Nom du fichier
1790, 10, n. 40-44 (2, 9, 16, 23, 30 octobre)
Taille
28.20 Mo
Format
Nombre de pages
627
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
( No. 40. )
SAMEDI 2 Octobre 1790 .
MERCURE
DE FRANCE.
Compofé & rédigé, quant à la partie litté
raire , par MM. MARMONTEL , DB LA
HARPE & CHAMFORT , tous trois de
l'Académie Françoife ; & par M. IMBERT,
ancien Auteur & Editeur ; quant à la
partie hiftorique & politique , par
M. MALLETDUPAN, Citoyen de Genève.
Le prix de l'Abonnement eft de 33 liv.
franc de port par tout le Royaume .
433
C
COURS DES EFFETS PUBLICS. Septembre 1790.
EFFETSROYAUX. Jeudi 23.
Vel. 24.
Samedi25.
1860..65.1870.72..1870..91.
1375 375
705.6.8.708
162
Id. Décembre82 16. 14. 146.
Actions
Does
Ereprunt Oct
Lot. d'Avril 700 ...S
Lot. d'Octobre. 60
Emprunt 125m 7.
8.4
I.80 millions
BullSeatnisn.
Bulletn
10.9 19.
63 642
CHANGES du25.
10
Lond,$6.
Arra 197
Mad.. 62
Cadir61o.
Liv. 110!
Gen. 102
Lyon 46
Paycurs, Aliće
1789, letraJ.
Empru1mn2st0
Bode. Ch.
Caille d'Efcomp. 3440.45.13445. 60 347075.
deDamedi.-
3
1720. 26 1723.30 1740.
Eaux de P. 510 500 500.
BorVEd..
( N° 41. )
SAMEDI 9 Octobre 1790 .
MERCURE
DE FRANCE .
Compofé & rédigé , quant à la partie littéraire
, par MM . MARMONTEL , DE LA
HARPE & CHAMFORT , tous trois de
l'Académie Françoife; & par M. IMBERT,
ancien Auteur & Editeur : quant à la
partie hiftorique & politique , part
M. MALLET DU PAN ,Citoyen de Genève .
Le prix de l'Abonnement eft de 33 liv.
franc de port par tout le Royaume,
COURS DES EFFETS PUBLICS. Octobre
EFFETS ROYAUX. Jeudi 30. Vend.1.
1་
2020..
7. Besembre 82.19.
Let. d'Avril ... 1735
Los
d'Octobre..575
Exprunt 125 ras
I
millions.
S: Balleria..
Samedi2.
1990..91990.97.
1200..
740
57725
4.
13
8428
740.
$ 75
4
488
I
1790.
CHANGES du30.
Amfi. fo
Lond. 25.
Ham. 202.
Ma1d66..
1.12.
Cadix
160.
Liv..I
Gên.. 105.
Lyon.
Payeurs, Armée
1789, lettreJ.
De lesa..
66
Ampre: 110
Borde Ch..
ice difcompr.
3485..70.3470.
D. demi-a ...
1740.35.1735
FauxdeP ....
E.V. Bord .....
Sco
3470 -75.
1733--35.
soo ...
( N° 42. ) .
No.
SAMEDI 16 Octobre 1790.
MERCURE
DE FRANCE.
Compofé &rédigé , quant à la partie littéraire
, par MM. MARMONTEL , DE LA
HARPE & CHAMFORT , tous trois de
l'Académie Françoife ; & par M. IMBERT,
ancien Auteur & Editeur ; quant à la
partie hiftorique & politique , par
M. MALLET DU PAN,Citoyen de Genève.
Le prix de l'Abonnement eft de 33 liv.
franc de port par tout le Royaume.
COURS DES EFFETS PUBLICS. Octobre 1790.
EFFETS ROYAUX. Jeudi7. Vend. 8. Samedi
CHANGESdu
Amft
.1.
Lond. 25.
Ham. 208.
Actions.2030..25.2025.
Fête.
Do Hes
EmpruntO& .380 ....
380. Id. Décembre$2.
Lot, d'Avril ...
Lot. d'Octobre.
Emprunt 125 m.3.4 437
millio8In0ds.,
BullSeatni.sn.
Bulletin.. 661..66.
Emprunt 120m.
Borde Ch ...
Caiffedfcompt
.
3470..68.13470,0
Do. demi- ad ... 1735.33.173536.
EauxdeP
E. V. Bord ....
Mad.. 16ofo.
Cad1oi6fx
Liv .. 109.
Gen.. 1024.
Lyon.1p. Pte.
PaAynenuéres,
le1t7t8rJ9e,
( N °. 43. )
SAMEDI 23 Octobre 1790.
MERCURE
DE FRANCE.
Compofé & rédigé, quant à la partie litté
raire , par MM. MARMONTEL , DE LA
HARPE & CHAMFORT , tous trois de
l'Académie Françoife ; & par M.IMBERT.
ancien Auteur & Éditeur : quant à la
partie hiftorique & politique , par
M. MALLET DU PAN, Citoyen de Genève.
Le prix de l'Abonnement eft de 33 liv.
franc de port par tout le Royaume.
COURS DES EFFETS PUBLICS. Octobre 1790.
EFFETSROYAUX. Lundi11.
Mardi12.
Merc. 13.
Actions ... 2060.45..2040..30.2020..25.
Emprunt..390390.
Decemb81r22e..
91894.
Let. d'Avril ..... 580
d'OctoLbo.8r.t0e.. s
8
Emp3r4u13.n2.m35t3..
milliotInods..
390
73 9.
942
748.
750. 580
3.34.3
2
Sans Bulletin .... 7.7.6.6.7.7 1
Bull.e.t.i.n
69.68.
Empr1u1nm0t.
CHANdGuE1S3.
Amft.
so.
Lond.25
Ham. 203
Mad. 161.od
Cadix16 1.o.
Liv.. 109.
Gên.. 101.
LyBoepne.1.
Payeurs, Année
1789, lettre J.
Bo.r.Cd.le..
Caife d'Efcompt. 3490.5 10.3515. 25 3515..20.
de1Dm7&.e7ia..-0..60.11775435....6600..
EauxdeP...
......
....
500 E.V. Bord ...
500 ...
Jer. 135.
( No. 44 )
SAMEDI 30 Octobre 1790 .
MERCURE
DE FRANCE.
Compofé & rédigé , quant à la partie litté
raire , par MM . MARMONTEL , DE LA
HARPE & CHAMFORT , tous trois de
P'Académie Françoife ; & par M. IMBERT,
ancien Auteur & Editeur : quant à la
partie hiftorique & politique , par
M. MALLET DU PAN,Citoyen de Genève.
Le prix de l'Abonnement eft de 33 liv.
franc de port par tout le Royaume.
PEUCFBOFLOdUEDIoRTECbrSSSSe.
EFFETSROLYuAnUd1Xi8.
Actions
Mardi 19. Merc. 20.
2020..21053.020.22.55.. 40
D 11225 1230.
d. Decembre 81.9.10.9
Exprunt.393
1o. d'Avil .... 174
Lx. d'Octobre..1578 ...80 580.82.1587
Espre1n2mt51.
14. to million$?
BullSeatni.sn.
Bulletin..
Empr1an3mt0
Borde.C .....
4. 543.
Caifle d'Ekomp. 3535..30.13125. 27 3535-40.
D°. demi- aft..
auxdeP ... Fa
E.Y Bord.
1765..60. 17 1763.70
392. 392
89.10.88.
1740. 740
1.2.2
CHANGES du2o.!
1790.
Amft. 504.
Lond. 26.
Ham. 208.
Mad. 16 4.od.
Cadix16 30.
Liv.. 109.
Gen. 103.
Lyon.p Pte.
Payeurs Année
1789, lettre J.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI ,
COMPOSÉ & rédigé , quant à la partie littéraire , par
MM. MARMONTEL , DE LA HARPE & CHAMFORT
, tous trois de l'Académie Françoife ; &
par M. IMBERT , ancien Editeur : quant à la
partie hiftorique & politique , par M. MALLEZ,
DU PAN , Citoyen de Genève.
SAMEDI 2 OCTOBRE 1790.
A PARIS
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thon
rue des Poitevins , No. 18 .
Avec Privilége du Roi,
TABLE
Du mois de Septembre 179 0.
ROMANCE.
3L'Angleterre ancienne.
Suite de la Veillée. 6 Académie.
ODE.
Charade, Enig. & Logog. $ 6 Nouvelle .
Expoft .
49 Véritable Origine.
18 Projes
40
85 Difcours . 103
86
Preuve. 116
87
Notices. 119
VERS.
Conte.
Charade, Enig . kogog.
Les Chateaux en Espagne. 89
DIALOGUE.
Charade , Enig. Log.
121 Le Paysage du Pouffin . 129
127 Obfervations. 154
MOULIOTECA
SEALA
A Paris , de l'Imprimerie de MOUTARD ,
rue des Mathurins , Hôtel de Cluni.
MERCURE
DE FRANCE.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
A MADAME DE LA FAYETTE.
Our , modefte Zulmé , tes talens & tes charmes
Méritoient le Héros qui reçut ton ferntent :
Deux fois la Liberté lui fit prendre les armes ,
Et dans tes bras deux fois il revint triomphant :
Vos deux noms enlacés au Temple de Mémoire ,
Près d'Alcefte & d'Adinète un jour feront inferits ;
Les Dieux à tes vertus accorderont ce prix :
Qui le rendie heureux doit partager fa gloire .
( Par M. l'Abbé Dourneau. )
A 2
MERCURE
VERS à M. DE LA HARPE , en lui demandant
l'extrait d'un Ouvrage.
CHACUN HACUN fur ' terre à fa lubie ,
Ce point-là n'eft point contefté ;
Mon voiſin a fà fantaiſie ,
Par moi fon goût eft reſpecté ;
Et mon voifin , de ſon côté ,
Pardonne à ma bizarrerie.
Or moi , Monfieur , j'ai la manie
D'un foupçon d'immortalité:
Je veux que mon nom foit cité
La gloriole eft ma fɔlie .
Vous riez de ma vanité ,
Et bernez ma pédanterie :
i
Grand bien vous faffe , en vérité ;
Car dans ce monde il faut qu'on rię.
Léger grain de plaifanterie
Maintient le coeur dans la gaîté ,
Et fans bleffer la prud'hommie ,
Eft excellent pour la fanté.
Mais faites trève à l'ironie :
Ecoutez avec gravité
Auteur chérif qui vous fupplic ,
Monfieur , avec humilité ,
Et qui , de votre courtoific
Attend cette célébrité
Qui fait l'objet de fan envie .
(Par M, Charlemagne. )
DE FRANCE.
ÉPITRE PASTORALE ,
A M. DE SELDÉ , pour répondre aux
Vers qu'il a fait inférer dans le N°. 31
du Mercure .
Nantes ce 9
;
Août 1790
VOUS ous qui chanteż comme au jeune âge ,
De votre voix pourquoi vous plaignez- vous ?
Vos chants font fi flatteurs ! vos accens font fi doux !
Vous m'avez trop loué, je le fens ; c'eft dommage..
Apollon chantoit comme vous
Lorfqu'il étoit Berger en Theſſalie ;
Mais cet aimable Dieu , qui fit tant de jaloux ,
N'avoit pas votre modeftic .
D'éloges féduifans , je dois être confus ;
Adreffez- moi des vers ( 1 ) , mais ne me flattez plus.
La louange eft perfide , & toujours fon langage
Séduit le vieillard & l'enfant ;
. Mais qui veut agir prudemment ,
Ne doit jamais la prendre , & fur-tout à mon âge ,
Que comme un encouragement.
( 1 ) Je vous prie auffi de me faire l'honneur de m'estvoyer
votre adreffe. Voilà, peut- être , deux indifcrétions ;
mais je n'ai pu m'empêcher de les commettre , & je vous
en demande pardon.
A
MERCURE
O vous qui m'infpirez un penfer auffi fage !
Oubliez vos chagrins , oubliez vos erreurs ;
Venez de l'amitié favourer les douceurs
Dans cette paifible chaumière ,
Que nous devons aux foins d'un vertueux Paſteur :
Ah ! c'eft mon ami !... c'eft mon père !
Elle eft fimple comme fon coeur
Et belle comme fa Bergère.-
>
Au fein de l'amitié , dans les bras de l'amour ,
C'est dans ce réduit folitaire
Que je gravai ces vers un jour :
Heureux celui qui , loin du tumulte des villes ,
N'ajamais envié les biens de fon voifin ;
Et de qui les défirs tranquilles
Ne paffent pas Penclos tie foa jardin ( 1.) k
Là , content d'une humble fortune ,
Chérifiant les vertus , aux loix toujours foumis
Et fayant des cités cette foule importune ,
Le Sage y trouve des amis ,
L'Amant une tendre Bergère ;
Et tous avec un coeur fincère ,
Du fort craignant peu les rigueurs ,
Savent y jouir de la vie
( s ) Il'e terrarum mihi praur omnes
Angulus rides..
Horace.
DE FRANCE.
Loin des flatteurs & de l'envie ,
Loin des fots & de leurs clameurs.
On n'y connoît point l'impoſture ,
Et le ruiffeau feul y murmure .
Sur un aurel , fous un ombrage frais ,
Da vertueux Geffner j'ai placé les Ouvrages ;
Dans ce lieu nos Bergers viennent goûter le frais ,
E: je vois que toujours ils en fortent plus fages.
Par un doux fentiment ému ,
Sur ce champêtre autel que j'élève à fa gloire ,
J'ofai tracer aufli ce vers à fa mémoire :
On n'aime polni fis thants fins almer la vertit,
Peu loin de ce boquet , fous un fombre feuillage ,
Repofe en paix l'ami que nous aimions ;
Chaque matin nous lui faifons l'hommage
De nos fruits , de nos fleurs & de nos actions.....
De fes vertus , de ma triſteſſe ,
Le touchant fouvenir m'occupera fans ceffe.
Sur fon tombeau je répandrai des pleurs ,
Auffi long-temps que l'ame & bienfaiſante & tendre
De l'indigent calmera les douleurs ,
Et qu'elle aura des larmes à répandre.
Mais , un inftant , quittons ces triftes lieux ....
J'entends du chalumeau les fons harmonieux ;
Ce font tous nos Bergers que le plaifir appelle
Sous cet ormeau , fur certe herbe nouvelle ....
A 4 •
MERCURE
Ecoutez leur joyeux refrain .....
Les voyez-vous danfer gaîment avec leurs Belles ?
Malin comme eux , moins léger qu'elles ,
Le volage Zéphir vient careffer leur ſein .
Près de cette Troupe légère ,
S'il fe peut dirigez vos pas :
Vous n'y trouverez point d'ingrats ;
L'amitié ne fait point en faire.
Venez , mon aimable Caton ,
De nos Belles fuivre les traces :
Vous êtes chéri d'Apollon
Vous le ferez auffi des Graces.
( Par M. Mellinet fils , de la Société des
Amis de la Conftitution , à Nantes. )
DE FRANCE.
LE FRANC BRETON.
Première Partie.
PLÉMER , riche Négocianţ de Nantes ;
homme fimple , franc , un peu brufque
tête vive , bon coeur , vrai Breton , faiſant
un voyage à Paris , s'y étoit logé dans un
petit Hôtel d'une rue affez folitaire. C'étoit
l'homme du monde le moins avare & le
plus économe : il n'avoit connu de fa vie
aucun des beſoins de la vanité.
Un foir , rentrant chez lui & montant
l'escalier , il rencontra une vieille femme
qui defcendoit en pleurant. Qu'avez- vous ..
bonne Dame , lui demanda - t - il ? Elle fe
rangea fur le palier , lui fit la révérence ,
& ne répondit rien . —Qu'avez vous donc ?
palez . On ne pleure pas fans chagrin.
Ah ! du chagrin , j'en ai. Et la caufe ?
35
Etes- vous , ce qu'on appelle , dans la peine ?
-Non pas moi , Monfieur , grace au ciel.
-
Non pas vous ! c'eft donc le malheur
de quelque autre qui vous afflige ? ---Hélas !
oui , Monfieur. Et de qui ? allons , courage
, expliquez - vous. Comme elle fe taifoit
encore Ouvrez ma porte , dit-il à fon
Valet. Cette femme m'impatiente ; & je
veux la faire parler. Entrez chea moi , Ma-
A s
10. ,
MERCURE
dame , entrez. Nous voilà feuls. Affeyezvour
. Mais , moi bleu , affeyez-vous done ;
& dites-moi bien vite qui vous êtes, d'où
vous venez , quel eft le fujet de vos larmes.
- Monfieur , je m'appelle Dupré , je fuis
veuve , garde malade , & je fers ici un jeune
homme qu'une fièvre lente confume & que
je vois abandonné. Quel est- il ce jeune
homme Je ne le connois pas . - Le
connoît-on dans cet Hôtel ?
p
?
-
-----
Je ne crois
pas il y eft venu tomber malade. Son
nom? Montalde. A-t- il l'air honnête ?
Hélas ! oui ; c'eft- là ce qui m'afflige tant.
Il eſt d'une douceur , d'une bonté ! ....
C'est lui qui me plaint , moi , de voir les
peines qu'il me donne . nuit , toutes les
fois qu'il m'éveille , il en eft fâché , & il
m'en demande pardon .
donc toutes les nuits ?
-
Vous le veillez
O mon Dieu , oui .
Et comment le délaifferois - je ? il n'a que
moi au monde. — Pas même un Médecin ?
---
Il ne veut pas que j'en appelle. Cependant
il fe fent mourir ; & je crois qu'il en eft
bien aife. A ces mots , fes pleurs redoubièrent.
Bonne femme ! , ..
--
--
& fans
doute
il eft dans
le beftin
?
Jufqu'ici
rien
ne lui a manqué
; mais
il vient
de me
dire
d'aller
demain
engager
fa montre
au
Mont
-de- Piété
; & c'eit-là tout
ce qui lui
refte
encore
devons
- nous
à l'Hôte
tous
les bouillons
de la femaine
, & à l'Herborifte
les plantes
que
j'ai
mifes
dans
fa
boiffon
.
Et vos
peines
, vos
foins
, vos
V
DE FRANCE. IL
-
---
---
veilles ? Ah ! que je puiffe le fauver ; je
me croirai aifez payée ! Bonne femme !
excellente femme ! Tenez , d'abord voilà
pour vous , & puis voici pour les buillons
& pour les befoins du malade . Laillez - lui
croire que fa montre eft en gage , enrendezvous
? & gardez- la lui. Ah ! Monfieur !
- Puis- je le voir ? Il ne voit perfonne.
Allez lui dire qu'un bon voifin , un
homme qui n'est pas d'ici , demande à le
voir un moment. Demain , Monfieur ,
fi vous vouliez ? Oh non ! diable ! les
nuits font longues ; je ne dormirois pàs : je
veux le voir avant de me coucher. Moi ,
j'aime à dormir en repos.
Mate
La bonne femme fit fon meffage , & revint
dire qu'avec bien de la peine elle avoit
obtenu de le laiffer entrer.
Il monta au troisième étage ; & en entrant
: Hé bien , mon voifin , dit - il au
malade , vous ne voulez pas voir vos amis ?
-Mes amis ! ah , Monfieur ! ferois - je allez
heureux pour en avoir un feul au monde ?
Si le bien qu'on me dit de vous eft fincère,
dit le Breton , vous méritez d'en avoir
des amis ; & vous en avez au moins un .
-Hélas , Monfieur , je ne crois pas même
être connu de vous . Pardonnez - moi , je
fais que vous êtes honnête ; & puis, moi ,
je fuis fans façon , & j'ai bientôt fait connoiffance
quand je trouve des malheureux .
Adieu , mon voifin ; je ne veux pas vous
fatiguer. Dormez tranquille , & rêvez cette
--
A 6
12 MERCURE
nuit que vous avez trouvé un ami , un
véritable ami , dans Plémer , Négociant de
Nantes. Bonne nuit , mon voilin . Vous
avez- là une excellente Garde. Si je tombe
malade , elle aura foin de moi.
Montalde fe demandoit à lui-même s'il
n'étoit pas dans le délire , ou s'il n'avoit
pas vu en fonge un de ces enchanteurs des
Mille & une Nuits , qui confolent les malheureux.
Il voulut favoir de fa Garde comment
cet Etranger avoit appris fon exiftence.
Par droit de voifinage , dit la bonne
femme dormez tranquille , & me laiffez
dormir.
:
Il dormit peu , mais d'un fommeil paifible
, mêlé de douces rêveries ; & le lendemain
fon nouvel ami vint le voir. Après
s'être informé comment la nuit s'étoit paffée
: Vous ne voulez donc pas de Médecin
lui demanda - t - il . J'en avois deux ,
répondit le jeune homme , la Nature & le
Temps ; à préfent j'en ai trois. Et quel
eft l'autre ? L'Amitié. J'espère donc, lui
dit Plémer , que vous fuivrez fes ordonnances
. Ma bonne Dame , ayez bien foin
de mon malade ; & que rien ne lui manque
, fon Médecin l'ordonne ; il reviendra
ce foir.
Montalde , après s'être répandu en éloges
fur la bonté de coeur de ce brave Nantois :
Avez-vous fait ce que je vous ai dit , demanda-
t-il à Madame Dupré ? ma montre
eft - elle en gage mes dettes font - elles
DE FRANCE.. す
payées ? La bonne ferhme , ufant de fon
empire , lui répondit qu'un malade devoit
être comme un enfant , & ne fe donner
aucun foin. Qu'il vous fuffife , lui dit- elle,
de favoir que tout eft payé & que vous ne
devez plus rien : le refte me regarde , &
vous devez vous en fier à moi.
Le jeune homme n'infifta point , de peur
de lui marquer une inquiétude offenfante.
Mais dans un moment où elle croyoit les
yeux fermés par le fommeil , il lui vit
confulter fa montre. Tout eft payé , je ne
dois plus rien , & ma montre eft encore
ici , lui dit -il , & vous me la cachez ! Ah !
je pénètre ce mystère. Vous en avez plus
dit à mon voifin que vous n'auriez dû lui
en dire , & plus que je n'aurois voulu.
La Garde ne fit pas femblant de l'écou
ter ; mais le foir , Plémer fut inftruit des
inquiétudes du malade. Je m'en vais l'en.
guérir , dit-il ; & s'étant affis au chevet de
fon lit , après quelques propos d'humeur
fur la fottife & la vanité du luxe de Paris,
& fur le miférable orgueil de l'opulence :
Et vous , jeune homme , lui demanda - t-il ,
attachez - vous un grand prix à l'argent ?
Un grand prix , non , dit le malade . Ni moi
non plus , dit le Breton ; & comme je ne
fuis pas glorieux d'en avoir , je ne trouve
pas bon que mon ami foit honteux de
n'en avoir pas , & de m'avouer qu'il en
manque. N'affligez donc plus cette femme
de vos puériles délicateffes ; je ne fuis pas
14 MERCURE
votre ami pour rien . Ah ! je le vois bien ,
dit Montalde . Mais moi , comment pourraije
reconnoître ?.... Oh ! le plus aisément
du monde. D'abord , fi jamais l'occafion de
m'obliger fe préfente à vous , je vous prcmets
votre revanche ; & vous en aurez le
plaifir . Sinon , vous vous en pafferez , &
-nous n'en ferons pas moins quittes . Vous
me voudrez du bien ; & n'eft - ce pas en
faire que d'en vouloir ? Les coeurs reconnoiffans
ne reftent jamais redevables. Le
chagrin de devoir n'et pardonnable qu'aux
ingrats.
Affurément , dit le malade , ce caractère
n'eft pas le mien : je me haïrois trop moimême,
fi je fentois jamais fur mon coeur le
poids d'un bienfait. Je vous avouerai même
que, tel que je vous vois , vous êtes celui
de tous les hommes que j'aurois préféré
pour bienfaiteur , fi j'avois eu à choifir.
Mais encore dois- je m'étonner que dès le
premier jour de notre connoiffance ...
Plémer l'interrompit. Ecoutez moi , dit- il
car il faut qu'un malade laille parler , &
parle peu.
Suppofons que je fois un Tartare , un
Arabe , un Cafre ; je paffe , je vois mon
femblable languiffant , abattu ; je lui tends
la main. Va -t- il me demander qui je fuis
pour le fecourir ? Sommes - nous donc fi
loin de l'état de nature , que l'homme ne
foit plus ami de l'homme , s'il ne lui a décliné
fon nom ? Nous nous connoiffons
DE FRANCE.
1:5
peu cependant nous avons bonne opinion
l'un de l'autre. Repofons - nous fur
cette penfée , & donnons- nous le temps de
nous connoître mieux. Tenez , reprit - il ,
moi qui ne lis guère , j'ai pourtant lu dans
un vieux Livre que , je ne fais dans quel
pays , lorfqu'un Erranger arrivoit à la maifon
, dabord on commençoit par le bien
recevoir on le menoir au bain ; on l'habilloit
, s'il étoit mal vêtu ; on lui donnoit
un bon fouper , un bon lit ; & le lendemain
, on lui demandoit fon nom , fon
pays , fa naillance , fes aventures . Alors , fi
l'on fe convenoit , on fe touchoit la main ,
on étoit amis pour la vie finon , bon
jour & bon voyage . Le bien n'en étoit pas
moins fait , & l'on n'y penfoit plus . Cette
politeffe en valoit bien une autre , n'eft-ce
pas ? Eh bien , c'eft la mienne . Ici , c'eſt
moi qui exerce envers vous l'hoſpitalité
jufqu'à votre convalefcence. Alors nous
nous expliquerons . Jufque - là tenez - vous
tranquille , & ne m'impatientez pas ; car
je n'ai pas travaillé trente ans à amaffer
du bien pour être contrarié dans l'ufage que
j'en veux faire .
:
Voilà , dit le jeune homme , une bien
nouvelle manière de faire agréer fes bienfaits
!
Le jour fuivant , Plémer vint lui annoncer
un Médecin qu'il lui amenoit , & pour
lequel , en dinant avec lui , il avoit conçu
de l'eftime. Il a mangé , dit - il , d'un ap13
MERCURE
1
pétit à faire envie , & il a bu d'autant.
Je lui ai demandé s'il digéroit de même ?
Oui , fort bien , m'a - t - il répondu , fans
perdre un coup de dent.-S'il étoit quelquefois
malade ? Non , jamais. Quelle
étoit fa recette & fon régime ? -L'exercice ,
& , au befoin , la diète & l'eau . - Quelle
étoit fa méthode en médecine ? - Obferver
la Nature , & la laiffer aller , quand
elle va bien toute feule ; la fuivre , &
l'aider quelquefois . Je lui ai parlé de votre
fièvre lente. Fièvre lente , à fon âge ?
chagrin d'infortune ou d'amour. Cet homme-
là n'eſt pas un fot . Je vous l'amène , il
va venir.
>
Il vint , confulta le malade , cauſa quelques
momens tête à tête avec lui , &
répondit de fa guérifon . Monfieur , dit- il
au bon Plémer , en s'en allant , ce jeune
homme vous doit la vie : fans vous le
coup étoit mortel . La Garde le faivit pour
payer fa vifre , & Plémer s'apperçut qu'il
refufoit . Non , Monfieur , non , dit - il ,
en s'avançant ; nous fommes riches ; avec
nous s'il vous plaît , point de ces façons- là ;
gardez votre nobleffe pour des infortunés.
A préfent me voilà tranquille , dit - il
à fon malade ; vous ne me verrez plus
que rarement. Je vais vaquer à mes affaires.
Mais gardez votre montre ; car il faut
qu'un malade puiffe au moins , quand il
ne dort pas , compter les heures de la
nuit. La nuit, le jour, lui dit Montalde , ce
DE FRANCE. 17
fera toujours l'heure de la reconnoiffance .
Dites celle de l'amitié.
Le calme répandu dans l'ame du jeune
homme , fe gliffa dans fes veines ; & la
fièvre , fenfiblement affoiblie de jour en
jour , s'éteignit , & fir place à la férénité
d'une douce convalefcence. C'eft dans l'âge
où étoit Montalde , que la Nature en peu
de temps fe renouvelle , & répare fes
forces : Plémer cut le plaifir de voir fon
jeune ami fe ranimer comme une fleur
qu'il auroit atrofée , lorfqu'elle expiroit de
langueur.
A préfent , lui dit il un jour , lorfqu'il
fut en pleine fanté , apprenez - moi par
quelle infortune un jeune homme bien né
bien élevé comme vous l'êtes , eft tombé
dans l'érat eù je vous ai trouvé.
Je fuis jeune , & l'hift ire de mes malheurs
ferit bien longue , li di Montalde ,
fi je vous en faifois tous les triftes détails ;
ms je vais vous en dire aficz.
Je fuis né au pied du Mont- d'Or , dans
le place pys de la Nainre . Nommer
la Ligne & Auvergne , c'eft la décrire ;
& tout le monde fait quelle eft la riante
fertilité de cette agréable contrée . Mais
par un contrafte affligeant & difficile à
concevoir , dans ce pays fi riche , le plus
grand nombre des habitans eft pauvre ou
mal aifé . Ma famille étoit de ce nombre.
Je ne laiffai pas d'être élevé avec foin ;
& la vue habituelle d'une belle Nature ,
.
18 MERCURE
d'un côté , ces afpects majestueux de nos
montagnes , de l'autre , ce tableau romantique
de nos vergers , ces collines couronnées
de pampres , & au bas, ces belles
prairies femées d'arbres chargés de fruits ,
où ferpentent à plein canal les eaux des
fources de Roya , auffi pures que le criftal ;
enfin les travaux , les plaifirs , les moeurs
de nos campagnes avoient fait for mon
ame de fi vives impreflions , qu'en me
·les retraçant , je me flattai d'être né Poëte.
Mes effais furent applaudis par un Public
peu difficile ; & j'avoue que j'étois loin
de le croire trop indulgent. Envié de
Loanges & fondant l'efpérance de ma
fortune the mon talent , engagezi mon
père à ne pas s'inquiéter de mi dans le
partage de les biens ; mes fours furent
dotées avec tout l'avantage que permettoit
la Loi ; & mon père étant mort après les
avoir établies , je laiffai ma mère auprès
d'elles , jouir , comme elle fait encore , du
peu de bien dont j'avois hérité , me réfervant
à peine de quoi vivre à Paris le
peu de temps qu'il me falloit pour y com-
و
mencer ma carrière .
Prefque en y arrivant , j'allai voir un
homine auffi célèbre par fa bonté , que
par fon goût & fes lumières , le fage
d'Alembert. Je n'ai jamais connu de plus
vrai Philofophe. Il l'avoit été dès l'enfance
. Tel que l'avoit fait la Nature
rel on le voyoit tous les jours & dans
DE FRANCE. 19
toutes les fituations : rien d'apprêté , tien
de factice , rien même d'arrangé , dans
ce grand caractère . Ses petites impatiences ,
fes naïves foibleffes , fes colères d'enfant,
comme on les appeloit , fe laiffoient voir
en lui auffi ingénument que les penférs
les plus fublimes & que les fentimens les
plus fermes & les plus hauts.
Un accueil fimple & doux encouragea
ma confiance. Je lui parlai des cípérances
que l'on m'avoit fait concevoir ; & , en
le fuppliant de les évaluer , je lui ouvris
mon porte-feuille. Eft- ce bien , me dit-il ,
la vérité févère que vous me demandez?
Hélas ! out , lui dis je en tremblant ; il
n'y a que celle - là de bonne . Elle reffcmble
à ces remèdes dont l'amertume fait
la vertu. Cela étant , me dit - il , lions.
( Nous lûmer . Ah ! Montieur , quel foufile
rapide dillipa mes illufions ! Tout ce que
j'avois cru nouveau dans mes Ecrits , étoit
ufé ; tout ce que j'avois peint l'avoit été
mille fois mieux ; il mit fous mes yeux
mes modèles , & je me vis anéanti. Il
s'apperçut de mon abattement , & pour
me relever , il voulut bien me dire que ,
livré à moi - même , & auffi dénué que
je l'avois été de confeils & d'exemples ,
il étoit encore étonné que l'inftinct m'eût
fi bien conduit. Mais il me fit confidérer
le champ de la Poéfie comme tout moiffonné
, & le tréfor de l'imagination comme
une mine d'or fouillée , épuifée de veine
20 MERCURE
que ,
en veine. Je ne prétends pás , reprit - il ,
dans fes profondeurs , il n'y ait
encore quelques filons réfervés au génie ,
mais il faut y creufer ; le travail en eft
long; & je vous avertis que , même après
une étude affidue & de l'Art & de la
Nature rien n'eft plus incertain , plus
rare que le fuccès du talent poétique , &
rien n'eft plus infructueux.
,
,
Vous me rendez , lui dis-je un grand
fervice ; mais l'erreur étoit douce , le remède
eft cruel . Ainfi , pour moi , plus
de poéfie ! Mais fi ce moyen de percer
la foule & d'exifter m'eft interdit , que
vais je devenir ? Vous êtes à confeſſe , ine
dit il ; puis- je en sûreté répondre de vos
moeurs ? Je lui ouvris mon ame , & ne
lui cachai rien des pécadilles de ma jeuneffe.
Allons , me dit- il en fouriant , iitl
n'y a pas grand mal à tout cela. Mais
à préfent c'eft à vous de voir fi vous
vous fentez le courage de facrifier une
partie de votre liberté à l'avantage de vivre
à Paris , tranquille , au deffus du befoin ,
dans une firmation commode pour obferver
le monde , & vous former le goût.
༩
J'acceptai ces conditions , & peu de
jours après , je fus chargé de l'éducation
des enfans de la Comteffe de Ventaumont.
En me traçant une méthode d'éducation
pour mes Difciples , d'Alembert avoit eu
la bonté de me donner auffi pour moi
quelques préceptes de conduite.
- DE FRANCE.
Dans la maifon où vous allez être
m'avoit-il dit , la familiarité ne vous convient
avec perfonne ; évitez - la comme
un écueil. Si on oublioit avec vous la
dignité de votre état ne l'oubliez jamais
vous - même , & faites- la fentir avec
une douce fierté. La réferve , la politeffe ,
F'air fimple du refpect , quand vous fentirez
qu'il eft dû , voilà les bienſéances de
votre fituation . Souvenez - vous que vous
avez à faite à l'orgueil qu'il ne faut ni
bieffer ni flatter. Parlez peu , écoutez -vous
bien. La mefure , la précifion , la juſteſſe ,
le naturel dans l'expreflion comme dans
la penfée , font le partage du bon eſprit ;
& celui-là eft bien reçu par-tout : le bel
efprit ne l'eft pas de même ; on le punic
de fes fuccès. Que la vérité dans votre
bouche foit le langage d'un homme libre ,
mais modefte. Il y a pour la fincérité un
ton qui n'offenfe jamais. Gardez- vous bien
d'être plaifant , & ne répondez même à
la plaifanterie que par un froid- filence':
c'est un jeu qui doit être égal ; il ne le
feroit pas pour vous. Ne vifez pas non
plus à la fineffe , car c'eft un but qu'on
manque trop fouvent ; & des prétentions
manquées , c'eft- là peut-être la plus rifible.
Enfin , en attendant que l'ufage du monde
vous ait appris à dire avec agrément des
chofes communes ou frivoles , faites aux
beaux parleurs le plaifir dont ils font let
plus reconnoiffans , celui de les bien
écouter,
MERCURE
Vous avez raifon , dit Pléiner , ce d'Alembert
étoit un homme de bon fens. Eh
bien , reprit Montalde , fes leçons furent
inutiles ; j'eus beau les fuivre de mon
mieux , dans trois mois je fus renvoyé.
M. le Comte , en me regardant de toute
fa hauteur , me fit fentir à quelle diſtance
infinie je devois me tenir d'un horame
comme lui. Il m'honoroir quelquefois d'un
affable comment vous - va mais en paffant
, & fans écouter ma réponse . Une fois
cependant , il daigna me demander compte
des études de fes enfans . Je lui parlai de
la méthode que d'Alembert m'avoit tracée.
Voyons , dit - il , en y jetant les yeux ; &
un moment après : Que d'inutilités ! Du
latin à quoi bon ? De la morale ! cela
s'apprend tout feul à la Cour & dans le
grand monde. De la métaphysique ! Ah ,
M. d'Alembert , des définitions , des analyfes
à mes enfans ! Un peu d'Hiftoire
paffe ; non pas celle des Peuples , mais
celle des familles ; un Abrégé de Moréri ,
que vous leur donnerez en thèmes , voilà
ce qu'il leur faut. Je veux qu'ils connoiffent
leur monde & que dans l'occafion
ils puiffent dire d'où chacun vient.
Quant àma propre généalogie , je vous recommande
deux chofes , l'une , qu'ils la
fachent par coeur , l'autre , qu'ils n'en parlent
jamais ; car il faut fentir ce qu'on eft ;
mais il ne faut humilier perfonne . J'ai
toute ma vie été modefte , & je m'en fuis
fort bien trouvé.
و
DE FRANCE. 23
Ah ! quel fat que Monfieur le Comte ,
s'écria le Breton ! Eh bien , reprit Montalde
, Monfieur le Comte étoit un homme
aifé à vivre , en comparaifon de Madame
la Comteffe car tout glorieux qu'il étoit ,
comme il n'en faifoit pas myftère , dès
qu'on avoit connu fon foible , il n'y avoit
qu'à le ménager
Mais pour Madame la Comteffe , on ne
favoit jamais ce qu'elle étoit , ni ce qu'elle
vouloit. Du matin au foir , d'une heure à
l'autre , c'étoit les deux extrêmes : affable
douce , familière , haute , arrogante , dédaigneufe
, elle paffoit d'une modeftie exceffive
à un orgueil démefuré. On eût dit
qu'elles étoient deux. Ah ! fi elle avoit
été ma femme , difoit le bon Plémer
comme dans peu de temps je vous l'aurois
égalifée !
Lorfqu'elle fembloit dédaigner les avantages
de la naiffance , je me gardois bien
d'être de fon avis , reprit Montalde ; feulement
j'avouois que dans ces avantages ,
il y avoit plus de bonheur que de gloire ,
& qu'il étoit plus raifonnable de s'en féliciter
que de s'en applaudir.
Vous l'avez entendu , difoit- elle à fes
femmes C'eft un apprenti Philofophe
que M. d'Alembert a bien voulu nous
envoyer , pour nous guérir du péché de
l'orgueil. Et une heure après , je la retronvois
haute comme les nues , daignant à
peine me parler.
24
MERCURE
Vingt fois je lui avois entendu dire que
Lien n'étoit plus fade , plus infipide que
des éloges donnés en face. Je n'avois pas
befoin de ces avis pour ménager fa modeftie
, & j'étois avec elle aufi économe
de louanges qu'elle fembloit le déficer ; mais
je la voyois mécontente toutes les fois que
je manquois d'appuyer & de renchérir fur
le bien que l'on difoit d'elle , ou qu'elle
en difoit elle - même. Afſurément elle déteftoit
l'adulation , & tout le monde le favoit
bien ; mais me croyois je obligé pour cela
d'être déplaifant avec elle ? Et entre la
flatterie & l'impoliteffe , n'y avoit - il pas
un milieu , & des nuances délicates que je
devois favoir obferver & faifir ?
·
Un jour , s'étant fait lire un des thèmes
de fes enfans , elle en fut indignée au
point qu'elle ne put s'en taire. Votre Provincial
, dit elte à d'Alembert , n'eftime
rien que les vieilleries. Il parle à mes enfans
de la mère des Gracques , & ne leur
dit pas un mot de la leur , qui fans vanité
la vaut bien,
Enfin, le jour de fa fête arriva . Elle avoit
fu que je faifois des vers ; elle ne doutoit
pas que je n'en euffe fait pour elle ; & le
matin en me voyant paroître à fa toilette ,
avec fes enfans , la voilà qui fe dreffe fur
fon fauteuil , fans ' doute préparée à nous
entendre tous les trois lui réciter quelques
belles tirades. Quelle fut fa furprife ,
lorfque fes deux enfans , en lui baifant la
main ,
.DE FRANCE. 25
1
main, lui fouhaitèrent la bonne fête comme
à une fimple Bourgeoife, avec quelques mots
tendres où leur coeur s'exprimoit mieux que
n'auroit fait mon efprit ! Quoi , Monfieur ,
me demanda-t-elle , eft- ce là tout ce que
mes enfans ont à me dire , dans un jour
comme celui-ci La Nature a parlé , Madame
; l'Art n'a pas ofé s'y mêler : il ofe
encore moins fe montrer , ajoutai -je , dans
mon refpectueux hommage. Un fourire amer
exprima fon dépir. Votre refpectueux hommage
! rien de plus neuf affurément , ditelle
, & rien de mieux tourné que ce
compliment 13. Allez , Monfieur , voilà
qui eft bien. Dès ce moment je fus ablolument
perdu dans fon efprit , & il fallut
fonger à ma retraite,
Mais le Comte, qui s'accommodoit affcz
de moi , ne voulut pas me renvoyer d'une
façon humiliante , & il me propofa pour
Secrétaire à fon ami le Marquis de Fervac ,
qu'on envoyoit en ambaffade je lui fes
préfenté par lui , & dès le premier entretien
j'eus le bonheur d'être agréé.
Le Marquis étoit un jeune homme plein
de cet efprit naturel & brillant , qui a
tant de fuccès dans le monde , mais auquel
ni l'étude , mi la réflexion n'avoient preque
rien ajouté, Toute lecture férieufe lui
étoit infoutenable ; il ne pouvoit pas même
achever celle d'un Roman , s'il étoit un
peu long ; & il alloit bien vîte au dénouement
, favoir fi l'amant malheureux
A° . 40. 2 Octobre 1790.
No. B
26
MERCURE
s'étoit noyé de défeſpoir , ou s'il avoit fléchi
la rigueur de fon inhumaine , ou s'il s'en
étoit confolé.
M. Montalde , me dit- il , quand je fus
inftallé chez lui , nous partons dans trois
mois ; & il faut , d'ici là , que je fache
parler fupérieurement bien de tout ce que
contiennent les porte feuilles & les volumes
que voil . Or je vous déclare que je
n'ai ni le loifir , ni le courage de lire ce
fatras de négociations & de correfpondances.
Il faut pourtant que ce foit vous ou
moi qui dévorions cette lecture, Ce fera
moi , lui dis je , Monfieur l'Ambaſſadeur ,
la conféquence eft évidente. En faifant vos
extraits , ajouta t - il , fouvenez - vous de ce
Cuifinier qui avcit réduit la quinteffence
de fix douzaines de jambons à une petite
fiole. Le langage diplomatique et com- 4
preffible comme l'air ; & dans ce petit
porte feuille je veux avoir en poche, tous
ces in-folio, Vous travaillerez tout le jour ;
le foir nous irons au Spectacle , & vous
ferez de mes foupers.
<
Je me livrai à ce travail avec d'autant
plus d'ardeur que j'y voyois pour mon
avenir un moyen de me rendre utile ; &
lc Marquis m'en récompenfoit , en m'affociant
à fes plaifirs
Parmi les Danfeufes de l'Opéra , il avoit
une maîtreffe fort jolie & affez aimable.
Elle s'appeloit Emilie. Tous les foirs nousfoupions
chez elle avec des filles de fon
DE FRANCE. 27
état, & des jeunes gens affortis. Le fecret
de mon petit talent de Poëte ayant percé ,
je ne fais comment , on m'invitoit à réci
ter mes vers ; & on vouloit bien les entendre
avec cette indulgente politeffe qui
fe donne l'air du plaifir . Je ne vous diffimule
pas que j'étois fort fenfible à ces
petits fuccès.
Emilie avoit la bonté d'oublier avec moi
cette févérité de Nymphe de Diane , qui
en impofoit à fa cour ; & comme elle étoit
fûre que je refpecterois en elle l'objet du
culte de mon Ambaffadeur , elle vouloit
bien quelquefois fe rendre avec moi familière
; fes camarades l'imitoient. Ainfi
quelquefois , dans un coin , j'égayois avec
elles le férieux des bienséances & du refpect
qui régnoit au foupé. Vous vous moquez
, dit Plémer. Du refpect ! du férieux !
des bienséances ! chez une Nymphe d'Opéra
& qu'y faifoit - on ? - De l'efprit ,
de la galanterie délicate & légère ; quelquefois
de la politique ; & moi , de temps
en temps , un peu de poéfie , l'épithalame
de deux ferins , le dialogue de deux pers
ruches , ou le triomphe d'Emilie dans un
pas qu'elle avoit danfé , & que l'on avoit
applaudi. Chacune des jeunes convives ambitionnoit
la petite gloire d'être célébrée
à fon tour ; & cette ambition m'attiroit
des attentions particulières.
La maîtreffe d'un jeune Duc , bien fec ,
bien trifte bien ufé , & d'autant plus
B 2
28 MERCURE
jaloux qu'il avoit moins de droits de l'être ,
Apolline étoit celle qui me faifoit le plus
d'amitiés. Comme c'e étoit un peu maligne
, elle s'amufoit avec moi des ridicules
de la petite cour. Une fois que
Je férieux du foupé l'avoit ennuyée : Savez
- vous , me dit - elle , que tel de ces
Meffieurs que vous voyez bien fages , bien
refpectueux avec nous le foir , a été le
matin un fat impertinent chez des Daines
de qualité ?
Je lui demandai la raifon de ce contrafte
fi fingulier, Rien de plus fimple ,
me dit-elle chez nous la liberté n'a d'accès
que dans le boudoir , & là , elle n'eft
introduire que par billets fignés de l'amour
ou de la fortune ; au lieu que dans le
monde.... Le Duc l'interrompit en s'approchant
de nous , & il me demanda fi
j'aurois ce jour - là quelque jolie chofe à
leur dire ? Oui , reprit Apolline , une pièce
fort amufante fur la mauffaderie des amans
jaloux & taquins. Le Duc fit la grimace ,
& il tourna fur le talon .
Pourquoi lui avez - vous dit cela , demandai
- je à la jeune efpiégle ? Pour lui
apprendre , me dit-elle , à n'être pas impertinent.
Eft- ce qu'on ne vous amène içi
que pour dire des vers : c'eft un fort joli
inftrument que votre lyre , poétique ; mais
fe plaifir de l'entendre eft une faveur qu'il
faut avoir rendre plus rate. Le talent
comme la beauté , s'avilit quand il fe proDE
FRANCE . 29
digue ; & ily a pour vous auffi une coquetterie
que je vous apprendrai.
Je lui répondis qu'au contraire , j'avois
toujours pensé que les petites chefes n'avoient
de prix qu'autant qu'on ne les faifoit
pas valoir, & que dans la facilité il y avoit
une bonne grace qui nous concilioit l'indulgence.
Point du tout , me dit - elle ; fachez
qu'en votre abfence vous êtes jugé
comme un homme qui cft obligé d'être
anufant. Cela me choque , moi qui vous
aime , & qui vous vois vous livrer bonnement
aux perfides cajoleries qu'on vous
fait pour vous mettre en jeu . Je la remerciai
, & je lui promis bien de me tenir
un peu plus en réſerve. Mais votre Duc eft
faché , lui dis je , & cela m'inquiète. Oh
non , foyez tranquille , me dit elle ; je
fuis comme un chaffeur qui corrige fon
chien quand il a fait quelque fott fe . Mais
j'ai beau le châtier, il revient fous le fouct.
Tenez , ne le voyez - vous pas qui déjà rode
autour de nou ? Félicitez -moi , lui dit- elle :
j'ai fait la conquête de M. de Montalde ;
il me fait l'honneur de venir dîner avec
moi demain. Vous en ferez ? Il nous récitera
fes vers fur le jaloux mauffade . Non ,
répondit le Duc , je n'aurai pas le plaifir
de l'entendre. Et en s'éloignant , il ajouta,
j'ai des vers par- deffus les yeux .
¿
Je vois , dit - il à mon Ambaffadeur ,
que votre fat de Secrétaire s'avile de faire
le galant , & cherche à s'introduire avec
B3
40 MERCURE
fes petits vers ; dites - lui , je vous prie
de ne pas fe rendre affidu chez Apolline .
Je ne le trouverois pas bon ; & je ferois
fâché qu'un homme qui vous appartient
me donnât de l'humeur..
On me fir à fouper bien des agaceries ,
pour tier , difoit-on , ma Mufe de certe
rêverie qui attritoit les plaifirs . Mais ma
Mufe leur tint rigueur.
-
Vous n'avez pas été auffi aimable &
auffi complaifant que de coutume , mé dit
l'Ambaffadeur en me ramenant ; qu'aviezvous
donc quelque caprice de Pocte ? M.
'Ambaffadeur , lui répondis- je , perfonne
n'eft aimable tous les jours , & je ne me
crois pas obligé d'être tous les jours complaifant.
Dites la vérité : vous avez de
l'amour en tête. De l'amour , non , affurément.
Je vous vois cependant bien
préoccupé , bien épris de cette petite Apolline.
Mais croyez moi , ne vous y jouez
pas ; le Duc le trouveroit mauvais . Ce feroitlà
le moindre de mes foucis , lui tépondis
- je . Vous auriez tort , répliqua - t - ik
d'un ton plus impofant. Le Dec eft mon
ami , & je ne voudrois pas qu'il eût à fe
plaindre de moi. De vous , Mondeur
PAmbaffa leur ! Et qu'auroit de commun
avec votre Excellence ma liaifon avec Apolline
Répondez - vous de moi ? Mais un
peu , me dit - il : n'est- ce pas moi qui vous
amène Et ne ferois - je nas la caufe ? .....
Oh ! la caufe très- innocente. Quoi qu'il
----
DE FRANCE 3N
wh
en foit , vous me ferez plaifir de laiffer en
paix mes amis . Le moyen , dis- je , en eft
facile c'eft de ne plus être de vos foupers ,
& je n'en ferai plus. Pourquoi donc , me
dit il - Parce que je me trouve déformais
déplacé dans le cercle de vos plaifirs . Vou st
y êtes , ce me femble , affez bien reçu cependant
? Oui , mais comme témoin pour
y contribuer ; & ce rôle , je vous l'avoue ,
ne va point à mon caractère. Vous êtes
fier , Monfieur de Montalde ! -Un peu ,
Monfieur l'Ambaffadeur. - Mais de bonre
foi , voulez vous que nous ayons la complaifance
de vous laiffer cajoler nos maitreffes
? Je dois vous refpecter , lui dis- je ,
dans la vôtre , mais dans celle- là feulement.
Ce n'eft pas que les autres me faffent plus
d'envie ; & quoiqu'Apolline m'amufe , je
prouverai en ne la voyant pas , qu'elle ne
me tient point au coeur. Mais je veux ête
libre , & fi je dɔnnois à quelqu'un le droit
de me défendre ce qui pourroit me plaire ,
je ne le ferois plas. Evitons , je vous en
fupplic , toute difcuffion fur ce point.
Le lendemain , j'écrivis à Apolline que
je ferois privé du plaifir de diner chez
elle , & je ne lui en dis pas la caufc . Mais
le foir , dans fa loge , le Duc cut la fottife
de fe vanter que c'étoit lui qui m'avoit
fait défendre de la voir , fans quoi
j'aurois ca mon congé. Oai da ? dit- elle ;
ch bien , te vous donne le vôtre . Il fat
renvoyé fur le champ. Il m'atribua fa
B 4
34
MERCURE
difgrace , & furieux , il alla s'en plaindre
à mon Ambaffadeur , qui me facrifia à fon
reffentiment.
Et cette brave fille , cette Apolline , dit
Plémer, vous l'allà es voir , je l'efpère ?-Hé- ,
las, non : j'étois trifte , j'étois préocupé de ma
fituation ; je ne voulus pas l'affocier à mes.
chagrins & à mon infortune. Mais en répondant
au billet qu'elle eut la bonté de
m'écrire , pour m'annoncer le renvei de.
fon Duc , je lui exprimai combien j'étois
fenfible à ce procédé généreux . A votre
place , dit Pleaser , je n'y aurois pas tenu ;
& vous êtes plus fage que je ne l'ai jamais
été. C'est que vous n'avez jamais eu , -
lui dit Montalde , l'inquiétude du lendemain.
C'eft un grand moralifte que le malheur
; & dans ce moment là , plus que jamais
, j'étois à fon école.
Alors on vint les avertir que leur dîné
étoit fervi. Dépêchons- nous de l'expédier ,
dit le Breton : je fuis impatient d'apprendre
ce que vous allez devenir.
( Par M. Marmontel. )
( Lafuite à l'un des prochains Mercures. )
DE FRANCE.
33
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft . Afpic ; celui
de l'Enigme eft Patience ; celui du Logogriphe
eft Aire, où l'on trouve Ire, Air
CHARADE.
Du doux plaifir à la triftefle ,
Et de l'aifance à la détreffe ,
Il n'eft fouvent que mon premier.
La fortune change & varie ;
S'attendre à fa bizarrerie ,
C'eſt être vraiment mon dernier.
Le bien après le mal arrive ;
De l'ane à l'autre alternative ,
Toute la vie eft mon entier.
( Par M. F. M. Haumont de Princé. )
ENIG ME.
JE fuis un adjectif qui convient à la nuit ;
Mais coupez-moi la tête, & par une merveille
Bi
34
MERCURE
Qui n'a point fa pareille ,
Je fuis l'obfcurité que la clarté produit.
( Par M. Daviau , Orateur de la Société.
Littéraire & Patriotique de Quimperlé. )
LOGO GRIPHE.
Il n'eft pas un feul goût qui m'aime ,
Et je contrains la fièvre même ,
Cher Lecteur , à fuir devant moi.
Tranche moi la queue , ô prodige !
Je penfe , fens , me réjouis , m'afflige ;
En cet inflant je travaille dans toi ;
Mais remets ma queue en fa place ,
Er fans me faire aucune grace ,
Fais à mon chef le même fort ,
Je ferai la route publique
Qui mène à l'Amérique
Un vaiffeau de haut bori ;
Place ma queue avant ma tête ,
Je fais une machine prête
A le faire fortir du port.
(ParM. F. M. Haumont de Princé. )
DE FRANCE. 35
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
PALLADIUM de la Conftitution politique,
ou Régénération morale de la France ;
Queftion importante propofée à l'examen
des Départemens , des Diftricts , &c. &
à la décifion de l'Aſſemblée Nationale ;.
par M. L. RIVIÈRE . Brochure in- 8° . A
Paris , chez Mme . Lefclapart , Libraire ,
rue du Roule , Nº . 1.1 ; & chez les Mds.
de Nouveautés.
•
DANS AN'S ce grand recenfement de toutes
les Inftitutions fociales, occafionné par une
Révolution trop rapidement opérée dans
cette revue générale de tous les Etabliffemens
pubics & des corporations de toute
efpèce , des abus , des inconvéniens attachés
à leur existence , on fent que l'Univerfité
de Paris ne pouvoit être oubliée. Depuis
long temps un cri général s'étoit élevé
contre le fyftême d'éducation , ou plutôt
contre le plan d'études établi dans fes
Ecoles depuis plufieurs fiècles : ce cri redouble
& le fait entendre de toutes parts,
au moment où l'excès de tous les abus en
B 6
26 MERCURE
-
fait par- tout chercher les remèdes. Le mor
que l'Auteur cite de Saint Auguſtin , vieil
ufage , vieille erreur , mot très philofophique,
dont les Ecrivains Janféniftes du dernier
fiècle n'ont pas fait affez d'honneur à
leur Patron , paroît aujourd'hui une maxime
devenue en peu de temps familière à
la Nation . Elle ne fera nullement effrayée
de la propofition que lui fait M. Rivière.
Il ne s'agit de rien moins que d'efficer jufqu'aux
veftiges de ces ridicules Etabliffemens
appelés Colleges : ces derniers mots
font de J. J. Rouleau ; texte qui , dans le
temps où Rouffeau éc ivoit , fit plus de fenfation
que n'en fera aujourd'huileCommentaire
. Ce Commentane n'eft qu'une Brochure
de trente p'ges , petite , fi l'on veut ,
mais grande par ce qu'elle contient. Encore
une fois , l'attaque eft fricule , & l'Unverfité
a trouvé dans M. Rivière un adver
faire formidable. Il s'y prend très-bien , &
voici comme il précède. Il commence par .
établir , & perfonne ne le nie , que l'étude
du Grec & du Latin , confidérée comme
baſe de l'enſeignement public , eft abfurde
& nuifible. Il examine enfuite fi l'on ne
peut étudier fuffifamment ces deux Lan- .
gues que dans les Colléges. Il ne lui cft
pas
difficile de prouver le contraire , puifqu'on
a des Grammaires , des Méthodes , des
Livres & des Maîtres particuliers pour en
feigner mieux & plus promptement ces .
deux Langues à ceux qui veulent les ap ...
DE FRANCE. 37
prendre . Enfin , en fuppofant à l'étude du
Grec & du Latin une utilité que M. R. leur
contefte , faut-il pour cela entretenir des
Etablillemens publics ? Non , fans doute
& dans la rigueur des principes , il n'eft
pas douteux que M. R... a raifon ; mais
il nous femble qu'il pouffe un peu loin
cette rigueur ; il nous femble que ces deux
Langues fe font liées de trop près à l'enfemble
des connoiffances humaines , aux
progrès de l'efprit humain , pour que les
hommes inftruits , & même les Philofo .
phes , viffent avec plaifir cette étude entièrement
bannie de l'enfeignement public.
Quant à l'inconvénient de faire payer les
frais de cet Etabliffement par la Nation ,
on peur répondre qu'il eft aifé de le lui
rendre très-peu couteux . Il faut même qu'il
foit très peu couteux fi l'on veut qu'il
foit utile.
-
Il fuffiroit d'abandonner aux Profeffeurs
un local commode , en leur affurant des
appointemens très - médiocres. Qu'il leur
foit permis enfuite de recevoir de leurs
Ecoliers le prix de leurs leçons ; & dès- lors
la concurrence produira entre les Profeffeurs
une émularion qu'on n'a cherché à
faire naître jufqu'ici que parmi leurs Difciples.
Dès ce moment la méthode d'en-,
feigner fe perfectionnera de jour en jour ,
chaque Maître fera les plus grands efforts
pour attirer à foi la foule des Ecoliers, en
augmentant fa fortune par fa célébrité , &
38
MERCURE
fa célébrité par fa fortune. C'eft ce qui eft
Univerfités de curs en d fférentes'
Holland & d'Allemagne ;
& fans cette innovation , il eft difficile que
la méchode denfeigement public pour ces
deux Langues , falle de grands progrès parmi
rious.
Ici M. R .... nous accufera d'um refte
de foibleffe pour le Grec & le Latin ; de leur
fuppofer quelque wilité à caufe des vieux
modèles que quelques perfonnes défoeuvrées
prennent encore plaifir à lire . Hélas ! oui ,
nous fommes de ces défoeuvrés , & ces ,
vieux modèles nous font encore quelque
plaifir ; cependant nous triomphons bien
vite de cerre fotke . Nous convenons
avec M. R ... qu'il ne s'agit plus de faire.
des Latin:fres , des Prêtres & des Moines ;'
mais des François , des Choyens , des hom-1
mes libres ; & nous penfons qu'aucune
de ces qualités n'eft incompatible avec le
foible encouragement que Nation pourroit
donner à quelques Chaires fondées
pour ces deux Langues , dont les Profeffeurs
pourroient n'être point à charge à
l'Etat. On s'accoutumera difficilemem à regarder
la Langue Latine comme auffi inutile
que le prétend M. R ..... Indépendamment
des vieux modèles dont nous
n'ofons plus parler , il faut confidérer que
la Langue Latine , devenue depuis quatrefècles
la Langue favante de l'Europe , a
produit , prefque jufqu'au monit actuel ,
DE FRANCE.
un grand nombre d'Ouvrages utiles , dont'
il feroit fâcheux que la connoiffance reftâr
concentrée entre un petit nombre de Lecteurs
; & c'est ce qui arriveroit peut-être fr
l'étude de cette Langue , bannie tout- à- fait de
Fenfeignement public , étoit en quelque
forre défavonée par la Nation . Nous aurions,
bien auffi quelque petit mot à dire
en faveur du Grec ; mais la manière dont
l'Auteur traite M. l'Ab . Auger , nous ferme
la bouche , & prévient de notre part toute
témérité (1).
On devine aifément que la queftion fur
11 préférence de l'éducation publique & de
Féducation privée , n'eft pas même une
(1 ) On peut reprocher à M. Rivière , done
les intentions très- pures front peut-être calomnites
, de n'avoir pas fapp fé cette même pureté
dans les intentions d'autrui . Tous ceux qui connoiffent
M. l'Abbé Auger favent qu'il eft impof-
Eble de pouffer , plus loin le défintéreffement . Il
aju fe tromper , & s'eft trempé en effet en
donnant à l'étude des Langnes Grecque & Latine
un trop grand rôla dans l'éducation nationale ;
mais certe erreur r'eft-elle pas bien pardonnable
dans un homme qui confcré à l'étude de ces deux
Langues la plus grande partie de fa vie ? Sil a
pouflé trop loin fon zèle pour l'Univerfité , ce.
n'eft pas , come le prétend M. R. , pour affurer
le débit de fes Traductions , c'eft que fa reconnoiffance
l'a trop prévenu eu faveur d'un Corps
qui favoit au moins exciter une vive émulation
entre fes Elèves les plus diftingués ; c'eft que
40 MERCURE
·
queftion pour l'Auteur. Il préfère fans ba
lancer l'éducation privée ; mais cette préférence
, ou plutôt fon averfion pour les
Colléges & pour tout ce qui peut y ref
fembler , ne l'entraîne t elle pas trop loin,
lorfqu'il va jufqu'a dice : Mais pourquoi
une éducation publique ? C'eſt encore ici
que la rigueur des principes ne paroît pas .
applicable à nos circonfances actuelles . Sans
doute chez une Nation que fon Gouvernement
& toutes les Inftitutions fociales
des fiècles précédens n'auroient point avilie
& corrompue , chez un Peuple où la multitude
ne feroit pas dès long- temps dégra
dée par tous les préjugés de l'ignorance
naturelle & de l'ignorance acquife , l'éducation
des enfans pourroit être livrée aux
foins de leur famille ; mais dans l'état où
M. l'Abbé Auger a pris pour une bonne éducation
nationale , celle où il avoit conçu une forte
de paffion pour le travail ; & pouvoit - il , fans
cette paffion , traduire plus de 40 Ha angues de
Démosthène , 60 des autres Ora curs Grecs
celles des Hiftoriens Grecs , 30 Difcours de Cicéron
, &c ? Un fi grand travail , utilé dans tous
les temps , ne le devient - il pas davantage dans
les circonflances préfentes , & M. I Ab. A ... ne
fe trouve - t - il pas , au moins par l'evènement ,
avoir fait un ufage patriotique de l'Education
en reproduifant les chef- d'oeuvres de l'Eloquence
Grecque , au moment où la liberté , qui fera naîwe
chez nous des modèles , peut & doit encore
en aller chercher dans.Athènes & dans Rome ?-
2
DE FRANCE. 41
nous fommes , l'idée de courir un pareil
rifque eft entièrement inadmiflible ; &
combien même ne fommes -nous pas éloignés
de l'heureux moment où elle fera.
praticable ! Ce n'eft pas trop du concours
de la puiffance publique & de tous les efprits
éclairés pour hâter ce moment; notre
Révolution n'eft pas , comme quelques au
tres , un fimple changement plus ou moins
fubit dans le mode du Gouvernement
changement qui quelquefois n'influe que,
d'une manière lente & peu fenfible fur les
idées & les moeurs. Elle eft , en partie ,
l'ouvrage des idées nouvelles qui l'avoient,
fecrétement préparée & qui ont formé la
Conftitution. Il faut donc qu'elles en deviennent
le foutien , qu'elles triomphent
des idées anciennes qui la combattent ,
des habitudes qui lui font contraires , que,
nos erreurs en morale , en politique , achèvent
de fe diffiper au jour de la raifon.
Jufque- là point de vrai calme , point de
félicité fociale ; c'eſt le combat du bon &
du mauvais principe , & le bon principe ,
vainqueur , fans jouir de fa victoire , ne
peut être tout-à-fait triomphant qu'en appelant
à lui fon invincible auxiliaire , la
génération naiffante. M. R .... ne l'ignore
pas , puifqu'il intitule fon Ecrit Palladium
de la Conftitution ; mais alors on ne voit
pas ce qu'il prétend par cette exclamation :
à quoi bonne éducation publique ? Ce
n'eft fans doute qu'un mouvement d'hu
42 MERCURE
meur , puifqu'il paroî: attendre de PA
femblée Nationale un Code d'éducation
digne des Légiflateurs d'un grand Empire.
Ce fera probablement un des bienfaits par
lefquels l'Affemblée Nationale terminera
cette première feffion ; mais ce ne fera pas
Fun des moins importans. Tous les bons
Citoyens défirent fur tout , comme M. R...,
qu'on multiplie les petites Ecoles dans les
Villes , Bourgs & Villages , en faveur de
ceux qui ne peuvent faire une certaine dépenfe
pour l'inftruction de leurs enfans.
Cette nombreufe partie du Peuple , jufqu'aujourd'hui
fi négligée , fe trouve encore
dans un état d'ignorance & d'abrutif
fement capable de retarder pour elle même
les plus heureux cifers d'une Révolution
dont elle a feule profité , du moins jufqu'à
ce moment.
C'eft à la fois le fruit de la misère cu
elle étoit plongée , & du foin qu'en pre-
-noit d'écarter d'elle toute inftruction. Le
Gouvernement qui , par les gênes mifes à
la preffe , & en quelque forte à la pensée ,
n'a pu empêcher les lumières de fe répandre
dans la claffe mitoyenne , n'a cu que
trop de moyens de les tenir éloignées de
la claffe indigente. C'eft un des obtades
qu'il rencontrera au retour de l'ordre , 1.rfque
, plus éclairé lui -même , il fera contraint
de le défirer fincèrement ; car enfia
ne fût- ce que par laffitude , il faudra bienfinir
par là . S'il y a jamais eu une rarfor
DE FRANCE 43
-
3
à d'inftruire & d'éclairer le Peuple , c'eft ,
coup sûr , lorsqu'il eft devenu le plus fort.
I eft donc vrai que les Citoyens propres
à remplir cette fonction , forment en ce
moment une claffe très précicufe : il en
exiſte un grand nombre dans l'Univerfué ,
& M. R ..... lui rend avec plaifir cette
jufice . Eux - mêmes conviennent & s'affligent
des abus de l'éducation actuelle , abus
devenus intolérables , & qui ne peuvent
plus fubfifter : c'eft ce qui a fait deferter
les Colléges, dont trois feffroient aujourd'hui
au nombre d'Elèves répandus dans
les dix Coiléges de l'Univerfité . Rien n'annonce
davantage une fnftitution qui terabe
en ruine , & cette réflexion doit diminier
les regrets de ceux i craignent pour EUniverfité
une deftruction légale & définitive.
Les Profeffeurs qui ont du mérite feront
aifément placés dans l'Erabifement
de l'inftruction publique . Les autres , dit
"
M. R... , je les mettrois au nombre des
» vieillards & des infirmes , à qui en ac-
» corderoit une pention alimentaire pre-
» portionnée à leurs befoins & au temps
» de leur fervice « . L'Univerfité jouit , lelon
FAureur , de biens immenfes , & le
Coliége de Louis le Grand poſsède lui ftuð
un million de reveny. Un million , c'eft
beaucoup ; mais cette partie du temporel
ne nous regarde pas. C'eft un article à renvoyer
au Comité des Finances , & de là , fà
l'on veut , au Comité d'Aliénation .
44 MERCURB.
Les autres Etabliffemens Littéraires , tels
que le College Royal & les trois Académies
de la Capitale , n'éprouvent pas , de la part
de l'Auteur , beaucoup plus d'indulgence..
L'Académie des Sciences eft le moins maltraitée.
» C'cft , dit M. R..... , la plus .
" utile & la feule peut - être que l'on dût
» conferver. C'est dommage qu'elle foit fi
nombreufe , & que les vrais Savans y
foient en fi petit nombre. A la place de
» ceux qui font là , fins qu'on fache pourquoi
, ne conviendroit- il pas de nommer.
quelques Jurifconfultes & quelques Théo
» logiens diftingués «? Ce dernier voeu nous
a furpris. Des Théologiens à l'Académie des
Sciences , & que veut- on qu'elle en faffe ?
"2
33
و د
">
Même reproche à l'Académie des Bel'es-
Lettres fur le trop grand nombre de fes
fauteuils. Parmi ceux qui les occupent , il
y en a qui ne favent pas lire. Le trait eft
fort , & nous le croyons exagéré. L'Auteur
n'aime pas les honoraires .
A l'égard de l'Académie Françoife , M.
R.... paroît un peu plus mefuré. Il voudroit
feulement la rendre encore plus utile,
défir bien pardonnable , & qui n'a rien de
défcbligeant. Nous obferverons feulement
que le moyen propoſé par M. R.... pour
rendre l'Académie Françoife encore plus
utile , eft entièrement étranger à l'objet de
fon inftitution . Ce n'cft point là réforiner,
c'est détruire ; & c'est ce qui arrive prefque
toujours quand on veut faire dans les
DE FRANCE.
4St
Corps des changemens d'une certaine importance
: voilà pourquci ces Corps répugnent
à tous ces changemens , & femblent
avoir pris pour devite le mot d'un Pape
fur les Jéfaites : Qu'ils foient comme ils
font , ou qu'ils ne foient plus . M. R .....
voudroit que l'Académie Françoife examinât
les moeurs & les talens de tous ceux
qui prétendroient ériger des Ecoles , Penfions
, ou Pédagogies publiques de Littérature
, d'Hiftoire , de Géographie , & c. elle
ne donneroit le fceau de fon approbation
qu'à ceux qu'elle en auroit reconnu dignes ,
&c. On demande ce qu'une telle fonction
a de commun avec les devoirs académiques
attachés , jufqu'à ce moment , à cet honneur
ou à cette récompenfe littéraire . N'y
at il pas plufieurs Membres de ce Corps
qui fe feroient une peine d'exercer une
cenfure , laquelle portant à la fois fur les
talens & fur les meurs , ne feront pas fans
inconvéniens pour ceux qui fe trouveroient
contraints à l'exercer ? Enfin , cete Affemblée
d'examinateurs , de cenfeurs , pourquoi
s'appelleroit elle l'Académie Françoife?
& puis que deviendroit le Dictionnaire ?
Refte le College Royal , qui s'annonce
pour donner des leçons fur toutes les Sciences
, qui enfeigne fi peu de chofe, & où
perfonne n'apprend ce qu'on y enfeigne ,
C'étoit-là une riche matière ; mais l'Auteur
réfervoit toutes les forces pour l'Univerfité
, & le College Royal en eft quitte , au
346
MERCURE
moins cette fois ci , pour une petite exclamation
philofophique , mais exprellive :
O quantum eft in rebus inane ! C'eft tout
ce qu'il en dit , Brutus dormoit .
Cet Ecrit , plein de vues faines & d'idées
utiles , paroît l'Ouvrage d'un Citoyen éclairé,
vivement animé de l'amour du bien public ;
mais ce fentiment fait illufion à M. R...
lorfqu'il croit voir la fource de tous les
abus dans l'abus qu'il attaque avec tant de
force. Il y auroit fans doute encore , même
après la deftruction des Colléges , un affez
grand nombre de raifonneurs fans raifon
de Savans fans principes , d'Ecrivains fans.
ftyle , & c. & s'il fe trouve moins de Prêtres
fans vocation , c'eſt qu'on leur a ôté
les riches efpérances qui leur en tenoient
lieu . Un fyftême d'éducation raisonnable .
appropriée aux difpofitions naturelles des
enfans , & aux befoins de la Société , diminuera
fenfiblement les maux ou les inconvéniens
dont il fe plaint. C'eſt tour ce
qu'on peut prétendre , & c'est bien affez
pour hêter l'inftant d'une réforme.
( C....... ) .
DE FRANCE.
NOTICES.
Livres nouveaux qui viennent de paroître chez
Moutard , Lib. - Impr . rue des Mathurins , Hôtel
de Cluni.
Le Voyageur François , ou la Connoiffance de
l'ancien & du nouveau Monde ; par M. l'Abbé
de la Porte. Tomes XXIX , XXX , XXXI &
XXXII ; in- 12. Prix , 3 liv. chaque Vol . rel .
L'Auteur de cet Ouvrage , dans les 18 premiers
Volumes , parcourt tous les pays du Monde ; il
revient à Marseille , d'où il étoit parti ; & fon
XXIX . Vol. commence fon Voyage en France.
Les Tomes XXIX à XXXII que nous annonçons,
comprennent la Provence , le Dauphiné; le
Lyonnois , l'Auvergne & le Languedoc . Il donnera
la defcription des autres Provinces de France
dans les 6 Volumes qui reftent à paroître , & qui
termineront cette inſtructive & amufante Collection
. Ce Livre , fe diftribue 2 Vol à 2 Vol . &
cette Partie de la France peut convenir à ceux
qui n'ont pas les 28 premiers Volumes , qu'ils
peuvent d'ailleurs fe procurer quand ils le voudront,
chez le même Libraire Moatard.
Pour faire l'éloge de cet Ouvrage , on fe con--
tentera de rapporter les quatre vers fuivans , tirés
du Mercure de France , premier Vol. de Janvier
1771 , page 139 .
Quatrain fur le Voyageur François.
J'ai lu cet Ouvrage chaimant ,
Qui réunit la double gloire
Et d'inftruire comme une Hiftoire ,
Et d'amufer comme un Roinan .
48 MERCURE DE FRANCE.
Mémoires fur la Météorologie , par le P. Cotte
2 Vol . in-4 . Fig . 30 liv. rel.
>
Notice & Extraits des Manufcrits de la Bibliothèque
du Roi , traduits de toutes les Langues
par MM. de l'Académie des Infcriptions. Tome
2e. in-4 . rel. 11 liv . 10 f.
Cet Ouvrage eft une fuite ind: fpenfable des
Mémoires de l'Académie des Iufcriptions & Belles-
Lettres , dont il paroît déjà 43 Vcl . in- 4° .
Les perfonnes qui n'ont pas les 43 Volumes
font priées de fe compléter. Chaque Volume fe
vend feparément 12 liv. en feuilles .
La 3e. Année des Délaffemens de l'Homme fenfible
, par M. d'Arnaud ; & une Suite des Epreuves
du Sentiment , du même Auteur ; commencerost à
paroître dans le courant de Novembre prochain ,
ainfi qu'une nouvelle édition du Drame du Comte
de Commings , el qu'il eft repréfenté ſur le Théatre
de la Nation:
La Soufcription de la 3e . Année des Délaffemens
, &c. eft de 21 liv. port franc pour Paris
& pour la Province. Le même prix & les mêmes
conditions pour la Suite , & c . La Soufcription du
Comte de Comninge eft de 36 fous.
On foufcrit à Paris , chez M. de St - Hilaire ,
cul - de-fac Saint -Dominique , No. 8 , près la rue
d'Enfer.
Les 12 Cahiers des Demens , ainfi que les
12 Cahiers des Epruves , paroîtront fucceffivement
de mois en inois.
TABLE. **
VIRS.
Eptire
Paforale
.
Vers.
3 Le Franc Beton,
4 Charade , Enig. Log:
5{Palladium ]
33
35
ler . 13ל ל 3
.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 9 OCTOBRE 1790 .
PIÈCES FUGITIVES
IN VERS ET EN PROSE.
ESSAI SUR LA SÉDUCTION ,
Confidérée dans fon principe & dans fes
fuites.
JE te falue , ô toi , Vierge célefte & pure ,
Qu'avec un noble orgueil voit croître la Nature !
Sur ton front ingénu le Ciel a confacré
D'une fainte candeur le charme révéré.
Reçois du monde entier cet hommage fublime
Qu'il rend à tes attraits d'un concert unanime : {
Un Trône t'eft dreffé fur un tapis de fleurs ,
Et l'auguste INNOCENCE eft la Reine des coeurs ?
vous donc que chacun aime , idolâtre , admire ,
Voulez-vous à jamais conferver votre Empire ?
N° . 41. 9 Octobre 1990 . C
MERCURE
so
Fermez , fermez l'oreille au langage impofteur
Qu'en foupirs affectés profère un féducteur.
Sous les traits du plaifir , hélas ! le fourbe impie ,
A vos regards trompés n'offre que l'infanie.
dans fon projet
La trame eft concertée : il veut ,
Changer en objet vil un adorable objet ,
En un cyprès lugubre une rofe vermeille ,
Et faire à la Nature abhorrer fa merveille .
Quel être audacieux , de la Société
Renverſe l'ordre faint que Dieu même a dicté ,
Pour troubler l'Univers & fes Loix éternelles ,
Allume fourdement des flammes criminelles ,
Et de fon fein exhale un fouffle empoisonneur
,
Qui fur fa tige encor va fécher cette fleur ?
Apprenez par ma bouche , objets facrés que j'aime ,
Que l'art de vous trahir eft réduit en ſyſtême ;
Et que du genre humain une indigne moitié ,
Au piur affreux calcul a foum's fans pitié
Le déshonneur de l'autre.... O honte ! ô perfidie !
Mais du monftre au grand jour découvrons l'infamie.
Mufes , infpirez moi , ſecondez mes ardeurs :
La caufe que je plaide eft la cauſe des moeurs.
Quand, Dicu donna le jour aux enfans de la Terre ,
Il grava dans leurs coeurs , en profond caractère ,
Le défir de la paix , l'amour de l'équité ,
Le refpect pour l'honneur, & la fincérité. ,
MIBLIOTHECA
REGLA
MORGENSIS
DE
SI
FRANCE .
Maudit foit le mortel qui , dans la frénéfie ,
De ce concert touchant vient troubler l'harmonie !
Dans ta bouche fans ceffe, homme vil & trompeur,
Sonnent les mots pompeux de juftice & d'honneur.
Tu n'iras pas peut- être , à leurs loix infidèle ,
Couvrir de noirs projets fous le mafque du zèle ;
De ton frère abufé trahir les intérêts ;
On ne te verra pas ravager les guérets ,
Piller , voler fes biens : ton bras incendiaire
N'ira pas confumer fon toit héréditaire ,
A ce tableau hideux tu recules d'effroi .....
Es-tu moins criminel , écoute & réponds-moi ,
Lorfque tu prends les Dieux , dont ta bouche fe
joue
A témoin des fermens que ton coeur défavoue ;
Quand oppofant la rufe à la fimplicité ,
Et l'horrible parjure à la crédulité ,
Tu careges l'objet qui fera ta victime ,
Par un chemin de fleurs le conduis dans l'abîme ;
Quand , pour comble d'horreur , triomphant en
fecret ,
Tu nargues l'infortune , & ris de ton fo:fait ?
Tel , moins coupable encore , eft l'affaffin perfide ;
Qui , tramant à loifir une attaque homicide ,
Dans un réduit obfcur , un poignard à la main ,
Attend fon ennemi pour lui percer le fein.
Ne refpirant que fang, qu'horreur & que carnage
Un brigand forcené vole , pille , ravage :
MERCURE
52
Rien ne peut arrêter ce torrent furicux ,
Et fes forfaits fans nombre épouvantent les Dieux.
Mais la peine à pas lents a fuivi le coupable :
Il eft venu ce jour aux crimes redoutable ;
Alors Thémis fe lève , & tous les Tribunaux ,
Pour écrafer le monftre ont armé des bourreaux.
Homme cruel & lâche , amant vil & parjure ,
J'en attefte le Ciel , tes remords , la Nature ;
Eh bien ! fur l'échafaud ce monftre que je voi ,
A mes yeux, du fupplice cft moins digne que toi.
Et ne viens point ici crier à l'hyperbole :
Oui , quand l'affaflin pille , & ruine , & défole
A celui qu'il attaque il montre le danger ,
Et ne careffe pas ce qu'il veut égorger.
Si même au vol de l'or fa main refpectueule
Borne fon oeuvre inique , & pourtant fcrupuleufel,
Il peut tout réparer , tout rendre au poſſeſſeur ;
Le repentir tardifpeut rentrer dans fon coeur :
On ne peut par fes coups perdre enfin que la vie.
Eh ! qu'est- ce que la mort au prix de l'infanie ?
De ta féduction , mais l'objet éperdu ,
Pour le dédommager , dis-moi , que feras-tu ?
Le Ciel peut excufer l'erreur & l'imprudence,
Mais non pas
s dans un coeur rappeler l'innocence ;
Il peut même aux forfaits pardonner quelquefois ,
Mais jamais des remords il n'étouffa la voix.
DE FRA N.C E.
13
Cependant ta victine , aujourd'hui ta complice ,
Ne voit point fous fes pas s'ouvrir le précipice :
Les plaifirs purs & doux de fes jours innocens
Pour la vertu paifible , autrefois fi touchans ,
De les jeux enfantins les compagnes aimables ,
Des hameaux d'alentour les fêtes agréablés ,
Rien n'intéreffe un coeur d'un autre objet rempli :
L'Amour y parle en maître , & feul eft obéi :
Elle eft indifférente aux careffes d'un père ,
Et reçoit fans plaifir les baifers de fa mère :
Elle ne voit que toi , te mêle en fes défirs
Avec le nom des Dieux qu'invoquent fes foupirs :
C'est toi feul qu'elle cherche au lever de l'aurore ;
C'est toi feul la nuit elle recherche encore ; que
Et quand un doux fommeil fufpendant fes laugueurs
,
Vient fermer un inftant fes yeux baignés de pleurs ;
Dans un fonge charmant à fon ame enivrée ,
Vient s'offrir auffi tôt ton image adorée :
Elle te voit, te parle , & reçoit tes fermens :
Voit ce bolquet témoin de tes empreflemens ;
Dans ce bois folitaire avec toi ſe promène ,
Et s'affied avec toi fous cet antique chêne ;
Avec toi fur l'herbette , au fon du chalumeau ,
Elle vient fe mêler aux danfes du hameau ;
Et inodulant des fons d'une voix qui chancelle ,
Frédonne l'air nouveau que tu chantas pour
Mais avec la lumière un réveil douloureux ,
elle .
Va venir en furfaut lui deffiller les yeux :
C 3
34 MERCURE
影
C'eftun foupçon d'abord ; c'eft un léger nuage;
Mais il fe développe , & fait place à l'orage :
Elle veut un inftant douter de fon malheur ;
Cette foible reffource eft ravie à ſon coeur.
L'affreufe certitude a bientôt devant elle
Offert en traits de feu fon miroir trop fidèle :
C'en eft fait Dieux puifans , vous l'avez done
:
permis !
Ce mortel à fes pieds qu'elle a vu fi ſoumis ,
Quitui jura cent fois , qu'avant qu'il fût parjure,
On verroit au chaos retomber la Nature ,
Les fions dans nos prés careffer nos agneaux ,
Et la Seine au Danube aller porter fes eaux ;
Eh bien le fcélérat , de fon ame avilie ,
Sous ces dehors trompeurs cachoit la perfidie .
Il peut donc la trahir ! il peut , à force d'art ,
Au fein de fon Amante enfoncer le poignard !
Ah ! de quels traits ici peindre l'abandonnée
Les mortelles douleurs de cette infortunée ?
Pâle , & fixant à terre un oeil décoloré ,
Traçant le défefpeir dans fon air égaré ,
Elle garde long-temps un filence terrible ,
Et fent trop vivement pour paroître fenfible :
Son corps fous un poids lourd paroît anéanti :
Sa langue eft immobile en fon palais flétri ;
Et fa bouche collée à fes lèvres brûlantes ,
Mugit fans s'entr'ouvrir des plaintes frémiflantes.
DE FRANCE.
Mais en fanglots amers prononçant fes douleurs ,
Elle inonde foudain fon vifage de pleurs :
Ce font des pleurs de rage ! hélas ! bien différentes
.....
De ces larmes d'amour fi douces , fi touchantes ,
Qu'au fein de fon Amant jadis elle verſoit ,
Dans les tranfports naïfs d'un feu qu'il partageoit.
Elle accufe aujourd'hui de fon malheur extrême
Les hommes & les Dieux , & s'accufe elle-même ;
Voit l'Univers en deuil , & le ciel obfcurci ,
Veut chaffer de fon coeur l'ingrar qui l'a trahi ;
Mais elle le maudit en l'adorant encore ,
Et penfe avec plaifir au monftre qu'elle abhorre :
Elle le redemande à tout ce qu'elle voit ;
Elle veut lui parler , elle lui parle , & crait
Que fon Amant l'écoute , & que la voix timide
Se fait encore entendre & parvient au perfide.
Eloigné de fa mère , ainfi l'agneau tremblant ,
Pouffe des cris.plaintifs , & l'appelle en bêlant .
Et plaife au Ciel , hélas ! que cette infortunée ,
Livrant au repentir fa trifte deftinée ,
Le refte de fes jours déplore fon erreur ,
Dans les regrets crucls foit fans confolateur ;
Et que la vertu feule , à fon ame éperdue ,
Puiſſe rendre à la fin la paix qu'elle a perdue !
Mufe, repofe- toi ; trace un autre tableau ;
Rembrunis tes couleurs , & noircis ton pinceau.
C 4
و ہ
MERCURE
i
Fuyez , fayez , Mortels , loin du fentier du vice :
Toujours le premier pas conduit au précipice ;
A fes détours trompeurs un malheureux livré ,
Ne revoit peint fa route une fois égaré.
L'erreur ouvre aux ennuis une fource éternelle ;
La le forfait fe lève où la vertu chancelle :
Long-temps l'infortunée a gémi fur fon fort ;
Mais le temps détruit tout , & même le remord .
Sans horreur , fans effroi contemplant ſa foibleffe ,
Du mortel inconftant qui trompa fa tendreffe ,
Elle a déjà perda l'importun fouvenir .
Cependant dans fon coeur , au profit du plaifir ,
Germeront les leçons que donna l'infidelie :
Elle étoit malheureufe , & devient criminelle .
Qu'arrive-t-il ? Amour , épaiffis tes rideaux :
Que ne puis-je aux regards dérober ces tableaux !
Cet objet , jadis pur , augufte & refpectable ,
N'eft donc plus qu'un objet & vil & méprifable.
Un coeur pour la verta que le Ciel a formé ,
Au défordre bientôt fe livre accoutumé .
Bientôt calme & tranquille au ſein même du crime,
Elle ne voit plus rien qui foit illégitime ,
Etonne en fes progrès jufqu'à fon fubornear ,
Pour fon complice même eft un objet d'horreur ,
Dans les goûts effrénés raffine la luxure ,
Et fait frémir l'Amour & rougir la Nature .
Et
que
fera-ce donc fi le Ciel en courroux
Uait un jour fon fort à celui d'un époux ?
DE FRANCE
Quel fpectacle ! voyez la Meffaline impie ,
Couronnant de forfaits fon exécrable vie ,
Trahir , déshonorer un être vertueux ,
Qui reçut les fermens à la face des Dieux ,
Traiter Loix & pudeur d'ennuyeufes chimères ,
Et compter tous les jours par autant d'adultères .
Et peut-être , grand Dieu ! la verra -t-on un jour
Proftituant enfin les baifers de l'Amour ,
Aller mettre à l'encan une beauté flétrie ,
A l'or du Financier vendre fon infamie ,
Et la ravalant même au degré le plus bas ,
Au coin d'un carrefour débiter fes appas.
I
A ces traits, quel fpectacle à mes yeux ſe préfente ?
Un époux aux abois , une mère expirante ,
Un père inconfolable , & maudiſſant le fruit ,
Le fruit impur & vit qu'un feu chafte a produite
Des enfans que le crime a jetés fur la Terre ,
Et fouillés en naillant des forfaits de leur mère :
La malheureufe en butte au plus cruel mépris ,
De fes charmes ufés cherchant en vain le prix ,
Dans le fein de l'opprobre achevant fa carrière ,
Sans appuis , fans fecours à fon heure dernière ;
Dans le cercueil ouvert qui va la recevoir ,
N'emportant que la rage & que le défeſpoir .
Approche , féducteur , contemple cette image :
Pleure & frémis des maux qui font tous ton exvrage.
CS
58
MERCUREC
Je te dénonce au Ciel an défaut de la Loi :
Entends-tu ces clameurs qu'on lance contre toi ?
C'eft du fond des Enfers ; c'eft uné ombre plaintive
Qui pouffe un cri vengeur fur la fatale rive ,
Excite contre toi tous les Dieux infernaux,
Et pour punir ton crime invoque des Bourreaux.
( Par M. Charlemagne. )
COUPLET S
Préfentés à M. & à Mde. DE JUMILHAC,
lors de leur retour à Jumilhac.
Im-promptu fait en allant à leur rencontre.
Air : Que ne fuis -je la fougère.
DE vetre départ , Madame ,
Nos coeurs furent affligés ;
Tous les ennuis de votre ame
Nous les avons partagés ;
Bonté, douceur , bienfaifance ,
Mille attributs auffi doux ,
Chers à la reconnoiffance ,
Nous les regrettions en vous
DE FRANCE.
19
MAIS ce moment plein de charmes
Comble enfin notre défir ;
Et fi nous verfons des larmes
Ce font celles du plaifir ;
Comment dans ce jour profpère
Contenir nos fentimens ?
Nous retrouvons une mère ;
Vous retrouvez des enfans .
041
Vous revenez plus chérie ;
Vos fentimens méconnus ,
Une injufte tyrannie ,
N'ont Pu teruir vos vertus.
L'Aftre du jour qu'un
nuage
Vient obfcurcir un moment ,
Reparoît après l'orage ,
Et plus pur & plus brillant.
Vous qui de la Renommée
of oj zr15
eis
Bravez les bruits impofteurs ,
Pour fuivre une épouſe aimée ,"
Pour partager les malheurs
Ah ! d'une amitié ſi belle ,
C gage nous fut bien doux
Vous aviez nos coeurs pour elle;
Nous avons le fien pour vous.
C 6
MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Paſſage ; celui
de l'Enigme eft Sombre ; celui du Logogriphe
eft Amer, où l'on trouve Ame¸ Mer
Rame.
UN
CHARA D E.
Un bon coeur craint toujours N de faire mon premier
,>
It fe plaît à changer mon tout en mon dernier.
Par un Abonné. )
NIG ME.
PLUS je fuis inconnue
Plus je dois briller à tes yeux.
>
Tecteur, tu me connois , & cependant tu veux ;
Quoique devant toi toute nue ,
Me connoître encor mieux.
Me connois-tu ? - Non. Tu ne peux;
Tu vois que je dis vrai , car je fuis ingénue ;
DE FRANCE. 6-1
Enfin tu me connois ! -- Non pas.
-- Hé bien !
pourfuis.
Eh ! tu ne peux donc me connoître !
Je resterai ce que je fuis.
Me connois - tu ? ... je ceffe d'être .
( Par M. Cauville, Curé de St-Maixmo. )
LOGO GRIPHE
JE fuis un monftre affreux ; arrachez -moi le coeur ,
Eh ! ... mais je fuis encore une terrible bête
Redoutable aux chiens , au chafſcur,
Coupez-moi donc la tête ,
Et rendez-moi mon coeur ,
Puis m'arrachez la queue , & ma main fecourable ,
Dans un fort déplorable ,
Tâchera d'effuyer vos pleurs.
(Par M. Daveau , Orateur de la Société
Littéraire & Patriotique de Quimperlé.)
62 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
MÉMOIRES fecrets de Robert , Comte de
PARADES , écrits par lui-même au fortir
de la Baftille , pour fervir à l'Hiftoire
de la dernière guerre.
C
Volume in - 8°.
A Paris , chez Deſenne , Libraire , au
Palais-Royal.
CE n'eftpoint ici un de ces Ecrits pfeudonymes
, où un Auteur , fouvent étranger
aux affaires & aux perfonnes , fe joue.
de la crédulité publique & la rançonne en
fatisfa fant fa propre malignité. Ces Mémoires
font vraiment l'ouvrage de celui
dont ils portent le nom. On fe rappelle
la brillante & rapide fortune du Comte de
Paradès pendant la dernière guerre . Oa vit
un jeune homme d'une naiflance équivoque
& incertaine , entré au fervice à 25
ans , élevé en deux ans au grade de Co-
Fonel , avec des penfions fir trois Départemens
, paroître à la Cour avec tout l'extérieur
de l'opulence , être préſenté au
Roi , & prêt à monter dans les catroffes de
Leurs Majeftés . Mais tout, cet éclat fut un
DE FRANCE. 63
beau fonge , auffi court qu'il avoit été
brillant ; le réveil en fut très-fâcheux .
}
Cet homme fingulier , que des talens , ou
fi l'on veut , des qualités pen communes,
tirent de la claffe des Aventuriers vulgaires,
fut mis à la Baftille . On le foupçonnoit
d'avoir , par un double efpionnage , fervi
l'Angleterre au moins auffi bien que la
France. Il paroît que ce foupçon étoit fort
injufte , puifque M. de Parades fut relâché
après une détention de quatorze mois
quoiqu'il continuât de réclamer une fomme
d'un demi million , avancée , difoit- il , au
Gouvernement. Il eft probable que les
foupçons répandus contre lui étoient l'ouvrage
des inimitiés perfonnelles que , malgré
la réſerve , il s'étoit attirées malheur
inévitable dans le rôle qu'il joue fur la
flotte Françoife , & auprès de M. d'Orvilliers,
dans la campagne de 1779. Il ne put
s'empêcher de montrer un vif chagrin fur
des fautes , fur des abus , fur une infu
bordination , dont les effets fi nuifibles au
bien général , devoient de plus faire avorter
fes vues particulières fur Plimouth , entre
prife à laquelle il attahoit fon honneur &
toutes fes cfpérances. Le crédit , qu'à fom
retour il parut prendre auprès des Miniftres
, dut alarmer les coupables , & donner
à l'envie un motif de plus pour le perdre.
La prévention de monter dans les carroffes,
dut rallier à fes ennemis la vanité bleffée
d'un grand nombre de Courtifans . On ré64
MERCURE
pandit des nuages fur la naiffance , en effet
équivoque & incertaine. C'étoit une grande
affaire dans un temps où l'on mettoit les
noms à la place des hommes , & les mots
à la place des chofes. Il est très - poffible
qu'un jeune homme , plein de reffources
dévoré d'ambition , mais probablement lé
ger de principes , s'étant donné pour ce
qu'il n'étoit pas , ait voulu tenter de jufti
fier fa prétention : mais il parut n'avoir
aucune inquiétude fur les preuves , & fur
le certificat de M. Cherin . Par malheur il
fallut attendre . M. Cherin , homme alors
fort occupé , lui déclara qu'il avoit à faire
plus de foixante Généalogies , genre de
compofition qui exigeoit quelquefois un
travail fort long & fort pénible. La Bastille
où M. de Parades fut envoyé quelques jours
après , l'empêcha de fe mettre en règle pour
M.. Cherin. Quel dommage pour ce jeune
homme d'être entré dans le monde un peu
trop tôt ! Un délai de quelques années ,
& M. de P .... ne trouvoit plus fur fon
chemin ces deux grands achopemens , M.
Cherin & la Baftille . Venons aux Mémoires.
C'est l'expofé d'un plan conçu avec autant
d'habileté que de hardieffe , & dont
Fobjet étoit de mettre Plimouth entre les
mains du Roi de France . C'eft le détail de
toutes les mesures qui pouvoient conduire
à ce but ; intrigues , efpionnages , corruption
, tous ces vils moyens , néceffaires
dans une entrepriſe de cette efpèce , fe
DE FRANCE
,
trouvent un peu rehauffés par l'intelligence,
l'adreffe , la préſence d'efprit , l'intrépidité
de celui qui les emploie . M. de P .....
dans un premier voyage en Angleterre
s'étoit procuré une connoiffance exacte &
détaillée de toutes les forces Angloifes ,
des places maritimes , des ports , des rades,
des vailleaux , des bâtimens , des citadelles ,
de l'état des fortifications , &c . Toutes ces
inftructions , il les avoit raffemblées dans
l'efpace de peu de mois , avec l'ardeur
d'un jeune homme qui veut brufquer la
fortune en rifquant plus d'une fois fa vie.
De retour en France , il développe fes
plans , fes idées , fes projets à M. de Sartine
, alors Miniftre de la Marine. Le Miniftre
les agrée , encourage M. de P ……….
& le renvoie en Angleterre , avec des ordres
particuliers. Il y achète fous fon nom
mais pour le compte du Roi , un bâtiment
Anglois propre pour la courfe ', avec 75
homines d'équipage , & le Capitaine à fes
ordres. Cet arrangement , qui feul couta
30,000 francs par mois , fubfifta pendant
deux campagnes . Il fe ménagea de plus, &
toujours à prix d'or , des intelligences &
des correfpondances à Londres & dans toutes
les places maritimes : mais la meilleure
emplette que fit M. de P... fut celle d'un
premier Secrétaire de l'Amirauté , qui ,
pour la fomme de so louis par mois
s'engagea à lui faire remettre copie de tous
les ordres qu'on recevroit à l'Amirauté &
...
86 MERCURE
qu'on y donneroit . Cet honnête homme tint
religieufement fa promeffe tant qu'il fut
payé, c'eft à dire, jufqu'à l'emprisonnement
de M. de P....
Ces petites inftructions devoient donner
de grands avantages au Miniftère François ;
mais on n'en profita pas . C'elt en vain que
M. d'Orvilliers étoit averti de tout ce qui
fe paffoit fur la flotte ennemie & dans les
ports Anglois. L'Amiral Keppel , à la tête
d'une efcadre dans la Manche , ne couvrit
pas moins le départ de Byron pour l'Amérique.
On manqua la flotte de l'Inde , faute
d'avoir tenu la mer 24 heures de plus ,
comme on le pouvoit , puifqu'il fut vérifié
dans le port que nos vaiffeaux pouvoient fe
réparer en mer à peu près dans le même efpace
de temps. Cette campagne ne fut utile
qu'à M. de P.... , qui développoit pour fa
fortune particulière l'activité , l'intelligence
dont il donnoit des preuves dans les affaires
publiques. Il revint en France , où on
le fit Capitaine , & bientôt après Colonel.
De tous les plans qu'il préfenta au Miniftre
à fon retour , ce fut fon projet de furprendre
Plimouth qui fut le plus goûté ,'
& c'est celui auquel on s'arrêta.
Nouveau voyage en Angleterre ; & c'eſt
dans ce voyage que M. de P..... achève de
déployer tous fes talens pour l'intrigue. On
eft confondu de fa hardieffe , de fon habileté
à former des liaifons dangereufes , à
féduire , à corrompre. On n'eft pas moins
DE FRANCE.
étonné de la facilité qu'il y trouve , même
dans les claffes où l'aifance , finon la richeffe
, devroit préferver de la corruption .
Cette fcandaleufe facilité rappelle le projet
de cet Empereur , qui voulon obliger
par Edit, les Dames Romaines de fermer leurs
litières dans les rues , pour les empêcher ,
difoit - il , d'être fubornées par les paffans .
Il n'en couta guè e à M. de P .... que de
paffer avec de l'argent , pour multiplier le
nombre de fes am: s , comme il les appelle.
- Nous fommes tentés de croire , non feulement
en qualité de François régénérés ,
mais en qualité de François tels quels , que
la corruption , qui , chez nous , n'eft pas
fans exemple , n'eût pas été , dans la dermière
guerre , fi facile & fi commune en
France ; au furplus , ce n'eft là qu'une conjedure.
Revenons à M. de P ..... Affuré
d'un grand nombre d'amis en Angleterre ,
il revient à Verfailles , & communique à
M. de Sarrine un nouveau projet , celui de
brûler la forte Angloife à Spithéad , mal
Cette idée lui étoit venue en voyant
avec quelle facili é il avoit pénétré au
milieu de cette Hotte , avec fon bâtiment
Anglois . Il ne s'agiffoit que de le faire
accompagner de deux brûlots , qu'on eût
aifément fait paffer pour des bâtimens pris
fur les François. Il offre de commander
un de ces deux brûlots , tandis que fon
Capitaine commandera l'autre . Ce projet
fur agréé par M. de Sartine , fans préju
68 MERCURE I
dice de l'entrepriſe fur Plimouth . On prit
des mefures pour le fuccès de l'un & de
F'autre. Qu'arriva - t - il ? tout avorta lans
qu'il y eût de la faute ni du Miniftre ni
de M. de P .... Les hafards de la guerre
& de la mer , la foibleffe de M. d'Orvilliers
, qui , malgré fes talens , étoit mal
obéi , l'infubordination des Officiers de
tout grade , la jaloufie de quelques uns
contre un Officier de terre à peine âgé
de vingt- fix ans , la mauvaife foi , les faux
rapports qu'on fe permit pour démentir
ceux de M. de P .... & faire rejeter fes
confeils & fes promeffes ; voilà ce qui déconcerta
fes projets & lui fit perdre , comme
au Gouvernement , le fruit de tant de
foins , de peines & de dépenfes.
Telle étoit cependant l'inébranlable fermeté
de cet homme fingulier , qu'ayant
perdu toute efpérance d'exécuter avec
l'aveu du Miniftre , fon entrepriſe fur Plimouth
, il offrir de la tenter à fes rifques
& fortunes. I taffembla tous les moyens
de crédit ; & affuré de quatre millions , il
propofa au Ministère de payer au Roi trois
millions comptant , s'il vouloit lui confitr
un vaiffeau de foixante - quatre , une fré
gate , deux bâtimens de tranfport & deux
mille homines de troupes. Il s'engageòit
à ce prix de reinettre la place au Roi aved
tout ce qu'elle contenoit, ne prétendant que
le rembourfement de fes avances , & s'en
rapportant du refte à la munificence de Sa
DE FRANCE. 6.4
Majefté. Cette offre fut rejetée comme peu
digne du Roi. M. de P ... ne fe rebuta pas ;
il réfolut de s'adreffer à la Cour d'Efpagne.
Il en demanda la permiffion à M. de
Sartine , qui remit la réponſe au lendemain
, & cette réponſe fut négative . Malheureufement
M. de P .... en avoit parlé
dans l'intervalle à M. d'Aranda , indifcrétion
étonnante de fa part ; & quoiqu'il
rende à Mr. d'Aranda la juftice de dire
qu'il n'a pas été compromis par ce Miniftre
, il s'apperçut bientôt qu'il étoit devenu
fufpect , & que fes démarches étoient obfervées.
Quelque temps après , il fut mis à la
Baftille , où il fut détenu quatre mois . Il
paroît qu'il y fut traité avec une rigueur
affez gratuite ; c'eft ce qu'il fe contente
d'indiquer du ton d'un homme qui dédaigne
de fe plaindre ; car ce n'eſt point ici
un aventurier ordinaire. Tous ceux qui
Pont connu , difent que fon caractère avoit
de la grandeur. A l'emploi des moyens malhonnêtes
qu'exigeoit habituellement la trifte
fonction qu'il s'étoit impofée , il joignoit
fouvent l'exercice, d'une bienfaifance finple
& noble , quoique tranquille & froide .
Plus d'une fois il a fait tranfporter en
France des hommes , fufpects qui le gênoient
en Angleterre , quoique fes confidens
lui offiffent de l'en défaire d'une manière
moins contraire & plus expéditive. Il fauva ,
racheta , ou fit évader plus de trois cents
matelots prifonnniers , en foulagea un plus
70 MERCURE
grand nombre , & rendit des fervices fignalés
à plufieurs Officiers fupérieurs.
Sa figure douce & naïve comme celle
d'en enfant , fervoit de voile heureux à
l'intrépidité de fon ame , aux combinaiſons
de fon efprit & à la force de fon caractère.
N'oublions pas un avantage néceffaire dans
fon métier ; il parloit plufieurs Langues
avec une égale facilité : voilà une réunion '
de talens & de qualités bien rare , & le tout
pour faire un efpion & le conduire à fa
ruine. Il ne put jamais parvenir à le faire
rembourfer de ce qu'il appeloit fes avances
: mais un tel perfonnage ne pouvoit
long- temps manquer de refources . Avant
fa détention à la Baftille , il avoit fait
T'acquifition de l'Ifle Maffache , près Saint-
Domingue. C'eft-là qu'il alla mourir , après
y avoir fait un établiffement qui commençoit
à profpérer.
Le ftyle de fes Mémoires ( adreffés au
Roi ) et clair , naturel , facile ; c'eft
celui d'un homme d'efprit , bien élevé ,
que les circonftances forcent à prendre la
plume ; qui la prend non pour faire un
Livre , mais pour avoir cinq cent mille
francs. Bonne raifon d'être occupé des
chofes plus que des mots : De re magis
quam de verbo laboranti. C'eft le précepte
de Quintilien , auquel M. de Paradès ne
fongeoit guère, mais qu'il a très -bien rempli ,
( C...... )
DE FRANCE. 71
LETTRE d'un Grand- Vicaire à un Evêque,
fur les Curés de Campagne ; par M.
SELIS , Profeffeur d'Eloquence. Brochure
in - 8° . A Paris , chez Cailleau , Impr-
Libr. rue Galande , Nº. 64.
UN Ecrivain célèbre , pour exprimer que
les Habitans de la camp gne forment le
fond de l'humanité , a dit énergiquement :
Les Nations vivent fous les chaumes. Ce
mot feul fuffiroit pour faire fentir de quelle
importance font les Curés de campagne ;
cette importance , reconnue même fous le
defpotifine , doit l'être encore davantage
fous le régime de la liberté. Faits pour inf
truire & confeler le Peuple , que pouvoientils
autrefois , du moins la plupart ? C'eſt
beaucoup s'ils pouvoient remplir la dernière
de ces fonctions , parmi des Baroiffiens
dont ils partageoient la misère , &
quelquefois l'ignorance. A la vérité , un
petit nombre de ces Curés jouiffoit d'une
forte d'opulence ; autre abus , qui , dans un
mauvais ordre de chofes , entraînoit des défordres
d'une autre efpèce . C'eft le contrafte
de ces défordres que M. Sélis préfente dans
un cadre qui les rapproche d'une manière
naturelle , piquante & animée. Sobre de
morale directe , l'idée que l'Auteur n'énonce
272 MERCURE
pas , naît du récit des faits , du choix des
circonftances réunics avec goût , avec efprit ,
& quelquefois plaifamment. Une grande
variété rétuite naturellement du cadre que
M. Sélis a choifi . Le Grand - Vicaire a
voyagé dans toute la France ; il a le choix
des abus. Au Curé groffier , ignorant , quelquefois
profanateur par fa fottife , qui dit
à fes Paroiffiers : Morbleu , vous ne voudriez
pas de Jéfus - Chrit pour Maître
d'Ecole , il oppofe le Curé riche , dont le
Presbytère eft un petit palais , qui recevant
des hôtes diftingués , & leur préſentant
des mets délicats dans des plats d'argent
, fait valoir l'attention polie qu'il a
eue de n'inviter aucun de fes Confrères
tous pauvres diables , dit il , affez mal mis
& peu préfentables ; le Curé Janſéniſte ,
qui ne veut pas qu'on danfe , & dont les
Paroilliens s'enivrent, fe battent les Dimanches
& fe baillen: toute la femaine ; celui
qui croit , comme les payfans , que certaine
ftatue de la Vierge parle dans l'occafion
; celui qui explique à ces Payfans ce
que c'eft que le Scotifine & le Thomifme ;
celui qui , pour le faire admirer au Château
, où il vient du monde tous les étés ,
affe te dans fes Sermons les beaux geftes ,
& fait de l'efprit , Dien fait comment ;
un autre qui , dans fa chaire , établit en
parois une converfation familière entre lui
& fes audireurs , fur leurs affaires , fur les
hennes , fur fon ménage , fur la gouver
nante ,
DE FRANCE. 73
nante & c. Voilà le tableau des travers
qu'offroit cette portion du ci- devant bas-
Clergé , qui ne fera plus ni bas ni haut .
Sur chacun de ces travers , dont M. Sélis
indique la cauſe , on fe dit , & c'eſt une
réflexion confolante : Cela ne fera plus
ainfi. Une dẹ ces cauſes , c'eſt le vice de
l'éducation des Séminaires . Elle changera
; les Evêques la foigneront davantage ;
ils auront moins de diftractions . C'eſt le
défaut ou le peu de lumières des Collateurs.
-
--
-
Il n'y aura plus de Collateurs que le
Peuple, qui connoît fes befoins & fes amis.
- C'est l'inertie & l'abrutiffement où la
vie des Curés de la campagne les fait tomber
trop fouvent . Cette vie ne fera plus
la même. A peine pouvoient- ils autrefois
confoler le Peuple ; ils pourront avant peu
d'années le confoler & l'inftruire .
-
Les fêtes de Rofière ne pouvoient guère
trouver grace devant un homme auffi
fenfé que Monfieur le Grand-Vicaire . La
vertu qui entre en concours , dit- il , n'eſt
plus digne du prix , tout eft en péril lorſque
la vertu a un but humain , & que ce
bur c'eft la gloire. Il faut que la vertu
agiſſe avec fimplicité , fans rien rechercher ,
fans rien attendre. L'Auteur paffe en revue
les effets de cette inftitution , mauvaiſe en
morale , & provoquant plufieurs vices, tels
que la fauffeté , la jaloufie entre les rivales ;
& dans les villages , les mauvais propos , les
Nº. 41. 9 Octobre 1790.
D
74
MERCURE
calomnies , les parallèles , &c. A des traits
d'un pinceau ferme , fuccèdent quelques
autres du crayon de Calor ; c'eft la peinture
de la fête du château , de la Rofière
en cordon bleu , du repas donné par le
Seigneur bienfaifant ; de l'embarras de la
pauvre fille en préſence des Dames de la
ville , dont le ricannement la rend honteuſe
de la gloire . Pour conible d'indécence,
dit M. Sélis , on a fait des Pièces de Théâtre
& des Romans fur les Rofères. Voilà bien
notre Nation ! J'arrête l'Auteur fur ce dernier
mot. Sans doute il a voulu dire ,
tellé a été trop long-temps notre Nation .
Il ne veut pas dire fans doute que notre
Nation eft condamnée , par fon caractère , à
une frivolité éternelle , à une incurable
futilité. Il fait trop que les Nations font
ce qu'elles doivent être par leur Gouvernement
, leurs inftitutions , leurs circonstances
antérieures ; & que ce n'eft pas une bonnet
manière de corriger les hommes , que de
vouloir leur prouver qu'ils font incorrigibles
par leur nature ; c'eft ce que les paruifans
du defpotifme effayèrent pourtant de hous
perfuader. François , vous êtes frivoles ,
inconféquens & nés pour toujours l'être.
Ne vous mêlez point de vos affaires ; mettez
dans nos mains le bout de vos chaînes , &
puis , riez , chantez , le rette nous regarde.
Laiffez- vous conduire par nous qui fommes.
profonds & conféquens , quoique François ;
cette doctrine a prévalu long- temps , mais
DE FRANCE.
elle ne réuflira plus . Une fagacité médiocre
fuffit pour prédire que dans vingt ans ,
ces mots , voilà bien notre Nation , feront
pris dans un fens beaucoup plus favorable
& plus obligeant pour elle .
Ce petit Ecrit. eft terminé par le récit
d'une aventure intéreffante & vraiment
asrivée. Les períonnages fent trois Curés ,
dont l'un étoit mort depuis peu . N eft
remplacé par le Curé d'un village , fitué
dans le même Diocèfe , mais à une affez
grande diftance. Ce fecond Curé , homimé
vertueux , & chéri de fes Paroiffiens depuis
vingt d : ux ans , ne le réfour qu'avec pciné
à les quitter pour un plus riche Bénéfice ;
mais l'Evêque l'ordonnoit , & même au nom
de la Religion . Il cède la Cure vacante à
fon Vicaire , également plein de vertus. f
pirt , & s'arrête en chemin chez un de fes
confrères qui lui donne à dîner. Il trouve
à table un Prê re pâle & languiffant , qui
raconte d'une voix lugubre le danger qu'il
avoit couru , avant été cru mort , & enterré
pendant une lethargie . C'étoit le poffeffeur
de la Cure opulente vers laquelle s'acheminoit
, málgré lui , le Curé voyageur.
Ravi plus qu'affligé de ce hafard , qui le
rendoit à fes anciens amis , à fes chers
Paroithens , il veur retourner fur fes pas
pour être Vicaire dans le village dont il
étoit Curé. On le retient , on l'empêche
de partir. Le poffeffeur de la riche Cure renonce
à fes droits , & prétend qu'il les a
D. 2
76 MERCURE !
laiffés dans le tombeau. Le nouveau Tinlaire
retourne chez lui , & va embraffer
fon ancien Vicaire , qui veut lui rendre la
Cure. Nouveau combat de générofité . L'affaire
eft portée devant l'Evêque qui , touché
du définiéreffement de ces trois vertueux
Eccléfiaftiques , donne un bon Bénéfice au
Vicaire déplacé , & laiffe les deux Curés
chacun à leur place . Ces trois hommes font
encore vivans.
Ce nouvel Ecrit ne peut que faire honneur
à M. Sélis , d'jà connu par une bonne
Traduction de Perfe, & par plufieurs Ouvrages
agréables, où l'on remarque plus d'une
forte d'efprit. C'eft un de ces Profeffeurs
qui affocient à l'érudition un excellent goût
de Littérature , ce qui n'eft pas rare dans
l'Univerfité, & un efprit philofophique qui
n'y eft pas affez commun.
( C ...... )
Vaux d'un Patriote , fur la Médecine en
France , où l'on expofe les moyens de
fournir d'habiles Médecins au Royaume,
de perfectionner la Médecine , & de faire
l'Hiftoire Naturelle de la France ; par
M. THIERY , Médecin - Confultant du
Roi , Docteur-Régent de la Faculté de
Paris , & Membre de plufieurs Acadé
DE FRANCE
77
T
mies. A Paris , chez Garnery , Libraire,
ci - devant rue du Hurepoix , à préfent
rue Serpente.
PARMI une foule d'Ecrits qui paroiffent
tous les jours , il s'en trouve qui font faits
pour fixer nos idées fur les objets les plus
ules , & dont la répuration ne peut être
momienianée. Nous penfons que l'Ouvrage
que nous annonçons eft, de ce nombre.
On y trouve d'abord une Préface où
l'en examine les objections de quelques
& tracteurs de la Médecine . En Italie
Plins P'Ancien & Pétrarque ; en France ,
Montagne & un Auteur moderne cht
montre plus de mauvaife humeur que de
bonnes raifons contre cet Art. Des efprits
fuperficiels croient briller dans les Cercley,
ou dans leurs Faits , à en être les échos.
Eh ! pourquoi vouloir déprimer une Science
qui , par fon but & de fréquens fuccès
m rite les encouragemens de nos Sociétés ?
L'Auteur réfute ces objections futiles &
tant rebattues.
Il n'en expofe pas moins différens abus
très capables de diminuer la grande utilité
qu'on peut retirer de la Médecine . Il donne
les moyens de lès corriger : voilà , ce femble
, le travail dont devroient s'occuper les
Ecrivains qui veulent fe montrer véritablement
amis des hommes ; car , puifque
D 3
78
MERCURE
cet Art eft utile & néceffaire , qu'y a- t- il
dé mieux à faire pour la malheureuſe humanité
que de le perfectionner autant qu'il
eft en notre pouvoir ?
La fource des différens abus vient principalement
de ce grand nombre de Facultés
de Médecine , fondées fous la Féodalité &
fans revenus fuffifans . L'enfeignement y eft
imparfait du côté de la théorie ; & la pratique
, fi importante furtout pour les
jeunes Médecins , y eft abfolument négligée.
M. Thiéry propofe de borner à cinq
le nombre des Facultés de Médecine pour
tout le Royaume. Il trace le plan d'un
Etabliffement particulier pour porter l'Art à
fa perfection, fous le nom d'Inftitut Royal
de Médecine. Il donne la préférence à Paris,
à caufe des fecours analogues qu'on y
trouve ; & il choifit le local du Jardin du
Roi , devenu précieux par les avantages
que nos Rois y ont réunis. L'article des
réceptions aux grades & les divers Réglemens
pour l'exercice de la Médecine , font
dictés par l'amour le plus pur de l'humanité
, & d'un Art qui fera toujours l'un
des premiers d'une Société policée.
Nous invitons , les perfonnes éclairées ,
qui ont à coeur le bien public , à lire cet
Ouvrage rempli de vûes faines , grandes ,
économiques & défintéreffées. L'on doit en
conclure qu'on ne pourroit appliquer ici
quelques règles générales fur les CorporaDE
FRANCE. 79
S tions bonnes à détruire fans entraîner
bientôt la perte d'une Science aufli néceffaire
que bienfaifante, & qui n'a pu s'augmenter
que par des travaux infinis. Les
Médecins qui liront cet Ecrit , ponrront s'y
convaincre de plus en plus de l'excellence
& de la dignité de la profeffion pénible à
laquelle ils fe font voués .
HISTOIRE critique de la Nobleffé , depuis
le commencement de la Monarchie juf
qu'à nos jours ; où l'on expofe fes préjugés
, fes brigandages , fes crimes ; où
l'on prouve qu'elle a été le fléau de la
Liberté , de la raifon , des connoiffances
humaines , & conftamment l'ennemi du
Peuple & des Rois : par J. A. DULAure,
Citoyen de Paris . A Paris , chez Guillor,
Impr- Libr. rue des Bernardins , vis- à- vis
St- Nicolas du Chardonnet.
Nous ne citerons qu'un trait de cet
Ouvrage , que l'on s'empreffera fans doute
de rechercher , pour les Anecdotes curieufes
qu'il contient.
80 MERCURE
Edouard II , Sire de Beaujeu , enleva la
fille d'un Bourgeois de Ville- Franche . Les
parens por:èrent leur plainte au Parlement.
Le Sire de Beaujeu fit fafir l'Haiffier 'qui
lui fignifioit l'ajournement , & le fit jeter
par une fenêtre de fon Château. Le Roi
envoya des troupes qui afligèrent le Siré ,
& le condeifirent prifonnier à Paris .
Edouard implora la protection de Louis II ,
Duc de Bourbon , qui lui promit , à de
certaines conditions , l'impunité de fon
crime. Ce Prince eut la baffeffe & l'iniquié
d'exizer de ce criminel une donation
après la mort , du Beaujolois & du
pays de Dombes ; & ce fut à ce prix
qu'il lui rendit la liberté & la vie. Edouard ,
abfous par ce moyen honteux , ne jouit
pas long-temps de l'une ni de l'autre ; il
nourut fix femaines après fon élargiffement ,
le 11 Août 1400. Les Seigneuries de Beaujolais
& de Dombes font.reftées , depuis
cette époque , dans la Maifon de Bourbon .
A zvolit J
>
DE FRANCE. 81
NOTICE S.
Difcuffions importantes débattues au Parlement
d'Angleterre , par les plus célèbres Orateurs , depuis
trente ans ; renfermant un Choix de Difcours
, Motions , Ad : effes , Répliques , & c. accompagné
de Réflexions politiques analogues à la
fituation de la France , depuis les Etats - Généraux,
Ouvrage traduit de l'Anglois. 4 Volumes in- 8 ° .
Prix , 18 liv. br. , & 20 liv. franc de port par la
Poftc. A Paris , chez Maradan & Perlet , Libr-
Impr. Hôtel de Châteauvieux , rue Saint - Andrédes-
Arts. 1790 .
Cet Ouvrage , vraiment neuf & néceffaire
pour nous , offre tout à la fois la théorie & la
pratique , la règle & le modèle , le fruit du talent
& de l'expérience. On y prendia , 1 ° . l'idée
vraic de la Conftitution Angloife , & de celle
qui nous convient ; 2 ° . de l'é endue du pouvoir
du Roi ; 3 ° . de la nature du Parlement , deftiné à
prévenir le Defforifme ; 4 ° . du Miniflère & de
la furveillance des Chambres ; 5º. de l'Organifation
& de la dépcnfe de l'Armée ; 6º . de la
Marine & du Commerce ; 79. des Finances &
des Impofitions ; 8. de la vraie liberté de la
Preffe ; 9 ° . des Emeutes ; 10 ° . les Difcuffions
fur l'Amérique & l'Irlande donnent des leçons
aux Rois & aux Peuples , & montrent où peut
conduire un Miniflère opiniâtre ; 11 ° . enfin le
quatrième Volume eft terminé par des Lettres
curieufs des Généraux Gates , Burgoyne , Washington
; & de MM . d'Eftaing , de la Luzerne &
de la Fayette .
Une Collection auffi rapprochée de nos befoins
doit infpier un vif intérêt , & former un
véritable Cours de Droit Public.
Nous la ferons bientôt connoître plus particuliè
yement,
$ 2 MERCURE
SOUSCRIPTION
Pour les Euvres du ci - devant P. Venance de
Carcaffonne , Capucin , de plufieurs Académies.
MM . les Soufcripteurs recevront pour un petit
écu , un Volume in- 16 des OEuvres , tant en profe
qu'en vers , du P. Venance . On peut s'adrelfer à
M. de Villiés , Receveur général des Fermes , à
Montpellier; à M. Carrière , Prêtre , à St- Pons
de Thomières ; ou à M. Dougados , ci - devant
P. Venance , rue des Pénitens Bleus , à Carcaffonne.
Les Soufcripteurs font priés d'affranchir
leurs lettres , & de donner leurs noms & leurs
adreffes d'une écriture lifible .
On a remarqué dans les vers que l'on conroît
du ci-devant P. Venance , quelques traits de la
facilité , de la grace & de l'abondance de Greffet.
Il avoit renté , comme lui , fes premiers efais
dans l'ombre du Cleître . Rendu , comine lui , an
monde , puifle-t-il nous rendre fa Mufe aimable ,
dont la perte le fait fentir plus vivement tous les
jours ?
A VI S.
ON propofe , fous le titre de Société des Amis
des Lettres & des Arts , un Etablifiement dont
on veut que le but utile aux Artifles & aux Gen $
de Lettres , offre encore de grands avantages aux
Amateurs. Des Commiffaires nommés par cette
Société , examineront les Ouvrages de Lutérature
& d'Arts qu'elle pourra acquérir ; & les Mcmbres
qui la compoferont , recevront chacun un
DE FRANCE. 83
Exemplaire de toutes les Gravures & de tous les
Livres dont elle fe fera chargée : quant aux
Peintures & aux Sculptures , ils le les partageront
par la voie du fort. Il réfultera de ces difpofitions
, que les Gens de Lettres & les Artiftes ne
feront plus embarraffés pour placer les Productions
de leur génie , & que tous les Membres
de cette Société fe trouveront bientôt poffeffeurs
de la Bibliothèque la mieux choisie & du Cabinet
le plus précieux en Peintures , Sculptures &
Gravures. Tous les Membres auroient , en outre ,
la faculté de fe réunir à toute heure dans le
Salion d'expofition , foit pour y voir les Ouvrages
préfentés , foit pour y lire les Papiers publics ,
ou s'y entretenir de tout ce qui les intéreffe. On
pourroit encore , fi le nombre des actions étoit
afiez confidérable pour fuffire à ces dépenfes ,
former un Journal dont l'intention feroit de faire
connoître promptement les bons Ouvrages dans
tous les genres, & l'état de la Littérature & des
Arts en France, J
&
On doit ajouter que ceci n'eft qu'un projet ,
que la Société pourra retrancher de ce plan ce
qui ne lui conviendroit pas , comme elle aura
le droit d'y ajouter ce qu'on auroit omis
qu'enfin ceux qui n'approuveront point ce qu'elle
arrêtera dans la première Affemblée convoquée
feront les maîtres de retirer leurs foumiffions .
›
La Soufcription n'eft que de 4 louis par an ;
on s'inscrit actuellement chez M. Knapen fils
Libr- Impr . , rue St -André -des - Arts , Nº 1 , qui
délivre des reconnoiffances des foumiffions. Il ne
reçoit point d'argent , & l'on ne remettra le prix
de la Soufcription qu'entre les mains du Tréforier
que la Société aura elle-même nommé , quand
elle fera compofée au moins de cent Membres ,
nombre auquel on a licu d'efpérer qu'elle ne fera
84
MERCURE DE FRANCE .
pas bornée , puifqu'en 1784 , une Société du
même genre , établie en Angleterre , avoit 6700
Soufcripteurs. Celle qu'on propofe ici compte déjà
parmi les Soumiffionnaires des Gens de Lettres ,
des Artiſtes & des Amateurs du premier ordre .
2
DES Refforts de voiture , qui , en préfence des
Commiffaires de l'Académie des Sciences , & de
tous ceux qui voudront en être témoins , badinent
fous un poids de 8 à 900 livres ; qui foutiennent
, sen outre , le choc d'un poids de 400
tombant librement de dix pouces de haut , fans
fe caffer, s'affaiffer ni s'écrafer ; des Refforts bien
trempés & du meilleur acier , qui réuniffent la
propreté , la folidité , l élasticité , la douceur , &
qui ne feront pas plus chers que les moins mauvais
de l'ancienne fabrique; tels font les Refforts qu'annonce
& offre au Public amateur le Sr. Hériffon ,
Md. Arquebufier , rue des Tournelles , au Ma
rais , No. 66 , à Paris. Il diftribue le Rapport
de MM. les Commiflaires de l'Académie, Les
Selliers trouveront chez lui les égards prdinaires,
du commerce. Il entreprend d'ailleurs la ferrure
des trains & des caiffes , comme tout raccominodage.
Ses Refforts d'une feule feuille ont la même
folidité.
TABLE.
ESSA1fur la Séduction . 49 Lettres.
Couplers
75
58 Vaux d'un Patriote. 76
79
81*
Charade , Enig. & Log . 60 Hiftoire.
Mémoires. 62 Notices.
Jer. 135 .
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 16 OCTOBRE 1790 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
IMPROMPTU
Mis au bas d'un Tableau fait par M. le
Chev. DE POUGENS , qui eft maintenant
aveugle.
Du vrai talent fublime & douce image , U
Combien vous charmeriez mon efprit & mon coeur
Qu'avec raviſſement ils vous rendrotent hommage
S'ils pouvoient un inftant oublier que l'Auteur
Eft le feul qui ne puiffe admirer fon ouvrage
( Par Mme. de Bourdic. )
No. 42, 16 Octobre 1790
B
SG MERCURE
&
LES PREUVES D'AMOUR,
LISE ISE accueille tous mes Rivaux ,
Et pour moi feul fait la tigreffe ;
Life écoute leurs doux propos,
Et fe moque de ma tendruffe ;
Que de malice ! que d'artraits ¦
Quelle adroite coquetterie !
Mes chers amis , je m'y connois
Oh ! Life m'aime à la folie.
Il n'eft rufe ni méchant tour
Que n'imagine la friponne ;
Quand je veux lui parler d'amour,
Elle daxfe , rit ou fredonne :
*
Un jour même elle s'avifa ,
Au milieu de man élégie ,
De fuir & de me planter là..
Ch ! Life m'aime à la folic.
$ < h
JARRIVE hier avec Damis :
Approchez , me dit la Coquette ,
Un ba fer vous étoit promis ,
Et je veux acquitter ma dette.
KIBLIOTHECA
REGIA
MONAGENSIS.
DE FRANCE.
Je cours d'un air paffionné ...
Mais voyez cette cfpiéglerie !
'C'eft à Damis qu'il fut donné :
Oh ! Life m'aime à la folie.
Quor devois -je m'en courroucer
Non , non ; je fus mieux la furprendre ♪
Sur fa bouche , fans balancer,
J'efai moi-même le reprendre
Et favez-vous quel fut l'effet
De ce trait de galanterie ?
Life auffi- tôt d'un bon foufflet ...
Oh ! Life m'aime à la folie.
( Par M. Reynier , Sec . Perp . de la
Société d'Emulation de Liége. )
Nota. Cette Chanſon , ainfi que la fuivante ,
mife en mufique par M, Adrien' , ſe trouve avec
l'air noté , chez Imbault, rue Saint-Honoré , prèg
Phôtel d'Aligre , Nº. 627,
$$
MERCURE
REPONSE Ingénue d'une Dame à la
Chanfon précédente,
D'un jeune Fat on a chante
La confiance un peu crédule :
-Eh ! Mefdames , en vérité ,
Le trouvez-vous fi ridicule ?
D'un coeur fenfible & délicat
Nous prifons fort la modeftie ;
Mais tout en nous moquant du Fat ..#
Oh ! nous l'aimons à la folic ,
·
QUE dans les bornes du refpect
Un Amant tienne fa tendreffe ;
Qu'il foit timide , circonſpect ,
Nous cftimons tant de fageſſe ;
Mais qu'il nous lâche leftement
Un calembour , une faillie :
Il eft unique ! il eſt charmant !
Oh ! nous l'aimons à la folie !
QUAND il eſt payé de retour ,
Qu'il refte toujours bien fidèle
De l'héroïfme de l'amour
Nous admirons un tel modèle ;
DE FRANCE.
Mais qu'il voltige , & que vingt fois
Quittant Chloé , Life , Julie ,
Il revienne entor feus nòs loix..
Oh ! nous l'aimons à la folie.
MESDAMES , foit dit entre nous ,
Notre coeur eft un vrai dédale ,
Dans les caprices , dans fes goûts
Tendre , léger par intervallei
Mais fi parfois le fentiment
Chez nous cède à la fantaiſie ,
Si nous aimons moins tendreihent
Oh ! nous aimons à la folie .
MALGRÉ tous ces petits travers ;
Demeurons telles que nous fommes !
Nous commandons à l'Univers ,
Et nous valons micux que les hommes.
Comment lear plaire fans cela ?
Perfection bientôt ennuie ;
Avec ces jolis défauts- là ...
Oh ! l'on nous aimè à la folie.
( Par le même. )
E
t
MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme
du Logogriphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eftMalheureux , celui
de l'Enigme eft Enigme ; celui du Logogriphe
eſt Lamie ( monftre marin ) , où l'on
trouve Laie , Ami.
CHARADE.
LE vrai n'eft pas fi beau quand il a mon premier
Le vin n'eft pas fi pur quand il a mon dernier ;
Ou n'eft pas fi léger quand on a mon entier.
( Par M. F. M. Haumont , de Princé )
ÉNIG ME.
ZULMIS , je fuis l'argument fans réplique
Du fot , du lâche , ou du fripon.
Tel au champ de l'honneur auroit terreur panique,
Qui par moi s'eft acquis un glorieux renom .
Mon origine eft , dit-on , très- antique ;
Aux premiers temps de Rome on la fait remonter.
Mais cette fage République ,
Qu'en tout on devroit imiter ,
DE FRANCE. 91
Avoit en tout une fin politique
Qu'en voulant comparer chacun devroit citer.
Alors , Zalmis , alors une vertu civique
M'inftituoit arbitre entre deux Nations .
Un déveûment patriotique
Par moi mettoit un terme à leurs divifions.
Mais un Peuple léger , un Peuple fans logique ,
En imitant , ne fait point raifonner.
A quoi bon tous les traits d'une faine critique 2
J'en ai trop dit , Zulmis , tu dois me deviner.
( Par M. le Meteyer , Sec. du Roi. )
LOGO GRIPHE.
J'Ax quatre pieds , pourtant je porte du plamage ,
ΑΙ
E dans les airs je vole en pleine liberté .
Je fuis , fans mon chef , un paffage
Dans les villes bien fréquenté.
( Par M. Grainville. )
E 4
92
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
ESSA1 fur la Mendicité , par M. DE
MONTLINOT . A Paris , de l'Imprimerie
Royale ; & fe trouvé chez les Marchands
de Nouveautés.
SUR une population de vingt- cinq millions
d'hommes , cinq millions de pauvres ,
de pauvres dans toute la force du terme
c'eft-à -dire mendians ou prêts à mendier.
C'eft-là une de ces idées qui pénètrent l'ame
de trifteffe & d'effroi , un de ces résultats
qui ont fait mettre en queftion fi la Société
cft un bien. Oui , elle et un bien acheté
par de grands maux , & quand ces maux
font montés à un tel excès , l'édifice focial
chancèle , & court que d'être renverfé
; c'eft ce que nous voyons . Un feul
fait pareil , connu de l'Adminiſtration, comme
il l'étoit , devoit annoncer aux hommes
éclairés une prochaine révolution dans l'Etat
: c'étoit une Nation dans une Nation ,
& le Gouvernement embarraffé entre ces
deux Peuples , n'y favoit d'autre remède
que de multiplier , en faveur des propriétaires
, les Leix , les Réglemens , les puDE
FRANCE. 93
nitions contre les hommes fans propriété.
Enfin les embarras croiffant de jour en jour ,
il fentit qu'il falloit , pour contenir cette
multitude de mendians & pour en diminuer
le nombre , fe faire un fyftême & des principes
. Il appela à fon fecours des hommes
inftruits , accoutumés à réfléchir , amis de
l'humanité , tranchons le mot , des Philofophes
; car dans les dernières années le
Gouvernement avoit entrevu que ces genslà
avoient quelquefois du bon. On créa des
Bureaux où ils furent admis , & il fallut.
bien convenir qu'on ne laiffoit pas d'en tirer
des lumières. Dans ce trop petit nombrede
Citoyens utiles & refpectables , il faut placer
M. de Montlinot , à qui l'on confia le
Dépôt de Mendicité de Soiffons .
Les comptes qu'il rendit au Gouvernement
d'année en année , & qu'il publia ,
portent le caractère d'un efprit étendu &
d'une ame philantropique . Le fentiment
profond d'humanité qui lui fit remplir fes
devoirs avec une fcrupuleule exactitude ,
bientôt les lui rendit chers & lui fit aimer
les malheureux devenus l'objet de fes
foins. C'étoit un Médecin qui s'attachoit à
fes malades , & il apprit à parler dignement
du pauvre . Il ne vit plus les mendians
comme une vermine qui s'attache à
la richeffe (1 ) . Il feroit plus près de répon-
ر
( 1 ) Expreffion de Voltaire .
ES
94 MERCURE
dre avec Rouſſeau , qu'il eft naturèl que
les enfans s'attachent à leurs pères . Mais il
n'emprunte de Rouffeau que le fentiment
qui a dicté cette réponſe , & quelquefois
l'éloquence noble & touchante qu'infpire
ce fentiment. C'eft le mérite qu'on avoit
déjà remarqué dans les comptes rendus des
années précédentes , & qui eft encore plus
remarquable dans celui de 1789 , dont il eft
ici queftion.
}
L'Auteur fait d'abord fentir , & malheureuſement
porte à l'évidence , que la Société
confomme le pauvre comme une denrée ;
qu'elle fait elle-même les mendians qu'elle
punit ; que tous les Arts , fans en excepter
l'Agriculture , dévorent en moins de 30 ans
les machines vivantes dont ils s'emparentou
qui végèrent à leur folde ; que tous les
hommes livrés aux travaux de la campagne,
ou occupés des métiers les plus néceffaires,
contractent des maladies habituelles avant
l'âge de cinquante ans. Ainfi l'âge des befoins
eft pour tous l'âge de la détreffe . Voilà
ce que n'ont pas voulu voir ceux qui juf
qu'à préfent ont écrit fur le Peuple. Sur le
Peuple, c'eft le mot qui échappe à la plume
de M. de M.... , & il fignifie les mendians.
Hélas ! jufqu'à préfent ce font piefoue des
mots fynonymes , dans un pays où tant
de milliers d'hommes meurent dans une
mendicité acquife par le travail, autre expreffion
énergique & affligeante de M. de M...
Tel et l'excès de la misère , & il feroit enDE
FRANCE.
و ر
core plus grand , fi le remède n'étoit pas
dans le mal même , fi les 19 vingrièmes
des gens fans propriétés ne mouroient pas
avant le temps ...... C'est le remède , c'eft
là ce qui foulage l'Adminiftration d'un poids
qu'elle ne pourroit feulement pas foulever.
Ecartons ces idées ; mais pardonnons à J. J.
Rouffeau fes déclamations contre l'état fo
cial. Il ne l'a vu que d'un côté , c'eſt ce
qui fait qu'on déclame ; mais il faut l'avoner
, ce côté fait frémir , & ce qu'il a
d'affreux juftifie la fenfibilité qui s'en in
digne & s'en irrite avec violence. Ce qui
n'indigne guère moins, ce font les reproches
calomnieux qu'on accumule für le Peuple,
On l'accufe d'être pareffeux , adonné au
vin , imprévoyant dans la force de l'âge .
Sur ce dernier reproche ſeulement , écoutons
M. de M.... » Eh ! quelle épargne peut faire
» un ouvrier auquel on n'accorde qu'un modique
falaire pour le plus grand emploi
" de fes facultés ? Dans la loterie de la vie
» humaine , il n'a que des chaînes de mal-
» heur à attendre , défaut d'ouvrage , maladie
, accidens , intempérie des faifons
» tout pèfe fur lui . Sa reproduction même
» la plus grande confolation des êtres vivans ,
» devient un poids qui l'accable.
93
"
ور
و ر
" Ah ! fi on vouloit l'entendre , ne pour-
» roit -il pas dire au riche : Pendant que
» veus refpiriez un air frais , je coupois vos
" moiffons courbé fur une terre b'úlante ;
" vous dormiez encore quand je devançois
E 6 .
96
MERCURE
33
»
» le jour pour vanner vos grains ; vous dormiez
encore quand je voiturois , couvert
» de frimas , le produit de vos récoltes,
" Né avec des organes foibles , vous pro-
» longez cependant votre existence au delà
du terme ; & moi , accablé de maux incurables
dans un âge peu avancé, qu'allez
» vous m'offrir après trente ans de travail ?
» peut - être le pain de l'aumône . Ah ! malheureux
, j'ai trop vécu. Vous m'accufez
d'imprévoyance ; mais en eft-il un feul
» parmi vous qui , largement ftipendié par
le Gouvernement dans fa jeuneffe , puiffe
fe paffer de tout fecours : Des penfions ,
des graces vous afferent une exiftence
douce , & en ceffant de travailler on vous
paye encore ; & moi , fi ceux qui me
» connoiffent font pauvres , & me forcent
» d'aller mendier au loin la fubfiftance d'un
"jour , on m'enferme comme un homme
» dangereux ; toutes les bouches femblent
répéter : Malheureux , tu as trop vécu «.
Les autres reproches faits au pauvre font
repouffés par M. de M. avec la même énergie
& la même fenfibilité.
"
>>
"
ور
13
Des principes établis par l'Auteur , & des
faits qui appuyent ces principes , il réfulte
que la mendicité eft un effet néceffaire de
l'état focial ; que cet acte ne peut être ni
un crime , ni un d lit , à moins qu'il ne foit
uni à une action qui trouble l'ordre public ;
alors il devient un objet de Police. Cependant
il a prefque toujours été puni comine
DE FRANCE. 97
un délit , & M. de M... cite vingt -huit ou
vingt-neuf Loix publiées contre ce délit depuis
environ deux fiècles . Telle étoit encore
l'ignorance de l'Adminiſtration en 1777 , que
dans l'Ordonnance alors promulguée , on fait
dire au Roi , " que Sa Majesté n'a pu qu'être
furprife qu'il pût encore exifter des mendians
". Comme fi les fecours donnés à
quarante mille pauvres dans les divers Hôpitaux
du Royaume , & , fi l'on veut , à un
pareil nombre dans les ateliers de charité
étoient une reffource fuffifante ; comme fi
"
l'Adminiftration tenoit dans fes mains les
infirmités , les malheurs publics & privés ,
la caufe toujours renaillante du luxe & de
la misère , & c.
و د
>
On ajoute , dans cette même Ordonnance
, » que tous mendiáns de l'un & de
» l'autre sexe , vagabonds ou domiciliés
» feront obligés , dans le délai de quinze
»jours , de prendre un état ou emploi ,
» métier ou profeffion qui leur procure les
" moyens de fubfifter , fans demander l'au-
" mône «; comme file Gouvernement avoit
créé , dans le moment , des travaux particuliers
analogues aux talens de chaque individu
; comme fi on avoit ouvert de nouveaux
champs à la culture , des ateliers dans
tous les genres d'induftrie ; comme fi enfin
un homme , à la volonté de l'Adminiftration
pouvoir être , dans le délai de quinze jours,
Tillerand cu Cordonnier.
Qu'auriva-t-il de cette Loi ? ee qui devoit
୨୫
MERCURE
:
97
arriver : c'eft qu'après quelques rigueurs
inutiles elle refa fans exécution . Un grand
nombre de mendians périrent ou furent
fecourus ; un grand nombre trouva des ref
fources dans la commifération générale.
" Le pauvre , dit M. de M... , a un patri
» moine diftin&t & connu ; il ne peut faire
» un pas fans marcher fur fon terrein . Ne
» cherchons pas à trop multiplier les Admi
" niftrations de charité ; laiffons agir cette
" grande loi de la morale univerfelle , qui
"nous pouffe à fecourir nos femblables : ce
» n'eft point une loi féche qui mefure ce
» qu'elle doit & ce qu'elle peut. A l'afpect
» de la misère elle n'a plus de limite ; elle
» fair verfer fur le pauvre , & les fecours qui
foulagent & les confolations qui relèvent ,
" & ce doux efpoir d'un avenir meilleur.
» Ah ! fi l'homme puiffant ne voyoit plus
» autour de lui de malheureux , fi le pau-
» vre n'aidoit pas le pauvre , fi le prifonnier
» ne s'intéreffoit pas au fort de fon compa-
" gnon , la Société ne feroit plus un bien-
ן כ
"
""
fait. C'eft donc de la fenfibilité générale
» qu'il faut attendre des fecours ; elle feule ,
" toujours agillante , faifit les objets qu'elle
" a fous les yeux : elle fe repaît de larmes
» & de douleurs ; & c'eft dans ces enivran-
» tes fonctions que le coeur s'ouvre , & fa-
»voure à longs traits cette douce bienfaifance
" fi connue des ames fenfibles . C'eſt un
" adage reçu , qu'il n'y a pas de fouffrance
» où exifte une femme ; c'eft dans leurs
DE FRANCE. 99
coeurs qu'il faut aller chercher ces déli
» cieuſes émotions , ce tréfor inépuisable de
» tendreffe , qui , fanctifiée par la Religion ,
ou légitimée par lemariage , ou enfin ano-
» blie par des fentimens généreux , pro-
» duit tant d'actes de charité «.
10
M. de M.....ne parle ainfi qu'après avoir
fait fentir l'infuffifance & les inconvéniens
de tous les Etabliffemens publics , tels qu'Hôpitaux,
Maiſons de charité, Dépôts , Bureaux
d'aumônes , &c. » L'abandon que nous pa
» roiffons faire , dit-il , du mendiant ou du
" pauvre eft le plus grand moyen de fub
fiftance que nous puiflions demander à
» l'Adminiſtration : c'eft à l'importunité de
» la misère , on ne peut trop le répéter, que
» l'on doit les Etabliffemens les plus utiles.
» Il ne faut pas indifcrétement ôter toutes
» les épines des roles qui couronnent l'homme
infouciant fur le fort de fes fem-
» blables «.
Après avoir montré l'injuftice des Loix
contre la mendicité acquife par le travail , &
prouvé à l'Adminiftration qu'elle s'épargneroit
bien des peines inutiles , fi elle déclaroit
que la mendicité pure & fimple n'eft pas un
délit . M. de M....... cherche quels doivent
être les moyens de police contre le mendiant-
vagabond , éloigné du lieu qui l'a vu
naître , & où il a travaillé ; les moyens de
diftinguer l'homme inquiétant du malheureux
, coupable d'avoir trop vécu ; & il propofe
divers adouciffemens dans la Police ,
100 MERCURE
P
trop févère dans l'ordre actuel envers ce
dernier. C'est ici qu'il faut déplorer encore.
les maux inévitablement attachés à l'exiftence
fociale , lorfqu'on entend un Philofophe
prononcer ces mots : » Il faut le dire
و د
"
25
"
1
>
c'eft qu'en fuppofant qu'un homme dénué
de tout fecours depuis un long terme , ne
» fût qu'un homme malheureux , qu'il fût
injufte de l'arrêter.... Eh bien il faudroit
» commettre cette injuftice politique , & ne
pas laiffer errer fur les routes celui qui
n'ayant rien peut tout ofer ". C'est pour
cette claffe d'infortunés que feroient faits
les dépôts auxquels on ôteroit ce nom qui
réveille trop d'idées aviliffantes , & qu'on
appelleroit Maifors de sûreté. Ces maiſons
n'emporteroient l'idée d'aucun châtiment
mais feulement celle de fimple arreſtation .
De fages réglemens détermineroient l'utilité
qu'on pourroit tirer de cette claffe malheureufe.
A l'égard des vagabonds détenus
jufqu'ici dans les maifons connues
fous le nom de Dépôt de Mendicité , les
Loix prononceroient fur leur fort , & remédieroient
aux inconvéniens de la Police ac- .
tuelle . En voici un exemple. Il a été envoyé
de Saint- Denis à Scillons , depuis le
29 Octobre 1738 jufqu'au 20 Février 1789,
cent quarante-un mendians valides . Dans ce
nombre , quarante-cinq pouvoient être confidérés
comme repris en tierce récidive . Plufieurs
avoient déjà été arrêtés quatre , cinq
& fix fois. Les frais de tranfport ont été de
DE FRANCE. 101
66 liv. Voilà donc 606 1. dépensées pour
faire tranfporter quarante- cinq hommes ,
qui deux fois ont été rejetés de leurs provinces
comme inconnus & fans reffource.
Pourquoi produire à grands frais un mouvement
inutile ? A cet abus & à tant d'autres
nés d'une Police vicieufe , M. de M..... propofe
un remède, le feal pent être qui exifte,
la tranflation , & c'eft ici un des principaux
objets de fon Ouvrage. S'il exifte un
moyen de faire défirer l'Etabliffement que
l'Auteur propofe , c'eft la manière dont il
débute pour en faire fentir la néceffité , c'eft
le tableau qu'il préfente à fes Lecteurs . En
voici quelques traits qu'il eft bon de remettre
fous les yeux des heureux du fiècle ,
& de ceux qui ne réfléchiffent pas à quel
prix on achète le bonheur focial.
92
Vingt mille individus au moins dé-
» folent le Royaume par des déprédations
de toute efpèce. Six cu fept mille au
» plus font arrêtés ou punis . La fûreté des
93
routes coûte plus de quatre millions par
" an. La fomme volée chaque année en
» France , peut être évaluée au moins à un
million. Il exifte plus de foixante mille
» hommes qui gémiffent dans les prifons
» cu maifons de force , ou qui végètent
» dans les Hopitaux . Il y a plus de cin-
" quante mille journaliers , qui , bâtards
" ou rejetés par des parens pauvres ,
font fans autre afile que les cabarets . It
» déferte à peu près quatre mille hommes
162
MERCURE
*
"
par année , des troupes de France. La
plupart , manquant de tout , font obligés
d'avoir une marche fourde & des
domiciles fecrets. Il y a en France plus
» de quatre millions d'individus dont la
fubfiftance n'eft pas affurée pour un mois ,
» Si l'on confidère en maffe les dépenfes
» du Gouvernement , les revenus des Hôpitaux
, des Hôtels- Dieu , & les actes
particuliers de bienfaifance , on peut
- évaluer à plus de cinquante millions
par an ce qu'il en coute pour prolon-
" ger l'existence de ceux qui furvivent à
" la fervitude des Arts , à l'incontinence
» des corrupteurs , au régime des Hô
"
20
"
pitaux , & aux châtimens de la Loi.
Que produit cette dépenfe , avec laquelle
on fondercit un Royaume A agiter
» l'Adminiftration , qui , fans profit , tour-
» mente l'homme fans propriété «.
"
و د
On conviendra que ce préambule eft
tout-à-fair propre à faire agréer le projet
d'une Colonie en Afrique ; & c'eſt l'idée
à laquelle l'Auteur s'arrête. Les raifons
politiques , géographiques , qui lui font
préférer l'ifle de Eulam à nos poffeffions
voifines , les moyens de fender cette Colonie
aux moindres frais poffibles , les avantages
qu'on pourroit d'ailleurs en tirer ,
&c.; c'est ce qu'il faut voir dans l'Ouvrage
même. Nous ne préfenterons que
le réfultat des idées de l'Auteur. Des catculs
très-détaillés femblent prouver invine
DE FRANG B. 103
ciblement que le tranfport de fept cents
hommes , les fournitures de toute eſpèce ,
les frais de l'Etabliſſement , & de tout ce
qui eft néceffaire pendant fix mois à la
nourriture des Colons , ne monteroient
qu'à la fomme de 130,000 livres. En faivant
cette proportion de 130 mille par
cent perfonnes , jufqu'à dix ou vingt mille
hommes exportés , on fent combien il en
couteroit moins qu'il n'en coute pour le
bonheur de ceux qui n'ont point de propriété
, & pour la tranquillité de ceux qui
en poſsèden . La grande objection contre
ce projet , c'eſt l'opinion où feroient les
expatriés , qu'on les envoie à une imort
certaine ; opinion née des fautes du Gouvernement
, quand il s'eft autrefois chargé
de fonder quelques Etabliffemens nouveaux
à Cayenne & dans la Louifiane. Ce préjugé
, enraciné chez le Peuple , feroit fans
doute un grand obftacle dans les commencemens
; mais il cederoit à la publicité des
foins qu'on prendroit pour affurer l'exiftence
des nouveaux Colons .
Le cours naturel des idées nous a empêchés
de nous arrêter fur une des meilleures vûes
de M. de M. , le projet d'un Etabliffement
dans les campagnes , en faveur des Cultivateurs
invalides. On fait que les Hô
pitaux fe font cru en droit de n'appliquer
les actes de leur bienfaifance qu'aux
individus des villes où ils étoient établis ;
& que le pain de l'Hôpital eft devenu le
104 MERCURE
pain privilégié du Citadin. Les pauvres
de la campagne fe font ainfi trouvés abandonnés.
Voilà , dit M. de M..., les vrais
pauvres de l'Adminiftration : mais il faut
les honorer , & non les avilir par l'aumône.
Les bornes d'un extrait ne nous permettent
pas d'entrer dans le détail du plan qu'il
propofe de cet Etabliffement , pour les pauvres
de la campagne , qu'on nommeroit
Cultivateurs invalides. L'exécution du plan
feroit un véritable monument de bienfaifance
nationale , & prouveroit que nous
favons honorer l'Agriculture ailleurs que
dans les Livres & dans les Pièces deThéatre.
Ce projet d'un Etabliffement pour les
Cultivateurs invalides , ainfi que l'idée de la
tranſportation dont nous avons parlé plus
haut , femblent avoir été agréés par la
Section de l'Affemblée Nationale qui forme
le Comité de Mendicité . Les Membres
qui le compofent ont cherché à s'environner
des lumières de plufieurs hommes
connus ( 1 ) , parmi lefquels il faut
( 1 ) M. de la Milière , Intendant des Hôpitaux';
M. de la Rudelle , ancien Adminiftrateur de l'Hôpital
général ; M. de Boncerf, connu par des Recherches
& des Ouvrages fur la Mendicité ; M.
Thouret , Infpecteur général des Hôpitaux ; M.
Lambert , Infpecteur des Apprentis de différentes
Maiſons de l'Hôpital général.
DE FRANGE. res
compter M. de Montlinot. Il participe auffi
aux éloges que méritent le plan de travail
& les trois premiers Rapports de ce Comité
( ). Mais c'eft ici qu'on voit ce que
peuvent les premiers efforts d'une Société
de Citoyens libres qui fe communiquent
leurs penfées. Il ne faut pas oublier que'
l'écrit de M. de M. , publié cette année
a été composé l'année dernière. On s'apperçoit
qu'il a connu la fource du mal ,
inais qu'il n'ofe & ne peut la dire ; il va
jufqu'où l'on pouvoit alors . Il a fenti , il a
établi la néceffité d'élever l'aumône à la qualité
de bienfaifance publique. Le Comité
va plus loin ; il prononce nettement que
tout homme a droit à fa fubfiftance ; que
l'affiftance donnée au pauvre n'eft pas un
fimple bienfait , mais une dette de l'Etat ;
que la misère du Peuple eft un tort du Gouvernement
; enfin qu'il ne s'agit plus de faire
la charité aux pauvres, mais de faire valoir
les droits de l'homme pauvre fur la Société ,
& ceux de la Société fur lui. De ce double
rapport le Comité a conclu qu'il falloit les
confidérer dans la Conftitution ; que le ſoin
de veiller à leur fubfiftance , n'eſt pas pour
la Conftitution d'un Empire un devoir
( 1) Voyez le plan de travail du Comité de la
Mendicité & les trois premiers Rapports , rédigés
par M. de la Rochefoucault-Liancourt , imprimés
chez Baudouin , à l'Imprimerie Nationale.
106
.
MERCURE
moins facré que celui de veiller à la con
fervation des propriétés du riche . Il faut
donc rendre conftitutionnelles les Loix qui
établiffent l'adminißration des fecours donnés
aux pauvres. La claffe indigente de la
Société étant partie intégrante de la Société,
la Légiflation qui gouverne cette claffe doit
faire partie de la Conftitution : c'étoit le feul
moyen d'empêcher que cette grande idée
ne le réduisit à n'être qu'une belle conception
de l'efprit , fans application à un Empire
qui jouit du bonheur d'avoir une Conf
titution . C'eft la première fois que des Légiflateurs
ont ainfi parlé aux hommes ; &
nombre de gens , nous ne l'ignorons pas ,
en concluront qu'il ne falloit pas leur par
ler ce langage. Il eſt à croire que la Poſtés
rité ne fera pas de leur fentiment.
( C........ 1
DE FRANCL 107
VARIÉ TÉ S.
PRÉCIS ( 1 ) fur l'objet , les Statuts &
les travaux de l'Académie Françoife.
:
CE n'eft pas à une Affemblée auffi éclairée que
celle des Repréfentans de la Nation que nous
nous croyons obligés de prouver l'utilité de l'Académie
Françoile . Ceux qui ont demandé à quoi
elle étoit bonne , n'ont pas cru , fans doute , demander
à quoi les Lettres pouvoient fervir ; ce
feroit une queftion de Vandale. Il ne s'agiroit
donc plus que de favoir fi l'Académie eft utile!
aux progrès & à l'honneur des Lettres . Un fimple
expofé des objets de fon inftitution & des effets
qui en réfultent naturellement , eft la meilleure
réponse à cette queftion : non pas que nous
croyions qu'elle ait befoin d'être réfolue ; mais
cet expofé, qui fera fort court , nous conduit
de lui - même à ce qui eft plus important , aux
améliorations dont l'Académie eft fufceptible ,
depuis qu'un nouvel ordre de chofes a di faire
naître de nouvelles idées fur tout ce qui a des
rapports avec la chofe publique : & l'Académie
en a , puifque cette Compagnie Littéraire ne
(1 ) Ce Précis faifoit partie d'un Rapport que l'Académie
avoit demandé à quelques- uns de fes Membres , nom
' s Commiffaires pour l'examen & la rédaction de fos
Régiemens. L'Auteur étoit un des Commiffaires,
108
MERCURE
peut , comme toutes les autres , avoir la confiftance
& la confidération
dont elle a befoin , fans la protection du Gouvernement
, qui ne doit l'accorder
qu'à ce qui peut entrer dans les vûes générales
de l'Adminiſtration
publique.
Les trois principaux objets de l'Académie Françoife
ont été & font encore de maintenir la pureté
du langage , d'honorer les talens par une
diftinction qui ne dépende que du fuffrage libre.
des Gens de Lettres , d'exciter l'émulation par
des Prix d'éloquenee & de poéfie. Nous conf
dérerons fommairement
ces trois objets.
De la pureté du langage .
Il eft naturel que le foin de la maintenir ait
été confié à une Compagnie habituellement compofée
de Gens de Lettres les plus exercés à écrire,
& les plus eftimés en différens genres de compofition.
Cette pureté n'eft pas indifférente . Le langage
tend fans ceffe à fe corrompre , même en
Senrichiffant , & la Langue Françoife n'a pu
devenir celle de l'Europe qu'en confervant cette
clarté , cette préciſion , cette méthode , ces principes
de logique & de goût qui font les élémens
des Langues , en même temps qu'ils font des
barrières toujours fubfiftantes contre les invaſions
du mauvais goût , toujours porté à abufer des
créations & des hardieffes du génie , & contre
la groffièreté populaire qui peut fe gliffer , par
le pouvoir infenfible de l'imitation ufuelle , jufque
dans la converfation des gens inftruits . Wa
Dictionnaire fait dans cet efprit fert à fixer &
épurer la Langue fans l'appauvrir . Celui de l'Académie
n'eft pas encore , il eft vrai , ce qu'il
devoit être ; mais il peut & doit le devenir. Nous
Layons mieux que perfoane ce qui lui manque ,
&
DE FRANCE. 109
& ce qu'il peut acquérir. Quoiqu'il ſoit le meilleur
que nous ayons , il ett encore vicieux dans
fon plan , & défectueux dans plufieurs parties .
Ce plan n'eft point l'ouvrage des Académiciens
actuels ; c'eſt celui de nos prédéccífſeurs ; & fi
nous ne l'avons pas encore chargé , notre première
cxcufe eft dans ce refpect d'habitude qu'on
a volontiers pour fes Anciens dans tous les
Corps , & dont l'Académie n'a pas écé plus
exempte qu'un autre . Mais il y a de plus un
autre obſtacle à la perfection de ce Dictionnaire ,
& qui ne peut être levé , fi les encouragemens
de l'Affemblée Nationale ne fecondent pas notre
zèle.
L'expérience neus a inftruits qu'un ben Di : -
tionnaire ne peut être l'ouvrage d'une Compagnis
, fi le premier travail , qui eft fans comparaifon
le plus condérable & le plus important ,
n'eft pas fait dans 1 : cabinet avec toute la réflexion
, toute la naturité qu'il exige. Tout a bié
fait jufqu'ict en commun dans nos Aflemblées "
ordinaires ; & cette métaphyfique fine & déli.c
qui doit diriger les pre iers principes du langage
, cette logique précife & févere qui doit
dicter les définitions , font des opérations de
T'efprit très - épineufes & qui demandent de la
inéditation. Il y a plus le nouveau plan que
nous croyons devoir adopter entraîne un nouveau
travail , qui ne peut auffi s'exécuter qu'en parcculier.
Pour tenir compte , comme nous nous le
propofons , de toutes les acceptions figurées que
le talent a fu donner au langage , & faue a ofi
T'hiftoire & du génie de la Langue & de clat
des Ecrivains , il faut commencer par un dépouillement
critique des Auteurs claffiques Fran-,
çois. Or , il eft naturel que des Gens de Lettres
occupés chez eux de leurs compofitions par
N° . 41. 16 Octobre 1790 :
110
MERCURE
de
lières , ne foient pas difpofés à les facrifier à un
travail qui , devenant une propriété commune
ne leur rapporte ni gloire ni profit . L'Académie
n'a pas droit d'exiger d'eux autre chofe que
concourir aux objets qui rempliffent nos féances.
Nous croyons qu'il feroit d'une néceflité indifpenfable
que le premier travail du Dictionnaire da
fût confié à trois ou quatre Commiffaires qui fe
le partageroient & le foumettroient enfuite dans
nos féances à la réviſion & à la difcuffion de
l'Académie. On peut juger en commun ; mais on
ne compofe bien qu'en particulier. Puifque l'Affemblée
Nationale a jugé à propos de prendre
en confidération le traitement que l'on doit faire
aux Gens de Lettres pour diriger leurs travaux
vers la plus grande utilité poffible , elle rendroit
un véritable fervice aux Lettres , en affectant des
fonds pour payer ce travail néceflaire , dont le
réfultat feroit , au bout d'un certain nombre
d'années , un Dictionnaire qui feroit honneur à
la Nation & à l'Académie , & qui feroit сп
même temps une Grammaire , une Rhétorique &
une Poétique . Nos anciens Statuts nous en faifoient
une loi ; mais le temps a fait voir qu'on
demandoit à une Compagnie ce qu'elle ne pouvoit
pas faire , & ce qui ne peut abfolument
s'exécuter que par les moyens que nous propofons.
De la diftribution des Prix.
Nous ne diffimulerons pas que pendant longtemps
ces Prix n'aient été fort au deffous de ce
qu'ils devoient être , foit par le choix des ſujets
qui n'étoient guère que des lieux communs de
Aatteric ou de dévotion , foit par l'extrême médiocrité
des Pièces couronnées. Mais nous ofecons
affurer , fans craindre d'être démentis par
DE FRANCE. Pit
la voix publique , qu'ils commencèrent , il y a
environ trente ans , à acquérir un luftre & une
Importance qui ont contribué beaucoup aux progrès
de cette raifon générale dont la Nation
avoit befoin & dont le Gouvernement avoit peur.
En propofant l'éloge des Grands Hommes , on
appela les grands talens & les grandes vérités ,
& Peffer des lectures publiques qui attirerent dèslors
l'élite des Citoyens , rendit l'application fi
fenible , que plus d'une fois la Cour en fut
alar.née & irritée. L'éloge du bien parut dèslors
la fatire indirecte du mal , & c'étoit la
feule que l'Académie pût fe permettre ; encore
n'étoit - ce pas fans beaucoup de dangers. C'eft
dans cette lice honorable que Thomas fit fes
premiers pas , & c'eft fans contredit un de nos
Ecrivains qui , à cette époque , mit dans fes ou
vrages le plus de cette philofophie utile & hardie
qui demandoit à la fois & du courage & de la
meſure . Il a été ſuivi dans cette même carrière
par des Athlètes dont les talens ne font pas
conteftés , dont les écrits tendoient au même
but , qui ont effayé les mêmes perfécutions , &
dont les couronnes étoient véritablement civiques.
Depuis ce temps cette carrière s'eft encore
agrandie. Un Philofophe éloquent & patriote ,
M. l'Abbé Raynal , a fondé un Prix annuel pour
un Difcours hiftorique , c'eft-à - dire une nouvelle
école de theorie politique. Un bon Citoyen qui
a voulu refter inconnu , nous a donné les fonds
d'un Prix de Vertu , pour cette clafle du peuple
chez qui elle cft trop fouvent fans éclat & fans
récompenfe un autre nous a légué un Prix
d'Encouragement pour les talens qui peuvent
avoir befoin de fecours ; enfin nous en avons
un pour l'Ouvrage le plus utile de ceux qui ont
:
F 2
112 MERCURE
>
paru dans l'année ; & c'eft fans doute un honneur
pour l'Académie d'avoir été jugée digne
par tant d'ex ellens Citoyens , de couronner tous
les ans tant de différens genres de mérite.
1
Une preuve non équivoque que ces Prix ont
excité beaucoup d'émulation , c'eft qu'ils ont
excité beaucoup d'envie : autrefois ils étoient affez
généralement un objet d'indifférence . Ils fervent
fur-tout à faire connoître le mérite naiffant , à
l'animer dès fes premiers pas . C'eft auffi le but
& l'effet de ce Difcours que l'on prononce tous
les ans , dans la Chapelle du Louvre , le jour de
la S. Louis . L'éloge de ce grand Rɔi , déformais
épuifé , n'en eft plus que le texte : il amène une
inftruction morale ou politique , fa s ceffer d'être
religieufe , & c'eft encore pour les jeunes Orateurs
une occafion de fe faire connoître . Nous
en pourrions citer plus d'un exemple . Ainfi depuis
un temps , toutes nos inftitutions , fuivant
ou même devançant l'efprit public , ont été tournées
vers l'utilité générale.
Des Elections.
Nous répondrons à ce fujet aux reproches fi
fouvent & fi vainement répétés fur les follicitations
& les brigues , quand on nous montrera
quelque chofe qui dépende du choix des hommes
, & dont il ait été poffible jufqu'ici d'exclure
la brigue.
Les vifites n'ont jamais été de règle ; elles
font d'ufage , & l'on fent bien qu'il feroit parfaitement
inutile de les défendre.
Une place à l'Académie n'eft ni la meſure de
l'efprit , ni celle de la réputation . Cependant
comme elle offre l'idée d'une diftinction en fait
DE FRANCE. 113
d'efprit , c'cft-à-dire , dans une choſe où tout le
monde prétend , il n'eft pas fort étonnant qu'elle
ait toujours été vivement briguée ; ce qui l'eft
peut-être davantage , c'eft qu'une Nation prodi
geufement vaine ait permis cette efpèce de diftinction
, & il eft probable qu'elle n'auroit pu
s'y accoutumner , (ans la reffource & la confolation
des épigrammes. Aujourd'hui l'on peut préfumer
que l'Académie excitera moins d'envie ,
parce que la Nation , toujours modifiée par fon
gouvernement , aura moins de vanité & plus
J'orgueil .
On conçoit ailément que ceux qui ont élevé
le plus de reproches contre l'Académie , étoient.
ceux qui devoient le moins y prétendre . On peut
déterminer à peu près le nombre d'ennemis que
doit lui faire chaque élection & chaque diftribution
de Prix . Ceux qui n'ofoient pas dire : Elle
ne m'a pas reçu , ont nommé des Ecrivains cé→
lèbres qui n'y ont pas été admis . La queſtion
étoit de favoir , fi elle avoit été la maîtreffe de
les admettre. Molière étoit Comédien , & le préjugé
contre cet état , alors , étoit dans toute fa
force. Cependant l'on fait que plufieurs années
avant la mort , l'Académie l'avoit fait preffer
par les amis de quitter le Théatre , afin qu'elle
pûr le recevoir dans fon fein . Mais il fe croyoit
trop engagé avec fes camara les pour les quitter ,
& Racine & Boileau lui en firent diutiles reproches.
Dans notre fiècle , le lyrique Rouffeau ne fut
point de l'Académie ; tous ceux qui en étoient
a voient été déchirés dans fes Epigrammes & dans
fes Satires . C'eft demander beaucoup aux hommes
, que de vouloir qu'ils choififfent leur ennemi
pour Confrère. L'on peut croire pourtant que le
temps qui adoucit tout & le talent qui furmonte
F 3
114
MERCURE
tout , l'auroient fait entrer à l'Académie , fi fa
malheurcufe affaire des Couplets ne l'eût fait
bannir de France , quand il n'étoit encore qu'au
milicu, de fa carrière .
Rouffeau de Genève étoit étranger & Protef
tant ; & de plus , un Arrêt du Parlement le fit
auffi fort'r de France , peu d'années après que
fes cuvrages l'euflent fait connoître . Eft - ce la
faute de l'Académie ?
E le défiroit vivement de compter parmi fes
Membres l'illuftre Auteur de l'Hiftoire philojo-
'phique des deux Indes . Il étoit sûr da plus grand
nombre des voix , quand un Arrêt du Parlement
vint encore nous l'enlever. L'Académie eft - ele
refponfable des Arrêts du Parlement ?
Voilà les noms les plus fameux : nous nous
abftenons d'en rappeler quelques autres qui le
font moins. Nous aurions à donner à peu près
les mêmes raifons , qui prouveroient que ce n'eit
jamais l'Académie qui a repouffé le mérite fupéricur
.
Mais il en réfalte une conféquence que nous
fommes les premiers à reconnoître ; c'est que fi
nos ftatuts que nous n'avons pas faits , & qui
ont été originairement rédigés par notre premier
Fondateur , Richelieu , & enfuite par les Rois nos
protecteurs , fe reflentoient néceflairement de l'in-,
fluence d'un Gouvernement arb traire , aujourd'hui
que nous avons le bonheur de vivre fous
un Gouvernement légal , la liberté qui appartient
à tous les Citoyens doit appartenir fur-tout à ce
qui , per la nature , eft le plus fait pour être
fibre , c'eft-à-dire , au fuffrage d'une Compagnie
littéraire choififfart fes Membres. Nous n'avons
plus à craindre que la manière quelconque de penfer
foit un titre d'exclufion , à moins qu'e' elle ne foit
légalement flétrie comnie licence ou rebellion . La
DE FRANCE. 11f
différence des Cultes ne peut non plus être un
obfta le depuis que la tolérance univerfelle eft
une loi de l'Etat , & que toute e'pèce de places
& d'emplois eft ouverte à toute eſpèce de Religion
. Mais parmi nos ftatuts il en eft un qui
nous paroît effentiellement contraire à la liberté
académique , & par fes conféquences abfolument
oppofé à cet efprit national & patriotique qui
doit être déformais celui de toute Société , comme
de tout Citoyen . C'eft le ftatut par lequel les
Rois nos protecteurs fe font réfervés le droit
d'annuller nos élections , par le fimple refus de
les confirmer. C'eft par devoir que nous dénonçons
ce fratur à l'Aſſemblée légiſlative , qui , fans
doute , ne doit pas l'approuver : c'eft par refpect
que nous le dénonçons au Roi lui - même notre
protecteur , qui , fans doute , ne l'auroit pas
établi . Nous fommes bien sûrs que ce n'eft pas
lui qui pourroit jamais en abufer : une jufte reconnoiflance
nous attache à fa perfonne ; une
jufte vénération nous fait chérir les vertus ; une
julte confiance nous perfuade que le Monarquequi
n'a voulu d'autre puiffance que celle de la
loi , fentira comme nous qu'on ne peut juger
d'un droit que par ce qu'il eft en lui - même , &
non par le caractère de celui qui l'exerce. Dès
qu'il s'agit de vérité & de juſtice , on peut fans
crainte prendre Louis XVI pour arbitre ( 1. La
chofe du monde qui , par fa nature , appartient
le moins au pouvoir même le plus abſolu , celle
( 1 ) On ne fe trompoit pas le Roi a fait ſavoir à
l'Académie qu'il défiroit que dans la rédaction de fes
Réglemens elle ne confultât abfolument que l'intérêt des
Lettres & de la Compagnie que pour lui il ne tenoit
nullement au droit de confirmer les élections ; ce qui eft
tris - croyable.
:
=
716 MERCURE
même dont ordinairement il fe foucie le moins ,
c'eft fans contredit une diſtinction littéraire effentiellement
dépendante de l'opinion . La Majefté
Royale s'honore elle - même en protégeant
les Arts & les talens ; elle ne peut que fe compromettre
en fe faifant leur Juge. Il y a plus ;
c'eſt parce que le Prince les protège , qu'il ne
doit pas les juger ; car la protection eft un encouragement
; & le plus néceffaire de tous aux
Arts & aux Lettres , c'eft le maintien de leur
indépendance naturelle & légitime . L'Académie
eft néceffairement le feul Juge , fous tous les
rapports , de ceux qu'elle veut admettre dans
fon fein , que le Public même , qui peut approuver
ou blâmer fon choix , n'a jamais prétendu
ni l'ordonner ni l'annuller. Nous difons fous tous
les rapports ; car indépendamment du mérite littéraire
, elle exerce encore , par les boules noires ,
la cenfure morale fur le perfonnel des afpirans.
Quelle place refte - t- il donc , dans nos élections ,
à l'autorité royale ? Nous oferons dire au Roi
notre protecteur , qu'il n'eft ni de fa grandeur
ni de fa juftice d'y avoir aucune influence . Nous
lui montrerons le premier de nos anciens ſtatuts
rédigés par Richelieu : il app: éciera ce droit par
fon origine ; voici les termes : » Perfoane ne
၃၁ fera reçu à l'Académie , qui ne foit agréable
» à Mgr. le protecteur «. En voilà affez pour
nous autorifer à lui dire avec tout le refpect
dont nous fommies pénétrés pour fa perfohne encore
plus que pour fon rang : »Vous voyez bien ,
Sire , que ce qui pouvoit convenir à la petite
vanité de Mgr. le protecteur, cft au deffous
d'un grand Roi. Mgr. le protecteur avoir be-
» foin de flatteurs & de créatures . Mais vous
» Sire , que vous faut- il dans l'Académie Françoif:
des Pocies , des Orateurs & des Hif-
» toriens rien autre chofe «. Loals XIV lui-
כ כ
ככ
,
DE FRANCE. 117
·
même , fi on lui avoit tenu ce langage , l'auroit
entendu pouvons nous douter que Louis XVI
ne nous e tende ! ce feroit mettre en doute fi
le jour de la Fédération eſt au deflus de la conquête
de la Franche-Comté & de l'invafion de
ia Hollande.
Une autre confidération bien digne d'être préfentée
à un Monarque Citoyen , c'est qu'il importe
que ceux qui voudro ent encore féparer
dans l'opinion deux chofes déformais infepara--
bles , le Roi & la Conft tution , ne puiffent pas
dire que la néceffité d'obtenir l'agrément du
Roi pour entrer à l'Académie , forcera ceux qui
voudront y parvenir , de chercher dans leurs
écrits ce qui pourroit flatter le pouvoir d'un feul ,
plutôt que ce qui feroit favorable aux droits &
aux intérêts de tous. Cette induction feroit , fans
doute , également injurieufe au Roi & à l'Académie
; & fans doute auffi , c'eft à lui , comiré
notre protecteur , d'écarter de nous ce qui nous
compromettroit comme Citoyens.
Quoiqu'il y ait eu des vices dans notre Etablid
ment , il n'eft pas moins certain qu'on a
voulu qu'il fût honorable aux Lettres ; & les
honneurs étant toujours fubordonnés à l'opinion ,
l'on n'a pu honorer les Lettres que fuivant l'opinion
alors généralement reçue . On ne pouvoit
dene mieux faire que de mettre dans l'Académie,
fur la même ligne & dans une égalité parfaite , les
telens & les dignités : on étoit conféquent. De
là le mélange des Ecrivains & des Amateurs ,
qu'une jaloufie aveagle a fouvent blâmé trèsmal
à propos . Nous pouvons en parler d'autant
plus librement , que nous comptons parmi nos
Confrères des hommes qui , dans le temps même
où la naiffance & le rang étoient avant tout
n'en auroient eu nul befoin pour être de l'Aca8
MERCURE
démie , & qui n'ont rien perdu à l'abolition des
prérogatives attachées à l'ancienne difti.ction des
ordres. Mais aujourd'hui que l'égalité civique
eft devenue conftitutionnelle , l'Académie Françoife
n'a plus qu'une feule manière de s'honorer ,
c'eft d'être effentiellement & uniquement l'Acadénie
des talens littéraires . Tout fon éclat ne
peut plus être attaché qu'au mérite perfonnel de
fes Membres. Ce doit donc être un de fes ftatuis
, que les talens & les ouvrages feront à fes
yeux les feuls titres académiques . On peut cb .
jecter qu'alors il fera peut-être di ile de trouver
en tout temps de quoi remplir les places..
Ceux qui feroient cette objection , oublient qu'un
nouvel ordre de chofes a ouvert au génie une carrière
immcafe & nouvelle , & que fi la licence
paffagère a multiplié le nombre des mauvais Ecri
vains , la liberté affermie & durable enfantera
des Orateurs éloquens , des Publiciſtes profonds :
un an a fuffi pour en donner l'exemple & la
preuve , & l'Académie pourra s'applaudir plus
que jamais d'être une des récompenfes du talent
patriotique , & d'entremêler la palme civique aux
couronnes littéraires .
Parmi nos anciens ftatuts dictés par Richelieu ,
& qui font du nombre de ceux qui ont confervé
force de Loi , parce que les ftatuts fubfequens ,
donnés par les Rois nos protecteurs , n'y ont
point dérogé , il en eft un qui tombe de luimême,
depuis que notie nouvelle Conflitution a
confacré la liberté de penfer & d'écrire , fans laquelle
cette même Conftitution n'auroit jamais
pu exifter. Ce ftatut porte que les matières
politiques ou morales ne feront traitées dans
» l'Académie que conformément à l'autorité du
Prince , à l'état du Gouvernement , & aux
Loix du Royaume . L'on fait affez aujourd'hui
que & les Gouvernemens changent , la moDE
FRANCE. 1.19
Fale ne change point , que tout homme a le droit
de traiter quelque fujet que ce foit , & la politique,
comme tout le refte , conformément à fa
raifon , pourvu qu'il ne prêche pas la déſobéiffance
aux Loix.
Nos autres ftatuts ne concernent que le régime
intérieur de l'Académie , & ne touchent en
aucune manière à l'ordre public,
L'Aſſemblée Nationale femble avoir décilé
traitement pécuniaire des Académics Françoife
, des Sciences &ides Infcriptions , feroit pris
fur le tréfor public , puifque c'eft cette confidération
qui l'a conduite à l'examen de leur régime,
Mais quand même ces trois Académies ne feroient
plus payées par le Roi , elles n'en feront pas
moins jaloufes de cette protection royale , qui ,
dans tout état de chofes , doit faire fentir fon
influence bienfaifante à tous les Arts , à tous les
talens qui font les ornemens d'un grand Empire.
Les encourager , les faire fleurir par toute forte
de moyens, a toujours été un des beaux apanages
du Trône , un des beaux titres de la Royauté,
( D ....... )
La fin au Mercure prochain. )
NOTICES,
Tome III , des Recherches fur la nature & les
caufes de la richeffe des Nations , traduites de
l'Anglois de Smith fur la 4e. & dernière édition ,
par M. Roucher ; & fuivies d'un Volume de
Notes , par M. de Cond rcet , de l'Académie
Françoife , &c. Prix , 4 liv. 10 f. le Vol . br. , &
sliv. franc de port par la Pofte. A Paris , chez
Buiffon , Libr. rue Haute feuille . Le Tome Iye
paroîtra le 20 Novembre prochain.
-
Ce Tome IIIe. contient 602 pages.
120 MERCURE DE FRANCE.
AV I S.
ON mettra en vente , Hôtel de Thou , rue des
Poitevins , N ° . 18 , le 18 du courant ,
la 40e.
Livraison de l'Encyclopédie par ordre de matières,
Cette Livraifon eft compofée de Planches du
Tableau encyclopédique & méthodique des Règnes
de la Nature , par M. l'Abbé Bonnate rre ,
contenant la fin des figures des Oifeaux , & le
commencement des Quadrupedes. Du Tome III ,
1re . Partie , des Antiquités ; & du Tome I , 1re .
Partie , de la Chirurgie , par M. de la Roche &
M. Petit-Radel .
Le prix des 104 Planches de cette partie d'Hiftoire
Naturelle , 4 f. ci ....... à
Les dix feuilles de Difc. & la Broc.
Un demi-Volume de Difcours....
: Un , idem .......
Brochure des 2 demi-Volumes ...
En feuilles..
20 liv. 16 f.
I liv .
liv. 10 f.
3 liv.
2
I liv.
Total..... 31 liv. 6 f.
30 liv. 6 £.
Nota. Le prix des Volumes de Planches d'Hitoire
Naturelle eft le même en feuilles ou brochés .
Le port de chaque Livraiſon cft au compte des
Soufcripteurs.
TA BL E.
LMPROMPTU.
8 Charade, Enig. Lov.
Effai fur la Mendicité
$8 Variétés.
Les Preuves d'amour."
8
Réponse. 107
Jer . 135.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 23 OCTOBRE
1790.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROJE.
VERS
POUR mettre au bas du Portrait de M.
l'Abbé DE L'ÉPÉE.
D'un mortel plus qu'humain reſpire ici l'image
Il fit ouir les Sourds & parler les Muets ;
Admiré de fon Siècle , il vivra d'âge en âge ;
:
Nul n'eft muet ni fourd pour chanter ſes bienfaits .
( Par M. Audet , Maître-ès- Arts & de
Perfion à Picpus , ancien Profeffeur
de Belles Lettres , & Membre de
·
Académie de Châlons-fur-Marne. )
N° .43 . 2 ; Octobre 1790.
G
122 MERCURE
ÉPITRE SUR LA SATIRE.
A M. L'ABBÉ SICARD ( 1 ) .
Ou1 , docte Abbé , j'abjure la Satire :
Elle eut pour moi d'allez puiffans attraits ;
Mais excédé des maux qu'elle m'attire ,
Je vous remets ces pinceaux , dont les traits
Ont fi fouvent dégradé mes portraits.
Lorfqu'autrefais à Rome , ou dans la Grèce ,
Ces forcenés , nommés Gladiateurs
Las d'employer leur force & leur adreffe
A s'égorger pour plaire aux Spectateurs ,
Quittoient la lice & ceffoient d'être Acteurs ;
Ils dépofoient dans le Temple d'Alcide
Ces gantelets , ce poignard homicide
Dont ils s'armoient pour leurs jeux inhumains :
Tel , en quittant un métier plus funcſte
Que les combats de la lutte & du cefte
Illuftre ami , je jure entre vos mains
De fuir un Art que votre ame détefte
Et de forcer ma Mufe plus modefte
,
( Puifqu'après tout fes efforts feroient vains )
( 1 ) M. l'Abbé Sicard , Inftituteur des Sourds & Muets ,
à Patis , fucceffeur de M. l'Abbé de l'Epée , dont il a
perfectionné la méthode.
DE FRANCE. 123
A fupporter les défauts des humains.
Je n'irai plus , orgueilleux mifanthrope ,
Pour obferver des coeurs faux & pervers ,
Comme Boileau , m'armer d'un microſcope ,
Et m'aveuglant fur mes propres travers ,
Juftifier la beface d'Efope.
Je fens qu'un jufte & fage obfervateur
Ne fçauroit voir fans gémir ou fans rire ,
Des moeurs du temps le bizarre délire ;
Un Peuple vain criant avec fureur
Que des Traitans l'avide politique
A dévoré le prix de fa fueur ,
Et néanmoins étalant faus pudeur
Tous les excès du fafte Afiatique ;
Le célibat par-tout accrédité ,
Du chafte hymen brifant l'antique chaîne ,
Enervant l'homme & laiffant la beauté
Dans les lanquears d'une efpérance vaine
Entre l'opprobre & la virginité ;
Des Citoyens , par un lâche égoïfine,
Pleurant leurs fers à la face des Loix ,
Trop avilis pour entendre la voix
De la raifon & du patriotifme ;
Dans fes tombeaux cherchant le defpotifie
Pour en fouiller le Trône de nos Rois ,'
Et menaçant des débris de leurs chaînes
Les Dieux amis , protecteurs de nos droits ,
Les faintes moeurs & les loix fouvetaines ;
GY2
124
1 MERCURE
Du Dieu très- bon les Pontifes crucks ,
Fiers de nos dons , gras de notre fubſtance ,
Bravant nos maux à l'ombre des Antels ,
Et difputant aux vocux d'un Peuple iminenſe ›
L'injufte excès de leurs biens criminels ;
Des meurtriers prêchant les droits de l'homme ,
Et dans le fang plongeant tout un Royaume ;
La vieille Eglé , par de jeunes atours ,
Briguant en vain les regards adultères
Qui la fuivoient au printemps de fes jours
Et chez fa fille attirant les Amours
Pour les forcer d'être fes tributaires.
Mais fi ces traits viennent choquer mes yeux ,
Loin de m'en plaindre en vers plaifans ou graves,
Je me dirai : Pourquoi m'armer contre eux ,
Quand cent défauts , peut-être plus affreux ,
Vent aufi -tôt , iadociles efclaves ,
De ma raifon fecouer les entraves ?
764
Rot malheureux , quand mes Sujets ingrats
Bifent mon fceptre & bravent ma puitlance ,
Puis- je cfpérer d'enchaîner la licence .
De l'étrange qui ne me connoît pas ?
Suis-je affez grand pout blâmer la baſſeſſe
De ce Créfus ? affez dur aux travaux
Pour accufer ce Prélat de molleffe ?
Et quand .. qui vivoit de nos manx ,
Au bien publi s'oppofe en digne Prêtre ,
J'approuve fort qu'on démafqué le traître ;
Mais , difous vrai , moi qui le montre au doigts
Par mon civiſme en ai- je acquis le droit ?
DE 125 FRANCE.
Peut-on d'ailleurs , fur la foi de mes rimes ,
Voir les défauts & rougir de fes crimes ?
Des fcélérats qui bravent à la fois
L'oeil du Public , les remords & les Loix ,
Entendront-ils les cris de la Satire ?
Et tant de fots qui nous prêtent à rire ,
D'affronts en vain chaque jour furchargés ,
Par quelques vers feroient- ils corrigés ?
Nomentanus , poursuivi par Horace ,
Dans les excès montra-t- il moins d'audace ?
Le fou Ba rus devint il un Caton ?
Et Defpréaux , par fes rimes cruelles ,
Corrigea-t-il la Mufe de Pradon ?
Vit-il enfin les femmes plus fidelies ,
Cotin moins fot , & Rollet moins fripon ?
Tout délateur eft fufpe &t d'injuftice ;
Sans l'effrayer il prête une arme au vice.
J'aurois beau dire à la jeune Laïs ,
Que fon époux & dix amans trabis ,
Ont de les meurs dénoncé le fcanda ,
Qu'avec fon luxe elle-même l'étale ,
Et que tout l'art qui compofe fon teint ,
N'efface pas de fa beauté vérale
Les plaifirs vils que l'habitude y peint ;
J'aurois beau dire à ce Marchand avide :
Ton or ne croit qu'avec ton dého neur ;
En vain aux yeux du vulgaire ftupide ,
Pour colorer enfuccès trop rapide ,
G 3
126 MERCURE
Des Dieux amis tu vantes la faveur ,
Les Dieux ont vu tes fourbes criminelles ;
L'oeil du Public s'ouvre déjà fur elles ,
Et ne voit plus dans ton char , tes palais ,
Qu'un or infame & de riches forfaits.
Loin de pâlir de ma brufque éloquence ,
Le fol orgueil prend ainfi leur défenſe :
De tous les temps la fureur du jaloux
Couta des pleurs à la fimple innocence ;
La beauté chafle & l'heureufe opulence
Ne font jamais à l'abri de fes coups ;
Par tous ces traits que la haine nous lance ,
Elle nous read un hommage bien doux .
Et franchement , moi- même, je l'avoue
Depuis qu'on voit dans ce fiècle perdu
Tant de grimauds fe traînant dans la boue ,
Echouffer l'honneur & la vertu >
Loin d'avilir , la Satire décore .
Feut- on rougir d'exciter fes clameurs ,
Lorfque Necker , que tout grand coeur honore ,
L'ami du Peuple & des Loix & des moeurs ,
Se voit en proie aux plus vils détracteurs ?
L'Enfant du Pinde interdit à fa Mufe
L'Art avbi dont la baffeffe abule.
Il doit brifer un glaive audacieux ,
Qui s'eft fouillé du fang des demi - Dieux.
C'est aujourd'hui le crime , l'infamie ,
Qui des vertus prétend venger les droits ;
Z
DE FRANCE.´ 127
C'eſt le faux goût , irrité par l'envie ,
Qui d'Apollon o'e attaquer la voix.
...... fidèle à .. fon beau-frère ,
Infulte encore & la Harpe & Voltaire ;
Et maint Rimeur , au Parnaffe étranger ,
Nous a prouvé dans un beau commentaire ,
Que dans Zaïre il faut tout corriger ,
Mais le Public eft prompt à nous venger
Des cris affreux de l'injufte Zoïle :
Gilbert haï , fans fecours , fans afile ,
Vit fes lauriers fe flétrir fans retour ;
Et ..... dans plus d'un carrefour ,
Troublant les airs d'une plainte inutile ,
Afatisfait aux G ands Hommes du jour.
<
Hélas ! je fens que leur peine eft trop dure.
Le Médifant , inquiet & jaloux ,
Dans fon métier n'a t- il pas la torture ? .
Son coeur en proie aux plus triftes dégoûts ,
Punit affez fon abfurde courroux.
Et n'eft- ce pas le dernier des fupplices
Que d'épier fans ceffe autour de foi
Les paffions , les erreurs , les caprices ,
Tout ce qu'ont pu commettre d'injuſtices
Les coeurs pervers , les fcélérats (ans foi ,
Sans repofer un feul inftant ſon ame
Sur le tableau de l'heureuſe vertu ,
Sur ce mortel qu'aucun vice n'enflamme ,
Qui tend la main au mérite abattu ,
G4
128 MERCURE
Inftruit fes fils , eft l'amant de fa femme ,
De l'amitié fent le charme ingénu ,
Et fatisfait d'un ſage revenu ,
Qui ne doit rien à l'avarice infame ,
Dans un repos au Zoïle inconnu ,
De fes longs jours voit embellir la trame ?
Je fuis honteux d'avoir vu tant d'appas
Dans un travail & fi trifte & fi bas,
Ami des Arts , Diſciple d'Uranie ,
Loin d'admirer ces beaux fruits du génie
Dont not.e fiècle embellit fon déclin ;
Loin de bénir la Muſe enchantereffe ,
Qui , de fon myrte , a couronné Bertin ,
Et les beaux vers où du cygne Lat'n
Delille a pris la grace & la richeffe ,
Et mérité fon glorieux deftin :
Ai-je donc pu confumer mon jeune âge
A rechercher tant d'infectes Auteurs ,
Cbfcurément bourdonnant des fadeurs ,
Et leur ôter leur unique avantage
D'avoir vécu fans trouver des Lecteurs ?
Mais vos confeils ont épuré mes rimes .
Aux longs remords abandonnons les crimes ;
Laiffons le fot dans la honte & l'exil :
Quoiqu'après tout il n'eft rien de fi vil
Qui n'ait des traits dignes d'obtenir grace ;
Certain Monarque étoit hideux en face ,
Son Feintre adroit le peignit de profil .
DE FRANCE. £29
Voyez Zélis dans la fille qu'elle aime ,
Admirer tout jufques à fa laideur.
On rit par- tout de la courte groffeur ;
Mais en perit , c'eft Vénus elle- même.
Ses yeux éteints font remplis de douceur.
Un de fes pieds va clochant .... grand malheur !
Eft - ce un défaut s'il lui fied à merveille ?
Sa bouche elt grande , il eſt vrai, mais vermeille,
Et de fes dents fait mieux voir la blancheur………….
Ainfi Zélis jouit de fon crreur.
Avec fon prime examinoes chaque homme ;
Ils prendront tous l'air le plus féduifant.
D'Orbe eft avare , appelons -le économe .
L'ami Beffroi , fade & mauvais plaifant ,
Peut certains jours pafler pour amufant.
Orgon eft dur & brutal ; c'elt franchife .
En bonhomie érigeons la bêtife :
Les fous font gais , l'efprit lound a du poids.
Tout s'enlaidit , ou s'orne à votre choix.
Quelle fureur , quand vos yeux , fans obftacles , -
Peavent errer für les plus beaux fetaries ,
Vous fait chercher tant d'objets odieur?
Un beau roner , favorifé des Cieux ,
M'offre l'éclat de fes fleurs purpurines s
Sur leurs attraits dois -je fermer les yeux ,
Et me bleffer en comptant leurs épines ?
Ah ! déformais plus fage, dans mes goûts ,
Illuftre Abbé , vous ferez mon exemple.
GS
130 MERCURE
Loin des méchans , des fots & des jaloux ,
D'heureux amis entouré près de vous ,
C'eft le beau feul qu'il faut que je contemple :
De vos vertus j'admirerai l'accord;
Je chanterai la merveille inouie ,
Qui , de nos coeurs excitant le tranſport ,
Aux malheureux dégradés par le fort ,
Tait retrouver la parole & l'ouie ;
Et d'un néant plus affreux que la mort ,
Les fait paffer aux douceurs de la vie.
Dieux quel fuccès pour votre Art créateur
D'ouvrir leur ame aujour de la penſée ,
Aux fentimens qui font notre bonheur ;
De voir leur main , interprète du coeur ,
Tracer aux yeux d'une mère empreffée
Les noms chéris & de frère & de foeur ;
Et leur raifon , fi long-temps éclipfée ,
Aves leur foi , juſqu'au ciel élancée ,
Du genre humain reconnoître l'Auteur !
A ces objets faifi d'un faint délire ,
En vers pompeux j'oferai les décrire ,
It le plaifir d'exercer mon pince
A reproduire un riche tableau ,
Me fauverandu malheur de médire .
(Par M. F... )
DE FRANCE.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent .
LE mot de la Charade eft Fardeau ; celtfl
de l'Enigme eft Duel ; celui du Logogriphe
eft Grue, où l'on trouve Rue.
CHARA D E.
VOLONTIERS à l'entier ,
Je pincerois le premier ,
Quand il mange le dernier .
( Par M. Drouinfils , âgé de 12 ans. 】
ENIG ME.
JE fuis un aftenfile
Au foyer fort utile
Voyez ma fingularité !
Mon chef cft plat , & mes deux jambes minces
Vont de mon chef à mon extrémnité.
Mon ufage eft connu dans toutes les Provinces.
Je fuis fans corps , je fuis fans bras ,
Je fuis fans coeur , je fuis fans ame :
Mais j'ai deux pieds & je ne marche pas ;
Je fuis dure & crains peu la flamme .
Peut-être en te chauffant m'as- tu devant les
J'en dis affez , Lecteur , devine fi tu peux.
yeur:
( Par M. Cauville, Curé de St-Maixmą. )
132 MERCURE
Daruss
LOGO GRIPHE.
EN France , un long & funefte ſommeil
Faifoit prefque oublier mon être .
Je refpire ; & bientôt l'éclat de mon réveil
A l'Univers enfin apprend à me connoître .
Dans mes fix pieds , tú trouveras , Lecteur ,
Bes amours de Jupin une triſte victime ;
Et l'infecte cruel , qui , furveillant le crime ,
De Junon ſur la Belle exerça la fureur .
La Fable auffi rappelle une infenfée ,
Qui fe croyoit lionne , & tua fes enfans.
Combien d'une autre folle & d'amour obfédée ,
La tendre Dugazon rend les accès touchans !
Cherche dans la Sainte Ecriture
Celui que juftement a puni l'Eternel ,
Pour le péché vraiment mortel ,
Dont le Docteur Tiffot fait frémir la Nature.
Devine encor le fils d'un animal mutin ;
Puis deux pronoms , mafculin , féminin ;
Puis le mot qu'à quinze ans , fille prudente & faga
Ne dit jamais quand on offre un mari ;
Ce qui , fi tu connois l'harmonique langage ,
Te met en D -la ré , E-fol -ut , E-fi-mi.
Pour me nommer que veux-tu davantage ?
J'ai reçu tes fermens, maintiens bien mon ouvrage.
(Par M. d'Urmont fils. )
DE FRANCE. 133
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DISCOURS fur l'amour de la Patrie
prononcé le 25 Août dernier , jour de S.,
Louis , en préfence de l'Académie Françoife
; par M. l'Abbé VIGNER AS ,
Docteur de Sorbonne , à la Communauté
de St- Sulpice. A Paris , chez Crapart ,
Impr-Libr. , place St - Michel.
"
"
LIBRE de fubftituer un fujet de morale
au Panégyrique de S. Louis , l'Orateur ne
pouvoit faire un choix plus heureux , & il
eût été difficile , dans les circonftances actuelles
, de traiter plus fagement un fujet
auffi delicat. Le plan nous a paru auili fimple
que naturel , & bien rempli : » Nous
» devons anner , nous devons fervir notre-
» Patrie « ( a dit l'Orateur ) . Mais avant
de développer fes preuves , il a renda au
Saint Roi , dont on célébroir la fête , le
jufte hommage qu'il lui devoir , en fe difpenfant
de prononcer fon éloge. » L'amour
de la Patrie a des autels dans l'ame des
bons Citoyens , il les couvre d'une lu-
» mière céleite , rejaillis fur leur coeur , y
» fait naître les fentimens les plus nobles,
22
90
22
20
434 "MERCURE
"
·
» il fe communique des générations préfentes
aux générations futures avec la
rapidité de l'éclair , &c ..... C'eft fur-
» tout dans l'ame de S. Louis qu'il réfide
comme dans fon Temple ; fes difcours
» fes vertus , fes Loix , les plus beaux
» Etabliffemens de fon règne , tout nous
» annonce que le premier de fes fentimens
» étoit l'amour de la Patrie. Dieu de nos
pères ( poursuit l'Orateur ) , vous dont
l'oeil tutélaire veille fur cette Monarchie ,
» ne fouffrez pas que les colonnes qui la
» foutiennent foient ébranlées , raffermif-
» fez - les par le faint amour de la Patrie.
""
39
"
"
Si les ames font dégradées , jetez- y les
femences de ce fentiment divin que
» les vertus de S. Louis fleuriffent tous les
jours autour du Trône de nos Rois ;
qu'ils n'eftiment comme lui que la vertu,
» ne cherchent que la juftice , & n'aiment
" que la vérité ! Que la Religion de l'Evangile
devienne la politique de l'Etat.
» Ah ! fi nos voeux font accomplis , en
» célébrant la Fête du meilleur & du plus
fage des Rois , nous célébrons la Fête
du Patriotifme François ".
99
M. l'A. V ……………. ne pouvoit allier plus
heureuſement l'éloge du Saint Roi à fon
fajet principal , & l'invocation qui termine
fon exorde , ne pouvoit être ni plus touchante
ni plus noble.
Dans la Ire. Partie , l'Orateur prouve
avec une éloquence rapide , que la Nature,
DE FRANCE. 136
...
notre intérêt , & la Religion nous commandent
l'amour de la Patrie. Plein de la
lecture des Anciens , des Pères de l'Eglife
& des grands Ecrivains du dernier fiècle ,
M. l'A .. V .... peint à grands traits tous
fes tableaux ; & s'il lui échappe quelque
négligence , il répare des taches légères
par de grandes beautés. Qui ne feroit pas
attendri jufqu'aux larmes en lifant fa paraphrafe
du Pfeaume Super flumina Babylonis
! Si le Prophète n'eût été fon modèle ,
M. l'A……. V …………. auroit eu le mérite de
le créer , tant il eft pénétré du fentiment
qu'il exprime .... Plus loin , il cite avec
avantage un paffage du fayant Caffiodore ,
pour prouver , par l'exemple des animaux
eux- mêmes , que l'amour de la Patrie eft
inné chez tous les êtres fenfibles .... » Et
» les hommes s'éloigneroient du lieu qui
» les vit naître , pour courir après un bonheur
chimérique dans des climats loin-
» tains ! ... Ah ! s'il en exifte de nos jours
» qui cherchent un afile chez des Nations
hofpitalières , c'eft que la misère accable
» les uns , fufpend le mouvement de leurs
» bras induftrieux ; c'eft que les autres ont
cru fans fondement que le feu de la dif-
» corde alloit embrafer nos cités ; qu'elles
leur préfenteroient le fpectacle de cet
arbriffeau dont parle le Prophète , qui
» languit triftement , parce que la mort eft
» dans fa racine , &c.... Qu'ils entendent
la voix de cette Patrie qui les appelle ;
"2
"
و ر
"
属
136 MERCURE
و ر
""
"2
و د
20
30
votre
François , où portez vous vos pas ? n'êtes-
» vous donc plus Citoyens ? vos femmes ,
» vos enfans , vos amis , toutes les chofes
divines & humaines ne vous touchentelles
donc plas ? auriez vous étouffé tous
les fentimens de la Nature ? Cependant
» que n'ai -je point fait pour vous
» entrée dans le monde ? Ne vous ai je
» point reçus dans mes bras , réchauffés
» dans mon fein , nourris de mon lait ? Ne
fuis-je point pour vous la plus refpectable
, la plus ancienne des mères ? Est- il
rien qui doive vous être plus cher que
moi , puifque je fuis le centre de vos
plaifirs les plus purs & de vos affections
les plus tendres ? N'aimericz vous
done plus cette Terre qui vous a vu
naître , que vous avez habitée , & que
» tous les bons Citoyens révèrent ? Ce font
» les mains bienfaifantes de vos pères qui
l'ont défrichée : leurs pénibles travaux
» ont jeté les fondemens de vos villes
» élevé ces remparts , ces monumens qui
les embelliffent. N'eft ce point dans
" mon fein que repofent leurs cendres
" comme celles des Patriarches ? Refufe-
» riez - vous de mêler vos cendres avec les
» leurs ? ...
"}
33
35
23
39
<<
Après avoir prouvé que nous devons
aimer la Patrie à caufe des biens qu'elle
nais procure , l'Orateur infifte avec chaleur
fur l'usion qui doit régner entre des
Concitoyens. C'eft ( dit il ) par l'union
12
DE FRANCE. 137
"
"
"
30
que le Ciroyen jonit de la paix . Le
frère , aidé de fon frère , eft ( dit le Sage )
» comme une ville forte : par cette réu-
» nion , le pauvre eft à couvert des infultes
du riche , & le riche jouit tranquillement
de fa fortune . C'eft au Chef
quene doit aboutir toute la force publique ;
» il eſt le centre de toutes les opérations
politiques , comme le foleil l'eſt de tout
» le fyftême de la Nature .... Confidérez
» une armée commandée par un habile
» Général , les foldats n'ont tous enfem-
» ble qu'un regard , qu'un mouvement ;
» au premier fignal le fer étincelle , mille
לכ
"
feux partent d'un rempart vivant ; l'on
» diroit , à l'accord qui règne entre eux ,
» que ce n'eft qu'un feul homme , qu'une
» arme , qu'un feu , &c. «
Il faut lire en entier tout ce que l'Orateur
attribue de force & d'énergie à l'amour
de la Patrie , infpiré par une Religion
éclairée ; ce feroit en affoiblir le mérite
que de l'analyfer.
Dans la II . Partie , auffi riche & auffi -
variée dans fes tableaux que la précédente ,
l'Orateur démontre jufqu'à la conviction
que tout Citoyen deit à la Patrie fes talens ,
fes vertus & fes facrifices.
Nous regrettons de ne pouvoir citer de
cette II . Partie que la péroraifon & la touchante
prière qui la terminent . » Réuniffons
toutes nos forces pour travailler de
» concert à la profpérité publique que
»
138 MERCURE
J
ود
99
>>
d'anciennes plaies n'avons - nous point à
guérir que de flammes à éteindre !
Que tout cède à l'amour de la Patrie ;
» nous ne cefferons de faire des veux
» pour elle ; tranfmettons à nos derniers
neveux ce bonheur & cette liberté fage
que de nouvelles Loix nous font efpérer
; que le Peuple François foit toujours
» le modèle des bons Peuples ; qu'il de-,
» vienne l'afile des malheureux ; que la
paix , ce premier défir d'une ame hon-
» nête , qu'une douce joie règnent dans fes
"
و د
murs & dans le coeur de tous les Ci-
" toyens ! Tous les évènemens de ce fiècle .
ne ne fépareront jamais de mes Concitoyens
; leur caufe fera la mienne ;
» s'ils font heureux , je partagerai leur
33
bonheur , s'ils font dans la difgrace , mes
» larmes fe mêleront avec les leurs. Ne
" nous féparcns jamais les uns des autres ;
» nous étions amis avant tous les troubles
qui nous ont agités , & nous le fommes
" encore. Je ne connois dans nos murs
qu'un ennemi , c'eft le méchant ; mais
n'évitons point fa préfence , tâchons de
le ramener à fon devoir ; ce n'eft pas
par la force qu'il eft à craindre , mais
» par la rufe & la féduction . Que nos
» maifons deviennent le fanctuaire de la
paix & de la vertu. O divine Provi-
» dence ! nous nous jetons avec confiance
» dans vos bras ; protégez - nous , défendez-
nous , fauvez- nous «< !
ور
"
DE FRANCE. 139
VARIÉTÉ S.
FIN du Précis fur l'Académie Françoife.
DE tout temps l'exiftence des Académies a
dû importuner , non pas feulement ceux qui fe
croyoient faits pour y prétendre , & qui n'y
parvenoient pas , mais même ceux qui , étrangers
par état à cette espèce de prétention ,
étoient fufceptibles de cette petite jalousie , trop
commune & trop naturelle à l'efprit humain ,
& qui fait que l'on eft fecrètement offenfé de
toute . diftinct on qu'on n'a pas . Tant de gens
font portés à fe dire tout bas , & de manière
à ne pas l'entendre eux-mêmes : Pourquoi des
Académies , puifque je n'en fuis pas ? Voilà
Phome ; on ne fçauroit en douter . Doit- on être
furpris qu'à l'époque d'une nouvelle Conftitution
, certaines gens fe foient hâtés de crier
qu'il n'y avoit rien de plus contraire à la liberté
qu'une Compagnie de quarante Académiciens ,
regardés comme gens d'efprit en titre d'office ?
Vainement avoit on la refource de dire avec
Piron , que ces quarante avoient de l'esprit comme
quatre , l'Académie n'en eft pas moins , nous
dit - on aujourd'hui , un refte d'aristocratie . Cela
eft profond. C'eft une terrible aristocratie que
celle de s'affembler pour faire un Dictionnaire ,
& de donner tous les ans des Prix de profe &
de vers , dont chacun eft le maître de fe moquer
, fur-tout ceux qui n'ont pas pu les remporter
! Je voudrois bien qu'on me dît quels
140
MERCURE
au
font les priviléges, ariftocratiques de l'Académie ,
quelle efpèce de pouvoir elle exer.c. Eft- ce fur
Popinion ? Quelqu'un fe croit- il obligé d'eftimer
davantage un homme , parce qu'il eft Académicien
? Eft- ce une raifon pour que l'on croie fes
ouvrages meilleurs , ou fes jugemens plus sûrs ?
Mais perfonne n'ignore que c'en eft une ,
contraire , pour apprécier les uns avec plus de
févérité , & pour être armé d'avance contre les
autres. Tout tribunal qui juge appelle fur foi la
rigucur & fouvent même l'injustice du jugement
public , fur-tout un tribunal en matière d'efprit
& de goût. Que de gens intérefiés à fe joindre
d'abord à ceux qui n'y ont pas gagné leur procès
! N'eft - il pas prouvé par l'expérience qu'il
faut avoir trois fois raifon pour l'avcir en méme
temps aux yeux de l'Académie & du Public ?
Celui -ci n'eft-il pas merveilleufement difpofé'à
trouver bons tous les moyens d'appel & n'eftce
pas fur-tout dans ce genre que le temps feul
fait juftice définitivement ?
Il n'y avoit pas quinze jours que la Révolution
étoit faite , & l'on crioit déjà dans les rues
la fuppreffion de toutes les Académies . Il falloit
que l'Auteur de cette Feuille , qui faifoit ainfi
proclamer fes Décrets anonymes à 2 fous , fut un
fin poliique , pour ne pas voir dans un pareil
moment d'objet plus preffant pour l'intérêt public
, ni de plus grand danger pour la liberté.
Peut - être fon nom nous auroit- il révélé fur le
champ tout le mystère de fa politique , en nous
apprenant combien de fois il avoit concouru en
profe & en vers , & concouru fans fuccès ; mais
il a jugé à propos de nous le cacher ,
J'ai confervé fa Feuille , que j'achetai bonnement
, fur la foi du cricur , comme un Décret
de l'Aflemblée Nationale , ne m'imaginant pas
DE FRANCE. 141
encore que chacun s'avisât de faire proclamer
dans les rues fes fantaifies du matin comme des
actes authentiques , dont le Public ne pouvoit
être inftruit trop tôt ; mais depuis que j'ai entendu
crier journellement les trahifons , les attentats
, les confpirations de Citoyens appelés par
leur nom , & même de Membres de l'Affemblée
Législative , je me fuis accoutumé à cette police
patriotique. Il eft vrai que c'est un moyen de
faire mettre en pièces l'homme du monde le plus
innocent , avant qu'il fache feulement de quoi
it eft queftion ; mais apparemment que je ne me
doute pas de ce que c'eft que la liberté , puifqu'il
y a de grands Patriotes qui prétendent qu'il n'y
a plus de liberté , fi la diffamation à cri public ,
qui eft par elle-même une punition légale , n'appartient
pas au premier venu , & que la preffe
n'eft pas libre , s'il n'eft pas permis à qui voudra
de crier dans les rues : Citoyens , pendez-moi ces
..... le. Il fe pourroit cependant que l'Aflem-
.-là.
blée Nationale n'adoptât pas ces grands principes
, & qu'elle ne faisît pas bien la connexion
de deux chofes fi différentes ; mais alors elle
fera sûrement déclarée anti - Nationale & " anti-
Patriotique , d'autant plus que fi les Colporteurs
ne pouvoient proclamer que les actes de la puiffance
publique , il y en auroit moins , & ils
gagneroicnt moins ; & n'eft- ce pas - là un motif
tout puiffant en matière de légiflation ?
Je fais qu'il y a un peu moins de danger à
crier dans les carrefours la fuppreffion des Académies
; mais enfin , du petit au grand , je me
fuis trouvé tout naturellement conduit à cette
légère digreffion fur la proclamation publique ,
dont il adviendra ce qui plaira à Dieu .
» L'Affemblée Nationale a décrété la fuppreffion
des Chanoines : les Académiciens font les
142 MERCURE
» Chanoines des Sciences , de la Littérature &
» des Arts
En ce cas , il n'y a pas de Chanoines plus mal
payés que les Académiciens François ; ils ne font
nullement rentés , & leurs droits de préfence , &
le travail du Dictionnaire ( qui en eft un comme
un autre , & même parfois un peu ennuyeux ),
ne leur valent , avec la plus grande affiduité ,
qu'environ 120 liv. , encore parce qu'un tiers
de l'Académie fait la b.fogne des abfens . Si tous
y concourcient , les jet ns ( cet objet fi important
de reproche ; de fcandale & d'envie ) ne
vaudroient pas 400 liv. C'eft être un Aristocrate.
littéraire à bon marché .
Un Académicien mange dans fon fauteuil
» de velours , & à lui fcul , la nourriture de 40
ménages de campagnes « .
Je n'ai rien à dire du fauteuil de velours , qui
parcit donner bien de l'humeur à l'Anonyme ,
j'avoue qu'une chaife de paille feroit moins arif-.
tocratique. Mais enfin ce n'eft pas un crime de,
ion d'être aflis à l'Académie aufli commcdément
qu'on le feroit chez foi ; & c'eſt le
Garde- Meuble qui nous en fournit les moyens.
A l'égard des 40 ménages de campagnes , je:
crois qu'ils feroient bien mal nourris
avec les
1200 liv . d'un Académicien. J'avoue encore qu'il
y en a tel qui mange en effet beaucoup plus qe
la nourriture de 40 ménages ; mais ce n'eft ps
dans fon faurul hi du prodait de ce fauteuil.
» Plus d'Académiciens rentés tant qu'il y aura
» des travailleurs à falarier , des pauvres a nourrir
, des créanciers à fatisfaire «..
و د
Il y aura toujours dans un grand Etat des
travailleurs à falarier, des pauvres à nourrir &.
DE FRANCE.
143
!
des créanciers à fatisfaire ; mais je ne conçois
pas bien comment ce feroit une raifon pour qu'un
Etat qui peut , avec le plus grand ordre , avoir
cinq cent millions de revenu , fans fouler les
Peuples , ne dépenferoit pas cent mille écus pour
la récompenfe , le falaire & l'encouragement des
Arts & des talens . Il a été démontré par les
Comptes rendus , que le traitement de toutes les
Académies , de tous les Gens de Lettres , & de
tous les Artiftes de la France n'alloit pas à cette
fomme. On peut fuppofer à toute force que les
campagnes peuvent fleu ir , malgré cette dépense
énorme , & que ce ne font pas les jetons de
l'Académie Françoife & les penfions des Académics
des Sciences & des Infcriptions qui ont
jamais ruiné les cultivatears .
ל כ
Quel renversement de toutes les convenan-
» ces ! payer le talent avec des écus ! l'honneur
» feu ! eft la monnoie courante du génie cc.
Oh oui , fans doute ; mais avec cette monnoie
qui n'eft pas courante au marché , le génie
& le talent peuvent mourir de faim ; & faut-il
abfolument , pour que les campagnes profpèrent ,
que le gén e & le talent meu ent de faim ? Corneille
& La Fontaine n'auroient pas eu de bouillon
dans leur dernière maladie ( quoiqu'ils fullent
de l'Académie ) , fi Louis XIV ne leur eú : envoyé
40 louis. C'étoit peut - être la taille d'un
village ; mais eft-il für que ce village même eût
trouvé la taille maal employée , fi on lui eût fait
comprendre & cela fe pouvoit à quoi étoient
bons des hommes tels que Corneille & La Fontaine ?
Les payfans prennent bien fur leur néceffaire pour
payer le Ménétrier qui les fait danfer , & le
maitre d'école qui leur apprend à lire. Croit-on
qu'ils ne compriffent pas qu'il falloit payer auffi
les grands Ménétriers & les grands Maîtres d'école
144
MERCURE
de toute une Nation ? L'Anonyme veut abfolument
que ceux - là dînent de louanges & d'honneur.
L'Anonyme eft un peu dur .
50
לכ
сс
Trop d'embonpoint amaigrit le génie . La
plupart des chef-d'oeuvres fortent du grenier «e
C'eft un vieux proverbe , qu'il faut nourrir
les Artiftes & qu'il ne faut pas les engraiffer :
alendi non faginandi. Mais c'eft auffi une vicille
vérité , depuis les vers connus de Juvenal :
Quorum conatibus obftar
Res angufta domi.
-
-
que l'indigence eft un obftacle au talent. L'obſtacle
peut être un aiguillon ; oui , quand il eſt
de nature à faire aller & non pas à faire tomber.
On citeroit facilement des exemples de la pauvreté
qui a nui au talent ; qu'on en cite de l'aifance
ou même de la richeffe qui les ont amaigris.
Racine & Boileau étoient à leur aife. Voltaire
, Buffon , Montefquieu étoient riches. Ce
n'étoient pas de maigres génies , malgré l'embonpoint
de leur fortune. La plupart des chef-d'oeuvres
fortent du grenier. Les chef d'oeuvres des
hommes que je viens de nommer n'en fortoient
pas , & en valent bien d'autres. Honneur & refpect
au grenier , fans contredit , s'il loge le talent
honnête , comme il eft arrivé trop fouvent ; mais
où eft le mal de l'en titer pour lui donner une
bonne chambre bien cloſe Je ne fais ; mais
cette phrafe du grenier pent contenir ou beaucoup
d'humeur , ou beaucoup de prétention . Pourquoi
donc vouloir abfolument qu'on n'ait de mérite
que dans un grenier ? Si par hafard l'Anonyme y
eft logé , n'eft - il pas un peu vain ? S'il habite
feulement une chambre de cent écus , n'eft - il
pas bien medefte ?
» Qu'on
DE FRANCE. 145
Qu'on cite un grand homme dans les Scien-
» ces , la Littérature & le Arts , dû aux Académies
, né dans le fein des Académies «<.
C'eft dommage que cette phraſe foit abſolument
dénuée de fens . Je ne conçois pas comment un grand
homme pourroit nitre dans une A -adémie : on
n'y arrive guère que tout formé. Une Académie
ne fait pas naître les talens ; elle les honore ,
les encourage , les récompenfe ; & qui fait au
jufte ce qu'a pu donner de reffort au talent , l'ambition
d'être diftingué & choifi par fes pairs On
ne peut rien affirmer là- deflus ; mais il feroit encore
plus difficile de nier. Ce qui eft für , c'eft
que le déûr de remporter les Prix de l'Académie
a été la première impulfion de Thomas ( pour
ne citer qu'un exemple ) , & que cette émulation
a été pendant long-temps la feule qui l'animâr;
& Thomas étoit - il fans talent ?
» Mais pour citer les talens que les Académies
» ont fait avorter on ne feroit embarraſſé >
» du nombre «<.
que
Quant à moi , ce qui m'embarrafferoit , ce feroit
de comprendre comment une Académie peut faire
avorter un talent , & j'avoue encore mon ignorance
fur ce point : je n'en connois point d'exemple
, & n'en ai pas l'idée.
L'Anonyme fe donne la peine de nous apprendre
que Montagne , Shakeſpear , Offian & Defcartes
exiſtoient avant les Académies , ce qui eſt
vraiment une grande découverte , & ce qui prosve
invinciblement que les Académies ne font bonnes
à rien.
Il reproche à l'Académie Françoiſe , d'avoir
fermé les portes à Gilbert , le Poete de notre âge
qui approcha le plus de Juvenal & de Boileau.
Gilbert avoit du talent pour la verſification
c'eſt- à- dire , qu'il a fait quelques morceaux qui
No. 43. 23 Octobre 1790%
H
>
146 . MERCURE
en prouvoient ; mais dans cette partie même , il
étoit extrêmement inégal ; fes fatires font pleinesde
fautes choquantes ; & de plus , pour approcher
de Boileau , il faudroit avoir un grand fond
de raifon , d'efprit & de goût , un excellent ton
de plaifanterie, & avoir fait quelque chofe qui approchat
de fes belles Epîtres , de fon Art poétique
& de fon Lutrin ; je ne connois rien de Gilbert
dans ce genre. Je n'ajouterai pas que Boileau rendit
juftice à tous les Ecrivains de fon temps , & fut
le fléau des mauvais ; & que Gilbert au contraire
fut le détracteur großlier & virulent de tout mérite
reconnu , à commencer par Voltaire , qu'il
méprifoit fouverainement , & qu'il fut le plus ridicule
panégyrifte des plus pitoyables Auteurs.
Ce ne feroit pas une raifon pour l'Anonyme ;
car il me dircit que Gilbert a dit beaucoup de
mal de l'Académie , & la charité couvre la multitude
des péchés.
" Quel Ouvrage de génie eft- il ( 1 ) forti du
mit eu des quarante affemblés « ?
Je ne conçois pas davantage comment quarante
peitennes feroient un Ouvrage de génie. Le génie
eft feul & ne travaille pas en commun.
Il n'a pas tenu aux Académies , que le Cid
» & la Jérufalem délivrée foient ( 2 ) deux mau-
» vais Ouvrages «s .
Cela eft vrai de l'Académie de la Crufca , qui
fut très-injufte envers le Taffe cela eft faux &
très-faux de l'Académic Françoife , qui , malgré
Richelieu , cut le courage de reconnoître le grand
mérite du Cid ; quoiqu'en plufieurs endroits de
fa critique , elle fe foit trompée.
( 1 ) Cet il est de trop. Mais on ne peut pas exiger
d'un homme qui a tant de mépris pour l'Académie Fian .
geife , qu'il s'abaiffe à parler François.
(2 ) Il faut ne fuffent. C'eft encore une bagatelle,
DE FRANCE. 147
Les Académies ont été trop long -temps les
Lanternes fourdes des Tyrans ".
Il m'eft impoffible de deviner ce que cela veut
dire ; mais je prouverois fans peine , s'il en étoit
befoin , que , pendant les vingt dernières années
du règne de Louis XV , l'Académie Françoiſe ne
laiffa pas d'être à fa manière une lanterné pour
la Nation ( car je ne veux pas m'écarter de la
noble figure dont fe fert l'Anonyme ) ; & ce qui
le démontroit , c'eſt la mauvaiſe humeur que 'cette
lanterne donnoit au Miinftère & à la Cour , &
l'envie qu'on avoit de l'éteindre .
» Toutes les fottifes de la trop longue vieil-
» leffe de Louis XIV , nous les devons aux baffes
>> adulations des Académies &..
د
C'eft beaucoup ; je ne croyois pas que l'Académie
Françoife ni aucune autre cút été caufe
de' tout le mal qu'ont fait , & la dévotion ignorante
& pufillanime de Louis XIV , & fon
orgueil mal - entendu qui lui fir ambitionner le
titre de deftructeur de l'hé éfie , & fa foiblefle
pour Madame de Maintenon qui lui fit cheifir de
mauvais Généraux & de mauvais Miniftres , &
fa fecrète averfiów pour le mérite qui lui fit éloigner
les bons , & fa foumiffion aux- Féfuites qui
fe rendit le perfécuteur des Janféciftes , & l'adroit
afcendant de Louvois qui , pour être de quelque
chofe dans la révocation de 1Eit de Nantes &
la faire rentrer dans for minifère , imagina les
dragonades , &c. &c. Voilà ce qu'apprend l'Hif
toire à tous ceux qui l'ont étudiée ; mais l'Anonyme
, bien plus clairvoyant , trouve tout cela
dans les complimens académiques , comme fans
doute il trouve aufli l'invafion de la Hollande
dans les Prologues de Quinaut. Je m'étonne que
d'après ces notions toutes neuves ,
il n'ait pas
pris le ton d'un de nos Journaliſtes , qui dernièrement
parla de l'Académie Françoife précife
H 2
145 MERCURE ·
ment avec la même horreur qu'on auroit pour
l'Inquifition . Voilà ce qui s'appelle avoir la mefure
des chofes.
.
» Des Académies Royales ! cela fent l'esclave «.
les Je ne crois pas qu'il foit néceffaire qu'aucune
Académie foit Royale , pas même celle de l'Opéra
; mais je n'aurois pas cru non plus que
Anglois fuffent efclaves , pour avoir une Société
Royale. Il eft vrai que depuis quelque temps on
a découvert qu'ils n'étoient pas libres.
Un Aumônier de Régiment exhortoit à la mort
un Grenadier qui fe mouroit , & il lui parloit de
F'autre Monde comme s'il l'avoit vu . Mon père ,
lui dit le Soldat, vous me paroiffez bien für de
votre fait fur toutes ces chofes - ia. Pour moi
dans un moment, j'en faurai plus que vous. Mais
je connois un Caporal de mes amis qui m'a dit
plus de cent fois , qu'il donneroit bien un petit écu
de fa poche pour favoir au jufte tout ce dont
Vous venez de me parler.
Je ne fuis pas fur notre exiftence future en ce
Monde , comme le Grenadier fur notre destinée
dans l'autre, je me crois fort loin du moment
de favoir tout ; mais je fuis un peu comme le
Caporal , & je donnerois volontiers un petit écu
de ma poche , & peut-être un peu plus , pour être
für que dans dix ans nous ferons auffi libres que
les Anglois , c'eft- à - dire , auffi foumis à la loi.
J'ai encore la fimplicité de ne . pas connoître
d'autre liberté..
Voilà encore une digreffion ; mais qu'importe
? eft-ce qu'il faut toujours parler d'Académies ?
Si l'on en croit l'Anonyme , bientôt on n'en parlera
lus ; car il conclut comme il a commencé
plus d'Académies .
Tout comme il lui plaira : pour ce qui me regarde
, je n'y tiens pas autrement. Mais pourtant,
après avoir plaifanté avec le deftructeur Ano
DE FRANCE. 149
nyme , parlons un moment raifon , puifque ce
n'eft plus à lui que nous parlons.
J'affurerai d'abord les raifonncurs profonds
qui fe font apperçus que les Académies n'étoient
pas d'une néceffité abfolue , que je penfe comme
eux , qu'elles ne font pas tout- à- fait a fì néceffaires
qu'une bonne légiflation , une bonne organifation
militaire , un bon fyftême d'imp fition
&c. Mais je demanderai à ceux qui réfléchiffent , f
dans un Etat , & fur- tout dans un grand Etat ,
c'est un bon principe de politique de n'admettie
que ce qui eft ftrictement néceffaire ? En ce cas ,
vivons comme les Spartiates ; rien n'eft plus ailé ,
& plus praticable , comme on fait ; & faifons vite
de belles loix fomptuaires. Mais fi l'on doute
que nous foyens fufceptibles de ce genre de
perfection
morale & politique , fi l'on admet qu'un
certainfuperflut eft devenu chofe très - néceffaire , les
Académies font , ce me femble , une espèce de fuperflu
qui peut paffer comme un autre , attenda
qu'il n'y en a pas qui coure moins . L'Académie
Françoile coure au Gouvernement , tous frais
faits , près de 25,000 livres , y compris le bois &
la chandelle c'eft marché donné. Je ne crois pas
en confcience qu'en puifle avoir une Académie inmortelle&
un Dictionnaire éternel à meilleur compte.
Nous avons vu , dans le bon temps , des Financiers
à qui leur mfique revenoit plus cher , & l'on en
cite un quidifoit à fon Jardinier qu'on avoit bien des
marguerites pour dix mille écus. On dira que les
temps font un peu changés , il eft vrai mais
auffi les fleurs de rhétorique valent peut- être un
peu mieux que les marguerites d'un parterre .
:
L'Académie des Sciences coute deux fois davantage
; mais heureufement c'eft la feule en qui
Pon veuille bien reconnoître quelque utilité directe
, quoique l'Anonyme pût nous dire qu'elle
n'a *pas inventé une machine , comme l'Académie
H 3
150
MERCURE
à
Françoife n'a point fait d'ouvrage de génie . Somme
toute , on ne fe plaint pas trop de l'Académie des
Sciences ; c'eft pour le gros du Public une espèce
de monde à part , peu près comme la lune ;
on n'eft guère plus inftruit de ce qui s'y page ,
& il n'y a pas moyen d'être jaloux. Qui eft ce
qui ne fe croit pas à peu près autant d'efprit que
d'Alembert ? Mais il feroit plus difficile de fe
croire Géomètre comme M. l'Abbé Boffet , ou
Naturaliſte comme M. Definarets , ou Chimifte
comme M. de Fourcroy . Paffe donc pour l'Académie
des Sciences .
Refte celle des Infcriptions , un peu plus chère ,
il eft vrai , que la nôtre , parce qu'elle eft penfionnée
; & l'on ne manquera pas de dire qu'il
n'eft pas fort néceffaire que nous fachions au
jafte tout ce qui concerne le culte d'Ifis & d'Ofiris
, & toutes les dénominations de Saturne,
Mais après tout , il y a bien des occafions ou
Fétude de l'Antiquité poétique , théologique , numifinatique
, &c. n'eft pas tout- à - fait inutile ; &
feroit- ce un fi grand mal qu'il en coutât trerte
ou quarante mille francs à la France pour dé
chiffrer d'anciens manufcrits & de vieilles médailles
Tout confidéré , joferois croire qu'on
put , fans être accufé de diffipation folle , fe
permettre ce luxe d'érudition .
Et l'Académie Françoife ! C'est ici la pierre de
fcandale . Quels reproches ne lui fait -on pas ?
Eile a flatté Louis XIV, & même Louis XV. Mais
parlons férieufement & de bonne foi. A- t -elle
été plus adulatrice que ne l'étoit alors la France
entière Elle a fuivi l'efprit du temps. Songez
à ce qu'étoit Louis le Bien- Aimé en 1744. Je
durai plus , ce furent deux Académiciens qui
oserent feuls parler à Louis XIV pour le foulagement
des Peuples , Racine & Fénélon , l'un dans
un Mémoire que lui demanda Madame de Main
DE FRANCE.
>
tenon , l'autre dans fon Télémaque ; & cette cou
rageule véracité caufa la difgrace de tous les
deux. Sous le dernier règne , quand la liberté de
penfer commençoit à fe répandre par l'influence
de quelques grands Ecrivains, la plupart du nombre
de fes Membres , non feulement elle n'y fut pas
étrangère , comme on le voit , mais elle contribua
beaucoup & par la nature des ouvrages
qu'elle couronnoit , & par le choix même des fujets
qu'elle propofoit , & par les principes qu'elle
fuivoit le plus fouvent dans fes élections , à propager
cet efprit philofophique qui préparoit de
loin l'affranchiffement des Peuples. Des plumes
ferviles lui en firent affez long-temps un reproche ,
alors répété tous les jours. Pourquoi donc affectet-
on aujourd'hui de l'oublier ? Pourquoi oublict-
on combien alors elle étoit fufpecte & odicule à
la Cour ; combien elle en fut inaltraitée vers la
fin du dernier règne ; combien de Journalistes efclaves
& de fatiriques mercenaires l'accufoient
d'être un centre de rebellion à l'autorité , de femer
l'efprit d'indipendance , d'être en un mot ( & ce
mot alors comprenoit tout ) Philofophe ? Faut- il
tout d.re ? En 1771 il fur question de la détruire
à caufe de fa philofophie ; & voilà qu'en 1790
on veut la détruire à caufe de fon ariftocratie !
Convenons que c'eft jouer de malheur , & qu'il
y a là un peu de ce qu'on appeile les contradictions
humaines.
On lui fait un crime de célébrer les morts.
Paffe encore pour le temps où ces Eloges funèbres
n'étoient que pour les Académiciens ; on pouvoit
en être un peu jaloux ; mais depuis que le Nécrologe
nous apprend tous les ans la mort de
tant d'hommes célèbres , comme on apprenoit à
Rome par des lettres de France , que Pierre Mazarin
étoit mort à Rome ; depuis qu'indépendam
ment du Journal de Paris , qui a aulli la nécro15ï
MERCURE
logie , chaque petite ville a auffi fon Journal où
l'on sème toujours des fleurs fur la tombe de quantité
de perfonnes très -connues de leurs amis , n'y
a -t-il pas un peu d'humeur à di puter à un pauvre
Académicien quelques lignes de compliment ? Et
feroit ce la peine d'être d'une Compagnie où l'on
rembourfe de fon vivant tant d'épigrammes individuellement
& collectivement , fi l'on n'avoit
pas du moins l'efpérance d'en être un peu dédommagé
après fa mort ? Pour moi je fuis là-delus
comme feu M. de Pau my , qui , lorfque l'Académie
réfolut de ne plus faire célébrer pour fes
Membres défants le fervice qui étoit d'ufage , dans
l'églife des Cordeliers , jeta les hauts cris , &
protefta hautement contre cette délibération , difant
qu'il étoit entré à l'Acadéntie fous la condition
qu'après la mort il lui revenoit un fervice académique
aux Cordeliers , & que jamais il n'y renonceroit.
Il a fallu pourtant qu'il s'en paflâr.
Dieu lui faffe paix !
On va dire que ce font encore des plaifanteries.
Mais d'abord , dans la première partie de ce Précis ,
il me femble que j'ai été tres - férieux , & même
que j'ai parlé rafon . Je vais tâcher encore , en
finiffant , d'en dire un petit mot. N'eft-il pas vrai
que l'Académie Françoife , avec les changemens
que j'ai indiqués ci- deffus , dont une partie eft
déjà adoptée , & l'autre très - vraisemblablement le
fera , avec un régime analogue à la Conflitution
de l'Etat , eft très - fufceptible de cet efprit patriotique
qui déformais doit être celui de tous
les talens & de tous les Arts Et pourquoi n
l'auroit- elle pas ? Quoi ! fous le règne du defpotime
, elle à non feulement fuivi , mais même
quelquefois devancé l'efprit public ( c'eft beau
coup pour une Compagnie ) , & fous un Gouvernement
légal elle ne feroit bonne à rien ! J'ai
parlé de fon travail fur le langage. Obfervez , je
ne
DE FRAN C.E. 155
·
vous prie & ceci mérite quelque attention) , que
la même époque où le ftyle acquiert l'efpèce d'é
nergic que donne la liberté , eit auffi celle où la
diction eft le plus expofée à fe corrompre ; &
ſi l'un eſt un biển , l'autre eſt un mal. La liberté
eft toujours tout près de contracter quelque chofe
d'agrefte & de groffier . Voyez déjà quelle foule
d'expreffions baroques , contraires à l'analogie des
élémens & à la jufte fle des idées , s'eft répandue
dans les écrits & dans la converfation ! Sur
quelques acquifitions heureuſes , combien d'innovations
bizarres que le bon goût doit ré--
prouver ! Ouvrez nos brochures , vous en trouverez
à chaque page , même dans celles qui
d'ailleurs prouvent du talent. Pour quelques
hommes dont la Révolution a fécondé le génie
& révélé la force , quelle multitude de barbouilleurs
politiques , qui la veille favoient à
peine lire , & qui aujourd'hui s'imaginent qu'ils
favent écrire , dès qu'ils ont reffaflé les mots de
Nation , de patriotifme , de civisme , & c ! Le fujer
les fait lire plus ou moins ; on eft fi occupé des
chofes qu'on e prend pas garde au flyle : &
pourtant , ofons le dire , quoi qu'il en puiffe arriver
, il n'eft pas d'une néc. ffité indifpenfable
d'être un mauvais Ecrivain pour être bon patriote ;
il y a des gens qui le prouvent tous les jours . Je
ne vois pas quelle force les folécifmes & les barbarifmes
peuvent donner aux raiſons , ni pourquoi
l'éloquence de la liberté feroit obligée d'être
barbarement néologique . En un mot › Four
être bon François , faudroit - il donc ne plus
parler françois Eh bien un bon Dictionnaire
fait Far l'Académie ( autrement qu'il ne l'a éré
jufqu'ici , je l'aveue ) peut nous apprendre à diftinguer
, dans la Langue nouvelle que l'on parle
aujourd'hui , ce qui eft bon à conferver & ce
qui eft bon à rejeter. Nous ne sommes pas
154
MERCURE
des Académiciens , difent fièrement nos Solons
& nos Brutus à deux fols , & ils croient , avec
ce feul mot fe donner un brevet de génie .
Meffieurs , point tant de fuperbe . C'eft beaucoup ,
fans doute , de n'être pas de l'Académie ; c'eft
déjà en votre faveur une puiffante présomption ;
mais avouez pourtant que fi l'on n'eft pas réceffairement
un grand homme parce qu'on eft de
l'Académie , ce n'eft pas affez non plus pour être
un grand homme , de n'être pas Académicien.
J'ai parlé de nos Prix : croit-on qu'aujourd'hui ,
que la liberté laiffe le choix des plus grands fu
jets , ce genre d'émulation ne fera pas un aiguillon
de plus pour les afpirans à la palme de
féloquence ? On vient de propofer l'Eloge de
Franklin. Quel fujet ! Et combien fi je me
croyois capable de le remplir , je ferois faché
d'être Académicien ! Un Journaliſte a dit & répété
qu'il ne falloit louer perfonne , ni les vivans ,
ni les morts ; qu'il étoit indigne d'hommes libres
de louer un individu , qu'il ne falloit louer que
la Patric , la liberté . Aflurément cet homme écrivoit
dans un accès de délire , ou bien il y a là
use rage de jalousie , quefta rabbia detta gelofia ,
qui s'effarouche au fon de la louange comme
certains animaux féroces à la vue des couleurs
brillantes. Quoi ! c'eft offenfer la Patrie & la liberté
que d'honorer ceux qui les ont fervics ! Les
Athéniens ne favoient donc pas ce que c'étoit
que Patrie & liberté , eux qui non feulement prononçoient
l'éloge funèbre de leurs grands hemmes
, mais qui regardoient comme la diftinction là
plus glorieufe d'être choifi pour rendre ce dernier
hommage à la mémoire des foldats morts
pour leur pays , & qui en faifoient la récompenfe
du plus grand de leurs Orateurs : il n'y en avoit
pas de plus briguée .
Enfin les Compagnies favantes & littéraires
DE FRANCE.
151
font un titre d'illuftration nationale qui n'eft pas
à négliger. Et que gagneroit- on à nous l'ôter ?
Elles gardent comme un dépôt qui en quelque
forte leur cft propre , la mémoire de cette foule
d'efprits immortels qu'elles fe glorifient d'avoir
poflédés dans leur fein. Si elles font , dans leur
propre pays , expofées aux traits de la fatire ,
qui , après tout , n'épargne rien de ce qui s'élève ,
elles fent honorées de l'Etranger , à qui elles
femblent préfenter comme en mafle toutes les richeffes
de la Littérature & des Arts , accumulées
parmi nous pendant deux fiècles. Je le demande
encore une fois , que gagnera-t on à détruire ces
palais des talens & du génie , fi long- temps confacrés
par la préfence & par le fouvenir des grands
Hommes ? Si l'envie n'y peut fouffrir les vivans ,
qu'elle y refpecte les morts. Il n'appartient qu'à
elle d'ofer dire que ces morts célèbres n'y appercevroient
pas encore quelques fucceffeurs , qui ,
fans étre leurs égaux , du moins ne les feroient
Fas rougir; & fi leurs ombres auguftes , qu'il eft
permis à l'imagination de fe repréfenter quelquefeis
revenant vifiter leur ancienne demeure , la
trouvoient déferte & abandonnée , ne croiroientelles
point , non pas que la Nation Françoife eft
devenue libre , mais qu'elle a été fubjuguée par les
Barbares ?
Il ne m'a pas été difficile de parler en faveur
des Académies , fans difiimuler le mal qu'on peut
coniger , & fans exagérer le bien que l'on peut
accroitre . Je n'ignore pas qu'il fera beaucoup
plus facile à l'envie d'être contre elles éloquemment
fatirique ; elle trouvera Foftracifme au fond
des coeurs mais j'ai parlé à l'efprit public ;
c'est lui qui doit m'entendre , & c'eft à luí à juger
la caufe.
( D ...... )
156 MERCURE DE FRANCE .
Déclaration du St. Panckoucke .
PLUSIEURS plaintes que j'ai reçues relativement
aux Journaux dont je fuis chargé , m'ayant fait
connoître qu'on voudroit me rendre refponfable
de divers articles qui y ont été inférés , je déclare
de nouveau que je n'ai aucune part , ni directe ni
indirecte , à la rédaction & compofition de ces
ouvrages périodiques. Accablé par les détails de la
manutention économique de mes propres affaires ,
je n'ai point le temps de lire les épreuves des Journaux
, je n'ai point le droit d'en être le cenfeur ,
je n'ai point celui d'en changer les Auteurs à ma
volonté , ayant paffé avec eux des actes devant
Notaire avant & depuis la Révolution , que je dois
refpecter , & qu'il ne me feroit pas poffible d'enfreindre
je déclare donc hautement & publiquement
que je ne puis être refponfable directement
ni indirectement d'aucuns articles de ces Journaux.
Tous les Auteurs & Rédacteurs font connus , &
eux feuls doivent répondre de leurs écrits .
J'ajouterai que j'ai publié dans le Mercure
de France de l'année dernière , un Mémoire fur
l'organisation des Journaux Angleis ; Mémoire
dont j'ai pris les renfeignemens fur les lieux , que
j'ai rédigé avec tout le foin dont je fuis capable ,
& ou j'ofe dire que j'ai appris à des Anglois même
ce qu'ils ignoroient à ce fujet. Cet écrit a été
adreffé à tous les Membres de l'Aflemblée Nationale
. Il contient la meilleure manière d'organifer
les Journaux & Papiers - Nouvelles quelconques
dans un pays libre.
Paris , ce 16 Octobre 1790.
N. B. Cette Déclaration n'a point été imprimée dans
plufieurs Journaux telle que je l'ai envoyée , & je la réta
blis ici comme elle doit l'être.
TABL E.
ERS.
1211Diſcouts.
Epitre, fur la Satire. 122 Varietés.
Charade, Enig. Logog. 1311
333
138
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 30 OCTOBRE 1790.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
A MA FEMME ,
Qui , la veille de fon Mariage , ignoroit
encore quefon nom debaptême étoit Aimée.
Air Avec les jeux dans le Village, :
BONNE avoit le doux nom d'AIMÉs
Et po:nt du tout ne s'en doutoit.
A vingt ans BONNE étoit aimée ,
Et pareillement l'ignoroit.
BONNE a fu qu'elle étoit aimée ,
De fa main clle a fait le don :
O BONNE , tu feras aimée
Toujours d'effet comme de nom ! (bis)
( Par M. Landry , Profeffeur de Philofophie
en l'Univerfité de Paris. )
Nº. 44. 30 Octobre 1799.
I
158
MERCURE
DISCOURS PATRIOTIQUE
PL
A U
t
PEUPL E.
LACE loin des grandeurs , par la fuprême Loi ,
Peuple , j'ai vu tes maux ; j'ai vécu près de toi .
Sous le joug trop long - temps je vis courber ta tête :
J'ai pleuré fur tes fers ; je bénis ta conquête .
Ne crois pas cependant qu'aigriffant tes douleurs ,
J'aille de tes Tyrans rappeler les noirccurs.
Mon pinceau fe refufe à retracer des crimes :
Des mortels abhorrés ont été tes victimes ;
Le plus jufte courroux avoit armé ton bras
Et le défefpoir feul t'entraînoit aux combats .
Mais lorfque ton courage a vengé tes misères ,
Quand la Loi te promet des deftins plus profpères ,
Peuple , abjure à jamais la haine & la fureur
Si tu fus opprimé , ne fois pas oppreffeur .
Apprends à tes rivaux , qui ne font plus à craindre ,
Que tu fus les dompter , mais que tu fais les
plaindre ;
Montre-toi généreux quand tu les as foumis ;
Ils furent tes Tyrans , ils feront tes amis.
:
Jouis en paix des biens qui pour toi vent éclore .
Déjà la Liberté , fi douce à fon aurore ,
Te prépare des jours plus purs , plus glorieux.
L'homme , quand il eft libre , eft prefque égal aux
Dieux.
ALLIOTECAL
BEGIA
DE FRANCE. 159
Par quel aveuglement , par quel fatal ſyſtéme
Se donna-t-il des fers , s'avilit - il lui -même ?
La force de l'Empire , & le glaive des Loix ,
Il abandonna tout aux caprices des Rois .
D'un devoir chimérique , efclaves imbécilles ,
Les Peuples chaque jour , cruellement dociles ,
Dirigeant follement leur courroux & leurs bras ,
Pour l'intérêt d'un homme écrafoient des Etats .
Le jour de la raiſon éclaire enfin la Terre .
Les Rois , à tes périls , ne feront plus la guerre.
Un arrêt éternel , bien confolant pour toi ,
Soumet le Peuple au Prince , & le Prince à la Loi .
Vois des Ordres détruits l'égalité renaître a
Non cette égalité , plus fatale qu'un maître ,
Fille d'un fot orgueil , qui place aux mêmes rangs
Le crime & la vertu , l'intrigue & les talens ;
Mais ce droit qu'en naiffant nous donna la Nature;
Qui du bonheur public eft l'utile mefure ;
Qui juge les humains fans faveur & fans choix ,
Et met chaque fujet fous la garde des Loix.
Conçois un noble orgueil ; ton fort eft ton ouvrage.
Un moment t'a vengé de mille ans d'efclavage ; ·
Un moment t'a rendu ta gloire & ton éclat ;
Et je vois dans tes mains les rênes de l'Etat .
Redoute cependant l'excès de la puiflance :
Fier de ta liberté , repouffe la licence .
Eh ! quel droit plus affreux que le droit du plus
fort ?
Songe qu'il fut long-temps l'arbitre de ton fort ;
I 2
160 MERCURE
Qu'il te donna des fers ; & que ce droit horrible
Prépare aux oppreffeurs un châtiment terrible .
Déformais tu vivras d'écueils environné.
Malheureux par toi -même , ou par toi fortuné ,
Prends fur tes paffions un fouverain empire :
Qui fe laiffe émouvoir , peut fe laiffer féduire.
Des ennemis ferrets déguifant leur fureur ,
Flatteront tes penchans pour égarer ton coeur.
Reconnois à leurs foins le défir qui les preffe ;
Brave qui te menace , & fuis qui te careffe .
D'autres plus dangereux égareront ta foi .
Interprètes facrés du Ciel & de fa Lǝi ,
Mais efclaves pourtant des paffions humaines ,
Ils feront de ce Dieu l'inftrument de leurs haines,
N'as- tu pas vu déjà la ſuperſtition
Fomenter la révolte & la divifion ?
Des Sujets égarés défignoient les victimes ;
Des Soldats Citoyens ont arrêté ces crimes ;
Et marchant fièrement au fecours de nos Loix ,
Du fanatifime aveugle ont étouffé la voix .
Ainfi d'un zèle faux crains les perfides trames :
Redoute encor pour toi l'or qui corrompt les ames,
L'ambition avide & fes lâches appas ;
Qui brigue les honneurs , ne les mérite pas.
Diftingue les talens & la vertu timide ;
Si l'intérêt te meur, que la raifon te guide.
Qu'un éclat emprunté ne fixe plus tes yeux :
Exige des vertus & non pas des aïeux.
DE FRANCE. 161
De ton pouvoir enfin entretiens l'équilibre.
Mais refpecte les Loix fi tu veux être libre ;
Sans elles fur la Terre il n'eft rien de facré ,
Le mérite eft profcrit , le crime eft honoré ,
La vertu chaque jour eft en butte aux outrages :
Près de toucher au port, crains encor Ics
orages....
Non , ne redoute rien . Regarde autour de toi ,
Tu verras des égaux , la Patrie & ton Roi.
Confacre avec tranfport , bénis la bienfaiſance
De ces mortels nouveaux , idoles de la France :
Philofophes profonds , hardis Légiflateurs ,
Dédaignant fièrement d'importunes clameurs ;
Au choc des intérêts oppofant leur courage ,
Ils ont pour l'Univers compofé leur ouvrage.
Tous les Peuples déjà , s'indignant de leur fort ,
Veulent brifer leur joug ou demandent la mort.
Des droits facrés de l'homme ils réclament l'uſage :
De fes longs préjugés le monde fe dégage .
Déjà ce Peuple efclave , enfant de Romulus ,
Rappelle dans fon coeur les vertus de Brutus.
Au bonheur comme nous l'Ibère veut renaître :
Qui rougit de les fers , n'a déjà plus de maître ;
L'Anglois même s'agite , & s'étonne aujourd'hui
De nous trouver plus grands & plus libres que lui;
La France au Defpotifme a déclaré la guerre.
En éclairant l'Europe , elle éclaire la Terre.
Ainfilorfque le Dieu qui préfide aux Saiſons
A rougi l'Orient de fes premièrs rayons ,
I 3
162
MERCURE
Soudain le feu s'accroît , & fa vive lumière
S'étend en un moment fur la Nature entière.
"
( Par M. Despazofils , du Musée
de Bordeaux. )
IN LO
1
MORALITÉ.
Impromptu fur une Pendule à fecondes.
A160111E fugitive , image du plaifir ,
Et l'emblémé du temps qui nous preffe de vivre ;
Toi que l'ail peur à peine fuivre ,
Hélas ! pour m'apprendre à mourir ,
Je n'ai pas befoin d'autre Livre.
( Par M.l'Abbé Dourneau. )
DE FRANCE. 16 ;
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
E Le mot de la Charade eft Bec-figue ; celui
de l'Enigme eft Pincette ; celui du Logogriphe
eft Nation , cù l'on trouve Io , Taon ,
Ino, Nina, Onan , Anon , Ton , Ta , Non, Ton.
D'
CHARA D E.
UNE allez forinte vills
Le nom s'exprime en men premier' ;
Dans mon fecond , le Financier
Cache de fes penchans le fouverain mobile :
Si contre mon entier , fouvent affez léger ,
Le Soldat fatigué , pefte , jure & fait rage ;
Plus fatisfait , il peut , après un long voyage ,
Trouver dans mon entier de quoi fe foulager.
( Par M. Privat. )
L'AVARICE
ÉNIG ME.
RICE me tient toujours très -bien fermée ,
La générofité me fait ouvrir fouvent ;
Plus je fuis groffe & plus je fuis aimée ,
Et foin de moi fi je le ſuis de vent.
( Par M. Prévost de Montigny . )
I 4
164
MERCURE
LOGO GRIPHE.
LE vrai bonheur , dit on , dépend de vivre en paix;
Mais avec mes fept pieds , c'eft projet inutile.
Voulez -vous à Paris connoître mon afile ?
Allez à la Sorbonne , & fur-tout au Palais.
Si l'amour offenfé me donne la naiſſance ,
Loin d'être nuifible à l'Amant ,
Un baifer jufqu'alors demandé vainement ,
S'obtient l'inftant d'après & m'ô : e l'existence.
Je voudrois , mais en vain , excufer tous mes torts ;
Ils font trop bien connus , fur-tout en Normandie ;
Pour m'éloigner de vous , faites tous vos efforts ;
Et vous , mes partifans , cra'gnez la tragédie.
C'eft affez de moi feule ennuy le Lecteur ;
En me décompofant , tâchons de le diftraire .
D'abord je fuis oifeau qui ne fais pas me taire ;
Maître abfolu de tout , j'ai des adorateurs ;
En hiver , en été , le feu me donne l'être ;
Je fuis ce qu'en marchant chacun laiffe après foi ;
D'une manière où d'autre on s'amufe de moi ;
L'amant jaloux fouvent me fait paroître ;
A Bicêtre fur-tout on vante ma beauté ;
Très-rarement fans moi vous trouvez une fille.
De grace permettez encor que je babille ;
Je parois en public avec Sa Majefté.
( Par le même. )
I
DE FRANCE. 165
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
HISTOIRE de Pierre le Cruel , Roi de
Caftille & de Léon , & des évènemens.
mémorables qui fe font paffes pendant fon
Règne. 2 Volum. in- 8° . A Paris , chez
Briand , Libraire , rue Pavée St - Andrédes-
Arts . 1790 .
C'EST ici l'un de ces noms qui ne paſſent
>
à travers les générations & les fiècles que
pourfuivis par la haine & par les malédictions
publiques . La Poftérité eft prompte à
fe faire justice des Rois , & rarement elle
fe rétracte de fes jugemens. Quelques voix
fe font élevées en faveur de Pierre , à
qui elle a confervé le furnom de Cruel ,
qui lui fut donné pendant la vie . Voltaire ,
qui a jeté un coup d'oeil d'aigle fur les
erreurs de l'Hiftoire , mais qui , dans le
deffein de la rectifier , fe plu trop fouvent
peut être à la contredite , demande pourquoi
l'on donna le nom de Cruel à ce
Don Pèdre , Roi légitime de Cafille , nom
qu'il falloit donner au bâtard Herri de
Tranftamare, affaffin de Don Pèdre & ufur166
MERCURE
pateur ( 1 ) L'Hiftoire du Roi de Caſtille eſt
la meilleure réponse à cette queftion.
Sans doute ce Henri qui l'affaffina , qui
ufurpa fes Etats quoique moins habituellement
cruel , quoique diftingué même par
fon amabilité , par un caractère affable
généreux & populaire , méritoit bien à
peu près le même titre ; & dans ces temps
de ba barie , il y avoit peu de Princes à
qui il ne pût convenir plus ou moins ;
mais Pierre fut cruel par inclination , par
habitude ; il le fut toute fa vie , il le fut
avec des raffinemens de perfidie qui le
mettent au même rang que les tyrans les
plus déteftés. Plaignons - le fi l'on veut d'être
né dans un fiècle barbare , d'être monté
fur le trône dans la première fougue
des paffions , de n'avoir vu autour de lui
que révoltes & brigandages ; mais fi l'on
nous demai de pourquoi on le nomma cruel,
ouvrens fon Hiftoire , & répondons comme
elle , c'eft-à-dire par les faits.
Pour arrêter les premiers troubles qui
s'élèvent dans fes Etats , on lui perfuade
qu'un remède violent eft néceflaire ; il fait
faifir Garci Lallo de la Vega , Gouverneur
de Caftillé , & donne ordre de l'affaffiner :
les Gardes , qui refpectoient beaucoup la
Vega , n'ofent cbéir. Le Roi réitère fes
ordres , qui font enfin exécutés . On jette
( 1 ) Difcours hift. & crit. à la tête de fa Tragédie
de Don Pèdre.
DE FRANCE. 167
le corps par une croifée ; & comme il
y avoit eu la veille un combat de taureau
vis- à-vis le Palais ( fpectacle digne d'un
tel temps & d'un tel Roi , mais dont les
Rois & les Peuples en Eſpagne s'amuſent
encore de notre temps ) , ce cadavre reſta
tout le jour expofé à fa vue fur une des
banquettes deſtinées au spectacle .
Les Communes de Burgos avoient pris
part à ces premiers mouvemens. Trois
Citoyens diftingués , arrêtés en même temps
que la Vega , furent conduits devant l'appartement
où dînoit le Roi avec Alburquerque
, fon premier Miniftre : on les
exécuta fous fes yeux , fans qu'il témoignât
la moindre compaffion .
C'étoit Alburquerque , rival de la Vega ,
qui le pouffoit à ces actes de violence ;
& l'on ne fait quel degré d'exécration peut
fuffire à un Miniftre qui fe fait un jeu
de développer ainfi dans le coeur d'un Roi
de 16 ans , les germes de cruauté qu'y
avoit femés la Nature ; mais il n'y a
point , on doit en convenir , de confeil
qui puiffe forcer un fi jeune Prince à contempler
un cadavre , & à voir fans émo-.
tion , pendant fon repas , égorger trois
malheureuſes vidimes .
Près de cinq ans après, furieux des hoftilités
de Tranftamare, il fait mourir tous ceux
qui furent convaincus d'avoir combattu pour
ce Prince rebelle. Ce n'eft-là , fi l'on veut ,
que l'un des droits de ces horribles guerres
16
168 MERCURE
•
97
mais fur quels droits , finon fur ceux des
tyrans & des tigres , s'appuieroit- on pour
excufer ce trait de barbarie ? » Parmi le
» nombre de ces malheureux que l'on
» conduifoit au fupplice , il fe trouva un
» vieillard ; fon fils , âgé de dix - huit ans ,
fend la foule , fe jette aux pieds du
" Roi , demande la grace de fon père ,
" & s'offre à fubir le trépas deſtiné à
» l'auteur de fes jours.. Pierre , infenfible
» à cette tendreffe filiale , accepte la pro-
» pofition du jeune homme , & le fait
fupplicier à la place de fon père « .
"
L'aimable Don Frédéric , fon fecond frère
naturel , fils de fon père Alphonfe par Eléc
nore de Gufman, comme Henri de Tranftamare
, après avoir trempé d'abord dans
la révolte de Henri , s'étoit réconcilié avec
le Roi , & paroiffoit rentré en grace :
mais Pierre renfermoit dans fon coeur le
défit & le projet de fe venger. Le jour où
Don Frédéric devoit arriver à Séville , il
fait dire à Don Juan , Infant d'Aragon ,
de venir lui parler. Après lui avoir fait
jurer de garder le fecret fur ce qu'il va
lui communiquer : » Je fais , mon coufin ,
» lui dit - il , que vous & Don Frédéric
» ne vous êtes jamais aimés ; j'ai appris
auffi que ce Prince fe préparoit à fe ré-
» volter contre moi ; toutes ces raifons
» me déterminent à le faire mourir , &
je vous prie de me rendre le fervice
effentiel de contribuer à la mort. Quand
"
23
DE FRANCE. 169
il ne fera plus , vous irez en Bifcaie
faire fubir le même fort à Don Tello ,
(frère de Henri & de Frédéric ) ; après
quoi je vous nommerai Prince de Bifcaie ,
» vous épouferez Ifabelle , &c. «.
"
- "
De quelque impartialité que doive le
piquer un Hiftorien , on ne voit pas de
fang froid celui de l'Auteur , qui en racontant
ce trait nous dit tranquillement ,
& fans le moindre figne défapprobatif :
» L'Infant d'Aragon remercia le Roi
de fes bonnes intentions pour lui , &
» l'affura de fa foumiflion aux ordres qu'il
» lui donneroit. Il offrit même de tuer lui-
» même Don Frédéric. Le Roi y confentit
» avec empreffement. Mais Sarmiento
"
( témoin de cette émulation de barbarie
» entre le Roi de Caftille & l'héritier du
» Trône d'Aragon ) ( 1 ) , dit à l'Infant
qu'on ne manqueroit pas de gardes pour
» affaffiner Don Frédéric , & qu'il pour-
» roit s'épargner ce crime. Le Roi ne lui
pardonna jamais cette réflexion «.
"
"
Don Frédéric arrive ; il fe rend au Palais :
on vient le chercher de la part du Roi ;
il commence à foupçonner & à craindre .
Il traverſe les appartemens , qu'il trouve
plus folitaires & mieux gardés qu'à l'ordinaire
il arrive au cabinet du Roi. On n'y
laiffe entrer que lui & Don Garcie de
(1 ) Cette parenthèſe n'est pas de l'Hiſtorien.
179 MERCURE
Padilla , Grand - Maître de Calatrava 3
comme Frédéric l'étoit de S. Jacques . Le
Roi s'étoit retiré dans un cabinet intérieur
, nommé del fierro , chambre de fer.
La porte étoit fermée. Les deux Grands-
Maîtres attendirent qu'elle fût ouverte ;
le Roi parut enfin , & dit à l'un de fes
Officiers de garde - Saififfez le Grand-
Maître ; l'Officier très- embarraffé , demanda
lequel des deux ? - Celui de S. Jacques ,
reprit le Roi Tuez - le , ajouta - t - il.
L'Officier n'obéiffoit point. - Eh quoi !
s'écrie un Courtifan , n'entendez- vous pas
les ordres du Roi ? Alors les gardes tom.
bèrent fur Don Frédéric ; il fe fauva dans
une autre falle , & voulut fe défendre ;
mais accablé par le nombre, il tomba couvert
de bleffures .
Le Roi fort de fon appartement , dé
cidé à tuer tous les amis de Frédéric. N'en
voyant point paroître , il retourne chez ſa
Maîtreffe , Maria de Padilla , où l'Ecuyer
de Don Frédéric s'étoit réfugié. Il tenoit
dans fes bras la jeune Beatrix , fille du
Roi. Pierre la lui fait ôter , & le poignarde.
Il revient dans le falon où le malheureux
Frédéric étoit dans les angoiffes
de la mort ; voyant qu'il refpiroit encore ,
il donne fon épée à un Officier , & lui
commande d'achever fa victime.
Ce fut ce meurtre qui fit donner à
Pierre le furnom de Cruel , & nous ne
voyons pas qu'il y eût à cela de l'injuſtice .
?
DE FRANCE. 171
Son impaflible Hiftorien avoue lui - même
que depuis cer inftant , le Roi devint de
plus en plus féroce ; femblable , dit - il ,
au tigre qui , après s'être abreuvé de fang
humain, n'en devient que plus altéré . Nous
nous garderons bien de fuivre davantage
les détails révoltans de ces barbaries . Nous
en avons affez dit pour rendre peu embarraffante
la queftien de Voltaire : Pourquoi
donna - t - on à Don Pèdre le nom de
Cruel? & cependant jufque - là ce ne font
que les degrés par lefquels il parvint au
point de férocité qu'il étoit capable d'atteind
. Ce ne font plus depuis lors que
meurtres , affaflinats & fupplices . Puis
viennent les défaires & les revers dont le
propre n'eft pas d'adoucir une ame altérée
de fang & de vengeance ; & enfin la
nort violente qu'il reçoit de la main de
fon frère naturel , qui dut la couronne à
ce crime , mais qui mit tous fes foins à
le faire oublier par un gouvernement plus
. doux. Il prit le titre de Henri le Bon , qu'il
ne juftifia peut être pas auffi bien que
Pierre celui de Cruel.
On croiroit que la Caftille , déchirée par
ces guerres fanglantes entre un Roi né
légitime mais devenu par fa tyrannie
indigne de régner ' , & un ufurpateur qui
l'inondoit de fang & la couvroit d'armes
. étrangères , étoit alors defpotiquement gour
vernée ; que la Nation n'étoit rien ni par elle-
-même , ni par fes repréfentans ; qu'enfin les
1-
MERCURE 172
fameufes Cortès , dont on s'eft fait une fi
haute idée , n'exiftoient déjà plus , ou ne
furent point convoquées pendant ce règne.
El es le furent plufieurs fois ; & même
elles réfiftèrent aux entreprifes d'Alburquerque
, qui vouloit détruire les anciennes
Loix , parce qu'elles étoient favorables à
la liberté des Peuples. Mais de quelle liberté
& de quelle partie des Peuples de
Caftil'e eft il ici queftion ? C'eft ce dont
on peut juger par la compoſition de ces affemblées.
-
-
Les Cortès , ou le Parlement national
de l'Espagne , confiftoient dans les Prélats ,
les Ducs , les Marquis , les Comtes ,
les Ricos hombres , & les Maîtres des
trois Ordres militaires qui fiégeoient pour
la Nobleffe. Dix fept villes recevoient
l'ordre du Roi d'envoyer chacune deux
Députés , pour qu'ils repréfentaffent les
Communes ; & ces Repréfentans étoient
les deux principaux Magiftrats de chaque
ville. Ce n'eft pas aux François d'aujourd'hui
qu'il eft befoin de dire , d'après
ce fimple apperçu , ce que c'étoit pour
le Peuple Caftillan que cette Liberté , protégée
par les Loix anciennes que les
Cortès étoient chargées de défendre ; ce
que c'étoit pour tout le Peuple que ces
affemblées toutes féodales , où pas un véritable
Repréfentant du Peuple n'étoit
admis .
Les Cortès étoient pour l'Efpagne ce qu'éDE
FRANCE. 173
toient pour nous ces anciens Etats- Généraux
, auxquels les partifans intéreffés des
Loix anciennes vouloient nous ramener en
1789. Ils avoient leurs raifons ; mais nous
avions les nôtres , & nous avons eu raifon.
Lorfque la force & l'impulfion naturelle
des chofes rendront les Cortès à l'Eſpagne ,
ne doutons point que les Prélats , Ducs ,
Marquis, Comtes , Ricos hombres , Maîtres
des Ordres , & principaux Magiftrats des
villes , ne veuillent perfuader à la Nation
qu'ils font la Nation , mais malgré l'ignorance
où l'on paroît dormir encore au delà
des Pyrénées , il ne faudra pas beaucoup
de temps pour que cette perfuafion devienne
fort difficile , & pour que les Cortès paroiffent
aux Espagnols ce qu'elles étoient
en effet , une véritable Cour , c'est- à- dire
une Affemblée anti- nationale.
Voici un petit échantillon de la manière
dont les prétendus Répréfentans du
Peuple , ou des Communes , coopéroient
dans ces Cortès aux affaires publiques.
La première fois que Don Père les convoqua
, le jour de la feconde féance , on
avoit laiffé au bout de la falle , un espace
entre les fi'ges des Députés de Burgos &
ceux de Léon ; " on y avoir mis un fauteuil
une table étoit devant , revêtue
» d'un velours cramoifi : deflus étoient un
» Crucifix & le Livre du Nouveau- Teftament
..... Le Préfident adreffa un
» très-beau diſcours à l'Affemblée , enfuite
774 MERCURE
H
fon Secrétaire appela à haute voix les
Députés des Communes , qui s'avan-
" cèrent deux à deux vers la table. Après
» avoir ôté leur chapeau , ils posèrent la
» main fur le crucifix , tandis que le Secrétaire
lut ce ferment : Jurez . fur ce
livre & fur cette croix > que vous ">
20
33
garderez le fecret fur tout ce que vous
" entendrez & direz dans cette Affemblée ,
" en ce qui fera relatif au fervice de Dieu
" & à celui du Roi , & que vous n'en
ferez pointpart aux villes qui ont le droit
» de voter dans les Cortès , jufqu'à ce que
» les affaires qui les engagent à s'affembler
, foient terminées , ou jufqu'à ce
" que le Roi vous falle donner des ordres
» contraires ; & nous de notre côté , nous
" nous engageons à défendre l'immaculée
" conception de la Sainte Vierge , la pa-
» trone & la gardienne de ce Royaume «.
93
ود
Ce qui vouloit dire : Vous entendrez ici
bien des chofes qui fous le prétexte de la
Religion & du fervice du Roi , nuiront aux
intérêts des villes que vous repréfentez.
Jurez de facrifier avec nous ces intérêts
que vous devriez défendre. Nous ferons
les champions de la conception immaculée
voilà l'important de l'affaire ; que
vous importe le refte ? Les Communes
n'étoient donc là que comme elles ont été
dans tout le refte de l'Europe pendant les
fiècles féodaux , c'eft- à- dire pour la forme
& pour confentir aux impôts. C'étoit beau-
:
DE FRANCE. 175
coup que la néceffité de ce confentement;
& c'est ce point capital de la Conftitution
des Cortès qui tôt ou tard les fera renaître
. » Quand les fubfides étoient accordés
» à titre de grace , on recueilloit les voix
» en particulier. Si trois perfonnes fe trou-
» voient d'un avis contraire , l'impôt ne
paffoit point , & ne pouvoit plus être
propofé qu'au bout de quatre mois ;
» mais quand ce qu'on demandoit étoit
» dû de droit , on recueilloit publiquement
les fuffrages , & la majeure partie
l'emportoit «
"3
"
Il eft vrai que la Cour avoit toujours
des moyens d'obtenir à la longue ce confentement
; l'intérêt , la vanité , ces deux
grands corrupteurs des Affemblées publiques
, ne lui manquoient pas au befoin .
Ce dernier mobile eft d'autant plus commode
qu'il oblige ordinairement à peu
de frais. Par exemple , pour encourager
les Cortès , non feulement à accorder les
fubfides , mais à en augmenter la fomme
au gré du Gouvernement , il n'en avoit
couté que d'établir cet ufage. Quand l'impôt
confenti s'élevoit à une valeur confidérable
, tous les Députés avoient l'honneur
de baifer la main du Roi ; & voici
comme le pratiquoit cette cérémonie conftitutionnelle.
» Ils étoient conduits en
grande pompe dans la falle d'audience ,
où ils attendoient le Roi . Quand il étoit
entré , chacun fe plaçoit le Préfident
">
99
"}
1
176 MERCURE
33» déclaroit au Roi le motif qui avoit engagé
" les Députés à fe raffembler. Ceux de Bur-
" gos entroient dans un plus grand détail
❞ au nom des Communes, & réitéroient l'affurance
d'être toujours difpofés à préve-
» nit les d'firs du Roi. Les Députés , après
» ce difcours , avoient l'honneur de baifer
fa main «.
"
و د
Ainfi , pour que le fruit des fueurs du
Peuple vint à plus grands flots remplir
les coffres d'un Tyran , qui ne l'employoit
qu'à opprimer de plus en plus ce Peuple
même , il fuffifoit de flatter le fot orgueil
de fes lâches & ftupides Repréfentans , par
le fingulier honneur de baifer une main defporique
, & fouvent meurtrière & parricide.
Et c'eft - là ce qu'on nommoit une
Conftitution confervatrice des Libertés ! *
Et c'eft- là ce que dans l'inévitable réfurrection
des Cortès , on entendra peut -être
un jour appeler Loix anciennes , & par conféquent
conftitutionnelles ! Mais le temps
de ces illufions eft paffé . Le dix - huitième
fiècle les a diffipées ; & il n'eft plus déformais
poffible qu'une grande Nation ,
en fe réveillant d'une longue léthargie ,
fe laiffe replonger dans la barbarie du
quatorzième.
Nous n'avons point voulu fuivre avec
l'Hiftorien de Pierre , le fil de cette vie
orageufe & coupable ; mais fi l'on a là - deffus
quelques regrets , voici à quoi l'on en peut
réduire les principaux évènemens .
DE FRANCE. 177
Pierre , fils du brave Alphonfe XI ,
monta fur le trône à l'âge de 15 ans , en
1350. Son père , qui n'étoit pas tout-àfait
Alphonfe le Sage , avoit fait la folie
de prendre publiquement pour Maîtreffe
Léonore de Gulman , d'avoir d'elle fept
ou hait bâtards , d'abandonner abſolument
pour elle la Reine Marie fa femme , &
qui pis eft , de donner à fa Maîtrelle , qui
étoit d'une des premières familles du
Royaume , une grande influence dans les
affaires. Après la mort , Pierre , fon feul
héritier légitime , vit s'élever contre lui
toute cette ligue d'enfans naturels , dont
les deux aînés fur-tout , Henri de Tranftamare
& Don Frédéric , avoient la faveur
du Peuple & d'une partie de la Cour, Le
jeune Roi , né avec des paflions très -vives
commença par celle de la chaffe ; & pour
chaffer tout à fon aife , il donna toute fa
confiance à Don Juan d'Alburquerque ,
& le laiffa gouverner comme il voulut.
L'amour vint enfuite ; Pierre devint éperdûment
amoureux de la belle Maria de Padilla
, dont la famille fut bientôt élevée aux
premiers grades . La guerre eut fon tour.
Ses frères naturels , après quelques mouvemens
qui n'avoient paru que paffagers , &
des réconciliations qui n'étoient qu'apparentes
, fe formèrent enfin un parti affez
puifant pour lever le mafque , & pour
lui donner l'occafion d'exercer la valeur
& fa cruauté naturelles,
178
MERCURE
Malgré fa paffion pour Padilla , la politique
& fur-tout Alburquerque voulurent
qu'il épousât Blanche de Bourbon , du
fang de France. Ce mariage , comme tous
ceux de cette efpèce , fut célébré avec
beaucoup de pompe ; mais le bonheur ne
fut pas du cortège : après trois jours d'une
froideur foutenue , que ni les charmes de
la jeune Reine , ni les remontrances de la'
Reine mère ne purent vaincre , Pierre
partit à cheval , accompagné de quelques
Favoris , & vint rejoindre fa Maîtrelle. La
difgrace d'Alburquerque fut la fuire de ce
triomphe de Padilla : mais ce triomphe
fut bientôt troublé. Jeanne de Caftro toucha
le coeur du Monarque ; & comme fa vertu
ou fon ambition l'empêchèrent de fe donner
à lui , il ne vit pour l'avoir d'autre
moyen que de l'époufer. Il trouva facilement
deux Evêques qui atteftèrent que fon
mariage avec Blanche étoit de toute nullité
. Jeanne de Caftro n'avoit rien à répondre
en ces matières à deux Evêques. '
Elle fut donc époufée , proclamée , Reine'
de Caftille , & abandonnée deux jours
après . Padilla reprit alors , fon premier empire.
Cependant le parti de Tranftamare &
de fes frères fe fortifioit tous les jours ,
de l'inconduite du Roi & du mécontentement
des Peuples ; mais l'activité , la
fivérité , le courage de Pierre , parvintent
à dilliper ce premier orage , & TranftaDE
FRANCE. 179
,
-
mare fut obligé de fe fauver en France : il y
trouva les efprits bien difpofés contre Pierre,
par les mépris qu'avoit effuyés Blanche de
Bourbon. il revint avec une armée , pour
venger l'affaffinat de fon frère Frédéric ,
& de tous les Gentils hommes de fon
parti , que Pierre avoit fait mourir. Il mit
en feu toute la Caftille . Le Roi fi vivement
attaqué par fon frère , l'étoit en même
temps par le Roi d'Aragon , nommé Pierre
comme lui fils comme lui d'un Roi
Alphonfe , & pour dernière conformité ,
furnommé comme lui le Cruel. Pierre réfifte
avec courage fur terre &c fur mer ; mais les
armes lui font défavorables , en même
temps que les cruautés lui aliènent de plus .
en plus fes Sujets : il fait affaffiner de fangfroid
Don Juan & Don Pierre , l'un âgé
de 19 ans , l'autre de 14 , dont tout le
crime étoit d'être fes frères naturels, & d'être
frères de Tranftamare. Un Prêtre veut faire
auprès de lui l'officieux ; il fe vante d'une
vifion de S. Dominique , qui lui ordonne
d'avertir le Roi que Henri veut le faire
affaffiner. Pierre imagine que ce font fes
ennemis qui lui ont député ce vifionnaire ,
dans l'efpérance de l'effrayer ; & pour le
payer de fes bons avis , il le fait brûler
vif à l'inftant.
,
Enfin , après quelques efcarmouches où
il eut toujours l'avantage fur les troupes
de Tranftamare , il le vainquit , & l'obligea
de fuir en Aragon. Pierre l'y pourſuivit ,
180 MERCURE
& s'appuya de l'alliance d'Edouard III ,
Roi d'Angleterre , & du fameux Prince de
Galles fon fils , fi célèbre fous le nom de
Prince Noir. La Caftille fe trouva donc
déchirée par fes propres armes & celles
d'Angleterre d'un côté , & de l'autre par
celles de l'Aragon & de la France .
Tranftamare ayant repris fes avantages ,
en profita pour gagner les cours des Caftillans
; fes libéralités lui faifoient par tout
des amis ; fes difcours n'annonçoient que
le défir de délivrer ces Peuples malheureux
de la tyrannie d'un Roi féroce. Ses
troupes , commandées par le brave du Guelclin
, faifoient tous les jours des progrès.
Il fut enfin proclamé Roi de Caftille &
de Léon. Pierre eut alors le plus grand tort
ou le plus grand malheur que puiffe avoir
un Roi dans une fituation aufli critique .
Il perdit la tête & le courage , & fe mit
à fuir de ville en ville , fans plus ofer
faire tête à fon heureux rival ; il fe retira
en Portugal , puis en Galice , & de là
en France , ou plutôt en Guienne , qui
étoit alors fous la puiffance du Prince Noir .
Ce Prince le reçut bien , leva pour lui une
armée , & marcha vers la Caftille pour
le remettre fur le trône . Henri de Tranſtamare
s'avance à leur rencontre , eft vaincu
près de Nagera , & forcé de fe fauver en
Aragon. Pierre eft rétabli dans fes Etats ,
proclamé de nouveau Roi de Caftille , &
reçu , comme on peut penſer, dans les principales
DE FRANCE. 181
cipales villes , avec ces mêmes témoignages
de joie qu'on venoit de prodiguer peu de
temps auparavant à Henri.
Des difcuffions d'intérêt pour le payement
des Troupes Angloifes le brouillent avec
le Prince de Galles, qui retourne en Guienne
, où il meurt quelque temps après. La
France fournit de nouveaux fecours à Tranftamare
, qui revient attaquer la Caftille :
la fortune fe déclare de nouveau pour lui :
Pierre veut en vain faire tête à l'orage ; il
eft défait dans les plaines de Montiel , &
fe retire dans le château de ce nom. Attiré
enfuite dans la tente de du Guefclin , fous
prétexte d'une entrevue , il y eft poignardé
par Henri de Tranftamare.
Cet alfaffinat étoit fans doute prémédité
; mais les chofes fe pafsèrent de manière
qu'en tuant fon ennemi , Tranftamare
ne parut en quelque forte que fe
défendre. Voltaire fe trouve ici , comme
il lui arrive fouvent , en contradiction
avec l'Hiftoire. » Guefclin , dit - il ( 1 ) ,
" prit Don Pèdre prifonnier à la bataille
de Montiel ( Don Pèdre, ou Pierre, ne
" fut point fait , prifonnier ) . Ce fut après
cette journée que Henri de Tranftamare
» entrant dans la tente de Guefclin
» l'on gardoit le Roi fon frère défarmé
» s'écria : Où eft ce Juif, fils de P.....
"
(1 ) Dans le difcours déjà cité.
N° . 44. 30 Octobre 1790.
K
où
IS2 MERCURE :
1
21
"2
qui fe difoit Roi de Caftille ? & il Pal
» faflina à coups de poignard «.
Voici le fait , d'après tous les Hiftoriens
Efpagnols . Pierre , dans fon défefpoir, ſe décide
à l'entrevue qu'on lui propofe , quoiqu'il
en fente tout le danger. Henri paroît
tout armé , & prononce en effet l'interrogation
rapportée par Voltaire. » A ces mots
l'intrépide Pierre , enflammé de colère ,
répondit : Tu es un traítre, je fuis Pierre ,
Roi de Caftille , fils légitime du Roi
Alphonfe. Il fe précipita fur Henri :
» comme il étoit le plus fort , il le ren-
» verfa par terre , & tirant fon épée , il
» l'eût certainement tué fans la célérité de
93
"
22.
ود
quelqu'un , foit du Guefclin , foit un au
» tre , qui faififfant Pierre par la jambe
» & le jetant fur le côté , donna le temps
» à Henri de fe relever. Henri prit alors
» un poignard , & l'enfonça dans le coeur
» de Pierre , qui rendit le dernier foupir
", Digne fin d'un règne odieux &
d'une vie noire de crimes .
"
Cette Hiftoire , écrite en Anglois par
J. Talbot Dillon , Auteur d'un Voyage en
Efpagne , eft affez médiocrement conçue.
Il falloit le pinceau d'un Tacite , ou d'un
Sallufte , pour tracer le tableau d'un tel
règne ; & l'Auteur , à force de vouloir être
impartial , eft fouvent froid & languiffant.
Le Traducteur , qui ne s'eft pas nommé ,
participe à ce défaut , & l'augmente peutDE
FRANCE.
2183
2
fans
être par un ftyle fans nerf , fans phyfionomie
, & fouvent même incorrect .
L'Ouvrage ne fe lit cependant pas
intérêt , foit parce que l'énergie des caractères
, qui perce , pour ainfi dire , à travers
la foiblefle du ftyle , attache , comme
il arrive prefque toujours , malgré leur
atrocité ; foit parce que , dans les circonftances
où nous fommes , l'Hiftoire , quelle
qu'elle foit , nous fourniffant des réflexions
& des comparaifons nouvelles , acquiert
pour nous un degré d'intérêt qu'elle n'a
-jamais eu.
f
PROJET de Légiflation Civile , dans lequel
on fe propofe de fubftituer un Code général
&fimple aux Coutumes nombreuſes
& contradictoires qui régiffent les diverfes
contrées de la France ; dédié à l'Affemblée
Nationale ; par P. PHILIPPEAUX ' ,
Avocat au Préfidial du Mans , avec cotte
Epigraphe :
Salus Populi fuprema Lex efto.
A Paris , chez Cuſſac , Libraire
Palais - Royal.
au
CET Ouvrage , qui fuppofe des recherches
& de la méditation , préfente , dans un
1
K 2
184 MERCURE
tableau méthodique & rapide , les élémens
du Droit Civil fur les perfonnes & les
biens. L'Auteur y difcute les principes du
Droit Coutumier , du Droit Romain & du
Droit général , rapproche toutes ces Loix
incohérentes , fait fentir l'immoralité du
plus grand nombre ; & après être remonté
aux principes du Droit naturel , arrive à
des réfultats conformes à l'efprit de la
nouvelle Conftitution . Dès le mois d'Octobre
1989 , cet Ouvrage fut préfenté à
l'Affemblée Nationale , qui a confacré l'opinion
de l'Auteur fur le Droit de primegéniture
, le partage des ci - devant Fiefs ,
l'abolition des Retraits & du Droit d'Aubaine.
Après avoir démontré dans fon Intro-
-duction l'importance & l'abfolue néceffité
d'un Code Civil uniforme pour toute la
France , il traite dans le I. Livre des perfonnes
, 1. des Citoyens : il propofe pour
la régénération des moeurs un plan motivé
d'éducation nationale ; 2 °. de la Nobleffe :
il s'élève contre l'illuftration par les feuls
droits du fang ; 4º . du Clergé : il infifte fur
la profcription du célibat , & indique d'autres
réformes utiles ; 4°. des Bâtards ; c'eſt
là qu'il indique les fources de dépravation
& leurs antidotes ; s . du Mariage envisagé
comme facrement & comme acte civil :
fous le premier rapport , il traite la queftion
du divorce , qui n'en a jamais été une
د
DE FRANCE. 185
que pour nous ; fous le fecond , il difcute
les règles de la dor , de la communauté
du douaire , & de la puiffance paternelle
, dont il examine les avantages & les
inconvéniens. De ce fujer il paffe à celui
de la majorité légale , & démontre fon importance
chez un Peuple libre que la civilifation
a éloigné des moeurs patriarcales.
Le II . Livre traite de la différence des
biens , de la manière dont ils s'acquièrent &
fe tranfmettent ; 1 ° . de la tranfmiffion par
vente & des preſcriptions à fin de libérer :
à cette occafion , il indique un mode fimple
de purger les hypothèques pour faciliter
les emprunts & favorifer l'Agriculture ; 2 °.
des donations , où il examine leur degré
d'utilité , & ce que doivent être les retranchemens
légitimaires dans divers cas ; 3 °. des
fucceffions directes & collatérales , de celles
entre mari & femme : fur ces matières
compliquées , l'Auteur a eu le fecret do le
rendre fort intelligible ; 4 ° . enfin des fubftitutions
& fucceffions contractualies , que
l'Auteur propofe d'abolir toutes , excepté
la feule que motive l'inconduite des enfans
dilpateurs.
31
186 MERCURE
95
MÉMOIRES intereffans pour fervir à
l'Hiftoire de Frances qu Tableau Hiftorique
Chronologique , Pittorefque
Ecclefiaftique , Civil & Militaire des
Maifons Royales , Châteaux & Parts
des Rois de France ; avec Figures gravées
en taille- douce ; par M. PONCET DE
LA GRAVE , Membre de plufieurs Académies.
Tomes III & IV. Prix , 6 liv.
reliés. A Paris, chez Nyon l'aîné & fils,
Libraires , rue du Jardinet.
CES deux Volumes ont pour objet la
defcription de Saint- Cloud & de fes dépendances.
L'Auteur a raffemblé toutes les pièces
relatives à ſon fujet , parmi lefquelles il a
répandu des anecdotes affez curieufes . Nous
nous contenterons d'en citer une , extraite
d'une lettre de Madame , deuxième
femme & veuve de Monfieur , frère de
Louis XIV.
د م ح ل ا
» La grand'tante de Mylord Hondley
» Mme. du Gourdon , a été ma Dame d'atours
pendant longues années . C'étoit
» une fingulière perfonne ; elle rêvoit con-
» tinuellement. Un jour voulant cacheter
une lettre dans fon lit , elle fit couler la
DE FRANCE. 187
R
و ر
"
"
» cire fur fa cuiffe , & y appliqua le ca-
» chet elle ne fentit qu'alors les douleurs
» de la brûlure , & jeta les hauts cris. Elle
» jouoit fouvent au lit ; alors elle crachoit
fur les draps , & jetoit les dés à terre. Le
foir, quandelle me donnoit ma coiffe pour
» aller à la Cour , elle pofoit toujours fes
gands fur ma tête , & s'enveloppoit les
mains de ma coiffe . Une de fes habitudes
» étoit encore de déboutonner la veſte de
» tout homme à qui elle parloit. Monfieur ,
mon époux , la chargea une fois de dire
quelque chofe de fa part au Capitaine
de fes Gardes , un très grand homme
» nommé le Chevalier de Beuvron. Comme
» elle étoit fort petite , fes mains , qui
n'atteignoient pas à la vefte , n'en défirent
» pas moins d'autres boutons. Le Capitaine
99
>
tout étonné , fauta en arrière en s'écriant :
" Eh, Madame , que me voulez- vous ? Cela
» fit éclater de rire tous ceux qui étoient
dans la falle de Saint-Cloud ".
La dernière moitié du quatrième volume
renferme les defcriptions de Meudon , Ma→
drid , la Muette & la Faifanderie de la porte
de Boulogne.
188 MERCURE
FORMATION de l'Infanterie Françoife ,
plan combiné d'après le génie de la Nation
; par M. D'ANGUY DE LA MÉNAYE ,
ancien Capitaine- Commandant au Régiment
de Baffigny. A Paris , chez Debure
l'aîné , Libr. Hotel Ferrand , rue
Serpente.
DIFFÉRENS Journaux parlèrent de cet Ouvrage
dans le temps qu'il parut : le Journal
Militaire fur-tout en fit la mention la plus
honorable pour l'Auteur , & cita fon plan
comme un des plus utiles à la Conftitution
de l'Armée Françoife . '
Les deux points fur lefquels il croit que
l'Affemblée Nationale a le plus effentiellement
à prononcer , font l'organiſation des
troupes & leur rappel à la difcipline. Il prétend
que
le moyen le plus prompt & le
plus sûr de rétablir la confiance fi néceffaire
entre le Soldat & l'Officier, c'eft de réformer
tous les inftigateurs de troubles , & de charger
les Capitaines du recrutement de leurs
Compagnies , en n'enrôlant que des jeunes
gens non corrompus, & propriétaires autant
DE FRANCE. 189
qu'on pourroit ( 1 ) . On fent quel bien il
réfulteroit de cet intérêt réverfible du Soldat
à fes Chefs , & de ceux - ci à leurs
enfans.
L'autre point recommandé par M. d'Anguy
, c'eft de ne pas entaffer inutilement
les Soldats dans les garnifons , &
de ne pas folder en temps de paix une armée
qui ne fert à rien ; mais il établit des
Compagnies d'auxiliaires non foldés , entreenus
dans l'exercice , qui au befoin dou-
-beroient les défenfeurs de l'Etat.
On eft forcé de renvoyer le Lecteur , pour
les autres articles , à l'Ouvrage même , qui ,
par l'étendue & le développement des principes
approfondis fur le génie national ,
forme un Cours militaire également utile à
P'Officier confommé & au jeune homme
fans expérience.
( 1 ) Chez les Romains , ceux qui n'avoient à
déclarer que leur nom , proletarii capite cenfi .
n'étoient point enrôlés.
:
190 MERCURE
EXPOSÉ des travaux de l'Affemblée
générate des Repréfentans de la Commune
de Paris , depuis le 25 Juillet 1789
jufqu'au mois d'Octobre 1790 , époque
de l'organiſation définitive de la Municipalité
; fait par l'ordre de l'Affemblée ,
& rédigé par M. GODARD , Avoca ,
ancien Président de l'Affemblée des Apréfentans
de la Commune , & imprimé
aux frais des Repréfentans. A Paris ,
chez Lottin , Imprimeur ordinaire de la
Ville , rue St-André- des - Arts. 1790 .
CET Ouvrage , dont le feul titre annonce
fuffifamment l'intérêt , offre de nouvelles
preuves du talent & du civilme de M.
Godard. On a diftingué, comme une pièce
pleine d'éloquence , de nobleffe & dè fermeté
, l'Adreffe à fes Commettans , qu'il
rédigea , au mois d'Avril dernier , au nom
de l'Affemblée des 240 Repréfentans de la
Commune de Paris. Nous voyons avec
plaifir l'opinion publique le défigner aux
Electeurs pour remplir une des places des
Tribunaux de Paris . Celui qui a défendu
avec autant de courage & de fageffe les
Accufés de Dijon , ne peut être qu'un
Juge intègre & éclairé.
•
DE FRANCE. 191
NOTICE S.
De la Deftruction du Régime Féodal , ou Commentaire
fur les nouvelles Loix concernant les
Droits Féodaux , leur rachat & liquidation , les
Droits de Chaffe , les Dixmes inféodées , &c . ;
par M. Garnier , Avocat. In- 12 d'environ 300
pages , fous preffe .
Ouvrage utile à tous les ci - devant Poffeffeurs
de Fiefs , Vallaux & Cenfitaires , aux Corps Adminiftratifs
& Municipaux , chargés de recevoir
le rachat , & de faire la liquidation defdits Droits ,
& aux Juges qui auront à prenoncer fur les conteftations
relatives aux Droits fupprimés ou confervés.
Qu s'infcrit à Paris , chez Royez , Libraire ,
quai des Auguftins , auquel les lettres feront
adreffées franches de port.
La Solitude confidérée relativement à l'esprit &
au caur. Ouvrage traduit de l'allemand de M.
Zimmermann , Confeiller aulique & Médecin de
Sa Majesté Britannique. Par M. J. B. Mercier ,
in- 8 ° . Prix , 3 liv. br. 3 liv . 12 f. franc de port.
A Paris , chez Leroy , Libr. rue St. Jacques.
On lira avec intérêt cet Ouvrage , dont l'original
eft eftimé en Allemagne .
LES Converfations d'Emilie ; se . édition . 2 Vol.
in - 12. Prix , 6 liv, rel. A Paris , chez Belin , Lib.
rue St-Jacques.
Cet Ouvrage eft auffi connu qu'eftimé ; on fair
qu'il a obtenu le Prix d'Utilisé , décerné par l'Académie
Françoife.
192 MERCURE DE FRANCE.
GRAVURES.
-Journée du 6 Odobre I 7 8.9 .
*
La fatisfaction qu'ont témoigné à l'Artifte ( le
Sicur Andrieu toutes les perfonnes qui avoient
fufcrit pour la Médaille du fiége de la Baftille
étant pour lui un encouragement qu'il a ſu apprécier
, il a conçu le projet d'en graver d'autres
de même grandeur , qui représenteront quelquesuns
des évènemens les plus remarquables de la
Révolution. La Médaille qu'il a terminée depuis
celle de la Baftille , & qu'il annonce aujourd'hui ,
cft l'arrivée du Roi à Paris pour y fixer fa demeure
habituelle. Cette Médaille , par fon diamètre
de 35 lignes , a fourni à l'Artifte un champ
affez vafte pour donner à fon fujer le ton pittorefque
qui lui étoit convenable. D'après cela , il
efpère que cette Médaillo ne plaira pas moins
à fes Soufcripteurs & à tout le Public , quercelle
de la Baftille . 1
Elles fe trouvent l'une & l'autre , chez l'Auteur
, maiſon du Libraire , rue des Noyers , n°. 33 .
Chez le Sieur Duprier , Marchand 'd'Estampes ,
rue des Cordeliers , vis-à - vis celle Haute-Feuille.
Et chez le Sieur de la Fontaine , Cifeleur-
Doreur rue > de la Vieille- Monnoie près le:
Pont-Neuf , maifon du Notaire , nº . 22.
Le prix de l'une ou l'autre de ces deux Médailles
, encadrée , eft de 6 livres.
›
1
Les mêmes , dorées , avec leur cadre , l'une
ou l'autre , 9 livres.
TABLE.
Ama Femme."
Difcours patriotique.
Moralité.
Charade , En. Log.
Hiftoire.
157 Projet de Législation. 185
158 Mémoires. 186
162 Formation. 188
163 Exp fé. 190
165 Notices,
195
MERCURE
粤
HISTORIQUE ET POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
-1
£20
POLOG´N E.
De Varsovie , le 9 Septembre 1790.
L'EXÉCUTION du Décret rendu contre
l'ancien Grand Trésorier , Prince Poninski,
s'est faite , le 1. de ce mois , avec
quelques adoucissemens . La Sentence
l'obligeoit à entendre en public la lecture
de l'Arrêt , à être dépouillé de ses
Ordres , et promené dans les principales
rues. Au lieu de ces dispositions ignomi
nieuses , on a permis au Prince de se dépouiller
lui même de ses Ordres , que son
plus jeune fils a rapportés au Roi La
nuit tomboit au moment où on lui a fait
lecture publique de la Sentence , devant
P'Hôtel-der Ville . Le Peuple bien plus inhumain
qu'il n'est juste , le Peuple qui
adoroit le Coupable lorsqu'il étoit puis-
Nº. 40. 2. Octobre 1790. A
(227)
sant , a souillé ce spectacle de ses accla
mations. Immédiatement après , le Prince
, accompagné de l'un de ses fils , s'est
rendu dans une terre , ou il profitera du
délai de quatre semaines qui lui est accordé
avant de sortir du Royaume , pour
mettre ordre à ses affaires. A l'ouverture
de ce procès d'Etat , hous en indiquâmes
l'objet. Pour en perpétuer la mémoire
le Décret qui punit le Prince Poninski
sera inscrit sur un marbre qu'on placera
dans la Salle des Nonces. L'on a aussi
demandé , qu'à côté de ce monument on
en établît un second, qui rappelât le courage
patriotique de feu M. Reytaw ,
Nonce de Novogrodeck , lequel s'opposa
aux funestes projets de la Délégation
dans les fameuses Séances des 19 et 20
Avril 1773.
Les Factions qui divisent la Diète s'animent
de plus en plus . Les Séances
sont rouvertes depuis huit jours. On a
commencé à discuter le nouveau plan
de Gouvernement. Par le premier anticle
, unanimement adopté , la Religión
catholique est reconnue et déclarée
seule dominante : les autres cultes res
tent libres ; mais on a décrété une peine
contre tout Gentilhomme quise rendroit
Protestant. Les opinions n'ont pu
s'accorder sur l'hérédité de la Couronne .
Pour mettre fin à ces dissentimens , on
avoit proposé de consulter les Diétinest
( 3 )
cette motion a fait naître les plus violens
débats ; on n'a pris aucune décision .
En accélérant sa paix particulière
avec la Suède , sans aucune entremise ,
la Cour de Pétersbourg s'est procuré un
moyen d'négocier aussi toute seule avec
la Porte , et d'écarter toute médiation
étrangère. Ce systême , conforme à la
hauteur de ce Cabinet , et au bonheur
de ses destinées , vient de se manifester
dans sa Réponse à la Déclaration de la
Convention de Reichenbach, que lui avoit
faite la Cour de Berlin . L'Impératice a
notifié , à son tour , « qu'Elle termine-
« roit Elle - même ses affaires avec la
<<< Porte , sans l'intervention d'aucune
<< autre Puissance , et qu'Elle se croyoit
« libre de continuer la guerre ou de faire
<<< la Paix , ainsi qu'Elle le jugeroit con-
«< venable. Depuis cette fière décision ,
la Prusse qu'elle n'intimide pas , se prépare
à appuyer les Turcs de la présence
d'une armée de 60 mille hommes sur les
confins de la Livonie : un second Corps
de 25 mille hommes se concentrera dans
la Nouvelle Marche entre Crossen et
Driesen , sous les ordres du Général de
Mollendorff. Le commandement de
toutes ces forces réunies , qu'on porte à
80 mille hommes , est destiné au Duc
régnant de Brunswick. On prépare les
magasins nécessaires dans la Nouvelle
Marche , où s'est rendu le Ministre d'Etat
, Comte de Schulenbourg.
A ij
( 4 )
·
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 13 Septembre.
A l'instant où l'on attendoit le Roi et
LL. MM . Siciliennes à Laxembourg ,
un Courrier , a apporté l'ordre de suspendre
les préparatifs des fêtes qui doivent
suivre le mariage des deux Archiducs.
Ce message a été occasionné par
l'indisposition d'une des Princesses de
Naples , tombée malade à Neustadt où
la Cour est rassemblée . La Reine étoit
partie le 7 pour aller au devant des augustes
Voyageurs.
Le même jour 7 , nous vîmes arriver
ici le Cardinal Bathiany , le Comte
Zichy, le Comte Carely et plusieurs
autres Députés Hongrois , chargés enfin
du Diplome inaugural , qu'on a rédigé
sur les instructions du Chancelier de
Hongrie. Malgré les sollicitations de ce
Royaume , très - vraisemblablement le
Couronnement de S. M. à Bude ne précédera
pas celui de Francfort . La première
réponse du Roi à la grande Députation
, a excité quelques mouvemens
parmi la populace de Bude et de Pest
que les mécontens ont mise en fermentation
; mais la Bourgeoisie ayant pris
les armes , on a bientôt ramené la tranquillité.
Cette réponse de S. M. écrite
de sa main , et adressée au Comte de
( 5 )
grie , Palfy , Chancelier de Hongrie , étoit en
ces termes .
Mon cher Comte Palfy , comme les Députés
ont eu aujourd'hui leur audience , .et /
que je dois partir pour aller à la rencontre
du Roi et de la Reine des deux Siciles ;
vous déclarerez de nouveau et confirmerez
auxdits Députés , en mou nom , qu'il m'a été
agréable de les recevoir , et d'apprendre de
de leur bouche le voeu que forment les Etats ,
de me voir chez eux pour procéder à mou
Couronnement. Vous donnercz à connoître aux
Députés , et par eux aux Etats , que , comme
ils le savent bien eux - mêmes , jusqu'ici le
non-accomplissement de leur vou n'a point
dépendu de moi , ni n'en dépendra encore
à l'avenir , parce que , dès le moment où ,
via legitimæ et immediata successionis , j'ai
commencé à gouverner le Royaume de Hongrie,
j'étois prêt et le suis encore à accepter ,
confirmer par serment , et observer ponctuellement
Diploma Theresianum ou Carolinum
, en changeant seulement , ainsi que
cela s'entend de soi - même , le huitième paragraphe
du dernier , contre le sixième paragraphe
du premier. Vous ajouterez à tout
ceci que je suis fermement et irrévocablement
résolu de prêter la main à ce diplome
et non à aucun autre ; que j'attends sur cela ,
de la part des Etats , une declaration prompte,
dont la qualité me determinera à fixer le
terme pour l'ouverture de la Diète et la cérémonie
du couronnement , s'il est possible ;
avant mon couronnement imperial , ou
prendre d'autres mesures légales.
"
Vienne , le 20 Août 1790.
LEOPOLD.
A iij
( 6 )
dressé au elier
Le Roi a Chancelier Comte de
Colowrath des instructions relatives à la
liberté de la presse . Ce Souverain exige qu'on
r. cherche avee vigilance et qu'on prohibe
la publication de tous les écrits propres à
troubler le repos public , à produire des dissentions
sandaleuses , à soulever contre l'obéissance
due au Prince , de même les ouvrages
contumelieux aux Lois , parce qu'ils
tendent à diminuer l'obéissance des Sujets ,
ei caux qui ont pour objet d'attaquer les principes
de la Religion , la Constitution Ecclesiastique
établie dans ce pays , et d'exposer au
mépris et au ridicule les Ministres de la
Religion .
De Francfort sur le Mein , le 21 Septemb.
L'élection de l'Empereur , d'abord fixée
au 27 , a été remise au 30. On sait que
les suffrages sont unanimes en faveur de
S. M. Apostolique.
Les Troupes Autrichiennes , destinées
pour les Pays - Bassont très- certainement
en marche, puisque la première colonne
descend actuellement le Mein . Elles traversent
les Cercles de Bavière, de Souabe ,
de Franconie , et du Haut-Rhin , auxquels
ont été adressées les Lettres réquisitoriales
de la Cour de Vienne . Leurs
quartiers sont déja préparés dans nos environs.
500 hommes des Troupes d'Anhalt
Zerbst ont passé , le 12 , à Cologne ,
avec 6 pièces de canon et 2 obusiers ,
pour joindre l'Armée Autrichienne dans
le Luxembourg. Ainsi , la farce des Dé(
7 )
magogues Brabancons approche du dénouement
, malgré leurs artifices pour
la prolonger. Une Proclamation récente
du Général de Bender est bien propre à
désenivrer enfin ce Peuple égaré , qui reclame
la Souveraineté et le Gouvernement
à l'instant où il est tombé en démence.
Voici les termes de la Proclamation :
«
Il m'est parvenu que les mal- intertionnés
répandoient de rechef le brait qu'il
ne se trouvoit point de Troupes en marche
de l'Allemagne pour les Pays- Bas , mais que
les troubles se termineroient enfin par la
voie des négociations. "
Les ennemis sé flattent d'avance , nonseulement
d'effrayer nos Troupes par l'augmentation
apparente de leurs hordes , c'està-
dire , par la réunion forcée de quelques
Villageois , mais encore , de leur faire perdre
completement le courage , et de porter à
la desertion ces Troupes , si fideles jusqu'ici ,
en publiant sur- tout , qu'il n'arriveroit point
de secours de l'Allemagne .
"
"}
Quoi que je sois intimement convaincu ,
que des Troupes si courageuses , et qui se
soit autant distinguées par leur fermeté , ne
sont point susceptibles de se laisser effrayer
ni egarer par des bruits si illusoires et si
dénués de sens , je ne puis m'empêcher
de faire connoître de mot à mot , la Depêche
de L. A. R. , datée du 8 , et reçue le 10 de
ce mois , pour compléter la preuve de la
m chanceté et du peu de fondement de ce
bruit.
" Cette Dépêche dit que la volonté invariable
du Roi , est de faire entrer aux
Pays - Bas le Corps d'Armée , dont la marche
A iv
( 8 )
a été intimée dernièrement , et que même
elle doit deja se trouver en ce moment sur
Jes terres de l'Empire ; que S. M. desiroit
cependant , que , pour épargner le sang et
les biens de ses Sujets , ils voulussent se soumettre
à leurlégitime Souverain , avant queson
Armée arrivât dans le Pays ; mais, que si cette
soumission n'avoit pas lieu avant que l'Armée
soit ici , et si les Rebelles ne profitoient point
du laps de temps qu'on leur laissoit encore
pour obtenir grace , et le maintien de leur
Constitution , S. M. étoit fermement résolue
de soutenir ses droits de souveraineté par la
force des armes , et quelque dar qu'il fût
à son coeur de faire verser encore le sang de
ses Sujets, d'obtenir, à main armée, ce qu'Elle
a tenté jusqu'à ce moment avec si peu de
fruit , par sa générosité , son amour pour
P'humanité, et sa bonté ordinairement paternelle.
Luxembourg, le 10 Septembre 1790.
BENDER , Maréchal des Armées.
"3
Le Prince Ferdinand de Rohan , Archevêque
de Cambray , avoit brigué dans
le temps , et sans le moindre succès ,
P'Evêché de Liège ( il est Tréfoncier de
Ja Cathédrale ) . Les circonstances lui
ont paru plus favorables ; il se rendit ,
il y a deux mois dans cette Ville ; il y
flatta les Chefs de la Faction dominante ,
caressa la populace , donna des déjeûnés ,
et par ces moyens de popularité , il est
parvenu à se faire nommer Régent par
les trois Etats , avec une bonne Prébende
. On l'a proclamé le 13 , et le
Peuple , qui le lapidera peut être dans
( 9 ).
kuit jours, si cela convient à ses Directeurs
, lui a prodigué ces stupides acclamations
, qui presque toujours déshonorent
le vrai mérite.
FRANCE.
De Paris , le 29 Septembre.
ASSEMBLÉE NATIONALE.
DU LUNDI 20 SEPTEMBRE.
L'autorisation donnée à la Ville de Chauny
, d'emprunter 8000 liv. , et à Compiègne
d'emprunter 12000 liv. , a précédé un rapport
de M. Vernier , sur les dettes de M. le
Comte d'Artois. Le Rapporteur , considérant
ces dettes comme un engagement du Roi authentiquement
confirmé , et devenu plus sacré
depuis le retrait des Appanages , a proposé
de ne point en charger la Liste civile , et
d'acquitter les Créanciers légitimes du
Prince. Cet avis du Comité des Finances n'a
pas manqué d'exciter les murmures des Galeries
et d'un certain nombre de Membres :
M. Camus leur a servi d'organe. Il a demandéla
preuve des prétendues avances faites
par les Créanciers : « Alors , a- t- il ajouté ,
• trouverons - nous peut- être que nous n'acquitteriors
pas la moitié des dettes de M.
d'Artois ; peut- être encore que les fonds
donnés par le Roi en 1783 n'ont pas servi
à éteindre les dettes de M. d'Artois ; peut-
" être ce qu'on paie à sa Maison chaque semaine
, du Trésor public , ne sert pas à
...cette destination . Puisqu'on veut payer les
dettes d'un PARTICULIER , il faut impri-
М
"
•
"
46
184
Av
( 10 )
་་་
mer les noms de ses Créanciers , et la preuve
de leurs avances . "
Il semble que , lorsqu'à la face du Public ,
on accuse d'infidélité un Particulier , on devroit
se munir d'autres preuves que des
peut- être. M. Malouet a inutilement rappelé
un titre sacré de M. le Comte d'Artois,
auquel le Roi devoit tenir compte de sa part
dans la succession mobiliaire de feu M. le
Dauphin , de la Princesse , fille du premier
lit de ce Prince , de Mde . la Dauphine , de
Louis XV . Les droits de la nature , ni
ceux des Lois n'ont ébranlé les Murmurateurs
, qui par la logique ordinaire ont fait
taire M. Malouet Je préviens le côté
gauche , a- t-il dit , que son despotisme
parviendra peut être à faire taire la Minorité,
mais ne la fera pas frémir
"
: ་ ་
>>
L'Assemblée a décrété l'impression du
Rapport , et les demandes de M. Camus ,
afin de produire l'état actuel de l'actif et
du passif des affaires de M. & Artois.
La Séance a fini par un Rapport de M.
Alexandre de Lameth sur l'avancement militaire
; on retrouvera les principes de ce discours
dans les Décrets qui l'accompagnoient ,
et rendus presque sans aucune discussion .
Nous les transcrirons avec leur suite dans la
Séance suivante.
DU LUNDI. SÉANCE DU SOIR.
Rappeler les Peuples à la Religion , c'est
aujourd'hui commettre un acte de fanatisme.
Nos entendimes , il y a 15 jours à la Tribine
, un Opinant avertir les Prêtres de
cesser de parler de Dieu au Peuple. Aujourd'hui
, M. Boissy d'Anglas a dénoncé
comme incendiaire un Mandement de M. l'Archevêque
de Vienne . Il est en effet très- incendiaire
, car il est sage et pieux. Quelques
Membres révoltés ont repoussé cette délation
dont on vouloit nantir le Comité des Recherches
; elle a été renvoyée à celui des
Rapports. Bientôt il ne sera plus permis de
parler ni d'écrire , si ce n'est dans le sens de
la Révolution.
Pendant la Séance du matin , M. de la
Luzerne avoit envoyé des nouvelles fâcheuses
de Brest ; portées aux trois Comités réunis ,
ils ont fait ce soir leur Rapport ; il repose
principalement sur une Lettre de M. d'Albert
de Rioms , en date du 16 Septembre , dont
voici la substance :
" Hier , à sept heures du soir , un Officier
vint m'annoncer qu'un Matelot du Léopard
avoit tenu des propos séditieux , et avoit insulté
le Major du vaisseau . Je demandai s'il
étoit ivre ; et sur l'affirmative , j'ordonnai
qu'on le conduisit à bord . Un autre Officier ,
bientôt après , m'annonça que l'arrestation de
ce Matelot avoit excité de la fermentation
sur le vaisseau le Patriote , où elle avoit été
faite. Le Patron du canot du vaisseau avoit
montré le plus de chaleur. Je le fis venir
dans la Chambre du Conseil , où il me déclara
que le Matelot n'étoit point coupable ,
et qu'il ne devait pas te puni . J'eus la
force de me contenir. Je lui demandai pour→
quoi il prenoit pour une panition F'ordre que
j'avois donné ; que lui stul étoit coupable ,
et que je me contentois de le renvoyer à son
bord J'avoue cependant que je pensai per dre
patience , lorsqu'il me demanda , si j'assure
Eois ce que je venois de dire. Je lui ordonnai
de se retirer promptemeat , ce qu'il fit , en
me disant que c'etoit au plus fort à faire la
loi; qu'il l'étoit , et que le Matelot ne seroit
1
A vj
( 12 )
-
point puni. Le désordre duroit toujours
à bord du Patriote. M. d'Entrecasteaux - cria
anx séditieux que si cela continuoit , il seroit
forcé de quitter son commandement. Tant
mieux , s'écrierent - ils , vive la nation , les
Aristocrates àla lanterne .. M.d'Entrecasteaux
sortit alors du vaisseau , et je lui permis de
venir à terre , en le chargeant d'informer
la Municipalité de ce qui s'étoit passé. Ce
matin , à huit heures , je me suis transporté
à bord du Patriote : j'ai ordonné que
tous les Officiers se tinssent sur le gaillard
d'arriere ; j'ai fait venir l'équipage , et j'ai
demandé quelle étoit la cause du trouble ;
on a garde le plus profond silence . Je me
suis alors adressé au Patron du canot ; il m'a
répondu qu'on avoit craint que le Matelot
du Léopard ne fût trop sévèrement puni. J'ai
fait venir l'Officier que j'avois chargé de cette
commission ; il a rapporté les faits que je
viens de vous raconter. " Vous voyez, ai je
dit à l'Equipage , que vos craintes etoient
mal fondées. Votre faute , ai - je ajouté au
Patron du canot , est bien plus grave ; vous
avez manqué à votre Capitaine ; vous m'avez
manqué ; je ne puis m'empêcher de vous
envoyer en prison , et je vais vous y envoyer.
Plusieurs voix ont crié : Il n'ira pas, Vous
allez done me désobéir ? Il n'ira
4
-
-
-
pas.
Que ceux qui sont disposés à obéir , se
montrent et levent la main. Personne ne
s'est montré. J'ai dit que j'allois faire part
de leur désobéissance à la Cour. J'ai voulu
auparavant m'informer s'ils avoient à se
plaindre de leur Capitaine ? —Non . — S'ils
seplaignoient de moi ? Non. - S'il avoient
des plaintes à faire contre leurs Officiers ?
Non. Je suis entré dans la Chambre du
( 13 )
Conseil , où j'ai fait entrer les Sergens ; je
leur ai fait observer que l'Equipage les
déshonoroit en se déshonorant lui - même,
Ils ont répondu qu'ils n'étoient pour rien là
dedans. Je leur ai dit qu'ils ne remplissoient
pas tout leur devoir , en observant l'ordre ,
s'ils ne le faisoient pas observer. Je rejoins
mon bord , ai- je continué , afin de leur donner
le temps de revenir sur ce qui s'est passé.
A mon départ , j'ai entendu beaucoup de
cris de vise la Nation , sans rien distinguer
de malhonnête pour moi. L'heure s'écouloit ,
et j'attendois en vain ; je me suis embarqué
dans mon canot pour aller conférer avec M.
Hector. Plusieurs voix ont crié au Patron :
Fais chavirer le canot. Je n'ai pu distinguer
ceux qui se sont rendus coupables de cette
insolence , qui sera sans doute suivie de bien
d'autres. A bord du Majestueux , plusieurs
Soldats ont refusé de faire le service de la
manoeuvre , sans être punis.... En vain je
voudrois persuader aux Officiers que la subordination
règne encore , ma bouche leur
suaderoit al ce que je ne crois pas moimême.
Il n'y a d'espoir absolument que dans
une Commission composée de Membres de
l'Assemblée Natiouale. Les Décrets ne ramèneroient
point l'ordre ; on s'en moqueroit . "
per-
Aux détails de cette lettre , le Rapporteur
a ajouté que la multitude attroupée
devant la Maison de M. de Marigny , Major-
Général de la Marine , avoit dressé une potence
destinée à cet Officier ; il a donné sa
démission .
M. de Montcalm e vu de la liaison entre
l'affaire de St. Domingue et celle de Brest ;
les Membres de l'Assemblée Coloniale étant
arrivés à bord du Léopard.
( 14 )
Le Décret proposé par le Rapporteur , statuoit
l'envoi de deux Commissaires nommés
par le Roi auxquels s'adjoindroient deux
Membres de la Municipalité de Brest . M.
d'Estourmel a remarqué l'inconvenance de
cette clause , puisque la Municipalité ellemême
étoit suspecte . Le choix de deux
Membres du Directoire lui a paru plus sage.
En effet , il y a quatre jours que la Munieipalité
venoit de se rendre coupable d'un
abus d'autorité , de résistance aux ordres du
Roi, et que sa conduite avoit été blâmée
dans l'Assemblée Nonobstant cette considération
, la clause a été jointe au Décret ,
en vertu duquel le Roi est prie de faire poursuivre
et punir les principaux Auteurs de
l'insurrection , et désarmer le Léopard. Les
Membres de l'Assemblée Coloniale arrivés
sur ce bâtiment , et M. de Santo-Domingo
qui avoit pris le commandement de ce vaisseau
, soat mandés à la suite de l'Assemblée
Nationale.
La Séance a fini par une dénonciation
qu'a fait M. de Curt , d'une Lettre attribuée
à M. de Gouy , et ecrite à St. Domingue.
M. de Curt y est inculpé , et elle paroit
tendre à semer l'insurrection contre les Décrets
de l'Assemblée Nationale. Interpelé de
dire , s'il avouoit ou non cette missive , M.
de Gouy commençoit à récriminer contre son
dénonciateur ; M. le Président lui a rappelé
que l'interpellation étoit cathégorique , qu'il
éût à dire oui ou non , mais que l'Assemblée
lui laissoit une certaine latitude. M. de Gouy
a repris :
"
Il me semble , a- t - il dit , que ma réponse
pourroit se réduire à l'examen de ces quatre
questions : Ai- jeécrit la lettre que l'on m'im(
15 )
pute ? à qui ai je adressé cette lettre ? est -ce
à une Assemblée Administrative , ou à un
particulier seulement ? les principes qu'elle
contient sont- ils inconstitutionnels ? en est - il
résulté quelqu'inconvénient , et le décret
rendu par l'Assemblée Générale de St. Domingue
, le28 Mai , a- t - il été motivé sur une
lette qui n'a été reçue que le 16 Juin ?
Mais je ne traiterai point aujourd'hui
ces questions , et je me bornerai à déclarer ,
que j'ai écrit à M. l'Archevêque Thibaud ,
alors simple particulier à St. Domingue , à
l'epoque à peu près de la lettre que l'on m'impute
; que je lui ai fait le récit de ce qui s'etoit
passé au sujet de l'instruction envoyée à St.
Domingue ;
"
Que j'ai pu raconter que-MM . de Lameth
et Gérard avoient demande la question préalable
, sans chercher à leur nuire , parce que
le question préalable n'a rien de criminel en
elle-même ;
40
"
Mais qu'il y auroit de la folie à moi de
désavouer ou d'avouer toutes les expressions
d'une lettre écrite il y a six mois , dont on ne
présente qu'un manuscrit informe , copié sur
un imprimé non authentique , d'après un
extrait qui peut être infidele , jusqu'à ce que
l'on m'ait représenté l'original que j'avouerai
bien hautement , dès que je le verrai revêtu
de ma signature.
"
M. de Gouy a été au Bureau , où il a écrit
et signé sa déclaration .
On a renvoyé la lettre au Comité Colonial.
De MARDI 22 SEPTEMBRE.
Au début de la Séance , M. Heurtault de
Lamerville , l'un des Députés qui ont assisté
( 16 )
hier à la cérémonie du Champ - de - Mars ,
en a fait un rapport noble et touchant.
" Nous avons été conduits , a - t - il dit , à
la place destinée aux Représentans de la Nation
. L'affluence des spectateurs est devenue
immense ; les divers Corps de Troupes se sont
avancés sous nos yeux dans le plus grand
ordre , lesquels se sont formés de même. Le
plus profond silence qui régnoit augmentoit
ce qu'avoit de lugubre la musique et la dé--
coration. Different du grand jour de la Fédération
, celui d'hier avoit comme lui un caractère
bien marqué ; l'us présentant le tableau
de la joie du coeur la plus exaltée ; l'autre
de l'affliction fraternelle qui ne fait que sentir
et pleurer. "
La Me se dite , M. le Commandant de la
Garde Nationale a traversé à pied le champ
de la Fédération , et est venu , accompagné
du Clergé , inviter la Députation de l'Assemblée
Nationale à s'approcher de l'Autel ,
pour rendre les derniers devoirs aux mânes
des généreux Guerriers dont nous voyions la
pompe funéraire.
* Nous nous sommes avancés dans le
champ de la Fédération ; nous sommes montés
à l'Autel qui étoit au pied du Mausolée
entouré de peupliers et de torches funéraires
et de jeunes Soldats de la Garde Nationale qui
sembloient , autour de ce tombeau vénérable ,
prendre la première leçon de mourir pour la
Patrie. "
" La Députation a fait le tour de l'Autel ,
et jeté de l'eau bénite sur le tombeau ;
་་
ز ي
En silence et les yeux mouillés de larmes ,
nous sommes en uite descendus de l'Autel ;
Bous avons été reconduits avec dignité jusqu'à
l'entrée du champ de la Fédération #
( 17 )
et nous nous sommes éloignés en desirant de
ne revoir jamais un spectacle semblable. "
On a repris la suite des articles sur les
règles de l'avancement militaire ; ils ont été
decrétés dans l'ordre suivant , tant hier qu'aujourd'hui,
(
TITRE I. Nomination aux places de Sous-
Officiers.
"
ART. I. L'on comprendra à l'avenir
dans la dénomination de Sous - Officiers dans
l'Infanterie , les Sergens - Majors , les Sergens ,
les Caporaux - Fourriers , et les Caporaux ;
dans la Cavalerie , les Maréchaux - des- Logis
en chef, les Maréchaux - des - Logis , les Brigadiers
-Fourriers , et les Brigadiers.
II. Les Caporaux dans l'Infanterie et les
Brigadiers dans la Cavalerie , présenteront ,
chacun à leur Capitaine , celui des Soldats
ou Cavaliers de leur Compagnie qu'ils jugeront
le plus capable d'étre élevé au grade
de Caporal ou de Brigadier..»
- III. Le Capitaine choisira un Sujet parmi
ceux qui lui auront été présentés.
>>
IV. Il sera formé une liste de tous les
Sujets choisis par les Capitaines.
"
"
V. Lorsqu'il vaquera une place de Caporal
ou de Brigadier dans une Compagnie ,
le Capitaine de cette Compagnie choisira
trois Sujets dans la liste .
21
VI. Parmi ces trois Sujets , le Colonel
choisira celui qui devra remplir la place vacante.
»
VII. Lorsque la liste sera réduite à
moitié , elle sera supprimée , et il en sera
fait une nouvelle en suivant les mêmes procédés.
"
VIIL Lorsqu'il vaquera une place de
( 18 )
Caporal ou de Brigadier Fourrier dans une
Compagnie , le Capitaine de cette Compagnie
choisira , parmi tous les Caporanx ou
Brigadiers , et parmi tous les Soldats ou
Cavaliers du Régiment, ayant au moins deux
ans de service , le Sujet qui devra la remplir.
"
"
IX. Les Sergens-Majors et les Sergens ,
dans l'Infanterie , les Maréchaux - des Logis
en chef , et les Maréchaux - des- Logis , dans
la Cavalerie , présenteront chacun à leur
Capitaine celui des Caporaux ou Brigadiers
qu'ils jugeront le plus convenable d'être élevé
au grade de Sergent ou de Maréchal - des-
Logis. "
X. Le Capitaine choisira un Sujet parmi
ceux qui lui auront été présentés.
་ ་
>>
XI. Il sera formé une liste de tous lés
Sujets choisis par les Capitaines.
u
XII. Lorsqu'il vaquera une place de
Sergent , ou de Maréchal- des- Lagis dans
une Compagnie , le Capitaine de cette Com
pagnie choisira trois Sujets dans la liste.
"
XIII. Parmi ces trois Sujets , le Colonel
choisira celui qui devra occuper la
place vacante. "
K
XIV. Lorsqu'il vaquera une place de
Sergent Major ou de Maréchal - des - Logis en
chef , les Sergens - Majors , et les Maréchauxdes
- Logis en chef du Régiment , présenter
ront chacun pour la remplir , un Sergent ou
Maréchal - des Logis de leur Compagnie , et
'il en sera formé une liste ,
"
XV. Le Capitaine de la Compagnie cù
la place de Sergent Major ou de Maréchaldes
Logis en chef sera vacante , choisira
trois Sujets sur la liste de ceux qui auront
( 19 )
été présentés par les Sergens - Majors ou
Maréchaux des Logis en chef. "
40
XVI, Parmi ces trois Sujets , le Colonel
choisira celui qui devra remplir la place vacante
. "
XVII . Lorsqu'il vaquera une place
d'Adjudant , les Officiers Supérieurs réunis
nommeront , à la pluralité des voix , parmi
tous les Sergens ou Maréchaux - des - Logis
du Régiment , celui qui devra la remplir ;
en cas d'absence des Colonels et des Lieutenans-
Colonels , ils enverront leur suffrage ,
et en cas de partage , la prépondérance est
accordée au Colonel. 39
" XVIII. Les Sergens ou Maréchaux - des-
Logis nommés aux places d'Adjudans concourront
du moment de leur nomination ,
arec les Sous - Lieutenans ( sans cependant
eire brevetés ) pour arriver à la Lieutenance ,
et ils resteront Adjudans jusqu'à ce que leur
ancienneté les y porte. ».
K
·
XIX. Lorsqu'un Sergent ou Maréchaldes-
Logis moins ancien que les Adjudans ,
sera fait Sous Lieutenant , les Adjudans
jouiront en gratification et par supplément
d'appointement , des appointemens du grade
de Sous- Lieutenant . »
TITRE I. Nomination aux places d'Officiers.
"(
ART. I. Il sera pourvu de deux manieres
aux emplois de Sous Lieutenant , lesquels
seront partagés entre les Sujets qui
auront passé par les grades de Soldat . Cavalier
et Sous- Officiers , et ceux qui arriveront
immédiatement au grade d'Officier ,
après avoir subi les examens dont il sera
parlé ci-après . »
. II. Sur quatre places de Sous - Lieute-
"
( 20 )
nant, vacantes par Régiment , il en será donné
une aux Sous- Officiers.
"
"
·
"3
III. Les places de Sous -Lieutenant destinées
aux Sous Officiers , seront données
alternativement à l'ancienneté et au choix. »
IV. L'ancienneté se comptera sur tous
les Sergens et Maréchaux- des - Logis indistinctement
, à compter de leur nomination . "
V. Le choix aura lieu parmi tous les
Sergens ou Maréchaux - des - Logis , et il sera
fait par tous les Officiers et Officiers Supérieurs
à la majorité absolue des suffrages ;
mais l'Officier n'aura voix délibérative que
lorsqu'il aura 24 ans d'âge.
"
"
"}
VI. Quant aux autres places de Sous-
Lieutenans , il y sera pourvu par le concours .
d'apres des examens publics , dont le mode
sera déterminé par un Décret particulier .
"
VII. Les Sous Lieutenans de toutes les
armes , sans aucune exception , parviendront
à leur tour d'ancienneté dans leur Régiment
aux emplois de Lieutenant.
"
DI
VIII. Les Lieutenans de toutes les
armes , sans aucune exception , parviendront
à leur tour d'ancienneté aux emplois de Capitaine.
"
" IX. Les Quartiers-Maîtres seront choisis
par les Conseils d'Administration , à la pluralité
des suffrages . "
X. Les Quartiers -Maîtres pris parmi les
Sous Officiers , auront le rang de Sous - Lieutenans.
Ils conserveront leur rang , s'ils sont
pris parmis les Officiers. "
M
XI. Les Quartiers- Maîtres suivront leur
avancement dans les differens grades pour
le grade seulement , ne pouvant jamais être
Titulaires , ni avoir de commandement , mais
jouissant en gratification , et par supplément
( 21 )
"
d'appointement , de ceux attribués aux différens
grades où les portera leur ancienneté.
XII. On parviendra du grade de Capitaine
à celui de Lieutenant - Colonel par ancienneté
, et par le choix du Roi , ainsi qu'il
va être expliqué.
"
"
XIII . L'avancement aux grades de Lieutenant-
Colonel , soit par ancienneté , soit par
le choix du Roi , sera pendant la paix sur
toute l'arme , et à la guerre le tour d'ancienneté
sera sur le Régiment.
"
" XIV. L'Infanterie Françoise formera une
arme. Les Troupes à cheval indistinctement
formeront une seule arme . L'Artillerie et le
Génie formeront deux armes différentes . »
XV. Sur trois places de Lieutenant- Colonel
vacantes , dans une arme , deux seront
données aux plus anciens Capitaines en activité
dans cette arme , et la troisième par le
choix du Roi , à un Capitaine en activité
dans cette arme depuis deux ans au moins.
Nomination aux places de Colonels .
N
« XVI. On parviendra du grade de Lieutenant
-Colonel à celui de Colonel par ancienneté
et par le choix du Roi , ainsi qu'il va
être expliqué.
"
"
XVII. L'avancement au grade de Colonel
, soit par ancienneté , soit par le choix
du Roi , sera , pendant la paix , sur toute
l'arme ; à la guerre , le tour d'ancienneté sera
sur le Régiment.
"
30
XVIII. Sur trois places de Colonels vacantes
dans une arme , deux seront données
aux plus anciens Lieutenans - Colonels en
activité de l'arme , et le troisième , par le
choix du Roi , à un Lieutenant- Colonel en
( 22 )
4
activité dans cette arme depuis deux ans au
moins. "
Nomination au gade de Maréchal- de- Camp.
XIX. On parviendra du grade de Colonel
à celui de Maréchal - de -Camp , par anciensetë
et par ie choix du Roi , ainsi qu il
va être expliqué.
n
XX. Sur quatre places vacantes dans
le nombre fixé des Maréchaux - de - Camp en
activité , deux seront données aux plus anciéns
Colonels en activité depuis deux ans
au moins. >:
« XXI. Si un Colonel , que son tour d'anciennéte
porteroit au grade de Maréchalde-
Camp , préferoit de se retirer avec ce
grade , il en aur it la liberté , et recevroit la
retraite fixée pour les Colonels ; sans égard
à son grade de Maréchal -de- Camp.
XXII. Le Colonel qui préféreroit se retirer
avec le grade de Maréchal - de - Camp
sans y être employé , ne pourroit néanmoins
faire perdre le tour d'ancienneté à celui qui
le suivroit , et qui , đáns ce cas , seroi : nommé
à la place vacante . "
Nomination au grade de Lieutenant- Général,
XXIII. On parviendra du grade de Maréchal-
de-Camp à celui de Lieutenant - Général
, par ancienneté et par le choix du Roi ,
ainsi qu'il va être expliqué. "
" XXIV . Sur quatre placés vacantes , dans
le nombre fixe de Lieutenans - Généraux en
activité , deux seront données aux plus anciens
Maréchaux -de - Camp ' en activite , et
deux au choix du Roi , à des Maréchauxde
Camp également en activité . »
# XXV . Si un Maréchal -de- Camp , que
( 23 ) .
son tour d'ancienneté porteroit au grade de
Lieutenant -Général , préféroit de se retirer
avec ce grade à y être en activité , il en
auroit la liberté, et percevroit la retraite fixée
pour les Maréchaux - de- Camp , sans égard
cependant à son grade de lieutenant - Gé
neral . »
"
1
XXVI . Le Maréchal de Camp qui préféreroit
se retirer avec le grade de Lieutenant
- Général sans y. être employé , ne pourroit
néanmoins faire perdre le tour d'ancienneté
à celui qui le suivroit , et qui , dans ce
cas , seroit nommé à la place vacante . »
Nomination au grade de Maréchal de France.
"
3
XXVII . Le grade de Maréchal de France
sera conféré par le choix du roi , et de nombre
en sera fixé. }
Ces Décrets terminés , M. de Montcalm a
lu un Projet d'impositions , dans lequel il a
proposé, différentes taxes sur les objets dé
luxe , les chevaux , les voitures , les domestiques
, les spectacles. Lorsque M. l'Abbé
Maury énonça généralement l'importance de
ee genre de taxation , à substituer à celle
qui pèse sur les consommations nécessaires ,
on poussa les hauts oris , on le traita d'incendiaire
et de Conspirateur. M. de Montcalm
a obtenu plus d'indulgence , quoique son
projet soit peu réfléchi En imposant , comme
il l'entend trois millions sur les Spectacles ,
on les feroit bientôt tous fermer, Vingt millions
sur les domestiques eussent été à peine
proposables , il y a dix ans , et c'est au moment
du renversement de toutes les fortunes
qb'on espère ouvrir une semblable source de
revenu ! M. de Montcalm retient 10 pour
cent sur les rentes des Créanciers publics ,
( 24 )
et se procure ainsi 15 millions . Le Controle ,
les Droits Domaniaux , et le Timbre luí
rendent 70 millions. Il évalue ensuite à 80
millions le revenu des Domaines Nationaux ,
et assure au total 568 millions de revenu au
Trésor public , dont les terres supporteroient
un peu plus des deux cinquièmes .
DU MARDI. SÉANCE DỤ, SOIR.
La lecture d'une Lettre de Nantes a instruit
l'Assemblée de l'arrivée de M. de la
Galissonnière , qui commandoit le Léopard,
avant que ce vaisseau eût été enlevé à
St. Marc par l'Assemblée Coloniale. Cet
Officier est débarqué à Nantes , de la corvette
le Serin , avec six Députés du Port-au-
Prince et du Cul - de - Sac , isle de St. Domingue
, lesquels viennent plaider contradictoirement
avec les Membres de l'Assemblée
générale.
M. de Murinais a ensuite donné connoissance
, qu'on avoit envoyé de Paris à Lyon
des Emissaires à un Club affidé , en l'excitant
à réclamer les Assignats ; que non- seulement
on a arraché des signatures , mais
qu'on s'est encore permis d'en apposer de
fausses à une Adresse .
"
" Ce ne sont-là que des jeux d'enfans , a
dit M. l'Abbé Maury. Je suis porteur de
150 Oppositions qui dévoileront toutes ces
" manoeuvres ; je les ferai connoître. Le
eri de l'ordre du jour a prévénu toute recherche
ultérieure.
"
Le Comité Ecclésiastique , avouant la
pauvreté de la plupart des Couvens de Re
ligieuses , a proposé de réduire celles de
Choeur à 600 liv. de pension , et les Soeurs
al
Converses
( 25 )
Converses à 300 liv . MM. Régnault , l'Abbé
de Montesquiou et l'Evêque de Clermont se
sont élevés avec les forces de la justice et
de l'humanité , contre la modicité de ce misérable
traitement. Par amendement , il a
été décidé que son maximum seroit de 700 1.
pour les Religieuses de Choeur , et de 350
pour les Soeurs Converses.
DU MERCREDI 22 SEPTEMBRE.
La première opération importante de la
Séance a été un Décret , par lequel l'Assemblée
Nationale décide de statuer sur diverses
acquisitions domaniales , telles que la cession
des droits utiles du Clermontois , de l'Orient
et des terres de Châtel et Carman , de
la Principauté d'Enrichemont , de l'Hôtel
de la Force , etc. L'Assemblée se réserve
aussi , par le second article , de prononcer
sur les 606000 liv. , de rentes constituées.
à l'Ordre du S. Esprit , quand elle aura
statué sur l'éducation et sur les Ordres de
Chevalerie.
M. le Brun , sur le Rapport de qui ces ,
articles ont été décrétés , les a fait précéder
d'un exposé nerveux et concis de l'Histoire
de nos Finances , et de la dette publique.
Entre plusieurs morceaux frappans de ce
Mémoire , on remarque ce tableau de l'Administration
de l'Abbé Terray.
"
Enfin un homme vint , qui avoit quelque
chose du sens de Sully et de la précision
de Colbert , qui crut comme Colbert et
Sully , que la base de toute finance étoit l'ordre
dans la recette et la dépense ; que le
- grand secret de la finance étoit d'établir le
niveau entre la dépense et la recette . Ses
lumières allerent jusques-là ; son caractère
Nº. 40. 2 Octobre 1790. B
( 26 )
alla plus loin . Dans notre siècle , dans un
siecle où le destin du Royaume roule sur le
pivot du crédit et de l'opinion , il osa frapper
sur la dette et prononcer tine dure ban-'
queroute. Il osa rejeter les anticipations sur
le passé et marquer une ligne entre son Ministère
et les Ministres qui l'avoient précédé.
Il étoit fort des circonstances , fort de nos
alarmes ; il le fut de la soudaineté de ses
opérations ; bientôt les effets n'en furent plus
sentis , et il n'en resta que le souvenir. La
perception se fit , les dépenses furent fidèlement
acquittées ; les Capitaux accumulés
se lassèrent de rester inutiles , et le crédit se
remontra plus fort et plus vigoureux.
33
On a consacré tout le reste de la Séance ,
au projet de Décret proposé par M. Emery,
sur l'organisation et la compétence des Tribunaux
Militaires. Il a été adopté en entier
avec quelques amendemens , et forme un
petit volume , qui absorberoit , et au delà,
tout l'espace de ce Journal . Nous nous bornerons
donc à annoncer qu'il sera établi des
Cours Martiales , chargées de prononcer sur
les crimes et délits militaires , en appliquant
la Loi pénale , après qu'un Juré Militaire
aura prononcé sur le fait. - Les Cours Martiales
seront composées de Commissaires Auditeurs
des Guerres , dont l'ús prendra le
titre de Grand- Juge Militaire. Le tableau
des Jurés sera formé par le Commandant en
Chef, et divisé en sept colonnes relatives
aux divers grades , depuis les Officiers- généraux
jusqu'aux simples Soldats . Il y aura
Juré de l'accusation , et Juré du jugement.
-
Les combinaisons de leur choix , de leur
nombre , de leurs fonctions , sont très-recherchées.
( 27 )
DU JEUDI 13 SEPTEMBRE,
Après la lecture du Procès - verbal , M.
Alexandre de Lameth a proposé trois articles
additionnels à ceux sur l'avancement militaire
on les a decrétés tels qu'ils suivent.
TIT. I. Da Remplacement « ART. I. Le
grade de Major étant supprimé dans la nouvelle
organisation , les Majors prendront le
tairegrade de Lieutenant - Colonel.
" Ne pourront cependant les Majors titu
laires et ceux par Brevet , prendre rang
qu'après les Lieutenans- Colonels titulaires
pour le cenmandement dans les Régimens ;
mais ils prendront rang dans la colonne des
Lieutenans- Colonels , en comptant deux
années de Major pour une.
13.
TIT. H. XV. Les Capi aines de remplacement
pourront , en outre , concourir
avec les Lieutenaus dans les Régimens où
ils sont attachés , pour leur remplacement
aux premieres places de Capitaines en activité
qui viendront àvaquer à la date de leur brevet
de Lieutenant , dans quelqu'arme qu'ils aient
eu ce grade .
Les Officiers de tous grades , de toutes
les armes actuellement en activité , réformés
par la nouvelle organisation , conserveront ,
jusqu'à leur remplacement dans leur grade ,
la moitié des appointemens dont ils jouissent
en ce moment. Si la réforme porte sur
des Officiers parvenus par les grades de Soldats
et de Sous Officiers , ils conserveront ,
jusqu'à leur remplacement , la totalité des
appointeens dont ils jouissent en ce mo
ment. "
1.
Ensuite M. le Chapelier a annonc
Tribune , au nom du Comité di 3
( 28 )
tion , qu'il existoit peu d'objets à décréter
pour l'achèvement de celle - ci , et qu'en arrêtant
le tableau de ce qu'il reste à faire ,
on pourroit indiquer à la Nation le moment
prochain où elle s'assemblera , pour former
la première Législature.
Cette grande e pérance , prise au pied de
la lettre , à valu à M. le Chapelier les acclamations
des Galeries , et l'approbation sincère
de la Minorité. Cette joie cependant
a bientôt diminué à la lecture du Décret
qu'à propose l'Orateur. Il nous a placés au
bout d'une avenue en ligne droite , mais à
perte de vue.
*
Il
D'abord , un Membre de chaque Comité,
sauf de celui des Recherches , sera adjoint
au Comité de Constitution , pour former un
Comité central , où chaque Membre donnera
l'état des travaux à faire par son Comité.
L'Assemblée Nationale suivra invariablement
l'ordre du Tableau , une fois décrété.
sra divisé en deux parties , Constitution et
Finances. Toutes les affaires particulieres
seront renvoyées aux Séances du soir.- Sept
Membres seront adjoints au Comité de Constitution
pour séparer les Décrets Constitutionnels
des Décrets réglémentaires , revi
ser la rédaction, et corriger les erreurs qui.
auroient pu se glisser.
Désirons que ce Plan soit exécuté plus fidèlement
, que ne l'ont été tant de réglemens
et de formes , tombés en désuétude presqu'à
leur naissance . Tant que le Corps législatif
continuera d'être le Conseil universel d'Etat ,
et que l'anarchie lui amènera journellement
une multitude intarissable d'infractions , de
chocs , d'insurrections , de plaintes , de requêtes
, de sentences , de déso res , de dé(
29 )
tails d'administration publique et privée ,
d'exécution générale , particulière et provisoire
, on pourra dire de l'ordre du jour , en
parcourant les tables de matières , hic jacet.
La discussion ayant continué sur la Con
tribution foncière , trois Membres , MM.
Aubry du Bochet , Ramel de Nogaret et Rey,
ont fait entendre leurs idées. Le premier ,
au travers d'une déduction diffuse , et d'éloges
emphatiques donnés à l'Assemblée , a
proposé un Cadastre divisé en autant de
parties que de Départemens : il établit
trois genres de Contributions qu'il nommé
foncière , facultative et industrielle .
4
M. Rey n'a pu achever la lecture de son-
Mémoire , écrit avec ordre , et clarté. In a
très-solidement combattu le Projet du Comité
; l'Assemblée a ordonné l'impression de
son Discours .
DU JEUDI. SÉANCE DU SOIR.
Nous avons fait observer plus d'une fois
les entreprises de differentes Municipalités ,
qui mettant à profit la doctrine anarchique
semée dans le Royaume , désobéissent à l'Assemblée
Nationale , après avoir été encouragées
à désobéir au Roi. La Municipalité de
Corbigny a poussé la hardiesse de l'esprit
d'indépendance , jusqu'à protester contre ua
Décret qui place le Tribunal du District
dans un autre lieu , et eontre l'élection des
Juges dont elle a ordonné la surséance. Le
Directoire du District a approuvé cette conduite
. M. Gossin après avoir rapporté cet
acte d'insubordination , a fait passer un Déeret
qui improuve la Municipalité et le Directoire;
déclare l'Arrêté nul , attentatoire, eté
•
Bing
( 30 )
mande à la Barre le Procureur de la Commune
et le Procureur- Syndie du District .
M. Voidel a dénoncé ensuite la Municipalité
de Soissons , coupable de complaisance
et de facilité pour les excès du
Peuple. La Nation de Soissons crut , le 30
Juillet , devoir retenir 80 muids de bled
achetés pour Metz , menacée de la famine .
Ces grains , disoit- on , sans doute d'après
certaines Feuilles de la Capitale , étoient
enlevés par les Autrichiens. La Municipalité
n'imagina pas d'opposer quelque resistance
à un Peuple Souverain ; elle écrivit ses embarras
au Comité des Recherches qui la
pressa d'exécuter la Loi. Le Peuple s'attrupa
de nouveau et commit de nouveaux excès ;
il étoit aisé de le prevoir. On eut beau lire
le. Décret de l'Assemblée Nationale , et la
lettre du Comité , les séditieux s'en moquèrent
; ils enfermèrent l'Agent de la Vile
de Metz à l'Hôtel de- Ville.
M. Voidel avoit joint à ce récit un projet
de Décret qui a ému M. Robespierre. Cet
honorable Membre n'a pas voulu laisser
parler d'une insurrection , sans lui prêter le
secours de son éloquence. Les alarmes du
Peuple de Soissons lui ont paru très-patriotiques.
Une Municipalité peut- elle exécuter
une Loi contre le voeu du Peuple , qui la
juge contraire au soin de sa subsistance ? des
Soldats Citoyens eussent ils obéi ? On voit
par ces maximes de M. Robespierre , que si
le délit de Soissons ne se repète pas ailleurs ,
ee ne sera pas sa faute.
M. Raderer a vivement combattu cette apologie
, et a fait passer le Décret qui improuve
la Municipalité, et ordonne d'informer contre
les Auteurs de Pémeute.
( 31 )
燙DU VENDREDI 24 SEPTEMBRE,
La question des Assiguats a absorbé la
Séance entière. C'est M. d'Elbecq qui a
rouvert la lice ; mais il s'est à peu près
borné à citer le voeu de Lille , et le résumé
d'un Mémoire très solide de cette Ville manufacturière
, contre l'émission de deux milliards
d'Assignats .
M. Morin a parlé long - temps dans les
mêmes principes , ea mélant l'éloquence au
raisonnement. Il étoit difficile qu'il ne rentrât
pas dans les raisons déja développées ; son
principal mérite a été de les reproduire sous
des rapports encore inaperçus. Le premier , il
a expliqué très -judicieusement la répugnance
du Clergé à voir trocquer les Biens Nationaux
contre des Assignats .
་་ On a répandu dans le public , a -t- il dit ,
que la portion de cette Assemblée , qui paroissoit
contraire à la vente des Biens nationaux
, ne vouloit pas des Assignats , afin d'eluder
un moyen favorable à cette vente . Je doute
que leClergé conserve surses anciennes possessions
une prétention proscrite par la Nation
entière ; mais ce qu'on ne peut pas se cacher,
c'est que le Clergé étant salarié , il doit
craindre , si les Assignats prennent la place
des écus , qu'on ne le paie en papier , ce
qui forceroit ses Membres respectifs à mourir
de faim , ou à vendre pour vivre , les assignats
à perte . Ainsi , la résistance du
Clergé peut avoir pour objet de sauver une
partie de la subsistance des divers salariés ,
dont il partage le sort et dont il court les
chances . 44
Il a conclu à payer la dette exigible en
Delegations nationales de cours libre , et à
Biv
( 32 )
ne créer , au lieu de 800 millions d'assignats ,
comme l'avoit proposé M. Démeunier , que
la quantité de ce Papier nécessaire aux be-
"soins courans ."
Avant que M. Morin eût la parole , M.
de la Galissonnière étoit revenu à cette
émission de 800 millions d'Assignats , et à
des billets de Caisse nationale , pour acquitter
la dette exigible.
M. de Montesquiou , armé de toutes pièces
en faveur des Assignats , a tenu très longtemps
la Tribune. Ce qu'on a dit de plus
spécieux à l'appui de ce systéme , et les réponses
les plus hardies aux objections , forment
l'essence de ce Discours. Il a reçu des
applaudissemens donnés , soit au mérite de
la diction , soit au fond même des raisonnemens
. Si des pétitions de principe presque
continuelles , des conséquences tirées de calculs
faux , des illusions à la place des preuves,
des inconvéniens présens et démontrés , détruits
par des prédictions sur l'avenir , peuvent
déterminer le succès d'une hypothèse ,
nul suffrage n'a dû manquer à M. de Montesquiou
. Le Culte public , a- t- il dit , et les
"
dépenses de l'Etat exigent une Contribu-
» tion annuelle de 500 millions . " ( Les
Charges publiques seront au moins de 700 millions
en temps de paix on l'a démontré article
par article , au moment où M. Vernier
présenta la même illusion . )
L'Opinant a évalué à QUATRE MILLIARDS
les Biens Nationaux ; mais par pure complaisance
, il a retranché un Milliard d'un
trait de plume. Tu dieu ! comme l'on joue
maintenant avec les Milliards . Et quel bel
art que celui de ces chiffres mobiles , dont on
distrait des unités et des zéros à volonté !
( 33 )
Voilà la troisième fois que M. de Montesquiou
nous donne des 3 OU4 milliards : n'auroit- il pas
eu le temps de se décider dans l'intervalle , et
d'opter définitivement ? Les bases de son
calcul sont des évaluations faites par 1200
Municipalités de l'Isle - de-France . Par une
règle de proportion , M. de Montesquiou porte
à 132 millions le revenu total des Biens nationaux
dans le Royaume. Il ne fait pas attion
, qu'en supposant même ces évaluations
bien justes , bien vérifiées , bien authentiques
, des terres dans l'Isle - de - France ont
une valeur très - supérieure à celles des terres
des trois quarts du Royaume. Autant vaudroit
mettre de pair uue maison de campagne
à Saint - Cloud ou à Saint - Denis , avec
une habitation des environs de Saint- Flour
ou de Quimpercorentin . Rien n'est donc plus
vague , plus arbitraire que ces chimériques
calculs de proportion.
En résumant les causes qui suspendent la
circulation de l'argent , M. de Montesquiou
a tout mis en ligne de compte , sauf le discrédit
qui doit tourmenter un Royaume
retourne comme un gand en une année , et
le défaut absolu d'ordre et de force publique.
L'Opinant a eu l'attention delicate de ne
pas toucher à cette corde frémissante ; il se
seroit entaché du titre d'Ennenii de la Révolution
; mais en sauvant sa gloire , il n'a pas
effleuré l'objection terrible que , sans harmonie
, sans Lois affermies , sans Police ,
sans sureté , sans Pouvoirs publics respectés
il n'y a point de crédit ; que sans crédit ,
l'argent se cache et s'enfouit , et qu'enfin
sa rareté et son resserrement doivent en élever
le prix à une hauteur incalculable , au- dessus
Во
( 34 )
"
de celui du Papier- Monnoie : pas une ligne
"dans ce discours qni attaque cette vérité.
Au lieu de la détruire , M. de Montesquiou
s'est jeté dans les prophéties . Il nous
proniis qu'aussitôt ces deux milliards de Papier
en mouvement , ce seroit l'argent qui
viendroit solliciter son échange. Ainsi soit- il.
.
a
A la suite de cette chaîne de paradoxes
et de sophismes , M. de Montesquiou , après
avoir décrié de tout son pouvoir les Quittances
de Finanee , a fini par les admettre
avec les Assignats , dans l'échange des Biens
nationaux.
Avant qu'un nouvel Opinant prît la parole
, M. Regnault - d'Epercy a rapporté , au
nom des Comités de Commerce et d'Agricultore
, l'avis de différentes villes sur les Assignats.
25 contre sept les repoussent : ce
sont les principales villes du Royaume ,
Lyon , Marseille , Rouen , Lille , Nantes ,
le Havre , la Rochelle , Dunkerque , Abbeville
, Elbeuf Reims etc. Bordeaux
"
Rennes , S. Malo , l'Orient , Tours , Auxerre
et Louviers , dont M. Décretot a désavoué
le voeu prétendu , demandent les Assignats .
"
Ce Rapport commençoit , lorsque M. de-
Mirabeau la interrompu , en invoquant la
parole, Cette irrégularité a fait naître un
moment de trouble : le Président ayant prié
ceux qui accordoient la parole à M. de Mira-
Leau de se lever , l'Opinant lui a reproché
de poser astucieusement la question ; enfin
il a obtenu de parler , pour répéter ce qu'il
avoit dit l'autre jour , pour opposer les raisons
aux autorités et affirmer que la crainte
d'une Contre révolution décidoit la Majorité
par - tout , à demander les assignats.
Nous croyons hien , en effet , que la majo
( 35 )
rité indigente à qui le sort de la fortune publique
est indifferent , peut désirer les assi
goats , quand on la soudoie ou qu'on l'égare
pour cela ; mais si la Majorité des 25 principales
Villes de Commerce partageoit ce
vou , comment celui de la Minorité a - t -il
prévalu ? Sortant enfin de cette phraserie ',
M. de Mirabeau a fini par où il auroit pu
Commencer , en avertissant qu'il étoit Porteur
de Pétitions , contraires à celles dont M.
Regnault venoit de rendre compte. A Lyon ,
« à répliqué M. de Murinais , je sais qu'on a
mandié et calqué des signatures particulieres.
Voilà les pétitions dont M. de Mirabeau
est porteur. "
"
་
"
6 .
ས
M. Ansou a ajouté aux sept Villes à Papier-
monnoie , la majorité des Sections et
les six Corps de Paris.
Cet épisode terminé , M. de Beaumelz a
repris la question principale , remanié la défense
enthousiate des Assignats , et conclu
à en créer pour 800 millions , en liquidant
le reste de la dette exigible en Quittances
de Finance."
DOSAMEDI 25 Septembre.
Le Chef d'une des plus célèbres Manufactures
de France , M. Décrétot de Louviers
s'est fait entendre le premier , et a reproduit
le tableau des affreuses conséquences
d'une émission d'Assignats poussée au delà
de 400 millions, Aux raisons déja présentées
, il a joint le poids de sa propre expérience,
des remarques judicieuses , des faits
précieux .
" Les Assignats , a- t-il dit , émis en somme
considérable , perdront nécessairement de
leur valeur, primitive. Déja la crainte de
B vj
( 36 )
cette émission à fait resserrer l'argent , et
augmenter la perte sur les Assignats qui sont
en circulation ; deja cette crainte , comme
vous l'annoncent les Gazettes fait chez
l'Etranger négocier à perte les Le tres dechange
sur Paris ; déja elle a considérablement
influé sur le Change à notre désavantage
; déja elle a fait renchérir les matières
premières , que nous sommes obligés de tire
du dehors ; deja elle a fait suspendre les
ventes d'une grande partie de celles qui sont
en France ; les piastres sont à 51.7 s contre
argent et à 51. 18 s . contre Assignats. Le
vin de Bordeaux est à 200 1. contre argent
et 220 liv . contre Assignats . Ce sont là des
faits , et ces faits prouvent plus que les rai
sonnemens. »
L'Opinant a voté pour un émission de 400
millions d'Assignats , nécessaires aux besoins
publics , et pour liquider la dette exigible
en délégations territoriales , dont l'intérêt
seroit cumulé avec le Capital , à l'acquisition
des Biens Nationaux.
Après un discours très- foible de M. de
Custine en faveur des Assignats , M. Dupont
a paru dans l'arêne , et a fourni sa carrière
avec une supériorité continuelle . Son discours
est , à notre avis , ce qu'il a jamais
rien écrit de mieux . Notions justes , mesure
parfaite dans les idées , netteté constante ,
Varieté de moyens , style plus soigné que
P'Orateur ne l'a quelquefois , noble sans en-
Bure , rapide , purgé de toutes locutions populaires
, il nous est impossible de rapporter ,
même d'extraire cette Opinion de trois heures.
Après avoir détruit les trois suppositions sur
lesquelles on appuyoit le systême des Assigbats
, savoir ; nécessité de payer la dette
( 37 )
exigible ; vente plus utile et plus prompte
de Biens Nationaux ; impuissance prétendue
de la Nation à supporter l'intérêt des Quittances
de Finances , il a dit:
"(
M. Arnaud a fait imprimer le tableau de
quatre marchés éloignés les uns des autres ,
et vous avez vu comment , en 1720 , les grains
augmentèrent au milieu de l'abondance , et
comme ils tombèrent tout- à- coup , lorsque
l'illusion cessée eut fait disparoître la masse
effective. Mon raisonnement n'est donc pas
une hypothèse , c'est un fait dont vos peres
ont été les témoins et les victimes. M. de
Montesquiou , en s'adressant à moi , a nié le
fait futur , malgré l'axiome qui veut que du
fait à la possibilité , la conséquence soit valable.
M. de Montesquiou prétend que ce qui
est arrivé en 1720, ne peut arriver aujourd'hui
parce qu'on ne peut comparer le papier de
ce temps - là à celui qu'on propose d'émettre.
Il se trompe ; car ce fut tant que le papier
dont je parle fut un numéraire réel équivalent
à l'argent , que le prix des grains fut si haut. "
"
L'expérience vous a appris que vos/Assigoats
perdoient 6 pour cent , et l'Arithméque
, la mieux combinée , vous a dit qu'ils
perdront 8 ou 9 fois plus , si la masse en est
décuplée . On peut , dès- à- présent , calculer
combien vos Assignats perdront contre l'argent
, comme on calcule le trop plein d'un
bassin par le diamètre du réservoir. Lorsqu'une
fois la perte qu'ils éprouveront aura
dérangé les calculs de l'Agriculture et du
Commerce , il deviendra impossible que leur
discrédit ne soit pas effrayant . Vous avez
un exemple frappant sous vos yeux . Il y avoit ,
il y a dix ans , dans les Etats Unis d'Amériua
papier hypothèqué , comme celui
que ,
( 38 )
#
que l'on vous propose , sur l'honneur et la
loyauté de la République entiere , et sur une
masse énorme de biens fonds , soutenu de
même par des discours eloquens , par des Décrets
impérieux et par l'importance du salut
de l'Etat. Eh bien malgré tout ce qu'ont fait
le Congrès , Wasington et Francklin , une
paire de botte se vendoit , en papier , 36,000
liv. , et un souper , pour quatre personnes ,
qu'on auroit payé dix ecus , a coûté 50 mille
écus en papier- monnoie. D
" On dit que les Porteurs d'Assignats àcheterout
des Biens Nasionaux ; personne n'achète
; très-peu de Citoyens sont en état d'avoir
des capitaux accumulés. Le moyen des
petits Assignats que l'on a proposé , s'eloigne
encore davantage de ce terme. L'Ouvrier
qui recevroit un Assignat de 6 liv, à la fin de
la semaine , en auroit besoin pour vivre la
semaine suivante. Les Ouvriers , les Manufacturiers
, les Cultivateurs , les Commercans
, les Artistes vendront leurs Assignats
contre des écus , • . c'est-là que les attendent
les Capitalistes spéculateurs . Cette vente se
feroit avec une perte de 50 , peut -être de 75
pour cent. Il faut dire plus completement
la chose. Le projet des Assignats - monnoie ,
n'est autre chose qu'une invention pour mettre
quelques hommes intelligens en pleine
propriété des Biens Nationaux , sans qu'il
leur en coûte rien . Voici le méchanisme de
leur opération . On achète à terme , pour un
million , des effets suspendus , ou des anciennes
actions de la Compagnie des Indes ,
qui perdent 25 pour cent. On porte ces effets
à la Caisse de l'Extraordinaire , on reçoit un
million en Assignats ; à l'échéance du terme
on paie 750 mille livres , et l'on gagne 250
( 39 )
mille livres , que l'on conserve en Assignats.
En faisant trois fois encore cette opération ,
on se trouve posséder un million en Assignats
on souscrit pour l'acquisition des
Biens Nationaux ; et voilà de bons Citoyens
;
qui se glorifient d'avoir fait vendre pour un
million de Biens Nationaux , qui ne leur
coûtent pas un écu .
>>
» L'émission des Assignats n'est point un
plan né dans cette Assemblée. Il a été FORMÉ
PAR DES ETRANGERS (1 ) , occupés à jouer
dans nos fonds publics , qui n'ont rien oublié
pour abuser ceux de nos Collegues , qui ont
la modestie de ne pas s'en rapporter à leurs
propres opinions."
C'est à votre bonne foi , c'est à votre
confiance que j'en appelle. Qui pourroit répondre
des suites d'une émission de deux
milliards d'Assignals , apres avoir fait passer
cette émission funeste sur sa seule opinion ?
Je veux bien , moi , repondre de mon opinion
sur ma tête , sur mon honneur ; et j'en demande
acte à la France , à l'Europe , à la
Patrie , à l'Histoire . S'il y a du doute sur
le succès des Assignats , la cause des Assignats
est perdue : il n'est pas permis de hasarder
le sort de ses Concitoyens , et le devoir
des Législateurs est de prendre le moyen
le plus sûr. »
(1 ) M. Dupont n'avoit pas besoin de les
nommer. Le fléau des Assignats ne sera ni
la première , ni probablement la dernière
calamité dont ces Etrangers auront affligé
la France. L'Orateur vient de donner le
véritable secret de leur spéculation , et l'infame
trafic sur lequel ils pensent élever leur
fortune , à l'aide des Assignats.
( 40 )
ཀྱིཔཡིནཔདེསཡི
Ne créer d'Assignats que pour les besoins
courans , borner la liquidation de la dette
à ce qui est réellement exigible , et l'exécuter
en obligations nationales , telles ont été
les conclusions de M. Dupont.
M. Prugnon qui lui a succédé , s'est joué
de son sujet, en le traitant un peu trop dans
le style d'un Conte de Crebillon .
"
:
Les Domaines Nationaux , a -t- il dit , sont
la dot de la Constitution . Je me refuse
" aux Assignats , comme à l'agonie je me
refuserois à la Médecine expectante... " On
voit dans la conduite de M. Necker un homme
qui connoissoit ce vers , Fata vium invenient....
Si M. d'Autun nous guide , nous verrons arriver
les cacochismes , les mourans , et non
pas les mortels... Si nous remboursons les
rentes constituées , ce sera un jour de fête ..
pour la rue Vivienne , et de deuil pour le
Peuple.... Le temple de Salomon ne se bâtit
pas avec de l'hyssope... La vraie sanction de
vos Papiers - monnoie seroit la confiance publique
malgré nous , celle- ci peut avoir son
veto...Quatre grains d'émétique sauvent un
malade , vingt peurent le tuer. Les Négocians
ont pris 400 millions d'Assignats ; deux
milliards tueront le Commerce ... M. de Montesquiou
vous a montré les Assignats sortant
des Manufactures ; il vous les a montrés allant
de main en main , de Ville en Ville ,
de District en District , jusqu'à ce qu'enfin
ils retournent dans cette Ville , où ils seront
brúlés après avoir servi à la vente des Biens
du Clergé ; c'est - à- dire , qu'après s'être chargés
de toutes nos iniquités à la Bourse , dans
nos Comptoirs et dans nos Villes , ils viendront
les expier par la brûlure , au pied du
grand escalier. "
( 41 )
Cependant , après avoir tiré l'horoscope des
Assignats , M. Prugnon , par amour pour la
diagonale , a demandé que l'on liquidât la
dette exigible , moitié en Papier- monnoie ,
moitié en obligations nationales .
DU SAMEDI . SÉANCE DU SOIR.
Faute d'occupations , de députations , de
lecture d'adresses , de rapports des Comités
des Recherches , on s'est occupé à combler.
l'infortune des Religieuses , ce que M. Treilhard
nomme fixer leur traitement. On sait
comment cet ipitoyable Avocat a traité
les Religieux :les Religieuses n'ont pas trouvé
plus de grace devant lui . Il a fait décréter
ce soir 26 articles. Nous nous bornons aux
principaux le premier tend une amorce
aux Religieuses qui voudront sortir de leurs
Maisons . On leur promet qu'en ce cas , les
Maisons seront aliénées , et les intérêts du
prix employés à augmenter leur traitement.
:
" A compter du 1er Janvier 1799 , Le Traitement
des Religieuses sera acquitté par les
Receveurs de leur District , sur une Quittance
de l'Econome donnée au pied d'un
état contenant le nom de toutes les Religieuses
qui auront déclaré rester , et qui
seront en effet dans la Maison ; ledit état
sera signé des Religieuses , et visé par la
Municipalité. »
"
Les Abbesses perpétuelles et inamovibles
jouiront , savoir , celles dont la maison
n'avoit pas un revenu excédent 10,000 liv.
d'une somme de 1000 liv.; celles dont la
maison avoit un revenu au - dela de 10,000l.
mais moins de 24,000 liv. , d'une somme de
1,500 liv. et celles dont la maison avoit un
revenu excédant 24,000 liv . , d'une somme
(142 )
de 2000 liv , et dans le cas toutefois où
le revenu des maisons ne suiroit pas pour
fournir avec les traitemens ci - dessus , ceux
des Religieuses Choristes, à raison de 700 l.,
et des Soeurs Converses , à raison de 3501 .;
les traitemens des Abbesses éprouveront une
réduction proportionnelle à celles des autres
Religieuses , sauf dans la suite leur complé
ment par la réversibilité des pensions qui
s'éteindront les premieres.
Demeure exceptée du présent artigle l'Abbesse
de Fontevrault qui , en sa qualité de
Chef d'Ordre , jouira du traitement décrété
par l'article XIV du Décret du 24 Juillet.
>>
Les Religieuses sorties de leurs maisons
depuis la publication du Décret du 29 octobre
, et celles qui sortiront avant le premier
Janvier 1791 , pourront recevoir provisoirement
jusqu'à cette époque un secours
qui sera fixé par le Directoire du Département
sur l'avis du Directoire du District
après la demande de la Municipalité.
Les costumes particuliers des Ordres
et Maisons de Religieuses demeurent abolis ,
ainsi qu'il a été décrété pour les costumes
des Ordres de Religieux, »
DU DIMANCHE 26 SEPTEMBRE.
Sur 505 Votans pour la Présidence , M.
Emery a réuni 284 voix , M. Mer in 211 et
dix voix perdues. Les nouveaux Secrétaires
sont MM, Vernier , Begouen et Bouche.
Avant qu'on passât à l'ordre du jour , le
Comité des Finances a requis qu'on autorisât
la Caisse d'Escompte à verser 25 millions
dans le Trésor public , pour achever
le service du mois et commencer celui d'Octobre.
Cette demande a enflammé la colere
( 43 )
un peu criarde de M. Fréteau . Il s'est--opposé
a ces avances exhorbitantes , il a de
inandé les états de recettes et dépenses circonstanciés
; il a pris à partie l'Hôtel des
Monnoies , et a instruit le Public que , malgré
la Fonte de vaisselle , lui M. Fréteau
n'avoit pas reçu dix écus neufs de 1790 .
M. Mirabeau a disserté coutradictoirement
sur les monnoies : et il a promis incessam
ment un Traité de cette matiere , où il
éclairciroit la matière , et feroit connoître les
principes , comme il l'a fait sur tous autres
sujets .
Bref, on s'est réduit à accorder dix millions
sur la signature de l'Ordonnateur du
Trésor public.
M. Le Coulteux a recommencé la discussion
des Assignats monnoie , auxquels il, à
été absolument contraire ,, en bornant la
nouvelle émission à 400 millions.
pour
M. de Montlauzier a suivi M. le Coulteur,
en poussant encore plus loin l'aversion
les Assignats : il s'est opposé à toute émission
nouvelle , et a conclu à une Commission
des Créanciers publics , qui travaillât avee
un Comité de l'Assemblée Nationale , et à
laquelle on adjugeroit ensuite une masse
de biens égale à celle de la dette exigible .
Son discours nerveux et trop chargé de
comparaisons , a été plusieurs fois intersompu
par des éclats de rire qai ont dégénéré
en emportemens , lorsque l'Opinant a
dit : Vous avez entraîné comme un torrent
nos antiques institutions , nos loix , nos
usages ; mais souvenez -vous que le torrent ,
aprés avoir entraîné les montagnes , s'abime
« lui- même et se perd dans les sables qu'il
"
"
n
" a amoncelés. 12
( 44 )
Samedi dernier , au sortir de la Séance,
où M. Dupont avoit traité avec
talent et solidité la question des Assignats-
Monnoie , la multitude qui garnit
les environs de la Salle , du côté des
Tuileries , prodigua ses acclamations à
quelques Députés du Club des Jacobins.
M. Dupont ayant paru ensuite , cette
tourbe l'entoura en lui demandant s'il
avoit parlé contre les Assignats. Qui ;
sans doute , répondit - il , avec fermeté ,
vous ne savez ce que vous demandez ,
si l'on vous donnoit des Assignats ,
vous payeriez lepain six sols . Il n'avoit
pas achevé , qu'il fut livré aux huées de
la tourbe ; elle l'environna , le pressa ,
et le poussa jusques vers le bassin , dans
le but , disoient ces satellites de la liberté,
de lui faire prendre un bain froid. La
Garde accourut , et le délivra.
Depuis la question du Veto jusqu'à
celle des Assignats d'aujourd'hui , nous
avons vu se répéter la même manoeuvre.
Lorsqu'on agitoit à Versailles ce problême
de la négative Royale , des auxiliaires
ambulans , des valets chassés de
chez leurs Maîtres , des Déserteurs , des
Femmes en haillons , insultoient les Députés
favorables à la négative absolue ,
les menaçoient de la Lanterne , leur
portoient le poingt sous le nez , comme
j'en ai été témoin . On inscrivoit dans la
Salle même les noms des défenseurs du
Veto ; ces listes étoient remises à la
( 45 )
populace ; elles devenoient entre ses
mains des tablettes de proscription . -On
frémit de se rappeler ce qui se préparoit
à Paris , et l'espèce de nouveaux venus
qui couvroient le chemin de Versailles ,
à l'instant où l'on débattoit dans l'As
semblée , si le Roi auroit ou non le droit
de remontrer, avant d'accepter la Constitution
. Personne n'a oublié les scènes
du mois d'Avril et du mois de Mai. Ce
seroit trop présumer de la nature humaine
de penser que ces menaces et
ces fureurs n'influent pas sur les délibérations
des hommes foibles . Si cette
tyrannie dont le long Parlement se servit
avec habileté sous Charles I, pour dominer
les esprits , et les pousser au
crime par la terreur, continuoit , eroiton
que les Provinces ne finiroient pas
par demander qu'on transférât le Siège
de l'Assemblée Nationale ? Paris seroit
donc sacrifié aux manoeuvres de quelques
factieux , et à ce ramas de Motionnaires
perturbateurs qui , à l'exemple des satellites
de Néron , désignent de la mort
les Citoyens qui n'applaudissent pas à
leurs idoles . Ces groupes , qui se nom
ment la Nation , sont formés de 5 à
600 Acteurs permanens , parmi lesquels
se trouvent toujours des harangueurs en
titre , et des Chefs d'émeute . Dans les
grandes occasions , le Palais- Royal et les
Greniers fournissent des renforts.
( 46 )
Deux Criminels de Lèse - Nation ont
échappé dernièrement aux Comités des
Recherches , et ont été sauvés par la
Justice légale ; l'un est M. Snleau , Avocat
, détenu , persécuté , interrogé pour
une brochure , comme on eût interrogé
Ravaillac , et que le Châtelet a déchargé
de toute accusation , avec affiche
de l'Arrêt,
L'autre est M. l'Evêque de Treguier,
calomnié , persécuté indignement
traîné de son Diocèse à Paris , pour y
subir une procédure criminelle. Le Châtelet
a rendu , le 13 , l'Arrêt suivant en
sa faveur.
་་« Nous , après qu'il en a été délibéré , la
Compagnie assemblée par Jugement en dernier
ressort , déchargeons la Partie de de
Bruge des plainte et accusation contre elle
intentées à la requête de M. le Procureur du
Roi. Permettons à ladite Partie de de Bruge
de faire imprimer , afficher le présent Jugement
, tant à Paris qu'en la ville de Tréguier
, et par-tout où elle avisera . »
Jusqu'ici , la Suisse a été préservée
de l'esprit de licence qui , fondant sur le
črime une liberté qui ne conviendroit
qu'à des scélérats , tend à violer tous les
droits , à renverser toutes les Lois , fouler
aux pieds tous les dévoirs , et à livrer
les Peoples aux horreurs de la discorde
et de l'anarchie . Il les rallie à l'enseigne
hypocrite d'une égalité absolue ,
( 47 )
qui n'exista , ni n'existera dans la Sociét " ,
pas plus qu'elle n'existe dans la nature.
Néanmoins il est impossible que cette
charlatanerie politique , arme offensive .
des Factieux qui élèvent leur autorité ,'
sur la ruine de celle des Gouverne
mens légitimes , ne rencontre partout
des ignorans à égarer , des ames
foibles à séduire , des étourdiş à enivrer ,
des hommes pervers ou passionnés à
mettre en activité . La partie de la Suisse
qui touche la France , où l'on parlé notre
langue , et où les esprits manquent du
phlegme et de l'esprit de réflexion qui
Caractériseles Suisses Allemands , a recu
quelques étincelles du Volcan , qui brûlera
bientôt le Royaume jusqu'à ses entrailles.
Des Propagateurs de révolte ,'
clandestinement répandus dans cette
superbe contrée , où la nature semble
avoir placé le siège de la paix , des incimations
douces , d'une liberté tranquille
et du bonheur ; des Ecrits incendiaires
faits à Paris et envoyés de Paris ;
des exhortations , des promesses , des
offres , des conseils de sang , des invitations
à se régénérer par des meurtres
et des voli, et à s'assurer ensuite l'im
plinité , comme Avignon , en offrant de
s'incorporer àla République Françoise;
telles ont été les indignes manoeuvres
ár lesquelles on a cherché , et l'on
cherche encore à travailler le Pays de
Vaud dans le sens de la Révolution,
( 48 )
Elles devoient entraîner peu de Prosélytes
vers des opinions , propagées par
des moyens si vils , et qui , fussent-elles
vraies et salutaires , sont absolument .
inapplicables aux Habitans du Canton
de Berne . Ils ont du sens , de la probité
et l'expérience de trois siècles , durant
lesquels ils offrirent le modèle du Peuple
de l'Europe le plus digne d'envie et le
plus envié. Nul Gouvernement n'a assuré
aux Sujets , avec autant de persévérance ,
le maintien de ces trois grands pivots
de la Liberté Sociale , fortune , paix et
sureté.
Mais les maximes anarchiques , remuent
les esprits inquiets , là ou l'inquiétude
n'a même point d'objet ; les intérêts
personnels contrariés , les prétentions.
déconcertées , les mécontentemens exagérés
, et les illusions de la vanité. On rencontre
cesfoiblesses dans les Etats libres ,
comme dans les Etats opprimés . Des
Intrigans s'emparent de ces levains , ils les
exaltent en y mêlant leurs poisons : ils
flattent l'ambition , ils encensent la sottise
, ils se font aider par les Importans.
La foule des dupes suit bientôt leur cor
tège , et tel qui n'avoit cru , en commençant
, que travailler à la réforme d'un
abus , finit par devenir parricide envers.
sa Patrie , et par concourir à sa ruine .
La sagesse des Suisses du canton de
Berne , la fermeté et la justice du Gouvernement
préviendront les effets de
celte
( 49 )
eette conjuration étrangère , et le petit
nombre de ceux à qui des intentions
droites ont pu déguiser le piége tendu
à leur patriotisme , ne tarderont pas
à frémir du rôle auquel on les destine
à leur inscu. Pour détromper le Public
des faussetés qu'ont répandues artificieusement
diverses Feuilles publiques ,
sur les dispositions du Pays de Vaud
nous allons faire connoître une Lettre
importante qui nous a été adressée à
ce sujet , par le descendant d'un des
Fondateurs de la Liberté Helvétique .
"
Paris , co 28 Septembre 1790 .
Je lis , Monsieur , dans plusieurs Journaux
de cette Capitale , des récits qu'on fait
venir de Canton de Berne , et qui , sous l'air
de l'extravagance , cachent un but très- profond
. Ces Feuilles , et en particulier la Gazette
Universelle , ont à leurs ordres des Lettres
de Vevay , de Lausanne , du Pays de
Vaud , où on leur apprend que le Peuple
s'éclaire , s'échauffe , se soulève ; qu'on espere
qu'avant peu nous serons dans une situation
aussi florissante que la France ; qu'on s'y
armera les uns contre les autres ; qu'on y
disputera avec le feu et la bayonnette sur
les Droits de l'homme , suivant les grands
principes. "
"" Ces informations ressemblent à celles
dont M. Dupont parloit l'autre jour à l'Assemblée
Nationale . Pour produire une émeute
, disoit- il , on avertit à l'avance qu'un tel
jour il y aura explosion : les brigands accourent
à cette annonce dans l'espoir d'un
No. 40. 2 Octobre 1790.
"
C
( 50 )
coup de main , et ils réalisent le désordre , auquel
nul n'auroit pensé , sans l'avertissement.
De même , vos Gazettes , en imagisant partout
des soulèvemens , n'ont d'autre dessein
que d'en produire , et d'en donner l'envie
aux Amateurs , en celébrant ce réveil de la
Liberté assoupie.
"(
"
Tout ce qu'elles rapportent des mouvemens
du Pays de Vaud , est une exagération
ridicule. Elles calomnient le Peuple de ce
Pays , et calomnient le Gouvernement , en
en imposant aux ignorans sur les causes de
cette fermentation partielle .
"
"}
La Révolution de la France n'a produit ,
pendant un an , d'autre effet en Suisse , que
de l'horreur pour les brigandages qui se commettoient
dans les Provinces voisines "
dont les victimes , quittant leurs demeures
incendiées et leurs propriétés dévastées , venoient
chercher un asyle parmi nous . On
leur a donné l'hospitalité , comme on l'eût
donnée à leurs Oppresseurs , s'ils eussent été
opprimés , comme on la donna aux Infortanés
échappés aux Dragonades du dernier
siècle , et cela parce que nous n'avons pas
encore renoncé à tout sentiment d'honneur ,
de morale et de genérosité. »
"«
C'est depuis quatre ou cinq mois que
des Emissaires actifs , des Conventicules préparés
du dehors , et quelques Libelles , ont
fait naître en trois ou quatre Villes seulement
, une effervescence que le reste du pays
a été bien éloigné de partager. Les gens de
la campagne , qui forment presque toute la
population du pays , pleins d'un attachement
juste envers le Gouvernement , dont
ils ne cessent d'éprouver les bienfaits et la
protection utélane , se sont gardés des insi(
51 )
nuations perfides , par lesquelles on a tâché
de soulever les Villages . Ils ne paient aucun
impôt territorial , excepte la dime , qu'ils
payoient avant d'appartenir au Canton de
Berne. Les imposteurs , qui couroient de
lieu en lieu pour les échauffer , leur disoient
que cet impôt etoit aboli en France , sans
Teur dire en même temps qu'il serait remplacé
par un autre. Is leur parloient de
l'abolition des droits féodaux , en leur cachant
que ces mêmes dr its utiles étoient seulement
rachetables , et rigoureusement payables
jusqu'au rochat. »
་ ་
Une réclamation au sujet de l'égale
admissibilité aux grades , dans le Régiment
Bernois d'Ernst , au service de France , a
été l'incident , auquel les Motears secrets ,
dirigés par leurs Conseils étrangers , se sont
attachés. Cette demande qu'appuyoient des
raisons d'équité , que le Gouvernement n'avoit
aucun intérêt à méconnoitre , on a tenté
de la transformer en plainte, publique , et
de l'afficher par un éclat pour opérer une
fermentation . Quelques . Villes ont adhéré à
cette Petition ; les plus considerables du pays
s'y sont refusees . L'une des premieres s'etant
avisée de vouloir mont: er de l'esprit en parlant
dans sa Pétition des Droits de l'homme ,
le Gouvernement , qui ne doit reconnoître
d'autres droits que ceux des Lois sages , sous
lesquelles la Contrée a vécu volontairement .
libre et florissante depuis troissiècles , a mandé
quatre Membres de cette Municipalité , et a
fait biffer de leurs registres , cette incartade
puérile. Voilà , Monsieur , à quoi se sont réduites
jusqu'à présent , les révoltes dont se
glorifient vos Gazettes .
"
" Leurs calomnies sur le Gouvernement de
Gij
( 52 )
Berne décèlent l'ignorance la plus grossière.
Elles parlent d'impositions levées contre les
droits du Pays ; et au lieu de vous énumérer
ces taxes illégales , on vous cite la contribution
des grands chemins. Vos Folliculaires
entendent apparemment qu'il seroit plus
utile aux Habitans d'être privés des grandes
routes. Cette cotisation locale pour les chemins
, sans lesquels , il n'y auroit ni commerce
, ni communication , ni ventes de
denrées est tellement misérable " que
sans les secours du Gouvernement , son objet
seroit bien loin d'être rempli. C'est donc
des remercimens et non des reproches que
le Pays doit au Souverain . La Ville qui a
le plus profité de la construction des routes ,
de leur entretien , des bienfaits du Gouver
nement , envert son commerce est celle qui
s'est livrée avec le plus d'irréflexion aux
intrigues de quelques Esprits tracassiers . »
"3
Quant à l'insurrection de quelques Villages
du bas Valais , que vos Feuillistes dépeignent
avec tant de magnificence , je les
prie d'aller sur les lieux , et d'y confronter
feurs relations : ils apprendront du moins la
Géographie. Le Canton de Berne , garant
de la Constitution du Valais , porterà sans
doute dans la médiation de ces différends ,
l'esprit de justice , combiné avec la fermeté
nécessaire. Il a porté un détachement sur
la frontière , et en écoutant les plaintes justes ,
fl réprimera les violences criminelles . "
« Au reste , sa conduite n'a pas besoin
d'apologistes , et peut être sans risque abandonnée
à vos Docteurs en anarchie . Il préservera
son Peuple des fléaux qui l'entourent ,
et dont on le menace : il empêchera efficacement
, que cette terre de concorde et de
( 53 )
felicité soit plongée dans les calamités des
factions , du fanatisme, et du brigandage ,
pour servir les intérêts de quelques Démagogues
, et faire réussir les préceptes de
quelques Ecrivailleurs. "
་་"
On va foriner dans ce but , divers petits
camps qui éloigneront les Missionnaires ambulans
, les brigands étrangers , les pertur
bateurs de la liberté et de la paix publiques.
Ces camps seront founés par des Volontaires,
Vos Folliculaires affirment qu'on les force :
je leur donne le démenti le plus solennel ,
et les affiche calomniateurs . Quiconque a
la moindre idée du pays , sait que le Gouvernement
n'a d'autres Troupes que les
Milices Nationales. Avec quelle armée les
forceroit-il donc à l'obéissance ? ",
Vous jugerez , Monsieur , de la confianee
que le Gouvernement met dans la fidélité
et le patriotisme des Citoyens , par la Proclamation
suivante , qui a été publiée aw
commencement du mois . "
Je suis , etc. DE D .... Capitaine au Régiment
de....
Nous , l'Advoyer , Petit et Grand Conseils
de Ville et République de Berne , à tous les
Nobles , nos chers et féaux Vassaux , Corps
de Ville , Communautés , Bourgeois et autres
Sujets de notre Pays - de - Vaud ; Salut ! »
Instruits desintentions perfides de quelques
hommes audacieux , qui par de sourdes
menées et des écrits incendiaires s'eforcent
de propager par- tout la discorde et l'esprit'
de rebellion , et de briser tous les liens qui
unissent les Peuples aux Souverains qui les
gouvernent ; notre vigilance , et sur - tout
Cuj
1
( 54 )
votre fidélité , opposeront à leurs funestes
projets un obstacle invincible. "
"
Tous les moyens qui seront en notre pou--
voir , nous les emploierons pour vous conserver
les biens inestimables de la paix et
de l'ordre public ; mais le moyen auquel
Dous recourons avec le plus d'empressement ,
c'est votre patriotisme.
"}
Nous aimons à nous persuader , que voas
repousserez avec indignation tous les efforts
qu'on pourroit tenter pour étendre parmi
Vous les troubles qui agitent en ce moment
differens Etats de l'Europe . Pour vous en garantir
, il vous suffira de vous rappeler le
bonheur dont vous jouissez.
Soit que vous je iez vos regards sur le
pas é , soit que vous les portiez autour de
votre Patrie , vous ne pouvez trouver que des
-motifs de bénir la Providence. »
Bientôt trois siècles se seront écoulés
depuis que le Pays- de - Vaud fait partie du
territoire de la République , et pendant un si
grand nombre d'années le fléau de la guerre
n'a jamais approché de vos demeures »
Nulle part il est moins difficile de résister
aux abus de l'autorité , et plus aisé
d'obtenir la protection des lois . Nulle parts
l'homme foible, doit moins se flatter de l'indulgence
des Magistrats ; et s'il étoit des
faveurs qu'ils pussent concilier avec le devoir
d'être jusies envers tous , ce seroit le
pauvre qui auroit le droit de les expérer.
» Le Gouvernement de la Rupublique
est un Gouvernement paternel , qui ne leve
pas d'impôts ; car ce nom ne sauroit être
donné à des cotisations locales et momentanées
appliquées à des travaux , immédiatement
utiles à ceux qui les paieat , et qui s'oc(
55 )
cupeavec une tendre soilicitude de tout ce qui
peut intéresser le bien général , lié au respect
de la liberté personnelle , à la garantie
de toutes les propriétés , à l'egalité de tous
les hommes en présence de la justice , et à
l'uniformité des lo´s pour toutes les classes de
Citoyens
»
Tout changement seroit donc inutile ,
s'il pouvoit n'être pas funeste : et comment
espérer qu'il ne le seroit pas ?
"
Qu'en d'autres pays ont ait fouillé dans
les tenebres de l'histoire , pour y chercher
des titres ou des usages inapplicables à la
sitution présente ; qu'on se soit exposé à
toutes les incertitudes de la raison , pour
découvrir les moyens d'améliorer son sort.
Mais que dans celui où l'on jouit de tant d'avantages
, on voalút s'exposer au danger de
les perdre , pour atteindre une perfection
chimérique , qu'on voulût risquer le repos et
la fortune de ses pères et de ses enfans , et
appeler dans des lieux si long - temps paisibles
tous les désordres de l'anarchie , non , chers
et fideles Sujets , nous ne saurions en concevoir
la possibilité ! »
-
› « Eu vain , les ennemis de votre repos
prennent is pour prétexte l'amélioration de
vot e sort. C'est le desir de la nouveauté , ce
sont des motifs e des projets plus crimineis
encore qui les animent . Aussi l'Histoire
nous apprend , que dans ces grandes et importantes
querelles sur les formes de Gouverpement
, le principal mobile a toujours
été Torgueil de quelques hommes avides du
Pouvoir , et que toujours le Peuple qu'ils
avengioient par de fausses promesses , a été
le jouet de leurs intrigues , et la victime de
leur ambition. "
Civ
( 56 ).
" Le meillear de tous les Gouvernemens
est sans doute celui qui contribue le plus à la
félicité générale . - Ceprincipe , nous ne craignons
pas de vous le rappeler , puisque nous
l'avons toujours pris pour guide , et qu'il doit
Rous assurer votre amour et votre reconnoissance
. "
24
Si nous tâchons de vous prémunir contre
les piéges qu'on pourroit vous tendre , n'imputez
pas nos efforts au seul sentiment de
nos droits , mais bien plutôt à l'affection que
Bous vous avons toujours portée , et à la conviction
intime de cette grande verite , démontrée
par l'expérience de tous les temps ,
que le plus grand malheur dont le Ciel paisse
affliger un Peuple qui n'est pas opprimé , est
de lui inspirer le desir de changer son état
politiqne.
"
N
Quand un Gouvernement présente en sa
faveur près de trois siècles de prospérité , il
n'y a que la témérité la plus insensée et la
plus coupable qui puisse lui préférer des spéculations
vagues et incertaines , et se jouer
ainsi du sort de la génération présente et de
celles qui doivent la suivre.Et le soin de
réprimer cette témérité criminelle est pour
un Souverain , qui chérit ses Sujets , le plus
sacré de tous les devoirs . "
44 A ces causes vu un imprimé intitulé :
Aux Habitans du Cunton de Berné ; plus un
autre imprimé intitulé : Leure aux Villes ,
Bourgs et Villages de la Suisse ; signé par
ordre des Patriotes Suisses résidans à Paris
et aux environs , par Chaperon , Président ;
Connus et Gremion , Secrétaires à Paris ,
16 Août 1790 , et plusieurs écrits , qui sous
diverses formes et dénominations tendent
( 57 )
à soulever les Peuples contre le Gouvernes
ment. "
"( Informés en outre qu'on se prépare à en
répandre d'autres encore parmi vous dans
le même but , et que nombre d'émissaires
sont chargés du soin de précher par- tout des
principes de révolte et de sédition .
" Nous défendons d'introduire et de distribuer
dans nos Pays les susdits libelles ,
et tous autres pareils ouvrages incendiaires ,
imprimés ou inanuscrits. "
"
Enjoignons à tous ceux qui en auroient
reçu cu en recevroient , de les remettre sans
délai à nos Baillifs , et de leur dénoncer les
Enissaires ,soit étrangers , soit de notre Pays ,
qu'ils sauroient avec certitude travailler à
séduire nos fidèles Sujets ; leur promettant le
secret et des récompenses proportionnées à
l'importance de leur dénonciation.
" Mandons et ordonnons à nos Baillifs ,
Vassaux , Châtelains , Lieutenans , Secré→
taires , Justiciers , Curiaux , Officiers et
autres , de quelle qualité et condition qu'ils
soient , qui ont charge de nous par le Serment
qu'ils nous ont prêté , de veiller à l'exécution
de cette Ordonnance , et de s'y conformer
eux-mêmes.
"0
Le tout sous les peines à décerner suivant
l'exigence du fait , par jugement de notre
Petit- Conseil , contre les auteurs de ces criminelles
entreprises , contre leurs fauteurs et
leurs complices.
»
Donné le 3 de Septembre 1790.
Signé, Chancellerie de Berne .
"
La Procédure criminelle du Châtelet
sur les forfaits du mois d'Octobre 1789 ,
remplit au delà de 500 pages , et com-
Co
( 58 )
prend , ainsi que nous l'avons dit , 393
dépositions. Deux cents de ces témoi
gnages sont vagues , insignifians ou nuls.
Cinquante environ porient les traces de
la peur , de la lâcheté , quelques - uns de
l'audace , plusieurs d'une circonspection
louable.
120 dépositions forment un Corps important
d'instruction , soit pour les Juges ,
soit pour l'Histoire. Parmi ces témoins ,
il s'en trouve de tout état , depuis des
Femmes du Peuple jusqu'à des Hommes
décorés , depuis des Soldats jusqu'à des
Généraux . On remarque dans ce nombre
des Députés de tous les Partis , excepté
du Parti Archi -Démocratique : les Membres
de cette Faction qui se sont fait
entendre , s'accordent à peu près tous à
dire qu'ils n'ont rien vu ni rien su . En
lisant quelques-unes de leurs dépositions ,
on croiroit que les événemens du 5 et
du 6 Octobre sont arrivés dans la Lune ,
et que la vue en a échappé à ceux qui
n'étoient pas au Télescope d'Herschel .
On doit observer encore que , parmi
les dépositions essentielles , se trouvent
celles de Députés qui , dès l'ouverture
des Etats Généraux , ont marché sur une
ligne inaltérable , entre les excès et les
exagérations . Tels sont MM . Bergasse ,
Mounier , Malouet , Redon , Henri de
Longuève , Taillardat de la Maisonneuve,
Dufraisse, Faydel, Guillermy ,
;
( 59 )
Deschamps , etc. Tous Membres des
Communes , à l'exception du dernier .
M. de Mirabeau sè vanta , il y a 15
jours , de faire sauver les témoins ; hardiesse
qui prouve qu'il ne les connoissoit
pas .
Nous analyserons cet épouvantable
Recueil , dans le rapport de l'Histoire ,
et non d'un Procès criminel . Une curiosité
maligne ou la haine de Parti peuvent
chercher des Coupables, là où on ne
trouve encore que des Accusés . Nous
écarterous ces préjugés ; un sentingent
plus profond , plus pénible , préoccupe
l'honime de bien à cette lecture. Il voudroit
douter d'une férocité si humiliante
pour la nature humaine , il frémit de la
rapprocher de ses motifs , il est pénétré
d'horreur en en considérant les objets.
La légéreté avec laquelle une classe
très-nombreuse du Public a reçu et jugé
cette Procédure , est un signe effrayant
de la dépravation publique. Nous som
mes familiarisés avec les forfaits , et les
monstres ne nous frappent plus que sur
les théâtres.
On a affecté de regarder cette Infor
mation préalable , comme une Procé
dure définitive , et on en a conclu très- .
justement , qu'elle ne suffiroit pas à onerer
la condamnation des Accusés . Qui
ignore cependant , qu'elle tend , non à
un Jugement , mais à des Décrets , εἰ
qu'elle présente uniquement cette ques-
&
( 60 )
1
tion : a - t - il ou non matière à
accusation ?
Qu'on la soumette à tel Criminaliste
de l'Europe qu'on voudra choisir , å
un Grand Juré Anglois par exemple , il
n'hésitera pas un instant sur sa téponse.
Le corps du délit est malheureusement
trop constaté. Je ne fais pas l'injure à
quiconque a conserve parmi nous un
ombre de sens , de justice et d'humanité ,
de le supposer complice de quelques
scélérats , plus punissables que les Instrumens
matériels des journées des 5 et 6
Octobre, et qui , à laface de l'Europe , ont
osé justifier ces assassinats , en les disant
medités et commis par l'intérêt de la Liberté.
Si la Liberté exige de semblables
moyens, qu'elle soit la tête de Méduse
pour ses Adorateurs je lui préfère le
cordon des Muets de Constantinople.
Les faits démontrés par cette Procédure
préalable , dont la continuation et
le temps éclaireront les incertitudes ,
justifient ce que nous avons dit une
fois les attentats qu'elle dévoile sont
le plus grand crime du siècle .
Elle constate , 1 ° . tous les fits per
pétrés dans ces horribles journées ;
2º . l'existence d'un complot prémédité
d'égorger la Reine de France , et de
créer un Conseil de Régence ; 3°. que
Vexécution de ce complot s'est faite à
prix d'argent , par la corruption exercée ,
soit surles Soldats du Régiment de Flan(
61 )
dres , soit sur les misérables des deux
' sexes , qui portèrent leurs pas ensanglantés
dans la demeure du descendant
de Henri IV.
A chaque page de cette lecture on
est dans la fange et dans le sang ; mais
la Garde Nationale de Paris , depuis son
arrivée à Versailles , sort du creuset irréprochable
. Elle ne participa aucunement
à tant d'abominations ; elle en arrêta
le cours ; elle épargna la consommation
du dernier crime . Si le Château
ne fut ni assez gardé , ni assez défendu ,
ce n'est pas elle assurément qui peut en
encourir le blâme ; elle fit son devoir
avec zèle et courage dans les Appartemens
intérieurs.
Une vérité historique résultante encore
de cette Procédure , c'est l'innocence
de ces infortunés Gardes- du - Corps,
si indignement calomniés , auxquels on
imputa des actes aujourd'hui démontrés
faux , puisque sur 393 témoins , pas un
seul n'a eu le front de venir affirmer en
présence du Tribunal , cette fable artificieuse
de la Cocarde foulée aux pieds ,
ces imprécations contre l'Assemblée , ces
invectives contre quelques Députés. Ce
seroit aux affreux Libellistes, qui par leurs
Ecrits, égarèrent le Peuple de Paris, en dirigeant
ses couteaux sur les Gardes- du-
Corps , à expier aujourd'hui de leur sang ,
celui qui fût versé les 5 et 6 Octobre.
La semaine prochaine , nous commer
( 62 )
cerons par ce dernier exposé , l'analyse
de la Procédure ; l'ordre et l'exactitude
à mettre dans cet extrait exigent ce délai .
Il faut attribuer vraisemblablement
à cette publication , le bruit répandu
par quelques Feuilles , d'une nouvelle
Coaspiration pour enlever le Roi et
le conduire à Rouen. On gagnoit ,
disent les Rédacteurs , les Gardes du-
Corps et les anciens Gendarmes pour
Texécution de ce Proje . Îi ne mérite
pas même d'être relevé : on a voulu
Sans doute , distraire par cette fable
l'attention du Public qu'absorboit la Procédure
. C'est ainsi qu'après les crimes de
Versailles , on inventa une fuite da Roi
à Metz, on marqua les maisons , on faisoit
courir dans le Palais - Royal des Emissaires,
qui offroient aux passans dejoindre
leur signature à des listes d'enrôlemens
pour le service du Roi ; c'est ainsi qu'à
chaque brigandage commis dans les Provinces
, on nous a entretenu régulièrement
d'un complut de Contre - Révolu
tion . Oh ! nous avons de grands maîtres ,
et Machiavel a laissé bien des successeurs.
S. M. a nommé Commis aires du rétablissement
de l'ordre à Brest , M. Bory,
ancien Président du Tiers- Etat aux Etats
de Bretagne , homme d'esprit et de
mérite , etM. Gandon , Avocat à Rennes.
On se rappelle que le Décret de l'As(
63 )
semblée Nationale leur a adjoint deux
Membres de la Municipalité de Brest ,
au moment où ce Corps venoit de défendre
le départ du vaisseau le Ferme ,
contre les ordres positifs du Roi . Cet
acte , que dans un Gouvernement plus
régulier , on appelleroit un attentat
costre le Pouvoir légitime , excita l'improbation
de plusieurs Députés ; ils requirent
que la Municipalité fût mandée
à la Birre ; mis on se borna à libérer
le vaisseau détenu ; l'examen et le châtiment
de la contravention sont allésmourir
dans je ne sais lequel des Ccmités.
Quiconque ne lie pas les faits isolés ,
ni ne s'arrête à ceux qui paroissent indifferens
, ne saura jamais rien de la
véritable histoire du jour . Il est à remarquer
, qu'à l'istant où les insurrections
ont éclaté , M. d'Albert de Rioms est
devenu le point de mire des Folliculies
, qui s'intitulent Patriates. M.
de Bouillé avoit été de même
est encore l'objet de leur rage ; l'un d'eux
est mort de désespoir d'avoir vu la Villede
Nancy sauvée par ce Général .
et
Un autre de ces Marchands d'impostures
, qui tient dans sa Feuille la balance
du crime et de la vertu , et vend
à quatre sols la pièce , la Couronne
Civique ou celle du martyre , a informé
la Nation que l'affaire de Brest tenoit
à un soulèvement contre la Révolution..
1
( 64 )
«<
Il affirme hardiment que M. d'Albert n'a
fait lire aux équipages que l'article des
peines portées contre les Matelots , et
que lecture faite , M. d'Albert avoit dit
à ces mêmes équipages : « Vous avez
<< entendu la Loi : si vous ne vous y
conformez , je vous y forcerai , etje
» me ferai connoître. » Pour écarter
toute idée d'effroi , ajoute l'Historien ,
les équipages descendirent au nombre
de deux mille , ayant trois Députés en
tête : ils crièrent vive la Nation ; ainsi
l'on voit bien que cette Députation n'étoit
point une révolte . L'Auteur apprend
'encore au Public que ces nouvelles ont
été envoyées par la société des amis de
la Constitution de Brest , à la Métropole
de ces Sociétés Provinciales , au
Club des Jacobins de Paris.
Il est louable d'aimer la Constitu
tion ; mais ce ne doit pas être aux dépens
de la vérité , car celle - ci a des
droits encore plus sacrés. Or , tout le
récit qu'on vient de lire est un tissu de
faussetés. On en jugera par le narré suivant
, dont nous prenons sur nous la
garantie d'authenticité.
M. d'Albert choisit le lundi 6 pour cette
publication , parce qu'étant un jour d'exereice
, tous les équipages étoient à bord . It
accompagna l'ordre qu'il donnoit , d'une lettre
circulaire et ostensible pour les Officiers
Commandans. La lecture du Code et de la
lettre se fit assez paisiblement dans tous les
Bâtimens de l'Escadre , au vaisseau l'America
( 65 )
près , qui refusa formellement de se soumettre
à la loi qu'on lui faisoit connoître. Sur
l'avis qui lui en fut donné , M. d'Albert se
dispo oit à se transporter sur ce vaisse u
lorsque tout - à - coup l'équipage du Majestueux
se mit à pousser des cris d'improbation
; grand nombre de Matelots se précipitèrent
dans la Chaloupe ; et ce ne fat pas
sans peine qu'on parvint à les faire remonter
à bord. M. d'Albert voulut faire prendre les
armes au détachement : il en donna l'ordre .
La manière dont il fut reçu lui ôta bientôt
tout espoir d'arrêter le désordre par la force , '
et lui fit abandonner ce parti , pour tenter
celui de la douceur , bien peu convenable à
la chose. Il obtint silence , non sans peine ,
et leur ayant représenté que l'Assemblée Nationale
pouvoit seule modifier la loi qu'elle
avoit décretée , il leur promit d'en suspendre
l'exécution relativement à la liane , et
aux fers avec anneau seul , et avec anneau
et chaîne traînante , il se chargea de plus de
faire parvenir à l'Assemblée leur réclamation
contre l'une et l'autre de ces punitions . Tout
s'appaisa dans l'instant , et on eut lieu de
croire que le mal n'iroit pas plus loin. M.
d'Albert alla à bord de l'Éole dont l'équipage
, voisin de l'América , et à son exemple,
s'étoit soulevé , espérant d'y obtenir le même
succès ; mais à peine arrivoit il au quatrième
de ces vaisseaux , que la chaloupe du dernier ,
pleine de monde entraînant avec elle un Officier
qui vouloit la retenir, et débordant pour
aller à terre , fut un signal à toutes les autres
chaloupes d'en faire autant. Cependant le Patriote
vint à bout d'arrêter la sienne : les
Frégates en général purent également contenir
leurs équipages , par la raison sans
( 66 )
doute que les mutins , aisés à connoître dans
un équipage peu nombreux, ne pouvoient
pas , comme sur les vaisseaux , se cacher :
dans la foule. »
" M. de la Laune voyant le désordre '
en
envoya prévenir M. Hector , qui eut le
temps d'en prévenir lui - même la Manicipalité
, en sorte que les mutins , en arrivant
à terre , trouvèrent des troupes sous
les armes , ce qui les caima beaucoup . "
་་
« Ils furent à la Municipalité, qui les écouta
et accueillit leurs plaintes , quoiqu'accompa
gnees d'une rebellion ouverte contre des lois
émanées de l'Assemblée Nationale ; on les
tança de l'irrégularité de leur demarche , et on
Jes exhoria à retourner à leurs Bâtimens : ils
revinrent à bord , où ils furent reçus.
})
On jugera de la prudence de M. d'Albert,
et de sa fermeté à défendre le maintien
de l'ordre par les deux lettres suivantes.
La première est la lettre circulaire
qui précéda la lecture du Code ,
en voici là teneur .
A bord du MAJESTUEUX ce & Septembre.
"
Vous êtes déja prevenu , Monsieur , que
le Code pénal , décrété par l'Assemblee Nationale
et sanctionné par le Roi , vient de
nous être envoyé. J'en joints ici un exemplaire
que vous lirez ou ferez lire , en votre
présence à l'équipage assemble du vaisseau
que vous commandez . »
"
Le Décret supprise les lois péna’es ,
éparses dans nos anciennes ordonnances ,
comme étant incompatibles avec la Contitution
d'un Peuple libre. En effet , elles
étoient en général vagues et indéterminees ,
ce qi jetoit les Chefs dans un arbitraire
T
SUPPLÉMENT à l'article de Paris & aux Nouvelles
étrangères.
Du jeudi 30 Septembre 1790 .
LEs mouvemens augmentent de jour en jour dans les chantiers
de la Grande- Bretagne : les ouvriers ont ordre de travailler
à la douche tâche . Trois vaiſſeaux de 98 canons viennent
encore d'être mis en commiflion . Il y en aura 80 - avant la fin
d'octobre. Le roi a déclaré une nouvelle promotion dans
la marine. La grande flotte eft à Spithead , & ne rentrera
point dans le port : tout annonce qu'elle remettra en mer.
L'efcadre des Dunes attend les derniers ordres . Nous confirmons
à nos lecteurs que la guerre eft certaine , fi l'Eſpagne
fe refufe aux conditions qu'exige le ministère britannique. Le
capitaine Mac Donald , commandant d'un bâtiment qui revenoit
de la Jamaïque , a été arrêté par une frégate espagnole
qui a vifité le navire & aché le capitaine entre deux planches
, en le laiffant expofé au foleil pendant un jour entier.
Tel eft du moins le rapport , fous ferment , que M. Mac-
Donald a fait à fon retour , pardevant le confeil privé. Cet
incident , que nous penchons à croire fort exagéré , a produit
à Londres une fenfation violente.
Nous avons précédemment repréſenté les Infurgens belgiques
comme étant à l'agonie ; ils viennent de recevoir le coup
de grace. Le 22 , leur grande armée a paffé la Meufe , pour
attaquer les Autrichiens dans le Limbourg. Ceux-ci étoient au
nombre de 6000. Les Brabançons , dont les relations portent
la force à 25,000 hommes , ont vivement attaqué une première
redoute , & l'ont emportée. Arrivés au fecond pofte ,
les Autrichiens leur ont cédé le terrein , pour les attirer plus
avant, Une fois engagés , les Belges ont été foudroyés par
une batterie mafquée de 12 pièces de canons. Renverfées &
en défordre , ces milices fe font débandées ; la cavalerie autrichienne
les a fabrées , pourſuivies , écrasées . Les vaincus ont
perdu 34 pièces de canon tous leurs bagages , leurs munitions
, & près de 6000 hommes. On dit qu'un grand nombre`
a péri dans la Meufe , qu'ils fe font hâtés de repafler : M. van
der Noot les attendoit fur l'autre rive . Herve , Luxembourg ,
& toutes les villes autrichiennes font pleines de prifonniers.
›
Du lundi 27. Les membres qui ont lu ce jour dans l'Affemblée
nationale des differtations fur les affignats , ont eté
MM. l'abbé d'Abbecourt , de Broglie , de Batz & de Mi-
' rabeau . Les deux derniers ont feuls produit quelque fenfation
; M. de Batz par un parallèle piquant des billets de
Law & des affignats ; M. de Mirabeau par la ftérilité de
fes moyens , les tours de force de fon flyle , la hardieſſe de
les citations. M. l'abbé Maury lui a de nouveau propofé
de fubftituer une difcuffion à une lecture académique , & de
débattre véritablement la queftion par le choc ferré d'une
argumentation contradictoire. M. de Mirabeau , & tous ceux
dont le talent brille principalement dans le cahier qu'ils
titent de leur poche , ont éludé cette méthode , la feule qui
puiffe convenir à un corps délibératif , & qui foit d'ufǝgé
au parlemeut britannique.
Du mardi 28. M. Bergaffe la Ziroule & M. le Chapelier
ont plaidé pour les affignats ; M. l'abbé Maury les a attaqués
durant trois heures ; fon difcours brillant , & plein de traits
heureux , contenoit des vuides : il n'a pas toujours profité des
avantages que lui avoit laillés hier M. de Mirabeau. Ce dernier
, par modeftie , avoit réduit fa demande de deux milliards
à un ; car le génie , les principes , le patriotifme ont leur flexibilité.
M. l'abbé Maury a vu dance facrifice d'un milliard ,
celui des faifeurs d'affaires affociés aux bénéfices de l'opération .
Quand les chefs , a -t-il dit , ont vu l'orage gronder fur la
nacelle , ils ont jetté les paffagers à la mer.
Du mercredi 29. La féance , dont les premières heures ont
été livrées au défordre le plus ti multueux , aux cris , aux
menaces , aux dénonciations , s'eft terminée à sept heures.
Au début , M. d'Efprémenil à propofé , pour rétablir les
finances , le crédit , le commerce , l'harmonie , l'ordre public
& la circulation , de revenir fur la fpoliation du clergé , la
dégradation de la noblefle , l'anéantiffement de l'autorité
royale.
Ce projet a incendié le côté gauche. A fept heures , après
un appel nominal , on a décrété l'ultérieure’émiffion de 800
millions d'affignats forgés & fans intérêts . La majorité a été
de 90 voix,
7.300
29
( 67 )
dont nous devons tous nous applaudir d'être
débarrassés. Souvent elles étoient trop severes
pour qu'on ne répugnât pas à leur exécution
, et plu , d'une fois cette répugnance
faisoit que le coupable échappoit à la punition
qu'il avoit meritée. La Loi nouvelle n'a
pas ce double inconvenieat ; les châtimens.
qu'elle inflige sout si bien proportionnés
aux faules et aux crimes , qu'un Chef ne
peut plus , sans se rendre véritablement cou
pable , se dispenserde les faire subir aux délinquans.
Les équipages , d'un autre côté , doivent
y voir , avec la plus grande reconnoissance
, avec quel soin les Représentans de
la Nation ont cherché à prévenir les abus
d'autorité ; faites leur observer que le Chef
chargé , comme tout Chef doit l'ere , du
maintien de l'ordre , ne tient le pouvoir
nécessaire que pour remplir cet important
devoir que d'une loi expresse qu'il
ne sauroit enfreindre , sans s'exposer lui,
même à être puni. L'établissement d'an
Juré prévient les condamnations precipitées
qui , rendues dans la chaleur du premier
moment , lai soient quelquefois des regrets
à ceux mêmes qui les avoient prouoncées
; mais cet établissement , si favorable
à l'innocent , ne doit jamais dérober le coupable
au châtiment qu'il a encouru. C'est -là
ce que j'espère que vous n'aurez pas de peine
à faire sentir aux braves gens que vous commandez
. J'espere qu'ils n'en auront pas à com
prendre qe la liberté consiste essentiellement
dans l'obéissance aux lois ; que cette
obéissance est le plus saint , le plus sacré
des devoirs du Citoyen , et que tous ,
exception , lui doivent être également soumis. "
64
'
Sans
L'attente du Code penal , dont j'avois
( 68 ).
d'abord cru l'arrivée plus prochaine , m'avoit
fait prendre le parti de suspendre
les punitions , pour ne pas en infliger d'après
des lois que je savois devoir être incessamment
proscrites. Plusieurs coupables ,
detenus en prison d'après cette disposition ,
a'tendent un jugement. Je voudrois bien
que le jour de la publication d'une lɔi , qui
doit faire renaître l'ordre sur nos vaisseaux ,
et y établir les principes d'une Constitution
que nous avons tous juré de maintenir , ne
fut unjour de douleur pour personne. Voyez,
Monsieur , examinez la nature des délits que
vous auriez à punir , ei si vous trouvez qu'ils
puissent être pardonnés , livrez -vous au plaisir
bien naturel de faire grace ; je promets
de ne vous désavouer en fien . La bonté du
Roi m'est trop, connue pour me laisser crain- *
die qu'il improuve l'indulgence que je me
permets dans cette occasion . "
"
Mais en même temps ne manquez pas
de prévenir votre équipage qu'il faut qu'il
s'attende à voir exécuter dans tous ses points
la loi que vous êtes chargé de lui faire con- '
noitre : beaucoup moins séveres que les an-'
ciennes lois dont elle prend la place , celieci
doit être exactement suivie . Je ne doute
pas que vous n'en sentiez l'indispensable nécessité
: n'oubliez pas que vous ne devez ja- '
mais vous écarter des dispositions qu'elle
contient . C'est là ce que je ne puis trop vous
recommander. »
#
Vous aurez incessamment le Code , imprimé
sur une seule feuille , de manière à
faire tableau et à être collé sur une planche.
Vous voudrez bien , en attendant , avoir soin
qu'on en tienne un exemplairé à la timonerie,
afin que chacun paisse y voir la peise en(
69 )
courue pour chaque déiit commis . Vous me
rendrez compte de la publication, qui aurą
été faite. Je ne doute point que le Code
soit reçu avec soumission et reconnoissance.
J'ai l'honneur d'être , etc.
La seconde lettre est la réponse que
M. d'Albert fit , en ces termes , à la Municipalité
.
"
MESSIEURS ,
Ce ne sont point de véritables Marins
qui ont été réclamer devant vous contre la
sévérité des peines décrétées par l'Assemblée
Nationale. Oui surement , ceux- là n'ont de
Marin que le nom qui , au mépris des lois
militaires , malgré leurs Officiers , malgré
leur Général , se sont permis d'enlever les
Chaloupes de presque tous les vaisseaux de
Escadre , pour former , ce que vous voulez
bien appeler , une Députation ; ce sont des
Gens qui , accoutumés à confondre la licence
avec la liberté et entièrement étrangers à
la discipline des vaisseaux , voudroient n'en
souffrir aucune quelques - uns d'eux n'ontils
pas osé me dire qu'il ne falloit point de
punitions ordonnées , et que lorsque quelqu'un
manqueroit , ils sauroient bien euxmêmes
le punir.
"
J'espère done , malgré la trop scandaleuse
journée d'avant - hier , que les braves
Bretons , que les braves Normands , qui dans
tous les temps ont fait la force de nos Armées
Navales , loin de se laisser entraîner
par le mauvais exemple sauront ramener euxmées
à leur devoir ceux qui s'égarent , et
qu'en suivant celui que viennent de leur donner
les ouvriers de l'Arsenal , tous finiront
par rentrer dans l'ordre ; et j'ai appris , avee
( 70 )
bien de la satisfaction , combien vous avez
cherché par vos exhortations à y engager
cex qui se sont adressés à vous .
14
>>
Quant au fond et à la nature des plaintes
portes , mon respect pour les Décrets du
Corps législatif m'interdit toute discussion
et ne défend même d'avoir une opinion ;
mais j'ai promis de faire parvenir à l'Assem
blée Nationale la réclamation des équipages
contre l'usage de la liane , et la punition des
fers avec anneau seul et avec anneau et
chaines. J'acquitte aujourd'hui ma promesse
en faisant part au Ministre de l'engagement
que j'ai prís , et en le priant instamment de
le remplir pour moi . "
" Je serois honteux de moi - même , si je
cherchois à me faire un mérite aupies de
vous de mon acquiescement à la demande
que vous me faites de suspendre , jusqu'à la
décision de l'Assemblée Nationale , l'exécution
du Code , en ce que les réclamans que
la justice est blessée ; ce qui en entraîne la suspension
totale , vu que je ne connois point
de peine contre laquelle quelqu'un d'eux n'ait
reclame. Je suspendrai donc j'y suis forcé.
Pourquoi craindrois -je d'avouer ce que tout
le monde sait ? mais si je ne l'étois pas ,
croyez m'en , que je me serois fait un vrai
plaisir de deferer à votre opinion . ".
"( Je ne veux point vous quitter sans vous
montrer une partie de l'amertume dont je
suis devoré. Vous connoissez l'etat de l'Escadre.
Vous sentez surement , sans être militaire
, que le manque de subordination dans
1s vaisseaux est ce qu'il peut y avoir de
plus dangereux , sur tout dans les circonstances
où nous sommes ; car si les amemens
( 71 )
faits et ceux ordonnés , n'ont pour but que
d'éviterlaguene en en imposant à nos voisins ;
quel effet ne produira pas chez eux la nouvelle
de ce qui vient de se passer ici ? Mais
en supposant que la guerre soit inévitable ,
croyez- vous qu'en l'état actuel des choses ,.
je puisse aller à l'ennemi sans cra¯nte . Cette
idée est trop crueile , je ne veux point m'y
arrêter. Je veux , au contraire , espérer que
peu de jours ramèneront les équipages au
sentiment de leurs devoirs , et qu'en dirigeant
mieux cette effervescence , dont ils
fatiguent leers Chefs , et dont ils sont euxmêmes
fatigués , je n'aurai point à craindre
, si les superbes vaisseaux dont le commandement
m'est confié , rencontrent des ennemis
, de déshonorer le pavillon .
J'ai l'honneur d'être , etc.
--
>>
Nous avons cru important de recueilir
ces deux Piéces , soit pour opposer
la vérité de l'histoire aux inventions de
l'esprit de parti , soit pour guider le jugement
du Public dans la suite des événemens
de Brest. On vient d'en voir le premier
chaînon : nous avons rapporté les
suivans la semaine dernière . On assure
aujourd'hui que le calme est revenu
c'est à dire , qu'en laissant les équipages
dans leur insubordination impunie , ils
ne cominettent augun désordre : on dit
encore que M. de Marigny a bien voulu
reprendre son uniforme ; mais que les
Officiers , dans l'impuissance de ramener
l'ordre , persistent à offrir leur démission.
( 72 )
( La lettre suivante , au Rédacteur ,
a été omise la semaine dernière ).
"
J'apprends , Monsieur , qu'on distribue
dans le Public un écrit ayant pour titre :
Nouvelle protestation de M. Bergasse contre les
Assignats. Voulez - vous bien me permettre
d'user de la voie de votre Journal pour désavouer
cette brochure. Soit hasard , soit
connoissance , j'ai prédit avec une justesse
assez singulière , tout ce que la première
émission des Assignats devoit produire , et
les évènemens m'ont complètement vengé
des misérables réponses qui m'ont été faites ,
ou plutôt des injures grossières qui m'ont été
prodiguées , car certainement on ne m'a pas
répondu . Peut-être pourrois - je annoncer aujourd'hui
avec la même précision , tout ce
que la nouvelle émission qu'on médite opérera
d'effets fanestes ; mais dans des circonstances
aussi déplorables que celles où nous
sommes, quand la raison et même l'expérience
ne sont plus écoutées , quand on ne peut réussir
qu'autant qu'on appartient à quelque
complot , ou qu'on sert quelque ambition
particulière , je ne le sens que trop , les vérités
que je publierois ne seroient pas mieux
reçues que celles que j'ai publiées jusqu'à
présent. Pour être tenté de parler de nouveau
, il faudroit que j'aperçusse au moins la
possibilité de me faire entendre , et plus je
promène mes regards autour de moi , plus
je demeure convaincu que quant à présent ,
je n'ai d'autre parti à prendre que celui d'observer
et de me taire. »
1
BERGASSE.
Paris , ee 25 Septembre 1790.
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE
DE
3
BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 24 Septembre 1790.
LES premières versions du Traité de
paix entre la Russie et la Suède , répandues
par les Russes , étoient inexactes.
Il n'est aucunement question dans cet
arrangement , dé clauses relatives au Gouvernement
de la Suède : le Roi ne pouvoit
à ce point compromettre sa dignité
et son indépendance. Nul article n'annonce
une alliance plus étroite entre
les deux Cours : les Nouvellistes ont pris
à cet égard leur voeu pour une transaction
de Souverains. Rien encore n'indique
donc , suffisamment , une variation
dans la politique générale du Roi de
Suède ; car , quel que défavorable que
soit cette paix séparée , au projet des
Puissances qui soutiennent la Porte Ot-
N°. 41. 9 Octobre 1799. D
( 74 ).
tomane , elle peut avoir été le fruit de
la nécessité et de motifs inopinés. En
attendant de voir écarter le voile , nous
allons transcrire une copie exacte du
Traité .
1 « Art . I. Íl sera maintenu à l'avenir entre
S. M. le Roi de Suède , ses Etats , pays et
Sujets d'un côté , et S. M. l'Imperatrice de
toutes les Russies , ses Etats , pays et Sujets
de l'autre côté , une paix stable , un bon voisinage
et une parfaite tanquillité , tant par
terre que par mer ; en conséquence ,
Jes
ordres les plus prompts seront donnés pour
faire cesser les hostilités de part et d'autre.
Le passé sera oublié , afin de s'ect per réciproquement
du rétablissement entier de
l'harmonie et de la bonne intelligence , qui
ont été interrompues par la guerre actuelle.
II. Les limites resteront de part et
d'autre , ainsi qu'elles étoient avant la rupture
, ou avant le commencement de la guerre
actuelle.i
་་
"
III. Par conséquent , tous les pays , provinces
et endroits , qui pendant cette guerre
auront été conquis par l'une ou l'autre des
Parties contractantes , seront évacués dans
le plus court délai possible , ou dans l'espace
de 14 jours après l'échange des ratifications
du présent Traité. "
Acc
IV. Les Prisonniers de guerre et tous
les autres , qui sans avoir porte les armes ,
ont été amenés pendant la guerre par les
Parties belligérantes , seront remis en liberté
de part et d'autre sans aucune rançon net
il leur sera libre de retourner chez eux sans
qu'on puisse exiger de part ni d'autre aucun.
dédommagement pour les frais de leur en(
75 )
tretien ; mais ces Prisonniers respectifs seront
tenus d'acquitter les dettes qu'ils pourront
avoir contractées avec des Particuliers des
États respectifs . "
"
V. Pour prévenir sur mer toute occasion
d'un mal - entendu dangereux entre les Parties
contractantes , il a été établi que, lorsque des
vaisseaux de guerre Suédois , un ou plusieurs,
grands ou petits , passeront devant des forts
appartenans a S. M. I. , ces vaisseaux seront
tenas de faire le salut Suédois , et on leur
repondra aussitôt par le salut Russe ; il en
sera observé de même à l'égard des vaisseaux
Russes , qu'ils soient un ou plusieurs ; ces
vaisseaux seront obligés en passant devant
des forts appartenans à S. M. Suédoise de
faire le salut Russe , et il leur sera rendu
aussitôt par les forts. Les Hautes Parties
contractantes se proposent de faire rédiger le
plus tôt possible une Convention particulière ,
dans laquelle sera déterminée la manière de
se saluer lorsque des vaisseaux de guerre
Suédois et Russes se rencontreront sur mer
dans des ports ou ailleurs ; mais jusqu'à cette
fixation les vaisseaux de guerre respectifs ne
se salueront pas afin d'éviter toute méprise . "
SI
« VI. Sa Majesté l'Impératrice de toutes
les Russies a consenti qu'il sera libre à
Sa Majesté Suédoise d'acheter par an , et,
d'exporter librement pour la Suède pour
50,000 roubles de grains dans les ports du
Golfe de Finlande et de la Baltique
toutefois il est prouvé que ces achats sont
faits pour le compte de S. M. Suédoise , ou
bien pour les Sujets qui auront été autorisés
expressément pour cet objet par Sadite
Majesté , sans qu'on puisse en exiger aucun
droit ou taxe ; cependant , lorsque l'année
Dü
( 76 )
1 aura été disetteuse en grains ou que Sa'
Majesté Impériale aura defendu par des
raisons importantes l'exportation des grains
pour toutes les Nations , cette exportation
pour la Suède ne pourra pas avoir lieu.
"
« VII. Comme les deux Hautes Parties
contractantes out éprouvé un desir également
pressant de terminer le plus promptement
possible les maux de la guerre , qui
pesoient sur leurs Sujets , et que pressées par
ce desir , il ne leur a pas été possible de
régler divers points et objets propres à affermir
le bon voisinage , et à maintenir une
tranquillité parfaite sur les frontières , Elles
s'engagent réciproquement de s'occuper de
ces points et objets , de les examiner et de
les régler à l'amiable par des Ambassadeurs
ou des Ministres Plénipotentiaires qu'El'es
s'enverront réciproquement , immédiatement
après la conclusion du présent Traité de
Paix.
"
.00
VIII. Les ratifications du présent Traité
de Paix seront échangées dans le délai de
six jours , ou plus tôt s'il est possible. »
En foi de quoi nous avons signé le présent
Traité de Paix , et l'avons scellé du
cachet de nos armes . Fait dans la plaine de
Waerele , près de la riviere de Kymène ,
entre les postes avancés des deux Armées respectives
, le 14 Août 1790. »
Signé , GUSTAVE MAURICE , Baron
D'ARMFELD ; OTTON , Baron D'IGELSTROEM.
Suivent les ratifications.
Le 8 de ce mois , Stockholm a vu l'exécution
du Colonel Hasteko , l'un des
Officiers coupables de l'armée de Fin
( 77 )
lande , et convaincu non seulement d'a- ´
voir trahi l'Etat , mais encore d'avoir
tenté d'entraîner dans la même perfidie
les Officiers et les Soldats de son Régi
ment . Au moment où les autres Cou
pabics alloient subir leur sentence , survint
la grace du Roi. Le Colonel Otter
est_relégué à Wexio entre les mains de
sa famille le Lieutenant - Colonel d'Enchjelm
et le Major de Kothen seront
enfermés ; le premier , dans la forteresse
de Warberg, lesecond dans celle de Landskrona.
M. de Klinsporre , dont l'esprit
est aliéné , a aussi reçu son pardon.
La Contre- Déclaration de la Russie à
la Cour de Berlin va ouvrir une scène
importante . Non - seulement l'Impératrice
décline toute intervention étrangère
dans ses arrangemens avec la Porte ;
elle prétend de plus forcer cette Puissance
à lui céder Oczakof et Akierman,
et à rendre indépendantes la Valachie
et la Moldavie. Voilà sans doute de
grandes prétentions à la fin d'une guerre
onéreuse , avec des finances épuisées
des troupes harassées , et cent mille
Prussiens sur la frontière . Si l'Impératrice
a espéré par cette exigeance en imposer
au Cabinet de Berlin , comme Elle
en imposoit à ceux de Stockholm ou de
Varsovie , on ne tardera pas à la désabuser.
Son Parti en Pologne , à la tête
du quel est le Roi lui-même , travaille
énergiquement à faire rentrer cette Ré
D it
( 78 )
publique sous l'obéissance des Ministres
de l'Impératrice , à décorer le piége , et
à exciter les esprits contre la Prusse. Le
séul résultat clair de ces manoeuvres est
que, la Pologne sera incendiée par le Parti
Russe et le Parti Prussien , qu'on va se
replonger dans les divisions , et revenir
en
peu
de temps au point où l'on étoit
il y a quatre ans.
Le Duc de Sudermánie , frère du
Roi , est de retour à Stockholm depuis
le 12. S. A. R. a été reçue aux acclama
tions publiques , et conduit en triomphe
au château où l'attendoit la Duchesse
son épouse..
ཉིན་ ༡
De Vienne , le 22 Septembre.
*
L'indisposition de la Princesse de
Naples n'a pas eu de suites ; toute la
Cour , ainsi que LL. MM . Siciliennes
sont ici depuis le 12. Le 17 , le Marquis
de Galle ; Ambassadeur de Naples , a
fait son entrée publique : le 18 , il s'est
rendu en cérémonie à la Cour , et dans
une audience du Roi et de la Reine il à
demandé en mariage l'Archiduchesse
Clémentine pour le Prince Royal de
Naples. -Les mariages de l'Archiduc
Francois avec la Princesse Thérèse de
Naples , de l'Archiduc Ferdinand avec
la Princesse Louise de Naples ont été
bénis le lendemain . 13
Le départ du Roi pour Francfort est
( 79 )
fixé au 25. S. M. sera accompagnée de
la Reine , du Roi et de la Reine de Naples
, des Archiducs François et Ferdinand,
avec les Princesses leurs épouses,
des Archiducs Charles , Léopold et Joseph
, de l'Archiduchesse Marie Thérèse
et du Prince Antoinede Saxeson époux.
La Députation de Hongrie a eu une
audience du Roi , aussitôt après son retour.
Le Diplome inaugural qu'elle a
apporté , est conforme à celui de
Charles VI. On dit que les Députés ont
ordre de consentir à toutes les modifica
tions qui pourroient ere proposées.
espèrent aussi d'obtenir du Roi la prómesse
de venir se faire couronner après
le voyage de Francfort.
fla
Les Grecs Non- Unis qui tiennent leur
Assemblée Nationale à Témeswar , ont
adopté la Langue Allemande dans leurs
transactions publiques . Les Raisciens et
lesTransylvains les ont imités , et ont quitté
même Phabillement Hongrois . En géné
ral , toute la Nation Illyrienne montre
un vifattachement au Roi et à son Gouvernement.
Celui- ci a réalisé une grande
et salutaire opération , en réduisant ainsi
la Hongrie à ses limites propres , et en
lui donnant à l'Orient des Voisins charmés
de ne plus entrer dans son arrondis
sement , et qui seront de bons garans de
son obéissance.
Les Etats de Gallicie ont demandé au
Roi , de laisser dans cette Province , dénuée
· Div
( 80 )
de numéraire , une certaine quantité de
troupes , dont la présence feroit vendre et
augmenter le prix des denrées , pour lesquelles
on ne trouve pas de débouchés . Le
seul commerce de la Province se borne au
sel.
DeFrancfort sur ke Mein, le 28Septemb.
Malgré l'affluence d'Etrangers qui remplissent
cette Ville , la Foire actuelle est
assez mauvaise : une défiance des événemens
lui ôte l'activité , et les affaires se
font trés lentement. Vraisemblablement
la Foire de Leipsick ne sera pas meileure.
Si les Négocians ont à se plaindre ,
la Ville en général se ressent très-utilement
de la circonstance ; les loyers , les
consommations, les ventes ont augmenté.
-L'Electeur de Mayence a fait son entrée
solennelle le 22 , et l'Electeur de
Trèves le 24. Ils avoient été précédés
de l'Electeur de Cologne , arrivé avec
LL. AA. RR. le Gouverneur et la Gouvernante
des Pays - Bas, quiiront ensemble
au-devant du Roi de Hongrie , jusqu'à
Mergentheim où ce Monarque est attendu
demain 29. Une Députation de
la Capitale a complimenté les trois Electeurs
Ecclésiastiques . Les Joyaux de
l'Empire conservés à Nuremberg sont
arrivés hier dans une Voiture de cérémonie
; ceux d'Aix - la - Chapelle sont transportés
ici par une Députation . - Les
Gardes Nobles et la Garde à cheval du
futur Empereur arrivèrent la semaine
( 81 )
dernière. La plupart des Ministres Etrangers
à la Diète d'Election , et entre
autres M. de Romanzof, Envoyé de
Russie , ont remis leur Lettre de créance
à la Diète.
H
Le Comte de Pappenheim , Maréchal-
Heréditaire de l'Empire , ayant représenté
à l'Electeur de Mayence , en qualité d'Archi
Chancelier la nécessité d'assuier par
une force militaire suffisante la tranquillité
et la sureté publique , pendant que la Cés
rémonie de l'Election et du Couronnement
d'un Empereur des Romains attirera dans
Franefori une grande foule d'Etrangers de
tout rang et de toute condition , l'Electeur
de Mayence s'est adressé au Landgrave de
Hesse assel ; et par une Estafette , qu'il lui
a expédiée le 13 de ce mois , il l'a requis de
tenir dans son Comté de Hanau , voisin de
Francfort , un Corps de ses Troupes à portée
d'as urer la présence du Chef de l'Empire
et du College Electoral en notre Vilie. Le
Landgrave de Hesse y a deferé sur le champ ,
et des le 17 au matin , il s'est mis en marche
à la tête de 11 bataillons et de 14 escadrons
de ses Troupes , pour former un Camp pres
de Hanuswald , dans les environs de Seckbach
et de B. rhen, sur les confins du Comté
de Hanau. "
Les Troupes Autrichiennes , qui se
rendent dans les Pays- Bas par la Bavière
et la Souabe , marchent sur trois
Colonnes ; l'une prend la route de Manhem
, derrière Donawert ; l'autre , celle
d'A gsbourg , et la troisième cele de
Landsberg. Le premier de ces Corpsest
déja arrivé à Aschaffenbourg; il passers
Dr
( 82 )
dans nos environs après demain . Cinquante
chariots de munitions l'ont pré:
cédé à Luxembourg.
* On ne sait encore comment expliquer
l'énigme de Liége ; les Etats actuels se
sont donnés un Régent sans en conférer
préalablement avec le Corps Germanique
, dont cependant ce Pays fait
encore partie ; le Ministre de Prusse a
donné à Chaudefontaine un repas splendide
au nouveau Régent , et à plusieurs
Membres des Etats . Enfin , ceux- ci ont
nommé auprès de la Diète d'Election
trois Députés , qui sont le Comte de
Geloe , le Comte de Berlaymont , et
le Bourguemestre de Chestret . Il est difficile
de concevoir comme on pourra
concilier leurs prétentions avec les Lois
de l'Empire . Déja l'on a répandu que la
Diète leur avoit prescrit les conditions
suivantes :
C
"
:
1. Que 1200 hommes des troupes d'exéeution
oecuperont la Citadelle de la Ville ; »
2 °. Que la démission des Magistrats actuels
, le rétablissement du régime de l'Evêque
, et en général la restitution complète
de toutes choses , sur le pied antérieur
à la Révolution du 18 Août 1789 , auront
lieu avant tout ;
44
"
3°. Que des Commissaires des trois
Cours Directoriales de Clèves , de Juliers et
de Munster , se transporteront sur les lieux ,
pour être témoins de l'execution fidèle de
ces conditions , et donner , d'après des con-
Moissances locales , leur avis sur la manière
( 83 )
la plus facile de procéder à un arrangement
définitif , et an redressement des griefs , dont
on s'occupera incessamment . »
Ces prétendues conditions sont un réchauffé
des décisions de la Chambre de
Wetzlar ; ainsi , elles ne peuvent avoir
été proposées comme termes d'accommodement.
Si c'est une Loi qu'on im-
-pose au Parti dominant à Liége , il
faudra en forcer l'exécution ; et cependant
, l'Electeur de Mayence va retirer
celles de ses Troupes employées à l'ar-
-mée contre Liège .
2
♫ On fait à Berlin les préparatifs nécessaires
pour le retour du Roi. S. M. a dû partir de
Breslau le 23 de ce mois , et fera route par
Grunebourg Crossen et Francfort. Le
même jour , le Duc régnant de Brunswick
partira aussi , et reviendra à Berlin par la
Saxe les deux armées dans la Silésie marcheront
à la même époque dans leurs anciens
quartiers de cantonnement.
FOG RANDE- BRETAGNE,
a
De Londres , le 29 Septembre.
Le Public reste encore dans l'incertitude
sur l'issue de nos armemens. Avant
hier , le sieur Slater , Courrier du Ca-
¡ binet , est arrivé de Madrid au Bureau
du Ministre des affaires extérieures . Le
Conseil s'assemble aujourd'hui pour
prendre connoissances des dépêches apportées.
Si elles, ne sont dans le jour
BVj
( 84 )
même , ou demain , communiquées au
Lord Maire et à la Bourse , ce sera une
preuve suffisante de l'ultérieure indécision
de l'affaire . Le bruit court que PESpagne
se renferme dans des réponses
vagues et dilatoires ; mais comment a-ton
pénétré le secret du Cabinet ? Si la
Cour de Madrid adoptoit cette politique
elle desireroit la guerre ; car notre Ministère
est très-résolu à ne pas laisser
nos Aottes dans l'inaction , sans pouvoir
néanmoins les désarmer.
Le Capitaine Mac- Donald, du vaisseau
le Trelawny Planter , arrêté , en
revenant de la Jamaïque , par des Bâtimens
de guerre Espagnols , dont le Commandant
a fait subir à M. Mac- Donald
16 heures de station entre deux planches,
et au soleil brûlant , fut entendu le 24
au Conseil , ainsi qu'un Passager de son
navire , et le Nègre qui le sert . Les Ministres
l'interrogèrent sur le traitement
dont il se plaint : les trois dépositions
ont été conformes. Si le fait est tel que
le rapporte M. Mac- Donald , et s'il n'a
aucun reproche à se faire , surement la
Cour d'Espagne fera punir l'Officier qui
s'est permis cette violence.
L'escadre des Dunes , forte de 14 vais
seaux de ligne , s'est rendue à Spithéad
en deux divisions , le 24 et le 25. Elle
doit prendre pour quatre mois de
vivres , ainsi qu'une partie de la grande
flotte . La diligence des chantiers est tou-
1
( 85 )
jours la même. La Britannia de 100
can . et l'Alexandre de 74 sont sortis du
bassin. Le 9 du mois prochain , on lancera
à Chatham le Leviathan de 74 can .
Il est en commission , et sera monté par
Lord Mulgrave.
Les Capitaines élevés par la dernière
Promotion du 11 , au grade de Contre-
Amiraux , sont MM. Braithwaite , Cosby
, Fitz Herbert , Cornish , Brisbane,
Houlton , Wolseley , Inglis et Cranston
Goodall.
Le Duc de Cumberland , Frère aîné de
S. M. , est mort , le 18 , de la consomption ,
à laquelle s'étoit joint un cancer à la gorge.
Ce Prince , né en 1745 , ne laisse point d'enfans.
Il avoit épousé une fiile de M. Lutrell ,
créé Pair d'Irlande il y a vingt ans , sous le
titre de Lord Carhampton . Par sa mort , le
Tresor Public herite de 8000 liv . sterl ;
pension viagere que lui avoit accordé le Parlement.
FRANCE.
De Paris , le 6 Octobre.
ASSEMBLÉE NATIONALE.
La question des Assignats étant décidée ,
on ne tiroit plus avec intérêt les dernieres
dissertations qui ont précede le Décret : les
Opinans ont tourne dans le cercle trace avant
eux , et au lieu d'en é endre la ci conférence ,
ils n'ont fait que la parcourir . Nous n'exeeptons
pas même MM. de Mirabeau et
l'Abbe Maury : au lieu de combattre deli(
86 )
bérativement les objections , l'un et l'autre
sesont renfermés dans les raisonnemens déja
connus , Nous nous bornerous donc à l'énoncé
rapide, des derniers débats , en y joignant
quelques passages des principales Opinions.
DU LUNDI 27 SEPTEMBRE.
'M. l'Abbé d'Abbécourt a aujourd'hui remué
la question sans la soulever. Les Assignats
, suivant lui , perdront ou sauveront
le Royaume. ( Ils lui feront beaucoup de mal
sans le perdre ni le sauver) . Dans son indecision
, l'Opinant a dit qu'il parleroit pour,
sur et contre , et il n'a pas tenu parole ; car
il a toujours été à côté du sujet . Au surplus
, il a fait des veux pour voir bannir
de la langue les mots d'Aristocrate et de
Démocrate. Si M. l'Abbé ' avoit le secrét
d'en bannir la chose , il auroit dû le révéler
à l'Assemblée Nationale.
Après lui , M. de Broglie , qu'on ne soupçonnoit
guère d'érudition sur la natieré débattue
, a pris la parole. « Vous avez à prénoncer
, a t - il dit , sur une operation qui
mettra le sceau à la Constitution . » Apres
cette belle phrase , il a répété ce qu'on lisoit
depuis huit jours dans tous les Journaux en
faveur des Assignats.
Ici M. l'Abbé Maury a rappelé le défi qu'il
présenta l'autre jour à M. de Mirabeau. Je
'di point préparé , a - t -il dit , de pièce d'élo-
*quence. J'invite M. de Mirabeau à monter à
la Tribune ; je me placerai au Bureau ,je lui
ferai mes objections ; il y répondra.
Cette méthode n'a été goûtée ni de M. de
Mirabeau , ni de ses partisans , ni des têtes
froides qui ne peuvent accoucher que dans
le silence du Cabinet. Elle a été repoussée
( 87 )
de haute lutte , et il a été décidé
disserteroit à part.
que chacun
M. de Baiz a présenté un parallèle des
Assignats et des Billets de Law en argu
mentant vivement contre les uns et les autres.
M. de Mirabeau lui a succedé à la Tribune.
Son Discours a eté un melange d'exagérations
et de hors - d'oeuvres , d'amplifications
et d'artifices populaires. Il a parlé de Finances
en Tribun ; il a consterné tous les esprits
timides , en leur montrant la Révolution
renversée sans l'étai d'une masse de Papiermonnoie
; il a persuadé les simples , qu'en
effet , la Constitution Françoise étoit assez
fragile , pour tomber en pièces , si on ne
l'attachoit à ces Feuilles hypothéquées. Il a
combattu toutes les objections foibles , a
garde le silence sur celles qui l'embarras
soient , a justifié ses contradictions par de
nouvelles contradictions , et n'a guère montré
que l'eloquence convenable dans un District .
A ses raisonnemens , il a mêlé des hardiesses
dignes du moment . Il a defié tous les Philosophes
de la terre de prouver, qu'il y a moins
de réalité dans la chose dont nos Assignats
sont le type , que dans la chose adoptée sous
le nom de Monnoie. Il n'a plus appelé les
Assignats du grand surnom de Papier territorial
: sous sa plume inventive ils sont
maintenant le Numéraire National ; le Papier
actif qui remplace le Papier dormant.
?
M. de Mirabeau s'est aussi écrié que les
Anglois doivent rire de nos terreurs ! ( Ils
riront bien plus de nos illusions. ) Qu'on
consulte le change avec Londres depuis 15
jours , change tombé de 26 et demi , à 25 et
trois huitièmes. Des tirades contre MM.
Necker , Dupont, de Condorcet , de Casaux , ont
( 88 )
occupé une grande place , dans ce Traité de
3 heures . Voici un exemple de ces sarcasmes:
- Ici , Messieurs , comment se defendre d'un
re sentiment patriotique ? Vous avez entendu
dans cette Tribûre ce mot du Memoire Ministériel
: on aire aux creanciers de l'Etat ;
achetez des biens Nationaux ; mais à quelle
époque et dans quels hena ? A quell- époque ?
à lepoque de la dette approfondie , counue ,
arrêt e ; à l'époque où toute la Nation met
tout son salui dans la vente des Biens tonaux
, et sau a conspirer à l'accompli ; à
l'époque où le proprietés territoriales repren
dront leurs prix , et ne seront plus grevees
par une feodalite barbare , par des impo.
sitions arbitraires. Dans quel lieu ? Dans un
lieu que ie ciel a favorisé de ses plus heureuses
influences ; dans un Empire sur lequel passeront
les orages de la liberté , pour nelaisser
après eux que le mouvement qui vivifie , que
les principes qui fertilisent ; dans un pays qui
appellera ceux qui cherchent un gouvernement
libre , ceux qui fuient et de estent la
tyrannic ? Voilà à que 'l'époque , et dans quel
lieu les créanciers de l'Etat sont app lés à
devenir propriétaires. Et si l'homa e qui a
prononcéces étonnan'es parole , etoitencore
à la tête des Finances , je lui dirois à mon
tour à quelle époque tenez vous un tel iangage
; et ans qul lieu vous permettez vous
de le tenir? H
Ce Discours fini , on a entendu la lecture
d'on Lettre écrite à l'As emblée Nationale
par M. de Pyuter , qui rend compte de son
expedition du 29 Jullet au Port au--Prince ,
et de ses suites. On a renvoye cet e Dépêché
anComite Colonial , en décietany de recevoir
Jeudi soir à la Barre , les Deputes arrives du
( 89 ).
Port au-Prince avec M. de la Galissonnière.
DU MARDI 28 SEPTEMBRE .
On n'a pas oublié le blâme jeté sur le Directoire
du Département de Seine et d'Oise ,
à l'occasion des excès commis dans le Parc
de Versailles . L'Assemblée a reçu anjourd'hui
une Lettre des Membres de ce Direc
toire , où ils représentent les brigands qui
menaçoient le petit Parc , le Château et la
Ville de Versailles , comme d'honnêtes Habitans
des Campagnes , induits en erreur.
. L'amour de la paix , ajoutent- ils , nous fait
un devoir de garder le silence sur un événement
qui n'a pas produit tout l'effet qu'on
pouvoit en attendre : le calme est rétabli.
- Heureux d'apprendre cette nouvelle à la
- France entière , et à son Chef auguste
❤
dont il seroit à desirer que l'on respectat
• le repos , et que les Ennemis du bien public
- rendent à l'envi le plus malheureux des
hommes , parce qu'il en est le meilleur .
Il résulte de cette Lettre que les pertur
batera du repos de Sa Majesté sont , non
pas les braconniers qui dévastent ses Parcs ,
mais la Municipalité de Versailles , le Commandant
, les Troupes chargées de les défendre.
Sans délibération ni examen , on a sccordé
à cette Adresse les honneurs de l'impression ,-
en décidant qu'elle seroit communiquée au
Roi.
M. Bergasse Laziroule a recommencé la
discussion sur les Assignats , auxquels il a
opposé les principes constans et les effets:
inévitables de cette opération . Personne n'a
mieux défini ce Papier- monnoie . « Les Ar
signats , a-t- il dit , ne sont autre chose
( 90 )
"
"
a que des Lettres de- change à terine inconnu',
payables en, immeub'es. Ce dernier point
de vue constate la perte où l'escompte de
ces sortes d'effets ; c'est sur cette perte
qu'est fondee l'absurde iniquité des Assi-
" ' gnats - monnoie.
to
D
M. le Chapetier , au contraire , a vu un
projet de contre- Révolution dans la résistance
aux Assignats. Sous le rapport de la Constitation
, des Finances et de la Justice, tout
sollicite cette emission . On voit par ce texte
que M. le Chapelier s'est contenté de battre
la route ouverte.
M. l'Abbé Maury est ensuite monté à la
Tribune ; on s'attendoit qu'il serveroit M. de
Mirabeau dans ses bras de fer ; qu'il repren “
droit sous oeuvre chacun des moyens et cha
cune des allégations de cet Orateur ; qu'eñ
un mot , inattaqueroit par une contradiction
serree , les principaux points de la doctrinë
de son Adversaire . Cette méthode lui don "
noit d'autant plus d'avantage , que le talent .
d'improviser , qui lui est propre , est surtout
favorable au genre polémique. L'Ora¹
teuna preferé de traiter lui-même la matiere
généralement. It l'a fait avec une grande
fécondité d'esprit , une promptitude d'expres
sions choisies ; mais sans qu'il en ait résulté
de no: eiles lumieres. 1
Ne vous y troupez pas , a- t- il dit , les
Agioteurs et astres Marchands d'argent ,
sont las de n'avoir en leur pouvoir que Ya
eirculation de crédit ; ils veulent participer
aux deux autres circulations , du numeraire
et des effets de commerce . Je vous dis qu'ils
auront vos Assignats , la chose est ciante ,
ils sont déja proprietaires d'une partie considérable
de votre dette exigible , ils ont
( 91 )
S
acheté les effets de cette dette exigible à
25 et à 30 pour cent de perte , et au moment
où vous aurez décrété l'émission d'Assignats
, de deux milliards d'Assignats forers ,
pour opérer leur remboursement , tous leurs
effets remonteront au pair , de sorte que s'ils
ont acheté pour 40 millions de la dette exigible
, ils auront reçu de votre munificence
ro millions ; ils auront done vos Assignats ,
et ils les auront au moment même où vous.
les aurez décrétés ; vos Assignats passeront
done entre leurs mains ; ils sont dépositaires
de la majeure partie de la dette exigible
et lorsqu'ils ont vu le patriotisme s'élever
contre l'émission de deux milliards d'Assi¬
gnats , ils vous ont dit leur secret , ils ont
capitulé pour 800 millions de Papier- monnoie
, parce que c'est la seule proie dont ils
veulent s'emparer ( car ne pensez pas que
malgré toutes les protestations hypocrites
de justice publique , ils s'inquiètent beaucoup
du paiement de vos deites ) ; ils s'in
quietent infiniment de la portion de vos
dettes qu'ils ont acquises , il avoient admis
dans leur nacelle les autres Créanciers de
P'Etat ; ils se sont vus menacés de quelques.
dangers , ils ont jeté les passagers à la mer.
Voilà , Messieurs , le véritable secret de
la Capitulation qu'ils vous ont offerte , et
dont ils plaidoient la cause il y a huit jours
avee tant d'eloquence . "
"
On nous entretient tous les jours des
dangers qui menacent l'Etat ; on ne nous
parle que de conspiration contre le Peuple.
Eh bien , ces Agioteurs , voilà les hommes
dont on devroit s'occuper dans vos Comités
des Recherches , et qu'il faudroit punir ! Le
moyen de se defendre d'une vertueuse in(
92 )
dignation , contre de tels ennemis du bien
public , quand on les voit encore corrompre
le Peuple pour le tromper , dénoncer à la
Nation comme de mauvais Citoyens , des
hommes qui ont le courage de s'exposer à la
mort pour défendre le Peuple ! Il faut vous
apprendre que ces accusations criminelles.
ne sont point de leur invention , Ecoutez ,
Messieurs , comme on parloit de Law en
1720 , voilà son Systême imprimé. »
n 40
M. LAW a fait voir à la France , que
Louis XIV avec l'autorité absolue , n'a pu
leur rendre plus qu'il ne leur a restitué. M.
LAW n'a plus d'ennemis que ceux de tout le
genre humain. Voilà comment nos prédécesseurs
parloient de M. Law. "
Le sort des Papiers- monnoie nous est
connu ; le sort des Papiers-monnoie est encore
recent. J'ai extrait , Messieurs , ces deux
Billets de Law d'un tas où il y en a des mil
lions accumules. Les voilà , ces Papiers encore
couverts des larmes et du sang de nos
Peres. Ces Papiers desastreux doivent être
comme des balises placées sur des ecueils ,
pour vous avertir du naufrage et vous en
eloigner. "
En finissant , M. l'Abbé Maury a annoncé
qu'il avoit un Plan , dont il demandoit la
discussion par un Comite , et qu'au surplus ,
si ce voeu etait rejete , il se rangeoit , quoiqu'à
reg et , à la Motion de M. Dupont..
M. Barnave a tenu le dernier la parole
et quoique son discours ne soit qu'une récapitulation
de la defense des Assignats , il
lui a prêté une nouvelle force par la méthode
et i adresse de sa deduction ; le ton trauchant
de ses expressions a servi à leur clarté.
( 93 )
On ne peut s'armer de paralogismes avec
plus d'assurance .
Farexemple , pour se délivrer de l'objection
tirée de la crainte des contre- façons du Papier-
Monnoie, il a cité les Banques de Londres
et d'Amsterdam , la perfection de l'industrie
dans la fabrication du Papier - Monnoie ,
la plus grande difficulté de contrefaire le
Papier, que de contrefaire le métal .
M. Barnave n'ignore pas cependant que
tous les jours on contrefait les Billets de la
Banque de Londres , et que l'industrie qui
les perfectionne , est non moins ingénieuse à
en fabriquer de faux . Il n'ignore pas que la
Banque de Londres , à l'aide de ses profits
immenses , peut supporter la perte de ces falsifications
, et qu'elle y est obligee ; qu'enfin ,
les fraudes ne peuvent acquérir ni étendue , ni
succés durable , parce que la rentrée continuelie
des Billets fournit un moyenjournalier
de vérification. Le danger qui menace les
Assignats est de toute autre nature , puisqu'il
pourra s'en glisser des milliards de
faux , avant qu'ils arrivent à leur Caisse
d'amortissement. Au Visa du systême de
Law , il se trouva pour 760 millions de billets
faux.
M. Barnave a traité de souverainement
ignorans ceux qui placent l'emploi des Assignats
dans les consommations , et non dans
les placemens de fonds et d'industrie. Pour
donner crédit à ce ton de confiance , il s'est
avisé de citer Smith , qu'il n'a certainement
pas lu . Ce Philosophe dit avec raison que ,
dans un Pays pauvre comme l'Ecosse , le
Papier de Banque faisant les fonctions de
Monnoie , accroît les Capitaux de l'industrie ,
du Commerce et de l'Agriculture ; mais le
(( 94 )
Papier- Monnoie dont il parle , est celui qui
s'échange à volonté contre de l'argent , et
sans escompie. Quel rapport encore un
coup , ont ces Billets de Banque avec les
Assignats ?
2
Une élucidation curieuse est celle de M.
Barnave sur la balance de Commerce . Nous,
l'avons perdue , à l'entendre , par le besoin
de Capitaux. Et où sont donc allés ceux qui
nous procuroient il y a 3 ans une balance
favorable ? Elle ne l'est plus , faute de travail
, et non de Capitaux ; c'est la consommaiton
qui manque , parce que l'Etranger
ne s'adresse pas à un Pays en Révolution
parce que le commerce de nos Colonies est
à moitié perdu , parce qu'enfin l'incertitude
de toutes choses , rallentit ou suspend toute
affaire. Augmenter les Capitaux , sans remédier
à l'anarchie , c'est nourrir de sucs un
estomac atonique . Il est vrai que M. Barnane
aperçoit dans la disette d'argent la cause de
l'anarchie. Personne ne lui disputera la gloire
de cette decouverte .
Ii venoit de finir ; aussitôt son Parti entier
a crié qu'on fermât la discussion . Il y manquoit
néanmoins une pièce importante ; M.
le Brun la tenoit à la main ; elle contenoit
les nombreuses Pétitions du Commerce , des
Municipalités , des Directoires . M. le Brun
en a demandé lecture , au nom du Comité
des Finances.
Précipitamment > , M. de Mirabeau s'est
lancé en avant , pour opposer sa volonté au
you de la Nation et lui enlever le droit
de faire connoître ses besoins à ses Représentans
. Sa doctrine , à ce sujet , a excité les
transports des Galeries , des Spectateurs qui
tous les jours avec une audace impunie ,
( 95 )
"
mêlent leur autorité à ce le des Législateurs .
et qui aujourd'hui applaudissoient au refus
de reconnoître , non l'autorité , mais le voeu
des Provinces. Ce contraste est digne d'attention
; il donne le secret de ces acclamations
factices. Voici par quels argumens M.
de Mirabeau les a provoquées :
40
Il est très-scandaleux , très - coupable,
au moment de fermer une discussion importante
de venir lancer , comme le Parthe , en
fuyant , le voeu des Directoires et des Municipalités.
Il n'est par permis de mettre des
Intermedia entre nous et la Nation ;
il ne l'est pa d'avoir la mauvaise 101 de
donner les neuf personnes qui composent
un Directoite , comme l'écho du Departe
ment ; il ne l'est pas que ceux qui nous ont
accusé de vouloir une République federative ,
viennent soutenir par leurs cris une opinion
qui feroit , au même instant , du Royaume
une République fedérative. Ce n'est pas aux
Corpsadministratifs , dans les mains desquels
sont , en ce moment , les, Biens nationaux
à donner leur axis sur les dispositions des
Biens nationaux ce n'est pas à ceux qui sont
dû remarquer que , par le pur respect que nous
devons aux principes du Gouvernement Représentatif
, nous n'avons pas montré le voeu
de la Ville de Paris , sur qui pésesoit cette
opération. Ils ont eu l'imprudence de ne pas
vouloir notre sage réserve , et nous ont accusé
de payer les applaudissemens, des Tribunes ;
expressions gratuitement insolentes ; can'est
pas à eux à venir élever contre nous , des maximes
destructives de la Constitution , dont
nous aussi avons posé quelques bases . Qu'ils
croient que le feu sacré de la Constitution .
t
a
}
( 96 )
est aussi bien dans nos foibles mains que dans
leurs mains si pures.
»
Ces etranges raisonnemens , sur lesquels
nous proposerons incessamment quelques remarques
, ont eu leur effet . On à décrété de
ne pas entendre M. le Brun , et de prendre
demain , sans désemparer , une délibération
définitive sur les Assignats.
DO MERCREDI 29 SEPTEMBRE.
Le Comité des Recherches n'ayant apparemment
aucune Contre-révolution à dénoncer
pour le moment , s'est attaqué à je ne
sais quel Curé Flamand , que le Comité aceuse
de prêcher contre la Vente des Biens
Nationaux . Ordre à la Municipalité de Saint-
Omer d'informer contre le Curé.
7 On a ensuite fait lecture d'une lettre de
M. Berthier , Commandant de la Garde Nationale
de Versailles , lequel en réclamant
contre les fausses inculpations qui le concerment
dans l'Adresse du Département de
Seine et d'Oise , prie l'Assemblée d'ordonner
l'examen de cette affaire . Elle a été renvoyée
au Comité des Rapports.
La discussion sur les Assignats ayant été
fermée la veille , M. d'Espresmenil est monté
à la Tribune pour faire lecture d'un simple
Projet de Décret. Beaucoup d'oppositions
et de cris l'ont d'abord repoussé , enfin il
est parvenu à lire ce qui suit :
L'Assemblée Nationale , toujours animée
du zèle du bien public , avertie par l'expérience
qu'elle n'obtiendra pas la paix , tant
qu'une défiance , bien ou mal fondée , éloigneraune
partie des Citoyens de leur Patrie ,
a décrété et décrète :
- ART· I™* , La Caisse d'Escompte reprendra
ses
( 970))
ses opérations originaires ; les 400 millions,
d'Assignats décrétés seront rendus à leur
nature primitive ; il en sera créé de plus pour
600 millions , sans intérêt , à compter du 15
Octobre ceux deja créés cesseront de porter
intérêt. Au 15 Janvier prochain la Caisse
d'Escompte paiera en argent comptant , et
à Bureauouvert ; tous les fonds versés à ladite
Caisse seront composés des valeurs ci-dessous
désignées.
"
La Nation accepte , par l'organe de l'Assemblée
, l'offre de 400 millions , qui lui a
été faite au nom du Clergé : les Communautés
Religieuses donneront à l'Etat , sur leur revenu
, pendant dix ans , un secours extraordinaire
, qui sera fixé de concert entr'elles
et le Roi.
Le Clergé , tant séculier que régulier est
rétabli dans la possession de tous les biens
dont il jouissoit. Le Clergé séculier demeure
autorisé à ouvrir tous les emprunts nécessaires.
pour réaliser les sommes promises , d'après
les règles qui seront fixées par les Lettres-
Patentes du Roi . Les Communautés Religieuses
pourront aussi faire des emprunts
d'après les mêmes formes.
Tous les Officiers Civils et Militaires ,
supérieurs etinferieurs ,fourniront un supplément
de Finance. Les Officiers de Finance.
et les Employés paieront un supplément de
fonds. Tous les Corps , Communautés et Corporations
, fourniront également un supplé
meet de Finance . »
"
« La Justice reprendra son ancien cours
et les Titres des Officiers seront provisoirement
transmissibles.
"
"
A l'exception des servitudes Person-
N°. 41. 9 Octobre 1799 .
L
((98 )
nelles , les Citoyens seront rétablis dans leurs
propriétés.
""
La Contribution Patriotique ne sera plus
forcée. "
Tous les anciens droits , à l'exception de
ceux de Gabelles et de Francs- fiefs , seront
perçus comme par le passé ; les Tribunaux .
veilleront à l'exécution de ce Décret. E
Les fonds provenant de ces divers secours
seront versés à la Caisse d'Escompte en quantité
suffisante , pour qu'elle puisse effectuer
ses paiemens ; les détails de ses opérations
ne pourront être mis à exécution qu'après.
avoir été concertés entre le Ministre et lesi
Administrateurs de la Caisse d'Escompte . "
Tous les Priviléges pécuniaires, demeu
reront abolis ..
งา
Toutes les rentes , à quatre pour cent ,
éprouveront la retenue d'un dixième. »
" La Dette arriérée sera divisée en deux
classes ; la première sera payée dans l'année
prochaine , en douze paiemens égaux ; la
seconde sera constituée au denier vingt..
" Il sera créé une Caisse d'Amortissement
composée des sommes provenant de l'extinction
des rentes. "
« Si ces impositions ne suffisent pas , on
pourra faire les augmentations de sols pour
livres nécessaires .
"«
Le Décret qui prescrit l'aliénation des
Domaines de la Couronne sera regardé
comme non avenu . "
"
"
tiers
"
LaJuridiction Prévôtale sera rétablie. N
La Maréchaussée sera augmentée d'un
"1
Les Princes du Sang seront priés de rentrer
dans le Royaume ; les autres Citoyens absens
( 99 )
seront invités à faire de même , et seront mis
sous la sauve -garde de la Loi . ‘*
" Les Comités des Recherches de l'Asseinblée
Nationale , de la Ville , et tous ceux
qui pourroient être établis dans le
Roya
seront abolis.
"
"
ر
« L'Assemblée Nationale desirant que le
souvenir des troubles qui ont désolé le
Royaume depuis un an , soieut effacés , sup
pliera le Roi d'accordér une Amdistie genérale.
"
"
« Le présent Décret sera porté au pied du
Tróne par l'Assemblée Nationale en Corps . » ?
Le Roi sera supplié d'y donner une
prompte Sanction , en lui assurahto
"
qu'iln'est
point de François qui ne soit dispose à tous
les sacrifices .
93 །
L'Assemblée en sortant de chez le Roi ,
ira porter ses respects à la Reine. Il sera
chanté dans toutes les Eglises et Paroisses,
un Te Deum , en action de grace de la réunion
des esprits ; le Roi sera supplie de se trouvér
avec son auguste Famille , à celui qui sera
chanté dans la Cathédrale de Paris ; l'Assembleely
assistera en Corps , et espere y voir'
les Princes et tous les François absens.
2
33
Des rires de fureur et des huges avpient'
plus d'une fois interrompur cette lectare. Il'
est peu aisé d'en démêler l'objet. M. d'Es
presmenil s'egayoit- il à faire la satyre des
opérations de l'Assemblée ? Son Projet éton- "
il une moquerie , ou une prediction? Ololqu'il
en soit à peine , a - t - il cu achevé que
la grêle à commencé. Vingt Membres se
disputoient l'avantage de frapper. Renvoyez
l'Auteur au Comité de Santé , criqit "Pun' :
Au Comité d'Aliénation , répétoit un autre
écho : Au Comité des Recherches. Dans leur
12
E ij
( 100 )
courroux , les Honorables Membres prenoient
au pied de la lettre les sarcasmes deplaces
de M. d'Espresménil , et les traitoient de
Projet de contre-révolution . Qu'on enferme
M.d'Espresménil à Charenton , disoit M Charles
de Eameth dans un accès de moderation .
Non , répondoit son frere Alexandre ; regardons
l'oeuvre de M. d'Espresménil comme
celle d'une imagination deréglée , et pour
prouver la liberté des opinions , passons à
l'ordre du jour. "
"
1:
M. Mathieu de Montmorency a fait un
effort de voix et d'éloquence , pour dire
que la folie et le délire , le délire et la
folie pouvoient seuls excuser un Projet qui
mériteroit la sévérité de l'Assemblée..... témoignons
le plus profond mépris.
Tandis que FOrateur plaidoit si bien la
liberté des opinions , M. de Cazalès a demandé
s'il étoit permis à un Membre de
l'Assemblée d'en insulter un autre ; qu'en ce
cas , il alloit demander , carte blanche de
personnalités nominatives.
"
"
"
16
"
Quoi ! a repliqué M. Charles de Lameth,
au milieu des bruits qui se répandent , d'une
" réunion des Parlemens , de trois Conspirations
, de Contre - Révolutions ( découvertes
par les Colporteurs ) , d'un Comité des Recherches
qui a dans son porte feuille 50000
hommes chargés d'emmener le Roi à Rouen ;
Quand M. d'Espresménil parle, comme une
« réponse du Roi , que tout bon François auroit
voulu oublier , vous craindrez de ridiculiser
un Membre! Le péril ... le danger....
" les Ennemis de la Révolution ...... tout est
perdu , si les bons Citoyens ne se coalisent.
" M. de Lameth finissoit , que M. Corol
ler le bras tendu , a crié : Qu'onfasse conduire
*
K
ce
"
་ ་
"
( 101 )
M. Duval à la Barre , ou qu'on le traîne en
prison.
On ne pouvoit pousser plus loin le
respect de la liberté , et de l'inviolabilité
de la parole. Dans trois jours , rous entendrons
le même Parti , à l'occasion
des horreurs de Versailles , appeler
crime tout reproche fait à un Député
sur ses discours quelconques à l'Assem
blée .
Au milieu de ce tapage , M. d'Espresmén
a tenté de se defendre. Vains efforts : on
est passé à l'ordre du jour.
Le reste de la Séance a été une succession
de tumultes , nés des debats sur la priorité
des Motions , sur les amendemens , sur
la manière de poser la question . Ces éternelies
et furieuses agitations , dont le recit
doit fatiguer les Lecteurs autant que nous
ont toujours le même caractère , et offrent
un triste intérêt . Elles ont fini par le Dcret
suivant , rendu sur là Motion de M. le
Camus et d'un amendement M. de Crillon ,
"[.
L'Assemblée Nationale decrete que la
dette non constituce de l'Etat , et celle du
ci devant Clergé , sera remboursée suivant
l'ordre qui sera indiqué en Assignats -monnoie
sans intérêt ,
"
Il n'y aura pas en circulation au delà
de 1200 millions d'assignats , compris les
400 millions déja décrétés .
st
>>
Les Assignats qui rentreront dans la
Caisse de l'Extraordinaire seront brûlés , et
il ne pourra en être fait une nouvelle fabri
cation , sans un Décret du Corps législatif,
toujours sous la condition qu'ils ne puissent
ni excéder la valeur des Biens Nationaux ,
E iij
( 102 )
ni se trouver au dessus de douze cents millions
en circulation . "
Cette décision a été rendue à la suite d'un
Appel nominal, aquella ganche a long- temps
résisté , et emportée à la foible majorité de
508 voix contre 423. Quatre Députés de Lyon ,
MM. Peris se , Milanais , Couce et Goudard,
naatis des Instructions, du vou, des Pétitions
les plus expresses et les plus multipliées de leur
Ville , Pont sacrifiée à la Majorité , en votant
hardiment pour les Assignats . D'autres
Membres prudens , qui leur étoient contraires ,
se sont absentés.
1
1
DU JEUDI 30 SEPTEMBRE.
A l'exemple du Commandant de la Garde
Nationale de Versailles , la Municipalité de
'cette Ville réclame contre la dernière Adresse
du Département de Seine et d'Oise , que l'Assemblee
Nationale a honorée de l'impression.
Elle demande une justification éclatante des
imputations qui lui sont faites , et l'examen
de sa conduite par un Comité : celui des
Rapports est chargé de s'occuper de cette
Lettre.
A la suite de quelques Décrets particuliers
, M. Chabroud a commencé le Rapport
de la Procédure Criminelle du Châtelet sur
les faits arrivés à Versailles le 6 Octobre
1789. Cette Lecture a rempli le reste de la
Séance , sans être achevée : on a remis l'audience
au lendemain.
A. DU JEUDI. SÉANCE DU SOIR.
Une vive discussion s'est élevée , pour
décider qui paicroit la Médaille commémorative
de la fameuse nuit du 4 Août 1789 .
Plusieurs Membres économes vouloient la
( ( 103 )
laisser au compte de M. de Liancourt , qui
l'a fait exécuter , et réclamoient l'ordre du
• jour. Cette étrange justice n'a cependant
pas prévalu la dette sera acquittée par
une contribution sur les Membres de l'Assemblée
; ainsi la Noblesse et le Clergé
paleront les frais de leur enterrement.
9
1
28
Parmi les secours très- considérables que
différentes Communautés recevoient de M.
l'Archevêque de Paris , le College de Sainte-
Barbe étoit compris pour dix mille livres .
Comme on n'a laissé au vertueux Prélat de
la Capitale , que les dettes qu'il contracta
dans l'hiver de 1788 à 1789 , pour secourir
les misères du Peuple ( générosite dont il a
été bien récompensé ) , il se trouve hors d'état
de continuer ses largesses : le College de
Sainte Barbe venoit en conséquence de notifier
aux Parens qu'ils eussent à retirer leurs
enfans . M. Camus a fait décréter en faveur
de ce Séminaire , un secours de 3000 liv. à
prendre sur les revenus de l'Archevêché.
Les Députés du Port -au - Prince ont été
introduits , et ont naïvement récapitulé les
excès de l'Assemblée de Saint- Marc .
་
Dans toutes les occasions , suivant eux ,
cette Assemblée a affecté de se comparer
à l'Assemblée Nationale et de se conduire
comme elle. L'esprit d'indépendance et
de faction éclatèrent de bonne heure. Il
« se forma des Comités , ensuite une Assemblée
générale. On chanta des Te Deum .
L'Assemblée déclara ses Membres inviolables
; elle s'arrogea un veto absolu . Elie
répandit par tout des Emissaires , et se
fit confirmer par une apparente Majorité.
Elle cassa les Corps rivaux , ouvrit les
Ports aux Etrangers , et affecta l'indépen
40
H
44
50
*
E iv
( 104 )
.
48
$
dance. M. de Peynier s'étant opposé à ces
usurpations , l'Assemblée générale le dé-
" nonce comme traître à la Nation , à la Loi
« et au Roi ; elle proscrit sa tête , ainsi que
celle de M. Mauduit ; elle intercepte les
Lettres de l'Administration . On coupe la
tête d'un Colon innocent , âgé de 70 ans ;
" on la porte au bout d'une pique ; on tente
de debaucher les Troupes et les Equipages
, etc. »
44
"
On a décrété l'impression de cèfte Adresse
véritablement curieuse , et d'entendre Samedi
soir les Députés de l'Assemblée de Saint-
Marc , et ensuite le Rapport du Comité Colonial.
DU VENDREDI 1 OCTOBRE.
Au tableau de l'anarchie de Saint - Domingue
a succédé aujourd'hui une plainte
de la Garde Nationale de Bordeaux contre
l'anarchie de Saint- Pierre de la Martinique ,
où trois Membres de cette Garde ont été
dépouillés de leur uniforme , et la Cocarde
Nationale proscrite. Cette dénonciation est
renvoyée au Comité Colonial .
Par un autre Décret , rendu sur l'avis du
Comité Militaire , on a passé aux Soldats
des Régimens Suisses , une augmentation de
paie de 18 deniers , et aux Officiers et Soldats
, la conservation des pensions et traitemens
dont ils jouissoient avant l'époque
du 1. Mai 1789:
M. Chabroad a ensuite continué son
Rapport. Nous avons eu le courage de
le lire attentivement ; mais on ne nous
supposera pas celui de l'analyser. La pleme
nous eût échappé à chaque ligne , et
( 105 )
nous ne partageons ni la force d'ame de
l'Auteur , ni le sang froid des Auditeurs.
Voici donc l'extrait de ce dépouillement ,
tel qu'il est recueilli dans les Feuilles publiques
qui l'ont transcrit sur l'Imprimé .
14
L'Assemblée Nationale va décider s'il y
a lieu à accusation . Les Juges ont érigé en
certitude ce qui pouvoit n'être qu'un soupçon .
Je serai moins hardi , et je demanderai si
l'affaire du 6 Octobre n'est pas un de ces
évènemens , où le sort se plaît à confondre
laprévoyance humaine. Recherches des causes
des excès commis. On a dit que le Peuple fat
conduit à Versailles par les Agens d'une intrigue
; on a dit , d'un autre côté , que l'interêt
de sa cause étoit son seul mobile. Taniót
c'est le hasard , tantôt c'est l'accomplissement
d'un complot déconcerté. D'abord y
a - t- il un complot ? »
M. Pelletier , premier témoin , dit qu'il
a appris par des bruits publics , dans les Sociétés
, promenades , Clubs ou Cafés , que M.
d'Orléans fomentoit un parti avec quelques
Membres de l'Assemblée Nationale , pour
s'emparer de l'Administration du Royaume ;
que M de Mirabeau étoit un de ses principaux
Agens. M. la Fisse a aussi entendu dire
par différentes Personnes , et dans différentes
Sociétés que ce projet existoit . M. Malouet
est agité de noirs pressentimens ; il pronostique
des malheurs , des bruits publics , des
bruits de Sociétés , des pressentimens ;
presque toujours ils sont trompeurs. Nul
temoin n'a montré la chaîne d'une intrigue
concertée. Je ne dirai pas par quels motifs
on a recueilli des faits , que leur date fait
remonter au mois de Juillet . Deux témoins
Ev
( 106 )
.
déposent que des piques ont été fabriquées
par le Serrurier de M. d'Orléans , que
ses Domestiques avoient des habitudes avec
les Habitans du faubourg Saint - Antoine. Les
habitudes des Domestiques ! on leur fait
signifier ce qu'on veut ; les piques , elles ont
été fabriquées par l'ordre du District des
Filles St. Thomas. M. Coroller a dejeûné
chez M. Malouet avec plusieurs de ses Collegues
; il leur a dit', que la Révolution ne
pouvoit se faire sans commotion , ellà -dessus
il est entré dans des détails . Trois Convives ,
MM. Dufraisse , Guilhermy et Tailhardat ont
tenu registre de la conversation et comme
les devoirs de l'hospitalité ne sont rien devant
les grands intérêts de l'Etat , ils ont rendu
compte en Justice de leur conversation. "
$
"
"
M. Perrin , Avocat , le Jeudi 9 Juillet
1789 , entendit une harangue dans laquelle
on disoit : « Nous nommons M. le Duc d'Or•
léans pour Lieutenant- Général du Royaume.
M. de Mirabeau avoit dit à M. de Virieu
qu'on vouloit faire M. d'Orléans Lieutenant-
Général du Royaume ; mais il devoit
Pobtenir de la médiation entre le Roi et le
Peuple , et alors que trouve- t on à blâmer ?
Antérieurement , M. de Mirabeau avoit
dit à M. de Bergasse : Qu'on ne feroit
jamais un pas vers la liberté , tant qu'on
n'opéreroit pas une Révolution à la Cour :
interrogé sur la nature de cette Révolution ,
il avoit fait entendre qu'il importoit d'élever
aM. le Duc d'Orléans au poste de Lieutenant-
Général du Royaume. Quelqu'un lui ayant
demandé si M. le Duc d'Orléans y consentiroit
: il avoit répondu que M. d'Orléans lui
avoit dit sur cela des choses très - aimables. »
M. de Virieu conversa à la Place Louis XV
14
( 107 )
avec un Officier de la Garde Nationale , le
17 Juillet , et cet Officier lui dit que : " ᏚᎥ
on avoit attenté à la sureté de l'Assemblée
ou de quelqu'un de ses Membres , on étoit
déterminé à Paris à proclamer M. d'Orléans ,
soit Protecteur , soit Lieutenant Général du -
Royaume. Ce n'est ici qu'une mesure. Ce
n'est , ni dans ce moment , ni dans ce lieu ,
qu'on peut chercher quelles mesures auroient
été prises.
"}
་ ་
2
« M. de Clermont - Tonnerre va plus loin ,
il tient de M. Besson : Qu'un groupe
d'hommes ayant porté dans le Palais - Royal
le buste de M. d'Orléans et celui de M. Necker ,
un de ces hommes a crié : N'est - il pas vrai
que vous voulez que ce Prince soit votre
Roi , et que cet honnête homme soit son
Ministre ? Cri auquel un petit nombre de
personnes a répondu Nous le voulons .
Il y a une seule observation à faire , M.
Besson , entendu , n'a rien dit de cela . On est
léger dans des propos familiers ; on est grave
devant les Juges. Tous ces faits ont été suivis
par la prise de la Bastille . Ce grand évènement
, devenu légitime par la nécessité , l'est
encore devenu par le succès ; il fit la gloire
de Paris et le salut de l'Empire . Nous voulons
découvrir des coupables , et non disputer
au patriotisme les lauriers qu'il a
cueillis . On dit que quelques jours avant
celui du 5, Octobre , il se tenoit des conciliabules
à Passy dans une maison où l'on
faisoit l'éducation des enfans de M. a’Orléans.
M. de Mirabeau le jeune a cité pour
témoins M. et Madame Coulomiers qui ont
été entendus et n'ont rien vu . Ici , M. Malouet
et toute sa Société , MM . Guilhermy ,
Henri-Longueve , Tailhardat , etc. , ont dé-
E vj
( 108 )
(
posé. Ces dépositions portent sur des propos
tenus par des domestiques de M. Malouet.
Ces domestiques les tenoient d'un Officier
de M. Malouet ; celui ci d'un Parfumeur de
Versailles. Cette généalogie donne peu de
lumières. Deux Soldats disent que le Roi
sera enlevé pour le conduire à Paris. M.
Mounier parle des inquiétudes du Ministère.
Cela s'accorde mal avec les dépositions de
MM. Lafise et Chamseru. Plusieurs Particuliers
déposent avoir entendu parler d'un
Conseil de Régence. M. Guilhermy , Député
, rapporte que : « Dans la nuit du 5
au 6 Octobre , ayant été rappelé à l'Assemblée
vers les une heure après minuit , il fit
rencontre , dans la Cour du Chenil , d'un
Député , qu'il n'a pas reconnu , dont il ignore
le nom , et qui lui dit qu'il falloit nommer
un Régent du Royaume , et que c'étoit sur
eet objet qu'on se rendoit à l'Assemblée . On
sait que l'Assemblée ne s'en est pas occupée,
et n'en a pas eu le projet. On a dit à M.
Belleville , que le Peuple auroit proclamé
M. le Dauphin , et à son défaut , M. d'Orléans
; que le Peuple répétoit ce propos .
Quand on médite des complots , on ne parle
pas , et ce n'est pas le Peuple qu'on choisit
pour confident. M. Bergasse et M. Régnier
racontent une conversation entre M. Mounier
et M. de Mirabeau l'aîné , dans laquelle
ce dernier dit : « Eh ! mais , bon homme que
vous êtes qui est- ce qui vous a dit qu'il
ne faut pas un Roi ? Mais qu'importe que
ce soit Louis XVI ou Louis XVII ? » Je
n'ai pas lu de sang froid ces paroles abominables
; j'ai dit il y a un complot. Mais
revenu au calme qui me convient , je cherche
la déposition de M. Mounier , et je n'y trouve
rien qui confirme celles - ci. »
( 109 )
( Qu'on interroge M. Mounier sur ce
fait . Tous les gens de bien en portent le
défi à M. Chabroud. Quelle logique de
nier un fait attesté par plusieurs Témoins
irréprochables , parce qu'un autre Témoin,
en déposant de cent faits différens ,
en a omis un qu'il révéleroit peut- être
à la confrontation ! Cette logique , on
la retrouve à chaque ligne de ce Rapport.
Nous passons diverses dépositions
obscures et insignifiantes , sur lesquelles
le Rapporteur affecte d'appesantir sa
critique , et que tout le monde lui abandonne.
)
64
" M. Blaižot dépose que dix à douze
jours avant le malheureux événement du
5 Octobre , étant allé parier de livres à M.
de Mirabeau l'aîné , ce dernier lui dit qu'il
croyoit apercevoir qu'il y auroit des événemens
malheureux à Versailles , mais que les
honnêtes gens qui ressembloient à lui témoin
, n'avoient rien à craindre. M. de Belleville
, en disant tenir ce fait de M. Blaizot ,
ajoute que M. de Mirabeau s'exprima ainsi
apres avoir fait retirer trois Secrétaires , et
fait fermer la porte avec soin. La déposition
de M. Blaizot écarte cette circonstance ;
il ne reste plus qu'une inquiétude dans ce
discours.
"
"
"
ן כ
"
que le
Anne-Marguerite Andelle , ouvrière en
linge , dépose entre autres choses ,
28 Septembre dernier, revenant deVersailles ,
où elle étoit allée présenter un Mémoire à
Madame Victoire de France , et pour lequel
elle avoit été renvoyée au mois d'Octobre ,
un Particulier l'aborda , sembla prendre part
( 110 )
1
à son chagrin , lui conseilla d'avoir, recours
au Duc d'Orléans , et lui promit une lettre
sur laquelle il lui donneroit des secours à la
vue seule du cachet . Elle eut en effet cette
lettre . Refusée à la grande entrée , elle en
prit une autre qui lui avoit été indiquée par
le Particulier de qui elle tenoit sa lettre :
elle y trouva un postillon qui , après lui avoir
dit que sur un cachet pareil à celui de la lettre
qu'elle portoit , M. le Duc d'Orléans avoit
donné dix louis à une femme , lui indiqua les
moyens de parvenir jusqu'à ses Gardes , et
lui vanta sa générosité. Elle ne put point parvenir
jusqu'à M. d'Orléans ; elle entra ensuite
dans le Parc , et y ouvrit la lettre qui lui
avoit été remise : elle renfermoit , au lieu
d'une lettre de recommandation , un papier
fort épais , au haut duquel étoient différens
signes qu'elle dépeint dans sa déposition , et
qui renfermoit des signes qu'elle a cru être
Grecs. "
" Voyant ensuite venir à bride abattue deux
Cavaliers qui paroissoient avoir la livrée de
la Reine , et qui s'adressèrent à une femme ,
elle demanda à cette même femme ce qu'ils
lui avoient dit ; et comme ils s'étoient informés
d'une femme qui avoit l'air étranger , soupçonnant
qu'ils pouvoient la chercher , elle
rentra dans le bois , et y coupa et dispersa
dans les charmilles , le papier épais qu'on lui
avoit remis . Elle en sortit ; ces Cavaliers
vinrent vers elle , et lui demandereni si elle
étoit de Paris ; elle répondit que non : ils la
laissèrent , mais bientôt apres ils coururent
de nouveau après elle , l'atteignirent , la
fouillerent dans ses poches et dans son estomac
, lui refirent la même question qu'ils
lui avoient déja faite , et la laissèrent. "
( III )
" Cette avanture est assurément bien éton
nante ; ce n'est pourtant rien . Il y en a une
antre dont je ferai grace à l'Assemblée : cette
femme est un prodige. Quelle justesse ! quelle
précision ! après une simple vue , après huit
mois , se rappeler ainsi des objets les plus
minutieux ! "
" MM. Latontinière et Laimant déposent
d'un récit qui leur a été fait par Blangry ,
domestique
de ce dernier. Blangey leur dit que
vers le 12 ou 13 Septembre 1789 , suivaḥt
M. Latontinière , vers la fin de Juin , ou le
commencement de Juillet de la même année ,
suivant M. Laimant , et il y a environ un an ,
suivant M. Pierre Bouché , autre témoin entendu
le 22 Juin de cette année , Blangey ( 1)
dit que la veille au soir , sortant du cabaret ,
il fut acosté par un jeune homime , fort bien
mis , qui lui proposa de l'argent pour assassiner
la Reine . Voyez les depositions.
"
Les dépositions de MM. Latontinière et
Laimant different dans les dates . M. Lutontinière
dit que Blangey fut acosté par une
personne. M. Laimant dit qu'il le fut par
deux. M Bouché , troisième témoin , parle
de propos tenus par Blangay dans les acces
de désespoir , et il dit ne se souvenir pas de
ees propos. Voilà un fait bien grave et bien
estropié. Comment ne s'est on pas informé
du jeune homme sorti du Juste? Comment
n'a - t- on pas entendu l'homme battu par
Blangey , et les personnes qui amenèrent
(1) Les Journaux d'où je tire ce Rapport ,
nomment ce Blangey, MONSIEUR BLANGEY.
Je suis fâché qu'ils n'aient pas ajouté , le
vertu ux M. B.
( 112 )
celui- ci chez M. Latonnière ? Est- il vraisemblable
que l'on confie à un homme ivre ,
rencontré par hasard , des complots aussi
odieux ? Comment cet homme conserve-t- il ,
avec autant de détail , la mémoire de cette
conversation , et ne se souvient - il plus de ce
qu'on a fait de lui , depuis le moment où on
a ôté de ses mains la personne qu'il battoit ,
jusqu'à celui où il s'est , dit - il , trouvé dans
Fécurie de M. Latontinière ? »
9
J'ai lu dans une déclaration faite par
M. le Cointre , au Comité des Recherches de
la Ville de Paris , que dans un accès de
joie , le même jour on escalada le balcon
du Roi , et qu'un Chasseur vouloit se tuer ,
ayant manqué l'escalade. Ce Chasseur ne
seroit- il pas le même , auquel M. Miomandre
de Chateauneufimpute d'avoir voulu se tuer ,
dans le desespoir de s'être laissé suborner
les Factieux ? par
"
M. Diot , Curé de Ligny et Député , dépose
avoir entendu plusieurs brigands réunis ,
proposer le 5 Octobre , à sept heures du soir,
50 louis d'or , payables par un Agent de M.
Je Duc d'Orléans , à ceux qui voudroient
assassiner le lendemain matin , les Gardesdu-
Corps et la Reine. M. Barras dépose
avoir entendu d'autres brigands lui répondre :
A quoi bon un Roi ? plus de tout cela. »
* Ces deux témoins ont l'air de vouloir
se rencontrer. Je ne conçois pas comment
M. Dict a pu voir et parer le coup qu'on lui
portoit , et M. Barras donner un signalement
aussi détaillé. On ne concevra pas aisement
encore que , malgre la faveur de l'obscurité,
ce soit dans un lieu public que des conspirateurs
cherchent à séduire des hommes dont
ils veulent se faire des complices , qu'ils de(
13 )
"
•
veloppent leurs perfides projets ; mais surtout
on aura peine a croire que deux personnes
auxquelles le hasard réveloit des seerets
de cette importance , n'en aient pos
donné connoissance à l'instant. M. Dio/ craint
pour sa tranquillité, comme si alors il étoit
permis de s'occuper de son repos et de ta
vie. ( La partie droite murmure ) . M. Barras
se borne à faire des remontrances froides .
Si je crois le récit de l'un et de l'autre ,
je dois mettre sur leur tête les événemens qui
se préparoient. M. Derosnet observe que ,
lorsque les femmes qui étoient entrées
chez le Roi , vers sept heures , pour demander
du pain , furent sorties , elles ne cessè-
1 rent de crier: vive le Roi! qu'elles rendirent
-compte sur la Place d'Armes , de la réponse
favorable qu'elles avoient reçue du Roi . Plusieurs
femmes ouvrirent alors l'avis de retourner
à Paris ; mais beaucoup d'autres
dirent qu'il falloit bien s'en garder ; qu'on
leur avoit donné ordre exprès de rester. "
•
On dépose qu'on avoit payé des Filles
de joie pour les envoyer au Régiment de
Flandres . Les conspirateurs avoient des confidentes
peu discrètes. Des témoins nombreux
annoncent que des Soldats payoient au Café
avec des écus de 6 liv. On dépose aussi
que 45 mille liv. ont été distribués au Régiment
de Flandres à Saint - Denis . "
M. de Montmorin , Major en second du
Régiment de Flandres voit , le 5 au soir ,
une femme portant dans l'un de ses bras ,
un panier d'osier à anse , couvert d'ane toile ,
et dans lequel il y avoit de l'argent qu'elle
distribuoit au Regiment de Flandres . Il falloit
aussi gagner le Peuple. M. Duval, dit
Grand-Maison , dépose qu'on a vu jeter de
( ( 114 )
l'argent par les fenêtres du Palais - Royal.
Il cite M, la Mothe , qui dépose aussi du
-même fait , et cite , à son tour , M. Duval.
M. Firmin Mianné dépose qu'il a ouï dire à
M. Destreffes , qu'étant chez lui , lorsque sa
Blanchisseuse rapporta son linge , il lui dit :
comment , vous n'êtes pas à Versailles ? Et
que cette Blanchisseuse lui répondit : M. le
le Chevalier , vous êtes dans l'erreur d'imaginer
que ce ne sont que des Blanchisseuses
et autres femmes de ce genre qui sont allées
à Versailles ; on est bien venu sur mon bateau
en faire la proposition à moi et à mes
compagnes , et c'est une femme qui est venae
offrant six et douze livres ; mais cette femme
n'est pas plus femme que vous. Je l'ai bien
reconnu , car je blanchis son Valet - de-
Chambre ; c'est un Seigneur qui demeure
au Palais - Royal ou aux environs . »
t
*
5
་་" On a déposé que cinquante garçons Vi-,
triers avoient éte enrôlés à un louis. Les
témoins varient et descendent d'un louis à
3 liv. Madame Andelle dépose qu'on en distribua
, dans la matinée du 6 , dans la cour
du Château ; mais alors on étoit au termé ;
la séduction pouvoit paroître inutile. »
16
Voilà beaucoup de dépositions , je reste
entre le soupçon et la croyance si l'on
ajoute , je pourrai croire ; si l'on ôte , je ne
puismêmesoupçonner. M. Montmorinaffirme :
eh bien ! qu'il dise , j'ai vu , et mon irrésolution
subsiste. J'ai quelque lieu de croire
qu'il croit avoir vu ce qu'il n'a pas vu. Un
panier plein d'argent est d'un poids trop
lourd pour une fmme ; des yeux qui distinguent
de l'argent à travers une toile , sont
peut-être trop perçans ; et puis il faisoit
nuit , et puis on ne trouve qu'un seul témoin ,
( 115 )
+
quand il devroit y en avoir mille. Je comple
pour rien Marguerite Andelle ; la vérité même
est suspecte à côté de telles visions . »
Apres avoir exposé les faits avec cette
candeur , M. Chahroud passe aux causes , et
les développe aussi impartialement.
Le 5 , des Grenadiers se présentent à
M. de la Fayette. L'Orateur est simple ,
m'apprend que le pain manquoit ; il est
prouvé qu'on avoit des inquiétudes sur les
dispositions de la Cour , que le Peuple étoit
rempli d'indignation au sujet d'une insulte
faite au sign de la Liberté Nationale. On
desiroit posséder le Roi à Paris , pour faire
cesser toutes les craintes . En partant pour
Versailles , on disoit : Nous allous demander
du pain au Boulanger et à la Boulangère .
Grace à M. Maillard , cette caravane avoit
quelque discipline ; on n'a pas fait assez d'attention
à l'action de ce Citoyen obscur . Je
me plais à rendre hommage à son courage ,
à sa présence d'esprit et à sa conduite.
18
ע
Il étoit annoncé que le Roi devoit fuir ;
qu'il devoit se rendre à Metz ; que l'Assemblée
seroit dissoute ; que la guerre civile con
menceroit. M. Bouillé étoit désigné chef de
cette Armée ; des cocardes blanches , substi
tuées à la cocarde nationale , augmento ent
les soupçons.
"
"
Le Régiment de Flandres pouvoit paroître
l'avant-garde de l'Armée .... Le 5 Octobre
, les voitures du Roi sont arrêtées à la
grille de l'Orangerie : cinq Témoins en déposent.
Le Procès- verbal de la Garde Nationale
annonce qu'on a également arrêté
à la grille du Dragon , les voitures de la
Reine. Ici l'intérêt va croître. Suivant la
declaration faite au Comité des Recherches
--
( 416 )
de la Ville , par M. le Cointre , M. d'Estaing
se rend , le 18 Septembre , au Comité Militaire
de la Garde Nationale de Versailles ;
i exige le serment du secret ; il lit une
lettre dans laquelle M. de la Fayette dit qu'il
n'est plus maitre de retenir les Gardes - Françoises
qui veulent aller reprendre leurs postes
à Versailles M. d'Estaingreprésente qu'un
secours de milie hommes seroit nécessaire ;
le Roi accorde la demande : l'Assemblée
Nationale en est informée ; le 23 le Régiment
est aux portes de la Ville . Le 4 Octobre
M. le Contre monte au Château , il voit
dans la galerie trois Damès et plusieurs
Abbés , distribuant des cocardes blanches.
་་
»
La conduite des Gardes - du- Corps pourroit
seule avoir causé les mouvemens. On ap»
prend de M. le Cointre , que les Citoyens déclarer
ot que les couleurs Nationales et le
Serment civique , ne pouvoient compatir
avec les Garges- du - Corps . Quelques Témoins
attestent la décence du dîner , donné le premier
Octobre , à la Salle de l'Opera. M. le
Cointre dépose que la Nation y fut proposée
et rejetée avec mépris ; que plusieurs personnes
y prirent la cocarde blanche ; qu'elle
a été portée par M. Karin , qui dit l'avoir
acceptée à ce dîner ; que M. Leclerc a en →
tendu cier sur la terrasse : Vive le Roi et
la Reine ! au diable l'Assemblée Nationale ;
qu'un M. Parseval , Aide de - Camp , à la
suite de cette fête , escalade l'appartement
de Louis XVI , s'empare des postes , s'écrie :
ils sont à nous , et arbore la cocarde blanche,
Un Garde du Roi, M. Canecaude , dépose
qu'au moment où le Roi vint au Repas , il
demanda au maitre de musique , l'air : Où
put- on étre mieux qu'au sein de safamille ?
( 117 )
et qu'on y substitua l'air : O Richard ! 6 mon
Roi ! l'univers t'abandonne ; allusion qui ne
pouvoit manquer d'être sentie . M. le Cointre
dit que cet air fut un signal pour escalader
les loges. Jeu significatif par lequel , peutêtre
, on se disposoit à quelques efforts . Tous
ces détails se répandirent. Le déjeûner du
3 jeta des matières inflammables sur l'in- \
cendie.
ས ་་ Maintenant vous auriez à choisir entre
des complots et des causes naturelles ; mais
s'il y a plusieurs routes pour arriver à la
vérité , il n'en faut négliger aucune. Un nom
auguste fut prononcé le 2 octobre au milieu
des imprecations. La Reine avoit ditqu'elle
étoit contente du dîné de Jeudi ; l'uni
forme national avoit été refusé à sa porte ;
des Dames de la Cour avoient distribué des
cocardes ; beaucoup de conjectures sembloient
lier la Reine aux torts dont on accusoit_les-
Gardes du Roi...
"}
Examinons maintenant les faits ; les ?
Gardes étoient en bataille sur la place ; plu-:
sieurs témoins disent , les uns que les Garr
des ont été hués , les autres que des gens ar
més de piques sont aliés à eux .... Si on eroit
M. S. Aulaire , un Garde National a traversé
les rangs , le sabre à la main , et sabrant de
droite et de gauche. M. de Savonière pour
suit un Garde National , qui se défend en
fuyant ; un cri s'éleve on nous laisse assa →
siner ; un coup de fusil part , et M. de Savonière
est atteint.
Charpentier , Garde National de Versailles
, est indiqué dans la Procedure , comme
ayant tiré un coup de fusil ; il n'est pas décrété
le Châtelet a donc pensé que cet
événement étoit la suite naturelle d'une
( 118 )
"
gression ; les Gardes se retirent , quatre témoins
déposent qu'un ou plusieurs coups de
pistolet sont partis de la queue de la coloane
; la Garde Nationale de Versailles répond
par une décharge , et la guerre est
déclarée...
"
1
Jusques -là il n'a été commis par le Peuple
aucun exces ; c'est ici qu'on trouve la
première violence du Peuple. Un témoin
dit , qu'un Garde du Roi , qui avoit massacré
un homme , avoit été assommé. M.
Durepaire se défend à la porte de la Salle ;
il se retire , et un coup de pistolet fait tomber
un homine à ses pieds . " On désireroit
que les momens fussent désignés , il y
auroit moins de confusion. Il paroît que les
premiers événemens se passerent vers la.
Chapelle ; il paroît aussi que les Gardes du
Roi tuèrent deux hommes. M S. Aulaire dit ,
qu'un homme s'est avancé jusques dans la
Cour de Marbre , ses deux pieds ont glissé
en avant , qu'il est tombé en arriere , et s'est
tué roide . Trois témoins déposent avoirientendu
un coup de fusil partir. Trois autres
disent avoir vu ce même homme tomber d'un
coup de fusil, La déposition de M. S. Aulaire
ne résiste pas contré ces témoignages .
Ainsi il paroit que le Peuple n'a commis
un meurtre que pour en venger un autre. Je
pense que la même chose est arrivée dans le
grand escalier , théâtre de la dernière scene.
Aussi je remarque que DEUX TÊTES SEULEMENT
SONT COUPÉES , bien qu'un plus .
grand nombre périsse. Aussi je remarque
qu'une rage excessive se dissipe , quand les
Gardes du Roi sont retranchés , et qu'une
poignée de Grenadiers Nationanx sépare
tout. "
( 179 )
1
1
Selon M. de la Châtre , le lit de la
Reine parut avoir été bouleversé par des
malfaiteurs , tandis qu'il est certain que cet
appartement n'a pas été souillé par leur présence.
Voici la preuve : M. Rabel , Garçon
de la Chambre du Roi , dépose que la Reine
frappa à la porte derrière le pocle de l'il
de boeuf, qu'elle y entra fondant cn larmes ,
criant : Mes amis , mes chers amis , sauvézmoi....
Que pendant que la Reine passoit
chez le Roi , le Roi inquiet d'Elle et de sa
famille , étoit allé la chercher par un passage
pratiqué sous l'Eil - de- bouf ; que le
Roi est rentré par la même porte que la
Reine y étoit entrée , et qu'une minute plus
tard le Roi auroit vu dans la chambre de
la Reine , les gens à piques qui y étoient
entres. M. Marquand , aussi garçon de Chambre
du Roi , fait à peu près la même déposition
; mais ne dit pas que les gens à
piques soient entrés dans la Chambre de la
Reine. Quant à M. de la Châtre , je consi- ›
dère le lieu et le moment : rempli de saisissement
et de respect , un regard furtif le
servit mal, son imagination vit le reste. Les
femmes de la Reine déposént et ne disent !
pas qu'on entra ; un valet- de- pied de la Reine
et un Cent- Suisse présens , n'en disent rien :
leur silence fuit des négations . Si vous admettez
un complot , vous verrez que Blangey
et le Chasseur des Trois - Evêchés , auroient
été destinés à en être les complices. Les conversations
nocturnes l'ordre donné aux
femmes de rester , et les distributions d'argent
, annonceroient des Chefs puissans . Examinons
maintenant les charges dans leurs
rapports avec MM. de Mirabeau et d'Orléans.
9
Je vais maintenant , Messieurs , appeler
( ( 1201 ) )
« votre attention sur les charges relatives à
" vos deux Collègues , MM. de Mirabeau et
A d'Orléans. "
K
Un témoin a dit que M. de Mirabeau
ayoit des liaisons. suspectes avec trois per-:
sonnes ; ces trois personnes sont designées ; ›
mais elles ne le sont plus après lui dans le
cours de la Procédure. Ce n'est donc qu'un ›
vain propos . Le 5 Octubre arrive ; le Peuple ›
de Paris est annoncé à Versailles ; M. Miram
beau donne à M. le Président le conseil de
se trouver malpour lever la Séance , et d'aller
chez le Roi. Je suis d'autant plus surpris de
l'importance que l'on a voulu attacher at
cette déposition , qu'ailleurs on lui fait donner
le conseil de ne pas aller chez le Roi ; or ,
si dans le second fait attribué à M. de Mirabeau
il y a une trahison , il ne peut y en
avoir dans le premier.
14
On lui attribue un propos tenu à M.
Mounier ; la déposition de celui - ci DÉMENT
ce rapport.
"
On a dit qu'on avoit vu M. de Mirabeau ›
portant dans sa main un sabre nud , passant
derriere ou dans les rangs du Regiment de
Flandres , et parlant aux Soldats. Un Officier
d'Infanterie a dit que c'étoit M. de (
Gamache , et a ajouté qu'il ressembloit à
Made Mirabeau. M. de Bessancourt dépose
qu'il a vu un sabre mud dans la main de
M. le Comte de ***. J'observe que trois ›
étoiles étonnent dans une information ,
parce qu'on y cherche les noms comme les
faits . J'observe encore que M. de Gamache.
n'a pas la même taille que M. de Mirabeau..
Il resulte enfin que le discours rapporté par
M. Miomandrè n'a été entendu que de lui.
» M.
33
( 121 )
M Deschamps dépose qu'allant au Château
, il entendit des femmes crier : où est
notre Comte de Mirabeau ? nous voulons notre
Comte de Mirabeau. Par - tout ailleurs que
dans une information , je prendrois cela
pour une mauvaise plaisanterie. Je remarque
que , lorsque les femmes furent introduites
dans l'Assemblée , ce fut M. de Mirabeau ›
qui les gourmanda vivement. Un second fait
ne permet peut - être pas une interprétation
sérieu e deux Soldats de la Garde Nationale
Parisienne sont arrêtés par des Citoyens
de Versailles . Ils demandoient M. de Mirabeau
. Vous allez penser qu'ils le cherchoient,
que c'étoient deux Emissaires qui lui étoient
envoyés ; l'umétoit Avocat et l'autre Tapissier
; l'un d'eux déclara qu'il étoit l'intime
ami du Valet - de -Chambre de M. de Mirabeau.
Le lendemain , 6 Octobre , M. de Mi- >
rabeau fut vu avec plusieurs Membres de
l'Assemblée , caché derrière les rangs du
Régiment de Flandres . Il me semble qu'alors !>
la scène étoit passée , et j'ai peine à croire
pourquoi l'on se cachoit lorsque cela n'étoit
plus nécessaire . "
К
"
Votre impatience me demande si je n'ar- í
riverai pas à de plus graves récits ; voush
me reprochez de m'appesantir sur des riens,
" et une vaine prolixité. Eh bien ! j'ai tout ,
dit ; voilà ' énumeration complète et fidelle
des charges que j'ai péniblenient cherchées
contre M. de Mirabeau. Venons à M. d'Oru
léans.
"
и
"
48
"
Les dépositions du Chasseur ivre et déses- ,
péré dont parle M. Miomandre , celles de
Mile. Andelle , tout cela est extravagant ou
grossièrement . fourbe . « .
44 M. de Frondeville dit avoir vu un sac
N°. 41. 9 Octobre 1790.
F
( 122 )
d'argent caché dans la poche de M. d'Orléans
avec précaution . Comment M. de Frondeville
n'auroit- il pas fait observer à quelqu'un
ce qu'il venoit de découvrir ; coment
en soit- il resté seul témoin ?
Tantôt on a vu M. d'Orléans avec un
quidam ; tantôt un témoin sur le même fait
déclare l'avoir vu avec deux quidams. Un
Sieur de Raigecourt declare avoir entendu
dire à M. le Duc de Chartres : il nous faut
encore des lanternes ; et l'on assure que M.
de Raigecourt est sourd . Un témoin le fait
revenir de Corbeil , un autre de Neuilly :
on le voit à la fois dans les lieux les plus
distans ; les mêmes témoins le voient à la
même heure , au même instant , avec des
habits différens . Sur le même fait , un témoin
déclare qu'il l'a vu à six heures , d'autres
disent sept , huit , neuf, dix et onze heures . »
M. de Mirabeau le jeune entendit , la
soirée du 5 , dire que M. d'Orléans avoit
donné ordre au Buvetier de distribuer au
Peuple des cervelas , des fruits et du vin..
Tout cela me paroît singulier. J'ajoute que
suivant la déposition de M. Antoine , Membre
de l'Assemblée , le Président avoit ordonné
au Buvetier de donner des vivres à
cette foule exténuée ; ce témoignage m'est
confirmé par d'autres personnes et par une
déclaration. "
MM. de Frondeville et de Digoine déposent
qu'un espion , Valet- de - Chambre de M.
d'Orléans , s'étoit glissé dans l'appartement
de la Reine , et fut reconnu par cette Princesse
; mais l'un désigne cet homme comme
étant vêtu d'un habit puce , l'autre lui donne
un habit gris . If est vrai que M. de Fronde
ville se ravise , et dit que sa mémoire peut
( 123 )
le tromper sur le signalement. Or , il dépose
le 21 Avril ; M. de Digoine avoit déposé le
19 le premier se ravise , comme a fait M.
Laimant dans l'affaire de Blangey ; fort à
propos j'achève là mon Commentaire. ».
Divers, témoins déposent avoir vu M..
d'Orléans dans la Cour des Princes , au grand
Escalier , au Château. Tous varient sur sou ›
costume , sur l'heure , sur le lieu . L'un le
dit en habit gris , l'autre en lévite . M. de
Frondeville fait monter M. d'Orléans vers la
Cour des Princes à 7 ou 8 heures ; M. Boyer
àdix ; M. Quence à huit et demie ; Madame
Besson et M. Jean Jobert à sept heures ;
M. la Borde à neuf heures ; M. Dodemain
après que le Roi eut paru sur son balcon ;
M. de la Serre à six heures ; M. Morel à sept
heures , etc. "
"
Il s'agit de décider si M. d'Orléans alla
au Château avant ou après les scènes du
grand Escalier. Il est clair que ce fut après ;
car , suivant MM. la Borde , Dodemain , le
Suisse de l'Hótel de Talaru , les Troupes
étoient déja en ligne , et la tranquillité rétablie
. Ajoutez à cela l'exposé de M. d'Orléans
qu'il partit de Paris à huit heures ,
et rencontra à Sèves les deux têtes coupees . »
MM. Nampty, de la Châtre , Frondeville
et Boisse , déposent que le Peuple suivant
M. d'Orléans crioit : vive le Roi d'Orléans !
Si l'on suppose ces acclamations antérieures
aux excès de la multitude , on en conçoit
l'intention ; mais elles sont évidemment postérieures
, et l'on n'y peut croire une minute ,
car elles n'ont point de sens. »
"
" Six autres témoins ont entendu au
même moment , les cris de vive le Duc d'Orléans.
Eh bien ! DES ACCLAMATIONS , TÉ-
1
Fij
( 124 )
MOIGNAGES D'AMOUR , HOMMAGE FLATTEUR
DU PEUPLE , scroient un attentat
dans les Sérails de l'Asie : un Sultan , dans
sa vieillesse imbécille , fait laver dans le
sang de son fils , le crime d'avoir été aimé ;
mais parmi des Hommes libres , ces BÉNÉ-
DICTIONS QUI HONORENT LES BONS CITOYENS
ET ACQUITENT L'ÉTAT sont
le trésor du Peuple , le germe à la fois , et
la récompense du Patriotisme.
་ ་
"
M. de la Serre dépose avoir vu M. d'Orléans
, à six heures , sur le second paliier du
grand Escalier , montrant au Peuple la Salle
des Gardes de la Reine. M. Morel , mis en
faction à six heures et demie , dit avoir refusé
la porte de l'Eil - de - boeuf à M. d'Orléans.
M. de Digoine le vit d'abord au bas
de l'escalier des Princes , ensuite à 8 hemes
et quart , à côté de deux hommes deguises
en femmes. Ces témoignages effrayans sont
sans valeur. M. de Digoine n'a pas consulté
le temps qu'il employa à se lever , à entier
au Château , à en sortir. M. Morel ne put
être mis en faction qu'après la retraite des
bandits : il n'étoit donc pas à l'oeil de boeuf
à six heures et demie , et ne put y voir M. d'Or
léans. M. de la Serre ne dépose ni de la mort
de deux hommes tués au - dessus et au - dessous
de l'escalier , ni des mouvemens des Gardes
du Roi , ni de ce qui se passoit dans l'appartement
du Roi où il entra . Donc son témoignage
est insignifiant ou suspect. Divers autres
témoins ne disent pas avoir vu M. d'Or.
léans ; done , M. de la Serre ne l'a pas vu
non plus.
"}
C
« On a dit que des scélérats ensanglantes
pénétrèrent dans l'appartement de la Reine:
je n'hésite pas ; je retranche ce fait . Deux
( 125 )
-
-
témoins l'ont vu , mais d'autres n'en parlent
pas. L'aventure de Blangey est un conte
aberbe. Il y a un apprêt plus que suspect
dans l'Histoire de ce Chasseur dout parlent
MM. de Miomandre et Rebourceaux , et dont
M.le Cointre fait un ridicule bravache. Les
propos nocturnes , entendas par MM . Diot et
Barras , choquent la vraisemblance : d'ailleurs
, ces deux témoins sont isolés .
n
Mais , dit-on , pourquoi les femmes restè
ent- elles à Versailles après la réponse du
Roi au sujet du pain ? Le dessein d'amener
le Roi à Paris retint tout ce Peuple : Les
cois de sabre et les coups de pistolet des
Gardes du Roi provoquèrent son ressentiment.
L'obscurité de la nuit explique le reste. »
Les dépositions de Morel et la Serre se
décèlent d'elles - mêmes. Elles sont démenties
par d'autres. Dès que l'imposture est évidente,
il ne reste d'indices que CONTRE LES TÉ-
MOINS, "
"
}
Les inquiétudes de mon imagination sont
calmées. Tout s'applanit , lorsque je vois le
Peuple , manquant de pain , accourir à Versailles
et dans ses alarmes , regardant la
présence du Roi à Paris comme le terme de
tous ses maux. "
" Deux témoins affirmatifs , clairs , uniformes
, avoient chargé M. de Toulouse-
Lautrec ; les Juges du Châtelet l'auroient
décrété la calomnie ne soutient pas vos
regards ; M. de Toulouse fut absous. Ce que
Vous avez fait alors , vous le ferez aujourhui.
་་
J'ai aperçu le moyen d'arriver à la vérité .
sans nuages. La grande Révolution que vous
avez faite , promet des heureux , mais fait des
mécontens . Des attaques ouvertes ont échoué,
Fiij
( 126 )
mille mesures sourdes ont étésoupçonnées : la
Constitutian s'élève au milieu de la rage impuissante
d'une Faction toujours vaincue
et toujours révoltée. Toute cette procédure
n'en seroit - elle pas une production nouvelle ?
Cette faction n'y a- t- elle pas laissé des traces
bien marquées du ressentiment qui l'anime ?
Quelle différence ne remarque- t - on pas entre
ces hommes simples qu'on peut supposer
étrangers à ces passions , et ces hommes
dévoués à une faction . Tel est lé discours du
Grenadier qui harangua M. de la Fayette , et
celui deMaillard, qui par la à Versailles à la tête
des femmes : c'est- là le langage de la vérité.
"
Si j'avois appartenu à une Faction
ANTI PATRIOTIQUE , si j'avois été appelé
à concerter l'enlèvement du Roi et la guerre
civile , j'aurois provoqué des distributions de
Cocardes odieuses ; j'aurois suscité des inquiétudes
sur les subsistances ; j'aurois semé
des bruits alarmans , et je me serois dit , c'est
au milieu du trouble qui va naître qu'il
sera aisé de tromper le Roi , de l'enlever ,
d'étouffer la liberté dans des flots de sang.
J'articule des conjectures opposées à d'autres
conjectures. L'information elle - même n'estelle
pas un complot ? Quelqu'un a dit que
le Châtelet faisoit le Procès à la Révolution ;
c'est , peut-être , une grande vérité. Le Châtelet
a affecté de négliger nombre de témoins.
MM. le Cointre , Martereau , d'Estaing,
etc. Que signifie l'histoire des pressentimens
de M. Malouet et de sa Société intime ? Que
signifie cette affectation malicieuse à rap-
-peler une ancienne conversation de M. Coroller
, pour montrer un mystère dans une
LÉGERETE. ( Cette légéreté est l'aveu que fit
M. Coroller chez M. Malouet , que faute du
renvoi de M. Neat (
D
mois de Juillet ,
on auroit mis le feu au Palais Bourbon
pour commencer la Révolution . ) Ce quetout
cela signifie ! voyez comme ces atrocités sont
vagues ; comme la calomnie se replie , change
de face. Voyez les noms attaqués , choisis
sur la liste des Amis de la liberté , des Citoyens
chers au Peuple . Ici la querelle à la
Constitution ne se déguise pas ; elle est ouverte
, déclarée. On veut que l'acceptation
du Roi soit imputée à l'empire des circonstances.
Nos Détracteurs insensés , ont- ils
pensé que cette Déclaration des Droits ,
Evangile immortel de la Raison et de la
Nature (1 ) , que comme les transactions de
l'intérêt , devoit dépendre DE QUELQUES
FORMES ET DE QUELQUES VOLONTÉS .. »
"
Messieurs , je n'ajoute rien. Mon irrésolution
estfixée. Je suis ramené à ces termés
simples , où un seul point éclairci , donne
l'explication de tous , et il me semble enfin
qu'enlacement par enlacement , j'ai défait
le noeudgordien. Je ne vois plus qu'une conspiration
, celle qui a été ourdie contre la Constitution.
Une ligue s'est formée sur les débris
de l'ancien régime , pour tenter le renversement
du régime nouveau. Elle a dit :
la force est unie contre nous à la Justice ,
nous avons développé d'inutiles efforts ;
ployens pour nous relever ; opposons l'in-
(1) Que de courage dans M. Chabroud,
d'oser citer les Droits de l'Homme , à l'ins
tant où il atténue les plus affreux attentats
eontre ces mêmes Droits , violés dans les
foyers , sur l'auguste Epouse , sur les Gardiens
d'un Roi inviolable et saeré .
Fiv
( 128 )
trigue à la force , et l'artifice à la Justice .
Agissant ensuite dans l'ombre , elle a marqué
un but dont elle ne s'écarte pas ; déconcertée
, elle substitue une mesure à une
mesure nouvelle , et son art est de se reproduire
sous toutes les formes . Elle avoit ap-
-pelé cette armée qui devoit enval ir Patis
et la liberté naissante ; elle a suscité , elle
a nourri cette procédure monstrueuse , celle
guerre de greffe , passez- moi l'expression ,
dont le prétexte n'a pu dérober à nos yeux
la prétention secrète . Je m'abuse peut- être ,
mais par-tout je crois voir son influence.
M Je l'accuse de la tiédeur dans laquelle
Le patriotisme semble s'engourdir , et de cette
sécurité dangereuse qui a pris la place d'une
sage et nécessaire réserve. Je l'accuse des
uages qui ont obscurci ces jours purs où les
bons Citoyens n'avoient qu'une ame et ne
formoient qu'un vou . Je l'accuse des vains
démélés où cette Milice généreuse qui , de la
Capitale , donna à tout l'Empire un si
noble exemple , ne craint pas d'exposer enfin
le frut de ses travaux. Je l'accuse de l'inconcevable
illusion dont nous sommes frappés
, et où germe entre les vrais serviteurs
de la Patrie, cette défiance qu'ils devoient
garder pour ses ennemis . Je l'accuse de la
division cruelle qui se propage entre nous et
dans le sein de l'Assemblée Nationale , alors
même que la liberté est l'objet commun de
notre culte ; comme si les dogmes de cette .
Religion étoient à la merci des tristes dispates
qui enfantent les sectes ! »
Ainsi l'on nous égare pour nous surprendre
, et l'on nous divise pour nous
vaincre ; et lorsque nous allons échapper à
une embûche , d'autres plus dangereuses peut(
129 )
?
être sont dressées , où nous sommes attendus
, que dis- je ? ... où nous semblons courir
de nous - mêmes . »
Et quant aux malheurs du 6 Octobre
( car il faut enfin ne plus voir que d'horribles
malheurs dans cette journée fatale ) , nous
les livrerons à l'histoire éclairée pour l'instruction
des races futures ; le tableau fidèle
qu'elle en conservera , fournira une leçon
utile aux Rois aux Courtisans et aux
Peuples .
C'est par cette moralité conforme au
Rapport entier , que M. Chabroud a
terminé son épouvantable Exposé . Il
n'y manquoit que la leçon du Catéchisme;
ils nous l'a donnée..
On prévoit qu'elles ont été les conclusions
de ce Factum. M. Chabroud , au nom de
son Comité , a demandé qu'on déclarât et
décrétât qu'il n'y avoit pas lieu à délibérer.
A la lecture, de ce Rapport , on a
celle des trois Lettres suivantes :
-
joint
Première lettre trouvée dans les Papiers
de M. d'Estaing, écrite de sa main . Lundi
Mon devoir et ma 414 Septembre 1789.
fidélité l'exigent , il faut que je mette aux
pieds de la Reine , ce que j'ai vu dans mon
Voyage de Paris . On m'a dit dans la société
et dans la bonne compagnie , qu'on prend
-des signatures de la Noblesse et du Clergé ;
les uns disent que c'est à la connoissance
zdu Roi , d'autres disent que c'est à son insu .
On dit que le Roi ira par la Champagne ou
cà Verdun ; M. de Bouillé est désigné , M.
de la Fayette me l'a dit ; il est froidement
positif M. de la Fayelle. On nomma
Fy
T
( 130 )
3
M. le Maréchal de Broglie commandant le
tout ; M. de Breteuil conduit le projet , M.
de Mercy agit de concert. Ces propos , s'ils
se répandoient dans le Peuple seroient incalculables
. Je suis allé chez M. l'Ambassadeur
d'Espagne , et st là , je ne le cache
pas à la Reine , que mon effroi a redoublé .
M. de Fernand- Nunès en a parlé avec moi .
je lui ai parlé de ce bruit et de ce plan qui
occasionneroient la plus c'é honorante guerre
civile. Après avoir parlé de la Cour errante ,
de la banqueroute indispensable , M. l'Ambassadeur
a baissé les yeux ; il est convenu
que quelqu'un de considérable ou de croyable
avoit reçu des signatures. Ce fait m'inspire
un genre de terreur que je n'ai jamais connu ;
la première démarche coûte assez cher , ce
seroit des flots de sang : la Reine peut .conquérir
au Roi son Royaume , la nature lui
en a prodies moyens... Je supplie la
Reine de m'accorder une audience. "
་་ Autre lettre de M. d'Estaing. Il m'est
impossible de ne pas mettre aux pieds de la
Reine mon admiration ; il faut qu'elle croie
uniquement ses véritables serviteurs ; sa
fermeté triomphera tout....... L'ondulation
des idées a failli tout perdre... Les anciens
Ministres du Roi n'ont peut-être mérité la
haine que par l'instabilité des principes. Ils
n'ont pu empêcher ce malheureux dîner. La
santé à la Nation a été omise à dessein ;
portée par des personnes augustes , elle auroit
tout arrangé..... Le hasard , car il est
plus consolant d'y croire , a fait partir deux
coups de pistolet , partis de trop bas pour
venir de gens à cheval. J'ai voulu retenir la
Garde Nationale de Versailles . J'ai en vain
retenu ou relevé les coups... Il faut un autre
( 131 )
enthousiasme ; la Reine seule a le pouvoir
de le faire naître ; la voilà sur un grand
théâtre ; avec quelques soins elle sera adorée...
Áh ! Madame , soyez notre première
Citoyenne , vous serez tout , si vos principes
vous permettent de le vouloir. Le Clergé et
la Noblesse n'ont que le Roi pour les sauver...
M. de la Fayette m'a juré que les événemens
en avoient fait UN ROYALISTE . Tout
François doit l'être jusqu'à un certain point. "
Lettre de M. de la FAYETTE à M. de SAINTPRIEST
( sans date ) .
« Le Duc de la Rochefoucault vous aura
dit l'idée qu'on avoit mise dans la tête des
Grenadiers , d'aller cette nuit à Versailles ;
je vous ai mandé de n'être pas inquiet , parce
queje comptois sur leur confianceen moi pour
détruire ce projet , et je leur dois la justice
de dire qu'ils avoient compté me demander
la permission , et que plusieurs croyoient
faire une démarche très -simple , et qui seroit
ordonnée par moi . Cette velléité est entièrement
détruite par les quatre mots que je
leur ai dit , et il ne m'en est resté que l'idée
des ressources inépuisables des cabaleurs.
Vous ne devez regarder cette circonstance
que comme une nouvelle indieation de mauvais
desseins , mais non en aucune manière
comme un danger réel . Envoyez ma lettre
à M. de Montmorin.
ཨསྨཱ ཙ
"}
On avoit fait courir la Lettre dans toutes
les Compagnies de Grenadiers , et le rendezvous
étoit pour trois heures à la Place
Louis XV. »
C'est M. de la Fayette lui - même qui a sys
posé l'original de ce billet à la citation qu
avoit fait hier le Rapporteur .
FØ
( 132 )
Durant la lecture de M. Chabroud , plusicus
Députés déposans l'ont interpellé , ct
se sont inscrits en faux . Clameurs perdues.
Le Rapport achevé , M. de Bonnay a pris la
parole , et au milieu des interruptions et des
huées de la gauche et des galeries , il a dit
avec noblesse et fermeté :
"
MESSIEURS ,
La calomnie qui s'attaque à la vertu , n’obtient
jamais que des succès bornés , que des
triomphes passagers. En vain les scélérats qui
avoient tant d'intérêt à tromper le Peuple et
à l'égarer , qui avoient tant d'intérêt sur- tout
à se frayer un chemin facile jusques dans
l'asyle sacré de nos Rois , ont entrepris de
diffamer les Gardes -du - Corps : la voix publique
les a bientôt vengés. Dans cette prétendue
orgie , devenue le prétexte malhéureux
de tant de crimes , tout homme sage n'a
vu qu'un repas fraternel , consacré par l'usage
entre les Corps Militaires , et dont l'intention
étoit innocente et pure . Pour la première
fois , dans cette Tribune , et dans un
Rapport , qui , je l'avoue , M'A PARU UN
MODÈLE DE PLAIDOYERS POUR TOUS LES
GRANDS CRIMINELS , on a osé avancer que
dans les affreuses journées du 5 et du 6 Óctobre
, les Gardes- du- Corps avoient été les
Agresseurs . On a osé plus , on a eu l'étrange
courage , dirai - je , de s'étonner , dirai - je , de
s'applaudir , de ce que deux têtes seulement
avoient été coupées . On a tenté de rejeter
sur les prétendues violences de ces Guerriers .
que j'appellerai vraiment stoïques , et qui
se sont laissés égorger sans résistance , de
rejeter , dis-je , sur eux les atrocités , qui ,
dans la matinée du 6 octobre , ont souillé le
Palais de nos Rois , et entaché à jamais notre
( 133 )
Histoire. Vains efforts ! méchanceté inutile !
Vous tous , MESSIEURS , Vous avez été témoins
des faits . Vous tous , vous avez lu les
pieces du procès , les seules dépositions légales
et juridiques. La vérité est au grand jour.
La France et l'Europe entière , savent que
les Gardes - c -Corps , toujours fidèles à l'honneur
, toujours fidèles à la Nation , à la Loi
et au Roi ,les Gardes du- Corps , qui ont tant
de fois combattu pour la Patrie , et qui l'ont
peut- être quelquefois sauvée , n'ont jamais
été si grands , que lorsque par excès d'amour
et d'obéissance pour le Roi , ils ont laissé
enchaîner leur courage ; héroïsme sublime
qui n'eut jamais de modèle ni d'égal : Oui ,
MESSIEURS , jamais ils n'ont été plus dignes
d'hommages et de respects , que le jour
où , frémissant de rage et de désespoir , ils
se sont laissés massacrer sur les marches du
tróne , que le Roi leur avoit interdit de défendre.
Ils sont tombés , victimes innocentes ,
sous le fer des assassins ; et l'on ose encore
outrager leurs cendres ! Mais , MESSIEURS ,
en se sacrifiant , ils ont sauvé la REINE ;
ils ont sauvé le ROI peut- être ; ils sont morts
coutens.
" Pour moi , MESSIEURS , Membre de ee
Corps respectable , auquel j'ai toujours fait
gloire d'appartenir , et qui ne m'a jamais été
plus cher que depuis qu'il est malheureux , de
ce Corps dont l'honneur et la loyauté furent
toujours les seuls guides , je craindrois d'être
désavoué par lui , si je m'abaissois à le justifier
, si je m'abaissois à repousser des calomnies
grossières , et qui partent de trop
bas pour l'atteindre. En réponse au récit d'un
Sieur le Cointre , en réponse à la déclaration
illégale de cet homme , trop connu pour que
( 134 )
son témoignage dût être compté , en réponse
aux allégations de M. le Rapporteur qui n'a
pas craint de s'appuyer d'un tel témoignage ,
j'opposerai seulement quatre cents ans de
courage , de victoires et de vertus : et malgré
leurs lâches détracteurs, les Gardes-du- Corps
du Roi , mes braves frères d'armies , seront
toujours ce qu'ils ont été ; ils seront toujours ,
tels
que Bayard , sans peur et sans reproche. »
M. de Mirabeau, très - courroucé , a demandé
qu'on approfondit et qu'on accélérât la
discussion , et que M. de Bonnay plaidât
contre les grands Criminels .
«
44
Je déclare , a répliqué M. de Bonnay ,
que mon projet n'est point de monter à la
Tribune pour discuter cette procédure ; je
reconnois toute mon insuffisance à cet égard ;
majs j'ai dû y monter po r justifier un Corps
dont je suis Membre ; et quand à l'expression
dont je me suis servi de modèle de plaidoyer
pour de grands criminels , et que je ne rétracte
point , je déclare que je n'ai voulu
retracer que la critique sévère à laquelle le
rapport de M. Chabroud m'a paru et me
paroît encore donner lieu.
La Séance a été levée .
DU SAMEDI 2 OCTOBRE.
Après la lecture du Procès-Verbal , M.
de Mursanne a invoqué la suppression des
Comités des Recherches , Inquisitions illegales
, auxquelles il étoit nécessaire de substituer
sans delai une Haute Cour , Nationale.
Le cri redoublé de passer à l'ordre du
jour a decidé le sort de cette Motionin !
Par addition à son Rapport , M. Chabroud
a exhibé une espèce de Requête d'un Vainqueur
de la Bastille , qui , sans prononcer ,
( 135 )
dit-il , sur les intentions du Châtelet , demande
pourquoi on ne l'a pas fait assigner
en déposition lui et ses Collègues . Une autre
piece , non moins curieuse , a suivi celle là .
C'est une Déclaration d'un Comité du Gros-
Caillou , qui rapporte l'affirmation faite devant
lui , par MM. Billot , Larcher , Poyau
et autres , que le 6 Octobre 1789 , à SEPT
HEURES ET DEMIE , étant avec un Détachement
de 60 hommes à la hauteur D'AUTEUIL ,
ils rencontrèrent M. d'Orléans allant à Versailles
, et qu'ils lui portèrent les armes.
Il est bien étonnant que ces Messieurs , pour
dementir d'autres dépositions , disent avoir
vu M. d'Orléans à Auteuil , à sept heures
et demie , tandis que ce Prince , dans son
Expose justificatif, déclare N'ÊTRE PARTI
DE PARIS QU'A HUIT HEURES .
Cette lecture finie , on a confiné au fond de la
Salle , tous les Députés déposans , à la réserve
de ceux qui ont déclaré n'avoir rien su , ni rien
vu. M. de Mirabeau a plaidé virement cette
exception , en celebrant le vertueux silence
de ces Chers Amis de la Liberté que la scélératesse
lui auroit ôtés , si elle eût été aussi
habile qu'effrontée.
Le sequestre une fois exécuté , M. l'Abbé
Maury a pris la parole . Il a d'abord représenté
que l'Assemblée n'étoit point appelée à juger
le fonds du Proces , que sans exercer le plus
exéerable despotisme, sans violer les principes
communs à toutes les Nations policées , sans
usurper tous les pouvoirs , elle ne pouvoit soustraire
, par un Décret du Corps législatif , les
Représentans dela Nation aux Décrets des Tribunaux
, et consacrer ainsi un Privilége en matiere
criminelle. Ensuite , il a montré la puérilité
des menaces illusoires de M. de Mirabeau
( 136 )
contre les Témoins et le Châtelet , puisque
let premiers n'avoient encore été ni confrontés
ni recollés , et que le dernier , entièrement
passif , n'avoit pas achevé l'information.
་ ་
Confrontant ensuite le procédé de l'Assemblée
Nationale avec celui des Communes
d'Angleterre , et avec le Ministère du Gran`l
Juré , il en a établit la parfaite dissemblance.
Passant ensuite à l'examen et au but du Rapport
, il a dit : « M. le Rapporteur , qui n'a
voulu voir dans les attentats du 6 octobre ,
aucun complot , nous a dit que la procédure
étoit dirigée contre la Révolution . Je
sais combien tous ces mots parasites de Révolution
, de Constitution , de Liberté, de Pàtriote
, d'Ami du Peuple ont de faveur dans
cette Assemblée .
Pour moi , qui n'aspire pas à l'honneur ,
d'exciter les transports des Habitués qui viennent
ici dispenser la gloire , je demande qu'on
me définisse enfin le mot Révolution . Je demande
s'il est dans le sens de la Révolution
de souiller , par des crimes dignes des Cannibales',
le Palais de nos Rois , de massacrer
la Personne sacrée du Monarque , d'assassiner
son auguste Compagne , d'armer
contre cette Princesse une légion de Tigres .
Je demande si la Révolution a pu être un
titre d'impunité pour les plus grands crimes ,
si elle a pu autoriser un vilamas
de brigands
à méditer , à commettre les plus noirs
forfaits entre l'Assemblée Nationale et le
Trône. Je demande enfin si l'on regarde
da
comme ennemis de la Révole
sumuscrux
qui sont profondément révoltés des attentats
de Versailles. Dans cette supposition ," je
déclare que je me mets à leur tête . Non ,
( 137 )
Messieurs , ce n'est plus d'une Révolution ,
c'est d'une révolte qu'il s'agit , d'une revolte
contre la Constitution elie même , d'ún
véritable régicide . C'est déshonorer la chaine
de nos Decrets , que d'en suspendie hosteurement
le premier anneau au poignard des
assassins.
Le discours de M. l'Abbé Maury ayant été
indignement et à dessein , défiguré par touts
les Feuilles publiques , à la seule exception
de l'Ami du Roi , nous le transcrirons
en entier la semaine prochaine ; mais il est
juste de réserver aujourd'hui la place qu'il
nous reste à M. de Mirabeau. Les conclusions
de M. l'Abbé Maury alloient à faire
sortir cet Accusé de la procédure , et à y laisser
M. d'Orléans. On va voir avec quelle
contenance , et dans quel style , M. de Mirabeau
a reçu cette distinction . Il a dit ;
"
Lorsque rien ne m'accuse dans une Procédure
où tout est absurde , il est pourtant
des difficultés que j'éprouve .
64
"
Ce n'est pas de réprimer le juste ressentiment
qui oppresse mon coeur depuis
une année , et que l'on force enfin à s'exhaler.
Dans cette affaire , le mépris est à côté de
la haine ; il l'émousse , il l'amortit ; et quelle
ame assez abjecte pour que l'occasion de
pardonner ne lui semble pas une jouissance
! »
Ce n'est pas même la difficulté de par er
des tempêtes d'une juste Révolution , sans
rappeler que , si le Trône a des torts à excuser
, la Clémence Nationale a eu dès complots
à mettre en oubli . »
་་ Non , non , Messieurs , la véritable difficulté
du sujet est toute entiere dans l'histoire
même de la Procédure ; elle est pro(
138 )
fondément odieuse cette histoire . Les fastes
même du crime offrent peu d'exemples d'une
scélératesse tout à la fois si déhontée et si
mal- habile . Le temps le saura ; mais ce secret
hideux ne peut être révélé aujourd'hui
sans produire de grands troubles. Ceux qui
ont suscité la Procédure du Châtelet ont
fait eette horrible combinaison , que , si le
succès leur échappoit , ils trouveroient dans
le patriotisme même de celui qu'ils vouloient
immoler , le garant de lear impunité. Ils ont
senti que l'esprit public de l'offense tourneroit
à sa ruine , ou sauveroit l'offenseur .
On m'accuse d'avoir parcouru les rangs
du Régiment de Flandres le sabie à la main ;
c'est- à - dire , qu'on m'accuse d'un grand´ridicule
; les témoins auroient pu le rendre
d'autant plus piquant , que né parmi les Patriciens
, et cependant député par ceux qu'on
appeloit alors le Tiers - Etat , je m'étois toujours
fait un devoir religieux de porter le
costume qui me rappeloit l'honneur d'un tel
choix ; or , certainement l'allure d'un Député
en habit noir , en chapeau rond , en
cravate et en manteau , et se promenaut à
5 heures du soir, le sabre nud à la main , dans
un Régiment , méritoit de trouver une place
parmi les caricatures d'une telle Procédure.
J'observe néanmoins qu'on peut bien être
ridicule sans cesser d'être innocent. J'observe
que l'action de porter un sabre à la main
ne seroit ni un crime de lèze - Majesté , ni
un crime de lèze- Nation . Ainsi tout pese ,
tout examiné , la déposition de M. Valfond
n'a rien de vraiment fâcheux que pour M. de
Gamache , qui se trouve légalement et véhémentement
souspçonné d'être fort laid puisqu'il
me ressemble.
20
$
( 139 )
10
Il est dans cette Assemblée un ami qui
m'est très - cher , et dont je réclame en ce
moment le témoignage , c'est M. de la Marck.
J'ai passé l'après- diner toute entière le 5
Octobre seul avec lui et chez lui. Nous
avions pour toute compagnie des Cartes
Géographiques , sur lesquelles il me montroit
des combinaisons des Provinces Belgiques ,
qui lui tenoient fort à coeur. Un fait d'une
autre nature attachera encore vos regards ,
c'est que la préoccupation dont nous étions
dans cette étude géographique étoit telle , que
nous ne parlâmes que deux ou trois minutes
de ces redoutables Amazones qui arrivoient
Valors à Versailles ; et dans la courte conversation
que nous eûmes à cet égard , je
lui dis : Il est probable que des Conseils pervers
proposent defaire partir le Roi cette nuit;
et si Monsieur ne prend pas la Lieutenance-
Générale du Royaume , la dynastie est perdue.
Si le Roi part , je vais de suite demander une
audience à Monsieur.
"
"
On me reproche d'avoir tenu à M. Mounier
ce propos : Eh ! qui vous dit que nous
ne voulons pas un Roi ? mais qu'importe que
ce soit Louis XVI ou Louis XVII?
"
n
Ici , Messieurs , j'observerai que le Rapporteur
, dont on vous a dénoncé la partialité
pour les accusés , est cependant loin , je
pas de m'être favorable , mais d'être
exact , mais d'être juste.
ne dis
་ ་
"
C'est uniquement parce que M. Mounier
ne confirme pas ce propos dans sa déposition
, que M. le Rapporteur ne s'y arrête
pas. J'ai frémi, dit - il , j'ai frémi en lisant ;
et je me suis dit : si ce propos a été tenu ,
ily a un complot , il y a un coupable. Heureusement
M. Mounier n'en parle pas. "
*
( 140 )
"1
Eh bien , Messieurs , avec toute la mes
sure que me commande mon estime pour
M. de Chabroud et pour son Rapport , je
soutiens qu'il a mal raisonné . »
"
(1 ) Sapposez un Royaliste era'té, tel
que M. Mounier, conversant avec un Royaliste
TEMPÉRÉ , et repoussant toute idée que le
Monarque pút courir un danger chez une
Nation qui professe , en quelque sorte , le
culte du Gouvernement Monarchique . Trouveriez
vous étrange que l'ami du Trône et
de la Liberté , voyant l'horison se rembrunir ,
jugeant mieux que l'enthousiaste la tendance
del'opinion , l'accélération des circonstances ,
les dangers d'une insurrection , et voulant
arracher son Concitoyen trop confiant à une
périlleuse sécurité , lui dit : eh ! qui vous nie
que le François ne soit Monarchiste , qui
vous conteste que la France n'ait besoin d'un
Roi et ne veuille un Roi ! Mais Louis XVII
sera Roi comme Louis XVI, et si l'on parvient
à persuader à la Nation que Louis XVI
est fauteur ou complice des excès qui ont lassé
sa patience , elle invoquera un Louis XVII.
Le Zélateur de la Liberté auroit prononcé
ces paroles avec d'autant plus d'énergie ,
(1 ) Nous prions nos Lecteurs de bien méditer
ces deux paragraphes et de les retenir,
M. Mounier , absent , mais vivant , M. Mounier
parlera , non au Comité des Rapports ,
mais à la Nation et à l'Europe. Magna est
veritas et prævalebit. Le 5 Octobre , M. Mounier
ne compulsoit pas des Cartes Géogiaphiques
; il étoit à son devoir , et il lui reste
de terribles vérités à dire sur la manière
dont d'autres ont rempli le leur .
( 141 )
qu'il eût mieux connu son interlocuteur et
les relations qni pouvoient rendre son discours
plus efficace . Verriez - vous en lui un
Coaspirateur , un mauvais Citoyen , og même
un mauvais Raisonneur ? »>
Puisque j'en suis à M. Mounier , j'expliquerai
un autre fait que dans le compte qu'il
en a rendu lui - même , il a gâté à son désavantage,
»
((
Il présidoit l'Assemblée Nationale , le
5 Octobre , où l'on discutoit l'acceptation
pure et simple , ou modifiee , de la Déclaration
des Droits. J'allai vers lui , dit- on ;
je l'engageai à suppo.er une indisposition ,
et à lever la Séance sous ce frivole prétexte ...
J'ignorois sans doute alors que l'indisposition
d'un Président appelle son Prédécesseur :
j'ignorois qu'il n'est au pouvoir d'aucun
homme d'anêter à son gre , le cours d'une
de vos plus sericuses deliberations .... Voici
le fait dans son exactitude et sa simplicité. »
Dans la matinée du 5 Octobre , je fus
averti que la fermentation de Paris redoubloit
; je n'avois pas besoin d'en connoître
les détails pour y croire ; un augure , qui
ne trompe jamais , la nature des choses , me
l'indiquoit assez. Je m'approchai de M. Mounier
, et je lui dis : « Mounier , Paris marche
sur nous. —Je n'en sais rien , — Croyez- moi ,
ou ne me croyez pas , peu m'importe ; mais
Paris , vous dis - je , marche sur nous. Trouvez
vous mal ; riontez au Château ; donnezleur
cet avis ; dites , si vous voulez , que vous
le tenez de moi , j'y consens ; mais faites cesser
cette controverse scandaleuse ; le temps
presse ; il n'y a pas une minute à perdre .
"
Paris marche sur nous , répondit Mounier
, eh bien ! tant mieux , nous en serons
( 142 )
plutôt République. " Si l'on se rappelle les
préventions et la bile noire qui agitoient
Mounier ; si l'on se rappelle qu'il voyoit en
moi le boute-feu de Paris , on trouvera que
ce mot qui a plus de caractère , que le pauvre
fugitif n'en a montré depuis , luifait honneur.
Je ne l'ai revu que dans l'Assemblée Nationale
, qu'il a désertée , ainsi que le Royaume ,
peu de jours après. Je ne lui ai jamais reparlé
; et je ne sais où il a pris que je lui
ai écrit , le 6 , à 3 heures au matin , un
billet pour lever la Séance ; il ne m'en reste
pas l'idée la plus légère . Rien , au reste , n'est
plus oiseux ni plus indifférent. "
J'en viens à la troisieme inculpation
dont je suis l'objet , et c'est ici que j'ai
promis le mot de l'énigme. J'ai conseillé .
dit- on , à M. d'Orléans de ne point partir
pour l'Angleterre. Eh bien , qu'en veut - on
conclure ? Je tiens à honneur de lui avoir ,
non pas donné ( car je ne lui ai point parlé ) ,
mais fait donner ce conseil. J'apprends , par
la notoriété publique , qu'après une conversation
entre M. d'Orléans et M. de la Fayette,
très -impérieuse d'une part , et trés - résignée
de l'autre , le premier vient d'accepter la
mission , ou plutôt de recevoir la loi de partir
pour l'Angleterre. Au mêce instant , les
suites d'une telle démarche se presentent à
mon esprit.
11
X
Mon parti fut pris à l'instant ; je dis à
M. de Biron , avec qui je n'ai jamais eu de
relation politique , mais qui a toujours eu
toute mon estisse , et dont j'ai reçu plusieurs
fois des services d'amitié M. d'Orléans va
quitter , sans jugement , le poste que ses Commettans
lui ont confié ; s'il obéit , je dénonce
son départ et je m'y oppose ; s'il reste , s'il
( 143 )
fait connoître la main invisible qui veut
l'éloigner , je dénonce l'autorité qui prend
la place de celle des Lois . Qu'il choisisse
estre cette alternative . M. de Biron me répondit
par des sentimens chevaleresques , et
je m'y étois attendu . M. d'Orléans , instruit
de ma résolution , promet de suivre mes conseils
; mais dès le lendemain je reçois , dans
l'Assemblée , un Billet de M. de Biron ,
non de M. d'Orléans , comme le suppose la
Procedure ; le Billet portoit le crêpe de sa
douleur , et m'annonçoit le départ du Prince. "
re
et
Mais j'oublie que je viens d'emprunter
le langage d'un accusé , lorsque je ne devrois
prendre que celui d'un accusateur . Quelle
est cette Procédure , dont l'information n'a
pu être achevée , dont tous les ressorts n'ont
pu être combinés que dans une année entière
; qui , prise en apparence sur un crime
de leze - Majesté , se trouve entre les mains
d'un Tribunal incompétent qui n'est Souve
rain que pour les crimes de leze - Nation !
Quelle est cette Procedure qui , menaçant
vingt personnes differentes dans l'espace
d'une année , fantôt abandonnée et tantôt
reprise , selon l'intérêt oules vues , les craintes
ou les espérances de ses machinateurs , n'a
été pendant si long- temps qu'une arme de
l'intrigue , qu'un glaive suspendu sur la tête
de ceux que l'on vouloit ou perdre ou effayer
, ou désunir ou rapprocher ; qui enfin
n'a vu le jour , après avoir parcouru les mers ,
qu'au moment où l'un des accusés n'a pas
cru à la Dictature qui le retenoit en exil ,
ou qui l'a dédaignée !
>>
Qu'elle est cette procédure prise sur des
délits individuels dont on n'informe pas , et
dont ont veut cependant rechercher les cau(
144 )
ses éloignées , sans repandre aucune lumiere
sur leurs causes prochaines ! Quelle
et cette procédure dont tous les événemens
s'expliquent sans complot , et qui n'a cependant
pour base qu'un complot , dont le premier
but a été de cacher des fautes réelles ,
et de les remplacer par des crimes imaginaires
, que l'amour- propre seul a d'abord
dirigée, dont l'esprit de partis'est ensuite emparé
, dont le Pouvoir ministériel s'est ensuite
saisi , et qui recevant ainsi tour -à - tour
plusiems sortes d'influences , a fini par prendre
1. forme d'une prostation insidieuse , et
contre vos Décrets , et contre la liberté de
l'acceptation du Roi , et contre son voyage
à Paris , et contre la sagesse de vos déliberations
, et contre l'amour de la Nation pour
le Monarque ? "
« Quelle est cette procédure qne les ennemais
les plus acharnés de la révolution n'auroient
pas mieux dirigée , s'ils en avoient été
le, seuls auteurs , comme ils en ont été presque
les seuls instrumens ; qui tendoit à attirer
le plus redoutable esprit de parti , et
dans le sein de cette Assemblée , en opposant
les témoins aux Juges ; et dans tout le
Royaume , en calomniant les intentions de
la Capitale auprès des Provinces ; et dans
chaque ville , en faisant détester une liberté
qui avoit pu compromettre les jours du Monarque
, et dans toute l'Europe , en y peiguant
la situation d'un Roi libre et juste
sous les fausses couleurs d'un Roi captif ,
persécuté ; en y peignant cette auguste Assemblée
comme une assemblée de factieux !
Oui , secret de cette infernale procedure
est enfin découvert ; il est là tout entier ; il
est
( 145 )
est dans l'intérêt de ceux dont le témoignage et
les calomnies en ont formé le tissu ; il est
dans les ressources qu'elle a fournies aux ennemis
de la révolution ; il est .... il est dans
le coeur des Juges , tel qu'il sera bientôt buriné
dans l'histoire par la plus juste et la
plus implacable vengeance .
"0
On suppose bien sans que nous en fassions
la remarque oiseuse , que les Galeries
et le côté gauche ont prodigué leurs transports
, leur enthousiasme , le vacarme des
applaudissemens à cette diatribe dont
l'Auteur d'Accusé qu'il étoit , est devenu
Accusateur menaçant.
,
M. de Biron l'a suivi , et a reçu les mêmes
hommages , en défendant M. d'Orléans. Il
a montré ce Prince comme le premier Sectateur
de la Liberté en France , sa conduite
comme un modele de modération , et de
-modestie.
Cet éloge fini , M. de Montlauzier a tenté
de prendre la parole pour discuter enfin la
Procédure , qui ne l'avoit pas été du tout ;
mais quoique M. de Mirabeau eût sollicité
un examen profond , aussitôt un second Contradicteur
du Rapport a - t - il paru à la Tribune
, que les murmures , les huées et la
guerre de cris l'ont repoussé. Ces murmures
, a dit M. de Montlauzier , sont une
infamie. La délibération est prématurée.
Quoi ! vous n'avez pas examiné encore une
seule charge , et après deux ou trois Discours
apologétiques , vous entendez juger
une Procédure aussi compliquée ! Le Rap-
'port n'est pas même imprimé ; on ne nous
Î'a pas distribué. Je demande trois jours pour
méditer ce travail de trois mois. Pour le
moment , je ne suis pas muni de toute ma
N°. 41.9 Octobre 1799. G
( 146 )
force ; il faudroit une ame calme pour dire
les vérités qui m'oppressent , et des hommes
sages pour les entendre.
Co Du moment où la Procédure a été dans
nos mains , a repliqué M. Barnave , elle a
étéjugée. Il n'y a en tout ceci , d'autre conjuration
que la Procédure même. Je demande
de votre justice , de votre bonté, le plus profond
mepris pour cette Procédure , pour
Châtelet , pour les Temoins. M. d'Orléans
imprimera ce qu'il voudra , et ne fera que
confirmer l'estime universelle de la Nation
pour son patriotisme. »
le
Les oracles de M. Barnave ont été ceux
de la Majorité. Plus de cent Membres ont
refusé de délibérer. Le Décret du Comité a
été admis .
DU SAMEDI . SÉANCE DU SOIR.
i
Un des Secrétaires a lu une Adresse insensée
de je ne sais quel Comité d'Avignon ,
qui dénonce une armée , une fabrique de canons
de 60 livres de balle , et une contre-
Révolution,montés dans le Comtat Venaissir .
Les Députés de l'Assemblée Coloniale de
Saint- Maic , ont plaide leur cause à la Barre.
Nous reviendrons dans la suite à cet Historique.
DU DIMANCHE 3 Octobre.
La lecture du Proces - verbal a été suivie
de celle des remerciemens que M. Desilles ,
ce genéreux Officier du Régiment du Roi ,
a adressés à l'Assemblée Nationale.
On a décrété ensuite d'autoriser la Caisse
d'Escompte à delivrer encore quinze millions
d'Assignats au Trésor Public , pour le service
du mois d'Octobre.
( 147 )
Par-tout farieux , et ayant brisé tous les
freins , le Peuple s'attaque en plusieurs lieux
à la libre circulation des grains . Celui de
Carcassonne a détruit et incendié une partie
des écluses du canal. Sur le Rapport des
faits , décrété de prier le Roi de faire marcher
des Troupes dans le Département de
l'Aude .
M. d'Orléans a paru à la Tribune , où il
a prononcé un Discours que nous rapporterons
la semaine suivante.
Dans la crainte de noircir davantage
Vimagination de nos Lecteurs , nous remettons
à la semaine suivante , les extraits
de la Procédure du Châtelet , et
leur rapprochement avec le Rapport de
M. Chabroud. Nous jugeons du Public
par nous mêmes ; il ne soutiendroit pas
une plus longue attention aux horribles
objets qui composent ce Tableau . Le
Rapport qui en a été fait n'échappera
point à l'Histoire ; il ira à la Postérité
avec la Procédure , et les crimes qu'elle
a constatés .
Inutilement , M. Chabroud aura usé
les ressources d'un talent médiocre , à
faire disparoître la certitude et la chaîne
de ces attentats ; vainement , aura- t-il
rejeté sur lehasardet sur la faim l'exécution
d'un complot prémédité un mois auparavant
, et publiquement au Jardin du
Palais Royal ; vaizement , aura - t - il employé
deux Audiences à démontrer, que le
Gij
( 148 )
besoin de pain fit déguiser des hommes en
femmes , arracher une foule de malheureuses
de leurs Maisons pour les conduire
à Versailles , traîner des canons ,
prendre les piques , corrompre des Soldats
, et soudoyer des brigands . Vainement
aura t- il vu dans cet appareil le
cortège d'un Peuple malheureux qui va
porter ses demandes aux pieds du Trône ;
vainement aura- t- il poli les calomnies
qui préparèrent le massacre des Gardes
du Roi , et l'invasión de son Palais . Vainement
aura-t- il nié la notoriété publique
, et opposé ses interprétations à
cent actes juridiques , et l'invraisemblance
à la certitude ; vainement aurat-
il diffamé les Témoins , les Victimes
et le Tribunal , en mettant son opinion
à la place des faits ; malgré lui , ces faits
resteront immortels , pour laver la Nation
, indignement compromise , des
crimes de quelques scélérats.
Ce Rapport pèche par une mal- adresse
quiseroit inexplicable en d'autres temps
et en d'autres lieux . Jusqu'ici, lesfonction
de Rapporteur avoient consisté à balancer
impartialement les témoignages ,
les indices , à écarter toute fascination ,
à citer avec exactitude , à discuter sans
passion . M. Chabroud aura donné le
premier exemple d'un systême bâti sur
des raisonnemens , contre cent dépositions
juridiques . Il lui étoit réservé de
ne trouver d'autres Coupables , que ceux
( 149 )
dont la Justice s'occupoit à venger les
droits et les infortunes. Il lui étoit réservé
de détruire les témoignages , par
des outrages sanglans à la probité des
Témoins , et de montrer à la France ,
dans les forfaits dont elle repoussoit
l'opprobre , les vengeances du Peuple ,
le châtiment de quelques Conspirateurs ,
et la leçon des Rois.
Quel spectacle offre-t - il à l'Europe ?
60 Représentans de la Nation parjures
et faussaires , ou une prévarication inouie
du Corps Législatif. Lorsque la Commune
de Paris , le cri des François et
celui de l'Europe , armèrent le Châtelet
de la recherche des forfaits du 6 Octobre ,
qui aurcit prévu qu'organe de la clémence
Nationale , M. de Mirabeau
l'aîné , du haut de la Tribune , prononceroit
la grace de la Cour de France et
de ses Gardes ?
L'Assemblée Nationale a des droits
inviolables sur les actions des Citoyens ,
elle n'en a aucun sur leurs sentimens ;
son autorité finit là où celle de l'opinion
commence , et il n'est pas plus en son
pouvoir de paralyser l'Histoire , qu'il
n'est en celui du Crime , d'échapper aux
Sentences de la conscience et de la morale
publiques.
Au reste , nous l'avons dit antérieurement
, nous renfermerons cet examen
últérieur dans la recherche des faits , en
laissant à l'avenir celle des imputations.
Guij
( 150 )
&
Deux Accusés sont déclarés irréprochables
aux yeux de la Loi ; nous les
considérerons comme tels , et nous nous
abstiendrons de revenir aux charges qui
les concernent Les crimes de Versailles
ont-ils été des accidens , ou des entreprises
préparées? Voilà ce qu'il faut découvrir
dans la Procédure et le Rapport.
Le Public voudra se rappeler que nous
lui annonçâmes , il y a trois mois , l'issue
inévitable' de cette éclatante Information.
Sera-t- elle suivie ? Par qui le seroitelle
? Qui oseroit déposer ? Le Châtelet
cependant , a reçu de nouveaux témoi
gnages en assez grand nombre , et il s'en'
trouve , dit-on , de très-instructifs.- Le
caractère du Rapport va même faire
naître une nouvelle Procédure , par les
démentis cruels et publics dont M. Chabroud
ne tardera pas à être accablé.
En voici un deja , dont on ne peut se
dissimuler la force , et que l'équité nous
oblige de faire connoître , puisqu'on nous
en a requis .
« M. Cabroud s'est permis , dans son plaidoyer
d'inculper hier , dans la tribune , la
conduite des Gardes du Corps du Roi , dans
les journées des 5 et 6 Octobre . Vraisemiblablement
il a des preuves légales . Je le
somme , tant en mon nom qu'en celui de tout
le Corps , de se presenter , soit au Pariement ,
au Châtelet , à l'un des Tribunaux nouvelle
ment décrétés , soit enfin à une Commission,
prise dans l'Assemblée , composee de MM .
de Mirabeau , Barnave , Alexaudre de Lameth,
( 151 )
Menou , Malouet , PAbbé Maury , Cazalès ,
Foucault et Saint- Simon , à l'effet d'y produire
les preuves légales qu'il a à fournir
contre les Gardes - du - Corps , et faute par lui
de remplir cette demande , je le déclare calomniateur
, et, comme tel , indigne de templir
la confiance dont l'a honore la Nation . "
ne
་ ་
Je lui donne le démenti le plus formel
de ce qu'il a avancé au sujet de la grille
royale. J'affirme qu'elle n'a jamais été ou
verte que par moi , ou par mes ordres ; qu'elle
l'a pas été une seule fois depuis une heure
du matin jusqu'à cinq heures trois quarts que
j'ai quitté le poste du Corps - de - garde. J'en
ai emporté la clef; je l'ai , et la représenterai
au Roi et à l'Assemblée Nationale , quand on
voudra. "
" Je déclare aussi que les brigands sont
entrés dans l'appartement de la Reine ; que
je les ai vus dans la première anti - chambre ,
et que M. de Barreau , Brigadier commandant
la Salle de la Reine , qui est entré
jusques dans la Chambre à coucher ave
quelques Gardes , a laissé les brigands possesseurs
dudit appartement , où ils se sont
portés à tous les excès qui étoient la suite
de leur fureur contre le Roi , la Reine et leurs
Gardes. "
" J'affirme encore et démens formellement
M. Chahroud , et j'assure sur mon honneur
qu'il n'a pas été tiré un seul coup de mousqueton
par les Gardes - du -Corps dans tout
le Château. L'homme tué et déposé sous les
fenêtres du Roi , l'a été par les brigands en
tirant sur les Gardes- du Corps qui secou
roient MM. Durepaire et de Miomandre. La
Garde Nationale est témoin de ce fait , et on
én offre la preuve.
( 152 )
On peut assurer qu'il n'a été tiré qu'on
seul coup de pistolet du côté des écuries du
Roi par les Gardes du Corps de l'extérieur
du Château , dans le moment où un Gardedu
Corps , qu'on vouloit assommer , fut sauvé
par son f.ere qui le ramena à la troupe.
"
"
J'ai assisté au dîner et au dejeûner ; tout
s'y est passé avec autant de decence que d'honnéteté
et de cordialité ; et je déclare formellement
qu'il n'a eté tenu aucun propos contre
la Cocarde ni contre la Garde Nationale , et
que le Corps n'a jamais porté d'autre Cocarde
que celle qui est uniforme. »*
A Paris , ce ier . Octobre 1790. Signé ,
LUILLIER , Maréchal - des-Logis des Gardesdu
Corps du Roi , Compagnie Ecossoise.
Le prétendu calme de Brest a duré
huit jours. De nouveaux excès ont éclaté .
Les équipages se communiquent leurs
desseins de révolte par des signaux ; ils
les cxécutent en passant d'un bord à
l'autre sur les canots. Les Commandans
et la Municipalité de Brest s'accusent
mutuellement . On a livré des pancartes
avec promesse d'une médaille et de
toute protection , aux gens du Léopard ,
congédiés. La fermentation ne diminue
point , et n'aura vraisemblablement de
terme que parle désarmement , ou par la
retraite des Officiers.
«On a imprimé la semaine dernière , hur¹é ,
vendu dans tout Paris , une lettre anonyme
adressée de Rouen à M. Bailly , et mise en
lumieres , dit on , par le Comité des Recherches
, où l'on instruit amicalement le Maire
( 153 )
de Paris d'une Conspiration tramée en Normandie
, pour enlever le Roi et le conduire
à Rouen. Trois mille Gentilshommes formeront
un Camp volant . Mde. la Duchesse de
Villeroi est l'ame du complot , et gagne les
Citoyens de Rouen : 600 signatures ont été
remises au Roi par M. Villequier. Les Chefs'
du Régiment Suisse de Salis et de Dauphin
Dragons , se sont assurés de leurs Troupes ;
les Chefs de la Fédération de Rouen entrent .
dans le complot . Le Roi mettra le.pain à un
sou ; il dissoudra l'Assemblée Nationale : de
nouveaux Députés accepteront la Déclaration
du 23 Juin dans un lit de Justice. Les
Conspirateurs Normands correspondent par
chiffres avec M. de Villequier; ils viennent
d'adresser des paquets à MM. l'Archevêque
de Toulouse , l'Abbé Maury , Bergasse et
Cazalès. M. de la Bourdonnaye de Blossac
est un des principaux Conspirateurs . Ils préparent
deux mille cages de fer , dont deux
destinées à MM. Bailly et la Fayette. On
égorgera ensuite mille Patriotes . M. Brisset
ajoute dans sa Feuille , que le 28 Octobre
est le jour d'exécution , et qu'on doit faire
sauter les Patriotes de l'Assemblée Nationale
, assassiner MM. de la Fayette , Bailly ,
Camus, Péthion , et lui Brissot qui est aussi
un Personnage , un grand homme. »
1. Tel est l'abrégé fidèle des infamics
scandaleuses dont la Police a souffert la
vente publique , que M. Bailly a laissé
vendre et crier en tous lieux , sans daigner
avertir du moins qu'il étoit innocent
de la publicité de ce Libelle , et que
l'imbécille, scélérat qui écrivoit ces horteurs
étoit un ANONYME. Nous savons
( 154 )
que MM. de Villequier et de la Bour
donnaye ont déja représentéau Maire de
Paris , leur étonnement de voir son nom
compromis dans cette atrocité . Elle n'a
pas d'autre but que de distraire les esprits
de la Procédure du Châtelet , d'exciter
la fureur publique contre ceux qu'on a
l'insolence criminelle de nommer dans
ce Libelle , d'échauffer le Peuple , et de
de le faire apparemment servir à quelques
nouveaux desseins. M. Bergasse
vient de s'élever contre les infame Propagateurs
de ces sottises. Voici sa Déclaration
.
Je viens de lire dans le Journal d'un homme
accoutumé à calomnier ( 1 ) , et à dévouer
à la fureur du Peuple tous ceux qui ne pensent
pas comme lui , le plan d'une conspiration
imaginée , dit - on , en Normandie , dont
l'objet est de transporter le Roi à Rouen ,
de le mettre à la tête d'un Camp volant de
trois à quatre mille Gentilshommes , de marcher
ensuite sur Paris , d'y égorger MM. la
Fayette et Bailly, et même M. Thouret , et
sans doute après ramener l'ancien régime.
#1
Je ne crois pas plus à cette conspiration
qu'à toutes celles dont on nous berce depuis
si long temps. Je suis bien persuadé qu'il
y a plus d'une Province qui desireroit que
le Roi accomplit la promesse qu'il a faite
de visiter son Royaume , et ce desir qu'elles
peuvent exprimer une seconde fois , comme
elles l'ont fait le jour de la Fédération , ne
me paroîtroit point un crime ; car , pour que
(1) Le Patriote Prançois , par J. B. Brissot.
}
( 155 )
1
la liberté existe , il faut que le Peuple de la
Capitale et celui des Provinces jouissent du
droit de faire parvenir leurs desirs au Roi ,
de la même manière qu'à l'Assemblée Nationale
, et que la faculté de recourir à l'un ou
à l'autre de ces deux pouvoirs suprêmes , soit
également permise .
Quoi qu'il en soit , je me trouve , par
une lettre anonyme ( insérée au Journal dont
je parle ) impliqué dans la prétendue conjuration
. On fait même de moi un des centies
de correspondance de cette conjuration .
40
. Or , je défie ici , de la manière la plus.
formelle , et l'Auteur de la lettre anonyme ,
ei le Journaliste qui, pour satisfaire une basse
vengeance , a la témérité de l'insérer dans
ses Feuilles , d'établir que je sois pour quelque
chose dans une conjuration aussi odieuse et
aussi bisarre en même temps , que celle qu'ils
out eu l'extravagance d'inventer. »
"
Certes , mes principes sont connus , et
il faut être bien hardi pour oser me faire
partisan de complots qui auroient pour objet
des massacres et des assassinats . On sait que
mes opinions different de celles adoptées
par l'Assemblée Nationale ; mais on sait en
même temps que je n'ai jamais combattu
les opinions de l'Assemblee qu'avec les
armes de la raison , que je ne pense pas qu'il
convienne en aucun temps de les combattre
avec d'autres aimes , parce que celles -là suffisent
, et que sur toutes choses j'ai une
aversion insurmontable pour l'ancien régime.
"
"
Après cela , comment s'est-on permis
de troubler mon repos par une calomnie aussi
folle que celle dont je me plains ? »
« Au reste , jc n'ai jamais quitté la France ,
( 156 )
et je ne la quitterai pas jusqu'à la fin dés
operations de l'Assemblée Nationale . Je ne
me démettrai pas davantage de ma place
de Député , et cela par, deux raisous ; d'abord
, parce que je conserve encore l'espoir
de voir arriver le moment où je pourrai développer
les idées que j'avois conçues pour
le bonheur et la liberté de mon pays . Ensuite
, parce que je veux dans tous les temps
me trouver à portée de répondre , et au
Peuple qu'on égare et qui me méconnoît
et à cette foule de calomniateurs qui pe
s'élèvent de temps en temps contré moi ,
que parce que ceux qui les soudoient craignent
un peu trop qu'il ne m'arrive un jour
de manifester à leur détriment des vérités
sévères.
5
D
" Cette conduite n'est celle ni d'un conspirateur
, ni d'un esclave . cc "
Paris , ce 4 Octobre 1790.
BERGASSE.
P. S. Par un Billet inséré aujourd'hui
dans leJournal de Paris , M. Bailly vient
de déclarer que le Libelle de Rouen ne
lui avoit pas été adressé.
Les Numéros sortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 1er. Oca
tobre 1790 , sont : 71 , 17 , 47 , 26 , 87.
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOG NE.
De Varsovie , le 28 Septembre 1799 .
ENFIN , la Dièle est convenue dans ses
dernières délibérations de quelques - uns
des Points fondamentaux du Gouvernement
de la République . Il est aisé d'aper
cevoir dans ce travail l'empire de plusieurs
préjugés ; mais aussi celui d'une
crainte patriotique de se livrer à des
changemens inappréciables , de sacrifier
l'Etat à l'incertitude des Opinions , et de
renverser toutes les Lois anciennes au
lieu de les réformer. Ce caractère de
prudence qui distingue de vrais Législa
teurs des Fabricans de Constitutions à
coups de hâche , épargnera à la République
des torrens de sang, et une mul-
Nº. 42. 16 Octobre 1799. H
( 158 )
titude de calamités publiques et particulières
.
Les quatre premiers Points de Lois
Cardinales , décrétés , concernent la Religion
.
1º . La Religion Catholique Romaine .
la Grecque unic et non unie seront dʊminantes
en Pologne et en Lithuanie ;
tous les droits qui appartiennent à l'Eglise
seront conservés. 2". On ne pourra
devenir Roi de Pologne et Grand Duc
de Lithuanie sans être né ou sans avoir
embrassé la Religion Catholique Romaine
; la Reine sera de la même Religion
. 3°. Ceux qui quitteront la Religion
dominante pour en embrasser une autre ,
seront poursuivis criminellement. 4".
Ceux qui professent d'autres dogmes que
ceux de l'Eglise , et dont la profession a
été tolérée jusqu'à présent , n'y seront
point troublés , non plus que dans l'exercice
des cérémonies religieuses en gé
néral , personne ne pourra être inquiété
paraucun Tribunal , pour des opinions.
Par un effet de cette Loi , l'Archevêque
de Kiovie du Rit Grec- Uni a été introduit
le 9 dans le Sébut.
Le cinquième Décret a pour objet
l'indivisibilité de la République , et défend
de proposer ou d'entreprendre à
l'avenir aucune cession , ou écharge
quelconque d'une partie des Etats de la
République. Cette Loi paroît aller au
delà de son objet. Sera - t - elle observée
( 159 )
lorsqu'une guerre malheureus , ou d'importantes
convenances . nécessiteront
une cession , ou un échange ? Autant valoit
prohiber tous Traités de paix qui
emporteroient une aliénation quelcon
que des domaines de l'Etat , et ordonner,
aux armées de la République d'être tou
jours victorieuses. Au reste , si l'on est
d'accord sur le principe de cette Loi , on
ne l'est pas encore sur sa rédaction .
Dans la Séance du 9 , on a consacré
le principe fondamental de la Constitution
, qui réserve aux Nobles seuls la
participation au Pouvoir Suprême , Législatif
et Exécutif. Ainsi les Requêtes
de quelques Corporations ont manqué
leur effet , et les Bourgeois demeurent
exclus de la Souveraineté Nationale.
Par une autre décision long- temps
débattue , la Diète a conservé au Roi la
nomination aux Dignités et aux Emplois.
En vertu de cette prérogative , la plus
importante de celles de la Couronne ,
S. M. reste en possession de créer les Sénateurs
Ecclésiastiques et Séculiers , les
Ministres d'Etat , les Grands Officiers de .
la Couronne et de Lithuanie , les Dignitaires
de l'Ordre Equestre ; de nommer
aux Archevêchés , Evêchés , et à plu
sieurs Abbayes par Concordat avec Benoit
XIV ; de conférer les principaux
Emplois Militaires , et les Starosties.
Le nombre des Ministres d'Etat a été
jusqu'ici de quatorze : la Diète a sagement
Hi
( 160 )
arrêté d'en retrancher plusieurs , entre
autres les Généraux de Camp de la Cou
ronne et de Lithuanie. Quant à la succession
au Trône qui forme le sixième
article des Lois Cardinales , la Diète a
montré son respect envers ses Commettams
, en se renfermant dans les bornes.
de son autorité , et en renvoyant aux
Diétines de décider si l'on conserveral
l'Election libre du Roi , ou si l'on adop
tera la Succession héréditaire .
Le Décret relatif à l'indivisibilité de la
République , avoit un rapport évident avec
la demande faite par le Cabinet de Berlin ,
de la cession de Dantzick et Thorn . Cette
Loi ne pouvoit préserver Dantzick , ou de
sa ruine immédiate , ou de la nécessité de
changer de Protecteur. Dans l'alternative
de perdre son Commerce , on de devenir
Prussienne , cette Ville probablement s'exécutera
sans l'aveu de la Diète , en se donnant
elle - même un nouveau Suzerain . On
fut instruit , le 9 , à Dantzick , que , suivant
le Traité de Commerce près d'être conclu
entre la Prusse et la République de Pologne ;
Le Droit d'Etape dont jouit la Ville de
Dantzick , seroit supprimé, et que les Polonois
jouiroient de la vavigation libre sur la
Vistule jusqu'à son embouchure dans la
« mer. En vertu de cette liberté , ils pourroient
expédier eux-mêmes les productions
de leur pays , et faire venir en échange par
" mer telles marchandises dont ils auroient
besoin , sans être obligés de se servir de la
voie de Dantzick . A cet effet , il leur seroit
assigné une place d'Etape , sur le Nouveau-
"c
"
"
"
"
"
( 161 )
+
67
14.
Fahrwasser , lequel appartenant actuellement
à S. M. Pruss enne , il seroit payé
pour cette liberté à la Prusse deux pour
- cent de toutes les marchandises qui y passeroient
, sur le même pied que de celles
qui sont destinées pour Elbing ; que de
celles qu'on transporteroit à Dantzick ,
l'on continueroit il est vrai de payer douze
pour cent , mais que dans la suite il pour
roit y être pourvu , et qu'en fixant une
taxe plus modérée sur les marchandises >
assujetties à la Douane , l'on travailleroit
aussi en faveur de Dantziek. »
"
446
་་
"
Cette nouvelle consterna les Habitans
de Dantzick. Le Magistrat ayant convoqué ,
Je 11 , les Trois Ordres , le troisième qui
représente le Corps de la Bourgeoisie , fit
éclater son mécontentement , et demanda
une Déclaration au Roi de Pologne , par
laquelle on lui signifieroit que si la République
ne conserve pas à Dantzick ses Droits
et Priviléges , cette Ville pourvoira ellemême
à son salut , et cherchera un autre Protecteur.
La Régence et les Echevins , qui
forment les deux premiers Ordres , combattirent
cette résolution ; les débats furent
opiniâtres , et durèrent jusqu'au 13 ; enfin ,
le troisième Ordre inébranlable , a pris sa
détermination séparée , et a envoyé à Varsovie
deux Négocians , en qualité de Députés
chargés de sa Déclaration .
La Cour de Pétersbourg vient de pu
blier le récit d'une victoire remportée ,
le 8 et le 9 de ce mois , par son Contre-
Amiral Ouschakof , sur la flotte Ottomane
, entre l'isle de Tendros et Codgia
Bey , sur la mer Noire. S'il faut en croire
Η Ιω
( 162 )
ce rapport de la main du Prince Potemkin
, il y a eu deux combats , dont le
premier indécis. Dans le second , le vaisseau
Amiral Ottoman , nommé la Capitania
, de 74 canons , a sauté en l'air :
les Russes en ont pris un autre de 66 canons
, commandé par Seyd Bey, Pacha
à trois queues , et une corvette . La flotte
ennemie , dit le Prince Potemkin , a été
entièrement dispersée , et cette victoire
éclatante coûte aux Russes ...... le der
vinera-t on ? dix à douze hommes. On
est fâché que la relation n'ajoute pas que,
le canon Ottoman a même guéri les malades
, et rajeuni les Invalides de l'escadre
Russe.
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 29 Septembre.
Le 19 de ce mois , le Cardinal Migaz
si , Archevêque de cette Capitale , a
donné la bénédiction nuptiale à l'Archiduchesse
Clémentine mariée au Prince
héréditaire de Naples , qui a été représenté
par l'Archiduc Charles ; ensuite à
Archiduc François et à la Princesse
Thérèse de Naples ; enfin , à l'Archiduc
Ferdinand et à la Princesse Louise de
Naples. Quatre jours après ( le 23 ) le
Roi , accompagné de la Reine et des Archiducs
Charles et Léopold , est parti
pour Francfort . Leurs Majestés Sici(
163 ).
7
liennes et les Archiducs François et Ferdinand
avec les Princesses leurs épouses
ont pris la même route , le lendemain .
Les Ministres des Républiques de Gènes
et de Lucques sont les seuls Membres du
Corps Diplomatique qui se soient rendus
au Couronnement : suivant l'itinéraire
de la Cour , le Roi arrivera le 30 à
Aschaffenbourg , où il séjournera jusqu'à
son entrée solennelle à Francfort. Le
Prince de Colloredo , Vice - Chancelier
de l'Empire , et le Ministre d'Etat Comte
de Cobentzel , ont pris la route de Nuremberg
, et précéderont LL. MM.
Avant son départ , le Roi a donné , en
ces termes , sa Réponse définitive à la
Députation Hongraise .
"
Je ne puis agréer d'autre Diplome que
celui qui correspondra parfaitement au Diplome
de Charles VI et de Marie - Thérè : e ;
et comme le voyage de Francfort m'empêche
actuellement de me rendre à Bude pour 'y
faire couronner , je de ire que ce couronnement
puisse avoir Heu le 15 Novembre prochain
, à Presborg. Je me vois en outre
ob igé de déclarer inconstitutionnels et iliegaux
, les Arrêtés des Representans de la
Nation assemblés à Bude , parce que cette
Diete n'a été tenue ni en ma présence , i
en celle d'aucun Commissaire Royal. Ainsi ,
apres le couronnement de Presbourg , je
donnerai les ordres nécessaires pour la convocation
d'une Diete régulière. "
On a arrêté en Hongrie plusieurs Officiers
des Régimens Nationaux : ils sont
Il is
( 164 )
-
prévenus d'avoir tenté d'ébranler la fidélité
des Troupes , en les excitant à se
mêler des affaires publiques. Sur la
demande des Hongrais , trois bataillons
d'Infanterie qui venoient d'arriver de la
Moravie , se sont mis en marche pour
Bude.
Le nouveau Conseil de guerre est
composé du Maréchal de Wallis , Président,
et des Généraux Comte de Tige ,
Baron de Brown , Comtes de Wartensleben
, de Lilien et de Léonardo . Aux
Commandans des Provinces , dont nous
avons antérieurement indiqué la nomination
, il faut ajouter , pour la Hongrie,
le Maréchal Prince de Cobourg.
De Francfort sur le Mein , le 4 Octobre.
Le 30 Septembre , les trois Electeurs
Ecclésiastiques , et le Corps des principaux
Ministres des cinq autres Electeurs
absens , se sont rendus en grande cérémonie
au Chapitre de St. Barthelemi ,
où après l'Office , célébré par le Suffra
gant de Mayence , et le serment prêté ,
ils sont entrés dans le Conclave d'Election
, fermé , ainsi que la porte du
Choeur , par le Comte de Pappenheim,
Maréchal héréditaire de Empire. Le
choix d'un Empereur est tombé unanimement
sur Léopold , Roi de Hongrie ,
qui a été proclamé sur le champ en
cette qualité par le Comte de Leyen ,
( 165 )
Prévôt du Chapitre de Mayence. Le Duc
Charles de Mecklenbourg a été nommé
par le Collége Electoral pour aller
porter au Roi Léopold , à Aschaffenbourg
, la patente d'élection de Roi es
Empereur Eir des Romains .
L'Electeur de Cologne, l'Archiduchesse
Christine , les Electeurs de Mayence et
de Trèves sont partis le soir même du
jour de l'Election , pour Aschaffenbourg.
Suivant l'usage et la Loi , tous les Etran .
gers sans distinction sortirent de la Ville ,
et n'y rentrerent qu'après l'Election
consommée. Trois jours auparavant , la
Régence et la Bourgeoisie de notre ville
Impériale s'étoient assemblés au Roemer,
et conformément à la Bulle d'Or , y prê
tèrent le serment de protection et d'assurance
, en présence de l'Electeur de
Mayence et de tous les Ministres Elec- .
toraux . Le Couronnement est toujours
fixé au 8 de ce mois.
Les Députations d'Aix - la - Chapelle et de
Nuremberg , sont arrivées ici , hier , aveoles
ornemens Impériaux , et autres choses nécessaires
au couronnement ; ceux que l'on conserve
dans la premiére Ville , sont 1 ° . un
livre d'Evangiles , écrit en lettres d'or ; la
reliure est ornée de pierres précieuses ; l'Emperear
prête le serment sur ce livre . 2° . Une
capsule garnie en perles et pierres fines , renfermant
de la terre imprégnée du sang de
S. Etienne le martyr ; 3 ° . une épée de Charlemagne
qui sert à faire ' des Chevaliers ; le
Houvel Empereur en est ceint. Les ornemens
Hy
( 166 )
de Nuremberg consistent , 1 ° , dans la Cou
ronne d'or de l'Empire ; elle pèse 14 mares
et 6 onces ; 2°. dans le sceptre de l'Empire ;
3º. dans le globe de l'Empire ; 4° . dans une
autre épée de Charlemagne , enfin dans tout
le vêtement Impérial , fondé par cet Empereur
et dans d'autres reliques .
Les Liégeois seront un peu étonnés dc .
la tournureque paroît prendre le dénouement
de leur Révolution . Ils ont cru qu'ils
braveroient l'Empire entier , et lui feroient
la Loi comme ils l'ont faite à leur
Evêque et à quelques Tréfonciers . Sérieusement
, ils avoient délibéré une Pancarte
, sous le titre d'Avis des Sections ,
où les Bourgeois de Liége traitent les
Tribunaux de l'Empire , d'insensés , de
barbares , de cruels , de 'tyranniques
imposoient à l'Empereur et à l'Empire
, les conditions auxquelles ils se
prêteroient à rester unis au Corps Germanique
. Moyennant l'expulsion de leur
Evêque , l'égalité parfaite entre tous ,
et la consécration absolue de toutes leurs
prétentions , ils promettoient de pardonner
, et de traiter lorsqu'il ne resteroit
plus rien à traiter. Les Districts de
Liège ont nommé cela des Préliminaires
, et en ont fait une Instruction
pour les Députés qu'ils ont envoyés ici.
Malheureusement , le Corps Germanique
aaussi ses Préliminaires . On assure
très-positivement que les Ministres des
Cercles du Bas - Rhin et de Westphalie
( 167 )
qui se trouvoient à Maseick, ont été rappelés
, qu'on leur substitue d'autres Commissaires
chargés de pacifier l'Evêque
avec les Habitans de la Principauté , et
que M. Dohm , qu'on accuse de partialité
manifeste , sera remplacé par le Baron
de Stein , Ministre de Prusse à
Mayence. On ne connoît cependant
qu'imparfaitement les bases de conciliation
; on croit qu'à la fin du mois les
Troupes de l'Empire entreront à Liège :
quoiqu'il en soit de ces conjectures , on
ne peut s'empêcher de présumer que M.
le Prince de Rohan , Archevêque de
Cambray , deviendra dans peu Evêque
et Régent de Liège in partibus .
On avoit ridiculement exagéré le soulèvement
de quelques Villages de la
Misnie contre les Corvées Seigneuriales .
Les Troupes en ont bientôt imposé aux
Paysans qui commettoient des violences ;
la justice a achevé l'ouvrage de la fermeté
; la Commission instituée pour examiner
les plaintes des gens de la Campagne ,
la procédé avec modération et équité ;
les Paysans sont rentrés dans le devoir ,
et ont acquitté aux Possesseurs des terrés
Nobles , les services dont la légitimité.
a été constatée .
Il est fastidieux de chercher la vérité
au milieu des relations contradictoires ,
publiées par le Congrès Belgique et par
les Autrichiens , au sujet des combats
des 21 , 22 , 23 et 28 Septembre. Le
Hvj
( 168 )
A
seul résultat clair est que , la Croisade
Belgique ayant passé la Meuse , attaqua
en plusieurs colonnes les Autrichiens ,
qui les repoussèrent par-tout , écrasèrent
le Corps du Général Kohler , s'empa
rèrent des bagages , des canons , des
caissons , des scapulaires , et du labarum
. Ainsi , l'expédition des Belges sur
le Limbourg a totalement ávorté. Leur
Général Kohler prétend néanmoins être
revenu à la charge le 28 , et avoir détruit
une batterie Autrichienne sur la
Meuse. Le Congrès amplifie cet événcment
dans ses Bulletins . Les Autrichiens
lui donnent le démenti ; il faut donc s'en
tenir qu'aux faits réels , savoir que les
Croisés ont été repoussés dans toutes leurs
attaques , et qu'avant 15 jours , l'armée
Autrichienne qui presse sa marche , fera
finir ce jeu sanglant et inutile.
GRANDEBRETAGNE
De Londres , le 7 Octobre.
La dernière réponse de la Cour de
Madrid a accéléré les résolutions définitives
de notre
Gouvernement . S'il est
vrai , comme on l'a répandu universellement
, que , dans cette réponse , le Roi
d'Espagne prétextoit la nécessité d'assembler
sa Noblesse avant de se déterminer
, l'annonce d'une pareille con- .
vocation n'a pu être considérée ici que
( 169 )
comme un moyen dilatoire , propre à
éterniser la négociation , à éviter tout
Ultimatum , et à rendre immobiles nes
armemens. Il faut qu'ils agissent , ou
qu'ils rentrent dans le bassin ; l'incertitude
ne peut-être prolongée , et c'est
pour y mettre fin qu'à l'issue d'un Conseil
tenu le 4 , et où tous les Ministres
ont assisté , à l'exception du Chancelier
et du Marquis de Stafford , absens , on
a expédié un Courrier du Cabinet à
Madrid , avec ordre à M. Fitz- Herbert,
notre Envoyé , de quitter cette Résidence
, si dans un temps fixé , il n'obtient
pas l'accession formelle de la Cour
de Madrid , au seul arrangement qui
puisse prolonger la paix entre les deux
Etats. La certitude de la guerre ne tient
plus qu'à ce dernier fil ; c'est à ceux
qui connoissent les principes du Gouvernement
Espagnol , ses intérêts , ses
forces , ses espérances , ses ressources ,
et l'empire des conjonctures , à prévoir
la résolution qu'il embrassera .
Ses lenteurs ont aigri les esprits , et
donné ici aux passions politiques le
temps de s'enflâmer . Pleine de confiance
dans ses forces et dans la vigueur du
Gouvernement , la Nation commence
assez généralement à desirer la guerre ;
l'Espagne lui paroît une proie à dévorer
, et l'on ne s'informe pas même si
les motifs de cette rupture la rendent
atile ou nécessaire . L'opinion marche
( 170 )
sur les traces du Cabinet , et en presse
J'activité. Personne ne doute qu'il n'agisse
d'après un plan très-prémédité ,
et qu'après en avoir essayé l'exécution
par la voie des Négociateurs , il ne développe
enfin toute la Puissance Britannique:
Soixante vaisseaux de ligne sont prêts
à mettre à la voile , et l'armement de
20 autres s'accélère avec une promptitude
sans exemple . Chaque Semaine ,
il émane de nouvelles Commissions de
l'Amirauté ; les Chantiers , les Ports ,
les Arsenaux maritimes travaillent sans
interruption . L'Amiral Barrington , de
retour à Spithéad , a hissé son Pavillon
à bord du Formidable , de 98 canons ;
Mylord Howe y est attendu incessamment
, et tout annonce qu'avant peu ,
la grande flotte s'ébranlera .
Le 2 , on reçut ordre à Portsmouth
d'approvisionner pour six mois le Malbourogh
, de 74 canons ; le Cumberland
, de 74 ; l'Ardent , de 64 ; le Lion ,
de 64 , et deux frégates. A la hauteur
de Plymouth , l'Orion , de 74 , se joindra
à cet Armement , qui doit se rendre aux
Indes Occidentales , sous les ordres du
Contre- Amiral Cornish.
Le rer. de ce mois , le Roi a de nouveau
prorogé le Parlement , du 12 Octobre au
26Novembre. Ce n'est pas un indice de
paix . La même Gazette de la Cour , qui a
donné connoissance de cette proroga(
171 )
tion , a annoncé la promotion du Capitaine
Keith-Stewart au rang de Contre-
Amiral. Cet Officier , frère de Lord
Galloway , est un des plus anciens et
des plus distingués de la Marine Angloise
; il commandoit en second au fameux
combat de Doggers- Bank .
Vendredi dernier , le Capitaine Berkeley
, Commandant le sloop le Fairy ,
est arrivé de Gibraltar à l'Amirauté ,
après une croisière d'observation , sur
les côtes Espagnoles. a rapporté des
dépêches du Général O Hara , qui commande
à Gibraltar , et auquel il a fait
part de ses observations. Suivant son
rapport , les Espagnols forment un Camp
en Andalousie , et n'épargnent dans leurs
ports aucuns préparatifs de guerre . D'après
ces nouvelles , le Général Boyd ,
Gouverneur en Chef de Gibraltar , a
reçu ordre de préparer son départ .
Toutes nos Feuilles ont imprimé l'Exposé
qu'a produit pardevant le Conseil Privé,le Capitaine
Mac Donald , du traitement que lui a
fait subir le Commandant d'une frégate Espagnole.
Leur rencontre eut lieu le 6 Août
dernier , dans le golfe de Floride. M. Mac-
Donald revenoit de la Jamaïque en Europe
avec son bâtiment chargé le Trelawny
Planter. Il suivoit le courant le long des côtes ,
lorsque le Capitaine Espagnol l'arrêta , et
le fit conduire à son bord. Pendant qu'on visitoit
son vaisseau , on lui fit passer la nuit
sur le pont , couché entre deux canons et le
nés au vent. Le lendemain matin , le Capi(
172 )
taine Espagnol le fit deshabil'er , et coucher
sur le dos entre deux poutres , le cou fixé
par un cadenat , et les jambes par une charniere.
Il resta quatre heures dans cette attitude
, exposé au soleil brûlant , et auroit
périsansl'humanité des Matelots Espagnols ,
qui lui couvroient la tête de leurs vêtemens ,
Lorsqu'ils n'étoient pas aperçus de leurs Officiers.
La conduite de M. Mac - Donald fut
ferme : il demanda à l'Espagnol de quel droit
il violoit une mer libre ; il ouvrit sa poitrine ,
et pria son bourreau de le faire tuer par
ses Soldats , plutôt que de le livrer à un
si indigne traitement. Au bout de seize heures
lui et sa frégate furent relâchés : il est
arrivé en Angleterre le 19 Septembre. La
frégate Espagnole se nomme le Rousillon
et son Capitaine , Don Francesco Vidal. Vraisemblablement
celui- ci aura pris M. Mac-
Donali pour un Contrebandier ; mais rien ne.
peut excuser l'atrocité de sa conduite. Si le
Patient a dit vrai , la Cour d'Espagne doit
à son honneur de faire punir sévérement
l'Officier Espagnol.
Les trois pour cent consolidés sont
tombés de 78 et demi à 76 et demi.
FRANCE.
De Paris , le 13 Septembre.
ASSEMBLÉE NATIONALE.
Nous avons promis le Discours de
M. l'Abbé Maury , qui n'est point entré
dans la discussion de la Procédure du
Châtelet , nidu Rapport de M. Chabroud.
Il s'est boré à caractériser cet oeuvre
de partia en repousser les principes
( 173 )
généraux. Nous choisissons les princi- ..
paux fragmens , qui nous ont forcément,
échappé la semaine dernière.
Après la lecture rapide d'un Rapport
qui a rempli deux longues Séances , et qui
ne nous a pas encore été distribué , il est
bien difficile , sans doute , de saisir les assertions
et les principes qui provoquent daas
ce moment , notre discussion . M. Chabroud
a développé toute la subtilité de son esprit
pour analyser eette Procédure ; il a dirigé
les faits vers le but qu'il s'étoit proposé. Il
a poursuivi les témoins comme des accusés ;
il n'a rien négligé pour découvrir des contradictions
ou des faussetés dans leurs dé÷
positions , qu'il a tâché de réfuter les unes
par les autres. Quand les témoignages embarrassoient
notre Rapporteur , et échappoient
à toutes les ruses de sa dialectique ,
il nous a dit que les témoins n'avoient pas
vu ce qu'ils avoient cru voir , qu'ils n'avoient
pas pu entendre ce qu'ils déclaroient avoir
entendu . Il a suivi , dans l'examen des faits ,
une règle de critique qui a égaré tant d'Historiens
, en ramenant toujours la vérité aux
earactères de la vraisemblance. Il a conjecturé
que tout étoit conjectural dans cette
Procédure criminelle . Au lieu du Rapport
impartial que nous attendions , on nous a
présenté un Plaidoyer , ou plutôt un Panégyrique
en faveur des accusés, Tous les
moyens d'apologie qui nous ont été présentés ,
appartiennent au fond de la cause dont nous
ne sommes pas Juges . Il s'agissoit d'examiner
s'il y avoit lieu à accusation contre quelques-
uns de nos Collègues ; mais on nous
a fait entiérement perdre de vue l'état de
( 174 )
桌
la question . M. le Rapporteur a entrepris
de prouver qu'ils n'étoient point coupables.
En ecoutant attentivement ce long Mémoite
justificatif , je croyois assister à une Audience
de la Tournelle , où l'on auroit plaide en
présence d'un Tribunal prêt à prononcer un
Arrêt de mort . »
""
Ce n'est pas contre la Révolution , c'est
contre des coupables dont personne n'oseroit
entreprendre l'apologie , qu'est dirigee l'instruction
commencée au Châtelet. Piusieurs
Membres de ceste Assemblée sont compromis
dans les dépositions reçues par ce Tribunal .
Nous ne sommes pas les Juges de - nos Col-
-legues . Nous n'avonsole droit pi de les condamner
, ni de les abseudre . Il est de notre
devoir de les faire juger. La Procedure n'est
pas encore complete. Tous les témoins désignes
n'ont pas été entendus. Une addition
d'information , les interrogatoires , les récollemens
, les confrontations peuvent répandre
une nouvelle lumière sur cette instruction
, qui ne seroit encore connue de
personne , si nous avions suivi la marche
ordinaire des Tribunaux , et même les dipositions
littérales de nos propres Decrets. "
Qui de nous oseroit prendre sur lui d'arrêter
la recherche de la verité , et d'anéantir
le premier acte de la Procédure criminelle ?
L'honneur et la tranquillité de nos Collè
gues doivent nous interesser , sans doute ;
mais le Corps Législatif est appelé , dans ce
moment , à élever plus haut ses pensées. C'est
l'honneur de l'Assemblée Nationale ellemême
qui exige que cette horrible affaire
soit approfondie avec le plus grand soin.
La France nous entend , et l'Europe va nous
juger. Toute exception en matie e crimi(
175 )
nelle est indigne des Représentans de la
"
Nation. La mission honorable dont ils sont
revêtus , ne doit servir qu'à les faire juger
avec plus de sévérité , s'ils sont coupables . "
Ce ne sont pas , sans doute , des lettres
d'abolition qu'ils nous demandent. Il n'est
pas plus en notre pouvoir de les accorder ,
qu'il n'est dans leur intention de les obtenir.
Or , nous ne pourrions décréter en leur faveur
qu'une déshonorante abolition de délit ,
si nous les séparions des autres accusés que
le Ministère Public poursuit au Châtelet.
Pour condamner nos Collègues , nous
aurions besoin d'examiner si la Procédure
est concluante , nous n'avons besoin que de
la lire pour les faire juger. Il suffit que les
crimes qu'on ose leur imputer , soient possibles
, pour qu'un Jugement définitif, portant
décharge d'accusation , devienne abso
lument indispensable . Vous n'avez pas oublié,
Messieurs , cet acte mémorable d'autorité ,
qui fit enlever du Greffe du Parlement de
Paris , les minutes de la Procédure commencée
contre feu M. le Duc d'Aiguillon.
Vous renouvelleriez le même abus de pouvoir
, si , en vertu d'un Décret qui declareroit
n'y avoir pas lieu à aucune accusation
contre vos Collègues , vous anéantissiez une
Procédure à peine ébauchée . Le Corps Législasif
ne souillera point ses Registres d'un
pareil monument du despotisme.
"3
Eh! qu'on ne dise pas qu'en accordant
aux Tribunaux le droit de décréter indistinctement
les Représentans de la Nation,
comme tous les autres Citoyens, on pourroit
ainsi enchaîner arbitrairement dans les liens
d'un Décret , tous les amis du bien public.
dont on redouteroit l'influence . Ce n'est
( 176 )
point par des possibilités , c'est uniquement
par des probabilités que votre sagesse doit
se conduire. Une supposition arbitraire ne
prouve jamais rien mais quand cette supposition
est poussée à l'extrême , elle fait
bien pire que de ne rien prouver en faveur
de celui qui l'imagine ; elle démontre alors
l'impuissance de se défendre , et le désespoir
d'une cause réduite aux plus absurdes et aux
plus chimériques expediens .
'R
"
A ce nom saeré de l'honneur qui presse
nos Collègues accusés , de solliciter un Jugement
, se joint la voie de leur propre intérêt
, qui les appelle dès ce moment aux
pieds des Tribunaux . Car enfin notre invio
labilité aura un terme . Cette Assemblée ne r
peut pas durer toujours . Dès que notre mission
sera expirée , nous rentrerons dans la
classe commune des Citoyens , et alors il
faudra bien que nos Collègues se présentent
à leurs Juges sans aucun intermédiaire.
Nulle précaution ne peut les soustraire à
eette inévitable responsabilité , parce qu'une
continuation d'information peut amener de
nouvelles charges , parce que les complices
peuvent trahir d'importans secrets . »
"
Vos principes dans cette matière sont
déja connus de toute la Nation . Vous avez
déja jugé qu'il y avoit lieu à inculpation
contre M. le Vicomte de Mirabeau , et vous
l'avez renvoyé au jugement d'un Conseil de
guerre. Cet honorable Membre , qui vous
avoit été dénoncé par son Régiment , convaincu
dès - lors de l'insurrection la plus incontestable
, avoit déja donné sa démission ,'
et s'appartenoit plus au Corps Législatif,
quand vous exerçâtes sur lui le droit de suite ,
malgré mes plus pressantes réclamations . Je
1
( 177 )
respecte votre sévérité , et je la rappelle aujourd'hui
à l'impartialité que la Nation attend
de vous. Vous n'aurez pas deux poidset
deux mesures ; et cette Assemblée ne nous
retracera pas , sans doute , en action , la fable
si philosophique des animaux malades de la
peste. »
Un autre exemple non moins récent fixe
d'avance le Décret que vous allez rendre.
M. l'Abbé de Barmond , notre honorable Collègue
, vous a été déféré par votre Comité
des Recherches . Le Rapporteur de ce Comi
é vous déclara qu'il n'y avoit aucune
preuve , aucune trace de complicité entre la
conduite de M. l'Abbé de Barmond et l'évasjon
de M. de Savardi . Je plaidai dans cette
Tribune la cause de notre Collègue ; je crus
pendant une heure entière l'avoir soustrait
aux poursuites de ses Adversaires ; mais votre
Décret empoisonna bientôt une jouissance
si douce à mon coeur ; vous décidâtes qu'il
y avoit l'eu à inculpation contre M. l'Abbé
de Barmond ; vous prorogeâtes son arrestation
, qui dure encore , à la grande édification
des amis de la Liberté , et vous renvoyâtes
son jugement au Châtelet. "
"
On ne dira pas , sans doute , que ces deux
décrets furent sollicités par des hommes qui
vouloient d'avance s'en faire un titre contre
ceux de nos collègues qui sont compris dans
les affreux événemens de Versailles.Ce furent
MM. de Mirabeau et Barnave qui détermi
nèrent votre décision .
"C
D
En vous présentant ces considérations ,
je m'abstiens de tous les moyens que me fourniroit
l'analyse de la procédure . Je me borne
à des principes généraux , parce que je ne
regarde pas votre délibération comme un ju(
178 )
gement , mais comme une simple question de
droit public. Votre Rapporteur a voulu instruire
l'affaire comme si vous aviez dû la juger
; et votre droit , ainsi que votre devoir ,
se réduit à la faire juger.
"
Relativement à la conspiration , M. le
Rapporteur nous a dit qu'il n'apercevoit dans
les horreurs de la journée du 6 Octobre , qu'un
jeu cruel du sort , une fatalité qui confond
toute la prudence humaine , et qu'il lui étoit
impossible de découvrir dans la procédure ,
l'apparence d'un complot . J'ai lu attentivement
cette procédure , et je déclare qu'il
m'est démontré , comme à tous les esprits
qui ne sont pas prévenus , que les forfaits de
Versailles ont été le résultat d'une véritable
conspiration . Un seul fait suffit pour donner
à mon assertion la plus incontestable évidence
. Il est prouvé par les dépositions unanimes
d'une foule de témoins, que parmicette
multitude de brigands , dont le seul souvenir
nous fait encore frissonner d'horreur , il y
avoit un très- grand nombre d'hommes de
guisés en femmes. Or , quand le Peuple vient
seulement demander du pain à son Roi , et
n'est pas en insurrection , il ne se masque pas
de peur d'être reconnu . Tout travestissement
suppose un projet , le besoin de se cacher ; et
parconséquent c'est le caractère d'an complot
destiné à commettre impunément des
crimes. "
" Je pourrois m'en tenir à cette seule observation
pour convaincre tous les bons esprits .
Mais àqui persuadera-t - on sérieusement que
l'unité du départ à la même heure , l'ensemble
de dix mille Personnes qui se rendent an
même lieu , qui tiennent le même langage ,"
qui portent les mêmes armes , qui annoncent'
( 179 )
sur la route , la veille de cette journée à ja- ,
mais déplorable , qu'elles ne sont pas pressées
d'arriver à Versailles , parce que le rendezvous
n'est fixé qu'au lendemain à six heures
du matin , qui en arrivant , font entendre les
mêmes menaces , qui se mêlent avec des sol ·
dats , subornés le même jour , qui attendent ,
avec toute la patience du crime , pendant
une nuit entière le signal des massacres , qui ,
à l'heure annoncée d'avance , se réunissent
au même point , forcent la barrière qui environne
le palais du roi ; qui font retentir les
cris d'imprécations et de blaspheme contre
Ja Majesté Royale , qui égorgent la Garde
fidèle de nos Rois , qui pénètrent jusqu'à l'ap - ¸
partement de la Reine , et qui en souillant
par l'effusion du sang , cette enceinte sacrée ,
ne regardent ces premiers crimes que comme
Je prélude d'un crime plus grand encore , destiné
à déshonorer à jamais la Nation? A qui
persuadera- t - on qu'un pareil accord ne suppose
pas un complot ? Ah ! le hasard n'accumule
pas des forfaits si atroces , et sur - tout
si méthodiques . Il faut fermer les yeux à la
lumière du soleil pour ne pas voir dans tous
ces excès de scélératesse , préparés , annonces
, combinés , tous les caractères de la plus
infame conspiration ; et lorsqne nous fûmes
témoins de ces scènes d'horreur , nul de nous
ne douta qu'il n'y eût un plan , des chefs , des
instrumeas , au milieu d'une multitude qui
obei soit , sans le savoir , à des impulsions
étrangères. Ily avoit une conspiration manifeste
contre le Roi . On vouloit l'intimider ,
on vouloit l'éloigner , on vouloit le remplacer ,
par un régent ; on vouloit même probablement
l'assassiner , et on consentit , par capitulation
, à attenter à la liberté du Chef su(
180 )
prême de l'Etat ,jen le traînant , à main armée,
dans sa capitale. La conspiration contre la
Reine est encore plus évidente. Le sang a
coulé dans ses appartemens ; ses Gardes ont
été massacrés à sa porte. L'auguste Fille des
Césars , la digne Fille de Marie -Thérèse, cette
Princesse que l'Europe entière admire , et qui
doit tant de gloire à ses malheurs , n'échappa
au fer des assassins qu'en s'évadant en chemise
,à six heures du matin,pour aller attendre
la mort aux côtés du Roi. »
"
Que l'on ose contester tous ces faits , ou
que l'on reconnoisse enfin les horribles combinaisons
d'un complot digne d'être tramé
dans le fond des enfers. Si -on méconnoît
encore le danger dont ces têtes précieuses
n'ont été sauvées que par uae protection particulière
de la Providence , qui veille sur les
destinées de cet Empire , il faut méconnoître
le service immortel que rendirent à la Nation ,
dans ce moment de deuil et de carnage , les
braves Grenadiers de la Garde Nationale de
Paris . Ces Citoyens- Soldats vinrent s'emparer
de l'anti -chambre du Roi pour en défendre.
l'accès aux assassins des Gardes - du - Corps . Je
crois entendre dans ce moment , la voix publique
de tous les bons François , qui les
bénissoit comme les sauveurs du Royaume.
Nous disions tous , en versant des larmes ,
que si la Garde Nationale avoit défendu la
liberte contre la tyrannie , elle avoit su défendre
le trône contre les brigands . Donnez
aujourd'hui un démenti formel à notre reconnoissance;
imposez silence à notre admiration
patriotique , si vous méconnoissez un si mémorable
service ; si vous prétendez qu'une si
glorieuse défense n'est pas une preuve invincible
de la conjuration.
"
" L.a
( 181 )
९८
La conspiration est prouvée , et toute
conspiration doit être approfondie , et la procédure
du Chatelet n'a été commencée que
pour en suivre tous les rapports. »
"
Mes conclusions ne peuvent pas être aussi
favorables à M. le duc d'Orleans . Je ne prétends
ni préjuger , ni entacher ce Prince ;
mais il est trop gravement accusé pour ne pas
ambitionner lui même un prompt jugement.
S'il étoit coupable , il ne pourroit nous inspirer
aucun intérêt . S'il est innocent , il doit
obtenir justice contre ses Calomniateurs . "
- Sans rappeler les adices et les griefs qui
ont précédé la journée du 6 Octobre , je
vois dans la procédure que M. d'Orléans est
accusé de s'être promene en habit peu décent
au milieu de cette bande d'assassins ; de leur
avoir souri dans un moment où ses regards
auroient dû les renverser , de leur avoir désigné
les appartemens du Roi comme le point
d'attaque où ils devoient se rendre ; de n'avoir
donné aucun signe de douleur , ni d'intérêt
dans une circonstance où les augustes Chefs
de sa Famille recevoient tant d'outrages ,
étoient exposés à desi affreux dangers , étoient
entourés d'une consternation universelle , et
où il étoit du devoir d'un premier Prince du
Sang de verser jusqu'à la dernière goutte du
sjen pour défendre le trône. Je ne fatiguerai
point votre douleur du récit lamentable des
dépositions qui chargent M. le Duc d'Orléans:
ma langue se refuce à articuler tant d'horreurs
que j'ai devant mes yeux , et que je veux
éloigner de ma vue ; mais je dirai que l'opinion
publique , entraînée par tant de bruits
injurieux , étonnée du départ de M. le Duc
'Orléans pour l'Angleterre , à cette même
époque où il ne devoit penser qu'à venger sou
Nº. 42, 16 Octobre 1790. I
( 182 )
honneur , attend aujourd'hui que ce Prince
oublie les prérogatives de son Rang et de sa
Mission , pour subir le joug honorable de la
Loi. Je sers mieux ses veritables intérêts en
Jui donnant un conseil sévère , que si je l'accusois
par de láches adulations . Il s'agit içi
de l'honneur d'un petit - Fils d'Henri IV . Les
égards qu'ils doit à ses ancêtres et à sa
postérité , dont les rejetons peuvent être
un jour appelés au tróne , ne lui permettent
aucune capitulation indigne de son grand
nom . Le Corps Législatif dont il ne peut attendre
ni grace ni justice doit donc l'inviterà
faire triompher son innocence dans les Tribunaux.
Ce n'est que là qu'il peut être jugé ,
honorablement déchargé , et venge de la calomnie
dont les cicatrices ne sauroient être
effacées que par la main des Ministres des lois . "
Je conclus donc à ce que l'Assemblée
Nationale declare qu'il y a lieu à accusation
contre M. d'Orléans , et qu'elle le renvoie
au Châtelet pour être juge. "
"
Discours lu par M. d'Orléans , dans la Séance
du Dimanche.
་ ་
MESSIEURS ,
Compromis dans la Procédure Criminelle
instruite au Châtelet de Paris , sur la
dénonciation des faits arrivés à Versailles
dans la journée du 6 Octobie ; désigné par
ce Tribunal , comme étant dans le cas d'être
décrété ; soumis au Jugement que vous aviez
à porter , pour savoir s'il y avoit ou s'il n'y
avoit pas lieu à accusation contre moi , j'ai
cru devoir m'abstenir de paroître au milieu
de vous , dans les différentes Séances où
vous vous êtes occupés de cette affaire. Plein
( 183 )
de confiance dans votre justice , j'ai cru , et
mon attente n'a pas cté trompée , que la
Procédure seule suffiroit pour vous prouver
mon innocence. »
"(
:
>
M. de Biron a pris hier , en mon nom
l'engagement que je ne vous laisserois aucun
doute , que je porterois la lumiere jusques
dans les moindres dé : ails de cette tenébreuse
affaire je n'ai demandé la parole
aujourd'hui que pour ratifier cette obligation.
Il me reste en effet de grands devoirs
à remplir. Vous avez declare , Messieurs
que je n'étois pas dans le cas d'être accusé ;
il me reste à prouver que je n'étois pas
même dans le cas d'être soupçonné ; il me
reste à détruire ces indices menteurs , ces
présomptions incertaines , répandues avec
tant de complaisance par la calomnie , et
recueillies avec tant d'avidité par la malveillance.
"
Mais , Messieurs , ces éclaircissemens
nécessaires doivent être donnés en présence
de tous ceux qui auront intérêt de les contredire
, et devant ceux qui auront droit
d'en connoître .
་ ་
"
Telles sont , Messieurs , les obligations
que je viens contracter en ce moment ; je
me dois de les remplir , je le dois à cette
Assemblée dont j'ai l'honneur d'être Membre
, je le dois à la Nation entière . Il est
temps de prouver que ceux qui ont soutenu
la cause du Peuple et de la Liberté , que
ceux qui se sont elevés contre tous les abus ,
que ceux qui ont concouru de tout leur pouvoir
à la régénération de la France , il est
temps de prouver que ceux -là ont été dirigés
par le sentiment de la justice et non
I j
( 184 )
par les motifs olieux et vils de l'ambition
et de la vengeance.
" Ce
04
peu de mots que j'ai mis par écrit ,
je vais , Messieurs , les déposer sur le Bureau
, pour y donner toute l'authenticité
qui dépend de moi .
DU LUNDI 4 OCTOBRE .
Après quelques discussions grammaticales
sur la rédaction du Procès - verbal , apres la
lecture d'une lettre de l'Ambassadeur de
France en Danemarck , qui s'est ciu en conscience'obligé
d'envoyerson Serment Civique
avant l'achevement de la Constitution , on
a lu de nouvelles doleances de M. de la
Luzerne , qui annonce que , malgre les soins
des Chefs , des Officiers militaires et des
Commissaires nommés par le Roi , la fermentation
des équipages à Brest n'etoit point
encore calmée le 29 Septembre ; que le vaisseau
la Ferme a mis enfin à la voile , et qu'on
se hâte de congédier l'équipage du Léopard ,
-conformément au Décret sanctionné. Le Ministre
fait part à l'Assemblée d'une particularité
fort etrange ; c'est que chaque homme
licencié reçoit un Diplome en forme de
Lettres- Patentes , qui le recommande aux
Municipalités et aux bons François , comme
Sauveur de la Colonie , au nom de la Nation ,
de la Loi , du Roi et de la partie Françoise
de St. Domingue ; Diplome délivré
par une Chancelierie flottante , à bord du
vaisseau le Léopard , surnommé le Sauveur
des François , par tant de degrés de latitude
et de longitude ; signé , D'AUGNY Président
; BOURCET , Vice-Président ; DENIX
et DEAUBONNEAU .
M. de la Luzerne ajoute que ces 480 Ma-
1
( 185 )
rins , prêts à tre dispersés , s'attendent à
recevoir une médaille qui leur est destinée .
Un Decret renvoie la lettre et les incluses
an Comite Colonial et an Comité de Marine
, et ordonne à la Municipalité de Brest
de s'opposer à la distribution de ces médailies
; car il ne peut être dans le sens d'une
Révolution légitime , de decorer les promoteurs
de toute insurrection .
Fan et Navarreins se disputoient le Siège
du Département . M. Gossin , Rapporteur du
Comité de Constitution , a affirmé que dans
les petites Villes il n'y a pas d'opinion pu
blique , on qu'elle y est petite comme son
centre. Cette découverte géométrique , appuyée
sur des évéremens récens qui attesteront
un jour la nécessité et la solidité d'une
opinion publique , déployée dans de grands
centres a fait decréter la préférence en
faveur de la plus considérable des deux Villes
concurrentes.
"
De ces objets , on a passé à l'épineux remplacement
des Gabelles. M ♫ pont , organe
du Comité des Finances , a fait un assez long
discours , où il assure qu'on peut « estimer
sans erreur que la population du Royaume ,
avant les petites et vraisemblablement trèspassugères
émigrations occasionnées par l'agitation
actuelle , etoit d'environ vingt-huit
millions d'ames
•
On voit d'abord que M. Dupont veut alléger
Pimpót en multipliant les Contribuables
. Suivant son calcul , dans les Provinces
de grandes Gabelles , où sa théorie
met dix millions d'ames , la Contribution ,
en remplacement , ne sera que de 4 sous
deniers par tête pour chaque mois ; dans
les pays de quart- bouillon , de 13 deniers
7
I iij
( 186 )
par mois ; dans les pays de petites Gabelles
, de 2 sous 10 deniers et demi par
mois ; dans les pays de Gabelles locales ,
d'un sous 71 deniers par mois pour le taux
moyen , et l'indemnité due pour
les 9. derniers
mois de 1790 , indemnité
ferme un si grand soulagement , doit produire
, ajoute-t -il , trente millions qui sont
les trois quarts de quarante , comme neufmois
sont les trois quaris a'ene année. »
10
"
qui ren-
M. Dupont a ajouté , au sujet des impôts
supprimés par le fait ou par la force des insurrections
: Oubliant l'irrégularité du procédé
, résistant à la réaction qui auroit pu
en résulter dans votre balance ; voyant une
ressource dans l'abolition et la conservation
de plusieurs autres impositions.... et que la
Caisse de l'Extraordinaire , fondée par votre
courage et votre génie pourvoiroit à ce qui
manqueroit encore pour couvrir l'appoint de
vos sacrific: s , vous vous êtes conduits , non
pas comme des Législateurs sévères et des
Financiers rigoureux , mais comme des pères
indulgens. Vous pouviez punir , vous avez
supputé , etc. ".... Sa conclusion a été un
projet de Décret dont le premier article , le
seul adopté , n'ajoute rien aux Décrets des
14 , 15 , 18 , 20 , 21 et 22 Mars , et lais e
encore indecise la question qu'on traitoit :
quelle base établir pour une répartition ?
Sera- ce la population ? Sera- ce la consommation
qui ne s'y proportionna jamais ?
? M. Dupont et le Comité, prennent pour
base la population . M. Biauzat cite un Décret
qui ordonne que la répartition doit se
faire à raison des quantités consommées et
du prix. Ne se croyant pas assez fort d'un
Décret , il s'arme de lieux communs contre
( 187
le systême des économistes qui font retomber
tous les impôts sur les biens de la terre ,
ce qui n'étoit guère le résultat de l'espèce
de capitation proposée par le Préopinant.
D'autres Orateurs ont été plus entendus
qu'écoutés , et la fatigue générale a presque
unanimement ajourné à Vendredi cette question
du remplacement des Gabelles , qvi
n'offre plus d'occasion de flatter la multitude
, et de l'étourdir en perpétuant des
espérances illesores . Pour faire diversion ,
on s'est occupé du traitement des Chanoinesses
séculieres . On étoit convenu de les
dépouiller ; toutes les lumières , tons les
principes , tous les sentimens étoient à cet
égard à l'ordre du jour, mais il restoit à
décider de quelle renté viagère on gratifica
ces Dames sur leurs biens attribués à la
Nation', qui n'a ni fondé , ni doté leurs Cha-
Pitres . Un¹¹ Décret fixe le maximum des
pensions à 1500 1. Les Abbesses , parmi lesquelles
on ccompte des Princesses , seront -
Elles traitées comme les Abbés réguliers ?
Il échappe à M. Prugnon d'observer qu'un
Abbé regulier n'est souvent que lefils d'un
paysan ; grandes clameurs de la part des
Enthousiastes de l'égalité. Ce mot attire à
M. Prugnon le désagrément d'étre rappelé
à l'ordre , et l'Assemblée déerête que la pension
des Abbesses n'excédera pas 2000 francs .
Une Lettre , si non motivée , du moins
d'un style nouveau , des 85 Députés de l'Assemblée
générale de St. Domingue , a excité
des murmures , qui malheureusement n'accompagnent
jamais les félicitations et les
flatteries , poison des Corps tout - puissans ,
ainsi que des Rois .
Iiv
188 )
Les principaux traits de cette Dépêche en
donneront une idée suffisante.
แ Nous avons à vos témoigner notre éton-,
nement , disent les Colons au Corps Légis+.
latif , ur le Décret qui nous mande à la
suite de l'Assemblée. C'est au sujet d'un,
mouvement occasionné à Brest que nous
ens reçu ce Décret affligeant, mais il convedoit
auparavant d'être parfaitement ins
truit de cet événement.
"
»
Nous avons vu aussi avec douleur qu'une,
partie de nous seulement ait pu étre introduite
devant l'Assemblée , lorsque nous arrivions
au nombre de quatre- vingt - cinq Représentans
de la Colonie . »
"(
Nous gardons le silence sur l'accueil
defavorable que vous nous avez fait.
"
Les Deputés de nos Adversaires ont reçu
au contraire des faveurs qui nous ont été
refusées ; nous espérons que leur triomphe
se bonera là . f
Cette lecture n'a pas été écoutée sans
humeur et sans murmures : on a joint la
Lettre au Rapport qui doit être fait Jeudi
soir de l'affaire de Saint - Domingue,
Dans la Séance du lendemain , M. Barnave
a qualifié cette Lettre d'insolente.
Elle étoit du moins peu respectueuse ;
mais il n'est pas indifférent de re
marquer que l'épithète de M. Barnave
fut littéralement employée par le Ministère
Anglois et ses Achérens , envers
M. Francklin et autres Députés des Colomies
Angloises , lorsqu'ils méconnurent
la Suprématie du Parlement. Le sys
tême des Insurgens étoit absolument sem(
189 )
blable à celui que manifeste l'Assemblée
de Saint - Marc ; il consistoit à ne vou
loir d'autre Puissance législative que
celle de l'Assemblée-générale de chaque
Colonie , jointe au Pouvoir Royal. Les
Insurgens rejettèrent comme un leurre ,
Poffre d'admettre leurs Députés dans le
Parlement Britannique : ils sentirent
que leur Représentation sereit infiniment
disproportionnée à celle de la
Métropole . Il est vrai que les Anglo-
Américains appuyoient leurs demandes
sur des Chartes , et que Saint -Domingue
n'en a d'autre que la Déclaration , bien
on mal interprétée , des Droits de
l'Homme. I
DU LUNDI. SÉANCE DU SOIR.
Si nous igrerons encore la valeur des biens
aujourd'hui Nationaux , du moins a t- on
conçu le projet d'en faire une liste , et tel
étoit l'objet de cette Séance . M. le Bailli
de. Virieu invite nos Legislateurs , dans une
note communiquée par M. de Montmorin
à prendre en sérieuse considération les droits
de l'Ordre de Malthe . Peut - être le Comité
Diplomatique donnera t -il d'utiles avis au
-Comité de Liquidation . En attendant , M.
Barrère de Vieuzac propose , au nom des Comités
des Domaines et des Finances , de
payer 560 mille livres à la Municipalité de
Paris pour la demo'ition de la Bastille. On
n'a pas été arrêté par la remarque de M. de
Foucault , que douze mille ouvriers déscuvres
et salariés des fonds destirés aux ateliers
, ont travaillé à démolir cette Citadelle.
I
( 190 )
Le demi million a été accordé , sous la déduction
de 40 mille liv . qu'ont valu les matériaux
.
Les biens des Fabriques n'ont pas été compris
dans la liste des biens Nationaux . M.
Populus a fait entendre que si l'on s'en em--
paroit , les paysans ne trouveroient plus la
Révolution aussi bonne.
L'article délicat des Hôpitaux , Colleges ,
Séminaires , a été ajourné , sur les réflexions
humaines et judicieuses de M. l'Abbé Bé-
'rardier.
DO MARDI 5 OCTOBRE
Après deux Décrets qui donnent six Juges
Jaux Tribunaux de District des Villes de
Bordeaux et de Lyon , M. de Bouthillier lit ,
au nom du Comité Militaire , un rapport
sur les Adjudans généraux et les Aides- de-
Camp. Une sortie de M. Millet contre les
Etats- Majors, appuyée par M de Tracy , a
suppression d'un tiers des appointemens attribués
à ces places , proposée par M. d'Elbecq
, et l'opposition qui s'est trouvée entre
quelques idées de MM. de Lameth et de
Noailles , alloient faire ajourner la question ,
quand M. d'André a naïvement avoué que ,
fût - elle ajournée à dix ans , il ne l'entendroit
pas mieux . Les principes du Comité
seront assez développés ici par l'exposé sommaire
du Projet de Décret adopté :
20 1. Indépendamment des 94 Officiers- généraux
employés , l'Etat- Major général de
l'armée sera composé de 30 Adjudans Genéraux
, dont dix- sept auront le rang de Colonels
, et treize le rang de Lieutenans - Co-
Jonels , et qui remplaceront les trois Etats-
Majors de l'armée . 2 ° . Il sera attaché 136
( 191
•
C
9
3
I
A
Aides de- Camps aux 94 Officiers - généraux ,
quatre pour chacun des quatre Généraux
d'armée , deux pour chacun des trente Lieutenans-
généraux,, et un pour chacun des
soixante Maréchaux- de - Camp ; les premiers
Colonels à 6000 liv. ; les seconds , Lieutenans
- Colonels , à 4000 liv .; et les autres
Capitaines , à 1800 livres d'appointement.
*
L'article du Plan du Ministre , relatifaux
Commissaires des Guerres , a été ajourné.
Mais toute organisation quelconque n'est
qu'une vaine théorie sans les finances , sans
les impôts.
2.
'
M. de d'Elley-d'Agier a parlé le premier Je
sur le mode de l'imposition. Il n'assied la
contribution foncière que sur le revenu net
d'éduction faite des frais de culture , de
semence et de récolte , et en écartant tout
moyen industriel extraordinaire , poar éviter
l'abus d'une contribution mixte portant sur
la terre et sur la personne. En conséquence
il distingue trois espèces de propriétés foncières
, prises , non dans leur état accidentel,
instantané , mais dans leur état naturel et
durable. 1 ° . Celles qui , soumises à l'influence
ddes saisons exigent semences ,
culture et frais de récolte . 2º . Celies qui ,
soumises aux influences des saisons , n'exigent
ni semences , ni culture , ni frais de
récolte. 3 ° . Celles qui , indépendantes des
saisons , n'exigent ni semences , ni culture,
ni frais de récolte . Et l'impôt doit ménager
la première espèce plus que la seconde ; la
seconde plus que la dernière. En évaluant
les revenus territoriaux imposables , pour la
généralité du royaume , à 1,074,600,000 liv .
ils desire que la contribution foncière , n'ex-
I vi
( 192 )
cède pas le cinquième de ces revenus , et
ne soit que de 200 millions .
M. Heurtault de Lamerville a vu trois
classes d'impôts , le territorial , le personnel
Pindustriel. Il fixe le premier à 240 millions
à prélever en proportion des anciennes impositions
de chaque Département ; le second
à 80 millions sur les immeubles fictifs et
territoriaux , maisons de Ville et de Plaisance
, enceintes , logerens , jardins ," par
classes déterminées sur le prix du bail ; cet
impôt s'éseindroit de Législature én Législature
, avec les rentes viagères dues parla
Nation. Quand au troisième , qu'il nomme
indirect , l'Assemblée en décréteroit la dénomination
, le mode de perception ' et le
tarif.
}
Satisfait des lumières que répandoient ces
discussions sur la matière agitée , M. de la
agitre de Rochefoucault a jugé qu'on n'avoit d'autre
parti à prendre que celui de discuter encore ;
et après avoir combattu le projet de M. Rey,
de sommer chaque particulier de déclarer
quel est son revenu , il a lu le premier article
du Décret , rédigé par le Comité , et
demandé qu'il fút adopté , sauf les modifications
, quoique M. d'Ellay at prouvé que
le sens des mots de cet article n'ctoit rien
moins que convenu .
Au milieu de tant de systêmes , M. Brillat-
Savarin est venu renouveler la vieille idée
de la perception de l'impót en nature ; elle
a excité de vives réclamations . M. Prieur a
représenté combien il étoit utile d'écouter
pour n'en courir aucun reproche ; M. Brillat
a continué , et la un Projet de Decret. M.
Dubois de Crancé vouloit qu'on discutât cette
question toute neuve de l'impót payé en
(( 193 )
9
Y
nature. M. Ræderer a dit que les Notables
assemblés par M. de Calonne avoient démontré
que les frais de cet impôt , dont
Vauban est le père , monteroient à 25 pour
cent ; que M. de Calonne répondit au Clergé
qui aida beaucoup à cette démonstration ,
qu'il étoit évident que la Dime devroit se
payer en argent pour diminuer les frais ;
que l'Assemblée Nationale avoit depuis applique
ce principe ; qu'enfin l'abolition de
la Dime etant l'une des causes qui attachoient
le Peuple à la Constitution , il ne
falloit pas rétablir la Dîme sous le nom
d'impôt.
Ou n'a point , fermé la discussion , que
prolongera pent- être , moins ce qu'on dira que
' ce qu'on évitera de dire . M. l'Abbé de Bruges
prenoit la parole , lorsqu'il a été interrompu
par M. Thouret qui à lu'à la Tribune , une
Adresse et une Proclamation de la Municipalité
de Rouen . Elle se disculpe , en
style civique , du complot imaginaire pour
enlever le Roi et le conduire à Rouen , faux
bruit que M. Bailly auroit pu dissiper d'abord
en démentant une lettre sopposée qu'il
n'a démentie que quatre jours plus tard :
Eh ! quel avantage notre Cité pourroit elle
trouver dans une Contre Revolution , "
« demande la Municipalité de Rocen ? ne
sait- elle pas qu'il n'y a nul commerce saus
liberté ? Ne connoît elle pas la funeste
injustice d'an Gouvernement où , par un
systême révoltant et digne du despotisme
oriental , quelques Castes privilégiées par
" venoient seules aux emplois publics , sans
partager les charges de l'Etat ? ... Si , ditelle
ailleurs , les ennemis de la Patrie et
du Roi , par un attentat sacrilége à la
་་
"
"
"
"
"
base
(( 1794 )
9
?
*
liberté de ce Prince, osoient l'amener dans
nos nurs , notre Garde Citoyenne l'arracheroit
des mains de ses ravisseurs , pour
« le rendre à lui-même et aux Représentans
de la Nution . » Les applaudissemens du
cóté gauche, ont été aussitôt traduits en un
Décret de satisfaction honorable , qui invite
les Officiers Municipaux à continuer leurs
soins pour éclairer la conduite des ennemis
de la Constitution , qui sont ceux ce
la Nation et du Roi .
1
ןנ
1
DU MARDI . SE NCE DU Soir.
Toutes les suites d'une Révolution ne sont
pas également heureuses , et les mémes causes
y produisent des effets bien contraires. Si
les Municipaux de Rouen repoussent, l'idée
chimérique de recevoir le Roi , par la crainte
de nuire à la prospérité de leur Commerce
qui fleurit , comme on sait , au sein de la
Liberté , les Habitans de Versailles éprouvent
douloureusement que les crimes des 5
et 6 Octobre 1789 , ont porté un coup terrible
à leurs intérêts . Ils demandent, la résiliation
de leurs baux '; mais l'Assemblée a
scrupuleusement , renvoyé la Requête aux
Tribunaux ordinaires . Once ensuite revenu
à la vente des Biens Nationaux
11. 1
Les Châteaux , Domaines et Bois réservés
au Roi sont soustraits à lavente Nationale ;
mais d'apres les principes de M. Robespierre ,
ces objets réservés ne pourront Beire qu'en
sventu, d'un, Decret de l'Assemblég
ན ཎཱ Quant aux Hopitaux , Colleges et Ordres
Militaires , l'adjudication de leurs biens n'est
pas encore decrétée au profit de la Nation .
Les Corps Administratifs seront charges de
la gestion et rendront compte aux Posses
( 195 )
le droit de les tra- seurs , qui n'auront pas
duire en Justice .
DU MERCREDI 6 OCTOBRE.
L'Académie de Peinture demandé qu'on
l'autorise à nommer des Commissaires pour
procéder à la recherche des tableaux et
monumens des Arts qui se trouveront dans
les izmeubles Nationaux mis en vente ; mais
le chef d'oeuvre de l'Art aujourd'hui est de
vendre . M. Bouche fait renvoyer l'Adresse
Académique au Comité d'Alienation . Ce ne
fut que bien long - temps après l'éruption du
Vésuve , que l'avide amateur erra parmi les
ombres , au milieu des ruines d'Herculanum .
M. d'André informe l'Assemblée de la
fermentation qui règne à Marseille , où les
Sections et la Commune ont destituě le
Commandant en chef des forces Nationales ,
qui se voit soutenu d'un Décret et de 4000
hommes armés . Le Comité des Rapports est
chargé de découvrir les causes et d'apprécier
la légalité de ce nouveau schisme ; car on
n'a pas même pensé que le Chef de la Monarchie
pût y remédier sans être prié , et
l'on a ouble M. de Mirabeau , le Pacificateur
né de Marseille.
n
L'Assemblée ordonne l'impression d'une
Adresse des Gardes Nationales de Metz qui ,
pénétrés des témoignages de sa satisfaction ,
protestent qu'ils n'oublieront jamais les mel
heurs qui naissent de l'insubordination. Ces
utiles souvenirs restreignent un peu l'idée
de l'insurrection , considérée comme le plus.
saint des devoirs.
Une Pétition du Commerce de la ville de
Paris , demande en grace que la Caisse d'Escompte
lui administre un dernier secours ,2.
1 .
( 195 )
C
en émettant 30 milions de Billets de confiance
, payables à Bureau ouvert en Assigna
. M. Goupil repousse cette Supplique ,
en affirmant que la Caisse d'Escompte payera
à Bureau ouvert des que la Nation Joi a ra
payé ses 170 millions. Le paiement est ajourné
par le fait indéfiniment , et un Projet de
Decret de M. Vernier , concernant la Caisse
d'Escompte , est ajourne à bref de ai .
M. le Garde - des - Sceaux avoit instruit
P'Assemblée , le soir de la veille , de la maniere
dont les Lettres - Patentes qui suppriment
les Cours de Justice , ont été reçués
par les Chambres des Vacations des Parlemens
de Rouen , Bordeaux , Douay , Nancy,
Grenoble , Toulouse , et par le Conseil Su
perieur de Colmar. Rouen et Bordeaux ont
ordonné la transcription et l'envoi aux Tribunaux
inférieurs ; Donay a arrêté , en cédant
à l'empire des circonstances , de ces er
toutes fonctions ; Nancy a transcrit , en déclarant
obeir à la force ; à Grenoble , le
Procureur- général s'est transporté plusieurs
fois au Palais , sans jamais y trouver personne ;
à Toulouse , le Parlement s'est permis de
protester. Nous avons donné , il y a huit
jours , le sommaire de este Protestation . A
sa lecture , M. Robespierre , toujours maitre
de lui -même , comme doit l'être un Sénateur
, s'étoit pris de ret Arrêté , suivant
l'usage , au Pouvoir exécutif. Il avoit trouvé
inou que M. le Garde des - Sceaux eût osé
le communiquer à la Diète Françoise ; bienentendu
que M. Rchespierre auroit traite de
crime de lèze Nation , le silence de M. le
Garde des Sceanx , s'il n'eût pas envoyé l'Arrêté.
Des huées furent la seule récompense du
zéle de M. Robespierre. Des huées ! passe
( 897 )
lorsqu'elles s'attaquent à MM. de Cazalès ,
Maury, Malouet , Kirieu , etc.
"
Aujourd'hui , pour dissiper les alarmes sur
une, conduite, que ces Tribunaux n'avoient
le droit de tenir que sous l'ancien despo
tisme , M. le Chapelier a proposé d'interpréter
l'article III du titre III des Décrets
du 2let du 6 Septembre , qui obligeoient les
Magistrats et Juges supprimés à se réunir
afin de présenter , dans un mois , les titres
de leurs charges et l'état des dettes actives
et passives de leur Compagnie. L'interprétation
a été faite au moyen d'un nouveau
Décret , portant que l'Assemblée n'a pas
entendu que ce titre III fût un prétexte
pour ces Magistrats de se réunir , et qu'en
conséquence elle le leur défend sous peine
de forfaiture. Ce nouveau Décret a été
adopté.
L'ordre du jour amenoit la discussion sur
le mode d'imposition . M. Dubois de Crancé
a proposé ses vues pour faciliter la perception
en nature , en battant en ruine le plan
du Comité. Celui - ci porte le revenu territorial
de la France à plus de 500 millions ,
donnée qui le met a son aise , ainsi que ses
précurseurs les Economistes , dans l'évalua→
tion hypothétique de leur produit net, qu'ils
ne grevent que de 300 millions d'imposition
foncière ; ce résultat soulage le Peuple , et
satisfait à tout avec des zéro.
་་ Mais , observe , M. de Crancé , le moyen
de parvenir à ce but me paroît encore absolument
problématique , et c'est ici qu'il est
spécialement impo tant de ne pas commettre
d'erreur ( de quelques cents millions surtout
) ; car après avoir debusqué de poste en
( 198 )
14
poste les Ennemis de la Constitution , c'es
dernier défilé qu'ils nous attendent . "
Puis prenant son ancienne Province ,
Champagne , pour base de ses calculs ,
établit que ce qui seroit le cinquième revenal
net dans les principes vagues du Comité ,
équivaudroit à 217 liv . 6 sous sur 300 iv .;
or , ajoute- t- il , en 1789 , un bien loué
300 lu . ne payoit que 164 liv. , y compris
l'impôt représentatif de la corvée . « Je n'en- ,
tends pas , poursuit- il , comment cette méthode
peut laisser à l'Agriculture ses moyens
de fleurir.... Quelque désastreux qu'ait été
l'ancien mode.... je ne vois pas que personne
, à cette Tribune , veuille avancer
sérieusement qu'un homme qui est présumé
avoir 300 liv . de rente , puisie en payer 257
année commune , supporter les non- valeurs
et manger du pain et boire de l'eau. »
1
A la suite de ces aperçus , M de Crancé
à demandé , au nom de ses Commetransgune.
Caisse d'amortissement de 20 millions , et
que les Finances de l'Etat soient indépendantes
du Ministre des Finances , qui n'est
jamais , selon M : de Crancé, qu'un agioteur,
un vampire, un fléau. (M. le Président a invité
POpinant à rentrer dans la question ) . J'y
suis , a repris M. de Crauce , car jecdeclare ,
au nom de ma Province , qu'elle ne paiera
pas d'impôts qu'on n'ait pris des mesures
pour en assurer le légitime emploi. » Ici
plusieurs voix ont crie à l'ordre ! presque
aussi ardeminent que si l'Opinant eût été
du côté droit .
•
Aprés quelques , mots prononcés par Ma
Roederer sun-la Trésorerie Nationale , dont
le: Comité s'occupe , et qu'il n'est pas en →
core temps de soumettre à la discussion ,
( 199 )
M. Dubois de Crance a repris l'examen der
plan d'imposition foncière , l'a qualifiée de
charge exorbitante , n'a supposé , en général ,
ni patriotisme , ni lumieres , ni bonne foi
dans les évaluations faites par les Municipalités
, les Districts , les Départemens ( ce
qui seroit supposer , à tort sans doute , que
la Constitution , même avant d'être formée ,
auroit déja une incurable carie dans les os ) .
D'ailleurs , Opinant a reconnu que les
impôts perçus on nature absorberoient trop ,
coûteroient trop , multiplieroient les accapareurs
, causeroient des pertes et des gênes
insupportables ; et n'en a pas moins soutenu
ce genre d'imposition comme ne laissant
aucune ressource à l'avarice et à la mauraise
foi . Les inconvéniens avoués prouveDE
à quel point il redoute un manque absolu
de civisme . Sa conclusion a été d'adopter
les trois titres propo és par le Comité , et
d'y en ajouter un quatrieme ayant pour
objet de prescrire que la quotité de l'impôt
total n'excéde : oit pas le quinzième du revenu
(ce qui réduiroit terriblement les ressources ) ,
et que chaque Département seroit libre d'imposer
en nature ou en argent ( ce qui nous
paroît une participation de la Puissance dé
gislative ) . On a décrété l'impression du
Projet de M. de Crancé.
Sur l'observation de M. Richer , qui fait
sentir le besoin de nouvelles lumières , l'Assemblée
voue le reste de la Séance à la diseussion
contradictoire de l'impós en nature .
M. l'Abbé Charrier y voit le précieux avage
tage d'économiser les frais énormes et le
temps de la confection d'un Cadastre qui
se foreroit ainsi de lui - même , et l'allége
ment du fardeau du pauvre ; il a pensé que
( 200 )
le contribuable payant en nature le fermier
pourroit vendre et l'Etat recevoir en argent.
M. Fernier croit qu'on pert faire ou suppléer
un Cadastre , dans une ou deux années.
M. Borssion peint les horreurs qui se
commettent dans les pays soumis au Cadastre
. M. d'Elley pèse le pour et le contre,
repousse , en tant que loi générale , l'impôt
en nature , comme dépendant de trop de
Chances qui mettroient une dangereuse incertitude
dans la masse de l'impôt , destinée
à payer des dépenses fixes. On avoit
souvent applaudi aux mots impôts en nature,
soulagement des Peuples , Cadastre ; alors on
a crié contre l'impôt en nature ; et quand
M. d'André , en citant l'exemple de la Provence
, a demandé que les Municipalités
eussent le choix de percevoir de l'une et le
l'autre manière , pourvu qu'elles payassent
au Trésor en argent , il a été décidé que
l'amendement seroit disenté le lendemain
et que la discussion étoit fermée sur question
principale.
DU MERCREDI . SÉANCE DU SOIR.
Au travers de plusieurs Adresses , lues
dans cette soirée , il faut remarquer celle de
la Garde Nationale d'Osange , qui prie l'As
semblée d'usurper Avignon et le Comtat
Venaissin . On a repousse lecture des Pétitions
des plus grandes Villes , et de plusieurs
Départemens contre les Assignats ; mais ce
veen scandaleux d'usurpation a été écouté
jusqu'à la fin et renvoye eux Comites .
9
M. Voidel a fait le rapport des nouvelles
insurrections du Languedoc. Quatre Baillia(
201 )
"
ges sont revêtus du pouvoir de juger en dernier
ressort les brigands c'est à dire les Insurgens
qui ont endommagé le canal de Languedoc
et intercepté la circulation des
grains on renforce d'anciens Décrets trop
méconnus , d'autres Décrets dont le succes
est équivoque , et les Municipalités répondront
de leurimpuissance, à les faire respecter.
De ces détails , l'Assemblée rentre dans la
partie de son grand ouvrage où rien ne résiste
; il s'agit des biens Nationaux.
Ceux dont l'administration appartenoit aux
Evêques , aux Chapitres , aux Religieux , aux
Magistrats , sont livrés aux Municipalités.
Le Comité désireroit que les possessions des
Communautés Protestantes fussent exceptées
de la vente : plus circonspecte que le Comité
, l'Assemblée met , par un ajournement,
un intervalle entre deux décisions que l'opinion
distraite appréciera plus froidement si
on les sépare.
Quant aux Bénéficiers , Corps et Communautés
, toujours catholiques , qui possedent
des Biens hors de la France , l'Assemblée
en laisse jouir provisoirement ceux qu'elle
n'a pas encore supprimés , en attendant qu'il
ait été fait un réglement entre elle et les Puissances
Etrangères , pour dépouiller ces possesseurs
, et ordonne que les biens de ceux
qu'elle a supprimés seront administrés par
des Préposés de Directoires. Les Evêques et
Curés , jouiront cependant provisoirement
des biens qu'ils possedent hors de la France,
même sans diminution du traitement à eux
assigné par les Décrets , mais sauf à rendre
compte s'il y a lieu.
Ces Décrets ont été suivis de quelques articles
( 202 )
réglementaires . Les frais de culture seront à
charge des personnes qui géreront cette année ;
mais , à l'estimation du Directoire de Département
surl'avis du District et la régie des Corps
Administratifs commencera avec l'au - née
prochaine.
DU JEUDI 7 OCTOBRE.
"
on
Après la lecture des Procès - verbaux
a eu le spectacle d'une altercation entre M.
Castellanet , Député de Marseille , et M.
d'André qui la veille avoit annoncé de nouveaux
troubles dans cette Ville. Hardiment ,
M. Castellanet a prononcé que Marseille étoit
dans une tranquillité vraiment civique ; que
le Ministre de la Guerre fut un imposteur
lorsqu'il annonça la résistance des Habitans
de Marseille au départ du Régiment de Vexin :
qu'au surplus , la Ville jouissoit d'une telle
harmonie , que 22 Sections sur 24 , venoient
de casser M. Lieutaud , Chef de la Garde
Nationale.
"(
"
"
"
M. d'And é a facilement relevé le contresens
du Préopinant. « Je prends acte , a- t- il
dit , de sa déclaration . 22 Sections ont
cassé le Commandant National , et la Commune
y a consenti . Je dénonce celte Com-
" mune , contrevenante au Décret qui défend
toute innovation , quant à présent ,
dans le régime des Gardes Nationales. "
Cette querelle personnelle avoit peu d'intérêt
; mais son objet paroissoit mériter quelqu'attention.
Comme on n'en a donné aucune
aux précédens excès commis à Marseille ,
à l'enlèvement des Forts , l'assassinat de M.
Beausset , les intrigues fructueuses de quelques
Démagogues contre M. Lieutaud qui
"l
( 203 )
sembloit avoir abjuré ce rôle , n'ont point
suspendu l'ordre du jour , encore relatif à
la Contribution foncière .
M. de Delley d'Agier a demandé que , pour
éviter une discussion amphigourique , on proposât
une série de questions : M. de la Rochefoucault
la trouvée dans ce seul point ; les
Corps Administratifs auront - ils la liberté
de s'imposer en nature ou en argent .
18
16
"
"
Je suis pour la liberte , a crié M. Bouche ,
parce que je ne suis ici que pour la liberté.
Je conclus pour la liberté. » M. de Sinetti
a appuyé l'imposition en nature . « Si vous
laissez l'option aux Municipalités
, a judicieusement
repliqué M. Goupil , vous leur
« donnerez une " facuité Législative . Je . rejette
l'impôt en nature. » "
Délibération, prise , on décide 1º . , que la
Contribution foncière sera payée en argent.
« 2° . Que la Contribution foncière sera
d'une somme déterminée chaque année par
la Législature . ”
3. Qu'elle será perçue sur toutes les propriétes
foncières , sans autre exception que
celles qui seront déterminées par l'intérêt de
l'agriculture . Elle sera répartie par égalité
proportionnelle
entre les propriétés foncières
, à raison de leur revenu net , ainsi
qu'il sera défini ci après . » La Séance a fini la lecture d'une lettre par
de M. le Contrôleur- Général , qui en renouvelant
ses plaintes sur les nouveaux obstacles
mis à la perception des impôts , demande des
Juges Provisoires
sur les contestations
en matière d'impositions
. Cette lettre est renvoyée
au Comité des Finances .
DU JEUDI , SÉANCE DU SOIR..
Lecture faite de plusieurs Adresses et du
( 204 )
"
Procès - verbal, M. de Santo Domingo a été
admis à la Barre , où il a rendu compte de
sa conduite et des motifs qui l'avoient porté
à remplacer son Capitaine , M. de la Galis
-sonnière , à bord du Léopard.
M. de la Galissonnière voulut appareiller
le 29 Juillet , pour s'éloigner du Port au-
Prince , l'Equipage s'y refusa en disant que
les Citoyens devoient être massacrés , et
qu'il falloit rester pour les seconrir. Le
Capitaine insiste inutilement , descend avec
son Etat - Major , et ordonne par écrit à
M. de Santo Domingo de rester à terre.
Celui- ci produit l'ordre. Un combat s'engage
entre les Troupes commandees par
M. Mauduit et des hommes attroupés au
Port- au-Prince , parmi lesquels étoient les
Membres du Comité de cette Ville . Ces
derniers étant dispersés , M. de Peynier
promit de faire grace à l'Equipage , pourvu
que tous rentrassent dans le devoir. L'Equipage
et M. de Santo Damingo , écrivirent
à M. de la Galissonnière pour l'engager à
reprendre le commandement ; sa réponse
fut qu'ayant perdù la confiance de ses subordonnes
, il ne pouvoit plus les commander.
Tous les Officiers Supérieurs étant à
terre , l'ordre du service appeloit M. de
Santo Domingo au commandement ; un Décret
de l'Assemblée- générale l'invite à protéger
la ville de Saint- Marc. M. Vincent
et son Armée paroissent , l'Assemblée générale
se réfugie sur le Léopard, et exige qu'en
la transporte en France . Je me suis conformé
aux ordres de mon Capitaine , a dit
M. de Santo Domingo ; j'ai suivi ceux du
Roi , servi l'humanité , ramené un vaisseau
"
( 205 )
eide
la Nation je crois avoir bien mérité de
la Patrie . . "
75
Il a communiqué à l'Assemblée quelques
Pieces Elles sont renvoyées aux Comités de
Marine et Colonial réunis .
• On a ensuite
délibéré
la
suite
du Réglement
proposé par le Comité Ecclésiastique ,
sur l'administration et la vente des Biens
Nationaux.
DU VENDREDI 8 OCTOBRE, į
2
Le Directoire du Département de la Cha
rente inferieure oppose à l'article VIII du
Décret du 2 Septembre 2 qui exclut les
Membres de Directoire des nouveaux Tri
bunaux , uh Décret antérieur qui accorde,
aux Magistrats
la faculté d'être corde
trateurs , à condition d'opter, dans le cas oit
ils seroient nommés aux places du nouvel
Ordre Judiciaire . Il represente le fort quel
fait au Public cette
exclusion de Sujets
dignes de confiance . Sans délibérer, 95, paqar
à l'ordre du jour 291 3.eu angh
Jour tion no.297g02
91 )
Une Lettre de Motion de la vil e
91 290 5 97618 .
d'Aix lue par M. athe
l'apposition des Scelles sur
sur les Archives du
Parlement est faite avec
sagne avec la plus grande
l'expédition d'Arrêts rendus en leur faveur.
Cette Lettre , est renvoyée au comite de
971348021091sler991 29.
Constitution .
Sun TVRapport de M. Thouret, so prou
tasyjob sa
et d'apres
une Petition du Directoire de Département
de 14 Seine inférieure Assemblee a accorde
six Juges au Tribunal de Distel di Rouen
hifit Juges de Paix à la même
eme Ville deux
à Dieppe et deux au Hayre.
-Pla demandé ajoutée , relative à la
d'Escompte , étant reproduite par M. Per-
N°. 42. 16 Octobre 1790 Ꮶ .
41990 99 ande
Caisse
( 206 )
nier , il propose une nouvelle émission de
Billets. M. Camus en redoute la concurrence,
avec les Assignats , et lit une aute
rédaction de Décret , adopté en ces termés :
2.
L'Assemblée Nationale leve les défenses
qui avoient été faites à la Caisse d'Escompte ,
de faire de nouvelles émissions , de ses billets,
sans
$ que les Billets qu'elle émettra
puissent être reçus autrement que de gré à gré,
ainsi que tous autres Billets de Commerce
et sousus la condition qu'ils seront dans une
forme differente de celle de ses Billets qui
sont actuellement en circulation . L'Assemblée
Nationale déclare qu'il n'y a pas lieu
à delibérer sur le surplus des Pieces présentées
par le Comité des Finances .
M. de Montesquiou , pour le Comité des
Finances , propose la suppression de l'intérêt
des 400 millions d'Assignats émis , et
la fixe au 16 Octobre . M. Brillat - Savarin
veut qu'on recule l'époque , afin que les
Départensens aient le temps de s'en instruire.
Cette suppression paroît à M. Moreau contraire
à des Décrets antérieurs , et injuste.
Elle réduit à six mois une stipulation solennellement
faite pour trois années . M. Ma-
Louet la reconnoît nécessaire , demande qu'on
la motive , et que l'intérêt ne cesse qu'au
16, Décembre .
Les Législateurs , observe M. de Folleville
, ne doivent pas agir sur leurs Comme
tans par un coup de foudre. M. Anson pense ,
qu'en divisant les intérêts en trois coupons ,,
on décrété que les Assignats
avoit pas
porteroient intérêt pendant trois ans . L'Assemblée
décidé qu'il sera fait un préambule
au Décret , adopté tel que nous le rapporterons
dans huit jours.
C
1301.97 1.
¢y = T ¢ ® ¥tgcy { V > ¢ £ t
Jift
( 207 )
Des Assignats frappés de stérilité , passant
aux Assignats à faire , M. de Montesquiou
presente diverses considérations sur le papier
qu'il convient d'employer , et prefère celui
des Billets de la Caisse d'Escompte. M. de
Mirabeau dissertesur lepapier, la fabrication ,
les planches ; dit que l'Imprimeur y gagnera
566 mille lios que le Graveur y fait fortune.
Ho se trouve ensuite que le traité général
étoit 95 mille liv. L'honorable Membre affirme
que chaque Assignat revient à 10 sous,
et promet une économie de plus de six millions
600 mille liv .: si l'on veut adopter un
procédé qu'il indiquera , l'Assignatne coûtera
que 3 sous. On lui prouve que les autres né
ooûtent que 8à 20 deniers. Le papier le conduit
aux pieces de 20 , de 10 , de 5 et de
2 sous , et à la monnoie de cuivre et d'argent ,
qu'il prefere aux monnoies d'argent ; il n'oublie
pas les cloches dans le nombre de ses
moyens immanquables d'assurer le succès des
Assignats.
M. Poignot l'invite à se joindre au Comite
des Monnoies , et prophétise que les
petites pièces de cuivre mettront incessamment
les Assignats au pair avec l'argent.
Après une courte discussion sur la plus
petite division des Assignats , et conformément
au Projet du Comité des Finances , on
décrete huit articles , dont le premier dit :
Art. I. Les nouveaux Assignats créés par
le Décret du 29 Septembre dernier seront de
2000 1. , 500 l . , 1001. , 90 1. , 80 liv . , 70l. ,
60 L. , 50 l.
"
Les sept autres fixent la couleur et la somme
de chaque série d'Assignats.
On lit une Lettre noble de M. Albert de
Rioms, qui , voyant que ni les Décrets , ni ses
Kij
( 208 )
soins ne peuvent rétablir l'ordre dans la flotte ,
offre sa démission , Cette Lettre est renvoyée
au Comité de la Marine.
M. Dupont reprend le Décret sur la Ga
belle , et impatiente d'aller aux voix , l'As
semblée en a décrété deux articles que nous
rapporterons avec les suivans
DU VENDREDI , SÉANCE DU SOIR. VEL
La ville de Nuremberg réclame des dettes
de près de trente ans , que les Ministres
'ont point reconnues ; elle se flatte qu'il y
aura plus de facilité de Nation à Nation . Sa
demande et les pieces sont renvoyées aux
Comités de Liquidation et Diplomatique.
L'es Députés de la Garde Nationale de
Rouen viennent dissiper les doutes , que pour .
woient avoir laisses les faux bruits d'une cons
piration pour amener le Roi dans cette ville.
S'ils désirent de voir arriver le Monarque
chez eux , ils ne veulent l'y voir qu'avec toute
la puissance suprême que lui déférera la
Constitution achevée. Ils ont renouvele Jeur.
serment civique , ont recueiili jusqu'à trois
fois les applaudissemens les plus flatteurs ,
et joui des honneurs de la Séance.
$
On passe à l'orde du jour , et M. Chassey
présente la suite des articles sur l'administration
des Biens Nationaux , articles adoptés
sans la , moindre discussion .
Il en auroit presque été de même du décret
qu'à lu M. de Broglie sur la Protestation du
Parlement de Toulouse , dont nous avons déja
parlé,
M. de Broglie a d'abord protesté bien sine
cèrement que les fonctions du Comité étoient
très- pénibles , quand il s'agissoit de provoquer
la sévérité de l'Assemblée contre des
Citoyens. Mais le salut du Peuple et l'achè
( 209 )
vement de la Constitution , ces objets sacrés ,
confiés par la Nation à ses Représentans
sont leurs devoirs de tous les momens . « S'il
«
étoit possible de n'attribuer ce délit qu'à
« l'égareméntsoh à des regards inquiets jetés
en arrière sur des prérogatives usurpees ,"
Ma de Broglie essateroft de porter l'Assemblée
à la clémenee ou au mépris . Mais cet
Arrêté sacrilège est un chef- d'oeuvre d'éga
rement et de perfidie. Bornons - nous à consigner
ici le peu de débats qui ont suivi ce
Rapport , dont la conclusion a été un Décret
que tous les Partis ont eu diverses raisons
d'appuyer, any nopeil
"
Le coté gauche se lève et applaudit ; M
l'Abbé Maury demande que la discussion
soit fermée.
M. Alexandre de Lameth , rappelant indirectement
sa clemence envers M. & Espresménil,
a fait violence , suivant ses propres
expressions , à ses inclinations débonnaires
, et vu l'énormité du cas , s'est armé
de toute la rigueur si nécessaire pour intimider
les Ennemis, de la Révolution . M. Madier
a soumis aux Casuites de l'Assemblée
deux scrupules , dont le dernier a paru fort
singulier. D'abord ce qu'on nomme protestation
, n'est , selon lui , qu'une Déclaration.
Si une Législature , a - t- il dit ensuite en
substance , détruisoit votre ouvrage , et que
les Magistrats d'alors invoquassent leur serment
fait à notre Constitution , comme le
Parlement invoque celui qu'il a fait au Roi ,
leur protestation vous paroîtroit une forfaiture
bien légalement prononcée. M. d'Espresménil
a soutenu que l'Ariété de Toulouse
étoit une véritable protestation; le Décret a
été porté en ces termes :
Kiij
( 210 )
. L'Assemblée Nationale , sur le rapport
de son Comité de Constitution , décrète que
les Membres de la ci devant Chambre des
Vacations du Parlement de Toulouse , qui
ont pris les Arrêtés des 25 et 26 Septembre ,
et le Procureur- Général de cette Cour ,
seront traduits devant le Tribunal gri será
incessamment érigé pour juger les crimes de
Lèse- Nation , pour y être procédé contre
eux , comme coupables de rebellion et de
forfaiture , décrète en outre que le Roi sera
prié de donner des ordres pour s'assurer de
urs
personnes.
On ne peut disconvenir qu'en protes
tant non seulement contresasuppression ,
ce qu'elleeûtfait par un droit naturel indisputable
, mais encore contre l'existence
même de l'Assemblée Nationale et la totalité
de fes Décrets , la Chambre des Vacations
n'ait provoqué cette sévérité.
Que l'Assemblée l'eût dénoncée au Tribunal
légal , elle ne sortoit point du
cercle de son autorité ; mais , ordonner
une poursuite criminelle pardevant un
Tribunal à venir , et rendre elle - même
un Décret de prise-de - corps contre les
Accusés , en contravention des Droits
de l'Homme, des Lois, des Formes qu'elle
a consacrées , c'est exercer l'autorité la
plus absolue et la plus arbitraire , La
raison d'Etat peut seule en expliquer
l'emploi.
DU SAMEDI 9 OCTOBRE
MM. les Officiers , réunis à Brest , font
parvenir au Corps législatif une lettre plus
alarmante encore que celle de M. d'Albert
( 2112).
reçu
de Rioms. Ils n'ont plus de moyens de faire
respecter ni les nouvelles , ni les anciennes
leis , le Code pénal des Marins n'a été
qu'avec un insolent mépris , de la plupart
des Equipages. Peu touchés de leur intérêt
et des dangers , ces braves Officiers ne cèdent
qu'a la crainte fondée de compromettre l'honneur
du Pavillon François , dans le cas d'une
guerre , et laissent à d'autres le soin de commander
des hommes dont on ne peut attendre
ni confiance , ni subordination . L'Assemblée
décrète que ses trois Comités de Marine ,
Militaire et Diplomatique se concerteront ,
à l'issue de la Séance , pour travailler à ramener
l'ordre sur l'Escadre.
Sous le prétexte du contre seing de l'Assemblée
Nationale , en sept mois , la recette
de la poste aux lettres a diminué de 8c mille
liv . , et les frais ont augmenté de 200 mille liv.
la différence est d'un million pour 7 mois.
Presque toute la correspondance de Paris
semble avoir passé sous le cachet privilégié
de l'auguste Sénat qui détruit tous privileges.
Le Comité des Finances a tâché de fermer
cette source d'abus par un Décret adopté
qui restreint le droit des honorables Membres
à l'utilité rigoureuse.
L'Assemblée a encore rendu deux autres Décrets
pour favoriser le Commerce des cuirs et
peaux de boeuf, de vache , de mulet , d'âne, si
nécessaire depuis qu'on a tant multiplié les
tambours ! des fers , des huiles, des savons ; et
pour fixer les Droits , dont le paiement sus
pendu jusqu'au 1º . Juillet , doit s'acquitter
sans délai .
DU SAMEDI. Séance du soir,
Pour répondre à la demande faite Jeudi
dernier par M. le Contrôleur- Général , l'As-
Kiv
( 212 )
2
semblée a décrété la nomination de trois
Membres du Directoire de chaque Départe-
' ment , pour former un Comité contentieux ,
provisoire et juge en matières d'imposition.
Devenant ensuite Tribunal suprême
P'Assemblée , sur l'avis du Comité des Recherches,
a évoqué au Tribunal de Fontenayle-
Comte , la procédure commencée par le
Lieutenant Ciiminel de Niort , contre les
Insurgens de cette Ville . Le 5 Septembre ,
Je Peuple demanda la taxe du bled , et
pour Po
plus surement , il eut recours
plus
des devoirs aux Droits de
'Homme , à la violence ; il sonna le tocsin ,
battit et désarma la Garde Nationale , poursuivit
les Municipaux à coups de pierres. Le
Régiment de Royal Lorrainé parut à réquisition
, et dissipa les séditieux pour un ins;
tant. Ils revinrent en force l'apres- midi , et
forcèrent la Municipalité à taxer le bled à
un tiers au- dessous du prix courant . Le Directoire
du Département cassa cet Arrêt ;
mais sans oser rendre le sien public. Le
Peuple se porta à ses Séances , et le força
de se séparer. Les Maréchaussées et Royal
Lorraine réunis ont depuis rétabli l'ordre
et aidé les Municipaux à révoquer leur Arrét ;
mais il regne toujours une dangereuse fermentation.
112
Sur le Rapport du Comité de Finances ,
on a terminé ce soir avec la Caisse d'Escompte
, au moyen d'un Décret en trois articles.
On lui atloue 3,709,407 liv. pour solde
de' son compte de Clerc à Maitre avec le
Trésor Public , depuis le 1. Janvier 1790
jusqu'au 1º . Juin suivant . Quant aux
Billets Nationaux qu'elle peut avoir négod'après
la remise qui lui en a été faite 2.
( 213 )
par Décret du Décembre , elle en présentera
l'état , qui sera déduit des 170 millions
de Billets qui doivent lui être remis.
On ne peut opposer de meilleure preuve
à la fausse imputation faite aux Parlemens ,
d'avoir concerté leur conduite à tenir au
moment de leur dissolution , que la démarche
de la Chambre des Vacations de Pau . Elle
a transcrit le Décret de sa suppression , en
présence du Peuple , qu'elle a invité à la
paix , et à l'obeissance à l'Assemblée Nationale.
Cette nouvelle a été accueillie par
de grands applaudissemens .
DU DIMANCHE 10 OCTObre .
" M. Merli passe à la Présidence , sur 400
Votans , il a eu 232 suffrages ; 155 sont alles
à M. de Bonnay. Les trois Secrétaires de
remplacement sont : MM . Durand de Mail-
Lanne , Regnault de Nancy ,, et Boullé.·
A la suite cd'un nouveau Réglement en
cinq articles , encore relatif à la Vente des
Biens Nationaux , laquelle a déja produit
autant de Lois qu'il en faudroit au Couvernement
d'un Empire , M. Malouet a annoncé
que le Comité de Marine opinoit à accorder
4.958,218 liv. au Département de la Marine ,
à compte des dépenses de l'armement décrété.
L'Assemblée a confirmé cette résolution
, en ordonnant aussi au Ministre de la
Marine de lui rendre comple successivement
de l'état des armemens.
Un des Secrétaires se préparoit à lire une
nouvelle Lettre de M. de la Luzerne , lorsque
M.Fréteau s'y est opposé en disant qu'il ne s'y
opposoit pas. « Le Comité Diplomatique ,
a-t-il dit , trouve très -fâcheux cet envoi de
Lettres Ministérielles , qui donnent à l'Assemblée
une connoissance inexacte des
40
"
"
"
Kv
( 214 )
И
"
"
faits , et répandent dans le Royaume des
détails exagérés , qui passent ensuite à tous
les Cabinets de l'Europe. Ces Lettres ne
doivent point être lues , sans avoir été auparavant
renvoyées aux Comités . »
Si M. Fréteau regarde comme aussi
impolitique que dangereuse , la publicité
des notions et des projets qui concernent
la Politique , ou intéressent la sureté
extérieure de l'Etat , ceux dont
le fanatisme n'égare pas le sens commun
seront de son avis. Les Communes Angloises
se sont bien gardées d'usurper le
pouvoir pernicieux de diriger les rapports
extérieurs de l'Etat ; mais c'est
contre lui- même , contre son Comité
Diplomatique , contre l'attribution universelle
des détails de chaque Département
, que se réserve le Corps Législatif,
et contre ses Décrets , qu'argumente
M. Fréteau . Quoi ! il a voulu qu'une
Assemblée patente, de mille personnes ,
devînt le Cabinet politique de la France,
et il se plaint des lumières que cette notoriété
porte à l'Etranger. On ne sauve point
cette inconséquence par le renvoi aux Comités
; d'abord , parce qu'ils ne sont point
sous le serment du secret ; ensuite , parce
qu'ils sont bornés à dresser de rapports,
dont ils doivent compte public à l'Assemblée
.
"
M. Fréteau ne veut plus recevoir d'informations
des Ministres : il suspecte
leur véracité . Il convient donc , si sa doc(
215 )
trine est juste , de leur retirer la correspondance
de leur Département , et d'en
investir l'Assemblée Nationale : il est
trop monstrueux d'avoir deux Gouvernemens
et deux Ministères. Sous peine .
de perpétuer une effroyable confusion ,
et de plonger l'Etat dars d'inappréciables
calamités , il est nécessaire d'opter
entre le Ministère du Roi , ou celui des
Comités de l'Assemblée Nationale . Ils
ne peuvent exister concurremment , ni
exercer les mêmes fonctions.
Un des grands crimes de M. Necker,
a été cette suite d'informations chagrinantes
qui troubloient l'inquiétude des
Optimistes. On ne peut parler mainte
nant au Corps Législatif, que dans le
langage réservé aux Souverains absolus ;
il faut montrer l'Etat sur un lit de roses,
cacher les épines , taire les insurrections ,
voiler les désobéissances et les désordres.
Lorsque l'esprit de révolte mettra une
flotte dans l'inaction , le Ministre doit
annoncer l'harmonie , la tranquillité , et
se rappeler le Courtisan qui , après la
bataille de Consarbrick , comptoit à
Louis XIV plus de Régimens rentrés
à Metz , que l'Armée de M. de Créqui
n'avoit de bataillons.
M. de Montlauzier a déclaré que la remarque
de M. Fréteau dérivoit de la jalousie
des Ministres de l'Assemblée contre les Ministres
du Roi . Après nombre de propos
vagues , on a par deux fois délibéré sur la
1 K ci
( 216 ).
lecture de la Lettre ministérielle . A la troisieme
, le côté droit a demandé l'appel noninal
; pour l'éviter , les Opposans ont consenti
à écouter la Dépêche. Elle offre un
tableau de l'état de Brest , accompagné de
Pièces justificatives , et entre autres d'un
Procès-verbal des Commissaires du Roi. Ce
document pouvoit passer pour authentique ;
néanmoins on en a rejete la lecture avec
violence , et le paquet a été renvoyé dans
les Comités.
Veut- on le contraste ? le voiċi . La Municipalité
de Lyon , après avoir repou sé, il y a 15
jours , l'émission nouvelle d'Assignats , felicite
aujourd'hui l'Assemblée de la profondeur de
ses vues , dela sagesse profonde avec laquelles
elle a fixé , apres une discussion approfondie
l'opinion dela France entière , combiné tous
les rapports particuliers avec l'intérêt général,
et sauvé l'Etat par son génie tutélaire. Cette
Adresse là a été fort bien reçue , lue jusqu'au
bout , et honorée de l'impression .
Nota. M. le Marquis François de
Beauharnais , Député de Paris , nous
prie cde faire connoître qu'il n'est point
Auteur de la Motion , produite il y a
quelques semaines à l'Assemblée Nationale
, pour dépouiller les Ecclésiastiques
de l'habit de leur état. Cette résolution
fut proposée par M. Alexandre , Vicomte
de Beauharnais , dont les opi- .
nions ne sont point celles de M. Franguis
de Beauharnais .
Avant d'entrer nous mêmes dans la
( 217 )
discussion du Rapport de M. Chabrond,
nous devons une place aux réclamations
des Intéressés , et sur-tcut de ceux dont
le Rapporteur s'est efforcé de flétrir les
témoignages. Peu de dépositions étoient
aussi instructives , et annonçoient autant
de candeur , de sang -froid , de maturité ,
que celle de M. Henri de Longueve ,.
Député d'Orléans. Il étoit Secrétaire de
l'Assemblée , peu avant les affreuses journées
du mois d'Octobre , et à une époque
gù ces places étoient occupées par les
premiers talens ; depuis , il fut Membre
du Comité des Recherchés , et en tout
temps il s'est montré invariable dans les
principes sains et modérés , contre lesquels
la catastrophe de Versailles fut
en partie dirigée . Assurément , le cas
ractère d'un pareil Témoin répond d'avance
aux calomnies des Factions . M. !
Henry vient d'ajouter à cette autorité'
décisive , celle de quelques Observations
sur le Rapport de M. Chabroud ; elles
vengent la décence , la morale , la vérité ,
autant que leur Auteur.
M. Chabroud a osé se permettre d'attaquer
la véracité du témoignage de M.
Henry , en la considérant comme l'effet
d'un concert entre les Témoins.
་་
Si j'avois à discuter ici ma déposition ,
et à justifier mes inquiétudes , dit M.
Lienry , je demanderois s'il a été si extraordinaire
de croire à des complots , et de redouter
des violences , quand l'Assemblée
3
1
( 218 )
Nationale avoit eu à déliberer , dès les premiers
jours de Septembre , sur l'insurrection
de ces hommes coupables , qu'un chef plus
vil et plus coupable encore avoit voulu conduire
à Versailles , porteurs d'une liste de
proscription , et précédés par des menaces?
quand plus d'un mois avant le 5 Octobre ,
tous ceux que le besoin ou leur curiosité con.
duisoient à Versailles , voyoient des Corpsde
garde établis , et des canons placés en
divers points de la route ? Je demanderois
s'il a été si extraordinaire de concevoir , le 5
Octobre , des pressentimens funestes , eu
voyant dénoncer avec véhémence les Gardesdu-
Corps , comme complices des plus noirs
desseins et comme en butte à toutes les
fureurs du Peuple ; quand on remarque que
peu d'heures après cette annonce eff ayante ,
le Peuple avoit deja investi et violé le Palais
de ses Rois , et le lieu des Séances de l'Assemblée?
quand on observe que M. Chabroud
lui- même s'est efforcé de voir , dans le mécontentement
du Peuple , la cause unique
et naturelle de son insurrection contre Versailles
et de toutes les horreurs qui l'ont suivie
? "
De trois citations qu'a fait le Rapporteur
de la déposition de M. Henry , en l'empoisonnant
, la première est fausse ; elle attribue
à M. Henry ce qu'a déposé M. Tailhardat ;
la seconde est fausse encore ; elle attribue
à M. Henry ce qu'a rapporté M. de Virieu ;
la troisième attribue avec des interprétations
malignes la découverte des plaques aux armes
d'Orléans, à MM. Henry , Turin et Thailhardat,
Membres de l'aucien Comité des
Recherches , tandis que c'est le Comité
( 219 )
même de la Ville qui a présenté les plaques
à celui de l'Assemblée , comme indications
essentielles au procès . Le seulrapprochement
du Rapport et des dépositions constate ces
trois énormes inexactitudes , sur lesquelles
néanmoins M. Chabroud éleve un systême
d'imputations contre le Témoin.
Ayant ensuitefait remarquer l'apropos
avec lequel M. Chabroud repousse les
témoignages lorsqu'ils paroissent se
contredire , et les inculpe de concert,
lorsqu'ils sont concordans , M. Henry
examine la déclamation populaire , par
laquelle le Rapporteur a terminé ses
étranges raisonnemens ,
40
་་
Ne vous est- il pas démontré , dit M.
" Chabroud , que la Constitution est le but
de tous les traits qu'on aiguise en secret ?
les fureurs qui veulent la renverser ne sontelles
pas exercées d'abord contre l'Assemblée
Nationale dont elle est l'ouvrage ? "
. :Vous n'avez pas oublié là remarque de
M. de Virieu et de M. Henry , que le 5 Oc
tobre ily avoit de la roideur dans certaines
opinions , etc. »
64
M
" C'est ici que la prévention , j'ai presque.
dit la noirceur , se montre dans tout son
jour : j'ai peine à contenir mon indignation ;
et quand M. Chabroud viole envers moi toute
justice , il me dispense envers lui de toute
mesure. " .
4
7
J'oserai demander à cet adversaire imprudent
, qui s'érige en scrutateur de mes
pensées , quand il n'est que le dépositaire
de nes récits , quel est son titre pour calombier
mes intentions en donnant pour unique
preuve des desseins qu'il m'attribue ,
( 220 )
l'accusation même qu'il m'intente ? J'oseráï
ui demander compte de cette autorité ar-
Hitraire avec laquelle il proponce sur le mérite
des dépositions , pour rejeter les unes
parce qu'elles se contre disent , et les autres
parce qu'elles se ressemblent ? ' avec laquelle
il se permet de restreindre le sens des plus
graves pour les affoiblir , et d'étendre celui
des plus foibles , afin de les trouver répréhensibles.
El quoi ! parce qu'appelé en témoignage
, celui que j'ai donne aura quelques
rapports avec d'autres , je ne serai plus
qu'un agent subalterne , allant consigner
fidelement dans une procédure les impressions
qu'on m'a suggérées ? Quoi , parce que
témoin des attentats horribles qui ont menacé
desjours que je voudrois prolonger aux
dépens de tous les miens , j'aurai obtenu sur
moi -même assez d'empire pour énoncer froidement
ce que j'ai si vivement , si douloureusement
senti , je serai présenté comme un
conspirateur adroit qui , sous l'apparence du
calme , ai voulu ponter un coup mortel à la
Constitution !
Eh qu'a de commun le Constitution
avec les crimes du 6 Octobre et les trames
qui les ont enfantes ? Que celui qui m'accuse
dise dans quels complots il m'a trouvé
compromis ; qu'il dise à quelle intrigue il
trouve mon nom attaché ; qu'il dise en quel
instant il a cessé de me voir a atant d'egards
pour l'opinion d'autrui que de bonne foi et
de conséquence dans la mienne !
"
Mes principes , je les ai hautement affi-;
chés ; mon opinion , je l'ai toujours énoncée
sans passion comme sans crainte , au sein
de l'Assemblée souvent au milieu d'un
Peuple excité , sans m'effrayer de ses mena(
221 )
ces; quelquefois en bravant ces listes sanguinaires
rédigées jusques sous nos yeux ,
et destinées à faire circuler dans les Previnces
la proscription et la vengeance . "
"
C
Invinciblement attaché au gouvernement
monarchique , parce qu'il est
le seul qui convienne à la France , plaçant
Ja liberté dans un juste équilibre des pouvoirs
, j'avois pensé que le plus redoutable
écueil pour l'Assemblee Nationale , c'étoit
l'excès même de sa force , et que ce qu'elle
avoit a craindre le plus , c'etoit de voir un
seul insant toutes les autorités confondues
dans ses mains. »
"
J'avois pensé qu'une Assemblée permanente
ne devoit pas calculer comme ces Ministres
amovibles , qui ne se flattoient de
réussir à rien , qu'en brusquant l'exécu
tion de tout. J'avois pensé que toute rigueur
inutile devenoit par cela même dangereuse ;
que le grand art de la régénération ne consiste
pas à grossir , sans motif, le nombre des
mécontens , mais à épargner aux victimes
nécessaires du bien public toute occasion légitime
de plainte.
2
"
" Voilà ce que j'ai pensé , ce que je pense
encore ce que l'Assemblée toute entière a
dû penser comme moi . J'ai droit du moins
à cette justice , qu'avec des principes comme
les miens , je n'ai pas eu besoin de recourir
pour les défendre à de vils et obscurs
moyens.
"
2
Certes , le mouvement d'un grand Peu
ple que l'élan du patriotisme arme justément
pour la liberté , est le plus imposant des
spectacles ; mais il cesseroit de m'intéresser ,
si je n'y voyois que le fruit de la séduction
et le resultat, d'une intrigue. Une fausse po(
222 )
litique pourroit applaudir au succès ; la vérité
le jugeroit d'après les règles éternelles
et inumables de la justice : et si l'impulsion
donnée avoit entraîné loin de toute mesure ,
si elle avoit ebranle jusqu'aux fondemens de
la vraie liberté , jusqu'aux premiers principes
de la morale , le Peuple trompé ne cesseroit
pas , sans doute , d'être excusable ; mais les
pervers qui l'auroient égaré , auroient appelé
sur leurs êtes coupables toutes les vengeances
du ciel et toute l'exécration des
hommes. »
"
Je manifeste hautement cette opinion ;
je l'ai constamment partagée avec ce petit
nombre de mes Collègues dont l'intimité
a été relevée par M. Chabroud avec
une attention si prononcée. Aux souvenirs
déchirans que retrace la procédure sur
les faits du 6 Octobre il se mêle pour
moi quelque douceur , quand je lui dois
d'avoir annoncé qu'un homme modeste , par
caractère , qu'un homme qui s'est si constamment
renfermé dans l'obscurité qui lui
convient , a eu pour amis les premiers amis
de la liberté ; que c'est pour avoir marché
sur leurs pas vers elle ,, que c'est pour l'avoir
vue où ils la voyoient , qu'on l'a , comme
eux , accusé de l'avoir trahie . »
M. Malouet , également compromis
dans le Rapport , a adressé la Lettre suivanteau
Président de l'Assemblée Nationale
.
"
* MONSIEUR "
N'ayant pu m'expliquer à la Tribune
sur le rapport et la paraphrase de ma déposition
dans l'affaire du 6 Octobre , pemettez-
moi d'adresser mes observations par
( 223 )
rofre organe aà l'Assemblée
Nationale
. S'il
ne s'agissoit ici que de l'opinion
personnelle
de M. le Rapporteur
, elle me seroit indifférente
; mais , lorsqu'il se permet de présenter
d'une maniere défavorable
l'intention
même
de ma déposition
, je ne dois pas lui abandonner
sans réclamation
cette partie de ses
succès. "
"
Ce que j'ai dit de mes pressentimens dans
le mois de Septembre 1789 , sur ce qui devoit
arriver le mois suivant , a indisposé M.
Chabroud, il n'y voit qu'une suite d'opinions
contraires à la Révolution ; mais en exposant
les motifs de ces pressentimens , en citant
les personnes qui avoient reçu comme moi ,
l'avis d'un projet d'enlever le Roi et l'Assemblée
Nationale , il me semble que l'attention
du Rapporteur devoit se fixe
plus tôt sur les faits que je rapporte , que
sur l'impression que j'en avois reçue. En rejetant
tous les oui - dire qui ont suivi l'événement
, en ne m'arrêtant qu'à ceux qui l'ont
annoncé , j'avois le droit de croire à l'existence
d'un complot antérieur , et celui du
Rapporteur se bornoit à examiner si cette
conviction étoit fondée , mais non à trouver
mauvais qu'elle m'eût douloureusement affecté.
14
D
En parlant des lettres anonymes , des
proscriptions qui s'adressoient à moi et à
plusieurs de mes Collègues , les plus attachés
aux principes constitutifs de la Monarchie , je,
n'ai pas prétendu , comme l'insinue M. Chahroud
, que nous fussions les seuls à les défendre
; mais j'ai voulu dire , parce que cela
m'est démontré , qu'avant le 6 Octobre il
y avoit un plan de violence contre toute
espèce de contradiction des opinions qu'on
( 224 )
vouloit faire prévalo'r avant meine ” qu'on
pût savoir si elle acquéreroient le caractère
légal de la volonté générale ) .
Si cette maniere de voir paroît antipatriotique
et contraire à la Révolution , je
veux , Mousieur le President , déposer entre
vos mains , ma profession de foi sur le pa
triotisme et sur la Révolution. Je ne suis ,
je ne veux être patriote que comme ceux qui
servent de tout leur pouvoir leurs concitoyens
, qui chérissent les bons , qui ne se
permettent contre aucun y nf injustice ni
violence. Ainsi la bienveillance , la loyauté
et les vertus les plus attachantes me présentent
seules l'image du patriotisme - tel
est celui auquel je rends un culte fidèle et
dont l'alliance est'impossible avec aucune
espèce de crime et de méchanceté.
Quant à la Révolution , j'ai desité vives
ment celle qui devoit s'opérer par l'exercice
des droits et des pouvoirs de la Nation ,
confiés à ses Représentans . J'ai vu , je Pespérois
au moins , cette Révolution consommée
par la seule puissance de Popinion pu
blique , par l'adhésion du Roi , par un concours
inoui de eirconstances favorables je
respecte enfin la Révolution qu'on peut lire
dans nos Decrets ; mais celle . qui emploie
les libelies , les incendiaires , les assassinats ,
les émeutes et les fureurs populaires , m'afflige
et m' poavante ; je m'indigne contre
ses Panégyristes , et j'en attends impatiens
ment la fin. iema 5)
S'il est possible qu'il y ait des homines
qui n'accordent point leur estimea de tels
sentimens , je ne veux point de leur estime . "
J'espère , Monsieur le Président , que
cette explication simple , suffira pour restituer
à ma déposition , sa véritable intention . "
( 225 )
La Société dont M. Henri deLongueve
partageoit lesprincipes , étoit composée
habituellement de MM . l'Evêque de
Langres , Mounier , de Virieu , de
Lally , Bergasse , Redon , Malouet
Henri de Longueve , de Marnezia , de
Guilheriny , due Fraisse du Chey
Feydel , Madier , Durget , la Chèze et
quelques autres . Ces Députés n'avoient
jamais eu besoin de savantes distinctions.
entre la morale publique et la morale ·
particulière. Irréprochables sous tous les
rapports , la pureté de leur conduite
privée étoit le garant de leur intégrité
politique . La liberté , non pas celle quib
faut aux scélérats , mais la liberté des
gens de bien , n'eut jamais de disciples
plus sineères . Trop éclairés et Citoyens
trop purs pour soupçonner même qu'on
pûtinstituer un Gouvernement libre par
des crimes et par de vaines théories dans
traires à toute philosophie , à touteexpé
rience , ils n'imaginerent point de fonder
une Constitution , balancée entre lepou
voir d'un Monarque absolu et le délire
de l'autorité populaire , sur des catas
trophes et des révolutions continuelles.:
Cest de tels sentimens que d'imbécilles
instrumens de quelques Factieux , ontosél
présenter à la Nation comme un sys+9
tême d'Aristocratie. Voilà les hommes)
contre lesquels ils invoquoient la fu
reur du Peuple , et qu'ils dui peignent
comme des Aristocrates , des Ennemis
de la Révolution , des Amis de l'ancien
( 226 )
régime. Ce délire de la calomnie et de
la déraison , a déja passé son plus haut
période ; l'opinion qui l'a soutenu pourrira
d'elle-même sur les débris des Factions
et des . réputations du jour..
· L'affaire du Chevalier Bonne Savardin
ayant été rapportée au Châtelet ,
ce Tribunal a décrété de prise-de - corps
cet Accusé, ainsi que M. de Maillebois.
Même décret contre les deux quidams
prévenus d'avoir favorisé l'évasion de M.
de Bonne. M. Gentil , Capitaine de Dragons
, accusé du même délit , le Concierge
de l'Abbaye et sa femme sont décrétés
d'ajournement personnel . M. l'Abbé
de Barmond est décrété d'assigné
pour être out , et la Garde formidable .
qui s'est emparée de sa maison et de sa
chambre , a ordre de se retirer. Ce Député
parut Samedi à l'Assemblée aux
applaudissemens unanimes du côté droit
et d'une partie des Tribunes. Le Châ
telet n'a rien statué sur MM. de Saint-
Priest et Eggs.
Cette réserve exprime t -elle le dessein
d'une ultérieure information? Sans doute,
can autrement le Châtelet eût déchargé
d'accusation et le Ministre et M. Eggs,
Il est difficile de comprendre le but d'une
enquête ultérieure contre ce dernier.
Quant à M. de Saint- Priest , le Comité
des Recherches ne le lâchera sans doutequ'à
la dernière extrémité , et il est pos
sible qu'il attende. le secours de quelques
délateurs. La noblesse de ce mé
( 227 )
ier , si honoré par Sylla , par Tibère
Séjan , Louis XI , le long Parlement
d'Angleterre , et notre Comité des Recherches
n'a jamais eu un aussi grand
éclat que celui qu'il vient de recevoirs
d'un dernier Factum de M. Garran de
Coulon contre M. de Saint- Priest. (Car
M. Garran , Accusateur , Dénonciateur ,
Magistrat de la Cour des Recherches ,
plaide contre ceux qu'il accuse . Telle
est la Jurisprudence Républicaine que
nous avons gagnée , et qui n'est pas la
Jurisprudence Angloise , selon la naïve
observation d'une Apologiste des Inquisitions).
Dans ce beau Plaidoyer de M.
Garran , le principal rôle est joué par
un Napolitain , qui , de Sectétaire de
l'Ambassadeur du Roi de Naples , est
devenu Citoyen actif d'un District , par
pur zèle pour la Liberté. Depuis son
abdication , iqui fera oublier celle de
Diocletien , le Napolitain National ș. -
muse à rendre compte au Conté des
Recherches des conversations qu'il dit
avoir entendues chez l'Ambassadeur dont
il tiroit les gages. Dans le cercle où il
assure qu'il étoit admis it fait parler
M. et Mde. de Saint- Priest et autres
personnes ces interlocuteurs s'expri
ment en termes choisis , comme par la
main d'un Investigateur de conspira
tions . Il faut croire , pour l'honneur du
Délateur , qu'il s'est contenté d'écouter !
aux portes: Nous reviendrons sur cet
espionnage civique dans la maison d'u
A
J
( 228 )
1
Ambassadeur : rien n'est plus propre à
former les moeurs d'une Nation , bi mieux
dirigé au principe de la Démocratie ,
que ce radoteur de Montesquieu plaçoit
dans la VERTU .
$ *
*
Le District de Versailles a placé au
nombre deses Juges , MM. Robespierre
Artésien , etfameux par satendresse pour
les Citoyens qui brûlent les Châteaux ;
M. Bouche , l'oracle de la Provence , et:
M. Biauzat , ci- devant Auvergnat. Ce
choix estsi rassurant que , depuisquelques :
jours , S. M. a fait démeublerbentièrement
le Château de Versailles , et enle
ver même les glaces . Ainsi , les Habitans
de cette Ville , que Louis XV tira des
carrières , et qui y rentrera , vont expier
les projets de quelques Factieux subalternes
, aux ordres de quelques Factieux
plus importans . On peut juger delayprudence
de la Cour à se banpir, de ce do
micile par la demande que, frilly a
15 jours à la Municipalité de Versailles
un des hommes qui a le plus contribué !
à en rendre le séjour odieux à la Famille
Royale . Cet homme proposa fièrement
au Maire de faire ériger suni la Blace
darmes un Monument , commémoratif
des belles journées des 15 et 6 Octobre
On présume l'horreur avec laquelle cette
Pétition fut recue . Déjalonnarinoncer
que le Tribunal de Versailles va être )
nanti des Crimes de Lèze- Nation , et du
jugement des forfaits du mois d'Octobre:
1789.noelcm si enne supicis sa zołgaɔ
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
E
ALLEMAGNE.
De Berlin , le 5 Octobre.
Ce fut le 24 du mois dernier que le Roi ,
le Prince Héréditaire et le Ministre d'Etat
Comte de Hertzberg revinrent de
Breslau en cette capitale. Le Prince de
Reuss , Ministre du Roi de Hongrie , le
Comte Oginski , les Généraux de Ditt
maret de Motter , et l'Artillerie des deux
premiers Corps d'armée , ont suivi S. M.
quelques jours après. Le 27 , les Régimens
d'Infanterie qui sont ici , et deux
batailions d'Infanterie légère exécutèrent
les grandes manoeuvres devant la porte
de Halle , en présence de la Cour et d'un
grand nombre d'Etrangers. Le Général
de Mollendorf, qui avoit assisté à ces
exercices , partit deux jours après ( le 29)
pour aller prendre le commandement de
N°. 43. 23 Octobre 1790.
L
( 230 )
l'armée d'observation rassemblée dans la
Prusse. Elle est divisée en deux Corps ,
qui formeront ensemble 85,000 hommes.
Les seules garnisons de Berlin et de
Potzdam ont été remises sur le pied de
paix . On s'attend à voir au premier
jour le Général de Henckel , dont le
Corps est posté entre Gumbinnen et Memel
, s'avancer en Courlande : il sera
remplacé dans sa position par le Corps
du Général d'Usedom . On a fait déclarer
dans les Gazettes , à l'Impératrice de
Russie, que vu sa colère contre la Prusse
et l'Angleterre , elle alloit les démasquer ,
les attaquer , et nous punir d'avoir dérangé
ses plans d'envahissement . Il faudra
bien que cette colère se radoucisse ,
comme s'est radoucie la colère contre la
Pologne et le Roi de Suède . On ne nous
intimide pas aussi facilement que des
Khans de Tartares. Il est donc à croire
qu'on négociera au lieu de se battre.
Les intrigues sont en pleine activité ,
et probablement elles dispenseront les
Parties de recourir aux armes. Si la Russie
persiste à écraser la Porte Ottomane
par un Traité de paix , nous défendrons
la Porte , dont les intérêts sont liés à
ceux du Nord et de l'Allemagne , et
qu'il nous importe de maintenir dans
celles de ses possessions Européennes
qui nous avoisinent . Cette politique n'est
、pas bien compliquée , et notre Cabinet
est fermement résolu à s'y tenir. Quant
( 231 )
à la Confédération du Nord, dont nous
menacent quelques Gazettes Françoises,
qui honorent six fois par semaine notre
Cabinet de leurs invectives , elle n'a jamais
existé que dans ces bavarderies politiques,
Nous pouvons affirmer qu'il n'y
eut jamais de chimère plus absurde , plus
dépourvue de tout fondement.
M. de Dietz , notre Envoyé à Constantinople
, ayant été remplacé par M. de
Knobelsdorf, est de retour ici . C'est un
Negociateur fin et expérimenté : nul
Ministre Etranger ne connoît mieux les
intérêts et la politique de la Porte.
M. Ewart , Envoyé Britannique , a
pris congé du Roi la semaine dernière ,
et se rend en Angleterre , laissant ici un
jeune Chargé d'affaires , nommé M. Jackson.
Ce départ , dans les conjonctures actuelles
, a excité un juste étonnement.
M. Ewart , le Négociateur le plus actif
et le plus délié , qui a épousé une parente
de M. de Hertzberg , qui a puissamment
influé sur le concert , et sur l'intimité
des relations nouvelles entre la
Prusse et l'Angleterre , ne peut avoir
quittéBerlin , en ce moment , sans un but
politique sérieux , ou sans des motifs extraordinaires
, dont on conjecture peutêtre
trop légèrement la nature .
L'Académie des Sciences a tenu , le
30 Septembre, une Séance publique à
l'occasion de l'anniversaire du Roi. M.
le Comte de Hertzberg a lu un dis
zü
232 )
V
cours sur les événemens politiques de
cette année on y a remarqué prin
cipalement un parallèle entre l'état
de tranquillité qui règne dans les Etats
du Roi , et les révolutions dont sont agités
plusieurs autres Etats de l'Europe .
M. de Hertzberg a terminé ce discours
par quelques réflexions justes et sévères
sur la harangue prononcée à l'Assemblée
Nationale de France , par un soi-disant
Député Prussien ( J. B. Cloots ).
De Vienne le 5 Octobre
, ”
1. Au défaut de nouvelles importantes ,
il faut se borner à démentir les fausses
nouvelles. Les Gazettes avoient rompu
notre Armistice avec la Porte , dissous
le Congrès de Bucharest , dispersé les
Plénipotentiaires . Tout cela est controuvé.
Les dernières dépêches de la
Valachie , apportées au Gouvernement ,
et envoyées au Roi à Francfort , nous
apprennent que la Porte Ottomane a
confirmé l'Armistice provisoire qu'avoit
admis le Grand-Visir : cette confirmation
a été publiée au camp de Bucharest
, le 16 Septembre. Depuis cétte
époque , les Troupes commencent à
retourner dans leurs quartiers de cantonnement
; une partie marche en Transylvanie.
Le quartier- général du Grand-
Visir est à Rudschuk , d'où ce Ministre a
envoyé à Bucharest deux Députés char-
--
( 233 )
gés de pleins pouvoirs pour la négocia
tion de la paix.
Le Colonel Prussien de Goërz est arrivé
ici de Berlin ; il se rend de nouveau
à Rudschuk , et de là à Constantinople.
Hier , il a été suivi de M. de Lucchesini,
Ministre, Prussien , qui après demain se
rendra à Bucharest , où vont aussi à la
fin de la semaine les Ministres d'Angleterre
et de Hollande..
Le Congrès National Illyrien tint le 31
Août sa première Séance à Temeswar. Dans
la seconde Séance du 1er Septembre , il , fut
arrêté de prendre pour base de la rédaction
des doléances et voeux de la Nation , les
Diplomes donnés par le Roi Léopold I le 6
Avril 1691 Dan's la Séance du 6 , on a arrêté,
sur les representations des Députés de l'Etat
Civil et Militaire , de supprimer l'incorporation
du Bannat à la Hongrie. Sur le chainp
un Courier fut dépêché ici pour porter cet
Arrêté à S. M.
Le Prince Nicolas- Esterhazy de Galantha
, Chambellan et Conseiller privé
de S. M. , Chevalier de la Toison d'Or ,
et Feld-Maréchal des Armées du Roi ,
est mort , le 28 Septembre , dans sa
76°. année .
DeFrancfort sur le Mein , le 10 Octobre.
D'Election , l'entrée et le Couronnement
de l'Empereur ont occupé tous les
yeux et tous les esprits depuis 12 jours.
Nous laissons aux Gazettes le soin de
Liij
( 234 )
transerire les minuties , en nous bornant
aux particularités générales .
Ainsi que nous le dîmes la semaine
dernière , ce fut le Duc Charles de
Mecklenbourg, accompagné du Colonel
Comte de Ponte de Léon , du Directeur
des Portes et de trente Postillons
, qui porta au nouvel Empereur à
Aschaffenbourg , la nouvelle de son Election
. Arrivé à midi , il se rendit au château
, et remit à Léopold II le Diplome
de son élévation à la Dignité Impériale ,
en présence des trois Electeurs Ecclésiastiques
, des Archiducs , de l'Archiduchesse
Christine
et du Duc de Saxe-
Teschen. S. Maj . répondit qu'Elle s'empresseroit
de mériter la confiance des
Electeurs et de l'Empire . Le Duc Charles
recut de la main de l'Empereur une épée
d'or garnie de brillans . Le Comte de
Pappenheim , Maréchal Héréditaire de
l'Empire , qui s'étoit aussi rendu auprès
de S. M. , fut gratifié d'une bague de
brillans.
Dans l'après- midi du 4 , le nouvel Empereur
a fait ici , son entrée solemnelle ;
à une lieue de la Ville , il fut recu sous
une grande tente par les trois Electeurs
Ecclésiastiques , par les principaux Am
bassadeurs Electoraux , et par le Corps
de notre Magistrature qui lui remit les
Clefs de la Ville. A son entrée , toutes
les cloches sonnèrent ; on tira sur les
remparts 300 pièces de canon . Un peuple
( 235 ) 114
immense couvroit le passage , et fit retentir
les airs des cris redoubles ; Vive
P'Empereur Léopold et son Auguste
Famille ! S. M. se rendit d'abord au Chapitre
de St. Barthelemi , où Elle jurà la
Capitulation d'élection , et ensuite au
Palais Impérial . - L'Impératrice -Reine ,
le Roi et la Reine de Naples , les Archiducs
et les Archiduchesses étoient arri
vées deux jours auparavant .
Le lendemain 5 , une Députation de
notre Sénat se rendit auprès de l'Empereur
, et lui remit le présent d'usage' ,
consistant en une cuvette d'argent doré ,
deux flambeaux d'argent , cent doubles
ducats et mille simples frappés à l'occasion
du Couronnement. Une sem
blable députation fut introduite le lendemain
chez l'Impératrice , à laquelle
elle remit le même présent .
Rien de plus magnifique , de plus solennel
que le cortège de cette entrée.
82 voitures à six chevaux , et 22, à quatre;
1493 personnes suivant à cheval, 1339 à
pied : les chemins , les rues , les croisées
ne laissoient aucune place vide . Par tout
l'Empereur fut accueilli par des accla
mations universelles .
Le 72 on annonça au son des trompettes
et des timbales que le Couronnement se
fe.oit le Samedi 9. Hier done à 8 heures
du matin , l'Empereur se rendit au Ramer,
d'où les Ambassadeurs des Electeurs Laïques
le conduisirent à l'Eglise Saint Barthelemi ,
Liv
( 236 )
au bruit d'une triple décharge d'Artillerie :
les trois Electeurs Ecclésiastiques s'y étoient
déja rendus en grand cortége . La marche du
Ramer à l'Eglise se fit au bruit des cloches,
des trompettes et de la musique. Le Prévôt
de l'Empire ouvroit ceste auguste Procession
; les Officiers de l'Empire et des Electeurs
précédoient l'Empereur , qui , à son
entrée dans l'Eglise , fut reçu par les Electeurs
Ecclésiastiques . L'Archevêque de
Mayence , après la prière , fit prêter serment
à l'Empereur et le sacra. Le Prince reparut
ensuite couvert des vêtemens Impériaux , et
reçut la Couronne devant l'Autel . Après la
cérémonie , tout le cortege sevint au Ramer,
sous un couvert, tendu de drap : le festin
Impérial termina la soirée , dans laquelle
P'Empereur , reconduit au Palais en grand
cortége , reçut et rendit les visites des Electeurs.
Aucune Election Impériale n'a offert
moins de difficultés . Il a régné la plus
grande harmonie dans le Collège Impérial
, et les articles de la Capitulation
ont été dressés presque sans discussion .
L'on assure que l'un de ces articles recommande
à l'Empereur , en général ,
le maintien et la défense du Traité de
Westphalie , sans faire une mention
particulière des Droits des Princes pro
priétaires en Alsace et Lorraine. Cette
réserve a résulté d'une considération
toute-puissante , quoique personnelle ,
t qui a frappé le College Electoral .
C'est par un recez séparé qui sera porté
la première dictature de la Diète de
( 137 )
Ratisbonne , que ce Collége a arrêté les
résolutions à prendre , relativement aux
réclamations des Princes Allemands 9
qu se trouvoient
leses
par
les Décrets
de l'Assemblée
Nationale
de France
.
Le
concours
d'Etrangers
a été
immense
; il s'y est trouvé
plusieurs
Francois
d'une
très
haute
naissance
. Le jeure
Prince
de Craon
, ayant
assisté
à la cérémonie
du Couronnement
, dans
son
uniforme
des
Gardes
- du Corps
du Roi
de France
, il a été comble
d'applaudissemens
. Notre
Nation
loyale
et valeu-
,
reuse
, a voulu
rendre
cet hommage
à
un Corps
distingué
par
des
infortunes
:
sil glorieuses
, par
son héroïsme
de fidé
lité
par
des
calomnies
même
de ses
Assassins
no taure
23
F
A "Conditions que les Sections de
Liège prescrivoient au Corps Germaniqueale
College Electoral a opposé une
Capitulation en 15 articles , que voici
44 :Les Insurgens doivent faire une soumission
nue et simple , sans réservé et conditions
' icelle a communiquer tant aux six
Cours Electorales de Mayence ;"Trèves , Cologne
, Munich ,' Brandebourg et Hanover y
qu'à son Altesse le Prince de Liège et à la
Chambre Impériale de Wetzlar.
16
II. Le Prince de Liège enverra à l'Electeur
de Mayence une déclaration d'accorder
Amnistie à tous les Insurgens sans exception.
10
HI. Le Roi de Prusse la leur fern connoître
confidentiellement . ' »
Lo
(( 238 )
་
IV. Lorsque les Gours Electorales seront
intimées de la soumission des Insurgens
elles feront surseoir à l'Exécution , en requérant
le Prince , pour qu'il accorde grace et
Amnistie aux Insurgens ; et feront supplier
la même chose vis - à - vis de l'Empire . » ¸ ”D
V. Le Prince fera publier une Ambistie .
- VI. Les Cours de Brandebourg , Cologne
et Munich enverront à Liège chacune un
Député , pour voir si la soumission est faite et
pour faire désarmer. "
"
"
VII. Les Gardes et Troupes du Prince
seront rétablies . "
VIII. Le fout sera tétabli dans l'Eta?!
où il étoit le 18 Août 1789 .
"" }
IX. Cela fait , le Prince será invité à
retourner dans ses Etats. De eo ma
" X. Alors il sera question de voir si la
Magistrature rétablie será continuée , ou si
l'on doit procéder à la formation d'une nou
velle , ou s'il y aura une nomination.interimistique,
"
« XI. Les Insurgens proposeront leurs
griefs et on examinera quels changemens il
y aura à faire, zabit £ 34 Fynoisslutics
H XII. Les frais de l'exécution et ceux à
faire seront à charge du Pays. " .6
XIII. Pour éviter tous ressentimens per-,
sonnels, il y aura de nouveaux Commissaires.
La Prusse nomme le Baron de Stein , l'Electeur
de Cologne , M. de Kramer , l'Electeur ,
Palatin , M. de Knap. "
XIV. Le Prince de Liège nommera aussi
un nouveau Ministre , et on lui dit , que le
Comte de Mean , son Neveu , est agréable
à tout le monde .
H
XV. Le Prince sera prié de émissionner
ses dommage ou un partie d'iceux. «
( 239 )
i
་་
Selon co Plan , les Troupes d'exécution
partiront du Pays de Liege , sauf qu'il y
aura 400 hommes de la part de l'Electeur de
Cologne , autant de l'Electeur Palatin , et
autant de celui de Brandebourg, qui rester
ront au Pays , pour veiller au rétablissement
du bon ordre.
D
⚫ Ces Résolutions forment un tel con
traste avec les prétentions de Liège , et
l'assurance tranchante de ses volontés ),
qu'il est difficile de comprendre , ou la
confiance des Habitans de cette Ville
dans le plus léger espoir de faire adopter
le voeu de leurs Districts , ou celle de
l'Empire qui leur impose de pareilles
Lois. Lorsque la nouvelle en est arrivée
à Liège , les Sections , assemblées le 4 ,
ont délibéré de préférer la mort à l'esclavage
, d'être libres ou mourir , de
verser jusqu'à la dernière goule de
leur sang , plutôt que de courber ia
tête sous le plus dur despotisme , en
acceptant ces Préliminaires. On les
hautement rejetés , et les Députés, de
la Ville à Francfort , y ont été reporter
la résolution de leurs Commettans . Qui
fléchira de l'Empire ou d'eux ? Nous
osons croire que c'est un probleme! Il
paroît que le Roi de Prusse s'est entiè
rement refroidi sur le sort de ces Insurgens
, dont la cause mériteroit plus din -
térêt , si elle n'avoit été fondée sur les
violences du mois d'Acut'1789. Employer
la force pour obtenir des de-
L vj
( 240 )
mandes même justes, c'est donner à ncs
Adversaires le droit de nous écraser lé
gitimement s'ils deviennent les plus forts.
Après tant d'actes de Souveraineté , à
la suite d'un style si impérieux et si outrageant
, les Chefs de l'Insurrection de
Liège doivent en effet être humiliés des
conditions qu'on leur propose. S'il n'y a
pas de milieu à commander en maîtres ,
ou à se courber sous le plus dur des
potisme , le Rescrit du Collège Electoral
est en effet très- despotique. Cependant ,
il ne prononcesur les prétentions d'aucun
Parti , et se borne à les soumettre à un
arbitrage plus équitable que celui des
bayonnettes , des confiscations , des ban
nissemens , des délibérations prises les
armes à la main...
55 , vane w
J.
ن د
GRANDE-BRETAGNE.
De Londres , le 13 Octobre.
Les raisonnemens sur la guerre ou la
paix touchent à leur terme : dans trèspéu
de jours , ce problème terrible ne
sera plus douteux . Le Public appréciera
alors la justesse des informations des
Prétendus Politiques , qui , sur la foi de
quelques Gens à argent et des spécula
jonsde Csfés, traitoient si lestement cette
querelle , que l'anarchie de la France et
Ja lenteur de ses résolutions politiques ,
iv I
+
( 241 )
ont rendu maintenant presque inconci
liable .
Le retour du Courrier de Cabinet ,
expédié à Madrid il y a 15 jours , décidera
ou non la rupture ; mais il seroit
possible qu'elle le prévînt. Nous l'avons
annoncé invariablement : la paix dépend
de l'accession de la Cour de Madrid aux
conditions que notre Gouvernement lui
dicte; or, comme elle est préparée à la
guerre, comme des intérêts puissans lui
commandent un refus , comme elle a pa
conserver l'espoir d'être secourue par la
France , on ne désarmera pas facilement ;
suivant les apparences , sa résolution est
de combattre plutôt que de se résigner,
D'après cette opinion , devenue enfin
générale , et les dispositions menaçantes
qui la confirment ici de toutes parts .
le cri de guerre est maintenant universel
; les 3 pour cent consolidés ont baissé
d'un pour cent par jour depuis Vendredi
ils étoient hier à 73. Un Courrier arrivé
de Paris la semaine dernière , paroît avoir
entraîné le Ministère à des mesures décisives.
Samedi matin , à l'issue du Conseil
, un Exprès partit pour Madrid; dans
les cercles les plus qualifics , on assure
qu'il porte à M. Fitz Herbert ses Lettres
de rappel . Deux autres Courriers ont
été expédiés le même soir , l'un à la Haye
et l'autre à Berlin. Dans le jour , Myr
lordHowe quitta Londres pour se rendre
à Portsmouth , où il est arrivé le 8. Le
*
( 242 )
lendemain , il a arboré son Pavillon sur
la Queen Charlotte de 110 canons , à
Spithéad. L'Amiral Barington avoit antérieurement
recu Fordre de mettre la
Flotte en état de lever l'ancre , aussitôt
que possible . Cet événement est peu
éloigné ; on l'annonce pour la fin de la
semaine . On redouble d'activité pour
l'équipement de la Britannia de 100
canons , du Warrior , du Berwick , de
'Hector de 74 canons , et du Ruby de
64. Le Leviathan , de 74 canons , sera
lancé cette semaine à Chatham , où l'on
presse l'équipement du Zealous , du
Terrible , du Vénérable et du Thunderer,
vaisseaux neufs de 74 canons . Sui
vant la dernière liste de l'Amirauté , nous
avons 71 vaisseaux de ligné en commission
, et 31 en bon état qu'on prépare
actuellement, Nous pouvons certifier
qu'il s'en trouve dans cette nomencla
ture 43 construits depuis la dernière
guerre.
ๆ
L'Escadre qui va mettre à la voile
pour les Indes Occidentales est de sept
vaisseaux de ligne et plusieurs frégates.
Elle prendra sous son escorté les transports
et les bâtimens armés en flûtes qui
porteront des Troupes à la Barbade.
Trois Régimens partiront de Cork , et
fon embarque un Bataillon de chacun des
troís Régimens des Gardes. Le Corps
entier sera de 6000 hommes ; on en dit
lel commandement destiné au Général
( 243 )
Campbell. Les Gardes seront aux ordres
du Général Garth :le 11 , à la parade , on
leur signifia l'ordre de leur départ. On a
tiré de la Tour , des armes envoyées à
Portsmouth , et qui seront embarquées
sur les transports.
Ces dispositions font présumer qu'on
tentera de bonne heure une expédition
sur les Colonies Espagnoles; mais il faut
laisser dans les Gazettes la nouvelle d'un
plan contre le Mexique , donné par un
Créole , dont le Gouvernement veut exécuter
les idées . Toutes les guerres reproduisent
de ces faiseurs . Un des plus dangereux
parut en 1779, et il est certain que
la première destination de l'Escadre du
Commodore Johnstone avoit été déterminée
sur les projets de cet Etranger ( 1 ) . 5
I
13
( 1) Si ce Commodore , suivant le premier
plan du Cabinet , ent abordé au Pérou, parlar
mer du Sud, ilent trouvé cette Province, dé
vastée par le soulèvement des Naturels , 891
mille Blancs massacrés , la Paz saccagé,
Cusco assiége, et Lima sans défense, Avant
que le Gouverneur eut reçu des secours, de
Buenos- Ayres, le Pérou étoit enyahi. On a
ignoré en Europe les détails de cette ter
rible révolte des Naturels , nous en avons
main les documens les plus authentiques ;
c'est le fait le plus étonnant de la dernière
guerre et le moins connu, Il existe enFrance
un Homme qui se trouvoit au Pérou à cette
époque , et qui nous a confirmé toutes les
particularités dont nous possédons les preuves
officielles.
( 244 )
ཙྪི མ
26 .
Y
FRANCE.
De Paris , le 20 Septembre.
10
སདྡྷ ' , རོ ཀོ
ASSEMBLÉE NATIONALE.PO1
Décret sur les Assignals ,
2
rendus dans la
10 Séance du Vendredi
8 Octobre.
♫ Art. I. L'intérêt
des 400 millions
d'Assignats-
monnoie
créés par le Décret des 16
et 19 Avril dernier , cessera le 16 du présent
mois, et n'accroîtra
plus le capital à compter
de cette époque. Mov xd si iaob , 2.0913
d. Les coupons
d'intérêt
attachés
chaque Assignat
pourront
en être séparés
et , sur la remise qui en sera faite , les six,
mois d'intérêt
échus au 18 Octobre , seront
payés a
Bureau ouvert , à partir
du Pre
鼻
Janvier 1791 , dans les Caisses qui seront
désigntes par l'Assemblée Nationale , tant
à Paris que dans les Départemens ; ils seront
reçus pour comptant , à partir du 16 de ce
mois dans toutes les Caisses d'impositions
et de perceptions , savoir , les trois coupons
réunis des Assignats de too liv . pour 15 liv
oeur des Assignats đè 360 liv ? pour 4 kv.
Fó sols , et ceux des Assignats de 200 liv .
pour 3 live zo moet dus & fepers .
5.200
La valeur des Billets de la Caisse
d'Escompte, et les Promesses d'Assignats qui
ne sont pas garnies de coupons d'intérêt,'
sera fixé au 16 de ce mois , savoir , es Billets'
de Toco liv. à 1015 liv! les Billets de 300'
livà 364 1. sols , et les Billets de
200 livé à 263 | Momold and 9.
zd IV. Cette valeur 'fixe commencera aux. '
dits Billets jusqu'à leur échange fait contre .
des Assignats , et , à cette époque , les As- '
1
( 245 )
signats donnés en échange et séparés de
leurs coupons d'intérêt ne vaudront plus que
1000 liv. , 300 liv. et 200 liv. , nonobstant
la mention de l'intérêt faite dans le libellé
de l'Assignat ; les coupons de l'intérêt séparés
desdits Assignats , seront payés conformément
à l'article II.
Articles décrétés sur le remplacement de la
Gabelle dans la Séance du 8 Octobre.
"
"
ART. I. Les diverses impositions établies
par les Décrets des 14 , 15 , 18 , 20 , 21 , et
22 Mars , pour indemnité de la suppression
des Gabelles , pour l'abonnement de droit
des fers , et , du droit de la marque des
Cuirs , et pour le remplacement du droit
de fabrication sur les Amidons et sur les
Huiles ; et des droits de circulation sur les
Huiles et Savons , seront réparties , conformément
auxdits Décrets , entre les Départemens
et les Districts qui formoient autrefois
les Provinces soumises à ces Droits .
La proportion de consommation sera évaluée.
en masse à raison de la population , sauf
l'indemnité qui pourra être accordée aux réclamations
fondées , conformément à l'article
V , sans que les réclamations qui auroient
lieu puissent arrêter l'exécution des rôles.
"
"
II. D'après cette première répartition ,.
la population des villes indiquant en chaque
Département la somme de la contribution à
laquelle elles devront être soumises , cette
somme sera distraite de la contribution génerale
, pour être imposée en chaque ville ,
ainsi qu'il sera décreté par l'Assemblée Nationale
, sur le vu de l'avis du Directoire de
Département , qui sera tenu de demander
l'opinion du Directoire de District , e par
celui- ci le voeu de la Municipalité , confor(
246 )
mément au Décret du 22 Mars. Le surplus
sera imposé dans les campagnes , au marc
la livre des impositions ordinaires et des
rôles des vingtièmes dans les lieux où ils sont
levés , ou du premier desdits vingtièmes dans
les autres. "
DU LUNDI 11 OCTOBRE.
M. de Bassignac , Commandant du Régiment
Mestre-de Camp , Cavalerie , annonce ,
par une Lettre suivie d'une Adresse du Régiment
, le retour à l'ordre , et les bonnes
intentions de ce Corps , éga é par des séductions
dont son sincère repentir atteste
toute la perfidie . On a fait une mention honorable
de cette lettre dans le Proces verbal .
Après la lecture des Procès- verbaux , M.
PEvêque de Clermont est monté à la Tribune
. Ora cru deviner son intention , et aux
premiers mots , on lui a fermé la bouche ;
en réclamant l'ordre du jour. Cette violence
résultoit de la crainte que le Prélat ne protestât
au nom du Clerge , contre la Constitution
Ecclésiastique ; cette crainte manquoit
de fondement. M. l'Evêque de Clermont se
bornoit à un acte de déference pour le Saint-
Siége , et à demander qu'on suspendît l'exécution
des Décrets concernant la Constitution
du Clergé , jusqu'à ce que le Roi ait reçu
la réponse de S. S.
Immédiatement après , la discussion est
revenue au systême d'imposition fonciere.
M. de la Rochefourauit a pensé que nonseulement
il ne falloit imposer que le revenu
net , mais encore que le revenu moyen pris
sur un nombre d'années. Par revenu net, il
entend ainsi que le Comité , le produit des
1
247 )
terres dont l'on deduit les frais de semence ,
de culture , de récolte , et le salaire meme
du Propriétaire , s'il est Cultivateur lui-même .
M. de Delley d'Agier qui , dans les précédentes
Séances , avoit montré une intelligence
juste de la matière , des lumières positives
, et la clarté de style qu'assurent les
idées exactes sur le sujet qu'on traite , M.
de Delley d'Agier a insisté sur la nécessité
de déduite da revenu tout ce qui n'est pas
d'une exploitation ordinaire et selon la coutume
locale ; il a posé trois principes ; 1º . la
Contribution foncière ne peut grever l'industrie
sans devenir aussi personnelle . 2 ° . El'e
ne doit porter que sur les Capitaux fonciers ,
à raison de leur revenu net imposable. 3 ° . Elle
doit avoir une base solide , une quotité fixe ;
or , les produits extraordinaires et casuels
de l'industrie agricoles ne sont ni des Capitaux
fonciers , ni une base stable et fixe ."
Les imposer , ce seroit une mesure désas-'
treuse pour le Propriétaire et pour la Nation ,
"
Au lieu de ces grandes et larges bases , a - t-il
ajouté, sur lesquelles se placent des Législateurs
créant la Constitution d'un Peuple'
libre, vous voulez vous circonscrire dans ces
combinaisons mesquines , dans cette étroitesse
de génie qui , depuis tant de siècles ,"
comblent tous nos malheurs . Vous voulez...!
" augmenter même les abus de l'a bitraire ...
« Consultez vos Aînés en liberté , vos Aînés
en pensées fortes et profondes , vos Aînés
sur-tout en grandes vues législatives ; et
« au lieu de prendre leurs modes , qu'ils
-vous fournissent de plus nobles et de plus
utiles objets d'imitation. Voyez ces Insulaires
, avec une population et des propriétés
moindres de moitie que les votres ,
13
( 248 )
"
" avec une dette immense, briller entre les
Nations , et conserver dans l'opinion de
« l'Univers une prépondérance que vous
n'avez pas. Chez eux l'agriculture est Aorissante.
La taxe sur les terres , à peine le
sixième des revenus publics , et presqu'invariable
, dans sa quotié , l'est , sur - tout
dans son assiette ( 1 ) . L'Angleterre sent
que ce n'est pas quelques millions de plus
qu'elle retireroit sur les fruits de l'indus
trie agricole qui feroient sa vraie richesse.
"
"
་་
"
"
Combien ces passages auront scandalisé
tel Auditeur qui ne croit point à l'aínesse
du génie , qui traite ces Insulaires d'absurdes:
esclaves , parce qu'ils ont un Roi puissant ,
une Chambre des Pairs , et n'en sont que,
plus libres , et qui se persuade que l'opinion,
de l'Univers se regle d'apres la déraison
tranchante et le galimathias , de trois ou
quatre Journaux !
En conséquence de ces principes , le projet
de Décret offert par l'Opinant , distrait de
l'évaluation du revenu net tous les produits
de l'industrie du possesseur , comme les fruits,
des arbres plantés dans une prairie , dans
une terre labourable , dans une vigne , et
le plus recueilli par des engrais , travaux ou
procédés particuliers . L'Assemblée a ordonné
l'impression de ce discours applaudi , qui
feroit autant d'honneur aux sentimens qu'aux
Jumières de M. de Delley & Agier , dût-on,
n'y voir qu'une théorie ingénieuse . On a
(1 ) La taxe sur les terres qui rend deux
millions sterlings , ne forme, qu'environ un .
huitième du Revenu public actuel , de 15
millions six à sept cent mille liv . sterlings.
( 249 )
rendu le même honneur au discours d'un
Propriétaire expérimenté , de M. de Lamerville
, qui propose de diviser les terres en six
classes , n'exempte de l'impôt que les accessoires
du sol , et ne caractérise ainsi que les
troupeaux , et non les arbres ; attendu que
les troupeaux vout et viennent . Mais toute
l'attention se dirigeoit d'avance sur l'affaire
de St. Domingue ; M. Barnave étoit chargé
du Rapport au nom du Comité Colonial.
Les faits à raconter et les mesures à
prendre , cette division naturelle n'auroit
pas obligé plus écopeut-
être Cette
to temps d'une Assemblée Constinome
tuante , à remonter à la première nouvelle
de la convocation des Etats-Genéraux. Voici
le sommaire de l'historique détaillé par M.
Barnave , avec une fatigante prolixité. Nous
he prononcerons pas s'il a été aussi impartial
que verbeux et vide .
Il se forme au Nord , au Sud , et à l'Ouest
de la Colonie , des Assemblées ou Comités
qui , recueillant les suffrages des Paroisses,
elisent , dit le Rapporteur , les Représentans
admis depuis dans l'Assemblée Nationale.
Les trois Assemblées provinciales en élisent
une générale , et n'en subsistent pas moins.
Celle-ci reçut avec une reconnoissance unaaime
le Decret du 8 Mars sur la Colonie
elle décreta des remerciemens et agit cependant
en législatrice souveraine. Ici lecture
du discours que M. de Peynier, le Gouver
neur , y prononça le 28 Avril , et cette lecture
est applaudie. Deux jours après , l'Assemblée
générale se déclare permanente. Le
6 Mai , elle casse le Conseil Supérieur du
Cap ; le 20 , elle attribue aux Municipalités
des pouvoirs inouis , des fonctions militaires ,
( 250 ).
des droits relatifs aux forts , aux ports , au
Commerce , et notifie simplement ces Décrets
au Gouverneur , sans attendre ni la
ratification du pouvoir constituant de la
Métropole , ni la Sanction Royale. M. de
Peynier fait des représentations , l'Assemblée
générale répond fierement , lui rappelle son
Serment , persiste , et le rend responsable
des suites d'un refus.
2
17
Les Assemblées du Nord et Sud avoient protesté
de leur inviolable attachement à l'Assemblée
Nationale. La premiere prit , le
Mai , un arrêté où elle exalte et proclame ,
comme le principe absolu de la conduite de
la Colonie le sublime Décret du 8 Mars
( proposé par M. Barnave ) ; arrêté applaudi
à Paris pour le moins aussi chaudement que
dans l'Assemblée du Nord. Celle du Sud
assure que tous les bons Citoyens regardent
le Décret du 8 mars comme la base de leur
" régnération. »
"
Dans ces circonstances , l'Assemblée Générale
, de St , Marc , déclare , à l'unanimité.
le 28 Mai , que le pouvoir législatif , en ce
qui concerne le régime intérieur de St. Domingue
, réside dans l'Assemblée de ses Réprésentans
constitués en Assemblée Générale
; n'admet de plus que lasanction du Roi ,
et n'accorde force de loi aux Décrets de l'Assemblée
Nationale , concernant les rapports
commerciaux et communs , que lorsqu'ils
auront été consentis par l'Assemblée Générale
; fixe ses Législatures à deux ans , et decrète
que ces articles , comme faisant partie
de la Constitution de St. Domingue , seront
incessamment présentés à l'acceptation de
l'Assemblée Nationale et du Roi , envoyés
aux Paroisses , et notifiés au Gouverneur ,
( 251 )
"
. Vous voyez , dit le Rapporteur , vous
« voyez que , par ce Decret , l'Assemblée Générale
retient la législation , en ce qui con-
« cerne le régime intérieur , avec la seule
sanction du Roi.... L'Assemblée Générale
avance qu'il n'étoit pas dans son intention
que ce Décret fût définitif , et qu'il étoit
soumis à l'acceptation de l'Assemblée Nationale
; mais peut- elle oublier son préambule
et sa conduite ?
་་
40
44
"
Ce préambule porte que le droit de statuer
sur le régime intérieur appartient essentiellement
à St. Domingue , parce que ceux- là seulement
qui ont intéret à la loi peuvent la délibérer
et la consentir ; conséquences immédiates
des principes de la Constitution Françoise
; que les Décrets de St. Domingue ne
doivent être soumis à d'autre sanction que
celle dà Roi , parce qu'à lui seul appartient
cette prérogative inhérente au Trone ; que
l'Assemblée Nationale si constamment attachée
aux principes de justice , n'hésitera pasa
reconnoître les droits de St. Domingue par un
Décret solemnel ; on voit d'un coup d'oeilquels
sont le modèle et les torts de l'Assemblée de
St. Marc . Mais elle n'a bientôt plus de modèle,
et ses torts n'en deviennent que plus graves .
Le 1 Juin , nouvean Décret par lequel
elle déclare que tout en se croyant suffisamment
confirmée , elle ne veut que d'une confiance
entière ; que ne se dissimulant " pas
les inconvéniens dont l'Assemblée Natio-
" nale a senti, le danger lorsqu'un de ses
- membre lui proposa de convoquer les Bailliages
, l'Assemblée Générale conservera
ses fonctions jusqu'au moment de l'expres
sion du voeu des Paroisses. L'Assemblée
du Nord attaque le Décret du 28 Mars ; on
"
.
20
( 252 )
discute , on imprime . Alors arrive une lettre
attribuée , sans doute faussement , à un
de nos Collègues , observe le Rapporteur »
lettre qui tend à décrier notre instruction
du 28 Mars comme le fruit de l'influence du
Ministre de la Marine , et qui suppose que
l'Assemblée Générale aura l'autorité de n'en
prendre que ce qui est conforme aux localités
.
"
น
" Mais les instructions même étoient faites
pour les convenances locales . Nous nous
étions , à cet égard , écartés des Lois Françoises.
Ainsi ce raisonnement étoit un misérable
sophisnie. Les instructions ... étoient
la volonté de l'Assemblée Nationale. »
On délibère dans les Paroisses , on vote
pour
la conservation
de l'Assemblée
Générale
; elle décrète une formule de serment ,
les Voloutaires
protestent et jurent de défendre
tous les Décrets de l'Assemblée
Nationale
. L'Assemblée
de St. Marc déclare ,
le 13 Juillet , ce serment inconstitutionnel
,
et ordonne que M. Mauduit sera poursuivi
comme criminel de Leze - Nation ; il est clair
qu'il n'a manqué qu'un Général et des Troupes
à cette Assemblée . '
La fin du rapport a été renvoyée à demaia .
DU LUNDI. SÉANCE DU SOIR.
La Communauté des Orfevres est venre
ce soir solliciter la suppression du contróle
sur les ouvrages d'or et d'argent. Son Adresse
et le secret des moyens qu'elle offre de templacer
les produits du contrôle , ont été
renvoyés aux Comités réunis de Commerce
et des Monaoies.
Jamais l'Assemblée ne fut si peu nombreuse
( 253 )
breuse que dans cette Séance. Un Membre
a invité les Assistans à se rendre au Club
des Jacobins , où probablement l'Assemblée
Nationale étoit séante . Cette rareté de Délibérans
n'a pas empêché qu'on décrétât encore
une vingtaine d'articles de la façon de
M. Chassey , à ajouter au code immense qui
doit régler l'aliénation des Biens Nationaux .
DU MARDI 12 OCTOBRE.
A l'ouverture . un Décret proposé par M.
Thouret , sur l'installation des nouveaux
Tribunaux , a été adopté sans discussion :
il compose un Réglement de circonstances
en 15 articles minutieux .
M. Barnave a repris son verbeux Rapport
sur l'affaire de Saint- Domingue , qu'il auroit
bien pu réduire à ses conclusions , puisqu'on
n'a pas permis la moindre réflexion ,
même à M. de Mirabeau.
.
Le dépouillement critique des scrutins
des 52 Paroisses , fait avec une analyse qui
devroit servir de modèle et de correctif à
ceux qui évaluent la volonté générale , le
sentiment du Peuple , par des Majorités factices
ou fallacieuses , a tendu d'abord à
mettre en doute la confirmation de l'Assemblée
générale ; confirmation néanmoins
proclamee par M. de Peynier , qu'on n'accuse
pas de partialité à l'égard de cette
Assemblée . Ensuite , énumérant tous les
actes d'autorité qui lui servoient à prouver
l'usurpation du Pouvoir législatif, le Rapporteur
a cité le Décret par lequel l'Assemblée
générale se déclaré confirmée ; celui
qui licencie les Troupes et crée des Gar les
Nationales ; celui qui ordonne à l'Officier
commandant le vaisseau le Léopard ,
N". 43. 23 Octobre 1793. ུ་
a
( 254 )
nom de la Nation , de la Loi , du Roi et de
la Colonie , de ne point quitter la rade.
Après l'exposé des faits de la fin de Juillet
et du commencement d'Août ; faits que
nous avous antérieurement rapportés , M.
Barnave récapitule les crimes de l'Assemblée
générale . Elle s'attribuoit les pouvoirs
législatif et exécutif; elle a voulu mettre les
armes à la main des Citoyens . Mais ces
derniers actes , observe -t- il , quoique extrêmement
coupables , appellent moins de sevérité
, parce qu'ils ont été faits pour la défense
personnelle des Membres de l'Assemblée
générale . »
K
Nous avons séparé , poursuit le Rapporteur
, la question des choses , de celle des
personnes. Après avoir jugé les actes , il nous
a paru utile de laisser aux Membres de l'Assemblée
générale le temps de justifier , s'il
est possible , ses intentions. Nous avons cru
que des hommes qui avoient obtenu la confiance
d'une partie de leurs Concitoyens ,
doivent obtenir une attention froide et lente .
Vous ne douterez pas que cette Assemblée
ne doive être annullee ; mais la casser ,
dira - t-on , c'est rendre un jugement ! Il ne
faut pas d'autre jugement que votre décision
pour anéantir une Corporation politique ,
créée par vous. C'est au Pouvoir constituant
source de tous les Pouvoirs , qu'il appartient
de juger une Assemblée subordonnée ; mais
yous n'avez aucune de ces questions à examiner.
Les Assemblées Coloniales ... ne sont
que des Commissions du Pouvoir constituant.
"
Passant de ce galimathias sur les Constituans
et les Constitués , au contraste das
éloges , M. Barnave a sollicité la satisfac(
255 )
tion de la Patrie pour l'Assemblée du Nord ,
les Volontaires du Cap , ceux de Saint- Marc ,
M. Peynier , M. Mauduit .... On dira ,
s'objecte - t - il , qu'ils se sont opposés à la
Révolution . Mais si cette Révolution devoit
séparer cette Colonie de la Métropole , ils
ont droit à votre reconnoissance. Si cette
Révolution étoit l'exécution de vos Décrets ,
M. Peynier l'a demandée , l'a sollicitée , ne
s'est servi que pour cet objet des moyens qui
lui étoient confiés. On dira qu'il s'est opposé
à l'établissement des Municipalités ;
mais il s'agissoit de Municipalités funestes,
On dira qu'ils ont versé du sang ; mais vous
avez vu que ce malheur étoit nécessaire pour
la conservation de la Colonie ( nous avons aussi
vu plus haut que ces actes étoient excusae
bles pour la conservation des Auteurs des
Décrets ) ; que la guerre étoit presque déclarée
par les Décrets de l'Assemblée géné
rale , par les tentatives sur les magasins à
poudre , sur la fidélité des Soldats ; vous
avez vu qu'il falloit périr ou prendre des
précautions pour conserver la Colonie et le
Gouverneur même.
R
Ces traits , que nons n'apprécierons ni
comme vérités , ni comme moyens oratoires ,
offrent un aspect extraordinaire , quand on
les rapproche des événemens dont s'est composée
la Révolution de la Metropole , qu'on
se garde bien de juger sur ce qu'elle peut
avoir eu de funeste. L'eloge et le blâme out
des applications arbitraires dans les tempa
d'anarchie. Nous remarquerons simplement
que le vertueux Louis XVI est le seul , au
milieu des insurrections , qui ait constamment
recommandé de n'employer aucune
Mij
( 256 )
espèce de violence , et de ne point verser le
sang du Peuple.
«
M. Barnave a révélé aux Colons de Saint-
Domingue que l'Amérique Septentrionale
ne sauroit être , de long- temps , pour eux , une
utile alliée , et qu'ils n'ont de choix à faire
qu'entre la France et l'Angleterre.….… Celle ci
réduiroit , a- t-il dit , à un Gouvernement defer
le Gouvernement doux que nous voulons établir.
Ainsi , éloignez ces inquiétudes . J'oserois
m'en faire le garant. Quelques- uns ont
été trompés.... ( Ici des murmures du côté
droit ) . Il m'est permis de disculper devant
tous , des hommes , des François ; ils étoient
égarés , ils n'étoient pas corrompus.....
Laissant à d'autres le soin de deviner
cette énigme nous observerons que M.
Barnave , dans un Discours de plus de six ·
heures , c'est-à - dire , de la valeur de 36
mille francs , n'a montré que des principes
de circonstance , de ceux qu'en un à tre
ordre de choses , on foudroieroit soi -même
par d'aussi vigoureux principes ; qu'il a jugé
comme la fortune , que la Déclaration des
Droits de l'Homme étant l'élément radical
de la Constitution Françoise , et ne convenant
pas à Saint- Domingue , le Pouvoir législatif
ne peut être essentiellement le néme
ici et là , parce qu'il n'existe nulle part dans
le même sujet deux vérités dominantes , impératives
et opposées ; que la Colonie ne
pécheroit pas contre la Souveraineté de la
France , en voulant exercer la portion qu'elle
en a , de l'unique manière qui ne lui soit pas
uisible, en tenant toujours à la Mère - Patrie
par la nécessité consentie de la Sanction
Royale et du Pouvoir exécutif du Roi
par ses Gouverneurs ; que les grandes ques(
257 )
"
tions contenues dans cette affaire majeure.
n'ont été qu'éludees ; qu'an Corps législatif
n'a pas le droit d'infliger des peines ;
que l'Assemblée générale a déja été jugée
et punie par ses Commettans ; que la défense
de l'Assemblée générale se réduit à
ces mots : J'ai abusé de la plupart de vos
maxinies de théorie et de pratique , pour
me rendre indépendante de vous et de mes
Commettans ; ils m'exterminent , je me réfugie
dans vos bras . Juges et Parties , il
faut
que vous soyez extrêmement généreux
pour que je ne paroisse pas avoir tenu une
conduite insensée .
30
Le Décret dont on a inutilement invarné
l'ajournement , et,rendu sans discussion , est
conça en ces termes :
"
L'Assemblée Nationale , après avoir entendu
son Comité des Colonies sur la situation
de l'isle de St. Domingue , et les événemens
qui y ont lieu ; " 1
" Consideraut que les principes constitutionnels
ont été violés , que l'exécution de
ses Décrets a été suspendue , et que la tranquillité
publique a été troublée par des actes
de l'Assemblée générale séante à St. Marc ,
et que cette Assemblée a provoqué et justement
encouru sa dissolution ; "
" Considérant que l'Assemblée Nationale
a promis aux Colonies l'établissement prochain
des Lois les plus propres à assurer leur
pro périté ; qu'elle a , pour calmer leurs
alarmes , annoncé d'avance l'intention d'entendre
leurs voeux sur toutes les modifications
qui pourroient être proposées sur les
Lois prohibitives du Commerce , et la ferme
volonté d'établir comme article constitutionnel
dans leur organisation , qu'aucunes
Mij
( 258 )
Lois sur l'état des personnes ne seront décré
tées pour les Colonies , que sur la demande
formelle et précise de leurs Assemblées Coloniales
; "
"
Qu'il est pressant de réaliser ces dispositions
pour la Colonie de St. Domingue , en
y assurant l'exécution des Décrets des 8 et
28 Mars , et en prenant toutes les mesures
nécessaires pour y rétablir l'ordre public et
la tranquillité ; ›
་་
"
Déclare les prétendus Décrets et actes
émanés de l'Assemblée constituée à Saint-
Mare sous le titre d'Assemblée générale de
la partie françoise de St. Domingue , attentatoire
à la Souveraineté Nationale et à la
Puissance Législative , décrète qu'ils seront
tenus pour nuls et non avenus , incapables
de recevoir aucune exécution ;
་་ Déclare ladite Assemblée déchue de ses
Pouvoirs , et tous ses Membres dépouillés du
caractère de Députés à l'Assemblée Coloniale
de Saint - Domingue ; "
"
Déclare que l'Assemblée Provinciale du
Nord , les Citoyens de la ville du Cap , la
Paroisse de la Croix- des- Bouquets , et toutes
celles qui sont restées invariablement attachées
aux Décrets de l'Assemblée Nationale ,
les Volontaires du Port au Prince , ceux de
Saint- Marc , les Troupes Patriotiques du
Cap , et tous les autres Citoyens qui ont agi
dans les mêmes principes , ont rempli glorieusement
tous les devoirs attachés au titre
de François , et sont remerciés au nom de la
Nation par l'Assemblée Nationale ; »
"
Déclare que le Gouverneur général de
Ja Colonie de Saint- Domingue , les Militaires
de tous grades qui ont servi fidelement
sous ses ordres , et notamment les Sieurs de
( 259 )
Vincent et Mauduit, ont rempli glorieusement
les devoirs attachés à leurs fonctions ; "
- Décrète que le Roi sera prié de donner
des ordres pour que les Décret et instruction
des 8 et 28 Mars dernier reçoivent leur exécution
dans la Colonie de Saint- Domingue ;
qu'en conséquence , il sera incessamment procédé
, si fait n'a été , à la formation d'une
nouvelle Assemblée Coloniale , suivant les
règles prescrites par lesdits Décret et instruction
, et tenus de s'y conformer ponctuellement
; "
« Décrète que toutes les lois établies continueront
d'être exécutées dans la Colonie
de Saint- Domingue , jusqu'à ce qu'il en ait
été substitué de nouvelles ; en observant la
marche prescrite par lesdits Décrets ; "
Décrète néanmoins que provisoirement
et jusqu'à ce qu'il ait été statué sur l'orgamisation
des Tribunaux dans ladite Colonie ,
le Conseil Supérieur du Cap sera maintenu
dans la forme en laquelle il a été rétabli ,
et que les jugemens rendus par lui depuis le
10 Janvier dernier ne pourront être attaqués
à raison d'illégalité du Tribunal : »
་
« Décrète que le Roisera prié , pour assurer
la tranquillité de la Colonie , d'y envoyer
deux vaisseaux de ligue et un rombre de frégates
proportionné , et de porter au complet
les Régimens du Cap et du Port au Prince ; »
་་
Decrète enfin , que les Membres de la
ci-devant Assemblée Générale de Saint- Domingue
et autres Personnes mandées à la suite
de l'Assemblée Nationale par le Décret du 20
Septembre , demeureront dans le même état ,
jusqu'à ce qu'il ait été ultérieurementstatué á
leur égard. »
M iv
( 260 )
DE MARDI. SÉANCE DU SOIR.
Quatorze articles ont été décrétés , pour
opposer le plus de difficultés qu'il est possible
, aux fraudes qui ruineroient la poste ,
à l'ombre du privilége de contre seing des
Membres de l'Assemblée Nationale.
Une Adresse de la Section' de Paris nommée
du Roi de Sicile , informe l'Assemblée
qu'elle exige des Gens de Loi qui veulent
ou voter , ou être élus pour les Tribunaux
à composer , le serment de n'avoir participé
à aucune manoeuvre contre l'établissement
du nouvel Ordre Judiciaire ; et que ceux
qui hésiteront de prêter ce serment , seront
exclus des Assemblées Primaires. Un pareil
serment , cette imitation , cette bigarrure
de l'Autorité législative , n'étonnent pas au
milieu des inconséquences , qui deviennent
de plus en plus notre raison publique
L'affaire de deux Officiers de la Martinique
maltraités pour avoir paru au spectacle
sans Cocarde , alloit être terminée par
un Décret conciliatoire ; M. Bouche y a v
le premier anneau d'une chaîne ; M. Alexandre
de Lameth a lié cette chaîne aux troubles
de la Colonie ; les Officiers , la Cocarde et
la chaîne ont été renvoyés au Comité Colonial
, dont le Rapport éclaircira ces mystères
, qui exerceroient mieux la sagacité
d'un Comité des Recherches .
Les horreurs de Nîmes , la recherche des
coupables , les réclamations réitérées de la
Municipalité , ses Adresses , ses Exposés , son
Frocès -verbal , restent ensevelis dans le Comité
des Recherches ou des Rapports. La
Justice publique , l'intérêt de Nimes , l'honneur
, la vie , l'état des Officiers Municipaux
( 261 )
pris
et de tant d'autres Citoyens , calomniés
comme eux , après avoir échappé au massacre
, restent compromis. M. de Marguerites ,
Maire de Nîmes , livré , comme ses Collegues
, aux impostures de quelques Factieux
et des Journalistes leurs auxiliaires , a
la parole pour supplier l'Assemblée d'ordonner
enfin le Rapport de cette affaire ,
dont le Public ne connoît pas les affreux
secrets. Les Officiers Municipaux , a-t-il
dit , ont résigné ; les nouvelles Elections
approchent ; la fermentation augmente .
Un Officier Major de la Garde Nationale
« a osé dire dans le Club des Amis de la
Constitution la lanterne seroit un supque
plice trop doux pour les Officiers Municipaux
; qu'il falloit dresser un échafaud au
milieu de la place de l'Esplanade , et les
y faire expirer sur une roue de charrette.
"
"
"
"
M
"(
"
"D
Quelques Membres du côté gauche ont
témoigné leur sensibilité sur ce propos , plus
digne d'un Cannibale que d'un Ami de la
Constitution , en invoquant l'ordre du jour.
L'ordre du jour ! a repris M. de Marguerites.
Y en a-t - il de plus important que
celui de rappeler la tranquillité , si cruellement
oublié , et d'écarter de Nîmes de
nouvelles calamités. " Cette louable indignation
a été efficace on a décrété que le
Rapport seroit fait incessamment.
"
"
་་
"
M. Chassey a continué ses Réglemens sur
la vente des Biens Nationaux : 24 articles
ont été décrété
DU MERCREDI 13 OCTOBRE.
Chaque jour tue une Municipalité. Un
Décret , rendu ce matin , ordonne que quatre
Mo
( 262 )
Paroisses , du District de Châteauneuf , qui
chacune avoient le bonheur de posséder son
Maire , n'en auront plus qu'un seul pour les
quatre .
M. Thouret a proposé la suite des Décrets
rendus hier sur l'installation des Juges. Les
voici réunis dans leur ensemble :
་་
Art. I. Les Juges élus pour composer les
Tribunaux de District seront installés sans
délai , et commenceront leur service aussitôt
qu'ils auront reçu les Lettres- Patentes du
Roi ; et si le commissaire du Roi près d'un
Tribunal n'étoit pas nommé , ou ne se présentoit
pas pour prêter son serment de réeeption
, les Juges de ce Tribunal comшettront
un Gradue qui en remplira provisoirement
les fonctions. »
II. En attendant le prochain établissement
de la procédure criminelle par Jurés ,
les anciens Tribunaux , tant qu'ils resteront
en activité , ensuite les Tribunaux de District
lorsqu'ils seront installés , pourront ,
dans toute l'étendue du Royaume , et nonobstant
toutes Lois et coutumes locales
contraires , informer , décréter , instruire
et juger en matière criminelle ; à cet effet,
les Tribunaux de District commettront un
Gradué qui fera provisoirement les fonctions
d'accusateur public de la même manière que
los anciens Procureurs du Roi. "
" III. Les Tribunaux de District suivront
aussi provisoirement en toutes matières
civiles et criminelles , les formes de la procédure
actuellement existantes , tant qu'il
n'en sera pas autrement ordonné .
33
IV. Les procès civils et criminels pendans
en première instance , dans les Tribunaux
supprimés dont le ressort se trouve
( 263 )
divisé en plusieurs District , continueront
d'être instruits devant le Tribunal de District
où étoit le Chef- lieu du Tribunal supprimé
, et y seront jugés. »
"
V. Les procès civils pendans aux Parlemens
, Conseils Supérieurs , Présidiaux et
autres Tribunaux de District , supprimés ,
seront renvoyés aux Tribunaux de District
qui remplaceront les anciens Tribunaux qui
ont jugé ces procès en première instance.,
et les parties y procéderont , conformément
aux dispositions du Titre V du Décret du
16 Août dernier , au choix d'un Tribunal
d'appel sur les sept qui composeront le tableau
pour le Tribunal substitué à celui qui a rendu
ie jugement ; ce qui n'aura lieu toutefois
que dans le cas où toutes les Parties ne consentiroient
pas à être jugées par les Tribunaux
de District établis dans les Villes où
étoient les Présidiaux , Conseils Supérieurs ,
Parlemens et autres Tribunaux saisis de ces
procès. "
"
VI. Les procès pendans en première instance
ou par appel , dans quelques Tribubaux
ou devant quelques Commissions extraordinaires
que ce soit , en vertu de committimus
ou autres priviléges , ou en vertu d'évocation
ou attribution quelconque , seront
renvoyés aux Tribunaux de District qui
remplaceront ceux qui auroient dû naturellement
counoître de ces procès , soit pour y
être iustruits et jugés en première instance ,
soit pour y être procédé au choix d'un Tribunal
d'appel , ainsi qu'il est dit en l'article
précédent. "
VII. Seront comprises dans le précédent
article , les affaires dont la connoissance
été attribuée , par des Décrets de l'Assemblée
Mvj
( 264 )
И
Nationale , à quelques - uns des anciens Tribunaux
dont les fonctions vont cesser , à l'exception
seulement des accusations pour crimes
de Lèse- Nation , attribuée au Châtelet
de Paris , sur lesquelles l'Assemblée Nationale
se réserve de prononcer ultérieurement . " >
VIII. Les procès criminels pendans aux
anciens Siéges Prévôtaux et Présidiaux , et
ceux pendans par appel aux anciens Parlemens
, Conseils supérieurs , et autres Tribunaux
d'appel , seront incessamment jugés
par les Tribunaux de District établis dans
les Villes où étoient les Juges Prévótaux et ….
Présidiaux , les Parlemens , Conseils supérieurs
et autres Tribunaux d'appel saisis de
ces procès.
« IX. L'appel des procès criminels qui
seront jugés en premiere instance après la
publication du présent Décret , même de ceux
qui auront été jugés antérieurement , lorsque
les accusés n'auront pas été transférés aux
prisons près les Tribunaux d'appel , sera porté
et jugé en dernier ressort dans l'un des sept
Tribunaux de District dont le Tableau sera
incessamment proposé et arrêté par le Tribunal
de District qui aura rendu le Jugement,
ou qui se trouvera substitué à l'ancien Tribunal
qui aura jugé. "
"
X. Le choix d'un Tribunal entre les sept
qui composent le Tableau , appartiendra aux
accusés , et dans le cas où ils n'auront pas usé
de leur droit , ce choix sera dévolu au gradué
faisant les fonctions d'accusateur public près
le Tribunal de District qui aura rendu le jugement
, ou qui se trouvera subtitué à l'ancien
Tribunal qui aura jugé.
40
"
XI. Les Tribunaux de District qui juge
ront ies appels en matière criminelle ne pour
( 265 )
ront prononcer qu'au nombre de dix Juges
lorsque le titre de l'accusation pourra mériter
peine afflictive , et au nombre de sept , lorsque
le titre de l'accusation pourra mériter
peine infamante , à l'effet de quoi ils appelleront
les Suppléans , et autant de Gradués
qu'il en sera besoin .
"
XII. Les dispositions du présent Décret
relatives à l'instruction et jugement des procès
criminels n'auront lieu que provisoirement
, et jusqu'à ce que la forme du jugement
par Jures soit mise en activité.
"
XIII. Dans les Villes où les Tribunaux
de District vont être installés , le Conseil
général de la Commune notifiera , au moins
quatre jours d'avance , aux Officiers Municipaux
des autres Villes et lieux du District
dans lesquels il y a des Tribunaux supprimés
, et dont les fonctions doivent cesser le
jour qu'il aura fixé pour l'installation
la veille de ce jour , les Officiers Municipaux
se rendront en corps aux Auditoires des Tribunaux
supprimés , dont ils feront fermer les
portes , ainsi que celles des Greffes , après
avoir fait mettre par leur Secrétaire- Greffier
le scellé sur les Armoiries et autres dépôts
de papiers ou minutes en leur présence et en
cellc de l'ancien Greffier de chaque Tribunal
qui sera tenu de s'y trouver . »
"C
XIV . Dans les lieux où les papiers et
minutes des Greffes se trouveront déposés
dans la maison du Greffier , le scellé sera
mis provisoirement en cette maison , sur les
Armoires et autres lieux de dépôt qui contiendront
les papiers et minutes ; il sera ensuite
dressé inventaire de ces papiers et minutes
contradictoirement avec l'ancien Gref(
266 )
hier , et ils seront remis au Greffe du Tribunal
du District .
*
"
. XV. Sont exceptées de la disposition de
l'article XIII ci - dessus , les Amirautés et
les Maîtrises des Eaux et Forêts dont l'activité
ne va cesser que pour l'exercice de la
Juridiction contentieuse seulement ; mais il
sera procedé incessamment au triage des papiers
et minutes de leurs Greffes , en distingant
ceux qui concernent l'exercice de la
Juridiction de ceux qui ne sont relatifs qu'aux
parties d'administration confiées à ces Tribunaux
; les premiers seront remis au Greffe
du Tribunal de District , et les autres laissés
à la disposition des Officiers des Amirautés
et des Maîtrises.
De l'Ordre Judiciaire , on a passé aux
Finances , M. le Brun , interprète de leurs
besoins , a lu un Mémoire instructif sur cette
matière.
"
44
04
"
" M. Necker, a-t-il dit , n'avoit fait en-
" trer dans le compte de l'avenir , ni les
" mouvemens intérieurs , ni les mouvemens
étrangers , ni les lenteurs nécessaires dans
la récomposition d'un Gouvernement qu'il
falloit reprendre dans ses fondemens , ni
« tant d'opérations nouvelles , que le développement
de vos principes a nécessitées ,
" et qui toutes ont ou altéré les revenus , ou
augmenté les dépenses . Ce n'est point de
- l'effroi que je viens vous inspirer. Notre
situation n'a d'effrayant que ce que notre
imagination voudroit y mettre. Les 400
" millions d'Assignats sont épuisés , mais ils
ne sont pas perdus.... Les mécomptes ne
sont pas des pertes.... 15 et 16 millions
( dus à la Régie genérale ) rentreront , si
les Départemens , si les Districts , si les
"
"
"
"
"
LA
( 267 )
"
<<
"
་་
"
«
"
Municipalités déploient cet esprit public
« et cette vigueur que nous nous en sommes
" promis. La Régie des Domaines produi-
" soit 50 millions ; mais la suppression du
Franc- Fief , la langueur des Tribunaux ,
« et tout à l'heure la gratuité de la justice ,
le mouvement ralenti des affaires..... ont
altéré , pour cette année , le produit de
« cette Régie ; elle se relevera , quand la
tranquillité sera rétablie , quand vous aurez
imprimé le mouvement aux Biens Natio-
" naux et ramené les Citoyens à la nécessité
d'acquérir... Je dois vous rappeler que la
" fonte de la vaisselle n'a donné jusqu'ici
dans toutes les Monnoies , que 15,726,6521 .
14 sous.... Par le produit de notre vaisselle
, nous pouvons juger ou du patriotisme
de nos Citoyens ou de la misère de
notre luxe.... Le remplacement de la Gabelle
, etc. devoit donner 52 millions ; rien
n'est rentré , rien peut- être ne rentrera
dans cette année ; mais sans doute nous
« retrouverons une partie de cette recette
" en 1791 ... Enfin , nous vous présenterons
" incessamment l'état du porte - feuille du
« Trésor public.
"
"
M
10
»
En attendant , la dépense présumée des
trois derniers mois de cette année , sans
compter l'extraordinaire éventuel et probable
, s'élève à plus de 230 millions , la recette
présumée , si elle s'effectue , n'ira pas
au- delà de 93 millions et demi ; le déficit
excédera done 130 millions. M. le Brun les
divise ainsi : 31 en Octobre courant , 52 en
Novembre , et 48 en Décembre ; on néglige
ici les fractions. L'inévitable conséquence.
de ces calculs a été un Décret adopté dans
les termes suivans :
( $68 )
" ART . IDes 800 millions d'Assignats
décrétés le 29 Septembre , 31,095,000 liv.
seront employés au service du Trésor public
pour le present mois d'Octobre. »
"
II. Et attendu que les nouveaux Assignats
ne sont point encore fabriqués , la Caisse de
PExtraordinaire prêtera au Trésor Public
ladite somme , laquelle sera formée avec le
capital desdits Assignats , et la portion d'intérêt
, échue à l'époque du prêt , et le Trésor
public le rétablira dans la Caisse de l'Ex-
Traordinaire , en nouveaux Assignats . "
III. La Caisse de l'Extraordinaire versera
dans le Trésor public , la somme de
4,340,000 1. , qu'elle a reçue à compte du
premier terme de la Contribution Patriotique.
"
IV. Le Département de la Maison du
Roi cessera de faire partie du Trésor public ,
à compter du 1. Juillet dernier ; et à partir
de la même époque , les honoraires de l'Administration
, les appointemens de Commis ,
et les frais de Bureau , seront à la charge
de la Liste Civile.
"
Jusqu'ici on a renversé tout avant de s'occuper
de reconstruire , tout étoit proposé
partiellement et décrété de même ; aujourd'hui
M. l'Evêque d'Autun a prié l'Assemblée
de vouloir bien changer de marche à
l'égard de l'instruction publique. Il est instant
de protéger l'ancienne , de ne cesser de
l'étayer qu'au moment où elle pourra être
remplacée par la nouvelle. Le dessein du
Comité est de fondre celle - ci d'un seul jet.
Les précautions suggérées par M. d'Autun
ont été converties en Décret , qui ordonne
les rentrées ordinaires dans les Ecoles publiques
, et la préservation des Monumens des
( 269 )
f
Arts , Chartes et Biblioteques , livrées de
tons côtés à la dilapidation des Barbares.
On a repris la discussion des contributions
foncières. Un Discours lumineux de M. de
Delley d'Agier , les classifications de M. Lamerville
, les remarques de M. Rey , les sub •
tilités de M. Ræderer , ont occupé la scène
contradictoirement . La priorité a été débattue
entre un Projet de M. Boussion et
celui du Comité , qui l'a emporté , quoique
battu les jours précédens . Le Décret est en
trois articles .
*3
I. Le produit net d'une terre est ce
qui reste à son Propriétaire , déduction faite
sur le produit brut des frais de semences ,
culture , récolte et entretien . »
II. Le revenu imposable d'une terre est
son produit net moyen , calculé sur un
nombre d'années déterminé , »
III. Il sera donné avec le Décret une
instruction détaillée sur la manière d'évaluer
le taux moyen des revenus . »
、Dans le cours du debat , il est échappé
une prophétie effiayante à M. Rey ; cest
que si les bases de la contribution foncière
ne sont pas déterminées d'ici au 15 Norembre
, il n'y aura plus d'impôts à espérer
pour l'année prochaine.
Le même Opinant a exposé la nécessité
de continuer encore pendant une année le
systême d'imposition actuellement établi . 11
étoit temps d'aborder ces grandes questions :
Combien demanderons - nous aux Départemens?
Que demanderont- ils aux Districts ?
Combien ceux - ci demanderont- ils aux Municipalités
? et que pourront - elles recevoir
des Propriétaires ? C'est par la solution de
( 270 )
la dernière de ces questions , qu'on doit répondre
à toutes les autres .
>
M. de Montcalm - Gozon a lu un Plan ,
accompagné d'une instruction et de deux
tableaux , auxquels il a joint des détails ,
pour accélérer une opération qu'il fonde sur
les Rôles des tailles et des impositions ordinaires
faits pour 1790 ; opération qui lui
paroît infiniment simple , et ne suppose que
la peine légère de trouver le taux moyen de
la répartition proportionnelle du principal.
Par- tout elle pourra être exécutée , a-t - il
dit , en deux ou trois jours au plus , et
elle fournira la conneissance totale du
- revenu net de chaque Municipalité.
M. Rey proposoit trois vingtièmes pour 1791
et vouloit qu'on ne s'occupât de la répartition
nouvelle que pour 1792.
"
44
Pour combattre les deux Préopinans , M.
Roederer n'a pas tiré ses raisons des principes
ou des conséquences de leurs opinions , mais
de sa prédilection pour celles du Comité ,
qu'il assure avoir obtenu les suffrages des
Praticiens les plus versés dans la matière de
l'impôt. Sa plus forte raison , il l'a puisée
dans l'engagement qu'à pris l'Assemblée de
constituer et de répartir l'impôt de 1791 ,
engagement qu'elle doit s'obstiner à remplir ,
malgré tous les obstacles .
Des deux articles présentés par le Comité
et relus par M. de la Rochefoucault , le second
a été décrété sauf rédaction , et le premier
ainsi qu'il suit :
les
Art. I , du Titre III.
Aussitôt que
Municipalités auront reçu le présent Décret ,
et sans attendre le mandement du Directoire
de District , elles formeront un tableau indicatif
du nom des differentes divisions de
271 )
leur territoire , s'il y en déja d'existantes ,
ou de celles qu'elles détermineront , s'il n'en
existe pas déja ; et ces divisions s'appelleront
Sections , soit dans les villes , soit dans
les campagnes.
DU MERCREDI, SÉANCE DU SOIR.
Une Lettre de l'Assemblée Provinciale du
Nord de S. Domingue , une Adresse de la
Province du Nord , et deux Délibérations
de Paroisses , donnent les derniers coups aux
Fugitifs. La première annonce qu'elle s'est
réconstituée elle - même Assemblée Administrative
, et proteste d'un tendre attachement
pour le mere- patrie , et d'une confiance entière
aux Représentans de la Nation . M. de
la Luzerne n'est pas encensé dans cette correspondance
. Que des Patriotes à l'ordre
du jour , décrient les Ministres , cela n'est
pas surprenant ; mais qu'ils maltraitent M.
Barnave ! qu'ils le nomment Créature du
Ministre on trouve néanmoins cette singularité
dans ces Lettres Coloniales.
Le District de Vigan se joint au Directoire
du Gard, pour implorer une amnistie
en faveur des bons Citoyens de Nimes , que
le patriotisme a exaltés au point de souiller
leur Vilie par des massacres.
Des Députés de la Garde Nationale de
Pamiers , ont déployé devant l'Assemblée ,
une éloquence que des Journalistes pompeux
ont comparée à celle du Paysan du Danube.
Les Bourgeois de Pamiers ne s'attendoient
pas à tant d'honneur. Ils offrent leurs bras
et leurs Bayonnettes. Ils luttent contre la
rage ; chacun de ces Soldats de la
Patrie , dont ils chérissent cordialement la
( 272 )
paix , se promet bien de combattre un en-
Hemi corps-à- corps...
Ces Adresses , et la suite des Décrets sur
la disposition des Domaines Nationaux , ont
rempli la Séance entières
DU JEUDI 14 OCTOBRE.
Autres Municipalités supprimées . Celles
de Fremoy et d'Ircy - les- Prés ont reçu le
coup de mort ce matin : M. Gossin les a
fait incorporer dans celle de Mon médy,
Après ce Décret , et un autre qui donne
quatre Juges de Paix à Besançon , M. Thoures
a occupé toute la Séance du Rapport et de
l'examen précipité du volumineux Code
relatif à la nouvelle Justice de Paix ; Code
qui contient huit Titres divisés en cinquante
articles , et un neuvième Titre en six articles
pourles Juges des Viiles , qui profiteront
egalement du reste .
"
Citations , cédules , comparutions , enquétes,
visites de lieu et appréciations , Jug mens pré.
paratoires , Jugemens définitifs , minutes et
expéditions et dépens ; tels sont les objets
qu'embrassent ces nouvelles Luis . Quelques
remarques contradictoires , n'ont suspendu
que le temps de les entendre , ce torrent de
Decrets sur lesquels des Législateurs moins
pressés auroient peut- être médité des années
, et qui attesteront la confiance de l'Assemblée
dans l'infaillibilité de M. Thouret
et du Comité.
Les procédés connus des Justices Seigneuriales
et des Commissaires de Police , y sont
réduits aux proportions de l'inteliigence et des
facultés des nouveaux Juges . Puis ent - ils être
respectés et les lois ne pas s'avilir en naissant ,
( 273 )
"
par la dépendance de tous ces Magistrats populaires
! Puissent les Brouillons ne pas dire
'd'eux , nous les avons faits ; nous pouvons
donc les défaire , et nous ne devons pas
les craindre . " Puisse ce mépris inevitable
ne pas perpétuer l'anarchie !
20
Si M. Thouret n'affirmoit positivement
que la Constitution tient au succès de ce
Code , nous le prendrions pour une débauche
d'imagination , un de ces plans de théorie ,
qu'on ne s'attend pas à voir exécuter . Nous
le transcrirons la semaine prochaine.
DU VENDREDI 15 OCTOBRE .
Le Procureur- Général - Syndic du Département
du Nord , écrit à l'Assemblée Nationale
qu'il se présente une foulé d'acquéreurs
pour les biens Nationaux. Dans la Châtellenie
de Lille , il se présente des soumissions
pour 1500 arpens. Cette annonce a été
' suivie d'un nouveau rapport de M. Gossin
au nom du Comité de Constitution . Le Département
de l'Ain demande qu'on le délivre
de quelques - uns de ses neuf Districts.
En s'occupant dans l'origine , de la
formation des Départemens , on ne pensoit
pas encore au nombre des Districts ;
on divisoit à plaisir des quantités idéales
ou des cartes . En créant ensuite des Districts
, on ne songeoit pas qu'on y mettroit
des Tribunaux ; on ne savoit encore
ni que ces Tribunaux auroient besoin de
cinq Juges , niqu'on y joindroit des Juges
de Paix , un Juré , des Commissaires du
Roi , ni tout ce qu'il faudroit payer à
ces Fonctionnaires ; on ignoroit que les
( 274 )
ation frais exorbitans d'Administration et de
Justice , aggraveroient peut-être le fardeau
du Peuple.
Ainsi , faute d'ensemble dans cette
chaîne d'opérations précipitées , les inconvéniens
se manifestent au premier
pas . Le Rapporteur a été forcé de confesser
ces vérités , traitées de révolte
contre la Constitution , lorsqu'on les opposa
à cetté vaste découpure sans cohérence.
Que ceux dont la tyrannie présomptueuse
appelle le fer des enthousiastes
, sur la poitrine de quiconque ose
soumettre les Décrets à l'examen de la
raison , apprennent , par cet exemple ,
que la raison et l'expérience valent bien
les déclamations des Journrux , et le vertige
de notre jeune Liberté.
Le Département de l'Ain observe M.
Gossin , ne peut donner que 1900 mille
livres d'impositions ; ses Administrateurs et
ses Juges, suivant le nouveau systême , lui
coûteront 300,000 livres ; l'ancien régime des
Etats de Bresse , de Dombes et du Bugey ,
n'exigeoit que 60,000 livres.
" Combien de Villes , Chef-lieux de Districts
, où des Tribunaux d'appel ( et ils le
sont tous ) ne peuyent , a continué le Rapporteur
, ni se faire respecter, ni exister ! Les
établira-t- on aujourd'hui pour les détruire
demain ? Quel danger n'y a- t - il pas d'exposer
à la juste critique , peut- être même à la
haine du Peuple , desinstitutions créées pour
son bonheur? car il ne verra jamais ce bonheur
dans des établissemens qui le grèveront
d'impôts... Le mépris qu'affectent pour eux
( 275 )
les Ennemis de la Constitution , ne s'accroîtra-
t il pas par la formation vicieuse des
Tribunaux , là où rien ne les appeloit , où
rien ne peut les soutenir ? »
Mais il s'élève de toutes parts un abus
destructif de vos principes constitutionnels ...
Ja provocation , pour ainsi dire universelle ,
que plusieurs Districts , plusieurs Munici
palités font des voeux des Communes et des
Electeurs , pour les faire appartenir à un
Canton , à un District , à un Département. »
-
De ces considérations , M. Gossin est descendu
à un Projet de Décret qui a éprouvé
de très vives contradictions. Quelques
Membres ont proposé de différer la nomination
des Juges dans les lieux à l'égard
desquels on est indécis. D'autres vouloient
attendre de nouvelles lumières des Assemblées
Administratives , sur des objets que
l'on supposoit irrévocablement terminés . M.
Bouche a pensé que l'Assemblée devoit décréter
que tout est au mieux , et que tout
restera tel qu'il est jusqu'à ce qu'une récla
mation universelle oblige à des changemens ;
ou bien charger le Comité de Constitution
de présenter un Projet de Loi générale qui
réduise uniformément tout Département à
trois Districts .
Il a paru à M. d'André que les Districts ,
obérés de frais de Justice et d'Administration
, pourroient s'adresser , chacun pour
soi , à l'Assemblée Nationale qui seroit toujours
à temps de les incorporer , et qu'une
Loi générale opéreroit un bouleversement.
Cette crainte a décidé l'opinion ; on s'en
est tenu à la premiere partie du Décret présenté
par M. Gossin , en ajournant au
( 276 )
S
12 Novembre , la Petition du Département
de l'Aia .
On a ensuite adopté huit articles qu'a présentés
M. le Brun , au nom du Comité des
Finances , sur la liquidation des Créanciers
du Clergé , auxquels on laisse le choix ou
du remboursement , ou de conserver leurs
rentes dans l'état des rentes constituét s.
La di cussion reprise sur la Contribution
foncière , on a décrété en ces termes le troisieme
article : la rédaction des suivans a
été renvoyée au Comité.
« III. Ces Commissaires se transporteront
dans les différentes Sections , et y formeront
un état indicatif des différentes propriétés
qui sont renfermées dans chacune , ils y prendront
le nom de leur Propriétaire , en y
comprenent les Biens appartenans aux Communes
elles-mêmes .
1.
« Les états , ainsi formés , seront déposés
au Secrétariat de la Municipalité , pour que
tous les Contribuables puissent en prendre
communication."
On se rappelle les Décrets qui excitèrent
les reclamations du Clergé d'Alsace . L'Assemblée
ajourna la délibération à prendre à
ce sujet. Un extrait du Décret d'ajournement
indéfini , et un écrit tendant à persuader
aux Alsaciens que cet ajournement
suspend l'effet des premiers Décrets sur lesquels
on s'oblige à délibérer , cet avis circulaire
, distribué dans les campagnes par
les Bedeaux des Chapitres , fait croire aux
Paysans abusés que l'Assemblée consent traiter
les Prêtres catholiques comme elle a
-traité les Protestans ; ces faux bruits arrê
tent la ciroulation des Assignats en faisant
douter
( 277 ).
douter de la vente des Biens Ecclésiastiques .
Le Maire de Strasbourg adresse cet écrit à
l'Assemblée qui le renvoie au Comité d'aliénation
, chargé de préparer un Projet de Décret.
DU VENDREDI, SÉANCE DU SOIR.
D'après l'ordre du jour M. Chassey a enfin
terminé sa législation sur la vente des
Biens Nationaux ; les derniers articles ont
été adoptés .
Après la lecture d'un Mémoire de M. Monneron
sur Pondichéry , on a remis à plusieurs
Comités le soin d'examiner ce Mémoire , et
l'on a décidé qu'il seroit formé un Comité
Asiatique.
DU SAMEDI it OCTOBRE.
1
M. de Noailles a rendu compte d'une lettre
des Capitaines du Régiment de Châteauvieux
, suivant laquelle les Soldats de ce
Corps , inébranlables neuf mois entiers ,
malgré les exemples et les efforts pervers
qu'ils avoient sous les yeux , égarés ensuite
par quelques uns d'entr'eux , aujourd'hui soumis
et revenus à l'honneur , ont demandé de
restituer à leurs Officiers l'argent qu'ils en
ayoient arraché pendant leur révolte . Sur le
refus des Capitaines , les Soldats ont insisté . -
Ils se regardent comme entachés tant que cet
argent restera entre leurs mains . Ils ont exigé
une reprise sur leur décompte ; les Capitaines
' ont cédé à ces sollicitations honorables . L'Assemblée
a décrété l'impression de cette lettre,
son envoi à tous les Régimens , et l'insertion
au Procès- Verbal.
M. Olivier , un des Députés du Comtat
Venaissin , Jurisconsulte estimable , et qui , aux
connoissances de son état , joint le mérite
d'un esprit sage et réfléchi , a offert à l'As-
No. 43. 23 Octobre 1790 N
( 278 )
semblée un Ouvrage de sa composition , intitulé
: Nouveau Code Civil proposé à la Na -
tion Françoise. On a arrêté de donner place
dans les Archives à ce travail utile , et d'en
faire une mention honorable dans le Procèsverbal
.
La suite des Articles qui concernent la
Contribution Fonciere a reparu aujourd'hui
sous une rédaction nouvelle , et a été décrétée
en ces termes.
« IV . Dans le délai de quinze jours , après
la formation et la publication des susdits
Etats , tous les Propriétaires feront , au Secrétariat
de la Municipalité , par eux ou par
leurs Fermiers , Régisseurs ou Fondés de pou
voirs , et dans la forme qui sera prescrite ,
une déclaration de la nature et de la contenance
de leurs différentes propriétés . Ce
délai passé , les Officiers Municipaux et les
Commissaires - Adjoints procéderont à l'examen
des déclarations , et suppléeront , d'après
leurs connoissances locales , à celles qui n'auront
pas été faites ou qui se trouveroient
inexactes.
.
"
Il sera libre à tous les Contribuables de
prendre communication de ces déclarations
au Secrétariat de la Municipalité.
"« V. Aussitôt que ces opérations pré iminaires
seront terminées , les Officiers Municipaux
et les Commissaires - Adjoints feront ,
en leur ame et conscience , l'évaluation du revenu
des différentes propriétés foncières de
la Communauté , Section Section. par
" VI. Les Propriétaires dont les fonds sort
grevés de rentes ci-devant seigneuriales ou
foncières , d'agriers , de champarts ,
d'autres prestations , soit en argent , soit en
denrées , soit en quotité de fruits , feront ,
་་
D
оп
·
( 279 )
en acquittant ces rentes ou prestations , une
retenue proportionnelle à la contribution ,
sans préjudice de l'exécution des baux à rente
faits sous la condition de la non-retenue des
impositions Royales , suivant l'instruction qui
sera jointe au présent Décret .
44
D
. VII. Les Débiteurs d'intérêts et derentes
perpétuelies , constituées avant la publication
du présent Decret , et qui étoient autorisés à
faire à leurs créanciers la retenue des impositions
Royales , le seront dans la proportion de
la contribution foncière . "
.. VI I. Les Débiteurs des rentes viageres
constituées avant la même époque , et sujettes
aux mêmes conditions , ne feront la retenue
que dans la proportion de l'intérêt que le
capital eût porté en rentes perpétuelles , lorsque
le capital sera connu ; et quand le capital
ne sera pas connu , la retenué sera de la
moitié de la proportion de la contribution
foncière. "
« IX. A l'avenir , les stipulations entre les
contractans , sur la retenue de la contribution
fouciere , seront entièrement libres ; mais la
retenue à raison de la contribution foncière
aura toujours lieu , à moins que le contrat
ne porte la condition expresse de non -retenue.
"
" X. Pour déterminer la cote de la contribution
des maisons , il sera déduit un quart
sur leur revenu , en considération du dépérissement
et des frais d'entretien et de réparation.
"
A la fin de la Séance , on a lu une lettre
de M. le Bailli de Crussol , qui demande un
Congé pour aller consulter M. Tissot à Lausanne
, et se rendre de là à Turin , auprès de
M. le Comte d'Artois , au service duquel il
N1)
280 )
est attaché depuis long - temps. Quelques
Membres de la gauche ont murmuré decettè
indication qui honore M. de Crussel , dont
la demande a été décrétée .
Dans la Séance du soir , on a d'crété
six articles présentés par M. Prugnon , sur
les logemens des Corps Administratifs , et
les bâtimens devenus Nationaux dont ils
seront maîtres de s'emparer. En beaucoup
de lieux , l'usurpation a prévenu les Décrets ,
et c'est un spectacle digne des observations
d'un Philosophe , que cette avidité effrayante
avec laquelle on se jette à discrétion sur les
Edifices du Clergé ; Pexpoliation des Ecelésiastiques
ressemble en divers lieux à un
pillage. Jamais l'avarice et l'inhumanité ne
se deployèrent avec plus d'empressement.
Il résulte des Décrets de M. Prugnon , que ,
tous les édifices publics bâtis par les Villes
sur leurs terrains , et à leurs frais seuls ,
resteront à leur disposition . Tous les autres
seront vendus , saufaux Directoires d'acheter
ou de louer ce qui leur sera nécessaire .
DU DIMANCHE 17 OCTOBRE .
Encore un Département , celui de la
Sarthe , qui demande qu'on mettre en quatre
les neuf Districts que lui donne l'Echiquier
Constitutionnel . M. Gossin a de nouveau
disserté sur cette Pétition qu'on a éludée
pour le moment , en la renvoyant au Directoire
du Département , qui donnera son
avis pour le 12 Novembre .
La discussion ultérieure sur la Contribution
foncière a eu pour objet aujourd'hui ,
l'imposition des bâtimens rustiques . M. de
Dellay d'Agier a combattu le Comité par
des considerations puissantes. M. Ræderer
a défendu avec aigreur l'opinion du Comité.
( 281 )
-
M. Anson a offert un amendement : on l'a
fondu dans le Décret que voici :
་་ Art. XI. Les bâtimens servant aux
exploitations rurales , ne seront point soumis
à la Contribution foncière ; mais le ter- ain
qls occupent sera évalué au taux , deg
meilleures terres labourables de la Communauté.
"
On alloit passer à l'ordre du jour , lorsque
M. Durand de Maillane est venu répéter les
histoires de Carpentras , les conspirations
du Comtat Venaissin , les contre- Revolutions
en enfantement , et autres inventions du
Gazetier d'Avignoa .
"(
Il faut éventer , s'est écrié M. Durand,
qui , quoique Avocat , paroit un profond
Ingénieur , ilfaut éventer les mines et les con
tre-mines. "
11
S'il y a des contre- mines , a répliqué trèsplaisamment
M. de Folleville , les mines ne
sont plus à craindre . "
Du siége de M. Durand on a passé à un
Rapport de 1. Chassey sur les Circulaires
répandues en Alsace , et dénoncées Vendredi
dernier. Le Decret qu'il a proposé déclaroit
crimineis les Prebendaires d'Alsace , et ordonnoit
d'informer contre eux . M. l'Abbé
Maury a pris la parole , et a terrassé ce Rapport
par l'énonce de faits incon estables . Il
a rappelé l'opposition des Chambres Ecclésiastiques
d'Alsace aux Décrets du 4 Août :
opposition connue de l'Assemblée , à elle
sign fier , mentionnée dans le Procès-verbal
du 22 Septembre 1789.
Ici M. Lavie a interrompu l'Orateur , en
disant le fait est faux. Pour réponse , M.
l'Abbé Maury a lu le Procès - verbal ; M. Lavie
est resté muet.
Nig
( 282 )
Le Procès - verbal , a continué M. l'Abbé
Maury , est donc authentique ; on a donc
présenté un Mémoire , dans lequel l'Alsace
demandoit à n'être pas confondue avec le
Clergé de France , et réclamoit une exemp
tion établie sur le Traité de Westphalie .
On ajoorna la question , sans décider que
cette demande n'étoit pas fondée.
Une Assemblée impartiale doit avoir
le courage d'entendre la vérité que j'ai le
courage de lui dire. Les Néron , les Phalaris
n'auroient jamais fait un crime à un
Titulaire de dire : faites attention avant
d'acheter mon bien . L'Assemblée n'a pas le
pouvoir de fabriquer des crimes ; elle ne
peut croire criminel ce qu'un honnête homme
eroit legitime. Les Ecclésiastiques d'Alsace
n'ont rien fait de dangereux ; ils ont conservé
l'espoir que donnoit votre ajournement.
J'en demande l'exécut on . Les véritables ennemis
de l'Etat sont ceux qui exagèrent les
Décrets de vo're Comité Ecclésiastique , ou
plutôt anti-Ecclésiastique .
"
des
Des cris , des huées , des menaces ,
éclats de rire simulés , ont vingt fois interrompu
l'Orateur sans le déconcerter. On n'a
esé ni lui répondre , ni confirmer le Décret
de M. Chassey ; l'Assemblée s'est bornée à
défendre à qui que ce soit de contrevenir à
ses Décrets et d'y porter cbstacle , sous peine
d'être puni .
Après avoir attaqué en détail les Minitres
actuels , tantôt par des dénonciations
privées à l'Assemblée Nationale, tantôt
par des Feuilles calomnieuses ; unjoyr
en inculpant leur conduite , et leur con(
283 )
4
duite justifiée , en inculpant le lendemain
leurs intentions ; après avoir condamné
leur impuissance , lorsque l'anarchie les
réduisoit à l'inaction , et leur audace
lorsqu'ils tentoient d'agir , on a décidé
de les abattre d'un seul coup. Pour les
punir de la nullité où l'on a plongé le
Gouvernement , on va les déclarer privés
de la confiance de la Nation : formule
commode qui dispense même d'accuser ;
et qui renouvelle le bienfait de l'Ostracisme.
La subversion de tout ordre , de
toute discipline , artistement entretenue
dans l'Escadre de Brest , doit servir de
prétexte à cetteDéclaration Nationale ,
faite par l'organe de la Majorité de l'Assemblée,
M.de Mirabeau a porté cette
Motion aux quatre Comités Diplomatique
, Colonial , Militaire et de Marine
réunis , pour préparer le Rapport
des désordres de Brest. Par amen--
dement quelques Membres n'étendoient
l'anathême qu'à MM, de Saint-
Priest et de laiLuzerne. M. Malouet
s'est opposé à cette restriction , qui eût
formé une dénonciation spécifique contre
ces deux Membres. A dix voix près ,
la Déclaration générale a été adoptée :
divers Commissaires ont seulement
demandé une exception en faveur de
M. de Montmorin , qu'ils ont assuré
être parfaitement dans le sens de la
Révolution Cette faveur, ou plutôt cette
disgrace , a été rejetée dans le Projet de
Niv
( 284 )
Décret; aujourd'hui , Mardi , il est porté
à la délibération du Corps Législatif.
On se demandera peut- être par quel
point l'Administration de M. de Saint-
Priest , de M. le Garde-des- Sceaux , du
Ministre de la Guerre , et de celui des
Affaires Etrangères , peuvent correspondre
à ce soulèvement méthodique
d'une Escadre corrompue : on se demandera
comment le Ministre même de la M.-
rine se trouve impliqué dans un systême
d'insurrection contre l'autorité du Roi ,
contre les ordres de ses Agens , contre
les Chefs choisis par lui , contre la surcté
de l'Etat. On se demandera si , en supposant
à la tête de la Marine , au lieu
d'un Ministre dont personne n'accusera
sans calomnie l'intégrité , un Administrateur
factieux et infidèle , il lui seroit
possible , en combinant sa volonté criminelle
avec le pouvoir exténué dont
il est revêtu, de faire réussir la révolte
d'une chaloupe.png
J.
Aussi , n'est - ce point par aucune aceusation
spéciale qu'on se propose d'assiéger
le Gouvernement. Son crime est
de manquer de vigueur , et de prolonger
l'anarchie par sa foiblesse . C'est punir
une sentinelle dont on a lié bras et
jambes , de n'avoir pas su défendre son
poste . La nullité du Gouvernement est
un fait incontestable , le Pouvoir exécutif
n'existe que nominalement dans
les mains des Ministres du Roi : la foible
1
( 285 )
action qu'il a conservée , il la tire de
J'Administration journalière du Corps
Législatif, des Municipalités et des Directoires.
De cette confusion de principes
dérive une désobéissance universelle
; car aucun Décret n'ayant déter:
miné les limites des Pouvoirs , chacun
se juge en droit de résister à l'exécution
des Lois , parce que chacun est autorisé
à en méconnoître la compétence.
Pour remédier à ce vice , le plus grand
dont un Etat puisse être affligé , nous
avons vu les moindres détails de la Puissance
exécutive passer aux Comités ch
Corps Législatif. Ces Directoires suprêries
achèvent d'effacer l'ombre du Gouvernement
; il est anéanti . Il semble
donc aussi indifferent à la Nation qu'au
Ministère , qu'on déplace les Agens de
l'Autorité. Celle - ci ne recouvrera pas
plus d'énergie ; d'où il est démontré que
ce changement ne peut servir qu'à des
intérêts de faction , ou personnels .
Dans des conjonctures terribles , dans
un instant de dissolution publique , qui
sembloit excuser les illégalités , le 16
Juillet 1789 , M. Mouniers'opposa énergiquement
à la Motion que va reproduire
M. de Mirabeau , et que ce Député
, appuyé de M. Barnave , proposa
à cette époque. M. Mounier représenta
qu'influer ainsi sur le choix des Ministres,
c'étoit briser la limite des pouvoirs , s'e mparer
du Pouvoir exécutif, réduire le
N
( 286 )
Roi à un vain titre , et établir le despotisme
dans l'Assemblée . M. de Mirabeau
qualifia cette doctrine d'impie et de détestable.
Il retrouvera aujourd'hui beaucup
d'impies , et je m'honore d'être au
nombre de ces sacrileges.
Chaque Faction , chaque Club à déja
fait un nouveau Ministère , et nomme
ses Créatures . Les Gazettes se chargent
de ces promotions que nous nous garderons
bien de répéter. Avec beaucoup
d'autres , nous sommes convaincus que
ce nouveau coup porté à l'Autorité
Royale , qu'on veut forcer à congédier
arbitrairement des Ministres , dont on
n'ose pas demander le procès , tient à un
plan plus grave. On parle de créer des
Directoires , tels que le Comité des Finances
de l'Assemblée Nationale ; un
Commis , sous le nom de Secrétaire ,
auroit la signature . Quoi qu'il en soit de
ces desseins conjecturés , tout homme de
sang-froid ne verra pas de milieu , entre
la nécessité de rendre au Gouvernement
plus d'autorité , ou de placer le Gouvernement
dans l'Assemblée . Ce dernier
événement renverseroit la Constitution
même , qui , primitivement , et dans ses
Décrets fondamentaux , repose sur l'uni.
té monarchique , la plénitude de la Puissance
exécutive dans les mains du Roi , et
la division inaltérable des Pouvoirs.
Nous avons présenté sur l'affaire de
Brest des faits et des pièces authentiques :
leur lecture aura aidé le Public à pénétrer
la nature et les causes de cet opiniâtre
soulèvement . Par les derniers avis
du 16 , qui nous ont été communiqués ,
l'insubordination des équipages n'avoit
pas augmenté , parce que tout accroissement
étoit impossible . On en jugera
par le résumé des événemens depuis le
commencement du mois : nous en garantissons
la fidélité.
Les Commissaires du Roi , accompa
gnés de deux Officiers Municipaux , s'étant
transportés , le 2 , sur le Majestueux,
ils employerent inutilement les raisonnemens
et les exhortations . L'équipage ,
loin de se soumettre , persista à répondre
qu'il ne vouloit , ni du Code pénal , ni du
Général , ni de son Capitaine de Pavillon ;
que tels étoient les sentimens de toute
l'armée , et qu'ils seroient tous massa.
crés s'ils en différoient . Les Commissaires
revinrent à terre sans avoir abordé
d'autres vaisseaux ; on les prévint qu'ils
y seroient encore plus mal accueillis
et qu'en restant plus long- temps dans la
rade ils courroient le risque d'être insul .
tés. En leur présence , M. d'Albert de.
manda à son équipage , quels reproche,
il avoit à lui faire ; il l'invita à former
contre lui une accusation pardevant les
Commissaires . A ces interpellations , l'é
quipage répondit ; Nous ne voulons pas
de vous.
Cette scène étant décisive , toute au-
Nvi
( 288 )
torité quelconque subvertie , et les Commissaires
n'ayant aucun moyen de soutenir
la leur , M. d'Albert envoya sa
démission à S. M. Il l'annonca à tous
ses Capitaines par une lettre circulaire ,
et au Président de l'Assemblée Nationale.
On lira plus bas les deux premières de ces
dépêches; elles respirent autant de dignité
que de patriotisme et de prudence ; c'est le
langage simple de la douleur noble qui
sied à l'Homme juste et au grand Capitaine.
Depuis , M. d'Albert a redoublé
d'efforts pour engager les Officiers à ne
pas l'imiter, et à coatinuer leur dévouement.
Jamais celui de Gens d'honneur
n'a été mis à une épreuve si déplorable.
Désobéis sar tous les points , ou plutôt
n'osant plus commander ; dans quelques
vaisseaux l'équipage leur a tracé à la
craye la limite de leurs promenades sur le
gaillard lorsqu'on les leur porte ,
on crache sur les plats de leurs répas.
Un Lieutenant de la Bellone ayant
repris un Matelot , cet homme l'a insulté
ét frappé . Le coup ble est resté
libre et impuni . Les Capitaines sont
en quelque sorte prisonniers sur leur
bord ; on ne souffre pas qu'ils mettent
leur canot en mer , sans permission de
l'équipage . Tant d'outrages , rapprochés
du mépris le plus insultant des Décrets
de l'Assemblée Nationale , de l'anéan
tissement de toute discipline , sont néanmoins
excusés par la considération qu'au(
289 )
cun Officier n'a encore été égorgé;
tel est le langage des Patriotes dans le
sens de la Révolution . M. d'Albert a
dû quitter Brest du 16 au 20 ; il séjournera
48 heures à la campagne de Madame
d'Hector , près de Morlaix , d'où
il ira chercher le repos dans la solitude
des montagnes du Dauphiné . Voilà la
destinée d'un Général , auquel la Marine
et la France devoient une éternelle
reconnoissance , qui , au milieu de nos
humiliations , soutint le fardeau de la
gloire de notre Pavillon , et qu'à l'heure
du danger , toutes les voix , il y a deux
-ans , eussent appelé au commandement.
Voici les lettres que nous avons annoncées
:
Lettre circulaire de , M. D'ALBERT aux
Capitaines de l'escadre.
Brest , le 3 Octobre 1790.
J'ai l'honneur , Monsieur , de vous prévenir
que par le prochain Courrier , je compte
supplier le Roi d'accepter ma démission du
commandement de l'escadre ; la répugnance
marquée qu'on témoigne à m'obéir me fait de
cette démarche un devoir indispensable :
en eTet , pourrois- je sans crime , aveuglé par
des vues d'intérêt ou d'ambition , desirer de
rester dans une place dont tout me dit que
je ne puis plus remplir les fonctions avec
honneur , et que des considérations de bien
public m'invitent à quitter; un Chef ne peut
se passer de la confiance des geus qu'il a charge
de commander; je n'ai pas su gagner celles.
des équipages. J'ai gémi ; mais moi- même
( 290 )
j'ai prononcé mon Arrêt. Je jure qu'il est
irrévocable. "
(T Un espoir me console , j'aime à me
flatter que la plus grande partie de ceux qui
montrent tant d'animosite contre moi se
trouvera plus disposée à obéir quand elle
n'aura plus à craindre d'être commandée
par moi . Je serai heureux si le parti que je
prends peut ramener les equipages au sentiment
de leurs devoirs ; cette idee seule.est
capable d'adoucir l'amertume du sacrifice
auquel je me condamne .
"
Elle est bien grande , Mousienr , cette
amertume quand je songe à tout ce que je
pouvois me promettre des Officiers que
j'avois le bonheur de commander... Pardonnez
, je n'ai pas assez de courage pour m'airêter
sur cette trop douloureuse réflexion .
་་
"
Il me reste à vous parler d'une crain´e
qui n'est peut-être pas fondée , mais qui
m'inquiete par l'importance de l'objet sur
lequel elle porte ; je crains que les Officiers
commandant dans l'escadre ne se croient
autorisés par mon exemple à quitter le
commandement qui leur a été confié. Leur
erreur seroit funeste. Les mêmes considération's
de bien public qui me commandent
impérieusement de laisser ma place à un
Chef plus agréable aux équipages , leur défendent
à eux de quitter le poste qu'on leur
a choisi. Ils doivent sentir , je ne doute pas
que vous ne sentiez vous mêmes , que si un
individu quelconque est toujours facile à
remplacer , il n'en seroit pas de mêine d'un
grand nombre d'Officiers principaux , qui
fous à la fois prendroient un parti extrême ;
je n'ai jamais eu jusqu'ici besoin de vous
parler de vos devoir. permettez , mes chers 4M
( 291 291 )
Camarades , que dans ce moment - ci , je vous
en rappelle un qui paroît bien important ,
et laissez -moi espérer que je ne l'aurai pas
fait en vain .
"
"
Lettre de M. d'Albert au Ror.
SIRE ,
Tant qu'un foible espoir à soutenu mon
courage , j'ai compté pour peu les humiliations
et les outrages , de toute espece , qu'il
me falloit dévorer. Aujourd'hui , que je n'ai
plus d'espérance , je me rendrois coupable
envers l'Etat et envers Votre Majesté , si
les mêmes considérations du bien public ,
qui m'ont retenu jusqu'ici , ne me déterminoient
pas à laisser ma place à quelqu'un
plus habile et plus heureux que moi , peutêtre
même que dans l'état desesperé ou est
l'escadre , le changement de Chef deviendra
une ressource salutaire , peut être que mes
Eunemis , ou plutót ceux du bien , effrayés
du mal qu'ils ont déja fait , cra ndront euxmêmes
d'en être les victimes , et que, contens
de me voir éloignéils laisseront les équipages
revenir à l'obéissance , dont ils ont pris
tant de peine à les écarter. Quoi qu'il en soit ,
Sire , il est plus que temps que Votre Majesté
remette en d'autres mains l'autorité
méconnue et avilie dans les miennes . Le
fardeau dont je m'étois trop imprudemment
chargé est au dessus de mes forces ; je ne
puis plus le supporter. Daignez , Sire , ne
pas mettre le comble à mon désespoir en
désapprouvant le parti inaltérable que je suis
forcé de prendre. C'est la grace que mon
amour pour la personne sacrée de Votre
Majesté , et mon zèle pour son service me
fait attendre de ses bontés .
Je suis , etc.
M
( 292 )
L'affreux désordre qui a entraîné la
démission de M. d'Albert a plusieurs
causes ; d'abord l'esprit de licence effrénée
qui a gagné tous les états , et qui
montre au Peuple sa liberté dans le renversement
de toute subordination ; les
doctrines insensées par lesquelles on oppose
l'égalité naturelle des hommes , à
l'inégalité nécessaire que met entre eux
la différence des talens , de l'éducation ,
des classes sociales , et l'autorité légitime
; le fanatisme exécrable qui , depuis
un an invite les hommes à exagérer leurs
droits et à oublier tous leurs devoirs ,
à briser toute relation de dépendance ,
et à envisager comme des traits de patriotisme
, comme des services rendus à
la Révolution , des actes dignes de l'échaffaud
chez les Nations qui ont con-
-servé la moindre idée d'ordre social.
Ajoutez à ce mobile primordial , l'impunité,
la protection même, accordées un
an entier aux révoltes , aux brigandages ,
à la violation de toute morale et de toute
règle ; l'empire incertain et vacillant de
Lois nouvelles, brusquement établies sur
la ruine subite et complète des anciennes
institutions; l'avilissement où l'on a plongé
le Pouvoir le plus respecté dans la Monarchie
; tant d'exemples d'insurrection
justifiés , honorés , lorsque les coups
étoient dirigés contre des dépositaires
Nobles de quelqu'autorité ; l'impunité
surtout des outrages essuyés à Toulon
( 293 )
par M. d'Albert ; les calomnies don't
cent Imposteurs périodiques ont accablé
ce Général ; le projet formé d'expulser
les Officiers actuels de la Marine
Royale , et de livrer nos flottes à l'inexpérience
, à la bravoure sans science
Bavale des Patrons de navires marchands;
l'intervention des Municipalités et des
Clubs des Amis de la Constitution dans
le gouvernement des flottes et des armées;
le poison des Libelles versé dans
l'ame de tous les Matelots ou Soldats qui
savent lire ; enfin , les intrigues de l'ambition
et de la jalousie. Si l'on veut ajouater
les manoeuvres que certaines Personnes
supposent aux Ennemis extérieurs
de l'Etat , on trouvera qué les An-
'glois auroient gratuitement contribué de
Teur argent , à mettre hors de service une
escadre , égarée par tant de causes évidentes
que nous venons de rappeler .
Quelque parti que prenne l'Assemblée
Nationale , celui du désarmement est le
seul que conseillent la sagesse et même la
politique, M. d' Albert en a démontré la
nécessité aux Commissaires du Roi , dans
´une lettre du 6 , où il leur dit entr'autres :
"
Ily a peu de probabilité qu'on ait besoin
de faire sortir l'escadre de tout l'hiver ; mais
ce besoin exista- t - il , je crois avoir le droit
de dire qu'ily auroit impossibilité : cela posé ,
où est le bien d'entretenir sans utilité pendant
tout l'hiver , 15 a 18 mille hommes , dont la
plus grande partie de ceux qui sont bons Ma(
294 )
telots demandent à étre envoyés à la péche
du Hareng ; mais dira- t- on , des considérations
politiques veulent qu'on ait Fair d'être
prêt à prendre la mer , comme si nos voisins
pouvoient ignorer la déplorable disposition
où sont nos equipages , et que nous ne pouvons
pas l'être . Non - seulement nos vaisseaux
armés comme ils le sont dans le moment , sout
acapables de faire aucun service , mais même
il me paroit de toute impossibilite qu'on la
mette en état de servir , sans des moyens
extrao : dinaires et qui demandent du temps. "
La masse des equipages de l'escadre en
général est gangrenee au point de ne potrvoir
rien en espérer ; s'il s'y trouve un grand nom
bre d'individus susceptibles de rentier daus
la bonne voie , ou même qui n'en soient pas
sortis , ce ne sera qu'après les dissolutions des
équipages , que délivrés de la crainte que les
mutins ont su leur inspirer , on pourra en
tirer quelque parti . Renoncez donc a la pos
siblité de faire sortir les vaisseaux avant que
d'avoir régénéré les Soldats et les Matelots ,
débarquez les poudres et les vivres périssa-
·bles , entrez dans le Port les bâtimens tout
armés , n'y laissez pour tout équipage que les
principaux maîtres et quelques Canonniers
Matelots pour les garder ; renvoyez à leurs
régimens les détachemens corrompus, dont la
corruption a si rapidement gagné les Marins ;
repoussez cette détestable race de novices
dans la boue d'où on les a tirés. Enfin , quand
vous aurez besoin que vos vaisseaux sortent ,
levez des gens qui soient véritablement Marins
, et qu'avant de quitter leurs quartiers
ou leur fasse connoitre la loi à laquelle ils auront
à se soumettre; choisissez pour former les
garnisons , des régimens qui ne se soient pas
( 295 )
déshonorés , et embarquez les en entier , et
non par détachement ; les Soldats de terre
trouvant un grand avantage à faire camp: -
gne , que la préference qu'on donnera à ceuxci
soit la recompense de leur bonne conduite.
"
M. Elliot , Envoyé Britannique à
Copenhague , est arrivé ici la semaine
dernière . Il suffisoit de nommer ce Ministre
et de le connoître , pour conjecturer
plausiblement le but de sa mission .
Tandis que des Folliculaires quis'étudient
à étourdirla Nation sur ses dangers , l'enivrer
de sa puissance , et à la plonger dans
une fausse et folles écurité, imprimoient
que M. Elliot venoit soliciter l'intervention
du Roi et de l'Assemblée pour
ménager à M. Pitt un accommodement
avec l'Espagne , cet Anglois étoit chargé
au contraire de confirmer la demande
d'une déclaration cathégorique sur la
destination de nos Escadres , et nous
menacer de la guerre , dans le cas où
notre intention seroit de secourir les
Espagnols. La rupture entre les Cours
de Londres et de Madrid semble inévitable
, ainsi que nous l'avons dit à l'article
d'Angleterre cette guerre funeste
va nous atteindre , à moins que nous
ne souscrivions au déshonneur de la
neutralité . Tel aura été le fruit des Libelles
périodiques contre le Pacie de
Famille , des déclamations incendiaires
des Clubs sur ce Traité , de la fatale
( 296 )
indécision où l'on est resté trop longtemps
, du Décret tardif à ce sujet , et
qui , combiné avec l'insurrection de
Brest , a déterminé l'Angleterre å braver
ce simulacre d'armement.
Le Conseil général de la Commune
ayant délibéré sur la continuation du
Comité des Recherches , les opinions
se sont divisées en nombre égal ; 67
voix pour , et 67 contre. C'est à M.
Bailly que la Liberté doit la conservation
de ce Comité ; il a rompu l'équilibre
en votant pour le continuer ,
et qui pis est , pour le remercier : les
vrais Patriotes , les Amis sincères de la
Liberté doivent apprendre que l'avis de
supprimer ce Comité a été ouvert par
M. de Vauvilliers , honoré à juste titre
de l'estime et de la confiance de ses
Concitoyens.
Après le dégoût de lire des Feuilles
publiques , rédigées par des Ecrivains
ou ignorans , où insensés , le plus cruet
tourment est d'être obligé de les réfuter.
Mais il est des vérités auxquelles on doit
le sacrifice de sa répugnance . Celles de
ces Feuilles ivres qui se sont arrogé le
Département de la Suisse , répandent
chaque jour de nouvelles impostures sur
cette Contrée. Elles ont à leurs ordres
des Lettres prétendues du Pays , et fabriquées
dans les Clubs , ou recueillies
dans les boues du Palais Royal . La se
maine dernière , elles imprimèrent que
le Gouvernement de Berne avoit fait
( 297 )
arrêter un jeune Francois très-estimé ,
pour quelques propos sur les troubles
du Bas-Valais ; que , considéré comme
un Emissaire de la Propagande ,
le
Bailli de Vevay i'avoit engagé amicalement
à venir le voir , et qu'à peine
arrivé , huit Grenadiers le saisirent
et le mirent au cachot dans le Château
de Chillon . Ces Feuilles finissent par se
lamenter sur l'indocilité des Habitans
du Pays de Vaud , et sur l'éloignement
dans lequel leur caractère juste et sensé
recule la révolution salutaire , le retour
à l'égalité Républicaine. La douleur
de ces Périodistes est très- bien fondée . Il
est très sûr que les Suisses , eussent- ils
jamais eu envie de sacrifier leur bonheur
, leur liberté , leur repos , leur
inestimable sécurité , à la déraison de
quelques Sophistes , aux chimères de
quelques Fous , et aux calamités , au
travers desquelles ils arriveroient à l'a
narchic , seroient guéris de ce désir , en
jetant les yeux sur les oeuvres et le
théâtre de leurs Prédicateurs Etrangers.
Tout le reste du récit précédent est faux
ou altéré.
Il est très vrai que divers Emissaires
propagateurs , animés par le fan- tisme
ou par l'intérêt , et armés par le Machiavélisme
, se sont répandus dans le
Pays de Vaud , avec le dessein de le
conquérir à la licence , et aux opinions
( 298 )
passagères sur lesquelles on l'établit ailleurs
: il est vrai encore qu'ils ont proposé
les mêmes moyens , et qu'ils se
sont rendus coupables du plus grand de
tous les crimes , celui de tenter d'arracher
des Peuples libres et heureux , à un Gouvernement
sage , modéré et paternel ;
de leur prêcher la révolte contre les
Lois , qui depuis trois siècles ont opéré
leur félicité , comme on la prêcheroit
aux esclaves opprimés de la Russie ou
de l'Indostan. L'un de ces Propagateurs ,
le Marquis de C. ( et non point de Périgny
, ainsi que l'ont dit les mêmes Gazettes
a répandu des Libelles incendiaires
, et obligé , par ses manoeuvres , le
Baili de Vevay à le faire arrêter . Les
circonstances prétendues de cette arrestation
sont une fable stupide : le Magis
trat n'avoit pas besoin de surprise pour
s'assurer de cet Etranger. On l'a tran.-
féré au château de Chillon , et ensuite
à Berne. Ses papiers ont été saisis ; il
sera jugé , et probablement condamné à
être enfermé à la forteresse d'Arbourg.
Ce ne seroit pas un châtiment trop sévère
d'une si criminelle violation de l'hospitalité
, et du droit des Nations. Un
autre François qui faisoit le mêine mëtier
, a été aussi pris le 4 en fl - grant délit
dans le Bas- Valais : arrêté à 9 heures
du soir , il fut pendu le lendemain à
9 heures. Nous publions ces faits , afin de
prémunir les Moines politiques , qu'on
envoie ainsi vagabonder dans l'Etran(
299 )
ger ponr y travailler en fermentation . Ils
ont tout à perdre dans leurs projets sur la
Suisse , et nulle conquête à espérer . Ces
tentatives n'ont abouti qu'à mettre dans
un plus grand jour l'attachement général
des Habitans du pays de Vaud pour le
Souverain . Ils viennent de luien renouveler
les témoignages expressifs ; la ville de
Vevay entre autres a mérité l'estime que
l'on doit à la raison , à la droiture et aux
sentimens patriotiques , par l'Adresse
suivante, qu'elle vient de faire passer au
Grand Conseil de Berne.
Souverains Seigneurs , le mouvement qu
vient d'avoir lieu en Valiais , paraissant a
tivér l'attention de Vos Excellences , les Cot .
seils de la Ville de Vevay , fideles Sujets
de l'Etat , s'étant assembles à l'extraordinaire
, et agissant tant en leur nom , qu'en
celui de la Bourgeoisie , ont cru devoir saisir
cette circonstance , et singulierement
celle du Mandement exhortatoire et paternel
du trois courant , pour offrir à V. E
une respectueuse Adresse. i
Pénétrés de ' a plus vive reconnoissan
pour le Gouvernement , également juste ,
sage , genereux et modéré de V. E. , ils n'ont
qu'a benir la Divine Providence de les avoir
fait naître sous leur bienfaisante Domination.
Rassurés contre la crainte de ces guerres
étrangeres qui agitent et écrasent si frequemment
les diverses Nations de l'Europe , certains
de leur sureté individuelle , et de lajouissance
pleine et entiere de leurs propriétés
à l'abri de l'oppression , et de ces vexations
particulieres qui tourmentent tant d'autres
Pays , les Conseils et la Bourgeoisie sentent
vivement le bonheur dont ils jouissent ; c'est
( 300 ),
donc autant par amour que par devoir , qu'ils
viennent aujourd'hui renouveler à V. E. les
assurances , non- seulement de la plus inaltérable
fidélité , mais encore de leur dévoucment
à maintenir la Constitution actuelle de
Etat , et à défendre la Patrie au péril de
leurs vies et de leurs fortunes. "
L'insurrection accidentelle du Bas
Valais est entièrement appaisée . Cela
fàchera M. Cerutti , Auteur d'une Feuille
innocente , qu'il intitule Feuille Villageoise
: dans cet humble recueil ( Nº. 2 ) ,
où l'Auteur fait l'éducation des Paysans ,
il les entretient des Assignats , et du
Rapport de M. Chabroud. Il apprend
aux campagnes que le procès fait aux Régicides
, aux Assassins des 5 et 6 Octobre ,
étoit un procès fait à la Révolution . Il
passe delà à des notions importantes ;
il dresse les petits enfans à l'étude de la
Géographie ; on saura désormais, dans
chaque hameau que Paris est la Capitale
de la France , et Madrid celle de
' Espagne. De ces grandes cons , M.
Cerutti , passant aux Gouvernemens ,
il communique aux honnêtes Cukivateurs
, que les Valaisans , vexés par
le Sénat Aristocratique de Berne ont
chassé leurs Gouverneurs , et qu'ils
vivent dans les montagnes. Ah ! M.
Cerutti, faut- ikvous apprendre que ja
mais le Valais n'appartint à la domination
de Berne , et qu'il forme une
République indépendante , et alliée du
corps Helvétique ?
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOGNE.
De Varsovie , le 5 Octobre 1790 .
APRÈS avoir
renouvelé , le 24 Septembre
, l'ancienne Loi fondamentale ' qui
attribue à la Nation , c'est- à- dire , à la
Noblesse , le droit d'élire librement son
Roi , la Diète s'est enfin accordée à consulter
les Diétines sur le genre de cette
Election
constitutionnelle . Le projet
d'Universal adressé aux Commettans ,
leur prescrit le 16 Novembre pour la
tenue de leurs Assemblées. A cette décision
, M.
Matuszewitz
Nonce de
Brezesc , proposa d'en ajouter une seconde
, tendante à obtenir des Diétines
une confirmation des Nonces actuels ,
ou une élection de nouveaux Députés ,
Nº. 44. 30 Octobre 1790 0
( 302 )
afin que la Diète actuelle , tenue sous les
liens d'une Confédération générale et
sous la Présidence continuée de ses Maréchaux
actuels , ne fût point interrompue
jusqu'à l'accomplissement de ses travaux
politiques. Malgré l'appui que le
Roi donna à ce Projet , il fut pris ad deliberandum
, et ajourné à une autre
Séance.
Puisque le Successeur au Trône sera
nommé du vivant de S. M. , on suppose
sans peine les innombrables intrigues
auxquelles la proxinité de cette nomination
donne lieu. La Cour de Russie a
multiplié les caresses , les offres , les tontatives
, pour faire adiuger la Couronne
à l'un de ses Petits- Fils. Elle alloit
dit-on , jusqu'à promettre de restituer ses
usurpations sur la République. Ces efforts
et ces artifices n'ont séduit que
quelques Intrigans , et le voeu général
s'est arrêté à l'Electeur de Saxe : le Roi
lui-même n'a pu se refuser à ce choix
presqu'ananime , justifié par les anciennes
liaisons de la République avec la
Maison de Saxe , et par les bonnes qualités
de l'Electeur actuel . Ce Prince n'a
point d'enfans mâles ; circonstance qui ,
en laissant subsister parmi nos Magnats
l'expectative d'une nouvelle donation de
la Couronne , après la mort de l'Electeur
, a contribué à réunir les suffrages
en su faveur. Incessamment , la Diète le
( 303 )
proposera en forme , comme Successeur
éligible du Roi vivant.
Les Etats ont sanctionné le Traité de
Commerce entre la Prusse et la République.
M. de Lucchesini l'a reçu avant
son départ. Les plaintes du Commerce de
Dantzick ont été accueillies par des promesses
, et par l'assurance que le Traité
avec la Prusse ne lui étoit pas si défavorable
que le bruit public l'avoit annoncé.
En reprenant, il y a deux ans , sa place
dans la hiérarchie politique , la République
nomma des Envoyés auprès de
diverses Cours Etrangères. On vient de
compléter notre Corps Diplomatique ,
en nommant M. Oraczewski , Envoyé
extraordinaire et Ministre Plénipotentiaire
auprès du Roi de France , et M.
Morski , en la même qualité auprès de
la Cour d'Espagne .
Des lettres authentiques de Constantinople
ont réduit à sa juste valeur la
prétendue victoire navale des Russes sur
la mer Noire , les 8 et 9 Septembre. II
est vrai que la Capitania , trop éloignée
du reste de l'escadre Ottomane
fut entourée de dix vaisseaux Russes , et
qu'après une sangiante résistance , le
Commandant se fit sauter , plutôt que de
se laisser aborder . Cette explosion fit périr
un des bâtimens ennemis . Après le
combat indécis , les Russes rentrèrent
O ij
( 304 )
dans le Boristhène , et les Ottomans à
Gexeré.
ALLEMAGNE.
De Berlin , le 12 Octobre 1790.
Puisque la Russie , en rejetant toute
médiation pour rester libre d'écraser les
Turcs par un Traité , nous cblige de
résister à ces entreprises éternelles et
infinies , dont la chaîne a commencé à
l'Election du Roi de Pologne actuel ,
et dont les suites livreroient finalement
à son ambition le Levant et le Nord
de l'Europe , il a bien fallu reprendre
l'attitude propre å de semblables conjonctures.
L'ordre de rejoindre a été envoyé
aux Semestriers ; plusieurs Régimens
qui retournoient dans leurs cantonnemens
ont suspendu leur route ; les
Valets d'Artillerie sont rappelés , la
vente des chevaux de trait est contremandée
; en un mot , la plupart des
dispositions qui présagent une guerre ,
se sont développées depuis quinze jours .
Elles ne sont encore que précautionnelles
; la saison où nous allons entrer
ne permettroit guère d'entrer en Campagne
cette année ; à moins que notre
Cabinet ne voulût frap per un coup subit ,
tandis que les Armées Russes ont les
Turcs à contenir. Lesforces re spectables
qui sont rassemblées sous les ordres de
( 305 )
M. de Mollendorf, serviroient alors à
ce dessein ; car quoique les Gazettes
placent 60,000 Russes en Livonie , il
s'en trouve à peine de quoi résister à
l'avant-garde de notre Armée. La conservation
de la paix dépendra essentiellement
de la contenance que gardera
la Porte Ottomane. Quant à l'Empereur ,
on a répandu le bruit que son Ministre
ici , le Prince de Reuss , avoit déclaré
que sa Cour se regardoit comme liée
par son Alliance avec la Russie , dans
le cas où cette Puissance auroit à soutenir
une nouvelle guerre. On ajoute
que notre Ministère a demandé à ce
sujet une réponse nette à Léopold II ,
et que le Courrier porteur de cette demande
est attendu de Francfort dans
peu de jours . Il est raisonnable de douter
de la teneur prétendue de cette Déclaration
, dont les suites pourroient_entraîner
la ruine de la Convention de Reichenbach
, et plonger l'Allemagne dans
une guerre générale , que la sagesse de
l'Empereur , et sa condescendance ont
voulu prévenir. Quoi qu'il en soit ,
nous sommes prêts à tout événement ;
mais surement les bravades du Prince
Potemkin ne désarmeront pas les
Troupes et les Ministres de Frédéricle-
Grand.
Quelques Papiers publics avoient déja
annoncé l'entrée d'une escadre Russe dans
la rade de Dantzick , l'occupation de
O iij
( 306 )
cette Ville par nos Régimens , et cent
sottises pareilles. Le fait est qu'un vaisseau
Russe , faisant partie d'une escadre
de trois ou quatre bâtimens de cette
Nation , qui se trouve à la rade de Copenhague
, est venu chercher des provisions
à Dantzick , et y transporter le
Général Suédois de Sprengporten , fameux
par la part qu'il eut à la défection
de l'armée de Finlande , et que l'Impératrice
renvoie hors de ses Etats. Comme
on ignoroit la destination de ce vaisseau ,
le Général de Brunning rassembla
quelques détachemens , fit garnir les batteries
du Farhwasser , et entrer le Régiment
de Hanstein sur le Nehrung ,
Banlieue de Dantziok. En même temps,
M. de Lindenowski , notre Résident ,
avertit la Régence que ce mouvement
n'avoit pour but que d'empêcher à tout
événenient l'approche des Troupes Etrangères
. Le vaisseau Russe s'étant éloigné ,
le Régiment de Hanstein est rentré dans
ses quartiers . Le Général de Moliendorf
est à Dantzick en ce moment (-) .
(1) Quelques Feuilles ont répandu sur cet
incident de bien absurdes faussetés . Elles
J'ont représenté comme une invasion de
Dantzick, comme un trait de Machiavelisme
digne de la politique des Rois , comme un
coup de tocsin pour l'Europe entiere. Il ne
manquoit à ces déclamations de quelque
Maître d'école travesti en Gazetier , que la
( 307 )
DeFrancfort surle Mein , le 17 Octobre.
Le Landgrave de Hesse- Cassel avoit
rassemblé six mille hommes à Bergen ,
où ils ont formé un Camp de plaisance .
Leurs Majestés Impériales , Leurs Ma--
jestés Siciliennes , les Electeurs Ecclésiastiques
, les Archiducs et les Archiduchesses
se rendirent à ce Camp le 12 .
Ils assistèrent aux manoeuvres qui furent
très-brillantes , et exécutées avec une
étonnante précision . Cette petite Armée
d'élite, composée des plus beaux hommes,
passa en revue devant Leurs Majestés
Impériales , qui dînèrent ensuite sous des
tentes.
Au retour , le Roi de Naples se trouva
indisposé , et le surlendemain la rougeole
s'est déclarée. Comme elle s'annonce
avec bénignité , et que dans peu
dejours ce Prince sera en état de monter
en voiture , l'Empereur ne l'a point atvérité
du fait . Dans ce même fatras politique
et périodique , on lit que la Prusse est
réduite à la nullité , que M. de Hertzberg
est un brigand , qu'il est disgracié , que les
Prussiens le méprisent , que le Nord se confédére
contre la Prusse , et cent autres his
toires de cette force . Voilà ce qu'on imprime
journellement à Paris , et que des Lecteurs
plus so's que le Gazetier , citent comme la
nouvelle du jour , et l'histoire des Cabinets
de l'Europe.
O i'v
( 309 )
tendu , et est parti le 15. De Vienne
où il s'arrêtera fort peu de jours , ce Monarque
se rendra immédiatement à Presbourg
, où il recevra , le 15 Novembre ,
la Couronne de Hongrie .
On ignore encore l'effet qu'aura produit
la résistance , ou plutôt le premier
échauffement des Sections de Liège
contre l'arrangement arrêté par le Collége
Electoral. En lisant ce Recez , on
ne peut douter que la Cour de Berlin
ne sesoit désistée de la protection qu'elle
avoit accordée aux prétentions des Insurgens.
Il paroît dans cette transaction ,
sous la simple qualité d'Intercesseur , et
que son Ministres'est engagé à employer
tous les moyens possibles pour faire accepter
à Liège les conditions prescrites .
GRANDE- BRETAGNE.
De Londres , le 21 Octobre.
L'arrivée du Sieur Wifflin , Courrier
du Cabinet , venu de Madrid en dix
jours , dit-on , au Bureau du Duc de
Leeds , avec des dépêches de M. Fitz-
Herbert , n'a point tiré l'opinion de l'incertitude
où elle continue de flotter.
Immédiatement après l'arrivée du Courrier
, le Conseil s'assembla , et le résultat
de sa délibération fut envoyé à S. M.
à Windsor. Rien de certain n'a transpiré.
On sait seulement que la négociation
( 309 )
n'est point terminée , et l'on attend à la
fin de la semaine un second Courrier
plus décisif. Ce Messager , dont l'impatience
publique abrège le voyage , pourroit
bien ne pas y répondre si promp
tement , si c'est le même qui porte à
M. Fitz-Herbert l'ordre de finir la négociation
, ou de se retirer .
1
Il seroit fastidieux de répéter les conjectures
et les raisonnemens : c'est toujours
le même cercle. L'opinion se promène
autour du Cabinet sans y pénétrer .
Chacun se fait Augure suivant ses intérêts
. Les gens à argent , qui ne voient
dans les intérêts des Nations que la hausse
o la baisse des Fonds publics , les Gens
a argent pour qui le Traité public le
plus glorieux ne vaut pas un gain de
cent guinées , soutiennent leurs espérances
tant qu'ils peuvent à force de
vouloir faire croire à la certitude de
paix , ils se la persuadent à eux - mêmes ,
et par des motifs plus nobles , tous les
vrais Citoyens en forment le vou . On est
du moins assuré maintenant qu'aucune
hostilité ne précédera la rupture formelle
de la négociation.
Les dispositions viriles continuent
comme si elle étoit rompue. Les Gardes
se mettent en route pour Portsmouth en
deux divisions , Lundi et Mardi prochain.
Quatre vaisseaux , chacun de 44 canons ,
sont prêts à les recevoir ; ils s'embarque
ront immédiatement.- 300 hommes du
( 310 )
Corps de l'Artillerie , sous le commandement
du Major Sowerby , sont partis
Le Gravesend , sur des transports qui les
conduisent , une partie à Gibraltar , et
l'autre aux Antilles.
Le Général Boyd , Lieutenant - Gouverneur
de Gibraltar durant le dernier
siége de cette forteresse , et jusqu'à la
mort de Lord Hat-field , a été nommé
par le Roi successeur de ce célèbre Commandant
, mort cet Eté à Aix-la-Chapelle.
Le Major-général Henry Calder
a obtenu la place de Lieutenant - Gouverneur.
L'un et l'autre vont s'embarquer.
A la date du 16 , Milord Howe se trouvoit
à bord de son vaisseau Amiral la
Queen Charlotte , de 110 canons. La
veille , il avoit envoyé des ordres secrets
à tous les Capitaines . On avoit enjoint
au Royal Sovereign , aussi de 110 canons
, de se tenir prêt à lever l'ancre.
Neuf Pavillons de Commandans flottoient
à bord de l'escadre. Les mouvemens
des ports et chantiers sont toujours
les mêmes ; on ne voit que vaisseaux équipés
, en équipement , ou passant d'une
station à l'autre.
( 311 )
FRANCE.
De Paris , le 27 Octobre.
ASSEMBLÉE NATIONALE .
Décret sur les Juges de Paix , rendu le Jeudi
14 Octobre.
་་
TITRE Ier. Des Citations.
Art. I. Toute citation devant les Juges
de Paix sera faite en vertu d'une cédule du
Juge , qui énoncera sommairement l'objet de
la demande , et désignera le jour et l'heure
de la comparution .
"
"
II. Le Juge de Paix délivrera cette cédule
à la réquisition du demandeur ou de
son porteur de pouvoirs , après avoir entendu
l'exposition de sa demande. "
« III. En matieres purement personnelles
on mobilières , la cédule de citation sera
demandée au Juge du domicile du Défendeur
. "}
, IV. Elle sera demandée au Juge de la
situation de l'objet litigieux , lorsqu'il s'agira ,
1 ° . Des actions pour dotumages faits , soit
par les hommes , soit par les animaux , aux
champs , fruits et récoltes ;
31
2º. Des déplacemens de bornes , des usupations
de terres , arbres , haies , fossés et
autres clôtures , commises dans l'année , des
entreprises sur les cours d'eau servans à l'arrosement
des prés , commises pareillement
dans l'année , et de toutes autres actions
possessoires ;
« 3°. Des réparations locatives des maisons
et fermes ;
4. Des indemnités prétendues par le
( 312 )
•
Fermier ou Locataire pour non jouissance ,
lorsque le droit de l'indemnité ne sera pas
contesté , et des dégradations alléguées par
le Propriétaire.
"
" V. La notification de la cédule de citation
sera faite à la Partie poursuivie par
le Greffier de la Municipalité de son domicile
, qui lui en remettra copie , ou la laissera
à ceux qu'il aura trouvés en sa maison.
ou l'affichera à la porte de la maison , s'il
n'y a trouvé personue . Le Greffier fera mention
du tout , signée de lui , au bas de l'original
de la cédule .
"
« VI . Les cédules de citation , et leurs.
notifications seront écrites sur papier timbré ,
dans les Départemens où le Timbre a eu
lieu jusqu'à présent , et ne seront sujettes ni
aux droits , ni à la formalité du contrôle . »
"
VII. Il y aura un jour frane au moins
entre celui de la notification de la cédule
de citation et le jour indiqué pour la comparution
, si la Partie citée est domiciliée
dans le canton , ou dans la distance de quatre
lieues.
Il y aura au moins trois jours francs , si
la Partie est domiciliée dans la distance depuis
quatre lieues jusqu'à dix ; au - delà , il
sera ajouté un jour pour dix lieues . »
10 Dans le cas où les délais ci - dessus n'auront
pas été observés , si le Défendeur ne
comparoît pas au jour pour lequel il aura
été cité , le Juge de Paix ordonnera qu'il soit
réassigné . "
IX. Si au jour de la première comparution
, le Défendeur demande à mettre un
garant en cause , le Juge de Paix lui déli-
Trera une cédule de eitation , dans laquefte .
( 313 )
il fixera le délai de comparoître relativement
à la distance du domicile du garant. »
"
X. Il n'y aura plus lieu à la citation en:
garantie , si la demande n'en a pas été
formée au jour de la première comparution
du Défendeur ; et celle qui auroit eté accordée
demeurera comme non -avenue , si elle
n'a été notifiée au garant à temps utile pour:
l'obliger de comparoître au jour indiqué ;
sauf au Défendeur à poursuivre l'effet de la
garantie , s'il y a lieu , séparément de la
cause principale.
"
D
XI. Les Parties pourront toujours se
présenter volontairement et sans citation
devant le Juge de Paix , en déclarant qu'elles
lui demandent jugement auquel cas il
pourra juger seul leur différend , soit sans
appel dans les matières où sa compétence
et en dernier ressort , soit à charge d'appel
dans celles qui excèdent sa compétence en
dernier ressort ; et cela , encore qu'il ne fût
le Juge naturel des Parties , ni à raison du
domicile du Défendeur , ni à raison de la
situation de l'objet litigieux . »
TITRE II. De la comparution devant le Juge
de Paix.
"
" « Art. Ier . Au jour fixé par la citation
ou convenu entre les Parties , au cas qu'elles
aient consenti de se passer de citation , elles
comparoîtront en personne , ou par leur
fondé de pouvoirs , devant le Juge de Paix ,
sans qu'elles puissent fournir aucunes écritures
, ni se faire représenter ou assister par
aucune des personnes qui , à quelque titre
que ce soit , sont attachées à l'Ordre Judiciaire.
"
« II. Si , après une citation notifiée , l'une ་་
( 314 )
des Parties ne comparoît pas au jour indiqué
la cause sera jugée par défaut , à moins qu'il
n'y ait lieu à la réassignation du Defendeur
au cas de l'art. VII du titre précédent . "
III. La Partie condamnée par défaut
pourra former opposition au jugement dans
les trois jours franes de sa signification , en
vertu d'une cédule qu'elle obtiendra du Juge
de Paix , et qu'elle fera notifier à l'autre
Partie , ainsi qu'il est dit au Titre précédent
pour les cédules de citation .
(
"
IV. La Partie opposante qui se laisseroit
juger une seconde fois par defaut sur son opposition
, ne sera plus reçue à former une
opposition nouvelle . »
V. Lorsque les deux Parties , ou lears
fondes de pavoirs , comparoitront , elies
seront entendues contradictoirement par
elies-mêmes ou par leurs fondés de pouvoirs
; et la cause pourra être jugée sur le
champ , si le Juge de Paix et ses Assesseurs
se trouvent suffisamment instruits. "
« VI. Il y aura lieu à juger sur le champ ,
toutes les fois qu'il ne sera pas nécessaire pour
l'entier éclaircissement de la cause , soit d'accorder
à une des Parties un délai pour présenter
des pièces dont elle ne se trouveroit
pas saisie , soit d'ordonner une enquête , ou
La visite du lieu contentieux . "
"
TITRE III. Des Enquêtes.
Art. Ir . Si les Parties sont contraires
en faits qui soient de nature à être constatés
par témoins , et dont le Juge de Paix
et ses Assesseurs trouvent la verification
utile et admissible , le Juge de Paix avertira
les Parties qu'il y a lieu de procéder
par enquête , et les interpellera de déclarer
( 315 )
si elles veulent faire preuve de leurs faits par
témoins. })
II. Lorsque , sur cet avertissement , les
Parties , on l'une d'elles , requerront d'être
admises à faire preuve par témoins , le.
Juge de Paix , de l'avis de ses Assesseurs ,
ordonnera la preuve , et en fixera précisément
l'objet. "
"
III. Les Témoins seront toujours entendus
en présence des deux Parties , à moins
que l'une d'elles ne soit défaillante au jour
indiqué pour leur audition ; et elles pourront
fournir leurs reproches soit avant , soit après
les dépositions . "
IV. Il sera procédé au jugement définitif
aussitót après l'audition des Témoins.
sans qu'il soit nécessaire de faire écrire la
prestation des Témoins , les reproches ni les
dépositions dans les causes où le Juge de
Paix prononce en dernier ressort ; mais les
uns et les autres seront écrits par le Greffier
dans les causes sujettes à l'appel . Dans les
premieres causes , les Assesseurs seront toujours
présens. Dans ies secondes , ils pourront
assister ou s'abstegir . »
V. Dans tous les cas où la vue du lieu
est utile , pour que les dépositions des Témoins
soient faites et entendues avec plus
de sureté , et spécialement dans les actions.
pour déplacement de bornes , pour usurpations
de terres , arbres , haies , fossés , ou
autres clôtures , et pour entreprises sur les
cours d'eau , le Juge de Paix sera tenu de se
transporter sur le lieu , et d'ordonner que
les Témoins y seront entendus .
>>
TITRE IV. Des visites de lieu , et des appréciations.
Art. Ier . Lorsqu'il s'agira , soit de cons(
316 )
tater l'état des lieux dans le cas d'entreprises ,
de dommages , de dégradations , et autres
de cette nature , soit d'apprécier la valeur
des indemnités et dédommagemens demandés
, le Juge de Paix et ses Assesseurs ordonneront
que le lieu contentieux sera visité par
eux , en présence des Parties . "
« II. Si le Juge de Paix et ses Assesseurs
trouvent que l'objet de la visite ou de l'appréciation
exige des connoissances qui leur
soient étrangères , ils ordonneront que des
gens de l'art , qu'ils nommeront par le même
jugement , feront la visite avec eux , et leur
donneront leur avis . "
"( III. Dans le cas où les Assesseurs qui
auront concouru au jugement qui ordonne
la visite , où l'un d'eux ne se trouveroit pas
sur le lieu contentieux au jour et à l'heure
indiqués , le Juge de Paix appelleroit un ou
deux Assesseurs du nombre des Prud'hommes
nommés dans la Municipalité du lieu où se
fera la visite. »
" IV. Il ne sera pas nécessaire de faire
écrire le procès - verbal de visite , ni l'avis des
gens de l'art dans les causes où le Juge de
Paix peut prononcer en dernier ressort ; ils
seront écrits par le Greffier , seulement dans
les causes sujettes à l'appel. "
La fin à l'ordinaire prochain.
DU LUNDI 18 OCTOBRE.
Le Régiment de Lorraine , Infanterie, proteste
de son entier dévouement au maintien
des Décrets de l'Assemblée Nationale , et
manifeste le tendre attachement des Soldats
pour M. de la Tour-du-Pin leur ancien Commandant.
( 317 )
M. Thouret présente , au nom du Comité
de Constitution , quelques articles additionnels
relatifs aux Juges de Paix et à leur
récusation. L'inimitié notoire entre le Juge
et les Parties , et l'indiscrétion du Juge qui
auroit révélé son opinion avant le jugement ,
paroissoient à M. Bouche devoir être comptées
parmi les motifs de récusation ; mais on doit
supposer que des Juges élus par le Peuple ne
seront ni haineux , ni indiscrets . Sans discussion
ultérieure , les articles ont été décrétés
en ces termes :
TITRE II. Sur la récusation des Juges de
Paix.
" ART. I. Les Juges de Paix ne pourront
être récusés que quand ils auront un intérêt
personnel à l'objet de la contestation , ou
quand ils seront parens ou alliés d'une des
Parties , jusqu'au degré de cousin issu de
germain , inclusivement. »
"
II. La Partie qui voudra récuser un Juge
de Paix , sera tenue de former la récusation ,
et d'en exposer les motifs par un acte qu'elle
déposera au Greffe du Juge de Paix , dont
il lui sera donné par le Greffier une reconnoissance
faisant mention de la date du dépôt
"
22
III. Le Juge de Paix sera tenu de donner
au bas de cet acte , dans le délai de deux
jours , sa déclaration par écrit , portant , ou
son acquiescement à la récusation , ou son
refus de s'abstenir , avec ses réponces aux
moyens de récusation allégués contre lui. »
"
IV. Les deux jours étant expirés , l'acte
de récusation sera remis par le Greffier à la
Partie récusante , soit que le Juge de Paix
ait passé sa déclaration au bas de cet acte
ou non ; il en sera donné décharge au Greffier
par la Partie si elle sait signer ; et si elle
( 318 )
ne le sait pas , le Greffier fera la remise , t
endressera Procès- verbal en présence de deux
témoins qui signeront ce Procès - verbal avec
lui. "
" V. Lorsque le Juge de Paix aura déclaré
acquiescer à la récusation , on n'aura passé
aucune déclaration , il ne pourra rester Juge ,
et sera remplacé par l'un des Assesseurs
qui connoîtra de l'affaire avec l'assistance de
deux autres Assesseurs . "
་ ་
VI. Si le Juge de Paix conteste l'acte
de récusation , et déclare qu'il entend rester
Juge , le jugement de la récusation sera déferé
au Tribunal de District qui y fera droit
sur les simples Mémoires des deux Parties
plaidantes , sans forme de procédure et sans
fiais .
A la suite de quelques articles nouveaux ,
proposés par le Comité Ecclesiastique , et
décrétés , on est revenn à la contribution fon
cière , et d'après l'observation de M. Durand
de Maillane , on a adopté l'article suivant.
" ART . X. Les Manufactures , Forges ,
Moulins et autres usines seront imposés seulement
sur les deux tiers de leur valeur locative
, attendu les réparations et entretien couteux
qu'exigent ces objets. "
M. la Rochefoucault a fait ensuite ordonner
au Comite des Finances de remettre incessamment
au Comité dImposition l'état de
toutes les dépenses décrétées , et l'aperçu de
celles qu'on n'a pas encore déterminées .
Sur les instances de M. Antoine , afin que
les Membres du Parlemen de Toulouse ,
livrés par un Décret à la justice d'un Tribonal
qui n'existe pas encore , ne soient ni
condamnés sans jugement , ni renvoyés au
Châtelet , et pour obvier aux troubles , aux
( 319 )
sujets d'inquiétude qui naissent du jour au
lendemain dans plusieurs Départemens , l'Assemblee
décrète que le projet d'organisation
du Tribunal destiné à connoître du crime de
haute trahison , sera présenté à la Séance de
Jeudi matin .
On avoit adroitement fait lire hier une
lettre du Département de la Gironde , qui
celébroit le patriotisme avec lequel il avoit
échangé contre de l'argent monnoyé , des
Assignats envoyés par le Ministre de la Marine
pour la conduite de 2500 Matelots . La
conclusion devoit être aux yeux des Galeries ,
que le Ministre faisoit languir le service par
sa négligence à faire passer les fonds en
argent. Par une lettre dont il a été fait lecture
ce matin , M. de la Luzerne se disculpe
pleinement de tout reproche. -
Il a payé en papier par une raison péremptoire
, c'est que le Trésor public n'a pas
d'autre num raire .
DU MARDI 19 OCTOBRE
L'intérét majeur du principal objet dont
l'Assemblée s'est occupée dans cette Séance ,
nous fera passer légèrement sur les détails préliminaires
. Tels ont ete la demande que fait
le Département du Lot et Garonne , d'un
Décret qui déclare criminel de Lese - Nation ,
quiconque aura protesté contre un Décret de
P'Assemblée , et qui ne retractera pas sa protestation
quinze jours apres en avoir été
requis par un Corps Administratif ; moven
de liberté renvoyé au Comité de Constitution ;
une adresse du Mont-Jura , dont les Gardes
Nationales ayant saisi trois mille aunes de
mousseline qui entroient en fraude , croient
desoir instruire le Corps Législatif de ce
grand événement , et lui demander de dé(
320 )
créter l'emploi de ces marchandises . ( Un
Corps Constituant , un Législateur , chargé
de prononcer sur une saisie de contrebande !
Des Gardes qui tous les mois jurent le maintien
de la Constitution , et qui en sont à
ignorer que ces détails ressortissent au Pouvoir
exécutif! ) On n'en a pas moins renvoyé
cette adresse au Comité des Domaines . De
nouvelles limites assignées au territoire de
la Municipalité de Paris ; des mesures prises
pour l'expédition des Árrêts du ci- devant
Parlement de Paris par des Greffiers que
nommera la Municipalité du lieu ; des déprédations
imputées aux Religieux de Cluny
qui sans être entendus , sont supposés coupables
, privés de leur traitement , et panis
conformément aux lois ; enfin , l'annonce de
la vente de trois maisons du Clergé de Paris ,
dont les enchères ont été poussées fort haut.
De ces objets , on a passé aux articles suivans ,,
décrétés sur la proposition de M. Dauchy ,
organe du Comité des Impositions :
" XIII. Les terrains enclos seront évalués
d'après les mêmes règles que celles des terrains
non clos , donnant les mêmes genres de
productions. Les terrains enlevés à là culture ,
pour le pur agrément , seront évalués au taux
des meilleures terres labourables de la Communauté.
и
>>
XIV. L'évaluation des bois en coupe
réglée sera faite d'après le prix moyen de leurs
coupes annuelles . "}
XV. L'évaluation des bois -tailis , qui
ne sont pas en coupe réglée , sera faite d'apres
leur comparaison avec les autres bois de la
Communauté , ou du Canton . »
Nous nous hâtons d'arriver au Rapport
qu'a fait M. de Menou au nom des Comités Di- .
( 321 )
plomatique , Colonial , Militaire et de la
Marine , de l'insubordination de l'escadre
et des troubles de Brest.
"
K
"
"
"
"
"
"
се
L'insouciance des Agens du Pouvoir exécutif,
une longue oppression , l'exaltation
des esprits , les erreurs de quelques ignorans
qui prennent la licence pour la liberté ,
peut- être même les intrigues et l'argent
de quelque Puissance étrangère , et l'ar-
" rivée du Léopard , ont produit , a dit le
Rapporteur , les désordres qui nous affligent...
On s'est occupé de savoir s'il falloit
" changer quelques articles du Code pénal
de la Marine. Nous avons pensé que si
l'inconstance des Lois étoit l'attribut du
despotisme , leur immutabilité est celui
d'une Constitution libre. C'est à des Chefs
qui auroient la confiance des Marins , à
user avec sagesse , peut- être avec clémence ,
des Lois que vous avez portées. » ( On ne
pouvoit guère insinuer plus directement aux
Equipages , qu'ils ont raison de se soulever
contre des Chefs auxquels ils refusent leur
confiance ; que ceux qui ne la possèdent pas ,
ne se sont pas conduits avec sagesse , et que
les Chefs outragés doivent user d'une prudente
clémence ).
་་
"
་་
"
Pour le rétablissement de l'ordre et de la
discipline , les Comités proposent deux classes
d'expédiens .
1º . Celui d'envoyer de Paris deux Commissaires
Civils , à qui l'on donnera le droit
de faire arrêter et punir les coupables , de
requérir les Gardes Nationales et les Troupes
de ligne , congédier des Equipages les hommes
non Marins , ni Classés , de changer le
Pavillon blanc , le Pavillon François , en
Pavillon aux couleurs Nationales ; et cette
( 322 )
grace ne seroit accordée qu'au moment où
l'insubordination auroit cessé . 2 °. La Municipalité
de Brest , qui s'est emparée du
Pouvoir exécutif, suivant les propres expres
sions de M. de Menou , opposée au départ
du vaisseau la Ferme , qui a compromis le
sort de nos Colonies ; cette Municipalité ,
qui a cité devant elle M. Albert de Rioms ,
. Hector , et exigé la représentation des
inutes de leurs Lettres , trompée par son
zèle et par son patriotisme , doit servir
d'exemple et être improuvée ; ses actes du
14 Septembre , l'Adresse aux Vaisseaux , etc.
seront déclarés illégaux et nuls . Tous les
Corps Administratifs ou Municipalités qui
s'en permettront de pareils , encourront la
peine de forfaiture. Enfin , le Procureur-
Syndic de la Commune de Brest , Auteur
d'un Discours vehement , propre à augmenter
le désordre , sera mande à la Barre pour
rendre compte de sa conduite.
Passant de la Municipalité de Brest à une
diatribe contre les Ministres , M. de Menou
les accuse d'inertie , de ne connoître la
Constitution que de nom , d'en arrêter l'organisation
, d'être les objets de la defiance
du Peuple. Des que le Roi aura placé autour
de lui les Amis de la Constitution , ceile - ci
marchera toute seule , et la f rce pubiique
reprendra son énergie . En consequence , les
Comtés demandent qu'on décrete ce qui suit.
L'Assemblée Nationale... reconnoissant
que la défiance des peuples contre les Minatres
occasionne ce défaut de force du Gouyerne.
ent... son Président se retivera pardevers
le Roi pour représenter à S. M. que
la méfiance que les peuples ont conque contre
le. Ministres actuels , apporte les plus grands
<!
( 323 )
obstacles au rétablissement de l'ordre public ,
à l'exécution des Lois , et à l'achèvement de
la Constitution .
19
M. de Cazalès a pris la parole , et brayant
la déraison des marmures et l'injustice des
interruptions , il a dit :
Ce n'est pas pour venger les Ministres
que je suis monté dans cette Tribune ; je
ne connois pas leur personne , je n'estime
pas leur conduite ; et si j'eusse pu vaincre
l'extrême répugnance qu'éprouve un galant
homme à attaquer des Ministres sans considération
, et sans autorité , des longtempsjeme
serois porté pour leur accusateur."
" Je les aurois accusés d'avoir trahi l'au
torité Royale dont ils sont dépositaires ; et
c'est un crime de leze -Nation aussi de trahir
ce'te légitime autorité , cette autorité si
nécessaire au bonheur et à la liberté publique
; cette autorité qui défend les Peuples
du despotisme des Assemblées Nationales
, comme les Assemblées Nationales les
défendent du despotisme des Rois. "
46
18
J'auro's accusé votre fugitif Ministre
des Finances , de s'être constamment tenu
deariere la toile , quand son devoir l'appeloit
à jouer un rôle honorable et périlleux . "
Je l'aurois accusé de ne vous avoir pas
servi de guide dans cette importante partie
de l'Administration publique , parce que
dans la crise dangereuse où étoient nos
Finances , il craignoit de se compromettre ,
il n'osoit rien prendre sur lui , et qu'au milieu
des périls de la chose publique , il calculoit
bassement les intérêts de son ambition et de
sa sureté. »
64
Je l'aurois accusé d'avoir provoqué la
Révolution , et de n'avoir pas osé tenter de
( 324 )
la diriger ; de n'avoir pris aucunes des mesures
nécessaires pour prévenir ou atténuer
les malheurs inséparables de toute révolution . "
Je l'aurois accusé , dans cette importante
crise de l'Etat , d'avoir toujours dissimulé
ses principes et déguisé sa conduite.
"
"
"
J'aurois accusé le Ministre de la guerre
d'avoir donné des congés à tous les Officiers
qui lui en ont demandé ; d'avoir souffert que
dans les temps orageux où nous sommes ,
ils
quittassent leurs Régimens ; de n'avoir pas
fait juger , fait noter d'infamie tous ceux
qui abandonnoient leur poste , parce qu'il
étoit difficile et dangereux , et d'être par-là
la principale eause des insurrections qui ont
éclaté dans l'Armée. »
་ J'aurois accusé les Ministres des Provinces
d'avoir souffert que les ordres du Roi
fussent désobéis ; de n'avoir pas déployé toute
la force publique pour en procurer l'exécution
, sauf à répondre sur leur tête , comme
il est juste , de la légitimité de ces ordres. »
Je les aurois accusés tous d'avoir donné
au Roi les plus lâches conseils , je les aurois
accusés de cette coupable nullité à laquelle
ils se sont voués , nullité qui , dans des circonstances
où il s'agit de la perte ou du
salut de l'Empire , est , à mon avis , le plus
grand des crimes . »
"
Tout peut être excusé , hors la lâche
indifférence pour la chose publique ; les
mesures les plus violentes , les principes les
plus exagérés peuvent être la suite de la
faillibilité de l'esprit humain , les actions
peuvent être atroces , et les intentions être
restées pures. Mais qui peut excuser ces
ames froides et viles , que n'échauffa jamais
le saint amour de la Patrie , qui , se concentrant
( 325 )
centrant dans l'abjection du moi personnel
s'isolent de la chose publique , parce que la
chose publique est en danger , gardent une
honteuse neutralité , quand les plus grands
intérêts se balancent , et se cachent lâchement
, quand les méchans s'agitent , quand
des homines hardis et factieux se saisissent
du timon de l'Etat . »
Comment les excuser sur-tout quand
ces hommes remplissent les premières places
de l'Adrainistration , quand ayant la conscience
de leur lâcheté et de leur impéritie ,
ils s'obstinent à garder des places qu'ils
n'osent plus faire , qu'ils ne se font pas justice
, qu'ils ne se condamnent pas à l'obscurité
et au mépris qui suit tout homine qui
ayant brigué , qui étant arrivé par le charlatanisme
de sa fausse vertu à la place la
plus importante de l'Administration , rentre
dans la vie privée au moment même , dan's
ce circonstances difficiles , où tout bon Citoyen
doit à sa Patrie le sacrifice entier de
tout son être . •
Pendant les longues convulsions dont
l'Angleterre fut agitée sous le règne de l'infortuné
Charles Strafford , ce Ministre , dont
Fes talens égaloient les vertus , périt sur un
échaffaut ; mais l'Angleterre pleura sur sa ·
tombe ; mais l'Europe entière honore sa
menoire , mais son nom est un objet de
cuite pour tous les sujets de l'Empire Britannique
.
poser ,
39
?
*
Tel est le modèle que doivent se protel
est l'exemple que doivent suivre
tous ceux que dans les temps difficiles où
nous sommes , la confiance de leur Roi ap-
Pellera au maniement des affaires publiques ,
à ce poste qui aujourd'hui peut être l'objet
No. 44. 30 Octobre 1790. P
( 326 )
de l'ambition d'un galant homme , puisqu'i
est devenu difficile et dangereux. "
"
Strafford mourut ! mais n'est- il pas mort
aussi ce Ministre qui n'aguère a lâchement
déserté la chose publique , l'abandonnant
aux dangers que lui - même avoit suscités !
Son nom n'est - il pas effacé de la liste des
vivans ? N'éprouve-t- il pas l'affreux supplice
de se survivre à lui- même , et de se voir
dévoué d'avance au mépris des générations
futures ? »
"
Quant aux serviles compagnons de son
ministère , quant à ces hommes qui sont
l'objet de notre délibération actuelle , on
peut leur appliquer avec justesse ce vers de
P'Arioste :
Andare ancora maero morte.
?
Ik marchoient encore , mais ils étoient morts.
Avant de discuter au fond cette importante
question , j'ai cru devoir manifester
avec la franchise de mon caractère , mon
opinion sur les Ministres actuels , opinion
qui vous prouve , Messieurs , que si je m'oppose
de toutes mes forces à la Motion de
M. de Menou , ce n'est poiut que je veuille
défendre les intérêts de ces Ministres que
je vous abandonnerois sans regret , si leur
sort n'étoit lie avec celui des principes constitutifs
de la Monarchie. N
Il y a dans chaque Etat deux sortes de
Pouvoirs , le Pouvoir législatif et le Pouvoir
exécutif. C'est sur l'entiere et mutuelle indépendance
de ces deux Pouvoirs que repose
la liberté publique .
:
"
Le Pouvoir exécutif ne peut exercer
l'autorité qui lui est confiée , qu'à l'aide de
ses Ministres. Si le Corps législatif en usurpoit
la nomination , la puissance exécutrice
( 327 )
seroit envahie , les deux Pouvoirs cumulés
dans la main du Corps législatif , et la Nation
gémiroit sous le plus intolérable despotisme.
"
Cependant , si l'Assemblée Nationale
s'arrogeoit le droit de présenter au Roi le
you de son Peuple sur le choix de ses Ministres
, il arriveroit que le Roi , n'ayant
encore , par la Constitution , aucun moyen
légal d'appeler au Peuple des volontés du
Corps législatif, aucun moyen légal de connoître
le véritable voeu de la Nation , il
seroit contraint d'obéir ; et il est évident
que l'Assemblée Nationale ayant conquis
le droit d'exclure des Conseils du Roi , par
le seul fait de son improbation , les Ministres
qui lui déplairoient , finiroit nécessairement
par nommer tous les Dépositaires de
l'autorité Royale ; que dès- lors la réunion
des deux Pouvoirs dans ses mains , seroit
consommée , et y formeroit la plus menstrueuse
tyrannie.
AB
Il est donc nécessaire , pour que les Pou
voirs ne soient .pas cumulés , pour assurer la
liberté des Peuples contre le despotisme de
ses Représentans , il est nécessaire que la
liberté du Roi soit entière dans le choix de
ses Ministres , et que sa volonté ne puisse
jamais être gênée par l'approbation ou le
blâme de l'Assemblée Nationale .
"
A l'appui de cette incontestable théorie
de tout Gouvernement libre , je citerai la
pratique constante de l'Angleterre ; la pratique
de ce Peuple qui , le premier de tous
les Peuples modernes , a connu l'art de la
liberté , et vous verrez qu'il est sans exemple ,
dans l'Histoire de ce Gouvernement , que
tes Ministres du Roi aient été renvoyés par
Pü
( 328 )
le seul fait de l'improbation des Communes ,
et que toutes les fois que les Communes ont
osé tenter cette entreprise contre l'autorité
Royale , elles ont succombé et on "encouru
le blâme de la Nation Angloise. *
"(
Pendant le long Parlement , à cette
époque que l'Angleterre voudroit effacer de
son Histoire , pendant ce Parlement dont
les faits ne font pas autorité chez les Anglois
, la Chambre des Communes presenta
une Adresse à Charles I , pour le prier d'éloigner
de sa personne les méchans Conseillers
dont il étoit entouré. »
"
« Cet infortuné Monarque , qui garda jas.
que sur l'échaffant la dignité de son caracc'étoit
un droit que ja tere , répondit que nature avoit donné à tout homme libre , que
celui de choisir pour ses Conseils , les hommes
en qui il ayoit confiance.
Que c'étoit une prérogative
de la Cou- ronne , qui n'avoit jamais été contestée , que
le droit de choisir librement ses Ministres , sans être gêné dans ce choix par l'approbation
ou le blâme de la Chambre des Communes
; qu il ' n'avoit jamais refusé de soumettre
à la Loi ses Ministres , quand les Communes
avoient porte contre eux des chefs
précis d'accusation
; mais que tant qu'el es se renfermeroient
dans des allégations
va- gues , dans des accusations
insignifiantes
, il les garderoit aupres de lui ,bet ne leur retireroit
pas sa confiance . Les Communes
n'in
et Charles garda ses Mi- sistèrent pas ,
nistres.
M
"
A quelque
temps de-là , le Comité qui gouvernoit
ce factieux
Parlement
, rédigea une seconde
Adresse
, pour que le Roi fût supplié
d'éloigner
des places de l'Adminis(
329 )
tration tous ceux qui les occupoient , et de
n'y mettre désormais que des hommes qui
eussent mérité la confiance de la Nation ,
es qui , chez tous les Peuples , ce qui , dans
toutes les langues , ne veut dire autre chose
que des hommes dévoués au parti dominant ;
mais ces Communes , toutes séditieuses
qu'elles étoient , ces Communes qui se sont
souillées de tant de crimes , ces Communes
qui ont fait monter leur Roi sur l'échaffaut ,
eurent honte d'une usurpation aus i manifeste
de l'autorité Royale , et le projet d'Adresse
fat rejeté.
"
Deux fois depuis cette époque les Communes
ont essaye la même entreprise sur
Fautorité Royale ; sous Charles II , contre
le Marquis d'Halifax , sous Guillaume III ,
contre le Comte de Portland , et leur tentative
a été vaine ; et deux fois leurs mesures
ont encouru le blâme de la Nation
Angloise.
Il est donc sans exemple , même sous
le règne de l'infortuné Charles , sous ce règne
où les limites de tous les Pouvoirs furent
méconnues , que les Ministres du Roi d'Angleterre
aient elé renvoyés par le seul fait
de l'improbation des Communes . Ils n'ont
jamais été éloignés que quand elles ont intenté
contre eux des chefs précis d'accu
sation : > omplet
Enfin , de nos jours , à une époque à.
laquelle nous touchons , cette grande question
vient d'être décidée d'une manière solennelle
par le Peuple Anglois , en faveur
de l'autorité Royale . ".
Charles Fox étoit alors Ministre ; il
proposa un Bill relatif aux affaires de l'Inde .
Ce Bill , reçu avec enthousiasme dans la
P iij
( 330 )
Chambre des Communes , fut combattu dans
la Chambre haute par le Lord Hamilton et
le Marquis de Buckingham , qui prouvèrent
qu'il étoit destructif de l'autor té Royale.
A deux heures le Bill fut rejeté , à minuit
Fox n'étoit plus Ministre .
H
"
For qui , à de grands talens joignoit un
grand parti , incendia la Chambre des Communes
: une première Adresse fut présentée
au Roi, par laquelle les Communes se plaignoient
que sa religion avoit été surprise
dans le choix de ses Ministres ; ( ce Ministre
étoit ce même Pit , qui depuis a gouverné
et gouverne encore l'Angleterre avee
tant de gloire ) ;
"
Que ces Ministres étoient inconstitutionnellement
appointés. Le Roi répondit ,
que d'après la Constitution , sa volonté étant,
le seul titre légal de l'appointement de ses
Ministres , il étoit impossible qu'ils ne fus
sent pas constitutionnellement appointés. "
" La Chambre passe une seconde Adresse ,
par laquelle elle déclara traîtres à la Patrie ,
tous ceux qui aviseroient le Roi de dissoudre
le Parlement. "
* Enfin , elle demanda formellement le
renvoi des Ministres , et pria le Roi de ne
mettre dans son Conseil , que des hommes
qui eussent la confiance de la Nation . »
11 Le Roi se rendit au Parlement : « Une
grande difficulté s'est élevée entre mon Parlement
et moi . C'est au Peuple Anglois ,
c'est à votre Juge , c'est au mien que j'en ,
appelle , je dissous le Parlement. Il dit ,
et le Parlement cessa d'être , et la Nation.
Angloise jugea presqu'à l'unanimité cette
question en faveur de l'autorité Royale : il
( 331 )
n'y eut de réélus que 25 Membres de l'op
position . "
" Car telle est l'admirable Constitution
de ce Gouvernement , que calomnient ceux
qui ne le connoissent pas ; tel est le salutaire
effet pour la liberté publique , du droit
qu'a le Roi d'Angleterre de dissoudre le
Parlement , que le Peuple Anglois n'aliène
jamais la Souveraineté ; que sans désordre ,
sans sédition , sans aucun des énormes inconvéniens
qui accompagnent par tout ailleurs
l'influence immédiate du Peuple , il
garde l'influence la plus directe sur ses Représentans
. "
M
Si les trois parties de la puissance législative
sont d'accord , il obéit ; et alors il
y a les plus grandes probabilités , que puisse
réunir la prudence humaine , qu'il n'obéit
qu'à des Lois sages . Si l'une d'elles est divisée
des autres , c'est à son jugement qu'on
appelle ; c'est lui qui décide. Sa décision est
exprimée d'une manière d'autant plus claire ,
que les Candidats qui se présentent pour
être élus , déclarent hautement , s'ils sont
dans le parti du Roi , ou dans l'opposition .
C'est une tache en Angleterre , dont on se
lave difficilement , que de changer de parti.
D'où il suit que selon que la majorité des
Elections tourne en faveur du parti du Roi ,
ou en faveur de l'opposition , le Peuple Anglois
a prononcé par la majorité des suffrages
de ses Comtés le blâme ou l'appro
bation des dernières mesures de la Couronne
eu du Parlement. Si à ces principes incontestables
de tout Gouvernement libre , si à
la constante pratique du Peuple moderne
le plus éclairé dans l'art du Gouvernement ,
de ce Peuple chez lequel nous devrions son-
Piv
( 332 )
vent prendre des leçons de sagesse et de
modération , il étoit nécessaire d'ajouter des
considérations particulières à la position où
nous nous trouvons ;
10 Je rappellerois à l'Assemblée Nationale
que plusieurs de ces Ministres ont été pris
dans son sein ; que c'est ce qu'on appeloit
alors l'opinion publique ; que c'est l'opinion
de cette Assemblée qui semble les avoir désignés
au Roi.
ес
Ne craignez- vous pas que la Nation ne
soit effrayée de cette mobilité dans votre
opinion ? ne craignez vous pas que cette
Adresse ne paroisse l'effet de l'intrigue de
quelques - uns de vos Membres , qui voudroient
monter au poste d'où les Ministres
actuels seroient tombés ? Et ne pensez pas
que le Décret par lequel il a été déclaré
que les Membres du Corps législatif ne pourroient
pas accepter des places dans ce Ministere
, suffise pour vous mettre à l'abri du
soupçon . "
་་
et
On répand déja dans le Public que ce
Décret va être abioge ; on dit plus , on dit
que quelques Membres de cette Assemblée
ont formé le coupable projet de dépouiller
le Roi du peu d'autorité qui lui reste ,
de faire exercer par des Comités pris dans
votre sein , les differentes branches du Pouvoir
exécutif. S'il étoit possible qu'un pareil
projet fût jamais adopté par cette Assemblée
, alors la res emblance entre l'Assemblée
Nationale et le long Parlement d'Angleterre
seroit complete , alors il ne resteroit d'autre
ressource aux amis de la Monarchie , et ils
sont plus nombreux , plus puissans que vous
e pensez , il ne leur esteroit d'autre res
Source que de se rallier autour du Trône ,
( 333 )
et de s'ensevelir sous ses ruines . Je pense
donc qu'il n'est , pour le Corps législatif ,
qu'un moyen constitutionnel d'exclure des
Conseils du Roi , les Ministres qui ont démérité
de la chose publique ; ce moyen est
de porter contre eux une accusation préeise
; je dis précise , parce que toute accusation
vague est une invention de tyran ;
qu'elle met le Citoyen le plus vertueux dans
l'impossibilité de se défendre , et qu'elle est
tout - à - fait indigne de la justice et de
la loyauté des Représentans d'un Peuple
librem
Je pense que tout autre mode d'influer
sur les Conseils du Roi , est illégal , attentatoire
à l'autorité Royale , destructif de la
liberté du Peuple souverainement intéressé
à ce que cette autorité tutelaire soit conservée
dans toute son intégrité.
Je pense que si l'Assemblée Nationale
acquéroit le droit de faire renvoyer les Ministres
du Roi par le seul fait de son impro
bation , tous les Pouvoirs seroient confondus',
la Constitution renversée , et que , pour
me sevir de l'expression de Montesquieu ,
nuus serion's condamnes à vivre dans une
République non libre. "
M. de Menou s'étant renfermé dans des
accusations vagues , insignifiantes , n'ayant
articule aucun chef d'accusation , je conclus
pour l'intérêt de la Monarchie , pour l'interêt
du Peuple , qui en est inséparable ,
pour l'intérêt de la Constitution , pour Pintérêt
et la dignité de l'Assemblée Nationale
elle - même , à ce que sa Motion ne soit
pas même mise en délibération , et qu'elle
soft rejetée par la question préalable.
"1
M. deCazales achèvoit , lorsqué M. Ricard
Pv
( 334 )
de Toulon a paru à la Tribune un cahier à
la main. L'impatience de M. de Mirabeau
s'est effrayée à l'aspect de ce volume ; il a
tenté d'usurper la parole sur son Auteur ,
afin de repliquer plus promptement au Préopinant
: « Je me présente , a crié M. l'Abbé
Maury, pour répondre immédiatement à
" M. de Mirabeau. Celui - ci n'a pu parvenir
à obtenir la préférence ; M. Ricard a été
autorisé à débiter son Manuscrit.
01
་་
"
44
Les torts de la Municipalité de Brest ,
a- t - il dit au début , sont ceux du patriotisme
égaré ; si vous n'aviez eu que des
torts de cette nature à punir , la Constitution
seroit déja faite . La grande imprudence
est due au Ministre de la Marine,
Pourquoi a- t-il proposé un Commandant ,
contre lequel il savoit que le flotte étoit préparée
? ( M. Ricard témoigne ici une trop
haute opinion , des effets que produisirent
3's invectives , et ses déclamations incendiaires
contre M. d'Albert dans l'affaire de
Toulon. )
И 12
« On vient d'attaquer M. Necker ; nous devons
à ce Ministre infortuné l'égalité de représentation
, et par conséquent de la reconnaissance
( M. Ricard est bien tardif à l'exprimer.
Il n'étoit pas si généreux lorsque M.
Necker étoit aux prises avec M. Camus et
Consors ). Il est temps d'établir pour la Législature
un grand pouvoir ; et pour les Ministres
, de grands devoirs.
L'honorable Membre veut qu'il soit nommé
trois Commissaires pris dans l'Assemblée
Nationale , et auxquels , le Roi sera supplie
de donner tous pouvoirs ; ils se rendront à
Brest , ils entendront les plaintes , ordonneont
provisoirement ce qu'ils jugeront utile ,
( 235 )
1
se
endront compte jour par jour , s'embarqueront
sur la flotte en cas de guerre ,
distribueront de manière qu'il y en ait un sur
chaque vaisseau commandant une division ;
ils se tiendront au poste d'honneur pendant
toutes les actions brillantes. Des éclats de
rire universels ayant accueilli cette facéti
M. Ricard s'est retiré un peu honteux de la
Tribune , en y laissant la suite de ses opé
rations navales. La discussion a été ajournée,
à demain.
De MARDI . SÉANCE DU SOIR.
Après la lecture d'une Lettre de la Garde
Nationale de l'Orient , contenant des témoignages
de civisme , et 2009 liv. pour les
veuves et orphelins des Gardes Nationaux
tués à Nancy , le reste de cette Séance a
été rempli par la discussion d'un Décret, qui
autorise le sieur Jean-Pierre Brullée à construire
, à ses frais , un canal de navigation.
qui commencera à Beuvrome , près du pont
de Souilly , arrivera entre la Villette et la
Chapelle , dans un canal qui formera deux
branches dont l'une passera par les fauxbourgs
de S. Martin et du Temple , les
fossés de la Bastille et de l'Arsenal , pour
se rendre dans la Seine , et l'autre se divisera
, au dessous de Pierrelaye , en deux
branches qui se rendront l'une dans la Seineà
Conflans - Sainte - Honorine , et la seconde .
dans l'Oise près de Pontoise. Le sieur Brull e
construira des ponts sur toutes les grandes.
routes , et dans Paris à la rencontre , d .
rues , et des quais de six toises . Il acquer a
les propriétés nécessaires , suivant l'estimation
des Commissaires des Directoires des
.
P vj
( 336 )
Départemens ; la consignation des sommes
sera considérée comme payement , si les
Propriétaires refusent de vendre , et le sieur
Brullée pourra se mettre en possession des
terres , champs , etc. quinzaine après le
payement ou la consignation , et des bâtimens
, clos et narais légumiers après le délai
de trois mois. Quelques Membres ont objecté
des dommages réels , le peu d'utilité , des
droits à payer , plus foris que le fret qui
nourrit les Bateliers des rivières , les dépenses
du curement , les temps de gelée , le
sacrifice de quinze miile arpens en bonne
culture ; on leur a opposé une navigation
abrégée de trente lieues , et l'urgente néces
sité d'employer vingt mille malheureux
raison qui a paru peremptoire , l'entreprise
fut- elle mauvaise ; le Decret a été adopté.
DU MERCREDI 20 OCTObre.
>
M. d'Augy , Président de l'une des 48
Sections de Paris , annonce que sa Section
trouve des inconvéniens à ce que les Membres
de la Municipalité soient nommés Electeurs
; cet avis à la Loi est soumis aux lumieres
du Comité de Constitution . Quelques
objets de détail suivent cette annonce , et
l'Assemblée passe à l'ordre du jour , à la
discussion du Rapport fait la veille par M.
de Menou , au nom des quatre Comités.
M. d'André à d'abord opiné à séparer là
discussion des trois dispositions du Décret ,
des deux articles particuliers , dont l'un regarde
l'E cadre , l'autre la Municipalité de
Brest , et du troisième , d'un intérêt général ,
sur le renvoi des Ministres. M. Malouet a
( 337 )
(
demandé , au contraire , que ce Décret fût
discuté dans son ensemble . M. Alexandre
de Lameth a découvert un enchaînement
nécessaire du dernier article avec les autres.
La Municipalité de Brest , dont be patriotisme
est connu , n'a , suivant lui , motivé les
actes répréhensibles qu'elle s'étoit permis ,
que sur la defiance que lui inspiroient les sentimens
et les projets des Ministres. « Les
Comités , a- t- il ajouté , ont cherché la cause
des désordres , et l'ont unanimement reconnue
dans cette défiance , dans le systémė
dinertie par lequel les Ministres vous ren
voient toutes les difficultés pour embarrasser
votre marche. Le mal est dans l'existence
des Ministres actuels . Si l'on sépare les trois
dispositions du Décret , il faut commencer
par la derniere .
On adopte sans plus de
debat cette marche inverse .
"}
M. Malouet a repris la parole sur le fond
de la question , et a dit :
↓ " M. Alexandre de Lameth a eu tort de
vous dire que le Projet de Décret avoit été
adopté à l'unaniu.ité des quatre Comités .
Mon vou , en particulier , y a été absolument
contraire , et je vois de toutes autres
causes des troubles de Brest , que l'impéritie
ou l'inactivité des Ministres . >>
Celles qui m'ont paru causes immédiates
sont le renversement de tous les principes de
subordination , l'impunité prolongée de tous
les désordres , la piopagation , je pourrois
dire l'enseignement des idées fausses , licencieuses
, anti -sociales sur la liberté ; les sus
picions , les calories suggérées aux gens de
mer contre leurs Officiers , contre un Général
que la marine de France et celle d'Angleterre
estiment également. J'ajouterai les
( 338 )
entreprises de plusieurs Municipalités qui
s'accoutument à régner dans leur enceinte ,
qui se mêlant de tout , relâchent tous les ressorts
de la discipline ; enfin , les actes coupables
que s'est permis la Municipalité de
Brest je n'accuse point ses intentions , mais
sa conduite ne peut être justifiée . »
"
n
Toutes ces causes d'insurrection sont les
effets d'un Gouvernement inactif,impuissant,
désorganisédans toutesees parties . Si donc l'on
vous propose d'attaquer la racine du mal , je
suis de cet avis ; si l'on vous propose de déclarer
que le Gouvernement est nul , et qu'un
tel Gouvernement ne peut avoir la confiance
de la Nation , j'adhère à cette déclaration ;
car jamais une grande Nation n'eut plus besoin
de vigueur , de prudence et de concert
entre ceux qui la dirigent . Jamais je ne fus
plus pénétré de la nécessité d'établir ce centre
d'unité dont a parlé M. le Rapporteur , c'està
- dire , de rétablir l'action légale de l'autorité
royale , sans laquelle le Corps Législatif
lui même arrivera bientôt à la nullité ou
à la tyrannie. "
"
Mais , Messieurs , en convenant de ces
principes , en convenant même que dans tout
Gouvernement représentatif , le Ministère
ne peut se soutenir , et diriger avec succès
les affaires publiques qu'autant qu'il est en
harmonie avec le Corps Législatif, je n'accusrai
point , je n'aurai point cette injustice
d'accuser les Ministres actuels de tous les
maux dont nous nous plaignons . Je n'oublierai
font qu'on a paralysé les ressorts
qu'ils sont chargés de faire mouvoir ; et la
censure amère qu'on fait de leur conduite
dans tous les partis , les absout , à mes yeux ,
de tous les torts qu'on leur impute ; je n'en
( 339 )
?,
excepte qu'un seul ; et dès le 6 Septembre de
l'année dernière , je m'en suis permis le reproche
dans cette assemblée ; j'ai improuvé
les Ministres de ce qu'ils ont consenti à être
les dépositaires fictifs du Pouvoir exécutif ,
et à se rendre , en quelque sorte , complices,
de sa nullité ; j'aurois voulu que chaque fois
qu'ils ont vu briser les rênes entre leurs
mains , ils vous en eussent porté les débris ;
e que lorsque les Municipalités , les Troupes,
qui ont meprisé leurs ordres , n'ont point été
réprimées , ils eussent imité le Général de
l'escadre , qui a renoncé à commander lorsqu'il
n'a plus été obéi. »
" Mais s'ensuit - il que vous puissiez
provoquer , gêner et diriger le choix
du Roi dans la dispensation de sa confiance ,
ou transporter le Gouvernement dans vos
Comités , qui y ont déja trop d'influence ? Le
ne peut être l'intention de l'Assemblée Nas
tionale , qui réuniroit alors tous les pouvoirs ,
et prépareroit l'effacement du sien par l'abus
de sa force. »
20
" L'ordre inévitable des choses dans une
constitution telle, que la notre et colle
d'Angleterre qui n'y ressemble pas , est que,
sans porter atteinte à la prérogative royale ,
les Ministres cessent de l'être quand ils n'ont
pas l'appui de la majorité , car la minorité
ne peut rien , ni pour eux , ni auprès d'eux. "
Mais provoquer leur démission par
un décret est , d'une part une attaque
gratuite à l'autorité royale ,, et sous un
autre rapport , cette mesure peu digne dy
Corps Legislatifme paroit plutôt foible que
yigoureuse , elle me rappelle les Auêts des
Parlemens contre Mazarin et le grand Condé
faisant la guerre au Cardinal . Remarquez ,
J
( 340 )
en effet , Messieurs , que hors les temps de
troubles et de faction , les Assemblées Législatives
dans aucun pays ne se sont occupées
de faire renvoyer les Ministres qu'elles
pouvoient accuser , tandis que les Peuples
esclaves demandent fréquemment la tête de
leurs Visirs , qué le : Suitans ne refusent jamais.
"
"
Vous n'approverez donc pas , Messieurs
, la disposition du Décret relatif au
Ministres ; vous ne voudrez pas que des cris
séditix la change en un arrêt de proscription
, car nous avons tous entendu crier ccs
jours ci le renvoi des Ministres traîtres à la
Patrie.
"
Sans vous occuper du parti qu'ils prendront
, comme ce ne sont pas les personnes ,
mais la chose pablique qui fixe votre aftenten/
ion ; comme vous reconnoissez enfin le
danger d'un Gouvernement hul et sans antorité
, cette dénonciation produira surement
l'effet que nous desirons tous . Vous commencerez
par ôter Ministres fo de exd'inactivité
case , tout prétexte
donnant
au Ministère les moyens d'agir ," en rendant
àl'autorité royale toute l'énergie qu'elle doit
avoir également , pour nous préserver de
l'anarchie qui nous dévore. 29 int
" C'est ainsi que vous ferez ce ser la défiance
de la Nation , qui veut un Gouvernement
, qui en a grand besoin , et qui veut un
Gouvernement monarchique. )
" Je vous propose donc de substitner à
Particle celui- ci : L'Assemblée Nationale
declare que le salut de l'Etat dépendant de
l'obéissance aux Décrets sanctionnés par le
Roi , et de l'activité du Gouvernement pour
réprimer tous les désordres ÿ lès Ministres
( 341 )
demeureront responsables de leur négli
gence ( 1 ) . »
M. Alexandre de Beauharnais a soutenu
que les Pouvoirs dont l'Assemblée est in
vestie , l'autorisent à tout diriger , diviser ,
organiser , à surveiller les Agens quelconques
du Gouvernement . En notre qualité de
Convention Nationale , a - t-il dit , nous somines
subordonnés à deux espèces de respon
sabilités , celle des vices que la négligence
laisseroit introduire daus la Constitution ,
et celle dont l'opinion publique nous menace
en ce moment. Le Pouvoir constituant est
forcé d'avoir à lui ses moyens d'exécution.
Les Ministres re se conduisent que comme
les Conseils du Roi. Ils ' isolent de là ch se
publique ; ils alarment les Amis de la Liberté;
ils nourrissent les esperances de ses
Ennemis .
·་
$
De ces lieux communs passant aux craintes
de la guerie , l'Opisant les a toutes dissipees
en une phrase . Rappelez vous , a - t - il
dit , le mot fameux prononcé dans cette
Tribune . Nos Poisins ont de l'or! Eh bien !
nous avons du fer.
Apres avoir si sagement pourvu à la sureté
exterieure , M. de Beauhamais est revenu
aux désordres intérieurs , et s'est appuyé
des expressions même de M. de Cazalès , de
ses insultes aux Ministres , de ses reproches
à leur lâche neutralite . « Leur inaction reduiroit
nos travaux à des spéculations de théorie.
་ ་
(1) Ce Disc-nrs , ainsi que celui de M. de
Cuza ès , a éte ravesti dans la langue
barbare des Tachygraphes , et absolument
défigure.
( 342 )
Des Ministres prudens auroient dû devancer
la demande de leur démission , et le Décret
qu'ils savent que nous allons rendre.
Ces expressions de confiance ont excité de
vifs applaudissemens , après lesquels l'Opinant
a fini par inviter les Amis de la Liberté
à se rallier pour adopter ce Décret. "
"
Est- ce un ordre que vous intimez au Roi ,
a répliqué en substance M. de Clermont Tonnerre?
Alors la Constitution n'est plus , nous
sommes des despotes. N'est- ce qu'un vou ?
Si le Roi s'y refuse , vous aurez fait une
fausse démarche. Est- ce parce que le Ministère
est mauvais que l'Escadre a refusé votre
Code pénal ? Le Code pénal ; voilà l'objet
de la révolte . Sans doute , il est plus aisé
de chasser des Ministres que de calmer des
séditieux en conséquence , l'on vous dit :
il faut un holocauste à la Loi , et les Ministres
doivent en servir. »
" On s'est appuyé du væeu National . Mais
je ne reconnois point de voeu prononcé ,
aucun Département ne s'explique . Il y a six
semaines , cinquante voix demandèrent tumultuairement
le renvoi des Ministres ; ce
n'est pas là le voeu de la Nation . J'apprends
aujourd'hui que quatre de vos Comités , dont
le nombre des votans a été par hasard réduit
à vingt- cing , ont décidé à la Majorité
de 15 contre 10 , et ont découvert que le seul
moyen de rétablir l'ordre est de renvoyer
les Ministres. S'il pouvoit en être ainsi ,
Messieurs , je ne crains pas de le dire , vous
ne trouveriez plus un honnête homme qui
voulut accepter la place de Ministre , et
vous ne trouveriez pas d'homme malhonnête
qui se refusât à une responsabilité détruite
par d'aussi foibles moyens. »
( 343 )
C
" M. de Cazalès s'est animé contre les
hommes qui n'embrassent aucun parti. Je
suis un de ces hommes foibles et changears
qui n'épousent aucune parti. La raison n'est
ni là , ni là ; elle est tantôt dans l'une , et
tantôt dans l'autre opinion . Montrez moi le
parti qui a toujours eu raison , et dites que
je l'ai abandonné . Je me suis dit en venant
ici , je combattrai le Despotisme , je défendrai
le Peuple , et je ne sacrifierai point à
sa faveur. Je demande la question préalable
sur la partie du Projet de Décret qui regarde
les Ministres du Roi. »
C'est par ne logique d'un autre genre ,
que M. Brevet de Beaujour a tâché de soutenir
la motion . Il a accusé les Ministres de
n'avoir pas concouru avec asse vigueur
à l'abolition des Ordres , de la blesse , à
la spoliation du Clergé. Dans cette lutte
longue et terrible entre les passions les plus
viles et les passions lesplus nobles... ; lorsqu'ils
ont vu l'intérêt et l'orgueil prostituant avec
audace les mots Religion , Prérogative du
Trône , pour défendre leurs Abbayes , leurs
pensions , leurs Parlémens , des Croix , des
rubans, la chamarrure de leurs Valets, ils ont
enhardi par le silence et l'inertic , une poignée
de Praticiens et de Prêtres rebelles etfuctieux.
"
J'avoue avec M. de Cazalès , que les Mi-!
nistres ont mis l'Etat en péril , et compromis
la gloire du Tróne . La méfiance est autour des
Citoyens , la chose publique est menacée.
Le premier besoin des Rois est la connoissance
de la vérité , mais ils sont obsédés par
les Ministres et leurs Créatures .... Accusez
les Ministres nous dit- on : et ne sont- ils pas
reprehensibles sans mériter une accusation
Nationale ? i .
( 344 )
" Nature , Egalité , Liberté , voilà le livre
que vous avezouvert aux Nations; Vous arri-{
verez intrépidement au terme , à travers:
les discours incendiaires et les complots )
impuis ans. Si les François retomboient sous
le joug de l'esclavage , vous seriez debout et
immobiles , impassibles comme la Nature et
la vérité. "
Ce fracas de déclamations , où le sange
froid n'aperçoit pas l'ombre d'un raisonrement,
a fait tressailir de joie les Galeries,
et mérité l'honneur de la presse Nationale ...
Ici le débat a été inte rompu par une lettre
M. de Saint- Priest, qui s'empress de commu-
Riquer à l'Assemblée , des dépêches des Commissaires
envoyés à Brest , même avant de
les avoir es sous les yeux du Roi . Elles
aunoncent que les Lieutenans de vaisseaux ,
la Société des Amis de la Constitution , des
Gardes Nationales et la Municipalité voot
faire des adresses aux Matelots de l'escadre
jour les ramener à l'obrissance à leurs Chefs
par l'empire de l'opinion publique , et que
M. d'Estaing est le Général d siré par les
Citoyens de Brest et par les Marins . Au reste :
les Commissaires sont dans le plus grand éton 1
nement de ne recevoir aucun ordre d'apres
les comptes qu'ils ont rendus ; et le Ministre
leur écrit que l'incertitude du parti auquel
se fixe oit l'Assemblée Nationale, avoit arrêté:
ses expéditions .
Rentrant dans la discussion , M. de Virieu a
pau bien étranger à la profonde politique
du Préopinant , en admirant qu'on pût saisir
un rapport entre la mutinerie des Matelotsi
qui se moquent d'un Code pénal , et la nécessité
de demander au Roi le renvoi de ses
Ministres . Il n'y a vu qu'une intrigue ourdie(
345 )
par l'intérêt : « car , a-- il dit , quoiqu'il soit
décrété qu'aucun de nous ne doit être admis
au Ministère , on peut avoir des vues sur des
amis , sur des d'éatures ; l'Assemblée ne
livrera pas à de pareils piéges. Je luttai
contre le Despotisme au mois de Juillet 1789;
je le combatirai aussi fierement sous ses nouvelles
faces. J'appuie l'opinion de M. Malouet.
4
L'attention s'est ensuite dirigée vers M.
Barnave.
"
D'abord , il a réfuté les soupçons calomnieux
, en affirmant qu'il ne s'agissoit pas
d'attenter à l'autorité Royale. Ensuite il a
dénaturé la question en promettant de la réduire
à sa pure simplicité: « Est-il vrai , a- t- il
dit , que le Gouvernement ait constamment
souffert , soit de l'incapacité des
Ministres , soit de leur malveillance , soit
de la méfiance qu'on leur oppose ? Si
cela est vrai , devez -vous mettre dette
in verité sous les yeux du Roi ? » Or , l'artitle
du Décret à éxaminer ne contient rien
de tout cela. Voici la question : le Peuple
vous a-t-il témoigné sa méfiance , de la seule
maniere légale et indispensable, pour que vous
soyez l'organe de ses voeux auprès du Roi ?
Des bruits artificieusement répandus , des
wigues d'improbation suggérée , des lettres
dietees par ceux qui les recueillent , ne tiendroient
pas lieu de mandats motivés des
Départemens.
"(
""
Tous les Orateurs qui ont paru dans la
Tribune , poursuit M. Barnave , ont dit
que l'inertie et l'incertitude forment le
« caractère de ces hommes placés au timon
, des affaires ; tous ont dit que par leur foiblesse
, l'autorité Royale legitime étoit
( 346 )
CE
"
*
«
་་
anéantie... Vos Comités ont été unanimes
sur l'incapacité , sur l'impuissance des Ministres
actuels. Il n'est aucun Comité qui
n'en recèle des preuves. Le Comité des
Rapports... le Comité Militaire... le Comité
des Finances
« C'est une assertion fausse , s'est écrié
M. de Wimpfen. Il n'y a pas au Comité
Militaire une seule plainte contre M. de la
Tour-du- Pin. »
"
Le Comité , a repliqué M. de Noailles ,
« a été si fort surchargé d'affaires étrangères
« à ses fonctions , de demandes de Soldats ,
d'Officiers... qui ne s'adressoient pas au
Ministre... Ce qui prouve sans replique , que
le Ministre n'a pas la confiance des
Corps. "
"
"
C'est en vertu d'un Décret formel , répond
M. d'Estourmel , que les Officiers et
les Soldats ont adressé leurs demandes
« au Comité Militaire . M. de Rostaing,
Membre du Comité Militaire
K
"
"}
ajoute :
J'ai l'honneur d'assurer que le Comité Militaire
n'a aucune connoissance de plaintes
directes contre le Ministre de la Guerre. »
M. Barnave , revenant alors en arrière ,
prétexte qu'on l'a mal entendu , et qu'il n'a
pas parlé d'une manière bien précise. Battu
sut le Comité Militaire , il se rejette sur les
Colonies , les Finances , les Assignats , finit
par abandonner les faits , et par rentrer ,
dit- il , dans la question . Il l'a reprend en
fet , par les mêmes déclamations que M.
Brevet , et demande que la proposition des
Comités soit décrétée.
M. l'Abbé de Jacquemard a succédé à M.
Barnave , en contrastant avec ce Député ,
par la plicité modeste de son avis , et
347 )
par le ton naturel de la candeur et de la
raison .
" Jene sais si pourmériter le titre de Patriote,
il faut se déchaîner, invectiver sans cesse contre
les Ministres ; si pour plaire au Peuple , ou
pour réchauffer son zèle , il faut lui présenter
chaque jour de nouveanx Conspirateurs ,
de nouveaux Ennemis de la liberté , bercer
son oisiveté de plans insensés , de projets
chimériques de conjuration , de contre - révolution
. Mais nous ne pouvons nous dissimuler
que ces moyens incendiaires ont été
multipliés jusqu'à l'ennui et la satiété . Dans
l'espace d'une année , si je ne me trompe ,
nous en sommes à la quatrième dénonciation
des Ministres , et aucune , que je sache , n'a
été justifiée et couronnée par le succès , et
les Dénonciateurs nous ont dit froidement ,
que dans la crise d'une révolution , la délation
même la plus hasardée , devenoit un
devoir sacré , une vertu héroïque , et qu'en
pareil cas le zèle devoit servir d'excuse ,
même à la calomnie . Pour moi , Messieurs ,
je vous avoue que des preuves aussi équivoques
de zèle et de patriotisme , ne m'en
imposent pas ; que le nom de Ministre si
envié et si souvent calomnié , n'est pas à mes
yeux un titre de réprobation. Je vous déclare
d'ailleurs que je ne connois aucuns de
ceux que le Roi a honorés de son choix et de
sa confiance ; qu'au dessus de la crainte ,
ainsi que de l'espoir , je n'ambitionne pas
plus leur faveur , que je ne redoute leur pouvoir
; je puis donc , sans rougir , élever la
voix en leur faveur , et repousser les traits
que la prévention , un zèle exagéré sans
doute , ont essayé de lancer contre eux . "
« Et d'abord j'observerai , Messieurs , que
( 348 )
trois d'entr'eux out nicrité les loges et les
regrets de cette Assemblée , que les deux autres
ont été choisis dans son sein , que ce choix
alors excita Penthousiasme et la reconnoissance
de tous les bons François ; c'est deja ,
ce me semble , un préjugé heureux en faveur
de leurs talens et de leurs vertus . Parquie
fatalité , ces hommes si chers aux Peuples ,
ont- ils donc pu encourir sa disgrace ? Quels
sont leurs torts ? quels sont leurs crimes ?
on les accuse en general , et sans articuler
aucun fait probant , d'avoir perda la confiance
de la Nation ; mais que signifie cette
accusation vague et destituée de toute espèce
de fondement. Où sont les plaintes , les
réclamations ? entend - on par la Nation cette
partie du Peuple toujours si facile à égarer ,
qui naguère demanda à grands cris la tête
de ces Ministres qu'il ne counut jamais , et
celle de ce Genéral dont il bénit aujourd'hui
la sagesse et le courage ? n'est -il pas plutót
l'écho que l'auteur des plaintes qu'on se permit
en son nom ? qu'on produise les récla
mations d'une seule de nos Provinces , et je
ne balance pas à les condamner ; mais je ne
regarderai jamais comme légales ces récriminations
odieuses de quelques individus , qui
ont peut- être un grand inté.êt à les trouver
coupables. "
1 1
Entend- on par la Nation , ces Libellistes
incendiaires , ces Folliculaires meprisables ,
qui ne vivent que de poisons , qui ne s'abreuvent
que de fiel , qui , semblables aux
harpies , corrompent et infectent tout ce
qu'ils touchent ? si nous en croyons ces organes
corrompus de l'opinion publique , c'est
à l'insouciance coupable des Ministres , aux
mesures
( 349 )
mesures foibles ou perverses qu'ils ont adoptees
, qu'il faut attribuer l'esprit d'insubordination
et d'insurrection qui s'est fait sentir
dans nos troupes de terre , ainsi que dans
nos forces de mer ; mais des hommes flétris
par l'opinion publique , sont - ils faits pour
influer sur celle des Représentans de la
Nation ? "
" Entend on par la Nation , les 15 Membres
de vos Comités , qui , contre l'opinion
de ro de leurs Collègues , ont décidé que
l'insurrection de Brest avoit sa source dans
l'incapacité on la mauvaise volonté des Ministres
? Quelle que soit ma docilité , j'avoue
qu'une telle majorité ne me séduit pas ; je
dirai plus , ce reproche nie paroît incompatible
avec une accusation qui est partie de
ces Comités , dont on veut nous faire valoir
l'autorité on accuse depuis long- temps les
Ministres de vouloir fortement la guerre , e☛
cette accusation n'est pas sans vraisemblance ,
parce que la gterre est le triomphe du pouvoir
ministériel ; mais si les Ministres doivent
desirer la guerre , ils doivent donc vouloir
aussi les moyens de la faire avec succès
puisque les revers sont le signal de leur
chute , le tombeau de leur prosperité ; mais
comment pourront- ils se flatter de quelques
succès , s'ils n'ont à opposer aux ennemis de
la Nation , que des soldats sans discipliue ;
des Généraux sans autorité ? Est - ce ainsi
qu'on se conduit , quand on n'est pas entièrement
frappé d'aveuglement et de folie ? Se
prépare t- on de gaieté de coeur , et par pure
complaisance pour ses ennemis , des revers
qui doivent ruiner , sans ressource , un Pouvoir
qu'on chérit , et pour leguel on a tont
sacrifié ? En un mot , s'ils ont un grand in-
No. 44 30 Octobre 1790:
( 350 )
térêt à faire cesser le désordre , pourquoi les
accuse- t- on de le fomenter? .
"
Un d'entre eux , en particulier , est accusé
de négligence , d'inexactitude même ,
dans la manière dont il transmet vos Décrets;
mais vingt fois dans cette Assemblée , j'ai
entendu renouveler cette accusation , etjamais
nous ne l'avons crue assez sérieuse et
assez fondée pour oser lui donner des suites. »
Maisen supposant que ces accusations aient
toute la vraisemblance qu'on veut bien leur
prêter, devez vous pour cela engager le Roi à
renvoyer ses Ministres ? Non , Messieurs , une
pareille démarche ne conviendroit point à
la majesté du Corps législatif ; ou la demande
que vous ferez au Roi sera oe qu'elle doit
être , une simple prière , et alors vous compromettez
la dignité de l'Assemblée , en
l'exposant à un refus , toujours humiliant ;
ou bien ce sera un ordre , et alors vous franchissez
les bornes de votre autorité , vous
dépouillez le Monarque , vous envahissez son
Pouvoir , puisqu'en le forçant à renvoyer les
Ministres qui vous déplairont , vous le reduisez
à la nécessité de n'avoir que ceux qui
seront de votre choix. Le jour qui éclairera
cette entreprise hardie , j'oserai le dire , Messieurs
, sera le dernier de votre liberté ,
l'époque du despotisme le plus absolu ; c'est
alors qu'il sera vrai de dire que la France ,
au lieu d'un Roi , aura 1200 Tyrans.
H
"
Vous ne l'avez point oublié, Mescieurs ,
vous l'avez si souvent répété ,? que la division
des Pouvoirs est la base de votre Constitution
; concluez donc que leur réunion en
sera le tombeau .
"
"
« Ce n'est pas tout , Messieurs , en disposant
à votre gré du sort des Ministres , vous
( 351 )
"
Ouvrez la porte à l'ambition , et par conséquent
à la corruption . Rappelez - vous ce
Décret à jamais memorable qui , en excluant
du Ministère les Membres de cette Assem
blée , prouva au Peuple François , que ses
Rep ésentans étoient vraiment dignes de sa
confiance. N'allez pas , par une démarche
précipitée , vous exposer à en perdre le fruits
gardez - vous de donner lieu aux conjectures
téméraires , aux soupçons injurieux. Le jour
que la Nation nous soupçonnera d'ambition ,
nous perdrons sa confiance sans retour , et
à bien plus juste titre que les Mintres. •
Si les Ministres vous paroissent coupables
, vous avez dans vos mains un moyen
bien sûr de réprimer leurs excès , de punir
leurs prévarications ; faites exécuter la Loi
tu élaire de la responsabilité ; faites les
juger , vous en avez le droit incontestable :
c'est ainsi qu'il eonvient aux Représentans
de la Nation d'assurer notre bonheur et notre
Iberté ; mais n'exigez pas du Mouarque que,
sur des soupçons , des conjectures vagues ,
il vous donne une satisfaction qu'il ne vous
doit pas. Songez que si le sort des Ministres
st entièrement livré à la disposition du
Corps législatif , la crainte de lui déplaire ,
l'instabilité de ces places , deja sidangereuses,
en éloignera les hommes qui en sont vraiment
dignes ; qu'on n'y verra , à l'avenir , que de
bas Intrig ins qui les déshonoreront , et finiront
peut- être par renverser l'édifice que
vous avez en tant de peine à élever.
(t
"
Je conclus donc à la question préalable
sur le troisieme article du Projet des quatre
Comités ; ou à ce que la Loi , qui établit
la responsabilité des Ministres , soit mise à
execution , et que leue procès , s'il y a lieu ,
Q ij
( 352 )
soit instruit pardevant le tribunal qu'il plaira
à l'Assemblée d'instituer.
La discussion ayant été fermée , M. de
Beaum 1z a tâché d'écarter la question préalable
, et a demandé que le Décret d'exclusion
exceptât M. de Montmorin . Cet amendement
a été accepté par M. de Menou ;
M. le Chapelier l'a motivé par de nouveaux
éloges du Ministre des Affaires Etrangères ;
éloges entendus , ainsi que ceux de M. de
Beaumetz , avec beaucoup de murmures par
une partie de l'Assemblée . Ou a disputé
ensuite sur la priorité à accorder à l'amendement
, ou à la question préalable. L'amendement
l'a emporté , et a été reçu. Chacun
peut observer combien cette forme de délibération
étoit irrégulière , puisque le so t
de l'amendement étant subordonné à celui
de la question préalable , il étoit absurde
de perdre le temps à le décréter , avant de
savoir si la question préalable seroit rejetée.
Elle a été mise aux voix par assis et levé.
Les six Secrétaires ont été d'avis que l'épreuve
lui étoit contraire. Le côté droit a
réclamé l'appel nominal ; l'opposition a produit
un tumulte indicible : enfin , les voix
prises , 403 voix contre 340 ont prononcé
contre la proposition des quatre Comités.
Il étoit six heures du soir lorsque la Séance
a été levée .
Les Galeries ont répondu à l'énoncé des
suffrages , par un mugissement effroyable ,
dont celui dépeint par Racine dans le récit
de Therumène , peut seul fournir le modèle .
DU JEUDI 21 OCTOBRE .
Une lettre des Gardes Nationales de
( 353 )
Pan , lue par M. Bouche , informe l'Assem
bice que ces Citoyens -soldats ont brûlé l'arrêté
du Parlement de Toulouse comme incendiaire.
Il sera fait mention honorable de
leur acte de juridiction incendiaire,au Procesverbal
.
M. S. Martin demande qu'on hâte le rapport
du travail relatif à l'organisation du
Trésor National , et dit que ce dépôt doit
étre confié à des mains sûres , que les Ministres
actuels n'en sont pas dignes . C'étoit faire
une injure aussi grossière que gratuite à M.
Lambert , homme de la pius respectable
probité , et le seul Ministre qui soit chargé
du Trésor. ( Les Galeries et l'extrémité gauche
applaudissent à cet outrage. )
La Municipalité de Clermont - Ferrand ,
pour débarrasser le Ministre de la Guerre
de fonctions , que la méfiance générale le
met dans l'impuissance de remplir , passe
les troupes de ligne en revue sans qu'il y
paroisse , et dénonce confidentiellement à
M. Biauzat , que 52 soldats d'un Régiment
d'Artillerie en Garnison à Strasbourg , ont
été réformés sous le prétexte du défaut de
taille . On s'attend bien que ce sont d'excellens
Patriotes que l'Aristocratie persécute.
Des jeunes gens , reçus dans l'espoir qu'ils
grandiront ne grandissent pas , les Chefs
"les renvoient ; pure intrigue. M. Biauzat
ajoute charitablement : « On m'assure , sans
" preuves , qu'il a été donné 25 mille congés
de cette espèce . » Qu'est- ce que deux ou
trois zéros de plus dans les assertions propres
à augmenter le désordre ? L'Assemblée
Nationale décrète que le Ministre de la
Guerre fournira au Comité Militaire , d'ici
à Dimanche prochain , un état exact de tous
Q iij
( 354 )
•
les congés donnés aux Soldats de toutes les
armes, depuis le 15 Juillet 1789. Il n'a pour
cela que Vendredi et Samedi ; on ne dira
pas que l'Assemblée ne suppose aucune activité
dans le Ministère .
L'ordre du jour ramène la discussion sur
l'affaire de Brest.
M. d'Arembure propose que douze anciens
Officiers de l'Escadre se réunissent aux Commissaires
nommés , pour voir en quoi le Code
pénal est si contraire au nouvel esprit des
Marins ; et être ensuite , par l'Assemblée
Nationale , statué ce qu'il appartiendra.
M. Larévellière Lépaux trouve la proposition
inconstitutionnelle , et crie qu'on rappelle à
l'ordre le Préopinant . M. de Vaudreuil appuie
les principaux articles du Projet des
Comités , et observe d'ailleurs que le Pavil
lon qu'on veut arborer est celui des Hollan
dois.
1
Ici va se présenter un spectacle étrange,
et qui mérite de fixer toute l'attention des
Citoyens. M. de Menou , Rapporteur la
veille et déferseur du Décret des Comités
se lève aujourd'hui pour le combattre. 11
ranime les passions que la décision d'hier
n'avoit fais irriter ; il revient aux Ministres
parl'Escadre et les Comités ; il se plaint
du souffle empoisonné de l'influence ministérielle
, qui se fait sentir jusque dans le sanctuaire
des Fondateurs de la liberté. Des que
l'amphigouri prend la place de la raison ,
les applaudissemens se fout entendre. Le
côté droit demande que l'Opinant soit rappelé
à l'ordre ; M. Goupilleau , dit plaisamment
aux Membres de ce côté : « Quand
on parle des Fondateurs de la liberté , ce
a n'est pas à vous qu'on s'adresse . »
14
( 355 )
On voit déja percer l'humeur. M. de Menou
dit-il , que Il étoit convenu , : ་ continue :
'
le
Décret seroit indivisible. Il étoit simple
qu'en présentant le Décret contre les Minis
tres , nous n'épargna: sions personne nous
fissions sentir aux Patriotes qie les erreurs...
résultant de l'intention la plus pare... devoient
être réprimees par la Loi ; mais aujourd'hui
l'affaire change de face... ( C'est- àdire
: puisque les Ministres nous ont échappé
hier , les Officiers Municipaux ne sont plus
coupables. ) Encourageons- les , soutenons les
dans leur patriotisme ... Voilà comme nous
devons punir les amis de la Révolution ,
les défenseurs de la liberté naissante . Un
seul mot de votre part , éclairera mieux
leur patriotisme que les Décrets les plus
9
04
14
* sévères. D
Quant à l'insubordination des Matelots ,
l'Opinant ne supprime de l'article qui les
concerne , que le droit attribué aux Commissaires
de requérir les forces publiques.
La persuasion doit suffire , avec la grace d'a
voir le Pavillon aux couleurs Nationales .
Après une interruption , dès ses premiers
mots , et un tapage patriotique , M. de Viricu
a demandé que les Citadelles , les Arsenaux
de terre et de mer fussent continuellement
sous la Loi Martiale .
Cette Opinion , très - sage à la veille d'éne
guerre , ayant excité des clameurs : « Cette
idée , ajoute M. de Virieu , vous a deja été
proposée par M. le Vicomte de Noailles. »
Ici de nouveaux cris . Il n'y a plus de Vicomtes!
A l'ordre à l'ordre ! Le Président a la forbles
e d'adhérer à cette boutade.
M. de Virieu finit par relever les glorieux
Q iv
( 356 )
souvenirs qu'une innovation inutile tend à
détruire , et se retranche à désirer que le
signe de la liberté conquise soit une bande
aux couleurs nationales , jointe à l'antique
Pavillon de France , connu , respecté sur
toutes les mers .
Lecture des Décrets , débats pour la priorité.
On décrète le premier article , proposé
par M. de Menou qui lit le second . M. Ma-
Louet remarque que la substance du scond
se trouve dans le premier , que le reste consiste
en détails qui ne sont pas du ressort de
l'Assemblée . Mais M. Charles de Lameth ne
veut rien lâcher , et prétend que l'Assemblée
est obligée de se charger de plusieurs détails ,
parce que les Ministres ne veulent ou ne peuvent
s'en occuper. Leur systême est de
« faire croire le Pouvoir exécutif paralysé ,
« et leur systême , en cela , n'est pas bien
malin ... Le Pouvoir exécutif fait le mort
puisque l'Assemblée n'a pas eru pouvoir
déclarer que les Ministres ont perdu la
confiance publique , ilfaudra bien qu'on s'oc
cupe de convaincre les plus incrédules , qu'as
ne l'ont pas , qu'ils ne la méritent pas .
"
་་
st
#
M. de Monitauzier demande quele Préopinant
soit rappelé à l'ordre . Le Président
garde le silence . Vous faites le mort , lui
dit M. de Folleville . Les Plaideurs ont vingtquatre
heures après la perte de leur Proces,
reprend M. l'Abbe Maury. M. de Mont'auzier,
excusant , à ce titre , l'humeur de M. Charles
de Lameth ; retire sa Motion . Celui - ci
poursuit le cours de ses invectives anti- ministérielles.
On met aux voix l'amendement
de M. Malouet ; il est rejeté. Le second
article est décrété , et M. de Menou lit son
troisième . Il s'agit du Pavillon , et ce sujet
( 357 )
va être considéré sous un aspect bien extraordinaire.
On invoque la question préalable.
M. Millet e to ir l'ajournement . M. Larévellière-
Lépaux insiste sur l'argente nécessité
de décréter le principe . En vain M. de la
Galissonnière observe- t - il que les Pavillons
Anglois et Hollandois sent aux trois couleurs
; que ce changement , inutile et dangereux
, occasionnera des dépenses considérables.
M. de Foucault prend la parole et dit :
1
Je commence par faire aux Comités une
première question qui prouvera que la mosure
proposée est peut être dangereuse . Je
lear demande s'il est un Département , un
District , une Municipalité , un Militaire ,
un seul homme en France , qui leur ait ordonné
de profaner comme ils l'ont fait dans
leur rapport , l'honneur et la gloire du Pavillon
François ? On diroit que ce malheureux
, mais si glorieux Pavillon est la cause
- des désordres qui vous occupent. Je suis
persuadé que ceux qui sont les premiers à
en demander le changement , croient cette
mesure inutile , puisqu'il n'est pas un seul
Marin , pas un seul Militaire qui trouve
mauvais de conserver l'ancien Pavillón. Aecepteż
la proposition de laisser exister le
ralliement de l'honneur françois ; ne présentez
point ; comme une récompense d'enfant
, ce nouveau hechet à trois couleurs.
Ne changez point le Pavillon François , à
moins que des besoins pressans ou des demandes
réitérées ne vous y obligent indispensablement.
Je demande donc la question
préalable ; et au cas que vous décidiez
le contraire , je réclame la priorité pour la
la motion de M. Gualbert , qui tend à faire
3
( 358 ).
placer un guidon aux trois couleurs à côté
du Pavillon blanc. "
Ces objections paroîtront à tout
homme impartial , exprimées avec ménagement
; au terme près de hochet
qui nous semble imprudent et peu convenable
, on ne trouve ici pas un mot
d'humeur ou de malignité ; mais l'adroite
politique des Factions sait tirer parti de
tout . Elle a saisi la phrase de M. de
→Foucault , comme un brandon à lancer
-dans les Galeries , dans la multitude , et
'parmi les Enthousiastes de l'Assemblée .
M. de Mirabeau s'est chargé de ce Ministère.
Le coeur très froid et l'oeil incendié
, il est monté à la Tribune , d'où
il a dit avec un emportement étudié :
Aux premiers mots proférés dans cet
étrange debat , j'ai ressenti , je l'avoue , les
bouillons de la fievre du patriotisme , jusqu'au
plus violent emportement . Messieurs ,
donnez moi quelques momens d'attention
je vous jure qu'avant que j'aie cessé de parler,
Vous ne serez pas tentés de rire... ( C'est au
-côté Droit , murmurateur , que M. de Mirabeau
adressoit cette menace. Tout le
monde sait quelles crises terribles ont occasionnées
de coupables insultes aux couleurs
nationales ; tout le monde sait quelles ont 、
été , en diverses occasions , les funestes suites
du mépris que quelques individus ont osé
lui montrer ; tout le monde sait avec quelle
felicitation mutuelle la Nation entiere s'est
complimentée, quand le Monarque a ordonné
aux Troupes de porter , et a porté lui - même
ees couleurs glorieuses , ce signe de rallie(
359 )
ment de tous les amis , de tous les enfans
de la Liberté , de tous les défenseurs de la
Constitution ; tout le monde sait qu'il y a
peu de semaines , peu de jours , le téméraire
qui eût osé montrer quelque dédain pour celte
enseigne du Patriotisme , eût payé ce crime
de sa tête. 2)
On a objecté la dépense , comme si la
Nation , si long temps victime des profusions
du despotisme , pouvoit regretter le prix
des livrées de la Liberté! comme s'il falloit
penser à la dépense des nouveaux Pavillonssans
en rapprocher ce que cette consommation
nouvelle versera de richesses dans le
commerce des toiles , et jusque dans les mains
des Cultivateurs du chanvre ! Cette mesure
au fond , n'avoit pas besoin d'être demandée
ni décrétée , puisque le Directeur du
Pouvoir exécutif, avoit déja ordonné que les
trois couleurs fussent le signe national. "
IN
"
Eh bien , parce que,je ne sais quel succès
d'une Tactique frauduleuse dans la Séance
'd'hier a gonflé les coeurs contre révolutionnaires
, en vingt- quatre heures , en une
nuit , toutes les idées sont tellement subverties
, tous les principes sont tellement
dénaturés , on méconnoît tellement l'esprit
public , qu'on ose dire à vous - mêmes , à
la face du Peuple qui nous entend , qu'il
´est des préjugés antiques , qu'il faut respecter
comme si votre gloire et la sienne n'étoit
pas de les avoir anéantis , ces préjugés
que l'on réclame ! qu'il est indigne de l'Assemblée
Nationale de tenir à de telles bagatelles
, comme si la langue des signes n'étoit
pas par- tout le mobile le plus puissant.
pour les hommes , le premier ressort des Patriotes
, et des Conspirateurs pour le succès
9 vj
( 360 )
de leur fédération ou de leurs complots !
on ose , en un mot , vous tenir fioidement
un langage qui , bien analyse , dit précisement
: Nous nous croyons assez forts pour
arborer la couleur blanche , c'est- à - dire , a
couleur de la contre- Révolution , à la place
des odieuses couleurs de la Liberté. Cetie
observation est curieuse , sans doute , mais
son résultat n'est pas effrayant . Certes , ils
ont trop présumé, Croyez - moi , ne vous endormez
pas dans une si périlleuse sécurite ;
cur le réveil seroit prompt et terrbe. "
14
----
1
Je prétends que les veritables factieus.
les véritables Conspirateurs sont ceux qui
parlent des préjugés à ménager , en rappelant
nos antiques erreurs et les malheurs
de notre honteux esclavage. Non , Messieurs
, non leur folle presomption sera déque
leurs sinistres présages , leurs hurlemens
blasphémateurs seront vains : elles vogueront
sur les Mers , les couleurs nationales
; elles obtiendront le respect de toutes
les contrées , non comme le signe des com
bats et de la gloire , mais comme celui de
la sainte confraternité des amis de la liberté
sur toute la terre , et comme la terreur des
conspirateurs et des tyrans... "
Il ne manquoit à cette déclamation
, que d'être prononcée le poignard
à la main . Ainsi eût parlé un . Frère-
Rouge de Cromwel , gourmandant l'Opposition
dans les Communes . Si l'on réfléchit
aux atrocités dont la France a
été souillée , à la part que la calomnie
a attribuée dans quelques - unes à M. de
Mirabeau, au moment choisi pour faire
ce nouvel appel aux bourreaux et aux
( 361 )
3
C
coupeurs de tête , au motif de cette sanguinaire
invocation à l'exagération
puérilé de cette colère de commande
à l'exaltation des Guleries , dont les applaudissemens
frénétiques présageoient
ceux, dont elles auroient couronné celui
qui eût fait, rouler à leurs pieds la tête
de M. Foucault , on sera peu surpris de
la scène qui a suivi.le
Pendant que M. de Mirabeau parioit , plu
sieurs vois avoient crie : Koilà le langage
d'un facrieuxA ces mots , M. Guilhernly ,
de sa place et non point de la Tribune ,
ainsi que l'ont rapporté des Journaux.menteurs
, a ajouté , en parlant à M. de Beauharnois
,´, Mirabeau parle comme un scélérai et un
assassin . Ces épithètes passent de bane en
bang , elles, arrivent à M. de Menoù ; il dénonce
M. Guilhermy , et exhorte . le Présidensà
le faire, arrêter sur le champ. L'Accusé
vole à la Tribune et, dit : eriet
09 L'Assemblée a été témoin de la maniere
dont M. de Mirabeau a empoisonné : le disjeours
de M, de Foucault. Celui - ci avoit insisté
sur le danger du changement de Pavillon
; M. de Mirabeau l'a accusé , ainsi
qu'une partie de cette Assemblée , de vouloir
la contre révolution , parce qu'on vouloit
conserver le Drapeau blanc comme si
l'Oriflamme , suspendue à la voûte de cette
Salie , étoit un signe de contre- révolution.
M. de Mirabeau , parlant du triomphe d'hier,
a dit qu'il seroit court ; il a traité de factieux
les Membres qui composent une partie
de cette Assemblée . J'ai dit que M. de Mirabeau
vouloit faise assassiner eette partie de
l'Assemblée. »
1
( 362 )
Je demande si c'est un mépris des couleurs
nationales , que de demander la conser
vation du Pavillon blanc . M. de Mirabeau
a dit que celui qui auroit osé tenir un semblable
propos , trofs semaines plus tôt , auroit
payé ce crime de sa tête. Or , je demande
si celui qui auroit fait tomber la tête de
M. de Foucault n'auroit pas été un assassin ?
Si celui qui l'auroit conseillé n'auroit pas
été un assassin ? Je demande si ce discours
de M. de Mirabeau n'est pas séditieux , s'il
ne tend pas à attirer la vengeance du Peuple
sur un Parti qui n'est pas le sien ? ... Je
dis : qui n'est pas le parti de M. de Mirabeau :
certainement celui-là n'est pas le parti du
Peuple. "
" J'ai dit à M. de Beauharnois , qui étoit
près de moi , je l'avoue , je l'ai dit bien
haut , le propos de M. de Mirabeau tend à
faire a sassiner une partie de l'Assemblée.
Je le répète ; j'ai dit que ce propos tendoit
à faire assassiner une partie de l'Assemblée ,
ou que le propos de M. de Mirabeau étoit
celui d'un assassin . M. de Mirabeau sait combien
le Peuple est aisé à tromper, il y a quel
que temps qu'il en a fait l'épreuve . Je veux
croire que cette intention n'étoit pas dans
son coeur. Qu'il rétracte son propos , je rétracterai
le mien . Quant à M. de Menou , je
ne sais s'il demande contre moi une lettre
de cachet indéfinie , ou si je serai arrêté à
la requête de M. de Menou ou de M. de
Mirabeau. »
Pendant que M. Guilhermy , troublé par
d'indecentes interruptions , se justifioit , plusieurs
Membres se sont plaints que l'on faisoit
passer des billets au Peuple ; M. l'Abbé
Maury a prie le Président d'envoyer deux
( 363 )
;
Officiers pour détromper le Peuple ; il a
paru que le Président donnoit des ordres à
cet égard . M. de Mirabeau a généreusement
demandé qu'on revînt à l'ordre du jour ,
tant que cette demande interrompoit la défense
de l'Accusé , dont M. de Cazalès a été
l'Avocat. Après ce Plaidoyer , M. de Mirabeau
s'est ravisé ; il a dit que l'injure étoit
trop vile pour l'atteindre ; il n'a pas cru devoir
sacrifier la portion de respect qui lui est due.
Quiconque lui faisoit un crime d'avoir provoqué
la lanterne contre un Député de la
Nation , révéloit l'exécrable secret de son
coeur déloyal. Il cessoit d'être clément , et
demandoit qu'on jugeât M. Guilhermy.
Ces tirades de Tribun subalterne n'ont
produit qu'une impression médiocre. Les
Auditeurs sensés n'ont vu dans cette altercation
, qu'une querelle personnelle à vider
entre les Intéressés , et non à la Tribune ,
par des exclamations de tréteaux publics ;
mais , comme l'Assemblée avoit été troublée
et la décence violée par le propos
de M. Guilhermy , après deux épreuves douteuses
, on a prononcé contre lui les arrêts
domestiques durant trois jours.
La Séance a fini par l'adoption du Décret
suivant de M. de Menou sur l'affaire de Brest.
" L'Assemblée Nationale , ouï le Rapport
de ses Comités de la Marine , Militaire , Diplomatique
et des Colonies ,
"
Décrète que le Roi sera prié de nommer
deux nouveaux Commissaires Civils , lesquels
se réuniront à Brest avec ceux que Sa Majesté
a précédemment nommés , et seront
revêtus de pouvoirs suffisans pour employer ,
de concert avec le Commandant qu'il plaira
au Roi de mettre à la tête de l'Armée na(
364 )
1 *
"
vale , et avec celui du Port , tous les moyens
et toutes les mesures nécessaires au rétablissement,
de l'ordre dans le port et la rade
de Brest ;
"C
1
Décrète qu'attendu qu'il a été embarqué
sur l'Escadre , en remplacement de quelques
gens de mer , des hommes qui ne sont
ni Marins , ni Classés , le Commandant de
l'Escadre sera autorisé à congédier ceux qui
ne lui paroîtront pas propres au service de
la mer ;
་་ Décrète que le Pavillon
de France portera
désormais
les trois couleurs
Nationales
,
suivant
les dispositions
et la forme que l'Assemblée
charge son Comité
de la Marine
de
Jui proposer
; nais que ce nouveau
Pavillon
ne pourra
être arboré
sur l'Escadre
qu'au
moment
où les Equipages
seront
rentres
dans la plus parfaite
subordination
; "
Décrete en outre, qu'au simple cri de
vive le Roi, usité à bord des vaisseaux le
matin et le soir , et dans toutes les oceasions
importantes , sera substitué celui de
vive la Nation , la Loi et le Roi.
"
L'Assemblee Nationale , considérant que
le salut public et le maintien de la Constitation,
exigent que les divers Corps Administratifs
et les Municipalités soient strietement
renfermés dans les bornes de leurs
fonctions ; ,་ ་
Declare que lesdits Corps Administratifs
et Municipalités ne peuvent , sous peine
de forfaiture , exercer d'autres pouvoirs que
ceux qui leur sont formellement et explici
tement attribués par les Décrets de l'Assemblée
Nationale , et que les Troupes de
terre et de mer en sont essentiellement indépendantes
, sauf le droit de les requérir
( 365 )
dans les cas prescrits et déterminés par les
Lois. >>
4
Au surplus , l'Assemblée Nationale persuadée
qu'un excès de zele a pu seul enraîner
la Municipalité et le Procureur de
la Commune de Brest dans des démarches
irrégulieres , inconstitutionnelles , et qui
pouvoient avoir de dangereux effets , décrète
que son Président sera chargé de leur écrire
pour les rappeler aux principes de la Constitution
; ne doutant pas d'ailleurs qu'ils ne
fassent tous leurs efforts pour concourir avec
le Commissaire du Roi et le Chef de la
Marine , au rétablissement de l'ordre et de
Ja discipline parmi les Equipages des vaisseaux
actuellement en armement à Brest.
DU JEUDI, SÉANCE DU SOIR..
"
Le Président et le Doyen du Conseil-
Supérieur d'Alsace déclarent , par lettres ,
qu'ils n'ont pris aucune part aux protestations
de leur. Compagnie. Leurs noms sont
insérés dans le Proces- verbal . Un Artiste
fait hommage de quelques inventions à l'Aíguste
Diète qui renvoie le tout à ses Comités
de Marine et de Commerce . Elle´ donne
ensuite deux Juges de Paix à la Ville de
Bar- le - Duc , porte un nouveau Décret en
faveur du Sieur Brullée , au sujet de son
Canal , dont un Sieur Joseph vient , après
tant de Lois, réclamer la propriété ; prétention
confiée à l'examen des Comités de Commerce
et d'Agriculture , et l'on ajourne la
discussion de l'affaire d'Huningue.
DU VENDREDI 22 OCTOBRE.
La lecture du Décret de la veille sur le
Pavillon National , suggère à M. de Pruslin
( 366 )
l'idée d'attacher à tous les Drapeaux de l'armée
, des cravates aux trois couleurs. Cet objet
est renvoyé , pour le moyen d'exécution , non
au Pouvoir Exécutif , mais au Comité Militaire.
Etonné de voir que l'Assemblée n'est pas
en nombre suffisant bien qu'on ait déja
rendu un Décret , M. d'Andie demandé ,
ou que les séances ne commencent qu'à deux
heures , ou qu'on fasse l'appel nominal tous
les jours à 9 heures et un quart. Un autre
Membre propose que chaque Député mette ,
en entrant , une cheville à une planche. On
rit , et l'on prête l'oreille à M. de Cussy qui
annonce qué le Comité des Monnoies exp( -
sera incessamment les bases générales d'une
fabrication de numéraire qui doit ranimer la
circulation.
L'ordre du jour amenoit la discussion de
la Contribution personnelle , dont les deux
premiers articles , lus par M. Fermond, u'ont
pas éprouvé de contradiction.
Un troisième article prend pour base de
répartition la qualité de Citoyen actif, le bail
ou l'estimation de la valeur annuelle de l'habitation
, les Domestiques mâles , les chevaux
de selle , de carrosse ou de cabriolet
dans les villes .
M. Nogaret y voit de l'inégalité et de l'arbitraire
. Tel particulier opulent est mal logé ,
tel moins riche occupe un logement considérable.
La Contribution personnelle doit se
rapprocher des facultés. L'habitation paroît
à M. Roederer la moins défectueuse des mesures
conjecturales , en établissant une classification
de villes , de circonstances , en déduisant
les frais de l'entretien des biensfonds
dont l'usage est évalué , en n'imposant
( 367 )
que 3 deniers pour livre sur un loyer de 20
ou 30 livres , et jusqu'à 73 deniers sur le
loyer du riche. Tant d'applications_multiplieront
les prétextes pour eluder la Loi , et
ouvriront mille portes à l'arbitraire , dit M.
Biauzat. Des ateliers , des magasins , l'habitation
indispensable à de nombreuses familles
, doivent moins payer que le logement
du célibataire oisif, un Lapidaire plus qu'un
Marchand de sabots. Il veut que le Décret
combine la qualité et les facultés des Contribuables.
M. Malouet observe que l'habitation u'est
qu'improprement l'objet d'une imposition
nommee personnelle . Il s'effraie des dangers
de ce systême pour l'agriculture , et conclut
à ce que la Contribution personnelle
n'admette d'autre qualité que celle de Citoyen
actif, et qu'on atteigne le riche par
les impôts sur les consommations.
Le loyer est le principal indice des richesses
cachées , répond M. Ræderer. Plus de
jouissances exigent plus de loyer. Il compense
les avares par les prodigues , et dit que
les ateliers , les magasins , l'habitation de
nombreux enfans , le célibat , seront la matière
de diverses exceptions qui ne dérogerout
pas au Décret qu'il appuie. M. Lanjuinais
substitue aux mots : Citoyen actif, ceux-ci
les facultés mobilières qui peuvent donner
qualité de Citoyen actif. M. Lavenue se plaint
qu'on épargne ou qu'on oublie les Rentiers . M.
Péthion desapprouve la distinction des sexes
entre les Domestiques. Le projet du Comité
offre plus que jamais , l'inconvénient d'un
arbitraire sans ressource , aux nouvelles méditations
de M. Biauzat , qui conseille de s'en
tenir aux évaluations , telles que les faisoient
( 368 )
les Collecteurs , et ne voit pas de plus sûr
expedient pour éviter l'arbitraire , que de se
confier aux Municipalités.
M. Roederer pense que les derniers venus
dans la Salle n'attaquent le systéme proposé
que parce qu'ils n'ont pas entendu ce qu'il
a dit avant leur arrivé . Les taxations municipales
seroient un abus inoui . « Le projet du
Comité met , dit - il , en équilibre la Contribution
fonciere , et la Contribution personnelle,
sur les capitaux mobiliers qu'on n'avoit
pas encore atteints ; elle met aussi en equi
libre la Contribution des Municipalités , des
Districts , des Départemens. Nous vous proposons
de répartir une somme fixe en sommes
fixes ; nous vous donnons des moyens de rectification
de haut en bas , pour égaliser , pour
niveler les Personnes et les Provinces ... " De
grands applaudissemens , et la discussion est
fermée.
M. Buzot demande qu'on attende le tarif annoncé
; M. Rewbell propose , en amendement,
une légère imposition sur les Domestiques
femelles , sur les chiens inutiles , et un louis
par tête pour le droit libre de chasser avec
une arme à feu. M. Ræderer motive l'exemption
des servantes par leur utilite auprès des
enfans , des vieiliards , des malades ; et l'impót
sur les valets par le grand intérêt de
renvoyer le plus possible d'hommes sains et
vigoureux aux Champs , aux Arts , à l'Armée.
L'ajournement et l'amendement écartés , le
troisième article est decrété . Le voici ainsi
que les deux premiers :
ART . I. Il sera établi , à compter du prémier
Janvier 1791 , une Contribution personnelle
dont la somme sera déterminée chaque
année. "
( 369 )
"
II. Une partie de ceite Contribution sera
commune à tous les habitans du Royaume ,
de quelque nature que soient leurs revenus ;
l'autre partie sera levée à raison des salaires
publics et privés , et des revenus d'industrie
et de fonds mobiliers .
"
>>
IH . La partie de cette Contribution commune
à tous les habitans , aura pour base de
répartition les facultés qui peuvent donner
Ja qualité de Citoyens actifs , la valeur annuelle
de l'habitation fixée suivant le prix
du bail ou l'estimation qui sera faite , les
Domestiques mâles , les chevaux de selle
dans les Villes , et de carrosses ou cabriolets
dans les Villes et dans les Campagnes. "
On a appris à l'Assemblée la mort du généreux
M. Desilles. M. le Président témoighera
au père de ce jeune Héros les regrets
du Corps Législatif M. Desilles emportera
ceux de tont le Royaume.
DU SAMEDI 23 OCTOBRE .
A la lecture du Procès - verbal , M. de
Mirabeau a réclamé l'affranchissement absolu
des rentes constituées et viagères , contre
une proposition de la veille , faite par M.
Lavenue , et consignée dans le Procès verbal .
On a lu ensuite et ordonné d'imprimer
deux Adresses aux Equipages , l'une par les
Sous -Lieutenans de Vaisseaux , l'autre par
la Société des Amis de la Constitution de
Brest.
La d'scussion étant reprise sur la Contribution
personnelle , M. Fermond a fait
décréter une suite d'articles que nous
transcriions avec les suivans . Toutes ces
dispositions ont été arrêtées sans débats ,
à la réserve d'une seule , par laquelle le
( 370 )
Comité a tenté un nouvel effort contre le
Cens qui fixe la faculté de Citoyen actif.
M. Fermond proposoit de considérer comme
tels tous ceux qui s'obligeroient à la Contribution
civique de trois journées de travail ,
en déclarant qu'ils ' veulent la payer. Cette
tentative déja repoussée , l'a été aujourd'hui
par M. d'André , qui a réclamé l'autorité
des Décrets précédens , et celle de l'expérience.
Avec cent pistoles , a - t - il dit judicieusement,
on fera cinq cents Citoyens actifs .
M. Robespierre a cru soutenir l'article par
le lieu commun absurde qui forme toute la
science politique de cet honorable Membre.
« Le droit naturel , a- t - il dit , donne à chaque
Membre de la Société le droit de Citoyen. "
Cela n'est point , a répliqué M. d'Andié. Le
droit de Citoyen actif dérive de la Loi , et
sans la Loi nous serions une horde de brigands.
"
DU SAMEDI . SÉANCE DU SOIR.
J.Parmi les Adresses qui ont fait perdre la
première heure , on en distingue une trèscurieuse
du Conseil général de la Commune
de Marseille , qui demande à poursuivre
devant les Tribunaux le Ministre de la
guerre , pour avoir calomnie Marseille , en
avançant que les Sections s'étoient opposées
au départ du Régiment de Vexin. Nous
verrons s'il en sera de même de cette grande
menace , comme de la dénonciation de la
même Commune contre M. de Saint -Priest ,
il y a quelques mois .
Le Comité des Rapports , auquel on a
renvoyé cette Adresse , a ensuite occupe.
l'Assemblée de l'anarchie d'Huningue , à
laquelle on a ordonné de former sa Muaici(
271 )
palité , sous l'inspection d'un Commissaire
du Directoire du Haut - Rhin.
DU DIMANCHE 24 OCTOBRE.
Le Comité de Marine étant chargé de
proposer la forme à donner au nouveau Pavillon
, M. de Champagny a rendu comptedu
Projet de ce Comité. M. Nérac a objecté
que ce changement feroit sortir du Royaume .
cinq ou six millions pour l'achat des étamines
ou autres étoffes dont on fabrique le Pavil
lón. Aussitôt , M. Camus a demandé qu'il
fût prescrit de réserver la préférence aux
Etoffes Françoises . Cet amendement a été
reçu et joint aux articles offerts par M. de ,
Champagny, Nous les transcrirons dans huit
jours .
Sur le Rapport de M. de Puzy , au nom
du Comité Militaire , on a décrété la composition
et la paie du Corps du Genie , dont
la dépense totale sera de 783,000 ¡ iv . et qui
sera composé de quatre Inspecteurs - généraux
, tirés du Corps même , de vingt Colonels
Directeurs divisés en trois classes , de
quarante Lieutenans - Colonels en deux
classes , de 180 Capitaines , de 60 Lieuteet
de dix Elèves Sous -Lieutenans.
On a décrété ensuite un nouvel article
sur la Contribution personnelle . Nous avons
donné , dans la Seance de Vendredi , les
trois premiers points du Décret général :
voici les suivans , adoptés jusqu'à ce jour.
nans "
"
IV. La partie qui portera uniquement
sur les salaires publics et privés , les revenus
d'industrie et de fonds mobiliers , aura pourbase
ces revenus évalués d'après la cotte des
loyers d'habitation. ".
44
V. La Législature déterminera chaque
( 372 )
année la somme de la Contribution personnelle
, d'apres les besoins de l'Etat , ei en la
décrétant en arrête a le tarif. n
VI . Il sera établi un fonds pour remplacer
les non -valeurs résultantes , soit des
decharges et réductions qui auront été prononcées
, soit des remises ou modérations
que les accidens fortuits mettront dans le
cas d'accorder.
«
VII. Ce fonds , qui ne pourra être détourné
de sa destination , sera formé par un
excédent sur la Contribution personnelle ,
et partagé en deux portions ; l'une , qui sera
la moitié de cet excédent , sera confiée à
l'Administration de chaque Département ,
et l'autre restera à la disposition de la Legislature.
"
VII . Les Administrations de Départemens
et de Districts , ainsi que les Munici
palités , ne pourront , sous aucun prétexte ,
et ce , sous peine de forfaituré et de responsabilité
personnelle , se dispenser de répartir
la portion contributoire qui leur aura
eté assignte dans la Contribution personnelle
; savoir , aux Départemens , par un
Décret de l'Assemblée Nationale ou des Lé- *
gislatures ; aux Districts , par la Commission
de l'Administration de Département ; aux
Municipalités , par les Mandemens de l'Administration
de District.
"
2
"}
IX . Aucun Département , aucun District
, aucune Municipalité , ni aucuns Contribuables
, ne pourront sous quelque prétexte
que ce soit , même de reclamation
contre la répartition , se dispense de payer
la portion contributoire qui leur aura eté
assignée , sauf à faire valoir leurs récla-
31
mations
( 373 )
mations , selon les règles qui seront prescrites.
"
TITRE II. Contribution personnelle pour 1791.
Le premier article doit porter la quotité
de la Contribution. Il est ajourné .
((
II. La somme qui sera décrétée sera incessamment
répartie entre les Départemens ,
par un Décret particulier. "
III. La partie de Contribution , qui sera
établie à raison des facultés qui peuvent
donner le titre de Citoyen actit, ne pourra
être évaluée au- dessus de la valeur de trois
journées de travail , dont le taux sera proposé
par chaque District pour les Municipalités
de son territoire , et arrêté par chaque
Département. "
" IV . La Contribution foncière ou mobi-
Tère sera payée par tous ceux qui auront
quelques richesses foncières ou mobilières ,
ou qui , réduits à leur travail journalier ,
feront quelque profession qui leur procurera
un salaire plus fort que celui des ouvriers
et manoeuvres de la dernière classe , en suivant
les fixations locales qui auront été
faites .
<t
V. La partie de Contribution qui sera
établie à raison de l'habitation aura pour
base le véritable prix ou estimation du loyer
vis- à- vis des Locataires , et son estimation
vis-à-vis des Propriétaires occupant feurs
maisons , et sera dans les proportions déterminées
par le tarif qui sera joint au présent
Décret. "
VI. La partie de Contribution à raison
des Domestiques mâles , sera payée d'après
le tarif suivant , par chaque Contribuable
par addition à son article. Pour un seul
Domestique , 3 liv.; pour un second , 6 liv.;
No. 44. 30 Octobre 1790. R
( 374 )
pour un troisième , 12 liv.; et 12 liv. pour
chacun des autres au-dessus de ce nombre.
Celle des Domestiques femelles y sera comprise
, et ne sera que de moitié ; et ne seront
compris les Apprentifs et ( omp gnons d'Arts
et Métiers , les Domestiques de charrue et
autres destinés uniquement à la culture , à
la garde des bestiaux , ni les Domestiques
au-dessus de 60 ans . "
" VII. La partie de Contribution à raison
des chevaux de selle dans les Villes , et des
chevaux et mulets de voitures , cabriolets
et litières , dans les Villes et les Campagnes ,
sera payée par chaque Contribuable : savoir ,
par chaque cheval ou mulet , 3 liv.; par
chaque cheval ou mulet de vostures , cabriolets
ou litières , 12 liv .: ne serent compris
au présent article que les chevaux ou
mulets servans habituellement à ces usages.
19
Quelques observations sur le discours
de M. de CAZALES.
Lorsqu'on lira dans quelques années
l'histoire du moment actuel , les Séances
où le sort des Ministres a été agité , attesteront
qu'une grande Assemblée populaire
agit par sentiment plus que par
réflexion , et qu'elle obéit aux opinions
vives , bien plus qu'elle n'écoute les opinions
ustes.
C'est par forme d'épisod , qu'à propos
de la conduite séditieuse d'ɩ ne escadre ,
délivré par ses équipages de toute obéissance
à ses Supérieurs , on a proposé
·
( 375 )
la diffamation des Ministres , et placé
le levier de leur éloignement . Qui que
ce soit ne s'est inquiété de lier la cause
à l'effet , ni de justifier par des preuves
de fait , ce rapport des troubles de Brest
avec la conduite du Gouvernement . On
a généralisé le blâme dont on les a couverts
, ensorte que la Motion eût été
aussi convenable il y a trois mois ; car,
il y a trois mois , l'Administration n'avoit
pas plus de vigueur qu'elle n'en a maintenant
. De leur côté , les principaux
Adversaires du Décret des Comités n'ont
pas même tenté d'aborder la question ,
en discutant les véritables causes de
notre anarchie navale , et en opposant
ce tableau aux inculpations faites au Ministère.
Ils se sont retranchés dans les
droits de la Prérogative Royale : de la
même massue qui leur servoit à défendre
un principe vrai , mais mal appliqué ,
ils ont écrasé les Ministres , et jeté leurs
lambeaux aux oiseaux de proie.
Un contre-sens palpable résulte de
cette politique ; car si les Agens de l'Autorité
méritoient , par exemple , les ou
trages qu'a fait M. de Cazalès à leur
caractère , à leurs intentions , à leur
conduite , il seroit trop absurde que le
Corps représentatif de la Nation leur
conservât une ombre de confiance : et
s'ils lui retirent leur confiance , ils en
doivent la déclaration publique à la
France et au Monarque. Toute Cons-
Rij
( 376 )
titution qui n'assureroit pas un droit
pareil au Corps Législatif, seroit imparfaite
, et dégénéreroit bientôt en Monarchie
absolue .
Il étoit donc contradictoire de verscr
Je mépris et l'animadversion sur le Ministère
, en interdisant à l'Assemblée
d'exprimer le voeu de leur retraite . C'est
néanmoins ce qu'ont fait M. de Cazalès
et quelques autres . MM. l'Abbé Jacquemart
et de Clermont-Tonnerre ont seuls
touché le véritable point du débat , savoir ;
« où est la connexité de la révolte de Brest ,
avec les accusations portées contre le
Gouvernement ? >>
*
Nous laisserons dans l'oubli ces déclamations
de Tribuns sur la place publique
, ces invectives , qu'on croit énergiques
quand elles sont féroces , ces
clameurs hypocrites de l'esprit de faction
, et le fatras des tirades populaires ,
par lesquelles des hommes qui ne parlent
ni n'écrivent que pour une multitude
à égarer , cherchent à frapper lopinion
du vulgaire , et à acquérir la
gloire facile de déchirer les Dépositaires
impuissans de l'Autorité. M. de Cazales
appartient à une autre classe d'Orateurs ;
plus son caractère de loyauté , des brautés
de son discours , la force de ses idées ,
et la justesse de plusieurs de ses motifs
sont dignes de considération , plus il importe
de les juger sans prévention : il
n'en a pas besoin pour rester à la hau(
377 )
teur d'un grand talent , et d'une ame peu
commune.
A la lecture des qualifications flétrissantes
, et des termes méprisans employés
par cet Orateur , on reconnoîtra
difficilement la mesure qui sied même.
à la Tribune de l'Assemblée Nationale ,
- lorsqu'on y parle des Personnes ; mesure
dont M. de Cazalès offre un exemple
habituel . Dans un autre bouche , on
prendroit ce langage amer et virulent
pour celui d'un Chef de parti , ou d'un
Ennemi personnel , et certainement P’Orateur
n'a fait que céder à un zèle dont
je partage les motifs , mais dont l'expression
me paroît outrée et impolitique .
En déclarant M. Necker fugitif, mort ,
oublié , M. de Cazalès sembloit se con
damner au silence . On ne viole pas les
tombeaux . Je pense que peu d'Hommes
d'Etat expérimentés eussent imité la con
duite politique de M. Necker. Il est
des événemens imprévus qui échappent
â la pénétration du génie ; mais ceux qui
naissent des mesures même qu'on a volontairement
adoptées , sans calculer
la portée de ses armes , ni se ménager
des ressources contre les revers , on ne
peut en disculper un Homme public , que
par ses intentions. La censure de M. de
Cazalès embrasse les talens , et le coeur
de M. Necker. Il le traîne sur la claie ,
à la vue de l'Europe. Ici , l'indignation
blesse la Justice, et le ressentiment égare
Riij
( 378 )
le Juge. Je persiste à croire M. Necker
aussi trompé par ses conseils , aussi
aveuglé par des illusions , aussi inférieur
aux circonstances, qu'irréprochable dans
ses intentions . Personne ne persuadera
sans preuves qu'un homme dont la morale
ne fut attaquée , jusqu'à nos jours
de calamités , que par des Intrigans
désespérés ou par des Libellistes , a pu
sacrifier son Roi , ses anciens Protecteurs
, la Monarchie , l'Ordre public , et
des Classes entières de Citoyens dont
il éprouva particulièrement l'estime ,
aux hommages de la Grève , et aux transports
de la populace de Versailles .
Rien de plus injuste à mon sens , que
le reproche d'avoir préféré son ambi
tion et sa sureté au devoir de guider
l'Assemblée Nationale dans l'Administration
des Finances, On ne guide point
selui qui ne veut pas l'être ; on ne guide
point celui qui , au premier pas , donne
des leçons à son Instituteur ; on ne gide
pointe Gouverneur qui renverse toutes
ses fortifications , brûle ses Magasins ,
et ouvre les issues , pour reprocher esuite
à l'Ingénieur d'avoir mal défendu
la place ; on ne rétablit point de Finances
, au milieu de l'anarchie univer
selle , de l'anéantissement des Pouvoirs ,
de l'impunité des désordres , et du fanatisme
qui , pour plaire au Peuple ,
ferme les sources do Revenu Public ; on
ne rétablit point de Finances, sans crédit,
( 379 )
sans impôts , sans force publique , sans
confiance . A l'ouverture des Etats - Généraux,
M. Necker traça le déficit , et
les moyens d'y subvenir . Est - ce lui qui
a imaginé de nouveaux systêmes, aggravé
će fardeau , et réduit à l'appuyer sur des
Feuilles de Papier ? Ne résistons pas àl'évidence
, et laissons les torts à leur place .
Accuser M. Necker du malheur de nos
Finances , c'est l'accuser de la perte de
la bataille de Ramillies.
>
Un très-gra id nɔmbre d'hommes plus
impartiaux que M. de Cazalès dans leur
jugement sur M. Necker( et je me mets
du nombre ) , l'accuseront , avec POrateur
, d'avoir provoqué la Révolution
sans avoir tenté de la diriger, et d'avoir
manqué les mesures nécessaires
pour en prévenir ou altérier les calamités
inséparables ; mais dans l'évaluation
de ce reproche , au sujet duquel j'ai
moi-même prévenu M. de Cazalės ( 1) ,
( 1 ) Voyez six pages sur M. Necker, No. 38
de ce Journal. J'avois cru garder dans cet
article , la mesure qui convient à un homme ,
dont aucune consideration de haine ou dé
faveur ne fera fl. chir ni la conscience , ni la
plume. Je le crois cucore , et certes les injures
rendent mon opinion plus inebraulable .
Tandis que je l'exposois avec ménagement
au milieu des passions furieuses , et de l'indifference
mo tifiante qui se croisent ici sur
le compté de M. Necker; dans sa Patrie , d'imbécilies
émules des Britsot , des Marit, des
Riv
( 380 )
l'équité doit faire entrer les torts de chacun
et de tous. Cette balance appartient
à l'histoire et non à l'éloquence : elle est
encore trop pesante du poids des calamités
qui ont accompagné ce Ministre ,
dont l'espérance s'est perdue dans les orages.
J'ose dire, au risque de déplaire aux détracteurs
comme aux amis de M. Wecker,
qu'en conservant une grande estime pour
ses vertus , pour ses rares qualités dans
l'administration des Finances , la postérité
n'en aura peut - être aucune pour ses
talens politiques.
Les imputations dont M. de Cazalès
charge les autres Ministres , sont autant
de généralités qu'il a lui-même.condamnées
dans le Discours de M. de Menou.
Quel Homine public résisteroit à cette
méthode arbitraire d'accuser ? Sans
doute , on ne sauroit trop gémir de la
Desmoulins , répandoient que pour déchirer
M. Necker j'etois payé par les Aristocrates.
que je me vengeois de n'avoir pas été consulté
par ce Ministre , que j'en imposois sur l'article
du Veto , et vingt autres turpitudes du
même genre. Je plains M. Necker d'avoir
de pareils serviteurs de sa renommée. Je ne
descendrai pas jusqu'à répondre à ces bassesses
, et je ne les cite que pour consoler
ceux qui pourroient croire qu'on ne rencontre
qu'à Paris cette vile espèce de Calomniateurs ,
trop stupides pour discuter des opinions , et
assez lâches pour supposer des motifs honteux
à la franchise qui les profere.
( 381 )
nullité du Gouvernement ; mais on ne
doit pas en méconnoître les véritables
causes. Sans doute , l'effroi des circonstances
a eu prise trop souvent sur les
résolutions du Cabinet ; peut - être , en
quelques occasions , sa fermeté eût déconcerté
des desseins funestes , et prévenu
des dangers qu'on réalise en s'en
laissant intimider ; peut - être les Ministres
se sont trop rendu compte de leur
position , et pas assez préparés à la
soutenir; peut- être se sont- ils trop abandonnés
à l'impulsion des premières secousses
, et ont- ils trop révélé , l'année
dernière , le secret de leurs alarmes ;
peut -être encore ont- ils réellement perdu
la confiance, par leurs efforts même pour
ne pas la compromettre . Enfin , on ne
peut se déguiser qu'en butte à des ou
trages renaissans , à des difficultés insurmontables
, au mépris constant de l'autorité
légitime du Roi , ils ont dissimulé
sans fruit et les causes de ce malheur
public , et ses remèdes , et les vérités
sévères dont l'intérêt de la Monarchie
leur prescrivoit la révélation.
Mais , comment M. de Cazalès peut- il
leur faire un crime d'avoir souffert la
désobéissance aux ordres du Roi , et
de n'avoir pas déployé toute la force
publique pour enprocurer l'exécution?
La force publique ! Est- elle entre leurs
mains ? Punir la désobéissance ! et avee
quelles armes ? La Constitution , l'esprit
Ry
( 382 )
général , la licence autorisée par l'exemple
universel , le Pouvoir réprimant
usurpé par ceux- là même contre lesquels
il doit s'exercer , leur laissoient- ils
une autre autorité que celle d'opinion ?
Et que peut l'opinion contre des dé
sordres commis à main armée , et justifiés
par le fanatisme ? Où est sa forcé
contre des Factions , qui , en appelant
la multitude au Tribunal de la Législation
, ont changé une guerre de volontés
en violences coactives , et subor- ‹
donné la confection des Lois , non aux
luttes morales des Parties , mais à la
clameur publique et à l'empire subversif
des mouvemens populaires ?
L'expérience a mille fois répondu à
M. de Cazalès. Les Proclamations du
Roi ont été fréquemment méprisées , et
presque toujours impuissantes : on a vu
des Municipalités renvoyer des Lettres
aux Ministres sans les décacheter ; d'autres
refuser de leur écrire ; des Directoires
se confronter avec l'Autorité
Royale , et répondre à ses Agens dans
le style des Empereurs Romains. L'Armée
absolument subordonnée aux Corps
Administratifs , a dû en respecter l'autorité
: celle du Ministère pouvoit- elle
empêcher les Soldats de participer au
délire de la licence , et de vivre inactifs
au milieu du désordre sans le partager ?
Ainsi , il est trop évident que la Constitution
, au lieu de contenir et de limiter
( 383 )
l'action de l'Autorité Royale , l'a complètement
désarmée , et qu'en avilissant
le Trône en même temps qu'on en retranchuit
le despotisme , en lui a enlevé
la dernière et salutaire influence
qu'il auroit tirée du respect et de l'amour
public .
Dans cet état de choses , quels Ministres
supporteroient le poids de leurs
fonctions ? Quelle vigueur exiger de
membres paralysés ? Eviter les chocs ,
les catastrophes , et glisser lentement
vers les derniers maux , au lieu de s'y
précipiter , voilà sans doute les élémens
de la politique , et de la conduite d'un
Gouvernement froissé de toutes parts ,
dont la machine demi-fracassée voleroit
en éclats au premier acte de virilité.
M. de Cazalès a trop oublié que nous vivons
tous entre les poignardset les libelles;
que la tête des Serviteurs de la Couronne
est , depuis long- temps , placée entre l'échaffaut
et le fer des Factieux ; que leur
mort mettroit en péril le Trône même ,
et que , responsables de son existence ,
leur témérité seroit un crime .
Par le sort du Ministère formé au
mois de Juillet 1789 , par les événemens
qu'il entraîna , apprenons les effets
qu'auroit produits une Administration ,
assez hardie pour braver inconsidérément
des passions furieuses et des partis
tout-puissans. M. de Cazalès frémira
comme nous , de la perspective.
1
}
R vj
( 384 )
Eh ! d'ailleurs , y avoit - il possibilité.
de sortir de cette circonspection , exagérée
peut- être par un sentiment louable
? Si cet effacement inévitable que
M. de Cazalès nomme lâche indifférence
et coupable impéritie , n'a prévenu
ni les dénonciations continuelles ,
ni les calomnies , ni les soupçons infâmes
, ni les procès criminels ; si la
nullité du Gouvernement n'a pu le sauver
de tant d'attaques réitérées , cù son
énergié l'auroit - elle conduit? Quels appuis
se présentoient ? M. de Cazalès
leur cite l'exemple de Strafford ; c'est
par cet exemple même que je le combattrai.
Strafford contribua innocemment
aux malheurs de Charles I, en lui faisant
méconnoître sa dangereuse position , et
hasarder des actes qu'on étoit impuissant
à soutenir. M. de Cazalès hasarderoit- il ,
d'ailleurs , le parallèle des forces et des
ressources du Trône sous le Ministère
de Strafford , avec le moment présent ?
Comme lui , je proposerai en exemple
ce généreux Anglois , assassiné par d'hypocrites
Demagogues ; mais je demanderai
des circonstances équivalentes .
Il est reçu en mécanique que deux
forces égales opposées , donnent une
force morte. On peut appliquer ce principé
aux différentes attaques que vient
d'essuyer le Ministère . M. de Cazalès
l'accuse d'avoir trahi le Trône : le côté
gauche l'accuse de trahir la Révolution .
( 385 )
Où est la vérité entre ces extrêmes ? Une
semblable distance dans les opinions en
dénonce l'exagération et l'injustice .
Quant au reproche de manquer all,
sens de la Révolution ;; il est l'aveu que.
les Ministres en ont du moins suivi la
lettre , et il rappelle un mot plaisant du
Cardinal de Retz, Lorsqu'il fut arrêté
au Louvre , on lui donna à manger ,
et il mangea bien . « Les Courtisans
dit-il , eurent la bassesse de trouver mauvais
que je n'eusse pas perdu l'appétit . »
"
Personne n'a fait sentir avec plus de.
justesse , avec une plus heureuse précision
, que M. de Cazalès , les effets de
l'influence du Corps Législatif sur la nomination
aux places du Gouvernement ,
Ces principes reconnus de chacun , il y
a un an , consacrés par la Constitution ,
offensés chaque jour , hardiment mépri- ,
sés maintenant par l'intérêt de Faction ,
n'auront contre eux que la déraison publique
, qui nous tient lieu d'expérience
et d'esprit public . M. de Cazalès cependant
, me semble en avoir outré l'applica
tion , et abusé de l'exemple de l'Angleterre
.
2 .
Il affirme qu'aucun Ministre ne fut
jamais renvoyé par le seul fait de l'improbation
des Communes , et considère
comme inconstitutionnelles et usurpatrices
, leurs Adresses pour déclarer les :
Agens de l'autorité déchus de la confiance
publique. Ces assertions ne sont
( 386 )
pas exactes. Le droit qu'il dispute aux
Communes est aussi ancien que le Par-'
lement presque tous les règnes en ont
offert des exemples. La pratique les a
consacrés , parce que la raison , le caractère
de la Constitution , et les fonctions
même du Parlement les autorisent ,
Nul Roi d'Angleterre , depuis 1688 , n'a
tenté de disputer cette prérogative , ni
de se montrer insensible à la censure
exercée par les Communes contre ses
Ministres. Pour ne rappeler que des faits
récens, qui ne connoît les Discours éloquens
de MM. Wyndham , Shippen
Pulteney et Carteret , à l'appui des Motions
fréquentes , faites dans l'une etd'au
tre Chambre , pour prier George II d'éloigner
Walpole de ses Conseils ? Ce
Ministre crut conserver la Majorité dans
un nouveau Parlement ; elle lui fut contraire
, et sa résignation prévint le renouvellement
de la Motion.
Le 8 Mars 1782 , Mylord John Cavendish
proposa formellement aux Communes
, de déclarer que les malheurs de
l'Empire étoient dus à l'imprévoyance
et à l'impéritie des Ministres. Lord North
ne conserva la supériorité que de dix
voix. Le Chevalier Rous opina huit jours
après , à déclarer que les Communes
retirolent toute confiance à l'Administration
- il ne resta plus à celle- ci que
l'avantage de 9 voix. Sûre de le perdre
ayant la fin de la semaine , elle abdiqua
( 387 )
ses fonctions. Al'instant où Lord Surrey
alloit reprendre la Motion des jours précédens
, Lord North annonça aux Communes
que le Roi avoit résolu de chan
ger son Ministère.
Il s'en faut bien que George III , à
l'époque de 1782 , citée par M. de Cazales
, tint le langage absolu que lui
prête cet Orateur . Il ne répondit point
que, d'après la Constitution , sa volonté
étant le seul titre légal de l'appointement
de ses Ministres , il étoit impossible
qu'ils ne fussent pas constitutionnellement
appointés . Cette vérité ne pou
voit être contestée que par des maximes
factieuses , auxquelles les Communes se
hâtèrent de renoncer . Leurs deux Adresses
signifièrent au Roi que son Ministère
étoit indigne de leur confiance , et qu'elles
en requéroient l'éloignement . « Je n'ai
jamais mis en question , répondit
«
Roi , le droit qu'ont mes fidelles Com
« munes de m'offir leurs avis , en toute
« occasion , sur l'exercice de chaque
branche de ma Prérogative . Je les
« recevrai et les considérerai toujours ;
mais nulle charge , nulle accusation.
spécifique n'étant portée contre mes
Ministres , et un grand nombre de
mes Sujets étant contens de leurs services
, je les conserverai . »
«
<<
«
Les intrigues , les subterfuges , les sophismes
de M. Fox et de son Parti ,
vinrent se briser contre ces argumens
( 388 )
constitutionnels . A la dissolution du Par
lement , il ne leur restoit que la supériorité
d'une voix . Le Peuple , en refusant
la sienne à 160 d'entr'eux , prouva
son attachement aux Lois , et à la Prérogative
Royale Constitutionnelle .
Il résulte de cet exposé , que de graves
reproches , le mécontentement général
prononcé , et des malheurs publics , suite
des fautes du Gouvernement , légitiment
seuls au Parlement d'Angleterre , les
Motions pareilles à celle des quatre Comités
de l'Assemblée Nationale ; qu'en
tout autre cas , le Roi est en droit de
regarder ces attaques comme des at
teintes à sa Prérogative , comme une
audacieuse usurpation . Lorsque la perversité
de l'esprit de parti , et une ambition
factieuse auront gagné assez de voix
pour dire impunément aux Ministres en
place : « Sortez du Cabinet , nous you-
« Tons le remplir , malgré vous , malgré
« le voeu du Roi , et sans que la Nation
nous y ait formellement autorisés ; »
ce procédé réunira l'injustice à l'illégalité
, et la Couronne fera son devoir en
y résistant ,
Que conclure , d'ailleurs , de cet exemple
des Anglois , dont la Constitution
est absolument dissemblable de la nôtre ?
Quel rapport entre leur liberté politique
et nos Lois nouvelles ? Tout s'enchaîne
et se balance dans leur systême législatif.
Si l'une des Chambres demande in(
389 )
justement d'autres Ministres , la Prer
gative Royale est couverte par la seconde
Chambre , qui peut refuser son concou s
à la première ; par le droit de dissoudre
un Parlement factieux , et par le jugement
du Peuple . Bien plus ; la Couronne ,
par de nombreuses nominations aux
places , par le séjour de ses Ministres
dans le Parlement , où ils peuvent se
défendre chaque jour , par la force d'opinion
qui compense la foiblesse nécessaire
de son autorité ; la Couronne , dis j , con
serve une influence puissante et permanente
dans les deux Chambres.
Parmi nous , le Trône n'a aucun de
ces appuis. Une majorité de deux voix
dans une Assemblée unique peut le
dépouiller de tous ses droits , l'effacer ,
l'anéantir. Qu'une Faction redoutable
se présente , il est sans ressources pour
la contrebalancer. Ses Ministres , toujours
peints comme des Ennemis du
Corps Législatif, n'y ont aucun accès :
ils ne communiquent avec lui que par
mémoires ; leur absence facilite toutes
les imputations ; elles ont corrompu
l'opinion avant qu'ils aient eu le temps
de les repousser ; séquestrés , isolés , ils
ne paroissent au Corps Législatif qu'en
qualité de Supplians , et leur humilité
forcée achève à tout instant de dégrader
la Majesté Royale. Tel est le rôle où
nos Formes actuelles circonscrivent le
Ministère. Comparez le maintenant à
( 390 )
celui de l'Administration Angloise ; cor -
parez les Agens d'une Autorité affermie,
dont les droits et les limites sont exactement
définis , les Exécuteurs d'un Corps
Législatif dont le Roi fait une partie
puissante et nécessaire , des Minis res
dont la responsabilité ne peut jamais
s'exercer arbitrairement ; comparezles
, avec des Serviteurs de la Cou
ronne , qui ont en tête un jour le Corps
Législatif, et le lendemain , le Corps
Constituant ; qui , sans pouvoir ni influence
, doivent non-seulement exécuter
les Lois dans l'anarchie , mais encore résister
souvent à un torrent d'Institutions
nouvelles et fondamentales , qu'ils
peuvent estimer contraires aux droits
légitimes du Trône , et au bonheur des
Peuples.
Si, par exemple, il existoit une Faction
qui voulût lasser la France de la Munarchie
, et achever la République ; si
Ja Constitution même étoit en danger ;
si les organes de cette Faction imprimoient
au sein de la Capitale , que la
la France ne sera libre qu'autant qu'elle
n'aura plus de Roi , des Ministres soupconnés
de contrarier ce dessein criminel .
ne seroient-ils pas en butte à l'animosité
de ses Auteurs , et dépeints au Peuple
comme des instrumens de tyrannie
comme des fauteurs de l'ancien régime ?
Quoique la Majorité de l'Assemblée
( 391 )
ait reieté la Motion des quatre Comités
, il étoit aisé de prévoir l'effet qu'elle
produiroit sur les Ministres. Personne
ne les soupçonnera de l'amour de leurs
places : ils ont eu le temps de se guérir
de cette maladie . Ils ont écrit en commun
( M. de Montmorin excepté ) , la
lettre suivante à S. MM . le 21 Octobre 1790.
SIRE ,
" Le voeu manifesté des Représentans de
la Nation vous détermina le 18 Juillet de
l'année dernière , à rappeler deux d'entre
nous dans votre Conseil. L'Assemblée avoit
déclaré solennellement qu'ils avoient emporté
dans leurietraite l'estime et les regrets
de la Nation. Vous voulûtes encore prendre
dans le sein de l'Assemblée , ceux que depuis
vous avez associés aux premiers ; et elle en
a remercié Votre Majesté par l'organe de
son Président , qui lui dît en son nom ,
qu'elle les auroit présentés elle -même. »
0
"
Ces honorables suffrages nous étoient
nécessaires pour espérer quelques succès ; et
malgré la difficulté des circonstances , nous
erûmes devoir n'écouter que notre zele et
notre dévouement. »
W Nous avions en nous- mêmes le sentiment
de la droiture de nos intentions . Il nous fut
peut-être permis de compter que la confiance
publique nous accompagneroit près de
vous , qu'elle ne pourroit nous être enlevée ,
tant que nous y conserverions tous nos droits ;
et la loi de la responsabilité , à laquelle nous
nous étions soumis avant même qu'elle fût
prononcée , sembloit devoir nous mettre à
l'abri des inculpations hasardées , mille fois
plus dures que cette loi.
( 392 )
་ ་
Ainsi , nous avons dû mépriser les traits
de la calomnie , les dénonciations vagues ,
et tout ce qui auroit pu nous distraire des
soins importans de l'Administration. »
"( Ainsi nous avons dû nous exposer à la
haine des ennemis de l'ordre , et à la censure
de ceux qui , ne jugeant les Ministres que
par les événemens , n'apprécient ni les
obstacles à vaincre , ni le nombre et le degré
d'efforts qui ont été déployés contre eux. "
il est consolant , il est glorieux pour nous
de pouvoir invoquer votre témoignage aupres
de Votre Majesté elle même. "
Elle sait , et elle a eu la bonté de nous
le dire quelquefois , combien , dans une carriere
hérissée de difficultés toujours renaissantes
, il nous a fallu de courage pour y
persévérer et supporter le poids de nos plaçes.
"
"}
Elle sait qu'il a fallu nous oublier sans
cesse nous - mêmes , pour ne nous souvenir
que de l'amour de Votre Majesté pour le
bien des Peuples , de l'importance de nos
obligations , et de notre dévouement à de
si grands intérêts.
་་
"
C'est dans les mêmes sentimens et dans
les mêmes principes , qui nous ont fait un
devoir sacré de tout sacrifice utile , que nous
devons maintenant supplier Votre Majesté
de prendre en considération s'il ne convient
pas à ses intérêts , ainsi qu'à la chose publique,
de choisir d'autres Ministres. ןכ
Nous avons lieu de juger , par ce qui
vient de se passer dans l'Assemblée Natiohale
, que nous n'obtenons plus la confiance
d'un grand nombre de ceux qui la composent ;
et quoiqu'Elle ait , dans sa justice , rejeté
le Décret qui lui a été proposé , quoiqu'il
( 393 )
n'ait été rien articule de précis contre nous
quoique la généralité et l'amertume des imputations
n'annoncent que l'impatience de
fixer sur nous le tort des malheurs publics ,
et qu'il nons fût facile de rendre sensible.
Ja pureté de notre conduite , soit dans son ensemble
, soit dans tous ses détails ; cependant il
peut résulter de l'éclat même de cette diseussion
, et du fantôme de méfiance que l'on
cherche à susciter contre nous , une impression
fâcheuse pour le bien de votre service.
K
Daignez donc , SIRE , peser dans votre
sagesse ce que la circonstance demande de
Vous. Daignez imposer silence à votre bonté
naturelle , et ne consultez que l'intérêt de
votre Personne et de votre Administration . »
" Notre amour pour notre Patrie et pour
notre Roi vivra toujours dans nos coeurs ;
et certes , quel que puisse être notre sort ,
nous mériterons toujours d'être comptés au
nombre des bons Citoyens de votre Empire .
"
20%
Nous sommes avec le plus profond respect
, etc.
ce
"
« Signé L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX ,
LA LUZERNE , GUIGNARD et DA TOURDU
- PIN.
Réponse du Roi.
Saint- Cloud , le 22 Octobre 1790 .
Je suis très- touché des sentimens
que vous me témoignez . Personne.ne
sait mieux que moi combien sont peu,
fondées les inquiétudes que l'on a concues
à votre sujet. Je vous ai toujourst
vus amis du Peuple , de l'ordre , de la
justice et des Lois . Je prendrai en grande
( 394 )
considération votre lettre ; je ferai connoître
à chacun de vous mes intentions ;
et j'attends de votre zèle pour le bien
public et de votre attachement pour
moi , que jusques- là vous n'abandonnerez
pas vos fonctions . >>
Signé , LOUIS.
Cette réponse de S. M. n'a pu retenir
M. de la Luzerne , qui a persisté dans
sa démission , et s'est retiré à la campagne.
Il est remplacé par M. de Fleurieu
, ci devant Directeur- Général des
Ports et Arsenaux .
Mardi 19 , M. de Menou déclara à la Tribune
la Municipalité de Brest , coupable .
d'avoir usurpé le Pouvoir Exécutif, et compromis
le sort de nos Colonies ; il accusa le
Procureur de la Commune d'avoir augmenté
le désordre par un discours vehement ; il
jugea ces écarts repréhensibles et pernicieux ,
et proposa d'improuver la Municipalité , de
mander à la Barre le Procureur de la Commune.
Jeudi 20 , le même M. de Menou transforma
dans 48 heures , ces mêmes Coupables
de Mardi , en intrépides et magnanimes défenseurs
de la Liberté , entraînés par un sentiment
sublime , dignes d'être encouragés et
soutenus , et d'être seulement avertis de se
tenir en garde contre les excès de la vertu.
Plus de blâme , plus d'improbation , plus
de Procureur- Syndic à la Barre. On jugera
de l'esprit qui régnoit à Brest , et de son influence
sur la conduite des équipages , par le
Discours suivant , que prononça M. Cavelier,
Procureur de la Commune , dans la Séance
( 395 )
du Conseil général du 14 Septembre. C'est
Ja harangue dont M. de Menou avoit parlé
dans son Rapport.
"
MESSIEURS ,
་
Vous connoissiez depuis long - temps la
fureur et la rage de vos Ennemis , et néanmoins
vous avez de la peine à croire les
horreurs que vous venez d'apprendre ; la
raison en est simple , c'est qu'il est des atrocités
que les coeurs magnanimes ne sauroient
supposer. Les scènes sanglantes , dont
l'isle de St. Domingue vient d'être le theâtre ,
se passeroient sous vos yeux, dans le sein même
de votre Ville , si vos Ennemis n'étoient encore
plus lâches que inéchans. Mais ils savent que
vous avez toujours les yeux ouverts sur leur
conduite ; ils savent qu'une seule démarche
équivoque suffiroit pour faire prendre les
arnes à toute la Garde Nationale , et à leurs
Frères des Troupes de Lignes ; ils savent que
que le jour où l'on découvriroit une trahison
de leur part , seroit aussi celui ou vos murs
seroient prgés de ces scélérats . Ce n'est pas
dans le continent où ils ont à combattre l'opinion
publique et deux millions de Soldats
Citoyens , qu'ils iront manifester leurs coupables
projets ; c'est dans une Colonie éloignée
où tous les esprits ne sont pas encore
déterminés à un parti fixe et invariable , où
les Agents du despotisme sont ressaisis de
tous les pouvoirs , qu'ils vont répandre le
yenin dont leur coeur est ulcéré : Tels ces
animaux féroces qu'on a arrachés des déserts
de l'Afrique , ont , lorsqu'ils sont enviroanés
dun Peuple nombreux , un air morne qu'on
prendroit d'abord pour de la douceur ; mais
s'ils parviennent à briser leurs chaînes et à
forcer leurs prisons , ils déchirent et mettent
( 396 )
en pièces tout ce qui se trouve sur leur passage.
Vo coeurs sont serrés , Messieurs , da
triste récit que vous venez d'entendre . Vos
larmes coulent sur le sort de cette isle infortunée
, jadis florissante et maintenant désolée
par ceux mêmes dont elle avoit droit de réclamer
la protection et les secours . Mais que
l'indignation prenne la place de la douleur.
La trahison est affreuse , que la vengeance
soitprompte et éclatante. Joignez , Messieurs ,
vos efforts à ceux de ces braves Colons , pour
obtenir justice et la punition des traitres :
ils sont François , ils sont vos Frères , l'immensité
des mers ne doit pas mettre d'intervalle
entre leurs coeurs et les vôtres ; et
quand il n'auroient pas ces deux titres puissans
à votre assistance , ils en ont un sacré ,
sont malheureux , et viennent d'un autre
hémisphère réclamer les droits de l'humanité
outragée. »
On annonce la livraison du second volume
in-folio du TABLEAU GÉNÉRAL DE L'EMPIRE
OTHOMAN , par le Chevalier de Mouradgea
d'Ohsson. MM . les Souscripteurs peuvent
s'adresser à M. de St. Julien , chez l'Auteur
, rue neuve des Capucines , pres le Boulevard
, pour avoir ce volume ; ainsi que les
trois estampes qui manquoient au premier.
Cet Ouvrage admirable par sa superbe
exécution , et l'un des plus intéressans , dés
plus instructifs qu'ait produit notre siècle ,
'est le seul qu'on puisse consulter sur l'Histoire
, les Lois et les Coutumes de l'Empire
Othoman. Nul n'est plus digne à tous égards
d'orner les grandes Bibliotheques .
&
SUPPLÉMENT à l'article de Paris & aux Nouvelles
étrangères.
Du jeudi 28 octobre 1790.
LA municipalité d'Avignon n'ayant pu faire croire dans
les provinces Françaiſes voifines qu'il fe fit réellement un
raffemblement de troupes , ni qu'il y eût aucune espèce de
difpofitions hoftiles , de la part des Comtadins , a voulu forcer
ce raffemblement , en formant une attaque fur le territoire
du Comtat. En même-temps elle avoit répandu dans cette
province, que vingt mille gardes nationales françaiſes venoient
défarmer les Comtadins & arborer par-tout les armoiries
de France. Deux cents cinquante hommes armès
fortis d'Avignon , font venus le 16 du courant attaquer Cavaillon
, d'où ils ont été vigoureuſement repouffés.
Les difpofitions des Comtadins étoient tellement paffives,
que les fecours envoyés à Cavaillon par l'affemblée repréſen
tative du Comtat , n'ont pu y arriver que trente heures après
la première hoftilité. La faction Avignonnaife a feint d'ascourir
au fecours d'un parti opprimé dans Cavaillon . Elle a
féduit quelques payfans du territoire de cette vile , elle en a
forcé beaucoup d'autres à marcher avec cette troupe , qu'on
peut appeller de brigands.
Les gardes nationaux du Comtat ont bientôt difperfé ces
agreffeuts ; mais ils ont refpeété le territoire français où les
brigands fe font réfugiés en traverfant la Durance . Du mo
ment que l'affemblée repréſentative du Comtat a été informée
de l'incurfion faite à Cavaillon , elle a invité les maires des
municipalités françoifes les plus voifines à venir être témoins
de ce qui fe pafloit , pour pouvoir attefter à toute la France
que le Comtat n'avoit fait aucunes difpofitions hoftiles , &
que fes habitans n'ont fait qu'ufer d'un droit de défenſe
naturelle contre une faction désespérée .
Le projet de conquête étoit fi bien formé à Avignon ,
que les affaillans s'étoient fait fuivre par une charrette chargée
d'écuffons aux armoiries de France , qu'ils fe propofoient
d'arborer dans chaque lieu du Comtat qu'ils comptoient
parcourir .
( 2 )
Nous donnerons de plus grands détails de cette affaire.
A la tête des impofteurs incendiaires , qui troublent cette
contrée , il faut mettre un nommé Tournal , alternativement
chef de bourreaux , commandant militaire , gazetier , étran
ger à Avignon & rédacteur de la feuille de cette ville.
C'eft de l'attelier de cer homme , que fortent toutes les fauffetés
, foit fur le Comtat , foit fur les provinces françoiles ,
voifines. Son but eft de mettre aux prifes nos gardes- nationales
avec les Comtadins. C'eſt à lui qu'on doit toutes
les fables du camp de Jalès , des contre- révolutions de Languedoc
, de l'armée de Carpentras , &c .
Sur le faux bruit , que l'affemblée nationale venoit de déclarer
fa neutralité dans la querelle de l'Angleterre & de
l'Espagne , les fonds publics montèrent à Londres , le 20 ,
d'un & demi pour 100. Ils font retombés à leur premier
taux , & y refterent vraisemblablement jufqu'à l'arrivée du
courrier décifif, attendu de Madrid. Le contre - amiral Cornish
, qui va conduire aux Antilles dix vaiffeaux de ligne ,
arbora le 16 , à Spithead , fon pavillon fur le Marlborough
, de 74 canons. Nos lettres du 22 nous annoncent
pofitivement que ce Commandant ayant donné le 21 le
ignal de lever l'ancre l'efcadre , devoit appareiller le foir
ou le lendemain .
La fcène de Liège , ainfi que celle du Brabant , tire vers
fon dénouement. Les députés de cette ville à Francfort ont
recu ordre de fe retirer : ils ont demandé & obtenu un
délai de quelques jours , jufqu'à la réponſe définitive de
leurs commettans. L'armée d'exécution , à laquelle fe joindront
les troupes autrichiennes , va fe remettre en mouvement.
Son général , le prince d'Ifembourg , & d'autres
officiers abfens , l'ont rejointe.
Lundi 23 octobre . M. Barnave a emporté de deux voix la
préfidence fur M. de Bonnay. M. Bouche a fait renvoyer
au tribunal de diftrict de Marfille , la procédure prévôtale
, attribuée d'abord à la fénéchauffée . Le préfident du
tribunal eft un nommé Jourdan , qu'on dit être le parent ,
& même le frère du procureur de la commune , du même
som , gravement impliqué dans cette procédure .
M. le Chapelier a enfin préfenté le projet déjà connu
du comité de conftitution , fur la formation de la hauteour-
nationale & du tribunal de caffation . Quoique ce projet
( 3 )
avant
eût été pulvérifé par M. Bergaffe qui , ai mois d'avril ,
en démontra les horribles inconvéniens ; quoiqu'il tende
manifeftement à établir dans l'affemblée nationale le centre
d'une ariftocratie tyrannique ; quoiqu'il choque les premiers
principes de la liberté , de la fûreté individuelle , & de la
raifon ; il a reparu fous la même forme. M. l'abbé Maury
l'a combattu avec un grand fuccès , & a judicieufement prié
le comité de déterminer les crimes de lèze -nation ,
d'inftituer le tribunal qui devra les juger. On a ajourné
la difcuffion , en fe bornant feulement à retirer au Châtelêt
la connoiffance des crimes de lèze- nation . Ainfi les accufés ,
les martyrs de l'inquifition auront le temps de mourir dans
les prifons , en attendant le nouveau tribunal . Tout cela
fe paffe dans un état que l'on dit libre , & les habitués
des galeries que M. l'abbé Maury nomme plaifamment les
coadjuteurs de la conftitution font enyvrés de joie , &
eftropient leurs mains à force d'applaudiffemens.
Du Mardi 26. Après les oppofitions de MM. Dionis du
Séjour , Tronchet , Biauzat , le comité d'impofition a fait
décréter un nouvel article , qui établit la contribution perfonnelle
fur les revenus d'induſtrie & de richeffes mobiliaires
, à raifon de 10 deniers pour livre de leur montant ,
préfumé d'après les loyers d'habitation.
Dans la foirée , le comité des recherches a occupé l'af
femblée d'une prétendue confpiration tramée par un M.
de Buffy , dont les libelliftes avoient fait M. de Bourbon-
Buffet. Ce nouveau contre- révolutionnaire , du genre de ceux
que la démence publique ou le machiavélifme ont fait paroître
fur la ſcène , feront traduits à la Baftille moderne ,
à l'abbaye de Saint-Germain , où ils attendront commodément
la formation de la haute-cour nationale .
Du Mercredi 27. Sur la motion de M. d'André , on a
décrété que les députés nommés juges , feront exercer leurs
fonctions par leurs fuppléans aux tribunaux , jufqu'à la fin
de la législature .
Gr
Plufieurs nouveaux décrets fur la contribution perfonnelle.
Les citoyens hors d'état de payer la contribution d'activité en
feront exempts. Tout père de plus de trois enfans jouira
d'une diminution . - M. de Champagny , au nom du comité
de la marine , a fait fupprimer du code pénal les peines de
l'anneau , de la chaîne , de la liane . Les Muletots à Breft font
rentrés dans l'ordre , d'après la promeffe qui leur avoit été
faite de ce facrifice .
SUPPLEMENT à l'article de Paris , & aux Nouvelles
étrangères.
Du jeudi 21 octobre 1790.
LE parlement d'Angleterre fut prorogé , il y a quinze
و
jours , au 25 novembre . Comme à la formule de cette prorogation
, on n'avoit pas ajouté pour l'expédition des affaires
publiques cette omiffion indiquoit une prorogation ulté
rieure , & l'on ne penfoit pas que le parlement fe raſſemblât
avant le mois de janvier. Les circonftances ayant changé ,
une nouvelle proclamation du roi d'Angleterre , en date du
13 , vient d'ordonner la convocation fixe des deux chambres ,
au 25 novembre , pour l'expédition de diverfes affaires im
portantes.
:
A cette nouvelle qui fortifie la crainte d'une guerre immé
diate , nos lettres de Londres du 16 ajoutent , qu'on a com
platté le choix de deux mille foldats tirés des trois régimens.
des gardes ils doivent s'embarquer , ainfi que d'autres troupes
, fur cinq frégates de 44 canons ; mais leur véritable
deftination eft encore incertaine. Quelques-uns les font paffer
à Gibraltar ; d'autres , en plus grand nombre , aux Indes
occidentales . On a ordonné la levée de dix mille hommes ,
par compagnies indépendantes de cent hommes chacune.
Les fonds publics reftent au même raux : on a quelque repi
jufqu'au retour du courrier envoyé à Madrid ; car la négocia
tion n'eft point ouvertement comput.
Les troupes autrichiennes qui arrivent dans les Pays - Bas
n'y feront pas rendues, en totalité , avant la fin du mois. La
première colonne de douze mille hommes va dépaffer la
Franconic , & fera à Luxembourg du 29 au 25.
Il vient de paroître ici un précis du mémoire des princes,
allemands à la diète de l'empire , contre les décrets de l'Affemblée
nationable , attentatoires à leurs droits en Alface . Les
gazetiers ont pris cette brochure anonyme d'un homme de
mauvaise humeur , pour un extrait authentique du mémoire
des princes , & s'étendent en verbiage à ce fujet. Des efprits
groffiers peuvent feuls s'y méprendre rout homme de bon fens
n'a qu'à lire ce précis anonyme ou des vérités févères foné "
:
( 2 )
mêlées à des déclamations , il fe cenvaincra que ce précis n'eft
point le réfumé du mémoire des princes.
On a débité que M. de Peynier s'étoit embarqué au Portau-
Prince , & qu'il revenoit en Europe fur la frégate
l'Engageante. On a ajouté que les affemblées du fud & de
l'oueft à Saint - Domingue , avoient défavoué celle du nord ,
& adopté les vues de la ci- devant affemblée de Saint- Marc.
Ces bruits ne nous paroiffent repofer encore fur aucune
autorité folide.
Lundi 18. M. Thouret a rempli la féance de l'Affemblée
nationale par de nouveaux articles fur la juftice de paix :
ces paquets d'articles ont été décrétés comme les précédens ,
prefque fans examen .
Sur la demande de M. de la Rochefoucault , on a ordonné
au comité des finances de fournir à celui des impofitions ,
l'état certain des befons publics pour 1791. C'eſt avoir
attendu bien tard des notions, qui paroilloient indifpenfables ,
avant toute difcuffion fur les moyens de remplacer les reffources
détruites.
Mardi 19. M. de la Rochefoucault a fait décréter fur la
contribution foncière , trois nouveaux articles , par lequels
on taxe les enclos cultivés comme les terreins non clos , &
les enlos de pur agrément comme les meilleures terres labourables
. — Les bois feront évalués fur le prix moyen des
Coupes annuelles. Le bois taillis non en coupe réglée ,
d'après leur comparaifon avec les autres bois de la communauté.
-
--
:
M. de Menou a fait le rapport de l'affaire de Breft , & propofé
la motion combinée dans les comirés , fur l'avis de MM .
de Mirabeau , Barnave, &c. contre les miniftres. Des lieux communs
populaires qui manquent aujourd'hui leur effet , mêine
dans les groupes des motionnaires en plein air , ont fervi au
rapporteur à expliquer les défordres de Breft des citoyens
trompés , le patriotifme égaré , les erreurs de la liberté ,
l'arrivée du Léopard , voilà les caules. Comme il falloit.coudre
tant bien que mal les miniftres à la motion , M. de Menou
a trouvé dans leur infouciance un des grands refforts du ravage
de l'anarchie à Breft. Ses conclufions ont été de nommer deux
commiffaires civils , envoyés de Paris , de déclarer nuls & illégaux
les actes de la municipalité de Breft , de l'improuver , de
mander le procureur de la commune ; enfin , « de repréfenter
à S. M. que la méfiance des peuples , contre les miniftres ,
(3 )
" apporte les plus grands obftacles au rétabliſſement de l'ordre
public , à l'exécution des loix & à l'achevement de la
» conftitution » .
ככ
Ce que ce rapport a prouvé de plus clair , c'eft , comme on
le voit , que nous fommes fans ordre public , fans loix exécutées
, & feulement dans le cours d'une conſtitution .
M. de Cazalès a femblé d'abord juftifier la motion par une
déclamation outrageante contre les miniftres. Après avoir déclaré
qu'il les mefeftimoit , qu'ils étoient pleins d'impéritie &
de lâcheté , il a très- éloquemment prouvé , que les comités
commettoient une acte de tyrannie en demandant leur renvoi ,
& que le roi devoit les garder , s'ils lui convenoient. Il a paflé
en revue l'hiftoire d'Angleterre & des communes britanniques ;
il a rappellé les principes déjà developpés à Verfailles & dans
trente ouvrages , touchant le danger de laiffer les agens de
la couroune à la difpofition du corps légiflatif. Nous préfenterons
dans huit jours quelques obfervations fur ce difcours
nerveux, toujours éloquent , fouvent démonftratif, & que le
côté gauche a écouté avec fa patience ordinaire .
Après M. de Cazalés , M. Ricard de Toulon a fatigué
l'audience d'une differtation éc.ite , où il a reproché au miniftre
de la marine d'avoir mis à la tête de l'efcadre M.
d'Albert , c'est- à - dire , l'homme le plus digne de la commander.
Suivant M. Ricard , tout ira bien , & nous battrons
l'ennemi, fi l'on embarqne fur la flotte trois membres de
l'affemblée , qui , le jour du combat , fe tiendront au pofte
d'honneur , pour rendre compte de tout . Des huées & des ris
immodérés ont abrégé le cours des ingénieux expédiens de M.
Ricard.
>
Du Mercredi 20. On a remis en difcuffion la partie de la
motion des comités , relative aux miniftres . MM. Malouet
de Clermont - Tonnerre & de Virieu l'ont combattue avec
fuccés : elle a eu pour défenfeurs tout le camp républicain ;
MM. de Lameth , Barnave , Montmorency , Mathieu , &
même M. de Landine , digne de défendre une meilleure caufe.
M. de Beaumetz a flêtri M. de Montmorin de la demande
d'une exception , & l'a motivée par des éloges que ce miniftre
auroit peut-être été humilié de recevoir.
La queftion principale a feule été mife en délibération.
L'agitation a été grande. On a fait l'appel nominal : foixantetrois
voix de plus ont fait triompher la monarchie , & les
royaliſtes conſtitutionnels fur le club des Jacobins .
( 4 )
Demain l'on difcutera le refte de la motion , relatif à l'affaire
de Breſt.
C'eft vendredi dernier que les fcellés furent appofés fur les
greffes du parlement. Douze cents hommes de la garde nationale
occupérent le palais ; ou tout fe palla dans l'ordre . La
chambre des vacations enrégiltra avec la formule ordinaire .
Nota. Lorfque ce SUPPLÉMENT manquera , comme il a
manqué la femaine dernière , ce ſera faute de matières intéreДantes,
1
FEUI IUR.
Ce n'est point us parties
pres
annonçons ici , mai que des
de trois ans , fures qui
à portée de l'étendprocédés
l'abondance des majas seuleteur
, a cru devoir celle des
forme is d'agréDe
fail
gre
nal
cha
mi
zei
!
LIVRES NOUVEAUX.
LES Contemporains
de 1789 & 1790 , ou
flexions far la Délation
& fur le Comité des
les Opinions
debutues
Recherche
par J. P.
pendant la pre.nière
Légiflature , avec les
principaux évènemens
de la Révolution ; redigé
par l'Auteur de la
Galerie des Etats - Géné
raux , 3 vol. in- 8 . A
Paris , chez Lejay fils ,
primeur-Libraire, rue
de l'Echelle.
De l'Infurrection Pa
enne & de la Prife
de la Baftille , Difcours
hiftorique
Briffot de Warville , un
des Repréfentans de la
Commune de Paris ,
Membre du Comité des
Recherches. A Paris ,
au Bureau du Patriore
François , Place du
Theatre Italien ; chez
Defenne , Libraire , au
Palais - Royal ; & Bailly ,
Libraic rue Saint-
Honoré , vis-à- vis le
Corps-de-garde des Sergens
. prononcé
par extrait dans l'Aller Difcours fur l'Erude
blée Nationale ; par M. de I Langue Angloife ,
Dulanly , de l'Académie par Mademoiſelle Scott
des Belles- Lettres , l'un Godfrey. A Paris , chez
des Electeurs réanis le PAuteur , rue Mazating,
14 Juillet 1789 , Repr . 63 ;
& J. R. Lottin , 1.63 fentant de la Commune kaprimeur-Libraire , rue
de Paris , & l'un des Saint- André - des - Arts ,
Commiflares actuels du n°. 27.
Comité de la Bafille ,
in S. A Paris , chez Debure
l'aîné , hotel Ferrand
,
rue Serpente ,
Armoire fur quel.
ques abus dans la conftitution
des Corps & Col
léges de Chirurgie , &
particulièrement fur l'a-
Lettres à M. le Che - bus des droits , prérole
cc Pange , fur fa gatives & priviléges ar
rochure intitulée : Re- tachés à la place de pre
n °. 6.
mier Chirurgien du Roi,
par M. Chauffier , Gradué
en Médecine & en
Chirurgie. A Paris , chez
les Marchands de Mouveautés.
Du Mariage des Chré
tiens , ou la Loi fur
l'état civil des non-
Catholiques en Fra
juftifiée aux ye
Religion & de la Politique
, par un Avocat
au Parlement de Paris.
in 8. nouvelle édition . "
Prix , 1 liv. 16 fous ,
br. & 2 liv. 2 f. franc
de port par la Pote.-
A Paris , chez Buillon-
Libraire , rue Hautefeuille
hôtel de Coctlofquct
, n ° . 20.
Le prix de
franc de port
vince. Il faut
la lettre , &,
Directeur des .
nnement eft de trente-trois liv
pour Paris que pour la Pronchir
le port de l'argent & de
re à cette dernière le raçu du
5. On fouferit Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins. On s'adrefféra au fieur Gum
Directeur du Bureau du Mercare.
LIVRES NOUVEAUX.
BIBLIOTHÈQUE de 3 mois , & pour Paris ,
l'Homme pub.ic , ou de 28 l. 101. pour l'an-
Analyfe raifonnée des née , 15 l . pour 6 mois ,
principarx Ouvrages 81. pour 3 mois , franc de
Franç is & Etrangers , port. Tome V. L'arfur
la Politique en gé- gent & les lettres d'avis
néral , la Légiſlation , les feront adreffés , francs
Finances , la Police de port , à Paris
l'Agriculture , & le Com- chez Buiffon , Libraire ,
merce en particulier , & rue Haute feuille , hôtel
fur le Droit naturel & de Coetlofquet , no . 20.
public; par M. le Marquis On foufcrit aufli chez
de Condorcet , Secré- Itous les Libraires & Ditaire
Perpétuel de l'Aca- recteurs des Poftes du
démie des Sciences , l'un Royaume & de l'Etrandes
Quarante de l'Aca- l'Aca- ggeerr.. A compter du tome
démie Françoile , de la IV, chaque volume fera
Société Royale de Lon- compofé de 264 à 272
dres ; M. de Peyffonnel , pages.
ancien Conful général
de France à Smirne , &c.
M. le Chapelier , Député
de l'Allemblée Nationale
, & autres Gens
de Lettres. Il paroît chaque
mois un volume de
cer Ouvrage , formant
environ 200 pages in 8 .
Le prix de l'abonnement
eft , pour la Province
franc de port , de 32 liv.
par année ou pour 12
val . , de 17 lv. pour 6
mois , & de 9 liv. pour l
Mémoires d'Agriculture
, d'Economie rurale
& domeftique , publiés
par la Société Royale
d'Agriculture , année
1788 , trimestre d'été &
trimeftre d'automne , z
vol. in- 8. A Paris , chez
Cuchet , Libraire , rue
& hôtel Serpente .
Sermon patriotique ,
prêché dans l'églife de
Saint- Germain - des Prés ,
le Dimanche de Quafimodo
, 22 Avril 1790 ,
par M. l'Abbé Caffius . en feize Chants , pag .
>
Vicaire de la Paroille
de Saint-Louis en l'Ifle ,
Membre de plufieurs
Sociétés Littéraires , cidevant
Prêtre de l'Oratoire.
A Paris , chez Leclerc
, Libraire , rue St-
Martin , près celle aux
Ours , n . 254.
M. Verne fils , Citoyen
de Genève , 2 volumes
in-8. Prix , 6 liv. br.
& 7 liv. 4 f. franc de
port par la Pofte. A Nantes
, chez Louis ; & à
Paris , chez Maradan
Libraire , rue St-Andrédes-
Arts , hôtel de Cha-
La Franciade , ou l'an- || teauvicux.
cienne France , Poëme
Le pri
franc de
vince. Il
la leure ,
Directeur
'abonnement eft de trente-trois liv.
tant peur Paris que pour la Proaffranchir
le port de l'argent & de
oindre à cette dernière le reçu du
Peftes. On fouferit Hôtel de Thou ,
rue des Poins. On s'adreffera au fieur GUTB ,
Directeur de Bureau du Mercure..
LIVRES NOUVEAUX.
Croullebois , Libraire ;
rue des Mathurins.
Le Voyageur François
, ou la Connoiffance
de l'ancien & du nou- Le Panthéon littéveau
Monde. Voyage de raire , fous l'invocation
France , mis au jour par des neuf Mules , de
M. D ***. Tome 33. Thémis , d'Efculape &
Prix , 3 livres relié. A des trois Graces , con-
Paris , chez Moutard , tenant des Difcours di-
Imprimeur- Libraire , rue dactiques & réflexions
des Mathurins , hôtel curieufes fur les Sciende
Cluni. ces , & tous les Arts
Moyens certains de utiles & agréables ,
redre au plus tôt l'Agri- Anecdotes Lettres
are floriffante par Bons- mots , Vers , Epi
tout le Royaume , & grammes , Idylles , &c.
d'établir la profpérité préſenté au Roi. Seconde
dans les campagnes par année 1790. Prix , 366.
manière de difpofer broché , & 2 liv. par
es biens eccléfiaftiques la Pofte. A Paris , chez
domaniaux ; par M. Maradan , Libraire , rue
Atte , Architecte. A Saint- André- des - Arts ,
Fris , chez les Mar- hôtel de Châteauvieux.
chnds de Nouveautés
Rapport fait au Comité
des Recherches de
lémens de Chimie , la Municipalité de Paris ,
parM. J. A. Chaptal , tendant à dénoncer MM.
Chealier de l'Ordre du Maillebois , Bonne-Sa-
Roi Profeffeur de Chi- vardin & Guignard St
mie Montpellier , Inf- Prieft , comme prévenus
pectrur honoraire des d'une confpiration con-
Mines du Royaume, & tre la France ; fuivi des
Membre de plufieurs | Pièces juftificatives & de
Académies , &c. 3 vol. l'Arrêté du Comité. Broin
- 8. A Paris , chez ' chure de 200 pages in 8.
Paris chez
B
aillon , A Paris chez les
par Libraire , 2 Haute- Marchands de 26 Nou
feuille , hôtel de Coet- veautés.
lofquer , no. 20.
Le Supplice des cloches
, ou Epître amicale ,
écrite
, en 1783 , à la
Dame Supérieure des
Filles Saint Thomas ,
& autres Pièces ; par
M. de la Place
in-8. Deuxième édition. I ques.
1
>
Obfervations fur le
Rapport de M. Martineau
, par M. l'Abbé
Baudin. A Paris , de
l'Imprimerie de la Société
typographique
Collége des Cholets
près la rue Saint-Jac
ciété
Le prix de l'abonnement et de trente- trois liv
fran nort, tant pour Paris que pour la
Dire
ut affranchir le port de l'argent & de
& joindre à cette dernière le reçu du
des Poftes. On foufcrit Hôtel de Thot
itevins. On s'adreffera au fieur GUT
du Bureau du Mercure,
LIVRES NOUVEAUX.
NOUVEAU Plan d'éducation
pour toutes les
claffes de Citoyens , par
M. Verlac , Avocat &
Profeffeur de Langue
angloife à l'Ecole Royale
de Marine , établie à
Vannes en Bretagne ,
avec un Traité de la
nature de la liberté en
général , de la liberté
civile & des principes
du Gouvernement ; Ouvrage
extrait d'un Au eur
Anglois , & qui en
France peut fervir de
Catéchifme national. A
Vannes , chez Bizette ,
Libraire , Place des Lices
, au Parnaffe , & fe
trouve à Paris , chez
Defer de Mailo neuve ,
Libraire , rue du Foin
Saint Jacques , la porte
cochère au coin de la
rue Bontebrie.
Floge de la Conftitution
Françoife , prononcé
à Tarbes le 14
Mai 1790 , devant MM.
Torné , Prédicateur or
dinaire du Roi. A Tarbes
, chez Jacques Rocquemaurel
, Imprimeur
du Roi.
L'Exploſion , au profit
des pauvres du Diftrict
des Enfans - Trouvés. A
Paris , chez Denné , Libraire
au Palais- Royal ,
paffage du Perron , visà
- vis la rue Vivienne.
Hiftoire des Naufra
ges , ou Recueil des Relations
les plus intéreffantes
des naufrages ,
hivernemens , délaiffe
mens , incendies , fami
nes & autres évènemens
funeftes fur mer qui
ont été publiées depuis
le quinzi me fiècle jufqu'à
préfent ; par M.
D.... , Avocat , 3 vol.
in- 8. Prix , 15 liv . &
16 iv. 10f. francs de
port par la Pofte . A
Paris , chez Maradan
Libraire , rue St- Andrédes
Arts , hôtel de Châ
les Electeurs & les Garreauvieux ; & Lerellier ,
des Nationales du Dé
partement des Hauses-
Pyrénées; par M. l'Abbé
Libraire , quai des Auguftins
, n°. co.
La Théologie réconciliée
avec le Parrio- locque ; Membre du
tifme , ou Lettre théo- Collége , & Confeiller
logique & patriotique à du Comité perpétuel de
un Troyen fur la puifl'Académie de Chirurfance
Royale . Prix , 8
fous. A Paris , chez Leclerc
, Libraire , rue St-
Martin , près celle aux
Ours , no. 254.
L'Art des Accouchemens
, par M. Baudegie
, & c. nouvelle édition
, revue , corrigée &
augmentée , 2 vol. in- 8..
Prix , 15 liv. reliés. A
Patis , chez Méquignon
l'aîné , Libraire , rue
des Cordeliers.
Le prix de l' nement eft de trente- trois liv.
franc de port
pour Paris que pour la Province
. Il faut hir le port de l'argent & de
la lettre , à cette dernière le reçu du
Directeur de On fouferit Hôtel de Thou ,
rue des Poiteva
a s'adreffera au fieur GUTH ,
Directeur du Bureau du Mercure.
ง
LIVRES NOUVEAUX.
Libraire , rue Hautefeuille
, hôtel de Coetlofquer
, nº . 20.
Dictionnaire portatif A Paris , chez Buillon ,
de la Langue Françoife ,
par Richelet , nouvelle
édition , augmentée d'un
Vocabulaire géograph:-
que des noms de villes ,
vol. in 8. Prix , 121 .
Tel . ALyon , & fe trouve
à Paris , chez Moutard ,
Imprimeur-Libraire , rue
des Mathurins , hôtel
de Cluni.
Difcours hiftoriques
fur la Féodalité & l'Allodialité;
fuivis de Differtations
fur le France
alleu des Coutumes
d'Auvergne , de Bourbennois
, du Berri , de
Champagne, & principalement
pour la partie
de cette province régie
par la Coutume de
Vitri ; par M. Chapfal ,
Avocat au Parlement ,
exerçant au Préfidial de
Riom. A Paris , chez
Gueffier le jeune , Libraire
, rue du Hurepoix
, nº. 17. Prix , 5 l .
Ultimatum à M. I'Evêque
de Nanci ; par M.
Bertolio, Prix , 18 f. &
24 f. franc par la Pofte.
||
Apperçu du Plan général
de Finances , le
plus propre à concilier
les intérêts publics &
particuliers ; par M. le
Vicomte de Prunclé.
A Paris , chez Baudouin
, Imprimeur de
l'Affemblée Nationale ,
rue du Foin -Saint-Jac
ques , no. 1.
Code politique de la
France , ou Collection
des Décrets de l'Affemblée
Nationale . A Paris ,
chez Nyon l'aîné , Libraire
, rue du Jardinets
& Ballard , Imprimeur ,
rue des Mathurins.
Tome I.
La Femme jalouſe.
A Paris , chez Henry
Libraire , rue Taranne
Fauxbourg St. Germain ,
& Defenne , Libraire
au Palais - Royal .
Ellai fur la Réforme
des Loix civiles ; par
Victor Chantereyne
Avocat. A Paris , chea
Belin , Libraire , rue St-
Jacques ; Méquignon le
jeune ,
Libraire , au
Palais ; à Caen , chcz
Poiffon , Imprimeur.
rappeler aux PafterS
leurs principaux devoirs
envers la Religion . Seconde
édition. A Paris ,
chez la veuve Defaint
Mandement & Infraprimeur , rue de fa
truction paftorale de Harpe , au deffus de
neur l'Evêque l'églife Saint-Côme ,
de Saint Chude , ad ef
fés au Clergé de fon
Diocèfe , pour annoncer
la tenue du Synode , &
n . ກ .
133 & Leclerc , Libraire
, rue St- Martin ,
près celle aux Ou
n . 254.
Le prix de l'abonnement ft de trente-trois liv.
franc de port , tant pour Paris que pour la Province.
Il faut affranchir le pre de l'argent & de
la lettre , & joindre à certe dernière le reçu du
Directeur des Poftes . On fouferit Hôtel de Thous
rue des Poitevins . On s'adreffera au fieur Gein ,
Directeur du Bureau du Mercure.
SAMEDI 2 Octobre 1790 .
MERCURE
DE FRANCE.
Compofé & rédigé, quant à la partie litté
raire , par MM. MARMONTEL , DB LA
HARPE & CHAMFORT , tous trois de
l'Académie Françoife ; & par M. IMBERT,
ancien Auteur & Editeur ; quant à la
partie hiftorique & politique , par
M. MALLETDUPAN, Citoyen de Genève.
Le prix de l'Abonnement eft de 33 liv.
franc de port par tout le Royaume .
433
C
COURS DES EFFETS PUBLICS. Septembre 1790.
EFFETSROYAUX. Jeudi 23.
Vel. 24.
Samedi25.
1860..65.1870.72..1870..91.
1375 375
705.6.8.708
162
Id. Décembre82 16. 14. 146.
Actions
Does
Ereprunt Oct
Lot. d'Avril 700 ...S
Lot. d'Octobre. 60
Emprunt 125m 7.
8.4
I.80 millions
BullSeatnisn.
Bulletn
10.9 19.
63 642
CHANGES du25.
10
Lond,$6.
Arra 197
Mad.. 62
Cadir61o.
Liv. 110!
Gen. 102
Lyon 46
Paycurs, Aliće
1789, letraJ.
Empru1mn2st0
Bode. Ch.
Caille d'Efcomp. 3440.45.13445. 60 347075.
deDamedi.-
3
1720. 26 1723.30 1740.
Eaux de P. 510 500 500.
BorVEd..
( N° 41. )
SAMEDI 9 Octobre 1790 .
MERCURE
DE FRANCE .
Compofé & rédigé , quant à la partie littéraire
, par MM . MARMONTEL , DE LA
HARPE & CHAMFORT , tous trois de
l'Académie Françoife; & par M. IMBERT,
ancien Auteur & Editeur : quant à la
partie hiftorique & politique , part
M. MALLET DU PAN ,Citoyen de Genève .
Le prix de l'Abonnement eft de 33 liv.
franc de port par tout le Royaume,
COURS DES EFFETS PUBLICS. Octobre
EFFETS ROYAUX. Jeudi 30. Vend.1.
1་
2020..
7. Besembre 82.19.
Let. d'Avril ... 1735
Los
d'Octobre..575
Exprunt 125 ras
I
millions.
S: Balleria..
Samedi2.
1990..91990.97.
1200..
740
57725
4.
13
8428
740.
$ 75
4
488
I
1790.
CHANGES du30.
Amfi. fo
Lond. 25.
Ham. 202.
Ma1d66..
1.12.
Cadix
160.
Liv..I
Gên.. 105.
Lyon.
Payeurs, Armée
1789, lettreJ.
De lesa..
66
Ampre: 110
Borde Ch..
ice difcompr.
3485..70.3470.
D. demi-a ...
1740.35.1735
FauxdeP ....
E.V. Bord .....
Sco
3470 -75.
1733--35.
soo ...
( N° 42. ) .
No.
SAMEDI 16 Octobre 1790.
MERCURE
DE FRANCE.
Compofé &rédigé , quant à la partie littéraire
, par MM. MARMONTEL , DE LA
HARPE & CHAMFORT , tous trois de
l'Académie Françoife ; & par M. IMBERT,
ancien Auteur & Editeur ; quant à la
partie hiftorique & politique , par
M. MALLET DU PAN,Citoyen de Genève.
Le prix de l'Abonnement eft de 33 liv.
franc de port par tout le Royaume.
COURS DES EFFETS PUBLICS. Octobre 1790.
EFFETS ROYAUX. Jeudi7. Vend. 8. Samedi
CHANGESdu
Amft
.1.
Lond. 25.
Ham. 208.
Actions.2030..25.2025.
Fête.
Do Hes
EmpruntO& .380 ....
380. Id. Décembre$2.
Lot, d'Avril ...
Lot. d'Octobre.
Emprunt 125 m.3.4 437
millio8In0ds.,
BullSeatni.sn.
Bulletin.. 661..66.
Emprunt 120m.
Borde Ch ...
Caiffedfcompt
.
3470..68.13470,0
Do. demi- ad ... 1735.33.173536.
EauxdeP
E. V. Bord ....
Mad.. 16ofo.
Cad1oi6fx
Liv .. 109.
Gen.. 1024.
Lyon.1p. Pte.
PaAynenuéres,
le1t7t8rJ9e,
( N °. 43. )
SAMEDI 23 Octobre 1790.
MERCURE
DE FRANCE.
Compofé & rédigé, quant à la partie litté
raire , par MM. MARMONTEL , DE LA
HARPE & CHAMFORT , tous trois de
l'Académie Françoife ; & par M.IMBERT.
ancien Auteur & Éditeur : quant à la
partie hiftorique & politique , par
M. MALLET DU PAN, Citoyen de Genève.
Le prix de l'Abonnement eft de 33 liv.
franc de port par tout le Royaume.
COURS DES EFFETS PUBLICS. Octobre 1790.
EFFETSROYAUX. Lundi11.
Mardi12.
Merc. 13.
Actions ... 2060.45..2040..30.2020..25.
Emprunt..390390.
Decemb81r22e..
91894.
Let. d'Avril ..... 580
d'OctoLbo.8r.t0e.. s
8
Emp3r4u13.n2.m35t3..
milliotInods..
390
73 9.
942
748.
750. 580
3.34.3
2
Sans Bulletin .... 7.7.6.6.7.7 1
Bull.e.t.i.n
69.68.
Empr1u1nm0t.
CHANdGuE1S3.
Amft.
so.
Lond.25
Ham. 203
Mad. 161.od
Cadix16 1.o.
Liv.. 109.
Gên.. 101.
LyBoepne.1.
Payeurs, Année
1789, lettre J.
Bo.r.Cd.le..
Caife d'Efcompt. 3490.5 10.3515. 25 3515..20.
de1Dm7&.e7ia..-0..60.11775435....6600..
EauxdeP...
......
....
500 E.V. Bord ...
500 ...
Jer. 135.
( No. 44 )
SAMEDI 30 Octobre 1790 .
MERCURE
DE FRANCE.
Compofé & rédigé , quant à la partie litté
raire , par MM . MARMONTEL , DE LA
HARPE & CHAMFORT , tous trois de
P'Académie Françoife ; & par M. IMBERT,
ancien Auteur & Editeur : quant à la
partie hiftorique & politique , par
M. MALLET DU PAN,Citoyen de Genève.
Le prix de l'Abonnement eft de 33 liv.
franc de port par tout le Royaume.
PEUCFBOFLOdUEDIoRTECbrSSSSe.
EFFETSROLYuAnUd1Xi8.
Actions
Mardi 19. Merc. 20.
2020..21053.020.22.55.. 40
D 11225 1230.
d. Decembre 81.9.10.9
Exprunt.393
1o. d'Avil .... 174
Lx. d'Octobre..1578 ...80 580.82.1587
Espre1n2mt51.
14. to million$?
BullSeatni.sn.
Bulletin..
Empr1an3mt0
Borde.C .....
4. 543.
Caifle d'Ekomp. 3535..30.13125. 27 3535-40.
D°. demi- aft..
auxdeP ... Fa
E.Y Bord.
1765..60. 17 1763.70
392. 392
89.10.88.
1740. 740
1.2.2
CHANGES du2o.!
1790.
Amft. 504.
Lond. 26.
Ham. 208.
Mad. 16 4.od.
Cadix16 30.
Liv.. 109.
Gen. 103.
Lyon.p Pte.
Payeurs Année
1789, lettre J.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI ,
COMPOSÉ & rédigé , quant à la partie littéraire , par
MM. MARMONTEL , DE LA HARPE & CHAMFORT
, tous trois de l'Académie Françoife ; &
par M. IMBERT , ancien Editeur : quant à la
partie hiftorique & politique , par M. MALLEZ,
DU PAN , Citoyen de Genève.
SAMEDI 2 OCTOBRE 1790.
A PARIS
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thon
rue des Poitevins , No. 18 .
Avec Privilége du Roi,
TABLE
Du mois de Septembre 179 0.
ROMANCE.
3L'Angleterre ancienne.
Suite de la Veillée. 6 Académie.
ODE.
Charade, Enig. & Logog. $ 6 Nouvelle .
Expoft .
49 Véritable Origine.
18 Projes
40
85 Difcours . 103
86
Preuve. 116
87
Notices. 119
VERS.
Conte.
Charade, Enig . kogog.
Les Chateaux en Espagne. 89
DIALOGUE.
Charade , Enig. Log.
121 Le Paysage du Pouffin . 129
127 Obfervations. 154
MOULIOTECA
SEALA
A Paris , de l'Imprimerie de MOUTARD ,
rue des Mathurins , Hôtel de Cluni.
MERCURE
DE FRANCE.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
A MADAME DE LA FAYETTE.
Our , modefte Zulmé , tes talens & tes charmes
Méritoient le Héros qui reçut ton ferntent :
Deux fois la Liberté lui fit prendre les armes ,
Et dans tes bras deux fois il revint triomphant :
Vos deux noms enlacés au Temple de Mémoire ,
Près d'Alcefte & d'Adinète un jour feront inferits ;
Les Dieux à tes vertus accorderont ce prix :
Qui le rendie heureux doit partager fa gloire .
( Par M. l'Abbé Dourneau. )
A 2
MERCURE
VERS à M. DE LA HARPE , en lui demandant
l'extrait d'un Ouvrage.
CHACUN HACUN fur ' terre à fa lubie ,
Ce point-là n'eft point contefté ;
Mon voiſin a fà fantaiſie ,
Par moi fon goût eft reſpecté ;
Et mon voifin , de ſon côté ,
Pardonne à ma bizarrerie.
Or moi , Monfieur , j'ai la manie
D'un foupçon d'immortalité:
Je veux que mon nom foit cité
La gloriole eft ma fɔlie .
Vous riez de ma vanité ,
Et bernez ma pédanterie :
i
Grand bien vous faffe , en vérité ;
Car dans ce monde il faut qu'on rię.
Léger grain de plaifanterie
Maintient le coeur dans la gaîté ,
Et fans bleffer la prud'hommie ,
Eft excellent pour la fanté.
Mais faites trève à l'ironie :
Ecoutez avec gravité
Auteur chérif qui vous fupplic ,
Monfieur , avec humilité ,
Et qui , de votre courtoific
Attend cette célébrité
Qui fait l'objet de fan envie .
(Par M, Charlemagne. )
DE FRANCE.
ÉPITRE PASTORALE ,
A M. DE SELDÉ , pour répondre aux
Vers qu'il a fait inférer dans le N°. 31
du Mercure .
Nantes ce 9
;
Août 1790
VOUS ous qui chanteż comme au jeune âge ,
De votre voix pourquoi vous plaignez- vous ?
Vos chants font fi flatteurs ! vos accens font fi doux !
Vous m'avez trop loué, je le fens ; c'eft dommage..
Apollon chantoit comme vous
Lorfqu'il étoit Berger en Theſſalie ;
Mais cet aimable Dieu , qui fit tant de jaloux ,
N'avoit pas votre modeftic .
D'éloges féduifans , je dois être confus ;
Adreffez- moi des vers ( 1 ) , mais ne me flattez plus.
La louange eft perfide , & toujours fon langage
Séduit le vieillard & l'enfant ;
. Mais qui veut agir prudemment ,
Ne doit jamais la prendre , & fur-tout à mon âge ,
Que comme un encouragement.
( 1 ) Je vous prie auffi de me faire l'honneur de m'estvoyer
votre adreffe. Voilà, peut- être , deux indifcrétions ;
mais je n'ai pu m'empêcher de les commettre , & je vous
en demande pardon.
A
MERCURE
O vous qui m'infpirez un penfer auffi fage !
Oubliez vos chagrins , oubliez vos erreurs ;
Venez de l'amitié favourer les douceurs
Dans cette paifible chaumière ,
Que nous devons aux foins d'un vertueux Paſteur :
Ah ! c'eft mon ami !... c'eft mon père !
Elle eft fimple comme fon coeur
Et belle comme fa Bergère.-
>
Au fein de l'amitié , dans les bras de l'amour ,
C'est dans ce réduit folitaire
Que je gravai ces vers un jour :
Heureux celui qui , loin du tumulte des villes ,
N'ajamais envié les biens de fon voifin ;
Et de qui les défirs tranquilles
Ne paffent pas Penclos tie foa jardin ( 1.) k
Là , content d'une humble fortune ,
Chérifiant les vertus , aux loix toujours foumis
Et fayant des cités cette foule importune ,
Le Sage y trouve des amis ,
L'Amant une tendre Bergère ;
Et tous avec un coeur fincère ,
Du fort craignant peu les rigueurs ,
Savent y jouir de la vie
( s ) Il'e terrarum mihi praur omnes
Angulus rides..
Horace.
DE FRANCE.
Loin des flatteurs & de l'envie ,
Loin des fots & de leurs clameurs.
On n'y connoît point l'impoſture ,
Et le ruiffeau feul y murmure .
Sur un aurel , fous un ombrage frais ,
Da vertueux Geffner j'ai placé les Ouvrages ;
Dans ce lieu nos Bergers viennent goûter le frais ,
E: je vois que toujours ils en fortent plus fages.
Par un doux fentiment ému ,
Sur ce champêtre autel que j'élève à fa gloire ,
J'ofai tracer aufli ce vers à fa mémoire :
On n'aime polni fis thants fins almer la vertit,
Peu loin de ce boquet , fous un fombre feuillage ,
Repofe en paix l'ami que nous aimions ;
Chaque matin nous lui faifons l'hommage
De nos fruits , de nos fleurs & de nos actions.....
De fes vertus , de ma triſteſſe ,
Le touchant fouvenir m'occupera fans ceffe.
Sur fon tombeau je répandrai des pleurs ,
Auffi long-temps que l'ame & bienfaiſante & tendre
De l'indigent calmera les douleurs ,
Et qu'elle aura des larmes à répandre.
Mais , un inftant , quittons ces triftes lieux ....
J'entends du chalumeau les fons harmonieux ;
Ce font tous nos Bergers que le plaifir appelle
Sous cet ormeau , fur certe herbe nouvelle ....
A 4 •
MERCURE
Ecoutez leur joyeux refrain .....
Les voyez-vous danfer gaîment avec leurs Belles ?
Malin comme eux , moins léger qu'elles ,
Le volage Zéphir vient careffer leur ſein .
Près de cette Troupe légère ,
S'il fe peut dirigez vos pas :
Vous n'y trouverez point d'ingrats ;
L'amitié ne fait point en faire.
Venez , mon aimable Caton ,
De nos Belles fuivre les traces :
Vous êtes chéri d'Apollon
Vous le ferez auffi des Graces.
( Par M. Mellinet fils , de la Société des
Amis de la Conftitution , à Nantes. )
DE FRANCE.
LE FRANC BRETON.
Première Partie.
PLÉMER , riche Négocianţ de Nantes ;
homme fimple , franc , un peu brufque
tête vive , bon coeur , vrai Breton , faiſant
un voyage à Paris , s'y étoit logé dans un
petit Hôtel d'une rue affez folitaire. C'étoit
l'homme du monde le moins avare & le
plus économe : il n'avoit connu de fa vie
aucun des beſoins de la vanité.
Un foir , rentrant chez lui & montant
l'escalier , il rencontra une vieille femme
qui defcendoit en pleurant. Qu'avez- vous ..
bonne Dame , lui demanda - t - il ? Elle fe
rangea fur le palier , lui fit la révérence ,
& ne répondit rien . —Qu'avez vous donc ?
palez . On ne pleure pas fans chagrin.
Ah ! du chagrin , j'en ai. Et la caufe ?
35
Etes- vous , ce qu'on appelle , dans la peine ?
-Non pas moi , Monfieur , grace au ciel.
-
Non pas vous ! c'eft donc le malheur
de quelque autre qui vous afflige ? ---Hélas !
oui , Monfieur. Et de qui ? allons , courage
, expliquez - vous. Comme elle fe taifoit
encore Ouvrez ma porte , dit-il à fon
Valet. Cette femme m'impatiente ; & je
veux la faire parler. Entrez chea moi , Ma-
A s
10. ,
MERCURE
dame , entrez. Nous voilà feuls. Affeyezvour
. Mais , moi bleu , affeyez-vous done ;
& dites-moi bien vite qui vous êtes, d'où
vous venez , quel eft le fujet de vos larmes.
- Monfieur , je m'appelle Dupré , je fuis
veuve , garde malade , & je fers ici un jeune
homme qu'une fièvre lente confume & que
je vois abandonné. Quel est- il ce jeune
homme Je ne le connois pas . - Le
connoît-on dans cet Hôtel ?
p
?
-
-----
Je ne crois
pas il y eft venu tomber malade. Son
nom? Montalde. A-t- il l'air honnête ?
Hélas ! oui ; c'eft- là ce qui m'afflige tant.
Il eſt d'une douceur , d'une bonté ! ....
C'est lui qui me plaint , moi , de voir les
peines qu'il me donne . nuit , toutes les
fois qu'il m'éveille , il en eft fâché , & il
m'en demande pardon .
donc toutes les nuits ?
-
Vous le veillez
O mon Dieu , oui .
Et comment le délaifferois - je ? il n'a que
moi au monde. — Pas même un Médecin ?
---
Il ne veut pas que j'en appelle. Cependant
il fe fent mourir ; & je crois qu'il en eft
bien aife. A ces mots , fes pleurs redoubièrent.
Bonne femme ! , ..
--
--
& fans
doute
il eft dans
le beftin
?
Jufqu'ici
rien
ne lui a manqué
; mais
il vient
de me
dire
d'aller
demain
engager
fa montre
au
Mont
-de- Piété
; & c'eit-là tout
ce qui lui
refte
encore
devons
- nous
à l'Hôte
tous
les bouillons
de la femaine
, & à l'Herborifte
les plantes
que
j'ai
mifes
dans
fa
boiffon
.
Et vos
peines
, vos
foins
, vos
V
DE FRANCE. IL
-
---
---
veilles ? Ah ! que je puiffe le fauver ; je
me croirai aifez payée ! Bonne femme !
excellente femme ! Tenez , d'abord voilà
pour vous , & puis voici pour les buillons
& pour les befoins du malade . Laillez - lui
croire que fa montre eft en gage , enrendezvous
? & gardez- la lui. Ah ! Monfieur !
- Puis- je le voir ? Il ne voit perfonne.
Allez lui dire qu'un bon voifin , un
homme qui n'est pas d'ici , demande à le
voir un moment. Demain , Monfieur ,
fi vous vouliez ? Oh non ! diable ! les
nuits font longues ; je ne dormirois pàs : je
veux le voir avant de me coucher. Moi ,
j'aime à dormir en repos.
Mate
La bonne femme fit fon meffage , & revint
dire qu'avec bien de la peine elle avoit
obtenu de le laiffer entrer.
Il monta au troisième étage ; & en entrant
: Hé bien , mon voifin , dit - il au
malade , vous ne voulez pas voir vos amis ?
-Mes amis ! ah , Monfieur ! ferois - je allez
heureux pour en avoir un feul au monde ?
Si le bien qu'on me dit de vous eft fincère,
dit le Breton , vous méritez d'en avoir
des amis ; & vous en avez au moins un .
-Hélas , Monfieur , je ne crois pas même
être connu de vous . Pardonnez - moi , je
fais que vous êtes honnête ; & puis, moi ,
je fuis fans façon , & j'ai bientôt fait connoiffance
quand je trouve des malheureux .
Adieu , mon voifin ; je ne veux pas vous
fatiguer. Dormez tranquille , & rêvez cette
--
A 6
12 MERCURE
nuit que vous avez trouvé un ami , un
véritable ami , dans Plémer , Négociant de
Nantes. Bonne nuit , mon voilin . Vous
avez- là une excellente Garde. Si je tombe
malade , elle aura foin de moi.
Montalde fe demandoit à lui-même s'il
n'étoit pas dans le délire , ou s'il n'avoit
pas vu en fonge un de ces enchanteurs des
Mille & une Nuits , qui confolent les malheureux.
Il voulut favoir de fa Garde comment
cet Etranger avoit appris fon exiftence.
Par droit de voifinage , dit la bonne
femme dormez tranquille , & me laiffez
dormir.
:
Il dormit peu , mais d'un fommeil paifible
, mêlé de douces rêveries ; & le lendemain
fon nouvel ami vint le voir. Après
s'être informé comment la nuit s'étoit paffée
: Vous ne voulez donc pas de Médecin
lui demanda - t - il . J'en avois deux ,
répondit le jeune homme , la Nature & le
Temps ; à préfent j'en ai trois. Et quel
eft l'autre ? L'Amitié. J'espère donc, lui
dit Plémer , que vous fuivrez fes ordonnances
. Ma bonne Dame , ayez bien foin
de mon malade ; & que rien ne lui manque
, fon Médecin l'ordonne ; il reviendra
ce foir.
Montalde , après s'être répandu en éloges
fur la bonté de coeur de ce brave Nantois :
Avez-vous fait ce que je vous ai dit , demanda-
t-il à Madame Dupré ? ma montre
eft - elle en gage mes dettes font - elles
DE FRANCE.. す
payées ? La bonne ferhme , ufant de fon
empire , lui répondit qu'un malade devoit
être comme un enfant , & ne fe donner
aucun foin. Qu'il vous fuffife , lui dit- elle,
de favoir que tout eft payé & que vous ne
devez plus rien : le refte me regarde , &
vous devez vous en fier à moi.
Le jeune homme n'infifta point , de peur
de lui marquer une inquiétude offenfante.
Mais dans un moment où elle croyoit les
yeux fermés par le fommeil , il lui vit
confulter fa montre. Tout eft payé , je ne
dois plus rien , & ma montre eft encore
ici , lui dit -il , & vous me la cachez ! Ah !
je pénètre ce mystère. Vous en avez plus
dit à mon voifin que vous n'auriez dû lui
en dire , & plus que je n'aurois voulu.
La Garde ne fit pas femblant de l'écou
ter ; mais le foir , Plémer fut inftruit des
inquiétudes du malade. Je m'en vais l'en.
guérir , dit-il ; & s'étant affis au chevet de
fon lit , après quelques propos d'humeur
fur la fottife & la vanité du luxe de Paris,
& fur le miférable orgueil de l'opulence :
Et vous , jeune homme , lui demanda - t-il ,
attachez - vous un grand prix à l'argent ?
Un grand prix , non , dit le malade . Ni moi
non plus , dit le Breton ; & comme je ne
fuis pas glorieux d'en avoir , je ne trouve
pas bon que mon ami foit honteux de
n'en avoir pas , & de m'avouer qu'il en
manque. N'affligez donc plus cette femme
de vos puériles délicateffes ; je ne fuis pas
14 MERCURE
votre ami pour rien . Ah ! je le vois bien ,
dit Montalde . Mais moi , comment pourraije
reconnoître ?.... Oh ! le plus aisément
du monde. D'abord , fi jamais l'occafion de
m'obliger fe préfente à vous , je vous prcmets
votre revanche ; & vous en aurez le
plaifir . Sinon , vous vous en pafferez , &
-nous n'en ferons pas moins quittes . Vous
me voudrez du bien ; & n'eft - ce pas en
faire que d'en vouloir ? Les coeurs reconnoiffans
ne reftent jamais redevables. Le
chagrin de devoir n'et pardonnable qu'aux
ingrats.
Affurément , dit le malade , ce caractère
n'eft pas le mien : je me haïrois trop moimême,
fi je fentois jamais fur mon coeur le
poids d'un bienfait. Je vous avouerai même
que, tel que je vous vois , vous êtes celui
de tous les hommes que j'aurois préféré
pour bienfaiteur , fi j'avois eu à choifir.
Mais encore dois- je m'étonner que dès le
premier jour de notre connoiffance ...
Plémer l'interrompit. Ecoutez moi , dit- il
car il faut qu'un malade laille parler , &
parle peu.
Suppofons que je fois un Tartare , un
Arabe , un Cafre ; je paffe , je vois mon
femblable languiffant , abattu ; je lui tends
la main. Va -t- il me demander qui je fuis
pour le fecourir ? Sommes - nous donc fi
loin de l'état de nature , que l'homme ne
foit plus ami de l'homme , s'il ne lui a décliné
fon nom ? Nous nous connoiffons
DE FRANCE.
1:5
peu cependant nous avons bonne opinion
l'un de l'autre. Repofons - nous fur
cette penfée , & donnons- nous le temps de
nous connoître mieux. Tenez , reprit - il ,
moi qui ne lis guère , j'ai pourtant lu dans
un vieux Livre que , je ne fais dans quel
pays , lorfqu'un Erranger arrivoit à la maifon
, dabord on commençoit par le bien
recevoir on le menoir au bain ; on l'habilloit
, s'il étoit mal vêtu ; on lui donnoit
un bon fouper , un bon lit ; & le lendemain
, on lui demandoit fon nom , fon
pays , fa naillance , fes aventures . Alors , fi
l'on fe convenoit , on fe touchoit la main ,
on étoit amis pour la vie finon , bon
jour & bon voyage . Le bien n'en étoit pas
moins fait , & l'on n'y penfoit plus . Cette
politeffe en valoit bien une autre , n'eft-ce
pas ? Eh bien , c'eft la mienne . Ici , c'eſt
moi qui exerce envers vous l'hoſpitalité
jufqu'à votre convalefcence. Alors nous
nous expliquerons . Jufque - là tenez - vous
tranquille , & ne m'impatientez pas ; car
je n'ai pas travaillé trente ans à amaffer
du bien pour être contrarié dans l'ufage que
j'en veux faire .
:
Voilà , dit le jeune homme , une bien
nouvelle manière de faire agréer fes bienfaits
!
Le jour fuivant , Plémer vint lui annoncer
un Médecin qu'il lui amenoit , & pour
lequel , en dinant avec lui , il avoit conçu
de l'eftime. Il a mangé , dit - il , d'un ap13
MERCURE
1
pétit à faire envie , & il a bu d'autant.
Je lui ai demandé s'il digéroit de même ?
Oui , fort bien , m'a - t - il répondu , fans
perdre un coup de dent.-S'il étoit quelquefois
malade ? Non , jamais. Quelle
étoit fa recette & fon régime ? -L'exercice ,
& , au befoin , la diète & l'eau . - Quelle
étoit fa méthode en médecine ? - Obferver
la Nature , & la laiffer aller , quand
elle va bien toute feule ; la fuivre , &
l'aider quelquefois . Je lui ai parlé de votre
fièvre lente. Fièvre lente , à fon âge ?
chagrin d'infortune ou d'amour. Cet homme-
là n'eſt pas un fot . Je vous l'amène , il
va venir.
>
Il vint , confulta le malade , cauſa quelques
momens tête à tête avec lui , &
répondit de fa guérifon . Monfieur , dit- il
au bon Plémer , en s'en allant , ce jeune
homme vous doit la vie : fans vous le
coup étoit mortel . La Garde le faivit pour
payer fa vifre , & Plémer s'apperçut qu'il
refufoit . Non , Monfieur , non , dit - il ,
en s'avançant ; nous fommes riches ; avec
nous s'il vous plaît , point de ces façons- là ;
gardez votre nobleffe pour des infortunés.
A préfent me voilà tranquille , dit - il
à fon malade ; vous ne me verrez plus
que rarement. Je vais vaquer à mes affaires.
Mais gardez votre montre ; car il faut
qu'un malade puiffe au moins , quand il
ne dort pas , compter les heures de la
nuit. La nuit, le jour, lui dit Montalde , ce
DE FRANCE. 17
fera toujours l'heure de la reconnoiffance .
Dites celle de l'amitié.
Le calme répandu dans l'ame du jeune
homme , fe gliffa dans fes veines ; & la
fièvre , fenfiblement affoiblie de jour en
jour , s'éteignit , & fir place à la férénité
d'une douce convalefcence. C'eft dans l'âge
où étoit Montalde , que la Nature en peu
de temps fe renouvelle , & répare fes
forces : Plémer cut le plaifir de voir fon
jeune ami fe ranimer comme une fleur
qu'il auroit atrofée , lorfqu'elle expiroit de
langueur.
A préfent , lui dit il un jour , lorfqu'il
fut en pleine fanté , apprenez - moi par
quelle infortune un jeune homme bien né
bien élevé comme vous l'êtes , eft tombé
dans l'érat eù je vous ai trouvé.
Je fuis jeune , & l'hift ire de mes malheurs
ferit bien longue , li di Montalde ,
fi je vous en faifois tous les triftes détails ;
ms je vais vous en dire aficz.
Je fuis né au pied du Mont- d'Or , dans
le place pys de la Nainre . Nommer
la Ligne & Auvergne , c'eft la décrire ;
& tout le monde fait quelle eft la riante
fertilité de cette agréable contrée . Mais
par un contrafte affligeant & difficile à
concevoir , dans ce pays fi riche , le plus
grand nombre des habitans eft pauvre ou
mal aifé . Ma famille étoit de ce nombre.
Je ne laiffai pas d'être élevé avec foin ;
& la vue habituelle d'une belle Nature ,
.
18 MERCURE
d'un côté , ces afpects majestueux de nos
montagnes , de l'autre , ce tableau romantique
de nos vergers , ces collines couronnées
de pampres , & au bas, ces belles
prairies femées d'arbres chargés de fruits ,
où ferpentent à plein canal les eaux des
fources de Roya , auffi pures que le criftal ;
enfin les travaux , les plaifirs , les moeurs
de nos campagnes avoient fait for mon
ame de fi vives impreflions , qu'en me
·les retraçant , je me flattai d'être né Poëte.
Mes effais furent applaudis par un Public
peu difficile ; & j'avoue que j'étois loin
de le croire trop indulgent. Envié de
Loanges & fondant l'efpérance de ma
fortune the mon talent , engagezi mon
père à ne pas s'inquiéter de mi dans le
partage de les biens ; mes fours furent
dotées avec tout l'avantage que permettoit
la Loi ; & mon père étant mort après les
avoir établies , je laiffai ma mère auprès
d'elles , jouir , comme elle fait encore , du
peu de bien dont j'avois hérité , me réfervant
à peine de quoi vivre à Paris le
peu de temps qu'il me falloit pour y com-
و
mencer ma carrière .
Prefque en y arrivant , j'allai voir un
homine auffi célèbre par fa bonté , que
par fon goût & fes lumières , le fage
d'Alembert. Je n'ai jamais connu de plus
vrai Philofophe. Il l'avoit été dès l'enfance
. Tel que l'avoit fait la Nature
rel on le voyoit tous les jours & dans
DE FRANCE. 19
toutes les fituations : rien d'apprêté , tien
de factice , rien même d'arrangé , dans
ce grand caractère . Ses petites impatiences ,
fes naïves foibleffes , fes colères d'enfant,
comme on les appeloit , fe laiffoient voir
en lui auffi ingénument que les penférs
les plus fublimes & que les fentimens les
plus fermes & les plus hauts.
Un accueil fimple & doux encouragea
ma confiance. Je lui parlai des cípérances
que l'on m'avoit fait concevoir ; & , en
le fuppliant de les évaluer , je lui ouvris
mon porte-feuille. Eft- ce bien , me dit-il ,
la vérité févère que vous me demandez?
Hélas ! out , lui dis je en tremblant ; il
n'y a que celle - là de bonne . Elle reffcmble
à ces remèdes dont l'amertume fait
la vertu. Cela étant , me dit - il , lions.
( Nous lûmer . Ah ! Montieur , quel foufile
rapide dillipa mes illufions ! Tout ce que
j'avois cru nouveau dans mes Ecrits , étoit
ufé ; tout ce que j'avois peint l'avoit été
mille fois mieux ; il mit fous mes yeux
mes modèles , & je me vis anéanti. Il
s'apperçut de mon abattement , & pour
me relever , il voulut bien me dire que ,
livré à moi - même , & auffi dénué que
je l'avois été de confeils & d'exemples ,
il étoit encore étonné que l'inftinct m'eût
fi bien conduit. Mais il me fit confidérer
le champ de la Poéfie comme tout moiffonné
, & le tréfor de l'imagination comme
une mine d'or fouillée , épuifée de veine
20 MERCURE
que ,
en veine. Je ne prétends pás , reprit - il ,
dans fes profondeurs , il n'y ait
encore quelques filons réfervés au génie ,
mais il faut y creufer ; le travail en eft
long; & je vous avertis que , même après
une étude affidue & de l'Art & de la
Nature rien n'eft plus incertain , plus
rare que le fuccès du talent poétique , &
rien n'eft plus infructueux.
,
,
Vous me rendez , lui dis-je un grand
fervice ; mais l'erreur étoit douce , le remède
eft cruel . Ainfi , pour moi , plus
de poéfie ! Mais fi ce moyen de percer
la foule & d'exifter m'eft interdit , que
vais je devenir ? Vous êtes à confeſſe , ine
dit il ; puis- je en sûreté répondre de vos
moeurs ? Je lui ouvris mon ame , & ne
lui cachai rien des pécadilles de ma jeuneffe.
Allons , me dit- il en fouriant , iitl
n'y a pas grand mal à tout cela. Mais
à préfent c'eft à vous de voir fi vous
vous fentez le courage de facrifier une
partie de votre liberté à l'avantage de vivre
à Paris , tranquille , au deffus du befoin ,
dans une firmation commode pour obferver
le monde , & vous former le goût.
༩
J'acceptai ces conditions , & peu de
jours après , je fus chargé de l'éducation
des enfans de la Comteffe de Ventaumont.
En me traçant une méthode d'éducation
pour mes Difciples , d'Alembert avoit eu
la bonté de me donner auffi pour moi
quelques préceptes de conduite.
- DE FRANCE.
Dans la maifon où vous allez être
m'avoit-il dit , la familiarité ne vous convient
avec perfonne ; évitez - la comme
un écueil. Si on oublioit avec vous la
dignité de votre état ne l'oubliez jamais
vous - même , & faites- la fentir avec
une douce fierté. La réferve , la politeffe ,
F'air fimple du refpect , quand vous fentirez
qu'il eft dû , voilà les bienſéances de
votre fituation . Souvenez - vous que vous
avez à faite à l'orgueil qu'il ne faut ni
bieffer ni flatter. Parlez peu , écoutez -vous
bien. La mefure , la précifion , la juſteſſe ,
le naturel dans l'expreflion comme dans
la penfée , font le partage du bon eſprit ;
& celui-là eft bien reçu par-tout : le bel
efprit ne l'eft pas de même ; on le punic
de fes fuccès. Que la vérité dans votre
bouche foit le langage d'un homme libre ,
mais modefte. Il y a pour la fincérité un
ton qui n'offenfe jamais. Gardez- vous bien
d'être plaifant , & ne répondez même à
la plaifanterie que par un froid- filence':
c'est un jeu qui doit être égal ; il ne le
feroit pas pour vous. Ne vifez pas non
plus à la fineffe , car c'eft un but qu'on
manque trop fouvent ; & des prétentions
manquées , c'eft- là peut-être la plus rifible.
Enfin , en attendant que l'ufage du monde
vous ait appris à dire avec agrément des
chofes communes ou frivoles , faites aux
beaux parleurs le plaifir dont ils font let
plus reconnoiffans , celui de les bien
écouter,
MERCURE
Vous avez raifon , dit Pléiner , ce d'Alembert
étoit un homme de bon fens. Eh
bien , reprit Montalde , fes leçons furent
inutiles ; j'eus beau les fuivre de mon
mieux , dans trois mois je fus renvoyé.
M. le Comte , en me regardant de toute
fa hauteur , me fit fentir à quelle diſtance
infinie je devois me tenir d'un horame
comme lui. Il m'honoroir quelquefois d'un
affable comment vous - va mais en paffant
, & fans écouter ma réponse . Une fois
cependant , il daigna me demander compte
des études de fes enfans . Je lui parlai de
la méthode que d'Alembert m'avoit tracée.
Voyons , dit - il , en y jetant les yeux ; &
un moment après : Que d'inutilités ! Du
latin à quoi bon ? De la morale ! cela
s'apprend tout feul à la Cour & dans le
grand monde. De la métaphysique ! Ah ,
M. d'Alembert , des définitions , des analyfes
à mes enfans ! Un peu d'Hiftoire
paffe ; non pas celle des Peuples , mais
celle des familles ; un Abrégé de Moréri ,
que vous leur donnerez en thèmes , voilà
ce qu'il leur faut. Je veux qu'ils connoiffent
leur monde & que dans l'occafion
ils puiffent dire d'où chacun vient.
Quant àma propre généalogie , je vous recommande
deux chofes , l'une , qu'ils la
fachent par coeur , l'autre , qu'ils n'en parlent
jamais ; car il faut fentir ce qu'on eft ;
mais il ne faut humilier perfonne . J'ai
toute ma vie été modefte , & je m'en fuis
fort bien trouvé.
و
DE FRANCE. 23
Ah ! quel fat que Monfieur le Comte ,
s'écria le Breton ! Eh bien , reprit Montalde
, Monfieur le Comte étoit un homme
aifé à vivre , en comparaifon de Madame
la Comteffe car tout glorieux qu'il étoit ,
comme il n'en faifoit pas myftère , dès
qu'on avoit connu fon foible , il n'y avoit
qu'à le ménager
Mais pour Madame la Comteffe , on ne
favoit jamais ce qu'elle étoit , ni ce qu'elle
vouloit. Du matin au foir , d'une heure à
l'autre , c'étoit les deux extrêmes : affable
douce , familière , haute , arrogante , dédaigneufe
, elle paffoit d'une modeftie exceffive
à un orgueil démefuré. On eût dit
qu'elles étoient deux. Ah ! fi elle avoit
été ma femme , difoit le bon Plémer
comme dans peu de temps je vous l'aurois
égalifée !
Lorfqu'elle fembloit dédaigner les avantages
de la naiffance , je me gardois bien
d'être de fon avis , reprit Montalde ; feulement
j'avouois que dans ces avantages ,
il y avoit plus de bonheur que de gloire ,
& qu'il étoit plus raifonnable de s'en féliciter
que de s'en applaudir.
Vous l'avez entendu , difoit- elle à fes
femmes C'eft un apprenti Philofophe
que M. d'Alembert a bien voulu nous
envoyer , pour nous guérir du péché de
l'orgueil. Et une heure après , je la retronvois
haute comme les nues , daignant à
peine me parler.
24
MERCURE
Vingt fois je lui avois entendu dire que
Lien n'étoit plus fade , plus infipide que
des éloges donnés en face. Je n'avois pas
befoin de ces avis pour ménager fa modeftie
, & j'étois avec elle aufi économe
de louanges qu'elle fembloit le déficer ; mais
je la voyois mécontente toutes les fois que
je manquois d'appuyer & de renchérir fur
le bien que l'on difoit d'elle , ou qu'elle
en difoit elle - même. Afſurément elle déteftoit
l'adulation , & tout le monde le favoit
bien ; mais me croyois je obligé pour cela
d'être déplaifant avec elle ? Et entre la
flatterie & l'impoliteffe , n'y avoit - il pas
un milieu , & des nuances délicates que je
devois favoir obferver & faifir ?
·
Un jour , s'étant fait lire un des thèmes
de fes enfans , elle en fut indignée au
point qu'elle ne put s'en taire. Votre Provincial
, dit elte à d'Alembert , n'eftime
rien que les vieilleries. Il parle à mes enfans
de la mère des Gracques , & ne leur
dit pas un mot de la leur , qui fans vanité
la vaut bien,
Enfin, le jour de fa fête arriva . Elle avoit
fu que je faifois des vers ; elle ne doutoit
pas que je n'en euffe fait pour elle ; & le
matin en me voyant paroître à fa toilette ,
avec fes enfans , la voilà qui fe dreffe fur
fon fauteuil , fans ' doute préparée à nous
entendre tous les trois lui réciter quelques
belles tirades. Quelle fut fa furprife ,
lorfque fes deux enfans , en lui baifant la
main ,
.DE FRANCE. 25
1
main, lui fouhaitèrent la bonne fête comme
à une fimple Bourgeoife, avec quelques mots
tendres où leur coeur s'exprimoit mieux que
n'auroit fait mon efprit ! Quoi , Monfieur ,
me demanda-t-elle , eft- ce là tout ce que
mes enfans ont à me dire , dans un jour
comme celui-ci La Nature a parlé , Madame
; l'Art n'a pas ofé s'y mêler : il ofe
encore moins fe montrer , ajoutai -je , dans
mon refpectueux hommage. Un fourire amer
exprima fon dépir. Votre refpectueux hommage
! rien de plus neuf affurément , ditelle
, & rien de mieux tourné que ce
compliment 13. Allez , Monfieur , voilà
qui eft bien. Dès ce moment je fus ablolument
perdu dans fon efprit , & il fallut
fonger à ma retraite,
Mais le Comte, qui s'accommodoit affcz
de moi , ne voulut pas me renvoyer d'une
façon humiliante , & il me propofa pour
Secrétaire à fon ami le Marquis de Fervac ,
qu'on envoyoit en ambaffade je lui fes
préfenté par lui , & dès le premier entretien
j'eus le bonheur d'être agréé.
Le Marquis étoit un jeune homme plein
de cet efprit naturel & brillant , qui a
tant de fuccès dans le monde , mais auquel
ni l'étude , mi la réflexion n'avoient preque
rien ajouté, Toute lecture férieufe lui
étoit infoutenable ; il ne pouvoit pas même
achever celle d'un Roman , s'il étoit un
peu long ; & il alloit bien vîte au dénouement
, favoir fi l'amant malheureux
A° . 40. 2 Octobre 1790.
No. B
26
MERCURE
s'étoit noyé de défeſpoir , ou s'il avoit fléchi
la rigueur de fon inhumaine , ou s'il s'en
étoit confolé.
M. Montalde , me dit- il , quand je fus
inftallé chez lui , nous partons dans trois
mois ; & il faut , d'ici là , que je fache
parler fupérieurement bien de tout ce que
contiennent les porte feuilles & les volumes
que voil . Or je vous déclare que je
n'ai ni le loifir , ni le courage de lire ce
fatras de négociations & de correfpondances.
Il faut pourtant que ce foit vous ou
moi qui dévorions cette lecture, Ce fera
moi , lui dis je , Monfieur l'Ambaſſadeur ,
la conféquence eft évidente. En faifant vos
extraits , ajouta t - il , fouvenez - vous de ce
Cuifinier qui avcit réduit la quinteffence
de fix douzaines de jambons à une petite
fiole. Le langage diplomatique et com- 4
preffible comme l'air ; & dans ce petit
porte feuille je veux avoir en poche, tous
ces in-folio, Vous travaillerez tout le jour ;
le foir nous irons au Spectacle , & vous
ferez de mes foupers.
<
Je me livrai à ce travail avec d'autant
plus d'ardeur que j'y voyois pour mon
avenir un moyen de me rendre utile ; &
lc Marquis m'en récompenfoit , en m'affociant
à fes plaifirs
Parmi les Danfeufes de l'Opéra , il avoit
une maîtreffe fort jolie & affez aimable.
Elle s'appeloit Emilie. Tous les foirs nousfoupions
chez elle avec des filles de fon
DE FRANCE. 27
état, & des jeunes gens affortis. Le fecret
de mon petit talent de Poëte ayant percé ,
je ne fais comment , on m'invitoit à réci
ter mes vers ; & on vouloit bien les entendre
avec cette indulgente politeffe qui
fe donne l'air du plaifir . Je ne vous diffimule
pas que j'étois fort fenfible à ces
petits fuccès.
Emilie avoit la bonté d'oublier avec moi
cette févérité de Nymphe de Diane , qui
en impofoit à fa cour ; & comme elle étoit
fûre que je refpecterois en elle l'objet du
culte de mon Ambaffadeur , elle vouloit
bien quelquefois fe rendre avec moi familière
; fes camarades l'imitoient. Ainfi
quelquefois , dans un coin , j'égayois avec
elles le férieux des bienséances & du refpect
qui régnoit au foupé. Vous vous moquez
, dit Plémer. Du refpect ! du férieux !
des bienséances ! chez une Nymphe d'Opéra
& qu'y faifoit - on ? - De l'efprit ,
de la galanterie délicate & légère ; quelquefois
de la politique ; & moi , de temps
en temps , un peu de poéfie , l'épithalame
de deux ferins , le dialogue de deux pers
ruches , ou le triomphe d'Emilie dans un
pas qu'elle avoit danfé , & que l'on avoit
applaudi. Chacune des jeunes convives ambitionnoit
la petite gloire d'être célébrée
à fon tour ; & cette ambition m'attiroit
des attentions particulières.
La maîtreffe d'un jeune Duc , bien fec ,
bien trifte bien ufé , & d'autant plus
B 2
28 MERCURE
jaloux qu'il avoit moins de droits de l'être ,
Apolline étoit celle qui me faifoit le plus
d'amitiés. Comme c'e étoit un peu maligne
, elle s'amufoit avec moi des ridicules
de la petite cour. Une fois que
Je férieux du foupé l'avoit ennuyée : Savez
- vous , me dit - elle , que tel de ces
Meffieurs que vous voyez bien fages , bien
refpectueux avec nous le foir , a été le
matin un fat impertinent chez des Daines
de qualité ?
Je lui demandai la raifon de ce contrafte
fi fingulier, Rien de plus fimple ,
me dit-elle chez nous la liberté n'a d'accès
que dans le boudoir , & là , elle n'eft
introduire que par billets fignés de l'amour
ou de la fortune ; au lieu que dans le
monde.... Le Duc l'interrompit en s'approchant
de nous , & il me demanda fi
j'aurois ce jour - là quelque jolie chofe à
leur dire ? Oui , reprit Apolline , une pièce
fort amufante fur la mauffaderie des amans
jaloux & taquins. Le Duc fit la grimace ,
& il tourna fur le talon .
Pourquoi lui avez - vous dit cela , demandai
- je à la jeune efpiégle ? Pour lui
apprendre , me dit-elle , à n'être pas impertinent.
Eft- ce qu'on ne vous amène içi
que pour dire des vers : c'eft un fort joli
inftrument que votre lyre , poétique ; mais
fe plaifir de l'entendre eft une faveur qu'il
faut avoir rendre plus rate. Le talent
comme la beauté , s'avilit quand il fe proDE
FRANCE . 29
digue ; & ily a pour vous auffi une coquetterie
que je vous apprendrai.
Je lui répondis qu'au contraire , j'avois
toujours pensé que les petites chefes n'avoient
de prix qu'autant qu'on ne les faifoit
pas valoir, & que dans la facilité il y avoit
une bonne grace qui nous concilioit l'indulgence.
Point du tout , me dit - elle ; fachez
qu'en votre abfence vous êtes jugé
comme un homme qui cft obligé d'être
anufant. Cela me choque , moi qui vous
aime , & qui vous vois vous livrer bonnement
aux perfides cajoleries qu'on vous
fait pour vous mettre en jeu . Je la remerciai
, & je lui promis bien de me tenir
un peu plus en réſerve. Mais votre Duc eft
faché , lui dis je , & cela m'inquiète. Oh
non , foyez tranquille , me dit elle ; je
fuis comme un chaffeur qui corrige fon
chien quand il a fait quelque fott fe . Mais
j'ai beau le châtier, il revient fous le fouct.
Tenez , ne le voyez - vous pas qui déjà rode
autour de nou ? Félicitez -moi , lui dit- elle :
j'ai fait la conquête de M. de Montalde ;
il me fait l'honneur de venir dîner avec
moi demain. Vous en ferez ? Il nous récitera
fes vers fur le jaloux mauffade . Non ,
répondit le Duc , je n'aurai pas le plaifir
de l'entendre. Et en s'éloignant , il ajouta,
j'ai des vers par- deffus les yeux .
¿
Je vois , dit - il à mon Ambaffadeur ,
que votre fat de Secrétaire s'avile de faire
le galant , & cherche à s'introduire avec
B3
40 MERCURE
fes petits vers ; dites - lui , je vous prie
de ne pas fe rendre affidu chez Apolline .
Je ne le trouverois pas bon ; & je ferois
fâché qu'un homme qui vous appartient
me donnât de l'humeur..
On me fir à fouper bien des agaceries ,
pour tier , difoit-on , ma Mufe de certe
rêverie qui attritoit les plaifirs . Mais ma
Mufe leur tint rigueur.
-
Vous n'avez pas été auffi aimable &
auffi complaifant que de coutume , mé dit
l'Ambaffadeur en me ramenant ; qu'aviezvous
donc quelque caprice de Pocte ? M.
'Ambaffadeur , lui répondis- je , perfonne
n'eft aimable tous les jours , & je ne me
crois pas obligé d'être tous les jours complaifant.
Dites la vérité : vous avez de
l'amour en tête. De l'amour , non , affurément.
Je vous vois cependant bien
préoccupé , bien épris de cette petite Apolline.
Mais croyez moi , ne vous y jouez
pas ; le Duc le trouveroit mauvais . Ce feroitlà
le moindre de mes foucis , lui tépondis
- je . Vous auriez tort , répliqua - t - ik
d'un ton plus impofant. Le Dec eft mon
ami , & je ne voudrois pas qu'il eût à fe
plaindre de moi. De vous , Mondeur
PAmbaffa leur ! Et qu'auroit de commun
avec votre Excellence ma liaifon avec Apolline
Répondez - vous de moi ? Mais un
peu , me dit - il : n'est- ce pas moi qui vous
amène Et ne ferois - je nas la caufe ? .....
Oh ! la caufe très- innocente. Quoi qu'il
----
DE FRANCE 3N
wh
en foit , vous me ferez plaifir de laiffer en
paix mes amis . Le moyen , dis- je , en eft
facile c'eft de ne plus être de vos foupers ,
& je n'en ferai plus. Pourquoi donc , me
dit il - Parce que je me trouve déformais
déplacé dans le cercle de vos plaifirs . Vou st
y êtes , ce me femble , affez bien reçu cependant
? Oui , mais comme témoin pour
y contribuer ; & ce rôle , je vous l'avoue ,
ne va point à mon caractère. Vous êtes
fier , Monfieur de Montalde ! -Un peu ,
Monfieur l'Ambaffadeur. - Mais de bonre
foi , voulez vous que nous ayons la complaifance
de vous laiffer cajoler nos maitreffes
? Je dois vous refpecter , lui dis- je ,
dans la vôtre , mais dans celle- là feulement.
Ce n'eft pas que les autres me faffent plus
d'envie ; & quoiqu'Apolline m'amufe , je
prouverai en ne la voyant pas , qu'elle ne
me tient point au coeur. Mais je veux ête
libre , & fi je dɔnnois à quelqu'un le droit
de me défendre ce qui pourroit me plaire ,
je ne le ferois plas. Evitons , je vous en
fupplic , toute difcuffion fur ce point.
Le lendemain , j'écrivis à Apolline que
je ferois privé du plaifir de diner chez
elle , & je ne lui en dis pas la caufc . Mais
le foir , dans fa loge , le Duc cut la fottife
de fe vanter que c'étoit lui qui m'avoit
fait défendre de la voir , fans quoi
j'aurois ca mon congé. Oai da ? dit- elle ;
ch bien , te vous donne le vôtre . Il fat
renvoyé fur le champ. Il m'atribua fa
B 4
34
MERCURE
difgrace , & furieux , il alla s'en plaindre
à mon Ambaffadeur , qui me facrifia à fon
reffentiment.
Et cette brave fille , cette Apolline , dit
Plémer, vous l'allà es voir , je l'efpère ?-Hé- ,
las, non : j'étois trifte , j'étois préocupé de ma
fituation ; je ne voulus pas l'affocier à mes.
chagrins & à mon infortune. Mais en répondant
au billet qu'elle eut la bonté de
m'écrire , pour m'annoncer le renvei de.
fon Duc , je lui exprimai combien j'étois
fenfible à ce procédé généreux . A votre
place , dit Pleaser , je n'y aurois pas tenu ;
& vous êtes plus fage que je ne l'ai jamais
été. C'est que vous n'avez jamais eu , -
lui dit Montalde , l'inquiétude du lendemain.
C'eft un grand moralifte que le malheur
; & dans ce moment là , plus que jamais
, j'étois à fon école.
Alors on vint les avertir que leur dîné
étoit fervi. Dépêchons- nous de l'expédier ,
dit le Breton : je fuis impatient d'apprendre
ce que vous allez devenir.
( Par M. Marmontel. )
( Lafuite à l'un des prochains Mercures. )
DE FRANCE.
33
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft . Afpic ; celui
de l'Enigme eft Patience ; celui du Logogriphe
eft Aire, où l'on trouve Ire, Air
CHARADE.
Du doux plaifir à la triftefle ,
Et de l'aifance à la détreffe ,
Il n'eft fouvent que mon premier.
La fortune change & varie ;
S'attendre à fa bizarrerie ,
C'eſt être vraiment mon dernier.
Le bien après le mal arrive ;
De l'ane à l'autre alternative ,
Toute la vie eft mon entier.
( Par M. F. M. Haumont de Princé. )
ENIG ME.
JE fuis un adjectif qui convient à la nuit ;
Mais coupez-moi la tête, & par une merveille
Bi
34
MERCURE
Qui n'a point fa pareille ,
Je fuis l'obfcurité que la clarté produit.
( Par M. Daviau , Orateur de la Société.
Littéraire & Patriotique de Quimperlé. )
LOGO GRIPHE.
Il n'eft pas un feul goût qui m'aime ,
Et je contrains la fièvre même ,
Cher Lecteur , à fuir devant moi.
Tranche moi la queue , ô prodige !
Je penfe , fens , me réjouis , m'afflige ;
En cet inflant je travaille dans toi ;
Mais remets ma queue en fa place ,
Er fans me faire aucune grace ,
Fais à mon chef le même fort ,
Je ferai la route publique
Qui mène à l'Amérique
Un vaiffeau de haut bori ;
Place ma queue avant ma tête ,
Je fais une machine prête
A le faire fortir du port.
(ParM. F. M. Haumont de Princé. )
DE FRANCE. 35
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
PALLADIUM de la Conftitution politique,
ou Régénération morale de la France ;
Queftion importante propofée à l'examen
des Départemens , des Diftricts , &c. &
à la décifion de l'Aſſemblée Nationale ;.
par M. L. RIVIÈRE . Brochure in- 8° . A
Paris , chez Mme . Lefclapart , Libraire ,
rue du Roule , Nº . 1.1 ; & chez les Mds.
de Nouveautés.
•
DANS AN'S ce grand recenfement de toutes
les Inftitutions fociales, occafionné par une
Révolution trop rapidement opérée dans
cette revue générale de tous les Etabliffemens
pubics & des corporations de toute
efpèce , des abus , des inconvéniens attachés
à leur existence , on fent que l'Univerfité
de Paris ne pouvoit être oubliée. Depuis
long temps un cri général s'étoit élevé
contre le fyftême d'éducation , ou plutôt
contre le plan d'études établi dans fes
Ecoles depuis plufieurs fiècles : ce cri redouble
& le fait entendre de toutes parts,
au moment où l'excès de tous les abus en
B 6
26 MERCURE
-
fait par- tout chercher les remèdes. Le mor
que l'Auteur cite de Saint Auguſtin , vieil
ufage , vieille erreur , mot très philofophique,
dont les Ecrivains Janféniftes du dernier
fiècle n'ont pas fait affez d'honneur à
leur Patron , paroît aujourd'hui une maxime
devenue en peu de temps familière à
la Nation . Elle ne fera nullement effrayée
de la propofition que lui fait M. Rivière.
Il ne s'agit de rien moins que d'efficer jufqu'aux
veftiges de ces ridicules Etabliffemens
appelés Colleges : ces derniers mots
font de J. J. Rouleau ; texte qui , dans le
temps où Rouffeau éc ivoit , fit plus de fenfation
que n'en fera aujourd'huileCommentaire
. Ce Commentane n'eft qu'une Brochure
de trente p'ges , petite , fi l'on veut ,
mais grande par ce qu'elle contient. Encore
une fois , l'attaque eft fricule , & l'Unverfité
a trouvé dans M. Rivière un adver
faire formidable. Il s'y prend très-bien , &
voici comme il précède. Il commence par .
établir , & perfonne ne le nie , que l'étude
du Grec & du Latin , confidérée comme
baſe de l'enſeignement public , eft abfurde
& nuifible. Il examine enfuite fi l'on ne
peut étudier fuffifamment ces deux Lan- .
gues que dans les Colléges. Il ne lui cft
pas
difficile de prouver le contraire , puifqu'on
a des Grammaires , des Méthodes , des
Livres & des Maîtres particuliers pour en
feigner mieux & plus promptement ces .
deux Langues à ceux qui veulent les ap ...
DE FRANCE. 37
prendre . Enfin , en fuppofant à l'étude du
Grec & du Latin une utilité que M. R. leur
contefte , faut-il pour cela entretenir des
Etablillemens publics ? Non , fans doute
& dans la rigueur des principes , il n'eft
pas douteux que M. R... a raifon ; mais
il nous femble qu'il pouffe un peu loin
cette rigueur ; il nous femble que ces deux
Langues fe font liées de trop près à l'enfemble
des connoiffances humaines , aux
progrès de l'efprit humain , pour que les
hommes inftruits , & même les Philofo .
phes , viffent avec plaifir cette étude entièrement
bannie de l'enfeignement public.
Quant à l'inconvénient de faire payer les
frais de cet Etabliffement par la Nation ,
on peur répondre qu'il eft aifé de le lui
rendre très-peu couteux . Il faut même qu'il
foit très peu couteux fi l'on veut qu'il
foit utile.
-
Il fuffiroit d'abandonner aux Profeffeurs
un local commode , en leur affurant des
appointemens très - médiocres. Qu'il leur
foit permis enfuite de recevoir de leurs
Ecoliers le prix de leurs leçons ; & dès- lors
la concurrence produira entre les Profeffeurs
une émularion qu'on n'a cherché à
faire naître jufqu'ici que parmi leurs Difciples.
Dès ce moment la méthode d'en-,
feigner fe perfectionnera de jour en jour ,
chaque Maître fera les plus grands efforts
pour attirer à foi la foule des Ecoliers, en
augmentant fa fortune par fa célébrité , &
38
MERCURE
fa célébrité par fa fortune. C'eft ce qui eft
Univerfités de curs en d fférentes'
Holland & d'Allemagne ;
& fans cette innovation , il eft difficile que
la méchode denfeigement public pour ces
deux Langues , falle de grands progrès parmi
rious.
Ici M. R .... nous accufera d'um refte
de foibleffe pour le Grec & le Latin ; de leur
fuppofer quelque wilité à caufe des vieux
modèles que quelques perfonnes défoeuvrées
prennent encore plaifir à lire . Hélas ! oui ,
nous fommes de ces défoeuvrés , & ces ,
vieux modèles nous font encore quelque
plaifir ; cependant nous triomphons bien
vite de cerre fotke . Nous convenons
avec M. R ... qu'il ne s'agit plus de faire.
des Latin:fres , des Prêtres & des Moines ;'
mais des François , des Choyens , des hom-1
mes libres ; & nous penfons qu'aucune
de ces qualités n'eft incompatible avec le
foible encouragement que Nation pourroit
donner à quelques Chaires fondées
pour ces deux Langues , dont les Profeffeurs
pourroient n'être point à charge à
l'Etat. On s'accoutumera difficilemem à regarder
la Langue Latine comme auffi inutile
que le prétend M. R ..... Indépendamment
des vieux modèles dont nous
n'ofons plus parler , il faut confidérer que
la Langue Latine , devenue depuis quatrefècles
la Langue favante de l'Europe , a
produit , prefque jufqu'au monit actuel ,
DE FRANCE.
un grand nombre d'Ouvrages utiles , dont'
il feroit fâcheux que la connoiffance reftâr
concentrée entre un petit nombre de Lecteurs
; & c'est ce qui arriveroit peut-être fr
l'étude de cette Langue , bannie tout- à- fait de
Fenfeignement public , étoit en quelque
forre défavonée par la Nation . Nous aurions,
bien auffi quelque petit mot à dire
en faveur du Grec ; mais la manière dont
l'Auteur traite M. l'Ab . Auger , nous ferme
la bouche , & prévient de notre part toute
témérité (1).
On devine aifément que la queftion fur
11 préférence de l'éducation publique & de
Féducation privée , n'eft pas même une
(1 ) On peut reprocher à M. Rivière , done
les intentions très- pures front peut-être calomnites
, de n'avoir pas fapp fé cette même pureté
dans les intentions d'autrui . Tous ceux qui connoiffent
M. l'Abbé Auger favent qu'il eft impof-
Eble de pouffer , plus loin le défintéreffement . Il
aju fe tromper , & s'eft trempé en effet en
donnant à l'étude des Langnes Grecque & Latine
un trop grand rôla dans l'éducation nationale ;
mais certe erreur r'eft-elle pas bien pardonnable
dans un homme qui confcré à l'étude de ces deux
Langues la plus grande partie de fa vie ? Sil a
pouflé trop loin fon zèle pour l'Univerfité , ce.
n'eft pas , come le prétend M. R. , pour affurer
le débit de fes Traductions , c'eft que fa reconnoiffance
l'a trop prévenu eu faveur d'un Corps
qui favoit au moins exciter une vive émulation
entre fes Elèves les plus diftingués ; c'eft que
40 MERCURE
·
queftion pour l'Auteur. Il préfère fans ba
lancer l'éducation privée ; mais cette préférence
, ou plutôt fon averfion pour les
Colléges & pour tout ce qui peut y ref
fembler , ne l'entraîne t elle pas trop loin,
lorfqu'il va jufqu'a dice : Mais pourquoi
une éducation publique ? C'eſt encore ici
que la rigueur des principes ne paroît pas .
applicable à nos circonfances actuelles . Sans
doute chez une Nation que fon Gouvernement
& toutes les Inftitutions fociales
des fiècles précédens n'auroient point avilie
& corrompue , chez un Peuple où la multitude
ne feroit pas dès long- temps dégra
dée par tous les préjugés de l'ignorance
naturelle & de l'ignorance acquife , l'éducation
des enfans pourroit être livrée aux
foins de leur famille ; mais dans l'état où
M. l'Abbé Auger a pris pour une bonne éducation
nationale , celle où il avoit conçu une forte
de paffion pour le travail ; & pouvoit - il , fans
cette paffion , traduire plus de 40 Ha angues de
Démosthène , 60 des autres Ora curs Grecs
celles des Hiftoriens Grecs , 30 Difcours de Cicéron
, &c ? Un fi grand travail , utilé dans tous
les temps , ne le devient - il pas davantage dans
les circonflances préfentes , & M. I Ab. A ... ne
fe trouve - t - il pas , au moins par l'evènement ,
avoir fait un ufage patriotique de l'Education
en reproduifant les chef- d'oeuvres de l'Eloquence
Grecque , au moment où la liberté , qui fera naîwe
chez nous des modèles , peut & doit encore
en aller chercher dans.Athènes & dans Rome ?-
2
DE FRANCE. 41
nous fommes , l'idée de courir un pareil
rifque eft entièrement inadmiflible ; &
combien même ne fommes -nous pas éloignés
de l'heureux moment où elle fera.
praticable ! Ce n'eft pas trop du concours
de la puiffance publique & de tous les efprits
éclairés pour hâter ce moment; notre
Révolution n'eft pas , comme quelques au
tres , un fimple changement plus ou moins
fubit dans le mode du Gouvernement
changement qui quelquefois n'influe que,
d'une manière lente & peu fenfible fur les
idées & les moeurs. Elle eft , en partie ,
l'ouvrage des idées nouvelles qui l'avoient,
fecrétement préparée & qui ont formé la
Conftitution. Il faut donc qu'elles en deviennent
le foutien , qu'elles triomphent
des idées anciennes qui la combattent ,
des habitudes qui lui font contraires , que,
nos erreurs en morale , en politique , achèvent
de fe diffiper au jour de la raifon.
Jufque- là point de vrai calme , point de
félicité fociale ; c'eſt le combat du bon &
du mauvais principe , & le bon principe ,
vainqueur , fans jouir de fa victoire , ne
peut être tout-à-fait triomphant qu'en appelant
à lui fon invincible auxiliaire , la
génération naiffante. M. R .... ne l'ignore
pas , puifqu'il intitule fon Ecrit Palladium
de la Conftitution ; mais alors on ne voit
pas ce qu'il prétend par cette exclamation :
à quoi bonne éducation publique ? Ce
n'eft fans doute qu'un mouvement d'hu
42 MERCURE
meur , puifqu'il paroî: attendre de PA
femblée Nationale un Code d'éducation
digne des Légiflateurs d'un grand Empire.
Ce fera probablement un des bienfaits par
lefquels l'Affemblée Nationale terminera
cette première feffion ; mais ce ne fera pas
Fun des moins importans. Tous les bons
Citoyens défirent fur tout , comme M. R...,
qu'on multiplie les petites Ecoles dans les
Villes , Bourgs & Villages , en faveur de
ceux qui ne peuvent faire une certaine dépenfe
pour l'inftruction de leurs enfans.
Cette nombreufe partie du Peuple , jufqu'aujourd'hui
fi négligée , fe trouve encore
dans un état d'ignorance & d'abrutif
fement capable de retarder pour elle même
les plus heureux cifers d'une Révolution
dont elle a feule profité , du moins jufqu'à
ce moment.
C'eft à la fois le fruit de la misère cu
elle étoit plongée , & du foin qu'en pre-
-noit d'écarter d'elle toute inftruction. Le
Gouvernement qui , par les gênes mifes à
la preffe , & en quelque forte à la pensée ,
n'a pu empêcher les lumières de fe répandre
dans la claffe mitoyenne , n'a cu que
trop de moyens de les tenir éloignées de
la claffe indigente. C'eft un des obtades
qu'il rencontrera au retour de l'ordre , 1.rfque
, plus éclairé lui -même , il fera contraint
de le défirer fincèrement ; car enfia
ne fût- ce que par laffitude , il faudra bienfinir
par là . S'il y a jamais eu une rarfor
DE FRANCE 43
-
3
à d'inftruire & d'éclairer le Peuple , c'eft ,
coup sûr , lorsqu'il eft devenu le plus fort.
I eft donc vrai que les Citoyens propres
à remplir cette fonction , forment en ce
moment une claffe très précicufe : il en
exiſte un grand nombre dans l'Univerfué ,
& M. R ..... lui rend avec plaifir cette
jufice . Eux - mêmes conviennent & s'affligent
des abus de l'éducation actuelle , abus
devenus intolérables , & qui ne peuvent
plus fubfifter : c'eft ce qui a fait deferter
les Colléges, dont trois feffroient aujourd'hui
au nombre d'Elèves répandus dans
les dix Coiléges de l'Univerfité . Rien n'annonce
davantage une fnftitution qui terabe
en ruine , & cette réflexion doit diminier
les regrets de ceux i craignent pour EUniverfité
une deftruction légale & définitive.
Les Profeffeurs qui ont du mérite feront
aifément placés dans l'Erabifement
de l'inftruction publique . Les autres , dit
"
M. R... , je les mettrois au nombre des
» vieillards & des infirmes , à qui en ac-
» corderoit une pention alimentaire pre-
» portionnée à leurs befoins & au temps
» de leur fervice « . L'Univerfité jouit , lelon
FAureur , de biens immenfes , & le
Coliége de Louis le Grand poſsède lui ftuð
un million de reveny. Un million , c'eft
beaucoup ; mais cette partie du temporel
ne nous regarde pas. C'eft un article à renvoyer
au Comité des Finances , & de là , fà
l'on veut , au Comité d'Aliénation .
44 MERCURB.
Les autres Etabliffemens Littéraires , tels
que le College Royal & les trois Académies
de la Capitale , n'éprouvent pas , de la part
de l'Auteur , beaucoup plus d'indulgence..
L'Académie des Sciences eft le moins maltraitée.
» C'cft , dit M. R..... , la plus .
" utile & la feule peut - être que l'on dût
» conferver. C'est dommage qu'elle foit fi
nombreufe , & que les vrais Savans y
foient en fi petit nombre. A la place de
» ceux qui font là , fins qu'on fache pourquoi
, ne conviendroit- il pas de nommer.
quelques Jurifconfultes & quelques Théo
» logiens diftingués «? Ce dernier voeu nous
a furpris. Des Théologiens à l'Académie des
Sciences , & que veut- on qu'elle en faffe ?
"2
33
و د
">
Même reproche à l'Académie des Bel'es-
Lettres fur le trop grand nombre de fes
fauteuils. Parmi ceux qui les occupent , il
y en a qui ne favent pas lire. Le trait eft
fort , & nous le croyons exagéré. L'Auteur
n'aime pas les honoraires .
A l'égard de l'Académie Françoife , M.
R.... paroît un peu plus mefuré. Il voudroit
feulement la rendre encore plus utile,
défir bien pardonnable , & qui n'a rien de
défcbligeant. Nous obferverons feulement
que le moyen propoſé par M. R.... pour
rendre l'Académie Françoife encore plus
utile , eft entièrement étranger à l'objet de
fon inftitution . Ce n'cft point là réforiner,
c'est détruire ; & c'est ce qui arrive prefque
toujours quand on veut faire dans les
DE FRANCE.
4St
Corps des changemens d'une certaine importance
: voilà pourquci ces Corps répugnent
à tous ces changemens , & femblent
avoir pris pour devite le mot d'un Pape
fur les Jéfaites : Qu'ils foient comme ils
font , ou qu'ils ne foient plus . M. R .....
voudroit que l'Académie Françoife examinât
les moeurs & les talens de tous ceux
qui prétendroient ériger des Ecoles , Penfions
, ou Pédagogies publiques de Littérature
, d'Hiftoire , de Géographie , & c. elle
ne donneroit le fceau de fon approbation
qu'à ceux qu'elle en auroit reconnu dignes ,
&c. On demande ce qu'une telle fonction
a de commun avec les devoirs académiques
attachés , jufqu'à ce moment , à cet honneur
ou à cette récompenfe littéraire . N'y
at il pas plufieurs Membres de ce Corps
qui fe feroient une peine d'exercer une
cenfure , laquelle portant à la fois fur les
talens & fur les meurs , ne feront pas fans
inconvéniens pour ceux qui fe trouveroient
contraints à l'exercer ? Enfin , cete Affemblée
d'examinateurs , de cenfeurs , pourquoi
s'appelleroit elle l'Académie Françoife?
& puis que deviendroit le Dictionnaire ?
Refte le College Royal , qui s'annonce
pour donner des leçons fur toutes les Sciences
, qui enfeigne fi peu de chofe, & où
perfonne n'apprend ce qu'on y enfeigne ,
C'étoit-là une riche matière ; mais l'Auteur
réfervoit toutes les forces pour l'Univerfité
, & le College Royal en eft quitte , au
346
MERCURE
moins cette fois ci , pour une petite exclamation
philofophique , mais exprellive :
O quantum eft in rebus inane ! C'eft tout
ce qu'il en dit , Brutus dormoit .
Cet Ecrit , plein de vues faines & d'idées
utiles , paroît l'Ouvrage d'un Citoyen éclairé,
vivement animé de l'amour du bien public ;
mais ce fentiment fait illufion à M. R...
lorfqu'il croit voir la fource de tous les
abus dans l'abus qu'il attaque avec tant de
force. Il y auroit fans doute encore , même
après la deftruction des Colléges , un affez
grand nombre de raifonneurs fans raifon
de Savans fans principes , d'Ecrivains fans.
ftyle , & c. & s'il fe trouve moins de Prêtres
fans vocation , c'eſt qu'on leur a ôté
les riches efpérances qui leur en tenoient
lieu . Un fyftême d'éducation raisonnable .
appropriée aux difpofitions naturelles des
enfans , & aux befoins de la Société , diminuera
fenfiblement les maux ou les inconvéniens
dont il fe plaint. C'eſt tour ce
qu'on peut prétendre , & c'est bien affez
pour hêter l'inftant d'une réforme.
( C....... ) .
DE FRANCE.
NOTICES.
Livres nouveaux qui viennent de paroître chez
Moutard , Lib. - Impr . rue des Mathurins , Hôtel
de Cluni.
Le Voyageur François , ou la Connoiffance de
l'ancien & du nouveau Monde ; par M. l'Abbé
de la Porte. Tomes XXIX , XXX , XXXI &
XXXII ; in- 12. Prix , 3 liv. chaque Vol . rel .
L'Auteur de cet Ouvrage , dans les 18 premiers
Volumes , parcourt tous les pays du Monde ; il
revient à Marseille , d'où il étoit parti ; & fon
XXIX . Vol. commence fon Voyage en France.
Les Tomes XXIX à XXXII que nous annonçons,
comprennent la Provence , le Dauphiné; le
Lyonnois , l'Auvergne & le Languedoc . Il donnera
la defcription des autres Provinces de France
dans les 6 Volumes qui reftent à paroître , & qui
termineront cette inſtructive & amufante Collection
. Ce Livre , fe diftribue 2 Vol à 2 Vol . &
cette Partie de la France peut convenir à ceux
qui n'ont pas les 28 premiers Volumes , qu'ils
peuvent d'ailleurs fe procurer quand ils le voudront,
chez le même Libraire Moatard.
Pour faire l'éloge de cet Ouvrage , on fe con--
tentera de rapporter les quatre vers fuivans , tirés
du Mercure de France , premier Vol. de Janvier
1771 , page 139 .
Quatrain fur le Voyageur François.
J'ai lu cet Ouvrage chaimant ,
Qui réunit la double gloire
Et d'inftruire comme une Hiftoire ,
Et d'amufer comme un Roinan .
48 MERCURE DE FRANCE.
Mémoires fur la Météorologie , par le P. Cotte
2 Vol . in-4 . Fig . 30 liv. rel.
>
Notice & Extraits des Manufcrits de la Bibliothèque
du Roi , traduits de toutes les Langues
par MM. de l'Académie des Infcriptions. Tome
2e. in-4 . rel. 11 liv . 10 f.
Cet Ouvrage eft une fuite ind: fpenfable des
Mémoires de l'Académie des Iufcriptions & Belles-
Lettres , dont il paroît déjà 43 Vcl . in- 4° .
Les perfonnes qui n'ont pas les 43 Volumes
font priées de fe compléter. Chaque Volume fe
vend feparément 12 liv. en feuilles .
La 3e. Année des Délaffemens de l'Homme fenfible
, par M. d'Arnaud ; & une Suite des Epreuves
du Sentiment , du même Auteur ; commencerost à
paroître dans le courant de Novembre prochain ,
ainfi qu'une nouvelle édition du Drame du Comte
de Commings , el qu'il eft repréfenté ſur le Théatre
de la Nation:
La Soufcription de la 3e . Année des Délaffemens
, &c. eft de 21 liv. port franc pour Paris
& pour la Province. Le même prix & les mêmes
conditions pour la Suite , & c . La Soufcription du
Comte de Comninge eft de 36 fous.
On foufcrit à Paris , chez M. de St - Hilaire ,
cul - de-fac Saint -Dominique , No. 8 , près la rue
d'Enfer.
Les 12 Cahiers des Demens , ainfi que les
12 Cahiers des Epruves , paroîtront fucceffivement
de mois en inois.
TABLE. **
VIRS.
Eptire
Paforale
.
Vers.
3 Le Franc Beton,
4 Charade , Enig. Log:
5{Palladium ]
33
35
ler . 13ל ל 3
.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 9 OCTOBRE 1790 .
PIÈCES FUGITIVES
IN VERS ET EN PROSE.
ESSAI SUR LA SÉDUCTION ,
Confidérée dans fon principe & dans fes
fuites.
JE te falue , ô toi , Vierge célefte & pure ,
Qu'avec un noble orgueil voit croître la Nature !
Sur ton front ingénu le Ciel a confacré
D'une fainte candeur le charme révéré.
Reçois du monde entier cet hommage fublime
Qu'il rend à tes attraits d'un concert unanime : {
Un Trône t'eft dreffé fur un tapis de fleurs ,
Et l'auguste INNOCENCE eft la Reine des coeurs ?
vous donc que chacun aime , idolâtre , admire ,
Voulez-vous à jamais conferver votre Empire ?
N° . 41. 9 Octobre 1990 . C
MERCURE
so
Fermez , fermez l'oreille au langage impofteur
Qu'en foupirs affectés profère un féducteur.
Sous les traits du plaifir , hélas ! le fourbe impie ,
A vos regards trompés n'offre que l'infanie.
dans fon projet
La trame eft concertée : il veut ,
Changer en objet vil un adorable objet ,
En un cyprès lugubre une rofe vermeille ,
Et faire à la Nature abhorrer fa merveille .
Quel être audacieux , de la Société
Renverſe l'ordre faint que Dieu même a dicté ,
Pour troubler l'Univers & fes Loix éternelles ,
Allume fourdement des flammes criminelles ,
Et de fon fein exhale un fouffle empoisonneur
,
Qui fur fa tige encor va fécher cette fleur ?
Apprenez par ma bouche , objets facrés que j'aime ,
Que l'art de vous trahir eft réduit en ſyſtême ;
Et que du genre humain une indigne moitié ,
Au piur affreux calcul a foum's fans pitié
Le déshonneur de l'autre.... O honte ! ô perfidie !
Mais du monftre au grand jour découvrons l'infamie.
Mufes , infpirez moi , ſecondez mes ardeurs :
La caufe que je plaide eft la cauſe des moeurs.
Quand, Dicu donna le jour aux enfans de la Terre ,
Il grava dans leurs coeurs , en profond caractère ,
Le défir de la paix , l'amour de l'équité ,
Le refpect pour l'honneur, & la fincérité. ,
MIBLIOTHECA
REGLA
MORGENSIS
DE
SI
FRANCE .
Maudit foit le mortel qui , dans la frénéfie ,
De ce concert touchant vient troubler l'harmonie !
Dans ta bouche fans ceffe, homme vil & trompeur,
Sonnent les mots pompeux de juftice & d'honneur.
Tu n'iras pas peut- être , à leurs loix infidèle ,
Couvrir de noirs projets fous le mafque du zèle ;
De ton frère abufé trahir les intérêts ;
On ne te verra pas ravager les guérets ,
Piller , voler fes biens : ton bras incendiaire
N'ira pas confumer fon toit héréditaire ,
A ce tableau hideux tu recules d'effroi .....
Es-tu moins criminel , écoute & réponds-moi ,
Lorfque tu prends les Dieux , dont ta bouche fe
joue
A témoin des fermens que ton coeur défavoue ;
Quand oppofant la rufe à la fimplicité ,
Et l'horrible parjure à la crédulité ,
Tu careges l'objet qui fera ta victime ,
Par un chemin de fleurs le conduis dans l'abîme ;
Quand , pour comble d'horreur , triomphant en
fecret ,
Tu nargues l'infortune , & ris de ton fo:fait ?
Tel , moins coupable encore , eft l'affaffin perfide ;
Qui , tramant à loifir une attaque homicide ,
Dans un réduit obfcur , un poignard à la main ,
Attend fon ennemi pour lui percer le fein.
Ne refpirant que fang, qu'horreur & que carnage
Un brigand forcené vole , pille , ravage :
MERCURE
52
Rien ne peut arrêter ce torrent furicux ,
Et fes forfaits fans nombre épouvantent les Dieux.
Mais la peine à pas lents a fuivi le coupable :
Il eft venu ce jour aux crimes redoutable ;
Alors Thémis fe lève , & tous les Tribunaux ,
Pour écrafer le monftre ont armé des bourreaux.
Homme cruel & lâche , amant vil & parjure ,
J'en attefte le Ciel , tes remords , la Nature ;
Eh bien ! fur l'échafaud ce monftre que je voi ,
A mes yeux, du fupplice cft moins digne que toi.
Et ne viens point ici crier à l'hyperbole :
Oui , quand l'affaflin pille , & ruine , & défole
A celui qu'il attaque il montre le danger ,
Et ne careffe pas ce qu'il veut égorger.
Si même au vol de l'or fa main refpectueule
Borne fon oeuvre inique , & pourtant fcrupuleufel,
Il peut tout réparer , tout rendre au poſſeſſeur ;
Le repentir tardifpeut rentrer dans fon coeur :
On ne peut par fes coups perdre enfin que la vie.
Eh ! qu'est- ce que la mort au prix de l'infanie ?
De ta féduction , mais l'objet éperdu ,
Pour le dédommager , dis-moi , que feras-tu ?
Le Ciel peut excufer l'erreur & l'imprudence,
Mais non pas
s dans un coeur rappeler l'innocence ;
Il peut même aux forfaits pardonner quelquefois ,
Mais jamais des remords il n'étouffa la voix.
DE FRA N.C E.
13
Cependant ta victine , aujourd'hui ta complice ,
Ne voit point fous fes pas s'ouvrir le précipice :
Les plaifirs purs & doux de fes jours innocens
Pour la vertu paifible , autrefois fi touchans ,
De les jeux enfantins les compagnes aimables ,
Des hameaux d'alentour les fêtes agréablés ,
Rien n'intéreffe un coeur d'un autre objet rempli :
L'Amour y parle en maître , & feul eft obéi :
Elle eft indifférente aux careffes d'un père ,
Et reçoit fans plaifir les baifers de fa mère :
Elle ne voit que toi , te mêle en fes défirs
Avec le nom des Dieux qu'invoquent fes foupirs :
C'est toi feul qu'elle cherche au lever de l'aurore ;
C'est toi feul la nuit elle recherche encore ; que
Et quand un doux fommeil fufpendant fes laugueurs
,
Vient fermer un inftant fes yeux baignés de pleurs ;
Dans un fonge charmant à fon ame enivrée ,
Vient s'offrir auffi tôt ton image adorée :
Elle te voit, te parle , & reçoit tes fermens :
Voit ce bolquet témoin de tes empreflemens ;
Dans ce bois folitaire avec toi ſe promène ,
Et s'affied avec toi fous cet antique chêne ;
Avec toi fur l'herbette , au fon du chalumeau ,
Elle vient fe mêler aux danfes du hameau ;
Et inodulant des fons d'une voix qui chancelle ,
Frédonne l'air nouveau que tu chantas pour
Mais avec la lumière un réveil douloureux ,
elle .
Va venir en furfaut lui deffiller les yeux :
C 3
34 MERCURE
影
C'eftun foupçon d'abord ; c'eft un léger nuage;
Mais il fe développe , & fait place à l'orage :
Elle veut un inftant douter de fon malheur ;
Cette foible reffource eft ravie à ſon coeur.
L'affreufe certitude a bientôt devant elle
Offert en traits de feu fon miroir trop fidèle :
C'en eft fait Dieux puifans , vous l'avez done
:
permis !
Ce mortel à fes pieds qu'elle a vu fi ſoumis ,
Quitui jura cent fois , qu'avant qu'il fût parjure,
On verroit au chaos retomber la Nature ,
Les fions dans nos prés careffer nos agneaux ,
Et la Seine au Danube aller porter fes eaux ;
Eh bien le fcélérat , de fon ame avilie ,
Sous ces dehors trompeurs cachoit la perfidie .
Il peut donc la trahir ! il peut , à force d'art ,
Au fein de fon Amante enfoncer le poignard !
Ah ! de quels traits ici peindre l'abandonnée
Les mortelles douleurs de cette infortunée ?
Pâle , & fixant à terre un oeil décoloré ,
Traçant le défefpeir dans fon air égaré ,
Elle garde long-temps un filence terrible ,
Et fent trop vivement pour paroître fenfible :
Son corps fous un poids lourd paroît anéanti :
Sa langue eft immobile en fon palais flétri ;
Et fa bouche collée à fes lèvres brûlantes ,
Mugit fans s'entr'ouvrir des plaintes frémiflantes.
DE FRANCE.
Mais en fanglots amers prononçant fes douleurs ,
Elle inonde foudain fon vifage de pleurs :
Ce font des pleurs de rage ! hélas ! bien différentes
.....
De ces larmes d'amour fi douces , fi touchantes ,
Qu'au fein de fon Amant jadis elle verſoit ,
Dans les tranfports naïfs d'un feu qu'il partageoit.
Elle accufe aujourd'hui de fon malheur extrême
Les hommes & les Dieux , & s'accufe elle-même ;
Voit l'Univers en deuil , & le ciel obfcurci ,
Veut chaffer de fon coeur l'ingrar qui l'a trahi ;
Mais elle le maudit en l'adorant encore ,
Et penfe avec plaifir au monftre qu'elle abhorre :
Elle le redemande à tout ce qu'elle voit ;
Elle veut lui parler , elle lui parle , & crait
Que fon Amant l'écoute , & que la voix timide
Se fait encore entendre & parvient au perfide.
Eloigné de fa mère , ainfi l'agneau tremblant ,
Pouffe des cris.plaintifs , & l'appelle en bêlant .
Et plaife au Ciel , hélas ! que cette infortunée ,
Livrant au repentir fa trifte deftinée ,
Le refte de fes jours déplore fon erreur ,
Dans les regrets crucls foit fans confolateur ;
Et que la vertu feule , à fon ame éperdue ,
Puiſſe rendre à la fin la paix qu'elle a perdue !
Mufe, repofe- toi ; trace un autre tableau ;
Rembrunis tes couleurs , & noircis ton pinceau.
C 4
و ہ
MERCURE
i
Fuyez , fayez , Mortels , loin du fentier du vice :
Toujours le premier pas conduit au précipice ;
A fes détours trompeurs un malheureux livré ,
Ne revoit peint fa route une fois égaré.
L'erreur ouvre aux ennuis une fource éternelle ;
La le forfait fe lève où la vertu chancelle :
Long-temps l'infortunée a gémi fur fon fort ;
Mais le temps détruit tout , & même le remord .
Sans horreur , fans effroi contemplant ſa foibleffe ,
Du mortel inconftant qui trompa fa tendreffe ,
Elle a déjà perda l'importun fouvenir .
Cependant dans fon coeur , au profit du plaifir ,
Germeront les leçons que donna l'infidelie :
Elle étoit malheureufe , & devient criminelle .
Qu'arrive-t-il ? Amour , épaiffis tes rideaux :
Que ne puis-je aux regards dérober ces tableaux !
Cet objet , jadis pur , augufte & refpectable ,
N'eft donc plus qu'un objet & vil & méprifable.
Un coeur pour la verta que le Ciel a formé ,
Au défordre bientôt fe livre accoutumé .
Bientôt calme & tranquille au ſein même du crime,
Elle ne voit plus rien qui foit illégitime ,
Etonne en fes progrès jufqu'à fon fubornear ,
Pour fon complice même eft un objet d'horreur ,
Dans les goûts effrénés raffine la luxure ,
Et fait frémir l'Amour & rougir la Nature .
Et
que
fera-ce donc fi le Ciel en courroux
Uait un jour fon fort à celui d'un époux ?
DE FRANCE
Quel fpectacle ! voyez la Meffaline impie ,
Couronnant de forfaits fon exécrable vie ,
Trahir , déshonorer un être vertueux ,
Qui reçut les fermens à la face des Dieux ,
Traiter Loix & pudeur d'ennuyeufes chimères ,
Et compter tous les jours par autant d'adultères .
Et peut-être , grand Dieu ! la verra -t-on un jour
Proftituant enfin les baifers de l'Amour ,
Aller mettre à l'encan une beauté flétrie ,
A l'or du Financier vendre fon infamie ,
Et la ravalant même au degré le plus bas ,
Au coin d'un carrefour débiter fes appas.
I
A ces traits, quel fpectacle à mes yeux ſe préfente ?
Un époux aux abois , une mère expirante ,
Un père inconfolable , & maudiſſant le fruit ,
Le fruit impur & vit qu'un feu chafte a produite
Des enfans que le crime a jetés fur la Terre ,
Et fouillés en naillant des forfaits de leur mère :
La malheureufe en butte au plus cruel mépris ,
De fes charmes ufés cherchant en vain le prix ,
Dans le fein de l'opprobre achevant fa carrière ,
Sans appuis , fans fecours à fon heure dernière ;
Dans le cercueil ouvert qui va la recevoir ,
N'emportant que la rage & que le défeſpoir .
Approche , féducteur , contemple cette image :
Pleure & frémis des maux qui font tous ton exvrage.
CS
58
MERCUREC
Je te dénonce au Ciel an défaut de la Loi :
Entends-tu ces clameurs qu'on lance contre toi ?
C'eft du fond des Enfers ; c'eft uné ombre plaintive
Qui pouffe un cri vengeur fur la fatale rive ,
Excite contre toi tous les Dieux infernaux,
Et pour punir ton crime invoque des Bourreaux.
( Par M. Charlemagne. )
COUPLET S
Préfentés à M. & à Mde. DE JUMILHAC,
lors de leur retour à Jumilhac.
Im-promptu fait en allant à leur rencontre.
Air : Que ne fuis -je la fougère.
DE vetre départ , Madame ,
Nos coeurs furent affligés ;
Tous les ennuis de votre ame
Nous les avons partagés ;
Bonté, douceur , bienfaifance ,
Mille attributs auffi doux ,
Chers à la reconnoiffance ,
Nous les regrettions en vous
DE FRANCE.
19
MAIS ce moment plein de charmes
Comble enfin notre défir ;
Et fi nous verfons des larmes
Ce font celles du plaifir ;
Comment dans ce jour profpère
Contenir nos fentimens ?
Nous retrouvons une mère ;
Vous retrouvez des enfans .
041
Vous revenez plus chérie ;
Vos fentimens méconnus ,
Une injufte tyrannie ,
N'ont Pu teruir vos vertus.
L'Aftre du jour qu'un
nuage
Vient obfcurcir un moment ,
Reparoît après l'orage ,
Et plus pur & plus brillant.
Vous qui de la Renommée
of oj zr15
eis
Bravez les bruits impofteurs ,
Pour fuivre une épouſe aimée ,"
Pour partager les malheurs
Ah ! d'une amitié ſi belle ,
C gage nous fut bien doux
Vous aviez nos coeurs pour elle;
Nous avons le fien pour vous.
C 6
MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Paſſage ; celui
de l'Enigme eft Sombre ; celui du Logogriphe
eft Amer, où l'on trouve Ame¸ Mer
Rame.
UN
CHARA D E.
Un bon coeur craint toujours N de faire mon premier
,>
It fe plaît à changer mon tout en mon dernier.
Par un Abonné. )
NIG ME.
PLUS je fuis inconnue
Plus je dois briller à tes yeux.
>
Tecteur, tu me connois , & cependant tu veux ;
Quoique devant toi toute nue ,
Me connoître encor mieux.
Me connois-tu ? - Non. Tu ne peux;
Tu vois que je dis vrai , car je fuis ingénue ;
DE FRANCE. 6-1
Enfin tu me connois ! -- Non pas.
-- Hé bien !
pourfuis.
Eh ! tu ne peux donc me connoître !
Je resterai ce que je fuis.
Me connois - tu ? ... je ceffe d'être .
( Par M. Cauville, Curé de St-Maixmo. )
LOGO GRIPHE
JE fuis un monftre affreux ; arrachez -moi le coeur ,
Eh ! ... mais je fuis encore une terrible bête
Redoutable aux chiens , au chafſcur,
Coupez-moi donc la tête ,
Et rendez-moi mon coeur ,
Puis m'arrachez la queue , & ma main fecourable ,
Dans un fort déplorable ,
Tâchera d'effuyer vos pleurs.
(Par M. Daveau , Orateur de la Société
Littéraire & Patriotique de Quimperlé.)
62 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
MÉMOIRES fecrets de Robert , Comte de
PARADES , écrits par lui-même au fortir
de la Baftille , pour fervir à l'Hiftoire
de la dernière guerre.
C
Volume in - 8°.
A Paris , chez Deſenne , Libraire , au
Palais-Royal.
CE n'eftpoint ici un de ces Ecrits pfeudonymes
, où un Auteur , fouvent étranger
aux affaires & aux perfonnes , fe joue.
de la crédulité publique & la rançonne en
fatisfa fant fa propre malignité. Ces Mémoires
font vraiment l'ouvrage de celui
dont ils portent le nom. On fe rappelle
la brillante & rapide fortune du Comte de
Paradès pendant la dernière guerre . Oa vit
un jeune homme d'une naiflance équivoque
& incertaine , entré au fervice à 25
ans , élevé en deux ans au grade de Co-
Fonel , avec des penfions fir trois Départemens
, paroître à la Cour avec tout l'extérieur
de l'opulence , être préſenté au
Roi , & prêt à monter dans les catroffes de
Leurs Majeftés . Mais tout, cet éclat fut un
DE FRANCE. 63
beau fonge , auffi court qu'il avoit été
brillant ; le réveil en fut très-fâcheux .
}
Cet homme fingulier , que des talens , ou
fi l'on veut , des qualités pen communes,
tirent de la claffe des Aventuriers vulgaires,
fut mis à la Baftille . On le foupçonnoit
d'avoir , par un double efpionnage , fervi
l'Angleterre au moins auffi bien que la
France. Il paroît que ce foupçon étoit fort
injufte , puifque M. de Parades fut relâché
après une détention de quatorze mois
quoiqu'il continuât de réclamer une fomme
d'un demi million , avancée , difoit- il , au
Gouvernement. Il eft probable que les
foupçons répandus contre lui étoient l'ouvrage
des inimitiés perfonnelles que , malgré
la réſerve , il s'étoit attirées malheur
inévitable dans le rôle qu'il joue fur la
flotte Françoife , & auprès de M. d'Orvilliers,
dans la campagne de 1779. Il ne put
s'empêcher de montrer un vif chagrin fur
des fautes , fur des abus , fur une infu
bordination , dont les effets fi nuifibles au
bien général , devoient de plus faire avorter
fes vues particulières fur Plimouth , entre
prife à laquelle il attahoit fon honneur &
toutes fes cfpérances. Le crédit , qu'à fom
retour il parut prendre auprès des Miniftres
, dut alarmer les coupables , & donner
à l'envie un motif de plus pour le perdre.
La prévention de monter dans les carroffes,
dut rallier à fes ennemis la vanité bleffée
d'un grand nombre de Courtifans . On ré64
MERCURE
pandit des nuages fur la naiffance , en effet
équivoque & incertaine. C'étoit une grande
affaire dans un temps où l'on mettoit les
noms à la place des hommes , & les mots
à la place des chofes. Il est très - poffible
qu'un jeune homme , plein de reffources
dévoré d'ambition , mais probablement lé
ger de principes , s'étant donné pour ce
qu'il n'étoit pas , ait voulu tenter de jufti
fier fa prétention : mais il parut n'avoir
aucune inquiétude fur les preuves , & fur
le certificat de M. Cherin . Par malheur il
fallut attendre . M. Cherin , homme alors
fort occupé , lui déclara qu'il avoit à faire
plus de foixante Généalogies , genre de
compofition qui exigeoit quelquefois un
travail fort long & fort pénible. La Bastille
où M. de Parades fut envoyé quelques jours
après , l'empêcha de fe mettre en règle pour
M.. Cherin. Quel dommage pour ce jeune
homme d'être entré dans le monde un peu
trop tôt ! Un délai de quelques années ,
& M. de P .... ne trouvoit plus fur fon
chemin ces deux grands achopemens , M.
Cherin & la Baftille . Venons aux Mémoires.
C'est l'expofé d'un plan conçu avec autant
d'habileté que de hardieffe , & dont
Fobjet étoit de mettre Plimouth entre les
mains du Roi de France . C'eft le détail de
toutes les mesures qui pouvoient conduire
à ce but ; intrigues , efpionnages , corruption
, tous ces vils moyens , néceffaires
dans une entrepriſe de cette efpèce , fe
DE FRANCE
,
trouvent un peu rehauffés par l'intelligence,
l'adreffe , la préſence d'efprit , l'intrépidité
de celui qui les emploie . M. de P .....
dans un premier voyage en Angleterre
s'étoit procuré une connoiffance exacte &
détaillée de toutes les forces Angloifes ,
des places maritimes , des ports , des rades,
des vailleaux , des bâtimens , des citadelles ,
de l'état des fortifications , &c . Toutes ces
inftructions , il les avoit raffemblées dans
l'efpace de peu de mois , avec l'ardeur
d'un jeune homme qui veut brufquer la
fortune en rifquant plus d'une fois fa vie.
De retour en France , il développe fes
plans , fes idées , fes projets à M. de Sartine
, alors Miniftre de la Marine. Le Miniftre
les agrée , encourage M. de P ……….
& le renvoie en Angleterre , avec des ordres
particuliers. Il y achète fous fon nom
mais pour le compte du Roi , un bâtiment
Anglois propre pour la courfe ', avec 75
homines d'équipage , & le Capitaine à fes
ordres. Cet arrangement , qui feul couta
30,000 francs par mois , fubfifta pendant
deux campagnes . Il fe ménagea de plus, &
toujours à prix d'or , des intelligences &
des correfpondances à Londres & dans toutes
les places maritimes : mais la meilleure
emplette que fit M. de P... fut celle d'un
premier Secrétaire de l'Amirauté , qui ,
pour la fomme de so louis par mois
s'engagea à lui faire remettre copie de tous
les ordres qu'on recevroit à l'Amirauté &
...
86 MERCURE
qu'on y donneroit . Cet honnête homme tint
religieufement fa promeffe tant qu'il fut
payé, c'eft à dire, jufqu'à l'emprisonnement
de M. de P....
Ces petites inftructions devoient donner
de grands avantages au Miniftère François ;
mais on n'en profita pas . C'elt en vain que
M. d'Orvilliers étoit averti de tout ce qui
fe paffoit fur la flotte ennemie & dans les
ports Anglois. L'Amiral Keppel , à la tête
d'une efcadre dans la Manche , ne couvrit
pas moins le départ de Byron pour l'Amérique.
On manqua la flotte de l'Inde , faute
d'avoir tenu la mer 24 heures de plus ,
comme on le pouvoit , puifqu'il fut vérifié
dans le port que nos vaiffeaux pouvoient fe
réparer en mer à peu près dans le même efpace
de temps. Cette campagne ne fut utile
qu'à M. de P.... , qui développoit pour fa
fortune particulière l'activité , l'intelligence
dont il donnoit des preuves dans les affaires
publiques. Il revint en France , où on
le fit Capitaine , & bientôt après Colonel.
De tous les plans qu'il préfenta au Miniftre
à fon retour , ce fut fon projet de furprendre
Plimouth qui fut le plus goûté ,'
& c'est celui auquel on s'arrêta.
Nouveau voyage en Angleterre ; & c'eſt
dans ce voyage que M. de P..... achève de
déployer tous fes talens pour l'intrigue. On
eft confondu de fa hardieffe , de fon habileté
à former des liaifons dangereufes , à
féduire , à corrompre. On n'eft pas moins
DE FRANCE.
étonné de la facilité qu'il y trouve , même
dans les claffes où l'aifance , finon la richeffe
, devroit préferver de la corruption .
Cette fcandaleufe facilité rappelle le projet
de cet Empereur , qui voulon obliger
par Edit, les Dames Romaines de fermer leurs
litières dans les rues , pour les empêcher ,
difoit - il , d'être fubornées par les paffans .
Il n'en couta guè e à M. de P .... que de
paffer avec de l'argent , pour multiplier le
nombre de fes am: s , comme il les appelle.
- Nous fommes tentés de croire , non feulement
en qualité de François régénérés ,
mais en qualité de François tels quels , que
la corruption , qui , chez nous , n'eft pas
fans exemple , n'eût pas été , dans la dermière
guerre , fi facile & fi commune en
France ; au furplus , ce n'eft là qu'une conjedure.
Revenons à M. de P ..... Affuré
d'un grand nombre d'amis en Angleterre ,
il revient à Verfailles , & communique à
M. de Sarrine un nouveau projet , celui de
brûler la forte Angloife à Spithéad , mal
Cette idée lui étoit venue en voyant
avec quelle facili é il avoit pénétré au
milieu de cette Hotte , avec fon bâtiment
Anglois . Il ne s'agiffoit que de le faire
accompagner de deux brûlots , qu'on eût
aifément fait paffer pour des bâtimens pris
fur les François. Il offre de commander
un de ces deux brûlots , tandis que fon
Capitaine commandera l'autre . Ce projet
fur agréé par M. de Sartine , fans préju
68 MERCURE I
dice de l'entrepriſe fur Plimouth . On prit
des mefures pour le fuccès de l'un & de
F'autre. Qu'arriva - t - il ? tout avorta lans
qu'il y eût de la faute ni du Miniftre ni
de M. de P .... Les hafards de la guerre
& de la mer , la foibleffe de M. d'Orvilliers
, qui , malgré fes talens , étoit mal
obéi , l'infubordination des Officiers de
tout grade , la jaloufie de quelques uns
contre un Officier de terre à peine âgé
de vingt- fix ans , la mauvaife foi , les faux
rapports qu'on fe permit pour démentir
ceux de M. de P .... & faire rejeter fes
confeils & fes promeffes ; voilà ce qui déconcerta
fes projets & lui fit perdre , comme
au Gouvernement , le fruit de tant de
foins , de peines & de dépenfes.
Telle étoit cependant l'inébranlable fermeté
de cet homme fingulier , qu'ayant
perdu toute efpérance d'exécuter avec
l'aveu du Miniftre , fon entrepriſe fur Plimouth
, il offrir de la tenter à fes rifques
& fortunes. I taffembla tous les moyens
de crédit ; & affuré de quatre millions , il
propofa au Ministère de payer au Roi trois
millions comptant , s'il vouloit lui confitr
un vaiffeau de foixante - quatre , une fré
gate , deux bâtimens de tranfport & deux
mille homines de troupes. Il s'engageòit
à ce prix de reinettre la place au Roi aved
tout ce qu'elle contenoit, ne prétendant que
le rembourfement de fes avances , & s'en
rapportant du refte à la munificence de Sa
DE FRANCE. 6.4
Majefté. Cette offre fut rejetée comme peu
digne du Roi. M. de P ... ne fe rebuta pas ;
il réfolut de s'adreffer à la Cour d'Efpagne.
Il en demanda la permiffion à M. de
Sartine , qui remit la réponſe au lendemain
, & cette réponſe fut négative . Malheureufement
M. de P .... en avoit parlé
dans l'intervalle à M. d'Aranda , indifcrétion
étonnante de fa part ; & quoiqu'il
rende à Mr. d'Aranda la juftice de dire
qu'il n'a pas été compromis par ce Miniftre
, il s'apperçut bientôt qu'il étoit devenu
fufpect , & que fes démarches étoient obfervées.
Quelque temps après , il fut mis à la
Baftille , où il fut détenu quatre mois . Il
paroît qu'il y fut traité avec une rigueur
affez gratuite ; c'eft ce qu'il fe contente
d'indiquer du ton d'un homme qui dédaigne
de fe plaindre ; car ce n'eſt point ici
un aventurier ordinaire. Tous ceux qui
Pont connu , difent que fon caractère avoit
de la grandeur. A l'emploi des moyens malhonnêtes
qu'exigeoit habituellement la trifte
fonction qu'il s'étoit impofée , il joignoit
fouvent l'exercice, d'une bienfaifance finple
& noble , quoique tranquille & froide .
Plus d'une fois il a fait tranfporter en
France des hommes , fufpects qui le gênoient
en Angleterre , quoique fes confidens
lui offiffent de l'en défaire d'une manière
moins contraire & plus expéditive. Il fauva ,
racheta , ou fit évader plus de trois cents
matelots prifonnniers , en foulagea un plus
70 MERCURE
grand nombre , & rendit des fervices fignalés
à plufieurs Officiers fupérieurs.
Sa figure douce & naïve comme celle
d'en enfant , fervoit de voile heureux à
l'intrépidité de fon ame , aux combinaiſons
de fon efprit & à la force de fon caractère.
N'oublions pas un avantage néceffaire dans
fon métier ; il parloit plufieurs Langues
avec une égale facilité : voilà une réunion '
de talens & de qualités bien rare , & le tout
pour faire un efpion & le conduire à fa
ruine. Il ne put jamais parvenir à le faire
rembourfer de ce qu'il appeloit fes avances
: mais un tel perfonnage ne pouvoit
long- temps manquer de refources . Avant
fa détention à la Baftille , il avoit fait
T'acquifition de l'Ifle Maffache , près Saint-
Domingue. C'eft-là qu'il alla mourir , après
y avoir fait un établiffement qui commençoit
à profpérer.
Le ftyle de fes Mémoires ( adreffés au
Roi ) et clair , naturel , facile ; c'eft
celui d'un homme d'efprit , bien élevé ,
que les circonftances forcent à prendre la
plume ; qui la prend non pour faire un
Livre , mais pour avoir cinq cent mille
francs. Bonne raifon d'être occupé des
chofes plus que des mots : De re magis
quam de verbo laboranti. C'eft le précepte
de Quintilien , auquel M. de Paradès ne
fongeoit guère, mais qu'il a très -bien rempli ,
( C...... )
DE FRANCE. 71
LETTRE d'un Grand- Vicaire à un Evêque,
fur les Curés de Campagne ; par M.
SELIS , Profeffeur d'Eloquence. Brochure
in - 8° . A Paris , chez Cailleau , Impr-
Libr. rue Galande , Nº. 64.
UN Ecrivain célèbre , pour exprimer que
les Habitans de la camp gne forment le
fond de l'humanité , a dit énergiquement :
Les Nations vivent fous les chaumes. Ce
mot feul fuffiroit pour faire fentir de quelle
importance font les Curés de campagne ;
cette importance , reconnue même fous le
defpotifine , doit l'être encore davantage
fous le régime de la liberté. Faits pour inf
truire & confeler le Peuple , que pouvoientils
autrefois , du moins la plupart ? C'eſt
beaucoup s'ils pouvoient remplir la dernière
de ces fonctions , parmi des Baroiffiens
dont ils partageoient la misère , &
quelquefois l'ignorance. A la vérité , un
petit nombre de ces Curés jouiffoit d'une
forte d'opulence ; autre abus , qui , dans un
mauvais ordre de chofes , entraînoit des défordres
d'une autre efpèce . C'eft le contrafte
de ces défordres que M. Sélis préfente dans
un cadre qui les rapproche d'une manière
naturelle , piquante & animée. Sobre de
morale directe , l'idée que l'Auteur n'énonce
272 MERCURE
pas , naît du récit des faits , du choix des
circonftances réunics avec goût , avec efprit ,
& quelquefois plaifamment. Une grande
variété rétuite naturellement du cadre que
M. Sélis a choifi . Le Grand - Vicaire a
voyagé dans toute la France ; il a le choix
des abus. Au Curé groffier , ignorant , quelquefois
profanateur par fa fottife , qui dit
à fes Paroiffiers : Morbleu , vous ne voudriez
pas de Jéfus - Chrit pour Maître
d'Ecole , il oppofe le Curé riche , dont le
Presbytère eft un petit palais , qui recevant
des hôtes diftingués , & leur préſentant
des mets délicats dans des plats d'argent
, fait valoir l'attention polie qu'il a
eue de n'inviter aucun de fes Confrères
tous pauvres diables , dit il , affez mal mis
& peu préfentables ; le Curé Janſéniſte ,
qui ne veut pas qu'on danfe , & dont les
Paroilliens s'enivrent, fe battent les Dimanches
& fe baillen: toute la femaine ; celui
qui croit , comme les payfans , que certaine
ftatue de la Vierge parle dans l'occafion
; celui qui explique à ces Payfans ce
que c'eft que le Scotifine & le Thomifme ;
celui qui , pour le faire admirer au Château
, où il vient du monde tous les étés ,
affe te dans fes Sermons les beaux geftes ,
& fait de l'efprit , Dien fait comment ;
un autre qui , dans fa chaire , établit en
parois une converfation familière entre lui
& fes audireurs , fur leurs affaires , fur les
hennes , fur fon ménage , fur la gouver
nante ,
DE FRANCE. 73
nante & c. Voilà le tableau des travers
qu'offroit cette portion du ci- devant bas-
Clergé , qui ne fera plus ni bas ni haut .
Sur chacun de ces travers , dont M. Sélis
indique la cauſe , on fe dit , & c'eſt une
réflexion confolante : Cela ne fera plus
ainfi. Une dẹ ces cauſes , c'eſt le vice de
l'éducation des Séminaires . Elle changera
; les Evêques la foigneront davantage ;
ils auront moins de diftractions . C'eſt le
défaut ou le peu de lumières des Collateurs.
-
--
-
Il n'y aura plus de Collateurs que le
Peuple, qui connoît fes befoins & fes amis.
- C'est l'inertie & l'abrutiffement où la
vie des Curés de la campagne les fait tomber
trop fouvent . Cette vie ne fera plus
la même. A peine pouvoient- ils autrefois
confoler le Peuple ; ils pourront avant peu
d'années le confoler & l'inftruire .
-
Les fêtes de Rofière ne pouvoient guère
trouver grace devant un homme auffi
fenfé que Monfieur le Grand-Vicaire . La
vertu qui entre en concours , dit- il , n'eſt
plus digne du prix , tout eft en péril lorſque
la vertu a un but humain , & que ce
bur c'eft la gloire. Il faut que la vertu
agiſſe avec fimplicité , fans rien rechercher ,
fans rien attendre. L'Auteur paffe en revue
les effets de cette inftitution , mauvaiſe en
morale , & provoquant plufieurs vices, tels
que la fauffeté , la jaloufie entre les rivales ;
& dans les villages , les mauvais propos , les
Nº. 41. 9 Octobre 1790.
D
74
MERCURE
calomnies , les parallèles , &c. A des traits
d'un pinceau ferme , fuccèdent quelques
autres du crayon de Calor ; c'eft la peinture
de la fête du château , de la Rofière
en cordon bleu , du repas donné par le
Seigneur bienfaifant ; de l'embarras de la
pauvre fille en préſence des Dames de la
ville , dont le ricannement la rend honteuſe
de la gloire . Pour conible d'indécence,
dit M. Sélis , on a fait des Pièces de Théâtre
& des Romans fur les Rofères. Voilà bien
notre Nation ! J'arrête l'Auteur fur ce dernier
mot. Sans doute il a voulu dire ,
tellé a été trop long-temps notre Nation .
Il ne veut pas dire fans doute que notre
Nation eft condamnée , par fon caractère , à
une frivolité éternelle , à une incurable
futilité. Il fait trop que les Nations font
ce qu'elles doivent être par leur Gouvernement
, leurs inftitutions , leurs circonstances
antérieures ; & que ce n'eft pas une bonnet
manière de corriger les hommes , que de
vouloir leur prouver qu'ils font incorrigibles
par leur nature ; c'eft ce que les paruifans
du defpotifme effayèrent pourtant de hous
perfuader. François , vous êtes frivoles ,
inconféquens & nés pour toujours l'être.
Ne vous mêlez point de vos affaires ; mettez
dans nos mains le bout de vos chaînes , &
puis , riez , chantez , le rette nous regarde.
Laiffez- vous conduire par nous qui fommes.
profonds & conféquens , quoique François ;
cette doctrine a prévalu long- temps , mais
DE FRANCE.
elle ne réuflira plus . Une fagacité médiocre
fuffit pour prédire que dans vingt ans ,
ces mots , voilà bien notre Nation , feront
pris dans un fens beaucoup plus favorable
& plus obligeant pour elle .
Ce petit Ecrit. eft terminé par le récit
d'une aventure intéreffante & vraiment
asrivée. Les períonnages fent trois Curés ,
dont l'un étoit mort depuis peu . N eft
remplacé par le Curé d'un village , fitué
dans le même Diocèfe , mais à une affez
grande diftance. Ce fecond Curé , homimé
vertueux , & chéri de fes Paroiffiens depuis
vingt d : ux ans , ne le réfour qu'avec pciné
à les quitter pour un plus riche Bénéfice ;
mais l'Evêque l'ordonnoit , & même au nom
de la Religion . Il cède la Cure vacante à
fon Vicaire , également plein de vertus. f
pirt , & s'arrête en chemin chez un de fes
confrères qui lui donne à dîner. Il trouve
à table un Prê re pâle & languiffant , qui
raconte d'une voix lugubre le danger qu'il
avoit couru , avant été cru mort , & enterré
pendant une lethargie . C'étoit le poffeffeur
de la Cure opulente vers laquelle s'acheminoit
, málgré lui , le Curé voyageur.
Ravi plus qu'affligé de ce hafard , qui le
rendoit à fes anciens amis , à fes chers
Paroithens , il veur retourner fur fes pas
pour être Vicaire dans le village dont il
étoit Curé. On le retient , on l'empêche
de partir. Le poffeffeur de la riche Cure renonce
à fes droits , & prétend qu'il les a
D. 2
76 MERCURE !
laiffés dans le tombeau. Le nouveau Tinlaire
retourne chez lui , & va embraffer
fon ancien Vicaire , qui veut lui rendre la
Cure. Nouveau combat de générofité . L'affaire
eft portée devant l'Evêque qui , touché
du définiéreffement de ces trois vertueux
Eccléfiaftiques , donne un bon Bénéfice au
Vicaire déplacé , & laiffe les deux Curés
chacun à leur place . Ces trois hommes font
encore vivans.
Ce nouvel Ecrit ne peut que faire honneur
à M. Sélis , d'jà connu par une bonne
Traduction de Perfe, & par plufieurs Ouvrages
agréables, où l'on remarque plus d'une
forte d'efprit. C'eft un de ces Profeffeurs
qui affocient à l'érudition un excellent goût
de Littérature , ce qui n'eft pas rare dans
l'Univerfité, & un efprit philofophique qui
n'y eft pas affez commun.
( C ...... )
Vaux d'un Patriote , fur la Médecine en
France , où l'on expofe les moyens de
fournir d'habiles Médecins au Royaume,
de perfectionner la Médecine , & de faire
l'Hiftoire Naturelle de la France ; par
M. THIERY , Médecin - Confultant du
Roi , Docteur-Régent de la Faculté de
Paris , & Membre de plufieurs Acadé
DE FRANCE
77
T
mies. A Paris , chez Garnery , Libraire,
ci - devant rue du Hurepoix , à préfent
rue Serpente.
PARMI une foule d'Ecrits qui paroiffent
tous les jours , il s'en trouve qui font faits
pour fixer nos idées fur les objets les plus
ules , & dont la répuration ne peut être
momienianée. Nous penfons que l'Ouvrage
que nous annonçons eft, de ce nombre.
On y trouve d'abord une Préface où
l'en examine les objections de quelques
& tracteurs de la Médecine . En Italie
Plins P'Ancien & Pétrarque ; en France ,
Montagne & un Auteur moderne cht
montre plus de mauvaife humeur que de
bonnes raifons contre cet Art. Des efprits
fuperficiels croient briller dans les Cercley,
ou dans leurs Faits , à en être les échos.
Eh ! pourquoi vouloir déprimer une Science
qui , par fon but & de fréquens fuccès
m rite les encouragemens de nos Sociétés ?
L'Auteur réfute ces objections futiles &
tant rebattues.
Il n'en expofe pas moins différens abus
très capables de diminuer la grande utilité
qu'on peut retirer de la Médecine . Il donne
les moyens de lès corriger : voilà , ce femble
, le travail dont devroient s'occuper les
Ecrivains qui veulent fe montrer véritablement
amis des hommes ; car , puifque
D 3
78
MERCURE
cet Art eft utile & néceffaire , qu'y a- t- il
dé mieux à faire pour la malheureuſe humanité
que de le perfectionner autant qu'il
eft en notre pouvoir ?
La fource des différens abus vient principalement
de ce grand nombre de Facultés
de Médecine , fondées fous la Féodalité &
fans revenus fuffifans . L'enfeignement y eft
imparfait du côté de la théorie ; & la pratique
, fi importante furtout pour les
jeunes Médecins , y eft abfolument négligée.
M. Thiéry propofe de borner à cinq
le nombre des Facultés de Médecine pour
tout le Royaume. Il trace le plan d'un
Etabliffement particulier pour porter l'Art à
fa perfection, fous le nom d'Inftitut Royal
de Médecine. Il donne la préférence à Paris,
à caufe des fecours analogues qu'on y
trouve ; & il choifit le local du Jardin du
Roi , devenu précieux par les avantages
que nos Rois y ont réunis. L'article des
réceptions aux grades & les divers Réglemens
pour l'exercice de la Médecine , font
dictés par l'amour le plus pur de l'humanité
, & d'un Art qui fera toujours l'un
des premiers d'une Société policée.
Nous invitons , les perfonnes éclairées ,
qui ont à coeur le bien public , à lire cet
Ouvrage rempli de vûes faines , grandes ,
économiques & défintéreffées. L'on doit en
conclure qu'on ne pourroit appliquer ici
quelques règles générales fur les CorporaDE
FRANCE. 79
S tions bonnes à détruire fans entraîner
bientôt la perte d'une Science aufli néceffaire
que bienfaifante, & qui n'a pu s'augmenter
que par des travaux infinis. Les
Médecins qui liront cet Ecrit , ponrront s'y
convaincre de plus en plus de l'excellence
& de la dignité de la profeffion pénible à
laquelle ils fe font voués .
HISTOIRE critique de la Nobleffé , depuis
le commencement de la Monarchie juf
qu'à nos jours ; où l'on expofe fes préjugés
, fes brigandages , fes crimes ; où
l'on prouve qu'elle a été le fléau de la
Liberté , de la raifon , des connoiffances
humaines , & conftamment l'ennemi du
Peuple & des Rois : par J. A. DULAure,
Citoyen de Paris . A Paris , chez Guillor,
Impr- Libr. rue des Bernardins , vis- à- vis
St- Nicolas du Chardonnet.
Nous ne citerons qu'un trait de cet
Ouvrage , que l'on s'empreffera fans doute
de rechercher , pour les Anecdotes curieufes
qu'il contient.
80 MERCURE
Edouard II , Sire de Beaujeu , enleva la
fille d'un Bourgeois de Ville- Franche . Les
parens por:èrent leur plainte au Parlement.
Le Sire de Beaujeu fit fafir l'Haiffier 'qui
lui fignifioit l'ajournement , & le fit jeter
par une fenêtre de fon Château. Le Roi
envoya des troupes qui afligèrent le Siré ,
& le condeifirent prifonnier à Paris .
Edouard implora la protection de Louis II ,
Duc de Bourbon , qui lui promit , à de
certaines conditions , l'impunité de fon
crime. Ce Prince eut la baffeffe & l'iniquié
d'exizer de ce criminel une donation
après la mort , du Beaujolois & du
pays de Dombes ; & ce fut à ce prix
qu'il lui rendit la liberté & la vie. Edouard ,
abfous par ce moyen honteux , ne jouit
pas long-temps de l'une ni de l'autre ; il
nourut fix femaines après fon élargiffement ,
le 11 Août 1400. Les Seigneuries de Beaujolais
& de Dombes font.reftées , depuis
cette époque , dans la Maifon de Bourbon .
A zvolit J
>
DE FRANCE. 81
NOTICE S.
Difcuffions importantes débattues au Parlement
d'Angleterre , par les plus célèbres Orateurs , depuis
trente ans ; renfermant un Choix de Difcours
, Motions , Ad : effes , Répliques , & c. accompagné
de Réflexions politiques analogues à la
fituation de la France , depuis les Etats - Généraux,
Ouvrage traduit de l'Anglois. 4 Volumes in- 8 ° .
Prix , 18 liv. br. , & 20 liv. franc de port par la
Poftc. A Paris , chez Maradan & Perlet , Libr-
Impr. Hôtel de Châteauvieux , rue Saint - Andrédes-
Arts. 1790 .
Cet Ouvrage , vraiment neuf & néceffaire
pour nous , offre tout à la fois la théorie & la
pratique , la règle & le modèle , le fruit du talent
& de l'expérience. On y prendia , 1 ° . l'idée
vraic de la Conftitution Angloife , & de celle
qui nous convient ; 2 ° . de l'é endue du pouvoir
du Roi ; 3 ° . de la nature du Parlement , deftiné à
prévenir le Defforifme ; 4 ° . du Miniflère & de
la furveillance des Chambres ; 5º. de l'Organifation
& de la dépcnfe de l'Armée ; 6º . de la
Marine & du Commerce ; 79. des Finances &
des Impofitions ; 8. de la vraie liberté de la
Preffe ; 9 ° . des Emeutes ; 10 ° . les Difcuffions
fur l'Amérique & l'Irlande donnent des leçons
aux Rois & aux Peuples , & montrent où peut
conduire un Miniflère opiniâtre ; 11 ° . enfin le
quatrième Volume eft terminé par des Lettres
curieufs des Généraux Gates , Burgoyne , Washington
; & de MM . d'Eftaing , de la Luzerne &
de la Fayette .
Une Collection auffi rapprochée de nos befoins
doit infpier un vif intérêt , & former un
véritable Cours de Droit Public.
Nous la ferons bientôt connoître plus particuliè
yement,
$ 2 MERCURE
SOUSCRIPTION
Pour les Euvres du ci - devant P. Venance de
Carcaffonne , Capucin , de plufieurs Académies.
MM . les Soufcripteurs recevront pour un petit
écu , un Volume in- 16 des OEuvres , tant en profe
qu'en vers , du P. Venance . On peut s'adrelfer à
M. de Villiés , Receveur général des Fermes , à
Montpellier; à M. Carrière , Prêtre , à St- Pons
de Thomières ; ou à M. Dougados , ci - devant
P. Venance , rue des Pénitens Bleus , à Carcaffonne.
Les Soufcripteurs font priés d'affranchir
leurs lettres , & de donner leurs noms & leurs
adreffes d'une écriture lifible .
On a remarqué dans les vers que l'on conroît
du ci-devant P. Venance , quelques traits de la
facilité , de la grace & de l'abondance de Greffet.
Il avoit renté , comme lui , fes premiers efais
dans l'ombre du Cleître . Rendu , comine lui , an
monde , puifle-t-il nous rendre fa Mufe aimable ,
dont la perte le fait fentir plus vivement tous les
jours ?
A VI S.
ON propofe , fous le titre de Société des Amis
des Lettres & des Arts , un Etablifiement dont
on veut que le but utile aux Artifles & aux Gen $
de Lettres , offre encore de grands avantages aux
Amateurs. Des Commiffaires nommés par cette
Société , examineront les Ouvrages de Lutérature
& d'Arts qu'elle pourra acquérir ; & les Mcmbres
qui la compoferont , recevront chacun un
DE FRANCE. 83
Exemplaire de toutes les Gravures & de tous les
Livres dont elle fe fera chargée : quant aux
Peintures & aux Sculptures , ils le les partageront
par la voie du fort. Il réfultera de ces difpofitions
, que les Gens de Lettres & les Artiftes ne
feront plus embarraffés pour placer les Productions
de leur génie , & que tous les Membres
de cette Société fe trouveront bientôt poffeffeurs
de la Bibliothèque la mieux choisie & du Cabinet
le plus précieux en Peintures , Sculptures &
Gravures. Tous les Membres auroient , en outre ,
la faculté de fe réunir à toute heure dans le
Salion d'expofition , foit pour y voir les Ouvrages
préfentés , foit pour y lire les Papiers publics ,
ou s'y entretenir de tout ce qui les intéreffe. On
pourroit encore , fi le nombre des actions étoit
afiez confidérable pour fuffire à ces dépenfes ,
former un Journal dont l'intention feroit de faire
connoître promptement les bons Ouvrages dans
tous les genres, & l'état de la Littérature & des
Arts en France, J
&
On doit ajouter que ceci n'eft qu'un projet ,
que la Société pourra retrancher de ce plan ce
qui ne lui conviendroit pas , comme elle aura
le droit d'y ajouter ce qu'on auroit omis
qu'enfin ceux qui n'approuveront point ce qu'elle
arrêtera dans la première Affemblée convoquée
feront les maîtres de retirer leurs foumiffions .
›
La Soufcription n'eft que de 4 louis par an ;
on s'inscrit actuellement chez M. Knapen fils
Libr- Impr . , rue St -André -des - Arts , Nº 1 , qui
délivre des reconnoiffances des foumiffions. Il ne
reçoit point d'argent , & l'on ne remettra le prix
de la Soufcription qu'entre les mains du Tréforier
que la Société aura elle-même nommé , quand
elle fera compofée au moins de cent Membres ,
nombre auquel on a licu d'efpérer qu'elle ne fera
84
MERCURE DE FRANCE .
pas bornée , puifqu'en 1784 , une Société du
même genre , établie en Angleterre , avoit 6700
Soufcripteurs. Celle qu'on propofe ici compte déjà
parmi les Soumiffionnaires des Gens de Lettres ,
des Artiſtes & des Amateurs du premier ordre .
2
DES Refforts de voiture , qui , en préfence des
Commiffaires de l'Académie des Sciences , & de
tous ceux qui voudront en être témoins , badinent
fous un poids de 8 à 900 livres ; qui foutiennent
, sen outre , le choc d'un poids de 400
tombant librement de dix pouces de haut , fans
fe caffer, s'affaiffer ni s'écrafer ; des Refforts bien
trempés & du meilleur acier , qui réuniffent la
propreté , la folidité , l élasticité , la douceur , &
qui ne feront pas plus chers que les moins mauvais
de l'ancienne fabrique; tels font les Refforts qu'annonce
& offre au Public amateur le Sr. Hériffon ,
Md. Arquebufier , rue des Tournelles , au Ma
rais , No. 66 , à Paris. Il diftribue le Rapport
de MM. les Commiflaires de l'Académie, Les
Selliers trouveront chez lui les égards prdinaires,
du commerce. Il entreprend d'ailleurs la ferrure
des trains & des caiffes , comme tout raccominodage.
Ses Refforts d'une feule feuille ont la même
folidité.
TABLE.
ESSA1fur la Séduction . 49 Lettres.
Couplers
75
58 Vaux d'un Patriote. 76
79
81*
Charade , Enig. & Log . 60 Hiftoire.
Mémoires. 62 Notices.
Jer. 135 .
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 16 OCTOBRE 1790 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
IMPROMPTU
Mis au bas d'un Tableau fait par M. le
Chev. DE POUGENS , qui eft maintenant
aveugle.
Du vrai talent fublime & douce image , U
Combien vous charmeriez mon efprit & mon coeur
Qu'avec raviſſement ils vous rendrotent hommage
S'ils pouvoient un inftant oublier que l'Auteur
Eft le feul qui ne puiffe admirer fon ouvrage
( Par Mme. de Bourdic. )
No. 42, 16 Octobre 1790
B
SG MERCURE
&
LES PREUVES D'AMOUR,
LISE ISE accueille tous mes Rivaux ,
Et pour moi feul fait la tigreffe ;
Life écoute leurs doux propos,
Et fe moque de ma tendruffe ;
Que de malice ! que d'artraits ¦
Quelle adroite coquetterie !
Mes chers amis , je m'y connois
Oh ! Life m'aime à la folie.
Il n'eft rufe ni méchant tour
Que n'imagine la friponne ;
Quand je veux lui parler d'amour,
Elle daxfe , rit ou fredonne :
*
Un jour même elle s'avifa ,
Au milieu de man élégie ,
De fuir & de me planter là..
Ch ! Life m'aime à la folic.
$ < h
JARRIVE hier avec Damis :
Approchez , me dit la Coquette ,
Un ba fer vous étoit promis ,
Et je veux acquitter ma dette.
KIBLIOTHECA
REGIA
MONAGENSIS.
DE FRANCE.
Je cours d'un air paffionné ...
Mais voyez cette cfpiéglerie !
'C'eft à Damis qu'il fut donné :
Oh ! Life m'aime à la folie.
Quor devois -je m'en courroucer
Non , non ; je fus mieux la furprendre ♪
Sur fa bouche , fans balancer,
J'efai moi-même le reprendre
Et favez-vous quel fut l'effet
De ce trait de galanterie ?
Life auffi- tôt d'un bon foufflet ...
Oh ! Life m'aime à la folie.
( Par M. Reynier , Sec . Perp . de la
Société d'Emulation de Liége. )
Nota. Cette Chanſon , ainfi que la fuivante ,
mife en mufique par M, Adrien' , ſe trouve avec
l'air noté , chez Imbault, rue Saint-Honoré , prèg
Phôtel d'Aligre , Nº. 627,
$$
MERCURE
REPONSE Ingénue d'une Dame à la
Chanfon précédente,
D'un jeune Fat on a chante
La confiance un peu crédule :
-Eh ! Mefdames , en vérité ,
Le trouvez-vous fi ridicule ?
D'un coeur fenfible & délicat
Nous prifons fort la modeftie ;
Mais tout en nous moquant du Fat ..#
Oh ! nous l'aimons à la folic ,
·
QUE dans les bornes du refpect
Un Amant tienne fa tendreffe ;
Qu'il foit timide , circonſpect ,
Nous cftimons tant de fageſſe ;
Mais qu'il nous lâche leftement
Un calembour , une faillie :
Il eft unique ! il eſt charmant !
Oh ! nous l'aimons à la folie !
QUAND il eſt payé de retour ,
Qu'il refte toujours bien fidèle
De l'héroïfme de l'amour
Nous admirons un tel modèle ;
DE FRANCE.
Mais qu'il voltige , & que vingt fois
Quittant Chloé , Life , Julie ,
Il revienne entor feus nòs loix..
Oh ! nous l'aimons à la folie.
MESDAMES , foit dit entre nous ,
Notre coeur eft un vrai dédale ,
Dans les caprices , dans fes goûts
Tendre , léger par intervallei
Mais fi parfois le fentiment
Chez nous cède à la fantaiſie ,
Si nous aimons moins tendreihent
Oh ! nous aimons à la folie .
MALGRÉ tous ces petits travers ;
Demeurons telles que nous fommes !
Nous commandons à l'Univers ,
Et nous valons micux que les hommes.
Comment lear plaire fans cela ?
Perfection bientôt ennuie ;
Avec ces jolis défauts- là ...
Oh ! l'on nous aimè à la folie.
( Par le même. )
E
t
MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme
du Logogriphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eftMalheureux , celui
de l'Enigme eft Enigme ; celui du Logogriphe
eſt Lamie ( monftre marin ) , où l'on
trouve Laie , Ami.
CHARADE.
LE vrai n'eft pas fi beau quand il a mon premier
Le vin n'eft pas fi pur quand il a mon dernier ;
Ou n'eft pas fi léger quand on a mon entier.
( Par M. F. M. Haumont , de Princé )
ÉNIG ME.
ZULMIS , je fuis l'argument fans réplique
Du fot , du lâche , ou du fripon.
Tel au champ de l'honneur auroit terreur panique,
Qui par moi s'eft acquis un glorieux renom .
Mon origine eft , dit-on , très- antique ;
Aux premiers temps de Rome on la fait remonter.
Mais cette fage République ,
Qu'en tout on devroit imiter ,
DE FRANCE. 91
Avoit en tout une fin politique
Qu'en voulant comparer chacun devroit citer.
Alors , Zalmis , alors une vertu civique
M'inftituoit arbitre entre deux Nations .
Un déveûment patriotique
Par moi mettoit un terme à leurs divifions.
Mais un Peuple léger , un Peuple fans logique ,
En imitant , ne fait point raifonner.
A quoi bon tous les traits d'une faine critique 2
J'en ai trop dit , Zulmis , tu dois me deviner.
( Par M. le Meteyer , Sec. du Roi. )
LOGO GRIPHE.
J'Ax quatre pieds , pourtant je porte du plamage ,
ΑΙ
E dans les airs je vole en pleine liberté .
Je fuis , fans mon chef , un paffage
Dans les villes bien fréquenté.
( Par M. Grainville. )
E 4
92
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
ESSA1 fur la Mendicité , par M. DE
MONTLINOT . A Paris , de l'Imprimerie
Royale ; & fe trouvé chez les Marchands
de Nouveautés.
SUR une population de vingt- cinq millions
d'hommes , cinq millions de pauvres ,
de pauvres dans toute la force du terme
c'eft-à -dire mendians ou prêts à mendier.
C'eft-là une de ces idées qui pénètrent l'ame
de trifteffe & d'effroi , un de ces résultats
qui ont fait mettre en queftion fi la Société
cft un bien. Oui , elle et un bien acheté
par de grands maux , & quand ces maux
font montés à un tel excès , l'édifice focial
chancèle , & court que d'être renverfé
; c'eft ce que nous voyons . Un feul
fait pareil , connu de l'Adminiſtration, comme
il l'étoit , devoit annoncer aux hommes
éclairés une prochaine révolution dans l'Etat
: c'étoit une Nation dans une Nation ,
& le Gouvernement embarraffé entre ces
deux Peuples , n'y favoit d'autre remède
que de multiplier , en faveur des propriétaires
, les Leix , les Réglemens , les puDE
FRANCE. 93
nitions contre les hommes fans propriété.
Enfin les embarras croiffant de jour en jour ,
il fentit qu'il falloit , pour contenir cette
multitude de mendians & pour en diminuer
le nombre , fe faire un fyftême & des principes
. Il appela à fon fecours des hommes
inftruits , accoutumés à réfléchir , amis de
l'humanité , tranchons le mot , des Philofophes
; car dans les dernières années le
Gouvernement avoit entrevu que ces genslà
avoient quelquefois du bon. On créa des
Bureaux où ils furent admis , & il fallut.
bien convenir qu'on ne laiffoit pas d'en tirer
des lumières. Dans ce trop petit nombrede
Citoyens utiles & refpectables , il faut placer
M. de Montlinot , à qui l'on confia le
Dépôt de Mendicité de Soiffons .
Les comptes qu'il rendit au Gouvernement
d'année en année , & qu'il publia ,
portent le caractère d'un efprit étendu &
d'une ame philantropique . Le fentiment
profond d'humanité qui lui fit remplir fes
devoirs avec une fcrupuleule exactitude ,
bientôt les lui rendit chers & lui fit aimer
les malheureux devenus l'objet de fes
foins. C'étoit un Médecin qui s'attachoit à
fes malades , & il apprit à parler dignement
du pauvre . Il ne vit plus les mendians
comme une vermine qui s'attache à
la richeffe (1 ) . Il feroit plus près de répon-
ر
( 1 ) Expreffion de Voltaire .
ES
94 MERCURE
dre avec Rouſſeau , qu'il eft naturèl que
les enfans s'attachent à leurs pères . Mais il
n'emprunte de Rouffeau que le fentiment
qui a dicté cette réponſe , & quelquefois
l'éloquence noble & touchante qu'infpire
ce fentiment. C'eft le mérite qu'on avoit
déjà remarqué dans les comptes rendus des
années précédentes , & qui eft encore plus
remarquable dans celui de 1789 , dont il eft
ici queftion.
}
L'Auteur fait d'abord fentir , & malheureuſement
porte à l'évidence , que la Société
confomme le pauvre comme une denrée ;
qu'elle fait elle-même les mendians qu'elle
punit ; que tous les Arts , fans en excepter
l'Agriculture , dévorent en moins de 30 ans
les machines vivantes dont ils s'emparentou
qui végèrent à leur folde ; que tous les
hommes livrés aux travaux de la campagne,
ou occupés des métiers les plus néceffaires,
contractent des maladies habituelles avant
l'âge de cinquante ans. Ainfi l'âge des befoins
eft pour tous l'âge de la détreffe . Voilà
ce que n'ont pas voulu voir ceux qui juf
qu'à préfent ont écrit fur le Peuple. Sur le
Peuple, c'eft le mot qui échappe à la plume
de M. de M.... , & il fignifie les mendians.
Hélas ! jufqu'à préfent ce font piefoue des
mots fynonymes , dans un pays où tant
de milliers d'hommes meurent dans une
mendicité acquife par le travail, autre expreffion
énergique & affligeante de M. de M...
Tel et l'excès de la misère , & il feroit enDE
FRANCE.
و ر
core plus grand , fi le remède n'étoit pas
dans le mal même , fi les 19 vingrièmes
des gens fans propriétés ne mouroient pas
avant le temps ...... C'est le remède , c'eft
là ce qui foulage l'Adminiftration d'un poids
qu'elle ne pourroit feulement pas foulever.
Ecartons ces idées ; mais pardonnons à J. J.
Rouffeau fes déclamations contre l'état fo
cial. Il ne l'a vu que d'un côté , c'eſt ce
qui fait qu'on déclame ; mais il faut l'avoner
, ce côté fait frémir , & ce qu'il a
d'affreux juftifie la fenfibilité qui s'en in
digne & s'en irrite avec violence. Ce qui
n'indigne guère moins, ce font les reproches
calomnieux qu'on accumule für le Peuple,
On l'accufe d'être pareffeux , adonné au
vin , imprévoyant dans la force de l'âge .
Sur ce dernier reproche ſeulement , écoutons
M. de M.... » Eh ! quelle épargne peut faire
» un ouvrier auquel on n'accorde qu'un modique
falaire pour le plus grand emploi
" de fes facultés ? Dans la loterie de la vie
» humaine , il n'a que des chaînes de mal-
» heur à attendre , défaut d'ouvrage , maladie
, accidens , intempérie des faifons
» tout pèfe fur lui . Sa reproduction même
» la plus grande confolation des êtres vivans ,
» devient un poids qui l'accable.
93
"
ور
و ر
" Ah ! fi on vouloit l'entendre , ne pour-
» roit -il pas dire au riche : Pendant que
» veus refpiriez un air frais , je coupois vos
" moiffons courbé fur une terre b'úlante ;
" vous dormiez encore quand je devançois
E 6 .
96
MERCURE
33
»
» le jour pour vanner vos grains ; vous dormiez
encore quand je voiturois , couvert
» de frimas , le produit de vos récoltes,
" Né avec des organes foibles , vous pro-
» longez cependant votre existence au delà
du terme ; & moi , accablé de maux incurables
dans un âge peu avancé, qu'allez
» vous m'offrir après trente ans de travail ?
» peut - être le pain de l'aumône . Ah ! malheureux
, j'ai trop vécu. Vous m'accufez
d'imprévoyance ; mais en eft-il un feul
» parmi vous qui , largement ftipendié par
le Gouvernement dans fa jeuneffe , puiffe
fe paffer de tout fecours : Des penfions ,
des graces vous afferent une exiftence
douce , & en ceffant de travailler on vous
paye encore ; & moi , fi ceux qui me
» connoiffent font pauvres , & me forcent
» d'aller mendier au loin la fubfiftance d'un
"jour , on m'enferme comme un homme
» dangereux ; toutes les bouches femblent
répéter : Malheureux , tu as trop vécu «.
Les autres reproches faits au pauvre font
repouffés par M. de M. avec la même énergie
& la même fenfibilité.
"
>>
"
ور
13
Des principes établis par l'Auteur , & des
faits qui appuyent ces principes , il réfulte
que la mendicité eft un effet néceffaire de
l'état focial ; que cet acte ne peut être ni
un crime , ni un d lit , à moins qu'il ne foit
uni à une action qui trouble l'ordre public ;
alors il devient un objet de Police. Cependant
il a prefque toujours été puni comine
DE FRANCE. 97
un délit , & M. de M... cite vingt -huit ou
vingt-neuf Loix publiées contre ce délit depuis
environ deux fiècles . Telle étoit encore
l'ignorance de l'Adminiſtration en 1777 , que
dans l'Ordonnance alors promulguée , on fait
dire au Roi , " que Sa Majesté n'a pu qu'être
furprife qu'il pût encore exifter des mendians
". Comme fi les fecours donnés à
quarante mille pauvres dans les divers Hôpitaux
du Royaume , & , fi l'on veut , à un
pareil nombre dans les ateliers de charité
étoient une reffource fuffifante ; comme fi
"
l'Adminiftration tenoit dans fes mains les
infirmités , les malheurs publics & privés ,
la caufe toujours renaillante du luxe & de
la misère , & c.
و د
>
On ajoute , dans cette même Ordonnance
, » que tous mendiáns de l'un & de
» l'autre sexe , vagabonds ou domiciliés
» feront obligés , dans le délai de quinze
»jours , de prendre un état ou emploi ,
» métier ou profeffion qui leur procure les
" moyens de fubfifter , fans demander l'au-
" mône «; comme file Gouvernement avoit
créé , dans le moment , des travaux particuliers
analogues aux talens de chaque individu
; comme fi on avoit ouvert de nouveaux
champs à la culture , des ateliers dans
tous les genres d'induftrie ; comme fi enfin
un homme , à la volonté de l'Adminiftration
pouvoir être , dans le délai de quinze jours,
Tillerand cu Cordonnier.
Qu'auriva-t-il de cette Loi ? ee qui devoit
୨୫
MERCURE
:
97
arriver : c'eft qu'après quelques rigueurs
inutiles elle refa fans exécution . Un grand
nombre de mendians périrent ou furent
fecourus ; un grand nombre trouva des ref
fources dans la commifération générale.
" Le pauvre , dit M. de M... , a un patri
» moine diftin&t & connu ; il ne peut faire
» un pas fans marcher fur fon terrein . Ne
» cherchons pas à trop multiplier les Admi
" niftrations de charité ; laiffons agir cette
" grande loi de la morale univerfelle , qui
"nous pouffe à fecourir nos femblables : ce
» n'eft point une loi féche qui mefure ce
» qu'elle doit & ce qu'elle peut. A l'afpect
» de la misère elle n'a plus de limite ; elle
» fair verfer fur le pauvre , & les fecours qui
foulagent & les confolations qui relèvent ,
" & ce doux efpoir d'un avenir meilleur.
» Ah ! fi l'homme puiffant ne voyoit plus
» autour de lui de malheureux , fi le pau-
» vre n'aidoit pas le pauvre , fi le prifonnier
» ne s'intéreffoit pas au fort de fon compa-
" gnon , la Société ne feroit plus un bien-
ן כ
"
""
fait. C'eft donc de la fenfibilité générale
» qu'il faut attendre des fecours ; elle feule ,
" toujours agillante , faifit les objets qu'elle
" a fous les yeux : elle fe repaît de larmes
» & de douleurs ; & c'eft dans ces enivran-
» tes fonctions que le coeur s'ouvre , & fa-
»voure à longs traits cette douce bienfaifance
" fi connue des ames fenfibles . C'eſt un
" adage reçu , qu'il n'y a pas de fouffrance
» où exifte une femme ; c'eft dans leurs
DE FRANCE. 99
coeurs qu'il faut aller chercher ces déli
» cieuſes émotions , ce tréfor inépuisable de
» tendreffe , qui , fanctifiée par la Religion ,
ou légitimée par lemariage , ou enfin ano-
» blie par des fentimens généreux , pro-
» duit tant d'actes de charité «.
10
M. de M.....ne parle ainfi qu'après avoir
fait fentir l'infuffifance & les inconvéniens
de tous les Etabliffemens publics , tels qu'Hôpitaux,
Maiſons de charité, Dépôts , Bureaux
d'aumônes , &c. » L'abandon que nous pa
» roiffons faire , dit-il , du mendiant ou du
" pauvre eft le plus grand moyen de fub
fiftance que nous puiflions demander à
» l'Adminiſtration : c'eft à l'importunité de
» la misère , on ne peut trop le répéter, que
» l'on doit les Etabliffemens les plus utiles.
» Il ne faut pas indifcrétement ôter toutes
» les épines des roles qui couronnent l'homme
infouciant fur le fort de fes fem-
» blables «.
Après avoir montré l'injuftice des Loix
contre la mendicité acquife par le travail , &
prouvé à l'Adminiftration qu'elle s'épargneroit
bien des peines inutiles , fi elle déclaroit
que la mendicité pure & fimple n'eft pas un
délit . M. de M....... cherche quels doivent
être les moyens de police contre le mendiant-
vagabond , éloigné du lieu qui l'a vu
naître , & où il a travaillé ; les moyens de
diftinguer l'homme inquiétant du malheureux
, coupable d'avoir trop vécu ; & il propofe
divers adouciffemens dans la Police ,
100 MERCURE
P
trop févère dans l'ordre actuel envers ce
dernier. C'est ici qu'il faut déplorer encore.
les maux inévitablement attachés à l'exiftence
fociale , lorfqu'on entend un Philofophe
prononcer ces mots : » Il faut le dire
و د
"
25
"
1
>
c'eft qu'en fuppofant qu'un homme dénué
de tout fecours depuis un long terme , ne
» fût qu'un homme malheureux , qu'il fût
injufte de l'arrêter.... Eh bien il faudroit
» commettre cette injuftice politique , & ne
pas laiffer errer fur les routes celui qui
n'ayant rien peut tout ofer ". C'est pour
cette claffe d'infortunés que feroient faits
les dépôts auxquels on ôteroit ce nom qui
réveille trop d'idées aviliffantes , & qu'on
appelleroit Maifors de sûreté. Ces maiſons
n'emporteroient l'idée d'aucun châtiment
mais feulement celle de fimple arreſtation .
De fages réglemens détermineroient l'utilité
qu'on pourroit tirer de cette claffe malheureufe.
A l'égard des vagabonds détenus
jufqu'ici dans les maifons connues
fous le nom de Dépôt de Mendicité , les
Loix prononceroient fur leur fort , & remédieroient
aux inconvéniens de la Police ac- .
tuelle . En voici un exemple. Il a été envoyé
de Saint- Denis à Scillons , depuis le
29 Octobre 1738 jufqu'au 20 Février 1789,
cent quarante-un mendians valides . Dans ce
nombre , quarante-cinq pouvoient être confidérés
comme repris en tierce récidive . Plufieurs
avoient déjà été arrêtés quatre , cinq
& fix fois. Les frais de tranfport ont été de
DE FRANCE. 101
66 liv. Voilà donc 606 1. dépensées pour
faire tranfporter quarante- cinq hommes ,
qui deux fois ont été rejetés de leurs provinces
comme inconnus & fans reffource.
Pourquoi produire à grands frais un mouvement
inutile ? A cet abus & à tant d'autres
nés d'une Police vicieufe , M. de M..... propofe
un remède, le feal pent être qui exifte,
la tranflation , & c'eft ici un des principaux
objets de fon Ouvrage. S'il exifte un
moyen de faire défirer l'Etabliffement que
l'Auteur propofe , c'eft la manière dont il
débute pour en faire fentir la néceffité , c'eft
le tableau qu'il préfente à fes Lecteurs . En
voici quelques traits qu'il eft bon de remettre
fous les yeux des heureux du fiècle ,
& de ceux qui ne réfléchiffent pas à quel
prix on achète le bonheur focial.
92
Vingt mille individus au moins dé-
» folent le Royaume par des déprédations
de toute efpèce. Six cu fept mille au
» plus font arrêtés ou punis . La fûreté des
93
routes coûte plus de quatre millions par
" an. La fomme volée chaque année en
» France , peut être évaluée au moins à un
million. Il exifte plus de foixante mille
» hommes qui gémiffent dans les prifons
» cu maifons de force , ou qui végètent
» dans les Hopitaux . Il y a plus de cin-
" quante mille journaliers , qui , bâtards
" ou rejetés par des parens pauvres ,
font fans autre afile que les cabarets . It
» déferte à peu près quatre mille hommes
162
MERCURE
*
"
par année , des troupes de France. La
plupart , manquant de tout , font obligés
d'avoir une marche fourde & des
domiciles fecrets. Il y a en France plus
» de quatre millions d'individus dont la
fubfiftance n'eft pas affurée pour un mois ,
» Si l'on confidère en maffe les dépenfes
» du Gouvernement , les revenus des Hôpitaux
, des Hôtels- Dieu , & les actes
particuliers de bienfaifance , on peut
- évaluer à plus de cinquante millions
par an ce qu'il en coute pour prolon-
" ger l'existence de ceux qui furvivent à
" la fervitude des Arts , à l'incontinence
» des corrupteurs , au régime des Hô
"
20
"
pitaux , & aux châtimens de la Loi.
Que produit cette dépenfe , avec laquelle
on fondercit un Royaume A agiter
» l'Adminiftration , qui , fans profit , tour-
» mente l'homme fans propriété «.
"
و د
On conviendra que ce préambule eft
tout-à-fair propre à faire agréer le projet
d'une Colonie en Afrique ; & c'eſt l'idée
à laquelle l'Auteur s'arrête. Les raifons
politiques , géographiques , qui lui font
préférer l'ifle de Eulam à nos poffeffions
voifines , les moyens de fender cette Colonie
aux moindres frais poffibles , les avantages
qu'on pourroit d'ailleurs en tirer ,
&c.; c'est ce qu'il faut voir dans l'Ouvrage
même. Nous ne préfenterons que
le réfultat des idées de l'Auteur. Des catculs
très-détaillés femblent prouver invine
DE FRANG B. 103
ciblement que le tranfport de fept cents
hommes , les fournitures de toute eſpèce ,
les frais de l'Etabliſſement , & de tout ce
qui eft néceffaire pendant fix mois à la
nourriture des Colons , ne monteroient
qu'à la fomme de 130,000 livres. En faivant
cette proportion de 130 mille par
cent perfonnes , jufqu'à dix ou vingt mille
hommes exportés , on fent combien il en
couteroit moins qu'il n'en coute pour le
bonheur de ceux qui n'ont point de propriété
, & pour la tranquillité de ceux qui
en poſsèden . La grande objection contre
ce projet , c'eſt l'opinion où feroient les
expatriés , qu'on les envoie à une imort
certaine ; opinion née des fautes du Gouvernement
, quand il s'eft autrefois chargé
de fonder quelques Etabliffemens nouveaux
à Cayenne & dans la Louifiane. Ce préjugé
, enraciné chez le Peuple , feroit fans
doute un grand obftacle dans les commencemens
; mais il cederoit à la publicité des
foins qu'on prendroit pour affurer l'exiftence
des nouveaux Colons .
Le cours naturel des idées nous a empêchés
de nous arrêter fur une des meilleures vûes
de M. de M. , le projet d'un Etabliffement
dans les campagnes , en faveur des Cultivateurs
invalides. On fait que les Hô
pitaux fe font cru en droit de n'appliquer
les actes de leur bienfaifance qu'aux
individus des villes où ils étoient établis ;
& que le pain de l'Hôpital eft devenu le
104 MERCURE
pain privilégié du Citadin. Les pauvres
de la campagne fe font ainfi trouvés abandonnés.
Voilà , dit M. de M..., les vrais
pauvres de l'Adminiftration : mais il faut
les honorer , & non les avilir par l'aumône.
Les bornes d'un extrait ne nous permettent
pas d'entrer dans le détail du plan qu'il
propofe de cet Etabliffement , pour les pauvres
de la campagne , qu'on nommeroit
Cultivateurs invalides. L'exécution du plan
feroit un véritable monument de bienfaifance
nationale , & prouveroit que nous
favons honorer l'Agriculture ailleurs que
dans les Livres & dans les Pièces deThéatre.
Ce projet d'un Etabliffement pour les
Cultivateurs invalides , ainfi que l'idée de la
tranſportation dont nous avons parlé plus
haut , femblent avoir été agréés par la
Section de l'Affemblée Nationale qui forme
le Comité de Mendicité . Les Membres
qui le compofent ont cherché à s'environner
des lumières de plufieurs hommes
connus ( 1 ) , parmi lefquels il faut
( 1 ) M. de la Milière , Intendant des Hôpitaux';
M. de la Rudelle , ancien Adminiftrateur de l'Hôpital
général ; M. de Boncerf, connu par des Recherches
& des Ouvrages fur la Mendicité ; M.
Thouret , Infpecteur général des Hôpitaux ; M.
Lambert , Infpecteur des Apprentis de différentes
Maiſons de l'Hôpital général.
DE FRANGE. res
compter M. de Montlinot. Il participe auffi
aux éloges que méritent le plan de travail
& les trois premiers Rapports de ce Comité
( ). Mais c'eft ici qu'on voit ce que
peuvent les premiers efforts d'une Société
de Citoyens libres qui fe communiquent
leurs penfées. Il ne faut pas oublier que'
l'écrit de M. de M. , publié cette année
a été composé l'année dernière. On s'apperçoit
qu'il a connu la fource du mal ,
inais qu'il n'ofe & ne peut la dire ; il va
jufqu'où l'on pouvoit alors . Il a fenti , il a
établi la néceffité d'élever l'aumône à la qualité
de bienfaifance publique. Le Comité
va plus loin ; il prononce nettement que
tout homme a droit à fa fubfiftance ; que
l'affiftance donnée au pauvre n'eft pas un
fimple bienfait , mais une dette de l'Etat ;
que la misère du Peuple eft un tort du Gouvernement
; enfin qu'il ne s'agit plus de faire
la charité aux pauvres, mais de faire valoir
les droits de l'homme pauvre fur la Société ,
& ceux de la Société fur lui. De ce double
rapport le Comité a conclu qu'il falloit les
confidérer dans la Conftitution ; que le ſoin
de veiller à leur fubfiftance , n'eſt pas pour
la Conftitution d'un Empire un devoir
( 1) Voyez le plan de travail du Comité de la
Mendicité & les trois premiers Rapports , rédigés
par M. de la Rochefoucault-Liancourt , imprimés
chez Baudouin , à l'Imprimerie Nationale.
106
.
MERCURE
moins facré que celui de veiller à la con
fervation des propriétés du riche . Il faut
donc rendre conftitutionnelles les Loix qui
établiffent l'adminißration des fecours donnés
aux pauvres. La claffe indigente de la
Société étant partie intégrante de la Société,
la Légiflation qui gouverne cette claffe doit
faire partie de la Conftitution : c'étoit le feul
moyen d'empêcher que cette grande idée
ne le réduisit à n'être qu'une belle conception
de l'efprit , fans application à un Empire
qui jouit du bonheur d'avoir une Conf
titution . C'eft la première fois que des Légiflateurs
ont ainfi parlé aux hommes ; &
nombre de gens , nous ne l'ignorons pas ,
en concluront qu'il ne falloit pas leur par
ler ce langage. Il eſt à croire que la Poſtés
rité ne fera pas de leur fentiment.
( C........ 1
DE FRANCL 107
VARIÉ TÉ S.
PRÉCIS ( 1 ) fur l'objet , les Statuts &
les travaux de l'Académie Françoife.
:
CE n'eft pas à une Affemblée auffi éclairée que
celle des Repréfentans de la Nation que nous
nous croyons obligés de prouver l'utilité de l'Académie
Françoile . Ceux qui ont demandé à quoi
elle étoit bonne , n'ont pas cru , fans doute , demander
à quoi les Lettres pouvoient fervir ; ce
feroit une queftion de Vandale. Il ne s'agiroit
donc plus que de favoir fi l'Académie eft utile!
aux progrès & à l'honneur des Lettres . Un fimple
expofé des objets de fon inftitution & des effets
qui en réfultent naturellement , eft la meilleure
réponse à cette queftion : non pas que nous
croyions qu'elle ait befoin d'être réfolue ; mais
cet expofé, qui fera fort court , nous conduit
de lui - même à ce qui eft plus important , aux
améliorations dont l'Académie eft fufceptible ,
depuis qu'un nouvel ordre de chofes a di faire
naître de nouvelles idées fur tout ce qui a des
rapports avec la chofe publique : & l'Académie
en a , puifque cette Compagnie Littéraire ne
(1 ) Ce Précis faifoit partie d'un Rapport que l'Académie
avoit demandé à quelques- uns de fes Membres , nom
' s Commiffaires pour l'examen & la rédaction de fos
Régiemens. L'Auteur étoit un des Commiffaires,
108
MERCURE
peut , comme toutes les autres , avoir la confiftance
& la confidération
dont elle a befoin , fans la protection du Gouvernement
, qui ne doit l'accorder
qu'à ce qui peut entrer dans les vûes générales
de l'Adminiſtration
publique.
Les trois principaux objets de l'Académie Françoife
ont été & font encore de maintenir la pureté
du langage , d'honorer les talens par une
diftinction qui ne dépende que du fuffrage libre.
des Gens de Lettres , d'exciter l'émulation par
des Prix d'éloquenee & de poéfie. Nous conf
dérerons fommairement
ces trois objets.
De la pureté du langage .
Il eft naturel que le foin de la maintenir ait
été confié à une Compagnie habituellement compofée
de Gens de Lettres les plus exercés à écrire,
& les plus eftimés en différens genres de compofition.
Cette pureté n'eft pas indifférente . Le langage
tend fans ceffe à fe corrompre , même en
Senrichiffant , & la Langue Françoife n'a pu
devenir celle de l'Europe qu'en confervant cette
clarté , cette préciſion , cette méthode , ces principes
de logique & de goût qui font les élémens
des Langues , en même temps qu'ils font des
barrières toujours fubfiftantes contre les invaſions
du mauvais goût , toujours porté à abufer des
créations & des hardieffes du génie , & contre
la groffièreté populaire qui peut fe gliffer , par
le pouvoir infenfible de l'imitation ufuelle , jufque
dans la converfation des gens inftruits . Wa
Dictionnaire fait dans cet efprit fert à fixer &
épurer la Langue fans l'appauvrir . Celui de l'Académie
n'eft pas encore , il eft vrai , ce qu'il
devoit être ; mais il peut & doit le devenir. Nous
Layons mieux que perfoane ce qui lui manque ,
&
DE FRANCE. 109
& ce qu'il peut acquérir. Quoiqu'il ſoit le meilleur
que nous ayons , il ett encore vicieux dans
fon plan , & défectueux dans plufieurs parties .
Ce plan n'eft point l'ouvrage des Académiciens
actuels ; c'eſt celui de nos prédéccífſeurs ; & fi
nous ne l'avons pas encore chargé , notre première
cxcufe eft dans ce refpect d'habitude qu'on
a volontiers pour fes Anciens dans tous les
Corps , & dont l'Académie n'a pas écé plus
exempte qu'un autre . Mais il y a de plus un
autre obſtacle à la perfection de ce Dictionnaire ,
& qui ne peut être levé , fi les encouragemens
de l'Affemblée Nationale ne fecondent pas notre
zèle.
L'expérience neus a inftruits qu'un ben Di : -
tionnaire ne peut être l'ouvrage d'une Compagnis
, fi le premier travail , qui eft fans comparaifon
le plus condérable & le plus important ,
n'eft pas fait dans 1 : cabinet avec toute la réflexion
, toute la naturité qu'il exige. Tout a bié
fait jufqu'ict en commun dans nos Aflemblées "
ordinaires ; & cette métaphyfique fine & déli.c
qui doit diriger les pre iers principes du langage
, cette logique précife & févere qui doit
dicter les définitions , font des opérations de
T'efprit très - épineufes & qui demandent de la
inéditation. Il y a plus le nouveau plan que
nous croyons devoir adopter entraîne un nouveau
travail , qui ne peut auffi s'exécuter qu'en parcculier.
Pour tenir compte , comme nous nous le
propofons , de toutes les acceptions figurées que
le talent a fu donner au langage , & faue a ofi
T'hiftoire & du génie de la Langue & de clat
des Ecrivains , il faut commencer par un dépouillement
critique des Auteurs claffiques Fran-,
çois. Or , il eft naturel que des Gens de Lettres
occupés chez eux de leurs compofitions par
N° . 41. 16 Octobre 1790 :
110
MERCURE
de
lières , ne foient pas difpofés à les facrifier à un
travail qui , devenant une propriété commune
ne leur rapporte ni gloire ni profit . L'Académie
n'a pas droit d'exiger d'eux autre chofe que
concourir aux objets qui rempliffent nos féances.
Nous croyons qu'il feroit d'une néceflité indifpenfable
que le premier travail du Dictionnaire da
fût confié à trois ou quatre Commiffaires qui fe
le partageroient & le foumettroient enfuite dans
nos féances à la réviſion & à la difcuffion de
l'Académie. On peut juger en commun ; mais on
ne compofe bien qu'en particulier. Puifque l'Affemblée
Nationale a jugé à propos de prendre
en confidération le traitement que l'on doit faire
aux Gens de Lettres pour diriger leurs travaux
vers la plus grande utilité poffible , elle rendroit
un véritable fervice aux Lettres , en affectant des
fonds pour payer ce travail néceflaire , dont le
réfultat feroit , au bout d'un certain nombre
d'années , un Dictionnaire qui feroit honneur à
la Nation & à l'Académie , & qui feroit сп
même temps une Grammaire , une Rhétorique &
une Poétique . Nos anciens Statuts nous en faifoient
une loi ; mais le temps a fait voir qu'on
demandoit à une Compagnie ce qu'elle ne pouvoit
pas faire , & ce qui ne peut abfolument
s'exécuter que par les moyens que nous propofons.
De la diftribution des Prix.
Nous ne diffimulerons pas que pendant longtemps
ces Prix n'aient été fort au deffous de ce
qu'ils devoient être , foit par le choix des ſujets
qui n'étoient guère que des lieux communs de
Aatteric ou de dévotion , foit par l'extrême médiocrité
des Pièces couronnées. Mais nous ofecons
affurer , fans craindre d'être démentis par
DE FRANCE. Pit
la voix publique , qu'ils commencèrent , il y a
environ trente ans , à acquérir un luftre & une
Importance qui ont contribué beaucoup aux progrès
de cette raifon générale dont la Nation
avoit befoin & dont le Gouvernement avoit peur.
En propofant l'éloge des Grands Hommes , on
appela les grands talens & les grandes vérités ,
& Peffer des lectures publiques qui attirerent dèslors
l'élite des Citoyens , rendit l'application fi
fenible , que plus d'une fois la Cour en fut
alar.née & irritée. L'éloge du bien parut dèslors
la fatire indirecte du mal , & c'étoit la
feule que l'Académie pût fe permettre ; encore
n'étoit - ce pas fans beaucoup de dangers. C'eft
dans cette lice honorable que Thomas fit fes
premiers pas , & c'eft fans contredit un de nos
Ecrivains qui , à cette époque , mit dans fes ou
vrages le plus de cette philofophie utile & hardie
qui demandoit à la fois & du courage & de la
meſure . Il a été ſuivi dans cette même carrière
par des Athlètes dont les talens ne font pas
conteftés , dont les écrits tendoient au même
but , qui ont effayé les mêmes perfécutions , &
dont les couronnes étoient véritablement civiques.
Depuis ce temps cette carrière s'eft encore
agrandie. Un Philofophe éloquent & patriote ,
M. l'Abbé Raynal , a fondé un Prix annuel pour
un Difcours hiftorique , c'eft-à - dire une nouvelle
école de theorie politique. Un bon Citoyen qui
a voulu refter inconnu , nous a donné les fonds
d'un Prix de Vertu , pour cette clafle du peuple
chez qui elle cft trop fouvent fans éclat & fans
récompenfe un autre nous a légué un Prix
d'Encouragement pour les talens qui peuvent
avoir befoin de fecours ; enfin nous en avons
un pour l'Ouvrage le plus utile de ceux qui ont
:
F 2
112 MERCURE
>
paru dans l'année ; & c'eft fans doute un honneur
pour l'Académie d'avoir été jugée digne
par tant d'ex ellens Citoyens , de couronner tous
les ans tant de différens genres de mérite.
1
Une preuve non équivoque que ces Prix ont
excité beaucoup d'émulation , c'eft qu'ils ont
excité beaucoup d'envie : autrefois ils étoient affez
généralement un objet d'indifférence . Ils fervent
fur-tout à faire connoître le mérite naiffant , à
l'animer dès fes premiers pas . C'eft auffi le but
& l'effet de ce Difcours que l'on prononce tous
les ans , dans la Chapelle du Louvre , le jour de
la S. Louis . L'éloge de ce grand Rɔi , déformais
épuifé , n'en eft plus que le texte : il amène une
inftruction morale ou politique , fa s ceffer d'être
religieufe , & c'eft encore pour les jeunes Orateurs
une occafion de fe faire connoître . Nous
en pourrions citer plus d'un exemple . Ainfi depuis
un temps , toutes nos inftitutions , fuivant
ou même devançant l'efprit public , ont été tournées
vers l'utilité générale.
Des Elections.
Nous répondrons à ce fujet aux reproches fi
fouvent & fi vainement répétés fur les follicitations
& les brigues , quand on nous montrera
quelque chofe qui dépende du choix des hommes
, & dont il ait été poffible jufqu'ici d'exclure
la brigue.
Les vifites n'ont jamais été de règle ; elles
font d'ufage , & l'on fent bien qu'il feroit parfaitement
inutile de les défendre.
Une place à l'Académie n'eft ni la meſure de
l'efprit , ni celle de la réputation . Cependant
comme elle offre l'idée d'une diftinction en fait
DE FRANCE. 113
d'efprit , c'cft-à-dire , dans une choſe où tout le
monde prétend , il n'eft pas fort étonnant qu'elle
ait toujours été vivement briguée ; ce qui l'eft
peut-être davantage , c'eft qu'une Nation prodi
geufement vaine ait permis cette efpèce de diftinction
, & il eft probable qu'elle n'auroit pu
s'y accoutumner , (ans la reffource & la confolation
des épigrammes. Aujourd'hui l'on peut préfumer
que l'Académie excitera moins d'envie ,
parce que la Nation , toujours modifiée par fon
gouvernement , aura moins de vanité & plus
J'orgueil .
On conçoit ailément que ceux qui ont élevé
le plus de reproches contre l'Académie , étoient.
ceux qui devoient le moins y prétendre . On peut
déterminer à peu près le nombre d'ennemis que
doit lui faire chaque élection & chaque diftribution
de Prix . Ceux qui n'ofoient pas dire : Elle
ne m'a pas reçu , ont nommé des Ecrivains cé→
lèbres qui n'y ont pas été admis . La queſtion
étoit de favoir , fi elle avoit été la maîtreffe de
les admettre. Molière étoit Comédien , & le préjugé
contre cet état , alors , étoit dans toute fa
force. Cependant l'on fait que plufieurs années
avant la mort , l'Académie l'avoit fait preffer
par les amis de quitter le Théatre , afin qu'elle
pûr le recevoir dans fon fein . Mais il fe croyoit
trop engagé avec fes camara les pour les quitter ,
& Racine & Boileau lui en firent diutiles reproches.
Dans notre fiècle , le lyrique Rouffeau ne fut
point de l'Académie ; tous ceux qui en étoient
a voient été déchirés dans fes Epigrammes & dans
fes Satires . C'eft demander beaucoup aux hommes
, que de vouloir qu'ils choififfent leur ennemi
pour Confrère. L'on peut croire pourtant que le
temps qui adoucit tout & le talent qui furmonte
F 3
114
MERCURE
tout , l'auroient fait entrer à l'Académie , fi fa
malheurcufe affaire des Couplets ne l'eût fait
bannir de France , quand il n'étoit encore qu'au
milicu, de fa carrière .
Rouffeau de Genève étoit étranger & Protef
tant ; & de plus , un Arrêt du Parlement le fit
auffi fort'r de France , peu d'années après que
fes cuvrages l'euflent fait connoître . Eft - ce la
faute de l'Académie ?
E le défiroit vivement de compter parmi fes
Membres l'illuftre Auteur de l'Hiftoire philojo-
'phique des deux Indes . Il étoit sûr da plus grand
nombre des voix , quand un Arrêt du Parlement
vint encore nous l'enlever. L'Académie eft - ele
refponfable des Arrêts du Parlement ?
Voilà les noms les plus fameux : nous nous
abftenons d'en rappeler quelques autres qui le
font moins. Nous aurions à donner à peu près
les mêmes raifons , qui prouveroient que ce n'eit
jamais l'Académie qui a repouffé le mérite fupéricur
.
Mais il en réfalte une conféquence que nous
fommes les premiers à reconnoître ; c'est que fi
nos ftatuts que nous n'avons pas faits , & qui
ont été originairement rédigés par notre premier
Fondateur , Richelieu , & enfuite par les Rois nos
protecteurs , fe reflentoient néceflairement de l'in-,
fluence d'un Gouvernement arb traire , aujourd'hui
que nous avons le bonheur de vivre fous
un Gouvernement légal , la liberté qui appartient
à tous les Citoyens doit appartenir fur-tout à ce
qui , per la nature , eft le plus fait pour être
fibre , c'eft-à-dire , au fuffrage d'une Compagnie
littéraire choififfart fes Membres. Nous n'avons
plus à craindre que la manière quelconque de penfer
foit un titre d'exclufion , à moins qu'e' elle ne foit
légalement flétrie comnie licence ou rebellion . La
DE FRANCE. 11f
différence des Cultes ne peut non plus être un
obfta le depuis que la tolérance univerfelle eft
une loi de l'Etat , & que toute e'pèce de places
& d'emplois eft ouverte à toute eſpèce de Religion
. Mais parmi nos ftatuts il en eft un qui
nous paroît effentiellement contraire à la liberté
académique , & par fes conféquences abfolument
oppofé à cet efprit national & patriotique qui
doit être déformais celui de toute Société , comme
de tout Citoyen . C'eft le ftatut par lequel les
Rois nos protecteurs fe font réfervés le droit
d'annuller nos élections , par le fimple refus de
les confirmer. C'eft par devoir que nous dénonçons
ce fratur à l'Aſſemblée légiſlative , qui , fans
doute , ne doit pas l'approuver : c'eft par refpect
que nous le dénonçons au Roi lui - même notre
protecteur , qui , fans doute , ne l'auroit pas
établi . Nous fommes bien sûrs que ce n'eft pas
lui qui pourroit jamais en abufer : une jufte reconnoiflance
nous attache à fa perfonne ; une
jufte vénération nous fait chérir les vertus ; une
julte confiance nous perfuade que le Monarquequi
n'a voulu d'autre puiffance que celle de la
loi , fentira comme nous qu'on ne peut juger
d'un droit que par ce qu'il eft en lui - même , &
non par le caractère de celui qui l'exerce. Dès
qu'il s'agit de vérité & de juſtice , on peut fans
crainte prendre Louis XVI pour arbitre ( 1. La
chofe du monde qui , par fa nature , appartient
le moins au pouvoir même le plus abſolu , celle
( 1 ) On ne fe trompoit pas le Roi a fait ſavoir à
l'Académie qu'il défiroit que dans la rédaction de fes
Réglemens elle ne confultât abfolument que l'intérêt des
Lettres & de la Compagnie que pour lui il ne tenoit
nullement au droit de confirmer les élections ; ce qui eft
tris - croyable.
:
=
716 MERCURE
même dont ordinairement il fe foucie le moins ,
c'eft fans contredit une diſtinction littéraire effentiellement
dépendante de l'opinion . La Majefté
Royale s'honore elle - même en protégeant
les Arts & les talens ; elle ne peut que fe compromettre
en fe faifant leur Juge. Il y a plus ;
c'eſt parce que le Prince les protège , qu'il ne
doit pas les juger ; car la protection eft un encouragement
; & le plus néceffaire de tous aux
Arts & aux Lettres , c'eft le maintien de leur
indépendance naturelle & légitime . L'Académie
eft néceffairement le feul Juge , fous tous les
rapports , de ceux qu'elle veut admettre dans
fon fein , que le Public même , qui peut approuver
ou blâmer fon choix , n'a jamais prétendu
ni l'ordonner ni l'annuller. Nous difons fous tous
les rapports ; car indépendamment du mérite littéraire
, elle exerce encore , par les boules noires ,
la cenfure morale fur le perfonnel des afpirans.
Quelle place refte - t- il donc , dans nos élections ,
à l'autorité royale ? Nous oferons dire au Roi
notre protecteur , qu'il n'eft ni de fa grandeur
ni de fa juftice d'y avoir aucune influence . Nous
lui montrerons le premier de nos anciens ſtatuts
rédigés par Richelieu : il app: éciera ce droit par
fon origine ; voici les termes : » Perfoane ne
၃၁ fera reçu à l'Académie , qui ne foit agréable
» à Mgr. le protecteur «. En voilà affez pour
nous autorifer à lui dire avec tout le refpect
dont nous fommies pénétrés pour fa perfohne encore
plus que pour fon rang : »Vous voyez bien ,
Sire , que ce qui pouvoit convenir à la petite
vanité de Mgr. le protecteur, cft au deffous
d'un grand Roi. Mgr. le protecteur avoir be-
» foin de flatteurs & de créatures . Mais vous
» Sire , que vous faut- il dans l'Académie Françoif:
des Pocies , des Orateurs & des Hif-
» toriens rien autre chofe «. Loals XIV lui-
כ כ
ככ
,
DE FRANCE. 117
·
même , fi on lui avoit tenu ce langage , l'auroit
entendu pouvons nous douter que Louis XVI
ne nous e tende ! ce feroit mettre en doute fi
le jour de la Fédération eſt au deflus de la conquête
de la Franche-Comté & de l'invafion de
ia Hollande.
Une autre confidération bien digne d'être préfentée
à un Monarque Citoyen , c'est qu'il importe
que ceux qui voudro ent encore féparer
dans l'opinion deux chofes déformais infepara--
bles , le Roi & la Conft tution , ne puiffent pas
dire que la néceffité d'obtenir l'agrément du
Roi pour entrer à l'Académie , forcera ceux qui
voudront y parvenir , de chercher dans leurs
écrits ce qui pourroit flatter le pouvoir d'un feul ,
plutôt que ce qui feroit favorable aux droits &
aux intérêts de tous. Cette induction feroit , fans
doute , également injurieufe au Roi & à l'Académie
; & fans doute auffi , c'eft à lui , comiré
notre protecteur , d'écarter de nous ce qui nous
compromettroit comme Citoyens.
Quoiqu'il y ait eu des vices dans notre Etablid
ment , il n'eft pas moins certain qu'on a
voulu qu'il fût honorable aux Lettres ; & les
honneurs étant toujours fubordonnés à l'opinion ,
l'on n'a pu honorer les Lettres que fuivant l'opinion
alors généralement reçue . On ne pouvoit
dene mieux faire que de mettre dans l'Académie,
fur la même ligne & dans une égalité parfaite , les
telens & les dignités : on étoit conféquent. De
là le mélange des Ecrivains & des Amateurs ,
qu'une jaloufie aveagle a fouvent blâmé trèsmal
à propos . Nous pouvons en parler d'autant
plus librement , que nous comptons parmi nos
Confrères des hommes qui , dans le temps même
où la naiffance & le rang étoient avant tout
n'en auroient eu nul befoin pour être de l'Aca8
MERCURE
démie , & qui n'ont rien perdu à l'abolition des
prérogatives attachées à l'ancienne difti.ction des
ordres. Mais aujourd'hui que l'égalité civique
eft devenue conftitutionnelle , l'Académie Françoife
n'a plus qu'une feule manière de s'honorer ,
c'eft d'être effentiellement & uniquement l'Acadénie
des talens littéraires . Tout fon éclat ne
peut plus être attaché qu'au mérite perfonnel de
fes Membres. Ce doit donc être un de fes ftatuis
, que les talens & les ouvrages feront à fes
yeux les feuls titres académiques . On peut cb .
jecter qu'alors il fera peut-être di ile de trouver
en tout temps de quoi remplir les places..
Ceux qui feroient cette objection , oublient qu'un
nouvel ordre de chofes a ouvert au génie une carrière
immcafe & nouvelle , & que fi la licence
paffagère a multiplié le nombre des mauvais Ecri
vains , la liberté affermie & durable enfantera
des Orateurs éloquens , des Publiciſtes profonds :
un an a fuffi pour en donner l'exemple & la
preuve , & l'Académie pourra s'applaudir plus
que jamais d'être une des récompenfes du talent
patriotique , & d'entremêler la palme civique aux
couronnes littéraires .
Parmi nos anciens ftatuts dictés par Richelieu ,
& qui font du nombre de ceux qui ont confervé
force de Loi , parce que les ftatuts fubfequens ,
donnés par les Rois nos protecteurs , n'y ont
point dérogé , il en eft un qui tombe de luimême,
depuis que notie nouvelle Conflitution a
confacré la liberté de penfer & d'écrire , fans laquelle
cette même Conftitution n'auroit jamais
pu exifter. Ce ftatut porte que les matières
politiques ou morales ne feront traitées dans
» l'Académie que conformément à l'autorité du
Prince , à l'état du Gouvernement , & aux
Loix du Royaume . L'on fait affez aujourd'hui
que & les Gouvernemens changent , la moDE
FRANCE. 1.19
Fale ne change point , que tout homme a le droit
de traiter quelque fujet que ce foit , & la politique,
comme tout le refte , conformément à fa
raifon , pourvu qu'il ne prêche pas la déſobéiffance
aux Loix.
Nos autres ftatuts ne concernent que le régime
intérieur de l'Académie , & ne touchent en
aucune manière à l'ordre public,
L'Aſſemblée Nationale femble avoir décilé
traitement pécuniaire des Académics Françoife
, des Sciences &ides Infcriptions , feroit pris
fur le tréfor public , puifque c'eft cette confidération
qui l'a conduite à l'examen de leur régime,
Mais quand même ces trois Académies ne feroient
plus payées par le Roi , elles n'en feront pas
moins jaloufes de cette protection royale , qui ,
dans tout état de chofes , doit faire fentir fon
influence bienfaifante à tous les Arts , à tous les
talens qui font les ornemens d'un grand Empire.
Les encourager , les faire fleurir par toute forte
de moyens, a toujours été un des beaux apanages
du Trône , un des beaux titres de la Royauté,
( D ....... )
La fin au Mercure prochain. )
NOTICES,
Tome III , des Recherches fur la nature & les
caufes de la richeffe des Nations , traduites de
l'Anglois de Smith fur la 4e. & dernière édition ,
par M. Roucher ; & fuivies d'un Volume de
Notes , par M. de Cond rcet , de l'Académie
Françoife , &c. Prix , 4 liv. 10 f. le Vol . br. , &
sliv. franc de port par la Pofte. A Paris , chez
Buiffon , Libr. rue Haute feuille . Le Tome Iye
paroîtra le 20 Novembre prochain.
-
Ce Tome IIIe. contient 602 pages.
120 MERCURE DE FRANCE.
AV I S.
ON mettra en vente , Hôtel de Thou , rue des
Poitevins , N ° . 18 , le 18 du courant ,
la 40e.
Livraison de l'Encyclopédie par ordre de matières,
Cette Livraifon eft compofée de Planches du
Tableau encyclopédique & méthodique des Règnes
de la Nature , par M. l'Abbé Bonnate rre ,
contenant la fin des figures des Oifeaux , & le
commencement des Quadrupedes. Du Tome III ,
1re . Partie , des Antiquités ; & du Tome I , 1re .
Partie , de la Chirurgie , par M. de la Roche &
M. Petit-Radel .
Le prix des 104 Planches de cette partie d'Hiftoire
Naturelle , 4 f. ci ....... à
Les dix feuilles de Difc. & la Broc.
Un demi-Volume de Difcours....
: Un , idem .......
Brochure des 2 demi-Volumes ...
En feuilles..
20 liv. 16 f.
I liv .
liv. 10 f.
3 liv.
2
I liv.
Total..... 31 liv. 6 f.
30 liv. 6 £.
Nota. Le prix des Volumes de Planches d'Hitoire
Naturelle eft le même en feuilles ou brochés .
Le port de chaque Livraiſon cft au compte des
Soufcripteurs.
TA BL E.
LMPROMPTU.
8 Charade, Enig. Lov.
Effai fur la Mendicité
$8 Variétés.
Les Preuves d'amour."
8
Réponse. 107
Jer . 135.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 23 OCTOBRE
1790.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROJE.
VERS
POUR mettre au bas du Portrait de M.
l'Abbé DE L'ÉPÉE.
D'un mortel plus qu'humain reſpire ici l'image
Il fit ouir les Sourds & parler les Muets ;
Admiré de fon Siècle , il vivra d'âge en âge ;
:
Nul n'eft muet ni fourd pour chanter ſes bienfaits .
( Par M. Audet , Maître-ès- Arts & de
Perfion à Picpus , ancien Profeffeur
de Belles Lettres , & Membre de
·
Académie de Châlons-fur-Marne. )
N° .43 . 2 ; Octobre 1790.
G
122 MERCURE
ÉPITRE SUR LA SATIRE.
A M. L'ABBÉ SICARD ( 1 ) .
Ou1 , docte Abbé , j'abjure la Satire :
Elle eut pour moi d'allez puiffans attraits ;
Mais excédé des maux qu'elle m'attire ,
Je vous remets ces pinceaux , dont les traits
Ont fi fouvent dégradé mes portraits.
Lorfqu'autrefais à Rome , ou dans la Grèce ,
Ces forcenés , nommés Gladiateurs
Las d'employer leur force & leur adreffe
A s'égorger pour plaire aux Spectateurs ,
Quittoient la lice & ceffoient d'être Acteurs ;
Ils dépofoient dans le Temple d'Alcide
Ces gantelets , ce poignard homicide
Dont ils s'armoient pour leurs jeux inhumains :
Tel , en quittant un métier plus funcſte
Que les combats de la lutte & du cefte
Illuftre ami , je jure entre vos mains
De fuir un Art que votre ame détefte
Et de forcer ma Mufe plus modefte
,
( Puifqu'après tout fes efforts feroient vains )
( 1 ) M. l'Abbé Sicard , Inftituteur des Sourds & Muets ,
à Patis , fucceffeur de M. l'Abbé de l'Epée , dont il a
perfectionné la méthode.
DE FRANCE. 123
A fupporter les défauts des humains.
Je n'irai plus , orgueilleux mifanthrope ,
Pour obferver des coeurs faux & pervers ,
Comme Boileau , m'armer d'un microſcope ,
Et m'aveuglant fur mes propres travers ,
Juftifier la beface d'Efope.
Je fens qu'un jufte & fage obfervateur
Ne fçauroit voir fans gémir ou fans rire ,
Des moeurs du temps le bizarre délire ;
Un Peuple vain criant avec fureur
Que des Traitans l'avide politique
A dévoré le prix de fa fueur ,
Et néanmoins étalant faus pudeur
Tous les excès du fafte Afiatique ;
Le célibat par-tout accrédité ,
Du chafte hymen brifant l'antique chaîne ,
Enervant l'homme & laiffant la beauté
Dans les lanquears d'une efpérance vaine
Entre l'opprobre & la virginité ;
Des Citoyens , par un lâche égoïfine,
Pleurant leurs fers à la face des Loix ,
Trop avilis pour entendre la voix
De la raifon & du patriotifme ;
Dans fes tombeaux cherchant le defpotifie
Pour en fouiller le Trône de nos Rois ,'
Et menaçant des débris de leurs chaînes
Les Dieux amis , protecteurs de nos droits ,
Les faintes moeurs & les loix fouvetaines ;
GY2
124
1 MERCURE
Du Dieu très- bon les Pontifes crucks ,
Fiers de nos dons , gras de notre fubſtance ,
Bravant nos maux à l'ombre des Antels ,
Et difputant aux vocux d'un Peuple iminenſe ›
L'injufte excès de leurs biens criminels ;
Des meurtriers prêchant les droits de l'homme ,
Et dans le fang plongeant tout un Royaume ;
La vieille Eglé , par de jeunes atours ,
Briguant en vain les regards adultères
Qui la fuivoient au printemps de fes jours
Et chez fa fille attirant les Amours
Pour les forcer d'être fes tributaires.
Mais fi ces traits viennent choquer mes yeux ,
Loin de m'en plaindre en vers plaifans ou graves,
Je me dirai : Pourquoi m'armer contre eux ,
Quand cent défauts , peut-être plus affreux ,
Vent aufi -tôt , iadociles efclaves ,
De ma raifon fecouer les entraves ?
764
Rot malheureux , quand mes Sujets ingrats
Bifent mon fceptre & bravent ma puitlance ,
Puis- je cfpérer d'enchaîner la licence .
De l'étrange qui ne me connoît pas ?
Suis-je affez grand pout blâmer la baſſeſſe
De ce Créfus ? affez dur aux travaux
Pour accufer ce Prélat de molleffe ?
Et quand .. qui vivoit de nos manx ,
Au bien publi s'oppofe en digne Prêtre ,
J'approuve fort qu'on démafqué le traître ;
Mais , difous vrai , moi qui le montre au doigts
Par mon civiſme en ai- je acquis le droit ?
DE 125 FRANCE.
Peut-on d'ailleurs , fur la foi de mes rimes ,
Voir les défauts & rougir de fes crimes ?
Des fcélérats qui bravent à la fois
L'oeil du Public , les remords & les Loix ,
Entendront-ils les cris de la Satire ?
Et tant de fots qui nous prêtent à rire ,
D'affronts en vain chaque jour furchargés ,
Par quelques vers feroient- ils corrigés ?
Nomentanus , poursuivi par Horace ,
Dans les excès montra-t- il moins d'audace ?
Le fou Ba rus devint il un Caton ?
Et Defpréaux , par fes rimes cruelles ,
Corrigea-t-il la Mufe de Pradon ?
Vit-il enfin les femmes plus fidelies ,
Cotin moins fot , & Rollet moins fripon ?
Tout délateur eft fufpe &t d'injuftice ;
Sans l'effrayer il prête une arme au vice.
J'aurois beau dire à la jeune Laïs ,
Que fon époux & dix amans trabis ,
Ont de les meurs dénoncé le fcanda ,
Qu'avec fon luxe elle-même l'étale ,
Et que tout l'art qui compofe fon teint ,
N'efface pas de fa beauté vérale
Les plaifirs vils que l'habitude y peint ;
J'aurois beau dire à ce Marchand avide :
Ton or ne croit qu'avec ton dého neur ;
En vain aux yeux du vulgaire ftupide ,
Pour colorer enfuccès trop rapide ,
G 3
126 MERCURE
Des Dieux amis tu vantes la faveur ,
Les Dieux ont vu tes fourbes criminelles ;
L'oeil du Public s'ouvre déjà fur elles ,
Et ne voit plus dans ton char , tes palais ,
Qu'un or infame & de riches forfaits.
Loin de pâlir de ma brufque éloquence ,
Le fol orgueil prend ainfi leur défenſe :
De tous les temps la fureur du jaloux
Couta des pleurs à la fimple innocence ;
La beauté chafle & l'heureufe opulence
Ne font jamais à l'abri de fes coups ;
Par tous ces traits que la haine nous lance ,
Elle nous read un hommage bien doux .
Et franchement , moi- même, je l'avoue
Depuis qu'on voit dans ce fiècle perdu
Tant de grimauds fe traînant dans la boue ,
Echouffer l'honneur & la vertu >
Loin d'avilir , la Satire décore .
Feut- on rougir d'exciter fes clameurs ,
Lorfque Necker , que tout grand coeur honore ,
L'ami du Peuple & des Loix & des moeurs ,
Se voit en proie aux plus vils détracteurs ?
L'Enfant du Pinde interdit à fa Mufe
L'Art avbi dont la baffeffe abule.
Il doit brifer un glaive audacieux ,
Qui s'eft fouillé du fang des demi - Dieux.
C'est aujourd'hui le crime , l'infamie ,
Qui des vertus prétend venger les droits ;
Z
DE FRANCE.´ 127
C'eſt le faux goût , irrité par l'envie ,
Qui d'Apollon o'e attaquer la voix.
...... fidèle à .. fon beau-frère ,
Infulte encore & la Harpe & Voltaire ;
Et maint Rimeur , au Parnaffe étranger ,
Nous a prouvé dans un beau commentaire ,
Que dans Zaïre il faut tout corriger ,
Mais le Public eft prompt à nous venger
Des cris affreux de l'injufte Zoïle :
Gilbert haï , fans fecours , fans afile ,
Vit fes lauriers fe flétrir fans retour ;
Et ..... dans plus d'un carrefour ,
Troublant les airs d'une plainte inutile ,
Afatisfait aux G ands Hommes du jour.
<
Hélas ! je fens que leur peine eft trop dure.
Le Médifant , inquiet & jaloux ,
Dans fon métier n'a t- il pas la torture ? .
Son coeur en proie aux plus triftes dégoûts ,
Punit affez fon abfurde courroux.
Et n'eft- ce pas le dernier des fupplices
Que d'épier fans ceffe autour de foi
Les paffions , les erreurs , les caprices ,
Tout ce qu'ont pu commettre d'injuſtices
Les coeurs pervers , les fcélérats (ans foi ,
Sans repofer un feul inftant ſon ame
Sur le tableau de l'heureuſe vertu ,
Sur ce mortel qu'aucun vice n'enflamme ,
Qui tend la main au mérite abattu ,
G4
128 MERCURE
Inftruit fes fils , eft l'amant de fa femme ,
De l'amitié fent le charme ingénu ,
Et fatisfait d'un ſage revenu ,
Qui ne doit rien à l'avarice infame ,
Dans un repos au Zoïle inconnu ,
De fes longs jours voit embellir la trame ?
Je fuis honteux d'avoir vu tant d'appas
Dans un travail & fi trifte & fi bas,
Ami des Arts , Diſciple d'Uranie ,
Loin d'admirer ces beaux fruits du génie
Dont not.e fiècle embellit fon déclin ;
Loin de bénir la Muſe enchantereffe ,
Qui , de fon myrte , a couronné Bertin ,
Et les beaux vers où du cygne Lat'n
Delille a pris la grace & la richeffe ,
Et mérité fon glorieux deftin :
Ai-je donc pu confumer mon jeune âge
A rechercher tant d'infectes Auteurs ,
Cbfcurément bourdonnant des fadeurs ,
Et leur ôter leur unique avantage
D'avoir vécu fans trouver des Lecteurs ?
Mais vos confeils ont épuré mes rimes .
Aux longs remords abandonnons les crimes ;
Laiffons le fot dans la honte & l'exil :
Quoiqu'après tout il n'eft rien de fi vil
Qui n'ait des traits dignes d'obtenir grace ;
Certain Monarque étoit hideux en face ,
Son Feintre adroit le peignit de profil .
DE FRANCE. £29
Voyez Zélis dans la fille qu'elle aime ,
Admirer tout jufques à fa laideur.
On rit par- tout de la courte groffeur ;
Mais en perit , c'eft Vénus elle- même.
Ses yeux éteints font remplis de douceur.
Un de fes pieds va clochant .... grand malheur !
Eft - ce un défaut s'il lui fied à merveille ?
Sa bouche elt grande , il eſt vrai, mais vermeille,
Et de fes dents fait mieux voir la blancheur………….
Ainfi Zélis jouit de fon crreur.
Avec fon prime examinoes chaque homme ;
Ils prendront tous l'air le plus féduifant.
D'Orbe eft avare , appelons -le économe .
L'ami Beffroi , fade & mauvais plaifant ,
Peut certains jours pafler pour amufant.
Orgon eft dur & brutal ; c'elt franchife .
En bonhomie érigeons la bêtife :
Les fous font gais , l'efprit lound a du poids.
Tout s'enlaidit , ou s'orne à votre choix.
Quelle fureur , quand vos yeux , fans obftacles , -
Peavent errer für les plus beaux fetaries ,
Vous fait chercher tant d'objets odieur?
Un beau roner , favorifé des Cieux ,
M'offre l'éclat de fes fleurs purpurines s
Sur leurs attraits dois -je fermer les yeux ,
Et me bleffer en comptant leurs épines ?
Ah ! déformais plus fage, dans mes goûts ,
Illuftre Abbé , vous ferez mon exemple.
GS
130 MERCURE
Loin des méchans , des fots & des jaloux ,
D'heureux amis entouré près de vous ,
C'eft le beau feul qu'il faut que je contemple :
De vos vertus j'admirerai l'accord;
Je chanterai la merveille inouie ,
Qui , de nos coeurs excitant le tranſport ,
Aux malheureux dégradés par le fort ,
Tait retrouver la parole & l'ouie ;
Et d'un néant plus affreux que la mort ,
Les fait paffer aux douceurs de la vie.
Dieux quel fuccès pour votre Art créateur
D'ouvrir leur ame aujour de la penſée ,
Aux fentimens qui font notre bonheur ;
De voir leur main , interprète du coeur ,
Tracer aux yeux d'une mère empreffée
Les noms chéris & de frère & de foeur ;
Et leur raifon , fi long-temps éclipfée ,
Aves leur foi , juſqu'au ciel élancée ,
Du genre humain reconnoître l'Auteur !
A ces objets faifi d'un faint délire ,
En vers pompeux j'oferai les décrire ,
It le plaifir d'exercer mon pince
A reproduire un riche tableau ,
Me fauverandu malheur de médire .
(Par M. F... )
DE FRANCE.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent .
LE mot de la Charade eft Fardeau ; celtfl
de l'Enigme eft Duel ; celui du Logogriphe
eft Grue, où l'on trouve Rue.
CHARA D E.
VOLONTIERS à l'entier ,
Je pincerois le premier ,
Quand il mange le dernier .
( Par M. Drouinfils , âgé de 12 ans. 】
ENIG ME.
JE fuis un aftenfile
Au foyer fort utile
Voyez ma fingularité !
Mon chef cft plat , & mes deux jambes minces
Vont de mon chef à mon extrémnité.
Mon ufage eft connu dans toutes les Provinces.
Je fuis fans corps , je fuis fans bras ,
Je fuis fans coeur , je fuis fans ame :
Mais j'ai deux pieds & je ne marche pas ;
Je fuis dure & crains peu la flamme .
Peut-être en te chauffant m'as- tu devant les
J'en dis affez , Lecteur , devine fi tu peux.
yeur:
( Par M. Cauville, Curé de St-Maixmą. )
132 MERCURE
Daruss
LOGO GRIPHE.
EN France , un long & funefte ſommeil
Faifoit prefque oublier mon être .
Je refpire ; & bientôt l'éclat de mon réveil
A l'Univers enfin apprend à me connoître .
Dans mes fix pieds , tú trouveras , Lecteur ,
Bes amours de Jupin une triſte victime ;
Et l'infecte cruel , qui , furveillant le crime ,
De Junon ſur la Belle exerça la fureur .
La Fable auffi rappelle une infenfée ,
Qui fe croyoit lionne , & tua fes enfans.
Combien d'une autre folle & d'amour obfédée ,
La tendre Dugazon rend les accès touchans !
Cherche dans la Sainte Ecriture
Celui que juftement a puni l'Eternel ,
Pour le péché vraiment mortel ,
Dont le Docteur Tiffot fait frémir la Nature.
Devine encor le fils d'un animal mutin ;
Puis deux pronoms , mafculin , féminin ;
Puis le mot qu'à quinze ans , fille prudente & faga
Ne dit jamais quand on offre un mari ;
Ce qui , fi tu connois l'harmonique langage ,
Te met en D -la ré , E-fol -ut , E-fi-mi.
Pour me nommer que veux-tu davantage ?
J'ai reçu tes fermens, maintiens bien mon ouvrage.
(Par M. d'Urmont fils. )
DE FRANCE. 133
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DISCOURS fur l'amour de la Patrie
prononcé le 25 Août dernier , jour de S.,
Louis , en préfence de l'Académie Françoife
; par M. l'Abbé VIGNER AS ,
Docteur de Sorbonne , à la Communauté
de St- Sulpice. A Paris , chez Crapart ,
Impr-Libr. , place St - Michel.
"
"
LIBRE de fubftituer un fujet de morale
au Panégyrique de S. Louis , l'Orateur ne
pouvoit faire un choix plus heureux , & il
eût été difficile , dans les circonftances actuelles
, de traiter plus fagement un fujet
auffi delicat. Le plan nous a paru auili fimple
que naturel , & bien rempli : » Nous
» devons anner , nous devons fervir notre-
» Patrie « ( a dit l'Orateur ) . Mais avant
de développer fes preuves , il a renda au
Saint Roi , dont on célébroir la fête , le
jufte hommage qu'il lui devoir , en fe difpenfant
de prononcer fon éloge. » L'amour
de la Patrie a des autels dans l'ame des
bons Citoyens , il les couvre d'une lu-
» mière céleite , rejaillis fur leur coeur , y
» fait naître les fentimens les plus nobles,
22
90
22
20
434 "MERCURE
"
·
» il fe communique des générations préfentes
aux générations futures avec la
rapidité de l'éclair , &c ..... C'eft fur-
» tout dans l'ame de S. Louis qu'il réfide
comme dans fon Temple ; fes difcours
» fes vertus , fes Loix , les plus beaux
» Etabliffemens de fon règne , tout nous
» annonce que le premier de fes fentimens
» étoit l'amour de la Patrie. Dieu de nos
pères ( poursuit l'Orateur ) , vous dont
l'oeil tutélaire veille fur cette Monarchie ,
» ne fouffrez pas que les colonnes qui la
» foutiennent foient ébranlées , raffermif-
» fez - les par le faint amour de la Patrie.
""
39
"
"
Si les ames font dégradées , jetez- y les
femences de ce fentiment divin que
» les vertus de S. Louis fleuriffent tous les
jours autour du Trône de nos Rois ;
qu'ils n'eftiment comme lui que la vertu,
» ne cherchent que la juftice , & n'aiment
" que la vérité ! Que la Religion de l'Evangile
devienne la politique de l'Etat.
» Ah ! fi nos voeux font accomplis , en
» célébrant la Fête du meilleur & du plus
fage des Rois , nous célébrons la Fête
du Patriotifme François ".
99
M. l'A. V ……………. ne pouvoit allier plus
heureuſement l'éloge du Saint Roi à fon
fajet principal , & l'invocation qui termine
fon exorde , ne pouvoit être ni plus touchante
ni plus noble.
Dans la Ire. Partie , l'Orateur prouve
avec une éloquence rapide , que la Nature,
DE FRANCE. 136
...
notre intérêt , & la Religion nous commandent
l'amour de la Patrie. Plein de la
lecture des Anciens , des Pères de l'Eglife
& des grands Ecrivains du dernier fiècle ,
M. l'A .. V .... peint à grands traits tous
fes tableaux ; & s'il lui échappe quelque
négligence , il répare des taches légères
par de grandes beautés. Qui ne feroit pas
attendri jufqu'aux larmes en lifant fa paraphrafe
du Pfeaume Super flumina Babylonis
! Si le Prophète n'eût été fon modèle ,
M. l'A……. V …………. auroit eu le mérite de
le créer , tant il eft pénétré du fentiment
qu'il exprime .... Plus loin , il cite avec
avantage un paffage du fayant Caffiodore ,
pour prouver , par l'exemple des animaux
eux- mêmes , que l'amour de la Patrie eft
inné chez tous les êtres fenfibles .... » Et
» les hommes s'éloigneroient du lieu qui
» les vit naître , pour courir après un bonheur
chimérique dans des climats loin-
» tains ! ... Ah ! s'il en exifte de nos jours
» qui cherchent un afile chez des Nations
hofpitalières , c'eft que la misère accable
» les uns , fufpend le mouvement de leurs
» bras induftrieux ; c'eft que les autres ont
cru fans fondement que le feu de la dif-
» corde alloit embrafer nos cités ; qu'elles
leur préfenteroient le fpectacle de cet
arbriffeau dont parle le Prophète , qui
» languit triftement , parce que la mort eft
» dans fa racine , &c.... Qu'ils entendent
la voix de cette Patrie qui les appelle ;
"2
"
و ر
"
属
136 MERCURE
و ر
""
"2
و د
20
30
votre
François , où portez vous vos pas ? n'êtes-
» vous donc plus Citoyens ? vos femmes ,
» vos enfans , vos amis , toutes les chofes
divines & humaines ne vous touchentelles
donc plas ? auriez vous étouffé tous
les fentimens de la Nature ? Cependant
» que n'ai -je point fait pour vous
» entrée dans le monde ? Ne vous ai je
» point reçus dans mes bras , réchauffés
» dans mon fein , nourris de mon lait ? Ne
fuis-je point pour vous la plus refpectable
, la plus ancienne des mères ? Est- il
rien qui doive vous être plus cher que
moi , puifque je fuis le centre de vos
plaifirs les plus purs & de vos affections
les plus tendres ? N'aimericz vous
done plus cette Terre qui vous a vu
naître , que vous avez habitée , & que
» tous les bons Citoyens révèrent ? Ce font
» les mains bienfaifantes de vos pères qui
l'ont défrichée : leurs pénibles travaux
» ont jeté les fondemens de vos villes
» élevé ces remparts , ces monumens qui
les embelliffent. N'eft ce point dans
" mon fein que repofent leurs cendres
" comme celles des Patriarches ? Refufe-
» riez - vous de mêler vos cendres avec les
» leurs ? ...
"}
33
35
23
39
<<
Après avoir prouvé que nous devons
aimer la Patrie à caufe des biens qu'elle
nais procure , l'Orateur infifte avec chaleur
fur l'usion qui doit régner entre des
Concitoyens. C'eft ( dit il ) par l'union
12
DE FRANCE. 137
"
"
"
30
que le Ciroyen jonit de la paix . Le
frère , aidé de fon frère , eft ( dit le Sage )
» comme une ville forte : par cette réu-
» nion , le pauvre eft à couvert des infultes
du riche , & le riche jouit tranquillement
de fa fortune . C'eft au Chef
quene doit aboutir toute la force publique ;
» il eſt le centre de toutes les opérations
politiques , comme le foleil l'eſt de tout
» le fyftême de la Nature .... Confidérez
» une armée commandée par un habile
» Général , les foldats n'ont tous enfem-
» ble qu'un regard , qu'un mouvement ;
» au premier fignal le fer étincelle , mille
לכ
"
feux partent d'un rempart vivant ; l'on
» diroit , à l'accord qui règne entre eux ,
» que ce n'eft qu'un feul homme , qu'une
» arme , qu'un feu , &c. «
Il faut lire en entier tout ce que l'Orateur
attribue de force & d'énergie à l'amour
de la Patrie , infpiré par une Religion
éclairée ; ce feroit en affoiblir le mérite
que de l'analyfer.
Dans la II . Partie , auffi riche & auffi -
variée dans fes tableaux que la précédente ,
l'Orateur démontre jufqu'à la conviction
que tout Citoyen deit à la Patrie fes talens ,
fes vertus & fes facrifices.
Nous regrettons de ne pouvoir citer de
cette II . Partie que la péroraifon & la touchante
prière qui la terminent . » Réuniffons
toutes nos forces pour travailler de
» concert à la profpérité publique que
»
138 MERCURE
J
ود
99
>>
d'anciennes plaies n'avons - nous point à
guérir que de flammes à éteindre !
Que tout cède à l'amour de la Patrie ;
» nous ne cefferons de faire des veux
» pour elle ; tranfmettons à nos derniers
neveux ce bonheur & cette liberté fage
que de nouvelles Loix nous font efpérer
; que le Peuple François foit toujours
» le modèle des bons Peuples ; qu'il de-,
» vienne l'afile des malheureux ; que la
paix , ce premier défir d'une ame hon-
» nête , qu'une douce joie règnent dans fes
"
و د
murs & dans le coeur de tous les Ci-
" toyens ! Tous les évènemens de ce fiècle .
ne ne fépareront jamais de mes Concitoyens
; leur caufe fera la mienne ;
» s'ils font heureux , je partagerai leur
33
bonheur , s'ils font dans la difgrace , mes
» larmes fe mêleront avec les leurs. Ne
" nous féparcns jamais les uns des autres ;
» nous étions amis avant tous les troubles
qui nous ont agités , & nous le fommes
" encore. Je ne connois dans nos murs
qu'un ennemi , c'eft le méchant ; mais
n'évitons point fa préfence , tâchons de
le ramener à fon devoir ; ce n'eft pas
par la force qu'il eft à craindre , mais
» par la rufe & la féduction . Que nos
» maifons deviennent le fanctuaire de la
paix & de la vertu. O divine Provi-
» dence ! nous nous jetons avec confiance
» dans vos bras ; protégez - nous , défendez-
nous , fauvez- nous «< !
ور
"
DE FRANCE. 139
VARIÉTÉ S.
FIN du Précis fur l'Académie Françoife.
DE tout temps l'exiftence des Académies a
dû importuner , non pas feulement ceux qui fe
croyoient faits pour y prétendre , & qui n'y
parvenoient pas , mais même ceux qui , étrangers
par état à cette espèce de prétention ,
étoient fufceptibles de cette petite jalousie , trop
commune & trop naturelle à l'efprit humain ,
& qui fait que l'on eft fecrètement offenfé de
toute . diftinct on qu'on n'a pas . Tant de gens
font portés à fe dire tout bas , & de manière
à ne pas l'entendre eux-mêmes : Pourquoi des
Académies , puifque je n'en fuis pas ? Voilà
Phome ; on ne fçauroit en douter . Doit- on être
furpris qu'à l'époque d'une nouvelle Conftitution
, certaines gens fe foient hâtés de crier
qu'il n'y avoit rien de plus contraire à la liberté
qu'une Compagnie de quarante Académiciens ,
regardés comme gens d'efprit en titre d'office ?
Vainement avoit on la refource de dire avec
Piron , que ces quarante avoient de l'esprit comme
quatre , l'Académie n'en eft pas moins , nous
dit - on aujourd'hui , un refte d'aristocratie . Cela
eft profond. C'eft une terrible aristocratie que
celle de s'affembler pour faire un Dictionnaire ,
& de donner tous les ans des Prix de profe &
de vers , dont chacun eft le maître de fe moquer
, fur-tout ceux qui n'ont pas pu les remporter
! Je voudrois bien qu'on me dît quels
140
MERCURE
au
font les priviléges, ariftocratiques de l'Académie ,
quelle efpèce de pouvoir elle exer.c. Eft- ce fur
Popinion ? Quelqu'un fe croit- il obligé d'eftimer
davantage un homme , parce qu'il eft Académicien
? Eft- ce une raifon pour que l'on croie fes
ouvrages meilleurs , ou fes jugemens plus sûrs ?
Mais perfonne n'ignore que c'en eft une ,
contraire , pour apprécier les uns avec plus de
févérité , & pour être armé d'avance contre les
autres. Tout tribunal qui juge appelle fur foi la
rigucur & fouvent même l'injustice du jugement
public , fur-tout un tribunal en matière d'efprit
& de goût. Que de gens intérefiés à fe joindre
d'abord à ceux qui n'y ont pas gagné leur procès
! N'eft - il pas prouvé par l'expérience qu'il
faut avoir trois fois raifon pour l'avcir en méme
temps aux yeux de l'Académie & du Public ?
Celui -ci n'eft-il pas merveilleufement difpofé'à
trouver bons tous les moyens d'appel & n'eftce
pas fur-tout dans ce genre que le temps feul
fait juftice définitivement ?
Il n'y avoit pas quinze jours que la Révolution
étoit faite , & l'on crioit déjà dans les rues
la fuppreffion de toutes les Académies . Il falloit
que l'Auteur de cette Feuille , qui faifoit ainfi
proclamer fes Décrets anonymes à 2 fous , fut un
fin poliique , pour ne pas voir dans un pareil
moment d'objet plus preffant pour l'intérêt public
, ni de plus grand danger pour la liberté.
Peut - être fon nom nous auroit- il révélé fur le
champ tout le mystère de fa politique , en nous
apprenant combien de fois il avoit concouru en
profe & en vers , & concouru fans fuccès ; mais
il a jugé à propos de nous le cacher ,
J'ai confervé fa Feuille , que j'achetai bonnement
, fur la foi du cricur , comme un Décret
de l'Aflemblée Nationale , ne m'imaginant pas
DE FRANCE. 141
encore que chacun s'avisât de faire proclamer
dans les rues fes fantaifies du matin comme des
actes authentiques , dont le Public ne pouvoit
être inftruit trop tôt ; mais depuis que j'ai entendu
crier journellement les trahifons , les attentats
, les confpirations de Citoyens appelés par
leur nom , & même de Membres de l'Affemblée
Législative , je me fuis accoutumé à cette police
patriotique. Il eft vrai que c'est un moyen de
faire mettre en pièces l'homme du monde le plus
innocent , avant qu'il fache feulement de quoi
it eft queftion ; mais apparemment que je ne me
doute pas de ce que c'eft que la liberté , puifqu'il
y a de grands Patriotes qui prétendent qu'il n'y
a plus de liberté , fi la diffamation à cri public ,
qui eft par elle-même une punition légale , n'appartient
pas au premier venu , & que la preffe
n'eft pas libre , s'il n'eft pas permis à qui voudra
de crier dans les rues : Citoyens , pendez-moi ces
..... le. Il fe pourroit cependant que l'Aflem-
.-là.
blée Nationale n'adoptât pas ces grands principes
, & qu'elle ne faisît pas bien la connexion
de deux chofes fi différentes ; mais alors elle
fera sûrement déclarée anti - Nationale & " anti-
Patriotique , d'autant plus que fi les Colporteurs
ne pouvoient proclamer que les actes de la puiffance
publique , il y en auroit moins , & ils
gagneroicnt moins ; & n'eft- ce pas - là un motif
tout puiffant en matière de légiflation ?
Je fais qu'il y a un peu moins de danger à
crier dans les carrefours la fuppreffion des Académies
; mais enfin , du petit au grand , je me
fuis trouvé tout naturellement conduit à cette
légère digreffion fur la proclamation publique ,
dont il adviendra ce qui plaira à Dieu .
» L'Affemblée Nationale a décrété la fuppreffion
des Chanoines : les Académiciens font les
142 MERCURE
» Chanoines des Sciences , de la Littérature &
» des Arts
En ce cas , il n'y a pas de Chanoines plus mal
payés que les Académiciens François ; ils ne font
nullement rentés , & leurs droits de préfence , &
le travail du Dictionnaire ( qui en eft un comme
un autre , & même parfois un peu ennuyeux ),
ne leur valent , avec la plus grande affiduité ,
qu'environ 120 liv. , encore parce qu'un tiers
de l'Académie fait la b.fogne des abfens . Si tous
y concourcient , les jet ns ( cet objet fi important
de reproche ; de fcandale & d'envie ) ne
vaudroient pas 400 liv. C'eft être un Aristocrate.
littéraire à bon marché .
Un Académicien mange dans fon fauteuil
» de velours , & à lui fcul , la nourriture de 40
ménages de campagnes « .
Je n'ai rien à dire du fauteuil de velours , qui
parcit donner bien de l'humeur à l'Anonyme ,
j'avoue qu'une chaife de paille feroit moins arif-.
tocratique. Mais enfin ce n'eft pas un crime de,
ion d'être aflis à l'Académie aufli commcdément
qu'on le feroit chez foi ; & c'eſt le
Garde- Meuble qui nous en fournit les moyens.
A l'égard des 40 ménages de campagnes , je:
crois qu'ils feroient bien mal nourris
avec les
1200 liv . d'un Académicien. J'avoue encore qu'il
y en a tel qui mange en effet beaucoup plus qe
la nourriture de 40 ménages ; mais ce n'eft ps
dans fon faurul hi du prodait de ce fauteuil.
» Plus d'Académiciens rentés tant qu'il y aura
» des travailleurs à falarier , des pauvres a nourrir
, des créanciers à fatisfaire «..
و د
Il y aura toujours dans un grand Etat des
travailleurs à falarier, des pauvres à nourrir &.
DE FRANCE.
143
!
des créanciers à fatisfaire ; mais je ne conçois
pas bien comment ce feroit une raifon pour qu'un
Etat qui peut , avec le plus grand ordre , avoir
cinq cent millions de revenu , fans fouler les
Peuples , ne dépenferoit pas cent mille écus pour
la récompenfe , le falaire & l'encouragement des
Arts & des talens . Il a été démontré par les
Comptes rendus , que le traitement de toutes les
Académies , de tous les Gens de Lettres , & de
tous les Artiftes de la France n'alloit pas à cette
fomme. On peut fuppofer à toute force que les
campagnes peuvent fleu ir , malgré cette dépense
énorme , & que ce ne font pas les jetons de
l'Académie Françoife & les penfions des Académics
des Sciences & des Infcriptions qui ont
jamais ruiné les cultivatears .
ל כ
Quel renversement de toutes les convenan-
» ces ! payer le talent avec des écus ! l'honneur
» feu ! eft la monnoie courante du génie cc.
Oh oui , fans doute ; mais avec cette monnoie
qui n'eft pas courante au marché , le génie
& le talent peuvent mourir de faim ; & faut-il
abfolument , pour que les campagnes profpèrent ,
que le gén e & le talent meu ent de faim ? Corneille
& La Fontaine n'auroient pas eu de bouillon
dans leur dernière maladie ( quoiqu'ils fullent
de l'Académie ) , fi Louis XIV ne leur eú : envoyé
40 louis. C'étoit peut - être la taille d'un
village ; mais eft-il für que ce village même eût
trouvé la taille maal employée , fi on lui eût fait
comprendre & cela fe pouvoit à quoi étoient
bons des hommes tels que Corneille & La Fontaine ?
Les payfans prennent bien fur leur néceffaire pour
payer le Ménétrier qui les fait danfer , & le
maitre d'école qui leur apprend à lire. Croit-on
qu'ils ne compriffent pas qu'il falloit payer auffi
les grands Ménétriers & les grands Maîtres d'école
144
MERCURE
de toute une Nation ? L'Anonyme veut abfolument
que ceux - là dînent de louanges & d'honneur.
L'Anonyme eft un peu dur .
50
לכ
сс
Trop d'embonpoint amaigrit le génie . La
plupart des chef-d'oeuvres fortent du grenier «e
C'eft un vieux proverbe , qu'il faut nourrir
les Artiftes & qu'il ne faut pas les engraiffer :
alendi non faginandi. Mais c'eft auffi une vicille
vérité , depuis les vers connus de Juvenal :
Quorum conatibus obftar
Res angufta domi.
-
-
que l'indigence eft un obftacle au talent. L'obſtacle
peut être un aiguillon ; oui , quand il eſt
de nature à faire aller & non pas à faire tomber.
On citeroit facilement des exemples de la pauvreté
qui a nui au talent ; qu'on en cite de l'aifance
ou même de la richeffe qui les ont amaigris.
Racine & Boileau étoient à leur aife. Voltaire
, Buffon , Montefquieu étoient riches. Ce
n'étoient pas de maigres génies , malgré l'embonpoint
de leur fortune. La plupart des chef-d'oeuvres
fortent du grenier. Les chef d'oeuvres des
hommes que je viens de nommer n'en fortoient
pas , & en valent bien d'autres. Honneur & refpect
au grenier , fans contredit , s'il loge le talent
honnête , comme il eft arrivé trop fouvent ; mais
où eft le mal de l'en titer pour lui donner une
bonne chambre bien cloſe Je ne fais ; mais
cette phrafe du grenier pent contenir ou beaucoup
d'humeur , ou beaucoup de prétention . Pourquoi
donc vouloir abfolument qu'on n'ait de mérite
que dans un grenier ? Si par hafard l'Anonyme y
eft logé , n'eft - il pas un peu vain ? S'il habite
feulement une chambre de cent écus , n'eft - il
pas bien medefte ?
» Qu'on
DE FRANCE. 145
Qu'on cite un grand homme dans les Scien-
» ces , la Littérature & le Arts , dû aux Académies
, né dans le fein des Académies «<.
C'eft dommage que cette phraſe foit abſolument
dénuée de fens . Je ne conçois pas comment un grand
homme pourroit nitre dans une A -adémie : on
n'y arrive guère que tout formé. Une Académie
ne fait pas naître les talens ; elle les honore ,
les encourage , les récompenfe ; & qui fait au
jufte ce qu'a pu donner de reffort au talent , l'ambition
d'être diftingué & choifi par fes pairs On
ne peut rien affirmer là- deflus ; mais il feroit encore
plus difficile de nier. Ce qui eft für , c'eft
que le déûr de remporter les Prix de l'Académie
a été la première impulfion de Thomas ( pour
ne citer qu'un exemple ) , & que cette émulation
a été pendant long-temps la feule qui l'animâr;
& Thomas étoit - il fans talent ?
» Mais pour citer les talens que les Académies
» ont fait avorter on ne feroit embarraſſé >
» du nombre «<.
que
Quant à moi , ce qui m'embarrafferoit , ce feroit
de comprendre comment une Académie peut faire
avorter un talent , & j'avoue encore mon ignorance
fur ce point : je n'en connois point d'exemple
, & n'en ai pas l'idée.
L'Anonyme fe donne la peine de nous apprendre
que Montagne , Shakeſpear , Offian & Defcartes
exiſtoient avant les Académies , ce qui eſt
vraiment une grande découverte , & ce qui prosve
invinciblement que les Académies ne font bonnes
à rien.
Il reproche à l'Académie Françoiſe , d'avoir
fermé les portes à Gilbert , le Poete de notre âge
qui approcha le plus de Juvenal & de Boileau.
Gilbert avoit du talent pour la verſification
c'eſt- à- dire , qu'il a fait quelques morceaux qui
No. 43. 23 Octobre 1790%
H
>
146 . MERCURE
en prouvoient ; mais dans cette partie même , il
étoit extrêmement inégal ; fes fatires font pleinesde
fautes choquantes ; & de plus , pour approcher
de Boileau , il faudroit avoir un grand fond
de raifon , d'efprit & de goût , un excellent ton
de plaifanterie, & avoir fait quelque chofe qui approchat
de fes belles Epîtres , de fon Art poétique
& de fon Lutrin ; je ne connois rien de Gilbert
dans ce genre. Je n'ajouterai pas que Boileau rendit
juftice à tous les Ecrivains de fon temps , & fut
le fléau des mauvais ; & que Gilbert au contraire
fut le détracteur großlier & virulent de tout mérite
reconnu , à commencer par Voltaire , qu'il
méprifoit fouverainement , & qu'il fut le plus ridicule
panégyrifte des plus pitoyables Auteurs.
Ce ne feroit pas une raifon pour l'Anonyme ;
car il me dircit que Gilbert a dit beaucoup de
mal de l'Académie , & la charité couvre la multitude
des péchés.
" Quel Ouvrage de génie eft- il ( 1 ) forti du
mit eu des quarante affemblés « ?
Je ne conçois pas davantage comment quarante
peitennes feroient un Ouvrage de génie. Le génie
eft feul & ne travaille pas en commun.
Il n'a pas tenu aux Académies , que le Cid
» & la Jérufalem délivrée foient ( 2 ) deux mau-
» vais Ouvrages «s .
Cela eft vrai de l'Académie de la Crufca , qui
fut très-injufte envers le Taffe cela eft faux &
très-faux de l'Académic Françoife , qui , malgré
Richelieu , cut le courage de reconnoître le grand
mérite du Cid ; quoiqu'en plufieurs endroits de
fa critique , elle fe foit trompée.
( 1 ) Cet il est de trop. Mais on ne peut pas exiger
d'un homme qui a tant de mépris pour l'Académie Fian .
geife , qu'il s'abaiffe à parler François.
(2 ) Il faut ne fuffent. C'eft encore une bagatelle,
DE FRANCE. 147
Les Académies ont été trop long -temps les
Lanternes fourdes des Tyrans ".
Il m'eft impoffible de deviner ce que cela veut
dire ; mais je prouverois fans peine , s'il en étoit
befoin , que , pendant les vingt dernières années
du règne de Louis XV , l'Académie Françoiſe ne
laiffa pas d'être à fa manière une lanterné pour
la Nation ( car je ne veux pas m'écarter de la
noble figure dont fe fert l'Anonyme ) ; & ce qui
le démontroit , c'eſt la mauvaiſe humeur que 'cette
lanterne donnoit au Miinftère & à la Cour , &
l'envie qu'on avoit de l'éteindre .
» Toutes les fottifes de la trop longue vieil-
» leffe de Louis XIV , nous les devons aux baffes
>> adulations des Académies &..
د
C'eft beaucoup ; je ne croyois pas que l'Académie
Françoife ni aucune autre cút été caufe
de' tout le mal qu'ont fait , & la dévotion ignorante
& pufillanime de Louis XIV , & fon
orgueil mal - entendu qui lui fir ambitionner le
titre de deftructeur de l'hé éfie , & fa foiblefle
pour Madame de Maintenon qui lui fit cheifir de
mauvais Généraux & de mauvais Miniftres , &
fa fecrète averfiów pour le mérite qui lui fit éloigner
les bons , & fa foumiffion aux- Féfuites qui
fe rendit le perfécuteur des Janféciftes , & l'adroit
afcendant de Louvois qui , pour être de quelque
chofe dans la révocation de 1Eit de Nantes &
la faire rentrer dans for minifère , imagina les
dragonades , &c. &c. Voilà ce qu'apprend l'Hif
toire à tous ceux qui l'ont étudiée ; mais l'Anonyme
, bien plus clairvoyant , trouve tout cela
dans les complimens académiques , comme fans
doute il trouve aufli l'invafion de la Hollande
dans les Prologues de Quinaut. Je m'étonne que
d'après ces notions toutes neuves ,
il n'ait pas
pris le ton d'un de nos Journaliſtes , qui dernièrement
parla de l'Académie Françoife précife
H 2
145 MERCURE ·
ment avec la même horreur qu'on auroit pour
l'Inquifition . Voilà ce qui s'appelle avoir la mefure
des chofes.
.
» Des Académies Royales ! cela fent l'esclave «.
les Je ne crois pas qu'il foit néceffaire qu'aucune
Académie foit Royale , pas même celle de l'Opéra
; mais je n'aurois pas cru non plus que
Anglois fuffent efclaves , pour avoir une Société
Royale. Il eft vrai que depuis quelque temps on
a découvert qu'ils n'étoient pas libres.
Un Aumônier de Régiment exhortoit à la mort
un Grenadier qui fe mouroit , & il lui parloit de
F'autre Monde comme s'il l'avoit vu . Mon père ,
lui dit le Soldat, vous me paroiffez bien für de
votre fait fur toutes ces chofes - ia. Pour moi
dans un moment, j'en faurai plus que vous. Mais
je connois un Caporal de mes amis qui m'a dit
plus de cent fois , qu'il donneroit bien un petit écu
de fa poche pour favoir au jufte tout ce dont
Vous venez de me parler.
Je ne fuis pas fur notre exiftence future en ce
Monde , comme le Grenadier fur notre destinée
dans l'autre, je me crois fort loin du moment
de favoir tout ; mais je fuis un peu comme le
Caporal , & je donnerois volontiers un petit écu
de ma poche , & peut-être un peu plus , pour être
für que dans dix ans nous ferons auffi libres que
les Anglois , c'eft- à - dire , auffi foumis à la loi.
J'ai encore la fimplicité de ne . pas connoître
d'autre liberté..
Voilà encore une digreffion ; mais qu'importe
? eft-ce qu'il faut toujours parler d'Académies ?
Si l'on en croit l'Anonyme , bientôt on n'en parlera
lus ; car il conclut comme il a commencé
plus d'Académies .
Tout comme il lui plaira : pour ce qui me regarde
, je n'y tiens pas autrement. Mais pourtant,
après avoir plaifanté avec le deftructeur Ano
DE FRANCE. 149
nyme , parlons un moment raifon , puifque ce
n'eft plus à lui que nous parlons.
J'affurerai d'abord les raifonncurs profonds
qui fe font apperçus que les Académies n'étoient
pas d'une néceffité abfolue , que je penfe comme
eux , qu'elles ne font pas tout- à- fait a fì néceffaires
qu'une bonne légiflation , une bonne organifation
militaire , un bon fyftême d'imp fition
&c. Mais je demanderai à ceux qui réfléchiffent , f
dans un Etat , & fur- tout dans un grand Etat ,
c'est un bon principe de politique de n'admettie
que ce qui eft ftrictement néceffaire ? En ce cas ,
vivons comme les Spartiates ; rien n'eft plus ailé ,
& plus praticable , comme on fait ; & faifons vite
de belles loix fomptuaires. Mais fi l'on doute
que nous foyens fufceptibles de ce genre de
perfection
morale & politique , fi l'on admet qu'un
certainfuperflut eft devenu chofe très - néceffaire , les
Académies font , ce me femble , une espèce de fuperflu
qui peut paffer comme un autre , attenda
qu'il n'y en a pas qui coure moins . L'Académie
Françoile coure au Gouvernement , tous frais
faits , près de 25,000 livres , y compris le bois &
la chandelle c'eft marché donné. Je ne crois pas
en confcience qu'en puifle avoir une Académie inmortelle&
un Dictionnaire éternel à meilleur compte.
Nous avons vu , dans le bon temps , des Financiers
à qui leur mfique revenoit plus cher , & l'on en
cite un quidifoit à fon Jardinier qu'on avoit bien des
marguerites pour dix mille écus. On dira que les
temps font un peu changés , il eft vrai mais
auffi les fleurs de rhétorique valent peut- être un
peu mieux que les marguerites d'un parterre .
:
L'Académie des Sciences coute deux fois davantage
; mais heureufement c'eft la feule en qui
Pon veuille bien reconnoître quelque utilité directe
, quoique l'Anonyme pût nous dire qu'elle
n'a *pas inventé une machine , comme l'Académie
H 3
150
MERCURE
à
Françoife n'a point fait d'ouvrage de génie . Somme
toute , on ne fe plaint pas trop de l'Académie des
Sciences ; c'eft pour le gros du Public une espèce
de monde à part , peu près comme la lune ;
on n'eft guère plus inftruit de ce qui s'y page ,
& il n'y a pas moyen d'être jaloux. Qui eft ce
qui ne fe croit pas à peu près autant d'efprit que
d'Alembert ? Mais il feroit plus difficile de fe
croire Géomètre comme M. l'Abbé Boffet , ou
Naturaliſte comme M. Definarets , ou Chimifte
comme M. de Fourcroy . Paffe donc pour l'Académie
des Sciences .
Refte celle des Infcriptions , un peu plus chère ,
il eft vrai , que la nôtre , parce qu'elle eft penfionnée
; & l'on ne manquera pas de dire qu'il
n'eft pas fort néceffaire que nous fachions au
jafte tout ce qui concerne le culte d'Ifis & d'Ofiris
, & toutes les dénominations de Saturne,
Mais après tout , il y a bien des occafions ou
Fétude de l'Antiquité poétique , théologique , numifinatique
, &c. n'eft pas tout- à - fait inutile ; &
feroit- ce un fi grand mal qu'il en coutât trerte
ou quarante mille francs à la France pour dé
chiffrer d'anciens manufcrits & de vieilles médailles
Tout confidéré , joferois croire qu'on
put , fans être accufé de diffipation folle , fe
permettre ce luxe d'érudition .
Et l'Académie Françoife ! C'est ici la pierre de
fcandale . Quels reproches ne lui fait -on pas ?
Eile a flatté Louis XIV, & même Louis XV. Mais
parlons férieufement & de bonne foi. A- t -elle
été plus adulatrice que ne l'étoit alors la France
entière Elle a fuivi l'efprit du temps. Songez
à ce qu'étoit Louis le Bien- Aimé en 1744. Je
durai plus , ce furent deux Académiciens qui
oserent feuls parler à Louis XIV pour le foulagement
des Peuples , Racine & Fénélon , l'un dans
un Mémoire que lui demanda Madame de Main
DE FRANCE.
>
tenon , l'autre dans fon Télémaque ; & cette cou
rageule véracité caufa la difgrace de tous les
deux. Sous le dernier règne , quand la liberté de
penfer commençoit à fe répandre par l'influence
de quelques grands Ecrivains, la plupart du nombre
de fes Membres , non feulement elle n'y fut pas
étrangère , comme on le voit , mais elle contribua
beaucoup & par la nature des ouvrages
qu'elle couronnoit , & par le choix même des fujets
qu'elle propofoit , & par les principes qu'elle
fuivoit le plus fouvent dans fes élections , à propager
cet efprit philofophique qui préparoit de
loin l'affranchiffement des Peuples. Des plumes
ferviles lui en firent affez long-temps un reproche ,
alors répété tous les jours. Pourquoi donc affectet-
on aujourd'hui de l'oublier ? Pourquoi oublict-
on combien alors elle étoit fufpecte & odicule à
la Cour ; combien elle en fut inaltraitée vers la
fin du dernier règne ; combien de Journalistes efclaves
& de fatiriques mercenaires l'accufoient
d'être un centre de rebellion à l'autorité , de femer
l'efprit d'indipendance , d'être en un mot ( & ce
mot alors comprenoit tout ) Philofophe ? Faut- il
tout d.re ? En 1771 il fur question de la détruire
à caufe de fa philofophie ; & voilà qu'en 1790
on veut la détruire à caufe de fon ariftocratie !
Convenons que c'eft jouer de malheur , & qu'il
y a là un peu de ce qu'on appeile les contradictions
humaines.
On lui fait un crime de célébrer les morts.
Paffe encore pour le temps où ces Eloges funèbres
n'étoient que pour les Académiciens ; on pouvoit
en être un peu jaloux ; mais depuis que le Nécrologe
nous apprend tous les ans la mort de
tant d'hommes célèbres , comme on apprenoit à
Rome par des lettres de France , que Pierre Mazarin
étoit mort à Rome ; depuis qu'indépendam
ment du Journal de Paris , qui a aulli la nécro15ï
MERCURE
logie , chaque petite ville a auffi fon Journal où
l'on sème toujours des fleurs fur la tombe de quantité
de perfonnes très -connues de leurs amis , n'y
a -t-il pas un peu d'humeur à di puter à un pauvre
Académicien quelques lignes de compliment ? Et
feroit ce la peine d'être d'une Compagnie où l'on
rembourfe de fon vivant tant d'épigrammes individuellement
& collectivement , fi l'on n'avoit
pas du moins l'efpérance d'en être un peu dédommagé
après fa mort ? Pour moi je fuis là-delus
comme feu M. de Pau my , qui , lorfque l'Académie
réfolut de ne plus faire célébrer pour fes
Membres défants le fervice qui étoit d'ufage , dans
l'églife des Cordeliers , jeta les hauts cris , &
protefta hautement contre cette délibération , difant
qu'il étoit entré à l'Acadéntie fous la condition
qu'après la mort il lui revenoit un fervice académique
aux Cordeliers , & que jamais il n'y renonceroit.
Il a fallu pourtant qu'il s'en paflâr.
Dieu lui faffe paix !
On va dire que ce font encore des plaifanteries.
Mais d'abord , dans la première partie de ce Précis ,
il me femble que j'ai été tres - férieux , & même
que j'ai parlé rafon . Je vais tâcher encore , en
finiffant , d'en dire un petit mot. N'eft-il pas vrai
que l'Académie Françoife , avec les changemens
que j'ai indiqués ci- deffus , dont une partie eft
déjà adoptée , & l'autre très - vraisemblablement le
fera , avec un régime analogue à la Conflitution
de l'Etat , eft très - fufceptible de cet efprit patriotique
qui déformais doit être celui de tous
les talens & de tous les Arts Et pourquoi n
l'auroit- elle pas ? Quoi ! fous le règne du defpotime
, elle à non feulement fuivi , mais même
quelquefois devancé l'efprit public ( c'eft beau
coup pour une Compagnie ) , & fous un Gouvernement
légal elle ne feroit bonne à rien ! J'ai
parlé de fon travail fur le langage. Obfervez , je
ne
DE FRAN C.E. 155
·
vous prie & ceci mérite quelque attention) , que
la même époque où le ftyle acquiert l'efpèce d'é
nergic que donne la liberté , eit auffi celle où la
diction eft le plus expofée à fe corrompre ; &
ſi l'un eſt un biển , l'autre eſt un mal. La liberté
eft toujours tout près de contracter quelque chofe
d'agrefte & de groffier . Voyez déjà quelle foule
d'expreffions baroques , contraires à l'analogie des
élémens & à la jufte fle des idées , s'eft répandue
dans les écrits & dans la converfation ! Sur
quelques acquifitions heureuſes , combien d'innovations
bizarres que le bon goût doit ré--
prouver ! Ouvrez nos brochures , vous en trouverez
à chaque page , même dans celles qui
d'ailleurs prouvent du talent. Pour quelques
hommes dont la Révolution a fécondé le génie
& révélé la force , quelle multitude de barbouilleurs
politiques , qui la veille favoient à
peine lire , & qui aujourd'hui s'imaginent qu'ils
favent écrire , dès qu'ils ont reffaflé les mots de
Nation , de patriotifme , de civisme , & c ! Le fujer
les fait lire plus ou moins ; on eft fi occupé des
chofes qu'on e prend pas garde au flyle : &
pourtant , ofons le dire , quoi qu'il en puiffe arriver
, il n'eft pas d'une néc. ffité indifpenfable
d'être un mauvais Ecrivain pour être bon patriote ;
il y a des gens qui le prouvent tous les jours . Je
ne vois pas quelle force les folécifmes & les barbarifmes
peuvent donner aux raiſons , ni pourquoi
l'éloquence de la liberté feroit obligée d'être
barbarement néologique . En un mot › Four
être bon François , faudroit - il donc ne plus
parler françois Eh bien un bon Dictionnaire
fait Far l'Académie ( autrement qu'il ne l'a éré
jufqu'ici , je l'aveue ) peut nous apprendre à diftinguer
, dans la Langue nouvelle que l'on parle
aujourd'hui , ce qui eft bon à conferver & ce
qui eft bon à rejeter. Nous ne sommes pas
154
MERCURE
des Académiciens , difent fièrement nos Solons
& nos Brutus à deux fols , & ils croient , avec
ce feul mot fe donner un brevet de génie .
Meffieurs , point tant de fuperbe . C'eft beaucoup ,
fans doute , de n'être pas de l'Académie ; c'eft
déjà en votre faveur une puiffante présomption ;
mais avouez pourtant que fi l'on n'eft pas réceffairement
un grand homme parce qu'on eft de
l'Académie , ce n'eft pas affez non plus pour être
un grand homme , de n'être pas Académicien.
J'ai parlé de nos Prix : croit-on qu'aujourd'hui ,
que la liberté laiffe le choix des plus grands fu
jets , ce genre d'émulation ne fera pas un aiguillon
de plus pour les afpirans à la palme de
féloquence ? On vient de propofer l'Eloge de
Franklin. Quel fujet ! Et combien fi je me
croyois capable de le remplir , je ferois faché
d'être Académicien ! Un Journaliſte a dit & répété
qu'il ne falloit louer perfonne , ni les vivans ,
ni les morts ; qu'il étoit indigne d'hommes libres
de louer un individu , qu'il ne falloit louer que
la Patric , la liberté . Aflurément cet homme écrivoit
dans un accès de délire , ou bien il y a là
use rage de jalousie , quefta rabbia detta gelofia ,
qui s'effarouche au fon de la louange comme
certains animaux féroces à la vue des couleurs
brillantes. Quoi ! c'eft offenfer la Patrie & la liberté
que d'honorer ceux qui les ont fervics ! Les
Athéniens ne favoient donc pas ce que c'étoit
que Patrie & liberté , eux qui non feulement prononçoient
l'éloge funèbre de leurs grands hemmes
, mais qui regardoient comme la diftinction là
plus glorieufe d'être choifi pour rendre ce dernier
hommage à la mémoire des foldats morts
pour leur pays , & qui en faifoient la récompenfe
du plus grand de leurs Orateurs : il n'y en avoit
pas de plus briguée .
Enfin les Compagnies favantes & littéraires
DE FRANCE.
151
font un titre d'illuftration nationale qui n'eft pas
à négliger. Et que gagneroit- on à nous l'ôter ?
Elles gardent comme un dépôt qui en quelque
forte leur cft propre , la mémoire de cette foule
d'efprits immortels qu'elles fe glorifient d'avoir
poflédés dans leur fein. Si elles font , dans leur
propre pays , expofées aux traits de la fatire ,
qui , après tout , n'épargne rien de ce qui s'élève ,
elles fent honorées de l'Etranger , à qui elles
femblent préfenter comme en mafle toutes les richeffes
de la Littérature & des Arts , accumulées
parmi nous pendant deux fiècles. Je le demande
encore une fois , que gagnera-t on à détruire ces
palais des talens & du génie , fi long- temps confacrés
par la préfence & par le fouvenir des grands
Hommes ? Si l'envie n'y peut fouffrir les vivans ,
qu'elle y refpecte les morts. Il n'appartient qu'à
elle d'ofer dire que ces morts célèbres n'y appercevroient
pas encore quelques fucceffeurs , qui ,
fans étre leurs égaux , du moins ne les feroient
Fas rougir; & fi leurs ombres auguftes , qu'il eft
permis à l'imagination de fe repréfenter quelquefeis
revenant vifiter leur ancienne demeure , la
trouvoient déferte & abandonnée , ne croiroientelles
point , non pas que la Nation Françoife eft
devenue libre , mais qu'elle a été fubjuguée par les
Barbares ?
Il ne m'a pas été difficile de parler en faveur
des Académies , fans difiimuler le mal qu'on peut
coniger , & fans exagérer le bien que l'on peut
accroitre . Je n'ignore pas qu'il fera beaucoup
plus facile à l'envie d'être contre elles éloquemment
fatirique ; elle trouvera Foftracifme au fond
des coeurs mais j'ai parlé à l'efprit public ;
c'est lui qui doit m'entendre , & c'eft à luí à juger
la caufe.
( D ...... )
156 MERCURE DE FRANCE .
Déclaration du St. Panckoucke .
PLUSIEURS plaintes que j'ai reçues relativement
aux Journaux dont je fuis chargé , m'ayant fait
connoître qu'on voudroit me rendre refponfable
de divers articles qui y ont été inférés , je déclare
de nouveau que je n'ai aucune part , ni directe ni
indirecte , à la rédaction & compofition de ces
ouvrages périodiques. Accablé par les détails de la
manutention économique de mes propres affaires ,
je n'ai point le temps de lire les épreuves des Journaux
, je n'ai point le droit d'en être le cenfeur ,
je n'ai point celui d'en changer les Auteurs à ma
volonté , ayant paffé avec eux des actes devant
Notaire avant & depuis la Révolution , que je dois
refpecter , & qu'il ne me feroit pas poffible d'enfreindre
je déclare donc hautement & publiquement
que je ne puis être refponfable directement
ni indirectement d'aucuns articles de ces Journaux.
Tous les Auteurs & Rédacteurs font connus , &
eux feuls doivent répondre de leurs écrits .
J'ajouterai que j'ai publié dans le Mercure
de France de l'année dernière , un Mémoire fur
l'organisation des Journaux Angleis ; Mémoire
dont j'ai pris les renfeignemens fur les lieux , que
j'ai rédigé avec tout le foin dont je fuis capable ,
& ou j'ofe dire que j'ai appris à des Anglois même
ce qu'ils ignoroient à ce fujet. Cet écrit a été
adreffé à tous les Membres de l'Aflemblée Nationale
. Il contient la meilleure manière d'organifer
les Journaux & Papiers - Nouvelles quelconques
dans un pays libre.
Paris , ce 16 Octobre 1790.
N. B. Cette Déclaration n'a point été imprimée dans
plufieurs Journaux telle que je l'ai envoyée , & je la réta
blis ici comme elle doit l'être.
TABL E.
ERS.
1211Diſcouts.
Epitre, fur la Satire. 122 Varietés.
Charade, Enig. Logog. 1311
333
138
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 30 OCTOBRE 1790.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
A MA FEMME ,
Qui , la veille de fon Mariage , ignoroit
encore quefon nom debaptême étoit Aimée.
Air Avec les jeux dans le Village, :
BONNE avoit le doux nom d'AIMÉs
Et po:nt du tout ne s'en doutoit.
A vingt ans BONNE étoit aimée ,
Et pareillement l'ignoroit.
BONNE a fu qu'elle étoit aimée ,
De fa main clle a fait le don :
O BONNE , tu feras aimée
Toujours d'effet comme de nom ! (bis)
( Par M. Landry , Profeffeur de Philofophie
en l'Univerfité de Paris. )
Nº. 44. 30 Octobre 1799.
I
158
MERCURE
DISCOURS PATRIOTIQUE
PL
A U
t
PEUPL E.
LACE loin des grandeurs , par la fuprême Loi ,
Peuple , j'ai vu tes maux ; j'ai vécu près de toi .
Sous le joug trop long - temps je vis courber ta tête :
J'ai pleuré fur tes fers ; je bénis ta conquête .
Ne crois pas cependant qu'aigriffant tes douleurs ,
J'aille de tes Tyrans rappeler les noirccurs.
Mon pinceau fe refufe à retracer des crimes :
Des mortels abhorrés ont été tes victimes ;
Le plus jufte courroux avoit armé ton bras
Et le défefpoir feul t'entraînoit aux combats .
Mais lorfque ton courage a vengé tes misères ,
Quand la Loi te promet des deftins plus profpères ,
Peuple , abjure à jamais la haine & la fureur
Si tu fus opprimé , ne fois pas oppreffeur .
Apprends à tes rivaux , qui ne font plus à craindre ,
Que tu fus les dompter , mais que tu fais les
plaindre ;
Montre-toi généreux quand tu les as foumis ;
Ils furent tes Tyrans , ils feront tes amis.
:
Jouis en paix des biens qui pour toi vent éclore .
Déjà la Liberté , fi douce à fon aurore ,
Te prépare des jours plus purs , plus glorieux.
L'homme , quand il eft libre , eft prefque égal aux
Dieux.
ALLIOTECAL
BEGIA
DE FRANCE. 159
Par quel aveuglement , par quel fatal ſyſtéme
Se donna-t-il des fers , s'avilit - il lui -même ?
La force de l'Empire , & le glaive des Loix ,
Il abandonna tout aux caprices des Rois .
D'un devoir chimérique , efclaves imbécilles ,
Les Peuples chaque jour , cruellement dociles ,
Dirigeant follement leur courroux & leurs bras ,
Pour l'intérêt d'un homme écrafoient des Etats .
Le jour de la raiſon éclaire enfin la Terre .
Les Rois , à tes périls , ne feront plus la guerre.
Un arrêt éternel , bien confolant pour toi ,
Soumet le Peuple au Prince , & le Prince à la Loi .
Vois des Ordres détruits l'égalité renaître a
Non cette égalité , plus fatale qu'un maître ,
Fille d'un fot orgueil , qui place aux mêmes rangs
Le crime & la vertu , l'intrigue & les talens ;
Mais ce droit qu'en naiffant nous donna la Nature;
Qui du bonheur public eft l'utile mefure ;
Qui juge les humains fans faveur & fans choix ,
Et met chaque fujet fous la garde des Loix.
Conçois un noble orgueil ; ton fort eft ton ouvrage.
Un moment t'a vengé de mille ans d'efclavage ; ·
Un moment t'a rendu ta gloire & ton éclat ;
Et je vois dans tes mains les rênes de l'Etat .
Redoute cependant l'excès de la puiflance :
Fier de ta liberté , repouffe la licence .
Eh ! quel droit plus affreux que le droit du plus
fort ?
Songe qu'il fut long-temps l'arbitre de ton fort ;
I 2
160 MERCURE
Qu'il te donna des fers ; & que ce droit horrible
Prépare aux oppreffeurs un châtiment terrible .
Déformais tu vivras d'écueils environné.
Malheureux par toi -même , ou par toi fortuné ,
Prends fur tes paffions un fouverain empire :
Qui fe laiffe émouvoir , peut fe laiffer féduire.
Des ennemis ferrets déguifant leur fureur ,
Flatteront tes penchans pour égarer ton coeur.
Reconnois à leurs foins le défir qui les preffe ;
Brave qui te menace , & fuis qui te careffe .
D'autres plus dangereux égareront ta foi .
Interprètes facrés du Ciel & de fa Lǝi ,
Mais efclaves pourtant des paffions humaines ,
Ils feront de ce Dieu l'inftrument de leurs haines,
N'as- tu pas vu déjà la ſuperſtition
Fomenter la révolte & la divifion ?
Des Sujets égarés défignoient les victimes ;
Des Soldats Citoyens ont arrêté ces crimes ;
Et marchant fièrement au fecours de nos Loix ,
Du fanatifime aveugle ont étouffé la voix .
Ainfi d'un zèle faux crains les perfides trames :
Redoute encor pour toi l'or qui corrompt les ames,
L'ambition avide & fes lâches appas ;
Qui brigue les honneurs , ne les mérite pas.
Diftingue les talens & la vertu timide ;
Si l'intérêt te meur, que la raifon te guide.
Qu'un éclat emprunté ne fixe plus tes yeux :
Exige des vertus & non pas des aïeux.
DE FRANCE. 161
De ton pouvoir enfin entretiens l'équilibre.
Mais refpecte les Loix fi tu veux être libre ;
Sans elles fur la Terre il n'eft rien de facré ,
Le mérite eft profcrit , le crime eft honoré ,
La vertu chaque jour eft en butte aux outrages :
Près de toucher au port, crains encor Ics
orages....
Non , ne redoute rien . Regarde autour de toi ,
Tu verras des égaux , la Patrie & ton Roi.
Confacre avec tranfport , bénis la bienfaiſance
De ces mortels nouveaux , idoles de la France :
Philofophes profonds , hardis Légiflateurs ,
Dédaignant fièrement d'importunes clameurs ;
Au choc des intérêts oppofant leur courage ,
Ils ont pour l'Univers compofé leur ouvrage.
Tous les Peuples déjà , s'indignant de leur fort ,
Veulent brifer leur joug ou demandent la mort.
Des droits facrés de l'homme ils réclament l'uſage :
De fes longs préjugés le monde fe dégage .
Déjà ce Peuple efclave , enfant de Romulus ,
Rappelle dans fon coeur les vertus de Brutus.
Au bonheur comme nous l'Ibère veut renaître :
Qui rougit de les fers , n'a déjà plus de maître ;
L'Anglois même s'agite , & s'étonne aujourd'hui
De nous trouver plus grands & plus libres que lui;
La France au Defpotifme a déclaré la guerre.
En éclairant l'Europe , elle éclaire la Terre.
Ainfilorfque le Dieu qui préfide aux Saiſons
A rougi l'Orient de fes premièrs rayons ,
I 3
162
MERCURE
Soudain le feu s'accroît , & fa vive lumière
S'étend en un moment fur la Nature entière.
"
( Par M. Despazofils , du Musée
de Bordeaux. )
IN LO
1
MORALITÉ.
Impromptu fur une Pendule à fecondes.
A160111E fugitive , image du plaifir ,
Et l'emblémé du temps qui nous preffe de vivre ;
Toi que l'ail peur à peine fuivre ,
Hélas ! pour m'apprendre à mourir ,
Je n'ai pas befoin d'autre Livre.
( Par M.l'Abbé Dourneau. )
DE FRANCE. 16 ;
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
E Le mot de la Charade eft Bec-figue ; celui
de l'Enigme eft Pincette ; celui du Logogriphe
eft Nation , cù l'on trouve Io , Taon ,
Ino, Nina, Onan , Anon , Ton , Ta , Non, Ton.
D'
CHARA D E.
UNE allez forinte vills
Le nom s'exprime en men premier' ;
Dans mon fecond , le Financier
Cache de fes penchans le fouverain mobile :
Si contre mon entier , fouvent affez léger ,
Le Soldat fatigué , pefte , jure & fait rage ;
Plus fatisfait , il peut , après un long voyage ,
Trouver dans mon entier de quoi fe foulager.
( Par M. Privat. )
L'AVARICE
ÉNIG ME.
RICE me tient toujours très -bien fermée ,
La générofité me fait ouvrir fouvent ;
Plus je fuis groffe & plus je fuis aimée ,
Et foin de moi fi je le ſuis de vent.
( Par M. Prévost de Montigny . )
I 4
164
MERCURE
LOGO GRIPHE.
LE vrai bonheur , dit on , dépend de vivre en paix;
Mais avec mes fept pieds , c'eft projet inutile.
Voulez -vous à Paris connoître mon afile ?
Allez à la Sorbonne , & fur-tout au Palais.
Si l'amour offenfé me donne la naiſſance ,
Loin d'être nuifible à l'Amant ,
Un baifer jufqu'alors demandé vainement ,
S'obtient l'inftant d'après & m'ô : e l'existence.
Je voudrois , mais en vain , excufer tous mes torts ;
Ils font trop bien connus , fur-tout en Normandie ;
Pour m'éloigner de vous , faites tous vos efforts ;
Et vous , mes partifans , cra'gnez la tragédie.
C'eft affez de moi feule ennuy le Lecteur ;
En me décompofant , tâchons de le diftraire .
D'abord je fuis oifeau qui ne fais pas me taire ;
Maître abfolu de tout , j'ai des adorateurs ;
En hiver , en été , le feu me donne l'être ;
Je fuis ce qu'en marchant chacun laiffe après foi ;
D'une manière où d'autre on s'amufe de moi ;
L'amant jaloux fouvent me fait paroître ;
A Bicêtre fur-tout on vante ma beauté ;
Très-rarement fans moi vous trouvez une fille.
De grace permettez encor que je babille ;
Je parois en public avec Sa Majefté.
( Par le même. )
I
DE FRANCE. 165
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
HISTOIRE de Pierre le Cruel , Roi de
Caftille & de Léon , & des évènemens.
mémorables qui fe font paffes pendant fon
Règne. 2 Volum. in- 8° . A Paris , chez
Briand , Libraire , rue Pavée St - Andrédes-
Arts . 1790 .
C'EST ici l'un de ces noms qui ne paſſent
>
à travers les générations & les fiècles que
pourfuivis par la haine & par les malédictions
publiques . La Poftérité eft prompte à
fe faire justice des Rois , & rarement elle
fe rétracte de fes jugemens. Quelques voix
fe font élevées en faveur de Pierre , à
qui elle a confervé le furnom de Cruel ,
qui lui fut donné pendant la vie . Voltaire ,
qui a jeté un coup d'oeil d'aigle fur les
erreurs de l'Hiftoire , mais qui , dans le
deffein de la rectifier , fe plu trop fouvent
peut être à la contredite , demande pourquoi
l'on donna le nom de Cruel à ce
Don Pèdre , Roi légitime de Cafille , nom
qu'il falloit donner au bâtard Herri de
Tranftamare, affaffin de Don Pèdre & ufur166
MERCURE
pateur ( 1 ) L'Hiftoire du Roi de Caſtille eſt
la meilleure réponse à cette queftion.
Sans doute ce Henri qui l'affaffina , qui
ufurpa fes Etats quoique moins habituellement
cruel , quoique diftingué même par
fon amabilité , par un caractère affable
généreux & populaire , méritoit bien à
peu près le même titre ; & dans ces temps
de ba barie , il y avoit peu de Princes à
qui il ne pût convenir plus ou moins ;
mais Pierre fut cruel par inclination , par
habitude ; il le fut toute fa vie , il le fut
avec des raffinemens de perfidie qui le
mettent au même rang que les tyrans les
plus déteftés. Plaignons - le fi l'on veut d'être
né dans un fiècle barbare , d'être monté
fur le trône dans la première fougue
des paffions , de n'avoir vu autour de lui
que révoltes & brigandages ; mais fi l'on
nous demai de pourquoi on le nomma cruel,
ouvrens fon Hiftoire , & répondons comme
elle , c'eft-à-dire par les faits.
Pour arrêter les premiers troubles qui
s'élèvent dans fes Etats , on lui perfuade
qu'un remède violent eft néceflaire ; il fait
faifir Garci Lallo de la Vega , Gouverneur
de Caftillé , & donne ordre de l'affaffiner :
les Gardes , qui refpectoient beaucoup la
Vega , n'ofent cbéir. Le Roi réitère fes
ordres , qui font enfin exécutés . On jette
( 1 ) Difcours hift. & crit. à la tête de fa Tragédie
de Don Pèdre.
DE FRANCE. 167
le corps par une croifée ; & comme il
y avoit eu la veille un combat de taureau
vis- à-vis le Palais ( fpectacle digne d'un
tel temps & d'un tel Roi , mais dont les
Rois & les Peuples en Eſpagne s'amuſent
encore de notre temps ) , ce cadavre reſta
tout le jour expofé à fa vue fur une des
banquettes deſtinées au spectacle .
Les Communes de Burgos avoient pris
part à ces premiers mouvemens. Trois
Citoyens diftingués , arrêtés en même temps
que la Vega , furent conduits devant l'appartement
où dînoit le Roi avec Alburquerque
, fon premier Miniftre : on les
exécuta fous fes yeux , fans qu'il témoignât
la moindre compaffion .
C'étoit Alburquerque , rival de la Vega ,
qui le pouffoit à ces actes de violence ;
& l'on ne fait quel degré d'exécration peut
fuffire à un Miniftre qui fe fait un jeu
de développer ainfi dans le coeur d'un Roi
de 16 ans , les germes de cruauté qu'y
avoit femés la Nature ; mais il n'y a
point , on doit en convenir , de confeil
qui puiffe forcer un fi jeune Prince à contempler
un cadavre , & à voir fans émo-.
tion , pendant fon repas , égorger trois
malheureuſes vidimes .
Près de cinq ans après, furieux des hoftilités
de Tranftamare, il fait mourir tous ceux
qui furent convaincus d'avoir combattu pour
ce Prince rebelle. Ce n'eft-là , fi l'on veut ,
que l'un des droits de ces horribles guerres
16
168 MERCURE
•
97
mais fur quels droits , finon fur ceux des
tyrans & des tigres , s'appuieroit- on pour
excufer ce trait de barbarie ? » Parmi le
» nombre de ces malheureux que l'on
» conduifoit au fupplice , il fe trouva un
» vieillard ; fon fils , âgé de dix - huit ans ,
fend la foule , fe jette aux pieds du
" Roi , demande la grace de fon père ,
" & s'offre à fubir le trépas deſtiné à
» l'auteur de fes jours.. Pierre , infenfible
» à cette tendreffe filiale , accepte la pro-
» pofition du jeune homme , & le fait
fupplicier à la place de fon père « .
"
L'aimable Don Frédéric , fon fecond frère
naturel , fils de fon père Alphonfe par Eléc
nore de Gufman, comme Henri de Tranftamare
, après avoir trempé d'abord dans
la révolte de Henri , s'étoit réconcilié avec
le Roi , & paroiffoit rentré en grace :
mais Pierre renfermoit dans fon coeur le
défit & le projet de fe venger. Le jour où
Don Frédéric devoit arriver à Séville , il
fait dire à Don Juan , Infant d'Aragon ,
de venir lui parler. Après lui avoir fait
jurer de garder le fecret fur ce qu'il va
lui communiquer : » Je fais , mon coufin ,
» lui dit - il , que vous & Don Frédéric
» ne vous êtes jamais aimés ; j'ai appris
auffi que ce Prince fe préparoit à fe ré-
» volter contre moi ; toutes ces raifons
» me déterminent à le faire mourir , &
je vous prie de me rendre le fervice
effentiel de contribuer à la mort. Quand
"
23
DE FRANCE. 169
il ne fera plus , vous irez en Bifcaie
faire fubir le même fort à Don Tello ,
(frère de Henri & de Frédéric ) ; après
quoi je vous nommerai Prince de Bifcaie ,
» vous épouferez Ifabelle , &c. «.
"
- "
De quelque impartialité que doive le
piquer un Hiftorien , on ne voit pas de
fang froid celui de l'Auteur , qui en racontant
ce trait nous dit tranquillement ,
& fans le moindre figne défapprobatif :
» L'Infant d'Aragon remercia le Roi
de fes bonnes intentions pour lui , &
» l'affura de fa foumiflion aux ordres qu'il
» lui donneroit. Il offrit même de tuer lui-
» même Don Frédéric. Le Roi y confentit
» avec empreffement. Mais Sarmiento
"
( témoin de cette émulation de barbarie
» entre le Roi de Caftille & l'héritier du
» Trône d'Aragon ) ( 1 ) , dit à l'Infant
qu'on ne manqueroit pas de gardes pour
» affaffiner Don Frédéric , & qu'il pour-
» roit s'épargner ce crime. Le Roi ne lui
pardonna jamais cette réflexion «.
"
"
Don Frédéric arrive ; il fe rend au Palais :
on vient le chercher de la part du Roi ;
il commence à foupçonner & à craindre .
Il traverſe les appartemens , qu'il trouve
plus folitaires & mieux gardés qu'à l'ordinaire
il arrive au cabinet du Roi. On n'y
laiffe entrer que lui & Don Garcie de
(1 ) Cette parenthèſe n'est pas de l'Hiſtorien.
179 MERCURE
Padilla , Grand - Maître de Calatrava 3
comme Frédéric l'étoit de S. Jacques . Le
Roi s'étoit retiré dans un cabinet intérieur
, nommé del fierro , chambre de fer.
La porte étoit fermée. Les deux Grands-
Maîtres attendirent qu'elle fût ouverte ;
le Roi parut enfin , & dit à l'un de fes
Officiers de garde - Saififfez le Grand-
Maître ; l'Officier très- embarraffé , demanda
lequel des deux ? - Celui de S. Jacques ,
reprit le Roi Tuez - le , ajouta - t - il.
L'Officier n'obéiffoit point. - Eh quoi !
s'écrie un Courtifan , n'entendez- vous pas
les ordres du Roi ? Alors les gardes tom.
bèrent fur Don Frédéric ; il fe fauva dans
une autre falle , & voulut fe défendre ;
mais accablé par le nombre, il tomba couvert
de bleffures .
Le Roi fort de fon appartement , dé
cidé à tuer tous les amis de Frédéric. N'en
voyant point paroître , il retourne chez ſa
Maîtreffe , Maria de Padilla , où l'Ecuyer
de Don Frédéric s'étoit réfugié. Il tenoit
dans fes bras la jeune Beatrix , fille du
Roi. Pierre la lui fait ôter , & le poignarde.
Il revient dans le falon où le malheureux
Frédéric étoit dans les angoiffes
de la mort ; voyant qu'il refpiroit encore ,
il donne fon épée à un Officier , & lui
commande d'achever fa victime.
Ce fut ce meurtre qui fit donner à
Pierre le furnom de Cruel , & nous ne
voyons pas qu'il y eût à cela de l'injuſtice .
?
DE FRANCE. 171
Son impaflible Hiftorien avoue lui - même
que depuis cer inftant , le Roi devint de
plus en plus féroce ; femblable , dit - il ,
au tigre qui , après s'être abreuvé de fang
humain, n'en devient que plus altéré . Nous
nous garderons bien de fuivre davantage
les détails révoltans de ces barbaries . Nous
en avons affez dit pour rendre peu embarraffante
la queftien de Voltaire : Pourquoi
donna - t - on à Don Pèdre le nom de
Cruel? & cependant jufque - là ce ne font
que les degrés par lefquels il parvint au
point de férocité qu'il étoit capable d'atteind
. Ce ne font plus depuis lors que
meurtres , affaflinats & fupplices . Puis
viennent les défaires & les revers dont le
propre n'eft pas d'adoucir une ame altérée
de fang & de vengeance ; & enfin la
nort violente qu'il reçoit de la main de
fon frère naturel , qui dut la couronne à
ce crime , mais qui mit tous fes foins à
le faire oublier par un gouvernement plus
. doux. Il prit le titre de Henri le Bon , qu'il
ne juftifia peut être pas auffi bien que
Pierre celui de Cruel.
On croiroit que la Caftille , déchirée par
ces guerres fanglantes entre un Roi né
légitime mais devenu par fa tyrannie
indigne de régner ' , & un ufurpateur qui
l'inondoit de fang & la couvroit d'armes
. étrangères , étoit alors defpotiquement gour
vernée ; que la Nation n'étoit rien ni par elle-
-même , ni par fes repréfentans ; qu'enfin les
1-
MERCURE 172
fameufes Cortès , dont on s'eft fait une fi
haute idée , n'exiftoient déjà plus , ou ne
furent point convoquées pendant ce règne.
El es le furent plufieurs fois ; & même
elles réfiftèrent aux entreprifes d'Alburquerque
, qui vouloit détruire les anciennes
Loix , parce qu'elles étoient favorables à
la liberté des Peuples. Mais de quelle liberté
& de quelle partie des Peuples de
Caftil'e eft il ici queftion ? C'eft ce dont
on peut juger par la compoſition de ces affemblées.
-
-
Les Cortès , ou le Parlement national
de l'Espagne , confiftoient dans les Prélats ,
les Ducs , les Marquis , les Comtes ,
les Ricos hombres , & les Maîtres des
trois Ordres militaires qui fiégeoient pour
la Nobleffe. Dix fept villes recevoient
l'ordre du Roi d'envoyer chacune deux
Députés , pour qu'ils repréfentaffent les
Communes ; & ces Repréfentans étoient
les deux principaux Magiftrats de chaque
ville. Ce n'eft pas aux François d'aujourd'hui
qu'il eft befoin de dire , d'après
ce fimple apperçu , ce que c'étoit pour
le Peuple Caftillan que cette Liberté , protégée
par les Loix anciennes que les
Cortès étoient chargées de défendre ; ce
que c'étoit pour tout le Peuple que ces
affemblées toutes féodales , où pas un véritable
Repréfentant du Peuple n'étoit
admis .
Les Cortès étoient pour l'Efpagne ce qu'éDE
FRANCE. 173
toient pour nous ces anciens Etats- Généraux
, auxquels les partifans intéreffés des
Loix anciennes vouloient nous ramener en
1789. Ils avoient leurs raifons ; mais nous
avions les nôtres , & nous avons eu raifon.
Lorfque la force & l'impulfion naturelle
des chofes rendront les Cortès à l'Eſpagne ,
ne doutons point que les Prélats , Ducs ,
Marquis, Comtes , Ricos hombres , Maîtres
des Ordres , & principaux Magiftrats des
villes , ne veuillent perfuader à la Nation
qu'ils font la Nation , mais malgré l'ignorance
où l'on paroît dormir encore au delà
des Pyrénées , il ne faudra pas beaucoup
de temps pour que cette perfuafion devienne
fort difficile , & pour que les Cortès paroiffent
aux Espagnols ce qu'elles étoient
en effet , une véritable Cour , c'est- à- dire
une Affemblée anti- nationale.
Voici un petit échantillon de la manière
dont les prétendus Répréfentans du
Peuple , ou des Communes , coopéroient
dans ces Cortès aux affaires publiques.
La première fois que Don Père les convoqua
, le jour de la feconde féance , on
avoit laiffé au bout de la falle , un espace
entre les fi'ges des Députés de Burgos &
ceux de Léon ; " on y avoir mis un fauteuil
une table étoit devant , revêtue
» d'un velours cramoifi : deflus étoient un
» Crucifix & le Livre du Nouveau- Teftament
..... Le Préfident adreffa un
» très-beau diſcours à l'Affemblée , enfuite
774 MERCURE
H
fon Secrétaire appela à haute voix les
Députés des Communes , qui s'avan-
" cèrent deux à deux vers la table. Après
» avoir ôté leur chapeau , ils posèrent la
» main fur le crucifix , tandis que le Secrétaire
lut ce ferment : Jurez . fur ce
livre & fur cette croix > que vous ">
20
33
garderez le fecret fur tout ce que vous
" entendrez & direz dans cette Affemblée ,
" en ce qui fera relatif au fervice de Dieu
" & à celui du Roi , & que vous n'en
ferez pointpart aux villes qui ont le droit
» de voter dans les Cortès , jufqu'à ce que
» les affaires qui les engagent à s'affembler
, foient terminées , ou jufqu'à ce
" que le Roi vous falle donner des ordres
» contraires ; & nous de notre côté , nous
" nous engageons à défendre l'immaculée
" conception de la Sainte Vierge , la pa-
» trone & la gardienne de ce Royaume «.
93
ود
Ce qui vouloit dire : Vous entendrez ici
bien des chofes qui fous le prétexte de la
Religion & du fervice du Roi , nuiront aux
intérêts des villes que vous repréfentez.
Jurez de facrifier avec nous ces intérêts
que vous devriez défendre. Nous ferons
les champions de la conception immaculée
voilà l'important de l'affaire ; que
vous importe le refte ? Les Communes
n'étoient donc là que comme elles ont été
dans tout le refte de l'Europe pendant les
fiècles féodaux , c'eft- à- dire pour la forme
& pour confentir aux impôts. C'étoit beau-
:
DE FRANCE. 175
coup que la néceffité de ce confentement;
& c'est ce point capital de la Conftitution
des Cortès qui tôt ou tard les fera renaître
. » Quand les fubfides étoient accordés
» à titre de grace , on recueilloit les voix
» en particulier. Si trois perfonnes fe trou-
» voient d'un avis contraire , l'impôt ne
paffoit point , & ne pouvoit plus être
propofé qu'au bout de quatre mois ;
» mais quand ce qu'on demandoit étoit
» dû de droit , on recueilloit publiquement
les fuffrages , & la majeure partie
l'emportoit «
"3
"
Il eft vrai que la Cour avoit toujours
des moyens d'obtenir à la longue ce confentement
; l'intérêt , la vanité , ces deux
grands corrupteurs des Affemblées publiques
, ne lui manquoient pas au befoin .
Ce dernier mobile eft d'autant plus commode
qu'il oblige ordinairement à peu
de frais. Par exemple , pour encourager
les Cortès , non feulement à accorder les
fubfides , mais à en augmenter la fomme
au gré du Gouvernement , il n'en avoit
couté que d'établir cet ufage. Quand l'impôt
confenti s'élevoit à une valeur confidérable
, tous les Députés avoient l'honneur
de baifer la main du Roi ; & voici
comme le pratiquoit cette cérémonie conftitutionnelle.
» Ils étoient conduits en
grande pompe dans la falle d'audience ,
où ils attendoient le Roi . Quand il étoit
entré , chacun fe plaçoit le Préfident
">
99
"}
1
176 MERCURE
33» déclaroit au Roi le motif qui avoit engagé
" les Députés à fe raffembler. Ceux de Bur-
" gos entroient dans un plus grand détail
❞ au nom des Communes, & réitéroient l'affurance
d'être toujours difpofés à préve-
» nit les d'firs du Roi. Les Députés , après
» ce difcours , avoient l'honneur de baifer
fa main «.
"
و د
Ainfi , pour que le fruit des fueurs du
Peuple vint à plus grands flots remplir
les coffres d'un Tyran , qui ne l'employoit
qu'à opprimer de plus en plus ce Peuple
même , il fuffifoit de flatter le fot orgueil
de fes lâches & ftupides Repréfentans , par
le fingulier honneur de baifer une main defporique
, & fouvent meurtrière & parricide.
Et c'eft - là ce qu'on nommoit une
Conftitution confervatrice des Libertés ! *
Et c'eft- là ce que dans l'inévitable réfurrection
des Cortès , on entendra peut -être
un jour appeler Loix anciennes , & par conféquent
conftitutionnelles ! Mais le temps
de ces illufions eft paffé . Le dix - huitième
fiècle les a diffipées ; & il n'eft plus déformais
poffible qu'une grande Nation ,
en fe réveillant d'une longue léthargie ,
fe laiffe replonger dans la barbarie du
quatorzième.
Nous n'avons point voulu fuivre avec
l'Hiftorien de Pierre , le fil de cette vie
orageufe & coupable ; mais fi l'on a là - deffus
quelques regrets , voici à quoi l'on en peut
réduire les principaux évènemens .
DE FRANCE. 177
Pierre , fils du brave Alphonfe XI ,
monta fur le trône à l'âge de 15 ans , en
1350. Son père , qui n'étoit pas tout-àfait
Alphonfe le Sage , avoit fait la folie
de prendre publiquement pour Maîtreffe
Léonore de Gulman , d'avoir d'elle fept
ou hait bâtards , d'abandonner abſolument
pour elle la Reine Marie fa femme , &
qui pis eft , de donner à fa Maîtrelle , qui
étoit d'une des premières familles du
Royaume , une grande influence dans les
affaires. Après la mort , Pierre , fon feul
héritier légitime , vit s'élever contre lui
toute cette ligue d'enfans naturels , dont
les deux aînés fur-tout , Henri de Tranftamare
& Don Frédéric , avoient la faveur
du Peuple & d'une partie de la Cour, Le
jeune Roi , né avec des paflions très -vives
commença par celle de la chaffe ; & pour
chaffer tout à fon aife , il donna toute fa
confiance à Don Juan d'Alburquerque ,
& le laiffa gouverner comme il voulut.
L'amour vint enfuite ; Pierre devint éperdûment
amoureux de la belle Maria de Padilla
, dont la famille fut bientôt élevée aux
premiers grades . La guerre eut fon tour.
Ses frères naturels , après quelques mouvemens
qui n'avoient paru que paffagers , &
des réconciliations qui n'étoient qu'apparentes
, fe formèrent enfin un parti affez
puifant pour lever le mafque , & pour
lui donner l'occafion d'exercer la valeur
& fa cruauté naturelles,
178
MERCURE
Malgré fa paffion pour Padilla , la politique
& fur-tout Alburquerque voulurent
qu'il épousât Blanche de Bourbon , du
fang de France. Ce mariage , comme tous
ceux de cette efpèce , fut célébré avec
beaucoup de pompe ; mais le bonheur ne
fut pas du cortège : après trois jours d'une
froideur foutenue , que ni les charmes de
la jeune Reine , ni les remontrances de la'
Reine mère ne purent vaincre , Pierre
partit à cheval , accompagné de quelques
Favoris , & vint rejoindre fa Maîtrelle. La
difgrace d'Alburquerque fut la fuire de ce
triomphe de Padilla : mais ce triomphe
fut bientôt troublé. Jeanne de Caftro toucha
le coeur du Monarque ; & comme fa vertu
ou fon ambition l'empêchèrent de fe donner
à lui , il ne vit pour l'avoir d'autre
moyen que de l'époufer. Il trouva facilement
deux Evêques qui atteftèrent que fon
mariage avec Blanche étoit de toute nullité
. Jeanne de Caftro n'avoit rien à répondre
en ces matières à deux Evêques. '
Elle fut donc époufée , proclamée , Reine'
de Caftille , & abandonnée deux jours
après . Padilla reprit alors , fon premier empire.
Cependant le parti de Tranftamare &
de fes frères fe fortifioit tous les jours ,
de l'inconduite du Roi & du mécontentement
des Peuples ; mais l'activité , la
fivérité , le courage de Pierre , parvintent
à dilliper ce premier orage , & TranftaDE
FRANCE. 179
,
-
mare fut obligé de fe fauver en France : il y
trouva les efprits bien difpofés contre Pierre,
par les mépris qu'avoit effuyés Blanche de
Bourbon. il revint avec une armée , pour
venger l'affaffinat de fon frère Frédéric ,
& de tous les Gentils hommes de fon
parti , que Pierre avoit fait mourir. Il mit
en feu toute la Caftille . Le Roi fi vivement
attaqué par fon frère , l'étoit en même
temps par le Roi d'Aragon , nommé Pierre
comme lui fils comme lui d'un Roi
Alphonfe , & pour dernière conformité ,
furnommé comme lui le Cruel. Pierre réfifte
avec courage fur terre &c fur mer ; mais les
armes lui font défavorables , en même
temps que les cruautés lui aliènent de plus .
en plus fes Sujets : il fait affaffiner de fangfroid
Don Juan & Don Pierre , l'un âgé
de 19 ans , l'autre de 14 , dont tout le
crime étoit d'être fes frères naturels, & d'être
frères de Tranftamare. Un Prêtre veut faire
auprès de lui l'officieux ; il fe vante d'une
vifion de S. Dominique , qui lui ordonne
d'avertir le Roi que Henri veut le faire
affaffiner. Pierre imagine que ce font fes
ennemis qui lui ont député ce vifionnaire ,
dans l'efpérance de l'effrayer ; & pour le
payer de fes bons avis , il le fait brûler
vif à l'inftant.
,
Enfin , après quelques efcarmouches où
il eut toujours l'avantage fur les troupes
de Tranftamare , il le vainquit , & l'obligea
de fuir en Aragon. Pierre l'y pourſuivit ,
180 MERCURE
& s'appuya de l'alliance d'Edouard III ,
Roi d'Angleterre , & du fameux Prince de
Galles fon fils , fi célèbre fous le nom de
Prince Noir. La Caftille fe trouva donc
déchirée par fes propres armes & celles
d'Angleterre d'un côté , & de l'autre par
celles de l'Aragon & de la France .
Tranftamare ayant repris fes avantages ,
en profita pour gagner les cours des Caftillans
; fes libéralités lui faifoient par tout
des amis ; fes difcours n'annonçoient que
le défir de délivrer ces Peuples malheureux
de la tyrannie d'un Roi féroce. Ses
troupes , commandées par le brave du Guelclin
, faifoient tous les jours des progrès.
Il fut enfin proclamé Roi de Caftille &
de Léon. Pierre eut alors le plus grand tort
ou le plus grand malheur que puiffe avoir
un Roi dans une fituation aufli critique .
Il perdit la tête & le courage , & fe mit
à fuir de ville en ville , fans plus ofer
faire tête à fon heureux rival ; il fe retira
en Portugal , puis en Galice , & de là
en France , ou plutôt en Guienne , qui
étoit alors fous la puiffance du Prince Noir .
Ce Prince le reçut bien , leva pour lui une
armée , & marcha vers la Caftille pour
le remettre fur le trône . Henri de Tranſtamare
s'avance à leur rencontre , eft vaincu
près de Nagera , & forcé de fe fauver en
Aragon. Pierre eft rétabli dans fes Etats ,
proclamé de nouveau Roi de Caftille , &
reçu , comme on peut penſer, dans les principales
DE FRANCE. 181
cipales villes , avec ces mêmes témoignages
de joie qu'on venoit de prodiguer peu de
temps auparavant à Henri.
Des difcuffions d'intérêt pour le payement
des Troupes Angloifes le brouillent avec
le Prince de Galles, qui retourne en Guienne
, où il meurt quelque temps après. La
France fournit de nouveaux fecours à Tranftamare
, qui revient attaquer la Caftille :
la fortune fe déclare de nouveau pour lui :
Pierre veut en vain faire tête à l'orage ; il
eft défait dans les plaines de Montiel , &
fe retire dans le château de ce nom. Attiré
enfuite dans la tente de du Guefclin , fous
prétexte d'une entrevue , il y eft poignardé
par Henri de Tranftamare.
Cet alfaffinat étoit fans doute prémédité
; mais les chofes fe pafsèrent de manière
qu'en tuant fon ennemi , Tranftamare
ne parut en quelque forte que fe
défendre. Voltaire fe trouve ici , comme
il lui arrive fouvent , en contradiction
avec l'Hiftoire. » Guefclin , dit - il ( 1 ) ,
" prit Don Pèdre prifonnier à la bataille
de Montiel ( Don Pèdre, ou Pierre, ne
" fut point fait , prifonnier ) . Ce fut après
cette journée que Henri de Tranftamare
» entrant dans la tente de Guefclin
» l'on gardoit le Roi fon frère défarmé
» s'écria : Où eft ce Juif, fils de P.....
"
(1 ) Dans le difcours déjà cité.
N° . 44. 30 Octobre 1790.
K
où
IS2 MERCURE :
1
21
"2
qui fe difoit Roi de Caftille ? & il Pal
» faflina à coups de poignard «.
Voici le fait , d'après tous les Hiftoriens
Efpagnols . Pierre , dans fon défefpoir, ſe décide
à l'entrevue qu'on lui propofe , quoiqu'il
en fente tout le danger. Henri paroît
tout armé , & prononce en effet l'interrogation
rapportée par Voltaire. » A ces mots
l'intrépide Pierre , enflammé de colère ,
répondit : Tu es un traítre, je fuis Pierre ,
Roi de Caftille , fils légitime du Roi
Alphonfe. Il fe précipita fur Henri :
» comme il étoit le plus fort , il le ren-
» verfa par terre , & tirant fon épée , il
» l'eût certainement tué fans la célérité de
93
"
22.
ود
quelqu'un , foit du Guefclin , foit un au
» tre , qui faififfant Pierre par la jambe
» & le jetant fur le côté , donna le temps
» à Henri de fe relever. Henri prit alors
» un poignard , & l'enfonça dans le coeur
» de Pierre , qui rendit le dernier foupir
", Digne fin d'un règne odieux &
d'une vie noire de crimes .
"
Cette Hiftoire , écrite en Anglois par
J. Talbot Dillon , Auteur d'un Voyage en
Efpagne , eft affez médiocrement conçue.
Il falloit le pinceau d'un Tacite , ou d'un
Sallufte , pour tracer le tableau d'un tel
règne ; & l'Auteur , à force de vouloir être
impartial , eft fouvent froid & languiffant.
Le Traducteur , qui ne s'eft pas nommé ,
participe à ce défaut , & l'augmente peutDE
FRANCE.
2183
2
fans
être par un ftyle fans nerf , fans phyfionomie
, & fouvent même incorrect .
L'Ouvrage ne fe lit cependant pas
intérêt , foit parce que l'énergie des caractères
, qui perce , pour ainfi dire , à travers
la foiblefle du ftyle , attache , comme
il arrive prefque toujours , malgré leur
atrocité ; foit parce que , dans les circonftances
où nous fommes , l'Hiftoire , quelle
qu'elle foit , nous fourniffant des réflexions
& des comparaifons nouvelles , acquiert
pour nous un degré d'intérêt qu'elle n'a
-jamais eu.
f
PROJET de Légiflation Civile , dans lequel
on fe propofe de fubftituer un Code général
&fimple aux Coutumes nombreuſes
& contradictoires qui régiffent les diverfes
contrées de la France ; dédié à l'Affemblée
Nationale ; par P. PHILIPPEAUX ' ,
Avocat au Préfidial du Mans , avec cotte
Epigraphe :
Salus Populi fuprema Lex efto.
A Paris , chez Cuſſac , Libraire
Palais - Royal.
au
CET Ouvrage , qui fuppofe des recherches
& de la méditation , préfente , dans un
1
K 2
184 MERCURE
tableau méthodique & rapide , les élémens
du Droit Civil fur les perfonnes & les
biens. L'Auteur y difcute les principes du
Droit Coutumier , du Droit Romain & du
Droit général , rapproche toutes ces Loix
incohérentes , fait fentir l'immoralité du
plus grand nombre ; & après être remonté
aux principes du Droit naturel , arrive à
des réfultats conformes à l'efprit de la
nouvelle Conftitution . Dès le mois d'Octobre
1989 , cet Ouvrage fut préfenté à
l'Affemblée Nationale , qui a confacré l'opinion
de l'Auteur fur le Droit de primegéniture
, le partage des ci - devant Fiefs ,
l'abolition des Retraits & du Droit d'Aubaine.
Après avoir démontré dans fon Intro-
-duction l'importance & l'abfolue néceffité
d'un Code Civil uniforme pour toute la
France , il traite dans le I. Livre des perfonnes
, 1. des Citoyens : il propofe pour
la régénération des moeurs un plan motivé
d'éducation nationale ; 2 °. de la Nobleffe :
il s'élève contre l'illuftration par les feuls
droits du fang ; 4º . du Clergé : il infifte fur
la profcription du célibat , & indique d'autres
réformes utiles ; 4°. des Bâtards ; c'eſt
là qu'il indique les fources de dépravation
& leurs antidotes ; s . du Mariage envisagé
comme facrement & comme acte civil :
fous le premier rapport , il traite la queftion
du divorce , qui n'en a jamais été une
د
DE FRANCE. 185
que pour nous ; fous le fecond , il difcute
les règles de la dor , de la communauté
du douaire , & de la puiffance paternelle
, dont il examine les avantages & les
inconvéniens. De ce fujer il paffe à celui
de la majorité légale , & démontre fon importance
chez un Peuple libre que la civilifation
a éloigné des moeurs patriarcales.
Le II . Livre traite de la différence des
biens , de la manière dont ils s'acquièrent &
fe tranfmettent ; 1 ° . de la tranfmiffion par
vente & des preſcriptions à fin de libérer :
à cette occafion , il indique un mode fimple
de purger les hypothèques pour faciliter
les emprunts & favorifer l'Agriculture ; 2 °.
des donations , où il examine leur degré
d'utilité , & ce que doivent être les retranchemens
légitimaires dans divers cas ; 3 °. des
fucceffions directes & collatérales , de celles
entre mari & femme : fur ces matières
compliquées , l'Auteur a eu le fecret do le
rendre fort intelligible ; 4 ° . enfin des fubftitutions
& fucceffions contractualies , que
l'Auteur propofe d'abolir toutes , excepté
la feule que motive l'inconduite des enfans
dilpateurs.
31
186 MERCURE
95
MÉMOIRES intereffans pour fervir à
l'Hiftoire de Frances qu Tableau Hiftorique
Chronologique , Pittorefque
Ecclefiaftique , Civil & Militaire des
Maifons Royales , Châteaux & Parts
des Rois de France ; avec Figures gravées
en taille- douce ; par M. PONCET DE
LA GRAVE , Membre de plufieurs Académies.
Tomes III & IV. Prix , 6 liv.
reliés. A Paris, chez Nyon l'aîné & fils,
Libraires , rue du Jardinet.
CES deux Volumes ont pour objet la
defcription de Saint- Cloud & de fes dépendances.
L'Auteur a raffemblé toutes les pièces
relatives à ſon fujet , parmi lefquelles il a
répandu des anecdotes affez curieufes . Nous
nous contenterons d'en citer une , extraite
d'une lettre de Madame , deuxième
femme & veuve de Monfieur , frère de
Louis XIV.
د م ح ل ا
» La grand'tante de Mylord Hondley
» Mme. du Gourdon , a été ma Dame d'atours
pendant longues années . C'étoit
» une fingulière perfonne ; elle rêvoit con-
» tinuellement. Un jour voulant cacheter
une lettre dans fon lit , elle fit couler la
DE FRANCE. 187
R
و ر
"
"
» cire fur fa cuiffe , & y appliqua le ca-
» chet elle ne fentit qu'alors les douleurs
» de la brûlure , & jeta les hauts cris. Elle
» jouoit fouvent au lit ; alors elle crachoit
fur les draps , & jetoit les dés à terre. Le
foir, quandelle me donnoit ma coiffe pour
» aller à la Cour , elle pofoit toujours fes
gands fur ma tête , & s'enveloppoit les
mains de ma coiffe . Une de fes habitudes
» étoit encore de déboutonner la veſte de
» tout homme à qui elle parloit. Monfieur ,
mon époux , la chargea une fois de dire
quelque chofe de fa part au Capitaine
de fes Gardes , un très grand homme
» nommé le Chevalier de Beuvron. Comme
» elle étoit fort petite , fes mains , qui
n'atteignoient pas à la vefte , n'en défirent
» pas moins d'autres boutons. Le Capitaine
99
>
tout étonné , fauta en arrière en s'écriant :
" Eh, Madame , que me voulez- vous ? Cela
» fit éclater de rire tous ceux qui étoient
dans la falle de Saint-Cloud ".
La dernière moitié du quatrième volume
renferme les defcriptions de Meudon , Ma→
drid , la Muette & la Faifanderie de la porte
de Boulogne.
188 MERCURE
FORMATION de l'Infanterie Françoife ,
plan combiné d'après le génie de la Nation
; par M. D'ANGUY DE LA MÉNAYE ,
ancien Capitaine- Commandant au Régiment
de Baffigny. A Paris , chez Debure
l'aîné , Libr. Hotel Ferrand , rue
Serpente.
DIFFÉRENS Journaux parlèrent de cet Ouvrage
dans le temps qu'il parut : le Journal
Militaire fur-tout en fit la mention la plus
honorable pour l'Auteur , & cita fon plan
comme un des plus utiles à la Conftitution
de l'Armée Françoife . '
Les deux points fur lefquels il croit que
l'Affemblée Nationale a le plus effentiellement
à prononcer , font l'organiſation des
troupes & leur rappel à la difcipline. Il prétend
que
le moyen le plus prompt & le
plus sûr de rétablir la confiance fi néceffaire
entre le Soldat & l'Officier, c'eft de réformer
tous les inftigateurs de troubles , & de charger
les Capitaines du recrutement de leurs
Compagnies , en n'enrôlant que des jeunes
gens non corrompus, & propriétaires autant
DE FRANCE. 189
qu'on pourroit ( 1 ) . On fent quel bien il
réfulteroit de cet intérêt réverfible du Soldat
à fes Chefs , & de ceux - ci à leurs
enfans.
L'autre point recommandé par M. d'Anguy
, c'eft de ne pas entaffer inutilement
les Soldats dans les garnifons , &
de ne pas folder en temps de paix une armée
qui ne fert à rien ; mais il établit des
Compagnies d'auxiliaires non foldés , entreenus
dans l'exercice , qui au befoin dou-
-beroient les défenfeurs de l'Etat.
On eft forcé de renvoyer le Lecteur , pour
les autres articles , à l'Ouvrage même , qui ,
par l'étendue & le développement des principes
approfondis fur le génie national ,
forme un Cours militaire également utile à
P'Officier confommé & au jeune homme
fans expérience.
( 1 ) Chez les Romains , ceux qui n'avoient à
déclarer que leur nom , proletarii capite cenfi .
n'étoient point enrôlés.
:
190 MERCURE
EXPOSÉ des travaux de l'Affemblée
générate des Repréfentans de la Commune
de Paris , depuis le 25 Juillet 1789
jufqu'au mois d'Octobre 1790 , époque
de l'organiſation définitive de la Municipalité
; fait par l'ordre de l'Affemblée ,
& rédigé par M. GODARD , Avoca ,
ancien Président de l'Affemblée des Apréfentans
de la Commune , & imprimé
aux frais des Repréfentans. A Paris ,
chez Lottin , Imprimeur ordinaire de la
Ville , rue St-André- des - Arts. 1790 .
CET Ouvrage , dont le feul titre annonce
fuffifamment l'intérêt , offre de nouvelles
preuves du talent & du civilme de M.
Godard. On a diftingué, comme une pièce
pleine d'éloquence , de nobleffe & dè fermeté
, l'Adreffe à fes Commettans , qu'il
rédigea , au mois d'Avril dernier , au nom
de l'Affemblée des 240 Repréfentans de la
Commune de Paris. Nous voyons avec
plaifir l'opinion publique le défigner aux
Electeurs pour remplir une des places des
Tribunaux de Paris . Celui qui a défendu
avec autant de courage & de fageffe les
Accufés de Dijon , ne peut être qu'un
Juge intègre & éclairé.
•
DE FRANCE. 191
NOTICE S.
De la Deftruction du Régime Féodal , ou Commentaire
fur les nouvelles Loix concernant les
Droits Féodaux , leur rachat & liquidation , les
Droits de Chaffe , les Dixmes inféodées , &c . ;
par M. Garnier , Avocat. In- 12 d'environ 300
pages , fous preffe .
Ouvrage utile à tous les ci - devant Poffeffeurs
de Fiefs , Vallaux & Cenfitaires , aux Corps Adminiftratifs
& Municipaux , chargés de recevoir
le rachat , & de faire la liquidation defdits Droits ,
& aux Juges qui auront à prenoncer fur les conteftations
relatives aux Droits fupprimés ou confervés.
Qu s'infcrit à Paris , chez Royez , Libraire ,
quai des Auguftins , auquel les lettres feront
adreffées franches de port.
La Solitude confidérée relativement à l'esprit &
au caur. Ouvrage traduit de l'allemand de M.
Zimmermann , Confeiller aulique & Médecin de
Sa Majesté Britannique. Par M. J. B. Mercier ,
in- 8 ° . Prix , 3 liv. br. 3 liv . 12 f. franc de port.
A Paris , chez Leroy , Libr. rue St. Jacques.
On lira avec intérêt cet Ouvrage , dont l'original
eft eftimé en Allemagne .
LES Converfations d'Emilie ; se . édition . 2 Vol.
in - 12. Prix , 6 liv, rel. A Paris , chez Belin , Lib.
rue St-Jacques.
Cet Ouvrage eft auffi connu qu'eftimé ; on fair
qu'il a obtenu le Prix d'Utilisé , décerné par l'Académie
Françoife.
192 MERCURE DE FRANCE.
GRAVURES.
-Journée du 6 Odobre I 7 8.9 .
*
La fatisfaction qu'ont témoigné à l'Artifte ( le
Sicur Andrieu toutes les perfonnes qui avoient
fufcrit pour la Médaille du fiége de la Baftille
étant pour lui un encouragement qu'il a ſu apprécier
, il a conçu le projet d'en graver d'autres
de même grandeur , qui représenteront quelquesuns
des évènemens les plus remarquables de la
Révolution. La Médaille qu'il a terminée depuis
celle de la Baftille , & qu'il annonce aujourd'hui ,
cft l'arrivée du Roi à Paris pour y fixer fa demeure
habituelle. Cette Médaille , par fon diamètre
de 35 lignes , a fourni à l'Artifte un champ
affez vafte pour donner à fon fujer le ton pittorefque
qui lui étoit convenable. D'après cela , il
efpère que cette Médaillo ne plaira pas moins
à fes Soufcripteurs & à tout le Public , quercelle
de la Baftille . 1
Elles fe trouvent l'une & l'autre , chez l'Auteur
, maiſon du Libraire , rue des Noyers , n°. 33 .
Chez le Sieur Duprier , Marchand 'd'Estampes ,
rue des Cordeliers , vis-à - vis celle Haute-Feuille.
Et chez le Sieur de la Fontaine , Cifeleur-
Doreur rue > de la Vieille- Monnoie près le:
Pont-Neuf , maifon du Notaire , nº . 22.
Le prix de l'une ou l'autre de ces deux Médailles
, encadrée , eft de 6 livres.
›
1
Les mêmes , dorées , avec leur cadre , l'une
ou l'autre , 9 livres.
TABLE.
Ama Femme."
Difcours patriotique.
Moralité.
Charade , En. Log.
Hiftoire.
157 Projet de Législation. 185
158 Mémoires. 186
162 Formation. 188
163 Exp fé. 190
165 Notices,
195
MERCURE
粤
HISTORIQUE ET POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
-1
£20
POLOG´N E.
De Varsovie , le 9 Septembre 1790.
L'EXÉCUTION du Décret rendu contre
l'ancien Grand Trésorier , Prince Poninski,
s'est faite , le 1. de ce mois , avec
quelques adoucissemens . La Sentence
l'obligeoit à entendre en public la lecture
de l'Arrêt , à être dépouillé de ses
Ordres , et promené dans les principales
rues. Au lieu de ces dispositions ignomi
nieuses , on a permis au Prince de se dépouiller
lui même de ses Ordres , que son
plus jeune fils a rapportés au Roi La
nuit tomboit au moment où on lui a fait
lecture publique de la Sentence , devant
P'Hôtel-der Ville . Le Peuple bien plus inhumain
qu'il n'est juste , le Peuple qui
adoroit le Coupable lorsqu'il étoit puis-
Nº. 40. 2. Octobre 1790. A
(227)
sant , a souillé ce spectacle de ses accla
mations. Immédiatement après , le Prince
, accompagné de l'un de ses fils , s'est
rendu dans une terre , ou il profitera du
délai de quatre semaines qui lui est accordé
avant de sortir du Royaume , pour
mettre ordre à ses affaires. A l'ouverture
de ce procès d'Etat , hous en indiquâmes
l'objet. Pour en perpétuer la mémoire
le Décret qui punit le Prince Poninski
sera inscrit sur un marbre qu'on placera
dans la Salle des Nonces. L'on a aussi
demandé , qu'à côté de ce monument on
en établît un second, qui rappelât le courage
patriotique de feu M. Reytaw ,
Nonce de Novogrodeck , lequel s'opposa
aux funestes projets de la Délégation
dans les fameuses Séances des 19 et 20
Avril 1773.
Les Factions qui divisent la Diète s'animent
de plus en plus . Les Séances
sont rouvertes depuis huit jours. On a
commencé à discuter le nouveau plan
de Gouvernement. Par le premier anticle
, unanimement adopté , la Religión
catholique est reconnue et déclarée
seule dominante : les autres cultes res
tent libres ; mais on a décrété une peine
contre tout Gentilhomme quise rendroit
Protestant. Les opinions n'ont pu
s'accorder sur l'hérédité de la Couronne .
Pour mettre fin à ces dissentimens , on
avoit proposé de consulter les Diétinest
( 3 )
cette motion a fait naître les plus violens
débats ; on n'a pris aucune décision .
En accélérant sa paix particulière
avec la Suède , sans aucune entremise ,
la Cour de Pétersbourg s'est procuré un
moyen d'négocier aussi toute seule avec
la Porte , et d'écarter toute médiation
étrangère. Ce systême , conforme à la
hauteur de ce Cabinet , et au bonheur
de ses destinées , vient de se manifester
dans sa Réponse à la Déclaration de la
Convention de Reichenbach, que lui avoit
faite la Cour de Berlin . L'Impératice a
notifié , à son tour , « qu'Elle termine-
« roit Elle - même ses affaires avec la
<<< Porte , sans l'intervention d'aucune
<< autre Puissance , et qu'Elle se croyoit
« libre de continuer la guerre ou de faire
<<< la Paix , ainsi qu'Elle le jugeroit con-
«< venable. Depuis cette fière décision ,
la Prusse qu'elle n'intimide pas , se prépare
à appuyer les Turcs de la présence
d'une armée de 60 mille hommes sur les
confins de la Livonie : un second Corps
de 25 mille hommes se concentrera dans
la Nouvelle Marche entre Crossen et
Driesen , sous les ordres du Général de
Mollendorff. Le commandement de
toutes ces forces réunies , qu'on porte à
80 mille hommes , est destiné au Duc
régnant de Brunswick. On prépare les
magasins nécessaires dans la Nouvelle
Marche , où s'est rendu le Ministre d'Etat
, Comte de Schulenbourg.
A ij
( 4 )
·
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 13 Septembre.
A l'instant où l'on attendoit le Roi et
LL. MM . Siciliennes à Laxembourg ,
un Courrier , a apporté l'ordre de suspendre
les préparatifs des fêtes qui doivent
suivre le mariage des deux Archiducs.
Ce message a été occasionné par
l'indisposition d'une des Princesses de
Naples , tombée malade à Neustadt où
la Cour est rassemblée . La Reine étoit
partie le 7 pour aller au devant des augustes
Voyageurs.
Le même jour 7 , nous vîmes arriver
ici le Cardinal Bathiany , le Comte
Zichy, le Comte Carely et plusieurs
autres Députés Hongrois , chargés enfin
du Diplome inaugural , qu'on a rédigé
sur les instructions du Chancelier de
Hongrie. Malgré les sollicitations de ce
Royaume , très - vraisemblablement le
Couronnement de S. M. à Bude ne précédera
pas celui de Francfort . La première
réponse du Roi à la grande Députation
, a excité quelques mouvemens
parmi la populace de Bude et de Pest
que les mécontens ont mise en fermentation
; mais la Bourgeoisie ayant pris
les armes , on a bientôt ramené la tranquillité.
Cette réponse de S. M. écrite
de sa main , et adressée au Comte de
( 5 )
grie , Palfy , Chancelier de Hongrie , étoit en
ces termes .
Mon cher Comte Palfy , comme les Députés
ont eu aujourd'hui leur audience , .et /
que je dois partir pour aller à la rencontre
du Roi et de la Reine des deux Siciles ;
vous déclarerez de nouveau et confirmerez
auxdits Députés , en mou nom , qu'il m'a été
agréable de les recevoir , et d'apprendre de
de leur bouche le voeu que forment les Etats ,
de me voir chez eux pour procéder à mou
Couronnement. Vous donnercz à connoître aux
Députés , et par eux aux Etats , que , comme
ils le savent bien eux - mêmes , jusqu'ici le
non-accomplissement de leur vou n'a point
dépendu de moi , ni n'en dépendra encore
à l'avenir , parce que , dès le moment où ,
via legitimæ et immediata successionis , j'ai
commencé à gouverner le Royaume de Hongrie,
j'étois prêt et le suis encore à accepter ,
confirmer par serment , et observer ponctuellement
Diploma Theresianum ou Carolinum
, en changeant seulement , ainsi que
cela s'entend de soi - même , le huitième paragraphe
du dernier , contre le sixième paragraphe
du premier. Vous ajouterez à tout
ceci que je suis fermement et irrévocablement
résolu de prêter la main à ce diplome
et non à aucun autre ; que j'attends sur cela ,
de la part des Etats , une declaration prompte,
dont la qualité me determinera à fixer le
terme pour l'ouverture de la Diète et la cérémonie
du couronnement , s'il est possible ;
avant mon couronnement imperial , ou
prendre d'autres mesures légales.
"
Vienne , le 20 Août 1790.
LEOPOLD.
A iij
( 6 )
dressé au elier
Le Roi a Chancelier Comte de
Colowrath des instructions relatives à la
liberté de la presse . Ce Souverain exige qu'on
r. cherche avee vigilance et qu'on prohibe
la publication de tous les écrits propres à
troubler le repos public , à produire des dissentions
sandaleuses , à soulever contre l'obéissance
due au Prince , de même les ouvrages
contumelieux aux Lois , parce qu'ils
tendent à diminuer l'obéissance des Sujets ,
ei caux qui ont pour objet d'attaquer les principes
de la Religion , la Constitution Ecclesiastique
établie dans ce pays , et d'exposer au
mépris et au ridicule les Ministres de la
Religion .
De Francfort sur le Mein , le 21 Septemb.
L'élection de l'Empereur , d'abord fixée
au 27 , a été remise au 30. On sait que
les suffrages sont unanimes en faveur de
S. M. Apostolique.
Les Troupes Autrichiennes , destinées
pour les Pays - Bassont très- certainement
en marche, puisque la première colonne
descend actuellement le Mein . Elles traversent
les Cercles de Bavière, de Souabe ,
de Franconie , et du Haut-Rhin , auxquels
ont été adressées les Lettres réquisitoriales
de la Cour de Vienne . Leurs
quartiers sont déja préparés dans nos environs.
500 hommes des Troupes d'Anhalt
Zerbst ont passé , le 12 , à Cologne ,
avec 6 pièces de canon et 2 obusiers ,
pour joindre l'Armée Autrichienne dans
le Luxembourg. Ainsi , la farce des Dé(
7 )
magogues Brabancons approche du dénouement
, malgré leurs artifices pour
la prolonger. Une Proclamation récente
du Général de Bender est bien propre à
désenivrer enfin ce Peuple égaré , qui reclame
la Souveraineté et le Gouvernement
à l'instant où il est tombé en démence.
Voici les termes de la Proclamation :
«
Il m'est parvenu que les mal- intertionnés
répandoient de rechef le brait qu'il
ne se trouvoit point de Troupes en marche
de l'Allemagne pour les Pays- Bas , mais que
les troubles se termineroient enfin par la
voie des négociations. "
Les ennemis sé flattent d'avance , nonseulement
d'effrayer nos Troupes par l'augmentation
apparente de leurs hordes , c'està-
dire , par la réunion forcée de quelques
Villageois , mais encore , de leur faire perdre
completement le courage , et de porter à
la desertion ces Troupes , si fideles jusqu'ici ,
en publiant sur- tout , qu'il n'arriveroit point
de secours de l'Allemagne .
"
"}
Quoi que je sois intimement convaincu ,
que des Troupes si courageuses , et qui se
soit autant distinguées par leur fermeté , ne
sont point susceptibles de se laisser effrayer
ni egarer par des bruits si illusoires et si
dénués de sens , je ne puis m'empêcher
de faire connoître de mot à mot , la Depêche
de L. A. R. , datée du 8 , et reçue le 10 de
ce mois , pour compléter la preuve de la
m chanceté et du peu de fondement de ce
bruit.
" Cette Dépêche dit que la volonté invariable
du Roi , est de faire entrer aux
Pays - Bas le Corps d'Armée , dont la marche
A iv
( 8 )
a été intimée dernièrement , et que même
elle doit deja se trouver en ce moment sur
Jes terres de l'Empire ; que S. M. desiroit
cependant , que , pour épargner le sang et
les biens de ses Sujets , ils voulussent se soumettre
à leurlégitime Souverain , avant queson
Armée arrivât dans le Pays ; mais, que si cette
soumission n'avoit pas lieu avant que l'Armée
soit ici , et si les Rebelles ne profitoient point
du laps de temps qu'on leur laissoit encore
pour obtenir grace , et le maintien de leur
Constitution , S. M. étoit fermement résolue
de soutenir ses droits de souveraineté par la
force des armes , et quelque dar qu'il fût
à son coeur de faire verser encore le sang de
ses Sujets, d'obtenir, à main armée, ce qu'Elle
a tenté jusqu'à ce moment avec si peu de
fruit , par sa générosité , son amour pour
P'humanité, et sa bonté ordinairement paternelle.
Luxembourg, le 10 Septembre 1790.
BENDER , Maréchal des Armées.
"3
Le Prince Ferdinand de Rohan , Archevêque
de Cambray , avoit brigué dans
le temps , et sans le moindre succès ,
P'Evêché de Liège ( il est Tréfoncier de
Ja Cathédrale ) . Les circonstances lui
ont paru plus favorables ; il se rendit ,
il y a deux mois dans cette Ville ; il y
flatta les Chefs de la Faction dominante ,
caressa la populace , donna des déjeûnés ,
et par ces moyens de popularité , il est
parvenu à se faire nommer Régent par
les trois Etats , avec une bonne Prébende
. On l'a proclamé le 13 , et le
Peuple , qui le lapidera peut être dans
( 9 ).
kuit jours, si cela convient à ses Directeurs
, lui a prodigué ces stupides acclamations
, qui presque toujours déshonorent
le vrai mérite.
FRANCE.
De Paris , le 29 Septembre.
ASSEMBLÉE NATIONALE.
DU LUNDI 20 SEPTEMBRE.
L'autorisation donnée à la Ville de Chauny
, d'emprunter 8000 liv. , et à Compiègne
d'emprunter 12000 liv. , a précédé un rapport
de M. Vernier , sur les dettes de M. le
Comte d'Artois. Le Rapporteur , considérant
ces dettes comme un engagement du Roi authentiquement
confirmé , et devenu plus sacré
depuis le retrait des Appanages , a proposé
de ne point en charger la Liste civile , et
d'acquitter les Créanciers légitimes du
Prince. Cet avis du Comité des Finances n'a
pas manqué d'exciter les murmures des Galeries
et d'un certain nombre de Membres :
M. Camus leur a servi d'organe. Il a demandéla
preuve des prétendues avances faites
par les Créanciers : « Alors , a- t- il ajouté ,
• trouverons - nous peut- être que nous n'acquitteriors
pas la moitié des dettes de M.
d'Artois ; peut- être encore que les fonds
donnés par le Roi en 1783 n'ont pas servi
à éteindre les dettes de M. d'Artois ; peut-
" être ce qu'on paie à sa Maison chaque semaine
, du Trésor public , ne sert pas à
...cette destination . Puisqu'on veut payer les
dettes d'un PARTICULIER , il faut impri-
М
"
•
"
46
184
Av
( 10 )
་་་
mer les noms de ses Créanciers , et la preuve
de leurs avances . "
Il semble que , lorsqu'à la face du Public ,
on accuse d'infidélité un Particulier , on devroit
se munir d'autres preuves que des
peut- être. M. Malouet a inutilement rappelé
un titre sacré de M. le Comte d'Artois,
auquel le Roi devoit tenir compte de sa part
dans la succession mobiliaire de feu M. le
Dauphin , de la Princesse , fille du premier
lit de ce Prince , de Mde . la Dauphine , de
Louis XV . Les droits de la nature , ni
ceux des Lois n'ont ébranlé les Murmurateurs
, qui par la logique ordinaire ont fait
taire M. Malouet Je préviens le côté
gauche , a- t-il dit , que son despotisme
parviendra peut être à faire taire la Minorité,
mais ne la fera pas frémir
"
: ་ ་
>>
L'Assemblée a décrété l'impression du
Rapport , et les demandes de M. Camus ,
afin de produire l'état actuel de l'actif et
du passif des affaires de M. & Artois.
La Séance a fini par un Rapport de M.
Alexandre de Lameth sur l'avancement militaire
; on retrouvera les principes de ce discours
dans les Décrets qui l'accompagnoient ,
et rendus presque sans aucune discussion .
Nous les transcrirons avec leur suite dans la
Séance suivante.
DU LUNDI. SÉANCE DU SOIR.
Rappeler les Peuples à la Religion , c'est
aujourd'hui commettre un acte de fanatisme.
Nos entendimes , il y a 15 jours à la Tribine
, un Opinant avertir les Prêtres de
cesser de parler de Dieu au Peuple. Aujourd'hui
, M. Boissy d'Anglas a dénoncé
comme incendiaire un Mandement de M. l'Archevêque
de Vienne . Il est en effet très- incendiaire
, car il est sage et pieux. Quelques
Membres révoltés ont repoussé cette délation
dont on vouloit nantir le Comité des Recherches
; elle a été renvoyée à celui des
Rapports. Bientôt il ne sera plus permis de
parler ni d'écrire , si ce n'est dans le sens de
la Révolution.
Pendant la Séance du matin , M. de la
Luzerne avoit envoyé des nouvelles fâcheuses
de Brest ; portées aux trois Comités réunis ,
ils ont fait ce soir leur Rapport ; il repose
principalement sur une Lettre de M. d'Albert
de Rioms , en date du 16 Septembre , dont
voici la substance :
" Hier , à sept heures du soir , un Officier
vint m'annoncer qu'un Matelot du Léopard
avoit tenu des propos séditieux , et avoit insulté
le Major du vaisseau . Je demandai s'il
étoit ivre ; et sur l'affirmative , j'ordonnai
qu'on le conduisit à bord . Un autre Officier ,
bientôt après , m'annonça que l'arrestation de
ce Matelot avoit excité de la fermentation
sur le vaisseau le Patriote , où elle avoit été
faite. Le Patron du canot du vaisseau avoit
montré le plus de chaleur. Je le fis venir
dans la Chambre du Conseil , où il me déclara
que le Matelot n'étoit point coupable ,
et qu'il ne devait pas te puni . J'eus la
force de me contenir. Je lui demandai pour→
quoi il prenoit pour une panition F'ordre que
j'avois donné ; que lui stul étoit coupable ,
et que je me contentois de le renvoyer à son
bord J'avoue cependant que je pensai per dre
patience , lorsqu'il me demanda , si j'assure
Eois ce que je venois de dire. Je lui ordonnai
de se retirer promptemeat , ce qu'il fit , en
me disant que c'etoit au plus fort à faire la
loi; qu'il l'étoit , et que le Matelot ne seroit
1
A vj
( 12 )
-
point puni. Le désordre duroit toujours
à bord du Patriote. M. d'Entrecasteaux - cria
anx séditieux que si cela continuoit , il seroit
forcé de quitter son commandement. Tant
mieux , s'écrierent - ils , vive la nation , les
Aristocrates àla lanterne .. M.d'Entrecasteaux
sortit alors du vaisseau , et je lui permis de
venir à terre , en le chargeant d'informer
la Municipalité de ce qui s'étoit passé. Ce
matin , à huit heures , je me suis transporté
à bord du Patriote : j'ai ordonné que
tous les Officiers se tinssent sur le gaillard
d'arriere ; j'ai fait venir l'équipage , et j'ai
demandé quelle étoit la cause du trouble ;
on a garde le plus profond silence . Je me
suis alors adressé au Patron du canot ; il m'a
répondu qu'on avoit craint que le Matelot
du Léopard ne fût trop sévèrement puni. J'ai
fait venir l'Officier que j'avois chargé de cette
commission ; il a rapporté les faits que je
viens de vous raconter. " Vous voyez, ai je
dit à l'Equipage , que vos craintes etoient
mal fondées. Votre faute , ai - je ajouté au
Patron du canot , est bien plus grave ; vous
avez manqué à votre Capitaine ; vous m'avez
manqué ; je ne puis m'empêcher de vous
envoyer en prison , et je vais vous y envoyer.
Plusieurs voix ont crié : Il n'ira pas, Vous
allez done me désobéir ? Il n'ira
4
-
-
-
pas.
Que ceux qui sont disposés à obéir , se
montrent et levent la main. Personne ne
s'est montré. J'ai dit que j'allois faire part
de leur désobéissance à la Cour. J'ai voulu
auparavant m'informer s'ils avoient à se
plaindre de leur Capitaine ? —Non . — S'ils
seplaignoient de moi ? Non. - S'il avoient
des plaintes à faire contre leurs Officiers ?
Non. Je suis entré dans la Chambre du
( 13 )
Conseil , où j'ai fait entrer les Sergens ; je
leur ai fait observer que l'Equipage les
déshonoroit en se déshonorant lui - même,
Ils ont répondu qu'ils n'étoient pour rien là
dedans. Je leur ai dit qu'ils ne remplissoient
pas tout leur devoir , en observant l'ordre ,
s'ils ne le faisoient pas observer. Je rejoins
mon bord , ai- je continué , afin de leur donner
le temps de revenir sur ce qui s'est passé.
A mon départ , j'ai entendu beaucoup de
cris de vise la Nation , sans rien distinguer
de malhonnête pour moi. L'heure s'écouloit ,
et j'attendois en vain ; je me suis embarqué
dans mon canot pour aller conférer avec M.
Hector. Plusieurs voix ont crié au Patron :
Fais chavirer le canot. Je n'ai pu distinguer
ceux qui se sont rendus coupables de cette
insolence , qui sera sans doute suivie de bien
d'autres. A bord du Majestueux , plusieurs
Soldats ont refusé de faire le service de la
manoeuvre , sans être punis.... En vain je
voudrois persuader aux Officiers que la subordination
règne encore , ma bouche leur
suaderoit al ce que je ne crois pas moimême.
Il n'y a d'espoir absolument que dans
une Commission composée de Membres de
l'Assemblée Natiouale. Les Décrets ne ramèneroient
point l'ordre ; on s'en moqueroit . "
per-
Aux détails de cette lettre , le Rapporteur
a ajouté que la multitude attroupée
devant la Maison de M. de Marigny , Major-
Général de la Marine , avoit dressé une potence
destinée à cet Officier ; il a donné sa
démission .
M. de Montcalm e vu de la liaison entre
l'affaire de St. Domingue et celle de Brest ;
les Membres de l'Assemblée Coloniale étant
arrivés à bord du Léopard.
( 14 )
Le Décret proposé par le Rapporteur , statuoit
l'envoi de deux Commissaires nommés
par le Roi auxquels s'adjoindroient deux
Membres de la Municipalité de Brest . M.
d'Estourmel a remarqué l'inconvenance de
cette clause , puisque la Municipalité ellemême
étoit suspecte . Le choix de deux
Membres du Directoire lui a paru plus sage.
En effet , il y a quatre jours que la Munieipalité
venoit de se rendre coupable d'un
abus d'autorité , de résistance aux ordres du
Roi, et que sa conduite avoit été blâmée
dans l'Assemblée Nonobstant cette considération
, la clause a été jointe au Décret ,
en vertu duquel le Roi est prie de faire poursuivre
et punir les principaux Auteurs de
l'insurrection , et désarmer le Léopard. Les
Membres de l'Assemblée Coloniale arrivés
sur ce bâtiment , et M. de Santo-Domingo
qui avoit pris le commandement de ce vaisseau
, soat mandés à la suite de l'Assemblée
Nationale.
La Séance a fini par une dénonciation
qu'a fait M. de Curt , d'une Lettre attribuée
à M. de Gouy , et ecrite à St. Domingue.
M. de Curt y est inculpé , et elle paroit
tendre à semer l'insurrection contre les Décrets
de l'Assemblée Nationale. Interpelé de
dire , s'il avouoit ou non cette missive , M.
de Gouy commençoit à récriminer contre son
dénonciateur ; M. le Président lui a rappelé
que l'interpellation étoit cathégorique , qu'il
éût à dire oui ou non , mais que l'Assemblée
lui laissoit une certaine latitude. M. de Gouy
a repris :
"
Il me semble , a- t - il dit , que ma réponse
pourroit se réduire à l'examen de ces quatre
questions : Ai- jeécrit la lettre que l'on m'im(
15 )
pute ? à qui ai je adressé cette lettre ? est -ce
à une Assemblée Administrative , ou à un
particulier seulement ? les principes qu'elle
contient sont- ils inconstitutionnels ? en est - il
résulté quelqu'inconvénient , et le décret
rendu par l'Assemblée Générale de St. Domingue
, le28 Mai , a- t - il été motivé sur une
lette qui n'a été reçue que le 16 Juin ?
Mais je ne traiterai point aujourd'hui
ces questions , et je me bornerai à déclarer ,
que j'ai écrit à M. l'Archevêque Thibaud ,
alors simple particulier à St. Domingue , à
l'epoque à peu près de la lettre que l'on m'impute
; que je lui ai fait le récit de ce qui s'etoit
passé au sujet de l'instruction envoyée à St.
Domingue ;
"
Que j'ai pu raconter que-MM . de Lameth
et Gérard avoient demande la question préalable
, sans chercher à leur nuire , parce que
le question préalable n'a rien de criminel en
elle-même ;
40
"
Mais qu'il y auroit de la folie à moi de
désavouer ou d'avouer toutes les expressions
d'une lettre écrite il y a six mois , dont on ne
présente qu'un manuscrit informe , copié sur
un imprimé non authentique , d'après un
extrait qui peut être infidele , jusqu'à ce que
l'on m'ait représenté l'original que j'avouerai
bien hautement , dès que je le verrai revêtu
de ma signature.
"
M. de Gouy a été au Bureau , où il a écrit
et signé sa déclaration .
On a renvoyé la lettre au Comité Colonial.
De MARDI 22 SEPTEMBRE.
Au début de la Séance , M. Heurtault de
Lamerville , l'un des Députés qui ont assisté
( 16 )
hier à la cérémonie du Champ - de - Mars ,
en a fait un rapport noble et touchant.
" Nous avons été conduits , a - t - il dit , à
la place destinée aux Représentans de la Nation
. L'affluence des spectateurs est devenue
immense ; les divers Corps de Troupes se sont
avancés sous nos yeux dans le plus grand
ordre , lesquels se sont formés de même. Le
plus profond silence qui régnoit augmentoit
ce qu'avoit de lugubre la musique et la dé--
coration. Different du grand jour de la Fédération
, celui d'hier avoit comme lui un caractère
bien marqué ; l'us présentant le tableau
de la joie du coeur la plus exaltée ; l'autre
de l'affliction fraternelle qui ne fait que sentir
et pleurer. "
La Me se dite , M. le Commandant de la
Garde Nationale a traversé à pied le champ
de la Fédération , et est venu , accompagné
du Clergé , inviter la Députation de l'Assemblée
Nationale à s'approcher de l'Autel ,
pour rendre les derniers devoirs aux mânes
des généreux Guerriers dont nous voyions la
pompe funéraire.
* Nous nous sommes avancés dans le
champ de la Fédération ; nous sommes montés
à l'Autel qui étoit au pied du Mausolée
entouré de peupliers et de torches funéraires
et de jeunes Soldats de la Garde Nationale qui
sembloient , autour de ce tombeau vénérable ,
prendre la première leçon de mourir pour la
Patrie. "
" La Députation a fait le tour de l'Autel ,
et jeté de l'eau bénite sur le tombeau ;
་་
ز ي
En silence et les yeux mouillés de larmes ,
nous sommes en uite descendus de l'Autel ;
Bous avons été reconduits avec dignité jusqu'à
l'entrée du champ de la Fédération #
( 17 )
et nous nous sommes éloignés en desirant de
ne revoir jamais un spectacle semblable. "
On a repris la suite des articles sur les
règles de l'avancement militaire ; ils ont été
decrétés dans l'ordre suivant , tant hier qu'aujourd'hui,
(
TITRE I. Nomination aux places de Sous-
Officiers.
"
ART. I. L'on comprendra à l'avenir
dans la dénomination de Sous - Officiers dans
l'Infanterie , les Sergens - Majors , les Sergens ,
les Caporaux - Fourriers , et les Caporaux ;
dans la Cavalerie , les Maréchaux - des- Logis
en chef, les Maréchaux - des - Logis , les Brigadiers
-Fourriers , et les Brigadiers.
II. Les Caporaux dans l'Infanterie et les
Brigadiers dans la Cavalerie , présenteront ,
chacun à leur Capitaine , celui des Soldats
ou Cavaliers de leur Compagnie qu'ils jugeront
le plus capable d'étre élevé au grade
de Caporal ou de Brigadier..»
- III. Le Capitaine choisira un Sujet parmi
ceux qui lui auront été présentés.
>>
IV. Il sera formé une liste de tous les
Sujets choisis par les Capitaines.
"
"
V. Lorsqu'il vaquera une place de Caporal
ou de Brigadier dans une Compagnie ,
le Capitaine de cette Compagnie choisira
trois Sujets dans la liste .
21
VI. Parmi ces trois Sujets , le Colonel
choisira celui qui devra remplir la place vacante.
»
VII. Lorsque la liste sera réduite à
moitié , elle sera supprimée , et il en sera
fait une nouvelle en suivant les mêmes procédés.
"
VIIL Lorsqu'il vaquera une place de
( 18 )
Caporal ou de Brigadier Fourrier dans une
Compagnie , le Capitaine de cette Compagnie
choisira , parmi tous les Caporanx ou
Brigadiers , et parmi tous les Soldats ou
Cavaliers du Régiment, ayant au moins deux
ans de service , le Sujet qui devra la remplir.
"
"
IX. Les Sergens-Majors et les Sergens ,
dans l'Infanterie , les Maréchaux - des Logis
en chef , et les Maréchaux - des- Logis , dans
la Cavalerie , présenteront chacun à leur
Capitaine celui des Caporaux ou Brigadiers
qu'ils jugeront le plus convenable d'être élevé
au grade de Sergent ou de Maréchal - des-
Logis. "
X. Le Capitaine choisira un Sujet parmi
ceux qui lui auront été présentés.
་ ་
>>
XI. Il sera formé une liste de tous lés
Sujets choisis par les Capitaines.
u
XII. Lorsqu'il vaquera une place de
Sergent , ou de Maréchal- des- Lagis dans
une Compagnie , le Capitaine de cette Com
pagnie choisira trois Sujets dans la liste.
"
XIII. Parmi ces trois Sujets , le Colonel
choisira celui qui devra occuper la
place vacante. "
K
XIV. Lorsqu'il vaquera une place de
Sergent Major ou de Maréchal - des - Logis en
chef , les Sergens - Majors , et les Maréchauxdes
- Logis en chef du Régiment , présenter
ront chacun pour la remplir , un Sergent ou
Maréchal - des Logis de leur Compagnie , et
'il en sera formé une liste ,
"
XV. Le Capitaine de la Compagnie cù
la place de Sergent Major ou de Maréchaldes
Logis en chef sera vacante , choisira
trois Sujets sur la liste de ceux qui auront
( 19 )
été présentés par les Sergens - Majors ou
Maréchaux des Logis en chef. "
40
XVI, Parmi ces trois Sujets , le Colonel
choisira celui qui devra remplir la place vacante
. "
XVII . Lorsqu'il vaquera une place
d'Adjudant , les Officiers Supérieurs réunis
nommeront , à la pluralité des voix , parmi
tous les Sergens ou Maréchaux - des - Logis
du Régiment , celui qui devra la remplir ;
en cas d'absence des Colonels et des Lieutenans-
Colonels , ils enverront leur suffrage ,
et en cas de partage , la prépondérance est
accordée au Colonel. 39
" XVIII. Les Sergens ou Maréchaux - des-
Logis nommés aux places d'Adjudans concourront
du moment de leur nomination ,
arec les Sous - Lieutenans ( sans cependant
eire brevetés ) pour arriver à la Lieutenance ,
et ils resteront Adjudans jusqu'à ce que leur
ancienneté les y porte. ».
K
·
XIX. Lorsqu'un Sergent ou Maréchaldes-
Logis moins ancien que les Adjudans ,
sera fait Sous Lieutenant , les Adjudans
jouiront en gratification et par supplément
d'appointement , des appointemens du grade
de Sous- Lieutenant . »
TITRE I. Nomination aux places d'Officiers.
"(
ART. I. Il sera pourvu de deux manieres
aux emplois de Sous Lieutenant , lesquels
seront partagés entre les Sujets qui
auront passé par les grades de Soldat . Cavalier
et Sous- Officiers , et ceux qui arriveront
immédiatement au grade d'Officier ,
après avoir subi les examens dont il sera
parlé ci-après . »
. II. Sur quatre places de Sous - Lieute-
"
( 20 )
nant, vacantes par Régiment , il en será donné
une aux Sous- Officiers.
"
"
·
"3
III. Les places de Sous -Lieutenant destinées
aux Sous Officiers , seront données
alternativement à l'ancienneté et au choix. »
IV. L'ancienneté se comptera sur tous
les Sergens et Maréchaux- des - Logis indistinctement
, à compter de leur nomination . "
V. Le choix aura lieu parmi tous les
Sergens ou Maréchaux - des - Logis , et il sera
fait par tous les Officiers et Officiers Supérieurs
à la majorité absolue des suffrages ;
mais l'Officier n'aura voix délibérative que
lorsqu'il aura 24 ans d'âge.
"
"
"}
VI. Quant aux autres places de Sous-
Lieutenans , il y sera pourvu par le concours .
d'apres des examens publics , dont le mode
sera déterminé par un Décret particulier .
"
VII. Les Sous Lieutenans de toutes les
armes , sans aucune exception , parviendront
à leur tour d'ancienneté dans leur Régiment
aux emplois de Lieutenant.
"
DI
VIII. Les Lieutenans de toutes les
armes , sans aucune exception , parviendront
à leur tour d'ancienneté aux emplois de Capitaine.
"
" IX. Les Quartiers-Maîtres seront choisis
par les Conseils d'Administration , à la pluralité
des suffrages . "
X. Les Quartiers -Maîtres pris parmi les
Sous Officiers , auront le rang de Sous - Lieutenans.
Ils conserveront leur rang , s'ils sont
pris parmis les Officiers. "
M
XI. Les Quartiers- Maîtres suivront leur
avancement dans les differens grades pour
le grade seulement , ne pouvant jamais être
Titulaires , ni avoir de commandement , mais
jouissant en gratification , et par supplément
( 21 )
"
d'appointement , de ceux attribués aux différens
grades où les portera leur ancienneté.
XII. On parviendra du grade de Capitaine
à celui de Lieutenant - Colonel par ancienneté
, et par le choix du Roi , ainsi qu'il
va être expliqué.
"
"
XIII . L'avancement aux grades de Lieutenant-
Colonel , soit par ancienneté , soit par
le choix du Roi , sera pendant la paix sur
toute l'arme , et à la guerre le tour d'ancienneté
sera sur le Régiment.
"
" XIV. L'Infanterie Françoise formera une
arme. Les Troupes à cheval indistinctement
formeront une seule arme . L'Artillerie et le
Génie formeront deux armes différentes . »
XV. Sur trois places de Lieutenant- Colonel
vacantes , dans une arme , deux seront
données aux plus anciens Capitaines en activité
dans cette arme , et la troisième par le
choix du Roi , à un Capitaine en activité
dans cette arme depuis deux ans au moins.
Nomination aux places de Colonels .
N
« XVI. On parviendra du grade de Lieutenant
-Colonel à celui de Colonel par ancienneté
et par le choix du Roi , ainsi qu'il va
être expliqué.
"
"
XVII. L'avancement au grade de Colonel
, soit par ancienneté , soit par le choix
du Roi , sera , pendant la paix , sur toute
l'arme ; à la guerre , le tour d'ancienneté sera
sur le Régiment.
"
30
XVIII. Sur trois places de Colonels vacantes
dans une arme , deux seront données
aux plus anciens Lieutenans - Colonels en
activité de l'arme , et le troisième , par le
choix du Roi , à un Lieutenant- Colonel en
( 22 )
4
activité dans cette arme depuis deux ans au
moins. "
Nomination au gade de Maréchal- de- Camp.
XIX. On parviendra du grade de Colonel
à celui de Maréchal - de -Camp , par anciensetë
et par ie choix du Roi , ainsi qu il
va être expliqué.
n
XX. Sur quatre places vacantes dans
le nombre fixé des Maréchaux - de - Camp en
activité , deux seront données aux plus anciéns
Colonels en activité depuis deux ans
au moins. >:
« XXI. Si un Colonel , que son tour d'anciennéte
porteroit au grade de Maréchalde-
Camp , préferoit de se retirer avec ce
grade , il en aur it la liberté , et recevroit la
retraite fixée pour les Colonels ; sans égard
à son grade de Maréchal -de- Camp.
XXII. Le Colonel qui préféreroit se retirer
avec le grade de Maréchal - de - Camp
sans y être employé , ne pourroit néanmoins
faire perdre le tour d'ancienneté à celui qui
le suivroit , et qui , đáns ce cas , seroi : nommé
à la place vacante . "
Nomination au grade de Lieutenant- Général,
XXIII. On parviendra du grade de Maréchal-
de-Camp à celui de Lieutenant - Général
, par ancienneté et par le choix du Roi ,
ainsi qu'il va être expliqué. "
" XXIV . Sur quatre placés vacantes , dans
le nombre fixe de Lieutenans - Généraux en
activité , deux seront données aux plus anciens
Maréchaux -de - Camp ' en activite , et
deux au choix du Roi , à des Maréchauxde
Camp également en activité . »
# XXV . Si un Maréchal -de- Camp , que
( 23 ) .
son tour d'ancienneté porteroit au grade de
Lieutenant -Général , préféroit de se retirer
avec ce grade à y être en activité , il en
auroit la liberté, et percevroit la retraite fixée
pour les Maréchaux - de- Camp , sans égard
cependant à son grade de lieutenant - Gé
neral . »
"
1
XXVI . Le Maréchal de Camp qui préféreroit
se retirer avec le grade de Lieutenant
- Général sans y. être employé , ne pourroit
néanmoins faire perdre le tour d'ancienneté
à celui qui le suivroit , et qui , dans ce
cas , seroit nommé à la place vacante . »
Nomination au grade de Maréchal de France.
"
3
XXVII . Le grade de Maréchal de France
sera conféré par le choix du roi , et de nombre
en sera fixé. }
Ces Décrets terminés , M. de Montcalm a
lu un Projet d'impositions , dans lequel il a
proposé, différentes taxes sur les objets dé
luxe , les chevaux , les voitures , les domestiques
, les spectacles. Lorsque M. l'Abbé
Maury énonça généralement l'importance de
ee genre de taxation , à substituer à celle
qui pèse sur les consommations nécessaires ,
on poussa les hauts oris , on le traita d'incendiaire
et de Conspirateur. M. de Montcalm
a obtenu plus d'indulgence , quoique son
projet soit peu réfléchi En imposant , comme
il l'entend trois millions sur les Spectacles ,
on les feroit bientôt tous fermer, Vingt millions
sur les domestiques eussent été à peine
proposables , il y a dix ans , et c'est au moment
du renversement de toutes les fortunes
qb'on espère ouvrir une semblable source de
revenu ! M. de Montcalm retient 10 pour
cent sur les rentes des Créanciers publics ,
( 24 )
et se procure ainsi 15 millions . Le Controle ,
les Droits Domaniaux , et le Timbre luí
rendent 70 millions. Il évalue ensuite à 80
millions le revenu des Domaines Nationaux ,
et assure au total 568 millions de revenu au
Trésor public , dont les terres supporteroient
un peu plus des deux cinquièmes .
DU MARDI. SÉANCE DỤ, SOIR.
La lecture d'une Lettre de Nantes a instruit
l'Assemblée de l'arrivée de M. de la
Galissonnière , qui commandoit le Léopard,
avant que ce vaisseau eût été enlevé à
St. Marc par l'Assemblée Coloniale. Cet
Officier est débarqué à Nantes , de la corvette
le Serin , avec six Députés du Port-au-
Prince et du Cul - de - Sac , isle de St. Domingue
, lesquels viennent plaider contradictoirement
avec les Membres de l'Assemblée
générale.
M. de Murinais a ensuite donné connoissance
, qu'on avoit envoyé de Paris à Lyon
des Emissaires à un Club affidé , en l'excitant
à réclamer les Assignats ; que non- seulement
on a arraché des signatures , mais
qu'on s'est encore permis d'en apposer de
fausses à une Adresse .
"
" Ce ne sont-là que des jeux d'enfans , a
dit M. l'Abbé Maury. Je suis porteur de
150 Oppositions qui dévoileront toutes ces
" manoeuvres ; je les ferai connoître. Le
eri de l'ordre du jour a prévénu toute recherche
ultérieure.
"
Le Comité Ecclésiastique , avouant la
pauvreté de la plupart des Couvens de Re
ligieuses , a proposé de réduire celles de
Choeur à 600 liv. de pension , et les Soeurs
al
Converses
( 25 )
Converses à 300 liv . MM. Régnault , l'Abbé
de Montesquiou et l'Evêque de Clermont se
sont élevés avec les forces de la justice et
de l'humanité , contre la modicité de ce misérable
traitement. Par amendement , il a
été décidé que son maximum seroit de 700 1.
pour les Religieuses de Choeur , et de 350
pour les Soeurs Converses.
DU MERCREDI 22 SEPTEMBRE.
La première opération importante de la
Séance a été un Décret , par lequel l'Assemblée
Nationale décide de statuer sur diverses
acquisitions domaniales , telles que la cession
des droits utiles du Clermontois , de l'Orient
et des terres de Châtel et Carman , de
la Principauté d'Enrichemont , de l'Hôtel
de la Force , etc. L'Assemblée se réserve
aussi , par le second article , de prononcer
sur les 606000 liv. , de rentes constituées.
à l'Ordre du S. Esprit , quand elle aura
statué sur l'éducation et sur les Ordres de
Chevalerie.
M. le Brun , sur le Rapport de qui ces ,
articles ont été décrétés , les a fait précéder
d'un exposé nerveux et concis de l'Histoire
de nos Finances , et de la dette publique.
Entre plusieurs morceaux frappans de ce
Mémoire , on remarque ce tableau de l'Administration
de l'Abbé Terray.
"
Enfin un homme vint , qui avoit quelque
chose du sens de Sully et de la précision
de Colbert , qui crut comme Colbert et
Sully , que la base de toute finance étoit l'ordre
dans la recette et la dépense ; que le
- grand secret de la finance étoit d'établir le
niveau entre la dépense et la recette . Ses
lumières allerent jusques-là ; son caractère
Nº. 40. 2 Octobre 1790. B
( 26 )
alla plus loin . Dans notre siècle , dans un
siecle où le destin du Royaume roule sur le
pivot du crédit et de l'opinion , il osa frapper
sur la dette et prononcer tine dure ban-'
queroute. Il osa rejeter les anticipations sur
le passé et marquer une ligne entre son Ministère
et les Ministres qui l'avoient précédé.
Il étoit fort des circonstances , fort de nos
alarmes ; il le fut de la soudaineté de ses
opérations ; bientôt les effets n'en furent plus
sentis , et il n'en resta que le souvenir. La
perception se fit , les dépenses furent fidèlement
acquittées ; les Capitaux accumulés
se lassèrent de rester inutiles , et le crédit se
remontra plus fort et plus vigoureux.
33
On a consacré tout le reste de la Séance ,
au projet de Décret proposé par M. Emery,
sur l'organisation et la compétence des Tribunaux
Militaires. Il a été adopté en entier
avec quelques amendemens , et forme un
petit volume , qui absorberoit , et au delà,
tout l'espace de ce Journal . Nous nous bornerons
donc à annoncer qu'il sera établi des
Cours Martiales , chargées de prononcer sur
les crimes et délits militaires , en appliquant
la Loi pénale , après qu'un Juré Militaire
aura prononcé sur le fait. - Les Cours Martiales
seront composées de Commissaires Auditeurs
des Guerres , dont l'ús prendra le
titre de Grand- Juge Militaire. Le tableau
des Jurés sera formé par le Commandant en
Chef, et divisé en sept colonnes relatives
aux divers grades , depuis les Officiers- généraux
jusqu'aux simples Soldats . Il y aura
Juré de l'accusation , et Juré du jugement.
-
Les combinaisons de leur choix , de leur
nombre , de leurs fonctions , sont très-recherchées.
( 27 )
DU JEUDI 13 SEPTEMBRE,
Après la lecture du Procès - verbal , M.
Alexandre de Lameth a proposé trois articles
additionnels à ceux sur l'avancement militaire
on les a decrétés tels qu'ils suivent.
TIT. I. Da Remplacement « ART. I. Le
grade de Major étant supprimé dans la nouvelle
organisation , les Majors prendront le
tairegrade de Lieutenant - Colonel.
" Ne pourront cependant les Majors titu
laires et ceux par Brevet , prendre rang
qu'après les Lieutenans- Colonels titulaires
pour le cenmandement dans les Régimens ;
mais ils prendront rang dans la colonne des
Lieutenans- Colonels , en comptant deux
années de Major pour une.
13.
TIT. H. XV. Les Capi aines de remplacement
pourront , en outre , concourir
avec les Lieutenaus dans les Régimens où
ils sont attachés , pour leur remplacement
aux premieres places de Capitaines en activité
qui viendront àvaquer à la date de leur brevet
de Lieutenant , dans quelqu'arme qu'ils aient
eu ce grade .
Les Officiers de tous grades , de toutes
les armes actuellement en activité , réformés
par la nouvelle organisation , conserveront ,
jusqu'à leur remplacement dans leur grade ,
la moitié des appointemens dont ils jouissent
en ce moment. Si la réforme porte sur
des Officiers parvenus par les grades de Soldats
et de Sous Officiers , ils conserveront ,
jusqu'à leur remplacement , la totalité des
appointeens dont ils jouissent en ce mo
ment. "
1.
Ensuite M. le Chapelier a annonc
Tribune , au nom du Comité di 3
( 28 )
tion , qu'il existoit peu d'objets à décréter
pour l'achèvement de celle - ci , et qu'en arrêtant
le tableau de ce qu'il reste à faire ,
on pourroit indiquer à la Nation le moment
prochain où elle s'assemblera , pour former
la première Législature.
Cette grande e pérance , prise au pied de
la lettre , à valu à M. le Chapelier les acclamations
des Galeries , et l'approbation sincère
de la Minorité. Cette joie cependant
a bientôt diminué à la lecture du Décret
qu'à propose l'Orateur. Il nous a placés au
bout d'une avenue en ligne droite , mais à
perte de vue.
*
Il
D'abord , un Membre de chaque Comité,
sauf de celui des Recherches , sera adjoint
au Comité de Constitution , pour former un
Comité central , où chaque Membre donnera
l'état des travaux à faire par son Comité.
L'Assemblée Nationale suivra invariablement
l'ordre du Tableau , une fois décrété.
sra divisé en deux parties , Constitution et
Finances. Toutes les affaires particulieres
seront renvoyées aux Séances du soir.- Sept
Membres seront adjoints au Comité de Constitution
pour séparer les Décrets Constitutionnels
des Décrets réglémentaires , revi
ser la rédaction, et corriger les erreurs qui.
auroient pu se glisser.
Désirons que ce Plan soit exécuté plus fidèlement
, que ne l'ont été tant de réglemens
et de formes , tombés en désuétude presqu'à
leur naissance . Tant que le Corps législatif
continuera d'être le Conseil universel d'Etat ,
et que l'anarchie lui amènera journellement
une multitude intarissable d'infractions , de
chocs , d'insurrections , de plaintes , de requêtes
, de sentences , de déso res , de dé(
29 )
tails d'administration publique et privée ,
d'exécution générale , particulière et provisoire
, on pourra dire de l'ordre du jour , en
parcourant les tables de matières , hic jacet.
La discussion ayant continué sur la Con
tribution foncière , trois Membres , MM.
Aubry du Bochet , Ramel de Nogaret et Rey,
ont fait entendre leurs idées. Le premier ,
au travers d'une déduction diffuse , et d'éloges
emphatiques donnés à l'Assemblée , a
proposé un Cadastre divisé en autant de
parties que de Départemens : il établit
trois genres de Contributions qu'il nommé
foncière , facultative et industrielle .
4
M. Rey n'a pu achever la lecture de son-
Mémoire , écrit avec ordre , et clarté. In a
très-solidement combattu le Projet du Comité
; l'Assemblée a ordonné l'impression de
son Discours .
DU JEUDI. SÉANCE DU SOIR.
Nous avons fait observer plus d'une fois
les entreprises de differentes Municipalités ,
qui mettant à profit la doctrine anarchique
semée dans le Royaume , désobéissent à l'Assemblée
Nationale , après avoir été encouragées
à désobéir au Roi. La Municipalité de
Corbigny a poussé la hardiesse de l'esprit
d'indépendance , jusqu'à protester contre ua
Décret qui place le Tribunal du District
dans un autre lieu , et eontre l'élection des
Juges dont elle a ordonné la surséance. Le
Directoire du District a approuvé cette conduite
. M. Gossin après avoir rapporté cet
acte d'insubordination , a fait passer un Déeret
qui improuve la Municipalité et le Directoire;
déclare l'Arrêté nul , attentatoire, eté
•
Bing
( 30 )
mande à la Barre le Procureur de la Commune
et le Procureur- Syndie du District .
M. Voidel a dénoncé ensuite la Municipalité
de Soissons , coupable de complaisance
et de facilité pour les excès du
Peuple. La Nation de Soissons crut , le 30
Juillet , devoir retenir 80 muids de bled
achetés pour Metz , menacée de la famine .
Ces grains , disoit- on , sans doute d'après
certaines Feuilles de la Capitale , étoient
enlevés par les Autrichiens. La Municipalité
n'imagina pas d'opposer quelque resistance
à un Peuple Souverain ; elle écrivit ses embarras
au Comité des Recherches qui la
pressa d'exécuter la Loi. Le Peuple s'attrupa
de nouveau et commit de nouveaux excès ;
il étoit aisé de le prevoir. On eut beau lire
le. Décret de l'Assemblée Nationale , et la
lettre du Comité , les séditieux s'en moquèrent
; ils enfermèrent l'Agent de la Vile
de Metz à l'Hôtel de- Ville.
M. Voidel avoit joint à ce récit un projet
de Décret qui a ému M. Robespierre. Cet
honorable Membre n'a pas voulu laisser
parler d'une insurrection , sans lui prêter le
secours de son éloquence. Les alarmes du
Peuple de Soissons lui ont paru très-patriotiques.
Une Municipalité peut- elle exécuter
une Loi contre le voeu du Peuple , qui la
juge contraire au soin de sa subsistance ? des
Soldats Citoyens eussent ils obéi ? On voit
par ces maximes de M. Robespierre , que si
le délit de Soissons ne se repète pas ailleurs ,
ee ne sera pas sa faute.
M. Raderer a vivement combattu cette apologie
, et a fait passer le Décret qui improuve
la Municipalité, et ordonne d'informer contre
les Auteurs de Pémeute.
( 31 )
燙DU VENDREDI 24 SEPTEMBRE,
La question des Assiguats a absorbé la
Séance entière. C'est M. d'Elbecq qui a
rouvert la lice ; mais il s'est à peu près
borné à citer le voeu de Lille , et le résumé
d'un Mémoire très solide de cette Ville manufacturière
, contre l'émission de deux milliards
d'Assignats .
M. Morin a parlé long - temps dans les
mêmes principes , ea mélant l'éloquence au
raisonnement. Il étoit difficile qu'il ne rentrât
pas dans les raisons déja développées ; son
principal mérite a été de les reproduire sous
des rapports encore inaperçus. Le premier , il
a expliqué très -judicieusement la répugnance
du Clergé à voir trocquer les Biens Nationaux
contre des Assignats .
་་ On a répandu dans le public , a -t- il dit ,
que la portion de cette Assemblée , qui paroissoit
contraire à la vente des Biens nationaux
, ne vouloit pas des Assignats , afin d'eluder
un moyen favorable à cette vente . Je doute
que leClergé conserve surses anciennes possessions
une prétention proscrite par la Nation
entière ; mais ce qu'on ne peut pas se cacher,
c'est que le Clergé étant salarié , il doit
craindre , si les Assignats prennent la place
des écus , qu'on ne le paie en papier , ce
qui forceroit ses Membres respectifs à mourir
de faim , ou à vendre pour vivre , les assignats
à perte . Ainsi , la résistance du
Clergé peut avoir pour objet de sauver une
partie de la subsistance des divers salariés ,
dont il partage le sort et dont il court les
chances . 44
Il a conclu à payer la dette exigible en
Delegations nationales de cours libre , et à
Biv
( 32 )
ne créer , au lieu de 800 millions d'assignats ,
comme l'avoit proposé M. Démeunier , que
la quantité de ce Papier nécessaire aux be-
"soins courans ."
Avant que M. Morin eût la parole , M.
de la Galissonnière étoit revenu à cette
émission de 800 millions d'Assignats , et à
des billets de Caisse nationale , pour acquitter
la dette exigible.
M. de Montesquiou , armé de toutes pièces
en faveur des Assignats , a tenu très longtemps
la Tribune. Ce qu'on a dit de plus
spécieux à l'appui de ce systéme , et les réponses
les plus hardies aux objections , forment
l'essence de ce Discours. Il a reçu des
applaudissemens donnés , soit au mérite de
la diction , soit au fond même des raisonnemens
. Si des pétitions de principe presque
continuelles , des conséquences tirées de calculs
faux , des illusions à la place des preuves,
des inconvéniens présens et démontrés , détruits
par des prédictions sur l'avenir , peuvent
déterminer le succès d'une hypothèse ,
nul suffrage n'a dû manquer à M. de Montesquiou
. Le Culte public , a- t- il dit , et les
"
dépenses de l'Etat exigent une Contribu-
» tion annuelle de 500 millions . " ( Les
Charges publiques seront au moins de 700 millions
en temps de paix on l'a démontré article
par article , au moment où M. Vernier
présenta la même illusion . )
L'Opinant a évalué à QUATRE MILLIARDS
les Biens Nationaux ; mais par pure complaisance
, il a retranché un Milliard d'un
trait de plume. Tu dieu ! comme l'on joue
maintenant avec les Milliards . Et quel bel
art que celui de ces chiffres mobiles , dont on
distrait des unités et des zéros à volonté !
( 33 )
Voilà la troisième fois que M. de Montesquiou
nous donne des 3 OU4 milliards : n'auroit- il pas
eu le temps de se décider dans l'intervalle , et
d'opter définitivement ? Les bases de son
calcul sont des évaluations faites par 1200
Municipalités de l'Isle - de-France . Par une
règle de proportion , M. de Montesquiou porte
à 132 millions le revenu total des Biens nationaux
dans le Royaume. Il ne fait pas attion
, qu'en supposant même ces évaluations
bien justes , bien vérifiées , bien authentiques
, des terres dans l'Isle - de - France ont
une valeur très - supérieure à celles des terres
des trois quarts du Royaume. Autant vaudroit
mettre de pair uue maison de campagne
à Saint - Cloud ou à Saint - Denis , avec
une habitation des environs de Saint- Flour
ou de Quimpercorentin . Rien n'est donc plus
vague , plus arbitraire que ces chimériques
calculs de proportion.
En résumant les causes qui suspendent la
circulation de l'argent , M. de Montesquiou
a tout mis en ligne de compte , sauf le discrédit
qui doit tourmenter un Royaume
retourne comme un gand en une année , et
le défaut absolu d'ordre et de force publique.
L'Opinant a eu l'attention delicate de ne
pas toucher à cette corde frémissante ; il se
seroit entaché du titre d'Ennenii de la Révolution
; mais en sauvant sa gloire , il n'a pas
effleuré l'objection terrible que , sans harmonie
, sans Lois affermies , sans Police ,
sans sureté , sans Pouvoirs publics respectés
il n'y a point de crédit ; que sans crédit ,
l'argent se cache et s'enfouit , et qu'enfin
sa rareté et son resserrement doivent en élever
le prix à une hauteur incalculable , au- dessus
Во
( 34 )
"
de celui du Papier- Monnoie : pas une ligne
"dans ce discours qni attaque cette vérité.
Au lieu de la détruire , M. de Montesquiou
s'est jeté dans les prophéties . Il nous
proniis qu'aussitôt ces deux milliards de Papier
en mouvement , ce seroit l'argent qui
viendroit solliciter son échange. Ainsi soit- il.
.
a
A la suite de cette chaîne de paradoxes
et de sophismes , M. de Montesquiou , après
avoir décrié de tout son pouvoir les Quittances
de Finanee , a fini par les admettre
avec les Assignats , dans l'échange des Biens
nationaux.
Avant qu'un nouvel Opinant prît la parole
, M. Regnault - d'Epercy a rapporté , au
nom des Comités de Commerce et d'Agricultore
, l'avis de différentes villes sur les Assignats.
25 contre sept les repoussent : ce
sont les principales villes du Royaume ,
Lyon , Marseille , Rouen , Lille , Nantes ,
le Havre , la Rochelle , Dunkerque , Abbeville
, Elbeuf Reims etc. Bordeaux
"
Rennes , S. Malo , l'Orient , Tours , Auxerre
et Louviers , dont M. Décretot a désavoué
le voeu prétendu , demandent les Assignats .
"
Ce Rapport commençoit , lorsque M. de-
Mirabeau la interrompu , en invoquant la
parole, Cette irrégularité a fait naître un
moment de trouble : le Président ayant prié
ceux qui accordoient la parole à M. de Mira-
Leau de se lever , l'Opinant lui a reproché
de poser astucieusement la question ; enfin
il a obtenu de parler , pour répéter ce qu'il
avoit dit l'autre jour , pour opposer les raisons
aux autorités et affirmer que la crainte
d'une Contre révolution décidoit la Majorité
par - tout , à demander les assignats.
Nous croyons hien , en effet , que la majo
( 35 )
rité indigente à qui le sort de la fortune publique
est indifferent , peut désirer les assi
goats , quand on la soudoie ou qu'on l'égare
pour cela ; mais si la Majorité des 25 principales
Villes de Commerce partageoit ce
vou , comment celui de la Minorité a - t -il
prévalu ? Sortant enfin de cette phraserie ',
M. de Mirabeau a fini par où il auroit pu
Commencer , en avertissant qu'il étoit Porteur
de Pétitions , contraires à celles dont M.
Regnault venoit de rendre compte. A Lyon ,
« à répliqué M. de Murinais , je sais qu'on a
mandié et calqué des signatures particulieres.
Voilà les pétitions dont M. de Mirabeau
est porteur. "
"
་
"
6 .
ས
M. Ansou a ajouté aux sept Villes à Papier-
monnoie , la majorité des Sections et
les six Corps de Paris.
Cet épisode terminé , M. de Beaumelz a
repris la question principale , remanié la défense
enthousiate des Assignats , et conclu
à en créer pour 800 millions , en liquidant
le reste de la dette exigible en Quittances
de Finance."
DOSAMEDI 25 Septembre.
Le Chef d'une des plus célèbres Manufactures
de France , M. Décrétot de Louviers
s'est fait entendre le premier , et a reproduit
le tableau des affreuses conséquences
d'une émission d'Assignats poussée au delà
de 400 millions, Aux raisons déja présentées
, il a joint le poids de sa propre expérience,
des remarques judicieuses , des faits
précieux .
" Les Assignats , a- t-il dit , émis en somme
considérable , perdront nécessairement de
leur valeur, primitive. Déja la crainte de
B vj
( 36 )
cette émission à fait resserrer l'argent , et
augmenter la perte sur les Assignats qui sont
en circulation ; deja cette crainte , comme
vous l'annoncent les Gazettes fait chez
l'Etranger négocier à perte les Le tres dechange
sur Paris ; déja elle a considérablement
influé sur le Change à notre désavantage
; déja elle a fait renchérir les matières
premières , que nous sommes obligés de tire
du dehors ; deja elle a fait suspendre les
ventes d'une grande partie de celles qui sont
en France ; les piastres sont à 51.7 s contre
argent et à 51. 18 s . contre Assignats. Le
vin de Bordeaux est à 200 1. contre argent
et 220 liv . contre Assignats . Ce sont là des
faits , et ces faits prouvent plus que les rai
sonnemens. »
L'Opinant a voté pour un émission de 400
millions d'Assignats , nécessaires aux besoins
publics , et pour liquider la dette exigible
en délégations territoriales , dont l'intérêt
seroit cumulé avec le Capital , à l'acquisition
des Biens Nationaux.
Après un discours très- foible de M. de
Custine en faveur des Assignats , M. Dupont
a paru dans l'arêne , et a fourni sa carrière
avec une supériorité continuelle . Son discours
est , à notre avis , ce qu'il a jamais
rien écrit de mieux . Notions justes , mesure
parfaite dans les idées , netteté constante ,
Varieté de moyens , style plus soigné que
P'Orateur ne l'a quelquefois , noble sans en-
Bure , rapide , purgé de toutes locutions populaires
, il nous est impossible de rapporter ,
même d'extraire cette Opinion de trois heures.
Après avoir détruit les trois suppositions sur
lesquelles on appuyoit le systême des Assigbats
, savoir ; nécessité de payer la dette
( 37 )
exigible ; vente plus utile et plus prompte
de Biens Nationaux ; impuissance prétendue
de la Nation à supporter l'intérêt des Quittances
de Finances , il a dit:
"(
M. Arnaud a fait imprimer le tableau de
quatre marchés éloignés les uns des autres ,
et vous avez vu comment , en 1720 , les grains
augmentèrent au milieu de l'abondance , et
comme ils tombèrent tout- à- coup , lorsque
l'illusion cessée eut fait disparoître la masse
effective. Mon raisonnement n'est donc pas
une hypothèse , c'est un fait dont vos peres
ont été les témoins et les victimes. M. de
Montesquiou , en s'adressant à moi , a nié le
fait futur , malgré l'axiome qui veut que du
fait à la possibilité , la conséquence soit valable.
M. de Montesquiou prétend que ce qui
est arrivé en 1720, ne peut arriver aujourd'hui
parce qu'on ne peut comparer le papier de
ce temps - là à celui qu'on propose d'émettre.
Il se trompe ; car ce fut tant que le papier
dont je parle fut un numéraire réel équivalent
à l'argent , que le prix des grains fut si haut. "
"
L'expérience vous a appris que vos/Assigoats
perdoient 6 pour cent , et l'Arithméque
, la mieux combinée , vous a dit qu'ils
perdront 8 ou 9 fois plus , si la masse en est
décuplée . On peut , dès- à- présent , calculer
combien vos Assignats perdront contre l'argent
, comme on calcule le trop plein d'un
bassin par le diamètre du réservoir. Lorsqu'une
fois la perte qu'ils éprouveront aura
dérangé les calculs de l'Agriculture et du
Commerce , il deviendra impossible que leur
discrédit ne soit pas effrayant . Vous avez
un exemple frappant sous vos yeux . Il y avoit ,
il y a dix ans , dans les Etats Unis d'Amériua
papier hypothèqué , comme celui
que ,
( 38 )
#
que l'on vous propose , sur l'honneur et la
loyauté de la République entiere , et sur une
masse énorme de biens fonds , soutenu de
même par des discours eloquens , par des Décrets
impérieux et par l'importance du salut
de l'Etat. Eh bien malgré tout ce qu'ont fait
le Congrès , Wasington et Francklin , une
paire de botte se vendoit , en papier , 36,000
liv. , et un souper , pour quatre personnes ,
qu'on auroit payé dix ecus , a coûté 50 mille
écus en papier- monnoie. D
" On dit que les Porteurs d'Assignats àcheterout
des Biens Nasionaux ; personne n'achète
; très-peu de Citoyens sont en état d'avoir
des capitaux accumulés. Le moyen des
petits Assignats que l'on a proposé , s'eloigne
encore davantage de ce terme. L'Ouvrier
qui recevroit un Assignat de 6 liv, à la fin de
la semaine , en auroit besoin pour vivre la
semaine suivante. Les Ouvriers , les Manufacturiers
, les Cultivateurs , les Commercans
, les Artistes vendront leurs Assignats
contre des écus , • . c'est-là que les attendent
les Capitalistes spéculateurs . Cette vente se
feroit avec une perte de 50 , peut -être de 75
pour cent. Il faut dire plus completement
la chose. Le projet des Assignats - monnoie ,
n'est autre chose qu'une invention pour mettre
quelques hommes intelligens en pleine
propriété des Biens Nationaux , sans qu'il
leur en coûte rien . Voici le méchanisme de
leur opération . On achète à terme , pour un
million , des effets suspendus , ou des anciennes
actions de la Compagnie des Indes ,
qui perdent 25 pour cent. On porte ces effets
à la Caisse de l'Extraordinaire , on reçoit un
million en Assignats ; à l'échéance du terme
on paie 750 mille livres , et l'on gagne 250
( 39 )
mille livres , que l'on conserve en Assignats.
En faisant trois fois encore cette opération ,
on se trouve posséder un million en Assignats
on souscrit pour l'acquisition des
Biens Nationaux ; et voilà de bons Citoyens
;
qui se glorifient d'avoir fait vendre pour un
million de Biens Nationaux , qui ne leur
coûtent pas un écu .
>>
» L'émission des Assignats n'est point un
plan né dans cette Assemblée. Il a été FORMÉ
PAR DES ETRANGERS (1 ) , occupés à jouer
dans nos fonds publics , qui n'ont rien oublié
pour abuser ceux de nos Collegues , qui ont
la modestie de ne pas s'en rapporter à leurs
propres opinions."
C'est à votre bonne foi , c'est à votre
confiance que j'en appelle. Qui pourroit répondre
des suites d'une émission de deux
milliards d'Assignals , apres avoir fait passer
cette émission funeste sur sa seule opinion ?
Je veux bien , moi , repondre de mon opinion
sur ma tête , sur mon honneur ; et j'en demande
acte à la France , à l'Europe , à la
Patrie , à l'Histoire . S'il y a du doute sur
le succès des Assignats , la cause des Assignats
est perdue : il n'est pas permis de hasarder
le sort de ses Concitoyens , et le devoir
des Législateurs est de prendre le moyen
le plus sûr. »
(1 ) M. Dupont n'avoit pas besoin de les
nommer. Le fléau des Assignats ne sera ni
la première , ni probablement la dernière
calamité dont ces Etrangers auront affligé
la France. L'Orateur vient de donner le
véritable secret de leur spéculation , et l'infame
trafic sur lequel ils pensent élever leur
fortune , à l'aide des Assignats.
( 40 )
ཀྱིཔཡིནཔདེསཡི
Ne créer d'Assignats que pour les besoins
courans , borner la liquidation de la dette
à ce qui est réellement exigible , et l'exécuter
en obligations nationales , telles ont été
les conclusions de M. Dupont.
M. Prugnon qui lui a succédé , s'est joué
de son sujet, en le traitant un peu trop dans
le style d'un Conte de Crebillon .
"
:
Les Domaines Nationaux , a -t- il dit , sont
la dot de la Constitution . Je me refuse
" aux Assignats , comme à l'agonie je me
refuserois à la Médecine expectante... " On
voit dans la conduite de M. Necker un homme
qui connoissoit ce vers , Fata vium invenient....
Si M. d'Autun nous guide , nous verrons arriver
les cacochismes , les mourans , et non
pas les mortels... Si nous remboursons les
rentes constituées , ce sera un jour de fête ..
pour la rue Vivienne , et de deuil pour le
Peuple.... Le temple de Salomon ne se bâtit
pas avec de l'hyssope... La vraie sanction de
vos Papiers - monnoie seroit la confiance publique
malgré nous , celle- ci peut avoir son
veto...Quatre grains d'émétique sauvent un
malade , vingt peurent le tuer. Les Négocians
ont pris 400 millions d'Assignats ; deux
milliards tueront le Commerce ... M. de Montesquiou
vous a montré les Assignats sortant
des Manufactures ; il vous les a montrés allant
de main en main , de Ville en Ville ,
de District en District , jusqu'à ce qu'enfin
ils retournent dans cette Ville , où ils seront
brúlés après avoir servi à la vente des Biens
du Clergé ; c'est - à- dire , qu'après s'être chargés
de toutes nos iniquités à la Bourse , dans
nos Comptoirs et dans nos Villes , ils viendront
les expier par la brûlure , au pied du
grand escalier. "
( 41 )
Cependant , après avoir tiré l'horoscope des
Assignats , M. Prugnon , par amour pour la
diagonale , a demandé que l'on liquidât la
dette exigible , moitié en Papier- monnoie ,
moitié en obligations nationales .
DU SAMEDI . SÉANCE DU SOIR.
Faute d'occupations , de députations , de
lecture d'adresses , de rapports des Comités
des Recherches , on s'est occupé à combler.
l'infortune des Religieuses , ce que M. Treilhard
nomme fixer leur traitement. On sait
comment cet ipitoyable Avocat a traité
les Religieux :les Religieuses n'ont pas trouvé
plus de grace devant lui . Il a fait décréter
ce soir 26 articles. Nous nous bornons aux
principaux le premier tend une amorce
aux Religieuses qui voudront sortir de leurs
Maisons . On leur promet qu'en ce cas , les
Maisons seront aliénées , et les intérêts du
prix employés à augmenter leur traitement.
:
" A compter du 1er Janvier 1799 , Le Traitement
des Religieuses sera acquitté par les
Receveurs de leur District , sur une Quittance
de l'Econome donnée au pied d'un
état contenant le nom de toutes les Religieuses
qui auront déclaré rester , et qui
seront en effet dans la Maison ; ledit état
sera signé des Religieuses , et visé par la
Municipalité. »
"
Les Abbesses perpétuelles et inamovibles
jouiront , savoir , celles dont la maison
n'avoit pas un revenu excédent 10,000 liv.
d'une somme de 1000 liv.; celles dont la
maison avoit un revenu au - dela de 10,000l.
mais moins de 24,000 liv. , d'une somme de
1,500 liv. et celles dont la maison avoit un
revenu excédant 24,000 liv . , d'une somme
(142 )
de 2000 liv , et dans le cas toutefois où
le revenu des maisons ne suiroit pas pour
fournir avec les traitemens ci - dessus , ceux
des Religieuses Choristes, à raison de 700 l.,
et des Soeurs Converses , à raison de 3501 .;
les traitemens des Abbesses éprouveront une
réduction proportionnelle à celles des autres
Religieuses , sauf dans la suite leur complé
ment par la réversibilité des pensions qui
s'éteindront les premieres.
Demeure exceptée du présent artigle l'Abbesse
de Fontevrault qui , en sa qualité de
Chef d'Ordre , jouira du traitement décrété
par l'article XIV du Décret du 24 Juillet.
>>
Les Religieuses sorties de leurs maisons
depuis la publication du Décret du 29 octobre
, et celles qui sortiront avant le premier
Janvier 1791 , pourront recevoir provisoirement
jusqu'à cette époque un secours
qui sera fixé par le Directoire du Département
sur l'avis du Directoire du District
après la demande de la Municipalité.
Les costumes particuliers des Ordres
et Maisons de Religieuses demeurent abolis ,
ainsi qu'il a été décrété pour les costumes
des Ordres de Religieux, »
DU DIMANCHE 26 SEPTEMBRE.
Sur 505 Votans pour la Présidence , M.
Emery a réuni 284 voix , M. Mer in 211 et
dix voix perdues. Les nouveaux Secrétaires
sont MM, Vernier , Begouen et Bouche.
Avant qu'on passât à l'ordre du jour , le
Comité des Finances a requis qu'on autorisât
la Caisse d'Escompte à verser 25 millions
dans le Trésor public , pour achever
le service du mois et commencer celui d'Octobre.
Cette demande a enflammé la colere
( 43 )
un peu criarde de M. Fréteau . Il s'est--opposé
a ces avances exhorbitantes , il a de
inandé les états de recettes et dépenses circonstanciés
; il a pris à partie l'Hôtel des
Monnoies , et a instruit le Public que , malgré
la Fonte de vaisselle , lui M. Fréteau
n'avoit pas reçu dix écus neufs de 1790 .
M. Mirabeau a disserté coutradictoirement
sur les monnoies : et il a promis incessam
ment un Traité de cette matiere , où il
éclairciroit la matière , et feroit connoître les
principes , comme il l'a fait sur tous autres
sujets .
Bref, on s'est réduit à accorder dix millions
sur la signature de l'Ordonnateur du
Trésor public.
M. Le Coulteux a recommencé la discussion
des Assignats monnoie , auxquels il, à
été absolument contraire ,, en bornant la
nouvelle émission à 400 millions.
pour
M. de Montlauzier a suivi M. le Coulteur,
en poussant encore plus loin l'aversion
les Assignats : il s'est opposé à toute émission
nouvelle , et a conclu à une Commission
des Créanciers publics , qui travaillât avee
un Comité de l'Assemblée Nationale , et à
laquelle on adjugeroit ensuite une masse
de biens égale à celle de la dette exigible .
Son discours nerveux et trop chargé de
comparaisons , a été plusieurs fois intersompu
par des éclats de rire qai ont dégénéré
en emportemens , lorsque l'Opinant a
dit : Vous avez entraîné comme un torrent
nos antiques institutions , nos loix , nos
usages ; mais souvenez -vous que le torrent ,
aprés avoir entraîné les montagnes , s'abime
« lui- même et se perd dans les sables qu'il
"
"
n
" a amoncelés. 12
( 44 )
Samedi dernier , au sortir de la Séance,
où M. Dupont avoit traité avec
talent et solidité la question des Assignats-
Monnoie , la multitude qui garnit
les environs de la Salle , du côté des
Tuileries , prodigua ses acclamations à
quelques Députés du Club des Jacobins.
M. Dupont ayant paru ensuite , cette
tourbe l'entoura en lui demandant s'il
avoit parlé contre les Assignats. Qui ;
sans doute , répondit - il , avec fermeté ,
vous ne savez ce que vous demandez ,
si l'on vous donnoit des Assignats ,
vous payeriez lepain six sols . Il n'avoit
pas achevé , qu'il fut livré aux huées de
la tourbe ; elle l'environna , le pressa ,
et le poussa jusques vers le bassin , dans
le but , disoient ces satellites de la liberté,
de lui faire prendre un bain froid. La
Garde accourut , et le délivra.
Depuis la question du Veto jusqu'à
celle des Assignats d'aujourd'hui , nous
avons vu se répéter la même manoeuvre.
Lorsqu'on agitoit à Versailles ce problême
de la négative Royale , des auxiliaires
ambulans , des valets chassés de
chez leurs Maîtres , des Déserteurs , des
Femmes en haillons , insultoient les Députés
favorables à la négative absolue ,
les menaçoient de la Lanterne , leur
portoient le poingt sous le nez , comme
j'en ai été témoin . On inscrivoit dans la
Salle même les noms des défenseurs du
Veto ; ces listes étoient remises à la
( 45 )
populace ; elles devenoient entre ses
mains des tablettes de proscription . -On
frémit de se rappeler ce qui se préparoit
à Paris , et l'espèce de nouveaux venus
qui couvroient le chemin de Versailles ,
à l'instant où l'on débattoit dans l'As
semblée , si le Roi auroit ou non le droit
de remontrer, avant d'accepter la Constitution
. Personne n'a oublié les scènes
du mois d'Avril et du mois de Mai. Ce
seroit trop présumer de la nature humaine
de penser que ces menaces et
ces fureurs n'influent pas sur les délibérations
des hommes foibles . Si cette
tyrannie dont le long Parlement se servit
avec habileté sous Charles I, pour dominer
les esprits , et les pousser au
crime par la terreur, continuoit , eroiton
que les Provinces ne finiroient pas
par demander qu'on transférât le Siège
de l'Assemblée Nationale ? Paris seroit
donc sacrifié aux manoeuvres de quelques
factieux , et à ce ramas de Motionnaires
perturbateurs qui , à l'exemple des satellites
de Néron , désignent de la mort
les Citoyens qui n'applaudissent pas à
leurs idoles . Ces groupes , qui se nom
ment la Nation , sont formés de 5 à
600 Acteurs permanens , parmi lesquels
se trouvent toujours des harangueurs en
titre , et des Chefs d'émeute . Dans les
grandes occasions , le Palais- Royal et les
Greniers fournissent des renforts.
( 46 )
Deux Criminels de Lèse - Nation ont
échappé dernièrement aux Comités des
Recherches , et ont été sauvés par la
Justice légale ; l'un est M. Snleau , Avocat
, détenu , persécuté , interrogé pour
une brochure , comme on eût interrogé
Ravaillac , et que le Châtelet a déchargé
de toute accusation , avec affiche
de l'Arrêt,
L'autre est M. l'Evêque de Treguier,
calomnié , persécuté indignement
traîné de son Diocèse à Paris , pour y
subir une procédure criminelle. Le Châtelet
a rendu , le 13 , l'Arrêt suivant en
sa faveur.
་་« Nous , après qu'il en a été délibéré , la
Compagnie assemblée par Jugement en dernier
ressort , déchargeons la Partie de de
Bruge des plainte et accusation contre elle
intentées à la requête de M. le Procureur du
Roi. Permettons à ladite Partie de de Bruge
de faire imprimer , afficher le présent Jugement
, tant à Paris qu'en la ville de Tréguier
, et par-tout où elle avisera . »
Jusqu'ici , la Suisse a été préservée
de l'esprit de licence qui , fondant sur le
črime une liberté qui ne conviendroit
qu'à des scélérats , tend à violer tous les
droits , à renverser toutes les Lois , fouler
aux pieds tous les dévoirs , et à livrer
les Peoples aux horreurs de la discorde
et de l'anarchie . Il les rallie à l'enseigne
hypocrite d'une égalité absolue ,
( 47 )
qui n'exista , ni n'existera dans la Sociét " ,
pas plus qu'elle n'existe dans la nature.
Néanmoins il est impossible que cette
charlatanerie politique , arme offensive .
des Factieux qui élèvent leur autorité ,'
sur la ruine de celle des Gouverne
mens légitimes , ne rencontre partout
des ignorans à égarer , des ames
foibles à séduire , des étourdiş à enivrer ,
des hommes pervers ou passionnés à
mettre en activité . La partie de la Suisse
qui touche la France , où l'on parlé notre
langue , et où les esprits manquent du
phlegme et de l'esprit de réflexion qui
Caractériseles Suisses Allemands , a recu
quelques étincelles du Volcan , qui brûlera
bientôt le Royaume jusqu'à ses entrailles.
Des Propagateurs de révolte ,'
clandestinement répandus dans cette
superbe contrée , où la nature semble
avoir placé le siège de la paix , des incimations
douces , d'une liberté tranquille
et du bonheur ; des Ecrits incendiaires
faits à Paris et envoyés de Paris ;
des exhortations , des promesses , des
offres , des conseils de sang , des invitations
à se régénérer par des meurtres
et des voli, et à s'assurer ensuite l'im
plinité , comme Avignon , en offrant de
s'incorporer àla République Françoise;
telles ont été les indignes manoeuvres
ár lesquelles on a cherché , et l'on
cherche encore à travailler le Pays de
Vaud dans le sens de la Révolution,
( 48 )
Elles devoient entraîner peu de Prosélytes
vers des opinions , propagées par
des moyens si vils , et qui , fussent-elles
vraies et salutaires , sont absolument .
inapplicables aux Habitans du Canton
de Berne . Ils ont du sens , de la probité
et l'expérience de trois siècles , durant
lesquels ils offrirent le modèle du Peuple
de l'Europe le plus digne d'envie et le
plus envié. Nul Gouvernement n'a assuré
aux Sujets , avec autant de persévérance ,
le maintien de ces trois grands pivots
de la Liberté Sociale , fortune , paix et
sureté.
Mais les maximes anarchiques , remuent
les esprits inquiets , là ou l'inquiétude
n'a même point d'objet ; les intérêts
personnels contrariés , les prétentions.
déconcertées , les mécontentemens exagérés
, et les illusions de la vanité. On rencontre
cesfoiblesses dans les Etats libres ,
comme dans les Etats opprimés . Des
Intrigans s'emparent de ces levains , ils les
exaltent en y mêlant leurs poisons : ils
flattent l'ambition , ils encensent la sottise
, ils se font aider par les Importans.
La foule des dupes suit bientôt leur cor
tège , et tel qui n'avoit cru , en commençant
, que travailler à la réforme d'un
abus , finit par devenir parricide envers.
sa Patrie , et par concourir à sa ruine .
La sagesse des Suisses du canton de
Berne , la fermeté et la justice du Gouvernement
préviendront les effets de
celte
( 49 )
eette conjuration étrangère , et le petit
nombre de ceux à qui des intentions
droites ont pu déguiser le piége tendu
à leur patriotisme , ne tarderont pas
à frémir du rôle auquel on les destine
à leur inscu. Pour détromper le Public
des faussetés qu'ont répandues artificieusement
diverses Feuilles publiques ,
sur les dispositions du Pays de Vaud
nous allons faire connoître une Lettre
importante qui nous a été adressée à
ce sujet , par le descendant d'un des
Fondateurs de la Liberté Helvétique .
"
Paris , co 28 Septembre 1790 .
Je lis , Monsieur , dans plusieurs Journaux
de cette Capitale , des récits qu'on fait
venir de Canton de Berne , et qui , sous l'air
de l'extravagance , cachent un but très- profond
. Ces Feuilles , et en particulier la Gazette
Universelle , ont à leurs ordres des Lettres
de Vevay , de Lausanne , du Pays de
Vaud , où on leur apprend que le Peuple
s'éclaire , s'échauffe , se soulève ; qu'on espere
qu'avant peu nous serons dans une situation
aussi florissante que la France ; qu'on s'y
armera les uns contre les autres ; qu'on y
disputera avec le feu et la bayonnette sur
les Droits de l'homme , suivant les grands
principes. "
"" Ces informations ressemblent à celles
dont M. Dupont parloit l'autre jour à l'Assemblée
Nationale . Pour produire une émeute
, disoit- il , on avertit à l'avance qu'un tel
jour il y aura explosion : les brigands accourent
à cette annonce dans l'espoir d'un
No. 40. 2 Octobre 1790.
"
C
( 50 )
coup de main , et ils réalisent le désordre , auquel
nul n'auroit pensé , sans l'avertissement.
De même , vos Gazettes , en imagisant partout
des soulèvemens , n'ont d'autre dessein
que d'en produire , et d'en donner l'envie
aux Amateurs , en celébrant ce réveil de la
Liberté assoupie.
"(
"
Tout ce qu'elles rapportent des mouvemens
du Pays de Vaud , est une exagération
ridicule. Elles calomnient le Peuple de ce
Pays , et calomnient le Gouvernement , en
en imposant aux ignorans sur les causes de
cette fermentation partielle .
"
"}
La Révolution de la France n'a produit ,
pendant un an , d'autre effet en Suisse , que
de l'horreur pour les brigandages qui se commettoient
dans les Provinces voisines "
dont les victimes , quittant leurs demeures
incendiées et leurs propriétés dévastées , venoient
chercher un asyle parmi nous . On
leur a donné l'hospitalité , comme on l'eût
donnée à leurs Oppresseurs , s'ils eussent été
opprimés , comme on la donna aux Infortanés
échappés aux Dragonades du dernier
siècle , et cela parce que nous n'avons pas
encore renoncé à tout sentiment d'honneur ,
de morale et de genérosité. »
"«
C'est depuis quatre ou cinq mois que
des Emissaires actifs , des Conventicules préparés
du dehors , et quelques Libelles , ont
fait naître en trois ou quatre Villes seulement
, une effervescence que le reste du pays
a été bien éloigné de partager. Les gens de
la campagne , qui forment presque toute la
population du pays , pleins d'un attachement
juste envers le Gouvernement , dont
ils ne cessent d'éprouver les bienfaits et la
protection utélane , se sont gardés des insi(
51 )
nuations perfides , par lesquelles on a tâché
de soulever les Villages . Ils ne paient aucun
impôt territorial , excepte la dime , qu'ils
payoient avant d'appartenir au Canton de
Berne. Les imposteurs , qui couroient de
lieu en lieu pour les échauffer , leur disoient
que cet impôt etoit aboli en France , sans
Teur dire en même temps qu'il serait remplacé
par un autre. Is leur parloient de
l'abolition des droits féodaux , en leur cachant
que ces mêmes dr its utiles étoient seulement
rachetables , et rigoureusement payables
jusqu'au rochat. »
་ ་
Une réclamation au sujet de l'égale
admissibilité aux grades , dans le Régiment
Bernois d'Ernst , au service de France , a
été l'incident , auquel les Motears secrets ,
dirigés par leurs Conseils étrangers , se sont
attachés. Cette demande qu'appuyoient des
raisons d'équité , que le Gouvernement n'avoit
aucun intérêt à méconnoitre , on a tenté
de la transformer en plainte, publique , et
de l'afficher par un éclat pour opérer une
fermentation . Quelques . Villes ont adhéré à
cette Petition ; les plus considerables du pays
s'y sont refusees . L'une des premieres s'etant
avisée de vouloir mont: er de l'esprit en parlant
dans sa Pétition des Droits de l'homme ,
le Gouvernement , qui ne doit reconnoître
d'autres droits que ceux des Lois sages , sous
lesquelles la Contrée a vécu volontairement .
libre et florissante depuis troissiècles , a mandé
quatre Membres de cette Municipalité , et a
fait biffer de leurs registres , cette incartade
puérile. Voilà , Monsieur , à quoi se sont réduites
jusqu'à présent , les révoltes dont se
glorifient vos Gazettes .
"
" Leurs calomnies sur le Gouvernement de
Gij
( 52 )
Berne décèlent l'ignorance la plus grossière.
Elles parlent d'impositions levées contre les
droits du Pays ; et au lieu de vous énumérer
ces taxes illégales , on vous cite la contribution
des grands chemins. Vos Folliculaires
entendent apparemment qu'il seroit plus
utile aux Habitans d'être privés des grandes
routes. Cette cotisation locale pour les chemins
, sans lesquels , il n'y auroit ni commerce
, ni communication , ni ventes de
denrées est tellement misérable " que
sans les secours du Gouvernement , son objet
seroit bien loin d'être rempli. C'est donc
des remercimens et non des reproches que
le Pays doit au Souverain . La Ville qui a
le plus profité de la construction des routes ,
de leur entretien , des bienfaits du Gouver
nement , envert son commerce est celle qui
s'est livrée avec le plus d'irréflexion aux
intrigues de quelques Esprits tracassiers . »
"3
Quant à l'insurrection de quelques Villages
du bas Valais , que vos Feuillistes dépeignent
avec tant de magnificence , je les
prie d'aller sur les lieux , et d'y confronter
feurs relations : ils apprendront du moins la
Géographie. Le Canton de Berne , garant
de la Constitution du Valais , porterà sans
doute dans la médiation de ces différends ,
l'esprit de justice , combiné avec la fermeté
nécessaire. Il a porté un détachement sur
la frontière , et en écoutant les plaintes justes ,
fl réprimera les violences criminelles . "
« Au reste , sa conduite n'a pas besoin
d'apologistes , et peut être sans risque abandonnée
à vos Docteurs en anarchie . Il préservera
son Peuple des fléaux qui l'entourent ,
et dont on le menace : il empêchera efficacement
, que cette terre de concorde et de
( 53 )
felicité soit plongée dans les calamités des
factions , du fanatisme, et du brigandage ,
pour servir les intérêts de quelques Démagogues
, et faire réussir les préceptes de
quelques Ecrivailleurs. "
་་"
On va foriner dans ce but , divers petits
camps qui éloigneront les Missionnaires ambulans
, les brigands étrangers , les pertur
bateurs de la liberté et de la paix publiques.
Ces camps seront founés par des Volontaires,
Vos Folliculaires affirment qu'on les force :
je leur donne le démenti le plus solennel ,
et les affiche calomniateurs . Quiconque a
la moindre idée du pays , sait que le Gouvernement
n'a d'autres Troupes que les
Milices Nationales. Avec quelle armée les
forceroit-il donc à l'obéissance ? ",
Vous jugerez , Monsieur , de la confianee
que le Gouvernement met dans la fidélité
et le patriotisme des Citoyens , par la Proclamation
suivante , qui a été publiée aw
commencement du mois . "
Je suis , etc. DE D .... Capitaine au Régiment
de....
Nous , l'Advoyer , Petit et Grand Conseils
de Ville et République de Berne , à tous les
Nobles , nos chers et féaux Vassaux , Corps
de Ville , Communautés , Bourgeois et autres
Sujets de notre Pays - de - Vaud ; Salut ! »
Instruits desintentions perfides de quelques
hommes audacieux , qui par de sourdes
menées et des écrits incendiaires s'eforcent
de propager par- tout la discorde et l'esprit'
de rebellion , et de briser tous les liens qui
unissent les Peuples aux Souverains qui les
gouvernent ; notre vigilance , et sur - tout
Cuj
1
( 54 )
votre fidélité , opposeront à leurs funestes
projets un obstacle invincible. "
"
Tous les moyens qui seront en notre pou--
voir , nous les emploierons pour vous conserver
les biens inestimables de la paix et
de l'ordre public ; mais le moyen auquel
Dous recourons avec le plus d'empressement ,
c'est votre patriotisme.
"}
Nous aimons à nous persuader , que voas
repousserez avec indignation tous les efforts
qu'on pourroit tenter pour étendre parmi
Vous les troubles qui agitent en ce moment
differens Etats de l'Europe . Pour vous en garantir
, il vous suffira de vous rappeler le
bonheur dont vous jouissez.
Soit que vous je iez vos regards sur le
pas é , soit que vous les portiez autour de
votre Patrie , vous ne pouvez trouver que des
-motifs de bénir la Providence. »
Bientôt trois siècles se seront écoulés
depuis que le Pays- de - Vaud fait partie du
territoire de la République , et pendant un si
grand nombre d'années le fléau de la guerre
n'a jamais approché de vos demeures »
Nulle part il est moins difficile de résister
aux abus de l'autorité , et plus aisé
d'obtenir la protection des lois . Nulle parts
l'homme foible, doit moins se flatter de l'indulgence
des Magistrats ; et s'il étoit des
faveurs qu'ils pussent concilier avec le devoir
d'être jusies envers tous , ce seroit le
pauvre qui auroit le droit de les expérer.
» Le Gouvernement de la Rupublique
est un Gouvernement paternel , qui ne leve
pas d'impôts ; car ce nom ne sauroit être
donné à des cotisations locales et momentanées
appliquées à des travaux , immédiatement
utiles à ceux qui les paieat , et qui s'oc(
55 )
cupeavec une tendre soilicitude de tout ce qui
peut intéresser le bien général , lié au respect
de la liberté personnelle , à la garantie
de toutes les propriétés , à l'egalité de tous
les hommes en présence de la justice , et à
l'uniformité des lo´s pour toutes les classes de
Citoyens
»
Tout changement seroit donc inutile ,
s'il pouvoit n'être pas funeste : et comment
espérer qu'il ne le seroit pas ?
"
Qu'en d'autres pays ont ait fouillé dans
les tenebres de l'histoire , pour y chercher
des titres ou des usages inapplicables à la
sitution présente ; qu'on se soit exposé à
toutes les incertitudes de la raison , pour
découvrir les moyens d'améliorer son sort.
Mais que dans celui où l'on jouit de tant d'avantages
, on voalút s'exposer au danger de
les perdre , pour atteindre une perfection
chimérique , qu'on voulût risquer le repos et
la fortune de ses pères et de ses enfans , et
appeler dans des lieux si long - temps paisibles
tous les désordres de l'anarchie , non , chers
et fideles Sujets , nous ne saurions en concevoir
la possibilité ! »
-
› « Eu vain , les ennemis de votre repos
prennent is pour prétexte l'amélioration de
vot e sort. C'est le desir de la nouveauté , ce
sont des motifs e des projets plus crimineis
encore qui les animent . Aussi l'Histoire
nous apprend , que dans ces grandes et importantes
querelles sur les formes de Gouverpement
, le principal mobile a toujours
été Torgueil de quelques hommes avides du
Pouvoir , et que toujours le Peuple qu'ils
avengioient par de fausses promesses , a été
le jouet de leurs intrigues , et la victime de
leur ambition. "
Civ
( 56 ).
" Le meillear de tous les Gouvernemens
est sans doute celui qui contribue le plus à la
félicité générale . - Ceprincipe , nous ne craignons
pas de vous le rappeler , puisque nous
l'avons toujours pris pour guide , et qu'il doit
Rous assurer votre amour et votre reconnoissance
. "
24
Si nous tâchons de vous prémunir contre
les piéges qu'on pourroit vous tendre , n'imputez
pas nos efforts au seul sentiment de
nos droits , mais bien plutôt à l'affection que
Bous vous avons toujours portée , et à la conviction
intime de cette grande verite , démontrée
par l'expérience de tous les temps ,
que le plus grand malheur dont le Ciel paisse
affliger un Peuple qui n'est pas opprimé , est
de lui inspirer le desir de changer son état
politiqne.
"
N
Quand un Gouvernement présente en sa
faveur près de trois siècles de prospérité , il
n'y a que la témérité la plus insensée et la
plus coupable qui puisse lui préférer des spéculations
vagues et incertaines , et se jouer
ainsi du sort de la génération présente et de
celles qui doivent la suivre.Et le soin de
réprimer cette témérité criminelle est pour
un Souverain , qui chérit ses Sujets , le plus
sacré de tous les devoirs . "
44 A ces causes vu un imprimé intitulé :
Aux Habitans du Cunton de Berné ; plus un
autre imprimé intitulé : Leure aux Villes ,
Bourgs et Villages de la Suisse ; signé par
ordre des Patriotes Suisses résidans à Paris
et aux environs , par Chaperon , Président ;
Connus et Gremion , Secrétaires à Paris ,
16 Août 1790 , et plusieurs écrits , qui sous
diverses formes et dénominations tendent
( 57 )
à soulever les Peuples contre le Gouvernes
ment. "
"( Informés en outre qu'on se prépare à en
répandre d'autres encore parmi vous dans
le même but , et que nombre d'émissaires
sont chargés du soin de précher par- tout des
principes de révolte et de sédition .
" Nous défendons d'introduire et de distribuer
dans nos Pays les susdits libelles ,
et tous autres pareils ouvrages incendiaires ,
imprimés ou inanuscrits. "
"
Enjoignons à tous ceux qui en auroient
reçu cu en recevroient , de les remettre sans
délai à nos Baillifs , et de leur dénoncer les
Enissaires ,soit étrangers , soit de notre Pays ,
qu'ils sauroient avec certitude travailler à
séduire nos fidèles Sujets ; leur promettant le
secret et des récompenses proportionnées à
l'importance de leur dénonciation.
" Mandons et ordonnons à nos Baillifs ,
Vassaux , Châtelains , Lieutenans , Secré→
taires , Justiciers , Curiaux , Officiers et
autres , de quelle qualité et condition qu'ils
soient , qui ont charge de nous par le Serment
qu'ils nous ont prêté , de veiller à l'exécution
de cette Ordonnance , et de s'y conformer
eux-mêmes.
"0
Le tout sous les peines à décerner suivant
l'exigence du fait , par jugement de notre
Petit- Conseil , contre les auteurs de ces criminelles
entreprises , contre leurs fauteurs et
leurs complices.
»
Donné le 3 de Septembre 1790.
Signé, Chancellerie de Berne .
"
La Procédure criminelle du Châtelet
sur les forfaits du mois d'Octobre 1789 ,
remplit au delà de 500 pages , et com-
Co
( 58 )
prend , ainsi que nous l'avons dit , 393
dépositions. Deux cents de ces témoi
gnages sont vagues , insignifians ou nuls.
Cinquante environ porient les traces de
la peur , de la lâcheté , quelques - uns de
l'audace , plusieurs d'une circonspection
louable.
120 dépositions forment un Corps important
d'instruction , soit pour les Juges ,
soit pour l'Histoire. Parmi ces témoins ,
il s'en trouve de tout état , depuis des
Femmes du Peuple jusqu'à des Hommes
décorés , depuis des Soldats jusqu'à des
Généraux . On remarque dans ce nombre
des Députés de tous les Partis , excepté
du Parti Archi -Démocratique : les Membres
de cette Faction qui se sont fait
entendre , s'accordent à peu près tous à
dire qu'ils n'ont rien vu ni rien su . En
lisant quelques-unes de leurs dépositions ,
on croiroit que les événemens du 5 et
du 6 Octobre sont arrivés dans la Lune ,
et que la vue en a échappé à ceux qui
n'étoient pas au Télescope d'Herschel .
On doit observer encore que , parmi
les dépositions essentielles , se trouvent
celles de Députés qui , dès l'ouverture
des Etats Généraux , ont marché sur une
ligne inaltérable , entre les excès et les
exagérations . Tels sont MM . Bergasse ,
Mounier , Malouet , Redon , Henri de
Longuève , Taillardat de la Maisonneuve,
Dufraisse, Faydel, Guillermy ,
;
( 59 )
Deschamps , etc. Tous Membres des
Communes , à l'exception du dernier .
M. de Mirabeau sè vanta , il y a 15
jours , de faire sauver les témoins ; hardiesse
qui prouve qu'il ne les connoissoit
pas .
Nous analyserons cet épouvantable
Recueil , dans le rapport de l'Histoire ,
et non d'un Procès criminel . Une curiosité
maligne ou la haine de Parti peuvent
chercher des Coupables, là où on ne
trouve encore que des Accusés . Nous
écarterous ces préjugés ; un sentingent
plus profond , plus pénible , préoccupe
l'honime de bien à cette lecture. Il voudroit
douter d'une férocité si humiliante
pour la nature humaine , il frémit de la
rapprocher de ses motifs , il est pénétré
d'horreur en en considérant les objets.
La légéreté avec laquelle une classe
très-nombreuse du Public a reçu et jugé
cette Procédure , est un signe effrayant
de la dépravation publique. Nous som
mes familiarisés avec les forfaits , et les
monstres ne nous frappent plus que sur
les théâtres.
On a affecté de regarder cette Infor
mation préalable , comme une Procé
dure définitive , et on en a conclu très- .
justement , qu'elle ne suffiroit pas à onerer
la condamnation des Accusés . Qui
ignore cependant , qu'elle tend , non à
un Jugement , mais à des Décrets , εἰ
qu'elle présente uniquement cette ques-
&
( 60 )
1
tion : a - t - il ou non matière à
accusation ?
Qu'on la soumette à tel Criminaliste
de l'Europe qu'on voudra choisir , å
un Grand Juré Anglois par exemple , il
n'hésitera pas un instant sur sa téponse.
Le corps du délit est malheureusement
trop constaté. Je ne fais pas l'injure à
quiconque a conserve parmi nous un
ombre de sens , de justice et d'humanité ,
de le supposer complice de quelques
scélérats , plus punissables que les Instrumens
matériels des journées des 5 et 6
Octobre, et qui , à laface de l'Europe , ont
osé justifier ces assassinats , en les disant
medités et commis par l'intérêt de la Liberté.
Si la Liberté exige de semblables
moyens, qu'elle soit la tête de Méduse
pour ses Adorateurs je lui préfère le
cordon des Muets de Constantinople.
Les faits démontrés par cette Procédure
préalable , dont la continuation et
le temps éclaireront les incertitudes ,
justifient ce que nous avons dit une
fois les attentats qu'elle dévoile sont
le plus grand crime du siècle .
Elle constate , 1 ° . tous les fits per
pétrés dans ces horribles journées ;
2º . l'existence d'un complot prémédité
d'égorger la Reine de France , et de
créer un Conseil de Régence ; 3°. que
Vexécution de ce complot s'est faite à
prix d'argent , par la corruption exercée ,
soit surles Soldats du Régiment de Flan(
61 )
dres , soit sur les misérables des deux
' sexes , qui portèrent leurs pas ensanglantés
dans la demeure du descendant
de Henri IV.
A chaque page de cette lecture on
est dans la fange et dans le sang ; mais
la Garde Nationale de Paris , depuis son
arrivée à Versailles , sort du creuset irréprochable
. Elle ne participa aucunement
à tant d'abominations ; elle en arrêta
le cours ; elle épargna la consommation
du dernier crime . Si le Château
ne fut ni assez gardé , ni assez défendu ,
ce n'est pas elle assurément qui peut en
encourir le blâme ; elle fit son devoir
avec zèle et courage dans les Appartemens
intérieurs.
Une vérité historique résultante encore
de cette Procédure , c'est l'innocence
de ces infortunés Gardes- du - Corps,
si indignement calomniés , auxquels on
imputa des actes aujourd'hui démontrés
faux , puisque sur 393 témoins , pas un
seul n'a eu le front de venir affirmer en
présence du Tribunal , cette fable artificieuse
de la Cocarde foulée aux pieds ,
ces imprécations contre l'Assemblée , ces
invectives contre quelques Députés. Ce
seroit aux affreux Libellistes, qui par leurs
Ecrits, égarèrent le Peuple de Paris, en dirigeant
ses couteaux sur les Gardes- du-
Corps , à expier aujourd'hui de leur sang ,
celui qui fût versé les 5 et 6 Octobre.
La semaine prochaine , nous commer
( 62 )
cerons par ce dernier exposé , l'analyse
de la Procédure ; l'ordre et l'exactitude
à mettre dans cet extrait exigent ce délai .
Il faut attribuer vraisemblablement
à cette publication , le bruit répandu
par quelques Feuilles , d'une nouvelle
Coaspiration pour enlever le Roi et
le conduire à Rouen. On gagnoit ,
disent les Rédacteurs , les Gardes du-
Corps et les anciens Gendarmes pour
Texécution de ce Proje . Îi ne mérite
pas même d'être relevé : on a voulu
Sans doute , distraire par cette fable
l'attention du Public qu'absorboit la Procédure
. C'est ainsi qu'après les crimes de
Versailles , on inventa une fuite da Roi
à Metz, on marqua les maisons , on faisoit
courir dans le Palais - Royal des Emissaires,
qui offroient aux passans dejoindre
leur signature à des listes d'enrôlemens
pour le service du Roi ; c'est ainsi qu'à
chaque brigandage commis dans les Provinces
, on nous a entretenu régulièrement
d'un complut de Contre - Révolu
tion . Oh ! nous avons de grands maîtres ,
et Machiavel a laissé bien des successeurs.
S. M. a nommé Commis aires du rétablissement
de l'ordre à Brest , M. Bory,
ancien Président du Tiers- Etat aux Etats
de Bretagne , homme d'esprit et de
mérite , etM. Gandon , Avocat à Rennes.
On se rappelle que le Décret de l'As(
63 )
semblée Nationale leur a adjoint deux
Membres de la Municipalité de Brest ,
au moment où ce Corps venoit de défendre
le départ du vaisseau le Ferme ,
contre les ordres positifs du Roi . Cet
acte , que dans un Gouvernement plus
régulier , on appelleroit un attentat
costre le Pouvoir légitime , excita l'improbation
de plusieurs Députés ; ils requirent
que la Municipalité fût mandée
à la Birre ; mis on se borna à libérer
le vaisseau détenu ; l'examen et le châtiment
de la contravention sont allésmourir
dans je ne sais lequel des Ccmités.
Quiconque ne lie pas les faits isolés ,
ni ne s'arrête à ceux qui paroissent indifferens
, ne saura jamais rien de la
véritable histoire du jour . Il est à remarquer
, qu'à l'istant où les insurrections
ont éclaté , M. d'Albert de Rioms est
devenu le point de mire des Folliculies
, qui s'intitulent Patriates. M.
de Bouillé avoit été de même
est encore l'objet de leur rage ; l'un d'eux
est mort de désespoir d'avoir vu la Villede
Nancy sauvée par ce Général .
et
Un autre de ces Marchands d'impostures
, qui tient dans sa Feuille la balance
du crime et de la vertu , et vend
à quatre sols la pièce , la Couronne
Civique ou celle du martyre , a informé
la Nation que l'affaire de Brest tenoit
à un soulèvement contre la Révolution..
1
( 64 )
«<
Il affirme hardiment que M. d'Albert n'a
fait lire aux équipages que l'article des
peines portées contre les Matelots , et
que lecture faite , M. d'Albert avoit dit
à ces mêmes équipages : « Vous avez
<< entendu la Loi : si vous ne vous y
conformez , je vous y forcerai , etje
» me ferai connoître. » Pour écarter
toute idée d'effroi , ajoute l'Historien ,
les équipages descendirent au nombre
de deux mille , ayant trois Députés en
tête : ils crièrent vive la Nation ; ainsi
l'on voit bien que cette Députation n'étoit
point une révolte . L'Auteur apprend
'encore au Public que ces nouvelles ont
été envoyées par la société des amis de
la Constitution de Brest , à la Métropole
de ces Sociétés Provinciales , au
Club des Jacobins de Paris.
Il est louable d'aimer la Constitu
tion ; mais ce ne doit pas être aux dépens
de la vérité , car celle - ci a des
droits encore plus sacrés. Or , tout le
récit qu'on vient de lire est un tissu de
faussetés. On en jugera par le narré suivant
, dont nous prenons sur nous la
garantie d'authenticité.
M. d'Albert choisit le lundi 6 pour cette
publication , parce qu'étant un jour d'exereice
, tous les équipages étoient à bord . It
accompagna l'ordre qu'il donnoit , d'une lettre
circulaire et ostensible pour les Officiers
Commandans. La lecture du Code et de la
lettre se fit assez paisiblement dans tous les
Bâtimens de l'Escadre , au vaisseau l'America
( 65 )
près , qui refusa formellement de se soumettre
à la loi qu'on lui faisoit connoître. Sur
l'avis qui lui en fut donné , M. d'Albert se
dispo oit à se transporter sur ce vaisse u
lorsque tout - à - coup l'équipage du Majestueux
se mit à pousser des cris d'improbation
; grand nombre de Matelots se précipitèrent
dans la Chaloupe ; et ce ne fat pas
sans peine qu'on parvint à les faire remonter
à bord. M. d'Albert voulut faire prendre les
armes au détachement : il en donna l'ordre .
La manière dont il fut reçu lui ôta bientôt
tout espoir d'arrêter le désordre par la force , '
et lui fit abandonner ce parti , pour tenter
celui de la douceur , bien peu convenable à
la chose. Il obtint silence , non sans peine ,
et leur ayant représenté que l'Assemblée Nationale
pouvoit seule modifier la loi qu'elle
avoit décretée , il leur promit d'en suspendre
l'exécution relativement à la liane , et
aux fers avec anneau seul , et avec anneau
et chaîne traînante , il se chargea de plus de
faire parvenir à l'Assemblée leur réclamation
contre l'une et l'autre de ces punitions . Tout
s'appaisa dans l'instant , et on eut lieu de
croire que le mal n'iroit pas plus loin. M.
d'Albert alla à bord de l'Éole dont l'équipage
, voisin de l'América , et à son exemple,
s'étoit soulevé , espérant d'y obtenir le même
succès ; mais à peine arrivoit il au quatrième
de ces vaisseaux , que la chaloupe du dernier ,
pleine de monde entraînant avec elle un Officier
qui vouloit la retenir, et débordant pour
aller à terre , fut un signal à toutes les autres
chaloupes d'en faire autant. Cependant le Patriote
vint à bout d'arrêter la sienne : les
Frégates en général purent également contenir
leurs équipages , par la raison sans
( 66 )
doute que les mutins , aisés à connoître dans
un équipage peu nombreux, ne pouvoient
pas , comme sur les vaisseaux , se cacher :
dans la foule. »
" M. de la Laune voyant le désordre '
en
envoya prévenir M. Hector , qui eut le
temps d'en prévenir lui - même la Manicipalité
, en sorte que les mutins , en arrivant
à terre , trouvèrent des troupes sous
les armes , ce qui les caima beaucoup . "
་་
« Ils furent à la Municipalité, qui les écouta
et accueillit leurs plaintes , quoiqu'accompa
gnees d'une rebellion ouverte contre des lois
émanées de l'Assemblée Nationale ; on les
tança de l'irrégularité de leur demarche , et on
Jes exhoria à retourner à leurs Bâtimens : ils
revinrent à bord , où ils furent reçus.
})
On jugera de la prudence de M. d'Albert,
et de sa fermeté à défendre le maintien
de l'ordre par les deux lettres suivantes.
La première est la lettre circulaire
qui précéda la lecture du Code ,
en voici là teneur .
A bord du MAJESTUEUX ce & Septembre.
"
Vous êtes déja prevenu , Monsieur , que
le Code pénal , décrété par l'Assemblee Nationale
et sanctionné par le Roi , vient de
nous être envoyé. J'en joints ici un exemplaire
que vous lirez ou ferez lire , en votre
présence à l'équipage assemble du vaisseau
que vous commandez . »
"
Le Décret supprise les lois péna’es ,
éparses dans nos anciennes ordonnances ,
comme étant incompatibles avec la Contitution
d'un Peuple libre. En effet , elles
étoient en général vagues et indéterminees ,
ce qi jetoit les Chefs dans un arbitraire
T
SUPPLÉMENT à l'article de Paris & aux Nouvelles
étrangères.
Du jeudi 30 Septembre 1790 .
LEs mouvemens augmentent de jour en jour dans les chantiers
de la Grande- Bretagne : les ouvriers ont ordre de travailler
à la douche tâche . Trois vaiſſeaux de 98 canons viennent
encore d'être mis en commiflion . Il y en aura 80 - avant la fin
d'octobre. Le roi a déclaré une nouvelle promotion dans
la marine. La grande flotte eft à Spithead , & ne rentrera
point dans le port : tout annonce qu'elle remettra en mer.
L'efcadre des Dunes attend les derniers ordres . Nous confirmons
à nos lecteurs que la guerre eft certaine , fi l'Eſpagne
fe refufe aux conditions qu'exige le ministère britannique. Le
capitaine Mac Donald , commandant d'un bâtiment qui revenoit
de la Jamaïque , a été arrêté par une frégate espagnole
qui a vifité le navire & aché le capitaine entre deux planches
, en le laiffant expofé au foleil pendant un jour entier.
Tel eft du moins le rapport , fous ferment , que M. Mac-
Donald a fait à fon retour , pardevant le confeil privé. Cet
incident , que nous penchons à croire fort exagéré , a produit
à Londres une fenfation violente.
Nous avons précédemment repréſenté les Infurgens belgiques
comme étant à l'agonie ; ils viennent de recevoir le coup
de grace. Le 22 , leur grande armée a paffé la Meufe , pour
attaquer les Autrichiens dans le Limbourg. Ceux-ci étoient au
nombre de 6000. Les Brabançons , dont les relations portent
la force à 25,000 hommes , ont vivement attaqué une première
redoute , & l'ont emportée. Arrivés au fecond pofte ,
les Autrichiens leur ont cédé le terrein , pour les attirer plus
avant, Une fois engagés , les Belges ont été foudroyés par
une batterie mafquée de 12 pièces de canons. Renverfées &
en défordre , ces milices fe font débandées ; la cavalerie autrichienne
les a fabrées , pourſuivies , écrasées . Les vaincus ont
perdu 34 pièces de canon tous leurs bagages , leurs munitions
, & près de 6000 hommes. On dit qu'un grand nombre`
a péri dans la Meufe , qu'ils fe font hâtés de repafler : M. van
der Noot les attendoit fur l'autre rive . Herve , Luxembourg ,
& toutes les villes autrichiennes font pleines de prifonniers.
›
Du lundi 27. Les membres qui ont lu ce jour dans l'Affemblée
nationale des differtations fur les affignats , ont eté
MM. l'abbé d'Abbecourt , de Broglie , de Batz & de Mi-
' rabeau . Les deux derniers ont feuls produit quelque fenfation
; M. de Batz par un parallèle piquant des billets de
Law & des affignats ; M. de Mirabeau par la ftérilité de
fes moyens , les tours de force de fon flyle , la hardieſſe de
les citations. M. l'abbé Maury lui a de nouveau propofé
de fubftituer une difcuffion à une lecture académique , & de
débattre véritablement la queftion par le choc ferré d'une
argumentation contradictoire. M. de Mirabeau , & tous ceux
dont le talent brille principalement dans le cahier qu'ils
titent de leur poche , ont éludé cette méthode , la feule qui
puiffe convenir à un corps délibératif , & qui foit d'ufǝgé
au parlemeut britannique.
Du mardi 28. M. Bergaffe la Ziroule & M. le Chapelier
ont plaidé pour les affignats ; M. l'abbé Maury les a attaqués
durant trois heures ; fon difcours brillant , & plein de traits
heureux , contenoit des vuides : il n'a pas toujours profité des
avantages que lui avoit laillés hier M. de Mirabeau. Ce dernier
, par modeftie , avoit réduit fa demande de deux milliards
à un ; car le génie , les principes , le patriotifme ont leur flexibilité.
M. l'abbé Maury a vu dance facrifice d'un milliard ,
celui des faifeurs d'affaires affociés aux bénéfices de l'opération .
Quand les chefs , a -t-il dit , ont vu l'orage gronder fur la
nacelle , ils ont jetté les paffagers à la mer.
Du mercredi 29. La féance , dont les premières heures ont
été livrées au défordre le plus ti multueux , aux cris , aux
menaces , aux dénonciations , s'eft terminée à sept heures.
Au début , M. d'Efprémenil à propofé , pour rétablir les
finances , le crédit , le commerce , l'harmonie , l'ordre public
& la circulation , de revenir fur la fpoliation du clergé , la
dégradation de la noblefle , l'anéantiffement de l'autorité
royale.
Ce projet a incendié le côté gauche. A fept heures , après
un appel nominal , on a décrété l'ultérieure’émiffion de 800
millions d'affignats forgés & fans intérêts . La majorité a été
de 90 voix,
7.300
29
( 67 )
dont nous devons tous nous applaudir d'être
débarrassés. Souvent elles étoient trop severes
pour qu'on ne répugnât pas à leur exécution
, et plu , d'une fois cette répugnance
faisoit que le coupable échappoit à la punition
qu'il avoit meritée. La Loi nouvelle n'a
pas ce double inconvenieat ; les châtimens.
qu'elle inflige sout si bien proportionnés
aux faules et aux crimes , qu'un Chef ne
peut plus , sans se rendre véritablement cou
pable , se dispenserde les faire subir aux délinquans.
Les équipages , d'un autre côté , doivent
y voir , avec la plus grande reconnoissance
, avec quel soin les Représentans de
la Nation ont cherché à prévenir les abus
d'autorité ; faites leur observer que le Chef
chargé , comme tout Chef doit l'ere , du
maintien de l'ordre , ne tient le pouvoir
nécessaire que pour remplir cet important
devoir que d'une loi expresse qu'il
ne sauroit enfreindre , sans s'exposer lui,
même à être puni. L'établissement d'an
Juré prévient les condamnations precipitées
qui , rendues dans la chaleur du premier
moment , lai soient quelquefois des regrets
à ceux mêmes qui les avoient prouoncées
; mais cet établissement , si favorable
à l'innocent , ne doit jamais dérober le coupable
au châtiment qu'il a encouru. C'est -là
ce que j'espère que vous n'aurez pas de peine
à faire sentir aux braves gens que vous commandez
. J'espere qu'ils n'en auront pas à com
prendre qe la liberté consiste essentiellement
dans l'obéissance aux lois ; que cette
obéissance est le plus saint , le plus sacré
des devoirs du Citoyen , et que tous ,
exception , lui doivent être également soumis. "
64
'
Sans
L'attente du Code penal , dont j'avois
( 68 ).
d'abord cru l'arrivée plus prochaine , m'avoit
fait prendre le parti de suspendre
les punitions , pour ne pas en infliger d'après
des lois que je savois devoir être incessamment
proscrites. Plusieurs coupables ,
detenus en prison d'après cette disposition ,
a'tendent un jugement. Je voudrois bien
que le jour de la publication d'une lɔi , qui
doit faire renaître l'ordre sur nos vaisseaux ,
et y établir les principes d'une Constitution
que nous avons tous juré de maintenir , ne
fut unjour de douleur pour personne. Voyez,
Monsieur , examinez la nature des délits que
vous auriez à punir , ei si vous trouvez qu'ils
puissent être pardonnés , livrez -vous au plaisir
bien naturel de faire grace ; je promets
de ne vous désavouer en fien . La bonté du
Roi m'est trop, connue pour me laisser crain- *
die qu'il improuve l'indulgence que je me
permets dans cette occasion . "
"
Mais en même temps ne manquez pas
de prévenir votre équipage qu'il faut qu'il
s'attende à voir exécuter dans tous ses points
la loi que vous êtes chargé de lui faire con- '
noitre : beaucoup moins séveres que les an-'
ciennes lois dont elle prend la place , celieci
doit être exactement suivie . Je ne doute
pas que vous n'en sentiez l'indispensable nécessité
: n'oubliez pas que vous ne devez ja- '
mais vous écarter des dispositions qu'elle
contient . C'est là ce que je ne puis trop vous
recommander. »
#
Vous aurez incessamment le Code , imprimé
sur une seule feuille , de manière à
faire tableau et à être collé sur une planche.
Vous voudrez bien , en attendant , avoir soin
qu'on en tienne un exemplairé à la timonerie,
afin que chacun paisse y voir la peise en(
69 )
courue pour chaque déiit commis . Vous me
rendrez compte de la publication, qui aurą
été faite. Je ne doute point que le Code
soit reçu avec soumission et reconnoissance.
J'ai l'honneur d'être , etc.
La seconde lettre est la réponse que
M. d'Albert fit , en ces termes , à la Municipalité
.
"
MESSIEURS ,
Ce ne sont point de véritables Marins
qui ont été réclamer devant vous contre la
sévérité des peines décrétées par l'Assemblée
Nationale. Oui surement , ceux- là n'ont de
Marin que le nom qui , au mépris des lois
militaires , malgré leurs Officiers , malgré
leur Général , se sont permis d'enlever les
Chaloupes de presque tous les vaisseaux de
Escadre , pour former , ce que vous voulez
bien appeler , une Députation ; ce sont des
Gens qui , accoutumés à confondre la licence
avec la liberté et entièrement étrangers à
la discipline des vaisseaux , voudroient n'en
souffrir aucune quelques - uns d'eux n'ontils
pas osé me dire qu'il ne falloit point de
punitions ordonnées , et que lorsque quelqu'un
manqueroit , ils sauroient bien euxmêmes
le punir.
"
J'espère done , malgré la trop scandaleuse
journée d'avant - hier , que les braves
Bretons , que les braves Normands , qui dans
tous les temps ont fait la force de nos Armées
Navales , loin de se laisser entraîner
par le mauvais exemple sauront ramener euxmées
à leur devoir ceux qui s'égarent , et
qu'en suivant celui que viennent de leur donner
les ouvriers de l'Arsenal , tous finiront
par rentrer dans l'ordre ; et j'ai appris , avee
( 70 )
bien de la satisfaction , combien vous avez
cherché par vos exhortations à y engager
cex qui se sont adressés à vous .
14
>>
Quant au fond et à la nature des plaintes
portes , mon respect pour les Décrets du
Corps législatif m'interdit toute discussion
et ne défend même d'avoir une opinion ;
mais j'ai promis de faire parvenir à l'Assem
blée Nationale la réclamation des équipages
contre l'usage de la liane , et la punition des
fers avec anneau seul et avec anneau et
chaines. J'acquitte aujourd'hui ma promesse
en faisant part au Ministre de l'engagement
que j'ai prís , et en le priant instamment de
le remplir pour moi . "
" Je serois honteux de moi - même , si je
cherchois à me faire un mérite aupies de
vous de mon acquiescement à la demande
que vous me faites de suspendre , jusqu'à la
décision de l'Assemblée Nationale , l'exécution
du Code , en ce que les réclamans que
la justice est blessée ; ce qui en entraîne la suspension
totale , vu que je ne connois point
de peine contre laquelle quelqu'un d'eux n'ait
reclame. Je suspendrai donc j'y suis forcé.
Pourquoi craindrois -je d'avouer ce que tout
le monde sait ? mais si je ne l'étois pas ,
croyez m'en , que je me serois fait un vrai
plaisir de deferer à votre opinion . ".
"( Je ne veux point vous quitter sans vous
montrer une partie de l'amertume dont je
suis devoré. Vous connoissez l'etat de l'Escadre.
Vous sentez surement , sans être militaire
, que le manque de subordination dans
1s vaisseaux est ce qu'il peut y avoir de
plus dangereux , sur tout dans les circonstances
où nous sommes ; car si les amemens
( 71 )
faits et ceux ordonnés , n'ont pour but que
d'éviterlaguene en en imposant à nos voisins ;
quel effet ne produira pas chez eux la nouvelle
de ce qui vient de se passer ici ? Mais
en supposant que la guerre soit inévitable ,
croyez- vous qu'en l'état actuel des choses ,.
je puisse aller à l'ennemi sans cra¯nte . Cette
idée est trop crueile , je ne veux point m'y
arrêter. Je veux , au contraire , espérer que
peu de jours ramèneront les équipages au
sentiment de leurs devoirs , et qu'en dirigeant
mieux cette effervescence , dont ils
fatiguent leers Chefs , et dont ils sont euxmêmes
fatigués , je n'aurai point à craindre
, si les superbes vaisseaux dont le commandement
m'est confié , rencontrent des ennemis
, de déshonorer le pavillon .
J'ai l'honneur d'être , etc.
--
>>
Nous avons cru important de recueilir
ces deux Piéces , soit pour opposer
la vérité de l'histoire aux inventions de
l'esprit de parti , soit pour guider le jugement
du Public dans la suite des événemens
de Brest. On vient d'en voir le premier
chaînon : nous avons rapporté les
suivans la semaine dernière . On assure
aujourd'hui que le calme est revenu
c'est à dire , qu'en laissant les équipages
dans leur insubordination impunie , ils
ne cominettent augun désordre : on dit
encore que M. de Marigny a bien voulu
reprendre son uniforme ; mais que les
Officiers , dans l'impuissance de ramener
l'ordre , persistent à offrir leur démission.
( 72 )
( La lettre suivante , au Rédacteur ,
a été omise la semaine dernière ).
"
J'apprends , Monsieur , qu'on distribue
dans le Public un écrit ayant pour titre :
Nouvelle protestation de M. Bergasse contre les
Assignats. Voulez - vous bien me permettre
d'user de la voie de votre Journal pour désavouer
cette brochure. Soit hasard , soit
connoissance , j'ai prédit avec une justesse
assez singulière , tout ce que la première
émission des Assignats devoit produire , et
les évènemens m'ont complètement vengé
des misérables réponses qui m'ont été faites ,
ou plutôt des injures grossières qui m'ont été
prodiguées , car certainement on ne m'a pas
répondu . Peut-être pourrois - je annoncer aujourd'hui
avec la même précision , tout ce
que la nouvelle émission qu'on médite opérera
d'effets fanestes ; mais dans des circonstances
aussi déplorables que celles où nous
sommes, quand la raison et même l'expérience
ne sont plus écoutées , quand on ne peut réussir
qu'autant qu'on appartient à quelque
complot , ou qu'on sert quelque ambition
particulière , je ne le sens que trop , les vérités
que je publierois ne seroient pas mieux
reçues que celles que j'ai publiées jusqu'à
présent. Pour être tenté de parler de nouveau
, il faudroit que j'aperçusse au moins la
possibilité de me faire entendre , et plus je
promène mes regards autour de moi , plus
je demeure convaincu que quant à présent ,
je n'ai d'autre parti à prendre que celui d'observer
et de me taire. »
1
BERGASSE.
Paris , ee 25 Septembre 1790.
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE
DE
3
BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 24 Septembre 1790.
LES premières versions du Traité de
paix entre la Russie et la Suède , répandues
par les Russes , étoient inexactes.
Il n'est aucunement question dans cet
arrangement , dé clauses relatives au Gouvernement
de la Suède : le Roi ne pouvoit
à ce point compromettre sa dignité
et son indépendance. Nul article n'annonce
une alliance plus étroite entre
les deux Cours : les Nouvellistes ont pris
à cet égard leur voeu pour une transaction
de Souverains. Rien encore n'indique
donc , suffisamment , une variation
dans la politique générale du Roi de
Suède ; car , quel que défavorable que
soit cette paix séparée , au projet des
Puissances qui soutiennent la Porte Ot-
N°. 41. 9 Octobre 1799. D
( 74 ).
tomane , elle peut avoir été le fruit de
la nécessité et de motifs inopinés. En
attendant de voir écarter le voile , nous
allons transcrire une copie exacte du
Traité .
1 « Art . I. Íl sera maintenu à l'avenir entre
S. M. le Roi de Suède , ses Etats , pays et
Sujets d'un côté , et S. M. l'Imperatrice de
toutes les Russies , ses Etats , pays et Sujets
de l'autre côté , une paix stable , un bon voisinage
et une parfaite tanquillité , tant par
terre que par mer ; en conséquence ,
Jes
ordres les plus prompts seront donnés pour
faire cesser les hostilités de part et d'autre.
Le passé sera oublié , afin de s'ect per réciproquement
du rétablissement entier de
l'harmonie et de la bonne intelligence , qui
ont été interrompues par la guerre actuelle.
II. Les limites resteront de part et
d'autre , ainsi qu'elles étoient avant la rupture
, ou avant le commencement de la guerre
actuelle.i
་་
"
III. Par conséquent , tous les pays , provinces
et endroits , qui pendant cette guerre
auront été conquis par l'une ou l'autre des
Parties contractantes , seront évacués dans
le plus court délai possible , ou dans l'espace
de 14 jours après l'échange des ratifications
du présent Traité. "
Acc
IV. Les Prisonniers de guerre et tous
les autres , qui sans avoir porte les armes ,
ont été amenés pendant la guerre par les
Parties belligérantes , seront remis en liberté
de part et d'autre sans aucune rançon net
il leur sera libre de retourner chez eux sans
qu'on puisse exiger de part ni d'autre aucun.
dédommagement pour les frais de leur en(
75 )
tretien ; mais ces Prisonniers respectifs seront
tenus d'acquitter les dettes qu'ils pourront
avoir contractées avec des Particuliers des
États respectifs . "
"
V. Pour prévenir sur mer toute occasion
d'un mal - entendu dangereux entre les Parties
contractantes , il a été établi que, lorsque des
vaisseaux de guerre Suédois , un ou plusieurs,
grands ou petits , passeront devant des forts
appartenans a S. M. I. , ces vaisseaux seront
tenas de faire le salut Suédois , et on leur
repondra aussitôt par le salut Russe ; il en
sera observé de même à l'égard des vaisseaux
Russes , qu'ils soient un ou plusieurs ; ces
vaisseaux seront obligés en passant devant
des forts appartenans à S. M. Suédoise de
faire le salut Russe , et il leur sera rendu
aussitôt par les forts. Les Hautes Parties
contractantes se proposent de faire rédiger le
plus tôt possible une Convention particulière ,
dans laquelle sera déterminée la manière de
se saluer lorsque des vaisseaux de guerre
Suédois et Russes se rencontreront sur mer
dans des ports ou ailleurs ; mais jusqu'à cette
fixation les vaisseaux de guerre respectifs ne
se salueront pas afin d'éviter toute méprise . "
SI
« VI. Sa Majesté l'Impératrice de toutes
les Russies a consenti qu'il sera libre à
Sa Majesté Suédoise d'acheter par an , et,
d'exporter librement pour la Suède pour
50,000 roubles de grains dans les ports du
Golfe de Finlande et de la Baltique
toutefois il est prouvé que ces achats sont
faits pour le compte de S. M. Suédoise , ou
bien pour les Sujets qui auront été autorisés
expressément pour cet objet par Sadite
Majesté , sans qu'on puisse en exiger aucun
droit ou taxe ; cependant , lorsque l'année
Dü
( 76 )
1 aura été disetteuse en grains ou que Sa'
Majesté Impériale aura defendu par des
raisons importantes l'exportation des grains
pour toutes les Nations , cette exportation
pour la Suède ne pourra pas avoir lieu.
"
« VII. Comme les deux Hautes Parties
contractantes out éprouvé un desir également
pressant de terminer le plus promptement
possible les maux de la guerre , qui
pesoient sur leurs Sujets , et que pressées par
ce desir , il ne leur a pas été possible de
régler divers points et objets propres à affermir
le bon voisinage , et à maintenir une
tranquillité parfaite sur les frontières , Elles
s'engagent réciproquement de s'occuper de
ces points et objets , de les examiner et de
les régler à l'amiable par des Ambassadeurs
ou des Ministres Plénipotentiaires qu'El'es
s'enverront réciproquement , immédiatement
après la conclusion du présent Traité de
Paix.
"
.00
VIII. Les ratifications du présent Traité
de Paix seront échangées dans le délai de
six jours , ou plus tôt s'il est possible. »
En foi de quoi nous avons signé le présent
Traité de Paix , et l'avons scellé du
cachet de nos armes . Fait dans la plaine de
Waerele , près de la riviere de Kymène ,
entre les postes avancés des deux Armées respectives
, le 14 Août 1790. »
Signé , GUSTAVE MAURICE , Baron
D'ARMFELD ; OTTON , Baron D'IGELSTROEM.
Suivent les ratifications.
Le 8 de ce mois , Stockholm a vu l'exécution
du Colonel Hasteko , l'un des
Officiers coupables de l'armée de Fin
( 77 )
lande , et convaincu non seulement d'a- ´
voir trahi l'Etat , mais encore d'avoir
tenté d'entraîner dans la même perfidie
les Officiers et les Soldats de son Régi
ment . Au moment où les autres Cou
pabics alloient subir leur sentence , survint
la grace du Roi. Le Colonel Otter
est_relégué à Wexio entre les mains de
sa famille le Lieutenant - Colonel d'Enchjelm
et le Major de Kothen seront
enfermés ; le premier , dans la forteresse
de Warberg, lesecond dans celle de Landskrona.
M. de Klinsporre , dont l'esprit
est aliéné , a aussi reçu son pardon.
La Contre- Déclaration de la Russie à
la Cour de Berlin va ouvrir une scène
importante . Non - seulement l'Impératrice
décline toute intervention étrangère
dans ses arrangemens avec la Porte ;
elle prétend de plus forcer cette Puissance
à lui céder Oczakof et Akierman,
et à rendre indépendantes la Valachie
et la Moldavie. Voilà sans doute de
grandes prétentions à la fin d'une guerre
onéreuse , avec des finances épuisées
des troupes harassées , et cent mille
Prussiens sur la frontière . Si l'Impératrice
a espéré par cette exigeance en imposer
au Cabinet de Berlin , comme Elle
en imposoit à ceux de Stockholm ou de
Varsovie , on ne tardera pas à la désabuser.
Son Parti en Pologne , à la tête
du quel est le Roi lui-même , travaille
énergiquement à faire rentrer cette Ré
D it
( 78 )
publique sous l'obéissance des Ministres
de l'Impératrice , à décorer le piége , et
à exciter les esprits contre la Prusse. Le
séul résultat clair de ces manoeuvres est
que, la Pologne sera incendiée par le Parti
Russe et le Parti Prussien , qu'on va se
replonger dans les divisions , et revenir
en
peu
de temps au point où l'on étoit
il y a quatre ans.
Le Duc de Sudermánie , frère du
Roi , est de retour à Stockholm depuis
le 12. S. A. R. a été reçue aux acclama
tions publiques , et conduit en triomphe
au château où l'attendoit la Duchesse
son épouse..
ཉིན་ ༡
De Vienne , le 22 Septembre.
*
L'indisposition de la Princesse de
Naples n'a pas eu de suites ; toute la
Cour , ainsi que LL. MM . Siciliennes
sont ici depuis le 12. Le 17 , le Marquis
de Galle ; Ambassadeur de Naples , a
fait son entrée publique : le 18 , il s'est
rendu en cérémonie à la Cour , et dans
une audience du Roi et de la Reine il à
demandé en mariage l'Archiduchesse
Clémentine pour le Prince Royal de
Naples. -Les mariages de l'Archiduc
Francois avec la Princesse Thérèse de
Naples , de l'Archiduc Ferdinand avec
la Princesse Louise de Naples ont été
bénis le lendemain . 13
Le départ du Roi pour Francfort est
( 79 )
fixé au 25. S. M. sera accompagnée de
la Reine , du Roi et de la Reine de Naples
, des Archiducs François et Ferdinand,
avec les Princesses leurs épouses,
des Archiducs Charles , Léopold et Joseph
, de l'Archiduchesse Marie Thérèse
et du Prince Antoinede Saxeson époux.
La Députation de Hongrie a eu une
audience du Roi , aussitôt après son retour.
Le Diplome inaugural qu'elle a
apporté , est conforme à celui de
Charles VI. On dit que les Députés ont
ordre de consentir à toutes les modifica
tions qui pourroient ere proposées.
espèrent aussi d'obtenir du Roi la prómesse
de venir se faire couronner après
le voyage de Francfort.
fla
Les Grecs Non- Unis qui tiennent leur
Assemblée Nationale à Témeswar , ont
adopté la Langue Allemande dans leurs
transactions publiques . Les Raisciens et
lesTransylvains les ont imités , et ont quitté
même Phabillement Hongrois . En géné
ral , toute la Nation Illyrienne montre
un vifattachement au Roi et à son Gouvernement.
Celui- ci a réalisé une grande
et salutaire opération , en réduisant ainsi
la Hongrie à ses limites propres , et en
lui donnant à l'Orient des Voisins charmés
de ne plus entrer dans son arrondis
sement , et qui seront de bons garans de
son obéissance.
Les Etats de Gallicie ont demandé au
Roi , de laisser dans cette Province , dénuée
· Div
( 80 )
de numéraire , une certaine quantité de
troupes , dont la présence feroit vendre et
augmenter le prix des denrées , pour lesquelles
on ne trouve pas de débouchés . Le
seul commerce de la Province se borne au
sel.
DeFrancfort sur ke Mein, le 28Septemb.
Malgré l'affluence d'Etrangers qui remplissent
cette Ville , la Foire actuelle est
assez mauvaise : une défiance des événemens
lui ôte l'activité , et les affaires se
font trés lentement. Vraisemblablement
la Foire de Leipsick ne sera pas meileure.
Si les Négocians ont à se plaindre ,
la Ville en général se ressent très-utilement
de la circonstance ; les loyers , les
consommations, les ventes ont augmenté.
-L'Electeur de Mayence a fait son entrée
solennelle le 22 , et l'Electeur de
Trèves le 24. Ils avoient été précédés
de l'Electeur de Cologne , arrivé avec
LL. AA. RR. le Gouverneur et la Gouvernante
des Pays - Bas, quiiront ensemble
au-devant du Roi de Hongrie , jusqu'à
Mergentheim où ce Monarque est attendu
demain 29. Une Députation de
la Capitale a complimenté les trois Electeurs
Ecclésiastiques . Les Joyaux de
l'Empire conservés à Nuremberg sont
arrivés hier dans une Voiture de cérémonie
; ceux d'Aix - la - Chapelle sont transportés
ici par une Députation . - Les
Gardes Nobles et la Garde à cheval du
futur Empereur arrivèrent la semaine
( 81 )
dernière. La plupart des Ministres Etrangers
à la Diète d'Election , et entre
autres M. de Romanzof, Envoyé de
Russie , ont remis leur Lettre de créance
à la Diète.
H
Le Comte de Pappenheim , Maréchal-
Heréditaire de l'Empire , ayant représenté
à l'Electeur de Mayence , en qualité d'Archi
Chancelier la nécessité d'assuier par
une force militaire suffisante la tranquillité
et la sureté publique , pendant que la Cés
rémonie de l'Election et du Couronnement
d'un Empereur des Romains attirera dans
Franefori une grande foule d'Etrangers de
tout rang et de toute condition , l'Electeur
de Mayence s'est adressé au Landgrave de
Hesse assel ; et par une Estafette , qu'il lui
a expédiée le 13 de ce mois , il l'a requis de
tenir dans son Comté de Hanau , voisin de
Francfort , un Corps de ses Troupes à portée
d'as urer la présence du Chef de l'Empire
et du College Electoral en notre Vilie. Le
Landgrave de Hesse y a deferé sur le champ ,
et des le 17 au matin , il s'est mis en marche
à la tête de 11 bataillons et de 14 escadrons
de ses Troupes , pour former un Camp pres
de Hanuswald , dans les environs de Seckbach
et de B. rhen, sur les confins du Comté
de Hanau. "
Les Troupes Autrichiennes , qui se
rendent dans les Pays- Bas par la Bavière
et la Souabe , marchent sur trois
Colonnes ; l'une prend la route de Manhem
, derrière Donawert ; l'autre , celle
d'A gsbourg , et la troisième cele de
Landsberg. Le premier de ces Corpsest
déja arrivé à Aschaffenbourg; il passers
Dr
( 82 )
dans nos environs après demain . Cinquante
chariots de munitions l'ont pré:
cédé à Luxembourg.
* On ne sait encore comment expliquer
l'énigme de Liége ; les Etats actuels se
sont donnés un Régent sans en conférer
préalablement avec le Corps Germanique
, dont cependant ce Pays fait
encore partie ; le Ministre de Prusse a
donné à Chaudefontaine un repas splendide
au nouveau Régent , et à plusieurs
Membres des Etats . Enfin , ceux- ci ont
nommé auprès de la Diète d'Election
trois Députés , qui sont le Comte de
Geloe , le Comte de Berlaymont , et
le Bourguemestre de Chestret . Il est difficile
de concevoir comme on pourra
concilier leurs prétentions avec les Lois
de l'Empire . Déja l'on a répandu que la
Diète leur avoit prescrit les conditions
suivantes :
C
"
:
1. Que 1200 hommes des troupes d'exéeution
oecuperont la Citadelle de la Ville ; »
2 °. Que la démission des Magistrats actuels
, le rétablissement du régime de l'Evêque
, et en général la restitution complète
de toutes choses , sur le pied antérieur
à la Révolution du 18 Août 1789 , auront
lieu avant tout ;
44
"
3°. Que des Commissaires des trois
Cours Directoriales de Clèves , de Juliers et
de Munster , se transporteront sur les lieux ,
pour être témoins de l'execution fidèle de
ces conditions , et donner , d'après des con-
Moissances locales , leur avis sur la manière
( 83 )
la plus facile de procéder à un arrangement
définitif , et an redressement des griefs , dont
on s'occupera incessamment . »
Ces prétendues conditions sont un réchauffé
des décisions de la Chambre de
Wetzlar ; ainsi , elles ne peuvent avoir
été proposées comme termes d'accommodement.
Si c'est une Loi qu'on im-
-pose au Parti dominant à Liége , il
faudra en forcer l'exécution ; et cependant
, l'Electeur de Mayence va retirer
celles de ses Troupes employées à l'ar-
-mée contre Liège .
2
♫ On fait à Berlin les préparatifs nécessaires
pour le retour du Roi. S. M. a dû partir de
Breslau le 23 de ce mois , et fera route par
Grunebourg Crossen et Francfort. Le
même jour , le Duc régnant de Brunswick
partira aussi , et reviendra à Berlin par la
Saxe les deux armées dans la Silésie marcheront
à la même époque dans leurs anciens
quartiers de cantonnement.
FOG RANDE- BRETAGNE,
a
De Londres , le 29 Septembre.
Le Public reste encore dans l'incertitude
sur l'issue de nos armemens. Avant
hier , le sieur Slater , Courrier du Ca-
¡ binet , est arrivé de Madrid au Bureau
du Ministre des affaires extérieures . Le
Conseil s'assemble aujourd'hui pour
prendre connoissances des dépêches apportées.
Si elles, ne sont dans le jour
BVj
( 84 )
même , ou demain , communiquées au
Lord Maire et à la Bourse , ce sera une
preuve suffisante de l'ultérieure indécision
de l'affaire . Le bruit court que PESpagne
se renferme dans des réponses
vagues et dilatoires ; mais comment a-ton
pénétré le secret du Cabinet ? Si la
Cour de Madrid adoptoit cette politique
elle desireroit la guerre ; car notre Ministère
est très-résolu à ne pas laisser
nos Aottes dans l'inaction , sans pouvoir
néanmoins les désarmer.
Le Capitaine Mac- Donald, du vaisseau
le Trelawny Planter , arrêté , en
revenant de la Jamaïque , par des Bâtimens
de guerre Espagnols , dont le Commandant
a fait subir à M. Mac- Donald
16 heures de station entre deux planches,
et au soleil brûlant , fut entendu le 24
au Conseil , ainsi qu'un Passager de son
navire , et le Nègre qui le sert . Les Ministres
l'interrogèrent sur le traitement
dont il se plaint : les trois dépositions
ont été conformes. Si le fait est tel que
le rapporte M. Mac- Donald , et s'il n'a
aucun reproche à se faire , surement la
Cour d'Espagne fera punir l'Officier qui
s'est permis cette violence.
L'escadre des Dunes , forte de 14 vais
seaux de ligne , s'est rendue à Spithéad
en deux divisions , le 24 et le 25. Elle
doit prendre pour quatre mois de
vivres , ainsi qu'une partie de la grande
flotte . La diligence des chantiers est tou-
1
( 85 )
jours la même. La Britannia de 100
can . et l'Alexandre de 74 sont sortis du
bassin. Le 9 du mois prochain , on lancera
à Chatham le Leviathan de 74 can .
Il est en commission , et sera monté par
Lord Mulgrave.
Les Capitaines élevés par la dernière
Promotion du 11 , au grade de Contre-
Amiraux , sont MM. Braithwaite , Cosby
, Fitz Herbert , Cornish , Brisbane,
Houlton , Wolseley , Inglis et Cranston
Goodall.
Le Duc de Cumberland , Frère aîné de
S. M. , est mort , le 18 , de la consomption ,
à laquelle s'étoit joint un cancer à la gorge.
Ce Prince , né en 1745 , ne laisse point d'enfans.
Il avoit épousé une fiile de M. Lutrell ,
créé Pair d'Irlande il y a vingt ans , sous le
titre de Lord Carhampton . Par sa mort , le
Tresor Public herite de 8000 liv . sterl ;
pension viagere que lui avoit accordé le Parlement.
FRANCE.
De Paris , le 6 Octobre.
ASSEMBLÉE NATIONALE.
La question des Assignats étant décidée ,
on ne tiroit plus avec intérêt les dernieres
dissertations qui ont précede le Décret : les
Opinans ont tourne dans le cercle trace avant
eux , et au lieu d'en é endre la ci conférence ,
ils n'ont fait que la parcourir . Nous n'exeeptons
pas même MM. de Mirabeau et
l'Abbe Maury : au lieu de combattre deli(
86 )
bérativement les objections , l'un et l'autre
sesont renfermés dans les raisonnemens déja
connus , Nous nous bornerous donc à l'énoncé
rapide, des derniers débats , en y joignant
quelques passages des principales Opinions.
DU LUNDI 27 SEPTEMBRE.
'M. l'Abbé d'Abbécourt a aujourd'hui remué
la question sans la soulever. Les Assignats
, suivant lui , perdront ou sauveront
le Royaume. ( Ils lui feront beaucoup de mal
sans le perdre ni le sauver) . Dans son indecision
, l'Opinant a dit qu'il parleroit pour,
sur et contre , et il n'a pas tenu parole ; car
il a toujours été à côté du sujet . Au surplus
, il a fait des veux pour voir bannir
de la langue les mots d'Aristocrate et de
Démocrate. Si M. l'Abbé ' avoit le secrét
d'en bannir la chose , il auroit dû le révéler
à l'Assemblée Nationale.
Après lui , M. de Broglie , qu'on ne soupçonnoit
guère d'érudition sur la natieré débattue
, a pris la parole. « Vous avez à prénoncer
, a t - il dit , sur une operation qui
mettra le sceau à la Constitution . » Apres
cette belle phrase , il a répété ce qu'on lisoit
depuis huit jours dans tous les Journaux en
faveur des Assignats.
Ici M. l'Abbé Maury a rappelé le défi qu'il
présenta l'autre jour à M. de Mirabeau. Je
'di point préparé , a - t -il dit , de pièce d'élo-
*quence. J'invite M. de Mirabeau à monter à
la Tribune ; je me placerai au Bureau ,je lui
ferai mes objections ; il y répondra.
Cette méthode n'a été goûtée ni de M. de
Mirabeau , ni de ses partisans , ni des têtes
froides qui ne peuvent accoucher que dans
le silence du Cabinet. Elle a été repoussée
( 87 )
de haute lutte , et il a été décidé
disserteroit à part.
que chacun
M. de Baiz a présenté un parallèle des
Assignats et des Billets de Law en argu
mentant vivement contre les uns et les autres.
M. de Mirabeau lui a succedé à la Tribune.
Son Discours a eté un melange d'exagérations
et de hors - d'oeuvres , d'amplifications
et d'artifices populaires. Il a parlé de Finances
en Tribun ; il a consterné tous les esprits
timides , en leur montrant la Révolution
renversée sans l'étai d'une masse de Papiermonnoie
; il a persuadé les simples , qu'en
effet , la Constitution Françoise étoit assez
fragile , pour tomber en pièces , si on ne
l'attachoit à ces Feuilles hypothéquées. Il a
combattu toutes les objections foibles , a
garde le silence sur celles qui l'embarras
soient , a justifié ses contradictions par de
nouvelles contradictions , et n'a guère montré
que l'eloquence convenable dans un District .
A ses raisonnemens , il a mêlé des hardiesses
dignes du moment . Il a defié tous les Philosophes
de la terre de prouver, qu'il y a moins
de réalité dans la chose dont nos Assignats
sont le type , que dans la chose adoptée sous
le nom de Monnoie. Il n'a plus appelé les
Assignats du grand surnom de Papier territorial
: sous sa plume inventive ils sont
maintenant le Numéraire National ; le Papier
actif qui remplace le Papier dormant.
?
M. de Mirabeau s'est aussi écrié que les
Anglois doivent rire de nos terreurs ! ( Ils
riront bien plus de nos illusions. ) Qu'on
consulte le change avec Londres depuis 15
jours , change tombé de 26 et demi , à 25 et
trois huitièmes. Des tirades contre MM.
Necker , Dupont, de Condorcet , de Casaux , ont
( 88 )
occupé une grande place , dans ce Traité de
3 heures . Voici un exemple de ces sarcasmes:
- Ici , Messieurs , comment se defendre d'un
re sentiment patriotique ? Vous avez entendu
dans cette Tribûre ce mot du Memoire Ministériel
: on aire aux creanciers de l'Etat ;
achetez des biens Nationaux ; mais à quelle
époque et dans quels hena ? A quell- époque ?
à lepoque de la dette approfondie , counue ,
arrêt e ; à l'époque où toute la Nation met
tout son salui dans la vente des Biens tonaux
, et sau a conspirer à l'accompli ; à
l'époque où le proprietés territoriales repren
dront leurs prix , et ne seront plus grevees
par une feodalite barbare , par des impo.
sitions arbitraires. Dans quel lieu ? Dans un
lieu que ie ciel a favorisé de ses plus heureuses
influences ; dans un Empire sur lequel passeront
les orages de la liberté , pour nelaisser
après eux que le mouvement qui vivifie , que
les principes qui fertilisent ; dans un pays qui
appellera ceux qui cherchent un gouvernement
libre , ceux qui fuient et de estent la
tyrannic ? Voilà à que 'l'époque , et dans quel
lieu les créanciers de l'Etat sont app lés à
devenir propriétaires. Et si l'homa e qui a
prononcéces étonnan'es parole , etoitencore
à la tête des Finances , je lui dirois à mon
tour à quelle époque tenez vous un tel iangage
; et ans qul lieu vous permettez vous
de le tenir? H
Ce Discours fini , on a entendu la lecture
d'on Lettre écrite à l'As emblée Nationale
par M. de Pyuter , qui rend compte de son
expedition du 29 Jullet au Port au--Prince ,
et de ses suites. On a renvoye cet e Dépêché
anComite Colonial , en décietany de recevoir
Jeudi soir à la Barre , les Deputes arrives du
( 89 ).
Port au-Prince avec M. de la Galissonnière.
DU MARDI 28 SEPTEMBRE .
On n'a pas oublié le blâme jeté sur le Directoire
du Département de Seine et d'Oise ,
à l'occasion des excès commis dans le Parc
de Versailles . L'Assemblée a reçu anjourd'hui
une Lettre des Membres de ce Direc
toire , où ils représentent les brigands qui
menaçoient le petit Parc , le Château et la
Ville de Versailles , comme d'honnêtes Habitans
des Campagnes , induits en erreur.
. L'amour de la paix , ajoutent- ils , nous fait
un devoir de garder le silence sur un événement
qui n'a pas produit tout l'effet qu'on
pouvoit en attendre : le calme est rétabli.
- Heureux d'apprendre cette nouvelle à la
- France entière , et à son Chef auguste
❤
dont il seroit à desirer que l'on respectat
• le repos , et que les Ennemis du bien public
- rendent à l'envi le plus malheureux des
hommes , parce qu'il en est le meilleur .
Il résulte de cette Lettre que les pertur
batera du repos de Sa Majesté sont , non
pas les braconniers qui dévastent ses Parcs ,
mais la Municipalité de Versailles , le Commandant
, les Troupes chargées de les défendre.
Sans délibération ni examen , on a sccordé
à cette Adresse les honneurs de l'impression ,-
en décidant qu'elle seroit communiquée au
Roi.
M. Bergasse Laziroule a recommencé la
discussion sur les Assignats , auxquels il a
opposé les principes constans et les effets:
inévitables de cette opération . Personne n'a
mieux défini ce Papier- monnoie . « Les Ar
signats , a-t- il dit , ne sont autre chose
( 90 )
"
"
a que des Lettres de- change à terine inconnu',
payables en, immeub'es. Ce dernier point
de vue constate la perte où l'escompte de
ces sortes d'effets ; c'est sur cette perte
qu'est fondee l'absurde iniquité des Assi-
" ' gnats - monnoie.
to
D
M. le Chapetier , au contraire , a vu un
projet de contre- Révolution dans la résistance
aux Assignats. Sous le rapport de la Constitation
, des Finances et de la Justice, tout
sollicite cette emission . On voit par ce texte
que M. le Chapelier s'est contenté de battre
la route ouverte.
M. l'Abbé Maury est ensuite monté à la
Tribune ; on s'attendoit qu'il serveroit M. de
Mirabeau dans ses bras de fer ; qu'il repren “
droit sous oeuvre chacun des moyens et cha
cune des allégations de cet Orateur ; qu'eñ
un mot , inattaqueroit par une contradiction
serree , les principaux points de la doctrinë
de son Adversaire . Cette méthode lui don "
noit d'autant plus d'avantage , que le talent .
d'improviser , qui lui est propre , est surtout
favorable au genre polémique. L'Ora¹
teuna preferé de traiter lui-même la matiere
généralement. It l'a fait avec une grande
fécondité d'esprit , une promptitude d'expres
sions choisies ; mais sans qu'il en ait résulté
de no: eiles lumieres. 1
Ne vous y troupez pas , a- t- il dit , les
Agioteurs et astres Marchands d'argent ,
sont las de n'avoir en leur pouvoir que Ya
eirculation de crédit ; ils veulent participer
aux deux autres circulations , du numeraire
et des effets de commerce . Je vous dis qu'ils
auront vos Assignats , la chose est ciante ,
ils sont déja proprietaires d'une partie considérable
de votre dette exigible , ils ont
( 91 )
S
acheté les effets de cette dette exigible à
25 et à 30 pour cent de perte , et au moment
où vous aurez décrété l'émission d'Assignats
, de deux milliards d'Assignats forers ,
pour opérer leur remboursement , tous leurs
effets remonteront au pair , de sorte que s'ils
ont acheté pour 40 millions de la dette exigible
, ils auront reçu de votre munificence
ro millions ; ils auront done vos Assignats ,
et ils les auront au moment même où vous.
les aurez décrétés ; vos Assignats passeront
done entre leurs mains ; ils sont dépositaires
de la majeure partie de la dette exigible
et lorsqu'ils ont vu le patriotisme s'élever
contre l'émission de deux milliards d'Assi¬
gnats , ils vous ont dit leur secret , ils ont
capitulé pour 800 millions de Papier- monnoie
, parce que c'est la seule proie dont ils
veulent s'emparer ( car ne pensez pas que
malgré toutes les protestations hypocrites
de justice publique , ils s'inquiètent beaucoup
du paiement de vos deites ) ; ils s'in
quietent infiniment de la portion de vos
dettes qu'ils ont acquises , il avoient admis
dans leur nacelle les autres Créanciers de
P'Etat ; ils se sont vus menacés de quelques.
dangers , ils ont jeté les passagers à la mer.
Voilà , Messieurs , le véritable secret de
la Capitulation qu'ils vous ont offerte , et
dont ils plaidoient la cause il y a huit jours
avee tant d'eloquence . "
"
On nous entretient tous les jours des
dangers qui menacent l'Etat ; on ne nous
parle que de conspiration contre le Peuple.
Eh bien , ces Agioteurs , voilà les hommes
dont on devroit s'occuper dans vos Comités
des Recherches , et qu'il faudroit punir ! Le
moyen de se defendre d'une vertueuse in(
92 )
dignation , contre de tels ennemis du bien
public , quand on les voit encore corrompre
le Peuple pour le tromper , dénoncer à la
Nation comme de mauvais Citoyens , des
hommes qui ont le courage de s'exposer à la
mort pour défendre le Peuple ! Il faut vous
apprendre que ces accusations criminelles.
ne sont point de leur invention , Ecoutez ,
Messieurs , comme on parloit de Law en
1720 , voilà son Systême imprimé. »
n 40
M. LAW a fait voir à la France , que
Louis XIV avec l'autorité absolue , n'a pu
leur rendre plus qu'il ne leur a restitué. M.
LAW n'a plus d'ennemis que ceux de tout le
genre humain. Voilà comment nos prédécesseurs
parloient de M. Law. "
Le sort des Papiers- monnoie nous est
connu ; le sort des Papiers-monnoie est encore
recent. J'ai extrait , Messieurs , ces deux
Billets de Law d'un tas où il y en a des mil
lions accumules. Les voilà , ces Papiers encore
couverts des larmes et du sang de nos
Peres. Ces Papiers desastreux doivent être
comme des balises placées sur des ecueils ,
pour vous avertir du naufrage et vous en
eloigner. "
En finissant , M. l'Abbé Maury a annoncé
qu'il avoit un Plan , dont il demandoit la
discussion par un Comite , et qu'au surplus ,
si ce voeu etait rejete , il se rangeoit , quoiqu'à
reg et , à la Motion de M. Dupont..
M. Barnave a tenu le dernier la parole
et quoique son discours ne soit qu'une récapitulation
de la defense des Assignats , il
lui a prêté une nouvelle force par la méthode
et i adresse de sa deduction ; le ton trauchant
de ses expressions a servi à leur clarté.
( 93 )
On ne peut s'armer de paralogismes avec
plus d'assurance .
Farexemple , pour se délivrer de l'objection
tirée de la crainte des contre- façons du Papier-
Monnoie, il a cité les Banques de Londres
et d'Amsterdam , la perfection de l'industrie
dans la fabrication du Papier - Monnoie ,
la plus grande difficulté de contrefaire le
Papier, que de contrefaire le métal .
M. Barnave n'ignore pas cependant que
tous les jours on contrefait les Billets de la
Banque de Londres , et que l'industrie qui
les perfectionne , est non moins ingénieuse à
en fabriquer de faux . Il n'ignore pas que la
Banque de Londres , à l'aide de ses profits
immenses , peut supporter la perte de ces falsifications
, et qu'elle y est obligee ; qu'enfin ,
les fraudes ne peuvent acquérir ni étendue , ni
succés durable , parce que la rentrée continuelie
des Billets fournit un moyenjournalier
de vérification. Le danger qui menace les
Assignats est de toute autre nature , puisqu'il
pourra s'en glisser des milliards de
faux , avant qu'ils arrivent à leur Caisse
d'amortissement. Au Visa du systême de
Law , il se trouva pour 760 millions de billets
faux.
M. Barnave a traité de souverainement
ignorans ceux qui placent l'emploi des Assignats
dans les consommations , et non dans
les placemens de fonds et d'industrie. Pour
donner crédit à ce ton de confiance , il s'est
avisé de citer Smith , qu'il n'a certainement
pas lu . Ce Philosophe dit avec raison que ,
dans un Pays pauvre comme l'Ecosse , le
Papier de Banque faisant les fonctions de
Monnoie , accroît les Capitaux de l'industrie ,
du Commerce et de l'Agriculture ; mais le
(( 94 )
Papier- Monnoie dont il parle , est celui qui
s'échange à volonté contre de l'argent , et
sans escompie. Quel rapport encore un
coup , ont ces Billets de Banque avec les
Assignats ?
2
Une élucidation curieuse est celle de M.
Barnave sur la balance de Commerce . Nous,
l'avons perdue , à l'entendre , par le besoin
de Capitaux. Et où sont donc allés ceux qui
nous procuroient il y a 3 ans une balance
favorable ? Elle ne l'est plus , faute de travail
, et non de Capitaux ; c'est la consommaiton
qui manque , parce que l'Etranger
ne s'adresse pas à un Pays en Révolution
parce que le commerce de nos Colonies est
à moitié perdu , parce qu'enfin l'incertitude
de toutes choses , rallentit ou suspend toute
affaire. Augmenter les Capitaux , sans remédier
à l'anarchie , c'est nourrir de sucs un
estomac atonique . Il est vrai que M. Barnane
aperçoit dans la disette d'argent la cause de
l'anarchie. Personne ne lui disputera la gloire
de cette decouverte .
Ii venoit de finir ; aussitôt son Parti entier
a crié qu'on fermât la discussion . Il y manquoit
néanmoins une pièce importante ; M.
le Brun la tenoit à la main ; elle contenoit
les nombreuses Pétitions du Commerce , des
Municipalités , des Directoires . M. le Brun
en a demandé lecture , au nom du Comité
des Finances.
Précipitamment > , M. de Mirabeau s'est
lancé en avant , pour opposer sa volonté au
you de la Nation et lui enlever le droit
de faire connoître ses besoins à ses Représentans
. Sa doctrine , à ce sujet , a excité les
transports des Galeries , des Spectateurs qui
tous les jours avec une audace impunie ,
( 95 )
"
mêlent leur autorité à ce le des Législateurs .
et qui aujourd'hui applaudissoient au refus
de reconnoître , non l'autorité , mais le voeu
des Provinces. Ce contraste est digne d'attention
; il donne le secret de ces acclamations
factices. Voici par quels argumens M.
de Mirabeau les a provoquées :
40
Il est très-scandaleux , très - coupable,
au moment de fermer une discussion importante
de venir lancer , comme le Parthe , en
fuyant , le voeu des Directoires et des Municipalités.
Il n'est par permis de mettre des
Intermedia entre nous et la Nation ;
il ne l'est pa d'avoir la mauvaise 101 de
donner les neuf personnes qui composent
un Directoite , comme l'écho du Departe
ment ; il ne l'est pas que ceux qui nous ont
accusé de vouloir une République federative ,
viennent soutenir par leurs cris une opinion
qui feroit , au même instant , du Royaume
une République fedérative. Ce n'est pas aux
Corpsadministratifs , dans les mains desquels
sont , en ce moment , les, Biens nationaux
à donner leur axis sur les dispositions des
Biens nationaux ce n'est pas à ceux qui sont
dû remarquer que , par le pur respect que nous
devons aux principes du Gouvernement Représentatif
, nous n'avons pas montré le voeu
de la Ville de Paris , sur qui pésesoit cette
opération. Ils ont eu l'imprudence de ne pas
vouloir notre sage réserve , et nous ont accusé
de payer les applaudissemens, des Tribunes ;
expressions gratuitement insolentes ; can'est
pas à eux à venir élever contre nous , des maximes
destructives de la Constitution , dont
nous aussi avons posé quelques bases . Qu'ils
croient que le feu sacré de la Constitution .
t
a
}
( 96 )
est aussi bien dans nos foibles mains que dans
leurs mains si pures.
»
Ces etranges raisonnemens , sur lesquels
nous proposerons incessamment quelques remarques
, ont eu leur effet . On à décrété de
ne pas entendre M. le Brun , et de prendre
demain , sans désemparer , une délibération
définitive sur les Assignats.
DO MERCREDI 29 SEPTEMBRE.
Le Comité des Recherches n'ayant apparemment
aucune Contre-révolution à dénoncer
pour le moment , s'est attaqué à je ne
sais quel Curé Flamand , que le Comité aceuse
de prêcher contre la Vente des Biens
Nationaux . Ordre à la Municipalité de Saint-
Omer d'informer contre le Curé.
7 On a ensuite fait lecture d'une lettre de
M. Berthier , Commandant de la Garde Nationale
de Versailles , lequel en réclamant
contre les fausses inculpations qui le concerment
dans l'Adresse du Département de
Seine et d'Oise , prie l'Assemblée d'ordonner
l'examen de cette affaire . Elle a été renvoyée
au Comité des Rapports.
La discussion sur les Assignats ayant été
fermée la veille , M. d'Espresmenil est monté
à la Tribune pour faire lecture d'un simple
Projet de Décret. Beaucoup d'oppositions
et de cris l'ont d'abord repoussé , enfin il
est parvenu à lire ce qui suit :
L'Assemblée Nationale , toujours animée
du zèle du bien public , avertie par l'expérience
qu'elle n'obtiendra pas la paix , tant
qu'une défiance , bien ou mal fondée , éloigneraune
partie des Citoyens de leur Patrie ,
a décrété et décrète :
- ART· I™* , La Caisse d'Escompte reprendra
ses
( 970))
ses opérations originaires ; les 400 millions,
d'Assignats décrétés seront rendus à leur
nature primitive ; il en sera créé de plus pour
600 millions , sans intérêt , à compter du 15
Octobre ceux deja créés cesseront de porter
intérêt. Au 15 Janvier prochain la Caisse
d'Escompte paiera en argent comptant , et
à Bureauouvert ; tous les fonds versés à ladite
Caisse seront composés des valeurs ci-dessous
désignées.
"
La Nation accepte , par l'organe de l'Assemblée
, l'offre de 400 millions , qui lui a
été faite au nom du Clergé : les Communautés
Religieuses donneront à l'Etat , sur leur revenu
, pendant dix ans , un secours extraordinaire
, qui sera fixé de concert entr'elles
et le Roi.
Le Clergé , tant séculier que régulier est
rétabli dans la possession de tous les biens
dont il jouissoit. Le Clergé séculier demeure
autorisé à ouvrir tous les emprunts nécessaires.
pour réaliser les sommes promises , d'après
les règles qui seront fixées par les Lettres-
Patentes du Roi . Les Communautés Religieuses
pourront aussi faire des emprunts
d'après les mêmes formes.
Tous les Officiers Civils et Militaires ,
supérieurs etinferieurs ,fourniront un supplément
de Finance. Les Officiers de Finance.
et les Employés paieront un supplément de
fonds. Tous les Corps , Communautés et Corporations
, fourniront également un supplé
meet de Finance . »
"
« La Justice reprendra son ancien cours
et les Titres des Officiers seront provisoirement
transmissibles.
"
"
A l'exception des servitudes Person-
N°. 41. 9 Octobre 1799 .
L
((98 )
nelles , les Citoyens seront rétablis dans leurs
propriétés.
""
La Contribution Patriotique ne sera plus
forcée. "
Tous les anciens droits , à l'exception de
ceux de Gabelles et de Francs- fiefs , seront
perçus comme par le passé ; les Tribunaux .
veilleront à l'exécution de ce Décret. E
Les fonds provenant de ces divers secours
seront versés à la Caisse d'Escompte en quantité
suffisante , pour qu'elle puisse effectuer
ses paiemens ; les détails de ses opérations
ne pourront être mis à exécution qu'après.
avoir été concertés entre le Ministre et lesi
Administrateurs de la Caisse d'Escompte . "
Tous les Priviléges pécuniaires, demeu
reront abolis ..
งา
Toutes les rentes , à quatre pour cent ,
éprouveront la retenue d'un dixième. »
" La Dette arriérée sera divisée en deux
classes ; la première sera payée dans l'année
prochaine , en douze paiemens égaux ; la
seconde sera constituée au denier vingt..
" Il sera créé une Caisse d'Amortissement
composée des sommes provenant de l'extinction
des rentes. "
« Si ces impositions ne suffisent pas , on
pourra faire les augmentations de sols pour
livres nécessaires .
"«
Le Décret qui prescrit l'aliénation des
Domaines de la Couronne sera regardé
comme non avenu . "
"
"
tiers
"
LaJuridiction Prévôtale sera rétablie. N
La Maréchaussée sera augmentée d'un
"1
Les Princes du Sang seront priés de rentrer
dans le Royaume ; les autres Citoyens absens
( 99 )
seront invités à faire de même , et seront mis
sous la sauve -garde de la Loi . ‘*
" Les Comités des Recherches de l'Asseinblée
Nationale , de la Ville , et tous ceux
qui pourroient être établis dans le
Roya
seront abolis.
"
"
ر
« L'Assemblée Nationale desirant que le
souvenir des troubles qui ont désolé le
Royaume depuis un an , soieut effacés , sup
pliera le Roi d'accordér une Amdistie genérale.
"
"
« Le présent Décret sera porté au pied du
Tróne par l'Assemblée Nationale en Corps . » ?
Le Roi sera supplié d'y donner une
prompte Sanction , en lui assurahto
"
qu'iln'est
point de François qui ne soit dispose à tous
les sacrifices .
93 །
L'Assemblée en sortant de chez le Roi ,
ira porter ses respects à la Reine. Il sera
chanté dans toutes les Eglises et Paroisses,
un Te Deum , en action de grace de la réunion
des esprits ; le Roi sera supplie de se trouvér
avec son auguste Famille , à celui qui sera
chanté dans la Cathédrale de Paris ; l'Assembleely
assistera en Corps , et espere y voir'
les Princes et tous les François absens.
2
33
Des rires de fureur et des huges avpient'
plus d'une fois interrompur cette lectare. Il'
est peu aisé d'en démêler l'objet. M. d'Es
presmenil s'egayoit- il à faire la satyre des
opérations de l'Assemblée ? Son Projet éton- "
il une moquerie , ou une prediction? Ololqu'il
en soit à peine , a - t - il cu achevé que
la grêle à commencé. Vingt Membres se
disputoient l'avantage de frapper. Renvoyez
l'Auteur au Comité de Santé , criqit "Pun' :
Au Comité d'Aliénation , répétoit un autre
écho : Au Comité des Recherches. Dans leur
12
E ij
( 100 )
courroux , les Honorables Membres prenoient
au pied de la lettre les sarcasmes deplaces
de M. d'Espresménil , et les traitoient de
Projet de contre-révolution . Qu'on enferme
M.d'Espresménil à Charenton , disoit M Charles
de Eameth dans un accès de moderation .
Non , répondoit son frere Alexandre ; regardons
l'oeuvre de M. d'Espresménil comme
celle d'une imagination deréglée , et pour
prouver la liberté des opinions , passons à
l'ordre du jour. "
"
1:
M. Mathieu de Montmorency a fait un
effort de voix et d'éloquence , pour dire
que la folie et le délire , le délire et la
folie pouvoient seuls excuser un Projet qui
mériteroit la sévérité de l'Assemblée..... témoignons
le plus profond mépris.
Tandis que FOrateur plaidoit si bien la
liberté des opinions , M. de Cazalès a demandé
s'il étoit permis à un Membre de
l'Assemblée d'en insulter un autre ; qu'en ce
cas , il alloit demander , carte blanche de
personnalités nominatives.
"
"
"
16
"
Quoi ! a repliqué M. Charles de Lameth,
au milieu des bruits qui se répandent , d'une
" réunion des Parlemens , de trois Conspirations
, de Contre - Révolutions ( découvertes
par les Colporteurs ) , d'un Comité des Recherches
qui a dans son porte feuille 50000
hommes chargés d'emmener le Roi à Rouen ;
Quand M. d'Espresménil parle, comme une
« réponse du Roi , que tout bon François auroit
voulu oublier , vous craindrez de ridiculiser
un Membre! Le péril ... le danger....
" les Ennemis de la Révolution ...... tout est
perdu , si les bons Citoyens ne se coalisent.
" M. de Lameth finissoit , que M. Corol
ler le bras tendu , a crié : Qu'onfasse conduire
*
K
ce
"
་ ་
"
( 101 )
M. Duval à la Barre , ou qu'on le traîne en
prison.
On ne pouvoit pousser plus loin le
respect de la liberté , et de l'inviolabilité
de la parole. Dans trois jours , rous entendrons
le même Parti , à l'occasion
des horreurs de Versailles , appeler
crime tout reproche fait à un Député
sur ses discours quelconques à l'Assem
blée .
Au milieu de ce tapage , M. d'Espresmén
a tenté de se defendre. Vains efforts : on
est passé à l'ordre du jour.
Le reste de la Séance a été une succession
de tumultes , nés des debats sur la priorité
des Motions , sur les amendemens , sur
la manière de poser la question . Ces éternelies
et furieuses agitations , dont le recit
doit fatiguer les Lecteurs autant que nous
ont toujours le même caractère , et offrent
un triste intérêt . Elles ont fini par le Dcret
suivant , rendu sur là Motion de M. le
Camus et d'un amendement M. de Crillon ,
"[.
L'Assemblée Nationale decrete que la
dette non constituce de l'Etat , et celle du
ci devant Clergé , sera remboursée suivant
l'ordre qui sera indiqué en Assignats -monnoie
sans intérêt ,
"
Il n'y aura pas en circulation au delà
de 1200 millions d'assignats , compris les
400 millions déja décrétés .
st
>>
Les Assignats qui rentreront dans la
Caisse de l'Extraordinaire seront brûlés , et
il ne pourra en être fait une nouvelle fabri
cation , sans un Décret du Corps législatif,
toujours sous la condition qu'ils ne puissent
ni excéder la valeur des Biens Nationaux ,
E iij
( 102 )
ni se trouver au dessus de douze cents millions
en circulation . "
Cette décision a été rendue à la suite d'un
Appel nominal, aquella ganche a long- temps
résisté , et emportée à la foible majorité de
508 voix contre 423. Quatre Députés de Lyon ,
MM. Peris se , Milanais , Couce et Goudard,
naatis des Instructions, du vou, des Pétitions
les plus expresses et les plus multipliées de leur
Ville , Pont sacrifiée à la Majorité , en votant
hardiment pour les Assignats . D'autres
Membres prudens , qui leur étoient contraires ,
se sont absentés.
1
1
DU JEUDI 30 SEPTEMBRE.
A l'exemple du Commandant de la Garde
Nationale de Versailles , la Municipalité de
'cette Ville réclame contre la dernière Adresse
du Département de Seine et d'Oise , que l'Assemblee
Nationale a honorée de l'impression.
Elle demande une justification éclatante des
imputations qui lui sont faites , et l'examen
de sa conduite par un Comité : celui des
Rapports est chargé de s'occuper de cette
Lettre.
A la suite de quelques Décrets particuliers
, M. Chabroud a commencé le Rapport
de la Procédure Criminelle du Châtelet sur
les faits arrivés à Versailles le 6 Octobre
1789. Cette Lecture a rempli le reste de la
Séance , sans être achevée : on a remis l'audience
au lendemain.
A. DU JEUDI. SÉANCE DU SOIR.
Une vive discussion s'est élevée , pour
décider qui paicroit la Médaille commémorative
de la fameuse nuit du 4 Août 1789 .
Plusieurs Membres économes vouloient la
( ( 103 )
laisser au compte de M. de Liancourt , qui
l'a fait exécuter , et réclamoient l'ordre du
• jour. Cette étrange justice n'a cependant
pas prévalu la dette sera acquittée par
une contribution sur les Membres de l'Assemblée
; ainsi la Noblesse et le Clergé
paleront les frais de leur enterrement.
9
1
28
Parmi les secours très- considérables que
différentes Communautés recevoient de M.
l'Archevêque de Paris , le College de Sainte-
Barbe étoit compris pour dix mille livres .
Comme on n'a laissé au vertueux Prélat de
la Capitale , que les dettes qu'il contracta
dans l'hiver de 1788 à 1789 , pour secourir
les misères du Peuple ( générosite dont il a
été bien récompensé ) , il se trouve hors d'état
de continuer ses largesses : le College de
Sainte Barbe venoit en conséquence de notifier
aux Parens qu'ils eussent à retirer leurs
enfans . M. Camus a fait décréter en faveur
de ce Séminaire , un secours de 3000 liv. à
prendre sur les revenus de l'Archevêché.
Les Députés du Port -au - Prince ont été
introduits , et ont naïvement récapitulé les
excès de l'Assemblée de Saint- Marc .
་
Dans toutes les occasions , suivant eux ,
cette Assemblée a affecté de se comparer
à l'Assemblée Nationale et de se conduire
comme elle. L'esprit d'indépendance et
de faction éclatèrent de bonne heure. Il
« se forma des Comités , ensuite une Assemblée
générale. On chanta des Te Deum .
L'Assemblée déclara ses Membres inviolables
; elle s'arrogea un veto absolu . Elie
répandit par tout des Emissaires , et se
fit confirmer par une apparente Majorité.
Elle cassa les Corps rivaux , ouvrit les
Ports aux Etrangers , et affecta l'indépen
40
H
44
50
*
E iv
( 104 )
.
48
$
dance. M. de Peynier s'étant opposé à ces
usurpations , l'Assemblée générale le dé-
" nonce comme traître à la Nation , à la Loi
« et au Roi ; elle proscrit sa tête , ainsi que
celle de M. Mauduit ; elle intercepte les
Lettres de l'Administration . On coupe la
tête d'un Colon innocent , âgé de 70 ans ;
" on la porte au bout d'une pique ; on tente
de debaucher les Troupes et les Equipages
, etc. »
44
"
On a décrété l'impression de cèfte Adresse
véritablement curieuse , et d'entendre Samedi
soir les Députés de l'Assemblée de Saint-
Marc , et ensuite le Rapport du Comité Colonial.
DU VENDREDI 1 OCTOBRE.
Au tableau de l'anarchie de Saint - Domingue
a succédé aujourd'hui une plainte
de la Garde Nationale de Bordeaux contre
l'anarchie de Saint- Pierre de la Martinique ,
où trois Membres de cette Garde ont été
dépouillés de leur uniforme , et la Cocarde
Nationale proscrite. Cette dénonciation est
renvoyée au Comité Colonial .
Par un autre Décret , rendu sur l'avis du
Comité Militaire , on a passé aux Soldats
des Régimens Suisses , une augmentation de
paie de 18 deniers , et aux Officiers et Soldats
, la conservation des pensions et traitemens
dont ils jouissoient avant l'époque
du 1. Mai 1789:
M. Chabroad a ensuite continué son
Rapport. Nous avons eu le courage de
le lire attentivement ; mais on ne nous
supposera pas celui de l'analyser. La pleme
nous eût échappé à chaque ligne , et
( 105 )
nous ne partageons ni la force d'ame de
l'Auteur , ni le sang froid des Auditeurs.
Voici donc l'extrait de ce dépouillement ,
tel qu'il est recueilli dans les Feuilles publiques
qui l'ont transcrit sur l'Imprimé .
14
L'Assemblée Nationale va décider s'il y
a lieu à accusation . Les Juges ont érigé en
certitude ce qui pouvoit n'être qu'un soupçon .
Je serai moins hardi , et je demanderai si
l'affaire du 6 Octobre n'est pas un de ces
évènemens , où le sort se plaît à confondre
laprévoyance humaine. Recherches des causes
des excès commis. On a dit que le Peuple fat
conduit à Versailles par les Agens d'une intrigue
; on a dit , d'un autre côté , que l'interêt
de sa cause étoit son seul mobile. Taniót
c'est le hasard , tantôt c'est l'accomplissement
d'un complot déconcerté. D'abord y
a - t- il un complot ? »
M. Pelletier , premier témoin , dit qu'il
a appris par des bruits publics , dans les Sociétés
, promenades , Clubs ou Cafés , que M.
d'Orléans fomentoit un parti avec quelques
Membres de l'Assemblée Nationale , pour
s'emparer de l'Administration du Royaume ;
que M de Mirabeau étoit un de ses principaux
Agens. M. la Fisse a aussi entendu dire
par différentes Personnes , et dans différentes
Sociétés que ce projet existoit . M. Malouet
est agité de noirs pressentimens ; il pronostique
des malheurs , des bruits publics , des
bruits de Sociétés , des pressentimens ;
presque toujours ils sont trompeurs. Nul
temoin n'a montré la chaîne d'une intrigue
concertée. Je ne dirai pas par quels motifs
on a recueilli des faits , que leur date fait
remonter au mois de Juillet . Deux témoins
Ev
( 106 )
.
déposent que des piques ont été fabriquées
par le Serrurier de M. d'Orléans , que
ses Domestiques avoient des habitudes avec
les Habitans du faubourg Saint - Antoine. Les
habitudes des Domestiques ! on leur fait
signifier ce qu'on veut ; les piques , elles ont
été fabriquées par l'ordre du District des
Filles St. Thomas. M. Coroller a dejeûné
chez M. Malouet avec plusieurs de ses Collegues
; il leur a dit', que la Révolution ne
pouvoit se faire sans commotion , ellà -dessus
il est entré dans des détails . Trois Convives ,
MM. Dufraisse , Guilhermy et Tailhardat ont
tenu registre de la conversation et comme
les devoirs de l'hospitalité ne sont rien devant
les grands intérêts de l'Etat , ils ont rendu
compte en Justice de leur conversation. "
$
"
"
M. Perrin , Avocat , le Jeudi 9 Juillet
1789 , entendit une harangue dans laquelle
on disoit : « Nous nommons M. le Duc d'Or•
léans pour Lieutenant- Général du Royaume.
M. de Mirabeau avoit dit à M. de Virieu
qu'on vouloit faire M. d'Orléans Lieutenant-
Général du Royaume ; mais il devoit
Pobtenir de la médiation entre le Roi et le
Peuple , et alors que trouve- t on à blâmer ?
Antérieurement , M. de Mirabeau avoit
dit à M. de Bergasse : Qu'on ne feroit
jamais un pas vers la liberté , tant qu'on
n'opéreroit pas une Révolution à la Cour :
interrogé sur la nature de cette Révolution ,
il avoit fait entendre qu'il importoit d'élever
aM. le Duc d'Orléans au poste de Lieutenant-
Général du Royaume. Quelqu'un lui ayant
demandé si M. le Duc d'Orléans y consentiroit
: il avoit répondu que M. d'Orléans lui
avoit dit sur cela des choses très - aimables. »
M. de Virieu conversa à la Place Louis XV
14
( 107 )
avec un Officier de la Garde Nationale , le
17 Juillet , et cet Officier lui dit que : " ᏚᎥ
on avoit attenté à la sureté de l'Assemblée
ou de quelqu'un de ses Membres , on étoit
déterminé à Paris à proclamer M. d'Orléans ,
soit Protecteur , soit Lieutenant Général du -
Royaume. Ce n'est ici qu'une mesure. Ce
n'est , ni dans ce moment , ni dans ce lieu ,
qu'on peut chercher quelles mesures auroient
été prises.
"}
་ ་
2
« M. de Clermont - Tonnerre va plus loin ,
il tient de M. Besson : Qu'un groupe
d'hommes ayant porté dans le Palais - Royal
le buste de M. d'Orléans et celui de M. Necker ,
un de ces hommes a crié : N'est - il pas vrai
que vous voulez que ce Prince soit votre
Roi , et que cet honnête homme soit son
Ministre ? Cri auquel un petit nombre de
personnes a répondu Nous le voulons .
Il y a une seule observation à faire , M.
Besson , entendu , n'a rien dit de cela . On est
léger dans des propos familiers ; on est grave
devant les Juges. Tous ces faits ont été suivis
par la prise de la Bastille . Ce grand évènement
, devenu légitime par la nécessité , l'est
encore devenu par le succès ; il fit la gloire
de Paris et le salut de l'Empire . Nous voulons
découvrir des coupables , et non disputer
au patriotisme les lauriers qu'il a
cueillis . On dit que quelques jours avant
celui du 5, Octobre , il se tenoit des conciliabules
à Passy dans une maison où l'on
faisoit l'éducation des enfans de M. a’Orléans.
M. de Mirabeau le jeune a cité pour
témoins M. et Madame Coulomiers qui ont
été entendus et n'ont rien vu . Ici , M. Malouet
et toute sa Société , MM . Guilhermy ,
Henri-Longueve , Tailhardat , etc. , ont dé-
E vj
( 108 )
(
posé. Ces dépositions portent sur des propos
tenus par des domestiques de M. Malouet.
Ces domestiques les tenoient d'un Officier
de M. Malouet ; celui ci d'un Parfumeur de
Versailles. Cette généalogie donne peu de
lumières. Deux Soldats disent que le Roi
sera enlevé pour le conduire à Paris. M.
Mounier parle des inquiétudes du Ministère.
Cela s'accorde mal avec les dépositions de
MM. Lafise et Chamseru. Plusieurs Particuliers
déposent avoir entendu parler d'un
Conseil de Régence. M. Guilhermy , Député
, rapporte que : « Dans la nuit du 5
au 6 Octobre , ayant été rappelé à l'Assemblée
vers les une heure après minuit , il fit
rencontre , dans la Cour du Chenil , d'un
Député , qu'il n'a pas reconnu , dont il ignore
le nom , et qui lui dit qu'il falloit nommer
un Régent du Royaume , et que c'étoit sur
eet objet qu'on se rendoit à l'Assemblée . On
sait que l'Assemblée ne s'en est pas occupée,
et n'en a pas eu le projet. On a dit à M.
Belleville , que le Peuple auroit proclamé
M. le Dauphin , et à son défaut , M. d'Orléans
; que le Peuple répétoit ce propos .
Quand on médite des complots , on ne parle
pas , et ce n'est pas le Peuple qu'on choisit
pour confident. M. Bergasse et M. Régnier
racontent une conversation entre M. Mounier
et M. de Mirabeau l'aîné , dans laquelle
ce dernier dit : « Eh ! mais , bon homme que
vous êtes qui est- ce qui vous a dit qu'il
ne faut pas un Roi ? Mais qu'importe que
ce soit Louis XVI ou Louis XVII ? » Je
n'ai pas lu de sang froid ces paroles abominables
; j'ai dit il y a un complot. Mais
revenu au calme qui me convient , je cherche
la déposition de M. Mounier , et je n'y trouve
rien qui confirme celles - ci. »
( 109 )
( Qu'on interroge M. Mounier sur ce
fait . Tous les gens de bien en portent le
défi à M. Chabroud. Quelle logique de
nier un fait attesté par plusieurs Témoins
irréprochables , parce qu'un autre Témoin,
en déposant de cent faits différens ,
en a omis un qu'il révéleroit peut- être
à la confrontation ! Cette logique , on
la retrouve à chaque ligne de ce Rapport.
Nous passons diverses dépositions
obscures et insignifiantes , sur lesquelles
le Rapporteur affecte d'appesantir sa
critique , et que tout le monde lui abandonne.
)
64
" M. Blaižot dépose que dix à douze
jours avant le malheureux événement du
5 Octobre , étant allé parier de livres à M.
de Mirabeau l'aîné , ce dernier lui dit qu'il
croyoit apercevoir qu'il y auroit des événemens
malheureux à Versailles , mais que les
honnêtes gens qui ressembloient à lui témoin
, n'avoient rien à craindre. M. de Belleville
, en disant tenir ce fait de M. Blaizot ,
ajoute que M. de Mirabeau s'exprima ainsi
apres avoir fait retirer trois Secrétaires , et
fait fermer la porte avec soin. La déposition
de M. Blaizot écarte cette circonstance ;
il ne reste plus qu'une inquiétude dans ce
discours.
"
"
"
ן כ
"
que le
Anne-Marguerite Andelle , ouvrière en
linge , dépose entre autres choses ,
28 Septembre dernier, revenant deVersailles ,
où elle étoit allée présenter un Mémoire à
Madame Victoire de France , et pour lequel
elle avoit été renvoyée au mois d'Octobre ,
un Particulier l'aborda , sembla prendre part
( 110 )
1
à son chagrin , lui conseilla d'avoir, recours
au Duc d'Orléans , et lui promit une lettre
sur laquelle il lui donneroit des secours à la
vue seule du cachet . Elle eut en effet cette
lettre . Refusée à la grande entrée , elle en
prit une autre qui lui avoit été indiquée par
le Particulier de qui elle tenoit sa lettre :
elle y trouva un postillon qui , après lui avoir
dit que sur un cachet pareil à celui de la lettre
qu'elle portoit , M. le Duc d'Orléans avoit
donné dix louis à une femme , lui indiqua les
moyens de parvenir jusqu'à ses Gardes , et
lui vanta sa générosité. Elle ne put point parvenir
jusqu'à M. d'Orléans ; elle entra ensuite
dans le Parc , et y ouvrit la lettre qui lui
avoit été remise : elle renfermoit , au lieu
d'une lettre de recommandation , un papier
fort épais , au haut duquel étoient différens
signes qu'elle dépeint dans sa déposition , et
qui renfermoit des signes qu'elle a cru être
Grecs. "
" Voyant ensuite venir à bride abattue deux
Cavaliers qui paroissoient avoir la livrée de
la Reine , et qui s'adressèrent à une femme ,
elle demanda à cette même femme ce qu'ils
lui avoient dit ; et comme ils s'étoient informés
d'une femme qui avoit l'air étranger , soupçonnant
qu'ils pouvoient la chercher , elle
rentra dans le bois , et y coupa et dispersa
dans les charmilles , le papier épais qu'on lui
avoit remis . Elle en sortit ; ces Cavaliers
vinrent vers elle , et lui demandereni si elle
étoit de Paris ; elle répondit que non : ils la
laissèrent , mais bientôt apres ils coururent
de nouveau après elle , l'atteignirent , la
fouillerent dans ses poches et dans son estomac
, lui refirent la même question qu'ils
lui avoient déja faite , et la laissèrent. "
( III )
" Cette avanture est assurément bien éton
nante ; ce n'est pourtant rien . Il y en a une
antre dont je ferai grace à l'Assemblée : cette
femme est un prodige. Quelle justesse ! quelle
précision ! après une simple vue , après huit
mois , se rappeler ainsi des objets les plus
minutieux ! "
" MM. Latontinière et Laimant déposent
d'un récit qui leur a été fait par Blangry ,
domestique
de ce dernier. Blangey leur dit que
vers le 12 ou 13 Septembre 1789 , suivaḥt
M. Latontinière , vers la fin de Juin , ou le
commencement de Juillet de la même année ,
suivant M. Laimant , et il y a environ un an ,
suivant M. Pierre Bouché , autre témoin entendu
le 22 Juin de cette année , Blangey ( 1)
dit que la veille au soir , sortant du cabaret ,
il fut acosté par un jeune homime , fort bien
mis , qui lui proposa de l'argent pour assassiner
la Reine . Voyez les depositions.
"
Les dépositions de MM. Latontinière et
Laimant different dans les dates . M. Lutontinière
dit que Blangey fut acosté par une
personne. M. Laimant dit qu'il le fut par
deux. M Bouché , troisième témoin , parle
de propos tenus par Blangay dans les acces
de désespoir , et il dit ne se souvenir pas de
ees propos. Voilà un fait bien grave et bien
estropié. Comment ne s'est on pas informé
du jeune homme sorti du Juste? Comment
n'a - t- on pas entendu l'homme battu par
Blangey , et les personnes qui amenèrent
(1) Les Journaux d'où je tire ce Rapport ,
nomment ce Blangey, MONSIEUR BLANGEY.
Je suis fâché qu'ils n'aient pas ajouté , le
vertu ux M. B.
( 112 )
celui- ci chez M. Latonnière ? Est- il vraisemblable
que l'on confie à un homme ivre ,
rencontré par hasard , des complots aussi
odieux ? Comment cet homme conserve-t- il ,
avec autant de détail , la mémoire de cette
conversation , et ne se souvient - il plus de ce
qu'on a fait de lui , depuis le moment où on
a ôté de ses mains la personne qu'il battoit ,
jusqu'à celui où il s'est , dit - il , trouvé dans
Fécurie de M. Latontinière ? »
9
J'ai lu dans une déclaration faite par
M. le Cointre , au Comité des Recherches de
la Ville de Paris , que dans un accès de
joie , le même jour on escalada le balcon
du Roi , et qu'un Chasseur vouloit se tuer ,
ayant manqué l'escalade. Ce Chasseur ne
seroit- il pas le même , auquel M. Miomandre
de Chateauneufimpute d'avoir voulu se tuer ,
dans le desespoir de s'être laissé suborner
les Factieux ? par
"
M. Diot , Curé de Ligny et Député , dépose
avoir entendu plusieurs brigands réunis ,
proposer le 5 Octobre , à sept heures du soir,
50 louis d'or , payables par un Agent de M.
Je Duc d'Orléans , à ceux qui voudroient
assassiner le lendemain matin , les Gardesdu-
Corps et la Reine. M. Barras dépose
avoir entendu d'autres brigands lui répondre :
A quoi bon un Roi ? plus de tout cela. »
* Ces deux témoins ont l'air de vouloir
se rencontrer. Je ne conçois pas comment
M. Dict a pu voir et parer le coup qu'on lui
portoit , et M. Barras donner un signalement
aussi détaillé. On ne concevra pas aisement
encore que , malgre la faveur de l'obscurité,
ce soit dans un lieu public que des conspirateurs
cherchent à séduire des hommes dont
ils veulent se faire des complices , qu'ils de(
13 )
"
•
veloppent leurs perfides projets ; mais surtout
on aura peine a croire que deux personnes
auxquelles le hasard réveloit des seerets
de cette importance , n'en aient pos
donné connoissance à l'instant. M. Dio/ craint
pour sa tranquillité, comme si alors il étoit
permis de s'occuper de son repos et de ta
vie. ( La partie droite murmure ) . M. Barras
se borne à faire des remontrances froides .
Si je crois le récit de l'un et de l'autre ,
je dois mettre sur leur tête les événemens qui
se préparoient. M. Derosnet observe que ,
lorsque les femmes qui étoient entrées
chez le Roi , vers sept heures , pour demander
du pain , furent sorties , elles ne cessè-
1 rent de crier: vive le Roi! qu'elles rendirent
-compte sur la Place d'Armes , de la réponse
favorable qu'elles avoient reçue du Roi . Plusieurs
femmes ouvrirent alors l'avis de retourner
à Paris ; mais beaucoup d'autres
dirent qu'il falloit bien s'en garder ; qu'on
leur avoit donné ordre exprès de rester. "
•
On dépose qu'on avoit payé des Filles
de joie pour les envoyer au Régiment de
Flandres . Les conspirateurs avoient des confidentes
peu discrètes. Des témoins nombreux
annoncent que des Soldats payoient au Café
avec des écus de 6 liv. On dépose aussi
que 45 mille liv. ont été distribués au Régiment
de Flandres à Saint - Denis . "
M. de Montmorin , Major en second du
Régiment de Flandres voit , le 5 au soir ,
une femme portant dans l'un de ses bras ,
un panier d'osier à anse , couvert d'ane toile ,
et dans lequel il y avoit de l'argent qu'elle
distribuoit au Regiment de Flandres . Il falloit
aussi gagner le Peuple. M. Duval, dit
Grand-Maison , dépose qu'on a vu jeter de
( ( 114 )
l'argent par les fenêtres du Palais - Royal.
Il cite M, la Mothe , qui dépose aussi du
-même fait , et cite , à son tour , M. Duval.
M. Firmin Mianné dépose qu'il a ouï dire à
M. Destreffes , qu'étant chez lui , lorsque sa
Blanchisseuse rapporta son linge , il lui dit :
comment , vous n'êtes pas à Versailles ? Et
que cette Blanchisseuse lui répondit : M. le
le Chevalier , vous êtes dans l'erreur d'imaginer
que ce ne sont que des Blanchisseuses
et autres femmes de ce genre qui sont allées
à Versailles ; on est bien venu sur mon bateau
en faire la proposition à moi et à mes
compagnes , et c'est une femme qui est venae
offrant six et douze livres ; mais cette femme
n'est pas plus femme que vous. Je l'ai bien
reconnu , car je blanchis son Valet - de-
Chambre ; c'est un Seigneur qui demeure
au Palais - Royal ou aux environs . »
t
*
5
་་" On a déposé que cinquante garçons Vi-,
triers avoient éte enrôlés à un louis. Les
témoins varient et descendent d'un louis à
3 liv. Madame Andelle dépose qu'on en distribua
, dans la matinée du 6 , dans la cour
du Château ; mais alors on étoit au termé ;
la séduction pouvoit paroître inutile. »
16
Voilà beaucoup de dépositions , je reste
entre le soupçon et la croyance si l'on
ajoute , je pourrai croire ; si l'on ôte , je ne
puismêmesoupçonner. M. Montmorinaffirme :
eh bien ! qu'il dise , j'ai vu , et mon irrésolution
subsiste. J'ai quelque lieu de croire
qu'il croit avoir vu ce qu'il n'a pas vu. Un
panier plein d'argent est d'un poids trop
lourd pour une fmme ; des yeux qui distinguent
de l'argent à travers une toile , sont
peut-être trop perçans ; et puis il faisoit
nuit , et puis on ne trouve qu'un seul témoin ,
( 115 )
+
quand il devroit y en avoir mille. Je comple
pour rien Marguerite Andelle ; la vérité même
est suspecte à côté de telles visions . »
Apres avoir exposé les faits avec cette
candeur , M. Chahroud passe aux causes , et
les développe aussi impartialement.
Le 5 , des Grenadiers se présentent à
M. de la Fayette. L'Orateur est simple ,
m'apprend que le pain manquoit ; il est
prouvé qu'on avoit des inquiétudes sur les
dispositions de la Cour , que le Peuple étoit
rempli d'indignation au sujet d'une insulte
faite au sign de la Liberté Nationale. On
desiroit posséder le Roi à Paris , pour faire
cesser toutes les craintes . En partant pour
Versailles , on disoit : Nous allous demander
du pain au Boulanger et à la Boulangère .
Grace à M. Maillard , cette caravane avoit
quelque discipline ; on n'a pas fait assez d'attention
à l'action de ce Citoyen obscur . Je
me plais à rendre hommage à son courage ,
à sa présence d'esprit et à sa conduite.
18
ע
Il étoit annoncé que le Roi devoit fuir ;
qu'il devoit se rendre à Metz ; que l'Assemblée
seroit dissoute ; que la guerre civile con
menceroit. M. Bouillé étoit désigné chef de
cette Armée ; des cocardes blanches , substi
tuées à la cocarde nationale , augmento ent
les soupçons.
"
"
Le Régiment de Flandres pouvoit paroître
l'avant-garde de l'Armée .... Le 5 Octobre
, les voitures du Roi sont arrêtées à la
grille de l'Orangerie : cinq Témoins en déposent.
Le Procès- verbal de la Garde Nationale
annonce qu'on a également arrêté
à la grille du Dragon , les voitures de la
Reine. Ici l'intérêt va croître. Suivant la
declaration faite au Comité des Recherches
--
( 416 )
de la Ville , par M. le Cointre , M. d'Estaing
se rend , le 18 Septembre , au Comité Militaire
de la Garde Nationale de Versailles ;
i exige le serment du secret ; il lit une
lettre dans laquelle M. de la Fayette dit qu'il
n'est plus maitre de retenir les Gardes - Françoises
qui veulent aller reprendre leurs postes
à Versailles M. d'Estaingreprésente qu'un
secours de milie hommes seroit nécessaire ;
le Roi accorde la demande : l'Assemblée
Nationale en est informée ; le 23 le Régiment
est aux portes de la Ville . Le 4 Octobre
M. le Contre monte au Château , il voit
dans la galerie trois Damès et plusieurs
Abbés , distribuant des cocardes blanches.
་་
»
La conduite des Gardes - du- Corps pourroit
seule avoir causé les mouvemens. On ap»
prend de M. le Cointre , que les Citoyens déclarer
ot que les couleurs Nationales et le
Serment civique , ne pouvoient compatir
avec les Garges- du - Corps . Quelques Témoins
attestent la décence du dîner , donné le premier
Octobre , à la Salle de l'Opera. M. le
Cointre dépose que la Nation y fut proposée
et rejetée avec mépris ; que plusieurs personnes
y prirent la cocarde blanche ; qu'elle
a été portée par M. Karin , qui dit l'avoir
acceptée à ce dîner ; que M. Leclerc a en →
tendu cier sur la terrasse : Vive le Roi et
la Reine ! au diable l'Assemblée Nationale ;
qu'un M. Parseval , Aide de - Camp , à la
suite de cette fête , escalade l'appartement
de Louis XVI , s'empare des postes , s'écrie :
ils sont à nous , et arbore la cocarde blanche,
Un Garde du Roi, M. Canecaude , dépose
qu'au moment où le Roi vint au Repas , il
demanda au maitre de musique , l'air : Où
put- on étre mieux qu'au sein de safamille ?
( 117 )
et qu'on y substitua l'air : O Richard ! 6 mon
Roi ! l'univers t'abandonne ; allusion qui ne
pouvoit manquer d'être sentie . M. le Cointre
dit que cet air fut un signal pour escalader
les loges. Jeu significatif par lequel , peutêtre
, on se disposoit à quelques efforts . Tous
ces détails se répandirent. Le déjeûner du
3 jeta des matières inflammables sur l'in- \
cendie.
ས ་་ Maintenant vous auriez à choisir entre
des complots et des causes naturelles ; mais
s'il y a plusieurs routes pour arriver à la
vérité , il n'en faut négliger aucune. Un nom
auguste fut prononcé le 2 octobre au milieu
des imprecations. La Reine avoit ditqu'elle
étoit contente du dîné de Jeudi ; l'uni
forme national avoit été refusé à sa porte ;
des Dames de la Cour avoient distribué des
cocardes ; beaucoup de conjectures sembloient
lier la Reine aux torts dont on accusoit_les-
Gardes du Roi...
"}
Examinons maintenant les faits ; les ?
Gardes étoient en bataille sur la place ; plu-:
sieurs témoins disent , les uns que les Garr
des ont été hués , les autres que des gens ar
més de piques sont aliés à eux .... Si on eroit
M. S. Aulaire , un Garde National a traversé
les rangs , le sabre à la main , et sabrant de
droite et de gauche. M. de Savonière pour
suit un Garde National , qui se défend en
fuyant ; un cri s'éleve on nous laisse assa →
siner ; un coup de fusil part , et M. de Savonière
est atteint.
Charpentier , Garde National de Versailles
, est indiqué dans la Procedure , comme
ayant tiré un coup de fusil ; il n'est pas décrété
le Châtelet a donc pensé que cet
événement étoit la suite naturelle d'une
( 118 )
"
gression ; les Gardes se retirent , quatre témoins
déposent qu'un ou plusieurs coups de
pistolet sont partis de la queue de la coloane
; la Garde Nationale de Versailles répond
par une décharge , et la guerre est
déclarée...
"
1
Jusques -là il n'a été commis par le Peuple
aucun exces ; c'est ici qu'on trouve la
première violence du Peuple. Un témoin
dit , qu'un Garde du Roi , qui avoit massacré
un homme , avoit été assommé. M.
Durepaire se défend à la porte de la Salle ;
il se retire , et un coup de pistolet fait tomber
un homine à ses pieds . " On désireroit
que les momens fussent désignés , il y
auroit moins de confusion. Il paroît que les
premiers événemens se passerent vers la.
Chapelle ; il paroît aussi que les Gardes du
Roi tuèrent deux hommes. M S. Aulaire dit ,
qu'un homme s'est avancé jusques dans la
Cour de Marbre , ses deux pieds ont glissé
en avant , qu'il est tombé en arriere , et s'est
tué roide . Trois témoins déposent avoirientendu
un coup de fusil partir. Trois autres
disent avoir vu ce même homme tomber d'un
coup de fusil, La déposition de M. S. Aulaire
ne résiste pas contré ces témoignages .
Ainsi il paroit que le Peuple n'a commis
un meurtre que pour en venger un autre. Je
pense que la même chose est arrivée dans le
grand escalier , théâtre de la dernière scene.
Aussi je remarque que DEUX TÊTES SEULEMENT
SONT COUPÉES , bien qu'un plus .
grand nombre périsse. Aussi je remarque
qu'une rage excessive se dissipe , quand les
Gardes du Roi sont retranchés , et qu'une
poignée de Grenadiers Nationanx sépare
tout. "
( 179 )
1
1
Selon M. de la Châtre , le lit de la
Reine parut avoir été bouleversé par des
malfaiteurs , tandis qu'il est certain que cet
appartement n'a pas été souillé par leur présence.
Voici la preuve : M. Rabel , Garçon
de la Chambre du Roi , dépose que la Reine
frappa à la porte derrière le pocle de l'il
de boeuf, qu'elle y entra fondant cn larmes ,
criant : Mes amis , mes chers amis , sauvézmoi....
Que pendant que la Reine passoit
chez le Roi , le Roi inquiet d'Elle et de sa
famille , étoit allé la chercher par un passage
pratiqué sous l'Eil - de- bouf ; que le
Roi est rentré par la même porte que la
Reine y étoit entrée , et qu'une minute plus
tard le Roi auroit vu dans la chambre de
la Reine , les gens à piques qui y étoient
entres. M. Marquand , aussi garçon de Chambre
du Roi , fait à peu près la même déposition
; mais ne dit pas que les gens à
piques soient entrés dans la Chambre de la
Reine. Quant à M. de la Châtre , je consi- ›
dère le lieu et le moment : rempli de saisissement
et de respect , un regard furtif le
servit mal, son imagination vit le reste. Les
femmes de la Reine déposént et ne disent !
pas qu'on entra ; un valet- de- pied de la Reine
et un Cent- Suisse présens , n'en disent rien :
leur silence fuit des négations . Si vous admettez
un complot , vous verrez que Blangey
et le Chasseur des Trois - Evêchés , auroient
été destinés à en être les complices. Les conversations
nocturnes l'ordre donné aux
femmes de rester , et les distributions d'argent
, annonceroient des Chefs puissans . Examinons
maintenant les charges dans leurs
rapports avec MM. de Mirabeau et d'Orléans.
9
Je vais maintenant , Messieurs , appeler
( ( 1201 ) )
« votre attention sur les charges relatives à
" vos deux Collègues , MM. de Mirabeau et
A d'Orléans. "
K
Un témoin a dit que M. de Mirabeau
ayoit des liaisons. suspectes avec trois per-:
sonnes ; ces trois personnes sont designées ; ›
mais elles ne le sont plus après lui dans le
cours de la Procédure. Ce n'est donc qu'un ›
vain propos . Le 5 Octubre arrive ; le Peuple ›
de Paris est annoncé à Versailles ; M. Miram
beau donne à M. le Président le conseil de
se trouver malpour lever la Séance , et d'aller
chez le Roi. Je suis d'autant plus surpris de
l'importance que l'on a voulu attacher at
cette déposition , qu'ailleurs on lui fait donner
le conseil de ne pas aller chez le Roi ; or ,
si dans le second fait attribué à M. de Mirabeau
il y a une trahison , il ne peut y en
avoir dans le premier.
14
On lui attribue un propos tenu à M.
Mounier ; la déposition de celui - ci DÉMENT
ce rapport.
"
On a dit qu'on avoit vu M. de Mirabeau ›
portant dans sa main un sabre nud , passant
derriere ou dans les rangs du Regiment de
Flandres , et parlant aux Soldats. Un Officier
d'Infanterie a dit que c'étoit M. de (
Gamache , et a ajouté qu'il ressembloit à
Made Mirabeau. M. de Bessancourt dépose
qu'il a vu un sabre mud dans la main de
M. le Comte de ***. J'observe que trois ›
étoiles étonnent dans une information ,
parce qu'on y cherche les noms comme les
faits . J'observe encore que M. de Gamache.
n'a pas la même taille que M. de Mirabeau..
Il resulte enfin que le discours rapporté par
M. Miomandrè n'a été entendu que de lui.
» M.
33
( 121 )
M Deschamps dépose qu'allant au Château
, il entendit des femmes crier : où est
notre Comte de Mirabeau ? nous voulons notre
Comte de Mirabeau. Par - tout ailleurs que
dans une information , je prendrois cela
pour une mauvaise plaisanterie. Je remarque
que , lorsque les femmes furent introduites
dans l'Assemblée , ce fut M. de Mirabeau ›
qui les gourmanda vivement. Un second fait
ne permet peut - être pas une interprétation
sérieu e deux Soldats de la Garde Nationale
Parisienne sont arrêtés par des Citoyens
de Versailles . Ils demandoient M. de Mirabeau
. Vous allez penser qu'ils le cherchoient,
que c'étoient deux Emissaires qui lui étoient
envoyés ; l'umétoit Avocat et l'autre Tapissier
; l'un d'eux déclara qu'il étoit l'intime
ami du Valet - de -Chambre de M. de Mirabeau.
Le lendemain , 6 Octobre , M. de Mi- >
rabeau fut vu avec plusieurs Membres de
l'Assemblée , caché derrière les rangs du
Régiment de Flandres . Il me semble qu'alors !>
la scène étoit passée , et j'ai peine à croire
pourquoi l'on se cachoit lorsque cela n'étoit
plus nécessaire . "
К
"
Votre impatience me demande si je n'ar- í
riverai pas à de plus graves récits ; voush
me reprochez de m'appesantir sur des riens,
" et une vaine prolixité. Eh bien ! j'ai tout ,
dit ; voilà ' énumeration complète et fidelle
des charges que j'ai péniblenient cherchées
contre M. de Mirabeau. Venons à M. d'Oru
léans.
"
и
"
48
"
Les dépositions du Chasseur ivre et déses- ,
péré dont parle M. Miomandre , celles de
Mile. Andelle , tout cela est extravagant ou
grossièrement . fourbe . « .
44 M. de Frondeville dit avoir vu un sac
N°. 41. 9 Octobre 1790.
F
( 122 )
d'argent caché dans la poche de M. d'Orléans
avec précaution . Comment M. de Frondeville
n'auroit- il pas fait observer à quelqu'un
ce qu'il venoit de découvrir ; coment
en soit- il resté seul témoin ?
Tantôt on a vu M. d'Orléans avec un
quidam ; tantôt un témoin sur le même fait
déclare l'avoir vu avec deux quidams. Un
Sieur de Raigecourt declare avoir entendu
dire à M. le Duc de Chartres : il nous faut
encore des lanternes ; et l'on assure que M.
de Raigecourt est sourd . Un témoin le fait
revenir de Corbeil , un autre de Neuilly :
on le voit à la fois dans les lieux les plus
distans ; les mêmes témoins le voient à la
même heure , au même instant , avec des
habits différens . Sur le même fait , un témoin
déclare qu'il l'a vu à six heures , d'autres
disent sept , huit , neuf, dix et onze heures . »
M. de Mirabeau le jeune entendit , la
soirée du 5 , dire que M. d'Orléans avoit
donné ordre au Buvetier de distribuer au
Peuple des cervelas , des fruits et du vin..
Tout cela me paroît singulier. J'ajoute que
suivant la déposition de M. Antoine , Membre
de l'Assemblée , le Président avoit ordonné
au Buvetier de donner des vivres à
cette foule exténuée ; ce témoignage m'est
confirmé par d'autres personnes et par une
déclaration. "
MM. de Frondeville et de Digoine déposent
qu'un espion , Valet- de - Chambre de M.
d'Orléans , s'étoit glissé dans l'appartement
de la Reine , et fut reconnu par cette Princesse
; mais l'un désigne cet homme comme
étant vêtu d'un habit puce , l'autre lui donne
un habit gris . If est vrai que M. de Fronde
ville se ravise , et dit que sa mémoire peut
( 123 )
le tromper sur le signalement. Or , il dépose
le 21 Avril ; M. de Digoine avoit déposé le
19 le premier se ravise , comme a fait M.
Laimant dans l'affaire de Blangey ; fort à
propos j'achève là mon Commentaire. ».
Divers, témoins déposent avoir vu M..
d'Orléans dans la Cour des Princes , au grand
Escalier , au Château. Tous varient sur sou ›
costume , sur l'heure , sur le lieu . L'un le
dit en habit gris , l'autre en lévite . M. de
Frondeville fait monter M. d'Orléans vers la
Cour des Princes à 7 ou 8 heures ; M. Boyer
àdix ; M. Quence à huit et demie ; Madame
Besson et M. Jean Jobert à sept heures ;
M. la Borde à neuf heures ; M. Dodemain
après que le Roi eut paru sur son balcon ;
M. de la Serre à six heures ; M. Morel à sept
heures , etc. "
"
Il s'agit de décider si M. d'Orléans alla
au Château avant ou après les scènes du
grand Escalier. Il est clair que ce fut après ;
car , suivant MM. la Borde , Dodemain , le
Suisse de l'Hótel de Talaru , les Troupes
étoient déja en ligne , et la tranquillité rétablie
. Ajoutez à cela l'exposé de M. d'Orléans
qu'il partit de Paris à huit heures ,
et rencontra à Sèves les deux têtes coupees . »
MM. Nampty, de la Châtre , Frondeville
et Boisse , déposent que le Peuple suivant
M. d'Orléans crioit : vive le Roi d'Orléans !
Si l'on suppose ces acclamations antérieures
aux excès de la multitude , on en conçoit
l'intention ; mais elles sont évidemment postérieures
, et l'on n'y peut croire une minute ,
car elles n'ont point de sens. »
"
" Six autres témoins ont entendu au
même moment , les cris de vive le Duc d'Orléans.
Eh bien ! DES ACCLAMATIONS , TÉ-
1
Fij
( 124 )
MOIGNAGES D'AMOUR , HOMMAGE FLATTEUR
DU PEUPLE , scroient un attentat
dans les Sérails de l'Asie : un Sultan , dans
sa vieillesse imbécille , fait laver dans le
sang de son fils , le crime d'avoir été aimé ;
mais parmi des Hommes libres , ces BÉNÉ-
DICTIONS QUI HONORENT LES BONS CITOYENS
ET ACQUITENT L'ÉTAT sont
le trésor du Peuple , le germe à la fois , et
la récompense du Patriotisme.
་ ་
"
M. de la Serre dépose avoir vu M. d'Orléans
, à six heures , sur le second paliier du
grand Escalier , montrant au Peuple la Salle
des Gardes de la Reine. M. Morel , mis en
faction à six heures et demie , dit avoir refusé
la porte de l'Eil - de - boeuf à M. d'Orléans.
M. de Digoine le vit d'abord au bas
de l'escalier des Princes , ensuite à 8 hemes
et quart , à côté de deux hommes deguises
en femmes. Ces témoignages effrayans sont
sans valeur. M. de Digoine n'a pas consulté
le temps qu'il employa à se lever , à entier
au Château , à en sortir. M. Morel ne put
être mis en faction qu'après la retraite des
bandits : il n'étoit donc pas à l'oeil de boeuf
à six heures et demie , et ne put y voir M. d'Or
léans. M. de la Serre ne dépose ni de la mort
de deux hommes tués au - dessus et au - dessous
de l'escalier , ni des mouvemens des Gardes
du Roi , ni de ce qui se passoit dans l'appartement
du Roi où il entra . Donc son témoignage
est insignifiant ou suspect. Divers autres
témoins ne disent pas avoir vu M. d'Or.
léans ; done , M. de la Serre ne l'a pas vu
non plus.
"}
C
« On a dit que des scélérats ensanglantes
pénétrèrent dans l'appartement de la Reine:
je n'hésite pas ; je retranche ce fait . Deux
( 125 )
-
-
témoins l'ont vu , mais d'autres n'en parlent
pas. L'aventure de Blangey est un conte
aberbe. Il y a un apprêt plus que suspect
dans l'Histoire de ce Chasseur dout parlent
MM. de Miomandre et Rebourceaux , et dont
M.le Cointre fait un ridicule bravache. Les
propos nocturnes , entendas par MM . Diot et
Barras , choquent la vraisemblance : d'ailleurs
, ces deux témoins sont isolés .
n
Mais , dit-on , pourquoi les femmes restè
ent- elles à Versailles après la réponse du
Roi au sujet du pain ? Le dessein d'amener
le Roi à Paris retint tout ce Peuple : Les
cois de sabre et les coups de pistolet des
Gardes du Roi provoquèrent son ressentiment.
L'obscurité de la nuit explique le reste. »
Les dépositions de Morel et la Serre se
décèlent d'elles - mêmes. Elles sont démenties
par d'autres. Dès que l'imposture est évidente,
il ne reste d'indices que CONTRE LES TÉ-
MOINS, "
"
}
Les inquiétudes de mon imagination sont
calmées. Tout s'applanit , lorsque je vois le
Peuple , manquant de pain , accourir à Versailles
et dans ses alarmes , regardant la
présence du Roi à Paris comme le terme de
tous ses maux. "
" Deux témoins affirmatifs , clairs , uniformes
, avoient chargé M. de Toulouse-
Lautrec ; les Juges du Châtelet l'auroient
décrété la calomnie ne soutient pas vos
regards ; M. de Toulouse fut absous. Ce que
Vous avez fait alors , vous le ferez aujourhui.
་་
J'ai aperçu le moyen d'arriver à la vérité .
sans nuages. La grande Révolution que vous
avez faite , promet des heureux , mais fait des
mécontens . Des attaques ouvertes ont échoué,
Fiij
( 126 )
mille mesures sourdes ont étésoupçonnées : la
Constitutian s'élève au milieu de la rage impuissante
d'une Faction toujours vaincue
et toujours révoltée. Toute cette procédure
n'en seroit - elle pas une production nouvelle ?
Cette faction n'y a- t- elle pas laissé des traces
bien marquées du ressentiment qui l'anime ?
Quelle différence ne remarque- t - on pas entre
ces hommes simples qu'on peut supposer
étrangers à ces passions , et ces hommes
dévoués à une faction . Tel est lé discours du
Grenadier qui harangua M. de la Fayette , et
celui deMaillard, qui par la à Versailles à la tête
des femmes : c'est- là le langage de la vérité.
"
Si j'avois appartenu à une Faction
ANTI PATRIOTIQUE , si j'avois été appelé
à concerter l'enlèvement du Roi et la guerre
civile , j'aurois provoqué des distributions de
Cocardes odieuses ; j'aurois suscité des inquiétudes
sur les subsistances ; j'aurois semé
des bruits alarmans , et je me serois dit , c'est
au milieu du trouble qui va naître qu'il
sera aisé de tromper le Roi , de l'enlever ,
d'étouffer la liberté dans des flots de sang.
J'articule des conjectures opposées à d'autres
conjectures. L'information elle - même n'estelle
pas un complot ? Quelqu'un a dit que
le Châtelet faisoit le Procès à la Révolution ;
c'est , peut-être , une grande vérité. Le Châtelet
a affecté de négliger nombre de témoins.
MM. le Cointre , Martereau , d'Estaing,
etc. Que signifie l'histoire des pressentimens
de M. Malouet et de sa Société intime ? Que
signifie cette affectation malicieuse à rap-
-peler une ancienne conversation de M. Coroller
, pour montrer un mystère dans une
LÉGERETE. ( Cette légéreté est l'aveu que fit
M. Coroller chez M. Malouet , que faute du
renvoi de M. Neat (
D
mois de Juillet ,
on auroit mis le feu au Palais Bourbon
pour commencer la Révolution . ) Ce quetout
cela signifie ! voyez comme ces atrocités sont
vagues ; comme la calomnie se replie , change
de face. Voyez les noms attaqués , choisis
sur la liste des Amis de la liberté , des Citoyens
chers au Peuple . Ici la querelle à la
Constitution ne se déguise pas ; elle est ouverte
, déclarée. On veut que l'acceptation
du Roi soit imputée à l'empire des circonstances.
Nos Détracteurs insensés , ont- ils
pensé que cette Déclaration des Droits ,
Evangile immortel de la Raison et de la
Nature (1 ) , que comme les transactions de
l'intérêt , devoit dépendre DE QUELQUES
FORMES ET DE QUELQUES VOLONTÉS .. »
"
Messieurs , je n'ajoute rien. Mon irrésolution
estfixée. Je suis ramené à ces termés
simples , où un seul point éclairci , donne
l'explication de tous , et il me semble enfin
qu'enlacement par enlacement , j'ai défait
le noeudgordien. Je ne vois plus qu'une conspiration
, celle qui a été ourdie contre la Constitution.
Une ligue s'est formée sur les débris
de l'ancien régime , pour tenter le renversement
du régime nouveau. Elle a dit :
la force est unie contre nous à la Justice ,
nous avons développé d'inutiles efforts ;
ployens pour nous relever ; opposons l'in-
(1) Que de courage dans M. Chabroud,
d'oser citer les Droits de l'Homme , à l'ins
tant où il atténue les plus affreux attentats
eontre ces mêmes Droits , violés dans les
foyers , sur l'auguste Epouse , sur les Gardiens
d'un Roi inviolable et saeré .
Fiv
( 128 )
trigue à la force , et l'artifice à la Justice .
Agissant ensuite dans l'ombre , elle a marqué
un but dont elle ne s'écarte pas ; déconcertée
, elle substitue une mesure à une
mesure nouvelle , et son art est de se reproduire
sous toutes les formes . Elle avoit ap-
-pelé cette armée qui devoit enval ir Patis
et la liberté naissante ; elle a suscité , elle
a nourri cette procédure monstrueuse , celle
guerre de greffe , passez- moi l'expression ,
dont le prétexte n'a pu dérober à nos yeux
la prétention secrète . Je m'abuse peut- être ,
mais par-tout je crois voir son influence.
M Je l'accuse de la tiédeur dans laquelle
Le patriotisme semble s'engourdir , et de cette
sécurité dangereuse qui a pris la place d'une
sage et nécessaire réserve. Je l'accuse des
uages qui ont obscurci ces jours purs où les
bons Citoyens n'avoient qu'une ame et ne
formoient qu'un vou . Je l'accuse des vains
démélés où cette Milice généreuse qui , de la
Capitale , donna à tout l'Empire un si
noble exemple , ne craint pas d'exposer enfin
le frut de ses travaux. Je l'accuse de l'inconcevable
illusion dont nous sommes frappés
, et où germe entre les vrais serviteurs
de la Patrie, cette défiance qu'ils devoient
garder pour ses ennemis . Je l'accuse de la
division cruelle qui se propage entre nous et
dans le sein de l'Assemblée Nationale , alors
même que la liberté est l'objet commun de
notre culte ; comme si les dogmes de cette .
Religion étoient à la merci des tristes dispates
qui enfantent les sectes ! »
Ainsi l'on nous égare pour nous surprendre
, et l'on nous divise pour nous
vaincre ; et lorsque nous allons échapper à
une embûche , d'autres plus dangereuses peut(
129 )
?
être sont dressées , où nous sommes attendus
, que dis- je ? ... où nous semblons courir
de nous - mêmes . »
Et quant aux malheurs du 6 Octobre
( car il faut enfin ne plus voir que d'horribles
malheurs dans cette journée fatale ) , nous
les livrerons à l'histoire éclairée pour l'instruction
des races futures ; le tableau fidèle
qu'elle en conservera , fournira une leçon
utile aux Rois aux Courtisans et aux
Peuples .
C'est par cette moralité conforme au
Rapport entier , que M. Chabroud a
terminé son épouvantable Exposé . Il
n'y manquoit que la leçon du Catéchisme;
ils nous l'a donnée..
On prévoit qu'elles ont été les conclusions
de ce Factum. M. Chabroud , au nom de
son Comité , a demandé qu'on déclarât et
décrétât qu'il n'y avoit pas lieu à délibérer.
A la lecture, de ce Rapport , on a
celle des trois Lettres suivantes :
-
joint
Première lettre trouvée dans les Papiers
de M. d'Estaing, écrite de sa main . Lundi
Mon devoir et ma 414 Septembre 1789.
fidélité l'exigent , il faut que je mette aux
pieds de la Reine , ce que j'ai vu dans mon
Voyage de Paris . On m'a dit dans la société
et dans la bonne compagnie , qu'on prend
-des signatures de la Noblesse et du Clergé ;
les uns disent que c'est à la connoissance
zdu Roi , d'autres disent que c'est à son insu .
On dit que le Roi ira par la Champagne ou
cà Verdun ; M. de Bouillé est désigné , M.
de la Fayette me l'a dit ; il est froidement
positif M. de la Fayelle. On nomma
Fy
T
( 130 )
3
M. le Maréchal de Broglie commandant le
tout ; M. de Breteuil conduit le projet , M.
de Mercy agit de concert. Ces propos , s'ils
se répandoient dans le Peuple seroient incalculables
. Je suis allé chez M. l'Ambassadeur
d'Espagne , et st là , je ne le cache
pas à la Reine , que mon effroi a redoublé .
M. de Fernand- Nunès en a parlé avec moi .
je lui ai parlé de ce bruit et de ce plan qui
occasionneroient la plus c'é honorante guerre
civile. Après avoir parlé de la Cour errante ,
de la banqueroute indispensable , M. l'Ambassadeur
a baissé les yeux ; il est convenu
que quelqu'un de considérable ou de croyable
avoit reçu des signatures. Ce fait m'inspire
un genre de terreur que je n'ai jamais connu ;
la première démarche coûte assez cher , ce
seroit des flots de sang : la Reine peut .conquérir
au Roi son Royaume , la nature lui
en a prodies moyens... Je supplie la
Reine de m'accorder une audience. "
་་ Autre lettre de M. d'Estaing. Il m'est
impossible de ne pas mettre aux pieds de la
Reine mon admiration ; il faut qu'elle croie
uniquement ses véritables serviteurs ; sa
fermeté triomphera tout....... L'ondulation
des idées a failli tout perdre... Les anciens
Ministres du Roi n'ont peut-être mérité la
haine que par l'instabilité des principes. Ils
n'ont pu empêcher ce malheureux dîner. La
santé à la Nation a été omise à dessein ;
portée par des personnes augustes , elle auroit
tout arrangé..... Le hasard , car il est
plus consolant d'y croire , a fait partir deux
coups de pistolet , partis de trop bas pour
venir de gens à cheval. J'ai voulu retenir la
Garde Nationale de Versailles . J'ai en vain
retenu ou relevé les coups... Il faut un autre
( 131 )
enthousiasme ; la Reine seule a le pouvoir
de le faire naître ; la voilà sur un grand
théâtre ; avec quelques soins elle sera adorée...
Áh ! Madame , soyez notre première
Citoyenne , vous serez tout , si vos principes
vous permettent de le vouloir. Le Clergé et
la Noblesse n'ont que le Roi pour les sauver...
M. de la Fayette m'a juré que les événemens
en avoient fait UN ROYALISTE . Tout
François doit l'être jusqu'à un certain point. "
Lettre de M. de la FAYETTE à M. de SAINTPRIEST
( sans date ) .
« Le Duc de la Rochefoucault vous aura
dit l'idée qu'on avoit mise dans la tête des
Grenadiers , d'aller cette nuit à Versailles ;
je vous ai mandé de n'être pas inquiet , parce
queje comptois sur leur confianceen moi pour
détruire ce projet , et je leur dois la justice
de dire qu'ils avoient compté me demander
la permission , et que plusieurs croyoient
faire une démarche très -simple , et qui seroit
ordonnée par moi . Cette velléité est entièrement
détruite par les quatre mots que je
leur ai dit , et il ne m'en est resté que l'idée
des ressources inépuisables des cabaleurs.
Vous ne devez regarder cette circonstance
que comme une nouvelle indieation de mauvais
desseins , mais non en aucune manière
comme un danger réel . Envoyez ma lettre
à M. de Montmorin.
ཨསྨཱ ཙ
"}
On avoit fait courir la Lettre dans toutes
les Compagnies de Grenadiers , et le rendezvous
étoit pour trois heures à la Place
Louis XV. »
C'est M. de la Fayette lui - même qui a sys
posé l'original de ce billet à la citation qu
avoit fait hier le Rapporteur .
FØ
( 132 )
Durant la lecture de M. Chabroud , plusicus
Députés déposans l'ont interpellé , ct
se sont inscrits en faux . Clameurs perdues.
Le Rapport achevé , M. de Bonnay a pris la
parole , et au milieu des interruptions et des
huées de la gauche et des galeries , il a dit
avec noblesse et fermeté :
"
MESSIEURS ,
La calomnie qui s'attaque à la vertu , n’obtient
jamais que des succès bornés , que des
triomphes passagers. En vain les scélérats qui
avoient tant d'intérêt à tromper le Peuple et
à l'égarer , qui avoient tant d'intérêt sur- tout
à se frayer un chemin facile jusques dans
l'asyle sacré de nos Rois , ont entrepris de
diffamer les Gardes -du - Corps : la voix publique
les a bientôt vengés. Dans cette prétendue
orgie , devenue le prétexte malhéureux
de tant de crimes , tout homme sage n'a
vu qu'un repas fraternel , consacré par l'usage
entre les Corps Militaires , et dont l'intention
étoit innocente et pure . Pour la première
fois , dans cette Tribune , et dans un
Rapport , qui , je l'avoue , M'A PARU UN
MODÈLE DE PLAIDOYERS POUR TOUS LES
GRANDS CRIMINELS , on a osé avancer que
dans les affreuses journées du 5 et du 6 Óctobre
, les Gardes- du- Corps avoient été les
Agresseurs . On a osé plus , on a eu l'étrange
courage , dirai - je , de s'étonner , dirai - je , de
s'applaudir , de ce que deux têtes seulement
avoient été coupées . On a tenté de rejeter
sur les prétendues violences de ces Guerriers .
que j'appellerai vraiment stoïques , et qui
se sont laissés égorger sans résistance , de
rejeter , dis-je , sur eux les atrocités , qui ,
dans la matinée du 6 octobre , ont souillé le
Palais de nos Rois , et entaché à jamais notre
( 133 )
Histoire. Vains efforts ! méchanceté inutile !
Vous tous , MESSIEURS , Vous avez été témoins
des faits . Vous tous , vous avez lu les
pieces du procès , les seules dépositions légales
et juridiques. La vérité est au grand jour.
La France et l'Europe entière , savent que
les Gardes - c -Corps , toujours fidèles à l'honneur
, toujours fidèles à la Nation , à la Loi
et au Roi ,les Gardes du- Corps , qui ont tant
de fois combattu pour la Patrie , et qui l'ont
peut- être quelquefois sauvée , n'ont jamais
été si grands , que lorsque par excès d'amour
et d'obéissance pour le Roi , ils ont laissé
enchaîner leur courage ; héroïsme sublime
qui n'eut jamais de modèle ni d'égal : Oui ,
MESSIEURS , jamais ils n'ont été plus dignes
d'hommages et de respects , que le jour
où , frémissant de rage et de désespoir , ils
se sont laissés massacrer sur les marches du
tróne , que le Roi leur avoit interdit de défendre.
Ils sont tombés , victimes innocentes ,
sous le fer des assassins ; et l'on ose encore
outrager leurs cendres ! Mais , MESSIEURS ,
en se sacrifiant , ils ont sauvé la REINE ;
ils ont sauvé le ROI peut- être ; ils sont morts
coutens.
" Pour moi , MESSIEURS , Membre de ee
Corps respectable , auquel j'ai toujours fait
gloire d'appartenir , et qui ne m'a jamais été
plus cher que depuis qu'il est malheureux , de
ce Corps dont l'honneur et la loyauté furent
toujours les seuls guides , je craindrois d'être
désavoué par lui , si je m'abaissois à le justifier
, si je m'abaissois à repousser des calomnies
grossières , et qui partent de trop
bas pour l'atteindre. En réponse au récit d'un
Sieur le Cointre , en réponse à la déclaration
illégale de cet homme , trop connu pour que
( 134 )
son témoignage dût être compté , en réponse
aux allégations de M. le Rapporteur qui n'a
pas craint de s'appuyer d'un tel témoignage ,
j'opposerai seulement quatre cents ans de
courage , de victoires et de vertus : et malgré
leurs lâches détracteurs, les Gardes-du- Corps
du Roi , mes braves frères d'armies , seront
toujours ce qu'ils ont été ; ils seront toujours ,
tels
que Bayard , sans peur et sans reproche. »
M. de Mirabeau, très - courroucé , a demandé
qu'on approfondit et qu'on accélérât la
discussion , et que M. de Bonnay plaidât
contre les grands Criminels .
«
44
Je déclare , a répliqué M. de Bonnay ,
que mon projet n'est point de monter à la
Tribune pour discuter cette procédure ; je
reconnois toute mon insuffisance à cet égard ;
majs j'ai dû y monter po r justifier un Corps
dont je suis Membre ; et quand à l'expression
dont je me suis servi de modèle de plaidoyer
pour de grands criminels , et que je ne rétracte
point , je déclare que je n'ai voulu
retracer que la critique sévère à laquelle le
rapport de M. Chabroud m'a paru et me
paroît encore donner lieu.
La Séance a été levée .
DU SAMEDI 2 OCTOBRE.
Après la lecture du Procès-Verbal , M.
de Mursanne a invoqué la suppression des
Comités des Recherches , Inquisitions illegales
, auxquelles il étoit nécessaire de substituer
sans delai une Haute Cour , Nationale.
Le cri redoublé de passer à l'ordre du
jour a decidé le sort de cette Motionin !
Par addition à son Rapport , M. Chabroud
a exhibé une espèce de Requête d'un Vainqueur
de la Bastille , qui , sans prononcer ,
( 135 )
dit-il , sur les intentions du Châtelet , demande
pourquoi on ne l'a pas fait assigner
en déposition lui et ses Collègues . Une autre
piece , non moins curieuse , a suivi celle là .
C'est une Déclaration d'un Comité du Gros-
Caillou , qui rapporte l'affirmation faite devant
lui , par MM. Billot , Larcher , Poyau
et autres , que le 6 Octobre 1789 , à SEPT
HEURES ET DEMIE , étant avec un Détachement
de 60 hommes à la hauteur D'AUTEUIL ,
ils rencontrèrent M. d'Orléans allant à Versailles
, et qu'ils lui portèrent les armes.
Il est bien étonnant que ces Messieurs , pour
dementir d'autres dépositions , disent avoir
vu M. d'Orléans à Auteuil , à sept heures
et demie , tandis que ce Prince , dans son
Expose justificatif, déclare N'ÊTRE PARTI
DE PARIS QU'A HUIT HEURES .
Cette lecture finie , on a confiné au fond de la
Salle , tous les Députés déposans , à la réserve
de ceux qui ont déclaré n'avoir rien su , ni rien
vu. M. de Mirabeau a plaidé virement cette
exception , en celebrant le vertueux silence
de ces Chers Amis de la Liberté que la scélératesse
lui auroit ôtés , si elle eût été aussi
habile qu'effrontée.
Le sequestre une fois exécuté , M. l'Abbé
Maury a pris la parole . Il a d'abord représenté
que l'Assemblée n'étoit point appelée à juger
le fonds du Proces , que sans exercer le plus
exéerable despotisme, sans violer les principes
communs à toutes les Nations policées , sans
usurper tous les pouvoirs , elle ne pouvoit soustraire
, par un Décret du Corps législatif , les
Représentans dela Nation aux Décrets des Tribunaux
, et consacrer ainsi un Privilége en matiere
criminelle. Ensuite , il a montré la puérilité
des menaces illusoires de M. de Mirabeau
( 136 )
contre les Témoins et le Châtelet , puisque
let premiers n'avoient encore été ni confrontés
ni recollés , et que le dernier , entièrement
passif , n'avoit pas achevé l'information.
་ ་
Confrontant ensuite le procédé de l'Assemblée
Nationale avec celui des Communes
d'Angleterre , et avec le Ministère du Gran`l
Juré , il en a établit la parfaite dissemblance.
Passant ensuite à l'examen et au but du Rapport
, il a dit : « M. le Rapporteur , qui n'a
voulu voir dans les attentats du 6 octobre ,
aucun complot , nous a dit que la procédure
étoit dirigée contre la Révolution . Je
sais combien tous ces mots parasites de Révolution
, de Constitution , de Liberté, de Pàtriote
, d'Ami du Peuple ont de faveur dans
cette Assemblée .
Pour moi , qui n'aspire pas à l'honneur ,
d'exciter les transports des Habitués qui viennent
ici dispenser la gloire , je demande qu'on
me définisse enfin le mot Révolution . Je demande
s'il est dans le sens de la Révolution
de souiller , par des crimes dignes des Cannibales',
le Palais de nos Rois , de massacrer
la Personne sacrée du Monarque , d'assassiner
son auguste Compagne , d'armer
contre cette Princesse une légion de Tigres .
Je demande si la Révolution a pu être un
titre d'impunité pour les plus grands crimes ,
si elle a pu autoriser un vilamas
de brigands
à méditer , à commettre les plus noirs
forfaits entre l'Assemblée Nationale et le
Trône. Je demande enfin si l'on regarde
da
comme ennemis de la Révole
sumuscrux
qui sont profondément révoltés des attentats
de Versailles. Dans cette supposition ," je
déclare que je me mets à leur tête . Non ,
( 137 )
Messieurs , ce n'est plus d'une Révolution ,
c'est d'une révolte qu'il s'agit , d'une revolte
contre la Constitution elie même , d'ún
véritable régicide . C'est déshonorer la chaine
de nos Decrets , que d'en suspendie hosteurement
le premier anneau au poignard des
assassins.
Le discours de M. l'Abbé Maury ayant été
indignement et à dessein , défiguré par touts
les Feuilles publiques , à la seule exception
de l'Ami du Roi , nous le transcrirons
en entier la semaine prochaine ; mais il est
juste de réserver aujourd'hui la place qu'il
nous reste à M. de Mirabeau. Les conclusions
de M. l'Abbé Maury alloient à faire
sortir cet Accusé de la procédure , et à y laisser
M. d'Orléans. On va voir avec quelle
contenance , et dans quel style , M. de Mirabeau
a reçu cette distinction . Il a dit ;
"
Lorsque rien ne m'accuse dans une Procédure
où tout est absurde , il est pourtant
des difficultés que j'éprouve .
64
"
Ce n'est pas de réprimer le juste ressentiment
qui oppresse mon coeur depuis
une année , et que l'on force enfin à s'exhaler.
Dans cette affaire , le mépris est à côté de
la haine ; il l'émousse , il l'amortit ; et quelle
ame assez abjecte pour que l'occasion de
pardonner ne lui semble pas une jouissance
! »
Ce n'est pas même la difficulté de par er
des tempêtes d'une juste Révolution , sans
rappeler que , si le Trône a des torts à excuser
, la Clémence Nationale a eu dès complots
à mettre en oubli . »
་་ Non , non , Messieurs , la véritable difficulté
du sujet est toute entiere dans l'histoire
même de la Procédure ; elle est pro(
138 )
fondément odieuse cette histoire . Les fastes
même du crime offrent peu d'exemples d'une
scélératesse tout à la fois si déhontée et si
mal- habile . Le temps le saura ; mais ce secret
hideux ne peut être révélé aujourd'hui
sans produire de grands troubles. Ceux qui
ont suscité la Procédure du Châtelet ont
fait eette horrible combinaison , que , si le
succès leur échappoit , ils trouveroient dans
le patriotisme même de celui qu'ils vouloient
immoler , le garant de lear impunité. Ils ont
senti que l'esprit public de l'offense tourneroit
à sa ruine , ou sauveroit l'offenseur .
On m'accuse d'avoir parcouru les rangs
du Régiment de Flandres le sabie à la main ;
c'est- à - dire , qu'on m'accuse d'un grand´ridicule
; les témoins auroient pu le rendre
d'autant plus piquant , que né parmi les Patriciens
, et cependant député par ceux qu'on
appeloit alors le Tiers - Etat , je m'étois toujours
fait un devoir religieux de porter le
costume qui me rappeloit l'honneur d'un tel
choix ; or , certainement l'allure d'un Député
en habit noir , en chapeau rond , en
cravate et en manteau , et se promenaut à
5 heures du soir, le sabre nud à la main , dans
un Régiment , méritoit de trouver une place
parmi les caricatures d'une telle Procédure.
J'observe néanmoins qu'on peut bien être
ridicule sans cesser d'être innocent. J'observe
que l'action de porter un sabre à la main
ne seroit ni un crime de lèze - Majesté , ni
un crime de lèze- Nation . Ainsi tout pese ,
tout examiné , la déposition de M. Valfond
n'a rien de vraiment fâcheux que pour M. de
Gamache , qui se trouve légalement et véhémentement
souspçonné d'être fort laid puisqu'il
me ressemble.
20
$
( 139 )
10
Il est dans cette Assemblée un ami qui
m'est très - cher , et dont je réclame en ce
moment le témoignage , c'est M. de la Marck.
J'ai passé l'après- diner toute entière le 5
Octobre seul avec lui et chez lui. Nous
avions pour toute compagnie des Cartes
Géographiques , sur lesquelles il me montroit
des combinaisons des Provinces Belgiques ,
qui lui tenoient fort à coeur. Un fait d'une
autre nature attachera encore vos regards ,
c'est que la préoccupation dont nous étions
dans cette étude géographique étoit telle , que
nous ne parlâmes que deux ou trois minutes
de ces redoutables Amazones qui arrivoient
Valors à Versailles ; et dans la courte conversation
que nous eûmes à cet égard , je
lui dis : Il est probable que des Conseils pervers
proposent defaire partir le Roi cette nuit;
et si Monsieur ne prend pas la Lieutenance-
Générale du Royaume , la dynastie est perdue.
Si le Roi part , je vais de suite demander une
audience à Monsieur.
"
"
On me reproche d'avoir tenu à M. Mounier
ce propos : Eh ! qui vous dit que nous
ne voulons pas un Roi ? mais qu'importe que
ce soit Louis XVI ou Louis XVII?
"
n
Ici , Messieurs , j'observerai que le Rapporteur
, dont on vous a dénoncé la partialité
pour les accusés , est cependant loin , je
pas de m'être favorable , mais d'être
exact , mais d'être juste.
ne dis
་ ་
"
C'est uniquement parce que M. Mounier
ne confirme pas ce propos dans sa déposition
, que M. le Rapporteur ne s'y arrête
pas. J'ai frémi, dit - il , j'ai frémi en lisant ;
et je me suis dit : si ce propos a été tenu ,
ily a un complot , il y a un coupable. Heureusement
M. Mounier n'en parle pas. "
*
( 140 )
"1
Eh bien , Messieurs , avec toute la mes
sure que me commande mon estime pour
M. de Chabroud et pour son Rapport , je
soutiens qu'il a mal raisonné . »
"
(1 ) Sapposez un Royaliste era'té, tel
que M. Mounier, conversant avec un Royaliste
TEMPÉRÉ , et repoussant toute idée que le
Monarque pút courir un danger chez une
Nation qui professe , en quelque sorte , le
culte du Gouvernement Monarchique . Trouveriez
vous étrange que l'ami du Trône et
de la Liberté , voyant l'horison se rembrunir ,
jugeant mieux que l'enthousiaste la tendance
del'opinion , l'accélération des circonstances ,
les dangers d'une insurrection , et voulant
arracher son Concitoyen trop confiant à une
périlleuse sécurité , lui dit : eh ! qui vous nie
que le François ne soit Monarchiste , qui
vous conteste que la France n'ait besoin d'un
Roi et ne veuille un Roi ! Mais Louis XVII
sera Roi comme Louis XVI, et si l'on parvient
à persuader à la Nation que Louis XVI
est fauteur ou complice des excès qui ont lassé
sa patience , elle invoquera un Louis XVII.
Le Zélateur de la Liberté auroit prononcé
ces paroles avec d'autant plus d'énergie ,
(1 ) Nous prions nos Lecteurs de bien méditer
ces deux paragraphes et de les retenir,
M. Mounier , absent , mais vivant , M. Mounier
parlera , non au Comité des Rapports ,
mais à la Nation et à l'Europe. Magna est
veritas et prævalebit. Le 5 Octobre , M. Mounier
ne compulsoit pas des Cartes Géogiaphiques
; il étoit à son devoir , et il lui reste
de terribles vérités à dire sur la manière
dont d'autres ont rempli le leur .
( 141 )
qu'il eût mieux connu son interlocuteur et
les relations qni pouvoient rendre son discours
plus efficace . Verriez - vous en lui un
Coaspirateur , un mauvais Citoyen , og même
un mauvais Raisonneur ? »>
Puisque j'en suis à M. Mounier , j'expliquerai
un autre fait que dans le compte qu'il
en a rendu lui - même , il a gâté à son désavantage,
»
((
Il présidoit l'Assemblée Nationale , le
5 Octobre , où l'on discutoit l'acceptation
pure et simple , ou modifiee , de la Déclaration
des Droits. J'allai vers lui , dit- on ;
je l'engageai à suppo.er une indisposition ,
et à lever la Séance sous ce frivole prétexte ...
J'ignorois sans doute alors que l'indisposition
d'un Président appelle son Prédécesseur :
j'ignorois qu'il n'est au pouvoir d'aucun
homme d'anêter à son gre , le cours d'une
de vos plus sericuses deliberations .... Voici
le fait dans son exactitude et sa simplicité. »
Dans la matinée du 5 Octobre , je fus
averti que la fermentation de Paris redoubloit
; je n'avois pas besoin d'en connoître
les détails pour y croire ; un augure , qui
ne trompe jamais , la nature des choses , me
l'indiquoit assez. Je m'approchai de M. Mounier
, et je lui dis : « Mounier , Paris marche
sur nous. —Je n'en sais rien , — Croyez- moi ,
ou ne me croyez pas , peu m'importe ; mais
Paris , vous dis - je , marche sur nous. Trouvez
vous mal ; riontez au Château ; donnezleur
cet avis ; dites , si vous voulez , que vous
le tenez de moi , j'y consens ; mais faites cesser
cette controverse scandaleuse ; le temps
presse ; il n'y a pas une minute à perdre .
"
Paris marche sur nous , répondit Mounier
, eh bien ! tant mieux , nous en serons
( 142 )
plutôt République. " Si l'on se rappelle les
préventions et la bile noire qui agitoient
Mounier ; si l'on se rappelle qu'il voyoit en
moi le boute-feu de Paris , on trouvera que
ce mot qui a plus de caractère , que le pauvre
fugitif n'en a montré depuis , luifait honneur.
Je ne l'ai revu que dans l'Assemblée Nationale
, qu'il a désertée , ainsi que le Royaume ,
peu de jours après. Je ne lui ai jamais reparlé
; et je ne sais où il a pris que je lui
ai écrit , le 6 , à 3 heures au matin , un
billet pour lever la Séance ; il ne m'en reste
pas l'idée la plus légère . Rien , au reste , n'est
plus oiseux ni plus indifférent. "
J'en viens à la troisieme inculpation
dont je suis l'objet , et c'est ici que j'ai
promis le mot de l'énigme. J'ai conseillé .
dit- on , à M. d'Orléans de ne point partir
pour l'Angleterre. Eh bien , qu'en veut - on
conclure ? Je tiens à honneur de lui avoir ,
non pas donné ( car je ne lui ai point parlé ) ,
mais fait donner ce conseil. J'apprends , par
la notoriété publique , qu'après une conversation
entre M. d'Orléans et M. de la Fayette,
très -impérieuse d'une part , et trés - résignée
de l'autre , le premier vient d'accepter la
mission , ou plutôt de recevoir la loi de partir
pour l'Angleterre. Au mêce instant , les
suites d'une telle démarche se presentent à
mon esprit.
11
X
Mon parti fut pris à l'instant ; je dis à
M. de Biron , avec qui je n'ai jamais eu de
relation politique , mais qui a toujours eu
toute mon estisse , et dont j'ai reçu plusieurs
fois des services d'amitié M. d'Orléans va
quitter , sans jugement , le poste que ses Commettans
lui ont confié ; s'il obéit , je dénonce
son départ et je m'y oppose ; s'il reste , s'il
( 143 )
fait connoître la main invisible qui veut
l'éloigner , je dénonce l'autorité qui prend
la place de celle des Lois . Qu'il choisisse
estre cette alternative . M. de Biron me répondit
par des sentimens chevaleresques , et
je m'y étois attendu . M. d'Orléans , instruit
de ma résolution , promet de suivre mes conseils
; mais dès le lendemain je reçois , dans
l'Assemblée , un Billet de M. de Biron ,
non de M. d'Orléans , comme le suppose la
Procedure ; le Billet portoit le crêpe de sa
douleur , et m'annonçoit le départ du Prince. "
re
et
Mais j'oublie que je viens d'emprunter
le langage d'un accusé , lorsque je ne devrois
prendre que celui d'un accusateur . Quelle
est cette Procédure , dont l'information n'a
pu être achevée , dont tous les ressorts n'ont
pu être combinés que dans une année entière
; qui , prise en apparence sur un crime
de leze - Majesté , se trouve entre les mains
d'un Tribunal incompétent qui n'est Souve
rain que pour les crimes de leze - Nation !
Quelle est cette Procedure qui , menaçant
vingt personnes differentes dans l'espace
d'une année , fantôt abandonnée et tantôt
reprise , selon l'intérêt oules vues , les craintes
ou les espérances de ses machinateurs , n'a
été pendant si long- temps qu'une arme de
l'intrigue , qu'un glaive suspendu sur la tête
de ceux que l'on vouloit ou perdre ou effayer
, ou désunir ou rapprocher ; qui enfin
n'a vu le jour , après avoir parcouru les mers ,
qu'au moment où l'un des accusés n'a pas
cru à la Dictature qui le retenoit en exil ,
ou qui l'a dédaignée !
>>
Qu'elle est cette procédure prise sur des
délits individuels dont on n'informe pas , et
dont ont veut cependant rechercher les cau(
144 )
ses éloignées , sans repandre aucune lumiere
sur leurs causes prochaines ! Quelle
et cette procédure dont tous les événemens
s'expliquent sans complot , et qui n'a cependant
pour base qu'un complot , dont le premier
but a été de cacher des fautes réelles ,
et de les remplacer par des crimes imaginaires
, que l'amour- propre seul a d'abord
dirigée, dont l'esprit de partis'est ensuite emparé
, dont le Pouvoir ministériel s'est ensuite
saisi , et qui recevant ainsi tour -à - tour
plusiems sortes d'influences , a fini par prendre
1. forme d'une prostation insidieuse , et
contre vos Décrets , et contre la liberté de
l'acceptation du Roi , et contre son voyage
à Paris , et contre la sagesse de vos déliberations
, et contre l'amour de la Nation pour
le Monarque ? "
« Quelle est cette procédure qne les ennemais
les plus acharnés de la révolution n'auroient
pas mieux dirigée , s'ils en avoient été
le, seuls auteurs , comme ils en ont été presque
les seuls instrumens ; qui tendoit à attirer
le plus redoutable esprit de parti , et
dans le sein de cette Assemblée , en opposant
les témoins aux Juges ; et dans tout le
Royaume , en calomniant les intentions de
la Capitale auprès des Provinces ; et dans
chaque ville , en faisant détester une liberté
qui avoit pu compromettre les jours du Monarque
, et dans toute l'Europe , en y peiguant
la situation d'un Roi libre et juste
sous les fausses couleurs d'un Roi captif ,
persécuté ; en y peignant cette auguste Assemblée
comme une assemblée de factieux !
Oui , secret de cette infernale procedure
est enfin découvert ; il est là tout entier ; il
est
( 145 )
est dans l'intérêt de ceux dont le témoignage et
les calomnies en ont formé le tissu ; il est
dans les ressources qu'elle a fournies aux ennemis
de la révolution ; il est .... il est dans
le coeur des Juges , tel qu'il sera bientôt buriné
dans l'histoire par la plus juste et la
plus implacable vengeance .
"0
On suppose bien sans que nous en fassions
la remarque oiseuse , que les Galeries
et le côté gauche ont prodigué leurs transports
, leur enthousiasme , le vacarme des
applaudissemens à cette diatribe dont
l'Auteur d'Accusé qu'il étoit , est devenu
Accusateur menaçant.
,
M. de Biron l'a suivi , et a reçu les mêmes
hommages , en défendant M. d'Orléans. Il
a montré ce Prince comme le premier Sectateur
de la Liberté en France , sa conduite
comme un modele de modération , et de
-modestie.
Cet éloge fini , M. de Montlauzier a tenté
de prendre la parole pour discuter enfin la
Procédure , qui ne l'avoit pas été du tout ;
mais quoique M. de Mirabeau eût sollicité
un examen profond , aussitôt un second Contradicteur
du Rapport a - t - il paru à la Tribune
, que les murmures , les huées et la
guerre de cris l'ont repoussé. Ces murmures
, a dit M. de Montlauzier , sont une
infamie. La délibération est prématurée.
Quoi ! vous n'avez pas examiné encore une
seule charge , et après deux ou trois Discours
apologétiques , vous entendez juger
une Procédure aussi compliquée ! Le Rap-
'port n'est pas même imprimé ; on ne nous
Î'a pas distribué. Je demande trois jours pour
méditer ce travail de trois mois. Pour le
moment , je ne suis pas muni de toute ma
N°. 41.9 Octobre 1799. G
( 146 )
force ; il faudroit une ame calme pour dire
les vérités qui m'oppressent , et des hommes
sages pour les entendre.
Co Du moment où la Procédure a été dans
nos mains , a repliqué M. Barnave , elle a
étéjugée. Il n'y a en tout ceci , d'autre conjuration
que la Procédure même. Je demande
de votre justice , de votre bonté, le plus profond
mepris pour cette Procédure , pour
Châtelet , pour les Temoins. M. d'Orléans
imprimera ce qu'il voudra , et ne fera que
confirmer l'estime universelle de la Nation
pour son patriotisme. »
le
Les oracles de M. Barnave ont été ceux
de la Majorité. Plus de cent Membres ont
refusé de délibérer. Le Décret du Comité a
été admis .
DU SAMEDI . SÉANCE DU SOIR.
i
Un des Secrétaires a lu une Adresse insensée
de je ne sais quel Comité d'Avignon ,
qui dénonce une armée , une fabrique de canons
de 60 livres de balle , et une contre-
Révolution,montés dans le Comtat Venaissir .
Les Députés de l'Assemblée Coloniale de
Saint- Maic , ont plaide leur cause à la Barre.
Nous reviendrons dans la suite à cet Historique.
DU DIMANCHE 3 Octobre.
La lecture du Proces - verbal a été suivie
de celle des remerciemens que M. Desilles ,
ce genéreux Officier du Régiment du Roi ,
a adressés à l'Assemblée Nationale.
On a décrété ensuite d'autoriser la Caisse
d'Escompte à delivrer encore quinze millions
d'Assignats au Trésor Public , pour le service
du mois d'Octobre.
( 147 )
Par-tout farieux , et ayant brisé tous les
freins , le Peuple s'attaque en plusieurs lieux
à la libre circulation des grains . Celui de
Carcassonne a détruit et incendié une partie
des écluses du canal. Sur le Rapport des
faits , décrété de prier le Roi de faire marcher
des Troupes dans le Département de
l'Aude .
M. d'Orléans a paru à la Tribune , où il
a prononcé un Discours que nous rapporterons
la semaine suivante.
Dans la crainte de noircir davantage
Vimagination de nos Lecteurs , nous remettons
à la semaine suivante , les extraits
de la Procédure du Châtelet , et
leur rapprochement avec le Rapport de
M. Chabroud. Nous jugeons du Public
par nous mêmes ; il ne soutiendroit pas
une plus longue attention aux horribles
objets qui composent ce Tableau . Le
Rapport qui en a été fait n'échappera
point à l'Histoire ; il ira à la Postérité
avec la Procédure , et les crimes qu'elle
a constatés .
Inutilement , M. Chabroud aura usé
les ressources d'un talent médiocre , à
faire disparoître la certitude et la chaîne
de ces attentats ; vainement , aura- t-il
rejeté sur lehasardet sur la faim l'exécution
d'un complot prémédité un mois auparavant
, et publiquement au Jardin du
Palais Royal ; vaizement , aura - t - il employé
deux Audiences à démontrer, que le
Gij
( 148 )
besoin de pain fit déguiser des hommes en
femmes , arracher une foule de malheureuses
de leurs Maisons pour les conduire
à Versailles , traîner des canons ,
prendre les piques , corrompre des Soldats
, et soudoyer des brigands . Vainement
aura t- il vu dans cet appareil le
cortège d'un Peuple malheureux qui va
porter ses demandes aux pieds du Trône ;
vainement aura- t- il poli les calomnies
qui préparèrent le massacre des Gardes
du Roi , et l'invasión de son Palais . Vainement
aura-t- il nié la notoriété publique
, et opposé ses interprétations à
cent actes juridiques , et l'invraisemblance
à la certitude ; vainement aurat-
il diffamé les Témoins , les Victimes
et le Tribunal , en mettant son opinion
à la place des faits ; malgré lui , ces faits
resteront immortels , pour laver la Nation
, indignement compromise , des
crimes de quelques scélérats.
Ce Rapport pèche par une mal- adresse
quiseroit inexplicable en d'autres temps
et en d'autres lieux . Jusqu'ici, lesfonction
de Rapporteur avoient consisté à balancer
impartialement les témoignages ,
les indices , à écarter toute fascination ,
à citer avec exactitude , à discuter sans
passion . M. Chabroud aura donné le
premier exemple d'un systême bâti sur
des raisonnemens , contre cent dépositions
juridiques . Il lui étoit réservé de
ne trouver d'autres Coupables , que ceux
( 149 )
dont la Justice s'occupoit à venger les
droits et les infortunes. Il lui étoit réservé
de détruire les témoignages , par
des outrages sanglans à la probité des
Témoins , et de montrer à la France ,
dans les forfaits dont elle repoussoit
l'opprobre , les vengeances du Peuple ,
le châtiment de quelques Conspirateurs ,
et la leçon des Rois.
Quel spectacle offre-t - il à l'Europe ?
60 Représentans de la Nation parjures
et faussaires , ou une prévarication inouie
du Corps Législatif. Lorsque la Commune
de Paris , le cri des François et
celui de l'Europe , armèrent le Châtelet
de la recherche des forfaits du 6 Octobre ,
qui aurcit prévu qu'organe de la clémence
Nationale , M. de Mirabeau
l'aîné , du haut de la Tribune , prononceroit
la grace de la Cour de France et
de ses Gardes ?
L'Assemblée Nationale a des droits
inviolables sur les actions des Citoyens ,
elle n'en a aucun sur leurs sentimens ;
son autorité finit là où celle de l'opinion
commence , et il n'est pas plus en son
pouvoir de paralyser l'Histoire , qu'il
n'est en celui du Crime , d'échapper aux
Sentences de la conscience et de la morale
publiques.
Au reste , nous l'avons dit antérieurement
, nous renfermerons cet examen
últérieur dans la recherche des faits , en
laissant à l'avenir celle des imputations.
Guij
( 150 )
&
Deux Accusés sont déclarés irréprochables
aux yeux de la Loi ; nous les
considérerons comme tels , et nous nous
abstiendrons de revenir aux charges qui
les concernent Les crimes de Versailles
ont-ils été des accidens , ou des entreprises
préparées? Voilà ce qu'il faut découvrir
dans la Procédure et le Rapport.
Le Public voudra se rappeler que nous
lui annonçâmes , il y a trois mois , l'issue
inévitable' de cette éclatante Information.
Sera-t- elle suivie ? Par qui le seroitelle
? Qui oseroit déposer ? Le Châtelet
cependant , a reçu de nouveaux témoi
gnages en assez grand nombre , et il s'en'
trouve , dit-on , de très-instructifs.- Le
caractère du Rapport va même faire
naître une nouvelle Procédure , par les
démentis cruels et publics dont M. Chabroud
ne tardera pas à être accablé.
En voici un deja , dont on ne peut se
dissimuler la force , et que l'équité nous
oblige de faire connoître , puisqu'on nous
en a requis .
« M. Cabroud s'est permis , dans son plaidoyer
d'inculper hier , dans la tribune , la
conduite des Gardes du Corps du Roi , dans
les journées des 5 et 6 Octobre . Vraisemiblablement
il a des preuves légales . Je le
somme , tant en mon nom qu'en celui de tout
le Corps , de se presenter , soit au Pariement ,
au Châtelet , à l'un des Tribunaux nouvelle
ment décrétés , soit enfin à une Commission,
prise dans l'Assemblée , composee de MM .
de Mirabeau , Barnave , Alexaudre de Lameth,
( 151 )
Menou , Malouet , PAbbé Maury , Cazalès ,
Foucault et Saint- Simon , à l'effet d'y produire
les preuves légales qu'il a à fournir
contre les Gardes - du - Corps , et faute par lui
de remplir cette demande , je le déclare calomniateur
, et, comme tel , indigne de templir
la confiance dont l'a honore la Nation . "
ne
་ ་
Je lui donne le démenti le plus formel
de ce qu'il a avancé au sujet de la grille
royale. J'affirme qu'elle n'a jamais été ou
verte que par moi , ou par mes ordres ; qu'elle
l'a pas été une seule fois depuis une heure
du matin jusqu'à cinq heures trois quarts que
j'ai quitté le poste du Corps - de - garde. J'en
ai emporté la clef; je l'ai , et la représenterai
au Roi et à l'Assemblée Nationale , quand on
voudra. "
" Je déclare aussi que les brigands sont
entrés dans l'appartement de la Reine ; que
je les ai vus dans la première anti - chambre ,
et que M. de Barreau , Brigadier commandant
la Salle de la Reine , qui est entré
jusques dans la Chambre à coucher ave
quelques Gardes , a laissé les brigands possesseurs
dudit appartement , où ils se sont
portés à tous les excès qui étoient la suite
de leur fureur contre le Roi , la Reine et leurs
Gardes. "
" J'affirme encore et démens formellement
M. Chahroud , et j'assure sur mon honneur
qu'il n'a pas été tiré un seul coup de mousqueton
par les Gardes - du -Corps dans tout
le Château. L'homme tué et déposé sous les
fenêtres du Roi , l'a été par les brigands en
tirant sur les Gardes- du Corps qui secou
roient MM. Durepaire et de Miomandre. La
Garde Nationale est témoin de ce fait , et on
én offre la preuve.
( 152 )
On peut assurer qu'il n'a été tiré qu'on
seul coup de pistolet du côté des écuries du
Roi par les Gardes du Corps de l'extérieur
du Château , dans le moment où un Gardedu
Corps , qu'on vouloit assommer , fut sauvé
par son f.ere qui le ramena à la troupe.
"
"
J'ai assisté au dîner et au dejeûner ; tout
s'y est passé avec autant de decence que d'honnéteté
et de cordialité ; et je déclare formellement
qu'il n'a eté tenu aucun propos contre
la Cocarde ni contre la Garde Nationale , et
que le Corps n'a jamais porté d'autre Cocarde
que celle qui est uniforme. »*
A Paris , ce ier . Octobre 1790. Signé ,
LUILLIER , Maréchal - des-Logis des Gardesdu
Corps du Roi , Compagnie Ecossoise.
Le prétendu calme de Brest a duré
huit jours. De nouveaux excès ont éclaté .
Les équipages se communiquent leurs
desseins de révolte par des signaux ; ils
les cxécutent en passant d'un bord à
l'autre sur les canots. Les Commandans
et la Municipalité de Brest s'accusent
mutuellement . On a livré des pancartes
avec promesse d'une médaille et de
toute protection , aux gens du Léopard ,
congédiés. La fermentation ne diminue
point , et n'aura vraisemblablement de
terme que parle désarmement , ou par la
retraite des Officiers.
«On a imprimé la semaine dernière , hur¹é ,
vendu dans tout Paris , une lettre anonyme
adressée de Rouen à M. Bailly , et mise en
lumieres , dit on , par le Comité des Recherches
, où l'on instruit amicalement le Maire
( 153 )
de Paris d'une Conspiration tramée en Normandie
, pour enlever le Roi et le conduire
à Rouen. Trois mille Gentilshommes formeront
un Camp volant . Mde. la Duchesse de
Villeroi est l'ame du complot , et gagne les
Citoyens de Rouen : 600 signatures ont été
remises au Roi par M. Villequier. Les Chefs'
du Régiment Suisse de Salis et de Dauphin
Dragons , se sont assurés de leurs Troupes ;
les Chefs de la Fédération de Rouen entrent .
dans le complot . Le Roi mettra le.pain à un
sou ; il dissoudra l'Assemblée Nationale : de
nouveaux Députés accepteront la Déclaration
du 23 Juin dans un lit de Justice. Les
Conspirateurs Normands correspondent par
chiffres avec M. de Villequier; ils viennent
d'adresser des paquets à MM. l'Archevêque
de Toulouse , l'Abbé Maury , Bergasse et
Cazalès. M. de la Bourdonnaye de Blossac
est un des principaux Conspirateurs . Ils préparent
deux mille cages de fer , dont deux
destinées à MM. Bailly et la Fayette. On
égorgera ensuite mille Patriotes . M. Brisset
ajoute dans sa Feuille , que le 28 Octobre
est le jour d'exécution , et qu'on doit faire
sauter les Patriotes de l'Assemblée Nationale
, assassiner MM. de la Fayette , Bailly ,
Camus, Péthion , et lui Brissot qui est aussi
un Personnage , un grand homme. »
1. Tel est l'abrégé fidèle des infamics
scandaleuses dont la Police a souffert la
vente publique , que M. Bailly a laissé
vendre et crier en tous lieux , sans daigner
avertir du moins qu'il étoit innocent
de la publicité de ce Libelle , et que
l'imbécille, scélérat qui écrivoit ces horteurs
étoit un ANONYME. Nous savons
( 154 )
que MM. de Villequier et de la Bour
donnaye ont déja représentéau Maire de
Paris , leur étonnement de voir son nom
compromis dans cette atrocité . Elle n'a
pas d'autre but que de distraire les esprits
de la Procédure du Châtelet , d'exciter
la fureur publique contre ceux qu'on a
l'insolence criminelle de nommer dans
ce Libelle , d'échauffer le Peuple , et de
de le faire apparemment servir à quelques
nouveaux desseins. M. Bergasse
vient de s'élever contre les infame Propagateurs
de ces sottises. Voici sa Déclaration
.
Je viens de lire dans le Journal d'un homme
accoutumé à calomnier ( 1 ) , et à dévouer
à la fureur du Peuple tous ceux qui ne pensent
pas comme lui , le plan d'une conspiration
imaginée , dit - on , en Normandie , dont
l'objet est de transporter le Roi à Rouen ,
de le mettre à la tête d'un Camp volant de
trois à quatre mille Gentilshommes , de marcher
ensuite sur Paris , d'y égorger MM. la
Fayette et Bailly, et même M. Thouret , et
sans doute après ramener l'ancien régime.
#1
Je ne crois pas plus à cette conspiration
qu'à toutes celles dont on nous berce depuis
si long temps. Je suis bien persuadé qu'il
y a plus d'une Province qui desireroit que
le Roi accomplit la promesse qu'il a faite
de visiter son Royaume , et ce desir qu'elles
peuvent exprimer une seconde fois , comme
elles l'ont fait le jour de la Fédération , ne
me paroîtroit point un crime ; car , pour que
(1) Le Patriote Prançois , par J. B. Brissot.
}
( 155 )
1
la liberté existe , il faut que le Peuple de la
Capitale et celui des Provinces jouissent du
droit de faire parvenir leurs desirs au Roi ,
de la même manière qu'à l'Assemblée Nationale
, et que la faculté de recourir à l'un ou
à l'autre de ces deux pouvoirs suprêmes , soit
également permise .
Quoi qu'il en soit , je me trouve , par
une lettre anonyme ( insérée au Journal dont
je parle ) impliqué dans la prétendue conjuration
. On fait même de moi un des centies
de correspondance de cette conjuration .
40
. Or , je défie ici , de la manière la plus.
formelle , et l'Auteur de la lettre anonyme ,
ei le Journaliste qui, pour satisfaire une basse
vengeance , a la témérité de l'insérer dans
ses Feuilles , d'établir que je sois pour quelque
chose dans une conjuration aussi odieuse et
aussi bisarre en même temps , que celle qu'ils
out eu l'extravagance d'inventer. »
"
Certes , mes principes sont connus , et
il faut être bien hardi pour oser me faire
partisan de complots qui auroient pour objet
des massacres et des assassinats . On sait que
mes opinions different de celles adoptées
par l'Assemblée Nationale ; mais on sait en
même temps que je n'ai jamais combattu
les opinions de l'Assemblee qu'avec les
armes de la raison , que je ne pense pas qu'il
convienne en aucun temps de les combattre
avec d'autres aimes , parce que celles -là suffisent
, et que sur toutes choses j'ai une
aversion insurmontable pour l'ancien régime.
"
"
Après cela , comment s'est-on permis
de troubler mon repos par une calomnie aussi
folle que celle dont je me plains ? »
« Au reste , jc n'ai jamais quitté la France ,
( 156 )
et je ne la quitterai pas jusqu'à la fin dés
operations de l'Assemblée Nationale . Je ne
me démettrai pas davantage de ma place
de Député , et cela par, deux raisous ; d'abord
, parce que je conserve encore l'espoir
de voir arriver le moment où je pourrai développer
les idées que j'avois conçues pour
le bonheur et la liberté de mon pays . Ensuite
, parce que je veux dans tous les temps
me trouver à portée de répondre , et au
Peuple qu'on égare et qui me méconnoît
et à cette foule de calomniateurs qui pe
s'élèvent de temps en temps contré moi ,
que parce que ceux qui les soudoient craignent
un peu trop qu'il ne m'arrive un jour
de manifester à leur détriment des vérités
sévères.
5
D
" Cette conduite n'est celle ni d'un conspirateur
, ni d'un esclave . cc "
Paris , ce 4 Octobre 1790.
BERGASSE.
P. S. Par un Billet inséré aujourd'hui
dans leJournal de Paris , M. Bailly vient
de déclarer que le Libelle de Rouen ne
lui avoit pas été adressé.
Les Numéros sortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 1er. Oca
tobre 1790 , sont : 71 , 17 , 47 , 26 , 87.
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOG NE.
De Varsovie , le 28 Septembre 1799 .
ENFIN , la Dièle est convenue dans ses
dernières délibérations de quelques - uns
des Points fondamentaux du Gouvernement
de la République . Il est aisé d'aper
cevoir dans ce travail l'empire de plusieurs
préjugés ; mais aussi celui d'une
crainte patriotique de se livrer à des
changemens inappréciables , de sacrifier
l'Etat à l'incertitude des Opinions , et de
renverser toutes les Lois anciennes au
lieu de les réformer. Ce caractère de
prudence qui distingue de vrais Législa
teurs des Fabricans de Constitutions à
coups de hâche , épargnera à la République
des torrens de sang, et une mul-
Nº. 42. 16 Octobre 1799. H
( 158 )
titude de calamités publiques et particulières
.
Les quatre premiers Points de Lois
Cardinales , décrétés , concernent la Religion
.
1º . La Religion Catholique Romaine .
la Grecque unic et non unie seront dʊminantes
en Pologne et en Lithuanie ;
tous les droits qui appartiennent à l'Eglise
seront conservés. 2". On ne pourra
devenir Roi de Pologne et Grand Duc
de Lithuanie sans être né ou sans avoir
embrassé la Religion Catholique Romaine
; la Reine sera de la même Religion
. 3°. Ceux qui quitteront la Religion
dominante pour en embrasser une autre ,
seront poursuivis criminellement. 4".
Ceux qui professent d'autres dogmes que
ceux de l'Eglise , et dont la profession a
été tolérée jusqu'à présent , n'y seront
point troublés , non plus que dans l'exercice
des cérémonies religieuses en gé
néral , personne ne pourra être inquiété
paraucun Tribunal , pour des opinions.
Par un effet de cette Loi , l'Archevêque
de Kiovie du Rit Grec- Uni a été introduit
le 9 dans le Sébut.
Le cinquième Décret a pour objet
l'indivisibilité de la République , et défend
de proposer ou d'entreprendre à
l'avenir aucune cession , ou écharge
quelconque d'une partie des Etats de la
République. Cette Loi paroît aller au
delà de son objet. Sera - t - elle observée
( 159 )
lorsqu'une guerre malheureus , ou d'importantes
convenances . nécessiteront
une cession , ou un échange ? Autant valoit
prohiber tous Traités de paix qui
emporteroient une aliénation quelcon
que des domaines de l'Etat , et ordonner,
aux armées de la République d'être tou
jours victorieuses. Au reste , si l'on est
d'accord sur le principe de cette Loi , on
ne l'est pas encore sur sa rédaction .
Dans la Séance du 9 , on a consacré
le principe fondamental de la Constitution
, qui réserve aux Nobles seuls la
participation au Pouvoir Suprême , Législatif
et Exécutif. Ainsi les Requêtes
de quelques Corporations ont manqué
leur effet , et les Bourgeois demeurent
exclus de la Souveraineté Nationale.
Par une autre décision long- temps
débattue , la Diète a conservé au Roi la
nomination aux Dignités et aux Emplois.
En vertu de cette prérogative , la plus
importante de celles de la Couronne ,
S. M. reste en possession de créer les Sénateurs
Ecclésiastiques et Séculiers , les
Ministres d'Etat , les Grands Officiers de .
la Couronne et de Lithuanie , les Dignitaires
de l'Ordre Equestre ; de nommer
aux Archevêchés , Evêchés , et à plu
sieurs Abbayes par Concordat avec Benoit
XIV ; de conférer les principaux
Emplois Militaires , et les Starosties.
Le nombre des Ministres d'Etat a été
jusqu'ici de quatorze : la Diète a sagement
Hi
( 160 )
arrêté d'en retrancher plusieurs , entre
autres les Généraux de Camp de la Cou
ronne et de Lithuanie. Quant à la succession
au Trône qui forme le sixième
article des Lois Cardinales , la Diète a
montré son respect envers ses Commettams
, en se renfermant dans les bornes.
de son autorité , et en renvoyant aux
Diétines de décider si l'on conserveral
l'Election libre du Roi , ou si l'on adop
tera la Succession héréditaire .
Le Décret relatif à l'indivisibilité de la
République , avoit un rapport évident avec
la demande faite par le Cabinet de Berlin ,
de la cession de Dantzick et Thorn . Cette
Loi ne pouvoit préserver Dantzick , ou de
sa ruine immédiate , ou de la nécessité de
changer de Protecteur. Dans l'alternative
de perdre son Commerce , on de devenir
Prussienne , cette Ville probablement s'exécutera
sans l'aveu de la Diète , en se donnant
elle - même un nouveau Suzerain . On
fut instruit , le 9 , à Dantzick , que , suivant
le Traité de Commerce près d'être conclu
entre la Prusse et la République de Pologne ;
Le Droit d'Etape dont jouit la Ville de
Dantzick , seroit supprimé, et que les Polonois
jouiroient de la vavigation libre sur la
Vistule jusqu'à son embouchure dans la
« mer. En vertu de cette liberté , ils pourroient
expédier eux-mêmes les productions
de leur pays , et faire venir en échange par
" mer telles marchandises dont ils auroient
besoin , sans être obligés de se servir de la
voie de Dantzick . A cet effet , il leur seroit
assigné une place d'Etape , sur le Nouveau-
"c
"
"
"
"
"
( 161 )
+
67
14.
Fahrwasser , lequel appartenant actuellement
à S. M. Pruss enne , il seroit payé
pour cette liberté à la Prusse deux pour
- cent de toutes les marchandises qui y passeroient
, sur le même pied que de celles
qui sont destinées pour Elbing ; que de
celles qu'on transporteroit à Dantzick ,
l'on continueroit il est vrai de payer douze
pour cent , mais que dans la suite il pour
roit y être pourvu , et qu'en fixant une
taxe plus modérée sur les marchandises >
assujetties à la Douane , l'on travailleroit
aussi en faveur de Dantziek. »
"
446
་་
"
Cette nouvelle consterna les Habitans
de Dantzick. Le Magistrat ayant convoqué ,
Je 11 , les Trois Ordres , le troisième qui
représente le Corps de la Bourgeoisie , fit
éclater son mécontentement , et demanda
une Déclaration au Roi de Pologne , par
laquelle on lui signifieroit que si la République
ne conserve pas à Dantzick ses Droits
et Priviléges , cette Ville pourvoira ellemême
à son salut , et cherchera un autre Protecteur.
La Régence et les Echevins , qui
forment les deux premiers Ordres , combattirent
cette résolution ; les débats furent
opiniâtres , et durèrent jusqu'au 13 ; enfin ,
le troisième Ordre inébranlable , a pris sa
détermination séparée , et a envoyé à Varsovie
deux Négocians , en qualité de Députés
chargés de sa Déclaration .
La Cour de Pétersbourg vient de pu
blier le récit d'une victoire remportée ,
le 8 et le 9 de ce mois , par son Contre-
Amiral Ouschakof , sur la flotte Ottomane
, entre l'isle de Tendros et Codgia
Bey , sur la mer Noire. S'il faut en croire
Η Ιω
( 162 )
ce rapport de la main du Prince Potemkin
, il y a eu deux combats , dont le
premier indécis. Dans le second , le vaisseau
Amiral Ottoman , nommé la Capitania
, de 74 canons , a sauté en l'air :
les Russes en ont pris un autre de 66 canons
, commandé par Seyd Bey, Pacha
à trois queues , et une corvette . La flotte
ennemie , dit le Prince Potemkin , a été
entièrement dispersée , et cette victoire
éclatante coûte aux Russes ...... le der
vinera-t on ? dix à douze hommes. On
est fâché que la relation n'ajoute pas que,
le canon Ottoman a même guéri les malades
, et rajeuni les Invalides de l'escadre
Russe.
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 29 Septembre.
Le 19 de ce mois , le Cardinal Migaz
si , Archevêque de cette Capitale , a
donné la bénédiction nuptiale à l'Archiduchesse
Clémentine mariée au Prince
héréditaire de Naples , qui a été représenté
par l'Archiduc Charles ; ensuite à
Archiduc François et à la Princesse
Thérèse de Naples ; enfin , à l'Archiduc
Ferdinand et à la Princesse Louise de
Naples. Quatre jours après ( le 23 ) le
Roi , accompagné de la Reine et des Archiducs
Charles et Léopold , est parti
pour Francfort . Leurs Majestés Sici(
163 ).
7
liennes et les Archiducs François et Ferdinand
avec les Princesses leurs épouses
ont pris la même route , le lendemain .
Les Ministres des Républiques de Gènes
et de Lucques sont les seuls Membres du
Corps Diplomatique qui se soient rendus
au Couronnement : suivant l'itinéraire
de la Cour , le Roi arrivera le 30 à
Aschaffenbourg , où il séjournera jusqu'à
son entrée solennelle à Francfort. Le
Prince de Colloredo , Vice - Chancelier
de l'Empire , et le Ministre d'Etat Comte
de Cobentzel , ont pris la route de Nuremberg
, et précéderont LL. MM.
Avant son départ , le Roi a donné , en
ces termes , sa Réponse définitive à la
Députation Hongraise .
"
Je ne puis agréer d'autre Diplome que
celui qui correspondra parfaitement au Diplome
de Charles VI et de Marie - Thérè : e ;
et comme le voyage de Francfort m'empêche
actuellement de me rendre à Bude pour 'y
faire couronner , je de ire que ce couronnement
puisse avoir Heu le 15 Novembre prochain
, à Presborg. Je me vois en outre
ob igé de déclarer inconstitutionnels et iliegaux
, les Arrêtés des Representans de la
Nation assemblés à Bude , parce que cette
Diete n'a été tenue ni en ma présence , i
en celle d'aucun Commissaire Royal. Ainsi ,
apres le couronnement de Presbourg , je
donnerai les ordres nécessaires pour la convocation
d'une Diete régulière. "
On a arrêté en Hongrie plusieurs Officiers
des Régimens Nationaux : ils sont
Il is
( 164 )
-
prévenus d'avoir tenté d'ébranler la fidélité
des Troupes , en les excitant à se
mêler des affaires publiques. Sur la
demande des Hongrais , trois bataillons
d'Infanterie qui venoient d'arriver de la
Moravie , se sont mis en marche pour
Bude.
Le nouveau Conseil de guerre est
composé du Maréchal de Wallis , Président,
et des Généraux Comte de Tige ,
Baron de Brown , Comtes de Wartensleben
, de Lilien et de Léonardo . Aux
Commandans des Provinces , dont nous
avons antérieurement indiqué la nomination
, il faut ajouter , pour la Hongrie,
le Maréchal Prince de Cobourg.
De Francfort sur le Mein , le 4 Octobre.
Le 30 Septembre , les trois Electeurs
Ecclésiastiques , et le Corps des principaux
Ministres des cinq autres Electeurs
absens , se sont rendus en grande cérémonie
au Chapitre de St. Barthelemi ,
où après l'Office , célébré par le Suffra
gant de Mayence , et le serment prêté ,
ils sont entrés dans le Conclave d'Election
, fermé , ainsi que la porte du
Choeur , par le Comte de Pappenheim,
Maréchal héréditaire de Empire. Le
choix d'un Empereur est tombé unanimement
sur Léopold , Roi de Hongrie ,
qui a été proclamé sur le champ en
cette qualité par le Comte de Leyen ,
( 165 )
Prévôt du Chapitre de Mayence. Le Duc
Charles de Mecklenbourg a été nommé
par le Collége Electoral pour aller
porter au Roi Léopold , à Aschaffenbourg
, la patente d'élection de Roi es
Empereur Eir des Romains .
L'Electeur de Cologne, l'Archiduchesse
Christine , les Electeurs de Mayence et
de Trèves sont partis le soir même du
jour de l'Election , pour Aschaffenbourg.
Suivant l'usage et la Loi , tous les Etran .
gers sans distinction sortirent de la Ville ,
et n'y rentrerent qu'après l'Election
consommée. Trois jours auparavant , la
Régence et la Bourgeoisie de notre ville
Impériale s'étoient assemblés au Roemer,
et conformément à la Bulle d'Or , y prê
tèrent le serment de protection et d'assurance
, en présence de l'Electeur de
Mayence et de tous les Ministres Elec- .
toraux . Le Couronnement est toujours
fixé au 8 de ce mois.
Les Députations d'Aix - la - Chapelle et de
Nuremberg , sont arrivées ici , hier , aveoles
ornemens Impériaux , et autres choses nécessaires
au couronnement ; ceux que l'on conserve
dans la premiére Ville , sont 1 ° . un
livre d'Evangiles , écrit en lettres d'or ; la
reliure est ornée de pierres précieuses ; l'Emperear
prête le serment sur ce livre . 2° . Une
capsule garnie en perles et pierres fines , renfermant
de la terre imprégnée du sang de
S. Etienne le martyr ; 3 ° . une épée de Charlemagne
qui sert à faire ' des Chevaliers ; le
Houvel Empereur en est ceint. Les ornemens
Hy
( 166 )
de Nuremberg consistent , 1 ° , dans la Cou
ronne d'or de l'Empire ; elle pèse 14 mares
et 6 onces ; 2°. dans le sceptre de l'Empire ;
3º. dans le globe de l'Empire ; 4° . dans une
autre épée de Charlemagne , enfin dans tout
le vêtement Impérial , fondé par cet Empereur
et dans d'autres reliques .
Les Liégeois seront un peu étonnés dc .
la tournureque paroît prendre le dénouement
de leur Révolution . Ils ont cru qu'ils
braveroient l'Empire entier , et lui feroient
la Loi comme ils l'ont faite à leur
Evêque et à quelques Tréfonciers . Sérieusement
, ils avoient délibéré une Pancarte
, sous le titre d'Avis des Sections ,
où les Bourgeois de Liége traitent les
Tribunaux de l'Empire , d'insensés , de
barbares , de cruels , de 'tyranniques
imposoient à l'Empereur et à l'Empire
, les conditions auxquelles ils se
prêteroient à rester unis au Corps Germanique
. Moyennant l'expulsion de leur
Evêque , l'égalité parfaite entre tous ,
et la consécration absolue de toutes leurs
prétentions , ils promettoient de pardonner
, et de traiter lorsqu'il ne resteroit
plus rien à traiter. Les Districts de
Liège ont nommé cela des Préliminaires
, et en ont fait une Instruction
pour les Députés qu'ils ont envoyés ici.
Malheureusement , le Corps Germanique
aaussi ses Préliminaires . On assure
très-positivement que les Ministres des
Cercles du Bas - Rhin et de Westphalie
( 167 )
qui se trouvoient à Maseick, ont été rappelés
, qu'on leur substitue d'autres Commissaires
chargés de pacifier l'Evêque
avec les Habitans de la Principauté , et
que M. Dohm , qu'on accuse de partialité
manifeste , sera remplacé par le Baron
de Stein , Ministre de Prusse à
Mayence. On ne connoît cependant
qu'imparfaitement les bases de conciliation
; on croit qu'à la fin du mois les
Troupes de l'Empire entreront à Liège :
quoiqu'il en soit de ces conjectures , on
ne peut s'empêcher de présumer que M.
le Prince de Rohan , Archevêque de
Cambray , deviendra dans peu Evêque
et Régent de Liège in partibus .
On avoit ridiculement exagéré le soulèvement
de quelques Villages de la
Misnie contre les Corvées Seigneuriales .
Les Troupes en ont bientôt imposé aux
Paysans qui commettoient des violences ;
la justice a achevé l'ouvrage de la fermeté
; la Commission instituée pour examiner
les plaintes des gens de la Campagne ,
la procédé avec modération et équité ;
les Paysans sont rentrés dans le devoir ,
et ont acquitté aux Possesseurs des terrés
Nobles , les services dont la légitimité.
a été constatée .
Il est fastidieux de chercher la vérité
au milieu des relations contradictoires ,
publiées par le Congrès Belgique et par
les Autrichiens , au sujet des combats
des 21 , 22 , 23 et 28 Septembre. Le
Hvj
( 168 )
A
seul résultat clair est que , la Croisade
Belgique ayant passé la Meuse , attaqua
en plusieurs colonnes les Autrichiens ,
qui les repoussèrent par-tout , écrasèrent
le Corps du Général Kohler , s'empa
rèrent des bagages , des canons , des
caissons , des scapulaires , et du labarum
. Ainsi , l'expédition des Belges sur
le Limbourg a totalement ávorté. Leur
Général Kohler prétend néanmoins être
revenu à la charge le 28 , et avoir détruit
une batterie Autrichienne sur la
Meuse. Le Congrès amplifie cet événcment
dans ses Bulletins . Les Autrichiens
lui donnent le démenti ; il faut donc s'en
tenir qu'aux faits réels , savoir que les
Croisés ont été repoussés dans toutes leurs
attaques , et qu'avant 15 jours , l'armée
Autrichienne qui presse sa marche , fera
finir ce jeu sanglant et inutile.
GRANDEBRETAGNE
De Londres , le 7 Octobre.
La dernière réponse de la Cour de
Madrid a accéléré les résolutions définitives
de notre
Gouvernement . S'il est
vrai , comme on l'a répandu universellement
, que , dans cette réponse , le Roi
d'Espagne prétextoit la nécessité d'assembler
sa Noblesse avant de se déterminer
, l'annonce d'une pareille con- .
vocation n'a pu être considérée ici que
( 169 )
comme un moyen dilatoire , propre à
éterniser la négociation , à éviter tout
Ultimatum , et à rendre immobiles nes
armemens. Il faut qu'ils agissent , ou
qu'ils rentrent dans le bassin ; l'incertitude
ne peut-être prolongée , et c'est
pour y mettre fin qu'à l'issue d'un Conseil
tenu le 4 , et où tous les Ministres
ont assisté , à l'exception du Chancelier
et du Marquis de Stafford , absens , on
a expédié un Courrier du Cabinet à
Madrid , avec ordre à M. Fitz- Herbert,
notre Envoyé , de quitter cette Résidence
, si dans un temps fixé , il n'obtient
pas l'accession formelle de la Cour
de Madrid , au seul arrangement qui
puisse prolonger la paix entre les deux
Etats. La certitude de la guerre ne tient
plus qu'à ce dernier fil ; c'est à ceux
qui connoissent les principes du Gouvernement
Espagnol , ses intérêts , ses
forces , ses espérances , ses ressources ,
et l'empire des conjonctures , à prévoir
la résolution qu'il embrassera .
Ses lenteurs ont aigri les esprits , et
donné ici aux passions politiques le
temps de s'enflâmer . Pleine de confiance
dans ses forces et dans la vigueur du
Gouvernement , la Nation commence
assez généralement à desirer la guerre ;
l'Espagne lui paroît une proie à dévorer
, et l'on ne s'informe pas même si
les motifs de cette rupture la rendent
atile ou nécessaire . L'opinion marche
( 170 )
sur les traces du Cabinet , et en presse
J'activité. Personne ne doute qu'il n'agisse
d'après un plan très-prémédité ,
et qu'après en avoir essayé l'exécution
par la voie des Négociateurs , il ne développe
enfin toute la Puissance Britannique:
Soixante vaisseaux de ligne sont prêts
à mettre à la voile , et l'armement de
20 autres s'accélère avec une promptitude
sans exemple . Chaque Semaine ,
il émane de nouvelles Commissions de
l'Amirauté ; les Chantiers , les Ports ,
les Arsenaux maritimes travaillent sans
interruption . L'Amiral Barrington , de
retour à Spithéad , a hissé son Pavillon
à bord du Formidable , de 98 canons ;
Mylord Howe y est attendu incessamment
, et tout annonce qu'avant peu ,
la grande flotte s'ébranlera .
Le 2 , on reçut ordre à Portsmouth
d'approvisionner pour six mois le Malbourogh
, de 74 canons ; le Cumberland
, de 74 ; l'Ardent , de 64 ; le Lion ,
de 64 , et deux frégates. A la hauteur
de Plymouth , l'Orion , de 74 , se joindra
à cet Armement , qui doit se rendre aux
Indes Occidentales , sous les ordres du
Contre- Amiral Cornish.
Le rer. de ce mois , le Roi a de nouveau
prorogé le Parlement , du 12 Octobre au
26Novembre. Ce n'est pas un indice de
paix . La même Gazette de la Cour , qui a
donné connoissance de cette proroga(
171 )
tion , a annoncé la promotion du Capitaine
Keith-Stewart au rang de Contre-
Amiral. Cet Officier , frère de Lord
Galloway , est un des plus anciens et
des plus distingués de la Marine Angloise
; il commandoit en second au fameux
combat de Doggers- Bank .
Vendredi dernier , le Capitaine Berkeley
, Commandant le sloop le Fairy ,
est arrivé de Gibraltar à l'Amirauté ,
après une croisière d'observation , sur
les côtes Espagnoles. a rapporté des
dépêches du Général O Hara , qui commande
à Gibraltar , et auquel il a fait
part de ses observations. Suivant son
rapport , les Espagnols forment un Camp
en Andalousie , et n'épargnent dans leurs
ports aucuns préparatifs de guerre . D'après
ces nouvelles , le Général Boyd ,
Gouverneur en Chef de Gibraltar , a
reçu ordre de préparer son départ .
Toutes nos Feuilles ont imprimé l'Exposé
qu'a produit pardevant le Conseil Privé,le Capitaine
Mac Donald , du traitement que lui a
fait subir le Commandant d'une frégate Espagnole.
Leur rencontre eut lieu le 6 Août
dernier , dans le golfe de Floride. M. Mac-
Donald revenoit de la Jamaïque en Europe
avec son bâtiment chargé le Trelawny
Planter. Il suivoit le courant le long des côtes ,
lorsque le Capitaine Espagnol l'arrêta , et
le fit conduire à son bord. Pendant qu'on visitoit
son vaisseau , on lui fit passer la nuit
sur le pont , couché entre deux canons et le
nés au vent. Le lendemain matin , le Capi(
172 )
taine Espagnol le fit deshabil'er , et coucher
sur le dos entre deux poutres , le cou fixé
par un cadenat , et les jambes par une charniere.
Il resta quatre heures dans cette attitude
, exposé au soleil brûlant , et auroit
périsansl'humanité des Matelots Espagnols ,
qui lui couvroient la tête de leurs vêtemens ,
Lorsqu'ils n'étoient pas aperçus de leurs Officiers.
La conduite de M. Mac - Donald fut
ferme : il demanda à l'Espagnol de quel droit
il violoit une mer libre ; il ouvrit sa poitrine ,
et pria son bourreau de le faire tuer par
ses Soldats , plutôt que de le livrer à un
si indigne traitement. Au bout de seize heures
lui et sa frégate furent relâchés : il est
arrivé en Angleterre le 19 Septembre. La
frégate Espagnole se nomme le Rousillon
et son Capitaine , Don Francesco Vidal. Vraisemblablement
celui- ci aura pris M. Mac-
Donali pour un Contrebandier ; mais rien ne.
peut excuser l'atrocité de sa conduite. Si le
Patient a dit vrai , la Cour d'Espagne doit
à son honneur de faire punir sévérement
l'Officier Espagnol.
Les trois pour cent consolidés sont
tombés de 78 et demi à 76 et demi.
FRANCE.
De Paris , le 13 Septembre.
ASSEMBLÉE NATIONALE.
Nous avons promis le Discours de
M. l'Abbé Maury , qui n'est point entré
dans la discussion de la Procédure du
Châtelet , nidu Rapport de M. Chabroud.
Il s'est boré à caractériser cet oeuvre
de partia en repousser les principes
( 173 )
généraux. Nous choisissons les princi- ..
paux fragmens , qui nous ont forcément,
échappé la semaine dernière.
Après la lecture rapide d'un Rapport
qui a rempli deux longues Séances , et qui
ne nous a pas encore été distribué , il est
bien difficile , sans doute , de saisir les assertions
et les principes qui provoquent daas
ce moment , notre discussion . M. Chabroud
a développé toute la subtilité de son esprit
pour analyser eette Procédure ; il a dirigé
les faits vers le but qu'il s'étoit proposé. Il
a poursuivi les témoins comme des accusés ;
il n'a rien négligé pour découvrir des contradictions
ou des faussetés dans leurs dé÷
positions , qu'il a tâché de réfuter les unes
par les autres. Quand les témoignages embarrassoient
notre Rapporteur , et échappoient
à toutes les ruses de sa dialectique ,
il nous a dit que les témoins n'avoient pas
vu ce qu'ils avoient cru voir , qu'ils n'avoient
pas pu entendre ce qu'ils déclaroient avoir
entendu . Il a suivi , dans l'examen des faits ,
une règle de critique qui a égaré tant d'Historiens
, en ramenant toujours la vérité aux
earactères de la vraisemblance. Il a conjecturé
que tout étoit conjectural dans cette
Procédure criminelle . Au lieu du Rapport
impartial que nous attendions , on nous a
présenté un Plaidoyer , ou plutôt un Panégyrique
en faveur des accusés, Tous les
moyens d'apologie qui nous ont été présentés ,
appartiennent au fond de la cause dont nous
ne sommes pas Juges . Il s'agissoit d'examiner
s'il y avoit lieu à accusation contre quelques-
uns de nos Collègues ; mais on nous
a fait entiérement perdre de vue l'état de
( 174 )
桌
la question . M. le Rapporteur a entrepris
de prouver qu'ils n'étoient point coupables.
En ecoutant attentivement ce long Mémoite
justificatif , je croyois assister à une Audience
de la Tournelle , où l'on auroit plaide en
présence d'un Tribunal prêt à prononcer un
Arrêt de mort . »
""
Ce n'est pas contre la Révolution , c'est
contre des coupables dont personne n'oseroit
entreprendre l'apologie , qu'est dirigee l'instruction
commencée au Châtelet. Piusieurs
Membres de ceste Assemblée sont compromis
dans les dépositions reçues par ce Tribunal .
Nous ne sommes pas les Juges de - nos Col-
-legues . Nous n'avonsole droit pi de les condamner
, ni de les abseudre . Il est de notre
devoir de les faire juger. La Procedure n'est
pas encore complete. Tous les témoins désignes
n'ont pas été entendus. Une addition
d'information , les interrogatoires , les récollemens
, les confrontations peuvent répandre
une nouvelle lumière sur cette instruction
, qui ne seroit encore connue de
personne , si nous avions suivi la marche
ordinaire des Tribunaux , et même les dipositions
littérales de nos propres Decrets. "
Qui de nous oseroit prendre sur lui d'arrêter
la recherche de la verité , et d'anéantir
le premier acte de la Procédure criminelle ?
L'honneur et la tranquillité de nos Collè
gues doivent nous interesser , sans doute ;
mais le Corps Législatif est appelé , dans ce
moment , à élever plus haut ses pensées. C'est
l'honneur de l'Assemblée Nationale ellemême
qui exige que cette horrible affaire
soit approfondie avec le plus grand soin.
La France nous entend , et l'Europe va nous
juger. Toute exception en matie e crimi(
175 )
nelle est indigne des Représentans de la
"
Nation. La mission honorable dont ils sont
revêtus , ne doit servir qu'à les faire juger
avec plus de sévérité , s'ils sont coupables . "
Ce ne sont pas , sans doute , des lettres
d'abolition qu'ils nous demandent. Il n'est
pas plus en notre pouvoir de les accorder ,
qu'il n'est dans leur intention de les obtenir.
Or , nous ne pourrions décréter en leur faveur
qu'une déshonorante abolition de délit ,
si nous les séparions des autres accusés que
le Ministère Public poursuit au Châtelet.
Pour condamner nos Collègues , nous
aurions besoin d'examiner si la Procédure
est concluante , nous n'avons besoin que de
la lire pour les faire juger. Il suffit que les
crimes qu'on ose leur imputer , soient possibles
, pour qu'un Jugement définitif, portant
décharge d'accusation , devienne abso
lument indispensable . Vous n'avez pas oublié,
Messieurs , cet acte mémorable d'autorité ,
qui fit enlever du Greffe du Parlement de
Paris , les minutes de la Procédure commencée
contre feu M. le Duc d'Aiguillon.
Vous renouvelleriez le même abus de pouvoir
, si , en vertu d'un Décret qui declareroit
n'y avoir pas lieu à aucune accusation
contre vos Collègues , vous anéantissiez une
Procédure à peine ébauchée . Le Corps Législasif
ne souillera point ses Registres d'un
pareil monument du despotisme.
"3
Eh! qu'on ne dise pas qu'en accordant
aux Tribunaux le droit de décréter indistinctement
les Représentans de la Nation,
comme tous les autres Citoyens, on pourroit
ainsi enchaîner arbitrairement dans les liens
d'un Décret , tous les amis du bien public.
dont on redouteroit l'influence . Ce n'est
( 176 )
point par des possibilités , c'est uniquement
par des probabilités que votre sagesse doit
se conduire. Une supposition arbitraire ne
prouve jamais rien mais quand cette supposition
est poussée à l'extrême , elle fait
bien pire que de ne rien prouver en faveur
de celui qui l'imagine ; elle démontre alors
l'impuissance de se défendre , et le désespoir
d'une cause réduite aux plus absurdes et aux
plus chimériques expediens .
'R
"
A ce nom saeré de l'honneur qui presse
nos Collègues accusés , de solliciter un Jugement
, se joint la voie de leur propre intérêt
, qui les appelle dès ce moment aux
pieds des Tribunaux . Car enfin notre invio
labilité aura un terme . Cette Assemblée ne r
peut pas durer toujours . Dès que notre mission
sera expirée , nous rentrerons dans la
classe commune des Citoyens , et alors il
faudra bien que nos Collègues se présentent
à leurs Juges sans aucun intermédiaire.
Nulle précaution ne peut les soustraire à
eette inévitable responsabilité , parce qu'une
continuation d'information peut amener de
nouvelles charges , parce que les complices
peuvent trahir d'importans secrets . »
"
Vos principes dans cette matière sont
déja connus de toute la Nation . Vous avez
déja jugé qu'il y avoit lieu à inculpation
contre M. le Vicomte de Mirabeau , et vous
l'avez renvoyé au jugement d'un Conseil de
guerre. Cet honorable Membre , qui vous
avoit été dénoncé par son Régiment , convaincu
dès - lors de l'insurrection la plus incontestable
, avoit déja donné sa démission ,'
et s'appartenoit plus au Corps Législatif,
quand vous exerçâtes sur lui le droit de suite ,
malgré mes plus pressantes réclamations . Je
1
( 177 )
respecte votre sévérité , et je la rappelle aujourd'hui
à l'impartialité que la Nation attend
de vous. Vous n'aurez pas deux poidset
deux mesures ; et cette Assemblée ne nous
retracera pas , sans doute , en action , la fable
si philosophique des animaux malades de la
peste. »
Un autre exemple non moins récent fixe
d'avance le Décret que vous allez rendre.
M. l'Abbé de Barmond , notre honorable Collègue
, vous a été déféré par votre Comité
des Recherches . Le Rapporteur de ce Comi
é vous déclara qu'il n'y avoit aucune
preuve , aucune trace de complicité entre la
conduite de M. l'Abbé de Barmond et l'évasjon
de M. de Savardi . Je plaidai dans cette
Tribune la cause de notre Collègue ; je crus
pendant une heure entière l'avoir soustrait
aux poursuites de ses Adversaires ; mais votre
Décret empoisonna bientôt une jouissance
si douce à mon coeur ; vous décidâtes qu'il
y avoit l'eu à inculpation contre M. l'Abbé
de Barmond ; vous prorogeâtes son arrestation
, qui dure encore , à la grande édification
des amis de la Liberté , et vous renvoyâtes
son jugement au Châtelet. "
"
On ne dira pas , sans doute , que ces deux
décrets furent sollicités par des hommes qui
vouloient d'avance s'en faire un titre contre
ceux de nos collègues qui sont compris dans
les affreux événemens de Versailles.Ce furent
MM. de Mirabeau et Barnave qui détermi
nèrent votre décision .
"C
D
En vous présentant ces considérations ,
je m'abstiens de tous les moyens que me fourniroit
l'analyse de la procédure . Je me borne
à des principes généraux , parce que je ne
regarde pas votre délibération comme un ju(
178 )
gement , mais comme une simple question de
droit public. Votre Rapporteur a voulu instruire
l'affaire comme si vous aviez dû la juger
; et votre droit , ainsi que votre devoir ,
se réduit à la faire juger.
"
Relativement à la conspiration , M. le
Rapporteur nous a dit qu'il n'apercevoit dans
les horreurs de la journée du 6 Octobre , qu'un
jeu cruel du sort , une fatalité qui confond
toute la prudence humaine , et qu'il lui étoit
impossible de découvrir dans la procédure ,
l'apparence d'un complot . J'ai lu attentivement
cette procédure , et je déclare qu'il
m'est démontré , comme à tous les esprits
qui ne sont pas prévenus , que les forfaits de
Versailles ont été le résultat d'une véritable
conspiration . Un seul fait suffit pour donner
à mon assertion la plus incontestable évidence
. Il est prouvé par les dépositions unanimes
d'une foule de témoins, que parmicette
multitude de brigands , dont le seul souvenir
nous fait encore frissonner d'horreur , il y
avoit un très- grand nombre d'hommes de
guisés en femmes. Or , quand le Peuple vient
seulement demander du pain à son Roi , et
n'est pas en insurrection , il ne se masque pas
de peur d'être reconnu . Tout travestissement
suppose un projet , le besoin de se cacher ; et
parconséquent c'est le caractère d'an complot
destiné à commettre impunément des
crimes. "
" Je pourrois m'en tenir à cette seule observation
pour convaincre tous les bons esprits .
Mais àqui persuadera-t - on sérieusement que
l'unité du départ à la même heure , l'ensemble
de dix mille Personnes qui se rendent an
même lieu , qui tiennent le même langage ,"
qui portent les mêmes armes , qui annoncent'
( 179 )
sur la route , la veille de cette journée à ja- ,
mais déplorable , qu'elles ne sont pas pressées
d'arriver à Versailles , parce que le rendezvous
n'est fixé qu'au lendemain à six heures
du matin , qui en arrivant , font entendre les
mêmes menaces , qui se mêlent avec des sol ·
dats , subornés le même jour , qui attendent ,
avec toute la patience du crime , pendant
une nuit entière le signal des massacres , qui ,
à l'heure annoncée d'avance , se réunissent
au même point , forcent la barrière qui environne
le palais du roi ; qui font retentir les
cris d'imprécations et de blaspheme contre
Ja Majesté Royale , qui égorgent la Garde
fidèle de nos Rois , qui pénètrent jusqu'à l'ap - ¸
partement de la Reine , et qui en souillant
par l'effusion du sang , cette enceinte sacrée ,
ne regardent ces premiers crimes que comme
Je prélude d'un crime plus grand encore , destiné
à déshonorer à jamais la Nation? A qui
persuadera- t - on qu'un pareil accord ne suppose
pas un complot ? Ah ! le hasard n'accumule
pas des forfaits si atroces , et sur - tout
si méthodiques . Il faut fermer les yeux à la
lumière du soleil pour ne pas voir dans tous
ces excès de scélératesse , préparés , annonces
, combinés , tous les caractères de la plus
infame conspiration ; et lorsqne nous fûmes
témoins de ces scènes d'horreur , nul de nous
ne douta qu'il n'y eût un plan , des chefs , des
instrumeas , au milieu d'une multitude qui
obei soit , sans le savoir , à des impulsions
étrangères. Ily avoit une conspiration manifeste
contre le Roi . On vouloit l'intimider ,
on vouloit l'éloigner , on vouloit le remplacer ,
par un régent ; on vouloit même probablement
l'assassiner , et on consentit , par capitulation
, à attenter à la liberté du Chef su(
180 )
prême de l'Etat ,jen le traînant , à main armée,
dans sa capitale. La conspiration contre la
Reine est encore plus évidente. Le sang a
coulé dans ses appartemens ; ses Gardes ont
été massacrés à sa porte. L'auguste Fille des
Césars , la digne Fille de Marie -Thérèse, cette
Princesse que l'Europe entière admire , et qui
doit tant de gloire à ses malheurs , n'échappa
au fer des assassins qu'en s'évadant en chemise
,à six heures du matin,pour aller attendre
la mort aux côtés du Roi. »
"
Que l'on ose contester tous ces faits , ou
que l'on reconnoisse enfin les horribles combinaisons
d'un complot digne d'être tramé
dans le fond des enfers. Si -on méconnoît
encore le danger dont ces têtes précieuses
n'ont été sauvées que par uae protection particulière
de la Providence , qui veille sur les
destinées de cet Empire , il faut méconnoître
le service immortel que rendirent à la Nation ,
dans ce moment de deuil et de carnage , les
braves Grenadiers de la Garde Nationale de
Paris . Ces Citoyens- Soldats vinrent s'emparer
de l'anti -chambre du Roi pour en défendre.
l'accès aux assassins des Gardes - du - Corps . Je
crois entendre dans ce moment , la voix publique
de tous les bons François , qui les
bénissoit comme les sauveurs du Royaume.
Nous disions tous , en versant des larmes ,
que si la Garde Nationale avoit défendu la
liberte contre la tyrannie , elle avoit su défendre
le trône contre les brigands . Donnez
aujourd'hui un démenti formel à notre reconnoissance;
imposez silence à notre admiration
patriotique , si vous méconnoissez un si mémorable
service ; si vous prétendez qu'une si
glorieuse défense n'est pas une preuve invincible
de la conjuration.
"
" L.a
( 181 )
९८
La conspiration est prouvée , et toute
conspiration doit être approfondie , et la procédure
du Chatelet n'a été commencée que
pour en suivre tous les rapports. »
"
Mes conclusions ne peuvent pas être aussi
favorables à M. le duc d'Orleans . Je ne prétends
ni préjuger , ni entacher ce Prince ;
mais il est trop gravement accusé pour ne pas
ambitionner lui même un prompt jugement.
S'il étoit coupable , il ne pourroit nous inspirer
aucun intérêt . S'il est innocent , il doit
obtenir justice contre ses Calomniateurs . "
- Sans rappeler les adices et les griefs qui
ont précédé la journée du 6 Octobre , je
vois dans la procédure que M. d'Orléans est
accusé de s'être promene en habit peu décent
au milieu de cette bande d'assassins ; de leur
avoir souri dans un moment où ses regards
auroient dû les renverser , de leur avoir désigné
les appartemens du Roi comme le point
d'attaque où ils devoient se rendre ; de n'avoir
donné aucun signe de douleur , ni d'intérêt
dans une circonstance où les augustes Chefs
de sa Famille recevoient tant d'outrages ,
étoient exposés à desi affreux dangers , étoient
entourés d'une consternation universelle , et
où il étoit du devoir d'un premier Prince du
Sang de verser jusqu'à la dernière goutte du
sjen pour défendre le trône. Je ne fatiguerai
point votre douleur du récit lamentable des
dépositions qui chargent M. le Duc d'Orléans:
ma langue se refuce à articuler tant d'horreurs
que j'ai devant mes yeux , et que je veux
éloigner de ma vue ; mais je dirai que l'opinion
publique , entraînée par tant de bruits
injurieux , étonnée du départ de M. le Duc
'Orléans pour l'Angleterre , à cette même
époque où il ne devoit penser qu'à venger sou
Nº. 42, 16 Octobre 1790. I
( 182 )
honneur , attend aujourd'hui que ce Prince
oublie les prérogatives de son Rang et de sa
Mission , pour subir le joug honorable de la
Loi. Je sers mieux ses veritables intérêts en
Jui donnant un conseil sévère , que si je l'accusois
par de láches adulations . Il s'agit içi
de l'honneur d'un petit - Fils d'Henri IV . Les
égards qu'ils doit à ses ancêtres et à sa
postérité , dont les rejetons peuvent être
un jour appelés au tróne , ne lui permettent
aucune capitulation indigne de son grand
nom . Le Corps Législatif dont il ne peut attendre
ni grace ni justice doit donc l'inviterà
faire triompher son innocence dans les Tribunaux.
Ce n'est que là qu'il peut être jugé ,
honorablement déchargé , et venge de la calomnie
dont les cicatrices ne sauroient être
effacées que par la main des Ministres des lois . "
Je conclus donc à ce que l'Assemblée
Nationale declare qu'il y a lieu à accusation
contre M. d'Orléans , et qu'elle le renvoie
au Châtelet pour être juge. "
"
Discours lu par M. d'Orléans , dans la Séance
du Dimanche.
་ ་
MESSIEURS ,
Compromis dans la Procédure Criminelle
instruite au Châtelet de Paris , sur la
dénonciation des faits arrivés à Versailles
dans la journée du 6 Octobie ; désigné par
ce Tribunal , comme étant dans le cas d'être
décrété ; soumis au Jugement que vous aviez
à porter , pour savoir s'il y avoit ou s'il n'y
avoit pas lieu à accusation contre moi , j'ai
cru devoir m'abstenir de paroître au milieu
de vous , dans les différentes Séances où
vous vous êtes occupés de cette affaire. Plein
( 183 )
de confiance dans votre justice , j'ai cru , et
mon attente n'a pas cté trompée , que la
Procédure seule suffiroit pour vous prouver
mon innocence. »
"(
:
>
M. de Biron a pris hier , en mon nom
l'engagement que je ne vous laisserois aucun
doute , que je porterois la lumiere jusques
dans les moindres dé : ails de cette tenébreuse
affaire je n'ai demandé la parole
aujourd'hui que pour ratifier cette obligation.
Il me reste en effet de grands devoirs
à remplir. Vous avez declare , Messieurs
que je n'étois pas dans le cas d'être accusé ;
il me reste à prouver que je n'étois pas
même dans le cas d'être soupçonné ; il me
reste à détruire ces indices menteurs , ces
présomptions incertaines , répandues avec
tant de complaisance par la calomnie , et
recueillies avec tant d'avidité par la malveillance.
"
Mais , Messieurs , ces éclaircissemens
nécessaires doivent être donnés en présence
de tous ceux qui auront intérêt de les contredire
, et devant ceux qui auront droit
d'en connoître .
་ ་
"
Telles sont , Messieurs , les obligations
que je viens contracter en ce moment ; je
me dois de les remplir , je le dois à cette
Assemblée dont j'ai l'honneur d'être Membre
, je le dois à la Nation entière . Il est
temps de prouver que ceux qui ont soutenu
la cause du Peuple et de la Liberté , que
ceux qui se sont elevés contre tous les abus ,
que ceux qui ont concouru de tout leur pouvoir
à la régénération de la France , il est
temps de prouver que ceux -là ont été dirigés
par le sentiment de la justice et non
I j
( 184 )
par les motifs olieux et vils de l'ambition
et de la vengeance.
" Ce
04
peu de mots que j'ai mis par écrit ,
je vais , Messieurs , les déposer sur le Bureau
, pour y donner toute l'authenticité
qui dépend de moi .
DU LUNDI 4 OCTOBRE .
Après quelques discussions grammaticales
sur la rédaction du Procès - verbal , apres la
lecture d'une lettre de l'Ambassadeur de
France en Danemarck , qui s'est ciu en conscience'obligé
d'envoyerson Serment Civique
avant l'achevement de la Constitution , on
a lu de nouvelles doleances de M. de la
Luzerne , qui annonce que , malgre les soins
des Chefs , des Officiers militaires et des
Commissaires nommés par le Roi , la fermentation
des équipages à Brest n'etoit point
encore calmée le 29 Septembre ; que le vaisseau
la Ferme a mis enfin à la voile , et qu'on
se hâte de congédier l'équipage du Léopard ,
-conformément au Décret sanctionné. Le Ministre
fait part à l'Assemblée d'une particularité
fort etrange ; c'est que chaque homme
licencié reçoit un Diplome en forme de
Lettres- Patentes , qui le recommande aux
Municipalités et aux bons François , comme
Sauveur de la Colonie , au nom de la Nation ,
de la Loi , du Roi et de la partie Françoise
de St. Domingue ; Diplome délivré
par une Chancelierie flottante , à bord du
vaisseau le Léopard , surnommé le Sauveur
des François , par tant de degrés de latitude
et de longitude ; signé , D'AUGNY Président
; BOURCET , Vice-Président ; DENIX
et DEAUBONNEAU .
M. de la Luzerne ajoute que ces 480 Ma-
1
( 185 )
rins , prêts à tre dispersés , s'attendent à
recevoir une médaille qui leur est destinée .
Un Decret renvoie la lettre et les incluses
an Comite Colonial et an Comité de Marine
, et ordonne à la Municipalité de Brest
de s'opposer à la distribution de ces médailies
; car il ne peut être dans le sens d'une
Révolution légitime , de decorer les promoteurs
de toute insurrection .
Fan et Navarreins se disputoient le Siège
du Département . M. Gossin , Rapporteur du
Comité de Constitution , a affirmé que dans
les petites Villes il n'y a pas d'opinion pu
blique , on qu'elle y est petite comme son
centre. Cette découverte géométrique , appuyée
sur des évéremens récens qui attesteront
un jour la nécessité et la solidité d'une
opinion publique , déployée dans de grands
centres a fait decréter la préférence en
faveur de la plus considérable des deux Villes
concurrentes.
"
De ces objets , on a passé à l'épineux remplacement
des Gabelles. M ♫ pont , organe
du Comité des Finances , a fait un assez long
discours , où il assure qu'on peut « estimer
sans erreur que la population du Royaume ,
avant les petites et vraisemblablement trèspassugères
émigrations occasionnées par l'agitation
actuelle , etoit d'environ vingt-huit
millions d'ames
•
On voit d'abord que M. Dupont veut alléger
Pimpót en multipliant les Contribuables
. Suivant son calcul , dans les Provinces
de grandes Gabelles , où sa théorie
met dix millions d'ames , la Contribution ,
en remplacement , ne sera que de 4 sous
deniers par tête pour chaque mois ; dans
les pays de quart- bouillon , de 13 deniers
7
I iij
( 186 )
par mois ; dans les pays de petites Gabelles
, de 2 sous 10 deniers et demi par
mois ; dans les pays de Gabelles locales ,
d'un sous 71 deniers par mois pour le taux
moyen , et l'indemnité due pour
les 9. derniers
mois de 1790 , indemnité
ferme un si grand soulagement , doit produire
, ajoute-t -il , trente millions qui sont
les trois quarts de quarante , comme neufmois
sont les trois quaris a'ene année. »
10
"
qui ren-
M. Dupont a ajouté , au sujet des impôts
supprimés par le fait ou par la force des insurrections
: Oubliant l'irrégularité du procédé
, résistant à la réaction qui auroit pu
en résulter dans votre balance ; voyant une
ressource dans l'abolition et la conservation
de plusieurs autres impositions.... et que la
Caisse de l'Extraordinaire , fondée par votre
courage et votre génie pourvoiroit à ce qui
manqueroit encore pour couvrir l'appoint de
vos sacrific: s , vous vous êtes conduits , non
pas comme des Législateurs sévères et des
Financiers rigoureux , mais comme des pères
indulgens. Vous pouviez punir , vous avez
supputé , etc. ".... Sa conclusion a été un
projet de Décret dont le premier article , le
seul adopté , n'ajoute rien aux Décrets des
14 , 15 , 18 , 20 , 21 et 22 Mars , et lais e
encore indecise la question qu'on traitoit :
quelle base établir pour une répartition ?
Sera- ce la population ? Sera- ce la consommation
qui ne s'y proportionna jamais ?
? M. Dupont et le Comité, prennent pour
base la population . M. Biauzat cite un Décret
qui ordonne que la répartition doit se
faire à raison des quantités consommées et
du prix. Ne se croyant pas assez fort d'un
Décret , il s'arme de lieux communs contre
( 187
le systême des économistes qui font retomber
tous les impôts sur les biens de la terre ,
ce qui n'étoit guère le résultat de l'espèce
de capitation proposée par le Préopinant.
D'autres Orateurs ont été plus entendus
qu'écoutés , et la fatigue générale a presque
unanimement ajourné à Vendredi cette question
du remplacement des Gabelles , qvi
n'offre plus d'occasion de flatter la multitude
, et de l'étourdir en perpétuant des
espérances illesores . Pour faire diversion ,
on s'est occupé du traitement des Chanoinesses
séculieres . On étoit convenu de les
dépouiller ; toutes les lumières , tons les
principes , tous les sentimens étoient à cet
égard à l'ordre du jour, mais il restoit à
décider de quelle renté viagère on gratifica
ces Dames sur leurs biens attribués à la
Nation', qui n'a ni fondé , ni doté leurs Cha-
Pitres . Un¹¹ Décret fixe le maximum des
pensions à 1500 1. Les Abbesses , parmi lesquelles
on ccompte des Princesses , seront -
Elles traitées comme les Abbés réguliers ?
Il échappe à M. Prugnon d'observer qu'un
Abbé regulier n'est souvent que lefils d'un
paysan ; grandes clameurs de la part des
Enthousiastes de l'égalité. Ce mot attire à
M. Prugnon le désagrément d'étre rappelé
à l'ordre , et l'Assemblée déerête que la pension
des Abbesses n'excédera pas 2000 francs .
Une Lettre , si non motivée , du moins
d'un style nouveau , des 85 Députés de l'Assemblée
générale de St. Domingue , a excité
des murmures , qui malheureusement n'accompagnent
jamais les félicitations et les
flatteries , poison des Corps tout - puissans ,
ainsi que des Rois .
Iiv
188 )
Les principaux traits de cette Dépêche en
donneront une idée suffisante.
แ Nous avons à vos témoigner notre éton-,
nement , disent les Colons au Corps Légis+.
latif , ur le Décret qui nous mande à la
suite de l'Assemblée. C'est au sujet d'un,
mouvement occasionné à Brest que nous
ens reçu ce Décret affligeant, mais il convedoit
auparavant d'être parfaitement ins
truit de cet événement.
"
»
Nous avons vu aussi avec douleur qu'une,
partie de nous seulement ait pu étre introduite
devant l'Assemblée , lorsque nous arrivions
au nombre de quatre- vingt - cinq Représentans
de la Colonie . »
"(
Nous gardons le silence sur l'accueil
defavorable que vous nous avez fait.
"
Les Deputés de nos Adversaires ont reçu
au contraire des faveurs qui nous ont été
refusées ; nous espérons que leur triomphe
se bonera là . f
Cette lecture n'a pas été écoutée sans
humeur et sans murmures : on a joint la
Lettre au Rapport qui doit être fait Jeudi
soir de l'affaire de Saint - Domingue,
Dans la Séance du lendemain , M. Barnave
a qualifié cette Lettre d'insolente.
Elle étoit du moins peu respectueuse ;
mais il n'est pas indifférent de re
marquer que l'épithète de M. Barnave
fut littéralement employée par le Ministère
Anglois et ses Achérens , envers
M. Francklin et autres Députés des Colomies
Angloises , lorsqu'ils méconnurent
la Suprématie du Parlement. Le sys
tême des Insurgens étoit absolument sem(
189 )
blable à celui que manifeste l'Assemblée
de Saint - Marc ; il consistoit à ne vou
loir d'autre Puissance législative que
celle de l'Assemblée-générale de chaque
Colonie , jointe au Pouvoir Royal. Les
Insurgens rejettèrent comme un leurre ,
Poffre d'admettre leurs Députés dans le
Parlement Britannique : ils sentirent
que leur Représentation sereit infiniment
disproportionnée à celle de la
Métropole . Il est vrai que les Anglo-
Américains appuyoient leurs demandes
sur des Chartes , et que Saint -Domingue
n'en a d'autre que la Déclaration , bien
on mal interprétée , des Droits de
l'Homme. I
DU LUNDI. SÉANCE DU SOIR.
Si nous igrerons encore la valeur des biens
aujourd'hui Nationaux , du moins a t- on
conçu le projet d'en faire une liste , et tel
étoit l'objet de cette Séance . M. le Bailli
de. Virieu invite nos Legislateurs , dans une
note communiquée par M. de Montmorin
à prendre en sérieuse considération les droits
de l'Ordre de Malthe . Peut - être le Comité
Diplomatique donnera t -il d'utiles avis au
-Comité de Liquidation . En attendant , M.
Barrère de Vieuzac propose , au nom des Comités
des Domaines et des Finances , de
payer 560 mille livres à la Municipalité de
Paris pour la demo'ition de la Bastille. On
n'a pas été arrêté par la remarque de M. de
Foucault , que douze mille ouvriers déscuvres
et salariés des fonds destirés aux ateliers
, ont travaillé à démolir cette Citadelle.
I
( 190 )
Le demi million a été accordé , sous la déduction
de 40 mille liv . qu'ont valu les matériaux
.
Les biens des Fabriques n'ont pas été compris
dans la liste des biens Nationaux . M.
Populus a fait entendre que si l'on s'en em--
paroit , les paysans ne trouveroient plus la
Révolution aussi bonne.
L'article délicat des Hôpitaux , Colleges ,
Séminaires , a été ajourné , sur les réflexions
humaines et judicieuses de M. l'Abbé Bé-
'rardier.
DO MARDI 5 OCTOBRE
Après deux Décrets qui donnent six Juges
Jaux Tribunaux de District des Villes de
Bordeaux et de Lyon , M. de Bouthillier lit ,
au nom du Comité Militaire , un rapport
sur les Adjudans généraux et les Aides- de-
Camp. Une sortie de M. Millet contre les
Etats- Majors, appuyée par M de Tracy , a
suppression d'un tiers des appointemens attribués
à ces places , proposée par M. d'Elbecq
, et l'opposition qui s'est trouvée entre
quelques idées de MM. de Lameth et de
Noailles , alloient faire ajourner la question ,
quand M. d'André a naïvement avoué que ,
fût - elle ajournée à dix ans , il ne l'entendroit
pas mieux . Les principes du Comité
seront assez développés ici par l'exposé sommaire
du Projet de Décret adopté :
20 1. Indépendamment des 94 Officiers- généraux
employés , l'Etat- Major général de
l'armée sera composé de 30 Adjudans Genéraux
, dont dix- sept auront le rang de Colonels
, et treize le rang de Lieutenans - Co-
Jonels , et qui remplaceront les trois Etats-
Majors de l'armée . 2 ° . Il sera attaché 136
( 191
•
C
9
3
I
A
Aides de- Camps aux 94 Officiers - généraux ,
quatre pour chacun des quatre Généraux
d'armée , deux pour chacun des trente Lieutenans-
généraux,, et un pour chacun des
soixante Maréchaux- de - Camp ; les premiers
Colonels à 6000 liv. ; les seconds , Lieutenans
- Colonels , à 4000 liv .; et les autres
Capitaines , à 1800 livres d'appointement.
*
L'article du Plan du Ministre , relatifaux
Commissaires des Guerres , a été ajourné.
Mais toute organisation quelconque n'est
qu'une vaine théorie sans les finances , sans
les impôts.
2.
'
M. de d'Elley-d'Agier a parlé le premier Je
sur le mode de l'imposition. Il n'assied la
contribution foncière que sur le revenu net
d'éduction faite des frais de culture , de
semence et de récolte , et en écartant tout
moyen industriel extraordinaire , poar éviter
l'abus d'une contribution mixte portant sur
la terre et sur la personne. En conséquence
il distingue trois espèces de propriétés foncières
, prises , non dans leur état accidentel,
instantané , mais dans leur état naturel et
durable. 1 ° . Celles qui , soumises à l'influence
ddes saisons exigent semences ,
culture et frais de récolte . 2º . Celies qui ,
soumises aux influences des saisons , n'exigent
ni semences , ni culture , ni frais de
récolte. 3 ° . Celles qui , indépendantes des
saisons , n'exigent ni semences , ni culture,
ni frais de récolte . Et l'impôt doit ménager
la première espèce plus que la seconde ; la
seconde plus que la dernière. En évaluant
les revenus territoriaux imposables , pour la
généralité du royaume , à 1,074,600,000 liv .
ils desire que la contribution foncière , n'ex-
I vi
( 192 )
cède pas le cinquième de ces revenus , et
ne soit que de 200 millions .
M. Heurtault de Lamerville a vu trois
classes d'impôts , le territorial , le personnel
Pindustriel. Il fixe le premier à 240 millions
à prélever en proportion des anciennes impositions
de chaque Département ; le second
à 80 millions sur les immeubles fictifs et
territoriaux , maisons de Ville et de Plaisance
, enceintes , logerens , jardins ," par
classes déterminées sur le prix du bail ; cet
impôt s'éseindroit de Législature én Législature
, avec les rentes viagères dues parla
Nation. Quand au troisième , qu'il nomme
indirect , l'Assemblée en décréteroit la dénomination
, le mode de perception ' et le
tarif.
}
Satisfait des lumières que répandoient ces
discussions sur la matière agitée , M. de la
agitre de Rochefoucault a jugé qu'on n'avoit d'autre
parti à prendre que celui de discuter encore ;
et après avoir combattu le projet de M. Rey,
de sommer chaque particulier de déclarer
quel est son revenu , il a lu le premier article
du Décret , rédigé par le Comité , et
demandé qu'il fút adopté , sauf les modifications
, quoique M. d'Ellay at prouvé que
le sens des mots de cet article n'ctoit rien
moins que convenu .
Au milieu de tant de systêmes , M. Brillat-
Savarin est venu renouveler la vieille idée
de la perception de l'impót en nature ; elle
a excité de vives réclamations . M. Prieur a
représenté combien il étoit utile d'écouter
pour n'en courir aucun reproche ; M. Brillat
a continué , et la un Projet de Decret. M.
Dubois de Crancé vouloit qu'on discutât cette
question toute neuve de l'impót payé en
(( 193 )
9
Y
nature. M. Ræderer a dit que les Notables
assemblés par M. de Calonne avoient démontré
que les frais de cet impôt , dont
Vauban est le père , monteroient à 25 pour
cent ; que M. de Calonne répondit au Clergé
qui aida beaucoup à cette démonstration ,
qu'il étoit évident que la Dime devroit se
payer en argent pour diminuer les frais ;
que l'Assemblée Nationale avoit depuis applique
ce principe ; qu'enfin l'abolition de
la Dime etant l'une des causes qui attachoient
le Peuple à la Constitution , il ne
falloit pas rétablir la Dîme sous le nom
d'impôt.
Ou n'a point , fermé la discussion , que
prolongera pent- être , moins ce qu'on dira que
' ce qu'on évitera de dire . M. l'Abbé de Bruges
prenoit la parole , lorsqu'il a été interrompu
par M. Thouret qui à lu'à la Tribune , une
Adresse et une Proclamation de la Municipalité
de Rouen . Elle se disculpe , en
style civique , du complot imaginaire pour
enlever le Roi et le conduire à Rouen , faux
bruit que M. Bailly auroit pu dissiper d'abord
en démentant une lettre sopposée qu'il
n'a démentie que quatre jours plus tard :
Eh ! quel avantage notre Cité pourroit elle
trouver dans une Contre Revolution , "
« demande la Municipalité de Rocen ? ne
sait- elle pas qu'il n'y a nul commerce saus
liberté ? Ne connoît elle pas la funeste
injustice d'an Gouvernement où , par un
systême révoltant et digne du despotisme
oriental , quelques Castes privilégiées par
" venoient seules aux emplois publics , sans
partager les charges de l'Etat ? ... Si , ditelle
ailleurs , les ennemis de la Patrie et
du Roi , par un attentat sacrilége à la
་་
"
"
"
"
"
base
(( 1794 )
9
?
*
liberté de ce Prince, osoient l'amener dans
nos nurs , notre Garde Citoyenne l'arracheroit
des mains de ses ravisseurs , pour
« le rendre à lui-même et aux Représentans
de la Nution . » Les applaudissemens du
cóté gauche, ont été aussitôt traduits en un
Décret de satisfaction honorable , qui invite
les Officiers Municipaux à continuer leurs
soins pour éclairer la conduite des ennemis
de la Constitution , qui sont ceux ce
la Nation et du Roi .
1
ןנ
1
DU MARDI . SE NCE DU Soir.
Toutes les suites d'une Révolution ne sont
pas également heureuses , et les mémes causes
y produisent des effets bien contraires. Si
les Municipaux de Rouen repoussent, l'idée
chimérique de recevoir le Roi , par la crainte
de nuire à la prospérité de leur Commerce
qui fleurit , comme on sait , au sein de la
Liberté , les Habitans de Versailles éprouvent
douloureusement que les crimes des 5
et 6 Octobre 1789 , ont porté un coup terrible
à leurs intérêts . Ils demandent, la résiliation
de leurs baux '; mais l'Assemblée a
scrupuleusement , renvoyé la Requête aux
Tribunaux ordinaires . Once ensuite revenu
à la vente des Biens Nationaux
11. 1
Les Châteaux , Domaines et Bois réservés
au Roi sont soustraits à lavente Nationale ;
mais d'apres les principes de M. Robespierre ,
ces objets réservés ne pourront Beire qu'en
sventu, d'un, Decret de l'Assemblég
ན ཎཱ Quant aux Hopitaux , Colleges et Ordres
Militaires , l'adjudication de leurs biens n'est
pas encore decrétée au profit de la Nation .
Les Corps Administratifs seront charges de
la gestion et rendront compte aux Posses
( 195 )
le droit de les tra- seurs , qui n'auront pas
duire en Justice .
DU MERCREDI 6 OCTOBRE.
L'Académie de Peinture demandé qu'on
l'autorise à nommer des Commissaires pour
procéder à la recherche des tableaux et
monumens des Arts qui se trouveront dans
les izmeubles Nationaux mis en vente ; mais
le chef d'oeuvre de l'Art aujourd'hui est de
vendre . M. Bouche fait renvoyer l'Adresse
Académique au Comité d'Alienation . Ce ne
fut que bien long - temps après l'éruption du
Vésuve , que l'avide amateur erra parmi les
ombres , au milieu des ruines d'Herculanum .
M. d'André informe l'Assemblée de la
fermentation qui règne à Marseille , où les
Sections et la Commune ont destituě le
Commandant en chef des forces Nationales ,
qui se voit soutenu d'un Décret et de 4000
hommes armés . Le Comité des Rapports est
chargé de découvrir les causes et d'apprécier
la légalité de ce nouveau schisme ; car on
n'a pas même pensé que le Chef de la Monarchie
pût y remédier sans être prié , et
l'on a ouble M. de Mirabeau , le Pacificateur
né de Marseille.
n
L'Assemblée ordonne l'impression d'une
Adresse des Gardes Nationales de Metz qui ,
pénétrés des témoignages de sa satisfaction ,
protestent qu'ils n'oublieront jamais les mel
heurs qui naissent de l'insubordination. Ces
utiles souvenirs restreignent un peu l'idée
de l'insurrection , considérée comme le plus.
saint des devoirs.
Une Pétition du Commerce de la ville de
Paris , demande en grace que la Caisse d'Escompte
lui administre un dernier secours ,2.
1 .
( 195 )
C
en émettant 30 milions de Billets de confiance
, payables à Bureau ouvert en Assigna
. M. Goupil repousse cette Supplique ,
en affirmant que la Caisse d'Escompte payera
à Bureau ouvert des que la Nation Joi a ra
payé ses 170 millions. Le paiement est ajourné
par le fait indéfiniment , et un Projet de
Decret de M. Vernier , concernant la Caisse
d'Escompte , est ajourne à bref de ai .
M. le Garde - des - Sceaux avoit instruit
P'Assemblée , le soir de la veille , de la maniere
dont les Lettres - Patentes qui suppriment
les Cours de Justice , ont été reçués
par les Chambres des Vacations des Parlemens
de Rouen , Bordeaux , Douay , Nancy,
Grenoble , Toulouse , et par le Conseil Su
perieur de Colmar. Rouen et Bordeaux ont
ordonné la transcription et l'envoi aux Tribunaux
inférieurs ; Donay a arrêté , en cédant
à l'empire des circonstances , de ces er
toutes fonctions ; Nancy a transcrit , en déclarant
obeir à la force ; à Grenoble , le
Procureur- général s'est transporté plusieurs
fois au Palais , sans jamais y trouver personne ;
à Toulouse , le Parlement s'est permis de
protester. Nous avons donné , il y a huit
jours , le sommaire de este Protestation . A
sa lecture , M. Robespierre , toujours maitre
de lui -même , comme doit l'être un Sénateur
, s'étoit pris de ret Arrêté , suivant
l'usage , au Pouvoir exécutif. Il avoit trouvé
inou que M. le Garde des - Sceaux eût osé
le communiquer à la Diète Françoise ; bienentendu
que M. Rchespierre auroit traite de
crime de lèze Nation , le silence de M. le
Garde des Sceanx , s'il n'eût pas envoyé l'Arrêté.
Des huées furent la seule récompense du
zéle de M. Robespierre. Des huées ! passe
( 897 )
lorsqu'elles s'attaquent à MM. de Cazalès ,
Maury, Malouet , Kirieu , etc.
"
Aujourd'hui , pour dissiper les alarmes sur
une, conduite, que ces Tribunaux n'avoient
le droit de tenir que sous l'ancien despo
tisme , M. le Chapelier a proposé d'interpréter
l'article III du titre III des Décrets
du 2let du 6 Septembre , qui obligeoient les
Magistrats et Juges supprimés à se réunir
afin de présenter , dans un mois , les titres
de leurs charges et l'état des dettes actives
et passives de leur Compagnie. L'interprétation
a été faite au moyen d'un nouveau
Décret , portant que l'Assemblée n'a pas
entendu que ce titre III fût un prétexte
pour ces Magistrats de se réunir , et qu'en
conséquence elle le leur défend sous peine
de forfaiture. Ce nouveau Décret a été
adopté.
L'ordre du jour amenoit la discussion sur
le mode d'imposition . M. Dubois de Crancé
a proposé ses vues pour faciliter la perception
en nature , en battant en ruine le plan
du Comité. Celui - ci porte le revenu territorial
de la France à plus de 500 millions ,
donnée qui le met a son aise , ainsi que ses
précurseurs les Economistes , dans l'évalua→
tion hypothétique de leur produit net, qu'ils
ne grevent que de 300 millions d'imposition
foncière ; ce résultat soulage le Peuple , et
satisfait à tout avec des zéro.
་་ Mais , observe , M. de Crancé , le moyen
de parvenir à ce but me paroît encore absolument
problématique , et c'est ici qu'il est
spécialement impo tant de ne pas commettre
d'erreur ( de quelques cents millions surtout
) ; car après avoir debusqué de poste en
( 198 )
14
poste les Ennemis de la Constitution , c'es
dernier défilé qu'ils nous attendent . "
Puis prenant son ancienne Province ,
Champagne , pour base de ses calculs ,
établit que ce qui seroit le cinquième revenal
net dans les principes vagues du Comité ,
équivaudroit à 217 liv . 6 sous sur 300 iv .;
or , ajoute- t- il , en 1789 , un bien loué
300 lu . ne payoit que 164 liv. , y compris
l'impôt représentatif de la corvée . « Je n'en- ,
tends pas , poursuit- il , comment cette méthode
peut laisser à l'Agriculture ses moyens
de fleurir.... Quelque désastreux qu'ait été
l'ancien mode.... je ne vois pas que personne
, à cette Tribune , veuille avancer
sérieusement qu'un homme qui est présumé
avoir 300 liv . de rente , puisie en payer 257
année commune , supporter les non- valeurs
et manger du pain et boire de l'eau. »
1
A la suite de ces aperçus , M de Crancé
à demandé , au nom de ses Commetransgune.
Caisse d'amortissement de 20 millions , et
que les Finances de l'Etat soient indépendantes
du Ministre des Finances , qui n'est
jamais , selon M : de Crancé, qu'un agioteur,
un vampire, un fléau. (M. le Président a invité
POpinant à rentrer dans la question ) . J'y
suis , a repris M. de Crauce , car jecdeclare ,
au nom de ma Province , qu'elle ne paiera
pas d'impôts qu'on n'ait pris des mesures
pour en assurer le légitime emploi. » Ici
plusieurs voix ont crie à l'ordre ! presque
aussi ardeminent que si l'Opinant eût été
du côté droit .
•
Aprés quelques , mots prononcés par Ma
Roederer sun-la Trésorerie Nationale , dont
le: Comité s'occupe , et qu'il n'est pas en →
core temps de soumettre à la discussion ,
( 199 )
M. Dubois de Crance a repris l'examen der
plan d'imposition foncière , l'a qualifiée de
charge exorbitante , n'a supposé , en général ,
ni patriotisme , ni lumieres , ni bonne foi
dans les évaluations faites par les Municipalités
, les Districts , les Départemens ( ce
qui seroit supposer , à tort sans doute , que
la Constitution , même avant d'être formée ,
auroit déja une incurable carie dans les os ) .
D'ailleurs , Opinant a reconnu que les
impôts perçus on nature absorberoient trop ,
coûteroient trop , multiplieroient les accapareurs
, causeroient des pertes et des gênes
insupportables ; et n'en a pas moins soutenu
ce genre d'imposition comme ne laissant
aucune ressource à l'avarice et à la mauraise
foi . Les inconvéniens avoués prouveDE
à quel point il redoute un manque absolu
de civisme . Sa conclusion a été d'adopter
les trois titres propo és par le Comité , et
d'y en ajouter un quatrieme ayant pour
objet de prescrire que la quotité de l'impôt
total n'excéde : oit pas le quinzième du revenu
(ce qui réduiroit terriblement les ressources ) ,
et que chaque Département seroit libre d'imposer
en nature ou en argent ( ce qui nous
paroît une participation de la Puissance dé
gislative ) . On a décrété l'impression du
Projet de M. de Crancé.
Sur l'observation de M. Richer , qui fait
sentir le besoin de nouvelles lumières , l'Assemblée
voue le reste de la Séance à la diseussion
contradictoire de l'impós en nature .
M. l'Abbé Charrier y voit le précieux avage
tage d'économiser les frais énormes et le
temps de la confection d'un Cadastre qui
se foreroit ainsi de lui - même , et l'allége
ment du fardeau du pauvre ; il a pensé que
( 200 )
le contribuable payant en nature le fermier
pourroit vendre et l'Etat recevoir en argent.
M. Fernier croit qu'on pert faire ou suppléer
un Cadastre , dans une ou deux années.
M. Borssion peint les horreurs qui se
commettent dans les pays soumis au Cadastre
. M. d'Elley pèse le pour et le contre,
repousse , en tant que loi générale , l'impôt
en nature , comme dépendant de trop de
Chances qui mettroient une dangereuse incertitude
dans la masse de l'impôt , destinée
à payer des dépenses fixes. On avoit
souvent applaudi aux mots impôts en nature,
soulagement des Peuples , Cadastre ; alors on
a crié contre l'impôt en nature ; et quand
M. d'André , en citant l'exemple de la Provence
, a demandé que les Municipalités
eussent le choix de percevoir de l'une et le
l'autre manière , pourvu qu'elles payassent
au Trésor en argent , il a été décidé que
l'amendement seroit disenté le lendemain
et que la discussion étoit fermée sur question
principale.
DU MERCREDI . SÉANCE DU SOIR.
Au travers de plusieurs Adresses , lues
dans cette soirée , il faut remarquer celle de
la Garde Nationale d'Osange , qui prie l'As
semblée d'usurper Avignon et le Comtat
Venaissin . On a repousse lecture des Pétitions
des plus grandes Villes , et de plusieurs
Départemens contre les Assignats ; mais ce
veen scandaleux d'usurpation a été écouté
jusqu'à la fin et renvoye eux Comites .
9
M. Voidel a fait le rapport des nouvelles
insurrections du Languedoc. Quatre Baillia(
201 )
"
ges sont revêtus du pouvoir de juger en dernier
ressort les brigands c'est à dire les Insurgens
qui ont endommagé le canal de Languedoc
et intercepté la circulation des
grains on renforce d'anciens Décrets trop
méconnus , d'autres Décrets dont le succes
est équivoque , et les Municipalités répondront
de leurimpuissance, à les faire respecter.
De ces détails , l'Assemblée rentre dans la
partie de son grand ouvrage où rien ne résiste
; il s'agit des biens Nationaux.
Ceux dont l'administration appartenoit aux
Evêques , aux Chapitres , aux Religieux , aux
Magistrats , sont livrés aux Municipalités.
Le Comité désireroit que les possessions des
Communautés Protestantes fussent exceptées
de la vente : plus circonspecte que le Comité
, l'Assemblée met , par un ajournement,
un intervalle entre deux décisions que l'opinion
distraite appréciera plus froidement si
on les sépare.
Quant aux Bénéficiers , Corps et Communautés
, toujours catholiques , qui possedent
des Biens hors de la France , l'Assemblée
en laisse jouir provisoirement ceux qu'elle
n'a pas encore supprimés , en attendant qu'il
ait été fait un réglement entre elle et les Puissances
Etrangères , pour dépouiller ces possesseurs
, et ordonne que les biens de ceux
qu'elle a supprimés seront administrés par
des Préposés de Directoires. Les Evêques et
Curés , jouiront cependant provisoirement
des biens qu'ils possedent hors de la France,
même sans diminution du traitement à eux
assigné par les Décrets , mais sauf à rendre
compte s'il y a lieu.
Ces Décrets ont été suivis de quelques articles
( 202 )
réglementaires . Les frais de culture seront à
charge des personnes qui géreront cette année ;
mais , à l'estimation du Directoire de Département
surl'avis du District et la régie des Corps
Administratifs commencera avec l'au - née
prochaine.
DU JEUDI 7 OCTOBRE.
"
on
Après la lecture des Procès - verbaux
a eu le spectacle d'une altercation entre M.
Castellanet , Député de Marseille , et M.
d'André qui la veille avoit annoncé de nouveaux
troubles dans cette Ville. Hardiment ,
M. Castellanet a prononcé que Marseille étoit
dans une tranquillité vraiment civique ; que
le Ministre de la Guerre fut un imposteur
lorsqu'il annonça la résistance des Habitans
de Marseille au départ du Régiment de Vexin :
qu'au surplus , la Ville jouissoit d'une telle
harmonie , que 22 Sections sur 24 , venoient
de casser M. Lieutaud , Chef de la Garde
Nationale.
"(
"
"
"
M. d'And é a facilement relevé le contresens
du Préopinant. « Je prends acte , a- t- il
dit , de sa déclaration . 22 Sections ont
cassé le Commandant National , et la Commune
y a consenti . Je dénonce celte Com-
" mune , contrevenante au Décret qui défend
toute innovation , quant à présent ,
dans le régime des Gardes Nationales. "
Cette querelle personnelle avoit peu d'intérêt
; mais son objet paroissoit mériter quelqu'attention.
Comme on n'en a donné aucune
aux précédens excès commis à Marseille ,
à l'enlèvement des Forts , l'assassinat de M.
Beausset , les intrigues fructueuses de quelques
Démagogues contre M. Lieutaud qui
"l
( 203 )
sembloit avoir abjuré ce rôle , n'ont point
suspendu l'ordre du jour , encore relatif à
la Contribution foncière .
M. de Delley d'Agier a demandé que , pour
éviter une discussion amphigourique , on proposât
une série de questions : M. de la Rochefoucault
la trouvée dans ce seul point ; les
Corps Administratifs auront - ils la liberté
de s'imposer en nature ou en argent .
18
16
"
"
Je suis pour la liberte , a crié M. Bouche ,
parce que je ne suis ici que pour la liberté.
Je conclus pour la liberté. » M. de Sinetti
a appuyé l'imposition en nature . « Si vous
laissez l'option aux Municipalités
, a judicieusement
repliqué M. Goupil , vous leur
« donnerez une " facuité Législative . Je . rejette
l'impôt en nature. » "
Délibération, prise , on décide 1º . , que la
Contribution foncière sera payée en argent.
« 2° . Que la Contribution foncière sera
d'une somme déterminée chaque année par
la Législature . ”
3. Qu'elle será perçue sur toutes les propriétes
foncières , sans autre exception que
celles qui seront déterminées par l'intérêt de
l'agriculture . Elle sera répartie par égalité
proportionnelle
entre les propriétés foncières
, à raison de leur revenu net , ainsi
qu'il sera défini ci après . » La Séance a fini la lecture d'une lettre par
de M. le Contrôleur- Général , qui en renouvelant
ses plaintes sur les nouveaux obstacles
mis à la perception des impôts , demande des
Juges Provisoires
sur les contestations
en matière d'impositions
. Cette lettre est renvoyée
au Comité des Finances .
DU JEUDI , SÉANCE DU SOIR..
Lecture faite de plusieurs Adresses et du
( 204 )
"
Procès - verbal, M. de Santo Domingo a été
admis à la Barre , où il a rendu compte de
sa conduite et des motifs qui l'avoient porté
à remplacer son Capitaine , M. de la Galis
-sonnière , à bord du Léopard.
M. de la Galissonnière voulut appareiller
le 29 Juillet , pour s'éloigner du Port au-
Prince , l'Equipage s'y refusa en disant que
les Citoyens devoient être massacrés , et
qu'il falloit rester pour les seconrir. Le
Capitaine insiste inutilement , descend avec
son Etat - Major , et ordonne par écrit à
M. de Santo Domingo de rester à terre.
Celui- ci produit l'ordre. Un combat s'engage
entre les Troupes commandees par
M. Mauduit et des hommes attroupés au
Port- au-Prince , parmi lesquels étoient les
Membres du Comité de cette Ville . Ces
derniers étant dispersés , M. de Peynier
promit de faire grace à l'Equipage , pourvu
que tous rentrassent dans le devoir. L'Equipage
et M. de Santo Damingo , écrivirent
à M. de la Galissonnière pour l'engager à
reprendre le commandement ; sa réponse
fut qu'ayant perdù la confiance de ses subordonnes
, il ne pouvoit plus les commander.
Tous les Officiers Supérieurs étant à
terre , l'ordre du service appeloit M. de
Santo Domingo au commandement ; un Décret
de l'Assemblée- générale l'invite à protéger
la ville de Saint- Marc. M. Vincent
et son Armée paroissent , l'Assemblée générale
se réfugie sur le Léopard, et exige qu'en
la transporte en France . Je me suis conformé
aux ordres de mon Capitaine , a dit
M. de Santo Domingo ; j'ai suivi ceux du
Roi , servi l'humanité , ramené un vaisseau
"
( 205 )
eide
la Nation je crois avoir bien mérité de
la Patrie . . "
75
Il a communiqué à l'Assemblée quelques
Pieces Elles sont renvoyées aux Comités de
Marine et Colonial réunis .
• On a ensuite
délibéré
la
suite
du Réglement
proposé par le Comité Ecclésiastique ,
sur l'administration et la vente des Biens
Nationaux.
DU VENDREDI 8 OCTOBRE, į
2
Le Directoire du Département de la Cha
rente inferieure oppose à l'article VIII du
Décret du 2 Septembre 2 qui exclut les
Membres de Directoire des nouveaux Tri
bunaux , uh Décret antérieur qui accorde,
aux Magistrats
la faculté d'être corde
trateurs , à condition d'opter, dans le cas oit
ils seroient nommés aux places du nouvel
Ordre Judiciaire . Il represente le fort quel
fait au Public cette
exclusion de Sujets
dignes de confiance . Sans délibérer, 95, paqar
à l'ordre du jour 291 3.eu angh
Jour tion no.297g02
91 )
Une Lettre de Motion de la vil e
91 290 5 97618 .
d'Aix lue par M. athe
l'apposition des Scelles sur
sur les Archives du
Parlement est faite avec
sagne avec la plus grande
l'expédition d'Arrêts rendus en leur faveur.
Cette Lettre , est renvoyée au comite de
971348021091sler991 29.
Constitution .
Sun TVRapport de M. Thouret, so prou
tasyjob sa
et d'apres
une Petition du Directoire de Département
de 14 Seine inférieure Assemblee a accorde
six Juges au Tribunal de Distel di Rouen
hifit Juges de Paix à la même
eme Ville deux
à Dieppe et deux au Hayre.
-Pla demandé ajoutée , relative à la
d'Escompte , étant reproduite par M. Per-
N°. 42. 16 Octobre 1790 Ꮶ .
41990 99 ande
Caisse
( 206 )
nier , il propose une nouvelle émission de
Billets. M. Camus en redoute la concurrence,
avec les Assignats , et lit une aute
rédaction de Décret , adopté en ces termés :
2.
L'Assemblée Nationale leve les défenses
qui avoient été faites à la Caisse d'Escompte ,
de faire de nouvelles émissions , de ses billets,
sans
$ que les Billets qu'elle émettra
puissent être reçus autrement que de gré à gré,
ainsi que tous autres Billets de Commerce
et sousus la condition qu'ils seront dans une
forme differente de celle de ses Billets qui
sont actuellement en circulation . L'Assemblée
Nationale déclare qu'il n'y a pas lieu
à delibérer sur le surplus des Pieces présentées
par le Comité des Finances .
M. de Montesquiou , pour le Comité des
Finances , propose la suppression de l'intérêt
des 400 millions d'Assignats émis , et
la fixe au 16 Octobre . M. Brillat - Savarin
veut qu'on recule l'époque , afin que les
Départensens aient le temps de s'en instruire.
Cette suppression paroît à M. Moreau contraire
à des Décrets antérieurs , et injuste.
Elle réduit à six mois une stipulation solennellement
faite pour trois années . M. Ma-
Louet la reconnoît nécessaire , demande qu'on
la motive , et que l'intérêt ne cesse qu'au
16, Décembre .
Les Législateurs , observe M. de Folleville
, ne doivent pas agir sur leurs Comme
tans par un coup de foudre. M. Anson pense ,
qu'en divisant les intérêts en trois coupons ,,
on décrété que les Assignats
avoit pas
porteroient intérêt pendant trois ans . L'Assemblée
décidé qu'il sera fait un préambule
au Décret , adopté tel que nous le rapporterons
dans huit jours.
C
1301.97 1.
¢y = T ¢ ® ¥tgcy { V > ¢ £ t
Jift
( 207 )
Des Assignats frappés de stérilité , passant
aux Assignats à faire , M. de Montesquiou
presente diverses considérations sur le papier
qu'il convient d'employer , et prefère celui
des Billets de la Caisse d'Escompte. M. de
Mirabeau dissertesur lepapier, la fabrication ,
les planches ; dit que l'Imprimeur y gagnera
566 mille lios que le Graveur y fait fortune.
Ho se trouve ensuite que le traité général
étoit 95 mille liv. L'honorable Membre affirme
que chaque Assignat revient à 10 sous,
et promet une économie de plus de six millions
600 mille liv .: si l'on veut adopter un
procédé qu'il indiquera , l'Assignatne coûtera
que 3 sous. On lui prouve que les autres né
ooûtent que 8à 20 deniers. Le papier le conduit
aux pieces de 20 , de 10 , de 5 et de
2 sous , et à la monnoie de cuivre et d'argent ,
qu'il prefere aux monnoies d'argent ; il n'oublie
pas les cloches dans le nombre de ses
moyens immanquables d'assurer le succès des
Assignats.
M. Poignot l'invite à se joindre au Comite
des Monnoies , et prophétise que les
petites pièces de cuivre mettront incessamment
les Assignats au pair avec l'argent.
Après une courte discussion sur la plus
petite division des Assignats , et conformément
au Projet du Comité des Finances , on
décrete huit articles , dont le premier dit :
Art. I. Les nouveaux Assignats créés par
le Décret du 29 Septembre dernier seront de
2000 1. , 500 l . , 1001. , 90 1. , 80 liv . , 70l. ,
60 L. , 50 l.
"
Les sept autres fixent la couleur et la somme
de chaque série d'Assignats.
On lit une Lettre noble de M. Albert de
Rioms, qui , voyant que ni les Décrets , ni ses
Kij
( 208 )
soins ne peuvent rétablir l'ordre dans la flotte ,
offre sa démission , Cette Lettre est renvoyée
au Comité de la Marine.
M. Dupont reprend le Décret sur la Ga
belle , et impatiente d'aller aux voix , l'As
semblée en a décrété deux articles que nous
rapporterons avec les suivans
DU VENDREDI , SÉANCE DU SOIR. VEL
La ville de Nuremberg réclame des dettes
de près de trente ans , que les Ministres
'ont point reconnues ; elle se flatte qu'il y
aura plus de facilité de Nation à Nation . Sa
demande et les pieces sont renvoyées aux
Comités de Liquidation et Diplomatique.
L'es Députés de la Garde Nationale de
Rouen viennent dissiper les doutes , que pour .
woient avoir laisses les faux bruits d'une cons
piration pour amener le Roi dans cette ville.
S'ils désirent de voir arriver le Monarque
chez eux , ils ne veulent l'y voir qu'avec toute
la puissance suprême que lui déférera la
Constitution achevée. Ils ont renouvele Jeur.
serment civique , ont recueiili jusqu'à trois
fois les applaudissemens les plus flatteurs ,
et joui des honneurs de la Séance.
$
On passe à l'orde du jour , et M. Chassey
présente la suite des articles sur l'administration
des Biens Nationaux , articles adoptés
sans la , moindre discussion .
Il en auroit presque été de même du décret
qu'à lu M. de Broglie sur la Protestation du
Parlement de Toulouse , dont nous avons déja
parlé,
M. de Broglie a d'abord protesté bien sine
cèrement que les fonctions du Comité étoient
très- pénibles , quand il s'agissoit de provoquer
la sévérité de l'Assemblée contre des
Citoyens. Mais le salut du Peuple et l'achè
( 209 )
vement de la Constitution , ces objets sacrés ,
confiés par la Nation à ses Représentans
sont leurs devoirs de tous les momens . « S'il
«
étoit possible de n'attribuer ce délit qu'à
« l'égareméntsoh à des regards inquiets jetés
en arrière sur des prérogatives usurpees ,"
Ma de Broglie essateroft de porter l'Assemblée
à la clémenee ou au mépris . Mais cet
Arrêté sacrilège est un chef- d'oeuvre d'éga
rement et de perfidie. Bornons - nous à consigner
ici le peu de débats qui ont suivi ce
Rapport , dont la conclusion a été un Décret
que tous les Partis ont eu diverses raisons
d'appuyer, any nopeil
"
Le coté gauche se lève et applaudit ; M
l'Abbé Maury demande que la discussion
soit fermée.
M. Alexandre de Lameth , rappelant indirectement
sa clemence envers M. & Espresménil,
a fait violence , suivant ses propres
expressions , à ses inclinations débonnaires
, et vu l'énormité du cas , s'est armé
de toute la rigueur si nécessaire pour intimider
les Ennemis, de la Révolution . M. Madier
a soumis aux Casuites de l'Assemblée
deux scrupules , dont le dernier a paru fort
singulier. D'abord ce qu'on nomme protestation
, n'est , selon lui , qu'une Déclaration.
Si une Législature , a - t- il dit ensuite en
substance , détruisoit votre ouvrage , et que
les Magistrats d'alors invoquassent leur serment
fait à notre Constitution , comme le
Parlement invoque celui qu'il a fait au Roi ,
leur protestation vous paroîtroit une forfaiture
bien légalement prononcée. M. d'Espresménil
a soutenu que l'Ariété de Toulouse
étoit une véritable protestation; le Décret a
été porté en ces termes :
Kiij
( 210 )
. L'Assemblée Nationale , sur le rapport
de son Comité de Constitution , décrète que
les Membres de la ci devant Chambre des
Vacations du Parlement de Toulouse , qui
ont pris les Arrêtés des 25 et 26 Septembre ,
et le Procureur- Général de cette Cour ,
seront traduits devant le Tribunal gri será
incessamment érigé pour juger les crimes de
Lèse- Nation , pour y être procédé contre
eux , comme coupables de rebellion et de
forfaiture , décrète en outre que le Roi sera
prié de donner des ordres pour s'assurer de
urs
personnes.
On ne peut disconvenir qu'en protes
tant non seulement contresasuppression ,
ce qu'elleeûtfait par un droit naturel indisputable
, mais encore contre l'existence
même de l'Assemblée Nationale et la totalité
de fes Décrets , la Chambre des Vacations
n'ait provoqué cette sévérité.
Que l'Assemblée l'eût dénoncée au Tribunal
légal , elle ne sortoit point du
cercle de son autorité ; mais , ordonner
une poursuite criminelle pardevant un
Tribunal à venir , et rendre elle - même
un Décret de prise-de - corps contre les
Accusés , en contravention des Droits
de l'Homme, des Lois, des Formes qu'elle
a consacrées , c'est exercer l'autorité la
plus absolue et la plus arbitraire , La
raison d'Etat peut seule en expliquer
l'emploi.
DU SAMEDI 9 OCTOBRE
MM. les Officiers , réunis à Brest , font
parvenir au Corps législatif une lettre plus
alarmante encore que celle de M. d'Albert
( 2112).
reçu
de Rioms. Ils n'ont plus de moyens de faire
respecter ni les nouvelles , ni les anciennes
leis , le Code pénal des Marins n'a été
qu'avec un insolent mépris , de la plupart
des Equipages. Peu touchés de leur intérêt
et des dangers , ces braves Officiers ne cèdent
qu'a la crainte fondée de compromettre l'honneur
du Pavillon François , dans le cas d'une
guerre , et laissent à d'autres le soin de commander
des hommes dont on ne peut attendre
ni confiance , ni subordination . L'Assemblée
décrète que ses trois Comités de Marine ,
Militaire et Diplomatique se concerteront ,
à l'issue de la Séance , pour travailler à ramener
l'ordre sur l'Escadre.
Sous le prétexte du contre seing de l'Assemblée
Nationale , en sept mois , la recette
de la poste aux lettres a diminué de 8c mille
liv . , et les frais ont augmenté de 200 mille liv.
la différence est d'un million pour 7 mois.
Presque toute la correspondance de Paris
semble avoir passé sous le cachet privilégié
de l'auguste Sénat qui détruit tous privileges.
Le Comité des Finances a tâché de fermer
cette source d'abus par un Décret adopté
qui restreint le droit des honorables Membres
à l'utilité rigoureuse.
L'Assemblée a encore rendu deux autres Décrets
pour favoriser le Commerce des cuirs et
peaux de boeuf, de vache , de mulet , d'âne, si
nécessaire depuis qu'on a tant multiplié les
tambours ! des fers , des huiles, des savons ; et
pour fixer les Droits , dont le paiement sus
pendu jusqu'au 1º . Juillet , doit s'acquitter
sans délai .
DU SAMEDI. Séance du soir,
Pour répondre à la demande faite Jeudi
dernier par M. le Contrôleur- Général , l'As-
Kiv
( 212 )
2
semblée a décrété la nomination de trois
Membres du Directoire de chaque Départe-
' ment , pour former un Comité contentieux ,
provisoire et juge en matières d'imposition.
Devenant ensuite Tribunal suprême
P'Assemblée , sur l'avis du Comité des Recherches,
a évoqué au Tribunal de Fontenayle-
Comte , la procédure commencée par le
Lieutenant Ciiminel de Niort , contre les
Insurgens de cette Ville . Le 5 Septembre ,
Je Peuple demanda la taxe du bled , et
pour Po
plus surement , il eut recours
plus
des devoirs aux Droits de
'Homme , à la violence ; il sonna le tocsin ,
battit et désarma la Garde Nationale , poursuivit
les Municipaux à coups de pierres. Le
Régiment de Royal Lorrainé parut à réquisition
, et dissipa les séditieux pour un ins;
tant. Ils revinrent en force l'apres- midi , et
forcèrent la Municipalité à taxer le bled à
un tiers au- dessous du prix courant . Le Directoire
du Département cassa cet Arrêt ;
mais sans oser rendre le sien public. Le
Peuple se porta à ses Séances , et le força
de se séparer. Les Maréchaussées et Royal
Lorraine réunis ont depuis rétabli l'ordre
et aidé les Municipaux à révoquer leur Arrét ;
mais il regne toujours une dangereuse fermentation.
112
Sur le Rapport du Comité de Finances ,
on a terminé ce soir avec la Caisse d'Escompte
, au moyen d'un Décret en trois articles.
On lui atloue 3,709,407 liv. pour solde
de' son compte de Clerc à Maitre avec le
Trésor Public , depuis le 1. Janvier 1790
jusqu'au 1º . Juin suivant . Quant aux
Billets Nationaux qu'elle peut avoir négod'après
la remise qui lui en a été faite 2.
( 213 )
par Décret du Décembre , elle en présentera
l'état , qui sera déduit des 170 millions
de Billets qui doivent lui être remis.
On ne peut opposer de meilleure preuve
à la fausse imputation faite aux Parlemens ,
d'avoir concerté leur conduite à tenir au
moment de leur dissolution , que la démarche
de la Chambre des Vacations de Pau . Elle
a transcrit le Décret de sa suppression , en
présence du Peuple , qu'elle a invité à la
paix , et à l'obeissance à l'Assemblée Nationale.
Cette nouvelle a été accueillie par
de grands applaudissemens .
DU DIMANCHE 10 OCTObre .
" M. Merli passe à la Présidence , sur 400
Votans , il a eu 232 suffrages ; 155 sont alles
à M. de Bonnay. Les trois Secrétaires de
remplacement sont : MM . Durand de Mail-
Lanne , Regnault de Nancy ,, et Boullé.·
A la suite cd'un nouveau Réglement en
cinq articles , encore relatif à la Vente des
Biens Nationaux , laquelle a déja produit
autant de Lois qu'il en faudroit au Couvernement
d'un Empire , M. Malouet a annoncé
que le Comité de Marine opinoit à accorder
4.958,218 liv. au Département de la Marine ,
à compte des dépenses de l'armement décrété.
L'Assemblée a confirmé cette résolution
, en ordonnant aussi au Ministre de la
Marine de lui rendre comple successivement
de l'état des armemens.
Un des Secrétaires se préparoit à lire une
nouvelle Lettre de M. de la Luzerne , lorsque
M.Fréteau s'y est opposé en disant qu'il ne s'y
opposoit pas. « Le Comité Diplomatique ,
a-t-il dit , trouve très -fâcheux cet envoi de
Lettres Ministérielles , qui donnent à l'Assemblée
une connoissance inexacte des
40
"
"
"
Kv
( 214 )
И
"
"
faits , et répandent dans le Royaume des
détails exagérés , qui passent ensuite à tous
les Cabinets de l'Europe. Ces Lettres ne
doivent point être lues , sans avoir été auparavant
renvoyées aux Comités . »
Si M. Fréteau regarde comme aussi
impolitique que dangereuse , la publicité
des notions et des projets qui concernent
la Politique , ou intéressent la sureté
extérieure de l'Etat , ceux dont
le fanatisme n'égare pas le sens commun
seront de son avis. Les Communes Angloises
se sont bien gardées d'usurper le
pouvoir pernicieux de diriger les rapports
extérieurs de l'Etat ; mais c'est
contre lui- même , contre son Comité
Diplomatique , contre l'attribution universelle
des détails de chaque Département
, que se réserve le Corps Législatif,
et contre ses Décrets , qu'argumente
M. Fréteau . Quoi ! il a voulu qu'une
Assemblée patente, de mille personnes ,
devînt le Cabinet politique de la France,
et il se plaint des lumières que cette notoriété
porte à l'Etranger. On ne sauve point
cette inconséquence par le renvoi aux Comités
; d'abord , parce qu'ils ne sont point
sous le serment du secret ; ensuite , parce
qu'ils sont bornés à dresser de rapports,
dont ils doivent compte public à l'Assemblée
.
"
M. Fréteau ne veut plus recevoir d'informations
des Ministres : il suspecte
leur véracité . Il convient donc , si sa doc(
215 )
trine est juste , de leur retirer la correspondance
de leur Département , et d'en
investir l'Assemblée Nationale : il est
trop monstrueux d'avoir deux Gouvernemens
et deux Ministères. Sous peine .
de perpétuer une effroyable confusion ,
et de plonger l'Etat dars d'inappréciables
calamités , il est nécessaire d'opter
entre le Ministère du Roi , ou celui des
Comités de l'Assemblée Nationale . Ils
ne peuvent exister concurremment , ni
exercer les mêmes fonctions.
Un des grands crimes de M. Necker,
a été cette suite d'informations chagrinantes
qui troubloient l'inquiétude des
Optimistes. On ne peut parler mainte
nant au Corps Législatif, que dans le
langage réservé aux Souverains absolus ;
il faut montrer l'Etat sur un lit de roses,
cacher les épines , taire les insurrections ,
voiler les désobéissances et les désordres.
Lorsque l'esprit de révolte mettra une
flotte dans l'inaction , le Ministre doit
annoncer l'harmonie , la tranquillité , et
se rappeler le Courtisan qui , après la
bataille de Consarbrick , comptoit à
Louis XIV plus de Régimens rentrés
à Metz , que l'Armée de M. de Créqui
n'avoit de bataillons.
M. de Montlauzier a déclaré que la remarque
de M. Fréteau dérivoit de la jalousie
des Ministres de l'Assemblée contre les Ministres
du Roi . Après nombre de propos
vagues , on a par deux fois délibéré sur la
1 K ci
( 216 ).
lecture de la Lettre ministérielle . A la troisieme
, le côté droit a demandé l'appel noninal
; pour l'éviter , les Opposans ont consenti
à écouter la Dépêche. Elle offre un
tableau de l'état de Brest , accompagné de
Pièces justificatives , et entre autres d'un
Procès-verbal des Commissaires du Roi. Ce
document pouvoit passer pour authentique ;
néanmoins on en a rejete la lecture avec
violence , et le paquet a été renvoyé dans
les Comités.
Veut- on le contraste ? le voiċi . La Municipalité
de Lyon , après avoir repou sé, il y a 15
jours , l'émission nouvelle d'Assignats , felicite
aujourd'hui l'Assemblée de la profondeur de
ses vues , dela sagesse profonde avec laquelles
elle a fixé , apres une discussion approfondie
l'opinion dela France entière , combiné tous
les rapports particuliers avec l'intérêt général,
et sauvé l'Etat par son génie tutélaire. Cette
Adresse là a été fort bien reçue , lue jusqu'au
bout , et honorée de l'impression .
Nota. M. le Marquis François de
Beauharnais , Député de Paris , nous
prie cde faire connoître qu'il n'est point
Auteur de la Motion , produite il y a
quelques semaines à l'Assemblée Nationale
, pour dépouiller les Ecclésiastiques
de l'habit de leur état. Cette résolution
fut proposée par M. Alexandre , Vicomte
de Beauharnais , dont les opi- .
nions ne sont point celles de M. Franguis
de Beauharnais .
Avant d'entrer nous mêmes dans la
( 217 )
discussion du Rapport de M. Chabrond,
nous devons une place aux réclamations
des Intéressés , et sur-tcut de ceux dont
le Rapporteur s'est efforcé de flétrir les
témoignages. Peu de dépositions étoient
aussi instructives , et annonçoient autant
de candeur , de sang -froid , de maturité ,
que celle de M. Henri de Longueve ,.
Député d'Orléans. Il étoit Secrétaire de
l'Assemblée , peu avant les affreuses journées
du mois d'Octobre , et à une époque
gù ces places étoient occupées par les
premiers talens ; depuis , il fut Membre
du Comité des Recherchés , et en tout
temps il s'est montré invariable dans les
principes sains et modérés , contre lesquels
la catastrophe de Versailles fut
en partie dirigée . Assurément , le cas
ractère d'un pareil Témoin répond d'avance
aux calomnies des Factions . M. !
Henry vient d'ajouter à cette autorité'
décisive , celle de quelques Observations
sur le Rapport de M. Chabroud ; elles
vengent la décence , la morale , la vérité ,
autant que leur Auteur.
M. Chabroud a osé se permettre d'attaquer
la véracité du témoignage de M.
Henry , en la considérant comme l'effet
d'un concert entre les Témoins.
་་
Si j'avois à discuter ici ma déposition ,
et à justifier mes inquiétudes , dit M.
Lienry , je demanderois s'il a été si extraordinaire
de croire à des complots , et de redouter
des violences , quand l'Assemblée
3
1
( 218 )
Nationale avoit eu à déliberer , dès les premiers
jours de Septembre , sur l'insurrection
de ces hommes coupables , qu'un chef plus
vil et plus coupable encore avoit voulu conduire
à Versailles , porteurs d'une liste de
proscription , et précédés par des menaces?
quand plus d'un mois avant le 5 Octobre ,
tous ceux que le besoin ou leur curiosité con.
duisoient à Versailles , voyoient des Corpsde
garde établis , et des canons placés en
divers points de la route ? Je demanderois
s'il a été si extraordinaire de concevoir , le 5
Octobre , des pressentimens funestes , eu
voyant dénoncer avec véhémence les Gardesdu-
Corps , comme complices des plus noirs
desseins et comme en butte à toutes les
fureurs du Peuple ; quand on remarque que
peu d'heures après cette annonce eff ayante ,
le Peuple avoit deja investi et violé le Palais
de ses Rois , et le lieu des Séances de l'Assemblée?
quand on observe que M. Chabroud
lui- même s'est efforcé de voir , dans le mécontentement
du Peuple , la cause unique
et naturelle de son insurrection contre Versailles
et de toutes les horreurs qui l'ont suivie
? "
De trois citations qu'a fait le Rapporteur
de la déposition de M. Henry , en l'empoisonnant
, la première est fausse ; elle attribue
à M. Henry ce qu'a déposé M. Tailhardat ;
la seconde est fausse encore ; elle attribue
à M. Henry ce qu'a rapporté M. de Virieu ;
la troisième attribue avec des interprétations
malignes la découverte des plaques aux armes
d'Orléans, à MM. Henry , Turin et Thailhardat,
Membres de l'aucien Comité des
Recherches , tandis que c'est le Comité
( 219 )
même de la Ville qui a présenté les plaques
à celui de l'Assemblée , comme indications
essentielles au procès . Le seulrapprochement
du Rapport et des dépositions constate ces
trois énormes inexactitudes , sur lesquelles
néanmoins M. Chabroud éleve un systême
d'imputations contre le Témoin.
Ayant ensuitefait remarquer l'apropos
avec lequel M. Chabroud repousse les
témoignages lorsqu'ils paroissent se
contredire , et les inculpe de concert,
lorsqu'ils sont concordans , M. Henry
examine la déclamation populaire , par
laquelle le Rapporteur a terminé ses
étranges raisonnemens ,
40
་་
Ne vous est- il pas démontré , dit M.
" Chabroud , que la Constitution est le but
de tous les traits qu'on aiguise en secret ?
les fureurs qui veulent la renverser ne sontelles
pas exercées d'abord contre l'Assemblée
Nationale dont elle est l'ouvrage ? "
. :Vous n'avez pas oublié là remarque de
M. de Virieu et de M. Henry , que le 5 Oc
tobre ily avoit de la roideur dans certaines
opinions , etc. »
64
M
" C'est ici que la prévention , j'ai presque.
dit la noirceur , se montre dans tout son
jour : j'ai peine à contenir mon indignation ;
et quand M. Chabroud viole envers moi toute
justice , il me dispense envers lui de toute
mesure. " .
4
7
J'oserai demander à cet adversaire imprudent
, qui s'érige en scrutateur de mes
pensées , quand il n'est que le dépositaire
de nes récits , quel est son titre pour calombier
mes intentions en donnant pour unique
preuve des desseins qu'il m'attribue ,
( 220 )
l'accusation même qu'il m'intente ? J'oseráï
ui demander compte de cette autorité ar-
Hitraire avec laquelle il proponce sur le mérite
des dépositions , pour rejeter les unes
parce qu'elles se contre disent , et les autres
parce qu'elles se ressemblent ? ' avec laquelle
il se permet de restreindre le sens des plus
graves pour les affoiblir , et d'étendre celui
des plus foibles , afin de les trouver répréhensibles.
El quoi ! parce qu'appelé en témoignage
, celui que j'ai donne aura quelques
rapports avec d'autres , je ne serai plus
qu'un agent subalterne , allant consigner
fidelement dans une procédure les impressions
qu'on m'a suggérées ? Quoi , parce que
témoin des attentats horribles qui ont menacé
desjours que je voudrois prolonger aux
dépens de tous les miens , j'aurai obtenu sur
moi -même assez d'empire pour énoncer froidement
ce que j'ai si vivement , si douloureusement
senti , je serai présenté comme un
conspirateur adroit qui , sous l'apparence du
calme , ai voulu ponter un coup mortel à la
Constitution !
Eh qu'a de commun le Constitution
avec les crimes du 6 Octobre et les trames
qui les ont enfantes ? Que celui qui m'accuse
dise dans quels complots il m'a trouvé
compromis ; qu'il dise à quelle intrigue il
trouve mon nom attaché ; qu'il dise en quel
instant il a cessé de me voir a atant d'egards
pour l'opinion d'autrui que de bonne foi et
de conséquence dans la mienne !
"
Mes principes , je les ai hautement affi-;
chés ; mon opinion , je l'ai toujours énoncée
sans passion comme sans crainte , au sein
de l'Assemblée souvent au milieu d'un
Peuple excité , sans m'effrayer de ses mena(
221 )
ces; quelquefois en bravant ces listes sanguinaires
rédigées jusques sous nos yeux ,
et destinées à faire circuler dans les Previnces
la proscription et la vengeance . "
"
C
Invinciblement attaché au gouvernement
monarchique , parce qu'il est
le seul qui convienne à la France , plaçant
Ja liberté dans un juste équilibre des pouvoirs
, j'avois pensé que le plus redoutable
écueil pour l'Assemblee Nationale , c'étoit
l'excès même de sa force , et que ce qu'elle
avoit a craindre le plus , c'etoit de voir un
seul insant toutes les autorités confondues
dans ses mains. »
"
J'avois pensé qu'une Assemblée permanente
ne devoit pas calculer comme ces Ministres
amovibles , qui ne se flattoient de
réussir à rien , qu'en brusquant l'exécu
tion de tout. J'avois pensé que toute rigueur
inutile devenoit par cela même dangereuse ;
que le grand art de la régénération ne consiste
pas à grossir , sans motif, le nombre des
mécontens , mais à épargner aux victimes
nécessaires du bien public toute occasion légitime
de plainte.
2
"
" Voilà ce que j'ai pensé , ce que je pense
encore ce que l'Assemblée toute entière a
dû penser comme moi . J'ai droit du moins
à cette justice , qu'avec des principes comme
les miens , je n'ai pas eu besoin de recourir
pour les défendre à de vils et obscurs
moyens.
"
2
Certes , le mouvement d'un grand Peu
ple que l'élan du patriotisme arme justément
pour la liberté , est le plus imposant des
spectacles ; mais il cesseroit de m'intéresser ,
si je n'y voyois que le fruit de la séduction
et le resultat, d'une intrigue. Une fausse po(
222 )
litique pourroit applaudir au succès ; la vérité
le jugeroit d'après les règles éternelles
et inumables de la justice : et si l'impulsion
donnée avoit entraîné loin de toute mesure ,
si elle avoit ebranle jusqu'aux fondemens de
la vraie liberté , jusqu'aux premiers principes
de la morale , le Peuple trompé ne cesseroit
pas , sans doute , d'être excusable ; mais les
pervers qui l'auroient égaré , auroient appelé
sur leurs êtes coupables toutes les vengeances
du ciel et toute l'exécration des
hommes. »
"
Je manifeste hautement cette opinion ;
je l'ai constamment partagée avec ce petit
nombre de mes Collègues dont l'intimité
a été relevée par M. Chabroud avec
une attention si prononcée. Aux souvenirs
déchirans que retrace la procédure sur
les faits du 6 Octobre il se mêle pour
moi quelque douceur , quand je lui dois
d'avoir annoncé qu'un homme modeste , par
caractère , qu'un homme qui s'est si constamment
renfermé dans l'obscurité qui lui
convient , a eu pour amis les premiers amis
de la liberté ; que c'est pour avoir marché
sur leurs pas vers elle ,, que c'est pour l'avoir
vue où ils la voyoient , qu'on l'a , comme
eux , accusé de l'avoir trahie . »
M. Malouet , également compromis
dans le Rapport , a adressé la Lettre suivanteau
Président de l'Assemblée Nationale
.
"
* MONSIEUR "
N'ayant pu m'expliquer à la Tribune
sur le rapport et la paraphrase de ma déposition
dans l'affaire du 6 Octobre , pemettez-
moi d'adresser mes observations par
( 223 )
rofre organe aà l'Assemblée
Nationale
. S'il
ne s'agissoit ici que de l'opinion
personnelle
de M. le Rapporteur
, elle me seroit indifférente
; mais , lorsqu'il se permet de présenter
d'une maniere défavorable
l'intention
même
de ma déposition
, je ne dois pas lui abandonner
sans réclamation
cette partie de ses
succès. "
"
Ce que j'ai dit de mes pressentimens dans
le mois de Septembre 1789 , sur ce qui devoit
arriver le mois suivant , a indisposé M.
Chabroud, il n'y voit qu'une suite d'opinions
contraires à la Révolution ; mais en exposant
les motifs de ces pressentimens , en citant
les personnes qui avoient reçu comme moi ,
l'avis d'un projet d'enlever le Roi et l'Assemblée
Nationale , il me semble que l'attention
du Rapporteur devoit se fixe
plus tôt sur les faits que je rapporte , que
sur l'impression que j'en avois reçue. En rejetant
tous les oui - dire qui ont suivi l'événement
, en ne m'arrêtant qu'à ceux qui l'ont
annoncé , j'avois le droit de croire à l'existence
d'un complot antérieur , et celui du
Rapporteur se bornoit à examiner si cette
conviction étoit fondée , mais non à trouver
mauvais qu'elle m'eût douloureusement affecté.
14
D
En parlant des lettres anonymes , des
proscriptions qui s'adressoient à moi et à
plusieurs de mes Collègues , les plus attachés
aux principes constitutifs de la Monarchie , je,
n'ai pas prétendu , comme l'insinue M. Chahroud
, que nous fussions les seuls à les défendre
; mais j'ai voulu dire , parce que cela
m'est démontré , qu'avant le 6 Octobre il
y avoit un plan de violence contre toute
espèce de contradiction des opinions qu'on
( 224 )
vouloit faire prévalo'r avant meine ” qu'on
pût savoir si elle acquéreroient le caractère
légal de la volonté générale ) .
Si cette maniere de voir paroît antipatriotique
et contraire à la Révolution , je
veux , Mousieur le President , déposer entre
vos mains , ma profession de foi sur le pa
triotisme et sur la Révolution. Je ne suis ,
je ne veux être patriote que comme ceux qui
servent de tout leur pouvoir leurs concitoyens
, qui chérissent les bons , qui ne se
permettent contre aucun y nf injustice ni
violence. Ainsi la bienveillance , la loyauté
et les vertus les plus attachantes me présentent
seules l'image du patriotisme - tel
est celui auquel je rends un culte fidèle et
dont l'alliance est'impossible avec aucune
espèce de crime et de méchanceté.
Quant à la Révolution , j'ai desité vives
ment celle qui devoit s'opérer par l'exercice
des droits et des pouvoirs de la Nation ,
confiés à ses Représentans . J'ai vu , je Pespérois
au moins , cette Révolution consommée
par la seule puissance de Popinion pu
blique , par l'adhésion du Roi , par un concours
inoui de eirconstances favorables je
respecte enfin la Révolution qu'on peut lire
dans nos Decrets ; mais celle . qui emploie
les libelies , les incendiaires , les assassinats ,
les émeutes et les fureurs populaires , m'afflige
et m' poavante ; je m'indigne contre
ses Panégyristes , et j'en attends impatiens
ment la fin. iema 5)
S'il est possible qu'il y ait des homines
qui n'accordent point leur estimea de tels
sentimens , je ne veux point de leur estime . "
J'espère , Monsieur le Président , que
cette explication simple , suffira pour restituer
à ma déposition , sa véritable intention . "
( 225 )
La Société dont M. Henri deLongueve
partageoit lesprincipes , étoit composée
habituellement de MM . l'Evêque de
Langres , Mounier , de Virieu , de
Lally , Bergasse , Redon , Malouet
Henri de Longueve , de Marnezia , de
Guilheriny , due Fraisse du Chey
Feydel , Madier , Durget , la Chèze et
quelques autres . Ces Députés n'avoient
jamais eu besoin de savantes distinctions.
entre la morale publique et la morale ·
particulière. Irréprochables sous tous les
rapports , la pureté de leur conduite
privée étoit le garant de leur intégrité
politique . La liberté , non pas celle quib
faut aux scélérats , mais la liberté des
gens de bien , n'eut jamais de disciples
plus sineères . Trop éclairés et Citoyens
trop purs pour soupçonner même qu'on
pûtinstituer un Gouvernement libre par
des crimes et par de vaines théories dans
traires à toute philosophie , à touteexpé
rience , ils n'imaginerent point de fonder
une Constitution , balancée entre lepou
voir d'un Monarque absolu et le délire
de l'autorité populaire , sur des catas
trophes et des révolutions continuelles.:
Cest de tels sentimens que d'imbécilles
instrumens de quelques Factieux , ontosél
présenter à la Nation comme un sys+9
tême d'Aristocratie. Voilà les hommes)
contre lesquels ils invoquoient la fu
reur du Peuple , et qu'ils dui peignent
comme des Aristocrates , des Ennemis
de la Révolution , des Amis de l'ancien
( 226 )
régime. Ce délire de la calomnie et de
la déraison , a déja passé son plus haut
période ; l'opinion qui l'a soutenu pourrira
d'elle-même sur les débris des Factions
et des . réputations du jour..
· L'affaire du Chevalier Bonne Savardin
ayant été rapportée au Châtelet ,
ce Tribunal a décrété de prise-de - corps
cet Accusé, ainsi que M. de Maillebois.
Même décret contre les deux quidams
prévenus d'avoir favorisé l'évasion de M.
de Bonne. M. Gentil , Capitaine de Dragons
, accusé du même délit , le Concierge
de l'Abbaye et sa femme sont décrétés
d'ajournement personnel . M. l'Abbé
de Barmond est décrété d'assigné
pour être out , et la Garde formidable .
qui s'est emparée de sa maison et de sa
chambre , a ordre de se retirer. Ce Député
parut Samedi à l'Assemblée aux
applaudissemens unanimes du côté droit
et d'une partie des Tribunes. Le Châ
telet n'a rien statué sur MM. de Saint-
Priest et Eggs.
Cette réserve exprime t -elle le dessein
d'une ultérieure information? Sans doute,
can autrement le Châtelet eût déchargé
d'accusation et le Ministre et M. Eggs,
Il est difficile de comprendre le but d'une
enquête ultérieure contre ce dernier.
Quant à M. de Saint- Priest , le Comité
des Recherches ne le lâchera sans doutequ'à
la dernière extrémité , et il est pos
sible qu'il attende. le secours de quelques
délateurs. La noblesse de ce mé
( 227 )
ier , si honoré par Sylla , par Tibère
Séjan , Louis XI , le long Parlement
d'Angleterre , et notre Comité des Recherches
n'a jamais eu un aussi grand
éclat que celui qu'il vient de recevoirs
d'un dernier Factum de M. Garran de
Coulon contre M. de Saint- Priest. (Car
M. Garran , Accusateur , Dénonciateur ,
Magistrat de la Cour des Recherches ,
plaide contre ceux qu'il accuse . Telle
est la Jurisprudence Républicaine que
nous avons gagnée , et qui n'est pas la
Jurisprudence Angloise , selon la naïve
observation d'une Apologiste des Inquisitions).
Dans ce beau Plaidoyer de M.
Garran , le principal rôle est joué par
un Napolitain , qui , de Sectétaire de
l'Ambassadeur du Roi de Naples , est
devenu Citoyen actif d'un District , par
pur zèle pour la Liberté. Depuis son
abdication , iqui fera oublier celle de
Diocletien , le Napolitain National ș. -
muse à rendre compte au Conté des
Recherches des conversations qu'il dit
avoir entendues chez l'Ambassadeur dont
il tiroit les gages. Dans le cercle où il
assure qu'il étoit admis it fait parler
M. et Mde. de Saint- Priest et autres
personnes ces interlocuteurs s'expri
ment en termes choisis , comme par la
main d'un Investigateur de conspira
tions . Il faut croire , pour l'honneur du
Délateur , qu'il s'est contenté d'écouter !
aux portes: Nous reviendrons sur cet
espionnage civique dans la maison d'u
A
J
( 228 )
1
Ambassadeur : rien n'est plus propre à
former les moeurs d'une Nation , bi mieux
dirigé au principe de la Démocratie ,
que ce radoteur de Montesquieu plaçoit
dans la VERTU .
$ *
*
Le District de Versailles a placé au
nombre deses Juges , MM. Robespierre
Artésien , etfameux par satendresse pour
les Citoyens qui brûlent les Châteaux ;
M. Bouche , l'oracle de la Provence , et:
M. Biauzat , ci- devant Auvergnat. Ce
choix estsi rassurant que , depuisquelques :
jours , S. M. a fait démeublerbentièrement
le Château de Versailles , et enle
ver même les glaces . Ainsi , les Habitans
de cette Ville , que Louis XV tira des
carrières , et qui y rentrera , vont expier
les projets de quelques Factieux subalternes
, aux ordres de quelques Factieux
plus importans . On peut juger delayprudence
de la Cour à se banpir, de ce do
micile par la demande que, frilly a
15 jours à la Municipalité de Versailles
un des hommes qui a le plus contribué !
à en rendre le séjour odieux à la Famille
Royale . Cet homme proposa fièrement
au Maire de faire ériger suni la Blace
darmes un Monument , commémoratif
des belles journées des 15 et 6 Octobre
On présume l'horreur avec laquelle cette
Pétition fut recue . Déjalonnarinoncer
que le Tribunal de Versailles va être )
nanti des Crimes de Lèze- Nation , et du
jugement des forfaits du mois d'Octobre:
1789.noelcm si enne supicis sa zołgaɔ
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
E
ALLEMAGNE.
De Berlin , le 5 Octobre.
Ce fut le 24 du mois dernier que le Roi ,
le Prince Héréditaire et le Ministre d'Etat
Comte de Hertzberg revinrent de
Breslau en cette capitale. Le Prince de
Reuss , Ministre du Roi de Hongrie , le
Comte Oginski , les Généraux de Ditt
maret de Motter , et l'Artillerie des deux
premiers Corps d'armée , ont suivi S. M.
quelques jours après. Le 27 , les Régimens
d'Infanterie qui sont ici , et deux
batailions d'Infanterie légère exécutèrent
les grandes manoeuvres devant la porte
de Halle , en présence de la Cour et d'un
grand nombre d'Etrangers. Le Général
de Mollendorf, qui avoit assisté à ces
exercices , partit deux jours après ( le 29)
pour aller prendre le commandement de
N°. 43. 23 Octobre 1790.
L
( 230 )
l'armée d'observation rassemblée dans la
Prusse. Elle est divisée en deux Corps ,
qui formeront ensemble 85,000 hommes.
Les seules garnisons de Berlin et de
Potzdam ont été remises sur le pied de
paix . On s'attend à voir au premier
jour le Général de Henckel , dont le
Corps est posté entre Gumbinnen et Memel
, s'avancer en Courlande : il sera
remplacé dans sa position par le Corps
du Général d'Usedom . On a fait déclarer
dans les Gazettes , à l'Impératrice de
Russie, que vu sa colère contre la Prusse
et l'Angleterre , elle alloit les démasquer ,
les attaquer , et nous punir d'avoir dérangé
ses plans d'envahissement . Il faudra
bien que cette colère se radoucisse ,
comme s'est radoucie la colère contre la
Pologne et le Roi de Suède . On ne nous
intimide pas aussi facilement que des
Khans de Tartares. Il est donc à croire
qu'on négociera au lieu de se battre.
Les intrigues sont en pleine activité ,
et probablement elles dispenseront les
Parties de recourir aux armes. Si la Russie
persiste à écraser la Porte Ottomane
par un Traité de paix , nous défendrons
la Porte , dont les intérêts sont liés à
ceux du Nord et de l'Allemagne , et
qu'il nous importe de maintenir dans
celles de ses possessions Européennes
qui nous avoisinent . Cette politique n'est
、pas bien compliquée , et notre Cabinet
est fermement résolu à s'y tenir. Quant
( 231 )
à la Confédération du Nord, dont nous
menacent quelques Gazettes Françoises,
qui honorent six fois par semaine notre
Cabinet de leurs invectives , elle n'a jamais
existé que dans ces bavarderies politiques,
Nous pouvons affirmer qu'il n'y
eut jamais de chimère plus absurde , plus
dépourvue de tout fondement.
M. de Dietz , notre Envoyé à Constantinople
, ayant été remplacé par M. de
Knobelsdorf, est de retour ici . C'est un
Negociateur fin et expérimenté : nul
Ministre Etranger ne connoît mieux les
intérêts et la politique de la Porte.
M. Ewart , Envoyé Britannique , a
pris congé du Roi la semaine dernière ,
et se rend en Angleterre , laissant ici un
jeune Chargé d'affaires , nommé M. Jackson.
Ce départ , dans les conjonctures actuelles
, a excité un juste étonnement.
M. Ewart , le Négociateur le plus actif
et le plus délié , qui a épousé une parente
de M. de Hertzberg , qui a puissamment
influé sur le concert , et sur l'intimité
des relations nouvelles entre la
Prusse et l'Angleterre , ne peut avoir
quittéBerlin , en ce moment , sans un but
politique sérieux , ou sans des motifs extraordinaires
, dont on conjecture peutêtre
trop légèrement la nature .
L'Académie des Sciences a tenu , le
30 Septembre, une Séance publique à
l'occasion de l'anniversaire du Roi. M.
le Comte de Hertzberg a lu un dis
zü
232 )
V
cours sur les événemens politiques de
cette année on y a remarqué prin
cipalement un parallèle entre l'état
de tranquillité qui règne dans les Etats
du Roi , et les révolutions dont sont agités
plusieurs autres Etats de l'Europe .
M. de Hertzberg a terminé ce discours
par quelques réflexions justes et sévères
sur la harangue prononcée à l'Assemblée
Nationale de France , par un soi-disant
Député Prussien ( J. B. Cloots ).
De Vienne le 5 Octobre
, ”
1. Au défaut de nouvelles importantes ,
il faut se borner à démentir les fausses
nouvelles. Les Gazettes avoient rompu
notre Armistice avec la Porte , dissous
le Congrès de Bucharest , dispersé les
Plénipotentiaires . Tout cela est controuvé.
Les dernières dépêches de la
Valachie , apportées au Gouvernement ,
et envoyées au Roi à Francfort , nous
apprennent que la Porte Ottomane a
confirmé l'Armistice provisoire qu'avoit
admis le Grand-Visir : cette confirmation
a été publiée au camp de Bucharest
, le 16 Septembre. Depuis cétte
époque , les Troupes commencent à
retourner dans leurs quartiers de cantonnement
; une partie marche en Transylvanie.
Le quartier- général du Grand-
Visir est à Rudschuk , d'où ce Ministre a
envoyé à Bucharest deux Députés char-
--
( 233 )
gés de pleins pouvoirs pour la négocia
tion de la paix.
Le Colonel Prussien de Goërz est arrivé
ici de Berlin ; il se rend de nouveau
à Rudschuk , et de là à Constantinople.
Hier , il a été suivi de M. de Lucchesini,
Ministre, Prussien , qui après demain se
rendra à Bucharest , où vont aussi à la
fin de la semaine les Ministres d'Angleterre
et de Hollande..
Le Congrès National Illyrien tint le 31
Août sa première Séance à Temeswar. Dans
la seconde Séance du 1er Septembre , il , fut
arrêté de prendre pour base de la rédaction
des doléances et voeux de la Nation , les
Diplomes donnés par le Roi Léopold I le 6
Avril 1691 Dan's la Séance du 6 , on a arrêté,
sur les representations des Députés de l'Etat
Civil et Militaire , de supprimer l'incorporation
du Bannat à la Hongrie. Sur le chainp
un Courier fut dépêché ici pour porter cet
Arrêté à S. M.
Le Prince Nicolas- Esterhazy de Galantha
, Chambellan et Conseiller privé
de S. M. , Chevalier de la Toison d'Or ,
et Feld-Maréchal des Armées du Roi ,
est mort , le 28 Septembre , dans sa
76°. année .
DeFrancfort sur le Mein , le 10 Octobre.
D'Election , l'entrée et le Couronnement
de l'Empereur ont occupé tous les
yeux et tous les esprits depuis 12 jours.
Nous laissons aux Gazettes le soin de
Liij
( 234 )
transerire les minuties , en nous bornant
aux particularités générales .
Ainsi que nous le dîmes la semaine
dernière , ce fut le Duc Charles de
Mecklenbourg, accompagné du Colonel
Comte de Ponte de Léon , du Directeur
des Portes et de trente Postillons
, qui porta au nouvel Empereur à
Aschaffenbourg , la nouvelle de son Election
. Arrivé à midi , il se rendit au château
, et remit à Léopold II le Diplome
de son élévation à la Dignité Impériale ,
en présence des trois Electeurs Ecclésiastiques
, des Archiducs , de l'Archiduchesse
Christine
et du Duc de Saxe-
Teschen. S. Maj . répondit qu'Elle s'empresseroit
de mériter la confiance des
Electeurs et de l'Empire . Le Duc Charles
recut de la main de l'Empereur une épée
d'or garnie de brillans . Le Comte de
Pappenheim , Maréchal Héréditaire de
l'Empire , qui s'étoit aussi rendu auprès
de S. M. , fut gratifié d'une bague de
brillans.
Dans l'après- midi du 4 , le nouvel Empereur
a fait ici , son entrée solemnelle ;
à une lieue de la Ville , il fut recu sous
une grande tente par les trois Electeurs
Ecclésiastiques , par les principaux Am
bassadeurs Electoraux , et par le Corps
de notre Magistrature qui lui remit les
Clefs de la Ville. A son entrée , toutes
les cloches sonnèrent ; on tira sur les
remparts 300 pièces de canon . Un peuple
( 235 ) 114
immense couvroit le passage , et fit retentir
les airs des cris redoubles ; Vive
P'Empereur Léopold et son Auguste
Famille ! S. M. se rendit d'abord au Chapitre
de St. Barthelemi , où Elle jurà la
Capitulation d'élection , et ensuite au
Palais Impérial . - L'Impératrice -Reine ,
le Roi et la Reine de Naples , les Archiducs
et les Archiduchesses étoient arri
vées deux jours auparavant .
Le lendemain 5 , une Députation de
notre Sénat se rendit auprès de l'Empereur
, et lui remit le présent d'usage' ,
consistant en une cuvette d'argent doré ,
deux flambeaux d'argent , cent doubles
ducats et mille simples frappés à l'occasion
du Couronnement. Une sem
blable députation fut introduite le lendemain
chez l'Impératrice , à laquelle
elle remit le même présent .
Rien de plus magnifique , de plus solennel
que le cortège de cette entrée.
82 voitures à six chevaux , et 22, à quatre;
1493 personnes suivant à cheval, 1339 à
pied : les chemins , les rues , les croisées
ne laissoient aucune place vide . Par tout
l'Empereur fut accueilli par des accla
mations universelles .
Le 72 on annonça au son des trompettes
et des timbales que le Couronnement se
fe.oit le Samedi 9. Hier done à 8 heures
du matin , l'Empereur se rendit au Ramer,
d'où les Ambassadeurs des Electeurs Laïques
le conduisirent à l'Eglise Saint Barthelemi ,
Liv
( 236 )
au bruit d'une triple décharge d'Artillerie :
les trois Electeurs Ecclésiastiques s'y étoient
déja rendus en grand cortége . La marche du
Ramer à l'Eglise se fit au bruit des cloches,
des trompettes et de la musique. Le Prévôt
de l'Empire ouvroit ceste auguste Procession
; les Officiers de l'Empire et des Electeurs
précédoient l'Empereur , qui , à son
entrée dans l'Eglise , fut reçu par les Electeurs
Ecclésiastiques . L'Archevêque de
Mayence , après la prière , fit prêter serment
à l'Empereur et le sacra. Le Prince reparut
ensuite couvert des vêtemens Impériaux , et
reçut la Couronne devant l'Autel . Après la
cérémonie , tout le cortege sevint au Ramer,
sous un couvert, tendu de drap : le festin
Impérial termina la soirée , dans laquelle
P'Empereur , reconduit au Palais en grand
cortége , reçut et rendit les visites des Electeurs.
Aucune Election Impériale n'a offert
moins de difficultés . Il a régné la plus
grande harmonie dans le Collège Impérial
, et les articles de la Capitulation
ont été dressés presque sans discussion .
L'on assure que l'un de ces articles recommande
à l'Empereur , en général ,
le maintien et la défense du Traité de
Westphalie , sans faire une mention
particulière des Droits des Princes pro
priétaires en Alsace et Lorraine. Cette
réserve a résulté d'une considération
toute-puissante , quoique personnelle ,
t qui a frappé le College Electoral .
C'est par un recez séparé qui sera porté
la première dictature de la Diète de
( 137 )
Ratisbonne , que ce Collége a arrêté les
résolutions à prendre , relativement aux
réclamations des Princes Allemands 9
qu se trouvoient
leses
par
les Décrets
de l'Assemblée
Nationale
de France
.
Le
concours
d'Etrangers
a été
immense
; il s'y est trouvé
plusieurs
Francois
d'une
très
haute
naissance
. Le jeure
Prince
de Craon
, ayant
assisté
à la cérémonie
du Couronnement
, dans
son
uniforme
des
Gardes
- du Corps
du Roi
de France
, il a été comble
d'applaudissemens
. Notre
Nation
loyale
et valeu-
,
reuse
, a voulu
rendre
cet hommage
à
un Corps
distingué
par
des
infortunes
:
sil glorieuses
, par
son héroïsme
de fidé
lité
par
des
calomnies
même
de ses
Assassins
no taure
23
F
A "Conditions que les Sections de
Liège prescrivoient au Corps Germaniqueale
College Electoral a opposé une
Capitulation en 15 articles , que voici
44 :Les Insurgens doivent faire une soumission
nue et simple , sans réservé et conditions
' icelle a communiquer tant aux six
Cours Electorales de Mayence ;"Trèves , Cologne
, Munich ,' Brandebourg et Hanover y
qu'à son Altesse le Prince de Liège et à la
Chambre Impériale de Wetzlar.
16
II. Le Prince de Liège enverra à l'Electeur
de Mayence une déclaration d'accorder
Amnistie à tous les Insurgens sans exception.
10
HI. Le Roi de Prusse la leur fern connoître
confidentiellement . ' »
Lo
(( 238 )
་
IV. Lorsque les Gours Electorales seront
intimées de la soumission des Insurgens
elles feront surseoir à l'Exécution , en requérant
le Prince , pour qu'il accorde grace et
Amnistie aux Insurgens ; et feront supplier
la même chose vis - à - vis de l'Empire . » ¸ ”D
V. Le Prince fera publier une Ambistie .
- VI. Les Cours de Brandebourg , Cologne
et Munich enverront à Liège chacune un
Député , pour voir si la soumission est faite et
pour faire désarmer. "
"
"
VII. Les Gardes et Troupes du Prince
seront rétablies . "
VIII. Le fout sera tétabli dans l'Eta?!
où il étoit le 18 Août 1789 .
"" }
IX. Cela fait , le Prince será invité à
retourner dans ses Etats. De eo ma
" X. Alors il sera question de voir si la
Magistrature rétablie será continuée , ou si
l'on doit procéder à la formation d'une nou
velle , ou s'il y aura une nomination.interimistique,
"
« XI. Les Insurgens proposeront leurs
griefs et on examinera quels changemens il
y aura à faire, zabit £ 34 Fynoisslutics
H XII. Les frais de l'exécution et ceux à
faire seront à charge du Pays. " .6
XIII. Pour éviter tous ressentimens per-,
sonnels, il y aura de nouveaux Commissaires.
La Prusse nomme le Baron de Stein , l'Electeur
de Cologne , M. de Kramer , l'Electeur ,
Palatin , M. de Knap. "
XIV. Le Prince de Liège nommera aussi
un nouveau Ministre , et on lui dit , que le
Comte de Mean , son Neveu , est agréable
à tout le monde .
H
XV. Le Prince sera prié de émissionner
ses dommage ou un partie d'iceux. «
( 239 )
i
་་
Selon co Plan , les Troupes d'exécution
partiront du Pays de Liege , sauf qu'il y
aura 400 hommes de la part de l'Electeur de
Cologne , autant de l'Electeur Palatin , et
autant de celui de Brandebourg, qui rester
ront au Pays , pour veiller au rétablissement
du bon ordre.
D
⚫ Ces Résolutions forment un tel con
traste avec les prétentions de Liège , et
l'assurance tranchante de ses volontés ),
qu'il est difficile de comprendre , ou la
confiance des Habitans de cette Ville
dans le plus léger espoir de faire adopter
le voeu de leurs Districts , ou celle de
l'Empire qui leur impose de pareilles
Lois. Lorsque la nouvelle en est arrivée
à Liège , les Sections , assemblées le 4 ,
ont délibéré de préférer la mort à l'esclavage
, d'être libres ou mourir , de
verser jusqu'à la dernière goule de
leur sang , plutôt que de courber ia
tête sous le plus dur despotisme , en
acceptant ces Préliminaires. On les
hautement rejetés , et les Députés, de
la Ville à Francfort , y ont été reporter
la résolution de leurs Commettans . Qui
fléchira de l'Empire ou d'eux ? Nous
osons croire que c'est un probleme! Il
paroît que le Roi de Prusse s'est entiè
rement refroidi sur le sort de ces Insurgens
, dont la cause mériteroit plus din -
térêt , si elle n'avoit été fondée sur les
violences du mois d'Acut'1789. Employer
la force pour obtenir des de-
L vj
( 240 )
mandes même justes, c'est donner à ncs
Adversaires le droit de nous écraser lé
gitimement s'ils deviennent les plus forts.
Après tant d'actes de Souveraineté , à
la suite d'un style si impérieux et si outrageant
, les Chefs de l'Insurrection de
Liège doivent en effet être humiliés des
conditions qu'on leur propose. S'il n'y a
pas de milieu à commander en maîtres ,
ou à se courber sous le plus dur des
potisme , le Rescrit du Collège Electoral
est en effet très- despotique. Cependant ,
il ne prononcesur les prétentions d'aucun
Parti , et se borne à les soumettre à un
arbitrage plus équitable que celui des
bayonnettes , des confiscations , des ban
nissemens , des délibérations prises les
armes à la main...
55 , vane w
J.
ن د
GRANDE-BRETAGNE.
De Londres , le 13 Octobre.
Les raisonnemens sur la guerre ou la
paix touchent à leur terme : dans trèspéu
de jours , ce problème terrible ne
sera plus douteux . Le Public appréciera
alors la justesse des informations des
Prétendus Politiques , qui , sur la foi de
quelques Gens à argent et des spécula
jonsde Csfés, traitoient si lestement cette
querelle , que l'anarchie de la France et
Ja lenteur de ses résolutions politiques ,
iv I
+
( 241 )
ont rendu maintenant presque inconci
liable .
Le retour du Courrier de Cabinet ,
expédié à Madrid il y a 15 jours , décidera
ou non la rupture ; mais il seroit
possible qu'elle le prévînt. Nous l'avons
annoncé invariablement : la paix dépend
de l'accession de la Cour de Madrid aux
conditions que notre Gouvernement lui
dicte; or, comme elle est préparée à la
guerre, comme des intérêts puissans lui
commandent un refus , comme elle a pa
conserver l'espoir d'être secourue par la
France , on ne désarmera pas facilement ;
suivant les apparences , sa résolution est
de combattre plutôt que de se résigner,
D'après cette opinion , devenue enfin
générale , et les dispositions menaçantes
qui la confirment ici de toutes parts .
le cri de guerre est maintenant universel
; les 3 pour cent consolidés ont baissé
d'un pour cent par jour depuis Vendredi
ils étoient hier à 73. Un Courrier arrivé
de Paris la semaine dernière , paroît avoir
entraîné le Ministère à des mesures décisives.
Samedi matin , à l'issue du Conseil
, un Exprès partit pour Madrid; dans
les cercles les plus qualifics , on assure
qu'il porte à M. Fitz Herbert ses Lettres
de rappel . Deux autres Courriers ont
été expédiés le même soir , l'un à la Haye
et l'autre à Berlin. Dans le jour , Myr
lordHowe quitta Londres pour se rendre
à Portsmouth , où il est arrivé le 8. Le
*
( 242 )
lendemain , il a arboré son Pavillon sur
la Queen Charlotte de 110 canons , à
Spithéad. L'Amiral Barington avoit antérieurement
recu Fordre de mettre la
Flotte en état de lever l'ancre , aussitôt
que possible . Cet événement est peu
éloigné ; on l'annonce pour la fin de la
semaine . On redouble d'activité pour
l'équipement de la Britannia de 100
canons , du Warrior , du Berwick , de
'Hector de 74 canons , et du Ruby de
64. Le Leviathan , de 74 canons , sera
lancé cette semaine à Chatham , où l'on
presse l'équipement du Zealous , du
Terrible , du Vénérable et du Thunderer,
vaisseaux neufs de 74 canons . Sui
vant la dernière liste de l'Amirauté , nous
avons 71 vaisseaux de ligné en commission
, et 31 en bon état qu'on prépare
actuellement, Nous pouvons certifier
qu'il s'en trouve dans cette nomencla
ture 43 construits depuis la dernière
guerre.
ๆ
L'Escadre qui va mettre à la voile
pour les Indes Occidentales est de sept
vaisseaux de ligne et plusieurs frégates.
Elle prendra sous son escorté les transports
et les bâtimens armés en flûtes qui
porteront des Troupes à la Barbade.
Trois Régimens partiront de Cork , et
fon embarque un Bataillon de chacun des
troís Régimens des Gardes. Le Corps
entier sera de 6000 hommes ; on en dit
lel commandement destiné au Général
( 243 )
Campbell. Les Gardes seront aux ordres
du Général Garth :le 11 , à la parade , on
leur signifia l'ordre de leur départ. On a
tiré de la Tour , des armes envoyées à
Portsmouth , et qui seront embarquées
sur les transports.
Ces dispositions font présumer qu'on
tentera de bonne heure une expédition
sur les Colonies Espagnoles; mais il faut
laisser dans les Gazettes la nouvelle d'un
plan contre le Mexique , donné par un
Créole , dont le Gouvernement veut exécuter
les idées . Toutes les guerres reproduisent
de ces faiseurs . Un des plus dangereux
parut en 1779, et il est certain que
la première destination de l'Escadre du
Commodore Johnstone avoit été déterminée
sur les projets de cet Etranger ( 1 ) . 5
I
13
( 1) Si ce Commodore , suivant le premier
plan du Cabinet , ent abordé au Pérou, parlar
mer du Sud, ilent trouvé cette Province, dé
vastée par le soulèvement des Naturels , 891
mille Blancs massacrés , la Paz saccagé,
Cusco assiége, et Lima sans défense, Avant
que le Gouverneur eut reçu des secours, de
Buenos- Ayres, le Pérou étoit enyahi. On a
ignoré en Europe les détails de cette ter
rible révolte des Naturels , nous en avons
main les documens les plus authentiques ;
c'est le fait le plus étonnant de la dernière
guerre et le moins connu, Il existe enFrance
un Homme qui se trouvoit au Pérou à cette
époque , et qui nous a confirmé toutes les
particularités dont nous possédons les preuves
officielles.
( 244 )
ཙྪི མ
26 .
Y
FRANCE.
De Paris , le 20 Septembre.
10
སདྡྷ ' , རོ ཀོ
ASSEMBLÉE NATIONALE.PO1
Décret sur les Assignals ,
2
rendus dans la
10 Séance du Vendredi
8 Octobre.
♫ Art. I. L'intérêt
des 400 millions
d'Assignats-
monnoie
créés par le Décret des 16
et 19 Avril dernier , cessera le 16 du présent
mois, et n'accroîtra
plus le capital à compter
de cette époque. Mov xd si iaob , 2.0913
d. Les coupons
d'intérêt
attachés
chaque Assignat
pourront
en être séparés
et , sur la remise qui en sera faite , les six,
mois d'intérêt
échus au 18 Octobre , seront
payés a
Bureau ouvert , à partir
du Pre
鼻
Janvier 1791 , dans les Caisses qui seront
désigntes par l'Assemblée Nationale , tant
à Paris que dans les Départemens ; ils seront
reçus pour comptant , à partir du 16 de ce
mois dans toutes les Caisses d'impositions
et de perceptions , savoir , les trois coupons
réunis des Assignats de too liv . pour 15 liv
oeur des Assignats đè 360 liv ? pour 4 kv.
Fó sols , et ceux des Assignats de 200 liv .
pour 3 live zo moet dus & fepers .
5.200
La valeur des Billets de la Caisse
d'Escompte, et les Promesses d'Assignats qui
ne sont pas garnies de coupons d'intérêt,'
sera fixé au 16 de ce mois , savoir , es Billets'
de Toco liv. à 1015 liv! les Billets de 300'
livà 364 1. sols , et les Billets de
200 livé à 263 | Momold and 9.
zd IV. Cette valeur 'fixe commencera aux. '
dits Billets jusqu'à leur échange fait contre .
des Assignats , et , à cette époque , les As- '
1
( 245 )
signats donnés en échange et séparés de
leurs coupons d'intérêt ne vaudront plus que
1000 liv. , 300 liv. et 200 liv. , nonobstant
la mention de l'intérêt faite dans le libellé
de l'Assignat ; les coupons de l'intérêt séparés
desdits Assignats , seront payés conformément
à l'article II.
Articles décrétés sur le remplacement de la
Gabelle dans la Séance du 8 Octobre.
"
"
ART. I. Les diverses impositions établies
par les Décrets des 14 , 15 , 18 , 20 , 21 , et
22 Mars , pour indemnité de la suppression
des Gabelles , pour l'abonnement de droit
des fers , et , du droit de la marque des
Cuirs , et pour le remplacement du droit
de fabrication sur les Amidons et sur les
Huiles ; et des droits de circulation sur les
Huiles et Savons , seront réparties , conformément
auxdits Décrets , entre les Départemens
et les Districts qui formoient autrefois
les Provinces soumises à ces Droits .
La proportion de consommation sera évaluée.
en masse à raison de la population , sauf
l'indemnité qui pourra être accordée aux réclamations
fondées , conformément à l'article
V , sans que les réclamations qui auroient
lieu puissent arrêter l'exécution des rôles.
"
"
II. D'après cette première répartition ,.
la population des villes indiquant en chaque
Département la somme de la contribution à
laquelle elles devront être soumises , cette
somme sera distraite de la contribution génerale
, pour être imposée en chaque ville ,
ainsi qu'il sera décreté par l'Assemblée Nationale
, sur le vu de l'avis du Directoire de
Département , qui sera tenu de demander
l'opinion du Directoire de District , e par
celui- ci le voeu de la Municipalité , confor(
246 )
mément au Décret du 22 Mars. Le surplus
sera imposé dans les campagnes , au marc
la livre des impositions ordinaires et des
rôles des vingtièmes dans les lieux où ils sont
levés , ou du premier desdits vingtièmes dans
les autres. "
DU LUNDI 11 OCTOBRE.
M. de Bassignac , Commandant du Régiment
Mestre-de Camp , Cavalerie , annonce ,
par une Lettre suivie d'une Adresse du Régiment
, le retour à l'ordre , et les bonnes
intentions de ce Corps , éga é par des séductions
dont son sincère repentir atteste
toute la perfidie . On a fait une mention honorable
de cette lettre dans le Proces verbal .
Après la lecture des Procès- verbaux , M.
PEvêque de Clermont est monté à la Tribune
. Ora cru deviner son intention , et aux
premiers mots , on lui a fermé la bouche ;
en réclamant l'ordre du jour. Cette violence
résultoit de la crainte que le Prélat ne protestât
au nom du Clerge , contre la Constitution
Ecclésiastique ; cette crainte manquoit
de fondement. M. l'Evêque de Clermont se
bornoit à un acte de déference pour le Saint-
Siége , et à demander qu'on suspendît l'exécution
des Décrets concernant la Constitution
du Clergé , jusqu'à ce que le Roi ait reçu
la réponse de S. S.
Immédiatement après , la discussion est
revenue au systême d'imposition fonciere.
M. de la Rochefourauit a pensé que nonseulement
il ne falloit imposer que le revenu
net , mais encore que le revenu moyen pris
sur un nombre d'années. Par revenu net, il
entend ainsi que le Comité , le produit des
1
247 )
terres dont l'on deduit les frais de semence ,
de culture , de récolte , et le salaire meme
du Propriétaire , s'il est Cultivateur lui-même .
M. de Delley d'Agier qui , dans les précédentes
Séances , avoit montré une intelligence
juste de la matière , des lumières positives
, et la clarté de style qu'assurent les
idées exactes sur le sujet qu'on traite , M.
de Delley d'Agier a insisté sur la nécessité
de déduite da revenu tout ce qui n'est pas
d'une exploitation ordinaire et selon la coutume
locale ; il a posé trois principes ; 1º . la
Contribution foncière ne peut grever l'industrie
sans devenir aussi personnelle . 2 ° . El'e
ne doit porter que sur les Capitaux fonciers ,
à raison de leur revenu net imposable. 3 ° . Elle
doit avoir une base solide , une quotité fixe ;
or , les produits extraordinaires et casuels
de l'industrie agricoles ne sont ni des Capitaux
fonciers , ni une base stable et fixe ."
Les imposer , ce seroit une mesure désas-'
treuse pour le Propriétaire et pour la Nation ,
"
Au lieu de ces grandes et larges bases , a - t-il
ajouté, sur lesquelles se placent des Législateurs
créant la Constitution d'un Peuple'
libre, vous voulez vous circonscrire dans ces
combinaisons mesquines , dans cette étroitesse
de génie qui , depuis tant de siècles ,"
comblent tous nos malheurs . Vous voulez...!
" augmenter même les abus de l'a bitraire ...
« Consultez vos Aînés en liberté , vos Aînés
en pensées fortes et profondes , vos Aînés
sur-tout en grandes vues législatives ; et
« au lieu de prendre leurs modes , qu'ils
-vous fournissent de plus nobles et de plus
utiles objets d'imitation. Voyez ces Insulaires
, avec une population et des propriétés
moindres de moitie que les votres ,
13
( 248 )
"
" avec une dette immense, briller entre les
Nations , et conserver dans l'opinion de
« l'Univers une prépondérance que vous
n'avez pas. Chez eux l'agriculture est Aorissante.
La taxe sur les terres , à peine le
sixième des revenus publics , et presqu'invariable
, dans sa quotié , l'est , sur - tout
dans son assiette ( 1 ) . L'Angleterre sent
que ce n'est pas quelques millions de plus
qu'elle retireroit sur les fruits de l'indus
trie agricole qui feroient sa vraie richesse.
"
"
་་
"
"
Combien ces passages auront scandalisé
tel Auditeur qui ne croit point à l'aínesse
du génie , qui traite ces Insulaires d'absurdes:
esclaves , parce qu'ils ont un Roi puissant ,
une Chambre des Pairs , et n'en sont que,
plus libres , et qui se persuade que l'opinion,
de l'Univers se regle d'apres la déraison
tranchante et le galimathias , de trois ou
quatre Journaux !
En conséquence de ces principes , le projet
de Décret offert par l'Opinant , distrait de
l'évaluation du revenu net tous les produits
de l'industrie du possesseur , comme les fruits,
des arbres plantés dans une prairie , dans
une terre labourable , dans une vigne , et
le plus recueilli par des engrais , travaux ou
procédés particuliers . L'Assemblée a ordonné
l'impression de ce discours applaudi , qui
feroit autant d'honneur aux sentimens qu'aux
Jumières de M. de Delley & Agier , dût-on,
n'y voir qu'une théorie ingénieuse . On a
(1 ) La taxe sur les terres qui rend deux
millions sterlings , ne forme, qu'environ un .
huitième du Revenu public actuel , de 15
millions six à sept cent mille liv . sterlings.
( 249 )
rendu le même honneur au discours d'un
Propriétaire expérimenté , de M. de Lamerville
, qui propose de diviser les terres en six
classes , n'exempte de l'impôt que les accessoires
du sol , et ne caractérise ainsi que les
troupeaux , et non les arbres ; attendu que
les troupeaux vout et viennent . Mais toute
l'attention se dirigeoit d'avance sur l'affaire
de St. Domingue ; M. Barnave étoit chargé
du Rapport au nom du Comité Colonial.
Les faits à raconter et les mesures à
prendre , cette division naturelle n'auroit
pas obligé plus écopeut-
être Cette
to temps d'une Assemblée Constinome
tuante , à remonter à la première nouvelle
de la convocation des Etats-Genéraux. Voici
le sommaire de l'historique détaillé par M.
Barnave , avec une fatigante prolixité. Nous
he prononcerons pas s'il a été aussi impartial
que verbeux et vide .
Il se forme au Nord , au Sud , et à l'Ouest
de la Colonie , des Assemblées ou Comités
qui , recueillant les suffrages des Paroisses,
elisent , dit le Rapporteur , les Représentans
admis depuis dans l'Assemblée Nationale.
Les trois Assemblées provinciales en élisent
une générale , et n'en subsistent pas moins.
Celle-ci reçut avec une reconnoissance unaaime
le Decret du 8 Mars sur la Colonie
elle décreta des remerciemens et agit cependant
en législatrice souveraine. Ici lecture
du discours que M. de Peynier, le Gouver
neur , y prononça le 28 Avril , et cette lecture
est applaudie. Deux jours après , l'Assemblée
générale se déclare permanente. Le
6 Mai , elle casse le Conseil Supérieur du
Cap ; le 20 , elle attribue aux Municipalités
des pouvoirs inouis , des fonctions militaires ,
( 250 ).
des droits relatifs aux forts , aux ports , au
Commerce , et notifie simplement ces Décrets
au Gouverneur , sans attendre ni la
ratification du pouvoir constituant de la
Métropole , ni la Sanction Royale. M. de
Peynier fait des représentations , l'Assemblée
générale répond fierement , lui rappelle son
Serment , persiste , et le rend responsable
des suites d'un refus.
2
17
Les Assemblées du Nord et Sud avoient protesté
de leur inviolable attachement à l'Assemblée
Nationale. La premiere prit , le
Mai , un arrêté où elle exalte et proclame ,
comme le principe absolu de la conduite de
la Colonie le sublime Décret du 8 Mars
( proposé par M. Barnave ) ; arrêté applaudi
à Paris pour le moins aussi chaudement que
dans l'Assemblée du Nord. Celle du Sud
assure que tous les bons Citoyens regardent
le Décret du 8 mars comme la base de leur
" régnération. »
"
Dans ces circonstances , l'Assemblée Générale
, de St , Marc , déclare , à l'unanimité.
le 28 Mai , que le pouvoir législatif , en ce
qui concerne le régime intérieur de St. Domingue
, réside dans l'Assemblée de ses Réprésentans
constitués en Assemblée Générale
; n'admet de plus que lasanction du Roi ,
et n'accorde force de loi aux Décrets de l'Assemblée
Nationale , concernant les rapports
commerciaux et communs , que lorsqu'ils
auront été consentis par l'Assemblée Générale
; fixe ses Législatures à deux ans , et decrète
que ces articles , comme faisant partie
de la Constitution de St. Domingue , seront
incessamment présentés à l'acceptation de
l'Assemblée Nationale et du Roi , envoyés
aux Paroisses , et notifiés au Gouverneur ,
( 251 )
"
. Vous voyez , dit le Rapporteur , vous
« voyez que , par ce Decret , l'Assemblée Générale
retient la législation , en ce qui con-
« cerne le régime intérieur , avec la seule
sanction du Roi.... L'Assemblée Générale
avance qu'il n'étoit pas dans son intention
que ce Décret fût définitif , et qu'il étoit
soumis à l'acceptation de l'Assemblée Nationale
; mais peut- elle oublier son préambule
et sa conduite ?
་་
40
44
"
Ce préambule porte que le droit de statuer
sur le régime intérieur appartient essentiellement
à St. Domingue , parce que ceux- là seulement
qui ont intéret à la loi peuvent la délibérer
et la consentir ; conséquences immédiates
des principes de la Constitution Françoise
; que les Décrets de St. Domingue ne
doivent être soumis à d'autre sanction que
celle dà Roi , parce qu'à lui seul appartient
cette prérogative inhérente au Trone ; que
l'Assemblée Nationale si constamment attachée
aux principes de justice , n'hésitera pasa
reconnoître les droits de St. Domingue par un
Décret solemnel ; on voit d'un coup d'oeilquels
sont le modèle et les torts de l'Assemblée de
St. Marc . Mais elle n'a bientôt plus de modèle,
et ses torts n'en deviennent que plus graves .
Le 1 Juin , nouvean Décret par lequel
elle déclare que tout en se croyant suffisamment
confirmée , elle ne veut que d'une confiance
entière ; que ne se dissimulant " pas
les inconvéniens dont l'Assemblée Natio-
" nale a senti, le danger lorsqu'un de ses
- membre lui proposa de convoquer les Bailliages
, l'Assemblée Générale conservera
ses fonctions jusqu'au moment de l'expres
sion du voeu des Paroisses. L'Assemblée
du Nord attaque le Décret du 28 Mars ; on
"
.
20
( 252 )
discute , on imprime . Alors arrive une lettre
attribuée , sans doute faussement , à un
de nos Collègues , observe le Rapporteur »
lettre qui tend à décrier notre instruction
du 28 Mars comme le fruit de l'influence du
Ministre de la Marine , et qui suppose que
l'Assemblée Générale aura l'autorité de n'en
prendre que ce qui est conforme aux localités
.
"
น
" Mais les instructions même étoient faites
pour les convenances locales . Nous nous
étions , à cet égard , écartés des Lois Françoises.
Ainsi ce raisonnement étoit un misérable
sophisnie. Les instructions ... étoient
la volonté de l'Assemblée Nationale. »
On délibère dans les Paroisses , on vote
pour
la conservation
de l'Assemblée
Générale
; elle décrète une formule de serment ,
les Voloutaires
protestent et jurent de défendre
tous les Décrets de l'Assemblée
Nationale
. L'Assemblée
de St. Marc déclare ,
le 13 Juillet , ce serment inconstitutionnel
,
et ordonne que M. Mauduit sera poursuivi
comme criminel de Leze - Nation ; il est clair
qu'il n'a manqué qu'un Général et des Troupes
à cette Assemblée . '
La fin du rapport a été renvoyée à demaia .
DU LUNDI. SÉANCE DU SOIR.
La Communauté des Orfevres est venre
ce soir solliciter la suppression du contróle
sur les ouvrages d'or et d'argent. Son Adresse
et le secret des moyens qu'elle offre de templacer
les produits du contrôle , ont été
renvoyés aux Comités réunis de Commerce
et des Monaoies.
Jamais l'Assemblée ne fut si peu nombreuse
( 253 )
breuse que dans cette Séance. Un Membre
a invité les Assistans à se rendre au Club
des Jacobins , où probablement l'Assemblée
Nationale étoit séante . Cette rareté de Délibérans
n'a pas empêché qu'on décrétât encore
une vingtaine d'articles de la façon de
M. Chassey , à ajouter au code immense qui
doit régler l'aliénation des Biens Nationaux .
DU MARDI 12 OCTOBRE.
A l'ouverture . un Décret proposé par M.
Thouret , sur l'installation des nouveaux
Tribunaux , a été adopté sans discussion :
il compose un Réglement de circonstances
en 15 articles minutieux .
M. Barnave a repris son verbeux Rapport
sur l'affaire de Saint- Domingue , qu'il auroit
bien pu réduire à ses conclusions , puisqu'on
n'a pas permis la moindre réflexion ,
même à M. de Mirabeau.
.
Le dépouillement critique des scrutins
des 52 Paroisses , fait avec une analyse qui
devroit servir de modèle et de correctif à
ceux qui évaluent la volonté générale , le
sentiment du Peuple , par des Majorités factices
ou fallacieuses , a tendu d'abord à
mettre en doute la confirmation de l'Assemblée
générale ; confirmation néanmoins
proclamee par M. de Peynier , qu'on n'accuse
pas de partialité à l'égard de cette
Assemblée . Ensuite , énumérant tous les
actes d'autorité qui lui servoient à prouver
l'usurpation du Pouvoir législatif, le Rapporteur
a cité le Décret par lequel l'Assemblée
générale se déclaré confirmée ; celui
qui licencie les Troupes et crée des Gar les
Nationales ; celui qui ordonne à l'Officier
commandant le vaisseau le Léopard ,
N". 43. 23 Octobre 1793. ུ་
a
( 254 )
nom de la Nation , de la Loi , du Roi et de
la Colonie , de ne point quitter la rade.
Après l'exposé des faits de la fin de Juillet
et du commencement d'Août ; faits que
nous avous antérieurement rapportés , M.
Barnave récapitule les crimes de l'Assemblée
générale . Elle s'attribuoit les pouvoirs
législatif et exécutif; elle a voulu mettre les
armes à la main des Citoyens . Mais ces
derniers actes , observe -t- il , quoique extrêmement
coupables , appellent moins de sevérité
, parce qu'ils ont été faits pour la défense
personnelle des Membres de l'Assemblée
générale . »
K
Nous avons séparé , poursuit le Rapporteur
, la question des choses , de celle des
personnes. Après avoir jugé les actes , il nous
a paru utile de laisser aux Membres de l'Assemblée
générale le temps de justifier , s'il
est possible , ses intentions. Nous avons cru
que des hommes qui avoient obtenu la confiance
d'une partie de leurs Concitoyens ,
doivent obtenir une attention froide et lente .
Vous ne douterez pas que cette Assemblée
ne doive être annullee ; mais la casser ,
dira - t-on , c'est rendre un jugement ! Il ne
faut pas d'autre jugement que votre décision
pour anéantir une Corporation politique ,
créée par vous. C'est au Pouvoir constituant
source de tous les Pouvoirs , qu'il appartient
de juger une Assemblée subordonnée ; mais
yous n'avez aucune de ces questions à examiner.
Les Assemblées Coloniales ... ne sont
que des Commissions du Pouvoir constituant.
"
Passant de ce galimathias sur les Constituans
et les Constitués , au contraste das
éloges , M. Barnave a sollicité la satisfac(
255 )
tion de la Patrie pour l'Assemblée du Nord ,
les Volontaires du Cap , ceux de Saint- Marc ,
M. Peynier , M. Mauduit .... On dira ,
s'objecte - t - il , qu'ils se sont opposés à la
Révolution . Mais si cette Révolution devoit
séparer cette Colonie de la Métropole , ils
ont droit à votre reconnoissance. Si cette
Révolution étoit l'exécution de vos Décrets ,
M. Peynier l'a demandée , l'a sollicitée , ne
s'est servi que pour cet objet des moyens qui
lui étoient confiés. On dira qu'il s'est opposé
à l'établissement des Municipalités ;
mais il s'agissoit de Municipalités funestes,
On dira qu'ils ont versé du sang ; mais vous
avez vu que ce malheur étoit nécessaire pour
la conservation de la Colonie ( nous avons aussi
vu plus haut que ces actes étoient excusae
bles pour la conservation des Auteurs des
Décrets ) ; que la guerre étoit presque déclarée
par les Décrets de l'Assemblée géné
rale , par les tentatives sur les magasins à
poudre , sur la fidélité des Soldats ; vous
avez vu qu'il falloit périr ou prendre des
précautions pour conserver la Colonie et le
Gouverneur même.
R
Ces traits , que nons n'apprécierons ni
comme vérités , ni comme moyens oratoires ,
offrent un aspect extraordinaire , quand on
les rapproche des événemens dont s'est composée
la Révolution de la Metropole , qu'on
se garde bien de juger sur ce qu'elle peut
avoir eu de funeste. L'eloge et le blâme out
des applications arbitraires dans les tempa
d'anarchie. Nous remarquerons simplement
que le vertueux Louis XVI est le seul , au
milieu des insurrections , qui ait constamment
recommandé de n'employer aucune
Mij
( 256 )
espèce de violence , et de ne point verser le
sang du Peuple.
«
M. Barnave a révélé aux Colons de Saint-
Domingue que l'Amérique Septentrionale
ne sauroit être , de long- temps , pour eux , une
utile alliée , et qu'ils n'ont de choix à faire
qu'entre la France et l'Angleterre.….… Celle ci
réduiroit , a- t-il dit , à un Gouvernement defer
le Gouvernement doux que nous voulons établir.
Ainsi , éloignez ces inquiétudes . J'oserois
m'en faire le garant. Quelques- uns ont
été trompés.... ( Ici des murmures du côté
droit ) . Il m'est permis de disculper devant
tous , des hommes , des François ; ils étoient
égarés , ils n'étoient pas corrompus.....
Laissant à d'autres le soin de deviner
cette énigme nous observerons que M.
Barnave , dans un Discours de plus de six ·
heures , c'est-à - dire , de la valeur de 36
mille francs , n'a montré que des principes
de circonstance , de ceux qu'en un à tre
ordre de choses , on foudroieroit soi -même
par d'aussi vigoureux principes ; qu'il a jugé
comme la fortune , que la Déclaration des
Droits de l'Homme étant l'élément radical
de la Constitution Françoise , et ne convenant
pas à Saint- Domingue , le Pouvoir législatif
ne peut être essentiellement le néme
ici et là , parce qu'il n'existe nulle part dans
le même sujet deux vérités dominantes , impératives
et opposées ; que la Colonie ne
pécheroit pas contre la Souveraineté de la
France , en voulant exercer la portion qu'elle
en a , de l'unique manière qui ne lui soit pas
uisible, en tenant toujours à la Mère - Patrie
par la nécessité consentie de la Sanction
Royale et du Pouvoir exécutif du Roi
par ses Gouverneurs ; que les grandes ques(
257 )
"
tions contenues dans cette affaire majeure.
n'ont été qu'éludees ; qu'an Corps législatif
n'a pas le droit d'infliger des peines ;
que l'Assemblée générale a déja été jugée
et punie par ses Commettans ; que la défense
de l'Assemblée générale se réduit à
ces mots : J'ai abusé de la plupart de vos
maxinies de théorie et de pratique , pour
me rendre indépendante de vous et de mes
Commettans ; ils m'exterminent , je me réfugie
dans vos bras . Juges et Parties , il
faut
que vous soyez extrêmement généreux
pour que je ne paroisse pas avoir tenu une
conduite insensée .
30
Le Décret dont on a inutilement invarné
l'ajournement , et,rendu sans discussion , est
conça en ces termes :
"
L'Assemblée Nationale , après avoir entendu
son Comité des Colonies sur la situation
de l'isle de St. Domingue , et les événemens
qui y ont lieu ; " 1
" Consideraut que les principes constitutionnels
ont été violés , que l'exécution de
ses Décrets a été suspendue , et que la tranquillité
publique a été troublée par des actes
de l'Assemblée générale séante à St. Marc ,
et que cette Assemblée a provoqué et justement
encouru sa dissolution ; "
" Considérant que l'Assemblée Nationale
a promis aux Colonies l'établissement prochain
des Lois les plus propres à assurer leur
pro périté ; qu'elle a , pour calmer leurs
alarmes , annoncé d'avance l'intention d'entendre
leurs voeux sur toutes les modifications
qui pourroient être proposées sur les
Lois prohibitives du Commerce , et la ferme
volonté d'établir comme article constitutionnel
dans leur organisation , qu'aucunes
Mij
( 258 )
Lois sur l'état des personnes ne seront décré
tées pour les Colonies , que sur la demande
formelle et précise de leurs Assemblées Coloniales
; "
"
Qu'il est pressant de réaliser ces dispositions
pour la Colonie de St. Domingue , en
y assurant l'exécution des Décrets des 8 et
28 Mars , et en prenant toutes les mesures
nécessaires pour y rétablir l'ordre public et
la tranquillité ; ›
་་
"
Déclare les prétendus Décrets et actes
émanés de l'Assemblée constituée à Saint-
Mare sous le titre d'Assemblée générale de
la partie françoise de St. Domingue , attentatoire
à la Souveraineté Nationale et à la
Puissance Législative , décrète qu'ils seront
tenus pour nuls et non avenus , incapables
de recevoir aucune exécution ;
་་ Déclare ladite Assemblée déchue de ses
Pouvoirs , et tous ses Membres dépouillés du
caractère de Députés à l'Assemblée Coloniale
de Saint - Domingue ; "
"
Déclare que l'Assemblée Provinciale du
Nord , les Citoyens de la ville du Cap , la
Paroisse de la Croix- des- Bouquets , et toutes
celles qui sont restées invariablement attachées
aux Décrets de l'Assemblée Nationale ,
les Volontaires du Port au Prince , ceux de
Saint- Marc , les Troupes Patriotiques du
Cap , et tous les autres Citoyens qui ont agi
dans les mêmes principes , ont rempli glorieusement
tous les devoirs attachés au titre
de François , et sont remerciés au nom de la
Nation par l'Assemblée Nationale ; »
"
Déclare que le Gouverneur général de
Ja Colonie de Saint- Domingue , les Militaires
de tous grades qui ont servi fidelement
sous ses ordres , et notamment les Sieurs de
( 259 )
Vincent et Mauduit, ont rempli glorieusement
les devoirs attachés à leurs fonctions ; "
- Décrète que le Roi sera prié de donner
des ordres pour que les Décret et instruction
des 8 et 28 Mars dernier reçoivent leur exécution
dans la Colonie de Saint- Domingue ;
qu'en conséquence , il sera incessamment procédé
, si fait n'a été , à la formation d'une
nouvelle Assemblée Coloniale , suivant les
règles prescrites par lesdits Décret et instruction
, et tenus de s'y conformer ponctuellement
; "
« Décrète que toutes les lois établies continueront
d'être exécutées dans la Colonie
de Saint- Domingue , jusqu'à ce qu'il en ait
été substitué de nouvelles ; en observant la
marche prescrite par lesdits Décrets ; "
Décrète néanmoins que provisoirement
et jusqu'à ce qu'il ait été statué sur l'orgamisation
des Tribunaux dans ladite Colonie ,
le Conseil Supérieur du Cap sera maintenu
dans la forme en laquelle il a été rétabli ,
et que les jugemens rendus par lui depuis le
10 Janvier dernier ne pourront être attaqués
à raison d'illégalité du Tribunal : »
་
« Décrète que le Roisera prié , pour assurer
la tranquillité de la Colonie , d'y envoyer
deux vaisseaux de ligue et un rombre de frégates
proportionné , et de porter au complet
les Régimens du Cap et du Port au Prince ; »
་་
Decrète enfin , que les Membres de la
ci-devant Assemblée Générale de Saint- Domingue
et autres Personnes mandées à la suite
de l'Assemblée Nationale par le Décret du 20
Septembre , demeureront dans le même état ,
jusqu'à ce qu'il ait été ultérieurementstatué á
leur égard. »
M iv
( 260 )
DE MARDI. SÉANCE DU SOIR.
Quatorze articles ont été décrétés , pour
opposer le plus de difficultés qu'il est possible
, aux fraudes qui ruineroient la poste ,
à l'ombre du privilége de contre seing des
Membres de l'Assemblée Nationale.
Une Adresse de la Section' de Paris nommée
du Roi de Sicile , informe l'Assemblée
qu'elle exige des Gens de Loi qui veulent
ou voter , ou être élus pour les Tribunaux
à composer , le serment de n'avoir participé
à aucune manoeuvre contre l'établissement
du nouvel Ordre Judiciaire ; et que ceux
qui hésiteront de prêter ce serment , seront
exclus des Assemblées Primaires. Un pareil
serment , cette imitation , cette bigarrure
de l'Autorité législative , n'étonnent pas au
milieu des inconséquences , qui deviennent
de plus en plus notre raison publique
L'affaire de deux Officiers de la Martinique
maltraités pour avoir paru au spectacle
sans Cocarde , alloit être terminée par
un Décret conciliatoire ; M. Bouche y a v
le premier anneau d'une chaîne ; M. Alexandre
de Lameth a lié cette chaîne aux troubles
de la Colonie ; les Officiers , la Cocarde et
la chaîne ont été renvoyés au Comité Colonial
, dont le Rapport éclaircira ces mystères
, qui exerceroient mieux la sagacité
d'un Comité des Recherches .
Les horreurs de Nîmes , la recherche des
coupables , les réclamations réitérées de la
Municipalité , ses Adresses , ses Exposés , son
Frocès -verbal , restent ensevelis dans le Comité
des Recherches ou des Rapports. La
Justice publique , l'intérêt de Nimes , l'honneur
, la vie , l'état des Officiers Municipaux
( 261 )
pris
et de tant d'autres Citoyens , calomniés
comme eux , après avoir échappé au massacre
, restent compromis. M. de Marguerites ,
Maire de Nîmes , livré , comme ses Collegues
, aux impostures de quelques Factieux
et des Journalistes leurs auxiliaires , a
la parole pour supplier l'Assemblée d'ordonner
enfin le Rapport de cette affaire ,
dont le Public ne connoît pas les affreux
secrets. Les Officiers Municipaux , a-t-il
dit , ont résigné ; les nouvelles Elections
approchent ; la fermentation augmente .
Un Officier Major de la Garde Nationale
« a osé dire dans le Club des Amis de la
Constitution la lanterne seroit un supque
plice trop doux pour les Officiers Municipaux
; qu'il falloit dresser un échafaud au
milieu de la place de l'Esplanade , et les
y faire expirer sur une roue de charrette.
"
"
"
"
M
"(
"
"D
Quelques Membres du côté gauche ont
témoigné leur sensibilité sur ce propos , plus
digne d'un Cannibale que d'un Ami de la
Constitution , en invoquant l'ordre du jour.
L'ordre du jour ! a repris M. de Marguerites.
Y en a-t - il de plus important que
celui de rappeler la tranquillité , si cruellement
oublié , et d'écarter de Nîmes de
nouvelles calamités. " Cette louable indignation
a été efficace on a décrété que le
Rapport seroit fait incessamment.
"
"
་་
"
M. Chassey a continué ses Réglemens sur
la vente des Biens Nationaux : 24 articles
ont été décrété
DU MERCREDI 13 OCTOBRE.
Chaque jour tue une Municipalité. Un
Décret , rendu ce matin , ordonne que quatre
Mo
( 262 )
Paroisses , du District de Châteauneuf , qui
chacune avoient le bonheur de posséder son
Maire , n'en auront plus qu'un seul pour les
quatre .
M. Thouret a proposé la suite des Décrets
rendus hier sur l'installation des Juges. Les
voici réunis dans leur ensemble :
་་
Art. I. Les Juges élus pour composer les
Tribunaux de District seront installés sans
délai , et commenceront leur service aussitôt
qu'ils auront reçu les Lettres- Patentes du
Roi ; et si le commissaire du Roi près d'un
Tribunal n'étoit pas nommé , ou ne se présentoit
pas pour prêter son serment de réeeption
, les Juges de ce Tribunal comшettront
un Gradue qui en remplira provisoirement
les fonctions. »
II. En attendant le prochain établissement
de la procédure criminelle par Jurés ,
les anciens Tribunaux , tant qu'ils resteront
en activité , ensuite les Tribunaux de District
lorsqu'ils seront installés , pourront ,
dans toute l'étendue du Royaume , et nonobstant
toutes Lois et coutumes locales
contraires , informer , décréter , instruire
et juger en matière criminelle ; à cet effet,
les Tribunaux de District commettront un
Gradué qui fera provisoirement les fonctions
d'accusateur public de la même manière que
los anciens Procureurs du Roi. "
" III. Les Tribunaux de District suivront
aussi provisoirement en toutes matières
civiles et criminelles , les formes de la procédure
actuellement existantes , tant qu'il
n'en sera pas autrement ordonné .
33
IV. Les procès civils et criminels pendans
en première instance , dans les Tribunaux
supprimés dont le ressort se trouve
( 263 )
divisé en plusieurs District , continueront
d'être instruits devant le Tribunal de District
où étoit le Chef- lieu du Tribunal supprimé
, et y seront jugés. »
"
V. Les procès civils pendans aux Parlemens
, Conseils Supérieurs , Présidiaux et
autres Tribunaux de District , supprimés ,
seront renvoyés aux Tribunaux de District
qui remplaceront les anciens Tribunaux qui
ont jugé ces procès en première instance.,
et les parties y procéderont , conformément
aux dispositions du Titre V du Décret du
16 Août dernier , au choix d'un Tribunal
d'appel sur les sept qui composeront le tableau
pour le Tribunal substitué à celui qui a rendu
ie jugement ; ce qui n'aura lieu toutefois
que dans le cas où toutes les Parties ne consentiroient
pas à être jugées par les Tribunaux
de District établis dans les Villes où
étoient les Présidiaux , Conseils Supérieurs ,
Parlemens et autres Tribunaux saisis de ces
procès. "
"
VI. Les procès pendans en première instance
ou par appel , dans quelques Tribubaux
ou devant quelques Commissions extraordinaires
que ce soit , en vertu de committimus
ou autres priviléges , ou en vertu d'évocation
ou attribution quelconque , seront
renvoyés aux Tribunaux de District qui
remplaceront ceux qui auroient dû naturellement
counoître de ces procès , soit pour y
être iustruits et jugés en première instance ,
soit pour y être procédé au choix d'un Tribunal
d'appel , ainsi qu'il est dit en l'article
précédent. "
VII. Seront comprises dans le précédent
article , les affaires dont la connoissance
été attribuée , par des Décrets de l'Assemblée
Mvj
( 264 )
И
Nationale , à quelques - uns des anciens Tribunaux
dont les fonctions vont cesser , à l'exception
seulement des accusations pour crimes
de Lèse- Nation , attribuée au Châtelet
de Paris , sur lesquelles l'Assemblée Nationale
se réserve de prononcer ultérieurement . " >
VIII. Les procès criminels pendans aux
anciens Siéges Prévôtaux et Présidiaux , et
ceux pendans par appel aux anciens Parlemens
, Conseils supérieurs , et autres Tribunaux
d'appel , seront incessamment jugés
par les Tribunaux de District établis dans
les Villes où étoient les Juges Prévótaux et ….
Présidiaux , les Parlemens , Conseils supérieurs
et autres Tribunaux d'appel saisis de
ces procès.
« IX. L'appel des procès criminels qui
seront jugés en premiere instance après la
publication du présent Décret , même de ceux
qui auront été jugés antérieurement , lorsque
les accusés n'auront pas été transférés aux
prisons près les Tribunaux d'appel , sera porté
et jugé en dernier ressort dans l'un des sept
Tribunaux de District dont le Tableau sera
incessamment proposé et arrêté par le Tribunal
de District qui aura rendu le Jugement,
ou qui se trouvera substitué à l'ancien Tribunal
qui aura jugé. "
"
X. Le choix d'un Tribunal entre les sept
qui composent le Tableau , appartiendra aux
accusés , et dans le cas où ils n'auront pas usé
de leur droit , ce choix sera dévolu au gradué
faisant les fonctions d'accusateur public près
le Tribunal de District qui aura rendu le jugement
, ou qui se trouvera subtitué à l'ancien
Tribunal qui aura jugé.
40
"
XI. Les Tribunaux de District qui juge
ront ies appels en matière criminelle ne pour
( 265 )
ront prononcer qu'au nombre de dix Juges
lorsque le titre de l'accusation pourra mériter
peine afflictive , et au nombre de sept , lorsque
le titre de l'accusation pourra mériter
peine infamante , à l'effet de quoi ils appelleront
les Suppléans , et autant de Gradués
qu'il en sera besoin .
"
XII. Les dispositions du présent Décret
relatives à l'instruction et jugement des procès
criminels n'auront lieu que provisoirement
, et jusqu'à ce que la forme du jugement
par Jures soit mise en activité.
"
XIII. Dans les Villes où les Tribunaux
de District vont être installés , le Conseil
général de la Commune notifiera , au moins
quatre jours d'avance , aux Officiers Municipaux
des autres Villes et lieux du District
dans lesquels il y a des Tribunaux supprimés
, et dont les fonctions doivent cesser le
jour qu'il aura fixé pour l'installation
la veille de ce jour , les Officiers Municipaux
se rendront en corps aux Auditoires des Tribunaux
supprimés , dont ils feront fermer les
portes , ainsi que celles des Greffes , après
avoir fait mettre par leur Secrétaire- Greffier
le scellé sur les Armoiries et autres dépôts
de papiers ou minutes en leur présence et en
cellc de l'ancien Greffier de chaque Tribunal
qui sera tenu de s'y trouver . »
"C
XIV . Dans les lieux où les papiers et
minutes des Greffes se trouveront déposés
dans la maison du Greffier , le scellé sera
mis provisoirement en cette maison , sur les
Armoires et autres lieux de dépôt qui contiendront
les papiers et minutes ; il sera ensuite
dressé inventaire de ces papiers et minutes
contradictoirement avec l'ancien Gref(
266 )
hier , et ils seront remis au Greffe du Tribunal
du District .
*
"
. XV. Sont exceptées de la disposition de
l'article XIII ci - dessus , les Amirautés et
les Maîtrises des Eaux et Forêts dont l'activité
ne va cesser que pour l'exercice de la
Juridiction contentieuse seulement ; mais il
sera procedé incessamment au triage des papiers
et minutes de leurs Greffes , en distingant
ceux qui concernent l'exercice de la
Juridiction de ceux qui ne sont relatifs qu'aux
parties d'administration confiées à ces Tribunaux
; les premiers seront remis au Greffe
du Tribunal de District , et les autres laissés
à la disposition des Officiers des Amirautés
et des Maîtrises.
De l'Ordre Judiciaire , on a passé aux
Finances , M. le Brun , interprète de leurs
besoins , a lu un Mémoire instructif sur cette
matière.
"
44
04
"
" M. Necker, a-t-il dit , n'avoit fait en-
" trer dans le compte de l'avenir , ni les
" mouvemens intérieurs , ni les mouvemens
étrangers , ni les lenteurs nécessaires dans
la récomposition d'un Gouvernement qu'il
falloit reprendre dans ses fondemens , ni
« tant d'opérations nouvelles , que le développement
de vos principes a nécessitées ,
" et qui toutes ont ou altéré les revenus , ou
augmenté les dépenses . Ce n'est point de
- l'effroi que je viens vous inspirer. Notre
situation n'a d'effrayant que ce que notre
imagination voudroit y mettre. Les 400
" millions d'Assignats sont épuisés , mais ils
ne sont pas perdus.... Les mécomptes ne
sont pas des pertes.... 15 et 16 millions
( dus à la Régie genérale ) rentreront , si
les Départemens , si les Districts , si les
"
"
"
"
"
LA
( 267 )
"
<<
"
་་
"
«
"
Municipalités déploient cet esprit public
« et cette vigueur que nous nous en sommes
" promis. La Régie des Domaines produi-
" soit 50 millions ; mais la suppression du
Franc- Fief , la langueur des Tribunaux ,
« et tout à l'heure la gratuité de la justice ,
le mouvement ralenti des affaires..... ont
altéré , pour cette année , le produit de
« cette Régie ; elle se relevera , quand la
tranquillité sera rétablie , quand vous aurez
imprimé le mouvement aux Biens Natio-
" naux et ramené les Citoyens à la nécessité
d'acquérir... Je dois vous rappeler que la
" fonte de la vaisselle n'a donné jusqu'ici
dans toutes les Monnoies , que 15,726,6521 .
14 sous.... Par le produit de notre vaisselle
, nous pouvons juger ou du patriotisme
de nos Citoyens ou de la misère de
notre luxe.... Le remplacement de la Gabelle
, etc. devoit donner 52 millions ; rien
n'est rentré , rien peut- être ne rentrera
dans cette année ; mais sans doute nous
« retrouverons une partie de cette recette
" en 1791 ... Enfin , nous vous présenterons
" incessamment l'état du porte - feuille du
« Trésor public.
"
"
M
10
»
En attendant , la dépense présumée des
trois derniers mois de cette année , sans
compter l'extraordinaire éventuel et probable
, s'élève à plus de 230 millions , la recette
présumée , si elle s'effectue , n'ira pas
au- delà de 93 millions et demi ; le déficit
excédera done 130 millions. M. le Brun les
divise ainsi : 31 en Octobre courant , 52 en
Novembre , et 48 en Décembre ; on néglige
ici les fractions. L'inévitable conséquence.
de ces calculs a été un Décret adopté dans
les termes suivans :
( $68 )
" ART . IDes 800 millions d'Assignats
décrétés le 29 Septembre , 31,095,000 liv.
seront employés au service du Trésor public
pour le present mois d'Octobre. »
"
II. Et attendu que les nouveaux Assignats
ne sont point encore fabriqués , la Caisse de
PExtraordinaire prêtera au Trésor Public
ladite somme , laquelle sera formée avec le
capital desdits Assignats , et la portion d'intérêt
, échue à l'époque du prêt , et le Trésor
public le rétablira dans la Caisse de l'Ex-
Traordinaire , en nouveaux Assignats . "
III. La Caisse de l'Extraordinaire versera
dans le Trésor public , la somme de
4,340,000 1. , qu'elle a reçue à compte du
premier terme de la Contribution Patriotique.
"
IV. Le Département de la Maison du
Roi cessera de faire partie du Trésor public ,
à compter du 1. Juillet dernier ; et à partir
de la même époque , les honoraires de l'Administration
, les appointemens de Commis ,
et les frais de Bureau , seront à la charge
de la Liste Civile.
"
Jusqu'ici on a renversé tout avant de s'occuper
de reconstruire , tout étoit proposé
partiellement et décrété de même ; aujourd'hui
M. l'Evêque d'Autun a prié l'Assemblée
de vouloir bien changer de marche à
l'égard de l'instruction publique. Il est instant
de protéger l'ancienne , de ne cesser de
l'étayer qu'au moment où elle pourra être
remplacée par la nouvelle. Le dessein du
Comité est de fondre celle - ci d'un seul jet.
Les précautions suggérées par M. d'Autun
ont été converties en Décret , qui ordonne
les rentrées ordinaires dans les Ecoles publiques
, et la préservation des Monumens des
( 269 )
f
Arts , Chartes et Biblioteques , livrées de
tons côtés à la dilapidation des Barbares.
On a repris la discussion des contributions
foncières. Un Discours lumineux de M. de
Delley d'Agier , les classifications de M. Lamerville
, les remarques de M. Rey , les sub •
tilités de M. Ræderer , ont occupé la scène
contradictoirement . La priorité a été débattue
entre un Projet de M. Boussion et
celui du Comité , qui l'a emporté , quoique
battu les jours précédens . Le Décret est en
trois articles .
*3
I. Le produit net d'une terre est ce
qui reste à son Propriétaire , déduction faite
sur le produit brut des frais de semences ,
culture , récolte et entretien . »
II. Le revenu imposable d'une terre est
son produit net moyen , calculé sur un
nombre d'années déterminé , »
III. Il sera donné avec le Décret une
instruction détaillée sur la manière d'évaluer
le taux moyen des revenus . »
、Dans le cours du debat , il est échappé
une prophétie effiayante à M. Rey ; cest
que si les bases de la contribution foncière
ne sont pas déterminées d'ici au 15 Norembre
, il n'y aura plus d'impôts à espérer
pour l'année prochaine.
Le même Opinant a exposé la nécessité
de continuer encore pendant une année le
systême d'imposition actuellement établi . 11
étoit temps d'aborder ces grandes questions :
Combien demanderons - nous aux Départemens?
Que demanderont- ils aux Districts ?
Combien ceux - ci demanderont- ils aux Municipalités
? et que pourront - elles recevoir
des Propriétaires ? C'est par la solution de
( 270 )
la dernière de ces questions , qu'on doit répondre
à toutes les autres .
>
M. de Montcalm - Gozon a lu un Plan ,
accompagné d'une instruction et de deux
tableaux , auxquels il a joint des détails ,
pour accélérer une opération qu'il fonde sur
les Rôles des tailles et des impositions ordinaires
faits pour 1790 ; opération qui lui
paroît infiniment simple , et ne suppose que
la peine légère de trouver le taux moyen de
la répartition proportionnelle du principal.
Par- tout elle pourra être exécutée , a-t - il
dit , en deux ou trois jours au plus , et
elle fournira la conneissance totale du
- revenu net de chaque Municipalité.
M. Rey proposoit trois vingtièmes pour 1791
et vouloit qu'on ne s'occupât de la répartition
nouvelle que pour 1792.
"
44
Pour combattre les deux Préopinans , M.
Roederer n'a pas tiré ses raisons des principes
ou des conséquences de leurs opinions , mais
de sa prédilection pour celles du Comité ,
qu'il assure avoir obtenu les suffrages des
Praticiens les plus versés dans la matière de
l'impôt. Sa plus forte raison , il l'a puisée
dans l'engagement qu'à pris l'Assemblée de
constituer et de répartir l'impôt de 1791 ,
engagement qu'elle doit s'obstiner à remplir ,
malgré tous les obstacles .
Des deux articles présentés par le Comité
et relus par M. de la Rochefoucault , le second
a été décrété sauf rédaction , et le premier
ainsi qu'il suit :
les
Art. I , du Titre III.
Aussitôt que
Municipalités auront reçu le présent Décret ,
et sans attendre le mandement du Directoire
de District , elles formeront un tableau indicatif
du nom des differentes divisions de
271 )
leur territoire , s'il y en déja d'existantes ,
ou de celles qu'elles détermineront , s'il n'en
existe pas déja ; et ces divisions s'appelleront
Sections , soit dans les villes , soit dans
les campagnes.
DU MERCREDI, SÉANCE DU SOIR.
Une Lettre de l'Assemblée Provinciale du
Nord de S. Domingue , une Adresse de la
Province du Nord , et deux Délibérations
de Paroisses , donnent les derniers coups aux
Fugitifs. La première annonce qu'elle s'est
réconstituée elle - même Assemblée Administrative
, et proteste d'un tendre attachement
pour le mere- patrie , et d'une confiance entière
aux Représentans de la Nation . M. de
la Luzerne n'est pas encensé dans cette correspondance
. Que des Patriotes à l'ordre
du jour , décrient les Ministres , cela n'est
pas surprenant ; mais qu'ils maltraitent M.
Barnave ! qu'ils le nomment Créature du
Ministre on trouve néanmoins cette singularité
dans ces Lettres Coloniales.
Le District de Vigan se joint au Directoire
du Gard, pour implorer une amnistie
en faveur des bons Citoyens de Nimes , que
le patriotisme a exaltés au point de souiller
leur Vilie par des massacres.
Des Députés de la Garde Nationale de
Pamiers , ont déployé devant l'Assemblée ,
une éloquence que des Journalistes pompeux
ont comparée à celle du Paysan du Danube.
Les Bourgeois de Pamiers ne s'attendoient
pas à tant d'honneur. Ils offrent leurs bras
et leurs Bayonnettes. Ils luttent contre la
rage ; chacun de ces Soldats de la
Patrie , dont ils chérissent cordialement la
( 272 )
paix , se promet bien de combattre un en-
Hemi corps-à- corps...
Ces Adresses , et la suite des Décrets sur
la disposition des Domaines Nationaux , ont
rempli la Séance entières
DU JEUDI 14 OCTOBRE.
Autres Municipalités supprimées . Celles
de Fremoy et d'Ircy - les- Prés ont reçu le
coup de mort ce matin : M. Gossin les a
fait incorporer dans celle de Mon médy,
Après ce Décret , et un autre qui donne
quatre Juges de Paix à Besançon , M. Thoures
a occupé toute la Séance du Rapport et de
l'examen précipité du volumineux Code
relatif à la nouvelle Justice de Paix ; Code
qui contient huit Titres divisés en cinquante
articles , et un neuvième Titre en six articles
pourles Juges des Viiles , qui profiteront
egalement du reste .
"
Citations , cédules , comparutions , enquétes,
visites de lieu et appréciations , Jug mens pré.
paratoires , Jugemens définitifs , minutes et
expéditions et dépens ; tels sont les objets
qu'embrassent ces nouvelles Luis . Quelques
remarques contradictoires , n'ont suspendu
que le temps de les entendre , ce torrent de
Decrets sur lesquels des Législateurs moins
pressés auroient peut- être médité des années
, et qui attesteront la confiance de l'Assemblée
dans l'infaillibilité de M. Thouret
et du Comité.
Les procédés connus des Justices Seigneuriales
et des Commissaires de Police , y sont
réduits aux proportions de l'inteliigence et des
facultés des nouveaux Juges . Puis ent - ils être
respectés et les lois ne pas s'avilir en naissant ,
( 273 )
"
par la dépendance de tous ces Magistrats populaires
! Puissent les Brouillons ne pas dire
'd'eux , nous les avons faits ; nous pouvons
donc les défaire , et nous ne devons pas
les craindre . " Puisse ce mépris inevitable
ne pas perpétuer l'anarchie !
20
Si M. Thouret n'affirmoit positivement
que la Constitution tient au succès de ce
Code , nous le prendrions pour une débauche
d'imagination , un de ces plans de théorie ,
qu'on ne s'attend pas à voir exécuter . Nous
le transcrirons la semaine prochaine.
DU VENDREDI 15 OCTOBRE .
Le Procureur- Général - Syndic du Département
du Nord , écrit à l'Assemblée Nationale
qu'il se présente une foulé d'acquéreurs
pour les biens Nationaux. Dans la Châtellenie
de Lille , il se présente des soumissions
pour 1500 arpens. Cette annonce a été
' suivie d'un nouveau rapport de M. Gossin
au nom du Comité de Constitution . Le Département
de l'Ain demande qu'on le délivre
de quelques - uns de ses neuf Districts.
En s'occupant dans l'origine , de la
formation des Départemens , on ne pensoit
pas encore au nombre des Districts ;
on divisoit à plaisir des quantités idéales
ou des cartes . En créant ensuite des Districts
, on ne songeoit pas qu'on y mettroit
des Tribunaux ; on ne savoit encore
ni que ces Tribunaux auroient besoin de
cinq Juges , niqu'on y joindroit des Juges
de Paix , un Juré , des Commissaires du
Roi , ni tout ce qu'il faudroit payer à
ces Fonctionnaires ; on ignoroit que les
( 274 )
ation frais exorbitans d'Administration et de
Justice , aggraveroient peut-être le fardeau
du Peuple.
Ainsi , faute d'ensemble dans cette
chaîne d'opérations précipitées , les inconvéniens
se manifestent au premier
pas . Le Rapporteur a été forcé de confesser
ces vérités , traitées de révolte
contre la Constitution , lorsqu'on les opposa
à cetté vaste découpure sans cohérence.
Que ceux dont la tyrannie présomptueuse
appelle le fer des enthousiastes
, sur la poitrine de quiconque ose
soumettre les Décrets à l'examen de la
raison , apprennent , par cet exemple ,
que la raison et l'expérience valent bien
les déclamations des Journrux , et le vertige
de notre jeune Liberté.
Le Département de l'Ain observe M.
Gossin , ne peut donner que 1900 mille
livres d'impositions ; ses Administrateurs et
ses Juges, suivant le nouveau systême , lui
coûteront 300,000 livres ; l'ancien régime des
Etats de Bresse , de Dombes et du Bugey ,
n'exigeoit que 60,000 livres.
" Combien de Villes , Chef-lieux de Districts
, où des Tribunaux d'appel ( et ils le
sont tous ) ne peuyent , a continué le Rapporteur
, ni se faire respecter, ni exister ! Les
établira-t- on aujourd'hui pour les détruire
demain ? Quel danger n'y a- t - il pas d'exposer
à la juste critique , peut- être même à la
haine du Peuple , desinstitutions créées pour
son bonheur? car il ne verra jamais ce bonheur
dans des établissemens qui le grèveront
d'impôts... Le mépris qu'affectent pour eux
( 275 )
les Ennemis de la Constitution , ne s'accroîtra-
t il pas par la formation vicieuse des
Tribunaux , là où rien ne les appeloit , où
rien ne peut les soutenir ? »
Mais il s'élève de toutes parts un abus
destructif de vos principes constitutionnels ...
Ja provocation , pour ainsi dire universelle ,
que plusieurs Districts , plusieurs Munici
palités font des voeux des Communes et des
Electeurs , pour les faire appartenir à un
Canton , à un District , à un Département. »
-
De ces considérations , M. Gossin est descendu
à un Projet de Décret qui a éprouvé
de très vives contradictions. Quelques
Membres ont proposé de différer la nomination
des Juges dans les lieux à l'égard
desquels on est indécis. D'autres vouloient
attendre de nouvelles lumières des Assemblées
Administratives , sur des objets que
l'on supposoit irrévocablement terminés . M.
Bouche a pensé que l'Assemblée devoit décréter
que tout est au mieux , et que tout
restera tel qu'il est jusqu'à ce qu'une récla
mation universelle oblige à des changemens ;
ou bien charger le Comité de Constitution
de présenter un Projet de Loi générale qui
réduise uniformément tout Département à
trois Districts .
Il a paru à M. d'André que les Districts ,
obérés de frais de Justice et d'Administration
, pourroient s'adresser , chacun pour
soi , à l'Assemblée Nationale qui seroit toujours
à temps de les incorporer , et qu'une
Loi générale opéreroit un bouleversement.
Cette crainte a décidé l'opinion ; on s'en
est tenu à la premiere partie du Décret présenté
par M. Gossin , en ajournant au
( 276 )
S
12 Novembre , la Petition du Département
de l'Aia .
On a ensuite adopté huit articles qu'a présentés
M. le Brun , au nom du Comité des
Finances , sur la liquidation des Créanciers
du Clergé , auxquels on laisse le choix ou
du remboursement , ou de conserver leurs
rentes dans l'état des rentes constituét s.
La di cussion reprise sur la Contribution
foncière , on a décrété en ces termes le troisieme
article : la rédaction des suivans a
été renvoyée au Comité.
« III. Ces Commissaires se transporteront
dans les différentes Sections , et y formeront
un état indicatif des différentes propriétés
qui sont renfermées dans chacune , ils y prendront
le nom de leur Propriétaire , en y
comprenent les Biens appartenans aux Communes
elles-mêmes .
1.
« Les états , ainsi formés , seront déposés
au Secrétariat de la Municipalité , pour que
tous les Contribuables puissent en prendre
communication."
On se rappelle les Décrets qui excitèrent
les reclamations du Clergé d'Alsace . L'Assemblée
ajourna la délibération à prendre à
ce sujet. Un extrait du Décret d'ajournement
indéfini , et un écrit tendant à persuader
aux Alsaciens que cet ajournement
suspend l'effet des premiers Décrets sur lesquels
on s'oblige à délibérer , cet avis circulaire
, distribué dans les campagnes par
les Bedeaux des Chapitres , fait croire aux
Paysans abusés que l'Assemblée consent traiter
les Prêtres catholiques comme elle a
-traité les Protestans ; ces faux bruits arrê
tent la ciroulation des Assignats en faisant
douter
( 277 ).
douter de la vente des Biens Ecclésiastiques .
Le Maire de Strasbourg adresse cet écrit à
l'Assemblée qui le renvoie au Comité d'aliénation
, chargé de préparer un Projet de Décret.
DU VENDREDI, SÉANCE DU SOIR.
D'après l'ordre du jour M. Chassey a enfin
terminé sa législation sur la vente des
Biens Nationaux ; les derniers articles ont
été adoptés .
Après la lecture d'un Mémoire de M. Monneron
sur Pondichéry , on a remis à plusieurs
Comités le soin d'examiner ce Mémoire , et
l'on a décidé qu'il seroit formé un Comité
Asiatique.
DU SAMEDI it OCTOBRE.
1
M. de Noailles a rendu compte d'une lettre
des Capitaines du Régiment de Châteauvieux
, suivant laquelle les Soldats de ce
Corps , inébranlables neuf mois entiers ,
malgré les exemples et les efforts pervers
qu'ils avoient sous les yeux , égarés ensuite
par quelques uns d'entr'eux , aujourd'hui soumis
et revenus à l'honneur , ont demandé de
restituer à leurs Officiers l'argent qu'ils en
ayoient arraché pendant leur révolte . Sur le
refus des Capitaines , les Soldats ont insisté . -
Ils se regardent comme entachés tant que cet
argent restera entre leurs mains . Ils ont exigé
une reprise sur leur décompte ; les Capitaines
' ont cédé à ces sollicitations honorables . L'Assemblée
a décrété l'impression de cette lettre,
son envoi à tous les Régimens , et l'insertion
au Procès- Verbal.
M. Olivier , un des Députés du Comtat
Venaissin , Jurisconsulte estimable , et qui , aux
connoissances de son état , joint le mérite
d'un esprit sage et réfléchi , a offert à l'As-
No. 43. 23 Octobre 1790 N
( 278 )
semblée un Ouvrage de sa composition , intitulé
: Nouveau Code Civil proposé à la Na -
tion Françoise. On a arrêté de donner place
dans les Archives à ce travail utile , et d'en
faire une mention honorable dans le Procèsverbal
.
La suite des Articles qui concernent la
Contribution Fonciere a reparu aujourd'hui
sous une rédaction nouvelle , et a été décrétée
en ces termes.
« IV . Dans le délai de quinze jours , après
la formation et la publication des susdits
Etats , tous les Propriétaires feront , au Secrétariat
de la Municipalité , par eux ou par
leurs Fermiers , Régisseurs ou Fondés de pou
voirs , et dans la forme qui sera prescrite ,
une déclaration de la nature et de la contenance
de leurs différentes propriétés . Ce
délai passé , les Officiers Municipaux et les
Commissaires - Adjoints procéderont à l'examen
des déclarations , et suppléeront , d'après
leurs connoissances locales , à celles qui n'auront
pas été faites ou qui se trouveroient
inexactes.
.
"
Il sera libre à tous les Contribuables de
prendre communication de ces déclarations
au Secrétariat de la Municipalité.
"« V. Aussitôt que ces opérations pré iminaires
seront terminées , les Officiers Municipaux
et les Commissaires - Adjoints feront ,
en leur ame et conscience , l'évaluation du revenu
des différentes propriétés foncières de
la Communauté , Section Section. par
" VI. Les Propriétaires dont les fonds sort
grevés de rentes ci-devant seigneuriales ou
foncières , d'agriers , de champarts ,
d'autres prestations , soit en argent , soit en
denrées , soit en quotité de fruits , feront ,
་་
D
оп
·
( 279 )
en acquittant ces rentes ou prestations , une
retenue proportionnelle à la contribution ,
sans préjudice de l'exécution des baux à rente
faits sous la condition de la non-retenue des
impositions Royales , suivant l'instruction qui
sera jointe au présent Décret .
44
D
. VII. Les Débiteurs d'intérêts et derentes
perpétuelies , constituées avant la publication
du présent Decret , et qui étoient autorisés à
faire à leurs créanciers la retenue des impositions
Royales , le seront dans la proportion de
la contribution foncière . "
.. VI I. Les Débiteurs des rentes viageres
constituées avant la même époque , et sujettes
aux mêmes conditions , ne feront la retenue
que dans la proportion de l'intérêt que le
capital eût porté en rentes perpétuelles , lorsque
le capital sera connu ; et quand le capital
ne sera pas connu , la retenué sera de la
moitié de la proportion de la contribution
foncière. "
« IX. A l'avenir , les stipulations entre les
contractans , sur la retenue de la contribution
fouciere , seront entièrement libres ; mais la
retenue à raison de la contribution foncière
aura toujours lieu , à moins que le contrat
ne porte la condition expresse de non -retenue.
"
" X. Pour déterminer la cote de la contribution
des maisons , il sera déduit un quart
sur leur revenu , en considération du dépérissement
et des frais d'entretien et de réparation.
"
A la fin de la Séance , on a lu une lettre
de M. le Bailli de Crussol , qui demande un
Congé pour aller consulter M. Tissot à Lausanne
, et se rendre de là à Turin , auprès de
M. le Comte d'Artois , au service duquel il
N1)
280 )
est attaché depuis long - temps. Quelques
Membres de la gauche ont murmuré decettè
indication qui honore M. de Crussel , dont
la demande a été décrétée .
Dans la Séance du soir , on a d'crété
six articles présentés par M. Prugnon , sur
les logemens des Corps Administratifs , et
les bâtimens devenus Nationaux dont ils
seront maîtres de s'emparer. En beaucoup
de lieux , l'usurpation a prévenu les Décrets ,
et c'est un spectacle digne des observations
d'un Philosophe , que cette avidité effrayante
avec laquelle on se jette à discrétion sur les
Edifices du Clergé ; Pexpoliation des Ecelésiastiques
ressemble en divers lieux à un
pillage. Jamais l'avarice et l'inhumanité ne
se deployèrent avec plus d'empressement.
Il résulte des Décrets de M. Prugnon , que ,
tous les édifices publics bâtis par les Villes
sur leurs terrains , et à leurs frais seuls ,
resteront à leur disposition . Tous les autres
seront vendus , saufaux Directoires d'acheter
ou de louer ce qui leur sera nécessaire .
DU DIMANCHE 17 OCTOBRE .
Encore un Département , celui de la
Sarthe , qui demande qu'on mettre en quatre
les neuf Districts que lui donne l'Echiquier
Constitutionnel . M. Gossin a de nouveau
disserté sur cette Pétition qu'on a éludée
pour le moment , en la renvoyant au Directoire
du Département , qui donnera son
avis pour le 12 Novembre .
La discussion ultérieure sur la Contribution
foncière a eu pour objet aujourd'hui ,
l'imposition des bâtimens rustiques . M. de
Dellay d'Agier a combattu le Comité par
des considerations puissantes. M. Ræderer
a défendu avec aigreur l'opinion du Comité.
( 281 )
-
M. Anson a offert un amendement : on l'a
fondu dans le Décret que voici :
་་ Art. XI. Les bâtimens servant aux
exploitations rurales , ne seront point soumis
à la Contribution foncière ; mais le ter- ain
qls occupent sera évalué au taux , deg
meilleures terres labourables de la Communauté.
"
On alloit passer à l'ordre du jour , lorsque
M. Durand de Maillane est venu répéter les
histoires de Carpentras , les conspirations
du Comtat Venaissin , les contre- Revolutions
en enfantement , et autres inventions du
Gazetier d'Avignoa .
"(
Il faut éventer , s'est écrié M. Durand,
qui , quoique Avocat , paroit un profond
Ingénieur , ilfaut éventer les mines et les con
tre-mines. "
11
S'il y a des contre- mines , a répliqué trèsplaisamment
M. de Folleville , les mines ne
sont plus à craindre . "
Du siége de M. Durand on a passé à un
Rapport de 1. Chassey sur les Circulaires
répandues en Alsace , et dénoncées Vendredi
dernier. Le Decret qu'il a proposé déclaroit
crimineis les Prebendaires d'Alsace , et ordonnoit
d'informer contre eux . M. l'Abbé
Maury a pris la parole , et a terrassé ce Rapport
par l'énonce de faits incon estables . Il
a rappelé l'opposition des Chambres Ecclésiastiques
d'Alsace aux Décrets du 4 Août :
opposition connue de l'Assemblée , à elle
sign fier , mentionnée dans le Procès-verbal
du 22 Septembre 1789.
Ici M. Lavie a interrompu l'Orateur , en
disant le fait est faux. Pour réponse , M.
l'Abbé Maury a lu le Procès - verbal ; M. Lavie
est resté muet.
Nig
( 282 )
Le Procès - verbal , a continué M. l'Abbé
Maury , est donc authentique ; on a donc
présenté un Mémoire , dans lequel l'Alsace
demandoit à n'être pas confondue avec le
Clergé de France , et réclamoit une exemp
tion établie sur le Traité de Westphalie .
On ajoorna la question , sans décider que
cette demande n'étoit pas fondée.
Une Assemblée impartiale doit avoir
le courage d'entendre la vérité que j'ai le
courage de lui dire. Les Néron , les Phalaris
n'auroient jamais fait un crime à un
Titulaire de dire : faites attention avant
d'acheter mon bien . L'Assemblée n'a pas le
pouvoir de fabriquer des crimes ; elle ne
peut croire criminel ce qu'un honnête homme
eroit legitime. Les Ecclésiastiques d'Alsace
n'ont rien fait de dangereux ; ils ont conservé
l'espoir que donnoit votre ajournement.
J'en demande l'exécut on . Les véritables ennemis
de l'Etat sont ceux qui exagèrent les
Décrets de vo're Comité Ecclésiastique , ou
plutôt anti-Ecclésiastique .
"
des
Des cris , des huées , des menaces ,
éclats de rire simulés , ont vingt fois interrompu
l'Orateur sans le déconcerter. On n'a
esé ni lui répondre , ni confirmer le Décret
de M. Chassey ; l'Assemblée s'est bornée à
défendre à qui que ce soit de contrevenir à
ses Décrets et d'y porter cbstacle , sous peine
d'être puni .
Après avoir attaqué en détail les Minitres
actuels , tantôt par des dénonciations
privées à l'Assemblée Nationale, tantôt
par des Feuilles calomnieuses ; unjoyr
en inculpant leur conduite , et leur con(
283 )
4
duite justifiée , en inculpant le lendemain
leurs intentions ; après avoir condamné
leur impuissance , lorsque l'anarchie les
réduisoit à l'inaction , et leur audace
lorsqu'ils tentoient d'agir , on a décidé
de les abattre d'un seul coup. Pour les
punir de la nullité où l'on a plongé le
Gouvernement , on va les déclarer privés
de la confiance de la Nation : formule
commode qui dispense même d'accuser ;
et qui renouvelle le bienfait de l'Ostracisme.
La subversion de tout ordre , de
toute discipline , artistement entretenue
dans l'Escadre de Brest , doit servir de
prétexte à cetteDéclaration Nationale ,
faite par l'organe de la Majorité de l'Assemblée,
M.de Mirabeau a porté cette
Motion aux quatre Comités Diplomatique
, Colonial , Militaire et de Marine
réunis , pour préparer le Rapport
des désordres de Brest. Par amen--
dement quelques Membres n'étendoient
l'anathême qu'à MM, de Saint-
Priest et de laiLuzerne. M. Malouet
s'est opposé à cette restriction , qui eût
formé une dénonciation spécifique contre
ces deux Membres. A dix voix près ,
la Déclaration générale a été adoptée :
divers Commissaires ont seulement
demandé une exception en faveur de
M. de Montmorin , qu'ils ont assuré
être parfaitement dans le sens de la
Révolution Cette faveur, ou plutôt cette
disgrace , a été rejetée dans le Projet de
Niv
( 284 )
Décret; aujourd'hui , Mardi , il est porté
à la délibération du Corps Législatif.
On se demandera peut- être par quel
point l'Administration de M. de Saint-
Priest , de M. le Garde-des- Sceaux , du
Ministre de la Guerre , et de celui des
Affaires Etrangères , peuvent correspondre
à ce soulèvement méthodique
d'une Escadre corrompue : on se demandera
comment le Ministre même de la M.-
rine se trouve impliqué dans un systême
d'insurrection contre l'autorité du Roi ,
contre les ordres de ses Agens , contre
les Chefs choisis par lui , contre la surcté
de l'Etat. On se demandera si , en supposant
à la tête de la Marine , au lieu
d'un Ministre dont personne n'accusera
sans calomnie l'intégrité , un Administrateur
factieux et infidèle , il lui seroit
possible , en combinant sa volonté criminelle
avec le pouvoir exténué dont
il est revêtu, de faire réussir la révolte
d'une chaloupe.png
J.
Aussi , n'est - ce point par aucune aceusation
spéciale qu'on se propose d'assiéger
le Gouvernement. Son crime est
de manquer de vigueur , et de prolonger
l'anarchie par sa foiblesse . C'est punir
une sentinelle dont on a lié bras et
jambes , de n'avoir pas su défendre son
poste . La nullité du Gouvernement est
un fait incontestable , le Pouvoir exécutif
n'existe que nominalement dans
les mains des Ministres du Roi : la foible
1
( 285 )
action qu'il a conservée , il la tire de
J'Administration journalière du Corps
Législatif, des Municipalités et des Directoires.
De cette confusion de principes
dérive une désobéissance universelle
; car aucun Décret n'ayant déter:
miné les limites des Pouvoirs , chacun
se juge en droit de résister à l'exécution
des Lois , parce que chacun est autorisé
à en méconnoître la compétence.
Pour remédier à ce vice , le plus grand
dont un Etat puisse être affligé , nous
avons vu les moindres détails de la Puissance
exécutive passer aux Comités ch
Corps Législatif. Ces Directoires suprêries
achèvent d'effacer l'ombre du Gouvernement
; il est anéanti . Il semble
donc aussi indifferent à la Nation qu'au
Ministère , qu'on déplace les Agens de
l'Autorité. Celle - ci ne recouvrera pas
plus d'énergie ; d'où il est démontré que
ce changement ne peut servir qu'à des
intérêts de faction , ou personnels .
Dans des conjonctures terribles , dans
un instant de dissolution publique , qui
sembloit excuser les illégalités , le 16
Juillet 1789 , M. Mouniers'opposa énergiquement
à la Motion que va reproduire
M. de Mirabeau , et que ce Député
, appuyé de M. Barnave , proposa
à cette époque. M. Mounier représenta
qu'influer ainsi sur le choix des Ministres,
c'étoit briser la limite des pouvoirs , s'e mparer
du Pouvoir exécutif, réduire le
N
( 286 )
Roi à un vain titre , et établir le despotisme
dans l'Assemblée . M. de Mirabeau
qualifia cette doctrine d'impie et de détestable.
Il retrouvera aujourd'hui beaucup
d'impies , et je m'honore d'être au
nombre de ces sacrileges.
Chaque Faction , chaque Club à déja
fait un nouveau Ministère , et nomme
ses Créatures . Les Gazettes se chargent
de ces promotions que nous nous garderons
bien de répéter. Avec beaucoup
d'autres , nous sommes convaincus que
ce nouveau coup porté à l'Autorité
Royale , qu'on veut forcer à congédier
arbitrairement des Ministres , dont on
n'ose pas demander le procès , tient à un
plan plus grave. On parle de créer des
Directoires , tels que le Comité des Finances
de l'Assemblée Nationale ; un
Commis , sous le nom de Secrétaire ,
auroit la signature . Quoi qu'il en soit de
ces desseins conjecturés , tout homme de
sang-froid ne verra pas de milieu , entre
la nécessité de rendre au Gouvernement
plus d'autorité , ou de placer le Gouvernement
dans l'Assemblée . Ce dernier
événement renverseroit la Constitution
même , qui , primitivement , et dans ses
Décrets fondamentaux , repose sur l'uni.
té monarchique , la plénitude de la Puissance
exécutive dans les mains du Roi , et
la division inaltérable des Pouvoirs.
Nous avons présenté sur l'affaire de
Brest des faits et des pièces authentiques :
leur lecture aura aidé le Public à pénétrer
la nature et les causes de cet opiniâtre
soulèvement . Par les derniers avis
du 16 , qui nous ont été communiqués ,
l'insubordination des équipages n'avoit
pas augmenté , parce que tout accroissement
étoit impossible . On en jugera
par le résumé des événemens depuis le
commencement du mois : nous en garantissons
la fidélité.
Les Commissaires du Roi , accompa
gnés de deux Officiers Municipaux , s'étant
transportés , le 2 , sur le Majestueux,
ils employerent inutilement les raisonnemens
et les exhortations . L'équipage ,
loin de se soumettre , persista à répondre
qu'il ne vouloit , ni du Code pénal , ni du
Général , ni de son Capitaine de Pavillon ;
que tels étoient les sentimens de toute
l'armée , et qu'ils seroient tous massa.
crés s'ils en différoient . Les Commissaires
revinrent à terre sans avoir abordé
d'autres vaisseaux ; on les prévint qu'ils
y seroient encore plus mal accueillis
et qu'en restant plus long- temps dans la
rade ils courroient le risque d'être insul .
tés. En leur présence , M. d'Albert de.
manda à son équipage , quels reproche,
il avoit à lui faire ; il l'invita à former
contre lui une accusation pardevant les
Commissaires . A ces interpellations , l'é
quipage répondit ; Nous ne voulons pas
de vous.
Cette scène étant décisive , toute au-
Nvi
( 288 )
torité quelconque subvertie , et les Commissaires
n'ayant aucun moyen de soutenir
la leur , M. d'Albert envoya sa
démission à S. M. Il l'annonca à tous
ses Capitaines par une lettre circulaire ,
et au Président de l'Assemblée Nationale.
On lira plus bas les deux premières de ces
dépêches; elles respirent autant de dignité
que de patriotisme et de prudence ; c'est le
langage simple de la douleur noble qui
sied à l'Homme juste et au grand Capitaine.
Depuis , M. d'Albert a redoublé
d'efforts pour engager les Officiers à ne
pas l'imiter, et à coatinuer leur dévouement.
Jamais celui de Gens d'honneur
n'a été mis à une épreuve si déplorable.
Désobéis sar tous les points , ou plutôt
n'osant plus commander ; dans quelques
vaisseaux l'équipage leur a tracé à la
craye la limite de leurs promenades sur le
gaillard lorsqu'on les leur porte ,
on crache sur les plats de leurs répas.
Un Lieutenant de la Bellone ayant
repris un Matelot , cet homme l'a insulté
ét frappé . Le coup ble est resté
libre et impuni . Les Capitaines sont
en quelque sorte prisonniers sur leur
bord ; on ne souffre pas qu'ils mettent
leur canot en mer , sans permission de
l'équipage . Tant d'outrages , rapprochés
du mépris le plus insultant des Décrets
de l'Assemblée Nationale , de l'anéan
tissement de toute discipline , sont néanmoins
excusés par la considération qu'au(
289 )
cun Officier n'a encore été égorgé;
tel est le langage des Patriotes dans le
sens de la Révolution . M. d'Albert a
dû quitter Brest du 16 au 20 ; il séjournera
48 heures à la campagne de Madame
d'Hector , près de Morlaix , d'où
il ira chercher le repos dans la solitude
des montagnes du Dauphiné . Voilà la
destinée d'un Général , auquel la Marine
et la France devoient une éternelle
reconnoissance , qui , au milieu de nos
humiliations , soutint le fardeau de la
gloire de notre Pavillon , et qu'à l'heure
du danger , toutes les voix , il y a deux
-ans , eussent appelé au commandement.
Voici les lettres que nous avons annoncées
:
Lettre circulaire de , M. D'ALBERT aux
Capitaines de l'escadre.
Brest , le 3 Octobre 1790.
J'ai l'honneur , Monsieur , de vous prévenir
que par le prochain Courrier , je compte
supplier le Roi d'accepter ma démission du
commandement de l'escadre ; la répugnance
marquée qu'on témoigne à m'obéir me fait de
cette démarche un devoir indispensable :
en eTet , pourrois- je sans crime , aveuglé par
des vues d'intérêt ou d'ambition , desirer de
rester dans une place dont tout me dit que
je ne puis plus remplir les fonctions avec
honneur , et que des considérations de bien
public m'invitent à quitter; un Chef ne peut
se passer de la confiance des geus qu'il a charge
de commander; je n'ai pas su gagner celles.
des équipages. J'ai gémi ; mais moi- même
( 290 )
j'ai prononcé mon Arrêt. Je jure qu'il est
irrévocable. "
(T Un espoir me console , j'aime à me
flatter que la plus grande partie de ceux qui
montrent tant d'animosite contre moi se
trouvera plus disposée à obéir quand elle
n'aura plus à craindre d'être commandée
par moi . Je serai heureux si le parti que je
prends peut ramener les equipages au sentiment
de leurs devoirs ; cette idee seule.est
capable d'adoucir l'amertume du sacrifice
auquel je me condamne .
"
Elle est bien grande , Mousienr , cette
amertume quand je songe à tout ce que je
pouvois me promettre des Officiers que
j'avois le bonheur de commander... Pardonnez
, je n'ai pas assez de courage pour m'airêter
sur cette trop douloureuse réflexion .
་་
"
Il me reste à vous parler d'une crain´e
qui n'est peut-être pas fondée , mais qui
m'inquiete par l'importance de l'objet sur
lequel elle porte ; je crains que les Officiers
commandant dans l'escadre ne se croient
autorisés par mon exemple à quitter le
commandement qui leur a été confié. Leur
erreur seroit funeste. Les mêmes considération's
de bien public qui me commandent
impérieusement de laisser ma place à un
Chef plus agréable aux équipages , leur défendent
à eux de quitter le poste qu'on leur
a choisi. Ils doivent sentir , je ne doute pas
que vous ne sentiez vous mêmes , que si un
individu quelconque est toujours facile à
remplacer , il n'en seroit pas de mêine d'un
grand nombre d'Officiers principaux , qui
fous à la fois prendroient un parti extrême ;
je n'ai jamais eu jusqu'ici besoin de vous
parler de vos devoir. permettez , mes chers 4M
( 291 291 )
Camarades , que dans ce moment - ci , je vous
en rappelle un qui paroît bien important ,
et laissez -moi espérer que je ne l'aurai pas
fait en vain .
"
"
Lettre de M. d'Albert au Ror.
SIRE ,
Tant qu'un foible espoir à soutenu mon
courage , j'ai compté pour peu les humiliations
et les outrages , de toute espece , qu'il
me falloit dévorer. Aujourd'hui , que je n'ai
plus d'espérance , je me rendrois coupable
envers l'Etat et envers Votre Majesté , si
les mêmes considérations du bien public ,
qui m'ont retenu jusqu'ici , ne me déterminoient
pas à laisser ma place à quelqu'un
plus habile et plus heureux que moi , peutêtre
même que dans l'état desesperé ou est
l'escadre , le changement de Chef deviendra
une ressource salutaire , peut être que mes
Eunemis , ou plutót ceux du bien , effrayés
du mal qu'ils ont déja fait , cra ndront euxmêmes
d'en être les victimes , et que, contens
de me voir éloignéils laisseront les équipages
revenir à l'obéissance , dont ils ont pris
tant de peine à les écarter. Quoi qu'il en soit ,
Sire , il est plus que temps que Votre Majesté
remette en d'autres mains l'autorité
méconnue et avilie dans les miennes . Le
fardeau dont je m'étois trop imprudemment
chargé est au dessus de mes forces ; je ne
puis plus le supporter. Daignez , Sire , ne
pas mettre le comble à mon désespoir en
désapprouvant le parti inaltérable que je suis
forcé de prendre. C'est la grace que mon
amour pour la personne sacrée de Votre
Majesté , et mon zèle pour son service me
fait attendre de ses bontés .
Je suis , etc.
M
( 292 )
L'affreux désordre qui a entraîné la
démission de M. d'Albert a plusieurs
causes ; d'abord l'esprit de licence effrénée
qui a gagné tous les états , et qui
montre au Peuple sa liberté dans le renversement
de toute subordination ; les
doctrines insensées par lesquelles on oppose
l'égalité naturelle des hommes , à
l'inégalité nécessaire que met entre eux
la différence des talens , de l'éducation ,
des classes sociales , et l'autorité légitime
; le fanatisme exécrable qui , depuis
un an invite les hommes à exagérer leurs
droits et à oublier tous leurs devoirs ,
à briser toute relation de dépendance ,
et à envisager comme des traits de patriotisme
, comme des services rendus à
la Révolution , des actes dignes de l'échaffaud
chez les Nations qui ont con-
-servé la moindre idée d'ordre social.
Ajoutez à ce mobile primordial , l'impunité,
la protection même, accordées un
an entier aux révoltes , aux brigandages ,
à la violation de toute morale et de toute
règle ; l'empire incertain et vacillant de
Lois nouvelles, brusquement établies sur
la ruine subite et complète des anciennes
institutions; l'avilissement où l'on a plongé
le Pouvoir le plus respecté dans la Monarchie
; tant d'exemples d'insurrection
justifiés , honorés , lorsque les coups
étoient dirigés contre des dépositaires
Nobles de quelqu'autorité ; l'impunité
surtout des outrages essuyés à Toulon
( 293 )
par M. d'Albert ; les calomnies don't
cent Imposteurs périodiques ont accablé
ce Général ; le projet formé d'expulser
les Officiers actuels de la Marine
Royale , et de livrer nos flottes à l'inexpérience
, à la bravoure sans science
Bavale des Patrons de navires marchands;
l'intervention des Municipalités et des
Clubs des Amis de la Constitution dans
le gouvernement des flottes et des armées;
le poison des Libelles versé dans
l'ame de tous les Matelots ou Soldats qui
savent lire ; enfin , les intrigues de l'ambition
et de la jalousie. Si l'on veut ajouater
les manoeuvres que certaines Personnes
supposent aux Ennemis extérieurs
de l'Etat , on trouvera qué les An-
'glois auroient gratuitement contribué de
Teur argent , à mettre hors de service une
escadre , égarée par tant de causes évidentes
que nous venons de rappeler .
Quelque parti que prenne l'Assemblée
Nationale , celui du désarmement est le
seul que conseillent la sagesse et même la
politique, M. d' Albert en a démontré la
nécessité aux Commissaires du Roi , dans
´une lettre du 6 , où il leur dit entr'autres :
"
Ily a peu de probabilité qu'on ait besoin
de faire sortir l'escadre de tout l'hiver ; mais
ce besoin exista- t - il , je crois avoir le droit
de dire qu'ily auroit impossibilité : cela posé ,
où est le bien d'entretenir sans utilité pendant
tout l'hiver , 15 a 18 mille hommes , dont la
plus grande partie de ceux qui sont bons Ma(
294 )
telots demandent à étre envoyés à la péche
du Hareng ; mais dira- t- on , des considérations
politiques veulent qu'on ait Fair d'être
prêt à prendre la mer , comme si nos voisins
pouvoient ignorer la déplorable disposition
où sont nos equipages , et que nous ne pouvons
pas l'être . Non - seulement nos vaisseaux
armés comme ils le sont dans le moment , sout
acapables de faire aucun service , mais même
il me paroit de toute impossibilite qu'on la
mette en état de servir , sans des moyens
extrao : dinaires et qui demandent du temps. "
La masse des equipages de l'escadre en
général est gangrenee au point de ne potrvoir
rien en espérer ; s'il s'y trouve un grand nom
bre d'individus susceptibles de rentier daus
la bonne voie , ou même qui n'en soient pas
sortis , ce ne sera qu'après les dissolutions des
équipages , que délivrés de la crainte que les
mutins ont su leur inspirer , on pourra en
tirer quelque parti . Renoncez donc a la pos
siblité de faire sortir les vaisseaux avant que
d'avoir régénéré les Soldats et les Matelots ,
débarquez les poudres et les vivres périssa-
·bles , entrez dans le Port les bâtimens tout
armés , n'y laissez pour tout équipage que les
principaux maîtres et quelques Canonniers
Matelots pour les garder ; renvoyez à leurs
régimens les détachemens corrompus, dont la
corruption a si rapidement gagné les Marins ;
repoussez cette détestable race de novices
dans la boue d'où on les a tirés. Enfin , quand
vous aurez besoin que vos vaisseaux sortent ,
levez des gens qui soient véritablement Marins
, et qu'avant de quitter leurs quartiers
ou leur fasse connoitre la loi à laquelle ils auront
à se soumettre; choisissez pour former les
garnisons , des régimens qui ne se soient pas
( 295 )
déshonorés , et embarquez les en entier , et
non par détachement ; les Soldats de terre
trouvant un grand avantage à faire camp: -
gne , que la préference qu'on donnera à ceuxci
soit la recompense de leur bonne conduite.
"
M. Elliot , Envoyé Britannique à
Copenhague , est arrivé ici la semaine
dernière . Il suffisoit de nommer ce Ministre
et de le connoître , pour conjecturer
plausiblement le but de sa mission .
Tandis que des Folliculaires quis'étudient
à étourdirla Nation sur ses dangers , l'enivrer
de sa puissance , et à la plonger dans
une fausse et folles écurité, imprimoient
que M. Elliot venoit soliciter l'intervention
du Roi et de l'Assemblée pour
ménager à M. Pitt un accommodement
avec l'Espagne , cet Anglois étoit chargé
au contraire de confirmer la demande
d'une déclaration cathégorique sur la
destination de nos Escadres , et nous
menacer de la guerre , dans le cas où
notre intention seroit de secourir les
Espagnols. La rupture entre les Cours
de Londres et de Madrid semble inévitable
, ainsi que nous l'avons dit à l'article
d'Angleterre cette guerre funeste
va nous atteindre , à moins que nous
ne souscrivions au déshonneur de la
neutralité . Tel aura été le fruit des Libelles
périodiques contre le Pacie de
Famille , des déclamations incendiaires
des Clubs sur ce Traité , de la fatale
( 296 )
indécision où l'on est resté trop longtemps
, du Décret tardif à ce sujet , et
qui , combiné avec l'insurrection de
Brest , a déterminé l'Angleterre å braver
ce simulacre d'armement.
Le Conseil général de la Commune
ayant délibéré sur la continuation du
Comité des Recherches , les opinions
se sont divisées en nombre égal ; 67
voix pour , et 67 contre. C'est à M.
Bailly que la Liberté doit la conservation
de ce Comité ; il a rompu l'équilibre
en votant pour le continuer ,
et qui pis est , pour le remercier : les
vrais Patriotes , les Amis sincères de la
Liberté doivent apprendre que l'avis de
supprimer ce Comité a été ouvert par
M. de Vauvilliers , honoré à juste titre
de l'estime et de la confiance de ses
Concitoyens.
Après le dégoût de lire des Feuilles
publiques , rédigées par des Ecrivains
ou ignorans , où insensés , le plus cruet
tourment est d'être obligé de les réfuter.
Mais il est des vérités auxquelles on doit
le sacrifice de sa répugnance . Celles de
ces Feuilles ivres qui se sont arrogé le
Département de la Suisse , répandent
chaque jour de nouvelles impostures sur
cette Contrée. Elles ont à leurs ordres
des Lettres prétendues du Pays , et fabriquées
dans les Clubs , ou recueillies
dans les boues du Palais Royal . La se
maine dernière , elles imprimèrent que
le Gouvernement de Berne avoit fait
( 297 )
arrêter un jeune Francois très-estimé ,
pour quelques propos sur les troubles
du Bas-Valais ; que , considéré comme
un Emissaire de la Propagande ,
le
Bailli de Vevay i'avoit engagé amicalement
à venir le voir , et qu'à peine
arrivé , huit Grenadiers le saisirent
et le mirent au cachot dans le Château
de Chillon . Ces Feuilles finissent par se
lamenter sur l'indocilité des Habitans
du Pays de Vaud , et sur l'éloignement
dans lequel leur caractère juste et sensé
recule la révolution salutaire , le retour
à l'égalité Républicaine. La douleur
de ces Périodistes est très- bien fondée . Il
est très sûr que les Suisses , eussent- ils
jamais eu envie de sacrifier leur bonheur
, leur liberté , leur repos , leur
inestimable sécurité , à la déraison de
quelques Sophistes , aux chimères de
quelques Fous , et aux calamités , au
travers desquelles ils arriveroient à l'a
narchic , seroient guéris de ce désir , en
jetant les yeux sur les oeuvres et le
théâtre de leurs Prédicateurs Etrangers.
Tout le reste du récit précédent est faux
ou altéré.
Il est très vrai que divers Emissaires
propagateurs , animés par le fan- tisme
ou par l'intérêt , et armés par le Machiavélisme
, se sont répandus dans le
Pays de Vaud , avec le dessein de le
conquérir à la licence , et aux opinions
( 298 )
passagères sur lesquelles on l'établit ailleurs
: il est vrai encore qu'ils ont proposé
les mêmes moyens , et qu'ils se
sont rendus coupables du plus grand de
tous les crimes , celui de tenter d'arracher
des Peuples libres et heureux , à un Gouvernement
sage , modéré et paternel ;
de leur prêcher la révolte contre les
Lois , qui depuis trois siècles ont opéré
leur félicité , comme on la prêcheroit
aux esclaves opprimés de la Russie ou
de l'Indostan. L'un de ces Propagateurs ,
le Marquis de C. ( et non point de Périgny
, ainsi que l'ont dit les mêmes Gazettes
a répandu des Libelles incendiaires
, et obligé , par ses manoeuvres , le
Baili de Vevay à le faire arrêter . Les
circonstances prétendues de cette arrestation
sont une fable stupide : le Magis
trat n'avoit pas besoin de surprise pour
s'assurer de cet Etranger. On l'a tran.-
féré au château de Chillon , et ensuite
à Berne. Ses papiers ont été saisis ; il
sera jugé , et probablement condamné à
être enfermé à la forteresse d'Arbourg.
Ce ne seroit pas un châtiment trop sévère
d'une si criminelle violation de l'hospitalité
, et du droit des Nations. Un
autre François qui faisoit le mêine mëtier
, a été aussi pris le 4 en fl - grant délit
dans le Bas- Valais : arrêté à 9 heures
du soir , il fut pendu le lendemain à
9 heures. Nous publions ces faits , afin de
prémunir les Moines politiques , qu'on
envoie ainsi vagabonder dans l'Etran(
299 )
ger ponr y travailler en fermentation . Ils
ont tout à perdre dans leurs projets sur la
Suisse , et nulle conquête à espérer . Ces
tentatives n'ont abouti qu'à mettre dans
un plus grand jour l'attachement général
des Habitans du pays de Vaud pour le
Souverain . Ils viennent de luien renouveler
les témoignages expressifs ; la ville de
Vevay entre autres a mérité l'estime que
l'on doit à la raison , à la droiture et aux
sentimens patriotiques , par l'Adresse
suivante, qu'elle vient de faire passer au
Grand Conseil de Berne.
Souverains Seigneurs , le mouvement qu
vient d'avoir lieu en Valiais , paraissant a
tivér l'attention de Vos Excellences , les Cot .
seils de la Ville de Vevay , fideles Sujets
de l'Etat , s'étant assembles à l'extraordinaire
, et agissant tant en leur nom , qu'en
celui de la Bourgeoisie , ont cru devoir saisir
cette circonstance , et singulierement
celle du Mandement exhortatoire et paternel
du trois courant , pour offrir à V. E
une respectueuse Adresse. i
Pénétrés de ' a plus vive reconnoissan
pour le Gouvernement , également juste ,
sage , genereux et modéré de V. E. , ils n'ont
qu'a benir la Divine Providence de les avoir
fait naître sous leur bienfaisante Domination.
Rassurés contre la crainte de ces guerres
étrangeres qui agitent et écrasent si frequemment
les diverses Nations de l'Europe , certains
de leur sureté individuelle , et de lajouissance
pleine et entiere de leurs propriétés
à l'abri de l'oppression , et de ces vexations
particulieres qui tourmentent tant d'autres
Pays , les Conseils et la Bourgeoisie sentent
vivement le bonheur dont ils jouissent ; c'est
( 300 ),
donc autant par amour que par devoir , qu'ils
viennent aujourd'hui renouveler à V. E. les
assurances , non- seulement de la plus inaltérable
fidélité , mais encore de leur dévoucment
à maintenir la Constitution actuelle de
Etat , et à défendre la Patrie au péril de
leurs vies et de leurs fortunes. "
L'insurrection accidentelle du Bas
Valais est entièrement appaisée . Cela
fàchera M. Cerutti , Auteur d'une Feuille
innocente , qu'il intitule Feuille Villageoise
: dans cet humble recueil ( Nº. 2 ) ,
où l'Auteur fait l'éducation des Paysans ,
il les entretient des Assignats , et du
Rapport de M. Chabroud. Il apprend
aux campagnes que le procès fait aux Régicides
, aux Assassins des 5 et 6 Octobre ,
étoit un procès fait à la Révolution . Il
passe delà à des notions importantes ;
il dresse les petits enfans à l'étude de la
Géographie ; on saura désormais, dans
chaque hameau que Paris est la Capitale
de la France , et Madrid celle de
' Espagne. De ces grandes cons , M.
Cerutti , passant aux Gouvernemens ,
il communique aux honnêtes Cukivateurs
, que les Valaisans , vexés par
le Sénat Aristocratique de Berne ont
chassé leurs Gouverneurs , et qu'ils
vivent dans les montagnes. Ah ! M.
Cerutti, faut- ikvous apprendre que ja
mais le Valais n'appartint à la domination
de Berne , et qu'il forme une
République indépendante , et alliée du
corps Helvétique ?
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOGNE.
De Varsovie , le 5 Octobre 1790 .
APRÈS avoir
renouvelé , le 24 Septembre
, l'ancienne Loi fondamentale ' qui
attribue à la Nation , c'est- à- dire , à la
Noblesse , le droit d'élire librement son
Roi , la Diète s'est enfin accordée à consulter
les Diétines sur le genre de cette
Election
constitutionnelle . Le projet
d'Universal adressé aux Commettans ,
leur prescrit le 16 Novembre pour la
tenue de leurs Assemblées. A cette décision
, M.
Matuszewitz
Nonce de
Brezesc , proposa d'en ajouter une seconde
, tendante à obtenir des Diétines
une confirmation des Nonces actuels ,
ou une élection de nouveaux Députés ,
Nº. 44. 30 Octobre 1790 0
( 302 )
afin que la Diète actuelle , tenue sous les
liens d'une Confédération générale et
sous la Présidence continuée de ses Maréchaux
actuels , ne fût point interrompue
jusqu'à l'accomplissement de ses travaux
politiques. Malgré l'appui que le
Roi donna à ce Projet , il fut pris ad deliberandum
, et ajourné à une autre
Séance.
Puisque le Successeur au Trône sera
nommé du vivant de S. M. , on suppose
sans peine les innombrables intrigues
auxquelles la proxinité de cette nomination
donne lieu. La Cour de Russie a
multiplié les caresses , les offres , les tontatives
, pour faire adiuger la Couronne
à l'un de ses Petits- Fils. Elle alloit
dit-on , jusqu'à promettre de restituer ses
usurpations sur la République. Ces efforts
et ces artifices n'ont séduit que
quelques Intrigans , et le voeu général
s'est arrêté à l'Electeur de Saxe : le Roi
lui-même n'a pu se refuser à ce choix
presqu'ananime , justifié par les anciennes
liaisons de la République avec la
Maison de Saxe , et par les bonnes qualités
de l'Electeur actuel . Ce Prince n'a
point d'enfans mâles ; circonstance qui ,
en laissant subsister parmi nos Magnats
l'expectative d'une nouvelle donation de
la Couronne , après la mort de l'Electeur
, a contribué à réunir les suffrages
en su faveur. Incessamment , la Diète le
( 303 )
proposera en forme , comme Successeur
éligible du Roi vivant.
Les Etats ont sanctionné le Traité de
Commerce entre la Prusse et la République.
M. de Lucchesini l'a reçu avant
son départ. Les plaintes du Commerce de
Dantzick ont été accueillies par des promesses
, et par l'assurance que le Traité
avec la Prusse ne lui étoit pas si défavorable
que le bruit public l'avoit annoncé.
En reprenant, il y a deux ans , sa place
dans la hiérarchie politique , la République
nomma des Envoyés auprès de
diverses Cours Etrangères. On vient de
compléter notre Corps Diplomatique ,
en nommant M. Oraczewski , Envoyé
extraordinaire et Ministre Plénipotentiaire
auprès du Roi de France , et M.
Morski , en la même qualité auprès de
la Cour d'Espagne .
Des lettres authentiques de Constantinople
ont réduit à sa juste valeur la
prétendue victoire navale des Russes sur
la mer Noire , les 8 et 9 Septembre. II
est vrai que la Capitania , trop éloignée
du reste de l'escadre Ottomane
fut entourée de dix vaisseaux Russes , et
qu'après une sangiante résistance , le
Commandant se fit sauter , plutôt que de
se laisser aborder . Cette explosion fit périr
un des bâtimens ennemis . Après le
combat indécis , les Russes rentrèrent
O ij
( 304 )
dans le Boristhène , et les Ottomans à
Gexeré.
ALLEMAGNE.
De Berlin , le 12 Octobre 1790.
Puisque la Russie , en rejetant toute
médiation pour rester libre d'écraser les
Turcs par un Traité , nous cblige de
résister à ces entreprises éternelles et
infinies , dont la chaîne a commencé à
l'Election du Roi de Pologne actuel ,
et dont les suites livreroient finalement
à son ambition le Levant et le Nord
de l'Europe , il a bien fallu reprendre
l'attitude propre å de semblables conjonctures.
L'ordre de rejoindre a été envoyé
aux Semestriers ; plusieurs Régimens
qui retournoient dans leurs cantonnemens
ont suspendu leur route ; les
Valets d'Artillerie sont rappelés , la
vente des chevaux de trait est contremandée
; en un mot , la plupart des
dispositions qui présagent une guerre ,
se sont développées depuis quinze jours .
Elles ne sont encore que précautionnelles
; la saison où nous allons entrer
ne permettroit guère d'entrer en Campagne
cette année ; à moins que notre
Cabinet ne voulût frap per un coup subit ,
tandis que les Armées Russes ont les
Turcs à contenir. Lesforces re spectables
qui sont rassemblées sous les ordres de
( 305 )
M. de Mollendorf, serviroient alors à
ce dessein ; car quoique les Gazettes
placent 60,000 Russes en Livonie , il
s'en trouve à peine de quoi résister à
l'avant-garde de notre Armée. La conservation
de la paix dépendra essentiellement
de la contenance que gardera
la Porte Ottomane. Quant à l'Empereur ,
on a répandu le bruit que son Ministre
ici , le Prince de Reuss , avoit déclaré
que sa Cour se regardoit comme liée
par son Alliance avec la Russie , dans
le cas où cette Puissance auroit à soutenir
une nouvelle guerre. On ajoute
que notre Ministère a demandé à ce
sujet une réponse nette à Léopold II ,
et que le Courrier porteur de cette demande
est attendu de Francfort dans
peu de jours . Il est raisonnable de douter
de la teneur prétendue de cette Déclaration
, dont les suites pourroient_entraîner
la ruine de la Convention de Reichenbach
, et plonger l'Allemagne dans
une guerre générale , que la sagesse de
l'Empereur , et sa condescendance ont
voulu prévenir. Quoi qu'il en soit ,
nous sommes prêts à tout événement ;
mais surement les bravades du Prince
Potemkin ne désarmeront pas les
Troupes et les Ministres de Frédéricle-
Grand.
Quelques Papiers publics avoient déja
annoncé l'entrée d'une escadre Russe dans
la rade de Dantzick , l'occupation de
O iij
( 306 )
cette Ville par nos Régimens , et cent
sottises pareilles. Le fait est qu'un vaisseau
Russe , faisant partie d'une escadre
de trois ou quatre bâtimens de cette
Nation , qui se trouve à la rade de Copenhague
, est venu chercher des provisions
à Dantzick , et y transporter le
Général Suédois de Sprengporten , fameux
par la part qu'il eut à la défection
de l'armée de Finlande , et que l'Impératrice
renvoie hors de ses Etats. Comme
on ignoroit la destination de ce vaisseau ,
le Général de Brunning rassembla
quelques détachemens , fit garnir les batteries
du Farhwasser , et entrer le Régiment
de Hanstein sur le Nehrung ,
Banlieue de Dantziok. En même temps,
M. de Lindenowski , notre Résident ,
avertit la Régence que ce mouvement
n'avoit pour but que d'empêcher à tout
événenient l'approche des Troupes Etrangères
. Le vaisseau Russe s'étant éloigné ,
le Régiment de Hanstein est rentré dans
ses quartiers . Le Général de Moliendorf
est à Dantzick en ce moment (-) .
(1) Quelques Feuilles ont répandu sur cet
incident de bien absurdes faussetés . Elles
J'ont représenté comme une invasion de
Dantzick, comme un trait de Machiavelisme
digne de la politique des Rois , comme un
coup de tocsin pour l'Europe entiere. Il ne
manquoit à ces déclamations de quelque
Maître d'école travesti en Gazetier , que la
( 307 )
DeFrancfort surle Mein , le 17 Octobre.
Le Landgrave de Hesse- Cassel avoit
rassemblé six mille hommes à Bergen ,
où ils ont formé un Camp de plaisance .
Leurs Majestés Impériales , Leurs Ma--
jestés Siciliennes , les Electeurs Ecclésiastiques
, les Archiducs et les Archiduchesses
se rendirent à ce Camp le 12 .
Ils assistèrent aux manoeuvres qui furent
très-brillantes , et exécutées avec une
étonnante précision . Cette petite Armée
d'élite, composée des plus beaux hommes,
passa en revue devant Leurs Majestés
Impériales , qui dînèrent ensuite sous des
tentes.
Au retour , le Roi de Naples se trouva
indisposé , et le surlendemain la rougeole
s'est déclarée. Comme elle s'annonce
avec bénignité , et que dans peu
dejours ce Prince sera en état de monter
en voiture , l'Empereur ne l'a point atvérité
du fait . Dans ce même fatras politique
et périodique , on lit que la Prusse est
réduite à la nullité , que M. de Hertzberg
est un brigand , qu'il est disgracié , que les
Prussiens le méprisent , que le Nord se confédére
contre la Prusse , et cent autres his
toires de cette force . Voilà ce qu'on imprime
journellement à Paris , et que des Lecteurs
plus so's que le Gazetier , citent comme la
nouvelle du jour , et l'histoire des Cabinets
de l'Europe.
O i'v
( 309 )
tendu , et est parti le 15. De Vienne
où il s'arrêtera fort peu de jours , ce Monarque
se rendra immédiatement à Presbourg
, où il recevra , le 15 Novembre ,
la Couronne de Hongrie .
On ignore encore l'effet qu'aura produit
la résistance , ou plutôt le premier
échauffement des Sections de Liège
contre l'arrangement arrêté par le Collége
Electoral. En lisant ce Recez , on
ne peut douter que la Cour de Berlin
ne sesoit désistée de la protection qu'elle
avoit accordée aux prétentions des Insurgens.
Il paroît dans cette transaction ,
sous la simple qualité d'Intercesseur , et
que son Ministres'est engagé à employer
tous les moyens possibles pour faire accepter
à Liège les conditions prescrites .
GRANDE- BRETAGNE.
De Londres , le 21 Octobre.
L'arrivée du Sieur Wifflin , Courrier
du Cabinet , venu de Madrid en dix
jours , dit-on , au Bureau du Duc de
Leeds , avec des dépêches de M. Fitz-
Herbert , n'a point tiré l'opinion de l'incertitude
où elle continue de flotter.
Immédiatement après l'arrivée du Courrier
, le Conseil s'assembla , et le résultat
de sa délibération fut envoyé à S. M.
à Windsor. Rien de certain n'a transpiré.
On sait seulement que la négociation
( 309 )
n'est point terminée , et l'on attend à la
fin de la semaine un second Courrier
plus décisif. Ce Messager , dont l'impatience
publique abrège le voyage , pourroit
bien ne pas y répondre si promp
tement , si c'est le même qui porte à
M. Fitz-Herbert l'ordre de finir la négociation
, ou de se retirer .
1
Il seroit fastidieux de répéter les conjectures
et les raisonnemens : c'est toujours
le même cercle. L'opinion se promène
autour du Cabinet sans y pénétrer .
Chacun se fait Augure suivant ses intérêts
. Les gens à argent , qui ne voient
dans les intérêts des Nations que la hausse
o la baisse des Fonds publics , les Gens
a argent pour qui le Traité public le
plus glorieux ne vaut pas un gain de
cent guinées , soutiennent leurs espérances
tant qu'ils peuvent à force de
vouloir faire croire à la certitude de
paix , ils se la persuadent à eux - mêmes ,
et par des motifs plus nobles , tous les
vrais Citoyens en forment le vou . On est
du moins assuré maintenant qu'aucune
hostilité ne précédera la rupture formelle
de la négociation.
Les dispositions viriles continuent
comme si elle étoit rompue. Les Gardes
se mettent en route pour Portsmouth en
deux divisions , Lundi et Mardi prochain.
Quatre vaisseaux , chacun de 44 canons ,
sont prêts à les recevoir ; ils s'embarque
ront immédiatement.- 300 hommes du
( 310 )
Corps de l'Artillerie , sous le commandement
du Major Sowerby , sont partis
Le Gravesend , sur des transports qui les
conduisent , une partie à Gibraltar , et
l'autre aux Antilles.
Le Général Boyd , Lieutenant - Gouverneur
de Gibraltar durant le dernier
siége de cette forteresse , et jusqu'à la
mort de Lord Hat-field , a été nommé
par le Roi successeur de ce célèbre Commandant
, mort cet Eté à Aix-la-Chapelle.
Le Major-général Henry Calder
a obtenu la place de Lieutenant - Gouverneur.
L'un et l'autre vont s'embarquer.
A la date du 16 , Milord Howe se trouvoit
à bord de son vaisseau Amiral la
Queen Charlotte , de 110 canons. La
veille , il avoit envoyé des ordres secrets
à tous les Capitaines . On avoit enjoint
au Royal Sovereign , aussi de 110 canons
, de se tenir prêt à lever l'ancre.
Neuf Pavillons de Commandans flottoient
à bord de l'escadre. Les mouvemens
des ports et chantiers sont toujours
les mêmes ; on ne voit que vaisseaux équipés
, en équipement , ou passant d'une
station à l'autre.
( 311 )
FRANCE.
De Paris , le 27 Octobre.
ASSEMBLÉE NATIONALE .
Décret sur les Juges de Paix , rendu le Jeudi
14 Octobre.
་་
TITRE Ier. Des Citations.
Art. I. Toute citation devant les Juges
de Paix sera faite en vertu d'une cédule du
Juge , qui énoncera sommairement l'objet de
la demande , et désignera le jour et l'heure
de la comparution .
"
"
II. Le Juge de Paix délivrera cette cédule
à la réquisition du demandeur ou de
son porteur de pouvoirs , après avoir entendu
l'exposition de sa demande. "
« III. En matieres purement personnelles
on mobilières , la cédule de citation sera
demandée au Juge du domicile du Défendeur
. "}
, IV. Elle sera demandée au Juge de la
situation de l'objet litigieux , lorsqu'il s'agira ,
1 ° . Des actions pour dotumages faits , soit
par les hommes , soit par les animaux , aux
champs , fruits et récoltes ;
31
2º. Des déplacemens de bornes , des usupations
de terres , arbres , haies , fossés et
autres clôtures , commises dans l'année , des
entreprises sur les cours d'eau servans à l'arrosement
des prés , commises pareillement
dans l'année , et de toutes autres actions
possessoires ;
« 3°. Des réparations locatives des maisons
et fermes ;
4. Des indemnités prétendues par le
( 312 )
•
Fermier ou Locataire pour non jouissance ,
lorsque le droit de l'indemnité ne sera pas
contesté , et des dégradations alléguées par
le Propriétaire.
"
" V. La notification de la cédule de citation
sera faite à la Partie poursuivie par
le Greffier de la Municipalité de son domicile
, qui lui en remettra copie , ou la laissera
à ceux qu'il aura trouvés en sa maison.
ou l'affichera à la porte de la maison , s'il
n'y a trouvé personue . Le Greffier fera mention
du tout , signée de lui , au bas de l'original
de la cédule .
"
« VI . Les cédules de citation , et leurs.
notifications seront écrites sur papier timbré ,
dans les Départemens où le Timbre a eu
lieu jusqu'à présent , et ne seront sujettes ni
aux droits , ni à la formalité du contrôle . »
"
VII. Il y aura un jour frane au moins
entre celui de la notification de la cédule
de citation et le jour indiqué pour la comparution
, si la Partie citée est domiciliée
dans le canton , ou dans la distance de quatre
lieues.
Il y aura au moins trois jours francs , si
la Partie est domiciliée dans la distance depuis
quatre lieues jusqu'à dix ; au - delà , il
sera ajouté un jour pour dix lieues . »
10 Dans le cas où les délais ci - dessus n'auront
pas été observés , si le Défendeur ne
comparoît pas au jour pour lequel il aura
été cité , le Juge de Paix ordonnera qu'il soit
réassigné . "
IX. Si au jour de la première comparution
, le Défendeur demande à mettre un
garant en cause , le Juge de Paix lui déli-
Trera une cédule de eitation , dans laquefte .
( 313 )
il fixera le délai de comparoître relativement
à la distance du domicile du garant. »
"
X. Il n'y aura plus lieu à la citation en:
garantie , si la demande n'en a pas été
formée au jour de la première comparution
du Défendeur ; et celle qui auroit eté accordée
demeurera comme non -avenue , si elle
n'a été notifiée au garant à temps utile pour:
l'obliger de comparoître au jour indiqué ;
sauf au Défendeur à poursuivre l'effet de la
garantie , s'il y a lieu , séparément de la
cause principale.
"
D
XI. Les Parties pourront toujours se
présenter volontairement et sans citation
devant le Juge de Paix , en déclarant qu'elles
lui demandent jugement auquel cas il
pourra juger seul leur différend , soit sans
appel dans les matières où sa compétence
et en dernier ressort , soit à charge d'appel
dans celles qui excèdent sa compétence en
dernier ressort ; et cela , encore qu'il ne fût
le Juge naturel des Parties , ni à raison du
domicile du Défendeur , ni à raison de la
situation de l'objet litigieux . »
TITRE II. De la comparution devant le Juge
de Paix.
"
" « Art. Ier . Au jour fixé par la citation
ou convenu entre les Parties , au cas qu'elles
aient consenti de se passer de citation , elles
comparoîtront en personne , ou par leur
fondé de pouvoirs , devant le Juge de Paix ,
sans qu'elles puissent fournir aucunes écritures
, ni se faire représenter ou assister par
aucune des personnes qui , à quelque titre
que ce soit , sont attachées à l'Ordre Judiciaire.
"
« II. Si , après une citation notifiée , l'une ་་
( 314 )
des Parties ne comparoît pas au jour indiqué
la cause sera jugée par défaut , à moins qu'il
n'y ait lieu à la réassignation du Defendeur
au cas de l'art. VII du titre précédent . "
III. La Partie condamnée par défaut
pourra former opposition au jugement dans
les trois jours franes de sa signification , en
vertu d'une cédule qu'elle obtiendra du Juge
de Paix , et qu'elle fera notifier à l'autre
Partie , ainsi qu'il est dit au Titre précédent
pour les cédules de citation .
(
"
IV. La Partie opposante qui se laisseroit
juger une seconde fois par defaut sur son opposition
, ne sera plus reçue à former une
opposition nouvelle . »
V. Lorsque les deux Parties , ou lears
fondes de pavoirs , comparoitront , elies
seront entendues contradictoirement par
elies-mêmes ou par leurs fondés de pouvoirs
; et la cause pourra être jugée sur le
champ , si le Juge de Paix et ses Assesseurs
se trouvent suffisamment instruits. "
« VI. Il y aura lieu à juger sur le champ ,
toutes les fois qu'il ne sera pas nécessaire pour
l'entier éclaircissement de la cause , soit d'accorder
à une des Parties un délai pour présenter
des pièces dont elle ne se trouveroit
pas saisie , soit d'ordonner une enquête , ou
La visite du lieu contentieux . "
"
TITRE III. Des Enquêtes.
Art. Ir . Si les Parties sont contraires
en faits qui soient de nature à être constatés
par témoins , et dont le Juge de Paix
et ses Assesseurs trouvent la verification
utile et admissible , le Juge de Paix avertira
les Parties qu'il y a lieu de procéder
par enquête , et les interpellera de déclarer
( 315 )
si elles veulent faire preuve de leurs faits par
témoins. })
II. Lorsque , sur cet avertissement , les
Parties , on l'une d'elles , requerront d'être
admises à faire preuve par témoins , le.
Juge de Paix , de l'avis de ses Assesseurs ,
ordonnera la preuve , et en fixera précisément
l'objet. "
"
III. Les Témoins seront toujours entendus
en présence des deux Parties , à moins
que l'une d'elles ne soit défaillante au jour
indiqué pour leur audition ; et elles pourront
fournir leurs reproches soit avant , soit après
les dépositions . "
IV. Il sera procédé au jugement définitif
aussitót après l'audition des Témoins.
sans qu'il soit nécessaire de faire écrire la
prestation des Témoins , les reproches ni les
dépositions dans les causes où le Juge de
Paix prononce en dernier ressort ; mais les
uns et les autres seront écrits par le Greffier
dans les causes sujettes à l'appel . Dans les
premieres causes , les Assesseurs seront toujours
présens. Dans ies secondes , ils pourront
assister ou s'abstegir . »
V. Dans tous les cas où la vue du lieu
est utile , pour que les dépositions des Témoins
soient faites et entendues avec plus
de sureté , et spécialement dans les actions.
pour déplacement de bornes , pour usurpations
de terres , arbres , haies , fossés , ou
autres clôtures , et pour entreprises sur les
cours d'eau , le Juge de Paix sera tenu de se
transporter sur le lieu , et d'ordonner que
les Témoins y seront entendus .
>>
TITRE IV. Des visites de lieu , et des appréciations.
Art. Ier . Lorsqu'il s'agira , soit de cons(
316 )
tater l'état des lieux dans le cas d'entreprises ,
de dommages , de dégradations , et autres
de cette nature , soit d'apprécier la valeur
des indemnités et dédommagemens demandés
, le Juge de Paix et ses Assesseurs ordonneront
que le lieu contentieux sera visité par
eux , en présence des Parties . "
« II. Si le Juge de Paix et ses Assesseurs
trouvent que l'objet de la visite ou de l'appréciation
exige des connoissances qui leur
soient étrangères , ils ordonneront que des
gens de l'art , qu'ils nommeront par le même
jugement , feront la visite avec eux , et leur
donneront leur avis . "
"( III. Dans le cas où les Assesseurs qui
auront concouru au jugement qui ordonne
la visite , où l'un d'eux ne se trouveroit pas
sur le lieu contentieux au jour et à l'heure
indiqués , le Juge de Paix appelleroit un ou
deux Assesseurs du nombre des Prud'hommes
nommés dans la Municipalité du lieu où se
fera la visite. »
" IV. Il ne sera pas nécessaire de faire
écrire le procès - verbal de visite , ni l'avis des
gens de l'art dans les causes où le Juge de
Paix peut prononcer en dernier ressort ; ils
seront écrits par le Greffier , seulement dans
les causes sujettes à l'appel. "
La fin à l'ordinaire prochain.
DU LUNDI 18 OCTOBRE.
Le Régiment de Lorraine , Infanterie, proteste
de son entier dévouement au maintien
des Décrets de l'Assemblée Nationale , et
manifeste le tendre attachement des Soldats
pour M. de la Tour-du-Pin leur ancien Commandant.
( 317 )
M. Thouret présente , au nom du Comité
de Constitution , quelques articles additionnels
relatifs aux Juges de Paix et à leur
récusation. L'inimitié notoire entre le Juge
et les Parties , et l'indiscrétion du Juge qui
auroit révélé son opinion avant le jugement ,
paroissoient à M. Bouche devoir être comptées
parmi les motifs de récusation ; mais on doit
supposer que des Juges élus par le Peuple ne
seront ni haineux , ni indiscrets . Sans discussion
ultérieure , les articles ont été décrétés
en ces termes :
TITRE II. Sur la récusation des Juges de
Paix.
" ART. I. Les Juges de Paix ne pourront
être récusés que quand ils auront un intérêt
personnel à l'objet de la contestation , ou
quand ils seront parens ou alliés d'une des
Parties , jusqu'au degré de cousin issu de
germain , inclusivement. »
"
II. La Partie qui voudra récuser un Juge
de Paix , sera tenue de former la récusation ,
et d'en exposer les motifs par un acte qu'elle
déposera au Greffe du Juge de Paix , dont
il lui sera donné par le Greffier une reconnoissance
faisant mention de la date du dépôt
"
22
III. Le Juge de Paix sera tenu de donner
au bas de cet acte , dans le délai de deux
jours , sa déclaration par écrit , portant , ou
son acquiescement à la récusation , ou son
refus de s'abstenir , avec ses réponces aux
moyens de récusation allégués contre lui. »
"
IV. Les deux jours étant expirés , l'acte
de récusation sera remis par le Greffier à la
Partie récusante , soit que le Juge de Paix
ait passé sa déclaration au bas de cet acte
ou non ; il en sera donné décharge au Greffier
par la Partie si elle sait signer ; et si elle
( 318 )
ne le sait pas , le Greffier fera la remise , t
endressera Procès- verbal en présence de deux
témoins qui signeront ce Procès - verbal avec
lui. "
" V. Lorsque le Juge de Paix aura déclaré
acquiescer à la récusation , on n'aura passé
aucune déclaration , il ne pourra rester Juge ,
et sera remplacé par l'un des Assesseurs
qui connoîtra de l'affaire avec l'assistance de
deux autres Assesseurs . "
་ ་
VI. Si le Juge de Paix conteste l'acte
de récusation , et déclare qu'il entend rester
Juge , le jugement de la récusation sera déferé
au Tribunal de District qui y fera droit
sur les simples Mémoires des deux Parties
plaidantes , sans forme de procédure et sans
fiais .
A la suite de quelques articles nouveaux ,
proposés par le Comité Ecclesiastique , et
décrétés , on est revenn à la contribution fon
cière , et d'après l'observation de M. Durand
de Maillane , on a adopté l'article suivant.
" ART . X. Les Manufactures , Forges ,
Moulins et autres usines seront imposés seulement
sur les deux tiers de leur valeur locative
, attendu les réparations et entretien couteux
qu'exigent ces objets. "
M. la Rochefoucault a fait ensuite ordonner
au Comite des Finances de remettre incessamment
au Comité dImposition l'état de
toutes les dépenses décrétées , et l'aperçu de
celles qu'on n'a pas encore déterminées .
Sur les instances de M. Antoine , afin que
les Membres du Parlemen de Toulouse ,
livrés par un Décret à la justice d'un Tribonal
qui n'existe pas encore , ne soient ni
condamnés sans jugement , ni renvoyés au
Châtelet , et pour obvier aux troubles , aux
( 319 )
sujets d'inquiétude qui naissent du jour au
lendemain dans plusieurs Départemens , l'Assemblee
décrète que le projet d'organisation
du Tribunal destiné à connoître du crime de
haute trahison , sera présenté à la Séance de
Jeudi matin .
On avoit adroitement fait lire hier une
lettre du Département de la Gironde , qui
celébroit le patriotisme avec lequel il avoit
échangé contre de l'argent monnoyé , des
Assignats envoyés par le Ministre de la Marine
pour la conduite de 2500 Matelots . La
conclusion devoit être aux yeux des Galeries ,
que le Ministre faisoit languir le service par
sa négligence à faire passer les fonds en
argent. Par une lettre dont il a été fait lecture
ce matin , M. de la Luzerne se disculpe
pleinement de tout reproche. -
Il a payé en papier par une raison péremptoire
, c'est que le Trésor public n'a pas
d'autre num raire .
DU MARDI 19 OCTOBRE
L'intérét majeur du principal objet dont
l'Assemblée s'est occupée dans cette Séance ,
nous fera passer légèrement sur les détails préliminaires
. Tels ont ete la demande que fait
le Département du Lot et Garonne , d'un
Décret qui déclare criminel de Lese - Nation ,
quiconque aura protesté contre un Décret de
P'Assemblée , et qui ne retractera pas sa protestation
quinze jours apres en avoir été
requis par un Corps Administratif ; moven
de liberté renvoyé au Comité de Constitution ;
une adresse du Mont-Jura , dont les Gardes
Nationales ayant saisi trois mille aunes de
mousseline qui entroient en fraude , croient
desoir instruire le Corps Législatif de ce
grand événement , et lui demander de dé(
320 )
créter l'emploi de ces marchandises . ( Un
Corps Constituant , un Législateur , chargé
de prononcer sur une saisie de contrebande !
Des Gardes qui tous les mois jurent le maintien
de la Constitution , et qui en sont à
ignorer que ces détails ressortissent au Pouvoir
exécutif! ) On n'en a pas moins renvoyé
cette adresse au Comité des Domaines . De
nouvelles limites assignées au territoire de
la Municipalité de Paris ; des mesures prises
pour l'expédition des Árrêts du ci- devant
Parlement de Paris par des Greffiers que
nommera la Municipalité du lieu ; des déprédations
imputées aux Religieux de Cluny
qui sans être entendus , sont supposés coupables
, privés de leur traitement , et panis
conformément aux lois ; enfin , l'annonce de
la vente de trois maisons du Clergé de Paris ,
dont les enchères ont été poussées fort haut.
De ces objets , on a passé aux articles suivans ,,
décrétés sur la proposition de M. Dauchy ,
organe du Comité des Impositions :
" XIII. Les terrains enclos seront évalués
d'après les mêmes règles que celles des terrains
non clos , donnant les mêmes genres de
productions. Les terrains enlevés à là culture ,
pour le pur agrément , seront évalués au taux
des meilleures terres labourables de la Communauté.
и
>>
XIV. L'évaluation des bois en coupe
réglée sera faite d'après le prix moyen de leurs
coupes annuelles . "}
XV. L'évaluation des bois -tailis , qui
ne sont pas en coupe réglée , sera faite d'apres
leur comparaison avec les autres bois de la
Communauté , ou du Canton . »
Nous nous hâtons d'arriver au Rapport
qu'a fait M. de Menou au nom des Comités Di- .
( 321 )
plomatique , Colonial , Militaire et de la
Marine , de l'insubordination de l'escadre
et des troubles de Brest.
"
K
"
"
"
"
"
"
се
L'insouciance des Agens du Pouvoir exécutif,
une longue oppression , l'exaltation
des esprits , les erreurs de quelques ignorans
qui prennent la licence pour la liberté ,
peut- être même les intrigues et l'argent
de quelque Puissance étrangère , et l'ar-
" rivée du Léopard , ont produit , a dit le
Rapporteur , les désordres qui nous affligent...
On s'est occupé de savoir s'il falloit
" changer quelques articles du Code pénal
de la Marine. Nous avons pensé que si
l'inconstance des Lois étoit l'attribut du
despotisme , leur immutabilité est celui
d'une Constitution libre. C'est à des Chefs
qui auroient la confiance des Marins , à
user avec sagesse , peut- être avec clémence ,
des Lois que vous avez portées. » ( On ne
pouvoit guère insinuer plus directement aux
Equipages , qu'ils ont raison de se soulever
contre des Chefs auxquels ils refusent leur
confiance ; que ceux qui ne la possèdent pas ,
ne se sont pas conduits avec sagesse , et que
les Chefs outragés doivent user d'une prudente
clémence ).
་་
"
་་
"
Pour le rétablissement de l'ordre et de la
discipline , les Comités proposent deux classes
d'expédiens .
1º . Celui d'envoyer de Paris deux Commissaires
Civils , à qui l'on donnera le droit
de faire arrêter et punir les coupables , de
requérir les Gardes Nationales et les Troupes
de ligne , congédier des Equipages les hommes
non Marins , ni Classés , de changer le
Pavillon blanc , le Pavillon François , en
Pavillon aux couleurs Nationales ; et cette
( 322 )
grace ne seroit accordée qu'au moment où
l'insubordination auroit cessé . 2 °. La Municipalité
de Brest , qui s'est emparée du
Pouvoir exécutif, suivant les propres expres
sions de M. de Menou , opposée au départ
du vaisseau la Ferme , qui a compromis le
sort de nos Colonies ; cette Municipalité ,
qui a cité devant elle M. Albert de Rioms ,
. Hector , et exigé la représentation des
inutes de leurs Lettres , trompée par son
zèle et par son patriotisme , doit servir
d'exemple et être improuvée ; ses actes du
14 Septembre , l'Adresse aux Vaisseaux , etc.
seront déclarés illégaux et nuls . Tous les
Corps Administratifs ou Municipalités qui
s'en permettront de pareils , encourront la
peine de forfaiture. Enfin , le Procureur-
Syndic de la Commune de Brest , Auteur
d'un Discours vehement , propre à augmenter
le désordre , sera mande à la Barre pour
rendre compte de sa conduite.
Passant de la Municipalité de Brest à une
diatribe contre les Ministres , M. de Menou
les accuse d'inertie , de ne connoître la
Constitution que de nom , d'en arrêter l'organisation
, d'être les objets de la defiance
du Peuple. Des que le Roi aura placé autour
de lui les Amis de la Constitution , ceile - ci
marchera toute seule , et la f rce pubiique
reprendra son énergie . En consequence , les
Comtés demandent qu'on décrete ce qui suit.
L'Assemblée Nationale... reconnoissant
que la défiance des peuples contre les Minatres
occasionne ce défaut de force du Gouyerne.
ent... son Président se retivera pardevers
le Roi pour représenter à S. M. que
la méfiance que les peuples ont conque contre
le. Ministres actuels , apporte les plus grands
<!
( 323 )
obstacles au rétablissement de l'ordre public ,
à l'exécution des Lois , et à l'achèvement de
la Constitution .
19
M. de Cazalès a pris la parole , et brayant
la déraison des marmures et l'injustice des
interruptions , il a dit :
Ce n'est pas pour venger les Ministres
que je suis monté dans cette Tribune ; je
ne connois pas leur personne , je n'estime
pas leur conduite ; et si j'eusse pu vaincre
l'extrême répugnance qu'éprouve un galant
homme à attaquer des Ministres sans considération
, et sans autorité , des longtempsjeme
serois porté pour leur accusateur."
" Je les aurois accusés d'avoir trahi l'au
torité Royale dont ils sont dépositaires ; et
c'est un crime de leze -Nation aussi de trahir
ce'te légitime autorité , cette autorité si
nécessaire au bonheur et à la liberté publique
; cette autorité qui défend les Peuples
du despotisme des Assemblées Nationales
, comme les Assemblées Nationales les
défendent du despotisme des Rois. "
46
18
J'auro's accusé votre fugitif Ministre
des Finances , de s'être constamment tenu
deariere la toile , quand son devoir l'appeloit
à jouer un rôle honorable et périlleux . "
Je l'aurois accusé de ne vous avoir pas
servi de guide dans cette importante partie
de l'Administration publique , parce que
dans la crise dangereuse où étoient nos
Finances , il craignoit de se compromettre ,
il n'osoit rien prendre sur lui , et qu'au milieu
des périls de la chose publique , il calculoit
bassement les intérêts de son ambition et de
sa sureté. »
64
Je l'aurois accusé d'avoir provoqué la
Révolution , et de n'avoir pas osé tenter de
( 324 )
la diriger ; de n'avoir pris aucunes des mesures
nécessaires pour prévenir ou atténuer
les malheurs inséparables de toute révolution . "
Je l'aurois accusé , dans cette importante
crise de l'Etat , d'avoir toujours dissimulé
ses principes et déguisé sa conduite.
"
"
"
J'aurois accusé le Ministre de la guerre
d'avoir donné des congés à tous les Officiers
qui lui en ont demandé ; d'avoir souffert que
dans les temps orageux où nous sommes ,
ils
quittassent leurs Régimens ; de n'avoir pas
fait juger , fait noter d'infamie tous ceux
qui abandonnoient leur poste , parce qu'il
étoit difficile et dangereux , et d'être par-là
la principale eause des insurrections qui ont
éclaté dans l'Armée. »
་ J'aurois accusé les Ministres des Provinces
d'avoir souffert que les ordres du Roi
fussent désobéis ; de n'avoir pas déployé toute
la force publique pour en procurer l'exécution
, sauf à répondre sur leur tête , comme
il est juste , de la légitimité de ces ordres. »
Je les aurois accusés tous d'avoir donné
au Roi les plus lâches conseils , je les aurois
accusés de cette coupable nullité à laquelle
ils se sont voués , nullité qui , dans des circonstances
où il s'agit de la perte ou du
salut de l'Empire , est , à mon avis , le plus
grand des crimes . »
"
Tout peut être excusé , hors la lâche
indifférence pour la chose publique ; les
mesures les plus violentes , les principes les
plus exagérés peuvent être la suite de la
faillibilité de l'esprit humain , les actions
peuvent être atroces , et les intentions être
restées pures. Mais qui peut excuser ces
ames froides et viles , que n'échauffa jamais
le saint amour de la Patrie , qui , se concentrant
( 325 )
centrant dans l'abjection du moi personnel
s'isolent de la chose publique , parce que la
chose publique est en danger , gardent une
honteuse neutralité , quand les plus grands
intérêts se balancent , et se cachent lâchement
, quand les méchans s'agitent , quand
des homines hardis et factieux se saisissent
du timon de l'Etat . »
Comment les excuser sur-tout quand
ces hommes remplissent les premières places
de l'Adrainistration , quand ayant la conscience
de leur lâcheté et de leur impéritie ,
ils s'obstinent à garder des places qu'ils
n'osent plus faire , qu'ils ne se font pas justice
, qu'ils ne se condamnent pas à l'obscurité
et au mépris qui suit tout homine qui
ayant brigué , qui étant arrivé par le charlatanisme
de sa fausse vertu à la place la
plus importante de l'Administration , rentre
dans la vie privée au moment même , dan's
ce circonstances difficiles , où tout bon Citoyen
doit à sa Patrie le sacrifice entier de
tout son être . •
Pendant les longues convulsions dont
l'Angleterre fut agitée sous le règne de l'infortuné
Charles Strafford , ce Ministre , dont
Fes talens égaloient les vertus , périt sur un
échaffaut ; mais l'Angleterre pleura sur sa ·
tombe ; mais l'Europe entière honore sa
menoire , mais son nom est un objet de
cuite pour tous les sujets de l'Empire Britannique
.
poser ,
39
?
*
Tel est le modèle que doivent se protel
est l'exemple que doivent suivre
tous ceux que dans les temps difficiles où
nous sommes , la confiance de leur Roi ap-
Pellera au maniement des affaires publiques ,
à ce poste qui aujourd'hui peut être l'objet
No. 44. 30 Octobre 1790. P
( 326 )
de l'ambition d'un galant homme , puisqu'i
est devenu difficile et dangereux. "
"
Strafford mourut ! mais n'est- il pas mort
aussi ce Ministre qui n'aguère a lâchement
déserté la chose publique , l'abandonnant
aux dangers que lui - même avoit suscités !
Son nom n'est - il pas effacé de la liste des
vivans ? N'éprouve-t- il pas l'affreux supplice
de se survivre à lui- même , et de se voir
dévoué d'avance au mépris des générations
futures ? »
"
Quant aux serviles compagnons de son
ministère , quant à ces hommes qui sont
l'objet de notre délibération actuelle , on
peut leur appliquer avec justesse ce vers de
P'Arioste :
Andare ancora maero morte.
?
Ik marchoient encore , mais ils étoient morts.
Avant de discuter au fond cette importante
question , j'ai cru devoir manifester
avec la franchise de mon caractère , mon
opinion sur les Ministres actuels , opinion
qui vous prouve , Messieurs , que si je m'oppose
de toutes mes forces à la Motion de
M. de Menou , ce n'est poiut que je veuille
défendre les intérêts de ces Ministres que
je vous abandonnerois sans regret , si leur
sort n'étoit lie avec celui des principes constitutifs
de la Monarchie. N
Il y a dans chaque Etat deux sortes de
Pouvoirs , le Pouvoir législatif et le Pouvoir
exécutif. C'est sur l'entiere et mutuelle indépendance
de ces deux Pouvoirs que repose
la liberté publique .
:
"
Le Pouvoir exécutif ne peut exercer
l'autorité qui lui est confiée , qu'à l'aide de
ses Ministres. Si le Corps législatif en usurpoit
la nomination , la puissance exécutrice
( 327 )
seroit envahie , les deux Pouvoirs cumulés
dans la main du Corps législatif , et la Nation
gémiroit sous le plus intolérable despotisme.
"
Cependant , si l'Assemblée Nationale
s'arrogeoit le droit de présenter au Roi le
you de son Peuple sur le choix de ses Ministres
, il arriveroit que le Roi , n'ayant
encore , par la Constitution , aucun moyen
légal d'appeler au Peuple des volontés du
Corps législatif, aucun moyen légal de connoître
le véritable voeu de la Nation , il
seroit contraint d'obéir ; et il est évident
que l'Assemblée Nationale ayant conquis
le droit d'exclure des Conseils du Roi , par
le seul fait de son improbation , les Ministres
qui lui déplairoient , finiroit nécessairement
par nommer tous les Dépositaires de
l'autorité Royale ; que dès- lors la réunion
des deux Pouvoirs dans ses mains , seroit
consommée , et y formeroit la plus menstrueuse
tyrannie.
AB
Il est donc nécessaire , pour que les Pou
voirs ne soient .pas cumulés , pour assurer la
liberté des Peuples contre le despotisme de
ses Représentans , il est nécessaire que la
liberté du Roi soit entière dans le choix de
ses Ministres , et que sa volonté ne puisse
jamais être gênée par l'approbation ou le
blâme de l'Assemblée Nationale .
"
A l'appui de cette incontestable théorie
de tout Gouvernement libre , je citerai la
pratique constante de l'Angleterre ; la pratique
de ce Peuple qui , le premier de tous
les Peuples modernes , a connu l'art de la
liberté , et vous verrez qu'il est sans exemple ,
dans l'Histoire de ce Gouvernement , que
tes Ministres du Roi aient été renvoyés par
Pü
( 328 )
le seul fait de l'improbation des Communes ,
et que toutes les fois que les Communes ont
osé tenter cette entreprise contre l'autorité
Royale , elles ont succombé et on "encouru
le blâme de la Nation Angloise. *
"(
Pendant le long Parlement , à cette
époque que l'Angleterre voudroit effacer de
son Histoire , pendant ce Parlement dont
les faits ne font pas autorité chez les Anglois
, la Chambre des Communes presenta
une Adresse à Charles I , pour le prier d'éloigner
de sa personne les méchans Conseillers
dont il étoit entouré. »
"
« Cet infortuné Monarque , qui garda jas.
que sur l'échaffant la dignité de son caracc'étoit
un droit que ja tere , répondit que nature avoit donné à tout homme libre , que
celui de choisir pour ses Conseils , les hommes
en qui il ayoit confiance.
Que c'étoit une prérogative
de la Cou- ronne , qui n'avoit jamais été contestée , que
le droit de choisir librement ses Ministres , sans être gêné dans ce choix par l'approbation
ou le blâme de la Chambre des Communes
; qu il ' n'avoit jamais refusé de soumettre
à la Loi ses Ministres , quand les Communes
avoient porte contre eux des chefs
précis d'accusation
; mais que tant qu'el es se renfermeroient
dans des allégations
va- gues , dans des accusations
insignifiantes
, il les garderoit aupres de lui ,bet ne leur retireroit
pas sa confiance . Les Communes
n'in
et Charles garda ses Mi- sistèrent pas ,
nistres.
M
"
A quelque
temps de-là , le Comité qui gouvernoit
ce factieux
Parlement
, rédigea une seconde
Adresse
, pour que le Roi fût supplié
d'éloigner
des places de l'Adminis(
329 )
tration tous ceux qui les occupoient , et de
n'y mettre désormais que des hommes qui
eussent mérité la confiance de la Nation ,
es qui , chez tous les Peuples , ce qui , dans
toutes les langues , ne veut dire autre chose
que des hommes dévoués au parti dominant ;
mais ces Communes , toutes séditieuses
qu'elles étoient , ces Communes qui se sont
souillées de tant de crimes , ces Communes
qui ont fait monter leur Roi sur l'échaffaut ,
eurent honte d'une usurpation aus i manifeste
de l'autorité Royale , et le projet d'Adresse
fat rejeté.
"
Deux fois depuis cette époque les Communes
ont essaye la même entreprise sur
Fautorité Royale ; sous Charles II , contre
le Marquis d'Halifax , sous Guillaume III ,
contre le Comte de Portland , et leur tentative
a été vaine ; et deux fois leurs mesures
ont encouru le blâme de la Nation
Angloise.
Il est donc sans exemple , même sous
le règne de l'infortuné Charles , sous ce règne
où les limites de tous les Pouvoirs furent
méconnues , que les Ministres du Roi d'Angleterre
aient elé renvoyés par le seul fait
de l'improbation des Communes . Ils n'ont
jamais été éloignés que quand elles ont intenté
contre eux des chefs précis d'accu
sation : > omplet
Enfin , de nos jours , à une époque à.
laquelle nous touchons , cette grande question
vient d'être décidée d'une manière solennelle
par le Peuple Anglois , en faveur
de l'autorité Royale . ".
Charles Fox étoit alors Ministre ; il
proposa un Bill relatif aux affaires de l'Inde .
Ce Bill , reçu avec enthousiasme dans la
P iij
( 330 )
Chambre des Communes , fut combattu dans
la Chambre haute par le Lord Hamilton et
le Marquis de Buckingham , qui prouvèrent
qu'il étoit destructif de l'autor té Royale.
A deux heures le Bill fut rejeté , à minuit
Fox n'étoit plus Ministre .
H
"
For qui , à de grands talens joignoit un
grand parti , incendia la Chambre des Communes
: une première Adresse fut présentée
au Roi, par laquelle les Communes se plaignoient
que sa religion avoit été surprise
dans le choix de ses Ministres ; ( ce Ministre
étoit ce même Pit , qui depuis a gouverné
et gouverne encore l'Angleterre avee
tant de gloire ) ;
"
Que ces Ministres étoient inconstitutionnellement
appointés. Le Roi répondit ,
que d'après la Constitution , sa volonté étant,
le seul titre légal de l'appointement de ses
Ministres , il étoit impossible qu'ils ne fus
sent pas constitutionnellement appointés. "
" La Chambre passe une seconde Adresse ,
par laquelle elle déclara traîtres à la Patrie ,
tous ceux qui aviseroient le Roi de dissoudre
le Parlement. "
* Enfin , elle demanda formellement le
renvoi des Ministres , et pria le Roi de ne
mettre dans son Conseil , que des hommes
qui eussent la confiance de la Nation . »
11 Le Roi se rendit au Parlement : « Une
grande difficulté s'est élevée entre mon Parlement
et moi . C'est au Peuple Anglois ,
c'est à votre Juge , c'est au mien que j'en ,
appelle , je dissous le Parlement. Il dit ,
et le Parlement cessa d'être , et la Nation.
Angloise jugea presqu'à l'unanimité cette
question en faveur de l'autorité Royale : il
( 331 )
n'y eut de réélus que 25 Membres de l'op
position . "
" Car telle est l'admirable Constitution
de ce Gouvernement , que calomnient ceux
qui ne le connoissent pas ; tel est le salutaire
effet pour la liberté publique , du droit
qu'a le Roi d'Angleterre de dissoudre le
Parlement , que le Peuple Anglois n'aliène
jamais la Souveraineté ; que sans désordre ,
sans sédition , sans aucun des énormes inconvéniens
qui accompagnent par tout ailleurs
l'influence immédiate du Peuple , il
garde l'influence la plus directe sur ses Représentans
. "
M
Si les trois parties de la puissance législative
sont d'accord , il obéit ; et alors il
y a les plus grandes probabilités , que puisse
réunir la prudence humaine , qu'il n'obéit
qu'à des Lois sages . Si l'une d'elles est divisée
des autres , c'est à son jugement qu'on
appelle ; c'est lui qui décide. Sa décision est
exprimée d'une manière d'autant plus claire ,
que les Candidats qui se présentent pour
être élus , déclarent hautement , s'ils sont
dans le parti du Roi , ou dans l'opposition .
C'est une tache en Angleterre , dont on se
lave difficilement , que de changer de parti.
D'où il suit que selon que la majorité des
Elections tourne en faveur du parti du Roi ,
ou en faveur de l'opposition , le Peuple Anglois
a prononcé par la majorité des suffrages
de ses Comtés le blâme ou l'appro
bation des dernières mesures de la Couronne
eu du Parlement. Si à ces principes incontestables
de tout Gouvernement libre , si à
la constante pratique du Peuple moderne
le plus éclairé dans l'art du Gouvernement ,
de ce Peuple chez lequel nous devrions son-
Piv
( 332 )
vent prendre des leçons de sagesse et de
modération , il étoit nécessaire d'ajouter des
considérations particulières à la position où
nous nous trouvons ;
10 Je rappellerois à l'Assemblée Nationale
que plusieurs de ces Ministres ont été pris
dans son sein ; que c'est ce qu'on appeloit
alors l'opinion publique ; que c'est l'opinion
de cette Assemblée qui semble les avoir désignés
au Roi.
ес
Ne craignez- vous pas que la Nation ne
soit effrayée de cette mobilité dans votre
opinion ? ne craignez vous pas que cette
Adresse ne paroisse l'effet de l'intrigue de
quelques - uns de vos Membres , qui voudroient
monter au poste d'où les Ministres
actuels seroient tombés ? Et ne pensez pas
que le Décret par lequel il a été déclaré
que les Membres du Corps législatif ne pourroient
pas accepter des places dans ce Ministere
, suffise pour vous mettre à l'abri du
soupçon . "
་་
et
On répand déja dans le Public que ce
Décret va être abioge ; on dit plus , on dit
que quelques Membres de cette Assemblée
ont formé le coupable projet de dépouiller
le Roi du peu d'autorité qui lui reste ,
de faire exercer par des Comités pris dans
votre sein , les differentes branches du Pouvoir
exécutif. S'il étoit possible qu'un pareil
projet fût jamais adopté par cette Assemblée
, alors la res emblance entre l'Assemblée
Nationale et le long Parlement d'Angleterre
seroit complete , alors il ne resteroit d'autre
ressource aux amis de la Monarchie , et ils
sont plus nombreux , plus puissans que vous
e pensez , il ne leur esteroit d'autre res
Source que de se rallier autour du Trône ,
( 333 )
et de s'ensevelir sous ses ruines . Je pense
donc qu'il n'est , pour le Corps législatif ,
qu'un moyen constitutionnel d'exclure des
Conseils du Roi , les Ministres qui ont démérité
de la chose publique ; ce moyen est
de porter contre eux une accusation préeise
; je dis précise , parce que toute accusation
vague est une invention de tyran ;
qu'elle met le Citoyen le plus vertueux dans
l'impossibilité de se défendre , et qu'elle est
tout - à - fait indigne de la justice et de
la loyauté des Représentans d'un Peuple
librem
Je pense que tout autre mode d'influer
sur les Conseils du Roi , est illégal , attentatoire
à l'autorité Royale , destructif de la
liberté du Peuple souverainement intéressé
à ce que cette autorité tutelaire soit conservée
dans toute son intégrité.
Je pense que si l'Assemblée Nationale
acquéroit le droit de faire renvoyer les Ministres
du Roi par le seul fait de son impro
bation , tous les Pouvoirs seroient confondus',
la Constitution renversée , et que , pour
me sevir de l'expression de Montesquieu ,
nuus serion's condamnes à vivre dans une
République non libre. "
M. de Menou s'étant renfermé dans des
accusations vagues , insignifiantes , n'ayant
articule aucun chef d'accusation , je conclus
pour l'intérêt de la Monarchie , pour l'interêt
du Peuple , qui en est inséparable ,
pour l'intérêt de la Constitution , pour Pintérêt
et la dignité de l'Assemblée Nationale
elle - même , à ce que sa Motion ne soit
pas même mise en délibération , et qu'elle
soft rejetée par la question préalable.
"1
M. deCazales achèvoit , lorsqué M. Ricard
Pv
( 334 )
de Toulon a paru à la Tribune un cahier à
la main. L'impatience de M. de Mirabeau
s'est effrayée à l'aspect de ce volume ; il a
tenté d'usurper la parole sur son Auteur ,
afin de repliquer plus promptement au Préopinant
: « Je me présente , a crié M. l'Abbé
Maury, pour répondre immédiatement à
" M. de Mirabeau. Celui - ci n'a pu parvenir
à obtenir la préférence ; M. Ricard a été
autorisé à débiter son Manuscrit.
01
་་
"
44
Les torts de la Municipalité de Brest ,
a- t - il dit au début , sont ceux du patriotisme
égaré ; si vous n'aviez eu que des
torts de cette nature à punir , la Constitution
seroit déja faite . La grande imprudence
est due au Ministre de la Marine,
Pourquoi a- t-il proposé un Commandant ,
contre lequel il savoit que le flotte étoit préparée
? ( M. Ricard témoigne ici une trop
haute opinion , des effets que produisirent
3's invectives , et ses déclamations incendiaires
contre M. d'Albert dans l'affaire de
Toulon. )
И 12
« On vient d'attaquer M. Necker ; nous devons
à ce Ministre infortuné l'égalité de représentation
, et par conséquent de la reconnaissance
( M. Ricard est bien tardif à l'exprimer.
Il n'étoit pas si généreux lorsque M.
Necker étoit aux prises avec M. Camus et
Consors ). Il est temps d'établir pour la Législature
un grand pouvoir ; et pour les Ministres
, de grands devoirs.
L'honorable Membre veut qu'il soit nommé
trois Commissaires pris dans l'Assemblée
Nationale , et auxquels , le Roi sera supplie
de donner tous pouvoirs ; ils se rendront à
Brest , ils entendront les plaintes , ordonneont
provisoirement ce qu'ils jugeront utile ,
( 235 )
1
se
endront compte jour par jour , s'embarqueront
sur la flotte en cas de guerre ,
distribueront de manière qu'il y en ait un sur
chaque vaisseau commandant une division ;
ils se tiendront au poste d'honneur pendant
toutes les actions brillantes. Des éclats de
rire universels ayant accueilli cette facéti
M. Ricard s'est retiré un peu honteux de la
Tribune , en y laissant la suite de ses opé
rations navales. La discussion a été ajournée,
à demain.
De MARDI . SÉANCE DU SOIR.
Après la lecture d'une Lettre de la Garde
Nationale de l'Orient , contenant des témoignages
de civisme , et 2009 liv. pour les
veuves et orphelins des Gardes Nationaux
tués à Nancy , le reste de cette Séance a
été rempli par la discussion d'un Décret, qui
autorise le sieur Jean-Pierre Brullée à construire
, à ses frais , un canal de navigation.
qui commencera à Beuvrome , près du pont
de Souilly , arrivera entre la Villette et la
Chapelle , dans un canal qui formera deux
branches dont l'une passera par les fauxbourgs
de S. Martin et du Temple , les
fossés de la Bastille et de l'Arsenal , pour
se rendre dans la Seine , et l'autre se divisera
, au dessous de Pierrelaye , en deux
branches qui se rendront l'une dans la Seineà
Conflans - Sainte - Honorine , et la seconde .
dans l'Oise près de Pontoise. Le sieur Brull e
construira des ponts sur toutes les grandes.
routes , et dans Paris à la rencontre , d .
rues , et des quais de six toises . Il acquer a
les propriétés nécessaires , suivant l'estimation
des Commissaires des Directoires des
.
P vj
( 336 )
Départemens ; la consignation des sommes
sera considérée comme payement , si les
Propriétaires refusent de vendre , et le sieur
Brullée pourra se mettre en possession des
terres , champs , etc. quinzaine après le
payement ou la consignation , et des bâtimens
, clos et narais légumiers après le délai
de trois mois. Quelques Membres ont objecté
des dommages réels , le peu d'utilité , des
droits à payer , plus foris que le fret qui
nourrit les Bateliers des rivières , les dépenses
du curement , les temps de gelée , le
sacrifice de quinze miile arpens en bonne
culture ; on leur a opposé une navigation
abrégée de trente lieues , et l'urgente néces
sité d'employer vingt mille malheureux
raison qui a paru peremptoire , l'entreprise
fut- elle mauvaise ; le Decret a été adopté.
DU MERCREDI 20 OCTObre.
>
M. d'Augy , Président de l'une des 48
Sections de Paris , annonce que sa Section
trouve des inconvéniens à ce que les Membres
de la Municipalité soient nommés Electeurs
; cet avis à la Loi est soumis aux lumieres
du Comité de Constitution . Quelques
objets de détail suivent cette annonce , et
l'Assemblée passe à l'ordre du jour , à la
discussion du Rapport fait la veille par M.
de Menou , au nom des quatre Comités.
M. d'André à d'abord opiné à séparer là
discussion des trois dispositions du Décret ,
des deux articles particuliers , dont l'un regarde
l'E cadre , l'autre la Municipalité de
Brest , et du troisième , d'un intérêt général ,
sur le renvoi des Ministres. M. Malouet a
( 337 )
(
demandé , au contraire , que ce Décret fût
discuté dans son ensemble . M. Alexandre
de Lameth a découvert un enchaînement
nécessaire du dernier article avec les autres.
La Municipalité de Brest , dont be patriotisme
est connu , n'a , suivant lui , motivé les
actes répréhensibles qu'elle s'étoit permis ,
que sur la defiance que lui inspiroient les sentimens
et les projets des Ministres. « Les
Comités , a- t- il ajouté , ont cherché la cause
des désordres , et l'ont unanimement reconnue
dans cette défiance , dans le systémė
dinertie par lequel les Ministres vous ren
voient toutes les difficultés pour embarrasser
votre marche. Le mal est dans l'existence
des Ministres actuels . Si l'on sépare les trois
dispositions du Décret , il faut commencer
par la derniere .
On adopte sans plus de
debat cette marche inverse .
"}
M. Malouet a repris la parole sur le fond
de la question , et a dit :
↓ " M. Alexandre de Lameth a eu tort de
vous dire que le Projet de Décret avoit été
adopté à l'unaniu.ité des quatre Comités .
Mon vou , en particulier , y a été absolument
contraire , et je vois de toutes autres
causes des troubles de Brest , que l'impéritie
ou l'inactivité des Ministres . >>
Celles qui m'ont paru causes immédiates
sont le renversement de tous les principes de
subordination , l'impunité prolongée de tous
les désordres , la piopagation , je pourrois
dire l'enseignement des idées fausses , licencieuses
, anti -sociales sur la liberté ; les sus
picions , les calories suggérées aux gens de
mer contre leurs Officiers , contre un Général
que la marine de France et celle d'Angleterre
estiment également. J'ajouterai les
( 338 )
entreprises de plusieurs Municipalités qui
s'accoutument à régner dans leur enceinte ,
qui se mêlant de tout , relâchent tous les ressorts
de la discipline ; enfin , les actes coupables
que s'est permis la Municipalité de
Brest je n'accuse point ses intentions , mais
sa conduite ne peut être justifiée . »
"
n
Toutes ces causes d'insurrection sont les
effets d'un Gouvernement inactif,impuissant,
désorganisédans toutesees parties . Si donc l'on
vous propose d'attaquer la racine du mal , je
suis de cet avis ; si l'on vous propose de déclarer
que le Gouvernement est nul , et qu'un
tel Gouvernement ne peut avoir la confiance
de la Nation , j'adhère à cette déclaration ;
car jamais une grande Nation n'eut plus besoin
de vigueur , de prudence et de concert
entre ceux qui la dirigent . Jamais je ne fus
plus pénétré de la nécessité d'établir ce centre
d'unité dont a parlé M. le Rapporteur , c'està
- dire , de rétablir l'action légale de l'autorité
royale , sans laquelle le Corps Législatif
lui même arrivera bientôt à la nullité ou
à la tyrannie. "
"
Mais , Messieurs , en convenant de ces
principes , en convenant même que dans tout
Gouvernement représentatif , le Ministère
ne peut se soutenir , et diriger avec succès
les affaires publiques qu'autant qu'il est en
harmonie avec le Corps Législatif, je n'accusrai
point , je n'aurai point cette injustice
d'accuser les Ministres actuels de tous les
maux dont nous nous plaignons . Je n'oublierai
font qu'on a paralysé les ressorts
qu'ils sont chargés de faire mouvoir ; et la
censure amère qu'on fait de leur conduite
dans tous les partis , les absout , à mes yeux ,
de tous les torts qu'on leur impute ; je n'en
( 339 )
?,
excepte qu'un seul ; et dès le 6 Septembre de
l'année dernière , je m'en suis permis le reproche
dans cette assemblée ; j'ai improuvé
les Ministres de ce qu'ils ont consenti à être
les dépositaires fictifs du Pouvoir exécutif ,
et à se rendre , en quelque sorte , complices,
de sa nullité ; j'aurois voulu que chaque fois
qu'ils ont vu briser les rênes entre leurs
mains , ils vous en eussent porté les débris ;
e que lorsque les Municipalités , les Troupes,
qui ont meprisé leurs ordres , n'ont point été
réprimées , ils eussent imité le Général de
l'escadre , qui a renoncé à commander lorsqu'il
n'a plus été obéi. »
" Mais s'ensuit - il que vous puissiez
provoquer , gêner et diriger le choix
du Roi dans la dispensation de sa confiance ,
ou transporter le Gouvernement dans vos
Comités , qui y ont déja trop d'influence ? Le
ne peut être l'intention de l'Assemblée Nas
tionale , qui réuniroit alors tous les pouvoirs ,
et prépareroit l'effacement du sien par l'abus
de sa force. »
20
" L'ordre inévitable des choses dans une
constitution telle, que la notre et colle
d'Angleterre qui n'y ressemble pas , est que,
sans porter atteinte à la prérogative royale ,
les Ministres cessent de l'être quand ils n'ont
pas l'appui de la majorité , car la minorité
ne peut rien , ni pour eux , ni auprès d'eux. "
Mais provoquer leur démission par
un décret est , d'une part une attaque
gratuite à l'autorité royale ,, et sous un
autre rapport , cette mesure peu digne dy
Corps Legislatifme paroit plutôt foible que
yigoureuse , elle me rappelle les Auêts des
Parlemens contre Mazarin et le grand Condé
faisant la guerre au Cardinal . Remarquez ,
J
( 340 )
en effet , Messieurs , que hors les temps de
troubles et de faction , les Assemblées Législatives
dans aucun pays ne se sont occupées
de faire renvoyer les Ministres qu'elles
pouvoient accuser , tandis que les Peuples
esclaves demandent fréquemment la tête de
leurs Visirs , qué le : Suitans ne refusent jamais.
"
"
Vous n'approverez donc pas , Messieurs
, la disposition du Décret relatif au
Ministres ; vous ne voudrez pas que des cris
séditix la change en un arrêt de proscription
, car nous avons tous entendu crier ccs
jours ci le renvoi des Ministres traîtres à la
Patrie.
"
Sans vous occuper du parti qu'ils prendront
, comme ce ne sont pas les personnes ,
mais la chose pablique qui fixe votre aftenten/
ion ; comme vous reconnoissez enfin le
danger d'un Gouvernement hul et sans antorité
, cette dénonciation produira surement
l'effet que nous desirons tous . Vous commencerez
par ôter Ministres fo de exd'inactivité
case , tout prétexte
donnant
au Ministère les moyens d'agir ," en rendant
àl'autorité royale toute l'énergie qu'elle doit
avoir également , pour nous préserver de
l'anarchie qui nous dévore. 29 int
" C'est ainsi que vous ferez ce ser la défiance
de la Nation , qui veut un Gouvernement
, qui en a grand besoin , et qui veut un
Gouvernement monarchique. )
" Je vous propose donc de substitner à
Particle celui- ci : L'Assemblée Nationale
declare que le salut de l'Etat dépendant de
l'obéissance aux Décrets sanctionnés par le
Roi , et de l'activité du Gouvernement pour
réprimer tous les désordres ÿ lès Ministres
( 341 )
demeureront responsables de leur négli
gence ( 1 ) . »
M. Alexandre de Beauharnais a soutenu
que les Pouvoirs dont l'Assemblée est in
vestie , l'autorisent à tout diriger , diviser ,
organiser , à surveiller les Agens quelconques
du Gouvernement . En notre qualité de
Convention Nationale , a - t-il dit , nous somines
subordonnés à deux espèces de respon
sabilités , celle des vices que la négligence
laisseroit introduire daus la Constitution ,
et celle dont l'opinion publique nous menace
en ce moment. Le Pouvoir constituant est
forcé d'avoir à lui ses moyens d'exécution.
Les Ministres re se conduisent que comme
les Conseils du Roi. Ils ' isolent de là ch se
publique ; ils alarment les Amis de la Liberté;
ils nourrissent les esperances de ses
Ennemis .
·་
$
De ces lieux communs passant aux craintes
de la guerie , l'Opisant les a toutes dissipees
en une phrase . Rappelez vous , a - t - il
dit , le mot fameux prononcé dans cette
Tribune . Nos Poisins ont de l'or! Eh bien !
nous avons du fer.
Apres avoir si sagement pourvu à la sureté
exterieure , M. de Beauhamais est revenu
aux désordres intérieurs , et s'est appuyé
des expressions même de M. de Cazalès , de
ses insultes aux Ministres , de ses reproches
à leur lâche neutralite . « Leur inaction reduiroit
nos travaux à des spéculations de théorie.
་ ་
(1) Ce Disc-nrs , ainsi que celui de M. de
Cuza ès , a éte ravesti dans la langue
barbare des Tachygraphes , et absolument
défigure.
( 342 )
Des Ministres prudens auroient dû devancer
la demande de leur démission , et le Décret
qu'ils savent que nous allons rendre.
Ces expressions de confiance ont excité de
vifs applaudissemens , après lesquels l'Opinant
a fini par inviter les Amis de la Liberté
à se rallier pour adopter ce Décret. "
"
Est- ce un ordre que vous intimez au Roi ,
a répliqué en substance M. de Clermont Tonnerre?
Alors la Constitution n'est plus , nous
sommes des despotes. N'est- ce qu'un vou ?
Si le Roi s'y refuse , vous aurez fait une
fausse démarche. Est- ce parce que le Ministère
est mauvais que l'Escadre a refusé votre
Code pénal ? Le Code pénal ; voilà l'objet
de la révolte . Sans doute , il est plus aisé
de chasser des Ministres que de calmer des
séditieux en conséquence , l'on vous dit :
il faut un holocauste à la Loi , et les Ministres
doivent en servir. »
" On s'est appuyé du væeu National . Mais
je ne reconnois point de voeu prononcé ,
aucun Département ne s'explique . Il y a six
semaines , cinquante voix demandèrent tumultuairement
le renvoi des Ministres ; ce
n'est pas là le voeu de la Nation . J'apprends
aujourd'hui que quatre de vos Comités , dont
le nombre des votans a été par hasard réduit
à vingt- cing , ont décidé à la Majorité
de 15 contre 10 , et ont découvert que le seul
moyen de rétablir l'ordre est de renvoyer
les Ministres. S'il pouvoit en être ainsi ,
Messieurs , je ne crains pas de le dire , vous
ne trouveriez plus un honnête homme qui
voulut accepter la place de Ministre , et
vous ne trouveriez pas d'homme malhonnête
qui se refusât à une responsabilité détruite
par d'aussi foibles moyens. »
( 343 )
C
" M. de Cazalès s'est animé contre les
hommes qui n'embrassent aucun parti. Je
suis un de ces hommes foibles et changears
qui n'épousent aucune parti. La raison n'est
ni là , ni là ; elle est tantôt dans l'une , et
tantôt dans l'autre opinion . Montrez moi le
parti qui a toujours eu raison , et dites que
je l'ai abandonné . Je me suis dit en venant
ici , je combattrai le Despotisme , je défendrai
le Peuple , et je ne sacrifierai point à
sa faveur. Je demande la question préalable
sur la partie du Projet de Décret qui regarde
les Ministres du Roi. »
C'est par ne logique d'un autre genre ,
que M. Brevet de Beaujour a tâché de soutenir
la motion . Il a accusé les Ministres de
n'avoir pas concouru avec asse vigueur
à l'abolition des Ordres , de la blesse , à
la spoliation du Clergé. Dans cette lutte
longue et terrible entre les passions les plus
viles et les passions lesplus nobles... ; lorsqu'ils
ont vu l'intérêt et l'orgueil prostituant avec
audace les mots Religion , Prérogative du
Trône , pour défendre leurs Abbayes , leurs
pensions , leurs Parlémens , des Croix , des
rubans, la chamarrure de leurs Valets, ils ont
enhardi par le silence et l'inertic , une poignée
de Praticiens et de Prêtres rebelles etfuctieux.
"
J'avoue avec M. de Cazalès , que les Mi-!
nistres ont mis l'Etat en péril , et compromis
la gloire du Tróne . La méfiance est autour des
Citoyens , la chose publique est menacée.
Le premier besoin des Rois est la connoissance
de la vérité , mais ils sont obsédés par
les Ministres et leurs Créatures .... Accusez
les Ministres nous dit- on : et ne sont- ils pas
reprehensibles sans mériter une accusation
Nationale ? i .
( 344 )
" Nature , Egalité , Liberté , voilà le livre
que vous avezouvert aux Nations; Vous arri-{
verez intrépidement au terme , à travers:
les discours incendiaires et les complots )
impuis ans. Si les François retomboient sous
le joug de l'esclavage , vous seriez debout et
immobiles , impassibles comme la Nature et
la vérité. "
Ce fracas de déclamations , où le sange
froid n'aperçoit pas l'ombre d'un raisonrement,
a fait tressailir de joie les Galeries,
et mérité l'honneur de la presse Nationale ...
Ici le débat a été inte rompu par une lettre
M. de Saint- Priest, qui s'empress de commu-
Riquer à l'Assemblée , des dépêches des Commissaires
envoyés à Brest , même avant de
les avoir es sous les yeux du Roi . Elles
aunoncent que les Lieutenans de vaisseaux ,
la Société des Amis de la Constitution , des
Gardes Nationales et la Municipalité voot
faire des adresses aux Matelots de l'escadre
jour les ramener à l'obrissance à leurs Chefs
par l'empire de l'opinion publique , et que
M. d'Estaing est le Général d siré par les
Citoyens de Brest et par les Marins . Au reste :
les Commissaires sont dans le plus grand éton 1
nement de ne recevoir aucun ordre d'apres
les comptes qu'ils ont rendus ; et le Ministre
leur écrit que l'incertitude du parti auquel
se fixe oit l'Assemblée Nationale, avoit arrêté:
ses expéditions .
Rentrant dans la discussion , M. de Virieu a
pau bien étranger à la profonde politique
du Préopinant , en admirant qu'on pût saisir
un rapport entre la mutinerie des Matelotsi
qui se moquent d'un Code pénal , et la nécessité
de demander au Roi le renvoi de ses
Ministres . Il n'y a vu qu'une intrigue ourdie(
345 )
par l'intérêt : « car , a-- il dit , quoiqu'il soit
décrété qu'aucun de nous ne doit être admis
au Ministère , on peut avoir des vues sur des
amis , sur des d'éatures ; l'Assemblée ne
livrera pas à de pareils piéges. Je luttai
contre le Despotisme au mois de Juillet 1789;
je le combatirai aussi fierement sous ses nouvelles
faces. J'appuie l'opinion de M. Malouet.
4
L'attention s'est ensuite dirigée vers M.
Barnave.
"
D'abord , il a réfuté les soupçons calomnieux
, en affirmant qu'il ne s'agissoit pas
d'attenter à l'autorité Royale. Ensuite il a
dénaturé la question en promettant de la réduire
à sa pure simplicité: « Est-il vrai , a- t- il
dit , que le Gouvernement ait constamment
souffert , soit de l'incapacité des
Ministres , soit de leur malveillance , soit
de la méfiance qu'on leur oppose ? Si
cela est vrai , devez -vous mettre dette
in verité sous les yeux du Roi ? » Or , l'artitle
du Décret à éxaminer ne contient rien
de tout cela. Voici la question : le Peuple
vous a-t-il témoigné sa méfiance , de la seule
maniere légale et indispensable, pour que vous
soyez l'organe de ses voeux auprès du Roi ?
Des bruits artificieusement répandus , des
wigues d'improbation suggérée , des lettres
dietees par ceux qui les recueillent , ne tiendroient
pas lieu de mandats motivés des
Départemens.
"(
""
Tous les Orateurs qui ont paru dans la
Tribune , poursuit M. Barnave , ont dit
que l'inertie et l'incertitude forment le
« caractère de ces hommes placés au timon
, des affaires ; tous ont dit que par leur foiblesse
, l'autorité Royale legitime étoit
( 346 )
CE
"
*
«
་་
anéantie... Vos Comités ont été unanimes
sur l'incapacité , sur l'impuissance des Ministres
actuels. Il n'est aucun Comité qui
n'en recèle des preuves. Le Comité des
Rapports... le Comité Militaire... le Comité
des Finances
« C'est une assertion fausse , s'est écrié
M. de Wimpfen. Il n'y a pas au Comité
Militaire une seule plainte contre M. de la
Tour-du- Pin. »
"
Le Comité , a repliqué M. de Noailles ,
« a été si fort surchargé d'affaires étrangères
« à ses fonctions , de demandes de Soldats ,
d'Officiers... qui ne s'adressoient pas au
Ministre... Ce qui prouve sans replique , que
le Ministre n'a pas la confiance des
Corps. "
"
"
C'est en vertu d'un Décret formel , répond
M. d'Estourmel , que les Officiers et
les Soldats ont adressé leurs demandes
« au Comité Militaire . M. de Rostaing,
Membre du Comité Militaire
K
"
"}
ajoute :
J'ai l'honneur d'assurer que le Comité Militaire
n'a aucune connoissance de plaintes
directes contre le Ministre de la Guerre. »
M. Barnave , revenant alors en arrière ,
prétexte qu'on l'a mal entendu , et qu'il n'a
pas parlé d'une manière bien précise. Battu
sut le Comité Militaire , il se rejette sur les
Colonies , les Finances , les Assignats , finit
par abandonner les faits , et par rentrer ,
dit- il , dans la question . Il l'a reprend en
fet , par les mêmes déclamations que M.
Brevet , et demande que la proposition des
Comités soit décrétée.
M. l'Abbé de Jacquemard a succédé à M.
Barnave , en contrastant avec ce Député ,
par la plicité modeste de son avis , et
347 )
par le ton naturel de la candeur et de la
raison .
" Jene sais si pourmériter le titre de Patriote,
il faut se déchaîner, invectiver sans cesse contre
les Ministres ; si pour plaire au Peuple , ou
pour réchauffer son zèle , il faut lui présenter
chaque jour de nouveanx Conspirateurs ,
de nouveaux Ennemis de la liberté , bercer
son oisiveté de plans insensés , de projets
chimériques de conjuration , de contre - révolution
. Mais nous ne pouvons nous dissimuler
que ces moyens incendiaires ont été
multipliés jusqu'à l'ennui et la satiété . Dans
l'espace d'une année , si je ne me trompe ,
nous en sommes à la quatrième dénonciation
des Ministres , et aucune , que je sache , n'a
été justifiée et couronnée par le succès , et
les Dénonciateurs nous ont dit froidement ,
que dans la crise d'une révolution , la délation
même la plus hasardée , devenoit un
devoir sacré , une vertu héroïque , et qu'en
pareil cas le zèle devoit servir d'excuse ,
même à la calomnie . Pour moi , Messieurs ,
je vous avoue que des preuves aussi équivoques
de zèle et de patriotisme , ne m'en
imposent pas ; que le nom de Ministre si
envié et si souvent calomnié , n'est pas à mes
yeux un titre de réprobation. Je vous déclare
d'ailleurs que je ne connois aucuns de
ceux que le Roi a honorés de son choix et de
sa confiance ; qu'au dessus de la crainte ,
ainsi que de l'espoir , je n'ambitionne pas
plus leur faveur , que je ne redoute leur pouvoir
; je puis donc , sans rougir , élever la
voix en leur faveur , et repousser les traits
que la prévention , un zèle exagéré sans
doute , ont essayé de lancer contre eux . "
« Et d'abord j'observerai , Messieurs , que
( 348 )
trois d'entr'eux out nicrité les loges et les
regrets de cette Assemblée , que les deux autres
ont été choisis dans son sein , que ce choix
alors excita Penthousiasme et la reconnoissance
de tous les bons François ; c'est deja ,
ce me semble , un préjugé heureux en faveur
de leurs talens et de leurs vertus . Parquie
fatalité , ces hommes si chers aux Peuples ,
ont- ils donc pu encourir sa disgrace ? Quels
sont leurs torts ? quels sont leurs crimes ?
on les accuse en general , et sans articuler
aucun fait probant , d'avoir perda la confiance
de la Nation ; mais que signifie cette
accusation vague et destituée de toute espèce
de fondement. Où sont les plaintes , les
réclamations ? entend - on par la Nation cette
partie du Peuple toujours si facile à égarer ,
qui naguère demanda à grands cris la tête
de ces Ministres qu'il ne counut jamais , et
celle de ce Genéral dont il bénit aujourd'hui
la sagesse et le courage ? n'est -il pas plutót
l'écho que l'auteur des plaintes qu'on se permit
en son nom ? qu'on produise les récla
mations d'une seule de nos Provinces , et je
ne balance pas à les condamner ; mais je ne
regarderai jamais comme légales ces récriminations
odieuses de quelques individus , qui
ont peut- être un grand inté.êt à les trouver
coupables. "
1 1
Entend- on par la Nation , ces Libellistes
incendiaires , ces Folliculaires meprisables ,
qui ne vivent que de poisons , qui ne s'abreuvent
que de fiel , qui , semblables aux
harpies , corrompent et infectent tout ce
qu'ils touchent ? si nous en croyons ces organes
corrompus de l'opinion publique , c'est
à l'insouciance coupable des Ministres , aux
mesures
( 349 )
mesures foibles ou perverses qu'ils ont adoptees
, qu'il faut attribuer l'esprit d'insubordination
et d'insurrection qui s'est fait sentir
dans nos troupes de terre , ainsi que dans
nos forces de mer ; mais des hommes flétris
par l'opinion publique , sont - ils faits pour
influer sur celle des Représentans de la
Nation ? "
" Entend on par la Nation , les 15 Membres
de vos Comités , qui , contre l'opinion
de ro de leurs Collègues , ont décidé que
l'insurrection de Brest avoit sa source dans
l'incapacité on la mauvaise volonté des Ministres
? Quelle que soit ma docilité , j'avoue
qu'une telle majorité ne me séduit pas ; je
dirai plus , ce reproche nie paroît incompatible
avec une accusation qui est partie de
ces Comités , dont on veut nous faire valoir
l'autorité on accuse depuis long- temps les
Ministres de vouloir fortement la guerre , e☛
cette accusation n'est pas sans vraisemblance ,
parce que la gterre est le triomphe du pouvoir
ministériel ; mais si les Ministres doivent
desirer la guerre , ils doivent donc vouloir
aussi les moyens de la faire avec succès
puisque les revers sont le signal de leur
chute , le tombeau de leur prosperité ; mais
comment pourront- ils se flatter de quelques
succès , s'ils n'ont à opposer aux ennemis de
la Nation , que des soldats sans discipliue ;
des Généraux sans autorité ? Est - ce ainsi
qu'on se conduit , quand on n'est pas entièrement
frappé d'aveuglement et de folie ? Se
prépare t- on de gaieté de coeur , et par pure
complaisance pour ses ennemis , des revers
qui doivent ruiner , sans ressource , un Pouvoir
qu'on chérit , et pour leguel on a tont
sacrifié ? En un mot , s'ils ont un grand in-
No. 44 30 Octobre 1790:
( 350 )
térêt à faire cesser le désordre , pourquoi les
accuse- t- on de le fomenter? .
"
Un d'entre eux , en particulier , est accusé
de négligence , d'inexactitude même ,
dans la manière dont il transmet vos Décrets;
mais vingt fois dans cette Assemblée , j'ai
entendu renouveler cette accusation , etjamais
nous ne l'avons crue assez sérieuse et
assez fondée pour oser lui donner des suites. »
Maisen supposant que ces accusations aient
toute la vraisemblance qu'on veut bien leur
prêter, devez vous pour cela engager le Roi à
renvoyer ses Ministres ? Non , Messieurs , une
pareille démarche ne conviendroit point à
la majesté du Corps législatif ; ou la demande
que vous ferez au Roi sera oe qu'elle doit
être , une simple prière , et alors vous compromettez
la dignité de l'Assemblée , en
l'exposant à un refus , toujours humiliant ;
ou bien ce sera un ordre , et alors vous franchissez
les bornes de votre autorité , vous
dépouillez le Monarque , vous envahissez son
Pouvoir , puisqu'en le forçant à renvoyer les
Ministres qui vous déplairont , vous le reduisez
à la nécessité de n'avoir que ceux qui
seront de votre choix. Le jour qui éclairera
cette entreprise hardie , j'oserai le dire , Messieurs
, sera le dernier de votre liberté ,
l'époque du despotisme le plus absolu ; c'est
alors qu'il sera vrai de dire que la France ,
au lieu d'un Roi , aura 1200 Tyrans.
H
"
Vous ne l'avez point oublié, Mescieurs ,
vous l'avez si souvent répété ,? que la division
des Pouvoirs est la base de votre Constitution
; concluez donc que leur réunion en
sera le tombeau .
"
"
« Ce n'est pas tout , Messieurs , en disposant
à votre gré du sort des Ministres , vous
( 351 )
"
Ouvrez la porte à l'ambition , et par conséquent
à la corruption . Rappelez - vous ce
Décret à jamais memorable qui , en excluant
du Ministère les Membres de cette Assem
blée , prouva au Peuple François , que ses
Rep ésentans étoient vraiment dignes de sa
confiance. N'allez pas , par une démarche
précipitée , vous exposer à en perdre le fruits
gardez - vous de donner lieu aux conjectures
téméraires , aux soupçons injurieux. Le jour
que la Nation nous soupçonnera d'ambition ,
nous perdrons sa confiance sans retour , et
à bien plus juste titre que les Mintres. •
Si les Ministres vous paroissent coupables
, vous avez dans vos mains un moyen
bien sûr de réprimer leurs excès , de punir
leurs prévarications ; faites exécuter la Loi
tu élaire de la responsabilité ; faites les
juger , vous en avez le droit incontestable :
c'est ainsi qu'il eonvient aux Représentans
de la Nation d'assurer notre bonheur et notre
Iberté ; mais n'exigez pas du Mouarque que,
sur des soupçons , des conjectures vagues ,
il vous donne une satisfaction qu'il ne vous
doit pas. Songez que si le sort des Ministres
st entièrement livré à la disposition du
Corps législatif , la crainte de lui déplaire ,
l'instabilité de ces places , deja sidangereuses,
en éloignera les hommes qui en sont vraiment
dignes ; qu'on n'y verra , à l'avenir , que de
bas Intrig ins qui les déshonoreront , et finiront
peut- être par renverser l'édifice que
vous avez en tant de peine à élever.
(t
"
Je conclus donc à la question préalable
sur le troisieme article du Projet des quatre
Comités ; ou à ce que la Loi , qui établit
la responsabilité des Ministres , soit mise à
execution , et que leue procès , s'il y a lieu ,
Q ij
( 352 )
soit instruit pardevant le tribunal qu'il plaira
à l'Assemblée d'instituer.
La discussion ayant été fermée , M. de
Beaum 1z a tâché d'écarter la question préalable
, et a demandé que le Décret d'exclusion
exceptât M. de Montmorin . Cet amendement
a été accepté par M. de Menou ;
M. le Chapelier l'a motivé par de nouveaux
éloges du Ministre des Affaires Etrangères ;
éloges entendus , ainsi que ceux de M. de
Beaumetz , avec beaucoup de murmures par
une partie de l'Assemblée . Ou a disputé
ensuite sur la priorité à accorder à l'amendement
, ou à la question préalable. L'amendement
l'a emporté , et a été reçu. Chacun
peut observer combien cette forme de délibération
étoit irrégulière , puisque le so t
de l'amendement étant subordonné à celui
de la question préalable , il étoit absurde
de perdre le temps à le décréter , avant de
savoir si la question préalable seroit rejetée.
Elle a été mise aux voix par assis et levé.
Les six Secrétaires ont été d'avis que l'épreuve
lui étoit contraire. Le côté droit a
réclamé l'appel nominal ; l'opposition a produit
un tumulte indicible : enfin , les voix
prises , 403 voix contre 340 ont prononcé
contre la proposition des quatre Comités.
Il étoit six heures du soir lorsque la Séance
a été levée .
Les Galeries ont répondu à l'énoncé des
suffrages , par un mugissement effroyable ,
dont celui dépeint par Racine dans le récit
de Therumène , peut seul fournir le modèle .
DU JEUDI 21 OCTOBRE .
Une lettre des Gardes Nationales de
( 353 )
Pan , lue par M. Bouche , informe l'Assem
bice que ces Citoyens -soldats ont brûlé l'arrêté
du Parlement de Toulouse comme incendiaire.
Il sera fait mention honorable de
leur acte de juridiction incendiaire,au Procesverbal
.
M. S. Martin demande qu'on hâte le rapport
du travail relatif à l'organisation du
Trésor National , et dit que ce dépôt doit
étre confié à des mains sûres , que les Ministres
actuels n'en sont pas dignes . C'étoit faire
une injure aussi grossière que gratuite à M.
Lambert , homme de la pius respectable
probité , et le seul Ministre qui soit chargé
du Trésor. ( Les Galeries et l'extrémité gauche
applaudissent à cet outrage. )
La Municipalité de Clermont - Ferrand ,
pour débarrasser le Ministre de la Guerre
de fonctions , que la méfiance générale le
met dans l'impuissance de remplir , passe
les troupes de ligne en revue sans qu'il y
paroisse , et dénonce confidentiellement à
M. Biauzat , que 52 soldats d'un Régiment
d'Artillerie en Garnison à Strasbourg , ont
été réformés sous le prétexte du défaut de
taille . On s'attend bien que ce sont d'excellens
Patriotes que l'Aristocratie persécute.
Des jeunes gens , reçus dans l'espoir qu'ils
grandiront ne grandissent pas , les Chefs
"les renvoient ; pure intrigue. M. Biauzat
ajoute charitablement : « On m'assure , sans
" preuves , qu'il a été donné 25 mille congés
de cette espèce . » Qu'est- ce que deux ou
trois zéros de plus dans les assertions propres
à augmenter le désordre ? L'Assemblée
Nationale décrète que le Ministre de la
Guerre fournira au Comité Militaire , d'ici
à Dimanche prochain , un état exact de tous
Q iij
( 354 )
•
les congés donnés aux Soldats de toutes les
armes, depuis le 15 Juillet 1789. Il n'a pour
cela que Vendredi et Samedi ; on ne dira
pas que l'Assemblée ne suppose aucune activité
dans le Ministère .
L'ordre du jour ramène la discussion sur
l'affaire de Brest.
M. d'Arembure propose que douze anciens
Officiers de l'Escadre se réunissent aux Commissaires
nommés , pour voir en quoi le Code
pénal est si contraire au nouvel esprit des
Marins ; et être ensuite , par l'Assemblée
Nationale , statué ce qu'il appartiendra.
M. Larévellière Lépaux trouve la proposition
inconstitutionnelle , et crie qu'on rappelle à
l'ordre le Préopinant . M. de Vaudreuil appuie
les principaux articles du Projet des
Comités , et observe d'ailleurs que le Pavil
lon qu'on veut arborer est celui des Hollan
dois.
1
Ici va se présenter un spectacle étrange,
et qui mérite de fixer toute l'attention des
Citoyens. M. de Menou , Rapporteur la
veille et déferseur du Décret des Comités
se lève aujourd'hui pour le combattre. 11
ranime les passions que la décision d'hier
n'avoit fais irriter ; il revient aux Ministres
parl'Escadre et les Comités ; il se plaint
du souffle empoisonné de l'influence ministérielle
, qui se fait sentir jusque dans le sanctuaire
des Fondateurs de la liberté. Des que
l'amphigouri prend la place de la raison ,
les applaudissemens se fout entendre. Le
côté droit demande que l'Opinant soit rappelé
à l'ordre ; M. Goupilleau , dit plaisamment
aux Membres de ce côté : « Quand
on parle des Fondateurs de la liberté , ce
a n'est pas à vous qu'on s'adresse . »
14
( 355 )
On voit déja percer l'humeur. M. de Menou
dit-il , que Il étoit convenu , : ་ continue :
'
le
Décret seroit indivisible. Il étoit simple
qu'en présentant le Décret contre les Minis
tres , nous n'épargna: sions personne nous
fissions sentir aux Patriotes qie les erreurs...
résultant de l'intention la plus pare... devoient
être réprimees par la Loi ; mais aujourd'hui
l'affaire change de face... ( C'est- àdire
: puisque les Ministres nous ont échappé
hier , les Officiers Municipaux ne sont plus
coupables. ) Encourageons- les , soutenons les
dans leur patriotisme ... Voilà comme nous
devons punir les amis de la Révolution ,
les défenseurs de la liberté naissante . Un
seul mot de votre part , éclairera mieux
leur patriotisme que les Décrets les plus
9
04
14
* sévères. D
Quant à l'insubordination des Matelots ,
l'Opinant ne supprime de l'article qui les
concerne , que le droit attribué aux Commissaires
de requérir les forces publiques.
La persuasion doit suffire , avec la grace d'a
voir le Pavillon aux couleurs Nationales .
Après une interruption , dès ses premiers
mots , et un tapage patriotique , M. de Viricu
a demandé que les Citadelles , les Arsenaux
de terre et de mer fussent continuellement
sous la Loi Martiale .
Cette Opinion , très - sage à la veille d'éne
guerre , ayant excité des clameurs : « Cette
idée , ajoute M. de Virieu , vous a deja été
proposée par M. le Vicomte de Noailles. »
Ici de nouveaux cris . Il n'y a plus de Vicomtes!
A l'ordre à l'ordre ! Le Président a la forbles
e d'adhérer à cette boutade.
M. de Virieu finit par relever les glorieux
Q iv
( 356 )
souvenirs qu'une innovation inutile tend à
détruire , et se retranche à désirer que le
signe de la liberté conquise soit une bande
aux couleurs nationales , jointe à l'antique
Pavillon de France , connu , respecté sur
toutes les mers .
Lecture des Décrets , débats pour la priorité.
On décrète le premier article , proposé
par M. de Menou qui lit le second . M. Ma-
Louet remarque que la substance du scond
se trouve dans le premier , que le reste consiste
en détails qui ne sont pas du ressort de
l'Assemblée . Mais M. Charles de Lameth ne
veut rien lâcher , et prétend que l'Assemblée
est obligée de se charger de plusieurs détails ,
parce que les Ministres ne veulent ou ne peuvent
s'en occuper. Leur systême est de
« faire croire le Pouvoir exécutif paralysé ,
« et leur systême , en cela , n'est pas bien
malin ... Le Pouvoir exécutif fait le mort
puisque l'Assemblée n'a pas eru pouvoir
déclarer que les Ministres ont perdu la
confiance publique , ilfaudra bien qu'on s'oc
cupe de convaincre les plus incrédules , qu'as
ne l'ont pas , qu'ils ne la méritent pas .
"
་་
st
#
M. de Monitauzier demande quele Préopinant
soit rappelé à l'ordre . Le Président
garde le silence . Vous faites le mort , lui
dit M. de Folleville . Les Plaideurs ont vingtquatre
heures après la perte de leur Proces,
reprend M. l'Abbe Maury. M. de Mont'auzier,
excusant , à ce titre , l'humeur de M. Charles
de Lameth ; retire sa Motion . Celui - ci
poursuit le cours de ses invectives anti- ministérielles.
On met aux voix l'amendement
de M. Malouet ; il est rejeté. Le second
article est décrété , et M. de Menou lit son
troisième . Il s'agit du Pavillon , et ce sujet
( 357 )
va être considéré sous un aspect bien extraordinaire.
On invoque la question préalable.
M. Millet e to ir l'ajournement . M. Larévellière-
Lépaux insiste sur l'argente nécessité
de décréter le principe . En vain M. de la
Galissonnière observe- t - il que les Pavillons
Anglois et Hollandois sent aux trois couleurs
; que ce changement , inutile et dangereux
, occasionnera des dépenses considérables.
M. de Foucault prend la parole et dit :
1
Je commence par faire aux Comités une
première question qui prouvera que la mosure
proposée est peut être dangereuse . Je
lear demande s'il est un Département , un
District , une Municipalité , un Militaire ,
un seul homme en France , qui leur ait ordonné
de profaner comme ils l'ont fait dans
leur rapport , l'honneur et la gloire du Pavillon
François ? On diroit que ce malheureux
, mais si glorieux Pavillon est la cause
- des désordres qui vous occupent. Je suis
persuadé que ceux qui sont les premiers à
en demander le changement , croient cette
mesure inutile , puisqu'il n'est pas un seul
Marin , pas un seul Militaire qui trouve
mauvais de conserver l'ancien Pavillón. Aecepteż
la proposition de laisser exister le
ralliement de l'honneur françois ; ne présentez
point ; comme une récompense d'enfant
, ce nouveau hechet à trois couleurs.
Ne changez point le Pavillon François , à
moins que des besoins pressans ou des demandes
réitérées ne vous y obligent indispensablement.
Je demande donc la question
préalable ; et au cas que vous décidiez
le contraire , je réclame la priorité pour la
la motion de M. Gualbert , qui tend à faire
3
( 358 ).
placer un guidon aux trois couleurs à côté
du Pavillon blanc. "
Ces objections paroîtront à tout
homme impartial , exprimées avec ménagement
; au terme près de hochet
qui nous semble imprudent et peu convenable
, on ne trouve ici pas un mot
d'humeur ou de malignité ; mais l'adroite
politique des Factions sait tirer parti de
tout . Elle a saisi la phrase de M. de
→Foucault , comme un brandon à lancer
-dans les Galeries , dans la multitude , et
'parmi les Enthousiastes de l'Assemblée .
M. de Mirabeau s'est chargé de ce Ministère.
Le coeur très froid et l'oeil incendié
, il est monté à la Tribune , d'où
il a dit avec un emportement étudié :
Aux premiers mots proférés dans cet
étrange debat , j'ai ressenti , je l'avoue , les
bouillons de la fievre du patriotisme , jusqu'au
plus violent emportement . Messieurs ,
donnez moi quelques momens d'attention
je vous jure qu'avant que j'aie cessé de parler,
Vous ne serez pas tentés de rire... ( C'est au
-côté Droit , murmurateur , que M. de Mirabeau
adressoit cette menace. Tout le
monde sait quelles crises terribles ont occasionnées
de coupables insultes aux couleurs
nationales ; tout le monde sait quelles ont 、
été , en diverses occasions , les funestes suites
du mépris que quelques individus ont osé
lui montrer ; tout le monde sait avec quelle
felicitation mutuelle la Nation entiere s'est
complimentée, quand le Monarque a ordonné
aux Troupes de porter , et a porté lui - même
ees couleurs glorieuses , ce signe de rallie(
359 )
ment de tous les amis , de tous les enfans
de la Liberté , de tous les défenseurs de la
Constitution ; tout le monde sait qu'il y a
peu de semaines , peu de jours , le téméraire
qui eût osé montrer quelque dédain pour celte
enseigne du Patriotisme , eût payé ce crime
de sa tête. 2)
On a objecté la dépense , comme si la
Nation , si long temps victime des profusions
du despotisme , pouvoit regretter le prix
des livrées de la Liberté! comme s'il falloit
penser à la dépense des nouveaux Pavillonssans
en rapprocher ce que cette consommation
nouvelle versera de richesses dans le
commerce des toiles , et jusque dans les mains
des Cultivateurs du chanvre ! Cette mesure
au fond , n'avoit pas besoin d'être demandée
ni décrétée , puisque le Directeur du
Pouvoir exécutif, avoit déja ordonné que les
trois couleurs fussent le signe national. "
IN
"
Eh bien , parce que,je ne sais quel succès
d'une Tactique frauduleuse dans la Séance
'd'hier a gonflé les coeurs contre révolutionnaires
, en vingt- quatre heures , en une
nuit , toutes les idées sont tellement subverties
, tous les principes sont tellement
dénaturés , on méconnoît tellement l'esprit
public , qu'on ose dire à vous - mêmes , à
la face du Peuple qui nous entend , qu'il
´est des préjugés antiques , qu'il faut respecter
comme si votre gloire et la sienne n'étoit
pas de les avoir anéantis , ces préjugés
que l'on réclame ! qu'il est indigne de l'Assemblée
Nationale de tenir à de telles bagatelles
, comme si la langue des signes n'étoit
pas par- tout le mobile le plus puissant.
pour les hommes , le premier ressort des Patriotes
, et des Conspirateurs pour le succès
9 vj
( 360 )
de leur fédération ou de leurs complots !
on ose , en un mot , vous tenir fioidement
un langage qui , bien analyse , dit précisement
: Nous nous croyons assez forts pour
arborer la couleur blanche , c'est- à - dire , a
couleur de la contre- Révolution , à la place
des odieuses couleurs de la Liberté. Cetie
observation est curieuse , sans doute , mais
son résultat n'est pas effrayant . Certes , ils
ont trop présumé, Croyez - moi , ne vous endormez
pas dans une si périlleuse sécurite ;
cur le réveil seroit prompt et terrbe. "
14
----
1
Je prétends que les veritables factieus.
les véritables Conspirateurs sont ceux qui
parlent des préjugés à ménager , en rappelant
nos antiques erreurs et les malheurs
de notre honteux esclavage. Non , Messieurs
, non leur folle presomption sera déque
leurs sinistres présages , leurs hurlemens
blasphémateurs seront vains : elles vogueront
sur les Mers , les couleurs nationales
; elles obtiendront le respect de toutes
les contrées , non comme le signe des com
bats et de la gloire , mais comme celui de
la sainte confraternité des amis de la liberté
sur toute la terre , et comme la terreur des
conspirateurs et des tyrans... "
Il ne manquoit à cette déclamation
, que d'être prononcée le poignard
à la main . Ainsi eût parlé un . Frère-
Rouge de Cromwel , gourmandant l'Opposition
dans les Communes . Si l'on réfléchit
aux atrocités dont la France a
été souillée , à la part que la calomnie
a attribuée dans quelques - unes à M. de
Mirabeau, au moment choisi pour faire
ce nouvel appel aux bourreaux et aux
( 361 )
3
C
coupeurs de tête , au motif de cette sanguinaire
invocation à l'exagération
puérilé de cette colère de commande
à l'exaltation des Guleries , dont les applaudissemens
frénétiques présageoient
ceux, dont elles auroient couronné celui
qui eût fait, rouler à leurs pieds la tête
de M. Foucault , on sera peu surpris de
la scène qui a suivi.le
Pendant que M. de Mirabeau parioit , plu
sieurs vois avoient crie : Koilà le langage
d'un facrieuxA ces mots , M. Guilhernly ,
de sa place et non point de la Tribune ,
ainsi que l'ont rapporté des Journaux.menteurs
, a ajouté , en parlant à M. de Beauharnois
,´, Mirabeau parle comme un scélérai et un
assassin . Ces épithètes passent de bane en
bang , elles, arrivent à M. de Menoù ; il dénonce
M. Guilhermy , et exhorte . le Présidensà
le faire, arrêter sur le champ. L'Accusé
vole à la Tribune et, dit : eriet
09 L'Assemblée a été témoin de la maniere
dont M. de Mirabeau a empoisonné : le disjeours
de M, de Foucault. Celui - ci avoit insisté
sur le danger du changement de Pavillon
; M. de Mirabeau l'a accusé , ainsi
qu'une partie de cette Assemblée , de vouloir
la contre révolution , parce qu'on vouloit
conserver le Drapeau blanc comme si
l'Oriflamme , suspendue à la voûte de cette
Salie , étoit un signe de contre- révolution.
M. de Mirabeau , parlant du triomphe d'hier,
a dit qu'il seroit court ; il a traité de factieux
les Membres qui composent une partie
de cette Assemblée . J'ai dit que M. de Mirabeau
vouloit faise assassiner eette partie de
l'Assemblée. »
1
( 362 )
Je demande si c'est un mépris des couleurs
nationales , que de demander la conser
vation du Pavillon blanc . M. de Mirabeau
a dit que celui qui auroit osé tenir un semblable
propos , trofs semaines plus tôt , auroit
payé ce crime de sa tête. Or , je demande
si celui qui auroit fait tomber la tête de
M. de Foucault n'auroit pas été un assassin ?
Si celui qui l'auroit conseillé n'auroit pas
été un assassin ? Je demande si ce discours
de M. de Mirabeau n'est pas séditieux , s'il
ne tend pas à attirer la vengeance du Peuple
sur un Parti qui n'est pas le sien ? ... Je
dis : qui n'est pas le parti de M. de Mirabeau :
certainement celui-là n'est pas le parti du
Peuple. "
" J'ai dit à M. de Beauharnois , qui étoit
près de moi , je l'avoue , je l'ai dit bien
haut , le propos de M. de Mirabeau tend à
faire a sassiner une partie de l'Assemblée.
Je le répète ; j'ai dit que ce propos tendoit
à faire assassiner une partie de l'Assemblée ,
ou que le propos de M. de Mirabeau étoit
celui d'un assassin . M. de Mirabeau sait combien
le Peuple est aisé à tromper, il y a quel
que temps qu'il en a fait l'épreuve . Je veux
croire que cette intention n'étoit pas dans
son coeur. Qu'il rétracte son propos , je rétracterai
le mien . Quant à M. de Menou , je
ne sais s'il demande contre moi une lettre
de cachet indéfinie , ou si je serai arrêté à
la requête de M. de Menou ou de M. de
Mirabeau. »
Pendant que M. Guilhermy , troublé par
d'indecentes interruptions , se justifioit , plusieurs
Membres se sont plaints que l'on faisoit
passer des billets au Peuple ; M. l'Abbé
Maury a prie le Président d'envoyer deux
( 363 )
;
Officiers pour détromper le Peuple ; il a
paru que le Président donnoit des ordres à
cet égard . M. de Mirabeau a généreusement
demandé qu'on revînt à l'ordre du jour ,
tant que cette demande interrompoit la défense
de l'Accusé , dont M. de Cazalès a été
l'Avocat. Après ce Plaidoyer , M. de Mirabeau
s'est ravisé ; il a dit que l'injure étoit
trop vile pour l'atteindre ; il n'a pas cru devoir
sacrifier la portion de respect qui lui est due.
Quiconque lui faisoit un crime d'avoir provoqué
la lanterne contre un Député de la
Nation , révéloit l'exécrable secret de son
coeur déloyal. Il cessoit d'être clément , et
demandoit qu'on jugeât M. Guilhermy.
Ces tirades de Tribun subalterne n'ont
produit qu'une impression médiocre. Les
Auditeurs sensés n'ont vu dans cette altercation
, qu'une querelle personnelle à vider
entre les Intéressés , et non à la Tribune ,
par des exclamations de tréteaux publics ;
mais , comme l'Assemblée avoit été troublée
et la décence violée par le propos
de M. Guilhermy , après deux épreuves douteuses
, on a prononcé contre lui les arrêts
domestiques durant trois jours.
La Séance a fini par l'adoption du Décret
suivant de M. de Menou sur l'affaire de Brest.
" L'Assemblée Nationale , ouï le Rapport
de ses Comités de la Marine , Militaire , Diplomatique
et des Colonies ,
"
Décrète que le Roi sera prié de nommer
deux nouveaux Commissaires Civils , lesquels
se réuniront à Brest avec ceux que Sa Majesté
a précédemment nommés , et seront
revêtus de pouvoirs suffisans pour employer ,
de concert avec le Commandant qu'il plaira
au Roi de mettre à la tête de l'Armée na(
364 )
1 *
"
vale , et avec celui du Port , tous les moyens
et toutes les mesures nécessaires au rétablissement,
de l'ordre dans le port et la rade
de Brest ;
"C
1
Décrète qu'attendu qu'il a été embarqué
sur l'Escadre , en remplacement de quelques
gens de mer , des hommes qui ne sont
ni Marins , ni Classés , le Commandant de
l'Escadre sera autorisé à congédier ceux qui
ne lui paroîtront pas propres au service de
la mer ;
་་ Décrète que le Pavillon
de France portera
désormais
les trois couleurs
Nationales
,
suivant
les dispositions
et la forme que l'Assemblée
charge son Comité
de la Marine
de
Jui proposer
; nais que ce nouveau
Pavillon
ne pourra
être arboré
sur l'Escadre
qu'au
moment
où les Equipages
seront
rentres
dans la plus parfaite
subordination
; "
Décrete en outre, qu'au simple cri de
vive le Roi, usité à bord des vaisseaux le
matin et le soir , et dans toutes les oceasions
importantes , sera substitué celui de
vive la Nation , la Loi et le Roi.
"
L'Assemblee Nationale , considérant que
le salut public et le maintien de la Constitation,
exigent que les divers Corps Administratifs
et les Municipalités soient strietement
renfermés dans les bornes de leurs
fonctions ; ,་ ་
Declare que lesdits Corps Administratifs
et Municipalités ne peuvent , sous peine
de forfaiture , exercer d'autres pouvoirs que
ceux qui leur sont formellement et explici
tement attribués par les Décrets de l'Assemblée
Nationale , et que les Troupes de
terre et de mer en sont essentiellement indépendantes
, sauf le droit de les requérir
( 365 )
dans les cas prescrits et déterminés par les
Lois. >>
4
Au surplus , l'Assemblée Nationale persuadée
qu'un excès de zele a pu seul enraîner
la Municipalité et le Procureur de
la Commune de Brest dans des démarches
irrégulieres , inconstitutionnelles , et qui
pouvoient avoir de dangereux effets , décrète
que son Président sera chargé de leur écrire
pour les rappeler aux principes de la Constitution
; ne doutant pas d'ailleurs qu'ils ne
fassent tous leurs efforts pour concourir avec
le Commissaire du Roi et le Chef de la
Marine , au rétablissement de l'ordre et de
Ja discipline parmi les Equipages des vaisseaux
actuellement en armement à Brest.
DU JEUDI, SÉANCE DU SOIR..
"
Le Président et le Doyen du Conseil-
Supérieur d'Alsace déclarent , par lettres ,
qu'ils n'ont pris aucune part aux protestations
de leur. Compagnie. Leurs noms sont
insérés dans le Proces- verbal . Un Artiste
fait hommage de quelques inventions à l'Aíguste
Diète qui renvoie le tout à ses Comités
de Marine et de Commerce . Elle´ donne
ensuite deux Juges de Paix à la Ville de
Bar- le - Duc , porte un nouveau Décret en
faveur du Sieur Brullée , au sujet de son
Canal , dont un Sieur Joseph vient , après
tant de Lois, réclamer la propriété ; prétention
confiée à l'examen des Comités de Commerce
et d'Agriculture , et l'on ajourne la
discussion de l'affaire d'Huningue.
DU VENDREDI 22 OCTOBRE.
La lecture du Décret de la veille sur le
Pavillon National , suggère à M. de Pruslin
( 366 )
l'idée d'attacher à tous les Drapeaux de l'armée
, des cravates aux trois couleurs. Cet objet
est renvoyé , pour le moyen d'exécution , non
au Pouvoir Exécutif , mais au Comité Militaire.
Etonné de voir que l'Assemblée n'est pas
en nombre suffisant bien qu'on ait déja
rendu un Décret , M. d'Andie demandé ,
ou que les séances ne commencent qu'à deux
heures , ou qu'on fasse l'appel nominal tous
les jours à 9 heures et un quart. Un autre
Membre propose que chaque Député mette ,
en entrant , une cheville à une planche. On
rit , et l'on prête l'oreille à M. de Cussy qui
annonce qué le Comité des Monnoies exp( -
sera incessamment les bases générales d'une
fabrication de numéraire qui doit ranimer la
circulation.
L'ordre du jour amenoit la discussion de
la Contribution personnelle , dont les deux
premiers articles , lus par M. Fermond, u'ont
pas éprouvé de contradiction.
Un troisième article prend pour base de
répartition la qualité de Citoyen actif, le bail
ou l'estimation de la valeur annuelle de l'habitation
, les Domestiques mâles , les chevaux
de selle , de carrosse ou de cabriolet
dans les villes .
M. Nogaret y voit de l'inégalité et de l'arbitraire
. Tel particulier opulent est mal logé ,
tel moins riche occupe un logement considérable.
La Contribution personnelle doit se
rapprocher des facultés. L'habitation paroît
à M. Roederer la moins défectueuse des mesures
conjecturales , en établissant une classification
de villes , de circonstances , en déduisant
les frais de l'entretien des biensfonds
dont l'usage est évalué , en n'imposant
( 367 )
que 3 deniers pour livre sur un loyer de 20
ou 30 livres , et jusqu'à 73 deniers sur le
loyer du riche. Tant d'applications_multiplieront
les prétextes pour eluder la Loi , et
ouvriront mille portes à l'arbitraire , dit M.
Biauzat. Des ateliers , des magasins , l'habitation
indispensable à de nombreuses familles
, doivent moins payer que le logement
du célibataire oisif, un Lapidaire plus qu'un
Marchand de sabots. Il veut que le Décret
combine la qualité et les facultés des Contribuables.
M. Malouet observe que l'habitation u'est
qu'improprement l'objet d'une imposition
nommee personnelle . Il s'effraie des dangers
de ce systême pour l'agriculture , et conclut
à ce que la Contribution personnelle
n'admette d'autre qualité que celle de Citoyen
actif, et qu'on atteigne le riche par
les impôts sur les consommations.
Le loyer est le principal indice des richesses
cachées , répond M. Ræderer. Plus de
jouissances exigent plus de loyer. Il compense
les avares par les prodigues , et dit que
les ateliers , les magasins , l'habitation de
nombreux enfans , le célibat , seront la matière
de diverses exceptions qui ne dérogerout
pas au Décret qu'il appuie. M. Lanjuinais
substitue aux mots : Citoyen actif, ceux-ci
les facultés mobilières qui peuvent donner
qualité de Citoyen actif. M. Lavenue se plaint
qu'on épargne ou qu'on oublie les Rentiers . M.
Péthion desapprouve la distinction des sexes
entre les Domestiques. Le projet du Comité
offre plus que jamais , l'inconvénient d'un
arbitraire sans ressource , aux nouvelles méditations
de M. Biauzat , qui conseille de s'en
tenir aux évaluations , telles que les faisoient
( 368 )
les Collecteurs , et ne voit pas de plus sûr
expedient pour éviter l'arbitraire , que de se
confier aux Municipalités.
M. Roederer pense que les derniers venus
dans la Salle n'attaquent le systéme proposé
que parce qu'ils n'ont pas entendu ce qu'il
a dit avant leur arrivé . Les taxations municipales
seroient un abus inoui . « Le projet du
Comité met , dit - il , en équilibre la Contribution
fonciere , et la Contribution personnelle,
sur les capitaux mobiliers qu'on n'avoit
pas encore atteints ; elle met aussi en equi
libre la Contribution des Municipalités , des
Districts , des Départemens. Nous vous proposons
de répartir une somme fixe en sommes
fixes ; nous vous donnons des moyens de rectification
de haut en bas , pour égaliser , pour
niveler les Personnes et les Provinces ... " De
grands applaudissemens , et la discussion est
fermée.
M. Buzot demande qu'on attende le tarif annoncé
; M. Rewbell propose , en amendement,
une légère imposition sur les Domestiques
femelles , sur les chiens inutiles , et un louis
par tête pour le droit libre de chasser avec
une arme à feu. M. Ræderer motive l'exemption
des servantes par leur utilite auprès des
enfans , des vieiliards , des malades ; et l'impót
sur les valets par le grand intérêt de
renvoyer le plus possible d'hommes sains et
vigoureux aux Champs , aux Arts , à l'Armée.
L'ajournement et l'amendement écartés , le
troisième article est decrété . Le voici ainsi
que les deux premiers :
ART . I. Il sera établi , à compter du prémier
Janvier 1791 , une Contribution personnelle
dont la somme sera déterminée chaque
année. "
( 369 )
"
II. Une partie de ceite Contribution sera
commune à tous les habitans du Royaume ,
de quelque nature que soient leurs revenus ;
l'autre partie sera levée à raison des salaires
publics et privés , et des revenus d'industrie
et de fonds mobiliers .
"
>>
IH . La partie de cette Contribution commune
à tous les habitans , aura pour base de
répartition les facultés qui peuvent donner
Ja qualité de Citoyens actifs , la valeur annuelle
de l'habitation fixée suivant le prix
du bail ou l'estimation qui sera faite , les
Domestiques mâles , les chevaux de selle
dans les Villes , et de carrosses ou cabriolets
dans les Villes et dans les Campagnes. "
On a appris à l'Assemblée la mort du généreux
M. Desilles. M. le Président témoighera
au père de ce jeune Héros les regrets
du Corps Législatif M. Desilles emportera
ceux de tont le Royaume.
DU SAMEDI 23 OCTOBRE .
A la lecture du Procès - verbal , M. de
Mirabeau a réclamé l'affranchissement absolu
des rentes constituées et viagères , contre
une proposition de la veille , faite par M.
Lavenue , et consignée dans le Procès verbal .
On a lu ensuite et ordonné d'imprimer
deux Adresses aux Equipages , l'une par les
Sous -Lieutenans de Vaisseaux , l'autre par
la Société des Amis de la Constitution de
Brest.
La d'scussion étant reprise sur la Contribution
personnelle , M. Fermond a fait
décréter une suite d'articles que nous
transcriions avec les suivans . Toutes ces
dispositions ont été arrêtées sans débats ,
à la réserve d'une seule , par laquelle le
( 370 )
Comité a tenté un nouvel effort contre le
Cens qui fixe la faculté de Citoyen actif.
M. Fermond proposoit de considérer comme
tels tous ceux qui s'obligeroient à la Contribution
civique de trois journées de travail ,
en déclarant qu'ils ' veulent la payer. Cette
tentative déja repoussée , l'a été aujourd'hui
par M. d'André , qui a réclamé l'autorité
des Décrets précédens , et celle de l'expérience.
Avec cent pistoles , a - t - il dit judicieusement,
on fera cinq cents Citoyens actifs .
M. Robespierre a cru soutenir l'article par
le lieu commun absurde qui forme toute la
science politique de cet honorable Membre.
« Le droit naturel , a- t - il dit , donne à chaque
Membre de la Société le droit de Citoyen. "
Cela n'est point , a répliqué M. d'Andié. Le
droit de Citoyen actif dérive de la Loi , et
sans la Loi nous serions une horde de brigands.
"
DU SAMEDI . SÉANCE DU SOIR.
J.Parmi les Adresses qui ont fait perdre la
première heure , on en distingue une trèscurieuse
du Conseil général de la Commune
de Marseille , qui demande à poursuivre
devant les Tribunaux le Ministre de la
guerre , pour avoir calomnie Marseille , en
avançant que les Sections s'étoient opposées
au départ du Régiment de Vexin. Nous
verrons s'il en sera de même de cette grande
menace , comme de la dénonciation de la
même Commune contre M. de Saint -Priest ,
il y a quelques mois .
Le Comité des Rapports , auquel on a
renvoyé cette Adresse , a ensuite occupe.
l'Assemblée de l'anarchie d'Huningue , à
laquelle on a ordonné de former sa Muaici(
271 )
palité , sous l'inspection d'un Commissaire
du Directoire du Haut - Rhin.
DU DIMANCHE 24 OCTOBRE.
Le Comité de Marine étant chargé de
proposer la forme à donner au nouveau Pavillon
, M. de Champagny a rendu comptedu
Projet de ce Comité. M. Nérac a objecté
que ce changement feroit sortir du Royaume .
cinq ou six millions pour l'achat des étamines
ou autres étoffes dont on fabrique le Pavil
lón. Aussitôt , M. Camus a demandé qu'il
fût prescrit de réserver la préférence aux
Etoffes Françoises . Cet amendement a été
reçu et joint aux articles offerts par M. de ,
Champagny, Nous les transcrirons dans huit
jours .
Sur le Rapport de M. de Puzy , au nom
du Comité Militaire , on a décrété la composition
et la paie du Corps du Genie , dont
la dépense totale sera de 783,000 ¡ iv . et qui
sera composé de quatre Inspecteurs - généraux
, tirés du Corps même , de vingt Colonels
Directeurs divisés en trois classes , de
quarante Lieutenans - Colonels en deux
classes , de 180 Capitaines , de 60 Lieuteet
de dix Elèves Sous -Lieutenans.
On a décrété ensuite un nouvel article
sur la Contribution personnelle . Nous avons
donné , dans la Seance de Vendredi , les
trois premiers points du Décret général :
voici les suivans , adoptés jusqu'à ce jour.
nans "
"
IV. La partie qui portera uniquement
sur les salaires publics et privés , les revenus
d'industrie et de fonds mobiliers , aura pourbase
ces revenus évalués d'après la cotte des
loyers d'habitation. ".
44
V. La Législature déterminera chaque
( 372 )
année la somme de la Contribution personnelle
, d'apres les besoins de l'Etat , ei en la
décrétant en arrête a le tarif. n
VI . Il sera établi un fonds pour remplacer
les non -valeurs résultantes , soit des
decharges et réductions qui auront été prononcées
, soit des remises ou modérations
que les accidens fortuits mettront dans le
cas d'accorder.
«
VII. Ce fonds , qui ne pourra être détourné
de sa destination , sera formé par un
excédent sur la Contribution personnelle ,
et partagé en deux portions ; l'une , qui sera
la moitié de cet excédent , sera confiée à
l'Administration de chaque Département ,
et l'autre restera à la disposition de la Legislature.
"
VII . Les Administrations de Départemens
et de Districts , ainsi que les Munici
palités , ne pourront , sous aucun prétexte ,
et ce , sous peine de forfaituré et de responsabilité
personnelle , se dispenser de répartir
la portion contributoire qui leur aura
eté assignte dans la Contribution personnelle
; savoir , aux Départemens , par un
Décret de l'Assemblée Nationale ou des Lé- *
gislatures ; aux Districts , par la Commission
de l'Administration de Département ; aux
Municipalités , par les Mandemens de l'Administration
de District.
"
2
"}
IX . Aucun Département , aucun District
, aucune Municipalité , ni aucuns Contribuables
, ne pourront sous quelque prétexte
que ce soit , même de reclamation
contre la répartition , se dispense de payer
la portion contributoire qui leur aura eté
assignée , sauf à faire valoir leurs récla-
31
mations
( 373 )
mations , selon les règles qui seront prescrites.
"
TITRE II. Contribution personnelle pour 1791.
Le premier article doit porter la quotité
de la Contribution. Il est ajourné .
((
II. La somme qui sera décrétée sera incessamment
répartie entre les Départemens ,
par un Décret particulier. "
III. La partie de Contribution , qui sera
établie à raison des facultés qui peuvent
donner le titre de Citoyen actit, ne pourra
être évaluée au- dessus de la valeur de trois
journées de travail , dont le taux sera proposé
par chaque District pour les Municipalités
de son territoire , et arrêté par chaque
Département. "
" IV . La Contribution foncière ou mobi-
Tère sera payée par tous ceux qui auront
quelques richesses foncières ou mobilières ,
ou qui , réduits à leur travail journalier ,
feront quelque profession qui leur procurera
un salaire plus fort que celui des ouvriers
et manoeuvres de la dernière classe , en suivant
les fixations locales qui auront été
faites .
<t
V. La partie de Contribution qui sera
établie à raison de l'habitation aura pour
base le véritable prix ou estimation du loyer
vis- à- vis des Locataires , et son estimation
vis-à-vis des Propriétaires occupant feurs
maisons , et sera dans les proportions déterminées
par le tarif qui sera joint au présent
Décret. "
VI. La partie de Contribution à raison
des Domestiques mâles , sera payée d'après
le tarif suivant , par chaque Contribuable
par addition à son article. Pour un seul
Domestique , 3 liv.; pour un second , 6 liv.;
No. 44. 30 Octobre 1790. R
( 374 )
pour un troisième , 12 liv.; et 12 liv. pour
chacun des autres au-dessus de ce nombre.
Celle des Domestiques femelles y sera comprise
, et ne sera que de moitié ; et ne seront
compris les Apprentifs et ( omp gnons d'Arts
et Métiers , les Domestiques de charrue et
autres destinés uniquement à la culture , à
la garde des bestiaux , ni les Domestiques
au-dessus de 60 ans . "
" VII. La partie de Contribution à raison
des chevaux de selle dans les Villes , et des
chevaux et mulets de voitures , cabriolets
et litières , dans les Villes et les Campagnes ,
sera payée par chaque Contribuable : savoir ,
par chaque cheval ou mulet , 3 liv.; par
chaque cheval ou mulet de vostures , cabriolets
ou litières , 12 liv .: ne serent compris
au présent article que les chevaux ou
mulets servans habituellement à ces usages.
19
Quelques observations sur le discours
de M. de CAZALES.
Lorsqu'on lira dans quelques années
l'histoire du moment actuel , les Séances
où le sort des Ministres a été agité , attesteront
qu'une grande Assemblée populaire
agit par sentiment plus que par
réflexion , et qu'elle obéit aux opinions
vives , bien plus qu'elle n'écoute les opinions
ustes.
C'est par forme d'épisod , qu'à propos
de la conduite séditieuse d'ɩ ne escadre ,
délivré par ses équipages de toute obéissance
à ses Supérieurs , on a proposé
·
( 375 )
la diffamation des Ministres , et placé
le levier de leur éloignement . Qui que
ce soit ne s'est inquiété de lier la cause
à l'effet , ni de justifier par des preuves
de fait , ce rapport des troubles de Brest
avec la conduite du Gouvernement . On
a généralisé le blâme dont on les a couverts
, ensorte que la Motion eût été
aussi convenable il y a trois mois ; car,
il y a trois mois , l'Administration n'avoit
pas plus de vigueur qu'elle n'en a maintenant
. De leur côté , les principaux
Adversaires du Décret des Comités n'ont
pas même tenté d'aborder la question ,
en discutant les véritables causes de
notre anarchie navale , et en opposant
ce tableau aux inculpations faites au Ministère.
Ils se sont retranchés dans les
droits de la Prérogative Royale : de la
même massue qui leur servoit à défendre
un principe vrai , mais mal appliqué ,
ils ont écrasé les Ministres , et jeté leurs
lambeaux aux oiseaux de proie.
Un contre-sens palpable résulte de
cette politique ; car si les Agens de l'Autorité
méritoient , par exemple , les ou
trages qu'a fait M. de Cazalès à leur
caractère , à leurs intentions , à leur
conduite , il seroit trop absurde que le
Corps représentatif de la Nation leur
conservât une ombre de confiance : et
s'ils lui retirent leur confiance , ils en
doivent la déclaration publique à la
France et au Monarque. Toute Cons-
Rij
( 376 )
titution qui n'assureroit pas un droit
pareil au Corps Législatif, seroit imparfaite
, et dégénéreroit bientôt en Monarchie
absolue .
Il étoit donc contradictoire de verscr
Je mépris et l'animadversion sur le Ministère
, en interdisant à l'Assemblée
d'exprimer le voeu de leur retraite . C'est
néanmoins ce qu'ont fait M. de Cazalès
et quelques autres . MM. l'Abbé Jacquemart
et de Clermont-Tonnerre ont seuls
touché le véritable point du débat , savoir ;
« où est la connexité de la révolte de Brest ,
avec les accusations portées contre le
Gouvernement ? >>
*
Nous laisserons dans l'oubli ces déclamations
de Tribuns sur la place publique
, ces invectives , qu'on croit énergiques
quand elles sont féroces , ces
clameurs hypocrites de l'esprit de faction
, et le fatras des tirades populaires ,
par lesquelles des hommes qui ne parlent
ni n'écrivent que pour une multitude
à égarer , cherchent à frapper lopinion
du vulgaire , et à acquérir la
gloire facile de déchirer les Dépositaires
impuissans de l'Autorité. M. de Cazales
appartient à une autre classe d'Orateurs ;
plus son caractère de loyauté , des brautés
de son discours , la force de ses idées ,
et la justesse de plusieurs de ses motifs
sont dignes de considération , plus il importe
de les juger sans prévention : il
n'en a pas besoin pour rester à la hau(
377 )
teur d'un grand talent , et d'une ame peu
commune.
A la lecture des qualifications flétrissantes
, et des termes méprisans employés
par cet Orateur , on reconnoîtra
difficilement la mesure qui sied même.
à la Tribune de l'Assemblée Nationale ,
- lorsqu'on y parle des Personnes ; mesure
dont M. de Cazalès offre un exemple
habituel . Dans un autre bouche , on
prendroit ce langage amer et virulent
pour celui d'un Chef de parti , ou d'un
Ennemi personnel , et certainement P’Orateur
n'a fait que céder à un zèle dont
je partage les motifs , mais dont l'expression
me paroît outrée et impolitique .
En déclarant M. Necker fugitif, mort ,
oublié , M. de Cazalès sembloit se con
damner au silence . On ne viole pas les
tombeaux . Je pense que peu d'Hommes
d'Etat expérimentés eussent imité la con
duite politique de M. Necker. Il est
des événemens imprévus qui échappent
â la pénétration du génie ; mais ceux qui
naissent des mesures même qu'on a volontairement
adoptées , sans calculer
la portée de ses armes , ni se ménager
des ressources contre les revers , on ne
peut en disculper un Homme public , que
par ses intentions. La censure de M. de
Cazalès embrasse les talens , et le coeur
de M. Necker. Il le traîne sur la claie ,
à la vue de l'Europe. Ici , l'indignation
blesse la Justice, et le ressentiment égare
Riij
( 378 )
le Juge. Je persiste à croire M. Necker
aussi trompé par ses conseils , aussi
aveuglé par des illusions , aussi inférieur
aux circonstances, qu'irréprochable dans
ses intentions . Personne ne persuadera
sans preuves qu'un homme dont la morale
ne fut attaquée , jusqu'à nos jours
de calamités , que par des Intrigans
désespérés ou par des Libellistes , a pu
sacrifier son Roi , ses anciens Protecteurs
, la Monarchie , l'Ordre public , et
des Classes entières de Citoyens dont
il éprouva particulièrement l'estime ,
aux hommages de la Grève , et aux transports
de la populace de Versailles .
Rien de plus injuste à mon sens , que
le reproche d'avoir préféré son ambi
tion et sa sureté au devoir de guider
l'Assemblée Nationale dans l'Administration
des Finances, On ne guide point
selui qui ne veut pas l'être ; on ne guide
point celui qui , au premier pas , donne
des leçons à son Instituteur ; on ne gide
pointe Gouverneur qui renverse toutes
ses fortifications , brûle ses Magasins ,
et ouvre les issues , pour reprocher esuite
à l'Ingénieur d'avoir mal défendu
la place ; on ne rétablit point de Finances
, au milieu de l'anarchie univer
selle , de l'anéantissement des Pouvoirs ,
de l'impunité des désordres , et du fanatisme
qui , pour plaire au Peuple ,
ferme les sources do Revenu Public ; on
ne rétablit point de Finances, sans crédit,
( 379 )
sans impôts , sans force publique , sans
confiance . A l'ouverture des Etats - Généraux,
M. Necker traça le déficit , et
les moyens d'y subvenir . Est - ce lui qui
a imaginé de nouveaux systêmes, aggravé
će fardeau , et réduit à l'appuyer sur des
Feuilles de Papier ? Ne résistons pas àl'évidence
, et laissons les torts à leur place .
Accuser M. Necker du malheur de nos
Finances , c'est l'accuser de la perte de
la bataille de Ramillies.
>
Un très-gra id nɔmbre d'hommes plus
impartiaux que M. de Cazalès dans leur
jugement sur M. Necker( et je me mets
du nombre ) , l'accuseront , avec POrateur
, d'avoir provoqué la Révolution
sans avoir tenté de la diriger, et d'avoir
manqué les mesures nécessaires
pour en prévenir ou altérier les calamités
inséparables ; mais dans l'évaluation
de ce reproche , au sujet duquel j'ai
moi-même prévenu M. de Cazalės ( 1) ,
( 1 ) Voyez six pages sur M. Necker, No. 38
de ce Journal. J'avois cru garder dans cet
article , la mesure qui convient à un homme ,
dont aucune consideration de haine ou dé
faveur ne fera fl. chir ni la conscience , ni la
plume. Je le crois cucore , et certes les injures
rendent mon opinion plus inebraulable .
Tandis que je l'exposois avec ménagement
au milieu des passions furieuses , et de l'indifference
mo tifiante qui se croisent ici sur
le compté de M. Necker; dans sa Patrie , d'imbécilies
émules des Britsot , des Marit, des
Riv
( 380 )
l'équité doit faire entrer les torts de chacun
et de tous. Cette balance appartient
à l'histoire et non à l'éloquence : elle est
encore trop pesante du poids des calamités
qui ont accompagné ce Ministre ,
dont l'espérance s'est perdue dans les orages.
J'ose dire, au risque de déplaire aux détracteurs
comme aux amis de M. Wecker,
qu'en conservant une grande estime pour
ses vertus , pour ses rares qualités dans
l'administration des Finances , la postérité
n'en aura peut - être aucune pour ses
talens politiques.
Les imputations dont M. de Cazalès
charge les autres Ministres , sont autant
de généralités qu'il a lui-même.condamnées
dans le Discours de M. de Menou.
Quel Homine public résisteroit à cette
méthode arbitraire d'accuser ? Sans
doute , on ne sauroit trop gémir de la
Desmoulins , répandoient que pour déchirer
M. Necker j'etois payé par les Aristocrates.
que je me vengeois de n'avoir pas été consulté
par ce Ministre , que j'en imposois sur l'article
du Veto , et vingt autres turpitudes du
même genre. Je plains M. Necker d'avoir
de pareils serviteurs de sa renommée. Je ne
descendrai pas jusqu'à répondre à ces bassesses
, et je ne les cite que pour consoler
ceux qui pourroient croire qu'on ne rencontre
qu'à Paris cette vile espèce de Calomniateurs ,
trop stupides pour discuter des opinions , et
assez lâches pour supposer des motifs honteux
à la franchise qui les profere.
( 381 )
nullité du Gouvernement ; mais on ne
doit pas en méconnoître les véritables
causes. Sans doute , l'effroi des circonstances
a eu prise trop souvent sur les
résolutions du Cabinet ; peut - être , en
quelques occasions , sa fermeté eût déconcerté
des desseins funestes , et prévenu
des dangers qu'on réalise en s'en
laissant intimider ; peut - être les Ministres
se sont trop rendu compte de leur
position , et pas assez préparés à la
soutenir; peut- être se sont- ils trop abandonnés
à l'impulsion des premières secousses
, et ont- ils trop révélé , l'année
dernière , le secret de leurs alarmes ;
peut -être encore ont- ils réellement perdu
la confiance, par leurs efforts même pour
ne pas la compromettre . Enfin , on ne
peut se déguiser qu'en butte à des ou
trages renaissans , à des difficultés insurmontables
, au mépris constant de l'autorité
légitime du Roi , ils ont dissimulé
sans fruit et les causes de ce malheur
public , et ses remèdes , et les vérités
sévères dont l'intérêt de la Monarchie
leur prescrivoit la révélation.
Mais , comment M. de Cazalès peut- il
leur faire un crime d'avoir souffert la
désobéissance aux ordres du Roi , et
de n'avoir pas déployé toute la force
publique pour enprocurer l'exécution?
La force publique ! Est- elle entre leurs
mains ? Punir la désobéissance ! et avee
quelles armes ? La Constitution , l'esprit
Ry
( 382 )
général , la licence autorisée par l'exemple
universel , le Pouvoir réprimant
usurpé par ceux- là même contre lesquels
il doit s'exercer , leur laissoient- ils
une autre autorité que celle d'opinion ?
Et que peut l'opinion contre des dé
sordres commis à main armée , et justifiés
par le fanatisme ? Où est sa forcé
contre des Factions , qui , en appelant
la multitude au Tribunal de la Législation
, ont changé une guerre de volontés
en violences coactives , et subor- ‹
donné la confection des Lois , non aux
luttes morales des Parties , mais à la
clameur publique et à l'empire subversif
des mouvemens populaires ?
L'expérience a mille fois répondu à
M. de Cazalès. Les Proclamations du
Roi ont été fréquemment méprisées , et
presque toujours impuissantes : on a vu
des Municipalités renvoyer des Lettres
aux Ministres sans les décacheter ; d'autres
refuser de leur écrire ; des Directoires
se confronter avec l'Autorité
Royale , et répondre à ses Agens dans
le style des Empereurs Romains. L'Armée
absolument subordonnée aux Corps
Administratifs , a dû en respecter l'autorité
: celle du Ministère pouvoit- elle
empêcher les Soldats de participer au
délire de la licence , et de vivre inactifs
au milieu du désordre sans le partager ?
Ainsi , il est trop évident que la Constitution
, au lieu de contenir et de limiter
( 383 )
l'action de l'Autorité Royale , l'a complètement
désarmée , et qu'en avilissant
le Trône en même temps qu'on en retranchuit
le despotisme , en lui a enlevé
la dernière et salutaire influence
qu'il auroit tirée du respect et de l'amour
public .
Dans cet état de choses , quels Ministres
supporteroient le poids de leurs
fonctions ? Quelle vigueur exiger de
membres paralysés ? Eviter les chocs ,
les catastrophes , et glisser lentement
vers les derniers maux , au lieu de s'y
précipiter , voilà sans doute les élémens
de la politique , et de la conduite d'un
Gouvernement froissé de toutes parts ,
dont la machine demi-fracassée voleroit
en éclats au premier acte de virilité.
M. de Cazalès a trop oublié que nous vivons
tous entre les poignardset les libelles;
que la tête des Serviteurs de la Couronne
est , depuis long- temps , placée entre l'échaffaut
et le fer des Factieux ; que leur
mort mettroit en péril le Trône même ,
et que , responsables de son existence ,
leur témérité seroit un crime .
Par le sort du Ministère formé au
mois de Juillet 1789 , par les événemens
qu'il entraîna , apprenons les effets
qu'auroit produits une Administration ,
assez hardie pour braver inconsidérément
des passions furieuses et des partis
tout-puissans. M. de Cazalès frémira
comme nous , de la perspective.
1
}
R vj
( 384 )
Eh ! d'ailleurs , y avoit - il possibilité.
de sortir de cette circonspection , exagérée
peut- être par un sentiment louable
? Si cet effacement inévitable que
M. de Cazalès nomme lâche indifférence
et coupable impéritie , n'a prévenu
ni les dénonciations continuelles ,
ni les calomnies , ni les soupçons infâmes
, ni les procès criminels ; si la
nullité du Gouvernement n'a pu le sauver
de tant d'attaques réitérées , cù son
énergié l'auroit - elle conduit? Quels appuis
se présentoient ? M. de Cazalès
leur cite l'exemple de Strafford ; c'est
par cet exemple même que je le combattrai.
Strafford contribua innocemment
aux malheurs de Charles I, en lui faisant
méconnoître sa dangereuse position , et
hasarder des actes qu'on étoit impuissant
à soutenir. M. de Cazalès hasarderoit- il ,
d'ailleurs , le parallèle des forces et des
ressources du Trône sous le Ministère
de Strafford , avec le moment présent ?
Comme lui , je proposerai en exemple
ce généreux Anglois , assassiné par d'hypocrites
Demagogues ; mais je demanderai
des circonstances équivalentes .
Il est reçu en mécanique que deux
forces égales opposées , donnent une
force morte. On peut appliquer ce principé
aux différentes attaques que vient
d'essuyer le Ministère . M. de Cazalès
l'accuse d'avoir trahi le Trône : le côté
gauche l'accuse de trahir la Révolution .
( 385 )
Où est la vérité entre ces extrêmes ? Une
semblable distance dans les opinions en
dénonce l'exagération et l'injustice .
Quant au reproche de manquer all,
sens de la Révolution ;; il est l'aveu que.
les Ministres en ont du moins suivi la
lettre , et il rappelle un mot plaisant du
Cardinal de Retz, Lorsqu'il fut arrêté
au Louvre , on lui donna à manger ,
et il mangea bien . « Les Courtisans
dit-il , eurent la bassesse de trouver mauvais
que je n'eusse pas perdu l'appétit . »
"
Personne n'a fait sentir avec plus de.
justesse , avec une plus heureuse précision
, que M. de Cazalès , les effets de
l'influence du Corps Législatif sur la nomination
aux places du Gouvernement ,
Ces principes reconnus de chacun , il y
a un an , consacrés par la Constitution ,
offensés chaque jour , hardiment mépri- ,
sés maintenant par l'intérêt de Faction ,
n'auront contre eux que la déraison publique
, qui nous tient lieu d'expérience
et d'esprit public . M. de Cazalès cependant
, me semble en avoir outré l'applica
tion , et abusé de l'exemple de l'Angleterre
.
2 .
Il affirme qu'aucun Ministre ne fut
jamais renvoyé par le seul fait de l'improbation
des Communes , et considère
comme inconstitutionnelles et usurpatrices
, leurs Adresses pour déclarer les :
Agens de l'autorité déchus de la confiance
publique. Ces assertions ne sont
( 386 )
pas exactes. Le droit qu'il dispute aux
Communes est aussi ancien que le Par-'
lement presque tous les règnes en ont
offert des exemples. La pratique les a
consacrés , parce que la raison , le caractère
de la Constitution , et les fonctions
même du Parlement les autorisent ,
Nul Roi d'Angleterre , depuis 1688 , n'a
tenté de disputer cette prérogative , ni
de se montrer insensible à la censure
exercée par les Communes contre ses
Ministres. Pour ne rappeler que des faits
récens, qui ne connoît les Discours éloquens
de MM. Wyndham , Shippen
Pulteney et Carteret , à l'appui des Motions
fréquentes , faites dans l'une etd'au
tre Chambre , pour prier George II d'éloigner
Walpole de ses Conseils ? Ce
Ministre crut conserver la Majorité dans
un nouveau Parlement ; elle lui fut contraire
, et sa résignation prévint le renouvellement
de la Motion.
Le 8 Mars 1782 , Mylord John Cavendish
proposa formellement aux Communes
, de déclarer que les malheurs de
l'Empire étoient dus à l'imprévoyance
et à l'impéritie des Ministres. Lord North
ne conserva la supériorité que de dix
voix. Le Chevalier Rous opina huit jours
après , à déclarer que les Communes
retirolent toute confiance à l'Administration
- il ne resta plus à celle- ci que
l'avantage de 9 voix. Sûre de le perdre
ayant la fin de la semaine , elle abdiqua
( 387 )
ses fonctions. Al'instant où Lord Surrey
alloit reprendre la Motion des jours précédens
, Lord North annonça aux Communes
que le Roi avoit résolu de chan
ger son Ministère.
Il s'en faut bien que George III , à
l'époque de 1782 , citée par M. de Cazales
, tint le langage absolu que lui
prête cet Orateur . Il ne répondit point
que, d'après la Constitution , sa volonté
étant le seul titre légal de l'appointement
de ses Ministres , il étoit impossible
qu'ils ne fussent pas constitutionnellement
appointés . Cette vérité ne pou
voit être contestée que par des maximes
factieuses , auxquelles les Communes se
hâtèrent de renoncer . Leurs deux Adresses
signifièrent au Roi que son Ministère
étoit indigne de leur confiance , et qu'elles
en requéroient l'éloignement . « Je n'ai
jamais mis en question , répondit
«
Roi , le droit qu'ont mes fidelles Com
« munes de m'offir leurs avis , en toute
« occasion , sur l'exercice de chaque
branche de ma Prérogative . Je les
« recevrai et les considérerai toujours ;
mais nulle charge , nulle accusation.
spécifique n'étant portée contre mes
Ministres , et un grand nombre de
mes Sujets étant contens de leurs services
, je les conserverai . »
«
<<
«
Les intrigues , les subterfuges , les sophismes
de M. Fox et de son Parti ,
vinrent se briser contre ces argumens
( 388 )
constitutionnels . A la dissolution du Par
lement , il ne leur restoit que la supériorité
d'une voix . Le Peuple , en refusant
la sienne à 160 d'entr'eux , prouva
son attachement aux Lois , et à la Prérogative
Royale Constitutionnelle .
Il résulte de cet exposé , que de graves
reproches , le mécontentement général
prononcé , et des malheurs publics , suite
des fautes du Gouvernement , légitiment
seuls au Parlement d'Angleterre , les
Motions pareilles à celle des quatre Comités
de l'Assemblée Nationale ; qu'en
tout autre cas , le Roi est en droit de
regarder ces attaques comme des at
teintes à sa Prérogative , comme une
audacieuse usurpation . Lorsque la perversité
de l'esprit de parti , et une ambition
factieuse auront gagné assez de voix
pour dire impunément aux Ministres en
place : « Sortez du Cabinet , nous you-
« Tons le remplir , malgré vous , malgré
« le voeu du Roi , et sans que la Nation
nous y ait formellement autorisés ; »
ce procédé réunira l'injustice à l'illégalité
, et la Couronne fera son devoir en
y résistant ,
Que conclure , d'ailleurs , de cet exemple
des Anglois , dont la Constitution
est absolument dissemblable de la nôtre ?
Quel rapport entre leur liberté politique
et nos Lois nouvelles ? Tout s'enchaîne
et se balance dans leur systême législatif.
Si l'une des Chambres demande in(
389 )
justement d'autres Ministres , la Prer
gative Royale est couverte par la seconde
Chambre , qui peut refuser son concou s
à la première ; par le droit de dissoudre
un Parlement factieux , et par le jugement
du Peuple . Bien plus ; la Couronne ,
par de nombreuses nominations aux
places , par le séjour de ses Ministres
dans le Parlement , où ils peuvent se
défendre chaque jour , par la force d'opinion
qui compense la foiblesse nécessaire
de son autorité ; la Couronne , dis j , con
serve une influence puissante et permanente
dans les deux Chambres.
Parmi nous , le Trône n'a aucun de
ces appuis. Une majorité de deux voix
dans une Assemblée unique peut le
dépouiller de tous ses droits , l'effacer ,
l'anéantir. Qu'une Faction redoutable
se présente , il est sans ressources pour
la contrebalancer. Ses Ministres , toujours
peints comme des Ennemis du
Corps Législatif, n'y ont aucun accès :
ils ne communiquent avec lui que par
mémoires ; leur absence facilite toutes
les imputations ; elles ont corrompu
l'opinion avant qu'ils aient eu le temps
de les repousser ; séquestrés , isolés , ils
ne paroissent au Corps Législatif qu'en
qualité de Supplians , et leur humilité
forcée achève à tout instant de dégrader
la Majesté Royale. Tel est le rôle où
nos Formes actuelles circonscrivent le
Ministère. Comparez le maintenant à
( 390 )
celui de l'Administration Angloise ; cor -
parez les Agens d'une Autorité affermie,
dont les droits et les limites sont exactement
définis , les Exécuteurs d'un Corps
Législatif dont le Roi fait une partie
puissante et nécessaire , des Minis res
dont la responsabilité ne peut jamais
s'exercer arbitrairement ; comparezles
, avec des Serviteurs de la Cou
ronne , qui ont en tête un jour le Corps
Législatif, et le lendemain , le Corps
Constituant ; qui , sans pouvoir ni influence
, doivent non-seulement exécuter
les Lois dans l'anarchie , mais encore résister
souvent à un torrent d'Institutions
nouvelles et fondamentales , qu'ils
peuvent estimer contraires aux droits
légitimes du Trône , et au bonheur des
Peuples.
Si, par exemple, il existoit une Faction
qui voulût lasser la France de la Munarchie
, et achever la République ; si
Ja Constitution même étoit en danger ;
si les organes de cette Faction imprimoient
au sein de la Capitale , que la
la France ne sera libre qu'autant qu'elle
n'aura plus de Roi , des Ministres soupconnés
de contrarier ce dessein criminel .
ne seroient-ils pas en butte à l'animosité
de ses Auteurs , et dépeints au Peuple
comme des instrumens de tyrannie
comme des fauteurs de l'ancien régime ?
Quoique la Majorité de l'Assemblée
( 391 )
ait reieté la Motion des quatre Comités
, il étoit aisé de prévoir l'effet qu'elle
produiroit sur les Ministres. Personne
ne les soupçonnera de l'amour de leurs
places : ils ont eu le temps de se guérir
de cette maladie . Ils ont écrit en commun
( M. de Montmorin excepté ) , la
lettre suivante à S. MM . le 21 Octobre 1790.
SIRE ,
" Le voeu manifesté des Représentans de
la Nation vous détermina le 18 Juillet de
l'année dernière , à rappeler deux d'entre
nous dans votre Conseil. L'Assemblée avoit
déclaré solennellement qu'ils avoient emporté
dans leurietraite l'estime et les regrets
de la Nation. Vous voulûtes encore prendre
dans le sein de l'Assemblée , ceux que depuis
vous avez associés aux premiers ; et elle en
a remercié Votre Majesté par l'organe de
son Président , qui lui dît en son nom ,
qu'elle les auroit présentés elle -même. »
0
"
Ces honorables suffrages nous étoient
nécessaires pour espérer quelques succès ; et
malgré la difficulté des circonstances , nous
erûmes devoir n'écouter que notre zele et
notre dévouement. »
W Nous avions en nous- mêmes le sentiment
de la droiture de nos intentions . Il nous fut
peut-être permis de compter que la confiance
publique nous accompagneroit près de
vous , qu'elle ne pourroit nous être enlevée ,
tant que nous y conserverions tous nos droits ;
et la loi de la responsabilité , à laquelle nous
nous étions soumis avant même qu'elle fût
prononcée , sembloit devoir nous mettre à
l'abri des inculpations hasardées , mille fois
plus dures que cette loi.
( 392 )
་ ་
Ainsi , nous avons dû mépriser les traits
de la calomnie , les dénonciations vagues ,
et tout ce qui auroit pu nous distraire des
soins importans de l'Administration. »
"( Ainsi nous avons dû nous exposer à la
haine des ennemis de l'ordre , et à la censure
de ceux qui , ne jugeant les Ministres que
par les événemens , n'apprécient ni les
obstacles à vaincre , ni le nombre et le degré
d'efforts qui ont été déployés contre eux. "
il est consolant , il est glorieux pour nous
de pouvoir invoquer votre témoignage aupres
de Votre Majesté elle même. "
Elle sait , et elle a eu la bonté de nous
le dire quelquefois , combien , dans une carriere
hérissée de difficultés toujours renaissantes
, il nous a fallu de courage pour y
persévérer et supporter le poids de nos plaçes.
"
"}
Elle sait qu'il a fallu nous oublier sans
cesse nous - mêmes , pour ne nous souvenir
que de l'amour de Votre Majesté pour le
bien des Peuples , de l'importance de nos
obligations , et de notre dévouement à de
si grands intérêts.
་་
"
C'est dans les mêmes sentimens et dans
les mêmes principes , qui nous ont fait un
devoir sacré de tout sacrifice utile , que nous
devons maintenant supplier Votre Majesté
de prendre en considération s'il ne convient
pas à ses intérêts , ainsi qu'à la chose publique,
de choisir d'autres Ministres. ןכ
Nous avons lieu de juger , par ce qui
vient de se passer dans l'Assemblée Natiohale
, que nous n'obtenons plus la confiance
d'un grand nombre de ceux qui la composent ;
et quoiqu'Elle ait , dans sa justice , rejeté
le Décret qui lui a été proposé , quoiqu'il
( 393 )
n'ait été rien articule de précis contre nous
quoique la généralité et l'amertume des imputations
n'annoncent que l'impatience de
fixer sur nous le tort des malheurs publics ,
et qu'il nons fût facile de rendre sensible.
Ja pureté de notre conduite , soit dans son ensemble
, soit dans tous ses détails ; cependant il
peut résulter de l'éclat même de cette diseussion
, et du fantôme de méfiance que l'on
cherche à susciter contre nous , une impression
fâcheuse pour le bien de votre service.
K
Daignez donc , SIRE , peser dans votre
sagesse ce que la circonstance demande de
Vous. Daignez imposer silence à votre bonté
naturelle , et ne consultez que l'intérêt de
votre Personne et de votre Administration . »
" Notre amour pour notre Patrie et pour
notre Roi vivra toujours dans nos coeurs ;
et certes , quel que puisse être notre sort ,
nous mériterons toujours d'être comptés au
nombre des bons Citoyens de votre Empire .
"
20%
Nous sommes avec le plus profond respect
, etc.
ce
"
« Signé L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX ,
LA LUZERNE , GUIGNARD et DA TOURDU
- PIN.
Réponse du Roi.
Saint- Cloud , le 22 Octobre 1790 .
Je suis très- touché des sentimens
que vous me témoignez . Personne.ne
sait mieux que moi combien sont peu,
fondées les inquiétudes que l'on a concues
à votre sujet. Je vous ai toujourst
vus amis du Peuple , de l'ordre , de la
justice et des Lois . Je prendrai en grande
( 394 )
considération votre lettre ; je ferai connoître
à chacun de vous mes intentions ;
et j'attends de votre zèle pour le bien
public et de votre attachement pour
moi , que jusques- là vous n'abandonnerez
pas vos fonctions . >>
Signé , LOUIS.
Cette réponse de S. M. n'a pu retenir
M. de la Luzerne , qui a persisté dans
sa démission , et s'est retiré à la campagne.
Il est remplacé par M. de Fleurieu
, ci devant Directeur- Général des
Ports et Arsenaux .
Mardi 19 , M. de Menou déclara à la Tribune
la Municipalité de Brest , coupable .
d'avoir usurpé le Pouvoir Exécutif, et compromis
le sort de nos Colonies ; il accusa le
Procureur de la Commune d'avoir augmenté
le désordre par un discours vehement ; il
jugea ces écarts repréhensibles et pernicieux ,
et proposa d'improuver la Municipalité , de
mander à la Barre le Procureur de la Commune.
Jeudi 20 , le même M. de Menou transforma
dans 48 heures , ces mêmes Coupables
de Mardi , en intrépides et magnanimes défenseurs
de la Liberté , entraînés par un sentiment
sublime , dignes d'être encouragés et
soutenus , et d'être seulement avertis de se
tenir en garde contre les excès de la vertu.
Plus de blâme , plus d'improbation , plus
de Procureur- Syndic à la Barre. On jugera
de l'esprit qui régnoit à Brest , et de son influence
sur la conduite des équipages , par le
Discours suivant , que prononça M. Cavelier,
Procureur de la Commune , dans la Séance
( 395 )
du Conseil général du 14 Septembre. C'est
Ja harangue dont M. de Menou avoit parlé
dans son Rapport.
"
MESSIEURS ,
་
Vous connoissiez depuis long - temps la
fureur et la rage de vos Ennemis , et néanmoins
vous avez de la peine à croire les
horreurs que vous venez d'apprendre ; la
raison en est simple , c'est qu'il est des atrocités
que les coeurs magnanimes ne sauroient
supposer. Les scènes sanglantes , dont
l'isle de St. Domingue vient d'être le theâtre ,
se passeroient sous vos yeux, dans le sein même
de votre Ville , si vos Ennemis n'étoient encore
plus lâches que inéchans. Mais ils savent que
vous avez toujours les yeux ouverts sur leur
conduite ; ils savent qu'une seule démarche
équivoque suffiroit pour faire prendre les
arnes à toute la Garde Nationale , et à leurs
Frères des Troupes de Lignes ; ils savent que
que le jour où l'on découvriroit une trahison
de leur part , seroit aussi celui ou vos murs
seroient prgés de ces scélérats . Ce n'est pas
dans le continent où ils ont à combattre l'opinion
publique et deux millions de Soldats
Citoyens , qu'ils iront manifester leurs coupables
projets ; c'est dans une Colonie éloignée
où tous les esprits ne sont pas encore
déterminés à un parti fixe et invariable , où
les Agents du despotisme sont ressaisis de
tous les pouvoirs , qu'ils vont répandre le
yenin dont leur coeur est ulcéré : Tels ces
animaux féroces qu'on a arrachés des déserts
de l'Afrique , ont , lorsqu'ils sont enviroanés
dun Peuple nombreux , un air morne qu'on
prendroit d'abord pour de la douceur ; mais
s'ils parviennent à briser leurs chaînes et à
forcer leurs prisons , ils déchirent et mettent
( 396 )
en pièces tout ce qui se trouve sur leur passage.
Vo coeurs sont serrés , Messieurs , da
triste récit que vous venez d'entendre . Vos
larmes coulent sur le sort de cette isle infortunée
, jadis florissante et maintenant désolée
par ceux mêmes dont elle avoit droit de réclamer
la protection et les secours . Mais que
l'indignation prenne la place de la douleur.
La trahison est affreuse , que la vengeance
soitprompte et éclatante. Joignez , Messieurs ,
vos efforts à ceux de ces braves Colons , pour
obtenir justice et la punition des traitres :
ils sont François , ils sont vos Frères , l'immensité
des mers ne doit pas mettre d'intervalle
entre leurs coeurs et les vôtres ; et
quand il n'auroient pas ces deux titres puissans
à votre assistance , ils en ont un sacré ,
sont malheureux , et viennent d'un autre
hémisphère réclamer les droits de l'humanité
outragée. »
On annonce la livraison du second volume
in-folio du TABLEAU GÉNÉRAL DE L'EMPIRE
OTHOMAN , par le Chevalier de Mouradgea
d'Ohsson. MM . les Souscripteurs peuvent
s'adresser à M. de St. Julien , chez l'Auteur
, rue neuve des Capucines , pres le Boulevard
, pour avoir ce volume ; ainsi que les
trois estampes qui manquoient au premier.
Cet Ouvrage admirable par sa superbe
exécution , et l'un des plus intéressans , dés
plus instructifs qu'ait produit notre siècle ,
'est le seul qu'on puisse consulter sur l'Histoire
, les Lois et les Coutumes de l'Empire
Othoman. Nul n'est plus digne à tous égards
d'orner les grandes Bibliotheques .
&
SUPPLÉMENT à l'article de Paris & aux Nouvelles
étrangères.
Du jeudi 28 octobre 1790.
LA municipalité d'Avignon n'ayant pu faire croire dans
les provinces Françaiſes voifines qu'il fe fit réellement un
raffemblement de troupes , ni qu'il y eût aucune espèce de
difpofitions hoftiles , de la part des Comtadins , a voulu forcer
ce raffemblement , en formant une attaque fur le territoire
du Comtat. En même-temps elle avoit répandu dans cette
province, que vingt mille gardes nationales françaiſes venoient
défarmer les Comtadins & arborer par-tout les armoiries
de France. Deux cents cinquante hommes armès
fortis d'Avignon , font venus le 16 du courant attaquer Cavaillon
, d'où ils ont été vigoureuſement repouffés.
Les difpofitions des Comtadins étoient tellement paffives,
que les fecours envoyés à Cavaillon par l'affemblée repréſen
tative du Comtat , n'ont pu y arriver que trente heures après
la première hoftilité. La faction Avignonnaife a feint d'ascourir
au fecours d'un parti opprimé dans Cavaillon . Elle a
féduit quelques payfans du territoire de cette vile , elle en a
forcé beaucoup d'autres à marcher avec cette troupe , qu'on
peut appeller de brigands.
Les gardes nationaux du Comtat ont bientôt difperfé ces
agreffeuts ; mais ils ont refpeété le territoire français où les
brigands fe font réfugiés en traverfant la Durance . Du mo
ment que l'affemblée repréſentative du Comtat a été informée
de l'incurfion faite à Cavaillon , elle a invité les maires des
municipalités françoifes les plus voifines à venir être témoins
de ce qui fe pafloit , pour pouvoir attefter à toute la France
que le Comtat n'avoit fait aucunes difpofitions hoftiles , &
que fes habitans n'ont fait qu'ufer d'un droit de défenſe
naturelle contre une faction désespérée .
Le projet de conquête étoit fi bien formé à Avignon ,
que les affaillans s'étoient fait fuivre par une charrette chargée
d'écuffons aux armoiries de France , qu'ils fe propofoient
d'arborer dans chaque lieu du Comtat qu'ils comptoient
parcourir .
( 2 )
Nous donnerons de plus grands détails de cette affaire.
A la tête des impofteurs incendiaires , qui troublent cette
contrée , il faut mettre un nommé Tournal , alternativement
chef de bourreaux , commandant militaire , gazetier , étran
ger à Avignon & rédacteur de la feuille de cette ville.
C'eft de l'attelier de cer homme , que fortent toutes les fauffetés
, foit fur le Comtat , foit fur les provinces françoiles ,
voifines. Son but eft de mettre aux prifes nos gardes- nationales
avec les Comtadins. C'eſt à lui qu'on doit toutes
les fables du camp de Jalès , des contre- révolutions de Languedoc
, de l'armée de Carpentras , &c .
Sur le faux bruit , que l'affemblée nationale venoit de déclarer
fa neutralité dans la querelle de l'Angleterre & de
l'Espagne , les fonds publics montèrent à Londres , le 20 ,
d'un & demi pour 100. Ils font retombés à leur premier
taux , & y refterent vraisemblablement jufqu'à l'arrivée du
courrier décifif, attendu de Madrid. Le contre - amiral Cornish
, qui va conduire aux Antilles dix vaiffeaux de ligne ,
arbora le 16 , à Spithead , fon pavillon fur le Marlborough
, de 74 canons. Nos lettres du 22 nous annoncent
pofitivement que ce Commandant ayant donné le 21 le
ignal de lever l'ancre l'efcadre , devoit appareiller le foir
ou le lendemain .
La fcène de Liège , ainfi que celle du Brabant , tire vers
fon dénouement. Les députés de cette ville à Francfort ont
recu ordre de fe retirer : ils ont demandé & obtenu un
délai de quelques jours , jufqu'à la réponſe définitive de
leurs commettans. L'armée d'exécution , à laquelle fe joindront
les troupes autrichiennes , va fe remettre en mouvement.
Son général , le prince d'Ifembourg , & d'autres
officiers abfens , l'ont rejointe.
Lundi 23 octobre . M. Barnave a emporté de deux voix la
préfidence fur M. de Bonnay. M. Bouche a fait renvoyer
au tribunal de diftrict de Marfille , la procédure prévôtale
, attribuée d'abord à la fénéchauffée . Le préfident du
tribunal eft un nommé Jourdan , qu'on dit être le parent ,
& même le frère du procureur de la commune , du même
som , gravement impliqué dans cette procédure .
M. le Chapelier a enfin préfenté le projet déjà connu
du comité de conftitution , fur la formation de la hauteour-
nationale & du tribunal de caffation . Quoique ce projet
( 3 )
avant
eût été pulvérifé par M. Bergaffe qui , ai mois d'avril ,
en démontra les horribles inconvéniens ; quoiqu'il tende
manifeftement à établir dans l'affemblée nationale le centre
d'une ariftocratie tyrannique ; quoiqu'il choque les premiers
principes de la liberté , de la fûreté individuelle , & de la
raifon ; il a reparu fous la même forme. M. l'abbé Maury
l'a combattu avec un grand fuccès , & a judicieufement prié
le comité de déterminer les crimes de lèze -nation ,
d'inftituer le tribunal qui devra les juger. On a ajourné
la difcuffion , en fe bornant feulement à retirer au Châtelêt
la connoiffance des crimes de lèze- nation . Ainfi les accufés ,
les martyrs de l'inquifition auront le temps de mourir dans
les prifons , en attendant le nouveau tribunal . Tout cela
fe paffe dans un état que l'on dit libre , & les habitués
des galeries que M. l'abbé Maury nomme plaifamment les
coadjuteurs de la conftitution font enyvrés de joie , &
eftropient leurs mains à force d'applaudiffemens.
Du Mardi 26. Après les oppofitions de MM. Dionis du
Séjour , Tronchet , Biauzat , le comité d'impofition a fait
décréter un nouvel article , qui établit la contribution perfonnelle
fur les revenus d'induſtrie & de richeffes mobiliaires
, à raifon de 10 deniers pour livre de leur montant ,
préfumé d'après les loyers d'habitation.
Dans la foirée , le comité des recherches a occupé l'af
femblée d'une prétendue confpiration tramée par un M.
de Buffy , dont les libelliftes avoient fait M. de Bourbon-
Buffet. Ce nouveau contre- révolutionnaire , du genre de ceux
que la démence publique ou le machiavélifme ont fait paroître
fur la ſcène , feront traduits à la Baftille moderne ,
à l'abbaye de Saint-Germain , où ils attendront commodément
la formation de la haute-cour nationale .
Du Mercredi 27. Sur la motion de M. d'André , on a
décrété que les députés nommés juges , feront exercer leurs
fonctions par leurs fuppléans aux tribunaux , jufqu'à la fin
de la législature .
Gr
Plufieurs nouveaux décrets fur la contribution perfonnelle.
Les citoyens hors d'état de payer la contribution d'activité en
feront exempts. Tout père de plus de trois enfans jouira
d'une diminution . - M. de Champagny , au nom du comité
de la marine , a fait fupprimer du code pénal les peines de
l'anneau , de la chaîne , de la liane . Les Muletots à Breft font
rentrés dans l'ordre , d'après la promeffe qui leur avoit été
faite de ce facrifice .
SUPPLEMENT à l'article de Paris , & aux Nouvelles
étrangères.
Du jeudi 21 octobre 1790.
LE parlement d'Angleterre fut prorogé , il y a quinze
و
jours , au 25 novembre . Comme à la formule de cette prorogation
, on n'avoit pas ajouté pour l'expédition des affaires
publiques cette omiffion indiquoit une prorogation ulté
rieure , & l'on ne penfoit pas que le parlement fe raſſemblât
avant le mois de janvier. Les circonftances ayant changé ,
une nouvelle proclamation du roi d'Angleterre , en date du
13 , vient d'ordonner la convocation fixe des deux chambres ,
au 25 novembre , pour l'expédition de diverfes affaires im
portantes.
:
A cette nouvelle qui fortifie la crainte d'une guerre immé
diate , nos lettres de Londres du 16 ajoutent , qu'on a com
platté le choix de deux mille foldats tirés des trois régimens.
des gardes ils doivent s'embarquer , ainfi que d'autres troupes
, fur cinq frégates de 44 canons ; mais leur véritable
deftination eft encore incertaine. Quelques-uns les font paffer
à Gibraltar ; d'autres , en plus grand nombre , aux Indes
occidentales . On a ordonné la levée de dix mille hommes ,
par compagnies indépendantes de cent hommes chacune.
Les fonds publics reftent au même raux : on a quelque repi
jufqu'au retour du courrier envoyé à Madrid ; car la négocia
tion n'eft point ouvertement comput.
Les troupes autrichiennes qui arrivent dans les Pays - Bas
n'y feront pas rendues, en totalité , avant la fin du mois. La
première colonne de douze mille hommes va dépaffer la
Franconic , & fera à Luxembourg du 29 au 25.
Il vient de paroître ici un précis du mémoire des princes,
allemands à la diète de l'empire , contre les décrets de l'Affemblée
nationable , attentatoires à leurs droits en Alface . Les
gazetiers ont pris cette brochure anonyme d'un homme de
mauvaise humeur , pour un extrait authentique du mémoire
des princes , & s'étendent en verbiage à ce fujet. Des efprits
groffiers peuvent feuls s'y méprendre rout homme de bon fens
n'a qu'à lire ce précis anonyme ou des vérités févères foné "
:
( 2 )
mêlées à des déclamations , il fe cenvaincra que ce précis n'eft
point le réfumé du mémoire des princes.
On a débité que M. de Peynier s'étoit embarqué au Portau-
Prince , & qu'il revenoit en Europe fur la frégate
l'Engageante. On a ajouté que les affemblées du fud & de
l'oueft à Saint - Domingue , avoient défavoué celle du nord ,
& adopté les vues de la ci- devant affemblée de Saint- Marc.
Ces bruits ne nous paroiffent repofer encore fur aucune
autorité folide.
Lundi 18. M. Thouret a rempli la féance de l'Affemblée
nationale par de nouveaux articles fur la juftice de paix :
ces paquets d'articles ont été décrétés comme les précédens ,
prefque fans examen .
Sur la demande de M. de la Rochefoucault , on a ordonné
au comité des finances de fournir à celui des impofitions ,
l'état certain des befons publics pour 1791. C'eſt avoir
attendu bien tard des notions, qui paroilloient indifpenfables ,
avant toute difcuffion fur les moyens de remplacer les reffources
détruites.
Mardi 19. M. de la Rochefoucault a fait décréter fur la
contribution foncière , trois nouveaux articles , par lequels
on taxe les enclos cultivés comme les terreins non clos , &
les enlos de pur agrément comme les meilleures terres labourables
. — Les bois feront évalués fur le prix moyen des
Coupes annuelles. Le bois taillis non en coupe réglée ,
d'après leur comparaifon avec les autres bois de la communauté.
-
--
:
M. de Menou a fait le rapport de l'affaire de Breft , & propofé
la motion combinée dans les comirés , fur l'avis de MM .
de Mirabeau , Barnave, &c. contre les miniftres. Des lieux communs
populaires qui manquent aujourd'hui leur effet , mêine
dans les groupes des motionnaires en plein air , ont fervi au
rapporteur à expliquer les défordres de Breft des citoyens
trompés , le patriotifme égaré , les erreurs de la liberté ,
l'arrivée du Léopard , voilà les caules. Comme il falloit.coudre
tant bien que mal les miniftres à la motion , M. de Menou
a trouvé dans leur infouciance un des grands refforts du ravage
de l'anarchie à Breft. Ses conclufions ont été de nommer deux
commiffaires civils , envoyés de Paris , de déclarer nuls & illégaux
les actes de la municipalité de Breft , de l'improuver , de
mander le procureur de la commune ; enfin , « de repréfenter
à S. M. que la méfiance des peuples , contre les miniftres ,
(3 )
" apporte les plus grands obftacles au rétabliſſement de l'ordre
public , à l'exécution des loix & à l'achevement de la
» conftitution » .
ככ
Ce que ce rapport a prouvé de plus clair , c'eft , comme on
le voit , que nous fommes fans ordre public , fans loix exécutées
, & feulement dans le cours d'une conſtitution .
M. de Cazalès a femblé d'abord juftifier la motion par une
déclamation outrageante contre les miniftres. Après avoir déclaré
qu'il les mefeftimoit , qu'ils étoient pleins d'impéritie &
de lâcheté , il a très- éloquemment prouvé , que les comités
commettoient une acte de tyrannie en demandant leur renvoi ,
& que le roi devoit les garder , s'ils lui convenoient. Il a paflé
en revue l'hiftoire d'Angleterre & des communes britanniques ;
il a rappellé les principes déjà developpés à Verfailles & dans
trente ouvrages , touchant le danger de laiffer les agens de
la couroune à la difpofition du corps légiflatif. Nous préfenterons
dans huit jours quelques obfervations fur ce difcours
nerveux, toujours éloquent , fouvent démonftratif, & que le
côté gauche a écouté avec fa patience ordinaire .
Après M. de Cazalés , M. Ricard de Toulon a fatigué
l'audience d'une differtation éc.ite , où il a reproché au miniftre
de la marine d'avoir mis à la tête de l'efcadre M.
d'Albert , c'est- à - dire , l'homme le plus digne de la commander.
Suivant M. Ricard , tout ira bien , & nous battrons
l'ennemi, fi l'on embarqne fur la flotte trois membres de
l'affemblée , qui , le jour du combat , fe tiendront au pofte
d'honneur , pour rendre compte de tout . Des huées & des ris
immodérés ont abrégé le cours des ingénieux expédiens de M.
Ricard.
>
Du Mercredi 20. On a remis en difcuffion la partie de la
motion des comités , relative aux miniftres . MM. Malouet
de Clermont - Tonnerre & de Virieu l'ont combattue avec
fuccés : elle a eu pour défenfeurs tout le camp républicain ;
MM. de Lameth , Barnave , Montmorency , Mathieu , &
même M. de Landine , digne de défendre une meilleure caufe.
M. de Beaumetz a flêtri M. de Montmorin de la demande
d'une exception , & l'a motivée par des éloges que ce miniftre
auroit peut-être été humilié de recevoir.
La queftion principale a feule été mife en délibération.
L'agitation a été grande. On a fait l'appel nominal : foixantetrois
voix de plus ont fait triompher la monarchie , & les
royaliſtes conſtitutionnels fur le club des Jacobins .
( 4 )
Demain l'on difcutera le refte de la motion , relatif à l'affaire
de Breſt.
C'eft vendredi dernier que les fcellés furent appofés fur les
greffes du parlement. Douze cents hommes de la garde nationale
occupérent le palais ; ou tout fe palla dans l'ordre . La
chambre des vacations enrégiltra avec la formule ordinaire .
Nota. Lorfque ce SUPPLÉMENT manquera , comme il a
manqué la femaine dernière , ce ſera faute de matières intéreДantes,
1
FEUI IUR.
Ce n'est point us parties
pres
annonçons ici , mai que des
de trois ans , fures qui
à portée de l'étendprocédés
l'abondance des majas seuleteur
, a cru devoir celle des
forme is d'agréDe
fail
gre
nal
cha
mi
zei
!
LIVRES NOUVEAUX.
LES Contemporains
de 1789 & 1790 , ou
flexions far la Délation
& fur le Comité des
les Opinions
debutues
Recherche
par J. P.
pendant la pre.nière
Légiflature , avec les
principaux évènemens
de la Révolution ; redigé
par l'Auteur de la
Galerie des Etats - Géné
raux , 3 vol. in- 8 . A
Paris , chez Lejay fils ,
primeur-Libraire, rue
de l'Echelle.
De l'Infurrection Pa
enne & de la Prife
de la Baftille , Difcours
hiftorique
Briffot de Warville , un
des Repréfentans de la
Commune de Paris ,
Membre du Comité des
Recherches. A Paris ,
au Bureau du Patriore
François , Place du
Theatre Italien ; chez
Defenne , Libraire , au
Palais - Royal ; & Bailly ,
Libraic rue Saint-
Honoré , vis-à- vis le
Corps-de-garde des Sergens
. prononcé
par extrait dans l'Aller Difcours fur l'Erude
blée Nationale ; par M. de I Langue Angloife ,
Dulanly , de l'Académie par Mademoiſelle Scott
des Belles- Lettres , l'un Godfrey. A Paris , chez
des Electeurs réanis le PAuteur , rue Mazating,
14 Juillet 1789 , Repr . 63 ;
& J. R. Lottin , 1.63 fentant de la Commune kaprimeur-Libraire , rue
de Paris , & l'un des Saint- André - des - Arts ,
Commiflares actuels du n°. 27.
Comité de la Bafille ,
in S. A Paris , chez Debure
l'aîné , hotel Ferrand
,
rue Serpente ,
Armoire fur quel.
ques abus dans la conftitution
des Corps & Col
léges de Chirurgie , &
particulièrement fur l'a-
Lettres à M. le Che - bus des droits , prérole
cc Pange , fur fa gatives & priviléges ar
rochure intitulée : Re- tachés à la place de pre
n °. 6.
mier Chirurgien du Roi,
par M. Chauffier , Gradué
en Médecine & en
Chirurgie. A Paris , chez
les Marchands de Mouveautés.
Du Mariage des Chré
tiens , ou la Loi fur
l'état civil des non-
Catholiques en Fra
juftifiée aux ye
Religion & de la Politique
, par un Avocat
au Parlement de Paris.
in 8. nouvelle édition . "
Prix , 1 liv. 16 fous ,
br. & 2 liv. 2 f. franc
de port par la Pote.-
A Paris , chez Buillon-
Libraire , rue Hautefeuille
hôtel de Coctlofquct
, n ° . 20.
Le prix de
franc de port
vince. Il faut
la lettre , &,
Directeur des .
nnement eft de trente-trois liv
pour Paris que pour la Pronchir
le port de l'argent & de
re à cette dernière le raçu du
5. On fouferit Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins. On s'adrefféra au fieur Gum
Directeur du Bureau du Mercare.
LIVRES NOUVEAUX.
BIBLIOTHÈQUE de 3 mois , & pour Paris ,
l'Homme pub.ic , ou de 28 l. 101. pour l'an-
Analyfe raifonnée des née , 15 l . pour 6 mois ,
principarx Ouvrages 81. pour 3 mois , franc de
Franç is & Etrangers , port. Tome V. L'arfur
la Politique en gé- gent & les lettres d'avis
néral , la Légiſlation , les feront adreffés , francs
Finances , la Police de port , à Paris
l'Agriculture , & le Com- chez Buiffon , Libraire ,
merce en particulier , & rue Haute feuille , hôtel
fur le Droit naturel & de Coetlofquet , no . 20.
public; par M. le Marquis On foufcrit aufli chez
de Condorcet , Secré- Itous les Libraires & Ditaire
Perpétuel de l'Aca- recteurs des Poftes du
démie des Sciences , l'un Royaume & de l'Etrandes
Quarante de l'Aca- l'Aca- ggeerr.. A compter du tome
démie Françoile , de la IV, chaque volume fera
Société Royale de Lon- compofé de 264 à 272
dres ; M. de Peyffonnel , pages.
ancien Conful général
de France à Smirne , &c.
M. le Chapelier , Député
de l'Allemblée Nationale
, & autres Gens
de Lettres. Il paroît chaque
mois un volume de
cer Ouvrage , formant
environ 200 pages in 8 .
Le prix de l'abonnement
eft , pour la Province
franc de port , de 32 liv.
par année ou pour 12
val . , de 17 lv. pour 6
mois , & de 9 liv. pour l
Mémoires d'Agriculture
, d'Economie rurale
& domeftique , publiés
par la Société Royale
d'Agriculture , année
1788 , trimestre d'été &
trimeftre d'automne , z
vol. in- 8. A Paris , chez
Cuchet , Libraire , rue
& hôtel Serpente .
Sermon patriotique ,
prêché dans l'églife de
Saint- Germain - des Prés ,
le Dimanche de Quafimodo
, 22 Avril 1790 ,
par M. l'Abbé Caffius . en feize Chants , pag .
>
Vicaire de la Paroille
de Saint-Louis en l'Ifle ,
Membre de plufieurs
Sociétés Littéraires , cidevant
Prêtre de l'Oratoire.
A Paris , chez Leclerc
, Libraire , rue St-
Martin , près celle aux
Ours , n . 254.
M. Verne fils , Citoyen
de Genève , 2 volumes
in-8. Prix , 6 liv. br.
& 7 liv. 4 f. franc de
port par la Pofte. A Nantes
, chez Louis ; & à
Paris , chez Maradan
Libraire , rue St-Andrédes-
Arts , hôtel de Cha-
La Franciade , ou l'an- || teauvicux.
cienne France , Poëme
Le pri
franc de
vince. Il
la leure ,
Directeur
'abonnement eft de trente-trois liv.
tant peur Paris que pour la Proaffranchir
le port de l'argent & de
oindre à cette dernière le reçu du
Peftes. On fouferit Hôtel de Thou ,
rue des Poins. On s'adreffera au fieur GUTB ,
Directeur de Bureau du Mercure..
LIVRES NOUVEAUX.
Croullebois , Libraire ;
rue des Mathurins.
Le Voyageur François
, ou la Connoiffance
de l'ancien & du nou- Le Panthéon littéveau
Monde. Voyage de raire , fous l'invocation
France , mis au jour par des neuf Mules , de
M. D ***. Tome 33. Thémis , d'Efculape &
Prix , 3 livres relié. A des trois Graces , con-
Paris , chez Moutard , tenant des Difcours di-
Imprimeur- Libraire , rue dactiques & réflexions
des Mathurins , hôtel curieufes fur les Sciende
Cluni. ces , & tous les Arts
Moyens certains de utiles & agréables ,
redre au plus tôt l'Agri- Anecdotes Lettres
are floriffante par Bons- mots , Vers , Epi
tout le Royaume , & grammes , Idylles , &c.
d'établir la profpérité préſenté au Roi. Seconde
dans les campagnes par année 1790. Prix , 366.
manière de difpofer broché , & 2 liv. par
es biens eccléfiaftiques la Pofte. A Paris , chez
domaniaux ; par M. Maradan , Libraire , rue
Atte , Architecte. A Saint- André- des - Arts ,
Fris , chez les Mar- hôtel de Châteauvieux.
chnds de Nouveautés
Rapport fait au Comité
des Recherches de
lémens de Chimie , la Municipalité de Paris ,
parM. J. A. Chaptal , tendant à dénoncer MM.
Chealier de l'Ordre du Maillebois , Bonne-Sa-
Roi Profeffeur de Chi- vardin & Guignard St
mie Montpellier , Inf- Prieft , comme prévenus
pectrur honoraire des d'une confpiration con-
Mines du Royaume, & tre la France ; fuivi des
Membre de plufieurs | Pièces juftificatives & de
Académies , &c. 3 vol. l'Arrêté du Comité. Broin
- 8. A Paris , chez ' chure de 200 pages in 8.
Paris chez
B
aillon , A Paris chez les
par Libraire , 2 Haute- Marchands de 26 Nou
feuille , hôtel de Coet- veautés.
lofquer , no. 20.
Le Supplice des cloches
, ou Epître amicale ,
écrite
, en 1783 , à la
Dame Supérieure des
Filles Saint Thomas ,
& autres Pièces ; par
M. de la Place
in-8. Deuxième édition. I ques.
1
>
Obfervations fur le
Rapport de M. Martineau
, par M. l'Abbé
Baudin. A Paris , de
l'Imprimerie de la Société
typographique
Collége des Cholets
près la rue Saint-Jac
ciété
Le prix de l'abonnement et de trente- trois liv
fran nort, tant pour Paris que pour la
Dire
ut affranchir le port de l'argent & de
& joindre à cette dernière le reçu du
des Poftes. On foufcrit Hôtel de Thot
itevins. On s'adreffera au fieur GUT
du Bureau du Mercure,
LIVRES NOUVEAUX.
NOUVEAU Plan d'éducation
pour toutes les
claffes de Citoyens , par
M. Verlac , Avocat &
Profeffeur de Langue
angloife à l'Ecole Royale
de Marine , établie à
Vannes en Bretagne ,
avec un Traité de la
nature de la liberté en
général , de la liberté
civile & des principes
du Gouvernement ; Ouvrage
extrait d'un Au eur
Anglois , & qui en
France peut fervir de
Catéchifme national. A
Vannes , chez Bizette ,
Libraire , Place des Lices
, au Parnaffe , & fe
trouve à Paris , chez
Defer de Mailo neuve ,
Libraire , rue du Foin
Saint Jacques , la porte
cochère au coin de la
rue Bontebrie.
Floge de la Conftitution
Françoife , prononcé
à Tarbes le 14
Mai 1790 , devant MM.
Torné , Prédicateur or
dinaire du Roi. A Tarbes
, chez Jacques Rocquemaurel
, Imprimeur
du Roi.
L'Exploſion , au profit
des pauvres du Diftrict
des Enfans - Trouvés. A
Paris , chez Denné , Libraire
au Palais- Royal ,
paffage du Perron , visà
- vis la rue Vivienne.
Hiftoire des Naufra
ges , ou Recueil des Relations
les plus intéreffantes
des naufrages ,
hivernemens , délaiffe
mens , incendies , fami
nes & autres évènemens
funeftes fur mer qui
ont été publiées depuis
le quinzi me fiècle jufqu'à
préfent ; par M.
D.... , Avocat , 3 vol.
in- 8. Prix , 15 liv . &
16 iv. 10f. francs de
port par la Pofte . A
Paris , chez Maradan
Libraire , rue St- Andrédes
Arts , hôtel de Châ
les Electeurs & les Garreauvieux ; & Lerellier ,
des Nationales du Dé
partement des Hauses-
Pyrénées; par M. l'Abbé
Libraire , quai des Auguftins
, n°. co.
La Théologie réconciliée
avec le Parrio- locque ; Membre du
tifme , ou Lettre théo- Collége , & Confeiller
logique & patriotique à du Comité perpétuel de
un Troyen fur la puifl'Académie de Chirurfance
Royale . Prix , 8
fous. A Paris , chez Leclerc
, Libraire , rue St-
Martin , près celle aux
Ours , no. 254.
L'Art des Accouchemens
, par M. Baudegie
, & c. nouvelle édition
, revue , corrigée &
augmentée , 2 vol. in- 8..
Prix , 15 liv. reliés. A
Patis , chez Méquignon
l'aîné , Libraire , rue
des Cordeliers.
Le prix de l' nement eft de trente- trois liv.
franc de port
pour Paris que pour la Province
. Il faut hir le port de l'argent & de
la lettre , à cette dernière le reçu du
Directeur de On fouferit Hôtel de Thou ,
rue des Poiteva
a s'adreffera au fieur GUTH ,
Directeur du Bureau du Mercure.
ง
LIVRES NOUVEAUX.
Libraire , rue Hautefeuille
, hôtel de Coetlofquer
, nº . 20.
Dictionnaire portatif A Paris , chez Buillon ,
de la Langue Françoife ,
par Richelet , nouvelle
édition , augmentée d'un
Vocabulaire géograph:-
que des noms de villes ,
vol. in 8. Prix , 121 .
Tel . ALyon , & fe trouve
à Paris , chez Moutard ,
Imprimeur-Libraire , rue
des Mathurins , hôtel
de Cluni.
Difcours hiftoriques
fur la Féodalité & l'Allodialité;
fuivis de Differtations
fur le France
alleu des Coutumes
d'Auvergne , de Bourbennois
, du Berri , de
Champagne, & principalement
pour la partie
de cette province régie
par la Coutume de
Vitri ; par M. Chapfal ,
Avocat au Parlement ,
exerçant au Préfidial de
Riom. A Paris , chez
Gueffier le jeune , Libraire
, rue du Hurepoix
, nº. 17. Prix , 5 l .
Ultimatum à M. I'Evêque
de Nanci ; par M.
Bertolio, Prix , 18 f. &
24 f. franc par la Pofte.
||
Apperçu du Plan général
de Finances , le
plus propre à concilier
les intérêts publics &
particuliers ; par M. le
Vicomte de Prunclé.
A Paris , chez Baudouin
, Imprimeur de
l'Affemblée Nationale ,
rue du Foin -Saint-Jac
ques , no. 1.
Code politique de la
France , ou Collection
des Décrets de l'Affemblée
Nationale . A Paris ,
chez Nyon l'aîné , Libraire
, rue du Jardinets
& Ballard , Imprimeur ,
rue des Mathurins.
Tome I.
La Femme jalouſe.
A Paris , chez Henry
Libraire , rue Taranne
Fauxbourg St. Germain ,
& Defenne , Libraire
au Palais - Royal .
Ellai fur la Réforme
des Loix civiles ; par
Victor Chantereyne
Avocat. A Paris , chea
Belin , Libraire , rue St-
Jacques ; Méquignon le
jeune ,
Libraire , au
Palais ; à Caen , chcz
Poiffon , Imprimeur.
rappeler aux PafterS
leurs principaux devoirs
envers la Religion . Seconde
édition. A Paris ,
chez la veuve Defaint
Mandement & Infraprimeur , rue de fa
truction paftorale de Harpe , au deffus de
neur l'Evêque l'églife Saint-Côme ,
de Saint Chude , ad ef
fés au Clergé de fon
Diocèfe , pour annoncer
la tenue du Synode , &
n . ກ .
133 & Leclerc , Libraire
, rue St- Martin ,
près celle aux Ou
n . 254.
Le prix de l'abonnement ft de trente-trois liv.
franc de port , tant pour Paris que pour la Province.
Il faut affranchir le pre de l'argent & de
la lettre , & joindre à certe dernière le reçu du
Directeur des Poftes . On fouferit Hôtel de Thous
rue des Poitevins . On s'adreffera au fieur Gein ,
Directeur du Bureau du Mercure.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères