour
nationale , mais aux accufes détenus dans fes
prifons. « Quelle morale quels principes , s'eft
écrié M. Malouet ! » Mais on avoit déjà décrété
la motion de M. Lucas , l'envoi au
comité.
M. Lanjuiniais a diminué les charges du culte
en faifant décréter des fuppreffions & nouvelles
circonſcriptions de paroiffes ; & M. l'abbé Royer ,
organe du comité des rapports , a entretenu le
corps conftituant de l'efpèce de différend & de
conflict furvenu entre l'un des tribunaux de Paris ,
& le directoire du département aur ſujet du fujet
du décret du rs avril dernier , portant que Phô .
pital des Quinze- vingts fera adminiftré conformément
au décret du 15 novembre 1790 .
L'affaire a été renvoyée à la prochaine ſéance
du foir.
Du mercredi 6 juillet.
Au nom du comité des domaines , M. Chriftin
compofé un projet de loi tendant à obliger les
falines nationales de Salins , d'Arles , de Montmoron
, à fournir une quantité fixe de fel aux
habitans de la Franche - Comté , à 6 livres
le quintal, M. Biauzat a vu dans cette motion
( 221 )
>
le renverfemert des principes de l'égalité , de
la liberté ; la réfurrection des privilèges . MM .
de Delay d'Agier & Vernier n'y voyoient
comme le propofant , que le maintien du commerce
des fromages . L'Affemblée a décrété l'impreffion
du rapport & l'ajournement de cette
queftion .
>
Un vaiffeau françois nommé l'africain , partant
de Rouen pour Hambourg a été arrêté
& conduit à Caudebec , où le peuple exige qu'on
le décharge fous le prétexte qu'un matelot a dit
qu'il y avoit des barils pleins d'or & d'argent.
Après des informations juridiques , ce matelot
a rétracté la dénonciation ; mais le peuple perfifte
à vouloir qu'on vifite ce vaiffeau. La ville
de Rouen eft un port réputé extrême frontière 3
les vaiffeaux qui en partent , quoiqu'ils ayent
encore 30 lieues de rivière à defcendre , font
cenfés être en mer & ne doivent plus fubir
aucune perquifition . En vain le département de
la Seine inférieure a- t - il écrit au diftrict de
Caudebec qu'il n'exifte nulle preuve d'embar
quation prohibée , qu'on a pris tous les renfeignemens
imaginables , que les connoiflemens
font réguliers , qu'une démarche hazardée fémeroit
la méfiance le long des côtes , multiplieroit
les entraves du commerce , éloigneroit les étrangers
de nos ports , dégoûteroit le François luimême
de fa patrie . Le directoire du diftrict de
Caudebec convient , par écrit , que la dénonciation
a été retractée , qu'elle eft fauffe ; mais
il obferve qu'elle a produit l'effet de la vérité
fur l'opinion publique , qu'il n'eft plus poffible
de faire rétrogarder les efprits prêts à ufer de
la force ; que toutes les municipalités des côtes.
de la Seine attendent armées ce navire au paflage
K 3
( 222 )
pour le vifter & le décharger.
Après avoir rétracé tous ces faits , lu toutes
les pièces probantes , M. le Couteulx a conclu
à ce que le vaiffeau fut relâché pour ſe rendre
à fa deftination . Mais , fe rangeant de l'avis
du district de Caudebec , M. Bianzar a fontenu
que le peuple s'autorife avec raifon des décrets
qui s'opposent à l'exportation de l'or & de l'argent
; qu'il feroit dangereux de ne pas calmer
ces juftes inquiétudes ; que d'ailleurs l'Affemblée
nationale doit un fage retour pour la confiance
que lui témoigne toutes les parties de l'empire.
Il a demandé que ce bâtiment arrêté ſoit viſité ,
déchargé. MM. Rewbell & Legrand réſervoient
les indemnités . L'Affemblée a décrété que le
vaiffeau l'africain fera vifité ; qu'on en dreſſera
procès-verbal , qu'à cet effet le directoire de
département de la Seine inférieure en ordonnera
le déchargement , fauf les indemnités , s'il y a
lieu.
Les commiffaires envoyés dans les départemens
frontières du Jura & de la haute - Saone ,
par une lettre de Befançon du 3 juillet , informent
l'Affemblée que les difpofitions y font
les mêmes que par- tour. Il eft inutile d'augmenter
les troupes de ces côtés , toute aggreffion eft
invraisemblable , pour ne pas dire impoffible ,
écrivent - ils . Abondance de munitions , affluence
de gardes nationales qui s'infcrivent ; piufieurs
anciens militaires ; des chevaliers de faint
Louis s'y font infcrire avec leurs enfans . M.
de la Chaife lieutenant colonel du dix- neuvième
régiment de cavalerie , ci - devant royal-normandie
a harangué fa troupe , au fujet du nouveau
ferment , M. de Belmont remplace M,
de Bouillé.
>
( 223 )
Un décret a ftatué que l'office de premier
préfident de la chambre des comptes de Grénoble
, fera liquidé conformément à l'évaluation
de 1771 .
ce Un autre , que « les officiers & fous - officiers attachés
au ſervice de terre ou de mer , domiciliés habitucl'ement
dans les lieux où ils fe trouveront , foit
en garnifon , foit en arité de fervice , pourront
y cxercer leurs droits de citoyens actifs , s'ils
réuniffent d'ailleurs les conditions réquifes .
:
DJ
On a repris la difcuffion du code municipal .
Nous donnerons les articles dans un autre numéro .
Le comité militaire & le miniftre de la
gherre
ayant penfé qu'il feroit utile d'employer quelques
officiers membres de l'Affembléc , M. de la
Tour-Maubourg a dit au miniftre je fuis prêt.
Mais « dans un moment ( a- t- il obfervé ) où
il fe repard que beaucoup de députés cherchent
à s'abfenter » , il a défiré que le congé qu'il
demandoit portât qu'il ne s'abfentoit que pour
être employé militairement à Metz avec le grade
de colonel & l'agrément du corps législatif ; ce
qui fui a été accordé .
M. Duport du Tertre a envoyé à l'Affemblée
une copie des procédures , commencées par le
tribunal d'Altekirck contre des prêtres . On l'a
renvoyée aux comités des rapports & des recherches.
Un membre a communiqué à l'Affemblée des
lettres qu'il a reçues de la municipalité de
Landrécies , qu'on dit avoir été remiſes à cette
municipalité par des foldats du dixième bataillon
de chaffeurs ci - devant Gévaudan ; lettres que
l'on préfente comme écrites de Mons par piufieurs
officiers émigrans . Elles contiennent des
affurances d'attachement pour les foldats , pour
K
4
7224 )
сс
la patrie , pour le vertueux & malheureux monarque
. Ceux à qui on les attribue , y difent
que M. le comte d'Artois a un plein pouvoir
du Roi , eft autorifé à recevoir les officiers &
les foldats , à leur continuer leur grade & leur
folde. «Votre premier ferment , y eft- il dit , fut
d'être fideles au Roi ... Votre régiment eft où font
vos officiers où il y a de l'aneur à acquérir . Nous
vous reverrons comme des compagnons d'armes
dignes de partager avec nous la gloire de fauver
l'état & le Roi. » Et on a lu : « figné ,
de Bey , de Fontevieux , le chevalier de Gafton ,
George , de Monteffuy , le chevalier Guillon ,
le cheval er d'Alheim , de Laclos , de Frefquieres
, le comte de Leumont , de Finances ,
de Clefieux. »
Les amis de la conftitution de Dunkerque
envoyent aufi des copies de lettres , où il
s'agit d'argent faifi , perte dont on fe dit
cnfterné , & dont on affure que M. le comte
d'Artois fera très - affecté ; & d'un écrit fans
fignature trouvé dans l'une des chambres des
officiers fugitifs du 22. régiment ; écrit qui
paroîtroit adreffé à M. le comte d'Artois &
qui contient des témoignages d'empreffement
à fe facrifier pour fa caufe & pour celle du Roi ,
Il y eft auffi fait mention de M. le prince de
Condé. Toutes ces découvertes , ont été renvoyées
au comité des recherches & ne feront
appréciées que lorfqu'on aura tout examiné.
M. Ranel-Nogaret a dit que les frontieras
du midi font exposées aux mêmes tentatives ,
& que les amis de la révolution y déployent la
même activité ; qu'on s'eft affuré , par un déeret
de prife de corps , d'un cffi.ier dénoncé
par quatre fous- officiers du régiment qui eft en
( 225 )
garnifon à Carcaffonne , comme les ayant follicités
à paffer en Espagne . En fe rappellant
la dénonciation faite contre M. de Lautrec ,
l'homme honnête de tous les partis remettra
fon jugement à l'époque des preuves . Nouveau
renvoi au comité , on a mis à l'ordre du jour
la loi fur les émigrans , & la féance a été levée .
Du jeudi , 7 juillet.
Le préfident a annoncé & lu une lettre du Roi ,
conçue en ces termes :
Paris , le 7 juillet 1791 .
« Je vous envoie , M. le préfident , une note
que je vous prie de lire à l'Allemblée nationale,
».
Signé , LOUIS .
« Meffieurs , j'apprends que plufieurs officiers
paffés en pays étrangers , ont invité , par des
lettres circulaires , les foldats des régimens dans
lefquels ils étoient , à quitter le royaume & à
venir les joindre ; que pour les y engaget ,
ils
leur promettent de l'avancement & des écompenfes
en vertu de pleins pouvoirs directement
ou indirectement émanés de moi ; je crois devoir
démentir formellement une pareille allertion , &
répéter à cette occafion ce que j'ai déja déclaré :
qu'en fortant de Paris , je n'avois d'autre projet
que d'aller à Montmédy , & y faire moi-même
à l'Affemblée nationale les obfervations que je
penfois néceffaires fur les difficultés que préfentoit
l'exécution des loix & l'adminiſtration du
royaume ; je déclare pofitivement que toute perfnne
qui fe diroit chargée de femblables pouvoirs
de ma part , en impoſeroit de la manière
la plus coupable .
לכ
121
Signé, Louis,
( 226 )
L'Affemblée a décrété que cette lettre . feroit
imprimée & inférée dans le procès - verbal.
M. l'Epaule a repréfenté l'état du dénuement
où le trouvoient à Paris quelques citoyens pea
fortunés qui ont contribué à l'arrestation du Roi
à Varennes , & il a obtenu que le comité des
rapports fe concre avec le miniftre des contributions
, pour fosruir à ces particuliers les
chofes néceflaires en attendant que la loi les
récompenfe.
Un décret a ordonné que les barils de piaftrés
adreflés de Metz a Francfort , & arrêtés à Forback,
jouiffent de la libre circulation pour arriver
à leur destination .
On lit & adopte la rédaction définitive du déeret
qui déclare qu'il n'y a pas lieu à inculpation
contre les membres de la ci-devant affemblée générale
de Saint-Domingue , & M. de Santo -Domingo
, mandés & retenus à la fuite de l'Affemfemblée
nationale par les décrets du 20 feptembre
& du 12 octobre 1790 , & qu'ils feront libres
ainfi que les officiers & l'équipage du vaiffeau le
Léopard.
Les commiffaires envoyés en Flandres ont
écrit de Lille , le 3 juillet , que tous les officiers
en garnifon dans cette place , à l'exception de
quinze, ont prêté le nouveau ferment. Ces commiffaires
ont fufpendu trois officiers contre lefquels
il exiftoit , difent-ils , des plaintes & quelques
foupçons. Soldats & gardes nationales , tous fe
font empreffés de jurer avec enthouſiaſme.
M. Goudard a fait un rapport fur le tranfit &
l'entrepôt réclamés par les départemens du Haut
& du Bas -Rhin , fur le remboursement des droits
perçus à l'entrée des toiles blanches de coton ,
trangères , introduits dans le royaume four être
( 227 )
imprimées dans les manufactures du département
du Haut-Rhin . Ce rapport a été fuivi de 13
articles que l'Affemblée a décrétés , contenant le
détail de l'importation defdites marchandifes , de
leur conduite , des déclarations , de l'entrepôt ,
de fa durée , des vérifications , de la fortie ,
& des droits remboursés. Le dernier de ces articles
porte que , les manufactures actuellement
établies dans le royaume , qui juftifieront avoir
les mêmes befoins , pourront jouir du même
avantage ; mais feulement en vertu d'une loi
nouvelle , qui fera , comme celle- ci , une dérogation
aux loix générales .
L'ordre du jour ou plutôt l'afcendant des circonftances
appelloit la loi fur les émigrans . Dans
un long rapport , M. Vernier a retracé la conduite
des fept comités chargés d'examiner fi une
parcille loi pouvoit fe concilier avec les droits
de l'homme. D'abord le comité de conftitution
promit que la liberté n'en feroit point allarmée ;
puis changeant tout- à - coup de langage , ce même
comité déclara qu'une telle loi blefferoit les droits
du citoyen , ou qu'elle ne pourroit l'exécuter
qu'à l'aide d'une commiffion dictatoriale . Aujourd'hui
ce n'eft plus une loi contre les émigrans
qu'on veut nous donner , c'eſt uniquement une
loi contre l'abfence coupable ; & l'on part pour
cela d'un principe d'obligation réciproque . Tout
citoyen qui a vécu à l'abri des loix de fa patrie ,
ne peut , dit- on , fans ingratitude , fans crime,
la quitter lorfqu'elle eft en danger , pour y rentrer
quand le calme y fera rétabli ; & le corps I'giflatif
devient tout entier la commiffion dictatoriale
qui juge du danger , du droit & du devoir.
Peut- être ce lyftême feroit- il plus applicable à
un autre état de chofes que celui où la protec-
K 6
( 228 )
tión & la fûreté s'évaluent en argent & s'acquittene
en fubfides , où l'impôt remplace le fervice perfonnel
, où le citoyen qui fatisfait aux contributions
publiques concourt réellement à la défenfe
commune , pour fes propriétés , abſent ou
non , & pour fa perfonne taut qu'il réfide ; ou
il feroit injufte d'exiger que tout individu ferve
& paie , dès que payer c'eft auffi fervir .
2
Quoi qu'il en foit de ces notions élémentaires ,
nous tranfportant dans les républiques anciennes.
où des milliers d'ef:laves , & d'affranchis chargés
des travaux utiles laiffoient aux citoyens défoeuvrés
le loifir d'adminiftrer , gouverner & défendre
leur patrie , M. Vernier a propofé les onze
articles fuivans :
сс
ce Art. I. Toute perfonne en France a la faculté
d'aller , de venir , d'habiter en tout lieu du royaume ,
d'en fortir & d'y rentrer à volonté . »
« II. Le corps législatif pourra , lorfque la
défenfe & la fûreté de l'état le rendront néceffaire
, ordonner à tous les citoyens François , &
à eux feulement , de fe tenir prêts à donner à la
patrie les fecours extraordinaires que chacun d'eux
lui doit. Ce décret fera fuivi d'une proclamation
du Roi , pour en ordonner l'exécution. »
« III . Cette loi demeurera en vigueur juſqu'à
ce que le corps lég flatif ait annoncé par un
décret , pareillement fuivi d'une proclamation du
Roi , que la patrie n'exige plus des citoyens que
leur fervice ordinaire . »
« IV . L'effet de la loi fera de limiter momentanément
& de la manière ci -après déterminée ,
l'exercice de la faculté déclarée par l'article premier
du préfent décret. »
«V, A compter du jour de la proclamation ,
-Loue citoyen qui fortira du royaume , ſera tenu
( 229 )
de faire fa déclaration à la municipalité du lieu cu
il fe trouvera , portant que fur la foi du ferment
civique qu'il a prêté , ou qu'il prêtera à l'inftant
même , il promet d'être & de demeurer fidèle
à la conftitution , & de continuer à fervir la patre
de tout fon pouvoir . Il fera dreilé acte de cette
déclaration ; il lui en fera remis un extrait , dont
il fera tenu d'envoyer une copie en forme à la
municipalité du lieu de fa réfidence . »
сс
VI . Tout citoyen abfent du royaume à l'époque
de la proclaination fera tenu d'y rentrer
dans le délai qui fera fix par le décret , ou d'envoyer
à la municipalité du lieu de fon domicile
en France , une déclaration en forme , telle qu'elle
a été preferite par l'article précédent . »לכ
« VII. Tout citoyen abfent du royaume après
la proclamation , qui aura fait la déclaration prefcrite
par les articles précédens , paiera , à titre
d'indemnité due à l'état , outre fes contributions.
ordinaires , une fomme égalé auxdites contributions
d'une demi - année , s'il eft abfent fix mois
ou moins de fix mois , & d'une année entière ,
s'il eft abfent pendant plus de fix mois . »
ce VIII. Tout citoyen abfent du royaume après
la_fufdite proclamation fans avoir fait la déclaration
prefcrite par les articles précédens , paiera ,
par forme d'amende , outre fes contributions ordinaires
, une fɔmine égale au double desdites contributions
, dans les proportions fixées par l'article
précédent , & fera déchu du titre & des
droits de citoyen François jufqu'à ce qu'il y foit
rétabli par un décret cu corps légiflauf , lanctionné
Par le Roi. >>
« IX. Sont exceptés des difpofitions des deux
articles précédens , ceux qui auront une million
du gouvernement , & les gens de mer , »
( 230 )
X. La moitié du produit des augmentations
des contributions ci - deffus fera répartie en moins
impolé , entre les contribuables de la même municipalité
qui ne paieront que 12 liv . d'impofition
& au-deffous ; l'autre moitié fera verfée au tréfor
public.
ככ
« XI. Tous citoyens abfens ou préfens , qui
auront porté les armes contre la France , ou enrôlé
des hommes pour les porter , qui feront
convaincus d'avoir tramé des complots contre le
repos ou la fûreté de rat , font déclarés traîtres
à la patrie ; ils feront pourſuivis & punis comme
tels . »
M. de Toulongeon a penfé que cette loi coûteroit
la vie ou la liberté à des citoyens , &
donneroit le befoin d'émigrer à ceux qui n'en
ont que le defir. On a demandé la queſtion préalable
, le renvoi au comité . Demandant l'une
ou l'autre , M. Chabroud vouloir laiffer aux légiflateurs
le droit de prononcer d'après les circonftances
fans loi générale , & défiroit , pour
l'inftant actuel , des mefures plus vigoureufes
contre les émigrans .
Les mefures propofées , difoit M. Prieur
font infuffifantes ; & il prétendoit qu'on ne feroit
une bonne loi contre les émigrans qu'en partant
de ce dilemme tout françois qui , dans ce moment
, eft hors du royaume eft un mauvais citoyen
ou un traître ; dilemme effentiellement
défectueux , tout traître étant un mauvais citoyen
, & un françois pouvant être abſent par
tendre le filiale , paternelle , par générofité , par
amour pour les arts , pour les fciences , pour
l'humanité , par maladie par horreur des meurtres
impunis , par impoffibilité de fubfifter en France ,
motifs qui ne tiennent nullement de la trahiſon .
( 231 )
L'opinant a penfé qu'il importoit de prévenir les
deffeins finiftres de françois parricides. M. Duport
a prétendu qu'il falloit les méprifer . Plufieurs
voir lui ont crié : allons , allons ; taifez-vous . M.
d'André infiftoit fur le renvoi , afin que l'on
pût combiner la rigueur indifpenfable , & l'exécution
poffible. L'Aſſemblée a renvoyé le projet
de décret au comité qui le lui rapportera famedi
prochain.
Une lettre de la municipalité d'Avignon annonce
qu'une partie des habitans de cette ville ,
qu'on y nomme comme ailleurs tous les citoyens
, ayant appris le départ du Roi , le font
hâtés de renouvelier le ferment de vivre libres
& françois ( applaudiffemens ) .
Rentrée dans la difcuffion de la police correctionnelle
, l'Affembléc a fucceffivement décrété
une longue férie d'articles. Deux feuls objets y
ont excité des débats de quelque intérêt , l'accufation
d'adultère & la peine décernée pour expofition
d'eftampes ou figures obfcènes . Le mot
obfcène ne paroiffoit pas affez clair , affez précis
à M. Péthion qui craignoit qu'on ne prit pour
obfcènes les nudités académiques ; & à M. Roberfpierre
qui trembloit que d'un prétexte à
l'autre , on ne fi ît par attaquer la liberté de
la preffe , la libre communication des idées à
laquelle doivent concourir tous les arts ; quant
à l'adultère , M. d'Arnaudat a demandé que cette
queftion ne fut traitée que lorfqu'on auroit ftatué
fur le divorce ; l'eſpoir du divorce a excité
des applaudiffemens , & l'article a été rétiré.
Voici les articles qu'on a décrétés fur la police
correctionnelle :
}
4
Art. Ier . Les peines correctionnelles feront ,
. F'amende ; 2º la confifcation , en certain
( 232 )
cas , de la matière du délit ; 3 ° . l'emprisonnement
; 4° . enfin , la déportation , laque tera
toujours à vie . »
cc II. Il y aura une maifon de correction deftinée
, 1º . aux jeunes gens au-deffous de l'âge
de 21 ans , qui devront y être renfermés , conformément
aux articles XV , XVI & XVII du
titre X du décret fur l'organifation judiciaire;
2°. aux perfonats damnées par voie de police
correctionnelle . »
ce III. Si la maifon de correction eft dans le
même local que la maifon deftinée aux perfonnes
condamnées par jugement des tribunaux criminels
, le quartier de la correction fera entièrement
Léparé. »כ כ
« IV. Les jeunes gens détenus d'après l'arrêté
des familles feront féparés de ceux qui auront
été condamnés par la police correctionnelle . »
V. Toute maifon de correction fera maiſon
de travail ; il fera établi par les confeils ou di .
rectoires de départemens , divers genres de travaux
communs ou particuliers , convenables aux
perfonnes des deux fexes ; les hommes & les
femmes feront féparés. »
« VI. La maifon fournira le pain , l'eau &
le coucher ; fur le produit du travail du détenu ,
un tiers fera appliqué à la dépenſe commune de
la maison , »
« Sur les deux autres tiers , & fur fes biens ,
lorfque le jugement l'aura ainfi prononcé , il lui
fera permis de fe procurer une nouiriture mej
leure & plus abondante que celle de la maiſon . »
« Le furplus fera réservé pour lui être remis après
que le temps de fa détention fera expiré.
ג כ
« VII. Ceux qui feront prévenus d'avoir attenté
publiquement aux moeurs , par outrage હૈ
( 233 ) .
la pudeur des femmes , par actions deshonnêtes,
d'avoir favorisé la débauche , ou corrompu des
jeunes gens de l'un ou l'autre fexe , par expofition
& vente d'images obfcènes , pourront être
faifis fur -le - champ , & conduits devant le juge
de paix , lequel eft autorifé à les faire retenir
jufqu'à la prochaine audience de la police correctionnelle.
»
« VIII. Si le délit eft prouvé , les coupables
feront condamnés , felon la gravité des faits ,
à une amende de so à soo liv . , & à un emprifonnement
qui ne pourra excéder fix mois . Pour
avoir favorité la débauche ou corrompu des jeunes
gens de l'un & de l'autre fexe , l'emprisonnement
fera d'une année. S'il s'agit d'images obfcènes
les eftampes & les planches feront en outre confifquées
& brifées . R
« IX. Les peines portées en l'article précédent ,
feront doubles en cas de récidive . »
Du jeudi , féance du foir.
Prefque toute cette féance a été abſorbée par
des lectures d'adreffes , ou par des difcours d'orateurs
de députations : On a vu fucceflivement
arriver celles de la municipalité , du dictrict , des
gardes nationales & des troupes de St. Germainen-
Laye , qui ont offert leur hommage , prété
le ferment , & reçu les honneurs de la féance ;
des artiftes employés dans le département de
Paris , dont le ferment a été fuivi de l'offre de
la folde de dix citoyens - foldats envoyés pour
défendre les frontières ; du département de la
Marne ; du diftri&t & de la municipalité de Châlons
qui , ap: ès avoir dit que « l'Etre invifible
qui eft préfent aux confeils des Rois , a vu les
deffcies des méchans & la trâme des traîtres , s'en
( 234 )
eft joué , & a marqué de fon doigt le lieu de
leur confufion ... Un ferment de courage & de
force s'eft exprimé à - la - fois ... » Ont ajouté :
« Il vous refte à répondre au vou des citoyens ...
c'eft de prolonger votre feflion autant qu'il fera
néceffaire pour remplir le ferment de remettre à
la première légiflature le dépôt complet de la
liberté publique. »לכ
La fociété logographique eft venue s'engager
à entretenir deux gardes nationales fur la frontière
, & dépofer le premier mois de leur paye ;
& M. le Page , arquebuficr , a fait aufli , pour
cet objet , un don patriotique de 150 livres .
Une adreffe du diftrict de Rhétel a informé
l'Aflemblée que des lettres annoncent l'arrivée de
M. de Bouillé près de l'Abbaye d'Orval avec un
noyau d'armée de 15 mille hommes . Ces adminiftrateurs
n'ont pu voir , fans la plus vive fatisfaction
, le parti qu'a pris le corps légiflatif de
refter à fon pofte jufqu'au moment où la conftitution
fera achevée . Quelqu'un a dit avoir reçu
des lettres de 4 à 5 lieues d'Orval qui ne lui
parlent pas de l'entrée des troupes ; un autre ,
que la députation dés Ardennes étoit informée
qu'à peine M. de Bouillé avoit- il 1500 hommes.
Adrefles de Bourg- en - Breffe , où l'on conſeille
l'union pour éviter le fort de la Hollande , de
Liége , &c ; des corps adminiftratifs de Metz ;
du département de l'Ain , contenant l'avis de
faire la guerre , non aux peuples , mais aux
princes , aux defpotes ; des habitans de Loriol ,
qui , pénétrés du prix de la confiance , ne veulent
plus ouvrir leurs lettres qu'en préſence de deux
officiers municipaux ; des amis de la conftitution
de Befarçon ; des gardes nationales de Rheims ,
de Rochefort , de Villeneuve ; du département
!
[ 235 ]
du Cantal ; de la municipalité de Coignac , portant
que les terres de ceux qui s'abfenteront pour
défendre la frontière feront, cultivées par ceux
qui resteront ; effe plus laconique des citoyens
de Verdun , confiftant en ces mots : « Nous
fommes prêts à mourir pour l'exécution de vos
loix », & quatre pages in-folio de fignatures.
> en
Enfin , M. Royer a fait un troisième rapport
de l'affaire des Quinze - Vingts. Le tribunal du
quatrième arrondiffement de Paris ayant
exécution d'un décret de l'Affemblée , réintégré
les anciens adminiftrateurs ; MM . Tolozen ,
Béchet & Duhamel & leurs adhérens ont induit
le département à les maintenir dans cette adminiftration
d'où les excluoient & le décret & le
tribunal ; le directoire les a renommés . M. Royer
a conclu à la confirmation du jugement . M. Cha
broud a demandé le renvoi au pouvoir exécutif,
c'est-à -dire au miniftre de l'Affemblée nationale .
M. Ræderer craignoit tout décret tendant à reconnoître
une corporation religienfe niême
d'aveugles . Ses craintes ont été repouffées par
la préalable , & l'Affemblée a décrété que le
jugement aura fon effet , & que les arrêtés du
directoire du département de Paris , à cet égard ,
feront comme non- avenus.
,
Chargé de la juftification des feldats & fousofficiers
du régiment Royal- Comteis caffés par
un confeil de guerre le 12 juillet 1773 , pour
infubordination & mémoires féditieux & diffamatoires
contre le lieutenant - colonel & le major ,
M. Chabroud a d'abord obfervé qu'il ne connoiffoit
guère de cette affaire que la fentence qui les
condamne & les affurances que les condamnés
donnent qu'ils n'étoient pas coupables . Il a argumenté
en leur faveur de l'abfence totale des
( 236 )
pièces ; & de ce qu'on ne produit qu'une fentence
, il en infère qu'il n'y a pas eu de jugement
, mais un abus de crédit & d'autorité . Ses
conclufions ultérieures , ont été adoptées , & ont
déclaré nulle la fentence rendue le 12 juillet 1773
par le confeil de guerre contre les foldats & ſousofficiers
du régiment de Royal- Comtois .
Du vendredi , 8 juillet.
Après de nouvelles fuppreffions & circonf
eriptions de paroiffes , décrétées fur la propofition
de M. Defpatys , l'Affembléc a ftatué qu'a l'avenir
fes décrets d'utilité générale porteront la claufe
d'impreffion & d'envoi à tous les départemens
& que les loix de pure localité feront adreffées
manufcrites aux corps adminiftratifs ou aux tribunaux
qu'elles concerneront . Une pareille difpofition
faite dès le commencement de la feffion
auroit épargné des fommes énormes en frais
d'imprimerie , de papier & de pofte ; tel décret
ayant coûté plus de dix mille écus , ainfi qu'on
l'a remarqué dans l'Aſſemblée .
M. le Couteulx a fait le tableau de la fituation
de tous les hôpitaux du
réduits aux
royaume
dernières extrémités, & à laiffer fans fecours & fans
nourriture un nombre confiderable de pauvres ,
de malades , d'infirmes , d'enfans , faute des revenus
que ces établiſſemens retiroient des octrois
fupprimés dans toutes les villes . Il a lu quelques
articles dont M. Bouche a demandé l'impreflion
& l'ajournement. M. Camus vouloit qu'on s'occupât
, la femaine prochaine , d'un moyen de
pourvoir à la dotation de tous les hôpitaux , &
il obfervoit que des mefures proviloires n'ac
quitteroient pas cette dette facrée . Mais les befoins
lout urgens on a imprudemment • tari les fou: ces
( 237 )
de bienfaisance religieufe ; chaque heure accordée
à de froides del bérations , tue peut - être vingt
malheureux . Cédant à une jufte fenfibilité , I'ATfemblée
s'eft hâtée d'adopter le projet amendé de
M. le Couteulx , en ces termes :
« Art. I. Il fera deftiné fur les fonds de la
caiffe de l'extraordinaire , une fomme de trois millions
pour les fecours provifoires que pourront
exiger les befoins preffans & momentanés des
hôpitaux du royaume , laquelle fera avancée
fucceflivement à titre de prêt , fur la demande
des directoires de diftriét , de département & des
municipalités du royaume , en faveur des hôpitaux
qui y font fitués , ainfi qu'il fera déterminé
par les articles fuivans : »
« II. Les différentes municipalités qui réclameront
ces avances en faveur de leurs hôpitaux ,
ne pourront le faire fans l'avis des directoires
de diftrict & de département où elles font fituées ,
& feront tenues de fe procurer l'acquiefcement
des confeils - généraux de leurs communes
avec
obligation de rétablir ces avances dans la caiffe
de l'extraordinaire dans les fix premiers mois de
l'année 1792 , par le produit des fols additionnels
aux contributions foncière & mobiliaire , &
fur les droits de patentes à impofer en 1791. »
«III. Ces municipalités feront tenues en outre
de préfenter le confentement du confeil - général
de la commune , pour donner en garantie de
ces avances , & de la reftitution des deniers à la
caiffe de l'extraordinaire , le feizième qui leur
revient dans le produit de la vente des biens
nationaux dont elles font foumiffionnaires . »
« IV. A défaut de cette garantie du feizième
qui revient aux municipalités dans le produit de
la vente des biens nationaux , les hôpitaux ou
( 238 )
les municipalités feront tenus de préfenter en
garantie de ces avances , fur l'avis des directoires
de diftrict & de département , les capitaux des
rentes appartenant aux hôpitaux fur le tréfcr
national , ou d'autres créances vérifiées être à
la charge dudit tréfor , & liquidées à la caiffe
d: l'extraordinaire , ou même les biens - fonds
que pourroient pofféder les hôpitaux qui font
dans le befoin , & en faveur defquels feront
faites les avances de la caiffe de l'extraordinaire.
>>
ee V. Les fommes qui feront ainfi avancées à
titre de prêt aux différens hôpitaux de Paris , en
remplacement provifoire des revenus dont i's
font privés par la fuppreffion des droits d'entrée ,
feront rétablies à la caiffe de l'extraordinaire dans
les fix premiers mois de l'année 1792 , fur les
premiers deniers provenant des impofitions qui
feront ordonnées en remplicement de ces revenus
; & les créances fur le tréfor national dont
lefdits hôpitaux font propriétaires , ainfi que leurs
biens- fonds , feront , fur l'avis du directoire du
département de Paris , reçues en garanties de la
reftitution de ces deniers . >>
« VI, L'état de diftribution des avances qui
feront faites aux hôpitaux du royaume , conformément
aux difpofitions déterminées dans les
articles precédens , fera dreffé par le miniftre
de l'intérieur ; cet état indiquera , par chaque
hôpital une fomme déterminée pour chaque
mois , & le commiffaire du Roi à la caiffe de
l'extraordinaire , ne pourra ordonner le paiement
de ces avances , que conformément à cet état ,
qui lui fera communiqué par le miniftre de
l'intérieur. »
« VII. Les pièces à produire par les muni
cipalités & les hôpitaux , à l'appui de leurs de
( 239 )
mandes , ne feront point affujetties au timbre . »
Le commandant de la garde nationale de
Bullion , département de Seine & Oife , M.
Cheval , a envoyé soo livres pour la défenſe
des frontières .
Plufieurs officiers du régiment Royal - Comtois
font admis à prêter le ferment.
On lit une lettre de M. Richier qui donne fa
démiffion .
L'exécution du décret portant que les affignats
de cent fols feront échangés contre des affignats
de 1000 & de 1000 livres , auroit l'inconvénient
imprévu de mettre les poffeffeurs de ces gros
affignats à même de revendre les petits au public.
M. Cernon & le comité , perfuadés que le patriotifme
des troupes leur fera sûrement accepter
les affignats de cent fols , & ne croyant pas que
la caifle de l'extraordinaire doive confier aux
départemens des fommes confidérables de petits
affignats pour les échanger contre de plus forts ,
fans avoir aucune affurance , ont proposé de décréter
dix articles dont les trois premiers font les
feuls qui aient foutenu le choc des opinions.
Un long raisonnement de M. Rabaud a préfenté
cent millions en affignats des livres comme
une refiource prefque nulle pour un royaume où
il en faudroit , felon lui , pour environ 1800 millions
en remplacement des écus enfouis ou exportés
. Il a peint le defir impatient pour ces petits
affignats , l'inévitable danger des accaparemens
fi les diftributions ne fe font pas en quan
tités un peu fortes , fa conclufion a été qu'on.
envoyât 1,200,000 livres en affignats de cent fols
dans chaque département , que du moins , on
partit de cette règle ; & que l'on rendît , dès le
( 240 )
lendemain , le décret portant émiffion d: menue
monnoie d'argent.
M. Camus a oblervé qu'il en coûtoit 90,000 liv.
par femaine pour achat de numéraire , & ne parlant
pas des échanges , mais de la fomme qui
eft actuellement dans la tréforerie , il étoit d'avis
de payer les à - points en petits affignats dès lundi
prochain , & de faire , en affignats de cent fols ,
l'envoi qui doit s'effectuer le 12 ou le 13 dans les
départemens pour les frais du culte , en prévenant
les départemens de ne pas donner enfuite tous les
petits affignats aux cccléfiaftiques .
Sur la remarque ou la motion de M. d'André
qu'à mesure que le tréfor public recevra de petits
affignats de la caiffe de l'extraordinaire , celle- ci
devra recevoir du tréfor public de gros affignats
en échange , afin que l'émiffion n'excède pas la
fomme décrétée de 1200 mil ions , l'Affemblée
a adopté les trois premiers articles de M. Cernon ,
fauf rédaction.
Pour mieux fubdivifer la maffe des affignats
de cent fols , M. Rabaud a demandé qu'il en fût
envoyé pour 400,000 liv. à la foire de Baucaire.
qui s'ouvrira le 22 juillet , & où il craint qu'il ne
fe fafle que fort peurs d'affaires , vu les difficultés
des échanges . Il vouloit que la municipalité de
Beaucaire en fît la diftribution de concert avec
des commiffaires du département , & qu'on y
envoyât le plus qu'il fe pourroit de monnoie de
cuivre. Si on adopte cette propofition , a dit M.
d'Arnaudat au milieu des murmures qui l'ont
accueillie , il faut tranfporter la caiffe de l'extraordinaire
à la foire de Beaucaire , ou il faudroit avoir
recours à la même meſure pour toutes les foires du
Royaume. On eft paffé à l'ordre du jour en la renvoyant
au pouvoir exécutif,
Le
( 241 )
•
Le préfident a annoncé la mort de M. de Roche .
chouart , député de Paris , qui fera remplacé par
M. de Ségur le jeune.
D'après la motion de M. Cernon , l'Affemblée a
décrété ce qui fuit , dernière rédaction des articles
dont il s'eft agi plus haut :
Art. I. Il fera fourni à la trésorerie , par
la caiffe de l'extraordinaire , la fomme de
24,618,376 liv. pour fupplément aux dépenses
ordinaires du mois de juin. ככ
ce II. La caiffe rembourfeta à la trésorerie la
fomme de 11,991,470 liv , en remplacement de pa-,
reille fomme par elle avancée pour l'acquittement
des dépenfes particulières à l'année 1791. »
L'Ambaffadeur de Portugal , a dit M. Fréteau ,
s'eft plaint , par écrit , de l'arreftation faite à
Quilleboeuf, de 817 marcs de vaiffelle , détaillés
dans un paffe- avant en bonne forme pris à la douane'
de Paris le 11 du mois dernier , vaiffelle au poin-
Con de Paris & marquée aux armes de la Reine de
Portugal. Pour faire droit aux réclamations' de.
l'Amballadeur , le comité diplomatique a rédigé ,
& l'Affemblée a adopté ce nouveau décret en
explication ou reftriction de celui qu'a déjà modifié"
le cas particulier des piaftres arrêtées à Forback :
ce L'Affemblée nationale ayant entendu le
rapport de fon comité diplomatique , voulant ,
conformément à fon décret du 24 juin , qu'il ne
foit apporté aucun obftacle au cours ordinaire du
commerce , déclare que les feuls effets dont elle
entend prohiber quant à préfent le tranfport à
l'étranger , font les armes & munitions de guerre,
les matières d'or & d'argent en lingot , & les efpèces
mounoyées qui ont cours dans le royaume ;
l'exportation des ouvrages de l'orféverie & de
joaillerie marquées à la nouvelle marque demen-
No. 29. 16 Juillet 1791 . L
( 242 )
1
Fart libres ; n'entendant néanmoins l'Aſſemblée
porter aucune atteinte aux prohibitions portées
par les loix & les réglemens de commerce , lefquelles
font maintenues comme par le paffé.
ל כ
On a repris la difcuffion du code relatif à la
police correctionnelle . Les mots : imputations calomnieufes
ont fourni à M. Buzot l'occafion d'expofer
fes fcrupules fur tout ce qui tend à bleſſer
la liberté de la preffe & de la communication des
idées ; d'établir en principe qu'une calomnie ne
doit être punie que lorfqu'elle eft publique , &
encore fur des preuves auffi claires que le jour , &
patiemment attendues. Il a cité , pour exemple ,
M. de Bouillé. « Er le jugeant , a- t- il dit , par
fes alentours , par les faits antérieurs , parceux qui
fuivent , je demande s'il n'eft pas probable , pour
chacun de nous , que cet homme eft véritablement
un traître . Et cependant non- feulement les
journalistes , mais beaucoup d'autres hommest
qui , dans la fociété , fe font permis d'avancer ce
mot , euffent pu être pourfuivis , & ce n'eft que
quatre mois après que l'évènement a juftifié leur
opinion . Nous donnerons les articles qu'on a décrétés
:
La féance a été levée .
Du famedi 9 juillet.
M. Bégouen a préfenté un projet de loi qui exeepte
des difpofitions du décret du mois de mars
dernier , les Nantukois exerçant en France la pêche
de la baleine , leur permet de faire venir de
la Nouvelle - Angleterre les bâtimens propres à
cette pêche , de s'établir dans le royaume , de
jouir des avantages du pavillon françois , fans
que leurs navires puiffent avoir aucune atr
deftination que la pêche de la baleine. Selon
( 243 )
Lavie, c'étoit facrifier l'intérêt national à l'inté
rêt particulier ; mais M. Bégouen lui a prouvé
que le bien général du peuple françois , qui né
fçait plus faire la pêche de la baleine , demande
que l'on favorife des étrangers attirés par le
gouvernement , habiles dans ce genre d'induftrie
que leurs leçons pourront naturaliſer chez nous ;
& le projet a été décrété.
L'ordre du jour appelloit la difcuffion ſur la
loi concernant les émigrans. M. Vernier a pris
la parole au nom des comités réunis chargés de
refondre cette loi fi fouvent reproduite. ce Les
vérités les plus heureufes , a-t-il dit , ont , je
ne fçais par quelle fatalité des circonftances
te plus de peine à s'accréditer ; mais vous avez
enfin reconnu , dans la derniere féance , que
la liberté qu'a effentiellement le citoyen d'aller
Bu il lui plaît peut être fufpendue lorsque la
patrie eft en danger. » Il a propofé enfuite , un
projet de décret dont aucune difpofition n'a cependant
été accueillie , le voici :
Les circonftances où le trouve la nation francoife
lui faifant un devoir de rappeller dans fon
fein tous les enfans de la patrie , l'Aſſemblée
nationale décrete :
Article I. Jufqu'à ce qu'il en ait été autrement
ordonné , les françois abfens du royaume
feront tenus de rentrer en France dans un mois .
à dater de ce jour le délai , meflieurs , eft
affez long ). »ود
(
cc II. Sont exceptés des difpofitions ci - deffus
ceux qui ont une miffion du gouvernement
les gens de mer , les négocians ou leurs facteurs
, notoirement connus pour faire des voyages
chez l'étranger . »
III . Ceux qui rentreront en exécution du
L 2
( 244 )
préfent décret font mis fous la fauve- garde fpéciale
de la loi. Les municipalités , les corps adminiftratifs
& les gardes nationales demeurent
chargés de veiller à leur fûreté . »
IV. Les biens de ceux qui ne rentreront
pas dans le délai preferit , font néanmoins mis
fous la fauve - garde fpéciale de la nation : & le
délai expiré , lefdits biens-meubles & immeubles
feront féqueftrés & adminiftrés au profit de la
nation , de la manière qui fuit : »
« V. A l'expiration du délai porté par l'article
premier , les directoires de diftrict nommeront
des commiflaires pour ſe tranſporter dans
l'étendue de leur reffort , y prendre connoiffance
fur l'indication des municipalités de l'habitation
des émigrans & des biens dont ils jouiffoient.
»
se VI. Lefdits commiffaires mett: ont les í c!-
lés fur les portes defdites , maifons & appartemens
occupés ci - devant par lefdits émigrans .
Ils établiront auffi un gardien bon & folvable.
Ils appelleront les fermiers , locataires , régiffears
, & autres prépofés ; ils prendront , fous
la foi du ferment , la déclaration des loyers &
fermages dont ils font débiteurs ; ils fe feront
préfenter les quittances defdits payemens ;
recevront pareillement les déclarations defdits
biens & régies dont ils fe , feront exhiber
les comptes ; ils donneront auxdits fermiers &
locataires lecture du préfent décret ; ils leur enjoindrout
de payer les fommes dont ils feroient
débiteurs , aux receveurs de diftri&t , & recevront
la foumiffion des régiffeurs à cet effet :
& dans le cas ou lefdits régiffears refuferoient
de foufcrire ladite foumiffion , & où lefdits biens
ne feroient ni en ferme ni en régie , leſdits com(
245 )
miffaires procéderont de la manière ci - après . Ils
feront annoncer publiquement l'adjudication des
récoltes pendantes par racines fur les domaines
régis . Ladite adjudication fera faite au plus offrant
, après un intervalle de vingt-quatre heures ,
au moins depuis l'annonce . Dans le cas où
l'abfence des émigrans fubfifteroit encore au
premier novembre prochain , les biens à eux
appartenans feront régis conformément aux décrets
portés , excepté les lieux deftinés à leur
habitation , à l'égard defquels ils ne fera fait
aucune difpofition nouvelle , jufqu'à ce qu'il y
ait été pourvu par le corps législatif.
>>
cc VII. Les débiteurs defdits émigrans feront
tenus de payer entre les mains du receveur de
diftrict en leur domicile , les fommes qu'ils pourroient
leur devoir tant en principaux qu'en intérêts
. »
VIII. Sur les revenus qui proviendront des
biens féqueftrés , feront pris d'abord les frais des
commiffaires à l'appofition des fcellés , vifites &
autres , fuivant le réglement qui en fera fait
par le département ; le furplus fera verfé à la
caiffe de l'extraordinaire . »
« IX. Les droits des créanciers , des femmes &
enfans defdits émigrans & de tous autres qui
prétendroient avoir des actions à exercer contre
eux , demeurent réservés pour les faire valoir
ainfi qu'il appartiendra .
x
X. Lorfque les abfens rentreront ils feront
réintégrés dans la jouiffance de leurs biens fur
la demande qui en fera par eux faite pardevant
le directoire du district . »
ce XI. Toutes difpofitions & conventions faites
en fraude du préfent décret , front regardées
comme nulics & non avenues & feront ré-
>
L 3
( 246 )
putées telles toutes aliénations ou paiemens Fa
vance qui n'auroient pas une date certaine
antérieures au préſent décret. »
M. Caftellanne a invoqué la queftion préalable,
« Si quelqu'un fe charge de manifefter
l'indignation que mérite ce projet de décret , a
dit M. Malouet , je ne parlerai pas . Je manifefterai
mon indignation contre ceux qui parleront
contre le décret , a répondu M. Rewbell. »
--
Loin de fervir contre les émigrans , M. d'Arnaudat
a pensé que l'on devroit plutôt écouter
l'avis , qu'ils donnent de faire un bon. gouvernement
que perfonne ne foit tenté de quitter.
*
L'Europe entière , pourfuit-il , eft encore incertaine
fur les effets de notre révolution . »
Ayant prévenu l'Affemblée qu'il ne connoilloit
pas de moyens de réfuter les murmures , M.
d'Arnaudat a foutenu que la fociété ne pou
voit exiger comme devoirs fociaux le filence
& la réfignation qui font des vertus morales ;
que la loi propofée ajouteroit aux raifons
J'émigrer ; qu'il y a tyrannic & efclavage là où
un feul homme eft contraint de vivre fous des
leix qui n'ont pas fon confentement libre ; que
l'émigration dont on fe plaint eft une fuite paffagère
caufée par la crainte & le mécontentement ;
que le falut du peuple , au nom duquel fe font
commis les plus grands crimes , n'eſt que dans
un refpect religieux pour les loix de l'équité
- naturelle ; qu'auffitôt qu'on entre dans les domaines
de l'arbitraire , c'eft une dictature qu'il
faut adopter ; que parmi les émigrans , il en eſt
beaucoup que la terreur a fait s'expatrier ; & l'oaprès
avoir cité le décret fur la liberté
des voyageurs , a conclu à l'ajournement du
projet qui l'abroge , jufqu'à l'achevement de la
rateur ,
( 247 )
conftitution qui doit ramener la fûreté , le come
, enfin à la queſtion préalable quant à pré-
Tent.
En convenant qu'il ne s'agiffoit point de févir
contre des hommes dont le tort fe borneroit à
l'abfurdité de ne pas approuver une conſtitution
qui comble les voeux d'une grande nation . M.
Prieur n'a vu dans le décret propofé que de
fages mefures contre des hommes armés prêts
à porter le fer & le feu au fein de leur patrie
, quoiqu'il n'y foit fait mention ni d'armes,
ni de projets hoftiles , mais feulement d'émigration.
M. de Beaumetz a déclaré d'abord que tous
françois qui s'arme contre fa patrie mérite le
dernier fupplice. Enfuite l'opinant a obfervé que
ces principes lui paroiffoient étrangers à la loi
propofée qui , dans fa latitude indéfinie , embraffe
tous les françois qui n'ont quitté la France
qu'a regret , épouvantés de calamités particu
lieres intéparables d'une grande révolution , Cette
Joi préfentée fous tant de faces , a toujours été
repouffée. On l'appuye fur les circonftances , it
s'appuye lui- même fur les circonftanees pour
la combattre. Il la croit pleine de défectuofités,
d'impoffibilités, d'exécution , d'injuſtices de détail ,
d'immoralités.
« Vous êtes parvenus , a- t - il dit en ſubſtance',
au plus beau période de la révolution . Une immenfe
majorité s'eft ralliée autour de votre conftitution
. La totalité de la nation , eft impregnée
du vou d'être libre . Cette grande majorité a
été fentie au- dedans & au- dehors . Les puiffances
étrangeres ne croiront plus que la révolution foit
l'ouvrage de quelques factieux d'un petit
ambre d'hommes plus remarquables par leur
L
4
( 248 )
mouvement que par leur multitude . Elles ne
verferont ni leurs tréfors ni le fang de leurs
fujets pour empêcher une nation d'être libre &
heureufe à fa manicre . » Au refte , fon avis a
été que s'il eft forti de France quelques -uns de
ces avanturiers qui s'en orgueillent d'être les
vils ftipendiaires de tel qui paye une valeut dont
ils ne favent que faire , le plus grand nombre
des émigrans confifte en propriétaires honnêtes
qu'une loi provoquante attacheroit à leur exil ,
que le retour de la paix , de la fûreté , rappellera
dans leur patrie ; & il a demandé l'ajournement
du projet jufqu'à la fia de la conftitution
.
Tous ces difcours n'étoient , ' fuivant M.
Rewbell , qu'une critique indirecte de tous les
décrets de l'Affemblée qui portent fur la réciprocité
des obligations civiques. A l'entendre ,
les émigrans veulent tous où mettre la France
à feu & à fang ou la ruiner en exportant le
numéraire , point de milieu . Le décret propofé
n'eft qu'une conféquence néceffaire des fages
mefures qu'on a déjà prifes . « Si vous vouliez ,
difoit-il ; forcer les gardes nationales à défendre
les propriétés d'émigrans ou dangereux ou inutiles
, vous commettriez la plus grandes des iniquités
, & vous ne feriez pas obéis . »
сс
« On a beau dire, a- t- il pourfuivi , que nous
commettons un crime en ne remettant pas la
défenfe du royaume au chef du pouvoir exé-
" cutif ; car on nous traite de criminels de , ne
pas le faire. On a beau dire que nous commet
tons un crime de ne pas nous en remettre à des
généraux perfides pour réprimer les mécontens » .
M. de Jeffé a diftingué des françois ennemis
de leur patrie , les hommes qui n'ont quitté
( 249 )
la France que parce que le bienfait du nouveau
pacte foci . I ne leur convient pas . Voici l'effentiel
de fon difcours , que nous regrettons
pouvoir tranfcrire littéralement & en entier.
de ne
La majorité d'un royaume a le droit de fe
donner un gouvernement , mais on a le choix
libre d'obéir ou de s'en aller. Beaucoup d'émigrans
efpèrent revenir cucillir le fruit de nos
inftitutions , lorfqu'il fera mûr , & n'ont point
voulu courrir les chances. Il feroit indigne de
rançonner la foibleffe & la frayeur par des
loix fifcales . Il feroit à fouhaiter que la France
pût vomir par toutes fes iflues tous les mécontens
qu'elle renferme . Pour atteindre quelques
individus mal - intentionnés , votre loi frapperoit
fur une foule d'hommes , de femmes , de vieillards
, d'enfans , de qui l'on , n'eft pas fondé à
exiger du courage . Un contrat n'eft obligatoire
que lorfqu'il eft mutuel . L'interregne des loix
ne vous a encore permis de faire protéger les
droits & les jouiffances de chacun par la force
commune.....
Il étoit tout fimple que chacun cherchâr ſa
fûreté lorsqu'aucune autorité ne la lui garan
tiffoit . Une loi contre les émigrans eft tyrannique
& inutile ; la contrebande des hommes ne ſe
fera qu'avec plus de fubtilité . La maison & les
terres des émigrans doivent être protégées dès
qu'elles payent l'impôt prix de la protection . Tout
citoyen qui refte , paye l'impôt & défend encore
l'état de fa perfonne ; l'argument eft juste : cette
réciprocité néceffaire vous autorife à forcer l'émigrant
à fournir , à payer un homme armé. Dans
les petites conftitutions monacales de la Grèce
( ou de Saint- Marin ) un brás de plus imporsoit
au falut public ; mais dans un empire im
L
S
( 250 )
menfe on peut fe faire fuppléer , & l'émigran
rend fervice en fe faifant remplacer par un garde
nationale qui vaudra mieux que lui .... Maintenant
que tout eft organifé , frappez les perturbateurs
, faites réguer les loix , & celle contre
les émigrans , celle que nous agitons fera portée .
Pompée jura de traiter en ennemis tout ceux
qui n'embrafferoient pas fa caufe ; Céfar , ce
favori de la fortune fi digne de la dominer ,
annonça qu'il regarderoit comme étant pour lui
tous ceux qui ne feroient pas contre lui . ( quelqu'un
a crié : nous n'avons ni Céfar ni Pompée. )
La conclufion de l'opinant a été que la loi propolée
étant injufte , dangereufe & inexécutable
l'Affemblée avoit fait tout ce qu'elle devoit &
pouvoit faire en portant une loi contre les rébelles.
Une lettre du directoire du département de
Paris a invité le corps légiflatif à envoyer des
députés à la cérémonie de la tranflation du corps
de Voltaire dans l'églife de Sainte - Genevieve.
Il est décidé que l'Affemblée y enverra douze
de fes membres. Cette cérémonie aura lieu lundi
matin .
Rentré dans la difcuffion , M. Barrère n'a vu
dans la loi projetée qu'une mesure de police ,
de fûreté , mefure , a-t-il dit › que Mirabeau
Jui-même trouvoit convenable. Il a retracé les
dangers auxquels la France avoit échappé depuis
le 21 juin , a foutenu qu'elle en couroit encore,
On veut attendre la fin de la conftitution ; mais
qui répond que les troubles de l'intérieur & les
troubles de l'extérieur que tant de rapports lient
enfemble , ne mettront pas des entraves aux trayaux
qui doivent l'achever. On prétend que
Impôt eft le prix de la fûreté ; quelle est donc
( 251 )
cette: opinion burfale ? Dans les dangers communs
, l'argent , l'impôt paye pour les propriétés
& la perfonne pour la perfonne, ... On objecte
les droits de l'homme ; je n'entends jamais parler
des droits de la cité. Le falut du peuple eft
la fuprême loi ; devant elle s'abaiffent refpectueufement
les droits de l'homme & du citoyen.
La patrie alors commande jufqu'au facrifice de
la vie qu'elle a protégée .... Rappellez les émigrans
au milieu de leurs freres , ou frappez - les
du fceau de la réprobation civique .... L'Affemblée
a ordonné l'impreffion de ce difcours & fermé
la difcufion.
M. Malouet a cru devoir à fa qualité de … ..
proteftant a dit une voix du côté gauche ; de
repréfentant de la nation a repris l'honorable meinbre
, de déclarer publiquement qu'il s'oppofoit
au décret . M. Fréteau a demandé l'ajournement
jufqu'à ce que le comité de conftitution ait préfenté
un mode de réquifition & d'exercice de
la force publique , d'où puiffe réfulter la fûreté
de ceux qu'on veut rappeller , ce qui eft atteſter
qu'il n'y avoit pas de fûreté avant ce mode à
naître . L'ajournement paroît ou funefte ou inutile
à M. Bouchotte ; le motif, ou le prétexte ,
en paroît fingulier à M. Vernier qui obferve
que les propriétés des mauvais citoyens , des
émigrans , étoient fous la fauve-garde du zele
généreux des gardes nationales dirigés par la
Toi . Mais l'ajournement qu'on craignoit tant, venoit
d'être écarté par une décifion à laquelle le
côté droit avoit pris part , non fans exciter de
bruyantes rifées . M. d'Ambli a voulu juftifer
les émigrans éffrayés des pillages & des affaffinats
impunis ; M. Babey s'eft opposé à ce qu'on
entendit aucun des membres fignataires de la
L 6
( 252-))
déclaration réiative à la captivité du Roi ; de
vifs applaudiffemens du côté gauche ont couvert
cette faillie ; mais plufieurs voix du même côté
ont impofé filence à celui qui fe l'étoit permife.
On a relu les articles . M. d'André a trouvé
le premier inadmiffible dans la généralité , fulceptible
d'une foule d'exceptions ' néceffaires &
de toute juftice . Il eft impoffible , difoit-il , de
décreter que tout françois forti du royaume ,
fera tenu d'y rentrer dans un mois . Quelques
"difpofitions ont fait crier de tous les côtés de
la falle c'eft atroce ! c'eft abominable ! Saififfant
le mouvement fortement prononcé de répugnance
qu'il a ' remarqué dans l'Affemblée , M.
d'André a infifté fur les inconvéniens de l'exception
des négocians notoirement tels , du féquef-
' tre , de l'inventaire , des fcellés , de cette inquifition
inouie , odieufe , infupportable . M. Rewbell
y a fubftitué une triple impofition pour 1791 ,
& le terme de deux mois , fauf les mesures plus
févères à prendre en cas d'invafion ; & fa propofition
mife aux voix a eté décrétée fauf ré-
"daction .
M. de Cazalès a écrit & l'on a la la lettre
fuivante : « J'ai l'honneur de prévenir l'Affemblée
nationale que je donne ma démillion ».
Une autre lettre a annoncé la démiſſion de M.
'Montboiffier motivée par fon grand âge ; & la
féance a eté levée.
[
Au milieu du cahos & de l'anarchie ,
que l'impunité des crimes & la deftruc
on du Gouvernement propagent , on
(42534)
´eft étonné de trouver quelqu'ordre & quelque
sûreté dans la Capitale. Cet étonnement
croît encore à la vue des confeils
violens & des écrits meurtriers dont on
tourmente aujourd'hui la multitude . Il n'eft
point de maximes infenfées , de ſyſtême de
tyrannie qui ne trouvent ici un peuple de
partifans & des écrivains foudoyés pour en
juftifier l'atrocité. Ces ceuvres de barbarie
circulent avec rapidité dans les provinces ,
& comme la variété des fcènes n'y diminue
pas l'intensité des paffions , elles y produifent
un redoublement de fanatifme &
ces meurtres dont aucun peuple policé
n'a jamais offert une auffi honteufe continuité.
Cependant à travers ce défordre des
volontés , deux objets fixent conftamment
l'attention , la prifon du Roi & les difpofitions
des Puiflances étrangères.
Il eft fi monftrueux de tenir en chartre
privée le Monarque à qui la Loi , la raifon
& la justice accordent le partage de la
Souveraineté ; c'eft une chofe fi contradictoire
, fi oppofée aux principes qu'on tienne
à la chaîne celui dont le confentement va
indifpenfablement être néceffaire à la validité
des formes qui établiffent la liberté
de tous , que quelle que foit la légèreté
Parifienne , on eft frappé de l'inconféquence
de cette conduite & des inconvé
niens multipliés qui s'y trouvent néceffai
6
7254 )
rement attachés. Il faut le concours de
l'autorité Royale aux Décrets du Corps
Légiflatif, c'eft l'effence de la Conftitution
Françoife ; il faut donc que le Prince foit
libre , qu'il fanctionne , ou qu'on recommence
la Conftitution déjà finie & folemnellement
reconnue dans le Royaume.
Mais c'eft ce mode de liberté à accor
der au Roi qui rallume toutes les paffions
& coalife les ennemis de la Monarchie pour
le rendre impoffible ; c'eſt le caractère qu'il
doit avoir qui effraie tous ceux qui ne
voient dans la révolution que leur vengeance
perfonnelle & la haine qu'ils portent
à toute autorité. Quel qu'il foit ce mode , il
fuppofe deux conditions ; 1°. le refpect pour
la perfonne du Roi & les membres de la Famille,
2 °.la difpofition & la nomination de fa
garde.Sans celale Prince n'eft point libre tout
acte émané de lui n'oblige aucun de ceux
qui ont fait ferment de fidélité à la Nation ,
à la Loi & au Roi ; tonte fanction ou ac
ceptation n'eft qu'un titre de foumiffion
arrachée la force à la foibleffe ou à
par
Ja prudence.
Les difpofitions des Puiffances étran
gères font incertaines , on ne peut connoître
encore leur objet & leur direction.
Il eft bien sûr que les excès de la révolution
, l'oppreflion qu'elle exerce fur un
grand nombre d'individus , ont excité une
horreur univerſelle chez nos voisins , que
( 255 )
ce ne font pas feulement les Princes & les
Rois qui la redoutent , mais tous ceux qui
ont quelque propriété , & que les plaintes
des Emigrés ont fait une profonde impreffion
fur les divers Cabinets de l'Europe. Il
eft encore certain que la réunion des Princes
qui réclament contre les Décrets , peut entraîner
des difpofitions hoftiles , mais rien
ne paroît jufqu'à préfent concerté d'une
manière à pouvoir effectuer un grand deffein.
Toutes les conjectures a cet égard
font plutôt l'effet de l'inquiétude que
d'une
véritable connoiffance du danger.
Qu'on ne croie pas cependant que
finous
avions à foutenir une guerre au-dehors , nos
forces & nos moyens puflent long- temps
fuffire. S'en impofer à cet égard , c'eft agir
directement contre fes propres intérêts &
préparer des malheurs dont rien ne pour
Loit nous garantir. J'ajouterai que fi quelque
choſe pouvoit donner aux Puillances étrangères
plus de raifon de nous attaquer ,
feroient les outrages dont on ne fe contente
pas d'accabler le Roi & fa malheureuſe
Famille , mais encore tous ceux que l'on
prodigue contre les Etats voifins , dont on
traite les Peuples d'efclaves , les Princes de
defpotes, & dont on injurie les troupes au
point d'annoncer qu'avec de l'argent & des
brochures on leur feroit aifément trahir
leur Roi , leur Patrie & leur devoir.
Quelle que foit au refte la furie des
( 256 )
Journalistes & des agitateurs républicains ,
on eft généralement convaincu des bons
principes de la majorité de l'Affemblée
nationale ; on attend d'elle que , ferme dans
fes premiers principes , elle ne facrifiera
pas les reftes de la Monarchie aux prétentions
fanatiques de la démagogie de quel-
Clubs. Les déclarations faites par plufieurs
de fes Membres font pleines de ref
pect pour le Trône & la liberté , & les
principes qu'elles renferment ont généralement
un bien plus grand nombre de partifans
qu'il ne paroît.
ques
La première alloit être lue dans la féance
du 5 Juillet , lorfque des murmures , qui
fe font prolongés jufqu'à la fin de la féance,
ont empêché M. de Foucault de parler .
Les fignataires de cette déclaration , aŭ nombre
de 290 , ont fuppléé par l'impreflion
au refus qu'on a fait de les entendre . Voici
comme ils s'expriment :
« Au milieu des outrages faits au Monarque,
à fon augufte famille , & dans leur
perfonne à la Nation entière , qui eft devenue
la Monarchie ? Les Décrets de l'Affemblée
nationale ont réuni en elle le Pouvoir
Royal tout entier : le Sceau de l'Etat a été
dépofé fur fon bureau ; fes Décrets font
rendus exécutoires fans avoir befoin de
fanction ; elle donne des ordres directs à
tous les Agens du Pouvoir Exécutif ; elle
fait prêter en fon nom des fermens dans
( 257 )
lefquels les François ne retrouvent plus
'même le nom de leur Roi ; des Commiffaires
, qui ont reçu leur milion d'elle feule ,
parcourent les Provinces , pour recevoir les
fermens qu'elle exige , & donner des ordres
à l'armée : ainfi , du moment où l'inviolabilité
de la perfonne facrée du Monarque
a été anéantie , la Monarchie a été
détruite , l'apparence même de la royauté
n'exifte plus ; un interim républicain lui eft
'fubftitué. »
« Loin de tous ceux qui connoiffent les
règles de notre conduite ( & nous ofons
croire qu'il eft bien peu de François qui ne
les apprécient ) , l'idée que nous ayons pn.
concourir à ces Décrets. Ils contriftent nos
ames autant qu'ils s'éloignent de nos principes.
Jamais nous n'avons fenti avec plus
de douleur la rigueur de nos devoirs , jamais
nous n'avons gémi davantage fur les
fatales conféquences que l'on tire de la
miffion dont nous fommes chargés , que
lorfqu'il nous a fallu refter les témoins
d'actes qui n'étoient à nos yeux que des
attentats coupables ; que lorfque ceux de
nous qui font le plus fouvent notre organe
, devenus timides pour la première fois,
ont été forcés de fe condamner au filence ,
pour ne pas faire partager à une caufe facrée
la défaveur , dont on a fi bien fù nous
inveſtir ...... >>
( 258 )
« Avant l'époque défaftreufe où nous
fommes arrivés , nous pouvions du moins
embraffer le fantôme de la Monarchie ,
nous combattions fur fes débris ; l'eſpoir
de la conferver juftifioit notre conduite.
Aujourd'hui le dernier coup a été porté à
la Monarchie ; mais , au défaut de ce grand
notif, des devoirs d'un autre ordre fe
préfentent. Le Monarque exifte ; il eft captif
: c'est à l'intérêt du Roi que nous devons
nous rallier ; c'est pour lui , c'eft pour fa
famille , c'eft pour le fang chéri des Bourbons
, que nous devons refter au pofte d'où
nous pouvons veiller fur un dépôt auffi
précieux. Nous la remplirons donc encore
cette obligation facrée , qui feule doit être
notre excufe , & nous prouverons par -là ,
que dans nos coeurs le Monarque & la
Monarchie ne peuvent jamais être féparés.
l'un de l'autre.
Mais lorfque nous obéiffons à ce pref
fant devoir , que nos Commettans ne s'attendent
plus à entendre notre voix fur au
cun objet qui y foit étranger. Lorfqu'un feul
intérêt peut nous forcer à fiéger auprès de
ceux qui ont élevé une République informe
Tur les débris de la Monarchie , c'eft
à ce feul intérêt qne nous nous devouons
tout entiers . De ce moment , le filence le
plus abfolu , fur tout ce qui n'y fera pas
relatif, annoncera notre profonde douleur,
( 2599)
7
en même temps qu'il fora la feule expref
fion de notre conftante oppoſition à tous
les Décrets...... >>
« En conféquence nous continuerons
Les le feul motif de ne point abandonner
es intérêts de la perfonne du Roi & de
la Famille Royale , d'affifter aux délibérations
de l'Affemblée nationale ; mais que
ne pouvant , ni avouer fes principes , ni
reconnoître la légalité de fes décrets , nous
ne prendrons dorénavant aucune part aux délibérations
qui n'auront pas pour objet les
feuls intérêts qui nous reltent à défendre. »
Cette déclaration n'eft point la feule
qui ait été faite par les Membres attachés
aux principes de la Monarchie ; MM. Malouet
, de Landine , de Viefville des Effars
de Cicé , de Clermont- Tonnerre , de Cazalès
ont fait chacun la leur , & toutes fe réuniffent
à défendre les droits du Trône , les intérêts.
de la nation Françoiſe & de la liberté pu
blique. Voici celle de M. Malouet , nous
donnerons enfuite celle de MM. Landine
& des Effars , & la lettre de M. l'Archevêque
de Bordeaux au Préfident de l'Affemblée
nationale , dans le prochain numéro.
« Je me fuis oppofé de toutes mes forces &
tant qu'on m'a laiffé parler au décret qui prive
le Roi, la famille Royale de leur liberté , & qui
fufpend l'exercice de l'autorité royale. Fai
dénoncé avec auffi peu de fuccès l'audacieufe &
criminelle affiche qui invite les François à abolir.
( 2601)
la royauté . Je ne reconnois dans aucun pouvoir
délégué par la nation , le droit de porter atteinte à
l'indépendance & à l'inviolabilité de la perfonne facrée
duRoi, je m'unis à toutes les déclarations qui lui
aflurent des fujets fidèles . C'est défendre
pour
ces principes , & c'eft uniquement pour les défendre
que je m'impofe la pénible obligation de continuer
à remplir mes fonctions de Député à l'Affemblée
nationale .
"C
1-1
Paris , premier Juillet 1791 .
MALOUET.
Chacun des Membres de l'Affemblée nationale
a fans doute le droit de faire connoître fes
fentimens. C'eft un devoir dans la circonftance . »
« Au moment du départ du Roi , l'Affemblée
, pour éviter tout choc violent , tout défordre
dans l'Etat , a été forcée de réunir le pouvoir
exécutif au législatif. Les évènemens maîtrifoient
cette réfolution. »
« Par un décret poftérieur , l'Affemblée a
maintenu provifoirement , en fes mains , l'exercice
de ce pouvoir. D'un autre côté , en fufpendant les
nouvelles élections , elle a prorogé à fes Membres ,
ane autorité qui alloit finir. Nous pensons qu'il
eft temps qu'à cette détermination provifoire , fuccède
une décifion définitive , qui rende au Monarque
les droits qui lui font accordés par la Conftitution
, & à la Nation la faculté de continuer les
élections >>
сс
Nos cahiers ont guidé notre conduite : ils
demandoient une Monarchie , & elle a été décrétee
. Le Roi eft déclaré le chef fuprên è de la Nation
; fa perfonne eft rendue facrée & inviolable ;
à lui feul appartient le pouvoir exécutif. Notre
( 261 )
von eft que ce pouvoir lui foit excluſivement &
entièrement rendu , que fa perfonne refte hors de
toute atteinte , & que nos regards ne puiffent fe
porter au- delà des intentions & des faits qu'il a
confignés dans fa déclaration , aux Commilaires
de l'Affemblée nationale »
« Le Gouvernement Monarchique une fois
établi , fes bafes indépendantes de tout évènement ,"
doivent refter inébranlables . Nous défirons donc &
nous nous propofons d'en faire la motion expreffe
que le pouvoir délégué auMonarque lui refte intact ;
que tout ce qui peut en affurer , en faciliter en
ce moment l'exercice , foit protégé par la Puiffance
légiflatrice ; que le Roi foit libre dans fa
perfonne & dans les actes de fa volonté ; qu'il
puiffe choifir dans l'intérieur du royaume & a la
diftance fixée par les décrets le lieu de fa réfidence,
& s'y environner des perfonnes qui lui plaira .
GC
ככ
Pleins d'efpoir dans la fageffe dont l'Affemblée
nationale a donné fi fouvent des preuves ,
nous y continuerons des fonctions pénibles , mais
auxquelles nous attachent l'àdoption & le maintien
de ces principes que nous ne cefferons de profeffer.
כ כ
donner
« Perfuadés qu'il eft jufte & généreux d'étein- &
dre mutuellement toute fufpicion , & que
au Monarque de nouvelles preuves de fa confiance,
c'eft honorer la nation Françoife ; perfuadés encore
qu'un accord mutuel , une liberté réfléchie ,
une condefcendance réciproque peuvent feuls ramener
l'ordre , affurer la tranquillité intérieure ,
la paix au-dehors , & le bonheur du Roi toujours
inféparable de celui du Peuple , rous défirons
trouver dans chacun des Membres dé l'Affemblée ,
( 262 )`
es fentimens qui font & feront toujours les nôtres
A Paris , ce 4 Juillet 1791 .
DELANDINE , VIEF VILLE DES ESSARS .
La cérémonie de la tranflation de Voltaire
a eu lieu le 11. Cette proceffion a été
brillante malgré le mauvais temps des
Chars , des Muficiens , des Députés de
toutes Corporations Civiles , Politiques ,
Littéraires Militaires & de l'Affenablée
nationale ont accompagné le convoi du
Poète François. Ce cortége magnifique a
paffé fous les fenêtres du Château des
Tuileries ; l'on y voyoit ceux qui ont arrêté
la voiture du Roi & menacé de tirer deffus ,
ornés d'une couronne de chêne & marchant
en triomphe au milieu des Fanfares & des
Gardes nationales. La Baftille avoit fervi de
repofoir aux cendres de l'Ecrivain , & c'eft
delà qu'on les a portées dans le Panthéon
élevé aux manes des Grands Hommes.
On avoit affiché , la veille , un placard
figné d'une foule de citoyens connus & ref
pectés , qui proteftent contre cette idolâtrie
prodiguée à un homme qui a
confacré fa plume à décrier le culte , on y
difoit que c'étoit en quelque forte confacret
les opinions irréligieufes de l'Ecrivain ,
que de lui accorder de pareils honneurs ; &
le peuple ajoutoit que ces dépenfes de luxe,
( 263 )
dans ces momens de trifteffe , lui paroiffoient
affez déplacées.
P. S. Dans la féance du Dimanche 10
on a fait lecture d'une lettre de l'Ambaffadeur
d'Efpagne à la Cour de France adreffée
à M. de Montmorin , dans laquelle M. Fernand
Nunez inftruit le Miniftre François que
fitôt que Sa Majefté Catholique fut inftruite
de la retraite du Roi , elle écrivit une note
deftinée à être mife fous les yeux de l'Affemblée
nationale , & que la nouvelle de l'arrefta
tionqu'elle n'apprit qu'enfuite, ne changea
rien à la rédaction de la note, dont voici
la fubftance :
« La retraite de Paris , entrepriſe par le Roi
très-chrétien avec la famille , & fes deffeins ,
quoiqu'ignorés encore de fa Majefté catholique ,
ne peuvent avoir eu pour cauſe que de fe délivrer
des infultes populaires & de fe procurer un
lieu de fûreté , où le fouverain & les vrais repréfentans
de la nation cuffent pu délibérer librement
».
сс C'eft dans ce fens , comme allié de la France ,
parent & ami de fon Roi , qu'elle prend le plus
grand interêt au bonheur de la nation françoife, &
qu'elle exhorte les François à réflechir fur le parti
que leur fouverain a été forcé de prendre , & de
revenir fur les procédés outrés qui peuvent en
avoir été la caufe , de refpecter fa perfonne facrée
& celle de fa famille , & de croire que toutes
les fois que la nation françoiſe remplira fes devoirs
, elle trouvera , dans les procédés du Roi ,
( 264 )
les fentimens qu'il lui a toujours témoigné & qui
conviennent mieux à fa fituation que toutes les
autres mesures quelconques
53 .
Après cette lecture l'Aſſemblée a ordonné que
l'opinion de M. Rabaud feroit inferite dans le
procès-verbal ; elle portoit que le filence devoit
être la réponse à cette note , & que la France
ne fe mêlant point des affaires des autres , elle
n'entendoit point qu'on fe mêlât des fiennes ,
--
Dans une lettre écrite de Verdun , mais dont
le Rédacteur ne garantit pas l'authenticité , on
rend compte des détails de l'arrestation du Roi
à Varennes. On y lit ( page 165 ) que le Roi
« s'adreffant à ceux qui étoient préfens , leur
dit : mes amis , confeillez -moi , que faut- ilfaire?
Sire , vous fauver , répondit M. de Damas. »
Il eft certain que le Roi n'a point fait cette
queftion , & que M. de Damas n'a pas été
dans le cas de faire cette réponfe ; puifque , fuivant
les détails authentiques envoyés à l'Affemblée
nationale , il eft arrivé à Varennes longtemps
après que le Roi étoit defcendu dans la
maifon du Procureur - Syndic.
L'on a appris la nouvelle importante que
les Ruffes ont battu, le 15 Juin , un corps
de Turcs de 25 mille hommes , détruit un
magaſin confidérable , tué 1500 hommes &
pris huit pièces de canons , &c .
C
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 23
JUILLET 1791 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE
A M. LEROUX, Négociant à Rouen , fur la
Convocation des Affemblées primaires.
Its approchent ces jours heureux ,
Ces jours de joie & d'eſpérance ,
Souvent appelés par mes voeux ,
Qui vont imprimer en ces lieux
Une immortelle confiftance
A ces grands deftins de la France ,
Que nous léguons à nos neveux ,
Er détruire la fosvenance
Et les monumens douloureux
N°. 30. 23 Juillet 1791 .
122 MERCURE
De dix fiecles de dépendance
Qui peferent fur nos aïeux.
Déjà , dans les vaftes contrées
Que nos Loix ont régénérées ,
Les Citoyens font réunis
Pour élire d'autres amis
De la Conflitution fainte ,
Et de ces droits évanouis ,
Dont nos foins ont dans ce pays
Rétabli la divine empreinté :
Bientôt ceux qu'ils aurent choifis
Viendront , en cette même enceinte ,
Où nous travaillons aujourd'hui ,
A ces maximes éternelles
Qui dicerent les Loix nouvelles ,
Ajouter un nouvel appui .
Quelle fatteufe perſpective ,
O mon ami ! quels doux objets
Préfente à mon ame attentive
L'image long-temps fugitive
Du bonheur du Peuple Français !...
Sans doute ces penfers aimables
Dont j'aime tant à me bercer ,
Ne feront point au rang des fables ....
Ils vont tous fe réaliſer :
Même , ces rêves mémorables
Qu'on crur ceux d'un efprit troublé ,
DE FRANCE. 123
Et que
Saint-Pierre émerveillé
Fit pour rendre heureux tous les hommes ,
On peut , dans le temps où nous fommes ,
Y croire étant bien éveillé .
Oui , j'en retrace ici l'augure ,
Ils reluiront fur l'Univers
Ces beaux jours , que la rouille impure
Des préjugés , de l'impofture ,
Pendant des fiecles a couverts ;
Et bientôt les Peuples divers ,
Apprenant à faire lecture
"
Dans ces Livres toujours ouverts
Code vivant de la Nature ,
Et que la fraude défigure ,
Tour à tour briferont leurs fers.
Si ces espérances lointaines ,
Ami , que je mets devant vous ,
Peuvent vous paraître incertaines ;
Il en eft d'autres plus prochaines
Qui fe préparent près de nous....、
'Celles-là ne feront point vaines .
Voyez nos premiers fucceffeurs ,
Tous pénétrés du même zele
Et de ces fentimens vainqueurs ,
Que par-tout & dans tous les coeurs
La Liberté porte avec elle :
Voyez-les ces Législateurs
G &
MERCURE
124
Etendre la ligne immortelle
Des principes reftaurateurs ,
Que fans ceffe , par fes clameurs ,
Par l'intolérance cruelle
Outrageait , la longue féquelle
Des Defpotes , de leurs Flatteurs ,
De la horde Miniſtérielle ,
Et des Bigots & des Cenfeurs ,
Dans le temps où tous ces Meffieurs
Tenaient le génie en tutelle
Sous leurs efforts perfécuteurs.
Qu'ils auront fur nous d'avantage !
De quelle maffe de pouvoir
Ils jouiront dans leur meſſage ,
Nos fucceffeurs , qui vont avoir
Les plus beaux moyens en partage ,
Eux qui , pour faire un bon ouvrage ,
N'auront enfin qu'à le vouloir ! ...
Mais jetons un coup d'oeil rapide
Sur les défordres effrénés
Qu'un Patriotifine intrépide .
A pour toujours déracinės .....
Les brigandages defpotiques
Et les pourfuites fanatiques
Etaient naguere ... ils ne font plus....
Ils font de même difparus ,
Et les priviléges antiques ,
DE FRANCE. 129
Et tous les titres fuperflus ,
It tous les préjugés gothiques ,
Et tant d'innombrables abus ,
Enfans de notre ancien Régime ,
Qui plaçaient fi fouvent le crime
Au rang qui n'eft dû qu'aux vertus.
Eh ! fi , malgré tous ces obftacles ,
Et les troubles & le tracas
Qui fans ceffe entravaient nos pas ,
Nous avons pu , par des miracles
Qu'encore je ne conçois pas ,
Donner le grand exemple au Monde ,
D'an Peuple long- temps avili ,
Qui perce enfin la nuit profonde ,
Où de fes droits le long oubli
Le tenait comme enfeveli ;
Quels ne feront pas les prodiges .
Qui pourront être exécutés ,
Quand tous les regrets , les vertiges ,
Et les complots tant répétés ,
Et les abus accrédités
Jufque dans leurs derniers veftiges
Seront par le temps emportés ?
Comme ces images touchantes
De paix , de joie & de bonheur
Portent de charme dans mon coeur !
Combien elles font féduifantes !
G
$26 MERCURE
Ah ! quand cet efpoir enchanteur
Que la réflexion prolonge ,
Et qu'il eft fi doux d'éprouver ,
Pourrait n'être qu'un vain menfonge
Je dirais encor d'un tel fonge :
Heureux qui peut ainfi rêver !-
( Par M. Félix Faulcon , Député
à Afemblée Nationale. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEE, mot de la Charade eft Minuit ; celui
de l'Enigme eft Anneaux de rideaux de lit ;
celui du Logogriphe eft Moutarde , où l'on
trouve Mode, Mort, Arme , Rome, Morue,
Ormeau, Erato, Tard, Me, Ut, Outarde,
Mat, Maure , Rat, Matou, Rouet, Mer, Eau,
Rade, Amour, Ou.
MON
CHARADE.
ON premier vous préfente un terme de
mufique ;
Mon fecond, ce qui couvre & Prince & Roturier
;
Mon troisieme , une part du nom d'un homme
• unique :
Sans trop favoir pourquoi maint Prêtre eft mon
entier.
( Par Mlle. Perpétue. )
(
DE FRANCE. 127
É NIG ME.
Jouer infortuné, des caprices du fort ,
Je n'exifte jam is , car je reçois la mort
Un inftant même avant de naître ,
De la part d'un frere inhumain .
A ces traits , fi quelqu'un ne peut me reconnaître ,
Il peut, pour me trouver, chercher jufqu'à demain .
( Par Mlle. S. B. G. âgée de 14 ans . )
LOGOGRIPHE.
MON HO
ON nom eft enchâffé dans un autre plus long
Qui retentit dans les Imprimeries.
Je fuis né dans le fein d'antiques rêveries ,
Et n'exiſtai jamais ; je fuis un Forgeron ;
La Nature envers moi fut cruelle & bizarre ;
Prodigue dans un point , & dans un autre avare ;
Par ma taille , je fuis un autre Goliath ;
Et par l'un de mes fens en pitoyable état .
( Par M. A. de N. )
128 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
chez
LA Police de Paris dévoilée , par Pierre
Manuel , l'un des Adminiſtrateurs de
11789. 2 Volumes in- 8 ° . A Paris ,
Garnery , Libraire , rue Serpente , Nº .
à Strasbourg chez Treutell ; & à
Londres , chez de Boffe , Libr. , Gerard
Street , Nº. 7.
17 ;
ONN fe rappelle l'effet qu'a produit le
Livre intitulé la Baftille dévoilée. Celui - ci
eft d'un autre genre , mais fon fuccès ne
fera pas moins grand. L'un préfente le
Defpotifme dans toute fon horreur , l'autre
dans toute fa baffeffe ; & en rapprochant
ces deux Livres , on peut dire :
Le Ciel voulut ici raffembler tous les crimes.
Il eſt un grand nombre de Lecteurs à qui
ce Livre n'apprendra que peu de choſe ;
& ce font ceux qui , ayant vécu dans le
monde , comme on s'exprimait il y a deux
ans , connaiſſant une partie de ces iniquités
& de ces fcandales , pourraient aiféDE
FRA'N C´E. 129
1
ment deviner le refte . Mais le Recueil offrira
à la génération naiffante , aux Franiçais
placés loin de la Capitale , fur- tout
aux Etrangers , la peinture d'un état de
chofes , dont il eft prefque impoffible de
fe faire. l'idée , & fans doute ils le confidéreront
comme une des cauſes qui a le
plus concouru à la rapidité de la Révolution
qui les étonne. Ils verront que le
premier moment où tant de chaînes font
tombées des mains d'un Peuple ainfi garrotté
, a dû être un moment terrible . Ils
cefferont d'être furpris que le fentiment
d'un malheur commun ait d'abord réuni
toutes les claffes, contre les agens d'une
autorité maintenue par de pareils moyens.
Enfin , ils verront comment la révélation
progreffive de tant de honteux myſteres a
nourri l'enthoufiafme des Français pour
une Conftitution nouvelle , & a fait de
la Liberté une paffion conftante , qui en
s'éclairant de toutes les lumieres , cherche
à fe fortifier de tous les appuis.
?
Il reftera pourtant , après la lecture de
ce Recueil , un grand ſujet de ſurpriſe pour
ceux qui penfent qu'une entiere perverfité des
moeurs eft un obftacle éternel à la Liberté .
C'eft une maxime répandue & accréditée
- par les oppreffeurs de toute efpece , que
es Nations vieilles & corrompues ne peuvent
revenir à la Liberté , qu'elle n'eft
-faite que pour les Nations neuves & vierges;
Gs
130 MERCURE'
& comme la nôtre n'eft en effet ni neuve, ni
vierge , ils en concluaient que nous étions
des infenfés de vouloir être libres. Ainfi
le prix des foins qu'avait pris le Defpotifme
, de corrompre les moeurs , devait
-être la perpétuité du Defpotifme. Cet ar
gument ne laiffait pas que d'ébranler d'alfez
bons efprits : heureufement il s'en eft
trouvé de meilleurs . Ceux- ci ont dit aux Nations
que les lumieres pouvaient leur tenir
lieu de virginité ; que fi , au courage de
conquérir la Liberté , elles joignaient les
lumieres requifes pour créer un ordre fo
cial qui fit naître & encourageât les vertus
& non pas les vices , elles arriveraient ,
vierges ou non , au but de toute Société
politique, le bonheur de tous, ou du moins
de l'inamenfe majorité . C'était là une héréfie
il y a quelques années ; mais il paraît
qu'elle s'accrédite de jour en jour.
Nous n'arrêterons point les yeux de nos
Lecteurs fur toutes les turpitudes dévoilées
dans ce Livre. Ce n'est pas à la malignité
humaine que nous le recommandons
, mais à la curiofité philofophique.
Au refte , l'équité demande qu'on n'aecorde
pas le même degré de croyance à
toutes ces Anecdotes. Un très -grand nombre
ne font que des notes données par
les Infpecteurs ou Efpions de Police , à
leur Général. On fait la confiance due à
de pareils témoins , qui mefuraient la vraiDE
FRANCE. 131
femblance d'une aventure fur la grandeur
du fcandale ; qui faifaient leur cour à
Monfeigneur, en l'amufant & en le mettant
à portée de faire fa cour & d'amufer le
Roi. Le porte-feuille de ces Meffieurs devenait
le rendez - vous de tous les bruits
de ville , de toutes les délations de la haine .
La feule envie de fe divertir , ou de montrer
de l'efprit , fuffifait pour engager les
Rédacteurs du Bulletin à charger leurs récits
de circonftances controuvées , mais
plaifantes ; les mauvaiſes moeurs publiques
Tuppléaient abondamment aux preuves qui
manquaient ; & un témoin oculaire qui
eût rétabli le fait , en fupprimant une circonftance
faulle , mais plaifante , aurait
été traité de pédant , & aurait eu pour
réponſe : Est- ce que cela n'était pas mieux
de l'autre maniere ? C'eft ce que l'Auteur
du Recueil n'ignorait pas ; & certe réflexion
aurait dû lui faire fupprimer les noms d'un
grand nombre de perfonnes compromifes
dans ce Répertoire de Police ; il faut efpérer
que l'indulgente juftice du Public
réparera cette faute , en ne faifant pas d'attention
aux perfonnes , en ne s'occupant
que des chofes , en ne regardant les indivi
lus cités que comme des noms en l'air,
de pures abſtractions.
Il ferait inutile d'exiger da Public la
même indulgence pour ceux qui ont pris
la peine de fe dégrader eux-mêmes d'une
G 6
132 MERCURE
maniere authentique , en écrivant les lettres
fignées de leur nom , & imprimées figurativement
dans ce Recueil. Que répondre ?
Ce font eux - mêmes qui fent leurs propres
délateurs. Tout ce qu'on peut faire ,
c'eft d'entrer dans leur peine. On dit qu'elle
eft très - grande. On prétend que plufieurs
mêmes ont déjà quitté Paris. Il y en a de pires
, & ceux-là resteront . Il eft vrai que quelques-
uns y font retenus par leurs places
& par le Patriotifme fubit qu'ils ont montré
en remplacement du zele qu'ils avaient
voué au Defpotifme précédent. Ce Recueil
qui les déforiente , les rendra plus circonfpects
& moins prompts à fufciter contre eux
de juftes reffentimens par des provocations
gratuites. Quand l'antre de Cacus fut ouvert
par le fammet , Cacus trembla....
mais ceci devient férieux. Revenons à la
Police de Paris , devenue elle - même la
délatrice des délateurs , par les fuites de
cette malheureuſe journée du 14 Juillet.
...
1
Si l'on veut fe faire une idée jufte de
ce qu'était l'état des Gens de Lettres en
France avant la Révolution , il faut parcourir
dans ce Livre le Chapitre intitulé :
De la Police fur la Librairie , fur les Gens
de Lettres , fur les Cenfeurs Royaux , fur
les Nouvelles à la main , fur les Comédiens,
On a quelque peine à comprendre comment
la raifon a pu fe faire jour à travers
tant d'obſtacles. Il faut voir nos meilleurs
DE FRANCE.
Ecrivains réduits à flatter un Lieutenant
de Police , à careffer un Cenfeur , à tromper
un Miniftre & tous fes Agens . Voltaire,
mit peut - être plus de temps à intriguer
pour faire repréfenter Mahomet , & à prévenir
les dangers que pouvaient attirer fur lui
l'impreffion & la publication de fon Ouvrage,
qu'il n'en mit à le compoſer. Un de
Meffieurs fut très-fcandalifé à la premiere
repréſentation de cette Comédie ; c'eft ainfi
qu'on défignait Mahomet dans la Grand-
Chambre. Auffi-tôt cette Comédie eft dénoncée
par M. Joly de Fleury. Voilà Voltaire
entre le Parlement , le Cardinal de
Fleuri , M. de Maurepas , le Lieutenant
de Police Marville , & fe moquant d'eux
tous comme de raiſon . On convient que
la Piece fera retirée du Théatre ,. & qu'elle
ne fera point livrée à l'impreffion . Par
malheur Voltaire fe laiffe dérober fon ma
nufcrit ; il fe plaint de ce vol au Lieutenant
de Police , écrit au Cardinal pour
obtenir qu'on prévienne l'impreffion ; i
avait pris foin que cela fût impoffible . It
écrit aux Miniftres pour fe plaindre de ce'
contre temps, qu'ils avaient prévu , & l'Auteur
de Mahomet en eft quitte pour quelques
complimens épiftolaires , en dépit du
Parlement , toujours furieux contre cette
Comédie de Mahomet , toute propre , di
faient Meffieurs , à produire des Ravaillacs
, quoique l'objet de la Piece foit de
834
MERCURE
deffiller les yeux & d'arracher les poignards
aux Ravaillacs.
Il est heureux que Voltaire ait joint à
fes talens celui de parvenir à faire jouer fes
Tragédies , & de fe tirer enfuite des em
barras qu'elles lui caufaient. Si quelques
moraliftes féveres lui reprochaient trop du
rement cette foupleffe flexible & cette
habileté en intrigues , nous répondrions
pour lui , que dans fon deffein de déniaifer
les Français , il facrifiait à ce grand
but plufieurs confidérations d'un ordre inférieur
; qu'en faveur de cette intention
philofophique , il fe donnait l'abfolution
de ces petites peccadilles en morale ;
qu'enfin , il était naturellement efpiégle ,
& qu'après tout , les plus honnêtes gens
d'alors fuccombaient à la tentation de fe
moquer du Gouvernement ; car cela s'appelait
le Gouvernement. Ce Gouvernement
était fi étonné de l'être , fi inquiet
fi peu sûr de fa force , qu'il avait peur
dé tout. C'eft un plaifir de voir fes tranfes
à l'occafion di grand Livre de Madame
Doublet. C'était un Répertoire de
nouvelles dont les faifeurs de Bulletins tronvaient
le fecret d'attraper quelques bribes ,
accident qui alarma plus d'une fois Louis
XV; c'était une grande affaire que ce Livre
de Madame Doublet , à laquelle on
effaya vainement d'impofer filence. Mais ,
dira- t-on , pourquoi ne pas faire enfermer
DE FRANCE. 135
Madame Doublet ? L'objection eft forte.
Oui , mais il faut favoir que Madame
Doublet était femme de bonne compagnie,
qu'elle tenait à tout , qu'elle était parente
de M. d'Argenfon , de M. de Choifeuil.
Il fallut donc traiter avec Madame Doublet
, & capituler avec la route - puiffance
du grand Livre. C'était un Tribunal d'opinions
privées qui préparait l'opinion publique
, toujours favorable à ceux qui contrariaient
le Defpotifme. Plus d'une fois
il fut forcé de reculer devant ce Tribunal .
comme pour annoncer avec quelle célérité
il devait fuir un jour devant l'opinion nationale.
Ce peu de pages fuffit pour infpirer le
défir de parcourir un Recueil , qui , en
préfentant aux Français le tableau de
feurs moeurs , à l'époque de leur régénération
, leur offre des motifs nouveaux de
bénir la Révolution qui les fouleve hors
-de cette fange , & en même temps , montrant
aux Etrangers l'amas des chaînes &
des liens de toute efpece fous lefquels gémiffait
la Nation Françaife , les mer à
portée d'évaluer les reproches que le Defpotifme
expirant a multipliés contre la Liberté
naiffante.
Nous ne terminerons pas cet article fans
-recommander à la curiofiré de nos Lecteurs
un morceau fur la Police de Londres. L'Auteur
y releve plufieurs abus monſtrueux
136
MERCURE
qu'on s'étonne de trouver chez un Peuple
cité fi long - temps pour modele des
Peuples éclairés. Mais ce qui furprend davantage
, & même au point d'exiger confirmation
pour être cru , c'eft l'excès de
mifere d'une immenfe portion du Peuple.
Il porte à deux cent mille hommes le nombre
de ceux que cette mifere accable dans
des quartiers de Londres prefque inconnus
des Etrangers. Le détail où il entre
à cet égard fait frémir . Si ce tableau eft
fidele , les conféquences peuvent être funeftes
à la veille des fecoues qui menacent
le Gouvernement. Rapprochons de ce
tableau les mots de la pétition faite par une
Société nombreuſe & refpectée , celle des
Amis de la Conftitution : Nous croyons qu'il
eft impoffible aux gens fages de ne pas s'appercevoir
que le temps approche où lajuftice
fera exigée d'un ton affez ferme poar
ne pouvoir être refufée , quelque pénible qu'il
puiffe être pour certaines perfonnes defouf
crire à cette demande.
Dans un pays où l'on parle ainsi , & au
fein d'une Capitale , où une immenſe po-
-pulation préfente l'afpect d'une mifere hideufe
, telle qu'on ne peut s'en former
l'idée , en comparant les quartiers qu'ils
habitent avec ceux qu'habite à Paris , la
claffe la plus indigente , ce font les termes
de l'Auteur ; dans un tel état de
chofes , combien de temps peuvent fubDE
FRANCE. 137
fifter les abus politiques dont fe plaignent
en Angleterre les Amis de la Conftitution
Amis de la Révolution Françaiſe ? Queftion
intéreffante & digne d'occuper le Cabinet
de Saint -James .
( C...... )
re
BIBLIOTHEQUE de l'Homme public , ou
Analyfe raifonnée des principaux Ouvrages
Français & Etrangers fur la Politique en
général , &c. &c. par M. de Condorcet ,
de l'Académie Françaiſe & de celle des
Sciences ; M. de Peyffonnel , ancien
Conful général de France à Smyrne; &
autres Gens de Lettres . 1. Année formant
12 Volumes in- 8 °. Ouvrage dont il
paraît un Volume par mois. On s'abonne
à Paris , chez Buiffon , Impr-Libraire
rue Haute-feuille , N° . 20. Prix , 32 liv,
pour un an , 17 l. pourfix mois , & 9 la
pour trois mois , franc deportpar la Poſte
dans tout le Royaume ; & pour
Paris
28 liv. 1f. , 15 liv. & 8 liv.
LA multiplicité des objets politiques que
renferme cette excellente Collection , & la
précifion à laquelle nous condannent les
238 MERCURE
bornes de notre Journal , ne nous permer
tent qu'un coup d'oeil rapide fur chacun
des Volumes qui la compofent. Les noms
célebres de fes Auteurs diminuent d'autant
plus nos regrets , à cet égard , qu'ils n'ont
rien à emprunter de la recommandation d'un
Journaliste , & qu'il fuffit de connaître le
titre de leur Ouvrage , pour fentir toute
fon importance , & juger favorablement de
fon exécution.
La Politique a des principes généraux ,
des axiomes fondés fur la raiſon éternelle
& fur les droits inviolables des Peuples ;
mais , comme toutes les autres Sciences ,
elle a des problêmes d'une folution d'autant
plus difficile , qu'elle dépend d'une
infinité de circonftances qui modifient &
changent même les rapports naturels de fes
principes avec l'objet de leur application.
Ce qui eft vrai & jufte dans la fpéculation
, n'eft pas toujours utile dans la pratique
, & c'est l'utilité générale, qui doit
être le but de toutes les Loix & de tous
·les Gouvernemens . Il eft même , en politique
, très - peu de principes inconteftables.
" Je crains , dit le Philofophe Hume
que le monde n'ait pas encore affez vieilli
pour nous permettre d'établir beaucoup
de propofitions politiques généralement
vraies , & dont la vérité puiffe fe foutenir
dans les âges les plus reculés..
Non feulement la logique de cette Science
DE FRANCE. 139
eft défectueule comme celle de toutes les
autres , mais nous n'avons pas même affez
de matériaux dont nous puiflions faire
ufage dans nos raifonnemens . Il faut lire
tour ce que dit ce Philofophe dans fes
Effais , Tome II de la Iere. Année de la
Bibliotheque de l'homme public , page 86 ,
pour fentir combien l'application des principes
eft fubordonnée à mille circonſtances ,
& combien les événemens détrompent quel
quefois les plus fages Philofophes des principes
qui leur paraiffaient les mieux fondés .
Il eft donc bien néceffaire , avant de fe
décider fur une queftion importante , de
confulter tous les Politiques anciens &
modernes qui ont mis à profit l'expérience
de tous les fiecles , nous ont donné le réfultat
de leurs méditations. profondes fur
l'Hiftoire des Nations , & des Théories
calquées d'après le génie des Peuples ,
les paffions des hommes , les différens degrés
de leurs lumierès , &c. & c. L'Ouvrage
que nous annonçons , vient au fecours de
notre inexpérience ; il épargne des recherches
pénibles ou faftidieufes ; & la Table
analytique qui doit le terminer , préſentera
fous un feul point de vue tout ce qu'ont
penfé de mieux , fur les queftions les plus
épineufes , les plus célebres Philofophes
de tous les fiecles ; il attache le Lecteur
en le mettant à portée de fuivre les progrès
de l'efprit humain dans l'importante Science
- 440 . MERCURE
des Gouvernemens ; un trait hiftorique,
marque la fituation des Etats dans lefquels
écrivaient les Auteurs que l'on analyſe , un
trait de critique apprécie leurs différens
fyftêmes. On fent , par cet apperçu , que
nous ne pouvons cueillir que peu d'épis
dans cette immenſe moiſſon.
Ariftote , Bodin & Machiavel fe partagent
le premier Volume ; Ariftote traite
des Républiques , de la Monarchie & des
Defpotes. Il établit un parallele entre la
Royauté & la Tyrannie , page 52. » Le
Royaume fe conferve par l'amitié & la
confiance ; la Tyrannie au contraire fonde
fa sûreté fur la méfiance , & favorife ,' pour
cette raison , la licence des Efclaves contre
les Maîtres ; le Tyran ne doit être
entouré que d'Efclaves qui tremblent devant
lui...... Sa confervation eft fondée
fur trois points principaux : lâcheté &
ignorance dans les fujets , défiance réciproque
entre eux , & impoffibilité de fe révolter
& de confpirer . Le caractere du
Tyran a fourni à Machiavel le canevas de
fon Prince.
Les Effais moraux & politiques de M.
Hume, & le Gouvernement civil de Locke,
fournillent le 2 ° , Volume. M, Hume , qui ,
comme Hiftorien , mérite toute la célébrité
qu'il a acquife , offre d'excellentes vues
en politique ; fes Effais font connus . Nous
Be citerons qu'un trait de l'Avant-propos ,
DE FRANCE. 749
qui appartient aux Rédacteurs , page 4.
On a remarqué de tout temps que les
meilleures Loix & les plus célebres Légiflateurs
ont pris naiffance au milieu des
troubles & des diffentions civiles ; ainfi ,
les Ordonnances les plus falutaires à l'ordre
public, & qui fubfiftent encore aujourd'hui
en grande partie , furent faites fous
le regne anarchique de Charles IX ......
Ainfi , l'Angleterre , au milieu des guerres
civiles & parmi les convulfions horribles
de l'anarchie, fonda fa Liberté fur des Loix
fages , & fa profpérité & l'étendue de fon
Commerce fur cette Liberté. Auffi eftce
dans cette Ifle que la Politique a fait
les plus grands progrès ".
Dans le troisieme Volume & dans une
partie du quatrieme , on paffe en revue
les Avis de Guichardin , l'Etat des affaires
de la France par divers Auteurs , &
le Tableau de la Richelle des Nations de
M. Smith. Le Lecteur y trouvera , fur la
population , un réſultat affez curieux des
calculs d'un favant Anglais , M. Wallace .
If a compté ce que la poſtérité d'un homme
& d'une femme pourrait produire 1253
ans après leur mariage ; il en porte le
nombre à quatre cent douze milliars ,
trois cent feize millions , huit cent foixante
mille quatre cent feize têtes. Pour que le
: monde puiffe fuffire à fes habitans , il faut
recourir aux caufes phyfiques & morales
de dépopulation.
42 MERCURE
A la fuite de Smith fe trouvent , dans le
quatrieme Volume , la République de
Platon , l'Eutopie de Thomas Morus , & la
Situation politique de la France , par M.
de Condorcet ; le célebre Bacon termine ce
Volume ; fes maximes veulent être approfondies.
Montefquieu, qui occupe la majeure partie
du cinquieme Volume , eft trop connu
pour que nous donnions ici un extrait de
fa Philofophie , qu'on peut regarder comme
le premier germe de la Révolution pré-
Lente. Platon paraît enfuite comme Légiflateur
, & fes Loix , quelquefois bizarres ,
doivent être rapprochées de fon fiecle. On
eft étonné , dans le nôtre , de , voir tellement
établir l'influence politique de la Poeſie ,
de la Mufique & de la Danfe , qu'il ne
puiffe être introduit dans les Arts aucun
changement fans altérer la Conftitution
d'un Etat. Mais , difent les Rédacteurs,
les perfonnes qui joignent à une grande fenfibilité
, la précieufe habitude de réfléchir ,
& qui ont eu le bonheur d'entendre cent
fois , fans en être raffafiés ; les Opéras
de Gluck , pourront concevoir comment
Platon avait trouvé , dans la mélodie ,
l'expreffion des paffions tendres & affectueufes
, l'expreffion du courage , de la mas
gnanimité , des grands fentimens ; & dans
la pantomime , tout ce que peut offrir aux
yeux l'image vivante de ces vertus “.
DE FRANCE.
143
Dans le fixieme Volume , M. de Condorcet
difcute , avec fa fagacité & fa profondeur
connues , la queftion célebre propolée
en 1779 , par l'Académie de Berlin :
S'il eft utile aux hommes d'être trompés ?
L'Académicien , comme on peut le croire
d'un Philofophe de fa trempe , fe décide
pour la négative. Les Rédacteurs ne nomment
point l'ancien Magiftrat à qui l'on
doit la Politique naturelle qui termine ce
Volume : c'eft le Defpotifme dévoilé &
fortement cenfuré dans fes Agens & dans
fes cauſes.
Le feprieme Volume contient un petit
Ouvrage fur l'autorité de Montefquieu dans
la Révolution préſente , dans lequel l'Auteur
réfute les idées de ce célebre Philofophe
fur la Conftitution Monarchique ,
& défarme l'Ariftocratie d'un bouclier prefque
facré , en détruifant fon fyftême fantaftique
des pouvoirs intermédiaires . Les
deux premiers Livres de la Puiffance légitime
du Prince fur le Peuple & du Peuple
fur le Prince , ou du Junius Français , arment
les fanatiques de toutes les Religions
contre les Princes oppreffeurs & intolérans
; le troifieme développe les droits du
Peuple , & pofe les limites de l'autorité
légitime du Prince ; le quatrieme prouve
que les Princes Chrétiens Etrangers peuvent
& doivent foutenir les fujets d'un
autre Royaume , qui défendent l'Eglife &
144
MERCURE
:
l'Etat. Cet Ouvrage eft en général la pro
duction d'un Républicain qui penfe fur
les Monarques comme on parlait dans le
Sénat de Rome après l'expulfion des Tarquins.
Le Traité de la Légiflation de M.
l'Abbé de Mably termine ce Volume ; l'Auteur
ramene toute la Légiflation au but
des Sociétés , le bonheur du Public. Le
bonheur dépend des conditions auxquelles
la Nature nous permet d'être heureux . Une
de ces conditions eft l'égalité fi néceffaire
à la profpérité des Etats. L'avarice &
l'ambition font des obftacles infurmontables
qui s'opposent à cette égalité précieuſe ;
& c'eft contre ces deux paflions que le
Légiflateur doit tourner avec prudence toutes
fes forces. L'Auteur caractériſe les Loix
néceffaires pour les réprimer & les régler :
mais de quelles précautions n'eft- il poim
néceffaire d'ufer pour préparer les Citoyens,
d'un Etat corrompu à fe rapprocher
des vues de la Nature ?
Le huitieme Volume commence par
deux morceaux précieux de l'Antiquité ; ce
font les difcours d'Agrippa & de Mecene
à Augufte traduits du Grec de Dion
Caffius , par M. le Franc de Pompignan.
Les Princes & toutes les perfonnes qui
ont le maniement des affaires publiques ,
y trouveront des inftructions utiles. Agrippa
confeille Augufte en Romain libre , indépendant
des graces , ennemi du pouvoir
arbitraire ;
DE FRANCE. 145
› arbitraire ; Mecene en ami fouple , en
fujet docile & qui veut un Maître jufte
& foumis aux Loix : fon difcours eft le
plan d'une Monarchie (age & bienfaifante.
L'Analyfe du Traité de la Population , de
M. le Marquis de Mirabeau , fait honneur
, par fa préciſion & l'abondance des
idées fubftantielles & utiles qu'elle renferme
, à cet Auteur célebre qui juftifia
toujours par fes écrits , fon titre d'Ami
des hommes. Un Traité hiftorique & économique
des Communes , ou Obfervations fur
l'Agriculture, &c. termine ce Volume ; nous
regrettons de ne pouvoir tranfcrire ici les
raifons que donne l'Auteur de l'Analyfe ,
pour prouver qu'il eft de l'intérêt des Municipalités
d'aliéner les biens communaux ,
à la charge , pour l'acquéreur & fes hé
ritiers , d'entretenir les chemins , les aqueducs,
ou telle partie d'ouvrages publics qui
leur feraient défignés par leur contrat.
Le neuvieme Volume contient les Ouvrages
politiques de Milord Bolingbroke ,
la République des Philofophes attribuée à
Fontenelle , & le Traité philofophique des
Loix naturelles , par Richard Cumberland.
Nous ne citerons qu'un paffage de Bolingbroke
, tiré du caractere d'un Roi Patriote
& Citoyen. Tout cet article renferme les
meilleures leçons qu'on puiffe donner à un
Monarque dans des circonftances difficiles.
» Un Roi qui n'eft pas Citoyen ne peut
N°. 30. 23 Juillet 1791. H
146
MERCURE
gouverner avec sûreté , avec facilité , avec
honneur , ni même avec un pouvoir fuffifant
; mais un Roi Citoyen aura tous ces
avantages avec un pouvoir auffi étendu &
bien plus agréable que celui du plus abfolu
Monarque. Pour cet effet , fon amour
pour la Patrie doit être réel , fondé fur de
grands principes, & foutenu par de grandes
vertas.
ود Un des caracteres effentiels à un Roi
Patriote, eft de n'époufer aucun parti , autrement
le parti deviendrait bientôt une
faction , celle du Roi ou celle du Miniftre....
Un Roi bon & fage , au lieu de fe mettre
à la tête d'un parti pour gouverner
fon Peuple , fe mettra à la tête de fon
Peuple pour fubjuguer tous les partis «.
Le droit de la Nature & des Gens , du
Baron de Puffendorff , les Mémoires politiques
du Général Lloyd , un Difcours
de M. Peyffonnel fur l'État politique de
l'Europe , l'Ambaffadeur & fes fonctions ,
de M. Wicquefort & une Analyfe hiftorique
fur la Légiſlation des grains , depuis 1692 ,
fe partagent les trois derniers Volumes de
cette premiere année : on y trouve, comme
dans les autres , tout ce qui peut contribuer
à former le grand Politique , le fage
Législateur , l'Adminiftrateur éclairé , le
Général habile , le Négociateur adroit , &
donnera à chaque Fonctionnaire public la
Science qui lui eft propre. Nous nous réDE
FRANC E. 147
fervons d'entrer dans quelque détail für
les trois Volumes qui commencent la feconde
Année de cet Ouvrage , dans lequel
on trouve plufieurs articles de M. de Condorcet
, fur l'inftruction publique, dignes de
la plus férieufe attention.
De l'Autorité de Rabelais dans la Révolution
préfente & dans la Conftitution
civile du Clergé, ou Inftitutions Royales,
Politiques & Ecclefiaftiques , tirées de
Gargantua & de Pantagruel. A Paris
chez Gattey, Libraire , au Palais-Royal,
No. 14.
ޅ
RABELAIS paraiffait fort étranger à la
Révolution de France.
On ne s'attendait guere
A voir Ulyffe en cette affaire .
Me. François n'en était pourtant pas
fi loin qu'il pouvait le paraître à ceux qui
ne le connaiffent point , ou ne le connaif
fent point affez. Peu d'Ecrivains fe font,
plus moqués des ridicules attachés aux
abus , qui de fon temps défolaient la
France , & ont continué à la ravager plus
de deux fiecles après lui , en ne faifant
que changer de formes. Rien ne prouve
mieux l'inutilité des palliatifs. Rabelais x
H 2
148 MERCURE
en fa qualité de Médecin , ferait fans doute
convenu que , lorfque les maux font extrêmes
, il faut avoir recours aux remedes appelés
héroïques dans le jargon de la Faculté.
Ceux qu'il emploie font plus doux & furtout
plus plaifans : mais la dérifion à laquelle
il a livré les abfurdités monachales ,
cléricales , pontificales , féodales , fifcales ,
judiciaires , parlementaires , &c. n'ont
fervi qu'à égayer les Français dans leurs
calamités , à les faire rire au cabaret ou
dans des orgies domeftiques . C'eſt après
avoir répété ou parodié fes plaifanteries
fur les Papegots , Cardingots , Evegors ,
qu'ils envoyaient acheter à Rome le droit
d'époufer leurs coufines , qu'ils devenaient
les inftrumens d'un Cardinal de
Lorraine , d'un Duperron , d'un Pellevé ,
& qu'ils fuivaient des Moines en proceffion
pour remercier Dieu du fuccès de la
faint Barthélemi . Tel Noble ou Bourgeois
bien joyeux , bien goguenard , qui favait
Rabelais par coeur , finiffait par déshériter
fa femme & fes enfans , pour donner fa
Terre aux Monegauts ou aux Moines les
plus moinans de toute la Moinerie . C'était
le bon temps , le fiecle de la bonhomie ,
de la vraie gaîté Françaife. On conçoit
qu'il y eut des gens qui devaient trouver
cela très -gai . 1
Rabelais a , comme on fait , deux réputations
, celle d'un bon plaifant plein de
DE FRANCE. 149
>
philofophie , & celle d'un bouffon ivrogne.
& groffier toutes les deux méritées
prefque également. L'Auteur de cet Ecrit
agréable & ingénieux , M. Ginguené , a
foin de ne nous faire voir Rabelais que
du beau côté ; c'était le feul moyen de le
faire accueillir en ce moment par des Lecteurs
d'un goût délicat.
Tour en accufant notre goût trop tanide ,
notre fauffe décence , il a eu foin de le
ménager. Lui -même convient qu'il ne s'eft
laiffe ennuyer qu'une fois par ce qui eft
extravagant , obfcur à deffein , obfcene
fans gaîté , trivial & infignifiant ; il n'a
confervé que les traits d'une fatire ingénieuſe,
où brillent un fens droit , une raifon
fupérieure .
C'eft ainfi que Rabelais peut plaire à
tous les efprits cultivés ; & c'eft une idée
heureufe que celle d'ajouter au piquant
de fa lecture par des applications fréquentes
aux divers événemens de notre
Révolution , aux abus qu'elle a profcrits ,
aux principes qu'elle a confacrés , &c.
On a dit que Rabelais avait jeté fes
diamans fur un fumier , & cette compa
raifon n'était que trop jufte. Le Public les
recevra avec plaifir dans l'écrin que l'efprit
& le goût lui préfentent ; écrin qui
lai-même a fa valeur , indépendante des
diamans qu'il recele.
( C...... )
H 3
150
MERCURE
SPECTACLE S.
LE fujet de Calas vient d'être traité pour
la troifieme fois fur la Scène , & pour la
feconde fur le même Théatre . M. M... J....
Chénier eft l'Auteur de ce dernier Ouvrage,
que nous ne comparerons point aux deux
autres qui l'ont précédé . On concevra facilement
nos motifs. Nous nous contenterons
de dire que M. Chénier a fimplifié
fon action & lui a donné beaucoup plus
d'intérêt , en la circonfcrivant dans le feul
Jugement de Calas pere. Tous les événemens
acceſſoires ne font confervés qu'en.
récit, & donnent plus de reffort à l'événement
principal . Il y a dans l'ordonnance
de cet Ouvrage des chofes extrêmement
adroites , telles que l'idée d'avoir peint
dans le caractere du Juge un Fanatique
de bonne foi , fans lui avoir donné de
motifparticulier pour perfécuter la famille.
des Calas. Un perfonnage préfenté ſous
ce point de vue eft infiniment moins com-.
mun , plus intéreffant & plus théatral.
On peut reprocher quelque embarras .
dans le dénouement : Madame Calas ,
à l'inftant où elle reçoit de fon défenſeur
quelques idées confolantes , voit arriver
fon mari , qui fort de la queſtion , pour
DE FRANCE.
"
marcher au fupplice. Cette fituation frappante,
mais bien pénible , a obligé l'Auteur à
faire évanouir ce perfonnage qui le gênait ,
& qui reprend de temps en temps fes elprits
, lorfque le befoin de la Scène l'exige
Tout cet Acte contient des développemens
néceffaires fans doute , mais qui n'ont pas
paru bien placés après le moment où Calas
eft allé fur l'échafaud.
On a défapprouvé auffi la durée trop
étendue d'unorage qui , dans le 3 ° . Acte, répandde
l'intérêtfur quelques tableaux , mais
a l'inconvénient de couvrir la voix des
qui
Acteurs , & de ne pas produire un effet
proportionné à l'emploi d'un pareil moyen.
Nous nous hâtons de terminer ces légeres
critiques , pour parler du ftyle qui a
paru généralement digne des plus grands
éloges. Nulle part M. Chénier n'avait déployé
encore autant d'énergie & de fenfibilité.
On trouve beaucoup de très - beaux
vers dans les autres Ouvrages ; mais aucun
n'en offre une fi grande quantité que celuici
, & n'eft écrit fur- tout avec une élégance
& une poéfie auffi foutenues. Peutêtre
même cette derniere qualité eft - elle
trop affectée dans quelques endroits , notamment
dans le rôle de la Servante des
Calas , où l'on défirerait quelquefois un
peu plus de fimplicité. On a principalement
applaudi deux morceaux d'une grande
beauté ; Fun fur Voltaire , & l'autre fur
152 MERCURE
Louis XIV , où le patriotifme de M.
Chénier fe développe , ainfi que fon talent,
avec la plus grande vigueur.
La Piece eft parfaitement jouée ; il fuffira
pour en convaincre d'indiquer les noms
des principaux Acteurs. Calas pere , M.
Monvel , Madame Calas , Mad. Veftris ;
leur défenfeur , M. Talma , Madame Germain
, chargée du rôle de la Servante; l'Acteur
chargé de celui du Juge , dont nous
ignorons le nom ; MM. Monville , Sainclair
, & c.
On a donné au même Théatre , avec
beaucoup de pompe & de fuccès , les
Mufes rivales , petite Comédie de Mr.
de la Harpe , qui avait déjà obtenu tous
les fuffrages lors de la mort de Voltaire
& qui ne devait pas moins réuffir la veille
de fon apothéofe . Cette circonstance a infpiré
à l'Auteur un morceau neuf, qui n'a
pas fait moins de plaifir que le refte , &
qui n'avait pas befoin de l'à-propos pour
être applaudi avec tranfport .
Le Théatre de la Nation , près du Luxembourg
, vient de faire paraître un Ouvrage
de circonftance , intitulé Washington,
dans lequel l'Auteur , en peignant l'établiffement
de la Liberté en Amérique , a
préfenté divers tableaux applicables à la
DE FRANCE. 153
Révolution Françaife. Il ferait difficile de
fuivre l'action de cette Tragédie qui en
contient plufieurs . Mais fi l'on y trouve
peu d'intentions dramatiques , on y trouve
un très-grand nombre de beaux vers , qui ,
avec les fentimens patriotiques qu'ils expriment
, ont affuré le fuccès de l'Ouvrage. On
en a demandé l'Auteur , & l'on a nonimé
M. de Sauvigny , Auteur de plufieurs autres
Ouvrages eftimés .
N.B. Dans le prochain No. nous donnerons
une defcription de l'Apothéofe de Voltaire.
NOTICE S.
Teftament politique de l'Empereur Jofeph II ,
Roi des Romains. 2 Vol . in- 12, formant plus de
1100 pages. Prix , s liv. 10 f. br. , & 6 livres
francs de port par la Pofte dans tout le Royaume.
A Paris , chez Buiffon , Impr-Libr. rue Hautefeuille
, N° . 20.
Voltaire nous a fait un peu revenir des Teftamens
politiques ; mais il n'attaquait que leur
authenticité : ce n'eft pas non plus fous ce rap
port que peut intéreffer l'Ouvrage que nous annonçons
, mais par les vûes philofophiques &
fages que l'Auteur y a raffemblées .
154
MERCURE
Paul & Virginie , Comédie en trois Actes et
profe , mêlée de mufique , repréfentée par les
Comédiens Italiens , le 15 Janvier 1791. Prix ,
1 liv. 4 f. A Paris , chez Bruner , Libr . ,rue de
Marivaux , place du Théatre Italien .
Cette Piece , pleine d'intérêt & d'un ftyle
plus foigné que les Opéras- comiques ordinaires ,
nous paraît devoir réaffir autant à la lecture qu'à
la repréſentation .
Plan d'Education publique , confidérée fous le
1apport des Livres élémentaires ; par Etienne
Barruel. 1 Vol . in- 8 °. A Paris , chez Moutard ,
Lib Imp. rue des Mathurins , Hôtel de Cluni ;
& chez Defenne , Lib. au Palais-Royal.
L'importance du fujet ne nous permet pas de
prononcer avant d'en avoir fait un févere examen,
& nous promettons d'en rendre compte inceffamment.
MUSIQUE.
Abonnement de Harpe , ou Recueil périodique ,
compofé d'Ouvertures , Pots - pourris , morceaux
détachés de Sonates , Ariettes & Chanfons choifies,
avec accompagnement, &c.; par les Sieurs
F. Petrini , de la maniere , Deleplanque , &c.
Pollet , No. 4. Prix de la foufcription , 24 liv
chaque Cahier féparé , 3 liv . A Paris , chez H.
Naderman , Facteur de Harpe , rue d'Argenteuil ,
Butte St- Roch , à Apollon.
DE FRANCE. 155
-
ASTRONOMIE & GÉOGRAPHIE.
Les ufages de la Sphere & des Globes célefte
& terreftre , felon les hypothefes de Ptolémée &
de Copernic ; précédés d'un abrégé analytique
fur leur origine & fur les différens fyftêmes du
Monde.
Defcription de la Sphere Armillaire ; Dénombrement
des Conftellations anciennes & modernes
, avec l'afcenfion droite & la déclinaifon des
principales Etoiles réduites pour l'année 1790
fuivant l'Atlas de Flamftad ; corrigé & augmenté
de plus de 1200 Etoiles ; par M. Méchain ,
l'Académic Royale des Sciences .
de
Defcription & ufages de la machine nommée
Géo-cyclique , qui donne l'explication des Phénomenes
felon le fyflême de Copernic.
Analyfe hiftorique & géographique des quatre
parties du Monde , fuivie d'un Précis fur l'invention
& la perfection des Cartes Géographiques
, &c. &c. 1 Vol. in- 8 ° . contenant , 1 ° . des
Planches & Figures , les Tables des Conftellations
tant anciennes que modernes, & des Conftellations
Zodiacales ; 29. la Carte de la France ,
divifée en 83 Lépartemens , la Table alphabétique
de ces Départemens , avec les noms des
principaux Chef- lieux , le nombre des Diftricts ,
& l'indication des Tribunaux ; 3 ° . la Table de la
différence des Méridiens , ou longitudes entre
l'Obfervatoire de Paris & les principaux lieux
de la Terre , avec leur latitude ou hauteur de
Pôle ; par C. F. Delamarche , Géographe.
Cet Ouvrage fe trouve au Collège de Maître
156
MERCURE DE FRANCE.
Gervais , rue du Foin-St-Jacques , à Paris , 1791.
Prix , 4 liv . br.
GRAVURES.
Pafcal Paoli , né à Roftine en Corfe , Portrait
de 25 pouces de haut fur 10 de large , par M...
Drelling gravé par Henriquez , de l'Académie
de Peinture. Se vend chez M. Drelling , rue du
Temple , vis-à-vis celle de Montmorenci , No. 46.
Nous ne pouvons pas juger de la reffemblance ,
mais nous ne faurions trop applaudir au mérite
de l'exécution .
ERRAT A.
Quand on donne une étymologie , d'après une
Langue étrangere , il faut fur tout qu'elle foit
exacte , fans quoi le Lecteur qu'on veut inſtruire
eft induit en erreur.
Dans le N° . 28 , à la fin de l'extrait du Roman
de Faublas , au fujet du mot Vagiflas , au lieu
de ces mots : Ce mot eft compofe de trois mats
allemands , WAS IS THAS ; il faut lire ,
trois mots allemands , WAS IST DAS ( prononcez
TAS ) .
ces
EPITRE.
TABL
Charade, Entg . Logog .
La Police de Paris .
Bibliotheque.
E.
121 De l'Autorité.
126 Spectacles
.
128
157
Notices
1
147
140
753
MERCURE
HISTORIQUE
ET
POLITIQUE.
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 2 Juillet 1791 .
CR que l'on pouvoit prévoir eft arrivé.
L'armée Ruffe qui avoit paffé le Danube
près de Gallacz , & celle des Turcs cantonnée
au-delà de ce fleuve , fe font ob
fervées pendant quelques jours , & livrés
combat le 15 Juin près de Babada. Suivant
la Note officielle envoyée après la
bataille , au Prince de Gallitzin , Amballadeur
de la Cour de Pétersbourg à celle de
Vienne , le Général Ruffe Koutoufow! a
battu , dans cette occafion , un Corps d'ar
mée , composé de Turcs & de Tartares au
nombre d'environ 23000 hommes. Ces
forces étoient commandées par le Cham
Bachty Ghercy & le Séraskier Achmet Pacha,
No. 30. 23 Juillet 179
M
am་ མར °¢ ( »266 ) ག 。
qui avoient fous leurs ordres trois Pachas
& cinq Sultans Tartares.
On eftime la perte des Turcs à quinze
cents hommes , fans compter huit pièces
de canon & quelques diapeaux. Le camp
a été pris par les Rules , qui en outre
ont détruit un magafin de 30,000 boiffeaux
de farine & des provifions confidérables.
L'on ne fait point connoître la perte des
Ruffes , l'on dit feulement qu'elle est trèspeu
confidérable.
Cet événement pourroit éloigner peutêtre
les conclufions de la paix , fi les Turcs ,
las d'une guerre dans laquelle ils n'ont
éprouvé que des pertes , ne voyoient par
cet échec Fefpérance de la campagne pref
que détruite , & de nouveaux fujets de
mécontentemens pour les provinces qui
ont à fouffrir principalement des hoftilités.
Aufli continue- t- on de regarder la paix
comme plus prochaine que jamais , par
cètteil feule, raifon que tous les partis fe
trouvent avoir un intérêt, égal à la con
clure , & aucun à la continuer.
-Onda reçu ici , le 30 Juin, la nouvelle
dat départ du Roi de France de Paris , avec
la Reine & le Dauphin , & celle de leur
arreſtation àVarennes . Un Courier extraor
dinairesa été expédié fur- le- champ à l'Empereur
, mais on penfe que Sa Majefté aura
été inftruite de cet événement par des Couriers
qui feront partis de Bonn.
( 267 )
L'Empereur ne tardera pas à venir ici ,
& l'on allure que M. de Bifchofswerder
honime de confiance de Sa Majesté Prulfienne
, doit le précéder. On fait que cet.
Officier avoit été chargé d'une million
fecrette auprès de Sa Majesté Impériale à
Milan. Pe Lord Elgin doit également reve
nir fot. quelques jours
chef!
"De Francfort- fur-le-Mein le 9 Juillet.
Jam is om n'a remarqué une correfpondanceus
active entre tous les cabinets de
l'Europe . Les Couriers fe fuccèdent avec
une grande promptitude on mande de
Vienne qu'on y en a vu arriver trois le
29 Juin , l'un de Siftowe , l'autre de Berlin ,,
& le troisième de Milan ; leurs dépêches ,
ajoute-t-on , avoient pour objet de hâter
la conclufion de la paix. 1
ela ༣
On affuroit aufli que les Miniftres Turcs
qui font encore à Siftowe avec ceux des
Puiffances médiatrices avoient reçu l'ordre
du Grand Seigneur de continuer & terminer
les négociations de la paix d'après les
avis des Miniftres médiateurs . Ceux- ci
étoient encore à Siftowe le 22 Jain , &
attendoient la réponſe de leurs Cours refpectives
fur la retraite du Baron de Her
bert & du Comte d'Efterhazy a Buchareſt.
Deux Couriers venant de Pétersbourg,
M 2
fg ( 268 )
& allant à Londres , l'un Ruffe & l'autre
Anglois , ont paffé par Berlin le 27. Juin;
on les croyoit chargés de l'Ultimatum de
la Cour de Ruffie que l'on dit conforme
aux demandes que l'Impératrice a foutenues
jufqu'à préfent dans les négociations,
de la paix. Le même jour on a fait partir
pour Vienne un Lieutenant d'Artillerie
avec des dépêches , & un Chaffeur pour
Magdebourg.
Les difpofitions militaires & les négociations
fe fuccèdent ou marchent enſemble
alternativement ; rien n'eft bien connu des
intentions & de l'iffue de tant de combinaifons
; on doute qu'elles fe rapportent
toutes à la paix avec les Turcs : ce qu'on
peut croire , c'eft que l'incertitude ne peut
pas durer long-temps , && que sûrement
avant peu l'on faura à quoi s'en tenir fur
les vues & les démarches des Puiffances
aujourd'hui en armement en Europe.
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 9 Juillet.
Rien de nouveau fur les difpofitions de
la Ruffie le Courier que l'on attendoit
depuis long- temps eft arrivé le s , mais la
Cour n'a rien publié de fes dépêches ; on
en conclut qu'elles nefont point favorables
( 269 )
aux efpérances de la paix ; mais il eft plus
raifonnable de penfer qu'elles ne contienhent
que des réponſes conditionnelles , ou
plutôt l'intention qu'a déja manifeſtée l'Impératrice
de conferver , pour indemnité de
1la bue
guerre , Oczakow & fon territoire .
Quoi qu'il en foit , les fonds ont baiſſé
de deux pour cent dès le lendemain de
2.
l'arrivée du Courier.
-
-
La flotte eft toujours prête à mettre à la
voile. L'Amiral Hood a fait favoir qu'il
coucheroit dorénavant à bord , & a ordonné
aux Officiers d'en faire autant. Pour
ne point donner aux équipages occafion
de s'abfenter , il a été arrêté que des bâtimens
de tranfport porteroient les provifions
néceffaires aux vaiffeaux , & que
l'on ne fe ferviroit plus de leur chaloupe
pour cet objet,
Ce qu'on avoit dit des François réfu
giés à Jerſey vient d'être démenti par une
lettre de cette ifle : non -feulement les Habitans
de St. Hélier , chef- lieu de l'endroit
, n'ont point cherché à les forcer de
s'en aller , mais ils ont pour eux tous les
égards que leur pofition réclame. Les
François , d'ailleurs , s'y conduifent avec
cette politeffe , cette urbanité qui fait le
caractère des gens bien nés en France ;
-la plupart font des Gentilshommes Bretons
, des Prêtres , des Evêques , des familles
1001 D old 115 94AIL M
3
( 270 ) YTG
que
D
I entières
les violences
& les meurtres
,
dont ils ont été témoins , ont avec raifon
effrayés , & qui font venus chercher à
Jerfey la paix & la sûreté de leur perfonne, dont ils craignoient
de ne pouvoir plusjouir
en France.
་
673
FRANCE.
De Paris , le 13 Juillet.
ASSEMBLEE NATIONALE.
"Articles fur le Code Municipal , décrétés dans le
Séance du Mercredi 6 Juillet 1791 ..
«сс XVII. Le refus des fecours & fervices requis
par la police en cas d'incendie ou autres
éaux calamiteux , fera puni par une amende
du quart de la contribution mobiliaire , fans que
l'amende puiffe être au- deffous de 3 div
cc XVIII. Le refus ou la négligence d'obeir
-à la fommation de réparer ou démolir les édifices
menaçant ruine fur la voie publique , feront ,
outre les frais de la démolition ou de la réparation
de ces édifices , panis d'une amende de
la moitié de la contribution mobiliaire , laquelle
amende ne pourra être au - deffous de 6 iv.
сс
ود
XIX. En cas de ríxe ou difputé avec ameutement
du peuple ;
ราว
En cas de voies de fait ou violences légères
dans les affemblées & lieux publics ; en cas de
bruits & attronpemens nocturnes ;
» Ceux de la feconde & troisième claſſe , mentionnés
en l'arti le III , & ceux de la première
claffe , mentionnés au même article , qui font
(1271) )
en état de travailler , feront , dès la première
fois , renvoyés à la police correctionnelle . A
» Les autres feront condamnés à une amende
du tiers de leur contribution mobiliaire , & pour
ront l'être ', felon la gravité du cás , à une détentión
de trois jours dans les campagnes , &
de huit jours dans les villes .
1
320 (
Tous ceux qui , après une premiere condamnation
prononcée par la police municipale ,
-fe rendroient encore coupables de l'un des déits
ci- deflus , feront renvoyés à la police correctionnelle
.
2
י כ כ
2 XX En cas d'expofition en vente de comeftibles
gâté , corrompus ou nuisibles ils feront Sļ
* confifqués & jetées , & le délinquant condamné à
une amende du tiers de ſa contribution mobiliaire ,
1aquelle amende ne pourra être au - de fous de
3 liv .
» XXI. En cas de vente de medicamens gâtés ,
le délinquant lera envoyé à la polite correctionnelle
, & puni de 1bolw . d'amende , & de fix
mois d'emprisonnement. »
XXII: En cas d'infidélité des poids & mefures
dans la vente des denrées ou autres objets qui le
-débitent à la mfure , au poids du à l'aung ,
les faux poids & fauffes mefures feront confifqués
& brifés , & l'amende fera de la moitié
du droit de patente , pour la première fois .
» XXIII . Les délinquans , aux termes de l'article
précédent , feront , em outre condamnés à
la détention de police municipale , & en cas de
récidive , les prévenus feront renvoyés à la p
lice correctionnelle . »
« XXIV. Les vendeurs convaincus d'avoir
trompé , foit fur le titre des matières d'or ou d'argent
, foit fur la qualité d'une pierre fauffe even-
M
4
( 272 )
due pour fine , feront renvoyés à la police correctionnelk
. »
XXV. Quant à ceux qui feroient prévenus
d'avoir fabriqué , fat fabriquer ou employé de
faux poinçons , marqué ou fait marquer des
matières d'or ou d'argent , au- deffous du titre
annoncé par la marque , ils fercat , dès la première
fois , renvoyés par un mandat d'arrêt du
juge de paix , devant le juré d'accufation ; jugés ,
s'il y a lien , felon la forme établie pour l'inf
truction criminelle , & , s'ils font convaincus ,
punis des peines établies dans le code pénal,
Co
XXVI. Ceux qui ne paieront pas , dans les
trois jours , à dater de la fignification du jugement
, l'amende prononcée, contr'eux , y feront
contraints par les voies de droit : néanmoins la
contrainte par corps ne pourra entraîner qu'une
détention d'un mois à l'égard de ceux qui font
abfolument infolvables, »
XXVII . Toutes les amendes établies par
xle préfent décret feront doubles en cas de récidive.
»
XXVIII . Pourront être faifis & retenus jufqu'au
jugement , tous ceux qui , par impradence
ou la rapidité de leurs chevaux , auront
fait quelques bleffures dans la rue , ou voje
publique , ainfi que ceux qui feroient prévenus
des délits mentionnés aux articles XIX , XXI
-& XXII . lis feront contraignables par corps au
paiement des dommages & intérêts ,
ainfi que
des amendes >>
Confirmation de divers règlemens & difpofitions
contre l'abus de la taxe des denrées.
« XXIX . Les réglemens actuellement exifraus
fur le titre de matieres d'or & d'argent ,
( 273 )
far la vérification de la qualité de pierres fines
ou fauffes , la falubrité des comeftibles & des
médicamens , continueront d'être exécutés julqu'à
ce qu'il en ait été autrement ordonné . Il en
fera de même de ceux qui établiffent des difpofitions
de fûreté , tant pour l'achat & la vente
des matières d'or & d'argent , que pour objets
de chirurgie , des drogues , médicamens & poifons
, que pour la préfentation , le dépôt & ad-
Judication des effets précieux dans les monts - depiété
Lombards , ou autres mailons de ce
genre. »
9
XXX. La taxe des comestibles ne pourra
provifoirement avoir lieu dans aucune ville ou
commune du royaume , que fur le pain & fa
viande de boucherie , fans qu'il foit permis , en
aucun cas de l'étendre fur le bled , les autres
grains , ni autre efpèce de denrée , & te , fous
peine de deftitution des officiers municipaux. »
cc XXXI. Les réclamations élevées par les
marchands relativement aux taxes , ne feront
en aucun cas , du reffort des tribunaux de ' dif-
, trict ; elles feront portées devant le dirctoire du
département , qui prononcera fans appel : les
réclamations des particuliers contre les marchands
qui vendroient au -deffus de la taxe , feront
portées & jugées au tribunal de police , fauf l'appel
au tribunal de diftrict..
《”
→ Forme de procéder & règles à obferver par le
tribunal de police municipale .
>
« XXXII. Tous ceux qui dans les villes &
dans les campagnes, auront été faifis , feront conduits
directement chez un juge de paix , lequel
genverra par- devant le commiffaire de police ,
OG
MS
1
1274 >
oul'officier municipal chargé de l'adminiſtration de
cette partie , lorfque l'affaire ferà de la compétence
de la police municipale. »
XXXIII. Tout juge de paix d'une ville ,
dans quelque quartier qu'il le trouve établi
Tera compétent pour prononcer , foit la liberté
des perfonnes amenées , foit le renvoi à la police,
municipale , foit le m nat d'amener , od
devant lui , où devant un autre juge de paix ,
foit enfin le mandat d'arrêt , tant en matiere
de police correctionnelle , qu'en matiere crimi
nelle,
3
XXXIV. Néanmoins , pour affurer le fervice
dans 1 ville de Paris , il fera déterinině
par la municipalité un lieu vers le centre de
la ville , ou le trouveront toujours deux juges
de paix , lefque's pourront chacun donner fépa
rément les ordonnances néceffaires . Les jrges
de paix remont tour - a - tour ce fervice pen
dant vingt - quatre heures.
"
« XXXV. Les perfonnes prévenues de contraventions
aux loix & réglemens de police , foit
qu'il y ait cu un procès-verbal ou non feront
citées devant le tribunal par les apparteurs , ou
par tous autres huiffiers , à la requête du Frocureur
de la commune ou d's particulis qui
croiront avoir à Te plaindre. Les parties pourront
comparoître volontairement , ou für un
fimple avertiſement , fans qu'il foit befoin de
citation .
XXXVI. Les citations feront données à
trois jours , ou à l'audience la plus prochaine . »
XXXVII. En cas de non-comparution , le
tribunal de police pourta crdonner que la citation
foit réitérée par l'un des appariteurs de
L'audience.
( 275 )
* XXXVIII. Les défauts ne pourront être
rabattus qu'autant que la perfonne citée comparoîtra
dans la huitaines de la fignification du
jugement , & dema : dera à être entendue fans
délai ; fi elle ne comparoît pas , le jugement
fera définitif , & ne pourra être attaqué par la
voie de l'appel. } ---
»
. 1
XXXIX. Les perfonnes citées comparoî
tront par elles mêmes , ou par des fondés de
procuration fpéciale. Il n'y aura point d'avoués
aux tribunaux de police municipale . » .
ket XL. L'inftruction fera faite ; les procèsverbaux
, s'il by ena , feront lus ; les témoins ,
s'il faut en appeller , feront entendus ; la d'
fenfe fera propoféc ; les conclufions feront données
par le procure ar de la commune ; le juges
ment prépara oire ou définitif ſera reddu , avec
expeliony de motifs , dans la même audience ,
ou au plus tard dans la fuitante; » .
& XLI . L'appel des gemers hel feral pas
reçu , si eft interjeté après huit jours depuis
la prononciation publique ou la fignification des
jugemens à la partie condamnée.
A rod
21 XLI. La forme de procéder fur Tappel
en matière de police ; fera la même qu'en poeeamière
inftande , nich do
ipe Xhelaestribunal de police fera compoté
ade trois menìbres que les , offers municipaux
choifiront parmi eux , de cinq dans les villes
soù il y a foixante mille ames ou davantage ,
ade neuf à Paris. »
1
ch XLIV. Aucun jugement ne pourra être
-rendu que par trois juges , & fur les con lasfrousadub
procureur de la commune ou de fon
J
M6
( 276 )
XLV. Le nombre des audiences fera réglé
d'après le nombre des affaires , qui feront toutes
erminées au plus tard dans la quinzaine ,
1
Dú Dimanche , 10 Juillet.
ท
Il s'eft élevé des doutes fur le délai que Le
décret d'hier accorde aux émigráns. On l'avoit
d'abord propofé de deux mois ; l'Affemblée a
déclaré avoir entendu le fixer à un mois feulement
, à compter de la publication du décret…… ,
Lesmunicipaux de Narbonne attendent un ordre
du corps législatif relativement à différens effets
qu'ils ont arrêtés .
Une députation de douze membres de l'Af
femblée nationale affiftera à la diftribution des
prix de l'univerfité de Paris. 1
Les commiffaires de l'Affemblée envoyés dans
le département du Jura , dans une lettre datéc
de Lons - le-Saulniers , le 6 juillet , font les éloges
ades adminiftrateurs , des gardes nationales , des
troupes de ligne , des citoyens , & fur - tour du
régiment qui eft en garnifon à Dôle , commandé
par M. Théodore de Lameth , dont les officiers
& des foldats font tous animés du meilleur efprit.
Les forts de Salins ont befoin de réparations
&c de munitions . Ceux des gardes nationales qui
manquent de fufils , fe font forgé d'autres armes
que leur courage rend terribles ; & les femmes
même prêtent le ferment militaire , & defirent
que leurs maris aillent repouffer l'ennemi ; ellos
fe chargeront des travaux de la campagne & de
la garde intérieure du pays. Mais les commiffaires
paroiffent n'avoir pas tout dit dans cette
lettre oftenfible; car un poftfcriptum annonce qu'ils
((277 ))
somettent aux comités les pièces relatives à l'ad
miniſtration , à la confcription , aux difficultés
Locales que peut éprouver l'exécution de la loi ,
pièces dont ils penfent qu'il feroit inutile d'entretenir
actuellement l'Afemblée , & conféquem→
ment le public.
M. Prieur a jugé que ces lettres des com
miffaires étoient la voie la plus fûre pour inftruire
le peuple de ce qu'on veut qu'il fache , & il
a facilement obtenu que dorénavant on les im
primeroit toutes.
2
1
« Je demande , a dit M. de Noailles, que
l'on rende compte à l'Affemblée de l'époque où
les bataillons deftinés aux frontières pourront fe
réunir & le rendre dans la ligne qui leur eft tracées
& que cette semaine les gardes nationales de Paris
reçoivent enfin non l'ordre, mais la permiffion
de fe mettre en marche pour aller à la défenfe
de la frontière. Tout le monde penfera qu'elle
ne peut être en meilleures mains . »
Préposé à la furveillance des relations extérieures
, M. Fréteau a lu quelques lettres relatives
aux difpofitions de l'Efpagne. Ala première nouvelle
du départ du Roi , le département des
Pyrénées orientales avoit interdit la fortie des
-perfonnes , de l'or & de l'argent . Le comman
dant des troupes de ligne en Catalogne , M.
le comte de Lafcy , a écrit de Barcelone , à
M. Chollet , commandant des troupes du dépar
tement , pour lui témoigner fa furprife des ordres
qui interrompent la communication , & empêchent
ala fortie & la rentrée libre des fujets de S. M. C.
Il trouve étrange cette violation des traités , déclare
qu'il va fuivre le même fyftême pour le
précautionner contre les entreprifes de gens mal(
278 )
intentionnés ; il demande de quelle autorité peut
éma ser un erre fi extraordmaire , & attend une
prompté réponf . D'ailleurs , le directoire loue
beaucoup lt zèle des citoyens & réclame des
troupe de ligne."
"
Celui des Baffes -Pyrénées nerefpire que patrio
tilme , courage , indignation & fécuri é parfaite.
Bayonne offie le fpectacle de 2000 gardes na
tionales en uniforme , armés & bien - exercés .
Mais l'ancien évêque s'eſt dérobé aux bienfaits
connus de la liberté des cultes , en le retirant
dans l'abbaye d'Udache ; d'autres évêqués & les
préres non -jureurs du diftri &t d'Uftatitz font en
co relpondance de fanatisme; & voici une nou
velle queftion du droit des gens , que le directoi
e réfour d'un trait de plume . L'abbaye d'Ur
dach a toujours nommé à la cure d'Agon , ville
des Bafques , & vient d'y nommer. Comme
ce privilege a paru appartenir juſqu'à préfent ,
à une puiflance étrangère , nous penfons , écrivent
les adminiftrateurs publiciftes , qu'il est néceflaire
que l'Affemblée nationale rende un décret particulier
pour l'abolition de ce privilege.
כ כ
Des lettres du directoire d'Ultaritz & de la
municipalité de Saint -Jean- de - Luz annoncent ; en
toure hate , qu'un homme für , chargé de favoir
ce qui fe palle à la frontière , vient d'atrefter
que les troupes elpagnoles s'approchent , & vont
être réparties à Sangoranfi , Biradiron & Fonfabies
que défenſes font faites - aux Eſpagnols
de paffer en France , & aux François de
Paffer en Efpagne. Ces lettres demandent des
renforts , fans lefquels l'on ne pourroit , difentelles
, fuffire à la garde des rives du Bidalloa.
62791
2
Enfm , M. Freteau a lu les pièces qui fuivent e
V
Copie d'une lettre de M. Ambaffadeur d'Espagne,
à M. de Montmorin , miniftre des affaires
étrangères
}
De Paris , le 8 juillet 1791.
MONSIEU ‹Â¸¦ 4 ? I'
J'ai l'honneur d'envoyer à votre éminence
une copie exacte de la dépêche que je viens de
recevoir de ma cour , & de la note qui y eft
jointe , pour que vous la faffiez connoître à l'Affemblée
nationale . Elle y trouvera là confirmation
des mêmes fentimens que j'ai eu l'honneur
de vous expofer le 3 de ce mois, »
Le bonheur du Roi & de la nation francoife
, fa tranquilité intérieure & fazprospérité ,
voila , M. le comte , le feul objet de toutes les
démarches d'une alliée telle que l'Espagne , qui
emploiera conftamment tous les moyens qu'elle
croira convenables pour l'accomplir . »
« J'ai l'honneur d'être , avec le plus fincère
attachement , & c. »
Signe , LE COMTE DE FERNAND -NUNEZ .
Traduction littérale d'une dépêche de M. de Flo
rida Blanca d l'ambaſſadeur d'Eſpagre. * )
AD
ce J'ai reçu , ce matin , la lettre du 21 juin ,
par laquelle V. E. mi forme que le Roi vèschrétien
& la famille roy te fe font ablentés de
Paris . Je rendis compte immédiatement de cet
évèneme tu Roi ; & Tam jefté m'ordon d'expédier
a V. El ce courrier avec la d'ch ration
-jointe , que vous ideviez remettre au gouvĕrnement,
20
7 289 )
1
A une heure après -midi, eft arrivé le courrier
que vous m'avez expédié avec deux lettres
des 22 & 23 , par lefquelles vous m'annoncez
que ce fouverain a été arrêté dans fon voyage.
Il apportoit également l'office que l'Affemblée
nationale avoit ordonné à M. de Montmorin de
envoyer
Vous . ১১
C
« La même déclaration ou note dont je viens
de vous parler , étoit déja préparée ; & le Roi
a penfé que , telle qu'elle étoit , c'étoit la meil
leure réponse qu'elle pût vous charger de faire
à M. de Montmorin , pour qu'il la communiquât
à l'Affemblée, nationale , & que cette affemblée
pût connoître quelles ont été & quelles font les
intentions de Sa Majefté , relativement aux affairès
du royaume de France , & particulièrement
dans le cas préfent. Ainfi , je ne retarde point
cetextraordinaire , & je le réexpédie -fur - le- champ
ien fortant de mon travail avec S. M.
J'ai l'honneur d'être , &c. » 1
Signé , LE COMTE DE FLORIDA-BLANCA .
Aranjuez, ce premier juillet 1791 .
« LaLa retraite de Paris , entreprife par le Roi
T. C. avec la famille , & fes deffeins , quoiqu'ignorés
encore par le Roi C. , peuvent avoir
eu & ne fauroient avoir pour caufe & pour objet ,
que Ta néceffité de le délivrer des infultes popu
laires que l'Affemblée actuelle & la municipalité
ront pas eu le pouvoir d'arrêter ni de punir ,
& de fe procurer un lieu de fûreté , où le fouverain
& les repréfentans vrais & légitimes de
lanation euffent , pour leurs délibérations , Ja
aliberté dont ils ont été privés jufqu'à ce jour ;
privation dont on a des preuves & des protef
sations inconteftables, »
( 281 )
C'eft dans ce fens , dans celui d'allié le
plus intime de la France , de proche parent , d'ami
de fon Roi , & de voifin le plus immédiat de
fon territoire , que S. M. prend le plus grand
intérêt à la félicité & à la tranquillité intérieure
de la nation françoife ; & que bien loin de penfer
à la troubler , elle a pris la réfclution d'exhorter
les françois , & elle les conjure de réfléchir tranquillement
fur le parti que leur fouverain a été.
forcé de prendre , de revenir fur les procédés
outrés qui peuvent y avoir donné caufe , de refpecter
la haute dignité de fa perfonne facrée ,
Sa liberté & fon immunité , & celle de toute la
famille royale ; & de fe perfuader que toutes les
-fois que la nation françoife remplira ces devoirs ,
comme le Roi l'efpère , elle trouvera dans les
procédés de S. M. C. les mêmes fentimens d'amitié
& de conciliation qu'il lui a conftamment témoignés
, & qui , fous tous les rapports , conviennent
mieux à la fituation que toute autre
mefure quelconque. »
2
A Aranjuez , ce 1º . juillet 1791.
Bon pour copies conformes aux originaux
Paris , ce 9 juillet 1791. Signé , MONTMORIN ,
Au milieu des murmures & des éclats de rite
du côté gauche & des galeries , à la fuite de cette
Jecture on a lu une lettre des commis de la
caiffe de bienfaifance de M. la Farge , qui offrent
811 liv. fous pour trois gardes nationales .
ce On vient de vous lire , a dit alors M. Rabaud,
une lettre du Roi d'Espagne. Plusieurs voix
l'ont interrompu , en difant allons , allons ;
à l'ordre du jour, « Je ne fais a repris M.
Rabaud , fi vous entendez ne donner aucun ordre
à M. de Montmorin à cet égard , ou fi le filence
,
>
( 282 )
eft la feule réponse que vous ayez à faire. »
Les mêmes voix ont crié oui , oui , oui ; & de
longues huées , M. Rabdud a ouvert l'avis de
déclarer
que « de même que l'Affemblée ne fe
mêle des affaires d'aucune nation étrangère , la
nation françoife ne veut pas fouffrir que perfonne
fe mêle des fiennes . Des applaudiffemens d'enthouſiaſme
ont couronné cet avis .
1
M. d'André a dit que telle avoit été fa profeffion
de foi depuis le ferment exigé des militaires
; mais il a penfé qu'an lieu de répondre
fur - le- champ , l'Affemblée avoit d'autres mesurés
¹à préndie . De plus grands intérêts vous ap
pellent vous avez votre gouvernement à établir
, à confolider ; vous avez à prononcer fur
le fort du Roi ; voilà ce que toute la nation demande
, ce que votre intérêt follicite .... Quand
Vous aurez pris une détermination , vous direz
l'Europe que cette détermination eft fixe comme
un rocher.. Nous ferons connoître à l'Europe nos
intentions , & que nous mourrons plutôt que de
fouffrir le moindre change nent, La falle a
retenti des aplaudiffemens prolongés du côté
gauche & des galeries , & l'on a déciété le tenvoi
des pièces au comité , l'infertion au procèsverbal
des opinions de MM. Rabaud & d'André,
& que l'Affemblée paffoit à l'ordre du jour , qui
a roulé fur les appointemens des 162 commis
de la caiffe de l'extraordinaire .
Le président a dit que 11 configne étoit donnée,
que perfonne n'entreroit dans les Tuileries , pas
même les légiflateurs . M. d'Ambly a obfervé
qu'il ne convenoit pas à la dignité de l'Afem
blée de recevoir des ordres . MM . de Montlaufier,
de Foucault, de Faucigny , Dufraiffe Duchey ,
fe font élevés contre cette configue . « N'est -il
( 283 )
-pas permis d'aller chez le Roi ; a dit M. Malouet ?
Non , lui a répondu M. Lavie. De quel droit ?
de quelle autorité ? Je veux y aller , moi , a
reparti M. Malouet. Je demande , s'eft écrié
M. Montlaufier , que M. de la Fayette foit mandé
à la barre pour rendre compte de fa conduite. Il
fera refponfable des outrages faits à la dignité
royale... Je me réferve de le poursuivre... Il
eft inconcevable qu'on ait mis des fentinelles
jufques fur les toits... Grands applaudiſſemens,
des tribunes.
933. On a délibéré fur les appointemens , fans rien
conclure ; une lettre d'une dame anonyme, a
fait hommage de bijoux à la nation , après avoir
affuré que les Romains ne font aflervis qu'extérieurement
, & qu'à Turin on l'a traitée d'Ariftocrate
; & la féance s'eft terminée par un décret
qui ordonne de refpecter le fecret des poftes
que tant d'adminiflrateurs & de municipaux opt
•f pen refpecté depuis le 21 juin.
I
Du
lundi 11 juillet
.
Un décret relatif aux appointemens des bureaux
de la caiffe de l'extrordinaire , un fecond
décret qui foumet à la direction du département
de la guerre les régimens coloniaux , & quelques
autres difpofitions peu intéreflantes , out confumé
les premières heures de la féance.
"On fait que M, Duveyrier , envoyé par l'ACfemblée
à Worms, pour apporter à M. le Prince
de Condé l'ordre de rentrer en France , ou de
s'éloigner de la frontière fous quinze jours , a
donné de les nouvelles de Worms , & a annoncé
que M. de Condé étant fur le point de partir
pour,Mayence & Coblentz , lui avoit laiffé le
choix d'attendre a Worms ou de le fuivre , caen
( 284)
bfervant que dans ce cas la tépenfe feroit plus
prompte. M. Bergaffe de Ziroule à dit à l'Af
Temblée que depuis , le bruit couroit que M.
Duveyrier avoit été arrêté , que des lettres par
ticulières fembloient confirmer ce bruit , & il a
demande que le miniftre des affaires étrangères
fût chargé de s'en informer.
•
Plufieurs voix ont crié au comité. Mais M.
André s'eft oppofé au renvoi , en objectant
qu'il n'y avoit pas d'examen à faire . Un envoyé
de la nation françoile eft abfent , a -t-il
dits on n'en a pas de nouvelles ; le peu qu'en
en fait , quoique ce ne foit pas parfaitement
authentique , indique cependant qu'à ſon égaìd
on a violé toutes les règles du droit des gens....
Les mêmes perfonnes qui ont toujours montré
une fermeté inébranlable pour le maintien de
l'ordre public , montreront une ferméré toute
auffi courageufe pour réprimer tout ce qui pot-
-teroit atteinte à la dignité nationale . Je demande
donc que M. de Montmorin foit invité à venir '
à l'Affemblée rendre compte de ces fairs ,
que pous puiflions prendre toutes les mefures
qu'exige la majefté de la nation ». Cette propofition
a été décrétée .
3
afia
Une lettre du département de Paris a annoncé
que le temps devenant meilleur , le voeu général
étoit que le triomphe de Voltaire , d'abord renvoyé
à demain , eût lieu aujourd'hui , & que le
cortége partiroit à midi de la Baſtille .
On a décrété la fuite des articles relatifs à
Totganifation de la tréforerie nationale , préfentés
Par M. Vernier; de la recette titre I , & titre II
des caiffes de recette ; après quoi M. de Montmorin
a été introduit .
Ce miniftre a déclaré qu'on n'avoit pas de
1
1 ( 285 ) 5 19
Bouvelles directes de M. Duveyrier depuis fa
lettre du 23 juin , communiquée à l'Aſſemblée ,
par le garde-du-fceau,
Les bruits d'arreftation s'étant en effet répan
dus ; ce j'ai dépêché hier un courier à Coblentz
& à Mayence , avec ordre aux miniftres , dans
le cas où M. Duveyrier feroit détenu , ce que
j'ai peine à croire , de le réclamer avec la plus
grande, force , & de déclarer que , on ne le
remettoit fur- le - champ en liberté , cette infrac
tion feroit regardée comme une violation manifefte
du droit des gens , & comme une hoftilité
commiſe » Le côté gauche a beaucoup ,
applaudi. M. de Montmorin a ajouté qu'il ne
prévoyoit pas avoir de réponſe avant 8 à 12
jours , le courier devant paffer par Coblentz
Mayence , Worms & Strasbourg.
Quelques nouvelles femblent indiquer , a repris
M. d'André, que: M. Duveyrier avoit repaffé
par Luxembourg ; & l'honorable membre a dé-i
firé qu'on expédiât un courier à Bruxelles , Mais
le miniftre a répondu qu'il recevoit tous les jours ;
des lettres de Bruxelles , & qu'il feroit impoffible
que s'il étoit arrivé quelque chofe dans le Brabant
, il n'en fût pas inftruit. Cette difcuffion
a fatisfait M. d'André , & l'on a repris le cours :
de la délibération . !
Au nom du comité des monnoies , M. de
Courmenil a fait un rapport où il a retracé les
inconvéniens qu'il y auroit à frapper de nouvelles
piècès de 24 , 12 & 6 fels , aux anciens coins
& titres ; les avantages politiques & même moraux
des nouveaux coins , ou le règne de la loi
remplacera l'ancienne légende ; le danger de voir
la boa monnoie d'argent fondue en lingots 3
l'heureux expédient d'y mêler un tiers en fus de
1
( 286 )
tuivre , procédé dans lequel le quart du tout
en alliage ne fera pas compté , parce qu'il con
vient que la nation falle ce facrifice . à La ma- !
ignité la plus exercée , a -t-il pourſuivi , n'dera
pas le trifte prétexte de dire que vous avez
aktéré la monnoie , puifqu'il fera évident queh
vous l'aurez améliorée ........ Vous aurez donc
trouvé le fecret d'avoir une monnoïë qui fera !
feulement pour nous & non pour nos voisins...
Ceux qui apporteront à la monnaie des matières
d'argent recevront fans aucune retenue , la
même quantité de grain fin en monnaie fabriquée
. Ne calculez pas l'étendue d'un pareil facrifice
. L'Angleterre nous en donne heureux
exemple : imitons - la , lors même quer, fous
d'autres rapports , nous lui en donnons de grands
à fuivre . On a décrété ce qui fuit :
"
ce Art. I. Conformément au déćŕet du 11
janvier les pièces de to fols contiendront en
grain de fin la moitié de l'écup colles de 15
fols le quart de l'écu . »
ce II. Néanmoins chacune defdites pièces fera
alliée dans la proportion de huit deniers d'argene
fin avec quatre deniers de cuivrezen
III. Lelgravear- général préparera fans délai
les poinçons néceffaires à cette fabrication , au
type décrété le 11 avril dernier ; de forte que dans
trois femaines au plus tard de . la publication du
préfent décret , la fabrication foit en activité: »
IV. L'argenterie des églifes fupprimées ,
& déposée dans les hôtels des monnoies , ferai
d'abord employée à cette fabrication ; elle fera
continuée enfuite avec les matières que fe pro
cure le tréfor public pour la fabrication des écus ,:
dont il ne fera fabriqué que pour les befoins
indifpenfables , jufqu'à ce que l'émiffion de la
( 287 )
menue monnoje foit déclaréé fuffifant , par, un
décret du corps législatif.
ל כ
« V. Toute perfonne qui apportera à la monnoie
des matières d'argent , recevra , fans aucune
retenue , la même quantité de grains de
fin en monncie fabriquée .
On a repris moins la difcuffion que l'audition
des articles concernant la police correctionnelles
& ily en a eu un bon nombre de décrétés . Nous
les donnerons avec les autres .
•
Du mardi , 12 Juillet. !
M. Camus a annoncé que vendredi , le brûlement
d'affignats fera de 9 millions ce qui portera
, le total des affignats brûlés à 197 millions .
Il a été décrété qué les dons patriotiques def
tinés aux gardes nationales envoyés fur les
frontières , feront dépofés entre les mains du
caiffier de l'extraordinaire & inferits dans un
regiftre féparé.
?
#
Le rapport des fept comités fur le départ du
Roi eft mis à l'ordre du jour de demain.
M. d'Arnaudat a demandé que le comité diplomatique
& le miniftre des affaires étrangères
inftruififfent l'Affemblée de l'état on font les trà
vaux de la commiffion chargée, autrefois , de
fixer les limites de la France & de l'Espagne ,
M. d'André a defire adjoindre M. d'Arnaudau
au comité. Motions adoptées. E
Le directoire du département du Var demande
avec inftance le remboursement des frais du
raffemblement de gardes nationaux fur le bord
duVar & à Antibes , d'après fon arrêté du 24
novembre 1790. C'eft une fomme de 20 ; 124
livres . On envoie la lettre de M. de Leffare
à ce fujer , au comité des finances.
VI
?
( 2889
On a procédé à l'appel nominal de tous les
députés à l'Affemblée nationale .
Une lettre de M. Bailly a invité l'Affemblée
à affifter à la meffe & au Te Deum que
le corps municipal fera célébrer , le 14 , au
champ de la Fédération , ci - devant le champ
de Mats. M. Legrand & plufieurs autres membres
, ont penfé que le patriotifme exigeoit qu'il
n'y eût pas de féance le 14 , &
que toute l'Af
femblée fe rendit à cette fère. Tenir féance aus
contraire , & travailler au bonheur du peuple ,
a paru , avec railon , encore plus patriotique à
M. d'Auchy; & l'on a décidé que 24 menbrès
iroient à la folemnité commémorative .
M. de la Rochefoucault a fait un long rapport
fur le mode d'évaluation propre à déter
miner la contribution foncière des Bois- futaies
ou deftinés à le devenir , & des tourbiètes ; rapport
fuivi d'un projet de foi en fix articles.
MM. Aubry du Bochet , Millon , Ramel- Noga
ret , Moreau de Tours , d'Ortans , d'Auchy &
Efourmel ont relevé des inconvéniens dans ce
mode , & propofé divers amendemens . De la
difcuffion eſt reſulté un décret en ces termes
Art. I, Les bois non en coupe réglée , &
qui ont plus de trente ans , feront eftimés
leur valeur actuelle , & cotilés comme s'ils produifoient
un revenu égal à deux & demi pour
ent de cette valeur . »
II. Tous les bois au- deffous de trente ans
Leront réputés taillis , & cotifés comme tels . »
III. Lorfqu'un terrein fera exploité en tourbière
, on évaluera , pendant les dix années qui ,
fuivront le commencement du tourbage , fon
revenu au double de la fomme à laquelle il
étoit évalué l'année précédente .
IV.
I
3
1
( 289 )
« IV. Il fera fait note fur chaque rôle , de
l'année où doit finir ce doublement d'évalua
tion. Après ces dix années , ces terreins feront
cotifés comme les autres propriétés .
အ
L'Affemblée a décrété la ceflation du paiement
de 130,000 liv . qu'on a dit que la fermie
générale payoit au Pape, en vertu de l'accord à
raifon duquel elle fourniffoit le fel dans le Comtat
; & la culture du tabac y étoit interdite . M.
Bouche a auffi obtenu la fuppreffion de 3 , coo
liv. que le gouvernement payoit , dit - on , annuellement
à la chambre apoftolique d'Avignon.
M. Duportail a mis fous les yeux de l'Af
femblée un premier apperçu des frais du nouvel
état de guerre ordonné par les derniers décrets .
La première mise à faire pour porter l'armée de
ligne au complet de 750 hommes par bataillon ,
& de 170 par efcadron , monte à 12,287,278
liv. à payer dès à préfent. La folde & les maffes
des hommes & des chevaux de cette augmen
tation montent par mois à 1,217,466 liv . payables
à compter du premier juillet courant ; objet
de 3,652,398 liv . par timeftre. La folde de
26,000 gardes nationales coûtera par mois
731,430 liv. , & de plus la dépenfe d'étape ,
voitures , & c. en tout par mois 800,000 liv.
( ce qui porteroit la folde & les frais de 400,000
gardes nationales à plus de 12,250,000 liv. par
mois , à plus de 147 millions par an. ) L'équi
page d'artillerie , mis à 2000 chevaux au lieu
de 1000 , demande pour folde de ladite augmentation
80,000 liv. par mois , à compter du
premier
août ; fans oce qu'on devra aux entrepre
neurs pour la levée des chevaux.
Au moyen de ces difpofitions , l'armée offrira
163,450 hommes d'infanteric , 37,456 de cavalerie
No. 30. 23 Juillet 1791. N
( 290 )
72,363 d'artillerie, un équipage de 2000 chevaux ,
& 26,000 gardes nationales , total 239,269 hom..
La lettre du miniftre a été renvoyée aux comicés
des finances & militaire .
il
D'après un court rap , ort de M. de Broglie ,
on a décrété deux articles , portant qu'indépen
damment des traitemeus fixés par les décrets des
18 août , 5 octobre 1790 , & 4 mars 1791 ,
fera accordé un nombre de rations de fourrage
proportionnel aux grades , favoir à chaque
maréchal de France & lieutenant - général en chef,
12 rations ; à chaque lieutenant- général com
mandant de diviſion , 8 rations ; à chaque maréchal-
de-camp employé , 6 rations ; à chaque
adjudant-général ou aide- de-camp- colonel ,
rations ; à chaque adjudant- général ou aide- decamp
lieutenant - colonel , 4 rations ; à chaque
aide - de - camp , deux rations . Ces rations de
fourrage feront payées à raifon de 15 Tous par jour
chaque , de 270 liv. par an de 360 jours , cumu
lativement avec les appointemens , & ne poure
ront être exigées qu'en nature pendant la guerre.
Le réfutat de l'appel nominal a donné 1029
députés préfens & 132 abfens . Piufieurs de ceux- d
foot malades , d'autres ont des congés , d'autres
ont donné leur demiffion. Il a été décidé que
le comité de vérification recevra les réclamations
jufqu'a dimanche , & qu'alors on conftatera le
nombre des abfens fans caufe légitime.
Da mardi , féance du foir.
On a fuccefivement introduit des dép: tations
des gardes nationales de Paffy ,, Auteuil , Boulogse
; de la commune de Sainte-Menehould ; de
F'Ecole gratuite de deffin , troupe d'enfans vêtus ,
partie cu uniformes, partie en habits bourgeois ,
( 2x )
accompagnés d'une mufique guerrère qui jouoit
l'air : fa ira ; & les citoyens - foldats qui avoient
fervi d'efcorte d'honneur au convoi de Voltaire.
Tous haranguent , jurent & reçoivent , après une
réponse du président , les honneurs de la féance.
La commune de Sainte - Menehould a demandé
fix canons , un corps de cafernes & quelques
autres objets relatifs à ſa fûreté . » On l'a ren
voyée an comité militaire .
Les gardes nationales de Varennes ont ſupplié ,
par écrit , l'Affemblée de n'accorder aucune récomper
fe aux citoyens de cette ville qui ont arrêté,
le Roi , en menaçant de ne le livrer que mort; ik
leur fuffit de la gloire d'avoir fait leur devoir.
Sur la motion de M. Roberfpierre on a lu une,
adreffe de citoyens de Brie - Comte - Robert , ils s'
plaignent des vexations des autorités conftitutiorhelles
d'adminiftrateurs & de municipaux gangrerénés
de tous les préjugés de l'ancien régime
coalifés avec les chefs d'une foldatefque avengle
on tranferit ici leurs propres termes ; & ils finiffent
par implorer l'élargiffement provitoire des accufés
d'infurrection détenus en vertu de décrets desjuges ;
dans leur ftyle , des infortunés que intrigue &
Fincivifine ont chargé de fers , le tout fous la ref-,
ponfabilité de la commune,
L'un des détenus eft mort en priſon . M. Res
berfpierre s'eft permis d'obferver que fi le rapport
avoit été fait au bout de deux fois vingt- quatre
heures , comme l'ordonnoit le décret rendu il Y a
15 jours , l'Affemblée nationale n'auroit pas ce
malheur à fe reprocher. Au milieu des mu mures
qu'excitoit cette réflexion , il a qualifié la muni- '
cipalité d'aristocratique , les priforniers de patriotes
opprimés . Les rumeurs de la falle & les applaudiemens
des galeries n'ont ceffé qu'après un
N
292 )
décret qui a fixé le rapport à famedi foir ; & h
fin de la féance a été remplie d'une difcuffion
d'articles additionnels explicatifs des précédens
concernant les mines & minières , qu'a terminée
l'adoption du titre II , des mines de fer.
Du mercredi , 13 juillet 1791 .
A l'ouverture de cette féance , les amis de la
vertu , de la juftice , de la paix , les feuls amis du
peuple , ont parcouru avec des yeux mouillés des
farmes du fentiment , une brochure de 32 pages ,
que des mains vraiment pieufes répandoient en
profufion dans la falle , & qui depuis a produit
une grande fenfation dans le public. Cet ouvrage
du moment eft intitulé : Le règne de Louis XVI
mis fous les yeux de l'Europe . L'auteur énumère
rapidement tout ce que Louis XVI a fait pour la
nation , & pour les Parifiens qu'une banqueroute
- eût ruinés , fi la probité du jeune Roi n'avoit ga
ranti feule une dette de cinq milliards qu'il trouva
contractée en arrivant au trône ; l'affranchiffement
des ferfs , les adminiftrations provinciales ; l'abo
lition des corvées , de la queftion ; des loix plus
humaines contre la déſertion ; la fraude & la violence
exclues des enrôlemens ; l'état civil rendu
aux proteftans ; les arts & les fciences protégés ;
des marais defféchés ; l'hofpice de Rochefort ; des
quartiers de Paris rendus plus fains ; une marine
formidable & protectrice du commerce ; le traité
avec la Ruffie ; des germes de guerres fanglantes
étouffés dans le Nord , dans le Levant , à Vienne
& en Hollande ; Tabago réuni à nos Antilies ; la
pêche de Terre-Neuve affurée , augmentée ; plu
feurs Aldées acquifes dans l'Inde ; la paix de
1782 honorable pour la France & pour les alliés ;
travaux aufli utiles que glorieux dans les ports de
( 293 )
Dunkerque , du Havre , de la Rochelle , de Toulon
, de Cherbourg & de Vendres ; canaux entrepris
en Bourgogne , dans le Berry , la Bretagne ,
la Picardie , le canal de Languedoc perfectionné
au grund avantage du commerce ; de nombreux
traits de fenfibilité gravés dans tous les coeurs ,
enfin la double repréfentation accordée au
peuple , la magnanimité du Roi qui vient
apporter des paroles de paix à Paris au milieu
de deux cents mille hommes armés en
infurrection ; du bon Roi qui enjoint à ſes gardes
de fe dévouer comme lui au falut du peuple ,
fe laiffer égorger plutôt que d'oppofer la force à
la violence , & qui vient habiter au sein d'une
ville (garée par d'atroces calomnies.
de
Un pareil tableau publié , au moment où taut
de plumes dégoûtantes de fang & de fiel fe difputent
la honte d'outrager un Prince délaiſſé eſt un fi
bel hommage à la nation , que nous nous reprocherions
de l'avoir paffé fou filence , & fi l'o, inion
ek une des fources de nos loix , il ne fautoit être
confidéré comme étranger à l'importante difcuf-
Lon dont on va s'occuper . Toute l'Europe fait ,
dit l'impartial & calme appréciateur du règne de
Louis XVI , avec quelle patience , avec quel
courage il a fupporté , depuis fon féjour dans la
capitale , les peines , les privations , les facrifices
que les circonftances fembloient exiger . Enfin ,
après avoir bu à longs traits , pendant dix - huit
mois , dans ce calice d'amertumes , il tombe ma.
lade ; convalefcent à l'entrée de la belle faifon ,
le 18 avril , il defire aller refpirer l'air de la campagne
; on s'y oppofe avec violence , on l'infulte
publiquement & cruellement dans fa perfonne ,
dans celles de fon époufe , de fa foeur , de les enfans
; l'on va jufqu'a preferie des loix à fa couf-
N 3
- 2
( 294 )
1
: au
ence. » L'auteur expofe les intentions fi bien
conuues de Louis XVI , réduit à s'éloigner momentanément
de la capitale fans cela vouloir
fortir du royaume : « Âu reſte , ajoute- t - il , fi
eeste mefure que le Roi a crue fage & néceffaire ,
etoit fujette à des inconvénicus , on ne peut les
mputer justement , on ne peut on faire des repro->
ches légitimes qu'a ceux qui , en diffimulant depuis
près de deux années , à Louis XVI fa véritable
uation politique , l'ont trompé , & ont également
trompé toute la France & toute l'Europe ; à
eux , en un mot , qui ont dit & répété mille fois
que LE ROI étoit libre & devoit l'être ; & qui
prétendent aujourd'hui que c'étoit une fiction &
pofent en principes que LE ROI n'étoit pas 1.bre /
& n: devoit pas l'être raifonnement ,
aefte , qui ne tend à rien moins qu'a détruire la
conftitution & à frapper de nullité tout ce qui
s'eft fait... En ouvrant tous les coeurs à des fénimens
de juftice & de reconnoiffance , j'ai dû
fpéier de mettre enfin un terme aux malheurs
de non Roi & à ceux de ma Patie . Je demande
donc avec affurance à tous les François , fi pour
prix des verius , du civifme de leur Roi , & de
fi confiance fans bornes dans leur loyauté , i's ont
Jamais penfé , un feul inftant , qu'ils s'arrogeroient
le droit affreux de le dépouiller , de le dégrader,
de le détrônet ? Je demande aux Parifiens , fi
parce que pour eux feuls peut-être , pour leurs
feuls intérêts , leur Roi s'elt déterminé à convoquer
les Etats - Généraux , ils ont ente da qu'ils
auroient le droit honteux d'abufer de fọn ainouri
pour eux , qu'ils auraient celui de les tourmenter ,
de l'outrager , d'enchaîner le Monarque bienfaifant
qui a facrifié la puiflance , fes prérogatives ,
fon bonheur au defir de protéger & de conferver
leur fortand? L'Europe attend la réponfe ; &
"
*
$
i
( 295 )
te génie de l'hiftoire eft prêt à la graver en capactères
ineffaçables. "">
Sur une obfervation de M. Bouche , l'Affen
blée a fufpendu fon décret de la veille qui fupprimoit
les 130 mi e liv. , que la ferme générale
payoit au papt , difpofition prématurée qui
priveroit de tout moyen de fubfiftance des perfonnes
que la ferme ertretenoit à Avignon ,
pour l'exécution du traité relatif au tabac , aut
fel , aux indiennes .
Par un dernier décret , M. Raband a fit
achever enfin l'uniforme des gardes nationales;
& prenant la parole au nom des commiffaires
revenus des départemens de la Meule , de la
Molelle & des Ardennes , l'un d'eux , M. de
Montefquiou , a rendu le compte le plus fafailant
de leur miflion .
C'eft en tout licu le même patriotifme . P
fieurs officiers avoient donné leur démon
150 ont refusé le ferment , & ont été deftitués .
Le befoin de rétablir la fubordination eſt imm
nent ; mais le mal n'eft pas tel qu'on voudroit
le pindre , & le remède eft facile ; des chef
patriotes & des cours martiales fuffiront à tout.
Il fra bon de former un camp. Bitche & Chaplemont
font fur un pied refpectable ; les autres
plaçes demandent des réparations ou fent dé
mantelées ; cet état donne aux habitens des
doutes fur l'adminiftration. Metz eft tout ouvert
d'un côté ; on a pris quelques précautions ......
Les diftricts des frontières manquent abfolument
de fufils , & les ouvriers défobé.flent. Deux
mutins ont réfifté aux exhortations des com
miffaires , & un de ces mutins a voulu affuftiner
l'officier d'artillerie qui dirige les travaux...
On le plaint du retard de la gendarmerie na
N 4
( 296 )
tionale . Il n'y a nul fondement aux craintes
d'invafion jufqu'à préſent . Lẹ duché de Luxembourg
ne contient que 3,000 hommes néceffaires
pour le garder. Nous ferons très -fagement de
négocier des alliances avec beaucoup de puiffances
de l'Europe intéreffées à ce que la France
conferve fa prépondérance politique , & chez
lefquelles notre conftitation a trouvé plus d'admiration
que de cenfure.
M. Fréteau a relevé des inexactitudes dans ce
rapport. On affuroit dernièrement à la tribune ,
que les magafins contenoient des vivres pour
18 mois pour une armée de 150,000 hommes ,
& l'on dit à préfent que les frontières manquent
d'approvifionnemens . Il craignoit que ces variantes
ne répandiffent des alarmes. Le rapporteur
a reftreint le manque de vivres & de fourrage
au département des Ardennes , & a foutenu
que des diftricts de la frontière n'avoient pas
reçu un fufil. Selon M. Alexandre de Lameth ,
le compte que doit rendre inceffamment le comité
militaire , prouvera que tout abonde , &
que nous avons un tiers de plus d'artillerie que
l'Europe entière . L'Affemblée a décrété l'impreflion
du rapport de M. de Monteſquiou , &
fon adjonction au comité .
M. Muguet , organe des 7 comités réunis ,
Pour préparer les décrets à porter au sujet de
l'évènement du 21 juin, il a retracé les détails
connus de la fortie nocturne des Tuileries , une
voiture far le quai des Théatins , une autre dans
la cour des Princes , les 3 gardes - du- corps en
vefte jaune , réunion de la famille royale dans
une voiture plus commode à la porte St. Mar4 :
tin . A Ste . Menehould , le fieur Drolet , maître
de pofte , crut avoir reconnu la Reine , die le
4
( 297 )
>
rapporteur ; & dans le récit du freur Douet,
fut le Roi qu'il reconnut d'après l'effigie empente
fur un affignat de so Lv. N'importe
MM. Drouet & Gillaume dévancent le , voyageurs
, & vont annoncer au fieur Leblanc , aubergifte
à Varennes , qu'tis fourgon ent que
deux voitures qui vent arriver renferment le
Roi & fa fan.illc.. Les deux fières Leblanc &
d'autres arrêtent la voiture du Roi , le fieur
Sauffe, procureur - fyndic de la commune , & l'efficièr
municipal faifant les fo. ctions de maire, prétextent
qu'il eft trop tard pou vifer le pafic- port , que
les chemins font défits , que ces taifons &
Palarme qui fe répand doivent engager les
Voyageurs à defcendre chez le ficut Safe . Ils
y defcendent , on barricade la ville , & des canons
font pofés près de la maifen.
Un détichement de huffards commandé par
un aide-de-camp de M. de Bouillé , arrive se
fe range en bataille devant cette maifon , &
raide-de-camp eft introduit auprès du Roi , que
Jui demande quand part -on ? L'officier répond
qu'il n'attend que fes ordres ; le Roi lui dé
clare , & au major de la garde nationale furvenu
, qu'il ne veut que fo à 100 gardes na
tionaux pour l'accompagner ; & fe jettant d.ns
les bras de . Sauffe , il lui dit : « je fuis votre
Roi. Plicé dans la capitale au milieu des poignards
& des bayonnettes , je viens chercher en
province , au fein de mes fidèles fojets , la l
berté & la paix dont vous jouillez . Je ne puis
plus refter à Paris fans yoir & ma famille '
en même-temps ». L'infortuné monarque eme
braffe ceux qui l'entourent , la Reine partage fes
craintes , fe jeint à fes inftances . I perfille a
vouloir fe rendre à Montmédy , en proteftant
NS
( 298 )
qu'il ne veut pas fortir du royaume , & que k
garde nationale peur l'accompagner. Vingt dras
goas travertent la ville ; ou mer les hufards
entre deux batteries . Lear commandant va char
ger la garde nationale , dont l'aide - major pare
un coup de fabre , & lâche un coup de pifiolet
qui caffe l'épaule au commendant des huffards ;
ceux - ci demandent à être commandés par un
officier de la garde nationale , & l'air retenti
des cris vive le Roi ! vive la nation ! vivi
Affemblée nationale ! vive Lauzun !
;
Arrive un aide - de - camp de M. de la Fayette,
porteur du décret ; le Roi perfévère à vouloir
partir pour Montmédy. Le retour cft décidé ,
les citoyens accourus forment un non breux
cotege , on fe met en marche vers Châlons.
i le rapporteur affirme que le Roi ne reçut
fur la route que des témoignages de refpect ; il
ite bien l'ordie digne de l'excellent coeur de
Henri IV , l'ordre que le meilleur des Rois fit
donner au fils de M. de Bouillé de ne rien
entreprendre mais il ne nous apprend point
qu'aucune ame ait été fer fible à ce trait admirable
de bonté , d'humanité , de généro té ; il
ne dit rien de M. Dampierre , égorgé fous les
yeux du monarque , des horribles imp: écations
ni frappeient l'air autour de la voiture où fe
réfignoient fi magnanimement le vertueux prince
& fa malheureufe f mille ; il n'oublie cependant
Pas d'ajouter que par tout on crioit vive la
nation , vive l'Affemblée nationale ! & s'en remet
, pour les détails , à ce qu'en ont raconté
les commiffaires.
·
Après un extrait de tous les procès - verbaux
qu'on a déjà lus , il a pofé cette grande queftion
qui jamais n'en fut une le Roi peut- il être mis
( 299 )
en cafe ? & il en a trouvé la folution dans les
décrets conftitutionnels . Vous avez décrété , juré
une conftiturien monarchique & l'inviolabilité du
Roi qui n'eft pas un citoyen mais un pouvoir .
Si le Roi n'étoit pas indépendant , s'il pouvoit
être jugé par l'Aflemblée , il lui fercit foumis
il ne feroit pas l'bre. On ne peut féparer le Roi
de la royauté. Si commettoit un crime , on le
fuppoferon en état de démence . Son évasion n'eft
pas même un délit ; vous ne pouvez prononcer
fur des loix qui ne font pas faites. Fut-il forti
du royaume , il n'auroit pas forfait à la conftitution
avant de ſe refuſer à une proclamation ,
La déclaration qu'il a laiffée n'a aucun carac
tère légal , & ne contient aucune renonciation
directe ni ind.recte à la royauté. Son acceptation
étoit une form. lité inutile à vos décrets ... Le Roi
n'est donc pas coup.bie aux yeux de la loi .
Soulevant le voile qui peut - être auroit du
couvrir toujours les fuites poffibles d'une opinion
contraire , M. Muguet a laiffé entrevoir les malheus
qui défolèrent l'Angleterre Jors du meurtre
de Charles I , en a rapproché les troubles de la
minorité de Louis XIV , idées qui te naiflent
ici que de l'hypothèle la plus déchirante & la
plus affreute à méditer ; & il a fini par ces mots ;
Vous verriez des régens que la loi défigne &
que la confiance éloigne » Tous les motifs des
comités fe combinant dans fes conclufions , le
rapporteur a pensé que le Roi ne pouvoit , fous
aucun rapport , être mis en jugement; & il a
propofé de décréter :
1°. Que le procès fera fait & parfait à Louis-
François-Amour Bovillé & à fes fauteurs , compices
& adhérens , 2 ° . Qae MM. Hymaan ,
Kinglin , d'Orfelife , Defoteux , Vauglas ,Damas ,
N
( 300 )
Cho feuil- Stainville , a'Androuin , Valcour
Mandel, Manuffin , Talon , Bouillé tils , Ferfen ,
Maldan , Valory & Dumoutier, font four connés
d'avoir eu connoiffance du complót , & d'avoir
eu en vue de le favorifer ; que le procès leur
fera fait & parfait. 3 ° . Que les perfonnes cideffus
dénommées , qui font ou feront arrêtées ,
feront conduites dans les prifons de la ville
dOrléans. 4° . Que MM. Floriac , Remy , la.
Cour, Joinville, Debridge & Madame de Tourzel ,
refteront en arreitation , pour être , ap ès les
informations , ftatué ce qu'il appartiendra . 5 ° . Que
les Dames Brunier & Newville , fmmes - cechambre
de M. le Dauphin & de la fille du Roi ,
feront nifes en liberté.
сс
>
Quelques membres ont demandé l'impreffion
d'autres l'ajournement ; M. d'André s'y eft oppofé
en difant que cela entraînerit un long délai.
Plufieurs voix ont crié tant mieux. Tant pis ,
a-t- il répliqué , tant pis pour ceux qui veulent
-la tranquillité . L'impreffion ne donneroit pas de
nouvelles lumières , & certaines gens « qui avoient
préparé cette circonftance pour renverser la conftitution
qu'ils ont juré de défendre , ne defirent
que du temps pour confommer leurs funeftes
deffeins. Oui , ce ne font que des factieux , des
intriguans
fans talens qui veulent différer . » La
falle a retenti d'applaudiffemens . Il a demandé
que la difcuffion s'ouvrit à l'inftant & ne fut
point interrompue.
M. Roberfpierre a dit que ce n'étoit point être
fictieux que de fouhaiter que les efprits fe préparaffent
, par un intervalle , à une difcufion
profonde & folemnelle ; & les galeries ont applaudi
M. Roberfierre.
En embraffant l'avis du préopinint , M. Alè--
( for )
•
xandre de Lameth invoquoit la queftion préalable
fur l'ajournement ; & s'armant des fuites de touté
décifion influencée , contre ce qui menaçoit d'une
Fareille décifion , il a foutenu que l'ajournement
laifferoit trop de jeu aux moyers cornus de
former une opinion publique factice ; & il a dit'
qu'un confeil exécutif à la place du Roi ... ( Cè
n'eft pas la question , lui a- t- on crié . ) Pardonnezmoi
, a - t-il repris , c'eft la queftion . Un confeil
exécutif a la place du Roi feroit la fubverfion,
abfolue de la conftitution décrétée & jurée .
Un décret a fermé la difcuffion , écarté l'ajournement
, & M. Pethion a pris la parole. Le
Roi fera- t -il mis en caufe ? Non , parce qu'il eft
violable. Qu'est - ce que l'inviolabilité 2 Će n'eſt
pas le droit de faire le mal. Quant aux tcs de
la royauté , le Roi cft irrefponfable ; quant aux
actions civiles , il comparoît devant les tribunaux
: reftent les actions criminelles . Un Roi
confpirateur doit - il demeurer impuni ? L'impunité
du crime n'est bone à rien , fi ce n'eſt à
enhardir à de nouveaux crimes . Comme citoyen
& fonctionnaire public , le Roi cft foumis à la
loi ; s'il eft au- deffus d'elle , c'eft un defpote .
Pour être inviolable , il faut être impeccable...
I!
pourra donc tuer impunément ? Un Néron ,
un Caligula ( un frémitlement général a dû rappeller
à l'orateur qu'il parloit de Louis XVI ,
mais il a poursuivi) peut fe livrera les fureurs , on
refpecteta fes goûts fanguinaires ! Qu'ailez vous
faire, s'eft- il écrié ? conferver le Roi...Il eft, dit - on ,
unpouvoir, & l'on ne punit pas un pouvoir . Quelle
miférable fubtilité ! Un juge n'eft pas la juftice, le
Roi n'eft pas la royauté , un être abftrait . Vos décrets
prononcent fa déchéance , il n'eft donc pas
toujours inviolable . Mais s'il ſe met à la tête de
( 302 )
сс
La minorité de la nation pour combattre la majorité
, s'il puble un manifefte contre la conftiturion
, s'il reffe de jurer de la maintenir..
Un Roi parjure feroit - il dans un cas plus favorable
?... Si la nation veut ufer de clémence
qu'elle s'explique... « D'ailleurs , je re fais pas
extrêmem ut effrayé du parti qu'on femble redouter.
Une majorité impofante a toujours retenu
une foible minorité... Qu'on ne craigne
pas les puiflances étrangères... Nous avons pus
dhommes armés que l'Europe entière ...Les peuples
qui veulent erre libres ne font jamais vaincus ; les
Suiffes , les Hollandois , les Américains ( on tui
a crié qu'il étoit le plagiaire de Briffot. ) Ou le
Roi eft foible , a-t -il continué , ou i¡ cft pervers ;
dans les deux cas , il doit être jugé... Je demande
qu'il foit mis en caufe , & jugé par
J'Aflemblée nationale ou par une convention
nommée ad hoc.
Cette étrange difcuffion qu'il nous eft impoffible
d'analyfer,fa séprouver l'invincible & fccière
horreur du lacrilège , a été continuée au lendemain
.
Du Jeudi , 14 juillet.
On a repris la difcuffion relative au Roi.
M. de Liancourt a diftingué deux chofes , le
départ du Roi & fon mémoire à examiner fous
les rapports de la raifon & de la loi . Ayant
établi que l'inviolabilité du Mon rque eft leful
frein qu'on puiffe o pofer aux factieux qui me
nacent de redre la liberté funelle ; que fi le Roi
pouvoit être mis en cafe, il le feroit pr chaque
nouvele faction & fubi oit le joug aviliflant d'une
inquifition perpétuelles que inviolabilité eft
non pur tellection , mais P ur telle perfonne,
Porateur s'eft demandé le Roi avoit , en pa
1
( 303 )
ant , encouru la déchéance ; & il a répondu négativement
a cert queftion par toutes les raifons
déduites dans le rapport de M. Magnet .
Quant aux motif , M. de Liancourt a dit
que l'état du Poi , connu de toute l'Europe ,
' étoit pas celui de la liberté ; qu'il s'étoit reffenti
des moyens violens & extraordinaires qui
a oient forcé fon arivée à Paris ... Les moye
d'exécution qui ont fecondé nos deficins , ' out
pas toujours été dignes de la pureté de nos vues ,
a-t-il ajouté. Nous étions , lui & nous , en butte
à des orages communs ; mais il ét‹ it expofé à
toutes les f &ions & nous é ins nvuonnés
de toute la puiffance récle & de celle de l'ojinion
publique . Cet état néceff ire dans un temps
de révolution , néc.fire peut - être jusqu'à ce
que la conftitution für décrétée , n'en cxiftoit
pas moins. Use chofe marquoit à notre révo
lution ; c'cft que le Roi pût accepter librement
la conftitution , choifir le lieu le plus fur
>
revenir enfuite dans la capit. l . Eh bien ! fe
projet du Roi , tel au moins qu'il étoit dans fon
intention , tendoit uniquement à ce but . Le Roi
ne pouvoit forti en plein jour ; il cut eu à
éprouver tous les obftacles , tous les dégoûts
dont nous avons tous gémi dans la journ e du
18 avril . Il a donc fallu qu'il l'exécutât de nuit
& d'une manière occulte. Cet exp fé a été interrompu
par des murmures . La conclufion de
M. de Liancourt a été d'adopter le projet des
fept comité .
M. Vadier a dit que la nation ne permettroit
pas aux légifteurs de couvrir d'un voile le crime
d'un Roi parjure qui enlevoit l'héritier du trône
& fe jettoit dans les bras d'un parricide ; d'un
Roi qui vouloit arrofer de fang la terre hofpi
( 304 )
talière ou tant de malheureux corfacrent leurs
fueurs à fa profpérité . Us Roi qui , par un
manifefte perfile , a ofé déchirer votre conftitution
, un tel homme peut-il être encore qua-
1.fié du titre glorieux de Roi des François ? »
M. Vadier le prête à la fuppofition de l'invio
Labilité , mais c'est pour demander fi un brigand
couronné... Il s'élève des murmures . Le
préfident obferve que ce n'eft qu'une hypothèſe
; & l'orateur pourfiivit en demandant &
un brigand couronné peut impunément tuer
incendier , confpirer , répandre rar tour la dé
folation & le carnage. Or , cela fe difoit à propos
de Louis XVI qui prefcrivit à fes gardes
de périr plutôt que de le défendre , qui donna
l'ordre de ne rien entreprendre aux guerriers
prêts à s'opposer à fon retour ignominieux de
Varennes , qui n'a répondu que par l'expreffion
de cette bonté qui le dévoue , à ceux qui juroient
de tirer fur la voiture & de ne le livrer
que mort. M. Vadier accufe le Roi d'avoir fecoué
le joug des loix ; le traite de perfide , de transfuge
à qui les tributs de 10 , 12 départemens n'ont
pas fuffi ... ( Les contributions foncières & mobiliaires
, leurs fols pour livre additionnels , le
timbre " &c. , porteront , fans contredit les
tributs de chaque département , l'un allant pour
l'autre , à plus de 9 millions ; douze départemens
payeront donc 108 millions , plus de
quatre fois le montant de la lifte civile defti
née d'ailleurs à nourrir des milliers de citoyens ;
car enfin le Roi ne dépense qu'en payant. Qu'on
eft à plaindre d'employer de pareilles hyperboles
pour dénigrer fon Monarque ! )
2
On a dit que M. Vadier débitoit du Marat;
( 305 )
que
afin de prouver le contraire il a continué en
reprochant au Roi le fafte afiatique des palais
la nation lui a donnés , & des accappatemens
finiftres qui avoient pour but d'ajouter la
famine à la guerre ; & M. Vadier a proteſté
n'avoir d'autre éloquence que celle de la vérité ,
que celle du coeur. Sa conclufion a été d'exhorter
l'Affemblée à ne pas ternirfa gloire par une clémence
, par une abfolution criminelle , à céder au voeu **
lanation qui ne refpire que vengeance ; & qu'une de
convention nationale inceffamment convoquée
für chargée de prononcer fur le fort du Roi.
Sans raindre d'être accufé d'une fuperfticton
royalite , M. Prugnon s'eft attaché à prouver
l'indifpenfable néceflité de l'unité parfaite du pouvoir
éxécutif , & de l'inviolab.lité du Roi , abfolue
, telle , a- t- il dit , que non-feulement on
ne doit pas l'analyfer , mais même la mettre en
difcuffion, La perfonne du Roi , facrée fous un
apport , l'eft fous tous les rapports dans la conf--
titution monarchique , décrétée & jurée . On parle
de Bois affaffins ! combien en compte - t-on dans
15 fiècles ? quelle région que ceile des hypothèles
! Un Roi aflaffin feroit déchu- ; la loi punit
les meurtres . S'il employoit des fcélérats , ils
fereient punifiables comme les autres... Un
Roi n'eft pas toute la juftice ; le Roi eft toute
la royauté... Louis XVI n'a pas violé la conſtiturion...
Abfent , il n'y auroit encore eu que fon
refus de fe rendre a la formation qui l'eût établi
coupable ; il n'eft pas forti du royaume , il eft
probable qu'il ne vouloit pas en fortir ; il n'y a
Pas de déit ... Mais plufieurs adreffes expbriment
un voeu contraire à cette opinion ! Tremblez de
eries des adages pour les tyrars. Jamais , le veu
général ne fe tranfmet par de femblables organes
*
( 306 )
La grande majorité de la nation tient à la mo-
Darchie. Situation topographique , étendue , population
relations moeurs , caractère , tout
l'exige en France . J'ajouterai , avec Montefquieu ,
que fi la religion a fes racines dans le ciel , la
monarchie a les finnes dans le coeur de tous les
François. Quant au mémoire du Roi , ce font
des repréfentations , des doléances plutôt qu'an
manifefte... J'appuie le projet des comités.
M. Roberfpierre a revêtu de les formes oratoires
connues les argumens de MM. Péthion &
Vadier , en fe difpenfant d'examiner ſi on enlève
un Roi comme on enlève une femme , & en promettant
de parler de Louis XVI comme de l'Empereur
de la Chine ; tels ont été fes propres
termes. Les dangers de l'impunité du crime dans
un fonctionnaire public , les bornes de l'inviolabilité
fubtilifées , la vengeance des loix , l'égalité
l'ont conduit de fophifme en fophifme ,
peindre le Roi égorgeant nos enfans fous nos
yeux , outrageant nos femmes , pour demander ,
fans exagération , aux partifans des comités
lui diriez -vous : Sire , vous ufez de votre droits
nous vous avons tout permis... Il eft inviolable !
& vous auffi ; mais êtes - vous à l'abri de toute
accufation ? Les repréfentans du fouverain ontils
des droits moins étendus que celui dont ils ont
créé le pouvoir ? ... Avez - vous réfléchi à la
fituation d'une nation gouvernée par un Roi
criminel de lèze-nation ? » Il a propofé de confulter
le veu de la nation fur l'affaire du Roi ,
de lever le décret qui fufpend les élections pour
la prochaine légiflature , & la préalable fur le
projet des comités , ou que du moins l'Affemblée
ne fe fouille pas de partialité dans le choir
des coup.bles.
( 307 )
M. Duport arépondu que four qu'ily cut un délie
dans l'évasion ou dans le mémoire du Roi, il faudroit
qu'il eût été autorifé par une loi antérieure . Il a
pole en principe que l'acceptation du Roi n'étoit
nullement néceffaire aux décrets , ce qui parcie
démentir tous les cahiers qui enjoignent
>
Députés de ne rien décréter que de concert avec
le Monarque , le ferment de maintenir la conftitution
fanctionnée par le Roi , le décret du vero
fufpenff, &c. Selon M. Duport , l'acceptation
n'étoit utile qu'au penple pour le difpofer à l'adoption
des loix nouvelles , avat que l'Affemblée
développât librement fa nouvelle théorie . « Lorfqu'une
nation , a t-il dit , envoie fes représentans
pour lui donner une conftitution , elle met tous
les pouvoirs dans une inaction paffagère . Quant
la conftitution fera finic le confentement de
Louis XVIle créera le Roi cu fon refus le deftituera...
Tout empire où la féparation des fouvoirs
n'eft pas déterminément fixée , n'a ri conftitution
ri liberté. Il est néceffaire de conser un
frein à la grande puiffance des repréfentans de la
nation ; ce frein ne peut être qu'un Monarque
ou un confeil exécutif... Un pouvoir qui ne connoît
point de frein eft defpote... Voulez- vous opter
entre la monarchie & 1 république ? ... Il feroit
dangereux de confulter les fections du Royaume...
Ceux qui divifent l'inviolabilité font les partifans
d'un fénar ou confeil exécutif ; mais tout exige en
France une Mosaichie , & dans cette hypothèle , il
faut que le Monarque foit inviolable , indépendant
du corps législatif dont il doit modérer le pouvoir ,
& par conséquent qu'il ne puifle être ni jugé ni
accufé ; car il feroit dans la dépendance de tout
accufateur , de tour calomniateur & de fes juges .
T
( 308 )
Nous avons réfumé la fubftance d'un long difcours.
Tout en plaignant les Anglois des pertes immenfes
qu'a faites leur liberté politique , fuivant
lui , M. Duport a reconnu que chez eux la liberté
individuelle étoit garantie par la divifion des pouvoirs
qui les préferve du defpotifme intolérable
des communes. Il a dit qu'il manqueroit un feuron
à la couronne de l'Affemblée , fi après avoir
conftamment fuivi une opinion qui attiroit le
vau général , elle ne favoit pas réfifter à l'influence
dont on cherche à Fenvironner ; qu'on hâre les
élections en s'occupant de la révifion ; qu'une
convention nationale éxciteroit les factieux ; que
s'enfuir ce feroit fe priver des bénédictions d'un
peuple de qui l'on eft près d'affurer la liberté &
le bonheur. Il a conclu pour le projet des comités.
1
Mɔi-même , a dit M. Prieur , je me fuis occupé
du grand objet que vous traitez & de la crife
où nous fommes ; ( on a ri ) je ne fuis ni factieux;
ni républicain. Après ce début , il a divifé l'invio
Labilité , foutenu que le Roi inviolable dans tous
fes actes de la royauté , no l'eft pas en tant qu'ins
dividu . Ladivifion des pouvoirs ne lui a paru mulles
ment compromife , & le corps légiflatif , fans jager,
déclare que le Roi fera jugé par une convention ad
hoc. Le mémoire du Roi offre à l'opinant une proteftation
contre Is conftitution , une rétractation
de fermens qu'il fuppofe vraisemblablement auffi
libres & plus valides que celui du facre ; & trèsconféquemment
une abdication. « L'Affemblée,
a - t- il dit , s'eft- elle amusée , le 21 juin , à difcuter
l'article équivoque de l'inviolabilité ? Non
Meffieurs , vous avez défendu au Roi de fortir
du royaume ; vous lui avez donné une garde
сс
( 309 )
particulière ; vous vous êtes cimparés du pouvoir
exécutif ( qu'on a fi fouvent dit que l'Affemblée
n'avoit pas pris ) ; vous ne lui avez pas rendu ;
pourquoi ? parce que le Roi n'eft pas inviolable ;
car s'il l'eft , c'est vous qui êtes criminels , c'eft
à veus qu'il faut faire le procès ( les galeries pplaudiffent-)
. Ou vous rendrez le pouvoir exécutif
au Roi , ou vous le mettrez en cause . Peuton
rendre le pouvoir à celui qui a proteſté contre
vos loix ? »
M. Démeunier lui a répondu , au nom des
fept comités , que leur intention étoit de laiffer
la royauté fufpendue jufqu'à la fin de la conftitution
,, & que le corps conftituant en avoit le
droit , même en convenant de l'inviolabilité qui
répugne à ce que le Roi foit mis en jugement. --.
Cela n'eft pas vrai , s'eft écrié M. de Montlaufier
en parlant de ce droit , en cela très -conféquent
aux principes de la Monarchie.
---
----
Il faut d'abord , a repris M. Démeunier , prévoir
tous les cas de déchéance ; alors il n'y aura pas
de jagement. La loi déclarera , la légiflature prononcera...
Qu'est- ce donc qu'un jugement , a
demandé M. Péthion ? Le préfident a dit que
M. Démeunier n'avoit la parole que pour répondre
à M. Prieur ; & M. Démeunier a expofé
comment la conftitution achevée devra être préfentée
au Roi qui , s'il ne l'accepte purement &
fimplement , fera déchu du trône , fans jugement...
& de vifs applaudiffemens ont coupé fa
phrafe .
Préfentera- t-on la charte conftitutionnelle à
Louis XVI? Telle eft la queftion dont M. Rew
bell veut qu'on s'occupe . M. Démeunier lit un
article portant : « Dans le cas où le Roi actuel
on tout autre Roi...» M. Rabaud y ſubſtitue cette
'( 310 )
rédaction : « Celui qui fera chargé du pouvoir
exécutif fuprême , be pourra régner qu'il n'ait
accepté l'acte conftitutionnel qui lui fera préfenti
par le corps conftituant » ; rédaction qui n'eft point
acceptée . L'Afmblée paffe à l'ordre du jour.
Du jeudi , féance du foir.
Dous & fermens patriotiques. Une lettre du
département du Gard informe l'Affemblée que les
impofitions de 1790 font payées , & offrent un
compte fur.celles le l'année courante; & l'Affembléc
agréé l'hommage ingénieux d'un tableau al égorique
que la fitte d'un Peintre eft venue expliquer
à la barre ; la falle en fera décorée .
1
Un décret a rétabli les pensions de quelques
perfonnes nées en 1716 & 1717 , montant aux
fommes de 48,768 liv. , 48,104 liv . & 126,248
liv. en divers états liquidés . Un autre décret a
annulé & révoqué la donation faité , par lettres
patentes du mois de décembre 1659 , au cardinal
Mazarin & à fes fucceffeurs , du Comté
de Ferrette & des feigneuries de Bedfort , Delle ,
Tharm , Altkirch & lfenheim ; de forte qu'après
132 ans de jouiffance , les domaines corporels ,
incorporels , droits & cbjets quelconques dépén
dans de ces feigneuries font enlevés à leurs poffeffeurs
& amé iorateurs pour être adminiftrés par
les prépófés des régie & adminiftration nationales
au profit de la nation .
Du vendredi , 15 juillet .
On a lu une pétition préfentée la veille a
nom d'une multitude de gens groffiers , de
femmes d'ouvriers , qui fe font appelés So
ciété fraternelle ; en voici la fubftance :
Paris , le 17 juillet 1791.
" Meffieurs , c'eft pour are conftitution que te
( 3rr )
peuple frarçois a envoyé fes repréfentans à l'Affem
blée nationale , & non pour rétablir un chef traître
& parjure à fes fermens les plus facrés. Juftement
alarmés des difpofitions de vos comités
nous
>
>
venons dépofer nos craintes dans votre
fein , & vous demander , au nom de la patrie ,
de les diffiper. Quand les Romains , ce peuple
libre , avoient à prendre dans le fénat une délis
bération importante les fénateurs venoient
prendre dans le peuple l'opinion publique. Ainfi ;
vous ne ftatuerez point définitivement fur le fort
du Roi fans avoir confulté le voeu de toutes les
parties de l'Empire ; & vous confidérerez que
tout décret qui ne feroit pas dans vos principes
feroit frappé de nullité . »
Ayant la parole fur le projet de décret des
fept comités , M. Goupil de Préfeln l'a foutenu ,
d'abord en développant la plupart des railonnemens
employés en faveur de l'inviolabilité abfolue
du Monarque ; en confidérant la fouveraineté
nationale fous deux relations , comme légiflative
& comme pouvoir exécutif fuprême , inviolable
modérateur du pouvoir législatif ; &
enfuite par l'expofé des manoeuvres auxquelles
on ne rougifloit pas de recourir pour intimider
T'Affemblée & lui perfuader que l'opinion publique
étoit contraire à cette loi. Il a peint les
intrigues des factieux exercés dans l'art de féduire
une multitude irréfléchie , les a nommés cluboerates
; c'étoit analyfer les fruits empoisonnés des
faux principes de théorie & de l'impunité de la
licence .
Je me puis , a- t-il dit , m'empêcher de mettre
fous vos yeux cent traits frappans auxquels j'ai
été préfent. Le 8 de ce mois , dans un de ces
elubs , qui , lorfqu'il n'a pas été influencé par des
( 312 )
hommes pervers , a montré des ſentimens vraiment
patriotiques dans ce club on y donne
lecture d'une adreſſe à l'Aſſemblée nationale , &
je vous obferve qu'elle n'étoit ni adrefléc ni
faite pour l'Affemblée nationale ; & notez que
dans cette adreffe l'Aſſemblée nationale y étoi
cenfurée injurieufement ; de quoi ? vous ne vous
en douteriez pas ( nous tranfcrivons ici les propres
expreflions de l'opinant ) : d'avoir envoyé
yers le Roi des commillaires , & de n'avoir pas
mandé le Monarque à la barre... Au trait d'une
aufli odieuſe & aufli abominable démence , je
frémiffois , & tout retentiffoit d'applaudiffemens.
Il y a plus , Meffieurs ; on a eu l'indécence ,
l'inconféquence , je ne fais quel terme employer ,
d'arrêter que cette adreffe feroit imprimée &
envoyée dans les provinces. »
сс
1
M. Le Grand a obfervé que M. Goupil avoit
été président de ce club. Il s'agifloit de celui des
Jacobins . L'opinant a répondu qu'il n'y préfidoit
pas alors , qu'il n'auroit pas fouffert une pareille
fcène , & il a continué « Pour foutenir ces
abominables manoeuvres , on accapare des jour
naliſtes , des folliculaires , des pamphlétaires . Un
homme invefti d'une réputation qu'il avoit ob
tenue , je ne fais comment , & décoré de titres
académiques ( M. Condorcet ) a été employé
dans cette occafion ... qui voudroit de la mal
heureufe & criminelle célébrité de ces Eroftrates
modernes ? Un autre avec moins d'éclat ... fait
comme un trafic de fon éruditio Le fieur Briffot
de Warville s'eft lui - même a anoncé a cette
Affemblée , il a fait un difcours , un difcuss !
dont l'impreffion a été ordonnée : on our lat
hardicfle , l'imprudence d'en faire la diftritagion
>
au
·( 313 )
au bureau de diftribution de l'Affemblée nationale
avant-hier . »
сс
S'attachant à l'un des écrivains qu'il dénonçoit
comme de criminels ennemis de la royauté , « il
veut y fubftituer , a repris M. Goupil , le monftze
d'une république qui ne fut jamais fait pour la
France ; il dit que ceux qui ne font pas de fon
avis , ont de bonnes raisons pour vivre fous
notre gouvernement , & qu'ils font payés par la
-lifte civile . Voudroit- il bien nous dire , ce lâche ,
cet artificieux calomniatcur , quel'e bonne raifon
il peut avoir eue pour nous produire dans fon
mémoire l'infamie de l'efcobarderie la plus honteufe,,
inventée , pour nous rendre parjures au
ferment qui nous lie à notre divine conſtitution ?
Briffot n'a pas craint d'écrire , de débiter : je fais
la motion que l'inviolabilité abfolue foit regardée
comme attentatoire à la fouveraineté de la nation ,
& fubverfive de la conftitution ; & qu'en conféquence
on déclare que le Roi peut & doit être
jugé. Quelqu'un n'a - t-il pas été tenté d'applaudir
à ces horreurs ? Oui , Meffieurs , dans un club
qui a ordonné l'impreffion de cette production...
ne diroit-on pas que la nation n'exiſte que dans
Briffot de Warville & les adhérens ?... Voici ce
qu'on ajoute à ces manoeuvres . On dit avec confance
dans ces clubs , c'eft la volonté générale
de tout Paris. On écrit en conféquence dans les
provinces ; on s'adreffe aux hommes dont en
fait les têtes & plus foibles & plus évaporées ;
de-là les adhéſions .... Puis on vous dit : c'est le
voeu de Paris , des 83 départemens , & cela eft
répété jufqu'aux portes de la falle par des gens
payés pour le dire , & qui ne favent pas s'ily
83 départemens.
7
La conclufion de M. Goupil a été d'adoptr
Ne. 30. i3 Juillet. 1791. O
( 314 )
P
"
le projet des fept comités , & de demander que ,
par amendement , l'Affemblée déclarât qu'elle ne
ceffera de maintenir « comme un des points fondamentaux
de la conftitution , que la perfonne
du Roi eft inviolable & facrée . On a battu des
mains & demandé l'impreflion , la queſtion préalable
& fordre du jour.
M. de Rochambeau , fi's , a envoyé ſon ſerment
dans une lettre , & la difcuflion a été reprife.
M. Grégoire , évêque conftitutionnel , avoit
la parole. Il a débuté par fe plaindre de ce qu'on
difoit autour de lui qu'il ne convenoit pas à un
prêtre de traiter la queftion préfente . « Perfonne
ne vous l'a dit , lui a répondu M. d'Arnaudat;
vous commencez par des menfonges , vous finirez
par des horreurs . » Le préfident a obfervé que
c'étoit apparemment une figure de rhétorique
dont M. l'évêque avoit voulu fe fervit ; &
celui- ci a repris fon difcours en proteftant qu'il
alioit parler d'après fa confcience.
La défertion du pofte de fonctionnaire public ,
le faux pale- port , le démenti donné de M. de
Montmorin aux ambaffadeurs chez les puiffances
étrangères , le mémoire , tout l'a conduit à ce
dilemme ou Louis XVI voulcit fe rendre à
Montmédy pour faire des obfervations paifibles
à l'Affemblée , alors il étoit inutile de fuir ; ou
il vouloit foutenir les prétentions à main armée ;
& c'eft une confpiration contre la liberté . M.
Grégoire oublioit que le Roi pouvoit très - innocemment
defirer de jouir de cette fiberté comme
un autre , fe fouftraire à la captivité , aux ouirages
, & le porter médiateur entre le peuple
François & Europe armée ; mais rien de tout
cela n'entroit dans le dilemme de M. Grégoire.
Il a conclu par dire que les représentans de la
( 315 )
nation outrageroient la nation s'ils décidoient de
fen fort fans elle , & peut être contre elle &
contre fon vou.
--
-
1
A la fuite de quelques réflexions très- fages
fur l'aigreur qui le mêloit à ces débats , fur
la néceffité de fe rallier autour des principes de
la conftitution , M. Salles s'eft propofé trois
queftions : le Roi est-il coupable d'avoir fui ?
L'eft-il d'avoir laiffé un manifefte ? La fuite &
le manifefte démontrent - ils que le Roi fut complice
de M. Bouillé ? Il n'y a pas de crime
où la loi fe taît . Oa peut fuir fans être coupable
. Pour ce qui eft du manifefte , on aura
perfuadé à Louis XVI que nous étions fans
gouvernement parce que les refforts en étoient
relâchés dans fes mains .... Ici l'opinant a plus
éludé que vaincu la difficulté de juftifier l'anarchie.
L'Affemblée elle - même , a t -il dit , a confirmé
cette erreur , ou ces terreurs , en exerçant ,
comme elle ne pouvoit s'en difpenfer , divers
actes de l'adminiftration.... Tant de proteftations
ont été tolérécs , qu'il feroit injufte de n'avoir
pas une égale indulgence pour celle du Roi. M.
Salles pouvoit le rappeller que la liberté des
opinions étant décrétée , conftitutionnelle , jurée ,
l'exercice d'un droit ne fuppofe aucune indulgence
, & fa privation arbitraire n'eft pas fevérité
, mais injuftice ..
Le manifefte , a t-il poursuivi , ne rend point
Louis XVI coupable ; mais étoit- il complice du
général Bouillé ? « Si Louis XVI a voulu ce
que Bouillé exécutoit , c'eſt un monftre. Il eft
bien prouvé que le Roi avoit donné des ordres
pour le faire accompagner ; mais il ne l'eft point
qu'il ait fait des préparatifs hoftiles ». En effet
on n'apperçoit nulle trace d'un pareil deffein .
02
( 316 )
Des journalistes nous donnent des confeils , les
impriment, demandent la deftitution du Roi , une
régence , une convention nationale , un confeil
exécutif ; tout cela ne tend qu'à détruire le règne
de la loi. ce Quant à moi , je déclare folemnellement
qu'il faudra me poignarder ou me chaffer
de la France avant que je confente à laiſſer
paffer l'adminiftration exécutive du royaume dans
les main: de plufieurs ( On a vivement applaudi ).
Il y a des gens & le nombre en eft très-confidérable
, qui ne fe croient grands que parce
qu'ils s'attachent à quelque chofe d'élévė ...
Partifan de l'inviolabilité indivifible ; je ne crois
cependant pas qu'elle s'étende à un Roi qui
fuieroit de fon pays pour le mettre à la tête
d'une armée ennemie. Mais un Roi coupable ne
peut être juge ; la fainte loi de l'infurrection
donne le droit de le chaffer . Dans ce cas , il
eft cenfé avoir abdiqué.... En concluant donc
pour le projet des comités , je fais la motion
expreffe que l'on décrète immédiatement les articles
que je vais propofer & qui ne pourront
être appliqués à Louis XVI pour ce qu'il a fait
dans cette circonftance » .
« Art. I. Un Roi qui quitte fon poſte pour
fe mettre à la tête d'une armée ennemie , eft
cenfé avoir abdiqué.
59
« II. Un Roi qui après avoir prêté fon ferment
à la conftitution , le retireroit , eft cenfé
avoir abdiqué. »
« III . Un Roi qui aura abdiqué , reviendra
fimple citoyen , & pourra être accufé , comme
les autres , pour les délits qui auront fuivi fon
abdication . "
M. Buzot qu'on entendoit à peine , & que de
Fréquens murmures ont interrompu , a remanié
( 317 )
les armes de MM. Péthion , Vadier & Roberf
pierre; inviolabilité du Roi , métaphyfique , abftraite
; violabilité , jufticiabilité de l'individu ;
Néron , Caligula , parjure .... Et pour renfort ,
T'hiftoire d'Angleterre , & Blackflonne , qui dit
précifément que les loix Angloifes n'ont prévu
ni ne devoient prévoir aucun cas cù le Roi
doive être jugé. L'opinant a repréſenté que la
peur ne devoit pas empêcher une convention
nationale . Et les tyrans auffi , difoit- il , craignoient
les affemblées du peuple . L'Affemblée conftituante
doit fe confidérer comme la nation ellemême
, & ne pas fouffrir qu'on place le Roi
au- deffus du fouverain en prononçant qu'il ne
peut être jugé. Il a vu dans le manifefte ou
mémoire du Roi un appel au peuple , & n'a pas
héfué d'avancer que le peuple pafferoit de l'indignation
au mépris.... Le tefte comme M. Péthion.
Liberté & ſtabilité ont été les pivots fur lesquels
a roulé la théorie de M. Barnave qui a fuccédé à
M. Buzot , pour foutenir que la ftabilité ne
Fouvoit le trouver que dans le gouvernement
monarchique & dans l'inviolabilité du monarque.
Ia judicieufement caractérisé ces faifeurs de
romans politiques , ces rêveurs inconféquens qui
nous affimilent aux Américains défendus par
l'immenfité des mers & des forêts impénétrables ,
à un peuple neuf , prefqu'entièrement occupé
des foins de l'agriculture , fimple dans les moeurs
héréditaires , fans luxe , fans nos befoins factices .
Un gouvernement fédératif ne convient ni à notr
population , ni à nos rélations , ni à notre ma
nière d'être , & le peuple ne conferve fa liberté
dans une monarchic que par la féparation &
03
( 318 )
l'indépendance des pouvoirs qui fe fervert de
frein , de régulateur l'un à l'autre.
›
Il a lumineufement obfervé que ceux que le
reffentiment tranſporte le plus contre l'action du
Roi qu'aucune loi ne condamne encore , tomberoient
aux genoux du Roi , s'ils étoient contens
de lui ; qu'on ne doit pas vouloir une république
dans un pays où le refentiment du
people fuffit pour changer la nature du gouvernement
, d'autant moins que la nation Françoife
eft très -mobile & fait mieux aimer que
hair ; qu'il étoit fort heureux que la loi n'eût
pas prononcé la déchéance pour le cas actuel.
Après avoir affuré que les puiffances étrangères
n'avoient point décidé les comités , qu'elles font
hors d'état d'infpirer la moindre crainte ; « je
crains notre force a t-il dit , notre agitation ,
notre fièvre révolutionnaire………. Tout le réduit
à ces queftions allons-nous , terminer actre révolution
? Allons -nous la recommencer ? Si vous
vous défiez de la conftitution établie , où fera
le point où vous vous arêterez ? Non , vous ne
pouvez plus perpétuer , fans un trouble affreux ,
le mouvement qui nous a conduits au point
cù nous fommes , & où nous devons nous arrêter....
Hors de - là , dans la ligne de la liberté ,
le premier attentât fera l'anéantissement de la
royauté , dans la ligne de l'égalité , le premier
attentâ fera contre la propriété .... Des favans
dans le cabinet , en géométrie , incapables ent
politique , ont des romans tout prêts pour faire.
un gouvernement ... La nuit du 4 août a plus
fait pour la liberté que tous les décrets conftitutionnels
rendus depuis ; mais y a t - il encore
une nuit du 4 août à donner? »
Il a dit que fi la révolution fe prolongcois
( 319 )
encore au milieu des horreurs , elle feroit deshonorée
; qu'il étoit tems de préfenter la paix
au monde inquiet , une grande fatisfaction aux
peuples qui fent leurs deftinées dans les nôtres ;
de tranquillifer les rois de l'Europe en prouvant
que l'abolition des abus n'eſt pas celle de la
royauté. « Hâtons-nous de terminer a -t- il ajouté ,
cette révolution gloricufe dans laquelle nous n'avons
pas mérité un feul reproche » . On a vivement
applaudi ce difcours qui fera envoyé aux
83 départemens .
r
M. Prieur a demandé que tout roi qui conf
pircroit contre la conftitution fût déchu . L'Affemblée
a adopté cette propofition & les articles
de M. Salles , fauf rédaction . MM . Roberf
pierre & Prieur vouloient que Monfieur fut accufé
; le premier fout.noit qu'il faffifoit des in-
-dices ; M. Chabroud a qualifié ce te doctrine de
déteſtable . Voici ce qu'on a décrété :
« L'Aſſemblée nationale , après avoir entendu
le rapport des comités diplomatique , militaire ,
de conititution , des recherches , des rapports ,
de révision , de jurifprudence criminelle . »
« Attendu qu'il réfulte des pièces dont le
rapport lui aa été ffaaiitt , que le four Bouillé
général de l'armée frarçcife fur la Meuſe , la
Sarre , la Mofelle , a conçu le projet de renverfer
la conftitution ; qu'a cet effet il a cherché
à fe faire un parti dans l'Empire , follicité &
exécuté des ordres non contre- fignés ; attiré le
Roi & fa famille dans une ville de fon commandement
; difpofé des détachemens , fait marcher
des troupes vers Montmédy , & préparer
un camp près cette ville ; cherché à corrompre
les foldats , les a engagés à la défertion pour
fe réunir à lui , & follicité les puiffances étran-
04
( 320 )
gères à faire une invafion fur le territoire françois
, décrète : »
ce 1°. Qu'il y a lieu à accufation coutre le
feur Bouillé , fes complices & adhérens , &
que leur procès leur fera fait & parfait pardevant
la haute- cour nationale provifoire , féante
à Orléans ; qu'à cet effet les pièces qui font
déposées à l'Affemblée nationale feront adreffées
à l'officier qui fait auprès de ce tribunal les fonctions
d'accufa eur public.
לכ
2 °. Qu'attendu qu'il réfulte également des
pièces dont le rapport lui a été fait , que les
ffeurs Heymann , Klinglin & d'Offife , maréchal
- de-camp employés dans la même armée
du feur Bouillé ; Défotteux , adjudant - général ;
Bouillé fils , major d'huffards , & de Dauglas ,
aide de camp ; Choifeul- Stainville , colonel du
régiment de dragons ; le fieur Mandel ; Ferfen ,
colonel propriétaire du régiment royal-fuédois ;
& les fieurs Valory , Malledant & Dumouftier ,
font prévenus d'avoir eu connoiffance dudit complot
du fieur Bouillé , & d'avoir agi dans la
vue de le favorifer , il y a lieu à accufation
& que leur procès leur fera fait
& parfait devant la haute- cour nationale , féante
à Orléans . »
contre eux >
cc 3°. Que les perfonnes dénommées dans les
articles précédens contre lefquelles il y a lieu à
accufation , qui font ou feront arrêtées par la
fuite , feront conduites fous bonne & fûre garde
dans les prifons d'Orléans , qu'à cet effet les informations
& autres pièces dépofées tant à l'Affemblée
nationale que dans les différens tribunaux
, feront envoyées à l'officier chargé des
fonctions d'accufateur public près la haute- cour
•
1
( 321 )
nationale , qui feule fera chargée de la fuite de
cette affaire . »
сс
4°. Que les feurs de Damas , Daudorin ,
Vallecour , Marafin , Talon , Floriac & Remy ,
les fieurs Lacour , lieutenant an premier régiment
de dragons ; Pehondy , fous - lieutenant au régimert
de Caftella , fuiffe ; Brige , écuyer du Roi ,
& la dame Tourzelle , resteront en état d'arreftation
jufqu'après les informations prifes
pour , fur icelles , être ftatué ultérieurement fur
feur fort. »
сс
5°. Que les dames Brunier & Neuville
feront mifes en liberté. »
La féance a été levée .
Du Samedi 16 juillet.
Un décret a réduit la dépenfe des employés
des hôtels de la guerre , de Paris , Vertailles ,
Compiègne & Fontainebleau , de 62,806 livres
à 25,000 livres , à compter du 25 juillet prochain.
L'Affemblée a aufli décrété neuf articles rélatifs
aux divers modes de conceffions , de fecours
extraordinaires pour les cas de grêle , incendie ,
inondation , épizootic , & d'autres fléaux , & fur
ta propofition fuivant laquelle y devront contribuer
les communes , cantons , diftricts , départemens
, ou la nation , quant au fupplement
de fecours , dont tout département fecouru de
vra répondre d'an vingt-quatrième.
Des caiffes de fafils envoyées aux gardes nationales
de la Haute-Vienne avec des paffeports
fignées Duportail & fignées encore du
préfident de l'Affemblée législative atteftant &
la vérité de Fordre & la fignature du miniftre ,
ont été arrêtées au Bourg- la-Reine , près Paris,
L'Aſſemblée a de nouveau décrété le libre pal(
322 )
fage des caiffes expédiées en verta d'un précédent
décret.
M. d'André a informé le corps conftituant
que fon décret de vendredi concernant le Roi ,
étoit l'objet de violentes rumeurs ; que les ennemis
de la conftitution redoubioient d'efforts pour
égarer le peuple. Il a retracé la néceflité des
mefures les plus fermes pour maintenir l'exécu
tion de ce décret ; s'eft plaint de l'inaction de
la municipalité qui fouffre les motions & les affiches
incendiaires dans les lieux publics , des
provocations au meurtre , au pillage ; puis il a
demandé que les accufateurs publics , le département,
la municipalité & le miniftre de la juftice
fuffent mandés pour recevoir l'ordre de veiller
à la tranquillité générale .
M. Vernier a dénoncé qu'un député préfidant
la veille une fociété des amis de la conftintion
, il y avoit été propofé de ne plus reconnoître
le Roi ; que plufieurs autres députés s'étoient
refufés à prendre part à la délibération
après laquelle cette motion avoit été décrétée .
C'eft l'affaire des tribuuaux , a dit en fubftance
M. d'André ; qu'ils informent , inftruiſent le
procès ; l'Affemblée décidera s'il y a lieu à accufation
& ils jugeront . Je demande que féance
tenante , il foit fait une adreffe aux François
pou expofer les motifs du décret d'hier & que
la municipalité foit invitée à feconder le zèle de
la garde nationale . M. Chabroud a defiré que
l'on ne fit des reproches à la municipalité que franchement
& directement ; & en convenant de la
juftice incontestable des éloges donnés à la garde
nationale , il a obfervé que ce n'étoit pas conf
titutionnellement à la municipalité à feconder le
( 323 )
zèle de ceux à qui elle commande. La remarque
a paru fage à M. d'André.
L'un des plus ardents antagonistes des fept
comités , M. Vadier a déclaré n'en être pas
moins prêt à expofer fa vie pour le maintien du
décret rendu contre fon opinion , ce qu'on a
vivement, applaudi.
M. Emméry a dit que la garde nationale avoit
arrêté la veille , un homme qui diftribuoit de
l'argent en tenant des propos féditieux , & que
la municipalité l'avoit fait relâcher ; & il a demandé
que la municipalité mît , fans délai cn
exécution le décret fur la police correctionnelle
rélatif au régiftre des étrangers. MM. d'André,
Chabroud , le Chapellier , Emméry & Fréteau ,
ont été nommés commiffaires pour la redaction
de l'adreffe aux François . Ces débats ont amené
le décret fuivant :
L'Affemblée nationale décrète , 1 ° . Qu'il
fera rédigé , féance tenante , une adreffe aux
François pour leur expofer les principes qui
ont dicté le décret rendu hier , & les motifs
qu'ont tous les amis de la conftitution de fe
réunir autour des principes conftitutionnels , &
que cette adreffe fera envoyée par des couriers
extraordinaires ; »
ce 2 °. Que le département & la municipalité
de Paris feront mandés pour qu'il leur foit enjoint
de donner des ordres pour veiller avec foin'
à la tranquillité publique ; »
3 ° . Que les fix accufateurs publics de la
ville de Paris feront mandés , & qu'il leur féra
enjoint , fous leur refponfabilité , de faire in-'
former fur- le - champ contre tous les infracteurs'
des loix & les perturbateurs du repos public ; »
4. Que les miniftres feront appelés pour
k
O 6
( 324 )
lear ordonner de faire obferver exactement
fous peine de refponfabilité , le préfent décret . »
Le département des Ardennes a écrit à l'Affemblée
qu'en attendant qu'elle ait prononcé fur
l'état définitif du Roi , & pour éviter toute contradiction
entre le ferment du 14 juillet 1790 ,
& celui du 21 juin 1791 , & ne donner avantige
à aucun parti en faisant ou fupp: imant les
mots : au Roi , le directoire a arrêté que la cérémonie
du 14 juillet fe borneroit à un TeDeum . Ce
directoire ajoute que les foldats du régiment de
Heffe- d'Armstadt , en garnifon à Sedan , ont
arrêté de travailler tous les jours au nombre de
100 gratis aux fortifications de cette ville,
Le président écrira des lettres de fatisfaction au
directoire & aux foldats.
Des membres du département & de la municialité
de Paris , font introduits , reçoivent les
ordres de la bouche du préfident qui leur lit le
décret & celui relatif au dénombrement des citoyens
tel que nous l'avons rapporté précédemment,
MM. de la Rochefoucault & Bailly répondent
de la vigilance des corps dont-ils font les
orgines , & fe retirent .
Une lettre des adminiftrateurs du département
de Seine & Marne a annoncé que les
troubles de Bric Comte - Robert étoient appaifés ,
quand la dénonciation de M. Roberfpierre y avoit
apporté un nouveau germe de difcorde dont
heureufement les fuites n'ont pas été férieuſes ;
que le civifme des chaffeurs du Hainault eft
bien connu & qu'ils n'avoient exécuté que les
ordres des tribunaux , quoi qu'en ait dit M. Roberfpierre.
Cette lettre a reçu des applaudiffemens.
( 325 )
Du famedi , féance du foir.
Les miniftres introduits dans la falle ont été
occuper leur place ordinaire en face du bureau.
Après avoir er tendu la lecture du décret du matin
, ils ont proteſté de leur zèle pour l'exécution
des loix.
Il n'a comparu que trois des fix accufateurs
publics , l'éloignement des domiciles ayant empêché
les trois autres de recevoir la lettre que
le miniftre de la juftice leur avoit écrite.
M. Chabroud a dit que les commiffaires chargés
de rédiger l'adreffe aux François , décrétée
dabord féance renante , & enfuite renvoyée à
la féance du foir , avoient ceflé de s'en occuper
en réfléchiffant que les difcours de MM.
Duport , Salles & Barnave étoient prefque entièrement
imprimés & rempliroient complettement
cet objet . M. Legrand trouvoit ir concévable
, une excufe qu'il inculpoit d'impuiffance
ou de négligence ; mais M. d'André , fur la motion
de qui le décret avoit été rendu , a déclaré
y avoir mieux réfléchi , & que l'impreffion &
l'envoi de ces difcours fuffiroient, ec Vous avez
voulu a répondu M. de Delay d'Agier , qu'un
expofé rapide des principes affiché par - tour , lu
par tout le monde , empêchât le peuple de s'égarer.
Si vous changez d'avis fur cet objet , alors
il ne faut point d'adreffe ; finon , il faut perfifter
dans le décret . Ces difcours ne font point
à la portée de tout le peuple. L'adreffe doit
être fimple , courte , offrir un exposé clair &
fuccint des principes & des motifs de votre
décifion ».
M. Salles a voulu lire & n'a point achevé
fa rédaction particulière de l'adreffe . Sur les ob-
Tervations de M. Biauzat que les décrets qu'on
( 326 )
alloit rendre étoient li meilleure explication de
celui d'hier ; & de M. Duport , qu'une adreffe
prolongeroit la difcffion terminée , & la feroic
dégénerer en argumentation , l'Affemblée a décrété
les trois articles de M. Salles für les
>
cas de déchéance un article propofé avanthier
par M. Dafmeuniers , & il a été décidé
qu'il ne feroit pas fait d'adreffe . Voici les articles
adoptés :
Art. I. Si le Roi , après avoir piêté ferment
à la conftitution , fe rétracte , il fera ceufé
avoir abdiqué. »
« II. Si le Roi fe met à la tête d'une armée pour
en diriger les forces contre la nation , où s'il
ordonne à fes généraux d'exécuter un tél projet ,
ou enfin s'il ne s'oppofe pas par un acte formel
à toute action de cette efpèce qui s'exécuteroit
en fon nom , il fera centé avoir abdiqué.
CC
2
cc III. Un Roi qui aura abdiqué , ou qui
fera cenfé l'avoir fait , redeviendra fimple cito-
& il fera accufable fuivant les formes ordinaires
pour tous les délits poftérieurs à fon
abdication .
yen ,
ככ
« L'Affemblée nationale décrète que fon décret
du 25 du mois dernier , qui fufpend l'exercice
des fonctions royales & des fonctions
du pouvoir exécutif entre les mains du Roi
fubfiftera jufqu'au moment où la conftitution
étant achevée , l'acte conftitutionnel entier aura
été préſenté au Roi . »
>
Au nom des comités des recherches & des
rapports , M. Cochon l'Apparent a rendu compté
des derniers troubles arrivés dans le département
de la Vendée après le départ du Roi . Nobles &
eccléfiaftiques non-affermentés dénoncés , amas
d'armes foupçonnés , vifites infructueuses , châ13271
teaux incendiés , pillés , billets anonymes trouvés ,
interprêtés . La conclufion a été le décret fuivant
porté fans difcuffion :
ce Art. I. Les procédures commencées dans
les tribunaux de diftrict de la Roche- fur-Yon ,
les Sables & Chaltan , pour raifon des troubles
qui ont eu lieu dans l'étendue de ces diftricts
dans les mois d'avril , mai & juin derniers , y
feront continuées jufqu'à jugement définitif
fauf l'appel ainfi que de droit ; & cependant
copie des procédures fera envoyée à l'Affemblée
nationale , fans que cet envoi puiffe retarder
les jugemens.
« II. Il fera envoyé inceffamment , dans le
département de la Vendée , deux commilaires
civils qui prendront tous les éclairciffemens qu'ils
pourront fe procurer fur les caufes des troubles ,
& fe concerteront avec les corps adminiftratifs
fur les moyens de rétablir l'ordre & d'aflurer
la tranquillité publique ; lefdits commiffaires
feront aurorifés a requérir , toutes les fois qu'ils
le jugeront convenable , le fecours des gardes
nationales & des troupes de ligne , tant dans le
département de la Vendée que dans les départemens
voifins . »
M. Duchaffaud décrété de prife de corps
s'eft fouftrait par la fuite aux pourfuites dirigées
contre lui rélativement à ces troubles .
Si dès les premiers défordres l'Affemblée
nationale eut témoigné une grande haine
des factions , qu'elle eut mis fes foins à
réprimer la licence , à contenir les agitateurs
publics , les violateurs des loix & de
63281
par
la liberté des perfonnes , le peuple retenu
la crainte des châtimens & par l'horteur
du crime , n'eut point offert à l'intrigue
, à l'ambition une sûreté , des moyens
toujours préfens de fomenter l'anarchie , &
d'ériger en droits un fyftême de force &
de violences journalières. Mais lorfqu'il a
vu que les plus criminelles actions reftoient
impunies , que des écrits meurtriers circuloient
avec une audacieufe liberté , que
les plus atroces injures contre le Roi , fa
famille & tout ce qu'il y a de refpectable
dans le monde , étoient une forte de titre
fi non à la confiance , du moins à la célébrité
, à la fortune , il a penfé qu'il n'y
avoit d'autre loi que celle du plus fort ,
& que le nombre en tout étoit la règle
de la juftice.
,
A cette déforganiſation fociale , s'eſt
joint la pufillanimité des Corps Adminif
tratifs ; l'audace des Harangueurs publics
leur en a impofé ; plus effrayés qu'indignés
de cette licence ils ont abandonné le
peuple aux impreffions que pouvoient lui
donner les nouveaux apôtres du fanatifme
& de l'orgueil. Ils n'ont point voulu entendre
, qu'accoutumer le peuple au mépris
des perfonnes , c'eft le préparer à méconnoître
les loix ; que lui permettre des profcriptions
contre des individus haïs ou per
fecutés , c'eft l'appeller un jour à la révolté
contre tout ce qu'il lui plaira de nommer
( 329 )
fon ennemi ; que c'eft préparer l'anarchie
par la foibleffe ou l'effufion du fang par
le befoin d'arrêter les défordres.
Ces vérités cent fois répétées ont tou
jours fait place aux combinaiſons artificieufes
du fanatifme & de la haine ; la
perfécution populaire , fes attentats contre
les perfonnes & les propriétés , les émigrations
& les rigueurs qui en ont été la
fuite, n'ont paru aux yeux de la prévention
qu'un moyen violent , mais nécellaire d'effrayer
les ennemis du nouvel ordre de
chofes ; à des faits impofans , on arépondu
par des adages infignifians & menteurs ;
la sûreté individuelle a été founife aux
acceptions de partis , & lorfque par fois la
protection publique s'eft montrée indifférente
aux reffentimens particuliers , on a
regardé comme un acte de vertu recommandable
, ce qui n'étoit qu'un devoir
rigoureux de juftice fociale & d'intérêt
commun.
Moins que les Provinces , Paris a dû
s'appercevoir
de cette corruption politique
; la vie , la liberté , les propriétés y
ont été moins expofées ; la diverfité d'opinions
, la direction connue de la force
publique , le befoin du repos après l'agitation
dans un grand raſſemblement
d'hommes
, ont dû néceffairement
atténuer les
effets de l'anarchie dans la Capitale , & y
maintenir jufqu'à un certain point l'appa(
330 )
rence d'un calme extérieur , & de la fécurité.
Mais fi toutes les matières combustibles
que renferme ce volcan venoient à s'embrâfer
, fi le choc des maffes qui le récèlent
venoit à y allumer une incendie , les effets
en feroient terribles & leurs progreffions ne
s'arrêteroient qu'avec la deftruction de toutes
les formes exiftantes d'organiſation politique.
C'eſt au milieu de ces dangers & de cette
agitation qu'un parti puifiant s'eft tout-àcoup
manifefté par la retraite & l'arreflation
du Roi , & a ouvertement favorisé le
renversement de toutes les loix & la deftruction
du Gouvernement établi ; foit qu'il
ait été dirigé par l'intérêt d'un chef , ſoit
que depuis long- temps des ambitions cachées
y aient placé leurs efpérances , il eſt
sûr que ce n'eft qu'au moment où le trône
a paru menacé qu'il s'eft fait connoître d'une
manière pofitive & déterminée.
On ne fauroit guères en effet attribuer
à d'autres motifs qu'au deffein formé .
de renverfer la monarchie , les démarches
féditieufes dont nous avons été témoins
depuis quelques jours ; motions , attroupemens
, placards , outrages contre le Prince ,
toutes ces manoeuvres ont été employées
& fans une févérité devenue néceffaire ,
elles entraînoient la ruine du Gouverne(
331 )
ment & l'établiſſement probable de quelque
dictature tyrannique .
Pour entraîner le peuple à ces extrémités
il falloit le difpofer aux excès qu'elles fuppofent
; la haine aveugle & facrilège qu'on
fçût lui infpirer contre le Monarque , fervoit
complettement ces vues criminelles ; on le
peignit comme un tyran , & l'on affecta de
trouver étrange que l'Affembiée ne l'eût
point déclaré déchu du trône , comme fi
elle le pouvoit , & comme s'il le méritoit ;
on voulut exiger la révocation du Décret.
porté le vendredi 15. La Société fraternelle ,
les Clubs , ces éternels arfénaux de fana-.
tifine & d'anarchie couvrirent les murs de
leurs étranges productions , & le peuple lifoit
avidement ces Adreffes audacieufes qui plus.
que tout autre chofe prouvoient le filence
des loix & l'impuiffance de la justice.
Pour mieux effrayer les efprits & contenir
par la crainte ceux qui auroient pu
manifefter quelque oppofition à ces menées
féditieufes , le Club des Cordeliers fit afficher
qu'il receloit dans fon fein une Société
de tyrannicides , qui ont individuel
lement juré de tuer quiconque voudra.
porter atteinte a la liberté françoife . On fait
ce que ces furieux appellent tyrans , &
ce qu'ils entendent par liberté .
Enfin , famedi 16 , une pétition eft fignée ,
par quelques malheureux égarés, pardes fem
mes , des enfans , elle eft apportée à l'Affem(
332 )
blée nationale par une députation & vendue
enfuite dans Paris avec un autre libelle , où
l'on accufoit M. Barnave de trahison , de
connivence avec Louis XVI , uniquement
parce qu'il a défendu , avec fuccès , les
intérêts du trône contre ceux du fanatifme
& des factions.
Le dimanche matin une Loi fut publiée
& affichée ; on y annonçoit les mesures
prifes par l'Affemblée nationale pour affurer
l'ordre public ; les armes du Roi s'y
trouvoient imprimées dans une grande
vignette & le titre commençoit par la
formule ordinaire : Louis etc. voulons et
ordonnons ce qui fuit.
Cette vue ranime la haine des féditieux ,
un attroupement fe forme au Champ- de-
Mars ; fur les onze heures on apprend que
deux hommes y ont été pendus & maſſacrés
par cette multitude que l'impunité a
depuis fi long-temps habituée au cime
La Municipalité s'affemble , à 4 heures , la
Loi martiale eft publiée , à 7 le Corps
Municipal , le Drapeau rouge & 6000
Gardes nationales fe rendent aut Champde-
Mars ; le premier mouvement des facrieux
fut d'infulter les Magiftrats & la
Garde. On pouvoit croire que la force
préfente leur en impoferoit , mais ils re-
Commencent ; ils ne peuvent croire que
Pon ofe l'employer contre des hommes
à qui l'on a perfuadé qu'ils font le
( 333 )
Souverain ; cependant on fait feu , une
douzaine font tués , autant de bleffés , les
maifons font illuminéespour la sûreté de la
nuit, & la tranquillité renaît dans la Ville.
Cet acte de rigueur paroît avoir intimidé
la fureur populaire & fait taire les
fanatiques ; mais ces apparences de calme
difparoîtront bientôt devant les harangueurs
des rues , les motions des clubs , & la doctrine
des Apôtres du puritanifmie moderne .
On a cru voir au refte dans ces mouvemens
quelqu'intervention étrangère . Un
homme déjà connu par fa groffièreté , par
fes calomnies contre le nouvel & l'ancien
ordre de chofes , un fieur Rotondo a été
arrêté. Un Juif, foupçonné de connivence
avec la Pruffe , dit- on , a été mis en priſon .
Il eft poffible que ces gens & d'autres encore
fomentent des troubles , mais il eft fûr que
la véritable fource de tous les défordres
fe trouve dans la publication des écrits
effrénés , dans le fanatifme de la petite
Bourgeoifie , & dans l'habitude où l'on
entretient le peuple de méprifer tout ce
qu'il y a de refpectable dans la fociété.
ce Ainfi qu'on a pu le voir dans les féances
de l'Affemblée , la commémoration de la Fédération
a eu lieu le 14. De nombreufes députations
ont formé le cortége qui a défilé devant les Tuileries
où le Roi continue d'être tenu dans une
étroite prifon avec fa famille , & où l'on ne
voit que des foldats & quelques tentes qui gat(
334 )
niffent le devant du parterre du Jardin . C'eſtlà
que le Monarque attend 'qu'on décide de lui ,
& que par un renversement bifarre , il eft , fans
aucune forme , privé d'une liberté qu'on n'ôte au
dernier fujet qu'après qu'un jugement l'a condamné
à ce rigoureux châtiment . »
« Voici les corps tant civils que mi'itaires ,
qui fe font trouvés à cette cérémonie dont l'effet
a été fingulièrement affoibli par les grands intérêts
qui attachent l'attention générale à d'autres objets
dans ce moment . Les Gardes nationales , les Juges
de paix , les Tribunaux , les Electeurs de 1789 ,
ceux de 1790 , les Députés des Sections , la Municipalité
, les Notables , les Officiers Municipaux
des Villes & autres lieux du département de Paris.
feulement ; les Membres de Département , les
Miniftres du Roi , enfin une députation de l'Affemblée
nationale . »
Si nous nous en rapportions à quelques
lettres que l'on dit venir de Suiffe , nous
ferions tentés de croire que la même
fièvre qui nous tourmente agite également
les habitans des treize Cantons . Mais
s'il eft vrai de dire qu'il y a par-tout des
hommes ruinés & qui n'ont de falut que
dans les défordres , s'il eft encore vrai que
le peuple de la Suiffe peut être travaillé
par quelques fanatiques , il eft bien
naturel de croire en même temps que
des hommes qui ne paient prefque point
d'impôts, dont le gouvernement paternel &
ftable les tient dans une tranquille & douce
abondance , ne doivent avoir que de l'hor-
-
( 3357
reur pour la liberté incendiaire qu'on vou
droit leur prêcher. Deux cents ans de bonheur
doivent prévaloir aux yeux d'un peuple
raifonnable , contre les déclamations de la
démagogie fyftématique ; ainfi donc croire
à des révolutions dans la Suiffe , c'eft fuppofer
que des hommes connus par leur bon
fens tomberont tout-à-coup en démence au
gré de quelques intriguans.
L'exemple d'Avignon , du Comtat , de
Liége , du Brabant , doit à jamais prévenir
les peuples fages contre les inftigations
de l'inquiétude & la folie des exagérations.
Ce n'eft jamais qu'aux dépens
des incurs , de la juftice , de la profpérité
des gens de bien , que s'opèrent ces infurrections
commandées par l'ambition &
foutenues par le fanatifme. Mais c'eft
auffi un devoir aux Corps politiques , aux
Agens de l'autorité publique , de prévenir
par une juftice exacte , le refpect des loix
& l'amour des peuples , les fuites du niécontentement
que ne produifent que trop
fouvent la cupidité & les petites tyrannies
des Agens de l'Adminiftration publique.
Les Numéros fortis au tirage de la Loterie
Royale de France , du premier Juillet ,
font : 48 , 42 , 68 , 62 , 24 ; & ceux du
tirage du 16 du même mois , fønt : 51 ,
54, 88 , 12 , 31.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 30 JUILLET 1791 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
SUR la mort de mon Chien.
PAR -TOUT trahi... par -tout persécuté...
Du moins au féin de ma mifere ,
Mon pauvre Chien m'était reſté ,
Je n'étais pas feul fur la Terre .
Pour épuifer fur moi fa cruauté ,
A mes moindres défits le Sort toujours rebelle ,
M'ealeve mon feul bien... le feul ami fid : le
Que mes malheurs ne m'avaient pas ôté.
Par M. de la M... de N... >
Nº.
. 31. 30 Juillet 179 .
I
138 MERCURE
LA VOITURE PUBLIQUE
UN Coche immenfe & plein de Voyageurs ,
Gens de toutes façons , de ville ou de campagne ,'
Defcendait au galop une haute montagne ;
Les chevaux fatiguaient la main des conducteurs.
La route était étroite , & la pente rapide :
Le Cocher le plus intrépide
N'eût pas vu fans effroi le char fe balancer ,
De cahot en cahot toujours prêt à verfer :
Aux deux bords du chemin s'ouvrait un précipice.
Raffemblé fur la route , un ramas de Bandits
Pour piller la voiture attend qu'elle périffe :
Ils ont foin d'exciter les chevaux par des cris.
» Courez : vous n'êtes pas au bout de la carriere :
» Avancez ; vous pourriez revenir en arriere :
Courez encor plus fort ; courez, mes bons amis «.
D'imprudens Voyageurs , la tête à la portiere ,
Egarés par ces afſaffins ,
En criant avec eux ſecondaient leurs deſſeins.
Heureufement les gens de l'équipage ,
Cochers & Poftillons , & des bons Voyageurs
Le plus grand nombre & le plus fage ,
Connurent les projets de Meffieurs les brailleurs.
DE FRANCE. 159
» Taifez-vous , infenfés ; ceffez ce grand tapage ;
» Ce n'eft pas l'inftant de crier ;
» Nous qui ne voulons pas que la voiture échoue ,
» Nous allons rafraîchir & mouiller chaque roue ,
» Et pour quelque temps enrayer.
» On ne remonte point une pente fi forte ;
» Nous fommes bien sûrs d'arriver ;
» Un peu plus tôt, un peu plus tard, qu'importe ?
L'important eft de nous fauver «,"
50
Français, vous m'entendez; le temps qui tout amene
Vous a fait voir deux fiecles en deux ans ;
Il produira fur notre Scène
Encor bien d'autres changemens :
Mais de nos ennemis ne fervons point la haine.
C'eft nous feuls que je crains pour nous ;
Les Tyrans font des fots ; ne foyons point des fous.
Ils fe perdront ; j'en crois leur bêtife & leur rage :
Pour nous , tâchons d'unir la ſageſſe au courage.
Si nous rompons le frein des Loix ,
Avant d'arriver au terme du voyage ,
que
Nous aurons verfé mille fois.
( Par M. Andrieux. )
I 2
160 M. E.R CURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du.Logogriphe du Mercure précédent.
E mot de la Charade eft Réfractaire ; celui
de l'Enigme et Demain ; celui du Logogriphe
et Cyclope , renfermé dans celui d'Encyclopédie.
Tu
CHARADE.
U dois de mon premier devenir la pâture ;
Mon fecond fert de lit aux pauvres indigens :
La campagne au printemps reçoit de la Nature
Mou: root accompagné de fes riches préfens.
Par Mile, S. B. G. âgée de 14.ans . )
ÉNIGM E.
MA fieur me doit fon exiftence
Je fuis fo unique foutien ;
Mais elle a fur mon être une égale puiffance ,
Et fans elle je re fuis rien.
A notre feule reflemblance
Nous devons tout notre agrément ;
Malé le nccud qui nous joint conftamment ,
Nous nous tenons affez communément
DE FRANCE. 167
A quatre , cinq ou fix pieds de diftance.
Un cfpace plus grand ne peut nous féparer ,
Sinon , lorfque de nos coufipes
Une ou deux s'avançant pour être nos voisines ,
Entre nous viennent fe fourrer.
Tantôt je fais docile à la voix qui m'appelle ;
Tantôt je fuis d'humeur difcourtoife & rebelle.
Peu compatible avec la Liberté,,
Parfois je permets la licence.
Les Grecs & les Romains ignoraient ma beauté
Autrefois.un mortel très-conau dans la France ,
A qui j'avais long- temps prodigué mes attraits ,
Me manqua de reconnaiffance ,
Et voulut d'ici -bas me bannir à jamais .
Hélas ! des plus rares bienfaits
Telle eft fouvent la récompenfe.
( Par M. N... d'Arras. ?)
DE
LOGO GRIPHE.
E vices , de vertus , rien n'eft plus fufceptible ;
Je fuis tout à la fois honnête , bon , fenfible ,,
¡ Fidele , généreux , tendré , compatiffant ,
Impitoyable , dur , féroce , mal- faifant . ,
Diffimulé , trompeur , franc , loyal & fincere ,
Lâche , ingrat , vrai , droit, jufte ; & dans le même
instant
13
162
MERCURE
Faiſant mon Dieu chéri de l'Enfant de Cythere,
Et comme un monftre affreux traitant ce même
Enfant.
Peu de mots , comme moi , pour peu qu'on me
reffafle ,
En renferment autant dans un très- court eſpace.
Combine mes cinq pieds en vingt contraires fens ,
Et vingt mots à tes yeux , Lecteur , feront préfens.
D'abord ce qu'aujourd'hui la Loi veut que l'on
coupe ;
L'épithete du fil au fortir du rouet ;
Des Autans & des flots l'infenfible jouet , ♦
Dont les brave en tout temps l'impénétrable croupe ;
que tout être en général , Ce
Le beau fexe fur-tout , aine fort qu'on lui faffe ;
Un infecte rongeur ; un inftrument de chaffe ;
Un adverbe un pronom ; une terre ; un métal ;
Un traitement ; un bénéfice ;
L'honnête homme qu'on en pourvoit ;
Ce qu'on donne quand on reçoit ;
Ce qu'on trouve au deffus du revers de la cuiffe ;
Le contraire de cuit ; une augmentation ;
Plus une particule ; une conjonction.;?
Ce qui rend ftable une vis ; une note ;
Un lieu très- paffager , fur-tout dans ce pays ;
Ce qui fouvent vous y couvre de crote .
J'ai tenu plus que je n'avais promis
Vingt- trois , au lieu de vingt ; mais auffi je finis.
( Par M. L. B. de la Section du Roi de Sicile)
DE FRANCE. 1.63
t
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
I.
POESIES diverfes , par M. de Bonnard .
1. Vol. in-8°. de 210 pages. A Paris ,
chez Defenne, Libraire, au Palais- Royal;
avec le Portrait de l'Auteur.
CE n'eft pas trop le temps des vers ,
& fur tout de la Poéfie légere ; nous
fommes un peu férieux , & il y a de quoi
l'être mais après tout , les bons vers font
de tous les temps pour le petit nombre
d'hommes qui les aime & qui s'y connaît ,
& Bonnard était du petit nombre de ceux
qui en ont fu faire. Il était de la bonne
École. Il écrivit avec pureté & élégance ;
il a de la vérité , de la délicateffe , de la
grace ; on pourrait lui défirer quelquefois
plus d'expreffion poétique, & plus de précifion
dans les détails ; mais en général
fon petit Volume de Poéfies fe lit avect
plaifir , & s'il y a des pieces faibles , il y
en a d'excellentes. La meilleure ( & il eft
à remarquer que c'eft la premiere qui le
fit connaître ) eft celle qu'il adreffa à M.
le Ch. de Boufflers , aujourd'hui Député:
à l'Aſſemblée Nationale , qui reffemblait
I 4
764 MERCURE
alors parfaitement au portrait que Bonnard
en fait , & qui a fait voir depuis
qu'il était capable d'un autre genre de
mérite. Je ne connais point de plus jolie
piece en ce genre , depuis Voltaire qui
s'y eft mis hors de toute comparaiſon. La
voici , quoiqu'elle foit par-tout ; elle n'eft
pas longue , & les bons vers font fi rares,
que des vrais amateurs font toujours bien
aifes de les retrouver.
Tes Voyages & tes bons Mots
Tes jolis Vers & tes chevaux
Sont cités par toute la France ;
On fait par coeur ces riens charman's
Que tu produis avec aifance .
Tes paftels frais & reffemblans
Peuvent fe paffer d'indulgence.
Les Beaux-Efprits de notre temps ,
Quoique s'aimant avec outrance
Troqueraient volontiers , je penfe,
Et leurs Drames & leurs Romans
Pour ton heureuſe négligence
Et la moitié de tes talens .
>
. Mais pardonne-moi ma franchiſe :
Ni tes tableaux , ni res Ecrits ,
N'équivalent , à mon avis ,
Au tour que tu fis à l'Eglife.
Nos Guerriers , la Ville & da Cour,
Admirant ta métamorphofe ,
Battirent des mains tour à tour
DE FRANCE. 165
La Gloire fourit , & l'Amour
Crut feul y perdre quelque chofe.
*On a tant célébré Grammont ,
Son efprit , fa gaîté , les graces' :
Il revit en toi ; tu remplaces
Le Héros de Saint - Evremont.
Les Ris le fuivirent fans celle ,
Et fur fon arriere-faifon
Semerent des fleurs à foifon ,
#Comme aujourd'hui fur ta jeuneſke.
En vain le Temps , de fon poifon ,,
Voudrait amortir ta ' faillie.
Tu donnerais à la Raifon
Tous les grelots de la Folie.
Jouis bien d'un deftin fi beau :)
Sûr de plaire & toujours nouveau ,
Brille dans nos camps , à Cythere,
·Chante les plaifirs & Voltaire ;
Lis Végece , Ovide & Folard ,
Et vois les lauriers du Rarnaffe,,
Unis aux palmes de la Thrace ,
Couvrir ton bonnet de Houfard.
Garde ton goût pour les voyages ;
Tous les pays en font jaloux ,
Et le plus aimable des foux
Sera par tout chéri des fages .
*Sois plus amoureux que jamais ;
Peins en courant toutes les Bellos ;
1s
266 MERCURE
Et fois payé de tes portraits
Entre les bras de tes modeles..
Excepté un feul endroit que j'ai marqué
, de fon poifon voudrait amortir fa
faillie mauvaifes métaphores le temps
n'a poi de poifon , & un poifon n'amortit
poin ) , la piece d'ailleurs eft un morceau
achevé. Les Journalistes , complaifans ou
féduits , qui prodiguerent autrefois à Dorat
tant d'éloges que, le temps, & le bon goût
ont démentis,,, ne fe doutaient pas qu'une
feule piece de ce mérite valait cent fois.
mieux pour les connaiffeurs qu'un Volume:
entier de Poéfies généralement fort médiocres
, fouvent fort mauvaiſes , mêléesde
quelques pieces qui ne font qu'agréables
. Ces gens- là n'ont jamais fu qu'il
n'y a point de proportion entre l'excellent
& le médiocre ; & la raifon en eft fimple,
c'eft qu'ils ne fentent pas l'excellent .
Après cette Epître , une de celles qu'on
a le plus louées dans la nouveauté, a pour
titre , A un Ami revenant de l'armée : c'eft
la peinture d'un jeune Militaire revenant
au Château de fes peres , au fein d'une famille
dont il eft tendrement chéri , & cette
peinture a de la vérité & de l'intérêt ; mais
il me femble que l'Auteur y épuife trop.
les petits détails , dans un genre d'écrire
où il ne faut jamais qu'effleurer légérement
& rapidement il y en a d'heureux
& de bien choifis..
DE FRANCE. 167
En vain preffant ton palefroi ,
L'animant de ta voix guerriere ,
Veux - tu le pouffer devant toi ;
Il baiffe l'oeil & la criniere ,
Marche en gliffant fur les frimas ,
Et perce l'ombre à petits pas.
Ces derniers vers font parfaits : voilà ce
qui s'appelle peindre en poéfie ; mais j'aurais
voulu fupprimer ceux qui précedent:.
Ta voix en furfaut éveille
L'hôte , l'hôteffe & les valets.
» Eh ! mais , Monfieur , on n'y voit goutte ;
» Le coq n'a pas encor chanté.
N'importe , &c.
Ce dialogue eft froid & inutile ; il faut fer
garder de tout dire & de tout peindre.
C'eft-la (dans le château) que depuis ton abfence
On a compté tous les momens .
Vois-tu leurs bras s'ouvrir d'avance ?
Ils t'appellent , tu les entends.
Ton courfier bondit & s'élance ,.
Voit le but & reprend vigueur.
On fe range fur ton paffage ;
On te falue , on t'enviſage ;
›
IG
468
MERCURE
Chacun fe dit , c'eft Monfeigneur,
Toi , tu ne réponds à perfonne ;
Demain tu leur diras bon jour
On parle , tu fais , on s'étonne ;
Le pont - levis fous toi réfonne ;
Te voilà dans la grande cour.
Ce tableau eft très-bien ; voici qui me pa-
Taît de trop . Après avoir peint les tranfports
de joie de toute la famille , & avoir
fait parler le pere & la mere convenablele
Poëre conduit Valfort à fa cham-
و
bre, & il ajoute":
י כ כ
Mais ta feeur précipitamment
Saffit ton bras , elle le ferre
Gontre le fien » Ce pauvre frere !
Qu'un jour de l'autre eft différent- !
Que j'étais trifle d'ordinaire !
Et que je fuis - aife à préfent !
» Es-tu bien las ? te fuis- je chere ?…..
A propos ; tu ne m'écris guere ' ;
´´C'eſt mal , à moi qui t'aime - -tant c
Tout cela , fans doute , ne manque pas
de vérité ; mais c'eft tomber dans le babil
& l'enfantillage. Il ne faut pas 'détailler ce
que tout le monde fuppofe & devine de
refte ; il faut choifir & s'arrêter.
Je,préférerais l'Epître à Zéphirine : c'eft
DE FRANCE. 5,
à peu près ce même fond d'idées dont
"Chaulieu a donné le premier modele , c'eft
la légéreté & l'inconftance réduites en principes
, mais avec une mefure jufte & des
nuances délicates & gracieufes. Je crois
faire plaifir au Lecteur qui aime à s'inftruire
& à comparer , en mettant fous fes
yeux cette piece , quoiqu'un peu plus étendue
que la premiere ; il verra la différence
de ce ton à celui des Dorat , des Pezay
de tous nos Agréables , qui ont traité le
même fujet.
ÉPITRE A ZÉPHIRINE.
C
' Oui , mon départ “eſt arrêté';
Je vais vivre loin de tes charmes
Et n'en fuis pas fort attrifté :
Je crois bien que de ton côté
Tu n'en verferas point de larmes.
Moi j'ai mefuré ma douleur.
1
Sur celle de ma Zéphirine :
Hélas ! en ce commun malheur
Nous choifirons , je le devine ,
Le Plaifir pour confolateur .
1
Au vrai , que deviendraient les Belles ,
Si pour un rien broyant du noir ,
•Chaque Amant qui prend congé d'elles,,
Les réduisait au défeſpoir ?
Il en fut des douleurs martellos. ,
Mais autrefois , dans le vieux temps ;
173 MERCURE
3
*
Les Princeffes étaient fidelles ,
Et les fiéges duraient dix ans ::
Les femmes en ce fiecle ſage ,
Maîtrifant les événemens ,
Et mieux inftruites par l'ufage ,
Perdront , s'il le faut , vingt Amans
Mais ne perdront jamais courage.
D'après leurs fublimes leçons
Qu'elles nous ont appris à fuivre ,
S'eft formé l'art du favoir-vivre
Dans le beau fiecle où nous vivons..
Cet art profond & néceſſaire , `
Zéphirine ! c'eft à toi
Aux jolis tours que tu fais faire
A tes leçons que je le doi :
Tes maximes ont fu me plaire ,
Et ta' conduite a fait ma loi.
L'exemple eft fi puiffant fur moi !
J'étais ( j'en rougis quand j'y penfe )
J'étais un Berger du Lignon ,
Aimant jufqu'à l'extravagance ,.
Traitant la moindre liaiſon
Comme une affaire d'importance ;
Enfin ce qu'on appelle en France
Un homme à grander paffion ,
Sur mon compte apprêtant à rire ,
Bien ridicule & bien dupé ,
Souffrant chaque jour le martyre ,
DE FRANCE. 171
Et n'étant jamais détrompé.
Je te vis tu venais d'éclore
Pour le Monde , & pour les Amours ;
Plus fraîche qu'on ne peint l'Aurore ,
Belle & brillante fans atours ,
Tu me parus novice encore
Ne voulant pas l'être toujours
Soudain je défire & j'adore.
Taille de Nymphe , dix fept ans ,
Grands yeux bien noirs , un air de fête ,,
Propos fans fuite , mais charmans ,
Tout cela me tourne la tête ,
Et porte le feu dans mes féns.
Tu diftingues mon tendre hommage ;
Mes défirs , mes tranfports brûlans
Paffent dans ton fein ; tu te rends ;
L'Amour achevé fon ouvrage.
Ah ! Zéphirine , quels momens !
Quels effets fur moi devaient faire '
Ta piquante ingénuité ,
Cet abandon de volupté
Qui me femblait involontaire ,,
Et ta jeuneffe, & ta beauté ;
Des careffes toujours actives ,.
Ces foupirs de feu , ces élans ,,
Et ces fenfations fi vives
Que je croyais des fentimens !!!
J'étais enivré de ma flamme ;
MERCURÉ
Je m'en pénétrais 'à ' loffir';
Et la vanité dans mon ame
Se gliffait avec le plaifir .
<Mais l'ivreffe ne dura guère ;
Quand je croyais mieux te tenir,
Tu m'échappas ; je vis ' finir
Mon beau triomphe imaginaire.
Chaque jour des Amans nouveaux
Te trouvaient charmante & crédule
Hélas ! tu n'eus point de ferupule
De les rendre tous mes égaux ;
Et j'eus , comme autrefois Hercule
Des compagnons de mes travaux.
D'abord, en mon humeur altiere
Indigné de voir mes rivaux
Entrerainfi dans la carriere ;
: සා
Sentant mes forces & mes droits,
J'allais fur ton humeur volage ,
*
Crier , menacer , faire rage .;
Mais je raifonnai cette fois- :
Railonner , c'eft prefque être fage .
Modérons les tranfports fougueux
5
Que mon coeur jaloux fait paraître ,
» Me dis-je , & fi je fus heureux ,
N'empêchons perfonne de l'être .
รว
}
120 Ah ! n'enchaînons point la Beauté
Aimone & jouiffons par elle,,
DE FRANCE. 173
Mais refpectons fa liberté ;
Il faut qu'elle foit infidelle
Pour répandre la volupté.
Satisfaits de ce qu'elle donne ,
Recevons les bienfaits fi doux ,
» Comme le jour qui luit pour tous,
» Et qui n'appartient à perſonne « .
י כ כ
""
Depuis l'inftant qui m'a changé ,
De ma gothique fténésie ,
Grace à res foins , bien corrigé ,
Sans humeur & fans jaloufie ,
Jugeant de tout d'après tes loix ,
Je n'ai vu dans tes goûts rapides ,
Dans le caprice de tes choix ,
Que l'amour des plaifirs folides.
J'ai dit : Cette femme ira loin
Quelque jour en philofophie ,
Puifque fans avoir eu beſoin
» D'aucune étude réfléchie ,
» Sentant les erreurs de Platon ,
» Et voyant l'amour comme un Sage ,
» Par un pur inflinet de raiſon ,
» Elle eft de l'avis , à fon âge ,
» De Luerece & du grand Buffon c
Ah ! que Paris foit ton théâtre !
Là , ton fexe aimable , enchanteur
Frompé tour à tour & trompeur ,
Donnant des loix qu'on idolâtre
174
MERCURE
Charme l'efprit plus que le coeur.
Là , plus d'une Belle volage
En fait peut-être autant que toi
Sur l'amour & fur fon ufage ;
Mais je jurerais bien , ma foi , `
Que nulle n'en fait davantage .
Adieu donc , puifqu'il faut partir :
Je cours en toute diligence
Dans la Capitale de France
Achever de me convertir!
Toi , pendant ce temps ; facrifie
Plus d'une Hécatombe à l'Amour ;
Que fur ta douce fantaifie
Chacun ait des droits à fon tour .
Après cinq ou fix mois d'abſence ,
Je puis fans doute me flatter
Que tu voudras bien me traiter
Comme nouvelle connaiſſance.
C'est ainsi que la Poéfie peut jouer avec
l'amour qui n'est que galanterie , ce qui
eft encore un talent , quoique fort loin de
celui de traiter l'amour comme paffion :
tous les genres , bien maniés ont leur mérite.
Vous ne voyez rien ici de cette impertinence
que des fots prenaient pour le
bon ton , ni de cette groffièreté qu'ils appelaient
gaîté. Bonnard ne reffembla point à
Dorat , qui difait à une femme :
DE
472
FRANCE.
Tu n'es , je le dis fans façon ,
Pudique ni majestueuſe.
Attaque des tempéramens
Ruffes , Français , ou Germaniques.
Tu n'es pas pudique ! Que cela eft fin &
délicat ! Et fon digne émule , Pezay , qui
difait à une Glycere , dont il fe croyait
l'Alcibiade :
Sois toujours belle , & fur-tout bien coquine.
Voltaire avait dit :
Avec tant d'attraits précieux ,
Hélas ! qui n'eût été friponne ?
Remarquez que quand l'homme de goût a
mis friponne , l'homme fans goût croit enchérir
& faire merveille en mettant coquine;
c'eft la différence entre le danfeur qui voltige
fur la corde , & le paillaffe qui fait
la culbute fur les planches.
mais
Bonnard avait le défaut d'être un peu
louangeur. Il adreffe à ce même Dorat des
flagorneries poétiques , qu'on fait bien ne
devoir pas être prifes à la lettre
qu'on eft toujours fâché de voir adreffées
à un mauvais Ecrivain. Il ne manque pas
de le prendre par fon faible , la prétention
d'homme à bonnes fortunes.
MERCURE
*
Cher fripon , ne me cache rien :
Que fais-tu de tes deux Maîtreffes ?
Et le cher fripon lui répond :
Il s'eft enfui le temps des deux Maîtreffes.
Voilà du moins ce qu'on lit dans le Recueil
de Bonnard , aù l'on a inféré la réponſe
de Dorat ; mais on n'a pas oublié
qu'il y avait d'abord ::
Que fais-tu de tes cing Maîtreffes ?
Et les cinq Maitreffes fe retrouvaient auffi
dans la premiere édition de la réponſe de
Dorat. On fe permit den rire un peu
Que fit -il? Dans une édition fubféquente,
il fubftitua deux à cinq , & le Public de
rite encore plus de cette modefte fuppreffion.
Que fit encore l'Auteur dépité? Dans
une troifieme Edition , il remit bravement
les cinq Maitreffes , en dépit des envieux
& des rieurs. Il avait raïfon , il ne lui en
coutait pas plus pour les cinq que pour
les deux tout cela était l'affaire d'un trait
de plume. Où eft le temps où toutes ces
bagatelles faifaient la nouvelle du jour ,
T'entretien des foupers , & l'aliment de
l'efprit de parti , qui n'avait pas alors d'autre
reffource ? Si Dorat eût vécu jufqu'à
cejour , il ferait étrangement déforienté.
DE FRANCE. 1377
J'indiquerai encore comme une des plus
jolies pieces de ce Recueil l'Epître à Mme.
la Marquise de P... Un des mérites de cette
piece , comme de plufieurs autres du même
Auteur , c'est qu'on n'y retrouve pas ce
que l'on a vu par-tour. En général , Bonnard
ne donne pas dans les lieux communs
; c'eft un avantage qui devient tous
les jours plus rare. Je pourrais citer quelques
endroits marquans de cette piece ; mais
cet article eft déjà bien long pour le moment.
Il faut pourtant permettre cette diftraction
paffagere aux efprits occupés de
la chofe publique : il eft encore heureux
de pouvoir aujourd'hui mifcere jocis feria.
Nos Lecteurs ont dû voir que depuis longtemps
la Littérature de ce Journal a été
confacrée prefque toute entiere au patriotifme
, & fans doute ils ne nous en feront
pas un reproche ; cependant la Liberté ne
doit pas nous rendre tout-à- fait étrangers.
aux Mufes , & nous tâcherons de trouver
du temps pour tout .
( D …………… )
178 MERCURE
ÉLOGE de J. J. ROUSSEAU , mis au
Concours de 1790 , avec cette Epigraphe :
Sa fenfibilité l'a rendu malheureux..
Par M. DE L'OR THE. A Paris , chez
l'Auteur, rue Dauphine, Hôtel d'Orléans;
& chez Duplain , Lib. Cour du Commerce.
L'AUTEUR de cet Ouvrage déclare luimême
qu'il n'a point prétendu faire un
Eloge oratoire de J. J. Rouffeau ; c'eſt par
occafion , par une efpece de défi qu'il l'a
entrepris ; il fe borne à y paffer en revue
quelques opinions de ce Philofophe célebre
, quelques -unes de les qualités morales
& des actions de fa vie. Il fe plaît furtout
à citer fes affertions fur l'imperfection
& la vanité des Sciences humaines , & les
perfécutions qu'il éprouva de la part de
quelques Savans. M. de l'Orthe fe trouve,
fous ce dernier rapport , avoir des conformités
avec lui.
La Géométrie & la Théorie Muſicale
ont été les principaux objets de fes études.
Il a fait dans l'une & dans l'autre des
découvertes fur lefquelles il accufe- & les
Géometres & les Muficiens de n'avoir pas
voulu lui rendre juſtice.
DE FRANCE. 179:
Lorfqu'il a avancé , par exemple , que
le carré de la diagonale , nommée l'Hypoténufe
, était fufceptible de deux folu- .
tions différentes , ou que ce carré avait
deux furfaces qui ont différentes valeurs .
en quantités , il dit qu'on l'a traité de
fou , & même d'imbécille. Les Savans fe .
difpenfent quelquefois d'être polis ; mais
peut- être un examen des raifons propofées,
& une réfutation de celles qui ne leur paraiffent
pas admiffibles , vaudraient - ils
mieux que des injures. M. de l'Orthe expofe
ces raifons dans l'Avant- Propos de
fon Difcours ; c'eft aux Géometres à les
juger , & la matiere en vaut la peine ; car
cette folution peut influer fur les mefures,
fur la divifion des terreins , & fur d'autres .
objets importans.
On objecte à l'Auteur que fon fyftême
mene à la quadrature du cercle ; il répond
qu'il ne s'agit pas de favoir où il mene ,
mais ce qu'il vaut ; & en cela il nous pa-.
raît avoir raifon.
En Mufique , choqué des faux rapports
& des inconvéniens de notre tempéra-.
ment , il a imaginé un Forté - Piano avec
des cordes d'égale groffeur , également tendues
& raccourcies dans des proportions
convenables pour conferver juftes toutes les
notes de la gamme ; il fubftitue au tempérament
une note ajoutée ou doublée
& donne pour accorder cet inftrument un
•
>
180 MERCURE
moyen fimple que tout Amateur pourrait
mettre en pratique fans le fecours d'un
Accordeur.
M. Philidor , à qui il a fait part , de fa
découverte , l'a recommandé à MM. Piccinni
, Grétry & Gollec , par une lettre où
il fe dit convaincu de la vérité de fon prin- .
cipe. On a paru d'abord vouloir encourager
cette invention ; mais on s'eft enfuite ralenti
, & une Soufcription ouverte pour
l'exécution de l'inftrument projeté n'a pas
êté remplie.
L'Auteur n'a pas été plus heureux re-
Jativement à quelques Ouvrages fcientifiques
qu'il a fait imprimer précédemment,
Parmi ces Ouvrages , que nous ne connaiffons
pas , il en eft un qui a pour titre
cet axiomie dont la jufteffe nous paraît démontrée
: La fimplicité mene à lavérité, la
fubtilité conduit à l'erreur. C'est un excellent
principe que M. de St - Pierre a ingénieufement
développé dans fa Chaumiere Indienne.
M. de l'Orthe affure n'avoir pu même
obtenir qu'aucune de ces Productions fût
annoncée dans les Journaux. Nous avons
voulu lui prouver que nous ne partageons
pas l'injuftice & les préventions de nos
Confreres .
Nous ne citerons qu'an paffage de fon
Difcours. C'eft le feul où , en fondant fa
caufe avec celle de Jean Jacques , il ait
mis quelque chaleur & quelque mouve-
-
ment
DE FRANCE. 181
و د
و د
ود
""
و د
33
ment oratoire. Il peint les obftacles, qu'un
Aureur trouve dans fon chemin , lorfque les
premiers Ouvrages annoncent des découvertes
qui s'écartent de la route commune .
S'il a du courage & de l'énergie , il paffera
le refte de fa vie en difputes qui le
dégoûtent , & l'empêchent de faire des
» découvertes utiles . S'il tient tre à fes
» puiffans ennemis , on dira avec dédain :
Il ne fait que fe plaindre , il ne parle
» que de lui ; il finit par être jaloufé ca
" point qu'il femble qu'on eft fiché qu'il
" ait de bonnes raifons à donner. On a
dir tant de chofes contre les premieres
" opinions de Jean-Jacques , que dans la
fuite on l'a condamné par habitude ; &
l'on a fait tout ce qu'on a pu pour lui
» rendre la vie malheureufe. Il y a des
perfonnes qui difent : Mais il fe let
attiré. Demandez en quoi ? On répond
qu'il a combattu toutes les opinions des
autres ; fi vous entrez dans de plus grands
détails , que vous demandiez : Erait - il
» calomniateur ? On répond , non. Médi-
» fant ? Non. Intrigant , méchant , de
» mauvaife for ? Non, non, non. Qu'était-
" il donc ? Homme de mérite & de génie :
mais il n'était pas fociable . Pour qu'il
le devint, quel agrément lui a-t-on donné
dans la Société ? On l'a calomnié , critiqué
, tracaffé jufque dans fes, affaires
domeftiques , qui n'avaient de rappor .
NN.°.3311. 30 Juillet 1791.
.
K
29
39
33
93
33
93
و د
و د
182 , MERCURE
99
39
qu'à lui. Quand on l'a eu mis au point
de ne favoir que devenir , on a été.
» étonné qu'il fût parvenu à fe fuffire à
» lui - même; & jaloux de ce qu'il fe rendait
heureux étant feul , on l'a même
inquiété jufque chez lui «<
و د
33
و د
VARIÉTÉS.
( G. )
AUX REDACTEURS DU MERCURE.
Paris , 12 Juillet 1791.
JE vous ai promis , Meffieurs , une defcription
de la fête de Voltaire : je ferai court fi je puis.
Je ferais loin de l'être fi je voulais tout dre ;
fur- tout fi je joignois à ce que j'ai vu , tout ce
que j'ai fenti , tout ce que m'a fait éprouver ce
fpectacle pompeux & fimple , philofophique &
populaire , vraiment antique , & bien fupérieur à
toutes nos futilités modernes , qu'on appelle des
cérémonics.
Voltaire , né à Paris , mort à Paris , après avoir ,
pendant plus de foixante années , éclairé , amuſé ,
illuftré Paris & la France , ne put recevoir dans
nos murs les chétifs honneurs d'un peu de terre. On
lui refufa ce qu'on accorde au dernier des miférables
; l'amitié , la reconnoiffance en larmes ,
durent , au milieu de leur douleur , imaginer
des expédiens & des rufes , pour fouftraire fes
reftes vénérables à la fureur facrilége du fanatifme
facerdotal ; pour le faire fortir furtivement
de cette ville où un deuil univerfel aurait dû
DE FRANCE. 1S3
honorer fes funérailles ; & fi l'un des neveux de
Voltaire n'avait été alors poffeffeur d'une Abbaye ,
nulle tombe n'aurait s'ouvrir au défenfeur des
Calas , au deſtructeur des fuperftitions , à l'apôtre
de l'humanité : on aurait vu traîné à la voirie ,
par la ace dévote , celui qui , bienfaisant toute
fa vie , avait dit avec l'élan du coeur : Paradis
aux bienfaifans !
Il fallait à la France libre une réparation écla
tante de cet outrage : il fallait que le fanatifne
expirant vit avec une rage impuiffante le triomphe
de fon plus mortel ennemi , & que des honneurs
fans cxemple fuffent décernés à ce génie
extraordinaire. Le bigotifme intolérant n'a pas manqué
de vomir le reste de fes poifons contre le projet
de ces honneurs qui devaient , prétendait-il , coûter
600,000 liv. & qui n'en ont pas coûté 20,000 . Il
eft à remarquer que rien de religieux n'y devait
être mêlé , que les dévots , par conféquent , n'y
avaient rien à dire , & qu'après avoir refufé à
Voltaire une pompe facrée , il était aufli trop abfurde
de trouver mauvais qu'on lui en décernât
une toute profane .
Vous favez qu'on ne quitta la Baftille qu'à deux
ou trois heures . La Baftille ! non ; mais la place
d'où elle menaçait jadis & Paris & la Liberté Françaife.
Cette place , rafe aujourd'hui , était artiftement
décorée. Sur un amas de ruines repréfentant
les débris de ce repaire da Defpotifme ,
entre des bofquets de lauriers & de fleurs , s'élevait
une maffe de pierres tarrées , fur laquelle avait
été dépofé le Sarcophage c'était un véritable
Elyfée qui remplaçaft l'ancien Enfer. On y lifait
cette infcription gravée fur la pierre :
Acette place où le Defpotifme t'enchaîna , Voltaire,
Reçois les hommages d'un Peuple libre.
K 2
184 MERCURE
C'eft de là que le cortège partir , vers les trois
heures après midi , & fuivit les boulevarts jufqu'a
l'Opéra. Le temple de Polymnie était cré
du Bufte de Voltaire entouré de feftons & de
giandes . Trois édaillons portaient les titres
de fes trois feuls Ouvrages lyriques , Samfon , le
Temple de la Gloire & Pandore : les Sujets de ce
beau fpectacle l'y attendaient . Iis chanterent un
Hymre à fa gloire , & lui poferent une couronne.
Il était environ 6 heures lorfqu'après avoir
parcouru tous les boulevarts , traverté la place
Louis XV , le Quai qui borde les Tuileries , &
pallé le Pont- Royal , le cortée arriva devant la
maifon de M. de Villette , maiſon illuftrée par
le dernier féjour & les derniers momens de Vol
taire. Son corps en fortit , il y a 13 ans , en
proferit & en fugitif; il y revenait en triomphateur.
Elle était décorée avec un goût parfait :
ni luxe , ni me (quinerie ; des draperies des feuillages
, des attributs , & cette infcription heureuſe :
Son efprit eft par- tout , & fon coeur eft ici .
Son coeur y repofe en effer , dépôt facré qui re
commande encore cette maifon à l'intérêt de tous
les amis de la Philofophie & des Arts .
Devant la façade était un dôme de verdure ,
a centre duquel était fufpendue une couronne.
Un amphithéâtre extérieur était couvert de femmacs
& de jeunes perfonnes vêtues de blanc , avec
func ceinture bleue , une guirlande de rofes fur la
tête , une couronne civique à la main. Mme. de
Villette , dans le même coftume, portant feulement
une guirlande de rofes blanches & une ceinture
blanche , en figne de deuil , était avec fa fille ,
vêtue comme elle , entre deux perfonnes dort le
nom reter tit aujourd'hui far nos Théâtres , & fuffirit
feul à l'éloge de Voltaire ; les deux Demoifelles
Calus.
DE FRANCE. 185
Lorfqu'on vit approcher le cortége , la terre
fut jonchée de verdure & de fleurs . Toute la
pompe défila dans le plus bel ordre , au milieu des
applaudiffemens & des cris de joie , jufqu'au moment
où la ftatue de Voltaire arriva devant l'amphithéatre
, fous le dôme & fous la couronne,
Alors tout s'arrêta. Madame de Villette defcendit
; elle s'approcha de la ſtatue , s'indina religieufement
devant fou pere adoptif, laila un
inftant repofer fa tête fur fon fein , & lui plaça
la couronne civique fur la tête , aux acclamations
d'un peuple inmenfe attendri par ce touchant
fpectacle. Sa fille , aimab'e & jolie enfant , lui fut
apportée : elle la fit approcher du Grand Homme;
& la vona , par cette efpece de confécration , à
la Raifon , à la Philofophie à la Liberté ( 1
•
La Mufique fe fit entendre : elle exprima d'abord
le deuil & les regrets ; mais bientôt la joie
& le triomphe. Un choeur nombreux de vox &
d'inftrumens exécuta des ftrophes d'une Ole de
M. Chénier à la louange de Voltaire , nifes en
mufique par M. Goffec ; & Mme . de Villette , avec
les Dames qui devaient accompagner la marche ,
s'étant jointe au refte du cortége , il continua
majeftucufement fa route , fur ce beau Quai qui
borde la Seine , & que le patriotifme ingénieux
à décoré du nom de VOLTAIRE. Un peuple innombrable
le rempliffait toutes les fenêtres ,
tous les balcons étaient garnis : la joie & l'attendriffement
étaient fur tous les vilages.
:
Mais je vous parle toujours du cortège , & je
he l'ai pas encore décrit. Un détachement de
Cavalerie nationale ouvrait la marche. Il é ait
( 1 ) Expreffions de la Chronique de Paris , que j'ai cru
devoir conferver.
K 3
186
MERCURE
fuivi des Sapeurs & des jeunes Eleves militaires.
On diftinguait enfuite parmi plufieurs députations
des Clubs , celle de la Société fraternelle des
Halles , avec cette devife , ennemie des excèss
populaires :
Grands Dieux ! exterminez, de la terre où nous
fommes,
Quiconque avec plaifir répand le fang des hom
mes
Er celle d'une autre Société , portant avec fierté
pour infcription cette maxime fondamentale de la
Conftitution Françaiſe :
Les mortels font egaux-; ce n'est point la naiffance ,
C'eft la feule vertu qui fait leur différence.
Elles étaient fuivies de tout le cortège de la Baf
tille , à peu près dans cet ordre :
1º . Un détachement de la Section des Plantes
une Compagnie de Maçons , & ceux de nes
Forts de la Halle qui fe font infcrits volontairement
pour matcher aux frontieres. Les braves
Citoyens du Fauxbourg Saint - Antoine , armés
de piques , entourant le drapeau déchiré qui̟ attefte
leur courage une femme portait au bout
d'une pique ces mnots.très- fignificatifs : La derniere
raifon du Peuple , réponſe péremptoire à
l'uhtima ratio Regum.
2º. Sur un premier brancard la Couronne murale
, digne prix de cette viêtoire fi rapide &
fi mémorable ; fur un fecond , le Procès - verbal
de l'Affemblée des Electeurs de 1789 , & l'ouvra
ge
eftimable de M. Duffaulx , de l'Infurrection Pa
rifienne für un troifieme , des pierres de la
Baftille , des boulets & des morceaux d'armures
trouvés dans fes débris.
DE FRANCE. 187
3. Enfin les vainqueurs de la Baftille , avec
feurs femmes , & parmi eux une Amazone, en uniforme
national , qui partagea pendant le fiége
leurs travaux & leurs dangers ; fur leur étendard
était l'empreinte de cette fortereffe , dont l'image.
en relief était portée par les Citoyens des Fauxbourgs.
L'un d'eux arborait pour enfeigne le
Bonnet de la Liberté. Cette image de la Baftille
eft l'un des 83 modeles donnés aux Départemens
par le Citoyen Palloy , qui marchait luimême
à la tête de tout ce cortége.
1
Enfuite paraiffait le bufte de Mirabeau en relief
, donné par le même Citoyen à la Commune
d'Argenteuil , &entouré de quatreMédaillons peints ,
celui de Mirabeau , ceux de Franklin , de Rouffeau
& de Défille. Ce groupe était fuivi de nos
braves freres d'armes de Varenne & de Nancy ,
d'un détachement des Suiffes , des Cent- Suiffes &
de la Gendarmerie nationale , d'une députation
nombreufe des amis de la Conftitution , des Elecreurs
de 1789 & de 1790 , & des Députés des Sections
de Paris .
Ceux des Théâtres venaient enfuite . On a remarqué
avec fcandale qu'il n'y en avait aucun
du Théâtre Italien : lorfque la Pompe avait paflé
devant ce Théâtre & s'y était arrêtée pour chanter
une ftrophe de l'Hymne , elle n'y avait trouvé
perfonne qui lui en fit les honneurs. Les Acteurs
des deux Comédies Françaife & Italienne étaient
raffemblés au Théâtre du Luxembou : g , pour rendre
à Voltaire un hommage plus commode. Ce
dernier Théâtre qui s'intitule de la Nation avait ,
dit-on , envoyé deux députés ; mais ils étaient
confondus dans la foule qu'ils auraient dû conduire.
La belle Statue de Voltaire , affife dans une
shaife curule , modelée fur celle de Houdon ,
K4
198 MERCURE
dorée couronnée de lauriers , était portée par
des hommes, habillés à l'antique , entourée de
jeunes Elovès de l'Académie de Peinture & de
Sculpture , habillés de même , portant des Etendards
& des Métaillons , fur leſquels on lifait
les titres des principaux Ouvrages de Voltaire.
Les Gens de Lettres , qu'on nomm : avec raifon
la famille de Voltaire , précédaient un coffre
doré , de la forme la plus noble & la plus
élégante , qui renfermait la caufe premiere de
certe fête & de tous ces honneurs , l'immortel
antidote de la fuperftition & du fanatifme , la
fource inépuifable de l'inftruction & de l'affranchiffement
des peuples , en un mot , la collection
des Ouvres de Voltaire . C'était le fuperbe exemplaire
de l'édition de Kell , fur papier vélin fatiné
, donné par M. Beaumarchais à la Bibliotheque
Nationale.
Un très -grand nombre de Muficiens vêtus à la
grecque , portant les uns de véritables inftrumens ,
les autres des inftrumens fi nulés imitant ceux des
Anciens faifaient entendre de momens en momens
des morceaux d'une mufique noble & touchante
. Ils étaient fuivis d'un double rang d'hommes
habillés de longues tuniques blanches , cou
ronnés de feuillages , à la maniere des Prêtres
anciens , & qui précédaient le Sarcophage , ou
plutôt le Char triomphal.
Ce Char était traîné par douze ſuperbes chevaux
blancs , attelés à l'antique , fur trois rangs de
quatre de front , conduits à la main par des
hommes vêtus à la grecque. Sa ferme impofante
& du goût le plus exquis , ainsi que tous
les acceffoires dont il était orné & environné ,
font un honneur infini à M. David & à M. Cé
léricr , dont l'un a donné les deffins , l'autre dirigé
les travaux & ordonné toute la fête ils
DE FRANCE. 18.,
ont tous deux attaché leur nom à la plus belle
folennité dont l'Hiftoire puiffe garder le fouvenir
, an prem er triomphe dont l'afpect ait pu
faire pa'piter d'aife un coeur ami de Î'humanité .
Un fentiment profond faififfait l'ame , quand on
fongeait que les reftes inanimés du grand Homme
étaient cachés fous les ornemens de ce Char . tels
qu'après treize années , ils ont été retrouvés à
Selliere , c'eft-à- dire prefque tout entiers .
On lifait fur le Char ces deux , inſcriptions :
Il vengea Calas , Sirven , la Barre & Montbailly.
Poëte , Philofophe , Hiflorien , il a fait prendre
un grand effor à l'efprit humain , & nous a
: préparés à devenir libres.
Madame de Villette , ayant à côté d'elle fa fille
portée fur les bras de fa Bonne , fuivait immédiatement
le Char. M. de la Harpe lui donnait le bras ,
& payait aux mancs de Voltaire fon tribut public
de reconnaiffance filiale. L'ail fuivait avec plaifir
une troupe de jeunes femmes qu'animait une joie
décente , & que le faccès de leur toilette athénienne
devrait dégoûter à jamais de nos modes
françaiſes .
Ce groupe intéreffant était faivi de la partie
du cortège la plus grave , compofée de Lég flateurs
& de Miniftres de la Loi ; le Procureur- ·
Syndic du Département , le Maire , le Commiffaire
à la Tranflation , la députation du Corps
légiflatif, le Département , la Municipalité , les
Diſtricts de Saint - Denis & de Bourg - la- Reine ,
les Tri unaux & Juges de paix.
Les Vétérans nationaux , fuivis d'un détachement
de Cavalerie , fermaient la marche. Une multitude
preffée fuivait fans défordre ; & ce Peuple , à
qui l'on avait prétendu qu'une pareille fête ferait
fort indifférente , en jouiffait avec autant d'avidité
que d'ordre & de décence .
Ks.
190
MERCURE .
Dans la rue de l'ancienne Comédie Françaiſe .
la façade du bâtiment qui tient aujourd'hui la
place de ce Théâtre , était décorée d'un grand
tableau repréfentant deux génies , au milieu defquels
était le bufte de Voltaire couronné de feuilles
de chêne, On y lifait cette infcription : Il fit
@dipe à 17 ans.
:
Il était nuit lorfqu'on arriva devant le Théâtre.
de la Nation. Les Comédiens Français avaient décoré
avec goût, la façade de leur falle. Les colonnes
étaient entourées de guirlandes un médaillon
fur chaque colonne offrait le titre d'une
Tragédie de Voltaire ; emblême de ce que leur
doit ce fpectacle qu'elles ont foutenu f longtemps
On lifait fous le périftile H fit Irene à.
83 ans cette infcription rapprochée de la premiere
, étendait fa carriere dramatique dans l'ef
pace de 66 ans. Toute la pompe s'arrêta , devant
ce lieu , qu'on pourrait appeler la Métropole de
l'Empire de Voltaire , puifque c'eft principalement
Far le Théâtre qu'il a régné , & que depuis fa
jeuneffe jufqu'à fes derniers ans , il l'a toujours
fait fervir à fes conquêtes philofophiques.
La Mufique y exécuta ce choeur de fon Opéra
de Samfon , dont les paroles femblent avoir été
faites le 14 Juillet 1789 .
Peuple , éveille - toi , romps tes fets :
Remonte à ta grandeur premiere ;
Comme un jour Dieu , du haut des airs ,
Rappellera les Morts à la lumiere
Du fein de la pouffiere ,
Et ranimera l'Univers :
Peuple , Eveille- toi , romps tes fers.
La Liberté t'appelle,
Peuple fier , tu maquis pour elle :
Peuple , éveille toi , romps tes fers ,.
· &c₂
DE FRANCE. 191
En ce moment , la pluie qui commençait depuis
quelque temps à devenir incommode , romba
abondamment , que la plus grande partie du
cortége fut obligé de chercher un afile fous le
Fériftile & dans le veftibule , où l'on exécuta de
nouveau , devant la ftatue de Voltaire , le choeur
de Samfon , qui fit encore plus d'effet que la
premiere fois ; tandis que dans le petit foyer ou
dans la falle d'affemblée , les Dames , autour d'un
grand feu , réparaient le défordre de leur toilette
& les ravages de la pluie .
Elles n'allerent pas plus loin ; le reſte ſe remit
en marche & fuivit courageufement fa- route jufqu'à
Sainte-Genevieve. Les fots & les fanatiques
fe font réjouis de ce contre-temps qui a obfcurci
la fin d'une fi éclatante journée ; les miférables !
ils n'ont pour fe confoler de tout ce qui con--
tribue au bonheur du peuple , que les petits accidens
qui le troublent !
Pour moi , je revins l'ame fi remplie de touchantes
& de nobles affections , que je ne fongeai
point du tout à leur trifte & honteufe joie.
Je me fuis feulement rappelé depuis, quelques figures
indifférentes ou dédaigneufes que j'avais ap--
perç es dans la foule. Je fais à qui appartiennent
ces figures , & à quoi tiennent cette indifférence &
ce dedain. Je fais auffi ce que je penfèrai toute
ma vie de quiconque aura vu la fête de Voltaire
la fête de la Liberté , de la Raifon , des Arts , de.
lá Philoſophie , & m'en parlera froidement.
GINGUENÉ.
24
N. B. Les Articles de M. Ginguené , adjoint
depuis le mois d'Octobre dernier à MM . les
Coopérateurs du Mercure, feront déformais fignés
d'un G.
K6
192 MER.CURE
.
A VIS.
ON a mis en vente , Lundi 18 Juillet , Hôtel
de Thou , rue des Poitevins , la 45e. Livraiſon
de ENCYCLOPÉDIE.
·
Cette Livraiſon eft compofée du Tome III ,
feconde & derniere Partie de la Théologie , par
feu M. Bergier , Docteur en Sorbonne , & Confeffeur
de Monfieur ; du Tome I , ire . Partie ,
de la Philofophie ancienne & moderne , par M.
Naigeon ; & du Dictionnaire Encyclopédique des
And ou de l'Encyclopédiana , Volume in -4 ° . de
120 feuilles , ou de 972 pages d'impreffion.
Le prix de cette Livraiſon eft de 22 liv .
Le Dictionnaire Encyclopédique des Ana contient
ce qu'on a pu recueillir de moins connu ,
ou de pus curieux parmi les faillies de l'efprit ,
les écarts brillans de l'imagination , les petits
faits de l'Hiftoire générale & particu iere , certains
ufages finguliers , les traits de moeurs & de
earacteres de la plupart des perfonnages illuftres ,
anciens & modernes ; les élans des ames fortes
& généreufes , les actes de vertus , les attentats
du vice , le délire des paffions , les penfées les
plus remarquables des Philofophes , les dictums
du Peuple , les réparties ingénieuſes , les Anecdotes
, Epigrammes & bons Mots ; enfin , les fingulari
és en quelque forte des Sciences , des Arts
& de la Littérature, que la gravité de l'Encyclopédie
ne permettait pas qu'on inférât dans chacun
des Dictionnaires particuliers qui la compofent «.
DE FRANCE. 193
L'Encyclopédiana eft un fupplément à l'Encyclopédie
méthodique , dont elle fait une partie -
affi néceflaire qu'agréable ; le mérite de cette
Collection unique en fon genre , confifte à
renfermer dans un feul Volume in-4° . de 972
pages , ce que tous les Ouvrages connus fous le
titre d'Ana , & ce qu'un très - grand nombre de
Volumes , de Recueils fugitifs , de Livres rares
& finguliers offrent de remarquable & de faillant
dans les différentes parties des Sciences , des Arts ,
de l'Hiftoire & de la Littérature .
Cet Encyclopédiana , que nous publions en
un feul Volume, pourrait nous fervir à répondre
à un repro che inal fondé que quelques Soufcripteurs
n'ont ceffé de nous faire. Ils ont cru
que notre intérêt particulier nous avait portés à
multiplier le nombre d.s Volumes de difcours de
l'Encyclopédie actuelle . Nous leur avons objecté
que cette augmentation de Volumes était le plus
grand malheur qui eût pu nous arriver dans cette
grande & laboricufe entreprife ; elle a eu lieu
néceffairement , fans aucune vue d'intérêt de la
part des Auteurs , & certes fans aucune de la
nôtre ; elle a été néceffitée par l'extrême imperfection
de la premiere Ency, lopédie , où il
manque des parties entieres des connaiflances
humaines , & où aucune n'a été traitée en entier
, puifqu'on ne pourrait tirer un feul Dictionnaire
fupportable de cette maffe in folio , & que
fon plus grand défaut eft que l'on n'y trouve
prefque jamais ce qu'on y cherche. Cette imperfection
, ce déficit nombreux d'articles , qui s'éleve
à plus de cent mille , comme nous l'avons
dit tant de fois , ne pouvait être connu ni de
nous ni des Auteurs , lorfque nous avons publié
le Profectus de l'Encyclopédie actuelle ; & la
194
MERCURE
maniere dont nous nous fommes exécutés à cet
égard , en allouant aux Soufcripteurs quarantehuit
Volumes à 6 liv . , au lieu de 3 à 4 qu'ils
pouvaient prétendre , en prenant le véritable efprit
du Profpectus , aurait dû nous mettre à l'abri
de tout reproche à cet égard ; & lá majorité des
Soufcripteurs ont fi bien fenti ce facrifice , qu'ils
y out applaudi. Ces Volumes à 6 liv. préfentent
une perte immenfe , fur , tout dans les circonf
tances actuelles , & nous n'avons pu la couvrir
en partie que par toutes les combinaifons que
nous avons faites. Mais , pour en revenir à cet
Encyclopédiana , nous dirons que le projet des
Editeurs était de faire quinze Volumes in-4°. Il
dévait y avoir un Encyclopédiana de la Médecine ,
de la Chirurgie , de l'Anatomie ; un autre de
l'Hiftoire ; un des Mathématiques , de la Phyfique
, &c: Nous leur repréféntâmes que s'ils voulaient
faire un bon & utile Ouvrage , il fallait
réduire tous ces Encyclopédiana en un feul Volume
, & ils ont adopté nos obfervations. II
y a tant de fatras dans ces Recueils nombreux ,
connus fous le nom d'Ana , que c'eft fans doute
rendre un nouveau Yervice aux- Soufcripteurs que
de ne leur préfenter que la fubftance.de ce qu'ils
renferment de plus curieux & de plus intéreſſant :
nous efpérons auffi que les Soufcripteurs nous
fauront gré des efforts que l'on fait tous les jours
pour compléter ce grand Ouvrage ; car une entrepriſe
de cette nature , fi l'on veut que l'exé--
cution réponde à fon titre , doit contenir l'univerfalité
des connaiffances humaines de tous les
âges , de tous les fiecles ; rien ne doit y être :
omis ; on doit y trouver en quelque genre, de
Sciences , d'Arts ou d'Induftrie que ce foit , tout
ce que les hommes ont conçu , créé , imaginé
depuis que l'Art d'écrire, & de penfer eft inventé..
DE FRANCE..
་ཉ་
M B. Tous les mots de cet Encyclopédiana
feront repris dans le Vocabulaire univerfel de
L'Encyclopédie méthodique. Ce, Volume , vendu
féparément , ne fera pas donné à moins de 15
liv.; les Soufcripteurs ne le payent que 11 liv...
& ils ne pourraient pas, fe procurer pour 100 écus
tous les Ouvrages qui ont fervi à fa compofition.
Nous les invitons à lire l'Avertiffement des
Editeurs , qui fe trouve à la tête de ce Volume.
Le Dictionnaire de la Philofophie ancienne &
moderne , que nous publions aujourd'hui , eft un
de ceux dont le Chancelier Bacon défirait ardem--
ment que quelque Savant enrichŵt la Littérature ;;
il en a même tracé le plan dans fon excellent :
Traité De augm. Scientiar , Livre III, Ch. 4 ,
page 995. Un long intervalle de temps s'eft:
écoulé entre ce projet de Bacon & l'Hiftoire
Philofophique de Stanley , qui n'eft elle - même
qu'une efquifle très-faible ; c'eft qu'en effet une
entreprise de cette nature paraît au deus des
forces d'un feul homme par la réunion de toutes
les connaiſſances qu'elle exige. M. Naigeon a cu
le courage de sen charger , & s'en eft conftamment
occupé depuis près de neuf années qu'il a
traite avec nous ; & fi le premier Volume de fon
Ouvrage n'a pas paru plus tôt , c'eft qu'il y a dans
ce Volume des articles , comme le mot Académi→
cien, qui feul a exigé plus d'une année de recherches
, de lectures & de méditations . L'impreffion -
de cet Ouvrage fe continue fans aucune interruption
, & nous nous fommes affurés que plus des
trois quarts du manuſcrit font faits en entier.
M. Diderot n'a fait qu'efquiffer cette Partie :
dans l'Encyclopédie in- folio . Quoiqu'il poffédât
les différentes fortes de mérite néceffaires à un
Hiftorien de la Philofophie , fon active & ar196
MERCURE
:
dete iragination , la defcription des Arts & Métiers
, dont il s'eft feul chargé dans cet Ouvrage ,
Partie qui feule fuffrait pour l'immortalifer, lé
loignait de cet efprit d'érudition & de critique ,
fans lequel cependant on ne peut faire une bonne
Hiftoire de la Philofophie ancienne & moderne
; lui - même regrettait de n'avoir pas donné à
ce travail une attention & des foins qui répondiffent
a l'importance de l'objet ; mais le pouvaitil
, dans la crife terrible ou fe trouvait alors
l'Encyclopédie , tourier té par les Libraires dont
la fortune était expofée , tourmenté fur- tout par
l'impatience peu réfléchie des Scufcripteurs toujours
preflés de jour , & à qui , en général , il
importe fi peu qu'up Ouvrage foit bien ou mal
fait , pourvu que les volumes dont il doit être
compofé , & qu'on leur a promis , fe fuccedent
rapidement ?
M. Diderot crut pouvoir fuivre Brucker , fans
craindre de s'égarer fur fes traces. Il fuppofa qu'un
Livre qui avait coûté 40 ans de lectures & de
recherches à fon Auteur , ne devait rien laiffer à défirer
fur la matiere qui en faiſait l'objet : en effet ,
fes extraits ne font fouvent que la traduction
de ceux de Brucker , dont il a même adopté
l'ordre , la méthode & les divifions ; il a feulement
eu l'art d'y répandre , avec autant de
goût que de fobriété , quelques- unes de ces vûes
ingénieufes & fines , de ces penſées nouvelles &
hardies , de ces réflexions profondes qui caractérifent
particuliérement ce Philofophe éloquent ,
l'un des Hommes les plus étonnans de ce fiecte ,
& auquel on n'a point affez rendu juftice .
M. Naigeon , pénétré de refpect pour la mémoire
de Diderot fon ami , a confervé religieufement
cette partie de fon travail ; & tout ce
DE FRANCE. 197
qui lui a paru néceffaire pour le compléter , eft
renfermé entre deux crochets .
A l'égard des articles d . Philofophie contenus
dans la premiere Encyclopédie , dont M. Diderot
n'eft pas l'Auteur , le nouvel Editeur en a
ufé comme de fon propre bien . Il les a refaits en
tout ou en partie , felon qu'ils lui ent paru exiger
des changemens plus ou moins confidérables.
Il en a fuppléé un grand nombre , fur - tout de la
Philofophie moderne , dont il a complété la nomenclature
autant qu'il a été poffible on jugera
de l'efprit qui l'a guié dans ce travail long , pénible
, faftidiux , qui exigeait la plus froide
patience , réunie au talent , à l'art d'écrire , à
une lecture immenfe , aux recherches les plus
favantes , à une critique éclairée , à une méditation
approfondie , par la lecture du difcours
préliminaire qui fe trouve à la tête de ce Volu .
me, & par plufieurs articles capitaux qu'il renferme.
La feconde Partie du Tome III , qui termine
le Dictionnaire de Théologie , contient , à la fin ,
une Table analytique pour diriger les Lecteurs
dans l'étude de cette Science. De pareilles Tables
terminent les Dictionnaires de l'Encyclopédie
qui font actuellement finis , & en forment
autant de Traités de Sciences . Par- là ils deviennent
les inftrumens les plus utiles de toutes les
connaiffances humaines , & on ne peut plus dire
qu'ils ne font bons qu'à confulter .
Le Mémoire relatif à l'Encyclopédie , que nous
avions annoncé en publiant la 44° . Livraiſon ,
paraîtra avec la 46e. Il eft composé de 11 articles.
1º . D'une Lettre de M.. Panckoucke à Mef-
Lieurs les Soufcripteurs , qui leur fait connaître
198 MERCURE
la fituation actuelle de cette grande entreptile,
les pertes qu'elle a éprouvées par l'effet de la
Révolution ; les efforts & les combinaifons de
toute efpece qu'il a faites pour la fauver du
naufrage qu'une fufpenfion rendait inévitable ,
la néceffité preffante où font les Soufcripteurs ,
pour leurs propres intérêts , de retirer les Livrai
fons dont ils font en retard , & les nouvelles à
mesure qu'elles paraiffent , &c .
2º. Sur les retards que l'Encyclopédie a éprou
vés de la part de plufieurs Auteurs , & für les
moyens qu'on a pris pour qu'ils n'aient plus lieu
à l'avenir.
3°. Sur les Planches d'Hiftoire Naturelle , par
MM . l'Abbé Bonnatere , Lamarck & Brugniere.
4°. Sur des Planches d'Antiquités , par M. de
Mohgès , de l'Académie des Inferiptions.
5 °. Sur un Atlas des 8 ; Départemens qui for
ment aujourd'hui la nouvelle divifion de la France ,
par M. Caffini , Directeur de l'Obfervatoire , & de
l'Académie Royale des Sciences.
N. B. Tous les Deffins en font actuellement
faits , & la publication de cet Atlas pourra avoir
lieu à la fin de 1792 , quand le travail de l'Alfemblée
Nationale fera entiérement complété à
cét égard.
6º. Dictionnaire de l'Affemblée Nationale , contenant
, 1. l'Hiftoire de la Révolution ; 2° . les
Débats de l'Affemblée Nationale ; 39. les Actes
de la Légiflation , ou la Collection des nouvelles
Loix , pour fervir de Supplément aux Dictionnaires
de Jurifprudence , des Finances , du Commerce
, de l'Economie politique & diplomatique ,
par une Société de Jurifconfultes, ( M. Peucher
Edireur. )
DE FRANCE 199
7. Sur une opinion qui commence à fe répandre
dans le Public , que la Révolution rend
Inutiles plufieurs Dictionnaires de l'Encyclopédie
méthodique.
8 °. Premier état des payemens faits par les
Soufcripteurs jufques & compris là 30e. Livraifon.
Ce tableau contient quatre colonnes ; la
premiere , l'ordre numérique des Livraifons ; la
feconde , le nombre des Volumes de Difcours
publiés à chaque Livraiſon ; la 3c. , le nombre
& la dénomination des Volumes de Planches ; la
4e., le prix de chaque Livraifon.
9. Deuxieme état des payemens faits par les
Soufcripteurs jufques & compris la 44c. Livra
fon. Cet état eft dreffé dans le même ordre que
celui ci-deffus..
N. B. On n'a pu joindre à ce dernier état la
4se. & la 46e, Livraifons , parce qu'il était imprimé
avant que ces Livraifons euffent .paru.
10° Tableau des Volumes de Difcours & de.
Planches qui doivent compofer l'Encyclopédie
méthodique. Ce Tableau , partagé en cinq colonnes
, contient , 1. le nombre des Dictionnaires ;
2º. les titres de chaque Dictionnaire ; 3 °. le
nombre de Volumes de chacun ; 4°. les Diction
naires & Volumes actuellement complets qui
peuvent être reliés ; s . le temps où ils feront
finis.
11º . Tableau du bénéfice réel que chaque
Soufcripteur aura fur fon Encyclopédie , & des
moyens de l'afurer.
200 MERCURE
枣
NOTICE S.
De la Culture du Tabac en France , laivi
du précis d'un Plan pour l'Etabliffement d'une
Caifle de prévoyance , deftinée à diminuer la
Mendicité par H. J. Janfen . Brochure de 29
pages . Se trouve à Paris , chez Defenne , Libr .
au Palais - Royal.
Les connaiffances que préfente l'Auteur ne
peuvent manquer d'intéreffer dans un moment
bu la culture du Tabac en France vient d'être
déclarée libre. Le projet d'une Caiffe de prévoyance
que propofe M. Janfen eft ingénieux ,
& fait pour plaire à tous les coeurs bienfaifans .
Il eft auffi l'Auteur d'un Projet pour conferver
fes Arts en France , en immortalifant les événemens
patriotiques & les Citoyens illuftrés ; Dif.
cours compoté pour la Société Nationale des
Neuf Soeurs , qui fe trouve dans les Recueils de
cette Société , & qui fe vend féparément chez
Defenne , L'br. au Palais-Royal . Le fuccès qu'il
a eu dans une Société auffi diftinguée , eft garant
de celui qu'il doit avoir auprès du Public."
Code politique de la France , ou Collection des
Décrets de l'Affemblée Nationale ; avec cette
épigraphe :
Je viens après millo 205 changer ces Loix groffirees.
Tomes VII & VIII , in- 16 large.
Cet Ouvrage devient néceffaire pour tous les
Citoyens , qui , plus que jamais obligés de conDE
FRANCE. 201
naître & d'étudier à fond les Loix de leur pays ,
ne peuvent fe difpenfer d'en pofféder la Collection.
Mémoire fur l'Inftruction & fur l'Education Nationale
, avec un Projet de décret & de réglement
conftitutionnel pour les jeunes gens réunis dans
les Ecoles publiques ; fuivi d'un Efai fur la maniere
de concilier la furveillance nationale , avec
les droits d'un pere fur fes enfans , dans l'éducation
des Méritiers préfomprifs de la Couronne ;
par L. Bourdon ( de la Crofniere ) , Avocat , l'an
des Electeurs de 1789. Se vend à Paris , chez
Cuffac , Imp-Lib. au Palais-Royal , num . 7 & 8.
Prix , 1 liv . 10 f.
Ces nouvelles Vues fur l'Education publique
doivent être accueillies avec empreftement dans
l'inftant où cet objet important eft fur le point
d'occuper l'Affemblée Nationale.
Atlas National de France , divifé en Départemens
, Diftrics & Cantons. Livraifon contenant
les Départemens de l'Orne , de la Loire
inférieure , d'Indre & Loire , du Pas - de -Calais ,
de la Seine inférieure , & de la Sarte , décrétés
par l'Affemblée Nationale en Janvier & Février
1790.
Se vend à Paris , au Bureau de l'Atlas National
de France , rue Serpente , No. 15 ; & au
Cabinet Bibliographique , rue de la Monnoie,,
N°. 5.
202
MERCURE
Lettres du Comte de Mirabeau à fes Commettans,
pendant la tenue de la premiere Légiflature . Un
Vol . in-8° . de plus de foo pages. Prix , 4 livres
10 f. A Paris , chez Lavillette , Lib. rue du Battoir
, No. 8.
On fait qu'à l'ouverture des Etats- Généraux ,
Mirabeau commença la fortune par un Journal ,
J'un des premiers que la Révolution ait fait
éclore , intitulé Lettres du Comte de Mirabeau à
fes Commettans. Un autre Journal leur faccéda
fous le titre de Courrier de Provence ; mais
jouant déjà un grand rôle , il ceffa de le compofer
lui-même , & ne fit plus que le diriger.
Ce font les 19 premieres Lettres qui furent réellement
fon ouvrage , & que l'on a jugé à propos
de recueillir. Elles feront , difent les Editeurs ,
le complément de toutes les Editions qu'on pourra
faire du Démofthene Français .
ze. Lettre à M. Cérutti fur les prétendus Prodiges
& faux Miracles , employés dans tous les
temps pour abufer & fubjuguer les Peuples ; avec
nombre d'exemples de ces pieufes fraudes , non
moins amufantes qu'intéreflantes ; par l'Auteur
eu Editeur des pieces intéreffantes & peu connues :
Non tam certandi cupidus ,
Quàm te imitari aveo.
Se vend à Paris , chez Debray , Lib. galeries de
bois , No. 235 , au Palais-Royal.
*
Ces Lettres du Neftor de la Littérature font
honneur à l'efprit de l'Auteur , qui , dans l'âge
de plus avancé , conferve toute la vigueur de la
railon.
DE FRANCE.
203
Systême de la Raifon , ou le Prophete Philofophe
; par M. Carra. Imprimé à Londres pour la
premiere fois en 1773 ; 3e. édition . Prix , liv.
4 f. br. & 1 1. 10 f. franc de port par la Pofte.
A Paris, chez Buiffon, Imp- Lib. rue Haute-feuille ,
N °. 20.
Cet Ouvrage , qui ne contient pas des Prédictions
faites après coup , mais qui avait été
publié long-temps avant la Révolution , ne doit
qu'à cet événement fon introduction en France :
une partie des exemplaires de la ire. édition a
été diftribuée gratis , par l'Auteur , en Allemagne ,
en Ruffie & en Turquie : » Il les a femés , dit-
" il , comme des germes qui pourraient produire
an jour l'arbre de la Liberté & la haine raifonnée
des Tyrans « . On connait le patriotifme
de M. Carra , & l'on jugera par cet Ouvrage
, fi , comme le dit l'Edi eur , M. Carra était
propre & préparé à la Révolution de 1789.
MUSIQUE.
Numéros 297 à 300 du Journal d'Ariettes
Italiennes , contenant un Air de Cimarofa , un
de Martini , un de Sarti , & un de Paisiello.
Prix , 2 liv. 8 f. chaque. Abonnement, 36 liv.
& 42 liv . A Paris , chez Bailleux , Marchand de
Mufique, que St-Honoré, près celle de la Lingerie.
6e. Cahier du Journal de Guitare , ou Choix
d'Airs nouveaux de tous les caracteres , avec
Préludes , Accompagnemens , Airs variés , & c.
pincé & doigté marqués pour l'inftruction . Prix
* MERCURE DE FRANCE.
dla Soufcription , 18 liv. pour Paris & les Départemens
, port franc. Chaque Cahier féparénn
, 2 liv. & les Etrennes , 7 liv. 4 f..
Prélude pour la Flûte traverfiere , avec huit
Variations fur les Folies d'Efpagne ; par M. Cambini.
Prix , 24 f. franc de port. A Paris , chez
M. Porro , rue Tiquetonne , Nº. 10 .
·
GRAVURES.
Collection de Portraits de MM . les Députés
Cife font le plus diftinguer à l'Affemblée Nationale
, deffinés d'après nature , & gravés à la
maniere Anglaife. Prix , 16 f. en couleur , & 8 f.
en noir A Paris , chez l'Auteur , rue des Cordeliers
, No. 19 ; & à Bordeaux , chez Jegan , Md .
d'Eftampes , rue du Chapeau-Rouge.
- Cette Collection fe continue toujours avec
fuccès. C'eft une des plus foignées , pour la ref
femblance & pour l'exécution , de routes celles
qui fe publient.-
TABLE:
157 Eloge.
ཀ༼ ༼ ER S.
La Vo turè pub ! que.
Charade, En. Log
Poeftes diverfes.
178
1.8 Variétés. 182
160 Avis 192
163 Notices. 200
MERCURE
HISTORIQUE
zingsh
ET
POLITIQUE.
RUSSIE.
n
De Petersbourg , le 30 Juin 1791 ,
L
ON regarde comme une conféquence du
fuccès des travaux pour la paix , que le
départ du Prince Potemkin pour Farmée , ait
été fufpendu. Cependant les négociations
ne font point terminées ; il paroît même
qu'elles ont repris une nouvelle activité ,
depuis furtout le 20 de ce mois que
M. Fawkner , envoyé de Londres ici , a
remis au Vice -Chancelier Comte d'Oflermann
, la copie de les lettres de créance , en
conféquence de quoi il eut le 28 fa première
audience . Ces préliminaires étoient
néceffaires au fuccès des negociations , &
leur retard annonçoit celui plus ou moins
éloigné des conclufions de la paix.
No. 31. 30 Juillet 1791. P
( 338 )
Au refte , fi les dernières négociations
ne font point encore très - connues , la
marche de celles qui ont eu lieu fe trouve
détaillée , avec authenticité , dans un mémoire
remis le 26 Mai par MM. Whiworth
, Miniftre Britannique , & le Comte
Goftz, Envoyé de Sa Majefté Pruffienne ,
à M. le Comte d'Oftermann.
On y dit que ces deux Cours , depuis
le conimencement des négociations, avoient
fait leur poffible pour maintenir la paix de
l'Europe ; qu'elles y étoient en quelque
forte parvenues par l'acceptation du ſtatus
quo entre l'Autriche & la Porte ; mais que
la Cour de Pétersbourg n'ayant point voulu
négocier fur le même fondement, & l'ouverture
de la campagne pouvant être également
funefte aux parties intéreffées , les
deux Cours de Londres & de Berlin ont
de nouveau cherché à concilier les différends
, en infiftant toujours fur l'admiffion
a ftatus quo , & en obfervant de plus à
celle de Pétersbourg , que la sûreté des
frontières Turques & le repos de l'Europe
demandoient qu'elle fe relâchât de fa demande
d'Oczakow & de fon territoire
entre le Bog & le Dniefter ; qu'à cette
condition , les Miniftres -médiateurs étoient
autorifés à entamer une négociation
conforme aux principes de juftice & d'équité.
Mais la Ruffie ayant tenu ferme dans
fa demande , la Cour de Copenhague.pro(
3395
pofa à Londres & à Pétersbourg une modification
du ftatus quo rigoureux , dont
le Miniftre Britannique vouloit maintenir
l'intégrité. La démarche du Danemarck
fut inutile d'abord , mais détermina un
changenient dans la marche du Cabinet Britannique.
Il nomma M. Fawkener pour
fuivre une nouvelle négociation , fondée fur
ne modification du ſtatus quo , d'abord
ftrictement exigé.
?
Par une note remife le 6 Juin aux Miniftres-
médiateurs , l'Impératrice répondit
que c'étoit autant pour la sûreté des Etats,
de l'Empire Ottoman que pour la fienne ,
propre qu'elle demandoit Oczakow jufqu'au
Dniefter ; que ce fleuve étoit une !
limite naturelle des deux Etats & qui
pouvoit également convenir aux deux Empires
, que c'étoit la moindre indemnité
qu'ellepût demander pour les dépenfes d'une
guerre longue & des pertes qui en font
réfultées; qu'en conféquence , elle déclare
aux Cours de Londres & de Berlin qu'elle
perfifte dans fes premières der andes , &
qu'elle profitera avec plaifir & reconnoiffance
de toutes les démarches amicales &
impartiales que ces Cours jugeront à
propos de faire pour avancer le falutaire.
ouvrage de la paix.
Le Prince de Naſſau eft parti de Cronſtadt avec
fa Aotille qui porte 25 mille hommes de débarquement.
It ſe rend d'abord en Livonie . Sa vé-
P 2
( 340 )
• fitable deftination cft un mystère qui inquiète
car.cet ormement ne peut menacer aucune Puilfance
de la Baltique , pifque les troupes Pruffiennes
font rentrées ou rentrent dans leurs premiers
cantonn.mens , & que plafieurs régimens
Rafles , envoyés ce Printemps en Livorie , l'ont
quittée le mois dernier , dès qu'on à eu la certitale
d : confervirala paix.
AI. LEMAGNE.
De Francfort-fur-le- Mein, le 16 Juillet.
:
Depuis que l'on ne doute plus de la
prochaine conclufion de la paix , on ne
s'occupe que des conditions auxquelles il
peut être probable qu'elle fera confentie
Far les Puiffances qui y font intéreflées.
Mais il ne paroît pas qu'on puiffe préjuger
rien de certain à cet égard ; on fait
feulement , d'une manière pofitive , que
FImpératrice de Rulie tient à la ceilion
d'Oczakow , & que la négociation avec les
Cours inediatrices a étéreprife fur cette bafe .
Quant aux conjectures fur la ceffion de
Thorn & He Dantzick , rien encore ne
paroît venir à leur foutien ; ce qu'on dit
du cantonnement des troupes Pruffes aux
environs de ces villes , peut tenir à d'autres
mefures , quoiqu'au fond il feroit poflible
que dans les nouvelles combinaifons la
Rullie obtenant Oczakow , la Pruffe voulût
, pour prix de fa conftance à fe refufer
aux follicitations de la Porte , quelqu'ac
( 341 )
quifition qui lui convînt. On ne voit point
au refte que la Pologne , occupée du foin
d'affermir fa nouvelle forme de Gouver
nement , pût apporter un obftacle infurmontable
à cet arrangement ; mais fur cet
objet rien de certain n'eft encore à la connoiffance
du public , malgré les plans
de traités faits ou à faire qui circulent dans
les Gazettes.
Ce qu'il y a cependant de probable au
milieu des évènemens actuels & des fuggeftions
fanatiques , par lefquelles on
cherche à foulever les peuples , & armer
la claffe des Lazaroni , de tous les états ,
contre les propriétaires , les Magiftrats &
les Princes ; ce qu'il y a de probable , c'eſt
que les grandes Puillances de curope formeront
entre elles des traités de garantie ;
qu'elles s'engageront à fe donner réciproitement
aide , fecours & confeil , pour
mettre les Peuples & les Rois à l'abri des
progrès de l'anarchie , du brigandage &
de la deftruction politique qui fe répandent
en Europe aujourd'hui , & menacent
les droits & les propriétés d'une ufurpation
fubverfive & tyrannique.
On ne doit point douter même qu'à
cette confédération de paix Européenne
ne viennent fe réunir les petits Etats , les
villes , les Républiques qui ne peuvent exifter
qu'avec la tranquillité , & que de longs
malheurs ont inftruit des dangers que
1
P 3
342 )
courent la liberté , l'ordre public à donner
tout à la force , fans égard pour les droits
politifs & les formes confacrées par l'ufage
& la profpérité des Peuples qui s'y font
foumis .
Quelque foit au refte la réalité de ce
projet , propofé il y a cent ans par
l'Abbé de S. Pierre , on ne peut douter
que fon exécution , fufceptible peut - être
de quelques difficultés politiques , n'offrit
bien plus encore d'avantages aux Peuples
qu'aux Rois , aux individus qu'aux Gouvernemens
, s'il eft vrai qu'il n'eft point de
liberté , de bonheur là où règnent l'infabilité
des propriétés , la crainte des infurrections
& le defpotifne du grand nombre
au mépris des droits de tous.
Le Cabinet de Pruffe vient de perdre un
des hommes publics qui ont montré en
Europe des talens diftingués dans l'Adminiftration
politique & extérieure d'un grand
Etat. C'eft M. le Comte de Hertzberg, ci -de.
vant Miniftre d'Etat & du Cabinet de S. M.
Pruienne ; il a demandé & obtenu fa
etraite du département des affaires étrangères
, dans lequel il avoit travaillé eu
qualité de Confeiller privé , depuis 1746
jufqu'en 1763 , & en celle de Miniſtre du
Cabinet depuis l'année 1765 , après avoir
été Négociateur dans la paix de Hubertzbourg
qu'il a conclu avantageufement
pour la Pruife . Il eft remplacé par M. de
Schulenbourg- Kehnert.
:
( 343 )
M. le Comte de Hertzberg cependant ne
devient point étranger au Miniftère ; le Roi
a voulu qu'il y reftat attaché avec les appointemens
de fa place , & qu'il confervât
fa commiffion de Curateur de l'Académie
des Sciences & Belles - Lettres , ainfi que la
direction de la culture de la Soie nationale
, dont les produits font aflez confidérables
pour que les Cultivateurs qui s'en
Occupent en aient recueilli près de fix mie
livres pefant , l'année dernière.
PAYS- BAS.
Da Bruxelles , ke x3 Juillet.
L'inauguration de l'Empereur s'eft fuccellivement
faite , dans les Capitales des
Etats qui compofent la Belgique , c'eft-adire
, ici d'abord en qualité de Duc de Los
thier , de Brabant &: de Limbourg ; à Gand
en qualité de Comte de Flandres ; à Mons ,
conime Comte de Hainault , &c.
L'inauguration , dans cette dernière ville ,
a eu lieu le 11. Le Duc de Saxe- Tefchen
y a repréfenté Empereur , & la Cérénione
s'eft faite avec la magnificence ordinaire.
A leur retour ici , nos Gouverneurs Gé--
Béraux ont reçu la vifite du Prince hérédi-..
taire de Naffau, fils du Stadthouder, vifite qui
a donné lieu à une foule de conjectures de
P 4
( 344 )
la part des politiques du jour , & qui ont
cru y voirde grands deffeins cachés , comme
fi une démarche d'honnêteté étoit une
chofe étrangère à la conduite des Princes
dont les Etats. font auffi voifins.
Après fes longs & utiles travaux , M. le
Comte de Mercy - Argenteau s'eft retiré
à Spa; on ignore encore s'il reviendra on
France ou s'il recevra quelque nouvelle
commiffion importante de la part de fon
Souverain .
A
C'eft M. le Comte de Metternich Winnembourg
, Grand'Croix de l'Ordre Royal
de St. Etienne , Confeiller d'Etat.intime de
l'Empereur , qui remplace M. le Comte de
Mercy en qualité de Miniftre Plénipotentiaire
de Sa Majefté Impériale & Royale
auprès des Gouverneurs Généraux des
Pays -Bas. Ileft arrivé, le to, avee fa famille
& une fuité nombreuſe.
es pratsumo
GRANDE-BRETAGNE
De Londres ; le 18 Juillet.
Malgré la certitude de la paix , la flotte
refte en armement , onaniéliore même
chaque jour les équipages , en fubftituant
dès Matelots de choix à ceux que le befoin
a forcé de prendre d'abord . Il n'eft point
aifé de deviner les intentions du Gouver
nement dans le développement & la con
( 345 )
fervation d'une force auffi confidérable ,
au moment où l'on croit voir que le motif
qui y avoit donné lieu ceffe , & qu'il
n'y a point de raifon connue à y ful: ftituer.
Les craintes qu'on avoit conçues fur les
mouvemens que pourroit produire l'anniverfaire
de la révolution Françoiſe n'étoient
point fans fondement. Il étoit aifé
de prévoir que la ' commémoration d'un
évènement où toutes les autorités , ont difparu
devant la force du peuple , devoit
naturellement porter la multitude à des
actes qu'on ne pourroit réprimer enfuite
que par l'effution du fang , ce
qui eft par - tout uunn grand malheur.
C'eft -là où conduifent toujours ces réunions
d'enthoufiaftes qui forcent la marche
du Gouvernement , produifent une
chaleur éxagérée dans la Société & firif
fent par caufer le malher des familles , dont
cépendant elles difent n'en vouloir défendre
que les droits.
A Londres , à Norwich , dans quelques
autres endroits , la Fête du
14
. a été
affez trar quille. On avoit eu foin , dans la
pretière de ces Villes , de tenir fous les
armes les milices de la cité. On craignoit
que le peuple & les petits boutiquiers
he refpectaflent pas la tranquillité publique
& vonluffent intervenir comme
partie contraire dans cette efièce d'honimage
rendu à une revoir oppofee
P5
( 346 )
à celle qui fait , depuis tant d'années
le bonheur de l'Angleterre. Mais ce qui
n'eft point arrivé à Londres , où les révolutionnaires
ont , à loifir , porté les ſantés
qu'ils ont voulu , a caufé de grands malheurs
à Birmingham , ville du Comté de
Warvick , qui fait un grand commerce
de fer. Le peuple s'y eft porté à des excès
terribles. D'abord la maifon où l'on célébroit
la Fête de la révolution a été infultée
, les volets brifés ; les convives ont
été obligés de fe fauver ; l'attroupement
s'eft enfuite porté à la maifon du Docteur
Prieftley , qui a fuccé lé au Docteur Price
dans les exagérations d'une fauffe liberté
& les déclamations contre la Conftitution
Angloife. Son laboratoire , fes meubles
ont été pillés & détruits ; la multitude
étant devenue confidérable ,
s'eft portée dans plufieurs endroits de
la Ville & des environs où plus de dix`
maifons ont été démolies , pillées , incendiées.
Ces actes de férocité commis , les
attroupés exigèrent des contributions & con
tinuèrent leurs defordres depuis le jeudi 14,
jufqu'au dimanche au foir 17. Pendant cet
intervalle la conſternation a été à ſon comble,
les chemins, les places publiques étoient
remplis d'effets brûlés , pillés , & préfentoient
le fpectacle de la deftruction . Birmingham
falt une perte de plus de deux
cents mulle livres sterlings. ]
elle
Cette émeute , comparable à celle de
1780 , s'eft paffée avec une forte de trasquillité
parmi les attroupés. Ils n'ont tué
perfonne ; leur haine étoit froide , elle s'eft
portée contre les propriétés de ceux qui ,
par leurs rêveries , leur doctrine erronée
le font fait paffer , dans l'efprit du peuple ,
pour des novateurs dangereux. Au milieu
des ruines & de l'incendie , ils crioient :
Vive le Roi , vive la Conftitution Angloife ,
point de Cromwell, point de faux Droits de
'Homme. Il n'y a eu ni lanterne , ni coupetête
; la populace Angloife a cela de par
ticulier , que même dans fes excès elle refpecte
la vie des hommes & les droits de
Khumanité. Le Dimanche au foir , un détachement
de troupes étoit arrivé ; on affuroit
que les féditieux avoient fait réſiſtence,
& qu'il y avoit à craindre qu'il n'y ait eu du
fang de verfé : on attendoit de plus grandes
forces , & la ville étoit dans de vives alarmes.
(
On craint qu'à Dublin de pareils
malheurs ne foient arrivés. Cette ville .
depuis long - temps , eft tourmentée par
des efprits brûlés , qui n'aiment que le
trouble , l'agitation & croient fervir la
liberté en plongeant leur Patrie dans la
ruine & l'anarchie. Les dernières nouvelles
annonçoient qu'il y avoit du mouvement ,
mais il faut attendre pour pouvoir en obtenir
la certitude.
P 6
( 348 )
FRANCE.
i:
De Paris , le 20 Juillet..
J
ASSEMBLÉE NATIONALE.
*
Du Dimanche , 17 juillet..
.ر
Le préfi lett a annoncé qu'on affuroit que
deux citoyens vero est d'être tués au champ de la
fédération , pour avoir exhorté une mukitude
amoutée à fe conformer às la loi , a refpecter le
décret du a's . Plusieurs voix fe font écriéds : cela
' eft pas vrai , M. Régnault de Saint-Jean- d'Angaly
a demandé que l'on prit des metres lévères
pour réprimer de pareils attentes , & s'informer
de la vérité des faits , afin de proclamer , s'il le
failoit , la foi martiale : Cette propofition a été
adoptéetiti
201
Uneferald M. Bailly a attefté que ce n'étoit
pas un officier municipal , comme M. Emmery
l'avoit avancé dans l'Affembles , mais un com
millaire de police , qui fe permit de faire fermer
le théâtre de la rue Faydeau , le vendredis .
L'un des accufateurs publics s'eft excufe de
n'avoit pu fe rendre aux ordres de l'Affemblée ,
fur ce qu'il avoit été obligé d'aller prendre connoiffance
de la mort d'un foldat , & des bleffures
de deux autres , qui tous les trois , Turcides de
fait ou d'intention , avoient voulu fe tuer ent
le mettant leurs piftolets dans la bouche
On a renvoyé au comité de jurifprudence criminelle
, pour qu'il rapporte, féance, tenante ,
un projet de loi
préfenté
par M. Régnault de
( 3491)
Saint-Jean-d'Angely , contre toute perfonne qui ,
dans un écrit , quelle qu'en foit la forme , aura
manifefté le deflein d'empêcher l'exécution de la
loi & porter le peuple à réfifter aux autorités conftituées.
Il fera fourni par le tréfor national une fomme
de 3,000,000 liv . au département des Ponts &
Chauffées . MM , Ro feu , maître en pharmacie. ,
& Gerig , foldat-citoyen , ont fait un don patriótique
, l'un de 100 jiv . , l'autre de 300 liv. Four
les gardes nationales employés aux frontières .
Sur la propofition de M. Fermont , l'Afem
blée a décrété 31 articles relatifs à la maine , à
l'administration civile des ports , à la direction
des travaux.
"7
3
1
1
Les commiffaires envoyés dans les départe ,
mens, des Vofges & du Rhin , ont rendu compte
de leur miflion , par une lettre de Strasbourg , du
14 juillet . Nulle part , mandent- ils , autant d'of
ficicis n'ont juré qu'à Strasbourg . Ceux qui fe
font refufés au ferment , en plus grand nombre ,
dans les garnisons du fort Saint - Louis , de Hague ,
nau , &c. , ont rejoint les émigrans . En général ,
les foldats ont paru dans d'excelle tes difpofitions ,
fur- tout le régiment de Beauvoifis , à Wiffembourg
, qui depuis la défertion de fes chefs ,
atenu une conduite plus régulière encore qu'auparavant
, Parmi le peuple , les uns tiennent invinciblement
à la conftitution , les autres témoignent
Bourelle jufqu'à de la haine dans la crainte que la
religion de leurs peces ne fait, perdue. Une troifeme
claffe Botte incertaine ; ce n'eſt pas , dit - on ,
qu'elle ne préfère au fond le nouveau régime , à
l'ancien ; mais on ne ceffe de lui répéter que l'exil ,
la honte & la mort attendent tous ceux qui auront
travaillé à fon affermiffement. Dans beaucoup,
(( 350 )
de villages , la réélection n'a pas eu lien ; les
alfemblées primaires étoient réduites à quelques
individus , les autres ayant refufé le ferment.
Les nouveaux curés font honis , chaſſés ; on lâche
après eux des chiens de baſſe - cour , on les menace
de les jetter dans la rivière . Tous les foirs , depuis
Je retour du Roi , on chante un Miferere. La lettre
affirme qu'on a fait un cantique dont l'objet eft
d'exciter le peuple à tirer fur les prêtres conftitutionnels.
A ces mots , M. d'André s'eft écrié qu'on
fait dans ce pays- là comme ici ; exclamation d'autant
plus étrange qu'il eft d'une notoriété publique ,
incontestable, que les prêtres non-jureurs font les
feuls perfécutés à Paris comme en d'autres lieux.
Il résulte de l'expofé des conmiſſaires qu'il
exifte deux partis dans le département du Bas-
Rhin , l'un pour la révolution , l'autre s'y oppofant
avec l'énergie des anciennes coutumes ; que
la plus grande partie des villes , & notamment
Strasbourg montrent beaucoup d'amour pour la
révolution , que quelques villages offrent les mêmes
difpofitions , mais que la plupart des autres , &
prefque toute la campagne font du dernier parti .
On s'attend bien à voir imputer ces diffidences
aux princes fugitifs , aux prêtres qu'on nomme
toujours réfractaires , même à la tribuné , malgré
le décret qui déclare que , libres d'opter entre le
ferment & leur place , entre leur confcience &
Fargent , ceux qui refuferont le ferment ne feront
pas réfractaires. Les religieux , a dit gaiement
M. de Broglie , préfentent aux femines le diable
fous routes les formes ( on a ri ) ; & leurs per
fuadent que l'on ne baptife plus qu'au nom du
Père , du Fils & de la Nation….. “
: Dans ces circonftances , l'Affemblée des corps
adminiftratifs & le confeil- général de la commune¹
( 351 )
de Strasbourg , ont pris un arrêté portant en fubftance,
que les eccléfiaftiques non-affe: mentés feront
obligés de fe réunir tous à Strasbourg, dans huitaine,
ou qu'on les y tranférera ; qu'ils n'es pourront fortir
fans un paffe-port ; que l'évêque conftitutionnel
remplacera les fonctionnaires par des prêtres affermentés
. M. Lavie trouvoit que la diftance de
15 lieues ne fuffiroit pas, & propofoit bonnement
de tranfpotter les religieux dans la Mofelle....
dans le département de la Mofelle , a - t- il repris ,
& cette gentilleſſe a beaucoup fait rire . Quelqu'un
a defiré que ces mesures violentes s'étendiffent fur
tous les départemens , & que l'on tranſportât
les moines au nom du Père , du Fils & de la Loi,
plaifanterie pour le moins déplacée & de mauvais
goût.
M. Malouet a objecté qu'il falloit conftater
les délits avant de punir ; qu'on ne pouvoit fe
permettre , fans defpotifme , fans tyrannie , un
acte de profcription contre une claffe entière de
citoyens non-jugés …….On lui a crié : ce ne font pas
des citoyens , comme fijuftice & humanité n'étoient
pas dues à tous les hommes . « J'ai l'honneur
de vous obferver , a repris M. Malouet , qu'en
propofant des mefures générales , on vous propofe
la violation la plus manifefte ( ah ! ah !
nous y voilà , ont dit quelques voix ! ) ... la viola
tion la plus manifefte de tous les principes confervateurs
de la liberté . Si les démarches criminelles
de certains eccléfiaftiques font prouvées , nul doute
qu'ils ne doivent êtrepunis, mais individuellement.
Autrement vous contrevenez à toutes les loix ,
vous établiffez an fyftême de profcription ... S'il
ya dans le royaume 20 ou 30 mille eccléfiaftiques
non -affermentés... Les départemens qui
ne fe croiront pas autorifés à prendre les mêmes
( 352 )
méfures , feront prévenus par les fanatiques qui
pcurfuivront , avec baibarie , ces prêtres nonaffermentés
, & vous verrez des fcènes révoltantes
dans tout le royaume . J'ofe vous fupplier
de rejetter la demande de vos commiſſaires ( murmures
)... Nous fommes dans une pofition que
vous avez jugée vous- mêmes exiger des mesures
calmes qui puiffent appaifer la fermentation du
peuple . On vous dit qu'elle eft excitée en Alfate
par des eccléfiaftiques ... Qu'on leur falle le procès ;
mais une affemblée légiflative nepeut, dans aucun
cas , pour quelque railon que ce foit , s'écarter
des principes , proferire une claffe d'individus ,
des eccléfiaftiques qui , d'après vos décrets , ont
da compter au moins fur la liberté de continuer à
vivre dans leurs maifons conventuelles .
L'orateur , à qui M. Legrand a reproch? de faire
perdre le temps à l'Allemblée , a infifté fur l'utilité
de la douceur & de la juice pour attirer à la
conftitution les honnêtes gens qui ont en horreur
les violences populires .; far le danger de
hyrer des hommes paifibles à la perfécution de
ces êtres , fécoces qui croient fervir la conftitution
par leur férocité ; fur la néceffité de procé
dures légales pour ne pas outrager les loix , s
droirs..de l'homme Le préopinant a retiré fon
amendement , dont le but étoit d'étendre à tout
le royaume les melures indiquées . M. Rewbell
avoit oblervé que les procédures coûteraient
plus que les prêtres réfractaires ne valent. Voici
le décret que l'on a rendu fur ces débats .:
ce 1 ° . Le comité eccléfiaftique propofera aux
religieux qui auront préféré la vie commune ,
des maifons dans l'intérieur du royaume , dans
lefquelles ils feront tenus de fe retirer définitivement.
j.po
( 353 )
2. Ceux des religieux qui auront préféré
la vie particulière , feront tenus de quitter le
coftume de leur ci - devant ordre , & de fe retiter ,
dans l'intérieur du royaume , à la diftance detrente
lieues des frontières ;
Ils feront tenus de déclarer avant leur
départ , à la municipalité du lieu dans laquelle ils
font actuellement téfidcns , le lieu dans lequel ils
entendent fe retirer , & de faire , à leur arrivée
audit lieu , leur déclaration à la municipalité , »
1 Du lundi 18 juilletí
哪
M. de Sillery a militaireinent propoſé de faire
battre la générale pour appeller les légiflateurs à
leur pofte. M. Lavigne a féricufement demandé
fi la générale que l'on bat lortque le feu eft
quelque part , devoit être le fignal de la réunion
des repréfentans du peuple. Il n'a pas para a
M. Delamerville qu'il fut convenable d'aftreindre
le corps législatif à une li militaire . L'Allemblée
a charge fon comité de conftitution d'ima
giner un mode ou figne deraflemblement pour
les députés dans les circenftances extraordi
naires.
Sur l'obfervation que le comité des recherches
étoit peu nombreux , plufieurs de fes membres
s'étant retirés , M. d'André a propofé &
obtenu que celui des rapports y fera réuni , &
qu'ils n'en formeront plus qu'un fous le nom
de coinité des rapports .
M. de Cernon a fait adopter les deux décrets
fuivans act
Art. 1. Le département de Paris défignera une
caiffe , dans laquelle toute perfonne fera admife
à échanger des affignats des liv . contre de la
menue monnoie , fans cependant qu'il puiffe être
:
( 354 )
échangé par jour plus d'un billet à la même
perfonne. »>
« 11. Les chefs d'ateliers , de manufactures
pourront le préfenter au bureau de M. de la
Marche , vieille rue du Temple , munis de leur
patente & d'un certificat de leur fection , pour y
recevoir un mandat , lequel pourra être d'une
fomme au-deffus de 5 livres , mais jamais audeffus
de 100 liv.: munis de ce mandat , ils
feront admis à l'échange au bureau indiqué en
l'article premier.»>
с«с III. Le directeur de la monnoie verſera à
la caifle indiquée par le département , la fomme
de 200,000 liv , en menue monnoie de cuivre &
billon pour fervir aux échanges de la femaine . »
« IV. Le directeur de la monnoie échangera
au tréforier de l'extraordinaire , la fomme de
3000 liv . en menue monnoie pour fervir aux
appoints des paiemens. »
Co La caiffe de l'extraordinaire verfera à la
éforerie la fomme de 5,632,948 liv. , en rem
placement de pareille fomme par elle acquittée
dans le mois de mai dernier pour dépenſes particulières
à l'année 1791. »
Le concours pour la préfidence n'a été que
de 253 voix , fur 1029 membres préfens; & per
fonne n'a eu la majorité abfolue , qui n'étoit
cependant que de 127 fuffrages , c'est - à -dire
moins de huitième de l'Affemblée nationale.
Une lettre des amis de la conftitution de
Rouen affure que « l'immenfe majorité qui a
confacré les décrets rendus fur les fuites de
l'évasion du Roi , ne le fera pas moins dans
toute l'étendue de l'Empire » ; & en applaudiffant
à la prudence des légiflateurs , ils jurent de
vivre & mourir efclaves des loix.
}
( 355 )
Une adreffe faite , a- t-on dit , à Bayonne , &
fuivie de dix pages de fignatures , après des reproches
au Roi d'avoir « abandonné furtivement
les fonctions auguftes qui lui étoient confiées » ,
protefte que cet attentat horrible n'a pas abattu
une nation unie par le lien indiffoluble de la
fraternité ; & les fignataires jurent de mourir
libres. Le début de cette adreffe , qu'on pourroit
prefque appeller déjà du vieux ftyle , a d'abord
excité des murmures ; mais la fin a été couverte
d'applaudiffemens .
M. Amelot a donné l'état de la contribution
patriotique du premier juillet , contribution qu'il
faut bien fe garder de confondre avec les dons
civiques . Cet état porte 28,273 rôles , produi
fant 120,397,562 liv. Il a été perçu ,
tant par
les anciens receveurs- généraux que par les receveurs
de diftricts , 44,236,574 liv . Il refte encore
14,094 de ces rôles à vérifier. Quelques
départemens n'ont fourni aucun bordereau ; les
directoires dirigent tous leurs efforts à l'accélé
ration des rôles ; mais les municipalités tardent
à fe mettre en règle.
La municipalité de Paris & M. de la Fayette
ayant été introduits ; M. Bailly a fait un dif-
Cours où il a peint la profonde douleur dont
l'avoient pénétré les évènemens des jours précé
dens , motivé la rigueur par l'indifpenfable néceffité
; enfuite il a lu le procès - verbal , dont
nous allons donner un extrait abrégé & fidèle :
Du 17 juillet 1791. Il paroiffoit conftant
qu'il devoit le former aujourd'hui de grands raf
femblemens fur le terrein de la Baftille , pour fẹ
porter enfuite au champ de la Fédération ; cependant
il y avoit lieu de croire qu'au moyen
des précautions prifes , la tranquillité ne feroit
( 356 )
point troublée . Arrêté municipal qui attribué ces
projets connus de fubverfion à des factieux &
à des étrangers payés , & qui défend les attroupemens.
Un adminiftrateur annonce à 11 heures
que deux particuliers viennent d'être attaqués
dans le quartier du Gros - Caillou , & qu'au
moment même leurs rêtes font au bout de deux
piques . Nouvel arrêté , & commiffaires expédiés
au Gros- Caillou , avec un bataillon de la garde
nationale qui y eft infultée. Déjà le comman
dant-général avoit fait conduire à l'hôtel - de- ville
quatre particuliers , arrêtés an champ de la Fédération
& aux envirous , pour avoir lancé des
piertes contre la garde nationale . Nouvel arrêté ;
la générale fera battue , le canon d'alarme, tiré ,
le drapeau rouge déployé , la loi martiale proclamée;
ce qui fut exécuté à 5 heures & demie.
Les commilaires envoyés au Gros - Caillou alfnoncent
'qu'un des meurtriers pris , s'eft échappé;
qu'un homme avoit effayé de tirer un coup de
fil , à bout portant , fur M. de la Fayette ; que
le comp aveit manqués que l'homme ayant été
conduit au comité , M. de la Fayette l'avoit fait
mettre en liberté que le champ de la Fédération
étoit couvert d'un grand nombre de pers
fonnes des deux fexes , qui fe difpofsient à figner
fur l'autel une pétition contre le décret du 15.
Le corps municip eft parti précédé d'un détachement
d'infanterie , de trois pièces de canon
& du drapeau ronge ; fuivi de plufieurs corps
de cavalerie , d'infanterie , & de deux pièces de
canons à fept heures du foir il arrive au champ
de la Fédération . Du haut des glacis on crie :
à bas le drapeau rouge , à bas les bayonnettes
les pierres volent , & un coup de pistolet eft
dirigé fur la tête de la municipalité . La garde
( 357 )
nationale fait feu en l'air ; le corps municipal
employoit tous les efforts pour faire ceffer le
feu. D'autres pierres , d'autres coups de fufils &
de piftolets rendent les fommations impofiibles ;
La garde a fait alors le plus grand feu . On
évalue le nombre des morts à dix ou douze , &
celui des bleflés à autant . Plufieurs foldats - citoyens
ont été bleffés ; deux chafleurs & un canonier
volontaires ont été aílaflinés ; on a conduits
à 6 perfonnes à l'hôtel de la Force .
Le préfient a fortement approuvé , au nom
de l'Affemblée , la conduite des municipaux , de
la garde nationale & des citoje s qui les out
fecondés. M. Barnave a demandé l'infertion de
cos juftes éloges dans le procès- verbal , en ajoutant
qu'il étoit temps ce que ceux qui ont été le
tourment perpétuel de leui patrie , en deviennent
Léternel mépris , que ces hommes qui ort profité
du momenti u la force publique étoit énervée,
pour exercer des vengeances individuelles , foient
réprimés avec énergie & pourfuivis par les tribunaux
» . M. Régnault de S. Jean - d'Angély a con-
Aiéré l'action de M. de lu Fayette comme pouvant
devenir très - dangercule . Après avoir modeftement
afluré qu'il s'honoreroit d'un pareil trait ,
M. Treilhard a demandé que le particulier relaché
, fùt décrété & arrêté ; & l'arrestation a
été décrétée.
Un des trois articles propofés par M. Régrault,
'concernant les écrits féditieux , a fait trembler
M. Péthion pour la liberté de la preffe . En
repouffant la calomnie dont il fe piétend affailli ,
en défiant tous les citoyens d'articuler le moindre
fait contre lui , en s'élevant contre ceux qui
provoquent les meurtres & le pillage , M. Péthion
a defité que la manière d'y exciter füt plus pré(
358 )
cifément caractérisée pour éviter les perfécutions
arbitraires . Le décret a été rendu en ces termes :
« Art. I. Toute perfonne qui aura provoqué
le meurtre , l'incendie , le pillage , ou conſeille
formellement la défobéiffance à la loi , foit par
des placards ou affiches , foit par des écrits publiés
& colportés , foit par des difcours tenus
dans des lieux ou affemblées publiques , fera regardée
comme féditieux & perturbateur de la
paix ; & en conféquence les officiers de police
font tenus de la faire arrêter fur -le- champ , &
de la remettre aux tribunaux pour être punie
fuivant la loi. »
« II. Tout homme qui , dans un attroupement
où une émeute , aura fait entendre un cri
de provocation au meurtre , fera puni de trois
ans de la chaîne , fi le meurtre ne s'eft pas
commis , & comme complice du crime , s'il a
eu lieu. Tout citoyen préfent eft tenu de s'employer
& de prêter main-forte pour l'arrêter. »
III. Tout cri contre la garde nationale ou
la force publique en fonction , tendant à lui
faire baiffer ou dépofer les armes , fera regardé
comme cri de fédition , & fera pani d'un emprifonnement
qui ne pourra excéder deur années
.
cc
לכ
MM. de Bonnay & de Sérent ont annoncé
que dorénavant ils affifteroient aux féances.
Pourquoi ne fait - on pas des fous des cloches ,
a dit M. d'André ? M. Biauzat a répondu qu'avec
du fer en queue , on fabriqueroit une monnoie
femblable à celle du métal de cloche , à fix liards
la livre . M. de Cernon a fait adopter les articles
fuivans :
« L'Affemblée nationale décrète :
« 1°. Que le cuivre réfültant des expériences
( 359 )
faites fur le métal des cloches , en préſence des
commiffaires des comités des monnoies & des
finances , fera inceffamment porté à l'hôtel des
monnoies , pour y être fabriqué & réduit en
monnoie. »
« 2º. Il fera procédé à ces nouveaux travaux
de dépuration du métal des cloches , fous la
furveillance des mêmes comités , lefquels tiendront
note exacte des dépenfes & réſultats. »
!
« 3 °. Le département de Paris délivrera les
cloches néceffaires à ces opérations .
ود
Le même membre a informé l'Affemblée
qu'en ce moment il y avoit pour 4,300,000 liv.
d'affignats de livres en circulation , dont
3,500,000 liv . dans les provinces ; & la féance
a été terminée par l'adoption de dix- neuf nouveaux
atticles fur l'organiſation de la partie adminiftrative
de la marine qu'a préfentés M. Fermond.
Du mardi , 19 juillet.
Deux- cents-vingt - quatre voix ont porté M.
Fermont à la préfidence , & M. Charles de Lameth
lui a cédé le fauteuil .
On a lu une adreffe du confeil général de
la commune de Rouen ; qui fe diftingue cellement
des adreffes fans nombre dont la lecture
a été applaudie depuis le 21 juin , que nos lecteurs
nous faurons gré de la leur donner ici
toute entière :
« Meffieurs , des perfides , des traîtres out ſeduit
le Roi , & lui ont conſeillé d'abandonner
le meilleur des peuples . »
ee Le Monarque a difparu dans un inftant
où la fuite pouvoit perdre l'état . S'il a prévu
les funeftes conféquences de cette étrange dé(
362 )
marche , il doit le faire, les plus grands repro
ches ; mais , par la conftitution , fa perfonne,
elt , facrée & inviolable , & elie n'a pu ceffen
de l'être. »
Le Monarque tient tous les pouvoirs de la
nation . S'il eft inviolable , ce n'eſt pas pour fon
bonheur , c'eft pour le nôtre ; s'il eſt inviolable
il ne peut donc être acculé : autrement fon inviolabi.
ité feroit tilufoire ; il étoit cependant,
foumis à une peine . Si , forti du royaume , il
refufoit d'y rentrer , il perdoit le trône, Sa feule
peine légale étoit dans la déchéance ; mais il
n'a pas mérité ce malheur , puifqu'il eft encore
au milieu des François . Le peuple a pu blâmer
fa conduite ; mais qui que ce foit ne peut inculper
la perfonne. Malheur à ceux qui voudroi nt
foumettre le chef de l'état aux attentats de l'audace
ou de la fcélérateffe ! Voila , Meffieurs ,
ce que vous venez de confacrer encore par un
de vos décrets . >>
GC
Cependant , un petit nombre de factieux ,
que nous fomnies bien éloignés de confondre
avec la très grande majorité de nos frères les
braves & fages Parifiens , ofe protefter en ce
moment contre le décret par lequel vous venez
d'affermis l'inviolabilité des Monarques Fran
çois. $ 13.0
20
« Nous n'éxaminous pas quels font les chefs ,
les inftigateurs de ces révoltés ; nous ne releverons
pas les fophifines dangereux dont ils
s'efforcent de voiler leurs projets criminels ;
yous ne confidérons que la loi : elle eſt rendue }
& dès-lors ceux- là doivent être punis , qui ,
méconnoiffant l'autorité, fuprême du pouvoir
conftituant , ofent appeller de fes décrets à des
allemblées turbulentes & illégales . ».
a Ils
( 361 )
ec Ils fe montreroient moins hardis , ces
hommes pervers dont l'anarchie eft l'élément
fi , par un fentiment naturel aux grandes ames ,
vous n'aviez prefque toujours ufé de clémence ,
lorfque l'ariftocratie & le fanatifme irrités de
feur chûte , provoquoient fans ceffe votre févérité.
»
« Mais le temps eft venu de donner un grand
exemple ; & l'intérêt de Paris , l'intérêt de tous
les départemens , fatigués de tant de manoeuvres
criminelles , exigent que toute la rigueur des
loix foit déployée contre tous ceux , quels qu'ils
foient , qui enfreindront les loix conftitutionnelles
, & troubleront l'ordre public. ןכ
ce Loin de nous les projets condamnables de
cette ligue infenfée de factieux , qui voudroient
foumettre notre immortelle conftitution à la
cenfure miférable d'un petit nombre de brigands
foudoyés. "
«Nous jurons , & ce ferment eft celui de tous
nos concitoyens , nous jurons de maintenir , contre
les ennemis du dehors & du dedans , la conftitution
que vous avez donnée à la France. »
« Nous jurons de vivre & mourir fous le
gouvernement libre & monarchique que vous
avez décrété . »
« Achevez , Meffieurs , de fixer les baſes de
ce gouvernement ; confervez cette immuable
cette imperturbable fermeté contre laquelle font
venus échouer tous les efforts des malveillans ;
& ne retournez dans vos foyers qu'après avoir
donné à la France le code complet de fa conf--
titution . Les membres compofant le confeil génénéral
de la commune de Rouen . »
>
Rouen 18 juillet 1791 .
M. Camus a annoncé un brûlement de 10 mil
No. 31. 30 Juillet 1791 .
:
1
( 362 )
lions en affignats , formant , a- t- il dit , la fomme
de 207 millions en affignats déjà brûlés ..
Après quelques décrets d'emplacement de corps
adminiftratifs ou de tribunaux , fur la propofition
de M. Prugnon ; M. Démeunier a fait lecture du
préambule de la loi fur la police municipale , &
ce qu'il a nommé la relue des articles additionnels
adoptés dans les féances précédentes . L'Affemblée
a joint le préambule à la loi .
>
Suivant une lettre de M. Tarbé , miniftre des
contributions , la fabrication de monnoie de cuivre
s'élève , en ce moment , à 480,060 livres ; les
monnoies de Paris , Rouen Lyon , Orléans ,
Strasbourg , Metz & la Rochelle font , faute de
matière , les feules qui ne puiffent y travailler.
Le vieux cuivre provenant du doublage des
vaiffeaux dans les arfenaux de la marine de Breft ,
monte à 3,476 livres pefant . Cette matière fera
transportée à Rouen pour y être fondue & réduite
en flaons ; elle produira , en monnoie 3 .
une fomme de 531,936 livres . D'autres quantités
de cuivre de vailleaux doivent fe trouver à
J'Orient , à Toulon , à Rochefort , & feront
monnoyées à Nantes , à Marfeille , à la Rochelle.
200,000 livres de monnoie de cuivre ont été
délivrées pour le fervice de la femaine . Les expériences
du moulage en fable de métal des cloches
font achevées ; ce procédé fournira 40 mille liv.
par femaine & davantage dès que les ouvriers
auront acquis plus de célérité. On s'occupe des
moyens de mouler avec des moules de métal ;
mais les poinçons décrétés , pour les nouveaux
fols & pour la petite monnoie d'argent , ne
feront finis que dans 15 jours . Inceffamment on
fera l'adjudication de l'entreprise de la defcente
des cloches.
( 363 )
Du mardi , féance du foir.
Parmi plusieurs adreffes , on en a lu une des amis
de la conftitution & des autres citoyens de la
commune de Riom . Ils écrivent à l'Affemblée
nationale que la municipalité de Riom. a reçu ,
fous le contre-feing de l'Affemblée , un exemplaire
de la proteftation de 290 membres du
corps législatif ( leur nombre eft monté depuis
à 303 ) , fur les décrets relatifs à la perfonne da
Roi ; que le cachet & l'écriture leur ont fait
juger que c'étoit M. Dufraiffe qui envoyoit cet
écrit méprifable. Les applaudiffemens prodigués
t
.
une parcille cenfure ne laiffoient pas de contrafter
an peu fingulièrement avec les principes
tutélaires de l'inviolabilité de la perfonne du Momarque
, principes qui font l'unique bafe de l'écrit
figné par les 290 membres.
Ne violent- ils point leur ferment ces députés
réfractaires qui oppofent leurs voeux corrompus
& défordonnés au bien public & à la volonté
générale , poursuivent les rédacteurs de l'adreffe ?
Où les emporte une rage fi aveugle & fi impuiffante
? Peuvent - ils ignorer que tout ordre
focial n'eft établi que fur la volonté du plus
grand nombre... qu'ils outragent par leurs proteftations
le voeu national ... quand les loix les
plus fages viennens confoler la nation des éga
remens d'un Roi trop difpefé à compter pour
rien fes fermens , le fang des François & leur
amour ? ... Comment ces efprits inquiets ne
voient- ils que des crimes , que le renversement
des loix , dans les précautions qui nous ont
fauvés des plus grands défordres ? La royauté eft
détruite , difent-ils , & nous avions juré de la
maintenir ; la perfonne du Roi devoit être in
Q 2
( 364 )
violable , & on porte atteinte à fa liberté , on
l'environne d'une garde qu'il ne commande pas .
Difcours artificieux , mais dont le motif eft trop
connu pour en impofer. Ils n'invoquent aujourd'hui
la conftitution que pour la déchirer & la
détruire. ( applaudi ) . La nation l'a déclarée folemnellement
, tous les pouvoirs émanent d'elle
& pour elle... Quand elle a confervé ſur le trône
les membres de la famille de Bourbon , elle a ufé
de fon droit ... Les choix qu'elle a faits , elle les
a crus convenables , elle a droit de les changer
s'ils deviennent funeftes & dangereux... » Et les
auteurs finiffent par implorer une loi pénale.
contre l'attentat des proteftations ; fuivent fix
pages de fignatures .
il être déchu. --1
M. d'André a demandé qu'il fût décrété que
tout membre du corps lég flatif qui le permettra
de protefter contre la majorité foit déchu de fes
fonctions. Cette loi eft d'autant plus jufte ,
a-t-il dit , que vous avez décrété que le Roi
qui protefteroit feroit cenfé avoir abdiqué ; à
Pius forte raifon le légiflateur qui proteſte , doit-
On me dit : non pas . Je commence
par obferver que le décret propofé ne
peut avoir d'effet rétroactif. Qu'eft - ce qu'une
proteftation ? Une rébellion . Qu'est - ce qu'une
rébellion dans le corps législatif ? Une véritable
forfaiture. Quelle eft la peine de la forfaiture ?
La déchéance ... Je ne crois pas qu'un renvoi
foit néceffaire ; mais fil'Affemblée veut l'ordonner
, je ne m'y oppole pas. Cependant nous
fommes à une féance du foir & la loi que je
propofe eft conftitutionnelle ; je demande moimême
le renvoi au comité de conftitution. » Le
renvoi a été ordonné avec, ordre d'en faire le
rapport inceffamment . ⠀
( 365 )
Le fieur Bourfault , ci - devant Malherbe
entrepreneur d'un nouveau théâtre de Paris ,
fous le nom de théatre de Molière , a offert ,
à la barre , d'entretenir , pendant une année
, fix gardes nationales , en regrettant que
les fonctions publiques qui l'attachent lui & fescomédiens
au fervice de la capitale , les privent
de la gloire que leurs frères d'armes vont cueillir
aux frontières ; & il y a joint le ferment de re
jamais fouffrir que l'on débite fur fon théâtre
aucunes maximes étrangères aux loix que FACfemblée
nationale a décrétées.
Réunis aux corps adminiftratifs de la ville de
Saint -Flour , le 2 juillet , les membres du directoire
du département du Cantal & beaucoup
d'autres citoyens , ont configné dans une lettre
le vou le plus formel pour l'inviolabilité du
Monarque. A Argenteuil on fait des prières pour
la confervation des bons citoyens ; les femmes
vont à l'églife , les hommes vont aux champs ,
les jeunes gens nontent la garde. Dans le dé
partement du Nord , le jour de la fédération ,
il s'eft élevé la queftion de favoir fi l'on prêteroit
le premier ou le dernier ferment décrété .
Le directoire a décidé que le dernier feroitprêté
. Tous les citoyens s'y font foumis ; quelques
chefs de la garnifon de Douay s'y font
oppofés ; il y a une forte de divifion à ce fujet .
L'Aflemblée a approuvé le directoire .
Au moment où il s'agit du fort de la France
on n'eft pas peu furpris d'avoir à s'occuper
de fpectacles . M. le Chapelier a propofé , &
après une difcuffion plus longue qu'intére flance ,
le corps
conftituant a décrété les articles fuivans :
L'Affemblée nationale , après avoir entendu
le rapport de fon comité de conftitution , confidécc
Q 3
( 366 )
rant que la loi du 16 août 1790 n'étoit que provifoire
, & que la loi du 13 janvier dernier contient
des difpofitions générales , qui feules doivent être
exécutées dans tout l'empire François , a décrété ,
fur l'art . I du projet du comité , qu'il n'y a pas
lieu à délibérer. »
« Art. I. Conformément aux difpofitions de
l'art . III, & du décret du 13 janvier dernier ,
concernant les fpectacles , les ouvrages des auteurs
vivans , même ceux qui étoient repréſentés
avant cette époque , foit qu'ils fuffent ou non
gravés ouimprimés , ne pourront être repréſentés
fur aucun théâtre public , dans toute l'étendue du
royaume , fans le confentement formel & par écrit
des auteurs , ou fans celui de leurs héritiers ou
ceffionnaires pour les ouvrages des auteurs morts
depuis moins de cinq ans ; le produit total des
repréſentations fera au profit des auteurs ou de
leurs héritiers ou ceffionnaires . »
<< II. La convention entre les auteurs & les
entrepreneurs des fpectacles fera parfaitement libre ;
& les officiers municipaux , mi aucuns fonctionnaires
publics ne pourront taxer lesdits ouvrages ,
ni modérer & augmenter le prix convenu ; se
la rétribution des auteurs , convenue entr'eux ou
leurs ayant-caufe & les entrepreneurs de fpectacles
, ne pourra être ni faifie , ni arrêtée par
les , créanciers des entrepreneurs des fpectacles . »
Un autre décret a annullé l'inféodation du fol
de la forêt de Beaufort faite au fieur Barraudière
Deuffile par arrêt du confeil du 9 août 1771 ;
a révoqué les ventes faites en conféquence , &
maintient les cenfitaires à la charge de tenir
directement du domaine national . Ce décret offre
dans fon préambule çes mots : «c Confidérant ,
au furplus , que l'intérêt de la nation devant être
li mefure & la règle de l'exercice de les droits... »
( 367 )
La mefure du droit étant , dans la justice indépendamment
de l'intérêt & de la volonté , il eft
à defirer que de pareils énoncés foient rectifiés
lors d'une révifion générale.
Voici fept articles décrétés dans la même
féance .
«Art. I. Les reconnoiffances définitives de liquidation
qui fe trouvent grevées d'oppofitious , ne
pourront être payécs comptant à la caiffe de
Textraordinaire , & feront fufceptibles d'être employées
en acquifition de domaines nationaux , en
conformité des articles XI & XII du Décret du
30 octobre , & des articles V & X de celui du 6
& 7 novembre . »
II. Elles ne feront expédiées qu'après que
les parties prenantes auront juftifié des acquifitions
par elles faites , qui feront vifées dans
Icfdites , réconnoiffances , dans lesquelles il fera
en outre fait mention du nom des oppofans &
de la date des oppofitions. ככ"
c. III . Les intérêts dont les créances liquidées
feront fufceptibles aux termes du décret , feront
calculés & compris dans lefdites reconnoiffances.
»
« IV. Lefdites reconnoiffances ne pourront
être reçues au paiement des domaines nationaux ,
qu'après que le porteur aura notifié aux créanciers
oppofans l'acquifition par lui faite , avec
fommation à comparoître à jour & heure fixes
chez le tréforier du District , pour y affifter par
cux ou leurs procureurs fondés , à l'emploi de
ladite reconnoiffance , & au tranſport de leurs
droits,priviléges&hypothèques.»ככ
« V. Le tréforier du Diſtrict qui recevra lefdites
reconnoiffances en paiement , les retirera
quittancées par le propriétaire ou fon fondé de
Q 4
·( 368 )
Procuration , & fera tenu de les vifer dans la
quittance qu'il délivrera , & d'y faire mention
du nom des créanciers oppofans , de la fommasion
qui leur aura été faite , & de leur préfence
ou défaut de comparution , & fe conformera en
outre à ce qui lui eft preferit par l'article VII da
décret du 30 décembre . »
ce VI . Lefdites reconnoiffances ne pourront
être employées qu'à la charge de payer la totalité
d'un ou de plufieurs domaines nationaux , afin
qu'en aucun cas l'hypothèque des créanciers ne
foit atténuée par le privilège de la nation fur
les biens vendus . »
« VII. Les droits , priviléges & hypothèques
des créanciers palleront fur le domaine acquis fats
novation , en conformité de l'article XII du décret
du 30 octobre . »
Du mercredi 20 juillet.
L'ordre du jour appel'oit la difcuffion fur le
code rural , & M. Delamerville en a propofe
divers articles que l'Affemblée a décrété , après
de légers débats . Nous les tranferirons ailleurs
avec ceux qu'on a déjà rendus fur cette partie ,
reftreinte aujourd'hui à la police par le befoin
de marcher plus vîte à la fin de la conftitution . '
M. de Sillery a repréfenté que le délai fixé
pour la nomination du gouverneur de M. le
Dauphin étoit expiré depuis famedi dernier. « Je
demande , a t - il dit , abfolument que l'Affemblée
décide fi fes décrets font illufoires » . Pluficurs
voix ont crié à l'ordre du jour ; d'autres de
famedi en quinze ou en huit. M. Vieillard s'eft
félicité du délai , parce qu'on avoit acquis des
lumières très précieufes , & que tels fujets qui
auroient eu des voix n'en auront pas , ( exemple
( 369 )
inftructif de la verfatilité de l'opinion publique ) .
L'Affemblée a décrété que la nomination fe ferade
famedi en huit .
Dès après-demain , a dit M. Anfon , tous les
citoyens pourront échanger à Paris des affignats
contre de la petite monnoie ( applaudi ) .
M. Charles de Lameth a dénoncé M. Brulée
comme ayant trompé la nation & l'Affemblée
en s'engageant dans l'entrepriſe d'un canal pour
lequel il n'avoit pas de fonds , en promettant
de donner de l'ouvrage à un grand nombre
d'ouvriers que ce faux efpoir a retenus aux environs
de la capitale . Il a demandé que le décret
relatif au canal de M. Brulée fût renvoyé aux
comités des domaines & de mendicité .
Le fieur Brulée n'a pas joué l'Affemblée , n'a
trompé ni la nation ni les ouvriers , a répondu
M. Martineau . Cet honnête citoyen a conçu un
projet , & l'a mis à exécution autant qu'il étoit
en fon pouvoir. Jamais l'Affemblée & le public
n'ont pu croire que le fieur Brulée entreprendroit
feul un canal qui coûtera de 26 à 30 millions ;
it comptoit fur des fonds. On devoit conftruire .
le long du canal des magafins où les marchands
de Paris auroient déposé leurs marchandiſes pour
ne les faire entrer qu'à fur & à meſure du dérail
, ce qui leur eût épargné de grandes avances
de droits d'entrées ; la fuppreffion des entrées a
rendu ces entrepôts inutiles , les gains eſpérés
ont difparu , ceux qui avoient promis des fonds
ont retiré leur parole , & le fieur Brulée a dé '
penfé cinq à fix cents mille livres en travaux &
préparatifs.
Je demande , a reptis M. Charles de Lameth ,
le renvoi aux comités ; on verrà files faits font
( 370 )
fauffement exposés par moi ou par M. Martineau.
Le renvoi a été décrété. 114
M. Hotteau , chargé des affaires de France à
Philadelphie , a juré d'être fidèle à la nation , à
la loi & au Roi , le 28 avril . M. de Montmorin
en a informé l'Affemblée .
Le confeil de la commune d'Amiens , & les
adminiftrateurs du département de Seine &
Marne , envoient au corps conftituant des
adreffes plus analogues aux dernières loix égalerent
conftitutionnelles . Ils y repouffent tout
fyftême perfide de république fédérative , ne font
aucune mention du Roi , rendent hommage à
la fageffe & au courage de l'Affemblée , &
jurent de vivre libres ou de mourir pour le
maintien de fes décrets .
Un procès -verbal a atteſté que le navire l'Africain
ne contenoit ni or ni argent ; & la féance
s'eft terminée par l'adoption de quelques nouveaux
articles du code pénal rural .
Du jeudi , 21 juillet .
Organe du comité militaire dont il eft membre
, M. Emmery , avocat , a expofé la fituation
de l'armée de ligne . Quantité de régimens font
dépourvus d'officiers ; de ceux- ci plufieurs ont
paffé dans l'étranger , d'autres ont été deftituées
par les foldats . Le fervice eft prefque nul , les
exercices fe font à peine . Il est très -inftant de
rétablir la difcipline. Pour cela M. Emmery a été
d'avis que les officiers foient punis fuivant l'exigeance
des cas , & que les foldats qui fe font permis
, a - t- il dit , un acte de licence intolérable en
deftituant eux- mêmes leurs officiers de la manière
La plus illégale , « doivent auffi recevoir quelque
сс
( 371 )
marque d'improbation de la part de l'Affemblée
nationale. »
Dans ces vues , il a propofé un décret en 13
articles , portant ce qui fuit : Les officiers qui ,
depuis l'époque du premier mai dernier , one
abandonné
leur corps fans donner leur démiffion
& font paflés à Pétranger , feront pom:fuivis
comme transfuges
, & les émigrans qui avoient
donné leur démiffion , pourfuivis de même, s'ils
ne rentrent en France dans le délai d'un mois .
Toute dénonciation
des foldats & des fous-offciers
fera reçue contre les officiers forcés de
quitter leur corps en conféquence
de foupçons
non légalement
vérifiés. Ceux contre lefquels il
n'y aura pas de dénonciation
faite dans la quinzaine
, ou qui feront abfous , rentreront
dans
leur corps ou dans un autre , en prêtant le ferment.
Les dénonciateurs
qui ne prouveront
rien
feront caffés . La nomination aux emplois réfervée
aux fous-officiers , n'aura lieu dans les régimens
coupables de deftitutions
illégales d'officiers,
fur la demande des chefs . Tous autres déque
fits , excepté la défertion , l'embauchage
& la
trahifon, feront réputés non-avenus , & les condamnés
mis en liberté. Déformais
l'infubordination
fera rigoureufement
punie , ´les commiffaires
-auditeurs & les fous- officiers en demeureront
refponfables
. On punira touté réunion
non- autorisée
par la loi , toute délidération
formée
, toute émiffion de voeu collectif, & toujours
des cartouches
pures & fimples , riem
d'infamant. Tels font en fubftance les moyens
propofés par le comité militaire , pour rétablir
la difcipline . On en a décrété l'impreffion
&
l'ajournement
au lendemain
de la diftribution
.
Reprenant
encore la parole , M. Emmery a
Q 6
( 372 )
raconté que les commiffaires de l'Affemblée , par
une fuite de leurs difpofitions pour la défenfe des
frontières , ayant ordonné au régiment de Naflau
de fe rendre à Sedan , cette ville a refufé de le
recevoir ; à Thionville , on a déclaré qu'on leve
roit les pents ; à Sarrelouis , on a menacé de
tirer le canon. Ce régiment eft use des meilleures
troupes , des mieux difciplinées , il a prêté
tous les fermens qu'on a voulu ; mais il étoit
fous les ordres de M. de Bouillé , & l'on le fouvient
que Naffau fut employé à l'orangerie à
Verlailles . Les corps adminiftratifs de Metz ,
pénétrés de tant de refus , ont fufpendu fa
marche. Un grenadier de Naffau eut une querelle
à Metz avec un grenadier du régiment de
Condé ; ce dernier fuccomba ; fes camarades
vouloient le venger : cette rixe particulière alloir
produire une affaire générale & fanglante ; la
prudence des officiers & des adminiftrateurs parvint
à tout calmer.
Les commiflaires donnèrent au régiment de
Naffau l'ordre de fe rendie à Toul ; quatre à
cinq cents hommes ( für 1400 ) refusèrent d'obéir .
Depuis , ces foldats ont déchiré les galons de
leurs habits , arraché leurs boutons & leurs retrouffis
, en déclarant qu'ils ne ferviroient point
dans un régiment étranger , qu'ils ne vouloient
fervir que comme François . On a beaucoup
applaudi à l'ardeur , à l'énergie de leur ferment
lors de la fédération . Le furplus du régiment a
demandé que deux officiers municipaux l'accompagnaflent
à Toul , & y eft actuellement place.
M. Emmery a préfenté un projet de décret adopté
fans débats en ces termes :
ce L'Affemblée nationale décrète que le quatrevingt-
feizième régiment d'infanterie , de ci- de(
373 )
vant Naffau , & tous ceux ci -devant défignés
fous le nom de régimens infanterie allemande
irlandoife , font partie de l'infanterie françoife ;
qu'en conféquence ils ne font avec elles qu'une
feule & même armée ; qu'ils prendront l'uniforme
françois , fuivant la inême difcipline que les
autres troupes françoifes , qui , à compter du
premier de ce mois , feront traitées de la même
manière relativement à la folde , aux appointemens
& à la fixation des différentes maffes , »
Trois ingénieurs étoient à Landau , ils ont
paffé chez l'étranger , les habitans en ont conçu
de vives alarmes . Pour les raflurer , M. Emmery,
toujours au nom du comité militaire , a propofé
un décret auquel M. de Montefquiou a fait
l'amendement que M. Phélines iroit non- feulement
comme ingénieur , mais aufli comme commilaire
de l'Affemblée ; tel eft ce décret :
ce L'Affemblée nationale décrète que M. Phêlines,
membre de l'Affemblée , fe tranfportera ,
ca qualité de commiffaire , fans aucun retard ,
à Landau , & delà dans les différentes places du
Bas-Rhin , pour en reconnoître & en conftater
Fétát , & avifer avec les chefs & commaLdans
militaires , & même s'il y a lieu , les corps ad-
Ainiftratifs & municipaux , aux moyens de tout
genre à employer pour la défenfe & la confervation
de ces places , & correfpondre fur tous
ees objets avec le miniftre de la guerre & le
comité militaire . »
M. Lebrun a fait adopter un projet de loi en
47 articles contenus en cinq titres , portant pour
indications des matières I. Liquidation &
comptabilité de la ferme générale & de la régie
générale. II. Rembourfemens des adminiftrateurs-
généraux des domaines fupprimés par le
( 374 )
1
raux. --
décret du 7 février 1791 , & des régiſſeurs-géné-,
III Rembourfemens de fonds d'avance
de cautionnement & d'exploitation de la ferme
générale.-- IV . Remboursemens des fonds d'avance
& de cautionnement des employés . --V. Régiffeurs
des poudres & administrateurs de la loterie.
Un citoyen anonyme de Paris a donné 300
liv. pour la défenſe des frontières . -
Au nom du comité de la marine , M. de
Champagny a fait rendre un décret en 24 articles,
contenant le mode d'exécution de décrets antérieurs
, fur le concours & l'examen des candidats
pour les places d'afpirans & celles d'enfeignes
entretenus. C'eſt le titre des examinateurs & des
profeffeurs.
-
Les commiffaires envoyés dans les départemens
du Nord & du Pas - de - Calais , ont écrit de
Valenciennes , le 20 juillet , à l'Aſſemblée nationale.
Par- tout le plus grand ordre , une confiance
fans bornes dans le corps conftituant , des
places dans le meilleur état , des provifions &
des munitions en abondance ; mais des municipalités
qui s'emparent de tous les fufils expédiés
pour ailleurs , qui vident les arfenaux & s'en
approprient les armes fans les payer , & des
prêtres toujours réfractaires qu'il ne fuffit pas
d'avoir ruinés , dont l'afpect trouble les prêtres
conftitutionnels , & à qui l'on impute facilement
ce qu'on veut ; tel eft le fonds ufé de cette lettre ,
où , des éloges des talens & du civiſme connus
de M. de Rochambeau , l'on paffe aux amis de
la conftitution de Valenciennes , qui envoient
une adrefle pleine d'admiration pour les légiflateurs
impaffibles comme la loi , que les factieux
n'ont pas détournés des vrais principes . L'impreflion
en a été décrétée,
( 375 )
Du jeudi , féance du foir.
Une lettre de M. de Montmorin a informé
l'Affemblée qu'il venoit de recevoir enfin des
nouvelles de M. Duveyrier. Il paroît , par une
note envoyée de Bruxelles au miniftre , qu'en
effet M. Duveyrier qu'on perfifte à nommer envoyé
de la nation , quoiqu'il n'ait été chargé
d'aucune lettre de créance , d'aucun caractère
auprès des fouverains chez qui on l'envoyoit , a}
été arrêté à Luxembourg & relâché avant la
réclamation que M. de Montmorin en a faite .
La note eft ainfi conçue :
·
"
>
ce Il eft parvenu à la connoiffance du gouver
neur-général des Pays - Bas , que deux François ,
l'un nommé Duveyrier , ſe diſant garde du Roi ,
l'autre Bouchard , ne prenant pas de qualité ,
avoient été arrêtés à leur paffage à Luxembourg
par le commandant militaire de la fortereffe
parce qu'ils n'étoient pas munis de pafle-port
& que le deuxième de ces quidams avoit tenu ,
dans un lieu public , des propos affez peu mefurés.
Le gouverneur général s'attachant moins aux
formalités d'ufage , qu'aux circonftances publiquès
, ne voulant pas même qu'il fût ufé de
repréfailles , à l'égard des violences ou des outrages
que l'on s'eft permis fur les frontières
contre les fujets de l'Empereur , notamment à
Thionville , à l'occafion d'un officier qui réclamoit
deux foldats déferteurs , a fait donner furle-
champ ordre au commandant de Luxembourg ,
de relâcher lefdits Duveyrier & Bouchard , de les,
faire conduire hors du territoire du gouvernement
& de leur faire délivrer un certificat du
fujet de leur arreftation . Le gouverneur n'a aucunement
douté que cet ordre n'ait été exécuté.
*
( 376
Mais fur le mémoire de M. de la Galière , il
va le réitérer , dans la confiance qu'en cas pareil
le gouvernement de France confervera les mêmes
procédés à l'égard des fujets de l'Empereur , &
qu'il fera donné des explications convenables fur
les différens objets de plainte qui ont été portés
depuis quelques jours à la connoiffance du miniftre
de France . Bruxelles , le 19 juillet 1791. ”
On a demandé le renvoi au comité diplomatique.
« Il faut une vengeance éclatante , a dit
une de ces voix qui dévancent toute réflexion , »
Le renvoi pur & fimple a été décrété .
Nos lecteurs nous difpenferont d'extraire un
nombre d'adreffes qui femblent toutes être des
copies d'une première ou diverfes façons d'un'
même thême. Celle de Charleville s'élève avec
cette énergie de civifme qu'une filencieufe &
refpectueule obéiffance ne caractériseroit pas
moins heureufemment , contre le républicaniſme
que des factieux cherchoient à faire triompher
du décret du 15 fur l'inviolabilité du Monarque
toujours détenu . Quelques citoyens de Montmédy
témoignent le vou d'établir une fête en
commémoration de l'arrestation de Louis XVI
à Varennes. Le projet d'un cenotaphe pour
Honoré Mirabeau à mérité le prix propolé pour
ce fujer par l'académie ci-devant royale d'architecture
; l'auteur du deffia couronné eft venu
en faire hommage aux repréfentans de la nation ,
& a reçu les honneurs de la féance . Des députés
de Sedan atteftent que le département des Ardennes
eft dans les meilleures difpofitions , ne
demandent que des chefs & des commandans
expérimentés & patriotes , & jurent de courir à
la victoire en répétant le cri qui fera déformais
le fignal des combats vivre libres ou mourir, »
( 377 )
Leur requête eft renvoyée au comité militaire.
Pour réfuter les calomnies dont s'eft nouri
le faux bruit que Marfeille vouloit s'ériger en
république , M. Caftellannet a rappellé les preuves
non - équivoques de l'amour de cette ville pour
la révolution , a communiqué à l'Affemblée les
mefures que la municipalité de Marfeille a prifes
relativement aux gens fans aveu & aux vagabonds
, même avant le décret qui les concernes
& il a de plus ajouté que , fur la réquifition des
commiffaires conciliateurs envoyés dans le Comtat
Venaiffin , il avoit été accordé un détachement
de la garde nationale Marfeilloife qui eft parti
pour aller appuyer leurs travaux.
Au nom des comités de mendicité , d'aliénation
, de finances & de conftitution , M. Frieur
a fait lure d'un rapport fur l'établiffement de
l'inftitution des fourds & muets , rapport imprimé
par eux - mêmes . M. l'abbé Sicard , leur
inftitutcur , a obtenu auffi la parole & a dit que
fes élèves avoient dreffé un autel femblable à
celui du champ de la fédération , & que pénétrés
du zèle patriotique ils jureroient le foir même ,
d'être fidèles à la nation qui les adopte & de ne
jamais oublier les noms de leurs auguftes bienfaiteurs.
Les conclufions de M. Prieur avoient
été un projet de décret adopté en ces termes :
Art. I. Le local & les bâtimens du couvent
des ci-devant célestins fitués à Paris , près l'arfenal
, feront , fous les réferves que le département
de Paris pourroit juger néceffaires , employés
à l'établiffement des écoles deftinées à
l'inftruction des fourds , muets , & des aveugles.
« II. L'établiſſement de l'école des fourds &
muets occupera provifoirement la partie des bâtimeus
indiqués par l'arrêté du 20 avril dernier,
( 378 )
« III. Il fera pris fur les fonds de la tréorerie
nationale : »
.ccce 1 ° . Annuellement , & à compter du premier
janvier dernier , la fomme de 12,700 liv.
pour les honoraires du premier inſtituteur , du
fecond , des deux adjoints , d'un économe
d'un maître d'écriture , de répétiteurs & de deux
maîtreffes ; »
"
cc 2 °. Pour cette année feulement , pour vingtquatre
penfions gratuites , à raifon de 350 liv .
chacune , qui feront accordées à vingt- quatre
élèves fans fortune fuivant actuellement les écoles ,
celle de 8,400 liv. ဘ
« IV. Les 12,700 liv. d'honoraires accordés
par l'article précédent , feront réparties ainfi qu'il
fuit : »
Au premier inftituteur
4,000 1.
Au fecond instituteur 2,420
A deux adjoints à raifon de
1,200 liv. chacun
• 2,400
A l'économe . 1,500
350 liv. chacun
Au maître d'écriture externe
A deux répétiteurs , à raison de
Aux deux maîtreffes gouvernantes
, à raifon de 600 liv . chaseo
700
cune ·
3 TOTAL.
1
•
1,200
12,700 liv .
« Tous auront le logement , excepté le maître
d'écriture..
» Nul n'aura la table que l'économe , les deux
répétiteurs & les deux maîtreffes - gouvernantes , »
cc V. Le choix des deux inftituteurs actuellement
occupés à l'inftruction des fourds & muers
eft confirmé. »
1379 )
« VI. Il leur feta adjoint deux élèves-inftituteurs
qui feront nommés par le département
de Paris , fur la préfentation du premier inftituteur.
»
« La furveillance de l'établiſſement eft fpéclement
confiée au département de Paris . »
M. Malouet a demandé que le nom de M.
l'abbé de l'Epée , premier fondateur d'une inftitution
auffi louable , fût rappellé avec tout l'honneur
dû à la mémoire d'un homme auffi précieux
à l'humanité . L'Affemblée a favorablement accueilli
cette propofition .
On a terminé la féance en décrétant douze
articles relatifs à la liberté du commerce maritime
. Tout François pourra dorénavant envoyer
de tous les ports du royaume des vaiffeaux &
marchandiſes dans toutes les échelles du Levant ,
dans tous les ports de la Barbarie , y faire des
établiffemens , en fourniffant , jufqu'au réglement
qui fera préfenté à l'Affemblée nationale
fur le inode « d'organifation de l'adminiſtration
du Levant , un cautionnement qui garantifie les
autres établiffemens François des actions qui
pourroient être exercées contre eux par fon fait
ou celui de fes agens. » Ces cautionnemens feront
reçus par les directoires des départemens qui en
remettront un extrait à la chambre de commerce
de Marfcille . Les retours fe feront dans tous
les ports de France , après avoir fait quarantaine
à Marseille . Les droits , entrepôts & tranfit font
défignés par le même décret.
Du vendredi , 22 juillet.
On a informé que la partie la plus nombreuſe
du régiment de Naffau eft arrivée & a été reçue
avec joie à Toul , que l'autre partie s'y cft,
( 380 )
jointe & qu'un nouveau ferment a prouvé leur
civifime ; détails vivement applaudis .
> MM. Buiffon & Garnery libraires de Paris ,
s'engagent à payer l'entretien , l'un de 4 , de 8
ou de 12 , l'autre de 2 ou de 4 foldats - citoyens
employés à la défenfe des frontières , plus ou
moins felon le degré du danger de la patrie .
Au nom des comités militaire & diplomatique
M. Alexandre de Lameth a fait un rapport fur
les mefures à prendre pour la défenſe du
royaume. Il a d'abord établi qu'au moment de
l'organisation de l'armée , les foldats «< ignoroient
encore quelle étoit l'autorité falutaire & protectrice
( comme fi la conftitution même ne défignoit
pas le Roi chef fuprême de l'armée ) ;
que , depuis , de grands acts de juftice ont
acquis à l'Affemblée la confiance de la plus grande
partie des troupes . » Pendant plufieurs mois ,
a t- il dit , le fuccès du recrutement le trouvant
au moins balancé par les défertions , l'armée eft
reftée à 350 mille hommes effectifs . Des décrets
rendus pour l'augmenter , paffant à l'éloge des
généraux patriotes & à la cenfure peu impartiale
des officiers « qui n'ont pu faire à la patrie le
facrifice des préjugés dont ils étoient les jouets ,
& qui en fe féparant de l'armée en ont fouftrait
un germe perpétuel de méfiance & de troubles » ;
M. Alexandre de Lameth a retracé tous les ordres
donnés & connus , & il a prouvé par des états
vifés & fignés d'un premier commis & certifiés
par M. Duportail , que de Dunkerque a Béfort ,
& de Béfort à Monaco , il y a des effets de
campement dans les magafins , Four 82,230
hommes que 133 magafins répandus en échellons
fur les frontières & les côtcs , contiennent
des vivres fuffifans pour une armée de 400,000
сс
i
( 381 )
hommes pour fix mais ; des fourrages pour
40,000 chevaux pendant quatre mois ; que jamais
le département de la guerre n'a été aufli tiche
en cette partie .
сс
Douze cents caiffons pour le ſervice des vivres
font prêts & fuffiront pour deux armées de 30,000
hommes , exigeront 4,500 chevaux . Les hôpitaux
de Bitche , Lille , Strasbourg ont des approvifionnemens
pour trois armées de 30,000 hommes
chacune , & à quelques objets près dont la fournitare
eft ordonnée . » Il a été commandé 339
bouches à feu & 42 mille fufils . Les magafins
de l'artillerie contiennent de 19 à 20 millions de
poudre ; la régie en a fourni , cette année , 400
anilliers. On fabrique des boulets & des bombes
en quantité. « Il exifte dans les places de Douay ,
Arras , la Fère , Strasbourg , Metz , Auxonne ,
Lyon , Grenoble & Fort-Barrault , 1,226 bou
ches à feu avec tous leurs attirails & munitions
pour former fix grands équipages d'artillerie dont
trois de campagne & trois de fiéges à la fuite
des armées qu'on pourroit être dans le cas de
faire marcher en Flandre , en Allemagne , en
Italie , & ce indépendamment des quatre petits
équipages deftinés à défendre les côtes du
royaume... Au furplus , quand on fait qu'il y a
environ 6,000 bouches à feu , de fonte , &
1,500 de fer , fur les frontières , on doit croire
que les places font dans un excellent état de
défenſe . »
De tous ces faits revenant aux hypothèſes ,
M. Alexandre de Lameth n'a vu que deux fuppofitions
à faire , celle d'une coalition générale
des puiffances pour une invafion , ou celle d'une
attaque partielle dans l'efpérance de former un
parti dans le royaume , & de réunir dans cette
( 382 )
entrepriſe les émigrans , les petites puiffances de
Empire , & peut - être même quelques puiffances
du premier ordre. » Toutes les deux fuppofitions
font également invraisemblables acx yeux de
M. de Lameth. La première ne pourroit fe réalifer
ou fe tenter qu'au printemps ; la feconde
feroit une haute imprudence qu'il eft cependant
bon d'examiner férieufement.
Nous n'avons rien à craindre , felon lui , de
l'Angletere. Des ports défendus par des travaux
confidérables , les troupes de lignes , les gardes
nationales , la mer , l'équinoxe , l'impoffibilité
où feroient les Anglois de fe foutenir fur nos
côtes , tout raffure M. le rapporteur . Les frontières
d'Espagne , de Savoie , de Suiffe , font
défendues par des chaînes de montagnes qu'il
fuffit de nommer. Le Roi d'Espagne « ne paroît
Ps vouloir prendre une part active aux projets
qui pourroient être dirigés contre nous . Le Roi
de Sardaigne eft occupé chez lui à contenir le
ferment de révolution que nos émigrans y ont
apporté. Les lenteurs délibératives des Suiffes
nous donneroient du temps ; & tous redouteroient
qu'avant la fin de feptembre , les neiges
ne leur fermaffent le retour dans leur pays ; cat
Fimmenfité de nos forces ne leur laifferoit nul
efpoir de prendre des quartiers d'hiver en France.
Au refte , ces dangers même chimériques feront
prévenus par des nombreux détachemens de gardes
nationales.
ל כ
Tranquille de tous ces divers côtés , M. Alexandre
de Lameth a jetté un coup- d'oeil fur les
frontières plus expofées . De Béfort à Dunkerque
nous avons en oppofition les Pays - Bas , le
Luxembourg , & Worms à l'autre rive du Rhin.
L'Empereur , a-t- il dit , n'a que 40 à 45 mille
( 383 )
сс
hommes dans les Pays - Bas. Il lui faut 20,000
hommes , au moins , pour y maintenir fa puiffance
; il ne pourroit donc employer contre nous
que 15 à 20 mille hommes. Le Luxembourg a
befoin des 3 à 4 mille hommes qui le contien
nent. Worms ne préfente qu'un attroupement
qui n'eft pas exactement connu » de 4 à s
mille émigrans , qui ne mériteroient aucune at
tention fi l'on ne fuppofoit qu'ils peuvent rece
voir quelque fecours des princes Allemands poffeffionnés
en Alface . M. de Lameth porte le tout
à 15 ou 20 mille hommes au plus . Cela ne feroit
que 30 à 40 mille hommes ; & il y oppofe
64,674 hommes effectifs de troupe de ligne qui
en feront bien 91,260 lorfque les corps feront
au complet décrété ; plus 2.600 gardes nationales
décrétés ; plus une réferve de 15 mille
autres placés entre Paris & la frontière pour la
sûreté de la capitale ; & enfuite les troupes qu'on
pourra tirer de l'intérieur; total 105 mille hommes
fans compter ce qu'il a nommé « les moyens matériels.
»
M. Alexandre de Lameth a propofé de mettre
fur pied & d'entretenir dès ce moment , 97 mille
gardes nationales en 15 divifions , ce qui portera
farmée à 243 mille hommes effectifs & à 3 10,000
lorfque la troupe de ligne fera complette ( quatrevingt-
dix-fept mille gardes nationales avec la
paye des fous- officiers , officiers , &c. , coûteront
plus de 125 mille livres par jour , confêquemment
plus de 3 millions 750,000 liv . par
mois ; plus de 45 millions par an ) . On fuivra
la réparation des places avec activité ; 4 millions
feront provifoirement accordés pour cet objet.
Les recrutemens fe hâteront, « Les ordres font
'donnés pour les achats d'approvifionemens , conf(
384 )
·
truction d'effets de campement , fabrication
d'armes. » Enfin , des commiffaires pris dans le
fein de l'Affemblée nationale iront par- tout où
befoin fera , favorifer l'exécution des décrets ,
calmer les inquiétudes , affurer l'ordre public ,
preffer , réalifer le paiement des contributions ,
diriger le patriotifme vers le refpect des autorités
légitimes , & la difcipline & la fubordination
régneront déformais dans l'armée. »
Sa péroraifon a peint les peuples voiſins jaloux
de notre alliance & affez fages pour ne pas
chercher à nous aliéner par d'imprudentes querelles
; une véritable & légitime puiffance , des
mefures fuivics , de l'ordre , du calme dans les
réfolutions , & un gouvernement vigoureux , là
où tant de paffions & d'intérêts vouloient , difcitil
, n'appercevoir qu'une faction , que des factieux
, que l'agitation d'un petit nombre d'hommes
, que la confufion & l'anarchie . Ce difcours
vivement applaudi du côté gauche & des galeries
, s'eft terminé par un projet de décret ,
adopté fur le-champ tel que le voici :
сс L'Aſſemblée nationale , oui le rapport des
comités militaire & diplomatique , fur les moyens
de pourvoir à la défenſe extérieure de l'Etat
décrète ce qui fuit :
« Art. I. Il fera mis fur- le- champ en activité
97,000 hommes de gardes nationales , y
compris les 26,000 qui , par le décret du ......
ont été deftinés à la défenſe des frontières du
Nord ; ces gardes nationales feront foldées & organifécs
conformément aux précédens décrets , &
Teront diftribuées ainfi qu'il fuit :
« Première divison . De Dunkerque à Givet ,
8000 hommes fournis par les départemens ,de la
Somme ,
( 385 )
Somme, de l'Oife , de TAifac , du Pas- de- Calais
& du Nord.
כ כ
ce Deuxième divifion . De Giver à Bitche ,
10,000 hommes fournis par les départemens de la
Marne , les Ardennes , la Meufe , la Meurthe &
la Molelle . »
Troisième divifion . De Bitche à Huningue
& Béfort , $ , 000 hommes fournis par les départemens
du Haut & Bas -Rhin . »
Сс
Quatrième divifion . De Béfort à Belley ,
1 ,con hommes fournis par les départemens des
Vofges , de la Haute- Saône , du Doubs , du Jura
& de l'Ain . 39
CG
Cinquième divifion . De Belley à Entrevaux
fur le Var , 8,000 hommes fournis par les départemens
de l'Isère , les Hautes - Alpes , les Baffes-
Alpes & la Drôme , »
Sixième divifion . De la Méditerranée , depuis
l'embout hure du Vas jufqu'à celle du Rhône ,
4,000 hommes fournis par les départemens du
Var & des Bouches - du -Rhône . »
ce Septième divifion . De l'embouchure du Rhône
jufqu'à l'étang de Leucate , 3,000 hommes fournis
par les départemens du Gard , de l'Hérault & de
1 Aude , »
ce Huitièmedivifion . De Perpignan à Bayonne ,
10,000 hommes fournis par les départemens der
Pyrénées Orientales , de l'Arriége , de la Haute-
Garonne , des Hautes-Pyrénées & des Baffes-
Pyrénées . »
Neuvième divifion . De l'Océan , depui
Bayonne jufqu'à l'embouchure de la Gironde ,
4,000 hommes fournis par les départemens des
Landes & de la Gironde . »
ce Dixième divifion . De l'embouchure de l
Gironde à celle de la Loire , 3,000 hommes fou
N°. 31. 30 Juillet 1791.
R
( 386 )
nis par les départemens de la Charente inférieure ,
de la Vendée , de la Loire inférieure , des deux
Sevres , & Mayenne & Loire. »
« Onzième diviſion . De l'embouchure de la
Loire à St. Malo , 5,000 hommes fournis par les
départemens du Morbihan , du Finistère & des
Côtes du Nord . »
ee Douzième divifion . De Saint-Malo au Grand-
Vay, 3,000 hommes fournis par les départemens
de l'Ille & Vilaine , la Manche & la Mayenne . »
ce Treizième divifion . Du Grand-Vay à l'embouchure
de la Somme , 4,000 hommes fournis
par les départemens du Calvados , de la Seine
inférieure & de l'Eure . »
cc Quatorzième divifion. L'ifle de Corfe ,
2,000 hommes fournis par le département de
l'ifle de Corfe. »
CCcc Quinzième divifion . Il fera formé une réferve
de 15,000 hommes , placés fur Senlis
Compiègne , Soiffons & lieux circonvoifins . Elle
fera fournie par les départemens ci-après dénommés
Paris , Seine & Oife , Seine & Marne ,
l'Aube , l'Yonne , Loiret , l'Eure & Loire , l'Orne ,
la Sarthe , Loire & Cher , la Nièvre , er ,
la Côte-d'Or , la Haute-Marne , l'Indre & Loire ,
l'Indre. »
cc
II. Le miniftre de la guerre nommera furle
champ une commiffion compofée d'officiers
d'artillerie & de génie , lefquels feront chargés
de parcourir , enſemble ou féparément , les principales
frontières duroyaume , de prendre connoiffance
de l'état des places , des travaux qui y ont
été commencés , & de ceux qui font néceffaires
pour completter leur défenfe ; de donner provifoirement
des ordres pour les travaux qu'ils jugeront
les plus preflans , d'en rendre immédiatemen
( 387 )
compteau miniftre de la guerre , qui communiquera
à l'Affemblée les informations qu'ils lui auront fait
parvenir. »
& I fera fait un fonds de 4,000,000 pour
pourvoir aux dépenfes les plus inftantes qu'exige
la continuation des travaux commencés , & la
reparation des places . Le miniftre rendra compte
de leur emploi , & préfentera l'état des dépenses
ultérieures qui pourroient être néceffaires. »
& III . Le nombre des chevaux d'équipage d'artillerie
fera porté à 3,000 . "
« IV. Il fera nommé par l'Affemblée nationale
des commiffaires pris dans fon fein , pour aller
dans les départemens qui leur feront défignés ,
furveiller & preffer l'exécution , tant du préfent
décret que de ceux qui ont été précédemment
rendus pour la défenfe de l'Etat , pour le rétabliffement
de l'ordre & de la difcipline dans
l'armée , le recouvrement des impôts , & rendre
compte fur tous ces objets à l'Affemblée nationale.
Ces commiffaires feront chargés d'inftruetions
uniformes . »
Une nouvelle difpofition a étendu le commandement
de M. de Rochambeaujufqu'à Bitche ,
pour que tous les points qui peuvent être menacés
, foient fous les ordres du même général .
M. Gobet , évêque de Paris , a rappellé à
l'Affemblée que le prince évêque de Porentruf
avoit permis l'introduction de 500 à 600 Autrichiens
dans fes états ; & il a demandé qu'aux
termes de l'article III du traité de 1739 renouvellé
en 1780 , on envoyât une armée de 20,000
hommes occuper les défilés de ce pays . Mais fe
reffouvenant que le traité n'articule l'occupation
des gorges que dans le cas d'aggreffion formelle
ou d'hoftilités imminentes , M. d'André a penfé
R 2
( 388 )
"
9
que ce feroit regarder les Autrichiens en enne
mis ; & il propofoit d'attendre le rapport que le
comité diplomatique devoit faire le lendemain ,
quand M. Duveyrier a été introduit dans l'intérieur
de la falle .
Le récit de M. Daveyrier eft peu fufceptible
d'un extrait , parce qu'une phrafe omife , un
mot changé , dénaturent un procédé. Nous en
tranferirons ici l'effentiel :
«Lorfque j'ai appris , à - t-il dit , les marques d'in
térêt que l'Aflemblée nationale avoit pris à mon
fort , toutes mes peines ont été effacées ; je n'ai
confervé de fouvenir de tout ce que j'ai louffert
,, que pour être en état de vous en rendre
compte. » *
« En exécution de la commiffion dont j'étois
chargé , je fuis parti le vendredi 17 juin avec
M. Bouchard , mon coufin , ancien garde du
Roi. Arrivé à Worms le mardi 21 juin à neuf
heures du foir , je me tranfportai fur le champ
au château habité par M. de Condé. Je fus introduit
prefque à l'inftant ; je le trouvai entouré
de quatre ou cinq officiers françois , dont un ,
colonel françois , dont j'aurai occafion de parler
dans la fuite . M. de Condé lut avec beaucoup
d'attention les dépêches que je lui remis : il me
demanda qui j'étois . Je lui dis mon rom. Alors
il me dit je cherche à me rappeller fes propres
expreffions , que quoiqu'il ne lui fût pas difficile
de me répondre à l'inftant même , il avoit
à confulter M. d'Artois , à qui il avoit donné
La parole de ne rien faire dans ces circonftances
importantes fans fe concerter avec lui , ( &
certes cette circonftance eft affez importante ) ;
qu'il partoit demain pour Coblents , où étoit M.
d'Artois ; & que je pouvois , ou l'y fuivre ,
( 389 )
ou attendre à Worms la réponſe. Cependant ,
comme je lui demandai auquel des deux partis
je devois m'en tenir , il n.e confeilla de le fuivre
à Coblents , où je recevrois fa réponſe plus
promptement ; ce qui abrégeroit mon voyage.
Il partit le lendemain , à neuf heures du matin ,
& je ne pus partir qu'à une heure après midi.
J'arrivai à fept heures du foir à Coblents , où
M. de Condé ne m'avoit devancé que d'une
dennie heure. Il étoit déjà dans le palais de l'électeur
, avec M. d'Artois . »
« Je m'y rendis fur-le- champ. On me fit
attendre dans l'antichambre , & le colonel françois
que j'avois vu la veille , vint me dire «
M. Daveyrier va attendre ici les ordres de M.
le Prince de Condé. » Huit ou dix jeunes officiers
françois qui fe trouvoient dans l'antichambre
, m'y reçurent , je ne puis le diffimuler,
avec très-peu de bienveillance . Une heure après,
le miniftre de l'électeur de Trêves vint me
dire « M. Duveyrier , Monfeigneur le Prince
de Condé , Monfeigneur le Comte d'Artois &
Monfeigneur l'électeur font en conférence fur
l'objet de vos dépêches , qu'ils voient avec
beaucoup de déplaifir ; & c'eft par intérêt pour
votre fûreté perfonnelle qu'ils vous invitent à
vous rendre à Andernach , viile impériale , ou
vous attendrez leur réponſe . " Un moment
après , le colonel françois dont j'ai déjà parlé ,
vint à moi je repréfentai le reſpect dû à mon
caractère d'envoyé. « Ce n'eſt pas nous ,
dit- il , qui ignorons cela ; mais nous avons ici
de jeunes officiers dont nous ne fommes pas
les maîtres. >>
me
« Je partis donc avec un officier chargé de
me conduire. Je fus rendu à Andernach le len
R 3
( 390 )
•
demain matin . Le vendredi 24 juin , j'attendis
les dépêches de M. de Condé cependant je
voyois un grand mouvement de couriers qui fe
fuccédoient avec rapidité . On venoit d'apprendre
la nouvelle de la fuite du Roi ; je vis M. d'Artois
paffer fous mes fenêtres pour fe rendre
à Aix-la- Chapelle ; j'appris en même temps que
M. de Condé partoit pour Worms ; j'appris fur
les neuf heures du foir , que plufieurs officiers ,
ivres de joie , fe propofoient de venir m'infulter
dans mon auberge . Je ne jugeai pas devoir
refter plus long - temps , & je priai le maître
de l'auberge de m'indiquer le plus court chemin
pour me rendre en France. Je vis que je devois
paffer par Trêves & par Luxembourg. Je partis
le famedi 25 juin , à fix heures du matin. Le
maître des poftes m'apprit , à Trêves , que le
Roi avoir été arrêté . On ne demandi mon'
nom je le donnai ainsi que celui de mon compagnon.
J'appris à l'auberge que M. Bouille
venoit d'arriver à Luxembourg avec plufieurs
officiers. »
сс
›
>
Luxembourg étoit le feul paffage que j'eufle
à fuivre. Je fentois cependant combien il étoit
délicat de m'y trouver avec M. de Bouillé
d'après les relations que j'avois eues avec lui
lors de l'affaire de Nancy. Je partis done pour,
Luxembourg. On m'y demanda mon nom , je le
donnai fans déguisement , ainfi que celui de mon
compagnon. On me dit qu'il falloit avoir un
billet ligné du commandant , pour avoir des
chevaux de pofte. »לכ
« Mon compagnon fe rendit feul chez le
commandant , qui le conduifit chez M. de Bouillé.
Celui-ci lui paiut dans une fituation fort animée
à mon égard ; il effuya plufieurs invectives.
( 391 )
perfonnelles ; on lui nia qu'il étoit garde- du-
Roi , précisément parce qu'il m'accompagnoit.
Le commandant vint vifiter nos papiers ; je lui
donnai mon porte - feuille qui contenoit ma com
miffion & mon paffe -port . Vers les dix heures
du foir , nous fumes conduits au corps- de-garde ;
le capitaine de garde s'abfenta quelque temps .
Un françois , au fervice de l'Empereur , faifit
cette occafion pour faire entrer une foule d'officiers
françois . J'ai été traité par eux avec une
infolence dont cn n'a pas d'idée , & qu'on ne
pourroit jamais fuppofer chez des officiers françois.
Le capitaine de garde étant de retour
les a fait fortir avec févérité ; & j'ai fu qu'à la
garde montante , le major & l'aide- major leur
avoient fait le lendemain les plus vifs reproches
fur leur conduite , & leur avoient demandé de
quel droit ils avoient violé une garde , & leur
avoient fait d'expreffes défenfes de venir m'in
falter. Le lendemain je fus queftionné par le
major & l'aide-major avec des formes effrayantes ;
ils nie dient que j'avois donné un faux nom à
Tièves ma dénégation fut formelle . »
« Je demandai la permiffion d'écrire au miniftre
qui m'avoit donné ma commiffion , & à
mes parens . Elle me fut refufée , on me dit
qu'elle me feroit inutile dans vingt- quatre heures,
& qu'on m'apporteroit inceffamment de bonnes
nouvelles . Cependant on cherchoit toujours des
prétextes , & l'on me dit que j'étois acculé
d'avoir été envoyé , comme beaucoup d'autres
pour débaucher les foldats de l'Empereur . Notre
détention fut de 22 jours . Je ne dois pas oublier
de parler d'une vifite que je reçus : ce
fut celle d'un officier françois qui vint me prier
de changer pour des affignats , trois mille louis :
R 4
( 392 )
on fuppofoit que je portois des fommes confidérables
pour diftribuer aux foldats . M. de Roshefort
, qui m'avoit toujours traité avec beaucoup
d'égard , vint me dire « vous allez partic
d'ici , on vous conduira fur la frontière , du
côté de Thionville ; on vous laiffera à un vil-
Jage qui eft à une lieuc de - là . Là , on vous
dira la raifon pour laquelle vous avez été détenu
. On me demanda une atteftation que j'avois
été traité avec beaucoup d'égards ; je donnai
cette atteſtation . Je fortis à neuf heures du ſoir,
dans une voiture efcortée d'un caporal & de fix
cavaliers . Plufieurs officiers autrichiens vinrent
m'embraffer & me fouhaiter bon voyage trèscordialement.
Nous étions arrivés à une demileue
du village indiqué. Nous trouvâmes un
nouveau pofte deftiné à nous efcorter . Le caporal
de cette nouvelle gard donna , dre de
changer de chemin. Mon compagnon , qui entend
un peu l'Allemand , me dit « Voici encore
une nouvelle occafion de montrer du courage
: en nous fait fuivre une autre route . » Naus
cheminâmes toute la nuit par des chemins détournés
, & même en traverfant les terres labourées . »
Enfin des houlans m'ont accompagné jusqu'à la
ligne de démarcation ; & à cet endroit , voici le
certificat que l'on m'a remis :
« Per ordre de L. A. R. les gouverneursgénéraux
& capitaines des Pays-Bas ; il eft déclaré
aux fieurs Duveyrier & Bouchard qu'ils ont
été traités par arrêt à Luxembourg , 10. parce
qu'ils n'avoient pas de paffe- port ( il eft vrai que
mon faffe- port ne faifoit pas mention de mon
compagnon de voyage ) ; 2 °. en raifon du traitement
que des officiers de nos troupes , qacique
munis de palle-ports , avoient éprouvés dans les
( 393 )
villes frontières de France & notamment dans
les fortereffes . >>
Je n'ai pas mis un quart- d'heure à atteindre
Longwi ; & la manière dont j'ai été reçu m'a
confoté de toutes mes inquiétudes . Je rapporte
le même zèle pour la fortune publique , & la
plus profonde reconnoiffance pour les bontés de
I'Affemblée nationale ( applaudiffemens ) .
Le préfident a témoigné à M. Duveyrier les
alarmes que l'Affemblée avoit conçues fur le
fort d'un citoyen- fi précieux & d'un envoyé de
la France. Il est évident , a dit M. d'Andié , que
ta première pièce que l'on a trouvée dans fon
poste-feuille eft fon paffe- port , ainfi l'excufe tirée
de ce que fon compagnon de voyage n'en avoit
pas , eft infuffifante. Le motif tiré des mauvais
traitemens qu'on prétend avoir été faits à des
officiers imperiaux à Thionville , n'eft qu'un vain
prétexte , puifqu'on n'a point réclamé. Il á demandé
que les comités militaire & diplomatique
entendiffent ce foir M. Duveyrier & préfentaffent
un projet de loi fur les mefures qu'ils jugeroicut
convenables ; propofition adoptée .
Une adreffe des citoyens de la fection de
Montmartre qui vont fur la frontière ,
velle leur ferment ; ils oat figné fur la pièce de
canon.
renou-
M. Salles , organe des fept comités réunis ,
à la fuite d'un rapport a lu un projet de décret
portant établissement d'un tribunal central compofé
de fix membres des fix tribunaux d'arrondiffemens
, & d'un membre de chacun des fix
tribunaux criminels provifoires féant au palais ;
efpèce de tribunal prévôtal & temporaire qui
jugeroit en dernier reffort des délits commis à
R &
( 394 )
Paris depuis le 15 juillet jufqu'au jour déterminé
par l'Aflemblée.
M. Lanjuinais a demandé l'impreffion &
l'ajournement ; M. Rewbell a foutenu qu'une
pareille inftitution étoit exécrable . On la renvoyée
au lendemain & la féance a été levée .
Du famedi 23 juillet.
Une députation du diſtrict de Meaux eft venue
lire à la barre une adreffe de la commune & des
gardes nationales de cette ville qui adhèrent aux
décrets fur l'inviolabilité du Roi , toujours captif,
invitent les fages légiflateurs à demeurer fermes.
dans leurs principes , à achever leurs fublimes
travaux , & jurent de périr plutôt que de fouffrir
que la conftitution reçoive la moindre atteinte.
Applaudiffemens ordinaires , réponſe du préfident ,
honneurs de la féance , infcription au procèsverbal
.
A propos de la miffion de M. Duveyrier
M. Regnault de Saint-Jean-d'Angély á demandé
que les miniftres fuflent chargés , par un décret ,
de faire mettre à exécution le décret rendu contre
Louis-Jofeph de Bourbon- Condé , « d'abord pour
apprendre que ce n'eft pas en vain qu'on manque
à une nation , en fecond lieu , parce que ,
lorfque les biens de M. Condé feront entre les
mains de la nation , l'Affemblée ſera plus sûre
que les propriétés feront refpectées . » On ob-
Jectoit qu'il ne faloit pas un décret pour ordonner
l'exécution d'un décret . M. Camus a
propofé que le miniftre en rendit compte dans
trois jours , & cette motion a été décrétée .
M. Rabaud a follicité la prompte exécution
du décret concernant le recensement des habi
tans de Paris. Il a dit qu'il aimoit à Paris une
( 395 )
Infinité d'étrangers ; les a peint animés « de
l'efpoir d'une curée générale qui leur étoit promife.
» cc Que l'on prenne , a-t - il infifté , toutes
les précautions néceffaires pour expulfer les brigands
, les affffins , les confpirateurs dont Paris
regorge , & que le maire foit mandé . . . Nous
favons par M. de Montmorin que les émigrans
fe propofent de faire une tentative ; il cft impoffible
qu'au moment où ils attaqueront la fiontière
, il ne fe fafle un mouvement fur Paris.
Deux ou trois mille officiers renvoyés par leurs
foldats , retirés d'eux- mêmes , ou qui ont refufé
le ferment ; une foule de foi- difant ou de cidevant
gentilshommes font accourus dans la capitale
; des étrangers foudoyent les factieux...
Cent quarante trois mille hommes de troupes
de ligne & 97 mille gardes nation.les , tous ces
décrets , tous ces projets font infiniment fages .
mais je ne m'y fie que quand cela eft exécuté...
Les apports qu'on nous lit & les lettres particulières
des frontières ne s'accordent pas... M.
Duveyrier a dit qu'au lieu de 3000 hommes qu'on
fuppofcit dans le Luxembourg , il y en a de huit
à dix mille & que l'on y attend trente mille
Croates... Je demande que le miniftre rende
compte non des mefures ordonnées , mais des
difpofitions faites , & que le comité militaire fe
concerte avec les députés des frontières pour que
nous raiſonnions fur des notions pofitives . »
"
Parmi les perfonnes bleffées , ie 17 , au champ
de la fédération , a dit M. Rewbell , on ma
affuré qu'il y avoit plufieurs chevaliers de Saint- ·
Louis dont on a trouvé la croix dans la poche.
Out , oui , fe font écriées quelques voix de la
gauche , & cette affertion eft restée jufqu'ici fans
fuite & fans preuve quelconque,
R &
( 396 )
Avant d'en venir à la difcuffion de l'affaire
de Porentrui , M. d'André a jugé convenable
d'égayer l'Affemblée en annonçant que l'armée
des émigrans étoit , en Allemagne , tout au plus
de 5 à 6 mille individus , au nombre defquels il
y avoit 300 ci-devant confeillers au parlement ,
& un régiment de chanoines. On a beaucoup ri.
Enfuite il a lu les articles II , III & IV du
traité de 1739 renouvellé en 1780 , par lequel
le Roi de France & le prince - évêque fe lont
promis de n'accorder aucun paffage aux troupes
ennemies , de s'y oppofer à main arméc , fi la
néceffité le requiert , & de convenir , le cas
échéant , des moyens de sûreté , en fermant les
paffages. Ses conclufions ont été de décréter que
le miniftre des affaires étrangères envoie vers le
prince-évêque de Bafle pour traiter des moyens
de procurer , dans les circonftances actuelles , la
sûreté refpective des deux états .
Comme M. d'André & les comités diploma-.
tique & militaire perfiftoient à ne vouloir point
encore paroître voir des ennemis , & renvoyoient
la claufe délicate de fermer les paflages , du
décret à rendre où ils ne fouhaitoient pas qu'elle
fût en toutes lettres , aux inftructions à donner
à l'envoyé du miniftre ; M. Rewbell a nommé
tous les émigrans & tous les princes poffeffionnés
en Alface , nos ennemis ; M. Rabaud a demandé
que les inftructions fuffent délibérées & arrêtées
en pleine affemblée , & portaffent expreffément
la clôture des défilés , & M. Regnault de Saint-
Jean - d'Angély l'adjonction de 5 à 6 cents gardes
nationales aux 200 invalides & au bataillon d'Auftrafie
qui font dans le château de Blamont.
L'évêque de Paris , M. Gobet , a retiré fa motion
de la veille , adopté le projet des comités ,
( 397 )
& l'Affemblée l'a décrété avec l'amendement de
M. Regnault .
M. Salles a repris fon projet de tribunal central
en déclarant qu'il en approuvoit la formation
mais , l'attribution fouveraine étoit
que
l'idée du comité . « Il n'eft pas poffible , a dt
M. Lanjuinais , de faire une cenfure plus amère
de votre ordre judiciaire . » Il vouloit que ces
procédures fuffent dévolucs au tribunal du fixième
arrondiffement , & pur appe !, à l'un des cinq
autres tribunaux . La néceffité , l'excès doccupation
des juges , le bien public , l'état de crife ,
tout rendoit indifpenfable l'inftitution propofée
& fon droit de juger en dernier reffort , aux
yeux de M. Brillat - Savarin qui craignoit que
la lenteur des formes n'arrêtât le glaive de la
loi dans ces momens de danger commun . Il
faut , difoit-il , que la privation de l'appel faffe
une portion de la peine des perturbateurs du
repos général.
M. d'André a demandé que le miniftre de la
juftice exposât ce qui avoit été fait par l'accu-
Lueur public depuis le jour où l'Aflemblée le
chargea de cette pourfuite , & qu'en févît contre
eux & contre les juges s'il y avoit cu de la
négligence . L'Affemblée a décrété qu'il ne, fera
pas formé de tribunal particulier , & ( fur une
obfervation de M. Tronchet ) que le tribunal
du fixième arrond: ffement de Paris fe fera aider
par des fuppléans ou même par des hommes de
foi pour l'inftruction & le jugement du procès ,
relatif aux faits des 17 & 18 juillet.
L'embarras n'a plus été que de favoir où fesoit
porté l'appel . Tre perfonnes condamnées
à être pendues s'accorderont - elles à choisir le
même tribunal , ou appelleront- elles chacune à
( 398 )
celui qu'il leur plaira de préférer , ainfi que le
permet la conftitution , de façon que divers tri--
bunaux jugeront à la fois la même affaire ,
recevront les mêmes pièces , entendront les mêmes
témoins , les mêmes coaccufés , les mêmes
avoués ? Cette réflexion de M. Dionis du Séjour
a découvert un vide , une lacune affez
étrange dans le code judiciaire . Le comité de
conftitution a été chargé de s'en occuper .
M. Bailly eft venu rendre compte des mesures
prifes pour le recenfement des habitans de la
capitale , lire des arrêtés municipaux pour l'exécution
des décrets , affurer que les regiftres fe
font , & qu'en attendant , les fections recueillent
des liftes fur des feuilles particulières . Réponſe
de fatisfaction .
Sommé par le président de rendre compte dans
trois jours de l'exécution du décret contre M.
de Condé , le miniftre de l'intérieur a judiciéufement
obfervé que c'étoit au miniftre de la
juftice qu'on avoit chargé d'en rendre compte.
On a intimé à celui- ci le décret relatif aux procès
contre les fabricateurs de faux affignats , &
La féance a été levée .
Le calme continue , la Loi Martiale eft
toujours en activité , & les Corps adminiftratifs
feniblent vouloir mettre quelque
fuite à contenir les perturbateurs de l'ordre
public , & ceux qui fe font une occupation
journalière d'égarer le Peuple par des
menfonges & des atrocités Plufieurs des
Folliculaires enragés qui prêchoient le défordre
& la violence , ont été arrêtés . Un
( ༤༣༡9 )
M. Verrieres , Membre du Club des Cordeliers
, & Auteur de l'Ami du Peuple ,
eft de ce nombre. Ses preffes , fes Pa- :
piers ont été faifis , lui & Mademoiſelle
Colombe , Directrice de la Feuille , mis en
prifon , & le lendemain en liberté. Les
recherches municipales fe font portées
aufli chez l'Auteur de l'Orateur du
Peuple , M. Freron , que l'on n'a point
trouvé , non plus que l'Auteur de l'Ami du
Roi , dont les Papiers ont également été
faifis . Ces rigueurs pourroient avoir un
caractère plus conforme à la Loi , fi au lieur
de fe tranfporter par voie d'adminiftration
chez les perfonnes que l'on veut arrêter ,
on ne le faifoit qu'en vertu d'un jugement
rendu fur information , & par les fornies
ordinaires de la procédure. Mais peut- être
regarde-t - on la pofition d'un Auteur d'écrits
incendiaires comme un flagrant délit , qui
permet l'arrestation fans information , &
par conféquent fans jugement préalable.
C'eft une queftion importante à décider.
Quoi qu' en foit , pour éviter probablement
d'être conftitués prifonniers de
cette manière , on annonce que MM. Danton
, Camille Defmoulins , le Gendre , ont
quitté Paris , ainfi que plufieurs autres ,
qui ont quelque rapport avec l'émeute du
champ de Mars & la Pétition des prétendus
quarante mille Citoyens , fignée fur l'Aute
de la Patrie.
1
( 402 )
S exiftoit quelque folide autorité ,
devroit - on regarder comme un évènement
important la fciffion d'une Société
particulière ; mais les Clubs des Amis de
la Conflitution ont joué un rôle for
gueilleux dans la révolution , ils font encore
fi puiffans , leur infl tence fi prodgieufe,
la foibleffe de l'Affemblée nationale
fi grande pour ce qu'ils veulent , qu'on ne
peat s'empêcher d'en fuivre les mouvemens
& la deftinée jufqu'à ce qu'ils n'exiftent plus.
Déjà celui des Jacobins eft morcelé en
deux grandes parties , une féante aux Jacobins
, fe prétend toujours la mère affemblée
, le Club chef-lieu ; l'autre aux Feuillans,
fe regarde comme celle qui a confervé le
feu facré de l'amour de la Conftitution ,
& prétend que , comme il n'y a point de
falut hors del'Eglife univerfelle , on ne doit
trouver le Patriotifme , les bons principes
& l'amour de la Conftitution que chez
elle. Cette dernière eft compofée principa
lement de Députés qui ont enfin conçu de
l'indignation des principes fubverfifs de la
Monarchie , que des hommes étrangers à
toute idée de gouvernement , s'efforçoient
de faire gemer dans un auditoire fouvent
aufli pen inftruit qu'eux. Les derniers
difcours de MM. Briffot , Roberfpierre &
autres ont comblé la mefure ; il falloit renoncer
à fon devoir de Député , ou quitter
une femblable Synagogue.
( 401 )
Les Harangueurs des rues ont moins
d'audace , le Drapeau Rouge fufpendu à
PHôtel - de-Ville leur en impofe fans doute;
mais le Peuple & la petite Bourgeoifie
font toujours furieux , fanatiques ; tout ce
qui rappelle l'idée du devoir & de la foumiflion
les révolte . La Garde a été maltraitée
dans quelques rues , & un Cavalier
bleflé d'un coup de piftolet. C'eft peutêtre
là un acte de quelque tyranticide, dont
la Société doit fon exiftence à Prudhomme
& au Club des Cordeliers .
"
Aucune nouvelle fûre des frontières &'
des difpofitions de l'Empire ; il faut attendre
la conclufion définitive de la paix
pour favoir à quoi s'en ten'r bien pofitivement
à cet égard ; cependant les Gardes
Nationales partent ; les quatorze con's que
fournit le Département de Paris ont paflé
la revue & ont dû fe mettre en route
cette femaine. L'opinion générale & la
plus probable c'eft que les Fuiffances volfines
ne nous déclareront la guerre qu'après
s'être offertes médiatrices , & nous
voir fai des propofitions fur leurs droits
respectifs & ceux de la Nobleffe expatriée.
Lenuméraire devient plus rare chaque jour ,
l'argent eft à 12 pour 100 pour les petites
fommes , plus pour les grofles , & le moindre
défordre public le fait auffi- tôt monter à
vingt & vingt- cinq , fuivant le befoin .
A l'unanimité , la Dicte Helvétique ,
( 402 ).
affemblée le mois dernier à Trauenfeld , a
rendu un Décret communiqué à l'Ambaf
fadeur de France à Soleure . Par cette réfolution
publique , la Diète défend aux Régimens
Suiffes au fervice de France , de
prêter d'autres fermens que celui décrété
en 1789 , & déclare le nouveau , s'il a été
prêté, comme nul & non -avenu . Elle entend
que lefdits Régimens foient payés
non en affignats , mais en efpèces fonnare
tes , conformément à la lettre des traités;
enfin , elle interdit à tous Officiers & Soldats
de s'affilier aux Clubs patriotiques , &
de les fréquenter , fous peine d'être pourfuivis
dans leurs corps & fortunes , & déchus
de leur habileté à fervir dans les
régimens Suiffes . Quoique ce décret de
la Diète ait été notifié à M. le Comte
d'Afry , & lu aux cafernes des Gardes
Suifles , quelques Gazetiers ont publié.
qu'il étoit l'ouvrage du Canton de Berne
feul , et que le Corps Helvétique témoignoit
hautement fon attachement à la Conftitution
Françoife . On obfervera que le décret en
queftion a été rendu par la Diète même , i
l'univerfalité des fuffrages , & que les Cantons
démocratiques ont été les plus ardens
à le folliciter.
Le Comtat eft à la veille de voir les torches
de la guerre civile fe rallumer dans fon fein .
Les Commiffaires médiateurs en ne témoignant
peut- être pas affez d'hoireur pour les brigan(
403 )
dages commis par la horde de Montaux , en foumettant
en quelque forte les droits des opprimés
au niveau des prétentious des opprefleuts , en
paroiffant pencher pour un parti , ont peut- être
manqué l'objet de leur miffion . La paix n'eft
point rétablic , la défiance règne & les voies de
violence continuent.
Partis de Paris , comme nous l'avons annoncé,
le 11 Juin , MM . le Scene des Maifons , de
Saint -Maur & l'Abbé Mulot fe font rendus à
Orange , ou ayant mandé des Députés de
l'Affemllée de Cavaillon , de l'armée , des Municipalités
d'Avignon & de Carpentras , ils ont
fait figner des préliminaires de conciliation , préliminaires
qui fuppofoient déja la reconnoiffance
de l'Affemblée Electorale , quoiqu'on ne pût
douter que fa légalité étoit au moins conteftée par
une grande partie des Communes & des Habitans,
du Comtat . Cette première démarche ranima
les efférances de la faction Françoife , elle vit bien
que l'efprit des négociations feroit toujours en
fa fiveu . Auffi lorfque les Commiffaires fe ren-,
dirent à Avignon le 20 Juin , qu'ils y curent
fait entrer quelques détachemens de troupes Françoifes
, & que conformément à un article des pré-
Luminaires,ils curcnt ordonné le licenciement de l'armée
, ils n'éprouvèrent aucune difficulté , & les ,
chefs Avignonois applaudirent à toutes leurs démarches.
La proclamation du Roi , portant amniftie
pour les déferteurs François fut enfuite
publiée , & des détachemens du régiment de
la Fère , de Sonemberg Suiffe , de Huffards &
d'Artilleurs placés en différens endroits pour af
Lurer l'exécution des préliminaires , fous les ordres
de M. de Ferrière , Maréchal des Camps & Ar
mées du Roi , Commandant de cette troupe
( 404)
Dans une lettre à cet Officier les Commilfaires
en lui donnant les inftructions qu'ils jugent
néceffaires , ajoutent on doit protection
à ceux appellés émigrans , mais il faut bien fe
gaider de donner à leur retour l'air du triomphe
, puifque ceux qui font affez foibles pour
abandonner la chofe publique , n'ont point droit
de repatoire avec un orgueil infultant pour les
citoyens qui l'ont défendue . --- Il ne faut pas
non plus que les citoyens qui ont combattu poar
leur patrie , en abufent pour vexer ceux qui feviennent
, & qui ont toujours droit à la protection
de la loi ; cependant il ne faut pas oublier que
ceux qui reviennent de l'armée de Monteux , font
des citoyens qui ont tout facrifié à la liberté &
qui méritent eftime & confidération.
Sans doute le droit d'infulter n'appartient à
perfonne , pas même au plus fort ; mais comment
peut-on dire que les émigrans Avignonnois
ou Comtadins , profcrits , chaffés par la violence,
& cherchant à fe mettre en sûreté contr'elle,
ont abandonne la Patrie en danger ? Abandonnet-
on quelque chofe lorfqu'on cède à la force ?
Enfuite qu'est - ce que MM. les Médiateurs appellent
ceux qui ont combattu pour leur Pattie
font-ce ceux qui , pour punir les autres , de
ne pas penfer comme eux , ont livié les perfonnes
& les propriétés au brigandage ? Ou bien ceux
qui , fidèles à des engagemens refpe& ubles , ont
été forcés de prendre les armes pour pepouffer ces
hoftilités contraires à tous les droits de la justice &
de l'humanité ? Il faut avoir oublié les fcènes de
dévaftations qui ont eu lieu pour donner le nom
de défenfeurs de la Patrie à ceux qui les out
provoquées , propagées , foutenues avec une impunité
qu'on ne peut expliquer que par un veftige
de parti auffi aveugle qu'impolitique.
( 408 )
Qu'est- il réfulté de ce trop de foibleffe des
Commiffaires pour ceux dont la conduite avoit
excité une indignation générale } que la confiance
eft peut-être détruite , que l'audace des factieux
a pris de l'à- plomb , & que l'effufion du fang va
recommencer dans ce malheureux pays où la
loyauté lutte avec tant de courage contre la
révolte & le mépris des droits de fociété .
Déja Lille a vu fes habitans s'égorger , le 4
Juillet ; les médiateurs pacifiques font obligés
d'employer de tous côtés la voie des armes , qui ,
dans pareilles circonstances , conferment les efprits ,
mais ne les réconcilient point. Cette Ville avoit
un détachement de dragons , qui paroiffoit obferver
une exacte impartialité dans le maintien
de la tranquillité ; le détachement reçut ordre de
partir ; bientôt on ferme les portes de la Ville ;
les partifars de l'infurrection , appuyés d'une bande
atrivée de l'armée de Monteux , infultent ceux
qui veulent refter fidèles au Prince légitime ; l'on
fe fufilie dans les rues , nombre de perfonnes
font tuées , lorfque M. l'Abbé Mulot arrive avec
50 Haffards , fait convoquer une affemblée de
Commune , harangue , prouve que les Habitars
fidèles ont tort , les armes font fendues aux autres
, les honnêtes gens fe retirent , & la haine
refte dans les coeurs. A Piolen , fur les confins
du territoire d'Orange , des rixes , des voies de
fait , le mécontentement des ge tranquilles ,
l'audace des révolutionnaires , alloient faire couler
le fang , lorqu'un médiateur arrive avec trois
cents hommes de troupes , tant gardes nationales
qu'autres , & ramène tout bientôt au filence & à la
réfignation .
C'est au milieu de co trouble des paffions &
des efprits qu'on prétend avoir le voeu libre des
( 406 )
'Communes du Comtat fur fon état politique ,
c'eft-à- dire , fa réunion à la France . Il est difficile
de croire qu'avec la prédilection que les Commiffaires
ont trop légèrement fait paroître , on
puiffe en obtenir un bien légal & Cuflifant pour
une auffi importante décifion . Une médiation
Françoife eft d'ailleurs récufable aux yeux de l'Europe
dans une femblable négociation , puifqu'il
eft bien clair qu'elle ne fera rien que de conforme
aux vues fecrettes que l'on a fur cet état.
Quoi qu'il en foit , & malgré l'attitude menaçante
du parti oppofé , plufieurs des Communes
qui veulent refter fidèles au Prince qui ne lear
a donné aucun fujet de fciffion , ont manifefté
le voeu de ne point changer leur état politique.
La délibération de la Commune de Bollène ,
entr'autres , eft remarquable , on y lit que les
médiateurs ayant déclaré que l'on protégeroit la
liberté des opinions contre la violence , les Habitans
de Bollène affemblés pour délibérer fur la propofition
des Commiffaires , profitent de ce moment
favorable à la liberté pour renouveller leferment de
fidélité au S. Siége, comme en effet ils le renouvellent
& réitèrent , n'ayant jamais eu l'intention defe
fouftraire à fon autorité. Ils ont de plus arrêté
qu'il feroit envoyé des Députés à Rome qui fe
réuniroient avec ceux des communes qui ont
formé le ne vou , pour porter à Sa Sainteté
l'expreffion de leur hommage & de leur inviolable
attachement.
Tandis que dans le Comtat on entretient
le peuple dans des démarches malheureufes
, des troubles , & l'anarchie , en
France on renouvelle , en quelque forte,
contre les émigi ans,les rigueurs qu'on exer(
407 )
çoit contre les Proteftans , lorfque les Miniftres
de Louis XIV vouloient les retenir
dans le Royaume pour les y priver de
leur état , déclarer leurs enfans bâtards &
leur faire éprouver mille duretés . C'eſt
fans doute une belle chofe que de veiller à
l'exécution de la loi ; mais c'est un acte
bien près de la tyrannie, que celui qui prive
l'individu du droit qu'aucune Puiflance
que celle de la force , ne peut lui ôter ,
le droit d'aller où bon lui femble ; c'eft
dans une Nation quelque chofe d'odieux
que l'ardeur a captiver des malheureufes familles
effrayées & défolées , que l'on
pourfuit le long des côtes & à la frontière
, lorfque par hafard elles ont cherché
à s'éloigner d'un pays qu'elles n'aiment
plus. On doit avouer qu'à cet égard le fanatifime
politique ne paroît pas plus excufable
que la perfécution religieufe ; voilà cependant
où nous en fommes venus ; en
forte qu'il femble prouvé que la France
eft une terre où la liberté individuelle ne
peut point germer , même au milieu des
exagérations de la liberté politique , aufli
inutile qu'infigniñante après la deftruction
de celle des perfonnes.
Avant qu'un décret cut ordonné un armement
pour al er à la recherche de M. de la Peyroufe,
un officier de la marine Françoife , M. Duretithouars
, avoit formé le projet d'arme : un navire
pour cet objet , & de faire fervir en même
( 408 )
temps cette expédition à des recherches géogra
phiques , d'hiftoire naturelle , & à la vente d'une
cargaifon qui offrit aux actionnaires de l'entreprile
, un bénéfice confidérable pour les fonds
qu'ils voudroient y mettre.
La connoiffance du décret n'a point empêché
M. Dupetithouars de perfifter dans fon premier,
deffein . Il vient en conféquence de publier un
profpectus très- clair , où il détaille fes moyens
& les efpérances. Les uns & les autres paroiffent
fondés d'une manière à infpirer la confiance .
M. Dupetithouars eft diftingué par des talens &
de l'ufage dans la navigation ; fon projet eft
appuyé du fuffrage des hommes éclairés , &
refpire l'eftimable enthoufiafme des chofes utiles ,
qui eft prefque toujours un gage de fuccès .
M. Dupetithouars penfe que trente mille liv.
lui fuffiront pour l'achat d'un navire defoixantedix
tonneaux & l'armement néceflaire . Ces
trente mille liv . il les divife en 600 actions de
so liv . chacune , & même en demi - actions de
25 liv . Par le commerce qu'il fe propoſe de
faire , il promet aux foufcripteurs un bénéfice
de cent pour un ; ce qui n'eft peut- être point
exagéré , fi l'on confidère le prefit immenfe que
l'on doit faire fur des fourrures échangées coutre
de la vieille féraille & des vroteries , & vendues
enfuite très cher à la Chine ; commerce
que les Anglois & les Efpagnols font avec un
grand fuccès dans ce moment . M. Dupetithouars
compte déjà un grand nombie de foufcripteurs ,
& prévient que les perfonnes qui voudront
s'intéreffer dans cette entrepriſe , à la fois cftimable
& lucrative , peuvent s'adreſſer à M.
de la Borde , ancien fermier - general , au Carouzel
, à Paris . C'eft chez lui qu'on recevra
les actions .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères