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1791, 06, n. 23-26 (4, 11, 18, 25 juin)
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Texte
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROI ;
Y ...
J
COMPOSÉ & rédigé, quant à la partie
Littéraire , par MM, MARMONTEL
DE LA HARPE & CHAMFORT , tous trois
de l'Académie Françaife ; & par MM.
FRAMERY & BERQUIN , Rédacteurs.
M. MALLET DU PAN , Citoyen de Genéve
eft feul chargé de la partie liftorique
Politique.
SAMEDI 4 JUIN
1791.
A PARIS ,
Au Bureau du MERCURE , Hotel de Thou ,
rue des Poitevins , No. 18 .
Avec Privilége du Ro
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARA BLE GÉNÉRALE
335365 Du mois de Mai 1791 ,
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
190579
EPONSE.
L'Erreur , 2e. Parie.
Charade, En. Loz.
Les Leçons de l'Hiftoire.
3
Année 1791,
Spectacles .
33 Variétés.
35 Notices.
37
39836
T
Vers.
ERS.
Charade , En . Logog.
R
OMANCE,
49 Mémoires.
54
50 Variétés.
48
52 Notices.
79.
8.5 Le
Guide 201
Charude , Enig. Logog.
Co-ftitution.
90
Variétés.
303 92
Antiquités,
Notices.
و ه
114
ERS.
121 Le Negre.
Chanfon.
Charade , Enig. Log.
125 pectacles.
123
Cornélia
Sedley.
339
149
144
Les Etats- Généraux.
127 Variétés
148
Economie Rurale.
132 Notices,
ASA
A Paris , de
l'imprimerie de
Moutard , rue
des
Mathurins , Hotel de Cluni.
MERCURE
DE FRANCE.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
É PITRE
D'UN jeune Militaire à fon Ami.
Sous le plus beau ciel de la France ;
>
Sous tes ombrages toujours frais ,
Eft-il encor des jours de paix ,
Des jours de calme & d'efpérance ?
Ami , du féjour des Guerriers
Revolant vers ton hermitage ,
Retrouverai -je en tes foyers
Ces plaifirs purs du premier âge ,
Qui , paifibles & cafaniers ,
Recherchent l'afile du Sage ?
J'ai parcouru cet horizon ,
Ce vafte & changeant payſage
Où croiffent , pour le même front ,
Le laurier , feul prix du courage ,
Et les doux myrtes , dont s'ombrage
L'Amour heureux fur le gazon.
A 2
4
MERCUREScus
les étendards de Bellone ,
J'ai vu couler mes premiers ans ,
Grace à la paix , moins dans les champs.
Où l'aira'n belliqueux réfonne ,
Qu'aux vergers fleuris où- moiffonne
La main des fortunés Amans .
Douce & trompeufe jouiffance !
• J'y crus faifir le vrai bonheur
Et n'en furpuis que l'apparence :
Dans ces lieux trop chers à mon coeur ,
Sous la main de l'intempérance ,
Souvent j'ai vu tomber la fleur
Que devait cueillir l'innocence ;
Souvent , de fon voile impofteur ,
J'ai vu le parer la licence ,
Et duper l'inexpérience
ए
Sous les dehors de la candeur.
Egaré par d'aimables fonges
Livré fans ceſſe à ſon défir ,
Le jeune Guerrier croit jouir ,
Et ne faifit que des menfonges.
La Jeuneffe , aux jeux turbulens ,
L'emporte au pays des chimeres ;
Et là , fur des fleurs éphémeres
Le livre aux doux égaremens .
Bercé des mains de la Folie
Il chérit d'abord fes deftins
"
DE FRANCE
Rend graces aux Dieux libertins ,
De fon exiftence embellie ,
Et , fans foucis & fans chagrins ,
Commence aflez gaîment la vie.
Mais ces plaifirs faux & trompeurs
Dont s'enivre l'effaim volage
De nos Guerriers dans leurs ardeurs ;
Tantôt , pour varier l'hommage.
Qu'à la Beauté doivent nos coeurs
A quelque Nymphe de couliffe
Faiſant le galant ſacrifice
>
De l'innocence de fes meurs ;
Tantôt affichant fans fcrupule
La femme facile & crédule
De ces maris fi complaifans ,
Que , vainqueurs peu reconnaiffans ,
On livre encore au ridicule ;
Mais ces plaifirs moins inhumains
D'aller br.fer entre deux vins ,
Les fonnettes du voifinage ,
Réduire en pieces le vitrage
Des plus paifibles Citadins ,
Et mettre le comble au tapage
Dans des demeures de Catins ;
Ces jouiffances fi trompeuſes
,
Qui peuvent féduire à vingt ans ,
S'attiédiffent avec le temps ,
Et deviennent faftidieufes.
A 3
MERCURE
La pefante uniformité
Change en dégoût la volupté ;
L'ennui fuccede à la gaîté ,
" La langueur à la jouiffance
Et le jeune homme à fon été
Gémit déjà de l'exiftence.
Telle eft l'image de mon coeur
Tel eft le vide de mon ame ;
Mais j'irai goûter ton bonheur ,.
Et me ranimer à la flamme
De ton efprit confolateur.
Souvent , dans l'enceinte fleurie
De tes bocages écartés
La confiance épanouie
Viendra s'affeoir à nos côtés ,
Et raffurer par fa préſence
L'entiere & libre confidence
De mes nombreux égaremens ::
Les fictions , l'allégoriq
Sauront parer les argumens
De ta douce philofophie ;
Toujours naifs , toujours touchans ,
Les Contes de la Bergerie
Appuyer tes raifonnemens ,
Et , comme les Fables d'Homere ,
Servir de voile & d'ornemens
Aux traits d'une morale auftere .
( Par M. L. N. St. L. Off. au Corps
Royal du Génie. )
DE FRANCE.
PAL É MON,
.
CONTE PASTORAL ( 1 ) .
品
APRÈS avoir lorig temps confidéré
dans un religieux filence , le Tombeau fur
lequel étaient gravés ces mots : Et moi , je
vivais auffi dans l'Arcadie , des Bergers , de
jeunes Bergeres , que la vue de ce monument
avait triftement occupés , s'en allaient
émus & penfifs , l'amiant à côté.de
l'amante ; les uns les yeux baiffés , les autres
, d'un regard attendri , s'exprimant ce
qui fe paffait dans leur ame ; quelques-uns
fe donnant la main , & femblant fe dire
l'un à l'autre Puifque c'eft-là le terme où
tout finit, au moins aimons- nous juſque- là.
Tandis que , l'efprit encore plein de ces
idées mélancoliques , ils s'avançaient hors
du bocage qui environnait le Tombeau
ils virent , au coin du vallon , une bergerie
folitaire , & à la porte de la cabane un
vieillard affis , & plongé dans une tristelle
profonde. Son corps était courbé ; fa tête
chauve , & parfemée de cheveux blancs ,
s'appuyait fur la noueufe épine qu'il tenait
( 1 ) Ou font expliqués deux Tableaux du
Pouffin,
A 4
MERCURE
dans fes mains. Il ne s'apperçut pas de
leur approche ; & ce ne fut qu'en entendant
leur voix qu'il fouleva fa têre & fa
paupiere appefantie . Ils furent tous frappés
de fon air vénérable : un Rci dans le malheur
n'aurait pas eu plus de majesté .
Ce caractere empreint fur le vifage de
Palémon , l'était encore plus dans fon ame;
c'était un fentiment de nobleffe & de dignité
qu'il attachait à fa condition , & qui
relevait à fes yeux les plus humbles foins
de l'empire qu'il exerçait fur fes troupeaux.
Tout , dans la vie paftorale , s'était agrandi
à fes yeux l'Alphée était le Roi des fleuves
, les vallons qu'il arrofe étaient pour
lui le monde ; Pan & Palès étaient au nombre
des plus grandes Divinités..
་
Saifis de refpect à la vue de ce vieillard ,
les Bergers s'arrêterent à quelque diftance
de la cabane devant laquelle il était affis ;
mais l'un d'eux s'avançant , le pria de leur
dire quel était le Tombeau qu'ils avaient
vu dans ce bocage. C'eft - là , répondit le
vieillard , que font enfevelis tous les charmes
de la jeuneffe , toutes les profpérités
de la vie , la beauré , la gloire , l'amour ,
l'amour heureux ; là font enfevelis , avec
ma fille unique , mes efpérances & ma
joie ; c'eft le Tombeau de Lycoris . En achevant
ces mots , Palémon tourna lentement
un regard douloureux du côté du bocage ,
& laiffa retomber la tête fur fes mains
DE FRANCE. 59
Pardonnez , lui dit le Berger , à l'imprudente
curiofité qui a renouvelé vos douleurs.
Vénérable vieillard , mon deffein n'était
pas de r'ouvrir la fource de vos larmes,
Berger , répondit Palémon , les larmes
d'un pere font douces , lorfqu'il pleure fur
fes enfans : & quel ferait le foulagement
de fon coeur , s'il ne pleurait pas ? C'eft
l'unique plaifir qui l'attache à la vie. Oh !
non , ne craignez pas de les faire couler ces
larmes bienfaifantes : graces aux Dieux ,
la fource en eft vive & intariffable ; elle
ne ceffera qu'à mon dernier foupir.
: Comme il parlait ainfi , les autres Bergers
& Bergeres s'étaient doucement approchés
. Oui , leur dit-il , ce Tombeau que
Vous avez vu s'élever comme un aurel
dans ce bocage , eft celui de ma fille. Elle
était jeune , comme vous , & la Parque me
l'a ravie. Le jeune Myrtis , fon amant , l'a
précédée chez les Morts . Comme il n'était
pas fon époux , je n'ai pas dû mêler leur
cendre ; mais il repofe à côté d'elle . Sous
le même gazon repofe auli Nélé
mere
de Lycoris. Moi , facheve auprès d'eux le
cours de ma vieille fe folitaire , en attendant
que le dernier fommeil defcende fur
mes yeux.
Bon pere , lui dit le Berger , puifque
vous chériffez l'amertume de vos regrets ,
comme la chevre du Menale nine l'amer
tume du faule du cytife, vous devez
A s
ro MERCURE
favoir gré à ceux qui vous invitent à leur
parler de Lycoris ; car le ruiffeau fe plaît
à murmurer autour du caillou qui le brife.
Oui , je me plais auffi , dit Palémon , à
rouler ma penſée autour de ce Tombeau.
J'aime à parler de mon enfant ; j'aime à
me rappeler les heures fugitives de cette
belle vie aucun moment n'en eft encore
effacé de mon fouvenir. Je la vois au berceau
& au fein de fa mere ; je la vois
s'élever à la hauteur de mes brebis , &
jouant avec leurs agneaux ; je la vois croître
comme le peuplier , dont la taille avait la
foupleffe ; je la vois belle & dans l'éclat
de fon printemps , plus fraîche que la prime
rofe ; & comme cette fleur naiffante.
Un foupir lui coupa la voix , & les yeux.
fondirent en pleurs.
Quelques inftans après : Elle faiſait ma
gloire ainfi que mon bonheur , pourſuivit
Palémon. A peine eut - elle paru dans les
fêtes de nos hameaux , fa beauté devint fi
célebre , qu'un Statuaire , à qui les Dieux
avaient donné le talent d'animer l'argile ,
lorfqu'il exprimait leur image , Alcimédon ,
vint me prier de lui permettre de donner à
Diane les traits de Lycoris . Je fus trop
fenfible peut - être à cet excès d'honneur ;
les Dieux m'en ont puni. Lorſqu'il ett fini
fon ouvrage , Alcimédon me dir : Le marbre
va donner à ces traits l'immortalité.
( Hélas 4 le marbre eft infenfible . ) Je te
DE FRANCE. ΓΙ
devrai ma renommée , ajouta - t - il ; reçois
de moi , en récompenfe , cetre coupe de
cedre qui jufqu'ici a été mon chef-d'oeuvre :
je n'ai jamais rien imité plus délicatement
que ce pampre qui la couronne ; & les
deux chevres qui s'élancent pour en atteindre
le feuillage , font ce que mon cifeau a
produit de plus animé. Hélas ! vous allez
voir que cet homme divin n'a pas borné à
ce préfent fa pieufe reconnaillance.
Ma fille avait atteint fa 18. année , lorf→→
que nous fumes menacés du plus redoutable
fléau . Dix fois un loup féroce avait
rougi l'herbe de la prairie du fang de mes
troupeaux. Nélé , la digne mere de Lycoris ,
vivait encore ; elle était défolée ; mes Pâtres
étaient confternés ; j'étais moi - même accablé
de trifteffe . Cet animal vorace était
forti des forêts du Lycée , & dans toutes
les bergeries il avait répandu l'effroi. Lycoris
, elle feule , au milieu de tant de défolation
, confervait la férénité de l'inocence
de fon âge. Ma mere , difait- elle
ne vous affligez pas le Dieu des Bergeries
, Pan , ne nous a-t-il pas toujours
chéris & protégés ? Mon pere ne lui a-t-il
pas immolé tous les ans les prémices de
fes troupeaux ? Croyez - vous qu'il oublie
une piété fi conftante ? Non , il ne permet
pas que le pays qu'il aime , l'Arcadie foit
ravagée ; & il fera tomber le monftre fous
les coups de quelque Pafteur. Ainfi parlai
A G
و ت
12 . MERCURE
ma fille , comme infpirée par le Dieu même.
Ah ! Bergers , on eût dit que fon regard
attirait far nous le fourire de la fortune.
Sa voix , du moins , fa voix répandait dans
nos ames une confolation plus douce que
les parfums fuaves qui s'exhalaient des
fleurs.
Son efpérance ne fut pas vaine. Un foir,
au bord de la forêt voifine , comme je venais
d'abattre un chêne pour écarter l'hiver
de mes foyers , ce loup formidable s'offrit
à moi , chargé d'une brebis déchirée & bêlante
encore . Tout fon poil était hériffé
fa gueule était fanglante , fes yeux étince
lans ; & en paffant auprès de moi chargé
de ma brebis , il menaçait encore. Sa rage.
murmurait à travers fes dents écumantes.
Je vous implore , ô Dieu des Troupeaux !
m'écriai - je ; & à l'inftant , d'un coup de
ma hache pefante , j'étendis le montre à
mes pieds.
Je reviens à la bergerie , encore pâle de
ma frayeur, mais tranfporté de joie. Eh bien ,
me dit ma fille , je vous l'avais prédit , mon
pere. Voyez fi la fortune ne fait pas , ainfi
que l'abeille , changer Famertume en douceur
! Nous avons , il eft vrai , perdu un
fuperbe belier , douze de nos brebis , &
même le plus courageux de nos chiens &
le plus fidele , mais , mon pere , quelle eft
la vie dont la profpérité n'eft mêlée d'aucun
revers ? Bientôt des agneaux bondifDE
FRANCE. 13
fans viendront repeupler la prairie ; nos
malheurs feront oubliés ; mais la défaite
de l'ennemi cruel dont vous avez délivré
nos vallons , ne fera jamais oubliée : elle
va vous couvrir de gloire ; & tant qu'il y
aura des troupeaux & des Paſteurs dans
l'Arcadie , le nom de Palémon ne périra
jamais. Telles furent , Bergers , les paroles.
de cette enfant fi jeune encore , & cependant
fi fage ! Nous l'écoutions avec étonnement,
fa mere & moi , & nous croyions
entendre une Divinité.
Vous pensez bien , pourfuivit Palémòn,
que je ne manquai pas de rendre au Dieu
qui m'avait fecouru d'éclatantes actions de
graces. Les Pafteurs des bords de l'Ophis ,
de l'Erimante & de l'Alphée vinrent tous
m'honorer du nom de leur Libérateur. Ce
n'eft pas moi , leur dis-je , qui vous ai délivrés
, c'eft le grand Dieu qui nous protége
; & fi vous m'en croyez , Pafteurs ,
dans le lieu même où le monftre a péri ,
nous offrirons des facrifices à ce Dieu qui
veille fur nous . Tout d'une voix la fête fut
réfolue & annoncée pour les beaux jours
où le foleil atteint le figne des fils de Léda.
Jamais rien de plus folennel ne s'était
vu dans l'Arcadie. Un Temple magnifique
où de jeunes tilleuls , tranfplantés avec leur
racine , formaient un double périftile , &
courbaient leurs rameaux nailfans ornés
d'une tendre verdure ; un autel du plus
14 MERCURE
beau gazon qui eût bordé le lit de l'Alphée,
& ce gazon tout émaillé de fleurs ; des
guirlandes que des Bergeres , Lycoris à leur
tête , avaient tiffues & nuancées , avec un
art inimitable , de toutes les couleurs dont
fe revêt le printemps ; une harmonie ravillante
de flûtes , de hautbois , & de ces
chalumeaux que Pan lui- même a inventés .
Jamais les rofeaux- de Syrinx n'avaient rendu
des fons plus doux ( fi ce n'eft cependant
au fouffle & fous les levres du Dieu qui
l'avait tant aimée ; car jamais ni Dieu ni
Mortel ne fera comme lui foupirer ces rofeaux.
) A ces accords , mille éclatantes voix
uniffaient leurs accens , & faifaient retentir
les airs des louanges du Dieu rutélaire de
nos prairies. Je n'ofe dire que mon nom
fe mêlait à leurs chants trop fortuné
Morrel , tant de profpérités allaient m'échapper
comme un fonge. Enfin trois geniffes
fans tache , & vingt brebis choifies
fur tous les troupeaux du vallon , venaient
s'offrir en facrifice. Concevez - vous , Bergers
, un fpectacle plus magnifique ? Con
cevez - vous , hélas un Mortel plus heu
reux que moi ?
Je le fus encore davantage , lorfque ,
dans les jeux célébrés après le facrifice , je
vis ma fille , à qui tous les yeux , tous les
coeurs donnaient le prix de la beauté , je
la vis obtenir encore fur fes compagnes &
le prix de la danfe & celui de la courfe ;
DE FRANCE.
Is
& le front chargé de couronnes de jaſmin ,
de myrte & de rofes , venir cacher fa rougeur
dans les bras & fur les genoux de fa
mere. Ah ! ce n'eft rien encore au prix des
nouvelles émotions qui firent treffaillir mon
coeur.
Les prix de la lutte & du chant étaient
réfervés aux Paſteurs . Myrtis remporta l'un
& l'autre. Je ne vous dirai point quel était
ce Myrtis le fouvenir de fa beauté fera
dans l'Arcadie auffi durable que le cours.
de l'Alphée. Les Nymphes du Ménale &
du Lycée ont pleuré fa mort.
C'était fur- tout dans l'art du chant qu'il
excellait parmi tous fes rivaux ; & lorfqu'au
pied de l'autel du Dieu Pan , il célébra
les faveurs de ce Dieu répandues fur les
campagnes , aucun de nous n'aurait voulu
changer la deftinée contre la fortune des
Rois.
Dans fes chants , il parut d'abord youloir
nous faire envier les jouiffances de l'avarice
; & il nous fit voir un navire chargé
des tréfors de Corinthe , & - fier de fon
fardeau , voguant à pleine svoiles , fur la foi
trompeufe des vents ; mais bientôt il nous
le fit voir affailli , battu par l'orage , brifé
contre un écueil , englouti dans les flots.
Il nous fit voir fur le rivage l'aváre maître
de ces richelles pâle d'horreur , contemplant
fon naufrage , & dans les yeux l'orgueil de
l'efpérance faifant place à l'effroi & au plus
cruel défefpoir.
16
MERCURE
Enfuite il vanta les exploits & le triomphe
d'un Héros que la victoire a couronné ;
il nous le montra fur un char environné
d'un Peuple enivré de fa gloire ; & l'inftant
d'après , accufé , condamné far ce
même Peuple , & allant vieillir & mourir
ou dans l'exil , ou dans les fers.
Il nous fit voir de même un Roi dans fon
palais , environné de fa puiffance , & revêtu
, comme les Dieux , de fplendeur &
de majefté. Mais foulevant les rideaux de
pourpre fous lefquels on croit qu'il repofe,
il nous le fit voir agité de craintes vigilantes
& de foins dévorans .
Bien plus heureux , dit-il enfin , le Laboureur
dont les boeufs dociles creufent un
fertile fillon ; car la terre la plus fauvage
eft moins ingrate que les hommes . Mais
plus heureux encore l'humble & fage Pafteur
, qui , dans la paifible Arcadie , borne
fes voeux , fes efpérances , tous fes défirs
à poffeder un troupeau qui profpere , un
chien fidele & vigilant , une Bergere aimable
& . qui fe laiffe aimer je dirais bien
& qui l'aime à fon tour ; mais ce ferait
ajouta t - il , attribuer à un fimple Mortel
un bonheur que les Dieux peut-être le font
réfervés à eux- mêmes .
.
Ainfi chanta Myrtis ; & le Dieu des Bergers
reçut , comme l'hommage le plus digne
de lui , l'éloge de la Bergerie.
Le vainqueur fut couronné de lierre ,
DE FRANCE. 17
de ce lierre que les Filles de l'Harmonie
les Mules , préferent à l'or ; & j'ajoutai à
fa couronne , pour prix du chant qu'il avait
fait entendre , la précieuſe coupe dont m'avait
fait préfent le Statuaire Alcimédon.
Quelle fut ma furpriſe , lorfqu'en la
recevant il me dit : Je l'accepte , Palémon ,
certe coupe ineftimable & digne du nectar
que la jeune Hébé verfe aux Dieux ! Mais
gardez - la- moi ; l'ufage en eft facré , & je
n'y veux tremper mes levres que lorsqu'elle
fera ma coupe nuptiale , & que la belle
Lycoris y daignera boire avec moi . Alors
fe tournant vers Nélé : Digne mere de
Lycoris , permettez , lui dit-il , que je mette
à fes pieds ce que j'ai de plus cher au
monde ; & détachant de fes cheveux la
-couronne de lierre dont ils étaient ornés
il la laiffa tomber aux pieds de Lycoris . A
l'inftant , les airs retentirent d'applaudiffemens
redoublés , & mille voix proclamerent
Myrtis le Berger , l'époux de ma fille.
Palémon , me dit - il , c'eft- là mon vrai
triomphe, fi jamais je puis l'obtenir. Tous
les coeurs vous expriment le voeu du mien ;
puiffent les Dieux vous l'infpirer ; & puiffè
Lycoris obéir fans regret à la volonté de
fon pere ! J'embraffai le jeune homme
Nélé lui prit la main , & ma fille alla de
pudeur fe cacher parmi les compagnes .
Vous penfez bien que dès ce moment
Myrtis me fut prefque auffi cher que peut
I-8 MERCURE
l'être un fils à fon pere. Le lendemain , je
le vis arriver dans le vallon , précédé d'un
troupeau qu'Apollon , Apollon lui- même
n'aurait pas rougi de conduire. Vingt geniffes
& deux taureaux dans tout le feu de
la jeuneffe , deux cents brebis qui pliaient
fous le poids d'une laine femblable à des
monceaux de neige ; & au milieu de ces
brebis , des beliers revêtus d'une épaiffe
toifon de la même blancheur . Cinquante
chevres traînant à peine le fardeau de ce
doux breuvage dont fut nourrie l'enfance du
Souverain des Dieux ; & à leur tête , leurs
Amans le front armé pour les combats qu'exciterait
leur ardeur jaloufe . A l'entour du troupeau
, fix moloffes faifaient la ronde fous.
des conducteurs vigilans . Hélas ! pour être
préféré à tous les Bergers d'Arcadie , Myrtis
, tu n'avais pas befoin de m'étaler tant
de richeffes. Mon coeur & le coeur de ma
fille t'avaient déjà promis fa main .
Palémon , me dit- il , avant d'avoir vu
Lycoris , je me croyais heureux ; je ne puis
plus l'être fans elle . Ni toutes ces richeffes
dont les Dieux m'ont comblé , ni la gloire
que l'Arcadie vient de décerner à mes
chants , ne touchent plus mon coeur , fi Lycoris
ne les partage. Viens , ma fille , viens
voir , lui dis- je , tous les biens qui te font
offerts , fi tu acceptes l'époux que mille
voix t'ont deſtiné , & que ton pere te propofe.
Des biens ! ah , mon pere , dit- elle ,述
DE FRANCE L'O
n'en eft qu'un pour moi ; c'eft un époux
chéri des Dieux , choifi par vous , & au
gré de ma mere. Myrtis , avec ces avantages
, n'eût-il qu'une fimple houlette , ferait
pour moi le premier des mortels .
Alors , tandis que les troupeaux fe repofaient
dans ma bergerie , & que dans des
urnes d'argile , Lycoris & Nélé fa mere ,
faifaient couler des flots d'un lait délicieux ,
Myrtis & moi nous convînmes d'un jour
pour célébrer cet hyménée. Jour funefte !
jour effroyable ! & qui femblait marqué par
la haine de quelque Dieu. On a dit que la
caufe de nos malheurs fut le dépit jaloux
des Nymphes du Ménale , qui , amoureafes
de Myrtis , & envieufes du fort de fon
amante , n'avaient pu fouffrir leur hymen..
Je ne veux point accufer les Nymphes : puifqu'elles
ont pleuré aux funérailles de Myrtis
, elles n'ont point caufé fa mort.
Le jour était venu; nos amis étaient raf
femblés ; l'autel , le facrifice , le feſtin , le
lit nuptial , tout était préparé . Le plus
brillant foleil d'été s'élevait fur nos têtes ;
& tandis que dans nos troupeaux , le facrificateur
choififfait les victimes , pour les
purifier & pour les couronner de fleurs ,
tous nos jeunes amans jouaient dans la
prairie; & nous , peres & meres , partagés
en deux- troupes , l'une affez près du lac
pur & pailible où l'on avait coutume de
laver mes troupeaux , & l'autre plus loin
20 MERCURE
de les bords , nous rappelant notre jeuneffe ,
nous laiffions nos enfans goûter en liberté
les plaifirs de cet âge heureux.
-
Le feul Myrtis s'était féparé de la danfe ,
pour offrir fa priere aux Nymphes des fources
voifines . Jeunes Divinités , dont les urnes
s'épanchent au fein de ce riche vallon ,
chériffez , difait il , protégez un Paſteur
qui vient habiter parmi vous. Il accompa
gnera des fons de fa flûte champêtre le bruit
de vos claires fontaines , le murmure de
vos ruiffeaux & le frémiffement des peupliers
qui les ombragent ; il célébrera dans
les chants la fraîcheur de vos ondes pures ,
il annoncera vos bienfaits .
Alors , fe dépouillant de fa tunique nuptiale
, il s'était plongé dans les eaux du lac
qui leur eft confacré. Mais lorsqu'il en fortit ,
auffi pur, auffi éclatant que la feuille du lis
ou celle du narciffe , lorfqu'elle brille encore
de la rofée du matin , un énorme ferpent
, qui fe tenait caché fous l'herbe , &
qui fe fent foulé fous les pieds de Myrtis ,
fe dreffe , l'enveloppe , fe replie autour de
fon corps.
Tout à coup dans les airs un effroyable cri
s'éleve. Ma troupe & moi nous l'entendons
de loin , & faifis de frayeur, nous écoutons ;
le cri redouble , & nous voyons un groupe
de Pafteurs , plus voifin du lac , lever les
mains au Ciel , & par fes mouvemens , exprimer
l'horreur & l'effroi . C'était Myrtis
DE FRANCE. 21
que l'on voyait enceint des longs replis de
ce ferpent qui l'étouffait. Hélas ! ma fille
& fes compagnes n'avaient pas même entendu
fes cris ; & tandis que le malheureux
s'épuifait en efforts pour fe dégager de ces
neuds , dont il était comme enchainé , ma,
fille , fon amante , ivre de bonheur & de
joie , & le front couronné de fleurs , danfait
au fond de la prairie , & animait par
fon exemple un cercle de jeunes amans. O
trompeufe prospérité ! qui peut fe fier à tes
careffes : qui peut s'endormir dans ton fein?
J'accourus , j'écrafai du fer de ma houlette
la tête du ferpent qui s'alongeait pour
s'échapper; fecours tardif & fuperflu ! L'infortuné
jeune homme était à fon dernier
foupir. Il reconnut ma voix , & en ouvrant
fur moi un oeil mourant , il me tendit la
main. Il voulait me parler; le nom de Lycoris
vint mourir fur fes levres . Je l'embraffai .
Il expira.
Le deuil le plus profond fuccéda tout à
coup à la plus vive joie. Nélé s'avança triftement
vers le lieu de la danfe : Bergers ,
dit-elle , & vous , ma fille , ceffez vos jeux ;
il n'eft plus temps de fe réjouir. Les Dieux
n'ontpas voulu que nous fuffions long-temps
heureux. Non , Lycoris , ce n'eft plus votre
hymen , ce n'eft plus l'hymen de Myrtis ,
ce font fes funérailles que ce jour, ce funeſte
jour doit éclairer. Myrtis n'eft plus.
Myrtis n'eft plus ! Ce cri d'étonnement
& de douleur retentit dans tout le vallon.
22
MERCURE
Dès que ma fille l'entendit , elle tomba
comme frappée du coup mortel , & refta
long- temps renverfée , fans couleur & fans
voix , dans les bras de fa mere . Nous la
portâmes évanouie dans ma cabane ; &
lorfqu'elle reprit fes fens , lorfqu'elle revit
la lumiere : Eft-il bien vrai , mon pere , ditelle
, d'une voix faible & déchirante? Il n'eft
plus ! Elle fe fit raconter fa mort ; elle voulut
aflifter à fes funérailles ; & bien loin de
cacher fes larmes , elle en fit gloire . Je
pleure , difait- elle , l'époux que m'a choiſi
mon pere : j'étais à lui , je fuis à lui encore ,
je ne ferai jamais qu'à lui , & en attendant
que le tombeau nous réuniffe , je ne demande
qu'à le pleurer.
Hélas jeunes & vieux , nous le pleurions
tous avec elle : ce fut , pour toute l'Arcadie ,
une calamité que la mort de Myrtis : vos
peres ont pu vous le dire. Les Nymphes des
bocages où Myrtis avait pris naiffance ,
les Nymphes des bords du Ladon , criaient
la nuit : Myrtis eft mort ! & des antres du
Pholoë jufqu'aux cimes de l'Aléfus , tous
les échos de nos montagnes répéterent longtemps
ces mots : Myrtis eft mort ! Ah ! rien
n'était plus jufte que ces regrets de fa parsie :
il en était l'exemple , il en faifait la gloire;
il devait en être l'amour.
Mais moi , malheureux pere ! quelle fut
ma douleur , lorfque je vis ma fille languiffante
& fanée comme la fleur que le vent
1
DE FRANCE
23
ou le fer a détachée de fa tige , s'éteindre à
vue d'oeil dans nos bras ! Elle nous aimait
tendrement , fa mere & moi ; elle eût voulu
vivre pour nous. Ah ! difait- elle en fe livrant
à nos careffes , conſolez -moi , s'il eſt poſſible
, & prolongez pour vous mes jours ; je
vous les dois , je veux fervir & foulager votre
vieilleffe , & n'aller retrouver Myrtis que
lorfque vous ne ferez plus. Mais l'amertume
de la douleur fe mêlait fur fes levres
à la douceur de ces paroles ; & fa jeuneffe
& fa beauté fe confumaient , comme la
cire, compofée du fuc des fleurs , fe confume
à la Hamme dont elle eft l'aliment.
Sa mere fuccomba au chagrin de la voir
périr : cette mort avança la fienne. Elle touchait
à fa derniere aurore , lorfque le Statuaire
Alcimédon vint me voir. Palémon ,
me dit-il , ce n'eft plus pour une Diane , c'e
pour l'amante de Zéphire , pour la Divinité
du printemps & des fleurs que je viens emprunter
les traits de Lycoris. Ah cruel ! m'écriai-
je , eft- ce pour déchirer mon coeur que
Vous me tenez ce langage ? Flore , grands
Dieux ! ma fille ! venez la voir éteinte , venez
voir la langueur , la pâleur de la mort dans
les yeux , fur les levres , dans tous les traits
de mon enfant. Hélas ! c'eft peut- être aujourd'hui
que fon dernier foleil fe leve ; &
nous allons nous dire un éternel adieu.
En effet , ce jour même elle expira . Touché
de ma douleur , Alcimédon , ami de la
24
MERCURE
7
beauté , pleura fon plus parfait modele ; &
ce fut lui qui , pour honorer la mémoire de
Lycoris , daigna lui élever ce tombeau.
>
Il voulait y placer fon bufte ; il voulait
y graver l'éloge de fes charmes. Oh non !
lui dis- je , rien d'orgueilleux fur le tombeau
de celle qui fut fimple & modefte ; qu'un
marbre pur rappelle la candeur de fon ame ,
& qu'il apprenne à la jeuneffe heureuſe à
ne pas s'éblouir de la félicité ; qu'il lui faffe
penfer à celle que les plus douces efpérances
ont fi cruellement trompée , au moment
même où la fortune , l'amour , l'hymen , la
gloire , tous les Dieux favorables femblaient
fe réunir pour l'élever au faîte du bonheur.
Qu'il vous fuffife donc , homme divin , de
graver fur le marbre , cette leçon pour nos
Bergers : Et moije vivais auffi dans l'Arcadie ;
la renommée dira le refte ; & on ne l'oubliera
jamais.
Tel fut le récit de Palémon. Il fut fuivi
d'un long filence. Enfin , l'une de ces Bergeres
, Délie , après avoir confulté les yeux
de Ménalque : Sage vieillard , dit- elle à Palémon
, tant de douleur aurait au moins encore
quelque foulagement , s'il vous reftait
des enfans, dont l'amour fût l'appui de votre
vieilleffe. Je n'ai plus rien qui me foulage
, répondit Palémon ; la Parque ne m'a
rien laiffé. Si vous vouliez , reprit Délie ,
je vois ici deux orphelins , un Berger &
une Bergere , qui feraient bien contens ,
-
bien
DE FRANCE. 25
---
bien glorieux , que Palémon daignât leur
tenir lieu de pere , les adopter pour fes enfans.
Cette Bergere , ferait- ce vous deman
da le Paſteur ? vos regards femblent me le
! dire. Mes regards , lui répondit- elle , doivent
dire auffi quel ferait ce Berger. - Ce
jeune homme ? Oui , Ménalque , mon
amant , bientôt mon époux. Il n'eft pas beau
comme Myrtis ; fa Délie eft plus loin encore
dé reffembler à l'objet de vos larmes ; mais
ils vous chériraient tous deux fi tendrement ,
que vous les croiriez animés par les manes
pieux qui habitent ce bocage. Eh bien
Délie , & vous Ménalque , venez , dit Padémon
, venez au tombeau de ma fille lui
jurer de rendre à fon pere les mêmes foins ,
s'ileftpoffible , qu'elle lui rendait elle-même;
& moi je promettrai de vous aimer , non
pas comme j'aimais ma fille , mais autant
que je puis chérir tout ce qui n'eſt pas
Lycoris.
Cette adoption fut confacrée fur le tombeau
; les Bergers , les Bergeres en furent
les témoins. Ils laifferent Ménalque & Délie
auprès du vieillard ; & le jour ſaivant
ils revinrent affifter à leur hyménée. Une
joie infultante ne vint point s'y mêler. L'amour
& le bonheur s'y tintent voilés en
filence . Palémon conduifit les deux époux
à l'autel ; & en les uniffant , il baigna leurs
mains de fes larmes. Mais infenfiblement
fes larmes perdirent de leur amertume ; une
Juin 1791 .
No: 23. 4
B
16 MERCURE 2
douce & tendre famille peupla fa folitude ,
L'égaya quelquefois ; & après avoir été longtemps
le plus heureux des Pafteurs d'Arcadie
, & long- temps le plus malheureux ,
il acheva de vieillir content de la derniere
confolation qui refte à l'homme vertueux ,
dans des afflictions fans remede , la douceur
de faire du bien , & de laiffer de foi de
tendres fouvenirs.
( Par M, Marmontel. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Coupelle ;
celui de l'Enigme eft Clou ; celui du Logogriphe
eft Paperaffe, où l'on trouve Pape,
Papa, Sape, Saper, Pas , Paffe, As , Ré,
Parelle,
CHARA DE,
MON dernier
Peut être mon premier
Sans être mon ențier ;
Mon dernier
N'eft jamais mon entier
Sans être mon premier.
( Per M. Prevôt de Moka, 】
DE FRANCE.
27
É NIG ME.
JE fuis , Lecteur , une maiſon gentille ;
Avec plaifir l'ouvrier m'arrondit ,
Légérement fur un pivot me mit ,
Si que je tourne & même je frétille.
Une commere habite le premier ,
Qui de parler fait fon unique affaire :
Ange & Démon , nuifible & falutaire
Sage par fois , fouvent folle à lier.
A mon ſecond demeure un locataire ,
Inceffamment d'un catharre affligé ,
Sale & bruyant ; mais le propriétaire
Point ne voudrait lui donner fon congé.
Mon troifieme eft une double guérite ,
Où deux gémeaux font poftés pour tout voir
Et rien n'échappe à ce couple hypocrite ;
Mais il eft fourd ; on ne peut tout avoir.
Deux pavillons fis à l'une & l'autre aile ,
Servent d'afile à deux autres gémeaux ,
Aveugles-nés , qui , de leurs foupiraux,
Ecoutent tout ce que dit la femelle.
>
( Par un Abonnés }
>
3 .
律
28 MERCURE
h
LOGOGRIP HE.
JE fuis un habitant du Cloître ,
Et porte à mon menton une efpece de goître ;
Mon coftume eft bizarre en fa fimplicité ;
Mon état eft fameux par fon auftérité ;
Mais , ce qui paraîtra fort fingulier , peut- être ,
C'eft que, fans reffembler en rien aux Conquérans,'
Je fais la guerre au monde , & vis à ſes dépens.
D'après ces traits on peut me reconnaître.
Veut-on me difféquer ? L'on trouvera chez moi
Une petite ville où naquit un grand Roi ;
Une pointé où la terre eft unie à Neptune ;
Un mont dont la hauteur infpire de l'effroi ;
Un aliment commun ; une boiffon commune ;
Un inftrument à nettoyer les grains ;
On y trouve de plus au moins fept mots latins ;
Le côté d'un habit ; celui d'une muraille ;
Le Dieu qu'invoquent les Bergers ;
Ce qu'aucuns par décence appellent leur médaille ;
Enfin un arbre à pomme éloigné des vergers.
( Par un Abonné. Į
DE FRANCE. 29
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MÉMOIRES Hiftoriques , Politiques &
Géographiques des Voyages de M. de
Ferrieres-Sauveboeuf , faits en Turquie
en Perfe & en Arabie , depuis 1782 juf
qu'en 1789 ; avec fes Obfervations fur la
Religion , les Moeurs , le Caractere, & le
Commerce de ces trois Nations ; fuivies
de détails très - exacts fur la guerre des
Furcs avec les deux Cours Impériales
d'Autriche & de Ruffie , les difpofitions
des trois Armées , & les réfultats de leurs
campagnes. A Paris , chez Buiffon , Imp-
Libr. rue Haute-feuille , N°. 20. 2 Vol.
in- 8° . Prix, 6 liv. pour Paris , & 7 liv.
francs de port par la Pofte par tout le
Royaume.
IL en
Len eft des Voyages à peu près comme
des Hiftoires : ils plaifent de quelque maniere
qu'ils foient écrits. L'Auteur de ceuxci
déclare qu'il ne fait point fon métier
d'écrire ; on s'en apperçoit à fes négli-
B 3
30 MERCURE
gences. Peut - être les a- t- il pouffées trop
loin ; peut - être , fans être trop févere
pourrait-on exiger qu'un homme qui publie
un livre , quoiqu'il n'en faffe pas métier ,
ne commette pas du moins , contre la Langue
, de ces fautes dont le fimple ufage
doit garantir.
-
L'homme du monde le moins pédant
ne doit pas dire une obélifque égyptienne ;
ni des obélifques dont quelques - unes font
renversées ; ni cette monopole affreufe ; ni
une espace de fix lieues , entrecoupée de
hautes montagnes ; ni adopter une defcription
à telle fituation locale ; ni qui entreviennent
pour mettre le hola ; ni lui empêchait
d'aller rejoindre ; ni fur tout les
Cités dont s'énorgueilloient jadis les Rois
de Crete. Il doit favoir affez les regles
des participes , pour ne pas dire à tout
moment les obfervations que j'ai fait ;
les lettres que j'avais adreffe ; & qui pis .
eft , les Ottomans n'ont pu oublier les
miferes qui les ont accablées . La plus légere
connaiffance de la fyntaxe doit l'empêcher
d'écrire le poids de leurs armes ,
dont ils en ont plufieurs d'inutiles ; fi l'Egypte
deviendra une Puiffance Européenne ,
fa pofition fera des envieux ; cela n'empêche
pas que c'eft parmi les Turcs une
indifcrétion offenfante ; les Commandans
font plus fouvent occupés à donner des
fêtes , plutôt que de , &c. &a ;
DE FRANCE. 31
M. de Ferrieres paraît s'être en général
plus occupé des chofes que des mots ; il
n'y a pas de mal à cela ; mais enfin, les
mots font les fignes des chofes , & lorfque
les premiers vont jufqu'à manquer de
juftelle & de propriété , il eft quelque
fois difficile d'entendre les fecondes . Que
fignifient , par exemple , ces expreffions :
nourris avec l'âcreté de la mifere ; la prédeſtination
, ou la fatalité de l'ame ; le temple
de Balbeck , dédié à l'Etre du jour ;
la Dalmatie ne tardera pas à fubir le fort
de l'envie puiffe la paix , faire bientôt
ceffer une guerre qui rendra le bonheur à
tant d'infortunés , &c. &c. Il n'eft pas
facile de démêler , au travers de ces mots ,
les chofes que l'Auteur a voulu dire.
remarques.
Nous ferions des pédans nous - mêmes ,
fi nous attachions trop d'importance à ces
Mais dans un moment où tout
le monde imprime ; où le Français , avide
d'inftruction , la dévore fans trop examiner
la maniere dont elle eft préfentée ; où la
Langue délivrée des lifieres de la Cour &
de l'Académie , court au devant des tours.
nouveaux , des expreffions nouvelles , &
tend à s'affranchir de toute gêne , il eſt bon
que quelqu'un l'avertiffe de temps en temps
qu'elle ne peut être vraiment libre que
fous le joug des regles , de même que le
Peuple qui la parle ne peut l'être que fous
celui des Loix.
B 4
32 MERCURE
D'ailleurs , M. de Ferrieres peut voyager
encore , & nous donner encore fes Voyages
; une feconde édition de ceux - ci eft
poffible ; pourquoi craindrions - nous de lui
indiquer des taches qu'il peut fi facilement
éviter dans un nouvel Ouvrage , & faire
difparaître du premier ?
Il s'eft cru obligé de relever lui -même
des fautes d'un autre genre , dans un Voya-.
geur célebre , maintenant affis parmi nos
Législateurs. M. de Volney nuifit beaucoup
à la réputation de M. Savary . On
croit même que l'effet de fes critiques
abrégea les jours de ce malheureux jeune
homme : ce n'était pas fans doute fon intention
; & nous doutons que les cenfures
de M. de Ferrieres faffent fur lui le même
effet.
Quoi qu'il en foit , felon le nouveau
Voyageur , M. Savary , fachant parfaitement
l'Arabe , & ayant refté plufieurs
années en Egypte , devait mieux la connaître
fous tous les rapports , que M. de
Volney , qui n'avait paffé que quatre mois
à Alep , autant chez les Moines du Liban ,
& guere plus en Egypte , & qui n'a pu
apprendre en auffi peu de temps une Langue
fi difficile , fi âpre , fi hériffée d'afpirations
, & dont les inflexions varient prefque
à l'infini . Le foin même qu'il affecte
de prendre dans fes notes , d'indiquer toutes .
les nuances de la prononciation arabe de
DE FRANCE. 33
chaque mot , eft , toujours felon M. de
Ferrieres , une preuve qu'il a plutôt étudié
l'Arabe qu'il ne l'a appris.
Il lui conteſte de vifu la deſcription qu'il
fait d'Alexandrette , & l'ancienne préfence
de la mer au pied des rochers qui en font
maintenant éloignés de deux ou trois lieues ,
& la formation de cette plaine immenſe ,
par les terres arrachées aux montagnes
voifines , &c. Il rend des murs de pierre
de taille & des couvertures de tuiles aux
maiſons d'Antioche , que M. de Volney
avoit bâties de boue , & couvertes de chaume.
Il lui reproche d'avoir fait une tranfpofition
fur fa Carte de Syrie , en ce qu'il
place Martaouan où eft Caftin , & Caftin
où le trouve Martaouan ; le premier de ces
villages étant fur la route d'Alexandrette , &
l'autre fur celle de Lataquis. Il lui repreche
d'avoir cru deftinés à des châteaux &
à des lieux de prieres les monticules arrondis
, fréquens dans les plaines de Syrie ,
tandis qu'ils font ou les veftiges de tombeaux
élevés par les Anciens à leurs Grands
Hommes , ou les reftes de ces amas de
terre que formaient les Turcs , lorfque les
Sultans commandaient leurs armées , pour
y planter le drapeau de Mahomet , fous
un grand pavillon , & laiffer des monumens
de leurs victoires. Enfin il lui reproche
des erreurs de fait ou d'obfervation
·
Bs.
34
MERCURE
fur les Arabes & les Turcmenes , & de
fauffes étymologies .
+
Ainfi vont fe réfutant , ou fi l'on veut
le rectifiant l'un l'autre , la plupart des
Voyageurs. Ce que M. Savary avait fait à
l'égard de quelques - uns de ceux qui l'avaient
précédé ; ce que M. de Volney fit
enfuite , à l'égard de M. Savary , M. de
F .... fe le permet à fon tour , avec M.
de Volney , jufqu'à ce qu'un nouveau conteur
de voyages vienne combattre quelques
affertions avancées par M. de F.....
>Il pourra fe faire, par exemple, que quelqu'un
prenne contre lui la défente de M.
de Choifeul- Gouffier , notre Ambaffadeur
à Conftantinople , auquel il reproche des
torts & des abus de pouvoir , dont il dit
avoir été victime . Nous nous garderons
bien d'entrer , à ce fujet , dans aucune
difcuffion ; la famille de M. de Choifeul a
répondu l'année dernière à toutes ces inculpations
, par un Mémoire qui n'a pas
éré réfuté ; mais , à ne juger ceci que litté
rairement, nous obferverons que ces détails
pourraient bien n'avoir pas pour le Public
la même importance que l'Auteur y attache
, qu'ils pouvaient être le fujet d'une
dénonciation fpéciale , qui aurait eu le
genre d'intérêt dont ces fortes de productions
font fufceptibles ; mais que , jetés
au travers du récit d'un Voyage , le Lecteur
peut les trouver un peu étrangers au
DE FRANCE.
*:
genre de plaifir que lui promet le titre
& à la nature des objets fur lefquels fa
curiofité défire d'être fatisfaite.
Elle aura lieu de l'être de la variété de ceux
qui lui font préfentés dans le cours de l'Ouvrage.
La fituation où fe trouve maintenant
la Turquie, commençant une 3. campagne,
malgré les mauvais fuccès des précédentes ;
fondant encore des efpérances fur fon courage
& fur l'étendard de Mahomet ; voyant
enfin des motifs de vengeance plutôt que
de découragement dans l'horrible , dans
l'à jamais exécrable maffacre d'Ifmail; cette
fituation critique d'un grand Peuple fi longtemps
fameux par fes victoires , fixe fur
lui tous les regards , & rend d'un très- vir
intérêt tout ce qui peut nous inftruire de fes
maurs , de fon caractere , fur- tout de fes
facultés militaires , du nombre , de la difcipline
, ou du défaut de difcipline , & de
la force réelle de fes armées . M. de F .... témoin
oculaire , entre dans les plus grands détails
fur tous ces points importans ; détails
qui fuffifent pour rendre fon livre agréable
A un grand nombre de Lecteurs , abftraction
faire du ftyle & du mérite littéraire ,
auquel il annonce ne pas prétendre .
Il y a joint des obfervations curieufes fur
la Perfe , qui ne garde dans fon démem
brement & fon anarchie , que de bien fai
bles reftes de fon ancienne fplendeur ; &
fur les Arabes , qui confervent en grande
В 6
36
MERCURE
leurs
moeurs ,
partie leurs coutumes ,
leur
fimplicité primitives , parmi les changemens
, les viciffitudes & les altérations
qu'ont éprouvées tous les autres Peuples
de la terre. C'eft la feule Nation peutêtre
dans laquelle on reconnaiffe une identité
prefque parfaite , foit qu'on life l’Hiftoire
des anciens Patriarches , ou les récits
des Voyageurs modernes .
Sur quelque fujet qu'un Auteur écrive
aujourd'hui , il eft un objet d'une importance
& d'un intérêt univerfels , fur lequel
on eft curieux de connaître fon opinion . Le
Patriotiſme aime à ranger parmi ſes zélateurs
tous les nouveaux Ecrivains qu'il
voit paraître. Il croit pouvoir compter M.
de F.... dans ce nombre , lorfqu'il l'entend
s'écrier avec chaleur : " Elle eft enfin
abolie cette tyrannie odieufe , & ma Patrie
n'eft plus affervie par les trames fourdes
& ténébreuſes de ceux qui , toujours
armés des ordres du Roi , pouvaient à leur
gré feconder leurs fureurs particulieres ,
&c. «. Mais cette efpérance ne fe foutient
pas ; la chance tourne avant la fin de la
phrafe ; & voici comme fe termine cette
tirade exclamatoire. » Les cris de la Nation
entiere & la réclamation de tous les Ordres
des Citoyens ont convaincu Sa Majesté de
la néceffité de raffurer fes Peuples , en aboliffant
le droit illégal , abufif & dangereux ,
qui faifait redouter à tous les Français la
DE FRANCE.
37
perte de leur vie , de leurs biens , & de
ce qui leur eft encore plus cher , l'honneur
& la Liberté «. Il nous femble que ce n'eft
pas là précisément le cours qu'ont fuivi
les chofes dans l'abolition du Pouvoir arbitraire
, & que cette maniere de voir &
de défigner , en 1790 , une partie fi effentielle
de la Révolution , n'eft nullement dans
le fens de la Révolution .
Dans un autre endroit , l'Auteur avoue
franchement qu'il eft un zélé anti-philantropique;
c'eft-à- dire, felon lui , ami des Blancs ,
ou plutôt ennemi des amis des Noirs . Tout
cela eft médiocrement philofophique. Cette
déclaration de guerre aux Philantropes , devrait
au moins être faite fous une banniere
portant un autre nom pour devife . Les
amis des Noirs ne font point des philantropiques
, mais des philantropes ; leur être
contraire , ce n'eft donc pas être anti - philantropique
, mais anti - philantrope , ou tout
fimplement mifanthrope , c'eft-à-dire, ennemi
des hommes .
OBSERVATIONS fur l'accord de la Raifon
& de la Religion pour le rétabliſſement du
Divorce , l'anéantiffement des Séparations
entre époux , & la réformation des Loix
relatives à l'Adultere ; par M. Bou38
MERCURE
chotte , Député du Département de l'Aube.
Hominum causâ omne jus Conftitutum .
HUM. Lib. de Statu hom .
و
Semper fexus mafculinus etiam foemininum
fexum continet.
JUL. Lib. 61 , de Leg. 3 .
Le Droit n'a été établi que pour les hommes ,
& le fex e feminin eft auffi compris fous ce
terme générique .
Volume in- 8°. de 194 pages . De l'Imprimerie
Nationale.
Voici encore la queftion du Divorce nou“
vellement traitée. Elle ne faurait être trop
éclaircie , & il était néceffaire fur-tout de
démontrer que l'ufage du Divorce , fi bien
d'accord avec la raifon , ne l'eft pas moins
avec la Religion . On voit par le choix des
épigraphes , que c'eft fur- tout la cauſe du
fexe le plus faible & le plus malheureux
qui intéreffe l'Auteur. Il fent tous les défavantages
qui accablent les femmes dans nos
Inftitutions civiles , & voudrait les en dédommager
au moins fur un point d'où
dépend le bonheur de toute la vie. I
prouve que la féparation , telle qu'elle eft
admife parmi nous , eft immorale & impolitique
. Le Divorce feul peut remédier
aux malheurs de deux époux mal affortis.
1
DE FRANCE.
39
2
VARIÉTÉ S.
SCIENCES ET ARTS.
PROJET de Monument à la gloire
D'HONORÉ RIQUETTI MIRABEAU .
GRAND fujet de Peinture , Gravure &
Sculpture offert aux Artiftes Patriotes ,
& dédié à l'Affemblée Nationale .
Sur le devant eft un large Tombeau , au bout
duquel on voit la Mort , tenant fa faux d'une
main , de l'autre , faifant figne à Mirabeau d'y
defcendre. Le Héros , décoré d'une Couronne
Civique , s'avance , pofe un pied fur le bord de
la tombe , où il entraîne avec lui les deux plus
cruels Tyrans de l'Humanité , le Despotisme &
le Fanatifme.
Celui - ci eft repréfenté fous la figure d'un
Dominicain , l'oeil furieux & égaré , les levres
convulfives , les cheveux hérillés , tenant un
Crucifix d'une main , & de l'autre , un poignard.
Le Defpotifine eft repréſenté fous la figure d'un
Guerrier , couvert d'un cafque ceint d'une Couronne
Royale , fous le coftume & l'armure de
l'ancienne Chevalerie Féodale. Pour mie x le
caractériſer encore , il fera peint foulant aux
pieds un Livre intitulé , Droits des Nations. Auprès
de lui fera un Globe enchaîné . Les deux
Tyrans , à demi terraffés , luttent en vain contre le
Héros qui les entraîne avec lui dans fon Tombeau.
40
MERCURE
A fa gauche , un peu en arriere , on voit la
France éplorée , que l'on diftingue aifément à
fa Couronne & à fon Manteau fleurdelifé. Elle
s'efforce d'arrêter Mirabeau , prêt à defcendre
dans le fatal cercueil. D'une main , elle le retient
par la draperie de fon vêtement ; de l'autre ,
elle lui montre la Conftitution . Celle - ci , dans
le fond du Tableau , eft repréſentée ſous la figure
d'une jeune & belle Femme , couronnée
d'immortelles , à demi - couchée , ayant un air
faible & languiffant. Une Croix , fynbole de la
Religion qu'elle a confacrée , eft gravée fur fon
coeur. D'une main , elle embraffe un Médaillon
fur lequel l'effigie du Roi eft empreinte , avec
cette Légende : LOUIS XVI , ROI DES FRANÇAIS.
De l'autre main , appuyée fur le Livre de la
Loi , elle s'efforce de fe foulever , & femble invoquer
l'appui de Mirabeau , qui , détournant
vers elle fes derniers regards , la fixe avec un
air d'intérêt &
d'attendriffement , mêlé du regret
de la quitter dans un moment où il pourrait
encore lui être utile. Sous fes pieds eft le Serpent
de 1 Envie , qui , dardant fa langue acérée ,
voudrait la bleffer. Auprès d'elle , on voit le
Niveau de l'égalité , la Corne d'abondance , des
Ecuffons mutilés , des Fers brifés , le Sceptre de
la Raifon & la Main de Juftice réunis en fautoir
fur une pique furmontée du Bonnet de la
Liberté. Enfin , on peut y ajouter , dans le lointain
, un Coq , fymbole de la Vigilance , placé
comme en fentinelle fur les ruines de la Bastille.
Sur le devant du
Tombeau , feront gravés ces
deux avers :
;
Homme , qui que tu fois , honore
Mirabeau
Il entraîne avec lui tes Tyrans au
Tombeau . ;
Par M. Benoît Lamothe , ci-devant Rec.
de la Régie à Château - du-Loir. )*
DE FRANCE. 41
NOTICE S.
Effai fur la Vie de M. Thomas , de l'Académie
Françaiſe ; par M. Deleyre , avec cette Epigraphe :
Loquor autem de homine , cui vivere fuit cogitare.
Tufcul. Lib . V.
Je parle d'un homme qui ne vécut que pour enfer.
1 Vol. in- 12 de 394 pages . Prix , 1 liv . 16 f. br.
Le même , in- 8 °. Prix , 3 liv . br . A Paris , chez
Moutard , Lib-Imp. rue des Mathurins-Sorbonne.
N. B. On a imprimé cet Effai in- 12 & in - 8 ° .
afin de pouvoir le joindre aux OEuvres de M.
Thomas , de ces deux formats.
Cet Ouvrage et d'un Ecrivain Philofophe &
exercé dans l'Art d'écrire . Il analyſe les Ouvrages
de M. Thomas avec l'intelligence d'un homme
qui les a fouvent médités .
Le même Libraire vient de mettre en vente
la Connaiffance des Temps , pour l'année 1791 ,
in-8 ° . Prix , 4 liv.
L'Abolition de la peine de mort , par M. Perreau
, Auteur de Mizrim , du Roi Voyageur , &
de plufieurs autres Ouvrages politiques . Brochure
de 36 pages in- 8 ° .
Les amis de 1 humanité feront fatisfaits des
principes de l'Auteur , dont le patriotifme cft
auffi pur qu'éclairé . Nous lui devons différens
Ouvrages fages & modérés fur la Révolution ,
dont fa modeftie l'a empêché de fe déclarer l'Auteur.
La lecture du Roi Voyageur caufe fur-tout
la plus grande furprife . Il a paru en 1787 , & on
y voit tous les principes de notre Conſtitution .
Nous regrettons que cet Ouvrage , dont il s'eft
fait dans le temps plufieurs éditions chez l'Etranger
, ne fe trouve plus que très- difficilement.
42
MERCURE
La Pratique du Defin de l'Architecture Bourgecife
, par du Pain de Monteffon. 1 Vol . broc.
2 liv. A Paris , chez Régent & Bernard , Libr.
quai des Auguftins , N° . 37.
Cet Ouvrage , intéreffant par fon objet , eft
préſenté avec beaucoup d'exactitude & de clarté.
On trouve chez les mêmes Libraires les Livres
Militaires ,
Mathématiques , & ceux qui tiennent
aux Sciences & aux Arts .
Analyfe des principes conflitutifs des deux
Puiffances , précédée d'une Adreffe a x Curés des
Départemens de l'Ifere , de la Drôme & des
Hautes - Alpes ; & fuivies de Notes juftificatives
da Cahier des Curés de Dauphiné. A Paris , chez
Périffe le jeune , Libraire , Pont Saint- Michel , au
Soleil d'or.
L'Auteur prouve que la Puiffance temporelle avait
toute efpece de droit fur les biens
eccléfiaftiques ,
qui ne font qu'une chofe temporelle ; ce qui ne
devrait pas avoir befoin d'être prouvé .
L'Ouvrage
eft écrit avec force & avec fagcffe .
Mémoire fur la
Mendicité, par M.
Bannefoy ,
ancien
Infpecteur des Maifons de force & Dépôts
de
Mendicité du
Royaume. Se trouve à Paris , rue
de Hariay , Nº . 15 , au Mirais.
C'eft fervir à la fois la Patrie &
l'Humanité
que de traiter des objets aufli
intéreflans pour
l'une & l'autre , & de faire
connaître les
Ouvrages
qui en parlent. Celui- ci mérite d'ètre lu avec attention.
DE FRANCE. 43
Méthode facile pour vérifier le Calcul des Annuités
relatives à la vente des biens nationaux
at le à tous ceux qui vendent ou achetent de ces
biens par M. Verkaven , Profeffeur de Mathématiques
des Afpirans au Corps du Génie , à l'Ecole
Militaire de Brienne . A Paris , chez Petit , Lib .
au Palais-Royal , galeries de bois , N ° . '250 .
Cette petite Brochure a l'avantage de faciliter
& d'abréger beaucoup de Calculs.
De la Balance du Commerce , & des Relations
commerciales extérieures de la France dans toutes
les parties du Globe , particuliérement à la fin
du regne de Louis XIV , & au moment de la
Révolution ; le tout appuyé de Notes & Tables
raifonnées authentiques , fur le Commerce &
la Navigation , la Population , le produit terri
torial & l'Industrie , le prix du Blé , le Numéraire
, le Revenu , la Dépenfe & la Dette publi
que de la France à ces deux époques , avec la
valeur de fes importations & exportations pro
greffives , depuis 1716 jufqu'en 1788 inclufi
vement ; par M. Arnould , Sous - Directeur du
Bureau de la Balance du Commerce. 2 Volumes
in-8 ° . & 1 Vol. in 4. de Cartes & Tableaux
Prix , 12 liv . br & 14 liv. francs de port par la
Pofte dans tout le Royaume. A Paris , chez
Buiffon , Imp- Lib. rue Haute-feuille , N° . 20.
Nous reviendrons inceffamment & plus en détail
fur cet Ouvrage très-intéreffant dans les circonftances
préfentes , & qui donne une idée bien
avantar reufe du talent de l'Auteur . On lui doit
auffi une petite Brochure , qui fe trouve à la
meme adriffe , & qui eft intitulée : Répartition
de la Contribution fonciere , ou Diviſion en huic
claffes fondamentales des 83 Départemens .
44
MERCURE
Vie de Jofeph Balfamo , connu fous le nom
de Comte de Caglioftro , extraite de la Procédure
inftruite contre lui à Rome , & traduite avec la
fidé ité la plus
fcrupuleufe , d'après l'original
Italien , imprimé à la Chambre Apoftolique .
peu
Cette Traduction n'eft pas celle qui a été annoncée
dans des Papiers publics ; l'Editeur y a joint
un affez grand nombre de Notes , dans quelquesunes
defquelles il fe trouve des circonftances
connues de la vie de Caglioftro . Il la fait précéder
d'un
Avertiffement , qui offre des dérails
curieux fur la Secte des Illuminés ; enfin elle cft
ornée du Portrait de
Cagliostro .
Cette nouvelle Vie d'un homme que diverfes
conftances ont rendu fameux , fe trouve chez
Onfroy , Litr . rue St -Victor , Nº . 11.
Elle fera
probablement très-recherchée par les
détails curieux & piquans qu'elle contient , ce
que l'on doit aux foins de l'Editeur .
Tableaux , Statues , Bas- Reliefs & Camés de
la Galerie de Florence & du Palais Pitti ; deffinés
par M. Wicar , Eleve de M. David , Peintre du
Roi , & gravés fous la direction de M. Lacombe ,
Peintre , avec les
explications des Antiques , par
M. Mongez l'aîné , de l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles -Lettres , & c . imprimés avec
les caracteres gravés & fondus par M. P... L ....
Wafflard : Se .
Livraiſon. Prix ,
d'Effonne. A Paris , chez M. Lacombe , Peintre , 18 liv. pap. vélin
Editeur , rue de la Harpe , No. 84 , près la Place
St-Michel .
Ce fuperbe Ouvrage , dont les Livraiſons fe
fuccedent avec exactitude aux époques indiquées ,
mérite de plus en plus les fuffrages des connaiffeurs.
DE FRANCE. 45
MUSIQUE.
3 Duos pour deux Flûtes , avec des variations
aux derniers morceaux ; par M. Cambini , @uv .
60e. 15 Livre . Prix liv. 12 fous
3 •
port franc.
12 petites Pieces pour le Clavecin , Violon
à volonté par M. J. Pleyel. Prix , 4 liv . 4 f. port
franc . A Paris , chez M. Porro , rue Tiquetonne ,
Nº, 10.
GRAVURES.
Carte raifonnée de la France , fuivant la divifion
décrétée par l'Affemblée Nationale ; 1 ° . en
quatre-vingt-trois Départemens , comprenant cinq
cent quarante- fept Diſtricts , autant de Tribunaux
criminels que de Départemens , & autant de Tribunaux
civils que de Diftricts ; 2. en dix Arrondiffemens
Métropolitains , renfermant autant
d'Evêchés que de Départemens par L... Brion ,
Ingénieur - Géographe du Roi .
Cette Carte étant la feule que ce Géographe
ait faite fuivant la nouvelle divifion , il défavoue
les autres de ce genre qui fortent fon nom. Elle
differe , à bien des égards , de toutes celles qu'on
s'eft hâté de mettre au jour ; & elle comprend
tous les objets annoncés par le titre ci-deſſus' ;
1º . les Places fortes du Royaume ; 2 ° . les Direc
tions des Routes des Diligences & Meffageries ,
avec les diftances des principales Villes , à Paris ;
3. les Directions des chaînes de Montagnes ;
4. des Notes fur l'étendue & la population du
Royaume ; 5. la Correfpondance locale des Dé46
MERCURE
partemens aux ci- devant Provinces . Prix , 48 .
A Paris , chez l'Auteur , rue de la Harpe , N.
154 ; Buiffon , Libr. rue Haute- feuille , Nº. 20 ;
Defenne , Lib. au Palais-Royal , Num . 1 & 2 ;
& au Bureau des Révolutions de Paris , rue des
Marais , F. S. G. Nº. 20 .
A VIS.
Etabliffement d'une Penfion Bourgeoise , tenue
par la Dame Lepefcheur , rue de Buffon , quartier
du Jardin du Roi , à Paris.
La Maiſon réunit les avantages de la ville &
de la campagne ; l'air y eft fain & pur ; la facilité
d'entrer dans le Jardin du Roi par une
grille en face de ladite Maifon , procure , fans
fatigue , l'agrément de la promenade .
Les perfonnes qui défireraient trouver une retraite
honnête , une bonne table bourgeoife , bien
& proprement fervie , peuvent s'adreſſer à ladite
Dame Lepefcheur , dans fa Maifon : 12 perſonnes
pourront y être admifes ; elles auront chacune
feur Appartement , meublé ou non meublé ,
leur choix , avec des vues agréables.
-
La Dame Lepefcheur efpere que le Public verra
avec plaifir cet Etabliffement , formé fur tout
pour des perfonnes des Départemens , que des af
faires amenent dans la Capitale, & qui trouveront
chez elle tout le fervice commode & néceffaire .
Le Sieur Le Marcant prévient le Public qu'il
vient
d'augmenter fon Magafin de différentes
DE FRANCE.
47
Marchandiſes pour MM les Eccléfiaftiques de tous
les Ordres.
Il tient toujours fa Fabrique de Bonnets carrés ,
de Houpes, Calottes , Rabats , Parafols & autres ,
Ceintures de Prêtres , Glants & Mozettes d'Evê‹
ques , Surplis , Rochets de toutes qualités , Habits
de choeur pour Chanoines , Manteaux de
toutes efpeces & qualités ; Soutanes de toutes couleurs
; Draps , Etamines , Voiles , Etoffes de foie
* pour habits d'homme , le tout en noir ; Ornemens
d'Eglife , tout faits , neufs & de hafard ; Croffes ,
Mitres , Croix d'or , Anneau Paftoral , Tunifilles
des quatre couleurs , Bas de foie , Gants & Souliers
brodés , & généralement ce qui eft néceffaire pour
le Sacre de MM. les Evêques.
Il fait des Envois dans les Départemens , fe
charge de la Commiffion en gros & en détail : lę
tout au plus jufte prix.
Son adreffe eft Montagne Sainte - Genevieve , au
coin de la rue des Noyers , à Paris.
Bains froids & chauds , à Boulogne-fur- Mer.
Les avantages des Bains de mer font généralement
reconnus , mais l'ufage l'ufage en eft incommode à
caufe de la publicité du rivage , de la variation
des marées , & de la crainte d'en être furprisi
d'ailleurs , quand l'eau eft trop froide , les perfounes
délicates ou infirmes ne peuvent s'y baigner
fans beaucoup d'inconvéniens , auxquels on
a pourvu par le préfent Etabliſſement , qui eſt
le premier de ce genre en France , & qui , quoique
de la plus grande fimplicité , a exigé cinq
ans de travaux affidus.
Chaque Baignoire eft placée dans un cabinet
48 MERCURE DE FRANCE.
féparé , fans aucune communication des deux
fexes ; une fentinelle veille à la sûreté & à la
décence de cet Etabliſſement .
Le prix de ces Bains , qui feront ouverts chaque
année , depuis le 15 Avril jufqu'au 15 Novembre
, eft de 30 f. pour les Baignoires fixes ,
de 3 liv . pour les Baignoires mobiles de la feconde
claffe , & de 6 liv . pour celles de la troifieme . En
s'abonnant pour un mois , les prix diminuent de
moitié ; & d'un tiers , fi on s'abonne pour quinze
jours .
Il eft peu de Bains préférables à ceux d'eau de
mer , pris au 25c. degré de chaleur , qui eft à
peu près la chaleur naturelle. Les fubftances qui
s'y rencontrent portent avec l'eau , dans le tiffu
de la peau , une action plus apéritive & plus tonique
que ne peut faire l'eau ordinaire . Ces Bains
conviennent à tout âge , aux tempéramens ardens ,
bilieux , mélancoliques ; aux femmes maigres &
nerveuses , à celles qui ont la peau feche & ten;
due , qui éprouvent des fpafmes , des fuppreffions ,
&c. Ils font très - utiles dans les maux de nerfs ,
les rhumatifmes & fciatiques , dans les maladies
fecretes . Pline dit que pendant 600 ans on ne
connut à Rome d'autre médecine que l'ufage des
Bains.
EPITRE
Palémon.
TABL E.
Charade , Enig. Logog.
Memgeres Hiftoriques.
3 Obfervations ,
7 Variétés.
26
29 Notices
,
37.
B J
MERCURE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
POLOGNE.
De Varfovie , le 14 Mai 1791 .
Lanouvelle forme de Gouvernement eft
rédigée , & publique : elle embraffe un
Code complet. Nous en donnerons le Précis
la femaine fuivante ; il eft conforme
aux bafes que nous avons préfentées ; mais
ceux qui ne connoiffent pas l'ancienne
Conftitution de Pologne , à laquelle les
dernières Loix viennent d'être fi heureufement
amalgamées , n'auront que des idées
fauffes de fon véritable Gouvernement . It
eft compofé d'une Ariftocratie héréditaire ,
que
le Patriotifme éclairé de la Nobleffe a
balancée , par le mélange de Démocratie
compatible avec l'état actuel des Communes
en Pologne , & par l'énergie rendue à la
No. 23. 4 Juin 1791 .
A
( 2 )
Puiffance Royale . Ce Gouvernement mixte,
dont les différentes parties fe tempèrent
mutuellement , pofe maintenant für de
bons principes , dont l'expérience étendra
l'application , encore imparfaite. Le Roi ,
dit-on , a déclaré , qu'en l'inftituant on
avoit pris pour guides les Conftitutions
corrigées , d'Angleterre & des Etats - Unis .
C'eft une grande entreprise que de rectifier
des Peuples éclairés par des fiècles de
liberté & des lumières politiques : c'eft un
fuccès inouï que de paffer les meilleurs
Gouvernemens connus , en fortant du plus.
déteſtable Gouvernement connu. Au refte ,
cette prévention què l'examen feroit loin
de juftifier , prouve une émulation louable
de perfectionnement. Les Américains , ni
les Anglois ne corrigeront leurs Loix fur
celles des Polonois ; mais fans les avouer
pour leurs maîtres , ils s'honoreront de les
avoir eus pour diftiples.
La politique , le patriotifme , & peut-être
la raifon ont déja fait tomber l'oppofition
de quelques-uns des Nonces qui ont protefté.
D'autres font reftés inflexibles , &
malheureuſement ils jouiffent de l'eftime.
univerfelle , & la méritent. Ces efprits .
fiers n'ont pu fe foumettre à recevoir ainfi
la Loi fans délibération . De ce nombre eft
M. Suchorzewski , Nonce de Kalifch , dont
nous avons parlé la femaine dernière. Il
amera fon als au pied du Trône dans la
( ; )
Diète , & dit que « plutôt que de donner
la main au Projet propofe , il immoleroit
fon fils aux pieds du Roi , préfé-
» rant la mort à le laiffer efclave. » Sans
doute ce fentiment noble étoit fort exagéré
dans fon motif. Un autre Citoyen encore
plus illuftre , le Comte Malachowski ,
Grand Chancelier . & frère du Maréchal
de la Diète , vient de ſignaler fes fentimens :
il a renvoyé au Roi le grand Sceau de
T'Etat , & s'eft retiré dans fes terres . Quelque
prix qu'on attache légitimement au
nouvel ordre fous lequel la Pologne fort
des ruines & de la confufion ; quoique
l'oppofition de plufieurs Perlonnages ait
fa fource peut-être dans fhumeur ,Thabitude
, ou l'irréflexion , on aime à retrouver
ce refpect de l'homme pour fa confcience
lorfque l'exemple , l'intérêt & l'autorité
tendent à l'amollir. Le Roi ne manquera
ni de courtiſans , ni de flatteurs , & déja
quelques Membres de la Diète , bien con
nus par leur ancienne oppofition à l'Autorité
Royale , mettent autant de zèle dans
leurs baffeffes , qu'ils en mettoient dans leur
animofité.
Quoiqu'on cherche à perfuader que la
crainte d'un nouveau partage a déterminé
les éclatantes réfolutions du 3 Mai , cette
politique n'en impofe qu'à des Gazetiers.
Les Puiflances voifines n'avoient aucun
deffein pareil fur la Pologne : la preuve
A 2
( 4)
V
palpable de cette vérité eft dans l'empref
fement , avec lequel quelques- unes d'entre
elles recherchoient l'alliance de la République.
Ces liaifons étoient incompatibles
avec aucun concert entre les trois Puiffances
co-partageantes. La Ruffie feule pourra
être très-affectée d'une révolution , qui
éteint les tifons, dont la République fut confumée
depuis la mort d'Auguste III. Les
autres Puiflances font intéreffées à ce qu'il
s'en forme dans le Nord une nouvelle , &
affez folide pour mettre un poids dans
l'équilibre.
ALLEMAGNE.
De Berlin , le 24 mai.
-
L'affluence des Couriers , des Plénipotentiaires
& des Etrangers dans cette Re
fidence , a augmenté depuis 15 jours. Le
Duc Manchester arriva la femaine dernière,
Après lui M. Hailes , Miniftre Britannique
en Pologne , eft venu de Varfovie ,
avec le Comte Moczinski. M. Faukener ,
Envoyé extraordinaire de la Cour de Londres
à Pétersbourg , eft parti le 11 pour fa
deftination , après avoir eu la veille une
audience de S. M. à Potzdam. Nous
approchons d'un dénouement ; l'opinion
univerfelle est toujours à la paix . Des
dépêches du Roi de Suède arrivées la fe-
-
maine dernière, en ont fortifié l'efpérance.
Ce Prince avoit ordonné des préparatifs
militaires dont l'activité s'eft rallentie toutà
- coup à la fin d'Avril. Le bruit de fon
départ s'eft renouvellé à Stockolm : on
fixe au 18 de ce mois le moment de fon
embarquement. Le Comte Claude de Horn
& M. de Mollefward l'accompagnent dans
fon voyage , s'il a lieu , S. M. S. fe rendra
d'abord à Aix la Chapelle , où le Baron
de Nolcken , fon Miniftre à la Cour de
Vienne, doit être arrivé en ce moment, pour
y faire quelque féjour.
De Francfort-fur-le-Mein , le 26 Mai.
Suivant les dernières lettres de Vienne ,
en date du 18 , l'Empereur a dû fe rendre
le 13 à Pavie , d'où il fe propofoit d'aller
a Milan : on ne parloit plus de fon voyage
à Turin. L'efpoir de voir terminer incelfamment
les négociations de Sziftowe étoit
dominant , depuis le paffage d'un Courier
de Berlin , qui a porté aux Miniftres des:
Cours Alliées , les inftructions néceffaires
pour l'arrangement definitif. On ne doutoit
plus à Vienne d'une paix prochaine entre
la Porte & la Ruffie.
Le Duc régnant de Brunswick , rétabli de ,
fa dernière indifpofition , eft parti pour
Berlin , & a pris à Halberstadt fes équi-
A
3
( 6 )
pages de campagne. Le Duc dYorck eft
arrivé le 8 à Hanovre , dont la garniſon
a conimencé fes manoeuvres du Printems.
L'affaire des Princes à Ratisbonne a donné
lieu à plufieurs conférences particulières ,
dans lefquelles on eft convenu des points
qui feront mis en délibération. Le Prince-
Evêque de Spire a fait diftribuer un nouvel
écrit , encore plus énergique que les
précédens. Rien ne fera définitivement
réfolu, à ce qu'on préfume, avant le mois de
Juillet , parce qu'il faudra attendre les dernières
inftructions des Cours refpectives. On
a remarqué que le Baron de Jacobi , Miniftre
Electoral de Brandebourg, a des conférences
fréquentes avec le Vice- Chancelier
de l'Empire , & l'on fait qu'elles ont pour
objet les intérêts des Princes réclamans ,
& les mesures par lefquelles on eft décidé
à les foutenir. Le dernier voyage du Duc de.
Wirtemberg à Paris l'a guéri du defir des négociations
particulières . Il n'a rapporté de
fes tentatives que des libelles de Journaliſtes
des accufations infultantes , & des obftacles
faits pour dégoûter le Prince le plus complaifant.
Depuis que la France eft gouvernée
par des Folliculaires , Députés nationaux, ou
non Députés , on y eft perfuadé qu'il faut
traiter les Souverains de l'Empire comme
on a traité les Gentilshommes François ,
& que le Tribun qui prêche dans la
17)
1
crotte , mérite plus d'égard qu'un Duc de
Wirtemberg. Rien au refte n'étoit plus dérifoire
que ces négociations ridicules ; puifque
, ainfi que nous le dîmes dans le temps ,
les Princes ne pouvoient abandonner des
droits qui
appartiennent à l'Empire
conclure fans leur aveu aucune tranſaction
à cet égard..
FRANC E.
De Paris , le 18 Mai .
2
ASSEMBLÉE
NATIONALE.
Du lundi, 13 mai.
ni
Le peu de voix quifont habituellement données
pour la prédence , s'étant partagées entre M.
Bureau de Pufy & M., Charles de Lameth , le
fcrutin a été nul , & M. d'André a confervé le
fauteuil, ou M. Chabroud l'a remplacé au commencement
de cette féance.
Organe du comité eccléfiaftique , M. Legrand
a propofé un décret , portant injonction à
tous les religieux qui habitent d'autres monastères
du département du Nord , que ceux défignés
par le même décret , de les vider dans la quinzaine
pour fe réunir aux religieux de tous ordres
dont feront réfervées quelques maifons indiquées
. Un curé s'eft avifé de rappeller à l'Aſfemblée
les décrets antérieurs , qui donnoient aux
religieux la liberté de fortir du cloître , ou d'y
continuer la vie,
conventuelle , à condition qu'ils
A
4
( 8 )
feroient plus de 15 dans chaque maifon . Cet
honorable membre obfervoit qu'on alloit fnpprimer
& réunir des maiſons où il y en avoit 3
40 , combien il étoit rigoureux d'expulfer des
vieillards d'afyles où ils vivoient en paix depuis un
demi- fiècle; que de tels procédés , arbitraires &
cruels défoleroient des villages nourris par ces
cónobites . M. Treilhard a répondu , fans alléguer
la moindre preuve , que beaucoup de
ces religieux fe plaignoient du defpotifme de leur
fupérieur. M. Lavie en a leftemer.ffirmé autant ,
fans fe donner la peine d'en prouver davantage ;
M. Treilhard a tire fes meilleures raifons
du refus que font ces religieux de prêter le ferment
, de l'intérêt de vendre des biens nationaux
le plus & le plutôt poffible , & de la néceffité
de remplacer les prêtres non-jureurs , très-nombreux
dans les Provinces-Belgiques ; ce à quoi l'on fe
Aatte de réuffir en rendant la vie bien malheureufe
aux pauvres moines , qui , malgré la.
liberté décrétée , s'obſtinent à demeurer fidèles
à leurs voeux . Les articles préfentés par M. Legrand
ont été adoptés fans débats ultérieurs .
›
C'étoit à tort que M. Déleffart & M. Camus
fe plaignoient dernièrement , que les impofitions
ne produifoient qu'à peine de 3 à 3 millions
par mois ; puifque aujourd'hui M. de Montef
quiou, eft venu , fi non démontrer , du moins
attester à l'Affemblée que la recette d'avril ,
qui devoit monter à 48,558,333 ' liv . ne s'élevoit
qu'à 24,295,928 liv . De vives apoftrophes aux
détracteurs du comité , & à ceux qui n'ajoutent
aucune foi aux connoiffances & aux états financiers
de M. de Montefquiou , l'ont conduit à
demander , ce qu'il a bien vite obtenu , que la
caille de l'extraordinaire verfât 24,262,405 liv.
( 9 ).
autrefor public , où , même d'après ces calculs , le
déficit d'un feul mois égale prefque la moitié
du déficit pour lequel on convoqua les étatsgénéraux
.
On a lu une lettre du maire & des officiers
municipaux d'Avignon , adreffée à l'Affemblée
nationale , que l'Europe fera furpriſe de voir ainfi
traiter de puiffance à puiflance avec de pareils
perfonnages. Ils peignent leur affreufe fituation ,
gémiffent de ce que la difcuffion de leur affaire.
eft interrompue & renvoyée , affurent que le
voeu du peuple Avignonois pour fe réunir à la
France eft bien réel , bien conftaté , bien authentique
« Si vous craignez , difent-ils , que le
You des Comtadins ne foit pas affez bien caraftésifé
, hâtez - vous de faire ceffer ces horreurs
qui nous environnent , auxquelles nous déclarons
devant l'Auteur de notre exiſtence , & devant
vous , que nous n'avons jamais pris de part ....
Au nom de la nation augufte que vous repréfentcz,
& de laquelle nous avons été cruellement féparés ,
ne permettez pas qu'un peuple périffe pour avoir
voulu vivre fous vos loix , & c . Cet ultimatum.
de gens punis de leurs propres excès , & net
fachant plus comment échapper à l'armée qui les
menace , eft fignée : Le maire & les officiers mu
nicipaux de la ville d'Avignon. RICHARD
maire. Avignon , le 16 mai 1791 .
M. Boiffy d'Anglas , proteftant , a dit qu'il
aveit reçu plufieurs lettres du département de da
Drôme , qui ne l'entretenoient que des épouvantables
defordres caufés par des brigands répandus
dans le Comtat , & il a part ne favoir pas
de quel parti étoient ces fcélérats , s'ils défer
doient ou s'ils attaquoient Carpentras . M.
Rewbell, proteftant , a demandé que l'affaire
( 10 )
1
Avignon fût décidée le lendemain fans défemparer.
M. Rabaud, proteftant , s'eft hâté d'affurer que
M. de Menou feroit prêt à la rapporter. On l'a
ajournée au lendemain fans faute.
Par un de ces contraftes que la philofophie
moderne pouvoit feule admettre dans la politique
, c'est au moment où règnent tous les
crimes , au milieu de l'anarchie , que M. le
Pelletier de Saint -Fargeau , ci- devant magiftrat ,
a lu , dans la tribune , une longue differtation
fyftématique fur le code pénal , où il n'a parlé
que d'humanité envers les plus grands criminels ,
où il a établi qu'il falloit réduire les peines capitales
, pour qu'elles fuffent repreſſives & durables ,
à des privations & au travail , en offrant aux
fcélérats , le travail fous des formes confolatrices
pour tempérer fenfiblement l'être du condamné ;
abolir tout ce qui imprime aux peines un caractère
de perpétuité , & laiffer l'espoir de revivre
à l'honneur. Il fupprime jufqu'au fouet qui dégrade
la main de l'homme, en l'appefantiffant fur fon
femblable , & à la marque , parce qu'elle imprime
un déshonneur ineffaçable . Enfin , fi l'on en croit,
cette philanthropie , le plus grand fupplice fe
zéduira dorénavant à être expofé pendant trois
jours en public , chargé de chaînes , avee un
écriteau , à être enfermé dans un cachot , pour
un temps qui ne pourra durer moins de 12 années ,
& plus de vingt - quatre. De moindres crimes
feront puais par la dégradation civique , & autres
moyens auffi heureufement appropriés à la police.
de fûreté. L'Affemblée a décrété l'impreffion de
⚫e difcours.
« Les comités de conftitution & de révision
a dit enfuite M. Démeunier , ont trouvé la motion
de M. Buzor infuffifante ; ils s'occuperont d'un
( ir)
autre moyen de modérer l'impétuofité des légiflatures
à venir. Rien n'empêche l'Affemblée ,
de décréter le complément de l'organiſation du
corps législatif ; dans deux ou trois jours , le
comité de conftitution fera en état de faire un
rapport fur la convocation de la légiſlature pro- .
chaine. Cette annonce a été reçue aves les .
démonftrations de la joie la moins équivoque
& une difcuffion , qui n'a offert aucun intéré
a fucceffivement amené l'Affemblée à décréter plus
fieurs articles fur le corps législatif, articles que .
nous allons joindre à ceux que nous avions laillés
en arrière .
ל כ
XVIII. La vérification des pouvoirs fera
faite en la forme ſuivante. »
« XIX . L'Affemblée fe divifera en bureaux ;
ces bureaux feront formés , & les procès- verbaux
d'élection feront répartis entr'eux , de manière
qu'aucun membre d'une députation ne ſe trouve
membre du bureau auquel la vérification des
pouvoirs de cette députation fera attribuée . »
XX. Un rapporteur de chaque bureau fera
à l'Affemblée générale le rapport de l'examen
fait par fon bureau , des pouvoirs qui lui auront
été diftribués ; & l'Affemblée prononcera fur les
difficultés que quelques - uns de ces pouvoirs pourroient
éprouver. »
XXI. Auffi-tôt que la vérification des pouvoirs
fera terminée , & l'Affemblée conſtituée
définitivement , tous les repréfentans debout ,
prononceront , au nom du peuple françois &
par acclamation , le ferment de vivre libres ou
mourir. »
XXII. Chaque député prêtera enfuite individuellement
à la nation , en préfence de l'Af-
A 6
( 12 )
le
femblée , le ferment de « maintenir de tout fon
pouvoir la conftitution du royaume , décrétée .
par Affemblée Nationale conftituante aux anconées
1789 , 1790 & 1791 , & acceptée par
Roi Louis XVI ; de ne rien propofer ni approuver
dans le cours de la légiflature , qui
puiffe y porter atteinte ; & d'être en tout fidele
ec à la Nation , à la Loi & au Roi . » La formule
de ce ferment fera prononcée par le préfident , &
chaque représentant paroiffant à la tribune dira : Je
le jure.
GC
XXIII. L'Affemblée conftituée définitivement
nommera au fcrutin individuel , & à la majorité
abfolue des fuffrages , un préfident & des fecrétaires.
XXIV. Le Roi ne pourra pas diffoudre le
corps légiflatif.
XXV. Le Roi pourra convoquer le corps
légiflatif dans l'intervalle de fes féances , toutes
les fois que le befoin de l'Etat lui paroîtra exiger
fon raffemblement. Le corps légiflatif pourra
en s'ajournant , déterminer & indiquer au Roi
les circonftances où le Roi devra l'avertir de fe
réunir. »
<< XXVI. Le corps légiflatif aura la police
du lieu de fes féances , & de l'enceinte extérieure
qu'il aura déterminée . aיככ
« XXVII . Il aura auffi la difpofition des forces
néceffaires au maintien de fa fûreté , & du refpect
qui lai eft dû. »
>
ce XXVIII . Le pouvoir exécutif ne pourra faice
paffer ou féjourner aucun corps de troupes de
troupes de ligne , en deça de 30 mille toifes de
diftance du lieu des féances du corps législatif ,
kce n'eft fur fa requifition , ou avec fon autoilation
expreffe,
( 13 )
XXIX. Le corps légifitif fera tous les règlemens
qu'il jugera réceffaires pour l'ordre de fon
travail & pour la difcipline de fes féances ; il
ne pourra prononcer contre les membres qui
s'écarteront de leurs devoirs , d'autres peines que
la cenfure , les arrêts à huit jours , & la prifon
à trois jours , fuivant la gravité de leurs fautes
ou délits.
י כ כ
« XXX . Le public fera admis aux féances ,
en fe conformant aux règles qui feront établies
pour le maintien du bon ordre ; le corps législatif
pourra faire arrêter & punir correctionnellement
ceux qui troubleroient les fonctions , ou qui lui
manqueroient de refpect. » XXXVII. Aucun rapport d'un comité , & aucune motion propelée par un des membres de la legislature , ne pourront être délibérés & dévcrétés
que
dans la forme fuivante , & fans au
préalable avoit été imprimés & diftribus à tous
les, membres. 35
XXXVIII. Après la première lecture qui aura été faite du rapport ou de la motion , le
préfident fera tenu de mettre en délibération , & le corps légiflatif devra décider fi le projet de
décret propofé doit être rejetté , ou s'il doit être
foumis à la difcuffion. »
-
yce XXXIX . S'il eft décidé fur la première
lecture , & après la difcuffion qui pourra avoir
lieu , que le projet de décret doive être rejetté ,
le préfident prononcera par cette formule : l'Af
femblée nationale décrète qu'il n'y a pas lieu à
délibérer.
«XL. Le projet de décret qui n'aura été
rejecté que de cette manière , pourra être repré- fenté une feconde fois dans le cours de la même
tfeffion .:
( 14 )
« XLI. S'il eft décidé que le projet de décret
doive être foumis à la difcuffion , le préfident
prokoncera par cette formule : l'Affemblée nationale
décrète qu'il y a lieu à délibérer. »
2
<< XLII . Après ce decret , la difcuffion fera
ouverte , & pourra être commencée à la même
féance , fi quelqu'un des membres demande la
parole . »
לכ
cc XLIII. Il fera fait deux autres lectures du
projet de décret à deux féances différentes , & à
des intervalles qui ne pourront pas être moindres
de huit jours.
33
3
71
cc XLIV. La difcuffion fera ouverte après
chaque lecture , & la parole accordée aux mcmbres
qui la demanderont , en admettant alternativement
ceux qui voudront parler pour le pro- 12
jet de décret propofé , & ceux qui voudront
parler cetre. »
« XLV. Après la troifième lecture du projet
de décret & la difcuffion terminée , le préfident
fera tenu de mettre en délibération , & le corps
légiflatif devra décider , s'il fe trouve en état de
rendre un décret définitif, ou s'il veut renvoyer
la déciſion à un autre temps , pour recueillir de
plus amples éclairciflemens . »
:
« XLVI . Si l'opinion de différer la décision
prévaut , le préfident prononcera par cette formule
Affemblée nationale ajourne le projet de ,
décret proposé par tel comité , ou par la motion
de tel de fes membres , & fi l'ajournement eft à
terme fixe , il énoncera ce terme. »
« XLVII. Si au contraire l'avis paffe à décréter
définitivement , les voix feront prifes fur
le fond de la propofition , après l'avoir réduite
au point de précifion qui n'admet point d'opinion
tierce entre l'affirmative & la négative.
לכ
<
( 15% ).
- « XLVIII. Les amendemens feront toujours
mis aux voix & décidés avant la propofition
principale , & les fous amendemens avant les
amendemens. »
XLIX. Tout projet de loi qui , foumis à
la difcuffion , aura été rejetté après la troisième.
lecture , ne pourra pas être repréſenté dans le
cours de la même année . » 3
L. Le corps légiflatif ne pourra pas délibérer
, fi la féance n'eft pas compofée de deux,
cents membres au moins ; & aucun décret ne
fera formé que par la majorité abfolue des fuf--
frages des membres préfens . ».
LI. Tont décret définitif énoncera dans fon
préambule , 1. la date de la féance à laquelle
le projet aura été lu la première fois ; 2º . Îe dé-.
cret par lequel il aura été décidé qu'il y avoit
licu à délibérer ; 3 ° . les dates des féances aux->
quelles la feconde & la troisième lectures du
projet auront été faites ; 4° . enfin le décret par .
lequel il aura été arrêté , après la troisième lecture
, de décider définitivement . »
« LII. Le Roi eft chargé par la conſtitution
de refufer fa fanction aux décrets qui n'auront
pas été délibérés & rédigés conformément aux
articles ci-deffus, par la feule raifon que la forme:
conftitutionnelle n'y aura pas été obfervée ; &
fi quelqu'un de ces décrets étoit fanctionné , les ,
miniftres ne pourront le fceller & le promulguer ,
à peine de refponfabilité , qui pourra être pour-,
fuivie pendant fix ans par les corps & les par- .
ticuliers auxquels le décret feroit préjudiciable . »
« LIII . Sont exceptés des difpofitions ci - deſſus .
les décrets urgens qui auront été reconnus &
déclarés tels par une délibération préalable du
corps légifatif. Ils pourront être difcutés & ar(
116 ).
rêtés fur la première lecture , fanctionnés &
#promulgués fur le vu de l'énonciation faite
dans leur préambule , de l'urgence reconnue par
le corps législatif; mais ils n'auront que l'effet
de loix provifoires , & pourront être modifiés on
révoqués dans le cours de la même ſeſſion , ou
des fuivantes. >>
« LIV. De même , lorſqu'un projet de décret
contiendra plufieurs articles , les difpofitions précédentes
n'auront pas lieu pour chacun des articles
, mais feulement pour ie corps de la loi . »»
re« LV. Le corps législatif ceffera d'être corps
délibérant , lorfque le Roi y fera préfent , ou
lorfque le corps légiflatif fe trouvera hors du lieu
ordinaire de fes féances , fi ce n'eft lorfqu'il
aura été forcé , par des circonftances imprévues ,
de fe réunir ailleurs pour délibérer . »
LVI. Tout décret fur lequel le Roi aura
exprimé fon refus fufpenfif , ne pourra ni être
remis en difcuffion , ni préfenté de nouveau au
Roi dans le cours de la même légiflature.
« LVII. Les actes du corps legiflatif relatifs
à la police intérieure , à la vérification des pouvoirs
de les membres , à la tenue des affemblées
primaires qui auroient éré retardées au cas de
l'article XII ci -deffus , à la fufpenfion ou deftitution
des procureurs généraux- fyndics , & à
da diffolution des corps adminiftratifs ou de leurs
directoires ; ceux concernant les queftions d'éligibilité
, ou la validité des opérations des corps
lectoraux ; ceux par lefquels le corps législatif
aura décidé qu'il y a lieu à accufation ; & tous
ceux qui , par une difpofition expreffe de la
conftitution , font déclarés non " fujets à fanction ,
n'auront pas befoin d'être confentis par le Roi. "
LVIII. Le corps législatif fixera les dépenfes
( 17 )
de l'adminiſtration , déterminera le taux des contributions
néceſſaires , leur nature & leur percep
tion , en fera la répartition entre les départemens
du royaume , en furycillera l'emploi , s'en fera
rendre compte , & pourſuivra fa punition des
délits , tant des miniftres & des autres agens
principaux du pouvoir exécutif dans l'ordre de
leurs fonctions , que de tous ceux qui attenteront
à la conftitution de l'état. »
« LIX . Le corps législatif ne pourra inférer
dans les décrets portant établiffement ou renou
vellement des contributions , aucune difpofition
qui leur foit étrangère , ni préfenter en même
temps à la fanction du Roi d'autres décrets ,
comme inféparables . »
« LX. Les comptes des dépenfes & de l'emploi
des deniers publics dans l'année qui a précédé
, ainfi que les états des befoins pécuniaires
de chaque département miniftériel pour l'année
fuivante , feront foumis au corps législatif des
chacune de fes feffions annuelles , & rendus publics
par la voie de l'impreffion . »
сс
LXI. La fixation de la lifte civile ceffera
de plein droit à chaque changement de règne 3
& le corps legi tif déteinxinera de nouveau les
foumes réceffaires . »
« LXII. Dans le cas de régence , le corps légiflatif
fixera le traitement du régent , le traitement
de celui qui fera chargé de la garde du
Roj , & les femmes néceffaires pour les befoins
perfonnels du Roi mincur . La lifte civile pourra
être augmentée à mesure que le Roi avancera
en âge , & ne fera fixé définitivement pour la
durée du règne , qu'à la majorité du Roi . »
« LXIII . Les fonds de la lifte civile ne pourront
être accordés qu'après que le Roi aura prê-
MI
fab
372
( 18 )
fa
té , en préfence du corps légiflatif , le ferment
que tout Roi des François eft obligé , par
conftitution , de faire à la nation , lors de fon
avenement au trône ,
ל כ
?
« LXIV . Après que le corps légiflatif fera
définitivement conftitué & aura nommé fes
officiers , il enverra au Roi une
députation pour
lui en faire part. Le Roi viendra faire l'ouverture
folemnelle de chaque feffion , & pourra inviter
l'Affemblée à s'occuper des objets qu'il ju
gera devoir être pris en confidération dans le
cours de cette feffion , fans que cette folemnité
puifle être regardée comme
indifpenfable pour
l'activité du corps légiflatif. »
« LXV. Huitaine au moins avant la fin de
chaque feffion , le corps législatif enverra pareilfeinent
au Roi une députation , pour lui annoncer
le jour où il fe propoſera de terminer les féances.
Le Roi pourra de même venir faire la clôture folemnelle
de la feffion . »
sc
LXVI. Lorfque dans le cours d'une feffion
le corps légiflatif voudra s'ajourner au- delà de
quinze jours , il fera tenu d'en prévenir le Roi
par une députation. s
« LXVII. Si le Roi juge que les befoins de
Fétat exigent qu'une feffion foit continuée audelà
du terme que le corps légiflatif aura annoncé
pour fa clôture , ou que
l'ajournement n'ait pas
lieu , ou qu'il n'ait lieu que pour un temps moins
long , il pourra demander , foit une continuation
de Téance , foit
l'abréviation de
l'ajournement
par un meffage motivé fut lequel le corps légiffitif
fera tenu de délibérer. »>
Du mardi , 24 mzi.
Sur 328 votans 189 voix ont porté M. Bu
( 19 )
reau de Pufy à la préfidence , pour la 3 * . fois .
M. Charles de Lameth n'a obtenu que 97 voix..
On a renvoyé au comité eccléfiaftique le décret
de la veille , portant réduction des monaftères du
département du Nord , d'après les repréſentations
de M. Kyfpotter au fujet des maifons religieufes
qui feront confervées , conformément au vou du
département .
› M. Chabroud a fait un rapport au nom du
comité inilitaire , tendant à caffer un jugement
rendu , il y a 18 ans , contre des cfficiers du
régiment de Royal Comtois . L'Affemblée à qui
le rapporteur déféroit à tort le pouvoir judiciaire ,
a décrété l'impreffion & l'ajourncment. Ji s'agit
d'officiers condamnés en 1773 pour infubordination.
Une lettre des adminiftrateurs du département
de la Gironde a informé l'Affemblée que ,
diverfes fociétés de Bordeaux ont reçu avec en
thoufiafine le décret fur les gens de couleur . Le
direétoire a , par précaution , fufpendu , jufqu'à
nouvel ordre , le départ des vaiffeaux pour les
colonies , afin d'éviter l'effet que pourroit y produire
de fauffes interprétations de ce décret , que
les Bordelois ont fi bien Les
corçues. gardes nationales
, membres des fociétés patriotiques , ont
ouvert deux regiftres d'infcription , l'un pour
ceux qui voudront aller défendre les colonies
y maintenir la paix & l'exécution des décrets ,
& l'autre pour ceux qui voudront concourir
cette belle action par une contribution volontaire .
Le général qui commandoit les gardes nationales
de Bordeaux dans l'expédition de Montauban ,
M. Courbon , s'eft offert de commander ceux, qui
iront au- delà des mers faire exécuter les décrets ,
& fur - tout éclairer leurs frères fur la fageffe de ces
( 20 )
loix. Ces adminiftrateurs célèbrent les vertus &
les talens militaires de ce général qui , difent-ils ,
détermineront fans doute le Roi à lui donner une
place diftinguée ; ils follicitent pour lui cette place,
préfentent le voeu des fociétés patriotiques pour
le voeu unanime d'une vafte cité , & finiffent par
dire à l'Affemblée : « recevez l'honneur de notre
profond refpect.
Cette lecture fortement applaudie , a été fuivie
de celle d'un extrait des regifires des délibéra
tions de la chambre de commerce du département
de la Gironde , féante à Borde , d. 20 mai
1791 , conforme en tout à la lettre qu'on venoit
de lire.
;
Enchanté d'une pareille croifade , M. Prieur
vouloit qu'on lât une adreffe des amis de la conftitation
. M. de Virieu rappelloit que les fociétés
n'ont pas le droit de pétition , ce qui l'a fait accufer
par M. Prieur de defirer qu'il fût défendur
à tout François d'être membre d'aucune fociété
Patriotique... « Oui , s'eft écrié M. de Viricu ,
d'aucune des fociétés qui influencent les corps
adminiftratifs & oppriment le royaume . » De violens
murmures , & les mots vertus civiques prosoncés
par M. Biauzat , ost conduit au décret
qui a ordonné l'infertion des lettres au procèsverbal
, & le renvoi au Roi quant à l'emberge
des vaiffeaux du commerce.
Le miniftre de la marine a fait parvenir
T'Affemblée plufieurs dépêches, qui annoncent que
M. Duchillon , commandant le vaiffeau l'Apol
lon , & M. Denifard , commandant le Jupiter,
partis de la Martinique pour aller porter des forces
Saint -Domingue , s'étant convaincus leur
piéfence y étoit inutile ou même dangereule,
wiennent de débarquer , le premier à Rochefort
que
( 21 )
& le fecond à Breft . Ces dépêches ont été renvoyées
aux comités de la marine & des colonies ,
& l'ordre du jour a rappellé l'interminable , quoique
deux fois terminée , effaire d'Avignon.
Il étoit impoflible à M. de Menou de rien dire de
nouveau fur le fond . Il a peint des horreurs
des atrocités que perfonne n'ignore , & répété
que les droits de la France fur Avignon & le
Comtat font inconteftables... Ceux qui ont meracé
la vie & briſé la porte de la maifon de M. de
Clermont- Tonnerre l'ont mieux prouvé que vous,
difoit M. l'abbé Maury. Oubliant trop qu'il parloit
de révoltés , de brigands , d'incendiaires , M. de
Menou n'a pas craint de s'écrier : « Auriez-vous
pu croire que vous n'auriez pas d'imitateurs ?...
A 400 lieues d'ici , le fénat le plus aristocratique
, compofé de la nobleffe la plus orgueilleufe
de l'Europe , vient par un élan fublime d'amour
pour la liberté & de refpect pour les droits des
peuples , d'adopter les principales bafes de notre
conftitution. ( Sans relever les injures toujours
déplacées , & le rapprochement des Avignonois
& des Polonois qui eft le comble de l'outrage
nous nous bornerons à répéter queda révolution
de Pologne a marché précitément en fens contraire
de la révolution de France , & ne porte fur
aucune des bafes de conftitution Françoife ;
qu'en raifonner ainfi , c'eft ou ignorer le monde
comme dit Boffet , ou fe moquer du monde. )
Après avoir compté jufqu'à neuf actes authentiques
du vou des Avignonois pour leur réunion
à la France , des fermens de citoyens actifs , des
lettres de municipaux , de l'affemblée électorale
de Vauclufe , &c. « Nous ferons profondément
coupables , a dit M. de Menou , fi nous ne pre
nonçons pas la réunion d'Avignon . ( Il renonce
( 22 )
au Comtat Venaiffin . ) Dira-t-on que c'est une
conquête ? Il n'y a que des gens de mauvaife
foi , que ceux qui ont intérêt à la guerre civile
qui peuvent répandre cette opinion ... Votre
comité vous propofe encore d'être juftes envers
la cour de Rome , quoique peut- être elle ne le
mérite pas ( vifs applaudiffemens à gauche ) ; de
lui rembourfer les indemnités qui peuvent lui
être dues , avec la générofité d'une grande nation...
»
On a lu deux lettres , l'une de M. de Leffart
portant que deux citoyens d'Avignon , foi - dilant
députés de cette ville , lui ont demandé de remettre
au Roi une lettre de la municipalité d'Avignon
, que le Roi en a pris lecture & l'envoic
de fa part au comité d'Avignon. « Grand Roi ,
difent ces municipaux , nous vous conjurons , au
nom de l'humanité fainte , de ne pas détourner
un moment de deffus nous les regards que vous
nous avez accordés. Nous nous jettons dans vos
bras... Enveloppez- nous de votre puiffante protection
, & ne permettez pas qu'un bon peuple
périffe pour vouloir redevenir François . Dans tous.
les cas , notre volonté conſtante eft de vivre François
& de mourir , Sire , de V. M. les fidèles
fujets, Le côté gauche & les galeries que les
mors , fidèles fujets indignèrent fi fouvent , ont
applaudi avec tranfport à la volonté conftante de
ces municipes , qui avoient juré fidélité à leur
légitime fouverain , de ces fidèles fujets qui , la
corde , le fer & la flamme à la main , n'ont ceffé
de provoquer la révolte , & qu'on a l'abfurdité
d'offrir aux François & aux Polonois comme
leurs honorables imitateurs . Un décret a ordonné
l'impreffion des deux lettres & du rapport de
M. de Menou.
( 23 )
M. de Clermont - Tonnerre a témoigné le defic
qu'ont tous les honnêtes gens , de voir arracher
les Avignonois à leurs propres fureurs , defir qui
fert de prétexte aux fophiftes , promoteurs de la
réunion. Il a repouffé des voeux dictés par la
terreur . Il a vu dans la révolution Polonoife ,
non un moyen de preuve , mais une leçon . Oppofant
aux déclamations où l'on n'entend que
fanatifme & fanatique , cette réponſe péremptoire :
on ne nomme perfonne , on ne prouve aucune
allégation , il a couvert de ridicule ces prétendus
voeux de citoyens actifs de qui rien n'attefte ni
l'âge , ni l'état , ni l'exiftence , & l'effort généreux
d'être jufte envers quelqu'un qui ne le mé
rite pas , comme fi l'on étoit juſte pour les
autres , comme fi la juftice n'appartenoit pas à
tout le monde. Ses conclufions ont été la préalable
fur la réunion , & des mefures , qui , fans
prononcer cette réunion , puiffent ramener le
calme dans Avignon & dans le Comtat .
M. Vouland , député du département du Gard ,
auroit bien voulu perfuader queles départemens voifins
demandent la réunion , que l'argent de Rome ,
prodigué dar l'armée de Carpentras , lui donnera
bientôt une force redoutable contre la révolution
Françoile , qu'on mettra les Provençaux & les
Dauphinois entre deux feux , entre l'armée Papale
& l'armée Savoyarde. M. Vouland eft
tombé bravement fur les prêtres , les brefs , les
bulles , & toujours le fanatifme ; enfin , il a fervi
les Avignonois , comme il fervit les affaffins des)
catholiques de Nîmes , && ffaannss ddoouuttee par les
mêmes motifs .
Attaquant M. de Menou corps à corps , M.
l'abbé Maury a prouvé que la queftion de droit
étoit décrétée , que la difcuffion n'avoit pas fait
( 24 )
dan's
un pas depuis le décret , fi étrangement dénaturé
par les moyens , développés ailleurs dans notre
journal ; moyens qui réduifent leurs inftigateurs
albfurde, c'est-à- dire, à fuppofer que l'Aflemblés
ait délibéré pendant quatre jours, pour favoir fi Avignon
& le Comtat font actuellement partie de
La France , quoique poffédés depuis cinq fiècles ,`
par le Pape . L'orateur a pulvérifé de nouveau .
le voeu prétendu des Avignonois , émis par des
municipaux prefque tous étrangers & fans pro
priété dans la ville , vou ftupidement attribué
aux citoyens actifs d'Avignon , ce qui eſt une
fingulière diftraction de ceux qui dictèrent ces
actes , puifqu'il n'y a de citoyens actifs que
notre conftitution , où il faut payer tant d'impôt
pour l'être , & que les Avignonois ne payent
point d'impôts. C'eft dans la crainte de leur
propre armée de brigands , & lorfqu'elle eft repouffée
avec ignominie par les Carpentraffiens
qui fe font couverts de gloire ; c'eft dans la
frayeur que leur infpire cette armée compofée de
bandits , de déferteurs , de proteftans François ,
que les municipaux d'Avignon veule:t: fe donner
à la France pour le fouftraire à l'échaffaud . Que
répondriez - vous à vos colonies fi elles rétorquoient
contre vous le dangereux principe qu'il
fuffit du væn d'une portion d'un peuple pour
difpofer de fa fouveraineté ? ...
Sans fe charger de réfuter les raisons de M.
l'abbé Moury , M. Rabaud n'a répliqué à ce qu'il
appelloit les calomnies du préopinant , qu'en les
dédaignant & en les confacrant à l'exécration de
la nation , ce qu'on a beaucoup applaudi ; mais
un feul fait auroit encore mieux valu que de grof
fières injures. On a fermé la difcuflion , & comme
M.
f
( 25)
M. de Virieu alloit parler , des cris tumultueux fe
font fait entendre de la terraffe des Feuillans , incident
qui a jetté le plus grand trouble dans l'Affemblée.
Les membres du côté droit vouloient
que la difcuffion fût interrompue & remife . « Ce
neft rien , a dit M. de Foucault ; ce font de
braves gens qui entourent la falle & qui crient
qu'il faut réunir Avignon ou être pendus .
» La
troupe des motionnaires falariés , vulgairement
nommés les fans culottes , crioit : Avignon réuni
à la France ! Victoire ! Victoire ! Etrange commentaire
du décret par lequel on a renoncé aux
conquêtes !
Ce vacarme extérieur ayant diminué , M. de
Virieu a propofé de décréter qu'il n'y avoit pas
lieu de délibérer , quant à préfent , fur la réunion ,
& que le Roi feroit prié de prendre des mefures pour
ramener la paix. M. Dupont demandoit des plénipotentiaires
médiateurs & non des commiffaires.
Les plénipotentiaires ont fait éclater de rire plufieurs
philantropes du côté gauche . La priorité a
été accordée au projet du comité . M. de Murinais
a voulu qu'on levât la léance après l'appel nominal
, comme fi tout décret n'avoit pas fon lendemain
. M. de Cazales demandoit qu'enfuite il ne
für plus parlé de la réunion , propofition combattue
par M. de Crillon le jeuns.
L'appel nominal a été commencé fur le premier
article du comité , portant : « l'Aſſemblé nationale
admet & incorpore les Avignonois dans la
nation Françoife , dont ils feront déformais partie
intégrante , leur accordant tous les droits & avantages
de fa conftitution ; M. de Faucigny a lenouvelle
fes proteftations ordinaires pour le mairtien
de fon titre de Comte , on a crié à l'abbay
lefabreur ; ce débat incidentel & pour le moins
N° . 23. 4 Juin.
B
T
( 26 )
déplacé , a caufé quelque rumeur . Enfin , fur
768 votans , 374 ont adopté , 394 ont rejetté
l'article , ainfi à la pluralité de 20 voix il a été
écrété qu'Avignon ne fera point réuni à la
France.
Du mardi , féance du foir.
le
Après la lecture d'adreffes , d'éloges envoyés à
l'Affemblée par les amis de la conftitution de
Dax , de Beauvais , & de la commune de Blois
qui jure que la conftitution durera autant que
globe , l'ordre du jour a ramené la fuite du décret
fur les colonies . Le comité n'étant pas prêt ,
M. Bureau de Pufy a cédé le fauteuil à M. Emmery
& a lu un rapport fur les places fortes . La
difcuffion n'eût offert rien de piquant , fi M. Prieur
n'avoit demandé la fuppreffion de la fortereffe
de Vincennes , motion qui a fort égaye ceux
mêmes qui dans ces queftions n'entendent que
la langue. Quelques articles ont été décrétés , &
d'autres ajournés .
Du mercredi , 25 mai.
II y avoit à peine dans la falle une quaran
taine de députés , quand M. Bouche a montré fa
confiance aux premiers venus , en leur propofant
de déclarer que , par le décret rendu la veille ,
l'Affemblée n'avoit renoncé que pour le moment
à la conquête d'Avignon & du Comtat. Plus
adroit , M. Goupil de Préfeln , « de peur feulement
qu'on n'abusât du décret , & afin de déjouer
l'aftuce des perfonnes , heureufement en
très-petit nombre , qui manifeftoient l'anti-ratriotique
projet de faifir cette occafion pour
éteindre les droits de la France fur Avignon &
( 27 )
le Comtat Venailliu » , s'eft permis un reifosnement
bien extia ordinaire .
- -
"
de Les décrets du 4 & d'hier , a t il dit , ne
font ni un traité ni un jugement. On ne traite
point avec foi - même , pour toute convention
il faut être deux ; pour un jugement il faut
être trois , le juge & les deux parties . Ici rien
de tout cela ; vous n'avez donc rien prononcé.
Sa conclufion a été de propofer de décréter que ,
le décret d'hier , concernant Avignon , ne peut
avoir que la valeur d'une réfolution actuelle
( traduction littérale du pour le moment de M.
Rabaud; ) qu'il ne peut préjudicier aux droits de
la nation Françoile fur la ville d'Avignon & fur
le Comtat Venaiflin , lefquels droits demeuroient
tels qu'ils étoient avant ledit décret .
M. de Folleville a trouvé que M. Goupil
avoit parlé d'une manière fi favante , qu'il feroit
intéreflant qu'il fût entendu d'un plus grand
nombre d'auditeurs . Il a aufli obfervé qu'on
n'avoit pas encore tranfcrit le décret de la veille
dans le procès-verbal , & il a demandé que la
nouvelle propofition fût ajournée à midi . Aux
voix , aux voix , fe font écriés M. Bouche &
plufieurs autres membres .
Une marche moins directe devenant plus sûre ,
M. de Tracy a annoncé que fon opinion étoit
à-peu-près la même que celle de M. Goupil ;
mais qu'il n'en déduiroit pas les mêmes conféquences
; & lorfqu'on a reproduit cette queſtion à
midi , M. de Tracy a lu un projet de décret en
quatre articles , dont les trois premiers contenoient
des mcfures pour rétablir la paix à Avignon
; & le quatrième , la motion de M. Goupil
exprimée en d'autres termés , ce qui étoit un
B 2
( 28 )
peu loin de la promeffe de n'en pas tirer les
mêmes conféquences .
-M. de Liancourt a foutenu que PAffemblée
n'avoit fait & pu faire , que ne point déclarer
fes droits , & que ce n'étoit nullement y renoncer
, puifqu'ils avoient toujours été réſervés . On
a renvoyé la difcuffion à l'heure de midi .
Une lettre de Madame la ducheffe d'Arem="
berg , étrangère , arrêtée à Valenciennes , allant
à Bruxelles , mande qu'elle a été miſe en liberté
après fon arreftation , mais qu'on lui a retenu
fa vaiffelle , & qu'on ne veut la lui rendre que
fur un ordre de l'Affemblée nationale . On l'a
renvoyée au pouvoir exécutif. Que font donc
les fociétés de patriotes chargés d'éclairer leurs
frères , s'ils ne préviennent pas d'auffi honteux
excès du defpotilme populaire ?
Ayant à préfenter , au nom du comité de
fiquidation , un nouveau mode de comptabilité
à fubftituer aux chambres des comptes , M. de
Beaumetz a dit que 176 comptabilités reffortif
foient à la chambre des comptes de Paris ; qu'il
en a d'arriérées de 10 , de 16 , de 20 ans ; que
l'état en monte à 1249 comptes , dont 365 préfentés
& non jugés , & 884 non encore préfentés,
détails hérifiés de chiffres , qui n'ont pas aperis
grand'chofe aux dix-neuf vingtièmes des membres
à qui ces matières font abfolument inconnues.
« A la nation appartiennent tous les droits , a
continué le rapporteurs or celui - ci eft de nature
a ne pouvoir être délégué qu'aux légiſlateurs.
Ainfi les comptabilités feront reçues par
des comités créés à cet effet . » Ajourné à deux
jours après la diftribution , malgré les inftances
de quelques membres pour ajourner à la légifla
ture toujours prochaine .
( 29 )
A midi , M. Goupil a reproduit fon manifefte
éventuel contre la fouveraineté du Pape für Avignon
& le Comtat . M. de Tracy a établi que
les deux décrets précédens n'étant que deux négatives
, le réfultat de tant de délibérations ſe
réduifoit à zéro, « Meffieurs , difoit M. Lucas ,
il faudroit intituler le décret d'hier : projet de
contre-révolution » . M. Garat l'aîné avoit la
-parole , mais M. Charles de Lameth ufant du
prétexte d'une motion d'ordre , pour rentrer dans
la difcuffion du fond , a dit que les mesures de
M. de Tracy étoient provifoires , & que l'article
de M. Goupil ne pouvoit rencontrer d'oppoveulent
fition, que dans ceux qui
l'Aſſemblée
nationale fe déshonore à jamais. L'orateur a pourfuivi
, en qualifiant ces anonymes d'ennemis de
la révolution , de la conftitution ; je les nommerai
, fi l'on veut , a-t -il dit . -- cc. Nommez ,
nomnicz " , s'eft- on écrié du côté droit ; mais
M. de Lameth n'a nommé perfonne . Il a vanté
fon refpect pour les décrets , même pour ceux
qui n'étoient rendus qu'à une majorité de zo
voix , & il a rappelle qu'on avoit prédit que
l'Affemblée nationale feroit regretter les parlemens
à la nation , puifqu'ils réſervoient les droits
de la France fur Avignon..
que
« Je crois , a dit fagement M. de Canales ,
que l'intention de l'Affemblée n'a pas été de renoncer
aux droits , bons ou mauvais , qu'elle
avoir fur Avignon & le Comtat ; & je confens
à ce qu'on difcute le projet de M. de Tracy.
Répétant que deux négatives ne prononçoient
rien d'affirmatif , M. Rabaud a demandé que le
quatrième article de M. de Tracy fût difcuté le
premier . Dans l'espoir de réunir tous les efprits ,
M. de Cazalès a ouvert l'avis d'ajouter aux dé-
B 3
( 30 )
>
C
crets rendus & maintenus , qu'ils ne préjugéoient
rien fur les droits antérieurs de la France.
M. l'abbé Maury au contraire les a divifés : il
adoptoit les 3 premiers articles de M. de Tracy,
mais il rejettoit le quatrièmel comme deftructif
des décrets comme une pierre d'attente offerte
aux,infurgens d'Avignon ; il a foutenu que des
décrets rendus par appel nominal étoient irrévccables
que la minorité devoit obéir à la majo
2 rité ; que le côté droit en avoit affez long- temps
donné l'exemple .
Après de longs débats infignifians , au milieu
du tumulte , & des invectives réciproques , au
milieu defquelles M. Lavigne accufoit M. l'abbé
Maury d'oppofer les droits du Pape aux droits
de l'Affemblée nationale , & a infifté , en avocat,
fur des « réferves aux fins de ftipuler des droits » .
M. d'André a fait décréter la propofition de M.
Rabaud ; M. de Cazalès a objecté que le quatrième
article de M. de Tracy , devenu le premier
réduifoit les décrets à n'être qu'un ajournement
, & que l'Affemblée devoit être de bonne
foi avec elle -même . f
« Je demande par amendement , a dit M.
l'abbé Maury , qu'il foit permis à la majorité de
protefter contre la minorité , qui détruit tout ce
que la majorité décrète. Je propofe de fupprimer
la fin de l'article de M. de Tracy , qui anéantit
le décret de la veille..... Un décret ferme la
bouche à M. l'abbé Maury , qui s'écrie : « il
faut que le royaume fache comment la minorité
nous gouverne » . Déclarons franchement qu'Avignon
& le Comtat font réunis à la France ,
dit M. Madier. M. de Montlaufier adoptoit
l'amendement , attendu qu'il ne convenoit pas à
des François d'employer des tournures Carthagia
( 31 )
noifes. La préalable a fabré les amendemens .
Tout le côté droit a déclaré qu'il ne donnoit
point de voix , & le projet de décret de M. de
Tracy a été décrété par le côté gauche , au mihieu
de l'expreffion libre des paffions funeftes qui
troublent & déterminent les délibérations .
Voici ce dernier décret :
ce L'Affemblée nationale charge fon préfident
de prier le Roi : 1 ° . D'envoyer des médiateurs
qui interpofent les bons offices de la France entre
les Avignonois & les Comtadins , & faffent leurs
efforts pour les amener à la ceffation de toutes
hoftilités , comme à un provifoire néceſſaire avant
de prendre aucun parti ultérieur relativement aux
droits de la France fur ces pays ; »
.
2º. D'employer les forces qui font en fon
pouvoir pour empêcher que les troupes qui fe
font la guerre dans le Comtat Venaiffin , faffent
aucune irruption fur le territoire de France ; » ;
3. De réclamer tous les François qui ont
-pris parti dans l'une ou l'autre des deux armées ,
& de publier à cet effet une proclamation qui fixe
un délai , & affure une amniftie aux militaires
François qui rentreront dans le délai preferit , &
qui déclare déferteurs à l'étranger ceux qui ne rentreront
pas ; "
4° . De faire pourfuivre & punir comme embaucheur
, tout homme qui feroit en France des
recrues , foit pour un paiti ſoit pour l'autre . >>
Du jeudi , 26 mai.
M. d'Ailly a témoigné quelque crainte que
les mots déferteurs à l'étranger , inférés dans le
décret d'hier relatif aux Avignonois , ne préju
geât la queftion des droits de la France , on eft
Tallé à l'ordre du jour.
B 4
( 32 )
"
M. de Sillery prenant la parole au nom du
comité de la marine . a fait adopter fans difcuffon
neuf articles relatifs à la folde des officiers
de mer.
A la demande de M. Démeunier , l'Affemblée a
décrété qu'elle s'occupera demain de la convocation
de la nouvelle législature ; ce décret a été couvert
d'applaudiffemens.
Un court expofé de M. Camus , relatif à la
lifte civile , des débats pour favoir fi l'on difcu
seroit tous les articles en maffe ou féparément,
& quelques efforts perdus de M. Bouche pour
obtenir qu'on ne payât le douaire aux Reines que
tant qu'elles referoient en France , chicane abjecte
accompagnée d'indécens ricanemens , ont précédés
l'adoption d'un décret qui , après la tranf
cription de la lettre du Roi du 9 Juin 1790 , & du
décret porté au procès - verbal du même jour , ſta
tue ce qui fuit :
---
›
cc Il fera payé 25 millions pour la dépense du
Roi & de fa maifon , chaque année en 12 paiemens
égaux , de mois en mois. La nation ne
payera aucune dette contractée au nom du Roi ,
& les Rois ne feront tenus , en aucun cas , de
-payer les dettes ou engagemens de leurs prédéceffeurs.
-- La dépenfe du garde - meuble entiérement
à la charge de la lifte civile , & tous les meubles
en refteront à la difpofition du Roi . Il fera
dreffé un inventaire des diamans appellés de la cou
ronne , perles , pierreries , tableaux , pierres gravées
, & autres monumens des arts & des fciences.
La dette de la maifon du Roi , jufqu'au
premier juillet 1790 , fera payée par la caiffe de
l'extraordinaire . Il fera remis au comité cenral
de liquidation un état nominatif & détaillé
des charges de la maifon du Roi depuis 1759
--
--
433 )
----
-jufqu'en 1790 , & des charges de la maifon des
frères du Roi depuis la formation jufqu'à ce jour.
- Le douaite de la Reine eft fixé à 4 millions
qui lui feront le cas arrivant , payés en France ,
en 12 paiemens égaux , de inois en mois .
Organe des comités réunis des domaines , de
féodalité , des penfions & des finances , M. Barrère
de Vieuzac a joint au tableau des domaines
à conferver au Roi , des réflexions dignes de
l'efprit du jour. Tandis que vous donniez au
Roi le témoignage touchant de la générosité nationale
, ceux qui l'entouroient , s'agitoient pour
mettre à profit l'enthoufiafme que vous démontriez
pour le Roi ... Le miniftre envoya , le 18.
aoûr , le tableau effrayant des domaines réservés
au Roi ; mais l'opinion publique ne tarda pas à
fe faire entendre , & la demande miniftérielle fut
révoquée... Parmi les propriétés auparavant poffédées
par le Roi , vous allez jetter dans la circulation
des biens nationaux les châteaux de
Madrid , la Muette , Vincennes , les domaines
de Chambord , Choify-le -Roi , Pompadour , &
Dupin en Normandie... Décréter fimplement
que le Louvre eft une maison royale a paru à
vos comités une difpofition funefte , propre à rappeller
les abus... à intervertir l'emploi & ufage
des domaines nationaux ... Vous allez ajouter un
million 93 mille livres aux 25 millions déjà donnés
, &c. Pour peu qu'on fache que les Rois de
France avoient un patrimoine , on avouera qu'il
feroit difficile d'être à leur égard , généreux du
bien d'autrui avec plus d'humeur & de plus mauvaife
grace. Voici la fubftance des huit articles
qui ont été décrétés en maffe , à la fuite de ce
rapport déclamatoire , plein de cette fauffe éloquence
que donne la fauffeté du jugement. 1
Bs
( 34 )
"
Le Louvre & les Tuilleries réunis , feront le Palais
national deſtiné à l'habitation du Roi , à la
réunion de tous les monumens des fciences - &
des arts, & aux principaux établiffemcus de l'inftitution
publique , fe réfervant l'Affemblée nationale
, de pourvoir aux moyens de rendre cet
établiffement digne de fa deftination , & de fe
concerier avec le Roi fur cet objet , Le Roi jouita
encore des bâtimens adjacens employés actuellement
à fon fervice ; les autres feront aliépés , & , en
attendant , loués au profit de la nation . Sont
réfervés au Roi les maifons , bâtimens , emplacemens
, terres , prés , corps de ferme , bois &
forêts compofant les grands & petits parcs de
Verfailles , Marly , Meudon , Saint- Germain ,
Saint Cloud , Rambouillet Fontainebleau &
Compiègne , les bâtimens & fonds dépendans de
de la manufacture de porcelaine de Sèvres . Le
roi aura la jouiffance de ces domames réſervés ,
il en percevra les revenus , & acquittera les contributions
publiques & charges de toute nature ,
réparations de bâtimens , frais de plantations ,
remplacement de forêts , leur garde & adminiftration.
Le rachat des rentes & droits féodaux en
fera fait dans les formes prefcrites pour le rachat
de pareils droits appartenans à la nation ,
& le
montant en fera verfé dans les mêmes cailles .
Sera auffi réfervé au Roi le château de Pau avec
fon parc , comme un hommage de la nation à la
mémoire de Henry IV.
,
M. Démeunier a fait , au nom du comité de
conftitution , un rapport contenant deux difpofitions
fondamentales. Laiffera - t - on à chaque
municipalité du royaume le jugement du contentieux
de la police ? Otera- t-on aux communautés
réquifition de la force publique pour la donner
( 35)
}
à une municipalité centrale établie dans chaque
canton ? ce qui étoit le projet du comité avant
que , pour favorifer l'efprit de révolution , l'Affemblée
n'accordât une municipalité
à tous les
villages ?
сс
Le maintien de la conftitution
& le bien
général , a dit M. Mougins , prefcrivent
de ren- voyer ce projet à l'autre légiflature. « Vos municipaux
connoiffent
à peine vos loix , & vous allez leur en donner de nouvelles auxquelles
ils
n'entendront
rien , a dit M. Grégoire . J'appuie
l'ajournement
. »
›
Infiftant fur le danger de laiffer 44 mille
communautés indépendantes
, prononcer en matière
de police & requérir la force publique , M. Démeunier
obfervoit qu'il ne propofoit point de
donner des officiers imunicipaux à ces municipalités
centrales , mais de compofer ces dernières
d'un maire & d'un procureur de la commune
nommés par tous les citoyens actifs du canton
& de l'un des officiers municipaux de chaque
communauté particulière ; que les municipalités
centrales ne fiégeroient que les dimanches ; qu'elles
jugetoient le contentieux & requerroient
la force
publique , & que les autres demeureroient
chargées
de la répartition des impôts & de la police juf- qu'au jugement du contentieux. Cette meſure lui
a paru d'une néceffité urgente.
M. de Toulongeon a penfé que des municipalités
corporifées , étoient le feul moyen defauver
les campagnes de la fuprématie des villes , & du
malheur de la Suiffe où , à ce que prétend M. de Toulongeon , qui paroît connoître la Suiffe
auffi bien que la Cochinchine
la Cochinchine
, « l'on entend
dire fcandaleufement
: nos fujets des campagnes. » On court le rifque de déforganifer
les muni-
·B 6
( 36 ).
cipalités exiftantes , difoit M. Ræderer , & nous
en avons befoin pour le moment , Quoique M.
Roederer craignit de mettre un rouage de trop
dans une machine affez compliquée , il a trouvé
un expédient pour réserver le droit au corps
conftituant , & laiffer les inconvéniens à la légiflature
prochaine ; c'eft de ne décréter prudemment
que le principe , de départir le pouvoir
politique de créer des municipalités collectives ,
centrales.
сс
Si le projet du comité paffe , s'écrioit M. Salle,
on achevera de perfuader aux payfans que vous
ne voulez plus qu'une feule églife par canton .
L'évêque de mon département n'eft pas encore
en place ; nous avons beaucoup de prêtres réfractaires...
Le rapporteur a demandé l'ajournement,
& le renvoi au comité de révifion , fa gropofition
a été décrétée .
Du jeudi , féance du foir.
M. de Broglie a fait , comme organe du comité
militaire , un rapport , qu'a terminé un projet
de décret adopté fans débats , fur la répartition
des cent mille auxiliaires entre les divers départemens
, la confcription , la folde & les revues de
ces auxiliaires , revues qui auront lieu tous les
fix mois.
Le refte de la féance a été rempli par un rapport
relatif aux baux à ferme & convenant , ou
domaines congeables , & par l'opinion de M.
de la Galiffonnière fur cet objet . M. Arnoult ,
rapporteur , s'eft fortement recrié contre les abus
dont le régime féodal avoit infecté , ſelon lui ,
ces affociations volontaires de la culture & de
la propriété , & il a préfenté en conféquence up
(~37 )
projet de décret tendant a faire ceffer la tyrannie
d'affociations volontaires .
Ces conventions qui commencèrent , a dit
M. de la Galiffonnière, lors de l'émigration des
Gallois chaffés d'Angleterre par les Saxons ,
font celles par lefquelles un propriétaire afferme
fes fonds au colon pour une redevance , & lui
vend les bâtimens à condition qu'à la fin du
bail , le colon le rembourfera , à dire d'experts ,
de la valeur des bâtimens , & que le propriétaire
rentrera en poffeffion tant des fonds aftermés
que des bâtimens vendus à titre de reméré. Tel
eft ce bail congeable auquel la Bretagne doit la
profpérité de la culture , & que des fophiftes
novateurs ne rougiffent pas d'affimiler aux baux
à titre de main-morte où au régime féodal. En-"
fuite l'opinant a démontré que le domaine congeable
ne tient à aucune cfpèce de fervitude ,
qu'il eft de beaucoup antérieur à la féodalité ,
n'a pas le moindre principe de ficf ; que les
ci- devant nobles n'en poffédoient pas le tiers &
les feigneurs de fiefs le dixième . Il a combattu les
articles des comités réunis , particulièrement l'article
XI & le XXIII . comme injuftes & vexatoires
. L'un autorifoit les donianiers à fe retirer
à la fin de leurs baux , en exigeant le rembourfement
des édifices vendus ( quoique le prix ait
été librement convenu en conféquence d'une
vente à charge de retour au propriétaire ) , &
l'autre autorile les domaniers à faire vendre les
édifices , faute de remboursement , à vendre les
fonds , à pourfuivre le propriétaire , fi le prix
ne fuffifcit pas .
L'Affemblée étant compofée d'un trop petit
nombre de membres , on a renvoyé la délibération
à une autre féance ,
( 38 )
Du vendredi , 27 mai.
Sur la propofition de M. d'André, il a été décrété
que les manufactures des gobelins & de la favonnerie
, feront ajoutées aux domaines accordés
la verile au Roi.
M. Bouche a demandé & obtenu un décret ,
qui charge les commiflaires nommés ¡ our l'in
ventaire du garde-meuble , de recourir aux cinq
derniers inventaires qui en ont dû être faits à
chaque époque , de les comparer , de relater en
détail tous les articles , & qui enjoint à tous les
dépofitaires publics de fournir les documens qui
feront en leur pouvoir , defqueis fera fait rapport
à l'Afemblée par fes trois commiffaires .
L'ordre du jour ' agenoit la répartition des
contributions. M. de la Rochefoucault a prié
l'Affemblée d'indiquer une féance pour la lecture
du projet diftribué . M. d'André s'eft hâté de
dire qu'on connoiffoit ce projet , & rappellaut
combien on avoit perdu de temps dans la divifion
du royaume par diftricts , il a peint les réclamations
éternifant les d'bats , détruifant la
confiance ; & il a demandé que l'on adoptât de
confiance, in globo , le tableau préfenté par le
comité d'impofition . La falle a retenti d'applau
diffemens & de cris : aux voix. En vain , M.
Régnault a- t - il réclamé contre cette précipitation.
M. Ramel Nogaret a pris la parole , & par
de longs raiionnemens étayés d'exemples tirés
de municipalités qu'il a nommées A & B , d'hypothefes
où la municipalité A doit impofer 600 liv.
ou 1000 liv. par rejet fur la cote d'habitation ,
& la municipalité B 300 ou 50 lv. , au moyen
d'apperçus vagues où il porte les taxes combinées
( 39 )
des citoyens actifs , des domeftiques & des chevaux
à 12 millions ; la cote mobiliaire , à 30
millions , total 42 millions; l'enfemble des revenus
, d'après les loyers , à 1,800 millions ,
dont le centième cft 18 , qui , joints aux 42 ,
font 60 ; & le cinquantième , 36 , ce qui lui
donne 18 millions de plus qu'it ne lui en faut...
En admettant le quarantième , pour mieux fe
retrouver dans tous ces calculs arbitraires , il
en eft venu à propofer un article préalable , que
l'Affemblée a décrété tout de fuite , tel que le
voki :
>
« Tout contribuable qui juftifiera avoir été
taxé , en principal , dans le rôle de fa contribution
mobiliaire , & far la cote d'habitation
au- delà du 40 ° . de fon revenu préſumé , aura
droit à une réduction fuivant les formes qui
font & en feront décrétées . »
On a paffé au tableau de répartition entre les
83 départemens . M. de la Chaife s'eft vivement
oppofé à ce qu'on le décrétât de confiance ; il
a prétendu que Paris , taxé à 20 m Hions 719,600 1. ,
paieroit moins , pour 1791 , qu'on ne lui fournita
de fecours déja décrétés . M. de Foucault a
dit que le projet n'étoit bon qu'à être brûlé ,
que le département le plus pauvre du royaume y
payoit un million de plus que fous l'ancien régime.
Le tableau n'en a pas moins été adopté ,
décrété comme par acclamation , & au milieu
d'un bruit incxprimable.
Enfin , M. Démeunier a fait un rapport far
la convocation de la prochaine légiflature , & les
proportions de la faculté repréfentative de chaque
département cnt fourni à nos politiques philofophes
, l'occafion de déployer un luxe d'arithmé(
49
) tique dont aucun peuple ancien ni moderne
n'offrit le modèle .
CC. Après tant de travaux a dit le
rapporteur ,
il vous eft permis de mefurer le terme de votre
carrière. Encore quelques jours , & le ferment
folemnel que vous avez prononcé le mois de
juin 1789 , fe trouvera rempli dans toute fon
étendue. Vous pouvez dès -à -préfent convoquer
Ja légiflature ; & fi la prudence le permettoit ,
vous pourriez , même dès cette féance , fixer le
jour où vous livrerez à vos fucceffeurs le dépôt
de la liberté publique. »
Une des trois bafes générales d'après lesquelles
on a fixé le nombre des députés , eft l'étendue
du territoire de chaque département , ce qui en
a donné tout jufte 249 , répartis exactement . La
feconde bafe eft la population . Les corps adminiftratifs
ont compté 4,298,360 citoyens actifs
dans le royaume ; le comité , mieux inftruit , on
ne dit pas cominent , .cftime que la population
active eft à la population totale comme un à fix ,
& il y voit une augmentation fenfible depuis la
révolution , d'où il conclut , avec la même clairvoyance
, « l'accroiffement de la profpérité publique
. Or voici un échantillon de fes calculs.
La population active du royaume doit donner
autant de députés légiflateurs qu'elle renferme de
fois 17,262 citoyens actifs. Ce divifeur ne donne
, en l'appliquant fucceffivement aux 83 dépar
temens confidérés à part , que 205 députés , &
il en refte 44 « que doivent produire les fractions
de population . Mais avec beaucoup de patience
, un férieux imperturbable & dix -fept
trente-fixième de divifeur commun 17,262 , tout
s'arrangera. Trois départemens , l'Aube , la Gizonde
& la Vienne , auront un député moyen·
( 41 )
nant ces dix -fept trente--fixièmes ; les 41 autres
départemens qui enverront un député de plus ,
ont une fraction qui vaut plus qu'une demie.
Cette favante répartition a pour troisième baſe
la contribution directe , préfumée en l'air d'une
manière fi exacte , qu'on a indiqué dans le tableau
jufqu'à 100 liv. de plus ou de moins ,
pour tel ou tel département. Pour répartir 249
députés attribués à la contribution directe , même
embarras , même reffources. Chaque département
aura autant de députés qu'il pourra payer
de fois 1,204,819 liv. 5 fous 6 deniers . D'après
ce calcul , la Corfe n'auroit pas un de ces 249
députés , puifqu'elle ne paie que - 284,800 liv .
( n'importe , on lui en accordera fix ) ; & le divifeur
n'en donneroit que 201 ; reftent 48 à
trouver. Les 47 départemens ( la Corfe déduite )
qui auront quarante - fept quatre- vingtièmes du
divifeur commun ( 1,204,819tiv . s fous 6 den . ) ,
enverront un député . Il falloit un fècle de lumières
pour mettre cette précifion mathématique
dans les élémens du bonheur des peuples , après
avoir décrété que la France pourra être repréfentée
par des hommes qui ne feront , fi les
électeurs le veulent , ni pères de famille
ni propriétaires de biens-fonds , ni contribuables.
au - delà du marc d'argent , qui ne fuppofera qu'un
revenu d'induſtrie de quelques cents liv .
сс
Revenant au terme de cette orageufe feffion ,
M. Démeunier indiquoit le 30 août pour la clôture
, & fixoit à trois jours après l'inftallation des
nouveaux légiflateurs . « L'époque de notre féparation
eft prochaine , a -t -il dit ; mais il faut fe
féparer avec honneur, Affez & trop long-temps
la divifion a régné parmi les patriotes . La voix
de la patrie , notre intérêt , celui de nos conci(
42 )
toyens , doit aujourdhui nous rallier . Chacun de
nous rendra compte de fa dernière conduite &
de les dernières opinions . ( Les deux côtés ort
vivement applaudi ) . La calomnie & les libelles
feront oubliés , on ne nous jugera point au gré
de tel ou tel parti ; les contemporains & la poftérité
ne jugeront que les décrets de l'Affemblée
nationale . Ce même peuple qui nous a fecondé
: de fon courage , qui a paru fi reconnoiffant de
nos efforts , ne montrera plus que de l'ingratitude
, s'il manque quelque chofe à vos inftitutions
; dans les défordres de l'anarchie il nous
accufera..... Entraînés par les événemens , vous
n'avez pu travailler la conftitution qu'en détail;
c'eft l'enfemble de vos décrets qu'il eft de votre
devoir d'examiner maintenaut. C'eft de la force
du gouvernement qu'il faut s'occuper car nous
n'avons plus de momens à perdre..... En régé
nérant le royaume , telle étoit votre force , que
vous avez dû quelquefois dépaffer le but. Dans
des temps plus heureux on corrigera ces imperfections.
Mais qui peut prévoir le réſultat d'un
défaut de fageffe à l'époque où nous ſommes arrivés
» ?
:.
M. de Crillon a demandé que l'Affemblée indiquât
le jour où elle finiroit fes féances . Cette
propofition chaudement applaudie à droite , a
excité de violens murmures à gauche. M. Lavie
M. Roederer le font élevés contre la motion
de M. de Crillon , qui a perfifté à dire qu'un
terme indéfini auroit des inconvéniens graves.
L'Aſſemblée a décidé qu'elle délibéreroit article
par article. Au fujet de la date des convocations
d'affemblées électorales , M. Boiffy d'Anglas a
obfervé que c'étoit le 20 juin précisément que
{ 43 )
tous les vers à foie montent . On lui a demandé
à quelle heure , & de longs murmures ont fuivi .
Une très-grande majorité ayant rejetté la propofition
que M. Garat l'aîné avoit fait mettre
-aux voix , de clorre la feffion actuelle le 31 août ,
: les dix articles du comté ont été décrétés en ces
termes :
«L'Affemblée nationale , après avoir entendu le
rapport du comité de conftituon , fur les dif-
-politions relatives à la convocation de la prémière
légiature , décrète ce qui fuit :
T
Art. I. Les procureurs- généraux-fyndics des
départemens enjoindront aux procureurs - fyndics
des diferits , de réunir en affemblées primaires ,
du 12 au 25 juin de la préfente année , les citoyens
actifs de tout le royaume , pour nommer
Le nouveaux électeurs . »
.II. Les électeurs fe réuniront le S du mois
-de juillet prochain , pour procéder à la nomination
des députés au corps légifatif : ils feront , conformément
aux loix , les élections qui pourront
furvenir jufqu'à la formation du corps électoral ,
au mois de mars 1793 .
III. La population active de tout le royaume
fe trouve , pour cette année , de 4,298,360 citoyens
; la quorité de 17,262 donnera un député ,
& les fractions feront divifées en trente-fixièmes :
tout département dont la fraction de population
active excédera de dix- fept-trente -fixièmes les
quantités complettes du divifcur commun , aura
un député de plus à raifon de la population. »
IV. Le décret rendu dans la féance de ce
jour , fur la répartition de la contribution foncière
& mobiliaire pour l'année 1791 , fervira
de bafe pour déterminer le nombre, des députés
que chaque département doit envoyer à la pré(
44)
mière légiflature , en raifon de fes contributions
directes. >>
V. D'après les deux articles précédens , &
les états de population active & de contributions
directes annexés à la faite du rapport , les quatrevingt-
trois départemens du royaume enverront
au corps législatif le nombre fuivant de députés, »
SAVOIR:
›
Ain , 6 Députés . Aifne , 12. Allier , 7. Hautes-
Alpes , 5. Baffes - Alpes , 6. Ardêche , 7. Ardennes
, 8. Arriège , 6. Aube , 9. Aude , 8. Avciron
, 9. Bouches-du-Rhône , 10. Calvados , 13 .
Cantal , 8. Charente , 9. Charente inférieure ,
11. Cher. 6. Corrèze , 7. Corſe , 6. Côte-d'or ,
10. Côte-du-Nord , 8. Creufe , 7. Dordogne ,
10. Doubs , 6. Drome 7. Eure , 11. Eure &
Loir, 9. Finiſtère , 8. Gar, 8. Haute Garonne, 12 .
Gers , 9. Gironde , 12. Hérault , 9. Ille & Vi-
-laine , 10. Indre , 6. Indre & Loire , 8. Isère ,
9. Jura , 8. Landes , 6. Loir & Cher, 7. Haute-
Loire, 7. Loire inférieure , 8. Loiret , 9. Lot, 10.
& Garonne , 9. Lozère , 5. Maine & Loire ,
11. Manche , 13. Marne , 10. Haute - Marne ,
7. Mayenne , 8. Meurthe , 8. Meule , 8. Morbilan
, 8. Mofelle , 8. Nièvre , 7. Nord , 12.
Oife , 12. Orne , 10. Paris , 24. Pas de Calais ,
11. Puy- de- Dôme' ; 12. Hautes - Pyrénées , 6 .
Baffes Pyrénées , 6. Pyrénées orientales , 5.
Haut - Rhin , 7. Bas-Rhin , 9. Rhône & Loire ,
15. Haute- Saône , 7. Saône & Loire , II. Sarthe
, 10. Seine & Oife , 14. Seine inférieure ,
16. Seine & Marne . 11. Deux-Sèvres , 7.
Somme , 13. Tarn , 9. Var , 8. Vendée , 9.
Vienne 8. Haute Vienne , 7. Volges , 8.
,
Yonne , 9.
( 45 )
VI. Les affemblées électorales de département ,
formées en vertu du préfent décret ayant nommé
les membres de la légiflature , nemmeront les
deux hauts-jurés qui doivent fervir auprès de la
haute-cour- nationale . »
« VII. Les départemens qui n'ont pas nommé
le préfident , l'accufateur public & le greffier du
tribunal criminel établis par les décrets fur le
Juré , procéderont à cette élection immédiatement
après la nomination des députés au corps légiflatif.
"
>
«VIII. Auffitôt après l'élection de tous les membres
du corps légiflatif, l'Affemblée nationale déterminera
le jour où elle ceffera fes fonctions &
celui où la légiflature commencera les fiennes. »
« IX. Les fonctions de la première légiflature
cefferont au premier mai 1793. "
« X. Le Roi fera prié de donner promptement
les ordres néceflaires pour l'entière exécution du
préfent décret .
Du famedi , 28 mai.
Pour varier fes rapports d'emplacement , dont
il a dit , dans fon ftyle , que le fond préfente la
perfection de la monotonie & le fublime de la ftérilité.
M. Prugnon , à propos du maufelée de
Michel de Montaigne qu'il faut enlever de réglife
fupprimée des Feuillans de Bordeaux , a parlé
de Montefquieu , de Corneille , de l'Hopital qui
n'ont point de maufolée , de la nation alors mineure,
& aujourd'hui majeure ( depuis qu'elle voue
à l'honneur de grands hommes & d'hommes vertueux,
comme Mirabeau, un temple dédié à l'Etre
fuprême ) . Un décret a folemnellement logé le
directoire de la Gironde dans le Doyenne,
( 46 )
féminaire dans la maifon des Feuillans , & changé
l'ancienne tour du fort du Ha de Bordeaux , en
prifon civile , le tout aux fraix des adminiftrés .
Sur la propofition de M. de Wimpfen , au com
des comités militaire & des penfions , il a été dé
crété que les officiers du régiment des Gardes
Françoifes , réformés le 31 acût 1789 , feront rembouriés
de leurs charges fur le pied fixé par les
articles I & III du titre II de l'ordonnance du
17 juillet 1777 , avec les intérêts , à compter du
premier janvier 1791 , & recevront l'indemnité
accordée pour brevets de retenue , conformément
au décret du 24 novembre 1790 ; que les propriétaires
des régimens étrangers arrivés tout atmés
& équipés feront rembouriés fur le pied de
deux cents livres par homme , au complet de
1788 , & de 250 liv. par cheval ; que les autres
auront en indemnité 100,000 liv . ; que les colonels
& capitaines porteurs de brevets de retenues
, en feront rembou: fés en cas de mort ,
démiffion , changement de grade , fuppreflion ou
licenciement ; que ceux qui n'auront pas affuré
la finance de leur régiment ou compagnie par
des brevets de retenue , recevront une reconnoiffance
des trois quarts de la finance qui feront
acquittés dans les cas fpécifiés pour les brevets
de retenuc , les autres reftant dans les termes de
l'ordonnance de 1776 .
M. Ramel-Nogaret a demandé qu'on fit une
inftruction , pour faire goûter aux provinces le
nouveau mode de contribution ; cette confiance
aux homélies a été bien accueillie . Le comité
s'en occupera .
L'Afemblée ayant repris la fuite du projet , re
latif à la convocation de la prochaine légiflature
M. Démeunier à lu fucceflivement divers atti
( 47 )
cles , qui ont été modifiés par quelques amendemens
de M. Demeunier lui - même & d'autres
membres. Dans le cours peu intéreffant d'une
difcuffion , plutôt alongée que remplie , ont été
noyées des réflexions & motions de MM. Ro - !-
berfpierre , Nogaret & Lavigne. Le premier fouhaitoit
qu'on laiffât les municipalités maîtrefles
de régler la valeur de la journée de travail , &
pour mieux foumettre le gouvernement repréfentatif
à l'empire anarchique d'une ignorante
multitude , qu'il fût décrété que tous les hommes
nés en France ont la plénitude des droits de citoyens
, & font tous également éligibles à toutes
les places . M. Ramel- Nogaret demandoit que les
électeurs affemblés pour nommer des législateurs,
ne nommaiſent enfuite , au lieu de la moitié des
membres des adminiſtrations de département &
de diftrict , qu'aux places vacantes par mort ou
démiffion ; afin que les adminiftrateurs actuels
euffent plus de temps à exercer des fonctions ,
dont ils fe trouveroient , fans cela , n'avoir eu
que les défagremens ; pour lefquels il n'a pas
déguifé que plufieurs demandoient des indemnités
.
Revenant à la charge , M. Roberfpierre à fait
de nouveaux efforts pour obtenir la révocation
du décret , qui déclare inéligibles aux légiflatures
ceux qui ne payeront pas un marc d'argent en
impofitions directes . Il prétendoit que cette révocation
étoit déjà déterminée par l'opinion
de l'Affemblée & par l'équivoque de la nation .
A toutes ces opinions , M. Lavigne a trouvé
bon d'ajouter le poids de la fienne. On a
demandé qu'il fût rappellé à l'ordre
comme
parlant contre un décret conſtitutionnel ; c'étoit
l'avis de M. de Murinais ; mais il a fallu qu'un.
( 48 )
>
décret du moment fermât la bouche à M. Lavigne
, & l'on eft paffé à l'ordre du jour.
L'Affemblée a enfuite jugé inapplicable à la nomination
des électeurs une forme de fcrutin propofée
par M. Péthion , & qui n'eft nullement
de fon invention , ainfi que l'ont annoncé des
journalistes ignorans . L'idée de ce ſcrutin a été
donnée à M. Pethion par des Genevois , qui ont
trouvé établie dans leur patrie , cette méthode
d'élection . Elle eft infiniment préférable à celle
que l'Affemblée s'obftine à confèrver ; elle abrége
le temps , elle déconcerte mieux les cabales , elle
foulage les électeurs . Ce fcrutin que M. Péthion
nomme épuratoire , parce qu'il faut aujourd'hui
des fobriquets baroques , & des intitulés d'empyriques
aux chofes les plus fimples confifte dans
une première opération , où chaque électeur
indique librement & généralement , autant de
noms qu'il y a de membres à élire . Par un fecond
fcrutin , on retient fur la lifte de ceux qui , au
premier , ont réuni le plus de fufftages , an
nombre double ou triple du nombre de fujets
à élire ; enfin fur cette feconde lifte de réduction
, on choifit par une troisième opération définitive
, les fujets fur lefquels doit tomber l'élection
. Ces trois opérations fe nomment à Genève
indication , rétention , & élection .
Du famedi , féance du foir.
De tous les rapports imaginés par le comité
des recherches , le plus comique eft véritablement
celui dont le dévéloppement a été réſervé ce ſoir
à M. de Sillery. Le bruit public annonçoit que
le bras de l'inquifition alloit s'étendre fur le club
monarchique , & qu'une même dénonciation envelopperoit
( 4949 )
lopperoit M. le bailli de Cruffol , M. de Clermont-
Tonnerre & M. de la Fayette . Le rapport
n'a pas eu l'intérêt de ces fignalemens : M. de
Sillery a eu la prudence de re nommer que paffagèrement
les perfonnages en queftion . Sa follicitude
civique & celle de fon comité , ſe ſort
réduites à je ne fais quel fagot de contre- révolution
, dénoncé par un fieur Luttau ou Rittau ,
& exécutés par un ficur Theyenot & une dame
la Combe. Les preuves du complot de contrerévolution
font irréfiftibles , car les sbirres d
comité ont trouvé chez les prévenus quelques
exemplaires d'une lettre du Père Dnchefne , &
dés écrits du club monarchique. Ces puiffans conjurés
avoient des fommes immenfes à leur difpofition
, pour foulever contre le club des Jacobins
& la Conftitution , les ateliers de charité dont ils
avoient acheté le dévouement , par le don magnifique
de deux affignats de so francs .
Voilà ce que M. de Sillery
a férieufement
déféré à l'Affemblée
nationale
, en convenant
que les preuves
n'étoient
pas fuffifantes
pour envoyer
les prévenus
dans les cachots
d'Orléans
;
mais il n'en propofoit
pas moins
de prolonger
leur arreftation
, & de renvoyer
l'affaire
au tribunal
d'arrondiffement
.
M. de Folleville a demandé la queftion préalable
, qui n'a point fatisfait M. Régnault . Ce
député , le plus actif parleur de l'Affemblée , &
le premier inventeur d'amendemens qui exifte en
Europe , a trouvé qu'il fe préfentoit un fil dans
ce labyrinthe , & que , pour le fuivre , il falloit
r tenir les prifonniers , & continuer l'information ,
fur laquelle l'Affemblée ' nationale prononceroit
enfuite le renvoi à Orléans , s'il y a lieu .
M. de Clermont- Tonnerre a demandé l'impreſ
No. 23. 4 Juin 1791 .
C
( 50 )
fion du rapport , à laquelle M. Lavigne s'eft
oppofé par la crainte , a- t-il dit , de donner trop beau
jeu aux accufés. Cet amour des procédures fecrettes
a été relevé par M. de Folleille & par
M. Malouet.. Il eft fàcheux , a dit ce dernier,
que l'efprit d'inquifition puiffe prévaloir dans
cette Affemblée , au point qu'on ofe vous pro-
Fofer des inftructions fecrettes . Si le comité des
recherches , dont je ne reconncis ni l'utilité , ni
la légalité , accufe un citoyen , celui - ci do
pouvoir fe juftifier , & accufer à fon tour le
comité des recherches .
L'Affemblée a décrété l'impreffion du rapport.
La féance a fini par l'ultérieure difcuffion du
projet relatif aux domaines congeables .
Du Dimanche , 29 mai.
M. Bouche a pris la parole pour notifier , au
nom de la députation d'Alface , que Colmar eft
rentré en infurrection ouverte ; la pluralité des
officiers municipaux font , fuivant lui , à la tête
des factieux ; le tribunal du diftrict a refufé d'informer.
Les chaffeurs d'Alface font en mouvement,
& l'on tâche de les réunir aux factieux.
Afin de prévenir la défection de ce régiment ,
M. Bouche a demandé & obtenu que M. Louis
de Noailles , colonel de ce corps , ſe rende à
Colmar pendant 15 jours.
fe
Bientôt cette première alarme a été fuivie
d'une lettre e core plus fâcheufe du département
du Bas-Rhin; lettre dont la fubftance prouve quela
grande majorité des Alfaciens fuit des impulfions
contraires aux difpofitions religieufes décrétées
par l'Affemblée nationale. Voici le précis exact
de cette dépêche du directoire .
Le fanatifine , écrit- il , l'intérêt monacal ,
( 51 )
le défefpoir des nobles émigrés , les fureurs du
Cardinal de Rohan , & toutes les paffions que
peut produire le délire de l'aristocratie , nous
environnent de tant de piéges , de tant de maneuvres
perfides , qu'avec un zèle infatigable
il nous devient impoffible de faire triompher la
bonne caufe , & de foutenir la chefe publique
dans le département , fans des mesures extraor
dinaires que notre pofition réclame impérieufement
aujourd'hui , & qui ne peuvent être différées.
"
Les habitans évitent toute communication
avec des prêtres affermentés & conſtitutionnels ;
les églifes font vides lorfque ceux- ci célèbrent
l'office divin , tandis qu'elles préfentent un concours
prodigieux d'affiftans à une fimple metle
baffe , dite par un moine réfractaire à la loi ;
plufieurs curés qui ont prêté le ferment à leur
arrivée dans leur paroiffe , pour en prendre poffeffion
, ont rifqué d'être maffacrés par le peuple , &
pen s'en eft falla qu'ils ne fcellaffent de leur fang
cet acte public de leur obéiffance aux loix.
Quelques uns ont été forcés de quitter leurs
cures , où les curés rébelles continuent leurs
fonctions , comme s'ils n'étoient pas remplacés .
Les paroiffes ne font organifées , & les curés ne
font encore nommés que dans le feul diftrict de
Strasbourg ; ceux de Haguenau , Benfeld &
Wiffembourg , préfentent des obftacles beaucoup
plus difficiles à vaincre pour le remplacement des
curés , foit par la rareté des fujets , foit par la
mauvaife difpofition des habitans des campagnes.
Pour prévenir des malheurs & pour affurer l'exécution
des loix , il a fallu détacher des troupes
de ligne dans les communautés , & les diſtribuer
dans les parties de ce département , où les habi-
C 1
( 52 )
1
rans paroiffoient oppofer le plus de réfiftance à
l'acceptation du nouveau régime . Les détachemens
divifés forment un total d'environ 2,400
hommes . Si , par une fuite d'une attaque du
dehors , d'une invafion ennemie , les troupes
détachées étoient forcées de rejoindre leurs drapeaux
; fi elles étoient rappellées par le général ,
le défordre le plus affreux fe manifefteroit à
l'inftant dans les campagnes ; on y verroit éclater
He feu de l'infurrection , & tout bientôt y tomberoit
dans le tumulte de l'anarchie . »
« Les préparatifs qui fe font fur la rive droite
du Rhin , & le raffemblement de troupes , dont
on a des avis certains dans le voisinage de Worms
de Manheim ; le cri de guerre qui retentit
continuellement fur nos rives ; tour annonce une
attaque du dehors . Le projet peut échouer ,
mais il y auroit trop de fécurité à le rejetter;
les évènemens , les apparences , tout femble faire
une loi de le prévenir.
כ כ
Nous vous prions en conféquence , Meffieurs
, de décréter qu'il fera inceffamment envoyé
cinq mille gardes nationales tirés de l'intérieur
de la France , dans le département du Bas - Rhin ,
pour être répartis dans les communautés qui le
compofent, »
ce Il ne nous refte qu'à vous prier d'accélérer ,
autant qu'il fera poffible , la décifion que nous
follicitons à cet égard . Tous les jours le péril
devient plus imminent , & malheurcufement nos
reffources diminuent à mesure que le danger aug
mente ; l'ennemi du dehors nous menace , l'ennemi
du dedans rous mine fourdement , & les prêtres
rebelles , plus dangereux qu'eux tous , fentant l'avantage
qu'ils obtiennent , redoublent leurs maeuvres
, »
( 53 )
M. Regnault a demandé le renvoi de cette
lettre aux comités diplomatique & militaire ,
pour en faire demain le rapport. Une dépêche
de Pontarlier , citée par M. Rabaud , parle de
15 à 20 berlines chargées , qui , chaque jour ,
traverfent cette ville pour fortir du royaume :
on l'a jointe au fac des comités .
$
M. Lavie a déclamé un quart d'heure contre
les moines qui infectent l'Alface , & a follicité
un ordre d'arracher de cette province tous les
religieux , pour les transférer dans l'intérieur .
Tous les fuppôts de la conftitutión , a dit
M. Prieur , ont frémi . Le defpotifme , le fanatilime
, la tyrannie vont réunir leurs efforts : ils
cherchent à attirer fur la France la fuicur - des
defpotes ; mais 4 millions de François les attendeut
ils feront invincibles , puifqu'ils combattent
pour la liberté. Il faut fufpendre fur les
rebelles le glaive de la juſtice , & en deux jours
décider leur fort . »
:
« Les ci - devant nobles de ma province , a
ajouté M. Biauzat , devenus fous de rage , ont
pris le parti de s'en aller tous . J'ai dépofé hier
au comité des recherches une lettre de ces zélés
contre-- révolutionnaires.; mais ils nous donnent
deux mois de répi . Je demande pour demain un
décret contre les prêtres & les perturbatcurs. »>
L'Affemblée a décrété le renvoi du tout aux
trois comités réunis .
M. Dupont ayant lu l'inftruction deſtinée aux
colonies , M. Regnault s'eft plaint des complots.
par lefquels on cherchoit à contrarier l'exécution
du décret .
CC Les complots , a repliqué M. Malonet , font.
dans les effets néceffaires & inévitables de vos
décrets . Lés réclamations ne font pas des ma
C3
( 54 )
:
neuvres il eft infidieux , il eſt injufte d'incolper
des alarmes légitimes , comme des combinaiſons
criminelles . Il eft extraordinaire qu'on nous an
Donce des mouvemens concertés , lorsqu'on a
refufé d'entendre les repréfentations des ports &
du commerce .
« Ce font des factieux ! crioit M. Rewbell. »
Faites taire M. Malouet qui attaque vos décrets ,
ajoutoit M. Dumetz. « L'Affemblée , a dit ingénieufement
M. de Cazalès , reffemble à Henri VIII,
qui , fous peine de mort , défendit de lai annoncer
qu'il étoit malade , & qui mourut parce
qu'aucun médecin n'ofa lui parler de fon danger.:
сс
20
Oui , Meffieurs , a pourſuivi M. Malouet,
vos ports les plus zélés pour la conftitution , font
dans une alarme extrême fur les fuites de votre
décret . Cela eft , je le certifie . Vous pouvez
encore rendre la paix aux colonies par un article
interprétatif ; mais l'inftruction que vous venez
d'entendre fera encore plus de mal que le décret,
Vous pouvez encore le prévenir en ajoutant un
article , qui fans exclure les hommes de couleur
des affemblées primaires , les rende inéligibles aux
affemblées repréſentatives . »
« Je demande , a dit M. de Foucault , qu'on
falle lecture des adreffes du commerce , entr'autres
de celle de Nantes, «c Qui n'eft pas arrivée ,
a crié M. Dupont . « Elle eft arrivée , a repliqué
M. Blin, député de Nantes, elle cft entre les mains
du comité colonial . Je l'attefte , & je défie M.
Dupont de le nier . » Celle du Havre , a ajouté
M. Begouen , eft fignée de la prefque totalité des
habitans , elle eft entre les mains des députés .
Une oppofition furieufe à la lecture de ces
adrefles a porté M. de Cazalès à la tribune .
L'Aſſemblée oublie-t- elle , a- t-il dit , qu'environ
7
( 55.)
née de l'opinion publique, elle en tire toute la force,
& que , lorfque ce pouvoir exécutif l'abandonnera
, nos décrets ne feront plus obéis ? Pouvezvous
donc fans imprudence , repouffer la connoiffance
du vou du commerce » ?
Toutes les inftances , les confidérations , la
voix de la juftice , de la prudence , de la liberté.
publique , ont été étouffées par les clamcurs , &
f'on a décrété de charger le Roi d'envoyer fans
délai l'inftruction , telle quelle , aux colonies .
1
S. M. vient de nommer au Miniſtère
des Impofitions publiques , M. Tarbė ,
premier Commis de l'ancien Contrôle-
Général. Ce choix eft juftifié par l'application
, l'intelligence , l'intégrité & les
travaux de M. Tarbé , auquel nous defi
rons le courage néceffaire dans les triftes
fonctions auxquelles fon attachement pour
la Monarchie & le Monarque l'ont
dévoué.
Le régiment de Dauphiné, en garnifon
à Nifmes , & qui jufqu'alors avoit été fans
reproche , autli- tôt admis au Club des
Jacobins , a caffé tous fes Officiers , &
enlevé la caiffe & les drapeaux , qu'il a
tranfportés chez M. d'Albignac. Nous ignorons
fi ce Commandant a regardé comme
compatible avec fes devoirs , le dépôt dont
le chargeoient des Soldats en rébellion.Voilà
déjà le fecond régiment qui , fans forme de
C 4
( 56 )
proces , fe délivre de fes Officiers , & s'attribue
la puiffance d'un Confeil de guerre ,
ou d'un Souverain defpotique. Ces exécutions
qui publient à toute l'Europe que
nous n'avons plus ni difcipline , ni loix ,
ri armée , réfultent d'un plan fortement
combiné par les Clubs des Amis de la
Conftitution. On en trouvera la preuve dans
l'ardeur avec laquelle ils ont follicité l'admillion
des Soldats dans leur fein , & dans
le Journal de M. la Clos , qui renferme
Its de nandes multipliées de ces Sociétés
anarchiques , pour un licenciement général
des Officiers . En fuppofant que cet attentat
fur les Droits de l'Homme & du Citoyen,
ce mépris pour les Décrets , qui en ôtant
au Roi le pouvoir de deftituer arbitrairement
les Officiers , n'ont pas entendu le
déléguer aux -Soldats , foient couronnés du
fuccès , ils attefteront le délire du moment ;
car y a-t-il au monde rien , de plus infenfé ,
que de diffoudre une armée à l'époque de
tous les dangers , de livrer l'Etat & ies Loix
aux troupes foulevées , au milieu de l'anarchie
; de courir le rifque d'eflayer l'empire des
laifons qui peuvent exifter entre les Officiers
les Soldats ; & enfin , de donner aux adverfaires
externes de la Conftitution , l'élite des
Militaires du royaume ? Véritablement , ce
projet femble avoir été conçu par les plus
habiles Contre- Révolutionnaires.
fait dé- Le Prince-Evêque de Liège a
( 57 )
clarer, par fon Miniftre , à M. de Montmorin
, qu'il ne recevroit point en ce moment
M. Bonne- Carrère , comme Envoyé
de France , & qu'il étoit à defirer que fon
voyage fût fufpendu. Il eft à croire que M.
Bonne-Carrère bornera fa carrière diplomatique
à fa nomination , & qu'il aura la fageffe
de réfigner fon emploi . Qui auroit
dit , il y a quatre ans , qu'un Evêque de
Liège refuferoit un Miniftre du Roi de
France. Voilà où nos fautes , notre inconfidération,
notre ardeur à fufciter des révoltes
dans l'Etranger , nous ont réduits .
Nous n'avons rapporté que très-fommairement
, la femaine dernière , les abominables
fcènes de Caftelnau en Quercy : nous
n'en connoiflions pas encore toute l'étendue
, & if nous eft échappé , fur les premières
autorités , quelques inexactitudes.
Maintenant , nous femmes munis de témoi
gnages oculaires & refpectables . MM. de
Bellud , qui viennent de groffir la lifte des
victimes innocentes , je ne dirai pas de la
Révolution , mais de la perverfité des
hommes qui en ont conduit les inftrumens
& des profeffeurs d'inhumanité qui ont
fait un dogme civique de l'affaffinat , MM.
de Bellud étoient les deux plus braves militaires
du royaume , gens d'honneur , de
probité , irréprochables dans leur conduite
privée & publique. C'eft le cadet de ces
C &
"
( 58 )
deux martyrs qui appartenoit à ce Corps
infortuné , & à jamais . refpectable , des
Gardes du Roi. On verra qu'ils avoient
encouru la haine des brigands & de leurs
inftigateurs , pour avoir défendu leurs propriétés
& celles de leurs voifins , contre
la torche des fcélérats qui ont fait dévaf
ter le Quercy. Ainfi , jufqu'au droit de défenfe
naturelle , ce droit que les Loix des
Etats les plus defpotiques ont réfervé , &
ne pouvoient ravir au Citoyen , eft enlevé
aux François , à côté de cette vaine & dérifoire
déclaration des Droits de l'Homme,
qui n'a fervi qu'aux déclamations de quelques
jeunes gens , & à femer par- tout des
prétextes de défolation . Voici les faits au
thentiques.
Caftelnau en Quercy , 18 mai 1791 .
ee La ville de Caftelnau de Monratier , Département
du Lot , Diftrict de Cahors vient
d'être le théâtre de fcènes d'horreurs qui ne le
cèdent pas à celles d'Aix , de Douai , &c . elles
ont même un caractère plus effrayant ; car , ce
n'eft point ici une multitude fans frein que les
autorités légales n'ont pu contenir : ce font ,
cefont exclufivement , les dépofitaires de la force ,
les gardiens de la tranquil ité publique , qui ont
maffacré des Citoyens fans défenſe & exercé fur
- leurs cadavres des atrocités inconnues avant la
révolution . >>
ي ف
« Le famedi 14 mai , le Directoire du Dépar
tement du Lot rendit , fur la requifition du Procureur
- Général - Syndic , un ordre qui porte ;
( 59 )
qu'étant inftruit par la dénonciation des Officiers
Municipaux , que les Curés de Caftelnau &
Thejels prêchoient à leurs paroifiens la révolte
au nom d'un Dieu de paix , & qu'ils devoient le
lendemain publier au prône la prétendue bulle du
Pape , M. l'Evêque fera prié d'envoyer daus lefdites
Paroiffes des Vicaires -régens , en attendant
la prochaine Affemblée des Electeurs , & que les
Curés de ces Paroifes s'éloigneront dans les 24
heures à trois lieues de leur canton . En conféquence
, l'Evêque nomma deux ex - Carmes pour
remplir les cures de Caftelnau & Thejels , & un
détachement de quarante hommes de la Garde
nationale , commandés par le feur Remel ,
partit le foir même pour les inftaller . Ce détachement
arriva à Caftelnau vers minuit. Les
Officiers Municipaux s'affemblèrent pour donner
des logemens à cette troupe. Pend int ce temps ,
plufieurs Gardes nationaux frappent à la porte
d'un cabaretier , qui répond qu'il n'ouvre pas à
une heure fi indue , & qu'il a défenfe de la Municipalité
de donner à boire la nuit on le menace
d'enfoncer fa porte , & on fe met en devoir
de le faire cet homme ne croyant avoir à faire
qu'à quelques ivrognes , fort avec une broche
& pourfuit les Gardes nationaux , qui tombent
fur le cabaretier , & le bleffent griévement de
plufieurs coups de fabre & de bayonnette, Acer
incident près la nuit fut affez calme . »
« Le lendemain matin , dimanche , 15 , le
Vicaire-régent fut inftallé , & 1: Curé de Caftel
nau fe foumit à l'ordre du Département , en
s'éloignant la meffe fut prefque déferte ; cependant
, perfonne ne proféra le moindre mmure
, perfonne n'eut feulement la pensée d'oppofer
la réfiftance à la force légale , »
C6
( 60 )
ce Le lundi , M. de Bellud , Chevalier de
St.-Louis , habitant de Caſtelnau , mais qui étoit
depuis quelque temps à la campagne , parut en
ville : c'étoit lui qui , au mois de février 1790 ,
avoit échauffé le zèle de la Garde nationale de
Caſtelnau , pour marcher contre les brigards incendiaires
qui défoloient le voifinage : c'étoit lui
qui , cette même année , s'étoit joint à l'infortuné
Marquis d'Efcayrac , pour le même objet , &
qui avoit été bleffé dangereufement dans une
affaire contre les incendiaires . Les amis de l'anarchie
ne pouvoient lui pardonner ces deux griefs .
Auffi , dès fon arrivée chercha- t- on à le provoquer
par des cris à l'aristocrate , à la lanterne.
M. de Bellud alloit à Monpejat , & n'étoit entré
à Caftelnau que pour voir le malheureux cabaretier
, bleffé le famnedi au foir , & qui étoit fon
plus proche voifin . Il defcendit de cheval à la
porte de cet homme , & fit mener fes chevaux
a fa maifon fon frère , Garde- du- corps du Roi
vint le joindre chez le cabaretiev, en redingote de
matin & en pantoufles . En fortant , ils fe promenèrent
fur la place publique ; , à leur vue , les
Gardes nationaux entonnent rhymne de mort ,
ça ira . MM. de Bellud ne font pas d'abord at
tention à ces chants ; leur patience encourage
venir leur répéter cette chanfon aux oreilles..
Alors , M. de Bellud l'aîné s'adreffe à l'Officier
qui commandoit cette troupe , le fieur Ramel ,
& le prie de faire ceffer ces infultes : l'Officier
répond qu'il ne peut pas empêcher ſfaa troupe de
chanter ce qui lui fait plaifir : « Vous pouvez
& vous devez , reprit M. de Bellud , l'empêcher
d'infulter des Citoyens paifibles . Sur une replique
peu honnête de l'Officier National , M. de Bellud
lui propofe de fortir avec lui de la ville. Auff
:
à
1
( 61 )
tôt il eft entouré par toute la troupe ; ſon frère
veut lui parer un coup de bayonnette , & reçoit
lui-même un coup de fabre fur le cou ; M. de
Bellud fe battant en retraite avec fon épée , bleffe
légèrement l'Officier au vifage , & plus grievement
un de fes camarades ; il parvient avec fon
fière à fa maifon & s'y renferme . Sur-le- champ.
La maifon eft inveftie , de nombreuſes fentinelles.
font portées à toutes les iffues , l'ex - Carme envoyé
pour Vicaire à Caftelnau , part en diligence
pour demander à Cahors un renfort condérable
3. un autre exprès eft envoyé à Montauban
, & d'autres dans les Provinces voifines . »
сс
Cependant la porte de la cour de M. de
Bellud eft enfoncée ; mais on ne fe croit pas
affez en force pour pénétrer dans la maifon , qui
ne renfermoit d'hommes que les deux MM . de
Bellud & un domeftique : en attendant l'arrivée
du renfort , on fe contente de continuer le
blocus . 200 ou 300 hommes de la Garde nationale
de Cahors arrivent à fept heures du foir.
M. de Bellud Garde- du -corps , voulant fauver
les Demoifelles fes foeurs , dont l'une avoit été
bleffée le matin d'un coup de fabre , fort avec
elles par une fenêtre : fes foeurs font refpectées ;
mais on fait fur lui une décharge de coups de
fufils qui l'empêchent de rentrer , & le forcent
de prendre la fuite à travers les champs ; malheurcufement
, en franchiffant un ruiffeau , il fe
foule le pied & ne peut plus aller : bientôt , il
eft arrêté par environ fo perfonnes , maltraité ,
ramené en triomphe dans la ville . Son infortuné
frère avoit pénétré de fa demeure dans une maiſon
voifine ; l'on s'en apperçoit , & l'on y met le feu ::
trois maifons font la proie des flammes. M. de
Bellud fe retire dans une cave , l'on perce la.
( 62 )
voûte pour le prendre il tire par cette ouver
verture plufieurs coups de fufils qui tuent &
bleffent divers affaillans , enfin , on imagine,
d'employer le moyen déjà mis en oeuvre à Buzet ,
chez M. de Clarac ; on jette dans cette cave
beaucoup de paille mouillée & du fouffre enflammé
; M. de Bellad preique fuffoqué , fort de
la cave avec deux piftolus , tue le premier qui
fe préfente à lui , & met lui - même fin à les
jours. On lui coupe la tête , ainfi que cel'e de
fon domestique qu'on avoit tué dans la nuit ; 1 :s
deux cadavres font pendus par les pieds à un
arbre, & les deux têtes portées à l'Hôtel- de -Ville ,
on les fait baifer à l'infortné Garde -du-corps ,
qui , blefé giiévement , avoit paffé la nuit fur
un mauvais fiége , fans qu'on lui accordât un
verre d'eau qu'il demand it . A la place , on lui a ,
de force , verfé dans la bouche le fang fumant
qui découloit de la tête de fon frère . Detry Commiffaires
du Départenent font arrivés hier, mardi ,
ave : un nouveau renfort & deux pièces de campagne.
Sur les fix heures du foir font entrés
400 hommes du régiment de Touraine, & Gardes
nationaux de Montauban . Peu de temps après ,
toutes ces troupes , à la requifition de la Municipalité
, font allées à la maifon de campagne
de M. de Bellud , où l'on prétendoit qu'il y avoit
un raffemblement de perfonnes fufpectes & un
amas d'armes & de munitions : l'on n'y a trouvé
ni armes , ni munitions , ni perfonne . A linftant
où je ferme ma lettre , les têtes , les meurtriers ,
les Gardes partent pour Cahors. 33
Cahors , le 18 mai à 8 heures dufoir.
«Jene vous occuperai pas des fcènes d'horreur
qui ont eu lieuà Caſtelnau ; vous en fercz inftruit ,
( 63)
comme nous l'avons été hier & ce matin par la voix
publique. Les fuites de cette tragédie font encore
plus épouvantables : je vous les retrace , en palpitant
de douleur & d'effroi. »
cc« Cet après- midi , à quatre heures , notre
Municipalité , accompagnée de la Mufique , du
Drapeau , des Gardes Nationaux reftés ici , eft
allée au devant de l'armée fanguinaire qui revenoit
de Caftelnau.
כ כ
« Le tambour ayant annoncé l'entrée de cer
horrible cortège , je n'ai pu résister à la curiofité
de me placer à une fenêtre : j'ai payé bien cher
cette curiofité . »
« A la fuite des tambours , j'ai vu paroître
les deux têtes de M. de Bellud & de fon domeftique
, portées fur deux bayonnettes . Quelques
Fufiliers faivoient , puis la Municipalité en corps
& en écharpe , & autant que j'ai pu le remarquer ,
deux Membres du Département , & deux Juges
du Tribunal de Diftrict ; venoit enfuite une charette
portant des canons de campagne , & une
feconde fur laquelle étoit érendu le malheureux
de Bellud , Garde-du - Corps. Les Gardes Nationales
, notre Etat- Major , & la multitude fermoient
la marche . »
ce Quelques minutes après l'entrée folemnelle de
cettehorde , & fon paffage fous mes fenêtres , j'ai
entendu tirer une quantité de coups de fufil. On eft
auffi-tôt venu me rapporter que le cortége étant arrivé
devant la maifon de Madame Pons , on avoit
pendu l'infortuné de Bellud , & fait fur fon cadavre
une décharge générale . Ce crime confommé
on eft entré chez Madame Pons , où s'affembloit
la Société Littéraire ; on a tout briſé, jetté
les meubles par les fenêtres , & démoli la maifon, »
64
ee On vient de défendre de fortir de chez foi,
& de paroître aux fenêtres . La Municipalité intercepte
les lettres ; elle arrêta avant - hier . le porteur
de Montauban . Le Drapeau rouge eft déployé
; on va proclamer la Loi Martiale : contre
qui fera-ce contre la Milice , teinte du fang
de MM. de Bellud ? Et c'eft cette Milice qui
fera chargée de l'exécuter ! Jugez de l'effet qu'on
doit en attendre . »
Je m'adreffe indiftinctement à tous les
partis , à tous les fyftêmes. N'eft-on pas à
la fin férieufement épouvanté de retrouver
, après deux ans , le caractère fanguinaire
, qu'on a gratuitement imprimé
à la Révolution ? Les fayans machinateurs
de ces excès avoient- ils fondé
la profondeur des racines fur lefquelles ils
plantoient l'anarchie ? Avoient - ils prévu
qu'au bout de deux ans , la France peuplée
de Loix , de Magiftrats , de Tribunaux
, de Gardes Citoyennes liées des
par
fermens folemnels à la défenſe de l'ordre
& de la fûreté publique , feroit encore &
toujours une arêne , où des bêtes féroces
dévoreroient des hommes défarmés ? Ah !
l'Europe , la philofophie , tous les amis de
la liberté euffent refpecté la Révolution ,
fi chacun de fes pas n'eût été fouillé de
fang , fi fes conducteurs infenfés avoient co
la prévoyance & l'humanité d'appercevoir ,
qu'à l'exemple du feu , elle confumeroit
tout fi la fageffe ne prenoit les pompes ;
( 65 )
" & qu'une fois la première crife décidée
Part , le patriotifme étoient de conferver
des moyens réprimians , au lieu de les
anéantir . Il n'y a aucun terme à ces barbaries.
Les neufbatailles que livra Charles I,
je me charge de le démontrer , coûtèrent
moins de vies à l'Angleterre , que l'édifice
chancelant de nos Loix par-tout violées . Et
nous n'avons ni combattu , ni vaincu ! Aucune
réfiftance ne s'eft préfentée : depuis le
Trône du Prince , jufqu'au Presbytère du
Curé , l'ouragen a profterné les Mécontens
dans la réfignation . Livrés à la fureur inquiète
des Clubs , des Délateurs , d'Alminiftrateurs
intimides , ils trouvent des bourreaux
par-tout où l'anarchie , la prudence ,
le falut de l'Etat leur ont preferit de ne pas
même voir des ennemis. Chaque femaine
eft fignalée par quelque affatlinat : ia liberté
n'appartient qu'à ceux qui olent attenter
fur celle de leurs femblables : M. Necker
a-t-il donc eu tort de demander à quelle
Nation fauvage nous avions fait place?
Je ne relèverai pas les impoftures atroces
de quelques Feuilles publiques , entr'autres
du Patriote François fur les crimes de
Caftelnau. Dans leur récit , M. de Bellud
n'ayant plus qu'une cave pour afyle , répondit
au Directoire qui lui promettoit fureté ,
qu'il ne connoiffoit point le Diretoire ,
et qu'il vouloit tuer au moins douze hommes
avant de fe rendre . Rien de plus faux ; un
1
( 66 )
homme aliéné n'eût pas même fait une
femblable réponſe. Les Cannibales qui écri
vent, font leur métier en juftifiant le Cannibales
qui coupent les têtes & les
triomphe ces deux races d'hommes font du
même fang.
portent en
Peu avant la fórmation du trophée que
le Département du Lot & la Municipa
lite de Cahors ont reçu en pompe dans
leurs murs , cette Municipalité s'étoit permis
un acte , plus odieux peut- être dans
un autre genre. Je prie ceux qui , dans les
regiftres de Caligula , ou dans ceux de
quelque Pacha capricieux , trouveroient un
trait de tyrannie à comparer à celui que je
vais raconter , de m'en donner connoiffance.
તે
Cahors , ce 17 mai 1791 .
<< En attendant que je vous faffe paffer la rela
tion des aflafinats , des meurtres , des incendies,
des pillages & de tous les genres d'atrocités qui
viennent de fe renouveller dans ce Diſtrict , voici
les motifs qui ont donné lieu au jugement , dont
la copie figurative eft ci-jointe. »
сс
כ כ -
Depuis trois mois , les Chartreux de cette
ville font vexés de la manière la plus horrible
par la Municipalité & les Jacobites. On ne leur
a pas pardonné d'être reftés fidèles à leur règle ,
& d'avoir déclaré , en exécution de la Loi , qu'ils
vouloient vivre & mourir en communauté , »
« Sur la foi de cette déclaration , on auroit
dû leur laiffer leur maifon , ou , aux termes des
décrets , leur en indiquer une autre vafte ,
( 67 )
commode , & dont les édifices fuffent en bon
état ; on n'a cependant voulu fire ni l'un ni
l'autre . Le Directoire du Département , qui auroit
du fe montrer pour les faire jouir du bénéfice
de la Loi , a laiffé agir la Municipalité ,
quoique celle- ci n'ait aucune efpèce de jurifdiction
fur la réunion , le déplacement & l'incorporation
des Religieux . Cette Municipalité , avoit
à la tête un Suédois qui , depuis 20 ans a
quitté , pris , quitté & repris la Religion de Luther.
Dans cette maifon religieufe , elle a fait
fubir aux Chartreux des auditions cathégoriques
& des confrontations . Après un renouvellement .
d'inventaires de leurs effets , on les a gardés à
Yue; on a mis des fentinelles à leurs portes , &
tous les jours de la vie on les a accablé d'outrages,
fans vouloir leur indiquer d'autre maifon de retraite
, que quelques mazures d'un couvent de
Religieux , fupprimé depuis longues années , ou
une grange dépendante de l'un de leurs domai
nes . Enfin , on eft parvenu à leur faire demander
un délai de quinze jours , pour pourvoir à leur
retraite individuelle . Ce délai leur a été accordé;
on leur a même permis de faire vendre les effets
que la Loi leur réferve ; mais toujours en les
gardant à vue. »
Ces bons Religieux avoient des fleurs ,
quelques vafes , quelques arbres bouquetiers ou
fruitiers naius , qu'ils élevoient dans leurs celules ;
ils en ont donné à leurs amis fous les yeux de
la Municipalité & des Gardes nationales , qui ne
s'y font point oppofés . M. de Beaumont , Lieutenant-
Général des armées , & neveu de l'ancien
Atchevêque de Paris , eft leur plus proche voifin
. Il les voyoit tous les jours ; il les confoloit
dans leur adverfité ; il cherchoit à adoucir les
( 68 )
rigueurs de leur fort . Cette conduite avoit déplu
à leurs perfécuteurs ; ils leur en vouloient d'ailleurs
, pour avoir racheté la maiſon & l'églife des
Chanoines réguliers , & y avoir rappelle les Religieux
qui en avoient été chaffés . »
Deux Chartreux leur avoient donné quelques
oignons de fleurs , quelques autres plantes , &
quatre poiriers nains , qui furent arrachés en plein
jour , & fous les yeux de la garde nationale, par
fon jardinier. Tel a été le motif du jugement
que vous allez lire il a été cxécuté avec le
plus grand fcandale , affiché avec profufion ,
inême dans les paroiffes où M. de Beaumont a
Les terres , quoiqu'elles ne foient ni dans l'arrondiffement
de la Municipalité , ni dans celui du
Département du Lot. Cet acte de méchanceté a
occafionné une nouvelle infurrection de payfans ,
qui viennent de dévafter , pour la feconde fois ,
Ces châteaux & les terres de la Roque & du
Repaire. »
Le Directoire du Département du Lot , féant
à Cahors , a tout vu , tout entendu , faas faire
aucune démarche . »
Arrêté du Corps Municipal de la Commune de
Cahors, du 10 mai 1791 ..
ce Le Corps Municipal , qui a vu fon procèsverbal
de ce jourd'hui , qui conftate la dégradation
commife au jardin du fieur Maé , Chartreux;
l'audition du fieur Louis de Beaumont , ci- devant
Comte ; celle du fieur Maé , & la dépofition de
Claude Flavel, jardinier dudit fieur de Beaumont,
& le réquifitoire du Subftitut du Procureur de la
Commune de ce jour , dont de tout il réſulte
que le fieur Louis de Beaumont eft coupable d'avoir
dégradé les biens nationaux , témérairement &
( 69 )
que
malicieufement; cue délibération , a arrêté & arrête
le ficur Louis de Beaumont cft & demeure
condamné à la fomme de trois cents liv . d'amende
, applicable aux pauvres de l'hôpital de cette
ville , & que les quatre poiriers arrachés dans la
ci-devant Chartreufe , formant partie des biens
nationaux , déposés dans l'hôtel de la Commune,
ferent portés demain matin , jour de mercredi , devant
la porte de la maifon dudit ficur de Beaumont ,
fituée fur les foffés de cette ville , pour y refter pendant
l'efpace de quatre jours confécutifs , & y
être gardés à vue nuit & jour par deux fufiliers ,
aux frais & depens dudit fieur de Beaumont , fur
lefquels arbres il fera placé un écriteau , Fortant
cette infcription : Louis de Beaumont , dégradateur
des biens nationaux , & fera le préfent arrêté
imprimé au nombre de mille , exemplaires , lu ,
publié & affiché aux frais & dépens dudit fieur
de Beaumont , pour être adreffé dans tous les
Départemens du Lot , Diſtricts & Municipalités
dont il eft compofé , ainfi qu'à toutes les fociétés
des amis de la Conftitution & de la Liberté , &
fera le préfent arrêté exécuté , nonobftant toutes
oppofitions & appellations quelconques , comme
rendu en fait de police. ככ
C'est pour la troifième fois que le Quercy
eft ramené fur la fcène publique , par des
outrages aux Loix , aux propriétés , aux
Citoyens. Cependant , à leur retour , les
Commiflaires civils qui y furent envoyés
l'année dernière , affectèrent d'entretenir
les Journaux de leurs éloges , de leurs fuccès
, des larmes qu'ils avoient fait verfer aux
bons Habitans , du bonheur de la paix & de
( 70 )
la fûreté qu'ils avoient affermies fans châtimens
, fans violences , par le feul empire
de la perfuafion . Leur miffion , difoient ils ,
étoit exécutée , quoique je l'euffe déclarée
inexécutable. A les entendre , des anges
avoient calmé des moutons ; ils s'indignoient
qu'on ofât leur reprocher d'avoir
mis fin aux défordres fans punir les auteurs :
des partifans de l'ancien régime pouvoient
feuls blâmer ces moyens de douceur , convenables
envers le Peuple . J'abandonnai au
jugement de l'expérience ces remarques
dirigées contre les miennes. Si j'euffe répondu
, j'aurois fait obferver à MM . les
Commiffa es , que j'étois sûrement beaucoup
moins qu'eux partifan de l'ancien
régime , que j'avois bravé & critiqué ,
lorfque chacun rampoit à fes pieds ; que
fans doute , il eft contraire à la liberté &
à l'humanité de déployer la force contre
un Peuple , ou une partie du Peuple qui ,
privée des moyens de faire entendre fes
plaintes , les exprime par des féditions ou
des attroupemens ; qu'avant de les difiper ,
il eft jufte de rappeller les féditieux à l'empire
de la loi , & de ne point expofer au
feu des armes , des hommes dont les intentions
peuvent- être exagérées fans être
coupables , & qui fe préparent à com
mettre un délit , fans l'avoir commis en
core.
Mais appliquer ces maximes à des fou~
( 71.)
lèvemens combinés de forcénés , qui' demandent
juftice en brûlant les maiſons ,
en pillant les propriétés , en refufant de
payer leurs dettes , en couvrant de cendres
& de dévaftations des propriétés qui font
fous la garde de la Loi , en tuant ceux qui
défendent leurs héritages; appeller le Peuple,
des brigands qui faccagent une Province ,
c'eſt le renversement de tout ordre public ,
& de toute fociété . Les Commiffaires marchoient
au milieu des flagrants délits , &
ils n'ont vengé ni les victimes ni la Loi .
Aucun des brigands n'a été puni ; les vols
n'ont pas été reftitués ; les propriétaires
n'ont pas été indemnifés ; les redevances ,
propriété inviolable & facrée , font encore
dans les mains des débiteurs. Que ponvoit
ou efpérer d'une prétenduetranquillité,
achetée par des amnifties , fi non le renouvellement
des excès ? Les Commiflaires
prirent pour Directeurs de leur miffion , le
Club & les Adminiftrations de Cahors :
combien ils doivent être honteux maintenant
d'avoir eu de pareils auxiliaires.
L'incertitude où tant de Décret rendus
révoqués , repris , atténues , laiffoient la
deſtinée du Comtat & d'Avignon , faifoient
craindre que le fupplice de cette malheureufe
contrée ne fût perpétué , en prolongeant
les craintes chez les uns, les espérances
( 72 )
chez les autres , & par conféquent la guerre
civile . Heureufement, l'étendue des excès, &
le caractère des Chefs qui ont égaré le Peu
ple , préparoient le terme des calamités : il
approche ; le voile eft tombé ; les fcélérats
font dans les fers , ou en partie difperfés ;
mais avant de rapporter ces derniers incidens
, nous devons au Public des informations
antécédentes . Pour fixer l'opinion fur
cette armée Avignonnoife , à laquelle nos
Tribuns & nos Journalistes promettoient
les triomphes de la vertu et de la liberté ,
voici le tableau qu'en traçoit , le 28 Avril ,
un François très - attaché à la révolution , &
dont la lettre fuivante nous a été communiquée.
Cc
été
A...... le 28 avril 1791 .
cc Chargé d'une commiffion particulière , je fuis
parvenu a m'introduire dans le camp de l'armée dite
Vauclufienne. De quel fpectacle n'ai-je pas
frappé? Une troupe de brigands & d'affaffins , l'écume
infecte d'Avignon & du Comtat ; les uns déquenillés
, les autres défigurés , fans ordre & fans
difcipline , commandés par des chefs que les
Cartouches & les Mandrins auroient claffés parmi
les goujats de leurs bandes ; des chefs fans expérience
& fans autorité. En un mot les Jourdans
les Fontvielles , &c . Environ 200 déferteurs de
Soiffonnois , de Penthièvre , de la Marck.... ,
faifoient la véritable force de cette horde , qu'ils
chaffoient devant eux , & menoient au conbar.
Dix-huit ou vingt pièces de canons de tout calibre
étoient l'épouvantail dont ils fe fervoient , nè les
tirant jamais que de loin , & avec autant de maladreffe
( 73 )
adreffe que d'impéritic ; aucune manière de camper ,
nulle forme de fiège ; après avoir pendant le jour
efcorté leurs canons , ils fe retirent la nuit comme
les bêtes féroces dans leur repaire , un bourgvoisin .
Hs ont ravagé impitoyablement le territoire de
Carpentras , & brûlé beaucoup de fermes . Ils
n'ofent cependant pas approcher de cette ville ,
parce qu'ils favent qu'on a pratiqué par - tout à
l'entour , de petites mines appellées fougaffes .
ב כ
« J'ai été vivement touché de voir les deux -
jeunes MM. de Sainte- Croix , garottés l'un avec
l'autre , affis derrière la batterie , & exposés aux
injures de cette armée . Leur contenance , étoit
ferme , & ils regardoient avec mépris l'infâme
cohorte qui les furveilloit . Jamais , parmi les
nations les plus barbares , on n'a vu un traitement
fi inhumain . Celui que je vais rapporter , & dont
j'ai été le témoin , eft cependant encore plus
affreux. Un des canonniers Avignonnois ayant
imprudemment chargé la pièce , a les deux
bras emportés ; il tombe , en s'écriant avec un
courage digne d'une meilleure caufe : cela n'est
rien , pourvu quo nous ayons la victoire . Auflitôt
les brigands , réfléchiffant fur la penfion alimentaire
qu'ils faroient obligés de lui faire , lâchent
fur ce eorps fanglant & mutilé , un coup
de fufil ; ils y reviennent une feconde fois , voyant
qu'il n'en étoit pas mort tout de fuite , & l'achevent.
Cette horreur m'a ôté le fommeil, &c.
E..... , Aide-Major des Gardes Nationales
au Département de la Drome.
#
Des revers fucceffifs , & l'épuifement du
Comtat après les plus infâmes extorfions ,
enfin , l'abandon , digne d'éloges , où les
No. 23. 4 Mai 179
D
( 74 )
Départemens voifins & leurs Habitans ont
laiſſé les Avignonois , devoient accélérer
leur ruine. Le Département de la Drome
qui s'eft diftingué par fa prudence & fon
humanité dès l'origine des hoftilités , écrivit
envain , le 27 Avril , aux Avignonnois pour
les engager à fufpendre la guerre,jufqu'à l'ar
rivée du Décret de l'Affemblée nationale.
Le Département des Bouches du Rhône ,
ayant fait relâcher Tournal , Mainvielle &
Amiel qui alloient chercher des fecours à
Nîmes , & arrêtés à Tarafcon , M. Vil-
Lardy , Préfident , réclama l'élargiffement
de MM. de Sainte- Croix : une réponſe infultante
fut le témoignage de reconnoiffance
qu'il reçut des trois Chefs Avignonnois
. Le Club des Amis de la Conftitution
d'Aix , abjurant l'appui qu'il avoit
donné à cette Faction , partagea les fentimens
louables du Département. La Ville ,
ni la Garde nationale d'Arles ne trempèrent
dans les deffeins du Maire Antonelle. Ce
fut à leur infu qu'on enleva des munitions
de deftinées
guerre
pour Antibes & Monaco
; les so Volontaires Clubiftes qui
avoient accompagné Antonelle à Avignon ,
revinrent à Arles , & refusèrent de partager
la complicité de leur Chef avec les dévaltateurs
du Comtat.
En horreur à leurs voifins , ainfi qu'à
leurs compatriotes , placés entre la horde
qu'ils traînoient fous leurs étendards , & la
( 75 )
:
Municipalité d'Avignon qui , enfin , avoit
appris à les connoître & à les redouter ,
ces Démagogues ne fe foutenoient plus
que par une terreur exagérée , & par le
brigandage. Une armée de Tartares n'eût
pas micux défolé une Province . Sans reparler
des incendies , & du faccagement
de plus de 200 maifons de campagne, il
fuffit de favoir que le 12 Mai , un détachement
de Soifonnois , commandé par le
fieur Chabran , rançonna Cavaillon au prix
de 25,000 liv.; plufieurs maifons furent
pillées. La ville du Thor , déja écrafée par
le premier pillage , fut impoſée à 16,000l.;
Caumont à 2000 liv. par femaine , Baume
à livrer 12,000 liv. , Aubignon 15,000 liv. ,
Piolène qui n'a que 206 Citoyens actifs ,
4800 liv. & une fourniture journalière en
pain , vin , eau -de-vie , &c. De 5 à 6000
hommes dont étoit compofée cette armée
de pillards , 800 feulement appartenoient
à Avignon le plus grand nombre étoient
des déferteurs François, des Contrebandiers,
des
gens fans aveu, recru ' és même à Paris ,
& ayant reçu 3 fols par lieue . Outre les exactions
de l'armée , ' on avoit forcé chaque
Municipalité , à donner d'avance 1200 l.
à chaque Membre de l'Affemblée Electorale
de Vauclufe ; c'eft-à-dire , à une impofition
de 360,000 liv. Le Peuple réduit
au défefpoir , oût peut-êtrere nouvellé les
:
D 2
( 76 )
Vepres Siciliennes , fi des gens fages nen
euffent détourné les opprimés.
Plufieurs d'entr'eux , tant du malheureux
Bourg de Sarrian , que d'autres lieux ,
s'étoient enfermés dans Carpentras .
3
-
Cette ville , qui a déployé autant d'intelligence
que de bravoure , & pourvue
de munitions de guerre & de bouche ,
étoit défendue en chef, par M. Efcoffier ,
P'un de fes Citoyens. Sa prudence , fon
courage, fon habileté ont été fecondés par
ceux des Citoyens. Nous avons cité l'hé
roïfme de Madame d'Aliffuc : cette jeune
Dame née de Gruel , & mariée en premières
noces à M. de Champrond , s'eft renfermée
dans les murs de Carpentras ; elle a
conftamment paru fur le rempart , marché
dans les forties , eft allée à la découverte,
a animé tout le monde par fes exhortations
& fon exemple.
Après la journée meurtrière du 6 , où les
'Avignonois furent repouffés avec une perte con-
Adérable , ils n'ont ceffé d'effuyer des échecs , &
de donner dans des embuscades. Affoiblie d'hommes
, épuifée d'argent , l'armée ett recours à Avignon.
Le fieur Lécuyer , le Catilina de cette
ville , & le principal machinateur de la révolution
, propofa un don patriotique de 6000 liv.
On fe borna à une quête pour les fils & les
veuves des morts . Le général Jourdan , court-
Têtes , Te plaignit avec infolence de oe refus ; il
menaçail fit figner , une lifte de profcriptions.
( 77 )
Chaque jour l'animofité croiffoit entre la ville
& l'armée , entre le parti du maire & celui des
démagogues. La multitude ébranlée , mais encore
incertaine , fe détachoit infenfiblement de ces
derniers . Dans cette conjoncture , arriva le décret
de l'Aflemblée , & une lettre du fieur Tiffot,
député d'Avignon à Paris ; lettre adreflée à fon
ami Lécuyer le 7 mai . Cette dépêche confidentielle
n'étoit pas deftinée à l'impreffion ; mais le
peuple ayant eu connoiflance de fon arrivée , it
en demanda à grands cris & de force la communication
. Elle fut lue en public , & imprimée
par ordre des municipaux , dont le procès - verbal
du io conftate les circonftances qui décidèrent
cette publication . M. de Clermont- Tonnerre a
dénoncé à l'indignation publique , & a joint fes
obfervations à cette lettre infultante pour l'Affemblée
nationale , & très - inftructive à tous
égards . En rendant compte du décret du 4 mai
& de l'étrange rédaction du lendemain , le fieur
Tiffet écrit à fon ami Lécuyer :
« Le bon de la chofe eft que les Blancs enfi- :
loient véritablement les Noirs , en ne mettant
pas tout le projet aux voix...... Les Noirs ont
été puis complettement pour dupes . L'affaire fera
reproduite lundi. Le peuple de Paris , qui a fi
bien amené le repentir da plus grand nombre , le
meura en confidération . Pour l'explication de
ceci , vous faurez que le fieur Clermont- Tonnerre,
pour avoir trop fit tapage contre nous , failli
être pendu au fortir de la féance ; & qu'il fallut
tous les efforts de la garde nationale & du fieur
Bailly, pour fauver fon hôtel. C'EST UN PETIT
AVERTISSEMENT POUR LUNDI ,
-On voit par cet extrait fidèle , que l'Ec-
DD33
( 78 )
vain fait jouer ici aux Repréfentans de la
Nation Françoife , le rôlede vils efcrocs &
d'imbécilles . Il donne lé fecret des moyens
par lefquels on influe fur les délibérations ,
& l'on emporte les Décrets , en lâchant le
Peuple contre les Députés. L'Affemblée
devoit , à fon honneur , à la gloire de fes
Décrets , à l'opinion de fa liberté , de demander
juſtice d'auffi baffes iniputations.
La publicité de cette lettre augmenta la
fermentation dans Avignon : la difcorde
éclata : elle a amené les évènemens fuivans,
que nous mandent nos correfpondans le 22
de ce mois.
сс
Avignon , le 22 mai 1791 .
L'armée Avignonoife , fante de poudre & de
boulets a ceffé de canonner Carpentras , & s'étoit
retiréé à Monteux , d'où elle continuoit à envoyer
des détachemens pour rançonner les villages
. Jourdan qui avoit promis à fes foldats
40 fous par jour , fat affailli le 18 par fes ftipendiés
, qui lui demandèrent leur paiement ,
avec les plus terribles menaces . Jourdan , fans
argent , leur demanda grace les larmes auxyeux;
il envoya fon Collègue Chabran à Avignon ,
pour exiger de la Municipalité 24000 livres , des
boulets & de la poudre. Les Municipaux reçu
rent fort mal ce député , & le renvoyèrent àfon
commettant , en lui faifant dire que s'il avoit
befoin d'argent , il devoit en demander à fon
affocié Mainvielle , qui avoit affez volé là Mu- -
( 79 )
nicipalité. Le retour de Chabran à l'armée , fans
argnet , pourra y caufer le maffacre des chefs .
Le peuple d'Avignon a abandonné Duprat ,
Tournal , Mainvielle , Lécuyer & autres démagogues
. Après la leute du Courier d'Avignon
du mardi 17 , ou Tournal peint la ville comme
un repaire d'ariftocrates , &c. le peuple a brûlé
cette Feuille , s'eft transporté chez l'Auteur , a
enlevé fon affiche & fes meubles , & l'a enfuite.
décrété de prife de corps , & déclaré traître à
la patrie. ל כ<<
« Samedi 21 arriva ici un canonnier de l'armée
; il cft venu fe mettre fous la protection de
la Municipalité , en l'inftruifant de ce qui fe
pafloit au camp , & des complots fanguinaires
de Jourdan . Très- vraisemblablement , ces fcélérats
fe détruiront mutuellement avant peu de jours . 13
P. S. du 24 Tournal vient d'être arrêté à la
Palud , muni de 150 mille liv . en argent , & de
so mille liv . en affignats . 200 hommes fost
partis d'ici pour les amener. On eft à la pourfuite
de Lécuyer. L'armée le débande fucceffivement ;
elle vient , dit -on , de faifir Jourdan , Duprat ,
Mendes & Mainvielle , pour leur faire leur procès
: il eft à croire qu'ils auront le fort de Patris .
Nous commençons à refpier. Le peuple , affemblé
par le maire , paroit enfin revenu de fon
aveuglement. On vient de recevoir le bref du
Pape relatif à notre contrée . »
On ne fauroit trop déplorer le fort des jeunes
MM. de Ste Croix , enchaînés , comme on l'a
vu , à la fuite de l'armée Avignonoife. L'aîné ,
agé de 19 ans , eft Officier au régiment de
Beauvoifts . Le détachement de troupes Comtadines
qu'il commandoit , fur celui qui , fans
ordre du Chef , tua la Vilaffe & Anfelme près
?
D4
( 80 )
de Vailon. M. de Ste Croix ayant appris ce meurtre ,
atcourut , & fauva un Moine factieux , nommé
Folet : il préferva de tout outrage les cadavres
de la Vilafe & d'Arfeime. Citoyen d'une ville
non fédérée avec Avignon , il obéiffoit aux ordres
des Chefs de l'armée de Ste Cecile . Sous
ils
aucun rapport , il n'étoit justiciable des Avignonois.
Leur ayant été traitreufement
livré ,
ont eu l'abfurde iniquité de ne point le confidérer
comine un prifonnier de guerre : c'eft en qualité
de criminel ae leze-nation qu'ils l'ont garotté ,
traîné avec eux , & menacé de le livrer aux
bourreaux qu'ils avoient à leur fuite , fous le
Bom de Haute Cour Nationale. Son frère n'a
d'autre tort que de s'èrre dévoué au falut de fon
aîné, dont il partage la prifon . Leur plus grand
crime eft d'etre fils de M. le Baron de Ste Croix ,
que la rage des Avignonois a inutilement pour
faivi. Le ficur Duprat , ci - devant Agent du Duc
de Villero , & enfuite du Baron de Montmorency,
arrivé de Paris pour être Lieutenant- Général des
Avignonois , s'eft emparé de la maison de M. de
Ste Croix , avec une troupe de bandits ( 1 ) .
( 1 ) J'avois eu la modération de fignaler feulement
comme unfou , cet Antonelle , Maire d'Arles ,
qui , ennuyé de faire des phrafes fur les vertus
de Jourdan , Tournal , Duprat , & autres de fes
camarades , eft allé les joindre dans leur camp .
Il a cru fe venger de ma réferve , en publiant
à Avignon quatre pages d'injures atroces contre
moi cet extravagant affure que je défigure le
patriotifine Avignonois par le ton de couleur le
plus faux & le plus noir ; qu'en conféquence , je
( 81 )
M. l'abbé Raynal eft à Paris depuis un
mois. Ce célèbre Ecrivain , dont l'âge n'a
ne fuirai pas long-temps la main du bourreau
( la fienne apparemment ) , & il me dénonce à
tous fes frères de prédilection . M. Antonelle n'a
sûrement de frères qu'aux Petites Maifons : je
lui confeille de fe mettre au régime .
le
A cette occafion , le Club d'Arles , à fait paffer
à celui des Jacobins de Paris , cette fublime dénonciation
d'Antonelle : on la lue en pleine féance,
25 mai , ainfi qu'une fortie du même Auteur
contre M. de Clermont- Tonnerre. M. la Clos
dans fon Journal des Amis de la Conftitution
du 31 mai , a immortalife ces deux productions ,
du génie & de la vertu. Puis , M. Feydel , un
des Rédacteurs a mis en note.
95
ם כ
M.
>
La conduite de M. Mallet du Pan n'eft'
qu'une affaire de calcul , ainfi qu'il en conving
» lui-même il y a un mois , dînant chez M. F.
Mallet avoua au deffert , qu'il n'avoit
pris parti pour 1 Ariftocratie , que parce qu'il
croyoit qu'elle feroit victorieufe . Il donna de
grands éloges aux Jacobins , & finit par dire
» en autant de termes , fi je n'étois pas ce que
je fuis , je voudrois être Jacobin . »
כ כ
00
Je fuis faché de déclarer que M. Feydel, ou fes
donneurs d'avis , font des impofteurs, & qu'à la réréferve
de la dernière phrafe,ce récit contient autant
faufletés que de lignes . Je m'en rapporte au tér
moignage des douze convives dont parle M.
Feydel. Certes , ce feroit un plaifant calcul que
celui de fe dévouer à la calomnic , à la prof
cription , au pillage , aux violences , à l'affainat
D
( 82 )
-
affoibli ni les organes ni le génie , eft affu
rément un Juge irrécufable des évènemens
& des inftitutions qui fe font fuccédés en
France depuis un an. Il vient d'acquitter
fa dernière dette envers la Patrie par une
pour foutenir un Parti opprimé. Nos fpeculateurs
lettrés & illettrés , n'en ont fait , ni n'en feront
de pareils . Je n'ai jamais défendu l'Ariftocratie ,
parce que je n'aime pas l'Ariftocratie , & qu'il
n'y avoit en France que celle des abus , dont
j'étois l'ennemi déclaré avant la Révolution . Des
Courtifans que je ne plains ni n'excufe , des
Privilégiés qui , d'eux-mêmes ont renoncé à tout ce
que leurs priviléges avoient d'odieux . J'ai répété
diner chez M. Panckouke , ce que j'avois imprimé
plus d'une fois , que la marche ouverte &
décidée des Jacobins , étoit à mon fens , moins
funefte & moins méprifable , que les ftratagêmes
& les variations de li fecte de 1789 ; que celleci
me paroiffoit cent fois plus abfurde & plus,
inconféquente ; que vouloir un Roi , & le dépouiller
de toute autorité , étoit un chef- d'oeuvre
de dérailon , & qu'enfin , fi je pouvois renoncer à
mes principes , ceffer de voir la liberté , l'ordre ,
´la sûreté , la ſtabiké , hors d'une Conftitution
où le pouvoir du Roi , du Peuple , & des grands
Propriétaires , fe balancent dans de juftes proportions
, je me ferois Jacobin , en votant dès
demain pour la République . J'en ai donné la
raiſon , il y a trois mois dans le Mercure , en
difant qu'une Monarchie fans Monarque ne valoit
pas même une mauvaiſe République . M. Feydel
Feut faire là- deffus tous les commentaires qu'il
lui plaira , peu m'importe.
( 83 )
Adreffe à l'Affemblée nationale , qui durera
plus que les folles Apothéofes , prof
tituées fur des tombes qu'on honorera
peut-être , comme les Barbares honorent
les Génies malfaifans. Hier mardi , cette
Adrefle de M. l'abbé Raynal a été lue à
l'Affemblée nationale , elle y a excité le
faififfement des uns , la fureur des autres ,
la reconnoiffance des bons Citoyens : elle
devroit être la leçon de tous. Que chacun
fe pénètre des vérités terribles qu'elle renferme
, elles font le cri d'un Vieillard pour
qui le monde eft déja paffé , & qui parle à
la vue du Ciel ouvert , en préfence de
l'Europe qui admira fes Ouvrages , & de
la génération qui en a fait un fi funefte
abus .
ADRESSE de Guillaume-Thomas Raynal , remife
par lui-même à M. le Préfident , le 21 mai
1791 , & lue à l'Affemblée le même jour.
MESSIEURS ,
En arrivant dans cetté capitale , après une
longue abfence , mon coeur & mes regards fe
font tournés vers vous ; & vous m'auriez vu
aux pieds de votie augufte Aflemblée , fi mon
âge & mes infirmités me permettoient de vous
parler fans une trop vive émotion de grandes
chofes que vous avez faites , & de tout ce qui
refte à faire pour fixer fur cette terre agitée la
D 6·
( 84 )
paix , la liberté , le bonheur qu'il eft dans votre
intention de vous procurer. »
cc Ne croyez pas , Meffieurs , que je fois de
ceux qui méconnoiffent le zèle infatigable , les
talens , les lumières & le courage que vous avez
montrés dans vos immenfes travaux ; mais affez
d'autres vous en ont entretenus , affez d'autres
vous rappellent les titres que vous avez à l'eſtime
de la nation . Pour moi , foit que vous me
confidériez comme un citoyen ufant du droit de
pétition , foit que laiffant un libre effor à ma
reconnoiffance , vous permettiez à un vieil ami
de la liberté de vous rendre ce qu'il vous doit
pour la protection dont vous l'avez honoré , je
vous fupplie de ne pas repouffer des vérités utiles ,
J'ofe depuis long-temps parler aux Rois de leurs
devoir . Souffrez qu'aujourd'hui je parle au Peuple
de les erreurs , & aux repréfentans du Peuple
des dangers qui nous menacent tous . »
« Je fuis , je vous l'avoue , profondément
attrifté des défordres & des crimes qui couvrent
de deuil cet Empire . Serort - it donc vrai qu'il
fallût me rappeller avec effroi que je fuis un de
ceux qui en éprouvant une indignation généreufe
contre le pouvoir arbitraire , ait peut-être
donné des armes à la licence ? La religion , les
loix , l'autorité royale , l'ordre public redemandent
ils donc à la philofophie & à la raiſon
les liens qui les uriffoient à cette grande fo
ciété de la nation Françoife , comme fi en pour
fuivant les abus , en rappellant les droits des
peuples & les devoirs des princes nos efforts
criminels avoient rompu ces liens ? Mais non
jamais les conceptions hardies de la philofophic
,
·( 85 )
>
n'ont été préfentées par nous comme la meſure
tigoureufe des actes de la légiflation . Vous ne
pouvez nous attribuer fans erreur ce qui n'a pu
réfulter que d'une faufe interprétation de nos
principes . Et cependant prêt à defcendre dans la
nuit du tombeau , prêt à quitter certe famil'e
immenfe dont j'ai fi ardemment defaré le konheur
, que vois - je autour de moi ? Des troubles
religieux , des diffenfions civiles , la confternation
des uns l'audace & l'emportement des
autres , un gouvernement efclave de la tyrannie
populaire , le fanctuaire des loix environné d'hommes
effrénés , qui veulent alternativement ou les
dicter , ou les braver ; des foldats fans difcipline
, des chefs fans autorité , des magiftrats
fans courage , des miniftres fans moyens , un
Roi , le premier ami de fon peuple , plongé dans
l'amertume , outragé , menacé , dépouillé de toute
autorité , & la puiffance publique n'exiftant plus
que dans les clubs , où des hommes ignorans &
groffiers ofent prononcer fur toutes les queftions
politiques.
« Telle eft , Meffieurs , n'en doutez pas , telle
eft la véritable fituation de la France Un autre
que moi n'oferoit peut- être vous le dire ; mais
je l'ofe , parce que je le dois , parce que je
touche à ma quatre-vingtième année , parce qu'on
ne fauroit m'accufer de regretter l'ancien régime;
parce qu'en gémiflant fur l'état où eft l'églife
de France , on ne m'acccufera pas d'être un
prêtre fanatique ; parce qu'en regardant comme
le feul moyen de falut le rétabliffement de l'autorité
légitime , on ne m'accufera pas d'être le
partifan du defpotifme & d'en attendre des fa-
Veurs ; parce qu'en attaquant devant vous les
( 86 )
écrivains qui ont incendié le royaume , qui en
ont perverti l'efprit public , on ne m'accufera
pas de ne pas connoître le prix de la liberté de
la pieſſe .
ג כ
« Hélas ! j'étois plein d'efpérance & de joie ,
lorfque je vous vis pofer les fondemens de la
félicité publique , poursuivre tous les abus , proclamer
tous les droits , foumettre aux mêmes
loix , à un régime uniforme les diverses parties
de cet empire. Mes yeux fe font remplis de
larmes , quand j'ai vu les plus vils , les plus
méchants des hommes , employés comme inftrumens
d'une utile révolution ; quand j'ai vu le
faint nom de patriotiſme proſtitué à la fcélérateffe
, & la licence marcher en triomphe fous les
enfeignes de la liberté ! L'effroi s'eft mêlé à ma
jufte douleur , quand j'ai vu brifer tous les
refforts du gouvernement , & fubftituer d'im
puiflantes barrières à la néceffité d'une force active
& réprimante . Par-tout j'ai cherché les veftiges
de cette autorité centrale , qu'une grande
nation dépofe dans les mains du monarque pour
fa propre sûreté ; je ne les ai plus retrouvés nulle
part. J'ai cherché les principes confervateurs des
propriétés , & je les ai vu attaquées ; j'ai cherché
fous quel abri repofe la fécurité , la liberté individuelle
, & j'ai vu l'audace toujours croiffante
de la multitude attendant , invoquant le fignal
de la deftruction , que font prêts à donner les
factieux , & les novateurs auffi dangereux que
les factieux . J'ai entendu ces voix infidieufes ,
qui vous environnent de fauffes terreurs pour
détourner vos regards des véritables dangers ,
qui vous infpirent de funeftes défiances pour
yous faire abattre fucceffivement tous les appuis
( 87 )
7
du gouvernement monarchipue . J'ai frémi furtout
lorfqu'obfervant dans fa nouvelle vie ce
peuple qui veut être libre , je l'ai vu non- feulement
méconnoître les vertus fociales , l'humanité
, la juftice , les feules bafes d'une liberté véritable
, mais encore recevoir avec avidité de
nouveaux germes de corruption , & fe laiffer
entourer de nouvelles cauſes d'efclavage .
« Ah , Meffieurs , combien je fouffre lorf
qu'au milieu de la capitale & dans le foyer des
lumières , je vois ce peuple féduit accueillir avec
une joie féroce les propofitions les plus coupables
, fourire aux récits des affaffinats , chanter fes
crimes comme des conquêtes , appeler ftupidement
des ennemis à la révolution , la fouiller
avec complaifance , fermer fes yeux à tous les
"
maux dont il s'accable ; car il ne fait Pas ce
malheureux peuple , que dans un feul crime
repofe le germe d'une infinité de calamités ! Je
le vois rire & danfer fur les ruines de fa propre
moralité , fur les bords même de l'abîme qui
peut engloutir fes efpérances. Ce fpectacle de
joic eft ce qui m'a le plus profond émentému.Votre
indifférence fur cette déviation affreuse de l'efprit
public , eft la première & peut- être à feule
caufe du changement qui s'eft fait à votre égard ,
de ce changement par lequel des adulations corruptrices
ou des murmures étouffés par la crainte ,
ont remplacé les hommages purs que recevoient
vos premiers travaux . »
« Mais quelque courage que m'infpire l'approche
de ma dernière heure , quelque devoir
que m'impofe l'amour même de la liberté que
j'ai profeffée , avant même que vous fuffiez ;
( 18 )
j'éprouve cependant en vous parlant le refpec
& la forte de crainte dont aucun homme ne
peut fe défendre lorfqu'il fe place par la fenfée ,
dans un rapport immédiat avec les repréfentans
d'un grand peuple .
GE
ל כ
Dois - je m'arrêter ici ou continuer à vous
parler comine la poftéité ? Oui , Meffieurs , je
vous crois dignes d'en entendre le langage .
e J'ai médité toute ma vie les idées que vous
wenez d'appliquer à la régénération du royaume.
Je les méditois dans un temps où repouffées par
toutes les inftitutions fociales , par tous les intérêts
, par tous les préjugés , elles ne préfentoient
que la féduction d'un rêve confolant . Alors aucun
motif ne m'appeloit à péfer les difficultés d'application
, & les inconveniens terribles attachés
aux abſtractions , lorsqu'on les inveftit de la
force qui commande aux hommes & aux chofes ,
lorfque la réfiftance des chofes & les paffions des
hommes font des élémens néceffaires à combiner.
»
сс
Ce que je n'ai pu ni dû prévoir dans le
temps & les circonstances où j'écrivois , les circonftances
& le temps ou vous agiffez , vous
ordonnoient d'en tenir compte , & je crois devoir
vous dire que vous ne l'avez pas affez fuit. »
« Par cette faute unique , mais continue , vous
avez vicié votre ouvrage . Vous vous êtes mis daus
une fituation telle que vous ne pouvez peut- être
le préſerver d'une ruine totale , qu'en revenant fur
vos pas , ou en indiquant cette marche rétrograde
à vos fucceffeurs . Craindriez - vous d'emporter
( 89 )
feuls toutes les haines qui affaillent l'autel de la
liberté ? Croyez , Meffieurs , que ce facrifice hé
roïque ne fera pas le moins confolant des fouvenirs
qu'il vous fera permis de garder . Quels hommes
que ceux qui , laiffant à leur patrie tout le bien
qu'ils ont fu faire , acceptent & réclament pour
eux feuls les reproches qu'ont pu mériter des
maux réels , des maux graves , mais dont ils pourroient
auffi n'accufer que les circonstances ! Je
vous crois digne d'une fi haute deſtinée , & cette
idée m'invite à vous retracer fans ménagement
ce que vous avez de défectueux à la conftitution
Françoife. »
Appelés à régénérer la France , vous devicz
confidérer d'abord ce que vous pouviez utilement
conferver de l'ordre ancien , & de plus ce que vous
ne pouviez pas en abandonner. »
La France étoit une monarchie. Son étendue ,
fes befoins , fes moeurs , l'efprit national s'oppofene
invinciblement à ce que jamais des formes républicaines
puiffent y être admifes , fans y opérer
une diffolution totale . »
ce
Le pouvoir monarchique étoit vicié par deux
caufes ; les bafes en étoient entourées de préjugés
& fes limites n'étoient marquées que par des
réfiftances partielles . Epurer les principes en
affeyant le trône fur la véritable baſe , la fouveraineté
de la nation ; pofer les limites en les
Flaçant dans la repréfentation nationale , étoit ce
quevous aviez à faire , & vous croyez l'avoir fait.
«Mais en organifant les deux pouvoirs , la force
&le fuccès dela conftitution dépendoient de l'équi
(90 ).
hbre , & vous aviez à vous défendre contre la pente
actuelle des idées ; vous devicz voir que dans l'opision
le pouvoir des Rois décline , & que les droits
des peuples s'accroiffent. Ainfi en affoibliffant
Lans mefure ce qui tend naturellement à s'effacer ,
en fortifiant fans proportion ce qui tend naturel
lement à s'accroître , vous arrivicz forcément à
ce trifte réſultat : UN ROI SANS AUCUNE AUTOKITÉ
, UN PEUPLE SANS AUCUN FREIN . »
сс C'eft en vous livrant aux écarts de l'opinion ,
que vous avez favorité l'influence de la multitude
, & multiplié à l'infini les électionspopulaires.
N'auriez-vous pas oublié que l'élection fans ceffe
renouvellée & le peu de durée des pouvoirs
font une fource de relâchement dans les refforts
que
poli iques ? Nauricz – vous pas oublié la
force du gouvernement doit être en raison du
mombre de ceux qu'il doit contenir
doit protéger ? »
ou qu'il
Vous avez conſervé le nom de roi , mais
dans votre conftitution il n'eft plus utile & il
eft encore dangereux . Vous avez réduit fon influence
à celle que la corruption peut ufurper ;
vous l'avez pour ainfi dire invité à combattre
uine conftitution qui lui montre fans ceffe ce qu'il
pourroit être. »
Voilà , meffieurs , un vice inhérent à votre conf
titution un vice qui la détruira , fi vous ou
vos fucceffeurs ne vous hâtez de l'extirper. »
"
« Je ne vous parlerai point de toutes les
fautes qui peuvent être attribuées aux, circonftances
. Vous les appercevez vous-mêmes ; mais
( 91 )
le mal que vous pouvez détruire , comment le
laiffez -vous fubfifter ? comment fouffrez -vous
après avoir déclaré le dogme de la liberté des
opinions religieufes , que des prêtres foient accablés
de perfécutions & d'outrages , parce qu'ils
B'obéillent pas à votre opinion religieufe ? ».
« Comment fouffrez -vous , après avoir confacré
le principe de la liberté individuelle
qu'il exifte dans votre fein une inquifition , qui
fert de modèle & de prétexte à toutes les inquifitions
fubalternes qu'une inquiétude factieule a
femées dans toutes les parties de l'empire ?
3
«Comment n'êtes- vous pas épouvantés de l'andace
& du fuccès des écrivains qui profanent le
nom de patriote ? Plus puiffans que vos décrets
ils détruilent ce que vous édifiez . Vous voulez
un gouvernement monarchique , ils s'efforcent de
le rendre odieux. Vous voulez la liberté du peuple,
& ils veulent fire du peuple le plus féroce des
tyrans . Vous voulez régénérer les moeurs &
ils commandent le triomphe du vice , l'impunité
du crime. cc
و
» Je ne vous parlerai pas , meffieurs , de vos
opérations de finance . A Dicu ne plaite que je
veuille augmenter les inquiétudes,, ou diminuer
les efpérances ; la fortune publiqué est encore
entière dans vos mains ! Mais croyez bien qu'il
n'y a ni impôt , i crédit , ni recette ni dépense
affurée , là où le gouvernement n'eft ni puiffant ,
ni refpecté. »
« Eh ! quelle forme de gouvernement pouvoit
( 92 )
réfifter à cette domination nouvelle des clubs ?
Vous avez détruit toutes les corporations , & la
plus coloffale , la plus formidable des aggrégations
s'élève fur vos têtes. Elle diffout tous les pou
voirs . La France entière préſente deux tribus
très-prononcées. Celle des gens de bien , dest
efprits modérés eft éparfe , muette , confternée ;
tandis que les hommes violens fe preffent , s'élec
trifent & forment les volcans redoutables qui
yomiffent tant de laves enflammées . »
« Vous avez fait une déclaration des droits ,
& cette déclaration imparfaite , fi vous la rapprochez
des abſtractions métaphyfiques , a répandu
dans l'empire françois des germes nombreux
de déſorganiſation & de défordre . »
« Sans ceffe héfitant entre les principes qu'une
fauffe pudeur vous empêche de modifier , & les
circonftances qui vous arrachent des cxceptions ,
vous faites toujours trop peu pour l'utilité pu
blique , & trop felon votre doctrine. Vous êtes -
fouvent inconféquens & impolitiques , au moment
où vous vous efforcez de n'être ni l'un ,
ni l'aure ; c'eſt ainſi qu'en perpétuant- l'eſcla-,
vage des noirs , vous n'en avez pas moins , pa
votre décifion , fur les gens de couleurs , allarmé
le commerce & expolé nos colonies.
CC
Croyez , meffieurs , qu'aucune de ces obfervations
n'échappent aux amis de la liberté :
ils vous redemandent le dépôt de l'opinion pu
blique , dont vous n'êtes que les organes , & qui
n'ont plus aujourd'hui de caractère. L'Europe éton
née vous regarde , l'Europe qui peut-être ébran-
Jée jufques dans ses fondemens par la propagation
( 93 )
de vos principes , s'indigne de leur exagération .
ל כ
Le filence de fes Princes peut être celui de l'effroi
; mais n'afpirez pas , Meffieurs , au funefte
honneur de vous tendre redoutables par des innovations
immodérées , aufli dangereufes pour vousmêmes
, que pour vos volins. Ouvrez encore
une fois les annales du monde ; rappelez à votre
aide la lageffe des fiècles , & voyez combien d'empires
ont péri par l'anarchie. Il eft temps de faire
ceffer celle qui nous défole , d'arrêter les vengeances
, les féditions , les émeutes , de nous
rendre enfin la paix & la confiance.
1
« Pour arriver à ce but falutaire , vous n'avez
qu'un moyen , & ce moyen feroit en réviſant vos
Décrets , de réunir & de renforcer des pouvoirs
affoiblis par leur difperfion , de corfier au Roi
toute la force néceffaire pour affurer la puiffance
des loix , de veiller fur tout à la liberté des aflemblées
primaires , dont les factions ont éloigné tous
les Citoyens vertueux & fages .
сс
ל כ
«Et ne croyez pas, Meffieurs , que le rétabliffement
du pouvoir exécutif , puiffe être l'ouvrage
de vos fucceffeurs. Non , ils arriveront avec
moins de force que vous n'en aviez ; ils auront à
Conquérir cette opinion populaire dont vous avez
difpofé . Vous pouvez ainfi refaire ce que vous
avez détruit ou laiffé détruire . 33
«Vous avez pofé les baſes de la liberté de toute
Conftitution railonnable , en affurant au peuple le
droit de faire fes loix & de ftatuer fur l'impôt.
L'anarchie engloutira même ces droits éminens , fi
vous ne les mettez fous la garde d'un gouverne
( 94 )
ment actif & vigoureux ; & le defpotifme nous
attend, fi vous repouffez toujours la protection tu
télaire de l'autorité royale.
גכ
J'ai recueilli mes forces, Meffieurs , pour vous
parler la langue auftère de la vérité , pardonnez à
mon zèle , à mon amour pour la Patric , ce que
mes remontrances peuvent avoir de trop , & croyez
à mes voeux ardens pour votre gloire autant qu'à
men profond reſpect »
GUILLAUME-THOMAS RAYNAL.
Les Numéros fortis au tirage de la Loterie
Royale de France , du premier Juin ,
font : 24, 52 , 90,7 , 81 .
་ ་ ་་་
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI II JUIN ΙΙ
1791 .
, PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ODE
ANACRÉONTIQUE,
A Mme. Hooffst..... Italienne.
AIMABLE IMABLE & touchante Emilie
Qui venez enchanter ces lieux ,
Nêtes- vous point un de ces Dieux
Qu'on adorait en Italie ?
Par les plus céleftes appas
Vous régnez comme eux ici- bas.
Vénus avait votre fourire ,
L'Amour avait votre regard ;
Ils en ufaient avec plus d'art ,
Mais fans caufer plus de délire:
Vous régnez comme eux ici- bas ;
Nommez-vous , ne nous trompez pas.
No. 24. 11 Juin 1791 .
N°.
C
go
MERCURE
En vous Flore a voulu renaître ;
Vous nous rappelez fa fraîcheur ,
Son air modefte & féducteur ;
C'eſt trop vanter Flore , peut être.
Vous régnez comme elle ici bas ;
Nommez-vous , ne nous trompez pas
D'Hébé brille en vous la jeuneffe ;
L'eau que vous verſez pour boiffon ,
Des Dieux eût troublé la raifon ,
Sans le nectar de la Déeffe.
Vous régnez comme eux ici-bas ;
Nommez-vous , ne nous trompez pas.
Les Graces enfin vous trahiffent ;
Je reconnais en vous leur voix ;
Mais par quel art , toutes les trois
Voit-on en vous qu'elles s'uniffent ?
Graces par- ci , Graces par - là ,
Tout en vous nous dit : Les voilà !
( Par M. Vernes fils , de Geneve. )
DE
FRANCE.
LE RÉ
SÉD A.
A Mile. Ç..... de B………….
REINE des
Bofquets de
Cythere ,
La Rofe était la fleur des Dieux :
Cette Rofe , à Vénus fi chere ,
Appelait mon coeur & mes yeux.
Loin d'elle , au fein de la fougere
Le Réféda , trifte & honteux ,
Cachait fa tête folitaire ;
Il fe cachait ; mais
aujourd'hui,
C..... , il a fu te plaire ,
L'Empire des Fleurs eft à lui.
Déjà fur fon trône il repoſe ,
Tes doigts l'attachent à ton fein ;
Orgueilleux du choix de ta main ,
Il y triomphe de la Roſe.
Ah ! ce Réféda trop heureux ,
Qu'il foit toujours devant mes yeurs
Et quand vers la tige laffée ,
Son, front mourant fera penché ,
Quoique, stérile & deſſéché ,
I tranfportera ma pensée
Sur tout ce qu'il aura touché.
( Par un Abonné. )
C 2
52 MERCURE
1
VER S
A M. BOZ E , célebre Peintre du Roi ,
en contemplant
chez lui le Portrait de
MIRABEAU
, qu'il a peint en grand.
Oui , je le vois ... c'eft lui .... c'eft ce grand
Homme ,
Objet de nos pleurs éternels ,
A qui , dans les beaux jours de Rome ,
On eût érigé des Autels.
Je l'entends.... il me parle.....& fa mâle éloquenc
Entraîne mes efprits étonnés , confondus ;
Il parle encor déjà par lui la France
Voit à fes pieds fes Tyrans abattus.
....
Digne émule d'Apelle , ah ! reçois mon hommage,
Ton triomphe eft parfait , & ce don merveilleux
De ravir tout enfemble & le coeur & les yeux,
Devient en ce moment ton fublime partage.
La Mort venait de frapper MIRABEAU ;
Pour adoucir du moins les maux de la Patrie ,
Tu prends en main ton fidele pinceau ,
Boze , & grace à ton Art , tu le rends à la vie....
Mais en reproduifant fes traits dans ce Tableau ,
Ah ! qu'as-tu fait de fon génie ?
"
( Par M. Boinvilliers , Correfpondant
Affocié du Musée de Paris, & Membre
de la Société des Amis de la Confi
tion , à Versailles . )
DE FRANCE.
53
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Bonhomme; celui
de l'Enigme eft Tete ; celui du Logogriphe
eft Capucin , où l'on trouve Pau, Cap, Pie,
Pain, Vin, Van , ( les fept mots latins A ,
An , Api , Cani , In , Paci , Pani ) , Pan
d'habit, Pan de mur, Pan (Dieu) , Cu, Pin.
CHARA D E.
LE chef de tout humain , placé fur mon premier,
Pivote au gré des efprits qui l'agitent ;
Les enfans d'Apollon , jouant de mon dernier ,
Charment les coeurs par les fons qu'ils excitent ;
Oculiftes favans qui faites mon entier ,
A les guérir mes yeux vous follicitent.
(Par M.. Verlhac , Maître-ès- Arts & de
Penfion , à Brive. ).
ENIGM E ..
Ja fers également & le pauvre & le riche ;
J'entre dans les maifons des Bergers & des Rois ;
J'habite les Gités , de même que les bois ,
Et fi j'ai des tréfors , je n'en fuis jamais chiche..
C 3
14
MERCURE
Je marche avec égalité ,
Quoique je fois fans pieds , fans jambes & fans têtes
On ne voit point que je m'arrête ,
Et je ne vais jamais pendant l'obfcurité..
Je regarde un chacun , & cependant les Belles ,
Je ne fais comment ni pourquoi ,
Contraintes d'avouer que je fuis plus beau qu'elles,,
S'éloignent de ma vue , & ſe cachent de moi.
De même qu'aux Enfers , les triftes Danaïdes
S'efforcent de remplir des tonneaux toujours videst,
Auffi le travail que je fais
Recommence toujours , & ne finit jamais..
( Par le méme. )
LOGO GRIPHE
JE t'offre en mes neuf pieds ce qu'à préfent es
France®
La raifon nous fait faire avec perfévérance ;
Le nom d'un Roi , jadis du Trône ufurpateur ,
Qui le fut conferver par ſa ſeule valeur ;
Un nom qui toujours cher à l'enfant , à tout âge ,
Ne s'acquiert qu'avec joie au fein d'un bon ménage;
Ce qu'un premier devoir eft d'apprendre aux enfans;
Ce que fait plus d'un homme enfes derniers momens
Ce qu'oblige fouvent in Boulanger à geindre ;
Ce que fur un bouton l'eau nous peut faire craindres
DE FRANCE
S'S
Ce que fait l'Ecrivain le plus vîte qu'il peut ;
Ce que plus d'un Acteur ne rend pas comme on veut ¿ ¿
Ce qui dans nos jardins conferve la verdure ;
Ce qui de nos maifons fert à la couverture ;
Ce que pour le vêtir on fait faire au-Tiffeur ;
Ce qu'éprouve un lapin pourſuivi du Chaffeur ;
Ce qui toujours fur lui voit fléchir la cruelle ; ›
Ce qui jadis fe fit dans plus d'une ruelle ;
Une plante commune ; un métal précieux ,
Qui , fans toucher le coeur , fait éblouir les yeux
Une rue ; un fauxbourg ; trois notes de mufique ,
Un pays très-connu , célebre en Amérique ;
Un Avocat , des Loix le plus ferme foutien ,
Qui favaitfoutenir & le mien & le tien ;
Un Comté d'Allemagne ; une ville en Turquie
Ce qu'à payer toujours le Peuple fe récrie ;
Une terre ifolée , enceinte par les eaux } '
Un des cinq fens de l'homme, ainfi que des oifeaux
Un animal par qui l'aimable La Fontaine ,
14
D'an prifornier connu fit féparer la chaîne ;
Celui par qui cent fois ma Auteurs outragés ,
Bans leurs cafes , fans lui , feraient endor rangés ;3
de qui d'un Médecin, nous cache l'ignorance ;
Coqu'on trouve hors Paris, qu'on refpire à Florence;
Celle qui fat jadis fous la garde d'Argus ;
Celle enfin qui caufa la douleur d Inachus.
( Par M. Tiffidre. ))
6.4+
$6
MERCURE
NOUVELLES
LITTÉRAIRES
.
LETTRES fur les Confeffions de J. J.
Rouffeau , par M. Ginguené. A Paris ,
chez Barrois l'aîné, Libraire , quai des
Auguftins.
CINQ Hommes célebres ont formé , &
en partie effectué , le projet hardi de fe
peindre eux-mêmes , & de fe montrer tels
qu'ils étaient. St. Anguftin , Montagne ,
Čardán , le Cardinal de Retz , J. Jacques
Rouffeau mais le facrifice complet de
l'amour-propre , fi difficile à confommer ,
n'a paru l'être que par les deux derniers ,
Cardan & Jean-Jacques . St. Auguftin , en
le
dégradant l'homme de la Nature pour
montrer agrandi par le Chriftianifme , trouvait
dans les difp. icns de fes Lecteurs
le remede aux bleffures que fon amourpropre
s'était faites à lui -même, & peut-être
fes bleffures étaient une jouiffance de fon
amour-propre.
Montagne , reftant toujours aimable au
milieu des vices & des défauts qu'il reconnaît
en lui , laiffe voir trop de vanité
dans fes aveux pour qu'on ne croye pas
DE FRANCE. 57
qu'elle s'eft permis des réticences , & Jean-
Jacques l'accufe nettement de la careffer
plus qu'il ne l'égratigne .
Le Cardinal de Retz , au commencement
de ce Siecle , étonna fes Lecteurs par fa
franchife ; un Prêtre , un Archevêque fe
déclarant factieux , confpirateur , libertin
fcandalifa la France : c'était une confeffion
de fes crimes ,, de fes péchés ; mais
cette confeffion était faite par l'orgueil , &
par plus d'une efpece d'orgueil , celui de
la naiffance celui du génie , & c.
Reftent Cardan & Rouffeau ; dans ceuxci
le facrifice paraît complet , en ce qu'ils
avouent des fautes aviliffantes , & des actions
qui femblent dégrader entiérement lecaractere
, fans laiffer à l'amour- propre le
plus petit dédommagement. A cet égard ,
it's peuvent paffer pour des phénomenes ;
Cardan furtout , qui va même plus loin
que Rouffeau , & qui fe montre abject :
comme pour le plaifir de l'être. Son Livre
excita la plus grande furprife dans l'Europe
; mais tout fe paffait entre des Savans
& des Littérateurs : cette bizarrerie fut
bientôt oubliée.
Il n'en fera point ainfi de J.J. Rouffeau ;;
fon génie , fes fuccès , fon nom , le nom
de ceux dont il fait la confeflion en même:
temps que la fienne , le rapport de cet .
Ecrit à fes Ouvrages les plus célebres
Finfluence des événemens de fa vie fur fon
MERCURE
caractere , de fon caractere fur fon talent
les résultats de morale & d'inftruction que
préfentent ces rapprochemens , toutes ces
caufes affurent aux Confeflions de Jean-J
finon le même degré d'eftime , au moins,
la méme durée qu'à fes meilleurs Ecrits ..
C'eft le fentiment confus de cette vérité
qui fembla redoubler , après fa mort , la
haine de fes ennemis , lorfqu'ils apprirent
que J. J. Rouffeau avait en effet compofé:
les Mémoires de fa vie., La mort prématu
rée des dépofitaires fucceffifs de fon Manuferit
le rendit public avant l'époque
défignée par Rouffeau ; & fes ennemis fubirent
, de leur vivant, la punition qu'il ne
réfervair qu'à leur mémoire. Mais il faut
avouer que celle de Rouffeau en parut
avilie. L'aveu d'une bizarre difpofition au
larcin , de l'abandon d'un ami délaiffe au
coin d'une rue , d'une calomnie qui entraîna
le déshonneur & la ruine d'une
pauvre domeftique innocente, la révélation
de toutes les fautes d'une jeuneffe
aventuriere , expoſée à tous les hafards que
pourfuivent l'indigence ; enfin le coupables.
& fyftématique égarement d'un pere qui
envoie fes cinq enfans, à l'Hôpital des
Enfans- trouvés voilà ce qu'apprit avec;
furpriſe une génération nouvelle , remplie
d'admiration pour Rouffeau , nourrie de
fes: Ouvrages , non moins éprife de fes
tus que de fes talens , qui , dans, l'en
DE FRANCE.
thoufalme de la jeuneffe , avait marqué
les hommages qu'elle lui rendait , de tous
les caracteres d'un fenriment religieux . C'eſt
de cette hauteur que J. J. Rouffeau defcendit
volontairement. Nous ajoutons ce
dernier mot , parce qu'en effet , comme ?
Fobferve très- bien M. Ginguené , plufieurs :
de ces fautes étaient ignorées , & pouvaient
rafter enfeveles dans l'obfcurité de fa mal--
heureufe jeuneffe , parce qu'il pouvait fee
permettre une demi - confeflion , rédigée :
avec cette apparemte franchiſe qui en im--
pole beaucoup mieux qu'une diffimulation 1
entiere , & que la Poftérité , prenant déformais
pour reglé ce qu'il aurait avoué dans :
les Mémoires , eût mis le refte fur le
compte de la calomnie...
L'Auteur de ces Lettres entre enfuite
dans le dérait des caufes cachées qui ont
fait pouffer tant de clameurs contre les Con--
feflions de Jean Jacques au moment cu
elles
parurent , & il révele le fecret de plafeurs
amours propres Développant en--
fuite le caractere de Rouffeau d'après luimême
, il rapproche les contraftes dont il !
était compofé; il explique avec finelle , ou
excufe avec l'indulgence qu'on doir aux
paffions , meres du génie , plufieurs faures
de fon jeune âge , que lui reprochent- ausd .
amertume des hommes qui , élevés dans le
fein d'une aifance heureufe , ont été mis
à aucune des épreuves réfervées à Rouffeau-
G.G.
MERCURE
Au rete , M. G...... infifte fur la différence
de deux époques en effet très - diftinetes
dans la vie de Jean-Jacques , dont la
feconde eft celle qu'il appelle lui - même
celle de fa grande réforme , & c'eft cellequi
eft la plus intéreffante par l'eflor de fes
talens & par le développement de fon génie.
C'est ici que la tâche de l'apologifte devient
plus facile . Les torts qu'on reproche
à Rouffeau font liés à l'Hiftoire littéraire de
cette époque encore préfente au fouvenir
d'un grand nombre de Contemporains . Dans
cette partie embarraffante & difficile de fon
Ouvrage , M. G.... fait allier au vif intérêt
qu'il prend à la mémoire de Jean-Jacques,
l'admiration ou l'eftime due aux talens de
fes adverfaires , & dans une caufe qu'il af
fectionne vivement , il montre la plus exacte
impartialité. Appuyé de faits , de dates, de
preuves qui paraiffent fans réplique , il difcute
, il raifonne , il conclut en faveur de
Rouffeau , & femble garder en réferve
pour les ennemis une partie de l'indulgence
qu'il demande & qu'il obtient pour les fautes
de ce grand Homme.
Il fait , en convenant de fes torts , le
faire aimer , & c'eft ce qu'il y avait de
mieux à faire. Les maux qu'il a foufferts
& le bien qu'il a fait , voilà fes titres &
fon excufe . Qu'on fe repréfente , d'une
part , le tort de fa Société , les opinions
établies dans le temps où Rouleau a vécu
DE FRANCE 61
.
dans le monde , c'est- à- dire à l'époque defes.
fuccès qu'on fe figure , de l'autre
Jean-Jacques au milieu de ces conventions
abfurdes , dont la plupart font fi bien
jugées maintenant ; qu'on fe rappelle fes .
goûts , fes habitudes , fon attachement aux
convenances naturelles & premieres ; &
qu'on juge de quel oeil ik devait voir les
convenances factices que la Société leur
oppofait , l'importance mife aux petites.
chofes , la néceffité de déférer aux . fortifes
respectées , aux fots en crédit ; la tyranniedes
riches , leur infolence polie , l'orgueil
qui , pour le ménager des droits , fe déguiſe
en bienfaifance ; la fauffété du commerce.
entre les Gens de Lettres & les gens du
Monde on fentira ce que de pareilles.
Sociétés devaient être pour Rouffeau , &
ce qu'il était lui - même pour elles. C'eft
là que fe formerent les inimitiés qui empoifonnerent
le refte de la vie de Jean-Jacques
, & qui l'engagerent dans une lutee
où il ne pouvait avoir que du défavantage .
Lui-même en avait le fentiment ; il favait
le parti que fes ennemis tireraient de fes
vivacités brufques , de fes étourderies paffionnées
; & difpofé fans doute à la défiance
, quoiqu'il ait prétendu le contraire ,
il parvint à tourner cette difpofition contre
lui-même , à en faire le tourment de ſa vie,
à n'ofer plus rifquer ni un pas ni un mot ;
enfin à juftifier l'heureuſe application que
:
G(2
MERCURE
M. G.…….. fait à Rouſſeau de deux vers des
FArioîte, defoupçonneux qu'il était d'abord,,
il était devenu lefoupçon même.
Cet Ouvrage , qui fera beaucoup d'honneur
à l'etpris & à la fagacité de M..G...
fera lu avec plaifir de tous les amis de
Rouleau , expreflion à laquelle nous ne
nous réduirions pas , fi maintenant elle ne
fignifiai : à peu près le Public tout entier..
C'eft le fervir utilement que de lui préfen
ter l'analyfe de l'ame & du caractere des
grands Hommes ; ils font en quelque forte
des variétés de l'efpeca hamaine qu'il faut
étudier à part , érude qui perfectionne las
connaiffance de refpece même..
( C...... )
DISCOURS hiftorique für le caractere & la
-politique de Louis XI ; par un Citoyen !
de la Section du Theatre Français.
Il n'y a rien qui pouffe tant à la vertu
que Torreur & l'abborrement dus
Brantome. vice.
AParis, che Garnery , Libraire , ra
Serpente , No. 17.3
Lan fecond de la Liberté
L'OPINION publique , fixée depuis longtamps
fur le Tibere de la France , femDE
FRANCE. 6
ait n'avoir pas befoin de nouvelles lumieres
pour fletric & abhorrer fa mémoire ;
ou plutôt un Peuple libre , & déformais à
l'abri de la tyrannie , doit peut-être , pour
hiffer s'enfoncer dans
Toubli les noms des Delpotes qui ont
avili l'Humanité en lui donnant des Loix ::
mais le fujet de ce Difcours était déjà ,
depuis plufieurs années , propofé par l'Atoute
vengeance ,
démie, & lorfqu'on peut en même temps
afpirer à ce que l'on pread pour la gloire .
& arracher à l'hypocrite le dernier mafque
dont il fe couvre , il n'y a pas à balancer..
Quoique l'Académie ait remis encore le :
Prix , & n'ait pas jugé à propos de : cou-..
ronner cet Ouvrage , on ne le lit pas avec
moins d'intérêt & même de fruit. Quelque
mépris qu'on ait pour les Tyrans , on voit
avec plaifir la main. de l'homme libre ef
façant de l'Hiftoire les lignes que la flatterie
ou l'erreur leur avait confacrées ; on:-
aime à reconnaître & à entendre répéter
que l'homme cruel, l'ennemi liche , l'amiz.
perfide , ne faurait être un grand Roi .
ود
Duclos avait pourtant dit en parlant de
Louis XI : Tout mis dins la balance, c'eft
un Roi Grand Dieu ! s'écrie l'Auteur des
" ce Difcours , fi c'eft-là véritablement un..
Roi , qu'eft - ce donc qu'un Tyran ? fi
c'eft-là un Roi , ciel , o ciel ! délivre à
jamais la Terre du fardeau de fes Rois .....
Mais non, un Roi , c'eft Louis XII, &c. ...
64.
MERCURE
C'est donc la haute opinion que certains
Hiftoriens ont donnée des grandes qualités
politiques de Louis XI , que l'Auteur entreprend
d'examiner. C'eft en étudiant fes actions
qu'on peut connaitre fon caractere ,
& ce caractere bien connu doit dévoiler
le fecret de fa politique..
Louis XI manifeftant dès fon bas âge
des inclinations perverfes , fourbe & défiant
dans les années de l'innocence & de la
candeur , attentant au Trône & à la liberté
de fon pere , quittant fa Cour , opprimant
lés Dauphinois , qui chafferent enfin leur
Tyran; Louis fe réfugiant , non fans delfein
, chez le plus redoutable ennemi de
la France , fe refufant toujours aux tenres
follicitations d'un pere qui l'invitait:
à revenir à fa Cour ; Louis enfin déguifant
mal fa joie , & revêtant la pourpre
le jour même qu'il apprend la mort de ce
pere dont il eft accufé d'avoir abrégé les
jours tel était l'homme privé que l'hérédité
de la Couronne appelait à régner fur
les Français , qui , pendant fon regne, confirma
tous les foupçons & toutes les crains.
tes que l'on avait conçus de lui , & mérita
l'exécrable & jufte épithete de Nerone
Neronior , plus Néron que Néron même.
::
On ne doit pas douter que Louis XI
ne regardât la France , ainfi qu'il l'a dir
lui-même , comme un pré qu'ilpouvait faucher
d'auffi près qu'il voulait: Quelle dut
DE FRAN € E.
65
être fa joie lorfqu'il s'en vit poffeffeur ! Le
premier ufage qu'il fit de fon pouvoir , fut
de chaffer tous les Officiers qui avaient
été attachés à fon pere ; il le haïffait même
après la mort. Il s'empreffa d'annuller la
Pragmatique , le plus bel ouvrage de Char
les VII. Cette Loi facrée , qui nous protégeait
contre les ufurpations des Papes ,
& qui affurait au Peuple fon antique droit
d'élire les Miniftres du Culte , eſt livrée .
au Pontife & traînée ignominieufement »
dans les rues de Rome , aux huées & aux
acclamations de la populace , des Moines ›
& des Prêtres.
Non content de cette aliénation des prérogatives
nationales , il double les impôts au
mépris des fermens les plus formels on les
exige en fon nom avec la derniere rigueur , & ›
la moindre réfiftance à l'oppreffion eft punie
comme un crime. Il ne voyait pas l'orage qui
fe formait fur la tête ; ce Peuple qui naguere
avait chaffé les Anglais du Royaume , ces
Français n'étaient pas encore façonnés au
joug du Defpotifme ; il a fallu des fiecles
pour que leur tête s'y courbât ; il ne leur
a fallu qu'un moment pour être libres à
jamais.
Louis , après trois ans de regne , était
parvenu à irriter contre lui le Clergé , la
Nobleffe , les Princes & le Peuple , les
Français & les Etrangers. Le mécontentement
éclate , une ligue fe forme fous la
66 MERCURE
nom du Bien public ; on appelle le Peuple
à la liberté..... mais c'eft la Nobleffe feule
qui s'arroge le droit de la défendre. N'en
doutons point : la France eût été libre 300-
ans plus tôt , fi les Grands n'avaient pas
été les Chefs de cette Révolution qu'avait
excitée la haine des Tyrans. Mais s'ils
n'aimaient pas un Roi qui abattait la puiffance
féodale , ils le préféraient encore à
un Peuple , qui , puifant dans la liberté le
défir de l'égalité , les aurait bientôt mis à
leur place en un mot , les Tyrans s'ac
commoderent , & le Peuple fut replongé
dans l'esclavage.
Louis avait été obligé de faire quelques
facrifices pour obtenir la paix à peine eft--
elle faite qu'il s'occupe des moyens de regagner
ce qu'il avait perdu. Ses perfidies
saccumulent , il commence à ourdir des
traines dans lefquelles il doit bientôt le trou--
ver lui-même embarraffé : il envahit la Normandie
fur fon frere ; profitant de cet inftant
de fortune , il ofe de lui-même convoquer
les Etats -Généraux , & a l'air de foumettrefa
conduite au jugement de la Nation. I
fait fi bien manier les efprits , qu'il en ob
tient le pouvoir de faire la guerre aux Ducs
de Bourgogne & de Bretagne , & qu'on
remet , pour ainfi dire , entre les mains la
fortune , la force & tous les droits de la:
Nation : c'était tout ce que Louis deman
daix. Craignant que l'Affemblée n'examinat
DE FRANCE.. 67
les abus du Gouvernement , les fautes des
Miniftres , & ne voulût même reffaifir fes
droits , il fe hâta de la diffoudre au bout
de huit ou dix jours.
1
» Il eft à remarquer , dit l'Auteur , que
" ces Etats de 1468 , ainfi que les fuivans ,
» fous Charles VIII , nous offrent l'exemple
de la réunion des trois Ordres ; que ·
» la Nation n'eut alors qu'un væti , une
» chambre , un Orateur : ce qui prouve la
» bonne foi de ceux qui , dans ces derniers
temps , ont prétendu le contraire. Et par
quelle fatalité eut-on vu , dans un fieele
» de lumieres , un partage & une défunion.
» dont aurait rougi le 15 ° . fieclè « ?
Louis fait bientôt une démarche qui peut
faire évaluerfa politique ; il fe rend à Péronne
pour traiter avec le Duc de Bourgogne , à
Finftant où il foulevait la ville de Liége
contre ce Prince . On conviendra que c'eft
bleffer toutes les regles , nous ne dirons pas
de la prudence , mais de la perfidie. Il en
fut puni. Arrêté , emprifonné , forcé de fuivre
Charles , qui le traîne comme en triomphe
, il voit détruite Liége , malfacrer les
Liégeois fes alliés , & lui, qui les a engagés.
dans la révolte , c'eft lui qui infulte à leurs .
maux , & qui félicite leur barbare vainqueur
de fon exécrable triomphe. It'eft point
d'expreffions affez fortes pour rendre l'indignation
qu'infpire une telle lâcheté. Etes
Français ont été gouvernés par un tel
68 MERCURE
monftre ! & un Français a ofé dire , c'eft
un Roi !
Echappé des mains du Téméraire , il viole
toutes les conditions du traité auquel il
s'était foumis. Mais la perfidie était trop
peu pour lui ; il lui fallait du fang & des
victimes. Il commence par faire empoifon
ner fon frere , dont la vie l'importunait depuis
long- temps , & dont le nom fervait de prétexte
à toutes les ligues. La mort du Témé
raire, dont la vaine fureur alla bientôt fe
brifer contre l'afcendant de la Liberté , &
qui choqua vainement defes armes les Thermopyles
de la Suiffe , cette mort fervit encore
Louis ; & libre alors de contrainte , il déchira
le voile qui couvrait une partie de
fes hideux penchans. Rien n'eft facré pour
lui ; il trahit l'héritiere de Bourgogne , dont
il aurait pu réunir les Etats aux fiens par
le mariage de fon fils avec cette Princeffe ;
Nemours périt fur un échafaud , & fes.
enfans reçoivent fur leurs têtes nues le fang
de leur pere ! .... Détournons nos yeux de
ce fpectacle atroce. Mais fur quel autre
inftant de fa vie les porterons - nous , fans
les en retirer avec la même horreur ? Il eut
tous les vices , il commit tous les forfaits,
il négligea jufqu'au vernis , jufqu'aux apparences
de la vertu fa diffimulation ne
fut pas une véritable hypocrifie , puifqu'elle
ne cachait que fes projets , & non fes.
crimes. Il vécut dans la perfidie & dans
DE FRANCE.
ة و
la fraude ; il vieillit occupé de fupplices
& de tortures ; il mourut entouré de foucis ,
de fureurs, de fuperftitions , & de cette garde
nombreufe qui révélait fes terreurs , & ne
pouvait l'en défendre. Mais l'infant de fa
mort devait être marqué par un nouveau
crime : il fait immoler des enfans ; leur fang
remplit une coupe que le cruel ofe apptocher
de fes levres. Il croit raviver ainfi fa
déteftable exiſtence ; & cette nouveauté barbare
ferait encore , plus exécrable , fi elle,
n'eût pas été fans fruit . Il expire enfin ,
regrettant de quitter la vie , mais fans remords
, en un mot , comme le plus vil
le plus lâche & le plus cruel de tous les
hommes.
•
>
A la mort d'un Tyran , le Peuple refpire ;
& tout entier à l'efpérance des vertus
de fon fucceffeur , il oublie que les maux
caufés par le Defpotifme , furvivent trop
fouvent au Defpote. La plupart de nos
bleffures politiques viennent de Louis XI ;
fon nom feul rappelle les impôts quadruplés
fous fon regne ; la fuppreffion
des Milices citoyennes qui doivent furveiller
la Tyrannie ; l'ufurpation du Pouvoir lágiflatif
; la premiere origine de la vénalité
des Charges ; l'inftitution d'un de ces Ordres
qui , dans le ferment exigé de leurs
Membres , fubftituant le Roi à l'Etat , en
font une troupe de Satellites dévoués au
Delpotifme. Mais , dit - on , il a délivré
70
MERCURE
६
le Peuple des fers de la féodalité ! Sans
doute il détruifit ces petits Tyrans qui
déchiraient la France par leurs divifions
inteftines ; mais il tourna au profit du Def
potifme tout ce qu'il arrachait à l'Ariftocratie
; & ces Grands , fi fiers dans leurs
petits Etats , devenus les plus humbles, efclaves
du Defpote , ne fervirent qu'à former
une coalition plus dangereufe & plus redoutable
pour le Peuple.
Lâcheté , perfidie , cruauté , voilà Louis
XI. Sa politique devait fe reffentir de fon
caractere; auffi la voyons - nous étroite , &
ne portant aucun figne de grandeur , le
rendre dupe de ceux qu'il voulait duper;
témoins le Pape & le Duc de Bourgogne,
Le plus bel éloge que les Rois font de Louis
XI , c'eft de les avoir mis hors de page.
Af
furément , nous ne nous en fommes que
trop reffentis ; & le premier ufage que fr
Charles VII d'un agrandiffement de pouvoir
, fut d'entraîner les Français dans des
guerres étrangeres & lointaines ; & les Peuples
n'en furent que plus efclaves, plus
pauvres & plus malheureux.
Cet Ouvrage eftimable annonce dans fon
'Auteur ( M. Brizard ) un ardent amour de
la Liberté , la haine du Defpotifme , & le
voeu d'une ame honnête & fenfible , qui
voudrait tourner au profit de fa Patrie , le
fouvenir des maux qu'elle a foufferts. Il
le fent , il le dit avec raifon c'eft en dévoilant
& en flétriffant le Defpotifme ,
qu'on fait aimer la Liberté.
:
DE FRANCE. 70
DROITS de l'Homme , en Réponse à
身
l'attaque de M. Burke; fur la Révolution
Françaife ; par Thomas Paine , Secrétaire
du Congrès pour le Département des
Affaires Etrangeres, pendant laguerre de
l'Amérique ; & Auteur de l'Ouvrage intitulé
: Le Sens commun , traduit de
I Anglais par F... S..... avec des Notes ,
& une nouvelle Préface de l'Auteur. Un
Volume in-8 °. de 225 pages . Prix, 2 liv.
broché, & 2 liv. 8 f. franc de port par la
Pofte. A Paris , chez Builſon , Imp- Lib.
rue Haute-feuille , Nº . 20.
QUAND L'Amérique voulut être indépendante
de l'Angleterre , la France lui
prêta fon fecours ; il appartenait donc à
un Américain de défendre , contre l'injufte
attaque d'un Anglais , la Révolution Françaiſe
. C'eſt un échange de fervices ; & fi .
l'éloquence de M. Burke a donné quelque
poids à fon opinion , la caufe contraire ne
peut être en de meilleures mains qu'en
celles de M. Paine , cet ancien & ardent
défenfeur de la Liberté , qui fervit ſi bien
La
Patrie par
fon Ouvrage intitulé : Common
72 MERCURE
Senfe ( qu'il faut traduire le Bon Sens ,
plutôt que le Sens commun , comme il eſt
dans le titre ) . Ce Common Senfe , quand
il parut , fit une grande fenfation en Amé
rique , en Angleterre , & même en France ,
où les Ouvrages de ce genre intéreffaient
beaucoup moins qu'aujourd'hui, cù peu de
gens avaient encore quelques notions fur la
Liberté , fur les Droits de l'homme. Quel
effet ne doit pas produire maintenant ce
nouvel Ouvrage , lorfque tous les yeux font
ouverts fur ces matieres , lorfqu'on voit M.
Paine aux prifes avec M. Burke , & lorf
que c'eft notre caufe que ce premier fou
tient ! Nous reviendrons fur cet important
Ouvrage.
L'édition que nous annonçons a été entrepriſe
fous les yeux de M. Paine , quiet
actuellement à Paris . C'eft la feule qui fot
autorifée par lui , & qui contienne fa nouwelle
Préface.
VARIÉTÉS
DE FRANCE 73
VARIÉTÉ S.
NOUVELLE Découverte dans les Arts.
Forté-Piano en forme de Clavecin.
M. PASCAL TASKIN , Facteur de Clavecin , &
Garde des Inftrumens de Mulique du Roi , Eleve
& fucceffeur du famcux Blanchet , rue de la
Verrerie , vis -à- vis St -Merry , à Paris , vient de
contruire un Forté-Piano en forme de Clavecin ,
d'un nouveau genre mécanique, qu'il a foumis
au jugement de l'Académie , & qui a obtenu
fon approbation.
ton ,
? Dans les Piano & les Clavecins déjà connus
les chevilles deftinées à mettre les cordes au
font plantées perpendiculairement fur la
face fupérieure du fommier : chacune d'elles ne
peut rendre qu'une des deux cordes dont on
compofe ordinairement l'uniffon . Pour peu qu'en
ait monté des cordes , ou accordé cet Inftrument,
on a dû éprouver combien il eft embarraſſant
d'en rouler les cordes fur ces chevilles , on a
dû s'appercevoir combien il faut d'ufage & de tâtonnement
pour modifier & proportionner la
force qu'on emploie au plus ou moins de réfiftance
qu'oppofent les chevilles , prefque toujours
trop dures dans les Inftrumens nouveaux , &
fouvent fi lâches dans les vieux , qu'elles ne
No. 24. 11 Juin 1791 , D
74
MERCURE
tiennent plus que difficilement au point défré :
enfin les cord's caflet fréquemment dans les
courbures qu'on leur donne en les roulant. Dans
tous les ftrumens connus , les forante - deux
touches du clavier répondent à cent vingt-quatre
cordes tendues fur la table . Dans celui de M.
Pafcal , elles répondent à un égal nombre de
portions de corde ; mais il n'y en a effectivement
que foixante-deux , ployées chacune en deux
du côté du fɔmmier, où elles paflent & gliffent
dans un étrier ou bride comme fur une poulie.
Ainfi il y a autant d'étriers que de touches. Ces
brides font faites en fil de laiton , dont le dametre
eft d'une ligne & demie environ
font écrouées & polies avec beaucoup de foin.
elles
De cette fubftitution des étriers on boucles à
vis de rappel aux chevilles ordinaires , il réfute
que l'Inftrument tient l'accord beaucoup plus
long - temps ; que d'ailleurs l'Accordeur n'a que
foixante - deux écrous à tourner pour accorder
tout l'Inftrument , au licu de cent vingt- quatre
chevilles ; qu'étant le maître de modérer à fon
gré la tenfion produite par la vis de rappel , il
amene le fon avec plus de facilité, & par des
nuances fucceffives , au degré prefcrit par le
• teinpeiament.
Dans le nouvel Inftrument , la marche des
touches , très - mobile , eft réglée par un talen
ménagé au bout de chacune d'elles , & qui vient
s'arrêter contre une barre tranfverfale placée au
deffus , à un intervalle déterminé ; de cette mamiere
elle ne faurille point , & la main la plus
durę ne fawait faire caffer les cordes , queien
la touche conferve affez d
les fors les plus
vigoureux qui
des Forté.
DE FRANCE.
75
Au deffus de l'extrémité intérieure du clavier
, entre celle - ci & les marteaux qui frappent
les cordes , font placées de petites regles
de bois paralleles aux touches , & que M.
Pafcal nomme clapetres : leurs extrémités , fou--
levées par de petites pilotes , frappent & foulevent
les pilotes des marteaux ; l'ufage de ces
clapettes eft de donner au Muficien pius de
moyens pour modérer , à fon gré , l'effet de k
percuffion . Les attaches de ces clapettes font
compofées d'une fubftance très-flexible & . capable
d'une longue reliftance . Au deffus de ces
clapettes font de petites vis , qui , ferrées ou lâ--
chées , laiflent plus ou moins de jeu , & reglent?
ainfi la force avec laquelle elles frappent les
pilotes des marteaux ; de manicre que par leur
moyen , on corrige l'inégalité que l'humidité ou
la fécherelle donne au jeu des marteaux.
Les marteaux de l'Inftrument de M. Pafcal:
font difpofés de maniere que leur queue tient à
la table par le moyen d'une regle qui y eft fixée.
Ces marteaux fe trouvent fufpendus fous la
corde , à l'aide d'étouffoirs qui portent fur celle-ci
les marteaux & les étouffairs fé menvent par
un feul levier . Ceux - ci font très- fimples : ils
font compofés d'un morceau de baffle , fixé à unbout
de fil de fer qui fe viffe par le bas dans
le marteau , même au tiers à peu près de la longueur
de fon levier , en partant du centre du
mouvement par ce mécanifme , l'Auteur fup--
prime neuf frottemens à chaque touche de font
clavier. L'éton Foir alors s'éleve & s'abaille à vo❤
lonté , ainfi que ceux des Piano , par un regiftre.
qui , fe plaçant fous les marteaux , les fupporte
un peu plus haut que le point de leur chute ordinaire
, & les tient en l'air.
D Z
76 MERCURE
M. Taskin ayant obfervé que fi l'on frappe ,
cu fi lon pince une corde d'une longueur déterminée
en différens points de cette longueur ,
on obtient des fons plus ou moins mets , plus ou
moins agréables à l'orcille , en forte qu'il y a
un point qui donne une efpece de maximum elativement
à la perfection du fon , il a cherché
à faifir fur chaque longueur de corde ce maximum
dont il s'agit , & à y faire correfponde
le point de percuffion du marteau , de maniere
que les points où les ma teaux frappent les différentes
cordes pour les faire vibrer , ne font pas
à la même diftance du chevalet .
De plus , M. Fafcal a adapté à fon Piano un
jeu de Luth beaucoup plus agréable que celui
que Fon trouve dans les Inftrumens ordinaires ,
dans lefquels on voit , à une petite diftance du
chevalet , une piece tranfverfale au milieu de laquelle
il fait marcher , à volonté , une petite
piece d'étoffe légere qui adoucit le fon , & fat
un effet charmant.
La mécanique de l'Inftrument de M. Pafcal
eft beaucoup plus fimple que celle des autres , &
elle épargnera au Facteur la façon d'un trèsgrand
nombre de pieces. L'Académie a jugé cle
méme de la qualité agréable du fon de l'Inftru
ment ; le toucher lui a paru fingulièrement facile.
par
cux-
Au furplus , M. Paſcal Taskin invite MM. les
Profeffeurs & Amarcurs à venir s'aflurer
mêmes de l'expofé ci-deffus. Il demeure rue de
Ja Verrerie , vis-à - vis la porte latérale de Sainty
Merry, à Paris.
3
DE FRANCE.. ブブ
{
NOTICES.
2
Hiftoire générale & particulière des Religion
& du Culte de tous les Peuples du Monde tant
anciens que modernes , par M. Delaunay ; Ou
vrage propofé par foufeription libre , & orné de
plus de 300 Figures , gravées , fur les deffins de
M. Moreau le jeune , par les meilleurs Artiftes
de la Capitale . 12 Vol. in-4°. grand papier. A
Paris , chez Fournier le jeune , rue Haute - feuille ,
N°. 27.
La Ire. Livraiſon , qui paraît en ce moment ,
eft du prix de 1s liv. comme les autres , quoiqu'elle
ne contienne que le Frontifpice & fon ex--
plication , avec le Difcours préliminaire de l'Ou--
vrage ; mais la derniere fera donnée gratis à MM..
les Souferipteurs.
La 2e. Livraiſon , compofée d'au moins 120
pages de texte , & de 7 à 8 Eftampes , paraîtradans
4 ou 5 mois au plus tard , & les fuivantes
de deux mois en deux mois . MM. les Soufcripteurs
en feront prévenus par une lettre circu
laire , & par de nouveaux avis dans les Journaux.. 1
On diftinguera parmi les Planches de la 28.
Livraifon deux Planifpheres antiques , qui ferviront
de clef au fyftême Hiéro-Aftronomique des
anciens Egyptiens, & une fuperbe Proceflion d'Ifis,
fujet abfolument neuf..
On ne paye en d'avance ; il fuffit dè ſe faire -
infcrire en retirant la re. Livraiſon.
On foufcrit chez Fournier , Libr . , à l'adreffe
ci-deffus ; & chez tous les Libraires des principales s
villes du Royaume, & des pays Etrangers.
Dzi
78
•
MERCURE
Le véritable Homme dit au Mafque de fer , O
vrage dans lequel on fait conraître , fur des preuves
incontefiables , à qui ce célebre infortuné dur
le jour , quand & où il naquit ; par M. de St-
Mihiel. A Strasbourg; & à Paris , chez Buiffon ,
Imp-Lib. rue Haute- feuille , No. 20. Prix, a liv
8 f. br. & 3 liv. franc de port par la Pofte.
2
Tous ceux qui ont traité cette Anecdote fi fameufe
, ont toujours regardé leurs conjectures
comme les feules vraisemblables ; on ne peut
pas nier cependant que celles de M. de St- Mihiel
ne foient bien appuyées. Il rejette avec une forte
d'indignation ce qu'en difent les Mémoires de
Richelieu c'eft au Public à prononcer :
Galerie hiftorique univerfelle , par M. de Pujol,
Ch. de St. Louis , &c. Frix , 3 liv. 12 fous . 18e.
Livraiſon , contenant Amilcar , le P. Bourdaloue ,
Charles I , Roi d'Angleterre , Dante , le Prince de
Condé , Pouffin , Magdelaine Scudery , Socrate,
On foufcrit chez Mérigot jeune , Libr. quai
des Auguftins ; .& chez les principaux Libraires
de l'Europe.
C'eft une chofe très - curieufe que l'exécution
typographique de cette Galerie , dont le texte ,
imprimé en petit caractere très -joli & très-net ,
eft encadré dans une jolie vignette ; tous les Por
traits , gravés au trait feulement , mais avec le
plus grand foin , font faits d'après des Monumens
authentiques , & l'Auteur a toujours foin
de les annoncer. Ainfi le portrait Amilcar eft
fait d'après une Médaille d'argent , citée par Fulvius
des Urfins celui de Socrate , d'après une
Cornaline , citée par Canini , [ &c...
DE FRANCE.
79
Seconde fuite aux Confidérations fur les Arts du
Deffin , ou Projet de Réglemens pour l'Ecole publique
des Arts du Deffin , & de l'emplacement
convenable à l'Inftitut National des Sciences ,
Belles Lettres & Arts par M. Quatremere de
Quincy. 1 Vol . in- 8 ° . de 1oo pag. A Paris , chez
Defenne , Lib . au Palais-Royal .
-
C'était d'abord avec le feul intérêt d'un Amateur
bien inftruit de tout ce qui intéreffe les Arts ,
& les exerçant lui-même avec beaucoup de fuccès ,
que M. Quatremerc avait préfenté fes premieres
idées fur la forme nouvelle qu'il convenait de
donner aux Académies de Peinture , Architecture ,
&c. Nommé depuis , par le Département , au nombre
des Commiflaires qui doivent s'occuper des.
Maifons d'enfeignement , il eft à portée d'en
pourfuivre lui- même l'exécution . Ce Supplément
eft une nouvelle preuve de la fageffe de ſes vûres
& de la bonté du choix qu'a fait le Département.
Voyage du Gouverneur Phillip à Botany-Bay ,
avec une Defcription de l'Etabliffement des Colonies
du Port de Jackſon & de l'Ifle de Norfolk ,
faire fur des Papiers authentiques , obtenus dés
divers Départemens , auxquels on a ajouté les
Journaux des Lieutenans Shortland , Watts , Ball
& du Capitaine Marshall ; avec un Récit de leurs
nouvelles découvertes , &c. traduit de l'Anglais.
r Vol. in-8°. Prix , 4 liv . 4 f. br. & 4 liv . 14 f.
franc de port par la Pofte. A Paris , chez Buiffon ,
Libr. rue Haute-feuille , N°. 20.
Nous reviendrons fur cet intéreffant Ouvrage ,
qui doit avoir autant de fuccès qu'en a eu l'ori
ginal..
34
35 MERCURE
Bibliotheque du Citoyen , par J. J. Regnaults
rre . Section , contenant le Catéchifine Civique ,
ou les Devoirs de l'Homme & du Citoyen , is
à la portée de tout le monde. A Bar-le-Duc , che
Moucheron & Duval , Imp-Lib. rue des Preſſoirs .
Cet Ouvrage plein de patriotifme , d'un fyle
fimple & fait pour être entendu des hommes les
moins éclairés , doit être périodique . Chaque .
Section comprendra 64 pages. Prix , 6 f. Cette
Collection procurera une inftruction complette &
détaillée des chofes arrivées pendant toute la
Révolution , des opérations & des Loix de l'Affemblée
Nationale , des droits & des devoirs des
Citoyens , des Fonctionnaires publics , & c.
Chaque Section fe vendra féparément . On fouf
otit chez les Libraires ci- deflus..
Le Clergé dévoilé , ou les Etats- Généraux de
1303 , Tragédie dédiée aux Amis de la Conftitution
; par l'Auteur des Druïdes. A Paris , chez
Boulard , Imp- Lib . rue St Roch , No. 51.
Certe nouvelle Production d'un Auteur déjà
connu par plufieurs fuccès , doit en faire défirer
la repréſentation , qui peut être d'un grand effet.
Des Académies , par S. R. N. Chamfort , de
l'Académie Françaife ; Ouvrage que M. Mirabeau
devait lire à l'Affemblée Nationale , fous le nom
de Rapport des Académies. A Paris , chez Buiffon,
Imp-Lib. rue Haute-feuille , N .. 20 .
Nous reviendrons fur ce petit Ecrit très- pi
quant par fon obfet , & fur-tout par la maniere
de l'Auteur..
DE FRANCE
. Br
Rome jugée , & l'autorité du Pape anéantie ; pour fervir de réponse aux Bulles paffées , nouvelles
& futures du Pape , &c . par J, J. Briffot ,
Citoyen Français.
Quid nomina vana timtis.
·Prix , 12 f. br. , & 18 fous franc de port par la Pofte . A Paris , chez Buiffon , Imp-Lib. rue Hautefeuille
, No. 20.
On connaît le patriotifme & la philofophie de
M. Briffot ; il a en l'occafion de les développer
dans une pareille caufe.
Mémoires fecrets fous les Regnes de Louis XIV
& de Louis XV , par feu M. Duclos , de l'Académie
Françaiſe , &c . 2e édition . 2 Vol . in-8 ° .
formant 1014 pages , imprimées fur caracteres de
Didot. Prix , 9 liv. br. & 10 liv. francs de port
par la Pofte. A Paris , chez Buiffon , Libraire, rue
Haute-feuille , Nº . 20.
La rapidité avec laquel'e la premiere édition
s'eft écoulée , attefte fufifamment le mérite de
l'Ouvrage.
Plan d'exploitation pour les Biens de la Nation
à vendre dans l'étendue de la Municipalité
de Bordeaux , adreffé à MM . les Adininiftrateurs
du Département de la Gironde ; par M. J. Bap.
Pechade , Ingénieur- Architecte. A Bordeaux , de
l'Imprimerie de Michel Racle. Brochure in-4° . de
32 pages .
que
d'un
Quoique cette Brochure paraiffe n'être
intérêt local , les autres Départemens pourront
profiter des vûes de l'Auteur , & les appliquer à ca
qui leur convient .
82 MERCURE
Tableau portatif de la France , contenant les
Chefs-lieux de Département , Difericts , Tribanaux
, Evêchés ; leurs diftances de Paris ; les noms
des Rivieres où ils font fitués , les noms des anciennes
Provinces , & leurs productions , avec une
Table alphabétique de toutes les Villes qui y
font contenues , & auquel on a joint une Carte
de France , gravée avec foin : par M. Remy, Me.
de Géographie. Prix , 8 f. br . À Paris , chez l'Auteur,
rue Comteffe- d'Artois , No. 75 ; Debray ,
Libr. au Palais- Royal , galeries de bois , No. 235;
& Maffon , Lib. rue St-Denis , vis- à- vis St-Leu."
Ce petit Livre eft un vade mecum , auffi utile
qu'il cât peu cher & peu volumineux : il fait honte
aux gros Ouvrages fur le même objet.
Nouvelles Recherches far la Fievre puerpérale ,
par M. Doublet , Médecin de la Faculté de Paris,
& de la Société Royale de Médecine ; publiées
par ordre du Roi. Brochure in- 11 de 335 pages.
Prix , 3 liv . A Paris , chez Méquignon l'aîné ,
Libr. rue des Cordeliers , près les Ecoles de Chirurgie.
Cet Ouvrage , préfenté d'abord à la Société
Royale de Médecine , a obtenu fon approbation..
L'Auteur , en le publiant , l'a enrichi de beaucoup
d'additions, notamment de celles fournies par l'Ou
vrage Anglais de M. Leake fur cette même matiere.
Il ne laiffe rien à défirer fur cette maladie, quie
mérite peut-être plus d'attention que toute autre,
puifqu'elle vient troubler l'opération la plus inté
reffante de la Nature , celle de l'enfantement. La
réputation de M. Doublet parle en faveur de fes
Recherches...
DE FRANCE. 83
9
GRAVURES.
Recherches fur les Costumes & fir les Theatres
de toutes les Nations , tant anciennes que modernes
; Ouvrage utile aux Peintres , Statuaires ,
Aichittaes , Décorateurs , Comédiens- Coftumiers,
en un mot aux Artiſtes de tous les genres ; nom
moins utile pour l'étude de l'Histoire des temps
reculés , des Maurs des Peeples antiques , de leurs
Viages , de leurs Loix , & néceffaire à l'éducation
des adolefeens ; avec des Eitampes en couleur &
au lavis ; deffinées par M. Chery , & gravées par
P. M. Alix . 7e . &c . & 9e. Livraiſons. Le prix de la
Soufcription pour l'année , compofée de quarantehuit
feuilles d'impreffion , & de quarante - huit ?
Eftampes en couleur , eft de 48 liv . pour Paris ,
& de 54
liv. franc de port par tout le Royaume..
Il faut affranchir le port des lettres & de Targent :
cette condition eft de rigueur. A Paris , chez M.
Drouhin , Editeur & Propriétaire dudit Ouvrage.
rue Saint-André- des-Arts , N° . 92 , en face de la
rue de l'Eperon .
Nous avons rendu un compte détaillé de cet
Ouvrage , auffi agréable qu'inftructif , lors de la
publicité des premiers Cahiers. Nous ne pouvons
que rendre un nouveau témoignage au foin & au
travail des Auteurs , pour ne rien laifier à défirer
dans l'exécution de leur entreptile , ni dans l'exactitude
des Livraiſons .
$4
MERCURE
DE FRANCE.
A V I S.
LA Dame Vicaire , après beaucoup d'épreuves
eft parvente
reconnues utiles fur le Rachitiſme ,
à découvrir une Pommade qui produit l'effet du
véficatoire , fans en avoir les inconvéniens : cette
Pommade appliquée attire les humeurs , fans plaies
& fars douleurs , & détruit en très-peu de temps
les Dartres & autres maladies de la peau ,
proviennent de l'âcreté de la lymphe .
qui
Ladite Dame donne un jour par ſemaine gratis,
qui eft le Mardi, pour le foulagement des pauvres.
Son pied à terre , à Paris , eft rue Neuve-St-
Martin , N °. 77.
Elle a une maison à St-Germain-en-Laye , peur
faire prendre le bon air à fes Malades , rue du
Vieux-Brouvoir , près la Pofte aux Lettres.
DE... O
Le Réfédals
Vers.
TA BL E.
Charade, Enig. & Lag.
Lettres.
49 Difcours hiftorique.
4 Droits de l'Homme.
saidies
.
531
16 Notices.
62
*
73
MERCURE
HISTORIQUE
ET
POLITIQUE
POLOGNE
.
De Varfovie, le 20 Mai 1791 .
La Diète a renvoyé au Comité de Conftitution
, l'examen & la rédaction du Projet
de Gouvernement dernièrement adopté.
Quand ce travail fera fini , & revêtu de
toutes les fignatures , on le livrera à l'impretion.
Nous attendrons ce moment pour
y revenir ; car les tranfcriptions fautives
& tronquées des Gazettes ne peuvent
en tenir lieu. Il fuffit d'avoir indiqué à
nos Lecteurs les bafes fondamentales qui
donnent une idée jufte de cette grande réforme.
On s'apperçoit déja que les paffions privées
, & la réflexion , ont diminué l'enthouafme
de plufieurs de ceux qui l'avoient
No. 24. 11 Juin 1791.
E
( 98 )
almiſe avec tranſport. Tel eft l'effet prefque
inévitable des opérations précipitées , furtout
chez une Nation vive , ardente &
fpirituelle , que des innovations trop fréquentes
dans la forme du Gouvernement
ont habituée à l'inconftance. Cependant ,
toutes les apparences foutiennent l'espoir
que , le patriotifme du Roi , l'exemple de la
plupart des Sénateurs , l'empire des conjonctures
, & l'autorité de l'expérience fixeront
l'opinion & la reconnoiffance publiques.
Déja l'on eft certain que le Grand
Chancelier Comte Malachowski s'eft rendu
aux inftancès de S. M. & à l'invitation de
la Diète , & qu'il reprendra le fceau de
l'Etat. Les fentimens ne font point uniformes
dans les Palatinats ; mais jufqu'ici
il paroît que la très -grande majorité des
avis applaudit aux nouvelles Loix.
Le Comte Stanislas Potocki , Général
d'Artillerie , & l'un des hommes les plus
éminens de la République par fa fortune,
fes fervices , fes qualités perfonnelles , s'eft
rendu
officiellement à Berlin , prefqu'en
même temps que M. Hailes, Miniftre d'An
gleterre en Pologne. Déja le Roi de Pruffe
a répondu à la notification d'office qui lui
a été faite de la dernière Révolution , par
des
démonftrations & des éloges , qui prou
veroient un attachement fincère aux intérêts
de la
République. En effet , il importe i
la Pruffe & à la Suède , plus qu'à toute
( 99 )
autre Puiffance , que nous acquerrions un
Gouvernement ftable , qui donne à nos
alliances la folidité & l'efficace néceffaires
& qui ôte à nos Ennemis naturels la
facilité d'intervenir dans nos affaires
publiques. En redevenant un Etat , la Pólogne
fournira une barrière aux Turcs
& à la Pruffe contre la Ruffie ; elle in-
Buera fur l'équilibre du Nord , qu'il, ne
fera plus fi facile de déranger , lorfqu'un
des principaux poids de la balance aura la
maile & la force néceffaires à toute réſiſtance.
Par les mêmes raifons , la Cour de
Vienne doit applaudir au retour de notre
indépendance , & à la réforme de notre
Gouvernement, qui diminuent la fujettion
de la République , foit à fes Voifins , foit
aux Alliés qu'elle pourroit acquérir.
Il n'eft plus queftion des craintes d'une
rupture entre la Pruffe & la Ruffie : les
avances mutuelles font à des termes qui
promettent une prompte & favorable iffue.
Quelques Corps venant de Siléfie devoient
traverfer le territoire de la République pour
fe rendre dans la Pruffe. La réquifition du
paffage étoit faite ; mais l'on vient d'ap
prendre que ces régimens ont rétrogradé.
P. S. Dans la Séance du 16 , on a lu
les dépêches du Miniftre de la République
à la Cour de Berlin : « Lorfque j'eus
» l'honneur , écrit-il , d'informer S. M. P.
E₂
680005
( 100 )
» de notre nouvelle Conftitution , elle me
fit la réponfe fuivante : » Je vois avec plai
fir le bonheur de la Pologne ; fon bien- être
m'interrefe , et elle trouvera conftamment
en moi l'Allié le plus fincère. Le choix de
la maison de Saxe pour le Trône de Pologne
m'estparticulièrement agréable . « Il eſt
» difficile de rendre l'impreflion que cette
nouvelle a faite à Berlin ; je reçois de
tous côtésdes complimens de félicitation,
» & chacun m'exprime fon étonnement . »>
« On rend ici une juftice entière au pa
triotifme éclairé qui a produit cette Conftitution.
Il n'y a pas peu d'honneur de fervir
un Roi & un pays qui donnent à la fois
un exemple efficace de concorde , & un té
moignage fi fignalé de confiance mutuelle. »
Le Roi a déja nomnié le Miniftre , & le
Straz , ou Confeil de Surveillance, cuftodia
legis. Il eft compofé du Primat de
Pologne , Préfident ; de MM. Potocki ,
Grand Maréchal de Lithuanie , du Grand
Chancelier Malachowski , qui reprend fes
fonctions , du Vice -Chancelier Kollatany,
'de M. Branicki , Grand - Général de la
Couronne; de M. Ostrowski , Tréforier de
la Couronne , & des deux Maréchaux de la
Diète.
( 101
)
ALLEMAGNE
.
De Vienne , le 30 Mai.
Très-probablement , l'Empereur ne fera
de retour en cette réfidence , que vers le
milieu de Juin. Il a quitté Fiorepce le 10 de.
ce mois . Il a fait quelque féjour à Mantoue ,
cù il a eu deux longues entrevues fecrettes
avec S. A. R. M.
le Comte d'Artois : il donnera
au moins quinze jours au Milanais ;
le bruit fe renouvelle que , de Milan , Sa
Maj . Imp . doit être allée à Turin ; on parle
même de ce dernier voyage avec des apparences
de certitude : ainfi , nulle préfomption
que nous revoyions ce Prince
avant trois femaines.
Les négociations de Sziftove , la paix à
terminer , les mouvemens des Turcs , ies
orages du Nord , font en ce moment hors
du cercle des converfations , & ne piquent
plus que foiblement la curiofité . Les feuls
avis authentiques qui nous foient parvenus
de la Valachie , fe réduifent à confirmer
la retraite des Ruffes à Berlafch ; mais
cette retraite a été forcée , & non de leur
choix , ainfi que nous l'avions cru dans
Porigine. Le Grand Vifir Juffuf Pacha
qui ne dort point fur un lit d'épines ,
l'exemple de fon prédéceffeur , avoit en-
મે
E 3
102 )
voyé un renfort de 10,000 hommes à la
garnifon de Braïlow , Ce fecours rendit les
Turcs plus entreprenans ; ils fatiguèrent
d'excurfions les Ruffes détachés en petits
Corps , en différentes places . Le 14 Avril ,
les Ottomans feignirent d'attaquer la redoute
de Gerfet , afin d'éloigner les Ruffes
du fort de Zakanali qu'ils tenoient bloqué.
Cette feinte leur réuflit : on attaqua l'enuemi
avec tant d'intrépidité , qu'après avoir
laiffé 700 morts fur la place , il fut
obligé de fe retirer . Neuf canons , trente
bâtimens chargés de vivres , & beaucoup
de prifonniers tombèrent aux mains des
Ottomans . Zakanali étant délivré , les
Ruffes , dans la nuit fuivante , abandonnèrent
Gerfet. Il n'eft pas vraisemblable
qu'ils puiffent fe maintenir à Berlafch .
Tout femble promettre une profonde
tranquillité à la Monarchie Autrichieune .
Nuls préparatifs , nuls ordres quelconques,
nuls mouvemens de troupes.
De Francfort - fur-le- Mein , le 2 Juin.
Au moment où nous écrivons , très- probablement
le Roi de Suède eft à Berlin,
où fon Aide- de-camp général , le Colonel
Baron de Wrede l'a précédé. Le voyage
de ce Prince ayant été fixé définitivement
au 20 de Mai , S. M. a dû s'embarquer
ce jour-là pour Lubeck Cinq Perfonnes
( 101 )
faccompagnent : ce font le Lieutenant- général
Baron de Taube , le Comte de Lewenhaupt
Grand Ecuyer , le Comte Fabien de
Wrede Premier Chambellan , MM. de Mol
lefward & de Palmfeldt. Quelques Gazettes
font aller le Roi de Suède en Italie : c'eft
une erreur , à moins que cette réfolution
nait été prife depuis le 18 Mai , date des
dernières lettres de Stockholm . Nous
avons , au contraire , de très - fortes raifons
de croire qu'après fon féjour à Berlin , Sa
Majefté Suédolfe paffera à Aix- la- Chapelle,
où fon Miniftre à Vienne , le Baron de
Nolcken, eft dernièrement arrivé.
Nous annoncions , il y a un mois , qu'ircefamment
une grande partie de l'Allemagne
feroit couverte de camps , & de
troupes en exercice : cet avis n'avoit rien
d'exagéré ; mais il ne faut pas fe méprendre
fux le but , maintenant évident , de ces divers
raflemblemens . Ils font tous ifolés
abfolument indépendans les uns des autres :
leur objet fe borne à des revues & des.
évolutions militaires .
>
Une partie des troupes Hanovriennes.
ent été réunies , infpectées , & campées :
elles rentrent aujourd'hui dans leurs ganifons
ordinaires.
Après la grande revue de Berlin , le
Roi de Pruffe s'est mis en route le 25
pour Corbeliz près de Magdebourg , où il
E 4
( 104 )
"
aurapaffé en revue les troupes raffemblées
dans ce Diftrict ; le 28 il a dû rentrer
à Berlin & les troupes rejoindre
leurs quartiers ordinaires : on n'a connoiffance
d'aucun ordre contraire donné
à aucun de ces divers régimens.
Le Landgrave de Helle - Caffel a raffemblé
près de fa capitale 15 bataillons d'In
fanterie , 22 efcadrons de Cavalerie , &
l'Artillerie néceflaire : les revues de cette
petite armée ont commencé le 20 Mai ;
elles fe font terminées par une revue générale
, le 28 : nul avis ne nous annonce
que ce Corps ait une ultérieure deftina-.
tion .
Le régiment de Schroder eft le feul , jufqu'ici
, que le Gouvernement Autrichien
ait tiré de l'intérieur des Etats héréditaires ,
pour l'ajouter aux forces qui fe trouvolent
dans le Brifgau. Nous avions été trompés
par des lettres & des Gazettes Allemandes ,
en partant , d'après elles , du départ de 12
mille Autrichiens pour la même contrée ,
& dont le paffage , difoit- on , avoit été
demandé , par requifitoire , à la Cour de
Munich. On a confondu avec ce prétendu
Corps nouveau , un détachement de l'armée
des Pays-Bas , qui en effet fe rend de
Laxembourg dans le Brifgaw , & pour le
tranfit duquel il a été demandé , & l'on a
obtenu l'aveu du Cercle du Haut - Rhin . On
n'apprend aucun autre mouvement dans les
( 105 )
garnifons quelconques des vaftes poffeffions
de la Mailon d'Autriche.
L'Electeur Palatin a fait exercer en Bavière
quelques bataillons , auffitôt rentrés
dans leurs quartiers ordinaires. Il n'existe
donc , jufqu'à préfent , aucune apparence
de concert , de combinaifon , d'entreprifes
militaires dans l'Empire , fi l'on excepte le
cordon dont les Electeurs & Princes du
Rhin fe propofent de garnir leurs frontières.
Ni le contingent de chacun , ni la
force totale du cordon , ni le moment de
fon raffemblement ne paroiffent fixés ; du
moins , le Public n'en a aucune connoiffance
, & des mefures femblables ne s'effectuent
point fans que le Public en ait
connoiffance.
t
Tout ce qu'on imagine , ce qu'on mande
de contraire eft donc faux , ou anticipé .
Si les Emigrans François , dont toutes nos
villes font remplies , méditent réellement
quelque entreprife , elle eft apparemment
indépendante du fecours des Puiffances de
Empire , dont aucune , nous le répétons ,
ne fait encore la moindre difpofition propre
à les feconder. Or , comme ces Etrangers
font phyfiquement dans l'impuiffance d'a
gir feuls , à moins qu'il ne leur refte dans .
les Provinces de France , limitrophes de
l'Allemagne , des reffources inconnues , il
eft affez clair que tout projet d'invafion de
leur part feroit aufli impraticable qu'in
ES
( 1067 )
&
confidéré , ou que fon exécution eft loin
d'être prochaine. En attendant , les émigrations
de l'Alface , de la Lorraine ,
des Provinces Françoifes pen éloignées du
Rhin , recommencent plus fortement que
jamais. Prefque journellement , il arrive
des bandes de 20 à 30 individus , avec
leurs effets .
Les nuages qui couvrent l'avenir ne laifferont
percer de lumière , qu'après les déterminations
de la Diète de Ratisbonne ,
fur le Décret de Commiffion Impériale ,
relatif aux plaintes des Souverains léfés
par les Décrets de l'Affemblée Nationale
de France. Le 20 de ce mois , les inftruc
tions refpectives feront rapportées à la
Diète , & l'on publiera le protocolle des
fuffrages. L'opinion la plus univerfelle eft ,
qu'on adoptera les principes contenus dans
la lettre écrite à l'Empereur par le Collége
Electoral , & que l'Empire appuiera les
réclamations de fes Etats par toutes les
mefures qu'exigeront les circonftances . Si
ces réfolutions férieufes font une fois prifes ,
felles reçoivent l'appui foutenu de prinaipales
Puiffances de l'Enipire , fi enfin la
querelle s'engage une fois , il eft au- deffus
de la prévoyance humaine , de pénétrer
our s'arrêtera le réalta . La bafe du Traité
de Weftphalie étant ébranlée & mife en
conteftation , on en viendra à regarder le
Traité lui-même , & celui de Ryfwich,
( 107 )
comme caducs , dans leurs rapports entre
Empire & la France : alors l'Alface , le
Sundgaw , les Trois Evêchés & Strasbourg,
redeviendroient la proie qu'on fe difpu
teroit comme au dernier fiècle.
On appercevra diftinctement ce futur
contingent dans les cinq points de délibération
, qu'a propofé l'Electeur de Mayence ,
& dont la lettre porte :
« Art. I. Nedoit-on pas regarder comme injufte,
nul & contraire aux Traités tout ce que l'Alfemblée
de France a décrété contre les Etats, de
Empire , les Eglifes , le Corps de la Noblefle
& tous ceux qui y appartiennent , relativement
à leurs poffeffious , à leurs droits (pirituels &
temporels , & à leurs revenus en Alface ? »
« II. Ne doit on pas confidérer comune parties.
effentielles du Corps Germanique tout ce qui
dans la Province d'Alface , a été cédé à la
France , & n'a pas clairement été fixé par le Traité
de Weftphalie ou par des Traités fuivans , notamment
les poffeffions de l'Archevêché de Trèves ,
des Evêchés de Spire & de Strasbourg , du Chapitre
de Weiffembourg & de Ordre Teuto
nique ? »
*
III. Les Etats de l'Empire , poffeffionnés
dans l'Alface , ont- ils pu de leur propre autoité
, au préjudice de l'Empire , reconnoître
feit tacitement , foit expreffément , la Souveraineté
de la France ? De pareilles conventions
peuvent- elles être obligatoires , aujourd'hui que
la Nation Françoife prétend n'y être pas tenue
de fon côté ? **
ce IV. L'Empire , de ſon côté n'eſt- il pas autoriſé
& en droit de regarder comme non ob i-
E &
( 108 )
gatoires & comme annullés de fait tous les
Traités , par lefquels l'on a féparé tant de Provinces
du Corps Germanique ? "
ce V. Quelles mefures convient il de prendre
pour le maintien des poffeffions , des droits fpirituels
& temporels de l'Allemagne , qui n'ont
jamais été foumis à la Souveraineté de la France ?
Et quel parti l'Empire , en qualité de Partie
contractante & de Garant , doit- il prendre à l'avan
tage des Etats dépouillés , relativement à ces
poffeffions & à ces droits , qu'on a foumis par
le fait à cette Souveraineté ?»
0
Voici la liste des Etats de l'Empire ,
qui fe font adreffés à la Diète , 1 ° . PElecteur
de Mayence , 2 °. l'Electeur de
Trèves , 3 ° . l'Electeur de Cologne, comme
Grand - Maître de l'Ordre Teutonique , 4 .
le Duc de Deux- Ponts . 5°. le Landgrave
de Heffe-Darmstadt , 6°. le Prince - Evêque
de Spire , 7 °. le Prince - Evêque de Strafbourg
& fon Chapitre , 8 ° . le Prince de
Linange , 90. l'Ordre de Malte , 10 °. P'Ordre
de St. Jean , 11 ° . la Nobleffe immédiate
d'Alface & les Chapitres Princiers &
Eccléfiaftiques de cette Province , 12 °.
l'Abbaye de Wadgars. Tout le Cercle du
Haut- Rhin & le College Electoral appuient
ces réclamations . On croit le
que
Duc de Wirtemberg & le Margrave de
Bade s'y joindront inceffamment.
L
( 109 )
FRANCE.
De Paris , le 8 Juin.
ASSEMBLÉE NATIONALE.
Décret fur la répartition des 300,000,000 de livres de
contributions foncière & mobiliaire , de 1791 .
Du 27 Mai 1791 .
L'Affemblée nationale décrète que les principaux des
contributions foncière & mobiliaire pour 1791 , feront
répartis entre les 83 Départemens du Royaume , ainfi
qu'il fuit :
NOMS Contribut. Contribut.
TOTAL
des deux
des Départemens . foncière . mobiliaire . Contribut.
liv.
I. Ain.
2. Aifne .
1,452,500
liv .
285,400
liv.
I , 737,900
4,757,900 991,700 5,749,600
3. Allier. 1,978,800 437,700 2,416,500
4. HautesAlpes . 728,500 168,800 897,300
5. Baffes -Alpes .
921,100 213,900 1,135,000
6. Ardèche. 1,228,100 276,900 1,505,00
7. Ardennes . 2,576,300 572,800
3,149,100
8. Arriège . 745,600
157,100 902,700
9. Aube .
2.711,600 608,600 3,320,200
10. Aude .. 2,577,200
554,500 3,129,700
11. Avciron . 3,164,000+ 668,100 3,832,100
12. B.-du-Rhône. 2,226,800 | 944,600
3,171,400
1
( ITO )
NOMS Contribut. Contribut. TOTAL
des Départemens. foncière.
ހ
des deux
mobiliaire. Contribut.
liv . liv. liv.
13. Calvados..
5,684,700 1,212,500 6,897,200 14. Cantal
2,649,300 617,900 3,267,200 15. Charente
16. Charente- inf.
17. Cher .
18. Corrèze .
19. Corfe
20. Côte- d'Or.
21. Côtes-du- N .
22. Creuze
23. Dordogne.
24. Doubs
2,704,400 $71,900 3,276,300
3,656,10Q 692,400 4,348,500
1,558,900 350,200 1,909,100
• • 1,856,700 427,700 2,284,400
223,900
3,3.8.7,400
2,163,500
60,900 284,800
721,800 4,109,200
403,200 2,566,700 "
I, S10,600 374,800 1,885,400
2,805,100 $ 85,000 3,390,100
1,348,800
285,100 1,633,900
25:
Drome
26. Eure
27.
1,684,800
374,500 2,061,300
Eure & Loir.
28. Finistère
.
29. Gard •
·
H. -
Garonne .
4,983,000 986,900 5,969,909
3,874,700 929,800 4,804,5.00
I 742,900
2,297,300
6ƒ0,200 2,393, 100
486,500 2,783,800
3,775,900. 83 3000 4,608,900
2,714,700 $80,800 3,295,500
30 .
31. Gers
3.2 . Gironde ..
33. Hérault .
3,958,900 1,308,400 5,267,300
3,483,900.
34.
Ille & Vilaine
766,500 4,250,400
35. Indre..
2,604,300 542,400 3,146,700
1,399,700 329,100 1,728,800
36. Indre & Loire 2,432,000-
37. Isère
$54.700 2,986,700
· ·
3&. Jura
39. Landes
40. Loire & Cher
1,251,300 267,000 1,518,300
2,262,100 580,000 2,842,300
41. Haute-Loire, 1,629,500 ! 35,100 1,980,600
3,181,800 735,500 3,917,300
1,725,700 415,600 2,141,300
( II )
ر
NOM S Contribut. Contribut . TOTAL
des Départemens . foncière .
des deux
mobiliaire.Contribut.
liv. liv. liv.
42. Loire infér.
·2,034,200
946,500 2,980,700€
43. Loiret. • 3,241,500 644,800 3,886,300
44. Lot.. • 3,060,3.00 -611,700 3,672,000
45. Lot & Garon. 3,194,800
697,600 3,892,400
46. Lozère 843,900 179,600 1,023,500
47. Maine & Loi . 3,871,500 884,800 4,756,300
48. Manche. 5,051,800 1,093,300 6,145,100
49. Marne
4,15 1,800 925,800 5,077,600
go. Haute -Marne
JL. Mayenne
2,365,000 514,200 2,879,200
• 33040,600
7075900 3,748,500
12. Meurte
3. Meufe.
22473700 336,700 2,584,400
· 72, 159, 100 428,400
.
2,587,500
14. Morbihan . 1,926,600 403,000 2,329,600
55. Mofelte. 2,448,500 432,600 2,881,100
56. Nièvre . 1,913,000 411,200 2,324,200
57. Nord.
5,175,800 1,083,400 6,259,200
58. Oile . 4,898,700 1,046,500 5,945,200
59. Orne . 3,558,600 775,000 4,333,600
60. Paris . 12,571,400 8,158,200 || 20,729,600
61. Pas-de -Calais.
62. Puy-de-Dôme
3,326,500
3,789,200
$ 99,500 3,836,000
849,100 4,638,300
63. H. - Pyrénées .
64. B.- Pyrénées .
752,100
13.5,400
887,500
1,013,800
199,800 1,213,608
65. Pyrénées or.. 883,000 If9,800 1,042,800
66, Haut-Rhin.. 1,855,000 405,600 2,260,600
67. Bas- Rhin . 2,269,300 503,000 2,872,300
68. Rhône & Loi .
6,333,000 1,921,100 8,254,100
69. Haute- Saone 1,765,300 372,000
2,137,300
70. Saone & Loire 3,661,900 | 751,200 4,413 , roo
( 112 )
NO MIS Contribution Contribut. TOTAL
des deux
des Départem.
foncière. mobiliaire. Contribut.'
liv. liv. liv.
71. Sarthe .
3,796,100
72. Seine-Oile.
859,200 4,655 ,3 00
7,342,400 1,611,900 8,954,300
73. Seine infér.
7,057,400
74. Seine & M.
2,364,300 9,421,700.
5,450,800
1,200,200 6,651,000
75. Deux Sèvres
2,545,500
76. Somme $55,100 3,101,600
· 5,581,600 1,186,400 6,768,000. 77. Tarn .
2,621,800
$ 89,300 3,211,100- 78. Var.
79. Vendée.
80. Vienne .
81. H. -Vienne.
1,788,800 408,700 2,197,500.
10 2,572,900 ·565,600 3,138,500
1,718,900337,600 2,056,500
1,810,100 -417,200). 2,227,300
$ 2. Vafges. 1,633,100
83. Yonne .
13-15,900 1,954,000
TOTAUX .
2,950,400 0625,200 3,575,600
240,000,000 60,000,000 300000000
II.
47
8
Tout Contribuable qui juftifiera avoir été taxé , en
principal dans le rôle de fa contribution mibiliaire ,
fur la cote d'habitation , au- delà du 40 ° . de fon revenu
préfumé , aura droit à une réduction fuivant les formes
qui font & feront décrétées.
( 113 )
Déctes rendu Samedi 28 mai , fur la convocation.
de la prochaine Legiflature.
« Art. I. Les affemblées primaires fe tiendront
dans les chefs - lieux de canton , dans les départemens
où ils font fixés ; & dans ceux où ils ne
le feront pas , le directoire de diftrict défignera
le lic ou le tiendront les affemblées primaires . »
« Il. A l'avenir la valeur de la journée de
travail fera fixée par le directoire de département
pour chaque diftrict , fur la propofition du diretoire
de diftrict , conformément à l'atricle XI
de la loi du 18 février de l'année préfente ,
nonobftant la difpofition provifoire portée au
décret du 11 février 1790 , laquelle demeure'
abrogée . Cette fixation aura lieu dans le courant .
du mois de janvier; elle fubfiftera pendant fix
ams & il ne pourra plus y êrre fait de changement
, que fix ans après , à la même époque.
Le corps légiflatif fixera tous les fix ans le minimum
& le maximum de la valeur de la journée
de travail. »
II. Il ne pourra être fait de changement
à la cote des impofitions de chaque contribuable
que fur l'autorisation du directoire du département ,
& conformément aux loix. »
IV. A compter du jour de la publication du
préfent décret , la dépofition provifoire contenue
en l'article XX de la fection première du décret
du 22 décembre 1789 , eft abrogée ; les électeurs .
feront choilis au fcrutin de lifte fimple , & il n'y
aura plus de fcrutin de lifte double en aucun
C35. >>
сс
>
V. Les affemblées électorales fe mettront en
activité , fans que
l'abfence
d'un
nombre
quelconque
d'électeurs
puifle
en retarder
les opérations
;
( 114 )
les électeurs qui arriveront enfuite avec des titres
ca règle , ferolt admis à l'époque où ils fe -pré
ſentefort. »
« VI. Tout département , quelle que foit la
population active , ou la contribution dire
nonmera , au moins , un dépuré , à raifor de
fa population : & un autre , à raifon de fa contribution
dic&e . »
« VII. Les poffeffeurs de biens -fonds qui ,
pour caufe de defléchement ou défrichement ,
font , en vertu des anciennes loix , exempts de
tout ou partie des impofitions foncières que os
biers devroient payer , font ceniés , quant à l'acti
vité & a régibilité, fupporter use taxe équivalente
au fixième du revenu net deſdits biens . »
« VIII. Si dans la répartition qui fera faite par
La légiature , des députés attribués aux 83 départe
mens a raifon de la population active , le diviſeur
commun appliqué en décail à chaque département
ne donne pas , pour tous les départemens réunis ,
le résultat complet de 249 députés , chacun des
départemens qui aura en fractions excédentes , la
quotité de population active la plus confidérable ,
nommera un député de plus , jufqu'à la concur
rence des 249. »
« IX. On fuivra cette bafe de calcul dans la
répartition entre les 83 départemens , des 249
députés attribués à la contribution directe de tout
le royaume. »
« X. La nomination des fuppléans au corps
législatif fe fera au fcrutin individuel , & à la
majorité abfolue des fuffrages , nonobftant la dilpofition
provifoire de Particle XXXIII du décret
cité en l'article IV , laquile demeure abrogée.»
« XI. Les électeurs , après avoir nommé les
députés à la première légif ture , procéderont au
( 115 )
remplacement de la moitié des membres des adminiftrations
de département & de diſtrict ; l'intervalle
, quel qu'il foit , écoulé depuis la nomination
de ces derniers , fera compté pour deux.
ans ; & l'intervalle qui s'écoulera enfuite jufqu'à
l'époque des élections de 1793 , fera également
compré pour deux autres années . »
« XII. Attendu que les membres des adminiftrations
de département & de diftrict , dont
les fonctions vont ceffer aux termes de l'article
précédent , n'auront pas exercé deux années entères
, ils pourront être réélus pour cette fois
feulement , & nonobftant l'article VI de la loi
du 27 mars de l'année préſente .
כ כ
« XIII. Les procureurs-généraux-fyndics & les
procureurs-fyndics actuels de tout le royaume ,
ceferont leurs fonctions en l'année 1793 , s'ils
ne font pas réélus . »
GC
XIV. A l'avenir , les juges de paix & les
affeffeurs de chaque canton feront nommés , à
l'époque des affemblées . primaires , au mois de
mars ; & on ne procédera qu'en l'année 1793
à la réélection ou au remplacement de ceux qui
font actuellement en exercice . »
« XV. A l'exception de la ville de Paris ,
exception qui pourra être étendue par les directoires
de département à toutes les villes dont la
population excèdera 60,000 ames , les juges de
commerce feront nommés au mois de novembre
de chaque année , après le renouvellement de la
moitié des officiers municipaux. Aucun des juges de
commerce , qui a été ou qui fera nommé en
vertu de la loi du 24 août 1790 , ne pourra
être remplacé foir avant le mois de novembre
de l'année prochaine , foir avant l'époqne fixée
( 116 )
le temps pour
de Paris. 22
de cette réunion dans la ville
« XVI. Le préfident du tribunal criminel &
l'accufateur public feront nommés immédiatement
après l'élection des députés au corps légiflatif. "
сс
XVII. A partir de l'année 1795 , les élec
teurs de ceux des départemens en tour de nommer
, procéderont à la nomination du membre
du tribunal de caffation , & de fon fuppléant ,
dans le mois d'avril ou de mai , après avoir
nommé les députés à la légiflature , la moitié des
adminiftrateurs de département , & les deux hautsjurésquidoivent
fervir près la haute-cour nationale .»
XVIII. Les électeurs de diftrict procéde
ront à la nomination des juges de diftrict & de
leurs fuppléans , après l'élection de la moitié des
membres de l'adminiftration de diftrict ; les juges
actuellement en exercice continueront leurs fonctions,
jufqu'à l'année 1797. »
Du lundi , 30. mai.
ес
Aujourd'hui l'anniverfaire de la mort de Voltaire
, M. Goffin , au nom du comité de conf
titution , a demandé que la nation confacrât ce
jour , en s'acquittant envers lui . « Voltaire, a dit.
M. Goffin , a terraflé le fanatifne perfécuteur ,
dénoncé les erreurs jufqu'alors idolâtrées de nos
antiques inftitutions , déchiré le voile qui couvroit
toutes les tyrannies Ce rapport s'eft terminé par
la propofition de décréter que Marie- François,
Arroues de Voltaire eft digne des honneurs
décernés aux grands hommes & qu'en conféquence
fes cendres feront tranfportées de l'églife
de Romilly dans celle de Sainte - Geneviève à Paris ..
Cet hommage peut , à jufte titre , être rendu aux
talens d'un homme de génie , qui pourfuivit beau-
1
6.117 )
coup de préjugés auifibles ; mais il yabien peu de
jufteffe a appeller Voltaire , ainfi que l'a fait M.
Goffin , un desfondateurs de la liberté.
M. Pragnon réclamoit les mêmes honneurs pour
Montefquieu , M. Chabroad pour l'abbé de Mably,
en établitfact néanmoins que de tels projets ne devoient
pas être adoptés dans la chaleur d'une première
motion . Après ces débats qui ne laifferont
pas de coûter , avec le tranfpert des cendres , les
cérémonies & les ftatues , quelques milliers d'écus
au peuple , l'Affemblée a décrété le renvoi de toutes
les propofitions fecondaires au comité , ordonne
l'impreffion du rapport de M. Goffin , pour en
adopter , à l'inftant , même les conclufions .
On a décrété fans difcuffion quatre articles relatifs
aux procédés préalables pour la fabrication de l'argenterie
des églifes en monnoie , & onze articles
additionnels fur les jurés , propofés par M. Duport
, à la fuite de débats peu intéreffans cu
MM. Martin Lanjuinais , Loys , Biauzat &
Chabroad ont mis entr'eux à l'enchère le traitement
du préfident , de l'accufateur public , du fubftitut
de ce dernier & du Greffier, On eft paffé delà au
code pénal .
Nous n'avons pu que donner un apperçu très
apide , de la longue differtation où l'inhumaine
philantropie de M. le Pelletier de Saint-Fargeau ,
n'avoit propofé d'autre punition des plus grands
forfaits , que l'expofition publique du coupable fur
un échafaud , un écriteau , plus ou moins de
chaines , quelques années de féjour dans un cachot,
un travail adouci par l'efpérance & par la fociété ;
pour des crimes moins atroces une dégradation
civique , dont la formule feroit prononcée ainfi par
un greffier votre pays vous a trouvé convaincu
d'une action infame . La loi & le tribunal vous
2
?
( 118 )
degradent de la qualité de citoyen françois ; peines
qu'efaceron , an bout d'en temps donné , on ne
fin quel bartéme civique accompagné de folemnité,
où le condamné ayant fatisfait à Fexemple ,
feroit préfenté par les officiers municipaux du liet
de fon domicile . Quels moyens ! quelle folemnité !
M. de Saint-Farguar n`a d'abord tiré de ce volumineux
fyſtême, extrait de tout ce que l'imagina
tion des théorites a publié de plus irréfléchi ,
que cette queſtion : « La peine de mort_ſera-t-elle
confervée ? »
M. Chabroad a demandé l'ajournement du code
pénal à la prochaine légiflature. Il a pensé que
Paffemblée auroit pu entreprendre un pareil ou
vrage , lorfqu'elle étoit dans la vigueur de la jeuneffe
; mais a- t-il ajouté , « elle n'est plus dans
tét âge heureux où elle jouiſſoi: de toute fa force ,
de tout fon courage ; il eft plufieurs exemples qui
ont prouvé à l'Europe, à la France , à l'Aferablée
elle-même , qu'elle touche à Tâge où les forces
s'épuifent , où le courage difparoit » . On a mur
muré dans le centre , mais une voix du fond du
côté gauche a crié : ita raiſon, Effleurant le plan
du comité , M. Chabroud y a vu beaucoup
principes philofophiques & point d'enſemble , rien
qui mette à couvert l'honneur des citoyens ; nulle
foi contre la calomnie , aucune proportion entre
les délits & les peines , puiſqu'on eſt enfermé pour
un vol comme pour un parricide . Ses conclufions
ont été de ſe borner à l'abrogation de la peine de
mort à l'égard du vol , & à d'autres réformes qu'il
jugeoit auffi inftantes que faciles.
de
A en croire M. Duport , cet ajournement dé
truiroit une des précieufes efpérances de la nation
; l'inſtitution des jurés ne peut avoir lieu fans
un code pénal bien complet , & les réformes del
n
OS
( 119 )
rées ne feroient que provifoires , & fuppoferoiene
autant de travail qu'un bon code.
En convenant de la néceffité de corriger les loix
actuelles , M. l'abbé Maury foutenoit qu'il falloit
s'y prendre avec plus de fageffe , que le rapport
contenoit des principes trop dangereux pour
qu'on pût fe difpenfer de le difcuter.
ec
L'ajournement a été rejetté , & M. Prugnon
a combattu le projet du comité en oppoſant unbon
fens très- original à des abftractions, & à des paralogifmes
où l'on fonde fur des peines morales , la
repreffion d'hommes fans moralité . M. Prugnor
les a confidérés , comme étant l'inconféquence
d'honnêtes gens qui prêtoient leur logique à des
fcélérats : il eft une portion du peuple , a- t-il
dit en fubftance , qu'on n'ébranle ou ne retient
que par un appareil formidable . Avant de brifer
le grand reffort de la terreur , fachez bien ce que
VOUS У fubftituerez . Vous avez effacé l'infamie
qui faifoit partie de la peine ; le criminel ne
guera plus l'opprobre à fes enfans . Si vous
fupprimez & la peine & la honte quel frein lui
reftera-t- il ?... Eft- ce une bonne légiflation qui
fait paffer la pitié , de l'affaffiné à l'affaffin ?
Comment la fociété nous protégera-t - clie avec
vos fyftêmes modernes ? La néceffité a dicté la
même loi prefque par toute la terre ; c'eft une
terrible autorité que celle du genre humain !
Vos criminels pourront fortir des prifons & vien
dront effrayer la fociété par de nouveaux forfaits
, encourager le crime par leur exemple . Le
riche féduira fes geoliers , le pauvre fera feul
puni le temps preferit ... Vous mettriez des prifonniers
en communauté de crime pendant 12 ou
24 années . Des galeriens échappés de Toulon
terminent leur carrière à la grêve ... On nous
•
( 120 )
1
dit que la peine de mort eft abolie en Tolcane
Mais la Tolcane eft un très- petit état , une famille.
Léopold Empereur a - t - il adopté les loix
de Léopold grand - duc ? E Ruffie , Elifabeth
jura, de ne punir de mort aucun, crimind . Pour
quoi Catherine II a - t - elle rétabli la peine de
mort pour les grands crimes ? La fagelle Amé
ricaine a - t -elle proferit la peine mort ? ... Et
dans quel moment vous propofera - t- on d'abolit
cette peine Lorfque vous n'avez pas allez de
toutes vos forces contre la inultitude , lariqu'on
affoiblit la religion & que les moeurs fe depra
vent ? Néron fut , à Rome , le premier défap
probateur de la peine de mort : Vellem nefcire
litteram ; mais Trajan , Marc -Aurèle , le pieux
Antonin , Titus l'abolirent - ils ? Prétendrions
nous être plus humains que Titus , plus éclairés
que Marc-Aurèle ? ... L'emprifonnement étoit
confidéré comme une grace ; le comité vous
propofe des lettres de grace pour les fcélérats.
Voilà où mène le goût des fyftêmes . Aujourd hui
règne la vieille chimère de la perfection abieluc
on nous crée un monde imaginaire ou très-diffi
cilement poffible... Il faut s'arrêter , à moins qu'on
ne puifle donner une nouvelle édition du coeur
humain... M. Prugnon a fini par appliquer la
fimple peine de mort aux feuls affairs , empor
fonneurs , incendiaires , & aux criminels de lèze
nation , fans définir ce genre de crime.
M. Robespierre s'eft chargé de prouver que
la peine de mort eft effentiellement injufte ,
qu'elle n'eft pas la plus repreffive , & que fon
effer eft de multiplier les crimes au lieu de les
prévenir. L'homme ne peut donner la mort à
Lon enacmi , que lorfque cette mort eft nécef-
Laire
( 121 )
faire à la propre confervation de celui qui tue
pour n'être pas tué ; or , la fociété n'a rien à
craindre du coupable qu'ele punit , il eſt dans
l'impuiffance de nuire ; on le juge paifiblement.
Un vainqueur qui égorge fes captifs eft appellé
barbare ; un homme fait qui égorge un enfant
pervers qu'il peut défarmer & punir , paroft un
monftre... Ici des murmures ayant interrompu
l'orateur , M: l'abbé Maury lui a confeillé d'aller
débiter ces maximes dans la forêt de Bondy
༥
L'avocat des parricides , des affaffins , des incendiaires
, de ces enfans pervers qui , dès qu'on
les prend , font, auffi refpectables aux yeux de
la loi que le brave guerrier dont des forces fupéricutes
ont fait un captif facré pour fon gé.
néreux vainqueur , l'impallible, écho de ces fophifmes
mille fois réfutés , M. Roberſpierre a
répondu que fa doctrine étoit celle de tous les
hommes célèbres , qui ne l'enverroient par precher
dans la forêt de Bondy. Avouant que c'eft
une terrible autorité que celle du genre humain,
il a dir qu'elle avoit confacré tous les crimes
qu'on ne devoit pas compter les voix , mais
pefer la vérité , propofition inconftitutionnelle ,
anti - révolutionnaire , qui Tappe le grand principe
fondamental de la fouveraineté du peuple en ce
fens , que la loi eft la volonté générale , axiome
qui fuppofe que les voix feront comptées ) . Il
a dit que la queftion agitée fe préfentoit pour
la première fois à l'attention d'un législateur ;
qu'il venoit de la réfoudre ; qu'il falloit frapper
de préférence les fcélérats dans leur partie motale
; que l'on n'auroit plus de délateurs , & le
crime étoit puni de mort ; comme fi tous les
jouts on ne dénonçoit, pas d'honnêtes gens ,
dans l'abominable efpoir que des factieur en
No. 24. 11 Juin 1791 .
2
F
( 122 )
ordonneront le fupplice. M. Roberfpierre a conclu
à ce que la peine de mort für abolie , &
les galeries ont vivement applaudi cette intéres
faute conclufion .
Du lundi , féance du foir.
Une adreffe, attribuée aux amis de la conftitution
de Quimperlai , demande le licenciement
des officiers des troupes de ligne , & le motif
des vexations non- articulées que divers officiers
font , dit-on , éprouver aux foldats . Cette adrefle
a été couverte d'applaudiffemens qui en décéloient
la première fource.
M. Bouche a prétendu que c'eft dans le corps
des officiers que fe cachent les ennemis de la
revolution , qui égarent nos braves foldats fur
leurs véritables devoirs ; & voyant bien clairement
ces ennemis fi bien cachés , il a
demandé
que le comité militaire préfentât fes vues fur le
renouvellement du corps des officiers . L'évêque
civil , M. Grégoire , n'a pas rougi d'appuyer
cette motion . M. de Murat aauroit voulu impofer
filence à M. Bouche , & l'accufoit de calomnie ;
mais M. Bouche n'en a pas moins
continuéde
traiter de braves , d'irréprochables militaires ,
dont le feul crime eft d'être nés nobles
autant de véracité qu'il en montra dernièrement
contre M. l'évêque de Vaifon ; ils attendront
tous , fans doute également , le terme prochain
de inviolabilité de M. Bouche.
avec
En rappellant les fervices que les officiers ont
rendus à la patrie , M. de Sérent a peint les
défagrémens qu'ils dévorent , les dangers qu'ils
bravent , le dévouement auquel ils le réfignent
depuis fi long -temps , dans cette longue anarchic
; il demandoit qu'au lieu de les calomnier
123 J
lachement , de les blâmer en ne prouvant aucun
fait , on les protégeât . La propofition de M.
Bouche a paru à M. Biauzat être un legs de
• Mirabeau , non la motion du grand'homme de
combattre tous les factieux , mais celle de licencier
l'armée , pour la recréer tout de fuite.
M. Anthoine a renchéri fur MM . Bouche &
Biaurat , & n'a pas hélité d'invoquer en témoignage
du mal qu'il difoit des officiers en général,
les officiers même qui font dans l'Aflemblée
nationale l'on devine de quel côté l'opinant
cherchait fes atteftations véridiques . «e Je - demande
, s'eft écrié M. de Virieu , organe de
l'indignation de tous les membres fages , que
l'opinant foit entendu avec toutes les atrocités »
a Je n'ai pas nié qu'il n'y eût de bons patriotes
dans le corps des officiers , a repris M.
Anthoine d'un ton moins affuré je crois qu'il
y en a un grand nombre Ne parlez
point de ce que vous ne connoillez pas , a ré
pliqué une voix du côté droit ». M. Anthoine
a pourlaivi & demandé le licenciement , fous
prétexte de l'exécution du décret fur l'organilation
de l'armée & fur l'avancement.
Un cure voyant des avocats le mêler de réformer
Farmée, a voulu donner fon avis ; on
l'a prié de ne point parler pour les militaires ;
& M. de Virica a reconquis la parole au milieu
de violens murmures . « Il y auroit , a -t-il
dit, trop d'avantage pour les lâches calomniatears
, pour les traîtres vendus aux ennemis de
l'Etat , s'il leur étoit libre de fuivre , fans qu'on
Jeur réponde , cette maxime d'une pièce dont l'immoralité déshonore notrethune pièce dont
:
toujours , il en reftera quelque chofe . I eft de
l'intérêt de l'Affemblée , de fa dignité , de la
F 2
( 124 ).
i
sûreté de l'Etat de ne point empêcher de combattre
ces calomniateurs foudoyés , qui viennent
ici accufer les défenfeurs de la patrie , pour
faire enfuite colporter dans tous les papiers publics
les atrocités dont ils fouillent nos oreilles ,
& pour dégoûter , s'il étoit poffible , les officiers
généreux & fidèles qui fe dévouent , depuis fi
long- temps , d'une manière fi courageufe & fi
pénible ; enfin pour détruire l'armée.
L'éloge des officiers ayant excité des rumeurs
dans le côté gauche , M. de Virieu s'est écrié :
e l'infolence de ces murmuress-
là ne m'empêchera
pas de continuer mon opinion » . Et comme les
mots : les ennemis qui nous menacent , qu'ame
noit naturellement l'idée de la deftruction de
l'armée , avoient provoqué des éclats de rire du
même côté , & que M. Biauzat s'étoit permis
de dire : ils font là nos ennemis , en montrant
le côté droit . --cé Oui , les ennemis du crime ,
a répliqué M. de Virieu . Il s'eft enfuite oppofé à
ce que des impoftures vagues , dénuées de preuves,.
mais ppropres à caufer du trouble , des infur-
"rections , des meurtres , fuffent renvoyées au comité
, & diftribuées dans le royaume fans réfu-
~tation .
Je demande l'impreffion du difcours de M.
de Virieu , a dit M. Lavigne. Puifqu'il contient
les mots calomnie , calomniateur , fcélérat ,
traître , c'eft véritablement un modèle d'éloquesce
». Cette infipide pafquinade n'a fait qu'ac
oroître le tumulte. Le même avocat s'eft alors
étayé de plantes , de bruits , n'a démontré aucun
fait , n'a nommé perfonne , en insalpant toujours
ales officiers en maffe , & il a conclu compre MM.
Bouche , Anthoine & Biaurat , arbitres du fort
-d'une armée. Le plaifant clt , que M. Laviga
1
( 125 ) )
s'impatientoit de ce qu'on perdoit le temps à
parler fans rien dire . L'opinion publique com
mence à faifir ces contraftes.
M.de Folleville a répondu à M. Biauzat , que
fa motion , héritée de Mirabeau , avoit été repouffée
par l'ordre du jour , lorfque le grands
homme la fit , & qu'elle ne devoit pas être plus
agréée dans la bouche du legataire que dans celle
du propriétaire. M. Lavie a fouhaité qu'on renvoyât
auffi au comité une adreffe des corps adminiftratifs
de Strasbourg , qui accufe , encore
fans preuves , quelques officiers. MM. d'André
& Emmery ont déterminé l'Affemblée à renvoyer
les adreffes au comité militaire
Alors M. Coroller , en fe qualifiant lui-même
défenleur de la liberté & apôtre de la révolution
a lu , au nom de la députation Bretonne,
une lettre de M. de Botherel , ci-devant procu
reur - fyndic des Etats de Bretagne , envoyée à
toutes les communes de la province. Elle eft
datée du 13 mai 1791 , & fignée du Pleffis-
Botherel. C'eftune proteftation contre les atteintes
portées aux droits de la couronne , à la fouveraineté
du monarque , contre la fuppreflion des
privilèges de la nobleffe , du parlement , con 2
la conftitution du clergé , la vente des biens cecléfiaftiques
, les affignats , contre l'élection des
députés , tous leurs actes , & tous les impôts
non-confentis par la province.
Après cette lecture incidente , qui n'avoit pour
but que de donner les impreffious qu'il defiroit ,
M. Coroller cft rentré dans la queftion des domaines
congéables , & oubliant que les mandats
ne font pas obligatoires , & que chaque député
repréfente toute la nation , il a dit que fes cabiers
le chargesicut expreflément de demander
F
3
( 126 )
J'abolition des ufances ; que prétendre qu'il n'y
ade vrai propriétaire que le foncier , c'eft un
paradoxe & même une héréfie déteftable. Pour
finir une difcuffion qui n'offroit aucun intérêt à
la majorité , l'Affemblée a décrété un premier
article en ces termes :
« Art. I. Les conceffions ci- devant faites dans
les départemens du Finifère , du Morbihan &
des Côtes-du- Nord , par les propriétaires fonciers
-aux domaniers , fous les titres de baux à convenantou
domaine congéable , & de baillées
ou renouvellement d'iceux , continueront d'etre
sexécutés entre les parties qui ont contracté fous
cette forme , leurs repréfentans ou ayans - caufe,
mais feulement fous les modifications & condi
tions ci- après exprimées ; & ce , nonobſtant les
ufemens de Rohan , Cornouailles , Broucrec ,
Tréguier & Gouello , & tous autres qui feroicut
contraires aux règles ci - après exprimées , lefquels
ufemens font à cet effet & demeurent abolis ,
à compter du jour de la publication du préfent
décret.
גכ
Du mardi , 31 mai,
L'ordre du jour a ramené le code pénal . Les
excellentes raifons qu'avoit expófées la veille M.
Prugnon , contre Babolition de la peine de mort
infigée aux empoifonneurs aux meurtriers ,
aux incendiaires , aux criminels de haute trahifon
, ont été développées fous un nouveau jour
par M. Mougins de Roquefort , qui s'eft étayé
des loix de tous les peuples policés , de l'intérêt
de l'humanité , de la fociété , du fentiment des
philofophes les plus humains , de Montesquieu ,
de Mably , J. J. Rouffeau , Filangiéri qu'il a
nommé ridiculement , le Montefquieu de l'I(
127 )
talie. Ces autorités lui ont paru devoir balancer
l'opinion du comité , foutenue du civifme de
M. Paftoret & des déclamations de M. Roberf
pierre.
>
Annoncer M. Péthion , c'eft annoncer des
paradoxes nourris de lieux commups ; il a jugé à
propos d'y joindre , pour mieux combattre la
peine de mort la réféxion de Cartouche un
mauvais moment eft bientôt paſſe ; des exclan ations
: quoi ! parce qu'un homme a péri il fi
en affaffiner un autre ! Et pour tout expédient :
Régnez par la juftice , vous aurez plus fait que
de punir , vous aurez prévenu les crimes ... je
rejette donc la peine de mort. »
L'inverfe de ces amplifications de rhéteur ,
c'eft-à- dire les idées fages & juftes de MM.
Prugnon & Mougins , le font reproduites avec
de nouvelles forces dans un difcours de M.
Brillat - Savarin , dont le bon efprit a faifi l'allégreffe
du meurtrier , à qui l'on apprend qu'il
en fera quitte pour la prifon , la compenfation
de cette peine avec l'argent , le facrifice de la
clarté du jour & de la liberté fait par tant d'honnêtes-
gens réduits à vivre dans les carrières ou
dans les mines , le danger de l'évasion des grands
criminels , & d'an foyer de corruption tel que
les cachots où ils vivroient en fociété.
1. M. Duport a d'abord prétendu que cette queftion
, étoit au deffus de tous les intérêts & de
tous les partis . Nous penfons au contraire qu'elle
cit dans l'intérêt des méchans & des bons , dont
les deux grands partis fe divifent le monde. Aut
refte , il s'eft attaché à établir que la peine de
mort n'eft pas repreffive , & qu'elle multiplie les
crimes . Pour cela , il eft rentré fouvent dans les
Principes de M. te Pelletier de Saint - Fargeau , 1
F4
( 128 )
en y ajoutant de ces apperçus vrais que l'on
eroit neufs parce que perfonne ne s'eft avifé d'imaginer
qu'il fut utile de les énoncer , & plufeurs
de ces fophifmes que l'on n'auroit jamais
eru devoir réfuter,, tant ils s'éloignent de toute
vérité pratique . Nous en extrairons ici la fubfance.
La mort , a dit M. Duport , eft la condition
de l'existence . Immoler un coupable c'eft hâter
aan événement certain , affigner une époque à
fon dernier inftant. Comment a- t - on pu faire
un, fupplice d'un évènement commun à tous les
hommes ? Tous les hommes font ils con
damnés à être pendus ? Vous mentrez la mort au
crime & à la vertu , au héros & à l'affallin . Heft
vrai que vous y joignez la gloire ou l'infamic;
ce n'eft donc que fur cette diftinction fubtile &
nétaphyfique que s'appuie uniquement le ref
fort que vous employez. L'infamie n'atteint pas
le fcélérat , la mort n'eft pour lui qu'un mauvais
moment. Des fupplices recherchés , prolongés
l'effrayeroient ; mais la mort ne l'arrêtera pas
L'affaffin eft un malade , la folitude eft fa conf
cience , voilà fon véritable fupplice... Comme
la nature , vous défendez le meuitre : néanmoins
je vois une homme maffacré par vos ordres. Le
fpectateur, indigné pardonne le crime & a peine
à pardonner à votre tranquille cruauté. Son coeur
fympathife fecrètement avec le fupplice contre
vous , le meurtre lui paroît plus facile , plus
fimple , quand la fociété fe le permet. Ce n'eft
pas l'injuftice du meurtre que la nature proferit ,
c'eft le meurtre. Vous en réſervez à la fociété
lufage exclufif. Il ceffe d'êrre atroce , il n'eft plus
qu'une action illégale Une fimple formalité fé
Pare l'aflaffin du boureau... Le voleur menacé de
44
( 229 )
trans de prifon fe dira : au lieu de dérober , je
n'ai qu'à tuer ; ma peine fera moindre , fi l'affafin
eft mis à mort... Après le fupplice toute rés
vifion eft dérifoire .
Gardez -vous de refufer à la queftion de la
peine de mort , l'analogie directe qu'elle a aver
de fuccès de vos travaux. Si , dans le cours de
cette révolution , les hommes ont acquis la force
néceffaire pour être libres des individu ont
devenus feroces au lieu de devenir courageux!
Depuis qu'au lieu de rectifier par les loix , le
caractère national , nous l'avons malheureufement
transporté dans notre conftitution , depuis que
la mobilité eft devenue un des principes de notre
gouvernement ; depuis que des révolutions continuelles
peuvent devenir néceffaires à notre pays ,
failons au moins que les évènemens qu'elles produifent
, foient les moius tragiques , & leurs
effets les moins funeftes qu'il eft poffible ........
Vous le favez , on vous reproche vivement le
caractère nouveau des François. Des qualités
douces & brillantes l'embellifoient elles ont ,
dit-on , difparu , & l'on attend avec inquiétude
fi elles feront remplacées par des vertus ou par
des vices . On vous accufe d'avoir endurci les
ames ; faites ceffer ces clameurs ; ôtez- leur au
moins tout fondement , Que vos vues , jufqu'au
moment de votre féparation , fe dirigent vers
les moyens d'infpirer au peuple la générosité , la
fermeté , l'humanité .... ( On regrette profon
dément que des vues auffi juftes que ces der
nières , n'aboutiffent qu'à des exagérations de
bonté morale , qui tendroient à détruire toute
sûreté civile , à mettre à l'aife tous les crimes
à délivrer les fcélérats du frein de la terreur . )
Le difcours de M. Duport a été fréquemment
14
FS
( 130 )
interrompu par des murmures d'improbation &
d'impatience , auxquels il a répondu : fi Mon,
zefquieu parloit à cette tribune , quelqu'un au
roit - il l'audace de l'interrompre » ? Tournure
pen modefte qui n'a fait qu'augmenter le brouhaha.
Mais , & les abſtractions , & le code pénal
, & l'ennui , tout a difparu devant un autre
objet , affez extraordinaire en effet pour abforber
l'attention de l'Aſſemblée. Le préfident a dit : « uu
homme également connu par fon éloquence &
ſa philofophie , M. Pabbé Raynal m'a remis &
m'a prié de préfenter à l'Affemblée nationale une
adreffe de lui ; elle eft écrite avec toute la li
berté qu'on lui connoît , avec tout le refpect dû
aux légiflateurs , mais en félicitant l'Aflemblée
de les travaux , il ne l'adule point fur les fautes
qu'il croît qu'elle a commiſes . L'affemblée veutelle
en entendre la lecture » ? :
On a crié de toute part : oui , oui , & M.
Ricard , fecrétaire , a lu la lettre de M. l'abbé
Raynal , fans contredit l'un des meilleurs ou
vrages de cet écrivain célèbre aux yeux des
philofophes , des politiques & des moraliftes.
(Nous l'avons tranferite la femaine dernière ) ;
m'en vais. -
Il nous feroit impoffible de rendre les clameurs
qui ont cent fois coupé la lecture des
cette lettre Au comité de fanté. -- C'est aujourd'hui
le rétabliſſement du defpotifme. -- Si
Ton eft d'avis d'entendre ces infolences - là , je
Celui qui a provoqué la lecture:
d'un pareil écrit eft digne . C'eft un rapport:
de M. Malouet. ·• M. Malouet & les frens nous
difent cela tous les jours. Déclamations wagues
. Aux quatre- vingts ans : on le voit bien.
Au paffage qui concerne la déclaration des
droits : c'est un blafphême, -- On calomnie l'abbé
--
--
Raynal. A Fendroit où l'auteur peint l'Eu2
rope alarmée des nouveaux principes : tant
mieux ,
tant
mieux.
A peine a - t-on eu firi cette défolante lecture
que M. Roberfpierre s'eft emparé de la tribune
& a dit que jamais tant au- deffus
Affemblée ne lui avoit paru
fes ennemis , qu'au moment
où il l'a vue écouter avec une tranquillité fi expreffive
, la cenfure la plus violente de fa conduite
& de la révolution qu'elle a faite , &
qu'elle doit protéger . Eloigné de diriger la févérité
des légiflateurs , ou même l'opinion , contre
un homme qui conferve un grand nom , il à
rappellé fon âge pour Fexcufer , & a prétendu
que fa lettre produiroit un effet contraire à celuiqu'on
en
attendoit
4
-
94 « Qui , Meffieurs , tout le monde dira : Ellé
eft donc bien favorable au peuple , bien funefle
à la tyrannie , certe conftitution ; ils ont donc
acquis bien des droits à la reconnoiffance des
nations , ceux qui ont contribué à cette révolution
, puifqu'on emploie des moyens fi extraor
dinaires pour les décrier... Ils font donc bien
dignes d'être imités par tous ceux qui gouvernent
ou qui repréfentent les peuples , puifqu'on a
pouffé l'acharnement contre eux , au point de
fe couvrir du nom d'un tel homme pour les
calomnier , puifque feus le nom de cet homme
connu jufqu'ici , dans l'Europe , par un amour
paffionné de la liberté , qui étoit jadis accuſé de
licence par ceux qui le prennent aujourd'hui pour
leur apôtre , pour leur hérault , ont été produites
fes opinions les plus contraires aux ficnnes , les
abfurdités même que l'on trouve dans la bouche
des ennemis de la révolution , non plus fimple
ment ces reproches imbécilles prodigués contre ce
F 6
( * 32 )
que l'Affemblée Nationale a fait pour la liberté,
mais contre la nation françaife toute entière , mais
contre la liberté elle-même... contre ce peuple tou
jours jufte, toujours patient , toujours vertueux » .
Après avoir accufé l'auteur de la lettre de
vouloir nous jetter dans l'anarchie en confeil
lant d'abandonner les principes , M. Roberfpierre
a conclu à ce qu'on paffat à l'ordre du jour,
Le côté gauche a couvert fon propre éloge d'applaudiffemens
ingénus , & des vociférations ont
appellé l'ordre du jour.
Le préfident a donné la parole à M. Roederer
qui demandoit à parler contre le préfident . M,
Bureau de Pufy a cédé le fauteuil à M. Rabaud,
& s'eft rendu à la tribune pour fe difculper ,
au milieu d'un carme horrible. M. Rabaud
s'eft couvert & le vacarme a redoublé . M. de
Folleville a judicieufement obfervé que le pré-
Gdent ne devoit pas quitter le fauteuil fur l'ac
cufation d'un feul membre , & fans l'ordre de
PAffemblée. Un décret & des applaudiffemens
ont record it M. Bureau de Pufy à fa place.
Alors il a expliqué comment il s'étoit déterminé
à la lecture de la lettre. M. Raynal la lui avoit
semife , en lui difant que fi on ne la lifoit pas
dans Affemblée , elle feroit livrée à l'impref
hon. Enfin , il a rappellé l'avis préalable que
l'adreffe n'aduloit point , & le defir qu'on avoit
sémoigné de l'entendre.
Plus preflé qu'on ne croyoit le paroître , de
paffer à l'ordre du jour , on s'eft hâté de lire
une lettre de la municipalité de Carpentras , qui
protefte à la face du ciel , que fon veu de réunion
à la France a été & eft encore libre ; renvoyée
aux comités diplomatique & d'Avignon . Une
lettre du miniſtre de la guerre a annoncé que
( 133 )
les foldats du régiment de Dauphiné ont chaffé
leurs officiers , ce que le miniftre attribue à des
maneuvres combinées .
M. l'abbé Maury a demandé qu'on ordonnat
provifoirement au régiment de reprendre fes officiers
; & M. de Cazalès qu'on ne les tînt point
pour chaffés , qu'ils fuffent maintenus dans leurs
Foftes , fi l'on ne vouloit pas livrer la France à
Janarchie des foldats . De violens murmures du
côté gauche « Ceux qui m'interrompent , a
repris M. de Cazalès , feront peut- être les premiers
à gémir de ce défaftre . » La lettre de M.
Duportail, a été renvoyée au comité militaire .
Da Mardi féance du foir.
Des députés des fix tribunaux criminels provifoires
de Paris , font venus annoncer qu'ils ont
quinze cents procès , où les nouvelles formes
ont été obſervées avec tant d'ignorance ou de
négligence , que prefque tous offrent des nullités ,
ce qui met les juges dans l'alternative de prolonger
la détention des accufés pour recommencer
les procédures , embarras effrayant par la dé
penfe , & par les dangers du nombre , des ma
ladies , du défefpoir & de l'infurrection ; ou de
juger indépendamment de ces formes , acte pour
lequel ils demandent à être autorités . On renvoie
leur demande au comité de judicature .
"
Des graveurs ont imploré une loi qui préſerve
leur propriété du dommage des contrefaçons .
M. de Viricu a demandé une loi contre les
gravures indécentes qui bleffent les moeurs &
qui font étalées dans les rues de Paris , avec
une profufion fcandalcule . On s'en eft remis
Pour celle- ci à la police qui tolère ces infamies ,
( 34 )
& la pétition des graveurs a été renvoyée au
comité de conſtitution.
Le général Luckner a demandé pour aide-de
camp un député membre du comité militaire , qui,
de capitaine deviendroit ainfi lieutenant- colonel .
M. Emmery cft chargé de propofer cette exception
au principe , MM. de Broglie & de Mu
rinais invoquent la préalable. M. Chabroud veut
l'écarter par une diftinction d'avocat . M. de
Cuftine prétend que M. de Broglie ne s'oppofe à
la demande que parce que fon coufin eft en
rivalité pour cette place avec M. Bureau de Pufy.
La question préalable a repouffé le choix du gé
néral Luckner.
M. Salles a fait , comme un autre , le rapport
de l'affaire de Colmar. Suivant ce rapport , le
directoire de diftrict avoit ordonné de fermer
Téglife des Auguftias , & celui du département
la tranflation des Capucins . Des factieux qui fe
Homment le peuple , fe font oppofés au départ
des Capucins & ont ouvert l'églife . Deux patriotes
ont voulu prêcher la paix , ainfi qu'ils le font
tous , à ces foi- difant catholiques , à ces fanati
ques & ont été mal reçus , maltraités . On arrêtá
quelques perfonnes , la municipalité les fit relâ
cher ; le frère du procureur- fyndic étoit l'un des
capturés . La garde nationale & les chaffeurs
d'Alface demandèrent en vain l'ordre d'agir. Information
commencée & affoupie. Le directoire
eft obligé de déclarer que l'églife reftera ouverte...
On craint que les citoyens ne s'entr'égorgent.
Faifant droit aux conclufions du rapporteur & le
difeenfant de preuves , felon l'ufage , l'Affemblée
a caté l'arrêté du directoire portant rétractation
de l'arrêté qui a fermé l'églife , confirmé la transs
lation des Capucins , fufpendu les adminiſtrateurs
( 135 )
fignataires de cette rétractation ; autorifé les
autres à s'adjoindre des membres du confeil du
département , à leur choix ; ordonné au directoire
refondu de juger la municipalité , de la
remplacer, Lettre de fatisfaction à la garde nat
tionale & aux troupes de ligne. Les adminiftrations
du Bas-Rhin feront renouvellées aux prochaines
élections . Le tribunal d'Altkirch pourfuivra
les auteurs des émeutes , & rendra compte
au miniftre de la juftice , pour que l'Affemblée
ftatue ce qu'il appartiendra.
Du mercredi , premier juin.
A la lecture du procès-verbal , M. de Vifmes
a témoigné le defir que les ci-devant adminiftrateurs
des domaines fuflent admis dans la régie
actuelle de l'enregistrement & du timbre , il steft
permis quelques expreffions favorables & juftes
en parlant de ces adminiftrateurs . Des huées
telles que,
fous l'ancienne police , on n'en entendit
jamais de fi indécentes , même dans le plus
ignoble des fpectacles forains , ont interrompu
l'honorable membre ; elles partoient des galeries .
M. d'André s'eft élevé contre un procédé fi infolent
, fcandaleux , & a demandé qu'on
chafsât ceux qui manquoient ainfi à l'Affemblée.
Il a bien voulu conyenir que les affiftans pou-.
voient non feulement applaudir , mais même
improuver; que les applaudiffemens ne gênoient
point la liberté des opinions , ce en quoi nous
ne fommes pas de fon avis ; mais il a dit que
les huées indécentes pouvoient faire croire au
public que l'Affemblée eft gênée. Plus accommodans
encore fur l'article du refpect , quelques
législateurs de la gauche ont murmuré de fa
motion , qui , cependant , eft devenue un décret ;
(( 136 )
le préfident l'a intimé à l'officier de garde , &
la queftion relative aux adminiſtrateurs a été
renvoyée au comité des finances.
On eft revenu au code pénal. M. Mercier a
penfé qu'un jour peut- être les haines éteintes ,
la paix & l'ordre rétablis , permettroient d'abolir
la peine de mort ; mais que jufques - là, il étoit
indifpenfable de la conferver . pour les crimes
d'homicide , de haute trabifon & de contrefaçon
de monnoies ou d'affignats.
ว
313
Il a été décrété que la peine de most feroit
confervée.
2
M. le Pelletier de St. Fargeau a propofe cette
queftion : la peine de mort fera-t-elle réduite à
la privation de la vie La forte de battologie
qu'offroient la mort & la privation de la vie
a d'abord excité les rires de quelques - uns. En
zappellant la monftrucuſe pitié du bon peuple
de Versailles , pour le parricide qui fut dérobé
au fapplice , le jour même où d'honnêtes gens
étoient civiquement menacés du fatal réverbère ;
M, Garat l'aîné a demandé qu'on coupât la main
du parricide. Nouveau Solon , M. Barrère de
Vieuzac s'eft vivement récrié contre l'idée de
nommer le parricide dans une loi d'un ſi beau
Lèelo ; M. Prieur affuroit que fous le régime
actuel , il n'y auroit plus de parricides. M. de
Cuftines fupprimoit juſqu'à l'appareit des ſupplices.
M. de St. Fargeau n'oppofoit au parricide
que la loi & la nature une très - petite majorité
a rejeté l'amendement de M. Gerat
Faîné.
M. de Beaumetz a demande qu'on ne comprác
pas les voix des prêtres catholiques. A entendre
M. Charles de Lameth , les exécutions publiques
font contraires aux moeurs & au caractère doux
1
( 137 )
& humain des François . M. de la Chèze la rés
futé par le befoin d'exemples frappans ; & für
une fage motion de M. le Grand, on a décrété
le principe que l'appareil des fupplices fera gra
dué fuivant les délits . M. Madier vouloit qu'il y
cût des mutilations pour les régicides ; cette pro
pofition a été couverte d'un étrange murmure.
Le parricide n'étant pas mutilé , M. Garat l'aîné
a jugé que le régicide ne devoit pas l'être . Plufieurs
voix , toujours du côté gauche , ont crié
tumultueufement : à l'ordre du jour ; & l'Affemblee
a cédé à leur impulfion .
Une lettre de M. de Montmorin a fait part
à l'Affemblée des plaintes de ce miniftre au fujet
d'un article inféré dans le Moniteur , n°. 1514
fous le titre d'Allemagne , où l'anonyme prétend
avoir eu communication des originaux de contrelettres
envoyées dans les cours étrangères , en
même temps que la lettre du Roi , & prête à fa
majefté le projet d'évasion le plus abfurde , en
affirmant que ces détails partent des Tuileries.
Le miniftre protefte , fur fa refponfabilité , que
le propt n'a jamais exifté , non plus que les
contre-lettres , & finit par dire que le Roi lui a
ordonné de l'attefter au corps légiflatif.
M. Loys demandoit que Faccufateur public
pourfuivit l'imprimeur du Moniteur , pour qu'il
nommât l'anonyme. De violentes clameurs ont
appellé l'ordre du jour ; un décret a décidé qu on
n'y pafferoit pas . On veut, a dit M. Lavigne ,
que l'Affemblée defcende dans l'arêne avce un
journaliſte , qu'elle le dénonce à l'accufateur
public , & prenne fait .& caufe. Eh ! pourquoi ?
eft-ce une chofe d'intérêt générab ? ( Oui , oui ,
lui ont crié les François du côté droit . :) Mais ,
perfiftant en patriote à ne voir aucun intérêt pu(
138 )
blic lézé , par une infame caloranie fur le compte
du plas vertueux & du plus malheureux des
Rois, M. Lavigne a perfifté dans fon dire , qu'il
n'y avoit la rien qui compromit ni l'intérêt
commun , ni l'intérêt particulier ( commie fi
Louis XVI n'étoit pas même un particulier ) ;
& il a demandé qu'en pafsât à l'ordre du jour.
Le corps legatif ne peut voir avec indifférence,
le chef de la nation calomnié par un folliculaire
, difoit M. de Montlaufier. M. Bouffion
renvoyoit cela avec la lettre de M. l'abbé Raynal
, faillie de dépit que les ftoiciens de la gauche
ent trouvée indifcreite . Il eft hors de la conftiturion
que l'Affemblée dénonce un individu à
l'accufateur public , a dit M. Duport , qui ou
blioit tant d'accufations , tant de dénonciations
accueillies , provoquées & tranfmifes par des
décrets aux accufateurs publics .
Se trouvant naturellement à la hauteur de M.
Lavigne & des tendres amis du Roi , qui le révèrent
trop pour empêcher qu'on ne l'outrage ,
M. Roberfpierre a frémi que l'Affemblée ne pré
jugeât en dénonçant , ce qu'à l'en croire , clle
n'avoit jamais fait , & il a écarté des motions
auffi feruiles par la queftion préalable.
a
Après avoir obfervé qu'il s'agifolt dun
foupçon affreux jetté fur la probité du Roi , M
de Liancourt a obfervé que file Moniteur; dés
ment par le miniftre , ne fourniffoit aucune
preuve , le Moniteur : pafferoit poprium catommitcurs
impani a ajoutés M. de Montlaufer.
D'impérieufes clameurs ont fermé la , difcuffion
& ramené l'ordre du jour.isnuppy
Voici les deux articles décrétés dans cette
féance ( th doub zingman of that
Art. I. La peine de mort fera réduitel 41
perte de la vie fans torture, »
( 139 )
ל כ
II. La réintégration dans l'état de citoyen
pourra avoir lieu , & aucune marque ou flétrif
fure perpétuelle ne pourra être appliquée fur le
corps d'aucun individu condamné. »
Du mercredi , féance dufoir,
On a lu une adreffe attribuée à la ville de
Bordeaux , qui , digne des auteurs de la première
, & bien différente de celle de Nantes ;
qu'on ne lit pas , admire toujours le dernier
décict en faveur des hommes de couleur , annonce
que l'embargo eft levé , & que l'infcription des
citoyens qui veulent aller maintenir par la force
le décret qui doit confommer la profpérité des
colonies , fe continue d'une égale ardeur. Grands
batterens de mains.
Après de fteriles débats , que nos lecteurs nous
fauront gré de leur épargner , on a décrété les
articles fuivans fur les domaines congeables.
EC
II . Aucun propriétaire foncier ne pourra , ſous
prétexte des ulemens , dans l'étendue defquels les
fonds font fitués , ni même fous prétexte d'au
cune ftipulation inférée au bail à convenant ou
dans la baillée , exiger du domanier aucun diost
ou redevance convenancière de même nature &
qualité que les droits féodaux fupprimés fans
indemnité par les décrets du acût 1789 &jours
fuivans ,,
par le décret du 1 mars 1750 , & autras
fubfequens , & notamment l'obéillance à la ci
devant justice ou jurifdiction du foncier ; le droit
de fuite à fon moulin , da collecte du rôle de fes
rentes & cens , & le droit de déshérence ou échute .
II. Pourront les domaniers , nonobftaur
tous ufemens ou ftipulations contraires , aliéner
les édifices & fuperficies de leurs tenues pendant
la durée du bail , fans le confentement du pro(
140 )
priétaire foncer , & fans être fujets aux lods &
ventes ; & leurs héritiers pourront divifer entr'cur
lefdits édifices & fuperficies , fans le confentement
du propriétaire foncier , fans préjudice de la
folidarité de la redevance , ou des redevances
dont lesdites tenues font chargées. »
« IV. Le propriétaire foncier ne pourra exiger
du domanier aucunes journées d'hommes , νοί
tures , chevaux ou bêtes de fomme, qui n'au
Font point été ftipulées & détaillées par le bail
ou la baillée ; & à leur défaut par actes récognitoires
& qui n'auroient été exigés qu'en
vertu des ufemens ou d'une claufe de foumiflion
à eux. Lefdites journées qui auront été exprefmeni
ftipulées , ne s'arrérageront point ; elles
ne pourront être exigées qu'en nature , & néan
moins les abonnemens feront exécutés fuivant la
convention, » A
Du jeudi, 2 juin.
Le préfident a annoncé que plusieurs particu
liers attachés aux états- majors demandoient que,
le comité des penfions s'occupât de la liquidation
qu'ils réclament. M. Camus a répondu qu'on s'en
étoit occupé & qu'on avoit rejetté leur demande,
Sans doute l'article du procès -verbal contenant
la réponſe non - motivée de M. Camus tiendra
lieu d'un décret fanctionné,
M. Dufraiffe Duché a dénoncé à l'Aſſemblée
un nouveau fruit de l'impunité , un nouvel attentar
que so perfonnes venoient de commettre
dans l'églife des Théatins , à Paris , où des prêtres
non-conformistes difoient la meffe . Il eft conftant
que ces paifibles eccléfiaftiques n'y faifoient pas
autre chofe , quoiqu'un député journaliſte ait ole
imprimer le lendemain , qu'ils ne fe contentoient
( 141 )
pas de prêcher la morale & des dogmes , mais
qu'ils prêchoient encore une politique qui n'eft
plus celle de la nation Françoife ; impofture
calomnieuse , l'un des moyens familiers des apo
logiftes du crime & de l'anarchie. Narrateur.
véridique , M. Dufraiffe a raconté que cette
troupe eft entrée dans l'égliſe avec fureur , a
difperfé les prêtres & les affiftans , renversé
l'autel , profané tout ce qu'il y a de plus faint.
L'affemblée n'eft pas un tribunal de police ,
a dit M. Regnault de Saint-Jean-d'Angély. On ne
lui doit pas compte de femblables détails . Le
département de Paris a aflez prouvé , & il prouvera
, j'efpère , qu'il veut & fait maintenir les
loix. Il n'a rien prouvé encore , a répondu
M. Malouet. --- On ne doit pas Vintervertir
l'ordre & l'exercice des pouvoirs que l'Affemblée
a délégués , a poursuivi M. Regnault , après de
-longues phrafes . Il renvoyoit la dénonciation au
département & à la municipalité.
. J
ce Vous voulez détruire la religion , s'eft écrié
M. Dufraiffe . Il faut que l'Allemblée décide
fi elle veut permettre tous les cultes excepté le
culte catholique , a dit M. l'abbé Couturier.
Le tumulte & le cri d'ordre du jour , ont couvert
s les voix , & fon s'eft trouvé à l'ordre du
routes
jour.
M. Camus a propofé un décret en douze articles
fur les frais de l'adminiſtration de la trẻ-
forerie de l'extraordinaire . On en a ordonné l'impreffion.
Sur la motion de M. Cernon qui a évalué
l'économie réſultante de ce procédée , à 12 ou
100 mille livres feulement d'ici au 15 du mois
TAffemblée a décrété que le tréfor public ;
( 142 )
*
3
compter d'aujourd'hui , ne fournira plus de nu
méraire à la caiffe de Poiffy.
SOngar décrété quelques articles relatifs aux
tribunaux criminels. Nous les tranfcrirons ailleurs
.
Le comité de jurifprudence criminelle a décidé
qu'il n'y a pas lieu à délibérer fur l'adreffe des
Mix tribunaux proviloires de Paris concernant les
procès ou les formes nouvelles ont été mal obfervées
; conféquemment il faudra recommencer
ces procès , duffent les prifons régorger, d'ac
-cúfés.
Organe du comité diplomatique , M. Fréteau
a lu une lettre de M. Jefferfon miniftre des Etatsunis
de l'Amérique , & une délibération des Etats
de Penfilvanie. Ce font des remercimens pour
le deuil de Francklin , des éloges , & des voeux
de fraternité. Ils ont éré fort applaudis. Après
cette lecture , M. Fréteau a propolé & l'Affemblée
a adopté un décret portant les politeffes
d'ufage , l'impreffion infection au procèsverbal
, & que le Roi fera prié de faire négocier
avec les Etats- unis un nouveau traité de commerce.
Une lettre du miniftre de la guerre a invité
refpectueulement l'Affemblée , à lever les diffi
cultés qu'oppofe au mouvement des troupes ,
décret qui ordonne qu'elles n'approcheront pas
- de moins de trente mille toifes , du lieu où réfide
le corps légiflatif; décret qui fuppofe que les
troupes feront délogées de Saint - Denis , Pontoife
, Melun , Senlis , Luzarche , Verfailles ,
&c. Pour le rendre des départemens maritimes à
ceux du Nord , elles feront un détour fatigant ,
• coûteux & nuifible au fervice qu'il retardera.
(( 143 )
Le comité eft chargé d'expliquer la loi qui n'eft
pas encore fanctionnée .
On a repris le code pénal , & il a été queftion
de favoir fi la peine des travaux publics feroit
confervée . M. de Saint- Fargeau & tous les
novateurs la fupprimoient. M. Malouet a obfervé
que les travaux publics de 6000 forçats
diftribués dans les ports de Breft , Toulon , Rochefort
, produifoient un gain réel à l'état de près
d'un million , que les forçats font dans ces ports
d'une utilité reconnue. Quatre-vingt - trois mai
fons de force à bâtir ont juftement effrayé M.
Brillat-Savarin. Le refte de la difcuffion ayant
plus tenu des fyftêmes philofophiques ou des
arguties d'avocats qui railonnent également de
tout , que de vraies notions ppoolliittiiqquueess & pra- &
tiques , nous nous bornerons au résultat , c'eftà-
dire au décret qui agterminé par lequel
l'Aſſemblée a ſtatue que la peine des travaux
publics forcés feroit continuée , pour les crimes
qu'elle défigneroit enſuite, estup
Du vendredi , 3 mai.
M. Lanjuinais a demandé que le comité de
contribution préfentât ces jours-ci un projet de
décret qui , faifant ceffer l'infolvabilité actuelle
de la ville de Paris , indiquât les fonds fur lefquels
feront payées à l'avenir les dépenfes de
ville. Ordonné. cette
On a repris la difcuffion du code pénal . I
s'eft d'abord agi de la maniere d'ôter la vie aux
criminels condamnés . Le lecteur nous difpenfera
de nous appefantit fur des détails , dont 1 horreur
n'a pas été diminuée par l'effet des lumietes.
Défolé de n'avoir pu fauver la vie à tous
les fcélérats , le comité propofoit de leur tran(
144 )
cher la tête ; la pendaifon lui paroiffoit trop
cruelle ; mais M. Chabroud a trouvé que c'étoit
careffer un préjugé qui n'existe plus , & ayant
écarté les careffes du damas ou de la guillotine ,
la déclaré qu'il penchoit pour la potence .
des articles décrétés donneront une idée fuffifante
de la difcuffion , qui continuement dégoûtante
, n'a pris un degré d'intérêt propre à
foutenir fans douleur l'attention de l'homme fen
fible , que lorfqu'il a été queſtion du droit de
faire grace ; encore falloit-il pour cela fe bercer
de l'etpoir trompeur , que ce droit ne feroit pas
le dernier fleuron que la démocratie nageant dans
l'eau forte , arracheroit de la couronne, 79
Auroit- on préfumé que M. de Saint- Fargeau
propoferoit au nom du comité , de fupprimer la
faculté d'accorder des lettres de grace ? Oni ,
M. l'abbé Maury a montré dans ce droit calomnié,
moins une prérogative du Monarque , qu'one
fuite des principes fondamentaux de toutes les
monarchies , qu'une inſtitution que tous les perples
ont reconnue néceffaire à la fage adminif
tration de la juftice générale , dont l'inflexibilité
demande une juftice particulière appellée avec
railon clémence & qui doit être fife en depot
dans les mains du Rois slidup south
כ כ
Ce n'eft point aux jurés à faire grace , ils
ne jugent que du fait ce n'eft point aux juges,
ils font des officiers de juftice & non de clemence.
En Angleterre , ou l'on a Ta' fe préfer
ver des écarts du defpotifme , le ferment du
Roi , à fon porte je promets de faite -exécuter facre
la justice avec miléricorde. Les Anglois
ont voulu qu'il fut le miniftre de la clémenée
publique . Si le Roi he left pas en France , qui
-Ana qual ob dioloqorq szimoɔ of gesondidod athe
( 145 )
le fera ? Vous lui ôtez le feul moyen' qu'il air
d'arrêter le plus funefte effet de la prévention
des juges . Que le peuple abulé par de féduifantes
vraisemblances préjuge un accufé , que les
jurés prononcent fans examen ou par frayeur » ...
( Ici des oh oh ! du côté gauche ont interrompu
l'opinant . )
« Je fouhaite , Meffieurs , a- t- il repris , que
vos jurés foient des hommes inacceffibles à la
crainte car je ne dois pas fuppofer l'hypothèſe
de la corruption ; j'admets donc que vos jurés
s'établiront , ce qui ne m'eft pas encore démontré......
Je vous en demande pardon , c'eſt avec
l'inftitution des jurés que les Anglois ont fu
allier la prérogative royale. Il n'existe pas dans
l'univers un monarque qui n'ait ce droit la
pourquoi voudroit-on l'enlever au chef (uprême
de la première monarchie de l'univers ? Quelle
méfiance peut-on avoir , avec les nouvelles précautions
que vous avez prifes pour organifer la
légiflation criminelle , avec la refponfabilité des
miniftres , avec le foin de faire enregistrer les
lettres de grace qui jamais ne furent exécutées
fans être enrégiftiées ?
à
ככ
En exceptant l'affaffinat prémédité & le crime
de lèze - nation , M. l'abbé Maury a prouvé , pr
des exemples , qu'il n'y auroit aucun inconvéniej t
ce que le Roi de France confervât un droit
que tous les peuples , que les Anglois , & leurs
jerés béniflent dans leur Roi . cc Remarquez ,
a-t-il pourfuivi , que , par un mouvement inexplicable
, les mêmes hommes qui ne vouloien t
pas avant -hier qu'on pût condamner un feul
homme à mort , ne veuient plus aujourd'hui
qu'on puiffe faire grace à un feul condamne.
L'Affemblée doit fe défendre du penchant
No. 24. 11 Juin 1791 . G
( 146 )
qu'on lui imprime à mettre le Roi hors de la
conftitution , à changer le royaume en république.
Entouré de peines qui lui font exclufivement
réſervées , le Roi a beſoin d'une confolation
.qui ne foit que pour lui ; elle exifte dans
la douceur de faire grace. L'Affemblée ellemême
feroit obligée d'accorder ce droit à un
général dont elle figneroit la patente . Il feroit
injufte , cruel , de décréter la peine de mort ,
& de refufer au chef fuprême de la nation le
droit de commutation de peine . Dans l'infurrec
tion d'une ville , d'un régiment , on ne peut
s'abftenir de faire grace . Ce droit eft une partie
du pouvoir exécutif. Cela eft tellement démontré
, que fa vous ne l'accordez pas au Roi , bien
#
certainement vous ne l'accorderez à perfonne .
L'orateur a peint enfuite toutes les communes
de France réunies , confultées fur cette grande
queftion , & s'empreffant de porter , par accla
mation , au trône de leur Roi , la prérogative
de fermer les tombeaux . Nous n'exprimerors
ici ni les murmures ni les huées qui ont interrompu
fouvent ce difcours improviſé , que
M.
Duport a traité de déclamation.
ཁ་
Combattant le droit facré de faire sgrace , par
tous les reproches que les vices des courtians
fourniffoient autrefois à l'éloquence , & confidérant
toujours les Rois comme les ennemis.
nés de leur peuple , M. Duport a prétendu
qu'en Angleterre le Roi accorde des graccs
, parce que tous les crimes y font punis
de mort, & parce que les jurés Anglois , moins
bien conftitués que les jurés François , ne jugeant
que du fait & non de l'intention ,
juges exercent la juftice rigoureufe , & la nation
défère au Roi la juftice d'équité , fur les notes
les
( 147 )
que lui préfentent ces juges inftitués par le Roi .
--En France , les jurés éparpillés , les juges fé .
dentaires , & choifis par le peuple , ne pourroient
déterminer le Roi à faire grace ou non ; le fait
& l'intention y feront jugés enfemble ; & ainfi
l'équité s'y confondra avec la juftice .
A l'objection de M. Dufraiffe , que parmi les
graces confignées dans les regiftres de la chancellerie
,il y en avoit 90 fur 100 accordées à la claffe
du peuple la plus éloignée des courtisans , M.
Duport a répliqué que jamais un homme confdérable
n'avoit été mis en jugment . On lui ca
a cité.
M. de Menonville lui a prouvé que les raifonnemens
fur les loix & fur les jurés d'Angleterre
, décélcient « une profonde ignorance » ;
que les jurés Anglois jugent de l'intention , de
la moralité de l'action , puifque leur jugement
feroit nul s'il ne contenoit pas le mot malicieufement
; que de 139 efpèces de crimes capitaux
ou de félonie , il y en a 128 dont la peine de
mort eft remife par le bénéfice du clergé , indé
pendamment des graces que fait le Roi ; ce qui
détruit l'argument tiré de la mort appliquée
des actes peu condamnables .
Cette question eft très - fimple , & ne peut
offrir la plus légère difficulté , s'est écrié M.
Charles de Lameth . Il n'y a pas de conftitution,
fi l'on met quelqu'un au - deffus de la loi. Jamais
il n'entra dans l'efprit d'un feul des membres de
l'Affemblée compofant la majorité , qui a fait la
conftitution , d'accorder au Roi le droit de faire
grace . Ne pas dépouiller le Roi de ce droit ,
ce feroit autorifer la faine opinion publique à
doyter du civifme de l'Affemblée .
M. Laville aux bois déféroit au peuple le ❤
G 2
( 148 )
E
droit de faire grace , & citoit Charlemagne. M.
Lanjuinais a traduit le mot peuple , en demandant
fi le corps législatif ne fe réferveroit point
un fi beau droit . Selon M. Charles de Lameth,
'il falloit aller aux voix fur le champ. Mais jugeant
peut -être mieux des difpofitions momentanées
de l'Affemblée , M. de St. Fargeau a dit
qu'on ne devoit pas craindre la lumière , & la
difcuffion a été prorógée , ajournée au lendemain.
Nous donnerons dans huit jours , avec leur
fuite , les articles décrétés aujourd'hui , & qui
fuppriment la potence , en remplaçant ce fupplice
par celui de l'amputation de la tête.
Du famedi , 4 juin.
Sur une lettre du miniftre de la guerre , & un
rapport non- motivé , l'Affemblée a décrété que
le fieur Mufcar , fous- officier du 71º. régiment ,
ci-devant Vivarais , accufé l'année dernière du
foulèvement d'une partie de ce corps , fera mis
en liberté , maintenu dans fon grade , & recevra
fa paye entière depuis le jour de fon arreſtation ;
décret inexplicable après tant d'affurances que le
corps législatif ne peut , ne doit , ni ne veut exercer
aucun pouvoir judiciaire , acte arbitraire qui ne
fauroit être juftifié par le nombre infini des
exemples qu'on en donne.
M. de Cernon a propofé de nommer un nouveau
commiffaire du Roi pour furveiller la fabrication
des affignats de livres , & d'une foixantaine
d'agens pour les figner , numéroter ,
enregiftrer . On a obfervé que ce feroit une dépenfe
de cinquante mille francs de plus . L'embarras
des fignatures à la main a fait préférer
les griffes & les eftampilles , plus ailées à contrefaire
, mais plus expéditives ; & le nouveau commiffaire
ne fera point nommé.
( 149 )
Rentré dans la difcuffion fi longue , fi vuide
fi précipitée du code pénal , M. Péthion a victorieusement
difputé le droit de grace au Roi ,
en fe fondant fur ce dilemme , qui n'a que, le
-défaut de ne pas contenir ce qui précisément en
détruitoit la conféquence ; mais l'éloquence populaire
n'y regarde point de fi près. « Ou le
condamné cft coupable , ou il eft innocent . S'il
eft innocent , il n'a pas befoin de grace . S'il
eft coupable , les lettres de grace font une injuftice
envers la fociété . » Depuis tant de fiècles
que les Rois ont le droit de faire grace , perfonne
n'auroit-il donc pu raifonner de cette force
fi c'eût été raifonner : M. Péthion ne dit rien des
condamnés qui, moralement innocens , font matériellement
coupables ; rien de ceux à l'égard
defquels on ne pourroit fuivre la juftice légale
& rigoureufe , fans bleffer l'équité naturelle ,
T'humanité , la fociété , l'intérêt commun , ou
fans caufer de plus grands maux que l'impunité.
Mais il a répondu d'avance à tout par la crainte
d'élever un individu au- deffus des loix » , &
par le mot defpotifme , & en fuppofant des jurés
parfaits , des juges parfaits , des loix parfaites .
M. de Toulongeon n'a vu ni dans l'acte des
jarés qui jugent du fait , ni dans l'acte du juge
qui applique la loi au fait , aucun remède à la
rigueur & à l'imperfection des loix pour une
multitude de cas impoflibles à prévoir où un
condamné peut mériter un pardon. Le droit
qu'a la nation de faire grace , il vouloit qu'elle
le déléguât au Roi , au nom de qui fe rend la
juftice . Mais on aura foin de tout prévoir , &
ce beau droit national ne peut fe déléguer , felon
M. Goupil de Préfeln.
Plus fyftématique dans le même fophifme >
G 3
( 150 )
M. le Pelletier de Saint - Fargeau abolifoit les
lettres de grace , même enregistrées , comme arbitraires
, & maintenoit , je ne fais quel droit de
miféricorde , en foutenant qu'il étoit confacré par
le code pénal , les jurés ayant à prononcer fi le
crime a été commis volontairement ou involontairement
, fi le coupable eft excufable ou non.
C'eft ériger en philofophes , des jurés tirés de
toutes les claffes du peuple .
La matière ainfi débattue , on brûloit d'aller
aux voix , avant que le plus grand nombre des
membres n'arrivaffent . De violens murmures ont
fouvent interrompu M. Malouet qui , d'abord ,
infiftoit fur la néceffité de rendre au monarque
, au trône , toute leur dignité conftitutionnelle
; qui foutenoit qu'il feroit plus fage de
confier au Roi , qu'aux jurés , le droit de faire
grace , & qui a propofé enfin , que , lorfque les
jurés auroient déclaré que le coupable eft exécu
fable , il fût renvoyé devant le Roi pour avoir
des ties de grace . La préalable a repouffé
"jufqu'à cette réclamation d'une fimple forme momarchique
; & l'Affemblée a décrété l'article du
comité , c'est-à- dire , que les lettres de graces
font abolics , pour tous crimes jugés par des
jurés.
Nous tranfcrirons la femaine prochaine les
articles décrétés dans cette féance .
Du famedi , féance du foir.
On fe rappelle cette fable atroce , d'abord
contée à la tribune de l'Affemblée nationale ,'
accueillie , & perfévéramment propagée par cént
libelles périodiques , contre M. de Mefmay ,
confeiller au parlement de Befançon & feigneur
de Quincey. On fait qu'il fut accufé , fur un
procès -verbal calomnieux , d'avoir miné & fait
( 131 )
Lauter fon château & fon jardin , pour faire périr
le bon peuple qui danfoit. On fait que les journaux
& les théteurs nous peignirent cette explofion
accidentelle , comme une confpiration infernale
de l'aristocratie aux abois . On fait enfin ,
que préjugeant ce crime invraiſemblable , l'Aſſemblée
nationale frappa l'innocent non - feulement
far terre de France , mais encore dans l'Etranger ,
en ordonnant au Roi d'y faire poursuivre M. de
Mefmay. Cet infortuné magiftrat a erré depuis ,
d'afyle en afyle , n'ofant fe montrer , & portant
comme Cain , la marque indélébile dont l'injufte
précipitation de l'Affemblée nationale l'avoit frappé.
Seul , je m'élevai contre l'accufation , contre le
jugement. Je démentis cet infâme narré de la
fcélérateffe je citai des témoignages certains :
M. Bureau de Pufy , aujourd'hui préfident , &
député du bailliage de Vefoul , eut l'humanité
de me faire paffer des documens que je publiai .
Au crime d'avoir calomnié M. de Mefmay , les
journalistes joignirent le crime de ne rien imprimer
des faits qui établiffoient fon innocence . Il a
gémi deux ans fous cet opprobre. Enfin , aujourd'hui
, un membre du comité des rapports a
avoué l'erreur de l'Aflemblée nationale , les calonnies
du verbal , & rapporté les caufes de
l'accident , exactement telles que nous les exposâmes
au mois d'août 1789. C'eft le tribunal
de Vefoul qui , après une longue procédure , a
déchargé pleinement M. de Mefmay & les coaccufés
. Sur la motion équitable de M. de Serent ,
l'Affemblée a décidé que cette fentence feroit
relatée dans fon procès -verbal de ce jour ; mais,
qui indemnifera l'innocent de fes fouffrances ,de
l'opprobre auquel on l'a dévoué , de fes pertes
immenfes , de fon château détruit , de les pro-
G4
( 152 )
priétés ravagées ? Et l'on nous entretient de
régénération!
Un décret a diftribué un certain nombre de
penfions aux veuves & orphelins des gardes nationaux
tués à Nancy , ainfi qu'aux bleffés dans
l'invafion de la Baftille.
La féance a été terminée par un décret , qui
indique les réparations à faire au canal de
Gifors .
Du Dimanche , 5 Juin.
La féance entière a été donnée à un rapport
de M. de Lamerville , fur ce qu'il a nommé
loix rurales. De ces loix qui ne font autre choſe
des maximnes de droit naturel , les unes ont
que
été ajournées , & les autres décrétées. Nous les
donnerons par la fuite tous enſemble .
Le tribunal de St. -Germain en Laye a reçu
une dénonciation contre un membre de l'Affemblée
nationale . Il a informé , & décrété le prévenu
; aujourd'hui il eft venu préfenter la procédure
, en follicitant la rigueur des loix contre
les malveillans. C'eft la premiere fois , je crois ,
qu'un tribunal doué de quelque jugement , s'eft
avifé d'ériger la malveillance en crime capital ;
cette feule épithète dénote à l'avance ce que
le délit pourfuivi & la procédure faite par les
juges de St.- Germain. On a renvoyé ce paquet
aux comités des rapports & des recherches.
font
En dépouillant le Roi du droit fagement
limité de faire grace , on a coupé la dernière
artère du Gouvernement Monarchique.
Aucun fentiment n'attache plus le
Peuple au Prince ; & la dégradation mo(
153 )
"
rale du Trône eft confommée. Jamais
cette prérogative fublime , dont l'abus eſt
un être de raifon dans une Conftitution
libre , où les Agens de la Couronne font
refponfables , & où les Loix reftreignent
dans de juftes bornes , l'ufage de la clé
mence ne fut difputée à aucun Roi ,
dans les Monarchies les moins abfolues.
Le Roi de Pologne en jouit , avec les réferves
qu'exigeoit l'intérêt public. Les
Américains unis l'ont accordé au Préfident
de leur Congrès , fauf dans les cas
d'impeachment certes , il eft à croire que
lorfque ces Républicains nous ont félicité
d'avoir acquis la liberté , ils ignoroient que
cette liberté confiftoit à réduire le Roi de
France , à des prérogatives bien inférieures
à celles d'un Préfident du Congrès , dans
un Empire de 25 millions d'ames , vieillies
, ufées par les habitudes du defpotifme ,
& dont la profonde immoralité ne voit
dans un affranchiffement politique , que
celui de tous les freins. Le Roi d'Angleterre
eft également en poffeffion immémoriale
du droit de faire grace. M. Duport
s'eft abfolument tronipé dans le jugement
qu'il a porté à ce fujet il n'y a pas de
replique à la réponſe très -jufte que lui a
fait M. de Menonville. Pour fuppléer à la
trop grande précifion de ce Député , &
-juger fans appel le différend , nous tranfcrirons
ici le beau morceau de Blackflone ,
GS
( 154 )
concernant le pardon Royal. Tom. IV ,
liv. IV , chap . 31 .
Le pouvoir de pardonner , dit ce célèbre
Jurifconfulte , eft la plus douce prérogative de
» la Couronne . Les Loix ne fauroient comporter
و د
des principes de tolérance pour le crime ; mais ,
» par notre Conftitution , la Juſtice fait affeoir
» la compaffion à côté d'elle. C'eſt un ferment
que le Roi fait à fon Gouvernement. Il ne
20 condamne ni ne peut condamner perfonne par
» lui-même : on lui a réſervé l'oeuvre intéreffante
» de la miféricorde . »
« C'eft un des avantages de la Monarchie fur
les autres formes de Gouvernement , d'établir unc
Cour d'équité dans le ecur du Monarque , pour
mitiger la rigueur de la Loi , dans des cas qui
femblent demander l'exemption de la peine. Quelques
Théoriftes , il eft vrai , fuppofent que le
pardon doit être exclus d'une parfaite légiflation,
où les peines feroient douces , mais certaines
car la clémence du Prince eft une improbation
tacite de la Loi. Cependant , ôtez au Roi le
privilége de faire grace , vous donnez au Juge
eu aux Jurés le pouvoir dangereux de prendre
L'efprit de la Loi , au lieu de la lettie . Autrement
, il faudroit foutenir ce que perfonne
n'avancera férieufement , que la fituation & les
circonftances ou fe trouve le criminel , quoique
la nature du crime foit la même , ne doivent
Fien changer à la punition ». « Le pouvoir de
pardonner ne peut pas fe combiner avec la démocratie
, car elle ne reconnoît rien au- deffus du
fimple Magiftrat qui eft le Miniftre des Loix ,
& ce feroit une mauvaife politique de placer
dans la même perfonne le pouvoir de condamner
& celui de pardonner. Mais , dans les Menar-
›
( 155 )
chies , par-tout où la Nation voit le Prince repréfenter
de fa perfonne , elle ne doit voir en
lui que bonté & grace. Les oeuvres de magnificence
& de compaffion lui attachent les Citoyens ,
& contribuent plus que tout autre chofe , à enraciner
dans leurs ames , l'affection & la loyauté
qui font la sûreté du Trône . » )
Ces confidérations d'un efprit jufte , ne
paroîtront fûrement pas des opinions philo-
Sophiques , à ceux qui placent la philofophie
dans le mépris de toutes les vérités
de fentiment, & qui n'ayant jamais écrit
ni parlé fans déclamer , ont le ridicule de
fe plaindre des tournures oratoires ; mais
l'exactitude des idées de Blackstone refte
démontrée , par l'oppofition victorieufe
que ces principes viennent de rencontrer
dans l'Affemblée . Les principes du Publicifte
Anglois font applicables à une Monarchie
, fans l'être à la Démocratie , &
voilà évidemment pourquoi la Majorité,
des Repréfentans de la France les a repouffés.
Leur déciſion nõus fixe néanmoins fur,
les deux écueils montrés par Blackflone &
par le Préfident de Montefquieu. D'une part,
elle laiffe aux mêmes Juges , ou Jurés , le
pouvoir de condamner & de pardonner ;
pouvoir incompatible avec l'efprit de la
Démocratie , & avec la liberté. De l'autre ,
elle nous livre à l'arbitraire des jugemens.
Il n'exifta jamais de plus effrayante , de
G6 .
( 156 )
plus abufive inftitution , qu'un Corps de
Jurés pris dans la multitude , fous l'influence
de la multitude , inveftis du droit
de juger , non fur la Loi , mais fur leur
confcience, de compofer & de décompofer
des crimes , d'arbitrer à difcrétion fur le
démérite plus ou moins grave d'une action
coupable , de préjuger les intentions , de
commenter les faits , d'interpréter les circonftances
, & de foumettre à leur opinion
le fort des hommes qui ne doit dépendre
que des preuves du délit , & de fapplication
rigoureufe de la Loi. Et cet épouvantable
Miniſtère , à qui eft- il ' confié ?
A des hommes néceffairement ignorans
& bornés , dont la fatale inexpérience fera
fans ceffe vaciller la balance de la Juftice ,
puifqu'on les laiffe maîtres d'en mefurer
arbitrairement les poids . Et cet Ordre )
Judiciaire nous eft donné par gens qui
s'intitulent les amis , par excellence , & les
plus fublimes Profeffeurs de la liberté !
Et en foumettant la deſtinée de 25 millions
de Citoyens , à l'incapacité morale de
quelques Jurés , on appelle ce Code d'incertitudes
dans les jugemens , le perfectionnement
des Jurés Anglois !
La haine de la Royauté , le plan conçu
avec hardieffe & exécuté avec bonheur ,
de déraciner jufqu'aux attributs les plus
innocens de la Couronne , l'habitude invétérée
de rendre une déciſion , en portant
d'une part de la queftion tous les incon(
157 )
véniens , & de l'autre tous les avantages ,
fans jamais s'arrêter à cette règle de proportion
philofophique , qui confifte à
balancer de fang-froid les inconvéniens &
les avantages réciproques , ont privé le Roi
du privilége de la clémence , ou en d'autres
termes , le Peuple du bénéfice de l'équité.
Il femble que cette réfolution ait été un
démenti folennel & affecté des exhortations
de M. l'Abbé Raynal. Chaque leçon
pareille nous a toujours valu un excès démocratique
de plus ; l'orgueil bleffé fe venge
des reproches , comme ces enfans colères ,
qui étant grondés de la fracture d'une vître,
fe mettent à brifer les glaces .
On aura pénétré l'intolérance , l'irafcibi-,
lité , la vanité defpotique de ceux qui gouvernent
aujourd'hui les opinions de la multitude
, par la ftupide fureur de leurs récriminations
contre M. l'Abbé Raynal, Lorfqu'il
eut le courage de s'élever contre la
tyrannie miniftérielle & contre les abus , il,
en fut quitte pour un Arrêt du Parlement.
Aujourd'hui , pour avoir ofé blâmer
les crimes , les exagérations de principes
qui les commandent , l'anarchie qui
les entretient , les fcélérats, qui les exécutent
en chantant ; pour avoir repréfenté
avec mefure & noblefle des erreurs effentielles
dans notre fyftême de liberté poli
tique , & ofé troubler de quelques , ré-,
flexions fenfées les applaudiffen es des
Tribunes, les ferviles flatteries des Adrelles,
( 158 )
& les fentences des Journaux , les Libelliſtes
l'ent livré à une efpèce d'excommunication
civile. Ce que l'impofture peut avancer
de plus odieux , ce que le mépris des
bienféances a de plus effréné , ce que l'infolente
& perverfe tyrannie' exercée fur l'opinion
peut prodiguer d'outrages , l'a été
à ce refpectable vieillard , dont le nom ,
jufqu'a ce jour , fut fi témérairement invoqué
par fes diffamateurs actuels. Ils ne
croient non plus que moi , à l'infaillibilité
du Pape , mais ils ont tranfporté ce privilège
à l'Affemblée Nationale ; & quiconque
ofe douter , eft à leurs yeux digne de mort.
Voilà de plaifans Républicains , il faut en:
convenir , & de bien fincères amans de la
Liberté. Quelques déclamateurs fe font mêlés
aux Libelliftes , & ont phrafé d'infipides
lieux communs contre les vérités de l'Hiftorien
du Commerce des deux Mondes.
Les infamies des Journaliſtes & les périodes
embrouillées des Rhéteurs ne valent pas
une réponſe ; mais il eft certes bien malheureux
que la caufe du fyftême dominant
foit défendue par de tels panégyriftes; car ,
que penferont l'Europe , la poftérité , les
hommes raifonnables , en voyant d'un côté ,
Cicéron , Polybe , Locke, Montefquieu, Hume,
Blackflone, Delolme, John Adams , Rouffeau
qui ne vouloit de Démocratie que dans de
très-petits Etats , protégés par l'égalité des
fortunes & l'austérité des moeurs ; Servan ,
Burke , & tout ce que l'Europe compte
( 159 )
d'hommes verfés dans la légiflation politique
; & de l'autre , MM . Chenier , Boutidoux
, Millin , Carra, Cloots, Roberfpierre,
Briffot & le P. Duchefne.
Le plus inepte des reproches faits par ces
grands hommes à M. l'Abbé Raynal eſt celui
d'inconféquence. Nul Ecrivain , au contraire
, ne fut évidemment plus conféquent.
M. l'Abbé Raynal l'eft dans fa conduite ;
car l'horreur de la tyrannie , de la violence ,
de la perfécution , de l'abus de la force , il
l'a manifefté aujourd'hui comme autrefois.
Quant à fes opinions, l'efprit de fon Adreſſe
à l'Affemblée Nationale fe trouve dans le
paffage fuivant de l'Hiftoire Philofophique ,
tom. 3 , p. 75 , édit . de Genève.
« L'efprit de difcorde , dit l'Auteur en
parlant de la Suède , mettoit tout en fermentation.
La haine & la vengeance étoient
les principaux refforts des événemens . Chacun
regardoit l'Etat comme la proiede font
ambition , ou de fon avarice. Les Affemblées
nationales ne préfentoient que des
fcènes honteufes ou violentes . Le crime
étoit inipuni , & fe montrait avec audace.
« Ces défordres avoient leur fource dans
la Conftitution arrêtée en 1720. A un def
potifme révoltant on avoit fubftitué une
liberté mal combinée . Les pouvoirs deftinés'
à fe balancer , à fe contenir , n'étoient ni
clairement énoncés , ni fagement diftribués .
Rien n'en pouvoit empêcher le choc.
Ces combats jettèrent une grande inf(
165 )
tabilité dans les réfolutions publiques . Ce
qui avoit été arrêté dans une Diête étoit
prohibé dans la fuivante , pour être rétabli
de nouveau & de nouveau réformé.
Dans le tumulte des paffions , le bien général
étoit oublié , méconnu ou trahi .
Toutes les branches d'adminiftration portoient
l'empreinte de l'ignorance , de l'intérêt
ou de l'anarchie.. >>
« La Suède avoit paffé d'un excès à
l'autre . Pour éviter l'inconvénient des volontés
arbitraires , on étoit tombé dans les
défordres de Fanarchie. » -
En lifant cet énergique & fidèle Tableau
, & en la rapprochant de notre fituation
, l'Europe ne nous dira -t- elle pas :
De te fabula narratur ?
Le jour de l'Afcenfion , les Catholiques ,
non- Conformifles , c'eft-à-dire ceux dont la
Conftitution civile du Clergé n'a point
perfuadé les confciences , tentèrent d'entendre
la Meffe & de communier à l'Eglife
des Théatins qu'ils ont louée. L'Infcription
étoit placée ; toutes les formalités
commandées par la Loi , remplies . Auflitôt
, des groupes que leurs Inftigateurs
nomment le Peuple , quoique le Peuple ne
confifte pas dans quelques centaines de
forcénés , ou de brouillons foudoyés , fe
formèrent an dedans & au-dehors de l'Eglife.
Des propos atroces , des imprécations , des
menaces contre le Prêtre & fes Auditeurs ,
( 161 )
furent leurs premières hoftilités. Cependant
, le fervice étoit réduit par prudence
, à des Meſſes baffes quelques inftans
après , on fond fur la baluftrade ; elle
eft forcée , & l'Autel renverfé. La Garde
Nationale furvint , & après elle , M. de la
Fayette qui fit relever l'Autel : l'Office de
Vêpres fut célébré le foir en fa préfence
& celle du Maire. Après leur départ , les féditieux
déchirèrent les affiches du Dépar
tement , arrachèrent l'infcription , la brûlèrent
, au milieu des cris de joie & des
imprécations. Dimanche , les mêmes attroupemens
ont menacé la même Eglife de
violences nouvelles ; mais les perfonnes qui
avoient deftinée à y entendre leur fervice,
ont fagement évité de nouveaux dangers,
de nouveaux outrages à la Religion , à la
tolérance & à la Loi , enfin , un nouvel
exemple de l'impunité de ces défordres.
Ainfi , voilà les Catholiques Romains privés
de fait de l'exercice de leur culte , tandis
que les Proteftans célèbrent publiquement
le leur. On ne fera pas étonné , après cela ,
d'avoir vu ceux qui payent & excitent ces
violences dans des vues profondément combi
ées , accufer par l'organe de leurs Journaliftes
, les Catholiques & les Prêtres non
jureurs d'avoir confpiré ce défordre , pour
fe donner l'air de la perfécution. On conçoit
aifément qu'il fe trouve des Ecrivains
affez perdus de honte , pour imprimer de
femblables infamies : ce font les mêmes qui
( 162 )
faifoient brûler les Châteaux par les Propriétaires
, affaifiner les Nobles par les Nobles
, débaucher les Régimens par les Offi
ciers qu'on chaffoit ou qu'on menaçoit de
la mort.
Nous devons à la juftice de déclarer , qu'on
a fuflement imputé à ce malheureux Patris ,
fufillé par l'armée de Vaucluse , dont il avoit eu le
tort de conduire les premiers excès , & de fe faire .
Je Général , un marché de dix mille francs avec
M. de Tourreau , pour faciliter l'évafion de cet
infortuné Gentilhomme , après l'affaire de Sarrian.
M. de Tourreau lui - même , Capitaine de dragons
au régiment de Schomberg , nous a écrit d'Orange
le 22 mai , en nous priant de relever cette
crreur , accréditée par les meurtriers de Patris ;
il nous attefte , avec une noblefle de fentimens qui
fait mieuxreflortir la barbarie du traitement affreux
dont les propriétés , Madame fa mère , fes fermiers
, ont été les objets , qu'il ne fut jamais
queftion entre Patris & lui d'aucune promeffe ,
ni d'aucune convention : «Je ne l'avois jamais
vu de ma vie , nous écrit - il ; ainfi rien able-
« lument qu'un mouvement d'humanité le plus
défintéreffé , n'a pu le déterminer à mon évaſion .
« Il a dû penfer que j'étois d'ailleurs affez maltraité.
Tout le monde fait que le 19 mai ,
depuis l'affaire de Sarrian , ma mère octogénaire
, parylitique au lit depuis trois mois ,
reçut quatre coups de fufils tirés à bout portant ,
qu'elle fût traînée dans fa chambre , & laiffée
nageant dans fon fang fur le carreau , au milieu
c des flâmes de ma maifon incendiée. »
CC
Сс
сс
сс
Depuis la révolution , dès l'origine des divifions
entre Avignon & le Comtat , M. de Tourreau
s'étoit appliqué à n'être rien du tout ; il n'entra
( 163 )
dans aucun parti , dans aucune Affemblée , refta
étranger aux affaires publiques , & vivoit renfermé
au fein de fa famille & de fes affaires perfonnelles.
Cette conduite fembloit donc le dérober
à l'inimitié de toutes les factions . Cependant , le
19 mai , fa maifon , fes logemens de fermiers ,
Les écuries , furent faccages ; ce que les brigans
ne purent emporter , fut brifé ; en réduifit
en cendres tous les bâtimens . Nous venons de
rapporter le fort de Madame de Tourreau la
mère , que quatre coups de fufils n'ont pas tuée .
Un des domeftiques , nommé Jofeph , fufillé par
derrière , fut enfuite brûlé dans un des greniers
à foin ; un des fils du Fermier , percé de so
coups de bayonnette , & laiffé mort derrière un
tas de fagots ; une fervante bleflée à la cuiffe ,
d'un coup de fufil . Tous les effets , les beſtiaux ,
les attelages du Fermier groffirent le butin
des affaffins . Les pertes de M. de Toureau
s'élèvent au moins à 100,000 liv . e faccagement
dura deux heures , pendant lefquelles le
Propriétaire , déja pris hors de fon habitation , &,
traîné à la fuite de l'armée , vit incendier fa
demeure , pendant que fes barbares geoliers l'accabloient
de quolibets . Sa mère , fa femme , fes
enfans , ignoroient fon fort , & le croyoient perdu ,
Heureufement un inftant avant le combat , on
avoit forcé cette famille infortunée à prendre la
fuite , que l'état de Madame de Tourreau , la
mère , ne lui permit pas de partager. »
בכ
>
Voilà les fruits des Révolutions opérées
par la force , & des guerres civiles
qu'elles amènent prefque néceffairement.
Nul ne peut fe flatter d'échapper à leur
férocité le Citoyen fage comme l'in
fenfé , l'habitant paifible comme le fac
;
( 164 )
tieux , le pauvre comme le riche , font inévitablement
dévoués à la même chaîne de
défaftres. Ceux du Comtat font principalement
tombés fur les vieillards , les
femmes , les enfans , les perfonnes foibles
& défarmées. Les brigands ont faitla guerre
au Peuple , ainfi qu'aux autres Citoyens .
A un quart de lieue de Tourreau , un
vieillard , payfan , fon valet de labour ,
malade de la fièvre dans fon lit , une fille
des Cevennes qui foignoit les vers à
foie , & une petite fille de to ans ont été
égorgés , après le pillage de la ferme . A
quatre pas , autre vieillard maffacré &
brûlé dans fa demeure ; un peu plus loin ,
un payfan octogénaire , courbé , le menton
prefque fur fes genoux , égorgé , &
fa maifon incendiée .
Aux calamités qui défolent Avignon , &
que cette ville coupable a provoquées , fe
joint une difcorde ouverte entre les différentes
claffes d'ufurpateurs. Une partie de
c Congrès ridicule , qui avoit pris le nom
d'Aflemblée Electorale du Département de
Vauclufe , a fuivi l'impulfion des Chefs de
l'armée ; elle s'eft rendue à Sorgues , de
Sorgues à Pernes , de Pernes à Cavaillon.
En attendant que cet augufte Sénat ait fixé
fa demeure , il dit comme Sertorius :
Rome n'eft plus dans Rome , elle eſt toute où
je fuis.
Une autre divifion de ces Electeurs eft reftée
( 165 ) /
--
à Avignon , & en coalition avec la Municipalité
& le Comité militaire . Le but de
cette alliance eft de fe délivrer de l'armée
des brigands , ( ils défignent ainfi maintenant
cette armée qu'ils ont inftituée , réunie ,
payée , envoyée au combat , au meurtre &
au pillage ) , & de travailler par toutes
fortes de moyens à effectuer leur réunion
à la France. Le bruit que Jourdan étoit
arrêté par fes complices n'avoit aucun
fondement . Quant au Gazetier Tournal ,
à qui l'on doit en grande partie les
crimes de la contrée , il eft détenu à
Bagnols , d'où probablement il fe_tirera
auffi facilement qu'il s'eft tiré de Tarafcon
( 1 ) . Il eft impoffible à la raifon ,
de partager l'efpoir d'une prochaine iffne
à ce torrent d'horreurs & de coupables
folies la pufillanimité des Comtadins
qui , au lieu de défendre leurs foyers , fe
font accordés à prendre la fuite , leurs divifions
, celles qui déchirent Carpentras ,
les influences qui prolongent & qui prolongeront
les malheurs de cette Province ,
l'abandon abfolu où le Pape l'a laiffée ,
Pimpuiffance où il eft de la fecourir , la
domination terrible qu'exerce fur elle le
voifinage de la France , qui vomit fans
ceffe des brigands dans le Comtat , fans
lui envoyer un Allié , tout préfage que ,
(1 ) Nous apprenons qu'en effet on l'a remis en
liberté,
( 166 )
pour le confoler de fa ruine , elle paflera
fous le joug qu'ont forgé aux Propriétaires
, & aux feuls Citoyens dignes d'avoir
un fuffrage , quelques Intrigans pervers ,
aidés de vagabonds attirés par la foif du
pillage.
« Nous n'avous encore aucunes informations
directes depuis le 25 mai ; mais les "Gazettes du
pays & des environs annoncent que le 27 , les
brigands ont recommencé le fiége de Carpentras ,
à boulets rouges. L'incendie artificiel de quelques
combustibles ayant fait croire que la place étoit
en feu , ils le font approchés du rempart :
auffi-tôt les Afliégés ont démafqué deux batteries
chargées à mitraille , & ont mis en fuite leurs
ennemis qui ont eu 600 morts ou bleflés . Pour
enlever les uns & les autres du champ de bataille ,
les mêmes Feuilles ajoutent que , les brigands
ont traîné les cadavres des morts & des moufans ,
attachés pêle -mêle par un crocher & une corde
à la queue des chevaux , jufqu'à ce qu'ils fuffent
hors de la portée des Affiégés . Ce moych eft
affurément nouveau , & fi ingénieux , que nous
penchons à le croire controuvé . "
LETTRES DES DÉPARTEMENS.
Dijon , le 26 mai 1791 .
cc Vous avez , Monfieur , plus d'une fois
relevé la pufillanimité de divers Corps Adminiftratifs
, ou Municipaux . Cette conduite timide
, fi préjudiciable à l'ordre public & au refpect
que doit infpirer la loi , ne peut- être mieux
cenfurée que par l'exemple de notre vertueux
Maire , M. Chartraire de Montigny. Malgré
les efforts des méchans & des factieux , il fu
conferver la popularité , en rempliffant avec
courage les devoirs épineux de fon emploi :
a
( 167 )
n'écoutant jamais fes dangers perfonnels , on l'a vu
toujours prêt à fe facrifier au maintien de la fûreté
publique & particulière . »
Le mois dernier , pendant les fêtes de
Pâques , nous cûmes ici les mêmes fcènes d'intolérance
, les mêmes voies de fait qui firent la
honte de la Capitale . Le lundi après Pâques , M.
de Fontette , vieillard refpectable par les ſervices
militaires , fut infulté & attaqué dans l'Eglife
de la Madelaine : au fortir de la Meffe plufieurs
perfonnes des deux fexes effuyèrent des outrages :
Dans l'après midi , c
on fe porta chez Madame
de Mémeures & à d'autres hôtels , pour en arracher
les ornemens extérieurs fous le faux
prétexte d'effacer des armoiries . Le mardi vit de
nouveaux excès , & entr'autres un cabaretier ar-
,
>
}
>
rêté pour un propos , à demi déshabillé &
fouetté en public à coups de bâtons , de pieds
& de plat de fabre. Un fanatique , renfermé
long- temps pour mauvaiſe conduite , & qu'on
dit être Clubifte , fe rendit , armé d'une épée ,
chez M. de Montigny , & y manifefta des intentions
allarmantes. Notre digne Maire appella
fes domeftiques , on arrêta ce furieux ; la
Garde le conduifit au Département . L'un des
Membres lui ayant déclaré que fur la plainte de
M. deMontigny il feroit jugé fuivant la rigueur
des Loix , ce malheureux ſe jetta aux genoux de
M. le Maire , qui non feulement eut la générofité
de retirer fa plainte mais encore de l'arracher
à la fureur du Peuple , en l'emmenant chez lui
dans fa voiture. On dit que M. de Montigny a
pouffé même la grandeur d'ame jufqu'à le conduire
enfuite à deux lieues de la ville , après
lui avoir donné de l'argent pour fa route. »
Dans la foirée du 27 , nous vimes M. de
Montigny plein de zèle , de courage , & d'ac(
168 )
>
tivité , parcourir feul les rues , & arracher les
verges clouées à la porte des Couvens & de
plufieurs maifons particulières , malgré les huées
de la populace , & faute d'échelle , élever fur
Les propres épaules un petit garçon , pour enlever
ces inftrumens d'opprobre public. Sans les
vertus & la fermeté de ce Maire adoré notre
Ville feroit inhabitable . Elle a perdu & continue
à perdre journellement un grand nombre
de fes principaux Habitans. M. de Montigny a
long-temps payé de fa bourfe , la dépenfe d'un
attelier de charité , car fa bienfaifance eft inépuifable
, & fa fortune aux malheureux . Les
rôles d'impofitions pour 1790 font à peine commencés
. Nos Administrateurs , vous le favez ,
ont cru en favoir plus & faire mieux , que
n'avoient fait les Commiffaires des Etats. Ils
ont jugé au deffous d'eux de fuivre le beau
travail qu'avoit dreffé M. de Bourbon Buffet ,
& qui étoit un modèle de jufte répartition. 23
N. B. Une lettre de Château- Chinon inférée
dans le n° . 17 de ce Journal , ayant été fauffement
attribuée fur les lieux à M. Millin fils , Procureur
- Syndic du District , nous devons déclarer
que cette lettre fignée n'eft en aucune manièle
de M. Millin qui nous a demandé & à qui nous
devons ce témoignage.
Errata du dernier Mercure , No. 23 .
Dans quelques exemplaires les deux lignes fuivantes
ont été oubliées au haut de la page 82 :
M. l'Abbé Raynal eft à Paris depuis un
mois. Ce célèbre Ecrivain , dont l'âge na
& au bas de la page 81 il fe trouve fept lignes de
trop à fupprimer , comme répétées àla page fuivante,
MERCURE
DE
FRANCE.
SAMEDI 18
JUIN 1791 .
PIECES
FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
PLAINTES
D'UN
ÉPOUX ;
ROMANCE.
Paroles de M. Reynier de Liége , Mufique de
M. Adrien l'aîné. Se trouve chez Imbault , rue St-
Honoré , N2. 627 , à Paris .
Nº.
Chant.
Autorojo con expreffione.
Harpe ou
Forte-Piano.
No. 25. 18 Juin 1791 . E
$6 MERCURE
Re - traite obf-
は
cure , heureufe
terre,champ que mes
mains ont cul- ti -
འཁན་ མི། " ར་ཞུ
vé , humble jar
DE FRANCE..
E
din , tot fo - li- taire , tilleul fous
mes yeux é - le -- vé ,
fé-jour ja dis fi plein de
SE SF SE
E &
88 MERCURE
3
charmes ; plaines , val -lons aimés des
Dieux , rece
vez mes dernie- res 5
SF SF SF
#
larmes , écoutez mes derniers aDE
FRANCE.
$ ១
dieux , é- cou tez mes derniers adieux .
Smorg
D'une époufe tendre & fidelle
Content de pofféder le coeur
J'avais facrifié pour elle
D'un monde vain l'éclat trompeur ;
L'empire de la Terre entiere
N'aurait point eu d'attraits pour moi :
Je n'habitais qu'une chaumier ,
Mais , Daphné , c'était avec toi ! ( bis )
E 3
MERCURE
Riche des biens de la Nature ,
Je me croyais trop fortuné;
Je travaillais , volupté pure !
Et je difais , c'eft pour Daphne.
Encouragé d'une careffe ,
D'un feul de fes regards touchans ,
Avec quelle douce alegreffe
Le matin je volais aux champs ! ( bis )
Combien de fois , pour m'y furprendre
Elle bravait l'ardeur du jour ,
Ou fur la route allait m'attendre
Le foir à l'heure du retour !
Alors , d'une ame fatisfaite
Je m'élançais entre les bras ,
Et le plaifir dans ma retraite
Avec elle fuivait mes pas. ( bis )
12
,
C'eft- là fur-tout que de la vie
M'attachait le plus doux lien ;
'C'eft-là qu'une époufe chérie
De mon bonheur faifait le fien .
Bonheur fi pur , touchante ivreffe
Bux jours qu'êtes- vous devenus ?
Unique objet de ma tendreffe
Compagne aimable , tu n'es plus ! ( bis)
172. 6
DE FRANCE
.
合家
Moment affreux , moment d'alarmes !
O ma Daphné , dans la douleur ,
J'ai vu s'évanouir tes charmes ;
Ainfi dépérit une fleur.
J'ai vu ta tête défaillante
Se pencher , tomber für mon fein ;
J'ai vu ta paupiere tremblante
Se clerre à jamais fous ma main. ( bis )
C'en eft donc fait , tu m'es ravie ,
Ils font brifés ces noeuds fi chers !
Infortuné , fans mon amie
Que faire enzor dans l'Univers ?
Hélas ! traînant mon fort funefte ,
Seul au monde je vais errer :
Daphné tu meurs , & moi je refle ! ...
Ah ! du moins c'eft pour te pleurer. (bis)
ENVOI A MA FEMME.
Le jeune & fenfible Licandre'
Ainfi déplorait fon malheur :
Quel époux aurait pu l'entendre
Sans être émy de fa douleur ?
Perdre la femme qu'on adore !
-Comment y fonger fans effroi ?
Chriſtine hélas ! mon coeur encore.
En ce moment frémit pour toi. (bis)
92 MERCURE
-3
Oui , je l'ai vu , l'inftant terrible
Ou tes
yeux fe fermaient au jour :
Le Ciel à mes pleurs fut fenfible ,
I t'a repdue à mon a sour.
Dieux du bonheur qui nous raffemble ,
A la'ffez- nous long- temps jou'r ;
Ou , s'il faut ceffer d'ète enfemble ,
Brfen ble laificz- nous , mourir. (vis)
Explication de la Charade , de l'Énigme &
da LogogripherducMercure précédent.
LF, mot de la Charade eft Collyre , celui
de l'Enigme eft Soleil, celui du Logogriphe
eft Patrouille , où l'on trouve Pater , Lire,
Rale, Páte, Rouille, Livre B´le, Flute , Tuile,
Toile, Pear, Trape, Ail, Or, Pera, Ut, Ré,
La , Peron, Patra , Al , Taille, Ile, Onie,
Rat, Ver, Trou, Air , Io.
CHARA D E.
MÓN dernier fur le drap fait fouvent mon
premier ,
Et pour mon tout il faut chercher.
( Par un Abonné de Beaumont-für- Oife .)
DE FRANCE
93
ÉNIGM E.
Nous formes deux aimables foeurs
Qui portons la même livrée ,
Et brillons des mêmes couleurs.
Sans le fecours de l'art , l'une & l'autre eft parée ;
La fraîcheur eft dans nous ce qui charme le plus.
Sans marquer entre nous la moindre jaloufie ,
L'une de nous fans cefle a le deffus ;
Très-fouvent cependant l'une à l'autre eft unie .
Nous nous donnons toujours dans ces heureux
inftans
De doux baifers très-innocens ,
Jufqu'au moment qui nous fépare ;
Alors , & cela n'eft pas rare 9
Souvent pour un sui , pour un nɔì ,
Nous détruifons notre union
3
Mais l'inflant qui fuit la répare .
Par M. le Blanc , à Rennes. Y
LOGOGRIP HE .
MoN mauvais naturel ne s'offre point aux yeux ;
Le feul attouchement peut le rendre fenfible :
Man chef bien différent plaît au plus infenfible ;
Recherché des mortels en tout temps , en tous lieux .
Prenez deux , un & tro's , en France impoliteile ,
Que dans d'autres climats tolere la fagette.
Ajoutez à ceci quatre & cinq , à l'inftant
Je fais pour as malade un manger ragoûtant .
Par M. Verlhac , à Brive. ).
E s
94 MERCURË
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DE la Balance du Commerce , & des Relations
commerciales extérieures de la
France dans toutes les parties du Globe,
particulierement à la fin du Regne de
Louis XIV , & au moment de la Révo
tution ; le tout appuyé de Notes & de
Tables raifonnées authentiquesfur la for
tune publique à ces deux époques , avec la
valeur de nos importations & de nos exportations
progreffives , depuis 1716 jufqu'en
1788 inclufivement. ( Ouvrage prefenté
à l'Aſſemblée Nationale. ) 2 Vol.
in-8°. & 1 Vol. in-4° . de Tableaux ; par
M.
ARNOULD
Sous - Directeur du
Bureau de la Balance du Commerce. A
Paris , chez Buiffon , Libr - Impr. rue
Haute-feuille , No. 20. Prix , 12 liv.
& 14 liv. francs de port par la Pofte
dans tout le Royaume.
C
PEST
une grande
idée
que celle qui
cond
it à développer
toutes
les parties
de
ila rr cheffe
d'une
Nation
à l'inftant
où elle
fe mégénere. C'eſt un fpectacle
tout à la fois
DE FRANCE. 95
impofánt & inftructif que de voir dépofer
dans le fein de l'Affemblée conftituante ,
& livrer en même temps à la difcuffion
de tout un Peuple , le procès - verbal de
la fortune publique , à deux époques remarquables
de fon Hiftoire. Un femblable
monument hiftorique , s'il devait furvivre
à la génération actuelle , formerait de nus
neveux des Juges féveres , qui ne verferaient
des bénédictions fur la mémoire des
Législateurs Français , qu'autant que leur
favante théorie aurait concouru au déve
loppement progreflif de la profpérité pu
blique.
L'Ouvrage que nous annonçons eft - 1
affez important pour être traduit au Tribunal
de la Poftérité ? Jufqu'à quel point
cette piece peut- elle fervir , foit à motiver
le jugement que nous devons porter da
fiecle paffé , foit à témoigner un jour en
faveur du fiecle préfent ? Nous allons effayer
de fixer , à cet égard , l'opinion da
Public par une analyfe rapide & raifonnée.
L'Introduction préfente une efquiffe des
différens âges du Commerce Français , de
puis le commencement de la Monarchie
jufqu'au moment de la Révolution, Les
paralleles qui terminent les dernieres époques
, font dignes d'être cités , & donnein
lieu à de grandes réflexions .
י כ כ
Louis XIV , pendant un regne de 72
ans , dont 45 de guerre , conquit un Tre
96
MERCURE
brillant pour fa famille , acquit un com
merce lucratif aux Français , fonda une
Marine , & réunit à la Monarchie trois
grandes Provinces , indépendamment du
Hainaut & du Rouffillon : ce Prince mou
rut après avoir dépenfé 24 milliards de
notre monnoie , laillé 4 milliards & demi
de dettes , & n'avoir fait grandement fructifier
que les fix lieues de rayon qui circonfcrivaient
fa Cour ".
la
Depuis le commencement du regne de
Louis XV jufqu'à préfent , la France eut
46 ans de paix , & je ne fais quels faux
intérêts de domination & de commerce enfanglanterent,
encore pendant 27 ans ,
fcène du Monde. Le Gouvernement
perdu , pendant ces 73 ans , le Canada , l
Louifiane , ila dépenté 26 milliards mon ,
ncie actuelle , outre le bénéfice de l'agiol
tage des grains , le fruit des banqueroute!
partielles , & indépendamment d'ane dette
publique de 4 milliards 125 millions , au
moment de la Révolution «.
La premiere Partie de l'Ouvrage eft uniquement
deftinée à éclaircir la théorie de
la Balance du Commerce , connaiffance
politique applicable au commerce extérieur
des Nations. L'Auteur y oppofe les uns
aux autres , les Ecrivains, qui ont traité
contradictoirement cette matiere,
avant lui.
Il rapporte les acceptions variées attachées
fuccellivement au inot Balance du Com
if
DE FRANCE. 97
merce , à mesure que les matieres économiques
ont été mieux approfondies ; il difcute
fur-tout & apprécie le préjugé qui ,
chez les Nations modernes commerçantes ,
a fait long-temps confifter la richeffe publique
, uniquement dans l'accumulation progreffive
des matieres d'or & d'argent.
La Section II . de cette premiere Partie ,
eft un morceau abfolument neuf en économie
politique ; il traite des notions infuffifamment
développées jufqu'à préfent ,
en matiere de Balance du Commerce . Avec
le fecours de tous les développemens dont
ce texte eft fufceptible , M. Arnould eft
parvenu à prouver , contre le fentiment des
Philofophes économiftes , que l'existence de
la Balance en argent du commerce extet
rieur , n'eft pas une idée abfurde ; qu'elle
fait effentiellement partie du fyftême commercial
d'une Nation à territoire borné
qui jouit d'une activité & d'une induftrie
fupérieure aux moyens qu'elle a d'amélio
rer fon fol : c'eft la pofition de la Hollande ,
des Républiques d'Italie & des Villes Anféatiques
; fituées dans la mer du Nord.
Quant aux Puiffances à territoire étendu ,
comme l'Angleterre , & particuliérement la
France , il démontre que c'eft une vérité
finon abfolue , au moins relative de l'économie
politique , que ces Puiffances ont befoin
que le commerce extérieur leur fournie
annuellement des matieres d'or &
98
MERCURE
d'argent : » fi , à raifon de leur pofition
elles
politique vis - à - vis de leurs voilins
doivent déployer une force militaire redou
table ; fi , propriétaires de Colonies lointaines
, elles font dans le cas d'entrerenit
tine Marine confidérable pour s'oppofer à
'tonte invafion ; fi les dépenfes de leur Gou
vernement , le luxe & les déprédations des
Miniftres & des Courtifans ; fi la réunion
de toutes ces circonftances les met dans
l'obligation de faire une immenfe confommmation
de matieres d'or & d'argent «< .
Ce dernier paragraphe eft appuyé de
faits infiniment curieux & d'une exactitude ,
pour ainfi dire, mathématique ; trappelle les
fommes d'argent eftimées à 60 milliards ,
levées fur les Peuples de la France , foit
en impôts , foit en emprunts directs & obliques
, pendant un efpace de 146 années ,
depuis la mort de Louis XIII jufqu'à la
Révolution ; & il rapproche la malle d'im
pôts & d'emprunts , du montant en valeurs
des Balances de Commerce , dues à la France
pendant le cours de ce fiecle.
Après avoir débrouillé entiérement la
théorie de la Balance du Commerce , M.
Arnould entreprend , dans la feconde Partie
de fon Ouvrage , de conftater les princi
pales circonftances de fon exiftence , foir an
profit , foit au défavantage de la France ,
d'après expofé de fes rapports commer
Ciaux en Europe , en Afie , en Afrique &
DE FRANCE. 99
en Amérique , tant à la fin du regne de
Louis XIV, qu'au moment de la Révolution.
"
Ces quatre grandes divifions correlpondantes
aux différentes parties du Globe,
& celles qui y font fubordonnées , par
exemple , chaque Puiflance ou Contrée de
l'Europe préfentent dans leurs développe ,
mens trois modes d'inftructions ; favoir, la
partie Hiftorique du Commerce Français ,
en remontant à des temps antérieurs de
quelques fiecles à l'infant actuel ; la partie
Economique , ou fa pofition calculée , tant
à la fin du regne de Louis XIV, qu'au mo
ment de la Révolution ; enfin la partie Po
litique , ou les conféquences qui réfultent.
de l'application des principes commerciaux
développés dans la premiere Partie , à la fituation
paffée ou préfente de chaque bran
che principale de l'Induftrie Françaiſe «.
Toute cette feconde Partie , comme l'on
voit , doit être & eft en effet d'un grand
intérêt. En la méditant , le Lecteur s'attachera
particuliérement à pefer les effets
da traité de Commerce avec l'Angleterre ;
il déplorera fur tout les fautes commifes
dans nos relations naiffantes avec les
Etats - Unis de l'Amérique ; il s'indignera
encore du facrifice fait aux Etrangers , de
notre navigation , immédiatement après la
paix d'Utrecht. Les fâcheufes conféquences
de fi grandes erreurs Adininiftration me
100 MERCURE
lui paraîtront affaiblies , ni par les béné
fices importans que nous faifons avec l'Efpagne
, ni par les avantages étendus de
notre commerce avec l'Empire Ottoman ,
ni enfin par les riches produits qui affluent
annuellement dans nos ports des Ifles Françaifes
de l'Amérique.
Mais il eſt fur-tout important de fixer
l'attention du Lecteur fur- le réfumé du
commerce avec les Puiffances & Contrées
de l'Europe , qui offrent des vérités frappantes
, quoique généralement méconnues ;
vérités d'ailleurs dont l'application peut fe
faire à des queftions du plus grand intérêt
agitées dans ce moment.
» Les exportations de la France pour les
Puiffances & Contrées de l'Europe , s'élevaient
, à la fin du regne de Louis XIV ,
à la fomme de los millions ; au moment
de la Révolution , elles montent à 424 millions
, ce qui fait une augmentation dans
la proportion d'un à quatre. Dans cette
derniere malle d'exportation , on remarque
pour 152 millions de valeurs en denrées des
Ifles Françaifes de l'Amérique , vendues
aux confommateurs Européens ; & cette
mafle n'était que de 15 millions à la fin du
regne de Louis XIV « .
Quelle vérité frappante s'échappe de ce
réfultat La France n'a donc réité dans
ce fiecle aux convulfions de deux banque
routes , au tourment de plufieurs guerres
DE FRANCE. ΙΟΥ
ruineufes , à la dilapidation des fonds publics
, au poids accablant d'une dette fans
ceffe groffie , & au fardeau d'une maile
d'impôts roujours progreflive , que par l'accroiffement
de riche ffes amené par la profpérité
mème de fes Colonies. Avec de fi
puillans moyens d'échange , non feulement
la France , dans l'état habituel de fon commerce
, fo de entiérement les achats qu'elle
fait à l'Etranger , évalués à 38 millions ;
mai elle te procure encore un excédent
confidérable en matieres d'or & d'argent .
Que d'idées faines & lumineufes n'infpire
pas un temblable fait aux bons efprits
& aux vrais Pariotes, ! N'eft- il pas propre
à confondre ces froids raifonneurs qui pubient
fentencieufement que les Colonies
font plus à charge qu'utiles à la Métropole ;
ou qui s'écrient avec une chaleur anti - civique
: Périffent les Colonies !
Peut- on oppofer férieulement les guerres
dont elles ont éré la caufe Ne fait - on
pas , par l'expérience de tous les fiecles , que
les Nations Européennes , toujours rivales ,
d'abord par férocité , enfuire par ambition,
& aujourd'hui par cupidité , n'ont pas attendu
pour s'entre - détruire qu'elles euffent
refpectivement des poffeffions lointaines ?
Un fait recueilli dans l'Ouvrage même que
Hous analyfons , appuie cette vérité ; favoir
, que la derniere paflion , la cupidité ,
eft encore la moins funefte à l'humanité ,
"
1
102 MERCURE
puifque l'on compte pour la France 45 an
nées de guerre fur les 72 écoulées jafqu'à
la mort de Louis XIV , & feulement 27
depuis cette époque jufqu'à préfent.
Nous dirons plus ; nons oferons ajouter
que c'eft une circonftance infiniment avan
tageufe au fuccès de la Révolution , que le
maintien de cette fource actuellement prefque
unique de la fortune de l'Etat. Quel
autre moyen plus prompt de revivifier par
des capitaux réels , tous les canaux delféchés
de la circulation d'un grand Empirez Quelle
autre branche de Commerce , fi ce n'eft celui
des Colonies , préfentera annuellement des
avances par la Métropole , évaluées à cent
millions, unemaffe de retours dans fes Ports ,
eftimés cent quatre-vingt-cinq millions , &
une fomme de reventes , à l'Etranger , de
cent cinquante- deux millions ? Où trouver
un agent plus actif, un moteur plus puiffant
chez un Peuple nombreux , qui a befoin
d'un travail annuel fuffifant pour fournir
à près de fept cent millions de contributions
publiques ?
Les facrifices pour la fondation des Colonies
fout fairs ; la France en recueille
aujourd'hui les fruits. Le moment de la Ré
volution fera-t-il pris pour les laifer échap
per ?Sera- t-il prudent de réduire à l'aumône,
& peut- être au défefpoir ; ; millions d'in
dividus , qui vivent , dans les Départemens
anaritimes, & indirectement dans le refe
DE FRANCE. 105
du Royaume , du travail qui réfulte des
liaifons coloniales ? Dédaignera -t - on ,
cette heure , l'accumulation périodique de
cinquante millions de marieres d'or &
d'argent que verfe l'Etranger au milieu de
nous , dans l'érat habituel de notre com →
merce , par l'achat qu'il fait des fucres &
cafés des Ifles Françaifes: Ne vaut- il pas
mieux employer ces premiers élémens de
puiffance , les hommes & l'argent , à reculer
les bornes de notre commerce intérieur
, en dirigeant graduellement vers ce
but , par de fages difpofitions légiflatives &
adminiftratives , l'accrciffement de population
& de capitaux que produit annucllcment
le commerce des Colonies ? Ce n'eft pas.
leur poffeffion qui a nui à la profpérité les
parties intérieures de la France ; c'eft le
mauvais emploi & la fauffe application faite
par l'ancien Gouvernement , des richelles
apportées par cette partie brillante du commerce
national.
Cette derniere vérité eft complétement
démontrée dans la III . Partie de l'Ouvrage
de M. Arnould. C'eft dans cette Partie, que
viennent le réunir , comme dans un foyer
anique de lumieres , les laborieufes recherches
qu'il a faites fur la fortune publique ,
tels que le commerce & la navigation , la
population , le produit territorial & de l'induftrie
, le prix du blé , le numéraire , le
revenu , la dépenfe & la dette publique de
104
MERCURE
wy
la France , tant à la fin du regne de Louls
XIV , qu'au moment de la Révolution.
Elles font confignées dans les feize Tableaux
qui forment le dernier volume.
Dans certe troilie e Partie , d'un intérêt
encore fupérieur aux deux précédentes , M.
Arnould s'ifole en quelque forre des grands
tableaux qu'il a tracés jufqu'alors ; il aban
donne les rivages où regne l'abondance; il
pénetre jufqu'au coeur de l'Empire flétri par
la langueur , pour y reconnaître les effets
de cette profpérité progreffive arrivée dans
notre commerce depuis la mort de Louis
XIV. Il s'aide pour les réfultats des Cartes
qu'il a dreffées , comme d'autant d'inftrymens
avec le fecours defquels il anatomile
la richielle territoriale cu induftrielle des
principales parties de la France : divifion
inconnue jufqu'à préfent dans la confection
des tables d'importations & d'exportations
chez toutes les Nazicns de l'Europe.
و د
Il en résulte que fur une valeur de
trois cent foixante- quatre millions en mar
chandifes originaires de France exportées ,
fomme répartie entre les Agriculteurs , les
Manufacturiers , les Négocians , les Capitaliftes
, les Navigateurs , les Voituriers ,
les Commiffionnaires & autres Agens Français
de nos ventes patrimoniales dans toutes
les parties du Globe , les Sections ou
Départemens maritimes y participent pour
deux cent vingt-huit millions , & les Sections
DE FRANCE.
105
du centre du Royaume , pour une faible
valeur de onze millions << .
» Le défavantage des Sections intérieures
de la France , continue M. Arnould , eft
donc énorme dans l'exploitation du commerce
extérieur. La privation d'un accroiffement
annuel de matieres d'or & d'argent
a dû tourner pour elles en fupplice ; la progreffion
fucceffive des impôts qui , au moment
de la Révolution , fe trouvent , pour
cés Sections du centre , de cent vingt-fept
millions ou vingt livres par chaque individu
, tandis que la totalité de leurs contributions
ne s'élevait , à la fin du 17 :
fiecle , qu'à environ foixante-neuf millions
ou treize livres dix fous par tête d'individus
«.
Il nous eft impoffible , dans un extrait ,
de fuivre l'Aureur dans les développemens
auffi- curieux qu'inftructifs qu'il donne ,
foit aux différentes circonftances qui ont
aggravé dans ce fiecle la pofition fâcheufe
des Départemens du centre, foit aux moyens
à employer pourdiminuer l'inégalité de leurs
reffources. Ce ferait affaiblir l'effet de tout
ce qu'il dit à cet égard , que de divifer la
chaîne des idées qui viennent toutes fortifier
la conclufion de fon Ouvrage.
Un des premiers fruits qu'on peut tirer
dans ce moment de fes recherches & de
fes combinaifons , confifte , ainfi qu'il l'annonce
lui- même , dans la poffibilité de les
106 MERCURE
faire fervir à la répartition de deux cent
quarante millions de contribution fonciere ,
fuivant un mode de proportion relatif aux
facultés refpectives des Sections principales
de France. M. Arnould a fait, de cette vie
importante , l'objet d'un Mémoire particulier
remis à l'Affemblée Nationale, en même
temps que fon Ouvrage (1 ) .
A peine dans l'âge de la maturité , cet
Auteur paraît s'être occupé de bonne heure
de méditations férieufes & de la plus haute
importance pour la Société. Aufli méritet-
il , dès à préfent , un rang diftingué parmi
les Ecrivains en économie politique , & l'on
ne peut qu'efpérer de lui voir faire des progrès
dans cette immenfe carrière , fi le Gouvernement
feconde le goût & le zele qu'il
manifefte pour la fcience adminiftrative ,
& la perfection d'un établiffement public
deſtiné à fervir de dépôt aux connaiffances
poſitives fur toutes les parties du Commerce
Français ( 2 ) . M. Arnould développe à ce
( 1 ) Ce Mémoire , de 30 pages d'impreffion ,
a pour titre Répartition dela Contribution fon
ciere , ou Divifion en huit Claffes fondamentales
des 83 Départemens. Chez Buiffon, Imp- Lib. rue
Haute-feuille , Nº . 20.
(2 ) Le plus grand nombre des faits qui font
la bafe de l'Ouvrage de la Balance du Commerce "
ont été puisés dans un dépôt de connaiffancés com
DE FRANCE. 107
fujet , dans la note premiere des Pieces juftificatives
, avec le fecours de la Philofophiel
de l'Hiftoire & de la Politique , les commencemens
, les progrès & les fuccès d'un
femblable dépôt de connaiffances commerciales,
chez les principaux Peuples de l'Europe.
Il paraît pénétré de l'axiome qu'il
énonce au commencement de fon Ouvrage.
و د
Combien font faibles les effais d'un feul
individu , pour perfectionner la fcience adminiftrarive
! Ce qui doit influer fenfiblement
fur fes progrès , c'eft de livrer à la
difcuffion des élémens utiles , autour defquelsviennent
fe heurter & fe combiner mille
& mille penfées qui auginentent le mouvement
& la vie du Corps politique «.
Enfin le Livre de la Balance du Commerce
fera d'une indifpenfable néceflité
pour toutes les perſonnes vouées aux affaires
publiques , pour toutes celles appelées à
diriger théoriquement , ou par la pratique ,
les fources de la profpérité de la France.
" En effet , dit très- bien l'Auteur , comment
merciales scréé en Francè dès 1713 , fous le titre
de Bureau de la Balance du Commerce. Cet Etabliffement
a été régénéré fous le premier Minitere
de M. Necker ; & pour atteindre au plús
haur degré de perfection & d'utilité , il a befoin
que les travaux foient fécondés par l'intérêt que
doit y prendre la Nation (Note de l'Ouvragê même.)
108 MERCURE
les Propriétaires Cultivateurs améliorentils
leurs terres , les Fabricans leurs manufactures
, les Capitaliftes leurs fonds ; &
par quels moyens les Négocians étendrontils
leurs fpéculations , fi tous ne font pas
inftruits de ce qui refle à faire pour groffir la
fortune publique de la France ? Comment
les Adminiſtrateurs de toutes les claffes feconderent
- ils les efforts particuliers ? Comment
les bons efprits qui étudient les principes,
qui recueillent les faits , & qui en déduifent
les juftes conféquences , dirigeront-ils
l'opinion , fi perfonne ne leur préfente des
documens propres à fervir de baſes à leurs
utiles travaux ? Enfin , fur quelles vûes générales
du bien public porteront les Décrets
du Corps législatif, fi le grand livre de la
richeffe nationale ne demeure pas conftamment
ouvert , & fous les yeux des Repréfentans
du Peuple Français "C
TRAITÉ du Tribunal de Famille ,
contenant une Inftruction détaillée fur
l'Organifation , la Compétence & les
Fonctions des Tribunaux de Famille ;
fuivie d'un Formulaire de la procédure
qu'il peut y avoir lieu d'obferver dans
ces Tribunaux , dans toutes les affaires
fufceptibles d'y être désidées. Volume de
300
DE FRANCE. 109
300 pages petit in-8 ° . A Paris , chez
T'Auteur , place Dauphine , N° . 11 .
CET Ouvrage mérite d'être diftingué
parmi la foule de ceux que le nouvel
ordre de chofes a fait éclore. L'Inftruction
nous a paru joindre à une grande méthode
, un ftyle pur & fouvent élevé . Le
Formulaire ne laiffe rien à défirer , puifqu'il
comprend toutes les affaires , fans
exception , qui font de nature à être jugées
en Tribunal de Famille ; telles que
les Séparations entre mari & femme , les
queftions de Teftamens & de Contrats de
mariage , les Comptes de Tutelle , les Partages
& Licitations , & autres Caufes qui
ont le plus ordinairement lieu entre proches
parens. Il eft terminé par plufieurs décifions
ou réponſes données par le Comité
de Conftitution & le Confeil de Justice ,
fur la plupart des queſtions diſcurées dans
-I'Inftruction , & qui toutes confirment les
affertions de l'Auteur. Il n'eft aucun Citoyen
qui ne doive s'empreffer de fe procurer
cet Ouvrage , puifqu'il n'eft perſonne
qui ne foit dans le cas d'être appelé à
chaque inftant à figurer au Tribunal de
Famille , foit comme Partie , foit comme
Juge.
P
+
No. 25. 18 Juin 1791 .
F
110 MERCURE
SPECTACLES.
Nous avons à parler de trois Nonveautés
; deux au Théatre de Monfieur ,
& une au Théatre Italien. La premiere du
Théatre de Monfieur , eft un Opéra Ita
lien , intitulé le Vendemie , les Vendanges.
Un Seigneur devient amoureux d'une jeune
Vendangeufe prête à fe marier à un Villageois
; il vient à découvrir qu'elle eft fille
de qualité , & qu'elle a été changée en
nourrice contre une autre qu'il était luimême
fur le point d'époufer. Cette découverte
qui fe fait de bonne heure , pourrait
finir promptement la Piece , s'il n'avait pas
plu à l'Auteur de la prolonger, en faifant
garder le fecret au Marquis , jufqu'à ce que
le Compofiteur ait rempli le nombre de morceaux
de mufique convenus. Ce font donc
ces morceaux de mufique qu'il s'agit d'examiner
, ou plutôt qu'il faut aller entendre,
car ils en valent la peine. Le Compofiteur,
nouveau pour nous, Il Signor Cazzaniga ,
a un chant infiniment agréable , & un excellent
ftyle d'accompagnement . Sa maniere
eft variée & piquante. Les morceaux ajoutés
font auffi d'un très -bon choix. On a fort
applaudi un Rondeau de M. Mengozzi , &
DE FRANCE.
fur-tout un Sefterto de M. Cherubini , d'une
Beauté rare , plein de vigueur , d'expreflion
& d'originalité. Ce jeune Maître mérite déjà
d'être placé au premier rang de ceux dont
FItalie s'honore.
La Piece , outre , le mérite ordinaire de
L'exécution , a encore l'avantage d'être parfaitement
jouée . Mlle . Baletti , dont le talent
pour la Scène fe développe de jour en jour,
rend fon rôle de maniere à faire à elle feule
fuccès de l'Ouvrage. Elle est très-bien fecondée
par M. Simoni , qui remplit l'emploi
de Tenore avec un talent, marqué. Il avait
déjà beaucoup réuffi dans les concerts donnés
pendant la femaine de Pâques , & fon
début fur la Scène n'a fait que confirmer
fon fuccès. MM. Mandini & Rafanelli font
aufli placés très-avantageuſement dans cette
Piece. ti
On a donné depuis , au même Théatre ,
The Comédie de M. le Picard , intitulée
Encore des Ménethmes , Ce fujet eft fort ufé;
mais l'Auteur, qui , dâns un âge très-jeune ,
annonce beaucoup d'imagination , a trouvé
le fecret de le rajeunit.C'eſt un jeune Officier
qui , pour éviterles fuites d'une affaire d'honneur
vient le cacher à Paris , fous les habits
de fon bncle , auquel il reffemble prodigieufement.
Il arrive affez , tôt pour empêcher
le mariage de fa coufine , dont il eft amoureux
& aimé . Il en reçoit l'aveu d'elle même,
F2
112 MERCURE
qui le prend pour fon pere. Mais fon oncle
arrive avec le jeune homme auquel il deftine
fa fille. On les prend à tout moment l'un
pour l'autre. Il en réfutre un imbroglio
fouvent très- piquant , & des scènes pleines
de gaité , de fel & d'intentions comiques,
Il n'y a pas moins de mérite dans le dialogue
que dans les fituations ; & quoiqu'on
puiffe reprocher à l'Aureur quelques inconvenances
, quelques dé auts dans la contex
ture , on ne peut que l'encourager à pour
fuivre une carriere dans laquelle il promet
de fe diftinguer. Cet Auteur a déjà donné
au même Théatre une petite Comédie intitulée
le Badinage dangereux , qu'on a vue
avec plaifir.
La Piece du Théatre Italien , intitulée
Adélaïde & Miryal, eft une imitation du
Déferteur, Drame de M. Mercier, au moins
pour les deux derniers Actes. Le premier ,
qui fait une Piece à lui feul , fans qu'on
foit obligé d'y rien changer , offre des détails
fort agréables , quoiqu'un peu com
muns. On a reproché à l'intrigue plufieurs
invraisemblances. L'Ouvrage néanmoins a
été fort applandi. La mufique eft d'un jeune
Compofiteur , M. Trial le fils , dont on a
voulu encourager les premiers efforts . On
l'invite à travailler beaucoup , à fe faire une
maniere à lui , & à fe livrer moins timiDE
FRANCE. 113
à
qu'elle
on
imagination
, toutes
les
fois
qu'elle lui infpirera des idées nouvelles .
Nous ne dirons qu'un mot du fujet de
ce Drame. C'eft un jeune Soldat qui , ayant
reçu de fon Commandant un traitement
injuſte , a défetté en Allemagne. It a fauvé -
la vie d'une jeune , perfonne attaquée dans
une forêt. Le pere reconnaillant l'accueille.
chez lui , & bientôt appercevant l'inclination
mutuelle des deux jeunes gens , il fe réfout
de les unir. Au moment où le mariage fe
fait , la ville eft prife par une Armée Francaife
. Mirval eft reconnu , arrêté , condam-l
né; il ne doit fa grace qu'aux démarches
généreufes du fils du Commandant , jeune
étourdi qui avait commencé par infulter fa
femme.
Cette Piece eft de M. Patrat .
157 30.
VARIÉTÉ
S
AUX AUTEURS DU MERCURE.
PERMETTE
ERMETTEZ - MOI , Meffieurs , de vous annoncer
une Gravure précieufe , en forme de Médaillon
qui fe trouve chez l'Auteur , M. Cruffaire , rue
de Condé , vis-à- vis l'Hôtel de l'Empereur. Prix ,
12 f. à Paris , & 16 fous franc de port pour les
Départemens. En voici le fujet.
F3
114 MERCURE
Une Pyramide , figurant l'Affemblée Nationale ,
& défignée par les Portraits des Députés , s'éleve
du milieu des nuages obfcurs , fymbole des Abus ,
que diffipe la Vérité. Au pied de la Pyramide ,
fes ennemis de la Conftitution fous l'emblême de
Crapauds , croaffent contre les Décrets des Légiflateurs.
Ils font étouffés fous le poids des
Droits de l'Homme. Auprès , fe voit l'Autel de la
Patrie , fur lequel font des coeurs enflammés. Le
fujet eft furmonté par le Soleil de l'Espérance ,
qui vient éclairer le globe du Monde. Les attri
buts de l'Abondance forment le cercle de ce Médaillon.
L'effet de ce petit Ouvrage eft fort fingulier ,
mais il l'eft moins encore que les deffins à la
plume faits par l'Auteur. On ne connaît rien de
précieux & de fi agréable que ce qu'il produit
en ce genre ; plein d'imagination & d'efprit dans
fa compofition , il a dans l'exécution un fini , une
délicateffe , une pureté dont on n'aurait jamais
cru ce genre fufceptible. Il faut voir foi - même
fes Ouvrages pour s'en faire une jufte idée , &
je crois , Meffieurs , devoir inviter vos Lecteurs
à fe procurer ce plaifir. Les fujets que l'Auteur
exécute font propres à orner des Bagues , des
Médaillons, des Boîtes , &c . ; mais quelque bri
lante que foit la matiere à laquelle ils ferviront
d'ornement , on en pourra toujours dire :
Materiam fuperat opus.
UN ABONNí.
ང ི་
DE FRANCE. 115
NOTICE S.
ON vent de mettre en vente , Hôtel de Thou,
rue des Poitevins , Nº . 18 , la
de l'Encyclopédie.
44me. Livraifon
Cette Livraiſon eft compofée d'us Volume de
Planches de la Botanique , ire. Livraiſon , par
M. le Chevalier de la Marck ; -
Du Tome V , 2e. Partie , Hiftoire Naturelle ,
contenant les Infectes , par M. Olivier , Docteur
en Médecine ;
Et du Tome II , ire. Partie , de la Médecine.
Le prix de cette Livraifon eft de 30 liv. 10 f
broché , & de 29 liv. 10 f. en feuilles.
Théorie des Loix politiques de la France , Tomes
IV & V , in-8 ° . formant les deux premiers de
l'Efprit des Loix Canoniques & Politiques qui ont
régi Eglife Gallicane dans les quatre premiers
fiecles de la Monarchie.
On trouve dans cet Ouvrage , avec les autorités
, l'étendue & les bornes de la puiffance
ccléfiaftique , la hiérarchie & compofition du
Clergé inférieur & des Ordres Religieux , la hiérarchie
& la nomination des Evêques & la
forme de leurs élections , l'effence & le pa tage
de la jurifdiction eccléfiaftique , l'origine de la
propriété eccléfiaftique , & fes révolutions . A Paris ,
chez Nyon l'aîné & fils , Libr . rue du Jardinet.
9
Ce Livre eft une compilation remplie de recherches
favantes : c'eft l'Hiftoire d'un Empire
IIG
MERCURE
détruit , & qui ne le fera pas revivre ; mais les
Curicux & Ics Erudits peuvent s'amufer à en
parcourir les ruines.
W
Du Droit du Souverain fur les Biens- fords du
Clergé féculier & régulier , & de leur emplois
3e édition , augmentée de la queftion d'état des
Membres du Sacerdoce ; par M. de Cerfvol .
Brochure de 196 pages . A Paris , chez Royez ,
Lib . quai & près des Grands-Auguftins:
On eft aujourd'hui fuffifamment convaincu de
ce Droit ; il eft ben cependant de trouver que
c'eft celui de la raifon & non celui de la force ,
& les faits établis par M. de Cerfvel , ainfi que
fes raifonnemens , fervent à juftifier la Nation à
fespropres
yeux .
Les Menechmes Grecs , Comédie en
profe &
en quatre Actes , précédée d'un Prologue ; par J.
F. Cailhava. Prix , 24 f A Paris , chez Boulard ,
Imp- Libr. rue Neuve- St - Roch , Nº . § 1 ; & chez
les Mds . de
Nouveautés .
Cette Piece eft une de celles qui ont fervi le
plus efficacement à élever le genre du Théatre ou
elle a été donnée , qui s'intitule actuellement
Théatre Français de la rue de Ri helicu. Le coftume
grec eft aufli bien obfervé dans le flyle qu'il
l'était fur les habits des Acteurs . Les Directeurs
des différentes Troupes de Spectacle du Royaume
qui voudraie t l'eflayer for leurs Théatres , pour
ront s'en procurer des Exemplaires , ainfi que
Ouvrages Drama ques fuivans , én s adreffant,
dans leur ville , au Correfpondant du Bureau Dramatique
de Paris.
ées
DE FRANCE. 117
Les Porte-feuilles , Comédie en deux Acts &
en profe , repréfentée pour la premiere fois . fur
le Théatre de Monfieur , rue Feydea , le 10 Février
791 ; par M. Collot d'Herbis A Paris
chez la v uve Duchefne & fils , Libr. rue Saint-
Jacques , No. 47.
1
Cette Pie.e , pleine d'intérêt , de gaité , de fel
& deffer theatral , ne doit pas moins réuífir à la
lecture qu'au Théatre , où elle le outient tou
jours avec beaucoup de fuccès .
Barnevelt . Tragédie de M. Lemierre , de l'Académie
França le repréfentée pour la premiere
fois , fur le Théatre de la Nation , le 30 Juin
1790. Prix , 1 lv. 10. A Paris , chez i veuve
Duchefne & fils , Libr. rue St-Jacque , Nº. 47.
Cette Piece , qui ne doit pas avoir moins de
fuccès à la lect re qu'à la repréfentati na été
retardée long - temps par le Defpotifme. E e ne
paraît pas même hardie aujourd'hui : cep en ant
elle eft écrite avec cette énergie qui caractériſe
tous les Ouvrages de M. Lemierre, & elle refpire
le faint amour de la Liberté.
Le Convalefcent de Qualité , ou l'Ariftocrate ,
Con édie en deux Actes & en vers ; pat M. Fabre
d'Eglantine , repréſentée pour la premiere fois , au
Theatre Français , dit la Comédie Italienne le
28 Janvier 1791. A Paris , chez la veuve Duchefne
& fils , Lib . rue St-Jacques , N° . 47. Prix , 24 f. +
Le mérite dramatique de M. Fabre d'Eglantine
eft déjà fixé dans l'opinion publique par d'excellers
Ouvrages. Celui- ci , dont le fujet , relatifaux
circonftances , a rendu le fuccès encore plus éclatant
, n'eft pas moins propre à foutenir l'examen
févere du cabinet.
118 MERCURE
Le Catholique par raifon , ou Preuves démonítratives
de la divinité de la Religion Catholique ;
par M. L .... de Marabail , Prêtre du Diocefe de
Strasbourg , Curé de Mireval , Département de
l'Aude. Brochure in- 12 de 420 pages. A Paris ,
chez Mufier , Libr. quai des Auguftis , au coin
de la rue Favée .
C'eft une entrepriſe véritablement curieufe , que
de prétendre prouver par la raifon ferle les vé
rités de notre Religion . Quand même l'Auteur
n'y parviendrait pas auffi heureufement par-tout,
on doit au moins lui favoir gré de fon zele .
Banquet des Savans , par Athénée , traduit ,
tant fur les textes imprimés que fur plufieurs
Manufcrits , par M. le Fevre de Villebrune . Tome
V ; 10e . Livraiſon. A Paris , chez Lamy , Libr.
quai des Auguftinis , No. 26 .
La
Soulcription eft toujours ouverte pour cet
Ouvrage , aufli intéreffant pour la partie typor
grafbique , que , précieux par fon exécution lite
raire, & par l'utilité dont il eft aux Sciences
tire à fa fin ; il n'en refte plus
à fournir , & fous fort peu de temps , les curieux
deux Livraifons
jouiront de cet: ¿ magnifique entreprife.
que
9
Code politique de la France , ou Collection des
Décrets de
l'Affemblée Nationale. Temely
A Paris , chez Nyon l'aîné , Lib . rue du Jardinet;
& chez Ballard , Imp. rue des Mathurins .
Ha v
Get Ouvrage eft d'une utilité univerfelle , &
ne peut,manquer, à ce titre, d'être fort recherché.
པནཾན ཡས ཆེ
DE FRANCE. 110
GRAVURES.
Le Sr. Defnos , Ing- Glog , rue Saint- Jacques
No. 250 , vient de mettre en vente la fixieme
feuille qui complette fon Atlas National.
Cette Carte renferme onze Départemens , au
centre defquels fe trouve le Comtat Venaiffin ;
favoir , ceux de l'Aveiron , de la Lozere , de la
Drôme, des Hautes-Alpes, de l'Hérault, du Gard ,
des Baffes - Alpes , des Pyrénées Orientales , des
Bouches du Rhône , & du Var. Prix , 6 liv. fép.
L'Atlas complet , format grand in-fóliɔ. Prix ,
24 liv. broché.
Le Catalogue indicatif de tous les Atlas & des
83 Départemens , publié par le Sr. Defnos , fe
diftribue gratuitement,
Carte nouvelle de la France , divifée en fes 83
Départemens , de format in4° . & in- 8 ° . pliée en
deux , pour être mife à la fuite de tout Ouvrage
Géographique & des Journaux. Prix , 12 f. coloriée
, 15 f. lavée fur beau papier. A Paris , chez
Moitey , Ing-Géog. rue de la Harpe , N °. 109 .
On trouve chez le même Auteur les Cartes des
Départemens de la Haute-Saone , du Loiret , du
Doubs , de la Marne , de l'Aube , de l'Yonne , du
Loir & du Cher , du Cher , d'Indre & Loire , de
la Vienne , de l'Indre, de la Meurte, de la Haute-
Marne , de la Somme , & de Charente inférieure .
Ces Cartes font fuite à celles que nous avons précédemment
annoncées ; elles fe vendent 8 fous
chaque coloriée , & 12 f. lavée & coloriée fur
beau papier . MM . les Abonnés ne les payeront
que 6 f. coloriée , au lieu de 8 f.
120 MERCURE DE FRANCE.
A VIS.
LE 27 Avril dernier s'eft faite , rue Thévenot ,
N°. 18 , l'ouverture d'un Etabliffement d'Educa
tion , où fe profeffent les Cours fuivans :
L'Ecriture , le Ca'cul , les Comptes étrangers ,
les Mathématiques , la Fort fication , les Langues
Latine , Françaiſe , Anglaife & Allemande ; l'Hiltoire
, la Géographie , le Deffin payfage & figure ;
la Rhétorique , la Logique ; la Danfe , les Armes ;
le Solfege , le Violon . Ces Cours ont lieu tous les
jours , excepté les Fêtes & Dimanches , depuis
heures du matin jufqu'à 2 après-midi , & depuis
4 juſqu'à 8. L'Abonnement annuel eft de 300 liv.
On peut s'abonner pour 6 ou pour 3 mois. L'ou
reçoit des Penfionnaires.
S'adreffer audit Etabliffement , à M. Varron ,
Secrétaire ; ou à M. Sironval , Directeur , rue du
Battoir , quartier St-André , N °. 4 .
ROMANCE.
TABLE.
85 Spectacles.
Charade, Enig . Logog. 92 Variétés.
De la Balance , &c.
Traité,
94
Notices .
1081
110
118
៖ គ . គ
MERCURE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
ALLEMAGNE.
De Francfort-fur- le- Mein , le 9 Juin 1791 .
Ni la paix, ni la
I paix , ni la guerre , ni les préfomptions
en faveur
de l'une ou de l'autre , ni
les difpofitions
militaires
, ni la marche
des négociations
apparentes
, n'ont avancé
d'un pas depuis le dernier
compte
que nous
avons rendu. La curiofité
fe fatigue
à remuer
fans ceffe des incertitudes
, à fuivre
des Courriers
dont les fecrets fe trouvent
dans les Papiers
publics , & à errer au mi
lieu de conjectures
vagues , dont de miſérables
faits de Gazette
forment à peu près
tout le fondement
. En quittant
fes Etats ,
à l'approche
préfumée
d'une guerre
dans
la Baltique
, le Roi de Suède a confirmé
l'efpérance
motivée
que cette guerre n'aura
No. 25. 18 Juin 1791 .
H
( 170 )
point lieu. Quand nous répéterions des
dénombremens apocryphes de vaiffeaux
Ruffes , d'armées raffemblées en Livonie ,
de régimens Pruffiens en marche , ou déja
cantonnés , nous ne donnerions. pas la
moindre lueur fur l'avenir. C'eft fous la
table le que jeu fe joue, & il eft fort inutile
de compter les cartes , tandis que
véritables mouvemens des joueurs échappent
à nos regards. Cependant , la faifon
s'avance , & fi dans quinze jours , la paix
ou la guerre ne font pas déclarées , il eft
à croire qu'on paffera l'Eté en préfence ,
tandis que le tracas des négociations ira
fon train.
les
Au refte , il fe pourroit qu'elles ne ferviffent
qu'à couvrir des deffeins plus vaftes,
dont l'exécution inattendue décéleroit fuement
l'existence , en frappant l'Europe
aetonnement , auquel elle eft loin de le
préparer. L'hiftoire du monde, a préfenté
quelquefois à la fuite d'ébranlemens terribles
, des plans hardis & vaftes pourrafformir
l'édifice, de la Société. De grands
dangers font fortir les efprits du cercle des
combinaifons aifons vulgaires , & peut- être 18
fommes-nous pas éloignés du moment, ou
Ton retrouvera du génie dans la politique
des Cabinets .
Quoi qu'il en foit , nous perfiftons à inviter
le Public à ne point fe laiffer fur
prendre par des apparences , à ne rien prés
( 171 )
juger fur d'équivoques démonstrations . La
guerre future du Nord eft une chimère ,
ou la règle des probabilités eft une fottife.
Ainfi , nous croyons entrer dans le fens
des Lecteurs raifonnables , de leur épargner
le dégoût des balivernes qui rempliffent
les Gazettes , & de s'occuper des fpéculations
ridicules qu'on lit par -tout fur cette
guerre prétendue.
Le Roi de Suède , ainfi que nous l'annonçâmes
le mois dernier , va à Aix - la-
Chapelle où il féjournera une partie de
l'Eté , il s'eft embarqué le 24 Mai . En
attendant que les événemens nous révèlent
le vrai motif du voyage de ce Monarque
, dont le rôle n'eft pas fini , on peut
être certain qu'aucune indifpofition ne
l'appelle dans cette ville impériale , qui
femble devenir un rendez-vous . Avant for
départ , S. M. S. a vu le Comte de Stackelberg
, Ambaffadeur de Ruffie , arrivé à
Stockholm le 17:
M. le Comte d'Artois qui , certainement
a eu en Italie deux entrevues avec l'Empereur,
arrivera à Trèves dans deux ou trois
jours. Ce Prince , entré en Allemagne
par le Tirol , a féjourné à Ulm . M. le
Prince de Condé , fon fils , fon petit-fils
& plufieurs des principaux François
qui habitent cette dernière ville font
allés au devant de lui . M. le Comte
H 2
( 172 )
- Les Frand'Artois,
à qui l'Electeur de Trèves, fon oncle
maternel, a cédé le château de Coblentz, paffera
enfuite à Aix- la -Chapelle.
çois réfugiés fe multiplient de plus en plus fur
les rives du Rhin. Quoique plufieurs aient des
armes , & le plus grand nombre des chevaux
; quoiqu'il exifte parmi eux des reffources
pécuniaires confidérables ; quoique
les forfanteries de quelques jeunes gens , les
légèretés de ceux qui ne favent rien &
qui prétendent tout favoir , les corref
pondances enfin de quelques étourdis
dont la crédulité ne doute de rien , puiffent
faire fuppofer des projets hoftiles , celui
d'une invafion , d'une invafion prochaine
& ifolée n'entre point dans nos têtes Allemandes
, parce que sûrement il ne peut
être entré dans celle des Chefs , auxquels
la plupart des Réfugiés paroiffent attachés.
On continue à former de grands maga
fins dans l'Autriche , antérieure , dont le
Général de Welch va prendre le coniniandenient.
Cependant les forcesde cette Province
ne font encore augmentées , ainfi que
nous l'avons dit la femaine dernière , que
du régiment de Schroder , auquel on vient
cependant d'ajouter celui de Latterman , &
de quelques divifions de cavalerie arrivées
de Luxembourg dans le Brifgaw.
( 173 )
FRANCE.
De Paris , le 15 Juin.
ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du lundi , 6 juin.
Environ la huitième partie des fuffrages de
TAffemblée natianole , 120 voix ont formé une
majorité fuffifante pour élever M. d'Auchy au
fauteuil de la préfidence.
Sur la propofition faite par M. le Grand , de
téunir pluficuis maifons religieufes du departement
du Pas-de- Calais , M. d'Eftourmel a obfervé
que le comité contredifoit le voeu du directoire
du département , en entaffant pêle-mêle des
moines de divers ordres dans les mêmes maifons
, & qu'on imitoit le pot- pourri connu fous
le nom de la tentation de Saint Antoine , ou
des démons de toutes les espèces & de toutes
les formes accourent pour tourmenter cé pieux
folitaire. L'honorable membre apoftrophant ceuxdu
comité , au nom des pauvres religieux condamnés
à de fi cruelles épreuves , leur a adreffé
le refrein : Meffieurs les Démons , laiffez - nous
done; refrain auquel on a répondu : il danfera , il
fautera.
Plus férieux , M. Breuvart , cuté de Douay ,
invoquoit les localités méconnues l'avis des
diftricts , des décifions d'experts , l'utilité públique
, les fentimens d'humanité dûsà des vicillards ,
à des infirines attachés à leur état. Il a demandé
qu'on adoptât le plan de réunion , qu'avoit fait
imprimer le directoire. On n'en a pas moins
H 3
( 174 )
décrété celui du comité dit eccléfiaftique , & l'on
a repris la difcuffion fur le code pénal.
Nous ne fuivrons pas les débats fuperficiels ,
& de pure converfation , d'après lefquels les divers
articles de ce code , lus dans cette féance , ont
été amendés & décrétés . Les articles offriront
eux- mêmes affez de ſujets de réflexion aux véritables
hommes d'état , aux profonds criminaliſtes ,
aux philofophes que telle ligne , adoptée par affis
& levé dans la minute , autoit occupé nuit &
jour pendant des années. Il fuffira d'indiquer
fommairement le peu d'objections fentées , dont
en n'a tenu aucun compte dans la rédaction .
Un ancien décret défère aux jurés élus panni
outes les claſſes du peuple , le droit arbitraine
de juger fur leur confcience , de l'intention , de
la moralité de l'action , & de prononcer fil
crime eft ou non excufable . L'un des nouveaux
articles les autorife à juger fi le coupable , âgé
de moins de 16 ans , a commis le crime aves
ou fans difcernement. Le bon fens & M. Gara
l'aîné , écartoit ce nouvel article comme f
perflu ; l'intention comprenant le difcernement.
M. Malouet a penſé , avec raiſon , que tous
oupable de 15 ans , 11 mois & 29 jours , ou
plus jeune , feroit l'imbécille pour demeurer im
puni . Mais , felon M. de Saint-Fargeau , les
circonftances démentiront les rufes de l'enfant ;
les élus du peuple liront au fond des ames ; ces
fubtils philofophes de tout métier analyseront
l'intention , la moralité , le difcernement. La
queftion préalable a pulvérifé les objections , &
fon a décrété d'abondance.
Quand on eft venu à l'application des peines ,
M. Sentetz a trouvé de grandes lacunes dans le
projet , & s'eft récrié fur l'oubli abfolu de tous les
( 175 )
crimes contre la Divinité . Il en a diflingué de
trois fortes chez un peuple , aux yeux duquel il
fuppofe que l'idée d'un Dieu eft le frein le plus
nécellaire des paffions déréglées , & dans une
conftitution dont il fuppofe encore qu'une religion
révélée eft l'une des bafes effentielles . Toutes
ces hypothèſes ont excité de violens murmures
défapprobatifs , & les conféquences en ont excité
bien davantage . Les trois divifions de l'opinant
embraffoient la profeffion publique & la prédication
d'atheiſme , de théifme ou déifme , &
ces actions atroces que pourroient amener un jour
de nouveaux dogmes , fruits dépravés d'une liberté
dégénérée en licence . Souvent interrompu par los
ricanemens & les huées du côté gauche , il a
conclu à ce que ces trois chefs fuffent punis da
mort.... « Oui , pour la première fois
dire très -plaifamment M. Prieur . « La majeſté du
fujet ne nous permet pas de traiter cette queſtion ,
a dit M. de Baumetz. Je demande le renvoi au
comité , & qu'on paffe ,à l'ordre du jour ». Ces
conclufions ont été adoptées..
לכ а сги
Un des articles auquel on n'étoit pas encore
arrivé , portoit dans le projet imprimé & diftri
bué : «<
Lorfqu'un François , chef de parti , à la
tête de troupes étrangères , ou à la tête de citoyens
révoltés , aura exercé des hoftilités contre
la France , après qu'un décret du corps législatif
l'aura déclaré ennemi public , chacun aura le droit
de lui ôter la vie . S'il étoit arrêté vivant , il fera
condamné à être pendu .
ב כ
M. Malouet a annoncé qu'il fe propofoit doréclamer
contre cet article . « Eft- ce dans un moment,
a-t-il dit , ou tant de monftres égarent le peuple ,
& le pouflent au crime , qu'on peut leur fournir
ce prétexte à Je ne conçois pas comment le comité
H
4
( 176 )
сс
de conftitution a ofé publier un article tel que
celui qui eft dans le projet imprimé . Eft-il rien
de plus odieux qu'un tel fignal de profcription ,
donné par le corps légiflatif ? Les fcélérats ne
l'attendront pas même , ils fuppofcront le déciet . »
«On imprime bien de fauxbrefs du Pape, a dit M.
Prieur ; ( ce qu'il y a de remarquable , c'eft que
cette faillie étoit , felon M. Prieur , une réplique
à M. Malouet. ) Le rapporteur a répondu que
le comité avoit été bien éloigné d'infinuer ces
principes au peuple , puifqu'il ne propofoit pas
de décréter l'article , & qu'au moment de l'im
preffion le comité y a joint ce correctif : après
qu'un décret du corps législatif l'aura déclaré
ennemi public.
сс Comment n'avez- vous pas rougi , a repris
M. Malouet , de publier une telle propofition ,
dans un temps où les diffentimens des opinions
politiques fourniffent à des fcélérats , le prétexte
de dénoncer tel ou tel homme à la multitude ,
comme chef d'un parti ? C'eft atroce. cc M.
Prieur a traité ces paroles de déclamations nuifibles
au refpect dû à la loi » . Ce n'eft point
déclamation , c'eft indignation , a réparti M.
Malouet au milieu des rumeurs o : dinaires.
A propos de certaine diftinction entre la peine
infligée au traître qui n'a pas réuffi , & la peine
a prononcer contre le traître dont les projets ont
eu le plus funefte fuccès contre la patrie , M
Prieur a décerné la moit pour tous les deux.
MM. Meynier & Populus fe font entrepris fur le
décret conftitutionnel , qui auroit pu ou non
empêcher Céfar de paffer le Rubicon.
Par un autre article , tout François qui porteroit
les armes contre la patrie étoit condamné
mort . M. de Folleville a obſervé qu'un Fran(
177 )
gois , naturalifé dans un pays étranger , pouvoit
porter les armes costre la France. « Il eft bien étonnant
, a - t- il ajouté , de voir dés Solons de vingtquatre
heures métamorphofés en Dracons . » Sa
conclufion a été qu'un François pût abdiquer ce
titre devant la municipalité de fa réfidence ; mais
on s'eft apperçu que , quoique la conftitution foit
prefque achevée , on n'a pas encore déterminé
ce qu'eft la qualité de Frarçois . « D'après une
parcille loi , a dit un membre , M. Luckner feroit
pendu en Ailemagne . »
Diftinguant le François qui porte les armes
contre fa patrie , de celui qui dit : Je ne veux
point de votre conftitution , je me retire . » M.
Malouet a reconnu que le premier eft coupable ,
& foutenu que le fecond ne devoit rien au pays
qu'il quittoit ainfi , & que cependant s'il y laiffoit
fa propriété , fa famille , on devoit les y protéger .
Ces vérités nobles , grandes , cette politique des
belles ames , ont foulevé le côté gauche cù l'on
applaudit qu'aux principes de circonstance .
Vous n'êtes pas libres , s'eft écrié M, Malouer. »
Nous le fommes , a- t- on dit , & l'on a cru lai
avoir répondu . On veut affurer aux ennemis de
la conftitution le droit de venir nous égorger
difoit M. Merlin….. Aux voix , aux voix , cricient
à l'envi des gens qui ne fe doutoicnt pas que ,
l'article difcuté pourroit couvrir l'Europe de
guerres de fauvages , avant la fin du fiècle des
lumières.
M. de Foucault a remarqué que l'article , étoit
un titre de profcription contre tous les François
qui font au fervice étranger ; que beaucoup de
familles Flamandes feroient , par cette loi , dans
le cas d'être pendues pour avoir fervi dans les
pays Autrichiens & chez les wallons Espagnols .
HS
( 178 )
Songez aux repréfailles , a dit M. de Faucigny.
Peut - on porter une pareille loi contre des François
, s'eft écrié un autre membre du côté dreit ? ...
Contre des traîtres , a réparti un membre du côté
gauche. « Les Romains , a repris M. de Folleville
, avoient élevé un temple à la peur ; mais ,
ils n'y facrifièrent jamais dans le fénat . Quelle
eft ici l'holocaufte qu'on vous propofe ? Des
hommes , votre conftitution . »
сс оп
A ce trait qui ne déparereit pas un chapitre
de Montefquieu , M. Lavigne a répliqué :
vous parle de la peur. Il eft évident que la peur
n'exifte pas dans les amis de la conftitution ,
mais bien dans ceux qui craignent l'application
de la peine que vous allez prononcer . » Or ,
aucune objection ne portoit contre la peine ;
perfonne ne défendoit les traîtres ; on n'attaquoit
que l'énoncé trop vague , abfurde , injufte de la
Joi. Les amateurs n'en ont pas moins couvert de
bravos la perfonnalité de M. Lavigne. L'article
a été décrété.
Les membres de l'Affemblée coloniale de Saint-
Marc ont demandé , par une lettre , la permil
fon de rejoindre leurs foyers ; on a renvoyé la
lettre au comité colonial . Ils font depuis neuf
mois à la fuite de l'Affemblée nationale.
M. Bureau de Pufy a la une réponse qu'il a
été chargé de faire , an nom du corps législatif
de France , aux repréſentans du peuple de Penfylvanie
. Cette lettre a pour but de refferrer
l'union de, deux nations qui confondent leurs
principes , d'accroître leurs relations mutuelles ,
identifier leurs intérêts , & de leur rappeller tou
jours qu'elles font libres l'une par l'autre. »
Voici les articles du code pénal décrétés dans
इ
(( 117799 )
cette féance , avec la férie des précédens que
nous avions laiffés en arrière .
Art. 1. Les peines qui feront prononcées
contre les accufés trouvés coupables par le juré ,
font la peine de mort , la chaîne , la réclufion
daus la maifon de force , la gêne , la détention , la
déportation , la dégradation civique , le carcan .
II . La peine de mort confiftera dans la fimple
privation de la vie , fans qu'il puiffe jamais être
exercé aucune torture envers les condamnés . »
& III. Tout condamné aura la tête tranchée.
« IV. L'exécutionfe fera dans la place publique
de la ville où le juré d'accufation aura été convequé
.
>>
« V. Les condamnés à la peine de la chaîne ,
feront employés à des travaux forcés , au profit
de l'Etat , foit dans l'intérieur des maifons de
force , foit dans les ports & arfenaux , foit pour
l'extraction des mines , foit Four le defféchement
des marais , foit enfin pour tous autres ouvrages
pénibles qui , fur la demande des départemens
pourront être déterminés par le corps législatif. »
2
« VI . Les condamnés à la peine de la chaîne ,
traîneront à l'un des pieds un boulet attaché avec
une chaîne de fer. »
« VII. La peine de la chaîne ne pourra en aucun
cas être perpétuelle .
כ כ
I VIII . Dans le cas où la lot prononce la peine
de la chaîne pour un certain nombre d'années ; f
c'eft une femme ou une fille qui eft convaincue de
s'être rendue coupable defdits crimes , ladite femme
ou fille fera condamnée pour le même nombre
d'années à la peine de réclufion dans la maiſon de
force. »
IX. Les femmes & les filles condamnées à
set e feine, feront enfermées dans une maiſon de
H 6
( 180 )
x
force , & feront employées dans l'enceinte de ladite
maiſon , à des travaux forcés au profit de l'Etat .
33
cc X. Les corps adminiſtratifs pourront déter
miner le genre des travaux auquel les condamnés
feront employés dans lefdites maiſons. »
« XI. Il fera ſtatué par un décret particulier ,
dans quel nombre & dans quels lieux feront
formés les établiſſemens defdites maiſons: »
« XII . La durée de cette peine ne pourra en
aucun cas être perpétuelle .
ככ
« XIII. Tout condamné à la peine de la gêne
fera enfermé feul dans un lieu éclairé , fans feis ni
liens. »
cc XIV. Il ne fera fourni au condamné à ladite
peine que du pain & de l'eau aux dépens de la
maifon , le furplus fur le produit de fon travail.
»
cc XV. Dans le lieu où il fera détenu , il lui
fera procuré du travail : un tiers du produit de ce
ravail fera employé pour lui procurer une meilleure
& plus abondante nourriture ; un tiers pour
fubvenir aux dépenfes de la maiſon , & l'autre
tiers pour lui être remis à la fortie , quand le
temps de fa peine fera expiré. »
גג
« XVI. Cette peine ne fera pas perpétuelle.
« XVII. Il fera ftatué par un décret parti
ulier fur le nombre & l'emplacement des maifonsdegêne.
»כ כ
« XVIII. Tout condamné à la peine de detention
fera enfermé dans l'intérieur d'une mailon .
de force . »
« XIX. Il lui fera fourni un travail à fon choix
entre les travaux adoptés par les Adminiftrateurs
de la maifon. »
« XX. Les hommes & les femmes travailleront
féparément .
સ
( 181 )
cc XXI. Les condamnés pourront ſe réunir
pour travailler , fauf les réclufions momentanées
ordonnées par ceux qui auront la police de la
maifon , »
כ כ
« XXII. Cette peine ne fera pas perpétuelle.
ce XXIII. Il fera ftatué par un décret particulier
fur le nombre & l'emplacement des maifons
de détention . »
« XXIV . Quiconque aura été condamné à
la peine de gêre ou de réclufion dans une maison
de force ou de détention , fera préalablement placé
fur un échafand au milieu de la place publique de
la ville ou le délit aura été cominis . »
ce XXV. Il fera attaché à un poteau ; auu-
deffus
de fa tête , fur un écriteau , feront inferits , en
gros caractères , fon nom , la caufe de fa condamnation
, & le jugement rendu contre lui .
« XXVI . Il demeurera ainfi expofé aux regards
du peuple pendant trois jours confécutifs , fix
heures par jour , s'il cft condamné à la peine
de la gêne ; pendant deux jours confécutifs , quatre
heures par jour , s'il eft condamné à la récluſion
dans les maifons de force ; un feul jour , & deux
heures , s'il eft condamné à la détention. »
ce XXVII . La peine de déportation ne pourra
avoir lieu que pourla récidive ou dans les cas ftatués
par la loi.
« XXVIII . Le coupable qui aura été condamné
à la dégradation ,fera conduit au milieu de la place
publique de la ville où fiége le tribunal criminel
qui l'aura jugé. Le greffier du tribunal lui adreffera
ces mots : Votre pays vous a trouvé convaincu
d'une action criminelle : la loi & le tribunal vous
dégradent de la qualité de citoyen françois. »
cc
Le condamné fera enfuite mis au milieu de la
place publique ; il y reftera pendant deux heures ,
expofé aux regards du peuple ; fur un écritean
( 182 )
feront tracés en gros caractères fon nom , le
crime qu'il a cominis , & le jugement rendu
contre lui. »
« XXIX . Dans le cas où la loi prononcera la
peine de la dégradation civique , fi c'eft un étranger
, une femme ou une fille qui font convaincus
de s'être rendus coupables dudit crime , ils feront
condamnés au carcan. »
ל כ
cc XXX. Tout étranger , femme ou fille qui
auront été condamnés à cette peine , feront conduits
au milieu de la place publique de la ville
od fiége le tribunal criminel qui les aura jugés.
Iis feront mis au carcan , y
y
refteront pendant
deux heures , expofés aux regards du peuple.
Sur un écriteau feront tracés , en gros caractères ,
leur nom , leur crime , & le jugement contr'eux
rendu. »
сс
сс
XXXI. L'ufage de tous actes tendans à empêcher
ou fufpendre l'exercice de la juftice crim
nelle , lettres de graces , de rémiſſion , d'abolition
, de pardon , eft aboli. »
De la récidive.
« Art. I. Quiconque aura été repris de juftice
pour crime , s'il eft convaincu d'avoir , poſtérieurement
à la première condamnation , commis un
fecond crime emportant l'une des peines de la
chaîne , de la réclufion dans la maifon de force , de
la gêne , de la détention , de la dégradation civique
ou du carcan , fera condamné à la peine prononcée
par la loi contre ledit crime ; & après l'avoir
fubie , il fera transféré , pour le refte de favie ,
au lieu fixé pour la déportation des malfaiteurs . »
« II. Toutefois , fi la première condamnation
n'a emporté autre peine que celle de la dégra
dation civique ou du carcan , & que les mêmes
peines foient prononcées par la loi contre le fecond
erime dont le condamné eſt trouvé- convaincu , -en
( 183 )
ce cas , le condamné ne fera pas déporté ; mais at
tendu la récidive , la peine de la dégradation civique
ou du carcan ſera convertie en celle de deux
années de détention . »
De la réhabilitation des condamnés .
J
Art. I. Tout condamné qui aura fubi ſa
peine , hors celui qui pour caufe de récidive
aura été tranfporté , pourra demander à la municipalité
du lieu de fon domicile une atteftation à
l'effet d'être réhabilité. »
: ce Savoir les condamnés aux peines du cachor ,
de la gêne , de la prifon , dix ans après l'expiration
de leur peine ;
לכ
« Les hommes condamnés à la peine de la
dégradation civique , les femmes condamnées
celle du carcan , après dix ans ,
jour de leur jugement. »
à compter da
« II. Huit jours au plus ap: ès la demande ;
le confeil-général de la commune fera convoqué
& il lui en fera donné connoiffance .
« III. Le confeil -général de la commune fera
de nouveau convoqué au bout d'un mois ; pendaut
ce temps , chacun de fes membres pourra
prendre fur la conduite de l'accufé tels renfeignemens
qu'il jugera convenable . »
IV. Les avis feront recueillis par la voie
du fcrutin , & il fera décidé à la majorité fi l'atteftation
fera accordée . »
« V. Si la majorité eft pour que l'atteftation
feit accordée , deux officiers municipaux , revêtus
de leur écharpe , conduiront le condamné devant
le tribunal criminel , où le jugement de condamnation
aura été prononcé .
အ
Ils y paroîtront avec lui dans l'auditoire , en
préfence des juges & du public. »
Après avoir fait lecture du jugement pro
}
( 184 )
di
noncé contre le condamné , ils diront à haute
voix un tel.... a cxpié fon crime en fubiffant
fa peine ; maintenant la conduite eft irréprochable ;
nous demandons , au rom de fon pays , que la tache
de fon crime foit effacée.
VI. Le prefident du tribunal fans délibération
prononcera ces mots : Sur l'attestation & la
demande de votre pays , la loi & le tribunal
effacent la tache de votre crime. »
« Il fera dreflé du tout procès - verbal , &
mention en fera faite fur le registre du tribural
criminel , en marge du jugement de condamnation
. »
сс VII. Cette réhabilitation fera ceffer , daes
la perfonne du condamné , tous les effets & toutes
les incapacités réfultantes des condamnations. »
« VIII. Si la majorité des voix du corps municipal
eft pour refufer l'atteftation , le condamné
ne pourra former une demande que deux ans
après , & ainfi de fuite , de deux ans en deux
tant que l'atteftation ne lui aura pas
accordée. »
ans >
Des effets des condamnations.
été
ee Art. I. Quiconque aura été condamné à
l'une des peines établies dans les titres précédens,
fera déchu de tous les droits attachés à la qualité
de citoyen actif , ou rendu incapable de les acquérir
; il ne pourra être rétabli dans les droits
que dans les délais & fous les conditions prefcrites
ci-après. »
сс II. Quiconque aura été condamné à l'une
des peines du cachot , de la gêne ou de la prifon ,
indépendamment des échéances portées en l'article
précédent , fera inhabile , pendant la durée
de fa peine , à exercer par lui- même aucun droit
( 185 )
civil ; il fera en état d'interdiction ; il lui fera
nommé un curateur pour géier & adminiftrer fes
biens . »
« III. Le curateur fera nommé dans les formes
ordinaires . »
« IV. Ses biens lui feront reftitués à l'inflant
de fa fortie , & le curateur lui rendra compte de
fon adminiftration & de l'emploi utile de fes
revenus. "
« V. Pendant le temps de fa détention , il ne
pourra être remis au condamné aucune portion
de les revenus. »
« VI. Seulement il pourra être prélevé fur fes
biens les formes néceffaires pour élever & doter
fes enfans , oupour fournir des alimens à fa femme
& à fes enfans , à fon père ou à fa mère s'ils
font dans le befcin . »
« VII. Ces fommes ne pourront être prélevées
fur les biens , qu'en vertu d'un jugement
rendu par le tribunal du lieu de la fituation des
biens du condamné , à la requête des demandeurs ,
avec l'avis des curateurs , & fur les conclufions
du commiffaire du Roi .
גכ
« VIII. Les commiffaires & gardiens de la
maifon de peine ne permettront pas que les
condamnés reçoivent , pendant la durée de leur
détention , aucun don , argent , fecours , vivres
ou aumônes , attendu qu'il ne peut leur être
accordé de foulagement que fur le produit de
leur travail . »
« Ils feront refponfables de l'exécution de cer
article , fous peine de deftitution ,
כ כ
De l'influence de l'âge des condamnés fur la
nature & la durée des peines du cachot , de la
gêne & de la prifon .
« Art. I, Lorſqu'un accuſé déclaré coupable
( 186 )
par le juré , aura commis le crime pour lequel
il eft pourfuivi , avant l'âge de feize ans accomplis
, les jurés décideront dans les formes
ordinaires de leurs délibérations , la queſtion
fuivante :
« Le coupable a- t- il commis le crime aver
ou fans difcernement ?
pourra
ec II. Si les jurés décident que le coupable a
commis le crime fans difcernement , il fera ae
quitté du crime ; mais le tribunal criminel
fuivant les circonftances , ordonner que l'enfant
fera rendu à fes parens , ou qu'il fera conduit
dans la maifon de correction , pour y être élevé
& détenu pendant tel nombre d'années que
le
jugement déterminera , & qui toutefois ne pourra
excéder l'époque à laquelle l'enfant aura atteint
l'âge de 20 ans, »
Nous donnerons l'article III .
« IV. Dans les cas portés en l'article précé
dent , le condamné ne fubira pas l'expofition aux
regards du peuple , à moins qu'il n'ait encouru
la peine de mort , & dans ce cas il fera expofe
pendant fix heures . »
,
V. Nul ne pourra être déporté , s'il a 75 ans
accomplis .
23
* VI. Tout condamné qui aura atteint l'âge
de quatre- vingt ans , quelle que feit la natur
de la peine qu'il ait encourue , fera mis en li
berté par jugement du tribunal criminel , rendu fut
fa requête, s'il a fubi au moins cinq années de fa
peine .
33
« S'il avoit fabi moins de cinq ans de dé
tention , il fera mis en liberté dans les mêmes
formes aufli-tôt que ces cinq années feront atcomplies.
»
VII. Nul ne pourra être condamné à plus
( 187 )
" >
forte peine que celle de cinq années de priſon ,
après quatre-vingt ans accomplis. Si la peine prononcée
par la loi à raifon du crime commis
excède cinq ans de prifon , la condamnation fera
.reftreinte à ce terme en confidération de l'âge
du coupable .
33
>
De l'exécution des jugemens rendus contre un
accufé contumace.
« Art. I. Lorfqu'un accufé contumace aura
été condamné à l'une des peines établies ci - deffus ,
fera dreffé dans la place publique de la ville
où le juré aura été convoqué , un poteau , auquel
on appliquera un écriteau indicatif du nom
du condamné , du crime qu'il a commis , & du
jugement rendu contre lui . »
ce II. Lorfque la condamnation prononcée
contre un accufe contumace , emportera peine
afflictive , ledit écriteau fera expofé en la forme
qui vient d'être prefcrite , dans les villes ou
d'après les difpofitions du titre V ci defus
l'expofition du condamné aura lieu , file condamné
étoit préfent .
CC
ג כ
Lorfque ladite condamnation emportera
peine infamante , mais non afflictive , ledit écriteau
fera expofé feulement dans la place publique
de la ville où fiège le tribunal criminel
qui aura prononcé ledit jugement . »
Des crimes contre la sûreté extérieure de l'Etat ,
Art. I. Quiconque fera convaincu d'avoir prati
qué des machinations , ou entretenu des intelligences.
avec les puiffances étrangères, ou avec leurs agens,
pour les engager à commettre des hoftilités , ou
pour leur indiquer les moyens d'entreprendre la
( 188 )
guerre contre la France , fera puni de la peine
de mort , foit que lefdites machinations & intelligences
aient été , ou non , fuivics de quelque
hoftilité. »
ce II. Toutes aggreffions hoftiles , toutes in
fractions de traités , tendantes à allumer la guerre
entre la France & une puiffance étrangère , feront
punics de la peine de mort .
сс
Tout agent fubordonné , qui aura contribué
auxdites hoftilités foit en exécutant , foit en faifant
paffer les ordres de fon fupérieur légitime ,
n'encourra pas ladite peine.
כ כ
« Le miniftre qui en aura donné ou contrefigné
l'ordre , ou le commandant qui , fans orde
du miniftre , aura fait commettre lefdites hofti
lités ou infractions , en fera fcul refponfable , &
fubira la peine portée au préfent article . »
« III. Tout François qui portera les armes
contre la France fera condamné à mort. »
« IV. Toutes manoeuvres , toute intelligence
avec les ennemis de la France , tendantes , foit
à faciliter leur entrée dans les dépendances de
l'empire François , foit à leur livrer des villes ,
fortereffes , ports , vaiffeaux , magafins ou arfenaux
appartenans à la France , foit à leur fournir des
fecours en foldats , argent , vivres ou munitions ,
foit à favorifer d'une manière quelconque le
progrès de leurs armes fut le territoire françois ,
ou contre nos forces de terre ou de mer , fot
à ébranler la fidélité des officiers , foldats , &
des autres citoyens envers la nation Françoiſe ,
feront punis de la peine de mort. »
nature de celles <c V. Les trahifons de la
mentionnées en l'article précédent , exercées en
temps de guerre, envers les alliés de la France
( 189 )
agiffant contre l'ennemi commun , feront punies
de la même peine, »>כ כ
Du lundi , féance du foir.
M. Merlin a lu une lettre particulière , où
M. Primat , évêque conftitutionnel du dépar
tement du Nord , eft peint recevant à Bailleul
tous les hommages dû aux plus rares vertus . Ce
prélat a fait une inftruction que le peuple a
beaucoup applaudie , en criant : Notre évêque dit
la meffe comme les autres & prêche mieux qu'eux.
Il a donné fa bénédiction à ce même peuple qui ,
dès l'après-midi , ne fe fouvenoi: plus de l'inftruction
du matin , & montroit du zèle pour les
non - conformistes ; mais a peine ces néophites ,
furent -ils bénis , qu'ils s'écrièrent : Pardonneznous
, Monfeigneur ; nous ne ferions pas venus .
fi l'on n'eût pas fonné ; ce qui terraffa les réfractaires
, & les fit partir pour Ypres le foir
même. Il en a coûté la vie à un jeune homme
qui s'eft tué en voulant franchir un mur , & fe
fouftraire à la pourfuite de la garde nationale ,
dont la tolérance armée fecondoit l'effet terraffant
des bénédictions conftitutionnelles : un autre
a été bleffé ; l'évêque lui a donné des marques
de la plus généreufe fenfibilité.
›
Une lettre des adminiftrateurs du département
du Morbihan a dénoncé les manoeuvres des ennemis
de la révolution , & accufé M. Alain
eccléfiaftique , député à l'Affemblée nationale
d'envoyer dans la province des brefs & des bulles.
M. de Folleville a demandé comment on favoit
que c'étoit M. Alain qui faifoit ces envois , &
fi l'on n'avoit pas violé le fecret des lettres..
Pourquoi , a répété M. la Chaife , trouver
mauvais que des brefs & des bulles foient en-
CC
( 190 )
voyées dans le Morbihan , quand on les vend ,
à la porte de l'Affemblée . » Pluſieurs ennemis de
1 liberté du culte & de la preffe , ont crié qu'il
falloit envoyer M. Alain à Orléans , & fur la
motion de M. Bouche qui traitoit cet envoi de
crime , l'affatte a été renvoyée au pouvoir exé
utif qui donnera des ordres pour faire informer.
On a repris la difcuffion fur les domaines congéables
, & l'on a décrété fix nouveaux articles.
Du mardi , 7 juin.
Sur la propofition de M. Camus , il a été ſta
tué qu'aucune des perfonnes employées dans les
états de liquidations , ne pourra toucher les fommes
liquidées qu'en rapportant la preuve d'avoir payé,
ou de n'avoir pas dû payer , la contribution pa
triotique , & que le Roi fera prié de nommer
des fuppléans aux gardes des livres de contrôle
qui font abfens.
Après des débats plus longs que lumineux ,
conformément aux conclufions d'un rapport de
M. de la Rochefoucault , au nom du comité des
contributions , l'Affemblée a décrété que les dé
biteurs autorisés par le titre II de la loi du pre
mier décembre 1790 , à faire une retenue fur les
rentes ci - devant feigneuriales ou foncières , fur
les intérêts ou fur les rentes perpétuelles conftituées
avant la publication de ladite loi , la feront
au cinquième du montant des rentes ou preſta
tions pour l'année 1791 , & pour le temps pendant
lequel la contribution foncière reftera dans
les proportions fixées pour cette année , fans
préjudice de l'exécution des baux à rentès ou autres
contrats faits fous la condition de la non
retenue des impofitions royales ; que quant aux
rentes ou penfions viagères non-ftipulées exemptes
de retenue , les débiteurs la feront au cinquième
( 191 )
le revenu que le capital produircis au denior.
vingt , & fi le capital eft inconnu , au dixième
de la rente ou penfion viagère , pour tout le
même temps ; retenues qui fe feront au moment.
eu s'acquittera la rente on preftation , en argent
fur celles en argent , en nature fur celles en
denrées ou en fruits.
M. Tronchet a fait décréter deux articles relatifs
à la dime , qui , retouchés & amendes
ent fini par ordonner que , dans les lieux où la
dime ne fe percevoit qu'après le champart
agrier , &c. ou quand & quand ces preftations ,
la fuppreffion de la dîme ne profitera qu'au
propriétaire du fol ; que dans les lieux où la dîme
fe prélevoit avant les champarts , agriers , &c."
la fuppreffion de la dîme profitera tant au propriétaire
du fol qu'au propriétaire defdites redevances
en quotité de fruits . Dans le premier cas ,
les redevances n'éprouveront aucune anginenta
tion ; dans le fecond cas , elles feront dues à
raifon de la totalité des fruits récoltés , fans aucune
déduction de la dime fupprimée.
La fuite de la difcuffion du code pénal n'a
quère préfenté d'intéreffant , que les efforts inu
tiles de M. Malouet , pour qu'à l'article qui punit.
de mort tout complot contre le Roi , on ajoutât
des difpofitions contre ceux qui outrageroient la,
perfonne facrée du Monarque & la famille royale,
par des propos injurieux , ou par des libelles . On
a répondu que c'étoit l'objet de la police & des
loix concernant la preffe , & qu'il ne s'agit ici
que des déiits qui menacent l'intérêt général .
Tels font les articles qu'on a décrétés .
Des crimes & des délits contre la sûreté intérieure,
de l'Etat.
w
« Art. I. Tout complot & attentat contre la
192 )
perfonne du Roi & du régent , ou de l'héritier
préfomptif du trône feront punis de mort . »
« II. Quiconque fera convaincu de confpirations
& complots tendant à troubler l'état par
une guerre civile , en armant les citoyens les
uns contre les autres , ou contre l'exercice de
l'autorité légitime , feront punis de mort. »
« III . Tout enrôlement de foldats , levées de
troupe , amas d'armes & de munitions pour
exécuter les complots & machinations mentionnés
en l'article précédent ; »
de Toute attique ou réfiftance envers la force
publique agiffant contre l'exécution deſdits complots
; כ כ"
Tent envahiffement de ville , fortereffe "
magafin , arſenal , port ou vaiffeau , feront punis
de la peine de mort . »
EC " Les auteurs
chefs & inftigateurs
desdites
révoltes , & tous ceux qui feront pris les armes
à la main , fubiront les peines portées au préfent
article. »
ce IV. Les pratiques & intelligences avec les
révoltés , de la nature de celles mentionnées en
l'article V du titre premier , feront punies des
peines portées auxdits articles. »
CC
de V. Tout commandant d'armée ou corps
troupes , d'une flotte ou d'une efcadre , d'une
place forte ou d'un pofte , qui en retiendra le
commandant contre l'ordre du Roi ; »
ce Tout commandant qui retiendra fon armée
fous fes drapeaux lorfque la féparation en aurat
été ordonnée , & après que lefdits ordres lu
auront été légalement notifiés , fera coupable
du crime de révolte , & condamné à la peine
de vingt années de cachot . »
Dik
( 193 )
Du mardi , féance du foir.
Une lettre des adminiftrateurs du département
de la Gironde , du 31 mai , a informé l'Aflemblée
nationale , que des particuliers connus par leur
incivifme avoient d'abord voulu fe réunir fous le
nom de Club monarchique , & enfuite ſous celui
d'Amis de la patrie . Voici les griefs articulés.
On parloit d'enrôlement , d'armes , d'argent
répandu , de projet de caufer une commotion
générale au moment où l'on apprendroit que les
ennemis attaqueroient nos frontières . Un grand
nombre de prêtres & de ci- devant privilégiés ,
étoient rentrés dans la ville. Enfin , tout ce qui
pouvoit rendre cette affociation dángercule ſeinbloit
fe réunir ».
Er conféquence de faits fi décififs on par
loit....... étoient rentrés dans la ville.... tout
Sembloit......... : la municipalité de Bordeaux a
défendu provifoirement toute autre affemblée
que celles des amis de la conftitution . Mais les
amis de la patrie fe font réunis au nombre de
deux à trois cents ; ils ont remis à la munici- ,
palité copie de leur réglement. Le maire leur a.
ordonné de fe féparer , ils ont obéi . On a fermé
la maison des Feuillans , où ils tenoient leurs
féances , & fans les précautions des municipaux ,
il fe feroit formé des attroupemens.
Le réſultat de cette lettre , dans le ftyle de'
tant d'autres , eft que les adminiſtrateurs & les
municipes ont préjugé les intentions , exercé
le pouvoir le plus tyrannique contre les..
loix conftitutionnelles ; que les citoyens en
butte à ce pouvoir illégal fe font montrés dociles
& paifibles , là comme par- tout , & que le trouble
alloit être l'effet du civilme des patriotes ardens
N° . 25. 18 Juin . 1791. I
( 194 )
à s'attrouper & à perfécuter. M. Nérac a demandé
que le corps légiflatif improuvât la conduite de
cette municipalité , coupable de violence contre,
les loix & la liberté des citoyens. On a décrété
le renvoi de la lettre aux comités des rapports
& des recherches.
Revenant à la queftion des domaines , congéables
, M. Hernoux a lu , & l'Aflemblée a couramment
adopté feize nouveaux articles fur cet
objet.
Du mercredi , 8 juin.
Plufieurs fonctionnaires publics , tant civils
qu'eccléfiaftiques , élus par une influence connus,
dans des villes & pour des lieux où jamais on
n'avoit entendu parler de leur mérite ni de leur
perfonne , paroiffent des voix précieulés à conferver
dans les élections prochaines ; mais ils ne
font pas domiciliés depuis le temps requis par
les décrets conftitutionnels . Sur la propofition de
M. Bouche , appuyée de M. d'André , l'Alem
biée dérogeant à une loi où l'on n'avoit pas prévu
combien tous ces nouveaux venus feroient utiles ,
pour déterminer à certains choix les allemblées
primaires , a décrété que tous les fonctionnaires
publics jouiront des droits de citoyens actifs ,
dans les lieux où ils exercent leurs fonctions ,
quoiqu'ils n'aient pas l'année de domicile exigée
par là loi .
été A la demande de M. le Chapelier , il a
décrété que les difficultés relatives à la nomination
des commiffaires du Roi , feront renvoyées
au tribunal de caffation . Cette nouvelle loi déroge
à celle qui renvoie à l'un des tribunaux
de l'arrondiffement , l'appel des jugemens des
ibunaux de diſtrict , donne une fingulière ex(
195 )
tenfion de pouvoir à une cour à peine formée
& met les commiffaires du Roi de tout le royaume
dans une dépendance qui les rendra prefque
amovibles au gré du miniftre ou du tribunal.
M. Moreau a fait ces obfervations , on lcs a
applaudies fans en tenir compte.
On a décrété que les fonctions de juge du tribunal
de caffation & du tribunal de diltrict font
incompatibles ; que celles de greffier du tribunap
criminel & du tribunal de diftrict le font également
; & le remboursement de différens offices
& de charges fupprimés dans la maifon du Roi ,
pour la fomme de 43 millions 372,056 livres .
L'on a repris la difcuffion du code pénal »
nous n'en faifirons que les principaux traits ; le
refte n'ayant offert rien de remarquable , qui ne
foit dans la rédaction adoptée .
?
M. Malouet vouloit qu'on affurât la libertét
de tout membre des affemblées primaires , que
des factieux prétendus patriotes n'y maltraitent
pas , n'en excluent pas d'honnêtes citoyens , ca
lomnieufement entachés de l'imputation vaguer
d'incivifme . Mais M. le Pelletier de Saint-Far
geau , rapporteur , a répondu que c'étoit l'objet
d'un réglement de police , que chaque affemblée
avoit le droit d'établir des peines correctionnelles ,
comme l'Affemblée nationale. De manière qu'il
eft à préfumer que , la plupart des affemblées >
primaires feront auffi libres , auffi paisibles que
le corps légiftatif , & que l'ont été les aflemblées
primaires de l'année dernière , d'où l'on écartoit
à volonté les citoyens à coups de bâtons , de
pierres & de fabres .
› Cette forte de délits paroiffoit à M. d'André¸
Rob un objet de police , mais un objets conftitationnel,
M. Duport a foutenu que les affem
I 2
( 196 )
.-
blées primaires devoient prendre l'Affemblée na
tionale pour modèle , que leur police leur appartient
, que le citoyen privé de fon droit a des
formes pour le réclamer ; comme fi l'homme
fage dont un vacarme horrible , ſcandaleux ,
étouffe la voix , avoit des moyens de fe faire
entendre ; comme fi l'homme timide menacé de
la lanterne par des cannibales , avoit la faculté
d'opiner librement !
+
Sincère ennemi de l'anarchie , que tant d'infidicux
fophiftes cherchent à perpétuer fous le
nom de liberté , M. Garat l'aîné obfervoit ,
avec railon , que , des actes de violence , des
coups de bâton ou d'épée qui éloigneroient un
citoyen actif d'une affemblée primaire ( il auroit
Pu citer plus d'un exemple ) ne font pas des délits
qui reffortiffent uniquement de la police intérieure
de cette même affemblée ( dont la majorité
ne pourroit que trop applaudir à de parcils
excès. ) On a crié du côté gauche : « Allez donc
avec vos coups de bâton . Mais qu'a dit , qu'a
fait ce même côté gauche pour la sûreté des
membres du côté droit , qui , fouvent , ont
couru le rifque de perdre la vie ? L'ordre dujour
n'a - t- il pas conftainment décrété l'impunité de
femblables attentats ? Enfin après des clameurs ,
on a renvoyé la propofition de M. Malouet au
comité .
Aux mesures deftinées à garantir l'inviolabilité
du corps législatif , M. Malouet a propoſé d'ajeuter
la défenfe d'inveftir la falle d'attroupemens
de gens , même non-armés . Quelques membres
de la gauche ont eu l'impolitique naïveté de
pouffer les hauts cris . M. de Beaumetz a rappelé
qu'il y avoit une loi martiale . M. Duport a
demandé à M. Malouet & , jufqu'à préfent il
( 197 )
n'avoit pas joui de toute fa liberté ; & fur des
oui , oui , très-évidemment ironiques de la droite ,
il a fait avec humeur la motion que M. Malouet
fùt mis à l'ordre . M. Fermont a prétendu qu'on
étoit libre au point d'abufer de la liberté ; ceux
pour qui cette affertion eft vraie alloient la
prouver par le tapage ordinaire . Mais , M. le
Pelletier de Saint-Fargeau a exhorté l'Affemblée ,
à délibérer dans le calme fur une matière auffi
importante que le code pénal .
toute in-
« Je vous demande , a dit M. Malouet , fi un
attroupement tumultueux autour d'une affemblée
délibérante , des cris féditieux ou violens qui femblent
demander tel décret , repouffer tel dééret, inculper
tel membre ; fide tels attentats ne font pas la
ruine dela liberté ? S'il n'eft pas temps de vous foufs
raire , au moins pour vos fuccefleurs , à
fluencede pareils inconvéniens ? Nous avons fu les
braver ; car je m'affocie à cet honorable courage.
Mais croyez - vous que vos fucceffeurs puiffent
également les braver ? N'eft- il pas d'abord trèsindécent
, que la multitude qui a des repréfen
sans , & qui ceffera d'être libre lorfqu'elle ceffera
de les refpeéter , veuille toujours influer , jufques
fous vos yeux , fur vos délibérations ? Sans doute
la liberté doit lui être confervée pour obferver ,
Four remontrer , pour mesurer même la conduite
d'un membre qui fe conduit mal ; mais l'influence
directe de la multitude environnant le corps légiflatif
& demandant à grands cris qu'on repouffe
un décret , qu'on en prononce un autre , c'eſt
le crime des efclaves qui afpirent à la licence
ce n'eft point l'acte des hommes libres qui chériffent
la liberté. Je demande que ces attroupemens
foient profcrits , diffipés , & les inftigateurs
punis d'un an de priſon ,
;
I 3
( 198 )
---
---
Selon M. Rewbell , l'amendement ne tendoit
qu'à faire croire que Affemblée n'a pas toujours
été libre dans fes délibérations . -- Cela eft vrai ,
a- t - on dit du côté droit . - . Vous l'entendez , a
repris M. Rewbell ; vous voyez que j'ai deviné
l'intention . Oui , vous avez deviné ce que
tout le monde vous difoit , a répondu M. de
Foucault. A l'ordre dujour , cricient les mem
bres de la gauche. On le met aux voix : il eſt décrété
qu'on y paffera . Réclamations , tumuke .
Je propofe un amendement qui concilieroit tous
les partis , a dit M. l'abbé Maury du plus grand
férieux. Il confifte à déclarer que les peines
contre les promoteurs d'attroupemens auprès
» du corps législatif, pe feront applicables qu'aux
» légiflatures fuivantes . »
Raffuré par la loi martiale & par le droit que
PAffemblée a , dit - il , de difpofer de toutes les
troupes néceffaires à fa liberté & à fa sûreté , M.
de Saint-Fargeau adopte le principe de M. Malouet
, mais non les mefures qui en étoient la con-
Léquence.
L'article IX . puniffant de dix ans de gêne ,
tout fubalterne qui aura exécuté l'ordre de percevoir
un impôt , ou de recevoir un emprunt
non décrété par le corps légiflatif , M. Malout
rejettoit toutes ces difpofitions relatives aux fubal
ternes , comme dangereufes & propres à paralyſer
le gouvernement , en multipliant les commentaires
& les prétex es de défobéitfance . Il admettoit la
plus rigoureufe refponfabilité des miniftres , des
chef . M. Lavigne a cru prouver que l'article
auroit été très- raiſonnable fous l'ancien fyftême , '
& qu'il l'eft à plus forte raifon bien davantage
aujourd'hai.
( 199 )
Voici les articles qu'on a décrétés :
Des crimes contre la Conftitution .
« Art. I. Tous complots ou attentats pour
empêcher la réunion , on pour opérer la diffolution
d'une affemblée primaire ou d'une affemblée
électorale , feront punis de la peine de la
gêne pendant quinze années . »
II. Si des troupes de ligne inveftiffent le
lieu des féances defdites affemblées , ou pénètrent
dans fon enceinte fans autorisation ou la réquifition
defdites affemblées , le miniftre ou
commandant qui en aura donné ou contrefigné
l'ordre , les chefs ou foldats qui l'auront exécuté
, feront punis de la peine de la gêne pendant
quinze ans. »
сс
III. Toutes confpirations ou attentats pour
empêcher la réunion , ou pour opérer la diflolution
du corps légiflatif , ou pour gêner les délibérations
par violence
« Tout attentat contre la liberté individuelle
d'un de fes membres , fera puni de la peine de
mort. >> :
« Tous ceux qui auront participé auxdites
confpirations ou auxdits attentats , par les ordres
qu'ils auront donnés ou exécutés , fubiront la
peine portée au préfent article . ɔ
IV. Si des troupes de ligne approchent on
féjournent plus près de trente mille toifes de
l'endroit où le corps législatif tiendra fes féances ,
fans que le corps législatif en ait autorifé ou
requis l'approche ou le féjour , le miniftre qui
en aura donné ou contre- figné l'ordre , le commandant
en chef & le commandant particulier
de chaque corps defdites troupes , feront punis
de la peine de dix années de gêne .
I 4
( 200 )
« V. Quiconque aura commis l'attentat d'inveftir
d'hommes armés le lien des féances du
corps législatif, ou de les y introduire fans fon
autoritation ou fa réquifition , fera puni de
mort.
« Le miniftre ou commandant qui en aura
donné ou contre-figné l'ordre , les chefs & foldats
qui l'auront exécuté , fubiront la même
peine . »
« VI. Toutes confpirations ou attentats ayant
pour objet d'intervertir l'ordre de la fucceffion
au trône déterminé par la conftitution , feront
punis de la peine de mort . »
Les articles VII & VIII font envoyés au comité.
כ כ
ל כ
L'article IX décrété , fauf rédaction . »
Du jeudi , 9 juin.
M. Achard de Bonvouloir , député de Cou
tances , en preuve que le décret qui permet aux
foldats & fous -officiers , d'affifter aux féances des
clubs des foi - difant amis de la conftitution ,
produit de dangereux effets , a dit : « je vous
» dénonce la féance du 5 juin , du club de Stras
bourg, où dix-huit fergens - majors ont été reçus
» à délibérer , & l'objet de la délibération a été
» la motion faite par un des membres , que
toute la garnifon en armes dans la plaine
» des Bouchers .. " Ici des vociférations
ont interrompu M. de Bonvouloir , comme fi
la fin de fa phraſe eût dû confommer une contre-
révolution. Jamais on ne s'empreffa davantage
à étouffer quelqu'effrayante vérité. « Je
demande , s'eft hâté de dire M. Rabaud , que
cet objet foit renvoyé aux comités chargés de
fournir les moyens de défariftocratifer les officiers
( 201 )
35
de l'armée . Le tumulte étoit inexprimable . On
auroit prefqu'imaginé que certains principaux
membres redoutoient de fe voir compromis . Ils
ont décrété le renvoi aux comités , & M. de
Bonvouloir, réduit au filence , a quitté la tribune ,
en gémiffaut fur les malheurs d'une liberté qui
prend les ufages du plus farouche defpotiíme.
M. l'Evêque de Poitiers a demandé un congé
pour aller prendre les eaux du Mont-d'Or. Plufieurs
voix de la gauche ont crié : au comité. Après
quelques débats pour & contre un acte d'humanité
envers un vieillard malade , il a eu fon congé.
Nos lecteurs fuppoferont la puiffance des motifs
puifés dans les droits éternels de la fouveraineté
légitime , fur lefquels M. Thouret a préſenté ,
& l'Affemblée a adopté unanimement le projet de
décret que voici :
« L'Aſſemblée Nationale convaincue qu'il importe
à la fûreté de l'Etat & au maintien de l'ordre
public , de conferver les formes confervatoires de
J'indépendance de la Nation :
« Décrète. que nu! bref, refcrit , bulle & aucune
expédition de la cour de Rome , de quelque forme
qu'ils foient revêtus , ne pourront être considérés
comme tels , & en conféquence publiés , affichés
& obligatoires pour les Citoyens ; mais ils feront
réputés nuis , s'ils n'ont été approuvés par le corps
législatif , & farctionnés par le Roi , & fitcur
notification n'a pas été autorifée par le pouvoir
Jégislatif. 52
La fageffe , la juftice de cette loi ne peuvent
être raifonnablement conteſtées ; mais pour lui
donner la fauction , fuivant M. Thouret , ce
rapporteur a propofé de décréter que tous ceux
qui auront fait imprimer , affiché , ou publié des
bulles , brefs , &c. non autorifés par le corps
( 202 )
légiflatif , feront pourfuivis comme perturbatents
du repos public , & punis de la peine de la dégradation
civile. Quelqu'un a dit du côté droit :
deft une vengeance mal- adroite, on craint que le
peuple ne s'éclaire. Aux expreflions équivoques :
ceux qui auront fait , le rapporteur a bien voulu
fubftituer de lui -même : ceux qui feront . Il étoit
trop évident que cet auront fait étoit là pour
donner un fens rétroactif à une loi de circonf
tance .
M. Régnault de Saint-Jean d'Angély y a vu l'abolition
formelle de la liberté de la proffe ; & cette
contradiction , cruement reprochée , a caufé de
vives impatiences à ceux qui ne de firent de liberté
que pour eux , & contre tout le monde.
Plus franc , plus homme d'état , plus infuppor
table , M. Malouet , en adoptant le premier
article , comme conforme aux anciennes loix du
royaume , confervatrices des libertés de l'églife
Gallicane , a foutenu que le fecond menoit à la
tyrannie la plus odieufe , à lá " plus funefte inconféquence
. Il a parlé des troubles nés du fatal
ferment . De fcandaleufes rumeurs lui ont coupé la
Farcle.
Y
1
Relevant l'indécence de ce mode étrange de
délibération , M. Malouet eft paffé au respect
ad au fouverain Pontife , à l'obéiffance ... Au
mot obéiſſance , le côté gauche & les galeries ont
éclaré de rire . L'opinant a répété que du moment
où l'on confervcit les formes & le régime
catholiques , on ne pouvoit le fouftraire à l'obéiffance
due au Pape . -A la communion feulement,
a dit M. Roederer . M. Malouet ayant ajouté
que chaque fidèle catholique appelloit le Pape
fon père , fon chef , on a ri de nouveau . « Le
Pape , a repris M. Malouet , eft le chef pour
( 203 )
inftruire , pour maintenir le dogme ; ( ce qui
feroit vrai même dans le fyftême de M. Reederer,
puifqu'il n'y a point de communion fans l'unité
de la foi ) ... Ah ! Bah , a - t- on crié ! laiſſez-nous
donc tranquilles , & autres propos que l'on par
donneroit dans la bouche des proteftans .
L'orateur a obfervé que , fi nous avions des
mofquées on devroit bien laiffer circuler les lettres
paftorales du Muphti . « Déclarez qu'aucune loi
religieufe n'eft obligatoire fans votre attache ,
voilà ce qui appartient à la puiffance légiflative.
Aller plus loin , c'eſt de la tyrannie . Si vous étiez
reftés fidèles à ces principes , nous n'éprouveriens
pas les embarras dans lefquels nous fommes.
La tyrannie eft là , où le corps législatif,
où la nation même ofe dire cette portion du
cuite eft coupable , celle - ci eft légitime ; ceux qui
profefferont de telles maximes feront criminels &
de mauvaife foi . Je demande que chacun de nous
ait la liberté de refpecter même un bref du Pape ,
quevous trouveriez contraire à vos principes . Oui,
Meffieurs , avertiffez le peuple qu'il n'y a de
loix religieufes que celle que vous avez amalgamées
au code national ; le refte excède vos pouvoirs
, eft en oppofition avec vos propres loix . »
MM. Péthion & Démeunier ne puniffoient que
ceux qui publieroient les brefs ou bulles , en qualité
de fonctionnaires publics & comme loix décrétées.
« Votre code pénal , a dit en fubftance
M. de Folleville , condamne déja à la mort
quiconque public une fauffe loi . Ne démentez
pas vos décrets , ftatuez la peine de mort
contre les catholiques , évêques & autres , qui
publieront des brefs du Pape. Après de nouvelles
clameurs., le fecond article a été décrété
30
16
( 204 )
en ces termés , toute la droite ayant dit : point
de voix.
« Les évêques & curés , & tous autres fonctionnaires
publics , foit laïcs , foit eccléfiaftiques
, qui , par contravention au précédent article
, auront fait lire , afficher , publier , imprimer
, & donner autrement publicité aux
bulles , refcrits , &c. , feront poursuivis crimi
nellement comme perturbateurs de l'ordre public
, & panis de la peine de la dégradation civique.
i
ဘ
On eft paffé aux articles décrétés fur le corps
législatif , & M. Thouret a rapporté ceux qui
avoient été renvoyés au comité. Les premiers
ont eu pour objet l'incompatibilité des fonctions
adminiſtratives , municipales , judiciaires , & de
commandant de la garde nationale , avec celles
des légiflateurs . Abufant de ce séologifme quidénature
aujourd'hui toutes les notions élémentaires,
& qui tend à effacer jufqu'aux dernières traces
de la véritable logique & de notre ancienne urbanité
, M.- Péthion vouloit qu'on ajoutât : toutes
les perfonnes qui font dans l'état de domefticité
du Roi. M. d'André excluoit tout homme qui
eft aux gages d'un autre,
»
33
« J'ai à mes gages , à ma folde chaque jour ,
a dit très- bourgeoifement M. Ræderer , des
ci -devant gentilshommes dans des verreries qui
m'appartiennent. Ces gens font des citoyens
actifs , induftrieux , indépendans . Il faut ne
rendre inéligible que tout homme attaché au
» fervice perfonnel & individuel d'un autre . »
Cette fubtile diſtinction excluroit un chambellan
du Roi , fon grand aumônier peut - être , & ad
mettroit les falariés du légiflateur verriér . L'as
( 205 )
mendement de M. d'André a été adopté faf
rédaction.
On a difcuté fi l'incompatibilité dureroit les deux
ans de la législature , ou les trois ou quatre mois
de la feffion , MM. Régnault , Biauzat & d'André
infiftoient fur l'inconvénient de voir un légiflateur,
adminiſtrateur ou municipe , faire les loix , les
exécuter , inviolable & refponfable , fiéger dans
l'Affemblée légiflative & mandé à ſa barre . MM .
Thouret & Demeunier vouloient une incompatibilité
pour le temps de la feffion feulement ; les
adminiftrateurs n'étant refponfables qu'au feul
corps légiflatif, Ces queftions ont amené celles ,
fi les militaires feront élus légiflateurs , fi les députés
feront payés pour les deux ans , ou pour les
trois à quatre mois de feffion . M. Duport a tellement
expliqué les difficultés qu'on ne s'eft plus cntendu
. Enfin , après une délibération tumultucuſe
L'on a encore adopté , ſauf rédaction , l'article
propofé par M. Duport , en ces termés :
Lesfonctions municipales , adminiftratives ,
judiciaires , & de commandant de la garde nationale
font incompatibles avec celles de la légiflature
; & ceux qui en feront revêtus ne pour-
Font en reprendre l'exercice qu'après la fin de la
députation au corps légiflatif.
Du jeudi , féance du foir.
ם כ
L'affluence des adreffes oifeufes recommence .
C'eft aujourd'hui un juge de paix qui raconte
qu'il a jugé en trois mois 15o procès qui n'ont
coûté que 40 fois l'un portant l'aurre ; ce font
des amis de la conftitution , impatiens de voir
fonder une fète des grands hommes , des citoyens
de Dôle qui brûlent de voler fur les bords da
Rhin , &c. ...
( 206 )
Deux officiers du régiment de Port- au- Prince
ent été admis à la barre , & l'un d'eux a fait le
récit déplorable de la mort de M. Mauduit . Pour
éviter une répétition de détails connus , nous
nous bornerons aux traits les plus effentiels de
ce nouveau rapport.
Un faux décret
que les uns difent fabriqué en
France & apporté par le vaiffeau le Serin , que
d'autres font éclore au milieu du Port-au- Prince ,
fe répandit dans la colonie . IF étoit daté du 17
décembre après midi , & ainfi
conçu :
Ice L'Affemblée nationale déclare que les remercimens
donnés à la compagnie des volontaires
lui ont été furpris , & font faux , comme ayant
été accordés fur des expofés inexacts . Le Roi fera
prié de faire rendre juftice aux bons citoyens ;
& fur ce qui regarde plus particulièrement l'état
des colonies , l'Aſſemblée ajourne à trois jours . »
Ce faux décret fervit à tromper les foldats.
De nouvelles troupes arrivent. L'infubordination
fe manifefte , les difpofitions ordonnées pour le
débarquement font attaquées par les matelots &
le's foldats . On avertit M. Mauduit que des fcélérats
en vouloient à fa vie ; il répondit : ma
place eft ici , j'y mourrai s'il le faut. La cor
ruption gagne , les foldats parcourent la ville en
défordre. Ceux de M. Mauduit le mènent chez
le gouverneur pour qu'il y rende compte de fa
conduite ; il y eft infulté , il rentre dans la
maifon , ils l'y font prifonnier avec deux officiers
de les amis. On briſe les portes ; peuple , matelot
, foldats tous s'introduisent dans cette
maifon ; elle eft livrée au pillage.
Deux grenadiers prennent M. Mauduit & les
deux officiers , & les mènent aux cafernes. Un
des grenadiers pleuroit. M. Mauduit s'informe
( 207 )
du fujet de fes pleurs : Mon colonel , je pleure
fur le fort qui vous attend. -- Mon ami , répond
M. Mauduit , des jours que de longues années de
guerre glorieufe ont refpeclés , ne font pas à l'abri
di fer des affaffins ; mais les larmes d'un brave
homme comme vous confolent .
·
Pendant ce temps là la compagnie des grenadiers
d'Artois ouvroit les prifons de la ville ,
en faifoit fortir les criminels , des meurtriers . Ils
portèrent en triomphe l'un de ces miférables qui
avoit été fouétté & marqué , les préfentèrent tous
au peuple comme des victimes du patriotifine ;
ils forcèrent les prêtres à chanter un Te Deum
& affirent un de ces infâmes fur Pautel. On
convoque une affemblée pour entendre la juftification
de M. Mauduit : Affurez l'affemblée ,
difoit-il , que s'il ne faut que ma tête pour rétablir
la paix , j'en fais le facrifice.
>
Les drapeaux font enlevés & portés à l'églife .
Des foldats faififfent M. Mauduit , le conduifent
au lieu où fe tenoit l'ancien comité , l'y accablent
d'injures , veulent , mais vainement , lui
faire demander pardon & lui arrachèrent fes
épaulettes . Un grenadier d'Artois lui affène un
coup de fabre qui fend la tête d'un foldat fidèle ,
& l'étend mort entre fon colonel & l'affaffin . On
apperçoit une porte ouverte , de braves gens
Vont fauver M. Mauduit , un homme impitoyable
l'a déjà fermée , il n'eft plus de reſſource .
Un grenadier d'Artois donne un coup de fabre
fur la tête de M. Mauduit , un caporal du régiment
de Port-au - Prince lui paffe une épée an
travers du corps ; il reçoit la mort , mille morts ,
les bras croifés , fans proférer la moindre plainte.
Une femme lui tient les pieds tandis qu'on lui
coupe la tête , & les deux officiers qui l'accom(
208 )
pagnent ne doivent leur fuite qu'à l'acharnement
avec lequel ces forcénés fe difputent fon cadavre.
( L'orateur eft un de ces deux officiers . ) Sa tête
eft portée au bout d'une pique , fon corps coupé
en morceaux . Ses domeftiques n'échappent à la
mort qu'en fuyant , on tue fes chevaux... La
ville eft illuminée en réjouiffance . Il s'établit une
municipalité provifoire qui fait chanter un noveau
Te Deum . Le maire donne un bal , & y
préfente à tout le monde , comme le modèle la
civilac , cette même femme qui , la voille, ..
Des cris d'horreur ont interrompu, ce récit épouvantable
, & l'orateur a fini par invoquer Va
juftice de l'Affemblée national :.
co
Dans la réponſe du président on a remarqué
l'exclamation : Pourquoi faut-il qu'une révo
lution qui affure la gloire & la profpérité de
l'Empire , n'ait pu s'opérer fans de grandes agitations
, & que le bonheur général aut couté tant
de larmes particulières » ? Quelle ftoïque philo
fophie que celle qui au milieu de tant d'atiocités
jaouies , ne fonge que gloire , profpérité , n'y
voit que des agitations & le bonheur général !
Toutes les pièces ont été renvoyées aux comités.
L'Affemblée a décrété qu'il fera mis provi
foirement à la difpofition du miniftre de la marine
, la forme d'un million pour les dépenfes
néceffaires à l'expédition , pour la rech . che de
M. de la Peyroufe , & la continuation des dé-
Couvertes .
Il a été décrété que le département de la marine
fera l'avance de 5000 livres pour l'impreflion
de tables horaires calculées par M. de la Lande,
& que le miniftre fera chargé d'en poursuivre le
remboursement lors de la vente.
>
( 209 )
Du vendredi , 10 juin.
Sur la propofition de M. Démeunier , l'Affemblée
a décrété qu'il fera fait mention dans fon
procès-verbal des difpofitions fuivantes , en réponfe
à diverfes queftions des départemens , fur
la manière d'exécuter la loi du 29 mai , relative
au remplacement des adminiftrateurs .
Le tirage au fort pour l'exclufion de la moitié
des membres des corps adminiftratifs fe fera les
Portes ouvertes , & fera annoncé trois jours
d'avance. Les morts ›
& ceux qui ont donné
leur démiffion , feront comptés parmi ceux qui
doivent fortir. Il y aura deux tirages ; le premier
pour les membres du directoire , le fecond pour
les confeils. Les nouveaux élus n'entreroat en
activité qu'à l'époque de la prochaine feflion des
confeils qui fera inceffamment déterminée , &
chacun des membres actuels des directoires continuera
fes fonctions , jufqu'à l'ouverture de la
*feflion .
M. le Couteulx a demandé , & un décret a
accordé 150,000 liv . à la ville d'Orleans , &
400,000 liv . à la ville de Nantes , qui , depuis
la fuppreffion des ectrois , ne peuvent fubvenir
à leurs dépenfes ; fommes payables par la caiffe
de l'extraordinaire , à titre de prêt , en 12 mois ,
& qui feront rétablies dans ladite caiffe , en capitaux
& intérêts , fur le produit des fous additionnels
aux contributions foncières & mobiliaires
de 1791 , & à la garantie du feizième revenant
aux municipalités dans la vente des biens nationaux
, dont elles font foumiffionnaires . Ce calcul
fuppofe que la ville de Nantes vendra pour 6
millions 400 mille livres de biens nationaux , indépendamment
de ce que les particuliers en ache
( 210 )
teront fans l'intermiffion municipale . Au refte ,
ces fortes de graces . feront réſervées dorénavant
aux municipalités qui auront payé la contribution
patriotique & tous les impôts de l'année précédente.
En explication de la loi du timbre , qu'il eût
été naturel de fuppofer plus claire , M. Ræderer
a fait décréter onze articles additionnels .
cc
Au nom des comités de conftitution , militaire
, diplomatique , des rapports & des recherches
, M. Bureau de Pufy a fait un rapport
fur la propofition de licencier , ou l'armée , ou
les officiers : « Particl , le licenciement des officiers
feroit arbitraire ; total , il feroit vexatoire & dan,
gereux. Comment les remplacer ? Tireroit-on des
officiers de la maffe des citoyens ? Ils feroient
inexpérimentés , ignorans. Les prend oit-on parmi
les fous- officiers ? On paralyferoit l'armée . Le
foldat trouvera des torts à ceux à qui il pourra
fuccéder. Un bon foys- officier ne fera qu'un of
ficier plus que médiocre. Cette mefure eft impropofable
, fur-tout dans les circonstances préfentes.
Les comités ont donc penfé , à l'unanimité
individuelle , qu'il n'y avoit pas lieu à délibérer
fur la queftion de licencier les officiers . ».و د
Suivant le rapporteur , les caufes du défordre
font « le regret des officiers pour l'ancien ordre ,
T'humiliation peut- être mal calculée de fe voir au
niveau des autres citoyens , & l'infubordination des
foldats accréditée par le foutien que leur donnent
les citoyens... Les foldats croient que fous le prétexte
de patriotiſme , il n'eft rien qu'ils ne puiffent
tenter . Il y a 15 mois les officiers étoient prêts à
foutenir les principes de la conftitution , mais ilsfe
font arrêtés , ils ont rétrogradé par le feul effet de
l'indifcipline des foldats ... Je. connois des officiers
( 211 )
qui , profondément dévoués à la révolution , ont
paffé à la tiédeur & au dégoût abfolu , parce qu'ils
ont fauffement cru que cette infubordination qui
règne dans l'armée étoit un effet des loix nouvel
es , »
C'eft exceffivement vrai , a dit M.
de Cazalès.
117
Après avoir obfervé que l'étourderie de quelqués
jeunes individus eft malignement imputée au corps
entier , M. Bureau de Pufy a propofé d'abord de
févir contre les foldats infubordonnés , ce qui
a excité de violens murmures du côté gauche ;
& enfuite de décréter que tous les officiers figneront
leur engagement d'honneur d'être fidèles à
la nation , à la loi & au Roi , de ne prendre
part à aucun complot contre la conftitution , de
la défendre , & de faire refpecter la difcipline
d'accorder à ceux qui refuferoient de figner le quart
de leurs appointemens , attendu qu'ils ne peuvent
être tenus pour coupables , & d'honorer les autres
de nouveaux brevets de S. M. , qui les attachent
non au fervice du Roi , mais au ſervice de la nation ,
fous les ordres du Roi.
Fougueux apologiſte de tous les genres d'infurre&
t.on , M. Roberfpierre a traité les officiers
d'Ariftocrates , de fonctionnaires armés créés par
le defpotifine , de corps formé fur les maximes
les plus extravagantes du defpotifme , inftrument
de tyrannie , triomphe de l'ariftocratie , démenti
formel à la conftitution , infulte révoltante à la
dignité du peuple : « Voyez- les femant la divifion
& le trouble ; armer les foldats contre les
citoyens , & les foldats écarter ceux- ci des lieux
(desclubs ) où ils pouvoient apprendre les devoirs
facrés qui les lient à la caufe de la patrie ......
Pouffer les foldats , à force d'injuftices & d'ourages
, à des actes prétendus d'infubordination ,
( 212 )
cette
pour provoquer contre eux des décifions févères » .
Il n'a pas rougi d'accufer les officiers d'avoit
donné des cartouches infamantes aux meilleurs
patriotes : « Qu'eft devenue , s'eft - il écrié ,
puiffance qui , par une fainte défobéiffance aux
ordres facriléges des defpotes , a terminé l'oppref
fion du peuple , & rétabli la puiffance du fou
verain ? Plus de so mille des citoyens qui la
compofoient.... errent maintenant fans refource ,
fans pain , expiant leurs fervices & leurs vertus
dans la mifère & dans l'opprobre ......, fi l'opprobre
pouvoit être infligé par le crime à la
vertu . >>
3
A en croire ee promoteur , pour le moins in
confidéré , de fcènes exécrables , telles que le
maffacre de M. Mauduit , &c . on calomnié les
foldats , le peuple , l'humanité ; les foldats ne fë
font fignalés que par leur douceur à fupporter
les injuftices les plus atroces , à refpecter la dif
cipline en dépit de leurs chefs , qui s'efforcent
de féduire , de diffoudre l'armée , & qui ne
veulent que défendre le monarque contre le
peuple . Le mot honneur l'a . mis hors de lui.
I nommé un principe féodal. Quelqu'un lui
a crié de fe taire fur ce qu'il ne connoiffcit
pas. Il a répondu ceje me fais gloire de ne pas
connoître un pareil honneur ; » & pour l'en dédommager
, les galeries l'ont applaudi de toutes
leurs forces . Sa conclufion a été le licenciement
indifpenfable des officiers .
сс
Je ne franchirai point , a dit M. de Cazalès,
l'intervalle immenfe qui fépare un corps digne du
refpect de tous ceux qui font dignes de l'appré
cier , de ces lâches calomnies » ……….. A l'ordre,
à l'Abbaye , ont crié les membres de la gauche.
( 213 )
« Il ne doit point avoir la parole , a civilement
ajouté M. Biauzat , que fon infolence n'ait été
punie.
ל כ
M. de Cazalès a proteſté posément à l'Affemblée
, que , c'étoit par refpect pour elle , qu'il
réprimoit fa jufte indignation de la manière
dont on traitoit les officiers François ( mes frères
d'armes , a -til dit ) ; dix mille citoyens qui ,
dans la crife où nous ſommes , ont donné d'étonnantes
preuves de ce courage héroïque , de cette
vertu difficile qui confifte à oppoſer la patience
à l'injure ; qui , environnés de féditions foudoyées
, de municipalités faullement patriotes
jugés par des tribunaux zélés pour la révolution ,
font demeurés irréprochables , au point qu'on
n'a pu prouver la moindre accufation . « Compris
moi-même dans ces calomnies , j'ai le droit
de les repouffer ; & lorfque je me fuis condamné
à entendre , avec filence , ce qui vient d'être dit ,
il feroit abfurde de m'empêcher de traiter avec
le mépris que je lui dois .... ( Il s'eft fait ici
un vacarme affreux . ) cc Priverez - vous de leur
état dix mille citoyens , a repris M. de Cazalès ?
Ce font de mauvais citoyens , a crié une voix
du côté gauche . -- Il n'y a qu'un lâche qui puiffe
parler ainfi , a dit M. de Foucault ». L'anonyme
n'a pas jugé à propos de fe montrer .
-
" Des circonstances actuelles qui doivent rendre
des légiflateurs circonfpects , pallant à l'éloge
mérité , raiſonné , démontré des officiers François
, M. de Cazalès a établi , par les faits
que les foldats aiment leurs officiers : « la féduction
eft difficile , & le repentir eft prompt &
affectueux ; l'union repofe fur trop d'exemples
de courage & de probité , pour qu'elle ne foit ,
pás inaltérable .. Si l'armée eft encore fous fes
( 214 )
drapeaux , on le doit à ce fentiment indeftructible
. Jamais des fous -officiers ne l'obtiendront :
confultez les foldats eux - mêmes . Vos frontières
feront ouvertes , & l'intérieur livré au pillage .
Il importe infiniment qu'on apprenne que ce projet
infenfé a été rejetté auffi - tôt que propole ; la
difcuffion feule pourroit en dévenir funefte .
M. Ræderer a demandé que le comité diplomatique
fit demain fon rapport , afin qu'on fut fi la
force de M. de Condé n'eft pas dans l'armée fran
çoife , & que l'on jugeât après du fort des officiers
. Envain M. Fréteau a- t- il rappellé que les
comités avoient été unanimes . La difcuffion ayant
été renvoyée au lendemain , M. de Cazalès - a.
réfervé la fuite de fon opinion pour l'autre
féance.
Du famedi , 11 juin.
Après une tentative infructucufe deM. Bouche,
pour placer dans le confcil du Roi un fecrétaire,
rédacteur des délibérations qui y feroient prifes ,
M. de la Jaqueminière a fait décréter que les
anciens employés dans les compagnies , régies
& adminiftrations publiques fupprimées ou réduites
, jouiront des droits de citoyens actifs
dans les lieux où ils feront domiciliés à l'époque .
des affemblées primaires , quand même ils y réfideroient
depuis moins d'un an , pourvu qu'ils
réuniffent les autres conditions réquifes .
Au nom des comités de conftitution , diplomatique
, militaire , des rapports & des recher
ches , M. Fréteau a fait un très - long réfumé
de ce qu'il a nommé la fituation politique de
la France ; réſumé fi effrayant , qu'il y a lieu
de s'étonner que fes conclufions aient paru
d'une efficace fuffifante , & fi peu prouvé
( 215 )
qu'on eft également furpris que , des données aufh
Vagues aient conduit à des démarches très-pofitives
. Nos lecteurs jugeront des motifs & des
moyens.
nées ,
Des milliers de lettres , d'adreſſes , atteſtent
que l'agitation des efprits eft générale , a dit le
rapporteur ; que plulicurs fymptômes de foulèvement
fe mauifettent , que des émiffaires cherchent
à corrompre la fidélité des troupes de ligne.
( Les comités femblent n'ofer remonter à ces
corrupteurs dénoncés , & vouloir ici donner le
change ) . De grandes puiffances de l'Europe ont
fur pied des armées nombreufes & bien difcipli-
, que la paix du nord pourroit laiffer fans
Occupation , & que des spéculateurs inquiets
craignent de voir tomber fur la France
de la liberté qu'elle s'eft donnée . L'Espagne a
formé un cordon impénétrable fur fes frontières ;
la Savoie a tiré quelques régimens du Piémont
& l'on affure que fes forces , fur le revers des
Alpes , font fur un pied plus impofant que de
coutume. Ces mefures font accompagnées de
fignes de refroidiffement de quelques - uns de nos
alliés , & de précautions affez offeufantes prifes ,
en plufieurs lieux , contre les François ,
сс
:
en
כ כ
haine
L'agitation des provinces , dans l'intérieur
réfalte des écrits pleins d'amertume , & de hardieffe
, émanés de quelques princes d'Allemagne ,
femés avec prófufion dans l'Alface & dans la
baffe Lorraine d'autres écrits refpirant la fédition
& la révolte , répandus en France , du côté de
Luxembourg ; enfin , du paffage chez l'étranger ,
de nos ex-miniftres , des anciens agens du pouvoir
, d'une foule immenfe de perfonnes riches
& puiflantes . A ces circonftances fe joignent le
rappel de tous les mécontens qui étoient , depuis
( 216 ).
long- temps , hors du royaume , & qui reviennent
d'Angleterre , de Suiffe & de ,Genève , & férieufement
dans le lieu le plus fufpect , à Worms &
dans les environs ; l'aclaat qu'on affure qu'ils ont
fait , à tout prix , d'armes , de chevaux , d'équi
pages de guerre ; les enrôlemens , les compagnies
qui feront formées à Manheim , chez M. le cardi
nal de Rohan ; les commiffions d'officiers demandées
dans de nouveaux corps , la comparution
fur terre qui nous appartient , des gens de guerre
en uniforme ; les projets , les voeux fanguinaires
exprimés dans des lettres qui prouvent une correfpondance
très- animée , foit avec nos anciens
miniſtres réfractaires au ferment , foit avec les
miniftres des puiffances étrangères , réputées les
plus oppofantes à la nouvelle conftitution , foit
avec M. de Calonne ou avec les nombreux amis ;
enfin , l'importance des noms que l'opinion place
à la tête des projets de contre - révolution , eft
un motif puiffant d'inquiétude & d'ombrage . »
ג כ
Faut-il ajouter à ce tableau que , des indices
très- forts ont annoncé qu'on cherchoit à s'attacher
les chefs des atteliers de Paris ; qu'on remarque
dans cette capitale une affluence de gens
fufpects & de vagabonds. De fauffes nouvelles
font répandues pour aigrir le peuple ; l'armée ſe
porte à des excès ; les brigands font payés , protégés
dans toute la France par des mains invifibles.
Il exifte à Paris de ces mêmes fuppôts
d'intrigues & de fourberie , qui ont tout brouillé ,
dans le cours des années dernières , dans quelques
contrées peu éloignées . On craint , & ici ,
Melfieurs
, je vous parle avec la plus grande
adurance
on craint les conventicules de ces hommes
2.
deteftables ; on cite
les propos
& les noms indifcrets
( 217 )·
fcrets échappés à plufieurs qui arrêtent notre
marche ; ( fi l'on a tant d'afurance , pourquoi
ne pas faire un exemple juridique , au lieu de
fe borner à des déclamations ambiguës ) ?
сс
Ajoutez à ce principe de trouble , les fauffes
idées accréditées , ( par qui ? ) avec deffein parmi
le peuple , pour lui faire confondre la liberté avec
la licence , la foumiflion aux loix avec l'esclavage ...
Joignez à toutes ces caufes , des bruits finiftres
d'excès qu'on fuppofe devoir être prochains &
atroces , l'affectation avec laquelle on a forcé
les nuances , exagéré les récits de défordres qui
n'auroient pas eu lien fi on ne les avoit pas fait
naître , & cela dans le deffein de répandre effroi
dans les provinces , de dépeupler de tous les gens
riches & connus , la Bretagne , la Lorraine , la
Picardie , l'Alface , la Franche- Comté , en ua
mot , une foule de départemens,
M. Fréteau ne pouvoit ignorer dans quel parti
font les apologiftes des brigands , & des ingendianes
qui réduifent journellement tant de familles
à s'expatrier , de quel parti font les écri
yains & les orateurs, qui accréditent les bruits
finiftres d'excès prochains & atroces , & ces conventicules
d'hommes déteftables , ces plumes dégoûtantes
de fang , ces mains qui payent les
forfaits , & les fophiftes, qui les érigent en actes
de civifme. Mais il va lever un coin du voile.
Peignant les manoeuvres , les féductions
à prix d'or , qu'il a dit être notoires && contre
lefquelles aucun tribunal n'a févi ; les demandes
contradictoires , les voeux inconciliables qu'on
fuggère au peuple , & principalement aux habi
tans des frontières de l'Eft & de l'Ouest, du
Nord & du Sud , de nos villes maritimes , de
nos places les plus importantes , de celles ou les
No. 25. 18 Juin 1791. K
( 218 ))
garnifons étoient jufqu'ici plus foumises à la
difcipline . «Je vous cite Strasbourg , a -t-il ajouté,
Strasbourg cu la fociété des amis de la conftitution
, animés d'un zèle qui peut devenit bien
terrible à la France , a donné , le 14 avril ,
terrible éveil à tous les clubs auxquels ele a
adreilé fa pétition . Il eft évident que le fil des
le
tr gues qui voudroient ici faire anéantir toutes
les troupes de ligne , faire immoler au caprice
d'un moment une foule de défenfeurs de la patrie
, préparer un défordre univerfel par fincer
ti ude des moyens de remplacement , & le choc
de mille prétentions oprolées qui ne manqueroient
Pas de naître , prétentions abfurdes & inconftitutionnelles
qui renverferoient tout pouvoir lé
gitime , & ameneroient enfuite une anarchic irré
médiable ; le fil de ces intrigues , ditons - nous ,
va fe renouer dans des mains qui correfpond.rt
avec des François , ou autres , difperfés chez s
puisances du dehors , ou cachés dans les places
maritimes merce , ou dans les cabinets
& de
de quelques Etats peu favorablementdifpofés pot
la France, » ( On voit que cette évidence- la.ne
donne d'autre notion précife , finon que de dé
figner le club de Strasbourg & les autres clubs
qui ont provoqué le licenciement des officiers
comme inftrumens d'ure confpiration étrangère
D'après cela , comment M. Fréteau a-t- il oublie
ees clubs dans fes conclufions ? ) ,
Le
rapporteur
à
obfervé
que , M. de Conde
a de fréquentes
entrevues
avec
des princes
d'Allemagne
, depuis
qu'il
eft en
Allemagne
; que
M. de
Condé
loge à Worms
dans un château
de
l'électeur
de
Mayence
, de nos
voifins
le plus
ardent
à inſpirer
à la diete
de
l'Empire
des dif
pofitions
hoftiles
contre
nous .
nous . On prétend , 2
(2༥.9 ) ༽
CCt-
il ajouté , que l'esprit public fe deffeche en plafeurs
lieux , & que fon action eft prête à ceffers
( ce qui renverleroit la nouvelle conftitution fous
les proprés principes , s'il eft vrai que la lor foie
la volonté générale , & que l'infurrection fort le
plus faint des devoirs. ) Munaqulb ja -arg
Si l'ambition de quelques miniftres étran
gers vous fufcitoit des ennemis parmi les Rois
de l'Europe , s'ils n'étoient pas délarmés tous par
Féquité de vos principes , & la modération de
vos vues , au moins devroient- ils l'êtte" par la
vigueur de vos réfolutions , par la crainte de
vos préparatifs , par la fermeté de votre mainun
& de votre pofition militaire , 4,500,000
François dont la liberté armera le bras au prés
mier inftant ne feront pour aucune ligne de
princes un foible obftacle à furmontering
Votre code conftitutionnel fera à jamais
le tréfor du genre humain ; vous feul" avez
converti en loix les précieux réſultats de la
philofophie. C'eſt à vous que les fiècles , que
funivers devront devoir brifer le joug de l'erreur
du de la fuperftition , de l'i
defpotiffe ,
gnorance , par les homines qui , las comme
nous de cet état d'aviliffement & d'inertie où le
peuple François étoit tombé , anéantiront toutes
Es efpèces de tyrannies. » Les conclufions du rap
porteer ont été un projet de décret en 7 articles .
Séparant les queftions agitées la veille, de celles
propofées actuellement , M. d'Andréa ouvert lavis
qu'on ne pourroit licencier les officiers de l'armée de
Igre, à moins de diſfoudre la fociété, de mettre tout
en combuftion . On a pouffé les hauts cris de l'extré
mité du côté gauche . MM. Roederer & Roberf
pierre ont fait de vains efforts pour triompher
clameurs : aux võix ; le préalable? Un dé-
K 2
((229- ))
get a impofé filence à M. Roberfpierre , & fur le
champ l'Affemblée a décrété , à une très- g.ande
pluralité, qu'il n'y a paslieu à délibérer fur le licen
element. į
SM, Bureau de Pufy a repris le projet d'enga
gement d'honneur . M. de Cazalès a voulu frou
ver que ce nouveau ferment étoit inutile, &
dangereux ; un décret lui a coupé la parole. Le
côté gauche l'a long - temps , difputée à M. de
Foucault Nous vous laiffons parler , Meffieurs ,
taiffez- nous un peu raifonner , a dit M. l'abbé
Maury anoiulelt zev ab tuomi
ce Les officiers , confentiront encore a repris
M. de Foucault , à faire un nouveau ferment ,
qui annonce que vous vous méfiez de celui qu'ils
ont déjà prête collectivement. Si le bien public
le commande , ils boiront encore ce caliee d'amertume,
ils fupporteront ce nouvel outrage »....
Le bruit étoit au comble & s'eft prolongé,
y
M. Regnault a demandé que les mots : Sur
mon honneur , fuffent joints à tous les ferment
que prêteront les François . Selon M. de Tou
Longeon , les mots facramentaux honneur &
infamic , font juftes, quand ils regardent tout le
monde , mais font une exception offenfante y
L'Affemblée a adopté cet amendement addition
nel fauf rédaction. Quel peuple fut jamais allez
immoral pour avoir, befoin qu'une loi joignit
Finfamie au parjure ? Youp
2:
GC Voulez - vous écouter un vieux militaire
avoit dit M. d'Ambly 3 L'armée a déjà prêté
un ferment ; à quoi fervira un fecond ? Ceux qui
voudront s'en aller s'en iront . Ne les forcez
pas à cela , Je vous le demande comme bon citoyen.
tint 300
Pour démontrer que le nouveau ferment n'of
( 221 )
4
fenferoit pas les officiers , M. Bureau de Pary
alloit rappeller les troubles furvenus dans les
régimens. « Je vais vous en faire connoître da
caufe moi , a dit M. de Foucault , qui venoit de
prendre acte de ce qu'on interprétoit fes inten
tions bainfi que celles de M. de Cazales fans
les entendre ; ce font les clubs . Licenciez tous
les clubs , ont dié les membres du côté droit ...
Un vacarme affreux s'eft élevé & a duré phis
d'un quart-d'heure .
Ala faite de quelques obfervations de M.
Bureau de Pufy , fur le nouvel engagement , où
il ne voyoit qu'un démenti donné a de fauffes
allégations , démenti qu'il ne croyoit pas qu'on
pu s'offenfer de, devoir figuer , écartant la mo
tion de Mol'abbé Maury , qui demandoit
rajournement de l'article relatif à M. le prince
de Condé , Affemblée a décrété le projet d'hier
& celui d'aujourd'hui tels que nous allons les
tranfcrire ch
J 5
L'Affemblée Nationale , après avoir entendu
Je rapport de fes comités diplomatique , de conftitution
, militaire , des rapports & des recherchés ,
décrète ov sildur !
Art. I. Que le Roi fera prié de faire porter
fur- le-champ an pied de guerre tous les régimens
deftinés à couvrir la frontière du royaume , de
faire approvifionner les arfenaux de munitions (uffifantes
pour en fournir , même aux gardes natio
nales , en proportion du befoin. »
' ase II, II fera fait incellamment , dans chaque
département , une confcription libre , de gardes
nationales de bonne volonté , & dans la proportion
d'un fur vingt à l'effet de quoi les directoires de
chaque district inferironttous ceux qui le préfente
ront & enverront les différens états , avec leurs
K 3
( 222 )
-1
obfervations , aux directoires de départemens , qui
en cas de concurrence , feront un choix parmi
ceux qui fe feront fait inferire
« III . Les volontaires ne pourront fe raffembler
ni nommer leurs officiers que lorfque tes befoins
de l'érat l'exigeront , & d'après les ordres du Roi ,
envoyés aux directoires en verta d'un décret du
corps législatif, les volontaires feront payés par
l'état , lorfqu'ils feront employés au fervice de la
patrie, »
ec IV . L'Aſſemblée Nationale décrère que for
préfident fe retiera dans le jour par-devers le Roi ,
pour le prier de faire notifier dans le plus court déli
poflible , à Louis-Jef.ph de Bourbon Condé que
fa réfidence près des frontières , entourée depet
fonnes dont les intentions font notoirement fuf
pectes , annonce des projets coupables.
CC
23 1
V. Qu'à compter de cette déclaration à lui
notifiée , Louis-Jofeph de Bourbon Condé fera
tenu de rentrer dans le royaume dans le dé ai
de quinze jours , ou dé s'éloigner des frontierts
en déclarant formellement, dans ce dernier cas
qu'il n'entreprendra
jamais rien contre la confti
tion décrétée
par l'Affemblée Nationale ,
acceptée par le Roi , ni contre la tranquillité de
P'Etat
. »
&
« VI . Et à défaut par Louis-Jofeph de Bour
bon Condé de rentrer dans le royaume , ou , el s'en éloignant de faire la déclaration ci-deilus
exprimée , dans la quinzaine de la notification ;
PAHemblée Nationale la déclare rebelle , déchu
de tout droit à la couronne , » "
Déciète que les biens feront fequeftrés , &
que toute correfpondance & communication avec
ful ou avec les complices & adhérens demeurent
interdites à tout citoyen François fans diftinction,
( 223 )
à peine d'être pourſuivi & puni comme traître
a la patrie ; & , dans le cas où il fe préfenteroit
en armes fur le territoire de France , onjoint
à tout citoyen de lui courir fus , & de
fe faifir de fa perfonne , aipfi que de celle de
Les complices & adhérens , même le rend ref
posfable de tous les mouvemens hoftiles qui
puroient être dirigés contre la France fur les
frontières. »
« VII . Ordonne à tous les directoires de
veiller d'une manière ſpéciale à la confervation
des propriétés de Louis -Jofeph de Bourbon
Condé. »
« VIII. L'Affemblée Nationale charge les départemens
& diftricts , les municipalités & tribunaux
, de faire informer contre tous embaucheurs
, émiſfaires & autres qui entreprendroient
d'enrôler ou faire déferter aucun foldat
François . "
Du famedi , féance du foir.
Des députés de la garde nationale de Breft ,
admis à la barre , font venus inftruire l'Affemblée
dans l'art de convaincre ceux des colons qui
oferoient douter de fes véritables intentions . Pour
originer les douteurs , Meffieurs les députés
propofent l'envoi d'une efcadre , montée par des
gardes nationales , & commandée par de vrais
amis de la révolution . Sans cela , point de falut ,
point d'appui folide du décret fur les gens de
couleur décret qui a fait treffaillir de joie tous
Les amis de l'humanité , de la générofité , de la
conftitution , de la révolution , de la vertu , du
civifme , &c.
3.
Du dimanche 12 juin. Point de féance.
K
4
( 224 ) !
Le rapport lu Samedi par M. Freteau à
l'Affemblée Nationale , eft le premier tra
vail où les Comités . aient perdu le ton de
confiance & de fécurité , auquel on a
imprudemment habitué l'opinion publique.
Nous avons fréquemnient peint l'intérieur
de la France fous les mêmes traits
que le Rapporteur : on nous accufoit alors
de calomnier la Révolution . Parmi tant
d'Ecrivains méprifables , auxquels
on a
fi follement
confié le foin de la défendre ,
il n'en eft pas un qui n'ait traité la Nation
comme les valets du ferrail traitent le Defpote
qui y eft renfermé, en écartant de lui
tous les nuages de la réflexion , & en l'endormant
fur un lit de rofes , pour lui cacher
les tempêtes que l'erreur ou l'ignovance
forment autour de lui.
Si jamais la France eut befoin d'un Goutvernement
vigoureux , c'eft aujourd'hui ;
& nous fommes fans Gouvernement. Les
Agens des Comités de l'Affemblée Na
tionale , ces inftrumens des Clubs , qu'on
appelle encore les Miniftres du Roi , eu
perdant toute autorité , toute influence ,
toute confidération , n'ont pas même confervé
ce degré de confiance publique , qui
récompenfe quelquefois la nullité , & fans
lequel l'exercice du moindre pouvoir , au
milieu de l'anarchie
, n'eft qu'un témoi(
225 )
gnage d'impuiffance & d'aviliffement. Bar-
Tons - nous aux autorités qui remplacent
celles du Monarque ? Ici , c'eft un Dépa
tement qui , de fon chef, & fans en référer ,
met un embargo fur les navires. Là , un
autre Département qui ordonne l'expulfion
d'un détachement militaire , néceffaire à la
sûreté des lieux dévaftés par des brigands
( Chantilly ) & un Miniftre qui répond aux
repréfentations des Intéreffés , le Département
le peut. Ailleurs , c'eft un de ces Corpe
Adminiftratifs , qui à l'inftant où l'Affemblée
Nationale décrète le repos des confciences
, & la liberté des Prêtres non affermentés
, les chaffe tous de leur domicile
en 24 heures. Toujours en avant , ou
en arrière des Loix , alternativement audacieux
వ
2
ou pufillan
Olant
tout
lorique
la licence publique les feconde , & ' nofant
rien lorfqu'il faut la réprimer , fe hâtant
d'abufer de leur autorité du moment
contre les foibles , pour fe faire des titres à
venir de popularité; ne fachant maintenir
l'ordre qu'aux dépens de la tranquillité &
de la sûret publiques ; exagérant ce qui eft
défa exagéré , forçant des applications de
Loix au lieu de les tempérer avec équité ,
battus de tous les vents fans un principe
pour un gouvernail , embarraffés dans fes
rênes de leur adminiſtration nouvelle &
compliquée , & joignant la fougue des
"paffions à l'inexpérience & à l'incapacité :
J
KS
2
( 226 )
tels font une grande partie des hommes
fortis du neant , vides d'idées & ivres de
pretentions , fur lefquels repofe maintenant
le foin de la force & de la richeffe
publiques , l'intérêt de la sûreté , les bafes de
a puillance , & le nerf de tout Gouverne
ment. sobr antilim hamedastab qu
Jettez les yeux fur la Marine , fur T'Armée.
A peine compofées , les Clubs en ont
fait le patrimoine de leur Légiflation :
chacune de ces Sociétés privées eft un
Confeil de guerre fuprême : l'ordre oou le
défordre fent dans leurs mains a leur
voix un régiment fe débande , fe foulève
contre fes Supérieurs , les profcrit &
les chaffe. Chaque Soldat a le droit de de
venir le délateus officiel de fes Chefs , &
la certitude de dépofer efficacement , dans
le Tribunal d'un Club , fa délation que
inille bouches vont appuyer , BPropager
d'un bout du royaume à l'autre.st
Dans toutes les divifions de l'Empire ,
dans toutes les branches d'adminiftration,
dans chaque rapport , on apperçoit la
confufion des autorités, l'incertitude de
l'obéiffance , la diffolution de tous les
eins , le vide des reffources , la déplorable
complication des refforts énervés ;
pas un moyen de force réelle , & pour
tout appui , des Loix qui , en fuppofant la
France peuplée d'hommes fans vices & fans
pallions , ont abandonné l'humanité à fon
indépendance originelle.
( 227 )
Certes , les conclufions de M. Fréteau
ne remédieront pas à cette calamité. Jamais
un Etat où chacun a le droit , le pouvoir &
le caprice de gouverner , où l'obéiffance aux
loix dépend du raifonnement plus ou moins
heureux de ceux , que l'efprit d'anarchie
porte chaque jour à défobéir , jamais cet
Etat ne repouffa un grand danger.
Ordonner des forces fur le papier fans
en créer ou en affermir le mobile , c'eſt
tracer un plan de défenfe fur le fable.
Le Décret obtenu par M. Fréteau n'eft
donc qu'un palliatif comminatoire. Heureufement
, il a pour objet un péril que je
perfifte à regarder comme iniaginaire , c'eftà-
dire, une entrepriſe des François émigrés
pour opérer , à man armée, une contre- revolution.
Les inquiétudes que donne leur
ent , ffoonntt aalliimmeennttééeess par ce
torrent de Feuilles infenfées , auxquelles
il n'eft pas arrivé, au milieu des inepties
qu'elles vendent chaque jour à la crédulité
publique , de rencontrer la plus petite
vérité de détail fur ces prétendus projets
extérieurs . Comme nous ne fommes plus
an
temps de la Chevalerie , où quelques
Paladins conquéroient des Royaumes , la
guerre des Emigrans reffemble trop à un
Chapitre de l'Ariofte : c'en eft affez pour
la tranquillité de tout homme fage : il
laiffe:a les Folliculaires accabler indiftinctement
d'infolentes bêtifes ces abfens , qu'ils
K
( 228 )
ont le courage d'infulter de loin , & il fe
perfuadera qu'ils n'ont ni la puiffance de
Toumettre le Royaume à leurs loix , ni
par conféquent la volonté de le tenter.
Aucun plan de ce genre ne réuffiroit
fans de très - grands appuis dans l'intérieur.
Or , en gémiffant fur la fubverfion prolongée
de l'ordre public , fur les faulles
bafes de liberté qu'ont amené de fauffes
maximes & des delfeins pervers , fur la fituation
d'un Prince dont la Nation devroit arrofer
le trône des larmes de la reconnoifance
, un grand nombre de mécontens ,
la claffe immenfe de ceux qui déplorent.
en filence tous les excès , n'en perdent pas
de vue la fatale fource : ils ne voudront ja
mais leretour des abus qui , en faifant crouler
l'ancien Gouvernement , expoferoient à de
nouvelles cataſtrophes le régime abfolu
qu'on tenteroit de rétablir. En un mot ,
ceux qui invoquent une autre Conftitution
, ne veulent point l'acheter par ce
qu'on
on a nommé une contre-révolution ,
c'est- à- dire , recevoir le defpotifme par la
force armée , ni combattre pour le choix
des tyrans.
Un femblable évènement fera un être
de raifon , fi l'on fonge à le prévenir
par une conduite politique , directement
oppofée à celle qu'on a fuivie avec l'aveugle
ment de la fureur . Ce n'eft pas à Worms ou
exiftent les dangers : il en eft de plus grands :
( 229 )
fi le véritable amour de la liberté , fi le
patriotifme , fi la prudence ne font pas plus
écoutés qu'ils ne l'ont été jufqu'à ce jour ,
aucune puiffance humaine ne nous en tirera,
LETTRES DE DÉPARTEMENS.
сс
Limoges , ce 31 mai 1791 .
La rélation du maffacre de M. de Maffey , à
Tulles , inférée dans le No. 139 du Moniteur , eft
dictée par quelqu'un de trop partial • ou trop
peu inftruit des faits , pour que nous ne nous
empreffions pas d'en détruire la fauffeté , en vous
priant d'inférer dans votre premier Nº . les détails
fuivans , dont nous vous garantiffons l'exacte
vérité. »
L'attachement & l'eftime que nous avions
pour M. de Maffey, nous impofent le devoir de
répouffer la calomnie , dont on veut noircir la
mémoire . » #
M. de Maffey avoit commandé à Tulles pendant
6 mois , un détachement de so hommes
du régiment Royal-Navarre , qui y avoit été envoyé
l'année dernière , à foccafion des troubles
qui regnoient dans les campagnes aux environs
de la ville. La fermeté , la bonne conduite du
commandant & des cavaliers , ramenèrent bientôt
la paix ; la vigilance de ce chef l'entretint
mais lui fit des ennemis nombreux tous les
malveillans , dont il déjoua les manoeuvres , lui
jurèrent une haîne éternelle. On profita du raffemblement
des gardes nationales étrangères
non ordonnée par décret ,
pour une fédération
pour défigner M. de Mafey, corsme un ennemi de
la révolution , La réfiftance qu'il apporta dans cette
:
( 230 )
occafion à mettre fon chapeau au bout du fabre ,
fut jugée un crime fufflant , pour prononcer contre
lui un arrêt de profcription . M. de Maffey fut
alors rélevé , & depuis , le détachement réduit à
trente hommes , reltà fous les ordres d'un liegtenant.
››
« Neuf mois étoient écoulés depuis que notre
infortuné camarade étoit part . de Tulles . Si les circonftances
qu'il n'avoit pas provoquées lui avoient
fait des ennemis dans cette ville , il avoit auffi
le fuffrage & l'eftime d'une grande partie des
citoyens. Il en recevoi chaque jour les te- téimoignages
les plus flatteurs. M. de Maffey , dont
le coeur étoit plus fufceptible de reconnoiffance que
de crainte , voulut , malgré les inftances de fes
camarades , aller revoir les amis en grand nonbre
qu'il avoit laiffés dans cette ville . C'étoit
peut - être une imprudence ; mais elle trouvera
de l'indulgence dans les ames honnêtes & fenfibles
. »
4
« Son retour à Tulles parut faire peu de fenfation
dans les premiers momens ; il y étoir
depuis environ huit jours , logé chez M. de
Poiffac , député à l'Allemblée nationale , qui avoit
pour lui une amitié particulière . Le 9 de ce mois ,
à dix heures du foir , plufieurs perfonnes tumultueufement
affemblées , s'arrêtent fous les fenêtres
de M. de Poiffac , frappent à la porte, &
Vomiffent mille invectives , groffières co..tre le
maître & la maîtreffe de la maiſon , contre M.
de Maffey , & plufieurs perfonnes qui y fou
poient avec lui. Ces efpèces de provocations ,
"peut-être faites à deffein , duroient en effet d
puis quelque jours , & les infultés fortirent alors
pour les faire celler. Dès qu'ils paroiffent , l't-
Stroupement fe diffipe , un feul homme demeure,
( 231 )
& excite par fon infolence la vivacité de ces
meffieurs. Il fut battu & reçut des bleffures ;
mais il eft conftant , & le bleffé a afluré luimême,
qu'il ne l'étoit pas de la main de M.de Maffey.
N'importe , il étoit la victime choifie , & cet
événement malheureux , devint un prétexte plaufible
, pour la défigner au peuple . La nuit qui
fuivir parut calme ; mais la haine ne dort point .
On profita des ténèbres de la nuit , pour repandre
fourdement que M. de Maffey avoir affaffiné
un citoyen , mort fous fes coups ; bientôt
la nouvelle en fut générale.
116
Par la plus grande fatalité , la moitié du dé
tachement , qui étoit encore à Tulles , partit le 10,
à cinq heures du matin , pour aller au fourrage
a quelques lieues de la ville , fuivant l'ordre qu'il
en avoit reçu la veille du lieutenant qui le
commandoit , & qui étoit bien loin de le douter
alors , des regiets qu'il auroit de l'abſence, de
fes cavaliers. בכ
" A 6 heures le peuple s'affemble , s'émcut ;
la maifon de M. de Poiffac eft cntourée , en
demande à grands cris M. de Maffey. Il domoit
tranquillement. Eveillé par l'allarme générale de
toute la maifon i fe leve & dit à M. de
Poiffac: tachez de fauver vos jours , foyez tranquille
fur mon compte , je faurai mourir, »
nec 3 Comine la maifon alloit être forcée , Le
x pouvant refifter aufli a une violence fupericure , M.
de Massey ferera dans un canal fouterrain ,
qui conduifoit à laivière ; il y étoit aimé : deux
beures s'écoulèrent , faas qu'on fût le découvrir.
Pendant tout ce tems , le peuple pilki , faccagea la
maifon de M. de Poiffac , & lui même ainfi
que fa femme , courut les plus grands riques.
Ce fut atco bien de la peine que les officices
( 232 )
3.
3
1
municipaux parvinrent à les fouftraire à la fureur
du peuple , & à les conduire au diftrict ,
ainfi que M. l'abbé de Lantilhac leur parent ,
ci-devant comte de Lyon , qui fut rélevé dans
le jardin ; il avoit reçu plufieurs coups de fufils ,
fes habits étoient criblés , mais heureufement il
n'a eu que de légères bleffures . »
- cct
ce Cependant les vaines recherches du peuple
pour trouver notre malheureux camarade , ne lafsèrent
point fa rage , & le lieu de fa retraite
fut enfin découvert. Avant cet inftant un maréchal
des logis de la maréchauffée , avoit , au
péril de fa vie pénetré dans la foule pour
fauver cette malheureufe victime ; c'eft lui qui
parla le premier à M. de Maffey. Rendez- vous ,
il ne vous fera point fait de mal. Je fuis ici pour
garantir vos jours. Ah! C'est vous Durand ,
y a t-il sûretépour moi en me livrant à vous ?
M. Durand qui avoit fait jurer au peuple qu'il
n'attenteroit pas à la vie de M. de Maffey , lui
donna fa parole qu'il feroit conduit au diftrict ,
fous la fauve- garde des loix . Str ce te affurance ,
& fort de fon innocence , M. de Maſſey dépoſa
fes armes , & fe temit entre les mains du maremit
réchal des logis & d'un officier municipal : Bientôt
cette foible efcorté eft éloignée . Le peuple ar
rache M. de Maffey , & l'immole à fa fureur.
Chacun fe difpure le plaifir barbare de faire
couler fon fang. Son fupplice dura plus de “deux
heures , & fut accompagné de toutes ces attocités
n'attenteroit le
J
qui
agrifent
les
exécutions
populaires
.
If expire enfin fous mille coups de bayonettes ;
de piques , de marteaux , & d'autres inftrumens
qui fervoient d'armes à cette inultitude effrenée ;
notre malheureux camarade n'a pas proféré une
plainte . Après la mort , fol tadavre fanglant
20
C
( 233 )
fut trainé dans la boue , le vifage contre tervez
fes habits furent déchirés , on les brûle à côté de
lui , puis on fit la motion de le brûler luimême.
Cependant cet avis ne fut pas fuivi. Get
infortuné fut laitlé dans la rue jufqu'au foir , &
pendant ce tems les infultes & les outrages rédoublerent
fur ce cadavre mutilé. Enfin la municipalité
parvint à le faire inhumer. Un prêtre
lui rendit ce dernier devoir , & pendant l'enterrement
le peuple ne ceffa de chanter le fatal
refrein , ça ira. »
« Néanmoins , dans la crainte des nouveaux
malheurs qu'auroit pu occafionner le jufte ref-
"fentiment des cavaliers , les corps adminiftratifs
avoient pris des précautions pour empêcher de
rentrer ceux qui étoient aux fourrages , & faire
partir le même foir , le petit nombre de cavaliers
reftés dans la ville avec le commandant
, qui mutuellement coururent les plus grands
dangers. »
Nous nous abftenons de toute réflexion ;
il n'en eft pas befoin pour faire partager
notre profonde affliction à toutes les ames
honnêtes . »
1
Les officiers du régiment 22. de cavalerie ,
ci-devant Royal-Navarre.
Thionville , le 19. Juin 1791 .
Hier , vers midi , un détachement de notre
régiment a amené ici cinq déferteurs des troupes
à cheval de l'Empereur ; fe repofant dans un
cabarer , ils fe font laiffé prendre fans difficulté ,
& conduire à Thionville , quoiqu'ils fuffent armés
en guerre. Le Commandant de la Ville a fait
mettre ces cinq hommmes dans la prifon miliaire
, comme cela fa pratique , d'après les trai(
234 )
tés , entre Luxembourg & Thionville au fuje
des déferteurs. Une heure après l'arrivée de ce
détachement , un Officier de l'Empereur , en venant
réclamer ces cinq hommes & leurs chevaux ,
a été affailli d'injures : fa cocarde noire , qu'il
avoit à fon chapeau , lui a été arrachée par la
garde nationale qui s'étant emparé de lui , la
conduit à la Municipalité , après l'avoir configné
aux portes . »
La Ville a refufé de rendre hommes & de
vaux, à la réclamation de l'Officier de l'Empereur,
envoyé par le Commandant de Luxembourg ,
avant que l'Affemblee nationale en cut décidé
autrement ; & ce malgré les inftances de M. de
Klingling qui commande à Thionville , & quine
vouloit pas violer les droits des traités concernant
les déferteurs . La Municipalité en fa qualité de
Souverain , & munie de la toute- puiflance , a agi
defpotiqueinent fans avoir égard à M. de
Klingling ni à aucune autre confidération . Tous
fes Membres raffemblés , la Municipalité a décidé
hier fort tard , que l'Officier de l'Empereur
pourroit s'en retourner : que les cinq déferteurs ,
fortiroient de prifon , qu'on leur donneroit à cha+
cun dix écus , & qu'ils auroient la liberté de s'eu
retourner chez eux à leur volonté ; mais que leurs
chevaux feroient vendus au profit de la Nation »
L'Officier de l'Empereur , en pleine féance
de la Municipalité affemblée , a voulu plufieurs
fois réitérer les réclamations ; le Maire & fos Ad
joints lui ont répondu que s'il perfiftoit , on le
mettroit à la lanterne cette réponſe a été aps
puyée par la populace raffemblée à ce fujet . L'Of
fier & fon Maréchal - de- Logis qu'il avoit
améné , ont gardé le filence . His s'en font retour
nés, M. de Klingling a été forcé d'acquiefcer à la
( 235 )
volonté fouveraine de la Municipalité , qui a
enfreint les traités jufqu'ici refpectés . 1
(Cette Lattre authentique nous a été confiée par
une perfonne refpectable , qui l'a reçue d'an Officier
du Régiment Dauphin en garnifon à Thionville)
Dunkerque , ce 3 juin 1791 .
in Des foldats du régiment Colonel- Général
infanterie , & Viennois , en garnifon dans cette
ville , profitant du bienfait que le patriote Miniftre
de la Guerre leur a obtenu de nos légiflateurs
, affiftoient avant- hier à une léance des
amis de la conftitution . Elle roula pendant pis
de trois heures fur les moyens de fe défaire de
Jeurs Officiers . M. Damonceaux , beau- fière de
J'auguste, M. Merlin , & dont le patriotisme
n'est pas moins actif, préſenta cette motion fous
toutes les formes qu'il crut propres a la fire
adopter. Effectivement , fa civique, éloquence lui
réuffit ; car trois jeunes recrues du régiment
Colonel- Général , nouvellement admis au club,
après avoir prêté leur ferment de dénonciation
l'appuytrent avec chaleur . Un caporal de Vien
nois le leva pour la combattre , & le fit avec
cette franchife qu'on peut attendre d'un , brave
A
loyal militaire . La voix de ce brave caporal
fut étouffée dès qu'il voulur rendre justice aux
officiers de la garnifon ; & l'on arrêta de fine
une adreffe à l'Affemblée nationale , pour folli
citer le renvoi des officiers . ond
M. de Théon, Lieutenant- Colonel & Com
mandant du premier régiment Colonel- Général,
fachant très - bien que le patriotifine de les foldats
ne confifte pas à commettre des atrocités
encore moins a les diriger contre leurs fupérieurs ,
de qui ils n'ont jamais reçu que des preuves
d'attachement , avant -hier matin après l'exercices
( 236 )
a tenu le difcours fuivant aux deux bataillons
: »
« La perfuafion où je fuis que des defcendars
de l'ancien Picardie , régiment qui n'eut jamais
que l'honneur pour guide , & la gloire pour objet
, font incapables de participer par leur confentement
ou leur approbation , à un crime qui
fouilleroit à jamais fes drapeaux , me détermine
à vous dénoncer des foldats portant notre un
forme, qui fe font oubliés au point de prendre
la parole dans une fociété publique , pour appuyer
la motion auffi impolitique qu'indécente de demander
le renvoi des Officiers de l'armée, »
CC S'il étoit néceffaire , Meffieurs , de vous retracer
la conduite de ceux que l'on cherche à
vous faire outrager , par l'appât de l'intérêt &
de vains honneurs , je vous dirois que , dans les
moindres circonstances , vos officiers vous ont
donné des preuves non équivoques de leur attachement.
Rappellez -vous , en dernier lieu , votre
malheureufe affaire de Lille , où , fe regardant
plutôt comme vos amis que comme vos fupéieurs
, ils fe font mis à votre tête pour vous
faire un bouclier de leur corps , quand ils ont
vu qu'ils ne pouvoient vous détourner de cour
inconſidérément à une mort prefque certaine ,
en eſſayant de venger le meurtre de vos camarades.
»
« Mais que dis-je ? c'eft faire injure à votre
coeur que de le foupçonner d'ingratitude & de
trahifon ! Il eſt malheureux pour le corps qu'il
ne fe foit pas trouvé à cette affemblée quelqu'on
de, nos camarades auffi - bien penfant , & doué
de la même énergie , qu'un fous- Officier da
vingt- deuxième régiment , qui a fu rendre juftiae
à fes officiers, »
K
Q
( 237 )
^
« Je m'arrête ! mon coeur navré ne peut plus
que vous attefter , Meffieurs , que le voeu le
plus ardent de vos Officiers , eft de contribuer à
votre bonheur , & de mourir à votre tête , en
combattant les vrais ,ennemis de la patrie . »-
粤
3
Ce difcours , prononcé avec l'accent de l'élo
quence militaire , a produit Peffer qu'on devoit
en attendre . J'ai vu Findignation fe peindre fur
la figure des grenadiers , des foldats , fur-tout
de ces refpectables vétérans , qui n'ont pu , fans
un attendriffement , mêlé d'un noble orgueil ,
s'entendre rappeller langloire attachée aux dra
peaux de Picardies Les murmures, les plus violens
alloient éclater contre ces jeunes audacieux
envoyés dans doute dans le corps, pour y poster
le trouble & le défordre , Ton n'avoit fait
fouvenir le foldat qu'il étoit fous les armes . A
peine rentrés dans leur quartier , toutes les com
pagnies nomment des députés pour aller porter
à M. de Théon l'expreffion de leurs regrets , du
défaveu de la démarche de ceux qu'ils regardoient
comme indignes d'être leurs camarades , & enfin
du dévouement le plus parfait à lui & à tous
leurs fupérieurs . » Le même foir , ils ont adreſſe
la lettre fuivante au Club de Dunkerque.
Faiq MESSIEURS ,
Trop inftruits des démarches de quelques- uns de
Bos camarades , faites fans notre participation ,
bégard de nos Officiers , dont ils ont demandé le
Fenvol à votre Société , nous ne pouvons que mé
prifer une pareille conduite de leur part ; mais
nous aimons en même temps à nous perfuader
qu'ils ont été féduits par des confeils perfides . Quoi!
Mellieurs , renvoyer nos Officiers . Et à quel titce ?
( 238 )
Eri avons -nous le droit ? Quel eft le Décret , qued
eft l'ordre qui nous y autorife ? Et quand nous
en aurious le droit ! Quel eft le mal , quelle eft
Finjuftice dont nous ayons légitimement lieu de
nous plaindre d'eux ? Non , Meffieurs , nous ne
donnerons jamais notre confentement à une motion
aufli injufte . En conféquence , nous avons
Fhonneur de vous prévenir que nous proteftons
hautement contre ce qu'ont pu faire à cet égard
quelques particuliers , fans notre aveu ; & nous
Commes dans la ferme & judicieuſe réfolution de
marcher toujours avec honneur fous les ordres de
nos Officiers , dont nous avons d'autant plus lied
denous louer , que dans notre malheureuſe affaire
de Lille , ils nous ont donné des preuves tenli
bles de leur fincère attachement . Nous n'aurons
""
point aujourd'hui la lâcheté de les payer d'une ingratitude
aufli noire que honteufe : notre an bition
eft de re connus par des fentimens plus nobles,
Telle eft , Mefheurs , notre manière de penfer.
2 Nous en faifons part aujourd'hui , comme à
#ous , a MM : les Amis de la Constitution des
Jacobins à Paris ,
Alibaba az o eli *
remogov
Colmar, le 7 juin 1791 .
ว
« Je viens , Morfieur de lire avec le plus
grand étonnement dans le No. 92 du Journal
des Mécortens , que les Chaſeurs d'Alford ſc
difpofoient à renvoyer leurs Officiers . Je m'em
preffe de détruire un bruît auffi calomnieux &
aufli infultant pour un régiment , dont le bon
elprit & exacte difcipline ne te font point demenas
un feul inftant. Il règne au contraire la
plus parfaite union entre les Chef, & les Subor
donnes i clle eft fondée fur Teftime réciproqué
( 239 )
des uns & des autres , & fur leur commun dévouement
à la chefe publique . Les éloges done
ce Corps a été comblé , & par le Miniftre &
par tous les Corps Adminiftratifs des Départemens
où il a été employé ; la juftice qu'on a rendue
publiquement a fon patriotilme & à fa corduite
diftinguée , font des preuves qu'il eft incapable
de fe déshonorer ppar une action auffi lâche , &
auffi infâme que celle dont on lui fuppete le
projer..
ko ce
לכ
Votre journal éta le plus univerſellemene
répandu , je vous prie en grace d'y inférer ma lettre
afin d'arrêter l'effet d'une auffi calomnieufe imputation
, & montrer qu'il eft heureulement
encore des régimens qui favent reſpecter leur
devoir. »
+
4
MURAT , Lieutenant - Colonel.
Orange , du 6 juin 1791 .
La Municipalité d'Avignon , confternée des
menaces référées des brigands , a envoyé dis
Députés à Aix demander du fecours au Direc-
1oire du Département ; mais ce fecours' lui a été
abfolument refalé. La prétendue Aſſemblée électorale
a été ignominieufement chafiée de Sorgues ;
les femmes même en ont poursuivi les Membres
dont plufieurs fe font retirés. Le refte s'eft préfenté
à Pernes , & on lui a fermé les portes de
cette ville. Cette Affemblée n'a pu trouver d'afyle
qu'à Cavaillon ; & vraisemblablement ce ne fera
pas pour long - temps . Les brigands annoncent
toujours qu'ils vont attaquer Carpentras ; mais
ils n'ofent en approcher , & n'en forment le
blacus que de fort loin , en occupant les bourgs
& villages circonvoitins ... Les habitans de Care
( 240 )
pentras font continuellement des forties , & ne
rentrent prefque jamais fans avoir fait des cap
tures plus ou moins confidérables , ils vaquent
même aux différens travaux de l'agriculture , fous
de bonnes cfcortes accompagnées de canons de
campagne . On a commencé à inveftir le Comtat
de troupes , du côté de la France , afin d'éviter
la contagion du brigandage. Le commerce des
départemens voisins fouffre beaucoup des troubles
de ce pays , & les Dauphinois fur-tout menacent
de les faire ceffer ' , f n n'y met bientôt un
terme. L'oppreffion du bas Comtat eft au comble.
Une partie du haut Comtat n'y eft pas auffi ex
pofée par les précautions que le Département de
la Drôme a prifes , pour empêcher toute violation
du territoire François. »
On a arrêté à Villeuve-lez -Avignon , trois
embaucheurs dépêchés par l'armée de Monteux,
Les foldats du détachement de Bourgogne , infanterie
, qu'ils ont voulu corrompre dans cette
yille , les ont dénoncés ; mais par pradence , &
par la crainte de quelque atroce repréfaille , la
Municipalité les a fait relâcher au bout de quel
ques jours.
-P. S. Un parent du fieur Tournal nous
à mande qu'on n'imputoit à ce Gazetiet
d'avoir été faifi à la Palud avec 250 mille
livres en argent & en affignats , que pour
l'expofer à la fureur du Peuple ; nous nous
faifons un devoir de rapporter cette récla
mation , car nous ne voudrioas pas avoir
le tort de calomnier même un méchant
homme , & il paroît évident que ,
fur ce
point , on a calomnié le fieur Tournal
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 25 JUIN
1791 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
A une généreufe Citoyenne , qui a fouferit
pour une très-forte fomme dans la conf
cription civique & militaire , & qui a voulu
garder l'anonyme.
TON
ON fexe n'eft point fait pour l'horreur des
combats
;
こ
La Na ure l'arma pour un plus doax ufage :
Conquérir tous les coeurs , y régner fans partage ,
Voilà les vrais fuccès qu'il doit à fes appas.
O toi qui ne pouvant défendre la Patrie .
Lui donnes ta fortune au défaut de ton bras,
Crois-tu voiler ton nom ah Itu n'y parviens pas
Tous les bons Citoyens te nomment CORNÁLIE .
( Par M. Pafque ; Aide-Major
I
A
's"
PArmée Bordelaife , & Membre de la :
Société Les Amis de la Conftitution. )
alan
N°. 26. 25 Juin 1791 , G
124 MERCURE
VERS DE M. ROUCHER ,
SUR le refus d'inhumer le corps de
VOLTAIRE.
UE Que dis-je ? ô de mon Siècle éternelle infamie 1
L'hydre du Faratifine , à regret endormie , ..
Quand Voltaire n'eft lus, s'éveille , & lâchement
A des reftes facrés refuſe un Monument.
Eh ! qui donc réſervait cet opprobre à Voltaire ?
Ceux qui , déshonorant leur peux Miniftere ,
En pompe , hier peut-être , auraient enleveli
Un Calcas foixante ans par l'intrigue avili ,
Un Séjan , un Verrès , qui , dans des jours iniques ,
Commandaient froidement des rapines publiques.
Lear Tegne a fait trente ans douter s'il eſt un Dieu;
Et cependant Icurs noms avans dans le faint licu ,
S'élevent fur le marbre , & jufqu'au dernier âge
S'en vont faire , au Ciel même , un magnifique ou
tragesalommal 5 Justs) the 201
Et lui qui ranima par d'étonnans fuccès ,
L'honneur déjà vieilli du cothurne Français ,
Lui qui nous retira d'une crédule enfance ,
Qui des perfécutés fit tonner la défenfe :
Le même en qui brillaient plus de talens divers ,
Qu'il n'en faut à cent Rois pour régir l'Univers ,
L
I
DE FRANCE. 725
Voltaire n'aurait point de tombe où les reliques
Appelleraient le deuil & les larmes publiques ? .
Et qu'importe après tout à cet homme immortel
Le refus d'un afile à l'ombre de l'Autel ?
La cendré de Voltaire , en tout lieu révérée ,
Eût fait de tous les lieux une terre facrée :
Où repofe un grand Homme, ua Dieu vient habiter.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du -Logogriphe du Mercure précédent.
I
ر د
E morde la Charade eft Trouver ; calui
de l'Enigme eft Levres ; celui du Logogriphe
eft Ortie , où l'on trouve Or, Rot, Rótie.
54 b ...
CHARADE,
Si je dors , mon premier m'eft utile par- tout ;
Mon fecond me conduit fans craindre de barriere ;
Le Soldat ne faurait abandonner mon tout
Sans être furde champ privé de la lumiere.
(Par trois jeunes gens, âgés dé 12 & 13 ans. )
G 3
126 MERCURE ,
JE
É NÁLG M EL
E trouve mon tombeau dans le fein de celui
Qui me reçoit & me donne un appui ;
Mais qu'on ne fouille point pour trouver må
fubftance ,
Car je n'ai plus de corps quand je perds l'exiſtence,
( Par un Abonne.
LOGO GRIPHE
QUAND je fais bon , je ſuis délicieux ; ,
Mais autrement je ne vaux pas le Diable.
Souvent & trop fouvent je fais des malheureux ;'
Aufli pour bien des gens fuis-je fort redoutable.
Dans mes fix pieds je préfente aux Lecteurs ,
Ce qui les fait diftinguer de la bête ;
Le nom de ces trois grands Seigneurs ,
Dont chacun fit préfent honfête
Au fils unique du Très - Haut ;
Ce qu'on doit favoir comme il faut
Pour chanter un air de musique ;
Ce qui fait vieillir Angéliques *
Ce qui tourmente les chevaux ; }
Ce qu'on ne fait qu'au fein des eaux.
( Par M. Houaie. Į
P
t
(
DE FRANCE. 127
7
-NOUVELLES LITTÉRAIPES .
MÉMOIRES de la Vie privée de
Benjamin Franklin , écrits par lui-même,
& adreffés àfon Fils ; fuivis d'un Précis
hiftorique defa vie privée , & de plufieurs
Pieces relatives à ce Pere de la Liberté.
A Paris , chez Baiffon , Libr. rue Hautefeuille
, No. 20.
QUOIQUE la partie de ces Mémoires de
Franklin , écrite par lui - même , n'aille
guere au delà de fa trentieme année , & s'arrête
à une époque bien antérieure à fa vie
politique , & même à la brillante réputation
que lui donnerent fes découvertes en phyfique
, ces Mémoires n'exciteront pas moins
la curiofité des Lecteurs avides de connaî
tre les détails de la vie d'un grand Homme.
Cette carriere de gloire ouverte fous des
aufpices fi humilians aux yeux de l'orgueil
Européen ; le futur Légiflateur de l'Amérique
, entrant de nuit dans Philadelphie , fans
favoir ou coucher , mangeant un morceau
de pain le long des rues , dans une ville
eu , cinquante ans après , fon nom devait
G4
328
MERCURE
être l'objet de la vénération publique ; un
Garçon d'Imprimerie deftiné à devenir un
des Auteurs de la Liberté dans fa Patrie ,
& l'un de fes Héros dans une partie de
JEurope ; voilà ce qui eût paru impoffible
au commencement du ficcle , & ce qui
n'eft qu'admirable à la fin. C'eft un plaifir
de fe repréfenter l'étonnement de nos
Grands d'Europe , vers l'année 1730 , fi
un efprit prophétique , leur annonçant les
deftinées de Franklin & de Jean-Jacques
Rouffeau , leur eût dit : Deux hommes de
la claffe de ceux que vous pommez gens
du Peuple , pauvres , dénués jufqu'à cou
cher à la belle étoile ; l'un , après avoir
fondé la Liberté dans fon pays ; l'autre ,
après avoir pofé les premieres hafes de
l'organisation fociale , auront l'honneur
d'avoir, à côté l'un de l'autre , ou en regard ,
une ftatue dans le temple de la Liberté ,
Françaife , à Paris , Ces deux derniers mots
n'euffent point paru faciles à expliquer,
La furpriſe n'eût pas diminué , fi on eût
dit à nos importans que les coopérateurs
d'un de ces grands Hommes , Membres
d'une petite Société fondée par lui , dans
une ville de l'Amérique feptentrionale ,
étaient de petits Artifans , des gens de
métier , un Menuifier , un Commis de
Marchand, un Arpenteur , un Clerc de
Notaire , un Cordonnier, qui s'avifaient
de mêler la culture de leur raifon à leurs
イ
DE FRANCE. 1.29
travaux journaliers , & dont quelques - uns
avaient de profondes connaiffances dans les
mathématiques. Voilà des moeurs dont prefque
aucun Français n'avait l'idée : & de
nos jours même , combien d'entre eux s'é-
Tonnaient en apprenant que Genêve & la
Suiffe offraient ce mélange de la culture des
Sciences & de la pratique des métiers les
plus vulgaires! C'eft pourtant le fpectacle que
la France préfentera prefque par-tout dans
un affez petit nombre d'années ; & ce changement
fera l'effet , non feulement de la
révolution dans les idées , mais de la nature
des chofes , & de la néceflité qui force-
-ra les hommes à faire uſage de tous leurs
moyens de fubfiftance , fans avoir à combattre
d'abfurdes préjugés qui n'exifteront
plus , où qui rendront ridicule la claffe de
Citoyens où ils pourront le conferver.
Ces Mémoires de Franklin feraient encore
recommandables , quand il n'eût été
qu'un Citoyen
Wan
bon pere tra
Cant à fes enfans le tableau de la vie , &
leur montrant , par fon exemple , tous les
fruits qu'on peut tirer de l'emploi du temps ,
de la fobriété , de l'induftrie , de la vigilance
, énvifagés comme moyens de fortune
& de confidération publique , dans un pays
libre. Ce fut en effet , par ces qualités ,
que Franklin fe mit à portée de cultiver
fes ralens littéraires & politiques , & de
donner , en totit genre , Felfor à ſon génie.
G
130 MERCURE
Il joint à fes leçons, l'aveu de fes fautes,
franchife qui , en le faifant aimer , ajoute
à l'autorité de fes confeils ; c'eft la fimpli
cité du bonhomme Richard , mélée au ton
de la paternité. Mais ce pere eft Franklin ,
& à l'Hiftoire de fa vie , écrite pour les enfans
, il joint celle de fon efprit & de fon
ame. Attentif à faifir les rapports des рет
tites chofes aux grandes , il montre l'influence
des petits événemens de la jeuneſſe
fur le caractere , fur les idées qui déter
minent les habitudes de toute la vie , fur
les principes qui , dans la fuite , décident le
parti qu'on prend dans les circonftances les
plus importantes. Il raconte comment s'était
formé en lui ce goût d'ironie Socratique ,
de queftions plaifantes ou captieufes , qu'il
avait confervé jufque dans fa vieilleffe.
Ce fut le fruit de la lecture répétée de
Xénophon, & particuliérement des chofes
mémorables de Socrate . Les Vies de Plutasque
, fon autre livre favori ,, développerent
en lui ce grand fens, qui depuis le dirigea
dans la vie politique comme dans fa vie
privée.
开
On a joint à ces Mémoires la continuation
de la Vie de Franklin , écrite par un
Anglais qui paraît plus attaché aux intérêts
de la mere Patrie qu'à ceux du genre hu
main, & aux principes de la Liberté. On y
rend juftice à Franklin , comme homme de
Lettres & comme Phyficien. Mais on dé
0
C
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DE FRANCE. 121
ג י
plore le malheur qu'il eut de fouiller fa
gloire , en fe jetant dans la carriere politique
où il développa, dit-on, un grand Machiavé
lifme. Les noms de boure-feu , d'incendiaire.
ne lui font pas épargnés , non plus que les
épithetes de pervers & de perfide . Cette
colere des petits fripons diplomatiques :
d'Europe contre un grand Homme , contre
un des Auteurs de la Liberté Américaine ,
eft tout-à -fait amufante. N'imaginant pas
qu'en politique on puiffe dire la vérité
& n'ayant pas voulu la croire , lorfque
Franklin la leur dit avec une franchiſe
héroïque , à la barre du Parlement d'Angleterre
, ils ne regardent leur propre incrédulité
que comme un piége qu'il leur
avait tendu. Ce n'eft à leurs yeux qu'une
rufe nouvelle dont ils fe reprochent d'avoir
éré dupes ; & ne pouvant nier qu'on leure
avait parlé vrai , ils s'imaginent qu'on leur
avait parlé vrai pour les tromper , & pour
n'être pas cru ; femblables à ce Général qui',,
averti par fon adverfaire de tout ce que
celui- ci projetait d'exécuter dans la cam--
pagne prochaine , ne prit que de médiocres ›
précautions contre des projets annoncés ,,
portant ailleurs une partie de fon attention
& de les forces , ce qui fit dire à fon ad
verfaire vainqueur : Je n'y conçois rien , je
lui avais tout dit.
La plus grande partie des reproches faits
à Franklin dans l'Ouvrage de l'Ecrivain Ar-
G &
132
MERCURE
glais, prend ſa ſource dans cette abſurde idéo
que la Révolution Américaine eſt l'ouvrage
d'un feul homme , ou de quelques hommes
que l'on qualifie de factieux , méprife com
mune en tout pays aux Agens du Gouver
nement qui vient de fuccomber. Accoutumés
à voir fouvent l'influence d'un feul homme
dans le Gouvernement , lorſqu'il était dans
fa force , ils fe perfuadent que les changemens
qui furviennent font auffi l'ouvrage
d'un petit nombre d'hommes , & ne démêlant
point la multitude de cauſes qui pré
parent & opérent une Révolution , ils ar-
Fêtent leurs regards & leur haine fur un
petit nombre de perſonnes que leurs talens ,
leurs places , leur réputation , ou même
le hafard des circonftances expofent le plus
au grand jour, On ne confidere pas que ces
hommes n'ont d'existence & de force , que
parce qu'ils font les organes d'un intérêt
commun & du befoin général . Lui feul
confomme les Révolutions qui ne peuvent
´s'opérer que quand elles font inévitables ;
chaque génération les regardant comme un
fardeau qu'on voudrait rejeter fur la généra
tion fuivante , & dont on ne fe charge que
lorfque les maux publics font devenus un
fardeau non moins pefant. Dans ce dernier
état de chofes , quelques hommes de génie ,
calculant la pente de l'efprit narional , &
enviſageant toutes les reffources qu'il multiplie,
paraiffent les chefs d'une oppofition
16
9
fe
10
P
0
DE FRANCE. 133
qui , étant générale , ou prefque générale ,
ne peut , dans un pays libre , ou qui cherche
à le devenir , être l'ouvrage de quelques
individus. Et en effet , quel autre motif que
le fentiment d'un intérêt commun peut raffembler
autour d'eux leurs égaux & la majorité
du Peuple ? On cite en preuve de
l'illufion qu'on peut faire à la multitude ,
plufieurs exemples pris dans l'Hiftoire Grec
que ou Romaine, ou même quelques exem
ples plus modernes ; mais on oublie la prodigieufe
différence des temps , des lieux
des moeurs , &c. &c. On oublie fur-tout cel
moyen puillant qui manquait aux Anciens,
TImprimeri , qui , en peu de jours & à
de grandes diftances , rallie les eſprits à la
raifon , à la caufe publique , diffipe les illufions
, détruit les erreurs , les menfonges ,
les calomnies qu'elle - même avait d'abord
propagées ; enfin amene cet inftant où les
choles fe fubftituant aux hommes , les petits
ambitieux fe trouvent bientôt démafqués
, & où l'ambitieux , doué de génie
fe voit contraint de fonder fur l'intérêt gé--
néral le fuccès de fon ambition .
>
A l'égard des Peuples modernes , à qui
Imprimerie n'a procuré qu'une liberté
imparfaite , achetée par de longs troubles
ou par de grandes calamités , il faut confidéter
que la conquête de la liberté y fut effayée
dans un temps où la raifon publique n'était
point affez avancée , & lorfque les prin
134
MERCURE
cipes conftitutifs d'un ordre fccial utile à
tous , ne brillaient point d'une lumiere qui
pût attirer tous les yeux. Cette lumiere
brillait pour l'Amérique à l'époque de fa
Révolution ; la France , à l'époque de
la fienne , paraiffait bien loin de ce terme
; mais les caufes qui l'y ont pouffée
rapidement , font trop connues pour qu'il
foit befoin de les rappeler. Quoi qu'il en
foit , il eft également vrai pour l'Amérique
& pour la France que les Chefs apparens
de la Révolution ont pu en être les fanaux,
mais n'en ont point été les boute-feux. Franklin
fur-tour eft au deffus d'un tel reproche.
Il avait frémi des fuites d'une rupture avec
la mere Patrie ; il voulait la paix ; mais il
ne la voulait pas au prix de la fervitude ;
& forcé de choifir entre la fervitude & la
guerre , il le
détermina pour la guerre ,
plutôt que de fubir le joug d'un Gouver
nement oppreffeur.
pas
ט
"
ม
ค
Voilà ce que ne lui pardonne pas fon
Hiftorien , bien affligé que Franklin fe foit
avifé d'être un politique , & ne fe foit
borné à mettre au jour une infinité d'inventions
utiles à l'Humanité. Il admire beaucoup
quelques ftances tracées fur un petit e
poêle en forme d'urne , imaginé par le Docteur
Franklin, & pratiqué de maniere que
la flamme defcend au lieu de monter. C'eft
de cette derniere circonftance que le Poëte
tire un éloge malin .
DE FRANCE.
135
» Il s'élevn , comme Newton , à ume
hauteur qu'on croyait inacceffible ; il vit
& obferva de nouvelles régions , & rem-
» porta la palme de la Philofophie.
» Avec une étincelle qu'il fit deſcendre
du Ciel , il déploya à nos yeux de hautes.
merveilles , & nous vimes , avec autant
" de plaifir que de furprife , fes verges miraculeufes
nous protéger contre le ton-
و د
≫ nerre ..
->
و د
Oh ! s'il eût été affez fage pour fuivre,
fans déviation , le fentier que lui avait
" tracé la Nature , quel tribut d'éloges n'au-
❞ rait pas été dû à l'inftructeur , à l'ami
» de l'humanité ! Mais hélas ! le défir de-
» fe faire ur nom en politique , dégrada:
» fes fublimes talens. Ce défir fut en lui
» une étincelle infernale qui alluma la
» fédition.
3,9
2.
» Auffi la fincérité écrira fur fon urne :
» Ici repofe l'Inventeur renommé. Son génie
devait , comme la flamme , s'élever vers
les Cieux ; mais forcé & perverti , il defcend
vers la terre , & l'étincelle rentre
" au fombre féjour d'où elle était fortie «.
On ne peut nier que ce rapprochement
ne foit ingénieux. En voici un d'un plus
beau genre
:
Eripuit cælo fulmen , fceptrumque tyrannis.
Un Miniftre de France , M. Turgot ,
alors en place , écrivant ce vers au bas
136
MERCURE
du bufte de Franklin, tandis qu'un fimple
particulier Anglais rimait ceux dont on
vient de lire la traduction ; c'était là un
contrafte qui n'était point à l'avantage du
Verfificateur Anglais ; peut- être même an
nonçait - il un changement marqué dan
l'efprit des deux Peuples."
( C... )
LA Légende dorée , ou les Altes des
Martyrs , pour fervir de pendant aux
Actes des Apôtres ; Feuille périodique .
A Paris, chez les Mls. de Nouveautés.
I
a
16
g
De toutes les Feuilles Ariftocratiques ,
la feule qui foit parvenue à ma connaiffance
, c'eft celle qui a eu tant de
P
vogue , fous le titre d'Actes des Apôtres.
Je ne fais fi elle exifte encore les
grandes réputations paffent vite par le
temps qui court : c'eft peut-être ma fautes
mais il y a long - temps que je n'entends
plus parler de ces fameux Acles . Un ga
fant homme de mes amis , à qui je ne
connais qu'un défaut , celui de n'être
pas extrêmement Révolutionnaire , attenda
qu'il n'aime que la paix , & que la paix &
une Révolution ne vont pas très-bien enfenible
, m'avait prêté des recueils de ces
Attes, apparemment pour une convertit .Je 2
1
P
f
b
DE FRANCE. 137
les ai parcourus fur fa parole & fur celle
de la renommée ; mais c'est une terrible
épreuve que le recueil , dans ce genre de
compofition. Il m'était arrivé , comme à
d'autres
, en foupant chez d'honnêtes
Ariftocrates ( il y a d'honnêtes gens partout
) , d'entendre des bribes de ces Actes ;
j'y avais trouvé des facéties affez drôles
& des folies qui m'avaient fait rire ;
mais il y a bien de la différence entre
une Feuille & un volume : c'eft une vérité
d'expérience qu'on ne fait pas affez .
Il faut que chacun garde fa mefure : tel
a fuffifamment d'efprit pour trois minutes
, qui n'en a pas pour un quart
d'heure ; & tel va jufqu'au quart d'heure ,
qui , au bout d'une demi - heure , est un
fot, Croyez moi cer avis eft important ,
Meffieurs les faifeurs de Feuilles , de
Parades , de Proverbes , de Pamphlets ,
de petits Vers d'Almanachs ou de Socié
té , même d'Opéras comiques : prenez
garde au recueil, Toutes ces chofes - là
meurent en détail , fans icandale , fans
inconvénient , fans que perfonne s'en apperçoive
; mais le recueil , c'eft l'enterrement
folennel , c'eft la mort conftatée.
Ce que j'en ai vu d'exemples , ne
finirait pas
à rapporter , & ferait trem
bler. Combien de gens , dont j'ai ouï dire
autrefois qu'ils avaient de l'efprit , qu'ils
failaient de jolies chofes ! ils ont eu l'ams
à
148 MERCURE
bison da velome & de la reliure : aucun
dex d'en est revenu.
Nes drives auront du moins une rel
fource ; ils n'ont pas une vie collective
, i' peuvent encore avoir quelque
temps nevie partieile : tant qu'il y aura
T 2 contre la Révolution , les Apopourront
vivre comme on dit , au
jutla jource ; cependant , on voit qu'ils
1nt deja bien déchus de leur premiere
fplendeur ; & fi des hommes de ce génie
éprouvent un tel rabais , que fera- ce des
autres :
1: faut être jufte envers tout le monde :
dans les volumes que j'ai feuillerés , il y
a quelques morceaux agréables ; deux ou
trois Parodies bien faires , & une petite
piece de Vers affez jolie , celle qui com
mence ainfi :
Ah ! qu'il eft mal-ailé d'être bon Citoyen !
Mais l'efprit de parti eft une belle
choſe , fi leurs Lecteurs les plus paflionnés
n'ont pas éré dégoûtés de la monotonie
de leurs tournures , qui ne forrent
pas de l'ironie & de la contre-vérité ; s'ils
ont pu foutenir un débordement de calembours
, de quolibets & de rebus fur les
noms des Députés ; c'eft une mine riche,
fans doute ,
peur
Ces froids bons mots
A double ſens qui font l'efprit des fots. Volt
t
P
DE FRANCE. 139
Mais il ne fallait pas l'épuifer : il ne
fallait pas vivre fix mois fur l'accouchement
de mon ami M. Target ; il y à
un peu de ftérilité à fubfifter i longtemps
d'une caricature grotesque ; il faut
être fobre de bouffonnerie ; car fi l'on en
rit quelquefois , on la méprife toujours.
Ce que j'en dis ici eft purement affaire
de goût. Je ne mets pas plus d'importance
à toutes ces farces que M. Target
lui - même , qui n'en eft pas moins un
homme très éclairé , & un des meilleurs
travailleurs du Comité de Conftitution.
Je confeillerais auf aux Apôtres d'être
extrêmement réfervés fur la Poéfie : ce
n'eft pas là leur miffion. Ils prodiguent
les vers dans leurs Feuilles , Odes , Epîtres
, Fables, Epigrammes , Poëmes , Contes
, & c. Tout ce que j'en ai lu , eft , fi
j'ofe le dire , du genre plat , & plat même
pour aujourd'hui , ce qui eft beaucoup .
و
Quoi qu'il en foit , de bonnes ames
voyant que l'Ariftocratie , qui n'eft pas
forte en raifon , voulait fe fauver par la
plaifanterie , quoique dans le fond elle
n'eût ni fujet , ni envie de rire , ont voulu
rire auffi , & les Martyrs fe font mis en
pendant avec les Apôtres. Je ne déciderai
pas entre ces deux Puiffances : en ma qualité
de Patriote , je ferais peut - être fufpect
; c'eft au Lecteur à juger. On fait
bien qu'en général c'eft une tâche difficile
140
MERCURE
d'être plaifant à
commandement; il faut donc
leur pardonner de n'être pas toujours auth
gais qu'ils le voudraient. Ils le font quelquefois
de fort bonne grace ; par exemple ,
dans
ces couplets fort joliment parodiés de ceux
de Nina , & où l'on fait parler un Procareur
qui attend le retour des Parlemens :
Quand le Parlement reviendra ,
Là , dans cette chambre chérie ,
La chicane alors renaîtra
Pour le bonheur de notre vie.
Mais je regarde.. hélas ! hélas A
Le
Parlement ne revient pas.
*
Quel éclat frappe mes regards ?
La Mefle rouge ! ô jours profperes !
Des Ducs , des Pairs de toutes parts
Vous triomphez , Parlémentaires,
Mais je regarde .... hélas ! hélas!
Je regarde & ne les vois pas .
Ciel ! que tout ira bien mieux ,
Quand du grand Séguier l'éloquence,
Dans un difcours vif & pompeux ,
Peindra les malheurs de la France !
Mais ... mais... j'écoute... hélas ! hélas
Maître Séguier ne parle pas , &c,
Ce
&
DE FRANCE. 141.
Ce qu'il faut dire encore à l'honneur
de nos Martyrs , c'eft qu'ils fe tirent fort
bien du ftyle férieux , ce que les Apôtresne
font pas. En voici une preuve dans ce
fragment d'un Eloge funebre de notre Mirabeau,
où on le compare à Démofthene.
"Demofthene n'eut à combattre que contre
un Prince étranger, & il était foutenu des
forcés de fa Patrie ; Mirabeau lutta contre
les Tyrans de fa Patrie , & n'eut longtemps
pour lui , que lui - même . L'Ora
teur Athénien fe forma dans un fouterrain
où il fe retira volontairement ; l'Orateur
Français fe forma dans les donjons
& dans les cachots. L'un retardé à chaque
pas par les lenteurs de fon génie
& par les obftacles que lui oppofait la
Nature , paffa une partie de fa vie "à
conquérir des connaillances bornées ;
l'autre , doué d'un génie ardent , d'une
conception facile , d'une forte mémoire
, acquit promptement une univerfalité
de lumieres bien rare dans un Orateur
. Démofthene employa l'art pour vaincre
la Nature ; Mirabeau vit la Nature
& l'Art fe réunir pour lui affurer la palme
de l'éloquence. Enfin , l'un paquit dans un
pays libre, & le laiffa, affervi en mourant ;
autre trouva fa Patrie affervie , & la lailla
libre.
( D...... )
"
142
MERCURE
SPECTACLE
S.
LA Révolution n'a - t - elle pas éclairé
?
toutes les idées n'a - t - elle pas renversét
les préjugés politiques , religieux de toute
elpece ? En eveillant les Français de leur
long affoupili ment, ne les a-t-elle pas engagés
à porter un oeil examinateur fur tousles
objets qui les entourent , pour les réduire
à leur jufte valeur ? Ni les grands
noms , ni les grandes places , ni les grandes
réputations ne nous en impoſent plus.
Pourquoi donc dans les Arts , & particuliérement
dans celui de la Muſique , les
préjugés fubíntent – ils encore dans toute
leur force ? La Muſique , celui de tous les
Arts , qui , ayant le moins de bafes dans
la Nature , eſt le plus fujet aux caprices
de la mode , & a le plus de beautés purement
de convention ? Quel eft donc ce
reſpectfupertitieux que l'on a pour les productions
anciennes ? Pourquoi faut-il admirer
encore ce qu'on ne pourrait plus entendre
fans un mortel ennui ? Pourquoi , lorfque
l'ancien ftyle mufical eft reconnu mauvais ,
& a fubi une réforme complette , a - t-on
confervé une eftime religieufe pour quel
ques Ouvrages écrits dans ce ſtyle improuvé
?
REC
Ces
new
DE FRANCE
143
Qui voudrait , par exemple , faire aujourd'hui
de la mufique comme Rameau
la faifait de fon temps ? Qui voudrait imiter
fa mélodie traînante & furannée , charger
comme lui fon harmonie , compléter
fans choix fes accords de toutes les notes.
qu'ils peuvent fupporter ? Qui voudrait
écrire avec auffi peu de foin & de goût
les parties inftrumentales , les faire diverger
entre elles , mettre aux Deffus ce qui convient
aux Baffes , placer auffi mal les inftrumens
à vent , renoncer enfin à cette
belle ordonnance que l'étude des Italiens
& des Allemands ont mis en ufage parmi
nous Perfonne affurément ne voudrait
reculer à ce point dans la carriere muſicale.
D'où vient donc que ces Ouvrages , qui
ont joui dans leur temps de l'eftime qu'ils
méritaient , puifqu'on ne connaiſfait rien
de mieux , conferveraient - ils cette même
eftime qu'ils ne méritent plus aujourd'hui ?
Pourquoi cette mufique , qui n'a plus le
droit de plaire à nos oreilles , eft-elle une
arche facrée à laquelle on ne puiffe toucher
fans s'expofer à l'indignation publique.
pour un fi téméraire attentat ?
Arrivons enfin à l'application de toutes ›
ces queftions. Le Poëme de Caftor & Pollux,
d'un ftyle peut -être un peu précieux , mais
au moins très-brillant & très foigné , préfentant
d'ailleurs affez d'intérêt & un fuperbe
ſpectacle , a paru à l'Adminiſtration
144 MERCURE
de l'Opéra mériter d'être rendu à la Scène .
mais on ne pouvait le faire reparaître avec
une mufique antique & entiérement oppofée
au goût moderne . Plufieurs Compo
fiteurs ont tenté de la refaire ; celle de M.
Candeille a été la mieux accueillie par
l'Adminiftration .
a
2
P
a
Mais bientôt lui - même s'eft effrayé de
fon audace. Il a cru devoir , par une
lettre modefté publiée dans les Journaux,
sexcufer auprès du Public de fa témérité.
On a encore augmenté fes terreurs;
on lui a prefcrit les morceaux confacrés
qu'il fallait conferver , tout en lui faifant
craindre que les fiens ne puffent foutenir
un rapprochement fi redoutable. Cepen
dant ces terreurs ont été vaines , & l'Ou
vrage a eu beaucoup de fuccès . Mais d
s'il faut en croire les Zélateurs anciens ,
la gloire n'en appartient pas au Compo
fiteur moderne , mais feulement aux beautés
du Poëme & aux morceaux de Rameau
qu'on a pu conferver. Quelle pré-
!!
vention ridicule combien elle eft nuifible
aux progrès des Arts , & combien
elle prouve que celui de la Mufique eft
encore étranger aux Français !
Les morceaux principaux que l'on a
confervés font , au fecond Acte , 1º. Le
choeur que tout gémiffe ; on a bien fait ce
choeur eft peut-être , de tout ce qu'a fait
Rameau , ce qu'il y a de plus exprellif.
D'ailleurs
to
C
8
0
DE FRANCE. 149
D'ailleurs , un choeur n'a prefque pas de
mélodie fenfible , & c'eft fur-tout la mélodie
de Rameau & de fes contemporains
qui a vieilli . La partie de l'Orcheſtre était
défectueufe , & M. Candeille l'a refaite.
On l'a forcé auffi de conferver le chant de
triftes apprêts , dont il a fallu refaire la
partie inftrumentale. Je ne puis juger du
morceau que M. Candeille avait mis à la
place & qu'on lui a fait ôter; mais cette mélodie
lâche & traînante au lieu d'être large
& majeftueuſe , trifte & monotone au lieu
d'être pathétique , n'a paru faire aucun effet.
On a confervéauffi plufieurs airs de danfe
avec très-peu ou point de changemens. On
ne pouvait mieux faire , non pas par ce refpect
que l'on prétend devoir à un homme
autrefois célebre, mais parce queces airs ont
des beautés réelles qui les foutiendront dans
tous les temps.
Ce n'eft pas une contradiction avec ce que
je viens de dire. La Mufique eft compofée de
deux parties diftinctes, l'harmonie & la mélodie.
L'harmonie a fa bafe dans la Nature,
car elle eſt le produit de tout corps fonore
; auffi eft-elle invariable : fes procédés
font les mêmes dans tous les lieux
& dans tous les temps. Mais l'harmonie
de la Nature n'offre que des accords ifolés
& fans liaiſon ; c'eſt la mélodie qui
lui donne une fuite & nous la rend fen-
No. 26. 25 Juin 1791.
•
H
*46 MERCURE
fible. Cette mélodie vague & qu'on vou
drait en vain affimiler au chant des oifeaux ,
'a véritablement dans la Nature aucun
modele , elle eft entiérement foumile au
caprice, Appliquée aux paroles , elle n'ex
prime rien , car il n'y a aucune phrafe
de musique qui , par elle- même , ait une
expreffion déterminée Si elle agit fur nos
organes , en ébranlant certaines fibres , ces
fibres feront également ébranlées par quel
que fuite de fons , par quelque forme de
mélodie qu'il vous plaife d'inventer,
१
Mais fi vous joignez la force du rhythme
des
cette fuite de fons que j'ai commencé
par fuppofer vagues ; fi , par
retours périodiques , vous venez à ébranler
les mêmes fibres à des temps égaux ,
c'est alors que la Mufique a fur les hom
mes une véritable puiffance ; elle les émeut ,
les entraîne , & peut exciter en eux les paffions.
Ce n'eft pas la prétendue expreflion
muficale qui prodaira cet effet , ne vous y
trompez pas , car il aura lieu fans le fe
cours des paroles. C'eſt une certaine com
motion purement phyfique qui vous électrife
malgré vous & indépendamment de
toute réflexion.
Tel eft le propre des airs de danfe
& voilà pourquoi ceux qui font bien
faits , c'eft - à - dire , ceux où le rhythme
eft très fenfible & heureufement em-
-
0
de
pa
fa
DE FRANCE. 147
ployé , font à l'abri des caprices de la
mode , & agiffent également fur tous les
Peuples & dans tous les temps. Les Italiens
& tous les étrangers que le plus
beau de nos anciens airs de chant ferait
fire de pitié , font un fréquent ufage de nos
airs de danfe. Nous ne pouvons plas en
tendre les chanfons antiques ; les chanfons
dés Peuples barbares ne nous plairaient
pas ; mais il y a tels airs de danfe anciens
ou barbares qui produiraient fur nous unt
grand effet.
Rameau poffédait à un haut degré l'art
de compofer pour la danfe ; une chofe
même très remarquable , c'eft qu'il en
tcrivait beaucoup mieux la partie inftrumentale
que celle de fes airs de chant
M. Candeille a donc agi fagement eu
s'emparant de tous ceux qui fe trouvaient
à la convenance ; & nous devons remarquer
pour fa gloire , que ceux de fa com
pofition qu'il y a joints , ne font point dif
parate , & ont même une fraîcheur de mélodie
qui les font diftinguer.
2
M. Candeille a ofé refaire un morceau
fameux , à qui les paroles , par une penfée
fine & délicate , ont donné jadis une
réputation long - temps foutenue; je veux
parler de préfent des Dieux chanté par
Mr. Lays avec infiniment de grace , ce
morceau , d'une mélodie très-fuave , a été
H
148 MERCURE
fort applaudi , ce qui n'eft pas un médiocre
triomphe au milieu des préventions qui
affiégeaient un grand nombre de Spectateurs.
En général , M. Candeille a répandu
beaucoup de charme fur tout cet
Acte des Champs- Elyfées , qui , dans le
temps de Rameau , avait fait la fortune de
fon Opéra. J. J. Rouleau qui n'était pas
refpectueux de fon caractere, à qui les noms
n'en impofaient pas ,
pas , difait que l'Acte des
Champs - Elyfées de Rameau , reffemble à
celui d'Orphée comme le paver reflemble
à la rofe. Celui de M. Candeille ne lui
aurait sûrement pas infpiré cette ingé
nieufe mais offençante comparailon.
}
Je fuis fâché que ce Compofiteur n'ait
pas conçu différemment le choeur des De
mons , au feu da Tonnerre. Il a fuivi le
rhythine & en partie le chant de coltide
Rameau , qui a de la chaleur fans doute,
mais qui manque entiérement de noblelle.
Il a été féduit probablement par les ap
plaudemens que ce morceau excite toujours.
n'a pas pris garde que ces applaudiffemens
font l'effet indifpenfable du
mouvement qui regne alors fur la scène ;
la
que c'eft la fituation théatrale plutôt que
force du morceau qui les produit. Sans
nuire à cet effet , il pouvait peut-être ren
dre ce morceau plus digne des véritables
Connaiffeurs.
P
DE FRANCE. $49
En fomine , cet Ouvrage a beaucoup
réuff , malgré les préjugés qui lui étaient
contraires. Il doit faire beaucoup d'honneur
au talent de M. Candeillé. Peut- être
un Compofiteur étranger , ou celui dont la
réputation aurait été depuis plus long- temps
établie , aurait-il obtenu un fuccès moins:
contefté; mais la gloire de M. Candeille
en fera plus éclatante , puifqu'il a eu plus
d'obftacles à vaincre.
Cette longue difcuffion nous a entraîné
trop loin , & nous empêche de parler dur
mérite des ballets , que l'on doit aux talens
de MM. Gardel & Laurent. Nous dirons
feulement que cer Ouvrage eft mis avec
beaucoup de foin & de magnificence. Les
décorations font très- belles. On a fur- toug
admiré l'effet d'une machine très-ingénieufe
qui produit un vol oblique , fans le fer
Cours d'aucun cordage , & qui eft de Fir
vention de M. Bornier.
H
手四MERCURE
VARIÉTÉS
.
AUX AUTEURS DU MERCURI
MESSIEURS ,
PERMETTEZ à un Amateur des Arts de rendre
Hommage , par la voie de votre Journal , à un
Artife célebre dont la Capitale vient d'admirer
encore une fois le talent : c'eft du Tableau de
M. le Monnier , Peintre de l'Académie Royale ,
que je veux parler. Le nominer ,
s'eft rappeler
fes titres à la gloire , c'eft renouveler le fouvenir
du Tableau de la Pefte de Milan , qui le
diftingua au Salon de 1785.
Mais cel de 1791 me paraît bien fupérieur
toutes les autres compofitions de ce Maitre's
Refprit du Commercs en eft l'idée principale.
Elevé à la hauteur de fon fujer l'Artifte fem
Ble avoir plané fur la fphere du Monde avec
kes ailes du Génie du Commerce , qui répand fur
Univers influence la plus heureufe . Cette figure
élefte unit à la légéreté aérienne un je ne fais
quoi de fuave & de moelleux qui rappelle le
purceau de l'Albane. Il embellit du ton le plus
agréable la partie fupérieure de la Scène , dont
toutes les parties s'affemblent ff bien avec cette
voûte fublime..
A la gauche du Spectateur , la Paix , fous les
traits de Minerve , préfente à l'Univers les efpémuces
du bonheur & les attributs de la : Gloire,
DE FRANCE. 153
1
Le cane de for coeur a paffé fur fon front.
Ce perfonnage allégorique , d'un ton plus fage
contrafte avec ceux qui l'entourent , pour les
faire reffortir avec plus d'éclat .
En effet , l'Europe , cette Reine de l'Univers ,
affife avec dignité , réunir tous les charmes de
la beauté , du luxe & de la magnifieence c'eft
la Mere des Amours , des Arts & de la Volupté
s'eft la Grace plus belle encore que la Beauté .
L'oeil enchanté ne peut abandonner cette figure
qui porte dans l'ame une émotion délicieufe.
Les acceffoies répondent à cet effet magiques
L'Agriculture , repréfentée par un enfant , orne
la charrue de pampres & de fruits
un autre
enfant lui donne en échange des rameaux de
cafier & des cannes à fucre. Ce mélange des
jeux & des productions de la Nature anime &
vivifie le Trône de l'Europe. La Boullole , les
Lettres de change tous ces détails fuffiraiens
pour la gloire d'un autre mais l'Artifte Philo
Tophe a été plus loin d'un trait de pinceau , il
send hommage à l'Hiftorien fublime du Com
merce qui l'a infpiré , & il venge l'intrépider
Colomb de l'ufurpateur de fa gloire..
Au milieu de ces richeffes des deux Mondes
une belle & jeune Caraïbe faifit l'attention's
image fymbolique du nouveau Continent que
ee Peuple habitait , elle a tache par l'expreffion
de fes fentimens. A la vue de l'Europe & du
Génie du Commerce , qui enleve le voile dont
elle eft couverte , elle paraît pénétrée à la fois
de furpriſe & de crainte . On fe rappelle l'éton
nement des Sauvages , qui virent pour la pre
miere fois des Européens dans leur Contrée
L'image des guerres défafircufes , qui , à la fuite:
de cette conquête , ont, ravagé le Globe , re
151
MERCURE
vient à la mémoire , & on partage la terreur de
cette figure éplorés & tremblante.
Placée à côté du Nouveau Monde , elle donne
& reçois un refet merveilleux par la figure im
pofante de FAfie , dont la correction préfente à
la fois l'idée du beau & du ftyle antique . Les
grands travaux des épiciens , les Obfervations
Aftronomiques des Chaldéens , les tréfors de
Finde , les Arts de la Chine , annoncent qu'elle
fut le berceau du genre humain.
Mais quel fpectacle cruel & touchant vient
déchirer Pame ! Une mere………. c'est l'Afrique;
une mere défolée repouffe avec horreur les
fruits de fa tendreffe , condamné , à la fervitude ;
fa main égarée par le défefpoir , femble voulo'r
eur interdire le jour qui éclairera leur mifere
Son attitude , fes traits , fa douleur touchante
tour imprime aux ceeurs fenfibles cette compalfon
généreufe , apanage heureux de l'humanité ,
rant les droits de la Nature font éloquens , lorf
que le talent fait les produire fous des formes
téreflantes ! Si jamais l'Afrique releve fa tête
opprimée à côté des Nations policées , elle devra
beaucoup au pinceau de M. le Monnier.
Heureufement cette fcène de douleur difparaît
auprès du fymbole de la Liberté , qui attend us
pour toutes les Nations Mercure le montre
JUnivers comme un des grands moyens de la
profpérité publique . Union & Liberté, ees mots
facrés & chers à tout homme , quel qu'il foit ,
offient le rêve heureux de l'Abbé de St. Pierre
Cette Statue en annonce la réalité par le point
sentral qu'elle occupe dans le Tableau , entre lesi
mers & les continens .
t
Fe n'infifterai pas fur les beautés qui tien
ment aux détails maritimes ; je laiffe aux Marins
DE FRANCE. 353
le foin de louer ce qui tient à l'Art de Vernet
& de le Brun . Les Habitans des villes commerciales
apprécieront fans doute mieux que moi
ces effets pittorefques des Elémens & de l'induftric
humaine. Heurenfe la Patrie à qui un de
fes erfans peut offrir l'hommage de fon talent !
plus heureufe la Nation qui s'honore dun pareil
chef- d'oeuvre !
J'ai l'honneur d'être , &c. UN ABONNÉ.
NOTICE S.
Le Vrai Citoyen ; Journal , avec cette Epigraphe
:
La Nation , la Loi.
Ce Journal , compofé de deux feuilles in - 8 ° .
paraît tus les D manches. Le premier N° . a
paru 1: er. Dimanche d'Avril. I fe continue
avec fuccès.
On foufcrit à Paris , chez Moutard , Lbr-
Impr. ne des Mathurins , Hôtel de Cluni ; &
chez tous les Libraires & Directeurs des Poftcs.
Le prix de la Soufcription pour l'année , franc
de port dans les Départemens , eft de 24 liv. &
de 21 liv. pour Paris . On peut s'abonner pour
trois mois moyennant 6 liv.; ou pour fix mois
moyennant 12 liv.
Le but que fe propofent les Rédacteurs de ce
Journal eft de concilier tous les Partis , & de
ramener les Détracteurs de la Conftitution , par
les principes & par la raifon , à l'amour de cette
Conftitution , dont ils démontrent évidemment
tous les avantages. Ils s'élevent quelquefois -con154
MERCURE
tre le żele outré des faux Patriotes , & annon
cent en cela une grande impartialité. On trouvs
à la tête de chaque N° . un trait de morale &
de politique , on font renfermés des obfervations
fur les événemens & les objets de difcutions
les plus intéreffans ; ils donnent enfuite un ta
bleau raifonné des travaux les plus importans de
I'Affemblée Nationale ; une notice, des Ouvrages
les plus intéreilans ; enfin , les Nouvelles Etran
geres & de France , fur la véracité defquelles of
peut compter.
Opulcules Poétiques , par Michel Métrophile
A Paris , chez Cailleau & fils , Impr. Libraires ,
rue Galande , N. 64.
Ce petit Volume renferme cent Quatrains fut
cent Poëtes vivans , & il ne fera fans doute pas
un de ces Auteurs qui n'aime à le contempl
dans leQuatrain qui le caractérif.Chaque portrait,
quoique Batté , eft refemblant c'eft le Parnafe
Français en mi iature . Cette Galerie of arcam
pagnée d'un Dialogue fur les Journaux , qui avait
déjà paru dans l'Almanach des Mufes de cetté
Année , d'un Peëire intitulé l'Affemblie de Sor
Lonne ou les Etats- Généraux de l'Eglife , dont le
Panthéon Littéraire s'était déjà enrichi , & de
quelques autres Podfics. Elles refpirent toutes l
grace , la gate, la facilité ; & quoique publiées
fous le nom de Michel Métrophile , on devine
aifément qu'elles font de Michel Cubicres.
Le Libraire a crtit que ce petit Volume peut
fervir de Tome IVe. à l'édition des Poéfis de
M. Cubieres , donnée par M. Couret de Ville
neuve , en 1786 & M. Cailleau n'a pas mis
moins de nett.te & de foins dans fon travailque
M. Courer de Villeneuve
1
COL
CO
DE FRANCE. iss
Mémoires fecrets far les Regnes de Louis XIV.
de Louis XV , par feu M. Duclos , de l'Académie
Françaife , Hiftoriographe de France , &c,
3e édition. 2 Vol. in- 8 . formant 100 pages
imprimées fur caractere de Didot jeune. Prix ,
9 liv. br. & 10 liv. francs de port par la Pofte..
A Paris , chez Buiffon , Impr- Libr. rue Hautefeuille
, N", 20.
A peine nous annoncions la 2e. édition de cet
Ouvrage , que la 3e . était déjà en vente . Les
Livres qui fe débitent avec cette rapidité n'ont
gas befoin d'autre recommandation.
Emilie de Varmont , ou le Divorce néceffaire
& les Amours du Curé Sévin ; par l'Auteur de
Faublas. 4 petits Volumes. A Paris , chez Bailly ,
Libr. rue St-Honoré vis -à- vis la Barriere des
Sergens,; & chez les Mls, de Nouveautés..
>
L'Auteur de Faublas , M, Louver , s'est déjà,
fait par ce premier Ouvrage une répuration trèsbiillante
, & qui appelle lá févérité ſur les au
tres Productions. Celle- ci eft d'un genre beau
coup plus grave , & ne doit point être comparée
Lingénieux badinage , aux fituations comiques
& piquantes de Faublas. L'Auteur a voulu pein ,
dre une réunion de circonftances , où deux per-.
fonnes même très -eftimables , liées enfemble par
de fimples eonvenances , font obligées , pour leur
bonheur , de contracter d'autres nouds. Cette
intrigue offre de l'intérêt & des détails où l'on reconnaît
la touche agréable , légere & fouvent philofophique
de M. Louvet : mais peut-être y trouve
t-on moins de naturel & de vérité que dans fon premier
Ouvrage. Il s'eft plu à peindre un caractere
a: roce , dont on aime à croire , pour l'honneur de
T'humanité, que l'original n'exille pas. Au furplus, -
l'Ouvrage eft fait pour les circonftances , & I Au
teur y donne des preuves de fon patriotifmc. 5
156
MERCURE DE FRANCE.
Adreffe au Clergé fonctionnaire , relativement
au Serment civique cigé par le Décret du 27
Novembre dernier , fanctionné par le Roi le 24
Décembre, A Abbeville , de l'Imprimerie de J. A.
Vétité. Brochure de 73 pages.
Ceux des Eccléfiaftiques qui n'ent refufé le
Serment que par une délicateſſe de confience
fincere , quoique mal-entendue , pourront profiter
de cette Brochure ; mais pour une ame vérita
blement timorée , combien n'en voit-on pas qui
n'ont été portés à cette réfiftance que par des
motifs purement humains ?
A VIS.
L'Artiſte ( M. Godefroy ) chargé de la Gra
vure du portrait de M. l'Abbé Maury , prévient
M M. les Soufcripteurs que , quoiqu'il ſe ſoit
livré conſtamment & opi iâtrément à cet Ouvrage
, il ne peut l'avoir terminé pour le 1er.
Jullet. I croit devoir retarder leur jouiflance
d'un mois pour leur préfènter une Eftampe plus
digne de l'homme célebre qu'elle doit reprélenter.
Un nouvel avis anoncera le jour fixe où
il commencera à délivrer cette Gravure.
VERS.
A M. Roucher.
Vers.
Charale, En. Log.
Mémoires.
TABLE.
121 La Légende dorée.
Spectacles.
122
124
Variétés.
125
127 Notices. 133
====136
142
150
MERCURE
HISTORIQUE
ET
brouter"
POLITIQUE.
-il 201
POLOG NE
thorson et 200
supflow pas
ful De Varsovie , le 4 Juin 1791 .
L'ELECTEUR de Saxe n'a point encore
formellement accepté la Couronne : il ar
jugé devoir ,auparavant , confulter les Etatsi
de l'Electorat , & probablement obtenir
laveu desaprincipales Cours ingékelées
fen avènement au Trône de Pologne. Peutr
Gueencore velit illafler à la derniere Re
volution le temps de s'affetmir : jufqu'ici ,
rien ne la contratie des oppofitions ifolées
ne peuvent l'entamer, elle porte fur
des bafes d'intérêt général, que l'expérience
doitfortifier dejour en jour. Le PrinceAdam
Gartoryskis, qui odepuis longtemps , fait
profeffion d'humeur contre le Roi san
nance , dit-on, parini les détracteurs de lan
No. 26. 25 Juin 1791 .
L
ن ا
( 242 ) .
nouvelle Conftitution. La plupart , dependant
, de ceux qui l'ont défapprouvée , foit
dans la Diète, foit en public , fe défendent
fagement de tout acte dangereux , fans renfermer
néanmoins leurs fentimens.
Parmi les choix qu'a faits le Roi dans
la formation du Miniftère , on a diftingué
celui de M. Chreptowitz, Vice- Chancelier
de Lithuanie pour le Département des
Affaires Etrangères. Ce Miniftre fut un des
principaux Membres de la Confédération
de Bar, & s'expatria après fa diffolution.
En général , le Roi a toujours eu la fageffe
d'oublier , dans fes nominations , les différences
de fentimens politiques , les anciennes
querelles , les torts même qui lui
étoient perfonnels . Cette générosité vaut
une armée ; elle eft un des meilleurs appuis
d'un Gouvernement mixte : c'eft à cette
modération qu'on reconnoîtra le vrai caractère
d'une autorité légitime , & éclairées
tandis que celle des factions ne s'oc
cupe qu'à dominer avec tyrannie , qu'à
opprimer tous ceux qu'elle juge contraires
à fes intérêts. or
Le Gouvernement Ruffe s'eft vu obligé
d'augmenter la capitation de 30 copeiks
par tête d'homme , & d'une taxe additionnelle
d'un demi - rouble par demi- anker
ausgevierce
qui
procurera
une
augrevenus
de fix millions de
roubles : c'eſt la première contribution cx-
I
d
P
d
d
C
b
( 243 )
traordinaire pendant la guerre actuelle.
Les mêmes lettres de Pétersbourg , qui
annoncent cette difpofition fifcale , parlent
du départ de la divifion navale de Revel ,
fous les ordres de l'Amiral Tchitchagoff,
pour Cronftadt où elle doit fe réunir à
lefcadre principale. On eft perfuadé que
cette flotte d'environ 3 à 32 vaiffeaux de
ligne , y compris ceux de 50 , fe bornera
à défendre les approches de Cronstadt , &
qu'elle ne fe hafardera point à une cro
fière , fi fa flotte Angloife pénètre dans la
Baltique.
ALLEMAGNE
De Vienne , le 9 Juin.
L'intérêt des négociations de Sziftove
s'eft un peu ranimé, depuis que l'on a fu
la reprife des conférences le 19 du mois
dernier. On favoit déja que les précédentes
difficultés étoient applanies , puifque M.
de Jacobi , Miniftre de Pruffe, remit , vers
le milieu de Mai , une Note officielle au
Prince de Kaunith, par laquelle le Cabinet
de Berlin fe défifte de la garantie du Traité
définitif à conclure , & de l'infertion dans
ce Traité de la Convention de Reichenbach
, comme préliminaire indifpenfable ;
pourvu néanmoins que le fens de cette
Convention foit confervé , & leftatus quo
L 2
244 )
qu'elle établit , rigoureufement confacré
Les deux Puiffances alliées de la Pruffe
avoient également foufcrit à cet arrange
ment. On n'eft encore que très-imparfaitement
inftruit du réſultat de la Confé
rence du 19 fuivant le bruit public, les
premiers obftacles ont fait place à un nou
veau , s'il eft vrai que le Miniftre Impé
rial ait déclaré aux Plénipotentiaires , qua
fa Cour accorderoit le ftatus quo le plus
firit , pourvu que la Porte foufcrivit aux
articles fuivans .
« 1º . A céder à l'Empereur la Croatie Turque,
qui s'étend jufqu'à l'Unua , & cela d'après les
engagemens que la Porte en avoit pris , avec la
Cour de Vienne , dès l'année 1783 , lorsqu'on
fit des arrangemens fur le différend qui s'étoit
élevé entre les deux Empires , pour les limites
de ce côté-là.
2º. A céder à S. M. I. & R. le Vieux
Orlowa , avec tout fon Diftrict , appartenant déjà
de droit à la Cour de Vienne , vu que la Sublime-
Porte n'a pas exécuté l'article du Traité
de Belgrade , portant : «Que cette fortereffe &
fon District devoient retourner à l'Empereur ,
Lefi , dans le courant d'une année après le même
te Traité , la Porte n'avoit détourné la pétite rivière
e de la Czerna , & fait en forte qu'elle envi
Se ronnât le Vieux- Orfowa , afin qu'il fut léparé
CC entièrement du territoire du Bannat de Tece
melwar. »
3. Que la liberté de la navigation & du
commerce pour les Sujets Autrichiens en Tur
quie füt telle , qu'au lieu d'être gênée comme
I
00
m
la
ן
( 245 )
elle l'avoit toujours été par les Commandans
Ottomans & Sur-Intendans des Douancs , elle
fut au contraire protégée , par cux , & favorifée,
"
сс
4°. Que la Cour Ottomane payât toutes les
fommes , réclamées par les Sujets de la Maifon
d'Autriche avant la rupture , relativement aux
dommages que ces Sujets avoient reçus de ceux
de la Sublime-Porte ; lefquelles fomnies , malgré
toutes les plaintes faites à cet égard , n'avoient
jamais été payées. »
CC
ככ
°. Que l'article du Traité de Belgrade , qui
défendoit à la Maifon d'Autriche de bâtir de
nouvelles fortereffes fur le Danube & la Save ,
zinfi que toute part ailleurs fur le territoire Alle
mand , qui touche les frontières Ottomanes , feit
fupprimé comme inféré contre tout droit dans
le même Traité. »
CC
6°. Enfin que tant la ville de Choczim que
la Province de Wallachie refteront entre les mains
des Autrichiens , auffi long - temps que durera la
guerre actuelle entre la Ruffie & la Porte- Ottomane.
»
On prétend qu'à la vue de ces demandes
inattendues , le Piénipotentiaire Ottoman
seft déclaré ne pouvoir traiter ultérieurement
, fans avoir référé ces conditions à.
la Porte , dont il attendroit la réponſe .
Cet en effet une fingulière interprétation
du fiatus quo ftria , que celle qui confifte
à demander une place , un territoire , &
des avantages qu'on ne poffédoit pas avant
la guerre. Ces rufes diplomatiques , en
diminuant la confiance des Parties con-
L 3
( 246 )
tractantes , feront probablement languir la
conclufion de la paix jufqu'au mois d'Août
ou de Septembre . Depuis que M. le Comte
de Hertzberg, partage avec deux nouveaux
Adjoints adminiftration des intérêts extérieurs
de la Pruffe , on n'apperçoit , ni,
la même fermeté , ni la même confiftance
dans le Cabinet de Berlin. Cette pluralité
politique , imaginée par l'intrigue , ne l'a
ûrement pas été par l'amour de la chofe
publique ; aufli s'en eft-on fort réjoui dans
cette capitale , dont l'alegreffe eft un affez.
bel éloge de M. le Comte de Hertzberg,
à qui Frédéric - le - Grand a inutilement
légué fes maximes , & infufé fon
zèle
la monarchie. Cet affoibliffement
de la politique Prulienne
enhardit ceux qui ont à traiter Puiffance avec cette
; de la , les nouveaux embarras
furvenus dans la
négociation
.
Quantà
Parmiſtice avec la Porte , il expire au 12
Juin s'il n'eft pas formellement rencuvellé
, on le remplacera par une ceffation
d'hoftilités fous la garantie des Puiffances
médiatrices
.
Il paroît décidé qu'on formera , cet Automne
, plufieurs camps d'inftruction , &
Pon remarque qu'on s'occupe de remplis
les magafins de la Bohême.
De
Francfort-fur-le-Mein , le 15 Juin.
Depuis
le retour
du Roi
de Pruffe à
M
tr
cl
&
01
e
P
la
દાહ
all
no
C
A
to
la
U
pa LEEF
de
( 247 )
Potzdam , après la revue du camp de Corbelitz
, on n'a continué aucuns préparatifs
du Voyage que ce Monarque & les deux
princes fes fils ainés devoient faire en Pruffe,
il n'en eft plus queftion , & l'on parle déja
du retour prochain des équipages de Sa
Maj . qui font encore à Konigsberg. Les
troupes dans cette province de la Monarchie
ne font prefque plus de mouvemens ,
& le corps d'armée de Siléfie , fous les
ordres du Prince de Holenhole a rétrogradé,
au lieu de traverfer la Pologne. C'en
eft affez pour affermir de plus en plus l'opinion
univerſelle d'une paix prochaine.
>
Un incendie terrible a éclaté à Breflau dans
la nuit du 26 mai ; le progrès des flammes a
été fi rapide , qu'il a été impoffible d'en arrêter
affez promptement le cours . Deux ponts , trois
églifes , un couvent , environ 60 maiſons , au
nombie defquelles fe trouve les demeures des
Chanoines de la Cathédrale , la Chancellerie &
plufieurs moulins , ont été incendiés .
i
Le Roi de Suède débarqué le 2 à Roftock
, s'eft rendu , par Brunfwick , à Aixla
- Chapelle, où il eft en ce moment avec
une fuite affez nombreuſe.
}
Nous avons fait connoître les principaux
actes des Princes d'Empire, réclamans
contre l'Affemblée Nationale de
France . Voici en quels termes l'Electeur
de Cologne, en fa qualité de Grand-Maître
L
+
( 248 )
Teutonique , a mandé les griefs de cet
Ordre à Empereur .
ce J'ai fait faire des remontrances réitétées à
S. M. Très - Chrétienne , comme partie contrac
tante des Traités de paix , par mon Chargé
d'Affaires accrédité à fa Cour , & mettre fous
fes yeux , conjointement avec d'autres Princes de
l'Empire , qui ont également à fe plaindre de
l'oppreffion , tous les actes de violence & d'injuftice
que s'eft permife à notre égard l'Affemblée
Nationale , contre tous les principes du droit
des gens. Toutes mes démarches ott été infrac?
tueufes. J'apprends dans ce moment qu'on met
à exécution tous les Décrets , & autres arrétés
contraires aux droits de l'Ordre Teutonique . Dans
cette pofition , je ne puis prendre d'autre parti
que de m'adrefler à V. M. I. , ' comine Protecteur
de l'Ordre Teutonique , & de la fupplist
avec inftance de charger fon Amballadeur à la
Cour de France , d'appuyer au nom de V. M.
les réclamations de FOrdre Teutonique , & des
autres Princes & Frits , qui ont été lézés de
mêne ; les Etats de l'Empire feront leurs derniers
efforts pour prouver au Miniftère du Roi Très-
Chrétien , l'illégalité de la conduite de l'Affemblée.
Nationale . »
FRANCE.
De Paris , le 22 Juin.
ASSEMBLÉE NATIONALE,
Du lundi , 13 juin .
A Li lectu e du procès- verbal & au ſujet du
( 249 )
ferment relatif aux cfficiers , M. Bouche , appuyé
de M. de Sillery , a demandé que le même
décret comprît auffi les officiers de mer : leur propofition
a été adoptéc .
M. Thouret a la quelques articles qui avoient
été adoptés fauf rédaction , & concernant le com
plément de l'organiſation du corps législatif. Ils
n'ont offert de nouveau que les difpofitions que
nous allons extraire :
« Les juges feront remplacés , pendant la durée
de la légiflature , par leurs fuppléans , & le
Roi pourvoira , par des brevets de commiffion ,
pour le même- temps , au remplacement de fes
commiffaires auprès des tribunaux . »
ce Les militaires , membres du corps législatif,
ne pourront quitter leurs fo ctions de députés ,
pour aller prendre le commandement des troupes ,
fans l'autoriftion du corps légiflatif. »
« Les fondliɔunaires publics , députés , ayant
pour leurs fonctions ordinaires un traitement
égal ou inférieur au traiteinent de député , ne
pourront recevoir cumulativement les deux traitemens
; & le montant de ce dernier leur fera
impaté en déduction de l'autre , fi cet autre eft
fupérieur. »
« Toutes les fois que le Roi fe rendra au
lieu des féances du corps légiflatif, il fera reçut
~ à la porte & reconduit , lorfqu'il fe retirera ,
par une députation . Ses miniftres feuls pourront
l'accompagner dans li térieur de la falle . »
A propos d'une lettre du miniftre de la guerre ,
qui implore , au nom du chef fuprême de l'état &
de l'armée , l'autorisation de l'Aſſemblée pour le
paffage d'un détachement de troupes , à huis
ou dix lieues de Paris , M. Demeunier a demandé
qu'on inférât dans le décret que , pour des deta(
250 )
ehemens au- deffous de 100 hommes , il fuffisa
d'en avertir le corps légiflatif. « Cetre propofition
a été décrétée. L'Aſſemblée a auffi confenti au f
jour des corps militaires , qui font actuellement à
moins de trente mille toifes d'elle .
Un long rapport de M. Cochard n'a rien ajouté
aux efforts de M. Camus , pour obtenir qu'il fût
rembourfé , à M. d'Orléans , la fomme de 4
millions 158,850 liv . , & les intérêts échus , pour
la dot de Louife - Elifabeth a'Orléans , Reine
de d'Espagne , à elle promife par fon contrat
mariage du octobre
S
elle cédéc
1721 , & par
à Louis d'Orléans fon frère , par acte de tranf
port du 26 avril 1742 , à la charge par M. d'Or
léans de rapporter la preuve qu'il eft le feul propriétaire
de ladite créance , & de fe conformer
aux loix de l'état relatives aux liquidations. --
L'ajournement à la première legiflature » fe
font écriées quelques voix du côté gauche.
S'apprêtart à repouffer cette réclamation , pout
le moins peu délicate , au moment où tant de
milliers de familles font réduites à la plus horrible
misère & le trétor obéré ; rappellant que la
queftion a été préjugée le 3 août dernier lorf
que l'Affemblée révoqua tous les dons & douaires
contraires à l'intérêt de la nation , M. l'abbé
Maury , dont l'opinion étoit imprimée , vouloit
qu'on renvoyât la difcuffion au lendemain . M.
Cochard , le rapporteur , s'eft oppofé au renvoi à
la prochaine législature tant qu'il s'eft flatté d'une
décifion favorable à fes conclufions ; & il a le premier
donné les mains à ce même ajournement dès
que l'air du bureau l'a convainsu que fa demande
n'attireroit qu'une négative.
« La pureté de vos intentions deviendra fufpecte
, avoit ingénuement dit M. Garat l'aîné
1251 )
à l'Aſſemblée , fi vous renvoyez cette affaire à
la prochaine légiflature . On cioira que pat
» rapport à la perfonne qu'elle intércffe...
30 Nous en avons bienjugé d'autres , avoit répliqué.
" M. Gombert. Vous vous feriez foupçonner
a d'une foibleffe honteufe , avoit repris le même
M. Garat. Mais il eft des hommes que ren
B'arrête.
ל כ
--
Envain MM . Garat l'aîné , Madier , l'abbé
Maury , de Folleville & tout le côté droit ontils
objecté que c'étoit charger l'état de plus de
200,000 liv . d'intérêts , de renvoyer indécife une
queftion , que peu d'inftans réfoudroient de manière
à ne plus devoir ni capital ni rente ; enfin ,
que fi on la renvoyoit fans difcuffion , il falloit
fufpendre ces intérêts . Ces raifons où M. Lavie
n'a vu qu'une affaire de parti , qu'une perfonnalité
, n'ont pas tenu contre le projet formé de
conferver du moins quelque chofe au demandeur
, & de ne pas perdre tout efpeir . Deux
épreuves dont la première a franchement été
reconnue douteufe , & la feconde ne l'a pas part
au préfident , ont abouti au décret de renvoi à la
prochaine légiflature , au milieu d'un brouhaha
violent & de la clôture de la féance .
Du mardi , 14 juin.
M. le Chapelier a dénoncé une atteinte portée
à la conftitution , & un danger qui menace la
tranquillité publique. Depuis quelque temps des
Ouvriers s'affemblent , fe nomment un préfident &
des fecrétaires , & fe croient autorisés à délibérer
fur les moyens de faire hauffer le prix des journées
dans tout le royaume, en correfpondant avec de pareils
fociétés. Une lettre , envoyée par la municipa
Lé
( 252 )
lité d'Orléans , dévoile ces funeftes relations . Ceux
de Paris avoient d'abord obtenu de la philanthropie
de M. le maire , la permiffion de s'affembler
pour établir une caiffe de fecours . Le
rapporteur a donné pour principes conftitutionnels
les affertions fuivantes : Les fecours doivent
être donnés par la nation en général . On ne peut
fe cotifer entre ouvriers & compagnons du même
métier , pour fe donner des fecours mutuels.
Il ne doit pas être permis aux citoyens de la
même profeflion , du même état , de s'affembler
pour leurs préten lus intérêts communs . »
Ces axiômes inconciliables avec l'existence de
tant de clubs , le font auffi avcċ les maximes de
liberté indéfinie , qu'on a eu l'imprudence d'établir
comme les garans des promeffes exagérées, dont
les factieux & les métaphyficiens ont enivré la
multitude. D'ailleurs , un décret conftitutionnel
permet à tous les citoyens de s'affembler paifiblement
& fans armes . Mais quand des théoris
il faut paffer à la feule pratique pofiible , les exceptions
détruifent les règles les plus prônées ;
rien n'ayant été prévu , les inconvéniens fe mu!-
tiplient , & les contradictions enamènent d'autres.
Ya-t-il rien, par exemple , qui puiffe empêcher les
ouvriers de toute profeflion de s'aflembler , en
fe mêlant entre eux , de manière que leurs affembiées
n'en contiennent qu'un très -petit nombre
de chaque état , de fe paffer de préfident , de
fecrétaires , de fonnette , & de continuer de délibérer
fur le prix des journées ? Au refte , M.
le Chapelier , a cru devoir à la vérité des
principes , de convenir que « des hommes libres
doivent avoir un falaire plus confidérable , pour
être dans un état tel qu'ils n'aient pas à rougit
ux - mêmes ; » il à cité l'Angleterre ,
ου
( 253 )
certainement de pareilles confidérations n'ont pas
fixé feules le prix des journées , & cu les co.porations
Le réunillent à volonté .
Il a propofé enfuite huit articles , dont le premier
porte que , « l'anéamillement de toute el-
Fèce de corporation de citoyens du même état &
profeffion , eft l'une des bales fondamentales de
la conftitution Françoife, »
M. Biauzat a faifi cette occafion pour tomber
fur les ci- devant procureurs au Châtelet . M.
Lavie , a maltraité les procureurs des bailliages ,
& a foutenu qu'ils fe filoient payer aufli cher
que ceux du pariement.
сс
Il y a une loi martiale pour tous les attroupemens
, a dit M. de la Salle . » Le rapporteur
a répondu à cette réflexion , en alléguant qu'on
(garoit les ouvriers , qu'on , cherchoit à les
acuter. Puis découvrant , plus qu'il ne le vouloit
, fans doute , le mauvais côté de ces difpofitions
partielles , que cependant il qualifieit
de loix genérales , il a propofé d'inférer dans le
proces-verbal , qu elles ne concernoient point les
bourfes , les chambres de commerce . Ainfi en
lifant toutes corporations de méme état , dans
le décret , on devra avoir préfenté une exception
arbitraire , inférée dans le procès - verbal fans
forme de décret ni fanction royale .
Quelqu'un vouloit qu'un article additionnel
s'cppolat aux attroupemens des moiffoncurs qui ,
l'année dernière, fufpendoient les cultivateurs
dans des puits , & menaçoient de les y plonger ,
fi le prix des journées n'étoit pas augmenté . M.
Démeunier a répondu fériculément que cette
propofition trouvoit naturellement fa place dans
le code de police rurale , & fubfidiairement dans
( 254 )
' le code de police correctionnelle . Voici les huit
articles décrétés :
« Art. I. L'anéantiſſement de toutes espèces
de corporations des citoyeas du même état &
profeflion étant une des bafes fondamentales de
In conftitution françoife , il eft défendu de les rétablir
de fait , fous quelque prétexte & que que
forme que ee foit. »
« II. Les citoyens d'un même état ou profeffion
, les entrepreneurs , ceux qui ont boutique
ouverte , les ouvriers & compagnons d'un art
quelconque , ne pourront , lorfqu'ils fe trouveront
enfemble , fe nommer ni préfident , ni fecrétaires
, ni fyndics , ni tenir des regiftres,
prendre des arrêtés ou délibérations , former
des règlemens fur leurs prétendus intérêts communs.>>
« III. Il eft interdit à tous corps adminiftratifs
ou municipaux de recevoir aucune adreffe
ou pétition fous la dénomination d'un état ou
profeffion , d'y faire aucune réponſe , & il leur
eft enjoint de déclarer nulles les délibérations qui
pourroient être prifes de cette manière , & de
veiller foigneufement à ce qu'il ne leur fort donné
aucune fuite ni exécution. »
ec IV. Si , contre les principes de la liberté &
de la conftitution , des citoyens attachés aux mêmes
profeffions , arts & métiers prenoient des délibé
rations , faifoient entr'eux des conventions tendantes
à refufer de concert ou à n'accorder qu'à
un prix déterminé le fecours de leur induftrie ou
de leurs travaux , lefdites délibérations & conventions
, accompagnées ou non du ferment ,
font déclarées inconftitutionnelles , attentatoires
à la liberté & à la déclaration des droits de
( 255 )
l'homme & de nul effet ; les corps adminiſtratifs
& municipaux feront tenus de les déclarer telles .
Les auteurs , chefs & inftigateurs qui les auront
provoquées , rédigées ou préfidées , feront cités
devant le tribunal de police , à la requête du procureur
de la commune , condamnés chacun en
soo liv. d'amende , & fufpendus pendant un an
de l'exercice de tous droits de citoyens actifs &
de l'entrée dans les affemblées. »
« V. Il est défendu à tous corps adminiftratifs
& municipaux , à peine par leurs membres
d'en répondre en leur propie nom , d'employer,
admettre ou fouffrir qu'op admette aux ouvrages
de leurs profeffions dans aucuns travaux publics,
ceux des entrepreneurs , ouvriers & compagnons
qui provoqueroient ou figneroient lefdites déli
bérations ou conventions , fi ce nieft dans le
cas où , de leur propre mouvement , ils fe feroient
préfentés au greffe da tribunal de police pour les
rétracter ou défavouer. »
« VI. Silefdites délibérations ou conventions ,
affiches appofées , lettres circulaires , contenoient
quelques menaces contre les entrepreneurs , artifans,
ouvriers ou journaliers étrangers qui viendroient
travailler dans le lieu , ou contre ceux qui fe
contenteroient d'un falaire inférieur , tous auteurs
, inftigateurs & fignataires des actes on
écrits , feront punis d'une amende de 1000 liv ,
chacun , & de trois mois de prifon .
« VII. Ceux qui , de fait , uferoient de menaces
ou de violences contre les ouvriers exerçant
la liberté accordée par les loix conftitutionnelles
au travail & à l'induſtrie , feront pourfuivis
par la voie criminelle , & punis felon la
rigueur des loix , comme perturbateurs du repes
public .
50
( 256 )
« VIII. Tous attroupemens compofés d'arti
faus , ouvriers , compag ons , journaliers , ou
excités par eux contre le 1bre exercice de l'induftrie
& du travail appartenant à toutes fortes
de perfonnes , & fous toute efpèce de conditions
convenues de gré à gré , ou contre l'action
de la police & l'exécution des jugemens rendus
en cette matière , ainfi que contre les enchères
& adjudications publiques des diverles entrepriles,
feront tenus pour attroupemens féditieux ; &
comme tels , ils feront diffipés par les dépofitaires
de la force publique , fur les requisitions lé
gales qui leur en feront faites , & punis fe on
toutes les rigueurs des loix , für les auteurs ,
inftigateurs & chefs defdits attroupemens , & fur
tous ceux qui auront commis des voies de fait
& des actes de violence . »
M. Merlin a demandé qu'on mit à l'ordre du
jour le travail du comité de révision , & a témoigné
de vives inquiétudes fur le bruit qui fe
répandoit , que le comité voulcit propofer à
l'Affemblée conftituante de réformer plufieurs
de fes décrets. Attribuant ces bruits à l'indifcrétion
des journaux , M. Démeunier a dit qu'il
n'avoit aucunes connoiffances des intentions du
comité de révifion , qui s'en tiendroit à fa miflion,
qu'il s'occupoit d'une chartre conftitutionnelle ,
réduite à un très- petit nombre d'articles , & de
la correction de quelques loix réglémentaires ;
que ce travail feroit fiui avant toutes les élections .
On a beaucoup applaudi , & l'ordre du jour a
ramené l'inftruction pour les colonies , que M.
Fermont a lue , & qui contient 300 articles..
MM. de Tracy & de Montlaufier penfoient
que tant de décrets détruifoient l'initiative accordée
aux allemblées coloniales . M. Grégoire a dit que
( 257 )
F'on ne pouvoit pas envoyer eette encyclopédie
legiflative , & a demandé l'envoi de forces pour
l'exécution du décret fur les gens de couleur :
Vous avez envie de mettre le feu dans les
colonies , lui a dit M. Lavie , vous avez écrit ,
Vous êtes un boute-feu , » L'évêque de Blois,
a lu une partie de fa lettre aux colons ;
& fa conclufion a été de faire droit fur la
pétition de la ville de Bordeaux , ou que le
miniftre de la marine pourvoie à l'exécution du
décret far fa refponfabilité.
M. Malouet a demandé que l'Affemblée décrétât,
qu'ayant entendu fans en dé bérer , les inftructions
du comité colonial , elle les remît aux coinmiffaires
chargés par le Roi d'y porter fes décrets ,
pour que les affemblées coloniales y faffent les
changemens qu'elles jugeront convenables .
Après de tumultueux débats , le décret a été
adopté fauf rédaction .
Du mercredi , 15 juin .
1
D'après les obfervations de MM. de Tracy
& d'Arnaudat , & malgré celles de M. Biakzat
, fur le décret qui ftatue l'incompatibilité des
fonctions législatives avec les fonctions d'adminiftrateurs
, de membres de directoire , de maire ,
& de commandant de la garde nationale ; &
quoique les membres du directoire du département
de Paris qui fiègent à l'Affemblée , aient
cru devoir abandonner leurs places adminiftratives
, il a été décrété que la loi d'incompatibilité ,
n'auroit point un effet rétroactif , & qu'elle
n'étoit que pour les légiatures ; non pour le
corps conftituant ,
Au nom du comité de conftitution , M. Ze
( 258 )
Chapelier a teproduit le projet d'une machine &
d'un mode de ferutin imaginé par M. Guiraud
de Bordeaux ; & à l'occafion de ce procédé , M.
le Chapelier a dit une vérité qui ne peut échapper
à l'obfervateur : ee on conçoit avee peine , on
voit avec effroi que les dernières élections des
électeurs de Paris , ont été faites à un nombre
très - peu confidérable d'électeurs .
L'invention du fieur Guiraud confifte en un
ronc cubique , divifé intérieurement par un plan
incliné dans le fens de la diagonale. On y jette
des tablettes de bois couvertes d'une matière
blanche , où l'on puiffe écrire & cffacer le crayon .
Ces tablettes gliffent , & lorfqu'elles font au
nombre de 20 , tombent d'elles - mêmes fur la
table des fcrutateurs. Ils les rangent dans l'ordre
alphabétique des noms fur des tableaux divifés
où l'on voit , d'an coup d'ail , quel nom a le
plus de fois 20 , 10 ou s tablettes. Trois tableaux
fervis par deux fcrutateurs chacun , fuffisent pour
600 perfonnes. M. le Chapelier propofoit que ce
moyen fût mis en ufage dans toutes les affemblées
délibérantes par fcrutin individuel , & qu'en
prit parmi les plus jeunes des fcrutateurs à raifon
de deux pour chaque tableau .
M. Biauzat a relevé quelques inconvéniens de
ce Terutin , obfervé l'impoffibilité de l'employer
dans les élections prochaines , & demandé quece
foient les plus vieux , & non les plus jeunes ,
qu'on nomine fcrutateurs . M. Merlin a ouvert
Favis que l'Aflemblée nationale fit le premier
effai de cette machine , & s'en fervit à élire fon
préfident. La propofition de M. Merlin a été
décrétée.
Organe du comité féodal , M. Merlin a la
une inftruction fur les droits de champart & au
1259 )
tres , déclarés rachetables par le décret du 15
mars 1799 , fervant d'explication au décret du 4
août 1789. Cette longue differtation a pour but de
prouver que , l'Affemblée a conftamment respecté
les propriétés, en aboliſfant des ufurpations féodales.
L'inftruction a été adoptée.
Sur la propofition de M. Camus , ouï le rapport
du comité central de liquidation , qui a
iendu compte de l'abfence de M. d'Angevilliers,
directeur & adminiftrateur général des bâtimens
du Roi , l'Affemblée a décrété que le Roi fera
prié de commettre inceffamment une perfonne
pour remplir les fonctions de l'abfent , & que
les biens dudit M. d'Angevilliers feront faifis
pour sûreté de fa refponfabilité à l'exécution de
l'édit de feptembre 1776.
M. le Pelletier de Saint- Fargeau a repris le
code pénal , & les articles qu'il a lus ont donné
lieu à des débats & arides , fi peu intéreffans
que le lecteur nous faura gré de ne lui en offrir
que les traits les plus remarquables.
On y avoit accollé fouvent les mots : fciemment
& à deffein , aux actes pour lesquels tout
miniftre du Roi des François doit être puni de
mort , ou condamné à 12 ou 20 années de gêne,
de prifon , de cachot , de chaîne ; quelqu'un a
judicieufement obfervé qu'il étoit inutile de ftatuer
que l'innocent ne feroit pas puni .
A propos d'emprifornemens illégaux , M.
Malouet a repréfenté que les infractions faites à
la liberté individuelle , par les municipaux ou
les corps adminiftratifs , devoient être punies
comme les crimes de ce genre , commis par les
miniftres. M. Barnave a développé la même
idéé . Le rapporteur a répondu « c'eft une grande
queftion qui s'élève en cemoment , & qui de'(.
2601)
narde au moins de la réflexion ; & il a propofé
de l'ajourner « jufqu'au moment où nous poferons
les vrais principes fur les dénits des fonctionnaires
publics » .
a
L'article qui condamne à deux ans de détention
, celui qui oppofera , fans armes , des tois
de fait , aux agens des loix , & à quatre ans
de chaine celui qui s'y oppolcra avec armes ,
paru cruel à M. de Morila.fier , & jufte à M.
Barnave , qui a rappellé que M. de Rochambeau,
commandant l'armée dans l'Amérique feptentrionale
, conftitué pi funnier à la tête de fon armée,
obéit fur le champ à l'autorité l'un fimple offi
ier de juftice . Mais la fociété n'eft pas compoffe
de Rochambeaux ; l'homme ignorant ,
groflier , préoccupé , échauffé d'un peu de vin ,
le paylan qui n'entend bien que fon patcis , &
qui d'abord aura mal compris les mots :
obéiffance à la loi , fabftitués aux mots : de pai
le Roi , d'un fi prompt effet depuis tant de tècles
dans tout le royaume , feront- i's condamnés
à deux ans de prifon ? Une arme dont on ne fe
fera point fervi , aggravera t -elle le délit de la
refiftance qu'on n'en aura pas moins fite avec
cette arme ? La loi peut- elle fans crine laiſſer à
des jurés , le jugenient arbitraite de ce qu'une
meilleure rédaction pourroit déterminer ? Ne décide
- t-on pas trop leftement du fost de vingtcinq
millions d'ames ? ..... Nous tranſcrirons ici
les articles qu'on a décrétés :
« IX. Si quelque ace , extérieurement revêtu
des formes légiflatives déterminées par la conflitution
, portant établiffement d'un impôt ou d'un
emprunt , étoit publié fans que ledit impôt cu
emprunt ait été décrété par le corps légiflat.f. »
Tout miniftre qui aura contic - figné ledt
261 )
acte , ou donné ou contre-figné des ordres pour
percevoir ledit impôt , ou pour recevoir les fonds
dudit emprunt , fera puni de la peine de mort . »
« Tous agens du pouvoir exécutif, commandant
ou officier civil , qui auront exécuté lesdits
ordres , foit en percevant ledit impôt , foit en
recevant les fonds dudit emprunt , feront punis de
la peine de la dégradation civique.
و د
X, Si quelqu'acte ou ordre émané du pouvoir
exécutif , extérieurement revêtu des formes
légiflatives prefcrites par la conftitutión , rétabliffoit
des corps , ordres politiques , ou agens que la
conſtitution auroit détruits , ou détruifoit les corps
établis par la conftitution ; »
Tout miniftre qui aura contre- figné ledit
acte ou ledit ordre , fera puni de la peine de
mort. »
Tous ceux qui auront participé à ce crime
foit en acceptant lefdits pouvoirs , foit en exerçant
lefdites fonctions , feront punis de la peine
de la dégradation civique .
ככ
« XI. S'il émanoit du pouvoir exécutif un acte
portant nomination au nom du Roi , d'un emploi
qui , fuivant la conftitution , ne peut être conféré
que par l'élection libre des citoyens , le
miniftre qui aura contre- figné ledit acte , lera
puni de la dégradation civique.
*
Ceux qui auroient participé à ce crime , en
acceptant lefdits emplois , ou en exerçant lesdites
fonctions , feront punis de la même peine.
ככ
XII. Toutes machinations ou violences ayant
pour objet d'empêcher la réunion ou d'opérer la
diffolution de toute affemblée de commune ou
municipale , de tout corps adminiftratif ou judiciaire
, établis par la conftitution , feront punis
de la peine de fix années de gêne , fi lefdites
( 262 )
violences font exercées avec armes , & de trois
années de prifon fi elles font exercées fans armes
fans préjudice de plus fortes. »
« XIII. Tout miniftre qui fera coupable du
crime mentionné en l'article précédent , par les
ordres qu'il aura donnés ou contre-fignés , fera
puni de la peine de dix années de gêne ,
ce Tous chefs , commandans & officiers qui
auront contribué à exécuter lefdits ordres , feront
punis de la même peine. ¨ .
<< XIV. Tout miniftre qui , en temps de paix ,
aura donné ou contre-figné des ordres pour lever
ou entretenir un nombre de troupes de terre
fuperieur à celui qui aura été déterminé par les
décrets du corps légiflatif , ou pour augmenter
le nombre proportionnel des troupes étrangères
fixé par lefdits décrets , fera puni de la peine de
vingt années de gêne .
ל כ
XV. Toute violence exercée par l'action des
troupes de ligne contre les citoyens , fans réquifition
légitime & hors des cas expreffément prévus
par la loi , fera punie de la peine de vingt an
nées de gêne. »39
Le miniftre qui en aura donné ou contreagné
l'ordre , les commandans , officiers & foldats
qui auront exécuté ledit ordre , ou qui fans
erdre auront commis lefdites violences , feront
punis de la même peine. »
* Si par l'effet de ladite violence quelque
citoyen perd la vie , la peine de mort fera prononcée
contre les coupables. לכ
* XVI. Tout attentat contre la liberté individuelle
, bafe effentielle de la conftitution
Françoife , fera puni ainfi qu'il fuit :
сс
Tout homme , quelle que foit fa place ou
fon emploi , autre que ceux qui ont reçu de la
1
(
(
с
a
( 263 )
toi le droit d'arreftation , qui donnera , fignera
exécutera l'ordre d'arrêter une perfonne vivant
fous l'empire & la protection des loix Françoifes ,
ou l'arrêtera effectivement , fi ce n'eft pour la
remettre fur-le- champ à la police , dans les cas
déterminés par la loi , fera puni de la peine de
fix années de gène. »
<< XVII. Si ce crime étoit commis en vertu
d'un ordre émané du pouvoir exécutif , le miniftre
qui l'aura contre - figné fera puni de la
peine de douze ans de gêne . »
XVIII. Tout geolier & gardien de maiſons
d'arrêts de juftice , de correction , ou de prifon
pénale ,, qui recevra ou retiendra ladite perfonne ,
finon en vertu de mandats , ordonnances , jugemens
, ou tout autre acte légal , fera puui de
la peine de fix années de gêne.
35
XIX . Quoique ladite perfonne ait été ar
rêtée en vertu d'un acte légal , fi elle eft détenue
dans une maifon autre que les lieux légalement
& publiquement défignés pour recevoir ceux dont
la détention eft autorifée par la loi ; »
« Tous ceux qui auront donné l'ordre de la
détenir , ou qui l'auront détenue , ou qui auront
prêté leur maison pour la détenir , feront punis
de la peine de fix années de gêne.
»
cc Si ce crimé étoit commis en vertu d'un ordre
émané du pouvoir exécutif , le miniftre qui l'aura
contre- figné fera puni de la peine de douze ans
de gêne. »
XX. Quiconque aura brifé le cachet , &
violé le fecret d'une lettre confiée à la pofte ,
fera puni de la peine de la dégradation civique. »
« Si le crimee eft commis foit en vertu d'un
ordre émané du pouvoir exécutif , foit par un
agent du fervice des poftes , le miniſtre qui em
( 284 )
aura donné ou contre - figné l'ordre , quiconque
l'aura exécuté , ou l'agent du fervice des pofte
qui , fans ordre , aura commis ledit crime fera
pani de la peine de deux ans de gêne . :
לכ
« XXI , S'il étoit énané du pouvoir exécutif
quelqu'acte ou quelqu'ordre four fouftraire un
de les agens , foit a la pourfuite légalement
commencée de l'action en ,refponfabilité , foit à
la peine prononcée légalement en vertu , de ladite
refponfabilité , le miniftre qui aura contre - figné
ledit ordre ou acte , & quiconque l'aura exécuté ,
fera puni de la peine de douze années de ca
Clot. »
Délits des particuliers contre le refpect &, l'obéiffance
dus à la loi & à l'autorité des pouvoirs
-conftitués pour lafaire exécuter
seo Art. I. Lorsqu'un ou plufieurs agens prépofés
, foit à l'exécution d'un décret du corps
legiflatif , foit à la perception d'une contribu
tion légalement établie , foit à Lexécution d'un
jugement , mandat , d'une ordonnance de juftice
ou de police , lorfque tout dépofitaire quelconque
de la force publique , agilant également dans
bordre de les fonctions aura prononcé cette
formule : béiffance à ta loiozof 15 trunk
2: « Quiconque oppoferabdes violences & vous
de fait envers lefdits agens ou prépofés à l'exé
cution de la tdi , fera coupable de crime.Loffense
à la loi il fera puni della peine de deut années
de détentionboybb :1 ch song & ab inng
cc
сс Si Ladire refiftance eff oppofee veelaimes ,
la peine fefa de quatre années de chaine 3770
wp Sillian -5! ang baik ub
T
( 265 )
Du mercredi , féance du foir.
M. de Landine a lu une adreffe de remerciement
de 130,000 citoyens réunis de St. -Etienne
St. -Chamont , St. -Paul , St. -Martin , &c. ,
l'Affemblée nationale. Les fraginens que nous
ch allons citer donneront une idée du tyle des
fécrétaires de ces montagnards , qui tutoyent
la dière conftituante :
ee Tu fais le bonheur des vrais François.
Chez nous la terre étoit efclave dans fa pre
fondeur ; tu l'as voulu , elle eft affranchie ...
» Dans les finuofités ténébreufes de notre fol , on
» bénit tes décrets... Nos cris de joie ont retenti ,
• nos imprécations contre les oppreſſeurs ſe font
» élevées jufques aux nues , ils ont percé jufque
» dans les abymes de la terre... Eh ! fi la tyran-
» nie parvenoit à imprimer fes pas fur la fur-
» face de notre terre , elle verroit bientôt , en
» pâliffant , fes entrailles s'ouvrir , elle verroir
» des hommes forts armés de la flamme & du
» fer... en fortir en foule pour punir les atten-
» tats , venger l'oubli de tes travaux , venger
» ta gloire & mourir.
93
« Je demande , a dit M. Bouche, le renvoi de ce
-poëme épique au comité d'agriculture & de commerce.
»
Portant l'attention de l'auditoire fur un autre
objet , M. d'Ambly a dit : je poſsède , par indivis
, des bois , des terres avec des moines , la
nation en jouit & ne veut pas vendre ; mais moi
j'ai besoin d'argent . Veuillez autorifer les départemens
à faire le partage. Un décret a renvoyé
la requête originale au comité d'aliénation , &
l'on eft paffé à l'ordre du jour , aux mines & mis
nières.
M
3
Nº. 26. 25 Juin 1791.
( 266 )
311
Le rapport de M. Régnault d'Epercy a été fuivi
de fix articles décrétés le 27 avril 1791 , d'additions
à ces articles , & de 21 nouveaux que l'Af
femblée a fucceffivement adoptés . Ils ftatucat en
fubftance ce qui fuit : Les mines & minières
métalliques , non - inétalliques , bitumes , char
bons de terre ou de pierre & pyrites , font
à la difpofition de la nation en ce fens qu'e
' elles
ne pourront être exploitées que fous la furveil
lance nationale , à la charge d'indemnifer les
propriétaires de la furface , qui auront toujours la
préférence. Les conceffionnaires feront maintenus
jufqu'au terme de leur conceffion libre, légale, conf
tatée par écrit, qui ne pourra s'étendre au-delà deso
années, à dater du décret . Aucune conceffion n'excé
dera 6 lieues d'étendue. Toute conceffion fera accordée
par le département fur l'avis du directoire du
diſtrict , & devra être approuvée par le Roi . Les
demandeur en conceffions feront tenus de juſ
tifier de leurs moyens d'exploiter , & de commencer
l'exploitation au plus tard dans fix mois ,
paffé lequel temps la conceffion fera regardée
comme non-avenue. Elle fera auffi annullée par
une ceffation de travaux pendant un an ,
à
moins de caufes légitimes , & les conceffionnaires
pourront toujours y renoncer en avertif
fant le directoire trois mois d'avance.
Du jeudi , 16 juin.
Un décret da 19 décembre dernier , deftina
la fomme de 15 millions aux 83 départemens ,
pour le foulagement des indigens laborieux , &
pour ouvrir des travaux utiles à l'agriculture &
au commerce. Le corps légiflatif avoit ordonné
la diftribution de 80 mille livres par département ,
en fe réfervant de répartir 8 millions 360 mille
( 267 )
livres reftant d'après les propofitions que feroit
le miniftre. C'eft d'une lettre du miniftre de l'in
térieur fur cet objet , que M. de Liancourt a
fait aujourd'hui le fond d'un rapport au nom des
quatre comités des domaines , de commerce ,> des
finances & de mendicité , rapport dont tout l'ef--
prit fe retrouve dans le projet de décret qui en
a été la conclufion . Nous allons l'abréger en y
joignant les amendemens que la difcufon y a
provoqués.
Conformément à la loi du 19 décembre 1790 ,
& fur l'avis du miniftre de l'intérieur , l'Affemblée
décrète que la diftribution de 2,600,000 liv.
à compte des 8,360,000 liv. reftant des 15 millions
deftinés à fubvenir aux dépenfes des travaux établis
en conféquence , fera faite ainfi qu'il fuit;
ec La Somme , 150,000 liv. , pour la navigation
de la rivière de Somme . »
« La Seine- inférieure , 150,000 liv. , pour le
curement de la retenue de S. Vallery en Cauz. »
« Le Calvados , 100,000 liv . » pour la rivière
d'Ouche . »
Сс
Charente-inférieure , 50,000 liv. , pour le
déblaiement du baffin de la Rochelle . »
« Le Gard , 150,000 liv . , pour le canal, de
Beaucaire à Aigues - mortes . »
« Bouches du Rhône , 50,000 liv . • pour les
travaux de l'embouchure du Rhône. »
сс
L'Izère , 50,000 liv . pour la continuation
des digues contre les rivières & torrens . »
« La Côte d'Or , 50,000 liv. , pour la continuation
du canal de Bourgogne aux abords de
Dijon . »
« L'Yonne , 600,000 liv . , pour les travaux
du canal de Bourgogne entre Saint - Florentin &
Montbard. M 2
( 268 )
Le Bas - Rhin , 150,000 liv. , pour les
travaux du Rhin. »
« Le Nord , 100,000 liv. , pour le canal de
la Senfée. »
« Paris , 1,000,000 liv . , pour la démolition
de la porte Saint - Bernard , réparations des quais ,
& nouveaux ouvrages de conftructions tant en
amont qu'en aval du pont de Louis XVI , ouverture
d'un nouveau canal à la feine , en face
de Paffy. و د"
A compter du premier juillet prochain , le tréfor
public ceffera d'entretenir les atteliers de Paris &
autres , excepté les atteliers de filature établis
dans Paris pour les femmes & les enfans domiciliés.
Les fonds qui leur feront fournis , le feront
à titre d'avance à prendre fur les revenus de
la ville. Tous ouvriers qui voudront fe retirer ,
recevront trois fols par lieue , & la munici
palité tiendra un rôle de ceux qui partiront
& de ceux qui refteront.
Il fera fait un fonds pour l'achèvement « de
l'édifice dit de Sainte- Geneviève » confié aux-foins
du directoire du département de Paris ,
Ces travaux feront donnés à l'entrepriſe paradju
dication au rabais, & ouverts au plus tard le 1er juil
let.Le miniftre inftruira de leur progrès la légiflature
tous les trois mois. L'Affemblée fe réſerve de
prononcer fur la diftribution ultérieure des
5,760,000 liv. reftant ; & les inftrumens de travail
appartenant à la nation feront vendus au
profit du tréfor public.
M. Biauzat a jugé qu'il feroit honteux que
l'Aemblée laiffat fortir de fon fein un projet de
décret , tendant à verfer du tréfor public auquel
tous les départemens contribuent , des millions
pour douze d'entr'eux que beaucoup 2 tandis
( 269 )
gue
d'autres notifient d'urgens befoins ; & il a dit
M. d'Angremont avoit un tableau des noms ,
furnoms , qualités & origines de 33,000 hommes
qui font à Paris & qu'il feroit fort intéreffant de
placer par- tout ailleurs ; que les comités devoient
faire imprimer les mefures convenables pour
transférer ce nombre effrayant d'individus , de
Paris aux lieux où ils auront du travail.
ce Vous confondez , lui a répondu M. Liancourt
, les atteliers de la capitale avec 33,000
hommes qui ont été fouettés & marqués (ce qui ,
d'après fes calculs , donneroit 64 miile individus
à furveiller ) . Les comités , a - t - il pourfuivi
avec le même fang froid , ne font pas chargés
de la police . 400o hommes iront à Saint-Valleryen-
Caux , on les y attend , ils trouveront de
l'ouvrage. Les autres en chercheront s'ils en
veulent avoir. Aucun autre département que ces
douze n'a formé de demande . Il refte 6 millions .
Si vous attendez au 15 , les travaux de la cam→
pagne auront employé tous les ouvriers ; vous
aurez fur les bras une très-grande quantité de
monde , »
Les dangers imminens d'atteliers fi nombreux ,
fa néceffité de les diffoudre , l'économie , l'époque
de la moiffon qui occupera tant de bras
ont paru à M. d'André des raifons décifives . 11
a ajouté que de 31 ou 33 mille travailleurs ou
pareffeux qui font ſemblant de travailler , il n'y
avoit peut-être pas 2 ou 3 mille Parifiens , « Qu'on
difcute d'abord ce qui regarde Paris , enfuite on
examinera le refte . »
се
сс
Quel eft celui des départemens , a demandé
M. Garat l'aîné , qui n'a pu voir que fes députés
font devenus Parifiens ? -- On donne de l'argent à
des départemens qui ne payent pas leurs impe
M 3
( 270 )
Gitions obfervoit un autre membre. » Le rapporteur
invoquoit la préalable fur tous les amendemens.
Tous les côtés de la falle étoient dans
ane tamultacufe fermentation .
CC
« Il n'eft perfonne de vous , infiftoit M. de
Folleville , qui n'ait vu au coin des rues une
annonce du département de Paris , qui n'exige
pour l'obtention des patentes que la quittance
de 1788. Je ne conçois pas comment les années
1789 & 1790 étant échues , un département ofe
faire une telle annonce . » La révolution eft
Parifienne & point du tout Françoife , a repris
M. Garat.
M. Malouet a penfé que , comme il y avoit
beaucoup d'étrangers dans les atteliers qu'on
alloit diffondre , il importoit de favoir fi la municipalité
de Paris prendroit des mefures à cet
égard. On lui a crié allez le lui demander. II
ne s'eft plair que du peu de dignité que ces
fortes d'interruptions donnoient à l'Aflemblée .
Quant à l'exception faite , dans le projet de
décret , en faveur des atteliers de filature ,
de la Chefe a demandé fi le tréfor public ferait
chargé de ces dépenfes, & a foutenu que les
provinces éloignées étoient plus malheureufes que
le département de Paris , & qu'elles ne peuvent
plus contribuer à toutes ces dépenfes.
444
M.
Paris a rendu d'affez grands fervices à la France ,
a réponda M. Charles de Lameth , Paris a affez
bien mérité de la nation pour qu'elle ne doive
pas regarder à quelques facrifices pécuniaires.
Aucun , lui a -t -on répondu du côté droit,
--- Il s'eft rabattu fur le nombre des provinciaux
qui venoient à Paris où l'on alimente it leur
fainéantile . On leur a écrit de venir , lui
dit un membre de la droite. Ici les propos fe
font animés.
11
( 271 )
Par un de ces mouvemens que nous n'entreprendrons
point d'expliquer , l'orateur , qui vantoit
les fervices de Paris , & fur- tout celui de l'infurrection
du 14 juillet , qu'il prétendoit avoir
épargné à la nation une guerre civile qui auroit ,
difoit- il , coûté plus d'un milliard ; le même M.
Charles de Lameth a pris à partie la municipalité
de la capitale , & a dit qu'il étoit du devoir rigoureux
de l'Affemblée , de connoître , avant la
fin de la feffion , à quelles fommes exorbitantes
eft montée l'univerfalité des dépenfes faises par
la ville de Paris , pendant & depuis la révolution ;
les regretter , « ces facrifices ont rendu
la liberté à la patrie & au monde entier ; mais
pour porter l'oeil de l'économie dans toutes les
parties de l'adminiftration , pour punir les dilapi
dations , les malverfations , s'il y en a. »
non pour
« Je crois que l'infurrection du 14 juillet , a
dit M. Garat l'aîné……… » « Achetez une voix avant
de parler , lui a crié M. Gombert . » M. Garat a
foutenu qu'une pareille dépenfe ne devoit point
fe prendre fur le tréfor public , & a rappellé que
la ville de Paris gagnoit 20 millions à la vente
des biens nationaux .
D'après ces remarques & celles de M. de
Cuftines, la fomme donnée par le tréfor public
pour les travaux , n'a été confidérée que comme
une avance que la ville rembourfera ; & fur la
propofition de M. Charles de Lameth , on a décrété
que la municipalité rendroit fes comptes au
département qui les foumettroit à l'examen de
l'Affemblée nationale par la voie d'un comité .
Le moment d'après , il a confenti à ce qu'il fût
décidé que ces comptes pourroient également
être revus par la prochaine légiflature . M ..
Gouttes s'eft écrié : on voloit le gouver-
M.4
( 272 )
nement ancien , on vole le nouveau . » Le côté
droit a couvert cette exclamation de longs applaudiffemens
, & tous les articles du projet de décret
de M. de Liancourt ont été adoptés avec les
amendemens , ainfi que nous les avons extraits
plus haur.
M. l'abbé Maury a demandé la parole pour
une motion d'ordre , & a prié l'Affemblée de ſufpendre
l'exécution du décret rendu la veille au
commencement de la féance contre M. d'Ange
villiers. Il a obfervé que ce directeur général des
bâtimens du Roi n'étoit ni tréforier ni comptable.
M.Régnault de S. Jean d'Angely a représentéqu'oa
ne pouvoit faifir des biensqu'envertu d'unjugement.
Un long tumulte , deux épreuves & l'ordre du
jour ont fermé la bouche à tous les oppofans .
M. de Folleville vouloit que le décret d'hier für
renvoyée au comité des lettres de cachet.
Pour juftifier le décret , M. Camus a dit ,.
que l'ordonnateur M. d'Angevilliers avoit
été payé pour les ouvriers qu'il employoit , que,
certains ouvrages étoient faits fur de fimples
devis & non par adjudications , que les comités
alloient le fommer de s'expliquer lorfqu'on avoit
appris fon abfence , qu'epfin le décret mettoit les
biens de l'abfent en sûreté , en établiſſant des
commiffaires comptables envers lui & la nation,
-
L'Aſſemblée a enfuite prêté l'oreille à la difcuffion
de quatre articles du code pénal qu'a
préfentés M. le Pelletier de Saint-Fargeau , lur
la réfiftance à la force publique par fédition ou
révolte. On en a renvoyé trois au comité , &
au code de la police correctionnelle ; voici le
feul qui ait été décrété : « Quiconque aura frappé
un fonctionnaire public au moment où il exerçoit
fes fonctions , fera puni de la peine de quatre
années de gêne. 22
( 273 )
Du jeudi , féance du foir.
Une députation des communes de Lyon , admiſe
à la barre , a expofé le trifte état des finances
de cette ville , qui a fufpenda le paiement des
arrérages de fes rentes , n'en a payé , depuis 18
mois , qu'une portion du premier quartier de 1790,
& annonce aujourd'hui fon infolvabilité abfolue.
Sa feule reffource confiftoit dans les octrois , ce
revenu étant fupprimé , le gage des créanciers eft
détruit. Près de douze cents pauvres malades y
font à la veille de manquer de tout . Les députés
ont imploré des fecours provifoires , & que les
dettes de la ville de Lyon foient miſes au rang
des dettes nationales . Cette fupplique a produit
une fenfation d'autant plus défagréable , qu'il
s'agit d'environ quarante millions . On l'a renvoyée
aux comités des finances & des impofitions,
& les députés ont eu les honneurs de la féance.
Suppofons 100 mille ames dans Lyon : l'intérêt
de ce capital monteroit à 20 francs par tête , en
fous additionnels aux impofitions foncière & mobilière
.
Une députation d'un tout autre genre s'eft enfuite
préfentée , fans qu'on l'annonçât ; c'étoient
des enfans qui , ayant fait leur première communion
, venoient de la cathédrale à la barre de
l'Allemblée , conduits par un eccléfiaftique , &
accompagnés de quelques citoyens foldats du corps
des vieillards , qu'on a nommés vétérans . L'orateur
, un de ces enfans , a parlé en ftyle
pcu ordinaire autrefois aux orateurs de fon
âge , de patriotifme religieux , d'hommes orgueilleux
& pervers , dont l'ambition avilifſoit
fouvrage de la divinité , de droits imprefcriptibles;
il a dit que fans la révolution , ils alloient être
•
.M 5.
( 274)
condamnés à l'ic famie de l'efclavage , & n'auroient
pu s'élever qu'a force de baffeffe , &Nous jurons ,
a-t-il pourfuivi , par notre religion fainte , qui
» nous prêche l'égalité , entre les mains de nos
» immortels légiſlateurs , par les intrépides vé-
» térans qui nous montreront le chemin de la
» victoire , d'être fidèles à la nation¸ à la loi
» & au Roi , & de maintenir de tout notre pou-
» voir la conflitution décrétée par l'Aſſemblée na-
» tionale & ſanctionnée par le Roi . »
Tous les enfans qui environnoient l'orateur,
ont dit , en levant la main , nous lejurons , nous
Lejurons, au milieu des applaudiflemens du côté
gauche & des galeries . M. Treilhard qui occupoit
le fauteuil , a fait à la députation une réponse
analogue , a félicité la patrie de ce que les enfans
faceroient avec le lait l'amour des loix conftitutionnelles.
« Vous méritez , a- t-il dit à ceux- ci ,
de partager la gloire des fondateurs de la liberté ,
Puifque vous etes prêts à répandre votre fang
pour la défendre . »
Ces jeunes communians font allés , d'un pas militaire
, fe placer fur les bancs de la gauche . De nouvelles
troupes de citoyens de leur taille ont ſucceſſivement
paru , crié : nous lejurons... Vive la loi !
& rempli d'autres places toujours du même côté ,
au bruit des battemens de mains. Enfin , plufieurs
voix ont demandé l'impreſſion du difcours & de
la réponſe.
M. de Folleville a pris la parole. « Il eft , a-t- il
so dit , quelques membres de l'Aſſemblée qui
ignorent que la cérémonie enfantire dont nous
» venons d'ètre témoins , a eu lieu devant une
» ´affemblée célèbre. J'en connoifois les détails ,
j'avois lu la réponſe. La pièce doit reffembler à
la répétition, Je demande qu'on imprime , non
1
-( 275 )
ככ ב כ
le difcours du président de l'Affemblée natio-
» nale , mais celui du préfident du club des Jacobins.
» Il s'eft élevé de violens murmures . « M,
» de Folleville a eu grand tort de fe fervir d'une
expreffion que je condamne , a dit M. l'abbé
» Maury. Ce n'eft point une cérémonic enfantine
que nous venons de voir , c'eft une cérémonic
puérile ..
בכ
ג כ
55
و د
58
« Je ne fais , s'eft écrié M. Chabroud , fi l'AL-
» femblée n'a pas été frappée comme moi du ton
d'infolence que depuis quelques jours ......
Le bruit qu'a excité cette phrafe, a duré près d'un
quart d'heure. Au milieu de tant de voix confuſes
, on entendoit M. de Verthamont dire
en montrant M. Chabroud : M. le préſident rappellez
ce j ... f.....à l'ordre ; M. Lucas & d'autres,
attefter & répéter cette épithète appliquée à M.
Chabroud ; beaucoup de membres de la gauche
crier de toutes leurs forces à l'abbaye , à la
garde , à la garde ! M. Garat le jeune ,
dire M. le préfident , couvrez - vous ;
chofe publique eft en danger ; M. Cigogne : on
cherche à commencer la guerre civile dans l'Affemblée
nationale ; & perfonne du côté gauche
ne paroiffoit foupçonner que le propos de M. Chabroud
fût la caufe unique de ce tapage. 139. T
:
la
M. d'Auchy étoit rentré & avoit repris le fauteuil.
Emu , troublé , il a fait reffouvenir l'Af
femblée qu'il y a deux ans à pareil jour , on diſcutoit
la motion de M. l'abbé Syeyes de fe conftituer
, que le profond filence des amis de la liberté
en impofa à fes ennemis ; & comme il a recommandé
plufieurs fois à ces mêmes amis ce filence
fi profond, fi impofant, qui intimida les ennemis ...
gans doute, ils n'étoient pas auffi infolens que M.
Chabroad, a dit M. de Foucault , qui n'a ceffé de
M 6
( 276 )
réclamerjuftice contre l'infulte de M. Chabrouds
& de s'oppofer à ce que le procès- verbal de l'Affemblée
conftatât que des enfans abulés avoient
commis an facrilege , les huées & les clameurs : à
l'ordre , lui ont coupé la parole . M. Malouet demandoit
auffi juftice . Affis , Malouet ! Affis , fac
tieux ! Affis , diloit - on à gauche.
dé- On a fermé la difcuffion , fi c'en étoit une ,
crété l'impreffion , paffé à l'ordre du jour , & la
paix s'eft rétablie .
Après avoir déclaré valables , ſans débats contradictoires
, l'élection d'un membre du tribunal
de caffation , & celle de fon fuppléant , MM. Gervais
& Albaret , du département de l'Aude ; l'Affemblée
s'eft occupée du rembourfement des offices
domaniaux , & a décrété quatorze nouveaux arties
qui ne font que les conféquences directes & le
mode d'exécution du premier article , ou décret
déja rendu , par lequel il a été ftatué que les
poffeffeurs de ces offices feront , rembourlés du
montant de la finance qu'ils auront verſée au
tréfor public.
Du vendredi , 17 juin.
M. Bouche s'eft étonné de la lenteur qu'on
mettoir, à faire fanétionner le décret fur la nonéligibilité
des légiflateurs actuels. Quelques membres
ont paru trouver plus fimple que la fanction
ne fût pas réclamée. L'Affemblée a décidé
que ledit décret y feroit préfenté dans le jour ,
& envoyé fans délai aux départemens pour lever
tous les doutes . }
M. le Couteulx a préſenté l'état général des
dons patriotiques reçus , véfultat de l'examen que
les commiffaires de l'Affemblée ont fait du compte
de M. de Virieu & de M. Anſon , Les tréforiers
( 277 )
pour cette partie . La fomme totale s'élèvé à
5,614,526 liv.
Il faut en féparer les objets acquittés en ordonnan
ces de décimes , 9,594 liv . ; les objets acquittés ès
mains de M. Garat , 18,597 hv. ; les objets bons à
recouvrer , 2,459,421 liv. ; les objets douteux ,
351,540 liv .; les objets mauvais , compofés de
créances caduques ou non- acceptées , 65,369 liv .;
les objets annullés ou retirés par les donateurs ,
fous différens prétextes , dans leurs lettres
230,070 liv. ; les objers affectés à la contribu
tion patriotique , en vertu d'une détermination
fabféquente des donateurs , 289,186 liv . ( On
fupprime ici les fractions ) .
Total à déduire , 3,424,780 livres . Il refte
2,189,746 liv. qui , avec 4,930 liv . d'intérêt
d'affignats , font 2,194,676 liv.
Emploi payé en rentes , fuivant le décret du
22 mars 1790 , depuis le 31 mars juſqu'au 27
novembre même année , 1,870,900 liv . -- Au
comité des recherches , don fait à cette condition
, so, 000 liv.; pour droit de fonte , au fermier
de l'affinage , 3,433 liv. ; intérêt d'affignats
tenus en compte en paiement de dons patriotiques
, 4,450 liv , ; frais & menues dépenfes
252 livres. ( On néglige les fous. ) Total
1,928,136 livres. Il refte 266,540 livres ; plus
3,136 liv. de dons anonymes non- enregistrés :
en tout 269,676 liv .
Ces détails nous paroiffent un exemple qu'on
ne fauroit trop montrer & fuivre , un hommage
qu'il eft important que l'opinion publique , fi
fouvent abufée , rende à l'intégrité fans faſte . La
concluſion a été un projet de décret unanimement
adopté , par lequel l'Affemblée déclare les
tréforiers quittes & déchargés , les remercie &
278 )
ordonne le dépôt de leur compte général vifé &
arrêté , & du procès- verbal de la remife , daus
les archives.
Le miniftre de la marine a notifié au corps
légiflatif un déficit de 1,630,432 liv . dans les
impofitions de 1790 & 1791 de la Martinique
& de Tabago ; & un autre déficit de 517,565
liv. fur les années 1787 , 1788 & 1789 ; qu'il
eft même très-inftant d'envoyer des fecours pécuniaires
à la Martinique . Sa lettre a été remiſe
aux comités des finances & de la marine.
On a repris la difcuffion du code pénal , qui
n'a guère fourni que trois obfervations de quelque
intérêt.
,
L'une fur la difficulté qu'a faite le rapporteur,
M. le Pelletier de Saint- Fargeau , d'inférer les
mots : légalement convoquée dans l'article qui
prononce des peines contre ceux qui opéreront
la diffolution de toute affemblée conftitutionnelle.
& Si au moment où vous étiez aſſemblés au jeu
de paume a -t - il dit au corps législatif, un
miniſtre étoit venu vous objecter que vous n'étiez
pas légalement convoqués ; qu'auriez - vous répondu
? Ce feroit compromettre la conftitution
fi
que de laiffer aux miniftres le droit de juger
une affemblée eft légale ou non . Il y a un droit
de repreffion dans la conftitution ; mais il n'eft
pas confié aux miniftres » . L'article & l'amendement
ont été renvoyés au comité , après deux
épreuves.
La feconde obſervation a roulé fur le
changement que M. Malouet a propofé de
faire à la rédaction de l'article portant une
peine contre tout fonctionnaire public qui ,
Tous prétexte de mendemens ou de prédica
tions , exciteroit les citoyens à défobéir, M, Ma
( 279 )
louet vouloit qu'on mît : fous pretexte de religion
ou de patriotifme. Les mots mandemens & prédications
lui paroiflolent appliqués aux circonftances
, caractère oppofé à celui d'une loi qui doit être
générale. A ce fujet , il a'dit qu'il conroiffoit un
mandenent très- criminel , celui que certain foidifant
patriote a adreffé aux Mulâtres de Saint-
Domingue , où l'on déclare qu'Ogé a été légûlement
aflaffiné , où l'on annonce l'affranchiffement
des Nègres. Il n'a point défigné l'auteur de cette
paftorale , & le rapporteur a rédigé l'article d'une
autre manière .
La troifième remarque a eu pour objet , les vifs &
fréquens applaudiffemens qu'a donné le côté gauche
à la motion deM. deMurinais , qui demandoit qu'on
donnât un effet rétroactif de deux années à l'article
propofé par M. Barnave , portant que , tout membre
des légiflatures convaincu d'avoir , pour ar
gent , préfens , ou promelles , trafiqué de fon
opinion , fera puni de mort ; motion qu'on n'a
point adoptée.
Pour le refte des articles , il fuffira de les
tranfcrire ; ce que nous ferons la femaine prochainé.
Du famedi , 18 juin.
M. Lanjuinais a réitéré fa motion , de fermer
le tréfor public à la municipalité de Paris. M.
Camus vouloit que cette propofition fût ajournée
& renvoyée au comité des finances . (
« Cette motion tend à vous faire décréter la
banqueroute de la ville de Paris , s'eft écrié M.
Regnault de Saint Jean - d'Angély. Ses revenus
étant fupprimés , il falloit bien lui faire des avances
fur le bénéfice que lui promet la vente des domaines
nationaux. Il est étonnant que les amis
( 280 )
de la liberté s'uniffent à fes ennemis pour ca
lomnier la ville de Paris , le premier auteur de
notre liberté ». 1
: Sous le prétexte d'avances , on employera tous
les revenus publics , obſervoit M. de Folleville,
qui comparoit Paris à un enfant gâté , que les
carelles paternelles accoutument a négliger les
reffources de fon induftrie.
En adoptant l'ajournement , M. Biauzat infifteit
, avec raiſon , fur la néceffité d'un moyen
d'établir les reffources indifpenfables pour chaque
municipalité. On a décrété l'ajournement au 25.
L'on a repris le code pénal , dont quelques
articles font devenus plutôt l'objet d'une légère
converfation , que de ce que des philofophes
appelleroient une difcuffion approfondie.
--
Trois années de plus de chaîne diftingueront
le crime de contrefaire le fceau de l'Etat , de
celui de contrefaire le timbre national , & cela ,
pour l'honneur du gouvernement , felon M. Duport.
Un dépofitaire comptable ( ne le font- ils
pas tous ? ) qui auroit volé dix millions , & un
dépofitaire comptable qui n'auroit volé que 12
fous , étoient également punis de dix ans de
chaînes ; fur de judicieufes remarques de M.
Malouet , l'article a été renvoyé au comité.
L'incendiaire de magafins & d'artenaux en étoit
quitte pour dix années de chaîne , parce que ces
lieux font fuppofés inhabités , & que perfonne
n'en meurt. Le fcélérat qui , fans employer le
feu , auroit coulé à fond des vaiffeaux , des batteaux
chargés de munitions &c. n'étoit
condamné qu'à fix années de chaîne ;
mais une ville , toute une province , tout
-l'Etat pouvoit être mis en péril par des voies
´d'eau qu'eût pratiquées un monftre qui n'eût été
( 281 )
bi incendiaire , ni homicide : MM. Malouet &
Garat Paîné ont fait adeprer de fages amendemens
à ces projets du comité.
Quelqu'un au monde s'attendroit-il à trouver
dans un code pénal , qu'on fuppofe n'être que
l'application des peines aux déits , cinq articles
ou il ne s'agit ni de délits ni de peines , mis
uniquement d'hypothèses dans lefquelles l'ho
micide involontaire , commis par imprudence ou
par négligence , l'homicide légal , & l'homicide
légitime ( non-legal ) , font décrétés ne rien tenir
du crime, & ne donner licu à aucune action ,
criminelle ? L'article concernant l'homicide légitime
dans le cas de défenſe de foi - même ou
d'autrui , a paru à M. Malouet & à M. de Murinais
fufceptible des effets les plus funeftes.
Deux affaffias fe concertent , l'un provoque la
colère d'un honnête homme , en eft maltraité
feint de fuccomber , & l'autre tue impunément
l'honnête homme , en alléguant la défense d'autrui.
Mais M. le Pelletier & M. Duport ont
répondu à tout par les lumières , la fageffe &
la coufcience des jurés , qu'aura chcifis la mul
titude , qui déclareront toujours à propos l'ac
cufé convaincu non convaincu , plus ou moins
puniffable ou excufable. Ces actés légitimes ,
illégaux, font reftés dans le code pénal , où tout
fembloit devoir prendre le caractère légal ; on y
a cependant ajouté les mots indifpenfable néceffité
de défenſe de foi- même ou d'autrui , Nous tranſ❤
crirons ailleurs les articles.
›
>
M. Muguet a communiqué à l'Affemblée
d'affligentes nouvelles qui venoient d'arriver de
Corfe. Une lettre de membres du directoire de
ce département , datée de Corte le s juin , annonce
& décrit l'infurrection qui a eu lieu à
( 282 1
Baftia : - les
habitans
de Baftia , dit ´cette
lettre , à qui nons en avions
impofé par la
force , lors de Tetection
du nouvel
évêque ,
avoient , pour
quelque
temps , caché leur dépit ,
& étoient
dans Le calme apparent ». Mercredi ,
Fremier jain , on fit la procettion
des rogations,
In le carrateur ne voit & se print que fanatiſme,
des moines avant la corde au cou , des hommes &
des femmes
allant nuds pieds , plufieurs
traînant
des chaines & d'autres fe donnant des coups (ur
le dos avec des lames de fer. Il faudroit entendre
les deux parties , pour
apprécier la
véricité de ees
deſcriptions ,
miniftrateurs parlant dans leur propre cauſe ,
ouvrage d'ad-
& que des adverfaires accufent des violen
ces les plus tyranniques , auxquels M. Butte
fuoco , député de Corfe, & toute la ville de
Baftia , reprochent d'avoir fait eniever , dit-il,
des citoyens de leurs lits , citoyens irréprochas
bles qu'on a jettés dans un cachot , contraints
de demander à s'embarquer , & conduits à la mer
avec cinquante hommes Corfes .
« Tous ces proceffionnaires , pourfuit la lettre,
crioient : vive notre religion . Le lendemain , des
femmes vealent replacer les armoiries de l'ancien
évêque , & brúlent le mai planté devant la porte
de l'évêque élu . Après midi , le peuple ſe raſſemble
, envoie îne deputation aux directoires & au
corps municipal , qui proteßent contre la demande
du peuple, après lui avoir affuré qu'ils l'appuierent.
ſe porte en force à la citadelle , que M. Raffi ,
commandant , n'avoit pas fait fermer. Maître de
la citadelle , le peuple fit embarquer le procu
reur-général- fyndic & fon fils , le fecrétaire - gé
néral , & l'un des commis au bureau du département
, pour les tranſporter en Italie . C'étoit
( 283 )
le jeudi . Tous les adminiftrateurs prirent la fuíte,
Arrivés les premiers à Corte , le 5 , ils attendent
le général Paoli , qui fe trouve à Ajaccio.
Quand nous ferons réunis , mandent- ils , ce nous
délibérerons fur les moyens de venger , tant qu'il
dépendra de nous , l'infulte faite à la loi par ce
peuple rebelle ........ C'eft la force de mer qui
nous manque... & qui eft néceffaire pour
s'emparer de la ville ( de Baftia ) . Nous nous
flattons d'avoir affez de force de terre pour l'attaquer.
»
A ›
.......
་
Le procès - verbal de l'Affemblée générale
des habitans de Baftia refpire , du moins dans
les formes la modération de la juftice .
Il a attefté qu'ils fe font réunis , à l'effet de
délibérer paifiblement fur diverfes demandes
à faire à l'Affemblée nationale ; qu'après avoir
élu un préfident & des fecrétaires , & envoyé une
députation au département & au corps municipal ,
pour les inviter à venir aflifter à la féance , &
les deux directoires , du département & du diftrict
, ayant a témoigné le regret d'être empêchés
par la loi de fe rendre à cette invitation
ayant promis aux députés « d'appuyer près de
l'Affemblée nationale les demandes que la ville
de Baftia croiroit à propos de faire . L'Affem
blée compofant alors prefque la totalité du peuple ,
a délibéré ce qui fuit :
c
сс
ל כ
&
Ils fe foumertent avec un profond refpest &
une déférence aveugle à tous les décrets de l'Affemblée
nationale , en ce qui regarde la conftitution
civile & temporelle , mais non en ce qui
concerne la nouvelle conftitution du clergé ; demandent
, à cet égard , que les chofes foient
remifes fur le pied où elles étoient avant les
états-généraux ; que l'ancien évêque foit rétabli
T
( 284 )
dans fon fiége , les maifons & communautés
religieufes confervées. En conféquence ils ont
cnvoyés un curé de Baftia en Tolcane pour prict
l'ancien évêque de venir reprendre fes fonctions,
& ils ont arrêté que le fieur Buonaroti Toſcan ,
gazettier, qui a profeffé des maximes contraires au
refpect dû à la religion , fera banni de la villej
jurant, au furplus, de vivre François, maisFrançois
libres , ou mourir. Suivent fix pages de fignatures.
Vous voyez , a repris M. Muguet , qu'on eft
parvenu à égarer la grande majorité des habitans
de Baltia. - Non ; ils ne font point égarés , s'eft
écrié une voix de la droite .
A l'ordre. -- Et
le rapporteur a tranquillifé le côté gauche en lu
affurant que le refte de la Corfe étoit prêt à mar
cher contre fa capitale. La conclufion de M. Mu
guet a été un projet de décret , portant exécution
juridique & militaire contre les infurgens .
❤❤
fut
M. de Folleville a demandé que les commif
faires du Roi fufient autorisés à recevoir les plaintes
qui pourroient être faites contre le directoire ,
les faits antérieurs à cette émeute . Il a prié l'Affemblée
de remarquer que , les habitans de Baltia
ne s'étoicnt portés à aucune de ces actions atroces,
fi communes chez un peuple plus civilifé & moins
fier. 1
Un des députés de Corfe , M. Salicetti a
trouvé la preuve démonftrative du patriotifme
desadminiftrateurs , en ce queM. de Folleville les
blâmoit ; on l'a beaucoup applaudi. Après avoir
défigné comme les feules caufes de cette infurrection
les prêtres , les factieux , le fanatifme & les moines
qu'il appelloit vermine ; il a promis que le peuple
des campagnes mettroir , bientôt les habitans de
Baftia à tordre;. Toutes ces railons ayant pulvérifé
l'amendement de M. de Folleville , le
( 285)
projet de M. Muguet a été décrété . Il ordonne
l'envoi de commiffaires , de troupes , & de deux
frégates en Corfe , & une information pardevant
le tribunal de Corté.
Du famedi , féance du foir.
L'Affemblée a chargé fon comité des rapports
de lui rendre compte des troubles arrivés le 13
de ce mois à Cambray ; troubles dont M. Merlin
venoit de lire le procès -verbal dreffé par la municipalité
de cette ville.
24
Dans un temps , a dit M. Roberſpierre , où
l'on ne parle que de juftice & de liberté , on exerce
les plus horribles vexations contre les citoyens .
Ce préambule l'a conduit à dénoncer les chaffeurs
de Hainault > comme ayant arraché de leur lic
plufieurs hommes & femmes de Brie- Comte- Robert
, de les avoir garottés , mutilés , traînés en
prifon . Il a demandé le renvoi de fa dénonciation
au comité des rapports ; ce qui a été décrété .
M. Bouillé , député de Brie- Comte-Robert , a
rappellé que diverles infurrections avoient motivé
la tranflation des chaffeurs de Hainault dans cette
ville , qu'un décret l'avoit ordonnée ; & il a penfé
que les chaffeurs ne pouvoient avoir agi qu'en
cxécution de mandats d'arrêter , décernés par le
tribunal
Heft bien temps , s'eft écrié M. Regnault
de Saint -Jean d'Angely , que la tranquillité publique
s'établiffent , que les loix reprennent leur
vigueur , & qu'on ne vienne pas , dans le fein
même de l'affemblée nationale , protéger les autears
des infurrections. Si on oſe dénoncer comme
oppreffeurs ceux qui ont le courage d'exécuter la
loi avec rmeté , la tranquillité publique pourra
donc être impunément troublée ! » Ces judicieuſes
( 286 )
réflexions ont excité de vifs applaudiffemens . L'o
pinant a exigé , pour le renvoi au comité , la re
mife des pièces fignées par les plaignans & pat
celui qui venoit d'articuler la dénonciation .
« M. Roberſpierre fait- il l'apprentiffage de fon
emploi d'accufateur public , a demandé M. de
Murinais ? s
ဘ
сс
Traitant ces débats de déclamations , & s'autorifant
de tout ce qu'il y a de facré dans la défenſe
des opprimés , M. Roberfpierre a répondu que s'il
dénonçoit les chaffeurs de Hainault , c'étoit en
ayant en main des plaintes fignées de plufieurs
centaines de citoyens . « Rien ne prouve mieux ,
» a- t-il ajouté , la néceffité de vous faire préfenter
les détails de cette affaire par l'organe du comité
des rapports , que la malveillance dont je
» ne ceffe d'éprouver les témoignages. Mais je
méprife ce lyftême d'oppreflion & les inculpa
tions continuelles qu'on cherche à répandre fur
» ma conduite & mes principes . J'en appellé au
tribunal de l'opinion publique . Il jugera entre
» mes détracteurs & moi »……. L'Affemblée a porté
fon attention fur le réfultat de la procédure des
juges de Saint- Germain-en-Laye, dont M. Va
rins étoit chargé de rendre compte .
55.
Ce font des lettres que M. le Cardinal de la
Rochefoucault , prélat comblé d'années & de vertus
, ancien archevêque de Rouen , avoit adreffées
à quelques eccléfiaftiques & inarguilliers , dans
lefquelles il leur notifioit que les prêtres fonctionnaires
publics conftitutionnels n'avoient aucuns
pouvoirs fpirituels de lui. M. le Cardinal a reconnu
que ces lettres étoient de lui . M. l'abbé
Maury a fait d'inutiles efforts
role. Les conclufions du rapporteur ont été de
pour obtenir la papropofer
à l'Affemblée de décréter qu'il y avoi
( 287 )
lieu à accufation contre M. le Cardinal. Garant
des fentimens de paix du prélat octogénaire , M.
de la Rochefoucault-Liancourt a obfervé que l'Evêque
de Verſailles ne fut inftallé que vers le
mai , & que ces lettres étoient du 15 avril & du 6
mai , qu'ainfi celui qui les écrivoit pouvoit ignorer
l'inftallation du nouvel évêque , & fe croire légitimement
fondé à continuer fes fonctions jufqu'à
ce qu'on, l'eût remplacé. Il propofoit d'approuver
le zèle du tribunal & de déclarer qu'il n'y avoit
pas lieu à délibérer .
M. Muguet n'a rendu juſtice aux vertus de M.
le cardinal , qu'en foutenant que le projet du comité
n'en dévoit pas moins être adopté , parce
que M. le Cardinal ne pouvoit ignorer que le lieu
où il prétendoit exercer les fonctions épifcopales
étoit démembré de fon diocèfe . D'ailleurs , ajoutoit-
il , foiblir dans cette circonftance , feroit
relever l'audace des prêtres réfractaires , & ranimer
toutes les espérances des mécontens . C'eft
Votre courage qui a fait la conftitution , votre
fermeté l'achevera . >>
Un autre membre n'a vu dans ces lettres incriminées
, rien contre la religion , ni contre l'honneur.
« Lorfqu'on a proftitué , a-t- il dit , la tolérance
, toutes les fectes ont dû devenir indifférentes
aux légiflateurs ; vous ne connoiffez plus
les prêtres que comme citoyens ... Vous n'avez pu
dépouiller de l'autorité fpirituelle celui qui ne tenoit
pas de vous cette autorité ... Il ne s'agit que
de pouvoirs fpirituelles , que des pouvoirs intérieurs
de la confeffion , chofes qui ne peuvent
vous regarder. Quoi ! vous avez applaudi naguère
l'orateur qui vous difoit : Il faut que l'on
puiffe dire que nous fommes fchifmatiques ! &
vous méconnoîtriez aujourd'hui ce principe ! on
( 288 )
3
pourra accufer de fchifme le corps législatif , &
l'on ne pourra , fans être traduit devant les tribu
naux , en accufer deux vicaires qui s'introduifent
dans l'adminiftration fpirituelle d'une paroiffe
Lans l'approbation de l'Evêque ? Voulez-vous vous
mettre à la tête des perfécutions qui fe font déja
fignalées par tant de larmes & de fcandales ?
Vous ne pourrez empêcher qu'on ne difcute la
validité des pouvoirs fpirituels , qu'on ne s'écrive
des lettres particulières. Lorfqu'on permet la libre
circulation des écrits les plus criminels ... Ce
filence des loix fera-t-il interrompu lorfqu'il s'agit
de lettres particulières & d'une fimple controverfe
fur la légitimité des pouvoirs fpirituels d'un vicaire
?
« Il eſt évident , a dit M. Chabroud , que l'objet
de la publicité de ces lettres étoit de foulever le
peuple contre le pafteur légitime. »
M. le Cardinal , a répondu M. de Cazalès , na
fait qu'un acte en doctrine, il a fimplement énoncé
un fait ; je ne vois dans fa conduite aucun acte de
jurifdiction. « Certes , ceux-là font bien maladroits
qui vous propofent d'exercer votre premier
acte de rigueur religieufe , contre un vieillard
refpectable pour un délit auffi léger. »
La difcuffion a été fermée , une épreuve , par
affis & levé , adoptoit les conclufions du rappor
teur , felon l'avis du préfident & du bureau ; l'ap
pel nominal réclamé par le côté droit a décrété le
contraire à la majorité de 286 voix fur 271. Ainfi
il n'y a pas eu lieu à accufation contre M. le
Cardinal de la
Rochefoucault.
(Laféance du dimanche au prochain mercure.)
P
C1
[d
ju
a
fc
B
( 289 )
NOTICE des événemens et des principaux Dé
crets de l'Allembiee Nationale des Mardi
et Mercredi, 21 et 22 Juin.
Dès l'ouverture de la féance de mardi , à di
heures du matin , le préfident de l'Affemblée ,
annonça que le Roi & la famille royale avoient
été enlevés pendant la nuit,
M. Camus a propofé d'avertir , par des couriers
, toutes les gardes nationales du royaume
d'arrêter les perfides qui enlevoient le Roi , de
doubler la garde de l'Afferablée , & l'appel des
miniftres à la barre. Ces difpofitions ont été décrétées
. Sur la motion de M. Charles de Lameth
T'Affemblée a ordonné à M. de Rochambeau de fe
rendre à fon commandement de Flandres .
Un aide-de-camp de M. de la Fayette , chargé
de courir à la découverte du Roi , eft arrêté par
le peuple , fe préfente à la barre , & repart accompagné
de deux membres de l'Affemblée jufqu'aux
barrières. Quatre Commiffaires font envoyés au
fecours de M. de la Fayette & de M. de Cazalès
, la perfonne de celui - ci étoit en danger . Ils
arrivent tous dans la falle .
L'Affemblée a décrété une proclamation de paix
publique , une adreffe aux Provinces ; que fes décrets
conferveront le titre de loi & feront exécutés
fans acceptation ei fanction , qu'ils porteront le
fceau de l'état & la fignature du miniftre de la
juftice ; que les miniftres font autorisés à affifter
aux féances du corps législatif , & que les fcellés
feront appofés fur les papiers des affaires étran
gères .
Nº. 26. 25 Juin 179 k
( 290 )
M. Duport du Tertre a communiqué un billet
du Rei qui lui défend d'appofer le feeau de l'état à
aucun acte avant de nouveaux ordres de fa majeſté.
Spécialement chargé de 11 garde des tuileries ,
M. de Gouvion a dit qu'il avoit eu des avis de
projets de départ , que M. le Maire & lui avoient
redoublé de vigilance ; mais qu'on ne pouvoit deviner
par où le Roi & fa famille étoient fortis.
On a mandé M. de la Porte qui a remis à l'AC
femblée nationale un mémoire , écrit de la maia
du Roi , en forme de déclaration aux François .
Un fecrétaire en a fait lecture . Nous les tranf
erirons en finiffant .
&
Il a été propofé de nouveaux fermens ,
Affemblée a fufpendu fa féance pour deux
heures.
A la reprife , le corps légiflatif a décrété que
les miniftres fupplécroient le Roi dans les correfpondances
avec les puiffances étrangères ,
comme dans toutes les autres fonctions exécutives;
que les ordonnances de paiement feront valables fur
la fignature refponfable du commiffaire de la
trésorerie.
M. de Cernon a rapporté qu'il y avoit , ce
foir , dans le tréfor national 30 milions dont
6 millions en or ; que le fecond trimeſtre de la
lifte civile n'a été payé qu'en affignats.
On s'eft occupé d'un plan relatif aux gardes
nationales , & l'un des articles décrétés leur accorde
15 fous par jour , à compter du raffemblement.
Ce plan en porte le nombre à environ
300 mille .
Plufieurs généraux , colonels , & autres officiers
accourent jurer de maintenir la conftitution ,
MM. d'Afry , de Rochambeau , de Montefquiou
( 291 )
Fezenzac , Charles de Lameth , de Tracy , M. de
la Tour-Maubourg donnent des témoignages écla
tans de leur civilme . Ce dévouement de tant de
guerriers au falut de la patrie a excité les plus
vifs applaudiffemers . On a décrété enfuite quelques
articles du code pénal.
Ce n'a été qu'entre 7 & 8 heures du matin ,
mardi , qu'on s'eft apperçu que le Roi , la Reine ,
M. le Dauphin , la famille royale n'étoient plus
dans le château des Tuileries . Le bruit couroit que
depuis quatre à cinq jours on y voyoit beaucoup
de ci- devant garde- du- corps & des perfonnes qui
s'y trouvèrent le 28 février . M. d'Aumont qui
étoit de fervice au château a été conduit à la
grêve , déshabillé ; il y auroit été pendu fi la
garde nationale ne fût accourue. Les patrouilles
ont été nombreufes , la ville paifible , les propriétés
& la sûreté individuelles & publiques
refpectées d'une manière qui fit infitimist
d'honneur aux Parifiens & à leurs chefs . On s'eft
Forté aux barrières pour arrêter les voyageurs .
Le peuple a cffacé ou enlevé toutes les fleurs de
lys , tous les portraits de Rois , toutes les couromes
, tous les mots Roi , Royal , Royale
qu'il a vus fur les enfeignes ou ailleurs . Le iefte
cft encore mělé de tant de faux bruits qu'il convient
de fufpendre fon opinion fur ce qu'on
debite .
Proclamation du Roi à tous les François , à
Ja fortie de Paris.
Un memb demande le renvoi au comité dés
recherches.
Toute la partie gauche fe lève contre cette
propofition .
N 2
( 292 )
M. le fecrétale continue.
ec
Extrait de la Proclamation .
Lorfque le Roi a pu efpérer de voir renaître
Tordre & le bonheur par les moyens employés par
l'Affemblée nationale , & par fa réfidence auprès
de cette Afemblée , aucun facrifice ne lui a ceûtés
n'auroit pas même argué du défaut de liberté ,
dont il eft privé depuis le mois d'octobre 17893
mais aujourd'hui que le réfultat de toutes les
opérations eft de voir la royauté détruite , les
propriétés violées , la fûreté des perfonnes compromifes
, une anarchic complette dans toutes les
parties de l'empire , fans aucune apparence d'antorité
fuffifante pour l'arrêter ; le Roi, après avoir
protefté contre tous les actes émanés de lui pendant
la captivité , croit devoir mettre fous les
yeux des François le tableau de fa conduite. »
« Au mois de juillet 1789 , le Roi , får de fa
confcience , n'a pas craint de venis parmi les Pa
rifiens . Au mois d'octobre de la même année ,
prévenu des mouvemens des factieux , il a craint
qu'on arguât de fon départ pour fomenter la
guerre civile . Tout le monde eft inftruit de l'im
punité des crimes qui fe commirent alors . Le
Roi , cédant au væl manifefté par l'armée des
Parifiens , vin s'établir avec fa famille au château
des Tuileries : rien n'étoit prêt pour le recevoirs
& le roi , bien loin de trouver les commodités
auxquelles il étoit accoutumé dans fes demeures
, n'y a pas même rencontré les agrémens
que fe procurent les perfonnes aifies . Malgré
toutes les contraintes , il a cru devoir dès le lende
maia de fon arrivée raffurer les provinces fur lou
jour à Paris . Un facrifice plus pénible lui étoit
refervé; il a fallu qu'il éloignât de lui fes gardes
autres
( 293 )
du corps , dont il avoit éprouvé la fidélité ; deux
ent été maffacrés, plufieurs ont été bleffés en cxécu
tant l'ordre qu'ils avoient reçu de ne pas faire feu:
tout l'art des factieux s'eft employé à faire enviſager
fous un mauvais afpect une époufe fidelle qui
venoit de mettre le comble à fa bonne conduite ;
il est même évident que toutes les machinations
étoient dirigées contre le Roi lui- même . C'eft aux
foldats des gardes françoifes & à la garde nationale
parifienne , que la garde du Roi a été confiée ,
fous les ordres de la municipalité de Paris , dont le
commandant- général relève .
cc
3
« Le Roi s'eft ainfi vu prifonnier dans fes propres
états , car comment pourroit on appeller
autrement celui qui fe voit forcément entouré par
des perfonnes qu'ii fufpe &te ; ce n'eft pas pour inculper
la garde nationale parifienne que je rappelle
ces détails ; mais pour rapporter l'exacte vérité ;
je rends au contraire juftice à fon attachement
lorfqu'elle n'a pas été égarée par les facieux. Le
Roi a ordonnéla convocation des états généraux ;
il a accordé au tiers- état une double repréfentation
; la réunion des ordres , les facrifices du 25.
juin , tout cela a été fon ouvrage , mais fes foins
ont été méconnus & dématurés . Lorsque les étatsgénéraux
fe font donnés le nom d'Aſſemblée nationale
, on fe rappelle les menées des factieux
fur plufieurs provinces ; on fe rappelle les mou-'
vemens qui ont été occafionnés pour anéantir la
difpofition des cahiers qui portoient que la confection
des lois feroit faite de concert avec le Roi.
L'Affemblée a mis le Roi hors de la conftitution
en lui refufant le droit de fanctionner les actės
conftitutionnels , en rangeant dans cette claffe
ceux qu'il lui plaifoit d'y ranger , & en limitant
la troifième légiflature fon refus de fanction
N 3
( 294 )
On lui a donné 25 millions qui font abforbes en
totalité par la dépenfe que néceffite l'éclat nécef-
Lire à la maiton . On lui a laiffé l'ufufruit de
quelques domaines avec des formes gênantes en
1: pivant du patrimoine de fes ancêtres ; on a
eu attention de ne pas comprendre dans fes dé
penfes des fervices rendus au Roi comme s'ils n'étoient
pas inféparables de ceux rendus à l'état.
Qu'on examine les différens points de l'adminif
tration ; & on verra que le Roi en eft écarté :
il n'a point de part à la confection des lois ;
feulement il peut prier l'Affemblée de s'occuper
de telle ou telle chofe . Quand à l'adminiftration
de la juftice , il ne fait qu'expédier les provi
fons des juges & nommer les commiffaires du
Roi dont les fonctions font bien moins confidérables
que celles des anciens procureurs- généraux.
La partie publique a été dévolue à de nouveaux
officiers ; il reftoit une dernière prérogative , la
plus belle de toutes ; celle de faire grace & de
conmuer les peines : vous l'avez ôtée au Roi ; ce
font maintenant les jurés qui l'ont en appliquant
fuivant leur volonté le fens de la loi . Cela dimiue
la majesté royale ; les peuples étoient accoutumés
à y recourir , comme a un centre commun
de bonté & de bienfaiſance . L'adininiſtration intérieure
dans les départemens eft embarraffée par
des rouages qui nuifent au mouvement de la machine
; la furveillance des miniftres fe réduit à
rien: »
« Les fociétés des amis de la conftitution font
bien plus fortes & rendent nulles toutes les autres
actions. Le Roi a été déclaré chef fuprême
de l'armée ; cependant tout le travail a été fait
par les comités de l'Affemblée nationale fans ma
participation ; en a accordé au Roi la nomination
82957
?
de quelques places , encore le choix qu'il a fait
a - t- il éprouvé des contrariétés ; on a été obligé
de refaire le travail des cfficiers généraux de
T'armée , parce que les choix déplaifoient aux
clubs ; ce n'eft qu'à eux qu'on doit attribuer la
plupart des révoltes des régimens : quand l'armée
he refpecte plus les officiers ; elle eft la terreur
& le fléau de l'Etat ; le Roi a toujours peufé
que les officiers devoient être punis comme les
foldats , & que les portes devoient être ouvertes
à ces derniers pour parvenir aux avancemens
fuivant leur mérite . Quant aux affaires étran
gères , on a accordé au Roi la nomination des
ambaffadeurs & la conduite des négociations ; on
lui a ôté le droit de faire la guerre ; on ne devoit
cependant pas foupçonner qu'il la déclareroit de
but en blanc. Le droit de faire la paix eft d'un
tout autre genre. Le Roi ne veut faire qu'un
avec la nation , mais quelle puiffance voudra
entamer des négociations , lorfque le droit de
révifion fera accordé à l'Aflemblée nationale ?
Indépendamment du fecret néceffaire & impoffible
à garder dans une affemblée délibérante néceffairement
publiquement , on aime encore à ne
traiter qu'avec la perfonne qui peut , fans aucune
intervention , paffer le contrat . Quant aux
finances , le Roi avoit reconnu , avant les étatsgénéraux
, le droit qu'a la nation d'accorder des
fubfides , & à cet égard il a accordé , le 23 juin ,
tout ce qui avoit été demandé. Le 4 février , le
Roi a prié l'Affemblée de s'occuper des Anances ;
elle ne l'a fait que tard ; on n'a pas encore le
tableau exact de la recette & dépense ; on s'eft
laiffé aller à des calculs hypothétiques ; la con
tribution ordinaire eft arriérée , & la reflource
des douze cents millions d'affignats est presque
2961
confommée ; on n'a laiffé au Roi , dans cette
partie , que de ftériles nominations ; il connoît
la difficulté de cette adminiſtration , & s'il étoit
pollible que cette machine pût aller fans fa furveillance
directe , Sa Majefté ne regretteroit que
de ne pas diminuer les impôts ; ce qu'elle a
defiré , & qu'elle auroit effectué fans la guerre
d'Amérique.
cc
כ כ
Le Roi a été déclaré chef fuprême de l'adminiftration
du royaume , & il n'a pu rien changer
fans la décifion de l'Affemblée . Les chefs du parti
dominant ont jetté une telle défiance fur les
agens du Roi , & les peines portées contre les
prévaricateurs ont tant fait naître d'inquiétude ,
que ces agens font reftés fans force . La forme di
gouvernement eft fur-tout vicieufe par deux caufes ,
PAffemblée excède les bornes de fes pouvoirs
en s'occupant de la juftice & de l'adminiftration de
l'intérieur ; elle exerce parfon comitédes recherches
le plus barbare de tous les defpotifmes . Il s'eft'établi
des affociations connues fous le nom des amis dela
conftitution , qui offrent des corporations infiniment
plus dangereufes que les anciennes ; elles délibèrent
fur toutes les parties du gouvernement ,
exercent une puiffance tellement prépondérante
que tous les corps , fans en excepter
nationale même , ne font rien que par leur ordre.
Le Roi ne pense pas qu'il foit poffible de conferver
un pareil gouvernement ; plus on voit
s'approcher le terme des travaux de l'Affemblée ,
plus les gens fages perdent de leur crédit . Les nouveaux
réglemens , au lieude jetter du baume fur les
les plaies , aigriffent au contraire les mécontentemens;
les
millejournaux & pamphlets calomniateurs,
qui ne font que les échos des clubs , perpétuent
le défordre, & jamais l'Affemblée n'aofé y remédier;
l'Affemblée
( 297 )
on ne tend qu'à un gouvernement métaphyfique &
impoffible dans fon exécution . »
François , eft- ce là ce que vous entendiez ca
envoyant vos repréfentans ? Defiriez -vous que le
defpotifine des clubs remplaçât la monarchie fons
laquelle le royaume a profpéré pendant quatorze
cents ans ? L'amour des François pour leur Roi
eft compté au nombre de leurs vertus . J'en ai
eu des marques trop touchantes pour pouvoir l'ou
blier ; le Roi n'offriroit point le tableau fuivant ,
fi ce n'étoit pour tracer à fes fidelles Sujets l'efprit
des factieux. Les gens foudoyés pour le
triomphe de M. Necker ont affecté de ne pas
prononcer le nom du Roi ; ils ont à cette époque
pourfuivi l'archevêque de Paris ; un courrier du
Roi fut arrêté , fouillé , & les lettres qu'il portoit
, décachetées ; pendant ce temps , l'Affemblée
fembloit infulter au Roi ; il s'étoit déterminé
à porter à Paris des paroles de paix ; pendant
fa marche , on a arrêté de ne faire entendre aucun
cri de vive le Roi . On faifoit même la motion
de l'enlever , & de mettre la Reine au couvent ,
cette motion a été applaudie. »בכ
« Dans la nuit du 4 au 5 , lorfqu'on a prepofé
à l'Affemblée d'aller fiéger chez le Roi ,
efle a répondu qu'il n'étoit pas de fa dignité de
s'y tranfporter ; depuis ce moment , les fcènes
d'horreur le font renouvellées. A l'arrivée du
Roià Paris , un innocent a été maffacré prefque fous
fes yeux dans le jardin même des Tuileries ; tous
ceux qui ont parlé contre la religion & le trône
ont reçu les honneurs du triomphe. A la fédération
du 14 juillet , l'Affemblée nationale a dé-
-claré que le Roi en étoit le chef, c'étoit montrer
qu'elle en pouvoit nommer un autre , fa famille
( 298 )
a été placée dans un endroit féparé du fien , c'eft
cependant alors qu'elle a palé les plus doux momens
de fon féjour à Paris. »
cc
il fe
Depuis , pour caufe de religion , Meldames
ent voulu fe rendre à Rome ; malgré la décla
ration des droits , on s'y eft oprofé , on s'eft
perté à Bellevue , & enfuite à Arnay- le-Duc ,
où il a fallu des ordres de l'Affemblée , pour les
-iffer aller, ceux du Roi avant été méprifés.
Lors de l'émeute que les fafticux ont excitée à
Vincennes , les perfonnes qui s'étoient réunies
autour du Roi par amour pour lui ont été maltraitées
, & on a pouffé l'audace jufqu'à brifer
leurs armes devant le Roi , qui s'en étoit rendu
le dépofitaire . Au fortir de fa maladie ,
difpofoit à aller à Saint - Cloud , on s'eft fervi
pour l'arrêter , du refpect qu'on lui connoît pour
la religion de fes pères , le club des Cordeliers
l'a dénoncé lui- même comme réfractaire à la loi ,
en vain M. de la Fayette a - t-il fait ce qu'il a
Pa pour protéger fon départ ; on a arraché par
violence les fidelles ferviteurs qui l'entouroient ,
& il eft rentré dans fa prifon. Enfuite , il a été
obligé d'ordonner l'éloignement de fa chapelle ,
d'approuver la lettre du miniftre aux puiflances
étrangères , & d'aller à la meffe du nouveau curé
de Saint- Germain - l'Auxerrois . D'après tous cest
motifs , & l'impoflibilité où eft le Roi d'empêcher
le mal , il eft naturel qu'il ait cherché à fe mettre
en fûreté.
il
« François , & vous qu'il appelloit habitans de
la bonne ville de Paris , méfiez -vous de la fuggeftion
des factieux , revenez à votre Roi ,
fera toujours votre ami , quand votre faitte
religion fera reſpectée , quand le gouvernement
( 299 )
fera affis fur un pied ftable , & la liberté établiè
fur des bafes inébranlables .
כ כ
Paris , le 20 juin 1791. Signé , LOUIS.
« P. S. Le Roi défend à ſes miniſtres de figner
aucun ordre en fou nom , jufqu'à ce qu'ils aient
reçu des ordres ultérieurs , & enjoint au garde
des fceaux de lui renvoyer le fceau lorsqu'il en
fera requis de fa part..»
Signé , LOUIS .
Du mercredi 22 juin , à 10 heures dufoir.
M. le président de l'Affemblée nationale avoit
propofé de fufpendre la délibération durant une
heure . Il s'étoit à peine écoulé quelques minutes, que
plufieurs voix ont répété ces mots ; il est arrêté , il
eft arrêté, & le préfident ayant annoncé qu'un
courrier venoit de lui remettre plufieurs paquets ,
un des fecrétaires a fait lecture d'une lettre des
officiers municipaux de Varennes , du 21 juin .
Ces officiers annoncent que S. M. eft à Varennes ,
& qu'ils attendent la réponſe de l'Aſſemblée .
Une autre lettre des officiers municipaux de
Sainte-Menehould , mande que leurs concitoyens
allarmés d'un envoi de troupes fait par l'ordre de
M, de Bouillé , avoient obtenu le défarmement
d'un efcadron de huffards , & l'emprisonnement du
commandant de cet efcadron .
Après la lecture de toutes les pièces , un décret
a ftatué qu'ilferoit donné les ordres les plus prompts
pour la fûreté de la rentrée de la perfonne du
Roi, pour inftruire le royaume que l'enlèvement
du Roi avoit êté empêché par le zèle des citoyens ;
1
1
( 300 )
que M. de Bouilléferoit ſuſpendu de les fonctions,
& arrêté fur-le -champ ; que perfonne ne forte des
barrières.
Du
jeudi 23 , à une heure du matin.
avec
de
Par un nouveau décret , l'Affembléc »a or •
donné que « MM. de la Tour-Maubourg, Bar
nave & Péthion iront , comme commiffaires , à
Varennes , pour affurer le retour du Roi ,
le pouvoir de donner des ordres aux troupes
Jigne , aux gardes nationales , aux corps adminiftratifs
, pour tout ce qui concerne leur miflion.
Ils feront accompagnés , dit- on , de M. Dumas.
Du refte , tous les ordres ont été donnés pour
le maintien de la tranquillité de la capitale,
Nous fommes forcés de renvoyer la fuite &
les détails à
l'ordinaire prochain.
Les Numéros fortis au tirage de la Loterie
de France , du feize Juin , font : 16 ,
37 , 9,83 , 70.
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROI ;
Y ...
J
COMPOSÉ & rédigé, quant à la partie
Littéraire , par MM, MARMONTEL
DE LA HARPE & CHAMFORT , tous trois
de l'Académie Françaife ; & par MM.
FRAMERY & BERQUIN , Rédacteurs.
M. MALLET DU PAN , Citoyen de Genéve
eft feul chargé de la partie liftorique
Politique.
SAMEDI 4 JUIN
1791.
A PARIS ,
Au Bureau du MERCURE , Hotel de Thou ,
rue des Poitevins , No. 18 .
Avec Privilége du Ro
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARA BLE GÉNÉRALE
335365 Du mois de Mai 1791 ,
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
190579
EPONSE.
L'Erreur , 2e. Parie.
Charade, En. Loz.
Les Leçons de l'Hiftoire.
3
Année 1791,
Spectacles .
33 Variétés.
35 Notices.
37
39836
T
Vers.
ERS.
Charade , En . Logog.
R
OMANCE,
49 Mémoires.
54
50 Variétés.
48
52 Notices.
79.
8.5 Le
Guide 201
Charude , Enig. Logog.
Co-ftitution.
90
Variétés.
303 92
Antiquités,
Notices.
و ه
114
ERS.
121 Le Negre.
Chanfon.
Charade , Enig. Log.
125 pectacles.
123
Cornélia
Sedley.
339
149
144
Les Etats- Généraux.
127 Variétés
148
Economie Rurale.
132 Notices,
ASA
A Paris , de
l'imprimerie de
Moutard , rue
des
Mathurins , Hotel de Cluni.
MERCURE
DE FRANCE.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
É PITRE
D'UN jeune Militaire à fon Ami.
Sous le plus beau ciel de la France ;
>
Sous tes ombrages toujours frais ,
Eft-il encor des jours de paix ,
Des jours de calme & d'efpérance ?
Ami , du féjour des Guerriers
Revolant vers ton hermitage ,
Retrouverai -je en tes foyers
Ces plaifirs purs du premier âge ,
Qui , paifibles & cafaniers ,
Recherchent l'afile du Sage ?
J'ai parcouru cet horizon ,
Ce vafte & changeant payſage
Où croiffent , pour le même front ,
Le laurier , feul prix du courage ,
Et les doux myrtes , dont s'ombrage
L'Amour heureux fur le gazon.
A 2
4
MERCUREScus
les étendards de Bellone ,
J'ai vu couler mes premiers ans ,
Grace à la paix , moins dans les champs.
Où l'aira'n belliqueux réfonne ,
Qu'aux vergers fleuris où- moiffonne
La main des fortunés Amans .
Douce & trompeufe jouiffance !
• J'y crus faifir le vrai bonheur
Et n'en furpuis que l'apparence :
Dans ces lieux trop chers à mon coeur ,
Sous la main de l'intempérance ,
Souvent j'ai vu tomber la fleur
Que devait cueillir l'innocence ;
Souvent , de fon voile impofteur ,
J'ai vu le parer la licence ,
Et duper l'inexpérience
ए
Sous les dehors de la candeur.
Egaré par d'aimables fonges
Livré fans ceſſe à ſon défir ,
Le jeune Guerrier croit jouir ,
Et ne faifit que des menfonges.
La Jeuneffe , aux jeux turbulens ,
L'emporte au pays des chimeres ;
Et là , fur des fleurs éphémeres
Le livre aux doux égaremens .
Bercé des mains de la Folie
Il chérit d'abord fes deftins
"
DE FRANCE
Rend graces aux Dieux libertins ,
De fon exiftence embellie ,
Et , fans foucis & fans chagrins ,
Commence aflez gaîment la vie.
Mais ces plaifirs faux & trompeurs
Dont s'enivre l'effaim volage
De nos Guerriers dans leurs ardeurs ;
Tantôt , pour varier l'hommage.
Qu'à la Beauté doivent nos coeurs
A quelque Nymphe de couliffe
Faiſant le galant ſacrifice
>
De l'innocence de fes meurs ;
Tantôt affichant fans fcrupule
La femme facile & crédule
De ces maris fi complaifans ,
Que , vainqueurs peu reconnaiffans ,
On livre encore au ridicule ;
Mais ces plaifirs moins inhumains
D'aller br.fer entre deux vins ,
Les fonnettes du voifinage ,
Réduire en pieces le vitrage
Des plus paifibles Citadins ,
Et mettre le comble au tapage
Dans des demeures de Catins ;
Ces jouiffances fi trompeuſes
,
Qui peuvent féduire à vingt ans ,
S'attiédiffent avec le temps ,
Et deviennent faftidieufes.
A 3
MERCURE
La pefante uniformité
Change en dégoût la volupté ;
L'ennui fuccede à la gaîté ,
" La langueur à la jouiffance
Et le jeune homme à fon été
Gémit déjà de l'exiftence.
Telle eft l'image de mon coeur
Tel eft le vide de mon ame ;
Mais j'irai goûter ton bonheur ,.
Et me ranimer à la flamme
De ton efprit confolateur.
Souvent , dans l'enceinte fleurie
De tes bocages écartés
La confiance épanouie
Viendra s'affeoir à nos côtés ,
Et raffurer par fa préſence
L'entiere & libre confidence
De mes nombreux égaremens ::
Les fictions , l'allégoriq
Sauront parer les argumens
De ta douce philofophie ;
Toujours naifs , toujours touchans ,
Les Contes de la Bergerie
Appuyer tes raifonnemens ,
Et , comme les Fables d'Homere ,
Servir de voile & d'ornemens
Aux traits d'une morale auftere .
( Par M. L. N. St. L. Off. au Corps
Royal du Génie. )
DE FRANCE.
PAL É MON,
.
CONTE PASTORAL ( 1 ) .
品
APRÈS avoir lorig temps confidéré
dans un religieux filence , le Tombeau fur
lequel étaient gravés ces mots : Et moi , je
vivais auffi dans l'Arcadie , des Bergers , de
jeunes Bergeres , que la vue de ce monument
avait triftement occupés , s'en allaient
émus & penfifs , l'amiant à côté.de
l'amante ; les uns les yeux baiffés , les autres
, d'un regard attendri , s'exprimant ce
qui fe paffait dans leur ame ; quelques-uns
fe donnant la main , & femblant fe dire
l'un à l'autre Puifque c'eft-là le terme où
tout finit, au moins aimons- nous juſque- là.
Tandis que , l'efprit encore plein de ces
idées mélancoliques , ils s'avançaient hors
du bocage qui environnait le Tombeau
ils virent , au coin du vallon , une bergerie
folitaire , & à la porte de la cabane un
vieillard affis , & plongé dans une tristelle
profonde. Son corps était courbé ; fa tête
chauve , & parfemée de cheveux blancs ,
s'appuyait fur la noueufe épine qu'il tenait
( 1 ) Ou font expliqués deux Tableaux du
Pouffin,
A 4
MERCURE
dans fes mains. Il ne s'apperçut pas de
leur approche ; & ce ne fut qu'en entendant
leur voix qu'il fouleva fa têre & fa
paupiere appefantie . Ils furent tous frappés
de fon air vénérable : un Rci dans le malheur
n'aurait pas eu plus de majesté .
Ce caractere empreint fur le vifage de
Palémon , l'était encore plus dans fon ame;
c'était un fentiment de nobleffe & de dignité
qu'il attachait à fa condition , & qui
relevait à fes yeux les plus humbles foins
de l'empire qu'il exerçait fur fes troupeaux.
Tout , dans la vie paftorale , s'était agrandi
à fes yeux l'Alphée était le Roi des fleuves
, les vallons qu'il arrofe étaient pour
lui le monde ; Pan & Palès étaient au nombre
des plus grandes Divinités..
་
Saifis de refpect à la vue de ce vieillard ,
les Bergers s'arrêterent à quelque diftance
de la cabane devant laquelle il était affis ;
mais l'un d'eux s'avançant , le pria de leur
dire quel était le Tombeau qu'ils avaient
vu dans ce bocage. C'eft - là , répondit le
vieillard , que font enfevelis tous les charmes
de la jeuneffe , toutes les profpérités
de la vie , la beauré , la gloire , l'amour ,
l'amour heureux ; là font enfevelis , avec
ma fille unique , mes efpérances & ma
joie ; c'eft le Tombeau de Lycoris . En achevant
ces mots , Palémon tourna lentement
un regard douloureux du côté du bocage ,
& laiffa retomber la tête fur fes mains
DE FRANCE. 59
Pardonnez , lui dit le Berger , à l'imprudente
curiofité qui a renouvelé vos douleurs.
Vénérable vieillard , mon deffein n'était
pas de r'ouvrir la fource de vos larmes,
Berger , répondit Palémon , les larmes
d'un pere font douces , lorfqu'il pleure fur
fes enfans : & quel ferait le foulagement
de fon coeur , s'il ne pleurait pas ? C'eft
l'unique plaifir qui l'attache à la vie. Oh !
non , ne craignez pas de les faire couler ces
larmes bienfaifantes : graces aux Dieux ,
la fource en eft vive & intariffable ; elle
ne ceffera qu'à mon dernier foupir.
: Comme il parlait ainfi , les autres Bergers
& Bergeres s'étaient doucement approchés
. Oui , leur dit-il , ce Tombeau que
Vous avez vu s'élever comme un aurel
dans ce bocage , eft celui de ma fille. Elle
était jeune , comme vous , & la Parque me
l'a ravie. Le jeune Myrtis , fon amant , l'a
précédée chez les Morts . Comme il n'était
pas fon époux , je n'ai pas dû mêler leur
cendre ; mais il repofe à côté d'elle . Sous
le même gazon repofe auli Nélé
mere
de Lycoris. Moi , facheve auprès d'eux le
cours de ma vieille fe folitaire , en attendant
que le dernier fommeil defcende fur
mes yeux.
Bon pere , lui dit le Berger , puifque
vous chériffez l'amertume de vos regrets ,
comme la chevre du Menale nine l'amer
tume du faule du cytife, vous devez
A s
ro MERCURE
favoir gré à ceux qui vous invitent à leur
parler de Lycoris ; car le ruiffeau fe plaît
à murmurer autour du caillou qui le brife.
Oui , je me plais auffi , dit Palémon , à
rouler ma penſée autour de ce Tombeau.
J'aime à parler de mon enfant ; j'aime à
me rappeler les heures fugitives de cette
belle vie aucun moment n'en eft encore
effacé de mon fouvenir. Je la vois au berceau
& au fein de fa mere ; je la vois
s'élever à la hauteur de mes brebis , &
jouant avec leurs agneaux ; je la vois croître
comme le peuplier , dont la taille avait la
foupleffe ; je la vois belle & dans l'éclat
de fon printemps , plus fraîche que la prime
rofe ; & comme cette fleur naiffante.
Un foupir lui coupa la voix , & les yeux.
fondirent en pleurs.
Quelques inftans après : Elle faiſait ma
gloire ainfi que mon bonheur , pourſuivit
Palémon. A peine eut - elle paru dans les
fêtes de nos hameaux , fa beauté devint fi
célebre , qu'un Statuaire , à qui les Dieux
avaient donné le talent d'animer l'argile ,
lorfqu'il exprimait leur image , Alcimédon ,
vint me prier de lui permettre de donner à
Diane les traits de Lycoris . Je fus trop
fenfible peut - être à cet excès d'honneur ;
les Dieux m'en ont puni. Lorſqu'il ett fini
fon ouvrage , Alcimédon me dir : Le marbre
va donner à ces traits l'immortalité.
( Hélas 4 le marbre eft infenfible . ) Je te
DE FRANCE. ΓΙ
devrai ma renommée , ajouta - t - il ; reçois
de moi , en récompenfe , cetre coupe de
cedre qui jufqu'ici a été mon chef-d'oeuvre :
je n'ai jamais rien imité plus délicatement
que ce pampre qui la couronne ; & les
deux chevres qui s'élancent pour en atteindre
le feuillage , font ce que mon cifeau a
produit de plus animé. Hélas ! vous allez
voir que cet homme divin n'a pas borné à
ce préfent fa pieufe reconnaillance.
Ma fille avait atteint fa 18. année , lorf→→
que nous fumes menacés du plus redoutable
fléau . Dix fois un loup féroce avait
rougi l'herbe de la prairie du fang de mes
troupeaux. Nélé , la digne mere de Lycoris ,
vivait encore ; elle était défolée ; mes Pâtres
étaient confternés ; j'étais moi - même accablé
de trifteffe . Cet animal vorace était
forti des forêts du Lycée , & dans toutes
les bergeries il avait répandu l'effroi. Lycoris
, elle feule , au milieu de tant de défolation
, confervait la férénité de l'inocence
de fon âge. Ma mere , difait- elle
ne vous affligez pas le Dieu des Bergeries
, Pan , ne nous a-t-il pas toujours
chéris & protégés ? Mon pere ne lui a-t-il
pas immolé tous les ans les prémices de
fes troupeaux ? Croyez - vous qu'il oublie
une piété fi conftante ? Non , il ne permet
pas que le pays qu'il aime , l'Arcadie foit
ravagée ; & il fera tomber le monftre fous
les coups de quelque Pafteur. Ainfi parlai
A G
و ت
12 . MERCURE
ma fille , comme infpirée par le Dieu même.
Ah ! Bergers , on eût dit que fon regard
attirait far nous le fourire de la fortune.
Sa voix , du moins , fa voix répandait dans
nos ames une confolation plus douce que
les parfums fuaves qui s'exhalaient des
fleurs.
Son efpérance ne fut pas vaine. Un foir,
au bord de la forêt voifine , comme je venais
d'abattre un chêne pour écarter l'hiver
de mes foyers , ce loup formidable s'offrit
à moi , chargé d'une brebis déchirée & bêlante
encore . Tout fon poil était hériffé
fa gueule était fanglante , fes yeux étince
lans ; & en paffant auprès de moi chargé
de ma brebis , il menaçait encore. Sa rage.
murmurait à travers fes dents écumantes.
Je vous implore , ô Dieu des Troupeaux !
m'écriai - je ; & à l'inftant , d'un coup de
ma hache pefante , j'étendis le montre à
mes pieds.
Je reviens à la bergerie , encore pâle de
ma frayeur, mais tranfporté de joie. Eh bien ,
me dit ma fille , je vous l'avais prédit , mon
pere. Voyez fi la fortune ne fait pas , ainfi
que l'abeille , changer Famertume en douceur
! Nous avons , il eft vrai , perdu un
fuperbe belier , douze de nos brebis , &
même le plus courageux de nos chiens &
le plus fidele , mais , mon pere , quelle eft
la vie dont la profpérité n'eft mêlée d'aucun
revers ? Bientôt des agneaux bondifDE
FRANCE. 13
fans viendront repeupler la prairie ; nos
malheurs feront oubliés ; mais la défaite
de l'ennemi cruel dont vous avez délivré
nos vallons , ne fera jamais oubliée : elle
va vous couvrir de gloire ; & tant qu'il y
aura des troupeaux & des Paſteurs dans
l'Arcadie , le nom de Palémon ne périra
jamais. Telles furent , Bergers , les paroles.
de cette enfant fi jeune encore , & cependant
fi fage ! Nous l'écoutions avec étonnement,
fa mere & moi , & nous croyions
entendre une Divinité.
Vous pensez bien , pourfuivit Palémòn,
que je ne manquai pas de rendre au Dieu
qui m'avait fecouru d'éclatantes actions de
graces. Les Pafteurs des bords de l'Ophis ,
de l'Erimante & de l'Alphée vinrent tous
m'honorer du nom de leur Libérateur. Ce
n'eft pas moi , leur dis-je , qui vous ai délivrés
, c'eft le grand Dieu qui nous protége
; & fi vous m'en croyez , Pafteurs ,
dans le lieu même où le monftre a péri ,
nous offrirons des facrifices à ce Dieu qui
veille fur nous . Tout d'une voix la fête fut
réfolue & annoncée pour les beaux jours
où le foleil atteint le figne des fils de Léda.
Jamais rien de plus folennel ne s'était
vu dans l'Arcadie. Un Temple magnifique
où de jeunes tilleuls , tranfplantés avec leur
racine , formaient un double périftile , &
courbaient leurs rameaux nailfans ornés
d'une tendre verdure ; un autel du plus
14 MERCURE
beau gazon qui eût bordé le lit de l'Alphée,
& ce gazon tout émaillé de fleurs ; des
guirlandes que des Bergeres , Lycoris à leur
tête , avaient tiffues & nuancées , avec un
art inimitable , de toutes les couleurs dont
fe revêt le printemps ; une harmonie ravillante
de flûtes , de hautbois , & de ces
chalumeaux que Pan lui- même a inventés .
Jamais les rofeaux- de Syrinx n'avaient rendu
des fons plus doux ( fi ce n'eft cependant
au fouffle & fous les levres du Dieu qui
l'avait tant aimée ; car jamais ni Dieu ni
Mortel ne fera comme lui foupirer ces rofeaux.
) A ces accords , mille éclatantes voix
uniffaient leurs accens , & faifaient retentir
les airs des louanges du Dieu rutélaire de
nos prairies. Je n'ofe dire que mon nom
fe mêlait à leurs chants trop fortuné
Morrel , tant de profpérités allaient m'échapper
comme un fonge. Enfin trois geniffes
fans tache , & vingt brebis choifies
fur tous les troupeaux du vallon , venaient
s'offrir en facrifice. Concevez - vous , Bergers
, un fpectacle plus magnifique ? Con
cevez - vous , hélas un Mortel plus heu
reux que moi ?
Je le fus encore davantage , lorfque ,
dans les jeux célébrés après le facrifice , je
vis ma fille , à qui tous les yeux , tous les
coeurs donnaient le prix de la beauté , je
la vis obtenir encore fur fes compagnes &
le prix de la danfe & celui de la courfe ;
DE FRANCE.
Is
& le front chargé de couronnes de jaſmin ,
de myrte & de rofes , venir cacher fa rougeur
dans les bras & fur les genoux de fa
mere. Ah ! ce n'eft rien encore au prix des
nouvelles émotions qui firent treffaillir mon
coeur.
Les prix de la lutte & du chant étaient
réfervés aux Paſteurs . Myrtis remporta l'un
& l'autre. Je ne vous dirai point quel était
ce Myrtis le fouvenir de fa beauté fera
dans l'Arcadie auffi durable que le cours.
de l'Alphée. Les Nymphes du Ménale &
du Lycée ont pleuré fa mort.
C'était fur- tout dans l'art du chant qu'il
excellait parmi tous fes rivaux ; & lorfqu'au
pied de l'autel du Dieu Pan , il célébra
les faveurs de ce Dieu répandues fur les
campagnes , aucun de nous n'aurait voulu
changer la deftinée contre la fortune des
Rois.
Dans fes chants , il parut d'abord youloir
nous faire envier les jouiffances de l'avarice
; & il nous fit voir un navire chargé
des tréfors de Corinthe , & - fier de fon
fardeau , voguant à pleine svoiles , fur la foi
trompeufe des vents ; mais bientôt il nous
le fit voir affailli , battu par l'orage , brifé
contre un écueil , englouti dans les flots.
Il nous fit voir fur le rivage l'aváre maître
de ces richelles pâle d'horreur , contemplant
fon naufrage , & dans les yeux l'orgueil de
l'efpérance faifant place à l'effroi & au plus
cruel défefpoir.
16
MERCURE
Enfuite il vanta les exploits & le triomphe
d'un Héros que la victoire a couronné ;
il nous le montra fur un char environné
d'un Peuple enivré de fa gloire ; & l'inftant
d'après , accufé , condamné far ce
même Peuple , & allant vieillir & mourir
ou dans l'exil , ou dans les fers.
Il nous fit voir de même un Roi dans fon
palais , environné de fa puiffance , & revêtu
, comme les Dieux , de fplendeur &
de majefté. Mais foulevant les rideaux de
pourpre fous lefquels on croit qu'il repofe,
il nous le fit voir agité de craintes vigilantes
& de foins dévorans .
Bien plus heureux , dit-il enfin , le Laboureur
dont les boeufs dociles creufent un
fertile fillon ; car la terre la plus fauvage
eft moins ingrate que les hommes . Mais
plus heureux encore l'humble & fage Pafteur
, qui , dans la paifible Arcadie , borne
fes voeux , fes efpérances , tous fes défirs
à poffeder un troupeau qui profpere , un
chien fidele & vigilant , une Bergere aimable
& . qui fe laiffe aimer je dirais bien
& qui l'aime à fon tour ; mais ce ferait
ajouta t - il , attribuer à un fimple Mortel
un bonheur que les Dieux peut-être le font
réfervés à eux- mêmes .
.
Ainfi chanta Myrtis ; & le Dieu des Bergers
reçut , comme l'hommage le plus digne
de lui , l'éloge de la Bergerie.
Le vainqueur fut couronné de lierre ,
DE FRANCE. 17
de ce lierre que les Filles de l'Harmonie
les Mules , préferent à l'or ; & j'ajoutai à
fa couronne , pour prix du chant qu'il avait
fait entendre , la précieuſe coupe dont m'avait
fait préfent le Statuaire Alcimédon.
Quelle fut ma furpriſe , lorfqu'en la
recevant il me dit : Je l'accepte , Palémon ,
certe coupe ineftimable & digne du nectar
que la jeune Hébé verfe aux Dieux ! Mais
gardez - la- moi ; l'ufage en eft facré , & je
n'y veux tremper mes levres que lorsqu'elle
fera ma coupe nuptiale , & que la belle
Lycoris y daignera boire avec moi . Alors
fe tournant vers Nélé : Digne mere de
Lycoris , permettez , lui dit-il , que je mette
à fes pieds ce que j'ai de plus cher au
monde ; & détachant de fes cheveux la
-couronne de lierre dont ils étaient ornés
il la laiffa tomber aux pieds de Lycoris . A
l'inftant , les airs retentirent d'applaudiffemens
redoublés , & mille voix proclamerent
Myrtis le Berger , l'époux de ma fille.
Palémon , me dit - il , c'eft- là mon vrai
triomphe, fi jamais je puis l'obtenir. Tous
les coeurs vous expriment le voeu du mien ;
puiffent les Dieux vous l'infpirer ; & puiffè
Lycoris obéir fans regret à la volonté de
fon pere ! J'embraffai le jeune homme
Nélé lui prit la main , & ma fille alla de
pudeur fe cacher parmi les compagnes .
Vous penfez bien que dès ce moment
Myrtis me fut prefque auffi cher que peut
I-8 MERCURE
l'être un fils à fon pere. Le lendemain , je
le vis arriver dans le vallon , précédé d'un
troupeau qu'Apollon , Apollon lui- même
n'aurait pas rougi de conduire. Vingt geniffes
& deux taureaux dans tout le feu de
la jeuneffe , deux cents brebis qui pliaient
fous le poids d'une laine femblable à des
monceaux de neige ; & au milieu de ces
brebis , des beliers revêtus d'une épaiffe
toifon de la même blancheur . Cinquante
chevres traînant à peine le fardeau de ce
doux breuvage dont fut nourrie l'enfance du
Souverain des Dieux ; & à leur tête , leurs
Amans le front armé pour les combats qu'exciterait
leur ardeur jaloufe . A l'entour du troupeau
, fix moloffes faifaient la ronde fous.
des conducteurs vigilans . Hélas ! pour être
préféré à tous les Bergers d'Arcadie , Myrtis
, tu n'avais pas befoin de m'étaler tant
de richeffes. Mon coeur & le coeur de ma
fille t'avaient déjà promis fa main .
Palémon , me dit- il , avant d'avoir vu
Lycoris , je me croyais heureux ; je ne puis
plus l'être fans elle . Ni toutes ces richeffes
dont les Dieux m'ont comblé , ni la gloire
que l'Arcadie vient de décerner à mes
chants , ne touchent plus mon coeur , fi Lycoris
ne les partage. Viens , ma fille , viens
voir , lui dis- je , tous les biens qui te font
offerts , fi tu acceptes l'époux que mille
voix t'ont deſtiné , & que ton pere te propofe.
Des biens ! ah , mon pere , dit- elle ,述
DE FRANCE L'O
n'en eft qu'un pour moi ; c'eft un époux
chéri des Dieux , choifi par vous , & au
gré de ma mere. Myrtis , avec ces avantages
, n'eût-il qu'une fimple houlette , ferait
pour moi le premier des mortels .
Alors , tandis que les troupeaux fe repofaient
dans ma bergerie , & que dans des
urnes d'argile , Lycoris & Nélé fa mere ,
faifaient couler des flots d'un lait délicieux ,
Myrtis & moi nous convînmes d'un jour
pour célébrer cet hyménée. Jour funefte !
jour effroyable ! & qui femblait marqué par
la haine de quelque Dieu. On a dit que la
caufe de nos malheurs fut le dépit jaloux
des Nymphes du Ménale , qui , amoureafes
de Myrtis , & envieufes du fort de fon
amante , n'avaient pu fouffrir leur hymen..
Je ne veux point accufer les Nymphes : puifqu'elles
ont pleuré aux funérailles de Myrtis
, elles n'ont point caufé fa mort.
Le jour était venu; nos amis étaient raf
femblés ; l'autel , le facrifice , le feſtin , le
lit nuptial , tout était préparé . Le plus
brillant foleil d'été s'élevait fur nos têtes ;
& tandis que dans nos troupeaux , le facrificateur
choififfait les victimes , pour les
purifier & pour les couronner de fleurs ,
tous nos jeunes amans jouaient dans la
prairie; & nous , peres & meres , partagés
en deux- troupes , l'une affez près du lac
pur & pailible où l'on avait coutume de
laver mes troupeaux , & l'autre plus loin
20 MERCURE
de les bords , nous rappelant notre jeuneffe ,
nous laiffions nos enfans goûter en liberté
les plaifirs de cet âge heureux.
-
Le feul Myrtis s'était féparé de la danfe ,
pour offrir fa priere aux Nymphes des fources
voifines . Jeunes Divinités , dont les urnes
s'épanchent au fein de ce riche vallon ,
chériffez , difait il , protégez un Paſteur
qui vient habiter parmi vous. Il accompa
gnera des fons de fa flûte champêtre le bruit
de vos claires fontaines , le murmure de
vos ruiffeaux & le frémiffement des peupliers
qui les ombragent ; il célébrera dans
les chants la fraîcheur de vos ondes pures ,
il annoncera vos bienfaits .
Alors , fe dépouillant de fa tunique nuptiale
, il s'était plongé dans les eaux du lac
qui leur eft confacré. Mais lorsqu'il en fortit ,
auffi pur, auffi éclatant que la feuille du lis
ou celle du narciffe , lorfqu'elle brille encore
de la rofée du matin , un énorme ferpent
, qui fe tenait caché fous l'herbe , &
qui fe fent foulé fous les pieds de Myrtis ,
fe dreffe , l'enveloppe , fe replie autour de
fon corps.
Tout à coup dans les airs un effroyable cri
s'éleve. Ma troupe & moi nous l'entendons
de loin , & faifis de frayeur, nous écoutons ;
le cri redouble , & nous voyons un groupe
de Pafteurs , plus voifin du lac , lever les
mains au Ciel , & par fes mouvemens , exprimer
l'horreur & l'effroi . C'était Myrtis
DE FRANCE. 21
que l'on voyait enceint des longs replis de
ce ferpent qui l'étouffait. Hélas ! ma fille
& fes compagnes n'avaient pas même entendu
fes cris ; & tandis que le malheureux
s'épuifait en efforts pour fe dégager de ces
neuds , dont il était comme enchainé , ma,
fille , fon amante , ivre de bonheur & de
joie , & le front couronné de fleurs , danfait
au fond de la prairie , & animait par
fon exemple un cercle de jeunes amans. O
trompeufe prospérité ! qui peut fe fier à tes
careffes : qui peut s'endormir dans ton fein?
J'accourus , j'écrafai du fer de ma houlette
la tête du ferpent qui s'alongeait pour
s'échapper; fecours tardif & fuperflu ! L'infortuné
jeune homme était à fon dernier
foupir. Il reconnut ma voix , & en ouvrant
fur moi un oeil mourant , il me tendit la
main. Il voulait me parler; le nom de Lycoris
vint mourir fur fes levres . Je l'embraffai .
Il expira.
Le deuil le plus profond fuccéda tout à
coup à la plus vive joie. Nélé s'avança triftement
vers le lieu de la danfe : Bergers ,
dit-elle , & vous , ma fille , ceffez vos jeux ;
il n'eft plus temps de fe réjouir. Les Dieux
n'ontpas voulu que nous fuffions long-temps
heureux. Non , Lycoris , ce n'eft plus votre
hymen , ce n'eft plus l'hymen de Myrtis ,
ce font fes funérailles que ce jour, ce funeſte
jour doit éclairer. Myrtis n'eft plus.
Myrtis n'eft plus ! Ce cri d'étonnement
& de douleur retentit dans tout le vallon.
22
MERCURE
Dès que ma fille l'entendit , elle tomba
comme frappée du coup mortel , & refta
long- temps renverfée , fans couleur & fans
voix , dans les bras de fa mere . Nous la
portâmes évanouie dans ma cabane ; &
lorfqu'elle reprit fes fens , lorfqu'elle revit
la lumiere : Eft-il bien vrai , mon pere , ditelle
, d'une voix faible & déchirante? Il n'eft
plus ! Elle fe fit raconter fa mort ; elle voulut
aflifter à fes funérailles ; & bien loin de
cacher fes larmes , elle en fit gloire . Je
pleure , difait- elle , l'époux que m'a choiſi
mon pere : j'étais à lui , je fuis à lui encore ,
je ne ferai jamais qu'à lui , & en attendant
que le tombeau nous réuniffe , je ne demande
qu'à le pleurer.
Hélas jeunes & vieux , nous le pleurions
tous avec elle : ce fut , pour toute l'Arcadie ,
une calamité que la mort de Myrtis : vos
peres ont pu vous le dire. Les Nymphes des
bocages où Myrtis avait pris naiffance ,
les Nymphes des bords du Ladon , criaient
la nuit : Myrtis eft mort ! & des antres du
Pholoë jufqu'aux cimes de l'Aléfus , tous
les échos de nos montagnes répéterent longtemps
ces mots : Myrtis eft mort ! Ah ! rien
n'était plus jufte que ces regrets de fa parsie :
il en était l'exemple , il en faifait la gloire;
il devait en être l'amour.
Mais moi , malheureux pere ! quelle fut
ma douleur , lorfque je vis ma fille languiffante
& fanée comme la fleur que le vent
1
DE FRANCE
23
ou le fer a détachée de fa tige , s'éteindre à
vue d'oeil dans nos bras ! Elle nous aimait
tendrement , fa mere & moi ; elle eût voulu
vivre pour nous. Ah ! difait- elle en fe livrant
à nos careffes , conſolez -moi , s'il eſt poſſible
, & prolongez pour vous mes jours ; je
vous les dois , je veux fervir & foulager votre
vieilleffe , & n'aller retrouver Myrtis que
lorfque vous ne ferez plus. Mais l'amertume
de la douleur fe mêlait fur fes levres
à la douceur de ces paroles ; & fa jeuneffe
& fa beauté fe confumaient , comme la
cire, compofée du fuc des fleurs , fe confume
à la Hamme dont elle eft l'aliment.
Sa mere fuccomba au chagrin de la voir
périr : cette mort avança la fienne. Elle touchait
à fa derniere aurore , lorfque le Statuaire
Alcimédon vint me voir. Palémon ,
me dit-il , ce n'eft plus pour une Diane , c'e
pour l'amante de Zéphire , pour la Divinité
du printemps & des fleurs que je viens emprunter
les traits de Lycoris. Ah cruel ! m'écriai-
je , eft- ce pour déchirer mon coeur que
Vous me tenez ce langage ? Flore , grands
Dieux ! ma fille ! venez la voir éteinte , venez
voir la langueur , la pâleur de la mort dans
les yeux , fur les levres , dans tous les traits
de mon enfant. Hélas ! c'eft peut- être aujourd'hui
que fon dernier foleil fe leve ; &
nous allons nous dire un éternel adieu.
En effet , ce jour même elle expira . Touché
de ma douleur , Alcimédon , ami de la
24
MERCURE
7
beauté , pleura fon plus parfait modele ; &
ce fut lui qui , pour honorer la mémoire de
Lycoris , daigna lui élever ce tombeau.
>
Il voulait y placer fon bufte ; il voulait
y graver l'éloge de fes charmes. Oh non !
lui dis- je , rien d'orgueilleux fur le tombeau
de celle qui fut fimple & modefte ; qu'un
marbre pur rappelle la candeur de fon ame ,
& qu'il apprenne à la jeuneffe heureuſe à
ne pas s'éblouir de la félicité ; qu'il lui faffe
penfer à celle que les plus douces efpérances
ont fi cruellement trompée , au moment
même où la fortune , l'amour , l'hymen , la
gloire , tous les Dieux favorables femblaient
fe réunir pour l'élever au faîte du bonheur.
Qu'il vous fuffife donc , homme divin , de
graver fur le marbre , cette leçon pour nos
Bergers : Et moije vivais auffi dans l'Arcadie ;
la renommée dira le refte ; & on ne l'oubliera
jamais.
Tel fut le récit de Palémon. Il fut fuivi
d'un long filence. Enfin , l'une de ces Bergeres
, Délie , après avoir confulté les yeux
de Ménalque : Sage vieillard , dit- elle à Palémon
, tant de douleur aurait au moins encore
quelque foulagement , s'il vous reftait
des enfans, dont l'amour fût l'appui de votre
vieilleffe. Je n'ai plus rien qui me foulage
, répondit Palémon ; la Parque ne m'a
rien laiffé. Si vous vouliez , reprit Délie ,
je vois ici deux orphelins , un Berger &
une Bergere , qui feraient bien contens ,
-
bien
DE FRANCE. 25
---
bien glorieux , que Palémon daignât leur
tenir lieu de pere , les adopter pour fes enfans.
Cette Bergere , ferait- ce vous deman
da le Paſteur ? vos regards femblent me le
! dire. Mes regards , lui répondit- elle , doivent
dire auffi quel ferait ce Berger. - Ce
jeune homme ? Oui , Ménalque , mon
amant , bientôt mon époux. Il n'eft pas beau
comme Myrtis ; fa Délie eft plus loin encore
dé reffembler à l'objet de vos larmes ; mais
ils vous chériraient tous deux fi tendrement ,
que vous les croiriez animés par les manes
pieux qui habitent ce bocage. Eh bien
Délie , & vous Ménalque , venez , dit Padémon
, venez au tombeau de ma fille lui
jurer de rendre à fon pere les mêmes foins ,
s'ileftpoffible , qu'elle lui rendait elle-même;
& moi je promettrai de vous aimer , non
pas comme j'aimais ma fille , mais autant
que je puis chérir tout ce qui n'eſt pas
Lycoris.
Cette adoption fut confacrée fur le tombeau
; les Bergers , les Bergeres en furent
les témoins. Ils laifferent Ménalque & Délie
auprès du vieillard ; & le jour ſaivant
ils revinrent affifter à leur hyménée. Une
joie infultante ne vint point s'y mêler. L'amour
& le bonheur s'y tintent voilés en
filence . Palémon conduifit les deux époux
à l'autel ; & en les uniffant , il baigna leurs
mains de fes larmes. Mais infenfiblement
fes larmes perdirent de leur amertume ; une
Juin 1791 .
No: 23. 4
B
16 MERCURE 2
douce & tendre famille peupla fa folitude ,
L'égaya quelquefois ; & après avoir été longtemps
le plus heureux des Pafteurs d'Arcadie
, & long- temps le plus malheureux ,
il acheva de vieillir content de la derniere
confolation qui refte à l'homme vertueux ,
dans des afflictions fans remede , la douceur
de faire du bien , & de laiffer de foi de
tendres fouvenirs.
( Par M, Marmontel. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Coupelle ;
celui de l'Enigme eft Clou ; celui du Logogriphe
eft Paperaffe, où l'on trouve Pape,
Papa, Sape, Saper, Pas , Paffe, As , Ré,
Parelle,
CHARA DE,
MON dernier
Peut être mon premier
Sans être mon ențier ;
Mon dernier
N'eft jamais mon entier
Sans être mon premier.
( Per M. Prevôt de Moka, 】
DE FRANCE.
27
É NIG ME.
JE fuis , Lecteur , une maiſon gentille ;
Avec plaifir l'ouvrier m'arrondit ,
Légérement fur un pivot me mit ,
Si que je tourne & même je frétille.
Une commere habite le premier ,
Qui de parler fait fon unique affaire :
Ange & Démon , nuifible & falutaire
Sage par fois , fouvent folle à lier.
A mon ſecond demeure un locataire ,
Inceffamment d'un catharre affligé ,
Sale & bruyant ; mais le propriétaire
Point ne voudrait lui donner fon congé.
Mon troifieme eft une double guérite ,
Où deux gémeaux font poftés pour tout voir
Et rien n'échappe à ce couple hypocrite ;
Mais il eft fourd ; on ne peut tout avoir.
Deux pavillons fis à l'une & l'autre aile ,
Servent d'afile à deux autres gémeaux ,
Aveugles-nés , qui , de leurs foupiraux,
Ecoutent tout ce que dit la femelle.
>
( Par un Abonnés }
>
3 .
律
28 MERCURE
h
LOGOGRIP HE.
JE fuis un habitant du Cloître ,
Et porte à mon menton une efpece de goître ;
Mon coftume eft bizarre en fa fimplicité ;
Mon état eft fameux par fon auftérité ;
Mais , ce qui paraîtra fort fingulier , peut- être ,
C'eft que, fans reffembler en rien aux Conquérans,'
Je fais la guerre au monde , & vis à ſes dépens.
D'après ces traits on peut me reconnaître.
Veut-on me difféquer ? L'on trouvera chez moi
Une petite ville où naquit un grand Roi ;
Une pointé où la terre eft unie à Neptune ;
Un mont dont la hauteur infpire de l'effroi ;
Un aliment commun ; une boiffon commune ;
Un inftrument à nettoyer les grains ;
On y trouve de plus au moins fept mots latins ;
Le côté d'un habit ; celui d'une muraille ;
Le Dieu qu'invoquent les Bergers ;
Ce qu'aucuns par décence appellent leur médaille ;
Enfin un arbre à pomme éloigné des vergers.
( Par un Abonné. Į
DE FRANCE. 29
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MÉMOIRES Hiftoriques , Politiques &
Géographiques des Voyages de M. de
Ferrieres-Sauveboeuf , faits en Turquie
en Perfe & en Arabie , depuis 1782 juf
qu'en 1789 ; avec fes Obfervations fur la
Religion , les Moeurs , le Caractere, & le
Commerce de ces trois Nations ; fuivies
de détails très - exacts fur la guerre des
Furcs avec les deux Cours Impériales
d'Autriche & de Ruffie , les difpofitions
des trois Armées , & les réfultats de leurs
campagnes. A Paris , chez Buiffon , Imp-
Libr. rue Haute-feuille , N°. 20. 2 Vol.
in- 8° . Prix, 6 liv. pour Paris , & 7 liv.
francs de port par la Pofte par tout le
Royaume.
IL en
Len eft des Voyages à peu près comme
des Hiftoires : ils plaifent de quelque maniere
qu'ils foient écrits. L'Auteur de ceuxci
déclare qu'il ne fait point fon métier
d'écrire ; on s'en apperçoit à fes négli-
B 3
30 MERCURE
gences. Peut - être les a- t- il pouffées trop
loin ; peut - être , fans être trop févere
pourrait-on exiger qu'un homme qui publie
un livre , quoiqu'il n'en faffe pas métier ,
ne commette pas du moins , contre la Langue
, de ces fautes dont le fimple ufage
doit garantir.
-
L'homme du monde le moins pédant
ne doit pas dire une obélifque égyptienne ;
ni des obélifques dont quelques - unes font
renversées ; ni cette monopole affreufe ; ni
une espace de fix lieues , entrecoupée de
hautes montagnes ; ni adopter une defcription
à telle fituation locale ; ni qui entreviennent
pour mettre le hola ; ni lui empêchait
d'aller rejoindre ; ni fur tout les
Cités dont s'énorgueilloient jadis les Rois
de Crete. Il doit favoir affez les regles
des participes , pour ne pas dire à tout
moment les obfervations que j'ai fait ;
les lettres que j'avais adreffe ; & qui pis .
eft , les Ottomans n'ont pu oublier les
miferes qui les ont accablées . La plus légere
connaiffance de la fyntaxe doit l'empêcher
d'écrire le poids de leurs armes ,
dont ils en ont plufieurs d'inutiles ; fi l'Egypte
deviendra une Puiffance Européenne ,
fa pofition fera des envieux ; cela n'empêche
pas que c'eft parmi les Turcs une
indifcrétion offenfante ; les Commandans
font plus fouvent occupés à donner des
fêtes , plutôt que de , &c. &a ;
DE FRANCE. 31
M. de Ferrieres paraît s'être en général
plus occupé des chofes que des mots ; il
n'y a pas de mal à cela ; mais enfin, les
mots font les fignes des chofes , & lorfque
les premiers vont jufqu'à manquer de
juftelle & de propriété , il eft quelque
fois difficile d'entendre les fecondes . Que
fignifient , par exemple , ces expreffions :
nourris avec l'âcreté de la mifere ; la prédeſtination
, ou la fatalité de l'ame ; le temple
de Balbeck , dédié à l'Etre du jour ;
la Dalmatie ne tardera pas à fubir le fort
de l'envie puiffe la paix , faire bientôt
ceffer une guerre qui rendra le bonheur à
tant d'infortunés , &c. &c. Il n'eft pas
facile de démêler , au travers de ces mots ,
les chofes que l'Auteur a voulu dire.
remarques.
Nous ferions des pédans nous - mêmes ,
fi nous attachions trop d'importance à ces
Mais dans un moment où tout
le monde imprime ; où le Français , avide
d'inftruction , la dévore fans trop examiner
la maniere dont elle eft préfentée ; où la
Langue délivrée des lifieres de la Cour &
de l'Académie , court au devant des tours.
nouveaux , des expreffions nouvelles , &
tend à s'affranchir de toute gêne , il eſt bon
que quelqu'un l'avertiffe de temps en temps
qu'elle ne peut être vraiment libre que
fous le joug des regles , de même que le
Peuple qui la parle ne peut l'être que fous
celui des Loix.
B 4
32 MERCURE
D'ailleurs , M. de Ferrieres peut voyager
encore , & nous donner encore fes Voyages
; une feconde édition de ceux - ci eft
poffible ; pourquoi craindrions - nous de lui
indiquer des taches qu'il peut fi facilement
éviter dans un nouvel Ouvrage , & faire
difparaître du premier ?
Il s'eft cru obligé de relever lui -même
des fautes d'un autre genre , dans un Voya-.
geur célebre , maintenant affis parmi nos
Législateurs. M. de Volney nuifit beaucoup
à la réputation de M. Savary . On
croit même que l'effet de fes critiques
abrégea les jours de ce malheureux jeune
homme : ce n'était pas fans doute fon intention
; & nous doutons que les cenfures
de M. de Ferrieres faffent fur lui le même
effet.
Quoi qu'il en foit , felon le nouveau
Voyageur , M. Savary , fachant parfaitement
l'Arabe , & ayant refté plufieurs
années en Egypte , devait mieux la connaître
fous tous les rapports , que M. de
Volney , qui n'avait paffé que quatre mois
à Alep , autant chez les Moines du Liban ,
& guere plus en Egypte , & qui n'a pu
apprendre en auffi peu de temps une Langue
fi difficile , fi âpre , fi hériffée d'afpirations
, & dont les inflexions varient prefque
à l'infini . Le foin même qu'il affecte
de prendre dans fes notes , d'indiquer toutes .
les nuances de la prononciation arabe de
DE FRANCE. 33
chaque mot , eft , toujours felon M. de
Ferrieres , une preuve qu'il a plutôt étudié
l'Arabe qu'il ne l'a appris.
Il lui conteſte de vifu la deſcription qu'il
fait d'Alexandrette , & l'ancienne préfence
de la mer au pied des rochers qui en font
maintenant éloignés de deux ou trois lieues ,
& la formation de cette plaine immenſe ,
par les terres arrachées aux montagnes
voifines , &c. Il rend des murs de pierre
de taille & des couvertures de tuiles aux
maiſons d'Antioche , que M. de Volney
avoit bâties de boue , & couvertes de chaume.
Il lui reproche d'avoir fait une tranfpofition
fur fa Carte de Syrie , en ce qu'il
place Martaouan où eft Caftin , & Caftin
où le trouve Martaouan ; le premier de ces
villages étant fur la route d'Alexandrette , &
l'autre fur celle de Lataquis. Il lui repreche
d'avoir cru deftinés à des châteaux &
à des lieux de prieres les monticules arrondis
, fréquens dans les plaines de Syrie ,
tandis qu'ils font ou les veftiges de tombeaux
élevés par les Anciens à leurs Grands
Hommes , ou les reftes de ces amas de
terre que formaient les Turcs , lorfque les
Sultans commandaient leurs armées , pour
y planter le drapeau de Mahomet , fous
un grand pavillon , & laiffer des monumens
de leurs victoires. Enfin il lui reproche
des erreurs de fait ou d'obfervation
·
Bs.
34
MERCURE
fur les Arabes & les Turcmenes , & de
fauffes étymologies .
+
Ainfi vont fe réfutant , ou fi l'on veut
le rectifiant l'un l'autre , la plupart des
Voyageurs. Ce que M. Savary avait fait à
l'égard de quelques - uns de ceux qui l'avaient
précédé ; ce que M. de Volney fit
enfuite , à l'égard de M. Savary , M. de
F .... fe le permet à fon tour , avec M.
de Volney , jufqu'à ce qu'un nouveau conteur
de voyages vienne combattre quelques
affertions avancées par M. de F.....
>Il pourra fe faire, par exemple, que quelqu'un
prenne contre lui la défente de M.
de Choifeul- Gouffier , notre Ambaffadeur
à Conftantinople , auquel il reproche des
torts & des abus de pouvoir , dont il dit
avoir été victime . Nous nous garderons
bien d'entrer , à ce fujet , dans aucune
difcuffion ; la famille de M. de Choifeul a
répondu l'année dernière à toutes ces inculpations
, par un Mémoire qui n'a pas
éré réfuté ; mais , à ne juger ceci que litté
rairement, nous obferverons que ces détails
pourraient bien n'avoir pas pour le Public
la même importance que l'Auteur y attache
, qu'ils pouvaient être le fujet d'une
dénonciation fpéciale , qui aurait eu le
genre d'intérêt dont ces fortes de productions
font fufceptibles ; mais que , jetés
au travers du récit d'un Voyage , le Lecteur
peut les trouver un peu étrangers au
DE FRANCE.
*:
genre de plaifir que lui promet le titre
& à la nature des objets fur lefquels fa
curiofité défire d'être fatisfaite.
Elle aura lieu de l'être de la variété de ceux
qui lui font préfentés dans le cours de l'Ouvrage.
La fituation où fe trouve maintenant
la Turquie, commençant une 3. campagne,
malgré les mauvais fuccès des précédentes ;
fondant encore des efpérances fur fon courage
& fur l'étendard de Mahomet ; voyant
enfin des motifs de vengeance plutôt que
de découragement dans l'horrible , dans
l'à jamais exécrable maffacre d'Ifmail; cette
fituation critique d'un grand Peuple fi longtemps
fameux par fes victoires , fixe fur
lui tous les regards , & rend d'un très- vir
intérêt tout ce qui peut nous inftruire de fes
maurs , de fon caractere , fur- tout de fes
facultés militaires , du nombre , de la difcipline
, ou du défaut de difcipline , & de
la force réelle de fes armées . M. de F .... témoin
oculaire , entre dans les plus grands détails
fur tous ces points importans ; détails
qui fuffifent pour rendre fon livre agréable
A un grand nombre de Lecteurs , abftraction
faire du ftyle & du mérite littéraire ,
auquel il annonce ne pas prétendre .
Il y a joint des obfervations curieufes fur
la Perfe , qui ne garde dans fon démem
brement & fon anarchie , que de bien fai
bles reftes de fon ancienne fplendeur ; &
fur les Arabes , qui confervent en grande
В 6
36
MERCURE
leurs
moeurs ,
partie leurs coutumes ,
leur
fimplicité primitives , parmi les changemens
, les viciffitudes & les altérations
qu'ont éprouvées tous les autres Peuples
de la terre. C'eft la feule Nation peutêtre
dans laquelle on reconnaiffe une identité
prefque parfaite , foit qu'on life l’Hiftoire
des anciens Patriarches , ou les récits
des Voyageurs modernes .
Sur quelque fujet qu'un Auteur écrive
aujourd'hui , il eft un objet d'une importance
& d'un intérêt univerfels , fur lequel
on eft curieux de connaître fon opinion . Le
Patriotiſme aime à ranger parmi ſes zélateurs
tous les nouveaux Ecrivains qu'il
voit paraître. Il croit pouvoir compter M.
de F.... dans ce nombre , lorfqu'il l'entend
s'écrier avec chaleur : " Elle eft enfin
abolie cette tyrannie odieufe , & ma Patrie
n'eft plus affervie par les trames fourdes
& ténébreuſes de ceux qui , toujours
armés des ordres du Roi , pouvaient à leur
gré feconder leurs fureurs particulieres ,
&c. «. Mais cette efpérance ne fe foutient
pas ; la chance tourne avant la fin de la
phrafe ; & voici comme fe termine cette
tirade exclamatoire. » Les cris de la Nation
entiere & la réclamation de tous les Ordres
des Citoyens ont convaincu Sa Majesté de
la néceffité de raffurer fes Peuples , en aboliffant
le droit illégal , abufif & dangereux ,
qui faifait redouter à tous les Français la
DE FRANCE.
37
perte de leur vie , de leurs biens , & de
ce qui leur eft encore plus cher , l'honneur
& la Liberté «. Il nous femble que ce n'eft
pas là précisément le cours qu'ont fuivi
les chofes dans l'abolition du Pouvoir arbitraire
, & que cette maniere de voir &
de défigner , en 1790 , une partie fi effentielle
de la Révolution , n'eft nullement dans
le fens de la Révolution .
Dans un autre endroit , l'Auteur avoue
franchement qu'il eft un zélé anti-philantropique;
c'eft-à- dire, felon lui , ami des Blancs ,
ou plutôt ennemi des amis des Noirs . Tout
cela eft médiocrement philofophique. Cette
déclaration de guerre aux Philantropes , devrait
au moins être faite fous une banniere
portant un autre nom pour devife . Les
amis des Noirs ne font point des philantropiques
, mais des philantropes ; leur être
contraire , ce n'eft donc pas être anti - philantropique
, mais anti - philantrope , ou tout
fimplement mifanthrope , c'eft-à-dire, ennemi
des hommes .
OBSERVATIONS fur l'accord de la Raifon
& de la Religion pour le rétabliſſement du
Divorce , l'anéantiffement des Séparations
entre époux , & la réformation des Loix
relatives à l'Adultere ; par M. Bou38
MERCURE
chotte , Député du Département de l'Aube.
Hominum causâ omne jus Conftitutum .
HUM. Lib. de Statu hom .
و
Semper fexus mafculinus etiam foemininum
fexum continet.
JUL. Lib. 61 , de Leg. 3 .
Le Droit n'a été établi que pour les hommes ,
& le fex e feminin eft auffi compris fous ce
terme générique .
Volume in- 8°. de 194 pages . De l'Imprimerie
Nationale.
Voici encore la queftion du Divorce nou“
vellement traitée. Elle ne faurait être trop
éclaircie , & il était néceffaire fur-tout de
démontrer que l'ufage du Divorce , fi bien
d'accord avec la raifon , ne l'eft pas moins
avec la Religion . On voit par le choix des
épigraphes , que c'eft fur- tout la cauſe du
fexe le plus faible & le plus malheureux
qui intéreffe l'Auteur. Il fent tous les défavantages
qui accablent les femmes dans nos
Inftitutions civiles , & voudrait les en dédommager
au moins fur un point d'où
dépend le bonheur de toute la vie. I
prouve que la féparation , telle qu'elle eft
admife parmi nous , eft immorale & impolitique
. Le Divorce feul peut remédier
aux malheurs de deux époux mal affortis.
1
DE FRANCE.
39
2
VARIÉTÉ S.
SCIENCES ET ARTS.
PROJET de Monument à la gloire
D'HONORÉ RIQUETTI MIRABEAU .
GRAND fujet de Peinture , Gravure &
Sculpture offert aux Artiftes Patriotes ,
& dédié à l'Affemblée Nationale .
Sur le devant eft un large Tombeau , au bout
duquel on voit la Mort , tenant fa faux d'une
main , de l'autre , faifant figne à Mirabeau d'y
defcendre. Le Héros , décoré d'une Couronne
Civique , s'avance , pofe un pied fur le bord de
la tombe , où il entraîne avec lui les deux plus
cruels Tyrans de l'Humanité , le Despotisme &
le Fanatifme.
Celui - ci eft repréfenté fous la figure d'un
Dominicain , l'oeil furieux & égaré , les levres
convulfives , les cheveux hérillés , tenant un
Crucifix d'une main , & de l'autre , un poignard.
Le Defpotifine eft repréſenté fous la figure d'un
Guerrier , couvert d'un cafque ceint d'une Couronne
Royale , fous le coftume & l'armure de
l'ancienne Chevalerie Féodale. Pour mie x le
caractériſer encore , il fera peint foulant aux
pieds un Livre intitulé , Droits des Nations. Auprès
de lui fera un Globe enchaîné . Les deux
Tyrans , à demi terraffés , luttent en vain contre le
Héros qui les entraîne avec lui dans fon Tombeau.
40
MERCURE
A fa gauche , un peu en arriere , on voit la
France éplorée , que l'on diftingue aifément à
fa Couronne & à fon Manteau fleurdelifé. Elle
s'efforce d'arrêter Mirabeau , prêt à defcendre
dans le fatal cercueil. D'une main , elle le retient
par la draperie de fon vêtement ; de l'autre ,
elle lui montre la Conftitution . Celle - ci , dans
le fond du Tableau , eft repréſentée ſous la figure
d'une jeune & belle Femme , couronnée
d'immortelles , à demi - couchée , ayant un air
faible & languiffant. Une Croix , fynbole de la
Religion qu'elle a confacrée , eft gravée fur fon
coeur. D'une main , elle embraffe un Médaillon
fur lequel l'effigie du Roi eft empreinte , avec
cette Légende : LOUIS XVI , ROI DES FRANÇAIS.
De l'autre main , appuyée fur le Livre de la
Loi , elle s'efforce de fe foulever , & femble invoquer
l'appui de Mirabeau , qui , détournant
vers elle fes derniers regards , la fixe avec un
air d'intérêt &
d'attendriffement , mêlé du regret
de la quitter dans un moment où il pourrait
encore lui être utile. Sous fes pieds eft le Serpent
de 1 Envie , qui , dardant fa langue acérée ,
voudrait la bleffer. Auprès d'elle , on voit le
Niveau de l'égalité , la Corne d'abondance , des
Ecuffons mutilés , des Fers brifés , le Sceptre de
la Raifon & la Main de Juftice réunis en fautoir
fur une pique furmontée du Bonnet de la
Liberté. Enfin , on peut y ajouter , dans le lointain
, un Coq , fymbole de la Vigilance , placé
comme en fentinelle fur les ruines de la Bastille.
Sur le devant du
Tombeau , feront gravés ces
deux avers :
;
Homme , qui que tu fois , honore
Mirabeau
Il entraîne avec lui tes Tyrans au
Tombeau . ;
Par M. Benoît Lamothe , ci-devant Rec.
de la Régie à Château - du-Loir. )*
DE FRANCE. 41
NOTICE S.
Effai fur la Vie de M. Thomas , de l'Académie
Françaiſe ; par M. Deleyre , avec cette Epigraphe :
Loquor autem de homine , cui vivere fuit cogitare.
Tufcul. Lib . V.
Je parle d'un homme qui ne vécut que pour enfer.
1 Vol. in- 12 de 394 pages . Prix , 1 liv . 16 f. br.
Le même , in- 8 °. Prix , 3 liv . br . A Paris , chez
Moutard , Lib-Imp. rue des Mathurins-Sorbonne.
N. B. On a imprimé cet Effai in- 12 & in - 8 ° .
afin de pouvoir le joindre aux OEuvres de M.
Thomas , de ces deux formats.
Cet Ouvrage et d'un Ecrivain Philofophe &
exercé dans l'Art d'écrire . Il analyſe les Ouvrages
de M. Thomas avec l'intelligence d'un homme
qui les a fouvent médités .
Le même Libraire vient de mettre en vente
la Connaiffance des Temps , pour l'année 1791 ,
in-8 ° . Prix , 4 liv.
L'Abolition de la peine de mort , par M. Perreau
, Auteur de Mizrim , du Roi Voyageur , &
de plufieurs autres Ouvrages politiques . Brochure
de 36 pages in- 8 ° .
Les amis de 1 humanité feront fatisfaits des
principes de l'Auteur , dont le patriotifme cft
auffi pur qu'éclairé . Nous lui devons différens
Ouvrages fages & modérés fur la Révolution ,
dont fa modeftie l'a empêché de fe déclarer l'Auteur.
La lecture du Roi Voyageur caufe fur-tout
la plus grande furprife . Il a paru en 1787 , & on
y voit tous les principes de notre Conſtitution .
Nous regrettons que cet Ouvrage , dont il s'eft
fait dans le temps plufieurs éditions chez l'Etranger
, ne fe trouve plus que très- difficilement.
42
MERCURE
La Pratique du Defin de l'Architecture Bourgecife
, par du Pain de Monteffon. 1 Vol . broc.
2 liv. A Paris , chez Régent & Bernard , Libr.
quai des Auguftins , N° . 37.
Cet Ouvrage , intéreffant par fon objet , eft
préſenté avec beaucoup d'exactitude & de clarté.
On trouve chez les mêmes Libraires les Livres
Militaires ,
Mathématiques , & ceux qui tiennent
aux Sciences & aux Arts .
Analyfe des principes conflitutifs des deux
Puiffances , précédée d'une Adreffe a x Curés des
Départemens de l'Ifere , de la Drôme & des
Hautes - Alpes ; & fuivies de Notes juftificatives
da Cahier des Curés de Dauphiné. A Paris , chez
Périffe le jeune , Libraire , Pont Saint- Michel , au
Soleil d'or.
L'Auteur prouve que la Puiffance temporelle avait
toute efpece de droit fur les biens
eccléfiaftiques ,
qui ne font qu'une chofe temporelle ; ce qui ne
devrait pas avoir befoin d'être prouvé .
L'Ouvrage
eft écrit avec force & avec fagcffe .
Mémoire fur la
Mendicité, par M.
Bannefoy ,
ancien
Infpecteur des Maifons de force & Dépôts
de
Mendicité du
Royaume. Se trouve à Paris , rue
de Hariay , Nº . 15 , au Mirais.
C'eft fervir à la fois la Patrie &
l'Humanité
que de traiter des objets aufli
intéreflans pour
l'une & l'autre , & de faire
connaître les
Ouvrages
qui en parlent. Celui- ci mérite d'ètre lu avec attention.
DE FRANCE. 43
Méthode facile pour vérifier le Calcul des Annuités
relatives à la vente des biens nationaux
at le à tous ceux qui vendent ou achetent de ces
biens par M. Verkaven , Profeffeur de Mathématiques
des Afpirans au Corps du Génie , à l'Ecole
Militaire de Brienne . A Paris , chez Petit , Lib .
au Palais-Royal , galeries de bois , N ° . '250 .
Cette petite Brochure a l'avantage de faciliter
& d'abréger beaucoup de Calculs.
De la Balance du Commerce , & des Relations
commerciales extérieures de la France dans toutes
les parties du Globe , particuliérement à la fin
du regne de Louis XIV , & au moment de la
Révolution ; le tout appuyé de Notes & Tables
raifonnées authentiques , fur le Commerce &
la Navigation , la Population , le produit terri
torial & l'Industrie , le prix du Blé , le Numéraire
, le Revenu , la Dépenfe & la Dette publi
que de la France à ces deux époques , avec la
valeur de fes importations & exportations pro
greffives , depuis 1716 jufqu'en 1788 inclufi
vement ; par M. Arnould , Sous - Directeur du
Bureau de la Balance du Commerce. 2 Volumes
in-8 ° . & 1 Vol. in 4. de Cartes & Tableaux
Prix , 12 liv . br & 14 liv. francs de port par la
Pofte dans tout le Royaume. A Paris , chez
Buiffon , Imp- Lib. rue Haute-feuille , N° . 20.
Nous reviendrons inceffamment & plus en détail
fur cet Ouvrage très-intéreffant dans les circonftances
préfentes , & qui donne une idée bien
avantar reufe du talent de l'Auteur . On lui doit
auffi une petite Brochure , qui fe trouve à la
meme adriffe , & qui eft intitulée : Répartition
de la Contribution fonciere , ou Diviſion en huic
claffes fondamentales des 83 Départemens .
44
MERCURE
Vie de Jofeph Balfamo , connu fous le nom
de Comte de Caglioftro , extraite de la Procédure
inftruite contre lui à Rome , & traduite avec la
fidé ité la plus
fcrupuleufe , d'après l'original
Italien , imprimé à la Chambre Apoftolique .
peu
Cette Traduction n'eft pas celle qui a été annoncée
dans des Papiers publics ; l'Editeur y a joint
un affez grand nombre de Notes , dans quelquesunes
defquelles il fe trouve des circonftances
connues de la vie de Caglioftro . Il la fait précéder
d'un
Avertiffement , qui offre des dérails
curieux fur la Secte des Illuminés ; enfin elle cft
ornée du Portrait de
Cagliostro .
Cette nouvelle Vie d'un homme que diverfes
conftances ont rendu fameux , fe trouve chez
Onfroy , Litr . rue St -Victor , Nº . 11.
Elle fera
probablement très-recherchée par les
détails curieux & piquans qu'elle contient , ce
que l'on doit aux foins de l'Editeur .
Tableaux , Statues , Bas- Reliefs & Camés de
la Galerie de Florence & du Palais Pitti ; deffinés
par M. Wicar , Eleve de M. David , Peintre du
Roi , & gravés fous la direction de M. Lacombe ,
Peintre , avec les
explications des Antiques , par
M. Mongez l'aîné , de l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles -Lettres , & c . imprimés avec
les caracteres gravés & fondus par M. P... L ....
Wafflard : Se .
Livraiſon. Prix ,
d'Effonne. A Paris , chez M. Lacombe , Peintre , 18 liv. pap. vélin
Editeur , rue de la Harpe , No. 84 , près la Place
St-Michel .
Ce fuperbe Ouvrage , dont les Livraiſons fe
fuccedent avec exactitude aux époques indiquées ,
mérite de plus en plus les fuffrages des connaiffeurs.
DE FRANCE. 45
MUSIQUE.
3 Duos pour deux Flûtes , avec des variations
aux derniers morceaux ; par M. Cambini , @uv .
60e. 15 Livre . Prix liv. 12 fous
3 •
port franc.
12 petites Pieces pour le Clavecin , Violon
à volonté par M. J. Pleyel. Prix , 4 liv . 4 f. port
franc . A Paris , chez M. Porro , rue Tiquetonne ,
Nº, 10.
GRAVURES.
Carte raifonnée de la France , fuivant la divifion
décrétée par l'Affemblée Nationale ; 1 ° . en
quatre-vingt-trois Départemens , comprenant cinq
cent quarante- fept Diſtricts , autant de Tribunaux
criminels que de Départemens , & autant de Tribunaux
civils que de Diftricts ; 2. en dix Arrondiffemens
Métropolitains , renfermant autant
d'Evêchés que de Départemens par L... Brion ,
Ingénieur - Géographe du Roi .
Cette Carte étant la feule que ce Géographe
ait faite fuivant la nouvelle divifion , il défavoue
les autres de ce genre qui fortent fon nom. Elle
differe , à bien des égards , de toutes celles qu'on
s'eft hâté de mettre au jour ; & elle comprend
tous les objets annoncés par le titre ci-deſſus' ;
1º . les Places fortes du Royaume ; 2 ° . les Direc
tions des Routes des Diligences & Meffageries ,
avec les diftances des principales Villes , à Paris ;
3. les Directions des chaînes de Montagnes ;
4. des Notes fur l'étendue & la population du
Royaume ; 5. la Correfpondance locale des Dé46
MERCURE
partemens aux ci- devant Provinces . Prix , 48 .
A Paris , chez l'Auteur , rue de la Harpe , N.
154 ; Buiffon , Libr. rue Haute- feuille , Nº. 20 ;
Defenne , Lib. au Palais-Royal , Num . 1 & 2 ;
& au Bureau des Révolutions de Paris , rue des
Marais , F. S. G. Nº. 20 .
A VIS.
Etabliffement d'une Penfion Bourgeoise , tenue
par la Dame Lepefcheur , rue de Buffon , quartier
du Jardin du Roi , à Paris.
La Maiſon réunit les avantages de la ville &
de la campagne ; l'air y eft fain & pur ; la facilité
d'entrer dans le Jardin du Roi par une
grille en face de ladite Maifon , procure , fans
fatigue , l'agrément de la promenade .
Les perfonnes qui défireraient trouver une retraite
honnête , une bonne table bourgeoife , bien
& proprement fervie , peuvent s'adreſſer à ladite
Dame Lepefcheur , dans fa Maifon : 12 perſonnes
pourront y être admifes ; elles auront chacune
feur Appartement , meublé ou non meublé ,
leur choix , avec des vues agréables.
-
La Dame Lepefcheur efpere que le Public verra
avec plaifir cet Etabliffement , formé fur tout
pour des perfonnes des Départemens , que des af
faires amenent dans la Capitale, & qui trouveront
chez elle tout le fervice commode & néceffaire .
Le Sieur Le Marcant prévient le Public qu'il
vient
d'augmenter fon Magafin de différentes
DE FRANCE.
47
Marchandiſes pour MM les Eccléfiaftiques de tous
les Ordres.
Il tient toujours fa Fabrique de Bonnets carrés ,
de Houpes, Calottes , Rabats , Parafols & autres ,
Ceintures de Prêtres , Glants & Mozettes d'Evê‹
ques , Surplis , Rochets de toutes qualités , Habits
de choeur pour Chanoines , Manteaux de
toutes efpeces & qualités ; Soutanes de toutes couleurs
; Draps , Etamines , Voiles , Etoffes de foie
* pour habits d'homme , le tout en noir ; Ornemens
d'Eglife , tout faits , neufs & de hafard ; Croffes ,
Mitres , Croix d'or , Anneau Paftoral , Tunifilles
des quatre couleurs , Bas de foie , Gants & Souliers
brodés , & généralement ce qui eft néceffaire pour
le Sacre de MM. les Evêques.
Il fait des Envois dans les Départemens , fe
charge de la Commiffion en gros & en détail : lę
tout au plus jufte prix.
Son adreffe eft Montagne Sainte - Genevieve , au
coin de la rue des Noyers , à Paris.
Bains froids & chauds , à Boulogne-fur- Mer.
Les avantages des Bains de mer font généralement
reconnus , mais l'ufage l'ufage en eft incommode à
caufe de la publicité du rivage , de la variation
des marées , & de la crainte d'en être furprisi
d'ailleurs , quand l'eau eft trop froide , les perfounes
délicates ou infirmes ne peuvent s'y baigner
fans beaucoup d'inconvéniens , auxquels on
a pourvu par le préfent Etabliſſement , qui eſt
le premier de ce genre en France , & qui , quoique
de la plus grande fimplicité , a exigé cinq
ans de travaux affidus.
Chaque Baignoire eft placée dans un cabinet
48 MERCURE DE FRANCE.
féparé , fans aucune communication des deux
fexes ; une fentinelle veille à la sûreté & à la
décence de cet Etabliſſement .
Le prix de ces Bains , qui feront ouverts chaque
année , depuis le 15 Avril jufqu'au 15 Novembre
, eft de 30 f. pour les Baignoires fixes ,
de 3 liv . pour les Baignoires mobiles de la feconde
claffe , & de 6 liv . pour celles de la troifieme . En
s'abonnant pour un mois , les prix diminuent de
moitié ; & d'un tiers , fi on s'abonne pour quinze
jours .
Il eft peu de Bains préférables à ceux d'eau de
mer , pris au 25c. degré de chaleur , qui eft à
peu près la chaleur naturelle. Les fubftances qui
s'y rencontrent portent avec l'eau , dans le tiffu
de la peau , une action plus apéritive & plus tonique
que ne peut faire l'eau ordinaire . Ces Bains
conviennent à tout âge , aux tempéramens ardens ,
bilieux , mélancoliques ; aux femmes maigres &
nerveuses , à celles qui ont la peau feche & ten;
due , qui éprouvent des fpafmes , des fuppreffions ,
&c. Ils font très - utiles dans les maux de nerfs ,
les rhumatifmes & fciatiques , dans les maladies
fecretes . Pline dit que pendant 600 ans on ne
connut à Rome d'autre médecine que l'ufage des
Bains.
EPITRE
Palémon.
TABL E.
Charade , Enig. Logog.
Memgeres Hiftoriques.
3 Obfervations ,
7 Variétés.
26
29 Notices
,
37.
B J
MERCURE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
POLOGNE.
De Varfovie , le 14 Mai 1791 .
Lanouvelle forme de Gouvernement eft
rédigée , & publique : elle embraffe un
Code complet. Nous en donnerons le Précis
la femaine fuivante ; il eft conforme
aux bafes que nous avons préfentées ; mais
ceux qui ne connoiffent pas l'ancienne
Conftitution de Pologne , à laquelle les
dernières Loix viennent d'être fi heureufement
amalgamées , n'auront que des idées
fauffes de fon véritable Gouvernement . It
eft compofé d'une Ariftocratie héréditaire ,
que
le Patriotifme éclairé de la Nobleffe a
balancée , par le mélange de Démocratie
compatible avec l'état actuel des Communes
en Pologne , & par l'énergie rendue à la
No. 23. 4 Juin 1791 .
A
( 2 )
Puiffance Royale . Ce Gouvernement mixte,
dont les différentes parties fe tempèrent
mutuellement , pofe maintenant für de
bons principes , dont l'expérience étendra
l'application , encore imparfaite. Le Roi ,
dit-on , a déclaré , qu'en l'inftituant on
avoit pris pour guides les Conftitutions
corrigées , d'Angleterre & des Etats - Unis .
C'eft une grande entreprise que de rectifier
des Peuples éclairés par des fiècles de
liberté & des lumières politiques : c'eft un
fuccès inouï que de paffer les meilleurs
Gouvernemens connus , en fortant du plus.
déteſtable Gouvernement connu. Au refte ,
cette prévention què l'examen feroit loin
de juftifier , prouve une émulation louable
de perfectionnement. Les Américains , ni
les Anglois ne corrigeront leurs Loix fur
celles des Polonois ; mais fans les avouer
pour leurs maîtres , ils s'honoreront de les
avoir eus pour diftiples.
La politique , le patriotifme , & peut-être
la raifon ont déja fait tomber l'oppofition
de quelques-uns des Nonces qui ont protefté.
D'autres font reftés inflexibles , &
malheureuſement ils jouiffent de l'eftime.
univerfelle , & la méritent. Ces efprits .
fiers n'ont pu fe foumettre à recevoir ainfi
la Loi fans délibération . De ce nombre eft
M. Suchorzewski , Nonce de Kalifch , dont
nous avons parlé la femaine dernière. Il
amera fon als au pied du Trône dans la
( ; )
Diète , & dit que « plutôt que de donner
la main au Projet propofe , il immoleroit
fon fils aux pieds du Roi , préfé-
» rant la mort à le laiffer efclave. » Sans
doute ce fentiment noble étoit fort exagéré
dans fon motif. Un autre Citoyen encore
plus illuftre , le Comte Malachowski ,
Grand Chancelier . & frère du Maréchal
de la Diète , vient de ſignaler fes fentimens :
il a renvoyé au Roi le grand Sceau de
T'Etat , & s'eft retiré dans fes terres . Quelque
prix qu'on attache légitimement au
nouvel ordre fous lequel la Pologne fort
des ruines & de la confufion ; quoique
l'oppofition de plufieurs Perlonnages ait
fa fource peut-être dans fhumeur ,Thabitude
, ou l'irréflexion , on aime à retrouver
ce refpect de l'homme pour fa confcience
lorfque l'exemple , l'intérêt & l'autorité
tendent à l'amollir. Le Roi ne manquera
ni de courtiſans , ni de flatteurs , & déja
quelques Membres de la Diète , bien con
nus par leur ancienne oppofition à l'Autorité
Royale , mettent autant de zèle dans
leurs baffeffes , qu'ils en mettoient dans leur
animofité.
Quoiqu'on cherche à perfuader que la
crainte d'un nouveau partage a déterminé
les éclatantes réfolutions du 3 Mai , cette
politique n'en impofe qu'à des Gazetiers.
Les Puiflances voifines n'avoient aucun
deffein pareil fur la Pologne : la preuve
A 2
( 4)
V
palpable de cette vérité eft dans l'empref
fement , avec lequel quelques- unes d'entre
elles recherchoient l'alliance de la République.
Ces liaifons étoient incompatibles
avec aucun concert entre les trois Puiffances
co-partageantes. La Ruffie feule pourra
être très-affectée d'une révolution , qui
éteint les tifons, dont la République fut confumée
depuis la mort d'Auguste III. Les
autres Puiflances font intéreffées à ce qu'il
s'en forme dans le Nord une nouvelle , &
affez folide pour mettre un poids dans
l'équilibre.
ALLEMAGNE.
De Berlin , le 24 mai.
-
L'affluence des Couriers , des Plénipotentiaires
& des Etrangers dans cette Re
fidence , a augmenté depuis 15 jours. Le
Duc Manchester arriva la femaine dernière,
Après lui M. Hailes , Miniftre Britannique
en Pologne , eft venu de Varfovie ,
avec le Comte Moczinski. M. Faukener ,
Envoyé extraordinaire de la Cour de Londres
à Pétersbourg , eft parti le 11 pour fa
deftination , après avoir eu la veille une
audience de S. M. à Potzdam. Nous
approchons d'un dénouement ; l'opinion
univerfelle est toujours à la paix . Des
dépêches du Roi de Suède arrivées la fe-
-
maine dernière, en ont fortifié l'efpérance.
Ce Prince avoit ordonné des préparatifs
militaires dont l'activité s'eft rallentie toutà
- coup à la fin d'Avril. Le bruit de fon
départ s'eft renouvellé à Stockolm : on
fixe au 18 de ce mois le moment de fon
embarquement. Le Comte Claude de Horn
& M. de Mollefward l'accompagnent dans
fon voyage , s'il a lieu , S. M. S. fe rendra
d'abord à Aix la Chapelle , où le Baron
de Nolcken , fon Miniftre à la Cour de
Vienne, doit être arrivé en ce moment, pour
y faire quelque féjour.
De Francfort-fur-le-Mein , le 26 Mai.
Suivant les dernières lettres de Vienne ,
en date du 18 , l'Empereur a dû fe rendre
le 13 à Pavie , d'où il fe propofoit d'aller
a Milan : on ne parloit plus de fon voyage
à Turin. L'efpoir de voir terminer incelfamment
les négociations de Sziftowe étoit
dominant , depuis le paffage d'un Courier
de Berlin , qui a porté aux Miniftres des:
Cours Alliées , les inftructions néceffaires
pour l'arrangement definitif. On ne doutoit
plus à Vienne d'une paix prochaine entre
la Porte & la Ruffie.
Le Duc régnant de Brunswick , rétabli de ,
fa dernière indifpofition , eft parti pour
Berlin , & a pris à Halberstadt fes équi-
A
3
( 6 )
pages de campagne. Le Duc dYorck eft
arrivé le 8 à Hanovre , dont la garniſon
a conimencé fes manoeuvres du Printems.
L'affaire des Princes à Ratisbonne a donné
lieu à plufieurs conférences particulières ,
dans lefquelles on eft convenu des points
qui feront mis en délibération. Le Prince-
Evêque de Spire a fait diftribuer un nouvel
écrit , encore plus énergique que les
précédens. Rien ne fera définitivement
réfolu, à ce qu'on préfume, avant le mois de
Juillet , parce qu'il faudra attendre les dernières
inftructions des Cours refpectives. On
a remarqué que le Baron de Jacobi , Miniftre
Electoral de Brandebourg, a des conférences
fréquentes avec le Vice- Chancelier
de l'Empire , & l'on fait qu'elles ont pour
objet les intérêts des Princes réclamans ,
& les mesures par lefquelles on eft décidé
à les foutenir. Le dernier voyage du Duc de.
Wirtemberg à Paris l'a guéri du defir des négociations
particulières . Il n'a rapporté de
fes tentatives que des libelles de Journaliſtes
des accufations infultantes , & des obftacles
faits pour dégoûter le Prince le plus complaifant.
Depuis que la France eft gouvernée
par des Folliculaires , Députés nationaux, ou
non Députés , on y eft perfuadé qu'il faut
traiter les Souverains de l'Empire comme
on a traité les Gentilshommes François ,
& que le Tribun qui prêche dans la
17)
1
crotte , mérite plus d'égard qu'un Duc de
Wirtemberg. Rien au refte n'étoit plus dérifoire
que ces négociations ridicules ; puifque
, ainfi que nous le dîmes dans le temps ,
les Princes ne pouvoient abandonner des
droits qui
appartiennent à l'Empire
conclure fans leur aveu aucune tranſaction
à cet égard..
FRANC E.
De Paris , le 18 Mai .
2
ASSEMBLÉE
NATIONALE.
Du lundi, 13 mai.
ni
Le peu de voix quifont habituellement données
pour la prédence , s'étant partagées entre M.
Bureau de Pufy & M., Charles de Lameth , le
fcrutin a été nul , & M. d'André a confervé le
fauteuil, ou M. Chabroud l'a remplacé au commencement
de cette féance.
Organe du comité eccléfiaftique , M. Legrand
a propofé un décret , portant injonction à
tous les religieux qui habitent d'autres monastères
du département du Nord , que ceux défignés
par le même décret , de les vider dans la quinzaine
pour fe réunir aux religieux de tous ordres
dont feront réfervées quelques maifons indiquées
. Un curé s'eft avifé de rappeller à l'Aſfemblée
les décrets antérieurs , qui donnoient aux
religieux la liberté de fortir du cloître , ou d'y
continuer la vie,
conventuelle , à condition qu'ils
A
4
( 8 )
feroient plus de 15 dans chaque maifon . Cet
honorable membre obfervoit qu'on alloit fnpprimer
& réunir des maiſons où il y en avoit 3
40 , combien il étoit rigoureux d'expulfer des
vieillards d'afyles où ils vivoient en paix depuis un
demi- fiècle; que de tels procédés , arbitraires &
cruels défoleroient des villages nourris par ces
cónobites . M. Treilhard a répondu , fans alléguer
la moindre preuve , que beaucoup de
ces religieux fe plaignoient du defpotifme de leur
fupérieur. M. Lavie en a leftemer.ffirmé autant ,
fans fe donner la peine d'en prouver davantage ;
M. Treilhard a tire fes meilleures raifons
du refus que font ces religieux de prêter le ferment
, de l'intérêt de vendre des biens nationaux
le plus & le plutôt poffible , & de la néceffité
de remplacer les prêtres non-jureurs , très-nombreux
dans les Provinces-Belgiques ; ce à quoi l'on fe
Aatte de réuffir en rendant la vie bien malheureufe
aux pauvres moines , qui , malgré la.
liberté décrétée , s'obſtinent à demeurer fidèles
à leurs voeux . Les articles préfentés par M. Legrand
ont été adoptés fans débats ultérieurs .
›
C'étoit à tort que M. Déleffart & M. Camus
fe plaignoient dernièrement , que les impofitions
ne produifoient qu'à peine de 3 à 3 millions
par mois ; puifque aujourd'hui M. de Montef
quiou, eft venu , fi non démontrer , du moins
attester à l'Affemblée que la recette d'avril ,
qui devoit monter à 48,558,333 ' liv . ne s'élevoit
qu'à 24,295,928 liv . De vives apoftrophes aux
détracteurs du comité , & à ceux qui n'ajoutent
aucune foi aux connoiffances & aux états financiers
de M. de Montefquiou , l'ont conduit à
demander , ce qu'il a bien vite obtenu , que la
caille de l'extraordinaire verfât 24,262,405 liv.
( 9 ).
autrefor public , où , même d'après ces calculs , le
déficit d'un feul mois égale prefque la moitié
du déficit pour lequel on convoqua les étatsgénéraux
.
On a lu une lettre du maire & des officiers
municipaux d'Avignon , adreffée à l'Affemblée
nationale , que l'Europe fera furpriſe de voir ainfi
traiter de puiffance à puiflance avec de pareils
perfonnages. Ils peignent leur affreufe fituation ,
gémiffent de ce que la difcuffion de leur affaire.
eft interrompue & renvoyée , affurent que le
voeu du peuple Avignonois pour fe réunir à la
France eft bien réel , bien conftaté , bien authentique
« Si vous craignez , difent-ils , que le
You des Comtadins ne foit pas affez bien caraftésifé
, hâtez - vous de faire ceffer ces horreurs
qui nous environnent , auxquelles nous déclarons
devant l'Auteur de notre exiſtence , & devant
vous , que nous n'avons jamais pris de part ....
Au nom de la nation augufte que vous repréfentcz,
& de laquelle nous avons été cruellement féparés ,
ne permettez pas qu'un peuple périffe pour avoir
voulu vivre fous vos loix , & c . Cet ultimatum.
de gens punis de leurs propres excès , & net
fachant plus comment échapper à l'armée qui les
menace , eft fignée : Le maire & les officiers mu
nicipaux de la ville d'Avignon. RICHARD
maire. Avignon , le 16 mai 1791 .
M. Boiffy d'Anglas , proteftant , a dit qu'il
aveit reçu plufieurs lettres du département de da
Drôme , qui ne l'entretenoient que des épouvantables
defordres caufés par des brigands répandus
dans le Comtat , & il a part ne favoir pas
de quel parti étoient ces fcélérats , s'ils défer
doient ou s'ils attaquoient Carpentras . M.
Rewbell, proteftant , a demandé que l'affaire
( 10 )
1
Avignon fût décidée le lendemain fans défemparer.
M. Rabaud, proteftant , s'eft hâté d'affurer que
M. de Menou feroit prêt à la rapporter. On l'a
ajournée au lendemain fans faute.
Par un de ces contraftes que la philofophie
moderne pouvoit feule admettre dans la politique
, c'est au moment où règnent tous les
crimes , au milieu de l'anarchie , que M. le
Pelletier de Saint -Fargeau , ci- devant magiftrat ,
a lu , dans la tribune , une longue differtation
fyftématique fur le code pénal , où il n'a parlé
que d'humanité envers les plus grands criminels ,
où il a établi qu'il falloit réduire les peines capitales
, pour qu'elles fuffent repreſſives & durables ,
à des privations & au travail , en offrant aux
fcélérats , le travail fous des formes confolatrices
pour tempérer fenfiblement l'être du condamné ;
abolir tout ce qui imprime aux peines un caractère
de perpétuité , & laiffer l'espoir de revivre
à l'honneur. Il fupprime jufqu'au fouet qui dégrade
la main de l'homme, en l'appefantiffant fur fon
femblable , & à la marque , parce qu'elle imprime
un déshonneur ineffaçable . Enfin , fi l'on en croit,
cette philanthropie , le plus grand fupplice fe
zéduira dorénavant à être expofé pendant trois
jours en public , chargé de chaînes , avee un
écriteau , à être enfermé dans un cachot , pour
un temps qui ne pourra durer moins de 12 années ,
& plus de vingt - quatre. De moindres crimes
feront puais par la dégradation civique , & autres
moyens auffi heureufement appropriés à la police.
de fûreté. L'Affemblée a décrété l'impreffion de
⚫e difcours.
« Les comités de conftitution & de révision
a dit enfuite M. Démeunier , ont trouvé la motion
de M. Buzor infuffifante ; ils s'occuperont d'un
( ir)
autre moyen de modérer l'impétuofité des légiflatures
à venir. Rien n'empêche l'Affemblée ,
de décréter le complément de l'organiſation du
corps législatif ; dans deux ou trois jours , le
comité de conftitution fera en état de faire un
rapport fur la convocation de la légiſlature pro- .
chaine. Cette annonce a été reçue aves les .
démonftrations de la joie la moins équivoque
& une difcuffion , qui n'a offert aucun intéré
a fucceffivement amené l'Affemblée à décréter plus
fieurs articles fur le corps législatif, articles que .
nous allons joindre à ceux que nous avions laillés
en arrière .
ל כ
XVIII. La vérification des pouvoirs fera
faite en la forme ſuivante. »
« XIX . L'Affemblée fe divifera en bureaux ;
ces bureaux feront formés , & les procès- verbaux
d'élection feront répartis entr'eux , de manière
qu'aucun membre d'une députation ne ſe trouve
membre du bureau auquel la vérification des
pouvoirs de cette députation fera attribuée . »
XX. Un rapporteur de chaque bureau fera
à l'Affemblée générale le rapport de l'examen
fait par fon bureau , des pouvoirs qui lui auront
été diftribués ; & l'Affemblée prononcera fur les
difficultés que quelques - uns de ces pouvoirs pourroient
éprouver. »
XXI. Auffi-tôt que la vérification des pouvoirs
fera terminée , & l'Affemblée conſtituée
définitivement , tous les repréfentans debout ,
prononceront , au nom du peuple françois &
par acclamation , le ferment de vivre libres ou
mourir. »
XXII. Chaque député prêtera enfuite individuellement
à la nation , en préfence de l'Af-
A 6
( 12 )
le
femblée , le ferment de « maintenir de tout fon
pouvoir la conftitution du royaume , décrétée .
par Affemblée Nationale conftituante aux anconées
1789 , 1790 & 1791 , & acceptée par
Roi Louis XVI ; de ne rien propofer ni approuver
dans le cours de la légiflature , qui
puiffe y porter atteinte ; & d'être en tout fidele
ec à la Nation , à la Loi & au Roi . » La formule
de ce ferment fera prononcée par le préfident , &
chaque représentant paroiffant à la tribune dira : Je
le jure.
GC
XXIII. L'Affemblée conftituée définitivement
nommera au fcrutin individuel , & à la majorité
abfolue des fuffrages , un préfident & des fecrétaires.
XXIV. Le Roi ne pourra pas diffoudre le
corps légiflatif.
XXV. Le Roi pourra convoquer le corps
légiflatif dans l'intervalle de fes féances , toutes
les fois que le befoin de l'Etat lui paroîtra exiger
fon raffemblement. Le corps légiflatif pourra
en s'ajournant , déterminer & indiquer au Roi
les circonftances où le Roi devra l'avertir de fe
réunir. »
<< XXVI. Le corps légiflatif aura la police
du lieu de fes féances , & de l'enceinte extérieure
qu'il aura déterminée . aיככ
« XXVII . Il aura auffi la difpofition des forces
néceffaires au maintien de fa fûreté , & du refpect
qui lai eft dû. »
>
ce XXVIII . Le pouvoir exécutif ne pourra faice
paffer ou féjourner aucun corps de troupes de
troupes de ligne , en deça de 30 mille toifes de
diftance du lieu des féances du corps législatif ,
kce n'eft fur fa requifition , ou avec fon autoilation
expreffe,
( 13 )
XXIX. Le corps légifitif fera tous les règlemens
qu'il jugera réceffaires pour l'ordre de fon
travail & pour la difcipline de fes féances ; il
ne pourra prononcer contre les membres qui
s'écarteront de leurs devoirs , d'autres peines que
la cenfure , les arrêts à huit jours , & la prifon
à trois jours , fuivant la gravité de leurs fautes
ou délits.
י כ כ
« XXX . Le public fera admis aux féances ,
en fe conformant aux règles qui feront établies
pour le maintien du bon ordre ; le corps législatif
pourra faire arrêter & punir correctionnellement
ceux qui troubleroient les fonctions , ou qui lui
manqueroient de refpect. » XXXVII. Aucun rapport d'un comité , & aucune motion propelée par un des membres de la legislature , ne pourront être délibérés & dévcrétés
que
dans la forme fuivante , & fans au
préalable avoit été imprimés & diftribus à tous
les, membres. 35
XXXVIII. Après la première lecture qui aura été faite du rapport ou de la motion , le
préfident fera tenu de mettre en délibération , & le corps légiflatif devra décider fi le projet de
décret propofé doit être rejetté , ou s'il doit être
foumis à la difcuffion. »
-
yce XXXIX . S'il eft décidé fur la première
lecture , & après la difcuffion qui pourra avoir
lieu , que le projet de décret doive être rejetté ,
le préfident prononcera par cette formule : l'Af
femblée nationale décrète qu'il n'y a pas lieu à
délibérer.
«XL. Le projet de décret qui n'aura été
rejecté que de cette manière , pourra être repré- fenté une feconde fois dans le cours de la même
tfeffion .:
( 14 )
« XLI. S'il eft décidé que le projet de décret
doive être foumis à la difcuffion , le préfident
prokoncera par cette formule : l'Affemblée nationale
décrète qu'il y a lieu à délibérer. »
2
<< XLII . Après ce decret , la difcuffion fera
ouverte , & pourra être commencée à la même
féance , fi quelqu'un des membres demande la
parole . »
לכ
cc XLIII. Il fera fait deux autres lectures du
projet de décret à deux féances différentes , & à
des intervalles qui ne pourront pas être moindres
de huit jours.
33
3
71
cc XLIV. La difcuffion fera ouverte après
chaque lecture , & la parole accordée aux mcmbres
qui la demanderont , en admettant alternativement
ceux qui voudront parler pour le pro- 12
jet de décret propofé , & ceux qui voudront
parler cetre. »
« XLV. Après la troifième lecture du projet
de décret & la difcuffion terminée , le préfident
fera tenu de mettre en délibération , & le corps
légiflatif devra décider , s'il fe trouve en état de
rendre un décret définitif, ou s'il veut renvoyer
la déciſion à un autre temps , pour recueillir de
plus amples éclairciflemens . »
:
« XLVI . Si l'opinion de différer la décision
prévaut , le préfident prononcera par cette formule
Affemblée nationale ajourne le projet de ,
décret proposé par tel comité , ou par la motion
de tel de fes membres , & fi l'ajournement eft à
terme fixe , il énoncera ce terme. »
« XLVII. Si au contraire l'avis paffe à décréter
définitivement , les voix feront prifes fur
le fond de la propofition , après l'avoir réduite
au point de précifion qui n'admet point d'opinion
tierce entre l'affirmative & la négative.
לכ
<
( 15% ).
- « XLVIII. Les amendemens feront toujours
mis aux voix & décidés avant la propofition
principale , & les fous amendemens avant les
amendemens. »
XLIX. Tout projet de loi qui , foumis à
la difcuffion , aura été rejetté après la troisième.
lecture , ne pourra pas être repréſenté dans le
cours de la même année . » 3
L. Le corps légiflatif ne pourra pas délibérer
, fi la féance n'eft pas compofée de deux,
cents membres au moins ; & aucun décret ne
fera formé que par la majorité abfolue des fuf--
frages des membres préfens . ».
LI. Tont décret définitif énoncera dans fon
préambule , 1. la date de la féance à laquelle
le projet aura été lu la première fois ; 2º . Îe dé-.
cret par lequel il aura été décidé qu'il y avoit
licu à délibérer ; 3 ° . les dates des féances aux->
quelles la feconde & la troisième lectures du
projet auront été faites ; 4° . enfin le décret par .
lequel il aura été arrêté , après la troisième lecture
, de décider définitivement . »
« LII. Le Roi eft chargé par la conſtitution
de refufer fa fanction aux décrets qui n'auront
pas été délibérés & rédigés conformément aux
articles ci-deffus, par la feule raifon que la forme:
conftitutionnelle n'y aura pas été obfervée ; &
fi quelqu'un de ces décrets étoit fanctionné , les ,
miniftres ne pourront le fceller & le promulguer ,
à peine de refponfabilité , qui pourra être pour-,
fuivie pendant fix ans par les corps & les par- .
ticuliers auxquels le décret feroit préjudiciable . »
« LIII . Sont exceptés des difpofitions ci - deſſus .
les décrets urgens qui auront été reconnus &
déclarés tels par une délibération préalable du
corps légifatif. Ils pourront être difcutés & ar(
116 ).
rêtés fur la première lecture , fanctionnés &
#promulgués fur le vu de l'énonciation faite
dans leur préambule , de l'urgence reconnue par
le corps législatif; mais ils n'auront que l'effet
de loix provifoires , & pourront être modifiés on
révoqués dans le cours de la même ſeſſion , ou
des fuivantes. >>
« LIV. De même , lorſqu'un projet de décret
contiendra plufieurs articles , les difpofitions précédentes
n'auront pas lieu pour chacun des articles
, mais feulement pour ie corps de la loi . »»
re« LV. Le corps législatif ceffera d'être corps
délibérant , lorfque le Roi y fera préfent , ou
lorfque le corps légiflatif fe trouvera hors du lieu
ordinaire de fes féances , fi ce n'eft lorfqu'il
aura été forcé , par des circonftances imprévues ,
de fe réunir ailleurs pour délibérer . »
LVI. Tout décret fur lequel le Roi aura
exprimé fon refus fufpenfif , ne pourra ni être
remis en difcuffion , ni préfenté de nouveau au
Roi dans le cours de la même légiflature.
« LVII. Les actes du corps legiflatif relatifs
à la police intérieure , à la vérification des pouvoirs
de les membres , à la tenue des affemblées
primaires qui auroient éré retardées au cas de
l'article XII ci -deffus , à la fufpenfion ou deftitution
des procureurs généraux- fyndics , & à
da diffolution des corps adminiftratifs ou de leurs
directoires ; ceux concernant les queftions d'éligibilité
, ou la validité des opérations des corps
lectoraux ; ceux par lefquels le corps législatif
aura décidé qu'il y a lieu à accufation ; & tous
ceux qui , par une difpofition expreffe de la
conftitution , font déclarés non " fujets à fanction ,
n'auront pas befoin d'être confentis par le Roi. "
LVIII. Le corps législatif fixera les dépenfes
( 17 )
de l'adminiſtration , déterminera le taux des contributions
néceſſaires , leur nature & leur percep
tion , en fera la répartition entre les départemens
du royaume , en furycillera l'emploi , s'en fera
rendre compte , & pourſuivra fa punition des
délits , tant des miniftres & des autres agens
principaux du pouvoir exécutif dans l'ordre de
leurs fonctions , que de tous ceux qui attenteront
à la conftitution de l'état. »
« LIX . Le corps législatif ne pourra inférer
dans les décrets portant établiffement ou renou
vellement des contributions , aucune difpofition
qui leur foit étrangère , ni préfenter en même
temps à la fanction du Roi d'autres décrets ,
comme inféparables . »
« LX. Les comptes des dépenfes & de l'emploi
des deniers publics dans l'année qui a précédé
, ainfi que les états des befoins pécuniaires
de chaque département miniftériel pour l'année
fuivante , feront foumis au corps législatif des
chacune de fes feffions annuelles , & rendus publics
par la voie de l'impreffion . »
сс
LXI. La fixation de la lifte civile ceffera
de plein droit à chaque changement de règne 3
& le corps legi tif déteinxinera de nouveau les
foumes réceffaires . »
« LXII. Dans le cas de régence , le corps légiflatif
fixera le traitement du régent , le traitement
de celui qui fera chargé de la garde du
Roj , & les femmes néceffaires pour les befoins
perfonnels du Roi mincur . La lifte civile pourra
être augmentée à mesure que le Roi avancera
en âge , & ne fera fixé définitivement pour la
durée du règne , qu'à la majorité du Roi . »
« LXIII . Les fonds de la lifte civile ne pourront
être accordés qu'après que le Roi aura prê-
MI
fab
372
( 18 )
fa
té , en préfence du corps légiflatif , le ferment
que tout Roi des François eft obligé , par
conftitution , de faire à la nation , lors de fon
avenement au trône ,
ל כ
?
« LXIV . Après que le corps légiflatif fera
définitivement conftitué & aura nommé fes
officiers , il enverra au Roi une
députation pour
lui en faire part. Le Roi viendra faire l'ouverture
folemnelle de chaque feffion , & pourra inviter
l'Affemblée à s'occuper des objets qu'il ju
gera devoir être pris en confidération dans le
cours de cette feffion , fans que cette folemnité
puifle être regardée comme
indifpenfable pour
l'activité du corps légiflatif. »
« LXV. Huitaine au moins avant la fin de
chaque feffion , le corps législatif enverra pareilfeinent
au Roi une députation , pour lui annoncer
le jour où il fe propoſera de terminer les féances.
Le Roi pourra de même venir faire la clôture folemnelle
de la feffion . »
sc
LXVI. Lorfque dans le cours d'une feffion
le corps légiflatif voudra s'ajourner au- delà de
quinze jours , il fera tenu d'en prévenir le Roi
par une députation. s
« LXVII. Si le Roi juge que les befoins de
Fétat exigent qu'une feffion foit continuée audelà
du terme que le corps légiflatif aura annoncé
pour fa clôture , ou que
l'ajournement n'ait pas
lieu , ou qu'il n'ait lieu que pour un temps moins
long , il pourra demander , foit une continuation
de Téance , foit
l'abréviation de
l'ajournement
par un meffage motivé fut lequel le corps légiffitif
fera tenu de délibérer. »>
Du mardi , 24 mzi.
Sur 328 votans 189 voix ont porté M. Bu
( 19 )
reau de Pufy à la préfidence , pour la 3 * . fois .
M. Charles de Lameth n'a obtenu que 97 voix..
On a renvoyé au comité eccléfiaftique le décret
de la veille , portant réduction des monaftères du
département du Nord , d'après les repréſentations
de M. Kyfpotter au fujet des maifons religieufes
qui feront confervées , conformément au vou du
département .
› M. Chabroud a fait un rapport au nom du
comité inilitaire , tendant à caffer un jugement
rendu , il y a 18 ans , contre des cfficiers du
régiment de Royal Comtois . L'Affemblée à qui
le rapporteur déféroit à tort le pouvoir judiciaire ,
a décrété l'impreffion & l'ajourncment. Ji s'agit
d'officiers condamnés en 1773 pour infubordination.
Une lettre des adminiftrateurs du département
de la Gironde a informé l'Affemblée que ,
diverfes fociétés de Bordeaux ont reçu avec en
thoufiafine le décret fur les gens de couleur . Le
direétoire a , par précaution , fufpendu , jufqu'à
nouvel ordre , le départ des vaiffeaux pour les
colonies , afin d'éviter l'effet que pourroit y produire
de fauffes interprétations de ce décret , que
les Bordelois ont fi bien Les
corçues. gardes nationales
, membres des fociétés patriotiques , ont
ouvert deux regiftres d'infcription , l'un pour
ceux qui voudront aller défendre les colonies
y maintenir la paix & l'exécution des décrets ,
& l'autre pour ceux qui voudront concourir
cette belle action par une contribution volontaire .
Le général qui commandoit les gardes nationales
de Bordeaux dans l'expédition de Montauban ,
M. Courbon , s'eft offert de commander ceux, qui
iront au- delà des mers faire exécuter les décrets ,
& fur - tout éclairer leurs frères fur la fageffe de ces
( 20 )
loix. Ces adminiftrateurs célèbrent les vertus &
les talens militaires de ce général qui , difent-ils ,
détermineront fans doute le Roi à lui donner une
place diftinguée ; ils follicitent pour lui cette place,
préfentent le voeu des fociétés patriotiques pour
le voeu unanime d'une vafte cité , & finiffent par
dire à l'Affemblée : « recevez l'honneur de notre
profond refpect.
Cette lecture fortement applaudie , a été fuivie
de celle d'un extrait des regifires des délibéra
tions de la chambre de commerce du département
de la Gironde , féante à Borde , d. 20 mai
1791 , conforme en tout à la lettre qu'on venoit
de lire.
;
Enchanté d'une pareille croifade , M. Prieur
vouloit qu'on lât une adreffe des amis de la conftitation
. M. de Virieu rappelloit que les fociétés
n'ont pas le droit de pétition , ce qui l'a fait accufer
par M. Prieur de defirer qu'il fût défendur
à tout François d'être membre d'aucune fociété
Patriotique... « Oui , s'eft écrié M. de Viricu ,
d'aucune des fociétés qui influencent les corps
adminiftratifs & oppriment le royaume . » De violens
murmures , & les mots vertus civiques prosoncés
par M. Biauzat , ost conduit au décret
qui a ordonné l'infertion des lettres au procèsverbal
, & le renvoi au Roi quant à l'emberge
des vaiffeaux du commerce.
Le miniftre de la marine a fait parvenir
T'Affemblée plufieurs dépêches, qui annoncent que
M. Duchillon , commandant le vaiffeau l'Apol
lon , & M. Denifard , commandant le Jupiter,
partis de la Martinique pour aller porter des forces
Saint -Domingue , s'étant convaincus leur
piéfence y étoit inutile ou même dangereule,
wiennent de débarquer , le premier à Rochefort
que
( 21 )
& le fecond à Breft . Ces dépêches ont été renvoyées
aux comités de la marine & des colonies ,
& l'ordre du jour a rappellé l'interminable , quoique
deux fois terminée , effaire d'Avignon.
Il étoit impoflible à M. de Menou de rien dire de
nouveau fur le fond . Il a peint des horreurs
des atrocités que perfonne n'ignore , & répété
que les droits de la France fur Avignon & le
Comtat font inconteftables... Ceux qui ont meracé
la vie & briſé la porte de la maifon de M. de
Clermont- Tonnerre l'ont mieux prouvé que vous,
difoit M. l'abbé Maury. Oubliant trop qu'il parloit
de révoltés , de brigands , d'incendiaires , M. de
Menou n'a pas craint de s'écrier : « Auriez-vous
pu croire que vous n'auriez pas d'imitateurs ?...
A 400 lieues d'ici , le fénat le plus aristocratique
, compofé de la nobleffe la plus orgueilleufe
de l'Europe , vient par un élan fublime d'amour
pour la liberté & de refpect pour les droits des
peuples , d'adopter les principales bafes de notre
conftitution. ( Sans relever les injures toujours
déplacées , & le rapprochement des Avignonois
& des Polonois qui eft le comble de l'outrage
nous nous bornerons à répéter queda révolution
de Pologne a marché précitément en fens contraire
de la révolution de France , & ne porte fur
aucune des bafes de conftitution Françoife ;
qu'en raifonner ainfi , c'eft ou ignorer le monde
comme dit Boffet , ou fe moquer du monde. )
Après avoir compté jufqu'à neuf actes authentiques
du vou des Avignonois pour leur réunion
à la France , des fermens de citoyens actifs , des
lettres de municipaux , de l'affemblée électorale
de Vauclufe , &c. « Nous ferons profondément
coupables , a dit M. de Menou , fi nous ne pre
nonçons pas la réunion d'Avignon . ( Il renonce
( 22 )
au Comtat Venaiffin . ) Dira-t-on que c'est une
conquête ? Il n'y a que des gens de mauvaife
foi , que ceux qui ont intérêt à la guerre civile
qui peuvent répandre cette opinion ... Votre
comité vous propofe encore d'être juftes envers
la cour de Rome , quoique peut- être elle ne le
mérite pas ( vifs applaudiffemens à gauche ) ; de
lui rembourfer les indemnités qui peuvent lui
être dues , avec la générofité d'une grande nation...
»
On a lu deux lettres , l'une de M. de Leffart
portant que deux citoyens d'Avignon , foi - dilant
députés de cette ville , lui ont demandé de remettre
au Roi une lettre de la municipalité d'Avignon
, que le Roi en a pris lecture & l'envoic
de fa part au comité d'Avignon. « Grand Roi ,
difent ces municipaux , nous vous conjurons , au
nom de l'humanité fainte , de ne pas détourner
un moment de deffus nous les regards que vous
nous avez accordés. Nous nous jettons dans vos
bras... Enveloppez- nous de votre puiffante protection
, & ne permettez pas qu'un bon peuple
périffe pour vouloir redevenir François . Dans tous.
les cas , notre volonté conſtante eft de vivre François
& de mourir , Sire , de V. M. les fidèles
fujets, Le côté gauche & les galeries que les
mors , fidèles fujets indignèrent fi fouvent , ont
applaudi avec tranfport à la volonté conftante de
ces municipes , qui avoient juré fidélité à leur
légitime fouverain , de ces fidèles fujets qui , la
corde , le fer & la flamme à la main , n'ont ceffé
de provoquer la révolte , & qu'on a l'abfurdité
d'offrir aux François & aux Polonois comme
leurs honorables imitateurs . Un décret a ordonné
l'impreffion des deux lettres & du rapport de
M. de Menou.
( 23 )
M. de Clermont - Tonnerre a témoigné le defic
qu'ont tous les honnêtes gens , de voir arracher
les Avignonois à leurs propres fureurs , defir qui
fert de prétexte aux fophiftes , promoteurs de la
réunion. Il a repouffé des voeux dictés par la
terreur . Il a vu dans la révolution Polonoife ,
non un moyen de preuve , mais une leçon . Oppofant
aux déclamations où l'on n'entend que
fanatifme & fanatique , cette réponſe péremptoire :
on ne nomme perfonne , on ne prouve aucune
allégation , il a couvert de ridicule ces prétendus
voeux de citoyens actifs de qui rien n'attefte ni
l'âge , ni l'état , ni l'exiftence , & l'effort généreux
d'être jufte envers quelqu'un qui ne le mé
rite pas , comme fi l'on étoit juſte pour les
autres , comme fi la juftice n'appartenoit pas à
tout le monde. Ses conclufions ont été la préalable
fur la réunion , & des mefures , qui , fans
prononcer cette réunion , puiffent ramener le
calme dans Avignon & dans le Comtat .
M. Vouland , député du département du Gard ,
auroit bien voulu perfuader queles départemens voifins
demandent la réunion , que l'argent de Rome ,
prodigué dar l'armée de Carpentras , lui donnera
bientôt une force redoutable contre la révolution
Françoile , qu'on mettra les Provençaux & les
Dauphinois entre deux feux , entre l'armée Papale
& l'armée Savoyarde. M. Vouland eft
tombé bravement fur les prêtres , les brefs , les
bulles , & toujours le fanatifme ; enfin , il a fervi
les Avignonois , comme il fervit les affaffins des)
catholiques de Nîmes , && ffaannss ddoouuttee par les
mêmes motifs .
Attaquant M. de Menou corps à corps , M.
l'abbé Maury a prouvé que la queftion de droit
étoit décrétée , que la difcuffion n'avoit pas fait
( 24 )
dan's
un pas depuis le décret , fi étrangement dénaturé
par les moyens , développés ailleurs dans notre
journal ; moyens qui réduifent leurs inftigateurs
albfurde, c'est-à- dire, à fuppofer que l'Aflemblés
ait délibéré pendant quatre jours, pour favoir fi Avignon
& le Comtat font actuellement partie de
La France , quoique poffédés depuis cinq fiècles ,`
par le Pape . L'orateur a pulvérifé de nouveau .
le voeu prétendu des Avignonois , émis par des
municipaux prefque tous étrangers & fans pro
priété dans la ville , vou ftupidement attribué
aux citoyens actifs d'Avignon , ce qui eſt une
fingulière diftraction de ceux qui dictèrent ces
actes , puifqu'il n'y a de citoyens actifs que
notre conftitution , où il faut payer tant d'impôt
pour l'être , & que les Avignonois ne payent
point d'impôts. C'eft dans la crainte de leur
propre armée de brigands , & lorfqu'elle eft repouffée
avec ignominie par les Carpentraffiens
qui fe font couverts de gloire ; c'eft dans la
frayeur que leur infpire cette armée compofée de
bandits , de déferteurs , de proteftans François ,
que les municipaux d'Avignon veule:t: fe donner
à la France pour le fouftraire à l'échaffaud . Que
répondriez - vous à vos colonies fi elles rétorquoient
contre vous le dangereux principe qu'il
fuffit du væn d'une portion d'un peuple pour
difpofer de fa fouveraineté ? ...
Sans fe charger de réfuter les raisons de M.
l'abbé Moury , M. Rabaud n'a répliqué à ce qu'il
appelloit les calomnies du préopinant , qu'en les
dédaignant & en les confacrant à l'exécration de
la nation , ce qu'on a beaucoup applaudi ; mais
un feul fait auroit encore mieux valu que de grof
fières injures. On a fermé la difcuflion , & comme
M.
f
( 25)
M. de Virieu alloit parler , des cris tumultueux fe
font fait entendre de la terraffe des Feuillans , incident
qui a jetté le plus grand trouble dans l'Affemblée.
Les membres du côté droit vouloient
que la difcuffion fût interrompue & remife . « Ce
neft rien , a dit M. de Foucault ; ce font de
braves gens qui entourent la falle & qui crient
qu'il faut réunir Avignon ou être pendus .
» La
troupe des motionnaires falariés , vulgairement
nommés les fans culottes , crioit : Avignon réuni
à la France ! Victoire ! Victoire ! Etrange commentaire
du décret par lequel on a renoncé aux
conquêtes !
Ce vacarme extérieur ayant diminué , M. de
Virieu a propofé de décréter qu'il n'y avoit pas
lieu de délibérer , quant à préfent , fur la réunion ,
& que le Roi feroit prié de prendre des mefures pour
ramener la paix. M. Dupont demandoit des plénipotentiaires
médiateurs & non des commiffaires.
Les plénipotentiaires ont fait éclater de rire plufieurs
philantropes du côté gauche . La priorité a
été accordée au projet du comité . M. de Murinais
a voulu qu'on levât la léance après l'appel nominal
, comme fi tout décret n'avoit pas fon lendemain
. M. de Cazales demandoit qu'enfuite il ne
für plus parlé de la réunion , propofition combattue
par M. de Crillon le jeuns.
L'appel nominal a été commencé fur le premier
article du comité , portant : « l'Aſſemblé nationale
admet & incorpore les Avignonois dans la
nation Françoife , dont ils feront déformais partie
intégrante , leur accordant tous les droits & avantages
de fa conftitution ; M. de Faucigny a lenouvelle
fes proteftations ordinaires pour le mairtien
de fon titre de Comte , on a crié à l'abbay
lefabreur ; ce débat incidentel & pour le moins
N° . 23. 4 Juin.
B
T
( 26 )
déplacé , a caufé quelque rumeur . Enfin , fur
768 votans , 374 ont adopté , 394 ont rejetté
l'article , ainfi à la pluralité de 20 voix il a été
écrété qu'Avignon ne fera point réuni à la
France.
Du mardi , féance du foir.
le
Après la lecture d'adreffes , d'éloges envoyés à
l'Affemblée par les amis de la conftitution de
Dax , de Beauvais , & de la commune de Blois
qui jure que la conftitution durera autant que
globe , l'ordre du jour a ramené la fuite du décret
fur les colonies . Le comité n'étant pas prêt ,
M. Bureau de Pufy a cédé le fauteuil à M. Emmery
& a lu un rapport fur les places fortes . La
difcuffion n'eût offert rien de piquant , fi M. Prieur
n'avoit demandé la fuppreffion de la fortereffe
de Vincennes , motion qui a fort égaye ceux
mêmes qui dans ces queftions n'entendent que
la langue. Quelques articles ont été décrétés , &
d'autres ajournés .
Du mercredi , 25 mai.
II y avoit à peine dans la falle une quaran
taine de députés , quand M. Bouche a montré fa
confiance aux premiers venus , en leur propofant
de déclarer que , par le décret rendu la veille ,
l'Affemblée n'avoit renoncé que pour le moment
à la conquête d'Avignon & du Comtat. Plus
adroit , M. Goupil de Préfeln , « de peur feulement
qu'on n'abusât du décret , & afin de déjouer
l'aftuce des perfonnes , heureufement en
très-petit nombre , qui manifeftoient l'anti-ratriotique
projet de faifir cette occafion pour
éteindre les droits de la France fur Avignon &
( 27 )
le Comtat Venailliu » , s'eft permis un reifosnement
bien extia ordinaire .
- -
"
de Les décrets du 4 & d'hier , a t il dit , ne
font ni un traité ni un jugement. On ne traite
point avec foi - même , pour toute convention
il faut être deux ; pour un jugement il faut
être trois , le juge & les deux parties . Ici rien
de tout cela ; vous n'avez donc rien prononcé.
Sa conclufion a été de propofer de décréter que ,
le décret d'hier , concernant Avignon , ne peut
avoir que la valeur d'une réfolution actuelle
( traduction littérale du pour le moment de M.
Rabaud; ) qu'il ne peut préjudicier aux droits de
la nation Françoile fur la ville d'Avignon & fur
le Comtat Venaiflin , lefquels droits demeuroient
tels qu'ils étoient avant ledit décret .
M. de Folleville a trouvé que M. Goupil
avoit parlé d'une manière fi favante , qu'il feroit
intéreflant qu'il fût entendu d'un plus grand
nombre d'auditeurs . Il a aufli obfervé qu'on
n'avoit pas encore tranfcrit le décret de la veille
dans le procès-verbal , & il a demandé que la
nouvelle propofition fût ajournée à midi . Aux
voix , aux voix , fe font écriés M. Bouche &
plufieurs autres membres .
Une marche moins directe devenant plus sûre ,
M. de Tracy a annoncé que fon opinion étoit
à-peu-près la même que celle de M. Goupil ;
mais qu'il n'en déduiroit pas les mêmes conféquences
; & lorfqu'on a reproduit cette queſtion à
midi , M. de Tracy a lu un projet de décret en
quatre articles , dont les trois premiers contenoient
des mcfures pour rétablir la paix à Avignon
; & le quatrième , la motion de M. Goupil
exprimée en d'autres termés , ce qui étoit un
B 2
( 28 )
peu loin de la promeffe de n'en pas tirer les
mêmes conféquences .
-M. de Liancourt a foutenu que PAffemblée
n'avoit fait & pu faire , que ne point déclarer
fes droits , & que ce n'étoit nullement y renoncer
, puifqu'ils avoient toujours été réſervés . On
a renvoyé la difcuffion à l'heure de midi .
Une lettre de Madame la ducheffe d'Arem="
berg , étrangère , arrêtée à Valenciennes , allant
à Bruxelles , mande qu'elle a été miſe en liberté
après fon arreftation , mais qu'on lui a retenu
fa vaiffelle , & qu'on ne veut la lui rendre que
fur un ordre de l'Affemblée nationale . On l'a
renvoyée au pouvoir exécutif. Que font donc
les fociétés de patriotes chargés d'éclairer leurs
frères , s'ils ne préviennent pas d'auffi honteux
excès du defpotilme populaire ?
Ayant à préfenter , au nom du comité de
fiquidation , un nouveau mode de comptabilité
à fubftituer aux chambres des comptes , M. de
Beaumetz a dit que 176 comptabilités reffortif
foient à la chambre des comptes de Paris ; qu'il
en a d'arriérées de 10 , de 16 , de 20 ans ; que
l'état en monte à 1249 comptes , dont 365 préfentés
& non jugés , & 884 non encore préfentés,
détails hérifiés de chiffres , qui n'ont pas aperis
grand'chofe aux dix-neuf vingtièmes des membres
à qui ces matières font abfolument inconnues.
« A la nation appartiennent tous les droits , a
continué le rapporteurs or celui - ci eft de nature
a ne pouvoir être délégué qu'aux légiſlateurs.
Ainfi les comptabilités feront reçues par
des comités créés à cet effet . » Ajourné à deux
jours après la diftribution , malgré les inftances
de quelques membres pour ajourner à la légifla
ture toujours prochaine .
( 29 )
A midi , M. Goupil a reproduit fon manifefte
éventuel contre la fouveraineté du Pape für Avignon
& le Comtat . M. de Tracy a établi que
les deux décrets précédens n'étant que deux négatives
, le réfultat de tant de délibérations ſe
réduifoit à zéro, « Meffieurs , difoit M. Lucas ,
il faudroit intituler le décret d'hier : projet de
contre-révolution » . M. Garat l'aîné avoit la
-parole , mais M. Charles de Lameth ufant du
prétexte d'une motion d'ordre , pour rentrer dans
la difcuffion du fond , a dit que les mesures de
M. de Tracy étoient provifoires , & que l'article
de M. Goupil ne pouvoit rencontrer d'oppoveulent
fition, que dans ceux qui
l'Aſſemblée
nationale fe déshonore à jamais. L'orateur a pourfuivi
, en qualifiant ces anonymes d'ennemis de
la révolution , de la conftitution ; je les nommerai
, fi l'on veut , a-t -il dit . -- cc. Nommez ,
nomnicz " , s'eft- on écrié du côté droit ; mais
M. de Lameth n'a nommé perfonne . Il a vanté
fon refpect pour les décrets , même pour ceux
qui n'étoient rendus qu'à une majorité de zo
voix , & il a rappelle qu'on avoit prédit que
l'Affemblée nationale feroit regretter les parlemens
à la nation , puifqu'ils réſervoient les droits
de la France fur Avignon..
que
« Je crois , a dit fagement M. de Canales ,
que l'intention de l'Affemblée n'a pas été de renoncer
aux droits , bons ou mauvais , qu'elle
avoir fur Avignon & le Comtat ; & je confens
à ce qu'on difcute le projet de M. de Tracy.
Répétant que deux négatives ne prononçoient
rien d'affirmatif , M. Rabaud a demandé que le
quatrième article de M. de Tracy fût difcuté le
premier . Dans l'espoir de réunir tous les efprits ,
M. de Cazalès a ouvert l'avis d'ajouter aux dé-
B 3
( 30 )
>
C
crets rendus & maintenus , qu'ils ne préjugéoient
rien fur les droits antérieurs de la France.
M. l'abbé Maury au contraire les a divifés : il
adoptoit les 3 premiers articles de M. de Tracy,
mais il rejettoit le quatrièmel comme deftructif
des décrets comme une pierre d'attente offerte
aux,infurgens d'Avignon ; il a foutenu que des
décrets rendus par appel nominal étoient irrévccables
que la minorité devoit obéir à la majo
2 rité ; que le côté droit en avoit affez long- temps
donné l'exemple .
Après de longs débats infignifians , au milieu
du tumulte , & des invectives réciproques , au
milieu defquelles M. Lavigne accufoit M. l'abbé
Maury d'oppofer les droits du Pape aux droits
de l'Affemblée nationale , & a infifté , en avocat,
fur des « réferves aux fins de ftipuler des droits » .
M. d'André a fait décréter la propofition de M.
Rabaud ; M. de Cazalès a objecté que le quatrième
article de M. de Tracy , devenu le premier
réduifoit les décrets à n'être qu'un ajournement
, & que l'Affemblée devoit être de bonne
foi avec elle -même . f
« Je demande par amendement , a dit M.
l'abbé Maury , qu'il foit permis à la majorité de
protefter contre la minorité , qui détruit tout ce
que la majorité décrète. Je propofe de fupprimer
la fin de l'article de M. de Tracy , qui anéantit
le décret de la veille..... Un décret ferme la
bouche à M. l'abbé Maury , qui s'écrie : « il
faut que le royaume fache comment la minorité
nous gouverne » . Déclarons franchement qu'Avignon
& le Comtat font réunis à la France ,
dit M. Madier. M. de Montlaufier adoptoit
l'amendement , attendu qu'il ne convenoit pas à
des François d'employer des tournures Carthagia
( 31 )
noifes. La préalable a fabré les amendemens .
Tout le côté droit a déclaré qu'il ne donnoit
point de voix , & le projet de décret de M. de
Tracy a été décrété par le côté gauche , au mihieu
de l'expreffion libre des paffions funeftes qui
troublent & déterminent les délibérations .
Voici ce dernier décret :
ce L'Affemblée nationale charge fon préfident
de prier le Roi : 1 ° . D'envoyer des médiateurs
qui interpofent les bons offices de la France entre
les Avignonois & les Comtadins , & faffent leurs
efforts pour les amener à la ceffation de toutes
hoftilités , comme à un provifoire néceſſaire avant
de prendre aucun parti ultérieur relativement aux
droits de la France fur ces pays ; »
.
2º. D'employer les forces qui font en fon
pouvoir pour empêcher que les troupes qui fe
font la guerre dans le Comtat Venaiffin , faffent
aucune irruption fur le territoire de France ; » ;
3. De réclamer tous les François qui ont
-pris parti dans l'une ou l'autre des deux armées ,
& de publier à cet effet une proclamation qui fixe
un délai , & affure une amniftie aux militaires
François qui rentreront dans le délai preferit , &
qui déclare déferteurs à l'étranger ceux qui ne rentreront
pas ; "
4° . De faire pourfuivre & punir comme embaucheur
, tout homme qui feroit en France des
recrues , foit pour un paiti ſoit pour l'autre . >>
Du jeudi , 26 mai.
M. d'Ailly a témoigné quelque crainte que
les mots déferteurs à l'étranger , inférés dans le
décret d'hier relatif aux Avignonois , ne préju
geât la queftion des droits de la France , on eft
Tallé à l'ordre du jour.
B 4
( 32 )
"
M. de Sillery prenant la parole au nom du
comité de la marine . a fait adopter fans difcuffon
neuf articles relatifs à la folde des officiers
de mer.
A la demande de M. Démeunier , l'Affemblée a
décrété qu'elle s'occupera demain de la convocation
de la nouvelle législature ; ce décret a été couvert
d'applaudiffemens.
Un court expofé de M. Camus , relatif à la
lifte civile , des débats pour favoir fi l'on difcu
seroit tous les articles en maffe ou féparément,
& quelques efforts perdus de M. Bouche pour
obtenir qu'on ne payât le douaire aux Reines que
tant qu'elles referoient en France , chicane abjecte
accompagnée d'indécens ricanemens , ont précédés
l'adoption d'un décret qui , après la tranf
cription de la lettre du Roi du 9 Juin 1790 , & du
décret porté au procès - verbal du même jour , ſta
tue ce qui fuit :
---
›
cc Il fera payé 25 millions pour la dépense du
Roi & de fa maifon , chaque année en 12 paiemens
égaux , de mois en mois. La nation ne
payera aucune dette contractée au nom du Roi ,
& les Rois ne feront tenus , en aucun cas , de
-payer les dettes ou engagemens de leurs prédéceffeurs.
-- La dépenfe du garde - meuble entiérement
à la charge de la lifte civile , & tous les meubles
en refteront à la difpofition du Roi . Il fera
dreffé un inventaire des diamans appellés de la cou
ronne , perles , pierreries , tableaux , pierres gravées
, & autres monumens des arts & des fciences.
La dette de la maifon du Roi , jufqu'au
premier juillet 1790 , fera payée par la caiffe de
l'extraordinaire . Il fera remis au comité cenral
de liquidation un état nominatif & détaillé
des charges de la maifon du Roi depuis 1759
--
--
433 )
----
-jufqu'en 1790 , & des charges de la maifon des
frères du Roi depuis la formation jufqu'à ce jour.
- Le douaite de la Reine eft fixé à 4 millions
qui lui feront le cas arrivant , payés en France ,
en 12 paiemens égaux , de inois en mois .
Organe des comités réunis des domaines , de
féodalité , des penfions & des finances , M. Barrère
de Vieuzac a joint au tableau des domaines
à conferver au Roi , des réflexions dignes de
l'efprit du jour. Tandis que vous donniez au
Roi le témoignage touchant de la générosité nationale
, ceux qui l'entouroient , s'agitoient pour
mettre à profit l'enthoufiafme que vous démontriez
pour le Roi ... Le miniftre envoya , le 18.
aoûr , le tableau effrayant des domaines réservés
au Roi ; mais l'opinion publique ne tarda pas à
fe faire entendre , & la demande miniftérielle fut
révoquée... Parmi les propriétés auparavant poffédées
par le Roi , vous allez jetter dans la circulation
des biens nationaux les châteaux de
Madrid , la Muette , Vincennes , les domaines
de Chambord , Choify-le -Roi , Pompadour , &
Dupin en Normandie... Décréter fimplement
que le Louvre eft une maison royale a paru à
vos comités une difpofition funefte , propre à rappeller
les abus... à intervertir l'emploi & ufage
des domaines nationaux ... Vous allez ajouter un
million 93 mille livres aux 25 millions déjà donnés
, &c. Pour peu qu'on fache que les Rois de
France avoient un patrimoine , on avouera qu'il
feroit difficile d'être à leur égard , généreux du
bien d'autrui avec plus d'humeur & de plus mauvaife
grace. Voici la fubftance des huit articles
qui ont été décrétés en maffe , à la fuite de ce
rapport déclamatoire , plein de cette fauffe éloquence
que donne la fauffeté du jugement. 1
Bs
( 34 )
"
Le Louvre & les Tuilleries réunis , feront le Palais
national deſtiné à l'habitation du Roi , à la
réunion de tous les monumens des fciences - &
des arts, & aux principaux établiffemcus de l'inftitution
publique , fe réfervant l'Affemblée nationale
, de pourvoir aux moyens de rendre cet
établiffement digne de fa deftination , & de fe
concerier avec le Roi fur cet objet , Le Roi jouita
encore des bâtimens adjacens employés actuellement
à fon fervice ; les autres feront aliépés , & , en
attendant , loués au profit de la nation . Sont
réfervés au Roi les maifons , bâtimens , emplacemens
, terres , prés , corps de ferme , bois &
forêts compofant les grands & petits parcs de
Verfailles , Marly , Meudon , Saint- Germain ,
Saint Cloud , Rambouillet Fontainebleau &
Compiègne , les bâtimens & fonds dépendans de
de la manufacture de porcelaine de Sèvres . Le
roi aura la jouiffance de ces domames réſervés ,
il en percevra les revenus , & acquittera les contributions
publiques & charges de toute nature ,
réparations de bâtimens , frais de plantations ,
remplacement de forêts , leur garde & adminiftration.
Le rachat des rentes & droits féodaux en
fera fait dans les formes prefcrites pour le rachat
de pareils droits appartenans à la nation ,
& le
montant en fera verfé dans les mêmes cailles .
Sera auffi réfervé au Roi le château de Pau avec
fon parc , comme un hommage de la nation à la
mémoire de Henry IV.
,
M. Démeunier a fait , au nom du comité de
conftitution , un rapport contenant deux difpofitions
fondamentales. Laiffera - t - on à chaque
municipalité du royaume le jugement du contentieux
de la police ? Otera- t-on aux communautés
réquifition de la force publique pour la donner
( 35)
}
à une municipalité centrale établie dans chaque
canton ? ce qui étoit le projet du comité avant
que , pour favorifer l'efprit de révolution , l'Affemblée
n'accordât une municipalité
à tous les
villages ?
сс
Le maintien de la conftitution
& le bien
général , a dit M. Mougins , prefcrivent
de ren- voyer ce projet à l'autre légiflature. « Vos municipaux
connoiffent
à peine vos loix , & vous allez leur en donner de nouvelles auxquelles
ils
n'entendront
rien , a dit M. Grégoire . J'appuie
l'ajournement
. »
›
Infiftant fur le danger de laiffer 44 mille
communautés indépendantes
, prononcer en matière
de police & requérir la force publique , M. Démeunier
obfervoit qu'il ne propofoit point de
donner des officiers imunicipaux à ces municipalités
centrales , mais de compofer ces dernières
d'un maire & d'un procureur de la commune
nommés par tous les citoyens actifs du canton
& de l'un des officiers municipaux de chaque
communauté particulière ; que les municipalités
centrales ne fiégeroient que les dimanches ; qu'elles
jugetoient le contentieux & requerroient
la force
publique , & que les autres demeureroient
chargées
de la répartition des impôts & de la police juf- qu'au jugement du contentieux. Cette meſure lui
a paru d'une néceffité urgente.
M. de Toulongeon a penfé que des municipalités
corporifées , étoient le feul moyen defauver
les campagnes de la fuprématie des villes , & du
malheur de la Suiffe où , à ce que prétend M. de Toulongeon , qui paroît connoître la Suiffe
auffi bien que la Cochinchine
la Cochinchine
, « l'on entend
dire fcandaleufement
: nos fujets des campagnes. » On court le rifque de déforganifer
les muni-
·B 6
( 36 ).
cipalités exiftantes , difoit M. Ræderer , & nous
en avons befoin pour le moment , Quoique M.
Roederer craignit de mettre un rouage de trop
dans une machine affez compliquée , il a trouvé
un expédient pour réserver le droit au corps
conftituant , & laiffer les inconvéniens à la légiflature
prochaine ; c'eft de ne décréter prudemment
que le principe , de départir le pouvoir
politique de créer des municipalités collectives ,
centrales.
сс
Si le projet du comité paffe , s'écrioit M. Salle,
on achevera de perfuader aux payfans que vous
ne voulez plus qu'une feule églife par canton .
L'évêque de mon département n'eft pas encore
en place ; nous avons beaucoup de prêtres réfractaires...
Le rapporteur a demandé l'ajournement,
& le renvoi au comité de révifion , fa gropofition
a été décrétée .
Du jeudi , féance du foir.
M. de Broglie a fait , comme organe du comité
militaire , un rapport , qu'a terminé un projet
de décret adopté fans débats , fur la répartition
des cent mille auxiliaires entre les divers départemens
, la confcription , la folde & les revues de
ces auxiliaires , revues qui auront lieu tous les
fix mois.
Le refte de la féance a été rempli par un rapport
relatif aux baux à ferme & convenant , ou
domaines congeables , & par l'opinion de M.
de la Galiffonnière fur cet objet . M. Arnoult ,
rapporteur , s'eft fortement recrié contre les abus
dont le régime féodal avoit infecté , ſelon lui ,
ces affociations volontaires de la culture & de
la propriété , & il a préfenté en conféquence up
(~37 )
projet de décret tendant a faire ceffer la tyrannie
d'affociations volontaires .
Ces conventions qui commencèrent , a dit
M. de la Galiffonnière, lors de l'émigration des
Gallois chaffés d'Angleterre par les Saxons ,
font celles par lefquelles un propriétaire afferme
fes fonds au colon pour une redevance , & lui
vend les bâtimens à condition qu'à la fin du
bail , le colon le rembourfera , à dire d'experts ,
de la valeur des bâtimens , & que le propriétaire
rentrera en poffeffion tant des fonds aftermés
que des bâtimens vendus à titre de reméré. Tel
eft ce bail congeable auquel la Bretagne doit la
profpérité de la culture , & que des fophiftes
novateurs ne rougiffent pas d'affimiler aux baux
à titre de main-morte où au régime féodal. En-"
fuite l'opinant a démontré que le domaine congeable
ne tient à aucune cfpèce de fervitude ,
qu'il eft de beaucoup antérieur à la féodalité ,
n'a pas le moindre principe de ficf ; que les
ci- devant nobles n'en poffédoient pas le tiers &
les feigneurs de fiefs le dixième . Il a combattu les
articles des comités réunis , particulièrement l'article
XI & le XXIII . comme injuftes & vexatoires
. L'un autorifoit les donianiers à fe retirer
à la fin de leurs baux , en exigeant le rembourfement
des édifices vendus ( quoique le prix ait
été librement convenu en conféquence d'une
vente à charge de retour au propriétaire ) , &
l'autre autorile les domaniers à faire vendre les
édifices , faute de remboursement , à vendre les
fonds , à pourfuivre le propriétaire , fi le prix
ne fuffifcit pas .
L'Affemblée étant compofée d'un trop petit
nombre de membres , on a renvoyé la délibération
à une autre féance ,
( 38 )
Du vendredi , 27 mai.
Sur la propofition de M. d'André, il a été décrété
que les manufactures des gobelins & de la favonnerie
, feront ajoutées aux domaines accordés
la verile au Roi.
M. Bouche a demandé & obtenu un décret ,
qui charge les commiflaires nommés ¡ our l'in
ventaire du garde-meuble , de recourir aux cinq
derniers inventaires qui en ont dû être faits à
chaque époque , de les comparer , de relater en
détail tous les articles , & qui enjoint à tous les
dépofitaires publics de fournir les documens qui
feront en leur pouvoir , defqueis fera fait rapport
à l'Afemblée par fes trois commiffaires .
L'ordre du jour ' agenoit la répartition des
contributions. M. de la Rochefoucault a prié
l'Affemblée d'indiquer une féance pour la lecture
du projet diftribué . M. d'André s'eft hâté de
dire qu'on connoiffoit ce projet , & rappellaut
combien on avoit perdu de temps dans la divifion
du royaume par diftricts , il a peint les réclamations
éternifant les d'bats , détruifant la
confiance ; & il a demandé que l'on adoptât de
confiance, in globo , le tableau préfenté par le
comité d'impofition . La falle a retenti d'applau
diffemens & de cris : aux voix. En vain , M.
Régnault a- t - il réclamé contre cette précipitation.
M. Ramel Nogaret a pris la parole , & par
de longs raiionnemens étayés d'exemples tirés
de municipalités qu'il a nommées A & B , d'hypothefes
où la municipalité A doit impofer 600 liv.
ou 1000 liv. par rejet fur la cote d'habitation ,
& la municipalité B 300 ou 50 lv. , au moyen
d'apperçus vagues où il porte les taxes combinées
( 39 )
des citoyens actifs , des domeftiques & des chevaux
à 12 millions ; la cote mobiliaire , à 30
millions , total 42 millions; l'enfemble des revenus
, d'après les loyers , à 1,800 millions ,
dont le centième cft 18 , qui , joints aux 42 ,
font 60 ; & le cinquantième , 36 , ce qui lui
donne 18 millions de plus qu'it ne lui en faut...
En admettant le quarantième , pour mieux fe
retrouver dans tous ces calculs arbitraires , il
en eft venu à propofer un article préalable , que
l'Affemblée a décrété tout de fuite , tel que le
voki :
>
« Tout contribuable qui juftifiera avoir été
taxé , en principal , dans le rôle de fa contribution
mobiliaire , & far la cote d'habitation
au- delà du 40 ° . de fon revenu préſumé , aura
droit à une réduction fuivant les formes qui
font & en feront décrétées . »
On a paffé au tableau de répartition entre les
83 départemens . M. de la Chaife s'eft vivement
oppofé à ce qu'on le décrétât de confiance ; il
a prétendu que Paris , taxé à 20 m Hions 719,600 1. ,
paieroit moins , pour 1791 , qu'on ne lui fournita
de fecours déja décrétés . M. de Foucault a
dit que le projet n'étoit bon qu'à être brûlé ,
que le département le plus pauvre du royaume y
payoit un million de plus que fous l'ancien régime.
Le tableau n'en a pas moins été adopté ,
décrété comme par acclamation , & au milieu
d'un bruit incxprimable.
Enfin , M. Démeunier a fait un rapport far
la convocation de la prochaine légiflature , & les
proportions de la faculté repréfentative de chaque
département cnt fourni à nos politiques philofophes
, l'occafion de déployer un luxe d'arithmé(
49
) tique dont aucun peuple ancien ni moderne
n'offrit le modèle .
CC. Après tant de travaux a dit le
rapporteur ,
il vous eft permis de mefurer le terme de votre
carrière. Encore quelques jours , & le ferment
folemnel que vous avez prononcé le mois de
juin 1789 , fe trouvera rempli dans toute fon
étendue. Vous pouvez dès -à -préfent convoquer
Ja légiflature ; & fi la prudence le permettoit ,
vous pourriez , même dès cette féance , fixer le
jour où vous livrerez à vos fucceffeurs le dépôt
de la liberté publique. »
Une des trois bafes générales d'après lesquelles
on a fixé le nombre des députés , eft l'étendue
du territoire de chaque département , ce qui en
a donné tout jufte 249 , répartis exactement . La
feconde bafe eft la population . Les corps adminiftratifs
ont compté 4,298,360 citoyens actifs
dans le royaume ; le comité , mieux inftruit , on
ne dit pas cominent , .cftime que la population
active eft à la population totale comme un à fix ,
& il y voit une augmentation fenfible depuis la
révolution , d'où il conclut , avec la même clairvoyance
, « l'accroiffement de la profpérité publique
. Or voici un échantillon de fes calculs.
La population active du royaume doit donner
autant de députés légiflateurs qu'elle renferme de
fois 17,262 citoyens actifs. Ce divifeur ne donne
, en l'appliquant fucceffivement aux 83 dépar
temens confidérés à part , que 205 députés , &
il en refte 44 « que doivent produire les fractions
de population . Mais avec beaucoup de patience
, un férieux imperturbable & dix -fept
trente-fixième de divifeur commun 17,262 , tout
s'arrangera. Trois départemens , l'Aube , la Gizonde
& la Vienne , auront un député moyen·
( 41 )
nant ces dix -fept trente--fixièmes ; les 41 autres
départemens qui enverront un député de plus ,
ont une fraction qui vaut plus qu'une demie.
Cette favante répartition a pour troisième baſe
la contribution directe , préfumée en l'air d'une
manière fi exacte , qu'on a indiqué dans le tableau
jufqu'à 100 liv. de plus ou de moins ,
pour tel ou tel département. Pour répartir 249
députés attribués à la contribution directe , même
embarras , même reffources. Chaque département
aura autant de députés qu'il pourra payer
de fois 1,204,819 liv. 5 fous 6 deniers . D'après
ce calcul , la Corfe n'auroit pas un de ces 249
députés , puifqu'elle ne paie que - 284,800 liv .
( n'importe , on lui en accordera fix ) ; & le divifeur
n'en donneroit que 201 ; reftent 48 à
trouver. Les 47 départemens ( la Corfe déduite )
qui auront quarante - fept quatre- vingtièmes du
divifeur commun ( 1,204,819tiv . s fous 6 den . ) ,
enverront un député . Il falloit un fècle de lumières
pour mettre cette précifion mathématique
dans les élémens du bonheur des peuples , après
avoir décrété que la France pourra être repréfentée
par des hommes qui ne feront , fi les
électeurs le veulent , ni pères de famille
ni propriétaires de biens-fonds , ni contribuables.
au - delà du marc d'argent , qui ne fuppofera qu'un
revenu d'induſtrie de quelques cents liv .
сс
Revenant au terme de cette orageufe feffion ,
M. Démeunier indiquoit le 30 août pour la clôture
, & fixoit à trois jours après l'inftallation des
nouveaux légiflateurs . « L'époque de notre féparation
eft prochaine , a -t -il dit ; mais il faut fe
féparer avec honneur, Affez & trop long-temps
la divifion a régné parmi les patriotes . La voix
de la patrie , notre intérêt , celui de nos conci(
42 )
toyens , doit aujourdhui nous rallier . Chacun de
nous rendra compte de fa dernière conduite &
de les dernières opinions . ( Les deux côtés ort
vivement applaudi ) . La calomnie & les libelles
feront oubliés , on ne nous jugera point au gré
de tel ou tel parti ; les contemporains & la poftérité
ne jugeront que les décrets de l'Affemblée
nationale . Ce même peuple qui nous a fecondé
: de fon courage , qui a paru fi reconnoiffant de
nos efforts , ne montrera plus que de l'ingratitude
, s'il manque quelque chofe à vos inftitutions
; dans les défordres de l'anarchie il nous
accufera..... Entraînés par les événemens , vous
n'avez pu travailler la conftitution qu'en détail;
c'eft l'enfemble de vos décrets qu'il eft de votre
devoir d'examiner maintenaut. C'eft de la force
du gouvernement qu'il faut s'occuper car nous
n'avons plus de momens à perdre..... En régé
nérant le royaume , telle étoit votre force , que
vous avez dû quelquefois dépaffer le but. Dans
des temps plus heureux on corrigera ces imperfections.
Mais qui peut prévoir le réſultat d'un
défaut de fageffe à l'époque où nous ſommes arrivés
» ?
:.
M. de Crillon a demandé que l'Affemblée indiquât
le jour où elle finiroit fes féances . Cette
propofition chaudement applaudie à droite , a
excité de violens murmures à gauche. M. Lavie
M. Roederer le font élevés contre la motion
de M. de Crillon , qui a perfifté à dire qu'un
terme indéfini auroit des inconvéniens graves.
L'Aſſemblée a décidé qu'elle délibéreroit article
par article. Au fujet de la date des convocations
d'affemblées électorales , M. Boiffy d'Anglas a
obfervé que c'étoit le 20 juin précisément que
{ 43 )
tous les vers à foie montent . On lui a demandé
à quelle heure , & de longs murmures ont fuivi .
Une très-grande majorité ayant rejetté la propofition
que M. Garat l'aîné avoit fait mettre
-aux voix , de clorre la feffion actuelle le 31 août ,
: les dix articles du comté ont été décrétés en ces
termes :
«L'Affemblée nationale , après avoir entendu le
rapport du comité de conftituon , fur les dif-
-politions relatives à la convocation de la prémière
légiature , décrète ce qui fuit :
T
Art. I. Les procureurs- généraux-fyndics des
départemens enjoindront aux procureurs - fyndics
des diferits , de réunir en affemblées primaires ,
du 12 au 25 juin de la préfente année , les citoyens
actifs de tout le royaume , pour nommer
Le nouveaux électeurs . »
.II. Les électeurs fe réuniront le S du mois
-de juillet prochain , pour procéder à la nomination
des députés au corps légifatif : ils feront , conformément
aux loix , les élections qui pourront
furvenir jufqu'à la formation du corps électoral ,
au mois de mars 1793 .
III. La population active de tout le royaume
fe trouve , pour cette année , de 4,298,360 citoyens
; la quorité de 17,262 donnera un député ,
& les fractions feront divifées en trente-fixièmes :
tout département dont la fraction de population
active excédera de dix- fept-trente -fixièmes les
quantités complettes du divifcur commun , aura
un député de plus à raifon de la population. »
IV. Le décret rendu dans la féance de ce
jour , fur la répartition de la contribution foncière
& mobiliaire pour l'année 1791 , fervira
de bafe pour déterminer le nombre, des députés
que chaque département doit envoyer à la pré(
44)
mière légiflature , en raifon de fes contributions
directes. >>
V. D'après les deux articles précédens , &
les états de population active & de contributions
directes annexés à la faite du rapport , les quatrevingt-
trois départemens du royaume enverront
au corps législatif le nombre fuivant de députés, »
SAVOIR:
›
Ain , 6 Députés . Aifne , 12. Allier , 7. Hautes-
Alpes , 5. Baffes - Alpes , 6. Ardêche , 7. Ardennes
, 8. Arriège , 6. Aube , 9. Aude , 8. Avciron
, 9. Bouches-du-Rhône , 10. Calvados , 13 .
Cantal , 8. Charente , 9. Charente inférieure ,
11. Cher. 6. Corrèze , 7. Corſe , 6. Côte-d'or ,
10. Côte-du-Nord , 8. Creufe , 7. Dordogne ,
10. Doubs , 6. Drome 7. Eure , 11. Eure &
Loir, 9. Finiſtère , 8. Gar, 8. Haute Garonne, 12 .
Gers , 9. Gironde , 12. Hérault , 9. Ille & Vi-
-laine , 10. Indre , 6. Indre & Loire , 8. Isère ,
9. Jura , 8. Landes , 6. Loir & Cher, 7. Haute-
Loire, 7. Loire inférieure , 8. Loiret , 9. Lot, 10.
& Garonne , 9. Lozère , 5. Maine & Loire ,
11. Manche , 13. Marne , 10. Haute - Marne ,
7. Mayenne , 8. Meurthe , 8. Meule , 8. Morbilan
, 8. Mofelle , 8. Nièvre , 7. Nord , 12.
Oife , 12. Orne , 10. Paris , 24. Pas de Calais ,
11. Puy- de- Dôme' ; 12. Hautes - Pyrénées , 6 .
Baffes Pyrénées , 6. Pyrénées orientales , 5.
Haut - Rhin , 7. Bas-Rhin , 9. Rhône & Loire ,
15. Haute- Saône , 7. Saône & Loire , II. Sarthe
, 10. Seine & Oife , 14. Seine inférieure ,
16. Seine & Marne . 11. Deux-Sèvres , 7.
Somme , 13. Tarn , 9. Var , 8. Vendée , 9.
Vienne 8. Haute Vienne , 7. Volges , 8.
,
Yonne , 9.
( 45 )
VI. Les affemblées électorales de département ,
formées en vertu du préfent décret ayant nommé
les membres de la légiflature , nemmeront les
deux hauts-jurés qui doivent fervir auprès de la
haute-cour- nationale . »
« VII. Les départemens qui n'ont pas nommé
le préfident , l'accufateur public & le greffier du
tribunal criminel établis par les décrets fur le
Juré , procéderont à cette élection immédiatement
après la nomination des députés au corps légiflatif.
"
>
«VIII. Auffitôt après l'élection de tous les membres
du corps légiflatif, l'Affemblée nationale déterminera
le jour où elle ceffera fes fonctions &
celui où la légiflature commencera les fiennes. »
« IX. Les fonctions de la première légiflature
cefferont au premier mai 1793. "
« X. Le Roi fera prié de donner promptement
les ordres néceflaires pour l'entière exécution du
préfent décret .
Du famedi , 28 mai.
Pour varier fes rapports d'emplacement , dont
il a dit , dans fon ftyle , que le fond préfente la
perfection de la monotonie & le fublime de la ftérilité.
M. Prugnon , à propos du maufelée de
Michel de Montaigne qu'il faut enlever de réglife
fupprimée des Feuillans de Bordeaux , a parlé
de Montefquieu , de Corneille , de l'Hopital qui
n'ont point de maufolée , de la nation alors mineure,
& aujourd'hui majeure ( depuis qu'elle voue
à l'honneur de grands hommes & d'hommes vertueux,
comme Mirabeau, un temple dédié à l'Etre
fuprême ) . Un décret a folemnellement logé le
directoire de la Gironde dans le Doyenne,
( 46 )
féminaire dans la maifon des Feuillans , & changé
l'ancienne tour du fort du Ha de Bordeaux , en
prifon civile , le tout aux fraix des adminiftrés .
Sur la propofition de M. de Wimpfen , au com
des comités militaire & des penfions , il a été dé
crété que les officiers du régiment des Gardes
Françoifes , réformés le 31 acût 1789 , feront rembouriés
de leurs charges fur le pied fixé par les
articles I & III du titre II de l'ordonnance du
17 juillet 1777 , avec les intérêts , à compter du
premier janvier 1791 , & recevront l'indemnité
accordée pour brevets de retenue , conformément
au décret du 24 novembre 1790 ; que les propriétaires
des régimens étrangers arrivés tout atmés
& équipés feront rembouriés fur le pied de
deux cents livres par homme , au complet de
1788 , & de 250 liv. par cheval ; que les autres
auront en indemnité 100,000 liv . ; que les colonels
& capitaines porteurs de brevets de retenues
, en feront rembou: fés en cas de mort ,
démiffion , changement de grade , fuppreflion ou
licenciement ; que ceux qui n'auront pas affuré
la finance de leur régiment ou compagnie par
des brevets de retenue , recevront une reconnoiffance
des trois quarts de la finance qui feront
acquittés dans les cas fpécifiés pour les brevets
de retenuc , les autres reftant dans les termes de
l'ordonnance de 1776 .
M. Ramel-Nogaret a demandé qu'on fit une
inftruction , pour faire goûter aux provinces le
nouveau mode de contribution ; cette confiance
aux homélies a été bien accueillie . Le comité
s'en occupera .
L'Afemblée ayant repris la fuite du projet , re
latif à la convocation de la prochaine légiflature
M. Démeunier à lu fucceflivement divers atti
( 47 )
cles , qui ont été modifiés par quelques amendemens
de M. Demeunier lui - même & d'autres
membres. Dans le cours peu intéreffant d'une
difcuffion , plutôt alongée que remplie , ont été
noyées des réflexions & motions de MM. Ro - !-
berfpierre , Nogaret & Lavigne. Le premier fouhaitoit
qu'on laiffât les municipalités maîtrefles
de régler la valeur de la journée de travail , &
pour mieux foumettre le gouvernement repréfentatif
à l'empire anarchique d'une ignorante
multitude , qu'il fût décrété que tous les hommes
nés en France ont la plénitude des droits de citoyens
, & font tous également éligibles à toutes
les places . M. Ramel- Nogaret demandoit que les
électeurs affemblés pour nommer des législateurs,
ne nommaiſent enfuite , au lieu de la moitié des
membres des adminiſtrations de département &
de diftrict , qu'aux places vacantes par mort ou
démiffion ; afin que les adminiftrateurs actuels
euffent plus de temps à exercer des fonctions ,
dont ils fe trouveroient , fans cela , n'avoir eu
que les défagremens ; pour lefquels il n'a pas
déguifé que plufieurs demandoient des indemnités
.
Revenant à la charge , M. Roberfpierre à fait
de nouveaux efforts pour obtenir la révocation
du décret , qui déclare inéligibles aux légiflatures
ceux qui ne payeront pas un marc d'argent en
impofitions directes . Il prétendoit que cette révocation
étoit déjà déterminée par l'opinion
de l'Affemblée & par l'équivoque de la nation .
A toutes ces opinions , M. Lavigne a trouvé
bon d'ajouter le poids de la fienne. On a
demandé qu'il fût rappellé à l'ordre
comme
parlant contre un décret conſtitutionnel ; c'étoit
l'avis de M. de Murinais ; mais il a fallu qu'un.
( 48 )
>
décret du moment fermât la bouche à M. Lavigne
, & l'on eft paffé à l'ordre du jour.
L'Affemblée a enfuite jugé inapplicable à la nomination
des électeurs une forme de fcrutin propofée
par M. Péthion , & qui n'eft nullement
de fon invention , ainfi que l'ont annoncé des
journalistes ignorans . L'idée de ce ſcrutin a été
donnée à M. Pethion par des Genevois , qui ont
trouvé établie dans leur patrie , cette méthode
d'élection . Elle eft infiniment préférable à celle
que l'Affemblée s'obftine à confèrver ; elle abrége
le temps , elle déconcerte mieux les cabales , elle
foulage les électeurs . Ce fcrutin que M. Péthion
nomme épuratoire , parce qu'il faut aujourd'hui
des fobriquets baroques , & des intitulés d'empyriques
aux chofes les plus fimples confifte dans
une première opération , où chaque électeur
indique librement & généralement , autant de
noms qu'il y a de membres à élire . Par un fecond
fcrutin , on retient fur la lifte de ceux qui , au
premier , ont réuni le plus de fufftages , an
nombre double ou triple du nombre de fujets
à élire ; enfin fur cette feconde lifte de réduction
, on choifit par une troisième opération définitive
, les fujets fur lefquels doit tomber l'élection
. Ces trois opérations fe nomment à Genève
indication , rétention , & élection .
Du famedi , féance du foir.
De tous les rapports imaginés par le comité
des recherches , le plus comique eft véritablement
celui dont le dévéloppement a été réſervé ce ſoir
à M. de Sillery. Le bruit public annonçoit que
le bras de l'inquifition alloit s'étendre fur le club
monarchique , & qu'une même dénonciation envelopperoit
( 4949 )
lopperoit M. le bailli de Cruffol , M. de Clermont-
Tonnerre & M. de la Fayette . Le rapport
n'a pas eu l'intérêt de ces fignalemens : M. de
Sillery a eu la prudence de re nommer que paffagèrement
les perfonnages en queftion . Sa follicitude
civique & celle de fon comité , ſe ſort
réduites à je ne fais quel fagot de contre- révolution
, dénoncé par un fieur Luttau ou Rittau ,
& exécutés par un ficur Theyenot & une dame
la Combe. Les preuves du complot de contrerévolution
font irréfiftibles , car les sbirres d
comité ont trouvé chez les prévenus quelques
exemplaires d'une lettre du Père Dnchefne , &
dés écrits du club monarchique. Ces puiffans conjurés
avoient des fommes immenfes à leur difpofition
, pour foulever contre le club des Jacobins
& la Conftitution , les ateliers de charité dont ils
avoient acheté le dévouement , par le don magnifique
de deux affignats de so francs .
Voilà ce que M. de Sillery
a férieufement
déféré à l'Affemblée
nationale
, en convenant
que les preuves
n'étoient
pas fuffifantes
pour envoyer
les prévenus
dans les cachots
d'Orléans
;
mais il n'en propofoit
pas moins
de prolonger
leur arreftation
, & de renvoyer
l'affaire
au tribunal
d'arrondiffement
.
M. de Folleville a demandé la queftion préalable
, qui n'a point fatisfait M. Régnault . Ce
député , le plus actif parleur de l'Affemblée , &
le premier inventeur d'amendemens qui exifte en
Europe , a trouvé qu'il fe préfentoit un fil dans
ce labyrinthe , & que , pour le fuivre , il falloit
r tenir les prifonniers , & continuer l'information ,
fur laquelle l'Affemblée ' nationale prononceroit
enfuite le renvoi à Orléans , s'il y a lieu .
M. de Clermont- Tonnerre a demandé l'impreſ
No. 23. 4 Juin 1791 .
C
( 50 )
fion du rapport , à laquelle M. Lavigne s'eft
oppofé par la crainte , a- t-il dit , de donner trop beau
jeu aux accufés. Cet amour des procédures fecrettes
a été relevé par M. de Folleille & par
M. Malouet.. Il eft fàcheux , a dit ce dernier,
que l'efprit d'inquifition puiffe prévaloir dans
cette Affemblée , au point qu'on ofe vous pro-
Fofer des inftructions fecrettes . Si le comité des
recherches , dont je ne reconncis ni l'utilité , ni
la légalité , accufe un citoyen , celui - ci do
pouvoir fe juftifier , & accufer à fon tour le
comité des recherches .
L'Affemblée a décrété l'impreffion du rapport.
La féance a fini par l'ultérieure difcuffion du
projet relatif aux domaines congeables .
Du Dimanche , 29 mai.
M. Bouche a pris la parole pour notifier , au
nom de la députation d'Alface , que Colmar eft
rentré en infurrection ouverte ; la pluralité des
officiers municipaux font , fuivant lui , à la tête
des factieux ; le tribunal du diftrict a refufé d'informer.
Les chaffeurs d'Alface font en mouvement,
& l'on tâche de les réunir aux factieux.
Afin de prévenir la défection de ce régiment ,
M. Bouche a demandé & obtenu que M. Louis
de Noailles , colonel de ce corps , ſe rende à
Colmar pendant 15 jours.
fe
Bientôt cette première alarme a été fuivie
d'une lettre e core plus fâcheufe du département
du Bas-Rhin; lettre dont la fubftance prouve quela
grande majorité des Alfaciens fuit des impulfions
contraires aux difpofitions religieufes décrétées
par l'Affemblée nationale. Voici le précis exact
de cette dépêche du directoire .
Le fanatifine , écrit- il , l'intérêt monacal ,
( 51 )
le défefpoir des nobles émigrés , les fureurs du
Cardinal de Rohan , & toutes les paffions que
peut produire le délire de l'aristocratie , nous
environnent de tant de piéges , de tant de maneuvres
perfides , qu'avec un zèle infatigable
il nous devient impoffible de faire triompher la
bonne caufe , & de foutenir la chefe publique
dans le département , fans des mesures extraor
dinaires que notre pofition réclame impérieufement
aujourd'hui , & qui ne peuvent être différées.
"
Les habitans évitent toute communication
avec des prêtres affermentés & conſtitutionnels ;
les églifes font vides lorfque ceux- ci célèbrent
l'office divin , tandis qu'elles préfentent un concours
prodigieux d'affiftans à une fimple metle
baffe , dite par un moine réfractaire à la loi ;
plufieurs curés qui ont prêté le ferment à leur
arrivée dans leur paroiffe , pour en prendre poffeffion
, ont rifqué d'être maffacrés par le peuple , &
pen s'en eft falla qu'ils ne fcellaffent de leur fang
cet acte public de leur obéiffance aux loix.
Quelques uns ont été forcés de quitter leurs
cures , où les curés rébelles continuent leurs
fonctions , comme s'ils n'étoient pas remplacés .
Les paroiffes ne font organifées , & les curés ne
font encore nommés que dans le feul diftrict de
Strasbourg ; ceux de Haguenau , Benfeld &
Wiffembourg , préfentent des obftacles beaucoup
plus difficiles à vaincre pour le remplacement des
curés , foit par la rareté des fujets , foit par la
mauvaife difpofition des habitans des campagnes.
Pour prévenir des malheurs & pour affurer l'exécution
des loix , il a fallu détacher des troupes
de ligne dans les communautés , & les diſtribuer
dans les parties de ce département , où les habi-
C 1
( 52 )
1
rans paroiffoient oppofer le plus de réfiftance à
l'acceptation du nouveau régime . Les détachemens
divifés forment un total d'environ 2,400
hommes . Si , par une fuite d'une attaque du
dehors , d'une invafion ennemie , les troupes
détachées étoient forcées de rejoindre leurs drapeaux
; fi elles étoient rappellées par le général ,
le défordre le plus affreux fe manifefteroit à
l'inftant dans les campagnes ; on y verroit éclater
He feu de l'infurrection , & tout bientôt y tomberoit
dans le tumulte de l'anarchie . »
« Les préparatifs qui fe font fur la rive droite
du Rhin , & le raffemblement de troupes , dont
on a des avis certains dans le voisinage de Worms
de Manheim ; le cri de guerre qui retentit
continuellement fur nos rives ; tour annonce une
attaque du dehors . Le projet peut échouer ,
mais il y auroit trop de fécurité à le rejetter;
les évènemens , les apparences , tout femble faire
une loi de le prévenir.
כ כ
Nous vous prions en conféquence , Meffieurs
, de décréter qu'il fera inceffamment envoyé
cinq mille gardes nationales tirés de l'intérieur
de la France , dans le département du Bas - Rhin ,
pour être répartis dans les communautés qui le
compofent, »
ce Il ne nous refte qu'à vous prier d'accélérer ,
autant qu'il fera poffible , la décifion que nous
follicitons à cet égard . Tous les jours le péril
devient plus imminent , & malheurcufement nos
reffources diminuent à mesure que le danger aug
mente ; l'ennemi du dehors nous menace , l'ennemi
du dedans rous mine fourdement , & les prêtres
rebelles , plus dangereux qu'eux tous , fentant l'avantage
qu'ils obtiennent , redoublent leurs maeuvres
, »
( 53 )
M. Regnault a demandé le renvoi de cette
lettre aux comités diplomatique & militaire ,
pour en faire demain le rapport. Une dépêche
de Pontarlier , citée par M. Rabaud , parle de
15 à 20 berlines chargées , qui , chaque jour ,
traverfent cette ville pour fortir du royaume :
on l'a jointe au fac des comités .
$
M. Lavie a déclamé un quart d'heure contre
les moines qui infectent l'Alface , & a follicité
un ordre d'arracher de cette province tous les
religieux , pour les transférer dans l'intérieur .
Tous les fuppôts de la conftitutión , a dit
M. Prieur , ont frémi . Le defpotifme , le fanatilime
, la tyrannie vont réunir leurs efforts : ils
cherchent à attirer fur la France la fuicur - des
defpotes ; mais 4 millions de François les attendeut
ils feront invincibles , puifqu'ils combattent
pour la liberté. Il faut fufpendre fur les
rebelles le glaive de la juſtice , & en deux jours
décider leur fort . »
:
« Les ci - devant nobles de ma province , a
ajouté M. Biauzat , devenus fous de rage , ont
pris le parti de s'en aller tous . J'ai dépofé hier
au comité des recherches une lettre de ces zélés
contre-- révolutionnaires.; mais ils nous donnent
deux mois de répi . Je demande pour demain un
décret contre les prêtres & les perturbatcurs. »>
L'Affemblée a décrété le renvoi du tout aux
trois comités réunis .
M. Dupont ayant lu l'inftruction deſtinée aux
colonies , M. Regnault s'eft plaint des complots.
par lefquels on cherchoit à contrarier l'exécution
du décret .
CC Les complots , a repliqué M. Malonet , font.
dans les effets néceffaires & inévitables de vos
décrets . Lés réclamations ne font pas des ma
C3
( 54 )
:
neuvres il eft infidieux , il eſt injufte d'incolper
des alarmes légitimes , comme des combinaiſons
criminelles . Il eft extraordinaire qu'on nous an
Donce des mouvemens concertés , lorsqu'on a
refufé d'entendre les repréfentations des ports &
du commerce .
« Ce font des factieux ! crioit M. Rewbell. »
Faites taire M. Malouet qui attaque vos décrets ,
ajoutoit M. Dumetz. « L'Affemblée , a dit ingénieufement
M. de Cazalès , reffemble à Henri VIII,
qui , fous peine de mort , défendit de lai annoncer
qu'il étoit malade , & qui mourut parce
qu'aucun médecin n'ofa lui parler de fon danger.:
сс
20
Oui , Meffieurs , a pourſuivi M. Malouet,
vos ports les plus zélés pour la conftitution , font
dans une alarme extrême fur les fuites de votre
décret . Cela eft , je le certifie . Vous pouvez
encore rendre la paix aux colonies par un article
interprétatif ; mais l'inftruction que vous venez
d'entendre fera encore plus de mal que le décret,
Vous pouvez encore le prévenir en ajoutant un
article , qui fans exclure les hommes de couleur
des affemblées primaires , les rende inéligibles aux
affemblées repréſentatives . »
« Je demande , a dit M. de Foucault , qu'on
falle lecture des adreffes du commerce , entr'autres
de celle de Nantes, «c Qui n'eft pas arrivée ,
a crié M. Dupont . « Elle eft arrivée , a repliqué
M. Blin, député de Nantes, elle cft entre les mains
du comité colonial . Je l'attefte , & je défie M.
Dupont de le nier . » Celle du Havre , a ajouté
M. Begouen , eft fignée de la prefque totalité des
habitans , elle eft entre les mains des députés .
Une oppofition furieufe à la lecture de ces
adrefles a porté M. de Cazalès à la tribune .
L'Aſſemblée oublie-t- elle , a- t-il dit , qu'environ
7
( 55.)
née de l'opinion publique, elle en tire toute la force,
& que , lorfque ce pouvoir exécutif l'abandonnera
, nos décrets ne feront plus obéis ? Pouvezvous
donc fans imprudence , repouffer la connoiffance
du vou du commerce » ?
Toutes les inftances , les confidérations , la
voix de la juftice , de la prudence , de la liberté.
publique , ont été étouffées par les clamcurs , &
f'on a décrété de charger le Roi d'envoyer fans
délai l'inftruction , telle quelle , aux colonies .
1
S. M. vient de nommer au Miniſtère
des Impofitions publiques , M. Tarbė ,
premier Commis de l'ancien Contrôle-
Général. Ce choix eft juftifié par l'application
, l'intelligence , l'intégrité & les
travaux de M. Tarbé , auquel nous defi
rons le courage néceffaire dans les triftes
fonctions auxquelles fon attachement pour
la Monarchie & le Monarque l'ont
dévoué.
Le régiment de Dauphiné, en garnifon
à Nifmes , & qui jufqu'alors avoit été fans
reproche , autli- tôt admis au Club des
Jacobins , a caffé tous fes Officiers , &
enlevé la caiffe & les drapeaux , qu'il a
tranfportés chez M. d'Albignac. Nous ignorons
fi ce Commandant a regardé comme
compatible avec fes devoirs , le dépôt dont
le chargeoient des Soldats en rébellion.Voilà
déjà le fecond régiment qui , fans forme de
C 4
( 56 )
proces , fe délivre de fes Officiers , & s'attribue
la puiffance d'un Confeil de guerre ,
ou d'un Souverain defpotique. Ces exécutions
qui publient à toute l'Europe que
nous n'avons plus ni difcipline , ni loix ,
ri armée , réfultent d'un plan fortement
combiné par les Clubs des Amis de la
Conftitution. On en trouvera la preuve dans
l'ardeur avec laquelle ils ont follicité l'admillion
des Soldats dans leur fein , & dans
le Journal de M. la Clos , qui renferme
Its de nandes multipliées de ces Sociétés
anarchiques , pour un licenciement général
des Officiers . En fuppofant que cet attentat
fur les Droits de l'Homme & du Citoyen,
ce mépris pour les Décrets , qui en ôtant
au Roi le pouvoir de deftituer arbitrairement
les Officiers , n'ont pas entendu le
déléguer aux -Soldats , foient couronnés du
fuccès , ils attefteront le délire du moment ;
car y a-t-il au monde rien , de plus infenfé ,
que de diffoudre une armée à l'époque de
tous les dangers , de livrer l'Etat & ies Loix
aux troupes foulevées , au milieu de l'anarchie
; de courir le rifque d'eflayer l'empire des
laifons qui peuvent exifter entre les Officiers
les Soldats ; & enfin , de donner aux adverfaires
externes de la Conftitution , l'élite des
Militaires du royaume ? Véritablement , ce
projet femble avoir été conçu par les plus
habiles Contre- Révolutionnaires.
fait dé- Le Prince-Evêque de Liège a
( 57 )
clarer, par fon Miniftre , à M. de Montmorin
, qu'il ne recevroit point en ce moment
M. Bonne- Carrère , comme Envoyé
de France , & qu'il étoit à defirer que fon
voyage fût fufpendu. Il eft à croire que M.
Bonne-Carrère bornera fa carrière diplomatique
à fa nomination , & qu'il aura la fageffe
de réfigner fon emploi . Qui auroit
dit , il y a quatre ans , qu'un Evêque de
Liège refuferoit un Miniftre du Roi de
France. Voilà où nos fautes , notre inconfidération,
notre ardeur à fufciter des révoltes
dans l'Etranger , nous ont réduits .
Nous n'avons rapporté que très-fommairement
, la femaine dernière , les abominables
fcènes de Caftelnau en Quercy : nous
n'en connoiflions pas encore toute l'étendue
, & if nous eft échappé , fur les premières
autorités , quelques inexactitudes.
Maintenant , nous femmes munis de témoi
gnages oculaires & refpectables . MM. de
Bellud , qui viennent de groffir la lifte des
victimes innocentes , je ne dirai pas de la
Révolution , mais de la perverfité des
hommes qui en ont conduit les inftrumens
& des profeffeurs d'inhumanité qui ont
fait un dogme civique de l'affaffinat , MM.
de Bellud étoient les deux plus braves militaires
du royaume , gens d'honneur , de
probité , irréprochables dans leur conduite
privée & publique. C'eft le cadet de ces
C &
"
( 58 )
deux martyrs qui appartenoit à ce Corps
infortuné , & à jamais . refpectable , des
Gardes du Roi. On verra qu'ils avoient
encouru la haine des brigands & de leurs
inftigateurs , pour avoir défendu leurs propriétés
& celles de leurs voifins , contre
la torche des fcélérats qui ont fait dévaf
ter le Quercy. Ainfi , jufqu'au droit de défenfe
naturelle , ce droit que les Loix des
Etats les plus defpotiques ont réfervé , &
ne pouvoient ravir au Citoyen , eft enlevé
aux François , à côté de cette vaine & dérifoire
déclaration des Droits de l'Homme,
qui n'a fervi qu'aux déclamations de quelques
jeunes gens , & à femer par- tout des
prétextes de défolation . Voici les faits au
thentiques.
Caftelnau en Quercy , 18 mai 1791 .
ee La ville de Caftelnau de Monratier , Département
du Lot , Diftrict de Cahors vient
d'être le théâtre de fcènes d'horreurs qui ne le
cèdent pas à celles d'Aix , de Douai , &c . elles
ont même un caractère plus effrayant ; car , ce
n'eft point ici une multitude fans frein que les
autorités légales n'ont pu contenir : ce font ,
cefont exclufivement , les dépofitaires de la force ,
les gardiens de la tranquil ité publique , qui ont
maffacré des Citoyens fans défenſe & exercé fur
- leurs cadavres des atrocités inconnues avant la
révolution . >>
ي ف
« Le famedi 14 mai , le Directoire du Dépar
tement du Lot rendit , fur la requifition du Procureur
- Général - Syndic , un ordre qui porte ;
( 59 )
qu'étant inftruit par la dénonciation des Officiers
Municipaux , que les Curés de Caftelnau &
Thejels prêchoient à leurs paroifiens la révolte
au nom d'un Dieu de paix , & qu'ils devoient le
lendemain publier au prône la prétendue bulle du
Pape , M. l'Evêque fera prié d'envoyer daus lefdites
Paroiffes des Vicaires -régens , en attendant
la prochaine Affemblée des Electeurs , & que les
Curés de ces Paroifes s'éloigneront dans les 24
heures à trois lieues de leur canton . En conféquence
, l'Evêque nomma deux ex - Carmes pour
remplir les cures de Caftelnau & Thejels , & un
détachement de quarante hommes de la Garde
nationale , commandés par le feur Remel ,
partit le foir même pour les inftaller . Ce détachement
arriva à Caftelnau vers minuit. Les
Officiers Municipaux s'affemblèrent pour donner
des logemens à cette troupe. Pend int ce temps ,
plufieurs Gardes nationaux frappent à la porte
d'un cabaretier , qui répond qu'il n'ouvre pas à
une heure fi indue , & qu'il a défenfe de la Municipalité
de donner à boire la nuit on le menace
d'enfoncer fa porte , & on fe met en devoir
de le faire cet homme ne croyant avoir à faire
qu'à quelques ivrognes , fort avec une broche
& pourfuit les Gardes nationaux , qui tombent
fur le cabaretier , & le bleffent griévement de
plufieurs coups de fabre & de bayonnette, Acer
incident près la nuit fut affez calme . »
« Le lendemain matin , dimanche , 15 , le
Vicaire-régent fut inftallé , & 1: Curé de Caftel
nau fe foumit à l'ordre du Département , en
s'éloignant la meffe fut prefque déferte ; cependant
, perfonne ne proféra le moindre mmure
, perfonne n'eut feulement la pensée d'oppofer
la réfiftance à la force légale , »
C6
( 60 )
ce Le lundi , M. de Bellud , Chevalier de
St.-Louis , habitant de Caſtelnau , mais qui étoit
depuis quelque temps à la campagne , parut en
ville : c'étoit lui qui , au mois de février 1790 ,
avoit échauffé le zèle de la Garde nationale de
Caſtelnau , pour marcher contre les brigards incendiaires
qui défoloient le voifinage : c'étoit lui
qui , cette même année , s'étoit joint à l'infortuné
Marquis d'Efcayrac , pour le même objet , &
qui avoit été bleffé dangereufement dans une
affaire contre les incendiaires . Les amis de l'anarchie
ne pouvoient lui pardonner ces deux griefs .
Auffi , dès fon arrivée chercha- t- on à le provoquer
par des cris à l'aristocrate , à la lanterne.
M. de Bellud alloit à Monpejat , & n'étoit entré
à Caftelnau que pour voir le malheureux cabaretier
, bleffé le famnedi au foir , & qui étoit fon
plus proche voifin . Il defcendit de cheval à la
porte de cet homme , & fit mener fes chevaux
a fa maifon fon frère , Garde- du- corps du Roi
vint le joindre chez le cabaretiev, en redingote de
matin & en pantoufles . En fortant , ils fe promenèrent
fur la place publique ; , à leur vue , les
Gardes nationaux entonnent rhymne de mort ,
ça ira . MM. de Bellud ne font pas d'abord at
tention à ces chants ; leur patience encourage
venir leur répéter cette chanfon aux oreilles..
Alors , M. de Bellud l'aîné s'adreffe à l'Officier
qui commandoit cette troupe , le fieur Ramel ,
& le prie de faire ceffer ces infultes : l'Officier
répond qu'il ne peut pas empêcher ſfaa troupe de
chanter ce qui lui fait plaifir : « Vous pouvez
& vous devez , reprit M. de Bellud , l'empêcher
d'infulter des Citoyens paifibles . Sur une replique
peu honnête de l'Officier National , M. de Bellud
lui propofe de fortir avec lui de la ville. Auff
:
à
1
( 61 )
tôt il eft entouré par toute la troupe ; ſon frère
veut lui parer un coup de bayonnette , & reçoit
lui-même un coup de fabre fur le cou ; M. de
Bellud fe battant en retraite avec fon épée , bleffe
légèrement l'Officier au vifage , & plus grievement
un de fes camarades ; il parvient avec fon
fière à fa maifon & s'y renferme . Sur-le- champ.
La maifon eft inveftie , de nombreuſes fentinelles.
font portées à toutes les iffues , l'ex - Carme envoyé
pour Vicaire à Caftelnau , part en diligence
pour demander à Cahors un renfort condérable
3. un autre exprès eft envoyé à Montauban
, & d'autres dans les Provinces voifines . »
сс
Cependant la porte de la cour de M. de
Bellud eft enfoncée ; mais on ne fe croit pas
affez en force pour pénétrer dans la maifon , qui
ne renfermoit d'hommes que les deux MM . de
Bellud & un domeftique : en attendant l'arrivée
du renfort , on fe contente de continuer le
blocus . 200 ou 300 hommes de la Garde nationale
de Cahors arrivent à fept heures du foir.
M. de Bellud Garde- du -corps , voulant fauver
les Demoifelles fes foeurs , dont l'une avoit été
bleffée le matin d'un coup de fabre , fort avec
elles par une fenêtre : fes foeurs font refpectées ;
mais on fait fur lui une décharge de coups de
fufils qui l'empêchent de rentrer , & le forcent
de prendre la fuite à travers les champs ; malheurcufement
, en franchiffant un ruiffeau , il fe
foule le pied & ne peut plus aller : bientôt , il
eft arrêté par environ fo perfonnes , maltraité ,
ramené en triomphe dans la ville . Son infortuné
frère avoit pénétré de fa demeure dans une maiſon
voifine ; l'on s'en apperçoit , & l'on y met le feu ::
trois maifons font la proie des flammes. M. de
Bellud fe retire dans une cave , l'on perce la.
( 62 )
voûte pour le prendre il tire par cette ouver
verture plufieurs coups de fufils qui tuent &
bleffent divers affaillans , enfin , on imagine,
d'employer le moyen déjà mis en oeuvre à Buzet ,
chez M. de Clarac ; on jette dans cette cave
beaucoup de paille mouillée & du fouffre enflammé
; M. de Bellad preique fuffoqué , fort de
la cave avec deux piftolus , tue le premier qui
fe préfente à lui , & met lui - même fin à les
jours. On lui coupe la tête , ainfi que cel'e de
fon domestique qu'on avoit tué dans la nuit ; 1 :s
deux cadavres font pendus par les pieds à un
arbre, & les deux têtes portées à l'Hôtel- de -Ville ,
on les fait baifer à l'infortné Garde -du-corps ,
qui , blefé giiévement , avoit paffé la nuit fur
un mauvais fiége , fans qu'on lui accordât un
verre d'eau qu'il demand it . A la place , on lui a ,
de force , verfé dans la bouche le fang fumant
qui découloit de la tête de fon frère . Detry Commiffaires
du Départenent font arrivés hier, mardi ,
ave : un nouveau renfort & deux pièces de campagne.
Sur les fix heures du foir font entrés
400 hommes du régiment de Touraine, & Gardes
nationaux de Montauban . Peu de temps après ,
toutes ces troupes , à la requifition de la Municipalité
, font allées à la maifon de campagne
de M. de Bellud , où l'on prétendoit qu'il y avoit
un raffemblement de perfonnes fufpectes & un
amas d'armes & de munitions : l'on n'y a trouvé
ni armes , ni munitions , ni perfonne . A linftant
où je ferme ma lettre , les têtes , les meurtriers ,
les Gardes partent pour Cahors. 33
Cahors , le 18 mai à 8 heures dufoir.
«Jene vous occuperai pas des fcènes d'horreur
qui ont eu lieuà Caſtelnau ; vous en fercz inftruit ,
( 63)
comme nous l'avons été hier & ce matin par la voix
publique. Les fuites de cette tragédie font encore
plus épouvantables : je vous les retrace , en palpitant
de douleur & d'effroi. »
cc« Cet après- midi , à quatre heures , notre
Municipalité , accompagnée de la Mufique , du
Drapeau , des Gardes Nationaux reftés ici , eft
allée au devant de l'armée fanguinaire qui revenoit
de Caftelnau.
כ כ
« Le tambour ayant annoncé l'entrée de cer
horrible cortège , je n'ai pu résister à la curiofité
de me placer à une fenêtre : j'ai payé bien cher
cette curiofité . »
« A la fuite des tambours , j'ai vu paroître
les deux têtes de M. de Bellud & de fon domeftique
, portées fur deux bayonnettes . Quelques
Fufiliers faivoient , puis la Municipalité en corps
& en écharpe , & autant que j'ai pu le remarquer ,
deux Membres du Département , & deux Juges
du Tribunal de Diftrict ; venoit enfuite une charette
portant des canons de campagne , & une
feconde fur laquelle étoit érendu le malheureux
de Bellud , Garde-du - Corps. Les Gardes Nationales
, notre Etat- Major , & la multitude fermoient
la marche . »
ce Quelques minutes après l'entrée folemnelle de
cettehorde , & fon paffage fous mes fenêtres , j'ai
entendu tirer une quantité de coups de fufil. On eft
auffi-tôt venu me rapporter que le cortége étant arrivé
devant la maifon de Madame Pons , on avoit
pendu l'infortuné de Bellud , & fait fur fon cadavre
une décharge générale . Ce crime confommé
on eft entré chez Madame Pons , où s'affembloit
la Société Littéraire ; on a tout briſé, jetté
les meubles par les fenêtres , & démoli la maifon, »
64
ee On vient de défendre de fortir de chez foi,
& de paroître aux fenêtres . La Municipalité intercepte
les lettres ; elle arrêta avant - hier . le porteur
de Montauban . Le Drapeau rouge eft déployé
; on va proclamer la Loi Martiale : contre
qui fera-ce contre la Milice , teinte du fang
de MM. de Bellud ? Et c'eft cette Milice qui
fera chargée de l'exécuter ! Jugez de l'effet qu'on
doit en attendre . »
Je m'adreffe indiftinctement à tous les
partis , à tous les fyftêmes. N'eft-on pas à
la fin férieufement épouvanté de retrouver
, après deux ans , le caractère fanguinaire
, qu'on a gratuitement imprimé
à la Révolution ? Les fayans machinateurs
de ces excès avoient- ils fondé
la profondeur des racines fur lefquelles ils
plantoient l'anarchie ? Avoient - ils prévu
qu'au bout de deux ans , la France peuplée
de Loix , de Magiftrats , de Tribunaux
, de Gardes Citoyennes liées des
par
fermens folemnels à la défenſe de l'ordre
& de la fûreté publique , feroit encore &
toujours une arêne , où des bêtes féroces
dévoreroient des hommes défarmés ? Ah !
l'Europe , la philofophie , tous les amis de
la liberté euffent refpecté la Révolution ,
fi chacun de fes pas n'eût été fouillé de
fang , fi fes conducteurs infenfés avoient co
la prévoyance & l'humanité d'appercevoir ,
qu'à l'exemple du feu , elle confumeroit
tout fi la fageffe ne prenoit les pompes ;
( 65 )
" & qu'une fois la première crife décidée
Part , le patriotifme étoient de conferver
des moyens réprimians , au lieu de les
anéantir . Il n'y a aucun terme à ces barbaries.
Les neufbatailles que livra Charles I,
je me charge de le démontrer , coûtèrent
moins de vies à l'Angleterre , que l'édifice
chancelant de nos Loix par-tout violées . Et
nous n'avons ni combattu , ni vaincu ! Aucune
réfiftance ne s'eft préfentée : depuis le
Trône du Prince , jufqu'au Presbytère du
Curé , l'ouragen a profterné les Mécontens
dans la réfignation . Livrés à la fureur inquiète
des Clubs , des Délateurs , d'Alminiftrateurs
intimides , ils trouvent des bourreaux
par-tout où l'anarchie , la prudence ,
le falut de l'Etat leur ont preferit de ne pas
même voir des ennemis. Chaque femaine
eft fignalée par quelque affatlinat : ia liberté
n'appartient qu'à ceux qui olent attenter
fur celle de leurs femblables : M. Necker
a-t-il donc eu tort de demander à quelle
Nation fauvage nous avions fait place?
Je ne relèverai pas les impoftures atroces
de quelques Feuilles publiques , entr'autres
du Patriote François fur les crimes de
Caftelnau. Dans leur récit , M. de Bellud
n'ayant plus qu'une cave pour afyle , répondit
au Directoire qui lui promettoit fureté ,
qu'il ne connoiffoit point le Diretoire ,
et qu'il vouloit tuer au moins douze hommes
avant de fe rendre . Rien de plus faux ; un
1
( 66 )
homme aliéné n'eût pas même fait une
femblable réponſe. Les Cannibales qui écri
vent, font leur métier en juftifiant le Cannibales
qui coupent les têtes & les
triomphe ces deux races d'hommes font du
même fang.
portent en
Peu avant la fórmation du trophée que
le Département du Lot & la Municipa
lite de Cahors ont reçu en pompe dans
leurs murs , cette Municipalité s'étoit permis
un acte , plus odieux peut- être dans
un autre genre. Je prie ceux qui , dans les
regiftres de Caligula , ou dans ceux de
quelque Pacha capricieux , trouveroient un
trait de tyrannie à comparer à celui que je
vais raconter , de m'en donner connoiffance.
તે
Cahors , ce 17 mai 1791 .
<< En attendant que je vous faffe paffer la rela
tion des aflafinats , des meurtres , des incendies,
des pillages & de tous les genres d'atrocités qui
viennent de fe renouveller dans ce Diſtrict , voici
les motifs qui ont donné lieu au jugement , dont
la copie figurative eft ci-jointe. »
сс
כ כ -
Depuis trois mois , les Chartreux de cette
ville font vexés de la manière la plus horrible
par la Municipalité & les Jacobites. On ne leur
a pas pardonné d'être reftés fidèles à leur règle ,
& d'avoir déclaré , en exécution de la Loi , qu'ils
vouloient vivre & mourir en communauté , »
« Sur la foi de cette déclaration , on auroit
dû leur laiffer leur maifon , ou , aux termes des
décrets , leur en indiquer une autre vafte ,
( 67 )
commode , & dont les édifices fuffent en bon
état ; on n'a cependant voulu fire ni l'un ni
l'autre . Le Directoire du Département , qui auroit
du fe montrer pour les faire jouir du bénéfice
de la Loi , a laiffé agir la Municipalité ,
quoique celle- ci n'ait aucune efpèce de jurifdiction
fur la réunion , le déplacement & l'incorporation
des Religieux . Cette Municipalité , avoit
à la tête un Suédois qui , depuis 20 ans a
quitté , pris , quitté & repris la Religion de Luther.
Dans cette maifon religieufe , elle a fait
fubir aux Chartreux des auditions cathégoriques
& des confrontations . Après un renouvellement .
d'inventaires de leurs effets , on les a gardés à
Yue; on a mis des fentinelles à leurs portes , &
tous les jours de la vie on les a accablé d'outrages,
fans vouloir leur indiquer d'autre maifon de retraite
, que quelques mazures d'un couvent de
Religieux , fupprimé depuis longues années , ou
une grange dépendante de l'un de leurs domai
nes . Enfin , on eft parvenu à leur faire demander
un délai de quinze jours , pour pourvoir à leur
retraite individuelle . Ce délai leur a été accordé;
on leur a même permis de faire vendre les effets
que la Loi leur réferve ; mais toujours en les
gardant à vue. »
Ces bons Religieux avoient des fleurs ,
quelques vafes , quelques arbres bouquetiers ou
fruitiers naius , qu'ils élevoient dans leurs celules ;
ils en ont donné à leurs amis fous les yeux de
la Municipalité & des Gardes nationales , qui ne
s'y font point oppofés . M. de Beaumont , Lieutenant-
Général des armées , & neveu de l'ancien
Atchevêque de Paris , eft leur plus proche voifin
. Il les voyoit tous les jours ; il les confoloit
dans leur adverfité ; il cherchoit à adoucir les
( 68 )
rigueurs de leur fort . Cette conduite avoit déplu
à leurs perfécuteurs ; ils leur en vouloient d'ailleurs
, pour avoir racheté la maiſon & l'églife des
Chanoines réguliers , & y avoir rappelle les Religieux
qui en avoient été chaffés . »
Deux Chartreux leur avoient donné quelques
oignons de fleurs , quelques autres plantes , &
quatre poiriers nains , qui furent arrachés en plein
jour , & fous les yeux de la garde nationale, par
fon jardinier. Tel a été le motif du jugement
que vous allez lire il a été cxécuté avec le
plus grand fcandale , affiché avec profufion ,
inême dans les paroiffes où M. de Beaumont a
Les terres , quoiqu'elles ne foient ni dans l'arrondiffement
de la Municipalité , ni dans celui du
Département du Lot. Cet acte de méchanceté a
occafionné une nouvelle infurrection de payfans ,
qui viennent de dévafter , pour la feconde fois ,
Ces châteaux & les terres de la Roque & du
Repaire. »
Le Directoire du Département du Lot , féant
à Cahors , a tout vu , tout entendu , faas faire
aucune démarche . »
Arrêté du Corps Municipal de la Commune de
Cahors, du 10 mai 1791 ..
ce Le Corps Municipal , qui a vu fon procèsverbal
de ce jourd'hui , qui conftate la dégradation
commife au jardin du fieur Maé , Chartreux;
l'audition du fieur Louis de Beaumont , ci- devant
Comte ; celle du fieur Maé , & la dépofition de
Claude Flavel, jardinier dudit fieur de Beaumont,
& le réquifitoire du Subftitut du Procureur de la
Commune de ce jour , dont de tout il réſulte
que le fieur Louis de Beaumont eft coupable d'avoir
dégradé les biens nationaux , témérairement &
( 69 )
que
malicieufement; cue délibération , a arrêté & arrête
le ficur Louis de Beaumont cft & demeure
condamné à la fomme de trois cents liv . d'amende
, applicable aux pauvres de l'hôpital de cette
ville , & que les quatre poiriers arrachés dans la
ci-devant Chartreufe , formant partie des biens
nationaux , déposés dans l'hôtel de la Commune,
ferent portés demain matin , jour de mercredi , devant
la porte de la maifon dudit ficur de Beaumont ,
fituée fur les foffés de cette ville , pour y refter pendant
l'efpace de quatre jours confécutifs , & y
être gardés à vue nuit & jour par deux fufiliers ,
aux frais & depens dudit fieur de Beaumont , fur
lefquels arbres il fera placé un écriteau , Fortant
cette infcription : Louis de Beaumont , dégradateur
des biens nationaux , & fera le préfent arrêté
imprimé au nombre de mille , exemplaires , lu ,
publié & affiché aux frais & dépens dudit fieur
de Beaumont , pour être adreffé dans tous les
Départemens du Lot , Diſtricts & Municipalités
dont il eft compofé , ainfi qu'à toutes les fociétés
des amis de la Conftitution & de la Liberté , &
fera le préfent arrêté exécuté , nonobftant toutes
oppofitions & appellations quelconques , comme
rendu en fait de police. ככ
C'est pour la troifième fois que le Quercy
eft ramené fur la fcène publique , par des
outrages aux Loix , aux propriétés , aux
Citoyens. Cependant , à leur retour , les
Commiflaires civils qui y furent envoyés
l'année dernière , affectèrent d'entretenir
les Journaux de leurs éloges , de leurs fuccès
, des larmes qu'ils avoient fait verfer aux
bons Habitans , du bonheur de la paix & de
( 70 )
la fûreté qu'ils avoient affermies fans châtimens
, fans violences , par le feul empire
de la perfuafion . Leur miffion , difoient ils ,
étoit exécutée , quoique je l'euffe déclarée
inexécutable. A les entendre , des anges
avoient calmé des moutons ; ils s'indignoient
qu'on ofât leur reprocher d'avoir
mis fin aux défordres fans punir les auteurs :
des partifans de l'ancien régime pouvoient
feuls blâmer ces moyens de douceur , convenables
envers le Peuple . J'abandonnai au
jugement de l'expérience ces remarques
dirigées contre les miennes. Si j'euffe répondu
, j'aurois fait obferver à MM . les
Commiffa es , que j'étois sûrement beaucoup
moins qu'eux partifan de l'ancien
régime , que j'avois bravé & critiqué ,
lorfque chacun rampoit à fes pieds ; que
fans doute , il eft contraire à la liberté &
à l'humanité de déployer la force contre
un Peuple , ou une partie du Peuple qui ,
privée des moyens de faire entendre fes
plaintes , les exprime par des féditions ou
des attroupemens ; qu'avant de les difiper ,
il eft jufte de rappeller les féditieux à l'empire
de la loi , & de ne point expofer au
feu des armes , des hommes dont les intentions
peuvent- être exagérées fans être
coupables , & qui fe préparent à com
mettre un délit , fans l'avoir commis en
core.
Mais appliquer ces maximes à des fou~
( 71.)
lèvemens combinés de forcénés , qui' demandent
juftice en brûlant les maiſons ,
en pillant les propriétés , en refufant de
payer leurs dettes , en couvrant de cendres
& de dévaftations des propriétés qui font
fous la garde de la Loi , en tuant ceux qui
défendent leurs héritages; appeller le Peuple,
des brigands qui faccagent une Province ,
c'eſt le renversement de tout ordre public ,
& de toute fociété . Les Commiffaires marchoient
au milieu des flagrants délits , &
ils n'ont vengé ni les victimes ni la Loi .
Aucun des brigands n'a été puni ; les vols
n'ont pas été reftitués ; les propriétaires
n'ont pas été indemnifés ; les redevances ,
propriété inviolable & facrée , font encore
dans les mains des débiteurs. Que ponvoit
ou efpérer d'une prétenduetranquillité,
achetée par des amnifties , fi non le renouvellement
des excès ? Les Commiflaires
prirent pour Directeurs de leur miffion , le
Club & les Adminiftrations de Cahors :
combien ils doivent être honteux maintenant
d'avoir eu de pareils auxiliaires.
L'incertitude où tant de Décret rendus
révoqués , repris , atténues , laiffoient la
deſtinée du Comtat & d'Avignon , faifoient
craindre que le fupplice de cette malheureufe
contrée ne fût perpétué , en prolongeant
les craintes chez les uns, les espérances
( 72 )
chez les autres , & par conféquent la guerre
civile . Heureufement, l'étendue des excès, &
le caractère des Chefs qui ont égaré le Peu
ple , préparoient le terme des calamités : il
approche ; le voile eft tombé ; les fcélérats
font dans les fers , ou en partie difperfés ;
mais avant de rapporter ces derniers incidens
, nous devons au Public des informations
antécédentes . Pour fixer l'opinion fur
cette armée Avignonnoife , à laquelle nos
Tribuns & nos Journalistes promettoient
les triomphes de la vertu et de la liberté ,
voici le tableau qu'en traçoit , le 28 Avril ,
un François très - attaché à la révolution , &
dont la lettre fuivante nous a été communiquée.
Cc
été
A...... le 28 avril 1791 .
cc Chargé d'une commiffion particulière , je fuis
parvenu a m'introduire dans le camp de l'armée dite
Vauclufienne. De quel fpectacle n'ai-je pas
frappé? Une troupe de brigands & d'affaffins , l'écume
infecte d'Avignon & du Comtat ; les uns déquenillés
, les autres défigurés , fans ordre & fans
difcipline , commandés par des chefs que les
Cartouches & les Mandrins auroient claffés parmi
les goujats de leurs bandes ; des chefs fans expérience
& fans autorité. En un mot les Jourdans
les Fontvielles , &c . Environ 200 déferteurs de
Soiffonnois , de Penthièvre , de la Marck.... ,
faifoient la véritable force de cette horde , qu'ils
chaffoient devant eux , & menoient au conbar.
Dix-huit ou vingt pièces de canons de tout calibre
étoient l'épouvantail dont ils fe fervoient , nè les
tirant jamais que de loin , & avec autant de maladreffe
( 73 )
adreffe que d'impéritic ; aucune manière de camper ,
nulle forme de fiège ; après avoir pendant le jour
efcorté leurs canons , ils fe retirent la nuit comme
les bêtes féroces dans leur repaire , un bourgvoisin .
Hs ont ravagé impitoyablement le territoire de
Carpentras , & brûlé beaucoup de fermes . Ils
n'ofent cependant pas approcher de cette ville ,
parce qu'ils favent qu'on a pratiqué par - tout à
l'entour , de petites mines appellées fougaffes .
ב כ
« J'ai été vivement touché de voir les deux -
jeunes MM. de Sainte- Croix , garottés l'un avec
l'autre , affis derrière la batterie , & exposés aux
injures de cette armée . Leur contenance , étoit
ferme , & ils regardoient avec mépris l'infâme
cohorte qui les furveilloit . Jamais , parmi les
nations les plus barbares , on n'a vu un traitement
fi inhumain . Celui que je vais rapporter , & dont
j'ai été le témoin , eft cependant encore plus
affreux. Un des canonniers Avignonnois ayant
imprudemment chargé la pièce , a les deux
bras emportés ; il tombe , en s'écriant avec un
courage digne d'une meilleure caufe : cela n'est
rien , pourvu quo nous ayons la victoire . Auflitôt
les brigands , réfléchiffant fur la penfion alimentaire
qu'ils faroient obligés de lui faire , lâchent
fur ce eorps fanglant & mutilé , un coup
de fufil ; ils y reviennent une feconde fois , voyant
qu'il n'en étoit pas mort tout de fuite , & l'achevent.
Cette horreur m'a ôté le fommeil, &c.
E..... , Aide-Major des Gardes Nationales
au Département de la Drome.
#
Des revers fucceffifs , & l'épuifement du
Comtat après les plus infâmes extorfions ,
enfin , l'abandon , digne d'éloges , où les
No. 23. 4 Mai 179
D
( 74 )
Départemens voifins & leurs Habitans ont
laiſſé les Avignonois , devoient accélérer
leur ruine. Le Département de la Drome
qui s'eft diftingué par fa prudence & fon
humanité dès l'origine des hoftilités , écrivit
envain , le 27 Avril , aux Avignonnois pour
les engager à fufpendre la guerre,jufqu'à l'ar
rivée du Décret de l'Affemblée nationale.
Le Département des Bouches du Rhône ,
ayant fait relâcher Tournal , Mainvielle &
Amiel qui alloient chercher des fecours à
Nîmes , & arrêtés à Tarafcon , M. Vil-
Lardy , Préfident , réclama l'élargiffement
de MM. de Sainte- Croix : une réponſe infultante
fut le témoignage de reconnoiffance
qu'il reçut des trois Chefs Avignonnois
. Le Club des Amis de la Conftitution
d'Aix , abjurant l'appui qu'il avoit
donné à cette Faction , partagea les fentimens
louables du Département. La Ville ,
ni la Garde nationale d'Arles ne trempèrent
dans les deffeins du Maire Antonelle. Ce
fut à leur infu qu'on enleva des munitions
de deftinées
guerre
pour Antibes & Monaco
; les so Volontaires Clubiftes qui
avoient accompagné Antonelle à Avignon ,
revinrent à Arles , & refusèrent de partager
la complicité de leur Chef avec les dévaltateurs
du Comtat.
En horreur à leurs voifins , ainfi qu'à
leurs compatriotes , placés entre la horde
qu'ils traînoient fous leurs étendards , & la
( 75 )
:
Municipalité d'Avignon qui , enfin , avoit
appris à les connoître & à les redouter ,
ces Démagogues ne fe foutenoient plus
que par une terreur exagérée , & par le
brigandage. Une armée de Tartares n'eût
pas micux défolé une Province . Sans reparler
des incendies , & du faccagement
de plus de 200 maifons de campagne, il
fuffit de favoir que le 12 Mai , un détachement
de Soifonnois , commandé par le
fieur Chabran , rançonna Cavaillon au prix
de 25,000 liv.; plufieurs maifons furent
pillées. La ville du Thor , déja écrafée par
le premier pillage , fut impoſée à 16,000l.;
Caumont à 2000 liv. par femaine , Baume
à livrer 12,000 liv. , Aubignon 15,000 liv. ,
Piolène qui n'a que 206 Citoyens actifs ,
4800 liv. & une fourniture journalière en
pain , vin , eau -de-vie , &c. De 5 à 6000
hommes dont étoit compofée cette armée
de pillards , 800 feulement appartenoient
à Avignon le plus grand nombre étoient
des déferteurs François, des Contrebandiers,
des
gens fans aveu, recru ' és même à Paris ,
& ayant reçu 3 fols par lieue . Outre les exactions
de l'armée , ' on avoit forcé chaque
Municipalité , à donner d'avance 1200 l.
à chaque Membre de l'Affemblée Electorale
de Vauclufe ; c'eft-à-dire , à une impofition
de 360,000 liv. Le Peuple réduit
au défefpoir , oût peut-êtrere nouvellé les
:
D 2
( 76 )
Vepres Siciliennes , fi des gens fages nen
euffent détourné les opprimés.
Plufieurs d'entr'eux , tant du malheureux
Bourg de Sarrian , que d'autres lieux ,
s'étoient enfermés dans Carpentras .
3
-
Cette ville , qui a déployé autant d'intelligence
que de bravoure , & pourvue
de munitions de guerre & de bouche ,
étoit défendue en chef, par M. Efcoffier ,
P'un de fes Citoyens. Sa prudence , fon
courage, fon habileté ont été fecondés par
ceux des Citoyens. Nous avons cité l'hé
roïfme de Madame d'Aliffuc : cette jeune
Dame née de Gruel , & mariée en premières
noces à M. de Champrond , s'eft renfermée
dans les murs de Carpentras ; elle a
conftamment paru fur le rempart , marché
dans les forties , eft allée à la découverte,
a animé tout le monde par fes exhortations
& fon exemple.
Après la journée meurtrière du 6 , où les
'Avignonois furent repouffés avec une perte con-
Adérable , ils n'ont ceffé d'effuyer des échecs , &
de donner dans des embuscades. Affoiblie d'hommes
, épuifée d'argent , l'armée ett recours à Avignon.
Le fieur Lécuyer , le Catilina de cette
ville , & le principal machinateur de la révolution
, propofa un don patriotique de 6000 liv.
On fe borna à une quête pour les fils & les
veuves des morts . Le général Jourdan , court-
Têtes , Te plaignit avec infolence de oe refus ; il
menaçail fit figner , une lifte de profcriptions.
( 77 )
Chaque jour l'animofité croiffoit entre la ville
& l'armée , entre le parti du maire & celui des
démagogues. La multitude ébranlée , mais encore
incertaine , fe détachoit infenfiblement de ces
derniers . Dans cette conjoncture , arriva le décret
de l'Aflemblée , & une lettre du fieur Tiffot,
député d'Avignon à Paris ; lettre adreflée à fon
ami Lécuyer le 7 mai . Cette dépêche confidentielle
n'étoit pas deftinée à l'impreffion ; mais le
peuple ayant eu connoiflance de fon arrivée , it
en demanda à grands cris & de force la communication
. Elle fut lue en public , & imprimée
par ordre des municipaux , dont le procès - verbal
du io conftate les circonftances qui décidèrent
cette publication . M. de Clermont- Tonnerre a
dénoncé à l'indignation publique , & a joint fes
obfervations à cette lettre infultante pour l'Affemblée
nationale , & très - inftructive à tous
égards . En rendant compte du décret du 4 mai
& de l'étrange rédaction du lendemain , le fieur
Tiffet écrit à fon ami Lécuyer :
« Le bon de la chofe eft que les Blancs enfi- :
loient véritablement les Noirs , en ne mettant
pas tout le projet aux voix...... Les Noirs ont
été puis complettement pour dupes . L'affaire fera
reproduite lundi. Le peuple de Paris , qui a fi
bien amené le repentir da plus grand nombre , le
meura en confidération . Pour l'explication de
ceci , vous faurez que le fieur Clermont- Tonnerre,
pour avoir trop fit tapage contre nous , failli
être pendu au fortir de la féance ; & qu'il fallut
tous les efforts de la garde nationale & du fieur
Bailly, pour fauver fon hôtel. C'EST UN PETIT
AVERTISSEMENT POUR LUNDI ,
-On voit par cet extrait fidèle , que l'Ec-
DD33
( 78 )
vain fait jouer ici aux Repréfentans de la
Nation Françoife , le rôlede vils efcrocs &
d'imbécilles . Il donne lé fecret des moyens
par lefquels on influe fur les délibérations ,
& l'on emporte les Décrets , en lâchant le
Peuple contre les Députés. L'Affemblée
devoit , à fon honneur , à la gloire de fes
Décrets , à l'opinion de fa liberté , de demander
juſtice d'auffi baffes iniputations.
La publicité de cette lettre augmenta la
fermentation dans Avignon : la difcorde
éclata : elle a amené les évènemens fuivans,
que nous mandent nos correfpondans le 22
de ce mois.
сс
Avignon , le 22 mai 1791 .
L'armée Avignonoife , fante de poudre & de
boulets a ceffé de canonner Carpentras , & s'étoit
retiréé à Monteux , d'où elle continuoit à envoyer
des détachemens pour rançonner les villages
. Jourdan qui avoit promis à fes foldats
40 fous par jour , fat affailli le 18 par fes ftipendiés
, qui lui demandèrent leur paiement ,
avec les plus terribles menaces . Jourdan , fans
argent , leur demanda grace les larmes auxyeux;
il envoya fon Collègue Chabran à Avignon ,
pour exiger de la Municipalité 24000 livres , des
boulets & de la poudre. Les Municipaux reçu
rent fort mal ce député , & le renvoyèrent àfon
commettant , en lui faifant dire que s'il avoit
befoin d'argent , il devoit en demander à fon
affocié Mainvielle , qui avoit affez volé là Mu- -
( 79 )
nicipalité. Le retour de Chabran à l'armée , fans
argnet , pourra y caufer le maffacre des chefs .
Le peuple d'Avignon a abandonné Duprat ,
Tournal , Mainvielle , Lécuyer & autres démagogues
. Après la leute du Courier d'Avignon
du mardi 17 , ou Tournal peint la ville comme
un repaire d'ariftocrates , &c. le peuple a brûlé
cette Feuille , s'eft transporté chez l'Auteur , a
enlevé fon affiche & fes meubles , & l'a enfuite.
décrété de prife de corps , & déclaré traître à
la patrie. ל כ<<
« Samedi 21 arriva ici un canonnier de l'armée
; il cft venu fe mettre fous la protection de
la Municipalité , en l'inftruifant de ce qui fe
pafloit au camp , & des complots fanguinaires
de Jourdan . Très- vraisemblablement , ces fcélérats
fe détruiront mutuellement avant peu de jours . 13
P. S. du 24 Tournal vient d'être arrêté à la
Palud , muni de 150 mille liv . en argent , & de
so mille liv . en affignats . 200 hommes fost
partis d'ici pour les amener. On eft à la pourfuite
de Lécuyer. L'armée le débande fucceffivement ;
elle vient , dit -on , de faifir Jourdan , Duprat ,
Mendes & Mainvielle , pour leur faire leur procès
: il eft à croire qu'ils auront le fort de Patris .
Nous commençons à refpier. Le peuple , affemblé
par le maire , paroit enfin revenu de fon
aveuglement. On vient de recevoir le bref du
Pape relatif à notre contrée . »
On ne fauroit trop déplorer le fort des jeunes
MM. de Ste Croix , enchaînés , comme on l'a
vu , à la fuite de l'armée Avignonoife. L'aîné ,
agé de 19 ans , eft Officier au régiment de
Beauvoifts . Le détachement de troupes Comtadines
qu'il commandoit , fur celui qui , fans
ordre du Chef , tua la Vilaffe & Anfelme près
?
D4
( 80 )
de Vailon. M. de Ste Croix ayant appris ce meurtre ,
atcourut , & fauva un Moine factieux , nommé
Folet : il préferva de tout outrage les cadavres
de la Vilafe & d'Arfeime. Citoyen d'une ville
non fédérée avec Avignon , il obéiffoit aux ordres
des Chefs de l'armée de Ste Cecile . Sous
ils
aucun rapport , il n'étoit justiciable des Avignonois.
Leur ayant été traitreufement
livré ,
ont eu l'abfurde iniquité de ne point le confidérer
comine un prifonnier de guerre : c'eft en qualité
de criminel ae leze-nation qu'ils l'ont garotté ,
traîné avec eux , & menacé de le livrer aux
bourreaux qu'ils avoient à leur fuite , fous le
Bom de Haute Cour Nationale. Son frère n'a
d'autre tort que de s'èrre dévoué au falut de fon
aîné, dont il partage la prifon . Leur plus grand
crime eft d'etre fils de M. le Baron de Ste Croix ,
que la rage des Avignonois a inutilement pour
faivi. Le ficur Duprat , ci - devant Agent du Duc
de Villero , & enfuite du Baron de Montmorency,
arrivé de Paris pour être Lieutenant- Général des
Avignonois , s'eft emparé de la maison de M. de
Ste Croix , avec une troupe de bandits ( 1 ) .
( 1 ) J'avois eu la modération de fignaler feulement
comme unfou , cet Antonelle , Maire d'Arles ,
qui , ennuyé de faire des phrafes fur les vertus
de Jourdan , Tournal , Duprat , & autres de fes
camarades , eft allé les joindre dans leur camp .
Il a cru fe venger de ma réferve , en publiant
à Avignon quatre pages d'injures atroces contre
moi cet extravagant affure que je défigure le
patriotifine Avignonois par le ton de couleur le
plus faux & le plus noir ; qu'en conféquence , je
( 81 )
M. l'abbé Raynal eft à Paris depuis un
mois. Ce célèbre Ecrivain , dont l'âge n'a
ne fuirai pas long-temps la main du bourreau
( la fienne apparemment ) , & il me dénonce à
tous fes frères de prédilection . M. Antonelle n'a
sûrement de frères qu'aux Petites Maifons : je
lui confeille de fe mettre au régime .
le
A cette occafion , le Club d'Arles , à fait paffer
à celui des Jacobins de Paris , cette fublime dénonciation
d'Antonelle : on la lue en pleine féance,
25 mai , ainfi qu'une fortie du même Auteur
contre M. de Clermont- Tonnerre. M. la Clos
dans fon Journal des Amis de la Conftitution
du 31 mai , a immortalife ces deux productions ,
du génie & de la vertu. Puis , M. Feydel , un
des Rédacteurs a mis en note.
95
ם כ
M.
>
La conduite de M. Mallet du Pan n'eft'
qu'une affaire de calcul , ainfi qu'il en conving
» lui-même il y a un mois , dînant chez M. F.
Mallet avoua au deffert , qu'il n'avoit
pris parti pour 1 Ariftocratie , que parce qu'il
croyoit qu'elle feroit victorieufe . Il donna de
grands éloges aux Jacobins , & finit par dire
» en autant de termes , fi je n'étois pas ce que
je fuis , je voudrois être Jacobin . »
כ כ
00
Je fuis faché de déclarer que M. Feydel, ou fes
donneurs d'avis , font des impofteurs, & qu'à la réréferve
de la dernière phrafe,ce récit contient autant
faufletés que de lignes . Je m'en rapporte au tér
moignage des douze convives dont parle M.
Feydel. Certes , ce feroit un plaifant calcul que
celui de fe dévouer à la calomnic , à la prof
cription , au pillage , aux violences , à l'affainat
D
( 82 )
-
affoibli ni les organes ni le génie , eft affu
rément un Juge irrécufable des évènemens
& des inftitutions qui fe font fuccédés en
France depuis un an. Il vient d'acquitter
fa dernière dette envers la Patrie par une
pour foutenir un Parti opprimé. Nos fpeculateurs
lettrés & illettrés , n'en ont fait , ni n'en feront
de pareils . Je n'ai jamais défendu l'Ariftocratie ,
parce que je n'aime pas l'Ariftocratie , & qu'il
n'y avoit en France que celle des abus , dont
j'étois l'ennemi déclaré avant la Révolution . Des
Courtifans que je ne plains ni n'excufe , des
Privilégiés qui , d'eux-mêmes ont renoncé à tout ce
que leurs priviléges avoient d'odieux . J'ai répété
diner chez M. Panckouke , ce que j'avois imprimé
plus d'une fois , que la marche ouverte &
décidée des Jacobins , étoit à mon fens , moins
funefte & moins méprifable , que les ftratagêmes
& les variations de li fecte de 1789 ; que celleci
me paroiffoit cent fois plus abfurde & plus,
inconféquente ; que vouloir un Roi , & le dépouiller
de toute autorité , étoit un chef- d'oeuvre
de dérailon , & qu'enfin , fi je pouvois renoncer à
mes principes , ceffer de voir la liberté , l'ordre ,
´la sûreté , la ſtabiké , hors d'une Conftitution
où le pouvoir du Roi , du Peuple , & des grands
Propriétaires , fe balancent dans de juftes proportions
, je me ferois Jacobin , en votant dès
demain pour la République . J'en ai donné la
raiſon , il y a trois mois dans le Mercure , en
difant qu'une Monarchie fans Monarque ne valoit
pas même une mauvaiſe République . M. Feydel
Feut faire là- deffus tous les commentaires qu'il
lui plaira , peu m'importe.
( 83 )
Adreffe à l'Affemblée nationale , qui durera
plus que les folles Apothéofes , prof
tituées fur des tombes qu'on honorera
peut-être , comme les Barbares honorent
les Génies malfaifans. Hier mardi , cette
Adrefle de M. l'abbé Raynal a été lue à
l'Affemblée nationale , elle y a excité le
faififfement des uns , la fureur des autres ,
la reconnoiffance des bons Citoyens : elle
devroit être la leçon de tous. Que chacun
fe pénètre des vérités terribles qu'elle renferme
, elles font le cri d'un Vieillard pour
qui le monde eft déja paffé , & qui parle à
la vue du Ciel ouvert , en préfence de
l'Europe qui admira fes Ouvrages , & de
la génération qui en a fait un fi funefte
abus .
ADRESSE de Guillaume-Thomas Raynal , remife
par lui-même à M. le Préfident , le 21 mai
1791 , & lue à l'Affemblée le même jour.
MESSIEURS ,
En arrivant dans cetté capitale , après une
longue abfence , mon coeur & mes regards fe
font tournés vers vous ; & vous m'auriez vu
aux pieds de votie augufte Aflemblée , fi mon
âge & mes infirmités me permettoient de vous
parler fans une trop vive émotion de grandes
chofes que vous avez faites , & de tout ce qui
refte à faire pour fixer fur cette terre agitée la
D 6·
( 84 )
paix , la liberté , le bonheur qu'il eft dans votre
intention de vous procurer. »
cc Ne croyez pas , Meffieurs , que je fois de
ceux qui méconnoiffent le zèle infatigable , les
talens , les lumières & le courage que vous avez
montrés dans vos immenfes travaux ; mais affez
d'autres vous en ont entretenus , affez d'autres
vous rappellent les titres que vous avez à l'eſtime
de la nation . Pour moi , foit que vous me
confidériez comme un citoyen ufant du droit de
pétition , foit que laiffant un libre effor à ma
reconnoiffance , vous permettiez à un vieil ami
de la liberté de vous rendre ce qu'il vous doit
pour la protection dont vous l'avez honoré , je
vous fupplie de ne pas repouffer des vérités utiles ,
J'ofe depuis long-temps parler aux Rois de leurs
devoir . Souffrez qu'aujourd'hui je parle au Peuple
de les erreurs , & aux repréfentans du Peuple
des dangers qui nous menacent tous . »
« Je fuis , je vous l'avoue , profondément
attrifté des défordres & des crimes qui couvrent
de deuil cet Empire . Serort - it donc vrai qu'il
fallût me rappeller avec effroi que je fuis un de
ceux qui en éprouvant une indignation généreufe
contre le pouvoir arbitraire , ait peut-être
donné des armes à la licence ? La religion , les
loix , l'autorité royale , l'ordre public redemandent
ils donc à la philofophie & à la raiſon
les liens qui les uriffoient à cette grande fo
ciété de la nation Françoife , comme fi en pour
fuivant les abus , en rappellant les droits des
peuples & les devoirs des princes nos efforts
criminels avoient rompu ces liens ? Mais non
jamais les conceptions hardies de la philofophic
,
·( 85 )
>
n'ont été préfentées par nous comme la meſure
tigoureufe des actes de la légiflation . Vous ne
pouvez nous attribuer fans erreur ce qui n'a pu
réfulter que d'une faufe interprétation de nos
principes . Et cependant prêt à defcendre dans la
nuit du tombeau , prêt à quitter certe famil'e
immenfe dont j'ai fi ardemment defaré le konheur
, que vois - je autour de moi ? Des troubles
religieux , des diffenfions civiles , la confternation
des uns l'audace & l'emportement des
autres , un gouvernement efclave de la tyrannie
populaire , le fanctuaire des loix environné d'hommes
effrénés , qui veulent alternativement ou les
dicter , ou les braver ; des foldats fans difcipline
, des chefs fans autorité , des magiftrats
fans courage , des miniftres fans moyens , un
Roi , le premier ami de fon peuple , plongé dans
l'amertume , outragé , menacé , dépouillé de toute
autorité , & la puiffance publique n'exiftant plus
que dans les clubs , où des hommes ignorans &
groffiers ofent prononcer fur toutes les queftions
politiques.
« Telle eft , Meffieurs , n'en doutez pas , telle
eft la véritable fituation de la France Un autre
que moi n'oferoit peut- être vous le dire ; mais
je l'ofe , parce que je le dois , parce que je
touche à ma quatre-vingtième année , parce qu'on
ne fauroit m'accufer de regretter l'ancien régime;
parce qu'en gémiflant fur l'état où eft l'églife
de France , on ne m'acccufera pas d'être un
prêtre fanatique ; parce qu'en regardant comme
le feul moyen de falut le rétabliffement de l'autorité
légitime , on ne m'accufera pas d'être le
partifan du defpotifme & d'en attendre des fa-
Veurs ; parce qu'en attaquant devant vous les
( 86 )
écrivains qui ont incendié le royaume , qui en
ont perverti l'efprit public , on ne m'accufera
pas de ne pas connoître le prix de la liberté de
la pieſſe .
ג כ
« Hélas ! j'étois plein d'efpérance & de joie ,
lorfque je vous vis pofer les fondemens de la
félicité publique , poursuivre tous les abus , proclamer
tous les droits , foumettre aux mêmes
loix , à un régime uniforme les diverses parties
de cet empire. Mes yeux fe font remplis de
larmes , quand j'ai vu les plus vils , les plus
méchants des hommes , employés comme inftrumens
d'une utile révolution ; quand j'ai vu le
faint nom de patriotiſme proſtitué à la fcélérateffe
, & la licence marcher en triomphe fous les
enfeignes de la liberté ! L'effroi s'eft mêlé à ma
jufte douleur , quand j'ai vu brifer tous les
refforts du gouvernement , & fubftituer d'im
puiflantes barrières à la néceffité d'une force active
& réprimante . Par-tout j'ai cherché les veftiges
de cette autorité centrale , qu'une grande
nation dépofe dans les mains du monarque pour
fa propre sûreté ; je ne les ai plus retrouvés nulle
part. J'ai cherché les principes confervateurs des
propriétés , & je les ai vu attaquées ; j'ai cherché
fous quel abri repofe la fécurité , la liberté individuelle
, & j'ai vu l'audace toujours croiffante
de la multitude attendant , invoquant le fignal
de la deftruction , que font prêts à donner les
factieux , & les novateurs auffi dangereux que
les factieux . J'ai entendu ces voix infidieufes ,
qui vous environnent de fauffes terreurs pour
détourner vos regards des véritables dangers ,
qui vous infpirent de funeftes défiances pour
yous faire abattre fucceffivement tous les appuis
( 87 )
7
du gouvernement monarchipue . J'ai frémi furtout
lorfqu'obfervant dans fa nouvelle vie ce
peuple qui veut être libre , je l'ai vu non- feulement
méconnoître les vertus fociales , l'humanité
, la juftice , les feules bafes d'une liberté véritable
, mais encore recevoir avec avidité de
nouveaux germes de corruption , & fe laiffer
entourer de nouvelles cauſes d'efclavage .
« Ah , Meffieurs , combien je fouffre lorf
qu'au milieu de la capitale & dans le foyer des
lumières , je vois ce peuple féduit accueillir avec
une joie féroce les propofitions les plus coupables
, fourire aux récits des affaffinats , chanter fes
crimes comme des conquêtes , appeler ftupidement
des ennemis à la révolution , la fouiller
avec complaifance , fermer fes yeux à tous les
"
maux dont il s'accable ; car il ne fait Pas ce
malheureux peuple , que dans un feul crime
repofe le germe d'une infinité de calamités ! Je
le vois rire & danfer fur les ruines de fa propre
moralité , fur les bords même de l'abîme qui
peut engloutir fes efpérances. Ce fpectacle de
joic eft ce qui m'a le plus profond émentému.Votre
indifférence fur cette déviation affreuse de l'efprit
public , eft la première & peut- être à feule
caufe du changement qui s'eft fait à votre égard ,
de ce changement par lequel des adulations corruptrices
ou des murmures étouffés par la crainte ,
ont remplacé les hommages purs que recevoient
vos premiers travaux . »
« Mais quelque courage que m'infpire l'approche
de ma dernière heure , quelque devoir
que m'impofe l'amour même de la liberté que
j'ai profeffée , avant même que vous fuffiez ;
( 18 )
j'éprouve cependant en vous parlant le refpec
& la forte de crainte dont aucun homme ne
peut fe défendre lorfqu'il fe place par la fenfée ,
dans un rapport immédiat avec les repréfentans
d'un grand peuple .
GE
ל כ
Dois - je m'arrêter ici ou continuer à vous
parler comine la poftéité ? Oui , Meffieurs , je
vous crois dignes d'en entendre le langage .
e J'ai médité toute ma vie les idées que vous
wenez d'appliquer à la régénération du royaume.
Je les méditois dans un temps où repouffées par
toutes les inftitutions fociales , par tous les intérêts
, par tous les préjugés , elles ne préfentoient
que la féduction d'un rêve confolant . Alors aucun
motif ne m'appeloit à péfer les difficultés d'application
, & les inconveniens terribles attachés
aux abſtractions , lorsqu'on les inveftit de la
force qui commande aux hommes & aux chofes ,
lorfque la réfiftance des chofes & les paffions des
hommes font des élémens néceffaires à combiner.
»
сс
Ce que je n'ai pu ni dû prévoir dans le
temps & les circonstances où j'écrivois , les circonftances
& le temps ou vous agiffez , vous
ordonnoient d'en tenir compte , & je crois devoir
vous dire que vous ne l'avez pas affez fuit. »
« Par cette faute unique , mais continue , vous
avez vicié votre ouvrage . Vous vous êtes mis daus
une fituation telle que vous ne pouvez peut- être
le préſerver d'une ruine totale , qu'en revenant fur
vos pas , ou en indiquant cette marche rétrograde
à vos fucceffeurs . Craindriez - vous d'emporter
( 89 )
feuls toutes les haines qui affaillent l'autel de la
liberté ? Croyez , Meffieurs , que ce facrifice hé
roïque ne fera pas le moins confolant des fouvenirs
qu'il vous fera permis de garder . Quels hommes
que ceux qui , laiffant à leur patrie tout le bien
qu'ils ont fu faire , acceptent & réclament pour
eux feuls les reproches qu'ont pu mériter des
maux réels , des maux graves , mais dont ils pourroient
auffi n'accufer que les circonstances ! Je
vous crois digne d'une fi haute deſtinée , & cette
idée m'invite à vous retracer fans ménagement
ce que vous avez de défectueux à la conftitution
Françoife. »
Appelés à régénérer la France , vous devicz
confidérer d'abord ce que vous pouviez utilement
conferver de l'ordre ancien , & de plus ce que vous
ne pouviez pas en abandonner. »
La France étoit une monarchie. Son étendue ,
fes befoins , fes moeurs , l'efprit national s'oppofene
invinciblement à ce que jamais des formes républicaines
puiffent y être admifes , fans y opérer
une diffolution totale . »
ce
Le pouvoir monarchique étoit vicié par deux
caufes ; les bafes en étoient entourées de préjugés
& fes limites n'étoient marquées que par des
réfiftances partielles . Epurer les principes en
affeyant le trône fur la véritable baſe , la fouveraineté
de la nation ; pofer les limites en les
Flaçant dans la repréfentation nationale , étoit ce
quevous aviez à faire , & vous croyez l'avoir fait.
«Mais en organifant les deux pouvoirs , la force
&le fuccès dela conftitution dépendoient de l'équi
(90 ).
hbre , & vous aviez à vous défendre contre la pente
actuelle des idées ; vous devicz voir que dans l'opision
le pouvoir des Rois décline , & que les droits
des peuples s'accroiffent. Ainfi en affoibliffant
Lans mefure ce qui tend naturellement à s'effacer ,
en fortifiant fans proportion ce qui tend naturel
lement à s'accroître , vous arrivicz forcément à
ce trifte réſultat : UN ROI SANS AUCUNE AUTOKITÉ
, UN PEUPLE SANS AUCUN FREIN . »
сс C'eft en vous livrant aux écarts de l'opinion ,
que vous avez favorité l'influence de la multitude
, & multiplié à l'infini les électionspopulaires.
N'auriez-vous pas oublié que l'élection fans ceffe
renouvellée & le peu de durée des pouvoirs
font une fource de relâchement dans les refforts
que
poli iques ? Nauricz – vous pas oublié la
force du gouvernement doit être en raison du
mombre de ceux qu'il doit contenir
doit protéger ? »
ou qu'il
Vous avez conſervé le nom de roi , mais
dans votre conftitution il n'eft plus utile & il
eft encore dangereux . Vous avez réduit fon influence
à celle que la corruption peut ufurper ;
vous l'avez pour ainfi dire invité à combattre
uine conftitution qui lui montre fans ceffe ce qu'il
pourroit être. »
Voilà , meffieurs , un vice inhérent à votre conf
titution un vice qui la détruira , fi vous ou
vos fucceffeurs ne vous hâtez de l'extirper. »
"
« Je ne vous parlerai point de toutes les
fautes qui peuvent être attribuées aux, circonftances
. Vous les appercevez vous-mêmes ; mais
( 91 )
le mal que vous pouvez détruire , comment le
laiffez -vous fubfifter ? comment fouffrez -vous
après avoir déclaré le dogme de la liberté des
opinions religieufes , que des prêtres foient accablés
de perfécutions & d'outrages , parce qu'ils
B'obéillent pas à votre opinion religieufe ? ».
« Comment fouffrez -vous , après avoir confacré
le principe de la liberté individuelle
qu'il exifte dans votre fein une inquifition , qui
fert de modèle & de prétexte à toutes les inquifitions
fubalternes qu'une inquiétude factieule a
femées dans toutes les parties de l'empire ?
3
«Comment n'êtes- vous pas épouvantés de l'andace
& du fuccès des écrivains qui profanent le
nom de patriote ? Plus puiffans que vos décrets
ils détruilent ce que vous édifiez . Vous voulez
un gouvernement monarchique , ils s'efforcent de
le rendre odieux. Vous voulez la liberté du peuple,
& ils veulent fire du peuple le plus féroce des
tyrans . Vous voulez régénérer les moeurs &
ils commandent le triomphe du vice , l'impunité
du crime. cc
و
» Je ne vous parlerai pas , meffieurs , de vos
opérations de finance . A Dicu ne plaite que je
veuille augmenter les inquiétudes,, ou diminuer
les efpérances ; la fortune publiqué est encore
entière dans vos mains ! Mais croyez bien qu'il
n'y a ni impôt , i crédit , ni recette ni dépense
affurée , là où le gouvernement n'eft ni puiffant ,
ni refpecté. »
« Eh ! quelle forme de gouvernement pouvoit
( 92 )
réfifter à cette domination nouvelle des clubs ?
Vous avez détruit toutes les corporations , & la
plus coloffale , la plus formidable des aggrégations
s'élève fur vos têtes. Elle diffout tous les pou
voirs . La France entière préſente deux tribus
très-prononcées. Celle des gens de bien , dest
efprits modérés eft éparfe , muette , confternée ;
tandis que les hommes violens fe preffent , s'élec
trifent & forment les volcans redoutables qui
yomiffent tant de laves enflammées . »
« Vous avez fait une déclaration des droits ,
& cette déclaration imparfaite , fi vous la rapprochez
des abſtractions métaphyfiques , a répandu
dans l'empire françois des germes nombreux
de déſorganiſation & de défordre . »
« Sans ceffe héfitant entre les principes qu'une
fauffe pudeur vous empêche de modifier , & les
circonftances qui vous arrachent des cxceptions ,
vous faites toujours trop peu pour l'utilité pu
blique , & trop felon votre doctrine. Vous êtes -
fouvent inconféquens & impolitiques , au moment
où vous vous efforcez de n'être ni l'un ,
ni l'aure ; c'eſt ainſi qu'en perpétuant- l'eſcla-,
vage des noirs , vous n'en avez pas moins , pa
votre décifion , fur les gens de couleurs , allarmé
le commerce & expolé nos colonies.
CC
Croyez , meffieurs , qu'aucune de ces obfervations
n'échappent aux amis de la liberté :
ils vous redemandent le dépôt de l'opinion pu
blique , dont vous n'êtes que les organes , & qui
n'ont plus aujourd'hui de caractère. L'Europe éton
née vous regarde , l'Europe qui peut-être ébran-
Jée jufques dans ses fondemens par la propagation
( 93 )
de vos principes , s'indigne de leur exagération .
ל כ
Le filence de fes Princes peut être celui de l'effroi
; mais n'afpirez pas , Meffieurs , au funefte
honneur de vous tendre redoutables par des innovations
immodérées , aufli dangereufes pour vousmêmes
, que pour vos volins. Ouvrez encore
une fois les annales du monde ; rappelez à votre
aide la lageffe des fiècles , & voyez combien d'empires
ont péri par l'anarchie. Il eft temps de faire
ceffer celle qui nous défole , d'arrêter les vengeances
, les féditions , les émeutes , de nous
rendre enfin la paix & la confiance.
1
« Pour arriver à ce but falutaire , vous n'avez
qu'un moyen , & ce moyen feroit en réviſant vos
Décrets , de réunir & de renforcer des pouvoirs
affoiblis par leur difperfion , de corfier au Roi
toute la force néceffaire pour affurer la puiffance
des loix , de veiller fur tout à la liberté des aflemblées
primaires , dont les factions ont éloigné tous
les Citoyens vertueux & fages .
сс
ל כ
«Et ne croyez pas, Meffieurs , que le rétabliffement
du pouvoir exécutif , puiffe être l'ouvrage
de vos fucceffeurs. Non , ils arriveront avec
moins de force que vous n'en aviez ; ils auront à
Conquérir cette opinion populaire dont vous avez
difpofé . Vous pouvez ainfi refaire ce que vous
avez détruit ou laiffé détruire . 33
«Vous avez pofé les baſes de la liberté de toute
Conftitution railonnable , en affurant au peuple le
droit de faire fes loix & de ftatuer fur l'impôt.
L'anarchie engloutira même ces droits éminens , fi
vous ne les mettez fous la garde d'un gouverne
( 94 )
ment actif & vigoureux ; & le defpotifme nous
attend, fi vous repouffez toujours la protection tu
télaire de l'autorité royale.
גכ
J'ai recueilli mes forces, Meffieurs , pour vous
parler la langue auftère de la vérité , pardonnez à
mon zèle , à mon amour pour la Patric , ce que
mes remontrances peuvent avoir de trop , & croyez
à mes voeux ardens pour votre gloire autant qu'à
men profond reſpect »
GUILLAUME-THOMAS RAYNAL.
Les Numéros fortis au tirage de la Loterie
Royale de France , du premier Juin ,
font : 24, 52 , 90,7 , 81 .
་ ་ ་་་
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI II JUIN ΙΙ
1791 .
, PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ODE
ANACRÉONTIQUE,
A Mme. Hooffst..... Italienne.
AIMABLE IMABLE & touchante Emilie
Qui venez enchanter ces lieux ,
Nêtes- vous point un de ces Dieux
Qu'on adorait en Italie ?
Par les plus céleftes appas
Vous régnez comme eux ici- bas.
Vénus avait votre fourire ,
L'Amour avait votre regard ;
Ils en ufaient avec plus d'art ,
Mais fans caufer plus de délire:
Vous régnez comme eux ici- bas ;
Nommez-vous , ne nous trompez pas.
No. 24. 11 Juin 1791 .
N°.
C
go
MERCURE
En vous Flore a voulu renaître ;
Vous nous rappelez fa fraîcheur ,
Son air modefte & féducteur ;
C'eſt trop vanter Flore , peut être.
Vous régnez comme elle ici bas ;
Nommez-vous , ne nous trompez pas
D'Hébé brille en vous la jeuneffe ;
L'eau que vous verſez pour boiffon ,
Des Dieux eût troublé la raifon ,
Sans le nectar de la Déeffe.
Vous régnez comme eux ici-bas ;
Nommez-vous , ne nous trompez pas.
Les Graces enfin vous trahiffent ;
Je reconnais en vous leur voix ;
Mais par quel art , toutes les trois
Voit-on en vous qu'elles s'uniffent ?
Graces par- ci , Graces par - là ,
Tout en vous nous dit : Les voilà !
( Par M. Vernes fils , de Geneve. )
DE
FRANCE.
LE RÉ
SÉD A.
A Mile. Ç..... de B………….
REINE des
Bofquets de
Cythere ,
La Rofe était la fleur des Dieux :
Cette Rofe , à Vénus fi chere ,
Appelait mon coeur & mes yeux.
Loin d'elle , au fein de la fougere
Le Réféda , trifte & honteux ,
Cachait fa tête folitaire ;
Il fe cachait ; mais
aujourd'hui,
C..... , il a fu te plaire ,
L'Empire des Fleurs eft à lui.
Déjà fur fon trône il repoſe ,
Tes doigts l'attachent à ton fein ;
Orgueilleux du choix de ta main ,
Il y triomphe de la Roſe.
Ah ! ce Réféda trop heureux ,
Qu'il foit toujours devant mes yeurs
Et quand vers la tige laffée ,
Son, front mourant fera penché ,
Quoique, stérile & deſſéché ,
I tranfportera ma pensée
Sur tout ce qu'il aura touché.
( Par un Abonné. )
C 2
52 MERCURE
1
VER S
A M. BOZ E , célebre Peintre du Roi ,
en contemplant
chez lui le Portrait de
MIRABEAU
, qu'il a peint en grand.
Oui , je le vois ... c'eft lui .... c'eft ce grand
Homme ,
Objet de nos pleurs éternels ,
A qui , dans les beaux jours de Rome ,
On eût érigé des Autels.
Je l'entends.... il me parle.....& fa mâle éloquenc
Entraîne mes efprits étonnés , confondus ;
Il parle encor déjà par lui la France
Voit à fes pieds fes Tyrans abattus.
....
Digne émule d'Apelle , ah ! reçois mon hommage,
Ton triomphe eft parfait , & ce don merveilleux
De ravir tout enfemble & le coeur & les yeux,
Devient en ce moment ton fublime partage.
La Mort venait de frapper MIRABEAU ;
Pour adoucir du moins les maux de la Patrie ,
Tu prends en main ton fidele pinceau ,
Boze , & grace à ton Art , tu le rends à la vie....
Mais en reproduifant fes traits dans ce Tableau ,
Ah ! qu'as-tu fait de fon génie ?
"
( Par M. Boinvilliers , Correfpondant
Affocié du Musée de Paris, & Membre
de la Société des Amis de la Confi
tion , à Versailles . )
DE FRANCE.
53
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Bonhomme; celui
de l'Enigme eft Tete ; celui du Logogriphe
eft Capucin , où l'on trouve Pau, Cap, Pie,
Pain, Vin, Van , ( les fept mots latins A ,
An , Api , Cani , In , Paci , Pani ) , Pan
d'habit, Pan de mur, Pan (Dieu) , Cu, Pin.
CHARA D E.
LE chef de tout humain , placé fur mon premier,
Pivote au gré des efprits qui l'agitent ;
Les enfans d'Apollon , jouant de mon dernier ,
Charment les coeurs par les fons qu'ils excitent ;
Oculiftes favans qui faites mon entier ,
A les guérir mes yeux vous follicitent.
(Par M.. Verlhac , Maître-ès- Arts & de
Penfion , à Brive. ).
ENIGM E ..
Ja fers également & le pauvre & le riche ;
J'entre dans les maifons des Bergers & des Rois ;
J'habite les Gités , de même que les bois ,
Et fi j'ai des tréfors , je n'en fuis jamais chiche..
C 3
14
MERCURE
Je marche avec égalité ,
Quoique je fois fans pieds , fans jambes & fans têtes
On ne voit point que je m'arrête ,
Et je ne vais jamais pendant l'obfcurité..
Je regarde un chacun , & cependant les Belles ,
Je ne fais comment ni pourquoi ,
Contraintes d'avouer que je fuis plus beau qu'elles,,
S'éloignent de ma vue , & ſe cachent de moi.
De même qu'aux Enfers , les triftes Danaïdes
S'efforcent de remplir des tonneaux toujours videst,
Auffi le travail que je fais
Recommence toujours , & ne finit jamais..
( Par le méme. )
LOGO GRIPHE
JE t'offre en mes neuf pieds ce qu'à préfent es
France®
La raifon nous fait faire avec perfévérance ;
Le nom d'un Roi , jadis du Trône ufurpateur ,
Qui le fut conferver par ſa ſeule valeur ;
Un nom qui toujours cher à l'enfant , à tout âge ,
Ne s'acquiert qu'avec joie au fein d'un bon ménage;
Ce qu'un premier devoir eft d'apprendre aux enfans;
Ce que fait plus d'un homme enfes derniers momens
Ce qu'oblige fouvent in Boulanger à geindre ;
Ce que fur un bouton l'eau nous peut faire craindres
DE FRANCE
S'S
Ce que fait l'Ecrivain le plus vîte qu'il peut ;
Ce que plus d'un Acteur ne rend pas comme on veut ¿ ¿
Ce qui dans nos jardins conferve la verdure ;
Ce qui de nos maifons fert à la couverture ;
Ce que pour le vêtir on fait faire au-Tiffeur ;
Ce qu'éprouve un lapin pourſuivi du Chaffeur ;
Ce qui toujours fur lui voit fléchir la cruelle ; ›
Ce qui jadis fe fit dans plus d'une ruelle ;
Une plante commune ; un métal précieux ,
Qui , fans toucher le coeur , fait éblouir les yeux
Une rue ; un fauxbourg ; trois notes de mufique ,
Un pays très-connu , célebre en Amérique ;
Un Avocat , des Loix le plus ferme foutien ,
Qui favaitfoutenir & le mien & le tien ;
Un Comté d'Allemagne ; une ville en Turquie
Ce qu'à payer toujours le Peuple fe récrie ;
Une terre ifolée , enceinte par les eaux } '
Un des cinq fens de l'homme, ainfi que des oifeaux
Un animal par qui l'aimable La Fontaine ,
14
D'an prifornier connu fit féparer la chaîne ;
Celui par qui cent fois ma Auteurs outragés ,
Bans leurs cafes , fans lui , feraient endor rangés ;3
de qui d'un Médecin, nous cache l'ignorance ;
Coqu'on trouve hors Paris, qu'on refpire à Florence;
Celle qui fat jadis fous la garde d'Argus ;
Celle enfin qui caufa la douleur d Inachus.
( Par M. Tiffidre. ))
6.4+
$6
MERCURE
NOUVELLES
LITTÉRAIRES
.
LETTRES fur les Confeffions de J. J.
Rouffeau , par M. Ginguené. A Paris ,
chez Barrois l'aîné, Libraire , quai des
Auguftins.
CINQ Hommes célebres ont formé , &
en partie effectué , le projet hardi de fe
peindre eux-mêmes , & de fe montrer tels
qu'ils étaient. St. Anguftin , Montagne ,
Čardán , le Cardinal de Retz , J. Jacques
Rouffeau mais le facrifice complet de
l'amour-propre , fi difficile à confommer ,
n'a paru l'être que par les deux derniers ,
Cardan & Jean-Jacques . St. Auguftin , en
le
dégradant l'homme de la Nature pour
montrer agrandi par le Chriftianifme , trouvait
dans les difp. icns de fes Lecteurs
le remede aux bleffures que fon amourpropre
s'était faites à lui -même, & peut-être
fes bleffures étaient une jouiffance de fon
amour-propre.
Montagne , reftant toujours aimable au
milieu des vices & des défauts qu'il reconnaît
en lui , laiffe voir trop de vanité
dans fes aveux pour qu'on ne croye pas
DE FRANCE. 57
qu'elle s'eft permis des réticences , & Jean-
Jacques l'accufe nettement de la careffer
plus qu'il ne l'égratigne .
Le Cardinal de Retz , au commencement
de ce Siecle , étonna fes Lecteurs par fa
franchife ; un Prêtre , un Archevêque fe
déclarant factieux , confpirateur , libertin
fcandalifa la France : c'était une confeffion
de fes crimes ,, de fes péchés ; mais
cette confeffion était faite par l'orgueil , &
par plus d'une efpece d'orgueil , celui de
la naiffance celui du génie , & c.
Reftent Cardan & Rouffeau ; dans ceuxci
le facrifice paraît complet , en ce qu'ils
avouent des fautes aviliffantes , & des actions
qui femblent dégrader entiérement lecaractere
, fans laiffer à l'amour- propre le
plus petit dédommagement. A cet égard ,
it's peuvent paffer pour des phénomenes ;
Cardan furtout , qui va même plus loin
que Rouffeau , & qui fe montre abject :
comme pour le plaifir de l'être. Son Livre
excita la plus grande furprife dans l'Europe
; mais tout fe paffait entre des Savans
& des Littérateurs : cette bizarrerie fut
bientôt oubliée.
Il n'en fera point ainfi de J.J. Rouffeau ;;
fon génie , fes fuccès , fon nom , le nom
de ceux dont il fait la confeflion en même:
temps que la fienne , le rapport de cet .
Ecrit à fes Ouvrages les plus célebres
Finfluence des événemens de fa vie fur fon
MERCURE
caractere , de fon caractere fur fon talent
les résultats de morale & d'inftruction que
préfentent ces rapprochemens , toutes ces
caufes affurent aux Confeflions de Jean-J
finon le même degré d'eftime , au moins,
la méme durée qu'à fes meilleurs Ecrits ..
C'eft le fentiment confus de cette vérité
qui fembla redoubler , après fa mort , la
haine de fes ennemis , lorfqu'ils apprirent
que J. J. Rouffeau avait en effet compofé:
les Mémoires de fa vie., La mort prématu
rée des dépofitaires fucceffifs de fon Manuferit
le rendit public avant l'époque
défignée par Rouffeau ; & fes ennemis fubirent
, de leur vivant, la punition qu'il ne
réfervair qu'à leur mémoire. Mais il faut
avouer que celle de Rouffeau en parut
avilie. L'aveu d'une bizarre difpofition au
larcin , de l'abandon d'un ami délaiffe au
coin d'une rue , d'une calomnie qui entraîna
le déshonneur & la ruine d'une
pauvre domeftique innocente, la révélation
de toutes les fautes d'une jeuneffe
aventuriere , expoſée à tous les hafards que
pourfuivent l'indigence ; enfin le coupables.
& fyftématique égarement d'un pere qui
envoie fes cinq enfans, à l'Hôpital des
Enfans- trouvés voilà ce qu'apprit avec;
furpriſe une génération nouvelle , remplie
d'admiration pour Rouffeau , nourrie de
fes: Ouvrages , non moins éprife de fes
tus que de fes talens , qui , dans, l'en
DE FRANCE.
thoufalme de la jeuneffe , avait marqué
les hommages qu'elle lui rendait , de tous
les caracteres d'un fenriment religieux . C'eſt
de cette hauteur que J. J. Rouffeau defcendit
volontairement. Nous ajoutons ce
dernier mot , parce qu'en effet , comme ?
Fobferve très- bien M. Ginguené , plufieurs :
de ces fautes étaient ignorées , & pouvaient
rafter enfeveles dans l'obfcurité de fa mal--
heureufe jeuneffe , parce qu'il pouvait fee
permettre une demi - confeflion , rédigée :
avec cette apparemte franchiſe qui en im--
pole beaucoup mieux qu'une diffimulation 1
entiere , & que la Poftérité , prenant déformais
pour reglé ce qu'il aurait avoué dans :
les Mémoires , eût mis le refte fur le
compte de la calomnie...
L'Auteur de ces Lettres entre enfuite
dans le dérait des caufes cachées qui ont
fait pouffer tant de clameurs contre les Con--
feflions de Jean Jacques au moment cu
elles
parurent , & il révele le fecret de plafeurs
amours propres Développant en--
fuite le caractere de Rouffeau d'après luimême
, il rapproche les contraftes dont il !
était compofé; il explique avec finelle , ou
excufe avec l'indulgence qu'on doir aux
paffions , meres du génie , plufieurs faures
de fon jeune âge , que lui reprochent- ausd .
amertume des hommes qui , élevés dans le
fein d'une aifance heureufe , ont été mis
à aucune des épreuves réfervées à Rouffeau-
G.G.
MERCURE
Au rete , M. G...... infifte fur la différence
de deux époques en effet très - diftinetes
dans la vie de Jean-Jacques , dont la
feconde eft celle qu'il appelle lui - même
celle de fa grande réforme , & c'eft cellequi
eft la plus intéreffante par l'eflor de fes
talens & par le développement de fon génie.
C'est ici que la tâche de l'apologifte devient
plus facile . Les torts qu'on reproche
à Rouffeau font liés à l'Hiftoire littéraire de
cette époque encore préfente au fouvenir
d'un grand nombre de Contemporains . Dans
cette partie embarraffante & difficile de fon
Ouvrage , M. G.... fait allier au vif intérêt
qu'il prend à la mémoire de Jean-Jacques,
l'admiration ou l'eftime due aux talens de
fes adverfaires , & dans une caufe qu'il af
fectionne vivement , il montre la plus exacte
impartialité. Appuyé de faits , de dates, de
preuves qui paraiffent fans réplique , il difcute
, il raifonne , il conclut en faveur de
Rouffeau , & femble garder en réferve
pour les ennemis une partie de l'indulgence
qu'il demande & qu'il obtient pour les fautes
de ce grand Homme.
Il fait , en convenant de fes torts , le
faire aimer , & c'eft ce qu'il y avait de
mieux à faire. Les maux qu'il a foufferts
& le bien qu'il a fait , voilà fes titres &
fon excufe . Qu'on fe repréfente , d'une
part , le tort de fa Société , les opinions
établies dans le temps où Rouleau a vécu
DE FRANCE 61
.
dans le monde , c'est- à- dire à l'époque defes.
fuccès qu'on fe figure , de l'autre
Jean-Jacques au milieu de ces conventions
abfurdes , dont la plupart font fi bien
jugées maintenant ; qu'on fe rappelle fes .
goûts , fes habitudes , fon attachement aux
convenances naturelles & premieres ; &
qu'on juge de quel oeil ik devait voir les
convenances factices que la Société leur
oppofait , l'importance mife aux petites.
chofes , la néceffité de déférer aux . fortifes
respectées , aux fots en crédit ; la tyranniedes
riches , leur infolence polie , l'orgueil
qui , pour le ménager des droits , fe déguiſe
en bienfaifance ; la fauffété du commerce.
entre les Gens de Lettres & les gens du
Monde on fentira ce que de pareilles.
Sociétés devaient être pour Rouffeau , &
ce qu'il était lui - même pour elles. C'eft
là que fe formerent les inimitiés qui empoifonnerent
le refte de la vie de Jean-Jacques
, & qui l'engagerent dans une lutee
où il ne pouvait avoir que du défavantage .
Lui-même en avait le fentiment ; il favait
le parti que fes ennemis tireraient de fes
vivacités brufques , de fes étourderies paffionnées
; & difpofé fans doute à la défiance
, quoiqu'il ait prétendu le contraire ,
il parvint à tourner cette difpofition contre
lui-même , à en faire le tourment de ſa vie,
à n'ofer plus rifquer ni un pas ni un mot ;
enfin à juftifier l'heureuſe application que
:
G(2
MERCURE
M. G.…….. fait à Rouſſeau de deux vers des
FArioîte, defoupçonneux qu'il était d'abord,,
il était devenu lefoupçon même.
Cet Ouvrage , qui fera beaucoup d'honneur
à l'etpris & à la fagacité de M..G...
fera lu avec plaifir de tous les amis de
Rouleau , expreflion à laquelle nous ne
nous réduirions pas , fi maintenant elle ne
fignifiai : à peu près le Public tout entier..
C'eft le fervir utilement que de lui préfen
ter l'analyfe de l'ame & du caractere des
grands Hommes ; ils font en quelque forte
des variétés de l'efpeca hamaine qu'il faut
étudier à part , érude qui perfectionne las
connaiffance de refpece même..
( C...... )
DISCOURS hiftorique für le caractere & la
-politique de Louis XI ; par un Citoyen !
de la Section du Theatre Français.
Il n'y a rien qui pouffe tant à la vertu
que Torreur & l'abborrement dus
Brantome. vice.
AParis, che Garnery , Libraire , ra
Serpente , No. 17.3
Lan fecond de la Liberté
L'OPINION publique , fixée depuis longtamps
fur le Tibere de la France , femDE
FRANCE. 6
ait n'avoir pas befoin de nouvelles lumieres
pour fletric & abhorrer fa mémoire ;
ou plutôt un Peuple libre , & déformais à
l'abri de la tyrannie , doit peut-être , pour
hiffer s'enfoncer dans
Toubli les noms des Delpotes qui ont
avili l'Humanité en lui donnant des Loix ::
mais le fujet de ce Difcours était déjà ,
depuis plufieurs années , propofé par l'Atoute
vengeance ,
démie, & lorfqu'on peut en même temps
afpirer à ce que l'on pread pour la gloire .
& arracher à l'hypocrite le dernier mafque
dont il fe couvre , il n'y a pas à balancer..
Quoique l'Académie ait remis encore le :
Prix , & n'ait pas jugé à propos de : cou-..
ronner cet Ouvrage , on ne le lit pas avec
moins d'intérêt & même de fruit. Quelque
mépris qu'on ait pour les Tyrans , on voit
avec plaifir la main. de l'homme libre ef
façant de l'Hiftoire les lignes que la flatterie
ou l'erreur leur avait confacrées ; on:-
aime à reconnaître & à entendre répéter
que l'homme cruel, l'ennemi liche , l'amiz.
perfide , ne faurait être un grand Roi .
ود
Duclos avait pourtant dit en parlant de
Louis XI : Tout mis dins la balance, c'eft
un Roi Grand Dieu ! s'écrie l'Auteur des
" ce Difcours , fi c'eft-là véritablement un..
Roi , qu'eft - ce donc qu'un Tyran ? fi
c'eft-là un Roi , ciel , o ciel ! délivre à
jamais la Terre du fardeau de fes Rois .....
Mais non, un Roi , c'eft Louis XII, &c. ...
64.
MERCURE
C'est donc la haute opinion que certains
Hiftoriens ont donnée des grandes qualités
politiques de Louis XI , que l'Auteur entreprend
d'examiner. C'eft en étudiant fes actions
qu'on peut connaitre fon caractere ,
& ce caractere bien connu doit dévoiler
le fecret de fa politique..
Louis XI manifeftant dès fon bas âge
des inclinations perverfes , fourbe & défiant
dans les années de l'innocence & de la
candeur , attentant au Trône & à la liberté
de fon pere , quittant fa Cour , opprimant
lés Dauphinois , qui chafferent enfin leur
Tyran; Louis fe réfugiant , non fans delfein
, chez le plus redoutable ennemi de
la France , fe refufant toujours aux tenres
follicitations d'un pere qui l'invitait:
à revenir à fa Cour ; Louis enfin déguifant
mal fa joie , & revêtant la pourpre
le jour même qu'il apprend la mort de ce
pere dont il eft accufé d'avoir abrégé les
jours tel était l'homme privé que l'hérédité
de la Couronne appelait à régner fur
les Français , qui , pendant fon regne, confirma
tous les foupçons & toutes les crains.
tes que l'on avait conçus de lui , & mérita
l'exécrable & jufte épithete de Nerone
Neronior , plus Néron que Néron même.
::
On ne doit pas douter que Louis XI
ne regardât la France , ainfi qu'il l'a dir
lui-même , comme un pré qu'ilpouvait faucher
d'auffi près qu'il voulait: Quelle dut
DE FRAN € E.
65
être fa joie lorfqu'il s'en vit poffeffeur ! Le
premier ufage qu'il fit de fon pouvoir , fut
de chaffer tous les Officiers qui avaient
été attachés à fon pere ; il le haïffait même
après la mort. Il s'empreffa d'annuller la
Pragmatique , le plus bel ouvrage de Char
les VII. Cette Loi facrée , qui nous protégeait
contre les ufurpations des Papes ,
& qui affurait au Peuple fon antique droit
d'élire les Miniftres du Culte , eſt livrée .
au Pontife & traînée ignominieufement »
dans les rues de Rome , aux huées & aux
acclamations de la populace , des Moines ›
& des Prêtres.
Non content de cette aliénation des prérogatives
nationales , il double les impôts au
mépris des fermens les plus formels on les
exige en fon nom avec la derniere rigueur , & ›
la moindre réfiftance à l'oppreffion eft punie
comme un crime. Il ne voyait pas l'orage qui
fe formait fur la tête ; ce Peuple qui naguere
avait chaffé les Anglais du Royaume , ces
Français n'étaient pas encore façonnés au
joug du Defpotifme ; il a fallu des fiecles
pour que leur tête s'y courbât ; il ne leur
a fallu qu'un moment pour être libres à
jamais.
Louis , après trois ans de regne , était
parvenu à irriter contre lui le Clergé , la
Nobleffe , les Princes & le Peuple , les
Français & les Etrangers. Le mécontentement
éclate , une ligue fe forme fous la
66 MERCURE
nom du Bien public ; on appelle le Peuple
à la liberté..... mais c'eft la Nobleffe feule
qui s'arroge le droit de la défendre. N'en
doutons point : la France eût été libre 300-
ans plus tôt , fi les Grands n'avaient pas
été les Chefs de cette Révolution qu'avait
excitée la haine des Tyrans. Mais s'ils
n'aimaient pas un Roi qui abattait la puiffance
féodale , ils le préféraient encore à
un Peuple , qui , puifant dans la liberté le
défir de l'égalité , les aurait bientôt mis à
leur place en un mot , les Tyrans s'ac
commoderent , & le Peuple fut replongé
dans l'esclavage.
Louis avait été obligé de faire quelques
facrifices pour obtenir la paix à peine eft--
elle faite qu'il s'occupe des moyens de regagner
ce qu'il avait perdu. Ses perfidies
saccumulent , il commence à ourdir des
traines dans lefquelles il doit bientôt le trou--
ver lui-même embarraffé : il envahit la Normandie
fur fon frere ; profitant de cet inftant
de fortune , il ofe de lui-même convoquer
les Etats -Généraux , & a l'air de foumettrefa
conduite au jugement de la Nation. I
fait fi bien manier les efprits , qu'il en ob
tient le pouvoir de faire la guerre aux Ducs
de Bourgogne & de Bretagne , & qu'on
remet , pour ainfi dire , entre les mains la
fortune , la force & tous les droits de la:
Nation : c'était tout ce que Louis deman
daix. Craignant que l'Affemblée n'examinat
DE FRANCE.. 67
les abus du Gouvernement , les fautes des
Miniftres , & ne voulût même reffaifir fes
droits , il fe hâta de la diffoudre au bout
de huit ou dix jours.
1
» Il eft à remarquer , dit l'Auteur , que
" ces Etats de 1468 , ainfi que les fuivans ,
» fous Charles VIII , nous offrent l'exemple
de la réunion des trois Ordres ; que ·
» la Nation n'eut alors qu'un væti , une
» chambre , un Orateur : ce qui prouve la
» bonne foi de ceux qui , dans ces derniers
temps , ont prétendu le contraire. Et par
quelle fatalité eut-on vu , dans un fieele
» de lumieres , un partage & une défunion.
» dont aurait rougi le 15 ° . fieclè « ?
Louis fait bientôt une démarche qui peut
faire évaluerfa politique ; il fe rend à Péronne
pour traiter avec le Duc de Bourgogne , à
Finftant où il foulevait la ville de Liége
contre ce Prince . On conviendra que c'eft
bleffer toutes les regles , nous ne dirons pas
de la prudence , mais de la perfidie. Il en
fut puni. Arrêté , emprifonné , forcé de fuivre
Charles , qui le traîne comme en triomphe
, il voit détruite Liége , malfacrer les
Liégeois fes alliés , & lui, qui les a engagés.
dans la révolte , c'eft lui qui infulte à leurs .
maux , & qui félicite leur barbare vainqueur
de fon exécrable triomphe. It'eft point
d'expreffions affez fortes pour rendre l'indignation
qu'infpire une telle lâcheté. Etes
Français ont été gouvernés par un tel
68 MERCURE
monftre ! & un Français a ofé dire , c'eft
un Roi !
Echappé des mains du Téméraire , il viole
toutes les conditions du traité auquel il
s'était foumis. Mais la perfidie était trop
peu pour lui ; il lui fallait du fang & des
victimes. Il commence par faire empoifon
ner fon frere , dont la vie l'importunait depuis
long- temps , & dont le nom fervait de prétexte
à toutes les ligues. La mort du Témé
raire, dont la vaine fureur alla bientôt fe
brifer contre l'afcendant de la Liberté , &
qui choqua vainement defes armes les Thermopyles
de la Suiffe , cette mort fervit encore
Louis ; & libre alors de contrainte , il déchira
le voile qui couvrait une partie de
fes hideux penchans. Rien n'eft facré pour
lui ; il trahit l'héritiere de Bourgogne , dont
il aurait pu réunir les Etats aux fiens par
le mariage de fon fils avec cette Princeffe ;
Nemours périt fur un échafaud , & fes.
enfans reçoivent fur leurs têtes nues le fang
de leur pere ! .... Détournons nos yeux de
ce fpectacle atroce. Mais fur quel autre
inftant de fa vie les porterons - nous , fans
les en retirer avec la même horreur ? Il eut
tous les vices , il commit tous les forfaits,
il négligea jufqu'au vernis , jufqu'aux apparences
de la vertu fa diffimulation ne
fut pas une véritable hypocrifie , puifqu'elle
ne cachait que fes projets , & non fes.
crimes. Il vécut dans la perfidie & dans
DE FRANCE.
ة و
la fraude ; il vieillit occupé de fupplices
& de tortures ; il mourut entouré de foucis ,
de fureurs, de fuperftitions , & de cette garde
nombreufe qui révélait fes terreurs , & ne
pouvait l'en défendre. Mais l'infant de fa
mort devait être marqué par un nouveau
crime : il fait immoler des enfans ; leur fang
remplit une coupe que le cruel ofe apptocher
de fes levres. Il croit raviver ainfi fa
déteftable exiſtence ; & cette nouveauté barbare
ferait encore , plus exécrable , fi elle,
n'eût pas été fans fruit . Il expire enfin ,
regrettant de quitter la vie , mais fans remords
, en un mot , comme le plus vil
le plus lâche & le plus cruel de tous les
hommes.
•
>
A la mort d'un Tyran , le Peuple refpire ;
& tout entier à l'efpérance des vertus
de fon fucceffeur , il oublie que les maux
caufés par le Defpotifme , furvivent trop
fouvent au Defpote. La plupart de nos
bleffures politiques viennent de Louis XI ;
fon nom feul rappelle les impôts quadruplés
fous fon regne ; la fuppreffion
des Milices citoyennes qui doivent furveiller
la Tyrannie ; l'ufurpation du Pouvoir lágiflatif
; la premiere origine de la vénalité
des Charges ; l'inftitution d'un de ces Ordres
qui , dans le ferment exigé de leurs
Membres , fubftituant le Roi à l'Etat , en
font une troupe de Satellites dévoués au
Delpotifme. Mais , dit - on , il a délivré
70
MERCURE
६
le Peuple des fers de la féodalité ! Sans
doute il détruifit ces petits Tyrans qui
déchiraient la France par leurs divifions
inteftines ; mais il tourna au profit du Def
potifme tout ce qu'il arrachait à l'Ariftocratie
; & ces Grands , fi fiers dans leurs
petits Etats , devenus les plus humbles, efclaves
du Defpote , ne fervirent qu'à former
une coalition plus dangereufe & plus redoutable
pour le Peuple.
Lâcheté , perfidie , cruauté , voilà Louis
XI. Sa politique devait fe reffentir de fon
caractere; auffi la voyons - nous étroite , &
ne portant aucun figne de grandeur , le
rendre dupe de ceux qu'il voulait duper;
témoins le Pape & le Duc de Bourgogne,
Le plus bel éloge que les Rois font de Louis
XI , c'eft de les avoir mis hors de page.
Af
furément , nous ne nous en fommes que
trop reffentis ; & le premier ufage que fr
Charles VII d'un agrandiffement de pouvoir
, fut d'entraîner les Français dans des
guerres étrangeres & lointaines ; & les Peuples
n'en furent que plus efclaves, plus
pauvres & plus malheureux.
Cet Ouvrage eftimable annonce dans fon
'Auteur ( M. Brizard ) un ardent amour de
la Liberté , la haine du Defpotifme , & le
voeu d'une ame honnête & fenfible , qui
voudrait tourner au profit de fa Patrie , le
fouvenir des maux qu'elle a foufferts. Il
le fent , il le dit avec raifon c'eft en dévoilant
& en flétriffant le Defpotifme ,
qu'on fait aimer la Liberté.
:
DE FRANCE. 70
DROITS de l'Homme , en Réponse à
身
l'attaque de M. Burke; fur la Révolution
Françaife ; par Thomas Paine , Secrétaire
du Congrès pour le Département des
Affaires Etrangeres, pendant laguerre de
l'Amérique ; & Auteur de l'Ouvrage intitulé
: Le Sens commun , traduit de
I Anglais par F... S..... avec des Notes ,
& une nouvelle Préface de l'Auteur. Un
Volume in-8 °. de 225 pages . Prix, 2 liv.
broché, & 2 liv. 8 f. franc de port par la
Pofte. A Paris , chez Builſon , Imp- Lib.
rue Haute-feuille , Nº . 20.
QUAND L'Amérique voulut être indépendante
de l'Angleterre , la France lui
prêta fon fecours ; il appartenait donc à
un Américain de défendre , contre l'injufte
attaque d'un Anglais , la Révolution Françaiſe
. C'eſt un échange de fervices ; & fi .
l'éloquence de M. Burke a donné quelque
poids à fon opinion , la caufe contraire ne
peut être en de meilleures mains qu'en
celles de M. Paine , cet ancien & ardent
défenfeur de la Liberté , qui fervit ſi bien
La
Patrie par
fon Ouvrage intitulé : Common
72 MERCURE
Senfe ( qu'il faut traduire le Bon Sens ,
plutôt que le Sens commun , comme il eſt
dans le titre ) . Ce Common Senfe , quand
il parut , fit une grande fenfation en Amé
rique , en Angleterre , & même en France ,
où les Ouvrages de ce genre intéreffaient
beaucoup moins qu'aujourd'hui, cù peu de
gens avaient encore quelques notions fur la
Liberté , fur les Droits de l'homme. Quel
effet ne doit pas produire maintenant ce
nouvel Ouvrage , lorfque tous les yeux font
ouverts fur ces matieres , lorfqu'on voit M.
Paine aux prifes avec M. Burke , & lorf
que c'eft notre caufe que ce premier fou
tient ! Nous reviendrons fur cet important
Ouvrage.
L'édition que nous annonçons a été entrepriſe
fous les yeux de M. Paine , quiet
actuellement à Paris . C'eft la feule qui fot
autorifée par lui , & qui contienne fa nouwelle
Préface.
VARIÉTÉS
DE FRANCE 73
VARIÉTÉ S.
NOUVELLE Découverte dans les Arts.
Forté-Piano en forme de Clavecin.
M. PASCAL TASKIN , Facteur de Clavecin , &
Garde des Inftrumens de Mulique du Roi , Eleve
& fucceffeur du famcux Blanchet , rue de la
Verrerie , vis -à- vis St -Merry , à Paris , vient de
contruire un Forté-Piano en forme de Clavecin ,
d'un nouveau genre mécanique, qu'il a foumis
au jugement de l'Académie , & qui a obtenu
fon approbation.
ton ,
? Dans les Piano & les Clavecins déjà connus
les chevilles deftinées à mettre les cordes au
font plantées perpendiculairement fur la
face fupérieure du fommier : chacune d'elles ne
peut rendre qu'une des deux cordes dont on
compofe ordinairement l'uniffon . Pour peu qu'en
ait monté des cordes , ou accordé cet Inftrument,
on a dû éprouver combien il eft embarraſſant
d'en rouler les cordes fur ces chevilles , on a
dû s'appercevoir combien il faut d'ufage & de tâtonnement
pour modifier & proportionner la
force qu'on emploie au plus ou moins de réfiftance
qu'oppofent les chevilles , prefque toujours
trop dures dans les Inftrumens nouveaux , &
fouvent fi lâches dans les vieux , qu'elles ne
No. 24. 11 Juin 1791 , D
74
MERCURE
tiennent plus que difficilement au point défré :
enfin les cord's caflet fréquemment dans les
courbures qu'on leur donne en les roulant. Dans
tous les ftrumens connus , les forante - deux
touches du clavier répondent à cent vingt-quatre
cordes tendues fur la table . Dans celui de M.
Pafcal , elles répondent à un égal nombre de
portions de corde ; mais il n'y en a effectivement
que foixante-deux , ployées chacune en deux
du côté du fɔmmier, où elles paflent & gliffent
dans un étrier ou bride comme fur une poulie.
Ainfi il y a autant d'étriers que de touches. Ces
brides font faites en fil de laiton , dont le dametre
eft d'une ligne & demie environ
font écrouées & polies avec beaucoup de foin.
elles
De cette fubftitution des étriers on boucles à
vis de rappel aux chevilles ordinaires , il réfute
que l'Inftrument tient l'accord beaucoup plus
long - temps ; que d'ailleurs l'Accordeur n'a que
foixante - deux écrous à tourner pour accorder
tout l'Inftrument , au licu de cent vingt- quatre
chevilles ; qu'étant le maître de modérer à fon
gré la tenfion produite par la vis de rappel , il
amene le fon avec plus de facilité, & par des
nuances fucceffives , au degré prefcrit par le
• teinpeiament.
Dans le nouvel Inftrument , la marche des
touches , très - mobile , eft réglée par un talen
ménagé au bout de chacune d'elles , & qui vient
s'arrêter contre une barre tranfverfale placée au
deffus , à un intervalle déterminé ; de cette mamiere
elle ne faurille point , & la main la plus
durę ne fawait faire caffer les cordes , queien
la touche conferve affez d
les fors les plus
vigoureux qui
des Forté.
DE FRANCE.
75
Au deffus de l'extrémité intérieure du clavier
, entre celle - ci & les marteaux qui frappent
les cordes , font placées de petites regles
de bois paralleles aux touches , & que M.
Pafcal nomme clapetres : leurs extrémités , fou--
levées par de petites pilotes , frappent & foulevent
les pilotes des marteaux ; l'ufage de ces
clapettes eft de donner au Muficien pius de
moyens pour modérer , à fon gré , l'effet de k
percuffion . Les attaches de ces clapettes font
compofées d'une fubftance très-flexible & . capable
d'une longue reliftance . Au deffus de ces
clapettes font de petites vis , qui , ferrées ou lâ--
chées , laiflent plus ou moins de jeu , & reglent?
ainfi la force avec laquelle elles frappent les
pilotes des marteaux ; de manicre que par leur
moyen , on corrige l'inégalité que l'humidité ou
la fécherelle donne au jeu des marteaux.
Les marteaux de l'Inftrument de M. Pafcal:
font difpofés de maniere que leur queue tient à
la table par le moyen d'une regle qui y eft fixée.
Ces marteaux fe trouvent fufpendus fous la
corde , à l'aide d'étouffoirs qui portent fur celle-ci
les marteaux & les étouffairs fé menvent par
un feul levier . Ceux - ci font très- fimples : ils
font compofés d'un morceau de baffle , fixé à unbout
de fil de fer qui fe viffe par le bas dans
le marteau , même au tiers à peu près de la longueur
de fon levier , en partant du centre du
mouvement par ce mécanifme , l'Auteur fup--
prime neuf frottemens à chaque touche de font
clavier. L'éton Foir alors s'éleve & s'abaille à vo❤
lonté , ainfi que ceux des Piano , par un regiftre.
qui , fe plaçant fous les marteaux , les fupporte
un peu plus haut que le point de leur chute ordinaire
, & les tient en l'air.
D Z
76 MERCURE
M. Taskin ayant obfervé que fi l'on frappe ,
cu fi lon pince une corde d'une longueur déterminée
en différens points de cette longueur ,
on obtient des fons plus ou moins mets , plus ou
moins agréables à l'orcille , en forte qu'il y a
un point qui donne une efpece de maximum elativement
à la perfection du fon , il a cherché
à faifir fur chaque longueur de corde ce maximum
dont il s'agit , & à y faire correfponde
le point de percuffion du marteau , de maniere
que les points où les ma teaux frappent les différentes
cordes pour les faire vibrer , ne font pas
à la même diftance du chevalet .
De plus , M. Fafcal a adapté à fon Piano un
jeu de Luth beaucoup plus agréable que celui
que Fon trouve dans les Inftrumens ordinaires ,
dans lefquels on voit , à une petite diftance du
chevalet , une piece tranfverfale au milieu de laquelle
il fait marcher , à volonté , une petite
piece d'étoffe légere qui adoucit le fon , & fat
un effet charmant.
La mécanique de l'Inftrument de M. Pafcal
eft beaucoup plus fimple que celle des autres , &
elle épargnera au Facteur la façon d'un trèsgrand
nombre de pieces. L'Académie a jugé cle
méme de la qualité agréable du fon de l'Inftru
ment ; le toucher lui a paru fingulièrement facile.
par
cux-
Au furplus , M. Paſcal Taskin invite MM. les
Profeffeurs & Amarcurs à venir s'aflurer
mêmes de l'expofé ci-deffus. Il demeure rue de
Ja Verrerie , vis-à - vis la porte latérale de Sainty
Merry, à Paris.
3
DE FRANCE.. ブブ
{
NOTICES.
2
Hiftoire générale & particulière des Religion
& du Culte de tous les Peuples du Monde tant
anciens que modernes , par M. Delaunay ; Ou
vrage propofé par foufeription libre , & orné de
plus de 300 Figures , gravées , fur les deffins de
M. Moreau le jeune , par les meilleurs Artiftes
de la Capitale . 12 Vol. in-4°. grand papier. A
Paris , chez Fournier le jeune , rue Haute - feuille ,
N°. 27.
La Ire. Livraiſon , qui paraît en ce moment ,
eft du prix de 1s liv. comme les autres , quoiqu'elle
ne contienne que le Frontifpice & fon ex--
plication , avec le Difcours préliminaire de l'Ou--
vrage ; mais la derniere fera donnée gratis à MM..
les Souferipteurs.
La 2e. Livraiſon , compofée d'au moins 120
pages de texte , & de 7 à 8 Eftampes , paraîtradans
4 ou 5 mois au plus tard , & les fuivantes
de deux mois en deux mois . MM. les Soufcripteurs
en feront prévenus par une lettre circu
laire , & par de nouveaux avis dans les Journaux.. 1
On diftinguera parmi les Planches de la 28.
Livraifon deux Planifpheres antiques , qui ferviront
de clef au fyftême Hiéro-Aftronomique des
anciens Egyptiens, & une fuperbe Proceflion d'Ifis,
fujet abfolument neuf..
On ne paye en d'avance ; il fuffit dè ſe faire -
infcrire en retirant la re. Livraiſon.
On foufcrit chez Fournier , Libr . , à l'adreffe
ci-deffus ; & chez tous les Libraires des principales s
villes du Royaume, & des pays Etrangers.
Dzi
78
•
MERCURE
Le véritable Homme dit au Mafque de fer , O
vrage dans lequel on fait conraître , fur des preuves
incontefiables , à qui ce célebre infortuné dur
le jour , quand & où il naquit ; par M. de St-
Mihiel. A Strasbourg; & à Paris , chez Buiffon ,
Imp-Lib. rue Haute- feuille , No. 20. Prix, a liv
8 f. br. & 3 liv. franc de port par la Pofte.
2
Tous ceux qui ont traité cette Anecdote fi fameufe
, ont toujours regardé leurs conjectures
comme les feules vraisemblables ; on ne peut
pas nier cependant que celles de M. de St- Mihiel
ne foient bien appuyées. Il rejette avec une forte
d'indignation ce qu'en difent les Mémoires de
Richelieu c'eft au Public à prononcer :
Galerie hiftorique univerfelle , par M. de Pujol,
Ch. de St. Louis , &c. Frix , 3 liv. 12 fous . 18e.
Livraiſon , contenant Amilcar , le P. Bourdaloue ,
Charles I , Roi d'Angleterre , Dante , le Prince de
Condé , Pouffin , Magdelaine Scudery , Socrate,
On foufcrit chez Mérigot jeune , Libr. quai
des Auguftins ; .& chez les principaux Libraires
de l'Europe.
C'eft une chofe très - curieufe que l'exécution
typographique de cette Galerie , dont le texte ,
imprimé en petit caractere très -joli & très-net ,
eft encadré dans une jolie vignette ; tous les Por
traits , gravés au trait feulement , mais avec le
plus grand foin , font faits d'après des Monumens
authentiques , & l'Auteur a toujours foin
de les annoncer. Ainfi le portrait Amilcar eft
fait d'après une Médaille d'argent , citée par Fulvius
des Urfins celui de Socrate , d'après une
Cornaline , citée par Canini , [ &c...
DE FRANCE.
79
Seconde fuite aux Confidérations fur les Arts du
Deffin , ou Projet de Réglemens pour l'Ecole publique
des Arts du Deffin , & de l'emplacement
convenable à l'Inftitut National des Sciences ,
Belles Lettres & Arts par M. Quatremere de
Quincy. 1 Vol . in- 8 ° . de 1oo pag. A Paris , chez
Defenne , Lib . au Palais-Royal .
-
C'était d'abord avec le feul intérêt d'un Amateur
bien inftruit de tout ce qui intéreffe les Arts ,
& les exerçant lui-même avec beaucoup de fuccès ,
que M. Quatremerc avait préfenté fes premieres
idées fur la forme nouvelle qu'il convenait de
donner aux Académies de Peinture , Architecture ,
&c. Nommé depuis , par le Département , au nombre
des Commiflaires qui doivent s'occuper des.
Maifons d'enfeignement , il eft à portée d'en
pourfuivre lui- même l'exécution . Ce Supplément
eft une nouvelle preuve de la fageffe de ſes vûres
& de la bonté du choix qu'a fait le Département.
Voyage du Gouverneur Phillip à Botany-Bay ,
avec une Defcription de l'Etabliffement des Colonies
du Port de Jackſon & de l'Ifle de Norfolk ,
faire fur des Papiers authentiques , obtenus dés
divers Départemens , auxquels on a ajouté les
Journaux des Lieutenans Shortland , Watts , Ball
& du Capitaine Marshall ; avec un Récit de leurs
nouvelles découvertes , &c. traduit de l'Anglais.
r Vol. in-8°. Prix , 4 liv . 4 f. br. & 4 liv . 14 f.
franc de port par la Pofte. A Paris , chez Buiffon ,
Libr. rue Haute-feuille , N°. 20.
Nous reviendrons fur cet intéreffant Ouvrage ,
qui doit avoir autant de fuccès qu'en a eu l'ori
ginal..
34
35 MERCURE
Bibliotheque du Citoyen , par J. J. Regnaults
rre . Section , contenant le Catéchifine Civique ,
ou les Devoirs de l'Homme & du Citoyen , is
à la portée de tout le monde. A Bar-le-Duc , che
Moucheron & Duval , Imp-Lib. rue des Preſſoirs .
Cet Ouvrage plein de patriotifme , d'un fyle
fimple & fait pour être entendu des hommes les
moins éclairés , doit être périodique . Chaque .
Section comprendra 64 pages. Prix , 6 f. Cette
Collection procurera une inftruction complette &
détaillée des chofes arrivées pendant toute la
Révolution , des opérations & des Loix de l'Affemblée
Nationale , des droits & des devoirs des
Citoyens , des Fonctionnaires publics , & c.
Chaque Section fe vendra féparément . On fouf
otit chez les Libraires ci- deflus..
Le Clergé dévoilé , ou les Etats- Généraux de
1303 , Tragédie dédiée aux Amis de la Conftitution
; par l'Auteur des Druïdes. A Paris , chez
Boulard , Imp- Lib . rue St Roch , No. 51.
Certe nouvelle Production d'un Auteur déjà
connu par plufieurs fuccès , doit en faire défirer
la repréſentation , qui peut être d'un grand effet.
Des Académies , par S. R. N. Chamfort , de
l'Académie Françaife ; Ouvrage que M. Mirabeau
devait lire à l'Affemblée Nationale , fous le nom
de Rapport des Académies. A Paris , chez Buiffon,
Imp-Lib. rue Haute-feuille , N .. 20 .
Nous reviendrons fur ce petit Ecrit très- pi
quant par fon obfet , & fur-tout par la maniere
de l'Auteur..
DE FRANCE
. Br
Rome jugée , & l'autorité du Pape anéantie ; pour fervir de réponse aux Bulles paffées , nouvelles
& futures du Pape , &c . par J, J. Briffot ,
Citoyen Français.
Quid nomina vana timtis.
·Prix , 12 f. br. , & 18 fous franc de port par la Pofte . A Paris , chez Buiffon , Imp-Lib. rue Hautefeuille
, No. 20.
On connaît le patriotifme & la philofophie de
M. Briffot ; il a en l'occafion de les développer
dans une pareille caufe.
Mémoires fecrets fous les Regnes de Louis XIV
& de Louis XV , par feu M. Duclos , de l'Académie
Françaiſe , &c . 2e édition . 2 Vol . in-8 ° .
formant 1014 pages , imprimées fur caracteres de
Didot. Prix , 9 liv. br. & 10 liv. francs de port
par la Pofte. A Paris , chez Buiffon , Libraire, rue
Haute-feuille , Nº . 20.
La rapidité avec laquel'e la premiere édition
s'eft écoulée , attefte fufifamment le mérite de
l'Ouvrage.
Plan d'exploitation pour les Biens de la Nation
à vendre dans l'étendue de la Municipalité
de Bordeaux , adreffé à MM . les Adininiftrateurs
du Département de la Gironde ; par M. J. Bap.
Pechade , Ingénieur- Architecte. A Bordeaux , de
l'Imprimerie de Michel Racle. Brochure in-4° . de
32 pages .
que
d'un
Quoique cette Brochure paraiffe n'être
intérêt local , les autres Départemens pourront
profiter des vûes de l'Auteur , & les appliquer à ca
qui leur convient .
82 MERCURE
Tableau portatif de la France , contenant les
Chefs-lieux de Département , Difericts , Tribanaux
, Evêchés ; leurs diftances de Paris ; les noms
des Rivieres où ils font fitués , les noms des anciennes
Provinces , & leurs productions , avec une
Table alphabétique de toutes les Villes qui y
font contenues , & auquel on a joint une Carte
de France , gravée avec foin : par M. Remy, Me.
de Géographie. Prix , 8 f. br . À Paris , chez l'Auteur,
rue Comteffe- d'Artois , No. 75 ; Debray ,
Libr. au Palais- Royal , galeries de bois , No. 235;
& Maffon , Lib. rue St-Denis , vis- à- vis St-Leu."
Ce petit Livre eft un vade mecum , auffi utile
qu'il cât peu cher & peu volumineux : il fait honte
aux gros Ouvrages fur le même objet.
Nouvelles Recherches far la Fievre puerpérale ,
par M. Doublet , Médecin de la Faculté de Paris,
& de la Société Royale de Médecine ; publiées
par ordre du Roi. Brochure in- 11 de 335 pages.
Prix , 3 liv . A Paris , chez Méquignon l'aîné ,
Libr. rue des Cordeliers , près les Ecoles de Chirurgie.
Cet Ouvrage , préfenté d'abord à la Société
Royale de Médecine , a obtenu fon approbation..
L'Auteur , en le publiant , l'a enrichi de beaucoup
d'additions, notamment de celles fournies par l'Ou
vrage Anglais de M. Leake fur cette même matiere.
Il ne laiffe rien à défirer fur cette maladie, quie
mérite peut-être plus d'attention que toute autre,
puifqu'elle vient troubler l'opération la plus inté
reffante de la Nature , celle de l'enfantement. La
réputation de M. Doublet parle en faveur de fes
Recherches...
DE FRANCE. 83
9
GRAVURES.
Recherches fur les Costumes & fir les Theatres
de toutes les Nations , tant anciennes que modernes
; Ouvrage utile aux Peintres , Statuaires ,
Aichittaes , Décorateurs , Comédiens- Coftumiers,
en un mot aux Artiſtes de tous les genres ; nom
moins utile pour l'étude de l'Histoire des temps
reculés , des Maurs des Peeples antiques , de leurs
Viages , de leurs Loix , & néceffaire à l'éducation
des adolefeens ; avec des Eitampes en couleur &
au lavis ; deffinées par M. Chery , & gravées par
P. M. Alix . 7e . &c . & 9e. Livraiſons. Le prix de la
Soufcription pour l'année , compofée de quarantehuit
feuilles d'impreffion , & de quarante - huit ?
Eftampes en couleur , eft de 48 liv . pour Paris ,
& de 54
liv. franc de port par tout le Royaume..
Il faut affranchir le port des lettres & de Targent :
cette condition eft de rigueur. A Paris , chez M.
Drouhin , Editeur & Propriétaire dudit Ouvrage.
rue Saint-André- des-Arts , N° . 92 , en face de la
rue de l'Eperon .
Nous avons rendu un compte détaillé de cet
Ouvrage , auffi agréable qu'inftructif , lors de la
publicité des premiers Cahiers. Nous ne pouvons
que rendre un nouveau témoignage au foin & au
travail des Auteurs , pour ne rien laifier à défirer
dans l'exécution de leur entreptile , ni dans l'exactitude
des Livraiſons .
$4
MERCURE
DE FRANCE.
A V I S.
LA Dame Vicaire , après beaucoup d'épreuves
eft parvente
reconnues utiles fur le Rachitiſme ,
à découvrir une Pommade qui produit l'effet du
véficatoire , fans en avoir les inconvéniens : cette
Pommade appliquée attire les humeurs , fans plaies
& fars douleurs , & détruit en très-peu de temps
les Dartres & autres maladies de la peau ,
proviennent de l'âcreté de la lymphe .
qui
Ladite Dame donne un jour par ſemaine gratis,
qui eft le Mardi, pour le foulagement des pauvres.
Son pied à terre , à Paris , eft rue Neuve-St-
Martin , N °. 77.
Elle a une maison à St-Germain-en-Laye , peur
faire prendre le bon air à fes Malades , rue du
Vieux-Brouvoir , près la Pofte aux Lettres.
DE... O
Le Réfédals
Vers.
TA BL E.
Charade, Enig. & Lag.
Lettres.
49 Difcours hiftorique.
4 Droits de l'Homme.
saidies
.
531
16 Notices.
62
*
73
MERCURE
HISTORIQUE
ET
POLITIQUE
POLOGNE
.
De Varfovie, le 20 Mai 1791 .
La Diète a renvoyé au Comité de Conftitution
, l'examen & la rédaction du Projet
de Gouvernement dernièrement adopté.
Quand ce travail fera fini , & revêtu de
toutes les fignatures , on le livrera à l'impretion.
Nous attendrons ce moment pour
y revenir ; car les tranfcriptions fautives
& tronquées des Gazettes ne peuvent
en tenir lieu. Il fuffit d'avoir indiqué à
nos Lecteurs les bafes fondamentales qui
donnent une idée jufte de cette grande réforme.
On s'apperçoit déja que les paffions privées
, & la réflexion , ont diminué l'enthouafme
de plufieurs de ceux qui l'avoient
No. 24. 11 Juin 1791.
E
( 98 )
almiſe avec tranſport. Tel eft l'effet prefque
inévitable des opérations précipitées , furtout
chez une Nation vive , ardente &
fpirituelle , que des innovations trop fréquentes
dans la forme du Gouvernement
ont habituée à l'inconftance. Cependant ,
toutes les apparences foutiennent l'espoir
que , le patriotifme du Roi , l'exemple de la
plupart des Sénateurs , l'empire des conjonctures
, & l'autorité de l'expérience fixeront
l'opinion & la reconnoiffance publiques.
Déja l'on eft certain que le Grand
Chancelier Comte Malachowski s'eft rendu
aux inftancès de S. M. & à l'invitation de
la Diète , & qu'il reprendra le fceau de
l'Etat. Les fentimens ne font point uniformes
dans les Palatinats ; mais jufqu'ici
il paroît que la très -grande majorité des
avis applaudit aux nouvelles Loix.
Le Comte Stanislas Potocki , Général
d'Artillerie , & l'un des hommes les plus
éminens de la République par fa fortune,
fes fervices , fes qualités perfonnelles , s'eft
rendu
officiellement à Berlin , prefqu'en
même temps que M. Hailes, Miniftre d'An
gleterre en Pologne. Déja le Roi de Pruffe
a répondu à la notification d'office qui lui
a été faite de la dernière Révolution , par
des
démonftrations & des éloges , qui prou
veroient un attachement fincère aux intérêts
de la
République. En effet , il importe i
la Pruffe & à la Suède , plus qu'à toute
( 99 )
autre Puiffance , que nous acquerrions un
Gouvernement ftable , qui donne à nos
alliances la folidité & l'efficace néceffaires
& qui ôte à nos Ennemis naturels la
facilité d'intervenir dans nos affaires
publiques. En redevenant un Etat , la Pólogne
fournira une barrière aux Turcs
& à la Pruffe contre la Ruffie ; elle in-
Buera fur l'équilibre du Nord , qu'il, ne
fera plus fi facile de déranger , lorfqu'un
des principaux poids de la balance aura la
maile & la force néceffaires à toute réſiſtance.
Par les mêmes raifons , la Cour de
Vienne doit applaudir au retour de notre
indépendance , & à la réforme de notre
Gouvernement, qui diminuent la fujettion
de la République , foit à fes Voifins , foit
aux Alliés qu'elle pourroit acquérir.
Il n'eft plus queftion des craintes d'une
rupture entre la Pruffe & la Ruffie : les
avances mutuelles font à des termes qui
promettent une prompte & favorable iffue.
Quelques Corps venant de Siléfie devoient
traverfer le territoire de la République pour
fe rendre dans la Pruffe. La réquifition du
paffage étoit faite ; mais l'on vient d'ap
prendre que ces régimens ont rétrogradé.
P. S. Dans la Séance du 16 , on a lu
les dépêches du Miniftre de la République
à la Cour de Berlin : « Lorfque j'eus
» l'honneur , écrit-il , d'informer S. M. P.
E₂
680005
( 100 )
» de notre nouvelle Conftitution , elle me
fit la réponfe fuivante : » Je vois avec plai
fir le bonheur de la Pologne ; fon bien- être
m'interrefe , et elle trouvera conftamment
en moi l'Allié le plus fincère. Le choix de
la maison de Saxe pour le Trône de Pologne
m'estparticulièrement agréable . « Il eſt
» difficile de rendre l'impreflion que cette
nouvelle a faite à Berlin ; je reçois de
tous côtésdes complimens de félicitation,
» & chacun m'exprime fon étonnement . »>
« On rend ici une juftice entière au pa
triotifme éclairé qui a produit cette Conftitution.
Il n'y a pas peu d'honneur de fervir
un Roi & un pays qui donnent à la fois
un exemple efficace de concorde , & un té
moignage fi fignalé de confiance mutuelle. »
Le Roi a déja nomnié le Miniftre , & le
Straz , ou Confeil de Surveillance, cuftodia
legis. Il eft compofé du Primat de
Pologne , Préfident ; de MM. Potocki ,
Grand Maréchal de Lithuanie , du Grand
Chancelier Malachowski , qui reprend fes
fonctions , du Vice -Chancelier Kollatany,
'de M. Branicki , Grand - Général de la
Couronne; de M. Ostrowski , Tréforier de
la Couronne , & des deux Maréchaux de la
Diète.
( 101
)
ALLEMAGNE
.
De Vienne , le 30 Mai.
Très-probablement , l'Empereur ne fera
de retour en cette réfidence , que vers le
milieu de Juin. Il a quitté Fiorepce le 10 de.
ce mois . Il a fait quelque féjour à Mantoue ,
cù il a eu deux longues entrevues fecrettes
avec S. A. R. M.
le Comte d'Artois : il donnera
au moins quinze jours au Milanais ;
le bruit fe renouvelle que , de Milan , Sa
Maj . Imp . doit être allée à Turin ; on parle
même de ce dernier voyage avec des apparences
de certitude : ainfi , nulle préfomption
que nous revoyions ce Prince
avant trois femaines.
Les négociations de Sziftove , la paix à
terminer , les mouvemens des Turcs , ies
orages du Nord , font en ce moment hors
du cercle des converfations , & ne piquent
plus que foiblement la curiofité . Les feuls
avis authentiques qui nous foient parvenus
de la Valachie , fe réduifent à confirmer
la retraite des Ruffes à Berlafch ; mais
cette retraite a été forcée , & non de leur
choix , ainfi que nous l'avions cru dans
Porigine. Le Grand Vifir Juffuf Pacha
qui ne dort point fur un lit d'épines ,
l'exemple de fon prédéceffeur , avoit en-
મે
E 3
102 )
voyé un renfort de 10,000 hommes à la
garnifon de Braïlow , Ce fecours rendit les
Turcs plus entreprenans ; ils fatiguèrent
d'excurfions les Ruffes détachés en petits
Corps , en différentes places . Le 14 Avril ,
les Ottomans feignirent d'attaquer la redoute
de Gerfet , afin d'éloigner les Ruffes
du fort de Zakanali qu'ils tenoient bloqué.
Cette feinte leur réuflit : on attaqua l'enuemi
avec tant d'intrépidité , qu'après avoir
laiffé 700 morts fur la place , il fut
obligé de fe retirer . Neuf canons , trente
bâtimens chargés de vivres , & beaucoup
de prifonniers tombèrent aux mains des
Ottomans . Zakanali étant délivré , les
Ruffes , dans la nuit fuivante , abandonnèrent
Gerfet. Il n'eft pas vraisemblable
qu'ils puiffent fe maintenir à Berlafch .
Tout femble promettre une profonde
tranquillité à la Monarchie Autrichieune .
Nuls préparatifs , nuls ordres quelconques,
nuls mouvemens de troupes.
De Francfort - fur-le- Mein , le 2 Juin.
Au moment où nous écrivons , très- probablement
le Roi de Suède eft à Berlin,
où fon Aide- de-camp général , le Colonel
Baron de Wrede l'a précédé. Le voyage
de ce Prince ayant été fixé définitivement
au 20 de Mai , S. M. a dû s'embarquer
ce jour-là pour Lubeck Cinq Perfonnes
( 101 )
faccompagnent : ce font le Lieutenant- général
Baron de Taube , le Comte de Lewenhaupt
Grand Ecuyer , le Comte Fabien de
Wrede Premier Chambellan , MM. de Mol
lefward & de Palmfeldt. Quelques Gazettes
font aller le Roi de Suède en Italie : c'eft
une erreur , à moins que cette réfolution
nait été prife depuis le 18 Mai , date des
dernières lettres de Stockholm . Nous
avons , au contraire , de très - fortes raifons
de croire qu'après fon féjour à Berlin , Sa
Majefté Suédolfe paffera à Aix- la- Chapelle,
où fon Miniftre à Vienne , le Baron de
Nolcken, eft dernièrement arrivé.
Nous annoncions , il y a un mois , qu'ircefamment
une grande partie de l'Allemagne
feroit couverte de camps , & de
troupes en exercice : cet avis n'avoit rien
d'exagéré ; mais il ne faut pas fe méprendre
fux le but , maintenant évident , de ces divers
raflemblemens . Ils font tous ifolés
abfolument indépendans les uns des autres :
leur objet fe borne à des revues & des.
évolutions militaires .
>
Une partie des troupes Hanovriennes.
ent été réunies , infpectées , & campées :
elles rentrent aujourd'hui dans leurs ganifons
ordinaires.
Après la grande revue de Berlin , le
Roi de Pruffe s'est mis en route le 25
pour Corbeliz près de Magdebourg , où il
E 4
( 104 )
"
aurapaffé en revue les troupes raffemblées
dans ce Diftrict ; le 28 il a dû rentrer
à Berlin & les troupes rejoindre
leurs quartiers ordinaires : on n'a connoiffance
d'aucun ordre contraire donné
à aucun de ces divers régimens.
Le Landgrave de Helle - Caffel a raffemblé
près de fa capitale 15 bataillons d'In
fanterie , 22 efcadrons de Cavalerie , &
l'Artillerie néceflaire : les revues de cette
petite armée ont commencé le 20 Mai ;
elles fe font terminées par une revue générale
, le 28 : nul avis ne nous annonce
que ce Corps ait une ultérieure deftina-.
tion .
Le régiment de Schroder eft le feul , jufqu'ici
, que le Gouvernement Autrichien
ait tiré de l'intérieur des Etats héréditaires ,
pour l'ajouter aux forces qui fe trouvolent
dans le Brifgau. Nous avions été trompés
par des lettres & des Gazettes Allemandes ,
en partant , d'après elles , du départ de 12
mille Autrichiens pour la même contrée ,
& dont le paffage , difoit- on , avoit été
demandé , par requifitoire , à la Cour de
Munich. On a confondu avec ce prétendu
Corps nouveau , un détachement de l'armée
des Pays-Bas , qui en effet fe rend de
Laxembourg dans le Brifgaw , & pour le
tranfit duquel il a été demandé , & l'on a
obtenu l'aveu du Cercle du Haut - Rhin . On
n'apprend aucun autre mouvement dans les
( 105 )
garnifons quelconques des vaftes poffeffions
de la Mailon d'Autriche.
L'Electeur Palatin a fait exercer en Bavière
quelques bataillons , auffitôt rentrés
dans leurs quartiers ordinaires. Il n'existe
donc , jufqu'à préfent , aucune apparence
de concert , de combinaifon , d'entreprifes
militaires dans l'Empire , fi l'on excepte le
cordon dont les Electeurs & Princes du
Rhin fe propofent de garnir leurs frontières.
Ni le contingent de chacun , ni la
force totale du cordon , ni le moment de
fon raffemblement ne paroiffent fixés ; du
moins , le Public n'en a aucune connoiffance
, & des mefures femblables ne s'effectuent
point fans que le Public en ait
connoiffance.
t
Tout ce qu'on imagine , ce qu'on mande
de contraire eft donc faux , ou anticipé .
Si les Emigrans François , dont toutes nos
villes font remplies , méditent réellement
quelque entreprife , elle eft apparemment
indépendante du fecours des Puiffances de
Empire , dont aucune , nous le répétons ,
ne fait encore la moindre difpofition propre
à les feconder. Or , comme ces Etrangers
font phyfiquement dans l'impuiffance d'a
gir feuls , à moins qu'il ne leur refte dans .
les Provinces de France , limitrophes de
l'Allemagne , des reffources inconnues , il
eft affez clair que tout projet d'invafion de
leur part feroit aufli impraticable qu'in
ES
( 1067 )
&
confidéré , ou que fon exécution eft loin
d'être prochaine. En attendant , les émigrations
de l'Alface , de la Lorraine ,
des Provinces Françoifes pen éloignées du
Rhin , recommencent plus fortement que
jamais. Prefque journellement , il arrive
des bandes de 20 à 30 individus , avec
leurs effets .
Les nuages qui couvrent l'avenir ne laifferont
percer de lumière , qu'après les déterminations
de la Diète de Ratisbonne ,
fur le Décret de Commiffion Impériale ,
relatif aux plaintes des Souverains léfés
par les Décrets de l'Affemblée Nationale
de France. Le 20 de ce mois , les inftruc
tions refpectives feront rapportées à la
Diète , & l'on publiera le protocolle des
fuffrages. L'opinion la plus univerfelle eft ,
qu'on adoptera les principes contenus dans
la lettre écrite à l'Empereur par le Collége
Electoral , & que l'Empire appuiera les
réclamations de fes Etats par toutes les
mefures qu'exigeront les circonftances . Si
ces réfolutions férieufes font une fois prifes ,
felles reçoivent l'appui foutenu de prinaipales
Puiffances de l'Enipire , fi enfin la
querelle s'engage une fois , il eft au- deffus
de la prévoyance humaine , de pénétrer
our s'arrêtera le réalta . La bafe du Traité
de Weftphalie étant ébranlée & mife en
conteftation , on en viendra à regarder le
Traité lui-même , & celui de Ryfwich,
( 107 )
comme caducs , dans leurs rapports entre
Empire & la France : alors l'Alface , le
Sundgaw , les Trois Evêchés & Strasbourg,
redeviendroient la proie qu'on fe difpu
teroit comme au dernier fiècle.
On appercevra diftinctement ce futur
contingent dans les cinq points de délibération
, qu'a propofé l'Electeur de Mayence ,
& dont la lettre porte :
« Art. I. Nedoit-on pas regarder comme injufte,
nul & contraire aux Traités tout ce que l'Alfemblée
de France a décrété contre les Etats, de
Empire , les Eglifes , le Corps de la Noblefle
& tous ceux qui y appartiennent , relativement
à leurs poffeffious , à leurs droits (pirituels &
temporels , & à leurs revenus en Alface ? »
« II. Ne doit on pas confidérer comune parties.
effentielles du Corps Germanique tout ce qui
dans la Province d'Alface , a été cédé à la
France , & n'a pas clairement été fixé par le Traité
de Weftphalie ou par des Traités fuivans , notamment
les poffeffions de l'Archevêché de Trèves ,
des Evêchés de Spire & de Strasbourg , du Chapitre
de Weiffembourg & de Ordre Teuto
nique ? »
*
III. Les Etats de l'Empire , poffeffionnés
dans l'Alface , ont- ils pu de leur propre autoité
, au préjudice de l'Empire , reconnoître
feit tacitement , foit expreffément , la Souveraineté
de la France ? De pareilles conventions
peuvent- elles être obligatoires , aujourd'hui que
la Nation Françoife prétend n'y être pas tenue
de fon côté ? **
ce IV. L'Empire , de ſon côté n'eſt- il pas autoriſé
& en droit de regarder comme non ob i-
E &
( 108 )
gatoires & comme annullés de fait tous les
Traités , par lefquels l'on a féparé tant de Provinces
du Corps Germanique ? "
ce V. Quelles mefures convient il de prendre
pour le maintien des poffeffions , des droits fpirituels
& temporels de l'Allemagne , qui n'ont
jamais été foumis à la Souveraineté de la France ?
Et quel parti l'Empire , en qualité de Partie
contractante & de Garant , doit- il prendre à l'avan
tage des Etats dépouillés , relativement à ces
poffeffions & à ces droits , qu'on a foumis par
le fait à cette Souveraineté ?»
0
Voici la liste des Etats de l'Empire ,
qui fe font adreffés à la Diète , 1 ° . PElecteur
de Mayence , 2 °. l'Electeur de
Trèves , 3 ° . l'Electeur de Cologne, comme
Grand - Maître de l'Ordre Teutonique , 4 .
le Duc de Deux- Ponts . 5°. le Landgrave
de Heffe-Darmstadt , 6°. le Prince - Evêque
de Spire , 7 °. le Prince - Evêque de Strafbourg
& fon Chapitre , 8 ° . le Prince de
Linange , 90. l'Ordre de Malte , 10 °. P'Ordre
de St. Jean , 11 ° . la Nobleffe immédiate
d'Alface & les Chapitres Princiers &
Eccléfiaftiques de cette Province , 12 °.
l'Abbaye de Wadgars. Tout le Cercle du
Haut- Rhin & le College Electoral appuient
ces réclamations . On croit le
que
Duc de Wirtemberg & le Margrave de
Bade s'y joindront inceffamment.
L
( 109 )
FRANCE.
De Paris , le 8 Juin.
ASSEMBLÉE NATIONALE.
Décret fur la répartition des 300,000,000 de livres de
contributions foncière & mobiliaire , de 1791 .
Du 27 Mai 1791 .
L'Affemblée nationale décrète que les principaux des
contributions foncière & mobiliaire pour 1791 , feront
répartis entre les 83 Départemens du Royaume , ainfi
qu'il fuit :
NOMS Contribut. Contribut.
TOTAL
des deux
des Départemens . foncière . mobiliaire . Contribut.
liv.
I. Ain.
2. Aifne .
1,452,500
liv .
285,400
liv.
I , 737,900
4,757,900 991,700 5,749,600
3. Allier. 1,978,800 437,700 2,416,500
4. HautesAlpes . 728,500 168,800 897,300
5. Baffes -Alpes .
921,100 213,900 1,135,000
6. Ardèche. 1,228,100 276,900 1,505,00
7. Ardennes . 2,576,300 572,800
3,149,100
8. Arriège . 745,600
157,100 902,700
9. Aube .
2.711,600 608,600 3,320,200
10. Aude .. 2,577,200
554,500 3,129,700
11. Avciron . 3,164,000+ 668,100 3,832,100
12. B.-du-Rhône. 2,226,800 | 944,600
3,171,400
1
( ITO )
NOMS Contribut. Contribut. TOTAL
des Départemens. foncière.
ހ
des deux
mobiliaire. Contribut.
liv . liv. liv.
13. Calvados..
5,684,700 1,212,500 6,897,200 14. Cantal
2,649,300 617,900 3,267,200 15. Charente
16. Charente- inf.
17. Cher .
18. Corrèze .
19. Corfe
20. Côte- d'Or.
21. Côtes-du- N .
22. Creuze
23. Dordogne.
24. Doubs
2,704,400 $71,900 3,276,300
3,656,10Q 692,400 4,348,500
1,558,900 350,200 1,909,100
• • 1,856,700 427,700 2,284,400
223,900
3,3.8.7,400
2,163,500
60,900 284,800
721,800 4,109,200
403,200 2,566,700 "
I, S10,600 374,800 1,885,400
2,805,100 $ 85,000 3,390,100
1,348,800
285,100 1,633,900
25:
Drome
26. Eure
27.
1,684,800
374,500 2,061,300
Eure & Loir.
28. Finistère
.
29. Gard •
·
H. -
Garonne .
4,983,000 986,900 5,969,909
3,874,700 929,800 4,804,5.00
I 742,900
2,297,300
6ƒ0,200 2,393, 100
486,500 2,783,800
3,775,900. 83 3000 4,608,900
2,714,700 $80,800 3,295,500
30 .
31. Gers
3.2 . Gironde ..
33. Hérault .
3,958,900 1,308,400 5,267,300
3,483,900.
34.
Ille & Vilaine
766,500 4,250,400
35. Indre..
2,604,300 542,400 3,146,700
1,399,700 329,100 1,728,800
36. Indre & Loire 2,432,000-
37. Isère
$54.700 2,986,700
· ·
3&. Jura
39. Landes
40. Loire & Cher
1,251,300 267,000 1,518,300
2,262,100 580,000 2,842,300
41. Haute-Loire, 1,629,500 ! 35,100 1,980,600
3,181,800 735,500 3,917,300
1,725,700 415,600 2,141,300
( II )
ر
NOM S Contribut. Contribut . TOTAL
des Départemens . foncière .
des deux
mobiliaire.Contribut.
liv. liv. liv.
42. Loire infér.
·2,034,200
946,500 2,980,700€
43. Loiret. • 3,241,500 644,800 3,886,300
44. Lot.. • 3,060,3.00 -611,700 3,672,000
45. Lot & Garon. 3,194,800
697,600 3,892,400
46. Lozère 843,900 179,600 1,023,500
47. Maine & Loi . 3,871,500 884,800 4,756,300
48. Manche. 5,051,800 1,093,300 6,145,100
49. Marne
4,15 1,800 925,800 5,077,600
go. Haute -Marne
JL. Mayenne
2,365,000 514,200 2,879,200
• 33040,600
7075900 3,748,500
12. Meurte
3. Meufe.
22473700 336,700 2,584,400
· 72, 159, 100 428,400
.
2,587,500
14. Morbihan . 1,926,600 403,000 2,329,600
55. Mofelte. 2,448,500 432,600 2,881,100
56. Nièvre . 1,913,000 411,200 2,324,200
57. Nord.
5,175,800 1,083,400 6,259,200
58. Oile . 4,898,700 1,046,500 5,945,200
59. Orne . 3,558,600 775,000 4,333,600
60. Paris . 12,571,400 8,158,200 || 20,729,600
61. Pas-de -Calais.
62. Puy-de-Dôme
3,326,500
3,789,200
$ 99,500 3,836,000
849,100 4,638,300
63. H. - Pyrénées .
64. B.- Pyrénées .
752,100
13.5,400
887,500
1,013,800
199,800 1,213,608
65. Pyrénées or.. 883,000 If9,800 1,042,800
66, Haut-Rhin.. 1,855,000 405,600 2,260,600
67. Bas- Rhin . 2,269,300 503,000 2,872,300
68. Rhône & Loi .
6,333,000 1,921,100 8,254,100
69. Haute- Saone 1,765,300 372,000
2,137,300
70. Saone & Loire 3,661,900 | 751,200 4,413 , roo
( 112 )
NO MIS Contribution Contribut. TOTAL
des deux
des Départem.
foncière. mobiliaire. Contribut.'
liv. liv. liv.
71. Sarthe .
3,796,100
72. Seine-Oile.
859,200 4,655 ,3 00
7,342,400 1,611,900 8,954,300
73. Seine infér.
7,057,400
74. Seine & M.
2,364,300 9,421,700.
5,450,800
1,200,200 6,651,000
75. Deux Sèvres
2,545,500
76. Somme $55,100 3,101,600
· 5,581,600 1,186,400 6,768,000. 77. Tarn .
2,621,800
$ 89,300 3,211,100- 78. Var.
79. Vendée.
80. Vienne .
81. H. -Vienne.
1,788,800 408,700 2,197,500.
10 2,572,900 ·565,600 3,138,500
1,718,900337,600 2,056,500
1,810,100 -417,200). 2,227,300
$ 2. Vafges. 1,633,100
83. Yonne .
13-15,900 1,954,000
TOTAUX .
2,950,400 0625,200 3,575,600
240,000,000 60,000,000 300000000
II.
47
8
Tout Contribuable qui juftifiera avoir été taxé , en
principal dans le rôle de fa contribution mibiliaire ,
fur la cote d'habitation , au- delà du 40 ° . de fon revenu
préfumé , aura droit à une réduction fuivant les formes
qui font & feront décrétées.
( 113 )
Déctes rendu Samedi 28 mai , fur la convocation.
de la prochaine Legiflature.
« Art. I. Les affemblées primaires fe tiendront
dans les chefs - lieux de canton , dans les départemens
où ils font fixés ; & dans ceux où ils ne
le feront pas , le directoire de diftrict défignera
le lic ou le tiendront les affemblées primaires . »
« Il. A l'avenir la valeur de la journée de
travail fera fixée par le directoire de département
pour chaque diftrict , fur la propofition du diretoire
de diftrict , conformément à l'atricle XI
de la loi du 18 février de l'année préfente ,
nonobftant la difpofition provifoire portée au
décret du 11 février 1790 , laquelle demeure'
abrogée . Cette fixation aura lieu dans le courant .
du mois de janvier; elle fubfiftera pendant fix
ams & il ne pourra plus y êrre fait de changement
, que fix ans après , à la même époque.
Le corps légiflatif fixera tous les fix ans le minimum
& le maximum de la valeur de la journée
de travail. »
II. Il ne pourra être fait de changement
à la cote des impofitions de chaque contribuable
que fur l'autorisation du directoire du département ,
& conformément aux loix. »
IV. A compter du jour de la publication du
préfent décret , la dépofition provifoire contenue
en l'article XX de la fection première du décret
du 22 décembre 1789 , eft abrogée ; les électeurs .
feront choilis au fcrutin de lifte fimple , & il n'y
aura plus de fcrutin de lifte double en aucun
C35. >>
сс
>
V. Les affemblées électorales fe mettront en
activité , fans que
l'abfence
d'un
nombre
quelconque
d'électeurs
puifle
en retarder
les opérations
;
( 114 )
les électeurs qui arriveront enfuite avec des titres
ca règle , ferolt admis à l'époque où ils fe -pré
ſentefort. »
« VI. Tout département , quelle que foit la
population active , ou la contribution dire
nonmera , au moins , un dépuré , à raifor de
fa population : & un autre , à raifon de fa contribution
dic&e . »
« VII. Les poffeffeurs de biens -fonds qui ,
pour caufe de defléchement ou défrichement ,
font , en vertu des anciennes loix , exempts de
tout ou partie des impofitions foncières que os
biers devroient payer , font ceniés , quant à l'acti
vité & a régibilité, fupporter use taxe équivalente
au fixième du revenu net deſdits biens . »
« VIII. Si dans la répartition qui fera faite par
La légiature , des députés attribués aux 83 départe
mens a raifon de la population active , le diviſeur
commun appliqué en décail à chaque département
ne donne pas , pour tous les départemens réunis ,
le résultat complet de 249 députés , chacun des
départemens qui aura en fractions excédentes , la
quotité de population active la plus confidérable ,
nommera un député de plus , jufqu'à la concur
rence des 249. »
« IX. On fuivra cette bafe de calcul dans la
répartition entre les 83 départemens , des 249
députés attribués à la contribution directe de tout
le royaume. »
« X. La nomination des fuppléans au corps
législatif fe fera au fcrutin individuel , & à la
majorité abfolue des fuffrages , nonobftant la dilpofition
provifoire de Particle XXXIII du décret
cité en l'article IV , laquile demeure abrogée.»
« XI. Les électeurs , après avoir nommé les
députés à la première légif ture , procéderont au
( 115 )
remplacement de la moitié des membres des adminiftrations
de département & de diſtrict ; l'intervalle
, quel qu'il foit , écoulé depuis la nomination
de ces derniers , fera compté pour deux.
ans ; & l'intervalle qui s'écoulera enfuite jufqu'à
l'époque des élections de 1793 , fera également
compré pour deux autres années . »
« XII. Attendu que les membres des adminiftrations
de département & de diftrict , dont
les fonctions vont ceffer aux termes de l'article
précédent , n'auront pas exercé deux années entères
, ils pourront être réélus pour cette fois
feulement , & nonobftant l'article VI de la loi
du 27 mars de l'année préſente .
כ כ
« XIII. Les procureurs-généraux-fyndics & les
procureurs-fyndics actuels de tout le royaume ,
ceferont leurs fonctions en l'année 1793 , s'ils
ne font pas réélus . »
GC
XIV. A l'avenir , les juges de paix & les
affeffeurs de chaque canton feront nommés , à
l'époque des affemblées . primaires , au mois de
mars ; & on ne procédera qu'en l'année 1793
à la réélection ou au remplacement de ceux qui
font actuellement en exercice . »
« XV. A l'exception de la ville de Paris ,
exception qui pourra être étendue par les directoires
de département à toutes les villes dont la
population excèdera 60,000 ames , les juges de
commerce feront nommés au mois de novembre
de chaque année , après le renouvellement de la
moitié des officiers municipaux. Aucun des juges de
commerce , qui a été ou qui fera nommé en
vertu de la loi du 24 août 1790 , ne pourra
être remplacé foir avant le mois de novembre
de l'année prochaine , foir avant l'époqne fixée
( 116 )
le temps pour
de Paris. 22
de cette réunion dans la ville
« XVI. Le préfident du tribunal criminel &
l'accufateur public feront nommés immédiatement
après l'élection des députés au corps légiflatif. "
сс
XVII. A partir de l'année 1795 , les élec
teurs de ceux des départemens en tour de nommer
, procéderont à la nomination du membre
du tribunal de caffation , & de fon fuppléant ,
dans le mois d'avril ou de mai , après avoir
nommé les députés à la légiflature , la moitié des
adminiftrateurs de département , & les deux hautsjurésquidoivent
fervir près la haute-cour nationale .»
XVIII. Les électeurs de diftrict procéde
ront à la nomination des juges de diftrict & de
leurs fuppléans , après l'élection de la moitié des
membres de l'adminiftration de diftrict ; les juges
actuellement en exercice continueront leurs fonctions,
jufqu'à l'année 1797. »
Du lundi , 30. mai.
ес
Aujourd'hui l'anniverfaire de la mort de Voltaire
, M. Goffin , au nom du comité de conf
titution , a demandé que la nation confacrât ce
jour , en s'acquittant envers lui . « Voltaire, a dit.
M. Goffin , a terraflé le fanatifne perfécuteur ,
dénoncé les erreurs jufqu'alors idolâtrées de nos
antiques inftitutions , déchiré le voile qui couvroit
toutes les tyrannies Ce rapport s'eft terminé par
la propofition de décréter que Marie- François,
Arroues de Voltaire eft digne des honneurs
décernés aux grands hommes & qu'en conféquence
fes cendres feront tranfportées de l'églife
de Romilly dans celle de Sainte - Geneviève à Paris ..
Cet hommage peut , à jufte titre , être rendu aux
talens d'un homme de génie , qui pourfuivit beau-
1
6.117 )
coup de préjugés auifibles ; mais il yabien peu de
jufteffe a appeller Voltaire , ainfi que l'a fait M.
Goffin , un desfondateurs de la liberté.
M. Pragnon réclamoit les mêmes honneurs pour
Montefquieu , M. Chabroad pour l'abbé de Mably,
en établitfact néanmoins que de tels projets ne devoient
pas être adoptés dans la chaleur d'une première
motion . Après ces débats qui ne laifferont
pas de coûter , avec le tranfpert des cendres , les
cérémonies & les ftatues , quelques milliers d'écus
au peuple , l'Affemblée a décrété le renvoi de toutes
les propofitions fecondaires au comité , ordonne
l'impreffion du rapport de M. Goffin , pour en
adopter , à l'inftant , même les conclufions .
On a décrété fans difcuffion quatre articles relatifs
aux procédés préalables pour la fabrication de l'argenterie
des églifes en monnoie , & onze articles
additionnels fur les jurés , propofés par M. Duport
, à la fuite de débats peu intéreffans cu
MM. Martin Lanjuinais , Loys , Biauzat &
Chabroad ont mis entr'eux à l'enchère le traitement
du préfident , de l'accufateur public , du fubftitut
de ce dernier & du Greffier, On eft paffé delà au
code pénal .
Nous n'avons pu que donner un apperçu très
apide , de la longue differtation où l'inhumaine
philantropie de M. le Pelletier de Saint-Fargeau ,
n'avoit propofé d'autre punition des plus grands
forfaits , que l'expofition publique du coupable fur
un échafaud , un écriteau , plus ou moins de
chaines , quelques années de féjour dans un cachot,
un travail adouci par l'efpérance & par la fociété ;
pour des crimes moins atroces une dégradation
civique , dont la formule feroit prononcée ainfi par
un greffier votre pays vous a trouvé convaincu
d'une action infame . La loi & le tribunal vous
2
?
( 118 )
degradent de la qualité de citoyen françois ; peines
qu'efaceron , an bout d'en temps donné , on ne
fin quel bartéme civique accompagné de folemnité,
où le condamné ayant fatisfait à Fexemple ,
feroit préfenté par les officiers municipaux du liet
de fon domicile . Quels moyens ! quelle folemnité !
M. de Saint-Farguar n`a d'abord tiré de ce volumineux
fyſtême, extrait de tout ce que l'imagina
tion des théorites a publié de plus irréfléchi ,
que cette queſtion : « La peine de mort_ſera-t-elle
confervée ? »
M. Chabroad a demandé l'ajournement du code
pénal à la prochaine légiflature. Il a pensé que
Paffemblée auroit pu entreprendre un pareil ou
vrage , lorfqu'elle étoit dans la vigueur de la jeuneffe
; mais a- t-il ajouté , « elle n'est plus dans
tét âge heureux où elle jouiſſoi: de toute fa force ,
de tout fon courage ; il eft plufieurs exemples qui
ont prouvé à l'Europe, à la France , à l'Aferablée
elle-même , qu'elle touche à Tâge où les forces
s'épuifent , où le courage difparoit » . On a mur
muré dans le centre , mais une voix du fond du
côté gauche a crié : ita raiſon, Effleurant le plan
du comité , M. Chabroud y a vu beaucoup
principes philofophiques & point d'enſemble , rien
qui mette à couvert l'honneur des citoyens ; nulle
foi contre la calomnie , aucune proportion entre
les délits & les peines , puiſqu'on eſt enfermé pour
un vol comme pour un parricide . Ses conclufions
ont été de ſe borner à l'abrogation de la peine de
mort à l'égard du vol , & à d'autres réformes qu'il
jugeoit auffi inftantes que faciles.
de
A en croire M. Duport , cet ajournement dé
truiroit une des précieufes efpérances de la nation
; l'inſtitution des jurés ne peut avoir lieu fans
un code pénal bien complet , & les réformes del
n
OS
( 119 )
rées ne feroient que provifoires , & fuppoferoiene
autant de travail qu'un bon code.
En convenant de la néceffité de corriger les loix
actuelles , M. l'abbé Maury foutenoit qu'il falloit
s'y prendre avec plus de fageffe , que le rapport
contenoit des principes trop dangereux pour
qu'on pût fe difpenfer de le difcuter.
ec
L'ajournement a été rejetté , & M. Prugnon
a combattu le projet du comité en oppoſant unbon
fens très- original à des abftractions, & à des paralogifmes
où l'on fonde fur des peines morales , la
repreffion d'hommes fans moralité . M. Prugnor
les a confidérés , comme étant l'inconféquence
d'honnêtes gens qui prêtoient leur logique à des
fcélérats : il eft une portion du peuple , a- t-il
dit en fubftance , qu'on n'ébranle ou ne retient
que par un appareil formidable . Avant de brifer
le grand reffort de la terreur , fachez bien ce que
VOUS У fubftituerez . Vous avez effacé l'infamie
qui faifoit partie de la peine ; le criminel ne
guera plus l'opprobre à fes enfans . Si vous
fupprimez & la peine & la honte quel frein lui
reftera-t- il ?... Eft- ce une bonne légiflation qui
fait paffer la pitié , de l'affaffiné à l'affaffin ?
Comment la fociété nous protégera-t - clie avec
vos fyftêmes modernes ? La néceffité a dicté la
même loi prefque par toute la terre ; c'eft une
terrible autorité que celle du genre humain !
Vos criminels pourront fortir des prifons & vien
dront effrayer la fociété par de nouveaux forfaits
, encourager le crime par leur exemple . Le
riche féduira fes geoliers , le pauvre fera feul
puni le temps preferit ... Vous mettriez des prifonniers
en communauté de crime pendant 12 ou
24 années . Des galeriens échappés de Toulon
terminent leur carrière à la grêve ... On nous
•
( 120 )
1
dit que la peine de mort eft abolie en Tolcane
Mais la Tolcane eft un très- petit état , une famille.
Léopold Empereur a - t - il adopté les loix
de Léopold grand - duc ? E Ruffie , Elifabeth
jura, de ne punir de mort aucun, crimind . Pour
quoi Catherine II a - t - elle rétabli la peine de
mort pour les grands crimes ? La fagelle Amé
ricaine a - t -elle proferit la peine mort ? ... Et
dans quel moment vous propofera - t- on d'abolit
cette peine Lorfque vous n'avez pas allez de
toutes vos forces contre la inultitude , lariqu'on
affoiblit la religion & que les moeurs fe depra
vent ? Néron fut , à Rome , le premier défap
probateur de la peine de mort : Vellem nefcire
litteram ; mais Trajan , Marc -Aurèle , le pieux
Antonin , Titus l'abolirent - ils ? Prétendrions
nous être plus humains que Titus , plus éclairés
que Marc-Aurèle ? ... L'emprifonnement étoit
confidéré comme une grace ; le comité vous
propofe des lettres de grace pour les fcélérats.
Voilà où mène le goût des fyftêmes . Aujourd hui
règne la vieille chimère de la perfection abieluc
on nous crée un monde imaginaire ou très-diffi
cilement poffible... Il faut s'arrêter , à moins qu'on
ne puifle donner une nouvelle édition du coeur
humain... M. Prugnon a fini par appliquer la
fimple peine de mort aux feuls affairs , empor
fonneurs , incendiaires , & aux criminels de lèze
nation , fans définir ce genre de crime.
M. Robespierre s'eft chargé de prouver que
la peine de mort eft effentiellement injufte ,
qu'elle n'eft pas la plus repreffive , & que fon
effer eft de multiplier les crimes au lieu de les
prévenir. L'homme ne peut donner la mort à
Lon enacmi , que lorfque cette mort eft nécef-
Laire
( 121 )
faire à la propre confervation de celui qui tue
pour n'être pas tué ; or , la fociété n'a rien à
craindre du coupable qu'ele punit , il eſt dans
l'impuiffance de nuire ; on le juge paifiblement.
Un vainqueur qui égorge fes captifs eft appellé
barbare ; un homme fait qui égorge un enfant
pervers qu'il peut défarmer & punir , paroft un
monftre... Ici des murmures ayant interrompu
l'orateur , M: l'abbé Maury lui a confeillé d'aller
débiter ces maximes dans la forêt de Bondy
༥
L'avocat des parricides , des affaffins , des incendiaires
, de ces enfans pervers qui , dès qu'on
les prend , font, auffi refpectables aux yeux de
la loi que le brave guerrier dont des forces fupéricutes
ont fait un captif facré pour fon gé.
néreux vainqueur , l'impallible, écho de ces fophifmes
mille fois réfutés , M. Roberſpierre a
répondu que fa doctrine étoit celle de tous les
hommes célèbres , qui ne l'enverroient par precher
dans la forêt de Bondy. Avouant que c'eft
une terrible autorité que celle du genre humain,
il a dir qu'elle avoit confacré tous les crimes
qu'on ne devoit pas compter les voix , mais
pefer la vérité , propofition inconftitutionnelle ,
anti - révolutionnaire , qui Tappe le grand principe
fondamental de la fouveraineté du peuple en ce
fens , que la loi eft la volonté générale , axiome
qui fuppofe que les voix feront comptées ) . Il
a dit que la queftion agitée fe préfentoit pour
la première fois à l'attention d'un législateur ;
qu'il venoit de la réfoudre ; qu'il falloit frapper
de préférence les fcélérats dans leur partie motale
; que l'on n'auroit plus de délateurs , & le
crime étoit puni de mort ; comme fi tous les
jouts on ne dénonçoit, pas d'honnêtes gens ,
dans l'abominable efpoir que des factieur en
No. 24. 11 Juin 1791 .
2
F
( 122 )
ordonneront le fupplice. M. Roberfpierre a conclu
à ce que la peine de mort für abolie , &
les galeries ont vivement applaudi cette intéres
faute conclufion .
Du lundi , féance du foir.
Une adreffe, attribuée aux amis de la conftitution
de Quimperlai , demande le licenciement
des officiers des troupes de ligne , & le motif
des vexations non- articulées que divers officiers
font , dit-on , éprouver aux foldats . Cette adrefle
a été couverte d'applaudiffemens qui en décéloient
la première fource.
M. Bouche a prétendu que c'eft dans le corps
des officiers que fe cachent les ennemis de la
revolution , qui égarent nos braves foldats fur
leurs véritables devoirs ; & voyant bien clairement
ces ennemis fi bien cachés , il a
demandé
que le comité militaire préfentât fes vues fur le
renouvellement du corps des officiers . L'évêque
civil , M. Grégoire , n'a pas rougi d'appuyer
cette motion . M. de Murat aauroit voulu impofer
filence à M. Bouche , & l'accufoit de calomnie ;
mais M. Bouche n'en a pas moins
continuéde
traiter de braves , d'irréprochables militaires ,
dont le feul crime eft d'être nés nobles
autant de véracité qu'il en montra dernièrement
contre M. l'évêque de Vaifon ; ils attendront
tous , fans doute également , le terme prochain
de inviolabilité de M. Bouche.
avec
En rappellant les fervices que les officiers ont
rendus à la patrie , M. de Sérent a peint les
défagrémens qu'ils dévorent , les dangers qu'ils
bravent , le dévouement auquel ils le réfignent
depuis fi long -temps , dans cette longue anarchic
; il demandoit qu'au lieu de les calomnier
123 J
lachement , de les blâmer en ne prouvant aucun
fait , on les protégeât . La propofition de M.
Bouche a paru à M. Biauzat être un legs de
• Mirabeau , non la motion du grand'homme de
combattre tous les factieux , mais celle de licencier
l'armée , pour la recréer tout de fuite.
M. Anthoine a renchéri fur MM . Bouche &
Biaurat , & n'a pas hélité d'invoquer en témoignage
du mal qu'il difoit des officiers en général,
les officiers même qui font dans l'Aflemblée
nationale l'on devine de quel côté l'opinant
cherchait fes atteftations véridiques . «e Je - demande
, s'eft écrié M. de Virieu , organe de
l'indignation de tous les membres fages , que
l'opinant foit entendu avec toutes les atrocités »
a Je n'ai pas nié qu'il n'y eût de bons patriotes
dans le corps des officiers , a repris M.
Anthoine d'un ton moins affuré je crois qu'il
y en a un grand nombre Ne parlez
point de ce que vous ne connoillez pas , a ré
pliqué une voix du côté droit ». M. Anthoine
a pourlaivi & demandé le licenciement , fous
prétexte de l'exécution du décret fur l'organilation
de l'armée & fur l'avancement.
Un cure voyant des avocats le mêler de réformer
Farmée, a voulu donner fon avis ; on
l'a prié de ne point parler pour les militaires ;
& M. de Virica a reconquis la parole au milieu
de violens murmures . « Il y auroit , a -t-il
dit, trop d'avantage pour les lâches calomniatears
, pour les traîtres vendus aux ennemis de
l'Etat , s'il leur étoit libre de fuivre , fans qu'on
Jeur réponde , cette maxime d'une pièce dont l'immoralité déshonore notrethune pièce dont
:
toujours , il en reftera quelque chofe . I eft de
l'intérêt de l'Affemblée , de fa dignité , de la
F 2
( 124 ).
i
sûreté de l'Etat de ne point empêcher de combattre
ces calomniateurs foudoyés , qui viennent
ici accufer les défenfeurs de la patrie , pour
faire enfuite colporter dans tous les papiers publics
les atrocités dont ils fouillent nos oreilles ,
& pour dégoûter , s'il étoit poffible , les officiers
généreux & fidèles qui fe dévouent , depuis fi
long- temps , d'une manière fi courageufe & fi
pénible ; enfin pour détruire l'armée.
L'éloge des officiers ayant excité des rumeurs
dans le côté gauche , M. de Virieu s'est écrié :
e l'infolence de ces murmuress-
là ne m'empêchera
pas de continuer mon opinion » . Et comme les
mots : les ennemis qui nous menacent , qu'ame
noit naturellement l'idée de la deftruction de
l'armée , avoient provoqué des éclats de rire du
même côté , & que M. Biauzat s'étoit permis
de dire : ils font là nos ennemis , en montrant
le côté droit . --cé Oui , les ennemis du crime ,
a répliqué M. de Virieu . Il s'eft enfuite oppofé à
ce que des impoftures vagues , dénuées de preuves,.
mais ppropres à caufer du trouble , des infur-
"rections , des meurtres , fuffent renvoyées au comité
, & diftribuées dans le royaume fans réfu-
~tation .
Je demande l'impreffion du difcours de M.
de Virieu , a dit M. Lavigne. Puifqu'il contient
les mots calomnie , calomniateur , fcélérat ,
traître , c'eft véritablement un modèle d'éloquesce
». Cette infipide pafquinade n'a fait qu'ac
oroître le tumulte. Le même avocat s'eft alors
étayé de plantes , de bruits , n'a démontré aucun
fait , n'a nommé perfonne , en insalpant toujours
ales officiers en maffe , & il a conclu compre MM.
Bouche , Anthoine & Biaurat , arbitres du fort
-d'une armée. Le plaifant clt , que M. Laviga
1
( 125 ) )
s'impatientoit de ce qu'on perdoit le temps à
parler fans rien dire . L'opinion publique com
mence à faifir ces contraftes.
M.de Folleville a répondu à M. Biauzat , que
fa motion , héritée de Mirabeau , avoit été repouffée
par l'ordre du jour , lorfque le grands
homme la fit , & qu'elle ne devoit pas être plus
agréée dans la bouche du legataire que dans celle
du propriétaire. M. Lavie a fouhaité qu'on renvoyât
auffi au comité une adreffe des corps adminiftratifs
de Strasbourg , qui accufe , encore
fans preuves , quelques officiers. MM. d'André
& Emmery ont déterminé l'Affemblée à renvoyer
les adreffes au comité militaire
Alors M. Coroller , en fe qualifiant lui-même
défenleur de la liberté & apôtre de la révolution
a lu , au nom de la députation Bretonne,
une lettre de M. de Botherel , ci-devant procu
reur - fyndic des Etats de Bretagne , envoyée à
toutes les communes de la province. Elle eft
datée du 13 mai 1791 , & fignée du Pleffis-
Botherel. C'eftune proteftation contre les atteintes
portées aux droits de la couronne , à la fouveraineté
du monarque , contre la fuppreflion des
privilèges de la nobleffe , du parlement , con 2
la conftitution du clergé , la vente des biens cecléfiaftiques
, les affignats , contre l'élection des
députés , tous leurs actes , & tous les impôts
non-confentis par la province.
Après cette lecture incidente , qui n'avoit pour
but que de donner les impreffious qu'il defiroit ,
M. Coroller cft rentré dans la queftion des domaines
congéables , & oubliant que les mandats
ne font pas obligatoires , & que chaque député
repréfente toute la nation , il a dit que fes cabiers
le chargesicut expreflément de demander
F
3
( 126 )
J'abolition des ufances ; que prétendre qu'il n'y
ade vrai propriétaire que le foncier , c'eft un
paradoxe & même une héréfie déteftable. Pour
finir une difcuffion qui n'offroit aucun intérêt à
la majorité , l'Affemblée a décrété un premier
article en ces termes :
« Art. I. Les conceffions ci- devant faites dans
les départemens du Finifère , du Morbihan &
des Côtes-du- Nord , par les propriétaires fonciers
-aux domaniers , fous les titres de baux à convenantou
domaine congéable , & de baillées
ou renouvellement d'iceux , continueront d'etre
sexécutés entre les parties qui ont contracté fous
cette forme , leurs repréfentans ou ayans - caufe,
mais feulement fous les modifications & condi
tions ci- après exprimées ; & ce , nonobſtant les
ufemens de Rohan , Cornouailles , Broucrec ,
Tréguier & Gouello , & tous autres qui feroicut
contraires aux règles ci - après exprimées , lefquels
ufemens font à cet effet & demeurent abolis ,
à compter du jour de la publication du préfent
décret.
גכ
Du mardi , 31 mai,
L'ordre du jour a ramené le code pénal . Les
excellentes raifons qu'avoit expófées la veille M.
Prugnon , contre Babolition de la peine de mort
infigée aux empoifonneurs aux meurtriers ,
aux incendiaires , aux criminels de haute trahifon
, ont été développées fous un nouveau jour
par M. Mougins de Roquefort , qui s'eft étayé
des loix de tous les peuples policés , de l'intérêt
de l'humanité , de la fociété , du fentiment des
philofophes les plus humains , de Montesquieu ,
de Mably , J. J. Rouffeau , Filangiéri qu'il a
nommé ridiculement , le Montefquieu de l'I(
127 )
talie. Ces autorités lui ont paru devoir balancer
l'opinion du comité , foutenue du civifme de
M. Paftoret & des déclamations de M. Roberf
pierre.
>
Annoncer M. Péthion , c'eft annoncer des
paradoxes nourris de lieux commups ; il a jugé à
propos d'y joindre , pour mieux combattre la
peine de mort la réféxion de Cartouche un
mauvais moment eft bientôt paſſe ; des exclan ations
: quoi ! parce qu'un homme a péri il fi
en affaffiner un autre ! Et pour tout expédient :
Régnez par la juftice , vous aurez plus fait que
de punir , vous aurez prévenu les crimes ... je
rejette donc la peine de mort. »
L'inverfe de ces amplifications de rhéteur ,
c'eft-à- dire les idées fages & juftes de MM.
Prugnon & Mougins , le font reproduites avec
de nouvelles forces dans un difcours de M.
Brillat - Savarin , dont le bon efprit a faifi l'allégreffe
du meurtrier , à qui l'on apprend qu'il
en fera quitte pour la prifon , la compenfation
de cette peine avec l'argent , le facrifice de la
clarté du jour & de la liberté fait par tant d'honnêtes-
gens réduits à vivre dans les carrières ou
dans les mines , le danger de l'évasion des grands
criminels , & d'an foyer de corruption tel que
les cachots où ils vivroient en fociété.
1. M. Duport a d'abord prétendu que cette queftion
, étoit au deffus de tous les intérêts & de
tous les partis . Nous penfons au contraire qu'elle
cit dans l'intérêt des méchans & des bons , dont
les deux grands partis fe divifent le monde. Aut
refte , il s'eft attaché à établir que la peine de
mort n'eft pas repreffive , & qu'elle multiplie les
crimes . Pour cela , il eft rentré fouvent dans les
Principes de M. te Pelletier de Saint - Fargeau , 1
F4
( 128 )
en y ajoutant de ces apperçus vrais que l'on
eroit neufs parce que perfonne ne s'eft avifé d'imaginer
qu'il fut utile de les énoncer , & plufeurs
de ces fophifmes que l'on n'auroit jamais
eru devoir réfuter,, tant ils s'éloignent de toute
vérité pratique . Nous en extrairons ici la fubfance.
La mort , a dit M. Duport , eft la condition
de l'existence . Immoler un coupable c'eft hâter
aan événement certain , affigner une époque à
fon dernier inftant. Comment a- t - on pu faire
un, fupplice d'un évènement commun à tous les
hommes ? Tous les hommes font ils con
damnés à être pendus ? Vous mentrez la mort au
crime & à la vertu , au héros & à l'affallin . Heft
vrai que vous y joignez la gloire ou l'infamic;
ce n'eft donc que fur cette diftinction fubtile &
nétaphyfique que s'appuie uniquement le ref
fort que vous employez. L'infamie n'atteint pas
le fcélérat , la mort n'eft pour lui qu'un mauvais
moment. Des fupplices recherchés , prolongés
l'effrayeroient ; mais la mort ne l'arrêtera pas
L'affaffin eft un malade , la folitude eft fa conf
cience , voilà fon véritable fupplice... Comme
la nature , vous défendez le meuitre : néanmoins
je vois une homme maffacré par vos ordres. Le
fpectateur, indigné pardonne le crime & a peine
à pardonner à votre tranquille cruauté. Son coeur
fympathife fecrètement avec le fupplice contre
vous , le meurtre lui paroît plus facile , plus
fimple , quand la fociété fe le permet. Ce n'eft
pas l'injuftice du meurtre que la nature proferit ,
c'eft le meurtre. Vous en réſervez à la fociété
lufage exclufif. Il ceffe d'êrre atroce , il n'eft plus
qu'une action illégale Une fimple formalité fé
Pare l'aflaffin du boureau... Le voleur menacé de
44
( 229 )
trans de prifon fe dira : au lieu de dérober , je
n'ai qu'à tuer ; ma peine fera moindre , fi l'affafin
eft mis à mort... Après le fupplice toute rés
vifion eft dérifoire .
Gardez -vous de refufer à la queftion de la
peine de mort , l'analogie directe qu'elle a aver
de fuccès de vos travaux. Si , dans le cours de
cette révolution , les hommes ont acquis la force
néceffaire pour être libres des individu ont
devenus feroces au lieu de devenir courageux!
Depuis qu'au lieu de rectifier par les loix , le
caractère national , nous l'avons malheureufement
transporté dans notre conftitution , depuis que
la mobilité eft devenue un des principes de notre
gouvernement ; depuis que des révolutions continuelles
peuvent devenir néceffaires à notre pays ,
failons au moins que les évènemens qu'elles produifent
, foient les moius tragiques , & leurs
effets les moins funeftes qu'il eft poffible ........
Vous le favez , on vous reproche vivement le
caractère nouveau des François. Des qualités
douces & brillantes l'embellifoient elles ont ,
dit-on , difparu , & l'on attend avec inquiétude
fi elles feront remplacées par des vertus ou par
des vices . On vous accufe d'avoir endurci les
ames ; faites ceffer ces clameurs ; ôtez- leur au
moins tout fondement , Que vos vues , jufqu'au
moment de votre féparation , fe dirigent vers
les moyens d'infpirer au peuple la générosité , la
fermeté , l'humanité .... ( On regrette profon
dément que des vues auffi juftes que ces der
nières , n'aboutiffent qu'à des exagérations de
bonté morale , qui tendroient à détruire toute
sûreté civile , à mettre à l'aife tous les crimes
à délivrer les fcélérats du frein de la terreur . )
Le difcours de M. Duport a été fréquemment
14
FS
( 130 )
interrompu par des murmures d'improbation &
d'impatience , auxquels il a répondu : fi Mon,
zefquieu parloit à cette tribune , quelqu'un au
roit - il l'audace de l'interrompre » ? Tournure
pen modefte qui n'a fait qu'augmenter le brouhaha.
Mais , & les abſtractions , & le code pénal
, & l'ennui , tout a difparu devant un autre
objet , affez extraordinaire en effet pour abforber
l'attention de l'Aſſemblée. Le préfident a dit : « uu
homme également connu par fon éloquence &
ſa philofophie , M. Pabbé Raynal m'a remis &
m'a prié de préfenter à l'Affemblée nationale une
adreffe de lui ; elle eft écrite avec toute la li
berté qu'on lui connoît , avec tout le refpect dû
aux légiflateurs , mais en félicitant l'Aflemblée
de les travaux , il ne l'adule point fur les fautes
qu'il croît qu'elle a commiſes . L'affemblée veutelle
en entendre la lecture » ? :
On a crié de toute part : oui , oui , & M.
Ricard , fecrétaire , a lu la lettre de M. l'abbé
Raynal , fans contredit l'un des meilleurs ou
vrages de cet écrivain célèbre aux yeux des
philofophes , des politiques & des moraliftes.
(Nous l'avons tranferite la femaine dernière ) ;
m'en vais. -
Il nous feroit impoffible de rendre les clameurs
qui ont cent fois coupé la lecture des
cette lettre Au comité de fanté. -- C'est aujourd'hui
le rétabliſſement du defpotifme. -- Si
Ton eft d'avis d'entendre ces infolences - là , je
Celui qui a provoqué la lecture:
d'un pareil écrit eft digne . C'eft un rapport:
de M. Malouet. ·• M. Malouet & les frens nous
difent cela tous les jours. Déclamations wagues
. Aux quatre- vingts ans : on le voit bien.
Au paffage qui concerne la déclaration des
droits : c'est un blafphême, -- On calomnie l'abbé
--
--
Raynal. A Fendroit où l'auteur peint l'Eu2
rope alarmée des nouveaux principes : tant
mieux ,
tant
mieux.
A peine a - t-on eu firi cette défolante lecture
que M. Roberfpierre s'eft emparé de la tribune
& a dit que jamais tant au- deffus
Affemblée ne lui avoit paru
fes ennemis , qu'au moment
où il l'a vue écouter avec une tranquillité fi expreffive
, la cenfure la plus violente de fa conduite
& de la révolution qu'elle a faite , &
qu'elle doit protéger . Eloigné de diriger la févérité
des légiflateurs , ou même l'opinion , contre
un homme qui conferve un grand nom , il à
rappellé fon âge pour Fexcufer , & a prétendu
que fa lettre produiroit un effet contraire à celuiqu'on
en
attendoit
4
-
94 « Qui , Meffieurs , tout le monde dira : Ellé
eft donc bien favorable au peuple , bien funefle
à la tyrannie , certe conftitution ; ils ont donc
acquis bien des droits à la reconnoiffance des
nations , ceux qui ont contribué à cette révolution
, puifqu'on emploie des moyens fi extraor
dinaires pour les décrier... Ils font donc bien
dignes d'être imités par tous ceux qui gouvernent
ou qui repréfentent les peuples , puifqu'on a
pouffé l'acharnement contre eux , au point de
fe couvrir du nom d'un tel homme pour les
calomnier , puifque feus le nom de cet homme
connu jufqu'ici , dans l'Europe , par un amour
paffionné de la liberté , qui étoit jadis accuſé de
licence par ceux qui le prennent aujourd'hui pour
leur apôtre , pour leur hérault , ont été produites
fes opinions les plus contraires aux ficnnes , les
abfurdités même que l'on trouve dans la bouche
des ennemis de la révolution , non plus fimple
ment ces reproches imbécilles prodigués contre ce
F 6
( * 32 )
que l'Affemblée Nationale a fait pour la liberté,
mais contre la nation françaife toute entière , mais
contre la liberté elle-même... contre ce peuple tou
jours jufte, toujours patient , toujours vertueux » .
Après avoir accufé l'auteur de la lettre de
vouloir nous jetter dans l'anarchie en confeil
lant d'abandonner les principes , M. Roberfpierre
a conclu à ce qu'on paffat à l'ordre du jour,
Le côté gauche a couvert fon propre éloge d'applaudiffemens
ingénus , & des vociférations ont
appellé l'ordre du jour.
Le préfident a donné la parole à M. Roederer
qui demandoit à parler contre le préfident . M,
Bureau de Pufy a cédé le fauteuil à M. Rabaud,
& s'eft rendu à la tribune pour fe difculper ,
au milieu d'un carme horrible. M. Rabaud
s'eft couvert & le vacarme a redoublé . M. de
Folleville a judicieufement obfervé que le pré-
Gdent ne devoit pas quitter le fauteuil fur l'ac
cufation d'un feul membre , & fans l'ordre de
PAffemblée. Un décret & des applaudiffemens
ont record it M. Bureau de Pufy à fa place.
Alors il a expliqué comment il s'étoit déterminé
à la lecture de la lettre. M. Raynal la lui avoit
semife , en lui difant que fi on ne la lifoit pas
dans Affemblée , elle feroit livrée à l'impref
hon. Enfin , il a rappellé l'avis préalable que
l'adreffe n'aduloit point , & le defir qu'on avoit
sémoigné de l'entendre.
Plus preflé qu'on ne croyoit le paroître , de
paffer à l'ordre du jour , on s'eft hâté de lire
une lettre de la municipalité de Carpentras , qui
protefte à la face du ciel , que fon veu de réunion
à la France a été & eft encore libre ; renvoyée
aux comités diplomatique & d'Avignon . Une
lettre du miniſtre de la guerre a annoncé que
( 133 )
les foldats du régiment de Dauphiné ont chaffé
leurs officiers , ce que le miniftre attribue à des
maneuvres combinées .
M. l'abbé Maury a demandé qu'on ordonnat
provifoirement au régiment de reprendre fes officiers
; & M. de Cazalès qu'on ne les tînt point
pour chaffés , qu'ils fuffent maintenus dans leurs
Foftes , fi l'on ne vouloit pas livrer la France à
Janarchie des foldats . De violens murmures du
côté gauche « Ceux qui m'interrompent , a
repris M. de Cazalès , feront peut- être les premiers
à gémir de ce défaftre . » La lettre de M.
Duportail, a été renvoyée au comité militaire .
Da Mardi féance du foir.
Des députés des fix tribunaux criminels provifoires
de Paris , font venus annoncer qu'ils ont
quinze cents procès , où les nouvelles formes
ont été obſervées avec tant d'ignorance ou de
négligence , que prefque tous offrent des nullités ,
ce qui met les juges dans l'alternative de prolonger
la détention des accufés pour recommencer
les procédures , embarras effrayant par la dé
penfe , & par les dangers du nombre , des ma
ladies , du défefpoir & de l'infurrection ; ou de
juger indépendamment de ces formes , acte pour
lequel ils demandent à être autorités . On renvoie
leur demande au comité de judicature .
"
Des graveurs ont imploré une loi qui préſerve
leur propriété du dommage des contrefaçons .
M. de Viricu a demandé une loi contre les
gravures indécentes qui bleffent les moeurs &
qui font étalées dans les rues de Paris , avec
une profufion fcandalcule . On s'en eft remis
Pour celle- ci à la police qui tolère ces infamies ,
( 34 )
& la pétition des graveurs a été renvoyée au
comité de conſtitution.
Le général Luckner a demandé pour aide-de
camp un député membre du comité militaire , qui,
de capitaine deviendroit ainfi lieutenant- colonel .
M. Emmery cft chargé de propofer cette exception
au principe , MM. de Broglie & de Mu
rinais invoquent la préalable. M. Chabroud veut
l'écarter par une diftinction d'avocat . M. de
Cuftine prétend que M. de Broglie ne s'oppofe à
la demande que parce que fon coufin eft en
rivalité pour cette place avec M. Bureau de Pufy.
La question préalable a repouffé le choix du gé
néral Luckner.
M. Salles a fait , comme un autre , le rapport
de l'affaire de Colmar. Suivant ce rapport , le
directoire de diftrict avoit ordonné de fermer
Téglife des Auguftias , & celui du département
la tranflation des Capucins . Des factieux qui fe
Homment le peuple , fe font oppofés au départ
des Capucins & ont ouvert l'églife . Deux patriotes
ont voulu prêcher la paix , ainfi qu'ils le font
tous , à ces foi- difant catholiques , à ces fanati
ques & ont été mal reçus , maltraités . On arrêtá
quelques perfonnes , la municipalité les fit relâ
cher ; le frère du procureur- fyndic étoit l'un des
capturés . La garde nationale & les chaffeurs
d'Alface demandèrent en vain l'ordre d'agir. Information
commencée & affoupie. Le directoire
eft obligé de déclarer que l'églife reftera ouverte...
On craint que les citoyens ne s'entr'égorgent.
Faifant droit aux conclufions du rapporteur & le
difeenfant de preuves , felon l'ufage , l'Affemblée
a caté l'arrêté du directoire portant rétractation
de l'arrêté qui a fermé l'églife , confirmé la transs
lation des Capucins , fufpendu les adminiſtrateurs
( 135 )
fignataires de cette rétractation ; autorifé les
autres à s'adjoindre des membres du confeil du
département , à leur choix ; ordonné au directoire
refondu de juger la municipalité , de la
remplacer, Lettre de fatisfaction à la garde nat
tionale & aux troupes de ligne. Les adminiftrations
du Bas-Rhin feront renouvellées aux prochaines
élections . Le tribunal d'Altkirch pourfuivra
les auteurs des émeutes , & rendra compte
au miniftre de la juftice , pour que l'Affemblée
ftatue ce qu'il appartiendra.
Du mercredi , premier juin.
A la lecture du procès-verbal , M. de Vifmes
a témoigné le defir que les ci-devant adminiftrateurs
des domaines fuflent admis dans la régie
actuelle de l'enregistrement & du timbre , il steft
permis quelques expreffions favorables & juftes
en parlant de ces adminiftrateurs . Des huées
telles que,
fous l'ancienne police , on n'en entendit
jamais de fi indécentes , même dans le plus
ignoble des fpectacles forains , ont interrompu
l'honorable membre ; elles partoient des galeries .
M. d'André s'eft élevé contre un procédé fi infolent
, fcandaleux , & a demandé qu'on
chafsât ceux qui manquoient ainfi à l'Affemblée.
Il a bien voulu conyenir que les affiftans pou-.
voient non feulement applaudir , mais même
improuver; que les applaudiffemens ne gênoient
point la liberté des opinions , ce en quoi nous
ne fommes pas de fon avis ; mais il a dit que
les huées indécentes pouvoient faire croire au
public que l'Affemblée eft gênée. Plus accommodans
encore fur l'article du refpect , quelques
législateurs de la gauche ont murmuré de fa
motion , qui , cependant , eft devenue un décret ;
(( 136 )
le préfident l'a intimé à l'officier de garde , &
la queftion relative aux adminiſtrateurs a été
renvoyée au comité des finances.
On eft revenu au code pénal. M. Mercier a
penfé qu'un jour peut- être les haines éteintes ,
la paix & l'ordre rétablis , permettroient d'abolir
la peine de mort ; mais que jufques - là, il étoit
indifpenfable de la conferver . pour les crimes
d'homicide , de haute trabifon & de contrefaçon
de monnoies ou d'affignats.
ว
313
Il a été décrété que la peine de most feroit
confervée.
2
M. le Pelletier de St. Fargeau a propofe cette
queftion : la peine de mort fera-t-elle réduite à
la privation de la vie La forte de battologie
qu'offroient la mort & la privation de la vie
a d'abord excité les rires de quelques - uns. En
zappellant la monftrucuſe pitié du bon peuple
de Versailles , pour le parricide qui fut dérobé
au fapplice , le jour même où d'honnêtes gens
étoient civiquement menacés du fatal réverbère ;
M, Garat l'aîné a demandé qu'on coupât la main
du parricide. Nouveau Solon , M. Barrère de
Vieuzac s'eft vivement récrié contre l'idée de
nommer le parricide dans une loi d'un ſi beau
Lèelo ; M. Prieur affuroit que fous le régime
actuel , il n'y auroit plus de parricides. M. de
Cuftines fupprimoit juſqu'à l'appareit des ſupplices.
M. de St. Fargeau n'oppofoit au parricide
que la loi & la nature une très - petite majorité
a rejeté l'amendement de M. Gerat
Faîné.
M. de Beaumetz a demande qu'on ne comprác
pas les voix des prêtres catholiques. A entendre
M. Charles de Lameth , les exécutions publiques
font contraires aux moeurs & au caractère doux
1
( 137 )
& humain des François . M. de la Chèze la rés
futé par le befoin d'exemples frappans ; & für
une fage motion de M. le Grand, on a décrété
le principe que l'appareil des fupplices fera gra
dué fuivant les délits . M. Madier vouloit qu'il y
cût des mutilations pour les régicides ; cette pro
pofition a été couverte d'un étrange murmure.
Le parricide n'étant pas mutilé , M. Garat l'aîné
a jugé que le régicide ne devoit pas l'être . Plufieurs
voix , toujours du côté gauche , ont crié
tumultueufement : à l'ordre du jour ; & l'Affemblee
a cédé à leur impulfion .
Une lettre de M. de Montmorin a fait part
à l'Affemblée des plaintes de ce miniftre au fujet
d'un article inféré dans le Moniteur , n°. 1514
fous le titre d'Allemagne , où l'anonyme prétend
avoir eu communication des originaux de contrelettres
envoyées dans les cours étrangères , en
même temps que la lettre du Roi , & prête à fa
majefté le projet d'évasion le plus abfurde , en
affirmant que ces détails partent des Tuileries.
Le miniftre protefte , fur fa refponfabilité , que
le propt n'a jamais exifté , non plus que les
contre-lettres , & finit par dire que le Roi lui a
ordonné de l'attefter au corps légiflatif.
M. Loys demandoit que Faccufateur public
pourfuivit l'imprimeur du Moniteur , pour qu'il
nommât l'anonyme. De violentes clameurs ont
appellé l'ordre du jour ; un décret a décidé qu on
n'y pafferoit pas . On veut, a dit M. Lavigne ,
que l'Affemblée defcende dans l'arêne avce un
journaliſte , qu'elle le dénonce à l'accufateur
public , & prenne fait .& caufe. Eh ! pourquoi ?
eft-ce une chofe d'intérêt générab ? ( Oui , oui ,
lui ont crié les François du côté droit . :) Mais ,
perfiftant en patriote à ne voir aucun intérêt pu(
138 )
blic lézé , par une infame caloranie fur le compte
du plas vertueux & du plus malheureux des
Rois, M. Lavigne a perfifté dans fon dire , qu'il
n'y avoit la rien qui compromit ni l'intérêt
commun , ni l'intérêt particulier ( commie fi
Louis XVI n'étoit pas même un particulier ) ;
& il a demandé qu'en pafsât à l'ordre du jour.
Le corps legatif ne peut voir avec indifférence,
le chef de la nation calomnié par un folliculaire
, difoit M. de Montlaufier. M. Bouffion
renvoyoit cela avec la lettre de M. l'abbé Raynal
, faillie de dépit que les ftoiciens de la gauche
ent trouvée indifcreite . Il eft hors de la conftiturion
que l'Affemblée dénonce un individu à
l'accufateur public , a dit M. Duport , qui ou
blioit tant d'accufations , tant de dénonciations
accueillies , provoquées & tranfmifes par des
décrets aux accufateurs publics .
Se trouvant naturellement à la hauteur de M.
Lavigne & des tendres amis du Roi , qui le révèrent
trop pour empêcher qu'on ne l'outrage ,
M. Roberfpierre a frémi que l'Affemblée ne pré
jugeât en dénonçant , ce qu'à l'en croire , clle
n'avoit jamais fait , & il a écarté des motions
auffi feruiles par la queftion préalable.
a
Après avoir obfervé qu'il s'agifolt dun
foupçon affreux jetté fur la probité du Roi , M
de Liancourt a obfervé que file Moniteur; dés
ment par le miniftre , ne fourniffoit aucune
preuve , le Moniteur : pafferoit poprium catommitcurs
impani a ajoutés M. de Montlaufer.
D'impérieufes clameurs ont fermé la , difcuffion
& ramené l'ordre du jour.isnuppy
Voici les deux articles décrétés dans cette
féance ( th doub zingman of that
Art. I. La peine de mort fera réduitel 41
perte de la vie fans torture, »
( 139 )
ל כ
II. La réintégration dans l'état de citoyen
pourra avoir lieu , & aucune marque ou flétrif
fure perpétuelle ne pourra être appliquée fur le
corps d'aucun individu condamné. »
Du mercredi , féance dufoir,
On a lu une adreffe attribuée à la ville de
Bordeaux , qui , digne des auteurs de la première
, & bien différente de celle de Nantes ;
qu'on ne lit pas , admire toujours le dernier
décict en faveur des hommes de couleur , annonce
que l'embargo eft levé , & que l'infcription des
citoyens qui veulent aller maintenir par la force
le décret qui doit confommer la profpérité des
colonies , fe continue d'une égale ardeur. Grands
batterens de mains.
Après de fteriles débats , que nos lecteurs nous
fauront gré de leur épargner , on a décrété les
articles fuivans fur les domaines congeables.
EC
II . Aucun propriétaire foncier ne pourra , ſous
prétexte des ulemens , dans l'étendue defquels les
fonds font fitués , ni même fous prétexte d'au
cune ftipulation inférée au bail à convenant ou
dans la baillée , exiger du domanier aucun diost
ou redevance convenancière de même nature &
qualité que les droits féodaux fupprimés fans
indemnité par les décrets du acût 1789 &jours
fuivans ,,
par le décret du 1 mars 1750 , & autras
fubfequens , & notamment l'obéillance à la ci
devant justice ou jurifdiction du foncier ; le droit
de fuite à fon moulin , da collecte du rôle de fes
rentes & cens , & le droit de déshérence ou échute .
II. Pourront les domaniers , nonobftaur
tous ufemens ou ftipulations contraires , aliéner
les édifices & fuperficies de leurs tenues pendant
la durée du bail , fans le confentement du pro(
140 )
priétaire foncer , & fans être fujets aux lods &
ventes ; & leurs héritiers pourront divifer entr'cur
lefdits édifices & fuperficies , fans le confentement
du propriétaire foncier , fans préjudice de la
folidarité de la redevance , ou des redevances
dont lesdites tenues font chargées. »
« IV. Le propriétaire foncier ne pourra exiger
du domanier aucunes journées d'hommes , νοί
tures , chevaux ou bêtes de fomme, qui n'au
Font point été ftipulées & détaillées par le bail
ou la baillée ; & à leur défaut par actes récognitoires
& qui n'auroient été exigés qu'en
vertu des ufemens ou d'une claufe de foumiflion
à eux. Lefdites journées qui auront été exprefmeni
ftipulées , ne s'arrérageront point ; elles
ne pourront être exigées qu'en nature , & néan
moins les abonnemens feront exécutés fuivant la
convention, » A
Du jeudi, 2 juin.
Le préfident a annoncé que plusieurs particu
liers attachés aux états- majors demandoient que,
le comité des penfions s'occupât de la liquidation
qu'ils réclament. M. Camus a répondu qu'on s'en
étoit occupé & qu'on avoit rejetté leur demande,
Sans doute l'article du procès -verbal contenant
la réponſe non - motivée de M. Camus tiendra
lieu d'un décret fanctionné,
M. Dufraiffe Duché a dénoncé à l'Aſſemblée
un nouveau fruit de l'impunité , un nouvel attentar
que so perfonnes venoient de commettre
dans l'églife des Théatins , à Paris , où des prêtres
non-conformistes difoient la meffe . Il eft conftant
que ces paifibles eccléfiaftiques n'y faifoient pas
autre chofe , quoiqu'un député journaliſte ait ole
imprimer le lendemain , qu'ils ne fe contentoient
( 141 )
pas de prêcher la morale & des dogmes , mais
qu'ils prêchoient encore une politique qui n'eft
plus celle de la nation Françoife ; impofture
calomnieuse , l'un des moyens familiers des apo
logiftes du crime & de l'anarchie. Narrateur.
véridique , M. Dufraiffe a raconté que cette
troupe eft entrée dans l'égliſe avec fureur , a
difperfé les prêtres & les affiftans , renversé
l'autel , profané tout ce qu'il y a de plus faint.
L'affemblée n'eft pas un tribunal de police ,
a dit M. Regnault de Saint-Jean-d'Angély. On ne
lui doit pas compte de femblables détails . Le
département de Paris a aflez prouvé , & il prouvera
, j'efpère , qu'il veut & fait maintenir les
loix. Il n'a rien prouvé encore , a répondu
M. Malouet. --- On ne doit pas Vintervertir
l'ordre & l'exercice des pouvoirs que l'Affemblée
a délégués , a poursuivi M. Regnault , après de
-longues phrafes . Il renvoyoit la dénonciation au
département & à la municipalité.
. J
ce Vous voulez détruire la religion , s'eft écrié
M. Dufraiffe . Il faut que l'Allemblée décide
fi elle veut permettre tous les cultes excepté le
culte catholique , a dit M. l'abbé Couturier.
Le tumulte & le cri d'ordre du jour , ont couvert
s les voix , & fon s'eft trouvé à l'ordre du
routes
jour.
M. Camus a propofé un décret en douze articles
fur les frais de l'adminiſtration de la trẻ-
forerie de l'extraordinaire . On en a ordonné l'impreffion.
Sur la motion de M. Cernon qui a évalué
l'économie réſultante de ce procédée , à 12 ou
100 mille livres feulement d'ici au 15 du mois
TAffemblée a décrété que le tréfor public ;
( 142 )
*
3
compter d'aujourd'hui , ne fournira plus de nu
méraire à la caiffe de Poiffy.
SOngar décrété quelques articles relatifs aux
tribunaux criminels. Nous les tranfcrirons ailleurs
.
Le comité de jurifprudence criminelle a décidé
qu'il n'y a pas lieu à délibérer fur l'adreffe des
Mix tribunaux proviloires de Paris concernant les
procès ou les formes nouvelles ont été mal obfervées
; conféquemment il faudra recommencer
ces procès , duffent les prifons régorger, d'ac
-cúfés.
Organe du comité diplomatique , M. Fréteau
a lu une lettre de M. Jefferfon miniftre des Etatsunis
de l'Amérique , & une délibération des Etats
de Penfilvanie. Ce font des remercimens pour
le deuil de Francklin , des éloges , & des voeux
de fraternité. Ils ont éré fort applaudis. Après
cette lecture , M. Fréteau a propolé & l'Affemblée
a adopté un décret portant les politeffes
d'ufage , l'impreffion infection au procèsverbal
, & que le Roi fera prié de faire négocier
avec les Etats- unis un nouveau traité de commerce.
Une lettre du miniftre de la guerre a invité
refpectueulement l'Affemblée , à lever les diffi
cultés qu'oppofe au mouvement des troupes ,
décret qui ordonne qu'elles n'approcheront pas
- de moins de trente mille toifes , du lieu où réfide
le corps légiflatif; décret qui fuppofe que les
troupes feront délogées de Saint - Denis , Pontoife
, Melun , Senlis , Luzarche , Verfailles ,
&c. Pour le rendre des départemens maritimes à
ceux du Nord , elles feront un détour fatigant ,
• coûteux & nuifible au fervice qu'il retardera.
(( 143 )
Le comité eft chargé d'expliquer la loi qui n'eft
pas encore fanctionnée .
On a repris le code pénal , & il a été queftion
de favoir fi la peine des travaux publics feroit
confervée . M. de Saint- Fargeau & tous les
novateurs la fupprimoient. M. Malouet a obfervé
que les travaux publics de 6000 forçats
diftribués dans les ports de Breft , Toulon , Rochefort
, produifoient un gain réel à l'état de près
d'un million , que les forçats font dans ces ports
d'une utilité reconnue. Quatre-vingt - trois mai
fons de force à bâtir ont juftement effrayé M.
Brillat-Savarin. Le refte de la difcuffion ayant
plus tenu des fyftêmes philofophiques ou des
arguties d'avocats qui railonnent également de
tout , que de vraies notions ppoolliittiiqquueess & pra- &
tiques , nous nous bornerons au résultat , c'eftà-
dire au décret qui agterminé par lequel
l'Aſſemblée a ſtatue que la peine des travaux
publics forcés feroit continuée , pour les crimes
qu'elle défigneroit enſuite, estup
Du vendredi , 3 mai.
M. Lanjuinais a demandé que le comité de
contribution préfentât ces jours-ci un projet de
décret qui , faifant ceffer l'infolvabilité actuelle
de la ville de Paris , indiquât les fonds fur lefquels
feront payées à l'avenir les dépenfes de
ville. Ordonné. cette
On a repris la difcuffion du code pénal . I
s'eft d'abord agi de la maniere d'ôter la vie aux
criminels condamnés . Le lecteur nous difpenfera
de nous appefantit fur des détails , dont 1 horreur
n'a pas été diminuée par l'effet des lumietes.
Défolé de n'avoir pu fauver la vie à tous
les fcélérats , le comité propofoit de leur tran(
144 )
cher la tête ; la pendaifon lui paroiffoit trop
cruelle ; mais M. Chabroud a trouvé que c'étoit
careffer un préjugé qui n'existe plus , & ayant
écarté les careffes du damas ou de la guillotine ,
la déclaré qu'il penchoit pour la potence .
des articles décrétés donneront une idée fuffifante
de la difcuffion , qui continuement dégoûtante
, n'a pris un degré d'intérêt propre à
foutenir fans douleur l'attention de l'homme fen
fible , que lorfqu'il a été queſtion du droit de
faire grace ; encore falloit-il pour cela fe bercer
de l'etpoir trompeur , que ce droit ne feroit pas
le dernier fleuron que la démocratie nageant dans
l'eau forte , arracheroit de la couronne, 79
Auroit- on préfumé que M. de Saint- Fargeau
propoferoit au nom du comité , de fupprimer la
faculté d'accorder des lettres de grace ? Oni ,
M. l'abbé Maury a montré dans ce droit calomnié,
moins une prérogative du Monarque , qu'one
fuite des principes fondamentaux de toutes les
monarchies , qu'une inſtitution que tous les perples
ont reconnue néceffaire à la fage adminif
tration de la juftice générale , dont l'inflexibilité
demande une juftice particulière appellée avec
railon clémence & qui doit être fife en depot
dans les mains du Rois slidup south
כ כ
Ce n'eft point aux jurés à faire grace , ils
ne jugent que du fait ce n'eft point aux juges,
ils font des officiers de juftice & non de clemence.
En Angleterre , ou l'on a Ta' fe préfer
ver des écarts du defpotifme , le ferment du
Roi , à fon porte je promets de faite -exécuter facre
la justice avec miléricorde. Les Anglois
ont voulu qu'il fut le miniftre de la clémenée
publique . Si le Roi he left pas en France , qui
-Ana qual ob dioloqorq szimoɔ of gesondidod athe
( 145 )
le fera ? Vous lui ôtez le feul moyen' qu'il air
d'arrêter le plus funefte effet de la prévention
des juges . Que le peuple abulé par de féduifantes
vraisemblances préjuge un accufé , que les
jurés prononcent fans examen ou par frayeur » ...
( Ici des oh oh ! du côté gauche ont interrompu
l'opinant . )
« Je fouhaite , Meffieurs , a- t- il repris , que
vos jurés foient des hommes inacceffibles à la
crainte car je ne dois pas fuppofer l'hypothèſe
de la corruption ; j'admets donc que vos jurés
s'établiront , ce qui ne m'eft pas encore démontré......
Je vous en demande pardon , c'eſt avec
l'inftitution des jurés que les Anglois ont fu
allier la prérogative royale. Il n'existe pas dans
l'univers un monarque qui n'ait ce droit la
pourquoi voudroit-on l'enlever au chef (uprême
de la première monarchie de l'univers ? Quelle
méfiance peut-on avoir , avec les nouvelles précautions
que vous avez prifes pour organifer la
légiflation criminelle , avec la refponfabilité des
miniftres , avec le foin de faire enregistrer les
lettres de grace qui jamais ne furent exécutées
fans être enrégiftiées ?
à
ככ
En exceptant l'affaffinat prémédité & le crime
de lèze - nation , M. l'abbé Maury a prouvé , pr
des exemples , qu'il n'y auroit aucun inconvéniej t
ce que le Roi de France confervât un droit
que tous les peuples , que les Anglois , & leurs
jerés béniflent dans leur Roi . cc Remarquez ,
a-t-il pourfuivi , que , par un mouvement inexplicable
, les mêmes hommes qui ne vouloien t
pas avant -hier qu'on pût condamner un feul
homme à mort , ne veuient plus aujourd'hui
qu'on puiffe faire grace à un feul condamne.
L'Affemblée doit fe défendre du penchant
No. 24. 11 Juin 1791 . G
( 146 )
qu'on lui imprime à mettre le Roi hors de la
conftitution , à changer le royaume en république.
Entouré de peines qui lui font exclufivement
réſervées , le Roi a beſoin d'une confolation
.qui ne foit que pour lui ; elle exifte dans
la douceur de faire grace. L'Affemblée ellemême
feroit obligée d'accorder ce droit à un
général dont elle figneroit la patente . Il feroit
injufte , cruel , de décréter la peine de mort ,
& de refufer au chef fuprême de la nation le
droit de commutation de peine . Dans l'infurrec
tion d'une ville , d'un régiment , on ne peut
s'abftenir de faire grace . Ce droit eft une partie
du pouvoir exécutif. Cela eft tellement démontré
, que fa vous ne l'accordez pas au Roi , bien
#
certainement vous ne l'accorderez à perfonne .
L'orateur a peint enfuite toutes les communes
de France réunies , confultées fur cette grande
queftion , & s'empreffant de porter , par accla
mation , au trône de leur Roi , la prérogative
de fermer les tombeaux . Nous n'exprimerors
ici ni les murmures ni les huées qui ont interrompu
fouvent ce difcours improviſé , que
M.
Duport a traité de déclamation.
ཁ་
Combattant le droit facré de faire sgrace , par
tous les reproches que les vices des courtians
fourniffoient autrefois à l'éloquence , & confidérant
toujours les Rois comme les ennemis.
nés de leur peuple , M. Duport a prétendu
qu'en Angleterre le Roi accorde des graccs
, parce que tous les crimes y font punis
de mort, & parce que les jurés Anglois , moins
bien conftitués que les jurés François , ne jugeant
que du fait & non de l'intention ,
juges exercent la juftice rigoureufe , & la nation
défère au Roi la juftice d'équité , fur les notes
les
( 147 )
que lui préfentent ces juges inftitués par le Roi .
--En France , les jurés éparpillés , les juges fé .
dentaires , & choifis par le peuple , ne pourroient
déterminer le Roi à faire grace ou non ; le fait
& l'intention y feront jugés enfemble ; & ainfi
l'équité s'y confondra avec la juftice .
A l'objection de M. Dufraiffe , que parmi les
graces confignées dans les regiftres de la chancellerie
,il y en avoit 90 fur 100 accordées à la claffe
du peuple la plus éloignée des courtisans , M.
Duport a répliqué que jamais un homme confdérable
n'avoit été mis en jugment . On lui ca
a cité.
M. de Menonville lui a prouvé que les raifonnemens
fur les loix & fur les jurés d'Angleterre
, décélcient « une profonde ignorance » ;
que les jurés Anglois jugent de l'intention , de
la moralité de l'action , puifque leur jugement
feroit nul s'il ne contenoit pas le mot malicieufement
; que de 139 efpèces de crimes capitaux
ou de félonie , il y en a 128 dont la peine de
mort eft remife par le bénéfice du clergé , indé
pendamment des graces que fait le Roi ; ce qui
détruit l'argument tiré de la mort appliquée
des actes peu condamnables .
Cette question eft très - fimple , & ne peut
offrir la plus légère difficulté , s'est écrié M.
Charles de Lameth . Il n'y a pas de conftitution,
fi l'on met quelqu'un au - deffus de la loi. Jamais
il n'entra dans l'efprit d'un feul des membres de
l'Affemblée compofant la majorité , qui a fait la
conftitution , d'accorder au Roi le droit de faire
grace . Ne pas dépouiller le Roi de ce droit ,
ce feroit autorifer la faine opinion publique à
doyter du civifme de l'Affemblée .
M. Laville aux bois déféroit au peuple le ❤
G 2
( 148 )
E
droit de faire grace , & citoit Charlemagne. M.
Lanjuinais a traduit le mot peuple , en demandant
fi le corps législatif ne fe réferveroit point
un fi beau droit . Selon M. Charles de Lameth,
'il falloit aller aux voix fur le champ. Mais jugeant
peut -être mieux des difpofitions momentanées
de l'Affemblée , M. de St. Fargeau a dit
qu'on ne devoit pas craindre la lumière , & la
difcuffion a été prorógée , ajournée au lendemain.
Nous donnerons dans huit jours , avec leur
fuite , les articles décrétés aujourd'hui , & qui
fuppriment la potence , en remplaçant ce fupplice
par celui de l'amputation de la tête.
Du famedi , 4 juin.
Sur une lettre du miniftre de la guerre , & un
rapport non- motivé , l'Affemblée a décrété que
le fieur Mufcar , fous- officier du 71º. régiment ,
ci-devant Vivarais , accufé l'année dernière du
foulèvement d'une partie de ce corps , fera mis
en liberté , maintenu dans fon grade , & recevra
fa paye entière depuis le jour de fon arreſtation ;
décret inexplicable après tant d'affurances que le
corps législatif ne peut , ne doit , ni ne veut exercer
aucun pouvoir judiciaire , acte arbitraire qui ne
fauroit être juftifié par le nombre infini des
exemples qu'on en donne.
M. de Cernon a propofé de nommer un nouveau
commiffaire du Roi pour furveiller la fabrication
des affignats de livres , & d'une foixantaine
d'agens pour les figner , numéroter ,
enregiftrer . On a obfervé que ce feroit une dépenfe
de cinquante mille francs de plus . L'embarras
des fignatures à la main a fait préférer
les griffes & les eftampilles , plus ailées à contrefaire
, mais plus expéditives ; & le nouveau commiffaire
ne fera point nommé.
( 149 )
Rentré dans la difcuffion fi longue , fi vuide
fi précipitée du code pénal , M. Péthion a victorieusement
difputé le droit de grace au Roi ,
en fe fondant fur ce dilemme , qui n'a que, le
-défaut de ne pas contenir ce qui précisément en
détruitoit la conféquence ; mais l'éloquence populaire
n'y regarde point de fi près. « Ou le
condamné cft coupable , ou il eft innocent . S'il
eft innocent , il n'a pas befoin de grace . S'il
eft coupable , les lettres de grace font une injuftice
envers la fociété . » Depuis tant de fiècles
que les Rois ont le droit de faire grace , perfonne
n'auroit-il donc pu raifonner de cette force
fi c'eût été raifonner : M. Péthion ne dit rien des
condamnés qui, moralement innocens , font matériellement
coupables ; rien de ceux à l'égard
defquels on ne pourroit fuivre la juftice légale
& rigoureufe , fans bleffer l'équité naturelle ,
T'humanité , la fociété , l'intérêt commun , ou
fans caufer de plus grands maux que l'impunité.
Mais il a répondu d'avance à tout par la crainte
d'élever un individu au- deffus des loix » , &
par le mot defpotifme , & en fuppofant des jurés
parfaits , des juges parfaits , des loix parfaites .
M. de Toulongeon n'a vu ni dans l'acte des
jarés qui jugent du fait , ni dans l'acte du juge
qui applique la loi au fait , aucun remède à la
rigueur & à l'imperfection des loix pour une
multitude de cas impoflibles à prévoir où un
condamné peut mériter un pardon. Le droit
qu'a la nation de faire grace , il vouloit qu'elle
le déléguât au Roi , au nom de qui fe rend la
juftice . Mais on aura foin de tout prévoir , &
ce beau droit national ne peut fe déléguer , felon
M. Goupil de Préfeln.
Plus fyftématique dans le même fophifme >
G 3
( 150 )
M. le Pelletier de Saint - Fargeau abolifoit les
lettres de grace , même enregistrées , comme arbitraires
, & maintenoit , je ne fais quel droit de
miféricorde , en foutenant qu'il étoit confacré par
le code pénal , les jurés ayant à prononcer fi le
crime a été commis volontairement ou involontairement
, fi le coupable eft excufable ou non.
C'eft ériger en philofophes , des jurés tirés de
toutes les claffes du peuple .
La matière ainfi débattue , on brûloit d'aller
aux voix , avant que le plus grand nombre des
membres n'arrivaffent . De violens murmures ont
fouvent interrompu M. Malouet qui , d'abord ,
infiftoit fur la néceffité de rendre au monarque
, au trône , toute leur dignité conftitutionnelle
; qui foutenoit qu'il feroit plus fage de
confier au Roi , qu'aux jurés , le droit de faire
grace , & qui a propofé enfin , que , lorfque les
jurés auroient déclaré que le coupable eft exécu
fable , il fût renvoyé devant le Roi pour avoir
des ties de grace . La préalable a repouffé
"jufqu'à cette réclamation d'une fimple forme momarchique
; & l'Affemblée a décrété l'article du
comité , c'est-à- dire , que les lettres de graces
font abolics , pour tous crimes jugés par des
jurés.
Nous tranfcrirons la femaine prochaine les
articles décrétés dans cette féance .
Du famedi , féance du foir.
On fe rappelle cette fable atroce , d'abord
contée à la tribune de l'Affemblée nationale ,'
accueillie , & perfévéramment propagée par cént
libelles périodiques , contre M. de Mefmay ,
confeiller au parlement de Befançon & feigneur
de Quincey. On fait qu'il fut accufé , fur un
procès -verbal calomnieux , d'avoir miné & fait
( 131 )
Lauter fon château & fon jardin , pour faire périr
le bon peuple qui danfoit. On fait que les journaux
& les théteurs nous peignirent cette explofion
accidentelle , comme une confpiration infernale
de l'aristocratie aux abois . On fait enfin ,
que préjugeant ce crime invraiſemblable , l'Aſſemblée
nationale frappa l'innocent non - feulement
far terre de France , mais encore dans l'Etranger ,
en ordonnant au Roi d'y faire poursuivre M. de
Mefmay. Cet infortuné magiftrat a erré depuis ,
d'afyle en afyle , n'ofant fe montrer , & portant
comme Cain , la marque indélébile dont l'injufte
précipitation de l'Affemblée nationale l'avoit frappé.
Seul , je m'élevai contre l'accufation , contre le
jugement. Je démentis cet infâme narré de la
fcélérateffe je citai des témoignages certains :
M. Bureau de Pufy , aujourd'hui préfident , &
député du bailliage de Vefoul , eut l'humanité
de me faire paffer des documens que je publiai .
Au crime d'avoir calomnié M. de Mefmay , les
journalistes joignirent le crime de ne rien imprimer
des faits qui établiffoient fon innocence . Il a
gémi deux ans fous cet opprobre. Enfin , aujourd'hui
, un membre du comité des rapports a
avoué l'erreur de l'Aflemblée nationale , les calonnies
du verbal , & rapporté les caufes de
l'accident , exactement telles que nous les exposâmes
au mois d'août 1789. C'eft le tribunal
de Vefoul qui , après une longue procédure , a
déchargé pleinement M. de Mefmay & les coaccufés
. Sur la motion équitable de M. de Serent ,
l'Affemblée a décidé que cette fentence feroit
relatée dans fon procès -verbal de ce jour ; mais,
qui indemnifera l'innocent de fes fouffrances ,de
l'opprobre auquel on l'a dévoué , de fes pertes
immenfes , de fon château détruit , de les pro-
G4
( 152 )
priétés ravagées ? Et l'on nous entretient de
régénération!
Un décret a diftribué un certain nombre de
penfions aux veuves & orphelins des gardes nationaux
tués à Nancy , ainfi qu'aux bleffés dans
l'invafion de la Baftille.
La féance a été terminée par un décret , qui
indique les réparations à faire au canal de
Gifors .
Du Dimanche , 5 Juin.
La féance entière a été donnée à un rapport
de M. de Lamerville , fur ce qu'il a nommé
loix rurales. De ces loix qui ne font autre choſe
des maximnes de droit naturel , les unes ont
que
été ajournées , & les autres décrétées. Nous les
donnerons par la fuite tous enſemble .
Le tribunal de St. -Germain en Laye a reçu
une dénonciation contre un membre de l'Affemblée
nationale . Il a informé , & décrété le prévenu
; aujourd'hui il eft venu préfenter la procédure
, en follicitant la rigueur des loix contre
les malveillans. C'eft la premiere fois , je crois ,
qu'un tribunal doué de quelque jugement , s'eft
avifé d'ériger la malveillance en crime capital ;
cette feule épithète dénote à l'avance ce que
le délit pourfuivi & la procédure faite par les
juges de St.- Germain. On a renvoyé ce paquet
aux comités des rapports & des recherches.
font
En dépouillant le Roi du droit fagement
limité de faire grace , on a coupé la dernière
artère du Gouvernement Monarchique.
Aucun fentiment n'attache plus le
Peuple au Prince ; & la dégradation mo(
153 )
"
rale du Trône eft confommée. Jamais
cette prérogative fublime , dont l'abus eſt
un être de raifon dans une Conftitution
libre , où les Agens de la Couronne font
refponfables , & où les Loix reftreignent
dans de juftes bornes , l'ufage de la clé
mence ne fut difputée à aucun Roi ,
dans les Monarchies les moins abfolues.
Le Roi de Pologne en jouit , avec les réferves
qu'exigeoit l'intérêt public. Les
Américains unis l'ont accordé au Préfident
de leur Congrès , fauf dans les cas
d'impeachment certes , il eft à croire que
lorfque ces Républicains nous ont félicité
d'avoir acquis la liberté , ils ignoroient que
cette liberté confiftoit à réduire le Roi de
France , à des prérogatives bien inférieures
à celles d'un Préfident du Congrès , dans
un Empire de 25 millions d'ames , vieillies
, ufées par les habitudes du defpotifme ,
& dont la profonde immoralité ne voit
dans un affranchiffement politique , que
celui de tous les freins. Le Roi d'Angleterre
eft également en poffeffion immémoriale
du droit de faire grace. M. Duport
s'eft abfolument tronipé dans le jugement
qu'il a porté à ce fujet il n'y a pas de
replique à la réponſe très -jufte que lui a
fait M. de Menonville. Pour fuppléer à la
trop grande précifion de ce Député , &
-juger fans appel le différend , nous tranfcrirons
ici le beau morceau de Blackflone ,
GS
( 154 )
concernant le pardon Royal. Tom. IV ,
liv. IV , chap . 31 .
Le pouvoir de pardonner , dit ce célèbre
Jurifconfulte , eft la plus douce prérogative de
» la Couronne . Les Loix ne fauroient comporter
و د
des principes de tolérance pour le crime ; mais ,
» par notre Conftitution , la Juſtice fait affeoir
» la compaffion à côté d'elle. C'eſt un ferment
que le Roi fait à fon Gouvernement. Il ne
20 condamne ni ne peut condamner perfonne par
» lui-même : on lui a réſervé l'oeuvre intéreffante
» de la miféricorde . »
« C'eft un des avantages de la Monarchie fur
les autres formes de Gouvernement , d'établir unc
Cour d'équité dans le ecur du Monarque , pour
mitiger la rigueur de la Loi , dans des cas qui
femblent demander l'exemption de la peine. Quelques
Théoriftes , il eft vrai , fuppofent que le
pardon doit être exclus d'une parfaite légiflation,
où les peines feroient douces , mais certaines
car la clémence du Prince eft une improbation
tacite de la Loi. Cependant , ôtez au Roi le
privilége de faire grace , vous donnez au Juge
eu aux Jurés le pouvoir dangereux de prendre
L'efprit de la Loi , au lieu de la lettie . Autrement
, il faudroit foutenir ce que perfonne
n'avancera férieufement , que la fituation & les
circonftances ou fe trouve le criminel , quoique
la nature du crime foit la même , ne doivent
Fien changer à la punition ». « Le pouvoir de
pardonner ne peut pas fe combiner avec la démocratie
, car elle ne reconnoît rien au- deffus du
fimple Magiftrat qui eft le Miniftre des Loix ,
& ce feroit une mauvaife politique de placer
dans la même perfonne le pouvoir de condamner
& celui de pardonner. Mais , dans les Menar-
›
( 155 )
chies , par-tout où la Nation voit le Prince repréfenter
de fa perfonne , elle ne doit voir en
lui que bonté & grace. Les oeuvres de magnificence
& de compaffion lui attachent les Citoyens ,
& contribuent plus que tout autre chofe , à enraciner
dans leurs ames , l'affection & la loyauté
qui font la sûreté du Trône . » )
Ces confidérations d'un efprit jufte , ne
paroîtront fûrement pas des opinions philo-
Sophiques , à ceux qui placent la philofophie
dans le mépris de toutes les vérités
de fentiment, & qui n'ayant jamais écrit
ni parlé fans déclamer , ont le ridicule de
fe plaindre des tournures oratoires ; mais
l'exactitude des idées de Blackstone refte
démontrée , par l'oppofition victorieufe
que ces principes viennent de rencontrer
dans l'Affemblée . Les principes du Publicifte
Anglois font applicables à une Monarchie
, fans l'être à la Démocratie , &
voilà évidemment pourquoi la Majorité,
des Repréfentans de la France les a repouffés.
Leur déciſion nõus fixe néanmoins fur,
les deux écueils montrés par Blackflone &
par le Préfident de Montefquieu. D'une part,
elle laiffe aux mêmes Juges , ou Jurés , le
pouvoir de condamner & de pardonner ;
pouvoir incompatible avec l'efprit de la
Démocratie , & avec la liberté. De l'autre ,
elle nous livre à l'arbitraire des jugemens.
Il n'exifta jamais de plus effrayante , de
G6 .
( 156 )
plus abufive inftitution , qu'un Corps de
Jurés pris dans la multitude , fous l'influence
de la multitude , inveftis du droit
de juger , non fur la Loi , mais fur leur
confcience, de compofer & de décompofer
des crimes , d'arbitrer à difcrétion fur le
démérite plus ou moins grave d'une action
coupable , de préjuger les intentions , de
commenter les faits , d'interpréter les circonftances
, & de foumettre à leur opinion
le fort des hommes qui ne doit dépendre
que des preuves du délit , & de fapplication
rigoureufe de la Loi. Et cet épouvantable
Miniſtère , à qui eft- il ' confié ?
A des hommes néceffairement ignorans
& bornés , dont la fatale inexpérience fera
fans ceffe vaciller la balance de la Juftice ,
puifqu'on les laiffe maîtres d'en mefurer
arbitrairement les poids . Et cet Ordre )
Judiciaire nous eft donné par gens qui
s'intitulent les amis , par excellence , & les
plus fublimes Profeffeurs de la liberté !
Et en foumettant la deſtinée de 25 millions
de Citoyens , à l'incapacité morale de
quelques Jurés , on appelle ce Code d'incertitudes
dans les jugemens , le perfectionnement
des Jurés Anglois !
La haine de la Royauté , le plan conçu
avec hardieffe & exécuté avec bonheur ,
de déraciner jufqu'aux attributs les plus
innocens de la Couronne , l'habitude invétérée
de rendre une déciſion , en portant
d'une part de la queftion tous les incon(
157 )
véniens , & de l'autre tous les avantages ,
fans jamais s'arrêter à cette règle de proportion
philofophique , qui confifte à
balancer de fang-froid les inconvéniens &
les avantages réciproques , ont privé le Roi
du privilége de la clémence , ou en d'autres
termes , le Peuple du bénéfice de l'équité.
Il femble que cette réfolution ait été un
démenti folennel & affecté des exhortations
de M. l'Abbé Raynal. Chaque leçon
pareille nous a toujours valu un excès démocratique
de plus ; l'orgueil bleffé fe venge
des reproches , comme ces enfans colères ,
qui étant grondés de la fracture d'une vître,
fe mettent à brifer les glaces .
On aura pénétré l'intolérance , l'irafcibi-,
lité , la vanité defpotique de ceux qui gouvernent
aujourd'hui les opinions de la multitude
, par la ftupide fureur de leurs récriminations
contre M. l'Abbé Raynal, Lorfqu'il
eut le courage de s'élever contre la
tyrannie miniftérielle & contre les abus , il,
en fut quitte pour un Arrêt du Parlement.
Aujourd'hui , pour avoir ofé blâmer
les crimes , les exagérations de principes
qui les commandent , l'anarchie qui
les entretient , les fcélérats, qui les exécutent
en chantant ; pour avoir repréfenté
avec mefure & noblefle des erreurs effentielles
dans notre fyftême de liberté poli
tique , & ofé troubler de quelques , ré-,
flexions fenfées les applaudiffen es des
Tribunes, les ferviles flatteries des Adrelles,
( 158 )
& les fentences des Journaux , les Libelliſtes
l'ent livré à une efpèce d'excommunication
civile. Ce que l'impofture peut avancer
de plus odieux , ce que le mépris des
bienféances a de plus effréné , ce que l'infolente
& perverfe tyrannie' exercée fur l'opinion
peut prodiguer d'outrages , l'a été
à ce refpectable vieillard , dont le nom ,
jufqu'a ce jour , fut fi témérairement invoqué
par fes diffamateurs actuels. Ils ne
croient non plus que moi , à l'infaillibilité
du Pape , mais ils ont tranfporté ce privilège
à l'Affemblée Nationale ; & quiconque
ofe douter , eft à leurs yeux digne de mort.
Voilà de plaifans Républicains , il faut en:
convenir , & de bien fincères amans de la
Liberté. Quelques déclamateurs fe font mêlés
aux Libelliftes , & ont phrafé d'infipides
lieux communs contre les vérités de l'Hiftorien
du Commerce des deux Mondes.
Les infamies des Journaliſtes & les périodes
embrouillées des Rhéteurs ne valent pas
une réponſe ; mais il eft certes bien malheureux
que la caufe du fyftême dominant
foit défendue par de tels panégyriftes; car ,
que penferont l'Europe , la poftérité , les
hommes raifonnables , en voyant d'un côté ,
Cicéron , Polybe , Locke, Montefquieu, Hume,
Blackflone, Delolme, John Adams , Rouffeau
qui ne vouloit de Démocratie que dans de
très-petits Etats , protégés par l'égalité des
fortunes & l'austérité des moeurs ; Servan ,
Burke , & tout ce que l'Europe compte
( 159 )
d'hommes verfés dans la légiflation politique
; & de l'autre , MM . Chenier , Boutidoux
, Millin , Carra, Cloots, Roberfpierre,
Briffot & le P. Duchefne.
Le plus inepte des reproches faits par ces
grands hommes à M. l'Abbé Raynal eſt celui
d'inconféquence. Nul Ecrivain , au contraire
, ne fut évidemment plus conféquent.
M. l'Abbé Raynal l'eft dans fa conduite ;
car l'horreur de la tyrannie , de la violence ,
de la perfécution , de l'abus de la force , il
l'a manifefté aujourd'hui comme autrefois.
Quant à fes opinions, l'efprit de fon Adreſſe
à l'Affemblée Nationale fe trouve dans le
paffage fuivant de l'Hiftoire Philofophique ,
tom. 3 , p. 75 , édit . de Genève.
« L'efprit de difcorde , dit l'Auteur en
parlant de la Suède , mettoit tout en fermentation.
La haine & la vengeance étoient
les principaux refforts des événemens . Chacun
regardoit l'Etat comme la proiede font
ambition , ou de fon avarice. Les Affemblées
nationales ne préfentoient que des
fcènes honteufes ou violentes . Le crime
étoit inipuni , & fe montrait avec audace.
« Ces défordres avoient leur fource dans
la Conftitution arrêtée en 1720. A un def
potifme révoltant on avoit fubftitué une
liberté mal combinée . Les pouvoirs deftinés'
à fe balancer , à fe contenir , n'étoient ni
clairement énoncés , ni fagement diftribués .
Rien n'en pouvoit empêcher le choc.
Ces combats jettèrent une grande inf(
165 )
tabilité dans les réfolutions publiques . Ce
qui avoit été arrêté dans une Diête étoit
prohibé dans la fuivante , pour être rétabli
de nouveau & de nouveau réformé.
Dans le tumulte des paffions , le bien général
étoit oublié , méconnu ou trahi .
Toutes les branches d'adminiftration portoient
l'empreinte de l'ignorance , de l'intérêt
ou de l'anarchie.. >>
« La Suède avoit paffé d'un excès à
l'autre . Pour éviter l'inconvénient des volontés
arbitraires , on étoit tombé dans les
défordres de Fanarchie. » -
En lifant cet énergique & fidèle Tableau
, & en la rapprochant de notre fituation
, l'Europe ne nous dira -t- elle pas :
De te fabula narratur ?
Le jour de l'Afcenfion , les Catholiques ,
non- Conformifles , c'eft-à-dire ceux dont la
Conftitution civile du Clergé n'a point
perfuadé les confciences , tentèrent d'entendre
la Meffe & de communier à l'Eglife
des Théatins qu'ils ont louée. L'Infcription
étoit placée ; toutes les formalités
commandées par la Loi , remplies . Auflitôt
, des groupes que leurs Inftigateurs
nomment le Peuple , quoique le Peuple ne
confifte pas dans quelques centaines de
forcénés , ou de brouillons foudoyés , fe
formèrent an dedans & au-dehors de l'Eglife.
Des propos atroces , des imprécations , des
menaces contre le Prêtre & fes Auditeurs ,
( 161 )
furent leurs premières hoftilités. Cependant
, le fervice étoit réduit par prudence
, à des Meſſes baffes quelques inftans
après , on fond fur la baluftrade ; elle
eft forcée , & l'Autel renverfé. La Garde
Nationale furvint , & après elle , M. de la
Fayette qui fit relever l'Autel : l'Office de
Vêpres fut célébré le foir en fa préfence
& celle du Maire. Après leur départ , les féditieux
déchirèrent les affiches du Dépar
tement , arrachèrent l'infcription , la brûlèrent
, au milieu des cris de joie & des
imprécations. Dimanche , les mêmes attroupemens
ont menacé la même Eglife de
violences nouvelles ; mais les perfonnes qui
avoient deftinée à y entendre leur fervice,
ont fagement évité de nouveaux dangers,
de nouveaux outrages à la Religion , à la
tolérance & à la Loi , enfin , un nouvel
exemple de l'impunité de ces défordres.
Ainfi , voilà les Catholiques Romains privés
de fait de l'exercice de leur culte , tandis
que les Proteftans célèbrent publiquement
le leur. On ne fera pas étonné , après cela ,
d'avoir vu ceux qui payent & excitent ces
violences dans des vues profondément combi
ées , accufer par l'organe de leurs Journaliftes
, les Catholiques & les Prêtres non
jureurs d'avoir confpiré ce défordre , pour
fe donner l'air de la perfécution. On conçoit
aifément qu'il fe trouve des Ecrivains
affez perdus de honte , pour imprimer de
femblables infamies : ce font les mêmes qui
( 162 )
faifoient brûler les Châteaux par les Propriétaires
, affaifiner les Nobles par les Nobles
, débaucher les Régimens par les Offi
ciers qu'on chaffoit ou qu'on menaçoit de
la mort.
Nous devons à la juftice de déclarer , qu'on
a fuflement imputé à ce malheureux Patris ,
fufillé par l'armée de Vaucluse , dont il avoit eu le
tort de conduire les premiers excès , & de fe faire .
Je Général , un marché de dix mille francs avec
M. de Tourreau , pour faciliter l'évafion de cet
infortuné Gentilhomme , après l'affaire de Sarrian.
M. de Tourreau lui - même , Capitaine de dragons
au régiment de Schomberg , nous a écrit d'Orange
le 22 mai , en nous priant de relever cette
crreur , accréditée par les meurtriers de Patris ;
il nous attefte , avec une noblefle de fentimens qui
fait mieuxreflortir la barbarie du traitement affreux
dont les propriétés , Madame fa mère , fes fermiers
, ont été les objets , qu'il ne fut jamais
queftion entre Patris & lui d'aucune promeffe ,
ni d'aucune convention : «Je ne l'avois jamais
vu de ma vie , nous écrit - il ; ainfi rien able-
« lument qu'un mouvement d'humanité le plus
défintéreffé , n'a pu le déterminer à mon évaſion .
« Il a dû penfer que j'étois d'ailleurs affez maltraité.
Tout le monde fait que le 19 mai ,
depuis l'affaire de Sarrian , ma mère octogénaire
, parylitique au lit depuis trois mois ,
reçut quatre coups de fufils tirés à bout portant ,
qu'elle fût traînée dans fa chambre , & laiffée
nageant dans fon fang fur le carreau , au milieu
c des flâmes de ma maifon incendiée. »
CC
Сс
сс
сс
Depuis la révolution , dès l'origine des divifions
entre Avignon & le Comtat , M. de Tourreau
s'étoit appliqué à n'être rien du tout ; il n'entra
( 163 )
dans aucun parti , dans aucune Affemblée , refta
étranger aux affaires publiques , & vivoit renfermé
au fein de fa famille & de fes affaires perfonnelles.
Cette conduite fembloit donc le dérober
à l'inimitié de toutes les factions . Cependant , le
19 mai , fa maifon , fes logemens de fermiers ,
Les écuries , furent faccages ; ce que les brigans
ne purent emporter , fut brifé ; en réduifit
en cendres tous les bâtimens . Nous venons de
rapporter le fort de Madame de Tourreau la
mère , que quatre coups de fufils n'ont pas tuée .
Un des domeftiques , nommé Jofeph , fufillé par
derrière , fut enfuite brûlé dans un des greniers
à foin ; un des fils du Fermier , percé de so
coups de bayonnette , & laiffé mort derrière un
tas de fagots ; une fervante bleflée à la cuiffe ,
d'un coup de fufil . Tous les effets , les beſtiaux ,
les attelages du Fermier groffirent le butin
des affaffins . Les pertes de M. de Toureau
s'élèvent au moins à 100,000 liv . e faccagement
dura deux heures , pendant lefquelles le
Propriétaire , déja pris hors de fon habitation , &,
traîné à la fuite de l'armée , vit incendier fa
demeure , pendant que fes barbares geoliers l'accabloient
de quolibets . Sa mère , fa femme , fes
enfans , ignoroient fon fort , & le croyoient perdu ,
Heureufement un inftant avant le combat , on
avoit forcé cette famille infortunée à prendre la
fuite , que l'état de Madame de Tourreau , la
mère , ne lui permit pas de partager. »
בכ
>
Voilà les fruits des Révolutions opérées
par la force , & des guerres civiles
qu'elles amènent prefque néceffairement.
Nul ne peut fe flatter d'échapper à leur
férocité le Citoyen fage comme l'in
fenfé , l'habitant paifible comme le fac
;
( 164 )
tieux , le pauvre comme le riche , font inévitablement
dévoués à la même chaîne de
défaftres. Ceux du Comtat font principalement
tombés fur les vieillards , les
femmes , les enfans , les perfonnes foibles
& défarmées. Les brigands ont faitla guerre
au Peuple , ainfi qu'aux autres Citoyens .
A un quart de lieue de Tourreau , un
vieillard , payfan , fon valet de labour ,
malade de la fièvre dans fon lit , une fille
des Cevennes qui foignoit les vers à
foie , & une petite fille de to ans ont été
égorgés , après le pillage de la ferme . A
quatre pas , autre vieillard maffacré &
brûlé dans fa demeure ; un peu plus loin ,
un payfan octogénaire , courbé , le menton
prefque fur fes genoux , égorgé , &
fa maifon incendiée .
Aux calamités qui défolent Avignon , &
que cette ville coupable a provoquées , fe
joint une difcorde ouverte entre les différentes
claffes d'ufurpateurs. Une partie de
c Congrès ridicule , qui avoit pris le nom
d'Aflemblée Electorale du Département de
Vauclufe , a fuivi l'impulfion des Chefs de
l'armée ; elle s'eft rendue à Sorgues , de
Sorgues à Pernes , de Pernes à Cavaillon.
En attendant que cet augufte Sénat ait fixé
fa demeure , il dit comme Sertorius :
Rome n'eft plus dans Rome , elle eſt toute où
je fuis.
Une autre divifion de ces Electeurs eft reftée
( 165 ) /
--
à Avignon , & en coalition avec la Municipalité
& le Comité militaire . Le but de
cette alliance eft de fe délivrer de l'armée
des brigands , ( ils défignent ainfi maintenant
cette armée qu'ils ont inftituée , réunie ,
payée , envoyée au combat , au meurtre &
au pillage ) , & de travailler par toutes
fortes de moyens à effectuer leur réunion
à la France. Le bruit que Jourdan étoit
arrêté par fes complices n'avoit aucun
fondement . Quant au Gazetier Tournal ,
à qui l'on doit en grande partie les
crimes de la contrée , il eft détenu à
Bagnols , d'où probablement il fe_tirera
auffi facilement qu'il s'eft tiré de Tarafcon
( 1 ) . Il eft impoffible à la raifon ,
de partager l'efpoir d'une prochaine iffne
à ce torrent d'horreurs & de coupables
folies la pufillanimité des Comtadins
qui , au lieu de défendre leurs foyers , fe
font accordés à prendre la fuite , leurs divifions
, celles qui déchirent Carpentras ,
les influences qui prolongent & qui prolongeront
les malheurs de cette Province ,
l'abandon abfolu où le Pape l'a laiffée ,
Pimpuiffance où il eft de la fecourir , la
domination terrible qu'exerce fur elle le
voifinage de la France , qui vomit fans
ceffe des brigands dans le Comtat , fans
lui envoyer un Allié , tout préfage que ,
(1 ) Nous apprenons qu'en effet on l'a remis en
liberté,
( 166 )
pour le confoler de fa ruine , elle paflera
fous le joug qu'ont forgé aux Propriétaires
, & aux feuls Citoyens dignes d'avoir
un fuffrage , quelques Intrigans pervers ,
aidés de vagabonds attirés par la foif du
pillage.
« Nous n'avous encore aucunes informations
directes depuis le 25 mai ; mais les "Gazettes du
pays & des environs annoncent que le 27 , les
brigands ont recommencé le fiége de Carpentras ,
à boulets rouges. L'incendie artificiel de quelques
combustibles ayant fait croire que la place étoit
en feu , ils le font approchés du rempart :
auffi-tôt les Afliégés ont démafqué deux batteries
chargées à mitraille , & ont mis en fuite leurs
ennemis qui ont eu 600 morts ou bleflés . Pour
enlever les uns & les autres du champ de bataille ,
les mêmes Feuilles ajoutent que , les brigands
ont traîné les cadavres des morts & des moufans ,
attachés pêle -mêle par un crocher & une corde
à la queue des chevaux , jufqu'à ce qu'ils fuffent
hors de la portée des Affiégés . Ce moych eft
affurément nouveau , & fi ingénieux , que nous
penchons à le croire controuvé . "
LETTRES DES DÉPARTEMENS.
Dijon , le 26 mai 1791 .
cc Vous avez , Monfieur , plus d'une fois
relevé la pufillanimité de divers Corps Adminiftratifs
, ou Municipaux . Cette conduite timide
, fi préjudiciable à l'ordre public & au refpect
que doit infpirer la loi , ne peut- être mieux
cenfurée que par l'exemple de notre vertueux
Maire , M. Chartraire de Montigny. Malgré
les efforts des méchans & des factieux , il fu
conferver la popularité , en rempliffant avec
courage les devoirs épineux de fon emploi :
a
( 167 )
n'écoutant jamais fes dangers perfonnels , on l'a vu
toujours prêt à fe facrifier au maintien de la fûreté
publique & particulière . »
Le mois dernier , pendant les fêtes de
Pâques , nous cûmes ici les mêmes fcènes d'intolérance
, les mêmes voies de fait qui firent la
honte de la Capitale . Le lundi après Pâques , M.
de Fontette , vieillard refpectable par les ſervices
militaires , fut infulté & attaqué dans l'Eglife
de la Madelaine : au fortir de la Meffe plufieurs
perfonnes des deux fexes effuyèrent des outrages :
Dans l'après midi , c
on fe porta chez Madame
de Mémeures & à d'autres hôtels , pour en arracher
les ornemens extérieurs fous le faux
prétexte d'effacer des armoiries . Le mardi vit de
nouveaux excès , & entr'autres un cabaretier ar-
,
>
}
>
rêté pour un propos , à demi déshabillé &
fouetté en public à coups de bâtons , de pieds
& de plat de fabre. Un fanatique , renfermé
long- temps pour mauvaiſe conduite , & qu'on
dit être Clubifte , fe rendit , armé d'une épée ,
chez M. de Montigny , & y manifefta des intentions
allarmantes. Notre digne Maire appella
fes domeftiques , on arrêta ce furieux ; la
Garde le conduifit au Département . L'un des
Membres lui ayant déclaré que fur la plainte de
M. deMontigny il feroit jugé fuivant la rigueur
des Loix , ce malheureux ſe jetta aux genoux de
M. le Maire , qui non feulement eut la générofité
de retirer fa plainte mais encore de l'arracher
à la fureur du Peuple , en l'emmenant chez lui
dans fa voiture. On dit que M. de Montigny a
pouffé même la grandeur d'ame jufqu'à le conduire
enfuite à deux lieues de la ville , après
lui avoir donné de l'argent pour fa route. »
Dans la foirée du 27 , nous vimes M. de
Montigny plein de zèle , de courage , & d'ac(
168 )
>
tivité , parcourir feul les rues , & arracher les
verges clouées à la porte des Couvens & de
plufieurs maifons particulières , malgré les huées
de la populace , & faute d'échelle , élever fur
Les propres épaules un petit garçon , pour enlever
ces inftrumens d'opprobre public. Sans les
vertus & la fermeté de ce Maire adoré notre
Ville feroit inhabitable . Elle a perdu & continue
à perdre journellement un grand nombre
de fes principaux Habitans. M. de Montigny a
long-temps payé de fa bourfe , la dépenfe d'un
attelier de charité , car fa bienfaifance eft inépuifable
, & fa fortune aux malheureux . Les
rôles d'impofitions pour 1790 font à peine commencés
. Nos Administrateurs , vous le favez ,
ont cru en favoir plus & faire mieux , que
n'avoient fait les Commiffaires des Etats. Ils
ont jugé au deffous d'eux de fuivre le beau
travail qu'avoit dreffé M. de Bourbon Buffet ,
& qui étoit un modèle de jufte répartition. 23
N. B. Une lettre de Château- Chinon inférée
dans le n° . 17 de ce Journal , ayant été fauffement
attribuée fur les lieux à M. Millin fils , Procureur
- Syndic du District , nous devons déclarer
que cette lettre fignée n'eft en aucune manièle
de M. Millin qui nous a demandé & à qui nous
devons ce témoignage.
Errata du dernier Mercure , No. 23 .
Dans quelques exemplaires les deux lignes fuivantes
ont été oubliées au haut de la page 82 :
M. l'Abbé Raynal eft à Paris depuis un
mois. Ce célèbre Ecrivain , dont l'âge na
& au bas de la page 81 il fe trouve fept lignes de
trop à fupprimer , comme répétées àla page fuivante,
MERCURE
DE
FRANCE.
SAMEDI 18
JUIN 1791 .
PIECES
FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
PLAINTES
D'UN
ÉPOUX ;
ROMANCE.
Paroles de M. Reynier de Liége , Mufique de
M. Adrien l'aîné. Se trouve chez Imbault , rue St-
Honoré , N2. 627 , à Paris .
Nº.
Chant.
Autorojo con expreffione.
Harpe ou
Forte-Piano.
No. 25. 18 Juin 1791 . E
$6 MERCURE
Re - traite obf-
は
cure , heureufe
terre,champ que mes
mains ont cul- ti -
འཁན་ མི། " ར་ཞུ
vé , humble jar
DE FRANCE..
E
din , tot fo - li- taire , tilleul fous
mes yeux é - le -- vé ,
fé-jour ja dis fi plein de
SE SF SE
E &
88 MERCURE
3
charmes ; plaines , val -lons aimés des
Dieux , rece
vez mes dernie- res 5
SF SF SF
#
larmes , écoutez mes derniers aDE
FRANCE.
$ ១
dieux , é- cou tez mes derniers adieux .
Smorg
D'une époufe tendre & fidelle
Content de pofféder le coeur
J'avais facrifié pour elle
D'un monde vain l'éclat trompeur ;
L'empire de la Terre entiere
N'aurait point eu d'attraits pour moi :
Je n'habitais qu'une chaumier ,
Mais , Daphné , c'était avec toi ! ( bis )
E 3
MERCURE
Riche des biens de la Nature ,
Je me croyais trop fortuné;
Je travaillais , volupté pure !
Et je difais , c'eft pour Daphne.
Encouragé d'une careffe ,
D'un feul de fes regards touchans ,
Avec quelle douce alegreffe
Le matin je volais aux champs ! ( bis )
Combien de fois , pour m'y furprendre
Elle bravait l'ardeur du jour ,
Ou fur la route allait m'attendre
Le foir à l'heure du retour !
Alors , d'une ame fatisfaite
Je m'élançais entre les bras ,
Et le plaifir dans ma retraite
Avec elle fuivait mes pas. ( bis )
12
,
C'eft- là fur-tout que de la vie
M'attachait le plus doux lien ;
'C'eft-là qu'une époufe chérie
De mon bonheur faifait le fien .
Bonheur fi pur , touchante ivreffe
Bux jours qu'êtes- vous devenus ?
Unique objet de ma tendreffe
Compagne aimable , tu n'es plus ! ( bis)
172. 6
DE FRANCE
.
合家
Moment affreux , moment d'alarmes !
O ma Daphné , dans la douleur ,
J'ai vu s'évanouir tes charmes ;
Ainfi dépérit une fleur.
J'ai vu ta tête défaillante
Se pencher , tomber für mon fein ;
J'ai vu ta paupiere tremblante
Se clerre à jamais fous ma main. ( bis )
C'en eft donc fait , tu m'es ravie ,
Ils font brifés ces noeuds fi chers !
Infortuné , fans mon amie
Que faire enzor dans l'Univers ?
Hélas ! traînant mon fort funefte ,
Seul au monde je vais errer :
Daphné tu meurs , & moi je refle ! ...
Ah ! du moins c'eft pour te pleurer. (bis)
ENVOI A MA FEMME.
Le jeune & fenfible Licandre'
Ainfi déplorait fon malheur :
Quel époux aurait pu l'entendre
Sans être émy de fa douleur ?
Perdre la femme qu'on adore !
-Comment y fonger fans effroi ?
Chriſtine hélas ! mon coeur encore.
En ce moment frémit pour toi. (bis)
92 MERCURE
-3
Oui , je l'ai vu , l'inftant terrible
Ou tes
yeux fe fermaient au jour :
Le Ciel à mes pleurs fut fenfible ,
I t'a repdue à mon a sour.
Dieux du bonheur qui nous raffemble ,
A la'ffez- nous long- temps jou'r ;
Ou , s'il faut ceffer d'ète enfemble ,
Brfen ble laificz- nous , mourir. (vis)
Explication de la Charade , de l'Énigme &
da LogogripherducMercure précédent.
LF, mot de la Charade eft Collyre , celui
de l'Enigme eft Soleil, celui du Logogriphe
eft Patrouille , où l'on trouve Pater , Lire,
Rale, Páte, Rouille, Livre B´le, Flute , Tuile,
Toile, Pear, Trape, Ail, Or, Pera, Ut, Ré,
La , Peron, Patra , Al , Taille, Ile, Onie,
Rat, Ver, Trou, Air , Io.
CHARA D E.
MÓN dernier fur le drap fait fouvent mon
premier ,
Et pour mon tout il faut chercher.
( Par un Abonné de Beaumont-für- Oife .)
DE FRANCE
93
ÉNIGM E.
Nous formes deux aimables foeurs
Qui portons la même livrée ,
Et brillons des mêmes couleurs.
Sans le fecours de l'art , l'une & l'autre eft parée ;
La fraîcheur eft dans nous ce qui charme le plus.
Sans marquer entre nous la moindre jaloufie ,
L'une de nous fans cefle a le deffus ;
Très-fouvent cependant l'une à l'autre eft unie .
Nous nous donnons toujours dans ces heureux
inftans
De doux baifers très-innocens ,
Jufqu'au moment qui nous fépare ;
Alors , & cela n'eft pas rare 9
Souvent pour un sui , pour un nɔì ,
Nous détruifons notre union
3
Mais l'inflant qui fuit la répare .
Par M. le Blanc , à Rennes. Y
LOGOGRIP HE .
MoN mauvais naturel ne s'offre point aux yeux ;
Le feul attouchement peut le rendre fenfible :
Man chef bien différent plaît au plus infenfible ;
Recherché des mortels en tout temps , en tous lieux .
Prenez deux , un & tro's , en France impoliteile ,
Que dans d'autres climats tolere la fagette.
Ajoutez à ceci quatre & cinq , à l'inftant
Je fais pour as malade un manger ragoûtant .
Par M. Verlhac , à Brive. ).
E s
94 MERCURË
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DE la Balance du Commerce , & des Relations
commerciales extérieures de la
France dans toutes les parties du Globe,
particulierement à la fin du Regne de
Louis XIV , & au moment de la Révo
tution ; le tout appuyé de Notes & de
Tables raifonnées authentiquesfur la for
tune publique à ces deux époques , avec la
valeur de nos importations & de nos exportations
progreffives , depuis 1716 jufqu'en
1788 inclufivement. ( Ouvrage prefenté
à l'Aſſemblée Nationale. ) 2 Vol.
in-8°. & 1 Vol. in-4° . de Tableaux ; par
M.
ARNOULD
Sous - Directeur du
Bureau de la Balance du Commerce. A
Paris , chez Buiffon , Libr - Impr. rue
Haute-feuille , No. 20. Prix , 12 liv.
& 14 liv. francs de port par la Pofte
dans tout le Royaume.
C
PEST
une grande
idée
que celle qui
cond
it à développer
toutes
les parties
de
ila rr cheffe
d'une
Nation
à l'inftant
où elle
fe mégénere. C'eſt un fpectacle
tout à la fois
DE FRANCE. 95
impofánt & inftructif que de voir dépofer
dans le fein de l'Affemblée conftituante ,
& livrer en même temps à la difcuffion
de tout un Peuple , le procès - verbal de
la fortune publique , à deux époques remarquables
de fon Hiftoire. Un femblable
monument hiftorique , s'il devait furvivre
à la génération actuelle , formerait de nus
neveux des Juges féveres , qui ne verferaient
des bénédictions fur la mémoire des
Législateurs Français , qu'autant que leur
favante théorie aurait concouru au déve
loppement progreflif de la profpérité pu
blique.
L'Ouvrage que nous annonçons eft - 1
affez important pour être traduit au Tribunal
de la Poftérité ? Jufqu'à quel point
cette piece peut- elle fervir , foit à motiver
le jugement que nous devons porter da
fiecle paffé , foit à témoigner un jour en
faveur du fiecle préfent ? Nous allons effayer
de fixer , à cet égard , l'opinion da
Public par une analyfe rapide & raifonnée.
L'Introduction préfente une efquiffe des
différens âges du Commerce Français , de
puis le commencement de la Monarchie
jufqu'au moment de la Révolution, Les
paralleles qui terminent les dernieres époques
, font dignes d'être cités , & donnein
lieu à de grandes réflexions .
י כ כ
Louis XIV , pendant un regne de 72
ans , dont 45 de guerre , conquit un Tre
96
MERCURE
brillant pour fa famille , acquit un com
merce lucratif aux Français , fonda une
Marine , & réunit à la Monarchie trois
grandes Provinces , indépendamment du
Hainaut & du Rouffillon : ce Prince mou
rut après avoir dépenfé 24 milliards de
notre monnoie , laillé 4 milliards & demi
de dettes , & n'avoir fait grandement fructifier
que les fix lieues de rayon qui circonfcrivaient
fa Cour ".
la
Depuis le commencement du regne de
Louis XV jufqu'à préfent , la France eut
46 ans de paix , & je ne fais quels faux
intérêts de domination & de commerce enfanglanterent,
encore pendant 27 ans ,
fcène du Monde. Le Gouvernement
perdu , pendant ces 73 ans , le Canada , l
Louifiane , ila dépenté 26 milliards mon ,
ncie actuelle , outre le bénéfice de l'agiol
tage des grains , le fruit des banqueroute!
partielles , & indépendamment d'ane dette
publique de 4 milliards 125 millions , au
moment de la Révolution «.
La premiere Partie de l'Ouvrage eft uniquement
deftinée à éclaircir la théorie de
la Balance du Commerce , connaiffance
politique applicable au commerce extérieur
des Nations. L'Auteur y oppofe les uns
aux autres , les Ecrivains, qui ont traité
contradictoirement cette matiere,
avant lui.
Il rapporte les acceptions variées attachées
fuccellivement au inot Balance du Com
if
DE FRANCE. 97
merce , à mesure que les matieres économiques
ont été mieux approfondies ; il difcute
fur-tout & apprécie le préjugé qui ,
chez les Nations modernes commerçantes ,
a fait long-temps confifter la richeffe publique
, uniquement dans l'accumulation progreffive
des matieres d'or & d'argent.
La Section II . de cette premiere Partie ,
eft un morceau abfolument neuf en économie
politique ; il traite des notions infuffifamment
développées jufqu'à préfent ,
en matiere de Balance du Commerce . Avec
le fecours de tous les développemens dont
ce texte eft fufceptible , M. Arnould eft
parvenu à prouver , contre le fentiment des
Philofophes économiftes , que l'existence de
la Balance en argent du commerce extet
rieur , n'eft pas une idée abfurde ; qu'elle
fait effentiellement partie du fyftême commercial
d'une Nation à territoire borné
qui jouit d'une activité & d'une induftrie
fupérieure aux moyens qu'elle a d'amélio
rer fon fol : c'eft la pofition de la Hollande ,
des Républiques d'Italie & des Villes Anféatiques
; fituées dans la mer du Nord.
Quant aux Puiffances à territoire étendu ,
comme l'Angleterre , & particuliérement la
France , il démontre que c'eft une vérité
finon abfolue , au moins relative de l'économie
politique , que ces Puiffances ont befoin
que le commerce extérieur leur fournie
annuellement des matieres d'or &
98
MERCURE
d'argent : » fi , à raifon de leur pofition
elles
politique vis - à - vis de leurs voilins
doivent déployer une force militaire redou
table ; fi , propriétaires de Colonies lointaines
, elles font dans le cas d'entrerenit
tine Marine confidérable pour s'oppofer à
'tonte invafion ; fi les dépenfes de leur Gou
vernement , le luxe & les déprédations des
Miniftres & des Courtifans ; fi la réunion
de toutes ces circonftances les met dans
l'obligation de faire une immenfe confommmation
de matieres d'or & d'argent «< .
Ce dernier paragraphe eft appuyé de
faits infiniment curieux & d'une exactitude ,
pour ainfi dire, mathématique ; trappelle les
fommes d'argent eftimées à 60 milliards ,
levées fur les Peuples de la France , foit
en impôts , foit en emprunts directs & obliques
, pendant un efpace de 146 années ,
depuis la mort de Louis XIII jufqu'à la
Révolution ; & il rapproche la malle d'im
pôts & d'emprunts , du montant en valeurs
des Balances de Commerce , dues à la France
pendant le cours de ce fiecle.
Après avoir débrouillé entiérement la
théorie de la Balance du Commerce , M.
Arnould entreprend , dans la feconde Partie
de fon Ouvrage , de conftater les princi
pales circonftances de fon exiftence , foir an
profit , foit au défavantage de la France ,
d'après expofé de fes rapports commer
Ciaux en Europe , en Afie , en Afrique &
DE FRANCE. 99
en Amérique , tant à la fin du regne de
Louis XIV, qu'au moment de la Révolution.
"
Ces quatre grandes divifions correlpondantes
aux différentes parties du Globe,
& celles qui y font fubordonnées , par
exemple , chaque Puiflance ou Contrée de
l'Europe préfentent dans leurs développe ,
mens trois modes d'inftructions ; favoir, la
partie Hiftorique du Commerce Français ,
en remontant à des temps antérieurs de
quelques fiecles à l'infant actuel ; la partie
Economique , ou fa pofition calculée , tant
à la fin du regne de Louis XIV, qu'au mo
ment de la Révolution ; enfin la partie Po
litique , ou les conféquences qui réfultent.
de l'application des principes commerciaux
développés dans la premiere Partie , à la fituation
paffée ou préfente de chaque bran
che principale de l'Induftrie Françaiſe «.
Toute cette feconde Partie , comme l'on
voit , doit être & eft en effet d'un grand
intérêt. En la méditant , le Lecteur s'attachera
particuliérement à pefer les effets
da traité de Commerce avec l'Angleterre ;
il déplorera fur tout les fautes commifes
dans nos relations naiffantes avec les
Etats - Unis de l'Amérique ; il s'indignera
encore du facrifice fait aux Etrangers , de
notre navigation , immédiatement après la
paix d'Utrecht. Les fâcheufes conféquences
de fi grandes erreurs Adininiftration me
100 MERCURE
lui paraîtront affaiblies , ni par les béné
fices importans que nous faifons avec l'Efpagne
, ni par les avantages étendus de
notre commerce avec l'Empire Ottoman ,
ni enfin par les riches produits qui affluent
annuellement dans nos ports des Ifles Françaifes
de l'Amérique.
Mais il eſt fur-tout important de fixer
l'attention du Lecteur fur- le réfumé du
commerce avec les Puiffances & Contrées
de l'Europe , qui offrent des vérités frappantes
, quoique généralement méconnues ;
vérités d'ailleurs dont l'application peut fe
faire à des queftions du plus grand intérêt
agitées dans ce moment.
» Les exportations de la France pour les
Puiffances & Contrées de l'Europe , s'élevaient
, à la fin du regne de Louis XIV ,
à la fomme de los millions ; au moment
de la Révolution , elles montent à 424 millions
, ce qui fait une augmentation dans
la proportion d'un à quatre. Dans cette
derniere malle d'exportation , on remarque
pour 152 millions de valeurs en denrées des
Ifles Françaifes de l'Amérique , vendues
aux confommateurs Européens ; & cette
mafle n'était que de 15 millions à la fin du
regne de Louis XIV « .
Quelle vérité frappante s'échappe de ce
réfultat La France n'a donc réité dans
ce fiecle aux convulfions de deux banque
routes , au tourment de plufieurs guerres
DE FRANCE. ΙΟΥ
ruineufes , à la dilapidation des fonds publics
, au poids accablant d'une dette fans
ceffe groffie , & au fardeau d'une maile
d'impôts roujours progreflive , que par l'accroiffement
de riche ffes amené par la profpérité
mème de fes Colonies. Avec de fi
puillans moyens d'échange , non feulement
la France , dans l'état habituel de fon commerce
, fo de entiérement les achats qu'elle
fait à l'Etranger , évalués à 38 millions ;
mai elle te procure encore un excédent
confidérable en matieres d'or & d'argent .
Que d'idées faines & lumineufes n'infpire
pas un temblable fait aux bons efprits
& aux vrais Pariotes, ! N'eft- il pas propre
à confondre ces froids raifonneurs qui pubient
fentencieufement que les Colonies
font plus à charge qu'utiles à la Métropole ;
ou qui s'écrient avec une chaleur anti - civique
: Périffent les Colonies !
Peut- on oppofer férieulement les guerres
dont elles ont éré la caufe Ne fait - on
pas , par l'expérience de tous les fiecles , que
les Nations Européennes , toujours rivales ,
d'abord par férocité , enfuire par ambition,
& aujourd'hui par cupidité , n'ont pas attendu
pour s'entre - détruire qu'elles euffent
refpectivement des poffeffions lointaines ?
Un fait recueilli dans l'Ouvrage même que
Hous analyfons , appuie cette vérité ; favoir
, que la derniere paflion , la cupidité ,
eft encore la moins funefte à l'humanité ,
"
1
102 MERCURE
puifque l'on compte pour la France 45 an
nées de guerre fur les 72 écoulées jafqu'à
la mort de Louis XIV , & feulement 27
depuis cette époque jufqu'à préfent.
Nous dirons plus ; nons oferons ajouter
que c'eft une circonftance infiniment avan
tageufe au fuccès de la Révolution , que le
maintien de cette fource actuellement prefque
unique de la fortune de l'Etat. Quel
autre moyen plus prompt de revivifier par
des capitaux réels , tous les canaux delféchés
de la circulation d'un grand Empirez Quelle
autre branche de Commerce , fi ce n'eft celui
des Colonies , préfentera annuellement des
avances par la Métropole , évaluées à cent
millions, unemaffe de retours dans fes Ports ,
eftimés cent quatre-vingt-cinq millions , &
une fomme de reventes , à l'Etranger , de
cent cinquante- deux millions ? Où trouver
un agent plus actif, un moteur plus puiffant
chez un Peuple nombreux , qui a befoin
d'un travail annuel fuffifant pour fournir
à près de fept cent millions de contributions
publiques ?
Les facrifices pour la fondation des Colonies
fout fairs ; la France en recueille
aujourd'hui les fruits. Le moment de la Ré
volution fera-t-il pris pour les laifer échap
per ?Sera- t-il prudent de réduire à l'aumône,
& peut- être au défefpoir ; ; millions d'in
dividus , qui vivent , dans les Départemens
anaritimes, & indirectement dans le refe
DE FRANCE. 105
du Royaume , du travail qui réfulte des
liaifons coloniales ? Dédaignera -t - on ,
cette heure , l'accumulation périodique de
cinquante millions de marieres d'or &
d'argent que verfe l'Etranger au milieu de
nous , dans l'érat habituel de notre com →
merce , par l'achat qu'il fait des fucres &
cafés des Ifles Françaifes: Ne vaut- il pas
mieux employer ces premiers élémens de
puiffance , les hommes & l'argent , à reculer
les bornes de notre commerce intérieur
, en dirigeant graduellement vers ce
but , par de fages difpofitions légiflatives &
adminiftratives , l'accrciffement de population
& de capitaux que produit annucllcment
le commerce des Colonies ? Ce n'eft pas.
leur poffeffion qui a nui à la profpérité les
parties intérieures de la France ; c'eft le
mauvais emploi & la fauffe application faite
par l'ancien Gouvernement , des richelles
apportées par cette partie brillante du commerce
national.
Cette derniere vérité eft complétement
démontrée dans la III . Partie de l'Ouvrage
de M. Arnould. C'eft dans cette Partie, que
viennent le réunir , comme dans un foyer
anique de lumieres , les laborieufes recherches
qu'il a faites fur la fortune publique ,
tels que le commerce & la navigation , la
population , le produit territorial & de l'induftrie
, le prix du blé , le numéraire , le
revenu , la dépenfe & la dette publique de
104
MERCURE
wy
la France , tant à la fin du regne de Louls
XIV , qu'au moment de la Révolution.
Elles font confignées dans les feize Tableaux
qui forment le dernier volume.
Dans certe troilie e Partie , d'un intérêt
encore fupérieur aux deux précédentes , M.
Arnould s'ifole en quelque forre des grands
tableaux qu'il a tracés jufqu'alors ; il aban
donne les rivages où regne l'abondance; il
pénetre jufqu'au coeur de l'Empire flétri par
la langueur , pour y reconnaître les effets
de cette profpérité progreffive arrivée dans
notre commerce depuis la mort de Louis
XIV. Il s'aide pour les réfultats des Cartes
qu'il a dreffées , comme d'autant d'inftrymens
avec le fecours defquels il anatomile
la richielle territoriale cu induftrielle des
principales parties de la France : divifion
inconnue jufqu'à préfent dans la confection
des tables d'importations & d'exportations
chez toutes les Nazicns de l'Europe.
و د
Il en résulte que fur une valeur de
trois cent foixante- quatre millions en mar
chandifes originaires de France exportées ,
fomme répartie entre les Agriculteurs , les
Manufacturiers , les Négocians , les Capitaliftes
, les Navigateurs , les Voituriers ,
les Commiffionnaires & autres Agens Français
de nos ventes patrimoniales dans toutes
les parties du Globe , les Sections ou
Départemens maritimes y participent pour
deux cent vingt-huit millions , & les Sections
DE FRANCE.
105
du centre du Royaume , pour une faible
valeur de onze millions << .
» Le défavantage des Sections intérieures
de la France , continue M. Arnould , eft
donc énorme dans l'exploitation du commerce
extérieur. La privation d'un accroiffement
annuel de matieres d'or & d'argent
a dû tourner pour elles en fupplice ; la progreffion
fucceffive des impôts qui , au moment
de la Révolution , fe trouvent , pour
cés Sections du centre , de cent vingt-fept
millions ou vingt livres par chaque individu
, tandis que la totalité de leurs contributions
ne s'élevait , à la fin du 17 :
fiecle , qu'à environ foixante-neuf millions
ou treize livres dix fous par tête d'individus
«.
Il nous eft impoffible , dans un extrait ,
de fuivre l'Aureur dans les développemens
auffi- curieux qu'inftructifs qu'il donne ,
foit aux différentes circonftances qui ont
aggravé dans ce fiecle la pofition fâcheufe
des Départemens du centre, foit aux moyens
à employer pourdiminuer l'inégalité de leurs
reffources. Ce ferait affaiblir l'effet de tout
ce qu'il dit à cet égard , que de divifer la
chaîne des idées qui viennent toutes fortifier
la conclufion de fon Ouvrage.
Un des premiers fruits qu'on peut tirer
dans ce moment de fes recherches & de
fes combinaifons , confifte , ainfi qu'il l'annonce
lui- même , dans la poffibilité de les
106 MERCURE
faire fervir à la répartition de deux cent
quarante millions de contribution fonciere ,
fuivant un mode de proportion relatif aux
facultés refpectives des Sections principales
de France. M. Arnould a fait, de cette vie
importante , l'objet d'un Mémoire particulier
remis à l'Affemblée Nationale, en même
temps que fon Ouvrage (1 ) .
A peine dans l'âge de la maturité , cet
Auteur paraît s'être occupé de bonne heure
de méditations férieufes & de la plus haute
importance pour la Société. Aufli méritet-
il , dès à préfent , un rang diftingué parmi
les Ecrivains en économie politique , & l'on
ne peut qu'efpérer de lui voir faire des progrès
dans cette immenfe carrière , fi le Gouvernement
feconde le goût & le zele qu'il
manifefte pour la fcience adminiftrative ,
& la perfection d'un établiffement public
deſtiné à fervir de dépôt aux connaiffances
poſitives fur toutes les parties du Commerce
Français ( 2 ) . M. Arnould développe à ce
( 1 ) Ce Mémoire , de 30 pages d'impreffion ,
a pour titre Répartition dela Contribution fon
ciere , ou Divifion en huit Claffes fondamentales
des 83 Départemens. Chez Buiffon, Imp- Lib. rue
Haute-feuille , Nº . 20.
(2 ) Le plus grand nombre des faits qui font
la bafe de l'Ouvrage de la Balance du Commerce "
ont été puisés dans un dépôt de connaiffancés com
DE FRANCE. 107
fujet , dans la note premiere des Pieces juftificatives
, avec le fecours de la Philofophiel
de l'Hiftoire & de la Politique , les commencemens
, les progrès & les fuccès d'un
femblable dépôt de connaiffances commerciales,
chez les principaux Peuples de l'Europe.
Il paraît pénétré de l'axiome qu'il
énonce au commencement de fon Ouvrage.
و د
Combien font faibles les effais d'un feul
individu , pour perfectionner la fcience adminiftrarive
! Ce qui doit influer fenfiblement
fur fes progrès , c'eft de livrer à la
difcuffion des élémens utiles , autour defquelsviennent
fe heurter & fe combiner mille
& mille penfées qui auginentent le mouvement
& la vie du Corps politique «.
Enfin le Livre de la Balance du Commerce
fera d'une indifpenfable néceflité
pour toutes les perſonnes vouées aux affaires
publiques , pour toutes celles appelées à
diriger théoriquement , ou par la pratique ,
les fources de la profpérité de la France.
" En effet , dit très- bien l'Auteur , comment
merciales scréé en Francè dès 1713 , fous le titre
de Bureau de la Balance du Commerce. Cet Etabliffement
a été régénéré fous le premier Minitere
de M. Necker ; & pour atteindre au plús
haur degré de perfection & d'utilité , il a befoin
que les travaux foient fécondés par l'intérêt que
doit y prendre la Nation (Note de l'Ouvragê même.)
108 MERCURE
les Propriétaires Cultivateurs améliorentils
leurs terres , les Fabricans leurs manufactures
, les Capitaliftes leurs fonds ; &
par quels moyens les Négocians étendrontils
leurs fpéculations , fi tous ne font pas
inftruits de ce qui refle à faire pour groffir la
fortune publique de la France ? Comment
les Adminiſtrateurs de toutes les claffes feconderent
- ils les efforts particuliers ? Comment
les bons efprits qui étudient les principes,
qui recueillent les faits , & qui en déduifent
les juftes conféquences , dirigeront-ils
l'opinion , fi perfonne ne leur préfente des
documens propres à fervir de baſes à leurs
utiles travaux ? Enfin , fur quelles vûes générales
du bien public porteront les Décrets
du Corps législatif, fi le grand livre de la
richeffe nationale ne demeure pas conftamment
ouvert , & fous les yeux des Repréfentans
du Peuple Français "C
TRAITÉ du Tribunal de Famille ,
contenant une Inftruction détaillée fur
l'Organifation , la Compétence & les
Fonctions des Tribunaux de Famille ;
fuivie d'un Formulaire de la procédure
qu'il peut y avoir lieu d'obferver dans
ces Tribunaux , dans toutes les affaires
fufceptibles d'y être désidées. Volume de
300
DE FRANCE. 109
300 pages petit in-8 ° . A Paris , chez
T'Auteur , place Dauphine , N° . 11 .
CET Ouvrage mérite d'être diftingué
parmi la foule de ceux que le nouvel
ordre de chofes a fait éclore. L'Inftruction
nous a paru joindre à une grande méthode
, un ftyle pur & fouvent élevé . Le
Formulaire ne laiffe rien à défirer , puifqu'il
comprend toutes les affaires , fans
exception , qui font de nature à être jugées
en Tribunal de Famille ; telles que
les Séparations entre mari & femme , les
queftions de Teftamens & de Contrats de
mariage , les Comptes de Tutelle , les Partages
& Licitations , & autres Caufes qui
ont le plus ordinairement lieu entre proches
parens. Il eft terminé par plufieurs décifions
ou réponſes données par le Comité
de Conftitution & le Confeil de Justice ,
fur la plupart des queſtions diſcurées dans
-I'Inftruction , & qui toutes confirment les
affertions de l'Auteur. Il n'eft aucun Citoyen
qui ne doive s'empreffer de fe procurer
cet Ouvrage , puifqu'il n'eft perſonne
qui ne foit dans le cas d'être appelé à
chaque inftant à figurer au Tribunal de
Famille , foit comme Partie , foit comme
Juge.
P
+
No. 25. 18 Juin 1791 .
F
110 MERCURE
SPECTACLES.
Nous avons à parler de trois Nonveautés
; deux au Théatre de Monfieur ,
& une au Théatre Italien. La premiere du
Théatre de Monfieur , eft un Opéra Ita
lien , intitulé le Vendemie , les Vendanges.
Un Seigneur devient amoureux d'une jeune
Vendangeufe prête à fe marier à un Villageois
; il vient à découvrir qu'elle eft fille
de qualité , & qu'elle a été changée en
nourrice contre une autre qu'il était luimême
fur le point d'époufer. Cette découverte
qui fe fait de bonne heure , pourrait
finir promptement la Piece , s'il n'avait pas
plu à l'Auteur de la prolonger, en faifant
garder le fecret au Marquis , jufqu'à ce que
le Compofiteur ait rempli le nombre de morceaux
de mufique convenus. Ce font donc
ces morceaux de mufique qu'il s'agit d'examiner
, ou plutôt qu'il faut aller entendre,
car ils en valent la peine. Le Compofiteur,
nouveau pour nous, Il Signor Cazzaniga ,
a un chant infiniment agréable , & un excellent
ftyle d'accompagnement . Sa maniere
eft variée & piquante. Les morceaux ajoutés
font auffi d'un très -bon choix. On a fort
applaudi un Rondeau de M. Mengozzi , &
DE FRANCE.
fur-tout un Sefterto de M. Cherubini , d'une
Beauté rare , plein de vigueur , d'expreflion
& d'originalité. Ce jeune Maître mérite déjà
d'être placé au premier rang de ceux dont
FItalie s'honore.
La Piece , outre , le mérite ordinaire de
L'exécution , a encore l'avantage d'être parfaitement
jouée . Mlle . Baletti , dont le talent
pour la Scène fe développe de jour en jour,
rend fon rôle de maniere à faire à elle feule
fuccès de l'Ouvrage. Elle est très-bien fecondée
par M. Simoni , qui remplit l'emploi
de Tenore avec un talent, marqué. Il avait
déjà beaucoup réuffi dans les concerts donnés
pendant la femaine de Pâques , & fon
début fur la Scène n'a fait que confirmer
fon fuccès. MM. Mandini & Rafanelli font
aufli placés très-avantageuſement dans cette
Piece. ti
On a donné depuis , au même Théatre ,
The Comédie de M. le Picard , intitulée
Encore des Ménethmes , Ce fujet eft fort ufé;
mais l'Auteur, qui , dâns un âge très-jeune ,
annonce beaucoup d'imagination , a trouvé
le fecret de le rajeunit.C'eſt un jeune Officier
qui , pour éviterles fuites d'une affaire d'honneur
vient le cacher à Paris , fous les habits
de fon bncle , auquel il reffemble prodigieufement.
Il arrive affez , tôt pour empêcher
le mariage de fa coufine , dont il eft amoureux
& aimé . Il en reçoit l'aveu d'elle même,
F2
112 MERCURE
qui le prend pour fon pere. Mais fon oncle
arrive avec le jeune homme auquel il deftine
fa fille. On les prend à tout moment l'un
pour l'autre. Il en réfutre un imbroglio
fouvent très- piquant , & des scènes pleines
de gaité , de fel & d'intentions comiques,
Il n'y a pas moins de mérite dans le dialogue
que dans les fituations ; & quoiqu'on
puiffe reprocher à l'Aureur quelques inconvenances
, quelques dé auts dans la contex
ture , on ne peut que l'encourager à pour
fuivre une carriere dans laquelle il promet
de fe diftinguer. Cet Auteur a déjà donné
au même Théatre une petite Comédie intitulée
le Badinage dangereux , qu'on a vue
avec plaifir.
La Piece du Théatre Italien , intitulée
Adélaïde & Miryal, eft une imitation du
Déferteur, Drame de M. Mercier, au moins
pour les deux derniers Actes. Le premier ,
qui fait une Piece à lui feul , fans qu'on
foit obligé d'y rien changer , offre des détails
fort agréables , quoiqu'un peu com
muns. On a reproché à l'intrigue plufieurs
invraisemblances. L'Ouvrage néanmoins a
été fort applandi. La mufique eft d'un jeune
Compofiteur , M. Trial le fils , dont on a
voulu encourager les premiers efforts . On
l'invite à travailler beaucoup , à fe faire une
maniere à lui , & à fe livrer moins timiDE
FRANCE. 113
à
qu'elle
on
imagination
, toutes
les
fois
qu'elle lui infpirera des idées nouvelles .
Nous ne dirons qu'un mot du fujet de
ce Drame. C'eft un jeune Soldat qui , ayant
reçu de fon Commandant un traitement
injuſte , a défetté en Allemagne. It a fauvé -
la vie d'une jeune , perfonne attaquée dans
une forêt. Le pere reconnaillant l'accueille.
chez lui , & bientôt appercevant l'inclination
mutuelle des deux jeunes gens , il fe réfout
de les unir. Au moment où le mariage fe
fait , la ville eft prife par une Armée Francaife
. Mirval eft reconnu , arrêté , condam-l
né; il ne doit fa grace qu'aux démarches
généreufes du fils du Commandant , jeune
étourdi qui avait commencé par infulter fa
femme.
Cette Piece eft de M. Patrat .
157 30.
VARIÉTÉ
S
AUX AUTEURS DU MERCURE.
PERMETTE
ERMETTEZ - MOI , Meffieurs , de vous annoncer
une Gravure précieufe , en forme de Médaillon
qui fe trouve chez l'Auteur , M. Cruffaire , rue
de Condé , vis-à- vis l'Hôtel de l'Empereur. Prix ,
12 f. à Paris , & 16 fous franc de port pour les
Départemens. En voici le fujet.
F3
114 MERCURE
Une Pyramide , figurant l'Affemblée Nationale ,
& défignée par les Portraits des Députés , s'éleve
du milieu des nuages obfcurs , fymbole des Abus ,
que diffipe la Vérité. Au pied de la Pyramide ,
fes ennemis de la Conftitution fous l'emblême de
Crapauds , croaffent contre les Décrets des Légiflateurs.
Ils font étouffés fous le poids des
Droits de l'Homme. Auprès , fe voit l'Autel de la
Patrie , fur lequel font des coeurs enflammés. Le
fujet eft furmonté par le Soleil de l'Espérance ,
qui vient éclairer le globe du Monde. Les attri
buts de l'Abondance forment le cercle de ce Médaillon.
L'effet de ce petit Ouvrage eft fort fingulier ,
mais il l'eft moins encore que les deffins à la
plume faits par l'Auteur. On ne connaît rien de
précieux & de fi agréable que ce qu'il produit
en ce genre ; plein d'imagination & d'efprit dans
fa compofition , il a dans l'exécution un fini , une
délicateffe , une pureté dont on n'aurait jamais
cru ce genre fufceptible. Il faut voir foi - même
fes Ouvrages pour s'en faire une jufte idée , &
je crois , Meffieurs , devoir inviter vos Lecteurs
à fe procurer ce plaifir. Les fujets que l'Auteur
exécute font propres à orner des Bagues , des
Médaillons, des Boîtes , &c . ; mais quelque bri
lante que foit la matiere à laquelle ils ferviront
d'ornement , on en pourra toujours dire :
Materiam fuperat opus.
UN ABONNí.
ང ི་
DE FRANCE. 115
NOTICE S.
ON vent de mettre en vente , Hôtel de Thou,
rue des Poitevins , Nº . 18 , la
de l'Encyclopédie.
44me. Livraifon
Cette Livraiſon eft compofée d'us Volume de
Planches de la Botanique , ire. Livraiſon , par
M. le Chevalier de la Marck ; -
Du Tome V , 2e. Partie , Hiftoire Naturelle ,
contenant les Infectes , par M. Olivier , Docteur
en Médecine ;
Et du Tome II , ire. Partie , de la Médecine.
Le prix de cette Livraifon eft de 30 liv. 10 f
broché , & de 29 liv. 10 f. en feuilles.
Théorie des Loix politiques de la France , Tomes
IV & V , in-8 ° . formant les deux premiers de
l'Efprit des Loix Canoniques & Politiques qui ont
régi Eglife Gallicane dans les quatre premiers
fiecles de la Monarchie.
On trouve dans cet Ouvrage , avec les autorités
, l'étendue & les bornes de la puiffance
ccléfiaftique , la hiérarchie & compofition du
Clergé inférieur & des Ordres Religieux , la hiérarchie
& la nomination des Evêques & la
forme de leurs élections , l'effence & le pa tage
de la jurifdiction eccléfiaftique , l'origine de la
propriété eccléfiaftique , & fes révolutions . A Paris ,
chez Nyon l'aîné & fils , Libr . rue du Jardinet.
9
Ce Livre eft une compilation remplie de recherches
favantes : c'eft l'Hiftoire d'un Empire
IIG
MERCURE
détruit , & qui ne le fera pas revivre ; mais les
Curicux & Ics Erudits peuvent s'amufer à en
parcourir les ruines.
W
Du Droit du Souverain fur les Biens- fords du
Clergé féculier & régulier , & de leur emplois
3e édition , augmentée de la queftion d'état des
Membres du Sacerdoce ; par M. de Cerfvol .
Brochure de 196 pages . A Paris , chez Royez ,
Lib . quai & près des Grands-Auguftins:
On eft aujourd'hui fuffifamment convaincu de
ce Droit ; il eft ben cependant de trouver que
c'eft celui de la raifon & non celui de la force ,
& les faits établis par M. de Cerfvel , ainfi que
fes raifonnemens , fervent à juftifier la Nation à
fespropres
yeux .
Les Menechmes Grecs , Comédie en
profe &
en quatre Actes , précédée d'un Prologue ; par J.
F. Cailhava. Prix , 24 f A Paris , chez Boulard ,
Imp- Libr. rue Neuve- St - Roch , Nº . § 1 ; & chez
les Mds . de
Nouveautés .
Cette Piece eft une de celles qui ont fervi le
plus efficacement à élever le genre du Théatre ou
elle a été donnée , qui s'intitule actuellement
Théatre Français de la rue de Ri helicu. Le coftume
grec eft aufli bien obfervé dans le flyle qu'il
l'était fur les habits des Acteurs . Les Directeurs
des différentes Troupes de Spectacle du Royaume
qui voudraie t l'eflayer for leurs Théatres , pour
ront s'en procurer des Exemplaires , ainfi que
Ouvrages Drama ques fuivans , én s adreffant,
dans leur ville , au Correfpondant du Bureau Dramatique
de Paris.
ées
DE FRANCE. 117
Les Porte-feuilles , Comédie en deux Acts &
en profe , repréfentée pour la premiere fois . fur
le Théatre de Monfieur , rue Feydea , le 10 Février
791 ; par M. Collot d'Herbis A Paris
chez la v uve Duchefne & fils , Libr. rue Saint-
Jacques , No. 47.
1
Cette Pie.e , pleine d'intérêt , de gaité , de fel
& deffer theatral , ne doit pas moins réuífir à la
lecture qu'au Théatre , où elle le outient tou
jours avec beaucoup de fuccès .
Barnevelt . Tragédie de M. Lemierre , de l'Académie
França le repréfentée pour la premiere
fois , fur le Théatre de la Nation , le 30 Juin
1790. Prix , 1 lv. 10. A Paris , chez i veuve
Duchefne & fils , Libr. rue St-Jacque , Nº. 47.
Cette Piece , qui ne doit pas avoir moins de
fuccès à la lect re qu'à la repréfentati na été
retardée long - temps par le Defpotifme. E e ne
paraît pas même hardie aujourd'hui : cep en ant
elle eft écrite avec cette énergie qui caractériſe
tous les Ouvrages de M. Lemierre, & elle refpire
le faint amour de la Liberté.
Le Convalefcent de Qualité , ou l'Ariftocrate ,
Con édie en deux Actes & en vers ; pat M. Fabre
d'Eglantine , repréſentée pour la premiere fois , au
Theatre Français , dit la Comédie Italienne le
28 Janvier 1791. A Paris , chez la veuve Duchefne
& fils , Lib . rue St-Jacques , N° . 47. Prix , 24 f. +
Le mérite dramatique de M. Fabre d'Eglantine
eft déjà fixé dans l'opinion publique par d'excellers
Ouvrages. Celui- ci , dont le fujet , relatifaux
circonftances , a rendu le fuccès encore plus éclatant
, n'eft pas moins propre à foutenir l'examen
févere du cabinet.
118 MERCURE
Le Catholique par raifon , ou Preuves démonítratives
de la divinité de la Religion Catholique ;
par M. L .... de Marabail , Prêtre du Diocefe de
Strasbourg , Curé de Mireval , Département de
l'Aude. Brochure in- 12 de 420 pages. A Paris ,
chez Mufier , Libr. quai des Auguftis , au coin
de la rue Favée .
C'eft une entrepriſe véritablement curieufe , que
de prétendre prouver par la raifon ferle les vé
rités de notre Religion . Quand même l'Auteur
n'y parviendrait pas auffi heureufement par-tout,
on doit au moins lui favoir gré de fon zele .
Banquet des Savans , par Athénée , traduit ,
tant fur les textes imprimés que fur plufieurs
Manufcrits , par M. le Fevre de Villebrune . Tome
V ; 10e . Livraiſon. A Paris , chez Lamy , Libr.
quai des Auguftinis , No. 26 .
La
Soulcription eft toujours ouverte pour cet
Ouvrage , aufli intéreffant pour la partie typor
grafbique , que , précieux par fon exécution lite
raire, & par l'utilité dont il eft aux Sciences
tire à fa fin ; il n'en refte plus
à fournir , & fous fort peu de temps , les curieux
deux Livraifons
jouiront de cet: ¿ magnifique entreprife.
que
9
Code politique de la France , ou Collection des
Décrets de
l'Affemblée Nationale. Temely
A Paris , chez Nyon l'aîné , Lib . rue du Jardinet;
& chez Ballard , Imp. rue des Mathurins .
Ha v
Get Ouvrage eft d'une utilité univerfelle , &
ne peut,manquer, à ce titre, d'être fort recherché.
པནཾན ཡས ཆེ
DE FRANCE. 110
GRAVURES.
Le Sr. Defnos , Ing- Glog , rue Saint- Jacques
No. 250 , vient de mettre en vente la fixieme
feuille qui complette fon Atlas National.
Cette Carte renferme onze Départemens , au
centre defquels fe trouve le Comtat Venaiffin ;
favoir , ceux de l'Aveiron , de la Lozere , de la
Drôme, des Hautes-Alpes, de l'Hérault, du Gard ,
des Baffes - Alpes , des Pyrénées Orientales , des
Bouches du Rhône , & du Var. Prix , 6 liv. fép.
L'Atlas complet , format grand in-fóliɔ. Prix ,
24 liv. broché.
Le Catalogue indicatif de tous les Atlas & des
83 Départemens , publié par le Sr. Defnos , fe
diftribue gratuitement,
Carte nouvelle de la France , divifée en fes 83
Départemens , de format in4° . & in- 8 ° . pliée en
deux , pour être mife à la fuite de tout Ouvrage
Géographique & des Journaux. Prix , 12 f. coloriée
, 15 f. lavée fur beau papier. A Paris , chez
Moitey , Ing-Géog. rue de la Harpe , N °. 109 .
On trouve chez le même Auteur les Cartes des
Départemens de la Haute-Saone , du Loiret , du
Doubs , de la Marne , de l'Aube , de l'Yonne , du
Loir & du Cher , du Cher , d'Indre & Loire , de
la Vienne , de l'Indre, de la Meurte, de la Haute-
Marne , de la Somme , & de Charente inférieure .
Ces Cartes font fuite à celles que nous avons précédemment
annoncées ; elles fe vendent 8 fous
chaque coloriée , & 12 f. lavée & coloriée fur
beau papier . MM . les Abonnés ne les payeront
que 6 f. coloriée , au lieu de 8 f.
120 MERCURE DE FRANCE.
A VIS.
LE 27 Avril dernier s'eft faite , rue Thévenot ,
N°. 18 , l'ouverture d'un Etabliffement d'Educa
tion , où fe profeffent les Cours fuivans :
L'Ecriture , le Ca'cul , les Comptes étrangers ,
les Mathématiques , la Fort fication , les Langues
Latine , Françaiſe , Anglaife & Allemande ; l'Hiltoire
, la Géographie , le Deffin payfage & figure ;
la Rhétorique , la Logique ; la Danfe , les Armes ;
le Solfege , le Violon . Ces Cours ont lieu tous les
jours , excepté les Fêtes & Dimanches , depuis
heures du matin jufqu'à 2 après-midi , & depuis
4 juſqu'à 8. L'Abonnement annuel eft de 300 liv.
On peut s'abonner pour 6 ou pour 3 mois. L'ou
reçoit des Penfionnaires.
S'adreffer audit Etabliffement , à M. Varron ,
Secrétaire ; ou à M. Sironval , Directeur , rue du
Battoir , quartier St-André , N °. 4 .
ROMANCE.
TABLE.
85 Spectacles.
Charade, Enig . Logog. 92 Variétés.
De la Balance , &c.
Traité,
94
Notices .
1081
110
118
៖ គ . គ
MERCURE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
ALLEMAGNE.
De Francfort-fur- le- Mein , le 9 Juin 1791 .
Ni la paix, ni la
I paix , ni la guerre , ni les préfomptions
en faveur
de l'une ou de l'autre , ni
les difpofitions
militaires
, ni la marche
des négociations
apparentes
, n'ont avancé
d'un pas depuis le dernier
compte
que nous
avons rendu. La curiofité
fe fatigue
à remuer
fans ceffe des incertitudes
, à fuivre
des Courriers
dont les fecrets fe trouvent
dans les Papiers
publics , & à errer au mi
lieu de conjectures
vagues , dont de miſérables
faits de Gazette
forment à peu près
tout le fondement
. En quittant
fes Etats ,
à l'approche
préfumée
d'une guerre
dans
la Baltique
, le Roi de Suède a confirmé
l'efpérance
motivée
que cette guerre n'aura
No. 25. 18 Juin 1791 .
H
( 170 )
point lieu. Quand nous répéterions des
dénombremens apocryphes de vaiffeaux
Ruffes , d'armées raffemblées en Livonie ,
de régimens Pruffiens en marche , ou déja
cantonnés , nous ne donnerions. pas la
moindre lueur fur l'avenir. C'eft fous la
table le que jeu fe joue, & il eft fort inutile
de compter les cartes , tandis que
véritables mouvemens des joueurs échappent
à nos regards. Cependant , la faifon
s'avance , & fi dans quinze jours , la paix
ou la guerre ne font pas déclarées , il eft
à croire qu'on paffera l'Eté en préfence ,
tandis que le tracas des négociations ira
fon train.
les
Au refte , il fe pourroit qu'elles ne ferviffent
qu'à couvrir des deffeins plus vaftes,
dont l'exécution inattendue décéleroit fuement
l'existence , en frappant l'Europe
aetonnement , auquel elle eft loin de le
préparer. L'hiftoire du monde, a préfenté
quelquefois à la fuite d'ébranlemens terribles
, des plans hardis & vaftes pourrafformir
l'édifice, de la Société. De grands
dangers font fortir les efprits du cercle des
combinaifons aifons vulgaires , & peut- être 18
fommes-nous pas éloignés du moment, ou
Ton retrouvera du génie dans la politique
des Cabinets .
Quoi qu'il en foit , nous perfiftons à inviter
le Public à ne point fe laiffer fur
prendre par des apparences , à ne rien prés
( 171 )
juger fur d'équivoques démonstrations . La
guerre future du Nord eft une chimère ,
ou la règle des probabilités eft une fottife.
Ainfi , nous croyons entrer dans le fens
des Lecteurs raifonnables , de leur épargner
le dégoût des balivernes qui rempliffent
les Gazettes , & de s'occuper des fpéculations
ridicules qu'on lit par -tout fur cette
guerre prétendue.
Le Roi de Suède , ainfi que nous l'annonçâmes
le mois dernier , va à Aix - la-
Chapelle où il féjournera une partie de
l'Eté , il s'eft embarqué le 24 Mai . En
attendant que les événemens nous révèlent
le vrai motif du voyage de ce Monarque
, dont le rôle n'eft pas fini , on peut
être certain qu'aucune indifpofition ne
l'appelle dans cette ville impériale , qui
femble devenir un rendez-vous . Avant for
départ , S. M. S. a vu le Comte de Stackelberg
, Ambaffadeur de Ruffie , arrivé à
Stockholm le 17:
M. le Comte d'Artois qui , certainement
a eu en Italie deux entrevues avec l'Empereur,
arrivera à Trèves dans deux ou trois
jours. Ce Prince , entré en Allemagne
par le Tirol , a féjourné à Ulm . M. le
Prince de Condé , fon fils , fon petit-fils
& plufieurs des principaux François
qui habitent cette dernière ville font
allés au devant de lui . M. le Comte
H 2
( 172 )
- Les Frand'Artois,
à qui l'Electeur de Trèves, fon oncle
maternel, a cédé le château de Coblentz, paffera
enfuite à Aix- la -Chapelle.
çois réfugiés fe multiplient de plus en plus fur
les rives du Rhin. Quoique plufieurs aient des
armes , & le plus grand nombre des chevaux
; quoiqu'il exifte parmi eux des reffources
pécuniaires confidérables ; quoique
les forfanteries de quelques jeunes gens , les
légèretés de ceux qui ne favent rien &
qui prétendent tout favoir , les corref
pondances enfin de quelques étourdis
dont la crédulité ne doute de rien , puiffent
faire fuppofer des projets hoftiles , celui
d'une invafion , d'une invafion prochaine
& ifolée n'entre point dans nos têtes Allemandes
, parce que sûrement il ne peut
être entré dans celle des Chefs , auxquels
la plupart des Réfugiés paroiffent attachés.
On continue à former de grands maga
fins dans l'Autriche , antérieure , dont le
Général de Welch va prendre le coniniandenient.
Cependant les forcesde cette Province
ne font encore augmentées , ainfi que
nous l'avons dit la femaine dernière , que
du régiment de Schroder , auquel on vient
cependant d'ajouter celui de Latterman , &
de quelques divifions de cavalerie arrivées
de Luxembourg dans le Brifgaw.
( 173 )
FRANCE.
De Paris , le 15 Juin.
ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du lundi , 6 juin.
Environ la huitième partie des fuffrages de
TAffemblée natianole , 120 voix ont formé une
majorité fuffifante pour élever M. d'Auchy au
fauteuil de la préfidence.
Sur la propofition faite par M. le Grand , de
téunir pluficuis maifons religieufes du departement
du Pas-de- Calais , M. d'Eftourmel a obfervé
que le comité contredifoit le voeu du directoire
du département , en entaffant pêle-mêle des
moines de divers ordres dans les mêmes maifons
, & qu'on imitoit le pot- pourri connu fous
le nom de la tentation de Saint Antoine , ou
des démons de toutes les espèces & de toutes
les formes accourent pour tourmenter cé pieux
folitaire. L'honorable membre apoftrophant ceuxdu
comité , au nom des pauvres religieux condamnés
à de fi cruelles épreuves , leur a adreffé
le refrein : Meffieurs les Démons , laiffez - nous
done; refrain auquel on a répondu : il danfera , il
fautera.
Plus férieux , M. Breuvart , cuté de Douay ,
invoquoit les localités méconnues l'avis des
diftricts , des décifions d'experts , l'utilité públique
, les fentimens d'humanité dûsà des vicillards ,
à des infirines attachés à leur état. Il a demandé
qu'on adoptât le plan de réunion , qu'avoit fait
imprimer le directoire. On n'en a pas moins
H 3
( 174 )
décrété celui du comité dit eccléfiaftique , & l'on
a repris la difcuffion fur le code pénal.
Nous ne fuivrons pas les débats fuperficiels ,
& de pure converfation , d'après lefquels les divers
articles de ce code , lus dans cette féance , ont
été amendés & décrétés . Les articles offriront
eux- mêmes affez de ſujets de réflexion aux véritables
hommes d'état , aux profonds criminaliſtes ,
aux philofophes que telle ligne , adoptée par affis
& levé dans la minute , autoit occupé nuit &
jour pendant des années. Il fuffira d'indiquer
fommairement le peu d'objections fentées , dont
en n'a tenu aucun compte dans la rédaction .
Un ancien décret défère aux jurés élus panni
outes les claſſes du peuple , le droit arbitraine
de juger fur leur confcience , de l'intention , de
la moralité de l'action , & de prononcer fil
crime eft ou non excufable . L'un des nouveaux
articles les autorife à juger fi le coupable , âgé
de moins de 16 ans , a commis le crime aves
ou fans difcernement. Le bon fens & M. Gara
l'aîné , écartoit ce nouvel article comme f
perflu ; l'intention comprenant le difcernement.
M. Malouet a penſé , avec raiſon , que tous
oupable de 15 ans , 11 mois & 29 jours , ou
plus jeune , feroit l'imbécille pour demeurer im
puni . Mais , felon M. de Saint-Fargeau , les
circonftances démentiront les rufes de l'enfant ;
les élus du peuple liront au fond des ames ; ces
fubtils philofophes de tout métier analyseront
l'intention , la moralité , le difcernement. La
queftion préalable a pulvérifé les objections , &
fon a décrété d'abondance.
Quand on eft venu à l'application des peines ,
M. Sentetz a trouvé de grandes lacunes dans le
projet , & s'eft récrié fur l'oubli abfolu de tous les
( 175 )
crimes contre la Divinité . Il en a diflingué de
trois fortes chez un peuple , aux yeux duquel il
fuppofe que l'idée d'un Dieu eft le frein le plus
nécellaire des paffions déréglées , & dans une
conftitution dont il fuppofe encore qu'une religion
révélée eft l'une des bafes effentielles . Toutes
ces hypothèſes ont excité de violens murmures
défapprobatifs , & les conféquences en ont excité
bien davantage . Les trois divifions de l'opinant
embraffoient la profeffion publique & la prédication
d'atheiſme , de théifme ou déifme , &
ces actions atroces que pourroient amener un jour
de nouveaux dogmes , fruits dépravés d'une liberté
dégénérée en licence . Souvent interrompu par los
ricanemens & les huées du côté gauche , il a
conclu à ce que ces trois chefs fuffent punis da
mort.... « Oui , pour la première fois
dire très -plaifamment M. Prieur . « La majeſté du
fujet ne nous permet pas de traiter cette queſtion ,
a dit M. de Baumetz. Je demande le renvoi au
comité , & qu'on paffe ,à l'ordre du jour ». Ces
conclufions ont été adoptées..
לכ а сги
Un des articles auquel on n'étoit pas encore
arrivé , portoit dans le projet imprimé & diftri
bué : «<
Lorfqu'un François , chef de parti , à la
tête de troupes étrangères , ou à la tête de citoyens
révoltés , aura exercé des hoftilités contre
la France , après qu'un décret du corps législatif
l'aura déclaré ennemi public , chacun aura le droit
de lui ôter la vie . S'il étoit arrêté vivant , il fera
condamné à être pendu .
ב כ
M. Malouet a annoncé qu'il fe propofoit doréclamer
contre cet article . « Eft- ce dans un moment,
a-t-il dit , ou tant de monftres égarent le peuple ,
& le pouflent au crime , qu'on peut leur fournir
ce prétexte à Je ne conçois pas comment le comité
H
4
( 176 )
сс
de conftitution a ofé publier un article tel que
celui qui eft dans le projet imprimé . Eft-il rien
de plus odieux qu'un tel fignal de profcription ,
donné par le corps légiflatif ? Les fcélérats ne
l'attendront pas même , ils fuppofcront le déciet . »
«On imprime bien de fauxbrefs du Pape, a dit M.
Prieur ; ( ce qu'il y a de remarquable , c'eft que
cette faillie étoit , felon M. Prieur , une réplique
à M. Malouet. ) Le rapporteur a répondu que
le comité avoit été bien éloigné d'infinuer ces
principes au peuple , puifqu'il ne propofoit pas
de décréter l'article , & qu'au moment de l'im
preffion le comité y a joint ce correctif : après
qu'un décret du corps législatif l'aura déclaré
ennemi public.
сс Comment n'avez- vous pas rougi , a repris
M. Malouet , de publier une telle propofition ,
dans un temps où les diffentimens des opinions
politiques fourniffent à des fcélérats , le prétexte
de dénoncer tel ou tel homme à la multitude ,
comme chef d'un parti ? C'eft atroce. cc M.
Prieur a traité ces paroles de déclamations nuifibles
au refpect dû à la loi » . Ce n'eft point
déclamation , c'eft indignation , a réparti M.
Malouet au milieu des rumeurs o : dinaires.
A propos de certaine diftinction entre la peine
infligée au traître qui n'a pas réuffi , & la peine
a prononcer contre le traître dont les projets ont
eu le plus funefte fuccès contre la patrie , M
Prieur a décerné la moit pour tous les deux.
MM. Meynier & Populus fe font entrepris fur le
décret conftitutionnel , qui auroit pu ou non
empêcher Céfar de paffer le Rubicon.
Par un autre article , tout François qui porteroit
les armes contre la patrie étoit condamné
mort . M. de Folleville a obſervé qu'un Fran(
177 )
gois , naturalifé dans un pays étranger , pouvoit
porter les armes costre la France. « Il eft bien étonnant
, a - t- il ajouté , de voir dés Solons de vingtquatre
heures métamorphofés en Dracons . » Sa
conclufion a été qu'un François pût abdiquer ce
titre devant la municipalité de fa réfidence ; mais
on s'eft apperçu que , quoique la conftitution foit
prefque achevée , on n'a pas encore déterminé
ce qu'eft la qualité de Frarçois . « D'après une
parcille loi , a dit un membre , M. Luckner feroit
pendu en Ailemagne . »
Diftinguant le François qui porte les armes
contre fa patrie , de celui qui dit : Je ne veux
point de votre conftitution , je me retire . » M.
Malouet a reconnu que le premier eft coupable ,
& foutenu que le fecond ne devoit rien au pays
qu'il quittoit ainfi , & que cependant s'il y laiffoit
fa propriété , fa famille , on devoit les y protéger .
Ces vérités nobles , grandes , cette politique des
belles ames , ont foulevé le côté gauche cù l'on
applaudit qu'aux principes de circonstance .
Vous n'êtes pas libres , s'eft écrié M, Malouer. »
Nous le fommes , a- t- on dit , & l'on a cru lai
avoir répondu . On veut affurer aux ennemis de
la conftitution le droit de venir nous égorger
difoit M. Merlin….. Aux voix , aux voix , cricient
à l'envi des gens qui ne fe doutoicnt pas que ,
l'article difcuté pourroit couvrir l'Europe de
guerres de fauvages , avant la fin du fiècle des
lumières.
M. de Foucault a remarqué que l'article , étoit
un titre de profcription contre tous les François
qui font au fervice étranger ; que beaucoup de
familles Flamandes feroient , par cette loi , dans
le cas d'être pendues pour avoir fervi dans les
pays Autrichiens & chez les wallons Espagnols .
HS
( 178 )
Songez aux repréfailles , a dit M. de Faucigny.
Peut - on porter une pareille loi contre des François
, s'eft écrié un autre membre du côté dreit ? ...
Contre des traîtres , a réparti un membre du côté
gauche. « Les Romains , a repris M. de Folleville
, avoient élevé un temple à la peur ; mais ,
ils n'y facrifièrent jamais dans le fénat . Quelle
eft ici l'holocaufte qu'on vous propofe ? Des
hommes , votre conftitution . »
сс оп
A ce trait qui ne déparereit pas un chapitre
de Montefquieu , M. Lavigne a répliqué :
vous parle de la peur. Il eft évident que la peur
n'exifte pas dans les amis de la conftitution ,
mais bien dans ceux qui craignent l'application
de la peine que vous allez prononcer . » Or ,
aucune objection ne portoit contre la peine ;
perfonne ne défendoit les traîtres ; on n'attaquoit
que l'énoncé trop vague , abfurde , injufte de la
Joi. Les amateurs n'en ont pas moins couvert de
bravos la perfonnalité de M. Lavigne. L'article
a été décrété.
Les membres de l'Affemblée coloniale de Saint-
Marc ont demandé , par une lettre , la permil
fon de rejoindre leurs foyers ; on a renvoyé la
lettre au comité colonial . Ils font depuis neuf
mois à la fuite de l'Affemblée nationale.
M. Bureau de Pufy a la une réponse qu'il a
été chargé de faire , an nom du corps législatif
de France , aux repréſentans du peuple de Penfylvanie
. Cette lettre a pour but de refferrer
l'union de, deux nations qui confondent leurs
principes , d'accroître leurs relations mutuelles ,
identifier leurs intérêts , & de leur rappeller tou
jours qu'elles font libres l'une par l'autre. »
Voici les articles du code pénal décrétés dans
इ
(( 117799 )
cette féance , avec la férie des précédens que
nous avions laiffés en arrière .
Art. 1. Les peines qui feront prononcées
contre les accufés trouvés coupables par le juré ,
font la peine de mort , la chaîne , la réclufion
daus la maifon de force , la gêne , la détention , la
déportation , la dégradation civique , le carcan .
II . La peine de mort confiftera dans la fimple
privation de la vie , fans qu'il puiffe jamais être
exercé aucune torture envers les condamnés . »
& III. Tout condamné aura la tête tranchée.
« IV. L'exécutionfe fera dans la place publique
de la ville où le juré d'accufation aura été convequé
.
>>
« V. Les condamnés à la peine de la chaîne ,
feront employés à des travaux forcés , au profit
de l'Etat , foit dans l'intérieur des maifons de
force , foit dans les ports & arfenaux , foit pour
l'extraction des mines , foit Four le defféchement
des marais , foit enfin pour tous autres ouvrages
pénibles qui , fur la demande des départemens
pourront être déterminés par le corps législatif. »
2
« VI . Les condamnés à la peine de la chaîne ,
traîneront à l'un des pieds un boulet attaché avec
une chaîne de fer. »
« VII. La peine de la chaîne ne pourra en aucun
cas être perpétuelle .
כ כ
I VIII . Dans le cas où la lot prononce la peine
de la chaîne pour un certain nombre d'années ; f
c'eft une femme ou une fille qui eft convaincue de
s'être rendue coupable defdits crimes , ladite femme
ou fille fera condamnée pour le même nombre
d'années à la peine de réclufion dans la maiſon de
force. »
IX. Les femmes & les filles condamnées à
set e feine, feront enfermées dans une maiſon de
H 6
( 180 )
x
force , & feront employées dans l'enceinte de ladite
maiſon , à des travaux forcés au profit de l'Etat .
33
cc X. Les corps adminiſtratifs pourront déter
miner le genre des travaux auquel les condamnés
feront employés dans lefdites maiſons. »
« XI. Il fera ſtatué par un décret particulier ,
dans quel nombre & dans quels lieux feront
formés les établiſſemens defdites maiſons: »
« XII . La durée de cette peine ne pourra en
aucun cas être perpétuelle .
ככ
« XIII. Tout condamné à la peine de la gêne
fera enfermé feul dans un lieu éclairé , fans feis ni
liens. »
cc XIV. Il ne fera fourni au condamné à ladite
peine que du pain & de l'eau aux dépens de la
maifon , le furplus fur le produit de fon travail.
»
cc XV. Dans le lieu où il fera détenu , il lui
fera procuré du travail : un tiers du produit de ce
ravail fera employé pour lui procurer une meilleure
& plus abondante nourriture ; un tiers pour
fubvenir aux dépenfes de la maiſon , & l'autre
tiers pour lui être remis à la fortie , quand le
temps de fa peine fera expiré. »
גג
« XVI. Cette peine ne fera pas perpétuelle.
« XVII. Il fera ftatué par un décret parti
ulier fur le nombre & l'emplacement des maifonsdegêne.
»כ כ
« XVIII. Tout condamné à la peine de detention
fera enfermé dans l'intérieur d'une mailon .
de force . »
« XIX. Il lui fera fourni un travail à fon choix
entre les travaux adoptés par les Adminiftrateurs
de la maifon. »
« XX. Les hommes & les femmes travailleront
féparément .
સ
( 181 )
cc XXI. Les condamnés pourront ſe réunir
pour travailler , fauf les réclufions momentanées
ordonnées par ceux qui auront la police de la
maifon , »
כ כ
« XXII. Cette peine ne fera pas perpétuelle.
ce XXIII. Il fera ftatué par un décret particulier
fur le nombre & l'emplacement des maifons
de détention . »
« XXIV . Quiconque aura été condamné à
la peine de gêre ou de réclufion dans une maison
de force ou de détention , fera préalablement placé
fur un échafand au milieu de la place publique de
la ville ou le délit aura été cominis . »
ce XXV. Il fera attaché à un poteau ; auu-
deffus
de fa tête , fur un écriteau , feront inferits , en
gros caractères , fon nom , la caufe de fa condamnation
, & le jugement rendu contre lui .
« XXVI . Il demeurera ainfi expofé aux regards
du peuple pendant trois jours confécutifs , fix
heures par jour , s'il cft condamné à la peine
de la gêne ; pendant deux jours confécutifs , quatre
heures par jour , s'il eft condamné à la récluſion
dans les maifons de force ; un feul jour , & deux
heures , s'il eft condamné à la détention. »
ce XXVII . La peine de déportation ne pourra
avoir lieu que pourla récidive ou dans les cas ftatués
par la loi.
« XXVIII . Le coupable qui aura été condamné
à la dégradation ,fera conduit au milieu de la place
publique de la ville où fiége le tribunal criminel
qui l'aura jugé. Le greffier du tribunal lui adreffera
ces mots : Votre pays vous a trouvé convaincu
d'une action criminelle : la loi & le tribunal vous
dégradent de la qualité de citoyen françois. »
cc
Le condamné fera enfuite mis au milieu de la
place publique ; il y reftera pendant deux heures ,
expofé aux regards du peuple ; fur un écritean
( 182 )
feront tracés en gros caractères fon nom , le
crime qu'il a cominis , & le jugement rendu
contre lui. »
« XXIX . Dans le cas où la loi prononcera la
peine de la dégradation civique , fi c'eft un étranger
, une femme ou une fille qui font convaincus
de s'être rendus coupables dudit crime , ils feront
condamnés au carcan. »
ל כ
cc XXX. Tout étranger , femme ou fille qui
auront été condamnés à cette peine , feront conduits
au milieu de la place publique de la ville
od fiége le tribunal criminel qui les aura jugés.
Iis feront mis au carcan , y
y
refteront pendant
deux heures , expofés aux regards du peuple.
Sur un écriteau feront tracés , en gros caractères ,
leur nom , leur crime , & le jugement contr'eux
rendu. »
сс
сс
XXXI. L'ufage de tous actes tendans à empêcher
ou fufpendre l'exercice de la juftice crim
nelle , lettres de graces , de rémiſſion , d'abolition
, de pardon , eft aboli. »
De la récidive.
« Art. I. Quiconque aura été repris de juftice
pour crime , s'il eft convaincu d'avoir , poſtérieurement
à la première condamnation , commis un
fecond crime emportant l'une des peines de la
chaîne , de la réclufion dans la maifon de force , de
la gêne , de la détention , de la dégradation civique
ou du carcan , fera condamné à la peine prononcée
par la loi contre ledit crime ; & après l'avoir
fubie , il fera transféré , pour le refte de favie ,
au lieu fixé pour la déportation des malfaiteurs . »
« II. Toutefois , fi la première condamnation
n'a emporté autre peine que celle de la dégra
dation civique ou du carcan , & que les mêmes
peines foient prononcées par la loi contre le fecond
erime dont le condamné eſt trouvé- convaincu , -en
( 183 )
ce cas , le condamné ne fera pas déporté ; mais at
tendu la récidive , la peine de la dégradation civique
ou du carcan ſera convertie en celle de deux
années de détention . »
De la réhabilitation des condamnés .
J
Art. I. Tout condamné qui aura fubi ſa
peine , hors celui qui pour caufe de récidive
aura été tranfporté , pourra demander à la municipalité
du lieu de fon domicile une atteftation à
l'effet d'être réhabilité. »
: ce Savoir les condamnés aux peines du cachor ,
de la gêne , de la prifon , dix ans après l'expiration
de leur peine ;
לכ
« Les hommes condamnés à la peine de la
dégradation civique , les femmes condamnées
celle du carcan , après dix ans ,
jour de leur jugement. »
à compter da
« II. Huit jours au plus ap: ès la demande ;
le confeil-général de la commune fera convoqué
& il lui en fera donné connoiffance .
« III. Le confeil -général de la commune fera
de nouveau convoqué au bout d'un mois ; pendaut
ce temps , chacun de fes membres pourra
prendre fur la conduite de l'accufé tels renfeignemens
qu'il jugera convenable . »
IV. Les avis feront recueillis par la voie
du fcrutin , & il fera décidé à la majorité fi l'atteftation
fera accordée . »
« V. Si la majorité eft pour que l'atteftation
feit accordée , deux officiers municipaux , revêtus
de leur écharpe , conduiront le condamné devant
le tribunal criminel , où le jugement de condamnation
aura été prononcé .
အ
Ils y paroîtront avec lui dans l'auditoire , en
préfence des juges & du public. »
Après avoir fait lecture du jugement pro
}
( 184 )
di
noncé contre le condamné , ils diront à haute
voix un tel.... a cxpié fon crime en fubiffant
fa peine ; maintenant la conduite eft irréprochable ;
nous demandons , au rom de fon pays , que la tache
de fon crime foit effacée.
VI. Le prefident du tribunal fans délibération
prononcera ces mots : Sur l'attestation & la
demande de votre pays , la loi & le tribunal
effacent la tache de votre crime. »
« Il fera dreflé du tout procès - verbal , &
mention en fera faite fur le registre du tribural
criminel , en marge du jugement de condamnation
. »
сс VII. Cette réhabilitation fera ceffer , daes
la perfonne du condamné , tous les effets & toutes
les incapacités réfultantes des condamnations. »
« VIII. Si la majorité des voix du corps municipal
eft pour refufer l'atteftation , le condamné
ne pourra former une demande que deux ans
après , & ainfi de fuite , de deux ans en deux
tant que l'atteftation ne lui aura pas
accordée. »
ans >
Des effets des condamnations.
été
ee Art. I. Quiconque aura été condamné à
l'une des peines établies dans les titres précédens,
fera déchu de tous les droits attachés à la qualité
de citoyen actif , ou rendu incapable de les acquérir
; il ne pourra être rétabli dans les droits
que dans les délais & fous les conditions prefcrites
ci-après. »
сс II. Quiconque aura été condamné à l'une
des peines du cachot , de la gêne ou de la prifon ,
indépendamment des échéances portées en l'article
précédent , fera inhabile , pendant la durée
de fa peine , à exercer par lui- même aucun droit
( 185 )
civil ; il fera en état d'interdiction ; il lui fera
nommé un curateur pour géier & adminiftrer fes
biens . »
« III. Le curateur fera nommé dans les formes
ordinaires . »
« IV. Ses biens lui feront reftitués à l'inflant
de fa fortie , & le curateur lui rendra compte de
fon adminiftration & de l'emploi utile de fes
revenus. "
« V. Pendant le temps de fa détention , il ne
pourra être remis au condamné aucune portion
de les revenus. »
« VI. Seulement il pourra être prélevé fur fes
biens les formes néceffaires pour élever & doter
fes enfans , oupour fournir des alimens à fa femme
& à fes enfans , à fon père ou à fa mère s'ils
font dans le befcin . »
« VII. Ces fommes ne pourront être prélevées
fur les biens , qu'en vertu d'un jugement
rendu par le tribunal du lieu de la fituation des
biens du condamné , à la requête des demandeurs ,
avec l'avis des curateurs , & fur les conclufions
du commiffaire du Roi .
גכ
« VIII. Les commiffaires & gardiens de la
maifon de peine ne permettront pas que les
condamnés reçoivent , pendant la durée de leur
détention , aucun don , argent , fecours , vivres
ou aumônes , attendu qu'il ne peut leur être
accordé de foulagement que fur le produit de
leur travail . »
« Ils feront refponfables de l'exécution de cer
article , fous peine de deftitution ,
כ כ
De l'influence de l'âge des condamnés fur la
nature & la durée des peines du cachot , de la
gêne & de la prifon .
« Art. I, Lorſqu'un accuſé déclaré coupable
( 186 )
par le juré , aura commis le crime pour lequel
il eft pourfuivi , avant l'âge de feize ans accomplis
, les jurés décideront dans les formes
ordinaires de leurs délibérations , la queſtion
fuivante :
« Le coupable a- t- il commis le crime aver
ou fans difcernement ?
pourra
ec II. Si les jurés décident que le coupable a
commis le crime fans difcernement , il fera ae
quitté du crime ; mais le tribunal criminel
fuivant les circonftances , ordonner que l'enfant
fera rendu à fes parens , ou qu'il fera conduit
dans la maifon de correction , pour y être élevé
& détenu pendant tel nombre d'années que
le
jugement déterminera , & qui toutefois ne pourra
excéder l'époque à laquelle l'enfant aura atteint
l'âge de 20 ans, »
Nous donnerons l'article III .
« IV. Dans les cas portés en l'article précé
dent , le condamné ne fubira pas l'expofition aux
regards du peuple , à moins qu'il n'ait encouru
la peine de mort , & dans ce cas il fera expofe
pendant fix heures . »
,
V. Nul ne pourra être déporté , s'il a 75 ans
accomplis .
23
* VI. Tout condamné qui aura atteint l'âge
de quatre- vingt ans , quelle que feit la natur
de la peine qu'il ait encourue , fera mis en li
berté par jugement du tribunal criminel , rendu fut
fa requête, s'il a fubi au moins cinq années de fa
peine .
33
« S'il avoit fabi moins de cinq ans de dé
tention , il fera mis en liberté dans les mêmes
formes aufli-tôt que ces cinq années feront atcomplies.
»
VII. Nul ne pourra être condamné à plus
( 187 )
" >
forte peine que celle de cinq années de priſon ,
après quatre-vingt ans accomplis. Si la peine prononcée
par la loi à raifon du crime commis
excède cinq ans de prifon , la condamnation fera
.reftreinte à ce terme en confidération de l'âge
du coupable .
33
>
De l'exécution des jugemens rendus contre un
accufé contumace.
« Art. I. Lorfqu'un accufé contumace aura
été condamné à l'une des peines établies ci - deffus ,
fera dreffé dans la place publique de la ville
où le juré aura été convoqué , un poteau , auquel
on appliquera un écriteau indicatif du nom
du condamné , du crime qu'il a commis , & du
jugement rendu contre lui . »
ce II. Lorfque la condamnation prononcée
contre un accufe contumace , emportera peine
afflictive , ledit écriteau fera expofé en la forme
qui vient d'être prefcrite , dans les villes ou
d'après les difpofitions du titre V ci defus
l'expofition du condamné aura lieu , file condamné
étoit préfent .
CC
ג כ
Lorfque ladite condamnation emportera
peine infamante , mais non afflictive , ledit écriteau
fera expofé feulement dans la place publique
de la ville où fiège le tribunal criminel
qui aura prononcé ledit jugement . »
Des crimes contre la sûreté extérieure de l'Etat ,
Art. I. Quiconque fera convaincu d'avoir prati
qué des machinations , ou entretenu des intelligences.
avec les puiffances étrangères, ou avec leurs agens,
pour les engager à commettre des hoftilités , ou
pour leur indiquer les moyens d'entreprendre la
( 188 )
guerre contre la France , fera puni de la peine
de mort , foit que lefdites machinations & intelligences
aient été , ou non , fuivics de quelque
hoftilité. »
ce II. Toutes aggreffions hoftiles , toutes in
fractions de traités , tendantes à allumer la guerre
entre la France & une puiffance étrangère , feront
punics de la peine de mort .
сс
Tout agent fubordonné , qui aura contribué
auxdites hoftilités foit en exécutant , foit en faifant
paffer les ordres de fon fupérieur légitime ,
n'encourra pas ladite peine.
כ כ
« Le miniftre qui en aura donné ou contrefigné
l'ordre , ou le commandant qui , fans orde
du miniftre , aura fait commettre lefdites hofti
lités ou infractions , en fera fcul refponfable , &
fubira la peine portée au préfent article . »
« III. Tout François qui portera les armes
contre la France fera condamné à mort. »
« IV. Toutes manoeuvres , toute intelligence
avec les ennemis de la France , tendantes , foit
à faciliter leur entrée dans les dépendances de
l'empire François , foit à leur livrer des villes ,
fortereffes , ports , vaiffeaux , magafins ou arfenaux
appartenans à la France , foit à leur fournir des
fecours en foldats , argent , vivres ou munitions ,
foit à favorifer d'une manière quelconque le
progrès de leurs armes fut le territoire françois ,
ou contre nos forces de terre ou de mer , fot
à ébranler la fidélité des officiers , foldats , &
des autres citoyens envers la nation Françoiſe ,
feront punis de la peine de mort. »
nature de celles <c V. Les trahifons de la
mentionnées en l'article précédent , exercées en
temps de guerre, envers les alliés de la France
( 189 )
agiffant contre l'ennemi commun , feront punies
de la même peine, »>כ כ
Du lundi , féance du foir.
M. Merlin a lu une lettre particulière , où
M. Primat , évêque conftitutionnel du dépar
tement du Nord , eft peint recevant à Bailleul
tous les hommages dû aux plus rares vertus . Ce
prélat a fait une inftruction que le peuple a
beaucoup applaudie , en criant : Notre évêque dit
la meffe comme les autres & prêche mieux qu'eux.
Il a donné fa bénédiction à ce même peuple qui ,
dès l'après-midi , ne fe fouvenoi: plus de l'inftruction
du matin , & montroit du zèle pour les
non - conformistes ; mais a peine ces néophites ,
furent -ils bénis , qu'ils s'écrièrent : Pardonneznous
, Monfeigneur ; nous ne ferions pas venus .
fi l'on n'eût pas fonné ; ce qui terraffa les réfractaires
, & les fit partir pour Ypres le foir
même. Il en a coûté la vie à un jeune homme
qui s'eft tué en voulant franchir un mur , & fe
fouftraire à la pourfuite de la garde nationale ,
dont la tolérance armée fecondoit l'effet terraffant
des bénédictions conftitutionnelles : un autre
a été bleffé ; l'évêque lui a donné des marques
de la plus généreufe fenfibilité.
›
Une lettre des adminiftrateurs du département
du Morbihan a dénoncé les manoeuvres des ennemis
de la révolution , & accufé M. Alain
eccléfiaftique , député à l'Affemblée nationale
d'envoyer dans la province des brefs & des bulles.
M. de Folleville a demandé comment on favoit
que c'étoit M. Alain qui faifoit ces envois , &
fi l'on n'avoit pas violé le fecret des lettres..
Pourquoi , a répété M. la Chaife , trouver
mauvais que des brefs & des bulles foient en-
CC
( 190 )
voyées dans le Morbihan , quand on les vend ,
à la porte de l'Affemblée . » Pluſieurs ennemis de
1 liberté du culte & de la preffe , ont crié qu'il
falloit envoyer M. Alain à Orléans , & fur la
motion de M. Bouche qui traitoit cet envoi de
crime , l'affatte a été renvoyée au pouvoir exé
utif qui donnera des ordres pour faire informer.
On a repris la difcuffion fur les domaines congéables
, & l'on a décrété fix nouveaux articles.
Du mardi , 7 juin.
Sur la propofition de M. Camus , il a été ſta
tué qu'aucune des perfonnes employées dans les
états de liquidations , ne pourra toucher les fommes
liquidées qu'en rapportant la preuve d'avoir payé,
ou de n'avoir pas dû payer , la contribution pa
triotique , & que le Roi fera prié de nommer
des fuppléans aux gardes des livres de contrôle
qui font abfens.
Après des débats plus longs que lumineux ,
conformément aux conclufions d'un rapport de
M. de la Rochefoucault , au nom du comité des
contributions , l'Affemblée a décrété que les dé
biteurs autorisés par le titre II de la loi du pre
mier décembre 1790 , à faire une retenue fur les
rentes ci - devant feigneuriales ou foncières , fur
les intérêts ou fur les rentes perpétuelles conftituées
avant la publication de ladite loi , la feront
au cinquième du montant des rentes ou preſta
tions pour l'année 1791 , & pour le temps pendant
lequel la contribution foncière reftera dans
les proportions fixées pour cette année , fans
préjudice de l'exécution des baux à rentès ou autres
contrats faits fous la condition de la non
retenue des impofitions royales ; que quant aux
rentes ou penfions viagères non-ftipulées exemptes
de retenue , les débiteurs la feront au cinquième
( 191 )
le revenu que le capital produircis au denior.
vingt , & fi le capital eft inconnu , au dixième
de la rente ou penfion viagère , pour tout le
même temps ; retenues qui fe feront au moment.
eu s'acquittera la rente on preftation , en argent
fur celles en argent , en nature fur celles en
denrées ou en fruits.
M. Tronchet a fait décréter deux articles relatifs
à la dime , qui , retouchés & amendes
ent fini par ordonner que , dans les lieux où la
dime ne fe percevoit qu'après le champart
agrier , &c. ou quand & quand ces preftations ,
la fuppreffion de la dîme ne profitera qu'au
propriétaire du fol ; que dans les lieux où la dîme
fe prélevoit avant les champarts , agriers , &c."
la fuppreffion de la dîme profitera tant au propriétaire
du fol qu'au propriétaire defdites redevances
en quotité de fruits . Dans le premier cas ,
les redevances n'éprouveront aucune anginenta
tion ; dans le fecond cas , elles feront dues à
raifon de la totalité des fruits récoltés , fans aucune
déduction de la dime fupprimée.
La fuite de la difcuffion du code pénal n'a
quère préfenté d'intéreffant , que les efforts inu
tiles de M. Malouet , pour qu'à l'article qui punit.
de mort tout complot contre le Roi , on ajoutât
des difpofitions contre ceux qui outrageroient la,
perfonne facrée du Monarque & la famille royale,
par des propos injurieux , ou par des libelles . On
a répondu que c'étoit l'objet de la police & des
loix concernant la preffe , & qu'il ne s'agit ici
que des déiits qui menacent l'intérêt général .
Tels font les articles qu'on a décrétés .
Des crimes & des délits contre la sûreté intérieure,
de l'Etat.
w
« Art. I. Tout complot & attentat contre la
192 )
perfonne du Roi & du régent , ou de l'héritier
préfomptif du trône feront punis de mort . »
« II. Quiconque fera convaincu de confpirations
& complots tendant à troubler l'état par
une guerre civile , en armant les citoyens les
uns contre les autres , ou contre l'exercice de
l'autorité légitime , feront punis de mort. »
« III . Tout enrôlement de foldats , levées de
troupe , amas d'armes & de munitions pour
exécuter les complots & machinations mentionnés
en l'article précédent ; »
de Toute attique ou réfiftance envers la force
publique agiffant contre l'exécution deſdits complots
; כ כ"
Tent envahiffement de ville , fortereffe "
magafin , arſenal , port ou vaiffeau , feront punis
de la peine de mort . »
EC " Les auteurs
chefs & inftigateurs
desdites
révoltes , & tous ceux qui feront pris les armes
à la main , fubiront les peines portées au préfent
article. »
ce IV. Les pratiques & intelligences avec les
révoltés , de la nature de celles mentionnées en
l'article V du titre premier , feront punies des
peines portées auxdits articles. »
CC
de V. Tout commandant d'armée ou corps
troupes , d'une flotte ou d'une efcadre , d'une
place forte ou d'un pofte , qui en retiendra le
commandant contre l'ordre du Roi ; »
ce Tout commandant qui retiendra fon armée
fous fes drapeaux lorfque la féparation en aurat
été ordonnée , & après que lefdits ordres lu
auront été légalement notifiés , fera coupable
du crime de révolte , & condamné à la peine
de vingt années de cachot . »
Dik
( 193 )
Du mardi , féance du foir.
Une lettre des adminiftrateurs du département
de la Gironde , du 31 mai , a informé l'Aflemblée
nationale , que des particuliers connus par leur
incivifme avoient d'abord voulu fe réunir fous le
nom de Club monarchique , & enfuite ſous celui
d'Amis de la patrie . Voici les griefs articulés.
On parloit d'enrôlement , d'armes , d'argent
répandu , de projet de caufer une commotion
générale au moment où l'on apprendroit que les
ennemis attaqueroient nos frontières . Un grand
nombre de prêtres & de ci- devant privilégiés ,
étoient rentrés dans la ville. Enfin , tout ce qui
pouvoit rendre cette affociation dángercule ſeinbloit
fe réunir ».
Er conféquence de faits fi décififs on par
loit....... étoient rentrés dans la ville.... tout
Sembloit......... : la municipalité de Bordeaux a
défendu provifoirement toute autre affemblée
que celles des amis de la conftitution . Mais les
amis de la patrie fe font réunis au nombre de
deux à trois cents ; ils ont remis à la munici- ,
palité copie de leur réglement. Le maire leur a.
ordonné de fe féparer , ils ont obéi . On a fermé
la maison des Feuillans , où ils tenoient leurs
féances , & fans les précautions des municipaux ,
il fe feroit formé des attroupemens.
Le réſultat de cette lettre , dans le ftyle de'
tant d'autres , eft que les adminiſtrateurs & les
municipes ont préjugé les intentions , exercé
le pouvoir le plus tyrannique contre les..
loix conftitutionnelles ; que les citoyens en
butte à ce pouvoir illégal fe font montrés dociles
& paifibles , là comme par- tout , & que le trouble
alloit être l'effet du civilme des patriotes ardens
N° . 25. 18 Juin . 1791. I
( 194 )
à s'attrouper & à perfécuter. M. Nérac a demandé
que le corps légiflatif improuvât la conduite de
cette municipalité , coupable de violence contre,
les loix & la liberté des citoyens. On a décrété
le renvoi de la lettre aux comités des rapports
& des recherches.
Revenant à la queftion des domaines , congéables
, M. Hernoux a lu , & l'Aflemblée a couramment
adopté feize nouveaux articles fur cet
objet.
Du mercredi , 8 juin.
Plufieurs fonctionnaires publics , tant civils
qu'eccléfiaftiques , élus par une influence connus,
dans des villes & pour des lieux où jamais on
n'avoit entendu parler de leur mérite ni de leur
perfonne , paroiffent des voix précieulés à conferver
dans les élections prochaines ; mais ils ne
font pas domiciliés depuis le temps requis par
les décrets conftitutionnels . Sur la propofition de
M. Bouche , appuyée de M. d'André , l'Alem
biée dérogeant à une loi où l'on n'avoit pas prévu
combien tous ces nouveaux venus feroient utiles ,
pour déterminer à certains choix les allemblées
primaires , a décrété que tous les fonctionnaires
publics jouiront des droits de citoyens actifs ,
dans les lieux où ils exercent leurs fonctions ,
quoiqu'ils n'aient pas l'année de domicile exigée
par là loi .
été A la demande de M. le Chapelier , il a
décrété que les difficultés relatives à la nomination
des commiffaires du Roi , feront renvoyées
au tribunal de caffation . Cette nouvelle loi déroge
à celle qui renvoie à l'un des tribunaux
de l'arrondiffement , l'appel des jugemens des
ibunaux de diſtrict , donne une fingulière ex(
195 )
tenfion de pouvoir à une cour à peine formée
& met les commiffaires du Roi de tout le royaume
dans une dépendance qui les rendra prefque
amovibles au gré du miniftre ou du tribunal.
M. Moreau a fait ces obfervations , on lcs a
applaudies fans en tenir compte.
On a décrété que les fonctions de juge du tribunal
de caffation & du tribunal de diltrict font
incompatibles ; que celles de greffier du tribunap
criminel & du tribunal de diftrict le font également
; & le remboursement de différens offices
& de charges fupprimés dans la maifon du Roi ,
pour la fomme de 43 millions 372,056 livres .
L'on a repris la difcuffion du code pénal »
nous n'en faifirons que les principaux traits ; le
refte n'ayant offert rien de remarquable , qui ne
foit dans la rédaction adoptée .
?
M. Malouet vouloit qu'on affurât la libertét
de tout membre des affemblées primaires , que
des factieux prétendus patriotes n'y maltraitent
pas , n'en excluent pas d'honnêtes citoyens , ca
lomnieufement entachés de l'imputation vaguer
d'incivifme . Mais M. le Pelletier de Saint-Far
geau , rapporteur , a répondu que c'étoit l'objet
d'un réglement de police , que chaque affemblée
avoit le droit d'établir des peines correctionnelles ,
comme l'Affemblée nationale. De manière qu'il
eft à préfumer que , la plupart des affemblées >
primaires feront auffi libres , auffi paisibles que
le corps légiftatif , & que l'ont été les aflemblées
primaires de l'année dernière , d'où l'on écartoit
à volonté les citoyens à coups de bâtons , de
pierres & de fabres .
› Cette forte de délits paroiffoit à M. d'André¸
Rob un objet de police , mais un objets conftitationnel,
M. Duport a foutenu que les affem
I 2
( 196 )
.-
blées primaires devoient prendre l'Affemblée na
tionale pour modèle , que leur police leur appartient
, que le citoyen privé de fon droit a des
formes pour le réclamer ; comme fi l'homme
fage dont un vacarme horrible , ſcandaleux ,
étouffe la voix , avoit des moyens de fe faire
entendre ; comme fi l'homme timide menacé de
la lanterne par des cannibales , avoit la faculté
d'opiner librement !
+
Sincère ennemi de l'anarchie , que tant d'infidicux
fophiftes cherchent à perpétuer fous le
nom de liberté , M. Garat l'aîné obfervoit ,
avec railon , que , des actes de violence , des
coups de bâton ou d'épée qui éloigneroient un
citoyen actif d'une affemblée primaire ( il auroit
Pu citer plus d'un exemple ) ne font pas des délits
qui reffortiffent uniquement de la police intérieure
de cette même affemblée ( dont la majorité
ne pourroit que trop applaudir à de parcils
excès. ) On a crié du côté gauche : « Allez donc
avec vos coups de bâton . Mais qu'a dit , qu'a
fait ce même côté gauche pour la sûreté des
membres du côté droit , qui , fouvent , ont
couru le rifque de perdre la vie ? L'ordre dujour
n'a - t- il pas conftainment décrété l'impunité de
femblables attentats ? Enfin après des clameurs ,
on a renvoyé la propofition de M. Malouet au
comité .
Aux mesures deftinées à garantir l'inviolabilité
du corps législatif , M. Malouet a propoſé d'ajeuter
la défenfe d'inveftir la falle d'attroupemens
de gens , même non-armés . Quelques membres
de la gauche ont eu l'impolitique naïveté de
pouffer les hauts cris . M. de Beaumetz a rappelé
qu'il y avoit une loi martiale . M. Duport a
demandé à M. Malouet & , jufqu'à préfent il
( 197 )
n'avoit pas joui de toute fa liberté ; & fur des
oui , oui , très-évidemment ironiques de la droite ,
il a fait avec humeur la motion que M. Malouet
fùt mis à l'ordre . M. Fermont a prétendu qu'on
étoit libre au point d'abufer de la liberté ; ceux
pour qui cette affertion eft vraie alloient la
prouver par le tapage ordinaire . Mais , M. le
Pelletier de Saint-Fargeau a exhorté l'Affemblée ,
à délibérer dans le calme fur une matière auffi
importante que le code pénal .
toute in-
« Je vous demande , a dit M. Malouet , fi un
attroupement tumultueux autour d'une affemblée
délibérante , des cris féditieux ou violens qui femblent
demander tel décret , repouffer tel dééret, inculper
tel membre ; fide tels attentats ne font pas la
ruine dela liberté ? S'il n'eft pas temps de vous foufs
raire , au moins pour vos fuccefleurs , à
fluencede pareils inconvéniens ? Nous avons fu les
braver ; car je m'affocie à cet honorable courage.
Mais croyez - vous que vos fucceffeurs puiffent
également les braver ? N'eft- il pas d'abord trèsindécent
, que la multitude qui a des repréfen
sans , & qui ceffera d'être libre lorfqu'elle ceffera
de les refpeéter , veuille toujours influer , jufques
fous vos yeux , fur vos délibérations ? Sans doute
la liberté doit lui être confervée pour obferver ,
Four remontrer , pour mesurer même la conduite
d'un membre qui fe conduit mal ; mais l'influence
directe de la multitude environnant le corps légiflatif
& demandant à grands cris qu'on repouffe
un décret , qu'on en prononce un autre , c'eſt
le crime des efclaves qui afpirent à la licence
ce n'eft point l'acte des hommes libres qui chériffent
la liberté. Je demande que ces attroupemens
foient profcrits , diffipés , & les inftigateurs
punis d'un an de priſon ,
;
I 3
( 198 )
---
---
Selon M. Rewbell , l'amendement ne tendoit
qu'à faire croire que Affemblée n'a pas toujours
été libre dans fes délibérations . -- Cela eft vrai ,
a- t - on dit du côté droit . - . Vous l'entendez , a
repris M. Rewbell ; vous voyez que j'ai deviné
l'intention . Oui , vous avez deviné ce que
tout le monde vous difoit , a répondu M. de
Foucault. A l'ordre dujour , cricient les mem
bres de la gauche. On le met aux voix : il eſt décrété
qu'on y paffera . Réclamations , tumuke .
Je propofe un amendement qui concilieroit tous
les partis , a dit M. l'abbé Maury du plus grand
férieux. Il confifte à déclarer que les peines
contre les promoteurs d'attroupemens auprès
» du corps législatif, pe feront applicables qu'aux
» légiflatures fuivantes . »
Raffuré par la loi martiale & par le droit que
PAffemblée a , dit - il , de difpofer de toutes les
troupes néceffaires à fa liberté & à fa sûreté , M.
de Saint-Fargeau adopte le principe de M. Malouet
, mais non les mefures qui en étoient la con-
Léquence.
L'article IX . puniffant de dix ans de gêne ,
tout fubalterne qui aura exécuté l'ordre de percevoir
un impôt , ou de recevoir un emprunt
non décrété par le corps légiflatif , M. Malout
rejettoit toutes ces difpofitions relatives aux fubal
ternes , comme dangereufes & propres à paralyſer
le gouvernement , en multipliant les commentaires
& les prétex es de défobéitfance . Il admettoit la
plus rigoureufe refponfabilité des miniftres , des
chef . M. Lavigne a cru prouver que l'article
auroit été très- raiſonnable fous l'ancien fyftême , '
& qu'il l'eft à plus forte raifon bien davantage
aujourd'hai.
( 199 )
Voici les articles qu'on a décrétés :
Des crimes contre la Conftitution .
« Art. I. Tous complots ou attentats pour
empêcher la réunion , on pour opérer la diffolution
d'une affemblée primaire ou d'une affemblée
électorale , feront punis de la peine de la
gêne pendant quinze années . »
II. Si des troupes de ligne inveftiffent le
lieu des féances defdites affemblées , ou pénètrent
dans fon enceinte fans autorisation ou la réquifition
defdites affemblées , le miniftre ou
commandant qui en aura donné ou contrefigné
l'ordre , les chefs ou foldats qui l'auront exécuté
, feront punis de la peine de la gêne pendant
quinze ans. »
сс
III. Toutes confpirations ou attentats pour
empêcher la réunion , ou pour opérer la diflolution
du corps légiflatif , ou pour gêner les délibérations
par violence
« Tout attentat contre la liberté individuelle
d'un de fes membres , fera puni de la peine de
mort. >> :
« Tous ceux qui auront participé auxdites
confpirations ou auxdits attentats , par les ordres
qu'ils auront donnés ou exécutés , fubiront la
peine portée au préfent article . ɔ
IV. Si des troupes de ligne approchent on
féjournent plus près de trente mille toifes de
l'endroit où le corps législatif tiendra fes féances ,
fans que le corps législatif en ait autorifé ou
requis l'approche ou le féjour , le miniftre qui
en aura donné ou contre- figné l'ordre , le commandant
en chef & le commandant particulier
de chaque corps defdites troupes , feront punis
de la peine de dix années de gêne .
I 4
( 200 )
« V. Quiconque aura commis l'attentat d'inveftir
d'hommes armés le lien des féances du
corps législatif, ou de les y introduire fans fon
autoritation ou fa réquifition , fera puni de
mort.
« Le miniftre ou commandant qui en aura
donné ou contre-figné l'ordre , les chefs & foldats
qui l'auront exécuté , fubiront la même
peine . »
« VI. Toutes confpirations ou attentats ayant
pour objet d'intervertir l'ordre de la fucceffion
au trône déterminé par la conftitution , feront
punis de la peine de mort . »
Les articles VII & VIII font envoyés au comité.
כ כ
ל כ
L'article IX décrété , fauf rédaction . »
Du jeudi , 9 juin.
M. Achard de Bonvouloir , député de Cou
tances , en preuve que le décret qui permet aux
foldats & fous -officiers , d'affifter aux féances des
clubs des foi - difant amis de la conftitution ,
produit de dangereux effets , a dit : « je vous
» dénonce la féance du 5 juin , du club de Stras
bourg, où dix-huit fergens - majors ont été reçus
» à délibérer , & l'objet de la délibération a été
» la motion faite par un des membres , que
toute la garnifon en armes dans la plaine
» des Bouchers .. " Ici des vociférations
ont interrompu M. de Bonvouloir , comme fi
la fin de fa phraſe eût dû confommer une contre-
révolution. Jamais on ne s'empreffa davantage
à étouffer quelqu'effrayante vérité. « Je
demande , s'eft hâté de dire M. Rabaud , que
cet objet foit renvoyé aux comités chargés de
fournir les moyens de défariftocratifer les officiers
( 201 )
35
de l'armée . Le tumulte étoit inexprimable . On
auroit prefqu'imaginé que certains principaux
membres redoutoient de fe voir compromis . Ils
ont décrété le renvoi aux comités , & M. de
Bonvouloir, réduit au filence , a quitté la tribune ,
en gémiffaut fur les malheurs d'une liberté qui
prend les ufages du plus farouche defpotiíme.
M. l'Evêque de Poitiers a demandé un congé
pour aller prendre les eaux du Mont-d'Or. Plufieurs
voix de la gauche ont crié : au comité. Après
quelques débats pour & contre un acte d'humanité
envers un vieillard malade , il a eu fon congé.
Nos lecteurs fuppoferont la puiffance des motifs
puifés dans les droits éternels de la fouveraineté
légitime , fur lefquels M. Thouret a préſenté ,
& l'Affemblée a adopté unanimement le projet de
décret que voici :
« L'Aſſemblée Nationale convaincue qu'il importe
à la fûreté de l'Etat & au maintien de l'ordre
public , de conferver les formes confervatoires de
J'indépendance de la Nation :
« Décrète. que nu! bref, refcrit , bulle & aucune
expédition de la cour de Rome , de quelque forme
qu'ils foient revêtus , ne pourront être considérés
comme tels , & en conféquence publiés , affichés
& obligatoires pour les Citoyens ; mais ils feront
réputés nuis , s'ils n'ont été approuvés par le corps
législatif , & farctionnés par le Roi , & fitcur
notification n'a pas été autorifée par le pouvoir
Jégislatif. 52
La fageffe , la juftice de cette loi ne peuvent
être raifonnablement conteſtées ; mais pour lui
donner la fauction , fuivant M. Thouret , ce
rapporteur a propofé de décréter que tous ceux
qui auront fait imprimer , affiché , ou publié des
bulles , brefs , &c. non autorifés par le corps
( 202 )
légiflatif , feront pourfuivis comme perturbatents
du repos public , & punis de la peine de la dégradation
civile. Quelqu'un a dit du côté droit :
deft une vengeance mal- adroite, on craint que le
peuple ne s'éclaire. Aux expreflions équivoques :
ceux qui auront fait , le rapporteur a bien voulu
fubftituer de lui -même : ceux qui feront . Il étoit
trop évident que cet auront fait étoit là pour
donner un fens rétroactif à une loi de circonf
tance .
M. Régnault de Saint-Jean d'Angély y a vu l'abolition
formelle de la liberté de la proffe ; & cette
contradiction , cruement reprochée , a caufé de
vives impatiences à ceux qui ne de firent de liberté
que pour eux , & contre tout le monde.
Plus franc , plus homme d'état , plus infuppor
table , M. Malouet , en adoptant le premier
article , comme conforme aux anciennes loix du
royaume , confervatrices des libertés de l'églife
Gallicane , a foutenu que le fecond menoit à la
tyrannie la plus odieufe , à lá " plus funefte inconféquence
. Il a parlé des troubles nés du fatal
ferment . De fcandaleufes rumeurs lui ont coupé la
Farcle.
Y
1
Relevant l'indécence de ce mode étrange de
délibération , M. Malouet eft paffé au respect
ad au fouverain Pontife , à l'obéiffance ... Au
mot obéiſſance , le côté gauche & les galeries ont
éclaré de rire . L'opinant a répété que du moment
où l'on confervcit les formes & le régime
catholiques , on ne pouvoit le fouftraire à l'obéiffance
due au Pape . -A la communion feulement,
a dit M. Roederer . M. Malouet ayant ajouté
que chaque fidèle catholique appelloit le Pape
fon père , fon chef , on a ri de nouveau . « Le
Pape , a repris M. Malouet , eft le chef pour
( 203 )
inftruire , pour maintenir le dogme ; ( ce qui
feroit vrai même dans le fyftême de M. Reederer,
puifqu'il n'y a point de communion fans l'unité
de la foi ) ... Ah ! Bah , a - t- on crié ! laiſſez-nous
donc tranquilles , & autres propos que l'on par
donneroit dans la bouche des proteftans .
L'orateur a obfervé que , fi nous avions des
mofquées on devroit bien laiffer circuler les lettres
paftorales du Muphti . « Déclarez qu'aucune loi
religieufe n'eft obligatoire fans votre attache ,
voilà ce qui appartient à la puiffance légiflative.
Aller plus loin , c'eſt de la tyrannie . Si vous étiez
reftés fidèles à ces principes , nous n'éprouveriens
pas les embarras dans lefquels nous fommes.
La tyrannie eft là , où le corps législatif,
où la nation même ofe dire cette portion du
cuite eft coupable , celle - ci eft légitime ; ceux qui
profefferont de telles maximes feront criminels &
de mauvaife foi . Je demande que chacun de nous
ait la liberté de refpecter même un bref du Pape ,
quevous trouveriez contraire à vos principes . Oui,
Meffieurs , avertiffez le peuple qu'il n'y a de
loix religieufes que celle que vous avez amalgamées
au code national ; le refte excède vos pouvoirs
, eft en oppofition avec vos propres loix . »
MM. Péthion & Démeunier ne puniffoient que
ceux qui publieroient les brefs ou bulles , en qualité
de fonctionnaires publics & comme loix décrétées.
« Votre code pénal , a dit en fubftance
M. de Folleville , condamne déja à la mort
quiconque public une fauffe loi . Ne démentez
pas vos décrets , ftatuez la peine de mort
contre les catholiques , évêques & autres , qui
publieront des brefs du Pape. Après de nouvelles
clameurs., le fecond article a été décrété
30
16
( 204 )
en ces termés , toute la droite ayant dit : point
de voix.
« Les évêques & curés , & tous autres fonctionnaires
publics , foit laïcs , foit eccléfiaftiques
, qui , par contravention au précédent article
, auront fait lire , afficher , publier , imprimer
, & donner autrement publicité aux
bulles , refcrits , &c. , feront poursuivis crimi
nellement comme perturbateurs de l'ordre public
, & panis de la peine de la dégradation civique.
i
ဘ
On eft paffé aux articles décrétés fur le corps
législatif , & M. Thouret a rapporté ceux qui
avoient été renvoyés au comité. Les premiers
ont eu pour objet l'incompatibilité des fonctions
adminiſtratives , municipales , judiciaires , & de
commandant de la garde nationale , avec celles
des légiflateurs . Abufant de ce séologifme quidénature
aujourd'hui toutes les notions élémentaires,
& qui tend à effacer jufqu'aux dernières traces
de la véritable logique & de notre ancienne urbanité
, M.- Péthion vouloit qu'on ajoutât : toutes
les perfonnes qui font dans l'état de domefticité
du Roi. M. d'André excluoit tout homme qui
eft aux gages d'un autre,
»
33
« J'ai à mes gages , à ma folde chaque jour ,
a dit très- bourgeoifement M. Ræderer , des
ci -devant gentilshommes dans des verreries qui
m'appartiennent. Ces gens font des citoyens
actifs , induftrieux , indépendans . Il faut ne
rendre inéligible que tout homme attaché au
» fervice perfonnel & individuel d'un autre . »
Cette fubtile diſtinction excluroit un chambellan
du Roi , fon grand aumônier peut - être , & ad
mettroit les falariés du légiflateur verriér . L'as
( 205 )
mendement de M. d'André a été adopté faf
rédaction.
On a difcuté fi l'incompatibilité dureroit les deux
ans de la législature , ou les trois ou quatre mois
de la feffion , MM. Régnault , Biauzat & d'André
infiftoient fur l'inconvénient de voir un légiflateur,
adminiſtrateur ou municipe , faire les loix , les
exécuter , inviolable & refponfable , fiéger dans
l'Affemblée légiflative & mandé à ſa barre . MM .
Thouret & Demeunier vouloient une incompatibilité
pour le temps de la feffion feulement ; les
adminiftrateurs n'étant refponfables qu'au feul
corps légiflatif, Ces queftions ont amené celles ,
fi les militaires feront élus légiflateurs , fi les députés
feront payés pour les deux ans , ou pour les
trois à quatre mois de feffion . M. Duport a tellement
expliqué les difficultés qu'on ne s'eft plus cntendu
. Enfin , après une délibération tumultucuſe
L'on a encore adopté , ſauf rédaction , l'article
propofé par M. Duport , en ces termés :
Lesfonctions municipales , adminiftratives ,
judiciaires , & de commandant de la garde nationale
font incompatibles avec celles de la légiflature
; & ceux qui en feront revêtus ne pour-
Font en reprendre l'exercice qu'après la fin de la
députation au corps légiflatif.
Du jeudi , féance du foir.
ם כ
L'affluence des adreffes oifeufes recommence .
C'eft aujourd'hui un juge de paix qui raconte
qu'il a jugé en trois mois 15o procès qui n'ont
coûté que 40 fois l'un portant l'aurre ; ce font
des amis de la conftitution , impatiens de voir
fonder une fète des grands hommes , des citoyens
de Dôle qui brûlent de voler fur les bords da
Rhin , &c. ...
( 206 )
Deux officiers du régiment de Port- au- Prince
ent été admis à la barre , & l'un d'eux a fait le
récit déplorable de la mort de M. Mauduit . Pour
éviter une répétition de détails connus , nous
nous bornerons aux traits les plus effentiels de
ce nouveau rapport.
Un faux décret
que les uns difent fabriqué en
France & apporté par le vaiffeau le Serin , que
d'autres font éclore au milieu du Port-au- Prince ,
fe répandit dans la colonie . IF étoit daté du 17
décembre après midi , & ainfi
conçu :
Ice L'Affemblée nationale déclare que les remercimens
donnés à la compagnie des volontaires
lui ont été furpris , & font faux , comme ayant
été accordés fur des expofés inexacts . Le Roi fera
prié de faire rendre juftice aux bons citoyens ;
& fur ce qui regarde plus particulièrement l'état
des colonies , l'Aſſemblée ajourne à trois jours . »
Ce faux décret fervit à tromper les foldats.
De nouvelles troupes arrivent. L'infubordination
fe manifefte , les difpofitions ordonnées pour le
débarquement font attaquées par les matelots &
le's foldats . On avertit M. Mauduit que des fcélérats
en vouloient à fa vie ; il répondit : ma
place eft ici , j'y mourrai s'il le faut. La cor
ruption gagne , les foldats parcourent la ville en
défordre. Ceux de M. Mauduit le mènent chez
le gouverneur pour qu'il y rende compte de fa
conduite ; il y eft infulté , il rentre dans la
maifon , ils l'y font prifonnier avec deux officiers
de les amis. On briſe les portes ; peuple , matelot
, foldats tous s'introduisent dans cette
maifon ; elle eft livrée au pillage.
Deux grenadiers prennent M. Mauduit & les
deux officiers , & les mènent aux cafernes. Un
des grenadiers pleuroit. M. Mauduit s'informe
( 207 )
du fujet de fes pleurs : Mon colonel , je pleure
fur le fort qui vous attend. -- Mon ami , répond
M. Mauduit , des jours que de longues années de
guerre glorieufe ont refpeclés , ne font pas à l'abri
di fer des affaffins ; mais les larmes d'un brave
homme comme vous confolent .
·
Pendant ce temps là la compagnie des grenadiers
d'Artois ouvroit les prifons de la ville ,
en faifoit fortir les criminels , des meurtriers . Ils
portèrent en triomphe l'un de ces miférables qui
avoit été fouétté & marqué , les préfentèrent tous
au peuple comme des victimes du patriotifine ;
ils forcèrent les prêtres à chanter un Te Deum
& affirent un de ces infâmes fur Pautel. On
convoque une affemblée pour entendre la juftification
de M. Mauduit : Affurez l'affemblée ,
difoit-il , que s'il ne faut que ma tête pour rétablir
la paix , j'en fais le facrifice.
>
Les drapeaux font enlevés & portés à l'églife .
Des foldats faififfent M. Mauduit , le conduifent
au lieu où fe tenoit l'ancien comité , l'y accablent
d'injures , veulent , mais vainement , lui
faire demander pardon & lui arrachèrent fes
épaulettes . Un grenadier d'Artois lui affène un
coup de fabre qui fend la tête d'un foldat fidèle ,
& l'étend mort entre fon colonel & l'affaffin . On
apperçoit une porte ouverte , de braves gens
Vont fauver M. Mauduit , un homme impitoyable
l'a déjà fermée , il n'eft plus de reſſource .
Un grenadier d'Artois donne un coup de fabre
fur la tête de M. Mauduit , un caporal du régiment
de Port-au - Prince lui paffe une épée an
travers du corps ; il reçoit la mort , mille morts ,
les bras croifés , fans proférer la moindre plainte.
Une femme lui tient les pieds tandis qu'on lui
coupe la tête , & les deux officiers qui l'accom(
208 )
pagnent ne doivent leur fuite qu'à l'acharnement
avec lequel ces forcénés fe difputent fon cadavre.
( L'orateur eft un de ces deux officiers . ) Sa tête
eft portée au bout d'une pique , fon corps coupé
en morceaux . Ses domeftiques n'échappent à la
mort qu'en fuyant , on tue fes chevaux... La
ville eft illuminée en réjouiffance . Il s'établit une
municipalité provifoire qui fait chanter un noveau
Te Deum . Le maire donne un bal , & y
préfente à tout le monde , comme le modèle la
civilac , cette même femme qui , la voille, ..
Des cris d'horreur ont interrompu, ce récit épouvantable
, & l'orateur a fini par invoquer Va
juftice de l'Affemblée national :.
co
Dans la réponſe du président on a remarqué
l'exclamation : Pourquoi faut-il qu'une révo
lution qui affure la gloire & la profpérité de
l'Empire , n'ait pu s'opérer fans de grandes agitations
, & que le bonheur général aut couté tant
de larmes particulières » ? Quelle ftoïque philo
fophie que celle qui au milieu de tant d'atiocités
jaouies , ne fonge que gloire , profpérité , n'y
voit que des agitations & le bonheur général !
Toutes les pièces ont été renvoyées aux comités.
L'Affemblée a décrété qu'il fera mis provi
foirement à la difpofition du miniftre de la marine
, la forme d'un million pour les dépenfes
néceffaires à l'expédition , pour la rech . che de
M. de la Peyroufe , & la continuation des dé-
Couvertes .
Il a été décrété que le département de la marine
fera l'avance de 5000 livres pour l'impreflion
de tables horaires calculées par M. de la Lande,
& que le miniftre fera chargé d'en poursuivre le
remboursement lors de la vente.
>
( 209 )
Du vendredi , 10 juin.
Sur la propofition de M. Démeunier , l'Affemblée
a décrété qu'il fera fait mention dans fon
procès-verbal des difpofitions fuivantes , en réponfe
à diverfes queftions des départemens , fur
la manière d'exécuter la loi du 29 mai , relative
au remplacement des adminiftrateurs .
Le tirage au fort pour l'exclufion de la moitié
des membres des corps adminiftratifs fe fera les
Portes ouvertes , & fera annoncé trois jours
d'avance. Les morts ›
& ceux qui ont donné
leur démiffion , feront comptés parmi ceux qui
doivent fortir. Il y aura deux tirages ; le premier
pour les membres du directoire , le fecond pour
les confeils. Les nouveaux élus n'entreroat en
activité qu'à l'époque de la prochaine feflion des
confeils qui fera inceffamment déterminée , &
chacun des membres actuels des directoires continuera
fes fonctions , jufqu'à l'ouverture de la
*feflion .
M. le Couteulx a demandé , & un décret a
accordé 150,000 liv . à la ville d'Orleans , &
400,000 liv . à la ville de Nantes , qui , depuis
la fuppreffion des ectrois , ne peuvent fubvenir
à leurs dépenfes ; fommes payables par la caiffe
de l'extraordinaire , à titre de prêt , en 12 mois ,
& qui feront rétablies dans ladite caiffe , en capitaux
& intérêts , fur le produit des fous additionnels
aux contributions foncières & mobiliaires
de 1791 , & à la garantie du feizième revenant
aux municipalités dans la vente des biens nationaux
, dont elles font foumiffionnaires . Ce calcul
fuppofe que la ville de Nantes vendra pour 6
millions 400 mille livres de biens nationaux , indépendamment
de ce que les particuliers en ache
( 210 )
teront fans l'intermiffion municipale . Au refte ,
ces fortes de graces . feront réſervées dorénavant
aux municipalités qui auront payé la contribution
patriotique & tous les impôts de l'année précédente.
En explication de la loi du timbre , qu'il eût
été naturel de fuppofer plus claire , M. Ræderer
a fait décréter onze articles additionnels .
cc
Au nom des comités de conftitution , militaire
, diplomatique , des rapports & des recherches
, M. Bureau de Pufy a fait un rapport
fur la propofition de licencier , ou l'armée , ou
les officiers : « Particl , le licenciement des officiers
feroit arbitraire ; total , il feroit vexatoire & dan,
gereux. Comment les remplacer ? Tireroit-on des
officiers de la maffe des citoyens ? Ils feroient
inexpérimentés , ignorans. Les prend oit-on parmi
les fous- officiers ? On paralyferoit l'armée . Le
foldat trouvera des torts à ceux à qui il pourra
fuccéder. Un bon foys- officier ne fera qu'un of
ficier plus que médiocre. Cette mefure eft impropofable
, fur-tout dans les circonstances préfentes.
Les comités ont donc penfé , à l'unanimité
individuelle , qu'il n'y avoit pas lieu à délibérer
fur la queftion de licencier les officiers . ».و د
Suivant le rapporteur , les caufes du défordre
font « le regret des officiers pour l'ancien ordre ,
T'humiliation peut- être mal calculée de fe voir au
niveau des autres citoyens , & l'infubordination des
foldats accréditée par le foutien que leur donnent
les citoyens... Les foldats croient que fous le prétexte
de patriotiſme , il n'eft rien qu'ils ne puiffent
tenter . Il y a 15 mois les officiers étoient prêts à
foutenir les principes de la conftitution , mais ilsfe
font arrêtés , ils ont rétrogradé par le feul effet de
l'indifcipline des foldats ... Je. connois des officiers
( 211 )
qui , profondément dévoués à la révolution , ont
paffé à la tiédeur & au dégoût abfolu , parce qu'ils
ont fauffement cru que cette infubordination qui
règne dans l'armée étoit un effet des loix nouvel
es , »
C'eft exceffivement vrai , a dit M.
de Cazalès.
117
Après avoir obfervé que l'étourderie de quelqués
jeunes individus eft malignement imputée au corps
entier , M. Bureau de Pufy a propofé d'abord de
févir contre les foldats infubordonnés , ce qui
a excité de violens murmures du côté gauche ;
& enfuite de décréter que tous les officiers figneront
leur engagement d'honneur d'être fidèles à
la nation , à la loi & au Roi , de ne prendre
part à aucun complot contre la conftitution , de
la défendre , & de faire refpecter la difcipline
d'accorder à ceux qui refuferoient de figner le quart
de leurs appointemens , attendu qu'ils ne peuvent
être tenus pour coupables , & d'honorer les autres
de nouveaux brevets de S. M. , qui les attachent
non au fervice du Roi , mais au ſervice de la nation ,
fous les ordres du Roi.
Fougueux apologiſte de tous les genres d'infurre&
t.on , M. Roberfpierre a traité les officiers
d'Ariftocrates , de fonctionnaires armés créés par
le defpotifine , de corps formé fur les maximes
les plus extravagantes du defpotifme , inftrument
de tyrannie , triomphe de l'ariftocratie , démenti
formel à la conftitution , infulte révoltante à la
dignité du peuple : « Voyez- les femant la divifion
& le trouble ; armer les foldats contre les
citoyens , & les foldats écarter ceux- ci des lieux
(desclubs ) où ils pouvoient apprendre les devoirs
facrés qui les lient à la caufe de la patrie ......
Pouffer les foldats , à force d'injuftices & d'ourages
, à des actes prétendus d'infubordination ,
( 212 )
cette
pour provoquer contre eux des décifions févères » .
Il n'a pas rougi d'accufer les officiers d'avoit
donné des cartouches infamantes aux meilleurs
patriotes : « Qu'eft devenue , s'eft - il écrié ,
puiffance qui , par une fainte défobéiffance aux
ordres facriléges des defpotes , a terminé l'oppref
fion du peuple , & rétabli la puiffance du fou
verain ? Plus de so mille des citoyens qui la
compofoient.... errent maintenant fans refource ,
fans pain , expiant leurs fervices & leurs vertus
dans la mifère & dans l'opprobre ......, fi l'opprobre
pouvoit être infligé par le crime à la
vertu . >>
3
A en croire ee promoteur , pour le moins in
confidéré , de fcènes exécrables , telles que le
maffacre de M. Mauduit , &c . on calomnié les
foldats , le peuple , l'humanité ; les foldats ne fë
font fignalés que par leur douceur à fupporter
les injuftices les plus atroces , à refpecter la dif
cipline en dépit de leurs chefs , qui s'efforcent
de féduire , de diffoudre l'armée , & qui ne
veulent que défendre le monarque contre le
peuple . Le mot honneur l'a . mis hors de lui.
I nommé un principe féodal. Quelqu'un lui
a crié de fe taire fur ce qu'il ne connoiffcit
pas. Il a répondu ceje me fais gloire de ne pas
connoître un pareil honneur ; » & pour l'en dédommager
, les galeries l'ont applaudi de toutes
leurs forces . Sa conclufion a été le licenciement
indifpenfable des officiers .
сс
Je ne franchirai point , a dit M. de Cazalès,
l'intervalle immenfe qui fépare un corps digne du
refpect de tous ceux qui font dignes de l'appré
cier , de ces lâches calomnies » ……….. A l'ordre,
à l'Abbaye , ont crié les membres de la gauche.
( 213 )
« Il ne doit point avoir la parole , a civilement
ajouté M. Biauzat , que fon infolence n'ait été
punie.
ל כ
M. de Cazalès a proteſté posément à l'Affemblée
, que , c'étoit par refpect pour elle , qu'il
réprimoit fa jufte indignation de la manière
dont on traitoit les officiers François ( mes frères
d'armes , a -til dit ) ; dix mille citoyens qui ,
dans la crife où nous ſommes , ont donné d'étonnantes
preuves de ce courage héroïque , de cette
vertu difficile qui confifte à oppoſer la patience
à l'injure ; qui , environnés de féditions foudoyées
, de municipalités faullement patriotes
jugés par des tribunaux zélés pour la révolution ,
font demeurés irréprochables , au point qu'on
n'a pu prouver la moindre accufation . « Compris
moi-même dans ces calomnies , j'ai le droit
de les repouffer ; & lorfque je me fuis condamné
à entendre , avec filence , ce qui vient d'être dit ,
il feroit abfurde de m'empêcher de traiter avec
le mépris que je lui dois .... ( Il s'eft fait ici
un vacarme affreux . ) cc Priverez - vous de leur
état dix mille citoyens , a repris M. de Cazalès ?
Ce font de mauvais citoyens , a crié une voix
du côté gauche . -- Il n'y a qu'un lâche qui puiffe
parler ainfi , a dit M. de Foucault ». L'anonyme
n'a pas jugé à propos de fe montrer .
-
" Des circonstances actuelles qui doivent rendre
des légiflateurs circonfpects , pallant à l'éloge
mérité , raiſonné , démontré des officiers François
, M. de Cazalès a établi , par les faits
que les foldats aiment leurs officiers : « la féduction
eft difficile , & le repentir eft prompt &
affectueux ; l'union repofe fur trop d'exemples
de courage & de probité , pour qu'elle ne foit ,
pás inaltérable .. Si l'armée eft encore fous fes
( 214 )
drapeaux , on le doit à ce fentiment indeftructible
. Jamais des fous -officiers ne l'obtiendront :
confultez les foldats eux - mêmes . Vos frontières
feront ouvertes , & l'intérieur livré au pillage .
Il importe infiniment qu'on apprenne que ce projet
infenfé a été rejetté auffi - tôt que propole ; la
difcuffion feule pourroit en dévenir funefte .
M. Ræderer a demandé que le comité diplomatique
fit demain fon rapport , afin qu'on fut fi la
force de M. de Condé n'eft pas dans l'armée fran
çoife , & que l'on jugeât après du fort des officiers
. Envain M. Fréteau a- t- il rappellé que les
comités avoient été unanimes . La difcuffion ayant
été renvoyée au lendemain , M. de Cazalès - a.
réfervé la fuite de fon opinion pour l'autre
féance.
Du famedi , 11 juin.
Après une tentative infructucufe deM. Bouche,
pour placer dans le confcil du Roi un fecrétaire,
rédacteur des délibérations qui y feroient prifes ,
M. de la Jaqueminière a fait décréter que les
anciens employés dans les compagnies , régies
& adminiftrations publiques fupprimées ou réduites
, jouiront des droits de citoyens actifs
dans les lieux où ils feront domiciliés à l'époque .
des affemblées primaires , quand même ils y réfideroient
depuis moins d'un an , pourvu qu'ils
réuniffent les autres conditions réquifes .
Au nom des comités de conftitution , diplomatique
, militaire , des rapports & des recher
ches , M. Fréteau a fait un très - long réfumé
de ce qu'il a nommé la fituation politique de
la France ; réſumé fi effrayant , qu'il y a lieu
de s'étonner que fes conclufions aient paru
d'une efficace fuffifante , & fi peu prouvé
( 215 )
qu'on eft également furpris que , des données aufh
Vagues aient conduit à des démarches très-pofitives
. Nos lecteurs jugeront des motifs & des
moyens.
nées ,
Des milliers de lettres , d'adreſſes , atteſtent
que l'agitation des efprits eft générale , a dit le
rapporteur ; que plulicurs fymptômes de foulèvement
fe mauifettent , que des émiffaires cherchent
à corrompre la fidélité des troupes de ligne.
( Les comités femblent n'ofer remonter à ces
corrupteurs dénoncés , & vouloir ici donner le
change ) . De grandes puiffances de l'Europe ont
fur pied des armées nombreufes & bien difcipli-
, que la paix du nord pourroit laiffer fans
Occupation , & que des spéculateurs inquiets
craignent de voir tomber fur la France
de la liberté qu'elle s'eft donnée . L'Espagne a
formé un cordon impénétrable fur fes frontières ;
la Savoie a tiré quelques régimens du Piémont
& l'on affure que fes forces , fur le revers des
Alpes , font fur un pied plus impofant que de
coutume. Ces mefures font accompagnées de
fignes de refroidiffement de quelques - uns de nos
alliés , & de précautions affez offeufantes prifes ,
en plufieurs lieux , contre les François ,
сс
:
en
כ כ
haine
L'agitation des provinces , dans l'intérieur
réfalte des écrits pleins d'amertume , & de hardieffe
, émanés de quelques princes d'Allemagne ,
femés avec prófufion dans l'Alface & dans la
baffe Lorraine d'autres écrits refpirant la fédition
& la révolte , répandus en France , du côté de
Luxembourg ; enfin , du paffage chez l'étranger ,
de nos ex-miniftres , des anciens agens du pouvoir
, d'une foule immenfe de perfonnes riches
& puiflantes . A ces circonftances fe joignent le
rappel de tous les mécontens qui étoient , depuis
( 216 ).
long- temps , hors du royaume , & qui reviennent
d'Angleterre , de Suiffe & de ,Genève , & férieufement
dans le lieu le plus fufpect , à Worms &
dans les environs ; l'aclaat qu'on affure qu'ils ont
fait , à tout prix , d'armes , de chevaux , d'équi
pages de guerre ; les enrôlemens , les compagnies
qui feront formées à Manheim , chez M. le cardi
nal de Rohan ; les commiffions d'officiers demandées
dans de nouveaux corps , la comparution
fur terre qui nous appartient , des gens de guerre
en uniforme ; les projets , les voeux fanguinaires
exprimés dans des lettres qui prouvent une correfpondance
très- animée , foit avec nos anciens
miniſtres réfractaires au ferment , foit avec les
miniftres des puiffances étrangères , réputées les
plus oppofantes à la nouvelle conftitution , foit
avec M. de Calonne ou avec les nombreux amis ;
enfin , l'importance des noms que l'opinion place
à la tête des projets de contre - révolution , eft
un motif puiffant d'inquiétude & d'ombrage . »
ג כ
Faut-il ajouter à ce tableau que , des indices
très- forts ont annoncé qu'on cherchoit à s'attacher
les chefs des atteliers de Paris ; qu'on remarque
dans cette capitale une affluence de gens
fufpects & de vagabonds. De fauffes nouvelles
font répandues pour aigrir le peuple ; l'armée ſe
porte à des excès ; les brigands font payés , protégés
dans toute la France par des mains invifibles.
Il exifte à Paris de ces mêmes fuppôts
d'intrigues & de fourberie , qui ont tout brouillé ,
dans le cours des années dernières , dans quelques
contrées peu éloignées . On craint , & ici ,
Melfieurs
, je vous parle avec la plus grande
adurance
on craint les conventicules de ces hommes
2.
deteftables ; on cite
les propos
& les noms indifcrets
( 217 )·
fcrets échappés à plufieurs qui arrêtent notre
marche ; ( fi l'on a tant d'afurance , pourquoi
ne pas faire un exemple juridique , au lieu de
fe borner à des déclamations ambiguës ) ?
сс
Ajoutez à ce principe de trouble , les fauffes
idées accréditées , ( par qui ? ) avec deffein parmi
le peuple , pour lui faire confondre la liberté avec
la licence , la foumiflion aux loix avec l'esclavage ...
Joignez à toutes ces caufes , des bruits finiftres
d'excès qu'on fuppofe devoir être prochains &
atroces , l'affectation avec laquelle on a forcé
les nuances , exagéré les récits de défordres qui
n'auroient pas eu lien fi on ne les avoit pas fait
naître , & cela dans le deffein de répandre effroi
dans les provinces , de dépeupler de tous les gens
riches & connus , la Bretagne , la Lorraine , la
Picardie , l'Alface , la Franche- Comté , en ua
mot , une foule de départemens,
M. Fréteau ne pouvoit ignorer dans quel parti
font les apologiftes des brigands , & des ingendianes
qui réduifent journellement tant de familles
à s'expatrier , de quel parti font les écri
yains & les orateurs, qui accréditent les bruits
finiftres d'excès prochains & atroces , & ces conventicules
d'hommes déteftables , ces plumes dégoûtantes
de fang , ces mains qui payent les
forfaits , & les fophiftes, qui les érigent en actes
de civifme. Mais il va lever un coin du voile.
Peignant les manoeuvres , les féductions
à prix d'or , qu'il a dit être notoires && contre
lefquelles aucun tribunal n'a févi ; les demandes
contradictoires , les voeux inconciliables qu'on
fuggère au peuple , & principalement aux habi
tans des frontières de l'Eft & de l'Ouest, du
Nord & du Sud , de nos villes maritimes , de
nos places les plus importantes , de celles ou les
No. 25. 18 Juin 1791. K
( 218 ))
garnifons étoient jufqu'ici plus foumises à la
difcipline . «Je vous cite Strasbourg , a -t-il ajouté,
Strasbourg cu la fociété des amis de la conftitution
, animés d'un zèle qui peut devenit bien
terrible à la France , a donné , le 14 avril ,
terrible éveil à tous les clubs auxquels ele a
adreilé fa pétition . Il eft évident que le fil des
le
tr gues qui voudroient ici faire anéantir toutes
les troupes de ligne , faire immoler au caprice
d'un moment une foule de défenfeurs de la patrie
, préparer un défordre univerfel par fincer
ti ude des moyens de remplacement , & le choc
de mille prétentions oprolées qui ne manqueroient
Pas de naître , prétentions abfurdes & inconftitutionnelles
qui renverferoient tout pouvoir lé
gitime , & ameneroient enfuite une anarchic irré
médiable ; le fil de ces intrigues , ditons - nous ,
va fe renouer dans des mains qui correfpond.rt
avec des François , ou autres , difperfés chez s
puisances du dehors , ou cachés dans les places
maritimes merce , ou dans les cabinets
& de
de quelques Etats peu favorablementdifpofés pot
la France, » ( On voit que cette évidence- la.ne
donne d'autre notion précife , finon que de dé
figner le club de Strasbourg & les autres clubs
qui ont provoqué le licenciement des officiers
comme inftrumens d'ure confpiration étrangère
D'après cela , comment M. Fréteau a-t- il oublie
ees clubs dans fes conclufions ? ) ,
Le
rapporteur
à
obfervé
que , M. de Conde
a de fréquentes
entrevues
avec
des princes
d'Allemagne
, depuis
qu'il
eft en
Allemagne
; que
M. de
Condé
loge à Worms
dans un château
de
l'électeur
de
Mayence
, de nos
voifins
le plus
ardent
à inſpirer
à la diete
de
l'Empire
des dif
pofitions
hoftiles
contre
nous .
nous . On prétend , 2
(2༥.9 ) ༽
CCt-
il ajouté , que l'esprit public fe deffeche en plafeurs
lieux , & que fon action eft prête à ceffers
( ce qui renverleroit la nouvelle conftitution fous
les proprés principes , s'il eft vrai que la lor foie
la volonté générale , & que l'infurrection fort le
plus faint des devoirs. ) Munaqulb ja -arg
Si l'ambition de quelques miniftres étran
gers vous fufcitoit des ennemis parmi les Rois
de l'Europe , s'ils n'étoient pas délarmés tous par
Féquité de vos principes , & la modération de
vos vues , au moins devroient- ils l'êtte" par la
vigueur de vos réfolutions , par la crainte de
vos préparatifs , par la fermeté de votre mainun
& de votre pofition militaire , 4,500,000
François dont la liberté armera le bras au prés
mier inftant ne feront pour aucune ligne de
princes un foible obftacle à furmontering
Votre code conftitutionnel fera à jamais
le tréfor du genre humain ; vous feul" avez
converti en loix les précieux réſultats de la
philofophie. C'eſt à vous que les fiècles , que
funivers devront devoir brifer le joug de l'erreur
du de la fuperftition , de l'i
defpotiffe ,
gnorance , par les homines qui , las comme
nous de cet état d'aviliffement & d'inertie où le
peuple François étoit tombé , anéantiront toutes
Es efpèces de tyrannies. » Les conclufions du rap
porteer ont été un projet de décret en 7 articles .
Séparant les queftions agitées la veille, de celles
propofées actuellement , M. d'Andréa ouvert lavis
qu'on ne pourroit licencier les officiers de l'armée de
Igre, à moins de diſfoudre la fociété, de mettre tout
en combuftion . On a pouffé les hauts cris de l'extré
mité du côté gauche . MM. Roederer & Roberf
pierre ont fait de vains efforts pour triompher
clameurs : aux võix ; le préalable? Un dé-
K 2
((229- ))
get a impofé filence à M. Roberfpierre , & fur le
champ l'Affemblée a décrété , à une très- g.ande
pluralité, qu'il n'y a paslieu à délibérer fur le licen
element. į
SM, Bureau de Pufy a repris le projet d'enga
gement d'honneur . M. de Cazalès a voulu frou
ver que ce nouveau ferment étoit inutile, &
dangereux ; un décret lui a coupé la parole. Le
côté gauche l'a long - temps , difputée à M. de
Foucault Nous vous laiffons parler , Meffieurs ,
taiffez- nous un peu raifonner , a dit M. l'abbé
Maury anoiulelt zev ab tuomi
ce Les officiers , confentiront encore a repris
M. de Foucault , à faire un nouveau ferment ,
qui annonce que vous vous méfiez de celui qu'ils
ont déjà prête collectivement. Si le bien public
le commande , ils boiront encore ce caliee d'amertume,
ils fupporteront ce nouvel outrage »....
Le bruit étoit au comble & s'eft prolongé,
y
M. Regnault a demandé que les mots : Sur
mon honneur , fuffent joints à tous les ferment
que prêteront les François . Selon M. de Tou
Longeon , les mots facramentaux honneur &
infamic , font juftes, quand ils regardent tout le
monde , mais font une exception offenfante y
L'Affemblée a adopté cet amendement addition
nel fauf rédaction. Quel peuple fut jamais allez
immoral pour avoir, befoin qu'une loi joignit
Finfamie au parjure ? Youp
2:
GC Voulez - vous écouter un vieux militaire
avoit dit M. d'Ambly 3 L'armée a déjà prêté
un ferment ; à quoi fervira un fecond ? Ceux qui
voudront s'en aller s'en iront . Ne les forcez
pas à cela , Je vous le demande comme bon citoyen.
tint 300
Pour démontrer que le nouveau ferment n'of
( 221 )
4
fenferoit pas les officiers , M. Bureau de Pary
alloit rappeller les troubles furvenus dans les
régimens. « Je vais vous en faire connoître da
caufe moi , a dit M. de Foucault , qui venoit de
prendre acte de ce qu'on interprétoit fes inten
tions bainfi que celles de M. de Cazales fans
les entendre ; ce font les clubs . Licenciez tous
les clubs , ont dié les membres du côté droit ...
Un vacarme affreux s'eft élevé & a duré phis
d'un quart-d'heure .
Ala faite de quelques obfervations de M.
Bureau de Pufy , fur le nouvel engagement , où
il ne voyoit qu'un démenti donné a de fauffes
allégations , démenti qu'il ne croyoit pas qu'on
pu s'offenfer de, devoir figuer , écartant la mo
tion de Mol'abbé Maury , qui demandoit
rajournement de l'article relatif à M. le prince
de Condé , Affemblée a décrété le projet d'hier
& celui d'aujourd'hui tels que nous allons les
tranfcrire ch
J 5
L'Affemblée Nationale , après avoir entendu
Je rapport de fes comités diplomatique , de conftitution
, militaire , des rapports & des recherchés ,
décrète ov sildur !
Art. I. Que le Roi fera prié de faire porter
fur- le-champ an pied de guerre tous les régimens
deftinés à couvrir la frontière du royaume , de
faire approvifionner les arfenaux de munitions (uffifantes
pour en fournir , même aux gardes natio
nales , en proportion du befoin. »
' ase II, II fera fait incellamment , dans chaque
département , une confcription libre , de gardes
nationales de bonne volonté , & dans la proportion
d'un fur vingt à l'effet de quoi les directoires de
chaque district inferironttous ceux qui le préfente
ront & enverront les différens états , avec leurs
K 3
( 222 )
-1
obfervations , aux directoires de départemens , qui
en cas de concurrence , feront un choix parmi
ceux qui fe feront fait inferire
« III . Les volontaires ne pourront fe raffembler
ni nommer leurs officiers que lorfque tes befoins
de l'érat l'exigeront , & d'après les ordres du Roi ,
envoyés aux directoires en verta d'un décret du
corps législatif, les volontaires feront payés par
l'état , lorfqu'ils feront employés au fervice de la
patrie, »
ec IV . L'Aſſemblée Nationale décrère que for
préfident fe retiera dans le jour par-devers le Roi ,
pour le prier de faire notifier dans le plus court déli
poflible , à Louis-Jef.ph de Bourbon Condé que
fa réfidence près des frontières , entourée depet
fonnes dont les intentions font notoirement fuf
pectes , annonce des projets coupables.
CC
23 1
V. Qu'à compter de cette déclaration à lui
notifiée , Louis-Jofeph de Bourbon Condé fera
tenu de rentrer dans le royaume dans le dé ai
de quinze jours , ou dé s'éloigner des frontierts
en déclarant formellement, dans ce dernier cas
qu'il n'entreprendra
jamais rien contre la confti
tion décrétée
par l'Affemblée Nationale ,
acceptée par le Roi , ni contre la tranquillité de
P'Etat
. »
&
« VI . Et à défaut par Louis-Jofeph de Bour
bon Condé de rentrer dans le royaume , ou , el s'en éloignant de faire la déclaration ci-deilus
exprimée , dans la quinzaine de la notification ;
PAHemblée Nationale la déclare rebelle , déchu
de tout droit à la couronne , » "
Déciète que les biens feront fequeftrés , &
que toute correfpondance & communication avec
ful ou avec les complices & adhérens demeurent
interdites à tout citoyen François fans diftinction,
( 223 )
à peine d'être pourſuivi & puni comme traître
a la patrie ; & , dans le cas où il fe préfenteroit
en armes fur le territoire de France , onjoint
à tout citoyen de lui courir fus , & de
fe faifir de fa perfonne , aipfi que de celle de
Les complices & adhérens , même le rend ref
posfable de tous les mouvemens hoftiles qui
puroient être dirigés contre la France fur les
frontières. »
« VII . Ordonne à tous les directoires de
veiller d'une manière ſpéciale à la confervation
des propriétés de Louis -Jofeph de Bourbon
Condé. »
« VIII. L'Affemblée Nationale charge les départemens
& diftricts , les municipalités & tribunaux
, de faire informer contre tous embaucheurs
, émiſfaires & autres qui entreprendroient
d'enrôler ou faire déferter aucun foldat
François . "
Du famedi , féance du foir.
Des députés de la garde nationale de Breft ,
admis à la barre , font venus inftruire l'Affemblée
dans l'art de convaincre ceux des colons qui
oferoient douter de fes véritables intentions . Pour
originer les douteurs , Meffieurs les députés
propofent l'envoi d'une efcadre , montée par des
gardes nationales , & commandée par de vrais
amis de la révolution . Sans cela , point de falut ,
point d'appui folide du décret fur les gens de
couleur décret qui a fait treffaillir de joie tous
Les amis de l'humanité , de la générofité , de la
conftitution , de la révolution , de la vertu , du
civifme , &c.
3.
Du dimanche 12 juin. Point de féance.
K
4
( 224 ) !
Le rapport lu Samedi par M. Freteau à
l'Affemblée Nationale , eft le premier tra
vail où les Comités . aient perdu le ton de
confiance & de fécurité , auquel on a
imprudemment habitué l'opinion publique.
Nous avons fréquemnient peint l'intérieur
de la France fous les mêmes traits
que le Rapporteur : on nous accufoit alors
de calomnier la Révolution . Parmi tant
d'Ecrivains méprifables , auxquels
on a
fi follement
confié le foin de la défendre ,
il n'en eft pas un qui n'ait traité la Nation
comme les valets du ferrail traitent le Defpote
qui y eft renfermé, en écartant de lui
tous les nuages de la réflexion , & en l'endormant
fur un lit de rofes , pour lui cacher
les tempêtes que l'erreur ou l'ignovance
forment autour de lui.
Si jamais la France eut befoin d'un Goutvernement
vigoureux , c'eft aujourd'hui ;
& nous fommes fans Gouvernement. Les
Agens des Comités de l'Affemblée Na
tionale , ces inftrumens des Clubs , qu'on
appelle encore les Miniftres du Roi , eu
perdant toute autorité , toute influence ,
toute confidération , n'ont pas même confervé
ce degré de confiance publique , qui
récompenfe quelquefois la nullité , & fans
lequel l'exercice du moindre pouvoir , au
milieu de l'anarchie
, n'eft qu'un témoi(
225 )
gnage d'impuiffance & d'aviliffement. Bar-
Tons - nous aux autorités qui remplacent
celles du Monarque ? Ici , c'eft un Dépa
tement qui , de fon chef, & fans en référer ,
met un embargo fur les navires. Là , un
autre Département qui ordonne l'expulfion
d'un détachement militaire , néceffaire à la
sûreté des lieux dévaftés par des brigands
( Chantilly ) & un Miniftre qui répond aux
repréfentations des Intéreffés , le Département
le peut. Ailleurs , c'eft un de ces Corpe
Adminiftratifs , qui à l'inftant où l'Affemblée
Nationale décrète le repos des confciences
, & la liberté des Prêtres non affermentés
, les chaffe tous de leur domicile
en 24 heures. Toujours en avant , ou
en arrière des Loix , alternativement audacieux
వ
2
ou pufillan
Olant
tout
lorique
la licence publique les feconde , & ' nofant
rien lorfqu'il faut la réprimer , fe hâtant
d'abufer de leur autorité du moment
contre les foibles , pour fe faire des titres à
venir de popularité; ne fachant maintenir
l'ordre qu'aux dépens de la tranquillité &
de la sûret publiques ; exagérant ce qui eft
défa exagéré , forçant des applications de
Loix au lieu de les tempérer avec équité ,
battus de tous les vents fans un principe
pour un gouvernail , embarraffés dans fes
rênes de leur adminiſtration nouvelle &
compliquée , & joignant la fougue des
"paffions à l'inexpérience & à l'incapacité :
J
KS
2
( 226 )
tels font une grande partie des hommes
fortis du neant , vides d'idées & ivres de
pretentions , fur lefquels repofe maintenant
le foin de la force & de la richeffe
publiques , l'intérêt de la sûreté , les bafes de
a puillance , & le nerf de tout Gouverne
ment. sobr antilim hamedastab qu
Jettez les yeux fur la Marine , fur T'Armée.
A peine compofées , les Clubs en ont
fait le patrimoine de leur Légiflation :
chacune de ces Sociétés privées eft un
Confeil de guerre fuprême : l'ordre oou le
défordre fent dans leurs mains a leur
voix un régiment fe débande , fe foulève
contre fes Supérieurs , les profcrit &
les chaffe. Chaque Soldat a le droit de de
venir le délateus officiel de fes Chefs , &
la certitude de dépofer efficacement , dans
le Tribunal d'un Club , fa délation que
inille bouches vont appuyer , BPropager
d'un bout du royaume à l'autre.st
Dans toutes les divifions de l'Empire ,
dans toutes les branches d'adminiftration,
dans chaque rapport , on apperçoit la
confufion des autorités, l'incertitude de
l'obéiffance , la diffolution de tous les
eins , le vide des reffources , la déplorable
complication des refforts énervés ;
pas un moyen de force réelle , & pour
tout appui , des Loix qui , en fuppofant la
France peuplée d'hommes fans vices & fans
pallions , ont abandonné l'humanité à fon
indépendance originelle.
( 227 )
Certes , les conclufions de M. Fréteau
ne remédieront pas à cette calamité. Jamais
un Etat où chacun a le droit , le pouvoir &
le caprice de gouverner , où l'obéiffance aux
loix dépend du raifonnement plus ou moins
heureux de ceux , que l'efprit d'anarchie
porte chaque jour à défobéir , jamais cet
Etat ne repouffa un grand danger.
Ordonner des forces fur le papier fans
en créer ou en affermir le mobile , c'eſt
tracer un plan de défenfe fur le fable.
Le Décret obtenu par M. Fréteau n'eft
donc qu'un palliatif comminatoire. Heureufement
, il a pour objet un péril que je
perfifte à regarder comme iniaginaire , c'eftà-
dire, une entrepriſe des François émigrés
pour opérer , à man armée, une contre- revolution.
Les inquiétudes que donne leur
ent , ffoonntt aalliimmeennttééeess par ce
torrent de Feuilles infenfées , auxquelles
il n'eft pas arrivé, au milieu des inepties
qu'elles vendent chaque jour à la crédulité
publique , de rencontrer la plus petite
vérité de détail fur ces prétendus projets
extérieurs . Comme nous ne fommes plus
an
temps de la Chevalerie , où quelques
Paladins conquéroient des Royaumes , la
guerre des Emigrans reffemble trop à un
Chapitre de l'Ariofte : c'en eft affez pour
la tranquillité de tout homme fage : il
laiffe:a les Folliculaires accabler indiftinctement
d'infolentes bêtifes ces abfens , qu'ils
K
( 228 )
ont le courage d'infulter de loin , & il fe
perfuadera qu'ils n'ont ni la puiffance de
Toumettre le Royaume à leurs loix , ni
par conféquent la volonté de le tenter.
Aucun plan de ce genre ne réuffiroit
fans de très - grands appuis dans l'intérieur.
Or , en gémiffant fur la fubverfion prolongée
de l'ordre public , fur les faulles
bafes de liberté qu'ont amené de fauffes
maximes & des delfeins pervers , fur la fituation
d'un Prince dont la Nation devroit arrofer
le trône des larmes de la reconnoifance
, un grand nombre de mécontens ,
la claffe immenfe de ceux qui déplorent.
en filence tous les excès , n'en perdent pas
de vue la fatale fource : ils ne voudront ja
mais leretour des abus qui , en faifant crouler
l'ancien Gouvernement , expoferoient à de
nouvelles cataſtrophes le régime abfolu
qu'on tenteroit de rétablir. En un mot ,
ceux qui invoquent une autre Conftitution
, ne veulent point l'acheter par ce
qu'on
on a nommé une contre-révolution ,
c'est- à- dire , recevoir le defpotifme par la
force armée , ni combattre pour le choix
des tyrans.
Un femblable évènement fera un être
de raifon , fi l'on fonge à le prévenir
par une conduite politique , directement
oppofée à celle qu'on a fuivie avec l'aveugle
ment de la fureur . Ce n'eft pas à Worms ou
exiftent les dangers : il en eft de plus grands :
( 229 )
fi le véritable amour de la liberté , fi le
patriotifme , fi la prudence ne font pas plus
écoutés qu'ils ne l'ont été jufqu'à ce jour ,
aucune puiffance humaine ne nous en tirera,
LETTRES DE DÉPARTEMENS.
сс
Limoges , ce 31 mai 1791 .
La rélation du maffacre de M. de Maffey , à
Tulles , inférée dans le No. 139 du Moniteur , eft
dictée par quelqu'un de trop partial • ou trop
peu inftruit des faits , pour que nous ne nous
empreffions pas d'en détruire la fauffeté , en vous
priant d'inférer dans votre premier Nº . les détails
fuivans , dont nous vous garantiffons l'exacte
vérité. »
L'attachement & l'eftime que nous avions
pour M. de Maffey, nous impofent le devoir de
répouffer la calomnie , dont on veut noircir la
mémoire . » #
M. de Maffey avoit commandé à Tulles pendant
6 mois , un détachement de so hommes
du régiment Royal-Navarre , qui y avoit été envoyé
l'année dernière , à foccafion des troubles
qui regnoient dans les campagnes aux environs
de la ville. La fermeté , la bonne conduite du
commandant & des cavaliers , ramenèrent bientôt
la paix ; la vigilance de ce chef l'entretint
mais lui fit des ennemis nombreux tous les
malveillans , dont il déjoua les manoeuvres , lui
jurèrent une haîne éternelle. On profita du raffemblement
des gardes nationales étrangères
non ordonnée par décret ,
pour une fédération
pour défigner M. de Mafey, corsme un ennemi de
la révolution , La réfiftance qu'il apporta dans cette
:
( 230 )
occafion à mettre fon chapeau au bout du fabre ,
fut jugée un crime fufflant , pour prononcer contre
lui un arrêt de profcription . M. de Maffey fut
alors rélevé , & depuis , le détachement réduit à
trente hommes , reltà fous les ordres d'un liegtenant.
››
« Neuf mois étoient écoulés depuis que notre
infortuné camarade étoit part . de Tulles . Si les circonftances
qu'il n'avoit pas provoquées lui avoient
fait des ennemis dans cette ville , il avoit auffi
le fuffrage & l'eftime d'une grande partie des
citoyens. Il en recevoi chaque jour les te- téimoignages
les plus flatteurs. M. de Maffey , dont
le coeur étoit plus fufceptible de reconnoiffance que
de crainte , voulut , malgré les inftances de fes
camarades , aller revoir les amis en grand nonbre
qu'il avoit laiffés dans cette ville . C'étoit
peut - être une imprudence ; mais elle trouvera
de l'indulgence dans les ames honnêtes & fenfibles
. »
4
« Son retour à Tulles parut faire peu de fenfation
dans les premiers momens ; il y étoir
depuis environ huit jours , logé chez M. de
Poiffac , député à l'Allemblée nationale , qui avoit
pour lui une amitié particulière . Le 9 de ce mois ,
à dix heures du foir , plufieurs perfonnes tumultueufement
affemblées , s'arrêtent fous les fenêtres
de M. de Poiffac , frappent à la porte, &
Vomiffent mille invectives , groffières co..tre le
maître & la maîtreffe de la maiſon , contre M.
de Maffey , & plufieurs perfonnes qui y fou
poient avec lui. Ces efpèces de provocations ,
"peut-être faites à deffein , duroient en effet d
puis quelque jours , & les infultés fortirent alors
pour les faire celler. Dès qu'ils paroiffent , l't-
Stroupement fe diffipe , un feul homme demeure,
( 231 )
& excite par fon infolence la vivacité de ces
meffieurs. Il fut battu & reçut des bleffures ;
mais il eft conftant , & le bleffé a afluré luimême,
qu'il ne l'étoit pas de la main de M.de Maffey.
N'importe , il étoit la victime choifie , & cet
événement malheureux , devint un prétexte plaufible
, pour la défigner au peuple . La nuit qui
fuivir parut calme ; mais la haine ne dort point .
On profita des ténèbres de la nuit , pour repandre
fourdement que M. de Maffey avoir affaffiné
un citoyen , mort fous fes coups ; bientôt
la nouvelle en fut générale.
116
Par la plus grande fatalité , la moitié du dé
tachement , qui étoit encore à Tulles , partit le 10,
à cinq heures du matin , pour aller au fourrage
a quelques lieues de la ville , fuivant l'ordre qu'il
en avoit reçu la veille du lieutenant qui le
commandoit , & qui étoit bien loin de le douter
alors , des regiets qu'il auroit de l'abſence, de
fes cavaliers. בכ
" A 6 heures le peuple s'affemble , s'émcut ;
la maifon de M. de Poiffac eft cntourée , en
demande à grands cris M. de Maffey. Il domoit
tranquillement. Eveillé par l'allarme générale de
toute la maifon i fe leve & dit à M. de
Poiffac: tachez de fauver vos jours , foyez tranquille
fur mon compte , je faurai mourir, »
nec 3 Comine la maifon alloit être forcée , Le
x pouvant refifter aufli a une violence fupericure , M.
de Massey ferera dans un canal fouterrain ,
qui conduifoit à laivière ; il y étoit aimé : deux
beures s'écoulèrent , faas qu'on fût le découvrir.
Pendant tout ce tems , le peuple pilki , faccagea la
maifon de M. de Poiffac , & lui même ainfi
que fa femme , courut les plus grands riques.
Ce fut atco bien de la peine que les officices
( 232 )
3.
3
1
municipaux parvinrent à les fouftraire à la fureur
du peuple , & à les conduire au diftrict ,
ainfi que M. l'abbé de Lantilhac leur parent ,
ci-devant comte de Lyon , qui fut rélevé dans
le jardin ; il avoit reçu plufieurs coups de fufils ,
fes habits étoient criblés , mais heureufement il
n'a eu que de légères bleffures . »
- cct
ce Cependant les vaines recherches du peuple
pour trouver notre malheureux camarade , ne lafsèrent
point fa rage , & le lieu de fa retraite
fut enfin découvert. Avant cet inftant un maréchal
des logis de la maréchauffée , avoit , au
péril de fa vie pénetré dans la foule pour
fauver cette malheureufe victime ; c'eft lui qui
parla le premier à M. de Maffey. Rendez- vous ,
il ne vous fera point fait de mal. Je fuis ici pour
garantir vos jours. Ah! C'est vous Durand ,
y a t-il sûretépour moi en me livrant à vous ?
M. Durand qui avoit fait jurer au peuple qu'il
n'attenteroit pas à la vie de M. de Maffey , lui
donna fa parole qu'il feroit conduit au diftrict ,
fous la fauve- garde des loix . Str ce te affurance ,
& fort de fon innocence , M. de Maſſey dépoſa
fes armes , & fe temit entre les mains du maremit
réchal des logis & d'un officier municipal : Bientôt
cette foible efcorté eft éloignée . Le peuple ar
rache M. de Maffey , & l'immole à fa fureur.
Chacun fe difpure le plaifir barbare de faire
couler fon fang. Son fupplice dura plus de “deux
heures , & fut accompagné de toutes ces attocités
n'attenteroit le
J
qui
agrifent
les
exécutions
populaires
.
If expire enfin fous mille coups de bayonettes ;
de piques , de marteaux , & d'autres inftrumens
qui fervoient d'armes à cette inultitude effrenée ;
notre malheureux camarade n'a pas proféré une
plainte . Après la mort , fol tadavre fanglant
20
C
( 233 )
fut trainé dans la boue , le vifage contre tervez
fes habits furent déchirés , on les brûle à côté de
lui , puis on fit la motion de le brûler luimême.
Cependant cet avis ne fut pas fuivi. Get
infortuné fut laitlé dans la rue jufqu'au foir , &
pendant ce tems les infultes & les outrages rédoublerent
fur ce cadavre mutilé. Enfin la municipalité
parvint à le faire inhumer. Un prêtre
lui rendit ce dernier devoir , & pendant l'enterrement
le peuple ne ceffa de chanter le fatal
refrein , ça ira. »
« Néanmoins , dans la crainte des nouveaux
malheurs qu'auroit pu occafionner le jufte ref-
"fentiment des cavaliers , les corps adminiftratifs
avoient pris des précautions pour empêcher de
rentrer ceux qui étoient aux fourrages , & faire
partir le même foir , le petit nombre de cavaliers
reftés dans la ville avec le commandant
, qui mutuellement coururent les plus grands
dangers. »
Nous nous abftenons de toute réflexion ;
il n'en eft pas befoin pour faire partager
notre profonde affliction à toutes les ames
honnêtes . »
1
Les officiers du régiment 22. de cavalerie ,
ci-devant Royal-Navarre.
Thionville , le 19. Juin 1791 .
Hier , vers midi , un détachement de notre
régiment a amené ici cinq déferteurs des troupes
à cheval de l'Empereur ; fe repofant dans un
cabarer , ils fe font laiffé prendre fans difficulté ,
& conduire à Thionville , quoiqu'ils fuffent armés
en guerre. Le Commandant de la Ville a fait
mettre ces cinq hommmes dans la prifon miliaire
, comme cela fa pratique , d'après les trai(
234 )
tés , entre Luxembourg & Thionville au fuje
des déferteurs. Une heure après l'arrivée de ce
détachement , un Officier de l'Empereur , en venant
réclamer ces cinq hommes & leurs chevaux ,
a été affailli d'injures : fa cocarde noire , qu'il
avoit à fon chapeau , lui a été arrachée par la
garde nationale qui s'étant emparé de lui , la
conduit à la Municipalité , après l'avoir configné
aux portes . »
La Ville a refufé de rendre hommes & de
vaux, à la réclamation de l'Officier de l'Empereur,
envoyé par le Commandant de Luxembourg ,
avant que l'Affemblee nationale en cut décidé
autrement ; & ce malgré les inftances de M. de
Klingling qui commande à Thionville , & quine
vouloit pas violer les droits des traités concernant
les déferteurs . La Municipalité en fa qualité de
Souverain , & munie de la toute- puiflance , a agi
defpotiqueinent fans avoir égard à M. de
Klingling ni à aucune autre confidération . Tous
fes Membres raffemblés , la Municipalité a décidé
hier fort tard , que l'Officier de l'Empereur
pourroit s'en retourner : que les cinq déferteurs ,
fortiroient de prifon , qu'on leur donneroit à cha+
cun dix écus , & qu'ils auroient la liberté de s'eu
retourner chez eux à leur volonté ; mais que leurs
chevaux feroient vendus au profit de la Nation »
L'Officier de l'Empereur , en pleine féance
de la Municipalité affemblée , a voulu plufieurs
fois réitérer les réclamations ; le Maire & fos Ad
joints lui ont répondu que s'il perfiftoit , on le
mettroit à la lanterne cette réponſe a été aps
puyée par la populace raffemblée à ce fujet . L'Of
fier & fon Maréchal - de- Logis qu'il avoit
améné , ont gardé le filence . His s'en font retour
nés, M. de Klingling a été forcé d'acquiefcer à la
( 235 )
volonté fouveraine de la Municipalité , qui a
enfreint les traités jufqu'ici refpectés . 1
(Cette Lattre authentique nous a été confiée par
une perfonne refpectable , qui l'a reçue d'an Officier
du Régiment Dauphin en garnifon à Thionville)
Dunkerque , ce 3 juin 1791 .
in Des foldats du régiment Colonel- Général
infanterie , & Viennois , en garnifon dans cette
ville , profitant du bienfait que le patriote Miniftre
de la Guerre leur a obtenu de nos légiflateurs
, affiftoient avant- hier à une léance des
amis de la conftitution . Elle roula pendant pis
de trois heures fur les moyens de fe défaire de
Jeurs Officiers . M. Damonceaux , beau- fière de
J'auguste, M. Merlin , & dont le patriotisme
n'est pas moins actif, préſenta cette motion fous
toutes les formes qu'il crut propres a la fire
adopter. Effectivement , fa civique, éloquence lui
réuffit ; car trois jeunes recrues du régiment
Colonel- Général , nouvellement admis au club,
après avoir prêté leur ferment de dénonciation
l'appuytrent avec chaleur . Un caporal de Vien
nois le leva pour la combattre , & le fit avec
cette franchife qu'on peut attendre d'un , brave
A
loyal militaire . La voix de ce brave caporal
fut étouffée dès qu'il voulur rendre justice aux
officiers de la garnifon ; & l'on arrêta de fine
une adreffe à l'Affemblée nationale , pour folli
citer le renvoi des officiers . ond
M. de Théon, Lieutenant- Colonel & Com
mandant du premier régiment Colonel- Général,
fachant très - bien que le patriotifine de les foldats
ne confifte pas à commettre des atrocités
encore moins a les diriger contre leurs fupérieurs ,
de qui ils n'ont jamais reçu que des preuves
d'attachement , avant -hier matin après l'exercices
( 236 )
a tenu le difcours fuivant aux deux bataillons
: »
« La perfuafion où je fuis que des defcendars
de l'ancien Picardie , régiment qui n'eut jamais
que l'honneur pour guide , & la gloire pour objet
, font incapables de participer par leur confentement
ou leur approbation , à un crime qui
fouilleroit à jamais fes drapeaux , me détermine
à vous dénoncer des foldats portant notre un
forme, qui fe font oubliés au point de prendre
la parole dans une fociété publique , pour appuyer
la motion auffi impolitique qu'indécente de demander
le renvoi des Officiers de l'armée, »
CC S'il étoit néceffaire , Meffieurs , de vous retracer
la conduite de ceux que l'on cherche à
vous faire outrager , par l'appât de l'intérêt &
de vains honneurs , je vous dirois que , dans les
moindres circonstances , vos officiers vous ont
donné des preuves non équivoques de leur attachement.
Rappellez -vous , en dernier lieu , votre
malheureufe affaire de Lille , où , fe regardant
plutôt comme vos amis que comme vos fupéieurs
, ils fe font mis à votre tête pour vous
faire un bouclier de leur corps , quand ils ont
vu qu'ils ne pouvoient vous détourner de cour
inconſidérément à une mort prefque certaine ,
en eſſayant de venger le meurtre de vos camarades.
»
« Mais que dis-je ? c'eft faire injure à votre
coeur que de le foupçonner d'ingratitude & de
trahifon ! Il eſt malheureux pour le corps qu'il
ne fe foit pas trouvé à cette affemblée quelqu'on
de, nos camarades auffi - bien penfant , & doué
de la même énergie , qu'un fous- Officier da
vingt- deuxième régiment , qui a fu rendre juftiae
à fes officiers, »
K
Q
( 237 )
^
« Je m'arrête ! mon coeur navré ne peut plus
que vous attefter , Meffieurs , que le voeu le
plus ardent de vos Officiers , eft de contribuer à
votre bonheur , & de mourir à votre tête , en
combattant les vrais ,ennemis de la patrie . »-
粤
3
Ce difcours , prononcé avec l'accent de l'élo
quence militaire , a produit Peffer qu'on devoit
en attendre . J'ai vu Findignation fe peindre fur
la figure des grenadiers , des foldats , fur-tout
de ces refpectables vétérans , qui n'ont pu , fans
un attendriffement , mêlé d'un noble orgueil ,
s'entendre rappeller langloire attachée aux dra
peaux de Picardies Les murmures, les plus violens
alloient éclater contre ces jeunes audacieux
envoyés dans doute dans le corps, pour y poster
le trouble & le défordre , Ton n'avoit fait
fouvenir le foldat qu'il étoit fous les armes . A
peine rentrés dans leur quartier , toutes les com
pagnies nomment des députés pour aller porter
à M. de Théon l'expreffion de leurs regrets , du
défaveu de la démarche de ceux qu'ils regardoient
comme indignes d'être leurs camarades , & enfin
du dévouement le plus parfait à lui & à tous
leurs fupérieurs . » Le même foir , ils ont adreſſe
la lettre fuivante au Club de Dunkerque.
Faiq MESSIEURS ,
Trop inftruits des démarches de quelques- uns de
Bos camarades , faites fans notre participation ,
bégard de nos Officiers , dont ils ont demandé le
Fenvol à votre Société , nous ne pouvons que mé
prifer une pareille conduite de leur part ; mais
nous aimons en même temps à nous perfuader
qu'ils ont été féduits par des confeils perfides . Quoi!
Mellieurs , renvoyer nos Officiers . Et à quel titce ?
( 238 )
Eri avons -nous le droit ? Quel eft le Décret , qued
eft l'ordre qui nous y autorife ? Et quand nous
en aurious le droit ! Quel eft le mal , quelle eft
Finjuftice dont nous ayons légitimement lieu de
nous plaindre d'eux ? Non , Meffieurs , nous ne
donnerons jamais notre confentement à une motion
aufli injufte . En conféquence , nous avons
Fhonneur de vous prévenir que nous proteftons
hautement contre ce qu'ont pu faire à cet égard
quelques particuliers , fans notre aveu ; & nous
Commes dans la ferme & judicieuſe réfolution de
marcher toujours avec honneur fous les ordres de
nos Officiers , dont nous avons d'autant plus lied
denous louer , que dans notre malheureuſe affaire
de Lille , ils nous ont donné des preuves tenli
bles de leur fincère attachement . Nous n'aurons
""
point aujourd'hui la lâcheté de les payer d'une ingratitude
aufli noire que honteufe : notre an bition
eft de re connus par des fentimens plus nobles,
Telle eft , Mefheurs , notre manière de penfer.
2 Nous en faifons part aujourd'hui , comme à
#ous , a MM : les Amis de la Constitution des
Jacobins à Paris ,
Alibaba az o eli *
remogov
Colmar, le 7 juin 1791 .
ว
« Je viens , Morfieur de lire avec le plus
grand étonnement dans le No. 92 du Journal
des Mécortens , que les Chaſeurs d'Alford ſc
difpofoient à renvoyer leurs Officiers . Je m'em
preffe de détruire un bruît auffi calomnieux &
aufli infultant pour un régiment , dont le bon
elprit & exacte difcipline ne te font point demenas
un feul inftant. Il règne au contraire la
plus parfaite union entre les Chef, & les Subor
donnes i clle eft fondée fur Teftime réciproqué
( 239 )
des uns & des autres , & fur leur commun dévouement
à la chefe publique . Les éloges done
ce Corps a été comblé , & par le Miniftre &
par tous les Corps Adminiftratifs des Départemens
où il a été employé ; la juftice qu'on a rendue
publiquement a fon patriotilme & à fa corduite
diftinguée , font des preuves qu'il eft incapable
de fe déshonorer ppar une action auffi lâche , &
auffi infâme que celle dont on lui fuppete le
projer..
ko ce
לכ
Votre journal éta le plus univerſellemene
répandu , je vous prie en grace d'y inférer ma lettre
afin d'arrêter l'effet d'une auffi calomnieufe imputation
, & montrer qu'il eft heureulement
encore des régimens qui favent reſpecter leur
devoir. »
+
4
MURAT , Lieutenant - Colonel.
Orange , du 6 juin 1791 .
La Municipalité d'Avignon , confternée des
menaces référées des brigands , a envoyé dis
Députés à Aix demander du fecours au Direc-
1oire du Département ; mais ce fecours' lui a été
abfolument refalé. La prétendue Aſſemblée électorale
a été ignominieufement chafiée de Sorgues ;
les femmes même en ont poursuivi les Membres
dont plufieurs fe font retirés. Le refte s'eft préfenté
à Pernes , & on lui a fermé les portes de
cette ville. Cette Affemblée n'a pu trouver d'afyle
qu'à Cavaillon ; & vraisemblablement ce ne fera
pas pour long - temps . Les brigands annoncent
toujours qu'ils vont attaquer Carpentras ; mais
ils n'ofent en approcher , & n'en forment le
blacus que de fort loin , en occupant les bourgs
& villages circonvoitins ... Les habitans de Care
( 240 )
pentras font continuellement des forties , & ne
rentrent prefque jamais fans avoir fait des cap
tures plus ou moins confidérables , ils vaquent
même aux différens travaux de l'agriculture , fous
de bonnes cfcortes accompagnées de canons de
campagne . On a commencé à inveftir le Comtat
de troupes , du côté de la France , afin d'éviter
la contagion du brigandage. Le commerce des
départemens voisins fouffre beaucoup des troubles
de ce pays , & les Dauphinois fur-tout menacent
de les faire ceffer ' , f n n'y met bientôt un
terme. L'oppreffion du bas Comtat eft au comble.
Une partie du haut Comtat n'y eft pas auffi ex
pofée par les précautions que le Département de
la Drôme a prifes , pour empêcher toute violation
du territoire François. »
On a arrêté à Villeuve-lez -Avignon , trois
embaucheurs dépêchés par l'armée de Monteux,
Les foldats du détachement de Bourgogne , infanterie
, qu'ils ont voulu corrompre dans cette
yille , les ont dénoncés ; mais par pradence , &
par la crainte de quelque atroce repréfaille , la
Municipalité les a fait relâcher au bout de quel
ques jours.
-P. S. Un parent du fieur Tournal nous
à mande qu'on n'imputoit à ce Gazetiet
d'avoir été faifi à la Palud avec 250 mille
livres en argent & en affignats , que pour
l'expofer à la fureur du Peuple ; nous nous
faifons un devoir de rapporter cette récla
mation , car nous ne voudrioas pas avoir
le tort de calomnier même un méchant
homme , & il paroît évident que ,
fur ce
point , on a calomnié le fieur Tournal
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 25 JUIN
1791 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
A une généreufe Citoyenne , qui a fouferit
pour une très-forte fomme dans la conf
cription civique & militaire , & qui a voulu
garder l'anonyme.
TON
ON fexe n'eft point fait pour l'horreur des
combats
;
こ
La Na ure l'arma pour un plus doax ufage :
Conquérir tous les coeurs , y régner fans partage ,
Voilà les vrais fuccès qu'il doit à fes appas.
O toi qui ne pouvant défendre la Patrie .
Lui donnes ta fortune au défaut de ton bras,
Crois-tu voiler ton nom ah Itu n'y parviens pas
Tous les bons Citoyens te nomment CORNÁLIE .
( Par M. Pafque ; Aide-Major
I
A
's"
PArmée Bordelaife , & Membre de la :
Société Les Amis de la Conftitution. )
alan
N°. 26. 25 Juin 1791 , G
124 MERCURE
VERS DE M. ROUCHER ,
SUR le refus d'inhumer le corps de
VOLTAIRE.
UE Que dis-je ? ô de mon Siècle éternelle infamie 1
L'hydre du Faratifine , à regret endormie , ..
Quand Voltaire n'eft lus, s'éveille , & lâchement
A des reftes facrés refuſe un Monument.
Eh ! qui donc réſervait cet opprobre à Voltaire ?
Ceux qui , déshonorant leur peux Miniftere ,
En pompe , hier peut-être , auraient enleveli
Un Calcas foixante ans par l'intrigue avili ,
Un Séjan , un Verrès , qui , dans des jours iniques ,
Commandaient froidement des rapines publiques.
Lear Tegne a fait trente ans douter s'il eſt un Dieu;
Et cependant Icurs noms avans dans le faint licu ,
S'élevent fur le marbre , & jufqu'au dernier âge
S'en vont faire , au Ciel même , un magnifique ou
tragesalommal 5 Justs) the 201
Et lui qui ranima par d'étonnans fuccès ,
L'honneur déjà vieilli du cothurne Français ,
Lui qui nous retira d'une crédule enfance ,
Qui des perfécutés fit tonner la défenfe :
Le même en qui brillaient plus de talens divers ,
Qu'il n'en faut à cent Rois pour régir l'Univers ,
L
I
DE FRANCE. 725
Voltaire n'aurait point de tombe où les reliques
Appelleraient le deuil & les larmes publiques ? .
Et qu'importe après tout à cet homme immortel
Le refus d'un afile à l'ombre de l'Autel ?
La cendré de Voltaire , en tout lieu révérée ,
Eût fait de tous les lieux une terre facrée :
Où repofe un grand Homme, ua Dieu vient habiter.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du -Logogriphe du Mercure précédent.
I
ر د
E morde la Charade eft Trouver ; calui
de l'Enigme eft Levres ; celui du Logogriphe
eft Ortie , où l'on trouve Or, Rot, Rótie.
54 b ...
CHARADE,
Si je dors , mon premier m'eft utile par- tout ;
Mon fecond me conduit fans craindre de barriere ;
Le Soldat ne faurait abandonner mon tout
Sans être furde champ privé de la lumiere.
(Par trois jeunes gens, âgés dé 12 & 13 ans. )
G 3
126 MERCURE ,
JE
É NÁLG M EL
E trouve mon tombeau dans le fein de celui
Qui me reçoit & me donne un appui ;
Mais qu'on ne fouille point pour trouver må
fubftance ,
Car je n'ai plus de corps quand je perds l'exiſtence,
( Par un Abonne.
LOGO GRIPHE
QUAND je fais bon , je ſuis délicieux ; ,
Mais autrement je ne vaux pas le Diable.
Souvent & trop fouvent je fais des malheureux ;'
Aufli pour bien des gens fuis-je fort redoutable.
Dans mes fix pieds je préfente aux Lecteurs ,
Ce qui les fait diftinguer de la bête ;
Le nom de ces trois grands Seigneurs ,
Dont chacun fit préfent honfête
Au fils unique du Très - Haut ;
Ce qu'on doit favoir comme il faut
Pour chanter un air de musique ;
Ce qui fait vieillir Angéliques *
Ce qui tourmente les chevaux ; }
Ce qu'on ne fait qu'au fein des eaux.
( Par M. Houaie. Į
P
t
(
DE FRANCE. 127
7
-NOUVELLES LITTÉRAIPES .
MÉMOIRES de la Vie privée de
Benjamin Franklin , écrits par lui-même,
& adreffés àfon Fils ; fuivis d'un Précis
hiftorique defa vie privée , & de plufieurs
Pieces relatives à ce Pere de la Liberté.
A Paris , chez Baiffon , Libr. rue Hautefeuille
, No. 20.
QUOIQUE la partie de ces Mémoires de
Franklin , écrite par lui - même , n'aille
guere au delà de fa trentieme année , & s'arrête
à une époque bien antérieure à fa vie
politique , & même à la brillante réputation
que lui donnerent fes découvertes en phyfique
, ces Mémoires n'exciteront pas moins
la curiofité des Lecteurs avides de connaî
tre les détails de la vie d'un grand Homme.
Cette carriere de gloire ouverte fous des
aufpices fi humilians aux yeux de l'orgueil
Européen ; le futur Légiflateur de l'Amérique
, entrant de nuit dans Philadelphie , fans
favoir ou coucher , mangeant un morceau
de pain le long des rues , dans une ville
eu , cinquante ans après , fon nom devait
G4
328
MERCURE
être l'objet de la vénération publique ; un
Garçon d'Imprimerie deftiné à devenir un
des Auteurs de la Liberté dans fa Patrie ,
& l'un de fes Héros dans une partie de
JEurope ; voilà ce qui eût paru impoffible
au commencement du ficcle , & ce qui
n'eft qu'admirable à la fin. C'eft un plaifir
de fe repréfenter l'étonnement de nos
Grands d'Europe , vers l'année 1730 , fi
un efprit prophétique , leur annonçant les
deftinées de Franklin & de Jean-Jacques
Rouffeau , leur eût dit : Deux hommes de
la claffe de ceux que vous pommez gens
du Peuple , pauvres , dénués jufqu'à cou
cher à la belle étoile ; l'un , après avoir
fondé la Liberté dans fon pays ; l'autre ,
après avoir pofé les premieres hafes de
l'organisation fociale , auront l'honneur
d'avoir, à côté l'un de l'autre , ou en regard ,
une ftatue dans le temple de la Liberté ,
Françaife , à Paris , Ces deux derniers mots
n'euffent point paru faciles à expliquer,
La furpriſe n'eût pas diminué , fi on eût
dit à nos importans que les coopérateurs
d'un de ces grands Hommes , Membres
d'une petite Société fondée par lui , dans
une ville de l'Amérique feptentrionale ,
étaient de petits Artifans , des gens de
métier , un Menuifier , un Commis de
Marchand, un Arpenteur , un Clerc de
Notaire , un Cordonnier, qui s'avifaient
de mêler la culture de leur raifon à leurs
イ
DE FRANCE. 1.29
travaux journaliers , & dont quelques - uns
avaient de profondes connaiffances dans les
mathématiques. Voilà des moeurs dont prefque
aucun Français n'avait l'idée : & de
nos jours même , combien d'entre eux s'é-
Tonnaient en apprenant que Genêve & la
Suiffe offraient ce mélange de la culture des
Sciences & de la pratique des métiers les
plus vulgaires! C'eft pourtant le fpectacle que
la France préfentera prefque par-tout dans
un affez petit nombre d'années ; & ce changement
fera l'effet , non feulement de la
révolution dans les idées , mais de la nature
des chofes , & de la néceflité qui force-
-ra les hommes à faire uſage de tous leurs
moyens de fubfiftance , fans avoir à combattre
d'abfurdes préjugés qui n'exifteront
plus , où qui rendront ridicule la claffe de
Citoyens où ils pourront le conferver.
Ces Mémoires de Franklin feraient encore
recommandables , quand il n'eût été
qu'un Citoyen
Wan
bon pere tra
Cant à fes enfans le tableau de la vie , &
leur montrant , par fon exemple , tous les
fruits qu'on peut tirer de l'emploi du temps ,
de la fobriété , de l'induftrie , de la vigilance
, énvifagés comme moyens de fortune
& de confidération publique , dans un pays
libre. Ce fut en effet , par ces qualités ,
que Franklin fe mit à portée de cultiver
fes ralens littéraires & politiques , & de
donner , en totit genre , Felfor à ſon génie.
G
130 MERCURE
Il joint à fes leçons, l'aveu de fes fautes,
franchife qui , en le faifant aimer , ajoute
à l'autorité de fes confeils ; c'eft la fimpli
cité du bonhomme Richard , mélée au ton
de la paternité. Mais ce pere eft Franklin ,
& à l'Hiftoire de fa vie , écrite pour les enfans
, il joint celle de fon efprit & de fon
ame. Attentif à faifir les rapports des рет
tites chofes aux grandes , il montre l'influence
des petits événemens de la jeuneſſe
fur le caractere , fur les idées qui déter
minent les habitudes de toute la vie , fur
les principes qui , dans la fuite , décident le
parti qu'on prend dans les circonftances les
plus importantes. Il raconte comment s'était
formé en lui ce goût d'ironie Socratique ,
de queftions plaifantes ou captieufes , qu'il
avait confervé jufque dans fa vieilleffe.
Ce fut le fruit de la lecture répétée de
Xénophon, & particuliérement des chofes
mémorables de Socrate . Les Vies de Plutasque
, fon autre livre favori ,, développerent
en lui ce grand fens, qui depuis le dirigea
dans la vie politique comme dans fa vie
privée.
开
On a joint à ces Mémoires la continuation
de la Vie de Franklin , écrite par un
Anglais qui paraît plus attaché aux intérêts
de la mere Patrie qu'à ceux du genre hu
main, & aux principes de la Liberté. On y
rend juftice à Franklin , comme homme de
Lettres & comme Phyficien. Mais on dé
0
C
a
I
t
2
2
a
C
DE FRANCE. 121
ג י
plore le malheur qu'il eut de fouiller fa
gloire , en fe jetant dans la carriere politique
où il développa, dit-on, un grand Machiavé
lifme. Les noms de boure-feu , d'incendiaire.
ne lui font pas épargnés , non plus que les
épithetes de pervers & de perfide . Cette
colere des petits fripons diplomatiques :
d'Europe contre un grand Homme , contre
un des Auteurs de la Liberté Américaine ,
eft tout-à -fait amufante. N'imaginant pas
qu'en politique on puiffe dire la vérité
& n'ayant pas voulu la croire , lorfque
Franklin la leur dit avec une franchiſe
héroïque , à la barre du Parlement d'Angleterre
, ils ne regardent leur propre incrédulité
que comme un piége qu'il leur
avait tendu. Ce n'eft à leurs yeux qu'une
rufe nouvelle dont ils fe reprochent d'avoir
éré dupes ; & ne pouvant nier qu'on leure
avait parlé vrai , ils s'imaginent qu'on leur
avait parlé vrai pour les tromper , & pour
n'être pas cru ; femblables à ce Général qui',,
averti par fon adverfaire de tout ce que
celui- ci projetait d'exécuter dans la cam--
pagne prochaine , ne prit que de médiocres ›
précautions contre des projets annoncés ,,
portant ailleurs une partie de fon attention
& de les forces , ce qui fit dire à fon ad
verfaire vainqueur : Je n'y conçois rien , je
lui avais tout dit.
La plus grande partie des reproches faits
à Franklin dans l'Ouvrage de l'Ecrivain Ar-
G &
132
MERCURE
glais, prend ſa ſource dans cette abſurde idéo
que la Révolution Américaine eſt l'ouvrage
d'un feul homme , ou de quelques hommes
que l'on qualifie de factieux , méprife com
mune en tout pays aux Agens du Gouver
nement qui vient de fuccomber. Accoutumés
à voir fouvent l'influence d'un feul homme
dans le Gouvernement , lorſqu'il était dans
fa force , ils fe perfuadent que les changemens
qui furviennent font auffi l'ouvrage
d'un petit nombre d'hommes , & ne démêlant
point la multitude de cauſes qui pré
parent & opérent une Révolution , ils ar-
Fêtent leurs regards & leur haine fur un
petit nombre de perſonnes que leurs talens ,
leurs places , leur réputation , ou même
le hafard des circonftances expofent le plus
au grand jour, On ne confidere pas que ces
hommes n'ont d'existence & de force , que
parce qu'ils font les organes d'un intérêt
commun & du befoin général . Lui feul
confomme les Révolutions qui ne peuvent
´s'opérer que quand elles font inévitables ;
chaque génération les regardant comme un
fardeau qu'on voudrait rejeter fur la généra
tion fuivante , & dont on ne fe charge que
lorfque les maux publics font devenus un
fardeau non moins pefant. Dans ce dernier
état de chofes , quelques hommes de génie ,
calculant la pente de l'efprit narional , &
enviſageant toutes les reffources qu'il multiplie,
paraiffent les chefs d'une oppofition
16
9
fe
10
P
0
DE FRANCE. 133
qui , étant générale , ou prefque générale ,
ne peut , dans un pays libre , ou qui cherche
à le devenir , être l'ouvrage de quelques
individus. Et en effet , quel autre motif que
le fentiment d'un intérêt commun peut raffembler
autour d'eux leurs égaux & la majorité
du Peuple ? On cite en preuve de
l'illufion qu'on peut faire à la multitude ,
plufieurs exemples pris dans l'Hiftoire Grec
que ou Romaine, ou même quelques exem
ples plus modernes ; mais on oublie la prodigieufe
différence des temps , des lieux
des moeurs , &c. &c. On oublie fur-tout cel
moyen puillant qui manquait aux Anciens,
TImprimeri , qui , en peu de jours & à
de grandes diftances , rallie les eſprits à la
raifon , à la caufe publique , diffipe les illufions
, détruit les erreurs , les menfonges ,
les calomnies qu'elle - même avait d'abord
propagées ; enfin amene cet inftant où les
choles fe fubftituant aux hommes , les petits
ambitieux fe trouvent bientôt démafqués
, & où l'ambitieux , doué de génie
fe voit contraint de fonder fur l'intérêt gé--
néral le fuccès de fon ambition .
>
A l'égard des Peuples modernes , à qui
Imprimerie n'a procuré qu'une liberté
imparfaite , achetée par de longs troubles
ou par de grandes calamités , il faut confidéter
que la conquête de la liberté y fut effayée
dans un temps où la raifon publique n'était
point affez avancée , & lorfque les prin
134
MERCURE
cipes conftitutifs d'un ordre fccial utile à
tous , ne brillaient point d'une lumiere qui
pût attirer tous les yeux. Cette lumiere
brillait pour l'Amérique à l'époque de fa
Révolution ; la France , à l'époque de
la fienne , paraiffait bien loin de ce terme
; mais les caufes qui l'y ont pouffée
rapidement , font trop connues pour qu'il
foit befoin de les rappeler. Quoi qu'il en
foit , il eft également vrai pour l'Amérique
& pour la France que les Chefs apparens
de la Révolution ont pu en être les fanaux,
mais n'en ont point été les boute-feux. Franklin
fur-tour eft au deffus d'un tel reproche.
Il avait frémi des fuites d'une rupture avec
la mere Patrie ; il voulait la paix ; mais il
ne la voulait pas au prix de la fervitude ;
& forcé de choifir entre la fervitude & la
guerre , il le
détermina pour la guerre ,
plutôt que de fubir le joug d'un Gouver
nement oppreffeur.
pas
ט
"
ม
ค
Voilà ce que ne lui pardonne pas fon
Hiftorien , bien affligé que Franklin fe foit
avifé d'être un politique , & ne fe foit
borné à mettre au jour une infinité d'inventions
utiles à l'Humanité. Il admire beaucoup
quelques ftances tracées fur un petit e
poêle en forme d'urne , imaginé par le Docteur
Franklin, & pratiqué de maniere que
la flamme defcend au lieu de monter. C'eft
de cette derniere circonftance que le Poëte
tire un éloge malin .
DE FRANCE.
135
» Il s'élevn , comme Newton , à ume
hauteur qu'on croyait inacceffible ; il vit
& obferva de nouvelles régions , & rem-
» porta la palme de la Philofophie.
» Avec une étincelle qu'il fit deſcendre
du Ciel , il déploya à nos yeux de hautes.
merveilles , & nous vimes , avec autant
" de plaifir que de furprife , fes verges miraculeufes
nous protéger contre le ton-
و د
≫ nerre ..
->
و د
Oh ! s'il eût été affez fage pour fuivre,
fans déviation , le fentier que lui avait
" tracé la Nature , quel tribut d'éloges n'au-
❞ rait pas été dû à l'inftructeur , à l'ami
» de l'humanité ! Mais hélas ! le défir de-
» fe faire ur nom en politique , dégrada:
» fes fublimes talens. Ce défir fut en lui
» une étincelle infernale qui alluma la
» fédition.
3,9
2.
» Auffi la fincérité écrira fur fon urne :
» Ici repofe l'Inventeur renommé. Son génie
devait , comme la flamme , s'élever vers
les Cieux ; mais forcé & perverti , il defcend
vers la terre , & l'étincelle rentre
" au fombre féjour d'où elle était fortie «.
On ne peut nier que ce rapprochement
ne foit ingénieux. En voici un d'un plus
beau genre
:
Eripuit cælo fulmen , fceptrumque tyrannis.
Un Miniftre de France , M. Turgot ,
alors en place , écrivant ce vers au bas
136
MERCURE
du bufte de Franklin, tandis qu'un fimple
particulier Anglais rimait ceux dont on
vient de lire la traduction ; c'était là un
contrafte qui n'était point à l'avantage du
Verfificateur Anglais ; peut- être même an
nonçait - il un changement marqué dan
l'efprit des deux Peuples."
( C... )
LA Légende dorée , ou les Altes des
Martyrs , pour fervir de pendant aux
Actes des Apôtres ; Feuille périodique .
A Paris, chez les Mls. de Nouveautés.
I
a
16
g
De toutes les Feuilles Ariftocratiques ,
la feule qui foit parvenue à ma connaiffance
, c'eft celle qui a eu tant de
P
vogue , fous le titre d'Actes des Apôtres.
Je ne fais fi elle exifte encore les
grandes réputations paffent vite par le
temps qui court : c'eft peut-être ma fautes
mais il y a long - temps que je n'entends
plus parler de ces fameux Acles . Un ga
fant homme de mes amis , à qui je ne
connais qu'un défaut , celui de n'être
pas extrêmement Révolutionnaire , attenda
qu'il n'aime que la paix , & que la paix &
une Révolution ne vont pas très-bien enfenible
, m'avait prêté des recueils de ces
Attes, apparemment pour une convertit .Je 2
1
P
f
b
DE FRANCE. 137
les ai parcourus fur fa parole & fur celle
de la renommée ; mais c'est une terrible
épreuve que le recueil , dans ce genre de
compofition. Il m'était arrivé , comme à
d'autres
, en foupant chez d'honnêtes
Ariftocrates ( il y a d'honnêtes gens partout
) , d'entendre des bribes de ces Actes ;
j'y avais trouvé des facéties affez drôles
& des folies qui m'avaient fait rire ;
mais il y a bien de la différence entre
une Feuille & un volume : c'eft une vérité
d'expérience qu'on ne fait pas affez .
Il faut que chacun garde fa mefure : tel
a fuffifamment d'efprit pour trois minutes
, qui n'en a pas pour un quart
d'heure ; & tel va jufqu'au quart d'heure ,
qui , au bout d'une demi - heure , est un
fot, Croyez moi cer avis eft important ,
Meffieurs les faifeurs de Feuilles , de
Parades , de Proverbes , de Pamphlets ,
de petits Vers d'Almanachs ou de Socié
té , même d'Opéras comiques : prenez
garde au recueil, Toutes ces chofes - là
meurent en détail , fans icandale , fans
inconvénient , fans que perfonne s'en apperçoive
; mais le recueil , c'eft l'enterrement
folennel , c'eft la mort conftatée.
Ce que j'en ai vu d'exemples , ne
finirait pas
à rapporter , & ferait trem
bler. Combien de gens , dont j'ai ouï dire
autrefois qu'ils avaient de l'efprit , qu'ils
failaient de jolies chofes ! ils ont eu l'ams
à
148 MERCURE
bison da velome & de la reliure : aucun
dex d'en est revenu.
Nes drives auront du moins une rel
fource ; ils n'ont pas une vie collective
, i' peuvent encore avoir quelque
temps nevie partieile : tant qu'il y aura
T 2 contre la Révolution , les Apopourront
vivre comme on dit , au
jutla jource ; cependant , on voit qu'ils
1nt deja bien déchus de leur premiere
fplendeur ; & fi des hommes de ce génie
éprouvent un tel rabais , que fera- ce des
autres :
1: faut être jufte envers tout le monde :
dans les volumes que j'ai feuillerés , il y
a quelques morceaux agréables ; deux ou
trois Parodies bien faires , & une petite
piece de Vers affez jolie , celle qui com
mence ainfi :
Ah ! qu'il eft mal-ailé d'être bon Citoyen !
Mais l'efprit de parti eft une belle
choſe , fi leurs Lecteurs les plus paflionnés
n'ont pas éré dégoûtés de la monotonie
de leurs tournures , qui ne forrent
pas de l'ironie & de la contre-vérité ; s'ils
ont pu foutenir un débordement de calembours
, de quolibets & de rebus fur les
noms des Députés ; c'eft une mine riche,
fans doute ,
peur
Ces froids bons mots
A double ſens qui font l'efprit des fots. Volt
t
P
DE FRANCE. 139
Mais il ne fallait pas l'épuifer : il ne
fallait pas vivre fix mois fur l'accouchement
de mon ami M. Target ; il y à
un peu de ftérilité à fubfifter i longtemps
d'une caricature grotesque ; il faut
être fobre de bouffonnerie ; car fi l'on en
rit quelquefois , on la méprife toujours.
Ce que j'en dis ici eft purement affaire
de goût. Je ne mets pas plus d'importance
à toutes ces farces que M. Target
lui - même , qui n'en eft pas moins un
homme très éclairé , & un des meilleurs
travailleurs du Comité de Conftitution.
Je confeillerais auf aux Apôtres d'être
extrêmement réfervés fur la Poéfie : ce
n'eft pas là leur miffion. Ils prodiguent
les vers dans leurs Feuilles , Odes , Epîtres
, Fables, Epigrammes , Poëmes , Contes
, & c. Tout ce que j'en ai lu , eft , fi
j'ofe le dire , du genre plat , & plat même
pour aujourd'hui , ce qui eft beaucoup .
و
Quoi qu'il en foit , de bonnes ames
voyant que l'Ariftocratie , qui n'eft pas
forte en raifon , voulait fe fauver par la
plaifanterie , quoique dans le fond elle
n'eût ni fujet , ni envie de rire , ont voulu
rire auffi , & les Martyrs fe font mis en
pendant avec les Apôtres. Je ne déciderai
pas entre ces deux Puiffances : en ma qualité
de Patriote , je ferais peut - être fufpect
; c'eft au Lecteur à juger. On fait
bien qu'en général c'eft une tâche difficile
140
MERCURE
d'être plaifant à
commandement; il faut donc
leur pardonner de n'être pas toujours auth
gais qu'ils le voudraient. Ils le font quelquefois
de fort bonne grace ; par exemple ,
dans
ces couplets fort joliment parodiés de ceux
de Nina , & où l'on fait parler un Procareur
qui attend le retour des Parlemens :
Quand le Parlement reviendra ,
Là , dans cette chambre chérie ,
La chicane alors renaîtra
Pour le bonheur de notre vie.
Mais je regarde.. hélas ! hélas A
Le
Parlement ne revient pas.
*
Quel éclat frappe mes regards ?
La Mefle rouge ! ô jours profperes !
Des Ducs , des Pairs de toutes parts
Vous triomphez , Parlémentaires,
Mais je regarde .... hélas ! hélas!
Je regarde & ne les vois pas .
Ciel ! que tout ira bien mieux ,
Quand du grand Séguier l'éloquence,
Dans un difcours vif & pompeux ,
Peindra les malheurs de la France !
Mais ... mais... j'écoute... hélas ! hélas
Maître Séguier ne parle pas , &c,
Ce
&
DE FRANCE. 141.
Ce qu'il faut dire encore à l'honneur
de nos Martyrs , c'eft qu'ils fe tirent fort
bien du ftyle férieux , ce que les Apôtresne
font pas. En voici une preuve dans ce
fragment d'un Eloge funebre de notre Mirabeau,
où on le compare à Démofthene.
"Demofthene n'eut à combattre que contre
un Prince étranger, & il était foutenu des
forcés de fa Patrie ; Mirabeau lutta contre
les Tyrans de fa Patrie , & n'eut longtemps
pour lui , que lui - même . L'Ora
teur Athénien fe forma dans un fouterrain
où il fe retira volontairement ; l'Orateur
Français fe forma dans les donjons
& dans les cachots. L'un retardé à chaque
pas par les lenteurs de fon génie
& par les obftacles que lui oppofait la
Nature , paffa une partie de fa vie "à
conquérir des connaillances bornées ;
l'autre , doué d'un génie ardent , d'une
conception facile , d'une forte mémoire
, acquit promptement une univerfalité
de lumieres bien rare dans un Orateur
. Démofthene employa l'art pour vaincre
la Nature ; Mirabeau vit la Nature
& l'Art fe réunir pour lui affurer la palme
de l'éloquence. Enfin , l'un paquit dans un
pays libre, & le laiffa, affervi en mourant ;
autre trouva fa Patrie affervie , & la lailla
libre.
( D...... )
"
142
MERCURE
SPECTACLE
S.
LA Révolution n'a - t - elle pas éclairé
?
toutes les idées n'a - t - elle pas renversét
les préjugés politiques , religieux de toute
elpece ? En eveillant les Français de leur
long affoupili ment, ne les a-t-elle pas engagés
à porter un oeil examinateur fur tousles
objets qui les entourent , pour les réduire
à leur jufte valeur ? Ni les grands
noms , ni les grandes places , ni les grandes
réputations ne nous en impoſent plus.
Pourquoi donc dans les Arts , & particuliérement
dans celui de la Muſique , les
préjugés fubíntent – ils encore dans toute
leur force ? La Muſique , celui de tous les
Arts , qui , ayant le moins de bafes dans
la Nature , eſt le plus fujet aux caprices
de la mode , & a le plus de beautés purement
de convention ? Quel eft donc ce
reſpectfupertitieux que l'on a pour les productions
anciennes ? Pourquoi faut-il admirer
encore ce qu'on ne pourrait plus entendre
fans un mortel ennui ? Pourquoi , lorfque
l'ancien ftyle mufical eft reconnu mauvais ,
& a fubi une réforme complette , a - t-on
confervé une eftime religieufe pour quel
ques Ouvrages écrits dans ce ſtyle improuvé
?
REC
Ces
new
DE FRANCE
143
Qui voudrait , par exemple , faire aujourd'hui
de la mufique comme Rameau
la faifait de fon temps ? Qui voudrait imiter
fa mélodie traînante & furannée , charger
comme lui fon harmonie , compléter
fans choix fes accords de toutes les notes.
qu'ils peuvent fupporter ? Qui voudrait
écrire avec auffi peu de foin & de goût
les parties inftrumentales , les faire diverger
entre elles , mettre aux Deffus ce qui convient
aux Baffes , placer auffi mal les inftrumens
à vent , renoncer enfin à cette
belle ordonnance que l'étude des Italiens
& des Allemands ont mis en ufage parmi
nous Perfonne affurément ne voudrait
reculer à ce point dans la carriere muſicale.
D'où vient donc que ces Ouvrages , qui
ont joui dans leur temps de l'eftime qu'ils
méritaient , puifqu'on ne connaiſfait rien
de mieux , conferveraient - ils cette même
eftime qu'ils ne méritent plus aujourd'hui ?
Pourquoi cette mufique , qui n'a plus le
droit de plaire à nos oreilles , eft-elle une
arche facrée à laquelle on ne puiffe toucher
fans s'expofer à l'indignation publique.
pour un fi téméraire attentat ?
Arrivons enfin à l'application de toutes ›
ces queftions. Le Poëme de Caftor & Pollux,
d'un ftyle peut -être un peu précieux , mais
au moins très-brillant & très foigné , préfentant
d'ailleurs affez d'intérêt & un fuperbe
ſpectacle , a paru à l'Adminiſtration
144 MERCURE
de l'Opéra mériter d'être rendu à la Scène .
mais on ne pouvait le faire reparaître avec
une mufique antique & entiérement oppofée
au goût moderne . Plufieurs Compo
fiteurs ont tenté de la refaire ; celle de M.
Candeille a été la mieux accueillie par
l'Adminiftration .
a
2
P
a
Mais bientôt lui - même s'eft effrayé de
fon audace. Il a cru devoir , par une
lettre modefté publiée dans les Journaux,
sexcufer auprès du Public de fa témérité.
On a encore augmenté fes terreurs;
on lui a prefcrit les morceaux confacrés
qu'il fallait conferver , tout en lui faifant
craindre que les fiens ne puffent foutenir
un rapprochement fi redoutable. Cepen
dant ces terreurs ont été vaines , & l'Ou
vrage a eu beaucoup de fuccès . Mais d
s'il faut en croire les Zélateurs anciens ,
la gloire n'en appartient pas au Compo
fiteur moderne , mais feulement aux beautés
du Poëme & aux morceaux de Rameau
qu'on a pu conferver. Quelle pré-
!!
vention ridicule combien elle eft nuifible
aux progrès des Arts , & combien
elle prouve que celui de la Mufique eft
encore étranger aux Français !
Les morceaux principaux que l'on a
confervés font , au fecond Acte , 1º. Le
choeur que tout gémiffe ; on a bien fait ce
choeur eft peut-être , de tout ce qu'a fait
Rameau , ce qu'il y a de plus exprellif.
D'ailleurs
to
C
8
0
DE FRANCE. 149
D'ailleurs , un choeur n'a prefque pas de
mélodie fenfible , & c'eft fur-tout la mélodie
de Rameau & de fes contemporains
qui a vieilli . La partie de l'Orcheſtre était
défectueufe , & M. Candeille l'a refaite.
On l'a forcé auffi de conferver le chant de
triftes apprêts , dont il a fallu refaire la
partie inftrumentale. Je ne puis juger du
morceau que M. Candeille avait mis à la
place & qu'on lui a fait ôter; mais cette mélodie
lâche & traînante au lieu d'être large
& majeftueuſe , trifte & monotone au lieu
d'être pathétique , n'a paru faire aucun effet.
On a confervéauffi plufieurs airs de danfe
avec très-peu ou point de changemens. On
ne pouvait mieux faire , non pas par ce refpect
que l'on prétend devoir à un homme
autrefois célebre, mais parce queces airs ont
des beautés réelles qui les foutiendront dans
tous les temps.
Ce n'eft pas une contradiction avec ce que
je viens de dire. La Mufique eft compofée de
deux parties diftinctes, l'harmonie & la mélodie.
L'harmonie a fa bafe dans la Nature,
car elle eſt le produit de tout corps fonore
; auffi eft-elle invariable : fes procédés
font les mêmes dans tous les lieux
& dans tous les temps. Mais l'harmonie
de la Nature n'offre que des accords ifolés
& fans liaiſon ; c'eſt la mélodie qui
lui donne une fuite & nous la rend fen-
No. 26. 25 Juin 1791.
•
H
*46 MERCURE
fible. Cette mélodie vague & qu'on vou
drait en vain affimiler au chant des oifeaux ,
'a véritablement dans la Nature aucun
modele , elle eft entiérement foumile au
caprice, Appliquée aux paroles , elle n'ex
prime rien , car il n'y a aucune phrafe
de musique qui , par elle- même , ait une
expreffion déterminée Si elle agit fur nos
organes , en ébranlant certaines fibres , ces
fibres feront également ébranlées par quel
que fuite de fons , par quelque forme de
mélodie qu'il vous plaife d'inventer,
१
Mais fi vous joignez la force du rhythme
des
cette fuite de fons que j'ai commencé
par fuppofer vagues ; fi , par
retours périodiques , vous venez à ébranler
les mêmes fibres à des temps égaux ,
c'est alors que la Mufique a fur les hom
mes une véritable puiffance ; elle les émeut ,
les entraîne , & peut exciter en eux les paffions.
Ce n'eft pas la prétendue expreflion
muficale qui prodaira cet effet , ne vous y
trompez pas , car il aura lieu fans le fe
cours des paroles. C'eſt une certaine com
motion purement phyfique qui vous électrife
malgré vous & indépendamment de
toute réflexion.
Tel eft le propre des airs de danfe
& voilà pourquoi ceux qui font bien
faits , c'eft - à - dire , ceux où le rhythme
eft très fenfible & heureufement em-
-
0
de
pa
fa
DE FRANCE. 147
ployé , font à l'abri des caprices de la
mode , & agiffent également fur tous les
Peuples & dans tous les temps. Les Italiens
& tous les étrangers que le plus
beau de nos anciens airs de chant ferait
fire de pitié , font un fréquent ufage de nos
airs de danfe. Nous ne pouvons plas en
tendre les chanfons antiques ; les chanfons
dés Peuples barbares ne nous plairaient
pas ; mais il y a tels airs de danfe anciens
ou barbares qui produiraient fur nous unt
grand effet.
Rameau poffédait à un haut degré l'art
de compofer pour la danfe ; une chofe
même très remarquable , c'eft qu'il en
tcrivait beaucoup mieux la partie inftrumentale
que celle de fes airs de chant
M. Candeille a donc agi fagement eu
s'emparant de tous ceux qui fe trouvaient
à la convenance ; & nous devons remarquer
pour fa gloire , que ceux de fa com
pofition qu'il y a joints , ne font point dif
parate , & ont même une fraîcheur de mélodie
qui les font diftinguer.
2
M. Candeille a ofé refaire un morceau
fameux , à qui les paroles , par une penfée
fine & délicate , ont donné jadis une
réputation long - temps foutenue; je veux
parler de préfent des Dieux chanté par
Mr. Lays avec infiniment de grace , ce
morceau , d'une mélodie très-fuave , a été
H
148 MERCURE
fort applaudi , ce qui n'eft pas un médiocre
triomphe au milieu des préventions qui
affiégeaient un grand nombre de Spectateurs.
En général , M. Candeille a répandu
beaucoup de charme fur tout cet
Acte des Champs- Elyfées , qui , dans le
temps de Rameau , avait fait la fortune de
fon Opéra. J. J. Rouleau qui n'était pas
refpectueux de fon caractere, à qui les noms
n'en impofaient pas ,
pas , difait que l'Acte des
Champs - Elyfées de Rameau , reffemble à
celui d'Orphée comme le paver reflemble
à la rofe. Celui de M. Candeille ne lui
aurait sûrement pas infpiré cette ingé
nieufe mais offençante comparailon.
}
Je fuis fâché que ce Compofiteur n'ait
pas conçu différemment le choeur des De
mons , au feu da Tonnerre. Il a fuivi le
rhythine & en partie le chant de coltide
Rameau , qui a de la chaleur fans doute,
mais qui manque entiérement de noblelle.
Il a été féduit probablement par les ap
plaudemens que ce morceau excite toujours.
n'a pas pris garde que ces applaudiffemens
font l'effet indifpenfable du
mouvement qui regne alors fur la scène ;
la
que c'eft la fituation théatrale plutôt que
force du morceau qui les produit. Sans
nuire à cet effet , il pouvait peut-être ren
dre ce morceau plus digne des véritables
Connaiffeurs.
P
DE FRANCE. $49
En fomine , cet Ouvrage a beaucoup
réuff , malgré les préjugés qui lui étaient
contraires. Il doit faire beaucoup d'honneur
au talent de M. Candeillé. Peut- être
un Compofiteur étranger , ou celui dont la
réputation aurait été depuis plus long- temps
établie , aurait-il obtenu un fuccès moins:
contefté; mais la gloire de M. Candeille
en fera plus éclatante , puifqu'il a eu plus
d'obftacles à vaincre.
Cette longue difcuffion nous a entraîné
trop loin , & nous empêche de parler dur
mérite des ballets , que l'on doit aux talens
de MM. Gardel & Laurent. Nous dirons
feulement que cer Ouvrage eft mis avec
beaucoup de foin & de magnificence. Les
décorations font très- belles. On a fur- toug
admiré l'effet d'une machine très-ingénieufe
qui produit un vol oblique , fans le fer
Cours d'aucun cordage , & qui eft de Fir
vention de M. Bornier.
H
手四MERCURE
VARIÉTÉS
.
AUX AUTEURS DU MERCURI
MESSIEURS ,
PERMETTEZ à un Amateur des Arts de rendre
Hommage , par la voie de votre Journal , à un
Artife célebre dont la Capitale vient d'admirer
encore une fois le talent : c'eft du Tableau de
M. le Monnier , Peintre de l'Académie Royale ,
que je veux parler. Le nominer ,
s'eft rappeler
fes titres à la gloire , c'eft renouveler le fouvenir
du Tableau de la Pefte de Milan , qui le
diftingua au Salon de 1785.
Mais cel de 1791 me paraît bien fupérieur
toutes les autres compofitions de ce Maitre's
Refprit du Commercs en eft l'idée principale.
Elevé à la hauteur de fon fujer l'Artifte fem
Ble avoir plané fur la fphere du Monde avec
kes ailes du Génie du Commerce , qui répand fur
Univers influence la plus heureufe . Cette figure
élefte unit à la légéreté aérienne un je ne fais
quoi de fuave & de moelleux qui rappelle le
purceau de l'Albane. Il embellit du ton le plus
agréable la partie fupérieure de la Scène , dont
toutes les parties s'affemblent ff bien avec cette
voûte fublime..
A la gauche du Spectateur , la Paix , fous les
traits de Minerve , préfente à l'Univers les efpémuces
du bonheur & les attributs de la : Gloire,
DE FRANCE. 153
1
Le cane de for coeur a paffé fur fon front.
Ce perfonnage allégorique , d'un ton plus fage
contrafte avec ceux qui l'entourent , pour les
faire reffortir avec plus d'éclat .
En effet , l'Europe , cette Reine de l'Univers ,
affife avec dignité , réunir tous les charmes de
la beauté , du luxe & de la magnifieence c'eft
la Mere des Amours , des Arts & de la Volupté
s'eft la Grace plus belle encore que la Beauté .
L'oeil enchanté ne peut abandonner cette figure
qui porte dans l'ame une émotion délicieufe.
Les acceffoies répondent à cet effet magiques
L'Agriculture , repréfentée par un enfant , orne
la charrue de pampres & de fruits
un autre
enfant lui donne en échange des rameaux de
cafier & des cannes à fucre. Ce mélange des
jeux & des productions de la Nature anime &
vivifie le Trône de l'Europe. La Boullole , les
Lettres de change tous ces détails fuffiraiens
pour la gloire d'un autre mais l'Artifte Philo
Tophe a été plus loin d'un trait de pinceau , il
send hommage à l'Hiftorien fublime du Com
merce qui l'a infpiré , & il venge l'intrépider
Colomb de l'ufurpateur de fa gloire..
Au milieu de ces richeffes des deux Mondes
une belle & jeune Caraïbe faifit l'attention's
image fymbolique du nouveau Continent que
ee Peuple habitait , elle a tache par l'expreffion
de fes fentimens. A la vue de l'Europe & du
Génie du Commerce , qui enleve le voile dont
elle eft couverte , elle paraît pénétrée à la fois
de furpriſe & de crainte . On fe rappelle l'éton
nement des Sauvages , qui virent pour la pre
miere fois des Européens dans leur Contrée
L'image des guerres défafircufes , qui , à la fuite:
de cette conquête , ont, ravagé le Globe , re
151
MERCURE
vient à la mémoire , & on partage la terreur de
cette figure éplorés & tremblante.
Placée à côté du Nouveau Monde , elle donne
& reçois un refet merveilleux par la figure im
pofante de FAfie , dont la correction préfente à
la fois l'idée du beau & du ftyle antique . Les
grands travaux des épiciens , les Obfervations
Aftronomiques des Chaldéens , les tréfors de
Finde , les Arts de la Chine , annoncent qu'elle
fut le berceau du genre humain.
Mais quel fpectacle cruel & touchant vient
déchirer Pame ! Une mere………. c'est l'Afrique;
une mere défolée repouffe avec horreur les
fruits de fa tendreffe , condamné , à la fervitude ;
fa main égarée par le défefpoir , femble voulo'r
eur interdire le jour qui éclairera leur mifere
Son attitude , fes traits , fa douleur touchante
tour imprime aux ceeurs fenfibles cette compalfon
généreufe , apanage heureux de l'humanité ,
rant les droits de la Nature font éloquens , lorf
que le talent fait les produire fous des formes
téreflantes ! Si jamais l'Afrique releve fa tête
opprimée à côté des Nations policées , elle devra
beaucoup au pinceau de M. le Monnier.
Heureufement cette fcène de douleur difparaît
auprès du fymbole de la Liberté , qui attend us
pour toutes les Nations Mercure le montre
JUnivers comme un des grands moyens de la
profpérité publique . Union & Liberté, ees mots
facrés & chers à tout homme , quel qu'il foit ,
offient le rêve heureux de l'Abbé de St. Pierre
Cette Statue en annonce la réalité par le point
sentral qu'elle occupe dans le Tableau , entre lesi
mers & les continens .
t
Fe n'infifterai pas fur les beautés qui tien
ment aux détails maritimes ; je laiffe aux Marins
DE FRANCE. 353
le foin de louer ce qui tient à l'Art de Vernet
& de le Brun . Les Habitans des villes commerciales
apprécieront fans doute mieux que moi
ces effets pittorefques des Elémens & de l'induftric
humaine. Heurenfe la Patrie à qui un de
fes erfans peut offrir l'hommage de fon talent !
plus heureufe la Nation qui s'honore dun pareil
chef- d'oeuvre !
J'ai l'honneur d'être , &c. UN ABONNÉ.
NOTICE S.
Le Vrai Citoyen ; Journal , avec cette Epigraphe
:
La Nation , la Loi.
Ce Journal , compofé de deux feuilles in - 8 ° .
paraît tus les D manches. Le premier N° . a
paru 1: er. Dimanche d'Avril. I fe continue
avec fuccès.
On foufcrit à Paris , chez Moutard , Lbr-
Impr. ne des Mathurins , Hôtel de Cluni ; &
chez tous les Libraires & Directeurs des Poftcs.
Le prix de la Soufcription pour l'année , franc
de port dans les Départemens , eft de 24 liv. &
de 21 liv. pour Paris . On peut s'abonner pour
trois mois moyennant 6 liv.; ou pour fix mois
moyennant 12 liv.
Le but que fe propofent les Rédacteurs de ce
Journal eft de concilier tous les Partis , & de
ramener les Détracteurs de la Conftitution , par
les principes & par la raifon , à l'amour de cette
Conftitution , dont ils démontrent évidemment
tous les avantages. Ils s'élevent quelquefois -con154
MERCURE
tre le żele outré des faux Patriotes , & annon
cent en cela une grande impartialité. On trouvs
à la tête de chaque N° . un trait de morale &
de politique , on font renfermés des obfervations
fur les événemens & les objets de difcutions
les plus intéreffans ; ils donnent enfuite un ta
bleau raifonné des travaux les plus importans de
I'Affemblée Nationale ; une notice, des Ouvrages
les plus intéreilans ; enfin , les Nouvelles Etran
geres & de France , fur la véracité defquelles of
peut compter.
Opulcules Poétiques , par Michel Métrophile
A Paris , chez Cailleau & fils , Impr. Libraires ,
rue Galande , N. 64.
Ce petit Volume renferme cent Quatrains fut
cent Poëtes vivans , & il ne fera fans doute pas
un de ces Auteurs qui n'aime à le contempl
dans leQuatrain qui le caractérif.Chaque portrait,
quoique Batté , eft refemblant c'eft le Parnafe
Français en mi iature . Cette Galerie of arcam
pagnée d'un Dialogue fur les Journaux , qui avait
déjà paru dans l'Almanach des Mufes de cetté
Année , d'un Peëire intitulé l'Affemblie de Sor
Lonne ou les Etats- Généraux de l'Eglife , dont le
Panthéon Littéraire s'était déjà enrichi , & de
quelques autres Podfics. Elles refpirent toutes l
grace , la gate, la facilité ; & quoique publiées
fous le nom de Michel Métrophile , on devine
aifément qu'elles font de Michel Cubicres.
Le Libraire a crtit que ce petit Volume peut
fervir de Tome IVe. à l'édition des Poéfis de
M. Cubieres , donnée par M. Couret de Ville
neuve , en 1786 & M. Cailleau n'a pas mis
moins de nett.te & de foins dans fon travailque
M. Courer de Villeneuve
1
COL
CO
DE FRANCE. iss
Mémoires fecrets far les Regnes de Louis XIV.
de Louis XV , par feu M. Duclos , de l'Académie
Françaife , Hiftoriographe de France , &c,
3e édition. 2 Vol. in- 8 . formant 100 pages
imprimées fur caractere de Didot jeune. Prix ,
9 liv. br. & 10 liv. francs de port par la Pofte..
A Paris , chez Buiffon , Impr- Libr. rue Hautefeuille
, N", 20.
A peine nous annoncions la 2e. édition de cet
Ouvrage , que la 3e . était déjà en vente . Les
Livres qui fe débitent avec cette rapidité n'ont
gas befoin d'autre recommandation.
Emilie de Varmont , ou le Divorce néceffaire
& les Amours du Curé Sévin ; par l'Auteur de
Faublas. 4 petits Volumes. A Paris , chez Bailly ,
Libr. rue St-Honoré vis -à- vis la Barriere des
Sergens,; & chez les Mls, de Nouveautés..
>
L'Auteur de Faublas , M, Louver , s'est déjà,
fait par ce premier Ouvrage une répuration trèsbiillante
, & qui appelle lá févérité ſur les au
tres Productions. Celle- ci eft d'un genre beau
coup plus grave , & ne doit point être comparée
Lingénieux badinage , aux fituations comiques
& piquantes de Faublas. L'Auteur a voulu pein ,
dre une réunion de circonftances , où deux per-.
fonnes même très -eftimables , liées enfemble par
de fimples eonvenances , font obligées , pour leur
bonheur , de contracter d'autres nouds. Cette
intrigue offre de l'intérêt & des détails où l'on reconnaît
la touche agréable , légere & fouvent philofophique
de M. Louvet : mais peut-être y trouve
t-on moins de naturel & de vérité que dans fon premier
Ouvrage. Il s'eft plu à peindre un caractere
a: roce , dont on aime à croire , pour l'honneur de
T'humanité, que l'original n'exille pas. Au furplus, -
l'Ouvrage eft fait pour les circonftances , & I Au
teur y donne des preuves de fon patriotifmc. 5
156
MERCURE DE FRANCE.
Adreffe au Clergé fonctionnaire , relativement
au Serment civique cigé par le Décret du 27
Novembre dernier , fanctionné par le Roi le 24
Décembre, A Abbeville , de l'Imprimerie de J. A.
Vétité. Brochure de 73 pages.
Ceux des Eccléfiaftiques qui n'ent refufé le
Serment que par une délicateſſe de confience
fincere , quoique mal-entendue , pourront profiter
de cette Brochure ; mais pour une ame vérita
blement timorée , combien n'en voit-on pas qui
n'ont été portés à cette réfiftance que par des
motifs purement humains ?
A VIS.
L'Artiſte ( M. Godefroy ) chargé de la Gra
vure du portrait de M. l'Abbé Maury , prévient
M M. les Soufcripteurs que , quoiqu'il ſe ſoit
livré conſtamment & opi iâtrément à cet Ouvrage
, il ne peut l'avoir terminé pour le 1er.
Jullet. I croit devoir retarder leur jouiflance
d'un mois pour leur préfènter une Eftampe plus
digne de l'homme célebre qu'elle doit reprélenter.
Un nouvel avis anoncera le jour fixe où
il commencera à délivrer cette Gravure.
VERS.
A M. Roucher.
Vers.
Charale, En. Log.
Mémoires.
TABLE.
121 La Légende dorée.
Spectacles.
122
124
Variétés.
125
127 Notices. 133
====136
142
150
MERCURE
HISTORIQUE
ET
brouter"
POLITIQUE.
-il 201
POLOG NE
thorson et 200
supflow pas
ful De Varsovie , le 4 Juin 1791 .
L'ELECTEUR de Saxe n'a point encore
formellement accepté la Couronne : il ar
jugé devoir ,auparavant , confulter les Etatsi
de l'Electorat , & probablement obtenir
laveu desaprincipales Cours ingékelées
fen avènement au Trône de Pologne. Peutr
Gueencore velit illafler à la derniere Re
volution le temps de s'affetmir : jufqu'ici ,
rien ne la contratie des oppofitions ifolées
ne peuvent l'entamer, elle porte fur
des bafes d'intérêt général, que l'expérience
doitfortifier dejour en jour. Le PrinceAdam
Gartoryskis, qui odepuis longtemps , fait
profeffion d'humeur contre le Roi san
nance , dit-on, parini les détracteurs de lan
No. 26. 25 Juin 1791 .
L
ن ا
( 242 ) .
nouvelle Conftitution. La plupart , dependant
, de ceux qui l'ont défapprouvée , foit
dans la Diète, foit en public , fe défendent
fagement de tout acte dangereux , fans renfermer
néanmoins leurs fentimens.
Parmi les choix qu'a faits le Roi dans
la formation du Miniftère , on a diftingué
celui de M. Chreptowitz, Vice- Chancelier
de Lithuanie pour le Département des
Affaires Etrangères. Ce Miniftre fut un des
principaux Membres de la Confédération
de Bar, & s'expatria après fa diffolution.
En général , le Roi a toujours eu la fageffe
d'oublier , dans fes nominations , les différences
de fentimens politiques , les anciennes
querelles , les torts même qui lui
étoient perfonnels . Cette générosité vaut
une armée ; elle eft un des meilleurs appuis
d'un Gouvernement mixte : c'eft à cette
modération qu'on reconnoîtra le vrai caractère
d'une autorité légitime , & éclairées
tandis que celle des factions ne s'oc
cupe qu'à dominer avec tyrannie , qu'à
opprimer tous ceux qu'elle juge contraires
à fes intérêts. or
Le Gouvernement Ruffe s'eft vu obligé
d'augmenter la capitation de 30 copeiks
par tête d'homme , & d'une taxe additionnelle
d'un demi - rouble par demi- anker
ausgevierce
qui
procurera
une
augrevenus
de fix millions de
roubles : c'eſt la première contribution cx-
I
d
P
d
d
C
b
( 243 )
traordinaire pendant la guerre actuelle.
Les mêmes lettres de Pétersbourg , qui
annoncent cette difpofition fifcale , parlent
du départ de la divifion navale de Revel ,
fous les ordres de l'Amiral Tchitchagoff,
pour Cronftadt où elle doit fe réunir à
lefcadre principale. On eft perfuadé que
cette flotte d'environ 3 à 32 vaiffeaux de
ligne , y compris ceux de 50 , fe bornera
à défendre les approches de Cronstadt , &
qu'elle ne fe hafardera point à une cro
fière , fi fa flotte Angloife pénètre dans la
Baltique.
ALLEMAGNE
De Vienne , le 9 Juin.
L'intérêt des négociations de Sziftove
s'eft un peu ranimé, depuis que l'on a fu
la reprife des conférences le 19 du mois
dernier. On favoit déja que les précédentes
difficultés étoient applanies , puifque M.
de Jacobi , Miniftre de Pruffe, remit , vers
le milieu de Mai , une Note officielle au
Prince de Kaunith, par laquelle le Cabinet
de Berlin fe défifte de la garantie du Traité
définitif à conclure , & de l'infertion dans
ce Traité de la Convention de Reichenbach
, comme préliminaire indifpenfable ;
pourvu néanmoins que le fens de cette
Convention foit confervé , & leftatus quo
L 2
244 )
qu'elle établit , rigoureufement confacré
Les deux Puiffances alliées de la Pruffe
avoient également foufcrit à cet arrange
ment. On n'eft encore que très-imparfaitement
inftruit du réſultat de la Confé
rence du 19 fuivant le bruit public, les
premiers obftacles ont fait place à un nou
veau , s'il eft vrai que le Miniftre Impé
rial ait déclaré aux Plénipotentiaires , qua
fa Cour accorderoit le ftatus quo le plus
firit , pourvu que la Porte foufcrivit aux
articles fuivans .
« 1º . A céder à l'Empereur la Croatie Turque,
qui s'étend jufqu'à l'Unua , & cela d'après les
engagemens que la Porte en avoit pris , avec la
Cour de Vienne , dès l'année 1783 , lorsqu'on
fit des arrangemens fur le différend qui s'étoit
élevé entre les deux Empires , pour les limites
de ce côté-là.
2º. A céder à S. M. I. & R. le Vieux
Orlowa , avec tout fon Diftrict , appartenant déjà
de droit à la Cour de Vienne , vu que la Sublime-
Porte n'a pas exécuté l'article du Traité
de Belgrade , portant : «Que cette fortereffe &
fon District devoient retourner à l'Empereur ,
Lefi , dans le courant d'une année après le même
te Traité , la Porte n'avoit détourné la pétite rivière
e de la Czerna , & fait en forte qu'elle envi
Se ronnât le Vieux- Orfowa , afin qu'il fut léparé
CC entièrement du territoire du Bannat de Tece
melwar. »
3. Que la liberté de la navigation & du
commerce pour les Sujets Autrichiens en Tur
quie füt telle , qu'au lieu d'être gênée comme
I
00
m
la
ן
( 245 )
elle l'avoit toujours été par les Commandans
Ottomans & Sur-Intendans des Douancs , elle
fut au contraire protégée , par cux , & favorifée,
"
сс
4°. Que la Cour Ottomane payât toutes les
fommes , réclamées par les Sujets de la Maifon
d'Autriche avant la rupture , relativement aux
dommages que ces Sujets avoient reçus de ceux
de la Sublime-Porte ; lefquelles fomnies , malgré
toutes les plaintes faites à cet égard , n'avoient
jamais été payées. »
CC
ככ
°. Que l'article du Traité de Belgrade , qui
défendoit à la Maifon d'Autriche de bâtir de
nouvelles fortereffes fur le Danube & la Save ,
zinfi que toute part ailleurs fur le territoire Alle
mand , qui touche les frontières Ottomanes , feit
fupprimé comme inféré contre tout droit dans
le même Traité. »
CC
6°. Enfin que tant la ville de Choczim que
la Province de Wallachie refteront entre les mains
des Autrichiens , auffi long - temps que durera la
guerre actuelle entre la Ruffie & la Porte- Ottomane.
»
On prétend qu'à la vue de ces demandes
inattendues , le Piénipotentiaire Ottoman
seft déclaré ne pouvoir traiter ultérieurement
, fans avoir référé ces conditions à.
la Porte , dont il attendroit la réponſe .
Cet en effet une fingulière interprétation
du fiatus quo ftria , que celle qui confifte
à demander une place , un territoire , &
des avantages qu'on ne poffédoit pas avant
la guerre. Ces rufes diplomatiques , en
diminuant la confiance des Parties con-
L 3
( 246 )
tractantes , feront probablement languir la
conclufion de la paix jufqu'au mois d'Août
ou de Septembre . Depuis que M. le Comte
de Hertzberg, partage avec deux nouveaux
Adjoints adminiftration des intérêts extérieurs
de la Pruffe , on n'apperçoit , ni,
la même fermeté , ni la même confiftance
dans le Cabinet de Berlin. Cette pluralité
politique , imaginée par l'intrigue , ne l'a
ûrement pas été par l'amour de la chofe
publique ; aufli s'en eft-on fort réjoui dans
cette capitale , dont l'alegreffe eft un affez.
bel éloge de M. le Comte de Hertzberg,
à qui Frédéric - le - Grand a inutilement
légué fes maximes , & infufé fon
zèle
la monarchie. Cet affoibliffement
de la politique Prulienne
enhardit ceux qui ont à traiter Puiffance avec cette
; de la , les nouveaux embarras
furvenus dans la
négociation
.
Quantà
Parmiſtice avec la Porte , il expire au 12
Juin s'il n'eft pas formellement rencuvellé
, on le remplacera par une ceffation
d'hoftilités fous la garantie des Puiffances
médiatrices
.
Il paroît décidé qu'on formera , cet Automne
, plufieurs camps d'inftruction , &
Pon remarque qu'on s'occupe de remplis
les magafins de la Bohême.
De
Francfort-fur-le-Mein , le 15 Juin.
Depuis
le retour
du Roi
de Pruffe à
M
tr
cl
&
01
e
P
la
દાહ
all
no
C
A
to
la
U
pa LEEF
de
( 247 )
Potzdam , après la revue du camp de Corbelitz
, on n'a continué aucuns préparatifs
du Voyage que ce Monarque & les deux
princes fes fils ainés devoient faire en Pruffe,
il n'en eft plus queftion , & l'on parle déja
du retour prochain des équipages de Sa
Maj . qui font encore à Konigsberg. Les
troupes dans cette province de la Monarchie
ne font prefque plus de mouvemens ,
& le corps d'armée de Siléfie , fous les
ordres du Prince de Holenhole a rétrogradé,
au lieu de traverfer la Pologne. C'en
eft affez pour affermir de plus en plus l'opinion
univerſelle d'une paix prochaine.
>
Un incendie terrible a éclaté à Breflau dans
la nuit du 26 mai ; le progrès des flammes a
été fi rapide , qu'il a été impoffible d'en arrêter
affez promptement le cours . Deux ponts , trois
églifes , un couvent , environ 60 maiſons , au
nombie defquelles fe trouve les demeures des
Chanoines de la Cathédrale , la Chancellerie &
plufieurs moulins , ont été incendiés .
i
Le Roi de Suède débarqué le 2 à Roftock
, s'eft rendu , par Brunfwick , à Aixla
- Chapelle, où il eft en ce moment avec
une fuite affez nombreuſe.
}
Nous avons fait connoître les principaux
actes des Princes d'Empire, réclamans
contre l'Affemblée Nationale de
France . Voici en quels termes l'Electeur
de Cologne, en fa qualité de Grand-Maître
L
+
( 248 )
Teutonique , a mandé les griefs de cet
Ordre à Empereur .
ce J'ai fait faire des remontrances réitétées à
S. M. Très - Chrétienne , comme partie contrac
tante des Traités de paix , par mon Chargé
d'Affaires accrédité à fa Cour , & mettre fous
fes yeux , conjointement avec d'autres Princes de
l'Empire , qui ont également à fe plaindre de
l'oppreffion , tous les actes de violence & d'injuftice
que s'eft permife à notre égard l'Affemblée
Nationale , contre tous les principes du droit
des gens. Toutes mes démarches ott été infrac?
tueufes. J'apprends dans ce moment qu'on met
à exécution tous les Décrets , & autres arrétés
contraires aux droits de l'Ordre Teutonique . Dans
cette pofition , je ne puis prendre d'autre parti
que de m'adrefler à V. M. I. , ' comine Protecteur
de l'Ordre Teutonique , & de la fupplist
avec inftance de charger fon Amballadeur à la
Cour de France , d'appuyer au nom de V. M.
les réclamations de FOrdre Teutonique , & des
autres Princes & Frits , qui ont été lézés de
mêne ; les Etats de l'Empire feront leurs derniers
efforts pour prouver au Miniftère du Roi Très-
Chrétien , l'illégalité de la conduite de l'Affemblée.
Nationale . »
FRANCE.
De Paris , le 22 Juin.
ASSEMBLÉE NATIONALE,
Du lundi , 13 juin .
A Li lectu e du procès- verbal & au ſujet du
( 249 )
ferment relatif aux cfficiers , M. Bouche , appuyé
de M. de Sillery , a demandé que le même
décret comprît auffi les officiers de mer : leur propofition
a été adoptéc .
M. Thouret a la quelques articles qui avoient
été adoptés fauf rédaction , & concernant le com
plément de l'organiſation du corps législatif. Ils
n'ont offert de nouveau que les difpofitions que
nous allons extraire :
« Les juges feront remplacés , pendant la durée
de la légiflature , par leurs fuppléans , & le
Roi pourvoira , par des brevets de commiffion ,
pour le même- temps , au remplacement de fes
commiffaires auprès des tribunaux . »
ce Les militaires , membres du corps législatif,
ne pourront quitter leurs fo ctions de députés ,
pour aller prendre le commandement des troupes ,
fans l'autoriftion du corps légiflatif. »
« Les fondliɔunaires publics , députés , ayant
pour leurs fonctions ordinaires un traitement
égal ou inférieur au traiteinent de député , ne
pourront recevoir cumulativement les deux traitemens
; & le montant de ce dernier leur fera
impaté en déduction de l'autre , fi cet autre eft
fupérieur. »
« Toutes les fois que le Roi fe rendra au
lieu des féances du corps légiflatif, il fera reçut
~ à la porte & reconduit , lorfqu'il fe retirera ,
par une députation . Ses miniftres feuls pourront
l'accompagner dans li térieur de la falle . »
A propos d'une lettre du miniftre de la guerre ,
qui implore , au nom du chef fuprême de l'état &
de l'armée , l'autorisation de l'Aſſemblée pour le
paffage d'un détachement de troupes , à huis
ou dix lieues de Paris , M. Demeunier a demandé
qu'on inférât dans le décret que , pour des deta(
250 )
ehemens au- deffous de 100 hommes , il fuffisa
d'en avertir le corps légiflatif. « Cetre propofition
a été décrétée. L'Aſſemblée a auffi confenti au f
jour des corps militaires , qui font actuellement à
moins de trente mille toifes d'elle .
Un long rapport de M. Cochard n'a rien ajouté
aux efforts de M. Camus , pour obtenir qu'il fût
rembourfé , à M. d'Orléans , la fomme de 4
millions 158,850 liv . , & les intérêts échus , pour
la dot de Louife - Elifabeth a'Orléans , Reine
de d'Espagne , à elle promife par fon contrat
mariage du octobre
S
elle cédéc
1721 , & par
à Louis d'Orléans fon frère , par acte de tranf
port du 26 avril 1742 , à la charge par M. d'Or
léans de rapporter la preuve qu'il eft le feul propriétaire
de ladite créance , & de fe conformer
aux loix de l'état relatives aux liquidations. --
L'ajournement à la première legiflature » fe
font écriées quelques voix du côté gauche.
S'apprêtart à repouffer cette réclamation , pout
le moins peu délicate , au moment où tant de
milliers de familles font réduites à la plus horrible
misère & le trétor obéré ; rappellant que la
queftion a été préjugée le 3 août dernier lorf
que l'Affemblée révoqua tous les dons & douaires
contraires à l'intérêt de la nation , M. l'abbé
Maury , dont l'opinion étoit imprimée , vouloit
qu'on renvoyât la difcuffion au lendemain . M.
Cochard , le rapporteur , s'eft oppofé au renvoi à
la prochaine législature tant qu'il s'eft flatté d'une
décifion favorable à fes conclufions ; & il a le premier
donné les mains à ce même ajournement dès
que l'air du bureau l'a convainsu que fa demande
n'attireroit qu'une négative.
« La pureté de vos intentions deviendra fufpecte
, avoit ingénuement dit M. Garat l'aîné
1251 )
à l'Aſſemblée , fi vous renvoyez cette affaire à
la prochaine légiflature . On cioira que pat
» rapport à la perfonne qu'elle intércffe...
30 Nous en avons bienjugé d'autres , avoit répliqué.
" M. Gombert. Vous vous feriez foupçonner
a d'une foibleffe honteufe , avoit repris le même
M. Garat. Mais il eft des hommes que ren
B'arrête.
ל כ
--
Envain MM . Garat l'aîné , Madier , l'abbé
Maury , de Folleville & tout le côté droit ontils
objecté que c'étoit charger l'état de plus de
200,000 liv . d'intérêts , de renvoyer indécife une
queftion , que peu d'inftans réfoudroient de manière
à ne plus devoir ni capital ni rente ; enfin ,
que fi on la renvoyoit fans difcuffion , il falloit
fufpendre ces intérêts . Ces raifons où M. Lavie
n'a vu qu'une affaire de parti , qu'une perfonnalité
, n'ont pas tenu contre le projet formé de
conferver du moins quelque chofe au demandeur
, & de ne pas perdre tout efpeir . Deux
épreuves dont la première a franchement été
reconnue douteufe , & la feconde ne l'a pas part
au préfident , ont abouti au décret de renvoi à la
prochaine légiflature , au milieu d'un brouhaha
violent & de la clôture de la féance .
Du mardi , 14 juin.
M. le Chapelier a dénoncé une atteinte portée
à la conftitution , & un danger qui menace la
tranquillité publique. Depuis quelque temps des
Ouvriers s'affemblent , fe nomment un préfident &
des fecrétaires , & fe croient autorisés à délibérer
fur les moyens de faire hauffer le prix des journées
dans tout le royaume, en correfpondant avec de pareils
fociétés. Une lettre , envoyée par la municipa
Lé
( 252 )
lité d'Orléans , dévoile ces funeftes relations . Ceux
de Paris avoient d'abord obtenu de la philanthropie
de M. le maire , la permiffion de s'affembler
pour établir une caiffe de fecours . Le
rapporteur a donné pour principes conftitutionnels
les affertions fuivantes : Les fecours doivent
être donnés par la nation en général . On ne peut
fe cotifer entre ouvriers & compagnons du même
métier , pour fe donner des fecours mutuels.
Il ne doit pas être permis aux citoyens de la
même profeflion , du même état , de s'affembler
pour leurs préten lus intérêts communs . »
Ces axiômes inconciliables avec l'existence de
tant de clubs , le font auffi avcċ les maximes de
liberté indéfinie , qu'on a eu l'imprudence d'établir
comme les garans des promeffes exagérées, dont
les factieux & les métaphyficiens ont enivré la
multitude. D'ailleurs , un décret conftitutionnel
permet à tous les citoyens de s'affembler paifiblement
& fans armes . Mais quand des théoris
il faut paffer à la feule pratique pofiible , les exceptions
détruifent les règles les plus prônées ;
rien n'ayant été prévu , les inconvéniens fe mu!-
tiplient , & les contradictions enamènent d'autres.
Ya-t-il rien, par exemple , qui puiffe empêcher les
ouvriers de toute profeflion de s'aflembler , en
fe mêlant entre eux , de manière que leurs affembiées
n'en contiennent qu'un très -petit nombre
de chaque état , de fe paffer de préfident , de
fecrétaires , de fonnette , & de continuer de délibérer
fur le prix des journées ? Au refte , M.
le Chapelier , a cru devoir à la vérité des
principes , de convenir que « des hommes libres
doivent avoir un falaire plus confidérable , pour
être dans un état tel qu'ils n'aient pas à rougit
ux - mêmes ; » il à cité l'Angleterre ,
ου
( 253 )
certainement de pareilles confidérations n'ont pas
fixé feules le prix des journées , & cu les co.porations
Le réunillent à volonté .
Il a propofé enfuite huit articles , dont le premier
porte que , « l'anéamillement de toute el-
Fèce de corporation de citoyens du même état &
profeffion , eft l'une des bales fondamentales de
la conftitution Françoife, »
M. Biauzat a faifi cette occafion pour tomber
fur les ci- devant procureurs au Châtelet . M.
Lavie , a maltraité les procureurs des bailliages ,
& a foutenu qu'ils fe filoient payer aufli cher
que ceux du pariement.
сс
Il y a une loi martiale pour tous les attroupemens
, a dit M. de la Salle . » Le rapporteur
a répondu à cette réflexion , en alléguant qu'on
(garoit les ouvriers , qu'on , cherchoit à les
acuter. Puis découvrant , plus qu'il ne le vouloit
, fans doute , le mauvais côté de ces difpofitions
partielles , que cependant il qualifieit
de loix genérales , il a propofé d'inférer dans le
proces-verbal , qu elles ne concernoient point les
bourfes , les chambres de commerce . Ainfi en
lifant toutes corporations de méme état , dans
le décret , on devra avoir préfenté une exception
arbitraire , inférée dans le procès - verbal fans
forme de décret ni fanction royale .
Quelqu'un vouloit qu'un article additionnel
s'cppolat aux attroupemens des moiffoncurs qui ,
l'année dernière, fufpendoient les cultivateurs
dans des puits , & menaçoient de les y plonger ,
fi le prix des journées n'étoit pas augmenté . M.
Démeunier a répondu fériculément que cette
propofition trouvoit naturellement fa place dans
le code de police rurale , & fubfidiairement dans
( 254 )
' le code de police correctionnelle . Voici les huit
articles décrétés :
« Art. I. L'anéantiſſement de toutes espèces
de corporations des citoyeas du même état &
profeflion étant une des bafes fondamentales de
In conftitution françoife , il eft défendu de les rétablir
de fait , fous quelque prétexte & que que
forme que ee foit. »
« II. Les citoyens d'un même état ou profeffion
, les entrepreneurs , ceux qui ont boutique
ouverte , les ouvriers & compagnons d'un art
quelconque , ne pourront , lorfqu'ils fe trouveront
enfemble , fe nommer ni préfident , ni fecrétaires
, ni fyndics , ni tenir des regiftres,
prendre des arrêtés ou délibérations , former
des règlemens fur leurs prétendus intérêts communs.>>
« III. Il eft interdit à tous corps adminiftratifs
ou municipaux de recevoir aucune adreffe
ou pétition fous la dénomination d'un état ou
profeffion , d'y faire aucune réponſe , & il leur
eft enjoint de déclarer nulles les délibérations qui
pourroient être prifes de cette manière , & de
veiller foigneufement à ce qu'il ne leur fort donné
aucune fuite ni exécution. »
ec IV. Si , contre les principes de la liberté &
de la conftitution , des citoyens attachés aux mêmes
profeffions , arts & métiers prenoient des délibé
rations , faifoient entr'eux des conventions tendantes
à refufer de concert ou à n'accorder qu'à
un prix déterminé le fecours de leur induftrie ou
de leurs travaux , lefdites délibérations & conventions
, accompagnées ou non du ferment ,
font déclarées inconftitutionnelles , attentatoires
à la liberté & à la déclaration des droits de
( 255 )
l'homme & de nul effet ; les corps adminiſtratifs
& municipaux feront tenus de les déclarer telles .
Les auteurs , chefs & inftigateurs qui les auront
provoquées , rédigées ou préfidées , feront cités
devant le tribunal de police , à la requête du procureur
de la commune , condamnés chacun en
soo liv. d'amende , & fufpendus pendant un an
de l'exercice de tous droits de citoyens actifs &
de l'entrée dans les affemblées. »
« V. Il est défendu à tous corps adminiftratifs
& municipaux , à peine par leurs membres
d'en répondre en leur propie nom , d'employer,
admettre ou fouffrir qu'op admette aux ouvrages
de leurs profeffions dans aucuns travaux publics,
ceux des entrepreneurs , ouvriers & compagnons
qui provoqueroient ou figneroient lefdites déli
bérations ou conventions , fi ce nieft dans le
cas où , de leur propre mouvement , ils fe feroient
préfentés au greffe da tribunal de police pour les
rétracter ou défavouer. »
« VI. Silefdites délibérations ou conventions ,
affiches appofées , lettres circulaires , contenoient
quelques menaces contre les entrepreneurs , artifans,
ouvriers ou journaliers étrangers qui viendroient
travailler dans le lieu , ou contre ceux qui fe
contenteroient d'un falaire inférieur , tous auteurs
, inftigateurs & fignataires des actes on
écrits , feront punis d'une amende de 1000 liv ,
chacun , & de trois mois de prifon .
« VII. Ceux qui , de fait , uferoient de menaces
ou de violences contre les ouvriers exerçant
la liberté accordée par les loix conftitutionnelles
au travail & à l'induſtrie , feront pourfuivis
par la voie criminelle , & punis felon la
rigueur des loix , comme perturbateurs du repes
public .
50
( 256 )
« VIII. Tous attroupemens compofés d'arti
faus , ouvriers , compag ons , journaliers , ou
excités par eux contre le 1bre exercice de l'induftrie
& du travail appartenant à toutes fortes
de perfonnes , & fous toute efpèce de conditions
convenues de gré à gré , ou contre l'action
de la police & l'exécution des jugemens rendus
en cette matière , ainfi que contre les enchères
& adjudications publiques des diverles entrepriles,
feront tenus pour attroupemens féditieux ; &
comme tels , ils feront diffipés par les dépofitaires
de la force publique , fur les requisitions lé
gales qui leur en feront faites , & punis fe on
toutes les rigueurs des loix , für les auteurs ,
inftigateurs & chefs defdits attroupemens , & fur
tous ceux qui auront commis des voies de fait
& des actes de violence . »
M. Merlin a demandé qu'on mit à l'ordre du
jour le travail du comité de révision , & a témoigné
de vives inquiétudes fur le bruit qui fe
répandoit , que le comité voulcit propofer à
l'Affemblée conftituante de réformer plufieurs
de fes décrets. Attribuant ces bruits à l'indifcrétion
des journaux , M. Démeunier a dit qu'il
n'avoit aucunes connoiffances des intentions du
comité de révifion , qui s'en tiendroit à fa miflion,
qu'il s'occupoit d'une chartre conftitutionnelle ,
réduite à un très- petit nombre d'articles , & de
la correction de quelques loix réglémentaires ;
que ce travail feroit fiui avant toutes les élections .
On a beaucoup applaudi , & l'ordre du jour a
ramené l'inftruction pour les colonies , que M.
Fermont a lue , & qui contient 300 articles..
MM. de Tracy & de Montlaufier penfoient
que tant de décrets détruifoient l'initiative accordée
aux allemblées coloniales . M. Grégoire a dit que
( 257 )
F'on ne pouvoit pas envoyer eette encyclopédie
legiflative , & a demandé l'envoi de forces pour
l'exécution du décret fur les gens de couleur :
Vous avez envie de mettre le feu dans les
colonies , lui a dit M. Lavie , vous avez écrit ,
Vous êtes un boute-feu , » L'évêque de Blois,
a lu une partie de fa lettre aux colons ;
& fa conclufion a été de faire droit fur la
pétition de la ville de Bordeaux , ou que le
miniftre de la marine pourvoie à l'exécution du
décret far fa refponfabilité.
M. Malouet a demandé que l'Affemblée décrétât,
qu'ayant entendu fans en dé bérer , les inftructions
du comité colonial , elle les remît aux coinmiffaires
chargés par le Roi d'y porter fes décrets ,
pour que les affemblées coloniales y faffent les
changemens qu'elles jugeront convenables .
Après de tumultueux débats , le décret a été
adopté fauf rédaction .
Du mercredi , 15 juin .
1
D'après les obfervations de MM. de Tracy
& d'Arnaudat , & malgré celles de M. Biakzat
, fur le décret qui ftatue l'incompatibilité des
fonctions législatives avec les fonctions d'adminiftrateurs
, de membres de directoire , de maire ,
& de commandant de la garde nationale ; &
quoique les membres du directoire du département
de Paris qui fiègent à l'Affemblée , aient
cru devoir abandonner leurs places adminiftratives
, il a été décrété que la loi d'incompatibilité ,
n'auroit point un effet rétroactif , & qu'elle
n'étoit que pour les légiatures ; non pour le
corps conftituant ,
Au nom du comité de conftitution , M. Ze
( 258 )
Chapelier a teproduit le projet d'une machine &
d'un mode de ferutin imaginé par M. Guiraud
de Bordeaux ; & à l'occafion de ce procédé , M.
le Chapelier a dit une vérité qui ne peut échapper
à l'obfervateur : ee on conçoit avee peine , on
voit avec effroi que les dernières élections des
électeurs de Paris , ont été faites à un nombre
très - peu confidérable d'électeurs .
L'invention du fieur Guiraud confifte en un
ronc cubique , divifé intérieurement par un plan
incliné dans le fens de la diagonale. On y jette
des tablettes de bois couvertes d'une matière
blanche , où l'on puiffe écrire & cffacer le crayon .
Ces tablettes gliffent , & lorfqu'elles font au
nombre de 20 , tombent d'elles - mêmes fur la
table des fcrutateurs. Ils les rangent dans l'ordre
alphabétique des noms fur des tableaux divifés
où l'on voit , d'an coup d'ail , quel nom a le
plus de fois 20 , 10 ou s tablettes. Trois tableaux
fervis par deux fcrutateurs chacun , fuffisent pour
600 perfonnes. M. le Chapelier propofoit que ce
moyen fût mis en ufage dans toutes les affemblées
délibérantes par fcrutin individuel , & qu'en
prit parmi les plus jeunes des fcrutateurs à raifon
de deux pour chaque tableau .
M. Biauzat a relevé quelques inconvéniens de
ce Terutin , obfervé l'impoffibilité de l'employer
dans les élections prochaines , & demandé quece
foient les plus vieux , & non les plus jeunes ,
qu'on nomine fcrutateurs . M. Merlin a ouvert
Favis que l'Aflemblée nationale fit le premier
effai de cette machine , & s'en fervit à élire fon
préfident. La propofition de M. Merlin a été
décrétée.
Organe du comité féodal , M. Merlin a la
une inftruction fur les droits de champart & au
1259 )
tres , déclarés rachetables par le décret du 15
mars 1799 , fervant d'explication au décret du 4
août 1789. Cette longue differtation a pour but de
prouver que , l'Affemblée a conftamment respecté
les propriétés, en aboliſfant des ufurpations féodales.
L'inftruction a été adoptée.
Sur la propofition de M. Camus , ouï le rapport
du comité central de liquidation , qui a
iendu compte de l'abfence de M. d'Angevilliers,
directeur & adminiftrateur général des bâtimens
du Roi , l'Affemblée a décrété que le Roi fera
prié de commettre inceffamment une perfonne
pour remplir les fonctions de l'abfent , & que
les biens dudit M. d'Angevilliers feront faifis
pour sûreté de fa refponfabilité à l'exécution de
l'édit de feptembre 1776.
M. le Pelletier de Saint- Fargeau a repris le
code pénal , & les articles qu'il a lus ont donné
lieu à des débats & arides , fi peu intéreffans
que le lecteur nous faura gré de ne lui en offrir
que les traits les plus remarquables.
On y avoit accollé fouvent les mots : fciemment
& à deffein , aux actes pour lesquels tout
miniftre du Roi des François doit être puni de
mort , ou condamné à 12 ou 20 années de gêne,
de prifon , de cachot , de chaîne ; quelqu'un a
judicieufement obfervé qu'il étoit inutile de ftatuer
que l'innocent ne feroit pas puni .
A propos d'emprifornemens illégaux , M.
Malouet a repréfenté que les infractions faites à
la liberté individuelle , par les municipaux ou
les corps adminiftratifs , devoient être punies
comme les crimes de ce genre , commis par les
miniftres. M. Barnave a développé la même
idéé . Le rapporteur a répondu « c'eft une grande
queftion qui s'élève en cemoment , & qui de'(.
2601)
narde au moins de la réflexion ; & il a propofé
de l'ajourner « jufqu'au moment où nous poferons
les vrais principes fur les dénits des fonctionnaires
publics » .
a
L'article qui condamne à deux ans de détention
, celui qui oppofera , fans armes , des tois
de fait , aux agens des loix , & à quatre ans
de chaine celui qui s'y oppolcra avec armes ,
paru cruel à M. de Morila.fier , & jufte à M.
Barnave , qui a rappellé que M. de Rochambeau,
commandant l'armée dans l'Amérique feptentrionale
, conftitué pi funnier à la tête de fon armée,
obéit fur le champ à l'autorité l'un fimple offi
ier de juftice . Mais la fociété n'eft pas compoffe
de Rochambeaux ; l'homme ignorant ,
groflier , préoccupé , échauffé d'un peu de vin ,
le paylan qui n'entend bien que fon patcis , &
qui d'abord aura mal compris les mots :
obéiffance à la loi , fabftitués aux mots : de pai
le Roi , d'un fi prompt effet depuis tant de tècles
dans tout le royaume , feront- i's condamnés
à deux ans de prifon ? Une arme dont on ne fe
fera point fervi , aggravera t -elle le délit de la
refiftance qu'on n'en aura pas moins fite avec
cette arme ? La loi peut- elle fans crine laiſſer à
des jurés , le jugenient arbitraite de ce qu'une
meilleure rédaction pourroit déterminer ? Ne décide
- t-on pas trop leftement du fost de vingtcinq
millions d'ames ? ..... Nous tranſcrirons ici
les articles qu'on a décrétés :
« IX. Si quelque ace , extérieurement revêtu
des formes légiflatives déterminées par la conflitution
, portant établiffement d'un impôt ou d'un
emprunt , étoit publié fans que ledit impôt cu
emprunt ait été décrété par le corps légiflat.f. »
Tout miniftre qui aura contic - figné ledt
261 )
acte , ou donné ou contre-figné des ordres pour
percevoir ledit impôt , ou pour recevoir les fonds
dudit emprunt , fera puni de la peine de mort . »
« Tous agens du pouvoir exécutif, commandant
ou officier civil , qui auront exécuté lesdits
ordres , foit en percevant ledit impôt , foit en
recevant les fonds dudit emprunt , feront punis de
la peine de la dégradation civique.
و د
X, Si quelqu'acte ou ordre émané du pouvoir
exécutif , extérieurement revêtu des formes
légiflatives prefcrites par la conftitutión , rétabliffoit
des corps , ordres politiques , ou agens que la
conſtitution auroit détruits , ou détruifoit les corps
établis par la conftitution ; »
Tout miniftre qui aura contre- figné ledit
acte ou ledit ordre , fera puni de la peine de
mort. »
Tous ceux qui auront participé à ce crime
foit en acceptant lefdits pouvoirs , foit en exerçant
lefdites fonctions , feront punis de la peine
de la dégradation civique .
ככ
« XI. S'il émanoit du pouvoir exécutif un acte
portant nomination au nom du Roi , d'un emploi
qui , fuivant la conftitution , ne peut être conféré
que par l'élection libre des citoyens , le
miniftre qui aura contre- figné ledit acte , lera
puni de la dégradation civique.
*
Ceux qui auroient participé à ce crime , en
acceptant lefdits emplois , ou en exerçant lesdites
fonctions , feront punis de la même peine.
ככ
XII. Toutes machinations ou violences ayant
pour objet d'empêcher la réunion ou d'opérer la
diffolution de toute affemblée de commune ou
municipale , de tout corps adminiftratif ou judiciaire
, établis par la conftitution , feront punis
de la peine de fix années de gêne , fi lefdites
( 262 )
violences font exercées avec armes , & de trois
années de prifon fi elles font exercées fans armes
fans préjudice de plus fortes. »
« XIII. Tout miniftre qui fera coupable du
crime mentionné en l'article précédent , par les
ordres qu'il aura donnés ou contre-fignés , fera
puni de la peine de dix années de gêne ,
ce Tous chefs , commandans & officiers qui
auront contribué à exécuter lefdits ordres , feront
punis de la même peine. ¨ .
<< XIV. Tout miniftre qui , en temps de paix ,
aura donné ou contre-figné des ordres pour lever
ou entretenir un nombre de troupes de terre
fuperieur à celui qui aura été déterminé par les
décrets du corps légiflatif , ou pour augmenter
le nombre proportionnel des troupes étrangères
fixé par lefdits décrets , fera puni de la peine de
vingt années de gêne .
ל כ
XV. Toute violence exercée par l'action des
troupes de ligne contre les citoyens , fans réquifition
légitime & hors des cas expreffément prévus
par la loi , fera punie de la peine de vingt an
nées de gêne. »39
Le miniftre qui en aura donné ou contreagné
l'ordre , les commandans , officiers & foldats
qui auront exécuté ledit ordre , ou qui fans
erdre auront commis lefdites violences , feront
punis de la même peine. »
* Si par l'effet de ladite violence quelque
citoyen perd la vie , la peine de mort fera prononcée
contre les coupables. לכ
* XVI. Tout attentat contre la liberté individuelle
, bafe effentielle de la conftitution
Françoife , fera puni ainfi qu'il fuit :
сс
Tout homme , quelle que foit fa place ou
fon emploi , autre que ceux qui ont reçu de la
1
(
(
с
a
( 263 )
toi le droit d'arreftation , qui donnera , fignera
exécutera l'ordre d'arrêter une perfonne vivant
fous l'empire & la protection des loix Françoifes ,
ou l'arrêtera effectivement , fi ce n'eft pour la
remettre fur-le- champ à la police , dans les cas
déterminés par la loi , fera puni de la peine de
fix années de gène. »
<< XVII. Si ce crime étoit commis en vertu
d'un ordre émané du pouvoir exécutif , le miniftre
qui l'aura contre - figné fera puni de la
peine de douze ans de gêne . »
XVIII. Tout geolier & gardien de maiſons
d'arrêts de juftice , de correction , ou de prifon
pénale ,, qui recevra ou retiendra ladite perfonne ,
finon en vertu de mandats , ordonnances , jugemens
, ou tout autre acte légal , fera puui de
la peine de fix années de gêne.
35
XIX . Quoique ladite perfonne ait été ar
rêtée en vertu d'un acte légal , fi elle eft détenue
dans une maifon autre que les lieux légalement
& publiquement défignés pour recevoir ceux dont
la détention eft autorifée par la loi ; »
« Tous ceux qui auront donné l'ordre de la
détenir , ou qui l'auront détenue , ou qui auront
prêté leur maison pour la détenir , feront punis
de la peine de fix années de gêne.
»
cc Si ce crimé étoit commis en vertu d'un ordre
émané du pouvoir exécutif , le miniftre qui l'aura
contre- figné fera puni de la peine de douze ans
de gêne. »
XX. Quiconque aura brifé le cachet , &
violé le fecret d'une lettre confiée à la pofte ,
fera puni de la peine de la dégradation civique. »
« Si le crimee eft commis foit en vertu d'un
ordre émané du pouvoir exécutif , foit par un
agent du fervice des poftes , le miniſtre qui em
( 284 )
aura donné ou contre - figné l'ordre , quiconque
l'aura exécuté , ou l'agent du fervice des pofte
qui , fans ordre , aura commis ledit crime fera
pani de la peine de deux ans de gêne . :
לכ
« XXI , S'il étoit énané du pouvoir exécutif
quelqu'acte ou quelqu'ordre four fouftraire un
de les agens , foit a la pourfuite légalement
commencée de l'action en ,refponfabilité , foit à
la peine prononcée légalement en vertu , de ladite
refponfabilité , le miniftre qui aura contre - figné
ledit ordre ou acte , & quiconque l'aura exécuté ,
fera puni de la peine de douze années de ca
Clot. »
Délits des particuliers contre le refpect &, l'obéiffance
dus à la loi & à l'autorité des pouvoirs
-conftitués pour lafaire exécuter
seo Art. I. Lorsqu'un ou plufieurs agens prépofés
, foit à l'exécution d'un décret du corps
legiflatif , foit à la perception d'une contribu
tion légalement établie , foit à Lexécution d'un
jugement , mandat , d'une ordonnance de juftice
ou de police , lorfque tout dépofitaire quelconque
de la force publique , agilant également dans
bordre de les fonctions aura prononcé cette
formule : béiffance à ta loiozof 15 trunk
2: « Quiconque oppoferabdes violences & vous
de fait envers lefdits agens ou prépofés à l'exé
cution de la tdi , fera coupable de crime.Loffense
à la loi il fera puni della peine de deut années
de détentionboybb :1 ch song & ab inng
cc
сс Si Ladire refiftance eff oppofee veelaimes ,
la peine fefa de quatre années de chaine 3770
wp Sillian -5! ang baik ub
T
( 265 )
Du mercredi , féance du foir.
M. de Landine a lu une adreffe de remerciement
de 130,000 citoyens réunis de St. -Etienne
St. -Chamont , St. -Paul , St. -Martin , &c. ,
l'Affemblée nationale. Les fraginens que nous
ch allons citer donneront une idée du tyle des
fécrétaires de ces montagnards , qui tutoyent
la dière conftituante :
ee Tu fais le bonheur des vrais François.
Chez nous la terre étoit efclave dans fa pre
fondeur ; tu l'as voulu , elle eft affranchie ...
» Dans les finuofités ténébreufes de notre fol , on
» bénit tes décrets... Nos cris de joie ont retenti ,
• nos imprécations contre les oppreſſeurs ſe font
» élevées jufques aux nues , ils ont percé jufque
» dans les abymes de la terre... Eh ! fi la tyran-
» nie parvenoit à imprimer fes pas fur la fur-
» face de notre terre , elle verroit bientôt , en
» pâliffant , fes entrailles s'ouvrir , elle verroir
» des hommes forts armés de la flamme & du
» fer... en fortir en foule pour punir les atten-
» tats , venger l'oubli de tes travaux , venger
» ta gloire & mourir.
93
« Je demande , a dit M. Bouche, le renvoi de ce
-poëme épique au comité d'agriculture & de commerce.
»
Portant l'attention de l'auditoire fur un autre
objet , M. d'Ambly a dit : je poſsède , par indivis
, des bois , des terres avec des moines , la
nation en jouit & ne veut pas vendre ; mais moi
j'ai besoin d'argent . Veuillez autorifer les départemens
à faire le partage. Un décret a renvoyé
la requête originale au comité d'aliénation , &
l'on eft paffé à l'ordre du jour , aux mines & mis
nières.
M
3
Nº. 26. 25 Juin 1791.
( 266 )
311
Le rapport de M. Régnault d'Epercy a été fuivi
de fix articles décrétés le 27 avril 1791 , d'additions
à ces articles , & de 21 nouveaux que l'Af
femblée a fucceffivement adoptés . Ils ftatucat en
fubftance ce qui fuit : Les mines & minières
métalliques , non - inétalliques , bitumes , char
bons de terre ou de pierre & pyrites , font
à la difpofition de la nation en ce fens qu'e
' elles
ne pourront être exploitées que fous la furveil
lance nationale , à la charge d'indemnifer les
propriétaires de la furface , qui auront toujours la
préférence. Les conceffionnaires feront maintenus
jufqu'au terme de leur conceffion libre, légale, conf
tatée par écrit, qui ne pourra s'étendre au-delà deso
années, à dater du décret . Aucune conceffion n'excé
dera 6 lieues d'étendue. Toute conceffion fera accordée
par le département fur l'avis du directoire du
diſtrict , & devra être approuvée par le Roi . Les
demandeur en conceffions feront tenus de juſ
tifier de leurs moyens d'exploiter , & de commencer
l'exploitation au plus tard dans fix mois ,
paffé lequel temps la conceffion fera regardée
comme non-avenue. Elle fera auffi annullée par
une ceffation de travaux pendant un an ,
à
moins de caufes légitimes , & les conceffionnaires
pourront toujours y renoncer en avertif
fant le directoire trois mois d'avance.
Du jeudi , 16 juin.
Un décret da 19 décembre dernier , deftina
la fomme de 15 millions aux 83 départemens ,
pour le foulagement des indigens laborieux , &
pour ouvrir des travaux utiles à l'agriculture &
au commerce. Le corps légiflatif avoit ordonné
la diftribution de 80 mille livres par département ,
en fe réfervant de répartir 8 millions 360 mille
( 267 )
livres reftant d'après les propofitions que feroit
le miniftre. C'eft d'une lettre du miniftre de l'in
térieur fur cet objet , que M. de Liancourt a
fait aujourd'hui le fond d'un rapport au nom des
quatre comités des domaines , de commerce ,> des
finances & de mendicité , rapport dont tout l'ef--
prit fe retrouve dans le projet de décret qui en
a été la conclufion . Nous allons l'abréger en y
joignant les amendemens que la difcufon y a
provoqués.
Conformément à la loi du 19 décembre 1790 ,
& fur l'avis du miniftre de l'intérieur , l'Affemblée
décrète que la diftribution de 2,600,000 liv.
à compte des 8,360,000 liv. reftant des 15 millions
deftinés à fubvenir aux dépenfes des travaux établis
en conféquence , fera faite ainfi qu'il fuit;
ec La Somme , 150,000 liv. , pour la navigation
de la rivière de Somme . »
« La Seine- inférieure , 150,000 liv. , pour le
curement de la retenue de S. Vallery en Cauz. »
« Le Calvados , 100,000 liv . » pour la rivière
d'Ouche . »
Сс
Charente-inférieure , 50,000 liv. , pour le
déblaiement du baffin de la Rochelle . »
« Le Gard , 150,000 liv . , pour le canal, de
Beaucaire à Aigues - mortes . »
« Bouches du Rhône , 50,000 liv . • pour les
travaux de l'embouchure du Rhône. »
сс
L'Izère , 50,000 liv . pour la continuation
des digues contre les rivières & torrens . »
« La Côte d'Or , 50,000 liv. , pour la continuation
du canal de Bourgogne aux abords de
Dijon . »
« L'Yonne , 600,000 liv . , pour les travaux
du canal de Bourgogne entre Saint - Florentin &
Montbard. M 2
( 268 )
Le Bas - Rhin , 150,000 liv. , pour les
travaux du Rhin. »
« Le Nord , 100,000 liv. , pour le canal de
la Senfée. »
« Paris , 1,000,000 liv . , pour la démolition
de la porte Saint - Bernard , réparations des quais ,
& nouveaux ouvrages de conftructions tant en
amont qu'en aval du pont de Louis XVI , ouverture
d'un nouveau canal à la feine , en face
de Paffy. و د"
A compter du premier juillet prochain , le tréfor
public ceffera d'entretenir les atteliers de Paris &
autres , excepté les atteliers de filature établis
dans Paris pour les femmes & les enfans domiciliés.
Les fonds qui leur feront fournis , le feront
à titre d'avance à prendre fur les revenus de
la ville. Tous ouvriers qui voudront fe retirer ,
recevront trois fols par lieue , & la munici
palité tiendra un rôle de ceux qui partiront
& de ceux qui refteront.
Il fera fait un fonds pour l'achèvement « de
l'édifice dit de Sainte- Geneviève » confié aux-foins
du directoire du département de Paris ,
Ces travaux feront donnés à l'entrepriſe paradju
dication au rabais, & ouverts au plus tard le 1er juil
let.Le miniftre inftruira de leur progrès la légiflature
tous les trois mois. L'Affemblée fe réſerve de
prononcer fur la diftribution ultérieure des
5,760,000 liv. reftant ; & les inftrumens de travail
appartenant à la nation feront vendus au
profit du tréfor public.
M. Biauzat a jugé qu'il feroit honteux que
l'Aemblée laiffat fortir de fon fein un projet de
décret , tendant à verfer du tréfor public auquel
tous les départemens contribuent , des millions
pour douze d'entr'eux que beaucoup 2 tandis
( 269 )
gue
d'autres notifient d'urgens befoins ; & il a dit
M. d'Angremont avoit un tableau des noms ,
furnoms , qualités & origines de 33,000 hommes
qui font à Paris & qu'il feroit fort intéreffant de
placer par- tout ailleurs ; que les comités devoient
faire imprimer les mefures convenables pour
transférer ce nombre effrayant d'individus , de
Paris aux lieux où ils auront du travail.
ce Vous confondez , lui a répondu M. Liancourt
, les atteliers de la capitale avec 33,000
hommes qui ont été fouettés & marqués (ce qui ,
d'après fes calculs , donneroit 64 miile individus
à furveiller ) . Les comités , a - t - il pourfuivi
avec le même fang froid , ne font pas chargés
de la police . 400o hommes iront à Saint-Valleryen-
Caux , on les y attend , ils trouveront de
l'ouvrage. Les autres en chercheront s'ils en
veulent avoir. Aucun autre département que ces
douze n'a formé de demande . Il refte 6 millions .
Si vous attendez au 15 , les travaux de la cam→
pagne auront employé tous les ouvriers ; vous
aurez fur les bras une très-grande quantité de
monde , »
Les dangers imminens d'atteliers fi nombreux ,
fa néceffité de les diffoudre , l'économie , l'époque
de la moiffon qui occupera tant de bras
ont paru à M. d'André des raifons décifives . 11
a ajouté que de 31 ou 33 mille travailleurs ou
pareffeux qui font ſemblant de travailler , il n'y
avoit peut-être pas 2 ou 3 mille Parifiens , « Qu'on
difcute d'abord ce qui regarde Paris , enfuite on
examinera le refte . »
се
сс
Quel eft celui des départemens , a demandé
M. Garat l'aîné , qui n'a pu voir que fes députés
font devenus Parifiens ? -- On donne de l'argent à
des départemens qui ne payent pas leurs impe
M 3
( 270 )
Gitions obfervoit un autre membre. » Le rapporteur
invoquoit la préalable fur tous les amendemens.
Tous les côtés de la falle étoient dans
ane tamultacufe fermentation .
CC
« Il n'eft perfonne de vous , infiftoit M. de
Folleville , qui n'ait vu au coin des rues une
annonce du département de Paris , qui n'exige
pour l'obtention des patentes que la quittance
de 1788. Je ne conçois pas comment les années
1789 & 1790 étant échues , un département ofe
faire une telle annonce . » La révolution eft
Parifienne & point du tout Françoife , a repris
M. Garat.
M. Malouet a penfé que , comme il y avoit
beaucoup d'étrangers dans les atteliers qu'on
alloit diffondre , il importoit de favoir fi la municipalité
de Paris prendroit des mefures à cet
égard. On lui a crié allez le lui demander. II
ne s'eft plair que du peu de dignité que ces
fortes d'interruptions donnoient à l'Aflemblée .
Quant à l'exception faite , dans le projet de
décret , en faveur des atteliers de filature ,
de la Chefe a demandé fi le tréfor public ferait
chargé de ces dépenfes, & a foutenu que les
provinces éloignées étoient plus malheureufes que
le département de Paris , & qu'elles ne peuvent
plus contribuer à toutes ces dépenfes.
444
M.
Paris a rendu d'affez grands fervices à la France ,
a réponda M. Charles de Lameth , Paris a affez
bien mérité de la nation pour qu'elle ne doive
pas regarder à quelques facrifices pécuniaires.
Aucun , lui a -t -on répondu du côté droit,
--- Il s'eft rabattu fur le nombre des provinciaux
qui venoient à Paris où l'on alimente it leur
fainéantile . On leur a écrit de venir , lui
dit un membre de la droite. Ici les propos fe
font animés.
11
( 271 )
Par un de ces mouvemens que nous n'entreprendrons
point d'expliquer , l'orateur , qui vantoit
les fervices de Paris , & fur- tout celui de l'infurrection
du 14 juillet , qu'il prétendoit avoir
épargné à la nation une guerre civile qui auroit ,
difoit- il , coûté plus d'un milliard ; le même M.
Charles de Lameth a pris à partie la municipalité
de la capitale , & a dit qu'il étoit du devoir rigoureux
de l'Affemblée , de connoître , avant la
fin de la feffion , à quelles fommes exorbitantes
eft montée l'univerfalité des dépenfes faises par
la ville de Paris , pendant & depuis la révolution ;
les regretter , « ces facrifices ont rendu
la liberté à la patrie & au monde entier ; mais
pour porter l'oeil de l'économie dans toutes les
parties de l'adminiftration , pour punir les dilapi
dations , les malverfations , s'il y en a. »
non pour
« Je crois que l'infurrection du 14 juillet , a
dit M. Garat l'aîné……… » « Achetez une voix avant
de parler , lui a crié M. Gombert . » M. Garat a
foutenu qu'une pareille dépenfe ne devoit point
fe prendre fur le tréfor public , & a rappellé que
la ville de Paris gagnoit 20 millions à la vente
des biens nationaux .
D'après ces remarques & celles de M. de
Cuftines, la fomme donnée par le tréfor public
pour les travaux , n'a été confidérée que comme
une avance que la ville rembourfera ; & fur la
propofition de M. Charles de Lameth , on a décrété
que la municipalité rendroit fes comptes au
département qui les foumettroit à l'examen de
l'Affemblée nationale par la voie d'un comité .
Le moment d'après , il a confenti à ce qu'il fût
décidé que ces comptes pourroient également
être revus par la prochaine légiflature . M ..
Gouttes s'eft écrié : on voloit le gouver-
M.4
( 272 )
nement ancien , on vole le nouveau . » Le côté
droit a couvert cette exclamation de longs applaudiffemens
, & tous les articles du projet de décret
de M. de Liancourt ont été adoptés avec les
amendemens , ainfi que nous les avons extraits
plus haur.
M. l'abbé Maury a demandé la parole pour
une motion d'ordre , & a prié l'Affemblée de ſufpendre
l'exécution du décret rendu la veille au
commencement de la féance contre M. d'Ange
villiers. Il a obfervé que ce directeur général des
bâtimens du Roi n'étoit ni tréforier ni comptable.
M.Régnault de S. Jean d'Angely a représentéqu'oa
ne pouvoit faifir des biensqu'envertu d'unjugement.
Un long tumulte , deux épreuves & l'ordre du
jour ont fermé la bouche à tous les oppofans .
M. de Folleville vouloit que le décret d'hier für
renvoyée au comité des lettres de cachet.
Pour juftifier le décret , M. Camus a dit ,.
que l'ordonnateur M. d'Angevilliers avoit
été payé pour les ouvriers qu'il employoit , que,
certains ouvrages étoient faits fur de fimples
devis & non par adjudications , que les comités
alloient le fommer de s'expliquer lorfqu'on avoit
appris fon abfence , qu'epfin le décret mettoit les
biens de l'abfent en sûreté , en établiſſant des
commiffaires comptables envers lui & la nation,
-
L'Aſſemblée a enfuite prêté l'oreille à la difcuffion
de quatre articles du code pénal qu'a
préfentés M. le Pelletier de Saint-Fargeau , lur
la réfiftance à la force publique par fédition ou
révolte. On en a renvoyé trois au comité , &
au code de la police correctionnelle ; voici le
feul qui ait été décrété : « Quiconque aura frappé
un fonctionnaire public au moment où il exerçoit
fes fonctions , fera puni de la peine de quatre
années de gêne. 22
( 273 )
Du jeudi , féance du foir.
Une députation des communes de Lyon , admiſe
à la barre , a expofé le trifte état des finances
de cette ville , qui a fufpenda le paiement des
arrérages de fes rentes , n'en a payé , depuis 18
mois , qu'une portion du premier quartier de 1790,
& annonce aujourd'hui fon infolvabilité abfolue.
Sa feule reffource confiftoit dans les octrois , ce
revenu étant fupprimé , le gage des créanciers eft
détruit. Près de douze cents pauvres malades y
font à la veille de manquer de tout . Les députés
ont imploré des fecours provifoires , & que les
dettes de la ville de Lyon foient miſes au rang
des dettes nationales . Cette fupplique a produit
une fenfation d'autant plus défagréable , qu'il
s'agit d'environ quarante millions . On l'a renvoyée
aux comités des finances & des impofitions,
& les députés ont eu les honneurs de la féance.
Suppofons 100 mille ames dans Lyon : l'intérêt
de ce capital monteroit à 20 francs par tête , en
fous additionnels aux impofitions foncière & mobilière
.
Une députation d'un tout autre genre s'eft enfuite
préfentée , fans qu'on l'annonçât ; c'étoient
des enfans qui , ayant fait leur première communion
, venoient de la cathédrale à la barre de
l'Allemblée , conduits par un eccléfiaftique , &
accompagnés de quelques citoyens foldats du corps
des vieillards , qu'on a nommés vétérans . L'orateur
, un de ces enfans , a parlé en ftyle
pcu ordinaire autrefois aux orateurs de fon
âge , de patriotifme religieux , d'hommes orgueilleux
& pervers , dont l'ambition avilifſoit
fouvrage de la divinité , de droits imprefcriptibles;
il a dit que fans la révolution , ils alloient être
•
.M 5.
( 274)
condamnés à l'ic famie de l'efclavage , & n'auroient
pu s'élever qu'a force de baffeffe , &Nous jurons ,
a-t-il pourfuivi , par notre religion fainte , qui
» nous prêche l'égalité , entre les mains de nos
» immortels légiſlateurs , par les intrépides vé-
» térans qui nous montreront le chemin de la
» victoire , d'être fidèles à la nation¸ à la loi
» & au Roi , & de maintenir de tout notre pou-
» voir la conflitution décrétée par l'Aſſemblée na-
» tionale & ſanctionnée par le Roi . »
Tous les enfans qui environnoient l'orateur,
ont dit , en levant la main , nous lejurons , nous
Lejurons, au milieu des applaudiflemens du côté
gauche & des galeries . M. Treilhard qui occupoit
le fauteuil , a fait à la députation une réponse
analogue , a félicité la patrie de ce que les enfans
faceroient avec le lait l'amour des loix conftitutionnelles.
« Vous méritez , a- t-il dit à ceux- ci ,
de partager la gloire des fondateurs de la liberté ,
Puifque vous etes prêts à répandre votre fang
pour la défendre . »
Ces jeunes communians font allés , d'un pas militaire
, fe placer fur les bancs de la gauche . De nouvelles
troupes de citoyens de leur taille ont ſucceſſivement
paru , crié : nous lejurons... Vive la loi !
& rempli d'autres places toujours du même côté ,
au bruit des battemens de mains. Enfin , plufieurs
voix ont demandé l'impreſſion du difcours & de
la réponſe.
M. de Folleville a pris la parole. « Il eft , a-t- il
so dit , quelques membres de l'Aſſemblée qui
ignorent que la cérémonie enfantire dont nous
» venons d'ètre témoins , a eu lieu devant une
» ´affemblée célèbre. J'en connoifois les détails ,
j'avois lu la réponſe. La pièce doit reffembler à
la répétition, Je demande qu'on imprime , non
1
-( 275 )
ככ ב כ
le difcours du président de l'Affemblée natio-
» nale , mais celui du préfident du club des Jacobins.
» Il s'eft élevé de violens murmures . « M,
» de Folleville a eu grand tort de fe fervir d'une
expreffion que je condamne , a dit M. l'abbé
» Maury. Ce n'eft point une cérémonic enfantine
que nous venons de voir , c'eft une cérémonic
puérile ..
בכ
ג כ
55
و د
58
« Je ne fais , s'eft écrié M. Chabroud , fi l'AL-
» femblée n'a pas été frappée comme moi du ton
d'infolence que depuis quelques jours ......
Le bruit qu'a excité cette phrafe, a duré près d'un
quart d'heure. Au milieu de tant de voix confuſes
, on entendoit M. de Verthamont dire
en montrant M. Chabroud : M. le préſident rappellez
ce j ... f.....à l'ordre ; M. Lucas & d'autres,
attefter & répéter cette épithète appliquée à M.
Chabroud ; beaucoup de membres de la gauche
crier de toutes leurs forces à l'abbaye , à la
garde , à la garde ! M. Garat le jeune ,
dire M. le préfident , couvrez - vous ;
chofe publique eft en danger ; M. Cigogne : on
cherche à commencer la guerre civile dans l'Affemblée
nationale ; & perfonne du côté gauche
ne paroiffoit foupçonner que le propos de M. Chabroud
fût la caufe unique de ce tapage. 139. T
:
la
M. d'Auchy étoit rentré & avoit repris le fauteuil.
Emu , troublé , il a fait reffouvenir l'Af
femblée qu'il y a deux ans à pareil jour , on diſcutoit
la motion de M. l'abbé Syeyes de fe conftituer
, que le profond filence des amis de la liberté
en impofa à fes ennemis ; & comme il a recommandé
plufieurs fois à ces mêmes amis ce filence
fi profond, fi impofant, qui intimida les ennemis ...
gans doute, ils n'étoient pas auffi infolens que M.
Chabroad, a dit M. de Foucault , qui n'a ceffé de
M 6
( 276 )
réclamerjuftice contre l'infulte de M. Chabrouds
& de s'oppofer à ce que le procès- verbal de l'Affemblée
conftatât que des enfans abulés avoient
commis an facrilege , les huées & les clameurs : à
l'ordre , lui ont coupé la parole . M. Malouet demandoit
auffi juftice . Affis , Malouet ! Affis , fac
tieux ! Affis , diloit - on à gauche.
dé- On a fermé la difcuffion , fi c'en étoit une ,
crété l'impreffion , paffé à l'ordre du jour , & la
paix s'eft rétablie .
Après avoir déclaré valables , ſans débats contradictoires
, l'élection d'un membre du tribunal
de caffation , & celle de fon fuppléant , MM. Gervais
& Albaret , du département de l'Aude ; l'Affemblée
s'eft occupée du rembourfement des offices
domaniaux , & a décrété quatorze nouveaux arties
qui ne font que les conféquences directes & le
mode d'exécution du premier article , ou décret
déja rendu , par lequel il a été ftatué que les
poffeffeurs de ces offices feront , rembourlés du
montant de la finance qu'ils auront verſée au
tréfor public.
Du vendredi , 17 juin.
M. Bouche s'eft étonné de la lenteur qu'on
mettoir, à faire fanétionner le décret fur la nonéligibilité
des légiflateurs actuels. Quelques membres
ont paru trouver plus fimple que la fanction
ne fût pas réclamée. L'Affemblée a décidé
que ledit décret y feroit préfenté dans le jour ,
& envoyé fans délai aux départemens pour lever
tous les doutes . }
M. le Couteulx a préſenté l'état général des
dons patriotiques reçus , véfultat de l'examen que
les commiffaires de l'Affemblée ont fait du compte
de M. de Virieu & de M. Anſon , Les tréforiers
( 277 )
pour cette partie . La fomme totale s'élèvé à
5,614,526 liv.
Il faut en féparer les objets acquittés en ordonnan
ces de décimes , 9,594 liv . ; les objets acquittés ès
mains de M. Garat , 18,597 hv. ; les objets bons à
recouvrer , 2,459,421 liv. ; les objets douteux ,
351,540 liv .; les objets mauvais , compofés de
créances caduques ou non- acceptées , 65,369 liv .;
les objets annullés ou retirés par les donateurs ,
fous différens prétextes , dans leurs lettres
230,070 liv. ; les objers affectés à la contribu
tion patriotique , en vertu d'une détermination
fabféquente des donateurs , 289,186 liv . ( On
fupprime ici les fractions ) .
Total à déduire , 3,424,780 livres . Il refte
2,189,746 liv. qui , avec 4,930 liv . d'intérêt
d'affignats , font 2,194,676 liv.
Emploi payé en rentes , fuivant le décret du
22 mars 1790 , depuis le 31 mars juſqu'au 27
novembre même année , 1,870,900 liv . -- Au
comité des recherches , don fait à cette condition
, so, 000 liv.; pour droit de fonte , au fermier
de l'affinage , 3,433 liv. ; intérêt d'affignats
tenus en compte en paiement de dons patriotiques
, 4,450 liv , ; frais & menues dépenfes
252 livres. ( On néglige les fous. ) Total
1,928,136 livres. Il refte 266,540 livres ; plus
3,136 liv. de dons anonymes non- enregistrés :
en tout 269,676 liv .
Ces détails nous paroiffent un exemple qu'on
ne fauroit trop montrer & fuivre , un hommage
qu'il eft important que l'opinion publique , fi
fouvent abufée , rende à l'intégrité fans faſte . La
concluſion a été un projet de décret unanimement
adopté , par lequel l'Affemblée déclare les
tréforiers quittes & déchargés , les remercie &
278 )
ordonne le dépôt de leur compte général vifé &
arrêté , & du procès- verbal de la remife , daus
les archives.
Le miniftre de la marine a notifié au corps
légiflatif un déficit de 1,630,432 liv . dans les
impofitions de 1790 & 1791 de la Martinique
& de Tabago ; & un autre déficit de 517,565
liv. fur les années 1787 , 1788 & 1789 ; qu'il
eft même très-inftant d'envoyer des fecours pécuniaires
à la Martinique . Sa lettre a été remiſe
aux comités des finances & de la marine.
On a repris la difcuffion du code pénal , qui
n'a guère fourni que trois obfervations de quelque
intérêt.
,
L'une fur la difficulté qu'a faite le rapporteur,
M. le Pelletier de Saint- Fargeau , d'inférer les
mots : légalement convoquée dans l'article qui
prononce des peines contre ceux qui opéreront
la diffolution de toute affemblée conftitutionnelle.
& Si au moment où vous étiez aſſemblés au jeu
de paume a -t - il dit au corps législatif, un
miniſtre étoit venu vous objecter que vous n'étiez
pas légalement convoqués ; qu'auriez - vous répondu
? Ce feroit compromettre la conftitution
fi
que de laiffer aux miniftres le droit de juger
une affemblée eft légale ou non . Il y a un droit
de repreffion dans la conftitution ; mais il n'eft
pas confié aux miniftres » . L'article & l'amendement
ont été renvoyés au comité , après deux
épreuves.
La feconde obſervation a roulé fur le
changement que M. Malouet a propofé de
faire à la rédaction de l'article portant une
peine contre tout fonctionnaire public qui ,
Tous prétexte de mendemens ou de prédica
tions , exciteroit les citoyens à défobéir, M, Ma
( 279 )
louet vouloit qu'on mît : fous pretexte de religion
ou de patriotifme. Les mots mandemens & prédications
lui paroiflolent appliqués aux circonftances
, caractère oppofé à celui d'une loi qui doit être
générale. A ce fujet , il a'dit qu'il conroiffoit un
mandenent très- criminel , celui que certain foidifant
patriote a adreffé aux Mulâtres de Saint-
Domingue , où l'on déclare qu'Ogé a été légûlement
aflaffiné , où l'on annonce l'affranchiffement
des Nègres. Il n'a point défigné l'auteur de cette
paftorale , & le rapporteur a rédigé l'article d'une
autre manière .
La troifième remarque a eu pour objet , les vifs &
fréquens applaudiffemens qu'a donné le côté gauche
à la motion deM. deMurinais , qui demandoit qu'on
donnât un effet rétroactif de deux années à l'article
propofé par M. Barnave , portant que , tout membre
des légiflatures convaincu d'avoir , pour ar
gent , préfens , ou promelles , trafiqué de fon
opinion , fera puni de mort ; motion qu'on n'a
point adoptée.
Pour le refte des articles , il fuffira de les
tranfcrire ; ce que nous ferons la femaine prochainé.
Du famedi , 18 juin.
M. Lanjuinais a réitéré fa motion , de fermer
le tréfor public à la municipalité de Paris. M.
Camus vouloit que cette propofition fût ajournée
& renvoyée au comité des finances . (
« Cette motion tend à vous faire décréter la
banqueroute de la ville de Paris , s'eft écrié M.
Regnault de Saint Jean - d'Angély. Ses revenus
étant fupprimés , il falloit bien lui faire des avances
fur le bénéfice que lui promet la vente des domaines
nationaux. Il est étonnant que les amis
( 280 )
de la liberté s'uniffent à fes ennemis pour ca
lomnier la ville de Paris , le premier auteur de
notre liberté ». 1
: Sous le prétexte d'avances , on employera tous
les revenus publics , obſervoit M. de Folleville,
qui comparoit Paris à un enfant gâté , que les
carelles paternelles accoutument a négliger les
reffources de fon induftrie.
En adoptant l'ajournement , M. Biauzat infifteit
, avec raiſon , fur la néceffité d'un moyen
d'établir les reffources indifpenfables pour chaque
municipalité. On a décrété l'ajournement au 25.
L'on a repris le code pénal , dont quelques
articles font devenus plutôt l'objet d'une légère
converfation , que de ce que des philofophes
appelleroient une difcuffion approfondie.
--
Trois années de plus de chaîne diftingueront
le crime de contrefaire le fceau de l'Etat , de
celui de contrefaire le timbre national , & cela ,
pour l'honneur du gouvernement , felon M. Duport.
Un dépofitaire comptable ( ne le font- ils
pas tous ? ) qui auroit volé dix millions , & un
dépofitaire comptable qui n'auroit volé que 12
fous , étoient également punis de dix ans de
chaînes ; fur de judicieufes remarques de M.
Malouet , l'article a été renvoyé au comité.
L'incendiaire de magafins & d'artenaux en étoit
quitte pour dix années de chaîne , parce que ces
lieux font fuppofés inhabités , & que perfonne
n'en meurt. Le fcélérat qui , fans employer le
feu , auroit coulé à fond des vaiffeaux , des batteaux
chargés de munitions &c. n'étoit
condamné qu'à fix années de chaîne ;
mais une ville , toute une province , tout
-l'Etat pouvoit être mis en péril par des voies
´d'eau qu'eût pratiquées un monftre qui n'eût été
( 281 )
bi incendiaire , ni homicide : MM. Malouet &
Garat Paîné ont fait adeprer de fages amendemens
à ces projets du comité.
Quelqu'un au monde s'attendroit-il à trouver
dans un code pénal , qu'on fuppofe n'être que
l'application des peines aux déits , cinq articles
ou il ne s'agit ni de délits ni de peines , mis
uniquement d'hypothèses dans lefquelles l'ho
micide involontaire , commis par imprudence ou
par négligence , l'homicide légal , & l'homicide
légitime ( non-legal ) , font décrétés ne rien tenir
du crime, & ne donner licu à aucune action ,
criminelle ? L'article concernant l'homicide légitime
dans le cas de défenſe de foi - même ou
d'autrui , a paru à M. Malouet & à M. de Murinais
fufceptible des effets les plus funeftes.
Deux affaffias fe concertent , l'un provoque la
colère d'un honnête homme , en eft maltraité
feint de fuccomber , & l'autre tue impunément
l'honnête homme , en alléguant la défense d'autrui.
Mais M. le Pelletier & M. Duport ont
répondu à tout par les lumières , la fageffe &
la coufcience des jurés , qu'aura chcifis la mul
titude , qui déclareront toujours à propos l'ac
cufé convaincu non convaincu , plus ou moins
puniffable ou excufable. Ces actés légitimes ,
illégaux, font reftés dans le code pénal , où tout
fembloit devoir prendre le caractère légal ; on y
a cependant ajouté les mots indifpenfable néceffité
de défenſe de foi- même ou d'autrui , Nous tranſ❤
crirons ailleurs les articles.
›
>
M. Muguet a communiqué à l'Affemblée
d'affligentes nouvelles qui venoient d'arriver de
Corfe. Une lettre de membres du directoire de
ce département , datée de Corte le s juin , annonce
& décrit l'infurrection qui a eu lieu à
( 282 1
Baftia : - les
habitans
de Baftia , dit ´cette
lettre , à qui nons en avions
impofé par la
force , lors de Tetection
du nouvel
évêque ,
avoient , pour
quelque
temps , caché leur dépit ,
& étoient
dans Le calme apparent ». Mercredi ,
Fremier jain , on fit la procettion
des rogations,
In le carrateur ne voit & se print que fanatiſme,
des moines avant la corde au cou , des hommes &
des femmes
allant nuds pieds , plufieurs
traînant
des chaines & d'autres fe donnant des coups (ur
le dos avec des lames de fer. Il faudroit entendre
les deux parties , pour
apprécier la
véricité de ees
deſcriptions ,
miniftrateurs parlant dans leur propre cauſe ,
ouvrage d'ad-
& que des adverfaires accufent des violen
ces les plus tyranniques , auxquels M. Butte
fuoco , député de Corfe, & toute la ville de
Baftia , reprochent d'avoir fait eniever , dit-il,
des citoyens de leurs lits , citoyens irréprochas
bles qu'on a jettés dans un cachot , contraints
de demander à s'embarquer , & conduits à la mer
avec cinquante hommes Corfes .
« Tous ces proceffionnaires , pourfuit la lettre,
crioient : vive notre religion . Le lendemain , des
femmes vealent replacer les armoiries de l'ancien
évêque , & brúlent le mai planté devant la porte
de l'évêque élu . Après midi , le peuple ſe raſſemble
, envoie îne deputation aux directoires & au
corps municipal , qui proteßent contre la demande
du peuple, après lui avoir affuré qu'ils l'appuierent.
ſe porte en force à la citadelle , que M. Raffi ,
commandant , n'avoit pas fait fermer. Maître de
la citadelle , le peuple fit embarquer le procu
reur-général- fyndic & fon fils , le fecrétaire - gé
néral , & l'un des commis au bureau du département
, pour les tranſporter en Italie . C'étoit
( 283 )
le jeudi . Tous les adminiftrateurs prirent la fuíte,
Arrivés les premiers à Corte , le 5 , ils attendent
le général Paoli , qui fe trouve à Ajaccio.
Quand nous ferons réunis , mandent- ils , ce nous
délibérerons fur les moyens de venger , tant qu'il
dépendra de nous , l'infulte faite à la loi par ce
peuple rebelle ........ C'eft la force de mer qui
nous manque... & qui eft néceffaire pour
s'emparer de la ville ( de Baftia ) . Nous nous
flattons d'avoir affez de force de terre pour l'attaquer.
»
A ›
.......
་
Le procès - verbal de l'Affemblée générale
des habitans de Baftia refpire , du moins dans
les formes la modération de la juftice .
Il a attefté qu'ils fe font réunis , à l'effet de
délibérer paifiblement fur diverfes demandes
à faire à l'Affemblée nationale ; qu'après avoir
élu un préfident & des fecrétaires , & envoyé une
députation au département & au corps municipal ,
pour les inviter à venir aflifter à la féance , &
les deux directoires , du département & du diftrict
, ayant a témoigné le regret d'être empêchés
par la loi de fe rendre à cette invitation
ayant promis aux députés « d'appuyer près de
l'Affemblée nationale les demandes que la ville
de Baftia croiroit à propos de faire . L'Affem
blée compofant alors prefque la totalité du peuple ,
a délibéré ce qui fuit :
c
сс
ל כ
&
Ils fe foumertent avec un profond refpest &
une déférence aveugle à tous les décrets de l'Affemblée
nationale , en ce qui regarde la conftitution
civile & temporelle , mais non en ce qui
concerne la nouvelle conftitution du clergé ; demandent
, à cet égard , que les chofes foient
remifes fur le pied où elles étoient avant les
états-généraux ; que l'ancien évêque foit rétabli
T
( 284 )
dans fon fiége , les maifons & communautés
religieufes confervées. En conféquence ils ont
cnvoyés un curé de Baftia en Tolcane pour prict
l'ancien évêque de venir reprendre fes fonctions,
& ils ont arrêté que le fieur Buonaroti Toſcan ,
gazettier, qui a profeffé des maximes contraires au
refpect dû à la religion , fera banni de la villej
jurant, au furplus, de vivre François, maisFrançois
libres , ou mourir. Suivent fix pages de fignatures.
Vous voyez , a repris M. Muguet , qu'on eft
parvenu à égarer la grande majorité des habitans
de Baltia. - Non ; ils ne font point égarés , s'eft
écrié une voix de la droite .
A l'ordre. -- Et
le rapporteur a tranquillifé le côté gauche en lu
affurant que le refte de la Corfe étoit prêt à mar
cher contre fa capitale. La conclufion de M. Mu
guet a été un projet de décret , portant exécution
juridique & militaire contre les infurgens .
❤❤
fut
M. de Folleville a demandé que les commif
faires du Roi fufient autorisés à recevoir les plaintes
qui pourroient être faites contre le directoire ,
les faits antérieurs à cette émeute . Il a prié l'Affemblée
de remarquer que , les habitans de Baltia
ne s'étoicnt portés à aucune de ces actions atroces,
fi communes chez un peuple plus civilifé & moins
fier. 1
Un des députés de Corfe , M. Salicetti a
trouvé la preuve démonftrative du patriotifme
desadminiftrateurs , en ce queM. de Folleville les
blâmoit ; on l'a beaucoup applaudi. Après avoir
défigné comme les feules caufes de cette infurrection
les prêtres , les factieux , le fanatifme & les moines
qu'il appelloit vermine ; il a promis que le peuple
des campagnes mettroir , bientôt les habitans de
Baftia à tordre;. Toutes ces railons ayant pulvérifé
l'amendement de M. de Folleville , le
( 285)
projet de M. Muguet a été décrété . Il ordonne
l'envoi de commiffaires , de troupes , & de deux
frégates en Corfe , & une information pardevant
le tribunal de Corté.
Du famedi , féance du foir.
L'Affemblée a chargé fon comité des rapports
de lui rendre compte des troubles arrivés le 13
de ce mois à Cambray ; troubles dont M. Merlin
venoit de lire le procès -verbal dreffé par la municipalité
de cette ville.
24
Dans un temps , a dit M. Roberſpierre , où
l'on ne parle que de juftice & de liberté , on exerce
les plus horribles vexations contre les citoyens .
Ce préambule l'a conduit à dénoncer les chaffeurs
de Hainault > comme ayant arraché de leur lic
plufieurs hommes & femmes de Brie- Comte- Robert
, de les avoir garottés , mutilés , traînés en
prifon . Il a demandé le renvoi de fa dénonciation
au comité des rapports ; ce qui a été décrété .
M. Bouillé , député de Brie- Comte-Robert , a
rappellé que diverles infurrections avoient motivé
la tranflation des chaffeurs de Hainault dans cette
ville , qu'un décret l'avoit ordonnée ; & il a penfé
que les chaffeurs ne pouvoient avoir agi qu'en
cxécution de mandats d'arrêter , décernés par le
tribunal
Heft bien temps , s'eft écrié M. Regnault
de Saint -Jean d'Angely , que la tranquillité publique
s'établiffent , que les loix reprennent leur
vigueur , & qu'on ne vienne pas , dans le fein
même de l'affemblée nationale , protéger les autears
des infurrections. Si on oſe dénoncer comme
oppreffeurs ceux qui ont le courage d'exécuter la
loi avec rmeté , la tranquillité publique pourra
donc être impunément troublée ! » Ces judicieuſes
( 286 )
réflexions ont excité de vifs applaudiffemens . L'o
pinant a exigé , pour le renvoi au comité , la re
mife des pièces fignées par les plaignans & pat
celui qui venoit d'articuler la dénonciation .
« M. Roberſpierre fait- il l'apprentiffage de fon
emploi d'accufateur public , a demandé M. de
Murinais ? s
ဘ
сс
Traitant ces débats de déclamations , & s'autorifant
de tout ce qu'il y a de facré dans la défenſe
des opprimés , M. Roberfpierre a répondu que s'il
dénonçoit les chaffeurs de Hainault , c'étoit en
ayant en main des plaintes fignées de plufieurs
centaines de citoyens . « Rien ne prouve mieux ,
» a- t-il ajouté , la néceffité de vous faire préfenter
les détails de cette affaire par l'organe du comité
des rapports , que la malveillance dont je
» ne ceffe d'éprouver les témoignages. Mais je
méprife ce lyftême d'oppreflion & les inculpa
tions continuelles qu'on cherche à répandre fur
» ma conduite & mes principes . J'en appellé au
tribunal de l'opinion publique . Il jugera entre
» mes détracteurs & moi »……. L'Affemblée a porté
fon attention fur le réfultat de la procédure des
juges de Saint- Germain-en-Laye, dont M. Va
rins étoit chargé de rendre compte .
55.
Ce font des lettres que M. le Cardinal de la
Rochefoucault , prélat comblé d'années & de vertus
, ancien archevêque de Rouen , avoit adreffées
à quelques eccléfiaftiques & inarguilliers , dans
lefquelles il leur notifioit que les prêtres fonctionnaires
publics conftitutionnels n'avoient aucuns
pouvoirs fpirituels de lui. M. le Cardinal a reconnu
que ces lettres étoient de lui . M. l'abbé
Maury a fait d'inutiles efforts
role. Les conclufions du rapporteur ont été de
pour obtenir la papropofer
à l'Affemblée de décréter qu'il y avoi
( 287 )
lieu à accufation contre M. le Cardinal. Garant
des fentimens de paix du prélat octogénaire , M.
de la Rochefoucault-Liancourt a obfervé que l'Evêque
de Verſailles ne fut inftallé que vers le
mai , & que ces lettres étoient du 15 avril & du 6
mai , qu'ainfi celui qui les écrivoit pouvoit ignorer
l'inftallation du nouvel évêque , & fe croire légitimement
fondé à continuer fes fonctions jufqu'à
ce qu'on, l'eût remplacé. Il propofoit d'approuver
le zèle du tribunal & de déclarer qu'il n'y avoit
pas lieu à délibérer .
M. Muguet n'a rendu juſtice aux vertus de M.
le cardinal , qu'en foutenant que le projet du comité
n'en dévoit pas moins être adopté , parce
que M. le Cardinal ne pouvoit ignorer que le lieu
où il prétendoit exercer les fonctions épifcopales
étoit démembré de fon diocèfe . D'ailleurs , ajoutoit-
il , foiblir dans cette circonftance , feroit
relever l'audace des prêtres réfractaires , & ranimer
toutes les espérances des mécontens . C'eft
Votre courage qui a fait la conftitution , votre
fermeté l'achevera . >>
Un autre membre n'a vu dans ces lettres incriminées
, rien contre la religion , ni contre l'honneur.
« Lorfqu'on a proftitué , a-t- il dit , la tolérance
, toutes les fectes ont dû devenir indifférentes
aux légiflateurs ; vous ne connoiffez plus
les prêtres que comme citoyens ... Vous n'avez pu
dépouiller de l'autorité fpirituelle celui qui ne tenoit
pas de vous cette autorité ... Il ne s'agit que
de pouvoirs fpirituelles , que des pouvoirs intérieurs
de la confeffion , chofes qui ne peuvent
vous regarder. Quoi ! vous avez applaudi naguère
l'orateur qui vous difoit : Il faut que l'on
puiffe dire que nous fommes fchifmatiques ! &
vous méconnoîtriez aujourd'hui ce principe ! on
( 288 )
3
pourra accufer de fchifme le corps législatif , &
l'on ne pourra , fans être traduit devant les tribu
naux , en accufer deux vicaires qui s'introduifent
dans l'adminiftration fpirituelle d'une paroiffe
Lans l'approbation de l'Evêque ? Voulez-vous vous
mettre à la tête des perfécutions qui fe font déja
fignalées par tant de larmes & de fcandales ?
Vous ne pourrez empêcher qu'on ne difcute la
validité des pouvoirs fpirituels , qu'on ne s'écrive
des lettres particulières. Lorfqu'on permet la libre
circulation des écrits les plus criminels ... Ce
filence des loix fera-t-il interrompu lorfqu'il s'agit
de lettres particulières & d'une fimple controverfe
fur la légitimité des pouvoirs fpirituels d'un vicaire
?
« Il eſt évident , a dit M. Chabroud , que l'objet
de la publicité de ces lettres étoit de foulever le
peuple contre le pafteur légitime. »
M. le Cardinal , a répondu M. de Cazalès , na
fait qu'un acte en doctrine, il a fimplement énoncé
un fait ; je ne vois dans fa conduite aucun acte de
jurifdiction. « Certes , ceux-là font bien maladroits
qui vous propofent d'exercer votre premier
acte de rigueur religieufe , contre un vieillard
refpectable pour un délit auffi léger. »
La difcuffion a été fermée , une épreuve , par
affis & levé , adoptoit les conclufions du rappor
teur , felon l'avis du préfident & du bureau ; l'ap
pel nominal réclamé par le côté droit a décrété le
contraire à la majorité de 286 voix fur 271. Ainfi
il n'y a pas eu lieu à accufation contre M. le
Cardinal de la
Rochefoucault.
(Laféance du dimanche au prochain mercure.)
P
C1
[d
ju
a
fc
B
( 289 )
NOTICE des événemens et des principaux Dé
crets de l'Allembiee Nationale des Mardi
et Mercredi, 21 et 22 Juin.
Dès l'ouverture de la féance de mardi , à di
heures du matin , le préfident de l'Affemblée ,
annonça que le Roi & la famille royale avoient
été enlevés pendant la nuit,
M. Camus a propofé d'avertir , par des couriers
, toutes les gardes nationales du royaume
d'arrêter les perfides qui enlevoient le Roi , de
doubler la garde de l'Afferablée , & l'appel des
miniftres à la barre. Ces difpofitions ont été décrétées
. Sur la motion de M. Charles de Lameth
T'Affemblée a ordonné à M. de Rochambeau de fe
rendre à fon commandement de Flandres .
Un aide-de-camp de M. de la Fayette , chargé
de courir à la découverte du Roi , eft arrêté par
le peuple , fe préfente à la barre , & repart accompagné
de deux membres de l'Affemblée jufqu'aux
barrières. Quatre Commiffaires font envoyés au
fecours de M. de la Fayette & de M. de Cazalès
, la perfonne de celui - ci étoit en danger . Ils
arrivent tous dans la falle .
L'Affemblée a décrété une proclamation de paix
publique , une adreffe aux Provinces ; que fes décrets
conferveront le titre de loi & feront exécutés
fans acceptation ei fanction , qu'ils porteront le
fceau de l'état & la fignature du miniftre de la
juftice ; que les miniftres font autorisés à affifter
aux féances du corps législatif , & que les fcellés
feront appofés fur les papiers des affaires étran
gères .
Nº. 26. 25 Juin 179 k
( 290 )
M. Duport du Tertre a communiqué un billet
du Rei qui lui défend d'appofer le feeau de l'état à
aucun acte avant de nouveaux ordres de fa majeſté.
Spécialement chargé de 11 garde des tuileries ,
M. de Gouvion a dit qu'il avoit eu des avis de
projets de départ , que M. le Maire & lui avoient
redoublé de vigilance ; mais qu'on ne pouvoit deviner
par où le Roi & fa famille étoient fortis.
On a mandé M. de la Porte qui a remis à l'AC
femblée nationale un mémoire , écrit de la maia
du Roi , en forme de déclaration aux François .
Un fecrétaire en a fait lecture . Nous les tranf
erirons en finiffant .
&
Il a été propofé de nouveaux fermens ,
Affemblée a fufpendu fa féance pour deux
heures.
A la reprife , le corps légiflatif a décrété que
les miniftres fupplécroient le Roi dans les correfpondances
avec les puiffances étrangères ,
comme dans toutes les autres fonctions exécutives;
que les ordonnances de paiement feront valables fur
la fignature refponfable du commiffaire de la
trésorerie.
M. de Cernon a rapporté qu'il y avoit , ce
foir , dans le tréfor national 30 milions dont
6 millions en or ; que le fecond trimeſtre de la
lifte civile n'a été payé qu'en affignats.
On s'eft occupé d'un plan relatif aux gardes
nationales , & l'un des articles décrétés leur accorde
15 fous par jour , à compter du raffemblement.
Ce plan en porte le nombre à environ
300 mille .
Plufieurs généraux , colonels , & autres officiers
accourent jurer de maintenir la conftitution ,
MM. d'Afry , de Rochambeau , de Montefquiou
( 291 )
Fezenzac , Charles de Lameth , de Tracy , M. de
la Tour-Maubourg donnent des témoignages écla
tans de leur civilme . Ce dévouement de tant de
guerriers au falut de la patrie a excité les plus
vifs applaudiffemers . On a décrété enfuite quelques
articles du code pénal.
Ce n'a été qu'entre 7 & 8 heures du matin ,
mardi , qu'on s'eft apperçu que le Roi , la Reine ,
M. le Dauphin , la famille royale n'étoient plus
dans le château des Tuileries . Le bruit couroit que
depuis quatre à cinq jours on y voyoit beaucoup
de ci- devant garde- du- corps & des perfonnes qui
s'y trouvèrent le 28 février . M. d'Aumont qui
étoit de fervice au château a été conduit à la
grêve , déshabillé ; il y auroit été pendu fi la
garde nationale ne fût accourue. Les patrouilles
ont été nombreufes , la ville paifible , les propriétés
& la sûreté individuelles & publiques
refpectées d'une manière qui fit infitimist
d'honneur aux Parifiens & à leurs chefs . On s'eft
Forté aux barrières pour arrêter les voyageurs .
Le peuple a cffacé ou enlevé toutes les fleurs de
lys , tous les portraits de Rois , toutes les couromes
, tous les mots Roi , Royal , Royale
qu'il a vus fur les enfeignes ou ailleurs . Le iefte
cft encore mělé de tant de faux bruits qu'il convient
de fufpendre fon opinion fur ce qu'on
debite .
Proclamation du Roi à tous les François , à
Ja fortie de Paris.
Un memb demande le renvoi au comité dés
recherches.
Toute la partie gauche fe lève contre cette
propofition .
N 2
( 292 )
M. le fecrétale continue.
ec
Extrait de la Proclamation .
Lorfque le Roi a pu efpérer de voir renaître
Tordre & le bonheur par les moyens employés par
l'Affemblée nationale , & par fa réfidence auprès
de cette Afemblée , aucun facrifice ne lui a ceûtés
n'auroit pas même argué du défaut de liberté ,
dont il eft privé depuis le mois d'octobre 17893
mais aujourd'hui que le réfultat de toutes les
opérations eft de voir la royauté détruite , les
propriétés violées , la fûreté des perfonnes compromifes
, une anarchic complette dans toutes les
parties de l'empire , fans aucune apparence d'antorité
fuffifante pour l'arrêter ; le Roi, après avoir
protefté contre tous les actes émanés de lui pendant
la captivité , croit devoir mettre fous les
yeux des François le tableau de fa conduite. »
« Au mois de juillet 1789 , le Roi , får de fa
confcience , n'a pas craint de venis parmi les Pa
rifiens . Au mois d'octobre de la même année ,
prévenu des mouvemens des factieux , il a craint
qu'on arguât de fon départ pour fomenter la
guerre civile . Tout le monde eft inftruit de l'im
punité des crimes qui fe commirent alors . Le
Roi , cédant au væl manifefté par l'armée des
Parifiens , vin s'établir avec fa famille au château
des Tuileries : rien n'étoit prêt pour le recevoirs
& le roi , bien loin de trouver les commodités
auxquelles il étoit accoutumé dans fes demeures
, n'y a pas même rencontré les agrémens
que fe procurent les perfonnes aifies . Malgré
toutes les contraintes , il a cru devoir dès le lende
maia de fon arrivée raffurer les provinces fur lou
jour à Paris . Un facrifice plus pénible lui étoit
refervé; il a fallu qu'il éloignât de lui fes gardes
autres
( 293 )
du corps , dont il avoit éprouvé la fidélité ; deux
ent été maffacrés, plufieurs ont été bleffés en cxécu
tant l'ordre qu'ils avoient reçu de ne pas faire feu:
tout l'art des factieux s'eft employé à faire enviſager
fous un mauvais afpect une époufe fidelle qui
venoit de mettre le comble à fa bonne conduite ;
il est même évident que toutes les machinations
étoient dirigées contre le Roi lui- même . C'eft aux
foldats des gardes françoifes & à la garde nationale
parifienne , que la garde du Roi a été confiée ,
fous les ordres de la municipalité de Paris , dont le
commandant- général relève .
cc
3
« Le Roi s'eft ainfi vu prifonnier dans fes propres
états , car comment pourroit on appeller
autrement celui qui fe voit forcément entouré par
des perfonnes qu'ii fufpe &te ; ce n'eft pas pour inculper
la garde nationale parifienne que je rappelle
ces détails ; mais pour rapporter l'exacte vérité ;
je rends au contraire juftice à fon attachement
lorfqu'elle n'a pas été égarée par les facieux. Le
Roi a ordonnéla convocation des états généraux ;
il a accordé au tiers- état une double repréfentation
; la réunion des ordres , les facrifices du 25.
juin , tout cela a été fon ouvrage , mais fes foins
ont été méconnus & dématurés . Lorsque les étatsgénéraux
fe font donnés le nom d'Aſſemblée nationale
, on fe rappelle les menées des factieux
fur plufieurs provinces ; on fe rappelle les mou-'
vemens qui ont été occafionnés pour anéantir la
difpofition des cahiers qui portoient que la confection
des lois feroit faite de concert avec le Roi.
L'Affemblée a mis le Roi hors de la conftitution
en lui refufant le droit de fanctionner les actės
conftitutionnels , en rangeant dans cette claffe
ceux qu'il lui plaifoit d'y ranger , & en limitant
la troifième légiflature fon refus de fanction
N 3
( 294 )
On lui a donné 25 millions qui font abforbes en
totalité par la dépenfe que néceffite l'éclat nécef-
Lire à la maiton . On lui a laiffé l'ufufruit de
quelques domaines avec des formes gênantes en
1: pivant du patrimoine de fes ancêtres ; on a
eu attention de ne pas comprendre dans fes dé
penfes des fervices rendus au Roi comme s'ils n'étoient
pas inféparables de ceux rendus à l'état.
Qu'on examine les différens points de l'adminif
tration ; & on verra que le Roi en eft écarté :
il n'a point de part à la confection des lois ;
feulement il peut prier l'Affemblée de s'occuper
de telle ou telle chofe . Quand à l'adminiftration
de la juftice , il ne fait qu'expédier les provi
fons des juges & nommer les commiffaires du
Roi dont les fonctions font bien moins confidérables
que celles des anciens procureurs- généraux.
La partie publique a été dévolue à de nouveaux
officiers ; il reftoit une dernière prérogative , la
plus belle de toutes ; celle de faire grace & de
conmuer les peines : vous l'avez ôtée au Roi ; ce
font maintenant les jurés qui l'ont en appliquant
fuivant leur volonté le fens de la loi . Cela dimiue
la majesté royale ; les peuples étoient accoutumés
à y recourir , comme a un centre commun
de bonté & de bienfaiſance . L'adininiſtration intérieure
dans les départemens eft embarraffée par
des rouages qui nuifent au mouvement de la machine
; la furveillance des miniftres fe réduit à
rien: »
« Les fociétés des amis de la conftitution font
bien plus fortes & rendent nulles toutes les autres
actions. Le Roi a été déclaré chef fuprême
de l'armée ; cependant tout le travail a été fait
par les comités de l'Affemblée nationale fans ma
participation ; en a accordé au Roi la nomination
82957
?
de quelques places , encore le choix qu'il a fait
a - t- il éprouvé des contrariétés ; on a été obligé
de refaire le travail des cfficiers généraux de
T'armée , parce que les choix déplaifoient aux
clubs ; ce n'eft qu'à eux qu'on doit attribuer la
plupart des révoltes des régimens : quand l'armée
he refpecte plus les officiers ; elle eft la terreur
& le fléau de l'Etat ; le Roi a toujours peufé
que les officiers devoient être punis comme les
foldats , & que les portes devoient être ouvertes
à ces derniers pour parvenir aux avancemens
fuivant leur mérite . Quant aux affaires étran
gères , on a accordé au Roi la nomination des
ambaffadeurs & la conduite des négociations ; on
lui a ôté le droit de faire la guerre ; on ne devoit
cependant pas foupçonner qu'il la déclareroit de
but en blanc. Le droit de faire la paix eft d'un
tout autre genre. Le Roi ne veut faire qu'un
avec la nation , mais quelle puiffance voudra
entamer des négociations , lorfque le droit de
révifion fera accordé à l'Aflemblée nationale ?
Indépendamment du fecret néceffaire & impoffible
à garder dans une affemblée délibérante néceffairement
publiquement , on aime encore à ne
traiter qu'avec la perfonne qui peut , fans aucune
intervention , paffer le contrat . Quant aux
finances , le Roi avoit reconnu , avant les étatsgénéraux
, le droit qu'a la nation d'accorder des
fubfides , & à cet égard il a accordé , le 23 juin ,
tout ce qui avoit été demandé. Le 4 février , le
Roi a prié l'Affemblée de s'occuper des Anances ;
elle ne l'a fait que tard ; on n'a pas encore le
tableau exact de la recette & dépense ; on s'eft
laiffé aller à des calculs hypothétiques ; la con
tribution ordinaire eft arriérée , & la reflource
des douze cents millions d'affignats est presque
2961
confommée ; on n'a laiffé au Roi , dans cette
partie , que de ftériles nominations ; il connoît
la difficulté de cette adminiſtration , & s'il étoit
pollible que cette machine pût aller fans fa furveillance
directe , Sa Majefté ne regretteroit que
de ne pas diminuer les impôts ; ce qu'elle a
defiré , & qu'elle auroit effectué fans la guerre
d'Amérique.
cc
כ כ
Le Roi a été déclaré chef fuprême de l'adminiftration
du royaume , & il n'a pu rien changer
fans la décifion de l'Affemblée . Les chefs du parti
dominant ont jetté une telle défiance fur les
agens du Roi , & les peines portées contre les
prévaricateurs ont tant fait naître d'inquiétude ,
que ces agens font reftés fans force . La forme di
gouvernement eft fur-tout vicieufe par deux caufes ,
PAffemblée excède les bornes de fes pouvoirs
en s'occupant de la juftice & de l'adminiftration de
l'intérieur ; elle exerce parfon comitédes recherches
le plus barbare de tous les defpotifmes . Il s'eft'établi
des affociations connues fous le nom des amis dela
conftitution , qui offrent des corporations infiniment
plus dangereufes que les anciennes ; elles délibèrent
fur toutes les parties du gouvernement ,
exercent une puiffance tellement prépondérante
que tous les corps , fans en excepter
nationale même , ne font rien que par leur ordre.
Le Roi ne pense pas qu'il foit poffible de conferver
un pareil gouvernement ; plus on voit
s'approcher le terme des travaux de l'Affemblée ,
plus les gens fages perdent de leur crédit . Les nouveaux
réglemens , au lieude jetter du baume fur les
les plaies , aigriffent au contraire les mécontentemens;
les
millejournaux & pamphlets calomniateurs,
qui ne font que les échos des clubs , perpétuent
le défordre, & jamais l'Affemblée n'aofé y remédier;
l'Affemblée
( 297 )
on ne tend qu'à un gouvernement métaphyfique &
impoffible dans fon exécution . »
François , eft- ce là ce que vous entendiez ca
envoyant vos repréfentans ? Defiriez -vous que le
defpotifine des clubs remplaçât la monarchie fons
laquelle le royaume a profpéré pendant quatorze
cents ans ? L'amour des François pour leur Roi
eft compté au nombre de leurs vertus . J'en ai
eu des marques trop touchantes pour pouvoir l'ou
blier ; le Roi n'offriroit point le tableau fuivant ,
fi ce n'étoit pour tracer à fes fidelles Sujets l'efprit
des factieux. Les gens foudoyés pour le
triomphe de M. Necker ont affecté de ne pas
prononcer le nom du Roi ; ils ont à cette époque
pourfuivi l'archevêque de Paris ; un courrier du
Roi fut arrêté , fouillé , & les lettres qu'il portoit
, décachetées ; pendant ce temps , l'Affemblée
fembloit infulter au Roi ; il s'étoit déterminé
à porter à Paris des paroles de paix ; pendant
fa marche , on a arrêté de ne faire entendre aucun
cri de vive le Roi . On faifoit même la motion
de l'enlever , & de mettre la Reine au couvent ,
cette motion a été applaudie. »בכ
« Dans la nuit du 4 au 5 , lorfqu'on a prepofé
à l'Affemblée d'aller fiéger chez le Roi ,
efle a répondu qu'il n'étoit pas de fa dignité de
s'y tranfporter ; depuis ce moment , les fcènes
d'horreur le font renouvellées. A l'arrivée du
Roià Paris , un innocent a été maffacré prefque fous
fes yeux dans le jardin même des Tuileries ; tous
ceux qui ont parlé contre la religion & le trône
ont reçu les honneurs du triomphe. A la fédération
du 14 juillet , l'Affemblée nationale a dé-
-claré que le Roi en étoit le chef, c'étoit montrer
qu'elle en pouvoit nommer un autre , fa famille
( 298 )
a été placée dans un endroit féparé du fien , c'eft
cependant alors qu'elle a palé les plus doux momens
de fon féjour à Paris. »
cc
il fe
Depuis , pour caufe de religion , Meldames
ent voulu fe rendre à Rome ; malgré la décla
ration des droits , on s'y eft oprofé , on s'eft
perté à Bellevue , & enfuite à Arnay- le-Duc ,
où il a fallu des ordres de l'Affemblée , pour les
-iffer aller, ceux du Roi avant été méprifés.
Lors de l'émeute que les fafticux ont excitée à
Vincennes , les perfonnes qui s'étoient réunies
autour du Roi par amour pour lui ont été maltraitées
, & on a pouffé l'audace jufqu'à brifer
leurs armes devant le Roi , qui s'en étoit rendu
le dépofitaire . Au fortir de fa maladie ,
difpofoit à aller à Saint - Cloud , on s'eft fervi
pour l'arrêter , du refpect qu'on lui connoît pour
la religion de fes pères , le club des Cordeliers
l'a dénoncé lui- même comme réfractaire à la loi ,
en vain M. de la Fayette a - t-il fait ce qu'il a
Pa pour protéger fon départ ; on a arraché par
violence les fidelles ferviteurs qui l'entouroient ,
& il eft rentré dans fa prifon. Enfuite , il a été
obligé d'ordonner l'éloignement de fa chapelle ,
d'approuver la lettre du miniftre aux puiflances
étrangères , & d'aller à la meffe du nouveau curé
de Saint- Germain - l'Auxerrois . D'après tous cest
motifs , & l'impoflibilité où eft le Roi d'empêcher
le mal , il eft naturel qu'il ait cherché à fe mettre
en fûreté.
il
« François , & vous qu'il appelloit habitans de
la bonne ville de Paris , méfiez -vous de la fuggeftion
des factieux , revenez à votre Roi ,
fera toujours votre ami , quand votre faitte
religion fera reſpectée , quand le gouvernement
( 299 )
fera affis fur un pied ftable , & la liberté établiè
fur des bafes inébranlables .
כ כ
Paris , le 20 juin 1791. Signé , LOUIS.
« P. S. Le Roi défend à ſes miniſtres de figner
aucun ordre en fou nom , jufqu'à ce qu'ils aient
reçu des ordres ultérieurs , & enjoint au garde
des fceaux de lui renvoyer le fceau lorsqu'il en
fera requis de fa part..»
Signé , LOUIS .
Du mercredi 22 juin , à 10 heures dufoir.
M. le président de l'Affemblée nationale avoit
propofé de fufpendre la délibération durant une
heure . Il s'étoit à peine écoulé quelques minutes, que
plufieurs voix ont répété ces mots ; il est arrêté , il
eft arrêté, & le préfident ayant annoncé qu'un
courrier venoit de lui remettre plufieurs paquets ,
un des fecrétaires a fait lecture d'une lettre des
officiers municipaux de Varennes , du 21 juin .
Ces officiers annoncent que S. M. eft à Varennes ,
& qu'ils attendent la réponſe de l'Aſſemblée .
Une autre lettre des officiers municipaux de
Sainte-Menehould , mande que leurs concitoyens
allarmés d'un envoi de troupes fait par l'ordre de
M, de Bouillé , avoient obtenu le défarmement
d'un efcadron de huffards , & l'emprisonnement du
commandant de cet efcadron .
Après la lecture de toutes les pièces , un décret
a ftatué qu'ilferoit donné les ordres les plus prompts
pour la fûreté de la rentrée de la perfonne du
Roi, pour inftruire le royaume que l'enlèvement
du Roi avoit êté empêché par le zèle des citoyens ;
1
1
( 300 )
que M. de Bouilléferoit ſuſpendu de les fonctions,
& arrêté fur-le -champ ; que perfonne ne forte des
barrières.
Du
jeudi 23 , à une heure du matin.
avec
de
Par un nouveau décret , l'Affembléc »a or •
donné que « MM. de la Tour-Maubourg, Bar
nave & Péthion iront , comme commiffaires , à
Varennes , pour affurer le retour du Roi ,
le pouvoir de donner des ordres aux troupes
Jigne , aux gardes nationales , aux corps adminiftratifs
, pour tout ce qui concerne leur miflion.
Ils feront accompagnés , dit- on , de M. Dumas.
Du refte , tous les ordres ont été donnés pour
le maintien de la tranquillité de la capitale,
Nous fommes forcés de renvoyer la fuite &
les détails à
l'ordinaire prochain.
Les Numéros fortis au tirage de la Loterie
de France , du feize Juin , font : 16 ,
37 , 9,83 , 70.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères