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1790, 09, n. 36-39 (4, 11, 18, 25 septembre)
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21.70 Mo
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495
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Texte
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI ,
COMPOSÉ & rédigé , quant à la partie littéraire , par
MM. MARMONTEL , DE LA HARPE & CHAMFORT
, tous trois de l'Académie Françoife ; &
par M. IMBERT , ancien Editeur : quant à la
partie hiftorique & politique , par M. MALLET
DU PAN , Citoyen de Genève .
SAMEDI 4 SEPTEMBRE 1790 .
A PARIS
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins , N° . 18 .
Avec Privilége du Roi.
H₂ NEW YORK
UBLIC LIBRART
335356
ABLE
Du mois d'Août
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
1905
DISTIQUE.
Vers.
Fable.
1 7 9 0.
Charale , Enig . Log.
4Vie de Voltaire.
La Veillée , Se. Hiftoire. Faridiés.
23
26
44
M-PROMPTU.
Vers.
La Confolation à Sophie.
Conte.
Charade , Enig. & Log .
TFRE
Les deux Frères,
49 Les Inconvéniens,
so Le Décret.
52 Bibliothèque.
53 Variétés.
4 Spectacles,
66
69
73
72
སམ་ གས
8 Charade , Enig, Log.
8 Lettre.
90
92
QUATRAIN.
Mort de Procris .
A Matame
Apigrimiae.
121 fai 129
123 Hiftoirs. 144
126 Bibliothèque .
199
ibid. Varietés .
148
Charade , En. Log. 127
A Paris , de l'Imprimerie de MOUTARD ,
rue des Mathurins , Hôtel de Cluni:
MERCURE
DE FRANCE .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
PAUL AU TOMBEAU DE VIRGINIE ,
ROMANCE.
REPOSE
EPOSE en paix , ma Virginie ,
Le repos n'eft pas fait pour moi ;
Hélas ! le monde entier , fans toi ,
N'a rien qui m'attache à la vie.
Le plaifir , ainfi que la peine ,
Tout paffe avec rapidité ;
Notre vie est une ombre vaine
Qui fe perd dans l'éternité.
A nos deux coeurs l'Amour barbare
Offroit un riant avenir ;
Et la mort .... la mort nous fépare ;
C'est pour bientôt nous réunir .
Nota. Le fujet de cette Romance eft pris dans
le Roman intéreffant de Paul & Virginie , compofant
la 4e . Partie des Etudes de la Nature , de
M. de St-Pierre .
A 2
MERCURE
Repofe en paix , ma Virginie ,
Le repos n'eft pas fait pour moi ;
Hélas ! le monde entier , fans toi ,
N'a rien qui m'attache à la vie,
PAR-TOUT ton image tracée
S'offre à mes tendres fouvenirs ;
Ton noin préſent à ma penſée ,
S'échappe à travers mes foupirs :
L'horreur de la nuit la plus noire
Seule convient à ina douleur ;
Il faudroit perdre la mémoire
Quand on a perdu le bonheur ,
Repofe en paix , ma Virginię ,
Le repos n'eft pas fait pour moi ;
Hélas ! le monde entier , fans toi ,
N'a rien qui m'attache à la vie .
QUE tu favois rendre touchante
La vertu qui t'embellifoit !
Oh ! comme elle étoit attrayante
Quand ta bonche nous l'infpiroit !
Le befoin de la bienfaifance
A ton cecur fe faifoit fentir ;
Et quand tu peignois l'innocence ,
Ton front n'avoit point à rougir.
Repofe en paix , ma Virginie ,
Le repos n'eft pas fait pour moi ;
DE FRANCE. 5
Hélas ! le monde entier , fans toi ,
N'a rien qui m'attache à la vie.
i
CRUEL départ fital voyage !
La mort t'attendoit au fetour.
Pourquoi , dans le même naufrage ,
Paul n'a t- il pas perdu le jour ?....
Tendre époufe , fenfible amie ,
Pouvois -tu vivre loin de moi ?....
O Virginie ! ô Virginie !
Je fuis plus à plaindre que toi !
Repole en paix , ma Virginic ,
Le repos n'eft pas fait pour moi ;
Hélas ! le monde entier , fans toi ,
N'a rien qui m'attache à la vie.
-
BMW
C'EST LA , fur ce trifte rivage ,
Que j'acheverai de mourir ,
L'écho de ce rocher fauvage
Red ra mon dernier foupir :
Je veux pleurer toute ma vie
Le jour qui put nous féparer ......
Mais confole-toi , mon amie ,
Paul n'a pas long- temps à pleurer.
Repofe en paix , ma Vitginie ,
Le repos
n'eft pas fait pour moi ;
Hélas ! le monde entier , fans toi ,
Na rien qui m'attache à la vie.
( Par M. C…… le jeune . )
MERCURE
LA
VEILLÉE ,
9. HISTOIRE.
J'AI bien auffi ma petite aventure à raconter
, dit la bonne Madame de Norlis ; mais
an fcrupule me retient ; c'eft de favoir fi
à vingt- inq ans d'intervalle , on peut , fans
vanité , de de foi le bien que l'on diroit
d'un autre c'eft un cas de confcience que
je donne à réfoudre à M. le Curé. A cette
diftance de foi on eft fi peu foi - même,
répondit le bon homme, que l'amour - propie
n'y eft prefque plus pour rien. N'ai-je pas
dit de ma jeuneffe le peu de bien que j'en
favois ? J'en vais faire autant , reprit - elle .
>
Je fuis d'un pays où le mariage n'est pas
une chaîne indiffoluble , & où le divorce
eft permis du confentement libre & mutuel
des deux époux. Cependant comme l'inconftance
n'étoit point dans mon caractère,
& que h feule idée de revoir dans le
monde un homme qui , après avoir été la
moitié de moi - même , ne me feroit plus
rien , bleffoit mon imagination , je mis
dans mon engagement toute la réflexion
dont ma jeuneffe étoit cap ble ; & j'examinai
moins fi celui qu'on me propofoir
pour époux étoit fait pour me plaire , que
DE FRANCE. 7
fi j'étois moi- même celle qui devoit captiver
fon coeur & le pofféder pleinement.
Je crus voir en effet dans M. de Notlis
une ame fufceptible des fentimens qu'avec
un peu de foin je croyois pouvoir infpirer.
Il me voyoit avec plaifir , m'écoutoit avec
complaifance, goûtoit le tour naïf & fimple
de ma pensée , avoit l'air de me confulter ;
& fur tous les objets qui intéreffoient notre ,
âge , nos goûts étoient d'accord . Ainfi ma
plus chère efpérance , celle de fon bonheur,
qui feroit mon ouvrage , fe fortifioit tous
les jours ; & , à vrai dire , cette efpérance
tenoit un peu de l'illufion qu'on le fait à
foi même , quand ce que l'on efpère eft
ce qu'on défire le plus. J'aimois fans favoir
que j'aimois.
Dans le choix que l'on me permit, Norlis
eut donc la préférence ; & cinq ans de
l'union la plus paifible & la plus tendre
me firent bénir le moment où je m'étois
donnée à lui .
Deux enfans , un fils fon image , une
fille qu'il aimoit , difoit-il , de prédilection ,
parce qu'elle me reflembloit , refferioient
encore nos liens , & je me croyois auffi
sûre de mon mari que de moi - même
quand tout à coup je le vis changer , fc
refroidir , negliger , s'éloigner même de
fa femme,& de les enfans. Je diffimulai
ma douleur mais j'en cherchai la caufe ,
& j'appris qu'il rendoit les foins les plas
affidus à une jeune veuve , dont on me
A 4
8 MERCURE
vantoit la fagelfe , mais dont on me faifoit
redouter les attraits.
Madame de Velbac , plutôt jolie que
belle , ayant dans la figure cette piquante
irrégularité qui femble être un caprice de
la Nature , & qui compofe ce qu'on appelle
un vifage de fantaiſie , mais bien plus
féduifante encore par fon efprit & par fon
caractère , avoit enchanté mon époux .
A tout ce que le naturel a de plus attrayant
dans une jeune femme , elle joignoit
un art qui m'étoit inconnu , l'art de fe
jouer à fon gré des défirs & des espérances.
Honnête cependant & févère dans fes principes
, elle difoit à qui vouloit l'entendre,
que l'homme qui oferoit compter fur fa
foibleffe feroit un fat : que quoiqu'elle eût
aimé & pleuré fon mari , elle ne s'étoit
pas engagée à mourir fidelle à fon ombre ;
qu'à fon âge il y auroit de la folie à s'impofer
une fi dure loi , & qu'elle n'eftimoit
pas allez ce fafte de vertu pour y mettre
fa gloire ; qu'elle vouloit donc bien que
tout le monde sût que fon coeur étoit libre
& pouvoit fe donner encore ; mais que fa
liberté étoit d'un prix auquel on n'atteindroit
pas aifément .
Mon mari , dont l'état & la fortune auroient
été à fa bienféance,lui coenoit affez
lui-même pour lai faire envie mon fort ;
mais cette envie , ou trop légère , ou trop
adroite pour le montrer , ne laiffoit voir
dans le coeur de la jeune veuve qu'une fierté
DE FRANCE.
jaloufe de fon indépendance , & qu'une
vertu dont jamais aucune fédaction n'auroit
pu triompher.
-
Enfin quand elle fut bien affurée de fon
empire : Etes vous infenfé , difoit - elle à
Norlis ( car j'ai fu tout cela depuis ) , êtesvous
infenfé de me parler d'amour vous,
le mari d'une femme aimable & vertueufe ,
me croyez - vous moins eftimable qu'elle
& ne craignez-vous pas vous-même d'être.
méprifable à mes yeux , en in'apportant
l'hommage d'un fentiment qui lui eft dû ,
& qu'elle mérite fi bien ?
Il rougiffoit , il s'accufoit de folie &
dgarement ; if avouoit qu'il étoit injufte .
Mais enfin , difoit - il , comme difent les
infidèles , qui peut commander à fon coeur ?
Oh bien moi , je commande au mien
Lui répondoit Madame de Velbac , & je lui
commande d'un ton , qu'il n'aimera jamais
j'en fuis bien sûre , que ce qu'il lui fera
permis & glorieux d'aimer. Vous , Norlis ,
par exemple , je fuppofe que vous fuffiez
homme du monde dont la figure , le langage
, le caractère, en un mot , le je nefais
quoi me préviendroient le plus ; un feul
article détruiroit tout vous avez une fem
me. Après cela , réuniffez l'efprit d'Ovide
& le car de Tibulle , la beauté , la galanterie,
les agrémens d'Alcibiade ; je ne vous
crains non plus que le fot qui m'ennuie ,
ou que le galant fade & langoureux qui me
déplaît.
A S
10 MERCURE
Ainfi fe paffoient leurs tête à tête . Mais
en public & devant lui , elle jeroit légèrement
dans fes propos des maximes qui
étoient pour lui autant d'avis & de leçons,
& qui ranimoient dans fon coeur l'efpérance
découragée : l'éloge du divorce ; la
témérité d'un engagement perpétuel & irrévocable
, la folle obftination de s'ennuyer
enfemble , de fe gêner l'un l'autre
quand on ne s'aimoit plus , la mauvaiſe
foi des époux qui fe trompoient mutuellement
par de faux femblans de tendreffe ,
l'excufe enfin d'un changement auquel on
avoit dû s'attendre , & qui n'étant pas volontaire
, devenoit innocent dès que l'on
en faifoit l'aveu ; tels étoient les propos
qui fembloient lui échapper. Mais quelquefois
d'un ton plus ferme : Ce que deux
ames fe doivent l'une à l'autre , difoit- elle ,
c'eft une pleine fincérité ; & de tous les
genres d'hypocrifie , la plus odieuſe eſt celle
de l'amour.Je fais bien que dans une femme,
a pudeur peut fervir d'excufe à la diflimulation
: mais la faufferé dans un homme
ne peut être qu'une baffeffe ; & c'eft un
hommage qu'on doit à la beauté , à la vertu,
à l'innocente crédulité d'une époufe qu'on
n'aime plus , que de s'avouer indigne d'elle ,
& de i rendre cette liberté dont ellen'obtient
plus le prix .
Ces leçons étoient recueillies comme de
précieux oracles ; & la conclufion qu'en
tira mon mari , fut qu'il feroit malheureux
DE FRANCE. II
& coupable tant qu'il ne m'auroit pas tirée
de Fillufion où j'étois encore , en m'inftruifant
de l'état de fon coeur . Dès -lors il
fongeoit au divorce ; mais n'étant pas allez,
cruel ; affez, réfolument injufte pour me
le propofer , il vouloit m'engager à le lui
demander moi-même. Heureufement je fus
initruite des propos que tenoit Mme. de
Velbac , & j'en pénétrai l'intention . Alors
recueillie en moi-inême , feule avec mes
enfans , je confultai mes forces , ma raiſon,
mon courage , & fur-tout mon coeur , car
c'étoit avec lui qu'il falloit me mettre
d'accord .
Je ne fuis plus aimée , me difeis je en
pleurant ; & ce qui eft plus cruel encore ,
celui que j'aime , à qui je fais unic , a
dans lee coeur un autre amour. Inftruite de
fon inconftance , je n'ai qu'à vouloir que
ces noeuds, qui lui pèfent fans dome, feient
rompus , ils yout l'être. Mais puis- je vouloir
qu'ils le foient ? puis - je vouloir que la
Loi divife entre nous , comme une dé--
pouille , les fruits d'une fainte union ; qu'ils
foient privés , l'une d'un père & l'autre
d'une mère; & tous les deux peut-être négligés
, rebutés par une jaloufe marâtre ?
Non , mes enfans , difois je en les embraffant
Fun & Pautre , je n'y confentirai jamais.
C'est vous qui les ferrez ces noeuds
facrés qui nous uniffent ; ils ne feront jamais
brifés de mon aveu : je croirois vous
rendre orphelins . J'aurai peut - être bien à
ΓΙ
A 6
12 MERCURE
fouffrir ; mais ce fera pour vous , & votre
vue adoucira mes peines. Je ferois trop
dénaturée , fi l'amour propre dans mon
coeur balançoit l'amour maternel .
·
Cependant mon mari cherchoit l'occafion
de fe délivrer du reproche qu'il fe
faifoit de me tromper ; & il prit pour cela
an de ces momens où mon coeur , par des
effufions de tendreffe , tâchoit de ranimer
le fien. Il est donc vrai , me dit-il froidement
, que vous m'aimez encore ? Pouvezvous
me le demander , lui dis-je , & n'en
êtes -vous pas bien sûr ? Quoi , de même
& autant que vous m'avez aimé ? Oui ,
de même , & affez encore pour ne défirer
rien au monde que de vous plaire & de
vous rendre heureux. -Oh ! pour le foin
de me rendre heureux, dit-il, je n'en ſçaurois
douter. Mais j'avouerai que plus jobferve
ce qui fe paffe en moi , & plus j'ai
peine à croire à un amour que cinq ans
de bonheur n'auroient point affoiblio
Il eft affez naturel , lui dis- je , que votre
amour n'ait pas gardé l'inaltérable égalité
du mien ; car rien de très vif n'eft durable t
mais à préfent qu'il eft plus modéré , il
fera plus conftant , & n'en aura pas moins
de charme & de prix à mes yeux.
Il n'alla pas plus loin . Mais un jour que
le voyant trifte , je lui en demandai la
caufe. Que voulez - vous que je vous
dife ? je fuis mécontent de moi-même ; car
enfin je fuis jufte , & je fens que jamais
DE FRANCE. 13
je n'aurois dû changer. J'effayai , par mon
indulgence , d'adoucir pour lui & pour
moi l'amertume de cet aveu . Eh non ! Madame
, non , me dit - il avec impatience
jeune & belle comme vous l'êtes , vous
méritez un autre fentiment qu'une fimple
& froide amitié. Ces mots me pénétrèrent
jufqu'au fond de l'ame; mais retenant mes
larmes prêtes à s'échapper : Ah ! confervezla-
moi , lui dis - je , cette amitié pure &
fenfible qui me confolera de tour. Après
m'être vue adorée , je ne ferai plus que
chérie ; mais n'eft- ce pas encore affez , fi je
le fuis toujours ? Les enchantemens de
l'amour font des fonges trop fugitifs . C'est
un fentiment doux & tendre , un fentiment
inaltérable & durable comme la vie
que je demande à mon époux ; & l'amour
ne l'eft pas.
L'amour , me dit-il , n'a jamais été content
de cet échange ; & vous m'aimez bien
peu vous-même , fi vous me pardonnez de
vous aimer ainfi.
Je vous aime , lui dis je , plus que ma
vie , & autant que je puis aimer : voilà ce
que je fais. Que d'autres analyfent un fentiment
qu'elles n'ont pas ; je me livre à
celui que j'ai il fait mon bonheur & ma
gloire & je le chérirois encore quand
même il feroit mon tourment. Du refte , je
fuis sûre de la bonté de votre coeur. Vous
ne ferez jamais affez injufte pour me refu
fer votre cftime , jamais affez cruel pour
14 MERCURE
!
ne pas m'accorder la tendre bienveillance
qu'on ne peut refufer à qui n'exifte que
pour nous ; & cela me fuffit.
Mais enfin , me dit-il , un mari diffipé
ne fçauroit plus vous rendre heureufe ; &
je prévois que la folitude aura pour vous
bien des ennuis. N'en foyez pas en peine,
lui dis je avec douceur. Mes enfans fent
déjà pour moi une compagnie aufante :
ils occuperont tous mes foins ; & puis mes
Livres , mon ménage , votre idée , & vous
quelquefois , mon ami , c'eft affez.
Je le vis confus & rêveur ; & après quel
ques minutes de filence : Quelle contrariété,
dit- il , quel caprice de la Nature ! & que
devroit -on plus aimer que ce qu'on eftime
le plus ? A ces mots , il fortit , & je fis
venir mes enfans .
D'abord immobile & muette , les yeux
attachés fur leurs yeux , je m'abreuvai , pour
ainfi dire , de la douceur de leurs regards ;
& je fentis toutes les plaies de mon coeur
arrofées comme d'un baume falutaire . Après
cela, témoin de leurs amuſemens & de leur
innocente joie. Cette, joie fera la mienne ,
me difois-je en pleurant , & je ferai du
moins heureufe encore de leur bonheur.
Tandis que je me foulageois par ces téflexions
& par de douces larmes , mon
mari alloit diffiper auprès de ma rivale le
trouble où je l'avois plongé. Enfin , lui ditil
, je n'ai plus à m'accufer de difſimulation
envers une femme eftimable. Je viens de
DE FRANCE.
IS
-
Qu'a- lui avouer que je ne l'aime plus.
t- elle répondu à ces douces paroles ? -
Qu'elle fe réduifoit à la fimple amitié .
Fort bien elle s'y attendoit ; & fon ame
fière & paifible n'a pas daigné s'en émouvoir.
J'entends cela. Cinq ans d'amour &
de bonheur peuvent laiffer dans l'ame une
philofophie que ne dérange point l'indifférence
d'un époux. Et puis un nom , un
état , des enfans , une fortune confidérable, -
l'opulence d'une maison où l'on commande
en fouveraine , tout cela fortifie contre les
revers de l'amour. Cependant vous voilà
vis-à-vis l'un de l'autre bien décontenancés
quel trifte tête à tête ! & quel rôle
allez- vous jouer ?
Oh non , dit - il , après avoir rompu le
charme , il n'y a plus moyen d'y tenir . Ce
feroit paffer l'un & l'autre d'un palais enchanté
dans un affreux défert . Dès que les
mots en font dits , le divorce eft inévitable .
Ma foi , reprit Madame de Velbac , c'en
feroit déjà fait fi j'avois été à fa place.
Jufte ciel un mari qui ofe vous dire en
face qu'il ne vous aime plus ! c'eft un
blafphême après lequel il faut , fortir bien
vîte du Temple de l'Hymen , ou s'expofer
à la colère d'un Dieu qui ne pardonne
point , & dont la vengeance eft terrible.
Dès que la jeune veuve me fut bien
avertic que j'étois délaiffée , elle eut la bonté
de vouloir m'envoyer des confolateurs .
Dans fa fociété un bruit mystérieux annon16
MERCURE
çoit mon prochain divorce ; & en même
temps des éloges fur ma figure & fur mon
caractère donnoient envie de fuccéder à
l'époux que j'allois quitter. Il m'arriva des
afpitans que je voyois empreffés à me
plaire , fans me douter encore du deífein
qui les amenoit.
De ce nombre fut un Anglois , d'une
figure noble & douce , & d'une mélancolie
intéreflante ; car elle étoit mélée de candeur
& de loyauté. Il s'appeloit Milord
Altmon. Il fe fit préfenter chez moi , & y
vint ples fouvent que je n'aurois voulu
m'obfervant beaucoup , parlant peu , &
ayant l'air de défirer de le trouver avec moi
tête à tête .
Un jour enfin que j'étois feule : Madame,
me dit - il , j'eftime infiniment la fincérité
dans les femmes , & je vous crois douée
de cette qualité. Parlez moi donc fincèremen
. Que penfez- vous de moi : Ne me
trouvez-vous pas bien trifle & bien mauffade
Mauffade , non , lui dis - je ; mais
trike , il eft vrai que vous l'êtes . Savez-vous
pourquoi , me dit- il ? c'eft que rien dans le
monde ne m'attache à la vie . Mon coeur
languit & fe deffèche comme une plante
qui n'a point de racines. Ma famille eft
éteinte ; me voilà jeune , & feul . Je chéris
ma Patrie , je donnerois mon fang pour
elle ; eh bien , je ne puis m'y fouffrir.
J'attribuois cet ennui au climat ; j'ai cherché
un foleil plus pur , un ciel plus doux ,
DE FRANCE. 17
& j'en ai joui quelque temps ; mais bientôv
je ne tais quel nuage en a obſcurci la
lumière. Ah ! le nuage eft dans mon ame ;
c'eft le froid dont elle eft faifie qui condenfe
autour d'elle cet amas de vapeurs.
( Je me fouviens de ces paroles dont la
nouveauté m'étonna . )
Eh quoi ! lui dis-je , dans l'âge des plaifirs
, rien n'a pu vous tirer de cette indifférence
? Le plaifir de la bienfaiſance m'a
énu quelquefois ; mais , dit - il , ce plaifir
n'a que des inftans dans la vie : quand on
a fait du bien l'on ne s'en fouvient plus.
Les plaifirs de la vanité me femblent tous
des jeux d'enfans : ceux de l'avarice ne font
pardonnables qu'à la vieilleffe : ceux de
l'ambition coutent plus qu'ils ne valent. Je
méprife la fauffe gloire ; la véritable eft.
rare & trop chère pour moi. L'eſtime eft
néceffaire & j'en fais cas ; mais j'en fuis
peu flatté : c'eft comme l'air que je refpire,
un befein fans plaifir. Quant à ces fantaifies
que la richeffe engendre dans un efprit
malade de fatiété & de langueur , j'en ai
vaiement effayé. Je n'ai jamais pu m'applaudir
de viteffe de ines chevaux de
courfe. Dans mes jardins j'ai promene des
idées mélancoliques , & ma pensée a flétri
mes gazons. Après avoir acquis les chefd'oeuvres
de l'Art en Peinture , en Sculpture
, & en avoir froidement admiré les
beautés , je les ai livrés aux paffans . Je ne
vous parle point des goûts que la vénalité
18 MERCURE
de leur objet dégrade : rien de vil ne peut
me toucher.
? Et l'amitié lui demandai - je . - Ah ,
l'amitié je l'ai trouvée dans de beaux
Livres , me dit - il ; mais ces Livres euxmêmes
en parlent comme du Phénix . J'y
ai trouvé de même , ajouta-t - il , les chaimes
de l'amour , & pour ceux-là j'y crois ;
mais le défir qui m'en eft refté , s'eft éteint
manque d'aliment. Et comment voulezvous
qu'on ofe aimer , lorfque foi- même
on fent que l'on n'eft pas aimable On
le devient , lui dis- je , par le défir de
plaire. Oui , Madame ; mais ce défir doit
être nourri d'efpérance ; & cette espérance
, qui feule me rattacheroit à la vie , je
ne l'ai jamais eue , je l'ai moins que jamais.
A ces mots il baiffa les yeux.
Je vous confeille , lui dis -je , de ne pas
vous décourager. Vous êtes fait pour inf
pirer à une femme aimable & vertueuse
une inclination que vous partagerez . L'amour
ranimera ce coeur que vous croyez
éteint ; & dès qu'au bonheur d'être époux
fe joindra celui d'être père , c'est alors que
vous fentirez fe renouer por vous tous
les liens les plus doux de la vie.
Hélas ! s'écria - t - il , c'est tout ce que
j'ambitionne. Mais cette efpérance charmante
que vous voulez que je conçoive ,
c'eſt à vous de me la donner . A moi ,
Milord ! A vous , Madame , & à vous
feule. Je fais que vous & M, de Norlis
DE FRANCE. 19
allez faire divorce , je le fais de bon lieu ,
& c'est ce qui m'a fait penfer à me fubftituer
à lui. Je ne fuis point galant , je ne connois
point l'art de tourner avec gentilleffe
une déclaration d'amour ; mais vous êtes
la femme du monde que je ferois le plus
content de poffeder & le plus fier de rendre
heureufe . J'ai dix mille livres sterling
de rente à vous offrir , avec un coeur qui
n'a jamais aimé , qui n'aimera jamais que
vous voyez fi cela vous convient . Je fuis
Battée de cette offrande ; mais , lui dis- je ,
Milord , on s'eft joué de nous en vous
parlant de mon divorce. Je n'y ai jamais
penfé ; & mon mati , à ce que j'espère ,
n'y penfera jamais . Oh , pour lui , reptitil
, je fuis bien certain qu'il y penfe , &
je crois même qu'il a fait des conventions
préliminaires avec Madame de Velbac . Au
relle , je ne vous demande qu'une préférence
éventuelle ; & fi le divorce n'a pas
lieu , je retire ma morion. Je voulus favoir
où il avoit appris la nouvelle de mon divorce.
C'eft chez Madame de Velbac ellemême
, me dit-il , & je vous croyois de
bon accord enfemble ; car elle parle de
vous , Madame , avec les plus juítes éloges
; & bienheureux , dit - elle , l'époux
qui fentira le prix de votre poffeffion ! auffi
voyez-vous les amis s'empreffer de s'offrir
à vous . & fe difputer votre choix .
J'affurai bien Milord que mon divorce
ne feroit jamais qu'une fable ; &
10 MERCURE
avec lui tous mes pourfuivans furent poliment
éconduits.
L'Anglois ne manqua point de fe plaindre
qu'on l'eût joué , & d'allurer Madame
de Velbac que rien n'étoit plus loin
de ma pensée que ce divorce imaginaire .
Voilà donc , dit - elle à Norlis d'un ton
moqueur , comme vous allez être remis
en liberté? Non , Monfieur , je vous l'ai
prédit , lorfqu'on tient dans fes chaînes un
captif tel que vous , on ne lui permet pas
de les rompre & de s'échapper. Vous êtes.
condamné à des amours perpétuelles.
Je le revoyois tous les jours plus trifte &
plus préoccupé. Eft il vrai , me demandatil
, que vous avez remué l'ame de ce
bon Lord Altmcn , & qu'il ne tient qu'à
vous de guérir la mélancolie ? De telles
guérions , lui dis je , ne font pas réfervées à
des femmes d'un caractère aufli uni , auffi
paifible & auffi fimple que le mien : c'eft
le prodige de l'art de plaire que d'échauffer
un coeur glacé c'eft avec des graces
légères & de brillans caprices ; c'cft par une
piquante diverfité d'humeur , par une extrême
mobilité d'imagination , par un adroit
mélange de douceur , de fierté , de rigueur
& de complaifance , qu'on ranime les
étincelles de ce feu qu'on appelle amour ;
& fi j'avois tous ces dons là , ce ne feroit
pas pour émouvoir le coeur de Lord
Almon que je voudrois en faire ufage.
Si cet homme - là , me dit - il , aime une
DE FRANCE. 2.1
-
-
fois , ce fera pour la vie . Qui , je le crois
lui dis - je , & bienheureufe fera la femme
qu'il aimera ! Il poſsède des biens immenfes
. Je le fais . Il eft Pair d'Angleterre
. C'est encore un grand avantage.
Il est jeune , bien fait , d'une
probité rare , d'un naturel plein de douceur
, de bonté , de nobleffe ; je ne fais
pas pourquoi l'on dédaigne cet homme- là,
Affurément, lui dis -je , il ne fera point dédaigné
; & je crois voir d'ici la femme
qui fera gloire de la conquête. Elle joint
à l'art de fédaire tous les dons de charmer
; elle eft vive , attrayante , elle fait
réveiller les défirs par les craintes , & les
foins par les jaloufies : elle eft faire exprès
pour retirer Milord Altmon de fa langueur
; & je la crois digne de lui . Et
quelle eft - elle , demanda-t-il , cette coquette
raffinée ? Oh ! c'eft - là le fecret
de ma pénétration . Quand il l'époufera ,
je vous dirai c'eft elle : jufque- là , s'il vous
plaît , je vous la laiffe à deviner.
--
Ne voyez -vous pas que c'eft moi lui
dit Madame de Velbac , lorfqu'il lui raconta
notre converfation . Oui , c'eft moi
qu'elle a voulu peindre.
Hé bien , Monfieur , puifqu'elle préfume
fi bien du pouvoir de mes artifices
il faut lui apprendre qu'elle a raifon . Tant
qu'elle vous croit le coeur libre , il eft
tout fimple qu'elle efpère le ramener dans
fes liens. C'eft de cette efpérance qu'il faut
22 MERCURE
la détacher ; & s'il eft vrai qu'elle ait
une rivale aimée , c'eft - là ce qu'il faut
qu'elle fache. Elle eft trop eftimable pour
ne pas mériter cet aveu : vous le lui devez ,
vous vous le devez à vous -même. Et
vous , Madame , permettez - vous que je
lui nomme fa rivale ? Tout comme il
vous plaira. Mais non , je ne fuis pas encore
affez fûre de vous , ni peut- être aufli
de moi-même , ajouta-t - elle en riant : que
fait-on ? Je puis , du foir au lendemain
trouver un homme encore plus féduifant ,
plus dangereux que vous , un Milord
Altmon , par exemple. Croyez - moi , ne
me nommez point , que nous ne foyons à
P'Autel.
,
Mon mari vint , & me trouva faifant
dire à ma fille fa petite leçon . Venez , lui
dis -je , écoutez - la , comme elle commence
à bien lire , & baifez -la pour fa récompenfe.
Il la baifa , & je vis fes yeux fe
mouiller.
Durant la leçon , il tomba dans un fauteuil
, fe releva , fe promena dans le
fallon , à pas preffés , mais en filence , &
le coeur agité ; puis tour à coup il fort
& il va s'enfermer chez lui. Enfin , après
de longs combats avec lui - même , il retourne
chez ma rivale , s'avouer foible &
fans courage , pour me parler à coeur ouvert.
J'ai pitié de vous , lui dit- elle ; & je
vois bien qu'il faut que je vienne à votre
aide , car fans cela jamais nous n'arriverious
au dénouement.
DE FRANCE.
23
Le foir , une Lettre anonyme fut remiſe
à Paulette , ma femme de chambre affidée
, comme venant d'une de mes amies.
reçus , & j'y lus ces mots :
Je la
"
و د " Elf -ce à Madame de Norlis d'être
trahie & d'être abandonnée ? Ignore-
" t -elle , ou difimule - t - elle l'inconftance
» de fon époux ? & le coeur plein d'un
» autre amour , peut-il lui en impofer en-
" core ou bien a -t- elle affez peu d'orgueil
» & de courage pour n'ofer demander à
" rompre fes liens «?
Je ne doutai pas que ce billet ne vînt
de ma rivale ; & comme il provoquoit une
réfolution décifive , je ne voulus pas l'éluder.
Norlis , nous faifons des jaloux , lui
dis-je en le voyant. Tenez , lifez ce que
m'écrivent de bons amis. Il lut , & jouant
la furprife : Que penfez - vous , me demanda-
t- il , de cet avis oflicieux ? Vous le
voyez , lui dis -je , à l'air dont je vous en
fais confidence. Vous ne croyez donc
pas que mon coeur foit capable d'une infidélité
? Je ne le crois pas impoffible.
-
-
Et s'il étoit vrai , me dit-il , en fixant
les yeux fur les miens ? -- S'il étoit vrai ,
je vous plaindrois . Et vous renonceriez
à moi ? Oh non . Après mon crime !
- Ce crime feroit une erreur , & je vous
la pardonnerois . Pour le coup , c'en eſt
trop , dit-il en fe levant ; & fi vous aviez
la conftance d'être malheureuſe avec moi ,
je n'aurois pas moi -même celle de fouffrir
que vous le fulliez , & d'en être à la fois
24 MERCURE
le témoin & la caufe . Vous ne favez donc
pas , lui dis - je , qu'il eft dans nos devois
fidèlement remplis , des adoucillemens aux
peines que nous n'avons point méritées ?
La feule qualité de père de mes enfans
vous donne un droit inaltérable à ma tendreffe
; & il ne dépend pas de vous d'y renoncer.
En m'unillant à vous , je ne me
fuis permis ni de vous hair malheureux ,
ni de vous délaiffer malade. Vous feriez
l'un & l'autre , fi un fol amour vous égaroit
ce fercit un délire dont j'attendrois
la guériſon , en y contribuant de tous mes
foins & de tout mon pouvoir. Je ferois
donc pour vous un objet de pitié ? Dites )
de compaffion , & de celle qu'un père
infpire à fa fille , qui veille auprès de fon
lit de douleur. C'est un fentiment , me ditil
, dont votre mari vous difpenfe : fon
mal , fi c'en eft un , n'eft point un accès
faffiger. Je gardai le filence.
-
Dites- moi , reprit- il , de qui vous tenez
ce billet? - Paulette l'a reçu , elle me l'a
remis. Cette Paulette fe mêle ici de
tout ; & vous auriez pu vous appercevoir
qu'elle a le don de me déplaire . Ne différez
plus , je vous prie , à me délivrer
de fa vue. Il me dit ces mots d'un ton
brufque , & fans attendre ma réponſe , il
fortit , oppreffé de l'effort qu'il faifoit fur
lui - même pour paroître injufte & cruel.
Je n'eus dans ce moment guère plus de
force que lui.
C'étoit
DE FRANCE.
25
C'étoit bien peu de chofe que le renvoi
de cette fille , après tant d'épreuves fr doir
doureuſes que j'avois foutenues ; ce fur
pourtant à celle - ci que je fus prête a fuc
comber. Eft -ce la mon mari , difois - je ?
Quoi , cet homme indulgent , fenfibie , en
qui j'ai vu tant de bonté ! en quel état
l'a mis ce malheureux amour!
".
Je fis venir Paulette ; & comme elle
avoit coutume de m'amener mes enfans :
je les vis entrer avec elle : j'avois befoin
de ce fecours. Je commençai par les careffer
; car ce n'étoit jamais qu'en les
preffant contre mon coeur , que j'y fentois
renaître la force & le courage . Enfin ,
quand ma conftance fut un peu raffermie
: Paulette , écoutez moi , lui dis je ;
vous favez que je vous veux du bien.
Vous m'avez fervie avec zèle : je n'ai qu'à
me louer de vous ; mais mon enfant ,
je vous renvoie. Ne m'en demandez pas la
cauſe ; je ne tarderai pas à vous placér ,
& en attendant j'aurai foin de vous.
: Paulette interdite & tremblante , n'eut
point de voix pour me répondre ; & tout
à coup fondant en larmes , elle tombe à
mes pieds. Mes deux enfans la voyant défolée
, font effrayés de fa douleur , & tous
les deux avec des cris perçans , ils fe précipitent
fur elle . Jamais rien ne m'a plus
touchée. Qu'ai - je donc fait , s'écria -t - elle
enfin ah ! ma bonne maîtreffe ! je donnerois
pour vous ma vie , le Ciel m'en eft
N°. 36. 4 Septembre 1790
B
26 MERCURE
témoin ; je ne refpirois que pour vous ;
& vous me chaffez ! malheureufe ! qu'ai - je
donc fait qu'ai-je donc fait ? non , rien ,
dit-elle , rien ! je fuis irréprochable . On
vous force à me renvoyer ; & c'eſt à vous
que l'on fe plaît à faire de la peine ,-je
ne le vois que trop . Ah ! Madame , on
voudroit vous faire mourir de chagrin .
Effrayée & confufe de fa pénétration , je
lui impofai filence . Par toute l'amitié que j'ai
pour vous, lui dis-je, & que j'aurai toujours,
je vous défends, Paulette, de tenir jamais ce
langage; & s'il vous en échappe un mot , je
vous mépriferai & je vous haïrai autant que
j'ai pu vous aimer. Allez - vous - en , fans
proférer la moindre plainte.
Mon mari la vit s'en aller , comme une
criminelle , un voile fur les yeux , un
mouchoir fur la bouche , dont elle étouffoit
fes fanglots. Il ne foutint pas ce
fpectacle ; & le rejetant en arrière , comme
un homme accablé de remords & de honte :
Suis-je affez injuſte , aſſez dur , affez inhumain
, s'écria- t-il ? eft- elle affez foumife &
allez patiente ? une fille dont je n'ai jamais
eu à me plaindre un moment , qui
l'a fervie avec tendreffe , qu'elle aime &
dont elle eft aimée , je m'avife de demander
qu'elle foit renvoyée ; elle l'eft à l'inftant.
Il faut pour mon malheur que ma
femme ait la vertu d'un Ange , & que ce
coeur qui devroit l'adorer , foit de glace
pour elle & de feu pour une autre ; pour
DE FRANCE. 27
une autre qui affurément ne lui reffemble
pas. Folie inconcevable ! être bizarre &
dépravé ! cependant faut- il être malheureux
avec elle ? je m'y condamnerois , fi je devois
feul en fouffrir. Mais elle - même ,
que d'ennuis , que de la: mes , que de
plaintes amères n'auroit- elle pas à dévorer ?
Ah ! plus elle feroit admirable à mes yeux ,
plus elle me rendroit odieux à moi-même.
C'eft une fituation horrible à foutenir ; &
le moyen de m'en tirer ? Des procédés indignes
je n'en aurai jamas , jamais je
n'en ferai capable. Ce fut ainfi qu'il s'en
expliqua avec Madame de Velbac.
Fi donc ! s'écria- t - elle , de mauvais procédés
qui peur en avoir la pensée ? Je
vous détefterois fi vous manquiez jamais aux
égards, aux refpects que vous devez à votre
femme. Se rendre ennuyeux , incommode
favoir être mauffade & déplaifant pour fe
faire quitter , à la bonne heure : cela peut fe
permettre à un mari , & même à un
amant ; mais rien au delà , s'il vous plaît.
Ah ! ces reffources font épuifées , dit-il en
gémiffant. Je n'en crois rien , répliquat-
elle ; & pour la gloire de mon fexe , je fuis
perfuadée que vous vous y êtes mal pris.
Madame de Norlis n'auro't jamais fouffert
que fon mari lui déclarât que fa rivale
eft adorée . J'aurois voulu l'entendre pour
le croite.
Vous l'entenárez , fi vous voulez , lui dit-il ,
& je ne demande qu'à vous rendre témoin
B :
2S MERCURE
des efforts inutiles que je fais pour me dégager.
Ce défi lui donna un moment à rêver.
Eh bien , dit - elle , foit , faites - nous lier
connoiffance ; je vous réponds que fi
je puis caufer un peu à mon ife avec elle ,
je vous ferai inceffamment expédier votre
congé.
4
Je donne tel jour à fouper , me dit - il :.
nous aurons des femmes. Je vous nommerai
celles que vous aurez la complaifance
d'inviter par billets . De ce nombre fera
Madame de Velbac ; c'eft une femme du
meilleur ton , très aimable & très-eftimée :
vous aurez la bonté de la bien recevoir.
L'humiliation d'être contrainte à bien
accueillir ma rivale , me fit frillonner &
pâlir . Mais quand je fus livrée à moimême
, il fe fit en moi une révolution
que je ne puis me rappeler fans étonnement.
La pensée que j'allois me trouver en préfence
de l'ennemie , & qu'il fal'oit ou me
voir dégrader , ou m'élever au deffus d'elle
& de moi même ; cette alternative preffante
m'infira une force dont je ne me
croyois pas capable. Je pris donc ma réſolution
, & après avoir rempli par mes billets
la lifte des invitations que mon mari m'a;
voit remife , j'attendis de fang froid Madame
de Velbac.
Rien de plus lefte & de plus délibé é
que fon abord ; rien de plus naturellement
DE FRANCE. 29
poli que mon accueil ; & de mon côté
comme du ficn , le diner , la converfation
qui le fuivit , en un mot , l'entrevue fe
paffa fans aucun nuage : mais avec cette
différence , qu'elle y mit de l'empreffement
, & cette coquetterie légère qu'elle
avoit même avec les femes ; & moi ,
de la douceur , de la féréni é , des attentions
Alancules , avec un certain air de réferve
& de prédominance , qui me mit à ma
place & lui marqua la fienne . Elle s'en
apperçut ; & par l'aifance , la vivacité , le
brillant de fon air & de fon langage , elle
eflaya de me primer. Je fouris à fes agrémens
, je les louai , je lui applaudis , mais
de ma loge , & comme à une Actrice qui
vouloit bien jouer pour fon plaifir & pour
le mien.
Mon mari , mécontent de voir l'infériorité
où je tenois mon aimable convive ,
s'efforça de la relever par des diftinctions
marquées. Je ne fis pas femblant de m'en
appercevoir ; & de mon côté , je m'occupai
des femmes qu'il négligeoit indécemment.
La politeffe de mes regards , plus
que celle de mes paroles , mit dans mes
attentions pour elles ces nuances de fentiment
qui peuvent échapper aux hommes ,
mais que les femmes , plus délicates_fur
l'article des convenances , ne manquent jamais
de faifir, Ainfi je m'affurai que fi les
fuccès de la vanité , qui flattoient ma rivale
, fe décidoient pour elle , la bienveil
B 3
3.9 MERCURE
lance & peut-être auffi quelque degré d'eftime
, feroient en ma faveur , car du moins
avois-je fur elle cet avantage prodigiénx
que ma réferve n'excitoit point l'envie ; au
lieu que fon éclat ne pouvoit manquer de
bleffer toutes celles qu'elle effaçoit.
Pour les hommes , je ne penlai qu'à ne .
pas les défebliger , bien fûre qu'ils finiroient
tous par être de l'avis des femmes ,
fur les points de comparaifon qui étoient
dignes de me toucher.
Soit donc que la première impreffion
de mon caractère eût diffuadé Madame de
Velbac de la prétention de m'éclipfer
chez moi , foit que , pour atteindre à fon
but , l'infinuation lui convint davantage
elle prit avec moi le ton d'une amabilité
féduifante ; & fans me livrer à fes avances ,
je crus devoir an moins ne pas m'y refufer.
Deux jours après , elle vint me voir.
J'avois chez moi peu de mond ; & de
fon côté , l'empreffement d'une amitié
naiffante , du mien , l'air de me plaire à
lui infpirer ce fentiment , firent croire que
j'ignorois les foins que mon mari lui prodiguoit.
On parla donc en toute liberté de
la nouvelle du jour. Cette nouvelle étoit
le divorce d'une Madame de l'Yeufe , &:
chacun à l'envi applaudiffoit à la fierté de
cette jeune femme qui , fe voyant trahie &
délaiffée , avoit pris fon parti. Je lui pardonne,
dis-je, elle n'a point d'enfans. Et quand
DE FRANCE:
elle en auroit , reprit Madame de Velbac ,
ne feroit-elle pas encore bien pardonnable,
& bien louable même dans fa réfolution ?
On voit bien , Madame , lui dis -je , que
vous n'êtes pas mère . Si vous faviez com-'
bien les petits dépits de l'amour propre &
de la vanité font peu de chofe auprès de
l'amour maternel !
On fe doit fans doute à ſes enfans , reprit
-elle ; & fans être mère , je fens qu'on
peur diffimuler pour eux bien des peines
& des ennuis ; mais on ne leur doit pas
de fe laiffer contrarier , trahir , humilier
fans ceffe ; & un malheur de toute la vie
& de rous les momens , paffe les forces
de la conftance. Alors , feignant de ra
con:er l'hiftoire de Madame de l'Yeufe ,
elle fit la mienne avec des traits fi vifs ,
fi pénétrans , que chaque mot me déchiroit
le coeur. Enfin , dit-elle , figurez- vous
un mari , qui , pour l'irriter , lui amène &
lui fait voir chez elle une rivale aimée ,
l'oblige à la bien recevoir, & à ſes yeux ,
à côté d'elle , prodigue à celle - ci tous les
foins de l'amour.
Eh bien , je fuis perfuadée , dis- je fans
m'émouvoir , que fi elle avoit jeté fur les
écarts de fon mari un voile de pudeur &
de bienséance , & qu'en diffimulant ellemême
les torts , elle eûr appris à fes amis
à les diffimuler comme elle , fon malheur
n'auroit eu qu'un temps. La fagelle de fa
conduite auroit bientôt peut - être ramené
1
B 4
32. MERCURE
fon mari ; car il en eft peu d'infenfibles à
des procédés vertueux ; & quan mine le
mal eût été faus remède , elle auroit du
moins eu pour elle cette eftime publique
qui confole de tout , tandis que l'humiliation
va toujours à qui la mérite
Ces mots parurent la bleffer. On fe confole
comme on peut , reprit - elle ; mais
quoi qu'on en dife , l'humiliation eft pour
la femme abandonnée. qui n'a pas le courage
de fe de obec au mépris . Ele fortic
d'un air triomphant après fa rélique , &
fur tout bienente de trait, empoifonné
qu'elle me laifloit dans le coeur.
Je ne voulus pas lui donnairen
avantage ; & prevoyant qu'on vouloir me
forcer à l'éclat d'une brouillerie , ou me
diftiller goutte à goutte un peifon lent , en
me fa fant tous les jours quelque fcène
pareille à celle - ci , je réfolus de couper
racine à l'un & à l'autre projer. Mme. de
Velbac ne tarda pas à m'en effir l'occafion.
J'allai lui rendre fa vifite , & je la trouvai
feule.
"
J'étois impatiente, me dit- elle , Madame,
d'avoir le plaifir de vous voir. Jai avec vous
un fort invlontaire dont je dois me juftifier.
J'ai défendu l'autre jour devant vous
la jeune Mme . de l'Yeufe avec un peu trop
de chaleur. Je n'ai lu que depuis la caufe
du déplaifir que vous en avez éu . Je vous
en demande pardon . De quoi , Madame ?
& qu'a-t- on pu vous dire ? Hélas ! que
I
DE FRANCE. 33
Vous êtes vous - même dans une fituation
pareille , & que M. de Norlis . ……………. Un'
moment, loi dis-je avec une fierté modérée,
mais impofaute. It eit , Madame , des propos
qu'on ne répète qu'à une amie intime ;
& je n'ai pas encore le bonheur de l'être
pour vous : cependant je veux bien entendre
ce que vous avez à me dire ; mais commencez
vous même par daigner m'écouter.
Norlis eft dans le fond de l'ame un honnête
, un excellent homme. Cinq ans d'intimité
, de confiance & d'abandon ne m'ont
appris qu'à l'effimer & à l'aimer tous les
jours davantage ; & il- micft impoffible de
méconnoître en lui ce que la Nature en a
fait un ami sûr & vrai , un marî indulgent
, un bon père , en un mot , celui de
tous les hommes que je préférerois encore,
fi j'avois à choifit. Après cela , qu'il foit
infaillible & à l'épreuve des féductions de
l'efp it & de la beauté ; c'eft ce que je
n'attends ni de lui ni d'aucun homme de
fon âge. La première de nos vertus eft à
peine au nombre des leurs : ainfi la voulu
l'opinion ne foyons pas plus fevères
qu'elle ; & croyez- moi , ces crimes de " l'amour
que trouve irrémillibles une jeune
Maîtreffe , n'ont plus la même gravité aux
yeux d'une époule indulgente , & far-tour
d'une bonne mère. En fuppofant donc à
No lis les torts qu'on attribue à M. de
Yeufe , ce feroit à moi , par mes foins, ma
tendrelle , ma complailance , & tous les
B S
34
MERCURE
--
-
moyens de lui plaire , à le tirer du piége
où il feroit tombé. A préfent , dites- moi ,
Madamc , fi c'eft là ce dont on l'accuſe.
Oui , Madame , c'eft cela même ; & l'on
ajoute ce que je ne puis croire , que fon
erreur eft fans retour. Pardonnez-moi
lui dis-je , c'est ce que vous croyez ; mais
c'eft ce que je ne crois pas. Si la femme
qui l'a duit eft affez vertueule pour le
défefpérer , cût - elle tous vos charmes , il
ne l'aimera pas long-temps ; il ne l'aimera
pas long temps fi elle ceffe d'être eſtimable.:
Madame , reprit - elle avec vivacité , le divorce
eft permis ; & Norlis a le promettre
. Il a donc promis l'impoffible ,
lui dis-je en fouriant ; car il dépend de moi
éc n'y pas confentir ; & je n'y confentirai
pas. Et s'il vous le demande ? Je le
refuferai. J'ai pour cela deux fortes de
courage , celui d'époufe & celui de mère ;
ni l'un ni l'autre ne m'abandonnera. -
Quoi ! Madame, la négligence , la froidemr ,
l'oubli , l'abandon ! ah ! vous avez beau
dire , cela eft trop amer , trop humiliant
pour le fouffrir. Je le fouffrirois cependane,
& je le fouffrirois fans honte. La vertu
a un caractère qu'on ne dégrade point ;
c'eft elle qui rabaiffe tout ce qui prétend.
l'avilir. Mais , Madame , s'il eft malheureux
avec vous ? Eh bien nous le ferons
enfemble , mais non pas long-temps ,
je l'efpère ; & dans le fein de l'amitié nous
retrouverons le bonheur. Et s'il eft vrai,
-
DE FRANCE. 35
-
comme on le dit , qu'il aime éperdument
une autre femme ? Oui , Madame , il
eft vrai qu'il aime une femme charmante,
pleine d'efprit , d'attraits , mais pourquoi
des détours ? Oui , Madame , c'eſt yous
qu'il aime , je le fais , je le lui pardonne ,
& je vous déclare que de ma vie , Norlis
ne fera votre époux . Il a fans doute mille
moyens de m'affliger ; je m'affligerai en
filence. Telle eft ma deftinée , & je la remplirai.
-Puifque vous favez tout , Madame , me
dit- elle , je n'ai plus rien à vous cacher. It
eft vrai qu'il m'adore. Je n'ai pu le guérir
de cette paffion infenfée . Si vous vous yo
oppofez , il faut qu'il y renonce ; nous l'allons
mettre au défefpoir. Pourquoi vous
obſtiner à retenir malgré lui un coeur qui
ne peut plus vivre pour vous ? Mille autres
vous feront offerts ; & auffi aimable.
que vous l'êres ..... Alors je me levai.
Je fuis peu fenfible , lui dis - je , aux confolations
que vous daignez m'offrir. Je
m'obſtine , comme vous dites , à être la
femme de Norlis , parce que je fuis mère ,
& la mère de fes enfans. Mes deux titres
me font facrés , ils feront tous les deux
également ineffaçables , & ils feront tous
deux gravés fur mon tombeau.
A ces mots , je la vis émue , & tout à
coup fe jetant fur mes mains , elle les ferra
dans les fiennes & les baifa avec un tranfport
dont je fus étonnée , comme vous
B 6
36
MERCURE
croyez bien. Ah ! Madame , s'écria- t- elle ,
combien il eft irréfiftible.cet afcendant de
la vertu , & combien toutes les vanités font ›
peu de chofe devant elle !
Elle alla retrouver Norlis. Retournez
Monfieur , lui dit- elle , près d'une femme
incomparable , aimez li , ou du moins ne
vivez que pour elle . Je l'ai connue enfin ;
& en vérité , quoique je m'eftime affez
moi même , ele me force de convenir que
je ne la vaux pas .
Norlis revint confus & accablé . Il fe tint
feel enfermé quelques heures ; & , après
s'être abandonné à fes réflexions , il pala
dans mon cabinet , où j'étois feule autli.
Madame , me dit - il , écoutez - moi , mon "
coeur eft plein , il eft oppreffé , il eſt ſouf- i
ftant , & il faut que je le foulage . Alors
mae révélant lui même tout ce que je viens
de vous dire : Tels font mes torts , dt -il
enfin , puifque je les avoue , je veux les ›
expier. Je vous le rends ce coeur , honteux .
de les égaremens & plein pour vous d'ef
time & de tendreffe : je n'ofe en dire davantage
, vous ne m'en croiriez pas ; mais
pour toute la vie , je jure .... Ah mon
ami , lui dis-je en me précipitant dans fes..
bras , attendez ; je veux des témoins qui
répondent de vos fermens . Je fonnai, & je
fis appeler mes enfans. C'est par eux , disje
alors en les raffemblant dans nos bras ,
qu'il faut jurer tous deux d'oublier le paffé ,
& de leur laiffer des modèles de bonté ,
3
}
DE FRANCE.
37
de tendreffe & de fidélité. Il le prononça
ce ferment avec une émotion & un foulagement
de coeur inexprimable . Vous jugez
fr je fus heureufe dans ce moment ! Dèslors
tour fur changé . Ma chère Paulette
fut rappelée , na maifon redevint paiſible
& plus riante que jamais ; je crus voir infenliblement
l'amour fe- ranimer dans le
coeur de Norlis ; & fi ce fut une illufion
au moins a t- elle été la même jufqu'à fon
dernier foupir.
J
Er votre Anglois , demanda Juliette ? -
Il fut heureux aufli . Ma prédiction fut un
avis dont profita la jeune veuve . Elle le
rendit bien amoureux , bien jaloux , bien
impatient de fes caprices , bien épris de les
charmes ; & après avoir diffipé fi mélancolie
comme à force d'enchantemens , elle
l'époufa , & partit avec lui prefque auffi
contente que moi.
Ainfi fe termina cette Veillée intéreffante.
و
Ne remarquez- vous pas , reprit alors
Mme. de Verval en s'adreifant à fes amis,
que de tous les momens de joie & de bonheur
que nous venons de nous rappeler
il n'y en a pas un feut qui ne foit le prix
ou d'un fentiment vertueux ou d'une action
de bienfaifance ? tant il eft vrai qu'il
n'y a rien de mieux à faire pour être heureux
que d'être bon !
( Par M. Marmontel..)
38
MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Couvent ; celui
de l'Enigme eft Drapeau ; celui du Logogriphe
eft Vif, où l'on trouve If, Fi.
CHARADE.
Plus d'un Gafcon n'ayant pas mon premier ;
Se panade avec mon dernier ,
Et fait fa cour à mon entier .
( Par M. Vallois , de St- Dizier. )
ÉNIG ME.
UN enfant eft né de mon père ,
Il n'eft ni fon fils ni mon frère ,"
Mais nous ne l'en aimons pas moins :
Devinezquel il eft , le laiffe à vos foins .
( Par le même. )
DE FRANCE.
39
LOGO GRIPH E.
Nous fommes deux du même nom ;
Mais notre allure eft différente ;
L'un le montre en toute faifon ,
L'autre pendant l'hiver s'abfente :
Mon rival dordinaire eft bon ;
Mci j'ai l'humeur affez piquante :
Auffi dès que je me préſente ,
On me pourchaffe , cn me tourmente ,
On me fait un mauvais parti ;
Tandis que lui bien accucilli ,
Pour peu qu'il ait mine riante ,
Eft hébergé , choyé , nourri .
Six pieds compofent ma ftructure ;
Divifez les , vous trouvez aifément
Un fruit très- âpre & bon en confiture ;
Du labourage un inftrument ;
Ce qu'en affaire mal-aifée
Il faut pour obtenir fuccès ;
Une montagne de Judée ;
Un extrait des dons de Cérès.
S'il faut encor que tes yeux je deffille ,
Ami Lecteur , tranfporte -toi
Au bord des eaux ou bien dans ta famille ,
Tu verra mon Sofie ou moi .
( Par le même. )
40 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
L'ANGLETERRE ancienne , on Tableau
des Maurs , Ufages , Armes , Habillemens
&c. des anciens Habitans de
ر
l'Angleterre , c'est - à - dire , des anciens
Bretons , des Anglo- Saxons , des Danois
& des Normands. Ouvrage traduit de
Anglois de M. JOSEPH STRUTT , par
M. H ..... ; & pouvant fervir de fite
aux Recueils de MONTFAUCON & de
CAYLUS . 2 Vol. , in- 4 . A Paris , chez
Maradan , Libraire , Hôtel de Château-
Vieux , rue St- André- des- Arts.
CET Ouvrage a eu le plus grand fuccès
en Angleterre ; il eft en petit , ce qu'est en
grand parmi nous le célèbre Ouvrage du
favant Montfaucon. C'eft le réfultar des
recherches & des travaux des plus favans
Antiquaires Anglois ; tels que Camden ,
DE FRANCE . 41
Vertegan , Spéel , & tanr d'autres . C'eſt
le tab au le plus fièle des Atiquités
Angloifes. Les Aures anciens qui ont
fourni les principaux matériaux de cer
Ouvrage , y font toujours cités à la marge
dans l'endroit où on invoque leur autorité.
Ainfi , le Lecteur peut a fément avoir recours
aux originaux mêmes , ffooiitt pour fa
propie fatisfaction , foit pour fon inftruction .
L'Ouvrage eft divité en cinq Sections ,
dont chacune embrale autant d'époques ;
l'Ere Bretonne , l'Ere Saxo e , I'Fre
Anglo - Saxone , l'Ere Danoife & l'Ere .
Normande. L'Angleterre eft couverte de
manumens da ces differens Peuples , &
l'Ouvrage de M. Strutt mer l'Antiquaire
& le Philofophe à portée de compter les
differens degrés de civilifation où parvint
l'Angleterre fous Empire de ces différentes
Nations. Leurs moeurs publiques
les détails de leur vie privée , leur Gouvernement
, leur Police , leur Religion
kur Agriculture , leur Navigation , leur
Marine , leurs Arts , leurs Sciences , leurs
occupations domeftiques , leurs Armées ,
leurs parures , leurs aufemens , rien
n'échappe aux recherches & à l'exactitude
de l'Auteur. Le fecond Volume eft un
Recueil de planches , qui mettent fous les
yeux plufieurs de ces anciens monumens ;
deffins copiés eux -mêmes d'après les plus
anciens Manufcrits exiftant en Angleterre.
2
42 MERCURE
Ce font , pour ainfi dire , les pièces justificarives
qui prouvent ce que l'Auteur avance
dans le 1er. Volume. Et pour ne laiffer aucun
doute fur l'authenticité de ces pièces ,
l'Auteur indique à la fois & les manufcrits
d'où elles font tirées , & les Bibliothèques
où font dépofés ces manufcrits ,
qu'il défigne par leurs différens numéros.
Si cet Ouvrage , peut , comme le titre
l'annonce , fervir de fuite à l'Ouvrage de
Montfaucon pour les Antiquités , il eft en
core plas vrai , qu'en le confidérant comme
un fupplément à l'Hiftoire du Docteur
Henri , annoncée dans un des Mercures
précédens , il ne reftera rien à défrer pour
la connoiffance de fan.ienne Angleterre ,
jufqu'au règne de Guillaume le Conqué-
Ian , époque où les deux Auteurs fe font
arrêtés , & où l'Hiftoire commence à offrir
des monumens plus certains & plus authentiques.
DE FRANCE. 43
ACADÉMIE.
ACADÉMIE FRANÇOISE.
L'ACADÉMIE avoit quatre Prix à diftribuer
cette année , dans la Séance publique
qu'elle a tenue le 25 Août dernier. Les
fujets de ces Prix étoient l'Eloge de Vauban ,
l'Eloge de Jean-Jacques Rouffeau , un Dif
cours fur la Politique & le Caractère de
Louis XI, enfin une pièce de Poéfie au choix
des Auteurs.
Le feul Eloge de Vauban a été couronné.
l'Auteur de cet Ouvrage el M. Noel ,
Profeffeur au Collège de Louis le Grand ;
la lecture qui en a été faite par M. Vicq -d'Azyr
, a excité les applaudiffemens les plus
vifs. Les autres Prix ont été renvoyés à
l'année prochaine .
M. de Saint- Ange a obtenu pour la
conde fois le Prix d'encouragement; & celui
d'utilité a été adjugé à un Ouvrage fur
les Loix pénales , par M. de Paftorer.
Le grand intérêt qui occupe tous les efprits
, avoit rendu très peu nombreux le
Concours pour le Prix de Poéfie . L'Académie
n'a diftingué que deux Pièces de M.
de Murville ; l'une intitulée les Tableaux
du Pouffin ; & l'autre , Dioclétien à Salone.
Elle leur a accordé une mention honorable.
44
MERCURE
. Une nouvele furce d'intérêt , pour la
Sence publ que du jour de S. Louis , c'eft le
récit des belles actions qui ont mété le Prix de
Vertu. Il a été donné cette année à Nicolas &
à François Potel fon fils , tous deux habitans
de Boulogne , village voifin de Paris. Attirés
par des cris , partis de l'aurre rivage de la
Seire , du côté de Saint- Cloud , ils voient
plufieurs perfonnes prêtes à être englouties
fous les ondes . François aufli tôt le prési
pire dans la rivière , la traverfe , atteint une
feneme & la ramène fur la grève. Il s'élance
une feconde fois , failit un homme
& une fille qui l'entraînent en fe débattant.
Pendant près de trois quarts d'heure, il latte
contre leur poids & contre un courant rapide
nous les foulever ſur les eaux. Sept fois
on le voit tour à tour montrer fa tête &
difparoître. Il parvient enfin à fauver ces
malheureux ; mais épuifé de fatigue , il
pleure de ne pouvoir plus rien pour les
aurres. Son père alors lui fuccède , plonge
fles eaux , & revient bientôt tenant par
les cheveux une femme & un petit garçon.
L'Académie le voyoit avec regret dans l'embarras
de partager , entre le père & le fils ,
En Prix que chacun d'eux auroit voulu voir
décerner à fon rival. La Reine a terminé
ce combat généreux , en offrant à l'Acadé
mie de concurir également avec elle ponr
une fi jufte récompenſe.
L'Académie, au nom de M. de Penthièvre,
s'eft chargée de préfenter un Prix de la
DE FRANCE.
45
'> à
même valeur à Magdeleine - Angélique Telher
, dont la piéré filiale a fait couler les
larmes de toute l'Affemblée . Sa mère
l'âge de foixante-fept ans , tombe dans l'infirmité
. Magdeleine, ne pouvant foutenir l'idée
de la voir languir loin d'elle dans un
Hôpital , renonce auffi- tôt à un état cù
elle gagnoit aifément fa vie , fe condamne
à toutes les privations , & s'enferme avec
fa mère pour adoucir , par les fuins , les
douleurs cruelles dont elle la voit tourmentée.
Cette rendre fille a foutenu ce dévouement
vertueux pendant dix huit ans entiers,
furmontant tous les dégoûts , & fupportant
les fatigues les plus pénibles , au point de
paffer quelquefois fix femaines de fuire fans
entrer dans fon lit. Dans une fi longue
fuite d'années , il ne lui eft pas échappé
une feule plainte , un feul regret. Ses foins
ne fe font pas relâchés un feul inftant ; elle
a foutenu avec le plus ferme courage la vue
de maux affreux , dont le feul détail a fait
frémir tous les coeurs.
M. l'Abbé Delille a terminé la Séance
par la lecture de deux morceaux de
fon Poëme fur l'Imagination. Quelques-
uns de ces vers , déjà récités en
d'autres Séances , n'avoient jamais été
applaudis avec tant d'enthouſiaſme ! gage
certain du règne immortel de la Poéfie
puifque la révolution n'a fait que nous
*
>
46
MERGURE
rendre plus fenfibles à fes grandes beautés.
LE 25. du mois d'Août 1791 , Fête de
S. Louis , l'Académie Françoife donnera un
Prix de Poéfie réſervé en 1790. Le füjet
du Pfix , ainfi que le geare de Poćfie , fera
au choix des Auteurs.
Elle donnera un Prix d'Eloquence ; &
pour fujet elle propofe l'Eloge de Benjamin
Franklin .
Le Prix fondé par M. l'Abbé Raynal ,
& pour lequel l'Académie a demandé un
Difcours hiftorique fur le caractère & la
politique de Louis XI , et encore réfervé.
Ce Prix , déjà remis deux fois , le trouvant
d'une valeur triple de celle de fa fondation
, l'Académie a cru devoir le partager
en deux Médailles , dont l'une de 1200 liv.
fera donnée à un Difcours fur le même
fujet , du caractère & de la politique de
Louis XI, & l'autre, de 2400 livres, à un
Difcours fur cotte question : Quelle a été
l'influence de la découverte de l'Amérique
fur les Mours , la Politique & le Commerce
de l'Europe.
Le Prix proposé pour l'Eloge de Jean-
Jacques Rouffeau , eft aufli réfervé. La Médaille
deftinée à ce Prix étoit de 600 liv.;
une autre perfonne, qui ne fe nonne pas,
y a ajouté une pareille fomme. Ainfi la
Médaille , en 1791 , fera de 1200 liv.
Les Auteurs mettront leur nom dans un
DE FRANCE. 47
1
billet cacheté , attaché à l'Ouvrage qu'ils
enverront ; & fur ce billet fera écrite la
Sentence qu'ils auront mife à la tête de
leur Ouvrage.
Les Ouvrages feront envoyés , avant le
1. Juillet 1791 , au Sicur- Demonvi le ,
Impr . Libraire de l'Académie Françoite
ruc Christine , aux Armes de Dombes : fi
le port n'en eft point affranchi , ils ne feront
point retirés .
Le même jour , 25 Août 1791 , l'Académie
difpofera du Legs de M. de Valbelle,
& donnera les Prix d'Utilité & de Vertu ,
fondés par un Citoyen anonymie.
A VIS.
1
"
39e.
ON mettra en vente Hôtel de Thou , rue des
Poitevins , N. 18 , le 6 du courant , la
Livraifon de l'Encyclopédie par ordre de matières.
Cette Livraiſon eft compofée du Tome VI ,
ze. Partie , des Arts & Métiers. Du Tome III ,
ire. Partic , de la Théologie. Du Tome IV,
1re. Partie , de l'Hiftoire. Du Tome IV , ze. &
dernière Partic , de l'Economie Polkique & Diplomatique
.
Le prix des deux premiers demi - Volumes eft
de ... 11 liv.
6 IPv . Le prix des deux derniers .
Savoir , un Volume complet à 11 liv. & un à
6 liv. conformément à ce que nous avons promis.
Brochure de 4 demi- Volumes. 2 liv.
Total ..... 19 liv.
Le de chaque Livraiſon eſt au compre port
Soufcripteurs.
des

48
MERCURE DE FRANCE.
Voyage en Nubie & en Abyfinie jusqu'aux
fources du N 1,5 Volumes in-4 . par M. James
Bruce , avec Cartes & Figures. Le Tome I eſt
en vente. Trx , is iv. of. broché. 2
Le même , 18-8 ° . Tomes I & II , avec Fig.
Prix , o liv. Ll ou br..
Le Tome VIII & dernier des Animaux quadrupedes
, avec plus de 80 Planches , formant le
XIVe Volume des Euvres complettes de M. de
Buffon ; in 4. Prix , 21 liv. en feuilles , 21 liv.
10 f. br. & 24 liv. rel.
Le même Volume , fous le titre de Tome VII ,
Supplément pour l'édit on de l'Hiftoire Naturelle,
in 4° . avec la Partie Anatomique ; même prix.
Ce Volume complète en entier ce qu'a fait M.
de Buffon ; lui-même en a terminé le Manufcrit
avant la mort.
Hiftoire Naturelle des Serpens
,
M. le Comte de la Cépède ; 2 Volumes in
Prix , 6 liv. bl . ou br. & 7 liv. f. rel.-
"
-
par
12.
Les Tomes XII & XIII , Hiftoire Naturells
des uadrupèdes , pour fervir de fuite aux Euvres
complettes. Prix , 7 liv. bl. ou br. & 8 liv. re..
Les Tomes XIII & XIV , Supplément aur
Quadrupedes. Prix , 7 liv. bl . ou bet . & 8 liv . rel.
Ces deux derniers Volumes font la fuite d
l'édition en 1 Volumes avec la nartie Aratom
que , & de l'édition de 1769 en 13 Volumes fani
la Partie Anatomique.
TABLE.
ROMANCE L'Angleterre ancienne.
40
Sune de la Veillée. 6 Académie. 49
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE
DE
BRUXELLES
.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 20 Août 1790.
DEPUIS la défaite de la flotille Russe
devant Svensksund , il n'y a pas eu de
nouveaux faits . Le Roi de Suéde est toujours
dans cette rade , dont la côte a
été garnie de batteries : quelques frégates
Russes sont restées en observation
à cette huteur , et les Nouvellistes appellent
cette croisière un blocus . Sr
plus de 50 bâtimens qu'ont pris les
Suédois , on a trouvé 527 canons , et
fait plus de 6,000 Prisonniers : 26 de çes
navires , frégates ou galères , ont été remis
en état de service. Le Duc de
Sudermanie a réparé sa flotte à Swea
borg ; une partie de celle des Russes est
rentrée à Revel . La saison s'avance , t
l'on pourroit présumer qu'elle n'offrira
No. 36. 4. Septembre 1790. 4
( 2 )
pas de nouveaux événemens , si l'acharnement
des deux Puissances Belligérantes
n'affbiblissoit cette conjecture : cepen
dant il parcît s'amortir , et déja l'on parle
d'un projet d'armistice .
La nouvelle de la Convention de Reichenbach
, combinée avec la perte de sa
flottille , aura ébranlé la grandeur d'ame
de l'Impératrice , que les flatteurs et les
succès ont instruite à ne jamais craindre
de revers . Depuis quelque temps les relations
officielles de cette Cour ne chargent
plus les Gazettes. Au défaut de
récits circonstanciés des dernières actions
, nous ferons connoître une lettre
authentique , écrite de Svensksund le 20
Juillet , et qui présente un narré clair et
complet des événemens du 9 Juillet et
jours précédens.
Le combat du 3 Juin entre les deux
grandes flottes , a été à notre avantage , mais
la retraite de la flotte de Cronstadt dans le
golfe de ce nom , rendit ce combat peu décisif.
Dès qu'il ne fut plus possible au Duc
de Sudermanie d'empêcher la jonction des
deux flottes Russes , il gagna l'isle de Biorko ,
et se rangea avec la flotte , derrière les basfonds
, entre cette isle et Croscort , situé sur
le Continent . Cette position nous mit bien
à l'abri de toute attaque , et à même de
protéger les opérations de la flottille dans le
golfe de Vibourg. Nous commençâmes d'abord
les préparatifs pour attaquer les frégates
, galères , prames et autres bâtimens
ennemis qui se trouvèrent devant Vibourg ,
( 3 )
mais les tempêtes et les ouragans continuels
pendant dix jours rendirent nos efforts inutiles
et donnérent aux Russes les moyens de se
renforcer toujours de plus en plus . Pendant
tout ce temps nous n'eumes avec l'ennemi
qu'une seule petite affaire , dans laquelle nous
lui enlevames une batterie de trois pièces de
fonte. Enfin la grande flotte Russe parut
un jour vouloir nous attaquer , quoique ses
manteuvres n'eussent d'abord indiqué que le
projet de nous resserier de plus près. Le
Roi se vit alors obligé de renoncer à l'entreprise
projetée contre Vibourg , pour aller
au secours de son frère . Le Prince de Nassau ,
qui avoit eu le temps de se mettre en un état
formidable , venoit de Cronstadt pour nous
prendre à dos , avec une escadre de plus de 80
voiles , dans laquelle il avoit plus de 20 bâtimens
à trois mâts . Il s'avança dans Bjorkosund
le 2 de ce mois au soir. Un de nos postes avancés
consistant en 30 chaloupes canonnières ,
bien loin de se laisse effrayer par le notabie ,
commença sur le champ à canonner , et
coula à fond un des plus grands bâtimens.
et une frégate Russe. Malgré cela nous
nous trouvâmes toujours enveloppés entre
la grande flotie , l'escadre de Vibourg
celle du Prinse de Nassau. Ce fut alors que
le Roi prit le parti hardi , digne tout à-lafois
de son courage et de son génie , d'ordonner
à ses deux dottes de percer la ligne
Russe et de gagner Mustalina , entre Bjorko
et Svensksund : il se transporta sur le vaisseau
amiral pour donner ses ordres , et bientôt
après le signal fut donné à la grande flotte
d'ouvrir le chemin.
« Les vaisseaux de ligne et les frégates
de notre grande flotte avançoient dans le
A ij
( 4 )
meilleur ordre , un à un au milieu des vaisseaux
Russes qui étoient à l'ancre. Ceux - ci
tirerent sans cesse tandis que les nôtres
attendirent jusqu'à ce qu'ils fussent à même
de pouvoir tirer de l'avant et de l'arrière.
Alors ils lâchèrent leurs deux bordees et
passèrent. Les galères , chaloupes canonnières
, Turomas , vaisseaux de transport ,
filèrent à la suite des vaisseaux de ligne et
essuyèrent comme eux un feu des plus vifs .
Les vaisseaux que l'ennemi avoit placés dans
le passage étoient des meilleurs et commandés
par des Anglois , entre autres par Travener
, qui eut une jambe emportée à cette
occasion, Nolre succès n'eût pas été douteux
, si un brûlot commandé par un nommé
Sandels , et destiné à accrocher un de ces
vaisseaux , n'eût pas pris feu avant le temps ,
et au lieu de se jeter sur l'ennemi , s'il ne se
fût précipité sur une de nos frégates qui fut
embrasée dans l'instant . Le feu se communiqua
à un vaisseau de ligne ; ensuite à une autre
frégate , et tous trois sautèrent en l'air. Deux
aures vaisseaux , pour éviter ces carcasses
allumées , s'écartèrent un peu de la route
et se heurtèrent avec tant de violence que
l'un fut tout-à - coup renversé . Le reste de
la flotte se dirigeoit en ligne droite vers
Hogland , et ce ne fut qu'au moment que
le dernier vaisseau eut percé la ligne que la
flotte Russe leva l'ancre et se remit à la
poursuite de la nôtre. Heureusement la
flottille et les vaisseaux de transport avoient
déja passé. Le Roi étoit dans sa petite chaloupe
au milieu du feu . Il étoit si près des
vaisseaux Russes que l'ennemi pouvoit
aisément le reconnoître . Un des rameurs
sur le second banc , eut les deux mains emportées
par un boulet. Ce jour- là le Duc de
( 5 )
Sudermanie ne voulut pas quitter le vaisseau
Amiral pour se tenir dans une fregate comme
à l'ordinaire : il monta le Gustave HI, ordonnant
lui même toutes les manoeuvres ,
l'épée à la main . Un boulet tua à côté de
lui le lieutenant colonel baron Schull d'Ascherade
, digne de son estime et des regrets
de toute la Suéde . Le même boulet blessa le
Prince au bras , mais légérement . Ce n'étoit
pas tout que d'avoir traversé ce passage si difficile
et si bien défendu . Avancés dans la mer
et séparés de lagrande flotte à une assez grande
distance , un nouveau danger se présenta.
Plusieurs fregates Russes stationnées à
Pilképass , se présentent tout-à- coup et se
jettent dans l'immense file de notre flotille.
La plus grande partie eut pourtant le bonheur
de gagner dans la soirée même Svensksund,
et deux jours après toute la flotille y
étoit rassemblée.
ر د
La perte de la grande flotte consiste en
7 vaisseaux de ligne et en 3 frégates , dont
2 ou 3 seulement peuvent servir à nos ennemis.
Les autres , ce que nous savons de leur
propre aveu , ont échoué et sont coulés à
fond , ou tellement endommagés , qu'ils
sont hors de service . »
La flottile a perdu 7 galeres , dont 3
sout tombées au pouvoir des ennemis , et
4 ont été coulées à fond . Nous avons perdu
en outre , 5 chaloupes canonnières et quelquelques
bâtimens de transport. »
"
Cette perte , sans doute considérable ,
étoit propre à abattre le courage de nos
guerriers , et ce fut dans cette supposition ,
que le Prince de Nassau s'avança le 8 au
soir vers Svensksund , et que le 9,9 heures
et demi du matin se présenta à l'entrée da
A iij
( 61)
golfe aussi toutes les apparences étoient
contre nous ; mais le ciel en avoit ordonné
autrement. Le combat , très vif et trèsanimé
, ne cessa que le lendemain vers les
dix heures. L'issue en fut des plus heureuses
et des plus glorieuses pour le Roi . Jamais
bataille , depuis celle de Nerva , n'a été plus™
avantageuse , ni plus décisive pour la Suéde.
Nous ne savons pas encore au juste le nombre
des vaisseaux et des prisonniers tombés en
notre pouvoir. Parmi ces derniers , il y a
35 Majors et beaucoup d'officiers étrangers.
On en donnera bientôt une velation détailler.
En attendant , ce que je puis assurer , c'est
que nous avons pris plus de bâtimens que
Dous n'en avions F'année derniere à Svensksand.
Notre flottille ne consistoit alors qu'en
44 bâtimens , et nous venons d'en prendre plus
de 55. en est de même des canons trouvés ·
sur ces bâtimens ; le nombie en est plus con- ·
sidérable que celui de la flottile qui les a
combattus . Le Prince de Nassau s'est retiré
avec les débris de sa flotille sous les murs
de Frédérieschann . La fermeté héroïque da
Roi , et son activité infatigable ne peuvent
que soutenir notre courage. Le baron d'Armfeldt
se rétablit ; il va passer à Louisa ou à
Helsingforss . Le général Meyerfeldt reste toujours
à Hogfors. "
De Vienne , le 19 Août.
L'assurance d'une paix désavantageuse
a causé assez généralement plus de
regrets , que n'en eût fait naître la poursuite
d'une guerre , dont la conquête de
deux Provinces étoit déja le résultat.
A la lecture des Préliminaires signés ,
on a oublié que notre querelle avec les
( 7 )
Ottomans coûtoit à la Monarchie des
dépenses énormes , 130,000 hommes
morts de maladie ou du fer de l'Ennemi ,
650 Officiers et douze Généraux , dont
voici les noms. MM. de Haddick , de
Ludhon , le Prince Charles de Lichtens
tein , le Prince d'Anhalt Coëthen , les
Comtes de Pallavicini et de Thurn ;
les Barons de Rouvroy , de Fabris
de Béchard , de Khun , de Bubenhofen
et de Schindler. On a oublié qu'en continuant
ce jeu sanglant , nous étions menacés
des mêmes pertes , sans aucune
espérance de dédommagement ; on a
oublié la formidable ligue qui , avec des
forces toutes neuves , s'élevoit contre
nous , et la nullité ou l'indifference' de
nos Alliés ; on a oublié que , sans secours,
et sous peine des plus grands périls de
la Monarchie , le Souverain ne pouvoit
la livrer au hasard de la fortune ; on
a oublié enfin qu'il vaut mieux rendre
ses conquêtes que courir le risque de les
perdre , lorsqu'on est plus qu'incertain
de les conserver. Ceux qui étudient les
conjonctures , remercieront le Gouvernement
d'avoir épargné à la Nation ,
celles cù une guerre plus générale l'auroit
placée.
Parmi les causes de résignation publique
, on a rangé les inquiétudes que
donnoit au Roi l'intérieur de ses Etats.
En cas de rupture avec la Prusse , les
Provinces Belgiques étoient en effet
A iv
( 8 )
perdues et livrées à un changement de
domination ; la Hongrie turbulente plus
que troublée , mais cù la puissance des
grands Propriétaires rend l'esprit de
faction trés- redoutable , auroit pu être
embrasée par les intrigues de nos Ennemis.
On avoit peu de sujets de crainte
dans les autres Provinces héréditaires ,
dont les mécontentemens prennent leur
source dans les innovations du dernier
Empereur , et qu'il est facile d'apaiser .
L'ouvrage de la paix va s'achever
à Bucharest , où notre Piénipotentiaire ,
M. de Herbert , est déja arrivé . Le Roi
de Prusse y envoie MM. de Lusi et
de Lucchesini ; ce dernier , dont le
caractère et le génie sont très analogues
à l'esprit des Négociations , passe
pour avoir eu une très- grande part à
la politique qui a amené la Convention
de Reichenbach .
Le double mariage de l'Archiduc Francois
avec la Fille aînée du Roi des
deux Siciles , et du Prince Héréditaire
de Naples avec une des Archiduchesses ,
sera célébré du 18 au 20 Septembre .
LL. MM. SS. , qui débarqueront à
Fiume , accompagnent ici leur Famille ,
et assisteront ensuite , du moins d'après
le bruit public , au Couronnement de
l'Empereur à Francfort.
DeFrancfort sur le Mein, le 2 Septemb.
L'ouverture solennelle de la Diète
( 9 )
d'Election s'est faite le 11 de ce mois ,
ainsi que nous l'avons rapporté la Se
maine dernière . L'arrivée de MM. de
Beulwitz , premier Ambassadeur d'Hanovre,
et du Comte d'Oettingen Balden,
premier Ambassadeur de Cologne , a
completté la Députation Electorale ,
dont les conférences se tiennent trois
jours de la Semaine . La cérémonie du
Couronnement n'aura lieu certainement
qu'en Octobre. Un des motifs de ce
renvoi est la Foire de Septembre , qui
amène ici un grand concours d'Etrangers.
Si ceux qu'attirera le Couronnement
s'y trouvoient réunis en même
temps , la Ville ne pourroit y suffire .
Le Roi de Prusse , M. le Comte de
Hertzberg , le Duc régnant de Brunswick
, le Duc de Saxe- Weimar
que les Gazettes ont tué , et qui se porte
à merveilles , le Prince de Reuss , Ambassadeur
de S. M. A. à Berlin , le Prince
de Bade et un concours brillant de Ministres
et d'Officiers Généraux , étoient
rassemblés , le 12 , à Breslau , Le Cabinet
de Berlin est aujourd'hui le centre
des affaires générales de l'Europe ; son
ascendant dirige et décide les Négociations
; nulle Monarchie n'a occupé une
place plus éclatante dans le cercle des
événemens publics. Il lui sera réservé de
faire plier la hauteur et la fortune de la
Russie , après avoir rendu inutiles , si
non brisé tout à fait , les liens mena-
A v
( 10 )
C
çans qui l'attachoient à la Maison d'Autriche
. Qui auroit dit , il y a dix ans ,
que la Porte et la Suède devroient leur
salut à la Prusse , que sur les débris du
système politique renversé , cette Puissance
éléveroit un nouvel édifice , sans
guerres , par le seul concours de ses
actives négociations , et de celles des Al-
Irés qu'elle a su s'attacher ! La plupart
des Régimens des Gardes ont suivi le Roi
à Breslau ; une grande partie des Troupes
va rentrer dans ses cantonnemens . Quant
au Corps d'armée sous les ordres du Général
d'Usedom , il est retourné dans
la Prusse Orientale , et il a ordre de
joindre le Corps sous les ordres du Comte
de Henckel, placé sur les frontières de la
Courlande.
On s'est beaucoup diverti ici de l'histoire
de vingt mille douzaines de monchoirs
vendus à notre Foire, sur lesquels
on avoit gravé la Déclaration des Droits
de l'Homme, et que les Législateurs péricdiques
de Paris ont célébré avec une
extase véritablement comique . Il faut
apprendre à ces Messieurs que , si quelque
Marchand Hollandois ou Liégeois a fait
cette spéculation , elle n'a rien de plus
merveilleux que celle des Fabricans qui
ont imprimé la chanson de Marlborough,
les victoires de Frédéric - le - Grand ,
et la destruction des batteries flottantes
å Gibraltar. Depuis 50 ans , cet usage
existe , et s'il faut s'extasier de quelque
( 11 )
chose, c'est de la niaiserie des Folliculaires
qui , avec leurs mouchoirs , imaginent
conquérir l'univers à l'égalité de l'âge d'or.
Ils n'ont même pas fait fortune , parce
que cette déclaration des Droits aveit
été transcrite , commentée , louée , déchirée
par les Feuilles Allemandes , et
que les Personnes du Peuple n'y ayant
rien compris dans les Gazettes , ne la
comprennent pas mieux sur les mouchoirs
.
Ce qui nous fàche , c'est la présomptueuse
ignorance de ces Gazetiers étrangers
, qui connoissent l'Allemagne à peu
près comme la Cochinchine. Ils nous
traitent en esclaves , auxquels un Fabricant
adroit fait passer des instructions
utiles par un travestissement ingénieux :
ils ne savent donc pas qu'il n'existe
aucun livre prohibé par toutes les
Chambres Syndicales , qui ne se vende
publiquement aux Foires de cette Ville ,
à celles de Léipsick , de Cassel , de Brunswick
, de Berlin , etc. etc.; que l'Allemagne
est inondée d'ouvrages aussi libres'
qu'on en fait en Angleterre , et que trente
de nos Publicistes ont imaginé et répandu
des systêmes des Droits de l'homme ,,
avant qu'on connût celle qui a été adoptée
en France.
GRANDE- BRETAGNE.
De Londres , le 27 Août.
Depuis le départ de la flotte , on a
A vj..
( 12 )
appris par divers bâtimens qu'elle avoit
dépassé le cap Lizard et débouqué la
Manche.
1 paroît hors de doute qu'elle va croiser
dans le golfe de Biscaye , où l'on présume
qu'elle doit rencontrer la flotte
Espagnole , forte de 25 vaisseaux de
ligne , dont cinq de 112 canons et
commandée par MM. de Solan de
Mazzaredo et de Borja. Le Royal Sovereigh
de 110 canons , le Vanguard
et l'Eléphant de 74 , et le Lion de 64 ,
doivent se joindre à notre flotte . Elle
porte 23000 hommes d'équipage ou Soldats
de marine , et 2780 pièces de canons.
L'Amirauté a donné ordre à douze autres
vaisseaux de ligne de se rassembler sans
délai à Spithéad : on en a mis de nouveaux
en commission , entr'autres la Britannia
de 110 canons . A aucune époque
on n'a vu un mouvement aussi extraordinaire
et plus général dans les chantiers
et dans les ports. - Le Ministère reste
impénétrable : la Nation pleine de con-
Gance le regarde avec sécurité : Personne
ne l'interroge , ne le dénonce , ni même
me le calomnie , et du Land's End aux
Orcades on s'en repose sur l'habileté des
Pilotes Politiques.
Un Courrier de Cabinet est parti pour
Madrid la semaine dernière ; on le dit
chargé d'un Ultimatum . Quel est cet
Ultimatum ? Certes le Courrier ne le
portoit pas à la cocarde de son chapeau.
( 13 )
J
PAYSBA S.
De Bruxelles , le 26 Août 1790 .
Le Congrès à l'agonie a tenté vainement
de donner le change sur la crise
où il est enveloppé . Cette Révolution
préconisée avec enthousiasme , cette République
naissante , dont le berceau retentit
des acclamations convulsives de
tous ces Prêtres politiques , qui , au fanatisme
des fausses Religions , ont substitué
le fanatisme de la fausse liberté ; cette
Révolte hardie , dont nos Docteurs modernes
avoient prédit l'indestructible
réussite , se traîne maintenant de palliatifs
en palliatifs , de défaites en défaites ,
'd'artifices en artifices. Ses Chefs déconcertés
par la Convention de Reichenbach
, et par la mauvaise conduite de
leurs troupes , ont essayé de nouvelles
démarches. On assure ici que deux de
leurs Députés négocient à Paris auprès
de M. de la Fayette , que le Comte de
Mérode sera envoyé à Londres , et M.
VanderStraten à Berlin . Le Chanoine et
Secrétaire d'Etat Van Eupen étoit allé à
la Haye dans le même but ; il en est revenu
trois jours après. Si , comme on
Pannonce , il entre dans les propositions
qu'ils veulent recommander aux
Cours de Londres , de Berlin et de la
Haye , de maintenir en place tous les
( 14 )
Employésactuels du Gouvernement Belgique
, ils ne peuvent se flatter du succès
d'une demande aussi incompatible
avec la dignité da Souverain , avec l'intérêt
des Peuples et avec les circonstances
.
Un autre plan mérite de trouver plus
d'accès auprès de Léopold , c'est celui
qu'on a rédigé en Flandre , et qu'on attribue
au Parti injurieusement nomrié
Démocrate. Ce sobriquet ne peut convenir
au projet que ce Parti opprimé a
fait passer à Vienne. Le systême de Gouvernement
qu'il propose est construit
sur les principales bases de la Constitution
Britannique , et sur celles qu'avoit
adopté en France le premier Comité
Constitutif de l'Assemblée Nationale . On
y consacre le principe nécessaire de la
division de la Puissance Législative . Les
Etats-généraux des Provinces Belgiques
seroient composés du Roi de Hongrie
ou de son Représentant , d'une Chambre
Haute formée des Députés de la Noblesse
et du Clergé réunis , et de la Chambre
des Communes. - Aucun acte n'auroit
force de loi sans la pluralité des
voix dans ces deux Chambres , et sans
la Sanction absolue et définitive du
Prince , qui formera expressément la
troisième branche de la Législature .
Le Prince auroit seul les attributs et la
représentation de la Souveraineté ; le
Pouvoir exécutif suprême en totalité , le
( 15 )
-
-
- Les
droit de convoquer et de dissoudre les
Etats lui seroient réservés . Nuls subsides
ne seroient levés , nulle Loi ne seroit
faite , nulles troupes introduites , à
l'exception des Régimens Nationaux
que par la volonté des trois Pouvoirs
composans les Etats-généraux . - Tous
les Agens du Prince seroient déclarés
responsables . Le droit de résistance
en cas d'oppression légitimé.
Chefs de Famille seuls admis aux Elections
des Représentans des Communes ,
etc. etc. Ce projet incomplet en plusieurs
parties , défectueux en d'autres , et
où des rapports essentiels restent indéterminés
, est néanmoins le mieux assorti
aux circonstances , aux antécédens ,
et aux intérêts divers du Souverain , du
Peuple et des différentes classes de l'Etat.
Il est susceptible de succès sans bouleversemens
; il perfectionne les droits
de la Nation sans offenser ceux du
Prince ; il rallie à l'intérêt de la liberté ,
et par un noeud commun , toutes les
distinctions sociales ; il dispense de commettre
des crimes et d'accumuler des injustices
, pour faire exister quelques
mois les desseins de quelques Factieux , et
les folies de quelques sophistes. De toutes
les parties de cet ouvrage , la moins heureuse
est celle qui compose la premiére
Chambre de la Législature , de Nobles
et d'Ecclésiastiques exclusivement . Cette
forme s'éloigne absolument de la Pairie
( 16 )
Angloise , à laquelle tous les Citoyens
parviennent indistinctement , tandis que
les Fils des Nobles ont accès dans la
Chambre des Communes. Aussi en An
gleterre , qquuooiiqquuee l'intérêt des deux
Chambres soit distinct , et doive l'être ,
sans quoi elles n'offriroient qu'une même
Assemblée en deux divisions , celui des
Citoyens de tout ordre est parfaitement
identique. Le plan que nous venors
d'analyser ne détermine point le cens
d'éligibilité à la Représentation des Communes;
c'est là néanmoins la clef de la
voûte .
-
Pendant la confection des systêmes qui
préparent , ou qui retarderont le retour
de l'ordre et de la tranquillité , les armes
vont décider du poids qu'obtiendront ces
différentes idées. Aucun fait ne lave encore
la honte des échecs qu'ont essuyés
les Insurgens. Dans celui de Sorlières ,
le 8 , ils perdirent leurs tentes , leurs munitions
et leur caisse militaire . Nous
avons dit qu'à l'approche des Autrichiens
ils avoient de nouveau abandonné
le Limbourg , où ils sont en horreur. Soit
qu'ils aient conçu le projet de rentrer
dans cette Province , soit qu'ils appréhendent
avec raison de voir les Autrichiens
passer la Meuse , ils ont rassem →
blé leurs Fuvards , aidés de quelques .
renforts entre Huy et Liège : de toutes
parts dans le rabant , on a appelé les
Volontaires à ce point de réunion . Le
( 17 )
projet des Commandans étoit de passer
la Meuse au dessus de Liège , et de
prendre poste à Chenée dans le Duché
de Limbourg ; mais les Autrichiens les
ont prévenus. Le Colonel Comte de
Gontreuil campoit le 24 à Chenée avec
1500 hommes : 2000 sont restés à Herye
pour la défense de cette Ville ; 800 Velontaires
Limbourgeois s'y sont ra semblés
, et leur nombre augmente chaque
jour. Les Etats de la Province qui avoient
eu l'imprudence de s'unir au Brabant, ont
pris la fuite : le pays entier , Municipalités
, Peuples des villes et des campagnes
, tout s'empresse à fournir des
secours aux Autrichiens.
Indépendamment des Volontaires , et
de la Légion de Vert- Laudon qui se forme .
rapidement , les forces de ces derniers
de les Duchés de Luxembourg et de
Limbourg n'excèdent pas vingt - deux
mille hommes ; mais à la fin de Septembre
cette armée sera de plus de 50 mille
hommes , par la réunion des Corps qui
arrivent de Moravie et de Bohême . Ils
consistent en 16 bataillons d'Infanterie ,
trois régimens de Cavalerie et Hussards ,
d'un Corps de Houlans , de dix Compagnies
de Croates , et d'autant d'Arquebusiers
du Tirol. Ces troupes sont en marche
, et attendues dans trois semaines.
( 18 )
FRANCE.
De Paris , le 1er . Septembre .
ASSEMBLÉE NATIONALE.
DU LUNDI 23 AOUT.
La ratification du Décret Général sur
Bemplacement des Tribunaux , et de nouveaux
articles sur les postes , acceptés , ont
été les préliminaires de cette Séance importante
de neuf heures , où les plus graves
sujets devoient être agités .
1. En quoi consiste le délit qui prive M.
l'Abbé de Barmond de sa liberté ?
2. Existe - t - il une Loi qui ordonne l'arrestation
d'un Citoyen , pour avoir donné
asyle à un Prévenu dénoncé , et non décrété
?
"
3. Le Législateur a - t- il le droit de
faire cette Lorex tempore , pour l'appliquer
ex tempore à un Citoyen ?
4. En supposant que des indices légitiment
une poursuite juridique , le Corps Législatif
peut il en se constituant Juge d'enquête ,
et sans qu'aucunes formes légales aient
déterminé son droit à cet égard , faire arrêter
un de ses Membres , avant qu'aucun
Tribunal l'ait précédé dans ce Décret ?
Toutes ces questions se sont présentéesaujourd'hui.
Nes Lecteurs vont savoir comment
elles ont été résolues , et nous ne préviendrons
pas les réflexions que fera naî re
un examen impartial , dégagé du trouble des
passions politiques .
Le Comité des Recherches , Dénonciate r
( 19 )
et Accusateur , a reparu iei comme Juge :
à la suite du Rapport de l'affaire , M. Voidel ,
Vice-Préstalent de ce Comité , a donné des
conclusions comme pourroit le faire le Ministère
public . Cette cumulation de caractères
dans un Corps , que son institution
voue exclusivement à l'emploi de recevoir
des avis et des informations , est peut- être
le fait le plus extraordinaire de la Séance ,
Après avoir rendu compte des circonstances
de l'évasion de M. de Bonne - Savardin ,
M. Voidel a rapporté les particularités subséquentes
, extraites de l'interrogatoire du
Prisonnier : « Je ne connoissois en aucune
nanière , a dit ce dernier , les deux Particuliers
qui m'ont délivré des prisons ; ils me
conduisirent immédiatement sur le quai des ,
Morfondos , cùils me déposèrent , sans vouloir
jamais se faire connoître . J'errai longtemps
ne sachant où aller , je pris un fiaere ,
je descendis dans la rue Neuve des Petits-
Champs , je demandai un gîte à une femine ,
chezlaquelle je` passai la nuit ; mais que je
ne saurois plus reconnoître . Je passai la nuit
suivante sous un hangar , la troisième sur
mes pieds. Désespéré de ma situation , accablé
d'inquiétudes , j'allai le 16 Juillet , à
6 heures du matin , chez M. l'Abbé de Barmond,
que je ne connoissois que par sa réputation
d'homme sensible et bienfaisant . Je
lui demandai un refuge ; il me fit des difficultés
, me refusa ; je le priai au moins de
m'en indiquer un ; il re conduisit lui- même.
dans une maison de campagne située à
quelques lieues de Paris ; je n'y connoissois
personne , et ne croyant pas y être en sureté ,
je n'y restai qu'une demi-heure. M. l'Abbé.
de Barmond voulut me déposer avant de
( 20 )
rentrer dans Paris . Je le priai de nouvean
de ne pas m'abandonner ; vaincu par mes
sollicitations , ou plutôt par mes importunités
, il me ramena chez lui . Jy restai
plusieurs jours , j'en ressortis , je fus reçu
par un homme vertueux et sensible , par
M. de Foucault , Membres de l'Assemblée
Nationale ; j'y reçus la visite de M. l'Abbé
de Barmond. Deux jours avant mon départ
de Paris , une Dame , que je crois la belle
soeur de ce dernier , vint me prendre on
voiture , et me ramena chez lui . Le 28 Juillet ,
nous partimes , en prenant en passant le Sieur
Eggs , dans l'Hôtel de M. l'Abbé d'Eyma
Mon but étoit de me soustraire aux pour-'
suites du Comité des Recherches et du Châtelet
. Je voulois aller à Strasbourg , et de-là
en Allemagne , afin de mieux couvrir ma
marche , que je voulois diriger vers la Savoye
où habite ma famille . »
Tel est le récit de M. de Bonne - Savardin :
d'où il résulte que cet homme accusé d'avoir
voulu armer la moitié de l'Europe contre la
France et sa Liberté , a été assez pusillanime
pour n'oser même fuir la Capitale . Si
un Conspirateur de cette trempe donne de
si grandes alarmes , elles ne seront certes
partagées par aucun homme courageux .
M. Voidel a poursuivi , en indiquant la
source des informations parvenues au Comité,
Ce sont deux valets , l'un de M. de Barmond ,
l'autre de M. de Foucault ; c'est un Fondeur
écho de ce dernier Délateur , qui ont révélé ,
les différens asyles du Fugitif, sans le conoître
positivement .
M. l'Abbé de Barmond avoit opposé des
invraisemblances à la rumeur que l'évasion '
de M. de Bonne , hors de l'Abbaye , étoit
7
( 21 )
l'ouvrage de quelque homme puissant qui
vouloit ainsi écarter un témoin foible et
dangereux Cet : " homme puissant , ajoutoit
M. de Barmond , eût- il laissé sans
. asyle le Protégé qu'il délivroit ? » Le Rapporteur
, en traitant cette remarque de
simple conjecture , ne l'a réfutée que par un
autre conjecture.
1 Votre Comité des Recherches , a- t-il
dit , n'attribue pas à la vertu le projet de
cette évasion si difficile , si compliquée ,
adroitement exécutée . Il ne croit pas que
deux hommes se soient dévoués à la mort et
à l'infamie , seulement par générosité. »
Cette supposition balance- t- elle la précédente
? Est-il concevable que si des intérêts
puissans ont décidé l'élargissement de M.
de Bonne , ses Auteurs aient négligé d'en
assurer les fruits , de le mettre en sureté ,
de lui procurer voiture , argent , instructions
, en le laissant errer dans les rues de
la Capitale ? Nous abandonnons ces deux
opinions au jugement du Lecteur.
"
M. Voidel a passé de -là à la discussion
même des faits : M. de Barmond , a-t-il
dit , est-il complice du crime dont on accuse
M. de Bonne- Savardin ? Le Comité n'a
trouvé aucune preuve , aucune trace , aucun
indice quelconque de cette complicité. Est il
complice de son évasion ? Rien ne prouve .
encore qu'il le soit de l'extraction du Corps
de M. de Bonne hors des prisons de l'Abbaye ;
mais il a protégé sa fuite de tout son pouvoir
; il a soustrait à la vengeance des Lois ,
le plus grand crime de l'ordre social . Ce
n'est pas une imprudence , c'est un véritable
delit. Même en admettant qu'il ait pu recevoir
chez lui M. de Bonne , par sensibilité ,
( 22 )
rien ne peut l'excuser de l'avoir voulu condaire
hors du Royanine ; car M. de Bonne
"déclare lui- même qu'il vouloit aller en Allemagne
, et il ne faut pas croire que M.
l'Abbé de Barmond se soit tant exposé pour
laisser son ouvrage imparfait . Il s'est élevé
' des murmures contre cette manière d'établir
un corps de délit , sur des intentions qui ne
sont pas même constatées. )
« Au moins est - il certain que M. de
Barmond a été trouvé protégeant d'un faux
passe- port , et couvrant du manteau de son
inviolabilité un homme poursuivi par la
Justice , et prévenu du crime de Leze-Nation .
Si les Lois Romaines punissoient de peines
graves ceux qui receloient des voleurs , peuton
regarder comme innocent celui qui a
´recelé M. de Bonne- Savardin ? »
7
On s'attendoit que le Rapporteur , après
avoir omis de commencer par l'exposé des
motifs à la décharge de l'Accusé , alloit au
moins discuter le mémoire justificatif de M.
-de Barmond, et les motifs sur lesquels il
fondoit la demande de sa liberté provisoire ;
mais il a brusquement conclu que ce Député
devoit être retenu en ét d'arrestation
, que le Châtelet devoit poursuivre les
auteurs , fauteurs et complices de l'évasion
de M. de Bonne , et qu'une Commission de
l'Assemblée devoit interroger séparément et
M. de Barmond et M. de Foucault . Quant
à M. Eggs , le Comité opine à lui rendre la
liberté.
M. de Foucault qui , aux premières phrases
du Rapporteur , à lui relatives , avoit déclaré
qu'il s'emparoit de l'Accusation , a pris la
parole :
Je ne me serois jamais attendu , a - t - il
( 23 )
dit , à devoir me justifier devant vous d'une
bonne action ; ainsi , je ne m'accuse pas ,
mais je me vante d'avoir fait ce que d'une
part l'amitié exigeoit de moi envers M. l'Abbé
de Barmond , et ce que de l'autre l'humanité
et la religion me conseilloient envers
un homme malheureux , M. de Bonne
Savardin. Je crois donc pouvoir dénommer
bonne action , Messieurs , ce que l'amitié
m'ordonnoit , ce que l'humanité et la religion
conseillent. "
Je commence , Messieurs , par mettre
sous vos yeux les faits scrupuleusement conformes
à la vérité.
J'apprends dans le public , j'entends
dire qu'un homme malheureux , M. de Bonne
Savardin , qui m'etoit entièrement inconnu ,
avec lequel je n'avois jamais eu de relation
directe , ni indirecre , j'entends donc dire que
cet homme a rendu visite un matin à un de
mes amis , M. l'Abbé de Barmond, quelques
jours après son évasiou ; j'entends dire dans
ce même publie qu'il est aussi imprudent à
M. l'Abbé de Burmond de le recevoir , qu'indiscret
à cet homme de s'être rendu chez
lui .
"
"}
Je cours , je vole chez mon ami , je lui
fais part de la nouvelle qui se répand sur
son compte , je lui représente qu'il s'expose ,
et je l'engage à ne plus recevoir cet homme.
Mon ami convient du fait , s'ouvre à moi ,
me dit qu'il est vrai que cet homme s'est en
effet présenté chez lui un matin , qu'il l'a
reçu , qu'il a fait plus , qu'il n'a pu s'empêcher
de lui donner un asyle ; il m'ajoute que
la marque d'intérêt que je viens de lui donner
en lui faisant part du bruit répandu dans le
public , ne fait qu'augmenter ses inquiétudes ,
( 24 )
mais qu'il ne peut se déterminer à repousser
un infortuné qui est venu avec confiance lui
demander refuge , et qu'il ne sait comment
lui annoncer qu'il n'est plus en sureté . »
H
Les mêmes sentimens qui avoient agi
sur mon ami m'entraînent au même instant .
Je lui dis dans son embarras , que je ne ressemble
pas à cet Espagnol , à qui on´demandoit
l'aumône , et qui ne savoit donner
que des conseils ; que je veux coopérer , à
une aussi bonne action , et que je suis décidé
à donner à mon tour l'hospitalité à cet
homme malheureux . En effet , je lui ai
procuré une retraite pendant peu de jours
avant celui où il a cherché à recouvrer entièrement
sa liberté . Voilà exactement , Messieurs
, toute la part que j'ai eue dans cette
affaire. "
"
« Je vous ai dit précédemment que l'amitié
m'ordonnoit de tenir une pareille conduite ;
en effet , élevé avec M. l'Abbé de Barmond,
son Collegue ici , intimement lié avec lai ,
je n'étois pas maître d'en agir plus froidement
à son égard , et je crois avoir rempli
les devoirs de l'amitié. »

L'humanité me le conseilloit ; eh! Messieurs
, est- il un seul de vous qui puisse faire
Serment de se défendre des impulsions de
ce noble sentiment ? Quant à moi , je re
serai jamais ni le geolier , ni l'espion , ni le
persécuteur d'aucun info -tune. Bien loin
de-là , j'ouvrirai toujours mes bras à l'homme
qui s'avancera vers moi , sans examine s'il
est coupable ; mon ennemi même , vaincu ,
et malheureux trouveroit grace devant
moi , je deviendrois son appui et son libérateur.
"

« La
( 25 )
#
La Religion me le conseilloit. Elle
offroit autrefois dans ce Royaume un asyle
sacré à tous les Citoyens menacés de la rigueur
des Lois , et dans les Empires où elle
est encore le plus en vigueur , eile a conservé
ce beau privilége ( à ce mot de b au privilege
, un grand murmure du có gauche
s'est fait entendre , on a crié au President
de rappeler l'Opinant à l'ordre. Alors , M.
de Foucault a interpellé ses interrupteurs ,
et leur a dit , Messieurs , je vous engage
à vous pénétrer des fonctions augustes que
vous remplissez en cet instant à mon égard ,
celles d'être mes Juges ; vous aurez assez le
temps d'improuver ma conduite , ou mes
expressions, mais ce ne doit pas être en ce
moment , et par des marques d'improbations
de cette espece. Je sais , comme vous , que
ce privilége étoit trop beau , étoit immense
hors de mesure , dangereux à la société ;
mais certes , c'étoit un beau privilége que
celui qui n'appartenoit qu'à la maison de
Dieu . Au surplus , si vous aviez voulu
m'entendre jusqu'à la fin , vous auriez vu
que je ne désapprouvois pas la réforme de
ce privilége en France ) . Si la Religion a
sacrifié le droit d'asyle à la tranquillicé pablique
, il n'en est pas moins vrai que pour
un infortuné qui n'est pas même décrété par
la Justice , et qui parvient à se soustraire à ses
oppresseurs , l'habitation de tout homme de
bien doit devenir un Temple. »
" J'ai cru que si les Comités des Recherches
ne savoient pas bien fermer leurs
prisons illégales , je n'en étois pas moins
autorisé à ouvrir ma maison à l'une des
victimes de ces ordres arbitraires , plus
odieux, et plus iniques que les inventions
No. 35. 4 Septembre 1790 .
Б
1
( 26)
les mieux combines du despotisme , et qui
font revivre les lettres de cachet les plus
ignominieuses , le plus revoltantes sous
le règne de la liberté . Ce que j'ai fait , je
le ferois encore , et au Tribunal de toutes
les ames honnêtes , cette loyale profession
de foi de être mon unique défense. "
M. Bouchotte a le premier paru ensuite
à la Tribune pour defendre M. l'Abbé
de Barmond, et pour conclure à son élargissement
provisoire . Ce n'étoit pas là l'opinion
de M. Roberspicrre , qui a écroue le
prisonnier . Il a fondé son argumentation sur
la loi supréme de la nécessité et du salut
public. Tibère et Richelieu , les inventeurs de
l'Inquisition , et ceux des Lettres de Cachet ,
trouvoient aussi que le salutpublic devoitl'emporter
sur les lois . Il ne s'agit plus pour
l'application de cet axiome , que de déterminer
ce qui constitue le salut public. M.
Roberspierre l'a vû dans l'emprisonnement
d'un homme , accusé du plus sot projet de
Conspiration , et en conséquence , il s'est
récrié contre cette sensibilité barbac , qui
sacrifioit la Société entière à un individu .
En adoptant le Decret du Comité ,
M. Roberspierre , en a cependant retranche
la prière au Roi de faire ordonner les informations
; parce que , a - t - il dit , l'un des
Agens du pouvoir exécutif est impliqué.
Quant au Châtelet , il a perdu la confiance
de la Nation ; ( car la Natiorest M. Roberspierre
et ses amis . ) I agit en sens inverse
de la Révolution ; ( en ne faisant pas pendre,
tous les Innocens , que l'ivresse publique ou
la fureur de parti lui dénoncent . ) Lfaut se
presser d'établir une Haute - Cour Nationale.
M. l'Abbé Maury s'est fait entendre im-
2
( 27 )
médiatement apres , avec un autre genre
d'éloquence. « Lorsque des alarmes , a -t-il
dit , se répandirent sur la sureté du port de
Brest , vous instituâtes un Comité d'infor
mation. Telle est l'unique objet légal de
votre Comité des Recherches ; vous ne pensiez
pas alors , que , dans un Pays libre , il
s'arrogeroit le pouvoir de commander l'espionage
, de faire revivre la bassesse des délations
, d'entendre des domestiques en témoignage
contre leurs maîtres , d'ordonner
des arrêts à 60 lieues de distance , etc. Quant
aux autres Comités des Recherches , ils n'ont
pas même été établis par vous ; ils sont tous
illégaux .
Certes , il appartenoit bien à un Tribunal
excentrique à la Constitution , hors du domaine
della loi , de venir vous proposer ,
par la bouche de son Rapporteur , de faire
des interrogatoires avant de commencer la
procédure , comme s'il pouvoit ignorer que
l'interrogatoire n'a été établi qu'en faveur
de l'Accusé , et que la Société doit tout procurer
contre lui . Admettez cette inquisition :
le sort des de Thou et des Marillacs , va devenir
celui de tous les François .
Falloit- il que M. l'Abbé de Barmond ,
malade , revêtu d'un passe - port de l'Assembiée
, fût arrêté , conduit à Paris , comme
un criminel , pour avoir pris dans sa voiture
un homme suspect au Comité des Recherches
, un homme que le tribunal légal avoit
refusé de décréter ?
3 4 L'iilégalité de la détention de M. de.
Bonne Savardin , vous a été démontrée : il
n'a donc pulexister de crime dans son évasion
. Le Comité des Recherches vous a fait
l'aveu précieux , qu'il n'a pu trouver aucune
Bi
( 28 )
trace de complicité entre M. de Barmond et
M. de Bonne. Faut- il donc que sur de simples
soupçons , sur des soupçons qu'aucun
membe de cetté Assemblée n'oseroit avouer
et ne pourroit justifier , un Représentant de
la Nation soit emprisonné , parce que peutétre
trouvera- t - on un jour des preuves contre
lui ?..... 1l s'agit de savoir si vous pouvez
aussi légérement priver la Nation d'un de
ses Représentans. Tous les argumens qu'on
opposoit au Roi pour lui óter le droit de
vérifier vos pouvoirs , je les opposerai au
projet de décret du Comité.... Et remarquez
, Messieurs , combien de temps dureroit
l'arrestation de M. de Barmond : un an
peut-être ; car il faudroit attendre que l'affaire
de M. de Bonne fût entierement terminée
et vous savez combien elie est obscure
et compliquée.
"
2
23.
«Je demande que M. de Barmond soit remis
en liberté ou sur le champ renvoyé au
Châtelet. J'espère qu'il m'honorera de sa
confiance , et que je serai son Défenseur. Je
ne parlerai plus devant des hommes qui font
des lois , mais devant des juges forcés d'exécuter
celles qui subsistent. "
« J'ai toujours cru qu'on pouvoit donner à
un accusé sa liberté provisoire ; mais jamais
je n'ai entendu dire qu'on l'en privât provisoirement
, et sans l'intervention de la loi.
Si vous prolongez l'arrestation , cela équivaudra
à un plus amplement informé ; or
on n'ordonne, le plus amplement 'informe ,
qu'après une premiere information , lorsque
le Juge manque de preuves assez legales. »
« Je demande que vous décrétiez l'élargissement
provisoire de M. l'Abbé Perrotin dit
Barmond , à la charge par lui de se repré(
29 )
senter toutes les fois qu'il en sera requis
ei que vous ordonniez au Châtelet de continuer
l'information dans l'affaire de M.
Bonne , et de poursuivre les coupables conformément
aux Ordonnances. »
Ce Discours fit une impression'si forte sur
la pluralité , que les deux tiers de l'Assemblée
demanderent les voix pour adopter la
Motion de M. l'Abbé Maury,
M. Pethion de Villeneuve parvint néanmoins
à répéter les argumens de M. Roberspierre
; mais la Majorité , non ébranlée
accorda la priorité à l'Opinion de M. l'Abbé-
Maury ; décision qui , dans l'usage constant
de l'Assemblée , signifioit'implicitement que
cette Motion seroit seule délibérée.
Ici , la scène va changer de face par des
coups de théâtre , et la première décision
que nous venons de rendre , subvertie par
un acte contradictoire. Le Parti vaincu tente
de nouvelles ressources . Quoique la discussion
fût fermée par décret , M. Reubell s'avance
à la tribune , et s'écrie : « Je ne conçois
pas comment après avoir , ci - devant , confirmé
l'arrestation de M. Perrotin , vous la
leveriez aujourd'hui , lorsque l'instruction
de l'affaire est dans le même état , lorsque
pas un fait nouveau ne se présente à sa décharge.
Je demande qu'on ajourne toutes
les décisions qui vous sont proposées , ou
que si l'on adopte la motion de M. l'Abbé
Maury , il soit décrété qu'il n'y a pas lica
à inculpation contre M. l'Abbé Perrotin. »
"« Pour l'honneur de l'Assemblée , ajoute
M. Merlin , je demande la question préalable
sur l'avis de l'Abbé Maury . "
"
Quoi ! vous trouveriez innocent , crie M.
Dumelz celui qui favorise l'évasion d'um
2
Biij
( 30 )
homme accusé du crime de lèze - Nation par
une autorité légale , par les Comités des
Recherches et par le Procureur du Roi !
Comment excuser cette facilité à croire
innocent , celui que l'opinion publique accuse
? Le soit de la Nation entiere est compromis
; .. la liberté ; ... la Constitution ... »
Aussitôt cette logomachie fait partir des .
applaudissemens d'extase et de fureur : les
Galeries menacent de s'ecrouler sous les
mouvemens enthousiastes de leurs habitans ,
qui mêlent des cris à leurs battemens de
main . Le Président veut interposer son au-.
torité ; M. Dumciz remonte à la Tribune .
Ecoutez les vérités que m'arrache le cri
de ma conscience........ ...... tous les amis de
la liberté, quand ils apprendront l'inconséquence
à laquelle vous vous laissez entraîner,
diront : Dans cette affaire un Ministre
étoit inculpé , et où la veriu civique de nos
Représentans a fléchi. »
"

"
Ce cliquetis de mots ranime toutes les passions
: elles parcourent les rangs , et appelent
déja M. de Barmond dans les cachots .
M. Camus à la Tribune soutenu des
plus fortes voix du côté gauche , force M. le
Président de lui donner la parole , quoique
la discussion soit fermée. Il établit qne la ,
seule question à délibérer , est celle de savoir
s'il y a lieu ou non à accusation contre M. de
Barmond ; il décide la question affirmativement.
Les applaudissemens se renouvellent
avec plus de fureur ; le Peuple de l'extérieur
s'unit à leur énergie , et délibere aussi en
associant , son vou à celui des . Galeries .
Quelques Membres disputent la décision
rendue sur la priorité , et demandent l'appel
nominal ; d'autres ne balancent pas à
( 31 )
s'écrier qu'ils sont en force , et qu'il n'est
plus besoin de s'en tenir aux formes .
« C'est à des mouvemens impétueux , communiqués
et reçus par une foule de spectateurs
, ose dire M. Malouet avec sangfroid
, que je viens opposer le calme de la
raison... ( Des murmures épouventables
lui coupent la parole . ) On vous propose de
décider s'il y a lieu à inculpation ; mais
M. Perrotin est accusé , il est arrêté , c'est
sur sa liberté provisoire qu'il faut pronon -s
cer. Il est notoire à toute la terre , que vous
avez les premiers converti en Lois , des maximes
par lesquelles tous les Peuples vordroient
être gouvernes ; mais ces Lois
seroient illusoires , si vous vous laissiez conduire
par des inductions et par des mouvemens
passionnés . Puisqu'on nous ramène au
fond de la question , de quoi s'agit - il ? D'avoir
donné asyle à un homme prévenu , mais
non dénoncé. Vous avez reconnu que c'étoit
une imprudence qui pouvoit avoir des suites
criminelles , sans que son auteur fût coupable
aux yeux de la Loi. Si l'on disoit , il
est certain que M. de Bonne a voulu trahir
la patrie , qu'il a conspiré contre la liberté ;
un autre homme l'a soustrait à leur vengeance
; les argumens des Préopinans aureient
toute leur force ; mais rien de tout
cela n'est démontré ; mais ce n'est point
là l'état de la question . Personne de vous
ne peut l'avoir oublié.
33
M. Malonet n'avoit pas achevé qu'un
Antagoniste lui a succédé . Applaudi avant de
parler , M. Barnave compare l'Assemblée à
un Grand Juré. Sa féconde imagination qui
si souvent a présenté l'Assemblée , tantôt
comme Pouvoir Constituant , tantôt comme
B iv
( 32 )
Législateur , l'institue aujourd'hui Grand
Juré , c'est-à- dire , Juge d'information contre
ses propres Membres , contre elle même !
Aucune Loi n'autorise PAssemblée à ces
fonctions ; M. Barnave fait la Loi , et sule-
champ érige un Tribunal . La compétence
ainsi légitimée , il établit que la connoissance
des faits et le flagrant- délit mettent
le Grand Juré en état de prononcer qu'il y
a lieu à accusation ; il accumule toutes les
charges , rappelle un Décret rendu à l'Archevéche
, qui autorise le Comité des Recherches
du Corps législatif à se concerter avec celui
de la Municipalité de Paris ; il observe que
M. de Bonne soustrait à la poursuite des
Lois , a été trouvé , sans intermédiaire , dans
la voiture de M. de Barmond , et conclut
à ce que M. l'Abbé de Barmond soit dépouillé
de son inviolabilité , et renvoyé ,
comme jugeable , aux Tribunaux.
M. de Mirabeau l'aîné amplifie les raisonnemens
du Préopinant , et il ajoute : « Et moi
aussi je suis accusé , ou plutôt , on voudroit
bien que je le fusse . A ce titre , il peut m'être
permis de provoquer la plus rigide inflexibilité
de l'Assemblée , et de la supplier de ne pas
permettre que le plus léger soupçon pèse sur
un de ses Membres . J'invoquerai en tous les
temps sa sévérité, et je la conjure d'enjoindre
à son Comité des Rapports de publier incessamment
la procédure du Châtelet , qui
fermera la barriere à tant d'insolens » ( ou
-d'insolences ; c'est l'un des deux ) .
Le Côté droit interdit n'en croyoit ni ses
yeux , ni ses oreilles . M. de Folleville remarqua
que , puisque M. Barnave avoit transfor
mé l'Assemblée en Grand Juré , l'Accusé devoit
avoir la faculté de récuser les deux tiers
( 33 )
desembres. MM. de Bouville et de Montlauzier,
etc. demandèrent la parole ; on leur observa
que , trois heures avant , la discussion
avoit été fermée ; et l'observation leur fut
faite par ceux- là mêmes qui avoient rouvert le
débat. Il étoit six heures et demie ; les Ecclésiastiques
de la Minorité quittèrent le champ
de bataille ; après quelques eombats infructueux
sur les amendemens , le Cóté droit
refusa de délibérer , et le Decret de M.
Barnave passa en ces termes :
+
L'Assemblée Nationale , après avoir entendu
le rapport de son Comité des Recherches
, deblare qu'il y a lieu à accusation
contre le sieur Abbé Perrotin dit Barmond ,
relativement à l'évasion et à la fuite du sieur
Bonne Suvardin. »
DU MARDI 24 AOUST.
M. Eggs , détenu avec M. l'Abbé de
Barmond , avoit été passé sous silence dans
le Décret d'hier. Aujourd'hui , M. Regnault
a demandé qu'on lui rendit sa liberté ; denande
qui a abouti , sans discussion quelconque
, à une décision de passer à l'ordre
du jour. Il reste enfermé AU SECRET , à l'Abbaye.
Le reste de la Séance a été presqu'entièrement
absorbé par la suite du Rapport de
M. de la Blache sur l'administration des
Postes et Messageries : six articles concernant
la poste aux chevaux ont été décrétés .
Ceux qui concernent les Messageries étant
d'un intérêt plus général , nous allons les
rapporter.
" ART . Ir . Le droit connu sous le nom
de Droit de Permis , et celui du transport
exclusif des Voyageurs , matières ou especes
B v
((34 )
d'Or et d'Argent , des Bailes , Ballots , Marehandises
, Paquets , de quelque poids qu'ils
soient , sont abolis ; ensemble les Procès
et actions qui auroient été intentés pour
contraventions auxdits droits , lesquels ne
pourront être jugés que pour les frais des
Procédures faites antérieurement à la publisi
cation du présent Décret. »
་ ་
II. A compter de la même époque , tout
Particulier pourra voyager , conduire ou
faire conduire librement les Voyageurs ,
Ballots , Paquets , Marchandises , ainsi et de
la manière dont les Voyageurs , Expédit
tionnaires et Voituriers conviendront entre
eux , à la charge , par les Voituriers , de se
conformer à la disposition contenue en l'article
suivant , et sans qu'il soit permis à
aucun Particulier , ou Compagnie , autres
que ceux exceptés ci-après , d'annoncer des
départs à jour et heure fixes , ni d'établir
des relais non plus que de se charger de
reprendre et conduire des Voyageurs qui
arriveroient en voitures suspendues , si ce
n'est après un intervalle du soir au lendemain
entre l'époque de l'arrivée , desdits
Voyageurs et celle de leur départ .
"
મૈં
III. Chaque Particulier qui aura l'intention
de louer des chevaux , ou d'entreprendre
le transport de Voyageurs ou Marchandises
, sera tenu , à peine , en cas de
contravention , d'une amende de 50 liv. ap
plicable aux établissemens de charité , de
faire préalablement sa déclaration au Greffe
de la Municipalité du lieu où il sera domicilié
, et de la renouveler dans les huit premiers
jours de chaque année , s'il est dans
Fintention de continuer ce Commerce. »
“ IV. Il sera établi une Ferme générale
( 35 )
des Messageries , Coches et Voitures d'éau ; -
aux conditions et charges suivantes :
11 1º. Les Fermiers auront seuls le droit
des departs à jour et heure fixes , et de l'annonce
desdits départs , ainsi que celui de
l'établissement de relais à des points fixes et
déterminés. "
" 2 °. Ilsjouiront , comme par le passé , dans
les Villes où cet usage avoit lieu , de la facilité
que leurs voitures et guimbardes ne
soient visitées qu'au lieu de leur Bureau ;
mais ils seront charges d'acquitter la dépense
des établissemens que cette facilité
nécessite. »
3 ° . Les voitures , chevaux , harnois servant
à l'exploitation du service public des
Messageries , ne pourront être saisis dans
aucun cas et sous quelque prétexte que ce
soit. "
4° Les Fermiers seront tenus de remplir
exactement les conditions de leurs départs
et relais , aux heures et points fixes déterminés
Ils seront également tenus de pourvoir
à ce que non seulement les principales
routes du Royaume , mais encore les communications
particulieres , suivant l'etat qui
sera joint au bail , soient exactement dèsservies.
"
"
5º . D'après les déclarations , évaluations
et prix de transport , convenu de gré
à gré , mais qui , dans aucun cas , ne pourront
excéder les taux fixés ou maintenus par
l'Arrêt du Conseil et les tarifs y joints de
l'année 1776 , les Fermiers demeureront ,
jusqu'à décharge , responsables de tous les
Paquets , Balles , Ballots , Marchandises et
espèces qui leur seront confiés ; mais ni
lesdits Fermiers , ni tous autres Entrepre-
Boi
( 36 )
neurs de voitures ne seront responsables de
papiers , autres que ceux relatifs à leur ser- .
vice personnel et particulier , et ceux des
procédures en sacs. "
"
V. D'après les instructions que fournira
le Pouvoir exécutif , il sera procédé incessamment
à un règlement particulier sur l'exploitation
de la Ferme des Messageries , et
sur-tout sur la diminution du tarifdes coches
et des voitures d'eau . »
VI. Le Pouvoir exécutif recevra , auX
conditions ci - dessus énoncées , les offres qui
pourroient lui être faites pour l'entreprise et
exploitation des Messageries , afin que sur le
compte qui lui sera rendu , l'Assemblée puisse
décréter ce qu'il appartiendra.
les
» VII. Le bail actuel des Messageries
passé sous le nom de Durdan ,
ainsi que
sous baux , ensemble le traité des Fermes
avec les Administrateurs des Postes pour le
transport des malles , ainsi que les sous - traités
pour le même service , demeureront résilies
, à compter du 1. Janvier prochain ,
et jusques-là lesdits baux , sous baux et traités
continueront d'avoir leur exécution en
tout ce à quoi il n'est pas expressément dérogé
par le présent Decret. »
Le Jugement du contentieux est réservé
au Pouvoir exécutif, pour le travail , la
marche , l'organisation des services des
Postes et Messageries , ainsi que pour les
demandes et plaintes y relatives.
Les contestations ci- devant renvoyées aux
Intendans des Provinces , et au Lieutenant
de Police de Paris , seront portées devant les
Juges ordinaires des lieux .
M. Tonchet a commencé le Rapport de
8
( 37 )
l'affaire d'Avignon , que nous analyserons
lorsque la lecture en sera achevée.
DU MARDI . SÉANCE DU SOIR .
Une Députation des Sourds et Muets ,
confiés ci - devant aux soins de M. l'Abbé
de l'Epée , et maintenant à ceux de M. l'Abbé
Sicard son Successeur , a été admise à la
Barre elle a remercié l'Assemblée de sa
protection , et imploré des secours pour l'entretien
de l'Etablissement . Cette Petition .
signée Jean Massieu , Secrétaire des Sourds
et Muets , a été renvoyée au Comité de Mendicité.
Aux Sourds et Muets ont succédé quelques
Auteurs Dramatiques de la Capitale ; M. de
la Harpe , à la tête de cette Députation , a
prononcé un Discours , dans le but de complimenter
le Corps législatif, et d'en obtenir
des règlemens qui soustraient les Auteurs à
la dépendance des Comédiens , en leur conservant
la propriété de leurs ouvrages . On
a décrété l'impression de l'Adresse , et son
renvoi au Comité de Constitution .
L'on a repris la discussion d'un Rapport
de M. Heurtuult de la Merville ; Rapport entamé
, ily a quatre mois , sur les desséche- ·
mens des marais . Le premier article fut décrété
à cette époque : le second et le troisième
l'ont été aujourd'hui .
K
II. Les Municipalités enverront , sous
trois mois , à l'Assemblée de leur District ,
un état raisonné des marais ou terres inondées
de leurs cantons et arrondissemens , et
l'Assemblée de District le fera passer dans
le mois avec ses observations à l'Assemblée
de Département ; cet état contiendra les
Ros des Propriétaires , la situation et
( 38 )
l'étendue de ces terrains , les causes de leur
submersion , le préjudice qu'ils portent au
pays , les avantages qu'il pourroit retirer
de leur culture , les moyens d'effectuer le
desséchement , et l'aperçu des dépenses qu'il
exigera. »
III. Les Assemblées de Département
communiqueront ces états et les mémoires
qui leur auront été adressés à toutes personnes
qui voudront en prendre connoissance ,
les Assemblees de Département feront vérifier
sur le lieu , de la manière qui leur conviendra
, la nature des Marais dont le desséchement
leur sera indiqué , et les observations
des mémoires qui les concerneront ;
le Procès - verbal en sera rendu public par
la voie de l'impression , envoyé à toutes les
Municipalités de District , et le rapport de
tous les mémoires , ainsi que du Procèsverbal
de vérification , sera fait à la plus
prochaine Assemblée du Departement .
Il s'agissoit dans le quatrième de fixer un
délai , après lequel le propriétaire qui ne voudroit
pas dessécher à ses frais , seroit tenu
de céder son Marais au premier Entrepreneur
: on proposoit aussi des primes en faveurs
des Dessicateurs .
M. de Folleville a représenté que , si l'on
adoptoit le Projet du Comité d'Agriculture ,
dans un moment où toutes les fortunes sont
ébranlées , les propriétaires se trouveroient
dans six mois , dépossédés de leurs Marais ,
M. de Lamerville , Rapporteur , a répondu au
Preopinant qu'on accorderoit des primes .
On a prononcé la question préalable sur
l'article du Comité : les débats , n'ont conduit
qu'à un nouvel ajournement , qui a terminé
la Séance.
( 39 )
DU MERCREDI 25 ÁoÚT.
A l'ouverture , M. le Président a communiqué
la réponse du Roi , au discours qu'il
lui avoit prononcé la veille , jour de la fête
de S. M.
M. Malouet a ensuite instruit l'Assemblée
que les ouvriers de l'Arsenal de Toulon
etoient rentrés dans le devoir , et qu'ils soilicitoient
vivement la punition des meurtiers
de M. de Castellet.
On a fait lecture de la lettre suivante ,
adressée à M. le Président par M. de Poix ,
Gouverneur du Château et Parc de Versailles
.
16
"
Paris , ce 24 Août 1790 .
MONSIEUR LE PRÉSIDENT ,
Je viens de voir la plainte portée par le
Directoire du Département de la Seine et
Oise , sur la conduite des Gardes du Parc
de Versailles , et des troupes qui les secondent
pour défendre les propriétés et plaisirs
du Roi , l'Assemblée Nationale ayant décrété .
qu'ils seroient respectés. "
"
Le Directoire ose dire que l'on tire à
balle contre le Peuple des Villages . Je demande
que la preuve en soit administrée ;
je soutiens qu'aucun Garde du Parc , ni Chasseur
, n'a tiré un seul coup de fusil , sur aucun
particulier , mais bien qu'ils en ont reçus
et ont arrêté ceux qui les ont tires . Il est vrai
qu'ils sont relâchés sur le champ , et recommencent
le lendemain. »
42
Si le Directoire du Département ne prouve
pas ce qu'il a avancé , il est impossible que
P'Assemblée Nationale ne fasse pas justice
( 40 ).
d'une telle calomnie. Étant chargé de la conservation
du Parc de Versailles , je puis assirer
qu'en aucun temps il ne s'est passé de
faits pareils , le Roi ayant toujours ordonné
d'employer les moyens les plus doux pour
conserver ses chasses. "
(1
}
Je vous supplie , M. le Président , de
faire part de ma lettre à l'Assemblée Nationale.
Nous nous doutions bien de cette Déclaration
, lorsque nous rendimes , la semaine
dernière , les hyperboles poétiques du Directoire
de Versailles.
"
Bientôt après , M. Thouret a fait recevoir
plusieurs articles réglementaires sur l'organisation
judiciaire de Paris . Quoique ce
Département ne renferme que trois Districts,
on y a établi six Tribunaux , composés comme
les autres de cinq Juges chacun. Plusieurs
Députés de Paris pensoient que sa population
resserrée , rendoit inutile cette subdivision
de la Justice , et qu'un Peuple aussi
nombreux devoit être contenu par un Tribunal
unique et plus imposant . M. Thouret
a reculé d'effroi en voyant ressusciter ainsi
dans la bouche de M. Martineau un fantôme
Parlementaire ; il a dirigé contre lui l'autorité
du Comité de Constitution, les Décrets
qui instituent l'appel circulaire , et la
facilité des Elections , etc. Enfin , soutenu
de M. Barnave , il a fait prévaloir ses six
Tribunaux , qui exigent trente Juges au lieu
de vingt , et qui seront moins redoutables.
M. Thouret a fait décréter ensuite quarantehuit
Juges de paix pour la seule Capitale.
Il est à remarquer qu'il existe déja pour Paris
quarante - huit Commissaires de Police , et
sept cent soixante- huit Commissaires- Ad(
41 )
joints , tous électifs . Aussi , d'après l'avis
de M. Camus , a-tt-- on sursis à la nomination
de ces Commissaires . Malgré l'opposition
de M. Fréteau , M. Thouret a fait encore deeréter
que , " Les Ecclésiastiques ne pour-
« ront être élus aux places de Juges , dont
les fonctions sont déclarées incompatibles
" avec leur Ministère.
"

Depuis quelques semaines l'Assemblée a
réuni à ses immenses fonctions , celle de la
Politique étrangère : aujourd'hui , elle a fait
en grand le premier essai de ses opérations
diplomatiques. Il s'agissoit de l'examen du
Pacte de Famille et des résolutions à prendre
sur ce Traité . Tandis qu'une classe de faux
Patriotes et même d'associés à la Législation ,
qui de leur vie n'avoient ouvert un Traité ,
ni étudié , hors des Gazettes , les intérêts
des Nations , invitoient la France au mépris
du Pacte de Famille , à la violation de ses
engagemens , des devoirs de la prudence , de
la morale , de la reconnoissance , et à l'oubli
des premières notions d'une saine politique ;
tous ceux qu'on n'entraîne pas par des declamations
de rhétorique , repoussoient
ces dangereux calculs . Rompre un Traité
solennel à l'instant du péril de son Allie
est une de ces lâchetés politiques que suivent
le deshonneur et le discrédit de la Nation
qui se la permet . La fidélité de l'Espagne à
Bous secourir dans la détresse , sa magnanimité
à partager nos pertes , à nous sacrifier
ses intérêts et même la prudence , comme
elle le fit dans la dernière guerre , nous
eussent mérité le reproche de perfidie : celui
d'ignorance et d'etourderie nous eut été
aussi legitimement acquis ; car , quelle politique
que de sacrifier des Alliés constans à
( 42 )
des Rivaux éternels , de compromettre des
liaisons nécessaires à notre commerce , à notre
sureté maritime , à nos Colonies , pour rendre
hommage à Mylord Stanhope et au Docteur
Price ; de tendre des bras qu'elle nous ferme ,
à une Confédération menaçante qui domine
maintenant l'Europe , et de lui abandonner
nos Alliances ; de provoquer , de favoriser
ouvertement le dessein prouvé qu'à l'Angleterre
d'amener l'Espagne à elle , et enfin ,
de réaliser nous- mêinescet anéantissement du
Pacte de Famille , qui nous eut valu en remerciement
des deux Chambres du Parlemeat
Britannique . MM. Dupont et de Ségur
l'aîné , avoient développé l'absurdité de cette
politique , et ramené l'opinion à des idées
plus saines . Le Comité diplomatique les a
entièrement adoptées ; M. de Mirabeau l'aîné
lui a servi d'organe dans cette Séance .
Le Rapport de cei Orateur pêche principalement
par cette verbosité dont il ne peut
se defendre , lorsqu'il n'est pas animé par la
passion , et qui contraste avec la méthode
claire , simple et precise qui convient aux
matières politiques . M. de Mirabeau a débuté
par une suite de lieux communs emphatiques
, et qui n'ont pas même le mérite d'être
des vérités triviales . Faisant passer l'avenir
avant le présent , il a prophétisé l'époque
où nous n'aurions plus à délibérer sur les
Alliances ni sur la guerre.... L'Europe
« aura - t - elle besoin de politique , lorsqu'il
n'y aura plus ni despotes , ni esclaves ? La
« France aura - t - elle besoin d'Alliés , lorsqu'elle
n'aura plus d'ennemis ? ... Le mo-
« ment arrive , où la Liberté réalisera le
« voeu de la Philosophie , et proclamera la
paix universelle . Tous les Gouvernemens et
"
"
་་
་་
( 43 )
tous les Hommes s'uniront : alors se con-
« sommera le Pacte de la Fédération dugenre
humain . » ((
Ces . tirades pour les Galeries , et à leur
portée , nous rappelient ce que raconte Plutarque
du Sophiste Gorgias. Ce Rhéteur Athénien
prononçoit aux Jeux Olympiques une
harangue admirable , où il exhortoit tous
les Peuples de la Grèce , sans exception ,
à conclure une paix générale et perpétuelle.
Un deses Auditeurs Pinterrompit & Comment,
« lui dit- il , parviendras - tu à concilier des
a
intérêts si opposés , tandis que , dans ta
propre maison , cù vous n'êtes que trois .
individus , toi , t femme et ton esclave ,
" vous vous livrez jour et nuit des comba's
" si opiniâtres , que l'autorité de tes voisins
" et de tes amis , n'a jamais pu suffire à les
terminer. ?
"
"
"
"
"
M. de Mirabeau , après avoir banni les passions
de dessus le globe , est cependant convenu
que ce grand événement étoit encore
dans la main du temps . Il seroit difficile en
lisant ce long Fragment , d'y reconnoître un
homme versé dans l'histoire , et dans l'étude
du coeur humain . S'il existe un fait prouvé
par l'expérience , c'est que l'état de liberté ,
est incompatible avec l'amour de la paix.
Toutes les Républiques , et spécialement les
plus démocratiques , ont été inquiètes et
belliqueuses. L'histoire de la Grèce est celle
d'une guerre perpétuelle : les Romains , les
Arabes , les Municipalites Gauloises , les ,
Provinces - Unies depuis leur libération , l'An-,
gleterre sous le long Farlement , et depuis
un siecle , les anciennes Républiques d'Italie ,
et les Sauvages vivant libres et égaux , nous
offient le même spectacle. De tous les Etats
W
( 44 )
1
politiques , le Républicain est celui qui tend
avec le plus de force , à embraser les passions
, parce qu'il leur offre une grande activité
intérieure , et des esperances de succes :
Or , ce sont les passions et non les lumieres
qui gouvernent le monde , et les Méchans ,
les Factieux , les Tyrans de toute espeće ,
les Chefs de Partis font servir les lumières
aux passions et au malheur de l'humanité ,
comme à d'autres époques , les fripons se
servent de l'ignorance. La Suisse seule fait
exception au principe genéral , parce que
son état physique et coral est lui - même
une exception au reste de l'Europe . Revenons
au Mémoire de M. de Mirabeau.
Il a été plus heureux dans le développement
des motifs qui nécessitoient la conservation
du Pacte de Famille , transformé
en Pacte National , et le maintien provisoire
de ses engagemens. Aucune idee neuve ,
d'ailleurs , dans cet exposé , dont l'Auteur
a répété ce que MM . Dupont et de Ségur
avoient dit avec plus de briéveté. Les conclusions
de ce dernier ont été littéralement
celles de M. de Mirabeau , à la réserve des
deux premières qui appartiennent à celui - ci
ou au Comité. Elles tendent à maintenir le
respect de tous les Traités , jusqu'au moment
où l'Assemblée aura revu ou modifié
ces divers Actes , et à déclarer à toutes les
Puissances que la Nation ne peut reconnoître
que les stipulations purement défensives et
commerciales.. Le temps nous apprendra si
cette clause a été dictée par la prudence .
Les autres articles proposés par M. de
Mirabeau , stipulent le maintien des engagemens
avec l'Espagne , la formation d'un
Traité National avec cette Puissance , et un
( 45 )
armement de o vaisseaux de ligne , dont
huit au moins dans la Méditérannée .
Ce projet de Décret assez généralement
applaudi , a trouvé deux Antagonistes : M.
Rebel a prétendu qu'il attaquoit l'initiative
du Roi . M. Roberspierre s'est élevé contre
cette précipitation à confirmer des Traités
non connus , non examinés , non consentis
par la Nation . En adoptant l'armement de
30 vaisseaux , M. l'Abbé Maury a blámé l'incertitude
où l'on lais eroit l'Espagne sur le
sort futur de nos Traités avec elle . En conséquence
, cet Orateur a demandé la division
du Projet ; mais l'Assemblée a prononcé
l'ajournement de la discussion .
Cette délibération définitive écartée , M.
de Broglie a fait lecture d'une déclaration
du Régiment du Roi , signée d'un Officier ,
d'un sous- Officier et d'un Soldat de chaque
Compagnie. Le Régiment sous les armes ,
a prêté serment d'obéissance à ses Chefs , de
fidélité à l'Assemblée Nationale et au Roi.
Il supplie ses Chefs d'oublier ses erreurs ; il
jure sur son honneur d'exécuter les ordres
de ses Chefs , et de se soumettre à la discipline
Militaire.
Ou a lu immediatement après , une lettre
de M. de la Tour- du Pin , qui annonce l'insurrection
du Régiment de la Reine Cavalerie
, dont 24 Cavaliers ont forcé M. de
Roucy , leur ancien Colonel , de signer en
leur faveur un billet de 30 mille livres . Cette
nouvelle a donné de l'humeur à M. Barnave ,
non pas contre les Soldats séditieux , mais
contre le Ministre qui n'envoyoit à l'Assemblée
que des récits fâcheux , sans faire mention
du patriotisme de plusieurs Régimens.
b
( 46 )
J a demandé cette communication qui a
été ordonnée.
DU JEUDI 26 AOUST.
M. Ricard de Toulon a rouvert ce matin
la discussion sur le projet du Comité Diplomatique
, dont nous venons de rendre
compte. Le discours déclamatoire de ce
Député à qui la Politique paroit absolument
étrangère , peut se reduire en quatre lignes .
M. Ricard parcourant tous les ports de l'Europe
, et tous les Etats , y a découvert
des armemens tels que 'Histoire n'en offre
pas d'exemples : cette phrase prouve
que l'Orateur n'est pas familiarisé avec
' Histoire. Il a pénétre de même que ces
Préparatifs sans exemple étoient dirigés
contre la France ; mais quand on a goûté de
la Liberté on ne peut redevenir Esclave ,
et nous prouverons , a ajouté M. Ricard , ce
qu'est une guerre commandée par 25 millions
d'hommes.
De cette sublimité de vues ', l'Orateur est
redescendu à la question , et a fini par repéter
les argumens de hier en faveur du
maintien de l'union avec l'Espagne . Avant
de donner ses conclusions , il a dénoncé le
Ministre de la Marine , comme étant détesté
des Colons , privé de la confiance des ports ,
et dangereux . « Je tremblerai toujours , a dit
« M. Ricard , tant que je ne verrai pas les
« amis de la Constitution , (c'est - à - dire , les
amis des opinions de M. Ricard , ) à la tête
de nos armées. Ce n'est qu'après avoir averti
le Roi qu'il n'etoit pas éclairé , ét les Ministres
de quitter leurs places , que le Député
de Toulon a fini par deníander l'armement
44 vaisseaux de ligne , au lieu de 30 .
de
( 47 )
les
2
2
De la Tribune , M. Ricard avoit distingué
mouvemens même la destination de
toutes les cadies étrangeres. A son exemples
, M. Péthion , Jurisconsulte a parcouru
circulairement les Cabinets , et en a
divulgué le secret ; malheureusement on ne
l'en a pas cru sur sa parole. La politique de
l'Orateur , qui assignoit à un terme tres prochain
l'explosion d'une guerre universelle ,
dans laquelle l'Espagne nous entraîneroit
a fait murmurer l'auditoire . Il a conclu
que , dans l'esprit d'une parfaite neutralité ,
il falloit renvoyer à autre temps de statuer
sur le Pacte de famille , armer 3o vaisseaux ,
et rendre le Roi médiateur entre l'Angleterre
et l'Espagne .
Desclats de rire étant partis à la lecture
de ce Projet , M. Bouthidoux , les a fait cesser
par un discours tres - long , semé , au milieu
de beaucoup de digressions , de quelques
observations interessantes . Il a vu dans l'Angleterre
, la seule Puissance que nous ayons à
craindre L'Allemagne esclave , a - t - il ajouté ,
vomiroit toute saforce armée, qu'elle n'ébranleroit
pas une de nos Provinces. La haine de
l'Angleterre , accoutumée à regarder ses
émules comme ses ennemis , s'accroitra avec
notre industrie : l'alliance de l'Espagne peut
seule proteger efficacement nos Colonies . M.
Bouthidoux a analysé ensuite , pendant deux
heures , les avantages politiques et commerciaux
de cetie aliance , et a conclu à ce que
l'on répondit ala demande de l'Espagne par
un armement de 45 vaisseaux de ligne.
2.
M. Charles de Lametha interjeté une opinion
qu'il a jugée appareminent être dans le
sens de la Révolution . Il a demandé au Comité
s'il avoit reçu une opinion motivée et
( 48 )
contre-signée des Ministres , afin qu'en adoptant
leur avis , l'Assemblée se déchargeât
de toute responsabilité , si les choses tournoient
mal . Par ce moyen , le Gouvernement
répondroit de ses fautes personnelles et de
celles de l'Assemblée. Des murmures et la
risée presque universelle ont accueilli cette
opinion.
M. Roberspierre a tenté de nouveaux efforts
contre la Motion de M. de Mirabeau:
il n'a pas même obtenu la parole. M. de Mirabeau
a proposé quelques changemens sur
la rédaction du Décret , contre lequel M.
l'Abbé Maury s'est élevé.
"
Ne s'engager qu'à l'exécution provisoire
du traité qui subsiste entre vous et l'Espagne
, a-t-il dit , et prier le Roi d'en négo
cier un nouveau , est un projet qui me paroît
impliquer contradiction , et propre à donner
à l'Espagne les plus grandes inquiétudes.
Elle s'engageroit dans une guerre , sur la
foi des secours que vous semblez lui promettre
, et vous vous réserveriez la faculté
de l'abandonner au milieu de la guerre !
L'Angleterre dont le but est sans doute de
faire un traité de commerce avec l'Espagne ,
lui dira , votre Décret à la main . Vous
" n'avez avec la France que des traités in-
"
"
certains , nous vous en offrons de durables
; et elle vous enlèvera votre alliée .
Cette discussion que M. Barnave a encore
allongée par une replique à M. l'Abbé
Maury , dans laquelle il a conclu à prier
le Roi d'offrir sa med ation entre l'Espagne
PAng eiere , a enfin abouti au Decret
Suivant .
L'Assemblée Nationale delibérant sur la
proposition
49
proposition formele du Roi , contenue dans
la Lettre de son Ministre , du r ". Août. "
« Décrete que le Roi sera prié de faire
connoître à S. M. Catholique que la Nation
Françoise , prenant toutes les mesures
propres à maintenir la paix , observera les
engagemens précédemment contractés avee
l'Espagne. "

Décrete en outre que le Roi sera prié
de faire immédiatement négocier avec les
Ministres de S. M. Catholique , à l'effet de
resserrer et perpétuer , par un Traité , des
liens utiles aux deux Nations , et de fixer
avec précision et clarté toute stipulation
qui ne seroit pas entièrement conforme aux
vaes de la paix générale et aux principes
de justice , qui seront à jamais la politique
dès François.
"
Au sarplus , l'Assemblée Nationale prenant
en considération les armemens des differentes
Nations de l'Europe , leur accroissement
progressif, la sureté des Colonies Françoises
et du Commerce National ;
"
."
Décrète que le Roi sera prié de donner
des ordres pour que les escadres Françoises
en commission puissent être portées à quarante
- cinq vaisseaux de ligne , avec
nombre proportionné de frégates et autres
bâtimens .
Ce Décret est unanimement adopté.
น อ
A la fin de la séance on a lu une lettre de
M. de Mirabeau le jeune , datée d'Aix- la-
Chapelle , et où en adressant sa démission
à M. le Président , il renouvelle toutes les
protestations faites et à faire contre les Décrets
destructifs de la Monarchie , des Lois
Constitutives , et des propriétés.
Cette lecture a été suivie de celle d'une
Nº. 35. 4 Septembre 1790. с
( 50 )
nouvelle Lettre du Ministre de la Marine ,
qui apprend à l'Assemblée le retour de l'ordre
du Régiment de Forez et de la Garnison
de Nancy. Celle de Metz donne les mêmes
espérances. M. Prieur a demandé que l'Assemblée
remerciât ces Régimens d'être revenus
à leur devoir. C'est la première fois
sans doute qu'une pareille démarche a été
proposée à un Corps Législatif; aussi n'a - t- on
pas même daigné en délibérer.
DU JEUDI. SÉANCE DU SOIR.
Un Rapport sur le droit de Grurie , renvoyé
au Comité Féodal , a précédé celui qu'a
fait M. de Liancourt du refus dans lequel ,
persistent plusieurs Communautés du Dé- ,
partement de l'Oise , de payer les dîmes et
champarts. Le Rapporteur à vivement célébré
le zèle des Gardes Nationales de Beauvais,
et celui du Directoire. L'Assemblée a adopté
ces éloges par un Décret , sans rien pronon
cer contre les Rebelles au paiement des
dimes.
Un troisième Rapport plus important a
occupé le reste de la Séance . Il s'agissoit de
l'affaire de Tulles , c'est-à-dire , du jugement.
des brigands, qui , l'hiver dernier , exercerent
toute la puissance du crime et de l'anarchie
dans le Département de la Corrèze. Nombre
de ces scélérats furent arrêtés , et parmi eux
des Chefs de parti . Ils nommerent leurs mo
teurs ; on tenoit un fil de la chaîne d'atrocités
qui ont parcouru le Royaume . Aussi-.
tót une Pétition fut présentée à l'Assemblée
pour obtenir surséance au Jugement des
Coupables. L'Assemblée suspendit toutes
les procédures Prévôtales. Alarmées de- ce
( 51 )
Décret , Tulles , Uzerches , et les Communautés
voisines envoyèrent des Députés pour
soliiciter enfin main levée du sursis . Depuis
cinq mois , ces Députés attendo . nt vainement
un Rapport et une Delibération ;
l'on va voir qu'ils ont complètement perdu ,
et leur temps et leurs dépenses.
M. Boullé, Rapporteur, s'est occupé à peut
près exclusivement , de la demande de
main levée du sursis. Il a écarté lá dénonciation
faite par Tulles , Uzerches , et les
antres Villes voisines , de la conduite séditieuse
de ancien Comité permanent de
Brive , accusé de toutes les Insurrections du
Département.
Un Député du pays , M. Ludière , a combattu
, par un long discours , appuyé sur les
faits de notoriété publique , et par les détails
les plus positifs , les assertions du Comité des
Rapports. Il a représenté l'inconvenance ,
l'injustice et le danger de combler d'éloges
le Comité et la Garde Nationale de Brive .
en gardant le silence sur les pétitions et les
dénonciations de toutes les autres Villes du
Département. Il s'est opposé , avec la même
force , au renvoi de ces procédures à la Municipalité
de Bordeaux , renvoi dont M.
Boulié n'a pu donner d'autre motif, que le
patriotisme de cette Municipalité , qui exercera
encore pendant quinze jours les fonctions
judiciaires.
MM. Charles de Lameth , Barnave , Noailles
ont fait de cette affaire une querelle de parti ;
ilsont rejeté l'origine de tous les brigandages ,
des meurtres , des insurrections du Limousin
sur les crdevant Privilégiés , sur la Noblesse
et le Clergé qui en ont été les victimes . Ils
en ont conclu qu'il falloit hautement pro-
Cij
( 52 )
clamer le patriotisme de l'ancien Comité
de Brive , se défaire des Présidiaux Aristocrates
de la Province , et renvoyer l'affaire
à un Tribunal du nouveau régime qui
jugeât dans le sens de la Révolution. Leurs.
conclusions , combattues avec énergie et sentiment
par M. de Clermont- Tonnerre , n'en .
ont pas moins passé en résolutions de l'Assemblée.
La Pétition de Tulles et d'Uzerches
a été rejetée . On renvoie au Conseil du
Roi la dénonciation du Procureur du Roi de
Tulles contre les Officiers de son Siège, et àla
Municipalité de Bordeaux , l'instruction des
procès commencés par le Tribunal Prévô
tal de Tulles , jusqu'au jugement définitif.
Les Prisonniers seront transférés à Bordeaux ,
ainsi que les Minutes de la procédure. Le
Décret est terminé PAR L'APPROBATION
DU PATRIOTISME DU COMITÉ ET DE LA
MILICE DE BRIVE , et, par une invitation
à toutes les Municipalités et Gardes Nationales
de la Corrèze , de fraterniser ensemble.
DU VENDREDI 27ДOUST.
P
MM. Bouche et Goupil se sont opposés
à ce qu'on sait le Procès -verbal d'une mention
de la Lettre de M. de Mirabeau le jeune .
Ces deux Opinans se sont disputés la gloire
de charger cette Lettre d'invectives , et en
ont obtenu la radiation du Procès - verbal ...
M. Goudard a fait , de la part du Comité
d'Agriculture et de Commerce , un rapport
très - étendu sur le reculement des barrieres ;
la discussion en a été renvoyée à un autre
moment.
On alloit passer à l'affaire d'Avignon ;
lorsqu'on est convenu de la renvoyer ne
( 53 )
Séance extraordinaire du Soir , pour entendre
ce matin un Rapport sur les Finances. C'est
M. de Montesquiou qui étoit chargé de cette
lecture , relative à la liquidation de la dette
publique.
Le Rapporteur a distingué la dette constituée
de la dette exigible . La première comprend
les rentes viagères et perpétuelles ,
dont les intérêts s'élèvent à….. 167,700,000 l .
La dette exigible se compose des rentes
constituées sur le Clergé , des Offices de Magistrature
, des Charges et Cautionnémens
de Finances , des Charges de la Maison
du Roi , de la Reine et des Princes , des
Charges et Emplois Militaires , des Dimes
infeodées , de l'arriéré des Departemens , etc.
formant un Capital de ……..1,339,741,813 1 .
Lesemprunts de 1789 , de
Hollande et de Gênes , formant
un Capital de ....
Total.
562,600,821 J
1,902,342,634 L.
L'intérêt de la dette constituée et de la
dette exig ble s'élève à ...... 157,483,158 1 .
Pour eteindre la dette exigible , le Rapporteur
à présenté deux plans , en s'attachant
specialement à celui- ci :
" Les Domaines Nationaux SONT ESTIMÉS
DE DEUX A TROIS MILLIARDS . ( Il paroîtra
bien étrange qu'un Comité des Finances soit
incertain de l'existence de LA VALEUR D'UN
MILLIARD , et que sur l'hypothèse de cette
existence , on affecte des remboursemens . ) »
En echangeant la dette exigible contre ces
Domaines , on se délivrera ainsi d'une
charge en capital de deux milliards , et les
Peuples n'auront plus à supporter que 474,
millions d'impositions.
Cuj
( 54 )
M. de Montesquiou n'a porté aucun avis
définitif sur ce plan , et s'est borné à présenter
ces deux questions :
*
1º . Les effets donnés en remboursement
" seront- ils des quittances de Finance ou des
Assignats monnoie ? où l'un et l'autre ,
au choix des Créanciers remboursés ? 2ª . Ces
" effets porteront- ils intérêt , et quel serat-
il ? " 18
Ce Rapport fini , M. Dupont a annoncé
une Lettre de M. Necker , sur le même sujet.
Aussitôt , M. de Mirabeau , déja placé à la
Tribune , a éclaté : « Je ne suis pas accoutumé
, s'est - il écrié , à voir écarter de la
Tribune un Membre de l'Assemblée Nationale
, par une Lettre ministérielle . » On l'a
applaudi , et il a tiré de sa poche un Mémoire
très étendu , dans lequel il invoque
une émission DE DEUX MILLIARDS D'ASSIGNATS.
Ce Livre n'est autre chose qu'une
répétition d'un Ouvrage récent de M. Clacière
, au poison duquel M. de Mirabeau a
prêté aujourd'hui la séduction des ressources
oratoires. Il est impossible de précher avee
plus de véhémence , et moins de reflexion ,
le projet le plus injuste , le plus immoral ,
le plus impolitique , le plus affreux dans ses
effers , s'il n'étoit pas impraticable .
Nons développerons la semaine prochaine
la terrible argumentation de M. de Mirabeau,
qui a opiné :
1º . A rembourser la totalité de la dette
exigible en Assignats - Monnoie , sans intérêt.
2º . A mettre en vente sur le champ la
totalité des Domaines Nationaux , et à ouvrir
des enchères dans tous les Districts.
3°. A recevoir exclusivement les Assignats
en paiement des acquisitions .
( 55 )
4. A brûler les Assignats à mesure de
leur rentrée.
5. A charger le Comité des Finances d'un
Projet de Décret , et d'une instruction ad
hoc.
Les applandissemens qu'a çus ce Mémoire
n'ont pu empêcher la lecture de celui de
M. Necker , qui a sensiblement refroidi cet
enthousiasme frivole qu'exalte la parole . Le
Ministre des Finances considere le Projet
effrayant de M. de Mirabeau et du Comité ,
comme decant porter un coup mortel à la
circulation du numéraire , aux Manufactures ,
aux paiemens de toute espèce , à l'équilibre
dans le prix des denrées , au service du
Trésor public , à toute morale et à toute
équité. Nous aurons soin de transcrire ce
Mémoire , à côté de celui de M. de Mirabeau.
Vers la fin de la Séance , M. le Président
a donné connoissance de la Lettre suivante
, de S. M.:
"
Messieurs , vous savez que ce n'est que
sur vos instances réitérees que je me suis
expliqué sur la fixation de ma Liste civile,
et en dernier lieu sur les Châteaux et Domaines
qu'il me convenoit de conserver. Je
suis instruit qu'on interprète mal les désignations
de ces objets portées dans l'etat que
je vous ai fait remettre par M. de Saint- Priest;
je crois n'avoir pas besoin de vous rappeler
le peu d'importance que je mets à ce qui
touche mes intérêts ou mes jouissances personnelles
, et combien je les subordonne à
l'intérêt public. "
" Je
renonce volontiers à une grande partie
des objets indiqués , quoiqu'il y en eu plusieurs
auxquels je ne m'étois déterminé que
Civ
(+56 )
par des motifs d'utilité générale ou pour
conservei à la ville de Paris des dehors agréables.
Je me restreins donc aux articles suiyans
:
Le Louvre et les Tuileries , avec les maisous
qui en dépendent , et que ma demeure plus
habituelle à Paris a rendus nécessaires à mon
service.
Versailles , Fontainebleau , Compiegne ,
Saint-Cloul, Saint - Germain , Rambouillet ,
arec les Domaines et bois qui en dépendent.
Vous trouverez bien naturel aussi , que
j'aye à coeur de retenir dans mes mains de
Château de Pau , qui ne produit aucun revenu
. Il m'est impossible de ne pas partager
le voeu des habitans du Béarn , pour que le
lieu où Henri IV est né , reste toujours dans
les mains de ses enfans.
"
>>
1 Je renonce encore à toutes dispositions
des biens Ecclésiastiques enclavés dans mes
Domaines , et dont l'emploi m'avoit paru
convenable pour la fondation pieuse que je
projette.
Quant à mes chasses , sur lesquelles vous
avez désiré que je vous fisse connoître mes
déterminations , je tiens sur tout à ne jouir
d'aucuns plaisirs qui puissent être onéreux
à quelques uns de mes sujets : je men repose
avec confiance sur les dispositivas que vous
croirez devoir adopter , et je vous prie de ne
jamais perdre de vue , que mes plus grands
intérêts sont ceux de la Nation et le soulagement
des peuples ; ce , sont ceux - là qui
ine touchent le plus essentiellement , et qui
me sont vraiment personnels. "
Un incident scandaleux a précédé la
Jesee de la Séance , M. Tronchet, dont l'in(
57 )
"
tégrité parfaite n'a jamais même été soupçonnée
, a denoncé une de ces intrigues basses
et grossieres dont les exemples ne sont que
trop fréquens : On vient , Messieurs , a-t-il
dit , de commettre à mon égard une infamie
dont je dois vous rendre compte . On fait circuler
dans l'Assemblée des Cartes où sont
ecrits ces mots : Les Membres Patriotes sont
prévenus,que le Rapport surl'affaire d'Avignon
est l'ouvrage de MM. Tronchet , de Virieu et
Rédon , et que MM. Barnave , Charles de
Lameth , Bouche et Péthion , n'y ont eu aucune
part. Je dis que ce billet circulaire est une
infamie , et qu'il renferme une insigne fausseté.
En effet , M. Tronchet a prouvé , sans
contradictions , cette impostare. -
B
M. de Lameth , en se disculpant d'avoir
eu aucune part à ce Billet , a dit que son
absence du Comité avoit été occasionnée par
la maladie de son père . M. Barnave a assuré
qu'il avoit assisté au Comité d'Avignon toutes
les fois que l'intervalle des Séances du Comice
Diplomatique le lui avoit permis . M.
Tronchet refusoit absolument de continuer
le Rapport ; l'Assemblée l'en a prié presque
unanimement et a vengé ce respectable
Sexagénaire de l'outrage insolent et vil
de quelques Hommes dont la sagesse du
Rapport contrarioit apparemment les inréts.
"
DU VENDRedi. SéanCE DU SOIR.
Le Rapport de M. Tronchet et sa discussion
ont occupé toute la soirée . Dans la première
partie de son travail , le Rapporteur
a exposé les faits qui ont précédé la démarche
des Usurpateurs d'Avignon ; et ces faits
même ont servi de bases à son Jugement sur
Co
( 58 )
le caractère de cette démarche , aussi odieuse
par ses causes , qu'illégale dans son prineipe.
L'historique qu'a présenté M. Tronch 1 ,
se rapporte à celui que nous avons donné
dans le temps ,pet il a conduit le Rapporteur
aux mêmes conséquences , aux mêmes
réflexions.
On a avancé , a- t - il dit , que
tous les Pouvoirs émanent de la Nation , lo
Peuple Avignonois a usé de sa prérogative ,
en se déclarant libre , souverain , indépendant
; il a voulu ensuite se réunir à la France,
et cette volonté a été générale ; donc il a
droit d'attendre que la France l'acceptera . "
44
Nous avons sur cet argument des doutes
bien importans à vous soumettre . Les Députés
d'Avignon se sont dit dépositaires
de la volonté générale . Mais , d'abord cefte
volonté générale comment est - elle manifestée
? On en donne pour preuve les délibérations
unanimes des Districts . Mais
ces délibérations sont vicieuses , quant à la
forme ; car , sans faire mention de l'unanimité
des suffrages , elles ne parlent pas non
plus du nombre des votans. On atteste qu'elle
est prouvée par la délibération de la Commune
; et dans quelle circonstance cette
délibération a - t - e le été prise ? Les Gardes
Nationales étoient armées les unes contre les
auties et des potences dressées en tous
lieux ; c'est au milieu du tumulte , lorsque
le sang couloit eauore , au milieu des gibets
et des victimes , que les Districts s'assem
blent , qu'ils élisent des Députés , et qu'ils
vous les envoient. Sans doute il n'est pas
de la dignité , il n'est pas de la loyauté Françoise
, d'accepter le voen d'une délibération
qui fut environnée de pareils actes. "
( 59 )
"
Supposons que cette volonté générale
du Peuple soit constatée d'une maniere suffisante
; les Avignonois ont - ils le droit de se
séparer des autres Etats dont il font partie?
ont -ils le droit d'abandonner leur Monarque?
pouvez -vous les recevoir? Il nous a
paru impossible d'admettre qu'une portion
d'un Corps politique pút se séparer du tout.
La partie qui a joui des avantages de la Société
dont elle étoit Membre , ne peut pas
seule rompre les engagemens communs qu'elle
avoit contractés avec elle .
Vous avez décrété que vous renonciez
à toute espèce de conquêtes. Vous avez promis
de respecter les possessions étrangeres ,
comme aussi de faire respecter les vôtres.
Ne seroit - ce pas manquer ouvertement à ce
dessein qui repose sur les bases constitutionnelles
, que d'accepter l'offre des Avignonois
? Dira- t- on que par votre Décret , vous
n'avez entendu renoncer qu'à entreprendre
la guerre pour faire des conquêtes , et qu'il ne
s'agit point ici d'exercer la force des armes .
Combien il seroit dangereux , Messieurs , le
systême qui vous permettroit de recevoir
ain i des voeux particuliers ! Combien il seroit
captieux et impolitique , le systéme qui
distingueroit ainsi les conquétes de la raison ,
de cel es qui se font à main armée ! Le seul
veu des Aviguonois fút- il légalement manifesté
, ne suffiroit pas pour determiner votre
consentement . Ils se plaignent d'oppression !
Mais d'abord vos propres principes , comm
je l'ai deja rappelé , vous interdisant tou
connoissance de semblables déméļes ; avezyous
ensuite des renseignemens suffisans pour
décider un si grand procès entre le Peuple
Avignonois et son Gouvernement?
C vj
( 60 )
M. Tronchet a aussi clairement démontré
Pincertitude , la foiblesse , l'insuffisance des
droits positifs que d'anciens titres pouvoient
donner à la France sur Avignon et le Comté
Venaissin . En conséquence , des principes
qu'il venoit de poser , il a conclu au Projet
de Décret suivant .
"
- 1 °. Qu'en exécution du Décret du 17Juin ,
son Président se retirera pardevers le Roi
à l'effet de lui communiquer les nouvelles
pieces et instructions relatives à la Petition
des Avignonois , ainsi que les pieces et ins
tructions relatives à l'état actuel du Comtat
Vénaissin , pour être , par Sa Majesté , proposé
, et par l'Assemblee Nationale , déerété
ce qu'il appartiendra ; et que cepen
dant le Roi sera supplie de faire placer dani
les environs d'Avignon et du Comtat , les
troupes de ligne qu'il croira convenab.es
eu égard aux circonstances . "
2°. Que la Municipalité d'Orange ne
peut faire usage des Pouvoirs contenus dans
les delibérations qui ont été prises par les
Districts d'Avignon , le 12 Juin , relative ›
ment au jugement des individus qui ont été
déposés dans ses prisons.
"
"
3°. Que lesdits individus , détenus lepuis
le 12 Juin dans les prisons d'Orange
seront provisoiremens élargis , à la charge de
tenir la ville d'Orange pour prison , où ils
Festeront sous la sauve - garde de la Nation
Françoise.
"
4°. L'Assemblée Nationale charge son
Président de faire remettre incessamment
une expédition du présent Décret , tant
aux Officiers Municipaux d'Orange , qu'aux
Députés de la ville d'Avignon . Elle charge,
en outre son Président d'écrite au Peuple
( 61 )
Avignonois , pour lui témoigner la profonde
douleur dont l'Assemblée Nationale a été
affectée à la vue des malheurs qui ont accompagné
les événemens arrivés à Avignon,
et l'inviter à employer les moyens les plus
efficaces pour effacer jusqu'au souvenir de
ces malheurs , et pour rétablir entre tous les
Citoyens la concorde , que leur intérêt naturel
leur prescrit. "
"
M. Malouet s'est chargé de défendre l'opinion
sage du Comité et l'a fait de manière
à convaincre tous ceux qui n'ont pas
été élevés à l'école des brigands , et dont
la licence actuelle n'a perverti , ` ni le coeur
ni la raison .
Je remarque d'abord , a - t - il dit , qu'on
des caractères les plus déplorables des troubles
civils , c'est d'appeler indifferemment
crime ou vertu , tout ce qui blesse ou favorise
les intérêts du plus fort; c'est de transporter
alternativement dans l'un et l'autre parti
les enseignes de la Loi , le glaive de la Justice .
C'est ainsi que dans la de cadence de l'Empire
Grec , on voyoit les ornemens impériaux
passer d'un usurpateur à un autre. »
"
Que résulte- t - il , en effet , Messieurs , du
rapport que vous venez d'entendre ? Quelle
que soit la prudence et le circonspection
Avec laquelle s'est expliqué M. le Rappor
teur , il n'a pu vous dérober l'affligeant
spectacle des crimes et des malheurs qui
ont ensanglanté la ville d'Avignon. Pour
vous en faire connoître les auteurs , il suffit
sans doute de vous montrer les victimes . »
"
Il demeure constaté par les faits énoncés ,
què deux partis se sont formés dans Avignon
, que l'un vouloit rester fidele au Pape ,
Hautre se déclarer indépendant , et se sou(
62 )
"
mettre ensuite à la domination Françoise .
Etes -vous appelés à prononcer entre ces
deux partis ; et à quel titre pourrez - vous
prononcer ?
H
"
Avignon , comme toutes les Villes du
Comtat , avoit renouvelé ses protestations
d'attachement et de fidélité au Pape. Tel
étoit , avant le 10 Juin , l'état légal et la
volonté générale du peuple Avignonois ,
librement manifestée , J'en ai dans les mains
les preuves authentiques , qui vous ont
été communiquées , ainsi qu'à votre Comité.
« A cette époque du 10 Juin , un mouvement
populaire annonce une sédition , et
dans l'instant on voit,paroître des oppresseurs
et des opprimés. "
"
Des Citoyens versent le sang de leurs
Concitoyens ; une partie des Habitans déserte
ses foyers ; d'autres sont massacrés ;
vingt-trois sont retenus Prisonniers sur nos
terres ; q'est dans cet état que le parti qui
est resté le plus fort vous propose de traiter
en coupable le plus foible , et cherche à vous
interesser en désignant ses Ennemis comme
Ennemis de votre Constitution . "
Qu'y a - t-il done de commun entre les
Lois que vous avez faites pour le Peuple François
, et celles qu'une Ville étrangère veut
on ne veut pas s'imposer ? Et quel seroit le
sort de la France si elle étoit réduite à
compter pour appai de la Constitution , les
Offeiers Municipaux d'Avignen . ".
?
J'éloigne de la question présente la proposition
qui vous avoit été faite de vous emparer
d'Avignon ; car si les malheurs de cette
Ville avoient pour premiere cause DES DISPOSITIONS
FAITES A VOTRE INSU , POUR
( 63 )
PRÉPARER LE SUCCÈS DE CETTE ENTREPRISE
, je ne ferois qu'exciter votre sensibilité
et vos regrets ; et c'est à votre justice
impartiale que s'adressent mes observations
.
"1
>>
" Je reviens donc , Messieurs , aux faits qui
vous sont présentés par votre Rapporteur. "
C'est parce que les uns ont craint , et
les autres desiré un changement de domination
, qu'il y a eu une prise d'armes et des
voies de faits , suivies d'une capitulation , sur
la foi de laquelle le parti actuellement opprimé
s'est retiré tranquillement ', et a vu
le lendemain plusieurs des siens massacrés
ou pendus , et d'autres proscrits , emprisonnés
ou mis en fuite.
་་
"
2
C'est après cette violation détestable de
la foi publique , que les oppresseurs osent
yous dire qu'ils sont le Peuple Souverain
le Peuple indépendant , qui juge , qui poursuit
des coupables . Eh ! que leur manque- t- il
à eux mêmes pour être traités comme tels ,
si ce n'est d'avoir affaire à un parti peu nombreux
, mieux armé que le leur ? »
Ici , Messieurs , je m'arrêic à cette expression
de la souveraineté du Peuple , dont on
abuse contre lui - même , en l'égarant tout
à la fois sur ses droits et ses devoirs : la souveraineté
ne réside que dans l'universalité
des Membres d'une Société politique , soit
que cette Societé compose une seule Cité ,
ou une grande Nation : ainsi , le Peuple de
Genève est souverain , et le Peuple de Paris
est sujet ; ainsi , ceux qui dans un grand
Empire parlent au Peuple d'une ville ou
d'un bourg , de sa Souveraineté , de sa puissance
, commettent un crime , et lui en font
commettre d'horribles ; car ce n'est que
( 64 )
dans les Assemblées Nationales que les
Membres d'une Sociéte politique peuvent
exercer , par représentation , les diots de
Souveraineté par- tout ailleurs , si le Peuple
veut faire la loi , s'il veut juger et punir ,
s'il est rebelle à la voix de ses Magistrats ,
il exerce la tyrannie , et se prépare la serv.
tude. "
Qel est donc l'acte légal , libre , unanime'
des Citoyens d'Avignon , qui , avant le 10
Juin , les a declarés so verains et independans
de l'autorité du Pape ? Et si un tel
acte existoit , examinons un instant quelies
en seroient les conséquences.
"
31
L'universalité des co - sujets d'une Monarchie
, peut sans difficulté changer le Gouvernement
, et s'eriger en République ; mais
chaque portion de l'état peut- elle à volonté
s'en détacher? Cette subdivision d unegran
de societe en petites sociétés independantes ,
rentre parfaitement dans les principes du
droit naturel : ia théorie en est incontestable
, mais la pratique convertiroit l'Europe
en un théâtre de sang et de carnage , et
nous conduisoit , non seulement à la souve
rainete de chaque province , ville , bourg ou
village qui voudroit se detacher du corps social
, mais même à la souverainete de chaque
individu qui se croiroit quelques instans indépendant
de ses voisins. "
Que sera- ce maintenant , si vous considérez
ce qui s'est passé à Avignon , si , aulieu
d'une déclaration d'indépendance , unanimement
proclamee par les citoyens libres
et paisibles , vous voyez un parti furieux qui
yeut en exterminer un autre , et les Officiers
Municipaux obeissant eux - mêmes à la voix
(( 65 )
qui fait élever des gibets , et qui ordonne
des supplices ? »
"
1
f
Mais sans insister plus long - temps
sur cette iniquité , je m'arrête , au
seul point de la question. Comment devez-
Vous traiter les prisonniers d'Orange ? · Ici ,
messieurs , j'ose vous demander comment
vous traiteriez les Brabançons qui , restés
fideles à l'Empereur , auroient été arrêtés
dans une sédition , et se trouveroient ensuite
sur vos terres ? Quelle difference , cependant ,
entre cet exemple supposé et celui dont il
est question ! Dans le premier cas , un Peuple
entier s'est volontairement et fraternellement
réuni pour changer la forme de son
Gouvernement . A Avignon , au contraire ,
cette volonté générale n'est ni paisiblement
ni légalement constatée. Tous les signes
d'une faction se manifestent , et le premier
du parti le plus fort , quand l'autre est désarmé,
est de faire pendre sans forme de
proces ses adversaires. Ah ! messieurs , c'est
prostituer les mots de souver. • reté , de liberté
, que de les appliquer à une foule erraste
dans les places publiques , et ordonnant
dans sa fureur de trainer au gibet les
innocentes victimes de son ressentiment.
" On vous dit que le Maire d'Orange a
reçu les prisonniers en dépót , mais on vous
dit aussi , et vous n'ignorez pas que le généreux
Maire s'en est emparé pour les arracher
à la mort. ""
"(
Et de qui les a- t - il reçus ? Quelle est l'autorite
légitime qui les lui a déposés ? Pouvez-
vous considérer les prisonniers d'Orange
comme accusés , comme prévenus d'un délit ,
sans reconnoître que la journée du 10 Juin
et les exécutions qui l'ont ensanglantce sont
( 66 )
aussi la punition d'un délit ? D'avoir voulu
résister à une invasion , d'avoir voulu rester
fideles au Pape... "
"
Vous voyez , Messieurs , à quelles conséquences
on a voulu vous entraîner , en vous
faisant differer de prononcer l'élargissement
des prisonniers ; ils devoient être libres au
moment où ils ont échappé à leurs persécuteurs.
S'ils pouvoient se réunir aux fugitifs
et à ceux qui , étant restés à Avignon , gémissent
en secret sur la nouvelle domination
de la municipalité , ils composeroient aussi
le Peuple Souverain , car ils en feroient la
partie la plus nombreuse ; ils auroient le
même droit dériger un Tribunal National
contre celui auquel on veut les citer.
"
>>
" Ainsi , dans les discordes civiles , la violence
prend inutilement le masque de la
justice ; une autre force suffit pour la lui arracher.
Lais lorsqu'une grande Puissance
intervient au milieu de ces cruelles agitations
, ce ne peut être que pour les calmer ,
pour désarer les tyrans , pour rendre la
paix , la vie , la liberté aux opprimés , et
non pour légitimer les abus de la force, 11
doit vous être pénible , messieurs , de les
avoir tolérés aussi long- temps , d'avoir laissé
languir pendant deux mois , dans les prisons
d'Orange , vingt - trois infortunés , malgré les
instantes prières des Officiers Municipaux.
Que leurs Concitoyens d'Avignon qui les
poursuivent , rougissent de leurs excès ; qu'ils
pleurent sur les victimes qu'ils ont inimolées
; qu'ils apaisent leurs mânes , et s'ils
persistent à vouloir s'unir à nous , qu'ils se
purifient du sang répandu avant de nous en
faire la demande . "
Je conclus à l'élargissement absolu des
( 67 )
prisonniers d'Orange ; à ce que le trésor public
paie les frais de leur détention : et j'adopte
pour le surplus le Décret du Comité. »
Les Amateurs de contrastes ont dû être
satisfaits en entendant la harangue de M.
Bouche , à la suite du discours eloquent et
noble qu'on vient de lire.
Ce défenseur impitoyable d'une des causes
les plus criminelles , dont on ait osé faire
juge une Société de gens de bien , a d'abord
récapitulé ses vieilles histoires sur Jeanne
de Nuples et sa donation : il s'est trompé sur
ces faits historiques , comme il s'est trompé
sur les inductions qu'il en a tirées . Il n'a
pas manqué ensuite , de revenir à ce bel argument
de la Souveraineté du Peuple , sans
daigner même faire attention à la force lumineuse
avec laquelle , le Préopinant venoit
de le détruire .
-
Mais la partie heureuse du discours de
M. Bouche , a été celle où il a appuyé sur
les motifs de convenance qui exigeoient qu'on
s'emparât d'Avignon . « Cette Principauté ,
a-t- il dit , ne cessera d'échauffer le germe
d'une Contre- Révolution . Et puis ses Moines
nous inquiètent . Il faut nous délivrer de
ces extravagances. D'ailleurs , les Etats
du Pape regorgent de bandits , de contrebandiers
, de receleurs , d'Aristocrates . C'est de
là que nous vint Zamet , fils d'un cordonnier
et devenu en France Seigneur de 800,000
écus. Le Comtat est un repaire de Bref; et
de Bulles. Après avoir parlé une heure avec
cette vigueur d'esprit et cette puissance de
raisonnement , 1. Bouche a tiré des conclusions
dignes de l'exorde.
Pour mieux faire ressortir le genre de
cette harangue , M. de Clermont- Tonnerre a
( 68 )
"
" pris la parole
éloquence plaine de raison et de dignité. Il
a mis en parallèle l'indigne conduite d'Avignon
, et le mémorable exemple du Comtat,
ashant allier les intérêts de sa liberté , avee
Je espect les droits du Souverain . « En écontant
M. Bouche , a- t- il ajouté , je me suis
crû dans le Conseil de Louis XIV . West
chagrin et embarrassé de voir un Etat du
Pape placé au milieu de la France . Eh
bien il y sera comme la chaumière du
pauvre , dans le domaine d'un grand Roi:
Elle y sert de monument à la justice qui
la protège.
et s'en est sérvi avec une
01
"
"
"
"1 "
Personne ne s'est levé pour répliquer ni à
M. de Clermont-Tonnerre, ni à MM. Malouet
et Tronch 1. Dans cette impuissance , M.
Charles de Lametha invoqué l'ajournement ,
attendu qu'il y avoit encore bien des choses
peu connues. M. Tronchet a combattu l'ajournement
, en ob ervant qu'il étoit peú
étonnant que M. de Lameth cût besoin d'e
claircissemens , puisqu'il n'etoit venu qu'une
seule fois au Comité. L'ajournement a été
admis sur la Pétition des Avignonnois ; mais
l'on a décrété , d'après l'avis du Comité et
un amendement de M. Malouet ,
"
་་
"1
que
les
Citoyens
d'Avignon
déten
: s DEPUIS
LE 12
SUIN
dan
les prisons
d'Orange
, seront
provisoirement
élargis
, à la charge
de
tenir
la Ville
d'Orange
pour
prison
, où ils
resteront
sous
la sauve
- garde
de la Nation
Françoise
, et où il sera
pourvú
à la
subsistance
des
Ouvriers
qui
se trouvent
« parmi
eux. »
DU SAMEDI 38 ÁOUST.
Après quelques débats sur l'ordre du jour ,
( 69 )
Pon a recommence la discussion sur la liqndation
de la dette publique. La Motion de
M. de Mirabrau a eu des défenseurs dans
MM. de Gouy , l'Abbé Gouttes , Reubell et
Chabroud. Tous ont renouvelé les argumens
de M. de Mirabeau , sans les appuyer de nouveaux
motifs , ni sans discuter en aucune
manière les graves objections présentées la
veille par M. Necker. Ces Orateurs Financiers
ont rencontré trois Antagonistes.
"
Les 400 millions d'assignats , déja existans
, a dit M. Brillat- Savarin , sont au numéraire
en circulation , dans la proportion ,
de 1 à 5 , et ils perdent 5 à 6 pour cent. Si
vous en créez pour deux milliards , la quantité
des assignats egalera celle du numé- ’
raire , et ils perdront 30 pour cent . Ceux
qui ne sont pas créanciers de l'Etat , perdront
beaucoup ; les créanciers seront ruinés .
Aux inconvéniens developpés par M. Brillet
Savarin , M. le Brun a ajouté , un tableau de
main de maître , et a exposé dans un style
mâle , noble et précis , une suite d'effrayantes
vérités.
"
« C'est à regret , a - t-il dit , que j'ai vu présenter
à votre délibération le projet qui vous
occupe en ce moment ; je ne m'attendois pas
à lui voir obtenir ce dangereux honneur. Ce
projet , je l'avois désapprouvé dans le sein du
Comité, comme un rêve dont des Ministres
ignorans berçoient des Despotes soumis . On
a dit qu'il étoit juste , grand , salutaire , qu'il
étoit l'unique remède à vos maux ; on vous a
dit : hâ¹ez vous ; ne voyez- vous pas l'hiver qui
; 1
s'approche , et les longues nuits et les calamites
qu'elles nous préparent? "
Ainsi , en vous remplissant d'espérance et
de terreur , on s'est flatté de vous entraîner ;
( 70 )
mais ce n'est pas avec de pareils leviers qu'on
peut mouvoir une Assemblée Législatrice.
Hier vous n'entendiez que vanter un projet
désastreux , vous le discutez aujourd'hui :
hier c'étoit un orviétan merveilleux qui devoit
sauver la France et cicatriser ses bles
sures ; aujourd'hui c'est un fatal poison qui
doit tuer l'Assemblée Nationale et la Constitution
. Vous avec une dette d'environ 3 ou
4 milliards ; sans doute , il seroit avantageux
de l'éteindre si le moyen qu'on vous
propose est juste , s'il ne doit pas amener
une fatale convulsion , il faut l'adopter des
aujourd'hui ; mais examinons cette opération .
On sépare la dette exigible de la
dette constituée , rien de plus juste ;
avec quoi la remboursera - t -on ? Avec les
Biens Ecclésiastiques. Sont - ils égaux à
cette dette ? Eh! qu'importe , s'ils ne le sont
pas , il faut qu'ils le deviennent . Je rembour
serai avec un bel et bon papier territorial
qui ne portera pas d'intérêt ; mes créanciers
ne pourront faire qu'un seul usage de ce pa.
pier , ils en seront embarrassés ; les capitaux
tomberont dans le discrédit : on prendra peu
de Biens territoriaux pour beaucoup de papier
, et j'aurai remboursé la dette. Cette
opération est une njustice ; c'est outrager
l'Assemblée Nationafe que de la lui propo
ser si vous voulez manquer aux engagemens
de l'Etat , manquez - y du moins avec
loyauté ; dites à ves créanciers : «
Nos ressources
sont grandes , mais c'est au temps à
les féconder ; la vente des fonds nécessaires
pour nous acquitter avec vous , ne peut se
faire que d'une maniere lente ; s'il falloit
vous payer des intérêts , nous serions écrasés ;
nous serons justes dans deux ans nous vous
( 71 )
rembourserons les capitaux nous vous
palerons les intérêts . Vous n'avez pas de
créancier qui n'acceptât des conditions aussi
franches....
Vous jetez 19 cens millions de papier à
vos créanciers : ils n'ont ni pain ni argent ,
il faudra done que votre papier devienne du
pain et de l'argent. Tout , dans le Gouvernement
se changera en papier. Est- ce avec
du papier qu'on paiera des Employés , qu'on
paiera l'Armée , est ce avec du papier que
vous mettrez en mer des vaissaux qui attendent
leur armement ? Vous ferez des Assi- ,
gnats de 24 liv.; mais il faudra donc que
toutes les denrées valent 24 liv. Je ne parle
pas des défaveurs du change ; je ne parle pas
de l'intérêt du Commerce et des Manufac→
tures. On dit que ces belles opérations
sauvent la Révolution , moi je dis qu'elles
tuent la Révolution et l'Assemblée Nationale
. Avant que ces 18 cens millions d'Assignats
soient mis en circulation , l'argent
disparoitra. Les Provinces s'animent , vous
tombez avec l'opinion , la Constitution tombe
avec vous. Ses ennemis ont des propriétés et
du crédit ; le Clergé pourroit revivre ; en
modifiant les dixies , on contenteroit le
Cultivateur ; les biens des Moines se vendroient
sans obstacles , dans quelques mois
votre Constitution ne seroit qu'un souvenir.
Je pense qu'il n'y a pas lieu à délibérer sur
les propositions qui vous sont faites » .
M. Begouen , doat l'esprit juste et les
connoissances commerciales étoient propres
à accréditer l'avis , a représenté le danger
de la précipitation d'une discussion irréfléchie
, dont les conséquences pouvoient entraîner
la ruine de la Constitution ; il a er((
72 ))
horté l'Assemblées à atteadle des Conseils
et des avis , et à ajourner la délibération att
15 Septembre.
1
M. de Delley a'Agier a aussi opiné à l'a- 1
journement , par la raison quer la complete
détermination de la dere et de l'impôt , des
voit précéder toute décision sur l'extinction .
de la dette, M. de Beaumetz , en flat anties
systême de M. de Mirabeau , est néanmoins
contenu de la nécessité de l'ajournement ;
mais il l'a abrégé de cinq jours en le fixant
au 10 Septembre. L'Assemblée l'a ainsi décrété
, et en même temps a chargé le Comité
des Finances de demander à M. le Premier
Ministre des Finances , de communiquer
ses plans sur la liquidation de la dette
publique.
**
A la fin de la Séance est arrivée une let- 1
tre du Ministre de la Guerre , qui rétracte
les espérances annoncées sur le retour deˆ
l'ordie à Nancy. M. de Gouvernet , fils du
Ministre , Jui mande que le Régiment de
Châteauvieux a renouvelé son insurrection .
On avoit envoyé à Nancy M. de Mulseignes ,
ancien Major - Genéral des Carabiniers .
Officier de tête et de courage , pour rétablir
la subordination . Ayant ordonné au
Quartier des Suisses la tenue d'un Conseil ,
pour la reddition des comptes. M. de Mulseignes
s'y rendit le 24 Plusieurs demandes
furent allouées : on en refusa une
qui paroissoit injuste. Les esprits s'échauf
ferent , M. de Malseignes jugea prudent de
remettre le Conseil an lendemain . Les soldats
insisterent , et demanderent de l'argent . A
l'instant où le Général se retiroit , un Grenadier
, de sentinelle àla porte du Quartier,
?
1.
lui
( 73 )
lui ferme le passage et lui appuie sa bayonnette
sur la poitrine. M. de Malseignes recule
trois pas , tire son épée et blesse le séditieux
un autre Grenadier arrive sur lui
le sabre levé , il pare le coup et blesse ce
second assaillant. D'autres Soldats accourent
: l'épée du Général se casse , il arrache
celle d'un Officier , et se fait jour au travers
de cette soldatesque . Il se rend chez M. de
Noue , Commandant de Nancy ; les Soldats
de Châteauvieux s'y rendent en fureur : nombre
d'Officiers y étoient rassemblés pour la
défense du Général . On barricade la porte ,
on l'a fait respecter.
M. de Gouvernet termine sa lettre par un
éloge des secours qu'on a reçus de la Garde
Nationale , et des deux autres Régimens ,
qu'il assure être bien disposés : il va jusqu'à
dire que les Suisses promettent aussi ds revenir
à leur devoir , et qu'ils rentrent dans
leur Quartier.
On s'est borné à renvoyer ces deux lettres
aux , Comités Militaire et des Rapports,
DU SAMEDI , SÉANCÉ DU soir .
>
C'est après l'absence et la démission de
M. de Mirabeau le jeune , qu'aujourd'hui M.
Regnier , organe du Comité des Rapports ,
est venu soumettre cet ancien Député au
Tribunal de l'Assemblée Nationale. Ilarendu
compte de l'affaire de Perpignan ,; et sans
se borner au fait de l'enlèvement des Cravattes
des Drapeaux de Touraine , au sujet
duguel M. de Mirabeau pouvoit être seulement
inculpé , il a fait un récit chargé de
tous les événemens qui avoient précédé . Cette
partie du Rapport n'etoit autre chose que
la répétition du Plaidoyer , debité à la Barre
N : 36. 4 Septembre 1790. D
( 74 )
par les adversaires de M. de Mirabeau , et
honoré de l'impression par un Décret de
P'Assemblée Nationale . La partialité de cette
narration , dénuée de toute espéce de preuves ,
a excité une violente improbation . Le Rapporteur
à continué , pour établir que , quoi
que absent et ayant donné sa dénission ,
M- de Mirabeau restoit soumis au jugement
de l'Assemblée. A force d'arguties de Palais ,
M. Regnier a défendu ce principe singulier ,
et il a conclu par assurer que sa dissertation
étoit très- logique . Conformément à cette
logique , il a proposé de décréter qu'il y a
lieu à accusation contre M. de Mirabeau
le jeune , et à renvoyer à un Conseil de
guerre , non pas les Soldats rebelles à l'autorité
de leur Chef , mais ce Cheflui - même.
La dernière partie du Décret a été admise,
et la première ajournée sur la demande de
MM . de Mirabeau l'aîné et de Bonnay.
L'Assemblée a ensuite décrété deux articles
du Rapport sur le Commerce de l'Inde ,
et ajourné les autres. L'un de ces articles
détermine que les retours ne pourront avoir
lieu , provisoirement , que dans les ports de
l'Orient et de Toulon.
DU DIMANCHE 29 AOUST.
Le Gouvernement des Municipalités, contrarie
, suivant les caprices de son Patriotisme
, le Gouvernement du Roi . Nous avons
vu de ces Corps au berceau , saisir les munitions
nécessaires à l'Armement de Brest :
aujourd'hui , c'est la Mnicipalité de Bar ,
qui , de sa pleine puissance et autorité sou
veraine du Peuple , a arrêté un convoi de
150 mille liv . , destiné à la solde de la Garnison
de Strasbourg. M. d'André a pro posé
( 75 )
palité
de donner ordre à la Municipalité de Bar,
de laisser passer la voiture ; mais sur l'avis
de M. d'Ailly , on a préféré d'écrire au Directoire
du District ; par ce circuit d'autorités
, le convoi sera libéré plus tard .
an-
On a renvoyé au Comité Militaire une
nouvelle lettre du Ministre de la Guerre : il ar
nonce , que , sans avoir la moindre inquietude
sur les sentimens du Roi de Hongrie , le Roi ,
informé des grands mouvemens des Troupes
Autrichiennes dans la Belgique , a cru devoir
renforcer les Garnisons des Départemens
voisins.
M. Nourissart a fait ensuite un long Rapport
sur la Moanoie de Billon , auquel il a
jeint un projet de Decret qui a été ajourné.-
Vers la fin de la Séance est arrivée encore
une lettre de M. dla Tour du - Pin , qui
renferme les plus tristes nouvelles de Nancy .
Le Régiment de Châteauvieux , et la plus
grande partie des deux autres Régimens sont
en insurrection complete. M. de Bouillé rassemble
les Gardes Nationales et des Troupes
régices , pour marcher sur Nancy. Un silence
profond a régué dans l'Assemblée .
M. de Jessé a été nommé President . I ne
s'est trouvé que 455 votans à l'élection : leur
nombre diminue tous les quinze jours ; la
plus grande partie de la Minorité ne participe
plus à ces choix , arrangés d'avance .
Les nouveaux Secrétaires sont MM. Datuchy,
Antoine et Gillet de la Jacqueminière.
A l'instant où le Ministre de la guerre
et M. de Gouvernet son fils , dans la
crainte d'encourir la censure de M. Bar-
Dij
( 76 )
nave , annoncoient avec une sorte de timidité
à l'Assemblée Nationale , les nou.
veaux excès de la garnison de Nancy ; à
l'instant où ils assuroient qu'elle tournoit
à résipiscence , et que le seul Régiment
de Châteauvieux persistoit dans sa rebellion
, le mal étoit au comble . Avant de
rapporter les derniers événemens , nous
donnerons quelques détails exacts sur les
premières causes et les premiers momens
de cette Révolte , sans exemple
dans la Monarchie , depuis les temps de
la Ligue . Instruits imparfaitement des
motifs qui ont entraîné le Régiment du
Roi et celui du Mestre-de - Camp , nous
gardons le silence sur les circonstances
de leur soulèvement : voici les faits qui
concernent le Régiment de Châteauvieux.
Il n'est pas du nombre des Régimens avoués
spécialement par aucun Canton Helvétique :
c'est un Corps mêlé , et quoique assujetti à
avoir deux tiers de soldats Suisses ou Fils de
Suisses , il réceloit un bit n plus grand nombre
d'Etrangers. Jusqu'à présent , il ne s'étoit
écarté du devoir en aucune occasion': le bel
exemple qu'ont donné les Régimens Suisses
depuis la Révolution , et en particulier ceux
de Steiner à Grenoble , de Sonnenberg à
Lyon , de Salis à Paris et en Normandie ,
ce respect pour l'ordre et la subordination ,
allié à une extrême prudence , il l'avoit imité.
M. de Châteauvieux , Maréchal de - Camp ,
avoit envoyé de Genève , sa Patrie , 60 louis
au Régiment pour fêter la Fédération du 14
( 77 )
Juillet ; mais bientôt apres , ce Corps . si distingué
jusqu'alors par sa fidélité , comme
tous ceux de sa Nation , a succombé par la
force des séductions , de l'exemple , et des
maximes pernicieuses dont on a infesté tant
de Régimens.
?
Peu après les premiers mouvemens du régiment
du Roi , on incita les Soldats de
Châteauvieux à former des demandes : deux
Grenadiers , l'un de Genève , l'autre de Lausanne
, firent cirealer des billets signés pour
exciter l'effervescence , énoncer des prétentions
, et répéter des sommes sur la masse .
Dans leur calcul , ils avoient fait entrer
spécialement, des retenues sur du bois que la
ville d'Orléans avoit dú fournir au Régiment,
pendant son séjour dans cette Ville , et qu'elle
s'étoit engagée à rembourser incessamment.
Ils se plaignirent de la paille , ils exigèrent
que les frais de tenue ne fussent plus à leur
compte , etc. Toutes ces demandes furent
accompagnées de menaces , et décélèrent un
plan formel d'insurrection . Les deux G.enadiers
furent arrêtés ; un Conseil de guerre
les condamna à mort ; le Conseil des Capitaines
cogimua la peine en celle des courroies.
L'exécution se fit ; mais les Officiers forent
assaillis de pierres et d'injures par le bas
Peuple. Reconduits en prison , les deux Grenadiers
furent aussitôt redemandés ; des détachemens
du Régiment du Roi , du Mestrede
- Camp , la multitude , se portèrent au
Quartier aux Suisses : ceux- ci qui partagèrent
Peffervescence . La prison fut forcée ; on en
leva les deux prisonnies , on les promena en'
triomphe , on les incorpora dans les deux
autres Regimens . Enhardis par ce succès ,
auquel la prudence n'avoit pas permis aux
´D iij
( 78 )
Chefs de s'opposer , les Suisses exigèrent des
Capitaines plus de 200 mille livres . Ils
forcèrent les Officiers à réhabiliter les deux
Grenadiers , et à lenr signer des congés de
bonne conduite : ils arrachèrent roo louis
d'or de M. de Merian , Lieutenant Colonel ,
par forme de dédommagement . Plusieurs
Capitaines furent détenus comme ôtages ;
l'un d'eux , M. Perret , partit sur le champ
pour Berne , afin de délivrer ses Collègues ,
en obtenant la somme demandée . M. de Sali-
Samade , Major , courut les plus grands dangers
poursuivi par une troupe de furieux
, il resta caché plusieurs heures dans une
armoire , avec son Epouse , armés l'un et l'autre
de pistolets pour disputer leur vie , ou
se soustraire en se l'otant eux - mêmes , à la
féracité des assassins , s'il s'en présentoit .
Dans ces entrefaites , arriva le Décret de
l'Assemblée Nationale : la Municipalité ne
crut pas le calme assez rétabli pour le promulguer.
M. de Malseignes vint à Nancy : on
eut des espérances : les Régimeus du Roi
et de Mestre - de- Camp promirent , comme
on l'a vu , de rentrer dans l'ordre . Nous venons
de rendre dans l'analyse de la Séance
de Samedi les faits subséquens . Ils firent renaître
les inquiétudes , et tomber cette fausse
sécurité dans laquelle on berçoit le Public
depuis huit jours ; car il est très - remarquable
qu'à l'exemple des Courtisans qui n'osent
jamais annoncer une nouvelle fâcheuse à un
Souverain absolu, les Flatteurs d'aujourd'hui,
écartent de l'Assemblée Nationale , ou pallient
tous les désordres dont elle doit gémir.
Lundi soir , un Courrier Extraordinaire
apporta au Ministre de la Guerre une Lettre
( 79 )
de M. de Bouillé , et une Dépêche de la Municipalité
de Nancy qui , durant toute cette
insurrection , a montré un courage honorable
dans l'exercice de ses périlleux devoirs . Retiré
chezM. Denoue , Colonel en second duRégiment
du Roi , et Commandant de la place ,
auprès duquel s'étoient réunis les Officiers ,
M. de Malseigne fut averti que la fermentation
croissoit d'heure en heure , que la
grande partie du Régiment du Roi , du
Mestre - de - Camp , et de la multitude par-`
tageoient les ressentimens des Suisses , et que
sa vie étoit dans le plus grand danger. Cet intrépide
Officier céda aux instances qu'on lui
réitéra de quitter la Ville ; il sortit , et se
rendit à Lunéville , où les Carabiniers le
recurent comme un Chef, qui dans tous les
temps mérita l'estime , la confiance et l'attachement
de ce Corps si brave et si distingué.
Des que le bruit de son évasion fut
public , 50 Cavaliers de Mestre de Camp cou
rurent à sa poursuite ; il étoit heureusement
déja entré à Luneville , lorsqu'ils arrivèrent
aux approches de cette Ville . On sonna le
boute- selle. Un détachement de Carabiniers
monta à cheval , sortit , attaqua les Cavaliers
, en tua plusieurs , et fit le reste prisonnier.
Pendant cet engagement , M. Denoue
fut traîné au cachot à Nancy
plusieurs Officiers , réunis pour le défendre ,
blessés. Ensuite , les trois Régimens sont
sortis de Nancy pour aller attaquer les Cara.
biniers à Lunéville .
et
En rendant compte de ces faits , M.
de Bouillé demande deux Commissaires
qui agissent concurremment avec lui ,
( 80 )
parce que de toutes parts , les Factieux
et les Ennemis de l'ordre répandent
daus la Province qu'il rassemble des
Troupes pour opérer une Contre- Revolution.
Cette demande est dictée par
la prudente fermeté qui a caractérisé
la conduite de M. de Bouillé , depuis un
an , dans des circonstances plus terribles
pour un Général et plus fatigantes que
deux Campagnes . Si ce Commandant ,
qui fait l'espoir des amis de l'ordre
et de la Monarchie dans ces conjonctures
, n'est pas traversé , il déconcertera
facilement , et dissipera cette opiniâtre
Révolte , dont sans doute on pénétrera
les causes . Il a sous ses ordres outre
les Carabiniers , les deux Régimens
Suisses de Castella et de Vigier, déterminés
, dit - on , à venger la honte que la conduite
de Châteauvieux imprimeroit sur
leur Nation . Le Guvernement de Berne,
et tous les Cantons l'imiteront , a déclaré
infâmes , et bannis à jamais du
Canton tous les Soldats du Régiment
rebelle , qui peuvent appartenir à sa
'domination.
Il s est formé le mois dernier un Camp
Fédératif très - considérable dans le Bas
Languedoc , dont les dispotitions cnt.
donné de l'inquiétude , et qui , dit - on ,
doit se rassembler de nouveau dans le
cours de ce mois. L'affaire de Nîmes ,
şur laquelle on a étendu jusqu'ici un
( 81 )
voile prudent , et dont nous nous sommes
abstenus de parler nous - mêmes , quoique
nantis des plus graves détails , a
causé beaucoup d'agitation parmi les Fédérés.
Voici les particularités que renferme
une lettre datée de ce Camp de
Jalès , le 18 Août.
"
Notre Camp , proposé par M. le Président
du District de l'Argentière , fut fixé
au 18 août ; toutes les villes qui avoisinent
ce pays , s'empressèrent d'y envoyer des Notables
, et partie de leur Milice Nationale .
On y a compté 138 Drapeaux et 45 mile
hommes.
" Ce Camp étoit déja formé le 18 août à
sept heures du matin , lorsque dix mille Vivarois
, armés chacun de deux pistolets , d'un
fusil à deux coups et d'un sabre , arrivèrent
de leurs montagnes ; ces nouvelles Troupes
achevèrent de former le Bataillon carré. Au
milieu du Bataillon carré fut dressé un Autel
où l'on célébra la Messe , après laquelle fut
chanté le Te Deum. La Messe finie , on entendît
un grand murmure dans toutes les
lignes , et chaque Légion se disoit qu'on avoit
juré de ne pas rentrer dans leur pays sans
avoir vengé ses frères les Catholiques et les
Capucins de Nîmes , qui avoient été massacres
par les Protestans . Le Général ne fut
pas plutôt instruit de ces dispositions , qu'il
fit rompre les lignes et les fit défiler chacune
du cote de leur pays , après les avoir piérenues
que , malgré toutes ses précautions , les
vivres alloient manquer, et qu'il ne restoit
presque plus de vin . Ce stratagême lui réussit .
Les Vivarois ne furent pas si aisés à persuader
, et ils s'ébranloient déja pour défi(
82 )
ler dans le pays protestant , lorsque le Gé-
Eéral accourut de leur côté : il hanaugua de
nouveau cette Troupe , en leur promettant
de marcher à leur tête si les Protestans de
Nîmes ne se rendoient point aux propositions
de toutes les Troupes du Camp , qui étoient ;
1 °. que les Catholiques prisonniers à Nimes
fussent renvoyés à Montpellier ou autresvilles
de sureté pour eux , afin d'y être jugés et punis ,
s'ils étoient coupables , et délivres s'ils étoient
innocens. 2 °. Que les armes fussent rendues
aux Catholiques , ou que les Protestans fussent
également désarmés . 3° . Que les canons
fussent remis à la Citadelle et entre les mains
des Troupes du Roi . 4°. Que les soldats du
Regiment de Guyenne , vendus aux Protestans
, fussent renvoyés de Nimes . Ce discours
eut son effet , malgré la pétulance de quelques
- uns qui , de rage , brisoient leurs fusils
contre terre ou coutre les arbres. Nous avons
enfin les plus grandes obligations à M. de
Hazantide , ancien Capitaine au Régiment
d'Infanterie de Penthievre , et Chevalier de
S. Louis , qui fut jugé le plus capable de
contenir des têtes aussi chaudes , et qui fut
éla Général. "
Les Numéros sortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 1er . Septembre
1790 , sont : 14 , 13 , 57 , 70 , 88 .
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 11 SEPTEMBRE 1790.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE FLUIDE ÉLECTRIQUE ,
CONSIDÉRÉ comme agent univerfel,
O D E.
ERE des Elémens , dont la fubtile flamme
Pénètre, rajeunit , embellir tous les corps ,
Tou augufte préfence élève , agrandit l'ame ;
Geft toi qui du Poëte anoblis les accords .
La Fable reconnut ta puiflance infinie ;
Apollon , Dieu du Jour , étoit Dieu du Génie
Pindare , en l'invoquart , impleroit tes bienfaits .
Feu divin , je t'appelle , excite mon audace ;
Que mes efprits éaus ( 1 ) s'élancent ſur ta trace :
Viens, je veux aujourd'hui célébrer tes effets.
:
( 1 ) Efprits animaux. Plaficus Auteurs croyent que les

.37. 11 Septembre 1790.
C
MERCURE
L'Eternel t'appela , lorfque d'un mot fublime
Il força le chaos d'enfanter l'Univers..
Aufli - tôt s'échappant de cet impur abîme ,
Le Soleil fè plaça fur le trône des Airs ( 1 ) .
En jets de pourpre & d'or il verfa la lumière ;
Sa féconde chaleur anima la matière ;
La nuit loin de fes yeux s'enfuit avec effroi .
Les orbes éclatans dont il règle la courfe (2) ,
Fuisèrent leur fplendeur à cette augufte fource ,
Et chacun , par refpect , s'écarta de ſon Roi..
Tu déployas ta force , & la mer ofcillante (3 )
Vers la Reine des Cieux amoncela fes eaux.
Le vafle Etna saffit fur fa bafe brûlante ,
Ex l'onde y bouillonna dans de fecrets canaux ( 4).
Des métaux les plus durš tu parcourus les veines .
L'ambre , prêt à montrer tes nombreux phénomènes
(5) ,
efprits animaux ne font autre chofe que le fluide électrique ;
perfonne ne doute qu'il n'ait au moins fur eux la plus
grande influence . >
( 1. ) Le Soleil eft regardé comme un ample réfervoir de
l'Elearicité..
( 2 ) O imite, le mouvement des Planètes par le moyen
de l'Elearicité.
( 3 ) Flux & reflux.
( 4 ) Eaux Thermales .
( 5 ) L'Ambre a fait connoître le premier les effets de ce
Auide.
DE FRANCE.
S'enveloppa des corps par fon foutile attirés.
Au Nord qui l'affervit l'aimant refta fidèle ;
Et l'anguleux caillou recela l'étincelie
Qui jaillit avec bruit de les flancs déchirés.
La torpille éloignant une main ennemie ,
Par un coup imprévu fut défendre les jours ;
Et mille êtres divers qui reçurent la vie ,
Fe durent leur beauté , leur force & leurs amours .
Vainqueur duTemps jaloux, c'eft toi , Feu falutaire ,
C'est toi qui tous les ans de fleurs jonches la terre,
Qui colores les fruits , qui mûris les moiffons ;
Et quand Borée accourt ; dans les dures entraves
Lorfque le fombre Hiver tient les Fleuves efclaves,
Ton pouvoir vit encor au milieu des glaçons .
Quels tourbillons ardens , quel afpect magnifique
( 1),
En l'abfence du jour décorent ces climats ,
Qu'à peine le Soleil voit d'un regard oblique ,
Et qui fent engourdis Cous d'éternels frimas ?
Du flanc d'un noir brouillard des gerbes radicules
Elèvent jufqu'au ciel leurs têtes gloricafes ,
Et fe courbent en arcs parfemés de faphirs .
Lentement dans les airs s'avance l'incendie ;
Enfin de nouveaux feux fa fplendeur agrandie
Préfente un pavillon porté par les Zéphirs ( 2 ) .
( 1 ) Aurores boréales & australes.
( 2 ) Au moment de la plus grande ſplendeur du Phéno-
C 2
MERCURE.
Infenfé! qu'ai-je dit ? Tyran impitoyable ,
Ma Mufe te louoit , hélas ! & ta rigueur
Ici n'offre à mes yeux qu'un fpectacle offroyable .
La Nature a perdu la grace & fa vigueur.
Tout languit dans nos champs : les plantes altéréos
Sur un aride fol tombent détigmées.
Les traits de Syrius armen: un ciel d'airain .
En va'n au voyageur !a euit prête fon ombre;
Il marche précédé de phoſphores fans nombre ,
Et fon pied croit fentir un brafier louterrain ( i ) .
Des maux plus grands encorent menacé nes têtes.
Des Autans mutinés le foufile audacieux
Raffemble les vapeurs ou naiffet les ten pêtes ,
D'un voile impénétrable il obfcur.it les cieux..
Le nuage chatlé va heurter le nuage.
Le plus puitlane s'indigne & ramaffant fa rage ,
Il exhale des feux prompts à fe déployer.
La foudre autour des monts éclate , gronde, roule ,
Et bientôt fousfes
coups,
tandis que tout s'écroule,
Pour retomber encor remonte à fon foyer ( 2 ) .
L'eau que pompoient les airs , de leur brûlante haleine
,
Sur un fable fumant s'épanche à flots preffés ,
mène , on voit une couronne on zone lumineufe que quelques
Obfervateurs ont auth appelé pavillon .
( ) Feux follets , vers luifans , &c.
( 2 ) Choc en retour.
DE FRANCE.
$3
Ou d'un nuage froid , échappée avec peine ,
Frémit , tombe & bondit en globules glacés..
L'Océan fatigué jette des flots d'écume
Qu'a ite un feu fecret noarri par le bitume ( 1 )
L'éclair jaillit des mâts , il s'élance en faifceaux ;
Et courant s'abreuver , la trombe tortyeuſe ,
Que de loin preffentoit la vague impétueue ,
Sous fon énorme poids écrafe les va faux.
Quel horrible fracas (oudain s'eft fait entendre (2) ?
la terre fe déchire , & vomit à fon tour
Des fla umes & des eaux & des monceaux de cendre.
Ces funx da globe entier embraflent le contour.
Lei élémens par tout s'agitent , le confondent ;
Par des hurleaices fourds les volcans fe répondent;
La mer s'enfevelit en des antres profunds ;
Et les feuves impars , loin des rives tremblantes ,
Entraînent, pleins d'effroi, icurs endes tarudentes ,
Ou tombent tour à coup dans des gouffres fans
foads.
La tempête fe tait. Que l'Univers refpice.
Les Vents Cont enchaînés aux pieds de l'Eternel ;
Et le Soleil enfin , confolant fon Empire ,
A nos yeux fatisfaits montre un front paternel.
Les eaux on: animé la riante verdure .
La cendre des volcans , fecondant la culture ,
( 1 ) Fu alat Elme.
( 1 ) Tremblement de terre. Ci
54.
MERCURE
Répand des fels féconds fur nos champs rajeunis. ,
La terre fut moins belle au jour de fa naiffance.
Dieu jufte , entends la voix de ma reconnoiffance
Tu nous chéris encor lorfque tu nous punis.
Tu fis plus au milieu des feux & de l'orage ( 1) ,
Toi-même tu daignas dévoiler tes fecrets .
Tu veux que déformais , dans le fein du nuage ,
A ton bras irrité nous raviffions fes traits.
Jufqu'au formet des toits un fer aigu s'alonge :
Quand la foudre s'embrafe, il l'appelle & la plonge,
Malgré fon vain fracas , dans un ebfcur tombeau.
Au nuage érenné , fouvent il la déchire ;
Elle tomb: en lambeaux , & muette elle expire :
L'éclair qui s'allumoit voit brifer fon flambeau.
Clas tourner ce far contre les feux avides (2 )
Qui creufent fourdement l'abine feus nos pas....
Ma's que vois-je ?un criftal & des métaux perfides ( 3 )
Djou partent avec bruit la flamme & le trépás ,
Des vafes pétillans que l'éclair va diffoudre ( 4) ,
Des corps cicatrifés où refpire la foudre ,
(1 ) Paratonnerres.
(2 ) Para-tremblemens.
( 3 ) La connoiffance des conducteurs de la foudre et
plus ancienne que celle de nos Machines électriques ;
depuis plufieurs fiècles les Indiens favent la faire tomber
à l'aide d'une flèche attachée à un fil de fer. Le Jupiter
Elicius donne à croire que ce fecret n'étoit pas inconnu
aux Romains , & c.
है
4 ) Batterie foudroyange
DE FRANCE.
55
Foibles mortels , des Cieux redoutez le courroux.
Tel roulant fur l'airain , le char de Salmonée .
Lançoit au loin des feux dans l'Elide étonnée ,
Quand Jupiter armé vèngea les Dieux jaloux.
Un homme s'eft placé fur un trépied fragile (1 ) ;
Ses cheveux lentement fe balancent dans l'air .
En les veines preffé le fang court plus agile s
De fes pores brûlans en voit jaillir l'éclair,
Ah ! par les coups du temps fi ma force eft ravie ,
Ou fi des maux cruels luttent contre ma vie ;
Feu divin , tes fecours pourront changer mon fort.
Approchez , malheureux , vous qu'appefantit l'âge ,
Et vous qui nous montrez , par un trifte affemblage ,
La fanté fouriant à côté de la mort.
Franklin, dont les confeils & la voix magnani.ne
Ont fouftrait tout un Peuple au glaive des Tyrans,
Tu fus décompofer ce feu qui nous anime jo
Et conduire à nos pieds les foudres cxpirans.
Bienfaiteur des humains , tu furpaffes la gloire
Des Héros dont la Grèce a béni la mémoire :
Tel qui fut Dieu jadis l'avoit moins mérité.
Mon Siècle energueilli vivra par tes Ouvrages ,
Et verra devant lui s'incliner tous les âges ,
Lorfqu'il dira ton nom à la Poſtérité .
( Par M. Paris , de l'Oratoire .
( 1 ) Homime fur l'ifoloir,
36
MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Soubrette ; celui
de l'Enigme eft Fille ; celui du Logogriphe
eft Coufin , où l'on trouve Coin , Soc ,
Sein , Sion , Son.
LES
CHARA DE.
Es uns , au gré des vents courent far mon
premier ;
Par d'autres quelquefois eft couru mon dernier ,
Et l'on peut en tous lieux voir courir mon entier.
Par M. Lefcuyer. )
C
ÉN IG ME.
Quoique j'ha' ite le palais ,
Je fuis chez Catu la Poiffarde ,
Et je ne pas refter en paix
Avec cette infigne criarde :
L'homme pratent m'exerce pour le bien ;
Cent fois le mauvais Citoyen ,
Par mon fecours a répanda l'alarme ,
1
En inventant des fictions ,
Et
par
de noires trahifons ,
Ea mains endroits a caufé du vacarme :
DE FRANCE. 57
;
Encore un mot , Lect.ur , & je finis.
Saas moi tu ne pourras dire ce queje fuis.
( Par M. Cauville, Curé de St-Maixme. )
LOGOGRIPHE.
MOBILES par Eature , on nous tient garrottées
Dans de fort étroites prifans ;
Avec acharnement nous fommes tourmentées ·
Au moindre effort que nous failons.
De petits corps , de groffes têtes ,
Nous voilà peinces trait pour trait :
Pourroit-on croire à ce portrait
Que nous po tons le plaifir dans les fêtes ?
Nous avons deux pieds & neaf doigrs
Qui renferment beaucoup de choſes ;
Suis-nous , Lecteur , au moins tu dois
Combiner nos métamorphofes,
f
D'abord nous contenons l'inftru nent bazillard,
Fortune & gagne -pain du pauvre Savoyard ;
Plus, un tas de maifons ; une ville d'Eſpagne ;
L'appui d'un cavalier quand il eſt en campagne ;
L'objet d un riche impôt qui fut d'un grand produit ;
La Tribu qui ja fis fe chargea des victimes ,
Et ne voulut avoir d'autre lot que les dixmes ;
La force fous laquelle une preff: géniť ;
Une note du Chaat ; une terre ifolée ;
Ce qu'an Chrétien défire ; un piffon d'eau falée ;
C
58. MERCURE
Un Auteur dramatique ; un terme de mépris.
Si ce n'eft point affez , de nous on fait ufage
Chez les Grands , chez le Peuple , à la ville , au
village ;
Peut-être avons-nous vu des treteaux de The pis.
( Par M. Crom... , de Guife. Y
NOUVELLES LITTÉRAIRES..
EXPOSÉ de la Révolution de Liége en
1789, & de la conduite qu'a tenue à ce
fujer Sa Majesté le Roi de Pruffe ; par
M. DE DOHM , Confeiller intime de Sa
Majefté , & fon Miniftre Plénipotentiaire
pour le Directoire de Clèvès , au Cercle du
Bas- Rhin & de la Veftphalie ; traduit
de l'Allemand par M. REYNIER , Citoyen .
de Liége , Secrétaire Perpétuel de la
Société d'Emulation de cette ville. A
Liége ; & à Paris , chez Boffange &
Compagnie, Commiffionnaires en Librai
rie , rue des Noyers. In - 8°.
ON a vu un temps , & ce temps n'eſt
pas très éloigné , où un Ecrit d'un Con
feiller Privé , Commiffaire au Directoire
-
DE FRANCE.
"
d'un Cercle d'Allemagne , fur les démêlés
d'un Peuple avec fon Prince , n'eût intérellé
en France qu'un peut nombre d'hommes
voués à la Politique ou à la Diplomatie
, & quelques amis de l'humanité. Il
n'en eft plus ainfi ; les circonftances ont
attaché aux Ouvrages de ce genre un intérêt
prefque univerfel. La caufe de Liége
eft devenue celle de la liberté ; & fous ce
feul rapport , l'Ecrit que nous annonçons
eût trouvé un grand nombre de Lecteurs :
mais cet intérêt du fujet pafle bientôt à
l'Ouvrage même par la manière dont il eft
traité , par les réflexions que l'Auteur y a
répandues , par le genre des queftions qu'il
élève ; queftions qui , pour la plupart, doivent
probablement , avant peu d'années ,
s'agiter fur de plus grands théatres , & dont
la folution importe à l'humanité entière.
L'Ouvrage de M. de Dchim doit , fous ce
point de vue , intéreffer principalement les
François ; il leur rappelle des fouvenirs
récens & précieux , & en les ramenant fur
le paffé , il tourne en même temps leurs yeux
vers un avenir qui a préfenté quelque
temps une perfpective effrayante. Les malheurs
qui menacent les Liégeois , féparés
de leur Prince , rendent plus chère & plus
refpectable aux François la conduite du
vertueux Louis XVI, uni à fon Peuple
pour prévenir des calamités nouvelles , &
affurer le bonheur des générations futures
fans le faire acheter par des défafties à la
génération préfente.
·60' MERCURE
C'eft ce que n'a point fait le Prince-
Evêque de Liége , qui s'en eft rapporté
dit - il, à l'avis unanime de tous fes Coufeilles
mais le meilleur de tous éteit fon
coeur qui l'avoit d'abord fi bien conduit ,
qui le fit d'abord aller au devant des voeux
de fon Peuple , lui fit prendre le ton d'un
père , en engageant fon Clergé à fatisfaire
de juftes demandes & à concourir au foulagement
de la claffe la plus indigente de
fes Sujets. Tels font quelquefois les premiers
mouvemens des Princes , jufqu'au
moment où les Confeilers arrivent ; &
voilà pourquoi le Peuple , que l'on dit fi
aveugle & fi jufte , aime très-fouvent les
Princes & prefque jamais les Confeillers.
Revenons à l'Ouvrage de M. de Dohm.
Ceux des Lecteurs François qui ne connoillent
pas fes Ecrits , & l'efprit philantropique
qui les anime , s'étonneroit peutêtre
de voir un Publicifte Allemand ,
2141
Miniftre d'un Roi abſolu fortir de la routine
diplomarique , s'élever aux idées premières
de raifon & de juft ce générale ,
préférer le fond aux formes , & en appeler
hardiment à la véritable juftice & à l'éternelle
raifon. Plufieurs Publiciftes Allemnts
, trop attachés aux formes radin.fés
dans le Corps Germanique , euffent voula
que le Roi de Prufle fe fit renda l'exécureur
aveugle du Décre: précipité de la
Chambre Impériale , & cûr confommé la
ruine des Liégeois dans les meilleures for
DE FRANCE. 61
mes de procès. Cette conduite eût pu êtie
approuvée par ceux qui placent avant tout
li juftice d'Empire , mais elle n'eft un la
feule ni la première ; il en eft une ples
ancienne , encore plus refpectable , & c'eft
à cette juftice que le Roi de Prufe cu
appelle par la voix d'un Miniftre Philofophe
digne de la réclamer en fon nom.

"
M. de Dohm commence par un Expofé
fuccinct de la Conftitution de Liége , fondée
fur des contrats qui paroiffent, prouver
, ainti que plufieurs monumens du
moyen âge , que dans ces fiècles appelés
fiècles d'ignorance , on connoffoit les droits
de l'homme fans en parler autant que de
nos jours. L'heureufe liberté civile dont
jouilloir le pays , ne fut point troi blée jufque
fous la Régence du Prince Evêque
actuel. Bientôt s'élevèrent des troubles qui
n'ont pas une origine bien n ble . Il s'agiffoit
du droit lucratif de deurer dans le
bourg clèbre de Spa , des bals des
jeux de halard . Cene querelle amena la
queftion fur la légalité des Octrois de jeù
accordés par l'Evêque feul fans le concours
des Etats. Le Prince porta la querelle
au Tribunal de la Chombre Impériale. Lą
caufe prit de l'intérêt en fe liant à une
queftion plus importante : Si le Princefeul,
en matière de Police, peut porter des Edits,
ou s'il a befoin pour ces Edits , ainfi que
pour toute autre nouvelle medification de la
tiberté du Citoyen , du confentement dés
62 MERCURE
Etats. Cette querelle importante eft reftée
julqu'à préfent indécile au Tribunal de la
Chambre Impériale , qui n'a porté que des
décifions provifoires. Les débats continuèrent
, & produifirent méme des violences.
De cette querelle il en fortit plufieurs autres
, qui , en d'autres temps , euffent été
peu dangereufes. Le rétabliffement d'un
impôt , défagréable au Peuple , acheva d'aigrir
les efprits. Enfin , le renchériffement
du pain , effet d'un mal phyfique , parut au
Peuple , déjà fi indifpofe , un tort du Gouvernement
, un mal politique ; & le Prince
différant d'affembler les Etats , plus d'une
fois promis , le Peuple regardi les Confeillers
de fon Chef comme les artifans de
fes maux. Tel étoit l'état des chofes, lorf
que la nouvelle de ce qui s'étoit paffé à Paris
en Juillet 1789 , les frappa , les enthou
fiafma & les porta à fuivre l'exemple d'un
grand Peuple qu'ils aiment , avec lequel ils
ent des liaifons naturelles plus puiffantes que
les liaiſons accidentelles qu'ils ont avec les
Allemands.
Guidé par le fentiment le plus sûr , dit
M. de Dohm , le Prince - Evêque vint au
devant des yeux de fon Peuple. Il fecourut
la claffe indigente ; il invita fon Clergé
à fupporter également les impôts & à renoncer
pour jamais , fans condition ,
réferve , aux priviléges qui les en exemptoient.
Si la conduite du Chef fut magnamime
, la manière dont fon Peuple la reçur
fans
DE FRAN C. E. 63
ne le fut pas moins ; mais il mêla tependant
à l'expreffion , d'ailleurs touchante , de
fa reconnoiffance, des voeux pour un bien
plus important que l'égalité dans la répartition
des impôts ; le rétabliffement de la
liberté , & l'abolition du Réglement de
1684. Qui peut blâmer , pourfuit M. de
Dehm , ce voeu d'un Peuple noble , à qui
f'on promet de terniiner , & qui en connoît
la fource toujours renaiffante ? Il faut favoir
qu'avant 1684 , les Députés de la
Capitale & de vingt - deux autres villes
qui ont , d'ancienne date , féance & droit
de fuffrage à la Diète de l'Etat , étoient
nommés par la Bourgeoific. Mais l'Evêque
Maximilien - Henri , de la Maifon de Bavière
, qui réuniffoit l'Electorat de Cologne ,
l'Evêché deMunfter & d'Hildesheim, abufant
de fa puiffance & de les troupes étrangères
, s'attribua lui - même arbitrairement la
nomination de la moitié de la Magiftrature
e la capitale , & fut fe precurer encore ,
fur le choix de l'autre moitié , une telle
influence , que la pluralité fut toujours dévouée
à l'Evêque. Il en ufa de même à
P'égard des autres villes , & dès lors le
Tiers - Etat fut regardé comme anéanti. Mais
le fentiment de la liberté fabfiftoit dans
les cours. Tl ofa fe montrer , & le voeu du
Peuple fut porté au Prince Evêque , qui
donna par écrit fon confentement à tout
ce que le bien de fon Peuple pourroit exiger
. Les Liégeois demandèrent la dépofition
64 MERCURE
+
de l'ancienne Magiftrature. La dépofition
s'enfuivit , & leurs places furent données
à ceux qui , par leur caractère & leur conduite
publique , s'étoient acquis la confiance
de leurs Concitoyens , & qui , dans
la caufe de la liberté , avoient combattu
pour elle.
Le Prince approuva tout. Il vint de fon
château de Seraing à la ville , fut reçu avec
plus vive alegreffe , & confirma par fa
propre fignature les nouvelles élections . Il
témoigna aux nouveaux Magiftrats fa confiance
& fa confidération : il les invita à fa
table avec des Plénipotentiaires des Cours
Etrangères. Il procura même à tous les gens
de fa maison des cocardes que le Peuple
portoit en ligne de la liberté reconquife.
Il renouvela expreffément, par une Lettre
adreffée aux nouveaux Magiftrats , la convocation
déjà faite pour l'affemblée des
Etats. Tout le pays étoit pac fi par l'accord
d'un bon Prince avec un bon Peuple ; mais
cette joie ne fut pas de longue durée. Le
27 Août , on apprit à Lige que le Prince
avoit , la nuit dernière , quitté fon château
de Seraing fans qu'on sût où il étoit allé.
Peu de temps après , il écrit que , dans la
crainte que les délibérations de la prochaine
Affemblée ne fuffent tumultueufes & nuifibles
à fa fanté , il s'étoit déterminé à s'éloi
gner pour quelque temps de la capitale ; mais
il affure à la Nation qu'il n'avoit nullement .
le dellein de folliciter des fecours étrangers ,
DE FRANCE. 61
ni de porter aucune plaine , foir à Sa Majefté
Impériale , foit à la Diste , foit à tout
autre Tribunal de l'Empire. Il defavoue à
la face de l'Univers toutes celles qui pourroient
être portées en fon nom. Il exhorte
la Nation à travailler à la Conftitution qui
doit faire fen bonheur. Il approuve expreffément
le perfectionnement projeté, &
protefte qu'il n'a pas le moindre deffein de
réclamer contre ce qui s'eft paffé : il donne
là - deffus folennellement fa parole de
Prince.
Certe Lettre appaifa la fermentation ,
mais fans calmer les alarmes du Peuple.
Au milier de ces inquiétudes , on apprend
à Liége , que la Chambre Impériale avoit ,
de fon propre mouvement , pris connoiffance
de ce qui s'étoit paffé , & qu'en
qualité de Tribunal établi pour le maintien
de la paix publique , le 27 Août , jour
du départ du Prince Evêque , elle avoit
déféré an Prince du Cercle du Bas - Rhin
& de Weftphalie , le Prince - Evêque de
Munfter , le Duc de Joliers & le Duc de
Cleves , la commillion de protéger puiffainment
, à l'aide des troupes néceffaires
à cet effet , aux frais des rebelles Liégeois ,
le Prince Evêque , ainfi que fes Confeillers
& les Sujets fidèles , contre tour acte de
violence ; de rétablir dans roit le pays ,
mais principalement dans la Capitale , la
tranquillité & la fûreté publique ; de remetre
la forme du Gouvernement dans
66
MERCURE
"
l'état où elle avoit été avant la rebellion
d'enquêter contre les moteurs , &c.
le
Telle et la teneur du Décret de la
Chambre Impériale. M. de D ...... , qui
montre en blâmant - ce Décret , le plus
grand refpect , comme de raifon , pour
haur Dicafère de l'Empire , dit fimplement,
elle eft dure cette teneur. Il préfente
même avec fagelle les motifs qui peuvent
l'avoir dictée , & juftifie en quelque forte
fon émiflion . On voit que par ménagement ,
l'Auteur modère d'abord , fa force , qui
bientôt n'en devient que plus puiffante . Il
fe contente d'indiquer le contrafte de la
conduite de la Chambre Impériale en 1684
(lorfque la liberté politique fut détruite à
Liége , par l'Evêque Maximilien- Henri , )
avec la conduite de cette même Chambre
en 1789 , lorfque le Peuple a reconquis fa
liberté. Mais la feule indication de ce contrafle
, à quelles réflexions ne donne- t-elle
pas lieu La Chambre Impériale entendelle
que la paix publique n'eft pas tron
blée , lorfque les Princes oppriment les
Peuples , mais feulement lorfque les Peuples
réclament leurs droits ? Le Corps Germanique
, qui fe porte pour garant de la liberté
des Peuples , comme des droits des Souve
rains , attend il, dans une neutralité infidèle ,
le fuccès de leur lutte trop, fouvent iné
gale , afin de venir au fecours du Prince ,
s'il a befoin de fecours , & d'accabler l
Peuple , fi fa caufe triomphe ou paroît
ΤΑ
DE FRANCE. 67
prête à triompher ? Seroit- ce là le fecret du
Corps Germanique ? & ce fecret qu'il convenoit
de garder dans tous les temps , cftil
bon à révéler aujourd'hui ? Pourquoi une
oppreffion de cent cinq ans ( de 1684 à
1789 ) paroît- elle à la Chambre Impériale
plus refpectable , plus conforme à la Conf
trution qu'une liberté de deux cent quatrevingt
- quatre ans ( depuis 1316 juſqu'à
1684 ) ? Il paroît difficile de répondre de nos
jours à ces queftions ; & c'eft pour cela que
ceux qui gouvernent feroient plus fagement
de n'y pas donner lieú . M.de Dohm expliqué
en partie la précipitation de ce Décret peu
réfléchi , par l'étonnement & la crainte
que la révolution de France répandir parmi
les Princes Allemands . Qu'on en juge par lè
rapprochement des dates . L'évènement ar
rivé à Liége ( M. de Rohm eft très - fâché
qu'on l'alt nonimé rélation , & il préz
tend que ce mot a jeré d'abord de la faveur
fur la caufe des Liégeois ) ; l'évènement
arrivé à Liége eft du 18 Aoûr , & le 27
du même mois , à Chambre Impériale , fi ,
connue par la lenteur de fes décisions
rend fon Décret contre les Liégeois : Décret
qui à chaque mot porte l'empreinte
de la précipitation avec laquelle il a été
rendu , alléguant lui - même pour motif
le bruit général , la notoriété publique
parlant des défordres qu'en fuppofoit dans
Liége , à l'inftant même cù tout y étoit
dans la plus grande tranquillité , par l'accord
du Chef & de fon Peuple.
68 MERCURE
.
C'eft qu'en voyoit tout à travers la crainte
inquiétante du mal François ; c'eft que la
peur des révolutions étoit la lunette colo
rante. Ce qu'il y cat de plus remarqua
ble , c'eft que 1 Chambre Impériale ait
refufé d'admettre la déclaration judiciaire
du Prince Evêque , donnée de fon propre
mouvement , par laquelle il annonçoit
l'efpoir de terminer tous les différens avec
Les Sujets , par un accommodement amiable.
Pritendra- t - on que fon confentement
avoit été forcé ? D'abord , il eût falu en
donner une preuve , s'il en cft , qui puille
préval ir contre l'affection du Prince : il
avoi déclaré qu'il étoit d'accord avec fon
Peuple. La queion fe réduit à favoir s'il
étoit contraint , lorfqu'il rempliffoit le voen
de fa Nation , eu s'il ne l'étoit pas. Shun
yoeu mən'fflè vivement par un Peep nombiex
eft contrainte , elle a eu lieu . Si fa
contrainte exig: des menaces en cas de refus,
ce te contrainte n'a pas exifté . Mais qui
fait ce dont le Peuple cût été capable , i
le Prince cût refufé : Pafonne ne le fait
& voilà pourquoi l'efprit de parti a beau
jeu d'imaginer ce qui étoit poflible , mais
ce qui ne s'eft point réalifé. Ce qu'il y a
de certain , c'est que l'argument tiré de la
contrainte , ne peur avoir de force ici dans
1 fens du Droit civil. Lorfqu'un pariculier
eft porté por contrainte ou pas crainte
de renoncer à une poffeffion que conque ,
il est en droit de recourir à la difcuffion
DE FRANCE.. 69
juridique de cette nullité. Mais ici ce n'étoit
point d'un particulier qu'il s'agilloit : ce
n'étoit point le Comte d'Hoensbroeck qui
fe dépouilloir d'un droit à lui appittenant.
Le Prince de Liége déchroit qu'il étoit
d'accord avec fn Peuple , fuc la manière
de pourvoit à l'avenir au bien - être de ce
même Peuple. Tous les droits du Prince
n'ont que le bien- être du Peuple pour bur ,
& fi l'on peut appliquer ici lilée de contrainte
, ce ne peut ére que fous le rapport:
commun à tout traité de paix , qui pref- .
que toujours eft contrainte pour une des
parties contractantes , laque le doit céder
à la plus puillante , & perdre quelques
droits , quelques provinces , pour conferver
le tour. Qu'on parcoure l'Histoire ; qu'on
cherche les traités qui foient reftis libres
de cette efpèce de contrainte politique &
morale ; & pour ant malheur à celui qui
voudroit troubler la tranquilli é des Peuples,
laquelle repole fur ces traités !
Dira-t-on que le Prince préjudicióit áux
droits de fes fucceffeurs ? Mais ces droits
ne datent que du jour où les fuccelleurs
entrent en jouiffance. D'ailleurs , ce principe
rendroit à jamais impoflible tout chingement
dans la Confiution ; tout changement
que le bien général peut exiger en
tour pays , & que Liége , le contrat fondamental
, permet expretlément , pourvu qu'il
fon agréé par le fens du pays. Ce font les
propres mots de la Loi ; mots d'une figni70
MERCURE
fication plus étendue que ceux de volonte
générale, ufités de nos jours : mots qui indiquent
de plus le perfectionnement fucceffif
dont cette volonté eft fufceptible , & l'influence
progreffive de la raifon publique ,
laquelle , avec le temps , doit paffer toute
entière dans le gouvernement d'un Peuple
libre , dernier terme du bonheur où la civililation
puiffe conduire les fociétés polítiques.
Nous ne fuivrons pas M. de D... dans le
détail de toutes les objections qu'il multiplie
contre ce Décret de la Chambre Impériale ,
ni des évènemens qui en furent la fuite.
Nous obferverons feulement que dans cette
infurrection des Liégeois , la Chambre Inpériale
, le Prince-Evêque & .fos partiſans ,
fuppofent toujours qu'il ne s'agit que de
réduire un douzième de la Nation , qui
entraîne les onze douzième reftans , lefquels
font en oppofition avec ce prétendu
douzième , aveuglement qui paroît inconcevable
à M. de D. , mais qui n'étonnera
pas les François . N'avons - nous pas vu en
effet des hommes , d'ailleurs raifonnables
& même éclairés , prétendre , au commen-,
cement de 1789 , dans le mouvement géné
ral de tous les efprits , que cette effervelcence
univerfelle n'étoit que l'effet d'une
cabale d'intrigins , une conjuration d'Avo- ,
cats , une querelle de Bazoche? En même
temps qu'on propofoit de réduire ce dou
zième de la Nation Liégeoife , on demanDE
FRANCE. 71
doit contre lui la force militaire de trois
Puiffances , dont l'une étoit le Roi de
Pruffe , comme Duc de Clèves. Le Roi ,.
dont les troupes formoient les deux tiers
de la petite armée qui marcha vers Liége ,
devenoit l'arbitre du fort des Liégeois . Il
et certain qu'il pouvoit les exterminer ;
d'eft à quoi devoit conduire l'exécution littérale
du Décret de Vetzler : car dans l'effervefcence
des efprits à Liége , il n'eft pas
douteux que fi les Pruffiens fe fuffent préfentés
én ennemis , le Peuple Liégeois
courageux , accoutumé aux armes , enthoufifmé
de fa liberté nouvelle , ne ſe fût porté
à des extrémités juftifiées par le défelpoir.
Mais c'eft ce qui ne pouvoit arriver d'après la
fage détermination que le Roi avoit prife.
Le Décret de Vetzler portoit , que les forces
militaires feroient employées à rétablir
l'ordre & la tranquillité publique . On fait
ce que veulent dire ces mots en flyle diplomatique.
Il plut au Roi de leur donner
un fens plus humain , de purifier au lieu
d'égorger, de fe porter pour médiateur entre
le Prince & fes Sujets , & non de facrifier
les Sujets aux Confeillers du Prince. C'eft
cette conduite qu'on blâme dans plufieurs
Cours d'Allemagne , & c'eft elle que
M. de Dohm entreprend de juftifier. C'eft
ce qu'il fait par l'expofé de foures les cisconftances
qui ont néceflité des mesures
aufi fages qu'humaines. Il fait voir qu'en
s'attachant au fond plus qu'aux formes , en
72
MERCURE
négligeant les acceffoires pour l'effentiel
en fe conformant aux idées premières de
juftice & de raifon , il avoit en même
temps fatisfait à toutes les confidérations de
la politique ; qu'en épargnant le fang en
de pareilles circonstances , il avoit fervi
l'Allemagne & prévenu une alliance dangereufe
entre les Liégeois & les Brabançons ,
alliance qui cût fait naître à Liége une double
guerre civile , des Liégeois avec euxmêmes
, & des Liégeois avec l'Allemagne
dont ils fe feroient féparés. Tels font les
maux qu'a prévenus le Roi de Pruffe, en fe
conduitant comme il a fait , & en croyant
que les formalités étoient faites pour l'Empire
, & non l'Empire pour les formalités.
I en appelle au tribunal de l'opinion putblique
, tribunal dont les décifions deviennent
tous les jours plus prépondéran'es , &
peut -être obtiendront une partie des effets
que l'Abbé de Saint- Pierre attendoit de fa
Diète Européenne celle - ci ne fera pas
auffi facile à tourner en ridicule .
Heft inutile d'examiner fi les intérêts perfonnels
du Roi de Pruffe n'ont point influé
fur les intentions bienfaifantes qui ont ra .
mené, par des voies douces , la tranquillité
dans Liége,fi dans la pofition où il étoit à l'égard
de Jofeph II , il ne lui importoir pas
d'embarraffer la comm: nication de l'Autiche
au Brabant , &c. Ce n'étoit point à M.
de Dohm à élever ces queftions , encore
moins de fe permentre tous les développemens

DE FRANCE.
73
pemens qui les euffent éclaircies ; il faft
qu'il les ait indiquées . Heureux lès Peuples
, quand les intérêts politiques des Rois
s'accordent avec les meiures que l'humanité
leur confeille ! C'eft le cas où fe font
trouvés les Liégeois ; bonheur que précédemment
n'avoient point cu les Hollandois.
Il faut auffi compter parmi les caules qui
ont fauvé Liége , le choix qu'avoit fait le
Roi de Prue d'un Général humain , tel
que le Baron de Schliefen , & un Miniftre
Philofophe , tal que M. de Dohm. Sa
conduite , expofée dans for: Ouvrage , réfate
fufflamment les reproches , perfonnels
que lui ont faits les ennemis da Monarque
dont il a feconé les intentions ; &
c'est une juftice qu'il fe rend lui - même ,
quand il fe flatte , comme il le fait avec
railon
,
d'avoir aequis au Roi magnanime
dont il a eu le bonheur d'être l'interprè
e , l'amour, la vénération des Liégeois
» & de toutes les Nations échirées & fenfibles
; conquête la plus digne de Frédéric-
Guillaume II ". Un Miniftre du Roi de
Pruffe a dû fe borner à dire la plus digne
& non pas la feule. Mais il fouhaiteroit
fûrement au fond de fon coeur , que ce
Monarqué voulûr la regarder comme la
feule conquête digne de lui .
"
ود
"
13
( C ...... )
No. 37. 11 Septembre 1790.
D
74
MERCURE
VÉRITABLE Origine des Biens Eccléfiaf
tiques. Fragmens hifloriques & curieux ,
contenant les différentes voies par lef
quelles le Clergé feculier & régulier de
France s'eft enrichi ; accompagnés de
Notes hiftoriques & critiques ; rédigés par
M. ROSET. A Paris , chez D.fenne
Libraire, au Palais- Royal ; & chez M.
Rofet, Rédacteur, rue St- Sauveur. No. 55 .
Si cet Ouvrage eût paru il y a quelques
années , ou même au commencement de
l'année dernière , il eût fait une fenfation
marquée . Le Clergé , encore poff ffeur , à
cette époque , des immenfes richeffes qu'on
lui a tant reprochées , attirant comme elles
les regards de l'envie , étoit l'objet d'une
mveillance univerfelle , qui heureufement
paroît un peu caimée. Le tableau
des moyens employés par lui , pour parvenir
à cet excès d'opulence , eût offert
alors un attrait qui n'existe plus pour le
Livre que nous annonçons. Il n'a plus pour
fe foutenir que lui-même ; & cependant il
excitera encore quelque curiofité . On aime à
voir la variété des fymptômes par lefquels
DE FRANCE. 75
fe manifefte: cette incurable maladie de
l'efpèce humaine , la fuperftition . On aime
à voir li diverfité des moyens , foit rufés ,
foit violens , par lefquels l'avarice , la cupidité
, l'ambition s'étoient emparées de la
terre, en promettant le Ciel. Ce Livre
d'environ 400 pages , eft compofé de 45
Chapitres , dont chacun offre un allez
grand nombre de ces rufes . L'Auteur paroît
regretter de n'avoir pu entièrement compléter
fon Ouvrage. » Nous n'avons point,
dit il modeltement dans fa Préface , la
témérité de préfenter ces fragmens comme
une Hiftoire entière des abus qui fe
font introduits dans la Religion Catholique ,
relativement à la puiflance & aux richelles ,
de fes Miniftres . N'ayant voulu parler uniquement
que de ce qui s'eft paffé dans ce
Royaume à cet égard , quelque liaifon
que la plupart de nos faits pût avoir avec
les autres Pays , & principalement avec l
Cour de Rome , nous n'avons rapporté de
cette Cour , que ce qui étoit abfolument
indifpenfable pour l'éclaircillement de plufreurs
de ces inémes faits. Mais fi quelque
jour une plume fage , impartiale , judicieufe.....
Le Rédacteur fe trompe fans
doure, en imaginant qu'on reprenne jamais
la plume , pour retracer l'Histoire de ces
abas odieux. Les Prêtres déformais rendus
à la Religion , aux vertus qu'elle commande ,
aux devoirs qu'elle leur impofe , préfervés
des diftractions que donne l'opulence ,
D 2
76 MERCURE :
n'exciteront plus ni cette jaloufie ſecrète ,
ni cette indignation publique , qui trouwoient
à fe fatisfaite dans la lecture des
Ouvrages de cette efpèce. La malignité humaine
n'en enfantera plus de nouveaux ;
mais parmi ceux qui exiftent, celui- ci tiendra
ane place honorable , comme un des moins
incomples . En le parcourant , les Chrétiens
yraiment religieux s'applaudiront du contrafe
qui exiftera bientôt entre les Prêtres
des âges précédens & ceux dont lancu
velle Conftitution nous garantit les vertus
& le défintéreffement. Ce Recueil alors ne
les offenfera pas plus que ne feroit celui
des tours d'adreffe employés par les Prêtres
d'Ifis ou de Cybelle , on en trouvoit
le récit dans Macrobe , dans Aulugelle
eu dans Apulée.
( C..... )
NOUVELLE Architecture Hydraulique ;
\contenant l'Art d'élever l'Eau au moyen
de différentes Machines , de conftruire
dans ce fluide , de le diriger , & généra
lement de l'appliquer de diverfes manières
aux befoins de la Société par M. DE
PRONY , Ingénieur des Ponts & Chauffees.
Ire. Partie , contenant un Traité
de Mécanique , à l'usage de ceux qui fe
DE FRANCE.
"""
definent aux Conftructions de tous les
genres , & des Artiftes en général. A
Paris , chez les Mds. de Nouveautés.
La théorie des fluides & Part des Confructions
dydrauliques fe font enrichis , depuis
quarante ans , d'une forle de découvertes
nouvelles ; & l'on défiroit depuis
long-temps un Traité complet qui préfentâr
d'une manière méthodique l'état actuel de
la Science : tel eft l'Ouvrage qu'a entrepris
M. de Prony. La première Partie qu'il puble
doit fervir d'Introduction aux fuivantes,
& former avec elles un enſemble où
la théorie & la pratique s'aident & s'enrichiffent
mutuellement : » Leur influence
réciproque , dit l'Auteur , tient à leurs
progrès , & la Société en retirera d'au-
" tant plus d'avantages qu'elles feront plus
intimement liées . Déjà les lignes de dé-
» marcation qui les féparoient commen-
» cent à difparoître ; il faut hâter l'époque
» de leur réunion , en préparant les Spéculateurs
& les Praticiens à parler une
Langue commune ; & le moyen de par-
» venir à ce but défiré , eft de donner aux
» premiers du goût pour l'obfervation , &
» de faire fentir aux feconds les inconvé-
» niens & même les dangers du. tâtonne-
» ment. En rapprochant ainfi des Sciences
» les procédés des Arts , & en répandant
fur les Arts les lumières des Sciences
""
»
Di
78 MERCURE
» les objets d'application qui enrichiront
» les unes , fourfiront matière à perfec-
» tionner & à épurer les autres. C'est dans
» cet efprit que j'ai conçu le plan de ce
» Traité d'Architecture Hydraulique “ .
re
L'Auteur , fidèle à fon plan , ne préfente
jamais les recherches théoriques fans faire
connoître leur application aux chofes qui
font l'objet de fon Traité. Cette 1. Partie
eft divifée en cinq Sections , précédées
d'une Introduction contenant les notions
préliminaires. Les quatre premières Sections
traitent de la Mécanique des corps folides
& fluides, & la cinquième renferme les recherches
relatives à l'équilibre & au mouvement
des machines & des moteurs , confidérés
avec toutes les circonftances phyfiques
qui les modifient , telles que l'adhé
le frottement , la roideur des cordes ,
&c. Cette matière n'elt traitée nulle part
avec autant de détail & d'étendue que dans
l'Ouvrage de M. de Prony ; & on doit furtout
y diftinguer ce qu'il dit fur les découvertes
récentes relatives aux Pompes ou
Machines à feu , & au fluide élastique qui
met ces Machines en mouvement.
Les quatre premières Sections préfentent
aufli beaucoup de chefes nouvelles , &
d'autres que les Artiftes peuvent regarder
comme telles , vu qu'étant éparles , peu
connues , ou rapportées à des théories trop
difficiles , elles étoient perdues pour leur
inftruction. Les principales font l'expofition
DE FRANCE. 79
de la Théorie des mouvemens variés , l'application
du principe des Vitelles virtuelles
aux queftions d'équilibre , les Recherches
fur les voûtes , la Théorie Phyfico - Mathématique
de la percuflion , la Théorie générale
des Machines , la Théorie rigoureufe
de l'équilibre & du mouvement des fluides
mife à la portée des Commençans , & c.
L'Ouvrage cft femé de Notes qui , par
leur nombre & leur érèndue , peuvent être
confidérées comme un Ouvrage particulier ,
Auteur y traite différentes matières dont
la connoiffance eft intéreffante & utile
mais qui fe trouvent ou trop peu élémentaires
, ou feulement acceffoires à l'objet
principal du Traité. Ces Notes offrent
entre autres objets , le précis raifonné des
belles découvertes fur l'eau , l'air & le feu,
qui font tant d'honneur à la Phyfique & à
la: Chimie modernes.
و
Enfin l'Auteur a donné une Collection
de Tables qui feront très-utiles aux Phyf
ciens & aux Conftructeurs.
Le jugement de l'Académie des Sciences
contient une analyfe raifonnée des cinq
Sections qui compofent le Traité ; cette
Compagnie favante penfe que l'Ouvrage
de M. de Prony peut être très - utile aux
perfonnes qui fe deftinent aux Conftructions
de tous les genres , & lui reconnoît
fur- tout le mérite d'être écrit avec méthode
& clarté.
So MERCURE
PROJET de l'Organiſation d'une nouvelle
Adminiftration , ou Régie générale des
Impôts Nationaux , préfenté à l'affemblée
Nationale le 24 Août 1790 ; par
MICHEL - LOUIS DOUBLET , ancien Procureur
du Roi , &c. Prix , 3 liv. broché.
A Paris , de l'Imprimerie de L. Potier
de Lille , rue Favart ; & fe vend chez
l'Auteur , rue des Deux - Ecus , Hôtel
Impérial
3.
CET Ouvrage comprend les Impôts qui
doivent exifter ; les différens modes d'impofitions
, fuivant le nouveau Régime ; la
réforme des abus & des prérogatives dont
jouiffoient les Adminiftrations ; l'inégalité
des appointemens dans tous les emplois ,
& la réduction des traitemens des Chefs ;
l'avancement de tous les Prépofés aux emplois
, par droits d'ancienneté & de mérite;
la retraite déterminée de tous les Employés ,
dont l'époque fera fixée irrévocablement ;
le développement des moyens pour conferver
l'Impôt du tabac , & arrêter les progrès
de la contrebande ;, le réfultat économique
DE FRANCE.
des frais des Admini@ rations , compares à
ceux de l'ancien Régime , avec un tableau
de la police des Adminiftrations ; le projet
de Décret , & c .
Les deux grands tableaux , qui donnent
une connoiffance parfaite de cette Adminiftration
, préfentent , 10. toutes les divifions
du Royaume par Départemens , les
parties que chaque Adminiftrateur régira ,
le nombre des Directions , & leurs fitua
tions , & c.
2 °. Le compte général que la Régie
rendra chaque année à la Nation , &
qui fera rendu public par la voie de l'impreffion,
avec le développement de tous les
Emplois du Royaume , le nombre de tous
les Prépofés & Employés , leurs trai : emens,
& tous les frais de Régie. Ce tableau câ
divifé en chapitres de dépenfe , de repriſe
& de recette.
Les perfonnes de province , qui voudront
fe procurer cet Ouvrage , s'adrefferont à
l'Auteur , en lui faifant parveşir 3 livres ,
par la Pofte , avec la lettre d'avis , le tout
affranchi . L'Ouvrage fera envoyé , port
franc , dans tout le Royaume.
82 MERCURE
MUSIQUE
Journal de Violon , N. 8. Le prix de l'Abonnement
de 12 Cahiers eft de 18 liv. , port franc.
Chaque Cahier féparé , 2 liv. 8 fous . A Paris ,
chcz M. Porro , rue Tiquetonne , Nº . 10.
Les Délaffemens de Polymnie , ou les Petits
Concerts de Paris , avec accompagnement de
Clavecin ou Piano-Forté ; 8e . Recueil . Le priz
de l'Abonnement pour 12. Recucils eft de 18 liv .
port franc. Chaque Recueil eft de 2 liv. f. A
Paris , même adreffe .
GRAVURES.
Portrait de Louis XVI , Roi des François ,
Reftaurateur de la Liberté ; préfenté au Roi &
à l'Aflemblée Nationale , gravé par Bervic , Graveur
da Roi , des Académies de Paris , Rouen &
Copenhagur ; d'après le Tableau peint par Callet ,
Peistre du Roi . Se vend chez l'Auteur , aux Galeries
du Louvre. Prix , 24 liv.
Ce Portrait eft un des plus beaux dont la Gravure
puifle s'honorer. M. Bervic qui s'eft diftingué
fort jeune dans fon Art , nous rappelle les
talens des Drevets & des Wille fur les traces
defquels il marche d'un pas égal . Au mérite
d'une exécution fupérieure dans tous les détails ,
ce portrait joint celui de la reemblance parfaite
du plus chéri des Rois .
DE FRANCE. 83
La Régénération de la Nation Françoife , Eltampe
de 26 pouces de largeur fur 17 de haureur
, exécutée par d'habiles Artiftes de Paris ,
& agrééc , le 12 Juillet 1790 , à l'Affemblée Natio
nale , à qui elle a été dédiée & préfentée pour
célébrer l'anniverfaire de la prife de la Baflille.
Elle fe vend chez Geoffroy , bale-cour de l'ancienne
Abbaye St - Germain- des- Prés ; & chez les
Mds. d'Estampes , à Paris. Prix , 12- liv.
A VIS.
PARMI les Inventions utiles que l'on doit au
génie civique de M. Durand , Me . Serrurier , rue
& enclos St-Victor , ik en est une quí a obténu
le fuffrage de l'Académie & de toutes les perfonnes
qui ont des connoiflances en Mécanique.
Cette Invention eft un Moulin à bras. Le Sr.
Durand en a établi 34 au Manége , à Versailles;
il en a fourni à beaucoup de poflefleurs de terre ,
& même à des Meuniers . Cette Machine , bonne
tout temps , cft indifpenfable en beaucoup
de circonfiances.
en
Pour augmenter l'utilité de fon Moulin , le
Sr. Durand l'a réduit à moitié , de forte qu'il
peut être placé dans une fimple chambre comme
meuble . Un enfant de douze à quinze ans peut
faire avec ce Moulin so livres de farine par
heure ces Moulins , dans la grandeur ordinaire
de quatre pieds carrés , en font 120 .
;
MERCURE DE FRANCE.
On pourra fe procurer au Bureau établi pour
la vente des Biens immeubles , rue St - Magloire ,
quartier St Denis , près la rue Salle - au - Comte ,
la connoiffance de l'état arrêté des Domaines
Nationaux , pour les acquifitions de la Commune
de Paris , & des conditions d'une Société propo
fée pour des acquifitions particulières.
LE Sienr Midy , Me. en Pharmacie , à Saint-
Germain-en-Laye , a 1 honneur de prévenir le Pablic
qu'il continue de diftribuer avec le plus
grand fuccès & à la plus grande fatisfaction de
ceux qui en font ufage , moyennant 9 livres par
Bouteille , l'Eau d'Egypte pour teindre les cheveux
rouges , blancs & blonds en noir. Son feul
Dépôt pour Paris cft toujours chez Mile . Quelin ,
Marchande Bijoutière , rue St-Honoré , en face
de la Barrière des Sergens . Il prie les perfonnes
de Province qui défireroient s'en procurer , de
s'adreffer à lui directement , en affranchiffant les
lettres & l'envoi d'avance de l'argent , à dépofer
au Burcau des Pontes.
DE.
Cher
Expofé.
TA BL E.
49 Piritable Origine. 74
76
&
‚Enig & Logog. 46 Nouvelles
$8 Projet.
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE
'DE
BRUXELLES.
POLOGNE.
De Varsovie , le 20 Août 1799.
LE Ministre de Prusse avoit demandé,
le 7 , la liberté du passage par cette capitale
, pour le Corps du Général d'Use
dom qui est retourné dans la Prusse
Orientale. On la refusée , comme coltraire
aux Lois de l'Etat , qui défendent
l'admission de troupes étrangères dans le
lieu où la Diete est assemblée . Cette
décision honorable a été adoucie , par le
consentement qu'on a accordé au passage
des Prussiens , aux environs de Thorn ;
consentement que le Droit des Gens , les
Traités et la prudence ne permettoient
pas de décliner. Il existe toujours dars
la Diete un Parti , foible il est vrai, maig
secrètement appuyé par le Roi , qui ne
N°. 37. 11 Septembre 1790

( 86 )
pardonne pas à la Prusse de nous avoir
rendus indépendans , et affranchis du
joug de la Russie . Toute demande de la
Cour de Berlin qui paroîtroit blesser l'intérêt
national , fourniroit à cette Faction
unprétexte de faire revivre ses anciennes
liaisons.
Il est à croire cependant que la République
n'oubliera pas sitôt l'importance
des services que lui a rendu la Prusse ,
la délicatesse de sa position , et la foiblesse
de sa puissance. Elle ne recouvrera
sa veritable force qu'avec un bon Gouvernement,
et les principes d'un bon Gouvernement
paroissent être encore bien
inconnus en Pologne. On voit la preuve
de ce défaut de lumières dans le nouveau
Projet de Constitution , que le Comité
des Treize a livré à la Diète. Il repose
en entier sur les deux bases les plus incompatibles
dans un grand Etat avec la
liberté , avec la stabilité des Lois
et l'harmonie des Pouvoirs publics
d'où dépend la durée de tout Gouvernement.
Le Comité divise le Pouvoir exé-.
cutif, et réunit la Puissance Législative.
Un pareil systême suppose une, totale
enfance politique , l'oubli de l'expé
rience , et celui des principes consacrés
depuis long-temps par l'autorité de tous
les Publicistes qui méritent un nom ,
et des Peuples qui ont su discerner
les vrais élémens de la liberté politique.
Le Pouvoir exécutif restera en grande
( 87 )
partie à la Diète , à des Commissions
et le Roi en sera le Président plutôt que
le Dépositaire. Pas une limite à l'autorité
monstrueuse de cette Diéte , véritable
hydre politique , qui sera tout à la fois ,
comme il l'a été , Corps Législatif despotique
, Exécuteur des Lois , Ordonnateur
de l'Armée et des Finances , Cour de Justice
, etc. Contre ce torrent de pouvoirs
réunis , l'Autorité Royale n'est pas même
protégée par la faculté de refuser ou de
consentir librement les Lois . On le réduit
au droit bizarre de suspendre sa Sanction
; droit qu'il sera bien certainement
dans l'éternelle impuissance d'exercer ;
car , comment oseroit-il résister aux Décrets
d'un Corps absolu, auquel sa volonté
doit être définitivement subordonnée ?
Quel est le Ministre assez hardi pour conseillerau
Prince de retarder l'exécution du
Diplomeimpérieux , dont ses Maîtres exigeront
la signature ? ainsi , par ce contresens
, dont on attribue l'heureuse imitation
au Roi lui-même , le Pouvoir le plus
foible et le plus nécessaire restera sans
défense contre les usurpations , sans force
pour prévenir le trouble et le malheur ,
que perpétueront dans l'Etat les nouveautés
capricieuses d'une Diète sans
frein , et dont les résolutions tumultuaires
seront toujours , comme elles l'ont
êté jusqu'à ce jour , le produit de l'esprit
de faction , de l'intrigue et de l'inconsidération.
Voilà néanmoins ce que le
Eij
( 88 )
Comité Polonois appelle une Constitu
tion. Il en sera de cette fabrique de Lois ,
comme de ces vins qui s'aigrissent , dès
qu'ils sont dégagés de la première fermentation.
On découvre , au reste , dans le plan
du Comité , quelques vues sages relativement
aux immunités des Villes
à la protection des Serfs et à leur affranchissement
graduel ; mais jusqu'à
ce que les Communes soient libérées
de la servitude , ce qui ne peut être
prochain , la République n'aura jamais
de véritable Constitution . Plus elle accroît
les pouvoirs de la Diète aux dépens
de ceux du Roi , plus elle aggrave
le sort du Peuple , privé d'une Autorité
tutélaire contre celle de la Noblessé
souveraine. Quelques règlemens , géduisans
sur le papier , en faveur des Serfs ,
ne corrigeront pas cet inconvénient fondamental.
Un des articles les plus curieux est
celui qui règle ainsi la succession au
Trône.
A la mort du Roi régnant , on élèvera une
Famille à la Couronne ( on ne dit pas si cette-
Famille doit être exclusivement indigène ) .
Sa postérité en ligne directe possedera heréditairement.
le Trone ; mais chaque Suecesseur
sera teau de juer les Pacta conventa,
avant son Couronnement , et celui qui les
violera perdra le droit de succession au
Tróne , non -seulement pour lui , mais aussi
pour toute sa famille , Le Fils aîné dɩ Rọi ,
( 89 )
Héritier présomptif , prendra le titre de
Prince élu . Si la descendance mâle en ligne
directe vient à s'éteindre , on élira une nou-
-vel e Famille.
On découvre encore dans cette idée la
trace des préjugés , et les connoissances
les plus superficielles. Exclure du
Trône , après les avoir rendus capables
d'hériter , les Héritiers d'un Roi qui auroit
enfreint les Lois fondamentales
est à la fois une injustice , une impru
dence pernicieuse, et une contradiction .
C'est une injustice , car le fils ou le petitfils
d'un méchant Roi ne doit pas expier
des fautes qui ne lui appartiennent part
c'est une contradiction , car on brise
par là l'hérédité qu'on a consacrée : c'est
une imprudence pernicieuse , car le cas
prévu d'une violation des Lois par le Monarque
, entraînera , outre sa déposition ,
la guerre des factions qui pourront alors
se disputer la Couronne. Si les Polonois
étoient plus éclairés , ils se pénétre
roient de la sagesse des Lois Angloises ,
au lieu de s'instruire dans les pamphlets .
du jour. En supposant qu'on eût détrôné
Henri VIII , la Loi projetée par
le Comité Polonois , eût ôsé en Angle
terre la Couronne à Elisabeth , et l'on
cût vu renaître la Rose rouge et la Rose
blanche . De même , après l'évasion de
Jacques 11.
La Cour de Pétersbourg alfait publier
la relation d'une grande Victoire que
E ij
( 90 )
son Amiral Ouschakof a remportée le
19 Juillet dans le golfe de Jénicale en
Crimée , sur l'escadre Ottomane. Il résulte
du récit de cette Victoire , qu'après
un combat de quelques heures , les Russes
ont coulé à fond une chaloupe , et démâté
, à ce qu'ils croient , deux vaisseaux
Turcs . Après cet exploit , les Russes
sont rentrés à Théodosie , tandis que les
Ottomans ont gagné Sinope , ou tenu la
pleine mer.
De Berlin , le 27 Août.
L'entrée du Roi à Breslau a été triomphale
: des acclamations universelles , les
félicitations des Magistrats , de la Bourgeoisie
, des Négocians , et l'alégresse publique
ont signalé cette journée . Les
mêmes démonstrations ont eu lieu à
Reichenbach avant le départ de S. M..
On y a donné , le 8 , une Fête éclatante ,
dont M. le Comte de Hertzberg a partagé
les honneurs. Une paix aussi glorieuse
pour la Monarchie , sans qu'elle ait coûté
un écu au Peuple et la vie d'un Soldat
, ont produit des transports d'ivresse
dans tous les Etats du Roi. On y a publié
un Précis des négociations , que nous
savons être officiel , et quf à ce titre mérite
une place dans l'histoire , comme
document authentique . Le voici :
་་ Depuis le 27 Juin , jour de l'ouverture
des Conférences à Reichenbach , jusqu'au
( 91 )
15 Juillet , les négociations avoient eu pour
objet une espèce de Traité d'échange , suivant
lequel le Roi Léopold , en rendant toutes
ses conquêtes à la Porte , obtiendroit en
échange les frontières désignées par la paix
de Passarowitz , c'est - à- dire , le District de
la Valachie , qui s'étend jusqu'à l'Aluta ,
Belgrade et Orsowa , ainsi que la partie de
la Croatie , jusqu'à la rivière Verbas , sous
la condition qu'il restitueroit les trois Cercles
de la Gallicie , savoir ; ceux de Zamosk ,
de Solkief et de Brody ( ces deux derniers
partagés en deux parties ) à la République
de Pologne , ainsi qu'à la Silésie , avec détermination
d'un prix modique dans la vente
da sel. Ladite République en revanche et
pour dedommager en quelque sorte le Roi
de Prusse , devoit céder à ce dernier les
Villes de Dantzig et de Thorn , avec le
petit District situé entre la nouvelle Marche
et la rivière d'Obra , qui formeroit la frontière.
Par cet arrangement , on réservoit à
la Pologne la diminution des péages de la
Vistule près de Fordan , qui lui avoit déja
été proposée. Mais cette proposition n'a point
été faite aux Etats Confédérés de la Pologne ;
ainsi l'on ignore si , dans le cas que la chose
eût été duement proposée à la Diete assemblée
, et qu'elle y eût été prise en mûre délibération
, celle - ci auroit pu refuser un
échange par lequel elle eût fait l'acquisition.
d'un équivalent six fois plus important , tant
par l'étendue de pays , par sa population ,
et les revenus qui lui seroient échus , que
par les avantages réels dont son Commerce
auroit eu à jouir. Ce que l'on avoit répandu
dans le Public touchant l'opposition de quelques
Polonois et du Magistrat de. Dantzig
"
E iv
( 92 )
à cet égard , ne doit point être envisagé
comme unrefus unanime de la Nation. Mais
il n'y a que des motifs qui sont de nature
à n'étre connus que de la postérité , qui ont
pu déterminer S. M. Prussienne à ordonner
au Comte de Hertzberg de déclarer aux Ministres
Plénipotentiaires d'Autriche , en présence
de ceux des deux Puissances Maritimes ,
que comme le Roi son maitre renonçoit au
susdit projet d'accommodement , ainsi qu'àla
cession des Villes de Dantzig et de Thorn , il
desiroit , en revanche , que la Porte Ottomane
fût remise dans toutes les possessions
qu'elle avoit occupées avant la guerre présente
, et qu'on fit donner là - dessus une
déclaration cathégorique dans un temps déterminé.
Les Ministres Autrichiens reçurent.
cette déclaration en promettant de faire leur
rapport en conséquence. Le 23 Juillet , lesdits
Ministres ayant reçu de leur Cour une
réponse favorable avec tous les plein - pouvoirs
nécessaires , ils furent invités le 27 å
Ja Conference décisive qui fut tenue le même
jour , et dans laquelle ils communiquèrent
à ceux de Prusse , une déclaration par écrit ,
en vertu de laquelle le Roi Léopold promet
de remettre les possessiors dela Porte Ottomane
in statu quo , et telles qu'elle les avoit
occupées avant la guerre présente , de lui
rendre toutes les conquêtes qu'il avoit faites
sur elle , de ne prendre aucune part ulté
rieure à la guerre , en cas qu'elle dût continuer
entre la Porte et la Russie , ni d'assister
cette dernière en aucune manière ; de retenir
seulement comme un dépôt neutre la forteresse
de Choczim , jusqu'à la fin de la guerre,
et de la remettre ensuite entre les mains des
Troupes Ottomanes . Ces préliminaires dé(
93 )
voient servir de base a un armistice aussitôt
qu'ils seroient agrées par la Porte , et de
suite à un Traité définitif, qui serait conclu
à un Congrès sous la médiation de la Prusse
et des deux Puissances Maritimes . Pour ce
qui regarde les troubles des Pays - Bas , il
fut arrête qu'ils seroient apaises de même
sous la médiation et la garantie de S. M.
Prussienne , ainsi que des deux Puissances
Maritimes . Le 28 Juillet , cette convention
préliminaire fut envoyée à Vienne , et deja
le 4 Août les Ministres Autrichiens la recurent
de retour , munie de la ratification
qui fut échangée le 5 ; par où l'on termina
la négociation et les points les plus essentiels
de cette ceuvre de pacification . Pour
l'achever , S. M. le Roi de Prusse a envoyé
par Vienne le Colonel Comte de Lusi, à
l'Armée du Grand - Visir pour lui remettre
la convention préliminaire signée à Reichenbach
, et inviter la Porte à l'accession d'un
Congrès , où il seroit traité d'une paix définitive.
Dans la même vue , S. M. a fait
donner communication des susdits préliminaires
à la Cour de Pétersbourg par son
Envoyé le Comte de Goltz , et elle s'est rendue
en personne à Breslau , suivie du Comté,
de Hertzberg et des Ministres Etrangers ,
pour y attendre la réponse de la Porte Ottomane
. En attendant , l'Armée à eu ordre
d'entrer dans les quartiers de cantonnement
qui lui ont été désignés en Silésie ; le Corps
d'Armée sous les ordres du Général d'Usedom,
a été renvoyé en Prusse , et celui du Duc
Frédéric de Brunswich à Berlin.
»
Différentes Gazettes , qui commercent
d'impostures , ont imprimé que le Roi
Ev
( 94 )
recevroit de la Porte une indemnité de
10 , 20 , 30 millions d'écus au lion: En
attendant que ces Folliculaires aient déterminé
à laquelle de ces trois sommes
ils veulent s'en tenir , nous affirmons que
ce bruit est de toute fausseté , et qu'il n'a
jamais été question d'une offre , ni d'une
demande de ce genre . Ceux qui l'ont inventée
sont les mêmes qui plus de six
mois affirmèrent aussi que le Roi se feroit
payer 20 millions de florins par la
Hollande , pour avoir rétabli le Gouvernement
des Provinces- Unies .
23 Régimens d'Infanterie et 22 de Cavalerie
, resteront en Silésie ; le quartier- général
sera à Breslau. Cinq Bataillons de dépôt
retournent à Berlin , où se rend aussi le Corps
d'Armée du Duc Frédéric de Brunswick.
Les Compagnies d'Artillerie de Berlin ont
été remises sur le pied de paix ; on a congédié
les valets d'Artillerie , et on revend
fes chevaux de train.
Le Comte d'Esterno , Ministre Plénipotentiaire
de France auprès du Roi , est
inort ici le 23 , à l'âge de 51 ans.
De Vienne , le 26 Août.
Les préparatifs du voyage de Francfort
ont succédé à ceux de guerre : 32
chariots sont déja partis. Nous laissons
aux Gazettes le dénombrement des quintaux
d'argenterie et des pierres précieuses
qui serviront au Couronnement . Cette
auguste Cérémonie paroît fixée au 4 Octobre
l'Empereur François de Lor
1
( 95 )
raine , Père du Roi , fut couronné
le même jour, en 1743. On a frappé ici
à l'Hôtel des Monnoies , huit mille Médailles
d'or grandes et petites , et 32
mille Médailles d'argent qui seront distribuées
à Francfort , où la Cour se rendra
du 20 au 25 de Septembre. Quant
au voyage à Fiume , il n'aura certainement
pas lieu ; LL. MM . iront seulement
attendre le Roi , la Reine de Naples
et leur Famille à Neustadt. C'est le 13
qu'aura été célébrée à Naples la Cérémonie
des Fiancailles entre le Prince
Royal et Me. 'l'Archiduchesse Marie
Clémentine , et entre les Archiducs François
et Ferdinand et les deux Princesses
aînées de Naples . Ce triple mariage s'achevera
ici , où LL . MM . SS . arriveront
vers le 12 Septembre .
Quant au Couronnement de Bude , les
Hongrois n'ont pas changé la résolution
du Roi , décidé à le remettre de quelque
temps. On est très- indisposé , non
contre la Nation incapable de s'écarter
de la fidélité honorable et constante ,
qu'elle a montrée à ses Souverains depuis
un demi siècle, mais de quelques Factieux ,
dont les desseins ont été prévus à temps ,
et déconcertés . Par une hypocrisie digne
de nos jours , où la maxime dominante
est liberté pour nous , oppression pour
autrui , ces Gentilshommes Hongrois ,
en bouleversant la Constitution de leur
pays , et en affichant l'entreprise de le
Evj
( 96 )
rendre indépendant , vouloient faire rentrer
les Paysans dans la servitude d'où
Joseph II les a tirés. Les réformes sa-
Jutaires et vraiment sages de ce Prince
leur servoient de prétexte pour échauf
fer les esprits , et représenter comme un
tyran le Souverain qui les empêchoit
de l'être. Ces brouillons inconséquens ,
tre -semblables à ceux de tout pays , ont
un moment séduit la Diète , et l'avoient
entraînée aux prétentions les plus extravagantes.
La sagesse de la Nation , Popposition
du plus grand nombre , et la
fermeté du Gouvernement ont déjoué
ces intrigues , à l'appui desquelles on
avoit cherché des appuis étrangers. La
Prusse , à laquelle les Factieux s'étoient
adressés , les a repoussés avec mépris ,
en les désignant même à leur Souverain .
Deux de ces Emissaires ont été arrêtés .
-Non-seulement le Roi a rejeté hautement
les 27 articles proposés par lá
Diète ; il a de plus , formellement déclaré
qu'il entendoit conserver tous les droits
dont jouissoient sa mère et son aïeul , le
Pouvoir législatif, la collation des dignités,
le maintien des Protestans dans leurs
Priviléges , la séparation de la Hongrie ,
d'avec les Provinces Illyriennes.
On ignore encore les dernières résolutions
des Etats ; mais leurs Députés ,
au nombre de 52 , sont arrivés , et ont
eu le 20 audience du Roi . L'Archevêque
de Kolotsa a porté la parole en latin;
( 97 )
il a invité S. M. à venir à Bude pour le
couronnement solennel . La Députation
s'est rendue ensuite chez la Reine et chez
les Princes et Princesses de la Famille
Royale; le grand Corps de Garde étoit sous
lesarmes à son entrée dans la Cour . — On
avoit d'abord dit que cette Députation
étoit chargée de remettre au Roi le Diplome
inaugural , mais elle n'a rien remis
: il est plus que probable que le Roine
fera pas le voyage de Bude avant d'être
d'accord avec les Etats sur la nature de
cet Acte.
હૈ
Les Protestans de Hongrie s'opposent à
la dénomination de Religion dominante
que les Catholiques veulent faire admettre ,
et ils demandent qu'il soit libre à chaque
individu de passer d'un Culte à l'autre. Il
est vraisemblable qu'ils ne parviendront pas
à emporter le premier point. On est d'ailleurs
convenu des suivans : 1 °. les Protestans
étant reçus formellement dans le
Royaume par le Traité de Vienne de 1606 ,
et par celui de Linz de 1645 , il est néces
saire qu'ils aient par - tout le Culte libre.
Leurs libertés ne seront point soumises à la
décision de la pluralité des voix , ni à aucune
déclaration limitative , qui pourroit se
faire par le Roi ou lès Dicasteres ; 2. toutes
les Lois , Statuts , Resolutions qui circons
crivent ces libertés , seront regardes comme
non avenus ; 3 ° . la différence entre le Culte
public et privé cessera entièrement . Partout
le Culte des Protestans sera public ;
ils pourront établir des Eglises avec clochers ,
des Ecoles , des Ministres , et d'autres per(
98 )
sonnes chargées d'instruction publique ; en
augmenter le nombre comme bon leur semblera
, sans avoir besoin d'une permission
préalable ; 4°. aucun Protestant ne pourra
être forcé à fêter les fêtes des Catholiques ,
à accompagner des Processions , à jurer sur
le nom d'un Saint , etc. 5. les Protestans
auront exclusivement le droit d'inspection
sur leurs Eglises , Ecoles et Fondations ;
ils pourront établir des Consistoires , assembler
des Synodes , décider valablement les
affaires de leurs mariages , et imprimer leurs
Livres de culte et d'instruction , sans avoir
besoin d'obtenir d'autre permission que celle
de leurs Consistoires ou Préposés Ecclésiastiques.
Les enfans issus de mariage mixte
seront élevés dans la Religion du père ;
aucun Protestant ne contribuera en rien à l'entretien
des Curés , Eglises et Ecoles Catholiques
; et toutes les conventions faites à ce
sujet seront regardées comme nulles et nonavenues
les Ministres et Maîtres d'Ecole
Protestans sont exempts de contribution ;
les Eglises , les Ecoles et les Biens de dotation
des Ministres sont également exempts
de tout impôt. Les Ministres Protestans
pourront visiter librement les malades de
leur Religion , et faire leurs fonctions auprès
des malfaiteurs condamnés au dernier
supplice.
Les Députés de la Basse- Autriche sont
repartis satisfaits de la condescendance du
Roi à la plupart de leurs demandes . Ceux
du Mantouan vont repartir , et ont aussi
obtenu le rétablissement de leurs Tribunaux
particuliers , et la séparation du Duché
de Mantoue d'avec celui de Milan , tel
( 99 )
qu'ils existoient sous Marie- Thérèse.
-Au courant de Juillet , il s'est élevé
une émeute , bientôt apaisée dans la
Ville de Côme. Les Gazettes du Pays
l'attribuent aux manoeuvres d'un François
qui se faisoit nommer de St. Cloud ,
et qu'on dit un des Prêtres de la Mission
de la Propagande politique . Il prêchoit
dans les Cabarets sur la liberté à instituer
par les lanternes , et sur les
droits de l'homme à exercer à coups de
pierres et de fusils contre les Agens du
Gouvernement. Ces Emissaires, dont on
s'est procuré ici et à Berlin une liste
nombreuse , sont tellement signalés partout
, qu'ils feront prudemment de laisser
aux Naturels le soin de se révolter , si la
fantaisie leur en prend , sans se dépayser
pour la lear inoculer ( 1 ) .
Le Marquis de Noailles , Ambassadeur de
France , après avoir pris congé du Roi , de
la Reine , et de la Famille Royale , est parti
le 20 pour retourner en France , d'où l'on
ne présume pas qu'il revienne ici.
(1) Dernièrement , au mois d'Août , un de
ces Prêtres Fanatiques étant allé prêcher ,
dans un Cabaret , le Peuple d'une Ville du
Pays de Vaud , en lui reprochant sa docilité
, et en lui enseignant le Catéchisme des
Feuilles de Paris , ses Auditeurs l'ont conduit
au Magistrat , qui après avoir renfermé
ee Maniaque , et lui avoir fait donner 50 coups
de bâton en public , lui a fait repasser la
Frontière .
"
( 100 )
GRANDE-BRETAGNE.
De Londres , le 3 Septembre.
Un bâtiment rentré la semaine dernière
, a déposé à l'Amirauté qu'il avoit
rencontré en bon ordre , la flotte de
Lord Howe à la hauteur d'Oues ant . On
n'a reçu encore aucunes dépêches ofiicielles
de cet Amiral , qu'on pense toujours
être actuellement dans le golfe de
Biscaye . La flotte Espagnole , suivant les
derniers avis , croisait entre Cadix et le
Cap St. Vincent , aux ordres du Marquis
Del Socorro , connu , dans la dernière
guerre , sous le nom de Dom Solano.
Il n'est pas sans vraisemblance que
notre escadre rentre à Torbay ou à Spithead
pendant l'Equinoxe ; mais il n'y en
a aucune quelconque qu'elle y rentre
pour long-temps , et tout apparence de
désarmement prochain a disparu .
Tandis que des Nouvellistes universels
, qui tous les matins vendent aux
Curieux de Paris la politique du Palais-
Royal, prophétisoient que nous allions
mettre bas les armes , aussitôt le Décret
de l'Assemblée Nationale sur le Pacte
de Famille , connu ; de nouvelles Commissions
émanoient de l'Amirauté , une
seconde escadre se formoit à Spithéad ,
et 30 autres vaisseaux de guerre s'ébran
( 101 )
loient dans nos chantiers ; le Gouvernement
prorogeoit au 31 Octobre , la
primé des Matelots de bonne volonté ,
et prohiboit l'exportation de la poudre
à canon et du salpètre , ce qui n'a jamais
lieu qu'à la veille d'une guerre.
Cinq Courriers différens nous ont apporté
, le 29 , le Décret rendu le 26 par
l'Assemblée Nationale de France , etiqui
ordonne l'armement de 45 vaisseaux de
ligne. Cette disposition avoit été déja
prévue , et même formellement annoncée.
Dans sa Feuille du 21 , l'Oracle ,
l'une de nos Feuilles les plus estimées ,
avoit dit , en autant de termes
2.
« On peut être sûr que les Clubs qui
<<< dirigent l'Assemblée Nationale ont
arrêté de naaintenir le Pacte de Fa-
« mille , et d'armer ; mais on ne nous
suppose pas assez bornés pour avoir
* peur de ces dispositions. Ni le Mi-
«< nistère , ni la Nation ne s'effrayeront
« d'un pareil épouvantail. Avant que
«< les François aient armé une flotte ,
nous aurions le temps de battre leurs
« Alliés , et de conquérir leurs Colonies.
Depuis quatre mois , ils préparent 14
« vaisseaux que plusieurs de nos Papiers
« se sont amusés à mettre en mer , et qui
• restent immobiles à Brest . La saison
de tenir la mer seroit passée , avant
<< qu'une autre escadre fût prête à lever
<< l'ancre . >>
«<
<< Mais supposons toute la Marine de
( 102 )
* France équipée par un Décret , est- ce
<< dans l'état de mutinerie où sont ses
Matelots que nous pourrions la re-
<< douter ? est- ce avec des Ouvriers révoltés
, des Chefs désobéis et menacés ,
<< des Ministres coulés à fond , et responsables
, non - seulement de leurs
ordres , mais encore de leurs bons ou
<< mauvais succès , qu'on fait sortir des
<< armées , et qu'on se présente devant
la première Puissance navale de l'Europe
? est- ce avec un Pouvoir exécu-
* tif qui ordonne le transport des mu
«
nitions dans tel ou tel port , tandis
* que de chétives Municipalités les ar-
« rêtent en chemin , et refusent de les
« délivrer , jusqu'au bon plaisir de l'As-
<< semblée Nationale ? Les Pouvoirs Lé
gislatif et Exécutif sont aujourd'hui
dans les mains de ce Sénat de Répu
« blicains , qui n'a point de Cromwel,
ni de de Witt pour compenser l'ab-
<< solue nullité de l'Autorité Royale. »
C'est ainsi que parloit l'Oracle, n° .384 ,
et depuis l'arrivée du Décret , ses remarques
justes ou non sont devenues
universelles ici . L'armement projeté en
France va mettre en mouvement 80
de nos vaisseaux de ligne au lieu de 50.
On presse le rassemblement de la seconde
escadre à Spithéad ; elle ne devoit
être d'abord que de 12 vaisseaux de
ligne ; elle sera de 25 , parmi lesquels ,
le Royal-Sovereigh , de de 110 canons , le
( 103 )
Prince et le Windsor Castle , superbes
vaisseaux neufs de 98 ; le Captain , le
Switsfure , Alfred , le Monarch, et
le Robuste , de 74.
Nous lisons dans certaines Feuilles
étrangères , que M. Pitt dépense ainsi
l'argent de la Nation en promenades
maritimes ridicules. On voit bien qu'il
n'y a de ridicule en ceci que l'Appréciateur
de M. Pitt , et le Juge des promenades
de nos flottes. Si une étincelle
de bon sens , un rayon d'instruction
pouvoit entrer dans la tête de ces plaisans
politiques , ils verroient que le jeu
when abalonu, aurilo no la
du moment est plus serious yuno
pensent.
Le Gouvernement a voulu rompre
tout Projet d'Alliance entre l'Espagne ,
la Russie et la France ; tel a été un des
premiers but de son armement . Il est
allé plus loin , dans l'espoir d'amener
l'Espagne à une Convention politique
et commerciale ; nous l'avons dit , nous
l'avons répété , et nous le répéterons
encore , quoique seuls à le faire. La
décision de la France commence à
échauffer les esprits , et déja l'on conseille
au Ministère de prévenir, à force
ouverte , la réunion de celles des Alliés.
Telle est la position des choses ; elle est
assez délicate pour donner des alarmes.
On attend la résolution que prendra
l'Espagne elle -même ; mais l'on doit être
certain que l'Angleterre ´va déployer
( 104 )
l'appareil le plus menaçant , pour l'in
timider, et pour rendre inutile l'appui
qu'elle peut espérer .
Par une heureuse circonstance , les
Annuités à 99 ans , créées sous le règne
de Guillaume et Marie , expirent cette
année. C'est pour le Revenu public une
économie de 54,885 livres sterlings d'intérêt
annuel , représentant un Capital
d'environ deux millions sterlings à troispour
cent.
FRANCE.
De Paris le 8 Senteman
ASSEMBLÉE NATIONALE.
Mémoire adressé à l'Assemblée Nationale
, le 27 Août , par le Premier
Ministre des Finances.
"
MESSIEURS
« J'apprends que l'on doit lire , ce matin
, à l'Assemblée , au nom du Comité des
Finances , un Rapport sur la dette erigible
; et si j'ai été bien informé , on propose ,
avec prédilection , pour la liquidation de
cette dette , une création de dix - huit à dixneuf
cents millions de Biliets - monnoie , qui
jouiroient , ou now , d'un intérêt jusq
leur extinction .
"
»
J'avois fait connoître , il y a quelque
temps , aux douze Membres du Comité des
Finances , qui conferent avee moi , mon sehtiment
tres-decide sur de pareils moyens de
liquidation ; mais le Rapport dont il est ques
>
( 105 )
tion aujourd'hui , ne m'a point été communiqué.
"
."
Je crois done remplir un devoir envers
l'Etat et envers l'Assemblée Nationale , en
me pressant de déclarer que le Ministre des
Finances n'a donné aucun assentiment à la
proposition qui doit vous être faite et qu'il
la considere comme infiniment dangereuse .
Je crois de plus être obligé de représenter
à l'Assemblée , que si elle laisse le
Public dans l'incertitude sur l'opinion qu'elle
conçoit d'une proposition de ce genre , il en
pourra ésulter promptement les plus funestes
inconvéniens .
18
»
C'est avec une peine infinie que les
Marchands , les Chefs de Manufactures , les
Particuliers de tout état , trouvent le numéraire
effectif dont ils ne peuvent se passer
pour leurs besoins habituels ; c'est avec une
peine infinie que l'Administration vient à leur
secours par une distribution journalière , et
pourvoit de plus à la solde des Troupes et
de la Garde de Paris , à la paie des tra
vaux des ports , à celle des ateliers de charité
, aux fonds en appointemens qu'exige
le service des rentes , et à d'autres dépenses
qui ne peuvent être exécutées qu'en espèces
effectives .
se
Ce n'est pas tout ; tel est , dans quelques
Provinces , le resserrement du numéraire,
que la ville de Bordeaux , sans un secours
momentané que je lui ai fait passer , se seroit
trouvée dans la plus grande détresse ; cir-
Constance remarquable et dont votre Comité
des Finances est particulierement instruit .
" 2 Vous avez autorisé l'Administration
par un Décret , à faire les sacrifices nécessaires
pour se procurer du numéraire effee
( 106 )
tif, mais ce Décret ne lève pas toutes les
difficultés l'Administration n'a que trois
moyens pour se procurer de l'argent.
"
"
Le produit des impôts. On ne les paie
plus qu'en Assignats.
"
Les achats d'espéces. Moyen très - circonserit
, sur-tout depuis qu'on a rendu ce
trafic dangereux.
-
"
Enfin les extractions des matières d'or
et d'argent de l'étranger , et cette dernière
ressource est de même extrêmement limitée
. "
9
« Les étrangers ne nous doivent pas et
nous leur demandons de l'argent ; il est
évident que cela ne peut se faire sans une
circulation forcée ; aussi , tandis qu'il nous
vient des piastres d'un côté du Royaume ,
de l'autre il sort des écus.
"
"
J'éprouve , pour rassembler la portion
de numéraire indispensable aux paiemens
les plus urgens , une difficulté journalière ,
une inquiétude très - semblable à celle qui
m'a dévoré pendant les longs et pénibles jours ,
où j'ai été obligé de lutter contre les dangers
menaçans de la famine. Cependant je ne
vois encore en perspective qu'un accroissement
successif d'Assignats , qu'une addition
inévitable aux quatre cents millions déja
déterminés ; addition nécessaire pour remplir
le service de l'année , et pour commencer
celui de l'autre .. "
Le Décret qui doit fixer la répartition
du remplacement de la Gabelle et des autres
droits que vous avez supprimés au mois de
Mars dernier , ce Décret important ´n'est
pas rendu. "
Celui qui doit réduire les dépenses du
( 107 )
Département de la Guerre ne l'est pas encore
non plus .
38
L'accroissement de solde accordé aux
Soldats forme , en attendant , une charge
additionnelle du Trésor public. "
་་ Les fonds destinés annuellement aux
pensions ont été augmentés pour l'année
1790. "
"6
Vous venez de déterminer une grande
augmentation d'armement. "
"
Le produit des impôts indirects continue
à s'affoiblir.
"
»
Le recouvrement des autres et le paiement
de la Contribution patriotique éprouvent
toujours en plusieurs lieux des retards.
. Enfin l'on ne voit encore que dans l'obscurité
le moment où vous pourrez établir le
systême d'imposition pour l'année prochaine.
K
10
Cependant , après cette fixation , combien
de dispositions ne seront pas nécessaires
pour entrer en recouvrement , et pour lutter
contre les difficultésprobables ou imprévues !»
Si donc , au milieu d'une pareille situation
des affaires , et d'une situation géné
ralement connue , l'on peut croire un moment
, je ne dis pas à la vraisemblance ,
mais seulement à la chance ou à la possibilité
de l'introduction d'une somme immense
de nouveaux Assignats-monnoie , une
juste frayeur se répandra , l'argent effectif
se cachera davantage , son prix s'écartera de
plus en plus du pair avec les Assignats ;
et l'on ne peut déterminer quel seroit l'effet
dangereux de cette premiere inquiétude. »
44
Il est impossible , en des temps devenus
si extraordinaires , de trouver une solution
complète à toutes les difficultés.
>>
( 108 )
"
Quelle doit être en de telles eirconstances
la marche de l'esprit ? c'est de fixer
son attention sur le danger le plus imminent
, et de songer , avant tout , à l'écarter. »
"
Le plus grand sans doute , et sans aucune
comparaison , c'est d'introduire une
somme immense de Papiers - monnoie ; c'est
de mettre ainsi en cause dans les mécontentemens
, les plaintes et les réclamations ,
non pas une partie quelconque de la Société ,
mais l'universalité des Citoyens ; c'est de les
mettre en cause , non pas d'une manière passagere
, mais chaque jour , chaque heure et
à tout les instans ; c'est de tenir dans une
contiaueile inquiétude les Chefs de Manufactures
sur les moyens de payer le salafre
de leurs ouvriers , et tous les Particuliers sur
les ressources necessaires pour acquitter
leurs dépenses journalieres ; c'est de mettre
encore en risque la subsistance des villes
au moment où l'affluence illimitée des Billets
mounoie les feroit refuser dans tous les
marchés libres ; c'est d'exposer jusqu'à la
sureté des transports d'especes au milieu des
besoins urgens de numéraire , qui se manifesteroient
dans toutes les villes ; c'est de
rendre incertain le paiement des Troupes ,
celui des travaux publics , celui des ateliers
de charité , celui de toutes les dépenses dont
le retardement deviendroit un sujet de
commotion et d'effervescence ; c'est enfin
de donner à tous les gens mal-intentionnés ,
un moyen facile d'augmenter le trouble et
de mettre le Royaume en combustion.
1466
Il y a déja , au milieu de nos circonstances
une trop grande somme de papiermonnoie
je l'avois craint , et le temps l'a
prouvé.
1
( 109 )
:
On peut toujours , en administration ,
arrêter , par un effort , les inconvéniens imprévus
d'une somme de deux cents millions ;
on le peut moins quand cette somme est
double mais lorsqu'on propose une addition
Jire et spéculative de dix- huit à dix - neuf
cents millions , quoique soumise à une extinction
graduelle , on ne sait alors où pourroit
conduire le renversement de tout équilibre.
"
"
Qu'on ne dise pas que les Billets - monnoie
, n'importe leur nombre et leur somme
devront rester en parité avec l'argent , puisqu'ils
n'excéderont pas la valeur des biens
Nationaux . Comment opposer une conjecture
aux lumières déja données par l'expérience?
On connoît le prix actuel de l'échange
des Assignats contre de l'argent , et cepeadant
il n'y a encore en circulation , dans
ce moment , que trois cent trente millions .
"
"
Sans doute ces Billets , tels qu'ils existent
aujourd'hui , ont une valeur progressive par
l'intérêt qui s'y trouve attaché ; mais ils ne
peuvent pas servir aux paiemens au - dessous
de deux cents francs , et par conséquent aux
dépenses les plus nécessaires , les plus instantes
et les plus multipliées ; et il y auroit
du danger à les diviser en de trop petites
sommes , puisque le désir , le besoin de les
-convertir en argent subsisteroit encore , et
que l'exigence de la classe d'hommes entre
les mains de qui de petits Billets se répartiroient
, deviendroit nécessairement embar
rassante. "
་་
L'argent d'ailleurs a un prix à l'abri
de tous les évènemens , un prix avoué de
toutes les Nations ; et la confiance dans les
Assignats , le plus réel des Papiers- mon-
No. 37. 11 Septembre 1790.F
( 110 )
noie que l'on puisse fonder , ne sera cepeadant
jamais entièrement indépendante de
la fluctuation des opinions.
Enfin l'on ne doit pas perdre de vue
que même entre deux objets d'une valeur
égale aux yeux de la raison , celui qui est
éminemment nécessaire , et qui l'est à un
certain jour , à une certaine heure , fera
toujours la loi dans les échanges , à moins
que cette supériorité ne soit tempérée par
une grande concurrence de la part des ven -
deurs de la chose dont on ne peut se passer.
C'est ainsi que le travail , aussi nécessaire
que le sol à la reproduction des subsistances ,
reçoit la loi du propriétaire ; celui - ci peut
attendre , et l'homme qui a besoin d'un salaire
pour vivre aujourd'hui , se voit forcé
de souscrire aux conditions qu'on lui impose.
Il en est de même de l'argent comparativement
aux Billets-monnoie ; l'argent ne se
convertit en Billets que pour jouir d'un intérêt
, et les Billets cherchent l'argent pour
satisfaire aux besoins les plus instans et les
plus indispensables ; or en de parcils momens
, si l'argent devient rare , nul sacrifice
n'arrête pour en obtenir.
་ ་
"
Ainsi done , soit qu'on s'en rapporte au
raisonnement , soit qu'on consulte l'expérience
, soit qu'on suive l'impulsion des idées
communes , on s'effraie en présageant le résultat
des marchés qui s'ouvriroient entre
deux milliars et demi de Billets- monnoie ,
et la petite somme d'argent qui paroît aujourd'hui
dans la circulation . "
((
Sans doute les personnes qui ont des
detres à acquitter et des engagemens à remplir
, verroient avec plaisir l'introduction
d'une somme immense de Papiers -monnoie ,.
( ii )
puisque cette émission leur permettroit de
s'acquitter avec plus d'avantage et de facilité
; mais leur spéculation , fondée sur la
dégradation probable du prix de ces Papiers ,
est un indice de plus de la disconvenance
d'une telle ressource sociale. »
K
On ne peut le contester , la multiplication
des Billets- monnoie et l'extinction par
l'entremise de ces Billets , d'une somme considérable
de capitaux portant intérêt , favoriseroient
certainement la vente des biens
nationaux ; mais où seroit la justice d'une
disposition qui tendroit à faire valoir le prix
des Domaines qu'on veut vendre , en donnant
à ses créanciers des Billets dont ils
seroient forcés de faire usage d'une seule
manière , des Billets dont la perte sur la
place accroîtroit en proportion le profit de
l'Etat , et dont le discrédit probable devient ,
dès-à -présent , une des bases de la spéculation
formée au nom de l'intérêt public ?
Sans doute ce discrédit permettroit de donner
un plus haut prix des Domaines naticnaux
; mais un Etat ne doit pas se transformer'
en joueur à la baisse , et se servir de la peur
pour faire fortune .
" On se tromperoit cependant si l'on considéroit
comme un profit pécuniaire sans balance
, l'accroissement de valeur que donneroit
aux biens nationaux une émission de
dix -huit cents millions de nouveaux Billetsmonnoje
; car la hausse du prix de la maind'oeuvre
et des salaires , suite inévitable
d'une pareille disposition , l'augmentation
des sacrifices nécessaires pour se procurer
de l'argent , les pertes avec l'Etranger par
la convulsion des changes , enfin tous les
chocs et toutes les explosions qui surviennent
Fi
( 112 )
an milieu d'un grand trouble , causeroient
certainement un dommage considérable au
Trésor public. Le maintien de l'ordre , la
satisfaction des Citoyens , la tranquillité des
Peuples , la confiance dans la justice des
Lois et dans la sagesse du Gouvernement ,
toutes ces idées morales sont plus financières
qu'on ne pense , car elles influent de mille
manières sur l'administration prospère d'une
immensité de revenus et d'une immensité de
dépenses. "
<<
Qu'importe au reste un calcul d'argent ,
quand il est question de se déterminer sur
une disposition publique qui exposeroit à
des inconvéniens d'un genre supérieur et
sans parallèle et lors même qu'une spéculation
lointaine pourroit offrir le dédommagement
d'un danger prochain , sommes - nous .
dans un temps et au milieu de circonstances
où l'on puisse se permettre de jouer le présent
contre l'avenir ? »
"
« L'idée de convertir la dette publique
en Assignats , pour la contraindre de cette
manière à se convertir en Domaines Nationaux
, est vaste par son application ; mais
la morale est bien plus vaste encore , et tout
ce qui s'éloigne de ses principes est plutôt
un écart remarquable , qu'une grande pensée
d'administration . "
« Ce seroit aussi un avantage , j'en con
viens , de pouvoir liquider avec des Billetsmonnoie
, la dette qu'on appelle exigible ,
puisque de cette manière l'on seroit plus
promptement affranchi de l'intérêt dont elle
grève ou grèvera l'Etat ; mais un tel avan
tage a son prix , ainsi que tout autre profit,
et l'on auroit tort de l'acheter par des dis(
113 )
positions injustes et qui ameneroient une
confusion générale,
"
Je ne doute point cependant que , dans
le grand nombre de Propriétaires de la dette
exigible , il ne s'en trouve qui desirent le
plan de liquidation proposé ; car il doit
convenir à ceux qui , ayant une somme de
dettes égales à leurs créances sur l'Etat ,
s'en acquitteroient avec les mêmes Billets
qu'ils auroient reçus ; il doit convenir encore
à ceux qui , sans être débiteurs de personne
, auroient assez l'habitude des affaires
pour se défaire agilement des Billets qui
leur auroient été remis , mais tous les autres
Créanciers de l'Etat , et les Créanciers de
ces Créanciers qui verroient leurs capitaux
convertis tout- à- coup en Billets -monnoie ,
dont le prix s'affoibliroit journellement , ces
divers Particuliers livrés à toutes sortes
d'alarmes , quelles plaintes , quelles clameurs
n'éleveroient- ils pas ?
On leur diroit : achetez des Biens Nationaux
; mais à quelle époque et dans quel
lieu ? et comment trouver avec certitude une
division de Domaine équivalente à sa propriété
et rapprochée de sa convenance ?
»
« Il ne faut pas perdre de vue qu'une multitude
de Citoyens
réduits à la plus modique
fortune , se trouveroient
compris
dans la
classe prodigieuse
en nombre
de tous les
Propriétaires
ou Porteurs
de Billets. "
Leur diroit-on encore , si vous ne voulez
pas des Biens Nationaux , défaites- vous de
vos Billets ? mais l'argent paroîtroit en si
petite quantité dans la circulation , que
l'échange entre les deux monnoies deviendroit
impossible. »
. On dit que les nouveaux Billets devant
Fi
( 114 )
être délivrés , non pas pour satisfaire à des
dépenses , mais pour rembourser des capitaux
, ils n'augmenteroient pas la quantité
destinée à la circulation journalière ; mais
tous les Porteurs dé ces nouveaux Billets
ne voudront pas acheter des Domaines Nationaux
, et lorsqu'ils chercheront à les trans :
mettre en d'autres mains , il faudra bien que
cette négociation se fasse par un échange
avec quelque autre valeur , et cette autre
valeur conventionnelle ne peut être que de
l'argent , à moins qu'on n'en crée une troisieme
, et puis une quatrième pour servir
d'issue les unes aux autres. "
"(
Enfin on ignore encore , en ce moment ,
la valeur des Domaines Nationaux ; on l'ignore
encore plus , déduction faite des droits féodaux
et des parties de bois dont l'Assemblée
Nationale a déja décrété la conservation .
Comment donc pourroit - on présenter aujourd'hui
l'ensemble deces Domaines , comme
l'équivalent certain ,
De 1,878,816,634 liv. , montant de la
dette à laquelle le Comité donne le nom
d'exigible ; "
་་་
De quatre cents millions , montant des
Billets assignats déja décrétés ; ">
De cent cinquante ou deux cents millions
, supplément qui peut - être deviendra
nécessaire et pour achever le service de cette /
année , et pour faire face aux nouvelles dépenses
que vous avez déterminées , et pour
remplir le vide des premiers mois de l'année
prochaine , si , comme il est à craindre , le
nouveau systême d'impôt qu'on veut vous
proposer , n'est pas alors én activité.. "
་ ་ -
Il y a trop de confusion , trop d'incertitude
encore dans toutes les connoissances
( 115 )
relatives aux Domaines Nationaux , pour les
présenter comme une pleine garantie de la
grande opération qu'on propose. "
J'entends bien que si la somme des
Assignats excède la valeur des Domaines
Nationaux , la concurrence élevera le prix
de ces derniers , ou baissera celui des Assignats
; mais là commence l'injustice et le
danger. Je crois voir la foule cherchant à
passer par un seul chemin trop étroit ; les
uns arrivent , les autres restent en arrière ,
tous sont froissés , et plusieurs périssent.
"
"
N'en doutons point , aux Agioteurs près ,
le plus grand nombre des Citoyens seroit
atteint de quelque manière par une opération
immense , qui , en dérangeant tous les
rapports , en changeant le prix de toutes les
choses , en introduisant le jeu le plus effiéné ,
ébranleroit toutes les fortunes , et deviendroit
encore le principe d'une commotion
plus dangereuse .
*C
"
Sans doute qu'en proposant l'introduction
d'une immense quantité de Billetsinonnoie
, on n'a pas été arrêté par les inconvéniens
de l'accroissement des salaires et
par les risques qui accompagnent les prétentions
, les résistances et tous les grands mouvèmens
entre ceux qui salarient et ceux qui
sont salariés ; mais je ne sais si l'on a fixé
son attention sur la nouvelle classe importante
et nombreuse de Citoyens qui n'étoient
point autrefois aux gages de l'Etat , et qui
vont le devenir. Je veux parler des Curés et
des Vicaires de Paroisses , auxquels vous
avez attribué une somme numéraire pour
appointemens. Je prévois que déja dane
l'etat présent des choses , ils auront à soufe
frir de la nécessité où l'on sera de les payer
Fiv
( 116 )
1

en Assignats , si les impôts ne sont acquittés
que de cette manière ; mais dans quel embarras
, dans quelle malheureuse situation
ne seroient- ils pas réduits , si , par l'istroduction
d'une immense quantité de nouveaux
Billets- monnoie , ils ne pouvoient
convertir , sans une perte insupportable pour
eux , le papier qu'on leur auroit remis en
paiement ; si même ils ne pouvoient le réa- ·
liser à temps , pour satisfaire à leurs modiques
dépenses ? La tranquillité d'esprit est
Lécessaire aux fonctions de paix qu'ils exercent
; et loin du théâtre de nos spéculations
financières , ils se livreroient plus promptement
aux inquiétudes , si leur état devenoit
dépendant des fluctuations inévitables dans
les négociations et les prix d'une masse
énorme de Papiers - monnoie .
1 "1
n
Il n'est nullement démontré que la vente
des Domaines Nationaux doive être arrêtée
par l'effet d'une disette de numéraire . »
"
Il en existe en France , selon toutes
les vraisemblances, au-delà de deux milliadrs
en monnoie réelle .
10
>>
Il y a de plus quatre cents millions de
Billets- assignats décrétés par l'Assemblée
Nationale , et déja répandus en grande partie
dans la circulation . "}
Il faudra forcément et malheureusement
en augmenter la somme pour faire face aux
besoins de la fin de l'année et des commencemens
de l'autre. ་ ་
Enfin , si l'on admettoit de quelque
manière , soit la dette publique en entier ,
soit uniquement la dette exigible en payement
des Domaines Nationaux , pouriot
on craindre qu'avec tant de moyens réunis ,
le manque des signes d'échange arrêtât les
acquisitions dont on auroit la volonté? »
( 117 )
"
Je ne m'étendrai pas davantage. Ignorant
les diverses propositions du Comité des
Finances , je n'ai pour but , en ce moment ,
que d'opposer une première résistance , à
celle d'entre ces propositions qui me frappe
comme désastreuse. Je n'en connois aucune
qui ne fût préférable à un genre de ressource
qui séduiroit peut- être par sa simplicité , si
cette simplicité n'étoit pas le renversement
violent de tous les obstacles . "
M. l'Abbé d'Eymar , Député d'Alsace , a
fait imprimer l'Opinion qu'il prononça le 17
Août , sur le Rapport de M. le Chapelier ,
relatifà l'Adresse des Luthériens et des Villes
mixtes d'Alsace. On doit se rappeler que ,
fondés sur les Traités inviolables qui unirent
l'Alsace à la France , les Luthériens ont demandé
la conservation de leurs Biens Ecclésiastiques
: le Comité ne pouvoit la refuser.
Il est étrange sans doute que les Catholiques
de la Province , dont les droits
sont les mêmes , et par les mêmes titres ,
que ceux des Luthériens soient exclus
de cette faveur , et que le Comité leur ait
óté leurs Biens Ecclésiastiques , en maintenant
dans leur possession , ceux de la Confession
d'Augsbourg . M. l'Abbé d'Eymar ne
s'arrêta point à cette acception du Comité;
il se borna à défendre les droits des Lutheriens
et la Loi de l'alternat des deux cultes
dans les Elections . Attaqué grossièrement
par M. Reubell , M. l'Abbé d'Eymur a donné
au Public l'explication suivante :
་་
avis
2
"
M. Reubell n'a pas craint , étant du même
que moi sur le fond du premier article ,
des droits des Luthériens , de me prêter , ce-
F
( 118 )
pendant des intentions perverses , et d'exprimer
avec autant de grossiéreté que d'indécence
, au milieu de l'Assemblée la plus
anguste , des soupçons auxquels il n'est dû
d'autre réponse par l'homme de bonne foi
que l'indignation et le mépris . "
"
Relativement au second article de mes
conclusions sur la parité et Palternative dans
les Emplois civils , M. Reubell est d'une
opinion différente de la mienne , et pour combattre
la pétition de MM. les Luthériens des
Villes mixtes à ce sujet , ainsi que les motifs
sar lesquels je l'ai moi-même appuyée , il
m'a nié d'abord que MM. les Deputés extraordinaires
des Villes mixtes fussent munis
des pouvoirs nécessaires pour solliciter cette
loi , il a dit en termes formels que celui de
Colmar seroit fort embarrasé de produire le
cahier qui les renferme. "
Il semble , après une telle assertion , que
M. Reubell étoit fondé au moins à avoir des
doutes sur l'existence de ces pouvoirs. Eh
bien ! non - seulement le Sieur `Reubeli connoissoit
la délibération prise à Colmar par
la Commune de MM . les Luthériens de la -
Confession d'Augsbourg , mais encore c'est
par son propre conseil que l'article a été
rédigé de la manière suivante , et je suis autorisé
par M. le Député lui- même à publier
cette vérité. Voici l'article de cès cahrers ,
en date du 15 Février 1790 :
Ils chargent en outre les Membres du
consistoire, ainsi que leurs Députés , de solliciter
auprès de l'Assemblée Nationale la conservation
de tous leurs droits ecclésiastiques ,
religieux et civils , et pour ce qui regarde la
nomination aux places de District et des Départemens
, ainsi qu'aux Offices de Judicature
( 119 )
et à la représentation à l'Assemblée Natio
nale , de démander que les Elections ' soient
proportionnées à la population des Citoyens
des deux Religions , vu qu'une telle forme ,
qui estfondée sur lajustice , nefera que modifier
la liberté indéfinie, et est la seule capable
de conserver la tranquillité , la paix et la
sureté publique ; de mettre un frein salutaire
à l'esprit de parti et defanatisme, et d'éteindre
les haines réciproques qui en seroient la suite
inévitable. "
"
M. le Député de Colmar a montré ›-luimême
à M. Reubell , à Paris , le cahier con
tenant cet article de ses instructions , rédigé
ainsi , je le répète , par le conseil de M.
Reubell.
"
Qu'on juge actuellement et la conduite
et les assertions de M. Reubell; quenos Com
mettans respectifs , que la Province d'Alsace
toute entiere connoisse ceux auxquels elle a
confié le droit précieux de la représenter et
de travailler à son bonheur. Qu'elle nous
juge enfin , et qu'elle prononce. »
On se rappelle que l'Assemblée Nationale
a rendu un Jugement contre M. VEvêque
de Toulon. En rapportant quelques
fragmens de la lettre pastorale de ce
Prélat , nous avions cité la phrase suivante :
Couvrez- vous , à la voix du Prophète, de sang
et de poussière , eu blâmant la force de
cette expression. Nous nous hâtons de la rectifier
sur l'original même , qui porte : Couvrez-
vous de CENDRE et de poussière . La
Municipalité de Toulon qui a commencé par
séquestrer les biens de son Evêque , a reçu
de l'Assemblée attribution de le juger ; c'est-
Fvj
( 120 )
dire , de juger son opinion sur les calamités
actuelles de la France.
DU LUNDI 3ǝ Aour.
M. Thouret a r'ouvert aujourdhui son immense
Code d'Ordre Judiciaire , et à la suite
d'un Rapport , il a proposé la fixation du
traitement des Juges de paix et de Districts .
On a répété de part et d'autre beaucoup de
lieux communs , pour ou contre la modicité
des honoraires. Cette discussion , si c'en est
une , n'a offert de piquant que l'observation
de M. d'Espréménil , sur la surcharge que
le nouvel Ordre judiciaire imposeroit à la
Nation : il l'a prouvée par un calcul simple
que personne n'a réfuté ; mais auquel on a
opposé la force qui prévaut plus souvent que
celle de la raison , l'artillerie des interruptions
, des murmures et des personnalités. ,
Quelques Membres ayant inculpé le Parlement
de Paris ; le plus grand reproche
qu'il ait à se faire , a repris M. d'Espréménil ,
est celui dont je ne puis parler dans cette
Assemblée . "}
"
Voici les articles décrétés :
Juges de Paix.
Art. Ir. Le traitement sera dans les
cantons et dans les Villes au-dessous de 20
milles ames , savoir ;
" Pour le Juge de Paix 600 liv .; pour le
Greffier , 200 liv.
>>
Dans les Villes depuis 20 mille ames
jusqu'à soixante mille ames.
"
10
Juge de Paix , 900 liv.; Greffier , 300 1 .
Dans les Villes au- dessus de 60 mille
ames.
( 121 )
Juge de Paix , 1,200 liv.; Greffier , 500 1 .
"
Paris , ajourné.´.

Juges de Districts.
dans les Villes au-
Le
traitement sera ,
dessous de 20 mille ames , savoir :
Pour chaque Juge et pour le Commissaire
du Roi , 1,800 liv.; pour le Greffier ,
indépendamment du produit des expéditions,
suivant le tarif modéré qui en sera fait ,
600 liv.
" Dans les Villes depuis 20 mille
jusqu'à 60 mille .
44
ames
Pour chaque Juge , et pour le Commissaire
du Roi , 2,400 liv.; pour le Greffier ,
800 liv.
Dans les Villes au- dessus de 60 mille ames.
Pour chaque Juge et pour le Commnissaire
du Roi , 3,000 liv.; pour le Greffier ,
1,000 liv.
"
A Paris pour chaque Juge et pour le
Commissaire du Roi , 4,000 ; pour le Greffier
, 1,333 liv. 6 s . 6. - den . »
-III. Le Corps législatiffera imposer an
nuellement sur chaque district les dépenses
du Tribunal et du Corps administratif qui
y seront établies . L'Assemblée Nationale invite
les Administrateurs à régler avec économie
celles qui les concernent , et à se dis
tinguer à l'envi par cette simplicité patriotique
qui fait la vraie décoration des élus
du Peuple . "
DU MARDI 31 AOUST.
M. Thouret a proposé et fait décréter , dans
ses vues , le traitement des Directoires de
Districts. On a objecté à cés évaluations
la nécessité de l'économie et du désin-
2
1
( 122 )
téressement . Ces objections ont été combaftues
par l'intérêt de la Constitution , et
par la crainte de laisser les places entre les
mains des riches seuls . La Nation paiera
donc l'avantage d'être servie par des Administrateurs
pauvres nous l'attendons à l'expérience
: voici le tarif décrété :
Dans les Villes de 20 mille ames.
Aux Membres des Directoires de District,
900 liv.; au Procureur-syndic , 1,600 liv .;
au Secrétaire , 1200 liv .
Dans les villes depuis 20 millejusqu'à 60 mille
ames.
Aux Membres des directoires de District ,
1,200 liv. ; au Procureur- Syndic , 2,000 liv.;
au Secrétaire , 1500. liv.
Dans les villes au- dessus de 60 mille ames.
Aux Membres des directoires de District ,
1500 liv.; au Procureur Syndic , 2400 liv.;
au Secrétaire , 1800 liv .
Une Lettre du Ministre de la Guerre est
arrivée ; elle renfermoit une lettre de M. de
Bouillé, en date du 29 Août , qui porte en
substance :
"
Depuis ma dernière Lettre , j'arà vous
rendre compte d'événemens affreux arrivés
dans la ville de Nancy. Malgré les diverses
propositions qui avoient été faites , les soldats
du Régiment de Châteauvieux Suisse
ont persisté dans leur demande ; les Régimens
du Roi , et Mestre- de- Camp cavalerie ,
et une partie de la Garde Nationale ont pris
parti pour eux. La situation des Citoyens
est vraiment alarmante ; la classe inférieure
défend les Soldats ; l'autre craint d'être
pillée et massacrée. On dit par tout que les
Généraux font marcher des Troupes pour
opérer une contre- révolution . Hier , la Gar(
123 )
nison et la Garde Nationale se sont armées .
M. de Malseignes s'étoit échappé. Cinquante
Cavaliers l'ont poursuivi . Ils ont été rencostres
par un détachement de Carabiniers qui
les a chargés , qui en a tué plusieurs et pris
Je reste. Depuis , M. de Noue a été emprisonné,
et plusieurs Officiers qui vouloient le dé.
fendre , blessés . »
« Le trouble continue : je rassemblerai le
plus de Gardes Nationales que je pourrai .
Je pense que le plus avantageux dans cette
circonstance , seroit de faire joindre à moi
deux Députés de l'Assemblée Nationale . Leur
influence produiroit surement le meilleur
effet. ""
M. Prugnon a annoncé une lettre et des
Procès - verbaux de la Municipalité de Nancy,
dont les Membres ont juré de mourir sur leurs
chaises curules , a l'exemple des Romains ,
pour le salut de la Cité. M. Emmery fait lecture
des Procès - verbaux ; nous nous réduisons
à l'énoncé succinct des faits du 28.
Le 28 , le Corps Municipal a vu de toutes
parts des Soldats des trois Régimens composant
la garnison , courir dans la ville en criant
aux armes. Les Gardes Nationales , au nombre
de deux mille deux cents , se sont assemblées
. La rumeur publique nous a appris que
la cause de ces cris étoit le départ de M. de
Malseignes. Aussitôt cent hommes du Régiment
de Mestre - de -Camp l'ont poursuivi ; les
Soldats du Régiment du Roi et de Châteauvieux
se sont emparés des Officiers . MM . de
Noue et Pecheloch ont été mis en prison.
M. Iselin , Officier Suisse , avoit pris un
habit de Garde Nationale pour sa sureté : il
a été arrêté ; on l'a conduit, sans habit , dans
( 124 )
les différens quartiers de la Ville , et mené
ensuite à la Conciergerie .
-Sur ces entrefaites , un Capitaine de la
Garde Nationale , a annoncé que les Cavaliers
, à la poursuite de M. de Malseignes ,
avoient été battus par les Carabiniers sortis
de Lunéville. L'Arsenal a été forcé , lé reste
de la Cavalerie est parti , et deux mille hommes
environ , tant du Régiment du Roi que
du Régiment Suisse . Un nombre de Gardes
Nationales se sont jointes à eux.
" .
«
་་
68
"
" Tout menace la Lorraine d'une catastrophe,
continue M. Emmery. On n'épargne
aucunes manoeuvres pour empêcher la
« réunion des troupes de M. de Bouille on
les présente comme des agens de contrerévolution
; on travaille à susciter des en-
" nemis au Général. Il n'est pas temps de
remonter à la cause de ces désordres ; il
s'agit d'y mettre fin , et d'en prévenir le
dernier terme. Vous avez rendu des Dé--
crets ; soutenez - en l'exécution . J'ai accusé
« M. de Bouillé lorsqu'il a refusé de prêter
şermeut. Il l'a prêté , renouvelé : il est
homme d'honneur, et je réponds de sa fidélité
à le remplir. Confiez - vous en sa bra-
" voure , et en celle de la Garde Nationale
de Metz . Je vous propose , au nom du
Comité Militaire , de déclarer votre con- s
fiance dans les mesures déja prises ; que
" vous approuvez ce que fera M. de Bouillé
- en vertu des ordres du Roi , pour l'exécution
de vos Décrets , et que les personnes
qui se joindront aux rebelles seront poursuivies
par la force armee. »
་ ་
"
u.
"
"
"
46
40
"
Ce Projet de Décret , crie M. Cottin ,
proclame la guerre civile. »
Je l'adopte , réplique M. de la Roche(
125 ) ८
1
foucault , et je demande qu'on aille aux
voix.
Avant le Rapport de M. Emmery, M. Roberspierre
avoit requis l'audience pour deux Dépi -
tés de la Garde Nationale de Nancy . M. Salle,
Médecin , a appuyé cette demande , eny nêlant
des reproches injurieux à la Municipalité
de Nancy : M. Regnier , l'un des Députés
de cette ville , donne au Préopinant un démenti
formel , et lui porte le défi de prouver ce
qu'il avance. MM. Prugnon et Duquesnonse
joignent à M. Regnier , l'Accusateur garde
le silence. Les Députés de la Garde de Nancy
sont introduits.
Leur harangue , longue et artificieuse , est
une apologie des soldats révoltés , et une
incrimination continuelle des Officiers . Les
coupables , suivant ces Orateurs , ce sont les
Ennemis de la Révolution,: ce sont les Chefs
du Régiment du Roi et de Châteauvieux ;
c'est M. de Malseignes. Tout le tori des soldats
est d'avoir montré unferme attachement
à la Révolution, Certes , ce seroit une belle
Révolution que celle qui auroit des amis , soulevés
contre les Lois et contre l'Autorité légitime.
Ce lieu commun , à l'aide duquel on
eherche à justifier les attentats les plus criminels
, ne peut plus réussir qu'auprès des
Factieux et des Imbécilles. On prévoit bien
que la conclusion de l'Orateur , M. André ,
a été de temporiser et d'invoquer justice pour
les Rebelles.
Les honneurs de la Séance ont été accordés
à leurs Avocats , à l'instant où ces
mêmes rebelles versoient le sang des fideles
'Gardes Nationales de Metz et de Verdun.
MM. Duquesnoy , Coster et de la Fayette
( 126 )
appuyoient le Décret de M. Emmery ; il a
été attaqué par M. Biauzat , qui a invoquéla
réflexion , et par M. le Curé Gouttes , qui
a-parlé de Religion . M. Robespierre est allé
plus avant. La révolte des Soldats a été ,
dans sa bouche , une erreur du patriotisme ;
l'Armée de M. de Bouillé alloit offrir une
réunion d'Aristocrates et de Despotes soudoyés
, pour égorger des Soldats Patriotes.
On est coupable d'avoir choisi M.de Bouillé,
objet de la défiance publique . Ni les Ministres
, ni les Chefs Militaires ne méritent
de confiance. Il ne faut punir les Soldats
qu'après la preuve de leurs torts ; il faut
punir ceux qui commandent , comme ceux
qui obéissent , et dépêcher quatre Députés ,
sur le Rapport desquels l'Assemblée prononcera.
La meilleure réponse à faire à ces Journalistes
de Faction , qui attribuent les
soulèvemens de l'Armée aux manoeuvres de
la Noblesse , du Clergé , des Princes et des
Officiers , c'est ce Discours précieux et naïf.
M. Barnave a ensuite substitué des moyens
dilatoires au Projet , pressant comme les cir
constances , de M. Emmery. Il a demandé
une Proclamation , dans laquelle l'Assem
blée déclareroit qu'elle entend punir les cou
pables de tout grade ; qu'elle scrutera toutes
les causes ; que , pour obtenir justice ,
faut rentrer dans l'ordre ; qu'on ne fera de
mal à personne , et que les Soldats et les
Citoyens seront sous la sauve - garde de la
Nation.
il
Il est à croire que M. Barnave compre
noit tacitement les Officiers dans le nombre.
des Citoyens mis sous sauve - garde ; car ,
certes , si quelqu'un en avoit besoin , ce
( 127 )
n'étoit pas en ce moment , les Soldats ouvrant
à discrétion , et refermant les cachots ,
et traitant leurs Officiers , comme un Juge
auroit peine à les traiter pour les délits les
mieux caractérisés . •
On s'est arrêté à l'avis de cette Proclamation
, portée par deux Commissaires antorisés
à requérir le Pouvoir militaire , après
avoir épuisé les moyens de paix et de justice ,
DU MARDI. SÉANCE DU SOIR.
A la suite d'un Rapport du Comité de
Mendicité , relatif à la police des ateliers
de secours , on a fait lecture d'une Lettre
de M. le Cardinal de Rohan , qui envoie sa
démission .
" Des affaires graves et pressantes , écrit
S. E. , m'ont forcé de m'absenter pour me rendre
dans mon Diocèse de l'autre côté du Rhin:
1-
es environs de mes Possessions ont été le
théâtre des dévastations de tout genre ; on
est venu à Saverne avec des projets destructeurs.
J'ai choisi pour ma résidence .
momentanée , l'endroit de mon Diocèse où
je pouvois me procurer une tranquillité que
j'aurois dû trouver par - tout. J'ai appris avec
une extrême sensibilité , qu'une conduite
aussi simple avoit été travestie . Je desirerois
que ma santé me permît de venir en
personne rendre compte de ma conduite ;
mais ne le pouvant pas , je m'empresse d'adresser
à l'Assemblée ce Précis justificatif..
J'ai droit d'espérer qu'elle marquera son
mécontentement à ceux qui ont cherché à
l'induire en erreur . - En ma qualité d'Evêque
de Strasbourg , je n'ai pu me refuser
aux réclamations de la Noblesse et du Clergé
d'Alsace , pour soutenir l'effet des Traités
-
( 128 )
et des Capitulations : j'ai dû soutenir mes
prérogatives de Prince d'Empire; en imprimant
mon Mémoire ; j'ai invoqué la justice
du Roi , et, les bons offices de la Diète de
Ratisbonne , conservatrice des droits de
l'Empire je n'y ai point envoyé d'Emissaires
; mes démarches ont été franches ,
publiques et légales : n'étant qu'usufruitier,
je dois , dans les règles de la délicatesse ,
defendre des droits dont je ne puis faire le
sacrifice spontané , depuis mon retour en
Alsace. Je défie qu'on puisse citer aucun .
écrit , aucunes démarches , aucuns discours
contraires à ma soumission à la Loi , et à ,
mon respect pour le Ro . On m'a cité le
propos de M. de Montmori ; s'il est tel
qu'on le rapporte , je ne puis que l'accuser
d'avoir manqué à l'Assemblée , à lui et à
moi , par une assertion qui viole toutes les
bienséances . Je ne parlerai point du Dé- ·
cret qui ordonne l'inventaire de mes meubles
; je respecte trop les momens de l'Assemblée
, pour l'occuper de pareils détails.
Aux motifs de ma santé , qui ne me permettent
pas de retourner en ce moment- ci
à Paris , je dois joindre celui de ne point
compromettre la dignité de ma qualité de
Député , en m'exposant aux plaintes qui.
pourroient m'être faites par mes Créanciers :
n'étant plus en état de les satisfaire , depuis
la perte des revenus que je leur avois abandonnés
; je n'ai nul embarras à avouer l'extrémité
à laquelle je suis réduit , puisqu'il
n'y a nullement de ma faute , et qu'elle n'est
point l'effet d'aucune dissipation . J'ai possédé
légalement des revenus , je les avois
légalement légués à mes Créanciers , je suis
à couvert de tous reproches , puisque l'As(
129 )
semblée prend en considération tous les malheureux
j'espère qu'elle trouvera quelques
moyens pour acquitter mes dettes . —Je prie
l'Assemblée d'accepter ma démission de Député.
»
"
On a renvoyé cette Lettre au Comité des
Rapports, qui , l'instant d'après , a fait demander
l'impression de la Procédure du
Châtelet sur les crimes du 6 Octobre , que
l'on appelle une affaire , afin que l'Assemblée
puisse pronoucer en connoissance de
cause , sur le Rapport qui va être prêt. M.
de Mirabeau a demandé que le Rapport ne.
fût pas retardé, vu le temps qu'absorberoit
l'impression de la Procédure . « Au reste ,.
tout m'est égal , a - t-il ajouté . Je ne suis pasassez
modeste pour ignorer que , dans le
Procès fait à la Révolution , je dois jouer un
role. M. de Mirabeau se fait donc d'étranges
idées de la Révolution ! et qu'a de commun
avec elle , cet attentat atroce et gratuit
exercé dans le Palais du Roi , sur les Gardes
de sa Personne inviolable , sur son domicile
aussi sacré , on peut le croire , que celui d'un
autre Citoyen , et sur la Mère innocente et
malheureuse de l'Héritier du Trône ? Quoi!
il étoit nécessaire à la Révolution de la
souiller d'an crime inouï ? d'enfreindre les
principes de la Constitution , les Lois de la
Justice , et celles de l'humanité la plus vulgaire?
de commettre envers le Roi des François
une action que les Tribunaux puniroient
du dernier supplice , si elle étoit commise
contre le dernier des Citoyens ? M. de Mirabeau
nous permettra de penser que, si quelque
événement a mis en péril la Révolution du
mois de Juillet , a aliéné nombre de Citoyens
et l'Europe entière , et détruit l'es(
130 )
poir qu'avoient les vrais amis du Peuple ,
de voir la Monarchie et la Liberté se relever
sans convulsions ni catastrophes , ce sout
ces journées fatales dans lesquelles il s'honore
u'avoirjoué un rôle.
Des propos rompus et des personnalités
ont précédé la décision de l'Assemblée . M.
Goupil a traité d'insolent. M. de Montlauzier;
celui - ci a démandé qu'on mît le poli M.
Goupil aux arrêts . M. de Mirabeau a dit finement
qu'il falloit craindre l'évasion des Témoins
plutôt que celle des Accusés : propos
auquel les Galeries ont prodigué leur hommage.
M. Alquier est venu ensuite répéter ,
comme de son chef, une Motion précédente
de M. Malouet , qui , témoin déposant , avoit
demandé que tous les Membres admis
comme lui , en témoignage , s'abstinssent de
délibérer sur le Rapport. On l'a ainsi décrété
, ainsi que l'impression de la Procédure ,
en évitant les contrefaçons , et sans que les
Rapport de l'affaire puisse être retardé.
Cette décision rendue , M. Barnave a lu
son Projet de Proclamation . On l'a trouvée
emphatique sans être noble , déclamatoire.
sans énergie , et plus propre à caractériser
une négociation qu'une exhortation à des
coupables. M. Malouet à très - justement critiqué
ce morceau de rhétorique , comme
n'exprimant point l'indignation de l'Assemblée
, et paroissant promettre l'impunité.
M. Roederer a lu une autre Proclamation
plus ferme , plus efficace , et qui a reçu de
justes applaudissemens ; mais M. Barnave
s'est opposé à ce qu'elle fût admise. On lui
a représenté qu'il n'étoit plus temps de faire
des phrases , et que sa harangue n'étoit autre
chose qu'un désaveu des Décrets précédens .
( 131 )
Sur l'avis de M. Emmery , on a ajourné à
demain la délibération definitive .
DU MERCREDI 1 " . SEPTEMBRE.
Sur le rapport des Comités de Marine et
des Finances , on a décrété quatre articles
relatifs à la Comptabilité de la Marine , dont
le plus important statue que , l'Assemblée
Nationale voulant assurer le service de la
Marine pour l'exercice de 1790 , décrète que ,
sans préjuger la distribution des fonds projetés
au mois de Décembre dernier , les 30
millions assignés pour l'ordinaire de la
Marine , les 10 millions 500,000 liv. pour
l'ordinaire des Colonies , et les 7 millions
162,850 liv. assignés pour les dépenses extraordinaires
, faisant lesdites sommes celle
de 47 millions 662,855 liv . , continueront
d'être remis à a disposition du Ministre de
la Marine , à raison d'un douzième par mois
jusqu'à la fin de 1790 , sauf la responsabilité
sur l'emploi de ces fonds .
Une nouvelle Lettre de M. de Bouillé a
instruit l'Assemblée des préparatifs que faisoit
ce Général pour l'exécution des Décrets ,
et d'une Proclamation rendue le 30 , pour
assurer l'obéissance .
M. Peschelosh , Aide- de-Camp de M. de
la Fayette , enfermé à Nancy par les Soldats ,
puis libéré , a été introduit à la Barre , où
il a fait le récit détaillé des évènemens que
nous avons rapportés et des faits qui lui
étoient particuliers. Il a partagé le zèle et
les dangers de ceux qui inutilement ont
multiplie leurs efforts pour ramener la Garnison
à son devoir. Pour suivre un fil comau
milieu de tant de narrations di- mua
( 132 )
verses , nous reprendrons dans celle de M
Peschelosh ce qu'il a raconté des suites de
l'évasion de M. de Malseigne,
1
M. de Malseigne , qui n'etoit arrivé que
le Mercredi à Nancy , en est partile Samedi,
Dès qu'on a su qu'il étoit sorti , beaucoup
de Cavaliers sont allés à sa suite, Les Ca
rabiniers , probablement aveytis , sont venus
à Domballe , moitié chemin de Nancy et
Lunéville. Là , il y a eu une attaque entre
les Cavaliers et les Carabiniers . On prétend
que neuf Cavaliers sont restés sur la place.
Le bruit de cette action s'est bientôt , répandu
à Nancy. On crie àla trahison. Le
Peuple s'alarme , on lui dit que des Ennemis
Autrichiens et Anglois vont passer
les frontières . Les Soldats et la Garde Nationale
chercheni par- tout les Officiers pour
les arrêter. Cing ont été blessés légèrement
M. Peschelosh se mêle parmi eux . Quelqu'un
dit qu'il est aussi un traitre ; on l'arrête ,
on le laisse dans un Gorps- de- garde avec
deux Fusiliers. On traîne M. de Noue dans
un cachot , on le deshabille , ensuite on le
transfere dans une prison. Bientôt on prend
le parti d'aller trouver les Carabiniers à
Lunéville. On sort à six heures du soir ;
comme on marchoit dans la nuit , on trouve
des arbres que l'on prend pour des Carabiniers
; on fait un feu roulant. Ce bruit est
entendu à Nancy, Quelqu'un vient dire que
les Regimens sout hachés ; l'alarme est au
comble. "
K
M. Peschelosh propose à ceux qui le gar
doient , de marcher avec eux au secours de
leurs camarades ; il marche effectivement à
eux. Les Carabiniers étoient à Lunéville en
ordre
( 133 )
sedre de bataille ; les deux Troupes s'evoyèrent
des Deputés . M. de Malseigne off.it
même de reve ir à Nancy , accompagné
d'un Député Carabinier et d'un Député des
Troupes. Alors on proposé au Sieur Peschelush
de partir pour Paris , afin d'y rendre
compie de tout ce qui s'est passé , Lés Gardes
Nationales l'en prient , ainsi que les Soldats
du Regiment du Roi. Il obtient qu'on rende
la liberté à M. Denoue et aux vingt Oficiers
artclés .
La Proclamation de M. Birnave , corrigée ,
a été admise avant la fin de la Séance. Oa
doit y remarquer cette phrase :
"
Le premier Acte des Régimens doit être
de rentrer dans l'ordre . Soldats , obéissez
à la Loi; l'Assemblée Nationale le veut,
sellz l'ordonne. "
DU JEUDI 2 SEPTEMBRÉ.
A l'ouverture , on a décrété que le tiers.
du traitement des Juges et des Adminis'rateurs
sera distrait , et distribué Séance par
Séance , à Présens , d'après une feuille de
distribution qui sera signée par le Président
et par le Greffier. Le Continge at des absens
sera partagé aux présens.
De cette singuliere institution , M. Thour
a passé à une suite d'articles relatifs
à l'eligibilité et au costume des Juges . On a
V au mois de Juillet le Comité de Conititution
, et M. Rabaud de St. Etienne , son
Interprète , fixer I attention du Législateur
Francis sur la couleur du passepoil de l'habit
des Gardes Nationales ; M. Thouret a disserté
avec la même gravité sur l'importance
de dépouiller les Magistrats de leurs robes
scolastiques , et de la caricature des bonnets
Nº. 37. 11 Septembre 1790.
( 134 )
carrés , pour leur imprimer l'air leste d'un
Cavalier, en les décorant d'un chapeau rond ,
relevé par devant , et portant panache . M.
Thouret accordoit l'épée au Commissaie du
Roi , mais ce symbole de la guerre a effrayé
les plus courageux Républicains , et pour les
rendre moins menacans , on a réduit les Officiers
du Pouvoir Exécutif à la distinction
d'une ganse et d'un bouton d'or à leur chapean.
De quelle couleur seront les panaches ?
On les vouloit aux couleurs Nationales ; ils
seront de plumes noires. Quant au mantéau ,
i paroît supprimé ; M. Thouret n'en a fait
aucune mention .
Ces décisions ne nous arrêteroient pas une
seconde , si elles ne constatoient un vice
de principe , que nous avons remarqué dans
presque toutes les parties du travail judiclaire
de M. Thourct. Plus Pautorité de la
Loi manque de moyens coercitits , plus il
est nécessaire de la fortifier de la force d'opinion
, en rendant le Ministère des Magistrats
aussi imposant que solennel . Ces fo: nies
impriment au Peuple le respect , sans respect,
comment le sommettre aux Lois dans
un Etat libre où la force publique est privée
d'activité? Tous les Républicains , les Grecs ,
les Romains , les Anglois , les Suisses , les
Hollandois , ont eu l'attention reflechie de
rendre le costume des Magistrats aussi grave
que leurs fonctions. Lorsqu'on omet ainsi
totalement dans les Institutions politiques ,
leurs rapports avec les moeurs , les habitudes ,
les opinions et les prejugés , on bâtit sur le
sable. Ah ! ce n'est pas ainsi qu'eût travaillé
Montesquieu . Voici les articles de M. Thourst,
tels qu'ils sont décrétés :
Art. I. Il n'est pas nécessaire , pour
( 135 )
être éligible aux places de Juges de Paix
et à celles de Juges de Tribunal de District ,
d'être actuellement domicilié , soit dansde
Canton , soit dans le District . "
II. Les Sujets élus qui auront accepté
leur nomination , seront tenus de résider
assiduement , savoir ; les Juges de Paix , dans
le Canton , et les Juges de District , dans le
lieu où le Tribunal est étabii. "
- III. Les Membres de l'Assemblée Nationale
, ceux des Législatures suivantes ,
pourront être élus aux top : Administratifs
et aux places de Juges , lorsqu'ils ne seront
pas absens de l'Assemblée , et présens dans
l'étendue des Départemens où se feront les
élections. "
« IV . La qualité d'Homme de Loi, ayant
exercé publiquement pendant cinq ans aupres
des Tribunaux , ne s'entead provisonement
et pour la prochaine élection , que des Gradues
en droit qui ont ete admis au Serment
d'Avocat , et qui ont exercé cette fonction
dans les Siéges de Justice Royale ou Seigneuriale
, en plaidant , écrivant ou consultant
: l'Assemblée Nationale se réserve de
statuer ultérieurement sur cette condition
d'eligilité , lorsqu'elle s'occupera de l'enseignement
public. "
"( ci-devant
V. Les non -Catholiques
Membres des Municipalités , les Docteurs
et Licenciés ès Lois de la Religion protes
tante , pourront être clús aux places de Juges ,
quoiqu'ils n'aient pas rempli pendant cinq
ans , soit les fonctions de Juge , soit celles
d'Homme de Loi auprès des Tribunaux , et
ce pour la prochaine élection seulement ,
pourvu qu'ils réunissent d'ailleurs les autres
conditions d'éligibilité . "-
Gig
( 136 )
« L'Assemblée Nationale n'entend eacore
rien prejuger , par rapport aux Juifs , sur
Petat desquels elle s'est réservé de prononcer.
"
" VI. Les Administrateurs qui ont accepté
d'être Membres des Directoires , les
Procureurs- Généraux Syndics et les Procureurs
Syndics ne pourront point , à la prochaine
election , être nommés aux places de
Juges , même en donnant leur démission ;
ids ne pourront pas de même être employés
dans la première nomination des Coinmisaires
du Roi. 99
พ VII. Les Procureurs et Avocats du Roi
et eurs Substituts Gradués , et les Juges
Seigneuriaux , et les Procureurs Fiscaux qui
étoient gradués avant le 4 Août dernier ,
sont éligibles aux places de Juges , s'ils ont
exercé pendant cinq ans , soit les fonctions
de leurs Offices , soit antérieurement celies
d'Homme de Loi , et s'ils reunissent d'ail
leurs les autres conditions d'éligibilité ; il
en est de même des Docteurs Agrégés et
Professeurs en droit qui auront exercé leurs
fonctions pendant cinq ans , mais ils serɔnt
tenus d'opter. "
VIII Les Parens et Alliés , quoiqu'au
degré de Cousin issu de Germain inclusivement
, ne povront être élus ni rester Juges
ensemble dans le même Tribunal ; si deux
Parens on Alliés aux degrés ci - dessus prohibés
se trouvent élus , celui qui l'aura été
le dernier sera remplacé par le premier Suppléant.
»
" IX. Les Juges étant en fonctions porteront
l'habit noir , et auront la tête couverte
d'un chapeau rond relevé par- devant ,
et surmonté d'un panache de plumes noires...
( 137 )
" Les Commissaires du Roi étant en fonetions
auront le même habit et le même
chapeau , à la difference qu'il sera relevé en
avant par un bouton et une gause d'or . »
"C Le Greffier étant en fonctions sera vêtu
de aoir , et portera le même chapeau que le
Juge , sans panache. ».
44 Les Huissiers faisant le service de l'Audience
seront vêtus de noir , porteront au
col une chaîne dorée , descendante sur la
poitrine et auront à la main une canne noire
à pomme d'ivoire .
Les Hommes de Loi , ci devant appelés
Avocats , ne devant foriner ni oidie , ni corporation
, n'auront aucun costume particulier
dans leurs fonctions.
Pendant la discussion sur ce bouton et
ce panache , le sarg venoit de couler à
Nancy ; une dépêche de M. de la Tour da
Pin en a instruit l'Assemblée , en lui communiquant
une Lette de M. de Gouvernet's
qui dit :

e;
M. de Bouillé est accablé de fatigue ,
et n'a la force ai le temps de vous écrire
il vous avoit mandé que son intention etoit
de réunir toutes les Troupes , tant Natioales
que de Ligue, à Fouard , pour leur
lire le Decret de l'Assemblee Nationale ,
sanctionne par le Roi : elles ont témoigne
ane ardear qui donnoit la plus grande confiance
dans leurs dispositions ; 1 est arrive
une deputation des Corps de Nancy : la Gene .
ral a répondu qu'il ne pouvoit capituler avec
dés rebclies aux Decrets de l'Assemblée Nationale
, et aux ordres du Roi ; que , si dans
deux heures M. de Malseigne M. Denoue n'etoient
rendus, et siles Régimens n'étoient tous
trois en bataille , reporés sur leurs armes
Gij
( 138 )
hors de la Ville , il se disposeroit à faire
exécuter le Décret.
D
"
Apres quelques pour-parlers , out a ramené
M. de Malseigne et M. Denoue , et
on a dit que les Régimens sortoient dans
la prairie , mais en même- temps on a remar
qué une porte gardée par le Régiment Suisse ;
alors l'ardeur des Troupes a été grande ;
elles se sont approchees , on leur a tire des
coups de fusis , et sur le champ l'affaire
s'est engagée avec les Volontaires qui faisoient
noire avant garde ; elle est devenue
fort vive ; le Général est accouru pour arzêter
ce premier feu , cela étoit devenu impossible
; il n'est plus resté d'autres ressources
que la vigueur , et elle a été employée ; la
fusillade dans les rues et des fenêtres a été
es-forte ; on ne peut savoir encore le nom
bre des tués et blessés ; sur quatre Officiers
qui commandoient nos Volontaires , trois
ont été tués ; enfin le Régiment du Roi s'est
réani dans son quartier , eta envoyé un
drapeau et quatre hommes pour capituler ;
le Général lui a ordonné de se rendre sur
le champ à Verdun , ce qu'il a fait. Le
Mestre-de-Camp est dispersé ou prisonnier ,
et a ordre d'aller à Toul. Châteauvieux est
partie tué et partie prisonnier ; ce qui reste
a reçu l'ordre de se rendre à Verdun , Moyenvic
et Marsal.
ม Il n'est point assez d'éloges à donuer
anx Gardes Nationales et aux autres Troupes
; leur courage a égalé leur patriotisme.
Plusieurs sont morts pour cette juste cause ;
mais l'ordre est rétabli. Nancy respire , et
ses Citoyens sont heureux de se voir rendus
à la tranquillité.
"
Nulle délibération n'a été prise sur cette
( 139 )
"
nouvelle décisive ; la Séance a fini par un
Rapport de M. Gossin touchant le rem
boursement des Offices , décrété en 6 articles.
Nous le donnerons dans huit jours.
DU JEUDI . SÉANCE DU SOIR.
L'affaire de M , de Mirabeau le jeune , rapportée
par le Comité des Rapports , la Semaine
dernière , étoit à l'ordre du jour. Son
Frere , qui s'étoit chargé de le défendre
elant absent , on a fait du côté gauche ,
effort pour presser la discussion , et du côté
droit , effort pour la différer jusqu'à l'arrivée
de M. de Mirabeau ; en l'attendant
une heure et demie s'est écoulée ; afin de la
remplir , on a introduit des Députations.
La première ouie , venoit de Vaugirard
et Clamart ; son compliment a été', sans
exception a cune , le plus r'd'cule de tous
\ceux qu'on a entendus à la Barre . Ces Orateurs
de Village ont parlé comme Petit-Jean
dans les Pluieurs , etils ont mêlé à la pompe
grotesque de leurs phrases , des conseils stur
l'Administration des Finances.
Une Députation plus burlesque leur a
succédé. Des Suisses de porte , ou prétendus
Seisses résidans à Paris , se sont précutés
comme Ambassadeurs du Corps Helvétique ; "
ils ont d'abord témoigné leur douleur de
l'insurrection du Regiment de Châteauvieux ,
et en ont pris occasion , suivant le rôle qu'on
leur avoit donné , d'outrager indignement
les Chefs de ce Corps , le Gouvernement des
Cantons , les Capitulations Militaires de la
Suisse , dont ils ont demandé la réforme . Cette
étrange harangue a été terminée par l'annonce
qu'ont fait les Harangueurs , d'une
Lettre exhortatoire qu'ils alloient écrire à
Giv
( 140 )
>
tous les Régimens Suisses , pour leur recommander
l'obéissance . Cette démarche de Médiateurs
Souverains fera sans doute b: aucomp
ire les Régimens. M. le Président a pris
´an pied de la Lettre , le style de cette Deputation
d'Inconnus , et leur a réponda
comme il eût répondu au Corps Helvetique
en personne ( 1 ),
Des Volontaires de la Bastille ort ensuite
paru , apportant avec eux le dessin
de cette forteresse , sur une pierre de ses
décombres. Pendant qu'ils parioient à l'As
semblée , un bruit affreux s'est fait entendre
autour de la Salle et dans le jardin des
Tuileries , peuplé depuis quatre heures d'une
foule toujours croissante de Motionnaires ,
aux imprecations de quels s'étoient reun's
les groupes permanens du Palais - Royal. Le
cri du renvoi des Ministres , du meurtre de
Nancy , de la mort de M. de Bouillé , perçoient
au travers de leurs clameurs tumultueuses.
Le bruit croissoit ; on faisoit effort
(1) On peut ranger cette Députation avec
celle de l'UNIVERS , qui parut au mois de
Juillet , sous la bannière de M. de Cloots.
Tout Paris a su , et c'est un fait certain que,
par une méprise de nom , celui qui avoit joué
le Turcà cette mascarade , alla quelques jours
après demander 12 francs à M. de Biancourt ,
Député à l'Assemblée Nationale , pour l'étrenne
de présentation qui lui avoit été promise.
M. de Biancourt passablement étonné
de cette réquisition , éconduisit le Requérant
en lui faisant l'aumône , et en le renvoyant
au Député qui s'étoit chargé de cette dette
anguste.
( 141 )
contre la Salle menie heureusement , la
Garde Nationale doublée a rendu inutiles
par sa fermeté prudente , ces commencemens
de sédition .
Ils n'étoient pas appaisés , que M. de
Mirabeau est entre au lieu d'une défense
de son frère , il a prononcé une Opinion
froide et didactique sur la forme , en se
bornant à decliner la compétence de l'Assemblée.
C'est à cette question de compétence
que s'est borné le debat : le fond de
l'accusation n'a pas été traité , et par la
raison des nombres , l'Assemblee a décidé
avec le Comité des Rapports , qu'il y avoit
matiere à accusation , et que M. de Mirabeau
le jeune seroit renvoyé à un Conseil de
de guerre
.
DU VENDREDI 3 SEPTEMBRE.
Au nombre des affaires particulières , peu
intéressantes , dont le Rapport a ouvert la
Séance , il faut distinguer celle des 30,000 1 .
arrachees par des Cavaliers du Régiment de
la Reine , Cavalerie , à M. de Roussy , leur
ancien Colonel nous avons rendu comple
de ce fait. Afin de prevenir de pires excès ,
les Officiers du Régiment , et un Particulier
de Stenay , où ce Corps est en garnison
ont endossé les billets forcés de M. de Roussy :
les Cavaliers ont obligé ce dernier à leur
payer la somme avant l'échéance de l'endossement
. Sur la demande de M. de Roussy,
le Comité des Rapports opinoit à faire acquitter
provisoirement cette somme par le .
Trésor public , qui seroit remboursé sur les
fonds du Régiment. Cette décision , dictée
par l'équité , a trouvé d'opiniâtres contradicteurs
, qui ont invoqué l'ordre du jour ,
Gv
( 142 )
sans autre forme , et ils l'ont obtenu. Ainsi
M. de Roussy reste sans recours , et l'extorsion
dont il est l'objet a son plein succès.
On n'a pas même daigné y attacher unė
marque d'animadversion.
M. le Brun a continué son Rapport sur
la Dépense publique , spécialement sur celles
de la Bibliotheque du Roi et de l'Observatoire
, qui sont réduites. De cet objet , la
discussion a été ramenée à la création de
Bouveaux Assignats.
M. Pethion a remanié les armes de M.
de Mirabeau , sans en augmenter la force.
Il a déclaré nécessaires les deux milliards
d'Assignats nouveaux , sans prouver cetle
nécessité. Il a soutenu que de tous les
moyens de suppléer au numéraire , les Assignats
étoient les meilleurs , sans prouver
ce paradoxe. Il a décidé que trois injustices
stoient indispensables au succès de cette
mesure , cours forcé des Assignats , Assignats
sans intérêts , réception des Assignats
seuls dans la vente des Biens Nationaux.
Ces trois injustices , i les a consacrées ,
comme bases essentielles de cette étrange
manière de liquider les engagemens de l'Etat
envers ses Creanciers.
"
Pour s'autoriser d'un exemple , M. Péthion
s'est écrié : « Voyez l'Angleterre ; elle est
florissante avec cinq milliards de Papier de
Banque et de l'Echiquier. » M. Péthion seroit
bien embarrassé de justifier de ces prétendus
eing milliards . Nons l'en défions , en lui niant
positivement ce fait monstrueux. Où a-t -il
puisé une semblable rêverie ? Quel rapport
d'ailleurs , entre les Billets de Banque , convertibles
en argent , sans escompte , à la requisition
du Porteur , et des Assignats forcés ,
( 143 )
dont aucune Caisse ne représenté ni ne solde
la valeur?
M. Péthion a fini par prendre à partie
L'Administration des Finances et M. Necker ,
dont il eût éte plus sage de discuter les objections
, que d'outrager la personne.
, M. de Sinetti a succédé à M. Péthion
dont il a combattu le systême ; mais nu ! ne
l'a ruiné avec plus de inéthode et de profondeur
que M. de Landine , Député du
Forez . Ce Littérateur estimable a développé
une grande justesse d'esprit , des connoissances
précieuses , et un talent , dont la candeur
rehausse le prix. Son Opinion mérite
d'être conservée en entier nous regrettons
d'être forcés d'en renvoyer les dernières pages
à la semaine prochaine.
"C
MESSIEURS .
·9
Le problême présenté à la discussión de
cette Assemblée , ce probléme important
sur la liquidation de la dette publique peut
changer dans ses effets la face da royaume.
et les destinées de la France . Doit-on rembourser
les créanciers de l'état par une émission
considérable d'assignats , ayant comme
monnoie un cours forcé ? Doit on , au contraire
, se garantir d'une ressource si vialente
, et lui en substituer une plus modérée ,
e créant des quittances de finance ? L'une
et l'autre opinión à ses partisans , l'une et
l'autre trouvent des adversaires . C'est dans
vos mains que la balance politique sur cette
question conserve encore son équilibre . Mon
sentiment ne peut y être d'un grand poids ;
mais je viens y déposer mon foible grain ,
comme un tribut que je vous dois , cómme
un tribut de mon désir d'éviter tout choc trop
Guj
( 144 )
bit dans les rouages du gouvernement , it
de mon amour sincère pour la paix et ja
verité..
" Deux milliards d'assignats - monnote ,
jetés en ce moment au milieu de toutes les
elasses de l'état , m'ont paru le plus grand
des maux ; je viens donc en combattre l'smission.
"
"
Deux milliards de papiers - rationaux , ou
quittances de finance distribués aux seuls
crcanciers de l'état , me paroissent satisfaire
à la fois la justice et l'intérêt public ; je viens
donc en soutenir les avantages.
"
"
Loin de détruire un systême pour ne le
remplacer par aucun autre , j'ai examiné successivement
les deux propositions du Comité ;
j'ai fait mon choix entre elles ; et c'est ce
choix qu'il est de mon devoir de vous déclarer.
>>
L'état va se trouver grevé d'une dette
exigible montant à 19 cents millions . Il faut
la liquider ; il faut la solder.
"
Sera- ce au moyen d'une création de
deux milliards d'assignats , représentant dans
leur valeur particuliere depuis une somme
considerable jusqu'à la plus modique? considérons
de -lors quels effets leur cours va pro
duire et dans le moment actuel , et dans le
temps qui doit le suivre Embrassens pour
un instant par la pensée , ce qui doit être ;
ce qui sera . Osons enfin déchirer le masque
trompeur du présent pour découvrir les hor
ribles traits que l'avenir pent nous présenter.
»
En éloignant les froids calculs de l'agiotage
, et tout raisonnement subtil de la
banque , il faut en revenir aux idées simples
qui sont les idées vraies . Pourquoi les peu(
145 )
ples se sont- ils accordés à donner une valeur
representative aux métaux ? Quelle est
cette correction tacite , mais generale , qui
les rend les signes réel ; des deniées , des marchandises
, les moyens certains et invariables
de se procurer le nécessaire , l'aisance et les
plaisirs , de savòm er toutes les productions de
lanature comme toutesiesjouissances desarts,
de s'approprier enfin tout ce qui esi graud , tout
ce qui ess beau , tout ce qui est utile? Pourquoi
au lieu de ces signes métalliques , le papier ,
plus léger , plus commode à transporter , plus
expéditif pour les échanges , n'a - t- il pas été
universellement prefere? Quelie puissante
ra'son enfin a done assis inébranlablement
l'empire de l'or et de l'argent , et a fait
successivement disparoitre comme usurpatrices
, comme indignes de credit et de confiance
, ces monno es de cuir , de velin , de
papier qui dans des époques désastreuses ,
en ont éphémèrement teau licu ? Cette préférence
s'est établie sur deux bases qu'il est trèsimportant
de ne jamais perdre de vue , 1° . la
rareté des métaux , et l'abondance des autres
matieres qu'on auroit voulu leur substituer ;
2º. le travail considérable que les premiers
exigent pour se transformer en moanoics.
Depuis l'instant où l'esclave descend dans
les mines du nouveau monde , où il sonde
d'horribles abymes pour en retirer le mobile
de toutes les entreprises , de toutes les espérances
humaines , jusqu'à celui où le métal ,
devenu monuole, peut les réaliser , que d'efforts
, que de peines , que de dangers ! C'est,
en considérant un écu de six livres que le
législateur doit se dire cet objet , dāņs un
petit espace , renferme réellement la valeur
de six journées d'homme ; il a fallu reelle(
146 )
ment six journées de son travail constant ,
pour en faire ce signe utile ; on peut donc
en payer aussi le labeur de six journées ; car
celui qui le recevra aura échangé son travail de
la semaine contre la représentation reelle ,
intrinsèque et non fictive d'une semaine de
travaux. Si la vraie richesse repose uniquement
sur le bras de l'homme , si elle est le produit
unique de l'emploi de son temps , c'est
un véritable trésor que celui qui a concentre
le produit de beaucoup de travaux dans
un signe dont la peine et le salaire de la fabrication
égalent la peine et le salaire que
Pos veut payer. Quelle autre monnoie offre
la même rareté dans sa matière , la même
valeur dans sa fabrication , et par conséquent
la même valeur dans son échange ? La confiance
générale accordée aux métaux n'est
donc pas illusoire et vaine ? elle doit donc
l'étre
pour tout autre signe.
"
21
D'aprés cette réflexion dont vos lumières ,
Messieurs , feront dériver toutes les consequences
, j'en reviens directement à la question
, c'est- à - dire à l'influence que cet autre
signe , ces assignats doivent avoir sur le moment
présent.
40
"
Des créanciers qui ont contracté avec
l'état , s'en emparent ; mais pour les verser
à leur tour sur leurs créanciers .
46
"
Les premiers redoutant à la fois et d'éprouver
une baisse sur le numéraire fictif ,
dont l'abondance doit avilir la valeur , et
de l'employer à des acquisitions qui leur
paroitront d'autant plus onéreuses qu'elles
seront urgentes et portées par la concurrence
de la crainte au delà de leur prix , chercheront
une issue pour se débarrasser des assignats
sans acquérir , et ils la trouveront aisément
( 147 )
cette issue , puisque l'assignat aura un cours
forcé et séra monnoie.
en ar-
" Toate dette particulière sera donc payée
en assignals. Tout debiteur se liquidera ;
tout créancier de boune foi se verra rembourser
en papier le produit de l'économie
de ses pères , et des travaux de sa vie . Ainsi ,
ces papiers viendront refluer sur les véritables
familles de l'état , sur les propriétaires .
Ceux ci , déja surchargés de terres et d'im
póts , perdant néanmoins le revenu
gent qui seul leur permettoit de feriliser les
unes et de payer les autres , se verront encore
contraints d'ajouter des domaines à leurs domaines,
et des champs infertiles à des champs
ingrats . Dans la terreur de perdre , ils accroîtront
leurs propriétés , en voyant s'évanouir
les seuls moyens de les faire valoir ,
Pauvres au milieu des biens , ils auront des
terres et point de bras : ils récolteront peu ,
et l'état leur demandera beaucoup . Mais ,
s'ils sont ruinés , c'est l'état qui supportera
leurs pertes : il n'est riche que de la riches e
publique ; il n'est florissant que par la juste
division des héritages , les succes de l'agriculture
, une imposition facile à etirer , en
un mot par les bienfaits de sa propre administration.
"
"
Quel bouleversement dans les fortuges !
que d'échanges , que d'actes , que de procès ,
que de, troubles ? au milieu de tous les Citoyens
en agitation , se flatte- t- on que la
France reste tranquile ? les convulsions des
individus assureront- elles le repos public ?
a peine fortis d'une crise heureuse et seuiement
obscurcie par quelques désastres particuliers
, voulons- nous Péchanger contre
une crise terrible et funeste , foiblement
( 148 )
adoucie par les avantages que sauront bien
en retirer quelques individus isolés. Là
ce fut une vaste mer où le calme a reposé sur
l'ondulation légère et la mutinerie de quelques
flots ; ici , ce scra une tempête générale
produite par le gonflement de toutes
les vagues , leur choc effrayant et continuel ,
le chaos dont le bruit sinistre s'aug
mentera encore par les cris des oiseaux de
proie se réjouissant toujours au milieu des .
orages et des ténèbres de l'horison. "
« Tel sera , je le redoute , le moment présent
l'avenir du moins nous offrira - t - il
quelque espoir plus consolateur ? Non , Messieurs
, et voici mes preuves : l'émission des
papiers pour deux milliards double le numé
raire du Royaume , et dès-lors les denrées
doublent de prix . Il est , vous ne l'ignorez
pas , une proportion invincible.qui tend saus
cesse à mettre un parfait niveau entre la
rareté ou l'abondance des espèces , et la
cherté ou la diminution du prix des fruits
de la terre . Pour toutes les Nations , cette
proportion est successive et graduelle ; pour
nous , elle s'établira par secousse et presque
tout- à-coup. D'un autre côté , le salaire de
P'Ouvrier et de l'Artisan doit se combiner ,
soit avec la circulation plus ou moins facile
de l'argent , soit avec l'abondance plus ou
moins grande des denrées ; pour nous , l'avarice
de celui qui occupe viendra lutter contre
la demande de celui qui est occupé ; l'un
voudra assujettir l'autre par le besoin au taux
qu'il voudra fixer ; celui- ci combattra par
Pinertie , par le tableau de ses souffrances ,
et peut - être par cet effrayant remède aux
maux extrêmes , l'insurrection. Pour nous >
eette gradation que le temps amène insen(
149 )
siblement entre les richesses publiques et les
travaux particuliers , ne pourra plus exister ;
tout échelon sera rompu. "
"
Si les denrées tuchérissent , si leur prix
accroit indispensablenent celui des salaires ,
alors nos Manufactures perissent ; l'etat est
ruiné: C'est la modicité de la valeur des comestibles
qui permet au Fabriquant de travailler
pour une retribution modique. L'objet
fabrique passe des - ors à bon compte dans
les magasins du Manufacturier. Aussitót ,
ce dernier éteint toute concurrence avec
PEtranger. Laperfection de samain- d'oeuvre ,
le fini de l'ouvrage et son prix avantageux
lui font accorder la préférence dans tous les
marchés . Dès-lors , les Commissions affluent ,
le numéraire des Etats voisins s'en échappe
pour se répandre au milieu de nous ; les
mers se couvrent des navires de notre négoce
; les foires s'embellissent par le luxe de
nos productions ; nos ateliers se peuplent
d'oilers ; la mendicite cesse d'indigence
fuit , et le Commerce National s'eleve , s'ac
croît et propage sa splendear. Alors , nais
seulement alors , cette branche de la gros-.
périté publique se couvre , et de fruits pour
celui qui la cultive , et de fleurs pour les
jouissances des autres Peuples , et l'avantage
de l'univers. "
" Mais le Commerce National , qui n'est
que le produit d'un échange mutuel , que
fait la France avec les Nations voisines , nepeut
exister sans le numéraire réel . Nul autre
n'en peut tenir lieu . Sans ce uraméraire , le
Commerce , loin de nous être utile , va nous
appauvrir ; et l'Etat verra se convertir en
poison funeste cet aliment qui lui est cependant
si nécessaire . Des Assignats naîtront
( 150 )
la perte du crédit , de nos ateliers , de notre
population , de notre marine maarcrchande , et
tous les maux que doit entraîner la privation
d'objets de luxe , dont l'usage est devenu
inhérent à notre bonheur. Il ne faut pas réfléchir
long - temps pour reconnoître que nous
ne recueillons point au milieu de nous les
deux matières premières de notre principal
négoce , la laine et la soie, L'une nous est
fournie en grande partie par les Etats Septentrionaux
; l'autre par les Régions du Midi.
Nos plus beaux draps , nos plus riches étoffes
ont reçu de nos mains le mérite de leur fabrication
; mais ce sont nos voisins qui nous
ont fourni ce qui les compose.
་་
Four me borner à un seul exemple ,
chaque année les Manufactures de Lyon
retirent pour plusieurs millions les soies fines
et l'organsin du Piémont , du Royaume de
Naples , et des autres Contrées de l'Italie.
Ces soies sout achetées avec de l'argent , ou
en échange de marchandises qui le représcutent.
Ces soies , pour obtenir les diverses
nuances et les couleurs du goût , ont besoin
de drogues et de bois de teinture , que l'Inde
et l'Amérique nous cèdent par les mains de
laborieux Navigateurs , dont la plupart sont
encore Etrangers , et l'argent sort de no3
Comptoirs pour aller alimenter les leurs.
Sitot que l'emplete des soies est faite , que
l'art les a preparées , c'est l'instant où Pindustrie
nationale s'en empare pour rendre
à son tour tributaires les autres Nations . Les
mains de l'Artisan sont guidées et tracent -
ces desseins rians et voluptueux qui assurent
à nos Fabriques le tribut du luxe et de la
vanité Européenne . Les Conimissions s'expédient
; l'Espagnol euvoie en retour ses
( 151 )
-
piastres , et le Russe ses roubles ; le change
s'en effectue ; mais ces Nations . vont bientot
trouver le moyen de le rendre avantageux .
C'est du papier qu'elles acheteront ; c'est
avec des Assignats qu'elles satisferont à leurs
créances ; plus de retour en numéraire ; partout
un discrédit sur le papier de nos principales
Villes de Commerce ; un change onereux
les flétrit ; dès - lors , tandis qu'un fleuve
d'or sortant de nos frontières s'étend chaque
jour sur des plaines étrangères qu'il fertilise ,
une aridité dévorante , de vaias papiers , de
stériles Assignats tarissent les sources de la
prospérité publique. Dès - lors , l'argent disparoîtra
entierement . Sa rareté en accroîtra
la rareté , comme la terreur double le péril
et multiplie les fantómes. Plus d'échange ,
plus d'Arts , plus de Commerce. Nos richesses
réelles au loin , des richesses imaginaires
dans nos foyers . Plus d'or , mais du papier ;
des biens à vendre et tant d'incultes; mille
domaines , et pas un écu pour les faite cultiver
; l'Etat gouflé sur le champ d'un embonpoint
funeste , mais qui disparoit pour montrer
l'horrible maigreur et son entière dissolution
; tel peut être le fruit d'un remède.
extrême , créant pour un instant une espérance
mensongere et un réveil trompeur que
doit suivre un inévitable et mortel engourdissement.
Ainsi l'opium émeut d'abord ,
enivre ensuite , éteint peu à peu la vie , et
produit enfin d'horribles convulsions et l'affreux
repos du néant.
D
( La fin dans huit jours ).
On ne s'est pas borné à applaudir M. de
Landine ; la grande Majorité de l'Assemblée
a demandé l'impression de son Discours ;
elle a été décretee , malgré les efforts d'une
( 152 )
partie du côté gauche , pour étouffer cette
vive lumière dans la Salle de l'Assemblée.
La discussion a té interrompue par un
envoi du Ministre de la Guerre , contenant
Ja Lettre officielle de M. de Eouillé , et ceile
du Département de la Meurthe Voici l'extrait
de la premiere :
J'ai été trop occupé de toutes les manières
, depuis mon entrée dans cette Ville ,
pour vous faire le rapport de ce qui s'est
passé ; je vous en envoie aujourd'hui le récit.
J'ai réuni , le 31 , dans la matinee , à Fouard
et à Champigneule , sur la route de Pont -&-
Mousson à Nancy , les Troupes destinces à
l'exécution du Décret de l'Assemblee Nationale.
Je leur ai lu ce Décret, ainsi que la
Proclamation que j'avois faite , et j'ai vu ,
à la disposition des Gardes Nationales et
des Troupes de ligne , que je pouvois tont
entreprendre. Je reçus , à onze heures et
demie , vue Députation de la Municipalité
et de la Garnison de Nancy . Je lui donnai
audience au milieu des Suldats , dont j'ens
peine à retenir Pardeur. Je dis que je
voulois que que laGarnison sortit de la Ville ,
et que MM. Denode et de blaistigne fussent
misen liberté . A midi et demi je continual ma
matche ; à deux heures j'arrivai à une lieue et
demie de la Ville je trouvai encore dés
Députés , à qui je répétai les meurewordies ;
j'ajoutai de plus , que je voulais qu'oh me
lirat quatre des coupables par Regiment ,
pour les envoyer à l'Assemblée Nationale ,
qui disposeroit de leur sort. »
16
Un délai d'une heure fut demandé; je
l'accordai. A 4 heures il étoit expire , J'approchai
de la Ville ; je fis arrêter mes Froupes
à trente pas des murs. Une Députation
1533
de la Municipalité et du Régiment du Roi,
m'apprit que pour obeir à mes ordres les
Soldats partoien . Je conrus à mon avantgarde
, composée des Gardes Nationales ,
pour empêchertonte action . Pendant que les
Soldats sortoien : par les autres portes , une
seule etoit gardée par des Soldats des trois
Corps. J'y marche avec l'avant garde ; je fuisseminer
de rendre la porte . On répond-par
un coup de canon à mitraille , et par une décharge
de mousquetterie. Les Volontaires
ripostent par un feu très -vif ; ils enfoncent
la porte; il n'est plus possible de les arrêter ;
ils tuent tout ce qu'il rencontrent . Arrivés
sur la place , je les forme en bataille . On
tire sur nous des fenêtres : je fais avancer
mes Troupes par différentes rues , pour gagner
l'Arsenal et les quartier des Régimens .
li s'engage un combat furieux qui dure pendant
trois heures. Je n'avois alors que 2,400
hommeset 6 ou 700 Gardes Nation , et 10000
hommes nons attaquoient depuis les maisons
et dans les rues, Enfin à 7 heures les Soldats
du Régiment de Châteauvieux étant en
partie tués on blessés , en partie faits prisonniers
, Mestre de - Camp s'étant sauvé ,
le Régiment du Roi me fait dire qu'il veut
se rendre . Je vais seul à son Qvartier. Les
Soldats étoient sons les armes ; ils paroissent
très-repentans. Je leur ordonne de sortir de
la Ville , et de se rendre à la destination que
j'avois indiquée . Je fais passer les mêmes
ordres aux débris de Châteauvieux , et je
veis à la Municipalité. "
Aujourd'hui l'ordre est entièrement rétabli
, les Citoyens sont satisfaits. J'ai trois
Régimens Suisses qui restent ici avec moi.
Quelques- uns des prisonniers ont été remis
au ministère public. J'attends vos ordres sur
( 154 )
les Soldats de Châteauvienx . Demain il.
un Conseil y aura de guerre ; beaucoup
seront peut- être condamnés à être pendus .
Si le Roi ne licencie pas son Régiment , il
sera peut- être convenable de le reduire à
deux Bataillons , et de le mettre à la queue
de l'Armée . Nous avons perdu beaucoup de
monde , je ne pais encore indiquer le nombre
des morts , mais je crois qu'il s'elève à trois
cents hommes . Les Gardes Nationales ont
montre le plus grand zele et ie plus courageux
devouement. Trente hommes de celles
de Metz ont été tués . Aucun Citoyen paisible
n'a été molesté. Les Troupe meritent
le plus grand éloge pour leur courage et pour
leur zele patriotique. "
P. S. M. de Malseigne est allé rejoindre
les Carabiniers qui sont rentrés dans leur
devoir , et ont livré vingt de leurs camarades,
principaux auteurs de l'insurrection .
M. de Bouillé avoit sous ses ordres 2400
homes de Troupes de ligne , et 600 Volontaires.
Le Directoire du Département de la
Meurthe confirme les faits précédens : il apprend
de plus , que la classe inférieure du
Peuple et de la Garde Nationale de Nancy
ont été entraînées dans la rebeliion ; que
l'Arsenal et les Magasins à poudre ont été"
pillés ; que M. Desilles , Officier du Régiment
du Roi , s'est jeté pendant l'action sur
un canon chargé par les rebelles , et tenu à
son embouchure , jusqu'au quatrième coup
de fusil qu'il a essuyés , sans qu'aucune de
ses blessures soit mortelle.
Cette lecture finie, M. Prugaon a voté
l'impression des Procès - verbaux , et des remerciemens
aux Gardes Nationales de Metz
( 155 )
et des Villes voisines , au Directoire et à
M. de Bouillé, Oui, oui! ont crie avec transpost
les deux tiers de l'Assemblee , tandis
que l'extrémité gauche lui opposoit des non
multipliés.
MM. de Beauharnois et de Praslin ont júștifie
la demande de M. Prugnon , et vengé
M. de Bouillé des inculpations , par les
quelles on cherchoit à ternir le mérité signalé
de sa conduite , et le service éclatant qu'il
venoit de rendre aux Lois , à Nancy , à l'Armée,
l'e-même.
Personne n'a essayé de les contredire ou
vertement ; mais , M. Alexandre de Lameth
a insiste sur le départ des Commissaires ,
afin de rechercher les Auteurs de l'insurrection
, et punir les Chefs , s'ils sont coupables ,
comme les Soldats .
Dix rédactions différentes se sont croisées :
M. de Mirabeau a estimé que les Troupes
Nationales , en se dévouant , avoient fait un
acte de vertú , tandis que le Général et les
Troupes de ligne s'étoient bornés à remplir
leur devoir. Les premieres méritoient donc
des remerciemens , les seconds une approbation.
M. Roberspierre mécontent , a voulu
prendre la parole ; on l'a repoussé de la Tribune
, et le Décret a été rendu en ces
termes :
L'Assemblée Nationale décrète que le
Directoire du Département de la Meurthe ,
ét les Municipalités de Nancy et de Lunévilla
, seront remerciers de leur zele ;
10
"
Que les Gardes Nationales qui ont mar
ché sous les ordres de M de Bouillé , seront
remerciees du patriotisme et de la bravoure
-civique qu'elles ont montré pour le rétablissement
de l'ordie à Nancy ;
"
(155 )
Que M. Desil'es est remercié pour sou
dévouemenr heroïqse; "
ect Que la Nation's charge de pourvoir an
gort des femmes et des enfans des Gardes Natorales
qui ont péri ; "
Que le Général et lès Troupes de ligne
sont approuvés pour avoir glorieusement
rempli leur devoir;
а
Que les Commissaires dont l'envoi a
été décréié , se rendront , sans délai ,
Nancy , pour y prendre les mesures necessaires
à la conservation de la tranquillité ,
et à l'information exacte des faits qui doit
amener la punition des coupables , de quelque
grade , rang et état qu'ils puissent être .
DU SAMEDI 4 SEPTEMBRE.
M. Eggs , ce malheureux Alsacien que la
fatalité avoit placé dans la voiture de M.
de Barmond, et détenu depùis , reste toujours
enferme ou secret , à l'Abbaye Saint-
Germain. Qui'y retient ? quel est son crime?
quelle loi peut autoriser une semblable violation
des droits des Citoyens ? Le Comité des
Recherches , après une enquête qu'on n'accus
serasurementpas d'indulgence , a déclare M.
Eggs , innocent , et a voté son élargissement ,
le mois dernier. Cependant , il est encore emprisonné,
malade , mourant ; ses réclamations,
celle de sa famile , de ses compatriotes , de ses
amis , rien n'a pu vaincre l'insouciance cruelle
de ses détenteurs . Aujourd'ani , M. Regnault
a renouvelé ces plaintes , et encore vainement.
Qui le croiroit ? c'est un Magistrat ,
un homme qui a pris la livrée de la liberté
c'est M. André qui a opposé froidement lat
forme , à cette légitime Pétition . « Que M.
Eggs , a-t-il dit , s'adresse au Châtelet ; si
celui- ci
K
"
*
( 157 )
>>
་་ celui - ci ne suit pas la loi , l'Assemblée
" prononcera Quelle dérision ! Est - ce le
Châtelet qui a fait enfermer M. Eggs ? Estce
le Châtelet qui le retient prisonnier ? Jamais
il n'exista sous l'ancien régime un plus
sanglant abus d'autorité ; jamais les prisons
ne s ouvrirent et ne se fermèrent avec plus
de légéreté. C'est sans Décret rendu , que
sous prétexte d'arrestation , M. Eggs est retenu
au Secret comme un vil criminel . Nous
l'avouons , il est impossible de maîtriser en
cette occasion , un sentiment légitime d'indignation
et de terreur. La liberté ne nous
a - t-elle done appris qu'à copier des phrases
républicaines , et à commettre des actes de
tyrannie ?
M. le Brun a poursuivi le cours des réductions
et fixations de la dépense publique.
Sur son rapport , l'Assemblée a renvoyé aux
Départemens les frais de l'entretien des
Colleges et Universités , assignés jusqu'ici
sur le Trésor public.
Hier , à l'instant où on levoit la Séance ,
M. le Président reçut une lettre du Premier
Ministre des Finances : elle a été lue aujourd'hui
, et annonce en ces termes la démission
définitive de M. Necker ·
"
MESSIEURS ,
Ma santé est depuis long - temps affoiblie
par une suite continuelle de travaux ,
de peines et d'inquiétudes ; je différais cependant
d'un jour à l'autre d'exécuter le plan
que j'avois formé , de profiter des restes de
la belle saison pour me rendre aux eaux
dont on m'a donné le conseil absolu . N'é-
Boutant que mon zèle et mon dévouement ,
je commençois à me livrer à un travail extraordinaire
, pour déférer à un voeu de l'As-
No. 37. 11 Septembre 1790. H
( 158 )
semblée , qui m'a été témoigné parle Comi
té des Finances ; mais un nouveau refour que
je viens d'éprouver des maux qui m'ont mis
en grand darger cet hiver , et les inquiétudes
mortelles d'une femme aussi vertueuse
que ehère à mon coeur , me décident à ne
point tarder de suivre mon plan de retraite ,
en allant retrouver l'asyle que j'ai quitté -
pour me rendre à vos ordres. Voouus approcherez
à cette époque du terme de votre Ses--
sion , et je suis hors d'état d'entreprendre
une nouvelle carrière .
« L'Assembléé m'a demandé un compte
de la recette et de la dépense du Trésor pu
blic , depuis le 1. Mai 1789 jusqu'à Mai
1790. Je l'ai remis le 21 Juillet dernier .
20 L'Assemblée a chargé son Comité des .
Finances de l'examiner , et plusieurs Membres
du Comité se sont partagé entre eux le
travail . Je crois qu'ils auroient déja pu connoître
s'il existe quelque dépense où quelqué
autre disposition susceptible de reproche ;
et cette recherche est la seule qui concerne
essentiellement le Ministre , car les calculs
du détail , l'inspection des titres , la révision
des quittances , ces opérations nécessairement
longues , sont particulièrement applicables
à la gestion des Payeurs , des Receveurs
et des differens comptables . »
་་ Cependant j'offre , et je laisse en garant ie
demon Administration , ma maison de Paris ,
ma maison de Campagne , et mes fonds au
Trésor Royal ; ils consistent depuis longtemps
en 2,400,000 livres , et je demande à
retirer seulement 4co , oco livres , dont l'état
de mes affaires , en quittant Paris , me rend
la disposition nécessaire ; le surplus , je le
remets sans crainte sous la sauve - garde de
( 159 )
1
la Nation . J'attache même quelque intérêt
à conserver la trace d'un dépôt que je crois
honorable pour moi , puisque je l'ai fait au
commencement de la derniere guerre , et
que par égard pour les besoins continuels du
Tresor Royal , je n'ai pas voulu le retirer
au milieu des eirconstances les plus inquie-.
tantes où d'autres avoient l'Administration
des affaires. "
"
Les inimitiés , les injustices dont j'ai fait
l'épreuve , m'ont donné l'idée de la garantie
que je viens d'offrir ; mais quand je rapproche
cette pensée de ma conduite dans
l'Administration des Finances , il m'est permis
de la réunir aux singularités qui ont accompagné
ma vie. » Signé , NECKER .
P. S. L'état de souffrance que j'éprouve
en ce moment , m'empêche de mêler à cette
lettre les sentimens divers qu'en cette circonstance
j'eusse eu le desir et le besoin d'y
répandre .
"
Ceite lecture a été reçue avec une profonde
et presque universelle indifférence , à
laquelle se sont mêlés des mouvemens de
joie , dont M. de Biauzat a immédiatement
donné le secret . Il a sur- le - champ proposé
de prendre en main la direction et , l'organisation
du Trésor public . Personne n'a contredit
cette Motion decrétée , qui ajoute aux
pouvoirs du Corps Législatif, celui de l'administration
particulière des Finances . Depuis
quatre mois , nous nous attendions à
cet événement.
La Séance a fini par un Discours de M.
Aubry du Bochet en faveur des Assignats :
Discours dont il nous seroit impossible de
rendre compte , car il est au- dessus de notre
intelligence.
Hij
( 160 )
Les Députés du Commerce ont demandé
que l'Assemblée retardât sa décision , jusqu'à
ce qu'ils aient pu connoître le voeu de leurs
Villes.
DU SAMEDI. SÉANCE DU SOIR.
Après avoir décrété sur la demande de
M. Dubois de Crancé , l'envoi de deux Commissaires
civils à Hesdin , pour informer sur
les faits relatifs à l'insubordination de Royal-
Champagne , on a entendu et décrété , avee
quelques changemens , un Rapport volumineux
de M. Gossin , sur les Archives natiomales.
L'Archiviste sera nommé par l'As ---
semblée , pour six ans , au bout desquels il
pourra être réélu . On lui donne provisoirement
quatre Commis.
Ces résolutions ont été suivies de la fecture
de la lettre suivante de M. l'Abbé
Raynal à M. le Président. Nous invitons le
Public à la méditer , et à y pénétrer les
sentimens de son célèbre Auteur.
" MONSIEUR LE PRÉSIDENT ,
Oserai-je vous supplié de porter les témoignages
de mon respect et de ma reconnoissance
à l'Assemblée Nationale ; son Déeret
finit mes infortunes et sera la consolation
de mes derniers jours.
18
}}
L'Ami courageux qui a bien voulu exposer
mes peines , vous a dit , dans la Tribune
, qu'il s'étoit glissé des erreurs dans
mes écrits : cet hommage , rendu publiquement
à la vérité , étoit dans mon coeur , et
je rétracte sincèrement ce qui pourroit m'étre
échappé de reprehensible . "
" J'ai voulu poser , autant que mes foibles
talens le permettoient , les bases d'une société
bien ordonnée ; la souveraineté dans
le Corps collectif d'une Nation ; la soumis(
161 ).
sion entière à l'autorité établie par elle ; la
répartition égale et proportionnelle aux depenses
publiques ; l'obligation commune à
tous les Citoyens d'y satisfaire ; la moderation
, dans les lois ; l'égalité des récompenses
et des peines ; la tolérance universelle pour
les opinions religieuses ; tels sont les principes
que j'ai toujours aroués etsoutenus .
Il n'y a que des hommes trompés ou de
mauvaise foi , qui alent pu attribuer à des ..
maximes aussi saines les désordres qui causent
les malheurs publics et font le tourment
de ma vieillesse . Ils n'ont pu naitre que des
mauvaises moeurs , et lear durée ne dépènd
peut- être que de l'insuffisance des moyens
pour les répriser, "
K
J'aime à penser que les François , quels
que soient leurs préjugés , ne tarderont pas
à se rallier au véritable intérêt de la Patrie ,
à une Constitution désirée depuis les premiers
siècles de la Monarchie. 2
ना A cette époque finiront nos calamités. La
renaissance des systemies oppresseurs ne sera
plus à craindre , et le progres qu'aura fait la
lumière sur nos intérêts reels , oteront font
espoir de succes à l'ambition la plus effrénée. "
DE DIMANCHE 5 SEPTEMBRR.
Le Directoire du Département de la
Meurthe , celui du District et la Commune
de Nancy , ont arrêté , le 2 , de supplier
l'Assemblée d'attribuer au Bailliage de
Nancy , le jugement des crimes et attentats
commis dans cette ville le 31 Août dernier.
M. Prugnon , en donnant connoissance de
cet Arrêté , en a fortifié le veu . Aussitôt
M. Duport a détourné cette demande , par
la raison que les Juges de Nancy ne seroient
pas exempts d'une prévention causée par
( 162 )
lied gnation qui pourroit égarer leur zêle .
D'ailleurs , a - t - il ajouté , il faut attendre
le retour des Commissaires. M. Desmeuniersa
appayé ce sentiment on l'a décrété.
Des principes diamètralement contraires
frent prononcer l'attribution du jugement
des Catholiques de Nismes , au Présidial de
cette ville , où tout le sang versé n'est pas
encore connu du Public.
M. de Rostaing a ensuite occupé le Législateur
de l'empreinte du bouton de la Garde
Nationale . Cette grande question décidee ,
MM . de la Blache , Boutidoux et Boislandry,
ont opiné sur les Assignats : M. Boutidcue
les a seuls défendus ; nous réservons le précis
de ces opinions pour la semaine suivante.
M. de Beaumont , Chef de Division
des Armées Navales , et distingué par
l'une des actions les plus glorieuses de
la dernière guerre , par la prise , après
un combat sanglant , de la frégate Angloise
, le Fox , que commandoit Lord
Windsor, protesta , le 12 Juillet, contre
le Décret qui a dégradé la Noblesse . Il
le fit , parce que ni M. d'Aiguillon ,
ni M. de Bourran , Députés de la No-.
blesse d'Agénois , n'ayant protesté.
chaque Gentilhomme de la Province
restoit dans le droit naturel , inviolable
et imprescriptible , de réclamer la première
des propriétés , celle de son nom ,
Imprimée dans le Journal Général de
France , cette Protestation a été dénoncée
au Département d'Agen par M.
( 163 )
·
de Cessac ( Capitaine au Régiment Dauphin
, Infanterie ) , actuellement Procureur-
Syndic de cette Administration .
Celle-ci a chargé le Procureur - Syndic
du District de Villeneuve , de savoir si
M. de Beaumont avouoit ou désavouoit
cet Acte de protestation , pour sa réponse
être envoyée au Département
d'Agen. Voici cette Réponse, La Révolution
n'a pas encore produit un morceau
aussi fier , aussi énergique , aussi digne
d'un Homme libre .
K
Casseneuil en Agénois
Sans doute que le Département du Lot
et Garonne , en me demandant de reconnoître
un Écrit , inséré dans le Journal Général
de France , portant protestation d'Antoine-
François , Vicomte de Beaumont , Chef
de Division des Armées Navales, Commandeur
des Ordres de S Louis et de S. Lazare ,
contre le Décret du 19 Juin , qui détruit la
Noblesse héréditaire , ne m'a pas fait l'injure
de croire que je pourrois désavouer ma
signature. "
" Je déclare done que cette protestation
est de moi ; que je l'aurois envoyée directement
à l'Assemblée , si elle n'avoit pas déelaré
qu'elle n'en recevroit aucune ; que je
la renouvelle devant le Département qui
m'interroge;et que je le prie de m'en donner
acte . »
M
En protestant contre un Décret qui
anéantit la plus précieuse de mes propriétés ,
j'use du droit de la nature qui permet de
s'élever contre l'oppression ; j'use de celuique
donnent à tous les Citoyens les Décrets
même de l'Assemblée , d'avoir une opinion
libre et de la manifester.
( 164 )
" On a ruiné ma fortune , et je n'ai fait
entendre aucune plainte .
"
"
On veut ure dépouiler du caractère de
Chevalier Françoismais qui peut m'empêcher
de croire que la Noblesse , une fois acquise
par les vertus , ne peut se perdre que par le
crime . Je conserverai cette opinion tant que
je vivrai ; je me croirai noble comme avant
le Décret ; je me montrerai tel toutes les
fois qu'il faudra servir mon Roi ou ma Fatrie
, et j'espère que mes enfans , jaloux
comme moi de conserver sans Tache le titre
de Gentilhomme queje leur aurai transmis,
en rempliront tous les devoirs , et qu'ils
ajouteront par leurs vertus à la gloire de leurs
ancêtres..
La Noblesse Françoise , en renonçant
volontairement , par un acte de cette générositéqui
lui est propre, et qui jusqu'à présent
'a pas eu d'imitateurs , aux priviléges qu'elle
tenoit de la bienfaisance de ses Souverains ,
ou de la reconnaissance des Peuples , n'a
pas pu renoncer aux obligations que lui impose
sa naissance .
་ ་
า ร
Fidèle à ses erg gemens , constante dans
ses promesses , elle sera toujours jalouse de
fournir à l'Etat ses meilleurs Citoyens , au
Roi ses Sujets les plus attachés . Elle formera
, malgré les Decrets, une Caste distinete
, ayant pour cri Phonneur , pour loi
l'amour de son Roi et de la Patrie
religion le commandement exprès de donnerl'exemple
du courage et des verius. »
, pour
" Certes , Messieurs , malgré votre conduite
envers moi , je vous crois trop justes
pour ne pasconvenir , qu'une classe d'hommes
qui se destinoient par état au service de la
Fatrie , qui étoient toujours p.êts à faire le
( 165 )
sacrifice de leur fortune et de leur vie pour
la défendre , méritoit d'être distinguée et
non pas détraite .
"
"D
Mais qu'ilme soit permis de vous demander
en vertu de quel pouvoir vous exercez une
inquisition sur ma manière de penser . Je ne
connois aucune Loi parmi les Décrets qui
vous ont créés , qui vous donne cette autorité.
En voulant étendre celle qui vous est
confiée , vous vous préparez des chaînes à
yous- mêmes.
"
"
Ou ma protestation est bonne , ou elle
est inutile ; si elle est bonne , je devois à
mes enfans , je devois à moi - même de la
faire ; si elle est inutile , MM . du Département
du Lot et Garonne auroient bien pu
suivre l'exemple de l'Assemblée , qui voit
tous les jours parmi ses Membres , sans leur
en faire aucun reproche , nombre de Chevaliers
François , qui , tant pour eux et leur
famille , que pour satisfaire au serment qu'ils
avoient fait à lears Commettans , ont fait
la même protestation que moi . »
" Si les Députés de la Noblesse d'Agénois
avoient tenu la même conduite , je n'aurois
pas été obligé de protester moi même.
Au reste , MM. du Département du
Lot et Garonne veulent - ils provoquer contre
moi la sévérité de l'Assemblée ? Ce seroit
lui demander d'aller contre ses Décrets ; ou
bien ont- ils espéré que, susceptible de crainte,
je pourrois acquiescer à nia dégradation ?
Ils m'auroient , en ce cas , jugé bien indigne
de leur estime.
K
»
Je suis bien éloigné de penser que l'aveu
que je viens de faire de mes principes , puisse
exciter contre moi le mécontentement de la
partie saine et éclairée du Peuple , puisque
( 166 )
ces principes imposent à tout Gentilhomme
l'obligation de le servir. Si quelques mauvais
esprits , anis du trouble , cherchoient
-à exciter contre moi une fermentation pun'ssable
, je le verrois encore sans crainte ,
et je m'adresserois avec confiance à MM . da .
Département , pour réclamer la protection
des Lois , dont ils sont les dépositaires. "
π
D'infames Libellistes , dignes du feu
qu'ils voudroient rallumer , pourroient sans
crainte déchirer par leurs calomnies , tout
ce qu'il y a de plus respectable , parce qu'ils
écrivent , dit - on , sous la sauve - garde de la
Liberté. Et lorsqu'un Citoyen vertueux , qui
a employé 40 années de sa vie au service
de sa Patrie , vondra protester contre un
Décret inconstitutionnel , qui tend à le priver
de son honneur , il sera forcé de se taire !
Non , il ne se taira pas ; la Liberté ne peut
pas être réservée seulement pour le crime et
les scélérats . »
Il faudra voir ce que le Dénonciateur ,
M. Cessac , aura à repliquer à une Déclaration
, qui doit donner à son Auteur
tous les amis de l'honneur , tous les ennemis
de la tyrannie .
On imprime les Procès - verbaux et
autres Pièces authentiques sur les événoméns
de Nancy : il convient de les
attendre , plutôt que de recueillir des
récits hasardés ou inexacts. Les Troupes
de ligne qui ont accompagné M. de
Bouillé , sont les Régimens Suisses de
Castella et igier , et des détachemens
d'Agénois , Infanterie , de Royal- Nor
mandis et de Royal- Allemand Cava
"
( 167 )
-
lerie , et de Hussards de Lauzun. Les
deux premiers de ces Corps sont restés
à Nancy. On fixe entre 3 à 400 le nombre
des morts ; celui des blessés ne nous
est pas connu. On regrette infiniment
entre autres-M. Dutheil , Officier d'Artillerie
, et Commandant de la Garde
Nationale de Metz . La perte presqu'entière
est tombée sur ces Volontaires intrépides
, qui se sont montrés dignes dù
Serment qu'ils ont fait de défendre les
Lois et l'Ordre public. M. Desilles ,
ce généreux Officier du Régiment du'
Roi , qui se placa à la bouche d'un canon
chargé à mitrailles , est Breton et Sous-
Lieutenant , Le Roi lui a envoyé la croix
de Saint- Louis on l'a dit mort de ses
blessures ; mais cette triste nouvelle n'est
pas confirmée. Il paroît indubitable.
qu'une partie seulement des Carabiniers
avoient trempé dans le complot contre
M. de Malscigne . Le Corps lui a témoigné
sa profonde douleur , et a livré
vingt des coupables . On sait que les
Régimens Suisses ont leur Justice et
Ieur Code Militaire particulier . Aussitôt
arrivés à Nancy ,Vigier et Castella ont
demandé la punition du Régiment de
Châteauvieux : un assez grand nombre
de prisonniers a été condamné à mort
et exécuté. Tons les Corps Suisses on .
témoigné leur indignation de la conduite
déshonorante de l'un d'eux , et se sont
disputés à qui marcheroit contre lui. Ila
fallu un long usage de moyens pervers , et
( 168 )
de corruption , pour entraîner à sa perte
ce Régiment de Châteauvieux , qui ,
depuis mois qu'a commencé l'insubordination
du Régiment du Roi, étoit resté pur
et inébranlable. Ea déplorant sa défense
désespérée et criminelle , il faut gémir
de voir une Troupe aussi ferme , réduite
àpréférer la mort à la soumission , tandis
qu'un an auparavant elle eût péri plutôt
que dé s'écarter de son devoir.
Dans l'embarras de discerner les vrais
Pairiotes , car le patriotisme aujourd'hui
est aussi varié que les Clubs , les
intérêts et les personnes, le Conseil de
S. M. avoit nommé Commissaires à
Nancy , les Présidens des deux Départemens
les plus voisins de cette Ville , Ce
choix étoit parfaitement sage , puisqu'à
la connoissance exacte des faits , ces
Messieurs se trouvoient par leurs fonctions
en rapport avec M. de Bouillé.
M. de la Fayette a fait changer cette
décision , en proposant M. Dumas , un
de ses Aides- de - Camp ( car ce Général
en a plus que n'en eut le Grand Conde),
M. Duport du Tertre et M. du eyrier;
le premier n'a pas été accepté ; le second
a résigné ; et le troisième est parti avec
M. Cahier de Gerville pour Coliègue.
L'un et l'autre sont Avocats : il faut
croire que bientôt on prendra des Gre
nadiers pour juger des Procès. Cependant
l'incongruité de ce choix est réparée
par la parfaite probité et l'intelligence
de ces deux Députés .
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 18 SEPTEMBRE 1790.
8 PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
A M. BAILLY , Maire de Paris.
▸ AINSI donc , en faveur de la caufe publique ,
Ami de la Patric , une feconde fois ,
Vous voilà décoré de l'écharpe civique ;
Rien de plus glorieux : mais de ce nouveau choix ,
Ce n'eft point vous , BAILLY , que Paris félicite
Lui-même il s'applaudit d'avoir connu vos droits ,
Et, lorfque fes Tribus n'ont pour vous qu'une voix,
Envers fon Bienfaiteur feulement il s'acquitte.
( Par M. Sérieys , Av. Auteur du Poëme
de la Liberté, dédié à M. le Maire. )
No. 38. 18 Septembre 1799.
E
86 MERCURE
LA BONNE EXCUSE ,
CON T E.
EH bien ! comment trouvez -vous mon Recueil ?
Des gens de goût lui donnent leur fuffrage .
-Le fuccès eft certain ; & le Public , je gage ,
Lui fera le meilleur accueil.
Mais je me trompe fort , ou je ,crois reconnoître ,
Parmi vos jolis Vers , quelques mauvais Couplets
Que fous mon nom on vit jadis paroître .
Vous plaifantez ! -Non . -Vous les auriez faits !
En vérité , cela m'étonne ;
Mon Secrétaire a commis cette erreur ;
Il m'en croit fans doute l'Auteur ,
Et moi , tout bonnement , je prends ce qu'il me
donne .
( Par M. Grainville. )
DE FRANCE. 87
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Mercure ; celui
de l'énigme eft la Langue ; celui du Logogriphe
eft Chevilles d'un inftrument , où l'on
trouve Vielle , Ville , Séville , Selle , Sel ,
Lévi, Vis, Si, Ifle, Ciel, Sèche, Efchile, Vil.
CHARA D E.
UN lieu vafte & profond , Lecteur , eft mon
premier ;
Quand le Berger Mirtil fommeille ,
Son chien fait mon dernier ;
On peut voyager loin fans trouver mon entier ;
Mais quiconque a des yeux peut me voir à merveille.
Par M. Crom ... de Guife )
ÉNIG ME.
JE fuis d'affez mince ſtructure ;
T'ai le cou de travers , le corps droit , affez longt
E 2
88 MERCURE
Un trait marquant de ma figure,
Eft que toujours ma chevelure
Va de ma tête à mon talon .
Il me faut peu de nourriture ;
Cependant mon travail eft fort ,
Car des voix je foutiens l'accord ,
Et leur fais garder la meſure.
Mes cheveux craignent la frifure ,
Le feu , la pommade fur- tout :
Une tache détruit toute mon énergie ,
Trouble l'effet de l'harmonie ,
Inquiète l'oreille & fatigue le goût.
Mon Maître n'eft qu'un cul de jatte ;
Qui n'a point de pieds , point de mains ;
Mais quand avec art je le flatte
Il eft le charme des humains.
(Par le même. )
LOGOGRIPHE
Άνεσ
VEG cinq pieds , je fers aux Orateurs ;
Un pied de moins , je fuis Reine des fleurs ..
(Par M. Cauville. )
DE FRANCE
.
NOUVELLES
LITTÉRAIRES
.
LES Châteaux en Espagne , Comédie en
cinq Actes & en vers , par M. COLLIN
D'HARLEVILLE ; repréfentée pour la
première fois , au Théatre François , le
20 Février 1789 ; & à Versailles , devant
Leurs Majeftés , le 26 Mars fuivant . A
Paris , chez Moutard , Libr. - Impr. rue
des Mathurins. In - 8 ° . Prix , 30 fo
M. COLLIN débuta dans la carrière
dramatique, par la Comédie de l'Inconftant ;
elle fut fuivie de l'Optimiste , enfuite des
Châteaux en Espagne. Ces trois Pièces ont
eu du fuccès. Je réunirai dans cet article ce
qu'il me paroît qu'on doit penfer de toutes
les trois , & du talent de l'Auteur.
On eft convenu que l'Inconftant étoit
un fujer mal choifi : il tient beaucoup de
Irréfolu & du Capricieux . De ces deux
fujets déjà traités , l'un eut peu de fuccès ,
l'autre n'en eut point du tout ; mais aucun
des deux ne fe refufe aux principes de
l'Art , quoique l'un ni l'autre , ce me
femble , ne comporte cinq Actes . L'in-
E 3
So MERCURE
convénient général de ces fortes de fujets ;
c'est d'offrir une fuite de boutades , qui
au bout de quelques fcènes font néceffairement
prévues & uniformes : il ne faut
donc pas les prolonger. C'eft pour cela
que l'Esprit de Contradiction , qui d'abord
en cinq Actes & puis en trois , étoit tombé ,
réuffit beaucoup en un feul , & refta au
Théatre dans le rang de nos petites Pièces
les plus agréables. L'Irréfolu , réduit en
trois Actes , avec la connoiffance de l'Art,
que Detouches a fait voir , fe feroit bien
mieux foutenu . Le caprice et de tous les
momens : le Capricieux pouvoit donc fournir
une peinture comique entre les mains
d'un homme qui auroit eu du talent pous
le Theatre , & Rouffeau n'en avoit pas ;
mais il faudroit rétrécir le cadre , parce
qu'une fuite de caprices finit par rebuter.
Il y a encore une autre raifon de reftreindre
la mefure de ces fortes de fujers ; c'eft
la dificulté d'arracher une intrigue à des
caractères dont l'ellence eft de ne tenir à
rien .
L'Inconftant ne pouvoir, en aucune ma
nière , fournir réguliérement un caractère
dramatique , parce qu'il ne peut être déve
loppé en vingt-quatre heures , fans reffembler
à la folie. Il y a fans doute un âge où
l'on aime toutes les femmes , pour peu
qu'elles foient jeunes & jolies , c'est - àdire
, où l'on voudroit les avoir ; mais il
n'y a point d'hommes qui , dans l'efpace
DE FRANCE.
d'une journée , en aime trois l'une après
l'autre , de manière à vouloir les époufer.
Cela n'eft nullement dans la nature , qui
a marqué certaines bornes à nos défauts ,
comme à nos vertus. C'eft mettre fur la
fcène un tableau de démence : il y a plus ,
cette efpèce de démence fait , dans certains
momens , jouer un rôle trop méprifable
au principal Perfonnage , que l'Auteur n'a
pourtant point donné pour un objet de
mépris ; ce qui eft encore contre les convenances
de l'Art. On dira que le Public
l'a cependant fupportée : c'eft feulement
une preuve que l'Acteur y a répandu un
agrément perfonnel ; mais il ne s'enfuit
pas qu'on la fupportera toujours ce qui
eft certain , c'eft qu'à la lecture elle n'eft
pas tolérable.
Rien ne l'eft moins fur - tout que le dé
nouement. L'Inconftant vient d'obtenir, à
force de prières , la promefle d'époufer la
fille de Kerbanton après qu'on aura .
éprouvé pendant trois mois s'il eft capable
de fe fixer ; & dans la Scène fuivante , il
finit la Pièce , en difant qu'il va fe jeter
dans un Cloitre. Le fpectateur judicieux ne
peut que l'envoyer aux Petites Maifons.
Il n'y a d'ailleurs dans la Pièce aucune
espèce d'intrigue ; pas une fituation
comique. Tout le fond de l'Ouvrage n'eft
autre chofe que la fucceffion brufque
des divers changemens de l'Inconftant : ils
E 4
MERCURE
offrent des détails agréables , & fur -tout
le Byle eſt toujours naturel , fans manquer
d'élégance. C'eft le feul talent qu'annonçât
ce coup d'effai , & c'étoit beaucoup.
Si l'on examine quelques - unes de ces
fallies d'inconftance , on verra aisément
qu'elles ne peuvent produite qu'un comique
forcé. Florimond , par exemple , fait ,
en arrivant à Paris , l'éloge de cette capitale
, & en fait , deux heures après , la fatire
le retour eft prompt , & c'eft plutôt
contradiction qu'inconftance ; car allurement
il n'a cu le temps d'effayer rien ni
en bien ni en mal. Mais du moins il ne
falloit pas , au bout de deux heures , que
fa critique portât fur une femaine de Paris.
Eh bien ! chaque femaine
De celles qui fuivront eft le parfait tableau ;
De femaine en ſemaine il n'eft rien de nouveau..
Alternativement Bals , Concerts , Comédie ,
Wauxhall , Italiens , Opéra , Tragédie ;
Ce cercle de plaifirs peut bien plaire d'abord ,
Mais la feconde fois il ennuie à la mort.
Cela feroit fort bon , s'il eût paffé cette
femaine ; mais il n'a encore rien vu ; il ne
peut pas être dégoûté , puifqu'il n'a goûté
de rien ce n'eft donc pas inconftance ;
c'eft déréglement d'idées. Ce n'est pas un
homme qui change ; c'eſt un homme qui
dit le pour & le contre , & il ne fait autre
DE FRANCE.
93
chofe pendant toute la Pièce : or , un caractère
doit être en action , & celui de l'Inconftant
ne pouvant être en action qu'avec
le temps , le Drame , qui ne donne
point ce temps- là , n'étoit pas fufceptible
d'un tel caractère .
Il renvoie fon Valet , parce qu'il l'a depuis
un mois ; fort bien . Mais il le renvoie
avec dureté , fans aucune raifon de mécontentement
, & on le peint fans ceffe
comme un homme bon cela eft gratuitement
contradictoire. Il fe plaint avec aigreur
de ce que ce Valet le fert fort bien , de
ce qu'il est toujours à fes ordres. Cette bizarrerie
va fort bien au Grondeur , qui
veut abfolument avoir à gronder. Il ne falloit
point l'emprunter au Grondeur ; car
elle ne va point à l'Inconftant , qui eft un
bon homme. Toute cette Scène devoit être
autrement conçue .
Il y en a une bien plus répréhensible ,
& où le dialogue eft abfolument faux ; c'eſt
celle où Eliante , inftruite que Florimond
a une Maîtreffe à Breft , fe plaint d'avoir
été trompée par les fauffes proteftations d'amour
qu'il lui a faites. Elle ignore que depuis
ces proteftations , c'eft - à - dire , depuis quelques
heures , il aime déjà une autre femme.
Il fe juftifie fur celle de Breft , en difant
qu'il n'eft venu à Paris que pour fuir ce
mariage. Mais dans le courant de la converfation
, il eft accufé de fauffeté par
Eliante , qui lui dit :
Es
94 MERCURE
Quel fut votre deffein
Quand votre oncle , pour vous , vint demander ma .
main ?
Répondez.
FLORI MON D.
A cela je répondrai , Madame,
Que mon oncle ignorqit cette fubite flamme.
ÉLIANT E.
Allous , fort bien . Mais vous , Monfieur , vous le
faviez ,
Quand ici même , ici , vous fates à mes pieds
Prodiguer les fermens d'une amour éternelle .
FLORIM ON D.
Moi , Madame , depuis ma paffion nouvelle "
Je ne vous ai pas dit un mot de mon amour.
Il n'y a que peu d'heures qu'il lui en
a parlé , & beaucoup. Il parle ici d'une
nouvelle paffion ; cela eft clair. Cependant
Eliante s'obtine à ne rien entendre , &
quand il a juré qu'il n'épouferoit jamais
fa Maîtreffe de Breft , elle eft raffurée , &
Jui dit :
Ne parlons plus de torts ; ils font tous effacés.
Tout ce Dialogue eft un mal- entenda
abfolument invraiſemblable ; & dans
DE FRANCE.
95
une femme un entretien de cette nature ,
qui aime fait trop d'attention à ce qu'on
lui dit , fur -tout à des paroles au décifives
que celles de Florimond , pour s'y
méprendre fi groffièrement.
Je dois obferver en relevant ces fautes ,
que l'Auteur n'en a point commis de pareilles
dans fes deux autres Pièces. Mais je
ne finirai point ce qui regarde fon Inconftant
, fans lui marquer mon chagrin
de ce qu'un Ecrivain pur & corre& comme
il l'eft , fe fert , dans une note , du mot de
finger. Il l'a fans doute entendu forvent
dans la bouche des beaux parleurs du Foyer
& du Parterre. Il a pu même le lite dans
des Brochures & dans des Journaux ; mais
comme ce n'eft pas à cette école qu'il
paroît avoir formé fon tyle & fon goûr,
il devroit favoir que finger , pour contrefaire
, eft un terme de l'argot moderne ,
qui va tous les jours s'enrichiffant ; que
ce terme n'a jamais été François , & que s'il
pouvoit l'être , il ne pourroit fignifier , fuivant
les règles de l'Analogie , que faire des
hinges , comme chienner & chater , fignifie.
faire des chiens & des chats .
L'Optimifle eft fort fupérieur à l'Inconftant
, & ce progrès même eft une nouvelle
preuve d'un talent véritable. L'intrigue
en eft un peu foible , mais bien cone
duite & bien ménagée ; elle a méme
mérite effentiellement dramatique c'elt
£ 6
96 MERCURE
d'amener naturellement des incidens , qui
font reffortir le principal caractère ; tel
eft fur - tout l'incident des cent mille écus
perdus par l'Optimiste . Il ne s'en afflige
guère qu'à caufe de fa fille , dont il croit
que cette perte empêchera le mariage avec
Morinval. I ignore qu'elle ne l'aime
pas , & qu'elle en aime un autre ; &
comme à l'âge d'Angélique , rien n'eft
plus naturel que de compter pour rien
l'argent , & le fentiment pour tout , elle
fe livre avec tranfport au plaifir d'affurer
fon père qu'elle ne regrette nullement le
mariage , & qu'elle fera trop heureufe de
vivre pour lui. Cette effufion de tendrelle
où fe mêle la fatisfaction fecrète d'un
jeune coeur , qui ne craint plus d'être facrifié
, touche vivement l'Optimiste , dont
le caractère eft fenfible & bon. Il obſerve
avec raifon que fans la perte des cent mille
écus , il n'auroit pas joui de cette épreuve
fi douce de l'attachement de fa fille ; &
cette fcène joint au mérite de l'intérêt
celui de mettre en fituation le caractère
principal , de manière que pour cette fois
tout le monde eft de fon avis.
Ce caractère de l'Optimiste , quoiqu'il
ne foit pas très -commun , n'eft pourtant
point du tout hors de nature on en a
vu plus d'un modèle. Il pourroit même
fournir un Ouvrage tout différent de celui
de M. Collin. Celui-ci a mis fon Opti
4
DE FRANCE. 97
mifte , il faut l'avouer , dans une fituation
telle que fi l'on excepte l'incident inattendu
& paffager des cent mille écus , il doit
en effet , tout fyftême à part , fe trouver
fort heureux. L'Auteur auroit pu prendre
un autre parti , & nous montrer un homme
doué d'un fi grand fond de gaîté ( car
c'eft-là fur-tout ce qui fait l'Optimiste de
caractère ) , qu'au milieu des peines & des
contradictions , il vit toujours les chofes
du bon côté. Cette tournure pourroit être
piquante , & ce feroit fur-tout l'Auteur de
la jolie Pièce des Etourdis que j'inviterois
à manier ce canevas ; car la Nature part
l'avoir doué de gaîté . Mr. Collin à fait
fon Optimifte fur un plan analogue à
fon caractère , qui le porte aux idées
douces , & aux fentimens philantropiques.
L'efpèce de gaîté qui règne dans fes
Pièces eft aimante , & fait naître le fourire
de l'ame. Elle n'a jamais ni quolibets ,
ni mauvais goût , pas même dans fes rôles
de Valets , qui , fans fortir de la vérité
relative , ont une phyfionomie qui s'accorde
avec le ton général de fes principaux Perfonnages.
Les fils de fon intrigue dans l'Optimifte ,
comme dans les Châteaux en Espagne
font minces & déliés ; mais il les conduit
& les foutient avec affez d'adreſſe juſqu'à
un dénouement qui fatisfait le Spectateur.
Il y a ici beaucoup plus de vers heu
38
MERCURE
mais
reux & de fituation , que dans l'Inconftant.
Cependant l'on peut faire obferver à
M. Collin , qu'il néglige trop fouvent ,
non pas fon expreffion , mais fa verfification
. Il fe permet trop fouvent les enjambemens
& les interruptions.qui hachent,
le ftyle , & qu'on ne doit guère employer
qu'avec un motif & un effet . Molière
l'Auteur du Méchant , celui du Glorieux
celui de la Métromanie , c'est - à - dire , ceux
qui ont le mieux écrit la Comédie , n'ont
point aina morcelé leurs vers . C'eft un
défaut aujourd'hui très commun ;
c'eft auffi une reffource trop facile qu'il
faut laiffer à ceux qui n'ont d'autre moyen
pour imiter le naturel de la profe , que de
faire mal des vers. Sans doute il ne faut
pas dialoguer par tirades , ce feroit un autre
excès ; mais pour faire reffembler le dialogue
en vers au langage de la converfation ,
le moyen du vrai talent n'eft pas de
couper le fens d'un vers en trois ou quatre
endroits , c'eft de varier les formes de la
phrafe , fans détruire la verfification . La
méthode contraire eft favorable aux Acteurs ,
qui favent mieux dire des mots que des
vers ; mais elle déplaît au Lecteur éclairé.
gue
Les amours d'Angélique & de Belfort
ont le degré d'in érêt , qui fuffit à la Comédie
. Le dénouemen: fe fait par un Perfonnage
qui n'a point encore paru ; mais
ce moyen eft juftifié par l'exemple des
DE FRANCE.
meilleurs Auteurs , & je ne le crois point
contraire aux principes , même dans la
Tragédie , pourvu quil foit convenablement
amené & annoncé ; & il l'eft ici.
L'on a dit que M. de Plainvike agiffoit
un peu légèrement en gardant chez lui
comme Secrétaire , un jeune homme amené
par le hafard , & qu'il ne connoît en
aucune manière ; mais fon caractère de
confiance eft affez établi , & un Optimiste
aoit être confiant.
Je ne ferai qu'une feule obfervation
fur le rôle de Morinval : quand il apprend
qu'il n'eft point aimé d'Angélique , il offre
fa fortune pour lui faire époufer Belfort.
Cet excès de générosité envers un inconnu
& un rival, eft peu ' vraisemblable dans
un homme qui ne s'eft montré jusque - là
que morofe & mifanthrope . Tout ce qui eft
extraordinaire en foi , doit être motivé par
avance , & ceci ne l'eft pas. De plus , it
ne faut pas multiplier les actes de verru
ce font alors des refforts ufés & factices.
Celui - ci d'ailleurs ne produit rien ; raifon
de plus pour le fupprimer.
La conduire des Châteaux en Espagne ,
n'eft pas, a beaucoup près , auffi bien entendue
que celle de l'Optimifle . C'étoit le fond
le plus comique que l'Auteur eût encore
traité ; non pas à caufe des vifions de
' Homme aux Châteaux , qui ne peuvent
jamais être qu'un lieu commun , toujours
100 MERCURE
&
à peu près le même ; mais la fable fur la
quelle l'Auteur a bâti fon plan , offroit
par elle - même un fond de fituation piquante.
M. d'Orfeuil , prévenu que fon
gendre futur , qu'il ne connoît pas , veut
dans le même jour arriver inconnu
fe difpofant à fe prêter à fon déguiſement
& à s'en amufer ainfi que fa fille , prend
pour lui un voyageur que le hafard amène
chez lui. Sa méprife toute naturelle &
celle de fa fille , font d'autant plus plaifantes
que l'Homme aux Châteaux , qui ne doute
de rien , les favorife merveilleufement par
fes manières aifées & fa familiarité confiante.
La fituation promet encore davantage
, lorfque le véritable gendre eft arrivé
; mais c'eft ici précifément que l'intrigue
manque de tous côtés , & que.
les invraifemblances s'accumulent . Que le
père & la fille , dans la prévention qui les
occupe , fe trompent fur le premier voyageur
, on peut le croire ; mais quand il en
arrive un fecond quelques heures après , il
n'eft pas concevable qu'il ne vienne pas le
moindre doute au père ni à la fille , &
que M. d'Orfeuil conclue le mariage
fans faire la moindre information fur une
affaire de cette importance. Il n'y a aucune
raifon pour que l'un foit plutôt que
l'autre le gendre qu'il attend ; & il n'eft
pas excufable qu'il ne lui vienne même pa
à la penfée de s'en affurer. L'invraifemblance
eft encore plus forte dans la jeune
DE FRANCE. 101
"
fille , qui ayant de l'éloignement pour le
premier voyageur , & du goût pour le
fecond , accepte pourtant le premier pour
époux , fans dire à fon père ce qu'il eft
fi fimple qu'elle dife : Mais , mon père ,
» ne feroit - ce pas le fecond qui eft Flor-
" ville ? cela vaut bien la peine de s'en
» informer . Le départ de Florville n'eft
pás nen plus affez motivé. Henriette n'a
rien dit , ni rien fait qui puiffe lui perfuader
qu'elle aime l'Homme aux Chateaux
au contraire , elle fait à Florville
un accueil qui n'eft rien moins que décourageant
, & l'on ne prend pas fi vite
le parti de renoncer à une épousé qu'on
trouve charmante. Toutes ces fautes ont
d'autant moins d'excufe qu'elles ne fcnt
pas rachetées par l'effet théatral , qui eft
très -foible dans les deux derniers Actes ,
dont on devoit attendre beaucoup depuis
l'arrivée de Florville. Cependant la Pièce
fe foutient encore un peu , parce que la
méprife eft toujours prolongée , n'importe
comment , & le dialogue toujours agréable.
Le dialogue eft la grande reffource de
l'Auteur ; c'est la partie de l'Art qu'il entend
le mieux , & celle qui fait le plus
d'honneur à fon talent.
Il en aun peu compromis la réputation ,
par des Epîtres qu'il a publiées dans différens
Recueils ou Journaux . Elles font écrites
du Ayle de fes Comédies ; & l'Auteur
102 MERCURE
paroît s'être entiérement mépris fur la différence
des genres. Il a oublié que fur la
Scène , ce font des Perfonnages qui converfent,
mais que dans une Epître en vers,
c'eft le Poete qui parle , & qu'il eft obligé
d'être lui - même , c'efl -à dire Potte. Ce
n'eft pas qu'on ne trouve dans ces Epîtres
de Mr. Collin quelques traits d'un naturel
aimable ; mais en général c'eft de la
profe rimée , & de la profe foible d'idées.
& d'expreffions. D'ailleurs , il y parle trop
de lui , & de fa bonhommie. Il faut mettre
de la mefure dans tout , & même dans
le plaifir qu'on prend à parler de foi , &.
dans le bien qu'on en dit.
Mr. Collin pardonnera fans doute ces
obfervations à l'intérêt qu'infpire fon talent
dramatique , qui eft réel , & qui méritoit
s encouragemens qu'il a reçus .
( D ....... )
DE FRANCE. 103
DISCOURS fur l'éducation de M. LE
DAUPHIN, & fur l'Adoption ; par
Mme. DE BRULART , ci- devant Mme.
DE SILLERY , Gouvernante des Enfans
de la Maifon d'Orléans . A Paris , chez
Onfroy , Libraire , rue St-Victor ; & Née
de la Rochelle , Lib. rue du Hurepoix ,
No. 13. 1790.
MDE . de Sil'ery commence par annoncer
une idée abfolument neuve & qui peut paroître
extraordinaire & même impraticable.
Tout cela est vrai ; mais fi elle eft en effet
impraticable , comme je le crois & comme
il eft facile de le démontrer , il n'eft pas
étonnant qu'elle foit neuve , & il vaudroit
bien mieux perfuader des vérités connues &
utiles , comme a fait , en développant les
principes de Locke fur l'éducation des enfans
, ce J. J. Rouffeau , pour qui Mde . de
Sillery a témoigné ún affez grand mépris ,
ainfi que pour d'autres Ecrivains célèbres ,
qui , à titre de Philofophes , avoient encouru
fa difgrace.
Mde. de Sillery préfente d'abord un apperçu
général des foins , des travaux , des
facrifices qu'exige la place d'Inftituteur , &
fur-tout d'Inftituteur d'un Prince : ce qu'il
y a de vrai dans cette eſpèce de réfumé ,
104 MERCURE
avoit déjà été dit , & beaucoup mieux , dans
plus d'un Ouvrage ; mais il y a aufli des
idées qui appartiennent à l'Anteur ; celles
là font un peu extraordinaires , & ne donnent
pas une grande opinion de fes principes
fur l'éducation , dans des points qui
cependant font tres- effentiels . Elle compte
parmi les devoirs d'un Gouverneur de s'affervir
un
un caractère que l'on veut réformer ..
de gouverner defpotiquement. Je croirois
au contraire , & beaucoup d'autres croiront
comme moi , que rien n'eft plus opposé au
plan d'une bonne inftitution que le defpotifme
; car rien n'eft plus oppofé au "def
potifine , qui , par lui- même , eft arbitraice ,
que la raifon qui se l'eft jamais ; & le talent
le plus néceffaire à un Inftituteur , c'eſt de
fubftituer , autant qu'il eft poffible , à fon
autorité perfonnelle celle de la raifon . Tous
ceux qui ont réfléchi fur le caractère des
enfans ( j'en demande pardon à Mde. de
Sillery, mais ce font des Philofophes ) , ont
vu & ont dit que l'enfance même , à plus
forte raifon l'adolefcence , étoit beaucoup
plus fufceptible qu'on ne le croyoit communément
, d'être gouvernée par la raifon :
c'eft une des maximes que Rouffeau mer
le plus fouvent en pratique dans fon Emile:
Naturellement l'homme n'aime point à
obéir ; mais il eft flatté qu'on le croie digne
d'obéir à la raifon , & l'enfance fur- tout aimebeaucoup
qu'on l'en croie capable. Elle en
acquiert tous les jours davantage par l'ha
DE FRANCE. 101
bitude de s'y foumettre ; & c'eft un art de
l'Inftituteur de lui faire toujours croire
qu'elle eft raisonnable , même quand elle
n'eft que docile . Ces principes n'ont rien
d'extraordinaire , mais je les crois vrais.
Mde. de Sillery affirme qu'on n'ajamais
vu de fils de Roi parfaitement bien élevé.
On pourroit lui dire fur cette affertion un
peu extraordinaire :
Et ce qu'on n'a point fait , prétendez-vous le faire ?
Il ne s'agit sûrement pas ici de cette perfection
abfolue qui n'eft point dans l'humanité.
Mais j'aurois penfé, je l'avoue , fans
vouloir remonter plus haut , que le Duc de
Bourgogne , par exemple , avoit été affez
bien élevé par Beauvilliers & Fénélon ,
Je laiffe de côté ce que nous favons des
détails de cette éducation par les écrits du
temps : la meilleure de toutes les preuves
eft celle que l'on tire des faits , & c'eft le
Prince lui-même qui , par fon caractère &
fa conduite , fait le mieux la critique ou
l'éloge de fes Inftituteurs. Que Mde. de
Sillery confulte tous les Mémoires du dernier
fiècle , & particulièrement ceux de St-
Simon , qui n'eft pas fufpect de flatterie ;
elle verra quel homme c'étoit que ce jeune
Duc de Bourgogne , & quel Roi il promet
toit à la France ; elle verra ce qu'en avoient
fait fes Inftituteurs , non pas en alferviffant ,
mais en dirigeant fon caractère ardent &
106
MERCURE
altier ; d'où il étoit revenu & jufqu'où il
avoit été quand la mort l'enleva ; elle verra
que la jeuneffe , déjà révérée , de ce Prince
en impofoit à la vieilleffe de Louis XIV ,
& genoit fon defpotifme ; que la décence
févère & la morale connue du jeune homme
fembloit une cenfure tacite & refpectueufe
du Gouvernement de fon aïeul &
des moeurs de la Cour ; elle verra fur-tout
qu'ayant adopté tous les principes de Fénélon
, il vouloit décidément donner à la
France un Gouvernement légal ; qu'il énonçoit
à tout moment un grand mépris pour
le Gouvernement arbitraire, & un grand refpect
pour la Loi,& que s'il eût régné, on s'attendoit
à un changement total dans l'Etat.C'étoit
pourtant à la Cour de Louis XIV qu'avoit
été élevé cet homme qui méditoit une révolution
que la Nation feule a pu faire
cent ans après lui. J'oferai en conclure , fi
Mde. de Sillery le permet , qu'il avoit été
affez bien élevé.
Je fuis fort éloigné de foupçonner Mde.
de Sillery d'aucun de ces retours fecrets fur
foi-même , qui , en dictant les opinions que
l'on publie , révèlent feulement le fecret
de l'égoïfme & les illufions de l'amourpropre
il n'y a qu'à lire fes Ouvrages pour
voir qu'elle est bien au deffus d'un pareil
foupçon ; mais j'oferai lui obferver qu'il
n'eft ni adroit ni convenable d'affirmer fi
pofitivement qu'on n'a jamais rien fait qui
foit parfaitement bien dans la profeffion
DE FRANCE. 107
qu'elle exerce , en même temps qu'elle
propofe ce qu'il faudroit faire cela reffemble
trop aux enfeignes de Charlatan
qui feront toujours ce qu'on n'a jamais fait,
& encore une fois , toute efpèce de charlataniſme
eft trop au deffous de Madame de
Sillery.
و د
Elle prétend que l'enfant le plus mé-
» diocre , s'il n'a point de vices d'organi-
" fation & fi fon coeur n'eft pas mauvais ,
» peut , avec une éducation parfaite , ac-
و ر
quérir des principes & des vertus folides ,
» des idées juftes , une inftruction étendue ,
" & s'il eft né pour régner , devenir par
conféquent un très-grand Prince , un ex-
» cellent Roi ". C'eft beaucoup ; que deviendra
donc celui qui fera né avec des qualités
fort au deffus du médiocre ? Ceci ne
reffemble-t- il pas encore à ce Rhéteur de
la Fable, qui vouloit, en dix ans, faire d'un
ane un paffe Cicéron ? Je crois beaucoup
au pouvoir de l'éducation ; mais je donnerois
un peu plus à la Nature. L'individu
médiocre dont parle ici l'Auteur , pourroit
devenir un honnête homme , & c'cft bien
quelque chofe ; mais je ne conçois pas
comment il deviendroit un Marc- Aurèle
ni un Henri IV : Eft modus in rebus. Je
ne traduirai point cette citation , parce que
sûrement Mde. de Sillery fait le latin .
Elle nous apprend encore qu'il eft impoffible
qu'un bon Gouverneur foit aimé de
ceux qui font fous fes ordres, Je prendrai
108
MERCURE
encore la liberté de la trouver auffi exagérée
& auffi pen croyable fur l'impoffible
que fur le poffl'e. Je crois l'un & l'autre
bien plus dépendant des perfonnes que des
chofes. Il y a tel caractère qui , même fans
commander , repouffe toute affection ; il y
en a tel autre qui l'attire , même en commandant.
J'avoue que ce font encore là des
vérités bien ufées & bien triviales ; mais
je la prie de me ie pardonner ; chacun a
fa manière de voir , & la mienne , fur-tout
en fait de raifon , eft de me défier beau
coup de l'extraordinaire & du neuf. La raifon
ne peut guère paroître neuve ; elle eft
vieille comme l'expérience .
Mde. de Sillery fait une bien terrible &
bien décourageante peinture des fonctions
du Gouverneur : il femble qu'elle veuille
en dégoûter. Selon elle , fi l'Inftitureur
eft parfait ....... ceux qui feront fous
» fes ordres ne pourront s'empêcher de le
" trouver auftère , impérieux ; ils l'accule-
» ront même de pouffer la vigilance jufqu'à
99
"
un excès puéril..... Ils fe plaindront de
» fon infociabilité ; ils l'attribueront à une
hauteur dédaigneufe..... Ils lui donneront
la réputation d'un homme dur , fauva-
» ge, opiniâtre & rempli d'orgueil « . ( Tous
les mots foulignés ici , le font par l'Auteur
).
"
Voilà une trifte perfpective ; mais il fe
préfente une réflexion toute naturelle :
cette affectation de marquer en italique
toutes
DE 109 FRANCE.
toutes les qualifications injurieufes que l'on
accumule ici , femble défigner qu'elles ont
été réellement employees ; cependant elles
ne peuvent , felon l'Auteur , être attribuées
qu'à l'Inftituteur que l'on fuppofe parfait
(ce font fes termes ) , & felon l'Auteur
auffi , il n'y a pas encore eu d'éducation
parfaite. Comment donc nous donne- t- elle
comme un fait , comme un inconvénient
inévitable attaché à la perfection de l'Inftituteur
, ce dont il n'y a sûrement pas encore
eu d'exemple , puifqu'il n'y en a pas
encore eu de cette perfection ? C'eft à Mde.
de Sillery , qui a beaucoup de logique , à
nous expliquer cette petite contradiction
fuivant les règles des compoffibles.
Au refte, fi tel eft le fort de la perfection ,
il faut bien s'en confoler : de quoi la perfection
ne confole--elle pas ? Madame de
Sillery , en parlant du Gouvernement de
Suède , prétend que le Roi y eft abfoiu , qu'il
eft defpote. Cela eft fort , & prouve que
l'Auteur n'a aucune idée de la nature des
différens Gouvernemens . Je ne veux point
m'étendre ici fur celui de la Suède ; il eft
affez connu de tous les gens inftruits. Je
demanderai feulement à celle qui le trouve
abfolu & defpotique , quel nom elle donnera
au Gouvernement de la Pruffe , de la Sardaigne
, des Royaumes héréditaires de Léopold
, & c. car je ne veux pas même nommer
ceux qui font véritablement defpotiques.
No. 38. 18 Septembre 1790,
F
110 MERCURE
Enfin l'Auteur en vient à l'objet princi
pal de fa brochure . Elle voudroit que la
Nation fût témoin , guide & juge de l'éducation
du Prince deftiné à régner,
Témoin & juge , cela peut & doit être ;
guide , eft un peu difficile ; car un plan
général de l'éducation du Prince , tracé par
La Nation elle- même , ne rempliroit pas
encore cet objet le véritable guide fera
toujours l'Inftituteur , & je ne conçois pas
comment une Nation pourroit l'être . On
abuſe beaucoup de ce mot de Nation . On
oublie trop que comme Nation , elle feule
peut youloir tout ; mais que comme Nation
auf , elle ne peut exécuter rien ,
abfolument rien que par délégation. Ce
principe eft connu & avéré , mais on ou
blie à tout moment les conféquences . Ce
n'eft pas ici le lieu d'en dire davantage làdeffus
; je reviens aux moyens propofés
par Madame de Sillery. Elle veut donc
auffi -tôt que le
que le Gouverneur
»
13
Prince fera remis entre fes mains , faffe
un Journal intitulé, Journal de l'éduca-
» tion de M. le Dauphin. Ce Journal ,
imprimé publiquement , paroîtroit tous
les mois , & feroit conçu de cette ma
nière. Le premier numéro préfenteroit
le tableau ou plan d'études des journées,
l'emploi de toutes les heures , occupations
, récréations , promenades , &c.
" plan fixé invariablement pour tous les
» jours , & détaillé de telle forte , que
23
DE FRANCE.
33
chaque Citoyen , en confultant ce tableau
, pût favoir à toute heure ce que
» feroit un enfant fi précieux . Quand les
» faifons forceroient à changer les heures
» fixées pour les promenades & pour les
études , on annonceroit ces divers changemens.
Les feuilles fucceffives inftruiroient
du choix des lectures & de la quantité des
" pages ou de volumes qu'on auroit lus dans
l'intervalle d'une feuille à l'autre. Elles
" rendroient compte encore des progrès
" dans les études & dans les exercices du
corps , de l'accroiffement de la taille &
des forces phyfiques , & c. Ces feuilles
» formeroient douze petits cahiers par an .
Mais en outre il faudroit , au bout de
chaque année , que le Gouverneur fît
paroître un autre volume de quatre ou
cinq cents pages , qui contiendroit ce
» qui fuit : Tous les extraits faits pour
» M. le Dauphin , dans le cours de cette
» année pafléc avec les réflexions cri-
» tiques & morales furces Ouvrages ; 2 ° . des
defcriptions & un compte détaillé des
» Manufactures Monumens & chofes
» dignes de remarque qu'auroit pu voir
» M. le Dauphin durant cet efpace de
و ر
"
"
3
temps ; & s'il avoit fait quelques voya
" ges dans l'intérieur de la France , un Jour-
» nal exact de ces voyages. On joindroit
à ce volume un autre volume , renfer-
" mant les extraits faits par M. le Dauphin
, aiz que fes compofitions , ayant "
Fa
Ir2 . MERCURE
و ر
و ر
د re- »ennoteouenmargelescritiques
" marques & obfervations du Gouverneur.
Voilà pour le Public. Mais il feroit à
» défirer que le
Gouverneur fir encore un
» autre Journal particulier , qui contien-
» droit toutes les fautes & les bonnes actions
de fon Elève , avec les répriman-
" des & les réflexions du
Gouverneur : &
» cet Ouvrage , qu'on ne feroit point imprimer
, après avoir patfé fous les yeux
» du Roi & de la Reine , feroit déposé
» entre les mains d'un Tribunal nommé à -
cet effet ; de forte que tous ces Ouvrages
tant publics que particuliers , reunis
enfemble ,
compléteroient le compte le
plus exact de l'éducation .
و ر
"
و ر
"
Un Gouverneur doit paffer avec fon
Elève neuf ou dix heures de la journée ;
ainfi il faut fuppofer qu il fe fera remplacer
chaque jour, en différentes fois, à
» peu près trois ou quatre heures ; mais celui
qui fera chargé de le remplacer , fera le
Journal de ces intervalles de temps ,.
" afin qu'il n'y ait aucune lacune dans
» l'enſemble du compte rendu “.
"
Je ne connois rien de plus frivole , de
plus infignifiant qu'un plan femblable. Je
n'y vois que la petite vanité d'imprimer
un Journal d'Education , qui , s'il n'étoit
que fidèle , feroit auffi inutile qu'infipide ,
pat la multitude , l'uniformité & la petiteffe
des détails , qui ne feroit qu'une affiche
DE FRANCE. 113
trompeufe , s'il n'offroit le plus fouvent ,
comme on peut le préfumer , que l'efprit
du Gouverneur & de fes Subſtituts . Et
puis qu'en réfulteroit - il ? que cet expoſé
Journalier feroit l'objet de la critique univerfelle
, car qui peut fe flatter de réunir
les fuffrages , fur- tout dans un genre fur
lequel chacun a fes idées ? Le Public fe
trouveroit donc tous les jours entre l'Infti
tuteur & l'Elève ; nous aurions tous les
Jours des commentaires fur l'éducation du
Prince ; le Prince & le Gouverneur en
deviendroient-ils meilleurs ? Tout ce qui
en arriveroit , c'eft qu'on rabaifferoit bientôt
jufqu'au ridicule , fruit inévitable d'une
controverfe de tous les jours , la chofe du
monde la plus refpectable , l'éducation de
l'héritier du Trône . Je n'infifterai pas longtemps
fur ce projet qui ne peut pas fou
tenir l'examen.
L
Si j'ofois propofer auffi un moyen de
mettre la Nation à portée d'influer en quelque
chofe fur l'inftitution d'un jeune Prince ,
ce feroit celui que j'ai déjà indiqué ailleurs ,
mais que je ne donne que comme un apperçu
, une opinion que je foumets à ceux
qui peuvent voir mieux que moi. Je fuppofe
, avant tout , que nous aurons enfin un
fyftême régulier d'éducation publique
propre à former des hommes & des Ci
toyens. Alors il me femble qu'il pourroit
être utile que le jeune Prince , accompagné
de fes Inftituteurs particuliers , que je
F3
114
MERCURE
A
fuppofe auffi choifis par le Monarque d'après
le témoignage de l'eftime univerfelle , fuivit
les exercices d'inftruction publique , dont
on auroit , comme de railon , banni les
formes ridicules & pédantefques , & y
affiftât comme les autres , dans une parfaite
égalité. La comparaifon & la concurrence
mettent feules un homme en état de fe
juger lui-même & d'être jugé par les au
tres . Le Prince apprendroit que chacun doit
être prifé fur la valeur perfonnelle , & cette
vérité , commune en péculation , ne peut
devenir un fentiment que par l'habitude.
Il fentiroit la néceffité d'être quelque chofe
par foi même s'il méritoit d'être diftingué
, il auroit un amour - propre un peu
mieux entendu que celui de fa naillance
& de fon rang s'il étoit dans la claffe
commune , il pourroit du moins s'appercevoir
que l'autorité qui n'a pas de grandes
lumières , a befoin de celles d'autrui . Enfin
il vivroit de bonne heure avec des hommes
& avec des égaux. Je ne fçaurois croire que
cet apprentiflage fût abfolument perdu.
· :
On appréciera cette idée ce qu'elle peut
valoir , mais je ne pense pas que jamais
perfonne faffe ufage de celle de Mde. de
Sillery. On peut lui confeiller , pour fon
propre intérêt , de ne point traiter les matières
politiques ; elle n'y réuffira pas plus
qu'elle n'a réufli quand elle a voulu traiter
la Théologie & argumenter en faveur de
Téternité des peines de l'enfer ; quand elle
DE FRANCE.
a voulu traiter l'Hiftoire , fans même en
connoître les fources , & que fous le nom
d'Annales , elle nous a donné un amas
confus de dates , de noms , de chiffres &
d'extraits copiés à la hâre ; quand elle a
voulu traiter la Phyfique , & qu'elle nous
a étalé , comme des merveilles ( dans fes
Veillées du Château ) , de petits phénomènes
très communs qu'elle avoit trouvés la
veille dans le Spectacle de la Nature , &c.;
quand elle a voulu traiter la Critique , & que
toute fa critique , prife dans Fréron , comme
fa théologie dans l'Abbé Gauchat , s'eft réduite
à la fatire des meilleurs Ecrivains &
à l'éloge des plus médiocres , &c. &c. &c.
On dira peut - être que dans cet article
elle n'a point été jugée comme on a coutume
de juger une femme ; mais les convenances
font relatives. Quand Madame de
Genlis nous a donné , pour l'éducation des
enfans , de charmans petits Drames , pleins
de graces & d'intérêt , on n'a vu & l'on
n'a dû voir en elle qu'une femme d'efprit
& de talent , qui en faifoit l'ufage le plus
intéreffant & le plus aimable : elle n'a entendu
alors qu'un concert de louanges. Mais
depuis que Mde. de Sillery , faifant oublier
Madame de Genlis , a hautement affiché
toutes les étranges prétentions que je viens
de rappeler, depuis qu'elle a attaqué les
Ecrivains les plus eftimés , fans égard , fans
ménagement , fans connoiffance de caufe
fans que perfonne l'eût provoquée , ni que
116 MERCURE
perfonne lui répondit , on n'a pu la juger
que fur ce qu'elle prétendoit , & c'est elle
qui nous a donné le droit de comparer ce
qu'elle étoit avec ce qu'elle vouloit être .
( D ........ )
}
PREUVE de la néceffité d'une feule Loi
par M. CARPENTIER , Avocat au Par
lement. A Paris , chez l'Auteur , rue des
Marmouſets , Nº . 10 ; & chez Potier dė
Lille, Imp- Lib. rue Favart , N°. 5. Prix,
4 liv. 10f.
L'AUTEUR , pour prouver la néceffité
d'un Code général , établit les vices de
toutes les Coutumes.
Il y a dans ce travail des recherches trèscurieufes
& très-inftructives.
L'Ouvrage eft divifé en quatre Chapitres
; dans le premier , qui a principalement
pour objet les Jurifconfultes , Gens
de Loi & autres perfonnes éclairées , l'Auteur
démontre la diffeniblance , la difcorde
& la contrariété qui fe trouvent dans les
Coutumes , nous allons en donner plufeurs
exemples. Dans la Coutume de Sole ,
on a quarante-un ans pour retirer ; & dans
celle de Bailleul , on n'a que trois jours :
quelle difproportion ! Par la Coutume de
Bourbourg , le bâtard peut retirer & par
celle de Bourbonnois , le bâtard ne le peut.
-
DE FRANCE. 117
D'après la Coutume de Bergerac , on ne
peut retirer au delà du quatrième degré ; ·
& felon celle de Thionville , le retrait peut
s'exercer même au delà du dixième degré.
Suivant la Coutume de Châlons , l'héritage
retiré eft acquêt ; celle de Calais , au contraire
, le met au nombre des propres.
Ces exemples fuffiront pour piquer la
curiofité , & faire appercevoir en même
temps à quel travail immenfe l'Auteur a
dir fe livrer pour me tre au jour un difparat
auffi frappant , ce qui ne fera pas difficile
à croire, pufqu'il a été obligé de feuilleter
le grand Coutumier , en 4 gros Volumes
in-folio.
Z
L fecond Chapitre traite des injuftices
dont les Coutumes font remplies , injuftices
ex m n'es fous plufieurs points ; d'a
bord relativement aux avantages accordés
à l'aîné , aux partages des biens , à l'âge de
majorité , à la communauté , aux droits des
fiefs & autres objets dont il n'eft pas poffible
de faire l'énumé ation dans un extrait,
On obfervera feulement que l'Auteur , en
traitant de ces differentes matières , donne
l'origine du droit d'aîneffe , inftruit auffi
des motifs qui ont donné lieu à l'inégalité
dans les parrages . Il prouve visiblement
pourquoi l'âge de majorité n'eft pas le
même par-tour ; il remonte avant la Monarchie
pour établir le droit de communauré
, enfin il perce les temps les plus
reculés au fujet de l'inftitution des fiefs.
1,18
MERCURE
Ces recherches curieufes donneront de
grandes idées aux perfonnes intelligentes ,
& les injuftices dont les Coutumes font
remplies détermineront tous les Citoyens,
fans diftinction , à défirer & àdemander un
Code général.
L'Auteur , dans le Chapitre troisième ,
s'occupe de l'inutilité des Coutumes fous
pluſieurs rapports ; 1º. d'après les Ordonnances
, en ce qu'elles font dérogatoires
dans beaucoup de points aux difpofitions
des Coutumes ; 2°. il fait appercevoir leurs
défauts en confidérant le ftyle barbare dans
lequel plufieurs font écrites , & le ridicule
qu'elles renferment dans quelques - unes de
leurs décifions. Enfuite il paffe à l'examen
du vice des Coutumes , dont les unes n'ont
que la fanction des Princes qui étoient alors
Souverains des pays réunis aujourd'hui à la
France ; les autres n'ont été rédigées que
par les Seigneurs ; quelques unes par des
Echevins & Notaires ; plufieurs enfin qui
n'ont aucune fanction.
L'Auteur termine fon travail en prouvant
la néceffité d'un Code général & la facilité
de fon exécution .
DE FRANCE. 119
NOTICE S.
Livres nouveaux qui viennent de paroître chez
Moutard , Lib, Impr . rue des Mathurins , Hôtel
de Cluni.
Tables pour l'intelligence de la nouvelle Carte
de France , divifée en Départemens & en Diſtricts.
Ouvrage utile à ceux même qui n'ont pas la Carte,
In- 8 ° . de 41 pages. Prix , 12 f.
L'Art de la Mâture des vaiffeaux , par M.
Romme ; in-folio. Fig. Prix , 6 liv.
Cet article manquoit depuis long - temps ; il
vient d'être réimpriné,
Traité de l'Arrimage des vaiffeaux , par M.
Miefly-Quies ; in-4 ° . Fig . 6 liv .
Galerie Philofophique du 16e. Siècle , par M.
Mayer. Vol, in- 8 ° . rel. 15 liv.
Le Tome 3e. vient de paroître , & fe vend ſéparément,
OUVRAGES pour les Enfans , par Mme. de V***.
Hiftoriettes & Converfations , à l'ufage des Enfans
qui commencent à épeler ; 2 Volum . in- 18 .
Prx , i liv. 10 f.
Hiftoriettes & Converfations , à l'ufage des Enfans
qui commencent à lire un peu couramment;
2 Vol. in- 18. 1 liv . 10 f.
Lydie de Gerfin, oa Hiftoire d'une jeune Angloife
, pour fervir à l'intruction & à l'amufement
des jeunes Françoiles de fon âge ; 1 Volum .
in-18. 1 liv, 4 f.
Tous ces Ouvrages port franc par la Pofte. A
Paris , chez M. le Prince , Editeur , au Bureau de
L'AMI DES ENFANS , rue de l'Univerſité , Nº. 28.
120 MERCURE DE FRÂNCE .
On aura foin d'affranchir les lettres & le port de
l'argent.
Dans le grand nombre de Livres publiés depuis
quelques années pour les enfans , j'ai toujours
vu avec pené qu'il ne s'en trouvât pas un
feul qui fût particulièrement deftiné à l'âge le
plus tendre. En effet , quel eft aujourd'hui dans
notre Langue l'Ouvrage que l'on puiffe mettre
entre les mains d un enfant qui commence à épeler
? On voit tous les jours des mères réduites
à apprendre à lire à leurs enfans dans le premier
Livre qui tombe fous leur main. Doit-on s'éton
ner que , ne trouvant aucun intérêt , & même
aucun fins à cette lecture , le e fans fe rebutent
dès les premières lignes , & regardent cet
exercice comane un tourment ? Un Livre , au
contraire , qui ne leur préfente que des mots
fam liers à leur oreille , qui ne leur parle que de
leurs affections & de leurs plaifirs , captive leur
imagination , foutient leur patience , & fixe leur
légèreté. Ils croient jouer avec les objets , en
lifant leurs noms ; & le Livre lui même devient
bientôt leur joujou favori.
Les Ouvrages que l'on préfente ici au Public ,
peuvent
être inis entre les mains des enfans auflitôt
qu'ils commencent à lire , quoiqu'avec peine ,
des mots entiers. Le premier Volume , compofé
de phrafes très courtes , les mettra bientôt en
état de pafler au fecond , où les Hiftoriettes font
plus étendues , celui - ci au troifième , & ainfi de
fuite ; en forte que leurs progrès naturels les conduifent
fans peine par les gradations ménagées
dans la fucceffion des Volumes....
ER S.
Conte.
TA BL E.
Charade, Enig. Logog .
85 Difcours.
86 Preuve.
87 Notices
Les Chateaux en Eſpagne.89
103
116
119
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOGNE.
De Varsovie , le 27 Août 1790.
-
LA Diète a ajourné à la fin de ce mois
ses délibérations sur le projet de Constitution
, dont nous avons dernièrement indiqué
quelques principes. Dans l'intervalle,
il y aura des Conférences chez le Maréchal
de la Confédération . Les bases'
proposées en faveur de l'Ordre de la
Bourgeoisie se réduisent àun petit nombre
d'articles , dont voici les principaux.
Les Villes pourront être représentées à la
Diète par trois Députés ; le Bourgeois ayant
des biens fonds , jouira du droit des Nobles ,
qui ne peuvent être arrêtés que sur la preuve
administrée qu'ils sont coupables ; les Bourgeois
pourront acquérir et posséder des biens
Nobles ; ils seront habiles à occuper tous
les emplois Ecclésiastiques , les Evêchés
No. 38. 19 Septembre 1790. I
( 170 )
exceptés ; ils pourront avancer à tous les
grades dans l'Etat Militaire ; le grade de
Colonel ennoblira les Bourgeois avec leurs
descendans .
Le Baron d'Engestroëm , Ministre de
Suède , a eu une audience du Roi , dans
laquelle il a remis ses lettres de créance ,
en qualité d'Envoyé extraordinaire et de
Ministre Plénipotentiaire auprès du Roi
et de la République. Les Députés des
affaires étrangères ont reçu ordre de la
Diète d'entrer en conférences avec ce
Ministre pour la conclusion d'un traité
de Commerce,
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 2 Septembre.
I
A l'instant où l'on attendoit de nouveaux
engagemens entre les Russes et les
Suédois , l'on a appris qu'à l'improviste ,
et sans qu'aucun préalable fût parvenu à
la connoissance du Public , la paix venoit
d'être conclue entre les Cours de
Pétersbourg et de Stockholm . Une lettre
de cette dernière capitale , en date du 24
Août , nous informe , en ces termes , de
cet événement.
04 Les Barons de Mollersward et Staël de
Holstein ont été dépêchés ici , comme Courriers,
avec la nouvelle de la paix , conclue
le 14 de ce mois dans la plaine de Varela.
Ils étoient porteurs des lettres du Roi pour
( 171 ) paging irregulars
La Reine et pour le Gouverneur de Stockholm ,
Ce dernier a sur le champ convoque le Corps
Municipal, qui a témoigné sa joie en faisant
remettre au Baron de Mollesward une boîte
d'or enrichie , et 500 ducats.
"
Les préliminaires furent signés , le 14 ,
par le Baron d'Armfelt , Plénipotentiaire du
Roi, et le Général Russe d'Igelstroëm ,
chargé des pouvoirs de l'Impératrice de
Russie. Les conférences s'étoient tenues sous
une tente , déployée entre les deux armées.
La ratification a eté signée , le 19 , par Sa
Majesté ; l'échange des ratifications a eu
lieu le lendemain . On ne connoît pas encore
en entier les conditions de paix ; on sait
seulement que l'indépendance de la Couronne
de Suede y a été établie d'une manière
claire et précise , que la Russie se désiste
des prétentions qu'elle avoit élevées au commencement
de cette année , et que les articles
vagues et ambigus des Traités de
Nystadt et d'Abo seront supprimés , ou ratifiés.
Cet arrangement est une suite de la
Convention de Reichenbach ; car aussitôt
qu'on fut instruit à Pétersbourg qu'il seroit
fait une paix séparée entre la Cour de
Vienne et la Porte Ottomane , l'Impératrice
, après la tenue d'un Conseil , envoya
des pouvoirs à ses Généraux en Finlande ,
pour conclure la paix aux meilleures condi
tions possibles. »
L'Impératrice, par un billet de sa main ,
a elle-même instruit de cet événement le
Général Comte de Brown , Gouverneur
de Riga . Les avis ne s'accordent point
encore sur toutes les conditions de cette
paix inattendue. On sait néanmoins avec
1 ü
( 172 )
certitude , qu'elle porte essentiellement
sur le statu quo , c'est- à - dire , que les
deux Puissances doivent conserver leurs
possessions et leurs limites , telles qu'elles
existoient avant la guerre. L'Impératrice
reconnoît la forme de Gouvernement
établie en Suède en 1772 ; mais
suivant quelques versions , l'article impose
au Roi de Suède l'obligation , ou
implique son consentement de rétablir
cette Constitution , telle qu'elle fut instiquée
en 1772 ', et d'abroger par conséquent
les innovations subséquentes qui
ont eu force de lui.
On a peine à se persuader que ce Monarque
ait accepté une condition aussi
humiliante , aussi dangereuse , aussi dérogatoire
au principe fondamental de son
indépendance . Si cet article existe , il
condamne le Roi et la Diète à être désormais
Législateurs passifs , et tout Novateur
qui voudra troubler l'Etat , sera désormais
assuré de pouvoir , par des intrigues
, faire insérer des décisions sur les
lois , dans les traités de paix de la Suède
avec ses ennemis .
Le Ministre d'Espagne à Pétersbourg
a eu , dit - on , quelque part à cette transaction
; il ne paroît pas que les Cours
auxquelles le Roi de Suède a dû une protection
si utile , ' si décisive , aient influé
sur cette décision , ni même qu'elles aient
été consultées . Une démarche aussi
brusque et aussi extraordinaire de la part
( 173 )
de ce Prince , ne peut être expliquée que
par une détresse profonde , ou par des
motifs secrets qu'on ne pénètre point
encore . Cette précipitation est d'autant
plus surprenante , que S. M. S. avoit devant
elle tout l'hiver pour négocier , sans
avoir à craindre , en apparence , ni revers,
ni actions nouvelles , et qu'il a l'air d'abandonner
l'Allié en faveur duquel il à
pris les armes , à l'instant même où tout
présageoit à la Porte une paix avanta
geuse.
Nous sommes loin néanmoins de regarder
cette paix comme un coup , de
partie pour la Russie : elle est trop accablée
dans ses ressources , et trop peu en
état de prolonger la guerre , pour qu'elle
tente de se refuser à la paix avec les
Turcs , en présence de la Prusse et de
l'Angleterre armées , et déterminées à
soutenir ces derniers si les négociations
venoient à échouer. On ne doit donc
considérer cet arrangement avec la
Suède, que comme un répi donné à l'Impératrice
, et pendant lequel elle pourra
traiter un peu moins désavantageusement
avec la Porte.
De Vienne , le 1er . Septembre .
L'opinion a tellement varié sur le
voyage du Roi à Fiume , que le 19 on
8culenoit encore ici que ce départ
n'auroit pas lieu ; nous avons répété
110)
( 174 )
cette nouvelle trop affirmative , et évidemment
controuvée . Le Roi s'est mis en
route le 21 du mois dernier pour aller
recevoir LL. MM. SS . à Fiume. Il
est arrivé le 22 à Gratz , et le lendemain
il a continué sa route pour
Laibach .
Rien n'a été terminé avec les Députés
Hongrois qui , au nombre de 52 , ont
inondé cette Capitale ; ils avoient apporté
non le Diplome inaugural , mais
un Mémoire sur lequel le Roi n'a donné
aucune Réponse , Lorsque ces Députés
se rendirent à la Cour , la multitude leur
témoigna par un silence morne , une
improbation marquée de la conduite de
leur Diète.
Les Troupes qui se rendent par Egrå
dans les Pays- Bas , sont au nombre de
14,662 , dont 11,910 d'Infanterie , et de
24,755 , dont 19,072 d'Infanterie , qui
prennent la route de Braunau . Elles sont
aux ordres des Généraux , d'Alvinzi
de Kheul, de Brentano , de Diesbach ,
de Micovini et de Boros . La première
Colonne est en marche , dit -on , depuis le
13 , et le reste a suivi le 19 ; ainsi , la plus
grande partie de cette armée qui descend
le Mein , seroit rendue aux Pays-Bas
avant la fin de Septembre.
Le Conseil Aulique de Guerre éprouvera
quelques changemens ; on y a déja introduit
les nouveaux Membres , qui sont : Le Maréchal
Comte de Wallis , Président ad in(
175 )
terum, le Comte de Tyge , Général de Cavalerie
; le Comte de Brown , Général d'Artillerie
, les Lieutenans- Généraux Comtes
de Vartensleben et de Czelaiz et deux
Majors -Généraux , qui ne sont pas encore
nommés.
Le Roi a conféré le commandement général
de la Hongrie , au Maréchal Prince
dle Cobourg , celui de la Bohême au Général
Prince de Hohenlohe , le Gouvernement de
la Basse-Autriche au Maréchal de Botta ,
celui de Linz au Général de Terzy , celui de
Graz au Général de Staader , celui d'Au
triche interieure au Général Wenceslas de
Colloredo , celui de Transylvanie au Général
de Barco , celui d'Esclavonie au Général de
Schmittfeld, celui de Gallicie au Général
Comte de Wurmser , celui des Pays Bas aú
Maréchal de Bender. Le Prince de Wirtemberg
a été élevé au rang de Lieutenant -Ge
néral , et nommé au commandement de
Luxembourg.
GRANDE -BRETAGNE.
De Londres , le 10 Septembre.
A l'issue d'un Conseil tenu la Semaine
dernière , l'Amirauté expedia quatre avisos
à Milord Howe , pour lui retirer ,
dit-on , le Victory de 100 canons , et le
Barfleur de 98 , qui doivent entrer dans
la seconde escadre . Celle- ci se rassemble
actuellement aux Dunes , où les vaisseaux
de Spithéad se sont déja rendus ,
Forte de 18 vaisseaux de ligne , elle
I i
( 176 )
-
sera commandée en Chefpar Lord Hood,
et en second , par le Contre-Amiral
Elliot et le Commodore Sawyer. Lord
Hood a déja remercié le Roi de sa promotion
, et est allé donner ses ordres
aux Dunes , d'où il est de retour depuis
Lundi. Le lieu du rendez-vous de cette
escadre avoit d'abord fait conjecturer
qu'elle étoit destinée pour la Baltique ;
mais on ne hasarde point de passer le
Sund en cette saison , avec des vaisseaux
du premier rang. La semaine prochaine
, cette contrariété d'avis disparoîtra.
Nous avons en ce moment soixante
vaisseaux de ligne armés. Il n'y a pas
un premier exemple d'une pareille activité.
En dix semaines , la flotte de Lord
Howe est passée du Chantier en pleine
mer. Plusieurs autres vaisseaux , entre
autres le Glory et l'Atlas de 90 can .;
le Stately et le Ruby de 64 , viennent
d'être mis en Commission .
FRANCE.
De Paris , le 15 Septembre.
ASSEMBLÉE NATIONALE.
Fin de l'Opinion de M. de Landine sur les
Assignats ; dans la Séance du Vendredi 3.
Non , ce n'est point une fiction désordonnée
que celle qui nous fait présager, qu'en
augmentant les causes du mal , on ne peut le
( 177 )
2
faire cesser. Mais , nous a - t - on dit , la création
de 400 millions d'Assignats a été tresutile
à la Province , puisque celle - ci a retiré
de la Capitale cent millions qu'elle devoit ,
et qu'il auroit été impossible de payer par
le resserrement du numéraire . Ce n'est point
tant à la Province qu'aux Banquiers , qu'aux
faiseurs d'affaires , que cette emission a été
utile. Eux seuls sont parvenus à se libérer ,
en rejetant le deficit des papiers sur leurs
Créanciers . Eux seuls , après avoir reçu des
espèces monnoyées ou des marchandises , les
ont acquittées avec un prix d'opinion. Je ne
sais pourquoi on se refuseroit à proposer au
lieu d'un tableau fantastique du bonheur
d'avoir tant de papiers pour moyens d'echange
ce problême arithmétique plus
simple , et dont la solution pourroit être
utile . Si l'émission de 400 millions d'Assignats
a augmenté la valeur dé l'argent , si
les premiers éprouvent de 5 à 6 pour 100 de
perte , quelle sera la valeur de l'argent et le
taux de la perte sur le papier , lorsqu'il y
en aura en circulation cinq fois davantage ?
Certes , ce sera vraiment , comme on vous
l'a dit dans un autre sens , une décision bien
hardie , que celle qui , nous sortant de l'état
où nous nous trouvons , feroit perdre 40 pour
cent aux Capitalistes , aux Commerçans et
aux Propriétaires . Je sais qu'avant l'émission
des Assignats , les Billets , depuis l'embarras
de la Caisse d'Escompte , éprouvoient déja
une perte considérable , puisqu'on ne pouvoit
les changer à simple présentation contre
de l'argent ; mais je le demande , ces Assignats
si prospères , qui ont remplacé les
Billets , ont- ils diminué cette perte , ont-ils
changé cette pénurie d'espèces , ce discrédit
I 6
( 178 )
de tout papier forcé , cette augmentation
du prix dans les ventes , parce que le vendeur
calcule toujours la perte du change et
le deficit réel du paiement. Lorsqu'il y aura
pour deux milliards de plus d'Assignats circulans
, je le demande , trouvera - t - on un
change plus facile ; et la confiance , le crédit
descendiont - ils sur nous par une miraculeuse
et subite inspiration ? Je consulte pour
réponse , et les terreurs des Provinces , et
ces Caisses d'échange d'Assignats contre le
numéraire que le patriotisme a été forcé d'y
établir , et cet effroi public et général de
ne voir entre ses mains pour gage de sa vie ,
de sa subsistance , de sa propriété , que du
papier. Voyez les Provinces et Paris en regorger.
Voyez tous les impôts payés en cette
monnoie , et le Gouvernement haletant de
besoin avec cette chimérique richesse . Tous
ses marchés seront faits à perte ; toutes ses
opérations coûteuses et pénibles . Il faudra
qu'il subisse la loi d'un change énorme pour
fournir la solde des Troupes de terre et de
mer; il faudra qu'il arrête l'émigration des
Ouvriers , qu'il modere en plusieurs lieux
la cherté des denrées , qu'il adoucisse des
peines , qu'il console des sacrifices , et qu'il
calme le désespoir. "
Il faut s'arrêter ; car vos lumières , Messieurs
, devancent ce que j'aurois à ajouter ,
ce que d'autres Opinans présenteront sans
doute sur cette matière ; mais en me résumant
, je dis qu'en créant pour une somme
exhorbitante d'Assignats , c'est avilir notre
numéraire et diminuer notre véritable richesse
; je dis que jamais le papier ne peut
présenter l'or , et soutenir sa concurrence ;
je dis que celui que vous croirez attacher
( 179 )
à l'acquisition des Biens Nationaux n'acquerra
point , et qu'il fera passer à ses légi
times Créanciers le produit devotre émission ;
je dis que ces Créanciers , Propriétaires économes
, véritables soutiens de l'Etat , supporteront
presque seuls le fardeau de l'emploi
des papiers , et que ceux- ci , comme une
lepre politique , viendront frapper leurs coeurs
d'accablement , et leurs champs de stérilité .
J'ai pensé qu'un mouvement aussi rapide ,
aussi général , s'unissant aux étincelles d'insubordination
particulière pourroit malheu
reusement allumer un incendie dévorant
et funeste , que la prévoyance législatrice
doit prévenir. J'ai pensé que l'accroissement
du numéraire augmentant le prix des denrées ,
le riche ne deviendra pas plus opulent , tandis
que le Peuple deviendra plus malheureux.
J'ai pensé qu'à la cherté des denrées tenoit
celle des marchandises , et que le Commerce ,
cette grande ressource des Etats modernes ,
s'anéantit pour nous , si l'Ouvrier ne peut
à bon compte vivre et travailler. J'ai dit
enfin que chaque Nation voisine s'armant
d'un siphon funeste , épuisera notre or ,
fouillera dans le sein du Corps politique ,
le desséchera et en produira l'anéantissement.
"
" Si la première proposition du Comité
de Liquidation me paroît inadmissible , il
n'en est pas de même de la seconde . Les
Quittances de Finances en effet présentent
un moyen plus doux , et par conséquent
préférable . L'état est débiteur de dix - neuf
cent millions de créances échues , ou qui
vont être exigibles. Il doit d'abord à ses
Créanciers une prompte liquidation de leur
prêts , de leurs avances , et aussitôt aprè
I vj .
( 180 )
une reconnoissance légale de leur valeur.
Le Créancier hypothécaire n'a pas droit
de se plaindre , lorsqu'en lui conservant ses
droits , on lui donne le choix ou de l'acquisition
du fonds dont une partie de la propriété
lui a déja été aliénée par son hypothèque
, ou de la délégation du prix qui
va se trouver entre les mains de l'Acquéreur.
"
Cette opération est celle que doivent produire
les quittances d'état , les reconnois-
-sances liquidées de la dette publique Chaque
porteur de ces quittances devient des - lors
un Créancier hypothécaire des biens mis en
vente par la Nation . Dans le court intervalle
et de la liquidation et de la vente , un intérêt
attaché à ces quittances témoigneroit
le respect du Corps Législatif pour les revenus
de la propriété. Mon desir seroit que
cet intérêt fût de trois pour cent , et à peu
près égal au produit des terres . Il ne seroit
point assez modique pour priver de secours
ceux qui ayant toute leur fortune dans les
créances du Gouvernement , ne trouveroient
pas de ressources . Il ne seroit point assez
considérable pour engager le Créancier à
préférer son titre à l'acquisition des Propriétés
Nationales .
18
Les quittances de finance n'étant plus
un papier-monnoie , mais devenant réellement
une obligation foncière , et par conséquent
le vrai papier territorial , ne circulent
plus dans les conditions les moins alsées , et
n'y emportent point toute espérance. Ces quit
tances divisées en coupons de valeur diverse
, rendroient tout échange , toute acquisition
plus facile ; mais s'il étoit possible , ce
que je ne puis présumer , que ce papier ga(
181 )
ranti par le taux modéré de ses intérêts , par
une hypothèque spéciale et certaine , par
l'honneur de la Nation , si ce papier pouvoit
encore éprouver la fluctuation de l'agiotage ,
pourquoi cette alternative d'accroissement
ou de diminution dans sa valeur , ne frapperoit-
elle pas plutôt les Créanciers de l'Etat ,
que les simples Cultivateurs , plutôt ceux
qui ont fait avec l'Etat des opérations lucra
tives , que les Citoyens tranquilles qui n'ont
connu du Gouvernement que les charges et
les impositions? »
" On parle de vendre , a dit M. de Mirabeau
, et l'on ne fourniroit au Public aucun
moyen d'acheter ! Les quittances de finance
sont les moyens justes et modérés d'acheter ,
et de faire tout ce qu'il est avantageux d'exé
cuter . En vain les possesseurs de ces quittances
voudroient-ils les faire circuler dans
les Ateliers et les Manufactures , ils n'y ont
pas cours. L'Agriculture seule les sollicite ;
l'Agriculture seule leur offre des champs ,
et ses travaux , de tous les plus naturels à
l'homme; mais pour que l'Etat fût à la fois
bienfaisant et juste , il pourroit assurer un
avantage à ses Créanciers , il pourroit leur
accorder une faveur dans les acquisitions à
faire. Que celui qui soldera ses achats avec
le papier national obtienne , à enchères
égales , la préférence sur l'argent . Dès- lors ,
la valeur de ce papier ne pourra qu'accroître. »
Sans doute , les besoins urgens de nos
Finances, pour la fin de cette année et le
commencement de la prochaine exigeront encore
une nouvelle émission d'Assignats ; mais
du moins qu'elle soit de peu d'étendue , et
simplement proportionnelle au deficit du
Trésor public ; mais du moins qu'elle soit
"
( 182 )
sans cet intérêt qui doit la discréditer , et
annoncée invariablement comme la dernière.
Prenons alors les moyens les plus prompts
d'accélérer la perception des impôts , de
mettre le niveau entre la dépense , qui n'est
point encore parfaitement connue et la
recette à exiger des Contribuales.
"
?
Par cette double émission , et d'assignats
très- limitée , et de quittances de finance ,
nulle convulsion , aucun déchirement déplorable.
Ah! me devenoas pas , je vous en conjure
, semblables à ces empiriques qui , lorsqu'on
auroit pu guérir sans froissement , sans
séparation cruelle , avec des calinans et le
baume du temps , prennent hardiment le
fer et le feu , et viennent inconsidérément
porter les angoisses et la douleur sur des êtres
d'autant plus respectables qu'ils sont malades
et sensibles. "
M. de Landine termina son Opinion par
un Projet de Becret qui est le résumé de ses
dernières propositions.
Nous avons promis le résumé des Opinions
de MM. de la Blache , Boutidoux et Boislandry
, sur les Assignats , dans la Séance de
Dimanche 5 de ce mois. L'immensité des
argumentations sur cette matière , qu'on
pourroit réduire à des élémens fort simples ,
nous force à ne présenter que les idées principales
des Opinans , lorsqu'elles ne rentrent
pas dans celles d'autres Orateurs.
M. de la Blache , Membre du Comité des
Finances , exposa contre les Assignats plusieurs
des motifs développés par M. de Landine.
Il remarqua ensuite , avec justesse
que dans l'examen de cette question , loin
183 )
de considérer is lement les Créanciers de
l'Etat , il falloit voir l'Etat lui-même , et
toutes les classes de la Société , sur lesquelles
de proche en proche porteroit la lepre de ces
deux milliards de papier. Iemarqua avec non
moins de verite , qu'ils établiroient deux prix
dans le commerce de toutes choses , l'un en
papier , l'autre en argent , et que le premier
seroit peut- être du double plus fort que le
second.
M. Boutidoux , défenseur des nouveaux
Assignats , s'attacha moins à prouver leur
excellence , qu'à détruire le projet des quittances
de finance , et à répondre à quelques
objections. Quant aux quittances de finance ,
il représenta que si les Créanciers des Créanciers
publics auxquels on les donneroit , les
refusoient , leur possesseur seroit forcé de les
escompter sur la place , d'y perdre , et d'entretenir
ainsi l'agiotage.
Cette objection en entraîne une bien terrible
contre l'Opinant . Pourquoi les quittances
de finance perdront elles sur la place ?
A cause du discrédit public. Or , ce discrédit
influera également sur les Assignats , et celui
qui les recevra de la seconde main , supportera
la perte qu'ils éprouveront sur la place .
Tous les Créanciers publics qui ne sont pas
debiteurs , partageront également cette lésion
.
Ce qu'offrit de plus remarquable Ja réponse
de M. Boutidoux , aux Antagonistes des
Assignats , ce fut le style dans lequel il les
attaqua. Il les traita presque de criminels
de leze Nation ; il les appela des étres malfaisans
; suivant lui , l'impudence personifiée
pouvoit seule révoquer en doute l'hypotheque
de ces Billets- monnoie , qu'il baptisa du sobri(
184 )
quet nouveau de Papier- terre , pour renchérir
sur M. de Mirabeau , et autres inventeurs du
Papier territorial.
་་
Si l'Assignat perd à l'échange contre
de l'argent , ajouta M. Boutidoux , cet effet
résulte de leur valeur en sommes de 209 ,
300 et 1000 liv. , qui les rend moins susceptibles
des emplois de détail . Une pièce de
monnoie du même prix , entraîneroit le même
inconvénient. "
C'est , il nous semble , comparer des objets
sans similitude. Suivant la disproportion qui
peut exister entre la quantité circulante d'or
et d'argent , il s'établira un prix de commerce
entre les espèces de l'un ou de l'autre
métal . Par exemple , on souff: e un escompte
dans l'achat des louis d'or , parce qu'ils sont
plus rares que les écus , ou qu'ils offient
des avantages propres et recherchés ; mais
ces variations momentanées ont leurs - limites
dans celles de la disproportion même des
deux métaux . Quiconque achète une monnoie
d'or avec la même valeur et quelque
chose en sus en espèces d'argent , acquiert
une propriété certaine et impérissable. En
est- il de même du Papier ? Non . Entre
son prix et celui de l'argent , s'établit néces
sairement la différence , qui résulte de celle
du signe fictif de la valeur , et de la valeur
réelle , de la valeur ideale et de la valeur
positive. L'opinion , le crédit , les craintes .
publiques , les contrefactions , et autres
causes morales influent sur la valeur relative
du papier , tandis que celle de l'argent
reste invariable. Si l'on avoit des monnoies
de 200 liv. , on paieroit la commodité d'un
échange contre les monnoies inférieures ;
mais outre te besoin de cette commodité ,
( 185 )
le papier offre de plus l'inconvénient de tous
les risques qu'il peat courir.
L'Opinion de M. Boislandry est riche de faits ,
de conséquences rigourenses , et de ces notions
positives ns lesquelles le Discours le plus
éloquent n'est qu'une déclamation . Nul n'a
mieux saisi corps à corps les sophismes des
spéculateurs en Assignats .
Après s'être étonné de la disparate des
opinions intrépides de M. de Mirabeau , en
faveur des Assignats , et de l'horreur qu'il
avoit témoignée à Versailles contre le Papier-
monnoie ( cette disparate ne nous étonne
en aucune manière ) , il passe en revue les
prétendus avantages de l'opération proposée.
Celui qui prête le plus à la fascination ,
consiste dans une diminution de cent millions
d'impôts , par l'extinction des intérêts
de la dette exigible . M. Boislandry détruit
le prestige , en disant :
Il est bien vrai qu'avec deux milliards.
d'Assignats forcés , et sans intérêt , on se
libère de cent millions de rente ; mais pour
cela il faut vendre pour deux milliards de
biens- fonds qui produisent 70 millions , ainsi
le bénéfice n'est que de 30 millions . Si ces
biens diminuent de valeur par la quantité
de fonds à vendre , si au lieu d'être achetés
au denier 20 , ils ne le sont qu'au denier 30 ,
Vous auriez donné en paiement , des biens
qui produisoient le denier 20 , pour amortir
des rentes qui produisoient le denier 20 ; le
bénéfice sera parfaitement nul . Cependant
vous aurez mis en émission pour deux milliards
d'Assignats. Or , comme vos biens que
vous estimez aussi deux milliards au denier
20 , ne seront réellement vendus que 14 à
1500 millions au denier 30 , il restera de
( 186 )
fait une circulation sans hypothèque pour
5 à 600 millions d'Assignats , qu'il faudra
neanmoins rembourser , ou dont il faudra
payer les intérêts . Il n'est donc , sous aucun
point de vue , vrai de dire que la Nation
sera libérie de 100 millions d'intérêts , et
il est evident que , lorsqu'on a avancé cette
assertion , on vous a trompés .
40
Je vais plus loin je dis qu'il y aura
une augmentation forcée d'impôts. En effet ,
si les Assignats perdent dix , quinze , et
peut- être vingt pour cent , les Entrepre
neurs et Fournisseurs du Gouvernement ne
feront certainement pas des marchés à leur
perte ; ils augmenteront donc leur demande
dans la même proportion de dix , quinze ,
vingt pour cent . Si cette augmentation porte,
par exemple , sur deux à trois cents millions
, il est évident qu'elle formera un accroissement
de dépense , conséquemment un
vide dans la recette de vingt à trente millions
, et que , pour combler ce déficit , il
faudra augmenter les impôts. Veut-on qu'au
lieu de cette baisse , trés-probable , les As
signats acquièrent une grande faveur ; qu'ils
soient au pair de l'argent ? alors l'argeut
circulera en concurrence avec les Assignats;
alors le numéraire se trouvera doublé , et
toutes les marchandises , tous les salaires
augmenteront peut- être de vingt à trente
pour cent ; alors les Fournisseurs et les Employés
du Gouvernement hausseront encore
leurs prétentions ; ainsi les impôts établis
d'après le prix actuel des denrées , seront
insuffisans , et il faudra indispensablement
les augmenter. La diminution promise des
impôts est donc nulle et imaginaire , l'augmentation
au contraire est certaine. 1
( 187 )
L'Opinant prouve ensuite, aussi clairement,
la chimère des espérances sur le rétablisse
ment de la circulation , sur la baisse de l'io- ,
térêt de l'argent , sur l'attachement à la Révolution
que les Assignats inspireront à tous
leurs Porteurs. Examinant enfin l'hypothèque
mêne de ces deux milliards de Papier , il en
démontre l'exagération.
Vous voulez vendie , dit- il , pour deux
milliards de Biens Nationaux , et vous n'en
connoissez pas la valeur. Calculons la par
aperçu . Le Comité des Dimes vous a dit
que les Dimes pouvoient produire au Clergé
80 à 90 millions net , et que les autres revenus
pouvoient être évalués de 60 à 70
millions ; les Dimes sont supprimées , il n'y
faut plus compter. Il reste donc le revenu
des biens- fonds , que je porterai à la plus
haute estimation , 70 millions. Mais il faut
en déduire 1º . le produit des Droits féodaux ,
abolis sans indemnité ; 2 °. le revenu des
Maisons de charité et d'éducation , des Hô
pitaux , des Fabriques , de l'Ordre de Malte ;
3. le revenu des Forêts et Bois au- dessus
de cent arpens , dont la vente a été défendue
par un Décret ; 4°. les dettes légitimes des
Maisons , Communautés et autres Etablissemens
Ecclésiastiques. On ne peut guère
porter tous ces objets réunis , à moins de
virgt millions de revenus , il restera done
cinquante millions de produit . Mais les Biens
Nationaux ne consistent passeulementenTerres,
mais encore en Rentes , en Droits Seigneuriaux
, en Maisons plusieurs se vendront
au- dessus du denier 20 , d'autres au- dessous .
J'accorderai , si l'on veut , qu'ils se vendront
tous au deuier 25. Dans cette hypothèse ,
tres favorable et très douteuse , la valeur
( 188 )
effective de ceux qui sont disponibles , sera
de 1250 millions . L'opinion publique mieux
informée , ne tardera pas à réprouver les
illusions qu'elle avoit embrassées avec tant
d'ardeur. "
"
M. Boislandry relève , avec avantage , les
fausses inductions qu'ou a tirées d'un faux
exposé du numéraire fictif de l'Angleterre.
On vous a dit que le numéraire réel et
fictif de l'Angleterre s'élevoit à cinq milliards.
L'Angleterre n'a pas d'autre numéraire
fictif que des Billets de Banque payables
à vue et au Porteur , et qui sont , avec
raison , considérés comme de l'argent : son
numéraire , en espèces , est évalué de 6 à 700
millions , les Billets de Banque à 300 millions
; cependant , la circulation intérieure
est presque égale à celle de la France : son
Commerce intérieur est d'un tiers plus
considérable , et l'on vous dit que la France ,
dont le numéraire est le double , n'en a pas
assez pour le Commerce ! L'Angleterre a ,
comme nous , pour quatre à cinq milliards
de dettes ; mais ces dettes sout constituées
en effets qui se négocient à la Bourse ; elle
s'est bien donné de garde d'en faire du
Papier forcé de circulation , parce qu'elle
sait que le Papier monnoie , par sa nature ,
est destructeur de l'Agriculture , du Cmmerce
, des Manufactures et de la prospérité
des Nations qui l'emploient. "
2.
A l'appui des alarmes dont il développe
les motifs , l'Opinant appelle l'expérience.
Le Congres Américain emit aussi une q antité
considérable de Papier-monnoie , hypothéqué
sur les terres ; ce Papier s'avilit au
point qu'il perd maintenant , et depuis longtemps
, 95 et plus pour cent. Celui de la
( 189 )
Suède , également territorial , a éprouvé le
même discredit . M. Boislandry pouvoit citer
encore la Banque d'Ayr en Ecosse , qui
culbuta en très - peu de temps , quoique son
Papier eût en nantissement les terres de tous
les Actionnaires . Il a terminé son Opinion
par un Projet de Décret , qui lie toutes les
parties à embrasser dans le plan quelconque
de libération qu'on voudra adopter , et qui
tend à constituer des obligations Nationales
à échanger librement contre des Biens Nationaux
.
BU LUNDI 6 SEPTEMBRE.
Cette Séance a été presque entièrement
consacrée , au travers d'une discussion vague
et décousue , à l'anéantissement final de tous
les Corps Judiciaires du Royaume . Voici leur
Oraison funèbre , c'est - à - dire , le Décret qui
les abolit :
"
Art. I. Les Contribuables qui , en matière
de contribution directe , se plaindront du
taux de feur cotisation , s'adresseront d'abord
au Directoire du District , lequel pronončera
, sur l'avis motivé de la Municipalité
qui aura fait la répartition ; la Partie , qui
se croira lésée pourra se pourvoir ensuite
au Directoire de Département , qui décidera
en dernier ressort , sur simples mémoires
et sans forme de procédure , sur la décision
motivée du Directoire de District.
II. Les actions civiles , relatives à la
perception des Impôts indirects , seront jugées
en premier et dernier ressort , également
sur simples mémoires et sans frais de
procédure , par les Juges de District , lesquels
, une ou deux fois la semaine , selon
le besoin duservice , se formeront en Bureau
( 140 )
ouvert au Public , composé au moins de trois
Juges , et prononceront , après avoir entendu
le Commissaire du Roi, "
« III. Les Entrepreneurs de travaux publics
seront tenus de se pourvoir sur les
difficultés qui pourroient s'elever en interprétation
ou dans l'execution des clauses de
Jeurs marchés , d'abord par voie de conciliation
, devant le Directoire du District;
et dans le cas où l'affaire ne pourroit être
conciliée , elle sera portée au Directoire du
Département , et décidée par lui en dernier
ressort , après avoir vu l'arêt motivé du
Directoire du District . »
* " IV. Les demandes et les contestations
sur le réglement des indemnités dues aux
particuliers , à raison des terrains pris ou
fouilles pour la confection des chemins ,
canaux ou autres ouvrages publics , seront
portées de même , par voie de conciliation ,
devant le Directoire du District , et pourrout
l'être ensuite au Directoire de Département
, lequel les terminera en dernier ressort
, conformément à l'estimation qui en
sera faite par le Juge de Paix et ses Assesseurs.
"
.. V. Les particuliers qui se plaindront des
torts et dommages procédant du fait personnel
des Entrepreneurs , et non du fait
de l'Administration , se pourvoiront contre
les Entrepreneurs , d'abord devant la Municipalité
du lieu où les dommages auront
été commis , et ensuite devant le Directoire
du District , qui statuera définitivement
lorsque la Municipalité n'aura pu concilier
l'affaire. "
9
VI. L'Administration , en matière de
grande Voierie , appartiendra aux Corps
( 191 )
Administratifs ; et la police de conservation ,
tant pour les grandes routes que pour les
chemins vicinaux , aux Juges de District . "
VII. En matière d'Eaux et Forêts , la
conservation et l'administration appartiendront
aux Corps Administratifs : les ventes
et adjudications des bois seront faites
devant eux ; et les actions pour la punition
et réparation des délits , seront portées devant
les Juges de District , qui auront aussi l'exécution
des Réglemens concernant les bois
des particuliers , et la police de la pêche ,
et qui , dans tous les cas , entendront le
Commissaire du Roi. "
VIII. Tout le contentieux relatif aux
transactions du Commerce maritime , dont
les Amirautés connoissent actuellement
étant attribué aux Tribunaux de Commerce ,

il sera pourvu , au surplus à ce que la
police de la Navigation et des Ports soit
utilement administrée. Les Comités de la
Marine et du Commerce présenteront incessamment
leurs vues sur ces objets . P
la
IX. La compétence des Juridictions
et de la Cour des Monnoies , soit pour
police des Communautés qui travaillent les
matières d'or et d'argent , soit pour les
contestations entre les Particuliers et les
Orfèvres , relatives au commerce de l'Orfevrerie
, appartiendra aux Juges de District ;
et il sera pourvu , par une Commission
d'Officiers nommés par le Roi , tant à la
surveillance de la fabrication des espèces
dans les Hôtels des Monnoies , qu'à la décharge
définitive des Directeurs des Monnoies.
"
" X. Au moyen des dispositions contenues
dans les articles III et IV précédens , et dans
( 192 )
les quatre articles ci - dessus du présent Titre ,
les Elections , Greniers à Sel , Juridictions
des Traites , Grueries , Maîtrises des Eaux
et Forêts , Bureaux des Finances , Juridicsions
et Cours des Monnoies , et les Cours
des Aides demeureront supprimés . "
« XI. Les Tribunaux d'Amirauté subsisteront
jusqu'à ce que , conformément à l'article
VIII ci -dessus , on ait pourvu à la police
de la navigation et des ports , et ils n'y
pourront connoître que de ces objets . "
XII. Au moyen de l'abolition du régime
féodal , les Chambres des comptes demeureront
supprimées , aussitôt qu'il aura été
pourvu à un nouveau régime de comptabilité.
"
XIII . Au moyen de la disposition contenue
en l'article XVI du titre fer . ci- dessus ,
les Committimus au grand et au petit Sceau ,
les Lettres de Garde -Gardienne , les Priviléges
de cléricature , de seholarité , du scel des
Châtelets de Paris , Orléans et Montpellier ,
des Bourgeois de la ville de Paris , et de
toute autre ville du Royaume , et en général
tous les Privilèges et attributions en matière
de Juridiction ensemble tous les
Tribunaux de privilége ou attribution , tels
que les Requêtes du Palais , les Conservations
des Priviléges des Universités , les Officialités
, le Grand Conseil , ka Prévôté de
Hotel , la Juridiction Prévôtale , les Sièges
de la Connétablie , le Tribunal des Maréchaux
de France , et généralement tous les Tribunaux
autres que ceux établis par la présente
Constitution , sont supprimés et abolis . "
9
« XIV . Au moyen de la nouvelle institution
et organisation des Tribunaux , pour le
service
( 193 )
service de la Juridiction ordinaire tons
ceux actuellement ezistans sous le titre de
Vigueries , Châtellenies , Prévôtés , Vicomtés ,
Sen chaussées , Bailliages , Châtelets , Présidiaux
, Conseil Provincial d'Artois , Conseils
Supérieurs , Parlemens , et généralement
tous les Tribunaux d'ancienne création ,
sous quelque titre et dénomination que ce
soit , demeureront supprimés, "
"(
XV. Les Officiers des Parlemens tenant
les Chambres des Vacations établies par le
Décret du 3 Novembre dernier , cesseront
leurs fonctions à Paris , le 15 Octobre , et
dans le reste du Royaume , le 30 de ce
mois.
"
3
XVI . Les mêmes jours , 30 de ce mois
et 15 Octobre , les Officiers Municipaux des
lieux où les Parlemens sont établis , se rendront
en Corps au Palais , à l'heure de midi ;
et , après avoir fait fermer les portes des
Greffes et Archives et autres dépôts de papiers
ou minutes , y feront apposer , en leur
presence , les scelies par le Secrétaire - Greffier
, pour la sureté des dépôts ; ils requerront
, en outre , du Commandant , soit des
Gardes Nationales, soit des Troupes de ligne,
le détachement nécessaire à la garde des
portes extérieures . »
7.XVII. Les Officiers des autres Tribunaux
continueront leurs fonctions jusqu'à ce que
les nouveaux Juges puissent entrer en activité.
40
"
XVIII. Les Titulaires des Offices supprimés
remettront au Comité de Judicature
les actes ou expéditions collationnées , nécessaires
à la liquidation de leur indemnité. -
M. Gossin a continué son Rapport sur la
Liquidation des Offices. Nous allons joindre
Nº . 38. 19
Septembre 1790. K
(194)
"
les articles décrétes aujourd'hui à ceux qui
le furent le 2 , et que nous avons renvoyés .
1. Tous les Offices de Judicature et
de Municipalité , évalués en exécution de
l'Edit de 1771 , seront liquidés sur le pied
de l'évaluation. "
" II. Les Offices soumis à l'évaluation , et
non évalués , seront liquidés , autant qu'il se
pourra , sur le pied des Offices de même
nature , et de la même compagnie , dont la
Finance sera certaine. »
" III. Les Offices non -soumis à l'évaluation
prescrite par l'Edit de 1771 , et qui ont
été simplement fixés , en vertu des Edits
de 1756 et de 1774 , ensemble les Offices
de Flandres , de Hainault et d'Artois , formellement
exceptés de l'exécutien de l'Edit
de 1771 , seront liquidés sur le pied du derinier
contrat authentique d'acquisition . »
" IV. Dans le cas où le Titulaite actuel
de l'un des Offices spécifiés , art . II , ne
pourroit produire un contrat authentique
d'acquisition , la Liquidation sera faite sur
le pied du prix moyen des Offices de même
nature et de la même Compagnie , qui auroat
été vendus dix ans avant , et dix ans
après l'époque des provisións des Titulaires.
* V. Les Offices de Chancellerie qui n'étoient
assujettis ni à l'évaluation , ni à la fixation
ci - dessus énoncees , seront liquides sur
le pied de leur Finance. "
་་ VI. Les premiers pourvus d'un Office ,
é ceux qui en ont leve aux parties casuelles ,
seront remboursés sur le pied de la Finance
effectivemeat versée dans le Tresor public . »
VII. Se out compris dans la disposition
des articles precedens les Greffiers et
( 195 )
Huissiers Audienciers , attachés à chaque
Tribunal supprimé , l'Assemblée se reservant
de statuer sur le sort des autres Officiers
Ministériels , après qu'elle aura terminé
l'organisation du nouvel Ordre Judiciaire.
VIII. Les Jures-Priseurs , supprimés par
le Décret du 9 Juillet dernier mois , seront
rembourses , conformément à ce Décret et
à ceux rendus depuis , relativement à leurs
offices.
"
"
IX. Les droits de mutation , connussous
les noms de quart , de huitieme , douzième
, vingt-quatrieme denier , survivances et autres
de même nature , qui seront justifiés
-avoir été versés dans le Trésor National ,
ensemble des frais de sceau de tous les Offices
ci - dessus énoncés , seront rembourses
à chaque Titulaire ; mais aucun d'eux ne
pourra prétendre au remboursement des autres
depeuses de sa réception ; il sera cependant
reteau sur ledit remboursement , à l'egard
des Titulaires qui n'ont pas paye le
centieme denier, excepte dans les apanages ,
le montant du droit du centieme denier pour
les années pendant lesquelles ils ne l'ont pas
acquitté.
on
Avant de lever la Séance , on a rapporté
une Lettre de M. Dufresne , qui annonce pour
le Trésor public un besoin de 30 millions
pendant le courant de ce mois , et un secours
immediat , sans lequel ce soir même ,
seroit forcé de suspendre les paiemens . L'Assemblée
a autorisé la Caisse d'Escompte , à
remettre au Trésor Public 10 millions en
promesses d'Assignats , à compte du service.
de Septembre .
DU MARDI 7 SEPTEMBRE .
M. Merlin venoit de faire décréter plusieurs
Kij
( 196 )
articles sur la suppression des Chancelleries ;
l'Assemblée étoit encore peu nombreuse ,
lorsque M. Dupont a dit:
Dans le désespoir qui a saisi les Ennemis
de la Constitution et les Fanteurs
de l'anarchie , lorsqu'ils ont vu la valeur héroïque
des Gardes Nationales rétablir l'ordre
à Nancy , ils ont tenté un nouvel effort
contre la paix , en fomentant des séditions
dans Paris même. Il leur en falloit pour
soutenir le courage abattu de leurs Emissaires
, pour montrer qu'ils ne sont pas
atterrés avec leurs Alliés de Lorraine , pour
prolonger leur empire sur les brigands qu'ils
savent faire courir d'un bout du Royaume
à l'autre , et qu'ils ont l'audace de présenter
comme le Peuple François. C'est avec eux ,
Messieurs , qu'en presence du véritable
Peuple Prançois , justement indigné , ils
n'ont pas craint de troubler vos Delibérations
, Jeudi dernier , par de nouvelles motions
d'assassinats , proférées à grands cris ,
à prix d'argent , sous vos fenêtres , et avec
menaces de la guerre contre vous- mêmes . »
« On a dispersé dans les groupes environ
quarante fanatiques réels pu volontaires , à
puissans poumons , et quatre ou cinq cents
hommepayés. On leur adonné ce mot du guet,
étes-vous sûr, et la réponse un homme sûr. On
a doublé la dépense , afin d'entraîner , par
P'attrait de l'argent , quelques- uns de ceux
que l'on n'auroit pas pu déterminer par te
magnétisme des motions et des cris . Plusieurs
dépositions faites entre les mains des Officiers
de la Garde Nationale et à la Mairie
attestent que d'honnêtes gens , mêlés parmi
la foule , ont reçu la proposition de douze
franes pour joindre leurs cris à ceux que
( 197 )
et qu'il en est à
vous entendiez retentir
qui on a laissé les douze francs dans la
main. On a publiquement annoncé que cela
devoit durer encore ; qu'il y auroit un mouvement
chaquejour , et chaque jour en effet
de nouvelles motions d'assassinats ont été
faites . On a publiquement annoncé que jasqu'au
10 cela ne seroit pas sérieux ; mais
que la grande explosion étoit fixée au 10
de ce mois , jour que vous avez indiqué pour
une délibération d'une haute importance . "
ΙΟ
Ces annonces , qui paroissent imprudentes
, sont une des plus grandes ruses de la
science de cette honteuse guerre. C'est d'aprés
Ces annonces que l'on fait courir au loin , qu'un
teljour il y aura un grand désordre , des
assassinats , un pillage important , précédés
d'une distribution manuelle pour les Chefs
subalternes , pour LES GENS SERS ; c'est
d'après ces annonces que les Brigands se
rassemblent de trente et quarante lieues à la
ronde , et qu'un très - petit nombre d'hommes
parviennent à se procurer , un jour d'affaire ,
une armée nombreuse et redoutable de
malfaiteurs , qui arrivent à point nommé ,
sans autre paie que l'espoir de faire quelques
bons coups.
<<
Les Factieux ont disposé leur force
active comme vous avez décrété que devoit
être celle de la Nation elle -même. Ils ont
une armée au drapear peu nombreuse et peu
coûteuse , et une armée auxiliaire dispersée
dans tout le royaume , qui ne coûte point
d'argent qui se réunit facilement au besoin.
Le coup de tambour , les trompettes
qui la rappellent , sont d'une part les libelles ,
de Patre cette annonce publique , la sédition
pour un teljour.
Kiij
( 198 )
Il ne vous sera pas difficile de rous sonvenir
, Messieurs , qu'il n'y en a en aucune
qui n'ait ainsi été predite plusieurs jurs d'avance
, et sans la prédiction l'événement
n'arriveroit pas.

Vous ne pouvez pas être instruits de ees
faits , et n'y opposer aucune me ure. Je sais
qu'on dira que vous devez dedaigner de vous
occuper de ces viles manoeuvres , et que des
clameurs séditienses ne sont dignes que de
votre mépris. Mes jeurs , ces conseifssont ceuxde
la foiblesse qui tâche de se déguiser en courage.
Quand on affecte de mépriser les mena
ces et les séditions , c'est qu'on a peur. Il ne
sffit point que vous soyez au - dessus de la
crainte de voir , en aucuns cas , influencer vos
opinions par aucun tumulte. »
H
Je soumets donc à votre délibération ,
le Projet de Décret suivant.
10 L'Assemblée Nationale a décrété et décrète
:
" 1 Qu'il sera ordonné aux Tribunaux
d'informer contre les Quidams qui ont fait ,
le Jeudi 2 Septembre des Motions d'assassinats
sous les fenêtres de l'Assemblée Na- :
tionale , contre ceux qui ont excité à faire
des Motions , et contre ceux qui ont distribue
de l'argent à cette fin.
"
2 ° . Qu'il sera ordonné aux Officiers Municipaux
de Faris de veiller so gneusement
au maintien de l'ordre et à l'exécution des
Décrets rendus par l'Assemblée Nationale
pour la tranquillité publique. "
3. Que le pré ent Decret sera porté à
la Sanction royale dans le jour, "
Une grande partie du côté gauche étant
encore vide , le seul M. de Buuuzat a tincé
( 199 )
d'éluder cette Motion , en la faisant renvoyer
au Comité de Constitution., M. d'André a:
vivement combattu cette demande , en représentant
que la continuation des désor
dres acheveroit d'éloigner les gens riches ,
et. que l'Assemblée ne pourroit, siéger dans
un lieu perpétuellement troublé par des
émeu es. A ces réflexions judicieuses , BOpinant
a mêlé une conjecture peu digne des,
sa sagesse, et de sa veracité a attribué ces
séditions aux Ennomis de la Révolution qui
cherchent à allumer la guerre civile , et à
persuader que l'Assemblee n'est pas libre.
Certes , ce sost , en effet , de bien dangereux
Ennemis de la Révolution , que les factieux
qui en perpétuent les excès , qui , pour.
entasser Révolutions sur Révolutions , et
arriver à la destruction totale du Gouverné,
inent monarchique , prolongent Pivresse du
Peuple , event son Pouvoir au - dessus de
toutes les autorités légales , lui montrent
dans les mouvemens tumultueux l'exercice
légitime de sa liberté , lui persuadent d'arracher
par Ja terreur et la violence tout ce
qui convient aux vues de ses séducteurs , et
osent nous offrir journellement comme le
eri de la Nation , les vieux sanguinaires de
quelques Pelotons de séditieux.
Mais , M. d'Andréen attribuant ces émeutes
combinées par des Artistes tres savans ,
an desir de prouver la servitude de l'Assem
blee , répère un reproche souvent fait à la
Minorité , et Pineulpe directement d'avoir
provoqué la derniere sedition . Or , appelonsen
à sa candeur. Quel étoit l'objet de ces attroupemeas
et de ces clameurs ? La conduite
ferme et patriotique de M. de Bouillé accusé
d'ațistocratie , au sein même de l'A3-
Kiv
200 )
semblée, par les Membres qui affectent la
plus grande popularité , et défendu par la
Minorité entière ; la réduction des Régimens
rebelles , dont cette même Minorité à éner–
giquement demandé le châtiment , et exeryant
leur foreur sur ces mêmes Officiers , que
tous les libellistes ont procrit comme des
Aristocrates ; la création de deux milliards
d'assignats , protégée par le Parti democra
tique , et repoussée par la Minorité ; l'éloignéwent
et la mort des Ministres , journellement
dénoncés par ce même parti , et calomniés,
par ses Folliculaires ; enfin , la proscription
des principaux Membres de la Minorite.
Ainsi , l'assertion de M. d'André equivaut
à dire , quela Minorité arme le Peuple contre
ses propres opinions et contre la vie de ses
Membres . C'est ainsi , qu'au milieude la fièvres
qui brûle nos cerveaux , on a entendu soutenir
que la Noblesse incendioit ses maisons ,
devastoit ses propriétés , faisoit piller ses
Chartes , sacrifioit ses jours et ceux des siens,
se faisoit chasser à coups de bâton des Assemblees
primaires , et provoquoit tous les
brigandages dirigés exclusivement eontre
elle , pour démentir les succès de la Constitution.
C'est ainsi qu'à chaque soulèvement
militaire , à chaque détention , à
chaque meurtre d'Officiers, par la main de
leurs soldats , on a entendu soutenir que les
Officiers seuls préparoient ainsi , à prix d'argent
, la ruipe de leur autorité , le péril de
Teur vie , la perte de leur liberté ; enfin ,
la dissolution même des Corps , auxquels
sont attachés leur gloire , leur état et leur
fortune.
De pareilles conjectures sont assurément
le comble de la dérision . Elles devroient
( 201 )
rester dans des Feuilles méprisables , dont
le ministere depuis un an , est d'excuser les
crimes , après les avoir provoqués , et de détourner
l'attention publique de dessus leurs auteurs,
en accusant les victimes des désordres.Si
ces imposteurs d'isoient vrai , pourquoi les recherches,
les poursuites contre lesbrigandsqui
désolent la France depuis un an , se sont- elles
évanouies? Pourquoi les incendiaires du Nord
et du Midi ont ils été soustraits à la Justice
Prévôtale ? Pourquoi les réclamations des
Communautés qui sollicitoient leur punition ,
ont -elles été déclinées ? Pourquoi la prise
des forts de Marseille , l'assassinat de M. de
Beausset , celui de M. de Voisins , les violences
de Semur et de tant d'autres Assem
biées Primaires , tant de révoltes contre l'autorité
légitime et les Lois les plus sacrées
sont - elles impusies ? Est- ce un Membre de
la Minorité qui a enseigné au Peuple que
l'insurrection étoit le plus saint des d-voirs?
Ah ! si les classes de Citoyens sur lesquels
s'est appesanti la fureur populaire , avoient
été coupables de l'avoir excitée , on ne se
seroit pas piqué envers eux de tant de méet
les amnisties seroient encore ngemens ,
à prononcer.
Le Décret sage , proposé par M. Dupont ,
a été adopté à la presque unanimité.
Des moyens de prevenir un genre d'excès ,
on a passé immédiatement à l'information
d'une autre espèce d'attentat. M. d'Hector ,
Commandant de la Marine à Brest , écrit à
M. Redon qu'on a arrêté quatre Forçats
dans le magasin à goudron , munis d'une
fausse clef , d'une lime , et de combustibles.
L'indulgence des punitions entretient l'in
K ,
202 )
subordination de la Chiourme , dont les
Commis ne peuvent plus se faire obeir. M.
d'Hector demande qu'on fasse un exemple
des Forçats coupables , et se décharge de la
responsabilité du Pori ,: Pon ue se hâte
d'y remettre l'ordre..
En attendant que les Comités de Constitution
et de Marine , qu'on a sur le champ
chargés d'un Projet de Décret , l'eussent
travaille , on a adopté 26 nouveaux articles
sur le remboursement des Offices . Comme
ils concernent uniquement les moyens d'execution
, nous supprimons ces détails de forme,
Hier , le Comité de Constitution avoit fait
décider qu'une fois nommés par les Cantons
, les Corps Electoraux seroient permanens
, et exerceroient leurs fonctions pendant
deux années. Le but de cette disposition est
de prévenir la fréquence des Assemblées
populaires , et la perte de temps qu'elles
entraînent pour le Peuple. Il est important
de remarquer de rebroussement du Comité
de Constitution : c'est apres avoir repoussé
toutes les objections de l'expérience , conte
cette multitude d'Elections attribuées au
Reuple , contre la fréquence de ces Assemblées
où la multitude presque entiere se
réunit , contre cette amovibilité des emplois
qui en sout le moius susceptibles , contre le
systême dangereux de mettre tous les porvoirs
entre les mains du Peuple , et d'énerver
toute autorité , par des renouvellemens perpétuels
d'Elections ; c'est , disons - nous ,
après avoir méprisé et accusé d'Aristocratze
les opinions contraires , que le Comité transmet
aujourd'hui à un Corps Electoral , la
puissance prodigien e de choisir seul pindant
deux ans , et sans le concurs du Peuple ,
( 203 )
1
les Législateurs , les Administrateurs , les
Juges , le Clergé , les Municipaux . Ainsi ,
ceux qui trouvoient , il y a six mois , injuste ,
odieux , attentatoire aux Droits de l'homme ,
de fixer à la valeur de trois journées de travail
la condition de Citoyen actif, sont maintenant
forcés , par l'expérience des abus , de
remettre à un petit nombre d'Electeurs , le
choix de tous les Officiers publics ,
Nous osous le prédire , ce premier hom-7
mage du Comité aux principes qu'il a combattus
, sera suivi de bien d'autres avec le
temps , à mesure que L'EXPÉRIENCE , ce
Législateur suprême , ce fanal devant lequel
s'eleignent toutes les fausses lueurs , Tera
disparoître les erreurs de l'esprit , les rêves
de l'enthousiasme , et les séductions d'une
trompeuse popularité..
Aujourd'hu , M. de Mirabeau a cependa.it
éclaire l'Assemblée surun inconvénient grave
du Decret d'hier. Il a craint qué des Electeurs
permanens n'eussent que des Sujets
tirés de leur sein , et il a proposé de déclarer,
pour l'avenir , leurs fonctions incom
patibles avec toute autre fonction publique.
A l'appui de sa Motion , M. de Miraben
a appele toutes les vérités que les esprits
éclairés avoient déduites , sur le caraciele
et le danger des Elections populaires trop
frequentes , trop ctendues. Ce ne sont plus
des Anges , des Patriotes incorruptibles.
des Philosophes libres qui composent les
Elections M. de Mirabedu nous apprend
aujourd'hui , pour la première fois , que les
Assemblees populaires sont le theatre des
factions , des cabales , des intrigues et de
la corruption. E felicitant Orateur sur
K
( 204 )
ee changement d'opinion , nous ajouterons
que son avis a été renvoyé au Comité.
M. de Sillery a fait ensuite , au nom du
Comité des Recherches , le Rapport de l'affaire
du Camp de Jales en Languedoc , dont
nous avons annoncé l'objet et les delibérations
dans le N° . 36 de ce Journal . Le Rapporteur
a noyé les faits dans un Océan de
phrases contre les perfides manoeuvres des
ennemis de la Constitution , auxquels il a
attribué , sans le prouver , suivant l'usage ,
les délibérations prises au Château de Jalès .
Il les a jugées insidieuses , attentatoires au
respect et à l'obéissance dus à l'Assemblée
Nationale , et il a fait recevoir , à peu près
sans discussion , le Décret suivant :
14
L'Assemblée après avoir entendu le rapport
de son Comité des Recherches , décrète
qu'elle approuve les dispositions de la proclamation
du Directoire du Département de
l'Ardèche , qui s'oppose à l'exécution de
PArrêté pris , dans le Château de Jales , par .
les Officiers qui se sont qualifiés d'Etat-
Major d'une soi - disant Armée fédérée . »
II. Déclare la délibération prise par
l'Assemblée tenue au Château de Jalės 2
après le depart des Gardes Nationales fedé
rées, inconstitutionnelle , nulle et attentatoire
aux lois. "
III. Charge con Président de se retirer
par devers le Roi , pour le prier d'ordonner
au Tribunal de Ville Neuve le- Berg , d'informer
contre les auteurs , fauteurs , instigateurs
des arrêtés inconstitutionnels contenus
an Procès - verbal , et de faire leur procès .
su:vant les Ordonnances . "
. IV . Défend aux Commissaires nommés ,
( 205 )
de se rendre à Montpellier , pour prendre
les informations sur l'affaire de Nîmes.
་་
"
V. Déclare le Comité Militaire inconstitutionnel
. En conséquence , Ini fait défenses
de s'assembler , et lui enjoint de se
conformer à cet égard au Décret de l'Assem
blée Nationale du 2 février , qui les a supprimés.
VI. Defend également aux Gardes Nationales
de tous les Départemens du royaume,
de former aucun camp fedératif, à moins d'y
être autorisées par les Directoires de leurs Départemens
respectifs. "
"
VI. Décrète enfin que son Président se
retirera par-devers le Roi , pour le prier de
donner les ordres les plus prompts pour l'exécution
du présent Décret. ".
La Séance s'est terminée par l'adoption
d'un Décret qu'a propose M. Malouet sur la
police des Ports et des Arsenaux , et par la
fecture d'une Adresse du Régiment de
Poitou , rentré dans l'ordre , et qui espère .
un pardon qui deviendra le garant de sa
fidélité.
DU MARDI. SÉANCE DU soir.
Sur le Rapport fait à l'Assemblée du
meurtre du sieur Bertheas par le Peuple de
Saint -Etienne - en- Forez ( nous avons raconté
le mois dernier ce nouveau crime populaire ) ,
on à attribué au Siége de Lyon , la connoissance
, l'instruction , et le jugement des coupables.
M. Alexandre de Lameth a fait lecture
d'une Lettre du Régiment de la Couronne ,
Infanterie , dont son frère aîné , le Marquis
de Lameth , est Colonel. Cette Lettre trèssimple
, contient des assurances des senti(
206 )
mens de subordination des Soldats envers
les Chefs , et le serment d'exécuter les Decrets
sanctionnés par le Roi . Les Galeries
ayant pris M. de Lameth l'aîné , qui n'est
point à l'Assemblé , pour M. Charles de Lameth
, ont frappé des mains à trois reprises .
Le reste de la Séance a été consumé par
une douzaine d'articles sur les Archives ( car
le Pouvoir Constituant a cru devoir s'occuper
de ce détail subalterne ) ; le plus remarquable
de ces Statuts est celui quialloue à M. Camus,
en qualité d'Archiviste , un fort beau logement
et 6000 liv . d'honoraires actuels . Le
Militaire qui passera ses jours à la bouche
du canon ennemi , ne sera pas si bien traité.
On a rappelé la maxime que l'honneur doit
être larécompense d'un bon Citoyen ; maxime
si durement appliquée par M. Camus aux
plus utiles Serviteurs de la Patrie ; mais M.
Robespierre a fort bien prouvé que M. Camus
devoit être au dessus des règles , et méritoit
. un sort égal à celui de ces Commis du
Pouvoir exécutif, auxquels on alloue 10 ,
20 , 100 mille liv.
DU MERCREDI 8 SEPTEMBRE.
M. Treilhard , au nom du Comité Ecclésiastique
, a de roulé une suite d'articles pour
determiner le paiement des pensions Religiuses
, et d'abord il a scrieusement propose
de ne faire courir que du mois de Janvier
prochain , le traitement des Religieux ;
ensorte que dans l'intervalle du mois d'AvriÏ
1790 , où ils ont été dépouilles de leurs
revenus , à la date fixee par M. Treilhard,
ces infortunes n'auroient subsisté et ne sub .
sisteroient que d'aimónes , s'il reste encore
quelque charité. Depuis le jour où leur pale.
( 207 )
ment comnienceroit à courir , jusqu'à celui'
où il seroit effectué , on les verroit encore
ou expirer d'indigence , ou à la merci de la
pitié publique. Tels sont les arrangemens
justes et patriotiques auxquels M. Trei hard
n'a pas redouté de vouloir faire participer
le Législateur. Toute humanité n'est pas eucore
éteinte dans son sein ; les réclamations
ont été vives , nombreuses , et ont prevaiu .
M. l'Abbé Couturier a , le premier , observé
que M. Tilhard condannoit les Religieux
à passer une année sans manger , puisque
leurs revenus , même arriérés , devoient étre
versés dans les Caisses des Districts : il a
demandé que les neuf premiers mois de leur
traitement fussent payés du 1 Octobre.
Après lui , M. d'Epresnénil a admiré le courage
tranquille de M. Treilhard. « Un Conquerant
, après la victoire , a- t-il dit , ne se
conduiroit pas autrement envers ses ennemis.
Le tempsairive où l'on va juger la théorie par
ses effets , et compter nos opérations par le
nombre des victimes.
73
་་
Par ces interruptions , a crié M. Treilhurd
, on cherche à faire le Procès à vos /
Décrets. » d vous memes , lui a t - on ré- .
pliqué.
M. Lavie a pris la parole poùr exhocter
le Clergé à ne plus parler de Dieu an Peuple ,
e à eufomer la Religion dans le cai d'amp
Que les Prêtres client au Peuple , impôt,
impôt , comme autrefois ils crioient Dieu ,
Dieu. "
Cette décente apostrophe n'a pas empêché
M. Camus lui même de s'elever contre l'injustice
du Comire Ecclesiastiques et de reclamer
en faveur des Religieux , un traitement
qui coalmençat , non à courir , mais à
( 208 )
être payé au 1. Janvier 1791. Pour com .
battre cet amendement , le Rapporteur s'est
enfoncé dans les Décrets précédens , et ne
les trouvant pas apparemment assez décisifs ,
il a accusé les Religieux de cent millions de
dilapidations en 1790.
Les Galeries ont applaudi avec éclat à cette
assertion ; quelques Membres ont pris la
peine d'en faire sentir le ridicule . Monté à
la Tribune , M. l'Abbé Maury a prié M. le
Président de contenir les Tribunes , « parce
que , a- t- il dit , la Nation n'a pas envoyé
ici des Comédiens , livrés aux applaudissemiens
et aux huées de la multitude. Ce n'est
pas d'aujourd'hui que ces Spectateurs ont
arraché des Décrets à l'Assemblée . Je respecte
le Peuple ; mais je n'ai nul besoin de
ses applaudissemens.
"
On a crié à l'ordre ; le Président a rappelé
l'Orateur à l'ordre , parce que , a- t -il dit , les
applaudissemens niles improbations n'ont jamais
influé sur l'Assemblée. « C'est à vous que
je parle, M. le Président , a répliqué M. l'Abbé
Maury; c'est vous que je cite au Tribunal
de la Nation , vous qui , par une complai
sance indigne de votre place , protégez l'insulte
faite à des Représentans de la Nation . "
Pendant ce dialogue , les Galeries frémissantes
huoient , applaudissoient à tue- tête ;
enfin le President s'est rappelé qu'en mettant
M. l'Abbé Maury à l'ordre , il devoit
y mettre les Galeries , auxquelles il a recommandé
le silence.
M. Regnault a alors opiné à censurer M.
l'Abbé Maury , et à enjoindre le silence aux
Tribunes ; on n'a fait ni l'un ni l'autre :
M. l'Abbé Maury a continué , en représentant
l'effroyable misère des Corps Religieux
(-209 )
Madame l'Abbesse de Conflans , dont tous
les revenus ont été saisis , a vu ensuite le
Collecteur venir réclamer auprès d'elle les
Impositions , et la menacer d'envoyer garnison
dans l'Abbaye , si elle ne payoit pas :
elle a été forcée de livrer 200 liv. , formant
son unique et dernière ressource. ( Je defie
de trouver dans les Annales du Despotisme
le plus effréné , un trait plus atroce . Il reste
impuni. Je connois des Propriétaires dont
les biens sont au pillage , auxquels on refuse
le paiement des Droits Féodaux déclarés
rachetables , qui ont invoqué inutilement et
Municipalites et Districts , et auxquels néanmoins
on arrache des Impositions exhorbi-.
tante , ur des revenus dont la Force publique
ne peut pas leur assurer la perception . Les
Municipaux ont saisi presque par tout les
revenus des Ecclésiastiques , et forcent ces
anciens Usufruitiers à payer les taxes , comme
s'ils étaient en pleine iauissance ..
L'amendement équitable de M. Camus a
été admis dans le Décret que voici :
་་
Le traitement fixé pour les Religieux
par le Décret du 15 Février dernier , commencera
à être payé au premier Janvier
1791 pour Pannée 1790 .
"
""
A cette époque il sera fait compte avec
les Religieux qui se présenteront pour rece
voir leur traitemeat, de tout ce qu'ils auront
touché , à compter du premier Janvier
1790 , et il ne leur sera remis que la somme
qui se trouvera nécessaire pour compléter
leur traitement , en faisant d'ailleurs , par
lesdits Religieux , les déclaratious qui seront
prescrites ci- après. A l'égard des Religieux
vivant habituellement et actuellement de
quêtes et aunrônes , et qui sont demeurés
( 210 )
dans leur Couvent , il y sera pourvu ciapres.
Vers la fin de la Séance , on a fait lecture
de la Lettre suivante , envoyee la veille à
Me President , par M. l'Abbé de Barmond :
- MONSIEUR LE PRÉSIDENT ,
"
J'ai l'honneur de vous adresser quelques
observations sur mon affaire , je vous
prie de les mettre sous les yeux de l'As em
bée ; elles sont courtes , dignes , je crois ,
de son attention , peut- être même de son '
intérêt . Depuis six semaines je suis détenu ,
environné de Troupes , surveillé le jour et
la nuit ; depuis quinze jours un Décret a
été renda, contre moi ; ce Décret ne m'accuse
pas , c'est plutôt une épreuve à laquelle
l'Assemblée à voulu soumettre la
conduite d'un de ses Membres en permettant
à chacun de l'accuser.
22
"
Le silence le plus profond a été de ma
part une preuve de respect pour les Décrets..
J'ai attendu mes accusateurs ; il ne s'en est
présenté aucun ; j'ai défié mes ennemis
ils ont évité le combat ; la calomnie a cherche
à m'atteindre de ses traits les plus véni
meux , j'ai méprisé ses efforts : la patience
est le courage de la vertu . Cependant je
ne peux pas tellement isoler mon affaire que
1 principe de ma détention , n'intéresse la
liberte de tous les François . S'il étoit vrai
' ne arrestation provisoire ne dût avoir
d'autre terme que la plainte d'un accusateur ,
que le seroit la ressource de l'innocence ?
"
Je supplie l'Assemblée de peser dans sa
sagesse quels moyens je peux avoir de recouvrer
ma liberté , lorsque je n'ai ni adversaire
, ni accusateur. Ma position est trile
que , détenu depuis six semaines , j'ai encore
( 211 )
à regretter de n'avoir pas eu un ennemi assez
généreux pour faire un pas de plus contre
moi en m'accusant légalement , je pourrois
alors entrevoir le moment de ma devrance ,
pui que je pourrois alors me justifier ; c'est
cette position que je denonce à l'As emblee ,
c'est sur ele qu'elle doit prononcer.
M. le Chapeli rasur le champ déclaré qu'il
n'y avoit pas lieu à délibérer , et que c'etoit
au Procureur du Roi à poursuivre M. de
Barmond : « Il faut done , a - t -on répliqué ,
que le Comité des Recherches envoie à ce
Magistrat les pièces de l'afaire . Il les a , a
répondu un Membre du Comité. En effet ,
elles avoient été remises la veille au soir' ,
depuis la lettre écrite par M. de Barmond.
DU JEUDI 9 SEPTEMBRE .
Une question importante , mais d'un intérét
peu général , a remɔli , à »neu- près , la
Séance entiere : il s'agissoit de décider si les
deux Corps de l'Artillerie et du Génie seroient
ou non réunis . Le Comité Militaire
tenoit pour la négative : M. de Bouthilier ,
Rapporteur , a présenté les avantages et les
inconvéniens , avec cette clarté que donnent
les connoissances positives sur la matière.
M. de Thibourot a développé ensuite un
systéme de considérations en faveur de l'opinion
du Comité : M. Burécu de Pazy , au
contraire a sollicité la réunion des deux
Corps , et l'attache de celui des Mineurs aú
Génie . Son discours , très - oratoire , saris
sortir da vrai genre de l'eloquence délibérative
, a été fort applaudi , sans changer
les résolutions du Comité. L'Assemblée a
décrété que les deux Corps resteroient distincts
et séparés , que les Sapeurs et Mineurs
2.
( 212 )
continueroient d'appartenir à l'Artillerie , et
qu'on feroit incessamment le rapport des
plans du Ministre , pour la formation interieure
de chacun de ces deux Coops
Une première lettre du Ministre de la
Guerre avoit annoncé , dans le cours de la
Séance , que le Regiment de Languedoc ,
sorti paisiblement de Montauban , y étoit
remplacé par celui de Touraine , et que les
Dragons de Noailles étoient retenus par le
Directoire à Carcassonne . M de la Tour-du-
Pi , par une seconde lettre , a informé l'Assemblée
que le Régiment de Vexin ayant été
designé pour passer à Antibes , les Districts
de Marseille où ce Corps est en garnison ,
avoient arrêté de leur pleine puissance et
souveraineté nationale , que le Régiment ne
partireit point. L'Assemblée a fait descendre
les Districts de Marseille de la hauteur de
leur suprématie, en leur ordonnant de se
conformer aux Décrets qui interdisent ces
ob. ticles aux ordres du Roi.
A peine cette décision étoit -elle portée ,
que M. Voidel a passé à la Tribune , et a
annoncé avec la gravité la plus solennelle ,
que le Comité des Recherches , toujours
pénétré de ses devoirs , et comptable à la
Patrie de tous ses instans , avoit travaillé
toute la nuit à une affaire de la plus sérieuse
nature . "
A ces mots , chacun a cru entendre Cicéron
prêt à dénoncer la conjuration de Catilina.
Il s'agit en effet d'une conspiration mena
çante ; mais la Patrie est sauvée , comme on
va le voir.
Un Blanchisseur nommé Cus , trouve une
Lettre oubliée dans le gousset d'une poche
de Madame de Persan : ce brave homme ,
( 213 )
qui ne sait pas lire , ne rend pas l Lettre
à son Propriétaire , comme les devoirs de la
confiance l'ordonnoient , il la garde trois
semaines ; ensuite il va la montrer à la Dame
Houdé , Epicière ; la Dame Houdé la communique
à la Dame Arnoult , Buraliste de
Loterie ; et sur l'avis de ces deux Citoyennes ,
Cus va déposer la Lettre au District ; le
District la livre au Comité des Recherches.
Voici cette belle Dépêche d'où dépendoit
le sort de l'Etat :

Il est impossible , Madame la Marquise ,
de vous écrire tout ce que j'ai à vous dire ;
mais ce que je vous ai écrit est assez intelligible
pour n'avoir pas besoin d'autre appli
cation. Plus nous allons , plus le dénouement
approche. La mine se charge tous les
jours. Je suis à même de vous instruire quand
on y mettra le feu. L'écart qu'elle occasionnera
s'étendra au loin. Songez à en éviter
les éclaboussures . Vous avez bien voulu me
regarder comme votre ami . J'en remplis le
devoir en vous avertissant . Je laisse à votre
papa de vous parler de lui . »
Cette Lettre est signée le Comte Henri.
Quel est ce Comte Henri? Pour le pénétrer ,
le Comité des Recherches expédie un de ses
espions , qui va demander la demeure du
Comte Henri au domestique de Madame de
Persan et à Madame de Persan elle - même.
Cette recherche délicate n'ayant pas suffi ,
deux Commissaires du Comité vont , au milieu
de la nuit , saisir , fouiller les papiers de
Madame de Persan': on n'y trouve rien ; on
lui fait subir interrogatoire ; elle déclare que
la Lettre lui vient de M. Henri de Cordon ,
Savoyard et Comte de Lyon , qui , provablement
a cru qu'un armement se faisoit en
( 214 )
Savoie pour une contre - Revolution , et qui l'en
avertit pourqu'elle se mette en liea de sureté.
M. Voidel ayant commenté ce mystère
avec une profondeur digne du sujet , a proposé
un Decret en consequence . Bientôt les
conjectures , les alarmes , les découvertes ont
parcouru la Salie . M. Bouche a demardé
qu'on interregeât le Ministre sur les armemens
de la Savoie . Nous avons vu l'instant
où il alloit mander le Roi de Sardaigne luimême
à la Barre de l'Assemblee . Vainement
M. Brillat -Savarin a opposé un fait certain
à toutes ces visions ridicules , grossies par
gens qui ne sont pas visionnaires. Le Vépartement
de l'Ain , auquel j'appartiens ,
a- t- il dit , a envoyé trois. Personnes in Savoie
il ne s'y trouve pas 6co hommes audelà
du nombre de Soldats accoutumes , et
lés Troupes sont dans leurs garnisons accoutumees
. "
24
M. Brillat - Savarin disoit l'exacte vérité.
Il n'existe pas 3000 hommes en Savoie ; il
ne s'y fait pas l'ombre d'un déplacement ni
d'un preparatif; le Comte Heuri säit apparemment
le contraire de quelque Cecrotear
de Lyon , et mériteroit un bain froid. Nous
affirmons que cet éclat , ces ter.eurs propagees
, ces inquisitions , dont on ebruite le
secret pour faire parade de vigilance , et
épouvanter la multitude , tout cela porte sur
des contes méprisables à abandonner à des
Commeres.
M. d'Epresmenil a cependant cru devoir
traiter la chose sérieusement. Les Tribunes
ayant applaudi à la rigueur du Decret proposé
, il a remarqué que le Public n'avoit
encore applandi qu'à des jugemens séveres :
ila demande qu'on réprimât ces mouvemens
( 215 )
il
affreux ; on l'a interrompu , il a poursuivi , et
le Président lui ayant procure le silence ,
a dit :
"
21
Oserois -je demander au Comité quel est
le but de son institution ? sans doute il agit
en vertu d'un pouvoir ; quel est- il ? trouvet
-il ce pouvoir dans un de vos Décrets ? quel
est ce Décret ? Celui par lequel . ce Comité
a été créé , a été présenté par M. Duport ,
qui si on lui avoit dit qu'il s'eleveroit un pouvoir
inquisitoria , remis entre les mains d'un
petit nombre d hommes , auroit été révolté
de sa propre proposition ; aussi ce n'est pas
ce que l'Assemblée Nationále a décrété. Elle
a ordonné un véritable depot de déclarations ,
dont il seroit rendu compte à l'Assemblée ;
ainsi le Comité n'a d'autre pouvoir que de
de recevoir des déclarations . Que fait- il cependant
? il s'entoure d'espions . Où a - t- il
vu que sur une Lettre obtenue par une trahison
, il pouvoit s'assurer d'un Citoyen , et
sans égard pour l'âge , le sexe , l'evidence
de l'innocence , enlever une femme dans les
ténèbres de la nuit , et la conduire devant
une Assemblée d'hommes ? Si c'est- là le pouvoir
du Comité , il n'y a personne qui puisse
lui échapper ; la raison lui refuse ce droit ;
vos Déciets ne les lui donnent pas .
" Si la Constitution est b nne , rien ne
peut la detruire ; si elle est mauvaise , si elle
attaque les droits des Citoyens , si elle trouble
la tranquillité publique , ele toxibera ; on
jugera de ma theo : ie par les evenement.
Mais je suppose des préparatifs de Contre-
Revolution , où est le crime ' dans cette
Lettre ? M. de Cordon n'a fait que rempl'r
les devoirs de l'amitié. Madame de Persun
ne pouvoit empêcher qu'on lui écrivit une
( 216 )
·

Lettre ; elle n'est pas coupable pour l'avoir
i reçue. Vous voyez qu'elle attachoit peu d'importance
à cette Lettre , puisqu'el'e l'avoit
laissée dans une poche donnée au Blanchis-
: seur. Le Comité des Recherches marche ious
les jours vers l'inquisition , et en adopte avec
beaucoup de sagacité les usages . Je demande
que ce Comité soit immédiatement remplacé
par un autre. »
Ces réflexions , dont nous avons nousmêmes
exposé la première partie le mois
dernier , n'ont point influé sur le Décret ,
par lequel il est ordonné au Châtelet « d'informer
contre Henri de Cordon , comme
prévenu D'UN PLAN DE CONSPIRATION
CONTRE LA LIBERTÉ PUBLIQUE , et que
Madame de Persan ne pourra s'éloigner de
Paris sans avoir fait sa déposition , etc. »
'
Il résulte de ce Décret , que personne
maintenant ne pourra répéter même en
confidence , la rumeur même la plus équivoque
d'une conspiration , quelqu'absurde
qu'elle soit , sans être poursuivi comme Conspirateur
contre la Liberté. Quelle Liberté ,
Bon Dieu ! que celle à qui de pareilles Lois
sont nécessaies !
1
DU JEUDI . SÉANCE DU SOIR.
M. Alexandre de Lameth a fait lecture
d'une Adresse , non pas de la Chambre du
Commerce de Bordeaux , comme l'ont faussement
annoncé des Journaux prévaricateurs,
mais d'un nombre de Particuliers de cette
Ville , qui demandent des Assignats forcés ,
sans intérêt , et de 12 jusqu'à 100 liv. Ces
signatures appellent celá une bienfaisante
opération , qui sauvera la Patrie une seconde
fois.
La
( 217 )
·
:
La Garde Nationale de Versailles a offert
le projet d'un monament à élever à leurs
frères d'armes tués à Nancy ce projet a
reçu d'unanimes applaudissemens. La suite
des articles concernant le paiement des Religieax
, a terminé la Séance.
DU VENDREDI 10 SEPTEMBRE.
"
M. Bouche a ouvert la Scène par l'offre
d'on plan de sa façon , sur les taxes qu'il
écarte également de la terre et de Hindustrie
: « Le Comité des Finances , a - t - il dit ,
trouve mon Projet très-brillant ; mais il n'en
veut point. On a renvoyé la connoissance
de cet élixir de M. Bouche , qui guérit sans
douleur , au jour où l'on traitera des Impositions.
Apres M. Bouche , M. le Brun a énoncé
de nouvelles réductions sur la dépense publique
. Elles ont pour objet les secours accordés
aux Communautés Religienses ou
autres , l'entretien des Eglises et Hôpitaux ,
les Subsistances , etc . Quelques - unes de ces dépenses
sont supprimées , et les plus considé
rables rejetées sur les Municipalités et les
Départemens ; ainsi , cette réduction n'est
qu'un virement de parties , qui reporte sur
la Nation en détail , ce qu'elle supportoit
en masse par les besoins du Trésor public .
Madame de Persan a écrit au Président ,
et se plaint de l'inquisition dont elle a éte
l'objet.
Sur l'avis de M. de Beaumetz , il a été
ordonné de lever sur- le - champ la Garde ,
placée dans la Maison de Madame de Persan.
Un objet plus sérieux a fait place au précédent
; on a fait lecture d'abord d'une Lettre
des Députés du Commerce , qui demandent
No. 38. 18 Septembre 1790. L
( 218 )
que la décision sur les Assignata soft différée.
jusqu'au 17 ; ensuite des Adres es des Villesde
Lyon , Rouen , Reims , Valenciennes .,
Troyes , Orléans , Sédan , Angers , qui repoussent
énergiquement cette mesure désastreuse
. Les Memoires du Commerce de Lyon
et de Rouen sont pleins de cette force
de cette solidité qui résultent des faits , et
d'une expérience habituelle . La petite Viile
de Louviers , au contraire , et je ne sais
quel Département implorent les Assignats.
Cette lecture faite , M. de Mirabeau a pris
la parole . Plus d'une fois , dans l'occasion
nous l'avons entendu invoquer l'autorité du
Peuple contre la raison ; aujourd'hui , il a
invoqué la raison contre les autorités. Il a
instruit l'Assemblée que son porte feuille
regorgeoit de Pétitions , et qu'il entendoit
repliquer à toutes les objectious.
"
"
"
"
2
Je demande la même faveur , a repliqué
.M. de Landine. Jopposeraj M. de Mirabeau
à lui- même ; il m'a fourni mon texte , lorsqu'il
a dit Fannée dernière , que le Papiermonnoie
étoit un impôt levé , ou un vol
fait le sebre à la main. Je lui opposerai '
Muratori , Smith. Je defendrai le voeu de
mon Département , et je demande avec
M. de Mirabeau, l'ultérieure discussion. "
"
#4

"
Si l'on me trouve en contradiction , a
réplique M. de Mirabeau , ce sera une jouissance
délicieuse pour le Préopinant , car
ce malheur , je l'aurois encouru POUR LA
PREMIÈRE FOIS . On nous parle de Smith ;
il n'a jamais raisonné sur un Papier qui
ayoit une hypothèque disponible. " ( M. de
Mirabeau se trompe . Il n'y a pas d'hypothèque
plus disponible que les capitaux de toutes
les Banques publiques , sur lesquelles Smuth
"
( 219 )
a profondément raisonné, ainsi que sur lest
efroyables effets de tout Papier - monnoie ,
trop multiplié , payable méme à la volonté
du Porteur).
L'Opinant a ensuite soutenu un autre paradoxe
, en avançant que le voeu de la Nation
ne pouvoit pas servir de contrôle au Législateur.
"
t
K
61
Il ne s'agit pas , a très -bien observé ML ·
de Landine, de la volonté de la Nation : je
parle de ses lumieres , et certes le Corps
Législatifne peut se dispenser de los cousulter.
"
L'Assemblée a arrêté de ne prendre aucune
decision sur les Assignats , avant le 17. "
Deux Membres , qui nous sont inconnus ,
ont ensuite parlé Tum pour Pautre contre
les Assignats. M. Malouet avoit la parole
après cux ; il a commencé par une observation
de circonstance , ceries bien placée :
Les Motionnaires ambulans , a - t- il dit , les
Ecrivains et les Crieurs publics , marquent
du Scean de la réprobation tous les Ad-
-versaires des Assignats. Cette phrase
les murmures de la pas achévee que
gauche ont éclaté ; M. Barnage a interrompu
Mt. Malouet , pour dénoncer cóntme incens
claire , un Pamphlet imprimé par l'Imprimeur
de l'Assemblée Nationale , et répandu
avec profusion , sous le titre d'Effet des
Assignats sur le prix du pain ; par
du Peuple.
N
- n'étoit
"
un Ami
M. Dupont a demandé la lecture de cot
Eerit , en invoquant la punition de l'Auteur
s'il étoit incendiaire. On a lu la Brochure :
c'est un Précis en termes mesurés , et dans
le style simple d'une raison froide , des idées
philosophiques reçues par tous les Ecrivains
de poids , sur le rapport direct de la multi-
Lij
( 220 )
:
plication du numéraire fictif , avec le pris
des denrées.
"
Ceux , dit l'Auteur, qui proposent de faire
pour deux milliards d'assignats , et qui font
leur embarras , comme s'ils étoient de bons
Citoyens , ont donc pour objet de faire monter
le pain de quatre livres à vingt sons , la
bouteille de vin commun à seize , la viande
à dix -huit sous la livre , les souliers à douze
francs. " :
:
Ils disent que cela n'arrivera pas , pace
qu'avec les assignats on achetera des biens
du Clergé mais ils attrapent le peuple ; earles
biens du Clergé ne pourront pas être vendus
tous au mêine moment , et du jour au
lendemain. "
Tout le côté droit et plusieurs Membres
de la gauche ont applaudi à cette Brochure .
En la dénonçant , M. Barnave devoit dénoncer
aussi Dutôt , Davenant , Hume ,
Montesquieu , Smith et la Bibliothèque entière
des Philosophes qui ont traité cette
matière. Aussi M. Dupont a- t - il eu le noble
courage de s'avouer l'Auteur de l'Ecrit dènoncé.
Il a eu peu de peine à en justifier
l'intention et la nature. « Par mauvais Citoyens
, a- t- il dit , j'entends ceux qui distribuent
de l'argent pour égarer le Peuple , et
qui , par leurs Motions dans les promenades
publiques , le trompent sur ses veritables
intérêts.
21
Le côté droit votoit des remerciemens à
M. Duponi : la gauche a fait prévaloir l'ordre
du jour.
DU SAMEDI 11 SEPTEMBRE.
Plein d'une juste sollicitude sur l'empli
de l'effrayante quantité d'Ouvriers indigens,
( 221 )
que renferme la Capitale , M. Eailly a proposé
épistolairement à l'Assemblée de les
employer au dessechement des Marais de la
Champagne , et au défrichement des Landes.
Ou ne conçoit guères comment on peut ou
vrir des travaux dans les Marais durant
l'hiver , ni où l'on prendra les fonds de
cette entreprise. La Motion du Maire de
Paris a été renvoyée au Comité de Meudicité .
La création d'un Comité des Monnoies ,
et de nouveaux transports de certaines dépenses
du Trésor Public aux Départemens ,
ont suivi cette résolution . Par un des articles
décrétés , la Caisse publique est déchargée
des Pensions des Comédiens François et
Italiens , de la Garde Militaire des Spectacies
, etc.
On débattoit la priorité de délibération à
accorder à divers objets , lorsque M. Je Pic
sident a notifié qu'il venoit de recevoir la
lettre suivante de M. Necker arrêté , le ý ,
à Arcy-sur - Aube , par la Garde Nationale
et la Municipalité de ce Village.
MONSIEUR LE PRÉSIDENT ,
J'ai l'honneur de vous écrire dans une
Auberge d'Arcy- sur- Aube , où la Garde Nationale
me retient ainsi que Madame Necker ,
jusqu'à ce que l'Assemblée Nationale ait bien
voulu ordonner qu'on me laisse continuer ma
route. L'Assemblée jugera , sans que je l'exprime
, les sentimens que j'eprouve . J'ai
servi l'Etat sans aucune récompense , et avec
le dévouement le pius entier, et j'ose le protester
, je n'ai pas eu un moment dans mea
Ministère qui n'ait été employé à faire le
bien selon mes forces et selon mes lumières .
Je supplie l'Assemblée de ne pas permettre
que pour résultat de tous mes efforts , je ne
Lii
( 222 )
Puisse jouir de la liberté que les lois assurent
à tous les Citoyens. "
J'ai l'honneur d'être avèc respect ,
Signe , NECKER,
La Municipalité d'Arcy- sur- Aube , n'a pas
manqué d'envoyerà l'Assemblée un beau Procès
verbal apologétique , où elle justifie dérisoirement
l'arrestation de M. Necker. " Le
PEUPLE , disent ces Officiers Civils , pénétré
da principe de la responsabilité , s'est
déterminé à retenir le sieur Necker , jusqu'à
ce que nous avons reçu des ordres de l'Assemblée
.
་་
#
40 23
Le Peuple d'Arey- sur- Aube , puisque Peuple
y a , et que la Nation d'un Village
-de Champagne est le Peuple François , reçuit
sans doute quelque Journal Patriotique ; il est
croire qu'il aura lu , dans ceux du 4 Septem
bre , que cejourlà, M. Necker avoit annoncé sa
demission et son départ , sans que l'Assemblée
élevât aucune objection . Il est certes trèsremarquable
, très- conforme aux temps , que
Je Corps legislatif se taise sur la responsa
bilité de M. Necker , et qu'une Municipalité
de Village , rappelle prudemment cette responsabilité.
M. Malouet alloit représenter cette singularité
, lorsque les cris de M. Charles de Lameth-
lui ont fermé la bouche. Un Membre
a proposé d'écrire à la vigilante Municipalité
de remettre M. Necker en liberte , (t
d'accompagner cette missive d'une lettre à
M. Necker , afin d'assurer son voyage . M. le
Président ne mettant point aux voix cette
Motion appuyée et non contredite , oa
Pa sommé de le faire. Un Député de, Bretagne
, arrivé depuis trois jours à l'Assenblee
et nommé M. Maupassant , a demandé
( 223 )
qu'ondéfendità M.Necker de sortir deFrance.
M. Camus se tuoit à crier qu'on se gardât
bien , si l'on écrivoit à cet ancien Ministre
de le complimenter sur son administration .
Si l'on en excepte un seul Membre , pas un
de ceux qui étoient les plus assidus auprès
de M. Necker, et auxquels il paroissoit avoir
accordé sa confiance , n'a élevé la voix . On
a decrété les deux Lettres . Celle du Président
au Ministre détenu est de la plus mortifiante
sécheresse.
"
On a fait lecture ensuite de deux autres
Lettres de M. de Bouillé , qui témoigne sa
sensibilité , et sa reconnoissance , de l'approbation
que l'Assemblée a donnée à sa conduite
J'ai fait serment à la Nation , ditil
, à la Loi et au Roi , de défendre de tout
mon pouvoir la Constitution , et j'y serai
fidèle. Cette lettre a été très - applaudie ,
ainsi qu'une Adresse du Régiment de Metz
Artillerie.
Ces différentes lectures ont été suivies de
celle d'un rapport tres étendu sur l'imposttion
fonciere par M. de la Rochefoucault , et
d'un autre Rapport du Comité des Finances
par M. de Cernon. Ce dernier a rendu comple
de l'état du Trésor public qui exige 38 mil- .
lions pour achever le mois . En lui allouant
le dernier débris des 400 millions d'assignats,
montant à 45 millions , il restera 7 millions
à
disposer pour le mois prochain .
DU SAMEDI. SÉANCE DU SUIR.
L'hydre de l'anarchie repousse de boutures .
On coupe une tête , elle renait à côté du tron-
Con. Son Histoire est cerite au Proces -verbal
de l'Assemblée Nationale . Ce soir , c'est une
sedition à Angers , qu'on a dénoncée ; ce sont
Liv
( 224 )
desattroupemes d'ouvriers qui , sous prétexte
do prix du pain, ont tenté de pilerla Ville . Le
Diapeau rouge a été déployé . Le Regiment
Royal - Picardie , Corps intact et excellent ,
commandé par M. de Lostunges , a livré com-.
bat à ces brigands : il y a eu des morts , des
blessés , des prisonniers. Deux Chefs de la
sedition ont été pendus. L'Assemblée n'en
a pas su davantage : son Comité des Recherches
est chargé de lui faire connoître les
episodes et les causes .
Une Députation du Département de Seine
et Marne , s'est présentée avec une liste de
plaintes sur les abus des chasses du Roi. On
a déciété de mettre ces griefs sous les yeux
de Sa Majesté.
Un des Catholiques de Nîmes , signataire
de la fameuse Déclaration , pour laquelle
les Déclarans avoient été mandés à la Barre ,
s'est présenté à la comparution. Un de ces
Compatriotes , M. Fouland , a déclamé une
demi- heure pour empêcher qu'il ne fût entendu
: il ne l'a pas été.
14 Le Comité des Recherches a consumé
le reste de la Séance par le rapport des
faits et gestes , ou plutôt , pour parler sans
figure, des papiers de M. Trouard de Riolles
arrêté à Bourgoin , transféré à Lyon , puis
à Paris . C'est encore une contre- Révolution ,
une Conspiration , pour faire peur aux nourrices
et aux petits enfans , du genre de celles
que les Colporteurs crient tous les 2 jours à Paris
à 6liards piece . Nous réservons cetinconcevable
amphigouri pour la semaine prochaine ,
afin d'en recueiller tous les détails, Si le Comité
des Recherches veut enquêter toutes
les têtes délabrées qui s'occupent de faire
et de refaire ce qui existe , son activité n'y
1
( 225 )
suffira pas . Ah ! la Constitution est inbranlable
, si elle n'a d'adversaires que
M. Trouard. D'autres eussent-opiné à lui faire
administrer des bains froids : l'Assemblee a
préféré de charger le Châtelet d'informer
contre ce grand Conspirateur , contre les
Fauteurs , Agens , Complices , Adhérens, de
cette terrible Conspiration contre l'Etat. »
DU DIMANCHE 12 SEPTEMBRE .
M. Bureau de Pusy a été une seconde fois
porté à la Présidence , par 261 suffrages ;
M. Péthion en a recueilli 140 ; 27 voix ont
été perdues. En tout , seulement 428 Votans ,
c'est - à-dire , le tiers seulement de l'Assem
blée. Les nouveaux Secrétaires sont : MM.
Bourdon , Vieillard et Goupillau.
Après les complimens du Président et de
son Prédécesseur , M. Guillotin , qui ne parle
pas souvent , a prononcé une savante Dissertation
sur la Médecine et les Médecins . l
a excité le Corps législatif à régénérer la
médecine ; mais il s'est bien garde de dire
avec Rousseau , que pour réformer la Medecine
, il falloit réformer les Medecins .
M. Guillotin ne va pas si loin : au contraire ,
il réunit les Membres de la Faculté , dort
l'Assemblée peut s'honorer , dans un Comité
choisi , qu'on intituleroit Comité de Santé,
Ce Conseil manque au Parlement Britannique
, et cet oubli n'est pas une des moindres
preuves de la supériorité de nos vues politiques.
Il y aura done un Comité de Santé ,
pour veiller sur les Corps , les exhalaisons ,
les fièvres , les pestes , les remèdes et les
Charlatans . La France va se porter au
physique , aussi bien qu'elle se porté an
moral, et chaque Citoyen actif est main-
L
tenant immortel , a demandé une place
dans ce nouveau Sénat , pour les Chirurgiens
et les Apothicaires ; mais par Décret , les
Médecins sont restés Maîtres du terrain ;
on leur adjoindra seulement un nombre
égal de Membres de l'Assemblée..
On entendit mardi dernier , M. de Sillery,
affirmer, au nom du Comité des Recherches,
que l'ordre , la paix et la tranquillité étoient
parfaites à Nîmes , et qu'ainsi les voies de
conciliation proposées au Camp de Jales
étoient hautement criminelles . Aujourd'hui ,
on a décrété une Requête du Régiment de
Guyenne , qui , fatigué des divisions et des
haines dont Nîmes est le théâtre , demande
à en sortir. Cette pétition n'a rencontré aucune
opposition , et on l'a renvoyée à l'arbitre
du Roi.
Hier matin , M. de Montesquiou , protectecteur
des Assignats , avoit dénoncé une
Conspiration contre ces billets , qu'on cherche
, suivant lui , à discréditer , et que les
Receveurs et Collecteurs refusent d'accepter
en paiement des impositions. Uue, grêle d'ac
cusations à suivi ce premier reproche aux
Percepteurs. M. Camus , pour mieux les encourager
à leur devoir , les a inculpés d'in--
térêt personnel , de négligence , de mauvaise
foi . Tout le déficit des impositions doit leur
étre attribué. Le Ministre calomnioit le peuple
en dénonçant le vide des recettes les
Receveurs seuls étoient coupables .:
Ces tirades ont amené aujourd'hui un Déeret
en quatre articles , proposé par M. de
Montesquiou..
ART. I. Aucun Receveur ou Collecteur
de deniers publics ne pourra , sous aucun
prétexte , refuser les Assignats-monnaie dans
1
( 227 )
le paiement des impositions directes ; ils
seront reçus de même au pair avec les intérêts
échus , et comme l'argent dans les débets et
paiemens de droits des impôts indirects. "
II. Il sera libre aux Contribuables de se \
réunir entre eux pour acquitter plusieurs
cotes d'imposition , avee un seul ou plusieurs
Assignats , montant à la valeur de leurs cotes
reunies . ”
III. Toutes les fois qu'an paiement pourra
être facilité par l'échange des Assignats
de sommes differentes , les Pereepteurs et
Collecteurs seront tenus de se prêter à cet
échange , et de ne faire aucune difference
entre les Assignats et le numéraire effectif. "
IV. En exécution du Décret des 16 et
17 Avril dernier , toutes sommes stipulées
par acte , payables en espèces , pourront être
payées en Assignats , nonobstant toutes clauses
et dispositions à ce contraires . "
Aucune discussion n'a été même entamée
sur ces articles , dont le dernier est le plus
érange qu'on puisse citer dans aucun Code.
Dispenser les Citoyens de leurs engagemens
civils , protégés par toutes les lois , est certes
, l'acte de puissance le plus absolu qui
soit échappé à un Souverain. M. l'Abbé
* Maury , M. d'Espremenil ont tenté de réclamer
; des cris affreux les ont chassés de
ila Tribune. La discussion n'avoit pas été
ouverte , on l'a déclarée fermée : les Gale-
-ries ont applaudi ; sur quoi M. de Montlaukier
a demande qu'on leur accordât voix
délibérative. La plus grande partie du côté
droit est sortie de la Salle sans délibérer.
Les causes du départ précipité de Mi.
L
( 228 )
Necker , l'indifference publique qui l'a
accompagné , son arrestation sur la
route , la Lettre du Président de l'Assemblée
à cet ancien Ministre , sont des
traits caractéristiques à conserver dans
F'Histoire de nos jours ; ils seront la leçon
des Hommes publics , et seroient la leçon
des Peuples , si les Peuples en écoutoient
jamais d'autres que celles de leurs
Flatteurs.
Il n'y a pas quinze mois que M, Necker
étoit l'objet d'une idolâtrie fanatique ;
son nom étoit à la tête de la Révolutions ;
une sédition à Versailles punissoit le
Roi de lui avoir retiré sa confiance ; les
Chefs des Communes liant adroitement
leurs intérêts aux, siens , l'accabloient
de doléances dans sa disgrace , de félicitations
à son retour. Eloigné le mois
suivant , son départ devint un jour de
deuil , et faillit en être un de sang. Son
buste promené dans la Capitale , comme
le Palladium de la liberté , embrasoit
toutes les têtes ; les Spectacles étoient
fermés , et dans cette calamité publique ,
l'Assemblée et le Peuple rivalisèrent
d'émulation à prescrire au Roi le rappel
de son Ministre.
I revint il parut à cet Hôtel- de-
Ville , où le Monarque l'avoit précédé
quelques jours auparavant. On avoit
dit à Louis XVI que son Peuple venoit
de le conquérir ; M. Necker se
' montra comme le Conquérant du Peuple
229
) et de la Cour. Des acclamations frénétiques
signalèrent sa marche triomphale ;
on l'enivra de harangues adulatoires ; les
complimens fastueux de l'Assemblée
Nationale suivirent ceux de la Capitale ;
ce moment de règne fut beau , mais
celui du détrônement commença le lendemain
. Si M. Necker avoit espéré de
sauver la France en gouvernant ses Législateurs
, cette illusion fut promptement
détruite . Au premier essai de ses
forces , il éprouva des frottemens ; on
n'avoit plus besoin de son nom , ni de
son opposition à la Cour ; ses Courtisans
devinrent ses Maîtres. Vainement
s'adressa - t- il à eux avec timidité ; ses
avances furent méconnues , son ascendant
baissa de jour en jour ; quelque déférence
sur les matières de Finance ne
purent compenser le discrédit de ses
Opinions. Il les prodiguoit inutilement ,
et par une fatalité remarquable , ses
Conseils politiques n'eurent de succès
que dans cette mémorable question du
Veto absolu , contre lequel il se déclara,
après avoirété cependant, convaincu par
M. Mounier, et s'être livré aux Antagonistes
de ce vertueux Citoyen . Cette
décision fut l'ouvrage de sa foiblesse ,
et des terreurs qu'on eut l'art de lui inspirer.
f
Ce même sentiment d'effroi l'entraîna
bientôt dans le cours du torrent ; il
s'abandonna aux flots , au lieu de lestem(
230 )
pérer ; il vit échouer la Monarchie sur
les écueils , sans avoir la force de leur
opposer le gouvernail . Il retira sa.confiance
aux derniers défenseurs de l'Autorité
Royale , pour en conquérir les
Ennemis qui profitoient de ses illusions
. On le flattoit au lieu de l'éclai
rer ; en vain , il se débaitit contre l'empire
impétueux qui s'élevoit sur les
ruines de celui du Gouvernement ; on
ne l'admit pas même à le partager ;
ses remontrances , ses mémoires , d'abord
écoutés avec transport , et délibérés
par acclamation , inspirèrent de Pimpatience
, et enfin des murmures. Il eut
beau parler à l'Assemblée dans le langage
le plus soumis et le plus flatteur ,
Pappeler une Confédération de lumièces ,
et un Sénat de Sages , la politique
l'ambition , et la haine restèrent inflexibles.
On en vint à se plaindre de
l'intervention continuelle du Ministre
des Finances dans l'Administration des
Finances ; on le réduisit au rôle de Trésorier
public , à l'instant même où on lai
reprochoit de ne pas imaginer des plans
généraux, Des dégoûts encore plus per-.-
sonnels tourmenterent sa sensibilité ; on
vit l'homme au retour duquel la France
avoit été illuminée , et dont la tête
plioit il y a un an sous les Couronnes
Civiques , réduit à disputer par brechures
avec M. Camus , et avec de
-méprisables Journalistes.
( 231 ).
Cette défaveur croissoit de semaine en
semaine , par les efforts même de M.
Necker pour la surmonter : il ne lui
resta plus un défenseur : le ressentiment
et la calomnie parièrent seuls ; tel fut le
délaissement , le malheur de ce Ministre
appelé l'Ange tutélaire du Royaume,
que trahi par l'opinion publique , il se
vit encore déshonoré des basses , fl gorneries
d'un Cérutti.
Sansdoute , M. Neckeraurcit dû rester
moins long- temps le témoin de son
abaissement. L'émeute du Jeudi 2 décida
sa retraite . Il est certain qu'à 8 heures du
soir M. de la Fayette lui envoya un Aide
de Camp , pour l'avertir du danger qui
le menaçoit , et l'exhorter à sortir de scn
hôtel ; accompagné de cet Aide - Camp, il se
rendit à sa campagne de St. Ouen , d'oùil
envoya sa démission à l'Assemblée Nationale.
Son arrivée nocturne et inattendue
ayant excité quelqu'émotion de curiosité
dans le Village , il jugea prudent de s'éloigner,
errajusqu'au matin dans la Vallée de
Montmorency , et revint à Paris dans la
matinée . Il ne manquoit à cette inconcevable
destinée , que l'outrage dont il a
été l'objet à Arcy - sur-Aube. Nous écar
terons le bruit assez général , qu'il a dû
cet affront au zèle ardent d'une Personne
-connue : une manoeuvre aussi infame ne
peut s'accréditer sans des preuves démonstratives.
L'on assure que la Ville de
Troyes , instruite de la violence commise
( 232 )
à Arcy- sur- Aube , y a envoyé un détachement
de Garde Nationale pour délivrer
M. Necker. Le 12 , ce Ministre à l'arrivée
du Décret de l'Assemblée Nationale ; a
continuè sa route. Elle semble indiquer
qu'il se rend à Plombières pour y prendre
les eaux , et non à sa terre de Copet ,
à moins qu'il n'ait voulu allonger son
voyage , par l'extrémité septentrionale
de la Suisse .
Ce que l'esprit de parti , la haine et
les Libelles ne lui enlèveront jamais ,
c'est le mérite d'une intégrité pure au
milieu de la corruption , du désintéressement
dans le siècle de la cupidité , d'un
zèle infatigable dans les travaux de sa
place , d'une attention soutenue aux misères
du Peuple , de cet esprit d'ordre et
de mesure dans l'Administration des Finances
, sans lequel on court risque de
tuer un Etat malade , en le bouleversant
par des hardiesses.
Des hommes sages , siégeans encore
aujourd'hui à l'Assemblée Nationale ,
conseillèrent à M. Necker, immédiatement
après son retour , de présenter un
état général des dépenses , et des revenus
nécessaires , d'en obtenir la consécration ,
ou de résigner sa place. Il suivit d'autres
impulsions, et préféra de courir la chanee
des nouveautés , et des embarràs qui alloient
accabler les Finances.
Il est digne d'observation , que ce Ministre
, dont les écrits ont été un hom(
233 )
mage perpétuel à l'opinion , soit une
victime choisie de ses vicissitudes . C'est
que M. Necker confondit sans cesse
Popinion de Paris , de l'engouement et .
de la minute , avec celle que le temps et
les lumières forment et épurent . Il se crut
inébranlable sur cette pyramide de sable;
il donne un titre éclatant à ceux qui dé
daignent les réputations du jour .
On cut tort de l'adorer en 1789 , ou l'on
a tort de le déchirer en 1790. Je ne sais
sur qui réjaillira l'avilissement qui rẻ-
sulie de ces étranges variations ; mais
l'on s'étonnera éternellement que le Ministre
d'une grande Monarchie ne les ait
pas prévues.
Que les Citoyens ruinés , brûlés , persécutés,
proscrits depuis quinze mois, que
les défenseurs de la Délibération par
Ordres, ceux de la Déclaration du 23 juin ,
les adversaires même de ces deux systêmes
qui retranchèrent la liberté derrière
le pouvoir négatif de la Couronne,
aient retiré à M. Necker leur estime et
leur confiance , cela se conçoit ; mais que
les Sectateurs des principes qu'il a fait
triompher, et des vérités qu'on a rendues
affreuses par des applications injustes et
cruelles ; que ceux auxquels M. Necker
prodigua sa déférence , sacrifia tout , jusqu'à
ses opinions , dont il servit les projets
par sa condescendance , caressa les
exagérations , et ménagea scrupuleusement
les intérêts , l'aient livré à la haine
( 234 )
publique ; que le Peuple préservé de la
famine parson crédit personinci et par ses
soins ; que le Peuple à ses genoux , lorsqu'il
contrarioita Couronne ait demandé
sa tête lorsque la Couronne n'avoit plus
rien à perdre , c'est là un phéncitène qui
doit inspirer l'horreur de la faveur publique
, et consuler de la perte deTaffection
populaire.
Puisse M. Necker oublier la foiblesse
qui l'y rendit trop sensible , lemalheur de
sa gloire , la Monarchie Françoise brisée
entre ses mains , et la tristé promesse
qu'il hasarda au mois de Décembre 1789 ,
dans ce Rapport éternellement mémora
ble , où il assura au vertueux Prince qui
lui remettoit les intérêts du Trône , qu'à
l'abri de ses principes , les Peuples se
roient plus soumis , et le Monarque plus
heureux !
Le morceau que l'on va lire , est la défense
d'un principe que nous avons souvent
rappelé nous-mêmes, sans l'avoir fait
avec la même justesse d'esprit , et une
précision aussi lumineuse . Il appartient
à un Ecrivain distingué , très-versé dans
la théorie des lois avant que le Public
s'en occupât en France , et qui combattit
plusieurs fis sous les enseignes
de la Liberté , à l'instant où il étoit périlleux
de le faire , et où la plupart des
Gens de Lettres qui déclament maintenant
en faveur des idées anarchiques qu'ils
prennent pour des idées populaires , ram(
235 )
poient dans les ruelles des Intrigantes de
Cour , et dans les Antichambres des Ministres
ou de leurs Commis .
Observations sur le mot SOUVERAIN.
Jusqu'à l'an de Fere chrétienne 1790 , Pai
vu employer par tous les Ecrivains François
le mot Sauverain pour signifier le Chef de la
Nation , le Roi, et Soineraineté pour les
fonctions et les droits de la Royaute. On a
dit le légitime Souverain , les Souverains de
P'Europe , la Souveraineté des Rois d'Es
pagne sur les Indes Espagnoles , etc. »
"
>
Depuis quelque temps nos Publicistes
modernes s'élevent contre cet usage , et apres
avoir , non pas découvert mais rappelé
cette maxise inconstestable que le pouvoir
Souverain reside originairement dans la
Nation , ils en concluent qu'il ne faut plus
appeler Souverain que la Nation elle même ,
et que ce titre ne doit plus être donné aux
Rois.
Jean-Jacques Rousseau avoit , il est
vrai , employé avec affectation le mot Sonretain
pour signifier exclusivement le Corps
Politique exerçant son pouvoir , source de
tous les pouvoirs. Cet usage a dû assez naturellement
s'introduire dans les Etats republicains
ou aristocratiques ; car lorsqu'on a
voulu y désigner cet étre moral , cette personne
publique exerçant l'autorité résultante
de la réunion de toutes les volontés et de
toutes les forces , on a pu la nominer le
Souverain . Mais J. J. Rousseau n'a pas prononcé
anathême contre ceux qui , reconnoissant
que tout pouvoir avoit sa source
dans la Nation , appelleroient Souverain ,
selon l'ancien sage , le dépositaire de la
Souveraineté de la Nation .
·
( 236 )
"
Un de nos Ecrivains , les plus féconds.
et les plus tranchans parmi ceux dont
notre siecle abonde , M.ˆBrissot , dans un
Journal intitulé le Patriote François , fait
un crime à l'Auteur de quelques réflexions
sur la liberté de la presse , insérées au Journal
de Paris du 7 Août 1790 , d'avoir distingué
le peuple du Souverain , d'avoir dit que chez
aucune Nation il n'a été permis de sou ever
le Peuple contre le Souverain ; il le traite
pour cela de novice en Politique , qui ígnore
que par-tout le Peuple est le vrai Souverain.
" Ce même Patriote dénonce comme trèssuspectes
les opinions du Châtelet sur la
Révolution , parce que ce Tribunal continue
d'appeler le Roi du nom de Souverain
quoique ce soit , dit - il , un article de la
Constitution que le Peuple seul est Souverain.
»
H On peut rire , je crois , d'un Journaliste
qui prétend abolir l'usage d'un mot de la
langue Françoise qu'on retrouve dans une
grande partie des langues de l'Europe ; car
les Italiens , les Espagnols , les Anglois ,
les François appliquent depuis plusieurs
siècles à leurs Rois le nom de Sovrano
Sovereign , Souverain. »
་ ་
L'Empereur Claude ne put parvenir à
ajouter une lettre à l'alphabet , plus difficilement
en eût-il pu bannir une.
«
"
Au reste , Claude ne se faisoit en cela
que Grammairien , mais M. Brissot fait bien
plus ; il décide en Inquisiteur d'état que cet
emploi du mot Souverain , appliqué au Roi ,
est l'indice sûr d'une hérésie politique , un
caractère distinetif des ennemis de la Révolution
. Mais quand M. Brissot devroit déferer
au Comité des Recherches , dont il est
un des plus honorables Membres , ceux qui
di
( 237 )
diront , en parlant du Roi, notre auguste
Souverain , et quoique , selon le mot d'un
ancien , difficile sit scribere contra eum qui
potest proscribere , je doute que cette crainte
fasse cesser un usage si anciennement établi
et si universellement répandu . »
Les vives alarmes de M. Brissot pourroient
cependant se calmer , s'il prenoit la
peine de réfléchir un moment au sens grammatical
et originaire de ce terrible mot . »
Souverain est étymologiquement syno-
-nyme de Supérieur. Il est dérivé de super
ou supra , dessus , au - dessus , dont les Italiens
ont tiré Sovrano ; d'où il a passé dans
notre langue et dans beaucoup d'autres.
+
Si le mot Souverain ne signifie que Su-
´périeur , on ne peut guère contester au Roi
quelque supériorité sur les autres Citoyens
de l'Etat politique , au - dessus desquels il
semble placé par son rang, sa dignité , par
l'exercice du pouvoir qui lui est confié. M.
Brissot , M. Marat , M. Camille Desmoulins
la lui disputent , mais ces grandes autorités
ne m'en imposent pas - Et moi aussi j'aime
la Liberté , mais ce n'est pas à la maniere
de ces Messieurs . J'aime la Liberté , et pour
cette raison là même je crois devoir quelque
respect à l'autorité qui est chargée de m'en
faire jouir. "
"
Dans une Nation qui passe de l'esclavage
à la liberté , la tendance est vers l'anarchie
c'est là l'excès à craindre , et s'il est vrai
qu'il faut éviter les excès , il faut conserver
les moyens qui peuvent servir à les prévenir.
L'idée de la Soveraineté commise au Chef
visible de la Nation est un de ces moyens .
En répétant avec tant d'affectation et d'assiduite
que le Roi n'est pas Souverain , ea
Ini ótant ce nom , que ses ancêtres et lui et
( 238 )
ses parcils portent depuis plusieurs siècles ,
ne voit-on pas qu'on fait méconnoître aù
Peuple mele cetie autorité , ce Pouvoir que
la Nation a délégués au Roi , et qu'on ped
ainsi un des moyens de nous défendre de
l'anarchie . "
R Le nom de Roi fut odieux aux Romains
après l'expulsion de leurs Rois ; mais vouloir
garder la Monachie , et bannir le nom de
Souverain appliqué aux Monarques , c'est.
une contradiction , et si l'on s'obstine sur ce
point , il faut avoir la bonne foi de dire qu'on
prétend ériger une République , et en ériger
une en effet . "
Puff niorfdit que du temps de Cromwell,
le nom de Roi étoit devenu te lement en
horreur à quelques Anglois , qu'ils changeoient
l'article du Pater , adveniat regnum
tuum , en celui - c , adveniat respublica tua.
M. Brissot et ses pareils nous montrent ies
mêmes sentimens , mais il faut qu'ils y
ajoutent la même franchise. "
Quant à ceux qui , comnie moi , veulent
conserver la Monarchie , et qui la croient
même nécessaire à la liberté dans un grand
pays , ils ne se feront aucun scrupule de suivre
P'usage que blâment ces Messieurs , »
Hn'y a aucune contradiction à dire que
la Souveraineté appartient originairement à
la Nation , et d'appeler en même temps du
nom de Souverain celui à qui la Nation a
remis , confie , sous certaines restrictions ,
l'exercice de cette Souveraineté , qui ne peut
opérer les effets qu'on en attend pour le bien
des Peuples qu'autant qu'elle est transmise
ainsi . "
" Que l'exercice du Pouvoir Souverain de
la Nation soit commise à un Sénat , comme
à Venise et à Berne , ou qu'il soit coufie à
( 239
my seul homme , comme dans les Monarchies
du continent de l'Europe , on partagé
entre une ou plusieurs Assemblées et un.
Chef singulier , comme en Angleterre , dans
tous ces cas on peut appeler da nom de
Souverain le Corps , on les Corps , ou l'individu
qui en sont les dépositaires , sans
contester à la Nation , sa Souveraineté originaire
, dont l'autorité des Souverains -ne
sera qu'une émanation . »
"
Sidney , Clarendon , Harrington , Locke ,
Price et Priestley ont connu avant M. Brisset
cette grande vérité que la Souverainetéréside
originairement dans le Peuple. Cette maxiine.
est la base du Gouvernement Angiois , et
ces Ecrivains et les Anglois et Montesquie
n'en ont pas moins appelé le Roi et les Rois
Souverains et Sovereigns , saps déroger à léur
principe
". Si M. Brissor - étoit bien conséquent ,
l'horreur qu'il témoigne pour le mot Souve
rain devroit s'étend e à celui de Monarque.
१९. M. Brissot a - t -il pensé quelquefois que
Monarque vient de poris ; Solus , seul , et
d'Ax , puissance , commandement. Or , une
puissance seule , unique , me semble plus-redoutable
qu'une puissance simplement supérieure
, et le Pouvoir de la Nation me semble
encore plus écartéde notre pensée par l'usage
des mots Monarque et Monarchie , que par
celui de Souverain et Souveraineté.
39
Mais je me suis trop pressé de taxer M.
Brissot d'inconséquence . Des gens plus faniliers
que moi avec ses nombreux écrits
m'assurent qu'il n'emploie pas plus le mot
Monarque que celui de Souverain. J'ignore
quel terme ou quelle circonlocution il substitue
aux noms anciens , et je conçois que ,
( 240
malgré sa fécondité , il doit être dans quelque
embarras lorsqu'il veut désigner celui qui
ci- devant , anciennement , avant la nouvelle
Constitution étoit appelé Souverain , Monarque
ou Roi. »
[C Je comprens même le nom de Roi parmi
ceux que M. Brissot doit proscrire. A la
vérité, ce mot a eu originairement une signification
as ez innocente. Il étoit synonyme
de recteur , conducteur. Mais combien ne
s'est- il pas éloigné de cette modeste signification
, et combien n'y a - t- on pas attaché
d'idées , que M. Brissol doit trouver dangereuses
à conserver ! Observez cette altération
dans le beau rapprochement que fait Horace
du Pouvoir des Rois à celui de Jupiter.
Regum tremendorum in propriosgreges
Regs in ipsos imperium est Joris.
" Voilà des idées bien capables d'effrayer
M. Brissot. Chassons donc aussi de note
langue le mot de Roi. »
"
Je supplie cependant M. Brissot de
considérer que nous avons besoin d'un mot
tant que subsistera la chose , sans quoi , pour
parler de Louis XVI , nous nous verrigna
réduits à employer l'expression d'un hooime
qui , manquant de mémoire , et voulant designer
le Cardinal de Fleury disoit , chose
précepteur de chose. J'attendrai avec impatience
la nouvelle dénomination que M.
Brissot daignera donner aux ci - devant- Mnnarques
, Souverains , Rois , dont je voudrois
encore parler quelquefois , parce que je les
crois encore bons à quelque chose en depit
de M. Brissot. ».
Signé , LE DÉFINISSEUR .
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 25 SEPTEMBRE 1790.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
DIALOGUE
Entre un jeune Garde National & fon Ami ,
QUEUE vois - je , cher Augufte , & quel contraſte
énorme ?
Toi qui prêchois la paix , tu portes l'uniforme !
-Ce n'eft point un contrafte,Ami : plus que jamais-
Je détefte la guerre & j'adore la paix ;
C'eft pour la maintenir que je fuis fous les armes.
Oui , c'eft pour diffiper , pour ca'mer les alarmes ,
Pour conferver vos jours , pour défendre vos biens ,
Pour impofer fur-tout aux mauvais Citoyens.
Qui nourriroient encor la cruelle efpérance
De voir l'affreuse guerre enfanglanter la France.
N° . 39. 25 Septembre 170.
SALON DE
G
122 MERCURE
Voilà , mon bon Ami , pourquoi je fuis Soldat .
Toi , Guerrier ? toi , mon cher , doux , foible ,
delicat ! .....
--
Eh ! quand on a du coeur, qu'importe la foibleffe ?
Je fuis doux : cependant malheur à qui me bleffe..
Oui , Monfieur , fans avoir dans une garnifon
Confumé triftement ma plus belle ſaiſon ,
Je faurai , s'il le faut , me battre comme un autre.
Des Révolutions je ne fuis point l'Apôtre ;
Mais j'ai fait mon ferment;je fuis homme d'honneur.
Une main fur mon fabre , & l'autre fur mon coeur ,
Je mets derrière moi nos enfans & nos pères ,
Et dis à mes Soldats : Marchons. -Contre tes frères ?
Augufte tourneroit les armes - Ah ! grand Dieu !
Cruelle alternative ! .... Elle n'aura pas lieu.
C'eft un autre avenir que le fort nous deftine :
Va , va , nous n'aurons point une guerre intefline.
Qui voudroit le porter à ce coupable excès ?
L'homme eft né bon , fenfible , & fur tout le
François ;
Et le François n'a point changé de caractère ,
J'en réponds : un moment l'humeur s'aigrit , s'altère
;
Mais on voit , tôt ou tard , percer le naturel,
11 eft vif, emporté , mais il n'eft pas cruel ;
L'honneur a quelquefois égaré fon courage,
Senfible , je l'avoue , à l'ombre d'un outrage ,
I bleffe , il peut ther , mais il n'égorge pas.
Et comptez - vous pour rien nos troubles , nos
déba: s ?
DE FRANCE. 123
Eh quoi ? cette difcorde affreuſe , épouvantable ,
N'eft- ce point une guerre , hélas ! trop véritable ?
Ce n'eft pas une paix du moins : l'aimable paix
Eft du fein de la France exilée à jamais ."
Frédéric dans quels temps & dans quels lieux nous
fommes !
Il n'eft donc plus de joie & d'amour chez les hommes
!
Les plaifirs & les ris & les jeux font bannis ,
Les amis font brouillés , les voifins défunis ;
Que dis- je ? les parens... oui , le frère à ſon frère
Ne pardonnera pas un fentiment contraire.
C'eſt en vain
que d'ailleurs
on eft doux , modéré
;
L'intolérant
vous
fronde
& vous
déclare
outré
.
Les entretiens
étoient
autrefois
agréables
,
Tour
à tour férieux
, badins
, toujours
aimables
,
Maintenant
il n'eft plus qu'un
fujet
d'entretien
:
On difpute
fans ceffe, & l'on n'arrête
rien .
Les femmes
même
... & Ciel ! elles qui fembloient
nées
Pour répandre des fleurs fur toutes nos journées ,
Pour calmer nos efprits , pour adoucir nos moeurs ;
Les femmes ont aufli changé de ton , d'humeurs.
Pour elles déformais c'eſt peu d'être charmantes :
Les voilà , comme nous , Politiques , Savantes ;
Frondant tout , s'emportant ... Je le dirai - tout bas
Tant de chaleur , l'aigreur fur-tout n'embellit pas .
Le fiel même empoiforne , hélas ! leurs douces
ames :
Je cherche, & nulle part ne retrouve les femmes.
G 2
124
MERCURE
- Moi , j'en retrouve , & j'aime à te défabufer.
Les autres même on peut encor les excufer .
Au filence il feroit trop dur de les contraindre :
Il eft fi naturel de parler , de fe plaindre !
Quelques - unes d'ailleurs ont fujet ...……. — Hé
bien , foit.
-
On le fait plus de mal encor qu'on n'en reçoit.
Nous - mêmes nous portons les plus rudes at-
' teintes ;
Car enfin , en dépit de nos amères plaintes ,
Nous pouvions dire encor : Rafjurons-nous , men
coeur.
Il eft deux rares biens , compagnons du malheur ,
C'eſt l'amitié fidèle & l'aimable eſpérance ;
L'efpérance fur- tout , doux befoin pour la France.
Ces deux biens nous reftoient ; & nous nous en
privons.
Nous tâchons de nous nuire autant que nous pou◄
vons.
Ce que tu dis , Augufte , il faut que j'en convieane
,
Part d'une ame fenfible & va jufqu'à la mienne.
Je gémis , comme toi , de nos divifions ;
Comme toi , je voudrois que nous nous aimaffions ,
Que nous vécuffions tous dans une paix profonds ;
Car rien n'eft plus aifé , plus naturel au monde.
Mais tu groflis le mal . Tout pourroit aller mieux ,
J'en conviens ; mais peut - être ai - je de meilleurs
усих .
DE FRANCE. 12
Je treffaille de joie , échappé du naufrage.
Si quelques paffagers ont péri dans l'orage ,
Je voudrois racheter leur fang au prix du mieną
Car enfin je fuis homme autant que Citoyen .
Mais quoi , des Matelots j'ai l'heureux caractère ;
Et tout eft oublié dès que j'ai vu la terre .
Oui , dans mes fouvenirs l'infti & me fait choifir
Les chofes feulement qui m'ont fait du plaifir :
Je ne me fouviens plus du refte de l'hiſtoire.
-Voilà ce qui s'appelle une heureufe mémoire .
- Il eft vrai ; mais , crois - moi , cette mémoire- là ,
Quand on veut bien l'avoir , mon cher Augufte ,
on l'a :
D'un orage aifément le fouvenir s'efface.
-L'orage dure encore .-En attendant qu'il paffe ,
Re:fermons -nous : ch ! cui , dans notre heureux
féjour ,
Cultivons l'amitié , les Mufes & l'Amour :
D'un alentour charmant favourons les careffes ;
Elevons nos neveux & nos foeurs & nos nièces .
Qu'ils aiment la vertu ; de leur fort je réponds
Ils feront trop heureux , trop riches , s'ils font bons .
Menant tous une vie innocente & paiſib'e ....
-
- Paifible ? Eh ! peut-on l'être avec un coeur fenfible
?
Fût- on heureux chez foi , peut-on ne pas fonger
Qu'il eft des malheureux ? On va les foulager.
-
-
-Puis-je aider l'indigent, étant pauvre moi - même ?
On peut le vifiter , lui répéter qu'on l'aime ,
G - 5
126 MERCURE
Faire luire à fes yeux l'efpoir confolateur .
Le pauvre bénit plus , j'en juge par mon coeur
Les bons feins qu'on lui rend , que l'argent qu'on
---
-
lui donne .
-A cet efpoir flatteur , allons , je m'abandonne ;
Mais raffurez du moins ma tremblante amitié .
Votre Augufte feroit trop digne de pitié..
Ah ! que je puiffe enfin compter fur quelque chofe,
-De cette inquiétude , eh ! quelle eft donc la caufe ?
- Frédéric , jurons -nous de nous aimer toujours ,
De ne jamais .. - Plaît il quel étrange difcours !
Exiger un ferment ? - Oui , Monfieur , je l'exige :
Il y va de ma vie , oui , ju ons- nous , vous dis-je ,
Que fi l'un de nous d'eux changeoit d'opinion ,
Il n'aimeroit pas moins fon ancien compagnon .
Je veux bien le jurer ; mais quoi , tu me foup
çonnes ?...
Que tu me connois mal ! Il eft quatre perfonnes
Que j'ai fait vou d'aimer à la vie , à la mort.
- -Et qui font- elles done ? -Ma Maîtreffe d'abord.
- Ma Soeur, mon Ami , mon Roi. —Mais
la Patrie ?
-Soit . -
Cela ne va-t-il pas fans dire , je te prie ?
Eft-on donc honnête homme & fidèle à demi ?
On eft bon Citoyen quand on eft bon Ami.
Par M, Collin Harleville. )
Nota. On vient de m'avertir dans un Journal ,
que je compromettois ma réputation littéraire par
mes Pièces fugitives . Cela peut être ; mais je latisfais
mon coeur , je réjouis celui des honnêtes
gens , & peut- être je fais un peu de bien : il fuffit,
DE FRANCE. 127
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent .
LE mot de la Charade eft Merveille ; celui
de l'Enigme eft l'Archet d'un violon; celui du
Logogriphe cft Profe , où l'on trouve Rofe.
CHARA D E.
DANS un jeu , cher Lecteur , vous voyez mon
premier ;
Le Manoeuvre fouvent fe fert de mon dernier ;
Le Voyageur toujours redoute mon entier.
( Par M. Gallet le jeune de Courcy. ),
ÉNIG . M E.
JE fuis donce , je fuis conftante ;
Dans les peines & les plaifirs
On me croiroit indifférente ;
Ami , je fais pourtant la gloire des Martyrs.
De me perdre trop tôt apprends la conféquence :
Seule en amour , je conduis au bonheur ;
Rarement il réfifte à mon charme vainqueur ;
Je ne faurois vivre fans efpérance .
G 4
128 MERCURE
Pénètre -toi de cette vérité :
Si quelque jour le Dieu d'Hymen t'engage ,
Tu verras que je fuis b en fouvent en ménage
La vertu de néceffité.
Sans murmurer , cherche qui je puis être ;
Penfe , combine , & fur-tout point d'humeur :
Car tu ne peux, ami Lecteur ,
Sans moi prétendre à me connoître.
( Par M. Sebire de Beauchefne. ) ,
LOGO GRIPHE.
JE fuis cet utile théatre
Où Cérès , aux jaunes épis ,
Se fait battre par les amis .
Mes pieds font au rombre de quatre ;
Quand on m'en ôte le premier ,
Je fais les gens s'entre-détruire ;
Et par moi tout vit & refpite ,
Dès qu'on m'en ôte le dernier.
(Par M. F. M. Haumont , de Princé.)
DE FRANCE. 129
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LE Payfage du Pouffin , ou mes Illufions ,
Epitre à M. Bonnieu , Peintre du Roi,
& de fon Académie ; & Dioclétien à
Salone , ou Dialogue entre Dioclétien &
Maximien. Pièces qui ont concouru pour
le Prix de Poéfie de l'Académie Francoife
en 1790 , & qui toutes deux ont
obtenu une mention honorable ; par M.
DE MURVILLE.
Et in Arcadia ego.
Non eadem miramur, cò difconvenit inter
Meque & te. HORAT.
A Paris , chez l'Auteur , rue du Théatre
François ; & chez les Marchands de
Nouveautés
. 1790.
L'ACADÉMIE qui a diftingué ces deux
Pièces , y a reconnu en général un affez
bon goût de verfification , du nombre , de
l'élégance , des vers bien faits ; mais qu'eftce
que ce mérite , aujourd'hui fur- tour
quand il eft abfolument feul , & que l'Ou-
G
130 MERCURE
t
,
vrage manque d'objet d'enfemble , de
fuite , d'effet ; qu'il pèche à tout moment
ou par le défaut d'idées , ou par le fond
même des idées ? Rien n'eft plus commun
& plus aifé , pour peu qu'on ait un peu
d'oreille , que de faire ce qu'Horace appelle
Verfus inopes rerum , nugæque canoṛæ ,
Des vers vides de fens & des riens cadences.
Mais aufli rien n'eſt plus infipide , pour
ceux qui connoiffent tout ce que nous
avons de bon en Poéfie depuis cent cinquante
ans , que de voir un Auteur qui ne
fait que fe trainer encore fur des traces
depuis fi long - temps ufées , qui , ne pouvant
rien concevoir , rien ordonner , rien pen-.
fer , ne fait qu'entaffer des réminifcences
fouvent même mal employées. Volà , par
exemple , une Pièce de trois cents vers intitulée
le Payfage du Pouffin : c'est beaucoup
fur un pareil fujet , & pourtant il
n'eft pas même traité , il n'entre qu'épifodiquement
dans ce que l'Auteur appelle
fes rêveries. L'Auteur , après une espèce
d'exorde fort long fur fon amour pour les
Fables de la Grèce , feint qu'il s'endort , &
qu'en rêvant il fuit M. de Choifeul- Gouffier
au milieu des ruines de la Grèce antique.
D'abord , jamais fujet n'a été plus
rebattu ; auffi chaque vers en rappelle d'autres
qu'on a vus ailleurs ; ce font les mêmes
penſées , les mêmes images , les mêmes
DE FRANCE.
tournures ; & puis qu'est - ce que tout cela
produit ? L'Auteur rencontre , toujours en
fouge , une noce de village , & les deux
époux s'arrêtent devant le tombeau d'une
jeune Bergère , portant cette infcription :
Et moi , Paſteurs , auffi j'habitai l'Arcadie.
C'eft le tableau fameux du Pouffin qui a
fourni un bel épifode à Thompſon & à
l'immortel Auteur des Saifons. M. de Murville
qui n'a fait que mettre en rêve ce
qu'on avoit mis plus d'une fois en action ,
n'en tire aucun parti , s'arrête là dès que
l'infcription eft lue , & fe perd enfuite dans
des lieux communs fur la mélancolie , fur
l'amour , fur le Théatre , & c. Il raconte
trahi par fa Maîtrelle , il étoit prêt à faire
une Satire contre elle , lorfqu il entendit ,
fur un tertre ifolé , les fons de la flûte de
Salentin , qui affoupiffent tout à coup fes
reffentirnens : ils font plus ; ils le conduifent
à des réflexions philofophiques fur la
néceffité de l'inconftance.
que
Tout me dit que malgré l'erreur de l'eſpérance ,
C'est pour finir un jour qu'ici-bas tout commence ;
Que l'amour eft pour l'homme un inquiet fommeil,
Dont l'infidélité fut toujours le réveil ; .
Que ces crimes légers , la feinte , le parjure ,
Dont les Amans trahis font de fi grands forfaits ,
Sont les néceffaires effets
Des deffeins que fans ceffe accomplit la Nature ,
J
G 6
132
MERCURE
La Nature dont l'ordre eft dans le mouvement
Et qui ne s'entretient que par le changement.
Ce font-là des vérités un peu vieilles ;
mais qui s'attendroit à les voir revenir à
propos des fons d'une flûte & à la fuite
d'un dépit amoureux ? Il me femble que
la mélancolie des Amans trahis n'eft pas fi
gravement ni fi froidement philofophique.
L'Auteur dit en deux jolis vers , quoique
la tournure ne foit encore qu'une imitation
d'un vers connu ,
Et qu'enfin la mélancolie
Eft la grace de la douleur.
que On
peut l'affurer
celle-là n'a
aucune
grace
, parce
qu'elle
n'a ni vérité
nì intérêt.
L'idée
de fufpendre
les mouvemens
violens
de l'ame
par l'effet
inattendu
du
fon d'un
inftrument
, eft auffi
empruntée
d'un
morceau
fur les effets
de la Nature
champêtre
, lu dans
une
Séance
publique
de l'Académie
Françoife
, il y a deux
ans ;
mais
M. de Murville
n'en
a pas fait un
ufage
heureux
.
Voyons les dérails : voici le tableau de
la noce de village.
"
L'heureux Lycas , qui tenoit par la main
Sa jeune épouſe au front pur & timide ,
Sur fes beaux yeux fixoit un oeil avide ,
Et méditoit quelque tendre larcin .
DE FRANCE. 131
Nul des Pafteurs ne fautoit en cadence :
Le fiſtre en vain régloit le mouvement ;
Lycas fur-tout fuivoit négligemment
Les chants du choeur & les pas de la danſe ;
Et je voyois que las de ce vain bruit ,
L'ame d'amour & d'eſpoir enivrée ,
Il eût voulu que pour lui fans foirée
Le jour rapide eût fait place à la nuit .
Doris , de fon époux charmée ,
Et diffimulant fes défirs ,
Sembloit préférer aux plaifirs
Le bonheur de fe croire aimée
Mais cette feinte austérité
>
N'étoit point au fond de fon ame ;
Son eil fur Lycas arrêté
Laifſoit voir à travers ſa flamme ,
Certe brillante humidité ,
Cette vapeur enchantereffe ,
Source de l'amoureufe ivreffe ,
Et qui doit circuler fans ceffe
Dans les yeux de la volupté.
Les derniers cris de la fageffe ,
Qui déjà fe fent expirer ,
Les premiers veux de la jeuneffe
Lui faifoient craindre & défirer
Cette heure auffi lente que sûre ,
Où des jeux le folâtre effaim
134
MERCURE
Du voile de fa chevelure
Dégageroit fon jeune ſein ,
Où les Graces , au ris malin ,
Viendroient dénouer fa ceinture :
Elle en fentoit tout le danger ,
Elle en préfageoit tous les charmes ;
Elle rioit , verfoit des larmes ,
Fixoit fa mère & fon Berger ;
Et fon ame févère & tendre ,
Craignant de vaincre & de céder ,
Faifoit ferment de tout défendre ,
Et juroit de tout accorder ………….
N'eft-ce pas - là précisément le verfificateur
dont parle Voltaire >
Qui dans les vers pillés nous redit aujourd'hui
Ce qu'on a dit cent fois & toujours mieux que lui.
Y a-t -il dans ce long morceau , un vers ,
une expreffion , une penſée qui ne rappelle
ce qu'on a lu mille fois ? De plus ,
combien d'idées ou d'expreffions fauffes ?
Que fignifie ce que dit l'Auteur , que Doris
Sembloit préférer aux plaifirs
Le bonheur de fe croire aimée ..
Mais cette feinte austérité
N'étoit point au fond de fon ame.
Il n'y a point là d'austérité , ni feinte
DE FRANCE. 135
ni réelle. C'est un fentiment tendre , le
plus naturel de tous dans une jeune perfonne
qui aime. D'ailleurs , comment fembloit
- elle préférer , &c . lorfqu'elle avoit
dans les yeux
Cette brillante humidité ,
Cette vapeur enchantereffe ,
Source de l'amoureufe ivreffe ,
Et qui doit circuler fans ceffe
Dans les yeux de la volupté ?
Cette humidité >
cette vapeur ne font
point la fource de l'amoureufe ivreffe ; elles
en font l'effet ; & comment les concilier
avec l'austérité ? Que fignifie cette Doris
qui craint de vaincre & de céder , & jure
de tout accorder ? Ce jargon entortillé
qu'on a rebattu dans des milliers de fonnets
& de madrigaux , cft ici fort mal
pla é Pourquoi ? c'eft que l'Auteur a répété
au hafard ce qu'il a lu , & qu'il n'a
rien fenti , rien imaginé , rien obfervé.
Que je le plains celui qui veut rire fans ceffe !
Voltaire a dit un peu mieux :
Vous m'avez affligé , vains éclats de la joie.
Left , comme à la joie , un charme à la trifteffe.
Ah ! combien une larme embellit fes regards !
136 MERCURE
Tout cela n'eft- il pas bien neuf ! Si vous
voulez redire ce qu'on a tant dit , dites le
donc mieux .
Cependant M. de Murville veut auffi être
neuf quelquefois on va voir comment.
Sans doute j'adore & révère
Cet inimitable Molière
Qui voit le François chaque jout
Lui porter en tribut la gaîté qu'il infpire ,
Qui , s'il n'exiftoit pas , eût inventé le rire ,
Comme Racine eût inventé l'amour.
Cette tournure qui eût inventé , &c.
été employée plus d'une fois ; mais l'appliquer
au rire & à l'amour , dire que Molière
auroit inventé le rire, & que Racine
auroit inventé l'amour , cela est très - nouveau
, fans doute , mais bien ridiculement
inventé.
Oui , la mélancolie eft un piége enchanteur
Qu'àfon propre courroux fait tendre la douleur.
Cela n'eft guère moins alambiqué. Je laiffe
à part beaucoup d'autres fautes. Paffons à
la feconde Pièce.
Le fujet en étoit grand & bean ; ce pouvoit
être une belle fcène de Tragédie , qu'une
converſation entre Maximien & Dioclétien,
qui tous deux avoient abdiqué l'Empire
& dont le premier vient dans la retraite
>
DE FRANCE.
de Salone , pour engager l'autre à remonter
au trône avec lui. La différence des
deux caractères connus offroit un contrafte
vraiment dramatique ; l'ambition d'un
côté & la philofophie de l'autre. On devoit
s'attendre à retrouver entre les deux Interlocuteurs
la politique de leur niècle & le
ton de deux hommes d'Etat , rien de tout
cela. Maximien ek mal-ad: oi ement hypocrite
, & Dio léien eft emphatiquement
rheteur. Il étoit difficile que M. de Murville
faisît leur efprit , lui qui commence
par dire que Dioclétien
Pour le Sage qui doute eft un problême encore.
Dioclétien n'eft point un problême
pour quiconque connoît l'Hiftoire . Les
panégyriques & les fatires du temps n'y
font rien ; mais il réfulte des faits conftatés
, que ce fut un grand Empereur &
un vrai Philofophe. On ne peut lui reprocher
tout au plus que de ne s'être pas oppofé
aux édits rigoureux de Maximien
contre les Chrétiens ; encore ce reproche
admet il beaucoup d'excufes qu'il feroit
hors de propos d'expliquer ici .
-
Maximien commence par dire qu'il veut
apprendre à fon fils Maxence l'art de régner.
Avec mo fous la pourpre enfeignez à fon coeur
Les pailibles vertus qui font un Empereur.
Régnez.
#38
MERCURE
On ne s'attendoit pas à voir un foldat
féroce tel que Maximien , parler de ces
paifibles vertus qui font un Empereur ; &
Dioclétien a bien raifon de s'écrier :
O Ciel ! Maximien parle comme Titus ! •
Mais fa réponse & les motifs de fon refus
font encore bien plus extraordinaires que
le langage de Maximien .
Qui vous dit qu'en ces jours & de trouble & d'effroi,
Rome veuille être heureufe cu par vous ou parmoi?
Au rang que vous briguez avons-nous quelques
titres ?
Qui fommes-nous ? jadis de fon bonheur arbitres ,
Tous les premiers Célars , glorieux , triomphans
Nés tous au fein de Rome , étoient tous ſes enfans.
Ce Titus adoré dans fon règne éphémère ,
Croyoit , en aimant Rome , idolâtrer la mère ;
Et fi Néron , Commode , en fes flancs déchirés ,
Enfonçoient quelquefois leurs bras dénaturés ,
Et même avec plaifir la contémploient mourante ,
Rome du moins difoit d'une voix expirante :
» Oui , j'ai donné le jour à des fils inhumains ;
» Mais je n'ai pour Tyrans encor que des Romains « .
C'eft une bien fingulière confolation pour
Rome déchirée par des Néron , des Coinmode
,
&c. de fe dire , mes bourreaux
font mes enfans. Le fentiment contraire
DE FRANCE. 139
étoit un peu plus naturel , & Dioclétien
n'étoit pas capable d'une fi fauffe rhétorique.
Après avoir régné fi glorieuſement ,
il n'étoit pas capable de dire : Qui fuis-je ,
pour régner fur Rome ? Qui fuis -je , pour
que Rome veuille être heureufe par moi ?
fuis pas né Romain. Dioclétien n’ignoroit
pas qu'avant lui plus d'un Empereur
, & entre autres , Trajan , qui en
valoit bien un autre , n'étoient pas non
plus nés Romains. Il n'auroit pas dit :
Mon enfance obfcure , inconnue à l'Etat ,
Aux vertus dans fon fein n'a point été nourrie.
Comme s'il n'eût pu y avoir de vertus qu'à
Rome, & comme fi Dioclétien n'eût pas
fignalé des vertus. 11 n'eût pas dit :
Je ne fis rien pour elle , & tout pour ma grandeur ;
Car rien n'étoit plus faux , & l'on ne dit
pas fans raifon du mal de foi- même. Tout
cela eft l'oppofé du bon fens.
On dit que Conftantin, qu'Eusèbe vient d'inftruire,
Doit bientôt , confacrant fes dogmes fpécieux ,
Du Ciel plus folitaire exiler tous les Dieux ,
Et
veut
que
deleur perte
un feul
Dieu
nous
confole
.
Eh ! ne voyez
-vous
pas , du haut
du Capitole
,
S'envoler
avec
Mars
ce Jupiter
Stateur
,
De la race
d'Enée
antique
protecteur
, &C.
MERCURE
Ces expreflions poétiques du Ciel plus
folitaire , & cette exclamation ne voyezvous
pas , &c. font d'un Poëte qui fait
une Öde , & non pas d'un vieil Empereur
qui doit penfer & raiſonner en Sage. C'eſt
le plus ridicule oubli des convenances kes
plus communes : ce qui fuit eft fur le
même ton . Maximien lui parle de la gloire.
Là-deffus Dioclétien répond qu'il ne peut
plus y avoir de gloire pour les Empereurs ,
dès qu'il n'y a plus de grands Génies pour
les chanter.
Parmi tant d'Ecrivains il n'eft pas un feul homme
Dont la voix éloquenre un jour à l'Univers
Rappelle nos fuccès ou même nos revers .
O fiècle heureux d'Augufte ! ô règne du génie, &c.
Voilà de belles raifons , pour qu'un
homine rel que Dioclétien refufe de régner.
Eft- 1 pollible que ce foit dans fa bouche
qu'on ait mis de telles ,puérilités ? Mais on
vouloit amener un lieu commun , le parallèle
li-téraire du fiècle d'Augufte & de
celui de Dioclétien ; & jamais lieu commun
ne fut plus mal placé . Ce n'eſt pas qu'il n'y
ait de temps en temps quelques vers heureux
; ces quatre ici par exemple .
Le crime même , grace aux pinceaux de Tacite
Maudiffant en fecret l'art qui le reſſuſcite ,
S'avançoit triftement dans la Poftérité ,
Honteux d'avoir auſſi ſon immortalité.
DE FRANCE. 141
I eft vrai que ce n'eft encore qu'une paraphrafe
du vers fumcux de Pope ,
Qui condamne Cromwel à l'immortalité.
Mais enfin ces vers font bien tournés ;
ne leur manque que d'être ailleurs .
C'eft un Néméfien qui remplace Virgile !
Porphyre déraifoane où fut penfer Platon !
J'entends mugir Lactance où tonna Cicéron !
Ceux là ne font pas auffi bien fits ; il
s'en faut de beaucoup : où fur penfer Platon,
eft en hémitiche dur & ma tourné ; déraiſonne
eft un terme - platement profaïque
dans le ftyle noble & foutenu , qui
eft celui de la Pèce. Mais ces vers font
encore calques fur un morceau d'un dif
Cours en vers , fur les Grecs anciens &
modernes .
Après le dialogue , l'Auteur finit par un
retour fur lui- même.
Grace au Ciel , je ne fuis ni Prince ni Héros ;
Cependant j'ai besoin des champs & du repos.
C'eft encore une imitation bien mal- adroite.
Voltaire avoit dit , en parlant des fept cents
Maîtreffes de Salomon ,
, Qu'on m'en donne une & c'eft affez pour moi ,
Qui n'ai l'honneur d'être ni Sage ni Roi.
142 MERCURE
Ce rapprochemnet eſt naturel & heureux ;
mais on ne peut guère concevoir quelle
efpèce de rapprochement il peut y avoir
entre Dioclétien & M. de Murville.
Que l'Auteur d'une Pièce de vers , mauvaife
ou médiocre , fe plaigne de l'Académie
qui ne l'a pas couronnée , rien n'eft
plus fimple ni plus commun. Le dépit poétique
a louvent même produit des faillies
d'amour - propre allez divertiifantes ; mais
rien n'approche de la Préface qui précède
les deux Pièces dont je viens de rendre
compre : elle eft vraiment curieufe ; il n'en
faut rien perdre.
» Ces Pièces ont concouru pour le Prix
» de Poéfie que l'Académie Françoiſe de-
" voit donner cette année : toutes deux
» font les feules que l'Académie ait dif-
"}
""
ور
tinguées dans le Concours , & dont elle
» a fait mention dans la Séance publique
» de la S. Louis ; elles font par conféquent
» les meilleures de celles qui ont été feu-.
» mifes au jugement de ce Tribunal Litté
raire le Prix auroit dû être adjugé à
l'une des deux , ou partagé entre l'une
» & l'autre , & cependant on le remet à
» l'ann'e prochaine. Je fuis bien éloigné
» de croire que mes deux Ouvrages foient
deux chef - d'oeuvres , mais je fens ma
" force , & j'ofe croire que la lecture de
l'une ou l'autre de, ces deux Pièces n'au-
» roit pas déplu à la Séance publique .
Pourquoi donc l'Académie , qui leur ac-
"
"
H
DE FRANCE.
143
"
"
33
"
"
23
و ر
">
" corde quelque eftime , puifqu'elle les
» mentionne , refufe t- elle de les couronner
? c'eft ce que j'ignore. Ce Corps
auroit - il pris depuis quelque temps le
parti de ne couronner aucun Ouvrage
qu'il foupçonneroit être de moi ? & cette
profcription m'annonceroit - elle qu'il
» veut m'éloigner des honneurs littéraires
dont il est le difpenfateur ? Je n'oſe le
croire , puifque l'on devoit ignorer que
j'euffe concouru ; mais eft- ce ma faute à
» moi , fi l'on reconnoît ma manière au
vingrième vers ? Par quelle fatalité fuis-
" je exclu des Prix depuis cinq à fix ans ?
Pourquoi la févérité de l'Académie fe
fignale - t-elle précisément lorfque je me
» trouve à la tête du Concours ? Eft - ce
" parce que je vis chez moi tranquille
" aimant & cultivant les Arts pour euxmêmes
, fans faire ma cour à perfonne ,
» fins encenfer quelques - uns des veaux
» d'or de la Littérature ? N'eft-il pas fingu-
» lier que l'Académie , qui fe montre fi
indulgente lofqu'il s'agit de couronner
» le Solitaire du Mont-Jura , l'Eglogue de
» Ruth , l'Ode far la mort du Prince de
Brunswick , le montre fi févère , lorfqu'elle
doit couronner un Ouvrage dont
elle devine que je fuis l'Auteur ? Faut- il
» abfolument être de la fociété de MM.
les Académiciens pour être couronné par
" eux ? & ce vers de Molière fera-t- il donc
d'une vérité trifte , mais éternelle ?
39
33
">
"
144 MERCURE
» Et nul n'aura d'efprit que nous & nos amis.
Voilà des queftions que je foumets au
» Public ".
Le Public a autre chofe à faire 9f de
répondre a M. de Murville fur les fapo
fidons qu'il lui plait d'accumuler daus la
tête , & qu il auroit mieux fait d'y gaid r.
Mais moi , qui fuis un peu plus près de a
chote, je prendrai la peine de lui repondie ,
parce que cela n'elt ni long ni dificile.
De ce que vos deux Pièces ont été jugées
les meilleures du Concours , vous concluez
que le Prix auroit dû être adjugé à l'une
des deux. Cette conch fion eft tres - gratuite.
De ce que vos deux Pièces font les meilleures
, il ne s'enfuit pas qu'elles foient
ález bonnes pour avoir un Prix. Vous
croyez qu elles le méritojent , l'Académic a
cru qu'elles ne méritoient qu'une mention ;
voila jufqu'ici tout ce qui eft clair.
ر
Vous demandez pourquoi l'Académie
refufe de les couronner pour que cette
queftion eût du fen : il faudroit avoir
prouvé d'abord qu'elle devoit les couronner.
Croyez-vous l'avoir démontré en les
imprimat ? Permis à vous de le perfer ,
comme de fentir votre force , fans que les
aures s'en apperçoivent. Il me femble que
jefau'ici l'opinion d'un Auteur fur fes
ouvrages n'a jamais paffé pour la preuve
convaincante de leur mézite.
» Ce
DE FRANCE. 145
» Ce Corps a-t-il pris , depuis quelque
" temps , le parti de ne couronner aucun
» ouvrage qu'il foupçonneroit être de moi "<?
Pourquoi l'Académie auroit elle pris ce
parti? Vous devriez bien nous dire les raifons
qui vous le font fuppofer.
.
» On devoit ignorer que j'euffe con-
» couru ".
J'oſe vous affurer qu'on l'ignoroit.
» Eft ce ma faute à moi fi l'on reconnoît
» ma manière au vingtième vers « ?
Il eft vrai que l'on peut reconnoître la
manière des grands Ecrivains qui en ont
une ; mais c'eſt apparemment la faute de
l'Académie ; car je puis attefter encore que
parmi cinq ou fix Auteurs qui ont été nomnés
au hafard, après le jugement, perſonne
n'a nommé M. de Murville.
» Par quelle fatalité fuis - je exclus des
» Prix depuis cinq à fix ans «?
Par quelle fatalité d'autres ont-ils mieux
fait que vous depuis cinq à fix ans , ou par
quelle fatalité n'avez-vous pas vous- même
affez bien fait ?
» Pourquoi la févérité de l'Académie fe
" fignale-t-elle précisément lorſque je ſuis
" à la tête du Concours « ? D
Mais voilà la première fois que vous y
êtes depuis cinq ou fix ans , & le Concours
n'étoit pas bon .
Eft -ce parce que je vis chez moi tranquille
, aimant & cultivant les Arts pour
» eux - mêmes , fans faire ma cour à per-
N°. 39. 25 Septembre 1790
H
246 MERCURE
"
fonne , fans encenfer quelques - uns des
yeaux d'or de la Littéra uie
Pour répondre à cette question , je vais
tranfcrire la note que vous y joutez .
"2
ود
» J'ente ds par les veaux d'or de la Lit-
» térature , ceux qui , fans aucun talent.
ufurpent par leur intrigue les places qui
» font les récompenfes du mérise : on fent
» bien que ce n'ett ni de M. de Saint-
» Lambert , ni de M. l'Abbé Delille , ni de
» MM. Ducis , de la Harpe , Chamfort ;
Marmontel , Lemierre & quelques au
tres , que je veux parler ; ils honorent les
places qu'ils occupent , & ne reçoivent
» aucun luftre d'elles ".
ھد
"
"
"

Je vous remercie pour mon compte ;
mais il eft fâcheux que l'on puiffe vous dire
comme un fait qu'excepté M. de Saint-
Lambert, qui étoit abfent , ce font précifément
tous ceux que vous exceptez du nom
bre des veaux qui vous ont unanimement
refufé le Prix , fans qu'il y ait eu ni difcuffion
ni contradiction..
N'eft- il pas fingulier que l'Académie ,
» qui fe montre fi indulgente lorfqu'il s'agit
» de couronner le Solitaire du Mont Jura,
l'Egiogue de Ruth , l'Ode fur la mort du
» Prince de Brunſwick , le montre fi févère
» lorfqu'elle doit couronner un Ouvrage
dont elle devine que je fuis l'Auteur « ?
Les trois Pièces que vous citez nel font
pas des chef- d'oeuvres , & il eft rare qu'on
en ait à couronner ; mais elles traitent &
DE FRANCE. 147
rempliffent un fujet. Elles font écrites avec
pureté & élégance , & ce qu'il y a de bon
n'elt pas gâté par des fautes contre le fens
commun .
» Faut il abfolument être de la fociété
» de MM. les Académiciens pour être cou-
» ronné par eux « ?
Ce qui peut vous prouver que cela n'eft
pas néceffaire , c'eſt qu'il n'y avoit pas un
feul Académicien qui connût & qui eût vu
de fa vie l'Auteur de cette Oie fur la mort
du Prince de Brunſwick , que vous venez
de citer .
» Ce vers de Molière fera-t-il donc d'une
» vérité trifte , mais éternelle ?
Nul n'aura de l'efprit , hors nous & nos amis «.
Vos citations font auffi neuves que vos
vers. Mais je ne conçois pas comment l'Académie
s'y prendroit pour vous empêcher
d'avoir de l'efprit.
""
Ce n'eft pas affez d'avoir aboli les
» Lettres de cacher miniftér elles ; il faudroit
détruire les Lettres de cachet académiques,
& ces espèces d'anathêmes que,
les corporations prononcent , in petto ,
» contre les êtes ifolés qui n'adoptent ni
" leurs petites opinions , ni leurs petites
" haines , ni leurs petits engouemens , &
qui ne font ni leurs Omar , ni leurs
Séide ".
"3
99
Je ne fais pas ce que font ici les Omar
H 2
14S MERCURE
ni les Séide. Mais vous êtes en conſcience
obligé de nous dire qui font les Mahomet
dont vous n'avez voulu être ni l'Omar ni
le Séide , fans quoi toute cette déclamation
injurieufe ne fignifie rien , fi ce n'eft : 11
n'eft pas poffible que l'on n'ait pas couronné
mon ouvrage , à moins qu'on n'en
voulût à ma perfonne ; & vous fentez que
dans votre bouche ce raifonnement eft
d'une grande force.
""
» Ce n'eft pas que j'attache à un Prix
» d'Académie plus d'importance qu'il ne
faut , fur tout dans un temps où des
objets d'un tout autre intérêt nous occu-
» pent ".
"3
-
On ne l'auroit pas cru.
19
Couronné trois fois par l'Académic
» dans ma jeuneffe , temps où elle m'ac-
» cordoit alors (1 ) les indulgences plénières,
» je fais apprécier ce que vaut un Prix ,
» & je fuis bien convaincu qu'un bon ou-
» vrage fait plus d'honneur qu'un ouvrage
» couronné ".
Rien n'eft plus vrai , & par conféquent
fi vous croyez votre ouvrage bon vous
devez être très - content , quoiqu'il n'y paroiffe
pas. Mais je commence à croire que
cette Préface , un peu extraordinaire , eft
encore un rêve , ainfi que votre Pièce du
Payfage ; car , à moins de rêver , il eft
( 1 ) Pléonaſme ridicule .
DE FRANCE. 149
impoffible que vous vous perfuadiez que
vous avez été couronné trois fois dans les
Concours poétiques de l'Académie, les feuls
dont il s'agiffe ici . Cela eft bon à dire au
Public , qui , comme vous l'obſervez fort
bien , eft occupé d'autre chofe . Mais nous
qui femmes au fait , & qui ne rêvons pas ,
nous vous dirons . que vous n'avez jamais
eu qu'un feul Prix de Poélie , encore fut-il
purtagé entre vous & M. Gruet ; encore'
étoit ce un Prix de Traduction , ce qui n'eft
pas indifférent à remarquer , parce qu'une
Traduction n'oblige pas de penfer. Il eft
vrai qu'en 1779 , lorſque l'Académie couronna
le Dithyrambe confacré à l'Eloge de
Voltaire , l'Auteur anonyme qui refufa la
Médaille , engagea l'Académie à la donner
à celui qui avoit obtenu l'Acceffit , & c'étoit
vous. Une Médaille accordée à l'Auteur
de l'Acceffit , n'eft pas un Prix. Il eft
vrai auf que l'Académie vous décerna , il
y a quelques années , le Prix d'Encouragement
, fondé par M. de Valbelle. Ce n'eft
pas là non plus un Prix de Poéfie. Mais
quoique ce Prix foit pour la perfonne &
non pour aucun Ouvrage , quoiqu'il foit
donné , comme tous les autres , à celui
qu'on en croit le plus digne , il prouve au
moins que ceux qui vous l'ont adjugé n'avoient
contre vous aucune efpèce de nialveillance
perfonnelle ; & comme vous avez
eu foin de nous apprendre que vous ne
faites votre cour à perfonne , que vous n'êtes
H ;
150
MERCURE
point de la fociété de MM. les Académi
ciens , il eft clair que l'Académie , en vous
donnant ce Prix , n'a confulté aucune prédilection
particulière ; & s'il ne vous engage
pas à la reconnoiffance , il devoit au
moins vous engager à la juftice.
*
20
30
و د
» Si l'un de mes confrères avoit remporté
le prix fur moi , mon amour -propre,
que l'on croit fi chatouilleux che
» les Auteurs ( 1 ) , ne fe feroit point révolté
, je me ferois tu , & je n'aurois
» point appelé du jugement de l'Acadé-
" mie ; mais puifque perfonne dans le
» Concours n'a mieux fait que moi ; puif-
» que l'Académie déclare elle - même que
» mes deux Pièces font les feules qu'elle
» ait diftinguées , & dont elle faffe men-
» tion , le Prix m'appartient de droit , &
il falloit me le donner ; il falloit remplir
» le voeu de la fondation “.
"
Cela eft fier : il feroit trifte que cela ne
fût pas conféquent ; car lorfque l'on eft abfurde
avec une grande confiance , il s'enfuit
feulement qu'on eft abfurde avec un
plus grand ridicule . Voyons donc vorre lo
gique. J'ai peur qu'il n'y ait encore une
fatalité qui fera telie que votre logique fera-
(1) Comment M. de Murville ne s'eft- il pas
apperçu que ce n'eft pas fon amour - propre qui
peut être chatouilleux chez les Auteurs ? Comment
ne peut-on pas écrire deux pages de profe fansfaire
des fautes de cette nature 252
DE FRANCE. 151
encore au deffous de vos vers. » Le Prix
» eft fondé pour la Pièce qui eft jugée la
" meilleure du Concours : l'Académie ne
D
doit rien voir , rien préfemer au delà ;
», elle n'eft point du tout autorifée par l'acte
" de fonda ion , à calculer jufqu'à quel
"8
degré une Pièce doit lui faire plaisir , &
» quadrer avec les opinions & fes princi-
" pes , pour mériter le Prix . Dès qu'un
» ouvrage lui paroît au deffus des autres ,
» il faut qu'elle le couronne , ou elle eft
" convaincue d'injuftice & de partiali é ;
" toute interprétation arbitraire de l'acte
» de fondation , qui f it loi , eft un abus
d'autorité , une atteinte aux droits de
» l'homme , un defpotifme réel. Il eſt donc
clair que mes deux ouvrages ont rem-
" porté le Prix de cette année “ .
"
33
Parmi les paradoxes enfantés dans ce
fiècle , par le dél re de l'amour- propre ,
je ne crois pas qu'il y en air eu jamais un
auffi extravagant. On pourroit fe contenter
d'en rire ; mais comine M. de Murville
menace d'un procès en reftitution celui qui
l'année prochine remportera le Prix que
l'Académie a refervé , c'eft un acte de charité
de lui épargner , s'il eft poflible , les
frais d'un femb'able procès : tâchons donc
d'éveiler Mr. de Murville , & de faire
tomber les écailles de fes yeux.
Sil y eût jamais un principe univerfellement
reconnu , c'eft que dans la fondation
d'un Prix , le voeu du Fondateur
}
152 MERCURE
qui le defline au meilleur ouvrage , em->
porte la condition tacite , que l'ouvrage
fera d'abord en lui-même jugé affez bon
pour avoir un prix , avant que l'on juge ,
s'il doit l'emporter par la concurrence . Si
cette condition n'eft pas expreſſément
énoncée , c'eſt parce qu'elle eft trop néceffairement
& trop visiblement fuppofée ; le
contraire entraîneroit la plus grande de
toutes les abfurdités ; car il s'enfuivroit en
rigueur, qu'un très -mauvais ouvrage devroit
être couronné du moment cù les autres feroient
encore plus mauvais. S'il étoit poffib'e
qu'un Fondateur de Prix eût une in
tention fi folle , il n'y auroit pas de Tribu
nal au monde qui voulût fe charger de la
fondation , ni s'expofer à lire au Public
affemblé des ouvrages qui ne feroient
dignes que de mépris. Les faits font ici
d'accord avec le raifonnement ; car nous
avons des Fondateurs de Prix , qui heureufement
font très- vivans , qui voient tous
les ans remettre les Prix qu'ils ont fondés ,
& pas un ne s'eft jamais avifé de trouver
mauvais que ces Prix ne fuffent pas donnés
chaque année. M. de Murville devroit bien
leur adreffer fon perit plaidoyer , pour leur
prouver qu'il connoît leurs intentions mieux
qu'ils ne les connoiffent eux- mêmes. C'eft à
eux qu'il doit déférer cet abus d'autorité ,
cette atteinte aux droits de l'homme , ce defpotifme
réel qui confiftent à ne pas couronner
un mauvais ouvrage. Avouons fur- tout :
DE FRANCE. 153
que les droits de l'homme figurent ici bien
heureufement. Courage , nous ne fommes
peut - être pas au bout . On croit trop que
la folie du jour ne peut pas être furpaflée
par celle du lendemain , & fouvent le lendemain
donne un démenti à la veille .
و د
2
"
.
" Je pourrois forcer l'Académie à me re-
» mettre les cinq cents livres qu'elle me
doit , & qu'elle me retient injuftement ;
» je pourrois lui intenter un procès , & je
défie qu'on en gagnât un plus jufte ;
" mais , grace au ciel , je fuis au deffus
" de cinq cents livres . Je me borne à fou-
" haiter d'être le dernier à qui l'Académie ,
faffe une pareille injuftice , & je finis
" par avertir tous mes confrères , que le
>> Prix de Poéfie propofé par l'Académie
Françoife pour l'année 1790 , a été rem-
" porté par moi ; qu'il n'eft pas vrai que
» le Prix ait été remis à l'année 1791 ,
parce qu'un Prix ne peut jamais être
remis , à moins que l'Académie n'ait
" point reçu de Pièces , ou qu'elle n'en
" ait reçu qu'une , cas où il ne peut y
avoir de concours , parce qu'il ne peut
» y avoir d'objets de comparaifon ; & que
» fi quelqu'un d'entre eux concourt l'année
prochaine pour ce Prix illufoire , le
" remporte , & reçoit la médaille ou les
" cinq cents livres équivalentes , il me
fait un vol manifefte , & me doit la
» valeur en reftitution ".
39
"
Voilà les Concurrens bien avertis . Ils
2
154.
MERCURE
croyoient n'avoir à difputer qu'un Prix
au Concours ; il faudra qu'ils le difpurent
dans les Tribunaux , fous peine d'être réputés
voleurs.
Eft-ce affez de folies ! M. de Murville
défire d'être le dernier à qui l'Académie
fafle une pareille injuftice ; & moi je ſouhate
que ce foit la dernière fois qu'il fe
livre à une exaltation d'amour - propre qui
reffemble à la démence , & qu'au lieu de
prouver , par fa profe infenfée , qu'il eſt
incapable de mettre de la raifon dans des
vers , il tâche d'avoir enfin du fens dans
l'un & dans l'autre.
( D..... )
$
OBSERVATIONS faites dans les Pyrénées,
pour fervir de fuite à des Obfervations
fur les Alpes , inférées dans une Traduction
des Lettres de M. Coxe , fur la Suiffe:
2 Part. in-8°. de 452 pag. avec Cartes.
Prix , liv. S br. A Paris , chez Belin ,
9
Libraire , rue St-Jacques , près St- Yves.
FORCES de remettre à un temps où l'at-.
tention publique fera moins exclufivement
livrée aux grands objets qui l'entraînent ,
l'analyfe des Ouvrages qui n'ont point
un rapport direct avec l'important problêDE
FRANCE. ass
me que la France eft occupée à résoudre
nous regrettons de ne pouvoir encore fa re
connoitre plus par-iculièrement l'intéreffant
Voyage que nous annonçons. Au refte, nous
fommes loin de croire qu'il foit totalement
hors de faiſon , dans un moment où
la Nation , deftinée à chercher dans fes
limites mêmes les véritables fources de få
profpérité & les plus beaux titres de fa
gloire , ne peut voir avec indifférence les
travaux qui tendent à lui faire connoître
plus particulièrement fon Domaine . Cet
Ouvrage décrit d'une manière aufli élégante
qu'inftructive , la partie la moins
connue de plufieurs de nos Départemens
méridionaux.-
L'Académie des Sciences a manifefté
fon opinion fur l'utilité du travail de
l'Auteur , en agréant qu'il fût imprimé fous
fon privilége . Quant au ftyle , nous croyons
qu'il juftifie les espérances que les notes
ajourées aux lettres fur la Suiffe , avoient
fait concevoir de M. Ramond,
.
AVIS.
Découverte utile à l'humanité,
Un Médecin attaché au fervice des Hôpitaux
militaires , vient d'employer avec le plus grand
fuccès une Méthode curative pour les plaies &
les ulcères , & la plupart des maladies externes ,
MERCURE DE FRANCE.
&
756
bien
préférable
à celle
des
corps
gras
, tels
que
les onguens
, que
les grands
Maîtres
en l'Art
de
guérir
cherchent
depuis
long
-temps
à proferire
.
Elle
eft fondée
fur
la propriété
des
eaux
,
même
de la boue
de certaines
eaux
minérales
,
pour
ces fortes
de maux
. La vertu
de ces
dernières
eft due
au foufre
, à fon
eſprit
volatil
&
à quelques
autres
agens
qu'il
feroit
trop
long
d
rapporter
. Pour
imiter
cette
compoſition
naturelle
, on a combiné
les efprits
ardens
avec
le
foufre
& quelques
autres
ingrédiens
, à l'aide
defquels
on a réuffi
à opérer
les
mêmes
guérifons
qu'avec
les
eaux
thermales
les
plus
falutaires
dans
la curation
des
maladies
externes
.
Déjà
plufieurs
expériences
bien
conftatées
, & récemment
celle
d'un
vieillard
, attaqué
d'ulcères
fcorbutiques
invétérés
, auxquels
il auroit
bientôt
fuccombé
, prouvent
la bonté
de cette
Méthode
. Celui
qui
en eft
l'Auteur
, défirant
de la
faire
connoître
pour
le bien
de l'humanité
, Le
fera
un plaifir
de donner
à ce ſujet
les inftructions
néceffaires
aux
infirmes
atteints
d'affections
cutanées
& extérieures
, dont
ils n'auront
pu parvenir
à fe délivrer
par
d'autres
moyens
. Il faut s'adreffer à M. de la Baftais , Médecin
des Hôpitaux militaires , rue des Deux - Fortesla-
Harpe , Nap
TAIBLE.
DIALOGUE.
Charade, Enig. Log.
b.
121 Le Payfuge u Pouffin , 129
127 Obfervations.
img 45
VD 1
.154
SALONDES
ARTG
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOGNE.
Be Varsovie, le 4 Septembre 1790.
ATOUS les levains de fermentation et
de discorde qu'engendre parmi nous , depuis
long-temps , la nature du Gouvernement,
le projet de le refondre va ajouter
de nouveaux motifs de dissentions . On
n'a pu s'accorder presque sur aucun point
dans les Conférences tenues chez le Maréchal
de la Diète. Chaque pouvoir à
constituer effraie les esprits, plus prompts
å en apercevoir les abus que les limites.
Dans le Plan soumis à la Diète , on n'a
nuilement songé , ainsi que nous l'avons
déja remarqué , à tirer la Couronne de
son avilissement , et à en faire le contrepoids
de la puissance illimitée de la Noblesse
et des Etats . Non-seulement le
Nº. 39. 25 Septembre 1790. M
( 242 )
Pouvoir Exécutif est en grande partie
attribué à des Commissions de la Diète ;
on le divise encore par l'institution d'une
espèce de Sénat ou Conseil Suprême ,
qui remplacera les Etats dans l'inter
valle de leurs Sessions , et qui leur sera
responsable. C'est avec cette Puissance
exécutive ainsi morcelée , que nous espérons
recouvrer la force , la dignité , la
stabilité publiques . Ce Gouvernement ,
presque semblable à celui qui désola la
Suède depuis la mort de Charles XII
jusqu'en 1772 , est constitué sur les mêmes
erreurs. Les droits à restituer aux Villes
et aux Paysans sont une autre source
de dissentimens et d'oppositions , dont
il est difficile de prévoir les termes et les
conséquences.
Le 1er . de ce mois , le Prince Poniuski a
été jugé ; la Sentence du Tribunal de la
Diete l'a condamné , comme traître à la Patrie
, à la dégradation , à la perte de ses
Ordres et de ses Emplois , et au bannissement
perpétuel. Ce jugement a été exécuté le jour
même , et le Prince , qui peu de jours auparavant
s'étoit échappé , et avoit été repris de
nouveau, a été promené dans les principales
rues de la Capitale.
Les Troupes Prussiennes revenues de la
Silésie , ont traversé une seconde fois notre
territoire , pour se réunir sur les frontières
de la Samogitie , au Corps d'Armée qui s'y
trouve rassemblé sous les ordres du Général
d'Henckel ; cette jonction portera à 50 mille
hommes le nombre de Prussiens qùi , au
besoin , entreront en Livonie .
( 243 )
Les Russes sont en marche en 4 divisions ;
le 1. Corps sous les ordres du Général de
Suwarow est de 10,000 hommes ; il avoit joint
l'armée du Maréchal Prince de Cobourg ; le
second , sous les ordres du Général de
Repnin , marche vers Brailow ; le troisième ,
conduit par le Général de Gallizin , se end
devant Ismail , et le quatrième , sous les
ordres immédiats du Prince Potemkin , est à
Beader , et sert de Corps de réserve .
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 9 Septembre.
L'on connoît aujourd'hui plus précisément
les articles du Traité de Paix ,
signé le 14 , et ratifié le 20 Août , entre
la Suède et la Russie. Ces articles sont
au nombre de sept , dont voici la substance.
" ART. I. Les deux Puissances se promettent
une Paix perpétuelle et une amitié
durable .
« II. Elles s'obligent à contracter ensemble
une Alliance plus étroite , en vertu d'une
Convention à conclure à cet effet .
"
-"
. III. Elles conservent leurs Possessions
respectives , telles qu'elles les ont possédées
en vertu des Traités d'Abo et de Nystadt ,
sans se faire aucune cession réciproque.
"s
31
IV. Les limites en contestation seront
réglées par une Commission , qui se rendra
sur les lieux à cette fin. "
V. Les Prisonniers seront échangés sans
rançon , et sans avoir égard à lear nombre
respectif. "
Mij
( 241 )
" VI. La Suède aura la liberté d'extractio
du froment et du seigle de la Livonie .
"
31
VII. Il a été établi des règles fixes sur
le salut que se rendront réciproquement les
vaisseaux Suédois et Russes dans la Baltique.
Le second de ces articles fortifie puissamment
la conjecture, d'une révolution
entière et subite dans la politique du Roi
de Suède . Il va s'unir par des noeuds intimes
avec cette même Cour , dont il recherchoit
la ruine , qu'il a représentée à
l'Europe comme l'Ennemie naturelle et
invétérée de la Suède , dont il a peint
dans ses Manifestes l'insatiable ambition,
comme le fléau de sa tranquillité et de
son indépendance , contre laquelle il s'est
armé par des motifs qui paroissoient réfléchis
, pour déconcerter des plans de
conquête , et secourir un Allie qu'il
abandonne maintenant, Cet arrangement
s'est conclu , tout l'annonce , sans
que S. M. S. ait consulté ni l'Angleterre ,
ni la Prusse , ni la Pologne , auxquelles
il a dû la neutralité du Danemarck , les
négociations les plus efficaces , et des secours
effectifs . Au lieu de réaliser avec
ces Puissances une ligue du Nord , pour
en maintenir l'indépendance et la sureté,
ligue à laquelle il paroissoit prendre un
intérêt profond , verroit-il aujour thui
ses intérêts dans la Politique contraire?
Il seroit peu converable de raisonner
ste des probabilités ; mais la nature di
( 245 )
Traité de paix accrédite celles que nous
venons d'énoncer. Ce Traité n'offre pas
un avantage positifà la Suède ; elle eût
négocié la paix sous l'égide des Puissances
qui vont travailler à réconcilier la Porte
et la Russie ; elle fût entrée dans un systême
général que son Prince lui- même
avoit provoqué . Des motifs inconnus
auront donc déterminé ce coup de
théâtre , dont les machines sont encore
cachées . A ceux qui treuyent une raison
décisive de cette conduite , dans l'épuisement
de la Suède . on demanderá si la
paix retardee jusqu'à l'hiver eût augmenté
cette détresse , et si l'accélération du
Traité la fera cesser .
Le Roi est arrivé le 29 Août à Stockhɔlm
, où il a été reçu avec la plus grande
pompe. L'intelligence et même l'amitié
se sont rétablies sur le champ entre les
Troupes ennemies en Finlande ; démonstrations
affectueuses qui paroîtront une
fable , aux Observateurs qui liront l'histoire
de cette guerre.
Le 22 Août , le Roi de Suède a confirmé
l'Arrêt du Conseil de guerre , qui condamne
à mort les Colonels Ouer et Hatesko , les
Lieutenaus - Colonels Enchielm et Klingspørre
et le Major Rothen ; on a sursis à l'execution
de ces Officiers . Le Général Barond' Amfeld,
qui étoit le premier coupable , a obtenu une
commutation de peine à cause de son grand
age , et des services signalés qu'il rendit autrefois
à l'Etal ; le Roi l'a condamné à une
prison perpétuelle dans la forteresse de Mal-
Mij
( 245 )
moë. La même grace a été accordée au Brigadier
Haetfchr , qui demande aujourd'hui
la liberté ou la mort.
De Vienne , le 8 Septembre.
Le Roiet l'Archiduc Léopoldsont arrivés
à Fiume , le 27 du mois dernier ; et
le lendemain , l'escadre qui portoit LL.
MM. Siciliennes entra dans le port. Cet
auguste cortège devoit se remettre en
route le 30 , pour se rendre ici . La Cour
se rassemblera le 10 de ce mois à Laxembourg
, où sera béni le mariage des Archiducs
François et Ferdinand , avec
les drux Princesses de Naples . Il est
question de donner au Roi des deux Siciles
le Spectacle des manoeuvres d'un
camp de 40,000 hommes , auprès de cette
Capitale .
-
La Députation Hongroise est de retour
Bude , et a fait son rapport aux Etats ,
le 28 Août. Les délibérations suivantes
décideront l'époque du Couronnement ,
auquel le Roi s'est refusé , jusqu'à l'applanissement
de toutes difficultés entre
la Cour et la Diète . La vivacité et les
exagérations de celle - ci sont sensiblement
baissé depuis la paix , et forsqu'on
a vu le Roi peu déconcerté des
prétentions qu'on élevoit. La Pétition
des Députés se réduisoit à trois articles ,
dont nous allons offrir la substance , eny
joignant les réponses fermes du Roi.
• Los Députés ont dit : 1 ° . Qu'ils avoient
( 247
entendu que S. M. étoit sur le point de
conclure une Paix désavantageuse
avec la
Porte , par la raison que la Hongrie ne vou
loit fournir ai troupes , ni vivres ; mais qu'ils
suppliolent
S. M. de continuer la guerre ,
parce qu'ils étoient résolus d'employer toutes
leurs forces pour seconder efficacement
leur
Souverain. "
" Réponse : La guerre a été commencée
à l'insu et sans l'avis de la Nation Hongroise ,
et elle sera terminée de même , d'autant
plus que la Constitution du Royaume ne
dit nulle part qu'un pareil consentement est
nécessaire . »
"
2°. Qu'ils sont assez malheureux pour
ne point pouvoir s'accorder dans leur Diete ;
que par conséquent , ils supplient S. M. de
vouloir les honorer pour quelques jours de
sa présence , étant certains qu'Elle les accorderoit
en peu de temps , et donneroit
bientôt une heureuse issue à leurs délibérations.
"
n
Réponse : Que S. M. ne peut aucunement
se rendre à une Diète qu'Elle n'a point
ouverte , et qui par conséquent est toute
aussi inconstitutionnelle que l'érection des
Banderies. Que S. M. veut bien reconnoître
comme telle la Députation qui lui est envoyée
pour l'inviter au Couronnement. S. M. déclare
que , comme Elle l'a déja promis aux
Etats , Elle y sera prête s'il peut se faire du
10 au 20 Septembre ; ses voyages prochains
pour Fiume , et ensuite pour Francfort , au
Couronnement d'un Empereur des Romains ,
ainsi que d'autres affaires pressantes ne lui
permettant pas pour le présent d'assister
M iv
( 248 )
plus long- temps à une Diete. Mais qu'avant
Te Couronnement , S. M. ne signeroit jamais
d'autre Diplome que celui de Marie- Thérèse ,
que cependant ensuite S. M. ne refuseroit
jamais de prêter l'oreille aux remontrances
raisonnables qu'on pourroit lui faire sur les
griefs qu'on croiroit avoir. »
« 3°. Que S. M. daignât pardonner au
Comte Festetics , leur Co -Etat , arrêté pour
avoir, par un excès de patriotisme , voulu
exciter les Régimens Hongrois à se déclarer
Troupes Nationales . »
" Réponse : Le Comte Festetics est moins
coupable comme Gentilhomme que comme
Officier de l'Etat- Major , pour avoir manqué
à la subordination et à la discipline militaire ;
par conséquent son Procès a été remis au
Conseil de guerre dont il faut attendre la
décision. "
Le Colonel Prussien de Goatz est ar,
rivé ici , le 30 Août , de l'armée du Grand
Vizir avec des dépêches du Comte de
Lusi ; il est reparti le lendemain pour
Berlin. On a appris de lui que le Comte
de Lusi est arrivé , le 17 Août , au camp
du Grand Vizir à Rusjuk. L'Armistice
a été publié le surlendemain au Corps
du Général Clairfait , et le 21 à Bucharest.
Le Congrès de la Nation Illyrienne a été
ouvert à Temeswar le 26 Août ; le Baron
de Schmiedfeld , Lieutenant- Général , et Commandant
de Peterwaradin , y assiste en qualité
de Commissaire Royal.Le dernier Congres
National cut lieu en 1769. Cette Assemblée
( 249 )
étoit composée autrefois de 75 Députés tirés
des trois classes de la Nation Hlyrienne ,
savoir : de 25 Députés du Clergé , d'autant
des 13 Regimens de frontières d'Esclavonie ,
de Groatie du Bannat et du Corps des
Tsaïques ou Mariniers , et d'autant des Viiles
libres et Royales , des Bourgset des Villages.
L'Assemblée actuelle est composée de cent
Membres ; le Roi ayant ajouté à l'ancien
nombre des Députés , 25 autres tirés de la
classe des Propriétaires des terres . Ce Congrès
Nationalexaminera l'état actuel de la Nation ,
et le comparera avec les priviléges dont elle
jouit il rédigera, ensuite ses doléances.
DeFrancfort surle Mein, le 14 Septemb.
La Capitulation d'Election a été entamée
le 16 Août. Chaque Ministre Electoral
communique au Collège ses remarqués
sur la précédente Capitulation : l'on
prend également en considération les
observations du Collége des Princes et
'de celui des Villes Impériales . Ce travail
faitespérer un changement dans plusieurs
articles de l'ancienne Capitulation , et
que tous seront rédigés avec précision
et justice. Le préambule et les deux premiers
paragraphes du premier acticle
ont été l'objet de la discussion dans la
Séance du 16 Août ; le 18 , on a terminé
les paragraphes 3 , 4 , 5 , 6 , 7 et 8 du
même article. L'assiduité des Ministres-
Députés fait présumer que l'Election
pourra avoir lieu à la fin de ce mois , ou
Mo
( 250 )
-
au commencement de l'autre. Les
Gardes Nobles Allemands sont partis
de Vienne le 8 ; les Officiers de la
Maison du Roi les ont suivis deux jours
après.
La dernière conférence des Ministres
Electoraux se tiendra le 27. -Les Etats
de Souabe ont fait imprimer un Mémoire
de 35 feuilles , contenant leurs
griefs et leurs voeux.
Les Parties contractantes à Reichenbach
, avoient décidé de tenir secrètes
les transactions de ce Congrès , jusqu'à
la paix définitive ; mais les déclarations
échangées ayant été infidélement transcrites
dans les Papiers publics , la Cour
de Berlin en a fait publier une copie
authentiqne , dont voici la traduction .
Déclaration des Ministres Plénipotentiaires
Autrichiens.
Sur la note du Ministère Prussien , en
date du 15 Juillet 1790 , les soussignés ,
Ministres Plénipotentiaires sont chargés et
autorisés de déclarer , au nom de S. M. le
Roi de Hongrie et de Bohême leur maître ,
que voulant donner une nouvelle preuve indubitable
du sincère desir qu'elle a de rétablir
la paix avec la Porte Ottomane , ainsi
que de conserver avec S. M. Prussienne un
systême d'amitié si essentiel au bien - être des
deux Etats , et répondre moyennant cela
parfaitement aux soins actifs que les deux
Puissances Maritimes ont employés jusqu'ici
pour coopérer à ee double but ; S. M. Apos(
251 )
tolique s'est déterminée à donner les mains
à un armistice avec la Porte , et au rétablissement
d'une paix sur la base du statu
quo strict , tel qu'il a été avant la guerre ;
S. M. espérant avec confiance que la Porte ,
eu égard à la restitution de tant de con
quêtes importantes , se prêtera durant le
cours des prochaines négociations de paix ,
à quelques modifications conciliatoires , mesurées
sur la plus stricte exigence de la
sureté de nos frontières , et qui seront en
même temps le moyen le plus sûr et le plus
propre à consolider le repos des deux Empires
; et que l'effet d'un arrangement amical
à cet égard sera facilité le concours et
les bons offices de S. M. Prussienne , ainsi
que des deux Puissances Maritimes ses alliées ;
cet espoir de S. M. Apostolique étant fondé
tant sur l'amitié desdites Cours que sur le
véritable intérêt présent et futur de la Porte
même. "
par
$
" A cette Déclaration , à laquelle S. M.
Apostolique attache la force et l'effet plénier
d'une convention formelle et solennelle ,
nous sommes chargés d'ajouter encore , que
si , contre toute attente et contre les voeux de
S. M. , la paix entre la Russie et la Porte
n'étoit pas rétablie dans le même temps
et que la guerre dût être continuée entre
ces deux Puissances , S. M. Apostolique ,
suivant ce dont elle est convenue avec son
alliée , ne conservera ni n'aura pour le susdit
cas d'autre obligation à remplir que celle de
rester dans la possession de la forteresse de
Choczim , prise par leurs armes réunies ,
comme d'un dépôt neutre , aussi long - temps
et jusqu'à ce que la paix sera conclue de
même entre la Russie et la Porte , après la
M vj
( 252 )
quelle époque ladite forteresse sera rendue
sans faute à la Porte ; cette restitution pouvant
, pour la plus grande sureté , lui être
garantie à l'avance par les trois Cours
alliées . »
En foi de quoi nous avons signé la présente
Déclaration , et y avons apposé le
cachet de nos armes. Fait à Reichenbach ,
le 27 Juillet 1790. "
( L. S.) Henri XIV , Prince de Reuss.
(L. S. ) Ant. de Spielmann.
Contre-Déclaration du Ministre Plénipotentiaire
Prussien .
t
Ayant mis sous les yeux du Roi la Déclaration
que MM. les Ministres Plénipotentiaires
de S. M. le Roi de Hongrie et
de Bohême n'ont remise , en date du 27
Juillet et par laquelle ils déclarent , que
Sadite Majesté le Roi de Hongrie et de
Bohême s'engage de prêter les mains à la
prompte conclusion d'un armistice avec la
Porte Ottomane , et au rétablissement de
la paix avec elle , sur la base du stutu quo
strict , tel qu'il a été avant la guerre actuelle
, je suis chargé , par le Roi mon maître
, d'accepter la susdite Déclaration sous
les conditions et dans le sens qui suit :
1. S. M. Prussienne entend que
Roi de Hongrie et de Bohême s'engage ,
la manière la plus obligatoire , de conclure
Armistice avec la Porte- Ottomane aussistôt
que possible , et que la Porte y consentira
; et de rétablir ensuite la paix avec elle
sur la base du statu quo strict , tel qu'il a
sa été avant la présente guerre , et que par
conséquent sadite Majesté , le Roi de Hongrie
et de Bohême , restituera à la Porte-
{
S. M. le
de
( 253 )
Ottomane , d'abord après la paix conclue ,
toutes les conquêtes qu'elle a faites sur la
Porte . Quant à l'espérance que S. M. le
Roi de Hongrie et de Bohême se réserve de
faire dans les cours des prochaines négocia
tions de paix avec la Porte- Ottomane , quelques
modifications conciliatoires , pour la
sureté de ses frontières ; S. M. Prussienne
entend que ces modifications soient absoluinent
volontaires , et dépendantes du bon
gré de la Porte-Ottomane et de la médiation
de S. M. et de ses Alliés ; et que si S.
M. le Roi de Hongrie et de Bohême en retire
quelques acquisitions ou autres avantages
, elle en donnera un équivalent proportionné
à S. M. Prussienne.
2º. Comme S. M. le Roi de Hongrie et de
Bohême déclare en outre , dans la susdite
déclaration que , si la guerre devoit être
continuée entre la Russie et la Porte , elle
n'avoit et ne conserveroit d'autres obligations
à remplir envers la Russie et la Porte ,
que de garder la forteresse de Choczim dans
dépót neutre , jusqu'à ce que la paix soit
de même rétablie entre la Russie et la Porte,
après laquelle époque ladite forteresse sera
rendue à la Porte - Ottomane : S. M. Prussienne
accepte cette déclaration , dans le sens
que S. M. le Roi de Hongrie et de Bohême
ne se mêlera plus de cette guerre , qu'elle ne
prêtera plus aucun secours , d'aucune manière ,
directe , ou indirecte à la Cour de Russie
contre la Porte Ottomane; et que la pacification
entre ladite Porte- Ottomane , et Ja
-Cour de Russie sera regardée comme une
affaire séparée de la négociation actuelle.
3. Comme la négociation d'un Armistice
et de la Paix à conclure sur la base du
( 254 )
statu quo a
-
été entamée par le Roi , de concert
avec ses Hauts Ailies , le Roi de la
Grande-Bretagne et les Etats - Généraux des
Provinces Unies , S. M. Prussienne se réserve
la faculté et le droit de la garantie da
statu quo , stipulé dans ces déclarations réciproques
: et elle se flatte que sesdits Hauts
Alliés voudront concourir à cette garantie ,
et s'en charger expressément . Par la même
raison , S. M. Prussienne se réserve et sti
pule ,, que dès que l'Armistice sera conclu
entre la Porte - Ottomane et la Cour de
Vienne , on prendra des mesures aussi
promptes que possible , pour assembler un
Congrès de paix dans tel endroit dont on
pourra convenir , pour y travailler à la conclusion
d'une paix définitive entre S. M. le
Roi de Hongrie et de Bohême et la Porte-
Ottomane , sous la médiation et la garantie
de S. M. Prussienne , et de ses Hauts Alliés.
En foi de quoi j'ai signé cette contre - décla
ration , et j'y ai apposé le cachet de mes
Armes . , Fait à Reichenbach , le 27 Juillet
1790.
( L.S. ) Ewald Frédéric , Comte de Hertzberg.
?
Déclaration sur l'Affaire des Belges.
Les circonstances ayant amené , que les
deux Puissances Maritimes , non - seulement
"comme garantes de la Constitution des Provinces
des Pays-Bas Autrichiens , mais aussi
comme Parties intégrantes du Traité qui en
donné la possession à la Maison d'Autriche,
ont dû se concerter entr'elles et prendre
des mesures sur la nature et le degré d'intérêt
à accorder au sort de ces Provinces ,
M. le Roi de Prusse , d'après ses relations
( 255 )
intimes avec ces deux Puissances , s'est associée
à ces mesures . C'est done uniquement
en vertu des engagemens que S. M. a pris ,
en conséquence de ces relations intimes
avec ses alliés en faveur des Provinces Bel
giques , que S. M. déclare : qu'elle continuera
d'agir dans le plus parfait concert
avec les deux Puissances Maritimes , tant
relativement au sort et à la Constitution des
Pays Bas Autrichiens , qu'à la garantie de
cette dernière , sauf une Amnistic générale ,
et ce qui sera nécessaire pour faire rentrer
les Pays - Bas sous la domination de S. M.
Le Roi de Hongrie et pour assurer leur ancienne
Constitution , et la garantie de ses
Alliés , dont S. M. ne se séparera jamais
dans l'un ou l'autre de ces cas ; mais y pre
dra toujours la part la plus entière et directe.
Cette Declaration portant sur l'unique engagement
de cette espèce , qui existe de la
part de S. M., Prussienne , ne sauroit que satisfaire
entièrement aux desirs de S. M. Apos
tolique , et la convaincre qu'il n'existe aucune
source d'inquiétude fondée , et ôter
par conséquent toute entrave à la décision
prompte et finale de la Négociation de Reichenbach
. )
En foi de quoi j'ai signé la présente déclaration
, et y ai apposé le cachet de mes
Armes. Fait à Reichenbach , le 27 Juillet
17 . ( L. S. ) Ewald Frederic , Comte de Hertzberg.
Nous pouvons assurer ici , d'après les témoignages
les plus certains qu'il n'a été signé
à Reichenbach absolument rien au delà de
ces trois Déclarations ; ainsi , tout ce que
des feuilles publiques , peu accoutumées à
( 256 )
puiser dans les vraies sources , pourroient
ajouter , doit être regardé comme faux et
controuvé.
Puisque nous sommes en train de prévenir
le Public contre les fausses nouvelles qu'on
lui débité , nous contredisons iei formellement
le bruit qu'on a fait courir, que le Roi de '
Prasse fourniroit des Troupes pour aider le
Roi de Hongrie à reconquérir les Pays - Bas.
La dernière de ces trois Piéces diplo--
matiques , que leur importance nous engage
à recueillir , est énigmatique. On
peut en interpréter le sens de plusieurs
manières ; ce qui n'est pas un préjugé fa
vorable à l'évidence des intentions des
Contractans. Il règne encore des nuages
sur ces dispositions relatives aux Paysbas
, et même sur la paix. On est allé
jusqu'à répandre que la Prusse s'opposoit
maintenant à l'envoi de nouvelles
Troupes Autrichiennes dans les Pays-
Bas . Quoique rien n'annonce encore l'ap
proche de ces Troupes , et, que nous
n'ayons aucun avis très positif de leur
départ, il est impossible de croire que la
Cour de Berlin essaie de terair la gloire
de ses négociations , par un semblable
trait de machiavelisme.
Les Corvées , charge par - tout onéreuse
, souvent injuste , et intolérable
Jorsqu'elles sont exigées avec rigueur ,
cont occasionné des troubles dans la Misnie.
Les Paysansse sont soulevés en quelques
endroits , et se portoient à des actes
de violence , au lieu de recourir à l'Elec(
257 )
teur et aux Etats , dont le Gouvernement
est un des plus doux de l'Allemagne . On
a fait marcher des Troupes ; on a dispersé
les séditieux ; huit des principaux
ont été pris , envoyés à Dresde , et punis
, l'un de mort , trois par la condamnation
aux travaux de forteresse , et
quatre par la maison de force. Le Gouvernement
a rendu des Patentes qui défendent
les attroupemens sous peines
afflictives. Les Commissaires , chargés
d'apaiser ces troubles , sont , le Vice-
Chancelier de Burgsdorf, le Conseiller
de Brandt , et le Bailli de Watzdorf.
La Landgrave régnante de Hesse Darmstadt
est accouchée d'un Fils , baptisé le 4
de ce mois , sous les noms de Emile , Maximilien
Léopold , Auguste- Charles.
Jean Nicolas de Hontheim , Evêque in partibus
, Grand Vicaire de Trèves , est mort ,
le 2 de ce mois , à sa terre de Montquintin ,
dans la 90º. année de son âge. Ce Prélat a
été long-temps l'objet de la persécution de
la Cour de Rome , à cause du fameux ouvrage
qu'il a publié sous le nom emprunté
de Febronius , sur l'état de Religion en Allemagne
, et les entreprises de la Cour de
Rome ; il ne recouvra la tranquillité qu'en
rétractant cet ouvrage . On dit qu'il a laissé
beaucoup de manuscrits qu'on ne manquera
pas de publier .
Des Comédiens François ayant monté
ici un théâtre jusqu'après la cérémonie
du Couronnement , ils se sont avisés de
( 258 )
donner des leçons de Politique et de
Droit naturel , d'insulter au Gouvernement
du pays , et de lui prêcher une
régénération. Ce sermon , débité à la
face des Représentans du Corps Germanique
assemblé , est un acte d'insolence
dont on ne trouveroit pas un second
exemple . On avoit d'abord voulu punir
sévèrement ces histrions ; mais
sur leur repentir , la Régence s'est
contentée de les avertir qu'ils n'en seroient
pas quittes pour une réprimande
, en cas de récidive. Cette incartade
a produit un Règlement qui défend ,
1º . sous peine d'une amende de 200
ducats , de vendre aucuns livres ou brochures
contraires aux droits des Souverains
et de leur Gouvernement ; 2º. à
tout François de se présenter en uniforme
national et en cocarde , sous peine d'être
fustigé et chassé de la ville , sans distinction
de Personnes . Voilà le service
qu'ont rendu à leurs Compatriotes quelques
insensés , qui , au lieu de se gouverner
eux-mêmes , se mêlent d'aller donner
des lois aux Nations ( 1 ).
(1 ) M. Brissot , dans le Patriote François,
demande à ce sujet , un Popilius , chargé d'aller
tracer un cercle étroit , autour des Princes
Allemands , pour punir leur démence et leurs
insultes. Il prie , en conséquence , l'Assemblée
Nationale d'oter au Roi la nomination
1
( 259 )
GRANDE-BRETAGNE.
De Londres , le 17 Septembre.
la
Au moment où nous écrivons ,
flotte de l'Amiral Howe est à Torbay ,
où l'équinoxe et les vues du Gouvernement
l'ont fait rentrer. S'il garde cette
station , sans revenir à Spithéad , il est
hors de doute qu'il reprendra incessan
ment sa croisière . Quant à l'escadre que
doit commander Milord Hood , c'est
un escadre d'observation , composée de
seize vaisseaux de ligne , et d'un nombre
proportionnel de frégates ; elle est rassemblée
aux Dunes ; quelques Papiers
publics l'ont fait appareiller pour Spithead
; mais nons n'avons aucune certitude
positive de ce changement de
rendez- vous. L'escadre Hollandoise est
depuis quelques temps rentrée au Texel ,
d'où elle ressortira avec six vaisseaux de
plus , pour se combiner avec nos forces
navales.
des Ambassadeurs .
On ne sauroit mieux faire que de charger
M. Brissot de cette commission , digne de
son courage. Elle nous rappelle l'offre que
fit un Dépoté , il y a quelques semaines , au
Club des Jacobins , d'aller prendre l'Evêque
de Spire , et de l'amener pieds et poingts liés
à la Barre de l'Assemblée . Cette grande
pensée n'a pas été exécutée.
a
( 260 )
Celles- ci sont en ce moment de soixante
vaisseaux de ligne armés . De mémoire
d'homme , on n'a vu une flotte
aussi belle et aussi complète.
La rapidité , laforce de cet armement ,
l'activité soutenue des préparatifs dans
tous les Ports , semblent ne laisser aucun
doute sur l'approche d'une guerre . Eh
bien ! ces apparences sont au contraire
le plus ferme appui du maintien de la
paix. M. Pitt a pour maxime ce que
Cicéron disoit de César, au commencement
de la guerre civile , non tam
quærere bellum , quam non timere. Les
hommes sensés de tous partis ne croient
point à la guerre , ou du moins à sa durée .
Ils sont persuadés que le Ministre pense ,
avec raison , que de formidables préparatifs
en imposeront aux Espagnols , et
les amèneront sans rupture aux conditions
qui leur sont faites ; que si les préparatifs
manquent ce but , on sera à
même de pousser la guerre avec vigueur
et célérité , et de la terminer avantageusement
, en très- peu de temps .
L'armement décrété en France n'affoiblit
point ces conjectures, ni ne sauroit
contrarier ce plan . Le Ministère
instruit de l'insubordination des équipages
François , a reçu avec b aucoup
d'indifférence la nouvelle des 45. vaisseaux
à armer dans les ports de nos votsins.
Cette disposition n'a eu d'autre elit
ici , que d'émouvoir la bile des Anti- Gar
i
( 261 )
licans , que de fournir le texte de quelques
déclamations , et de faire conseiller
à M. Pitt par les Folliculaires , de prévenir
une réunion des escadres Françoises
et Espagnoles , par un coup prématuré.
Le profond secret qui règne dans le
Conseil , ne permet pas de pénétrer les
véritables desseins de M. Pitt . L'affaire.
de Nootka-Sund semble être trop secondaire
, pour expliquer des dispositions extérieures
aussi vastes. Mais les Nations et
ceux qui les gouvernent ne raisonnent
pas comme les oisifs dans leur Cabinet.
Ils considèrent les conséquences certaines
on hypothétiques des choses , encore
plus que les choses mêmes.
Dans le cas présent , ni M. Pitt ,
ni aucun Ministre Anglois n'auroit pu
négliger les plaintes et les desirs des Commercans.
Ils font sa ressource dans ies
besoins extraordinaires ; si ces bailleurs
de fonds lui manquoient , sa place seroit
en danger. Dans le fait , depuis 50 ans ,
les Commerçans Anglois ont causé toutes
les guerres que l'Angleterre a soutenues ,
même celle d'Amérique . Nul Ministre
Anglois ne sera lui-même enclin à la
guerre , qui le découvre tout entier aux
attaques de l'Opposition .
On peut donc conclure que l'intérêt
du Commerce , auquel se joint nécessairement
celui de la supériorité maritime
de l'Angleterre , est encore une fois
( 262 )
le but des desseins et des armemens du
Ministre. Dans peu de jours ce problême.
important sera décidé ; car on attend
très-incessamment le Courrier , porteur
de la Réponse définitive de la Cour de
Madrid.
Les fonds ont un peu haussé ces jours
derniers , précisément à l'époque où M.
Necker a quitté les finances de France :
sa retraite en 1781 avoit déja produit le
même effet. Il est passablement singulier
que cet événement ait fait hausser
en meme temps les fonds Anglois et
ceux de France. L'avenir nous apprendra
laquelle des deux Bourses est la plus
éclairée , la plus patriotique et la plus
prudente.
Les dernières relations apportées de Calcutta
, la semaine dernière , par le Chesterfield
, vaisseau de la Compagnie des Indes ,
nous informent qu'à la date du 15 Avril dernier
, Tipoo Saïl , ayant attaqué les lignes
du Raja de Travancor , a été repoussé avec
une perte de 1,500 h mmes , et d'une grande
partie de ses bagages. Un de ses fils a été
tué , et lui- même blessé . Deux fois il a renouveléinfructueusement
son attaque , après
laquelle il s'est retiré dans l'intérieur de ses
Etats.
PAYS - BAS...
De Bruxelles , le 18 Septembre 1990.
Le parti d'une résistance générale qu'a
embrassé le Congrès , au moment même
( 263 )
où le Traité de Reichenbach sembloit
lui ôter toute espérance , tient , ou à des
illusions fanatiques , ou à des promesses
et des conseils extérieurs. Nos Démagogues
ont pu croire à la nécessité d'un
effort vigoureux , avant l'arrivée des troupes
Autrichiennes attendues à Luxembourg
; mais où les conduiroit le succès
même de ce Projet ? A retarder de quelques
jours leur agonie , à verser inutile
ment beaucoup de sang , à prolonger les
incalculables calamités de nos contrées.
Des Démagogues sont assurément trèscapables
de ce dessein ; mais eût- il été
jamais adopté par le Congrès lui -même ;
sans l'appui de quelques manoeuvres
étrangères , sans l'espoir qu'on peut avoir
donné aux Belges, d'embrouiller les conditions
arrêtées à Reichenbach , de créer
des embarras secrets au Roi de Hongrie ,
et de suppléer par l'artifice , par l'intrigue
et par des secours cachés , à ceux
qu'on n'oseroit donner publiquement ?
Quoi qu'il en soit de ces projets ciandestins
, dont nous faisons plus que soupconner
l'existence , les Monitoires du
Congrès , et les prédications des Chefs ,
ont amené sous les drapeaux des hordes
nombreuses de Volontaires , tant des
villes que descampagnes. Chaque village ,
son Pasteur en tête , se rend au camp . Ces
croisés forment aujourd'hui une armée
assez considérable: elle s'est flattée , à l'aide
du grand nombre , de chasser , ou du
( 264 )
moins de contenir les Autrichiens . Ceuxci
, en effet , n'ont point hasardé de passer
la Meuse , ni d'étendre leurs conquêtes
au delà du Limbourg. Il est simple
d'ailleurs , qu'à la veille de recevoir près
de 40 mille hommes , ils ne hasardent aucune
opération capitale.
Ainsi , depuis l'occupation du Limbourg ,
les Autrichiens sont restés sur la défensive ;
la guerre n'a fourni que des affaires de poste ,
dans lesquelles les succès ont été balancés.
Le 31 Août , un détachement d'Autrichiens
posté à Falmagne , fut forcé de céder à un
Corps sous les ordres du Général Major
Koelher , après avoir perdu le Colonel
Bleckem , son Commandant , tué de deux
coups de feu. La perte des Belges fut la
plus considerable ; mais l'avantage leur resta .
-
Dans la nuit suivante , du 31 au 1. Septembre
, le Général de Beaulieu força les
batteries du Camp des Belges à Andennes ,
leur enleva dix pièces de canons , leurs munitions
, les caissons. Le lendemain , 1º .
Septembre , à l'instant où ce Général , pour
concentrer ses forces alloit abandonner son
Camp de Coutis et de Nalamont , les Belges ,
au nombre de 5 ou 6000 , attaquèrent les
Chasseurs et quelques Fantassins qui defendoient
ce poste , prirent une pièce de campagne
, et firent quelques prisonniers. Voilà
ce qu'on peut extraire de plus clair des relations
opposées. Celles du Congres sont véritablement
burlesques par leur style et leur
exagération . Dans ces récits , chaque rencontre
est une victoire , et chaque défaite
un avantage ; les Autrichiens perdent toujours
plus
( 265 )
plus de monde qu'ils n'avoient de Combattans.
Nulle action nouvelle n'a eu lieu en-
*core dans le Limbourg , dont un fort détachement
Autrichien , réuni à trois on
quatre mille Volontaires Nationaux
défend les approches. Les Habitans ont
couru aux armes avec ardeur , et parois
sent déterminés à tous les sacrifices
pour empêcher les Belges de pénétrer
dans la Province.
En attendant l'arrivée des Troupes
qu'on dit parties de la Bohême et de la
Moravie , vers le milieu du mois dernier,
un nouveau renfort est entré le 4 á
Luxembourg : ce sont mille Wurtzbourgecis
, et deux Compagnies du régiment
de Bender , de 200 hommes chacune
venant de Fribourg en Brisgau ,
FRANCE ..
De Paris , le 22 Septembro.
ASSEMBLÉE NATIONALE.
Par une Lettre du 16 , M. Péthion a
réclamé auprès de nous , contre l'inexactitude
, qu'il nous fait la grace de croire
involontaire , avec laquelle nous avons
rendu compte de ses opinions sur les
-Jurés et sur les Assignats.
La question des Jurés a été traitée
'au mois de Mai , pendant l'absence du
Rédacteur : il ne peut répondre de l'ana-
No. 39. 25 Septembre 1790. N
( 266 )
lyse qui aura été faite du Discours de
M. Pethion. Si sa plaiate a pour objęt
quelque opinion plus récente sur la
même matière , à l'instant où il auroit
indiqué l'erreur , elle eût été rectifiée.
Précisément parce que mes principes
sur la plupart des questions agitées depuis
le mois d'Août 1789 , different essentiellement
de ceux de M. Péthion , je dois
être plus sévère à ne jamais dénaturer
ses opinions. Ce devoir , je l'ai rempli
indistinctement envers tous , en admettant
sans acception de personnes , toutes
réclamations contre des erreurs souvent
inévitables.
"
Vous prétendez , m'écrit M. Péthion ,
que j'ai avancé que l'Angleterre avoit pour
cinq milliards de papier de banque et de
l'Echiquier. J'ai ajouté d'une part le mot à
peu près pour ne rien affirmer sur un objet
que personne ne sait avec certitude , et de
l'autre celui de diverses Banques , parce
qu'il y a un très - grand nombre de particu
liers et de riches Négocians en Angleterre ,
qui a dans la circulation des billets de Banque
. Vous pensez bien aussi qu'en parlant
de l'Angleterre en général , je n'ai excepté
´ni l'Ecosse , ni l'Irlande . J'ai parlé d'après
les idées d'approximation de gens qui connoissent
parfaitement l'Angleterre ; je dis
d'approximation , car qui que ce soit n'a à
cet égard des notions precises et certaines.
"
נ
Vous observez qu'il n'existe aucun rapport
entre les billets de Banque convertibles
en argent , sans escompte , à la requisition
du porteur, et des Assignats forcés . On pour(
267 )
roit croire d'après cela que j'ai dissimulé que
ces billets fussent payables au porteur , et
j'ai été le premier à en faire la remarque.
Discutez , combattez mes opinions , rien ne
me paroît plus simple , plus naturel . Je
conçois même que nous devons être rarement
d'accord ; tout ce queje vous demande ,
c'est de les exposer avec vérité . »
On voit que mon énoncé ne diffère
de celui de M. Péthion que par un
à peu près. Cette omission ne m'est
pas exclusivement propre ; le Moniteur,
où les Discours de M. Péthion et des
principaux Membres du Club des Jacobins
, sont transcrits dans toute leur
étendue , et calqués à la plume , a
commis la mêhe faute , en s'exprimant
dans les mêmes termes que moi : d'autres
Feuilles , rédigées par des Députés ,
et toutes publiées avant ce Journal , ont
aussi parlé comme mes notes ,
Les modifications de son avis que nous
indique M. Péthion , n'infirment en
aucune manière la critique que nous
en avons faite : bien loin que nous nous
rendions à l'à peu près de cinq milliards
de papier , circulant dans la Grande- Bretagne
et l'Irlande , nous persistons à regarder
cette erreur comme monstrueuse ,
si on l'applique aux Billets de la Banque ,
à ceux du Gouvernement , et aux Notes
des Caisses de crédit , autorisées par un
Bill du Parlement. Ces effets forment
le seul Papier monnoie qu'on puisse
·
Nij
( 268 )
mettre en parallèle avec nos Assignat ,
quoique ce parallèle même, ainsi que nous
allons le démontrer , soit absolument défectueux.
Personne avant M. Péthion ne s'étoit
avisé de comprendre dans la masse d'un
Papier monnoie , d'un numéraire fictif
en circulation , les Billets , Lettres-dechange
, Notes et Effets au Porteur des
Maisons de Commerce . Autant vaudroit
faire entrer dans les revenus publics , les
revenus de tous les Particuliers. Pour
soutenir l'analogic , M. Péthion devoit
aussi mettre en ligne de compte , tous
les Effets Commerciaux qui circulent en
France ; car il est souverainement impropre
d'opposer cinq milliards , valeur
supposée de tous les Billets publics ou
particuliers de l'Angleterre , à deux milliards
et demi de Papier- monnoie , véritable
Papier d'Etat en France.
La comparaison est idéale autant
qu'imparfaite : qui que ce soit ne peut
évaluer la somme des Effets Commerciaux
de l'Angleterre , même par approximation
; mais le parallèle pèche
encore par la base : les Assignats sont
un Papier-monnoic ; or , il n'existe aucun
Papier- monnoie en Angleterre , quoique
cette méprise ait été articulée vingt fois
la Tribune , et répétée par les échos
des Brochures , des Motionnaires et des
Journaux , Des Billets de Banque , payables
à vue et au Porteur , ne sont pas
( 269 )
un Papier-monnoie. En citant l'Angleterre
, M. Péthion comparoit douc
ainsi que nous l'avons dit , des objets
sans similitude .
En reportant cette analogie à ses véritables
termes , on trouvera qu'on propose
en France d'émettre en un intant
, près de trois fois plus de Papiermonnoie
, qu'il n'existe en Angleterre
de Billets de la Banque ou du Gouvernement.
Comme la quantité et la
valeur des Billets de la Banque de
Londres en circulation , est le secret de
P'Etat et de la Direction , on ne peut
en évaluer qu'imparfaitement la somme ;
mais les meilleurs Ecrivains , les Ngocians
les plus instruits , les Hommes
d'Etat les plus versés dans cette matière ,
s'accordent tous à croire que cotle '
somne n'égale pas celle du numéraire .
Celui-ci est de six à sept cents millions
tournois. Smith évalue à un million
et demi sterling les Billets des Banques
publiques circulant en Ecosse . Si l'on
ajoute à ces deux sommes , celles des
Billets émis par les Banques particu
lières autorisées , comme Caisses de
crédit , on aura peine à trouver

un
miliard de ces effets , représentatifs du
muméraire , et qui en ont tous les avantages
, puisqu'à la minute , ils peuvent
être échangés sans perte contre de l'argent.
Si M. Péthion , ainsi qu'il nous lap-
Nij
(-270 )
prend , a observé cette faculté de se
convertir sur le champ en argent , qui
caractérise le Papier des Banques Angloises
, pourquoi comparoit -il ce Papier
avec nos Assignats , et quel argument
tirer de cette comparaison , en faveur
de ces derniers ?
DU LUNDI 13 SEPTEMBRE ,
-
La lecture du Procès -verbal a été suivie de
Pinformation donnée par M. Salomon , Dé-.
puté d'Orléans , que la circulation des grains
étoit attaquée dans le voisinage de cette
Ville. Les Ouvriers et les Vignerons sont en
fermentation ; ils menacent d'entrer dans
Orléans , et d'y massacrer les Gardes Nationales.
La même agitation contre le Commerce
libre des grains s'est aussi manifestée.
à Narbonne en Languedoc. M. Voidel , qui
voit par-tout les Ennemis de la Révolution ,
comme le Curé qui voyoit des clochers dans la
Lune , leur a attribué ce mouvement , et a
obtenu que le Comité des Recherches l'approfondit
. En excusant ainsi perpétuellement
les Auteurs des désordres publics , et l'effervescence
du Peuple , pour en rejeter la cause
et le blame sur des Moteurs inconnus qu'on
baptise du nom commode d'Ennemis le la
Révolution , on prolonge l'anarchie , en pro- .
longeant l'impunité.
M. Barrère de Vieu ac a occupé ensuite
l'Assemblée d'un long Rapport sur les chasses
du Roi. Comme personne ne s'avise de defendre
les abus des Capitaineries , que la voix
publique les a justement proscrites , que tout
( 271 )
argumentation sur cette matière est usée , un
long discours contre les excès du droit de
chasse , ne peut être aujourd'hui qu'une amplification.
On a adopté aujourd'hui les
quatre premiers articles du Décret proposé
par le Rapporteur.
་་ ART . I. Il sera formé dans les Domaines
et biens nationaux qui seront réservés au Roi
par un Décret particulier , des pares dans
lesquels Sa Majesté exercera exclusivement
le droit de chasse ; et ces parcs seront clos
à la charge de la liste civile. »
II. Le Roi pourra , pour la formation oų .
arrondissement de l'intérieur desdits parcs ,
y réunir par voie d'échanges faits de gré à
gré , les proprietés particulieres qui y sont
enclavées , en cédant des fo ids faisant partie
des Domaines qui lui se ont réservés .
>>
« III. Les échanges seront irrévocables
après qu'ils auront été décrétés par l'Assenblee
Nationale , et sanctionnés. par le Roi. "
"
IV. Il est libre à tous propriétaires ou
possesseurs de fonds enclavés dans lesdits
pares , autres que ceux qui en tiennent du
Roi , à titre de ferme , de détruire , ou faire
détruire le gibier sur leurs propriétés seu'ement
, et de la même maniere qui a été réglée
aux propriétaires ou possesseurs de fonds
dans les autres parties du Royaume , par le
Décret du 21 Avril dernier.
"
})
'Et néanmoins , en attendant que les
échanges soient consommés ou les clotures
faites , le droit de detruire ou faire détruire
le gibier avec des armes à feu , sera s.spendu
pendant le cours de deux années pour tous
propriétaires ou possesseurs de fonds enclavés
, les jours seulement où le Roi prendra
en personne l'exercice de la chasse , et ce ,
N iv
( 272 )
spus les peines portées par le même Décret
du 21 Avril dernier. ,,
On a entendu dans la même Séance nr
autre Rapport de M. Ræderer , sur le Tabac ;
rapport dont on s'est borné à décréter l'impression
et l'ultérieur examen .
Chaque Séance offre deux parties très- distinctes
; les discussions sur des matières législatives
, et les faits portés à la connoissance
de l'Assemblée ; cette dernière classe
n'est pas la moins instructive ; c'est l'histoire
journalière du Royaume.
Aujourd'hui , M. de St. Priest a instruit
l'Assemblée que les Commissaires du Roi
au Département du Gard , demandent à être
déchargés des fonctions relatives aux tro : bles
de Nimes , qu'on leur a attribuées. Le même
Ministre a aussi rendu compte d'une scission
parmi les Electeurs du Département des
Landes ces deux objets ont été renvoyés au
Comité de Constitution.
M. de la Luzerne a fait connoître à l'Assemblée
l'effervescence et la mutinerie qui
troublent le port de Brest. De premiers
mouvemens ont été suivis , le 6 , d'une explosion
. M. d'Albert ayant ordonné à bord
de son escadre , la lecture du nouveau Code.
pénal pour la Marine , les équipages se sont
soulevés , ont mis les chaloupes en mer , et
sont allés se plaindre à la Municipalité .
Par une seconde lettre , le Ministre de
la Marine présente le récit des troubles extrêmes
qui désolent St. Domingue , et dont
il a été instruit par les dépêches de M. de
Peynier, en date du 4 Août. Ce Commandant
demande des Troupes et des vaisseauy : M.
de Damas fait la même réquisition pdar la
( 273 )
Martinique. Ces deux lettres ont été res
voyées au Comité de la Marine.
DU MARDI 114 SEPTEMBRE.
Le fameux Décret de Dimanche dernier ,
par lequel M. Guillotin , a fait créer un Comité
législatif de Médecine , a reçu aujour
d'hui , ainsi que son Auteur , un violent affront
. Le Comité de Santé se trouve en conenrrence
avec celui de Mendicité , dont M.
Guillotin est aussi Membre. En escamotant
au dernier de ces Comités nne partie de ses
fonctions , il a trahi la confraternité et les
règles de l'Assemblée : M. de Liancourt a
pris la parole aujourd'hui , pour présenter
les griefs du Comité de Mendicité contre
M. Guillotin. L'orage a été vif : M. Guillotin
a été battu , et on l'a réduit , lui et son
Comité Médical , à se renfermer dans ce qui
concerne l'enseignement de la Médecine ,
et la partie scientifique de l'art . Ce Décret
rend le Comité de Santé absolument inutile ,
puisque la Société Royale de Médecine ,
composée de l'elite des Gens de l'art , a
déja le même objet , et le remplit utilement.
A la demande da Comité Ecclésiastique ,
on a enlevé au Clergé le dernier lambeau
de sa tunique , en le dépouillant des réserves .
sur les Décimes , appelées bons ou gras de
caisse , dont on croit que la valeur s'élève
à trois millions , et qui iront se fondre avec
tant de capitaux et de deniers déja évanouis ,
dans la Cie de l'Extraordinaire.
Un Décret qui réduit à quatre millions
d'extraordinaire par mois , les fonds demandés
par le Ministre de la Marine pour les nouveaux
armemens , a précédé le Rapport clair ,
sensé , et méthodique de M. de Bouthilier ,
No
( 274 )
sur la Discipline de l'Armée , dont on a décrété
les articles suivans :
་ ་ Art . 1. Les punitions à infliger pour
les fautes commises contre la Discipline par
les Officiers de tous gides , Sous Officiers ,
Soldats de toutes les armes , pourront être
prononcées contre les delinquans d'un gradeinferieur
, par tous ceux qui seront revêtus
d'un grade supérieur au leur , selon ce qui
sera prescrit ci - après , à la charge par eux
d'en rendre compte dans les vingt - quatre
heures , en observant la hiérarchie des grades
militaires , conformément aux dispositions de
détail que Sa Majesté prescrira par ses Reglemens
Militaires.
ر ب خ
"
"
II . Le Commandant du Corps , sur le
compte qui lui en sera rendu tous les jours ,
pourra restreindre , infirmer ou augmenter
les punitions qui auront été prononcées par
ceux sous ses ordres ; mais il ne pourra pas
en cela s'écarter des règles qui seront prescrites
ci - après pour la nature ou la durée
des punitions . "
" III. Tout subordonné , de quelque grade
qu'il soit , et quelque fondé qu'il puisse se
croire à se plaindre , sera tenu de se soumettre
aussitôt à l'ordre qu'il recevra , ainsi
qu'à la punition de discipline prononcée
contre lui par celui ayant droit de la lui
ordonner ; mais il lui sera permis , après
avoir obéi , de réclamer auprès du Conseil
de discipline dont il sera parlé ci - après , et
dans les formes qui seront prescrites par la
justice qu'il croira lui être due. "
་་
IV. Les punitions à prononcer pour fait
de discipline , seront déterminées tant par
leur nature que par le maximum de leur
durée , ainsi qu'il suit. Pour les Soldats de
( 275 )
toutes les armes , les corvées de la Chambre ,
celles du Quartier , cellesde la Place , la consigne
aux portes de la Ville lorsqu'elles seront
libres , la consigne au Quartier pour deux
mois .
"
"
La chambre de police pendant un mois ,
la boisson pour les ivrognes , jusqu'à la concurrence
d'une chopine par jour , et pendant
trois jours seulement à l'heure de la garde
montante , soit que l'homme soit détenu ou
non pour plus long - temps à la prison , cachot
ou chambre de police. La prison pendant
quinze jours ; elle pourra être aggravée
par la réduction au pain et à l'eau pendant
trois jours de chaque semaine seulement . Le
cachot pendant quatre jours au pain et à
l'eau , le piquet pendant trois jours , et une
heure chaque jour ; mais sans charge de
fusil , mousqueton , cuirasse , ou manteau ;
cette punition pourra être en outre de celle
de la prison ou du cachot , où l'homme
puni ainsi sera toujours détenu au moins
pendant le temps qu'il devra la subir. "
Pour les Caporaux ou Brigadiers , ainsi que
- pour les autres Sous - Officiers .
" La consigne aux portes de la Ville , la
consigne au quartier pour deux mois , les
arrêts simples dans leur chambre pour un
mois , la chambre de police pour le même
temps , la prison pendant treize jours , avec
possibilité de réduction au pain et à l'eau
pendant trois jours de chaque semaine seulement
; le cachot au pain et à l'eau pendant
quatre jours. "
"
Pour les Officiers.
Les arrêts simples dans leur chambre
N vj
( 276 )
et pendant deux mois , recevant ou ne rece
vant personne , suivant les cas et suivant
l'ordre donné à cet effet . Les arrêts forces
dans la chambre , c'est- à - dire , avec sentinelle
on autre moyen correctif pendant un
mois . Laprison inilitane pendant 15 jours
"
*
V. Toutes les punitions dénonimces cidessus
, seront les seules qui pourront ére
infligées pour faits de discipline , et clles ne
pourront être prolongées au delà du terme
fixé pour chacune , que par une décision
précise du Conseil de Discipline dont il sera
parlé ci- après . "
VI. Les cassations des grades , les renvois
avec des cartouches infamantes , n'au
ront plus lieu comme peines de discipline ,
et en général toutes peines afflictives ou infamantes
seront réservées pour le châtiment
des crimes ou delits militaires auxquels elles
pourront être applicables suivant les eas , et
en conséquence ne pourront être infligées
que par un jugement legal et conformement
aux formes prescrites .
И
n
. VII. La punition des gardes hors de
tour sera abolie comme nuisible à la santé
et contraire à la dignité du service . »
་ ་
VIII. Seront reputies fautes contre la
discipline , et mériteront d'être panies en
conséquence , suivant les cas , toutes voies
de fait , coups , ou mauvais propos d'un Supérieur
, de quelque grade qu'il puisse être ,
vis-à - vis de son subordonné , ainsi que toutes
punitions injustes qu'il auroit pu prononcer
contre lui. Tout murmure , mauvais propes,
ou défaut d'obéissance , pourvu qu'il ne soit
pås accompagné d'un refus formellement
énoncé d'obéir de la part d'un subordonné
quelconque vis - à- vis de son Supérieur , quel(
277 )
que raison qu'il puisse se croire de s'en
plaindre ; les violations des punitions ordonnees,
l'ivresse, pour peu qu'elle trouble l'ordre
public ou militaire , et pourvu qu'elle ne
soit pas accompagnée de désordres . Tout
dérangement de conduite , ou toutes dettes ,
pourvu qu'elles ne soient pas accompagnees
de circonstances crapulenses ou déshonorantes
; les quereiles , soit entre Militaires ,
soit avec les Citoyens ou Habitans des Villes
et Campagnes , lorsque ces dernieres ne sont
pas de nature à être portées devant les Juges
Civis , et pourvu qu'il n'en résulte aucune
pleie , et qu'on n'y ait pas fait usage d'armes.
ou de bâtons ; les manques aux différens appole
, exercices , revues on inspectious ; les
cou : raventions aux règles de police ou ordres
donrés ; enfin , toutes les fautes contre la
discipline , le service ou la tenue provenant
de negligence , de parcsse ou de mauvaise
volonte . »
.. IX. Les faites ci - dessus énoncées seront
toujours regardées comme plus graves , lorsqu'elles
auront lieu pendant le temps du service
, ou sous les armes . »
" X. Le Commandant , de quelque grade
qu'il soit , qui sera reconnu avoir pusi njustement
un de ses subordonnés , le sera
lui-même en raison de la punition qu'il auroit
ordonnée, ou du degré de son.injustice. »
"
XI. Tout subordonné qui auroit accusé
son Supérieur de l'avoir puni injustement ,
sla plainte n'est pas fondee , sera condamné ,
s'il y a lieu , à une punition qui sera fixee
par le Conseil de Discipline , suivant l'exigence
du cas . »
"O
XII. Les punitions de la consigne au
quartier , des chambres de police des Soldats ,
( 278 )
des arrêts simples dans la chambre n'empêcheront
pas les Officiers , Sous - Officiers et
antres qui y seront condamnés , de faire le
service de la place , et d'assister à tous les
exercices du Régiment , à charge par eux
de reprendre ieurs ponitions , ou d'y être
reconduits après la fin de leur service ou des
exercices. La prison et le cachot , ainsi que
les arrêts forcés pour les Officiers , et les
chambres de police pour les Sous- Officiers ,
les suspendront seuls des fonctions et du
service de leurs grades , et les mettront
dans le cas de remettre leurs armes à ceux
qui leur auront porte l'ordre de s'y rendre. "
XIII. Les chambres de police où seront
détenus les Sous - Officiers , seront toujours
séparées de celles destinées aux Soldats.
་ ་
"
La lecture de trois Lettres importantes
a terminé la Séance. Par la premiere , M. de
Bouillé renouvelle à l'Assemblée l'expression
de sa reconnoissance , de son patriotisme ,
de sa fidélité au serment qu'il a prêté . Par
une acclamation générale , on a décidé l'impression
de cette Lettre .
Par la seconde , M. de la Luzerne , instruit
l'Assemblée , qu'à la date du 11 deux
vaisseaux armés à l'Orient avoient joint l'escadre
de Brest , dont les équipages paroissent
se calmer , parce qu'on n'oppose rien à leurs
desirs.
La troisième Lettre est du Ministre de la
Guerre , et porte ce qui suit :
"
Sa Majesté me charge de vous informer
qu'elle vient de donner des ordres à MM . de
Bouillé et de Rochambeau , pour l'approvi
sionnement des places frontieres de leur
commaudement , quoiqu'elle n'ait lieu de
soupçonner aucune vue hostile de la part
( 279 )
des Troupes Etrangères qui s'approchent de
nos frontieres ; Sa Majesté a cru cependant
devoir prendre les mesures nécessaires pour
mettre nos places à l'abri de toute invasion ,
et je vous prie d'en faire part à l'Assemblée
Nationale . "
DU MARDI . SÉANCE DU SOIR .
Le Comité des Recherches a fait son
Rapport sur la dernière émeute d'Angers ,
dont le prétexte a été le prix du pain. Le
mouvement a commencé lè il a continué
4 ,
les trois jours suivans . Le bas Peuple d'Angers
, les Ouvriers des carrières se sont attroupés
; une action s'est engagée dans la
Ville entre les séditieux , la Garde Nationale
et le Régiment de Royal - Picardie
réunis . On a déployé le Drapeau rouge : les
brigands ont eu huit ou dix morts : plusieurs
Citoyens ont été blessés . Sans le Régiment
de Royal- Picardie , Angers fût devenu un
monceau de cendres. Le Décret rendu ce
soir exprime la satisfaction de l'Assemblée
euvers ce brave Corps , envers la Garde Nationale
, un détachement de Conti , Dragons ,
et les Corps Administratifs . La continuation
de la Procédure contre les Auteurs de ces
attentats ,
et son renvoi au Comité des Recherches
sont ordonnés.
M. Treilhard ayant continué son rapport
sur le traitement des Religieux , il s'est
ensuivi une discussion que M. de Beauharnais
a rendu longue et violente , par uh discours
plein d'amertume , où il a demandé
la suppression de tout habit Ecclésiastique ,
hors des fonctions du Ministère de l'Eglise.
M.Duport a ajouté un motif étrangeà ceux du
Préopinant ; l'habit Ecclésiastique , a-t - il dit ,
( 280 )
estdevenu odieux . Il peut l'être à M. Duport;
il peut être à la classe d'homines qui instent
les Ecclésiastiques dans les rues ;
mais cette vile tyrannie , quoiqu'en dise M.
Duport , la Nation ne la partage point ; la
Nation respecte trop les droits de l'humanité
pour outrager ainsi ceux qu'on a depouilles .
La Motion de M. de Beauharnais a été repoussee
tres- solidement par M. P'Evêque da
Clermont, par M. de Virieu , et par la Majorité.
On s'est borné à décicter que :
"
"
Les costumes particuliers de tous les
Ordres demeurent abolis , et en conséquence
, chaque Religieux pourra se vêtir
« compie bon lui semblera . "
Tout le régime des Monastères et le r
subordination aux règles Canoniques , sont
bouleversés par les deux articles suivans
également adop és ce soir :
Aussitôt que les Religieux seront arrivés
dins les Maisons à eux indiquées , ils chois'ront
entr'eux au scrutin à la pluralité absolue
des suffrages , dans une Assemblée qui
sera présidée par un Officier de la Municipalité
, un Superieur et un Procureur on
Econome , lesquels seront renouvelés tous
les deux ans de la même maniere . Pourront
néanmoins les mêmes personnes être réélnes
autant de fois qu'ils plaira aux autres Membres
de la Maison de les choisir.
« Immédiatement après lesdites élections ,
les Religieux feront dans chaque Maison ,
à la pluralite des voix , un règlement pour
fixer les heures des Offices , des repas , de la
cloture des portes , et généralement tous les
autres objets de leur police intérieure une
expédition dudit règlement sera déposée dans
le jour au greffe du District et à celui de la
( 281 )
Municipalité , qui sera tenue de veiller à
son exécution.
DU MERCREDI 15 SEPTEMBRE.
M. de Rossel , ancien Capitaine des vaisseaux
du Roi , chargé par S. M. de peindre
les plus celebres Actions Navales de la derniere
guerre, et dont nous avons fait connaître
la belle entreprise , a fait hommage
à l'Assemblée de ses trois premiers Tableaux .
On a décrété l'insertion de la lettre de M.
de Rossel au Procès- Verbal , et son renvoi
au Comité des Pensions.
Un Projet de Décret qui fixe les répartitions
de solde entre les differens grades inferieurs
des équipages de la Marine , et la
suite du Rapport militaire , ont occupé les
premieres heures de la Séance . On a décrété
les articles suivans quant à la discipline de
~ l'Armée :
་་« XII. Les salles de discipline , destinées
aux sous-Officiers , ainsi que celles des Soldats
, seront toujours garnies de fournitures.
comme les chambres des casernes , et ceux
qui y seront détenus , vivront comme dans
les chambrées par les soins de leurs Compagnies.
"C
20
XIII . Les hommes détenus dans les prisons
ou cachots , recevans de même l'ordinaire
de leurs Compagnies , et lorsqu'ils de
vront être au pain et à l'eau , il leur sera
fourni ces jours - là une double ration de pain ;
le surplus de la portion de leur prêt , destiné
à l'ordinaire scalement après l'acquittement
de la double ration de pain , appartiendra à
leur Compagnie ea bonification d'ordinaire ,
comme indemnité de toute e -poce de service
fait par cux.
( 282 )
" XIV. Le Conseil de discipline chargé ,
conformément à l'article V ci- dessus , de
prononcer sur la prolongation des punitions
au delà du terme déterminé pour chacune
d'e les , ou de recevoir les plaintes que des
subordonnés pourroient avoir à porter contre
leurs Chefs , sera composé des trois Officiers
supérieurs , des trois premiers Capitaines et
du premier Lieutenant du Reginient ; ceux
qui manqueroient , seront remplacés par
pareil nombre du grade inferieur ou de ceux
qui les suivroient dans leurs colonnes . Ce
Conseil s'assemblera par ordre du Commandant
du Corps , toutes les fois qu'il sera nécessaire
, et celui ci ne pourra en refuser la
convocation dans les vingt - quatre heures ,
lorsqu'ils en sera requis en raison d'une
plainte qui pourroit lui être adressée.
XV . Lorsque la piainte d'un subordonné
portera contre un des Officiers supérieurs du
Regiment , la plainte sera remise au Commandant
de la Place , s'il y en a , sinon
adressée an Commandant de la Division ,
quel sera tenu de convoquer aussitôt un
Conseil de discipline , composé de sept des
plus anciens Officiers dugrade le plus élevéde
la Division , et étrangers au Corps autant
qu'il sera possible . "
XVI. Tout subordonné qui voudra por
ter plainte an Conseil de discipline contre
un de ses Chefs , sera tenu de la donner par .
écrit , motivée dans les differentes circons
tances , de la signer , s'il sait écrire , et de
la remettre ainsi au Commandant du Regiment.
"
"
XVII. Celui qui portera plainte , ainsi
que celui contre lequel elle sera dirigée
seront entendus au Conseil de discipline ,
( 283 )
et pourront l'un et l'autre , à leur volonté ,
choisir un défenseur pour exposer leursri-
SOBS. "
10 XVIII. Si le droit de l'ancienneté appeloit
au Conseil de discipline un des Officiers
contre lequel la plainte auroit lieu , il sera
tenu de s'en retirer , et il sera remplacé par
celui qui le suivra dans la colonne.
" XIX. Pour donner aux décisions de ce
Conseil de discipline toute la publicité nécessaire
, il sera toujours tenu publiquement ,
et portes ouvertes . Ceux qui y assisteront ,
seront sans armes , debout , découverts et
en silence . >>
M. Emmery a présenté ensuite un plan
de Tribunaux Militaires , dont on a ordonné
l'impression et l'ajournement.
Cinq articles nouveaux ont été décrétés sur
le traitement des Religieux . Par le troisième ,
il est statue que tous les Religieux qui , par
les règles de leur Ordre , ou en vertu de
Bulles , avoient le privilège de mendier ,
seront traités comme les Religieux mendians ,
encore qu'ils ne fussent plus dans l'usage de
mendier. Ainsi , les Grands Augustins , les
Carmes Déchaux , qui ont apporté des propriétés
considérables à la Nation , sont confondus
avec les Ordres qui vivoient de quêtes.
Le Public appréciera si cette décision est
ou non conforme à l'equité.
Sur le Rapport de M. Fermont , au nom
du Comité de la Marine , Rapport relatif à
l'insurrection derniere des Matelots de Brest ,
l'Assemblée a rendu un Décret , où après
avoir motivé les raisons d'humanité qui ont
fait substituer la peine de l'anneau et de la
perite chaîne , aux fers sur le pont et à la
privation du vin , déclare ce châtiment non
( 284 )
infamant , et qu'au surplus il n'y a pas lieu
à délibérer .
Les obstructions , les violences opposées
en divers lieux à la circulation des grains ,
ont nécessité aujourd'hui encore un nouveau
Décret , conforme à tant d'autres inefficaces ,
par lequel le Roi est prié d'ordonner à cet
égard l'exécution des Lois aux Corps Adininistratifs
et aux Tribunaux .
DU JEUDI 16 SEPTEMBRE.
La lecture du Procès- verbal a donné lieu
à une réclamation de M. Robespier e , dietée
par l'esprit de justice , au sujet du De
cret qui réduit plusieurs Ordres de Religieux
rentes , au traitement des Religieux Meadians
. On n'a cu aucun égard à cette observation
; on l'a repoussée par l'argument qu'on
ne pouvoit aller contre un Decret endu ;
ce qui équivaut à consacrer toutes les erreurs
et toutes les injustices , qui , contre les intentions
de ses Membres , hommes comme
le reste des Citoyens , pourroient échapper
ay Corps Législatif.
M. de la Rochefoucau't a fait , il y a quel
ques jours , ua Rapport très étendu sur l'imposition
Cette matière difficile en tous temps
et en tous pays , est hérissée d'écueils dans
ua Etat a cabié de besoins , dont la dépense
excède les revenus , où l'obeisance des Contribuables
est ebranie , et où , ca fermant
les anciennes sources du Trésor public , on
n'est pas certain d'en rouvrir d'aussi praductives
. La complication des objets qu'embrasse
un pareil travail , s'augmeate par
1 esprit du système qui a toujours dominéen
Frauce , dans les Finances. Nous avons eté
écrasés d'hypotheses et de projets sous l'aucita
( 295 )
régime la liberté n'est pas moins féconde ,
et l'opinion s'égare dans ce dédale de peutélre
, donnés pour des démonstrations , de
romans seduisans sur le papier , inexécutables
dans la pratique . Ce n'est pas le tout d'afficher
des principes sur cette matière : il y
a peu d'embarras à faire une doctrine ; mais
son application , son exécution , ses rapports
avec le passé et le présent , voilà ce qui
exige une vaste étendue de capacité , et
l'union du génie avec le jugement.
Nous allons être inondés de systêmes d'Impositions
peu obtiendront et mériteront le
succès qu'a obtenu aujourd'hui l'opinion de M.
de Delley d'Agier. Ce Député a parfaitement
senti qu'une dépense de 500 millions exigeoit
des taxes divisées : il a donc rejété l'orviétan
d'un impôt direct unique , en répartissant
les contributions sur tous les genres de richesses.
Il partage les taxes entre les terres ,
les fortunes immobilières et les consommations
; il ménage toutes les sources de produits
utiles , les sols fructifians , le Commerce
, les Manufactures. Voici son Tableau
de répartition :
La répartition sur le sol en général , doit
avoir une base particulière pour chacune
des trois espèces de revenu qu'on peut en
retirer. "
Une base pour les sols productifs de
fruits ou de valeurs exigeant des semences
ou des cultures annuelles ; une base pour les
sols productifs de valeurs n'exigeant ni semences
ni culture annuelle ; une troisième
pour les sols non productifs de valeurs
réelles , mais seulement de loyers , comme
des maisons. »
« Les deux cinquièmes de revenu publie
་་
( 286 )
"
répartis sur trois bases , nous donneront à
raison de 500 millions , 200 millions pour la
contribution foncière.... 200,000,000 1.
"
....
1 ° . Les Impositions personnelles
,à raison des facultés
mobilieres et industrielles ,
un droit de timbre réuni à la
capitation , sont portés dans
la masse pour un cinquième ,
c'est -à - dire , de 500 millions
four ... 100,000,000
3. Les droits domaniaux ,'
de controle , centième denier ,
insinuation , droit de mutation
, etc. , d'après un nouveau
tarif, sont susceptibles
de produire une somme égale
aux sept cinquantièmes de nos
revenus et toujours dans notre
hypothèse de 500 millions... 70,000,000
4. Les droits d'aides
même étendus à tous les Départemens
, et modifiés en
droits sur les eaux - de - vie et
boissons seulement , comptés
pour moitié de ce qu'ils produisoient
, et réunis aux entrées
de Paris , ne peuvent
être compris que pour un
dixième de nos revenus , c'està
dire , pour 50 millions sur
500.
5° . Les Régies du tabac ,
des poudres et salpêtres , des
cartes à jouer , Papiers , cartons
, etc. peuvent être comp
tés comme propres à former
neuf centièmes des revenus
50,000,000
( 287 )
publics , et dans notre hypothese...
6°. La Poste aux lettres ,
Poste aux chevaux , les
Messageries et le roulage de
France .
7°. Les traites et droits
d'entrée aux frontières....
45,000,000
15,000,000
20,000,000
TOTAL......... 500,000,000 1.
Ce Projet et ses développemens ont obtenu
un succès général leur impression a été décrétée.
Il s'en faut qu'on ait écouté avec le
même fruit et le même interêt un Plan de
M. de la Ville au Bois.
A la suite de ces deux opinions , on a entendu
la lecture de la lettre suivante , adressée
par M. de Saint- Priest à M. le Président.
MONSIEUR LE PRÉSIDENT ,
"
"
L'Assemblée Nationale a ordonné , par
divers Décrets , le paiement des droits cidevant
seigneuriaux qui n'ont point été supprimés
sans indemnité , et des rentes ou censives
en nature ou argent ; elle a pareillement
ordonné la poursuite et la punition de ceux
qui s'y opposeroient par violences , voies de
fait , menaces ou autrement ; la sagesse de
ces lois et le respect dû aux Décrets de
l'Assemblée Nationale , sanctionnés par le
Roi devoient en assurer l'exécution : cependant
il existe encore des oppositions d'autant
plus coupables , que ceux qui en sont
les auteurs cherchent à les soutenir par la
violence et la terreur. »
"
« M. Desparbes, s'étant transporté de Montauban
à Cahors , a été averti par le Maire
de cette dernière Ville , qui arrivoit d'une
tournée vers les limites da Département de
( 288 )
la Dordogne , qu'il y avoit dans plusieurs
Villages des potences dressées , pour effrayer,
par cet appareil , ceux qui voudroient payer
les rentes et autres droits. Il m'a transmis
cet avis par une lettre du 8 de ce mois ; j'en
ai rendu compte au Roi , et sa Majesté m'a
ordonné d'en faire part à l'Assemblée Nationale.
On a employé des troupes de ligne
pour en imposer aux mal - intentionnés , mais
elles sont en très petit nombre dans la partie
méridionale du Royaume ; et plusieurs Départemens
en démandant , soit pour le maintien
de la tranquillité publique , soit pour
protéger la circulation des grains que l'Assemblée
Nationale recommande à l'attention
du Gouvernement , il seroit difficile d'en
porter un nombre suffisant dans tous les lieux :
une prompte augmentation de Maréchaussées
et le secours des Gardes Nationales
pourroient y suppléer. Je crois très - instant
que l'Assemblée Nationale prenne ces moyens
en sérieuse considération , pour réprimer des
excès, dont l'effet nuisible d'abord aux besoins
du Peuple , ensuite aux Propriétaires des
rentes et droits fonciers , pourroit , au détriment
de la chose publique , s'étendre promptement
sur la perception , des impôts . »
Sur cette lecture , M. Abbé Maury a observé
que les Tribunaux chargés de veiller
au paiement des droits rachetables ; aspiroient
à des emplois dans le nouvel Ordre
Judiciaire , que la crainte de déplaire au
Peuple , les empêchoit d'en réprimer les
excès , et que cette fonction seroit mieux
placée entre les mains des corps administratifs.
Cette convenance a été niée par M. Reg
nault
( 289 )
nault, qui , après avoir défendu le Ministere
des Procureurs du Roi , a rejeté les
refus de payer sur l'ignorance du décret on
sur d'autres causes d'inexécution . M. Merlin
a trouvé dans l'exposé du Ministre , des entraves
par lesquelles on vouloit retarder la
Constitution. Il faut apprendre , a - t- il dit ,
aux Agens du Pouvoir exécutif à remplir
leurs devoirs ; ce n'est pas à nous à remplir
leurs fonctions . Les Décrets sont clairs ; le
Pouvoir exécutif doit en ordonnér l'exécution
aux Tribunaux.
n
M. Merlin ignore-t-il , peut- il ignorer que
les Ministres ne sont pas maîtres de l'exécution
de ces Décrets ? Leur fonction est
d'ordonner l'obéissance aux Décrets : si le
Peuple armé et tout-puissant les viole , où
sont les forces des Tribunaux pour les défendre
?
C'est ce qu'a observé M. Martineau , en
demandant qu'on s'occupât enfin d'organiser
'les Gardes Nationales , et d'augmenter les
Maréchaussées . Nonobstant ces réflexions ,
Popinion de M. Merlin a passé en décret ;
on s'est tiré d'embarras en renvoyant au Pouvoir
exécutif.
Le Comité des Finances a présenté un
solde de compte avec le Trésor public , reclamé
par la Caisse d'Escompte , montant
à 4,334,438 liv. 11 s. 9 den . L'impression de
ce Rapport et d'un projet de Décret qui y
étoit joint , a été ordonnée .
DU JEUDI SÉANCE DU SOIR.
On a fait lecture d'une Adresse bien différente
de tant d'autres qui respiroient la
haine , le fanatisme et la discorde . Celle
No. 39 25 Septembre 1790. O
( 290 )
d'aujourd'hui est des Habitans du Fauxbourg
Saint - Antoine , sur lequel les factieux et
'leurs instrumens ont coutume de rejeter tous
les troubles qu'il leur plaît de faire naître ,
à volonté. Ces habitans protéstent contre
cette calomnie , et se déclarent véritablement
pénétrés de l'amour de la paix et du respect
de l'ordre public.
De vives disputes sur le placement du
Siège des Départemens de la Charente et
des deux Sèvres , décidées à l'avantage de
Saintes et de Niort ; un discours de M.
Bailly qui , au nom de la Municipalité et
de la Garde Nationale de Paris , a supplié
l'Assemblée d'assister par députation au service
funèbre qui sera célébré lundi prochain
au Champ de Mars , en l'honneur des citoyens
tués à Nancy , pour le rétablissement
de l'ordre ; la réponse sage et noble de M.
le Président ; enfin deux Décrets nouveaux
sur le traitement des Religieux ont rempli
le reste de la Séance . Ces articles sont durs ;
le régne de la pitié n'est pas encore arrivé.
Les voici.
"
XXVI. Les Religieux nés hors du
Royaume , qui n'ont pas fait leur profession
en France , ou qui ayant fait leur profession
dans une maison françoise , n'y étoient pas
fixés pour toujours , avant l'époque du 29
Octobre dernier , n'auront pareillement au
cun droit aux pensions.
" XXVII . Les Religieux actuellement
pourvus d'une Cure , ne pourront prétendre
à aucune pension en leur qualité de Religieux
, même en donnant la démission de
La Cure dont ils sont pourvus.
"
On a demandé sur le premier point , et
très-vainement , qu'on accordât au moins un
( 291 )
Viatique à ces Religienx Etrangers , naturalisés
parmi nous , et qui restent sans ressources
pour retourner dans leur pays .
BU VENDREDI 17 SEPTEMBRE .
A l'ouverture , M. Décrétot , Député de
Louviers , a déclaré qu'on avoit inexactement
cité en faveur des deux milliards d'Assignats
, le voeu des Manufactures de Louviers
. Elles n'ont aucun avis sur cette question
, et demandent seulement que dans le
cas de l'émission projetée , on crée des Assignats
de 12 et 6 liv . , pour l'usage des
Fabriques seulement .
Sur le rapport d'un incendie qui , dernièrement
a consumé une partie de la ville de
Limoges , M. Nourrissart a fait adopter un
Décret qui accorde 60,000 l . du Trésor public
aux malheureux incendies , charge le Directoire
du Departement de dresser un état estimatif
des pertes , pour y proportionner les
soulagemens , et loue le zèle et le courage
qu'ont déployé , dans cette catastrophe , le
Régiment de Royal Navarre et la Garde
Nationale de Limoges.
M. Mrlin a présenté et défendu un nouveau
projet de Décret da Comité Féodal :
cinq articles ont été reçus ; nous les présenterons
la semaine suivante avec ceux qui les
ont suivis .
L'ordre du jour a ramené la discussion sur
les Assignats : M. Malouet , interrompu la
derniere fois parce qu'il s'élevoit contre les
pratiques des Motionnaires ambulans et des
Libellistes , étoit inserit le premier . Voici le
précis exact de son opinion , tronquée et dé
figurée dans ces Journaux de parti , dont le
( 292 )
*
méchanisme ne garantit pas même la fidélité.
Après avoir remarqué l'utilité d'une opération
qui acquitteroit la dette exigible , per
l'aliénation des Domaines Nationaux , pourvu
que les assignats , ou tel autre signe qui en
représente la valeur , soient uniquement le
moyen d'échange d'un Contrat contre une
portion de terre , M. Malouet a dit :
Si le signe que vous emploierez en paiement
, devient universel et propre à toute
espèce d'échange , il faut pour lui conserver
sa valeur , qu'il puisse se convertir à volonté,
non-seulement en domaines nationaux ,
mais en argent , mais en toute espèce de denrées
ou marchandises ; et s'il existe un autre
signe avec lequel on puisse avoir à meilleur
prix tous les travaux , tous les salaires , tous
les objets de consommation , dès lors l'équilibre
est rompu dans les moyens d'échange;
et ce commencement de trouble dans la circulation
, doit s'accroître en raison de la
quantité des nouveaux signes , et aussi en
raison de toutes les autres causes de désordres
, d'inquiétude et de défi.nee. »
En supposant un grand calme dans les
esprits , un ordre certain dans le gouvernement
, on peut assurer le succès de toute
opération de finance qui n'est ni inique , ni
absurde ; la confiance générale excite alors
Pavidité des uns , la sécurité des autres , et
le mouvement de tous se dirige facilement
à l'avantage de la chose publique.
J'aurois donc voulu que le premier
moyen , indiqué pour l'arrangement des
finances , fût celui sans lequel il n'y a en
cette partie aucun succès à espérer , c'est le
rétablissement de l'ordre . »
( 293 )
" J'aurois voulu que le nouveau systême
d'impôts , leur fixation , leur quotité , leur
repartition eût précédé tous les plans de liqui
dation , car le succés de ces moyens de liquidation
étant nécessairement fondé sur la certitude
qu'on doit avoir , que toutes les dépenses
publiques seront fidèlement acquittées.
il me paroît démontré que cette certitude
n'existera que lorsqu'on verra tous les impôts
sagement répartis dans une quotité suffisante
, et leur perception inviolablement as-.
surée par l'activité du gouvernement , et l'obeissance
des contribuables. "
« On me répondra qu'il ne s'agit point
d'acquitter la dette exigible avec des impóts ,
mais avec des biens territoriaux dont la vente
est décrétée ; que la liquidation dépend de
la vente , et que les moyens d'accelerer cette
vente sont en même temps ceux de liquidatation
, puisqu'ils consistent en billets au porteur
payables en biens nationaux.
« Cette réponse , qui est la plus raisonnable
qu'on puisse me faire , décide , à mon
avis , la question des assignats , et laisse en
son entier mon objection .
* K Je vous dirai : Donnez à vos créanciers
des billets au porteur , payables en biens
nationaux , pui que c'est l'hypothéque que
vous leur avez assignée ; mais pour le succes
même de cette mesure , décrétez les impôts :
décrétez- les dans une proportion égale aux
dépens s publiques ; assurez - en le paiement ,
car il est évident que si on ne paie pas l'inpót
, si les brigands , les incendiaires et tous
les moteurs des troubles qui nous agitent ,
tous ceux qui y participeat , sont plus forts
que les lois , l'hypothéque de vos créanciers
O iij
( 294 )
les
besoins pupeut
être consommée
blics,
"J
par
Ils auront donc l'inquiétude de voir leurs
billets protestés , malgré le gage qui leur est
offert , si vos mesures de finance ne sont précédées
par celles qui doivent calmer toutes
les inquietudes. "
J'avoue , Messieurs , que je n'entends
pas comment , au milieu du désordre affreux
où nous vivons , on peut proposer , comme
question préalable , un plan de liquidation ,
fondé sur une émission de deux milliards de
papier , attendu , dit - on , que vous avez à
disposer d'une valeur égale en biens territo-
Tiaux. Quoi ! Messieurs , les mouvemens ,
tantôt fous , tantôt furieux , d'une multitude
égarée , sont à peine contenus par une armée
de Gardes- Nationales toujours sur pied !
Nombre de Citoyens ne sont asssurés ni de leur
Eberté , ni de leur honneur , ni de leur vie !
Nous n'entendons que des cris féroces de
proscription ! chaque opération de l'assemblée
est discutée avec plus ou moins de véhémence
dans les Clubs , dans les places publiques
! Les Députés de Vaugirard vous ont
aussi proposé à la Barre , leur systême de
finance , et c'est dins cette agitation universelle
, qui s'accroit chaque jour par les circonstances
politiques dont nous sommes environnés
, qu'on vous invite à augmenter
la masse du numéraire fictif de deux mil
liards ! "
" Nous sommes inondés de brochures qui
nous annoncent que le commerce ,
les manufactures
, les arts , vont recevoir une nouvelle
vie ; et les contradictions les plus absurdes
nous sont fastueusement présentées à
l'appui de toutes ces assertions .
( 295 )
L'Opinant ayant ensuite présenté des vérités
élémentaires , sur le double rapport du
numéraire fictif avec la circulation intérieure
et les relations extérieures , il a ajouté :
"
Toutes les phrases qui contredisent cette
théorie sont vides de sens , car la pratique
est sous vos yeux. Vous avez créé un papiermonnoie
solidement hyppothéqué ; il est encere
dans une proportion einq ou six fois
inférieure au gage assigné , et cependant
le papier perd six pour cent . Ainsi les hommes
qui nous demandent six écus pour ea
échanger cent en papier , parient six contre
cent que ce papier sera protesté. Il est probable
qu'une nouvelle émission d'assignate
de huit cents millions au lieu de quatre ,
éleverá les paris à la baisse de six à douze ,
en ne supposant aucune autre cause d'inquiétude
; mais elles peuvent se multiplier
au delà de toute probabilité ; car les terreurs
populaires ne sont soumises à aucun calcul ,
et si vous adoptez l'émission de deux milliards
, où pensez-vous que s'arrêteront les
alarmes ? Je vous prie de considérer , Messieurs
, qu'elles se composent de deux genres
d'opinions très- distinctes , dont l'une agit
sans explosion mais avec une efficacité
meurtrière ; c'est celle des gens instruits ,
qui savent fort bien pourquoi ils sont inquiets
: ceux - là sont , en général , les détempteurs
de l'argent , et ils le resserrent de
plus en plus . L'autre espèce d'opinion , plus
bruyante , plus impétueuse , mais aveugle
irréfléchie , est celle du peuple mal - aisé
qui , sans pénétrer les causes , sent les effets ,
et détruit ou déconcerte dans sa colère
toutes les dispositions d'ordre et de secours ,
"
1
Q iv
( 296 )
pour accueillir celles qui vont augmenter
sa misère. »

Tout ce qu'il y a de plus dépravé , de
plus coupable , la lie de la Nation qui s'agite
et s'exhale en vapeurs empoisonnées ,
multiplie inutilement les crimes et les injures
; le besoin de la paix , de la justice ,
de l'empire des lois , est universellement
senti il n'est pas un ouvrier , un citoyen
honnête qui ne reconnoisse enfin que les
insurrections , les émeutes , les motions sanguinairés
, desséchent les sillons , paralysent
les ateliers et traînent à leur suite tous
les fleaux destructeurs ; les convulsions même.
des scélérats nous les représentent aujourd'hui
dans les terreurs de l'agonie . Je suis
donc persuadé, Messieurs , que quelle que soit
l'opération de finance à laquelle vous vous
arrêtérez , vous l'accompagnerez de mesures
efficaces pour gouverner vingt - cinq millions
d'hommes , qui sout maintenant sans gouvernail
. Je suis persuadé qu'en vous défiant
de toutes les séductions dont on vous environne
, pour vous exciter à ce qu'on appelle
une opération hardie et vivifiante , vous enploierez
dans l'usage d'un remède violent ,
toutes les précautions qui peuvent en arrêter
les ravages. Ces précautions sont de borner
l'émission des assignats - monnoie au plus
srict nécessaire , et de faire , sans leur emploi
, tout ce que vous pourrez faire.
"
Ayaut enfin répondu aux objections , et
discuté contradictoirement le projet de M.
l'Evêque d'Autun , M. Malouet a résumé sou
Opinion , en disant :
"
Vous ne devez , vous ne pouvez donner
créance aux nouveaux principes qui vous
sout présentés sur le numéraire fictif; c'est

C
( 297 )
un expédient plus ou moins dangereux lorsque
la nécessité le commande.
&
"
Il faut donc en user sobrement.
Vous ne pouvez étendre vos billets de
crédit au delà de la valeur que vous lear
avez assignée pour hypothèque ; cette valeur
n'est pas encore déterminée : vous devez
donc faire procéder diligemment à une estimation
exacte de tous les biens nationaux.
Ils sont non - seulement le gage de la dette
exigible , mais encore la ressource où vous
pouvez être obligés de puiser , pour satisfaire
à des besoins plus ou moins impérieux .
Il suit de là une inquiétude vague sur la
valeur des fonds , sur la somme de vos besoins
, sur la réduction possible de vos
moyens les inquiétudes s'accroissent par
l'état convulsif de la chose publique. "
-
t
Vous ne pouvez trop vous hâter de calmer
toutes ces inquiétudes ; car toutes vos
espérances , tous vos moyens reposent sur la
confiance qu'il faut établir.
་་
">
La confiance ne peut renaître que par
le retour de l'ordre public , par l'établissement
, la perception des impôts , l'exécution
des lois , l'autorité du Gouvernement et une
sage combinaison du papier monnoie avec
le numéraire effectif. Si vous violez la proportion
qui doit exister entre l'un et l'autre ,
vous violerez tous vos engagemens , vous exposerez
la partie laborieuse et indigente du
peuple à des maux effroyables.
33
« J'ai réuni , ou plutôt j'ai tâché de réunir
toutes ces vues , dans le projet de déeret
que j'ose vous présenter.
"
"
Mais de toutes les dispositions que vous
jugerez à propos d'accueillir , cellê que je
recommande le plus à votre s- gesse , ce sont
( 298 )
les mesures tendantes au rétablissement de
l'ordre. Vous êtes la puissance publique
tout homme qui la brave est coupable :
mais pour la faire respecter , vous n'avez
plus qu'un moyen ; c'est de mettre fin aux
désordres , et de montrer à la Nation la liberté
, la justice dans toute leur splendeur. "
Le Projet de M. Malouet consiste en 14
articles qui offrent le mode d'application des
idées précédentes : le dernier est conçu en
ces termes ; c'est la clef de la voute.
« Le Roi sera prié de proposer à l'Assemblée
, les mesures qui lui paroissent nécessaires
pour assurer l'exécution des lois , et
«lerétablissement de l'ordre dans le royaume,
l'intention de l'Assemblée Nationale étant
de revêtir le Gouvernement Constitutionnel
de l'État , de toute la force qu'il doit
avoir pour le maintien de la liberté et de
la tranquillité publique. "
H
१९
*
Ce Discours et le projet de Décret ont
été très - applaudis , excepté des galeries de
l'extrémité gauche. A ce mot de Roi , de
Gouvernement
, de rétablissement de l'ordre ,
une classe d'auditeurs ne peut se défendre
d'un frissonnement d'impatience , qui se terminé
parunaccès de murmures ou de clameurs.
Dans le cours de la Séance , M. le Pré--
sident avoit annoncé un dernier Mémoire
de M. Necker , contenant ses idées sur la liquidation
de la dette publique . Après les
conclusions de M., Malouet , un des Secrétaires
a fait lecture de ce Mémoire , dont
les principales bases se rapprochent beaucoup
de les du Préopinant. Assurément
M. Necker et M. Malouet étoient fort loin
de se consulter et de concerter leurs opiions
: le rapport qu'on y remarque est la
"
( 2??
Pabse
preuve qu'un sens droit , l'absence des passions
, le désintéressement et l'expérience ,
amènent de toutes parts des résultats conformes
.
M. de Beaumetz ayant demandé l'impression
du Mémoire de N. Necker , et qu'après
avoir encore discuté la question demain et
après demain , on l'ajournât à vendredi prochain
, M. Charles de Lameth s'est récrié contre
ce délai , en invoquant une discussion
jour à jour. M. Regnault à soutenu la motion
de M. de Beaumetz : elle a été décrétée.
"
"
Un autre épisode est venu couper le débat
principal. M. l'Abbé Maury a rappelé
que M. de Mirabeau avoit demandé la réplique
sur les opinans contraires aux Assignats
: Je reclame le même avantage
a- t - il dit , la véritable manière de discu-
« ter est de corps à corps ; je jette le gand
à M. de Mirabeau. Celui- ci a acceptéle
défi , en souscrivant à parler l'avant dernier.
Ce duel ainsi réglé , M. Anson a parlé longtemps
en faveur des Assignats , sans en être
un heureux Avocat. Les personnes un peu
versées dans l'économie publique , ont entendu
avec une grande surprise , ce Finan
cier , dire au Corps législatif, que , « toute
"
"
2
"
"
K
"
"
448
Nation ayant le droit de battre monnoie ,
elle avoit celui de créer des signes représentatifs
de la monnoie ; qu'il étoit impérieusement
nécessaire de substituer un
numéraire territorial qui ne peut s'enfouir,
à un numétaire métallique qui s'enfouit ;
qu'il étoit sorti du Royaume , ou qu'on
resserroit un MILLIARD , c'est -à-dire , la
moitié de tout le numéraire du Royaume ;
que les Assignats auroient cours chez l'Etranger
; que la nature des choses ramène-
O vi
( 300 )
"
"
"
roit toute seule en notre faveur la balance
du Commerce ; que la baisse du change
seroit l'antidote du renchérissement des
denrées ; que les Assignats actuels ne perdoient
que par leur défaut de divisibilité. "
De cette suite de paradoxes , sur lesquels
chaque Lecteur éclairé peut former un jugement
, M. Anson à conclu à l'idée de laisser
le choix aux Créanciers de l'Etat , ou des
Assignats-monnoie , ou des Obligations nationales
, sans intérêt , mais portant une
prime de trois et demi pour cent. Ce Discours
, dont l'Auteur a continuellement supposé
demontré , ce qui est en question , a
été froidement accueilli , excepté par les
Galeries et par les Partisans des Assignatsmonnoie.
En terminant le précis de cette Séance ,
nous donnerons une idée succincte du Mémoire
de M. Neeker. Il commence par établir
une distinction très - fondée entre les
diverses parties que nos liquidates en
papier , ont baptisé du nom général de dette
exigible.
Cinq cent trente-huit millions de cette
de te ne sont remboursables qu'à des époques
éloignées : le Comité des Finances en
a fait l'aveu : ils ne sont donc pas exigibles
maintenant.
La même observation s'applique à la dette
du Clergé , au rachat des dimes inféodées ,
ou Charges de Finance et Cautionnemens ,
dont la reddition des Comptes doit précéder
le remboursement.
Ces deductions faites , le reste , qui comprend
l'arriéré des Départemens , les Offices
de Magistrature , les Charges militaires ou
de la Maison du Roi , de la Reine et des
( 301 )
Princes , forme le seul objet de liquidation à
commencer sans retard , et s'eleve à cinq
cent quarante- un millions .
"
"
LR
P
K
M. Necker prouve ensuite que ni la justice ,
ni l'intérêt public ne sollicitent l'entière liquidation
de cette dette appelée exigible. Je
ne pais m'empêcher , dit- il , à cette occasion
, de sentir combien il est malheureux
pour moi d'être mis dans l'obligation de
traiter de pareilles questions ; car l'état
présent des choses , les difficultés qui en
résultent , le dépérissement des revenus
du crédit , et tant d'autres circonstances
contrariantes , je n'en suis pas la cause . Le
rétablissement de l'ordre dans les Finances
« n'étoit qu'un jeu d'enfans au mois de
Mai 1789 .
40
"
16
"
Après avoir de nouveau combattu l'émission
de deux milliards d'assignass , M. Necker
propose deux moyens. Le premier , auquel
i donne la préférence , consiste à admettre
à la vente des Biens Nationaux , deux tiers
des Effets publics portant intérêt , et un tiers
des Assignats en circulation aujourd'hui . On
alloueroit une Prime de cinq pour cent à
ceux qui payeroient tout en Assignats .
Pendant l'espace de trois ou quatre mois ,
tous les créanciers de l'état seroient admis
jusqu'à la concurrence d'un milliard , à être
remboursés en promesses admissibles à la
vente des Biens Nationaux , etc.
Le second moyen consisteroit à se racheter
d'un cinquieme des rentes perpétuelles et
viagères , et des intérêts de la dette exigible.
Le rachat seroit fait en promesses admissibles
comme argent dans l'acquisition des
Biens Nationaux , avec une Prime de cinq
Pour cent .
( 302 )
"
M. Necker présente ensuite un état de balance
, à l'aide duquel il établit qu'une libération
de 50 millions de rentes , établiroit
un ordre parfait dans les Finances . De ces
calculs , il passe à des considérations trèsfortes
en faveur de la conservation des Impôts
indirects , qu'il regarde , très -judicieusement
, comme nécessaires dans un état
libre ; il démontre ensuite que sans le rétablissement
de l'ordre , on n'aura ni crédit ,
ni revenus. « Le temps , dit - il , ramènera
infailliblement , et par force , aux principes
sans lesquels un royaume le plus favorisé
de la nature ne pourroit échapper à
« sa perdition .... Hâtez vous sur- tout d'ar-
« rêter efficacement le cours de ces dange-
« reux écrits , dont la multiplication progressive
fait le scandale de l'Europe.... En
butte aux poursuites injurieuses des Ennemis
de la paix , de l'ordre et de la justice ,
je me fie à la vérité ; elle seroit pour moi
les cheveux de Samson , si je voulois en
» faire usage..
a
"
·
"
"(
"
"
DU SAMEDI 18 SEPTEMBRE .
Deux partis , deux autorités qui se poursuivent
mutuellement à Mauriac en Auvergne ,
au sujet de l'élection Municipale , ont donné
lica à un Décret qui renvoie la connoissanee
des plaintes et des faits au Département du
Cantal.
Un Locataire d'une Maison , appartenante
aux Benédictins des Blancs - Manteaux, ayant
acquitte ses loyers à la Municipalité de Paris,
sur l'action intentée contre lui par les Religieux
le Parlement l'a condamné à les
satisfaire , ea lui réservant son recours à la
Municipalité. M. Chassey , Rapporteur de
"
( 303 )
ce fait , a conclu à annulier l'arrêt du Parlement
. Cette décision a paru à M. Lanjuinais ,
seulement excusable dans les temps de l'anarchie
, où l'Assemblée avoit été forcée
d'exercer tous les Pouvoirs. Maintenant elle
doit commencer à respecter les principes .
La candeur de cet aveu et de ce précepte ,
n'ont point désarmé M. le Chapelier qui a
insisté sur la cassation : elle a été prononcée
sauf rédaction , par un Decret qui , attendu
les Decrets antérieurs , declare l'arrêt du
Parlement non - avenu .
L'anarchie générale remplit constamment
la moitié des délibérations du Corps législatif.
Aujourd'hui , on a entendu la lettre suivante
du Ministre de la Marine .
"C
M. le Président , le Roi m'ordonne de
communiquer à l'Assemblée Nationale les
nouvelles importantes que j'ai reçues de St.
Domingue , par un Courrier qui m'a été expédié
de Brest. "
« Le Léopard , vaisseau de 74 , y a mouillé
le 14 de ce mois ; il étoit appareillé de St.
Marc , le 8 Août. M. de la Galissonuière et
environ les deux tiers des Officiers qui.formoient
l'Etat- Major du Léopard , sont restés
au Port- au - Prince , près du Gouverneur- Général
. Il paroît que le 8 Août des Troupes
que M. de Peynier avoit fait partir sur la
réquisition de l'Assemblée Provinciale du
Nord étant prêtes à entrer dans St. Marc ,
plusieurs des Membres de l'Assemblée Cotoniale
qui y siégeoient , et divers Particuliers
se sont embarqués sur le Léopard , qui a fait
voile pour FFrraannccee,, et a transporté environ
cent Passagers à Brest. La Lettre de l'Officier
qui a commandé le Léopard , et un
très - long Procès - verbal dont je vous fais pas(
334 )
ser copie , contiennent les seuls détails qui
me soient parvenus. La dépêche de M. de
Peynier , en date du 4 Août , que je vous ai
communiquée le 13 de ce mois , faisoit prévoir
une partie de ce qui est arrivé ; je n'ai
point reçu encore les dépêches que ce Gouverneur-
Général m'avoit certainement écrites
pendant les derniers jours de Juillet ,
ensorte que je ne suis officiellement instruit
d'aucuns des événemens qui ont précédé la
réquisition de l'Assemblée Provinciale du
Nord et la marche des Troupes. Il est trè
vraisemblable qu'elles n'auront éprouvé aucune
résistance , et qu'il me parviendra incessamment
des nouvelles détaillées de ce
qui s'est passé après le départ pour France
du Léopard. Je suis avec respect. Signé , LA
LUZERNE. "
P. S. Le Commandant du Port de Brest
me mande que, peu après l'arrivée du Léopard,
un Officier Municipal est venu requérir de
lui , au nom du Conseil- Général de la Ville ,
que le vaisseau la Ferme , qui n'attendoit
que le vent favorable pour mettre sous voile ,
et aller relever celui qui est en station à la
Martinique , n'eût point à partir avant de
nouvelles réponses de l'Assemblée Nationale
. Je la prie instamment de faire cesser
ce retardement , qui peut devenir très - préjudiable
au service.
La deliberation s'est fixée uniquement sur
l'acte de suprématie , sur l'usurpation que
venoit de commettre la Municipalité de
Brest. On laisse à penser ce qu'est un Gouvernement
où des Officiers de police locale
, s'ingèrent à défendre l'obéissance aux
ordres du Pouvoir exécutif , et l'espèce de
terreur que peuvent causer aux Ennemis , des
( 305 )
armemens subordonnés à une pareille anarchie.
Cette considération sembloit dicter le
ehâtiment de la Municipalité de Brest : M.
d'Estourmel a requis qu'elle fût mandée à la
Barre. Sur la Motion de M. Démeunier on
s'est borné à déclarer qu'aucune Municipalité
, ni Corps Administratif ne peut , sous
aucun prétexte , arrêter ni suspendre le départ
d'auc : n Bâtiment de guerre , ordonné
par S. M.
M. l'Evêque d'Autun a r'ouvert la discussion
sur les Assignats , contre lesquels il
s'est déclaré par des motifs exposés avant lui ,
mais que nul Préopinant n'avoit développés
avec autant de lumières , d'exactitude dans
les idées , et de précision dans le style . Il a
analysé les rapports de la question avec la
nature de l'argent , avec ses differens emplois
, et avec les changes. Il a démontré ,
aux ignorans comme aux personnes instruites ,
l'effet inévitable qu'auroit sur les changes
Pabondance d'un Papier- monnoie , dont la
valeur resteroit inférieure à celle de l'argent.
Il est difficile de réunir des idées plus justes
a pius de méthode et de clarté que l'a fait
l'Orateur dans cet examen . " Vous pouvez
bien faire , a - t- il dit , que l'on donne un
Assignat - mounoie au lieu de l'argent ;
mais vous ne pourrez jamais fai
donne un sac de mi le francs pour un aslà
signat monnoie , et c'est par
croulera ce systême. Il équivaut à une altération
des monnoies , soit à donner aux
louis la valeur de 261. 8 s . , et aux écus
celle de 6 l . 12 s . "
44
་་
*
་་
་ ་
10
་་
e que
que
j'on
s'é-
M. d'Autun a terminé ce discours , dont
Fous regrettons de ce pouvoir transcrire les
details , en concluant à ne pas créer d'As(
306 )
signats forcés pour le remboursement de la
dette exigible , et à admettre en paiement
des Biens Nationaux les Créances de l'état ,
sous les formes et modifications nécessaires.
M. d'Harembure s'est déclaré pour l'émission
d'Assignats , non forcés , à 3 p . 100
d'intérêt , et recevables en paiement des
biens Nationaux. Les argumens en faveur
des Assignats ont été ensuite ramenés par
M. Vernier , et de nouveau combattus par
M. Démeuniers qui a mêlé des vérités trèsfortes
, aux considérations générales contre
le papier-monnoie . « Le systême des Assi-
" gnats-monnoie , a - t- il dit , est à mon avis ,
⚫ un véritable coupe - gorge pour les honnêtes
gens. Voulez - vous la ruine de l'Etat?
Créez des Assignats . Ce moyen ne fut ja-
" mais employé que par des Despotes. " L'Opinant
a voté pour les Quittances de finance ,
et pour réduire à 800 millions la somme totale
des Assignats - monnoie.
Dans les premiers momens de la Séance
on avoit lu une Adresse de la Municipalité
de Versailles , alarmée de l'approche de
2 à 3000 brigands ou braconniers qui , avanthier
, ont forcé les clôtures du parc de Versailles
. En informant l'Assemblee de ces
violences , la Municipalité les attribue à
une proclamation incendiaire du Directoire
du Département , et annonce qu'elle se prépare
à déployer la force contre leurs auteurs.
On avoit renvoyé cette Adresse au Comité
des Domaines ; M. Barère de Vieuzac en a
fait le rapport . Il résulte des pièces justificatives
, qu'arimés de fusils et de bâtons ,
un grand nombre d'individus ont forcé les
clôtures du grand parc , qu'ils menacest le
petit , et même le Château . Le nombre des
( 307 )
Séditieux s'est encore accru hier. Le Directoire
, loin de réprimer ces excès , les a en
quelque sorte provoqués par une Proclamation
le Comité des Domaines l'ayant engagé
à la rétracter , il a répondu par une
lettre respectueuse . En conséquence , le Comité
propose de blâmer cette Proclamation ,
d'interdie au Département de récidiver , et.
de proscrire les attroupemens .
Aussitôt le Directoire a trouvé des protecteurs.
M. Muguet de Nanthou a demandé
la division du projet de Décret , c'est- à - dire ,
le retranchenient du blâme jeté sur
Protégés , et l'adoption de l'article contre
les attroupemens.
ses
Cette politique a été soutenue par M.
Charles de Lameth. En opinant à réprimer
les attroupemens , il les a rejetés sur les ennemis
du bien public. » Nommez - les , lui at-
on crié. Il ne les a point nommés ; mais
fla détourné la sévérité de l'Assemblée de
dessus le Directoire blâmé , en éludant la
question et la preuve de ses torts , et en ac-
@usant , au contraire , des Anonymes d'avoir
engagé le Roi à vendre sa Vénerie , pour
indisposer la France contre l'Assemblee Nationale
. A ces déclamations , il a joint l'avis
d'envoyer M. le Président à S. M. , afin de
l'engager à conserver ses équipages de chasse .
M. Fréteau a lié les mouvemens de Versailles
à ceux d'Angers , de Nancy et de
Brest , aux efforts tentés pour corrompre les
Gardes Suisses , et pour détacher les Treize
Cantons de l'alliance de la France . Ce hors
d'oeuvre qui n'apprenoit rien , puisque M. Fréteau
ne nommoit ni les factieux ni les corrupteurs
, ni les distributeurs d'argent , a été
suivi d'un Décret en ces termes.
( 3:8 )
. L'Assemblée Nationale , considérant que
J'incursion qui s'est faite le 17 de ce mois
dans le grand parc de Versailles , par un
très - grand nombre de Personnes armées de
fusils et autres armes , sous prétexte d'y détruire
le gibier sur les propriétes particulieres
, ne peut être regardée que comme un
de ces attroupemens qui troublent la tranquillité
publique , et mettent en danger les
propriétés et la sureté individuelle , décrète
ce qui suit.
"
})
ART. I. Que les Corps Administratifs
ainsi que toutes les Municipalités situées dans
P'enclave du grand parc de Versailles , et
même celle de la ville de Versailles , à défut
de réquisition de la part des autres Mu
nicipalités , emploieront tous les moyens qui
sont en leur pouvoir , même ceux qui leur
sont indiqués par le Décret du 21 Octobre
1789 , pour repousser lesdits attroupemens ,
et faire arrêter les coupables.
" H. Le Maire de Paris et le Commandant
de la Garde Nationale de ladite Ville , dans
le cas où ils en seront requis , prêteront
main-forte à la Municipalité de Versailles
ou à celles qui la requerront. »
"
III. Le Président se retirera dans le jour
pardevers le Roi , à la tête d'une Députation
de douze Membres , pour le prier de déployer
une force suffisante , à l'effet de repousser
les attroupemens armés qui se font
autour de Versailles , et lui renouveler les
expressions de respect et de dévouement de
l'Assemblée Nationale pour Sa Majesté , et
son empressement à protéger de toutes les
forces de la Loi , la conservation des objets
qui intéessent ses jouissances personnelles , et
( 309 )
le regret avec lequel elle verroit Sa Majesté
en faire le sacrifice . »
DU SAMEDI, SÉANCE BU SOIR.
Lorsque le Congrès Belgique s'adressa à
l'Assemblée Nationale , on lui renvoya ses
paquets , et cette conduite prouva la sagesse,
la prudence du Corps législatif, et son respect
pour les droits de la Souveraineté.
D'autres principes , si l'on peut donner ce
nom à des vues dont nous connoissons bien .
le secret et la profondeur , ont depuis fait
méconnoître les bienséances. On a vu à la
Barre de l'Assemblée Nationale , admis dans
son enceinte,des hommes dégouttans du sang
de leurs Concitoyens , et venant offrir à la
France le prix de leurs crimes ; on y a vu
des bateleurs , de mercenaires aventuriers ,
des hommes chassés de leur pays et flétris
par des sentences criminelles , débitant en
présence de l'Assemblée Nationale des invectives
contre leurs Souverains , faisant autoriser
par des remercimens le scandale de
leurs propos , affichant la révolte contre le
Gouvernement légitime de leur pays , et en
sortant des tavernes de Paris , venant s'ériger
en Députés de leur Nation.
Pour apprécier l'imprudence de ces présentations
, qu'on se demande de quel ceil
l'Assemblée Nationale verroit des Mécontens
François, arriver, une Requête à la main ,
aux Conseils de Madrid , de Berne, de Vienne ,
de Londres , de la Haye , de Berlin , invoquer
leur protection , dénoncer comme injuste
et tyrannique l'autorité de l'Assemblée
Nationale , et solliciter les applaudissemens
des Souverains étrangers en faveur de cet
attentat ? Sans doute , elle les regarderoit
( 310 )
1
23
comme traîtres à la patrie ; elle les feroit
punir du dernier supplice. Eh bien !
Hie pratium sceleris tulit , hic Diadema.
Ce qu'on châtirecit sévérement dans des Fran-
-çois , on l'honore dans un ramas de prétendus
Suisses , d'Allemands , d'Avignonois , de Cosmopolites
inconnus , successivement traités
comme des Ambassadeurs . De mauvais Citoyens
peuvent seuls aveugler la Nation sur
les conséquences inévitables de ces procédés ,
interdits par le Droit des Gens .
Une nouvelle Députation s'est aujourd'hui
présentée à l'Assemblée: c'etoient des Députés
du Peuple de Liége , c'est - à - dire de là fac ·
tion qui a prévalu dans cette ville . La conduite
de l'Assemblée envers le Congrès Belgique,
sembloit dicter celle à tenir envers les
Liégeois ; mais au contraire , ces derniers
ont été admis à la Barre à l'avance , leur
réception , leur discours , tout avoit été concerté
.
Leur Orateur commençoit à pérorer ,
lorsque M. Merlin s'est rappelé qu'on n'honoroit
pas assez la présence de ces Députés ,
et qu'ils devoient être introduits dans la
Salle même , comme l'avoient été les Gens
d'Avignon , comme devoient l'être tous les
Ambassadeurs d'un Peuple étranger.
un
Cette Motion étoit inconstitutionnelle ,
puisque la Loi a formellement réservé au Roi
le droit de recevoir les Ambassadeurs. De
plus , elle entraînoit clairement
examen préalable. Puisque ces Parleurs sont
des Ministres Etrangers , où sont leurs titres?
où sont leurs lettres de Créance ? Depuis
que l'Univers existe , nal Souverain n'a admis
des Ambassadeurs . sans avoir reçu solennellement
, et vérifié l'exhibition de leurs
( 31 )
pouvoirs ? s'écarter de cette règle éternelle ,
dictée par le simple bon sens , c'est encourir
le risque et le blame , d'admettre des Imposteurs
en qualité de Représentans d'un Sourain
étranger.
Des cris de la pluralité du côté gauche
venoient de décréterla demande de M. Merlin,
avant que personne eût eu le temps de présenter
ces considérations toutes puissantes.
M. Durget s'est levé pour les déduire , et
requérir que les Députés de Liége exhibassent
leurs lettres de créance.
"
La réception houorable , a - t-il dit , que
Vous avez faite à une Députation de Suisses,
« à la tête de laquelle se trouvoit un homme
proscrit de son pays , a indigué les Cantons
Helvétiques : j'ai des preuves de leur mécontentement
, qui peut aller jusqu'à rappeler
leurs Regimens , et renoncer à notre
'alliance. "
Tout le Côté droit a appuyé M. Durget ,
et d'une voix unanime a demandé les Pouvoirs
des Députés de Liége .
M. de Mirabeau a supposé que ces Pouvoirs
étoient en règle suivant ce Ministre
Diplomatique , c'étoit là une formalité de
pure discipline , et du fait du Président . On
devoit réclamer avant que les Députés eussent
commencé leur harangue . ( On n'eût pas réclamé
, si M. Merlin ne les avoit interrompus
pour demander qu'ils fussent reçus comme
Ambassadeurs . ) Ces Députés , á continué
41
K
<<
Opinant au travers de fréquens murmures,
sont des Créanciers de l'Etat : c'est à ce titre
qu'ils présentent leur Pétition. 'Quant
aux Suisses, l'Assemblée savoit qu'ils étoient
les Députés d'un Club . Je demande la
la question préalable sur la Motion de M.
Durget.
"
( 312 )
"
La discussion est fermée , a crié le côté
gauche. Nous demandous , a répliqué M. la
Chèze, si ces Messieurs se présentent comme
Particuliers , ou comme Mandataires : on
vous somme , M. le Président , de vous en
informer.
"
"
"
:
*
Le coté gauche répond à M. la Chèze par
un ordie d'entendre la Députation la demande
de ses pouvoirs est répétée par l'opposition
entière : an tumulte affreux se manifeste
Le Harangueur Liégeois tente de
reprendre son amplification . Je ne reconnois
pas ces Députés , crie du plus fort M.
« de Folleville . Le Comité diplomatique de-
« voit vérifier leurs pouvoirs , et nous en
rendre compte. » La réclamation des Poxvoirs
se renouvelle ; M. de Folleville insiste
avec 250 autres Meubres. Le Président ,
( M. de Jessé , en l'absence de M. Bureaux de
Puzy) ordonne que M. de Folleville soit
inscrit sur le Procès verbal. Cet acte d'autorité
ranime le tumúlte ; M. Lucas den ande
qu'on envoie à l'Abbaye le premier qui interrompra
l'Orateur. Tout le côté gauche
appuie cet avis , de sacrifier des Représen
tans de la Nation , je ne sais quels Etrangers
qui viennent complimenter le Club des
Jacobins et les Assignats . M. de Foucault ,
indigné , prend la parole , et se contient assez
pour parler en ces termes.
"
son
nou-
Aa-
Je reçois eette singulière et
velle Motion , et je permets à
teur , et à ceux qui l'ont appuyée , de m'arrêter
ou me faire arrêter ; mais avant de
les laisser entrer en jouissance du nouveau
droit qu'ils veulent s'arroger , je prétends
user de celui qui ne devroit être contesté à
aucun
( 313 )
aucun Membre de cette Assemblée , c'est
telui que nous avons tous , cu du moins que
nous devrions tous avoir , de représenter , de
nous expliquer, de parler enfin , toutes les fois
qu'on nous fait d'aussi extraordinaires propositions
que celles de M. Merlin , et qu'on
nous présente d'aussi étranges Députations ,
que celles de ces hommes qu'on nous engage
à recevoir dans le centre de votre salle , et
soi - disans Deputés du Peuple Liégeois .
"
Vous vous plaignez , Messieurs , de la
nouvelle Opposition que nous manifestons ,
au mépris , dites-vous , d'un Décret de l'Assemblee
Nationale qui vient de décider que
les Pétitionnaires , à la Barre , seroient entendus.
Ce Décret est rendu , je n'en disconviens
pas ; mais rappelons - nous les faits , tels
qu'ils se sont passés aux yeux de tous ceux
qui m'entendent . On nous a annoncé ,
les
soi -disans Deputés du Peuple Liégeois ; nous
avons demandé s'ils étoient munis de Pouvoirs
; un d'eux a remis un papier plié , à un
Huissier , qui la transmis aussitôt à un des
Secrétaires . Ce Secrétaire a développé une
très- grande pancarte , et l'élevant en évidence
à la vue de tous ceux qui soat ici
preseus , il a dit clairement : « Oui , Messieurs
, les Députés du Peuple Liégeois sont
chargés de Pouvoirs , et les voilà . » Nous
én avons alors demandé la lecture . M. de
Mirabeau est monté à la Tribune , et s'y est
opposé. M. le Président , malgré toutes réclamations
, a mis aux voix le voeu de M. de Mirabeau
; la majorité a prévalu, et un soi - disant
Député a commencé la lecture d'un discours
tres- ampoulé . Vers le milieu de cette
Adresse , M. Merlin a interrompu l'Orateur ,
N°. 39. 25 Septembre 1790. P
( 314 )
et a dit : « Les Députés de tout un Peuple
ne doivent pas être entendus à la Barre ,
mais dans l'enceinte de l'Assemblee , et j'en
fais la Motion . » Alors un Huissier a cuvert
la porte de la Barre aux soi - disans Députés
du Peuple Liégeois , et ces Messieurs sent
entrés. Voilà je crois , Messieurs , l'exposé
vrai de ce qui vient de se passer.
".
Vous aviez reçu de vives réclamations lors
de l'apparition de ces soi- disans Députés
sur la vérification de leurs Pouvoirs , et
vous n'y avez pas eu égard; mais au moins
vous aviez pris le parti de les faire entendre à
la Barre , comme de simples Petitionnairēs.
M. Merlin prétend à présent que ces Députés
doivent être admis dans l'intérieur de la Saile
comme les Députés d'Avignon l'ont été , et
comine doivent l'être tous ceux qui viennent
parler dans l'Assemblée Nationale de France,
au nom d'un Peuple étranger. »
"
Vous ne devez pas être surpris , Messieurs
, d'après cette nouvelle pretention ,
d'éprouver de nouvelles oppositions . Nous
re refusons pas d'entendre les soi - disant
Députés du Peuple Liegois , même selon les
forines qu'on exige de nous ; quoiqu'il y eût
matiere à discuter plus amplement sur ces
formes qui n'ont jamais été réglées . Nous nous
empresserens , n'en doutez pas , à rendre
hommage aux Députés d'un Peuple étranger ,
s'ils sont pourvus de pouvoirs légaux et valides
; mais au moins devons - nous avoir le droit ,
quoique nous trouvant toujours dans une minorite
desespérante ( elle le sera toujours a crié
une voix ) , quoique nous trouvant toujours
dansune minorité désespérante pourdes ames
foibles , mais qui ne nous découragera jamais
; nous devons , dis- je , avoir le droit
( 315 )
d'éxiger d'une Députation qu'elle montre ses
pouvoirs. Celle - ci s'est offerte d'abord comme
simple députation , et ensuite comme réclamant
des sommes dues. Dans ces deux bypothèses
, ses pouvoirs devoient sans doute
êire reconnus .
Je conclus , Messieurs , que l'on décrète
nettement que les soi - disant Députés du
Peuple Liégeois , seront entendus sans que
l'on verifie leurs pouvoirs , et alors nous
nous soumettrons , comme malheureusement
nous sommes trop souvent obligés de le faire ;
et quand ce Décret sera proposé à notre décision
, alors nons nous y opposerons par des
voies légales ; c'est - à - dire en pous levant contre
ce Décret , en manifestant notre refus
formel , comme nous es avons le droit ,
ainsi que celui de résister autant qu'il dépend
de nous à l'oppression. "
60
M. Alexandre de Lanieth prend ensuite la
parole. Il traite de scandaleuses toutes les
oppositions à sa volonté la volonte de la
Nation , dit- il , est celle de la majorité
de l'Assemblée. Que les Membres de la t
minorité frémissent de lasser la patience
du Peuple , prête à s'altérer ! »
"
Cet appel à la multitude fait naître mille
sentimens. On le considère comme un pro
pos de Triumvir ; on croit entendre Sylla ,
faisant un geste à ses Satellites ; et déjà les
galeries , par des applaudissemens feroces , se
ontrolent disposées à unir leurs transports
à la menace de M. de Lameth. Du milieu
de l'agitation . M. de Murinais a éclaté.
"
Ce propos , a - t- il dit , est une infamie.
» Vous l'entendez , Messieurs , on nous me-
> nace des bourreaus . Vous entendez la
- rage des Tribunes ; elle vous apprend le
Pij
( 316 )
2)
"
» sort qui vous attend . Quel qu'il puisse être ,
» attendons -le avec tranquillité . Voilà une
plaisante liberté d'opinion que celle de ne
pouvoir réclamer l'autorité des réglemens ,
» sans être menacés des fureurs populaires ! ■
Le. Président restoit impassible : pas un
mot ni un geste de sa part n'ont rappelé M.
de Lameth à lui - même et au respect de la
liberte. Au contraire cet opinant a commenté
son premier avis , en y ajoutant celui d'envoyer
à l'Abbaye celui qui s'honor roit de
manquer à l'ordre. M. de Mirabeau a appuyé
eette Motion : M. de Foucault a insisté pour
qu'on en délibérât sur le champ.
On n'a pas osé ; preuve palpable qu'on
sentoit le tort de l'avoir faite . La lassitude
de cette guerre horrible , a procuré à l'Orateur
Liégeois la facilité de déclamer tout à son
aise , de faire à sa manière un récit exagéré et
partial des troubles de son pays , de donner
des leçons à tous les Souverains , d'accabler
l'Assemblée Nationale de fadeurs et de lieux
communs , et de réclamer au nom du Pays
de Liége , une créance de 1,500,000 liv.
30
>>
Dans sa réponse , M. le Président a déployé
toutes les richesses de la langue .
Vous avez , a-t-il dit au Liégeois , fait
resplendir sur la France le soleil de la
» liberté ; et vous ses antiques Sectateurs ,
» vous vous êtes levés pour l'adorer. » Les
galeries ont trouvé ce style magnifique , et
l'ont couronné de la solennité de leurs applaudissemens.
M. Merlin a eu soin de demander
l'impression des deux discours , qui
seront imprimés.
On a fini la Séance par décréter quelques
nouveaux articles sur le traitemeat des Religieux.
( 317 )
DU DIMANCHE 19 SEPTEMBRE.
Depuis quelque temps , on a tenté de corrompre
les Gardes Suisses , dans le double
but de les soulever contre leurs devoirs militaires
, et contre leurs Souverains naturels .
Des libelles atroces et dégoû : ans ont été
répandus à cet effet . M de Noailles a dénoncé
ce matin , qu'un Particulier , Membre de
cette Sociéte Helvétique qui se propose d'incendier
la Suisse, pour la régénérer , s'est présenté
aux Casernes de Ruel et de Courbevoie,
avec des imprimés à distribuer aux Soldats ,
en leur défendant d'en donner connoissance
aux Officiers et Sous- Officiers . Les Soldats
pleins d'une honorable indignation , ont dénoncé
ces manceuvres aux Municipalités de
Ruel et de Courbevoie . Celles - ci ont prouvé
leur sagesse et leur patriotisme, en délibérant
de regarder comme Ennemis de l'Etat et des
Cantons Helvétiques , quiconque se présentera
aux Casernes des Suisses , pour y lire ou
faire signer des adresses , et de faire traduite
qu Châtelet les Contrevenans . L'Assemblée
ajustement approuvé cet arrêté , el a défendu
à toute Association ou Corporation , d'entretenir
sous aucun prétexte , aucunes correspondances
avec les Régimens , et à ceuxci
d'ouvrir ou de continuer de pareilles correspondances
.
M. Bureau de Puzy , Président , a rendu
compte de la Députation envoyée à S. M.
pour lui communiquer le Décret sur les exces
commis dans le parc de Versailles.
Le Discours de M. de Puzy a été noble ,
simple et affectueux . S. M. lui a fait une
réponse pleine de dignité et de raison : la
Yoici, Piy
( 318 )
1
Je vois avec beaucoup de satisfaction ,
M. , que l'Assemblee Nationale a reconnula
nécessité d'arrêter les désordres qui se commettoient
auprès de Versailles. Je ne doute
pas que , quand le peuple sera détrompé , ces
desordres ne cessent. "
"
Quant à la réforme de mes équipages de
hasse , c'est un arrangement qui ne regarde
que moi. Il y a long- temps que je n'en ai fait
usage , ni n'en ai eu envie. J'espère bien un
jour , quand mon coeur sera content , pouvoir
reprendre ce plaisir. »
M. Merlin a terminé la Séance , par quel
ques Décrets explicatifs des Decrets sur les
droits Féodaux . Nous les renvoyons à la semaine
prochaine.
M. Necker n'en a pas été quitte pour
son arrestation à Arcy-sur-Aube . Il à
subi le même outrage à Vesoul , où il
fut déifié l'année dernière ; le peuple
aneuté parloit de violences contre sa
personne. Heureusement , la Municipa
lité a eu le courage de le tirer des mains
de ses Arrestateurs , et de lui faire re
prendre librement sa route .
La terrible question des Assignats sera
probablement décidée Samed . Jusqu'ici ,
cette émission prodigieuse de Papier
Monnoie n'a pas en sa faveur la Majorité
de l'Assemblée ; mais qui peut répondre
des événemens et des variations ? Il est
étrange et remarquable que des deux
( 319 )
Apôtres en Chef de cette opération ,
qu'aucun Despote n'eût osé tenter , et
propre à renverser le Trône du Souverain
le plus absolu , l'un , M. de Mirabeau
, appela tout Papier-Monnoie contraint
, un impôt levé le sabre à la main ;
et l'autre , M. Clavière, écrivoit en 1787 ,
que le Papier- Monnoie ne peut avoir
la propriété de l'or , lorsqu'on lui
attache de la contrainte ; car l'obligation
de le recevoir en altère la valeur.
Voyez l'ouvrage intéressant de laFrance
et des Etats Unis , pag . 25.

La pluralité des Districts de Paris a
prononcé en faveur des deux milliards
d'Assignats. M. Clavière ayant endoctriné
celui de la Bibliothèque du Roi,
qui comprend la rue Vivienne , ce Dis
trict a déclaré Coupables tous ceux qui
osoient élever des doutes sur la solidité des
Assignats-Monnoie, car ce seroit en élever
sur les succès de la Révolution . On ne
peut se permettte un excès d'autorité illégitime
sur un plus mauvais raisonnement.
De quel droit un District déclare-t -il
Coupables qui que ce soit ? En vertu
de quelle loi fait-il le procès aux Personnes
et aux Opinions ? a-t- il consulté
les droits des Citoyens , en appelant les
poignards de la multitude sur ceux qu'il
lui montre comme des Coupables ? L'intérêt
de la Révolution dont on s'étaie artificieusement
est tout entier contre les
Assignats , et de tous les Projets de

( 320 )
Contre- Révolutions dénoncés par les
Comités des Recherches , je n'en connois
point de plus dangereux que celui dont
nous menace le Papier-Monnoie . M. le
Brun a démontré cette vérité avec l'énergie,
et la pénétration d'un Homme
de génie. On ne peut lire sans effroi
ses deux Opinions contre les Assignais
c'est le flambeau qui éclaire la profondeur
de la caverne . Les raisonnemens
sont épuisés ; le temps nous a manqué
pour les résumer; mais il n'est pas indif
férent de rapprocher les autorités res
pectives.
D'un côté , on voit MM. de Mirabeau
, Claviere , Boutidoux , Anson ,
Brissot , Caira , Desmoulins , deux où
trois Clubs dits des Amis de la Consti
tution , qu lques Districts de Paris , les
Agioteurs de la rue Vivienne , les Usu
riers vendeurs d'argent , et les Motionnaires
à la chandelle des Tuileries et
du Palais-Royal .
De l'autre , MM. de Landine, d'Au
tun Malouet , Dupont , le Brun ,
Necker, de Casaux , de Condorcet ,
de Forbonnois , dont le nom seul vaut
une Armée , et qui vient de publier
contre les Assignats des Observations
pleines de cette justesse d'esprit , de cette
longue expérience des matières de Finance
, de ces Notions exactes qui caractérisent
ce célèbre Ecrivain . Ajoutons à
ces Hommes , le suffrage et le voeu des
( 321 )
principales Villes du Royaume , de cèlles
qui ont déja fait preuves de lumières
dans les matières commerciales ; enfin ,
l'Autorité de tous les Philosophes qui ont
traité de l'usage du Papier- Monnoie ,
territorial ou non .
On jugera par l'Adresse suivante de la
de la Municipalité de Fontainebleaujau
Roi , de la valeur des plaintes portées
par le Département à l'Assemblée Nationale
.
SIRE ,
C'est par le choix de VOTRE MAJESTÉ
que votre Vénerie est à Fontainebleau depuis
six mois ; les Habitans de ce Bourg puisoient
dans son séjour le courage nécessaire
à leurs malheurs , parce qu'il leur donnoit
l'espoir flatteur d'y revoir bientôt Votre Majeste
, et de mettre à ses pieds l'expression de
leur amour, avec l'hommage de leur soumission
et de leur fidélité. L'ordre de supprimer
cet équipage jette , Sire , les mêmes Habitans
et environ trente Paroisses voisines , dans la
consternation , et imprime le désespoir à une
multitude de familles dévouées de tout temps
et de père en fils à son service . Vos Peuples
n'avoient sans doute pas besoin , Sire , de
ce nouveau sacrifice de Votre Majesté , pour
se convaincre que lorsqu'il s'agit d'ajouter à
leur bonheur , elle est toujours empressée de
faire celui de ses plus cheres jouissances. "
"(
Mais , Sire , daignez fixer vos regards
paternels sur l'infortune et les armes des
( 322 )
fidèles
serviteurs que vous
réformez ; daignez
les porter sur la misère
infaillible d'un pays
qui de tout temps offrit à nos
Souverains les
delassemens
nécessaires au Tróne ;
daignez ,
Sire ,
daignez sur- tout les
arrêter sur notre
Bourg , qui ne peut exister que par Vous et
pour Vous. Ce lieu
qu'habita une longue
suite de nos Rois , se
convertira bientôt en
une vaste solitude , si vous
l'abandonnez ;
des
maisons
considérables et d'une
construction
adaptée au
service de Votre Majesté ,
constituent toute la
richesse de ses
Habitans ;
ils
trouveront donc
bientôt leur ruine absolue
dans la seule espèce de
ressource qu'ils
s'étoient
ménagée , et qu'ils avoient adoptée
pour leur
subsistance . "
и
Non , Sire , si vous
daignez vous pénétrer
de ces
considérations , vous ne pour
rez
confirmer l'Arrêt de
proscription
échappé
à la fois , soit à votre
sensibilité , soit à votre
impérieuse
passion de rendre vos
Peuples
heureux , contrede bons et fidèles
serviteurs ,
contre notre Bourg , et une longue
étendue
de pays dont le sort dépend
essentiellement
des voyages
annuels de Votre
Majesté. "
"
Nous osons avec
d'autant plus de confiance
faire
parvenir jusqu'à Votre
Majesté ,
les accens de la
douleur
profonde de tous nos
Concitoyens , que nous
sommes
presque certains
, Sire , que nous devons notre perte à
un
accident
involontaire qui n'auroit pas dû
verser
l'amertume dans le coeur de Voire Majesté,
et qui par son peu de
gravité ne paroissoit
pas
destiné à aller
interrompre les
travaux
importans de
l'Assemblée
Nationale.
" Permettez , Sire , qu'à la suite de ce témoignage
naturel de notre détresse et de nos
( 323 )
solicitudes, nous produisions les pièces justificative
(1) du fait que nous croyons devoir
exposer à Votre Majesté , pour remplir l'ordre
des devoirs qui nous ont été imposés par
nos Concitoyens. Votre Majesté trouvera
pent- être quelque satisfaction à s'y convaincre
que votre Vénerie a tenu une conduite
irréprochable ; qu'elle a scrupuleusement
respecté les propriétés , et que dans
toutes les circonstances elle a donné des preu
ves de la plus grande sagesse et de la pius
louable modération
"
"
Heureux , Sire , si ému par nos prières ,
si touché de nos maux , le coeur de Votre
Majesté lui faisoit révoquer une disposition
qui ajoute , il est vrai , à sa gloire , mais qui
dévoue au malheur et au désespoir une foule
de vos fideles serviteurs et sujets ! plus beureux
encore si nous pouvons apprendre à nos
Concitoyens que cet acte de rigueur momentanée
de Vore Majesté , ne suspendra point
les bontés qu'elle leur a toujours prodiguees , et
ne doit pas leur oter l'espérance de vous yoir ,
Sire , reprendre le cours de vos voyages qui
sont leur seule ressource . Signé par 17 Officiers
Municipaux ou Notables .
"
A cette Adresse sont jointes les observations
suivantes , signées de 15 Officiers
Municipaux et Notables.
De quoi s'agit- il dans les plaintes faites
contre l'equipage de la Venerie ! D'un cerf
(1 ) Ce sont les certificats des vingt - une
Municipalités voisines de la forêt de Fontainebleau.
( 324 )
qui a franchi l'enceinte de la forêt , et de
quelques chiens qui l'ont poursuivi. Il en est
résulte un léger dégât , évalué à soixantedouze
livres par les parties intéressées , comme
le prouve la piece ci -jointe , envoyée à M.
de Bongars , par la Municipalité , au nom de
laquelle on s'est plaint ; mais ce dégât involontaire
, des qu'îi a été annoncé , a été payé
au-delà des pretentions manifestées. La Venerie
l'a payé cent huit livres , le jour même
de la présentation de la plainte ; c'étoit donc
une affaire terminée. Il est évident que le
Directoire du Département qui a dénoncé de
la maniere la plus alarmante à l'Assemblée
Nationale , cet événement si simple , a été
induit en erreur . Peut - être que le Directoire
, entraîné par le desir louable de mànifester
sa popularité envers des Citoyens à
qui il doit ses fonctions , n'a pas réfléchi
combien il alloit rendre malheureux d'autres
Citoyens dont la conduite a été irréprochable.
Cette conduite doit être telle , puisque
nous sommes en possession des certificats
de toutes les Municipalités voisines
de Fontainebleau , pour constater que leurs
territoires n'ont nuls reproches à faire à cet
Equipage .
Les Numéros sortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 Septembre
1790 , sont : 29,66 , 46 , 21 , 71 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le