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1790, 06, n. 23-26 (5, 12, 19, 26 juin)
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( N °. 23. )
SAMEDI 5 Juin 1790.
MERCURE
DE FRANCE.
Compofé & raligé , la quant à partie litté
raire , par MM. MARMONTEL , de la
HARPE & CHAMFORT , tous trois de
l'Académie Françoife ; & par M. IMPERT,
ancien Auteur & Éditeur : quant à la
partie hiftorique & politique , par
M. MALLET DU PAN, Citoyen de Genève .
Le prix de l'Abonnement eft de 33 liv.
franc de port par tout le Royaume .
COURS DES EFFETS PUBLICS.
EFFETSROYAUX. Jeudi 27. Vend22 Samedi29.
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Lot. d'Avril .... 701 ...... 702..
Lot. d'O& tobre ....
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Empru1n2mt0,
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Caille d'Elcorapt.
Do. demi- act .... 3425.1
EauxdeP
3425.153410..12. 3410
17 5.6. 17025.1702 ...3.
E.V Bord .... 570 .....
565 ......
Mai 1790
CHAdNuG2E9S.
Amit.
$2
Lend.27
Ham. 201
Mad.. 158 od
Cadix. 158o
Liv. 106
Gên 100.
Lyon.p Bee.
Paycurs, Année
1789, lettre4.
Jer . 135.
( No. 24. )
SAMEDI 12 Juin 1790
.
MERCURE
DE FRANCE .
Compofé & rédigé , quant à la partie litté
raire , par MM. MARMONTEL , DE LA
HARPE & CHAMFORT , tous trois de
l'Académie Françoife ; & par M. IMPERT,
ancien Auteur & Editeur : quant à la
partie hiftorique & politique , par
M.MALLET DU PAN, Citoyen de Genève .
33 tiv .
Le prix de l'Abonnement efl de
franc de port par tout le Royaume,
COURS DES EFFETS PUBLICS,
EFFETSROYAUX. Jeudi3. Vend.4 Samedi5.
ion&As
Bes
Fee. 1845.. 1845
10 10.
Emprunt.
Pd.Décembr8e1.
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Lot. d'Oftoble.
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Juin
1790.
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52
Lond.
177-
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Mad.. 158c
Cadix.8
Liv ... 106
Gen.
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Lyon., au pair!
Payeurs, Année
1789, lettre A.
( No. 25. )
Gr.135
SAMEDI 19 Juin 1790 .
MERCURE
DE FRANCE.
Compofé & rédigé , quant à la partie litté
raire , par MM. MARMONTEL , DE LA
HARPE & CHAMFORT , tous trois de
l'Académie Françoife ; & par M. IMBERT,
ancien Auteur & Éditeur : quant à la
partie hiftorique & politique , par
M. MALLETDU PAN, Citoyen de Genève.
Le prix de l'Abonnement eft de 33 liv.
franc de port par tout le Royaume.
COURS DES EFFETS PUBLICS.
EFFETSKOYAUX. Jeudi1o. Vend 11. Samedi1z.
Actions.
D.
25
Emprat 08.
Id. Décembre81.
Lot. d'Avril ....!
Lot. d'Octobre..
Emprant 125m³.
Id.So millions.
Sans Bulletin..
Bulletin ....
Emprunt 120m'.
Borde Ch ....
Caife
d'Efcompt.
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EauxdeP..
E.V Bord.
Fête. 1857.55. 1857.60.
375 378 ......
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Juin
1790.
CHANdGuEiSz).
Amft. 52
Lond. 274
Ham. 101.
Mad.. 15' 7'od.
Cadix. 157C
Liv.. 106.
Gên.
99
Lyon.p. Bce.
Payeurs, Année
1789, lettre A.
Fer . 135.
( No. 26. )
SAMEDI 26 Juin 1790.
MERCURE
DE FRANCE .
Compofé & rédigé , quant à la partie litté
raire , par MM. MARMONTEL , DE LA
HARPE & CHAMFORT , tous trois de
l'Académie Françoife ; & par M. IMBERT,
ancien Auteur & Éditeur : quant à la
partie hiftorique & politique , par
M.MALLET DU PAN, Citoyen de Genève.
Le prix de l'Abonnement efl de 33 liv.
franc de port par tout le Royaume.
PUECBFOLFUDIERECTSSSS.
Juin
1790.
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19
Adions. 1860
1170.
1870
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1897.95.1885..90. 1890. 871
Toprunt OA.0..
380.
1390.
I. Décembreas 11
II
Lot. d'Avril.. 706.. 709. 709 ....
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Empruar taym³. 6 73.8. 734
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8.715 74
61
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BullSeatmi.sn.
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B.a.r.Ci.hc..
7
62 ... 61
822
3470.78.. 78. 3472 .... 3460.40.1; 130. 32. 3430..44.
318171733714837..392446..000..
Caills d'Eleorap
D. demi- act
FauxdeP..
149. isso.. 55. 560 ... 65. 570.
1715.23.1720..23.
70$.
CHANGES du16.
Amit52.
Lond. 274.
Ham. 101
Mad. 15 8rod.
Cadix 15¹
iv .. 106.
Gên. 992
pLByoen,
CHANGES du19.
Amit12.
Lond. 174
Hera 2011:
Mad.. 8o
Cadixis8f04.
Liv. 106
Gea.. 99.
Lyon.p. Bes,
1580
le1t7t8r40e.,
raAynenuéres,
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI ,
, FORT ,
COMPOSÉ & rédigé, quant à la partie littéraire , par
MM. MARMONTEL , DE LA HARPE & CHAMtous
trois de l'Académie Françoife ; &
par M. IMBERT , ancien Editeur : quant à la
partie hiftorique & politique , par M. MALLET
DU PAN , Citoyen de Genève.
SAMEDI 5 JUIN 1790 .
A PARIS ,
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou ;
rue des Poitevins , Nº . 18 .
Avec Privilége du Roi
TABLE
Du mois
de Mai
1790.
ᏤERS.
Mation,
Suite de la Veillée.
Charade, Enig & Logeg.
QUATRAIN.
Be Tombeau.
Charade, En. Log.
ERS . Ꮴ
La paix ! La paix !
A M. le Ch. de Gaſton.
Charaue, Entg . & Log.
Tacite nouv. Trad.
De la Force publique.
's Tableau.
7 Le Curé.
16 Spectacles,
49 De la Force publique.
fo Le Décret.
851 La Conftance.
86 Variétés .
90 Acad . Roy. de Mufiq.
92 Théaire de la Nation.
93
DISCOURS en Vers. 121 Recuet.
Vers.
A Madame de *** .
Charate, Enig. Log.
Defpouifme.
19
54
305
108
111
129 Hiftoire.
139
146
130 Effais. 154
131Traité Elémentaire.
133 | Theatre Italien.
161
165
RÉPONSE. 169 Lettres Américaines. 174
Charade , En. Log. 1701
A Paris , de l'Imprimerie de MOUTARE ,
rue des Matharins , Hôtel de Cluni .
REOLA
MORAOS NGIS
MERCURE
DE FRANCE.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE,
RÉPLIQUE
A la Réponse faite à une Epigramme inférée
dans l'Almanach des Mufes de cette
année , & imprimée dans le Mercure de
Samedi dernier.
POUR
OUR s'ennuyer il faut , fans doute ,
Ou qu'on te life ou qu'on t'écoute ;
J'aime et cela ta bonne foi ;
Tu nous le dis & je le croi :
Mais quand ton nom ſeul nous fait rire
Pour bâiller en dépit de ſoi ,
Peut-on être tenté , dis -moi ,
· De t'écouter ou de te lire ?/
( Par un Abonné. )
A 2
יד
MERCURE
1
VERS
A Mademoiselle D ******,
QUAND je cherche l'Amour dans vos yeux qu'il
enflamme ,
Je le vois aimable & charmant ;
Quand je le cherche dans mon ame ,
Je le vois fenfible & conftant .
Vous qui craignez l'Amour, parce qu'il eft volage,
Uniffez vos efforts à mon tendre courage
Pour le fixer entre nous deux.
Il a votre beauté , joignons- y ma conſtance ;
Sachons le captiver par le plus beau des noeuds.
Confervant le fouris de la douce innocence
Sous les traits joyeux de l'enfance ,
Qu'il vienne infpirer nos défirs ;
Et que toujours fage & fidèle ,
Il ne batte jamais de l'aile
Que pour annoncer nos plaiſirs.
Par M. D*** , Av. en Parl. )
DE FRANCE.
LA LIBERTÉ DE LA PRESSE .
со NT
E.
CERTAIN Filou fur la place de Grève ,
Voyoit pendre Fa ... ; ſur ſa mort s'affligeoit.
Afa douleur pour faire trève ,
Parmi la foule il exerçoit
Sur certains curieux fa vigilante adreffe.
Montres , mouchoirs , de tout il s'arrangeo ;
Tant qu'à la fin il fut pris fur le fait .
De le faifir chacun s'empreffe.
On le conduit incontinent
Chez l'homme noir , en ce cas pertinent.
Le Commiffaire , homme plein de fagefle ,
Lui demanda fi c'étoit la détreffe .………、
Non , point du tout , répond -il hardiment ;
L'on fait de tous côtés l'éloge hautement
De la Liberté de la Preffe ;
J'en profitois , Monfieur , en ce moment.
( Par M. Juhel. )
A j
{
MERCURE
Q
LA VEILLÉ E ,
6c. HISTOIRE.
VEL fut le plus beau jour de ma vie,
dit le Curé , vous l'avez entendu . Il faut
donc que j'en rappelle un autre , moins
keureux
2 mais heureux encore ; & le
voici.
Nous avons dans ce voifinage un Centilhomme
, qui , après avoir fervi fon Roi
& fa Patrie avec diftinction , s'eft retiré au
fein de fa famille , décoré de ce beau prix
de la valeur , que deux de fes enfans ont
déjà reçu comme lui. M. de l'Ormon ? dit
Olympe. -Oui, Madame , lui-même ; c'cft
de lui que je vais parler .
Né d'un père aufli brave , auffi eftiinable
que lui , mais qui , s'étant ruiné au
fervice , l'avoit laiffé fans bien , fon . unique
efpérance étoit l'héritage d'un oncle
dont il étoit aimé.
Cet oncle , homme de bien , mais bouillant
& colère , comme le font affez naturellement
les bons coeurs , s'appeloit M.
de Glancy . Il avoit eu deux frères , l'Ormon
& d'Orambré , l'un diffipateur , l'autre
avare. Chacun des deux avoit laiffé un
fils ; l'Ormon , comme je vous l'ai dit , un
DE FRANCE.
fils dénué de fortune ; d'Orambré , un fils
opulent. Pour lui , fe croyant plus fauvage
qu'il ne l'étoit , quoiqu'il le fût un
peu , il avoit préféré le célibat au mariage
& il paffoit la vie à la campagne , où il
faifoit profpérer ſes biens.
Les oncles riches & fans enfans font
rarement négligés par leurs neveux ; celui ci
croyoit l'être par le jeune l'Ormon . Il
s'en plaignoit fouvent à moi ; & je tâchois
de l'adoucir. La difcipline en temps de
guerre eft h ſévère , lui difois-je , & fi gênante
pour la jeuneffe , qu'il eft bien jufte
qu'un peu de liberté l'en dédommage en
temps de paix. M. de l'Ormon vient vous
yoir rarement , il eft vrai ; mais quand il
eft ici , je l'y vois gai , content , heureux
de vos bontés ; & il n'en a parlé fouvent
avec une ame fincèrement reconnoiffante .
Belles paroles , me difcit l'oncle ; je n'en
crois que les actions. Voyez mon neveu
d'Or mbré : il eft riche , il n'a pas befoin de
mes bienfaits , il n'en reçoit aucun ; &
avec quelle affiduité il me rend les devoirs
que l'Ormon néglige !
Eh bien , je cage , lui difois - je , que
votre coeur ne laiffe pas de pencher quelquefois
du côté de l'Ormen . Sans doute ,
difoit- il , parce qu'on a plus de penchant
à aimer ceux qui ont befoin qu'on les
aime . Mais c'est ce qui le rend plus inexcu
fable à mes yeux.
Une fois , comme il s'en plaignoit avec
A 4
8 MERCURE
plus d'amertume encore : Monfieur , lui
dis je , je vais vous paroître bien fingulier ;
mais je n'ai jamais fu déguiſer ma penſée .
A Dieu ne plaife que je veuille diminuer
dans votre eftime le prix des affiduités &
des complaifances de M. d'Orambré , ni
jeter fur les fentimens qu'il a pour vous
le plus léger nuage je les crois d'autant
plus louables qu'ils font plus défintéreſſés.
Mais fi j'avois un neveu pauvre , je ne me
plairois pas à le voir fi empreffé auprès de
moi. Un air libre , aifé , naturel , écarteroit
de ma pensée les motifs & les prévoyances
d'un héritier avide & vigilant.
J'aimerois à le voir s'abandonner à mes bontés
, fans les pourfuivre avec trop d'ardeur.
Ce qui convient à M. d'Orambré ne fieroit
pas de même à M. de l'Ormon ; & ces
affiduités marquées , dont vous croyez
qu'il fe difpenfe , j'ai dans l'idée qu'il s'en
abftient. Son ame noble a de la répugnance
pour tout ce qui reffemble à l'adulation ;
& il aime mieux , dans fon état , mériter
votre bienveillance par une conduite honorable
, que de paroître la cultiver avec
l'impatience d'en recueillir les fruits.
A cela il me répondit qu'il connoiffoit
mon foible pour M. de l'Ormen ; que je
plaidois fort bien fa caufe ; mais que le
Juge , par malheur , n'étoit pas facile à féduire.
Je voyois cependant que je le foulageois
en l'aidant à lui pardonner. Quelquefois
même il s'égayoit fur ma morale
DE FRANCE.
complaifante ; & à l'indulgence avec laquelle
je protégeois les jeunes libertins , il n'étoit
pas éloigné de croire , difoit il , que je
leur avois reflemblé. Il m'appeloit le Docteur
conmode. Ainfi , du moins pour quelque
temps , fon humeur étoit éclaircie , &
fon neveu rentroit en grace auprès de lui.
Mais un jour qu'il m'avoit invité à dîner ,
je le trouvai d'un férieux morne & fombre
, que je ne lui avois jamais vu. Je lui
en demandai la caufe. Commençons , me
dit- il , par dîner à notre aife , après cela
nous parlerons .
Le diner fut filencieux ; & au fortir de
table , s'étant enfermé avec noi : Vous
allez , me dit- il , apprendre à quel point
je fuis refpecté de ce neveu que vous avez
loué & juftifié tant de fois . Il eft marié ,
il y a fix mois , fans mon aveu , à mon
infçu . Si cela eft , il eft bien coupable , lui
dis- je. Si cela eft ! Oui , Monfieur , cela eft ,
reprit-il d'une voix tonnante , avec des
yeux enflammés de colère . - Er comment
l'avez - vous appris ? Par la douleur profonde
où j'ai vu fon coufin , & dont il
me cachoit la cauſe . Enfin je lui ai fait
violence ;& forcé d'obéir , il m'a tout avoué.
L'Ormon eft marié. Il l'étoit en fecret ; mais
Le voyant au moment d'être père , il a
bien fallu prendre la qualité d'époux. C'eft
fans doute , lui dis -je , un mariage de folies
mais j'ofe croire au moins qu'il aura fait
ur choix dont vous n'ayez point à rougir.
A $
-
40
MERCURE
Oh non , dit - il , tout au contraire , j'ai
lieu de m'en glorifier. Une Chanoineffe
fort noble affurément , & fans doute fort
belle , mais , comme lui , n'ayant , grace au
ciel , rien au monde ; à moins qu'il ne lui
refte dans quelque coin de terre un oncle
oublié , méprifé , & qui lui laiffera ſon
bien.
Et voilà , dis- je , l'écueil funefte où le
plus heureux naturel , la bonté , l'honnêteté
même , toutes les efpérances que donnoit
la jeuneffe ne fe brifent que trop fouvent.
Que l'homme eft foible à tous les âges,
& qu'il eft fragile à vingt ans !
Monfieur le Curé , me dit - il , je vois
le circuit que veut prendre votre éloquence
infinuante ; mais moi je parle fans
détour. L'Ormon eft un ingrat , & il l'eft
avec impudence. Je profère fon nom pour
la dernière fois. Ne m'en parlez jamais ;
ou malgré le tendre refpect que j'ai pour
vous , je ne vous verrois plus. Monfieur ,
lui dis- je en tombant à fes pieds , encore
une dernière grace . Il est peut- être , malgré
les apparences , plus malheureux qu'il
n'eft coupable. Daignez l'entendre avant
que de le condamner. Jamais , dit- il , jamais
il ne paroîtra devant moi : je fais de
lui ce que j'en veux favoir ; je ne le connois
que trop bien .
Alors tout fon feu s'étouffa ; il devint
calme & d'un froid de glace ; fon efprit
même reprit fa liberté ; & ce qui mé parue
DE FRANCE, 11
plus terrible encore , il caufa gaîment avec
moi. Je vis que fa réfolution étoit priſe ,
& qu'il s'y croyoit affermi. Mais le temps,
la Nature & In Religion l'ébranleroient
peut-être ; il falloit les laiffer agir.
Le jeune homme étoit en A'face' ; il n'étoit
que trop vrai qu'il y étoit marié. Je
l'appris bientôt par lui-même. Il m'écrivit
qu'irrévocablement déterminé à former ce
lien , & intimement convaincu que M.
de Glancy , fon oncle , refuferoit d'y conſentir
, il s'étoit vu réduit à la cruelle alternative
de le former , ou à fon inſçu
ou malgré lui ; & que de ces deux torts il
avoit préféré le moins ineffaçable. Il fe
recommandoit à moi , me fupplioit , au
nom de l'amour le plus faint , d'intercéder
pour lui , & d'employer inon zèle à filéchir
, s'il étoit poffible , la colère d'un
oncle juſtement irrité , mais toujours chéri ,
& qui feroit pour lui , dans fa difgrace
même , l'objet du refpect le plus tendre.
Il venoit de lui écrire ; & il me confioit
une copie de fa lettre , fans efpérance ,
difoit- il , d'en obtenir la réponſe affligeante
& févère qu'il méritoit.
Cette inftruction me donna lieu d'exa
miner , dans le filence & dans l'humeur
de M. de Glancy , l'impreffion qu'auroit
laiffée l'humble & touchant aven que lui
faifoit l'Ormon de fa faute & de fes regrets.
Je l'obſervai ; le calme où il étoit
tombé après la fougue de la colère , ne me
A 6
12 MERCURI
parut point altéré. Son ame fembit impallible
, & ne plus s'affecter de rien .
D'Orambré vint le voir , & j'eſpérai
que l'accueil qu'il feroit à ce neveu , décéleroit
en lui quelque reffentiment de l'offenfe
de l'autre , car ma plus grande peine.
étoit de l'y voir infenfible. J'aurois préféré
, pour M. de l'Ormon , le dépit le
plus violent à ce tranquille & févère oubli,
Mais d'Orambré fut reçu comme de coutume
ni plas , ni moins d'amitié pour
lui , feulement un profond filence , qui
fans doute lui étoit prefcrit , fur l'existence
de fon coukn. Du refte , même nonchar
lance & même liberté dans tous nos en
tretiens. L'Ormon fembloit anéanti dans le
fouvenir de fon oncle. Trois ans s'écoulèrent
fans qu'une feule fois fon idée y
parût revivre.
Et cependant que devenoit ce malheureux
jeune homme , avec une femme &
deux enfans ? car il étoit père pour la fe
conde fois. Il lui étoit refté des débris.
d'une fortune ruinée , une mauvaiſe petite
ferme , au deffus de Corbeil & entre deux.
forêts , abandonnée aux bêtes fauves. Il demanda
, comme une grace , la permiffion
de l'enclorre de haies vives & de foffés ,
I l'obtint ; & fous le vieux toit de la
maiſon attenante à la ferme , il vint fe retiter
avec fa femme & fes enfans... i
Nous nous écrivions fréquemment ; &
dans notre correfpondance loin de fe
DE FRANCE. 13
plaindre de fon infortune , c'étoit lui qui
m'en confoloit . Les émolumens de fa Com
pagnie , une modique penfion qu'il avoit
obtenue pour une action diftinguée , & le
produit du coin de terre qu'il avoit fu
rendre fertile , l'avoient mis , difoit il , au
deffus du befoin ; graces au Ciel , ce n'étoit
plus que par un fentiment très-défin
téreflé qu'il regrettoit les bontés de fon on→
cle : aufli en lui écrivant deux fois l'année ,
comme je le lui avois recommandé , ne s'exprimoit-
il qu'en homme libre & en neveu
tendre , fans lui parler d'aucun autre malheur
que de celui d'avoir pu lui déplaire.
Ayant appris enfin que quelques devoirs
de mon état m'appeloient à Paris , il m'écrivit
qu'il efpéroit bien qu'en paſſant ſur
la route voifine de Corbeil , je ne lui refuferois
pas de traverfer la Seine , pour
l'aller voir dans fa retraite ; & je n'y au
rois pas manqué.
Il étoit dans les champs au moment de
mon arrivée. Je fus reçus par une femme
dont l'air & le maintien auroit décoré une
cabane. Rien de plus fimple que fon vêsement
, rien de plus noble & de plus touchant
que le caractère de fa beauté. A mon
nom , un léger nuage de trifteffe parut fe
dilliper & laiffer fur fon front rayonner
ane vive joie. Monfieur , me dit- elle , j'éprouve
en ce moment qu'il n'y a rien au
monde de plus doux à la vue que la préfence
d'un véritable ami qu'on voit pour!
#4 MERCURE
-
la première fois ; & Monfieur de l'Ormon
lui même ne fera pas plus heureux que
moi de pofféder Monfieur le Curé de Verval.
Il s'en faut bien , Madame , lui dis- je
en foupirant , que ma joie foit aufli pure
que la vôtre ; & ce n'eft pas ici , je vous
l'avoue , que je défrois de vous voir . Pourquoi
donc , me dit - elle avec une grace
charmante Ne fuis je pas ici dans une
fituation défirable ? n'y fuis- je pas auprès
de mon mari & au milieu de mes enfans ?
Ce qui nous manque ne touche guère
que la molleffe & la vanité ; on peut fe
paffer de ces vices ; & puis lorſqu'on a
bien prévu , bien preffenti fa deftinée , &
qu'on fe l'eft faite à foi-même , il faut avoir
au moins le courage de la remplir . L'Ormon
ne m'a diffimulé ni l'état d'inforture
où le laiffoit fon père , ni le danger de
déplaire à fon oncle & d'en être déshérité ,
s'il avoit fait fans fon aveu un mariage
d'inclination ; mais cet aveu , me difoit- il ,
nous ne l'aurons jamais. Vous l'auriez
eu, lui dis-je , s'il eût pu vous connoître ;
& je lui aurois moi même procuré ce bonheur.
Vous m'auriez fait la grace de paffer
pour ma niece ; & il vous auroit vue chez
moi. Berle fans atours , fans parure tout
comme vous voilà , vous l'auriez enchanté.
Cette raison , cette décence , cet efprit
Lage & modéré cette ame fi noble & fi
douce auroient fait leur impreffion. Vous
l'auriez bientôt amené à me dire ; Que
- -
DE FRANCE. IS
n'ai je une nièce pareille ! & moi, je lui aurois
répondu : Il ne tient qu'à vous de l'avoir.
Votre joli Roman me flatte fenfiblement ,
me dit- elle , mon bon Curé ; mais la penfée
n'en pouvoit venir qu'à vous feul.
Pour nous, le choix fe réduifoit , ou à nous
unir à fon infçu , ce qui n'étoit qu'une
fimple offenfe , ou à nous paffer de fon
aveu , après le lui avoir demandé , ce qui
devenoit une infulte. L'une , difoit l'Ormon
, peut m'êrre pardonnée , l'autre ne
le fera jamais. Ne nous abufons point
lui dis - je. Aux yeux d'un homme auffi
fufceptible & aufli vif que Monfieur de
Glancy , non feulement le tort de vous
marier malgré lui , mais celui de vous marier
à fon infçu peut être un crime irrémiffible
, & peut l'aliéner fans retour . C'eft
dans cetté pofition qu'il faut nous voir
& nous demander à nous -mêmes , fi nous
avons befoin de lui pour être heureux . Sa
réponfe fut fimple ; il me fit le tableau de
la vie que nous menons & m'en offrit la
perſpective. J'aimois , j'étois aimée ; j'y
bornai mon ambition ; & telle que vous la
voyez , cette vie obfcure & tranquille , je
la préfère encore à ce que la fortune a de
plus magnifique & de plus féduifant.
Ainfi parla l'intéreffante & belle Anaftafie.
L'Ormon revint des champs ; & en me
voyant il s'élança vers moi. Ah ! mon
digne ami , me dit - il , je vous ferre
enfin dans mes bras. Vous avez cru fans
16 MERCURE
doute me trouver malheureux ; vous avez
vu ma femme , vous êtes détrompé . Avezvous
bailé mes enfans ? Les voilà l'un &
l'autre , recevez leurs careffes . Ils fauront
quelque jour ce que vous doit leur père ;
ils en feront reconnoillans. Ma femme , il
faut tuer le faucon . Vous n'aurez pas ici
mon bon Curé , à exercer contre le luxe
votre éloquence paftorale. Vous ferez un
dîner de l'âge d'or , je vous l'annonce ;
mais ce ne fera point avec des gens de
l'âge de fer. Tandis qu'il me parloit ainfi
j'avois l'aîné de fes enfans fur mes genoux ,
je le baifois , & mes yeux fe mouilloient
de larmes. Eh bien , mon bon Curé , me
dit le père en fouriant , qu'est- ce- donc que
cette foibleffe ? Les voyez-vous avec pitié ,
ees deux enfans ? Allez , n'en foyez pas
en peine . J'ai déjà pour eux la promeffe
qu'ils feront reçus tous les deux à l'Ecole
de l'honneur & de la vaillance ; & s'ils ont
des foeurs , comme je l'efpère , elles trouveront
dans mon état les fils de mes compagnons
d'armes , qui ne les dédaigneront
pas. Elles auront pour dot l'exemple , les
leçons , les vertus de ' leur mère , peut-être
auffi fa grace & quelques uns de fes attraits
. Je fais que la fortune eft l'idole du
monde ; mais parmi les ames communes ,
il fe retrouve encore des coeurs nobles &
généreux. Vous en êtes la preuve , lui dit
modeftement Madame de l'Ormon. Moi ,
Madame , s'écria - t - il ! fi j'avois eu une
DE FRANCE. 17
Couronne , vous m'auriez fait encore bien
de la grace en me permettant de vous l'offrir.
Mon Curé , reprit-il , ne prenez pas
cęci pour une phrafe de Roman : de votre
vie vous n'avez entendu rien de plus vrai
ni de plus jufte .
Le dîner fut de ce ton là . L'air content
du mari , la férénité de la femme , leur
courage à l'un & à l'autre , le caractère
de loyauté , de cordialité , de franchiſe qui
anobliffoient leur pauvreté , me la déguifoit
à moi-même , & me perfuadoit qu'il
ne leur manquoit rien.
Cependant , après le dîner, étant allé avec
POrmon parcourir ce qu'il appeloit magnifiquement
fes demaines : Etes- vous bien ,
lui demandai- je , auffi heureux que vous
femblez l'être ? Non , me dit - il , j'ai un
poids fur le coeur ; & ce n'eft pas le regret
des biens auxquels j'ai renoncé , mais
le reproche des bienfaits que j'ai reçus &
que l'on croit, avec quelque apparence, que
j'ai payés d'ingratitude. Je vous le jure
mon ami , par tout ce qu'il y a de plus
faint : fi M. de Glancy étoit perfuadé que
je n'ai ceffé de l'aimer , de l'honorer , de
voir en lui un fecond père ; déshérité par
lui , réduit à cet état de médiocrité , de
détreſſe , nul homme fur la terre ne feroit
plus heureux que moi . Mon unique chagrin
eft de paroître ingrat , & de n'avoir
pas même l'efpérance que mon oncle foit
détrompé .
MERCURE
S'il eft poffible , il le fera , lui dis - je .
Mais il m'a défendu de vous nommer à
lui ; & je connois fon caractère : il faut
l'attendre & ne pas le heurter.
Nos adieux furent attendris par les plus
vives proteftations d'une amitié inaltérable.
Je baifai mille fois les deux jolis enfans ,
j'embraffai leur bon père ; vous l'avouerai je
enfin ? je me laiffai embraffer par leur mère ;
& je partis.
Mais je fus trifte dans mon voyage . Plus
mes amis m'avoient paru confolés de leur
infortune plus j'en étois inconfolable .
J'ai eu toute ma vie du regret à voir la
richeffe entre les mains de ceux qui en
étoient avides , & je l'ai toujours fouhaitée
à ceux qui l'eftimoient le moins .
Dans le temps dont je parle M. de Verval
père vivoit encore , & il étoit ici . Je lui écrivis
de Paris , comme il avoit eu la bonté de le
vouloir ; & plein de mon objet , j'en dis
quelques mots dans ma lettre. Mais le lieu ,
comme les perfonnes , étoit marqué par
des étoiles. Je ne défignois rien . Il prit ce
récit pour un conte fait à plaifir , & dont
j'avois voulu embellir mon voyage . Ce fut
à fon dîner que ma lettre lui fut remife.
Ah ! dit - il , c'est le bon Curé qui me
donne de fes nouvelles. Et favez- vous à
quoi il s'amufe à Paris ? à faire des Romans.
En voici un effai . Il lur tout haur ma
lettre . Notre oncle étoit de ce dîner. Il
favoit en quel lieu s'étoit retiré fon neveu;
DE FRANCE. 19
d'Orambré l'en avoit inftruit ; & ce lieu
étoit fur ma route. La fituation le frappa ;
il devina le refte , & il fe retira rêveur &
agité ; mais fa penſée le fixa fur le foupçon
, que j'avois moi-même pris ce détour
pour l'émouvoir , & que l'arrivée de la
lettre au moment du dîner de M. de
Verval , avoit été préméditée .
,
>
-
-
-
A mon retour , j'allai le voir. Il me reçut
froidement me dit deux mots de mon
voyage , me répondit à peine lorſque je lui
parlai de lui-même & de fa fanté. Enfin
après un long filence : Monfieur le Curé ,
me dit- il en fronçant les fourcils , je vous
connoiffois bien des talens , mais non pas
celui de faire des contes . Des contes !
mɔi , Monfieur ? Qui , des contes qu'on
lit à table , chez M. de Verval , & qu'on
trouve fort amufans. Je vous entends ,
Monfieur , vous parlez d'une lettre ou
j'ai légèrement & vagurement tracé le tableau
d'un ménage heureux par
fes
dans le fein de la pauvreté , tel que je
vencis de le voir. Ah ! ce n'est point un
conte c'eft la vérité toute fimple. Et
cette vérité , Monfieur , vous la divulguez
à plaifir ? - Hélas ! peut- elle être cachée ?
Et cependant je n'en ai dit que ce que
l'amitié la plus difcrète en a pu dire ; &
je l'ai dit innocemment, C'est donc in--
nocemment , reprit-il avec amertume , que
l'on met fon ami en fcène ? -Et qui vous
dit , Monfieur , que j'aie parlé de vous ? -
vertus
-
20
MERCURE
"
-

Qui le dit ? moi , qui l'ai entendu ; moi
qui n'ai que trop vu que la ſcène étoit
arrangée , & que l'on m'y invitoit pour m'en
faire rougir. Ni M. de Verval ni moi
lui dis je en me levant , ne connoiffons
ces tours d'adreffe & de malice . Quant à
moi , j'atrefte le Ciel que l'intention que
vous m'attribuez ne m'eft pas venue dans
la penfée ; & je fuis étonné que vous ne
m'ayez pas mieux connu . Quoi ! vous vous
en allez , me dit - il avec émotion ! Oui ,
je m'en vais , pour ne plus vous trouver
injufte. Injufte de me plaindre , lorfque
après m'avoir fait myſtère ! .... Il s'arrêta .
De quoi vous ai -je fait myftère ? lui demandai-
je en le preffant. - De vos liaiſons avec
un homme qui m'a caufé des chagrins mortels
. C'étoit là que je l'attendois . Monfieur
, je ne fais point , lui dis- je , partager
des reffentimens dont la rigueur m'afflige
autant que la durée. Ils répugnent à
mon état , & plus encore à mon caractère.
Quant à mes liaiſons , je n'en fais myſtère
à perfonne. Il eft vrai qu'avec vous j'ai
gardé un filence que vous m'avez impofé
vous-même ; mais ce filence n'eft point
celui de la diffimulation ; & fi l'on ne veut
point favoir ce que je penſe , au moins
faura-t-on bien toujours ce que je fais. Au
furplus , je déclare que pour perfonne au
monde je n'aurai la foibleffe de facrifier
l'amitié. Et moi , Monfieur , & moi , me
dit - il avec violence , je ne fuis donc pas
DE FRANCE. 21
votre ami ?
-
-
- J'en ai deux ; vous en êtes
un; mais je n'abandonne point l'autre. -
L'autre eft un infenfé . — Il l'a été peutêtre
; mais il n'eft point ingrat , mais il eft
honnête homme , mais je le croyois malheureux
: tous ces titres me font facrés . ·
Malheureux peut - il ne pas l'être ? — Il
l'eft d'aimer , de révérer un homme injufte
qui le hait.Encore ! un homme injufte !
-Oui , très injufte , de faire un crime d'une
faute , & de profcrire un innocent. C'eſt
une chofe étrange , repris- je , en le voyant
ému , qu'avec un fac d'or à la main , on
fe croye armé de la foudre , & qué pour
un moment d'erreur , de délire , que fais -je ?
de cet égarement dont la caufe eft fi pardonnable
, on faffe gloire d'être inflexible
& qu'on fe condamne foi-même au tourment
de toujours hair ! - Non , je ne le
hais point, non, je l'aimai toujours ; & puiſqu'il
faut le dire, je l'aime encore pour mon
fupplice. Pour votre fupplice ! Ah grand
Dieu ! C'eft donc un fupplice d'aimer ,
d'aimer les fiens ! Oui , c'en eft un pour
ce coeur trop fenfible , que l'ingratitude a
bleffé. Non ! point d'ingratitude , interrompis-
je avec toute ma force. Ce vice n'a jamais
fouillé l'ame du vertueux jeune homme
qui vous chérit , qui vous honore , qui
vous bénit dans fa misère , & qui pour
vous donneroit tout fon fang. Qu'il vienne
donc , dit il , fe jeter dans mes bras avec
fa femme & fes enfans ; car tout ceci

22 MERCURE
1
-
m'excède ; il faut que j'en finiffe ; j'ai be
foin de fommeil ; & vos peintures romaneſques,
dont je fuis pourfuivi, ne me laiffent
aucun repos. Victoire ! s'écria Juliette , je
m'y attendois , & j'ai prévu le moment
de votre bonheur. Eh non , Mademoifelle
, vous n'y êtes pas encore , dit le Curé.
Ce n'eft pas cependant qu'une révolution
fi prompte dans le coeur d'un homme
irrité & qui fe croyoit implacable , në me
causât bien de la joie ; mais j'avois encore
bien des peines à éprouver avant que d'être
au bout.
J'écrivis au plus vîte à l'Ormon d'ar
river ; & il ne fe fit pas attendre. La réconciliation
de fon oncle avec lui fut fincère
& attendriffante : Madame de l'Ormon ,
fes enfans dans fes bras , rendit , comme
vous croyez bien , le tableau plus touchant
encore ; & je jouis de ce fpectacle avec
délices. Mais je ne fais quelle amertume
reftoit au fond du coeur de M. de Glancy.
L'Ormon s'en apperçut ; & attentif à ne pas
fe rendre indifcret , il le pria , peu de jours
après , de lui permettre d'aller , avec fa
femme , vaquer aux foins de la moiffon.
Cette fimplicité de moeurs ne déplut point
à M. de Glancy. Mais leur départ , au
lieu de l'affliger , comme je l'efpérois ,
parut le foulager d'une fecrète inquiétude ;
& dès le lendemain arriva M. d'Orambré.
Son voyage ne fut pas long; & il s'en alla
moins content que de coutume. J'attribuai
DE FRANCE.
le fouci que je croyois lui voir , au rappel
du pauvre exilé.
Cependant , l'oncle , fans nous le dire ,
s'appercevoit d'une altération progreffive
dans fa fanté . Il devint tous les jours
plus fauvage & plus folitaire . Il ne voyois
que moi.
Sur la fin de l'automne , il eut dos pronoſtics
trop certains de fa mort prochaine.
Mon ami , me dit- il un jour , mon fang
fe décompoſe , ma poitrine s'engage , & je
commence à refpirer péniblement ; il eft
temps de penfer à moi. Vous m'avez vu
profondément bleffé de la conduite de l'un
de mes neveux . Dans ma colère , je fis un
teſtament , & dans ce teſtament je le déshéritai
. J'inſtituai l'autre mon légataire
univerfel. Je l'appelai ; & en exigeant que
le fecret de mes dernières volontés ne fût
révélé qu'après moi , je l'en rendis dépofitafre.
Ma colère s'eft appaifée ; & la Nature,
ou , fi vous voulez , la juftice a repris fes
droits. J'ai fait rappeler d'Orambré , & je
lui ai demandé ee teftament déposé dans
fes mains. Eh quoi mon oncle , m'at-
il dit , avez - vous pu croire que je
laifferois fubfifter un acte que le chagrin
» vous avoit dicté ? J'ai refpecté votre
reffentiment ; mais il auroit été cruel à
» moi d'en abuſer . Je ſuis riche , l'Ormon
» ne l'eft pas ; votre héritage eft fa feule
26
efpérance. Votre teftament l'en privoit ;
» je l'ai brûlé. J'espère que mon oncle
24 MERCURE
و د » voudra bien me le pardonner «. Mon
ami , s'il eſt vrai qu'il l'a brûlé , c'eſt une
belle action ; & je l'en crois capable : je
n'ai jamais rien vu de ce jeune homme
qui ne témoigne en fa faveur ; mais je fuis
naturellement foupçonneux , je vous le
confeffe ; & s'il m'avoit trompé ! ... A ces
mots , fes yeux fe fixèrent fur les miens
pour me confulter ; mais les miens fe baifsèrent
, & mon filence fut ma réponſe.
A demain , me dit- il : je vois que c'eſt ici
une des chofes fur lefquelles il ne faut ja
mais demander confeil.
Le lendemain , nouveau tête- à - tête . Celui-
ci fut intérellant . Mais , il me fit promettre
d'en garder le fecret jufqu'aux dernières
extrémités ; je le promis , & je veux
lui tenir parole.
Dès ce moment , tous les nuages de fa
penſée me femblèrent fe diffiper. Il fit venir
fes deux neveux , les traita l'un & l'autre
avec une bonté pareille , leur recommanda
la concorde , pria Mde. de l'Ormon d'oublier
le paffé , careffa fes enfans , & ,
parmi ces careffes , tourna ſouvent les yeux
vers moi avec douceur , en figne de recommandation
. Dieu fait fi j'en avois befoin !
La veille de fa mort , exhortant d'Orambré
à fe choifir , comme l'Ormon , une vertueufe
compagne : Hélas ! dit - il , je me
fuis dérobé le feul prix de la vie , j'en ai
perdu le charme , quand je me fuis condamné
moi - même à cette froide & trifte
viduité du célibat. Son
1
DE FRANCE. 725
Son caractère naturellement bon , avoit
perdu toute fon âpreté ; fon ame s'étoit
amollie ; & la manière douce & tendre
dont il avoit reçu & recueilli dans fon fein
l'Ormon , fa femme & ſes enfans , les avoit
vivement touchés. Ils le pleuroient comme
un bon père ; mais leur douleur étoit fans
fafte : celle de d'Orambré fit plus d'éclat.
Ainfi quelques jours fe paffèrent , après fes
funérailles , à mêler enfemble nos larmes ,
& à répandre nos regrets.
Cependant je m'appercevois qu'infenfiblement
d'Orambré prenoit dans la maiſon
l'air & le ton de maître , qu'il avoit l'oeil
à tout , & qu'il s'étoit faifi des clefs . Je
crus donc voir de l'équivoque dans fes intentions
, & je voulus m'en éclaircir.
*
Je demandai aux deux neveux s'il ne
convenoit pas de faire mettre les fcellés
dans la maifon , en attendant que l'on fit
l'inventaire Cela eft inutile , me dit d'Orambré
d'un air froid : nous n'aurons
`point de demêlé enſemble. Et quand je fus
feul avec lui : M. le Curé , me dit-il , vous
m'avez mis mal à mon aife . Je ne veux
point affliger l'Ormon . Cependant il fant
qu'il connoiffe notre fituation refpective .
Vous favez quelle a été pour moi l'eftime
l'amitié de M. de Glancy. J'étois garçon ,
il me connoiffoit peu difpofé au mariage
il regardoit mes biens comme affurés à
l'Ormon & à fes enfans. Il a bien voulu
joindre fon héritage au mien , & m'en
N. 23. 5 Juin 1793.
B.
"
2
26 MERCURE
"
rendre dépofitaire. Il m'a inftitué fon légataire
univerfel ; & l'acte qui contient fa
volonté dernière eft en mes mains , j'en
fuis porteur. C'eft une chofe fàcheufe à
dire face à face ; vous êtes bon & fage ,
vous êtes notre ami ; c'eſt à vous de la
faire entendre.
Monfieur , lui diş-je , il eſt poffible que
dans un moment de violence & de colère
la bonté naturelle de M. de Glancy ait
éprouvé quelque altération . Mais c'eſt un
de ces mouvemens que l'on doit oublier :
la Loi les défavoue ; & une probité délicate
ne doit jamais s'en prévaloir, Je ne
fais pas pourquoi , me dit- il d'un ton fec ,
vous attribuez à la colère une prédilection
conftante , invariable , connue de tout le
monde , & dont vous- même avez été témoin.
Je la fuppofe , répliquaii je , cette
prédilection , dont vous avez pour vous
toutes les apparences ; a-t - elle pu rendre
cruel , injufte , impitoyable jufqu'au dernier
foupir; un homme naturellement &
fincèrement vertueux Avez - vous pu le
croire? Oferiez- vous le dire ? Oferiez-vous
bien l'affirmer Monfieur le Curé , reprit- il ,
votre zèle paffe les bornes . Je me modère ;
imitez -moi. Pardon , Monfieur , lui dis -je ,
& fèulement deux mos encore. La Nature
& la Lei font un jufte partage des biens
de M. Glancy. Riche comme vous êtes
n'en eft- ce pas affez pour vous de la moi-
Bié ? En enviez-vous l'autre à M. de l'OrDE
FRANCE. 27
mon? Rendez , croyez-moi , cet hommage
à la mémoire de votre oncle , d'effacer jufqu'au
fouvenir de ce qu'il a défavoué par
la plus éclatante réconciliation . Chacun a
fes maximes , Monfieur le Curé , me dit -il :
ma manière à moi de rendre hommage à
la mémoire de mon oncle , c'eft de ne rien
changer à fes difpofitions & d'accomplir
la volonté. Je n'infifterai pas , lui dis-je , &
je vous laifferai le temps de changer de
réfolution . Mais , Monfieur , fi je fuis réduit
à défendre les droits de M. de l'Ormon ,
comme je m'y . fens obligé , j'attaquérai
je vous en avertis , vos prétentions immodérées
; & peut-être aurez vous à vous em
repentir. Un fourire amer & dédaigneux
répondit à cette menace , & ili finit en me
priant de difpofer l'Ormon à fe retirer fans
éclat.
Dès ce moment je défefpérai de le voir
changer de langage . J'attendis cependant
jufques au lendemain , pour voir fì la réflexion
n'auroit pas amené quelque fentiment
de pudeur.
Le lendemain matin je demandai à l'un
de fes gens comment fon Maître avoit paffé
la nuit. Il m'affura qu'il avoit dormi d'un
Sommeil très- paifible , & qu'il venoit de
s'éveiller. L'indignation me faifit , & armé
de tout mon courage je me rendis au déjeûner.
Il y vint plus délibéré que je ne
l'avois jamais vu. Monfieur d'Örambré ,
dis-je en le voyant , paroît avoir dormi cette
B 2
28 MERCURE
nuit du fommeil du Jufte . Comme vous , M.
le Curé, me répondit l'audacieux . Comme
vous me parut infolent à l'excès. Il carcffa
les enfans de l'Ormon , parla d'un air affectueux
à leur mère , lui dit que fes enfans
étoient les ficns , que vraisemblablement
il n'en auroit point d'autres , &
qu'ils feroient les feuls auxquels pafferoit
tout fon bien ; & puis s'adreffant à l'Ormon
: Ne vous offenſez pas , lui dir il ,
que notre oncle ait voulu que ce foit de
mes mains qu'ils reçoivent fon héritage ;
c'eft un dépôt que je conferverai pour eux
avec le plus grand foin .
L'Ormon interdit le pria de s'expliquer.
Quoi ! M. le Curé ne vous a donc pas
dit , reprit-il froidement , que M. de Glancy
a fait de moi fon légataire , & qu'il en a
laffé le titre dans mes mains ? Je ne l'ai
pas dit , repliquai-je , & vous en favez la
faifon. J'ai voulu laiffer à votre confcience
le temps de vous parler ; mais puifqu'elle
fe tait , c'eft à moi de me faire entendre ;
& alors m'adreffant aux deux époux , que
je voyois , frappés d'étonnement , fe regarder
l'un l'autre : N'accufez pas , leur dis-je ,
de vous avoir trompés , cet oncle qui en
mourant vous a tendu les bras. Non , 'ne
le croyez point capable d'avoir infulté an
malheur de vos enfans par de faux femblans
de bonté & par des careffes perfides.
Sufceptible & prompt , il a pu dans fa colère
vouloir déshériter un neveu qu'il aimcit;
DE FRANCE. 19
mais il n'a pu vouloir lui en impofer avec
une douceur traîtreffe. Il vous a pardonné ,
& en vous pardonnant il a voulu vous
voir rentrer dans tous les droits de la Nature.
Il a voulu que ce teftament , que lui
avoit dicté la colère , vous fût à jamais inconnu.
Il a voulu qu'il fût anéanți , & il
l'a redemandé pour n'en laiffer aucune
trace. On lui a dit qu'il étoit brûlé. Qui
le lui a dit , demanda le fourbe ? Vous ,
Monfieur. Moi ! →→Vous-même ; je l'affirme
fur fa parole. Monfieur le Curé , reprit-
il , l'éloquence a beau jeu lorfqu'elle
fait parler les morts ; elle ne rifque pas de fe
voir démentie. Ce n'eft pas moi , Monfieur,
lui dis-je, que votre oncle démentiroit , s'il fe
faifoit entendre du fond de fon tombeau,
Tren.blez que fa cendre ne fe ranine , &
que le Ciel , pour vous confondre, ne permerte
à fa voix de rompre le filence de la
mort. A ces mots , il me regarda d'un air
moqueur. Eh bien , repris- je , il ya parler,
puifque vous ofez l'y contraindre . Et dans
Pinftant je tirai de ma poche un fecond
teftament que le mourant m'avoit laiffé.
Lifez tout haut , Monfieur , dis- je à l'Or
mon : voilà fa volonté dernière. Il lur , &
par ce nouvel acte , ce fut lui qui fut déclaré
feul héritier des biens de M. de
Glancy.
D'Orambré frappé de la foudre , garda
un moment le filence , & puis reprenant
fon audace : On voit , dit- il , dans cet
B
3
30
MERCURE I
écrit la féduction auriculaire ; je ne tarde .
rai pas à la faire connoître , & nous faurons
s'il eft permis d'abufer , avec ce manége ,
de la foibleffe des mourans. , Il fortit outré
de fureur , & peu d'inftans après nous
entendimes partir fa chaife .
La révolution avoit été fenfible , fur le
vifage de Madame de l'Ormon & de fon
mari. Mais je n'y apperçus , grace au Ciel,
aucun figne d'une indécente joie , & tout
à coup je vis l'Ormon tomber dans un abattement
incompréhenfible pour moi. Mon
ami , me diil , c'eft à préfent que vousme
croyez bien heureuxs c'eft à préfent que
je le fuis moins que jamais , car je me
fens coupable. Il vient de fe paffer en moi
des mouvemens affreux : én me croyant dést
hérité , l'indignation m'a faifi ; j'ai du fond
de mon coeur , pour la première fois , outrag
le meilleur des hommes , mon bienfaireur
, mon fecond père , que j'avois offenfe
, qui m'avoir pardonné, & quim'avoit
comblé de biens. Le bon jeune homme pouvoit
à peine anticuler ces mots ; la honte
lei étouffuit la voix. Allons , dit il , allons
du moins fur fon tombeau demander pardon
à fon ombre. Hélas ! plus que jamais
j'ai befoin de le rendre miféricordieux envers
moi.
CC Ce fut là , ce fut en voyant ruiffeler fur
la pierre qui renfermoir lá cendre de M.
de Glancy , les pleurs du repentir & ceux
de la reconncillance ; ce fut ea voyant les
DE FRANCE. 31
deux, époux incliner leurs enfans fur cette
tombe révérée & la leur faire baifer avec
amour; ce fut alors que je jouis avec une
tranquille & pleine volupté. Qu'ils furent
touchans l'un & l'autre ! Ils me devoientbeaucoup
, ils ne l'ignoroient pas ; & ni
l'un ni l'autre dans ce moment ne s'occupa
de moi . Leur coeur fut tout entier au véritable
objet de leur reconnoiffance. Mais
ce devoir rempli , la fimple amitié eut fon
tour ; & j'eus lieu d'obferver combien le
reflentinent des bienfaits élève & anoblit
encore les belles ames. Pour nous , me
difoient- ils , le premier des biens , & celui
auquel nul autre n'eft comparable , c'eft de
favoir que ce généreux hemine nous a aimés
jufqu'à la fin , mais après cette douce &
précieufe idée , celle qui nous eft la plus
chère , cel'e au prix de laquelle tout l'or
du monde feroit vil , c'eft de penfer queele
retour de fes bontés , nous le devons au
zèle d'un ami tel que vous. Ah ! de grace ,"
leur dis je , fi j'ai contribué à rapprocher
de vous un bon parent , ne m'en ôtez pas
le mérite. Que m'en reftera- t-il quand vous
l'aurez ppaayyéé aauu centuple de fa valeur ? 11
n'y auroit plus de vertu à bien faire , f
l'on trouvoit par tout des cours auffi reconnoillans.
t
Par M. Marmontel. )
67
B
4
32. MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eft Porte - feuille ,
celui de l'Enigme eft Baffinoire ; celui du
Logogriphe eft Proue , où l'on trouve Rue ,
Peu, Peur, Or, Ut, Ré, Pérou , Pore, Roue.
J'AI tr
CHARADE.
' AI trois pieds bien comptés : le riche a le premier ;
On trouve le fecond chez le Marchand Drapier ;
Tous deux font à la fin détruits par le dernier ;
Une Ville-Duché fur Loire eft mon entier.
Par M. Valànt. )
NOURRIE
ÉNIGM E
OURRIE au fein des airs dans le vuide inconnu.
Je plane fur ce globe & fur Thétis ma mère ;
J'offufque quelquefois l'Aftre du jour , mon pèrè ;
Voituré par les vents, mon corps humide & nu....
Mais pour me de viner , Lecteur , point de torture ;
Epèle feulement ma quadruple encòignure .
( Par M. Quellier. )
DE FRANCE. まず
LOGOGRIPHE.
Fils du Luxe & des Arts , j'ai le fot avantage
ILS
De n'être confaeré que par un fol ufage 3
Composé de futilités ,
Inconnu du vulgaire ;
Je fuis des fuperfluités
Le frivole dépofitaire ;
Et mon fort eft d'être toujours
Le moins utile , & le plus néceffaire
Des meubles dont lesGrands fe fervent tous lesjours.
Si vous voulez , cher Lefteur , me connoître ,
Cherchez dans mes dix pieds , vous verrez l'élément
Dont Montgolfier s'eft rendu maître ;
Deux notes ; ce fruit excellent
Qre Lucullus nous apporta d'Afie ;
L'oifeau de Canarie ;
Des Romains le plus grand ;
De vos fecrets le sûr dépofitaire ;
Le nom du Roi ; ce qui l'éclaire ;
Ce que maître Martin
Sur fon dɔs porte en al´ant au moulias
L'arme ordinaire du Sauvage.
Ab ! voilà , direz- vous , beaucoup de verbiage :
J'en conviens ; oui , j'ai parlé trop ,
Puiſqu'avec vous il ne faut qu'ua feut mot,
Par M. Maquin. }
BS
34
MERCURE
1.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LETTRES écrites de la Trappe par un
Novice ; mifes au jour par M. *** . A
Paris , chez Garnery , Libraire , rue Serpente
, No. 17. Hike..
&
E double objet de ces Lettres , également
utile & bien rempli , eft de faire
voir comment fe forme ce dangereux enthroufiafme
qui conduir aux extrêmes
comment il fe gaerir . Il eft vrai que le
motif qui mène à Trappe le jeune
homme qu'on fuppofe avoir écrit ces Lettres
, pouvoit être mieux choit . Il aimoit
une Comédienne , & il la trouve , le matin,
couchée avec fon Lequais . L'on conçoit aifément
qu'une grande paflion traversée ou
trompée jette dans un grand défefpoir , &
que le d'efpoir rend capable de tout ; mais
il y a telle espèce d'infilélné qui produit
réceffairement le mépris ; & l'on a
peine à comprendre comment un homme
renonce à tent pour avoir trouvé une Comédienne
couchée avec un Laquais. C'étoit
tout au plus le cas d'en faire autant que
Fontenelle , qui difoit que le jour que fa
Maitreſſe l'avoit quitté, il étoit refié enfermé
chez lui toute la journée.
DE FRANCE.
35
Quoi qu'il en foit , notre jeune homme
court à la Trappe , & fou imagination ,
déjà vivement émue , ne manque pas d'être
frappée , comme cela eft arrivé louvent
de l'afpect impofant & lugubre qui s'offre
à fes yeux.
""
Car de l'amour à la dévotion .
Il n'eft qu'un pas l'un & l'autre eft foibleffe,
"
a très bien, dit Voltaire. Une converfatione
avec le Père Abbé achève de lui renverfer
la tête. Il tombe dans l'extafe de l'admiration
au récit des prodigieux détails, qu'on
Iki fuit fur la vie que inènent ces étranges,
Cenobites. L'un , Dom Albéric , dans la
» maladie qui termina fes jours , fupplicit ,
» le Pere Abbé de lui ôter l'utage du
" bouillon , qu'il regardoit comme une délicatelle
, Panure, Dom Dorothée, échangea
fon pain , en fecret & pendant long-
" temps , contre le pain du chien de la
maifon celui - ci fe retanchoit fur le
fommeil , fur fes pauvres alimens ; fur
» l'eau , & il auroit voulu , difoit - il , ne
refpirer l'air qu'à moitié ; celui-là , foulé
aux pieds par un taureau , pouffe enfin
» un ci de douleur , & s'en confelle en
» rendant le dernier foupir. Un Novice de
quinze ans fe livre à de telles auftérités
" que tous les nerfs le rétréciffent. Le Père
» Saturnin fa nommé par les Domeftiques
le Cheval de la Trappe , à caufe de
"
"
BG
36 MERCURE
22 . fa force & de fon ardeur infatigable au
» travail , s'indigne de fon embonpoint , &
» pour le perdre fe ferre l'eftomac fi vio- ,
lemment avec une courroie, que la nour-
» riture ne peut plus paffer , & qu'il lui
» vient des abcès confidérables au cou & ..
» au côté , il fourit tandis qu'on l'opère.
Que dires- vous de cet autre Religieux à
qui on demandoit , au bout de deux ans
» de profellion , s'il étoit content , & qui
»' répondit : Hélas ! non, je me porte bien?
Je pourrois vous en rapporter cent exemples
pareils ".
."
95
Il faut avouer que voilà de fingulières
vertus & qui ne paroiffent pas fort utiles
au monde. Mais on répond : Qu'est- ce que
ce monde d'un moment , en comparaiſon
du monde éternel ? J'en dirai davantage
tour à l'heure. Il faut voir l'entretien de
l'Abbé avec le Néophyte , & l'effet qu'il
produir.
و د
Ah ! m'écriai- je en me levant au bout
» de quelque temps , dites - moi , je vous
» prie , mon Père , quelles qualités font
requifes pour être reçu ?
>>
"
ود ·
Cet afle , répondit il , eft ouvert à
» tous les pécheurs touchés de repentir ;
» on eft bien venu à abjurer ici l'ambi-
» tion , l'orgueil , la luxure , & toutes fortes
» de vices . Les voleurs même , que le
» Morde abhorre , trouvent chez nous une
» reffource pour expier leurs crimes ; notre
Règle leur vaut le fupplice.
23
DE FRANCE. 37
1
" Quel genre de vie ! quoi ! aucun plaifir?
Il n'en eft point , même d'innocens
» pour ceux qui ont mérité d'être damnés.
" Un de nos Religieux favoit deffiner , it
lui fur défendu de deffiner ; un autre
aimoit à lire l'Hiftoire eccléfiaftique, cette
» lecture lui fot interdite.
» Ce travail des mains cft-il quelquefois
» adouci ?
» Non. L'Abbé de Rancé refufa un No
» vice , qui , en cueillant des herbes , évi-
» toit trop foigneufement les ronces.
» Et ce filence , n'en difpenfe t on ja- "
» mais ?
» Un jour le feu prit au Monaſtère , il
» fut éteint fans que perfonne eût parlé..
» Vous êtes plus heureux que les autres,
puifque l'ufage de la parole vous eſt
permis.
"3
25
" Je fuis plus malheureux que les au-
" tres , puifque par-la j'ai plus d'occafions
» de pécher.
30 ·
Vos Pères vivent- ils long- temps >
Quelques uns deviennent âgés ; en
général , on meurt ici de bonne heure .
Nous avons , Dieu merci , quinze ma-
» lades.
"
» Pouvez- vous du moins voir quelque-
» fois vos parens ?
» Dieu feul eft notre famille.
» Eres vous contens ?
"
Nous n'afpirons qu'à l'Eternité.
38
MERCURE
"
your
""
"
3
La franche énergie de ces réponses
» eut bientôt mis fin à mes queftions. Ah !.
» comme la fublimité de cet entretien m'avoir
élevé au deffus de moi - même ! .
" Comme mes penfees & mes affections .
» s'épuroient ! Comme devant les images .
de la pénitence , de la Religion & de .
Dieu , l'image de cette Courtilane deve- .
noit petite & difparoilloit dans le loin-
» tain ! Le Père m'arracha à mes réflexions ,
" pour me dire qu'il alloit me procurer un
fpectacle plus frappant que tout ce que ,
j'avois vu , & plus utile encore , fi je ſa-. 1
vois en profiter. Il me mena dans une
falle balle deftinée à l'ufage que je vais
décrite. Toute la Communauté étoit alfemblée
dans ce lieu fombre. Un Frère.
arriva tenant une braffe de paille qu'il
étendit fur la terre , un autre Frère , qui ,
" marchoit far fes pas , étendit pareille-
">
"
"
ود
"2
و د
وو
་་
ment à terre de h cendre au même
" endroit ; enfin un Religieux , à fa der-
» nière heure, parut porté fur un brancard
" par deux Frères . Il étoit pâle , décharné ;
"
il avoit la mort dans les yeux. Dépolé lar
» cette couche funèbre, il fe ranima , fourit
» avec effort , puis , d'une voix languillante
» & baifant fa main , il dit adieu à fes
" .compagnons ; enfuite il joignit les mains
» de lui- même. Cependant les Moines ré
» citoient tour bas les prières des mourans,
, & l'Abbé s'écrioit en lui montrant tour
» à tour le Ciel & le Crucifix : Courage ,
DE FRANCE 39
" mon Frère , courage ! Vos fautes font
" efficées par le Dieu que vous avez reçu,
» & qui s'eft immolé pour vous. Voyez les
» Cieux qui s'ouvrent , & les Anges qui
vous appellent . Le moribond entra en ee
» moment dans les convulfions de l'agonie,
» & expira au bout d'une demi - heure.
" Ce fera bientôt , dit l'Abbé en fe tournant
du côté des affittaus , le tour de
chacun de vous ; ne vous abandonnez pas
» à une lâche confiance ; craignez l'Enfer...
» tremblez !
و د
و ر
"
"
"
» Je me retirai frappé de terreur fur ma
» vie pallée & fur mon état actuel . A deux
» heures après minuit , les Matines fonnè-
" rent ; je me levai fans avoir dormi , &
j'y alla . Figurez- vous , mon ami , cette
Eglife vafte & nue , devant l'Autel une
fcule lampe éclairant ces grandes ténèbres,
foixante Religieux partagés en deux
choeurs , & chantant les Pfcaumes avec
» onction tanoc ', aux endroits de fenti-
" ment , leurs voix s'affoibliffoient par degrés
, on n'entendoit Plus à la fin qu'une
efpèce de foupirs cadencés ; tantôt, lorf-
» que David fent les ardeurs d'une vive
piété , leurs tons fe ranimoient , leur pro-
» nonciation étoit ferme , accentuée , précipitée
. Ce que je défefpère de pouvoir .
vous faire comprendre , c'est l'effet tout
» extraordinaire de leur Salve Regina Cali.
Il commence par plufieurs , notes graves
» & monotones , puis tout à toup , on s'é-
33
"
"
33
"
40 MERCURE
"
lève , fur le dernier mor Cali, juſqu'à
» l'octave de la gamme. Ce paffage inat-
» tendu étonne , ravit , emporte l'ame jufqu'au
Ciel. Pour moi , je favourois , dans
» un coin , cette divine harmonie , & l'im-
" preffion que j'en recevois aidoit à mes
réfolutions timides & chancelantes . A
» demi- vaincu , il ne falloit plus qu'une
demi - fecouffe pour m'abattre aux pieds
», de Dieu ",
Voyons maintenant la contre partie . Le
jeune homme admis au Noviciat, fent bientôt
rallentir fa première ferveur , & une
converfation avec le Père Infirmier , bonhomme
affez nif , achève de détruire les
impreffions qu'avoit faites le Père Abbé.
» De l'aveu même du Père Infirmier , la
Trappe n'étoit pas exempte des vices &
» des abus qui fe remarquent ailleurs ;
» l'ambition n'y étoit pas inconnue. Lorfqu'il
venoit à vaquer quelque place importante
, on favoit bien la briguer. Les
Candidats , pour él der la loi du filence,
fe parloient par fignes. La vengeance y
avoit produit quelquefois d'étranges fcenes.
Un Père , offe fe d'un refus qu'il
» avoit effuyé de la part de l'Abbé , le prit
» tellement en haine, qu'à fa vue il éprou-
» voit un tremblement univerfel. Le jour
» de Pâques , tous les Religieux étant age-
» nouilles à la Sainte Table pour y rece-
» voir la communion des mains de ce pre-
» mier Supérieur , felon l'ufage , ce Père
- 33
DE FRANCE. 41
33
» qui , après bien des combats , s'étoit per-
» fuadé peut- être qu'il avoir furmonté fon
averfion , eut à peine apperçu le Père
» Abbé près de lui , qu'il détourna la tête ,
& repouffa de la main l'hoftie qui lui
étoit préfentée. Ce que l'efprit immonde,
c'eft -à-dire fans doute la Nature contrariée,
faifoit fouffrir à ces Solitaires , ne
» peut s'imaginer. Les récits du bon In-
» firmier me dévoilèrent , à cet égard , de
fingulières anecdotes .... ",
33
"3
"3
£1
L'Auteur rapporte ici des faits qu'il prétend
être prouvés , & qui pourtant ne font
guère de nature à l'être ; mais que , dans
tous les cas , nous ne croyons pas devoir
répéter : ils n'attefteroient qu'une corruption
par-tout naturelle à la foibleffe hu-'
maine , & ne ferviroient en tien à l'objet
de cet article.
» Il s'en falloit bien que tous ceux que
l'on recevoir à la profeffion , perfévéral
fent long- temps dans leur première ferveur.
Soit pour une raifon , foit pour
» une autre , le plus grand nombre quittoit
» tôt ou tard l'Inftitur. Plus d'une fois des
» Pères , même vieux , s'étoient enfuis en
» efcaladant les murailles. L'excès du défefpoir
auquel l'ennui les réduifoit , ne
≫ pouvoit m'être mieux peint que par le
» trait du Père Anfelme ( auparavant le
» Chevalier de Raci ) , qui , la nuit au mi-
» lieu de l'Eglife où tout le monde méditoit
à genoux , fe leva brufquement , &
23
19
42
MERCURE
ور
ود
ور
C.
» fe mit à crier : Qui eft-ce qui me tirera .
d'ici En tout temps il y avoit près du
tiers de la Communauté de malade . Pour
" un ou deux Moines qui finiffoient leurs.
jours , tranquillement dans la douce con- ,
viction ,
'ils étoient fauvés , combien
» n'en voyoit-on pas qui mouroient défef- .
» pérés au milieu d'horribles convulfions !.
" Le Père Infirmier me révéla , avec my .
*
وو
"
ور
tère , que les exemples de ceux qui at- .
» tentoient à leur propre vie, étoient affez .
fréquens. Il y en avoit toujours plufieurs
» d'allez heureux pour perdre de bonne ,
» heure la railon ".
31 noun a gb guna
Toutes ces confidences engagent, le No-,
vice à faire de ferieufes réflexions fur l'état,
qu'il vouloit embraffer ; il les met par écrit
& les joint aux lettres qu'il envoie à fon
ami ; elles font fort bien développées, &
contiennent tout ce que la raifon & l'humanité
préfentent de plus fort contre un
genre de vie fi extraordinaire . Pour conchufon
, le Novice détrempé quitte la Trappe
Cen eft fait , je revole dans les bras de
mes parens , dans les bras de mes amis..
Je veux rentrer dans mon ancienne pro- .
» feffien , fervir. ma Patrie & mon Roj ;
» cultiver de plus douces vertus que cells .
qu'on vante ici , être pieux, mais qutre .
„ ment ; jouir, dans toute leur plénitude &
dans toure leur pureté ,des douceurs d'un
» amour légitime ; réparer enfin par les
plus fages moyens le double malheur de
92
DE FRANCE. 43
23
m'être laiffé captiver par un amour cri-
» minel , & d'avoir embraffé un fyltême
» outré ".
Il et sûr qu'aux yeux du bon fens
humainement parlant , cette manière de
vivre , fi oppofte à la Nature , paroît
totalement abfurde. Cependant une réflexion
qu'on n'a peut - être pas encore
faite & qui peut éte de quelque importance,
fi l'on en faifit bien l'efprit, c'est que
pour quiconque eroit fermement à la Religion
Chrétienne , pour quiconque a june
véritable . foi , les Solitaires de la Trappe ,
les anciens Pères du défert , tous ceux enfin
qui ont embraffe le même fytême, font de
tous les Chrétiens les plus raifonnables &
les plus confequens , ou plutôt fort les
feuls qui le foient. N'eft - il pas vrai que
l'Evangile ne parle que, de ha prodigieufe
difficulté de faire fon falut dans le Monde ?
Que felon l'efprit de cet Evangile , il n'y
a qu'une chofe né effaire : Porro unum eft
neceffarium ? N'eft - ce pas dans re fens
qu’Auguſtin a dit : Per calcatum perge patrem
, per calcatam perge matren : Aiter
à Dieu en foulant aux pieds votre père ;
alliz à Dieu en foulant aux pieds vatre
mère? Donc, fi l'on croir à cette doctrine
de l'Evangile , confirmée fans ceffe par
tout ce qu'on lir dans les Pères , & par tout
se qu'on entend dans la Chaire , il faut
abfolument êre de l'avis de Pafcal , &
convenir qu'il y a de la folie à balancer
44 MERCURE
entre l'intérêt d'un moment & celui de
l'éternité : donc fi tous les Chrétiens étoient
de vrais croyans , bientôt le monde ne feroit
habité que par des Reclus & des
Vierges ; & pour peu que la Providence
accélérât le miracle qui nous eft promis de
la converfion de tous les Peuples au Chriftianifme
, & que tous ces Peuples fuffent
conféquens dans leur croyance , la Terre
ne feroit bientôt qu'une vafte Thébaïde.
Dans ce cas , il eft probable que bientôt
auffi le Monde finiroit ; mais qu'importe ?
l'Eglife militante n'en feroit que plus tôt
& en plus grand nombre l'Eglife triomphante
; & l'on fait que tout n'existe icibas
que pour les Elus. Voilà le principe &
les conféquences. Il eft impoffible de refeter
les unes fi l'on admet l'autre ; je laiffe
à ceux qui font capables de réfléchir ,
voir ce qu'ils en doivent penfer.
( D ... }
Situation politique de la France , & les rapperis
acteels avec toutes les Puiffances de l'Europe
; Ouvrage dont l'objet eft de démontrer ,
par les faits hiftoriques & les prinsipes de la
faine politique , tous les maux qu'a canfés à la
Franco l'alliance Autrichienne , & toutes les fautes
que le Ministère François a commifes depuis l'époque
des Traités de Verfailles de 1756 , 1757
& 1758 jufqu'à nos jours. Adreffé au Roi & à
l'Affemblée Nationale ; par M. de Peyffonnel ,
DE FRANCE. 45
ancien Conful général de France à Smyrne , & c.
2e édition. 2 Vol . in - 8 ° . A Neuchâtel ; & fe
trouvent à Paris , chez Buiffon , Lib . rue Hautefeuille
, No. 20. Prix , 6 liv. br. & 7 liv. francs
de port par la Pofte .
Cette édition eft augmentée d'un Chapitre fur
Malte , d'un autre fur Genève , & de plufieurs
autres Additions , formant so pag. L'Auteur de
cet Ouvrage eftimable vient de mourir prefqué
fabitement.
A V IS.
La Lundi , 14 Juin & jours fuivans , il fera
procédé , rue Royale , Butte St - Roch , Nº. 25 ,
à la vente des Livres de la Bibliothèque de feu
M. le Baron d'Holbach , fi célèbre par fes connoiffances
perfonnelles & par fes relations avec
les Gens de Lettres & les Savans les plus diftingués
de fon temps..
Cette Bibl othèque offre une Collection trèsprécieufe
, fur-tout de Livres de Sciences en tout
genre.
LA Dame Boquin vient de découvrit & de
perfectionner en Blanc de la plus grande beauté ,
à l'ulage des Dames , fait pour conferver & embellir
la peau.
Elle continue depuis dix années de fabriquer
le vrai Rouge végétal , qu'elle fourmet au plus
févère examen ; elle fournit les principaux, Acteurs
& Actrices des grands Spectacles de Paris
& de la Province. Sa demeure est toujours rue
de Tournon , vis - à- vis l'Hôtel de Nivernois. On
s'adreffera chez Boulanger , près le Luxembourg ,
au ze. étage.
46
MERCURE
Avis AUX MUNICIPALITÉS ..
Une Société de Gens d'affaires vient d'établir
à Paris , fous la protection de l'Affemblée Nationale
, un Bureau d'Agence & de Correfpondance
pour le fervice particulier de toutes les
Municipalités du Royaume. Cette Société propofe
aux Adminiſtrations des Villes éloignées de la
Capitale , de fe charger de toutes les affaires
quelles auront à y traiter , foit auprès de l'Affemblée
Nationale , foit auprès du Gouverne-
' ment ; elle fera toutes les recherches , préfentera
les Mémoires & les Adreffes au Corps Légiflatif
, follicitera auprès des Miniftres & des Députés
de la Nation ; elle fuivra toutes les affaires
au Comité des Biens domaniaux & du Clergé ,
& en rendra compte régulièrement , moyennant
un Abonnement très modique , qui fera payé
chaque année d'avance & dans les proportions
fuivantes :
i
Une Ville , Bourg ou Village , dont la population
eft de 100 Habitans & au deffous , payera
par chaque année la fomme de 15 liv .; de 1500
à 500 , celle de 40 liv. ; de 5000 à 10 mille ,
celle de 100 liv.; de 10 mille à 20 mille , celle
de 150 livres ; de 20 mille à 40 mille , celle de
200 liv. On fera des arrangemens particuliers
avec les Villes dont la population eft au deffus
de 40 mille Habitans. On peut adreffer avee la
plus grande sûreté toutes les lettres & paquets ,
francs de port , à M. Millot , Agent des Municipalités
de France , rue de Grenelle , Fauxbourg
St-Germain , Nɛ. 308.

DE FRANCE. I 47
A
MUSIQUE.
Six Trio concertans pour Violon , Alto &
Violoncelle , par A. Lorenziti ; 1er. Livre de
Trio d'Alto . Príx , 9 liv. A Paris , chez Deroul
lède , rue St Honoré , près l'Oratoire.
GRAVURE.
La France divifée en 83 Départemens avec leurs
Chefs- lieux, fuivant le Décret de l'Affemblée Nationale
, fanftionné par le Roi le 15 Janvier
1790. Prix ,. 1 liv . 16 I. Cette même Carte, avec
les Décrets fanétionnés , qui ordonnent & préfentent
la divifion de la France en 83 Départemens
& 546 Districts , 2 liv . 8 f. br. A Paris , chez le
Sr. Defnos , Ing. Géog, & Libr, du Roi de Danemarck
, rue St- Jacques , N° . 254. a
2
#
Le même Géographe diftribue la Table des
Cartes contenues dans fon Atlas National & général
de la France, divifée en 83 Cartes , formant
chacune un feul Département. Chaque Carte fe
vend 2 liv. 8 f. , dont on peut fe procurer dès à
préfent 42 Numéros des 83 Cartes de l'Atlas ,
lequel fera fini inceffamment ' ; les Départemens
qui paroiffent font Paris , Verfailles , Lyon , Rouen ,
Befançon, Dijon, le Mans, Troie , Rennes, Arras,
Breft , Nantes , Avranches , Alençon , Nevers ,
Evreux , Orléans , Soiffens , Amiens , Melun ,
Auxerre , Bourg en Breffe , Saint-Brieux , Lons- le-
Saunier , Angoulême , Limoges , Clermont, Tulle ,
Vannes , Caen , St-Flour , Gueret ; Vefoul , Beauvais
, Châteauroux , Angers , Fontenai- le-Comte ,
Poitiers , Niort , Bourges , Moulins , Rhétel , &c.
?
48
MERCURE
DE FRANCE
.
SPECTACLES.
L'ESPACE nous a manqué pour quelques
Nouveautés dramatiques ; nous y reviendrons
, fi les matières nous le permettent.
Le Drame du Comte de Comminges , par
M. d'Arnaud , a paru fur la Scène avec
beaucoup de fuccès .
On a donné fur le Théatre Italien la
Soirée orageufe , Pièce en un Atte , de M.
Radet , mufique de M. d'Aleyfac. Çer Ouvrage
a réuffi
ε .
HANGMOR
Dans un nouvel Opéra , intitulé le Due
Gemelle , mufique de Guglielmi , & donné
fur le Théatre de Monfieur ; a paru la
Signora Morichelli , célèbre Cantatrice ,
qui a joui d'un plein fuccès.
MÉPLIQUE.
Vers.
TAB LE
La Liberté do la Prefe.
La Veillee, 6e. Hiftoire.
2 C
Chorale. Enig. Lag.
Lettres,
Spectacles.
#32
34
48
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 12 JUIN 1790.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
A M. le Curé du Fauxbourg Bretagne ;
près Péronne , qui m'avoit fait redemander
plufieurs fois un Recueil de Poéfies ,
intitulé Mes Souvenirs , qu'on lui avoit ·
pris pour me prêter.
ON'N dit , qu'armé d'une houlette ,
Le Dieu des Vers fe fit Berger ;
Que fous ce coftume étranger
Il garda les troupeaux d'Admette
Mais pour vivre moins ignoré ,
Depuis il quitta la campagne ,
Nº. 24. 12 Juin 1790
MERCURE
Et voulut fe faire Caré
Da joli Fauxbourg de Bretagne
Là , du galant Anacréon
11 prit la figure & la lyre ;
D'Horace il joignit le délire
A la fageffe de Platon .
Fixé fur ce nouveau Parnaſſe ,
Il y règne cacore aujourd'hui ;
Et , pour être heureux , il en chaffe
Les Pédans , les Sots & l'ennui .
Je voudrois offrir mon hommage
A cet Apolion tonfuré ;
Je voudrois , de fon Art facré,
Sous les yeux faire apprentiffage :
J'irois , en humble Bachelier ,
Chez lui le prier de m'admettre ;
Et peut -être que l'Ecolier
Deviendroit digne un jour du Maître.
Alors je pourrois lui remettre
Ce Recueil tant redemandé ,
Ce Recueil dicté par les Mufes ......
Mais recevra-t-il mes excufes
De l'avoir fi long- temps gardé ?
( Par M. Paultier d'Elmotte. )
MIBLIOTHICA
REGIA
MONACENSIS
DE FRANCE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Orléans ; celui
de l'Enigme eft Nuée ; celui du Logogriphe
eft Néceffaire , où l'on trouve Air, Ré, Si ,
Cerife , Serin, Céfar, Sein, Sire, Cire, Sac, Arc.
ON
CHARADE,
N sème mon premier ,
On entend møn dernier ,
Je nage en mon entier.
( Par M. Lefevre , Carme . )
ÉNIG ME.
QUOIQUE Quoique je verfe à pleine coupe
Sur l'homme toutes mes faveurs ,
L'ingrat cruellement me coupe
Sans être touché de mes pleurs.
( Par le même. )
LOGO GRIPHE.
Lis Dryades fortent des bois ,
Le fein paré de fleurs , la naïve Bergère
C
MERCURE
Va folâtrer fur la fougère
Dès qu'elles entendent ma voix ;
En dépit des Hivers , la Nature refpire ,
Et prête aux beaux jours paſſagers
L'égalité de fon Empire ,
Pour les Grands & pour les Bergers.
Dans mes neuf pieds que l'on remarque ,
On voit le titre d'un Monarque ;
Ce qui nous annonce la nuit ;
Un Pape qui fit peu de bruit ;
Un animal très-formidable ;
Le nom d'une habitation ;
Un grand Chaffeur felon la Fable
Et mis en Conſtellation ;
La montagne du Roi Prophète ; ..
Un animal dormeur & nuifible aux jardins ;
Le petit d'un oifeau qui fauva les Romains ;
Du père des François le fidèle interprète ;
Un fleuve de l'Egypte ; une trifte couleur ;
Un uftenfile de cuffine ;
En France une célèbre fleur ;
Un métal qui par- tout domine,
Lecteur , je ne dis rien de plus ,
Et ma Mufe peu propre aux propos fuperflus ,
Pour fourire au retour de la faifon nouvelle ,
S'arrête aux chants de Philomèle.
(Par M.de Bellancourt , Ch. de S, Louis .)
DE FRANCE Si
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
DES Loix Pénales , par M. DE PASTORET,
Maître des Requêtes , de l'Académie des
Infcriptions & Belles Lettres , &c. &c. A
Paris, chez Buiffon, Libraire, rue Hautefeuille
, N°. 20.
CET Ouvrage important donne une juſte
idée de la manière dont les hommes , véritablement
éclairés fur les objets d'utilité
publique , peuvent alléger les travaux de
l'Affemblée Légiflatrice , & y contribuer
eux - mêmes en lui apportant comme en
tribut les fruits de leurs études & de leurs
méditations.
On n'y trouvera point cette hardieffe
d'opinion & de fyftême qui trop fouvent
dédaigne & les leçons du temps & l'autorité
de l'exemple : ce n'eft pas non plus
ce refpect timide & fuperftitieux qui rédige
en doctrine les erreurs même du paffé .
L'Auteur n'a négligé aucun des confeils de
l'expérience : il a confulté tous les Siècles,
il s'eft inftruit chez tous les Peuples , il a
été comme en conférence avec les plus
habiles Jurifconfultes & les plus fages Lé
C 3
Sof
MERCURE
giflateurs. Mais en recueillant les opinions,
il les a pefées dans la balance de la raifon
& de l'équité naturelle , & a donné en
dernier réfultat le témoignage intimè d'un
efprit droit & d'un coeur pur.
Le plan de fon Ouvrage eft fimple ; il
l'a divifé en quatre Parties dont voici les
objets . Principes généraux de Légiſlation
criminelle : Genres des crimes & des peines :
Rapports des peines aux circonftances qui
modifient les actions morales : Application
, proportion , uniformité , individualité
des peines : Vices à corriger dans notre
Légiflation .
Dans la première Partie , pour donner
à fes preuves une précifion plus rigoureuſe,
il pofe d'abord en axiomes quelques maximes
générales , qui ferviront de baſe à
fes opinions.
}
Enfuite il paffe à l'examen du droit de
panir , & du droit de faire grace.
" Dans une Monarchie bien ordonnée ,
» le droit de punir n'appartiendra jamais
» dit- il , au Prince ; mais fon devoir fera
» de furveiller l'exécution des Loix par
lui- même ou par fes Agens ".
"
A l'égard du droit de faire grace , il
combat fortement l'opinión de Montef
quieu .
"
[
» Ce pouvoir qu'a le Prince de pardonner
, dit Montefquieu , exécuté avec ſageffe
, peut avoir d'admirables effets : le
principe du Gouvernement defpotique ,
DE FRANCE.
-
"
ور
qui ne pardonne pas & à qui on ne
pardonne jamais , le prive de ces avan-
" tages ...... La clémence eft la qualité
" diftinctive des Monarques ".
Voulez - vous , lui répond M. de Paſto
ret , parcourir avec moi l'Hiftoire ? je vous
prouverai que le droit de faire grace s'eft
toujours accru en proportion de l'esclavage
des Peuples . On ne faifoit pas grace dans'
Rome libre ; on la faifoit fouvent dans
Rome efclave ..... Ayez des Loix douces,
& ne pardonnez jamais .
La difficulté , d'une part , eft d'avoir à
la fois des Loix douces & réprimantes ; &
de l'autre , de s'affurer que le droit de
faire grace , fagement exercé , comme dit
Montefquieu , fe bornera à des actions condamnées
, mais pardonnables. Rapprocher
les extrêmes , en tenir le milieu , c'eft - là
le grand problême ; & l'Auteur cherche à
le réfoudre en demandant , 1 ° . que fi le
pardon eft accordé au coupable & à l'offenfeur
, ce ne foit jamais au préjudice de
linnocent ni au détriment de l'offenfé ;
2 °. que l'exercice du droit de pardonner
foit réſervé exclufivement à la perfonne du
Monarque, & que ce droit , encore fi dangereux
dans fes mains , foit infiniment limité.
Pour l'homicide involontaire , il demande
que non feulement le Prince ait le
droit de faire grace , mais qu'il n'ait pas
le droit de la refufer : » En Angleterre ,
€ 4
MERCURE
"J
"
ajoute-t- il , le pardon n'abfour pas feu-
" lement le coupable ; il le purifie , & lui
~ rend tous les droits civils : en France >
» fon abfolution même le voue à l'infa-
" mie ". C'eft en quoi nous ne croyons
pas que l'opinion s'accorde avec les Loix ,
& perfonne ne penfe plus que le Prince
note ceux qu'il abfout.
L'Auteur s'engage dans l'hiftoire des
peines inventées chez les divers Peuples
du Monde ; & le tableau , quoique rapide ,
en fait frémir. A ces excès d'atrocité , il
oppofe l'excès d'indulgence de nos ancêtres
; mais c'eft un autre genre de barbarie.
Un Capitulaire du ge . Siècle n'inflige au
parricide qu'une pénitence publique & la
confifcation de fes biens. Un autre ne condamne
l'homicide qu'à une amende.
"3
"3
ל כ
» Les peines attaquent toutes , ainfi
» que les délits , un genre de propriété.
L'homme a la propriété de fa vie , de
fon corps , de fon honneur , de fa liberté
, de fa fortune. On le prive du
jour , on le livre à des tourmens , on le
» couvre d'infamie , on le jette dans les
fers , on s'empare de fes biens de là
» cette divifion commune en peines capitales
& en -peines non capitales , & de
celles-ci en peines afflictives , infaman-
" tes , & c. ".
33
99
La divifion des crimes par leurs rapports
avec la Nature , avec la Société avec la
Loi pofitive , lui paroît plus fimple & plus
ر
DE FRANCE. 57
jufte que toutes celles des Criminalites.
A Rome , on ne divifa long - temps les
crimes qu'en crimes publics & en crimes
privés . En adoptant cette divifion , que les
Athéniens avoient faite avant les Romains,
un nouveau Criminalifte a fubdivifé les
crimes publics en crimes moraux , civils ,
politiques , religieux ; & les crimes privés
en crimes qui attaquent l'honneur , la propriété
& la sûreté perfonnelle . M. de Paftoret
ne trouve à retrancher de cette divifion
que les crimes religieux.
"
» La Loi , dit-il , punit l'action , jamais
l'opinion. Celle- ci, connue de Dieu feul,
» ne devient foumife à la Société qu'au-
» tant qu'elle trouble l'ordre public « ; &
ce crime rentre en effet dans la claffe des
crimes civils ou politiques.
Il difcute enfuite les queftions relatives.
à l'accufation , à l'accufateur & à l'accuſé.
Dans les crimes d'Etat , il paroît fe complaire
à honorer l'accufation publique par
les exemples de Rome libre & vertueuse
encore : » La Patrie , dit-il , n'étoit pas un
» mot impuiffant fur l'ame des Romains ;
» & pour accufer comme pour témoigner,
» il fuffifoit d'être infpiré par elle «. Fort
bien , mais il auroit fallu n'être jamais inf
piré que par elle .
Il reproche bien juſtement à nos Loix
d'avoir mis au droit d'accufer des bornes
fi étroites , qu'une mère eft non- recevable
à pourfuivre l'injure faite à fes enfans ,
CS
MERCURE
elle n'eft pas leur tutrice , & qu'une femme
eft également non - recevable à pourſuivre
l'injure faite à fon mari . Et qui auroit donc
ee droit , jufte Ciel ! fi une mère pour fes
enfans , une femme pour fon mari ne l'avoit
pas La Loi défend au fils d'accufer
fon père , & rien n'eft plus religieux , plus
naturellement facré que cette Loi ; mais
elle permet au père d'accufer fon fils. » La
défenſe , demande avec raiſon M. de
» Paftoret , ne devroit - elle pas être réciproque
« ?
وو
En autorifant l'accufation pour les crimes
d'Etat , il demande que l'accufareur calomnieux
foit puni. On déshonore la vertu , }
dit-il , en la faifant fervir de prétexte à
» la calomnie «. A Athènes , l'accufateur
calomnieux n'étoit pas feulement condamné
à une amende confidérable , il étoit noté
d'infamie ; on ne lui permettoit plus d'aceufer
; & fous peine de mort , il lui étoit
défendu d'entrer dans le Temple de Cérès
& de Proferpine . A Rome , fon front étoit
marqué d'un fer brûlant.
A l'appui de fon opinion en faveur des
accufations publiques , il rappelle un mot
de Solon, bien digne d'être remarqué : La
ville la mieux gouvernée , difoit ce fage
Législateur , eft celle où pour avoir droit
de pourfuivre un outrage , il ne faut pas
l'avoir reçu.
D'après cet axiome fi évidemment jufte ;:
que jufqu'au moment de la condamnation,
DE FRANCE.
$9
le coupable eft réputé innocent, il demande
pour lui une prifon faine & commode , &
qui ne foit qu'un lieu de fûreté . Il obſerve
que nos ufages n'accordent pas même à
l'accufé ce qu'on lui accordoit à Rome fous
le règne de la tyrannie. Au lieu d'adoucir
la privation de la liberté pour des hommes
dont le crime eft encore incertain , on leur
refuſe , dit-il , les premiers bienfaits de la
Nature ; & il peint l'horreur des cachots .
" Mais pourquoi un cachot ? pourquoi des
fers pourquoi cette profondeur dans-
» l'art de faire d'une précaution un fupplice
" ?
"9
"
"
Il eft , en effet , bien étrange que ce foit
fous les yeux d'une Magiftrature dont l'ef-'
prit & les moeurs n'avoient rien de fau .
vage , & au milieu d'un Peuple naturelle-'
ment doux & bon , que cet ufage horrible
le foit perpétué.
ود
Toutes les fois , dit M. de Paftoret ,
qu'on peut fuppléer à l'emprisonnement
" par une caution , l'humanité ordonne de
» le permettre , & la Juftice doit en rendre
» grace à l'humanité «.-
و د
"}
Il défireroit que l'accufé fût inftruit de
l'accufation , & entendu même avant le
décret. Chez les Grecs & chez les Romains
, l'information étoit publique com-
» me le refte de la procédure , & l'arcufe
" avoir le droit d'interroger les témoins ,
» toujours entendus en fa préfence . Elle
fut auf publique en France ne vers

C 6
60 MERCURE
">
» le milieu du 16e. fiècle. Ainfi l'uſage fi
» fouvent imploré , a été , pendant onze à
douze cents ans , conforme au voeu que
»> nous exprimons , & nos pères en avoient
» reçu l'exemple des premiers Peuples de
» l'Antiquité " .
Il examine les différentes eſpèces de convictions
; & après avoir balancé les avantages
& les inconvéniens de la preuve teftimoniale
, il reconnoît la néceffité de l'admettre.
Mais il veut qu'on rejette les préfomptions
& les indices. Il montre les dangers
des évocations , des commiffions particulières
, des cas privilégiés, &c . Il propofe
enfin quelques changemens dans la forme
des Jugemens criminels & dans la manière
d'y procéder.
2:3
Celle des Peuples anciens , dit- il , étoit
infiniment fupérieure à la nôtre ". Les
Magiftrats Athéniens donnoient leur opinion
par écrit , ils la fcelloient enfuite &
la dépofoient fur l'Autel de Vefta . Trois
fois ils la donnoient , & trois fois avec
une cérémonie religieufe. Une lenteur fi
fage n'eft que favorable à l'accufé. L'opinion
eft- elle inébranlable ? elle en devient
plus certaine , fi j'ofe m'exprimer ainfi . Eftelle
douteufe laiffez à la méditation le
temps de la changer & de l'affermir.
La feconde Partie eft employée à examiner
les différens genres de peines. L'Auteur
commence par la peine de mort ; & avant
que de hafarder fon opinion , il expofe
DE FRANCE. 61
fidèlement & à la lettre celle des Ecrivains
célèbres que cette queſtion a divifés , Monrefquieu
, Rouffeau , Beccaria , Mably &
Filangieri. Il ſe décide enfin pour l'opinion
de Beccaria , dont il n'adopte pourtant pas
les raifonnemens fophiftiques
Nous imiterons la franchife , & aux raifons
qu'il oppofe lui-même à Montefquieu,
à Rouffeau , à Mably , à Filangieri leur
Difciple , nous nous permettrons d'oppofer
à notre tour quelques réflexions , qui réduiront
peut - être le problême à ce degré
de précifion & de fimplicité d'où ſa folution
doit dépendre.
D'abord il nous paroît qu'on ne s'accorde
pas affez fur ce qu'on doit entendre par le
droit de punir.
Le droit n'eft pas une faculté , il la fuppofe
; mais bien fouvent elle lui manque
pour s'exercer , & il n'en exifte pas moins.
Le droit par conféquent n'eft pas une puiffance
; il n'eft pas non plus un devoir , car le
devoir oblige , le droit ne fait qu'autorifer.
Qu'eft - ce donc que le droit ? un caractère
de juftice imprimé à l'action par la Loi. Ainfi
le droit naturel nous femble être l'empreinte
de la Loi naturelle ; le droit public , de la
Loi fociale ; le droit des gens , de la Loi
commune entre les Nations : bien entendu
que pour être fouverainement légitime ,
Je droit aura beſoin de dériver de la Loi
naturelle , d'où doivent émaner toutes les
autres Loix. Nous avons mis cette défini
62 MERCURE
tion à l'épreuve d'une foule d'exemples ,
qui tous s'accordent avec elle ; & nous
croyons qu'elle peut foutenir le plus rigoureux
exainen .
Ce principe établi , la queſtion fe réduit
à favoir fi la Loi naturelle , c'est - à - dire ,
l'intention , la volonté de la Nature à l'égard
de l'efpèce humaine , a pu autorifer.
les hommes , pour leur commune confervation
, à détruire celui d'entre eux qui violemment
& volontairement attenteroit à la
vie de fon femblable ; fi chacun d'eux , au
moment que la Société s'eft formée , a pu
& dû fubir cette condition ; & s'il n'a pas .
été raifonnable & jufte que chacun d'eux ,
& tous enſemble d'un commun accord ,
fe foient dit : Celui de nous qui , ouver-,
tement & par la force , ou artificieufement
& par la trahifon , aura mis à mort foa
femblable , fera lui-même mis à mort.
Si d'après l'intention évidente de la Nature
, la Société a pu former ce pacte , &
chacun a dû y foufcrire , il eft jufte ; &
punir eft un droit pour la Société , quoique,
ce ne foit qu'un devoir pour la puillance
à qui l'exercice en eft confié.
Nal homme , dit Beccaria , n'a le droit
de fe priver de la vie ; nul n'a donc pu
donner aux autres le droit de l'en priver.)
C'eft un raifonnement fubtil & faux , dont'
M. de Paftoret a fenti le vice .
Nul homme n'a le droit de quitter le.
pofte où la Nature l'a placé ; nul homme
DE FRANCE.
n'a droit de trahir l'efpérance qu'il a don- .
née à la Société en naiflant dans fon fein ,
& en fe liant avec elle : nous le croyons
avec Socrate. Mais fi le pofte que l'homme
a pris eft celui d'un incendiaire , d'un affaffin
, d'un empoisonneur , a- t-il le droit
de le garder ? Eft- ce pour exercer dans la
Société le métier de brigand qu'il fe croit.
obligé d'y vivre ? La Nature l'a deftiné à
être utile , ou du moins innocent ( nous
n'ofons pas dire innuifible ) ; c'eft - là pour
lui en Société la condition de l'existence.
S'il détruit fes feinblables , il doit être détruit.
Suppofons qu'au moment où la Société
s'eft fait à elle- même certe Loi vengereffe
& confervatrice , quelqu'un des affociés
eût refufé de s'y foumettre , en alléguant
qu'il n'avoit pas le droit de difpofer ainfi
des jours que le Ciel lui avoit confiés ,
qu'auroit - on fait de lui ? ne l'eût- on pas
exclus & banni de la Société ? Chacun ,
par fon filence, s'eft donc foumis à cette
Loi auffi formellement que s'il l'avoit foufcrite
; & lorfqu'il s'eft rendu coupable , il
' a plus le droit d'en appeler .
Ici , l'Auteur objecte que nul n'eft engagé
tacitement & par fa naiffance à fubir
une Loi injufte ; & nous le croyons comme
lui.
Mais est -il injufte de détruire celui qui
a détruit fon femblable ? Oui , dit - on , fi
fans le détruire , on a pu s'affurer qu'il ne
34
MERCURE
feroit plus dangereux. Non , ce n'eſt pas
affez . La Loi en puniffant a trois objets
comme dit Sénèque , ou de corriger le coupable
, ou de rendre les autres meilleurs
par l'exemple du châtiment , ou de retrancher
de la Société les méchans , pour la
sûreté de tout le refte : Aut ut eum quem
punit , emendet , aut ut poenâ ejus cæteros
meliores reddat , aut ut fublatis malis fecuriores
cæteri vivant . Aulu Gelle y joint
le motif de vengeance pour l'offenfé , vindicatio
lafi ; mais cette vengeance nous
femble une intention peu digne de la Loi.
Il s'agit donc effentiellement de mettre
le coupable hors d'état de nuire , & d'épouvanter
par fon exemple ceux qui feroient
tentés de l'imiter ; & c'eft ici qu'il
eft intéreffant de voir , d'un côté , Beccaria
& M. de Paftoret ; de l'autre , Rouffeau
Mably & Filangieri combattre , ceux - là
contre , ceux-ci pour la peine de mort.
J
En dernier réſultat cependant ils s'accordent
tous fur la condition que la peine
foit néceffaire .
Un homme m'attaque , il en veut à ma
vie , je ne puis me défendre & la fauver
qu'en le tuant ; je le tue , j'en ai le droit
tous en conviennent. Pour que la Société
faffe de même , il faut auffi qu'elle ne
puiffe fe défendre autrement ; & tous en
conviennent encore . Une punition inutile
eft toujours injufte , dit Filangieri . Rouffeau
convient qu'on n'a droit de faire
DE FRANCE.
mourir و
même pour l'exemple , que celui
qu'on ne peut conferver fans danger : il
vient de dire qu'il n'y a point de méchant
qu'on ne pût rendre bon à quelque chofe
& il femble en cela oppofé à lui-même
s'il admet la peine de mort.
Mais il ne s'agit pas feulement de favoir
à quoi feroit bon le méchant ; il s'agit
de favoir encore fi l'exemple d'une autre
peine que la mort feroit affez effrayant &
réprimant pour fes femblables , & s'il fuffiroit
de condamner à vivre dans l'esclavage &
les travaux , l'affaffin , l'empoifonneur , le
parricide , l'incendiaire , dût- on tirer quelques
avantages de la vie qu'on leur laifferoit
dans les fers.
.
و
M. de P. établit lui -même en principe ,
que la Société doit immoler le coupable
fi elle ne peut le conferver fans danger.
» Tout cède alors , dit - il , au repos public
» & à l'utilité générale. Or il eft , pourfuit-
il , un crime tellement marqué à ce
caractère , qu'on ne peut refpecter les
» jours du fcélérat qui l'a commis . Je veux
parler de ces confpirations fecrètes , de
ces foulèvemens tumultueux qui mena-
» cent la Patrie , fi on ne fait à l'inftant
tomber la tête des factieux ou des principaux
conjurés , de tous ceux qui tiennent
dans leurs mains les fils obfcurs
dont la trame eft ourdie «,
"
n
"
Mais pour les autres
crimes il ne nous
paroît
pas affez fondé
à croire
la peine de
66 MERCURE
>
mort inutile , & quoiqu'il ajoute aux raifons
de Beccaria des idées nouvelles , & juftes
& profondes , nous ne croyons pas qu'ildétruife
ces raifonnemens de Mably : Tout
me dit qu'il n'y a plus d'ordre , de règle , de
fûreté ni de droit facré parmi les hommes , fi
le fort d'un Citoyen vertueux eft pire que
celui d'un meurtrier : c'eft cependant ce
qui arriveroit , fi je perdois le premier
le plus grand & le plus irréparable des
biens , tandis que mon affallin conferveroit
la vie. Tout me démontre que les
Loix contre le meurtre feront inutiles fi
on ne condamne pas le meurtrier à mort.
Sans cette Loi , la haine ou la vengeance.
d'un lâche pourroit fe fatisfaire en jouant
fi je puis parler ainfi , un jeu trop inégal
contre le Citoyen dent il méditeroit la
mort : l'un ne mettroit au jeu que fa liberté,
& l'autre y mettroit ſa vie.
Si un malheureux , ajoute Mably , con
damné à une prifon perpétuelle , devoit
conferver pendant toute fa vie les mêmes
fentimens de trouble de crainte & de
défefpoir qu'il éprouve dans le premier
inftant qu'on l'a précipité dans un cachot ,
il feroit plus puni que par la mort ; mais
dans ce cas ne faudroit- il point par huma
nité le débarraffer du poids de la vie ? Ne
nous faifons pas illufion ; la vie paffera
toujours chez les hommes pour le plus
grand des biens ; & il eft certain que la
rainte de la mort augmente le trouble &
DE FRANCE. 67
le malheur des prifons ; qu'il n'y a aucun
de ces fcélerats qu'on mène au gibet ,
qui ne regardât comme une faveur la pri
fon la plus dure , & les travaux les plus
pénibles. Un affaffin croit faire le plus
grand mal à fon ennemi en lui ôtant la
vie ; il regarde donc la mort comme le
plus grand des maux : c'est donc par la
crainte de perdre la vie qu'il faut arrêter
les emportemens de la haine & de la ven
geance. On parle fort à fon aife de ces
travaux pénibles qu'on vent fubftituer à
la peine de mort ; mais ne feroit-on point
embarraffé , fi je demandois qu'on entrât
à-deffus dans quelques détails ? Ces tra-,
vaux , quelque durs qu'ils foient , ne font- ils
pas fur toute la terre le partage de l'indigence
; & pourquoi voulez - vous que le
criminel & l'indigent aient le même fort ?
>
Ces confidérations nous femblent avoir
une grande force dans un pays où les travaux
les plus vils , les plus durs , les plus
meurtriers même trouvent des millions
d'hommes qui s'y dévouent , preffés par le
befoin de vivre , & où par conféquent la
feule indigence condamne des innocens
aux mêmes peines que pourroient infliger
les Loix aux plus grands criminels . Qu'est-ce
donc qui diftingueroit l'innocent d'avec
le coupable ? Une chaîne , une garde
une prifon ? Mais quelle chaîne affez forte
quelle garde allez fûre quelles prifons
multipliées contiendroient tant de fcélé-
>
68
MERCURE
rats ? Et quelle charge pour l'Etat que les
ftais & l'inquiétude d'une pareille furveil
lance ?
Dans les travaux publics , dit M. de P. ,
la fatigue ou la longueur journalière du
travail , la durée de la captivité , les adouciffemens
accordés ou refufés aux condamnés
, fourniffent des différences importantes
à faifir. Il diftingue auffi dans la
peine de la prifon trois degrés , la plus
rigoureuſe , la plus rude & la plus adoucie .
Mais prenez la lifte des crimes , & voyez
fi du larcin à
l'empoifonnement , au parricide
, au crime de l'incendiaire , vous
trouvez dans ces peines d'affez grands intervalles
& des degrés affez marqués , &
fi fur- tout les crimes qu'on peut commettre
dans les ténèbres , avec l'efpérance trop
vraisemblable d'échapper au fupplice , feront
affez fortement réprimés par la crainte
de la prifon ?
A l'effet que nous attribuons à la peine
de mort , l'Auteur oppofe un raiſonnement
qui feul , s'il étoit fans réplique , trancheroit
la difficulté , & concluroit en fa fayeur.
"
" La peine de mort fatisfait - elle au
» moins à l'utilité publique par l'exemple
qu'elle donne ? Elle n'y fatisfait
au lieu d'infpirer de l'effroi , elle infpas
, fi ,
" pire plutôt de la commifération pour celui
qui fouffre , & de l'horreur pour celui
qui le fait fouffrir ; fi tous les fpecta-
"
DE FRANCE. 69
"
39
"}
"
teurs , agités d'un frémiffement involon-
» taire , s'intéreffent malgré eux en faveur
de l'homme qu'on veut livrer à l'exécration
; fi l'effet en eft fi terrible , que
» déformais le Citoyen témoin d'un crime
» ne le dénoncera pas , quoiqu'il fente tout
l'avantage de s'affurer du coupable «.
Enfuite , réduifant ſon objection en dilemme
: » Les témoins , dit il , d'un ſupplice
capital , font où affligés ou con
tens. Sont - ils contens ? malheur à la
» Société renfermant des hommes qui en
voient mourir d'autres fans frémir !
Sont -ils affligés ? vous avez donc pro-
" duit un effet contradictoire . L'attendrif-
33
"
2
fement que l'on éprouve eft un cri de la
» Nature , qui avertit combien l'outrage un
" fupplice dont la terre eft enfanglantée “.
Mais cette alternative a un milieu indiqué
par l'Auteur lui-même , & ce milieu
nous femble être le point de vérité , Ļa
réflexion , dit - il , approuve le châtiment “;
mais l'inftinct eft en faveur du coupable
dès que la potence eft prête , la barre levée
, le bûcher enflammé. Ainfi , par cet
inftinct de fenfibilité qui nous fait compatir
aux fouffrances de nos femblables , nous
oublions le crime à l'inftant du fupplice ,
& nous plaignons le criminel . Mais cet
oubli n'eft que d'un inftant. Ni la penfée
qui le précède , ni la réflexion qui le fuit
ne font pour le coupable ; elles font en
faveur de la Loi qui l'a condamné , fi eile
V
MERCURE


´eft juftè , c'eſt - à - dire , fi la peine n'eft
point atroce ; & le fentiment qui nous en
rekte n'eft point de l'indignation , mais de
l'effroi , & de cet effroi falutaire qui
devenu habituel , fert de frein aux paffions
& de barrière au crime. Pour la plupart
des hommes, à dit l'Auteur lui - même
il n'eft d'autre morale que la crainte ; & il
n'eft point de crainte plus réprimante que
celle de la mort.
>
Du refte , fi l'on trouve que M. de P.
penche trop , comme nous le croyons ›
vers l'indulgence en décernant les peines ,
on ceffera d'en être furpris lorfqu'on lira
ce qu'il dit de lui-même. » Je l'attefte avec
ferment ; jamais , non jamais il ne parut
un criminel devant moi , fans me faire
éprouver de douloureufes émotions. Elle
vit encore dans mon coeur comme dans
ma mémoire , celle que je reffentis la première
fois où , chargé de rapporter un .
procès criminel , je templis ce terrible
miniſtère. La pâleur couvroit mon viſage ;
les pleurs rouloient dans mes yeux ; ma
bouche ne laiffeit échapper que des pȧro-
⚫ les mal articulées , un tremblement univerfel
s'étoit emparé de moi , & une fecrète
horreur faifoit friffonner tous mes fens »..
1
L'homme eft bien fûr de n'être jamais
trop rigourealement traité par de pareils
Ciminalites .
Dans la troifième Partie , l'Auteur analyfe
tous les rapports que les peines peuDE
FRANCE. 70
vent avoir , tapports naturels , fociaux ,
politiques , fortuits , légaux , métaphyfiques
, phyfiques , moraux , locaux & pécuniaires.
Il tire les rapports naturels des
droits de l'homme en général , & de la pofition
de l'offenfé envers le coupable , ou
du coupable envers l'offenfé . Sous ce dernier
afpect , en parlant de l'expofition des
enfans qui viennent de naître , action miſe
au rang des infanticides par de févères
Criminaliftes , il rappelle avec attendriffement
les hofpices que fonda l'humanité.
Au lieu de pourfuivre un délit , dit - il ,
on porte le nouveau né dans cet afile
pieux , où veillent fans ceffe une charité
active & une bonté compatiffante.
Là pourtant, continue-t- il , dans ce féjour
augufte de l'humanité , un uſage qu'elle
défavoue vient affliger ma pensée . Que
de pleurs il a couté à la Nature ! Condamné
à l'impuiffance de nourrir lui - même les enfans
, le pauvre eft quelquefois obligé de
profiter de l'afile offert par la bienfaifance
publique mais en y recourant , un regret
mortel le dévore , & fon ame , dont l'el
pérance eft le feul bonheur , aime à fe proimettre
qu'un jour il retrouvera les embraffemens
paternels . Le voyez - vous re
doublant de travail & d'économie , pour
acquérir quelques reffources , qui , en fai
fant partager fon fort ne faffent pas
partager du moins fon ancienne infortune
Malheureux tes travaux feront inutiles :
و
72 MERCURE
en te rendant ton fils , on ' te forcera impérieulement
à donner le prix de ſa ſubfiftance
; & fi tes facultés n'y fuffifent pas ,
la prifon t'attend ! La prifon pour un
infortuné dont tout le crime fut de fe fouvenir
qu'il eft père !
Les rapports fociaux font au nombre de
fix ; rapports de la peine avec l'influence
du crime , avec fa publicité , avec le trouble
qu'il caufe , avec la difficulté de s'en garantir
, avec la multiplicité des crimes
avec le rang du coupable ou de l'offenfé.
Les rapports politiques ne font qu'au
nombre de trois ; rapports avec le temps
où les peines furent établies , avec le degré
de civilifation du Peuple auquel on les
inflige , avec les principes de fon gouvernement.
Les rapports fortuits naiffent de
la qualité du crime , de la manière dont il
a éré commis , des inftrumens dont on
s'eft fervi pour le commettre , du nombre
des coupables & du degré de complicité
, de toutes les circonftances qui ont
précédé ou accompagné l'action , de l'évènement
; les rapports légaux , du caractère
des preuves , des préfomptions du crime ,
de la difficulté de le découvrir , & de
l'influence des Loix civiles fur les Loix
pénales ; les rapports métaphyfiques , des
caufes ou des motifs de l'intention du
coupable , de fon intelligence ou de fon
inftruction , de l'intérêt de l'accufateur ;
les rapports phyfiques , de la fituation phy
fique
DE FRANCE.. 73
>
fique de l'accufé , de fon sèxe , de fon
âge; les rapports moraux , de l'éducation
nationale de l'opinion publique , de la
Religion , des moeurs des Peuples ; les rapports
locaux , du climat , de la patrie du
coupable , du lieu & du temps où le délit
a été commis ; les rapports pécuniaires ,
de la valeur ou de la quantité de l'objet
du crime , de la richeffe des Peuples , de
la fortune de l'accufé.
M. de P. ne fe contente pas de préſenter
ces rapports d'une manière générale , il les
développe avec toute l'étendue dent ils
font fufceptibles : ils lui fourniſſent tour
à tour l'occafion de traiter les queftions
les plus importantes , & d'appliquer à notre
Légiflation criminelle les maximes ou les
infpirations de la Philofophie & de l'humanité.
Les Loix pénales ne feront jamais bien
obſervées , ſi , après en avoir faili les rapports
, le Légiflateur n'établit une proportion
exacte entre les peines & les délits ,
& fi leur impartialité ne garantit la punition
certaine de tous les coupables. C'eſt
l'objet principal de la quatrième Partie.
En général l'Auteur paroît donner la préférence
aux peines infamantes ; mais comme
l'infamie eft fondée fur l'opinion beaucoup
plus que fur la Loi , la Loi , dit - il , n'en
punira point une action que la Société
ne regarde pas comme infame. Elle n'enverra
pas le Contrebandier aux Galères
N°. 24. 12 Juin 1790.
D
74
MERCURE
& encore moins le Faux-faunier à la mort.
Elle ne croira pas dégrader un Citoyen en
le faifant rentrer dans la claffe utile du
Peuple . Elle re fouffrira pas que le banniffement
, peine d'un délit allez léger
entraîne l'infanie , tandis qu'il n'y en a aucune
pour le fupplice de la tête tranchée ,
qui fuppofe toujours un grand crime .
Le défaut de proportion entre les peines
& les délits , eft un des plus grands
vices de la Légiflation Françoife. L'Auteur
cherche les moyens d'y remédier.
Les Peuples anciens compenfoient quelquefois
la peine du crime par les actions.
utiles ou glorieufes du coupable , M. de P.
s'élève contre cet ufage ; il ne veut pas
davantage qu'elle puiffe être compenſée
par l'aveu que fait un des complices . Rien
ne mérite moins la faveur des Loix , dit it,
que la délation ; & fi elle pouvoit jamais
être autorifée , ou plutôt fi l'impunité
dans ce cas , pouvoit jamais devenir utile
ce feroit dans les momens de trouble &
de fédition , où il y a de grands malheurs
provenir & de grands attentats à dévoiler ;
mais d'un autre côté , dans ces momens ,
l'exagération ordinaire des efprits , la facilité
de croire ce qu'on foupçonne , les
craintes des hommes foibles , les intérêts
obfcurs des hommes méchans , la méfiance
univerſelle , je ne fais quelle inquiétude
ombrageufe dont la vertu même ne fe défendra
pas & elle a plus de bonté que de
DE FRANCE.
לע
courage , une forte d'électricité rapide avcc
laquelle toutes les fenfations fe communiquent
, & qui difirait toujours la réflexion
ou la penfée ; tour contribue à rendre la
délation plus dangereufe encore au milieu
des troubles publics , que pour les crimes
ordinaires .
>
L'Auteur expofe enfuite les avantages
de l'uniformité & de l'individualité des
peines , les dangers de leur cumulation
de leur févérité , de l'arbitraire laiffé aux
Juges , de la partialité des Loix pénales , &
de leur contradiction avec les idées politiques
, morales & religieufes ; il profcrit les
différens moyens inventés pour affurer au
coupable une impunité dangereufe ; il étabit
les principes qui doivent régler les
condamnations , l'exécution des jugemens
criminels, & les réparations dues à l'homme
Le accufé , ou injuftement
damné.
་ ་་་་
L'efpace que nous avons donné à la
grande queftion de la peine de mort , nous
a obligés de nous reftreindre fur tout le
refte de l'Ouvrage. Mais foit que dans la
troiſième Partie , embraffant fon fajet d'une
manière plus étendue , l'Auteur le pénètre
dans tous les fens pour faifir & développer
les rapports nombreux & divers que
les peines peuvent avoir avec les circonftances
qui accompagnent le crime ; foit
que dans la quatrième Partie il tienne la
balance entre l'homme coupable & la So-
D 2
76
MERCURE
ciété offenfée , pour marquer la proportion
qui doit être obfervée entre les peines
& les délits ; par tout le fage appréciateur
, le Savant , le Jurifconfulte , le Philofophe
, l'Ecrivain pur, quelquefois éloquent ,
fe fait connoître ; par-tout l'homme de bien,
l'homme jufte , fenfible , compatiffant fe fait
aimer. ( M ..... )
BIBLIOTHÈQUE de l'Homme public , on
Analyfe raifonnée des principaux Ouvrages
François & Etrangers fur la Politique
en général , la Légiflation , les
Finances , la Police , l'Agriculture & le
Commerce en particulier , & fur le Droit
naturel & public ; par MM. le Marquis
3 CONDORCET , DE PEYSSONNEL , LE
CHAPELIER , & autres Gens de Lettres.
Tomes 1 , II , III & IV. A Paris , chez
Buiffon , Libraire , rue Haute - feuille ,
Hôtel de Coëtlofquet , Nº. 20 .
و
Au moment où la chofe publique prend
unc face nouvelle , les Citoyens de toutes
les claffes font intéreffés à s'inftruire d'une
manière dont peu de perfonnes , dans la
Littérature même , avoient jufqu'à préfent
étudié les élémens. La Politique , c'eſt- àDE
FRANCE. 77
dire l'Art de gouverner les hommes , étoit
un objet de pure fpéculation ; d'une part ,
ceux qui arrivoient à l'Adminißration
portés par le hafard ou par l'intrigue , &
n'ayant fait aucun noviciat , alloient jofqu'à
en méprifer la fcience ; & de l'autre
côté , les Philofophes qui en avoient approfondi
la théorie , n'étoient certainement
pas appelés à la pratique. Déformais que
le talent , le favoir , & fur-tout la vertu
auront droit de parvenir à tout , il faut que
chaque Citoyen fe tienne prêt à occuper
le pofte où l'appellera la Patrie , & conféquemment
qu'il fe pénètre des principes
généraux qui font la bafe & comme le rudiment
de toutes fonctions publiques.
Tel eft l'objet que fe font propofé les
Rédacteurs de l'Ouvrage que nous annonçons
; ils ont voulu , par la voie de l'analyfe
, réunir dans un petit nombre de Volumes
ce que les Ecrivains de tous les fiè-.
cles ont compofé pour la Politique générale
& particulière . C'eft , comme ils l'intitulent
, une Bibliothèque , qui épargnera
l'acquifition & l'étude de nombre d'Ouvrages
utiles & rares que tant de perfonnes
ne connoiffent que de nom & n'eftiment
que fur parole ; faute d'avoir, les uns , la faculté
de fe les procurer ; les autres , le temps,:
la volonté , & même le talent de les lire .
Le premier Volume contient un extrait
de la Politique d'Ariflote , qui préſente le
D 3
78 MERCURE
tableau intéreffant des Républiques de la
Grèce. A cet Ouvrage fuccède la Répu
blique de Bolin , ce Politique à qui l'immortel
Montefquieu a eu des obligations.
qu'il n'a pas diffimulées ; une Analyfe de
L'état du Commerce en France au commencement
du 17e. fiècle , tirée d'un Manufcrit
du temps & des Mémoires du Duc de
Sully ; les Difcours de Machiavel fur les
Décades de Tite -Live ; & le faineux Traité
de cet Ecrivain , qu'il a intitulé Le Prince ,
& dont Rouleau recommande aux Peuples
la lecture, qui leur déchiffrera le fecret des
Tyrans.
On trouve dans le Tome IIe. les Effais
moraux & politiques de Hume, qui donnent
l'idée la plus impartiale de la Conftitution
actuelle de l'Angleterre ; & le Gouvernement
civil de Locke , Traité plus univerfel,
plus riche de grands principes , quoiqu'il
ne foit pas exempt d'erreurs.
Les III & IVe . Volumes comprennent les
Avis & Confeils de Guichardin , l'Etat &
fuccès des affaires de France, par Duhaillan ;
des Recherches très intéreffantes & trèsérudites
fur la population ; mais fur - tout
une Analyfe de ce Traité fur la nature &
les caufes de la richeffe des Nations , préfent
ineftimable que M. Smith a fait à
toutes les Nations , & M. Roucher à la
Littérature Françoife ; & dont l'extrait a
cela de particulier , qu'il inſpire le défir
DE FRANCE. 79
on pourroit dire qu'il commande le befoin
de lire l'Ouvrage entier.
A la tête de chacun des Traités inférés
dans la Bibliothèque, eft un Effai fur la Vie
de l'Auteur, & en Tableau abrégé du fiècle
où il a vécu . La diftriburion des matières.
jerre fur ce travail auftère quelque variété ,
la feule grace dont il foit fufceptible ; les
grandes vûes d'utilité qu'il préfente , & le
nom des illuftres Auteurs femblent en garantir
le fuccès.
- Du Service des Hôpitaux Milicaires rappelé
aux vrais principes ; par M. COSTE ,
premier Médecin des Camps & Armées
du Roi. De l'Imprimerie de Monfieur. Se
trouve à Paris , chez Croullebois , Libr.
rue des Mathurins -Sorbonne. Prix , 3 l.
br. , in- 8°.
1.
CET Ouvrage , attendu depuis longtemps
par les Militaires & par les Officiers
de fanté attachés aux Troupes , eft dédié
au Roi ; il a été préfenté à Sa Majefté & à
l'Affemblée Nationale. La première Partie,
deſtinée à éclairer , en 1787 , les opinions
du Confeil de la Guerre , en 1788 , celles
da Confeil de Santé n'avoit obtenu de
ces Commiffions ni l'accueil ni le fuccès
que l'Auteur devoit fe promettre de fon
>
&o MERCURE
zèle , de fon expérience & de fes talens. Ib
la publie aujourd hui avec des additions.
qui ne laillent rien à délirer fur cette matière
importante . Il ne pouvoit fe décider,
à donner fon travail dans un moment plus .
favorable que celui où le Comité Militaire
lui offre des Juges éclairés & des Apréciateurs
intègres. La caufe du Soldat malade eft
traitée dans cet Ouvrage avec tout l'intérêt -
qu'elle infpire. Un plin fimple , économique
, ou , pour mieux dire , conftitutionnel
, puifqu'il rentre dans le plan général
adopté par l'Affembiée Nationale; s'y trouve
fubftitué aux difpofitions onéreufes & arbitraires
qui ont totalement dénaturé des
Etabliffemens auffi refpectables , auffi nationaux
que l'étoient les Hôpitaux Militaires
. Par tout ici la vérité eft mife à la
place de l'erreur , & la démonftration rigoureufe
diffipe les chimères , les hypothefes
& les promeffes des Faifeurs . Si l'Auteur
de cet Ouvrage a honoré fon état dans
les deux Mondes , c'eft fur - tour par fon
courage à profeffer la vérité , & à juſtifier
dans fes Ecrits & par fa conduite cette:
Epigraphe , qui peut être confidérée comme
fa devife : Videre verum , atqui uti res eft
· dicere.
DE FRANCE. SI
ON
A VIS.
N mettra en vente , Landi prochain 14 du courant
, Hotel de Thou , rue des Poitevins , Nº . 18,
la 35e. Livraiſon de l'ENCYCLOPÉDIE .
Cette Livraiſon eft compofée de la quatrième
Partie des Plarchies du tableau Encyclopédique
& méthodique des trois Règnes de la Natore ,
Far M. l'Abbé Bonnaterre ; conterant la fuite
des Figures des Oifcaux , & le Difcours complet
fur l'Ophiologie ou les Serpens ; du Tome
premier , 2e. Partie , de la Médecine , par une Socié
é de vingt Médecins ; du Teme premier , 2e.
Partie , de l'Agriculture , par MM . Thoun , Jardinier
en chef du Jardin du Roi , & de l'Académie
Royale des Sciences , & l'Abbé Teffier , de la
même Académie .
Le prix des deux demi -Volumes de Difcours
, eft de ..... 11 liv.
Brochure des deux demi-Volumes ....
Le prix des cent Planches de cette Partie
d'Hiftoire Naturelle , à 4 f. ci..
Les douze feuilles de Difcours & la brochure
.....
I
20
I
TOTAL. 33
liv.2
32 liv.
Prix en feuilles ...
Nota. Le prix des Volumes de Planches d'Hiftoire
Naturelle eft le même en feuilles ou brochés .
Le port de chaque Livraiſon eft au compte des
Soufcripteurs.
82 MERCURE
Avis aux Gens de Lettres & aux Amateurs des
bons Livres & des bonnes Editions , par une Société
Littéraire , Typographique & Nationale.
Au milieu des Imprimeries qui s'élèvent de
toutes parts , il n'en eft point , à la honte du
goût , qu'un bon Ouvrage puiffe trouver libre , au
moins à un prix raifonnable ou or linaire ; il n'en
eft point qui n'ait abandonné , éloigné , & qui ne
refufe encore tout Ouvrage d: longue haleine ,
on qui ne tient pas à un parti & à une circonftance
du moment. C'eft pour obvier à cet incenvénient
, & malgré la défaveur des circonſtances ,
que la Société Typographique- Nationale s'arrange
de manière à pouvoir offrir au Public, dans tout ce
qu'elle imprimera , le bon marché qui détruit ou
éloigne peu à peu les contrefaçons , une exécution
belle & prompte , pour ainfi dire , à volonté , qui
fatisfaffe à la fois , fuivant les objets , le goût &
l'empreffement des Amateurs. S'adreffer , pour
plus de renfeignement , comme pour la brochure,
reliure , & même le fatinage des feuilles qu'il diftribuer
un pcrriixs f... A , ཕོ་ག་ ས་བ
la Soci té Littéraire- Typographique - Nationale ,
quai des Auguftins .
Nouvelles , ou Annales de l'Art de guérir , par
le Docteur Retz , l'un des Médecins ordinaires da
Rei , & c. Tome VI . A Paris , an Bureau des
Annales de l'Art de guérir , rue St - Honoré , près
celle des Frondeurs , No. 238 .
Nous avons annoncé avec de juftes éloges les
premiers Volumes de cet Ouvrage vraiment utile.
Manuel Militaire , pour le Réglement de fervice
& de police , à l'ufage de la Garde Natiomale
, tant de Paris que des Provinces ; Ouvrage
8.
DE FRANCE. SI
rendu public à l'invitation de M. de la Fayette
par M. de Bacon. A Paris , chez Bidet fils le jeune ,
Libr. rue Dauphine ; & au Palais-Royal. Prix , 1 1.
16 lous.
Cet Ouvrage utile eft fait pour être placé entre
les mains de tous les Volontaires Nationaux qui
vendront remplir patriot quement l'importante
miffion que leur ont fait ambitionner l'amour &
la gloire de leur pays. On y traite de tout ce qui
a du rapport aux élémens du fervice militaire ,
& qui peut en atfurer l'exécution .
De la Conflitution du Duché ou Etat Souverain
de Normandie ; des variations qu'elle a fubies depuis
Rollon jufqu'à la préfente Révolution ; des
Droits , Immunités , Priviléges , Franchiſes , Libertés
& Prérogatives de fes Habitans & Citoyens,
A Paris , au Collège de Navarre , rue Montagne
Sainte-Geneviève .
Cet Ouvrage eft curieux par les recherches
que l'Auteur a faites dans tout ce qui concerne
ce Duché , & intéreffant pour toutes les perfonnes
qui pourroient défirer avoir une connoiffance
exacte de cette vafte Province , depuis les premiers
établiſſemens de fes Habitans jufqu'à nos
jours. 1 Vol. in- 8 ° . de 376 pages.
Odes , Cantates , Epitres & Poésies diverfes de
J. B. Rouffean ; in-4 ° . A Paris , chez P. Didot fils
aîné de F, A. Didot l'aîné , rue Pavée St- Andrédes
- Arts. Imprimé par ordre du Roi , avec les
caractères gravés exprès par Firmin Didot .
Ce Volume fait partie de la Collection des
Claffiques pour l'éducation de Mgr. le Dauphin,
$ 4 MERCURE DE FRANCE .
MUSIQUE.
Nephté , Tragédie en 3 Actes , mife en müfique
par M. Lemoine. Prix , 24 livres. A Paris , chez
l'Auteur , 1ue Notre-Dame-des- Victoires, Nº . 29 ;
chez Mr. Krwer , Facteur de Forté - Piano , rue
Neuve- Saint Euftache , Nº. 12 ; & chez les Marchands
de Mufique.
GRAVURE.
Planches relatives à l'Exercice de l'Infanterie ,
fuivant l'Ordonnance du Roi , du premier Juin
1776 ; Ouvrage dédié à la Milice Nationale , en
36 Planches , y compris celles des Commandemens
, format in-8 ° . Ce Ouvrage , bien exécuté
& conduit par un ancien Militaire , fe vcnd 3 I.
On a mis à la tête un Grenadier Nation al portant
l'arme , correctement deffiné. A Paris , chez Lattré
, Graveur ordinaire du Roi , rue St -Jacques ,
la porte cochère vis- à- vis celle de la Parcheminerie
, Nº . 20.
On trouve chez le même Artiſte le Théatre de
la Guerre entre les Ruffes , les Autrichiens & les
Turcs , en deux grandes feuilles . Prix , 4 livres ;
airfi qu'une Carte bien utile aux Militaires pour
l'attaque & la défenſe des places , 1 liv. 4 fous ;
une Carte des environs de Paris , avec fon Département
, i liv. 4 f.
Dans le N°. prochain , nous donnerons
l'Article du Théatre de la Nation.
TABLE.
T ERS.
Charade, Enig. Logog.
Des Loix Pénales.
49
Bibliothèque. 76
51Du Service des Hôpitaux. 79
531
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 19 JUIN 1790.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE
A M. l'Abbé DOUGA DOS , ci-devant Père
VENANCE , des Académies de Lyon
Arras , &c. &c.
Otoi, qui de l'Ennui nous peignant les langueurs ;
De ce mortel poifon fus préferver nos coeurs ,
Et prêter aux foupirs de ta mélancolie.
Les charmes dont Tibulle embellit l'Elégie ;
Dédaigne tes cenfeurs & leurs cris impuiffans.
L'aigle redoute- t-il la fureur des ferpens ?
N°. 25. 19 Juin 1799 .
E
++
17
86 MERCURE
Ah ! rappelle ce jour où ta Mufe captive ( 1 )
Soupiroit les douleurs fur fa lyre plaintive ,
Quand le Rance attendri de tes gémiſſemens
Sembloit pour écouter rouler des flots plus lents .
Sar tes naiffans lauriers la Haine ivre de rage ,
D'un fiel empoisonné vint répandre l'outrage ( 2 ) .
Le Chagrin perçant l'air de fes cris douloureux ,
Couvrit ton jeune front d'un voile ténébreux ....
Mais Apollon jaloux de venger fa querelle ,
Grava ton nom chéri fur la lifte immortelle .....
ל כ
Que je crains , diras- tu , de noirs reffentimens !
» On ne pardonne pas aux fuccès éclatans .
» La Vertu, la Prudence auront beau me conduire ,
Les méchans font toujours affez puiffans pour
» nuirc.
:
» Confondus & muets , j'ai vu mes ennemis
» Détourner leurs regards irrités & furpris :
La hente fur leur front grava leur injuftice ;
» Maiola honte en leurs coeurs aiguile leur malice....
( 1 ) L** . D **, étoit alors comme captif dans un Couvent
des Capucins d'Orient , petite ville , près de laquelle coule
la rivière du Rance.
(2) L'origine des perfétutions de L ** , D** . vient de quelques
vers de fon Elégie de l'Ennui , qui paroiffoient ne pas
avoir un fens orthodoxe . Il eut beau donner des explications ,
faire imprimer des rétractations , fes ennemis n'en furent pas
moins acharnés à lui fufciter de nouveaux chagrins.
ABLICARICA
REGIA
MONAGENSIS.
DE FRANCE. $7
» Les neuf Soeurs m'ont fouri : j'ai marché ſur
>> des fleurs :
» Hélas ! ces vains plaifirs fe changent en douleurs.
» A peine du Parnaffe on franchit la barrière
33
Que mille écueils femés hériffent la carrière .
» Souvent en m'agitant pour prendre mon effor ,
Lorfque je crois voler , ma Mufe rampe encor :
» L'obſtacle foas mes pas croît & fe multiplic ,
» Et l'art & la raiſon étouffent le génie :
» De ma veine couloit un vers harmonieux ,
» Soudain l'autre eft brifé par un mot rocailleux .
» Ma -Muſe quelquefois , par le faux goût féduite ,
Appelle le brillant , & le beau prend la fuite .
» Ici fous le travail je me fens défaillir ;
ל כ
» Et là de plats rimeurs me viennent affaillir.
» Mais je veux qu'Apollon , fecondant mon au-
» dace ,
20 Et
» Me prête les accords ou d'Orphée ou d'Horace ,
de l'Hélicon franchiffant la hauteur ,
Du laurier toujours verd j'obtienne enfin l'honque
,
>> neur :
» O de tous mes travaux récompenfe futile !
» Mon front eft couronné.... mon coeur n'eft pas
» tranquille.
» Je dévore des pleurs , quand tes fens font flattés
» Des fons mélodieux par ma lyre enfantés « .
Arrête , c'eft affez pouffer ton hyperbole ,
Et parer d'agrémens une excufe frivole.
E 2
88 MERCURE
Aveugle partifan d'un indolent loifir ,
Ton coeur loin du travail va cherchant le plaifir.
De plaifir peut-il être où règné la pareſſe ?
Dans fon obfcur ſéjour l'infipide Décſſe
Berçant le trifte Ennui qui s'endort dans fes bras ,
Jamais du vrai plaifir n'a goûté les appas.
Plaifir confolateur de l'humaine mifère ,
Tu vends au feul travail ta faveur paffagère !
De chagrins importuns Sylvanire eft exempt :
La fanté lui fourit , il eft pauvre & content,
Son travail le foutient : la peine qu'il endure
Prépare les momens d'une volupté pure.
Que je le trouve gai dans fes fimples repas !
Pour lui des mets groffiers font des mers délicats :
La nuit il dort tranquille ; & dès l'aube vermeille ,
Pour voler aux travaux le plaifir le réveille.
Vois ce Craffus oifif, ce mortel pareffeux ;
Vainement il appelle & les Ris & les Jeux ,
Le chagrin feul répond à fa lâche indolence :
S'il calme fes ennuis , c'eft par l'infouciance.
Tout fon être languit ; & l'effaim des plaifirs
Amufe triftement fes éternels loifirs.
L'homme laborieux eft le feul qui jouiffe .
Il faut du Créateur que l'Arrêt s'accompliſſe ;
Les Mortels en naiffant , au travail condamnés,
Tant qu'ils vivent oififs , vivent infortunés .
DE FRANCE. 89
Mais toi feul peux charmer les fils de l'Harmenic ,
Labeur , qui leur promets une immortelle vie ,
Art fublime des vers ! ..... Phoebus fon inventeur
Enchaîna le plaifir à cet Art ſéducteur.
De l'injufte fortune oubliant la difgrace ,
Le Poëte eft heureux s'il arrive au Parnaffe.
On le voit préférer la paix de ce féjour
Aux préfens de Plutus , aux faveurs de l'Amour,
O qu'il eft fatisfait quand fon pinceau fidèle
Obfervant la Nature a rendu fon modèle !
Les jaſmins odorans , la rofe & fes couleurs
Brillent en fes tableaux auffi frais que ces fours :
L'épaule de Tithon y paroît plus vermeille.
Son Art charme à la fois & l'efprit & l'oreille.
Peint-il d'un clair ruifleau le murmure fatteur ?
Son vers coule léger , & bruît plein de douceur ....
L'envieux en exhale une fureur plus noire ;
Il n'a que le mépris , fon rival a la gloire.
Des Zoiles obfcurs les fourds frémiflemens
N'étouffent pas le bruit des applaudiffemens ;
L'équitable Public lesprodigue au génie ,
Et le plus bel éloge eft le cri de l'Envic .
( Par M. l'Abbé, Cazaintre , Pribendé de
Carcaffonne, & Correfpondant du Mafée
de Bordeaux. )
E 3
Co MERCURE
CHANSON
A Mademoifeile N..
Air : La lumière la plus pure , &c.
JEE voulois chanter la Rofe ,
Je n'ai pu chanter que toi ;
C'est pourtant la même chofe ,
Hormis un point felon moi ;
Lorfque fes charmes attirent ,
On la flaire en la cueillant ,
Et ce que tes yeux infpirent ,
Ta vertu nous le défend .
J'AIME à voir que tu retraces
Les appas de la candeur ;
Oui , la première des graces
E la naïve pudeur :
C'est le front qu'on examine ,
Il peint nos tra ts les plus beaux ;
L'arbre cache fa racine ,
Mais les fruits font aux ramca.x.
DE FRANCE. 91
TON efprit brille , s'enflamme ,
Et tu cherches à l'orner ;
Si les yeux féduiſent l'ame ,
L'efprit feul fent l'enchaîner.
De la Beauté qu'on adore ,
Les fleurs n'ont que des inftans ;
Mais celles qu'il fait éclore
Ont un éternel printemps .
Ne te laiffe point ſurprendre
Par des difcours pleins d'appas ;
La Bergère un peu trop tendre
A bientôt fait des ingrats.
L'art de la coquetteric ,
Tu fauras le dédaigner ;
C'eft un jeu de loterie ,
N'y pas mettre , c'eft gagner.
( Par M. Sabatier de Cavaillon. )
E 4
22
MERCURE
LE RENARD ET LE CHAT,
Fable traduite de l'Anglois de Cuningham.
UN jour , un Chat de compagnie
Avec un Renard voyageoit.
Plufieurs citations de morale choifie ,
Que tantôt l'un , tantôt l'autre faifoir ,
Sembloient raccourcir leur trajet.
La juftice toujours doit nous fervir de guide ,
Difoit le Chat à fon fin compagnon .
Ami , vous avez bien raiſon ,
Répondoit le Renard : point de mafque parfi de';
Il ne fied qu'au Caméléon.
En ce moment , un Loup que la faim chaffe ,
Sortit du fond d'une forêt ,
Vit un troupeau dont le Berger dormoit ,
Et prit la brebis la plus graffe ,
Pour fon fouper friand objet.
Abque cette action eft baffe ,
s'écria d'une voix le couple voyageur !
Sur un être innocent affouvir fa fureur !
En vérité , c'eft une horreur.
Dans l'intervalle , une Pintarde paffe ;
Dem Renard alors oubliant
Ses belles leçons de morale ,
DE FRANCE. 93
La pourſuit , l'attrape à l'inſtant ,
Et, fans la plumer , il l'avale.
Quel ami je me faifois là ,
Dit le Chat , à part foi , voyant cette incartade !
Sans le favoir , pour camarade ,
Je m'en apperçois bien , j'avois un Attila !
Quoi ! voilà donc fes maximes auftères !
En finiffant ces mots , le Rominagrobis ,
A quelques pas découvre une fouris ,
Saute deſſus , & , malgré ſes prières ,
Il en fait un repas , felon lui , très- exquis.
Une Araignée , à qui la ſcène entière
N'échappa point , difoit avec douleur :
Faut-il qu'il exifte fur terre
Des Animaux à l'inftinct deftructeur ?
Près d'elle un Moucheron voletoit ; par malheur ,
Dans les rets de la Dame il tombe ,
Et fa priſon devient fa tombe.
C'eft ainfi qu'en autrui tous les jours nous blâmons
Les vices qu'en nos coeurs nous mêmes nous portons .
( Par M. Regnault du Beaucaron , de
plufieurs Académies. )
ES
94 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eſt Poiſſon ; celui
de l'Enigme eft le bois de la vigne ; celui du
Logogriphe eft Roffignol, où l'on trouve Roi,
Soir, Lin, Lion, Logis, Orion, Sion , Loir ,
Oifon, Rofni, Nil, Noir, Gril, Lis, Or.
CHARADE.
SUR la terre chacun défire
Que le bonheur pour lui devienne mon premier ;
Le voleur vit de mon dernier ;
On éprouve mon tout pour tout ce qu'on adrire.
( Par M. D ... Av. en Parl. )
ÉNIG ME.
JE fuis, mon cher Lecteur , formé pour le fommeil ,
Aux grands comme aux petits utile ou néceffaire .
Je vois bien rarement les rayons du ſoleil ;
Le fort m'a fait pour le mystère :
Ne crois pas qu'au repos je borne mes loifirs ;
Dans le fond d'un réduit qu'inventa la Molleffe ,
Favorifant l'hymen , l'amour & la tendreffe ,
Je deviens quelquefois le trône des plaiſirs ;
DE FRANCE. 95
Témoin en d'autres lieux des douleurs & des peines ,
Tu peux me voir à mon poſte affidu ;
Nuit & jour conftamment tout du long étendu ,
Accablé fous le poids des misères humaines.
Ne vas pas au loin me chercher ;
Ta peine feroit inutile.
Je m'en vais t'indiquer un moyen plus facile ,
Crois - moi , Lecteur , va te coucher .
( Par M. Sebire de Beauchefne. )
LOGO GRIPHE.
DE me cacher teujours foigneux ,
J'ai le mafque fur le viſage ,
De maint détours faifant ufage ;
Si tu ne prends le fil heureux ,
Lecteur , je ne fuis à ta vue
Qu'un labyrinthe tortueux ,
Dont en vain tu cherches l'iffue .
Je fuis trompeur & fils de l'Art ;
Dérogeant à mon caractère ,
Moi , réservé pour l'ordinaire ,
Je brave aujourd'hui le regard ;
Mais voyez donc que je fuis bête !
Je me déguife , & fur ma tête ,
Par écrit je porte mon nom ,
Qui de dix pieds fe trouve long.
On y voit ce que la Fayette
Enchaîne à jamais fur les pas ;
E 6
96
MERCURE
Ce que le corfet de Corine
En fes contours preffe & deffine ;
Un nom commun aux Potentats ;
Un uftenfile de cuiſine ;
Un grain qu'on réduit en farine ;
Fille ! un métal qui te vaut des appas }
Un fynonyme de colère ,
Et ce qu'enfie un Apothicaire ;
Un pareffeux & petit animal ;
Ce qui ne peut être plus mal ;
Des Souverains la Souveraine ;
Une rivière arrofant la Touraine ;
Ce qu'eft un très- petit ruiffeau ;
Le nom de ce fameux oifeau
Jadis fauveur du Capitole ;
Ce qui , par un long progreffif,
Sans parler avertit l'oifif
Du temps qu'il perd & qui s'envole ;
Un lieu fameux , où le plaisir
Et le fecret favent unir
Tous les états fous un feul titre
La Robe , l'Epée & la Mitre ,
L'Avocat & le Commerçant ,
;
Se trouvent confondus ſous un nom d'Artifan :
Overtu bien plus fingulière !
Un ennemi n'est plus qu'un frère.
Tous les huit jours..... Mais Lecteur curieux
Tu me devineras , je fuis devant tes yeux.
( Par M. Paulfil's. 】
DE FRANCE. 97
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ANA, ou Collection de Bons Mots , Contes,
Penfées détachées , Traits d'Hiftoire , &
Anecdotes des Hommes célèbres, depuis la
renaissance des Lettres jufqu'à nos jours ;
fuivis d'un Choix de Propos joyeux ,
Mots plaifans , Reparties fines & Contes
à rire , tirés de différens Recueils ; Ire.
Partie , contenant les Ana. Le prix de
chaque Volume eft de 4 liv. 4 f. broché.
A Amfterdam ; & fe trouve à Paris, chez
Viffe , Libraire , rue de la Harpe , près la
rue Serpente.
ONN voit affez par le titre feul quel eft
l'objet & l'avantage de cette Collection ;
elle eft faite , comme tant d'autres qu'on
nous a données depuis vingt ans , pour
réunir beaucoup d'Ouvrages à peu près du
même genre , & dont plufieurs ne fe trouveroient
pas facilement. On fait d'ailleurs
ce que font les Ana ; c'eft une espèce de
Livre qù l'on cherche plutôt le délaffement
MERCURE
que l'inftruction , où il y a pour le goût
quelque chofe à choisir & beaucoup à laiffer.
Les cinq Volumes qu'on nous donne aujourd'hui
, contiennent le Menagiana , le
meilleur , fans comparaifon , de tous ces
Recueils , & trop connu pour en parler ; le
Furetériana , le Poggiana , & le Vigneul-
Marvilliana ou les Mélanges de Vigneu ! de
Marville. Ces Mélanges font fort médiccres
. Ils fe fentent encore du temps où l'érudition
étoit minutieufe & pédantefque ;
où tout homme inftruit dans les Langties favantes
s'appelait un grand homme ; où les
gens lettres , bornés à peu près à vivre entre
eux , s'accoutamoient à mettre de l'importance
aux plus petits objets de leurs études ,
jetoient , le foir , par écrit un extrait de
leurs converfations & de leurs remarques,
fans trop examiner fi la chofe en valoit la
peine ; où l'on relevoit gravement de petits
faits , de petites erreurs dont perfonne ne
fe fousioit , fi ce n'eft ceux qui en étoient
o.cupés exclufivement ; où la morale la
plus triviale s'appeloit de la fageffe & de
la philofophie , où de fort plats dictons paffoient
pour des bons mots ou pour des fentences.
Voici , par exemple , Furetière qui
nous dit » J'aime les gens de bien éclairés
"
qui jugent fainement de nos actions pour
> nous exhorter férieufement aux bonnes,
» & nous détourner , autant qu'il eſt poſfible
, des mauvaiſes «. Quand Furetière
fe feroit difpenfé d'écrire ces grandes vérités
, y auroit-on beaucoup perdu ?
DE FRANCE.
29
Ailleurs , voilà Vigneul de Marville qui
nous apprend que l'Auteur de l'Hiftoire de
la Librairie & de l'Imprimerie n'etoit pas
affez informé quand il dit que Jacques de
Sanlecque étoit de Chanlu en Bourbonnois,
tandis qu'il étoit de Chanlu en Boulonnois ;
& là- deffus il nous donne en deux grandes
pages toute la généalogie des Sanlecque.
Cela n'eft- il pas bien inté effant ?
Ses jugemens font fouvent curieux :
» Autant d'Ouvrages de Grotius , autant
" de chef-d'oeuvres en tout genre , ce qui
" eft fans exemple chez les Anciens &
chez les Modernes «. Mais en revanche
il nous apprend qu'il aime mieux Cicéron
pour les penfées que pour le ftyle : il faut
favoir fon latin , mais ne pas trop s'affu
jettir au tour de fes phrafes ; & il appel'e
une héréfie l'attention à imiter le ftyle de
Cicéron. Quintilien , penfoit un peu différemment
quand il le propofe pour le meilleur
des modèles ; & Cicéron paffoit jufqu'ici
pour avoir excellé fur tout dans le
fyle ; c'eft même ce qui le rend fi difficile
à traduire , mais Vigneul de Marville difoit
apparemment comme Sganarel : Nous avons
changé tout cela .
ور
ود
Le langage de Virgile eft plus beau &-
plus naturel que celui de Cicéron ; il y
a beaucoup à profiter dans fon Enéïde.
» M. Martin , neveu de feu M. de Voi-
" ture , a fait une belle Traduction des
23
Géorgiques en vers François , qu'il ne
ICO MERCURE
و د
laiffe voir qu'à fes amis «. Il auroit bien
fait de ne pas la faire voir au Public ; c'eſt
ce qu'on favoit long temps avant que M.
l'Abbé de Lille nous eût donné une Tiaduction
vraiment belle & très -belle de ces
mêmes Géorgiques , n'en déplaife à M.
Martin & à fon Panegyrifte Vigneul de
Marville , & même à M. Clément , qui
de nos jours , a oppofé gravement les vers
de M. Martin aux vers de M. l'Abbé de
Lille
,
Et met dans la balance Ariftote & Cotin.
Boil.
A propos de ces vers de La Fontaine :
Bornons ici cette carrière ,
Les longs Ouvrages me font peur ;
Loin d'épuifer une matière ,
On n'en doit prendre que la fleur .
Le judicieux Vigneul , qui apparemment
n'étoit pas aufli favorable à La Fontaine
qu'à M. Martin , fait l'obfervation fuivante
: C'eft ce qu'a dit M. de La Fon-
» taine en finiffant fon premier Volume de
» Fables choifies. Peut - être auroit- il bien
fait lui - même ( quelque joli talent qu'il
ait ) de garder fon précepte , & de ne
point paller plus oxtre ". Que dites - vous
de La Fontaine qui a un joli talent , & à
qui on voudroit ôter la feconde Partie du
Recueil de fes Fables , c'est-à- dire , préci
ود
"'9
·99
DE FRANCE. 101
fément celle qui contient le plus grand
nombre de fes chef- d'oeuvres ? Je ne crois
pas , qu'en fait de goût on ait jamais dit
une plus grande fottife .
33
Puis fiez-vous à Meffieurs les Savans .
Volt.
» Les premières Pièces de Théatre de
» M. Corneille ont été plus heureufes que
parfaites. Les dernières ont été plus parfaites
qu'heureufes «. Tout le monde fait
que les dernières Pièces de Corneille font
ce qu'il y a de plus mauvais , excepté pourtant
M. l'Abbé Sabatier de Caltres , qui
nous a révélé un beau jour , qu'il y avoit
plus de génie dans Atila que dans Alzire
& Mahomet. Quand on nous donnera un
Sabateriana , on ne manquera pas fans
doute d'y inférer ce trait lumineux de critique
.
"
"
Vigneul en vouloit beaucoup à la Bruyère
: il a fait une longue & terrible diatribe.
contre lui . J'avoue ( dit-il ) que fi M. de
la Bruyère avoit pris un bon ftyle , qu'il
» eût écrit avec pureté & fini davantage les
portraits , on ne pourroit , fans injuftice ,
méprifer fon Livre « . Quel Juge que ce
Vigneul comme il fe connoît en ftyle !
Ce n'eft pas la peine de parler du fien ; il
eft digne de fon jugement.
وو
ور
Il traire la Bruyère de mifanthrope , & lui
fait prefque un crime de lèfe-Majeſté , d'a102
MERCURE
voir dit » Je ne fais comment l'Opéra
» avec une mufique fi parfaite & une dé-
» penſe toute royale , a pu réuflir à m'en-
» nuyer . Vigneul s'écrie à ce propos :
""
"
"
pas
Regardez un peu combien il faut faire
» de dépense & mettre de chofes en oeuvre
pour avoir l'avantage , je ne dis
de divertir ( car l'entrepriſe ne feroit pas
» humaine ) , mais d'ennuyer M. de la
» Bruyère « ! N'eft- ce pas-la une exclamation
bien fpirituelle ? Ne diroit - on pas
qu'avec une grande dépenfe on eft toujours
sûr d'amufer ? La Bruyère n'avoit qu'un
tort, c'étoit d'appeler parfaite une mufique
extrêmement médiocre ; & même depuis
qu'elle eft devenue meilleure , il y a encore
des gens affez mifanthropes pour s'ennuyer
à l'Opéra , fur-tout quand on a mis
en fyftême , qu'il falloit que l'Opéra fût une
Tragédie .
و د
Veut- on des inepties d'un autre gènre ?
L'intrépidité étoit naturelle à M. de St-
Martin; quand il tonnoit , il laiffoit ton-
» ner «. Cela eft merveilleux : & que
diable voulois-tu donc qu'il fût ?
» La Gazette , que la plupart regardent
» comme une chofe de rien , eft à mon gré un
» des plus difficiles Ouvrages d'efprit qu'on
» ait entrepris de nos jours. Il falloit avoir
» autant de génie & de capacité qu'en
" avoit feu M. Renau lot pour y iéuílic au
point qu'il a fait , dès qu'il a commencé
y mettre la main , & c . «.
ود
à
DE FRANCE. 103
Une Gazerte peur avoir les difficultés
comme toute autre chofe , & on peut y
mettre de l'efprit quand on en a & qu'il
eft permis d'en avoir ; mais on n'auroit pas
cru que ce fut un des plus difficiles Ouvrages
d'efprit. C'est encore une découverte de
Vigacul
")
Il falloit bien qu'un homme qui fait tantde
cas de la Gazette , cût de grandes prétentions
en politique. Voici comme il en
parle Avant le règne de Louis XI , Roi
» de France , la politique des Princes de
l'Europe n'étoit qu'un jeu d'enfans , en
comparaison de ce qu'elle a été depuis.
» Ce Monarque eft le premier qui a donné
» du luftre à cet art fubtil de gouverner ,
» & qui par fes bons exemples & fa fage
ور
»
conduite , en a fourni des leçons à toute
» la Poftérité ". Trop de Gens de Lettres
qui valoient mieux que Vigneul , fe font
déshonorés en prenant la fourberie & la
tyrannie pour la bonne politique . On fait
combien celle de Louis XI lui a fouvent
mal réuffi ; & heureufement elle ne nous
fert plus de leçon.
Furetière avoit plus d'efprit que Vigncul ,
ce qui n'empêche pas que fon Recueil ne
foit mêlé de beaucoup de chofes infipides
ou ridicules . Veut il faire l'apologie des
femmes La femme a été créée dans le
» Paradis terreftre , & l'homme dehors : les
femmes n'ont point confenti à la mort
» de Notre - Seigneur ; au contraire , celle
104 MERCURE
ود
99
·
» de Pilate ne voulut- elle pas einpêcher fon
» mari de condamner l'innocent ? Jésus-
Chrift n'eft ii pas apparu aux femmes
plutôt qu'aux hommes après fa réfurrection
, & c. « On ne feroit pas étonné
de trouver des paffages de cette force dans
un Sermon de Menot cu de Maillard ;
mais dans Furetière ! & l'on peut être sûr
qu'il parle férieufement ; tout le reste du
morceau en eft la preuve ; & il rappelle
tout ce que les femmes ont fait de beau
depuis Debora & la Reine de Saba juſqu'à
Madame Dacier & Chrifline .
ود
"
و د
>>
, د
Il faut crcire cependant que l'opinion .
de Furetière fur les femmes varioit avec
fon humeur ; car il emploie un paffage
tout entier à invectiver contre elles avec
autant de fens & de goûr qu'il les avoit
louées . Que de maux elles ont caufé dans
» le monde ! Adam en a été féduit ; Samfon
dompté ; la fainteté de David en a
été troublée ; Salomon en a perdu fa
fageffe . Ce fut une femme qui fit renon-
» cer à S. Pierre Notre- Seigneur ; elle fit
plus d'effet fur l'efprit de Job , que le
Diable qui ne put l'ébranler. Le Poëte
Codrus difoit que le Ciel ne contient
» pas tant d'étoiles , ni la mer tant de
poiffons , que la femme a de fourbe ies
cachées dans fon coeur . Barthole difoit
» que toutes les femmes font mauvaiſes ,
» & qu'il n'eft pas befoin de faire des Loix
» pour les bonnes femmes , parce qu'il n'y
""
ور
ود
"
"
DE FRANCE. IOS
13
"
en a point. Hippocrate nous affure que
» la malice eft naturelle à la femme , & c. «
Vous verrez qu'elle n'eft pas naturelle à
l'homme. Furetière cite jufqu'à l'Hiftoire
des Danaïdes , qui , comme on fait , eft trèsatteſtée
& très- vraisemblable . Il eft pourtant
vrai que ces fortes d'énumérations fatiriques
ou apologétiques paffoient pour des
traits d'efprit & d'érudition .
ود
>>
Au refte , parmi tout ce fatras on rencontre
quelques morceaux curieux . En voici
un très-agréable : Lorfque M. le Maréchal
» de la Ferté fit fon entrée dans Metz , les
Juifs , qu'on y tolère ,
vinrent pour le
» faluer comme tous les autres . Quand on
» lui eût dit qu'ils étoient dans l'anti-
» chambre : Je ne veux pas voir ces ma-
» rauds - là , dit- il , ce font eux qui ont fait
» mourir mon Maître ; qu'on ne les faffe
» pas entrer. On fut leur dire que M. le
Maréchal ne pouvoit leur parler ; ils répondirent
qu'ils en étoient extrêmement
fâchés, & qu'ils lui apportoient un pré-
» fent de 4000 piftoles ; on le fut dire
" promptement à M. de la Ferté : Faites-
» les entrer , dit - il , ces pauvres diables ;
» ils ne le connoiffoient ma foi pas quand
" ils l'ont crucifié ».
"
ود
39
??
( D ........ )

106
MERCURE
LA Conftitution véngée des inculpations des
ennemis de la Révolution ; Difcours prononcé
par M. LE MAIRE de Congis,
Curé de la Paroiffe , lors de la preftation
du Serment Civique. A Paris , de l'Imprimerie
de le Noir & le Boucher , rue
des Mauvais- Garçons , F. S. G.
PARMI cette foule de Harangues prononcées
à l'occafion du Serment Civique,
le Public a paru diftinguer avec intérêt ce
petit Difcours qu'on ne lit pas fans émotion
c'eft la raifon qui parle , avec une
fimplicité touchante , le langage du vrai
Chriftianifme ; c'eft l'ame de Fénélon fe
développant avec fa candeur devant des
ames au fimples , mais moins éclairées
que la fienne. Nul autre ton ne pouvoit
convenir ni à l'Orateur ni à l'Auditoire.
Sans doute c'eft ce genre d'éloquence que
Fénélon portoit dans les modeftes Eglifes
des Villages de fon Archevêché ; car il ne
dédaignoit pas d'y faire entendre fa voix .
On fait même qu'il le faifoit un devoir de
vifiter les humbles chaumières des Habitans
de la campagne , & de devenir ainſi en
quelque forte , Membre du bas Clergé, expreffion
qui peut -être lui paroiffoit étrange,
pour défigner un Prêtre faifant fon devoir.
>
DE FRANCE. 107
Le mérite de ce Difcours s'eft encore
trouvé rehauffé par des circonftances particulières
; on l'a mis en oppofition avec
les Mandemens de quelques Evêques , avec
les Ecrits de quelques Membres du haut
Clergé. On a été frappé , malgré ſoi , du
contrafte remarquable entre la conduite
d'un pauvre & vertueux Paſteur , & celle
de ces Prêtres opulens , de ces Apôtres
millionnaires qui cherchent , dans les cendres
d'un fanatifme prefque éteint , les
étincelles d'une guerre civile , pour défendre
, au nom de la Religion , des richeffes
qu'elle leur interdit. C'eft aux environs de
Paris que ce Difcours a été prononcé . Que
n'a-t-il pu l'être dans la principale Eglife
de Nîmes ou de Montauban !
"3
Après un exorde très- court , où l'Orateur
ton ofe à peine lui donner ce nom ) expofe
les railons qui empêchent paffagèrement
de fentir les avantages de la nouvelle
Conftitution , il s'engage , & c'eft la divifion
de fon Difcours , à rèpouffer les deux
grands reproches répétés par les ennemis
du bien public : Ils favent , dit- il , que
» vous êtes attachés à une Religion qui a
» Dieu pour Auteur ; & ils vous difent
» que la Conftitution nouvelle lui porte de
criminelles atteintes : ils favent que vous
êres attachés à votre Roi , & ils vous
» difent que la nouvelle Conftitution en
» avilit la dignité : odieufes imputations
dont vous allez comprendre toute la
» fauffeté ".
ود
39
"
168 MERCURE
Il établit que la nouvelle Conftitution
lein de porter atteinte à la Religion , emprunte
d'elle tous fes principes , égalité ,
indulgence , tolérance , humilité ; c'eft la
doctrine de Jéfus - Chrift , & l'Orateur le
prouve par differens paffages de l'Evangile ,
par l'exemple du Sauveur communiquant
avec les Pécheurs, avec le Juif & le Sama-
Fitain. L'égalité fur-tout lui paroît le principe
fondamental de la Religion Chrétienne .
C'eft ce principe d'égalité , inné chez les
hommes , qui contribua le plus à répandre
les lumières du Chriftianifme ; & dans les
derniers fiècles même , c'eft ce qui le fit
recevoir avec tant d'ardeur au Japon , où
le Peuple gémiffoit écrafé fous le joug Ariftocratique.
L'Orateur fe contente d'indiquer
ici , d'un mot & avec fageffe , ce qu'il
ne devoit pas développer davantage à fes
Paroiffiens . Les Lecteurs plus inftruits favent
que le Chriftianifine , après avoir été
près d'opérer , en paroiffant au Japon , une
révolution politique , après s'y être introduit
en prêchant l'égalité , l'humilité , fut
banni de cet Empire par l'orgueilleuſe démence
d'un Prêtre Portugais, qui s'avifa de
difputer le pas à l'un des premiers Officiers
du Roi. Le Peuple, qui d'abord avoit faifi
avec une avidité inconcevable la nouvelle
doctrine dont il eſpéroit la fin de ſes peines
& de fon aviliffement , crut , en voyant ce
ridicule orgueil , qu'on l'avoit trompé. Il
prêta des deffeins perfides à des hommes
dont
DE FRANCE.
* dont la conduite étoit fi oppofée aux principes
de la Religion qu'ils annonçoient.
On voit que Saint François Xavier avoit
prêché le vrai Chriftianifme , celui de l'Evangile
, & c'eft par là qu'il avoit réuffi
mais ce fuccès ne fe foutint point , parce
qu'enfuite on prêcha un Chriftianifme tout
different, celui de notre haut Clergé ; diftinction
que les Japonois, Peuple fort ignorant
, ne purent jamais comprendre , faute
d'être au fait de l'Hiftoire Eccléfiaftique .

Le bon Curé Maire paffe au fecond
reproche fait à la Conflitution par fes ennemis
. Il montre que la Conftitation , loin
d'avilir la majefté du Trône , la rehauffe
infiniment , & c'eft ce qu'il prouve par l'énumération
de toutes les prérogatives qu'elle
lui donne & qu'elle confacre. Il n'a pas
de peine à faire fentir à fes Auditeurs que
tout le mal qui fe faifoit au nom du Roi
& à fon inſçu , fans être pour lui d'aucune
utilité , fans lui apporter aucune, jouiffance
perfonnelle , n'a fervi trop long temps qu'à
dégrader ce nom fi refpectable , aujourd'hui
h chéri dans la perfonne de notre vertueux
Souverain. Il donne enfuite à ces hommes
fimples l'idée de la liberté véritable . Il' deplore
les premiers effets de la licence , &
les félicite de n'avoit aucunement participe
aux violences commifes autour d'eux. Il les
remercie de l'eftime & de la confiance qu'ils
lui ont montrée en le nommant Chef de
leur Corps Municipal . Par la Nature , la
Nº. 15. 19 Juin 1790.
" "
F
4
MERCURE
"9
!
Religion & la Loi , je fais votre égal į
» votre frère : par la Religion & la Loi ,
je fuis encore votre père , puifque vos
» intérêts me font confiés fous ce double
» rapport , & je jure dans le Temple de
» Dieu même , de remplir à votre égard
les devoirs que ce double rapport m'impofe
«
و ر
"
par
Il leur fait enfuite prêter le Serment
Civique ; & la cérémonie achevée , A préfent
, dit - il , vous êtes François. Il finit.
rune une invocation fimple & touchante à
la Divinité. A préfent vous êtes François ,
eft à la fois d'un mouvement noble & d'un
fens profond. On pourroit dire à ce vertueux
Curé , & à ceux qui ont donné le
même exemple : A préfent , vous êtes de
vrais Chrétiens & de dignes Apôtres d'une'
Religion que vous rendrez refpectable.
Qu'on fuppofe, en effet , que la Religion
feur jamais eu que de pareils Miniftres ,
qui pourra nier qu'elle n'eût été la bienfaitrice
de la Terre Quel incrédule affez
froid , quel raifonneur affez dur eût tenté,
jamais d'ébranler les fondemens d'une Religion
qui ne le fût manifeftée que par
des vertus & des bienfaits ; ou fi on l'eût
effayé , quel fuccès pouvoit on attendre
d'une pareille tentative C'eft fans doute
ce fentiment qu'exprimoit un autre Prêtte ,
non moins vertueux , lorfqu'en apprenant
le Décret de l'Affemblée Nationale fur les
biens du Clergé , il dit pour toute expre
··
DE FRANCE.
fion de regret : J'aurai donc le plaifir de
voir , avant ma mort , la Religion refpectée
! Celui qui parloit ainfi eſt pourtant jeure
encore , pourvu non très richement , mais
avantageufement de biens d'Eglife , dont
il perdra fans doute une grande partie . Il
faut convenir qu'un tel Prêtre , capable
d'un fi noble défintéreffement , paroît un
peu plus convaincu de la Religion , & fait
plus pour elle que les défenfears des propriétés
eccléfiaftiques.
{ C..... )
RECHERCHES fur les Coftumes & fur les
2. Théatres de toutes les Nations , tent an
ciennes que modernes ; Ouvrage utile aux
Peintres , Statuaires , Architectes , Décorateurs,
Comédiens , Coftumiers , en un
mot aux Artistes de tous les genres ; non
moins utiles pour l'étude de l'Hiftoire des
temps reculés , des Maurs des Peuples
antiques , de leurs Ufages, de leurs Loix,
& néceſſaire à l'éducation des adolefcens ;
avec des Eftampes en couleur & au lavis ',
deffinées par M. CHÉRY , & gravées par
P. M. ALIX. A Paris , chez M. DROV
HIN , Editeur dudit Ouvrage , rue Saint-
André-des-Arts , No. 92 , en face de la
F2
142
MERCURE
rué de l'Éperon. Le prix de la Soufcription
pour l'année eft de 48 livres pour
Paris , & 4 liv. franc de port par tout
be Royaume.
54
Si l'Art dramatique eft le plus beau , le
plus étendu , le plus varié de tous les Arts
d'imagination ; il acquiert même une importance
réelle par fon influence fur la
chofe publique , influence qui doit être
déformais plus marquée qu'elle ne pouvoit
l'être encore , fes acceffoires n'en deviennent
que plus précieux pour les Amateurs ,
& l'un des plus effentiels eft la connoiffance
& l'obfervation du Coftume. Il comprend
la décoration , le vêtement , toute la partie
du Drame qui eft en repréſentation pour les
yeux & peut beaucoup ajouter à l'illufion
qui ajoute tant à l'intérêt. Il eft vrai qu'elle
ne frappe guère que les hommes inftruits ;
mais c'eft ceite claffe d'hommes qui eft faite
pour fe raffembler aux Théatres , & kes
autres doivent s'inftruire en les fréquentant.
Cette partie de l'Art , long-temps négligée
, à fait beaucoup de progrès de nos
jours , mais elle eft encore loin de la perfection
. Rien n'eft plus propre à l'y faire
parvenir que l'Ouvrage que nous annonçons.
Il eft fort fupérieur à tous ceux que
l'on avoit effayés fur le même fujet. Ceux
qui le compofent n'ont négligé aucune des
recherches néceffaires à leur objet , & paDE
FRANCE. #17
roiffent avoir acquis toutes les connoif-
Lances qu'il comporte : elles font beaucoup
plus étendues qu'on ne l'imagine cominu
nément. Il faut avoir étudié l'Antiquité en
Savant & en Artifte , avoir cherché les
moeurs & les ufages dans l'Hiftoire , & les
avoir obfervés dans les monumens de toute
efpèce . C'eft véritablement dans la repréfentation
d'une Tragédie que tous les Arts
doivent s'unir & fraternifer pour la rendre
parfaite ; ce feroit le plaifir le plus complet
pour les hommes en étar de le goûter , &
bientôt beaucoup d'autres apprendroient à
en jouir ; car c'eft fur- tour au Théatre que
les connoiffances de toute efpèce fe communiquent
le plus ailément. Un Auteur
qui aime véritablement fon Art , doit étadier
tout ce qui peut y appartenir ; c'eft
un moyen de plus de fe pénétrer de l'efprit
de fes rôles & d'y mettre de la vérité.
Le Kain & Mlle. Clairon font les premiers
qui fe folent occupés particulièrement du
Coftume , & leur exemple a été fuivi par
M. de la Rive & M. de Veftris . Nous avons
vu M. de la Rive , aid des confeils de
fon ami le célèbre David ( il l'eft bien affez
pour avoir perdu le Monfieur ( 1 ) ) , le cof-
(1) On fait qu'un Seigneur de la Cour de Louis
XIV, ayant appelé le Peintre Mignard fimplement
par fon nom , le Roi , qui étoit le modele de la
politeffe , drau Courtifan : Quand je lui parle
lui donne du Monfieur. Ah ! Sire , dit Mignard, Je
F 3
114 MERCURE
tumer fi parfaitement dans Spartacus &
dans Coriolan , qu'il reffembloit à une mé
daille antique.
La profeffion laborieufe des Comédiens
( & c'eft d'eux feuls qu'il eft ici queftion )
ne leur permet guère , quelque bonne volonté
qu'ils y apportent , d'étudier l'Antique
avec autant d'affiduité que les Peintres,
les Sculpteurs , les Architectes , & c. à qui
l'Ouvrage dont il s'agit eft auffi deftiné ;
mais il peut leur tenir lieu de tout ce qu'ils
n'ont pas le temps de chercher dans les
Livres & dans les Cabinets . Ils y trouveront
de plus des obfervations très - jadicieuſes
fur la nature de leurs rôles , fur les
caractères , fur l'efprit & l'effet des principales
Scènes ; car que feroir ce que les
connoiffances fans le jugement & le goût ?
Il y en a ici , & fi tous les Cahiers fuivans
font travaillés avec le même foin , comme
il y a tout lieu de l'efpérer , aucun Ouvrage
n'
'aura êté plus utile aux progrès de la repréſentation
théatrale . Indépendamment de
ce mérite , il auroit même de quoi plaire
aux ftudieux Amateurs de l'Antiquité par
les recherches qu'il contient & les lumières
qu'il préfente. L'exécution des Gravures en
couleur eft très-foignée ; & fi l'on excepte
·
ily atrente ans que je travaille à le perdre . Réponſe
pleine d'efprit en plus d'un fens : Mignard en avoit
beaucoup.
DE FRANCE.
MS
quelques incorrections dans le ſtyle , cette
efpèce de Journal , vraiment eſtimable , ne
laille rien à délirer.
D ...... )
IDÉES générales fur les caufes premières.
du Bonheur public dans les différens états,
ou Confidérations politiques fur la Religion
, le Gouvernement , les Maurs & les
Loix. A Paris , chez Gueffier le jeune ,
Libraire , rue du Hurepoix , Nº . 17 .
"1
,
CE Traité complet en fon genre , mais
que l'Auteur ne donne au Public que pour
preffentir fon goût , eſt deſtiné à ſervir d'introduction
à un Ouvrage bien plus étendu,
où l'on fe propofe d'indiquer les moyens
les plus propres à affurer le bonheur public
en France , d'après notre Religion
notre caractère national, & les circonstances
politiques dans lesquelles nous nous trouvons
placés. Le Traité dont nous rendons
compte eft divifé en trois Sections. L'Auteur
établit dans la première , qu'il ne peut
y avoir de Bonheur public fans un parfait
accord de la Religion , du Gouvernement,
des Moeurs & des Loix. La feconde Section
traite de l'accord des Moeurs & des
Loix avec le Gouvernement & la Religion .
Cet Ouvrage , enrichi de Notes pleines d'é116
MERCURE
radition & d'intérêt , eft de M. Giraudet ,
Agrégé en Droit de la Faculté de Paris.
L'Auteur annonce tous les talens néceffaires
pour exécuter avec fuccès le nouvel Ouvrage
qu'il promet au Public.
ROYEZ , Libra're , quai & près des Auguftins ,
diftribuc & envoie en Province à ceux qui les lui
demandent , francs de port , différens Catalogues
de Livres choifis fur les fuje:s qui doivent intéreffer
à préfent :
---
Choix des Livres propres aux circonstances ,
tels que les Moyens de ramener l'ordre & la
fécurité dans la Société , Ouvrage préferté à l'AG
femblée Nationale , & couronné par 1Académies;
2 Volumes in-12 . Prix , ƒ liv . francs de port.
Loix Angloifes , extraites de Blasktone , Ouvrage
précieux pour l'inftruction des Jurés au criminel;
2 Volumes in- 8° . 6 liv. , francs de port. Les
Maxires du Gouvernement Monarchique , par
M. le Comte de Buat , Auteur des Origines des
différens Gouvernemers ; 4 Vol. in- 4º . Cer Ouvrage
profond avoit été preferit , avec l'Auteur ,
Four avoir marqué les gradations de la Monarchie
au Defpotifme ; il avoit paru avant la Révolution
, ainfi que le fuivant , dont les principes
ont été confactés par le fuccès de trois éditions ,
& autant de contrefaçons dans l'Etranger . -Vrais
Principes du Gouvernement François , troisième
édition 2 Vol. augmentés de Notes critiques fur
Montefquieu & Mably , d'une Lettre de Voltaire
à l'Auteur , &c. Prix , s liv. fr. de port .
Le même Libraire diftribue la Notice des dif
DE FRANCE. 117
férens Ouvrages les plus cftimés fur les Révolations
arrivées chez les Peuples anciens & modernes .
Enfin le Sr. Royez, qui diftribue des Notes de belles
éditions rares de Baskerville , des Elzévirs , des
Didot , Foulés , Bodons , & c . annonce des éditions
foignées par le Profpectus d'une nouvelle Imprimerie
, qui offre des vues utiles aux Gens de
Lettres & à la Littérature ; des prix modérés font
fixés & marqués fur toas fes Livres & fur fes
Catalogues , comme pour les impreffions qu'on
voudra lui confier.
MUSIQUE.
Trois Sonates pour le Clavecin , avec accompagnement
de Violon ; par J. F. Bury. Prix , 6 liv .
A Paris , chez l'Auteur , rue Paftourelle , N ° . 27,
& aux adreffes ordinaires de Mufique.
Quatre Sonates pour la Harpe , avec accompa
gnement de Violon; par M. Véron. Prix , 7 l. 4f
A Paris , chez l'Auteur , maifon de M. Imbault ,
au Mont d'or , rue St -Honoré , Nº . 627.
2e. Recueil d'Airs choifis , avec accompagnement
de Harpe ; par M. Véron . Prix, 3 I. A Paris ,
même adreffe .
GRAVURE.
La douce Réfiflance , Eftampe de 14 pouces de
longueur fur 17 de hauteur , Tableau peint par M.
Boiffy , gravé par M. Trefca. Se trouve à Paris ,
chez l'Auteur , rue de la Barillerie , naifon du
Coffretier , entre le pont Saint-Michel & le Palais,
Prix , 9 l . avec la lettre , & 18 1. avant la lettre.
Cette Eftampe eft d'une compofition & d'un
burin agréables.
#18 MERCURE
SPECTACLES.
THEATRE DE LA NATION.
QUAND UAND M. Ducis mit pour la première
fois au Théatre fa Tragédie de Machet ,
il en fut mention dans ce Journal . Elle
vient de reparoître avec de grands changemens
, & plus de fuccès. Le dénouement
on eft plus terrible ; M. Ducis y a ajouté
le meurtie des enfans de Machet , que
leur mère égorge en rêvant , après avoir
également poignardé fon mari. Quelques
perfonnes févères l'ont blâmé d'avoir enchéri
fur la fanglante énergie de fon original
, d'offrir de fi terribles fpectacles à un
Peuple naturellement doux , compatiffant ,
& dont on peut émouvoir la fenfibilité
fans frapper fon imagination par d'auffi
fombres images. Peut-être ce reproche aequiert-
il plus de poids dans la circonftance
actuelle , où il faudroit chercher à la fois
à adoucir les efprits ardens , que l'enthou
fiafine d'un meilleur ordre de chofes peur
égarer , & à confoler ceux que des maux
pallagers peuvent abattre.
Au refte , nous aimons à rendre juftice
aux beautés du premier ordre , dont la
DE FRANCE. 2 119
foule couvre dans cet Ouvrage
quelques
défectuofités
ou négligences
de plan. La
peinture
énergique
des remords
de fon
Héros , le beau mouvement
qui termine
le troisième
Acte ; la fcène vraiment
dramatique
, où le Gouverneur
de l'enfant du
Roi , vient le confier aux mains parricides.
de Macbet ; d'autres fcènes également remarquables
; nombre de grands réfultats de
morale , de beaux vers , & de détails pathétiques
, ont été applaudis
avec tranfport.
C'est une nouvelle
preuve , ajoutée
à tant d'autres , du talent diftingué de fon
Auteur.
Nous avions annoncé des améliorations .
au dénouement de la Comédie du Couvent.
Ces changemens ont été donnés en effet ,
& n'ont fait qu'ajouter au fuccès de cet
Ouvrage , dont le genre eft neuf & le ton
fi agréable. M. Laujon a fait paroître à la
fin Mlle. de Fierville , qui reçoit une leçonaffez
prononcée pour être utile , pas affez
pour bleffer les convenances qu'exigent les
perfonnages.
Au Mercure prochain , nous parlerons du
Préfomptueux , ou l'Heureux imaginaire ,
Comédie de M. Fabre d'Eglantine , qui
mieux jugée enfin , paroît avec fuccès fur
la Scène Françoife.
,
120 MERCURE DE FRANCE.
A VIS,
LA Dame JOSSE , Marchande de Rouge de la
Cour , rue Coquillière , No. 9 , vis - a - vis le
Roulage , déjà très-connue par la beauté de fon ;
Rouge végétal , approuvé par la Société Royale
de Médecine , révient les Dames que depuis 15
mois elle a trouvé le fecret de rendre fon Rouge
encore fupérieur, tant pour la bonté que la beauté
de fa couleur , qu'on peut choifir d'après les nuances
de la rofe.
Elle fabrique auffi du même Rouge fans odeur ,
dans lequel elle incorpore de l'Esence de Serkis ,
qu'elle tire de Conftantinople , où cette fleur eft
très -recherchée par les Sultanes pour entretenir
la fraîcheur de leur teint .
Elle prévient encore qu'elle a le talent de remplir
les boîtes d'or , d'écaille , &c. far le champ ,
& en préſence des Dames , fans endommager lefdites
boîtes.
Elle compofe auffi un Blanc , approuvé par la
fufdise Société , qui ne fe noircit pas fur la peau ,
ni ne la rend point brillante comme tous les autres
Blancs.
Le prix du plus beau eft de 6 liv. le pot , & le,
meyen eft de 3 liv.,; le Rouge de Serkis eft de-
12 , 18 & 30 liv. le pot ; l'autre le vend , comme
à l'ordinaire , 6 , 9 , 12 & 24 liv . le pot.
JEPITRE.
Chanfon.
TABLE.
Le Renard & le Chat.
Charade , Enig. Log.
Ana.
84 La Conftitution.
go Recherches.
92 Flées générales
:
94 Theatre de la Nation.
971
.166
III
115
118
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 2266 JJUUIINN 1790.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPIT RE
A un jeune Poëte de Province qui va fe
fixer à Paris.
AMI, MI , tu quittes ta Patric ,
Et tu te fixes à Paris ;
Tu ne verras plus 11 prairie ,
Les bois touffus , les champs fleuris
Où s'égarpit ta rêverie ;
Mais tu verras les Beaux- Elprits ,
Tu liras les nouveaux Ecrits ,
Et tu formeras ton génie :
Cet avantage a bien ſon priz.
N°. 26, 26 Juin 179
124 MERCURE
D'ailleurs , fou de la Poéfie ,
Que ferois-tu dans un pays
Où , c'eft l'opinion commune ,
Que l'Art de faire de beaux vers
Sans celui de faire fortune ,
N'eft qu'un pitoyable trayers ?
Où l'on ne cherche , où l'on ne prifg
Que ce qu'on peut négocier ?
L'efprit , qui n'eft pas marchandiſe ,
Eft sûr de s'y voir oublier,
Si l'on y préfère Voltaire
A certain Poëte berné ,
C'eft qu'il enrichit le Libraire
Que le dernier eût ruiné.
Dans ce fot pays confiné ,
Que feroistu , je le répète ?
Comme Bel -Efprit & Poëte ,
Tu brûles , je crois , du défir
De lire , quand ta Pièce eft faite
Les morceaux qui te font plaifir ;
Mais pour réciter ton Poëme ,
Quel Juge , quel Auditeur même
Dans ton pays , peux-tu choifir ?
Arrêteras-tu , dans fa courſe ,
Ce Marchand , toujours calculanț ,
Qui , des affaires de la Bourſe ,
Parle tout feul en s'en allant ?
Dans la rudeffe maritime ,
re quittera brufquement ,
HELIOTHECA
RRGIA
MONAGENSIS
DE
FRANCE.
I

En te donnant pour
compliment ,
Que ton Ouvrage eft trop fublime ;
Qu'il n'eft pas Juge compétent ;
Ou bien , fi docile victime ,
Il veut t'écouter en marchant ;
Tandis que toi , nouveau Tityre
Affis fur le bord des ruiffeaux ,
Tu fatigueras les échos
Du long récit de ton martyre ;
Lui, tout entier à fon objet ,
Toujours rêveur , toujours diftrait ,
Naviguera loin de la France :
Il
entendra mugir les eaux ,
Il verra cingler fes vaiffeaux
Vers le Cap de Bonne-Efpérance.
Oh ! tu trouveras à Paris
Des Audireurs bien moins fauvages.
Vante feulement leurs Ecrits ;
Ils
admireront tes
Ouvrages..
Que fi, parelleux Ecrivain ,
Tu veux rimer des bagatelles ;
Sur-tout fi tu chantes les Belles ,
Ton triomphe fera certain.
Pour lors , dans un fouper divin ,
Affas entre tes
Immortelles ,
Rayonnant de joie & de vin ,
Tu liras tes Pièces nouvelles.
Oh ! comme tu vas t'enivrer
Souvent de l'encens le plus fade !
123
G 2
124
MERCURE
Je te vois , à chaque tirade ,
T'arrêter pour le refpirer.
Tu fouris à ton Auditoire ,
Et tu crois , dans ton fol orgueif ,
Avec les Filles de Mémoire ,
Te rengergeant for ton fauteuil ,
Siéger au Temple de la Gloire.
Dédaigne , Ami , les jugemens
De ces Tribunaux Littéraires :
Confulte des Amis févères ,
Et crains les app'andiflemens.
Je ne prétends choquer perfonne ;
Mais combien de ces jeunes gens
Qui , du Génie encore enfans ,
Devoient emporter la couronne ,
Et qu'on a fifflés à trente ans !
On ne ceffoit de leur rediré :
Vous poffédez tous les talens ;
Ofez feulement vous produire ,
Vous aurez des fuccès brillans.
Ils l'osèrent dans leur délire ;
Et multipliant les horreurs
Dans le Temple de Melpomene ,
Leur Mufe , froide énergumène ,
Effaya d'attendr'r la Scène
En faifant mourir fes Acteurs .
L'Auteur , très-content de lui-même ,
Dans une couliffe eſpéroit
Que le Public , content de mênie ,
DE FRANCE. 125
?
Avec tranfport l'applaudiroit.
Mais quel défaftre lui prépare
De fes jaloux le noir projet !
Du fond du. Parterre barbare ,
Fartent de longs coups de fifles
Cette cataſtrophe funefte
Déconcerte fa vanité ;
Mais fa fatuité lui refte ;
Il reprend bientôt fa fierté .
Il fort , en criant au caprice ,
A l'envie , à l'indignité .
Son Juge eft la Poftésité ;
Il en appelle à fa juſtice ;
Ou bien , fur l'Acteur , fur l'Actrice
Rejetant fon trifte revers ,
Il prétend que c'eft par malice
Qu'on a défiguré fes vers.
Pour t'épargner cette difgrace ,
Confulte tes forces long- temps :
Réprime une indiferèce audace ,
Et fuis les Juges ignorans .
Ah ! fi ta Mufe encor - docile ,
Peut , en arrivant à Paris ,
Obtenir un accès facile
Auprès de certains Beaux- Efprits ;
Si l'heureux rival de Virgile ,
Ou le Chantre aimé de Pâris ,
Daigne être fon confeil , fon guide ;
G
126 MERCURE
Sa gloire alors fera folde
Comme celle de leurs Ecrits .
Par M. Joffaud. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &,
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Surpriſe ; celui
de l'Enigme eft Matelas ; celui du Logogriphe
eft Logogriphe , où l'on trouve Gloire ,
Gorge, Roi, Gril, Orge, Or, Ire, Rôle, Loir,
Pire, Loi, Loire, Rigole , Oie, Horloge, Loge.
CHARA D E.
SI , devançant le jour , ainfi que mon premier ,
Pour prouver ton amour à la tendre Iſabelle ,
Tu vas au bois voifin cueillir la Acur nouvelle ;
En cueillant monentier ,prends garde à mon dernier.
( Par M. D***. Av. en. P. )
ÉNIGM E.
Sous diverfes couleurs je pu's m'offrir aux yeux ;
De nature foible & légè c ,
L'air eft mon élément ; vers la céléſte ſphère ·
Je conduis l'aigle audacieux ;
DE FRANCE . 127
De l'humble Roitelet , caché dans la brayère ,
Je guide le vol in : ertain ,
Et rampe avec lai terre à terre ,
Sans pourtant changer de deftin ;
Parmi les Beaux-Efprits j'enfante des merveillos
Et j'en puis tirer vanité ;
Tu me dois le fruit de leurs veilles
Je fais paffer leurs noms à la Poftérité.
}
Mais je t'en ai trop dit, la chofe eft par trop claire ,
Et le mien n'eft plus un fecret ;
Garde-toi bien d'être indifcret ,
Mon cher Lecteur , il faut te taire,
L'Art a pris foin de m'arranger
Pour la toilette de nos Belles ;
Et l'Amour , quoiqu'il ait des ailes ,
Sans moi ne fçauroit voltiget .
Par M. de Beauchefne. )
LOGO GRIPHE.
Tu vois en moi , Lecteur , un vice déteſté ,
Le plus cruel fléau de la Société :
Je fuis de tout état , de tout lieu , de tout âge ,
De l'ignorant fur-tout l'ordinaire apanage ;
Dès qu'un homme eftatteint de mon fouffle empefté,
Souvent il méconnoît la fenfibilité ;
Il eft fourd pour celui qu'une affreufe indigence
Force à lui demander une foible afliftance ,
G 4
123 MERCURE
Et même jette à peine un regard dédaigneux
Sur celui que le fort a rendu moins heureux .-
Pour te faire encor mieux connoître ma nature ,
Je dirai que fept pieds font toute ma ftructure ;
Qu'en les décompofant , à ton oeil curieux
Bientôt ils offriront un métal précieux ,
Objet de nos défirs , tourment de notre vie ;
Un inftrument connu , non à la Comédie ;
-Ce que cherche toujours un fameux Conquérant ;
L'action que tu fais , j'en jure , cu ce incment ;
Une chofe fans quoi tu ne la fçaurois faire ;
Un fleuve à l'Océan , à l'Eſt une rivière ;
Un paffage public ; quatre pronoms ; un grain
Dont le pauvre eft fouvent heureux d'avoir du pain ;
D'Iris à fon Berger la plus douce parole ;
Cet oifeau qui jadis fauva le Capitole ;
Le titre d'un Monarque ; une belle couleur ;
Le foutien d'un Etat ; cette horrible fureur
Qui , fous le meilleur Prince , enfanglanta la Seine;
que
vient un Acteur débiter fur la Scène.
J'en ai trop dt , Lecteur , cherche à me deviner;
Peut-être imprudemment je pourrois me nommen
Par M. Helle. )..
DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LE Defpotifme dévoilé , ou Mémoires de
HENRI MASERS DE LA TUDE , détenu
pendant trente - cinq ans dans diverfes
prifons d'Etat ; rédigés fur les pièces
originales , par M. THIÉRY , Avocat,
Membre de plufieurs Académies ; dédiés à
M. DE LA FAYETTE. A Paris ; fe vend
chez M.de la Tude, rue Bétizy , N ° . ■ ,
au coin de celle de la Monnote ; & chez
Lejay fils , Libraire , rue de l'Echelle.
CET
PREMIER EXTRAIT.
JET Ouvrage , que doit lire quiconque
fait lire , eft fans contredit le monument´le
plus précieux fous tous les rapports , puifqu'il
repréfente tous les extrêmes dont
l'humanité eft capable , le prodige de la
cruauté dans les oppreffeurs , le prodige du
courage & de la patience dans l'opprimé ,
& dans fa libératrice le prodige de la vertu
bienfaifante. Ce ne font point ici de ces
exagérations devenues fi communes qu'elles
avertiffent de s'en défier ; c'est l'exacte vé-
GS
130
MERCURE
rité. Heureufement , je ne fuis point exagérateur,
de mon naturel ; j'ai même pour
principe de ménager d'ordinaire mes expreffions
, afin de leur laiffer dans l'occafion
toute la force dont elles font fufceptibles
; & c'est encore à cette habitude de
proportionner la parole aux objets que je
dois la confiance dont en général on veut
bien m'honorer. Je le répère donc : qu'on
life ces Mémoires , & l'on verra qu'aucune
expreffion ne peut enchérir fur les
faits , ne peut même les atteindre ; & ils
font tous authentiquement conftatés . On y
verra tous les crimes poflibles du Defpoifine
épuifés pendant trente-cinq ans fur
ane feule victime :
Et crimine ab uno
Difce omnes. Virg.
C'eft- là , ce me femble , la devife que
FAuteur auroit dû prendre. Je voudrois que
cette effroyable Hiftoire devint le Livre
d'école où tous les enfans apprendroient à
Fire. On croit voir à chaque ligne dégoutrer
le fang & les larmes de lisfortune ;
en preffant chaque ligne , on en exprimeroit
un forfait voilà l'inftruction qu'il faut
donner à des hommes nouvellement libres.
Pourquoi ne feroit- on pas en France , pour
infpirer l'horreur d'un fléau durable , ce
qu'on faifoit en Hollande pour nourrir le
reffemiment d'une invafion paffagère : On
#
DE FRANCE. 131
У
faifoit lire aux enfans l'Hiftoire des maux
de leur Patrie , dans la guerre de 1672 ,
& on leur difoit Voilà ce que nous ont
fait les François . On diroit aux François ,
en leur montrant ce qu'a fouffert le matheureux
la Tude : Voilà ce qu'ek le Gouvernement
arbitraire , ce qu'il a toujours
été , ce qu'il ſera toujours.
Et en effet , que des efprits cruellement
légers ou des ames lâchement hypocrites ,
comme il y en atant , ne viennent pas nous
redire : C'est une aventure extraordinaire ,
un exemple unique. Unique par l'excès
, oui ; mais très- ordinaire par fa nature,
répété tous les jours en mille endroits de
la France , avec la feule différence du plus
au moins , & le moins étoit encore horrible.
Vous en verrez la preuve dans ces
Mémoires , où l'Auteur parle d'une forle
de fes compagnons d'infortune dans les
quatre prifons qu'il a fucceffivement habitées
, à la Baftille , à Vincennes , à Charenton
, à Bicêtre ; vous verrez par tout des
victimes de la vengeance , des paffions
des intérêts , fouvent même de la légèreté
des Miniftres , fans que le Roi fe dourât
feulement de l'exiftence de ceux qu'on opprimoit
en fon nom ; car c'eft là ce q
caractérife particulièrement le defpotifme.
& ce qui dit le plus le faire abhorrer ; c'eft
que prefque toujours la foibleffe indolente
dort fur le Trône , mais la tyrannie vellle
côtés.
G6
132
MERCURE
-Mais ( dit-on encore nos moeurs font
douces nous fommes le Peuple le plus
fociable de la Terre , notre Gouvernement
n'étoit pas fanguinaire . Comment accorder
rant d'atrocités avec cette douceur & cette
aîté qui atient tant d'Etrangers chez
nous ? Et la-deifus on cherche a infirm.er
la vérité de ces terribles reproches , à en
affoiblir l'impreffion .
-
J'aime affez mes concitoyens pour leur
répondre par des vérités dures qu'on leur
a déj préfentées , mais dont ils n'ont pas
été allez frappés , & qu'il faut leur inculquer
plus fortement , s'i eft potlib e , afin
qu'ils fichent bien ce qu'is étoient , &
qu'ils ne puiffent jaunais le redevenir.
Savez-vous que votre charmante legèreté,
votre friv le infouciance qui vous rendoit
fort aimables dans les petites ch fes , vous
rendoit très fouvent déteftabies dans les
grandes ? Savez vous qu'elle ne fe concilie
que trop aifment avec l'inhumanité & : la
barbarie Savez vous, qu'a vous juger par
les fars publics , depuis la Saint Barthélemi
jufqu'à l'affaflinat du Chevalier de la Barre,
vous étiez , fans nulle comparaiton , le Peuple
le plus atroce de l'Europe , fi heu çulement
pour vous & maineurepfement pour
le monde , il n'eût pas exté ailleurs une
Inquifition à qui l'on ne peut rien comparer
, & qui ne vous laiffe que le fecond
rang dans l'hiftoire des crimes ? Comptez
ceux de vos Tribunaux , je dis feulement
DE FRANCE. 134
ceux qui font prouvés , fans parler de ceux
qui font inconnus , & que doit faire raifonnablement
prefumes votre abominable
Jurifprudence ; ceux de votre Miniitère ,
qui , depuis Richelieu , a peuplé les cachots
d'un bout de la France à l'autie : repréfentez-
vous ce qu'étoient vos prifons d'Etat &
vos Maifons de force , & même vos prifons
prétendues légales , & où la première
de toutes les Loix , celle de l'humanité ,
étoir continuellement viole . Le favezvous
? en avez-vous l'idée ? y pen! ez vous e
Quelques hommes fages & humains y penfoient
dans le fecret de leur demeure , &
ramafioient des matériaux pour les employer
dans le temps ; mais vous , favezvous
quel étoit votre plus grand tort &
votre plus grand malheur: C'étoit de croire
à fouper, en fortant de l'Opéra Comique,
que Paris n'étoit rempli que de gens heu-
Feux & aimables ; que le Magiftrat avec qui
vous veniez de juger une Pièce nouvelle
& qui chantoit gaiment à table après avoir
fait donner la queftion le main , ne pouvoit
pas être un Juge ignorant , orgueilleux
& dir ; que l'homme en place , qui étoit
poli & affable , ne pouvoit pas être un Tyran
froidement barbare ; que le Financier,
qui vous donnoit à fouper , ne pouvoit pas
jouir i tranquillement & fi agréablement
d'une fortune qui n'aurait été que le fruit
des rapines des injuffices , & c. &c. Et
yous vous trompiez , & à tout moment des
134 MERCURE
,
faits devenus publics vous le démontroient,
& ils étoient oubliés le lendemain . Vous eftil
jamais arrivé , en paffant fous les arcades
des deux Châtelets , de penfer à ce que devoient
éprouver dans leurs affreux fouterrains
les malheureux , je ne dis pas feulement
innocens ( il n'y en avoit que trop ),
mais même coupables , qui entendoient retentir
les voûtes de leurs cachots , ébranlées
par le bruit des chars qui portoient
des hommes fouvent bien plus coupables
qu'eux ? car un concuffionnaire , un oppreffeur
du Peuple , n'est - il pas mille fois
plus criminel que celui qui vole quelques
pièces d'argent ? Songiez - vous que votre
charmant Paris , réuniffant tous les contraftes
, ce temple des Arts , des plaiſirs & du
luxe , étoit en même temps le repaire de
tous les crimes & l'affemblage de toutes
les misères ? Songiez vous qu'il avoit d'un
côté la Baftille , de l'autre Bicêtre , de l'autre
la Salpêtrière , & l'Hôtel-Dieu dans fon
centre ? Alliez-vous quelquefois vititer ces
cloaques infects , ces réceptacles de toutes
les immondices de l'efpèce humaine ? Et
penfiez-vous qu'il ne falloit que de bonnes
Loix pour faire difparoître toutes ces horreurs
qui accufoient les vices du Gouvermement
, & font enfin retombées fur lui?
Peuple fi humain ! vous vous indignezcontre
un Caligula , quand vous voyez dans
l'Hiftoire Romaine qu'un des raffinemens
de fa cruauté étoit la fituation pénible où
DE FRANCE .
135
Z
S
ད་
W
il faifoit languir de nombreux caprifs entaffés
dans les prifons. Calmez - vous , ou
plutôt ne vous indignez que contre vousmêmes
; car fi jamais quelque Hiftorien
fidèle trace un tableau de votre Bicêtre
vous ferez abfoudre Caligula. Ce ne font
plus les Tyrans de Rome qui paroîtront
des barbares , ce fera vous . Je ne fais pas
ce qu'eft aujourd'hui Bicêrre ; mais j'eus
il y a quelques années , la curiofité de le
voir , & je puis vous affurer que le fort
des prifonniers de Caligula étoit cent fois
moins horrible que celui des vôtres. Je
n'entreprendrai point de vous le peindre
non pas par ménagement pour votre délicateffe
malheur à vous fi de femblables
détails ne vous infpiroient que du dégoût
& fi vous rougiffiez de la peinture & non
pas de la chofe même ! Mais dans un amas
d'horreurs , il faut choisir , & je me borne
à un feul objet. Figurez - vous une vafte
falle , fermée par une grille : c'eft ce qu'on
appelle la Salle de la force . Là étoient renfermés
pêle -mêle cinq cents malheureux ,
qui auroient été déjà fuffisamment tourmentés
par leur cruelle inaction ; car aucun
travail ne leur étoit ordonné , & même
les circonftances locales , eu égard à leur
nombre , ne l'auroient pas permis. Mais
joignez à cette captivité , forcément oifive,
l'air empoifonné qu'ils refpiroient , les infectes
rongeurs qui foulevoient la paille où
ces miférables devoient chercher un fona1.6
MERCURE.
"
meil qu'ils ne trouvoient jamais , les maladies
de tous, les genres , nées de la contagion
de la mal-propreré , la nourriture qu'on
leur apportoit couverte de vers , &c. &
demandez vous s'ils pouvoient regarder
comme des hommes ceux qui les traitoient
ainfi , & fi eux-mêmes pouvoient ſe croire
des hommes. Vous drai-je ce qui arriva ?
Un deux b'effa de deux coups de couteau
celui qui leur donnoit à manger. On l'arrête
, on lui demande pourquoi il a frappé
vn homme qui ne lui faifoit aucun mal :
Pour être roué. Ce fut lattéralement fa réponſe.
Il le fir , en effet , à la vue de tous
les autres , qui étoient , à travers la grille ,
fpectre rs de fon fupplice , ou plutôt de
fa délivrance , & qui croient qu'on leur en
fit autant. Voilà un fair dont je fais sûr.
Je fuis en état de dire où l'on en peut
trouver les preuves juridiques.
un
Maintenant voulez- vous favoir comment
celui qui a le malheur de gouverner vingtcinq
millions d'hommes , en ne parlant jamais
qu'à cinq os fix , peut être le plus
honnête homme du monde & ne p's favoir
un mot de tout cela ? Quand l'Abbé de
Befplas , de refpectable mémoire , qui appelé
par fon état à confeffer les criminels ,
étoit defcendu cent fois dans ces demeures
infernales , nommées cachots , & qui n'étoient
pourtant que les prifons de la Loi ,
que les Magiftrats devoient vifiter tous les
ans ; quand ce vertueux Eccléfiaftique eut
DE FRANCE. .137
20 .
vu plus d'un criminel bénir l'inftant de
monter fur la roue , il prit le parti de révéler
au Roi , dans la chaire de Verfailles ,
ce que perfonne ne vouloit lui dire ; & au
lieu de déclamer contre la philofophie , il
dénonça dans la chaire de vérité ces abominations
connues de tout le monde , excepté
de celui qui feul pouvoit y remédier.
L'ame de notre généreux Louis XVI fut
vivement affectée de cet affreux tableau dont
il n'étoit pas poffible de fufpecter la fidélité
; fon émotion parut fenfiblement for
fon vilage ; il fit venir fur le champ le
Grand - Aumônier , lui témoigna l'indignation
où il étoit que fes Sujets fuffent ainfi
traités , & lui ordonna de procéder efficacement
à la réforme des prifons, & de faire
combler les cachots . Ces ordres de juftice
furent exécutés en partie , jufqu'au moment
où le Grand- Aumônier lui- même fut mis
à la Baftifle. Je ne fais pas où les chofes en
font aujourd'hui : un Décret de l'Affemblée
Nationale , bien circonftancié , & la réfporfabilité
des Agens bien élie , font
les feuls moyens d'avoir enfin fur cet im-
' portant objet un ordre légal & inviolable ;
mais remarquez bien qu'il a fallu qu'un
Prédicateur , à fes rifques & périls , fe fervit
d'un moment & d'un lieu où il pouvoit
tout dire , pour apprendre au Roi de
France ce que toute la France favoir. Tel
éroit cer abominable régime de l'Adminif
tration fecretre , qu'on ne pourra jamais
allez détefter.
138 MERCURE
90
Va-t-on dire encore ? Pourquoi revenir
fur le paffé que perfonne n'excufe «?
Pour confondre ceux qui fe complaifent à
exagérer les maux préfens , les maux néceffairement
paffagers de l'inévitable anarchie
, défilé terrible , mais par lequel il faut
paffer pour aller de l'efclavage à la liberté.
C'est parce que j'entends trop de plaintes
fur le préfent , que je répète à mes concitoyens
Souvenez - vous du paffé. A Dieu
ne plaife que je prétende excufer les défordres
, les violences , les brigandages ! je
méprife ceux qui fouillent la noble caufe
de la liberté ; je plains ceux qui fouffrent
perfonnellement de la deftruction d'anciens
abus dont ils n'étoient pas les auteurs. Mais
je cricrai à tous les François , de toute la
force dont je fuis capable : Vous n'êtes pas
dignes du plus grand de tous les biens , la
liberté , fi vous croyez l'acheter trop cher
par ce qu'elle a pu vous couter. Vous pouviez
la payer cent fois , mille fois plus cher,
& ce n'eût pas encore été trop , puifqu'en
dernier réſultat , rien ne pouvoit jamais être
auffi horrible que ce qui avoit été. Si vous
vous confidérez comme Citoyens , qu'eftce
qu'une fièvre paffagère qui vous tire d'un
long état de mort , & vous affure une vie
heureufe & durable ? Vous n'en êtes pas ,
il s'en faut de beaucoup , à vous barricader
pendant la nuit pour protéger votre fommeil
, & à dîner le fabre fur la table & lefufil
à côté de vous. Eh bien ! quand vous
DE FRA-N CE. 139
en feriez-là ( & vous n'y ferez pas ) , après
avoir connu tour à tour la fervitude & la
liberté , pourriez-vous jamais balancer entre
l'une & l'autre ? Etre libre ou n'être
il n'y a pas de milieu pour quiconque mérite
le nom d'homme.
pas :
Un homme fouffroit depuis vingt ans
les douleurs de la pierre , qui lui ôtoient
l'appétit , le fommeil , toutes les jouiſſances
de la vie , & la lui rendoient infupportable.
Quand fa patience fut à bout , il fe réfolut.
enfin à fe faire opérer ; mais lorsqu'il fallut
le lier fur la table du fupplice , qu'il vit
déployer le terrible appareil des cordes , des
anneaux , qu'il vit de près le redoutable
biftouri , il étoit prêt à regretter fes fouffrances
, & à demander qu'on éloignât le
fer libérateur . De vrais amis lui rendirent
le courage , & lorfqu'au bout de trois femaines
il eut retrouvé la fanté , le fommeil
, l'appétit , la force , tous les plaifirs
il avoua que l'opération , quoiqu'elle fit
beaucoup de mal , étoit pourtant une bonne
choſe.
Avouez-le done aujourd'hui , François ,
& fouvenez-vous - en bien , que c'étoit à
tort que vous ofiez- vous vanter d'être un
Peuple doux & humain. La fociété des
gens ailés étoit chez vous polie & aimable
; l'éducation lui donnoit une agréable
fuperficie , mais cette même éducation lui
faifoit une loi de fe plier à l'efprit ge
néral , & l'efprit général , modifié par le
146
MERCURE +8
Gouvernement , accoutumoit à un grand
mépris pour tout ce qui n'avoit d'autre recommandation
que le nom d'homme , qui
eft pourtant la première de toutes. Ce n'eft
pas que ce mépris fût réfléchi ; il étoit
d'habitude , d'infouciance , d'imitation ; car,
ne vous y trompez pas , votre extrême fociabilité
encit à ce que vous étiez plus naturellement
imitateurs qu'aucun autre Peuple
, & que chez vous la perfection ſociale
étoit d'être comme tout le monde , de dire
comme tout le monde, de faire comme tout le
monde, & pour vous tout le monde n'étoit
autre chofe que la claffe d'hommes avec
qui vous foupiez elle feule étoit tour ,
tout exiftoit pour elle , & c'eft encore cellelà
qui dit aujourd'hui , que tout alloit
bien. C'eft elle qui ne voyoit que de ridicules
& infupportables frondeurs dans ces
Gens de Lettres, ces Philofophes , qui auroient
voulu que fon comptat pour quel
que chefe ne vingtaine de rillions d'hom
mes facrifiés à un petit nombre ; c'eft elle
qui , toute occupée de fes convenances impérienfes
, difuit , à l'occafion d'un vieillard
innocent roué par un Parlement abfurde
& fanatique : Après tout , il y a
plus de Magiftrats que de Calas. Voilà
de ces mois caractéristiques qui n'échapperont
pas à l'Hiftoire ; car elle fera écrite
enfin , vous rougirez en voyant ce que
vous étiez ; mais auffi vous releve :cz la
tête en voyant ce que vous ferez devenus.
DE FRANCE. 141
1
1-
b.
Pte
uc
la
us.
C'eft dans l'Hiftoire que vous verrez que
votre Gouvernement ayant pour principe
de compter la Nation pour rien & l'autorité
pour tout , il étoit impoffible que
vous fulliez véritablement humains. C'eft
la liberté qui vous apprendra à l'être , quand
vous la connoîtrez bien , quand vous vous
ferez fait une habitude de fubordonner tout
à la Loi, & de regarder comme facrés dans
autrui tous les droits que vous voudrez
qu'on refpecte en vous . Mais fi vous voulez
favoir jufqu'où pouvoit aller la violation
de tous ces droits , lifez les Mémoires
de M. de la Tude.
Ce n'eft que vers l'an 1783 que cette
épouvantable oppreffion commença de faire
quelque bruit, & il y avoit plus de trente
ans qu'elle duroit. Comme on cherche toujours
quelque apparence de proportion
entre le délit & la peine , & qu'on n'en
appercevoit aucune ; je me rappelle que
perfonne n'y concevoit rien. On voyoit ,
d'un côté , une fauffe alarme de poifon
donnée à Madame de Pompadour pour ſe
faire valoir auprès d'elle,, alarme démentie
fur le champ , & de l'autre, trente ans
d'une perfécution foutenue de la part du
Miniftère avec un acharnement qui reflembloit
à la rage . Cela paroiffoit incompréhenfible
, & l'on foupçonnoit quelque chofe
de plus grave que les faits articulés par
les protecteurs de l'infortuné captif. Cependant
, quand on força fes plus ardens
142 MERCURE
ennemis à confentir à fon élargiffement
il ne leur fut pas poffible d'énoncer une
feule accufation contre lui , autre que cette
première faure qui méritoit une légère correction.
Quand ceux qui pour fe juſtifier
eux- mêmes ont le plus grand intérêt à acculer
, font poutant réduits au filence ,
c'eft fans doute l'apologie la plus complette.
Aujourd'hui tout eft expliqué dans ces Mémoires
, & il en résulte feulement ce que
favoient déjà ceux qui connoiffoient bien
l'efprit du pouvoir arbitraire , qu'il n'y a
ni fcrupule ni remords dans ceux qui jouiffent
de ce pouvoir , quand il s'agit de
venger ou de mettre en sûreté leur amourpropre
irrité c'eft-là tout le noeud de l'affaire
, tout le développement des malheurs
de M. de la Tude .
:
Il commença par fe fauver de Vincennes,
après neuf mois de détention ; il y avoit
été traité affez doucement , graces aux foins
de M. Berryer , qui étoit honnête & humain
, quoique Lieutenant de Police ; auffi
étoit-ce un homme inftruit & letré. Le
prifonnier évadé fe croyoit fi peu fait pour
être l'objet d'un reffentiment durable , qu'il
ne fongea point à fe cacher. I pria le
célèbre Quefnay , Médecin du Roi & de
Madame de Pompadour, de préſenter un
Mémoire à Louis XV , où il demandoit
pardon au Monarque & à fa Maîtreffe
d'une faute qu'il croyoit fuffifamment expiće,
Mais foit que la Marquife fût blefDE
FRANCE. 143
fée que l'on le fût adreffé au Roi & non
pas à elle , foit qu'elle eût la foibleffe de
craindre quelque chofe de la part d'un
homme qu'elle avoit rigoureufement puni ,
il fut arrêté de nouveau & conduit à la
Baftille . Ulcéré de cette nouvelle captivité
dont on ne lui faifoit pas même entrevoir
le terme , & ne voyant plus dans la Marquife
qu'une perfécutrice implacable , il
a l'imprudence d'écrire fur la marge
d'un
Livre :
Sans efprit & fans agrémens ,
Sans être ni belle ni neuve ,
En France on peut avoir le premier des Amans ;
La Pompadour en eft la preuve,
Ce fut , dit - il , l'indignation qui lui dicta
çes vers, Il pouvoit ajouter que c'étoit
auffi fa mémoire , Les deux derniers font
pris tout entiers , au nom près , d'une Epi- ,
gramme très - connue contre Madame de la
Vallière , & qui fe trouve dans les Mémoires
du dernier ficçle, Le Gouverneur
de la Baftille eut la baffeffe de porter ces
vers à Madame de Pompadour, Cette femme
, quoiqu'elle ne fût pas fans efprit ,
étoit affez gâtée par la fortune pour ne
pas fe mettre au deffus des injures d'un
prifonnier : elle devint implacable , & ferma
la bouche au bon M. Berryer , en lui montrant
ces vers , au moment où il la folcitoit
en faveur de M, de la Tude,
144
MERCURE
Il fut dix-huit mois au cachot. M. Berryer
pit encore fur lui de l'en faire for
tir ; & ce n'étoit pas peu de choſe. Que
l'on fonge à ce qu'étoit Madame de Pompadour
, il n'y alloit de rien moins pour
le Lieutenant de Police que de perdre fa
place. Il fit plus , il permit au prifonnier
d'avoir un domeftique avec lui . Il fe trouva
un jeune homme qui voulut bien accepter
une penfion , payée par le père de M.
de la Tude , pour le renfermer avec fon.
fils. I ignoroit apparemment qu'une fois
dans cette fatale prifon , il ne pourroit
plus fortir qu'avec fon Maître , ou bien il
efpéroit que la détention de M. de la Tude
ne feroit pas très- longue. Quoi qu'il en foit ,
il ne put refifter long - temps à l'ennui de
cette demeure. Il tomba dans une maladie
de langueur , & au bout de quelques
mois , il rendit le dernier foupir à côté de
fon Maître tel étoit le régime de la Baftille.
C'eft alors que M. de la Tude , n'ayant
plus ni confolation ni efpérance , ofa concevoir
le projet inoui de fe fauver de la
Baftille , & le fit adopter à un nommé d'Alegre
, logé dans la même chambre que lui ,
& détenu comme lui pour avoir écrit à
Madame de Pompadour une lettre dont
elle avoit été bleffée. Les dérails de cette
évasion , véritablement merveilleufe , font
connus depuis long-temps par un premier
Mémoire , qui d'abord a couru manufcrit,
&
DE FRANCE. $45
& enfeire a été imprimé. On a retrouvé
à la Baftille , lors de fa prife , les inftrumens
fabriqués par les deux captifs. On
a vu au fallon , l'année dernière , les 1400
pieds d'échelle de corde , tilfus par leurs
mains. Cette évafion , dont les préparatifs
durèrent dix -huit mois , eft un miracle de
hardieffe , d'induftrie & de perfévérance .
Mais une penfée confolante , la fele qui
fe préfente à l'efprit dans cette longue fuite
d'infortunes , & que je fuis bien furpris
de ne pas trouver dans ces Mémoires
parce qu'elle a dû êre fouvent dans l'ame
de M. de la Tude , c'eft que pendant ces
dix-huit mois , il avoit trouvé le moyen
de n'être pas malheureux à la Bafille , &
que pendant trente- cinq ans , c'eſt le feul
période de temps où il n'ait pas dû fouffrir.
Point malheureux à la Baſtille ! cela paroît
bien extraordinaire ; rien cependant n'eft
plus vrai. Songez qu'il eut dès - lors une
relloucce inestimable dans la folitude d'une
prifon, un travail continuel qui étcit en
même temps une efpérance continuelle ;
fongez que quoique le temps dût paroître
long , eu égard au terme envifagé dans
l'éloignement , chaque journée étoit courte ,
parce qu'elle fuffifoit à peine à l'impatience
d'avancer l'ouvrage , fongez que cha
que journée d'ouvrage avançoit d'aurant
l'époque de la délivrance. Combien de chofes
que la tyrannie ne peut pas ôter à l'homme
de courage ! Cette idée doit être un tour-
N° . 26. 26 Juin 1790. H
146 MERCURE
ment pour elle ' ; auffi comme elle s'en
vengea !
Les deux fugitifs échappés de la Bastille
le 25 Février 1756 , s'enfuirent en Hollande
; mais bientôt toute la puiffance du
Monarque François fut noblement employée
à pourfuivre , non pas deux ennemis
de l'Etat , non pas deux de ces fcélérats
ennemis de l'humanité , mais deux
jeunes étourdis qui avoient écrit des chofes
offenfantes pour la Maitreffe du Roi,
L'argent ne fut pas ménagé ; en pouvoiton
faire un plus digne ufage ! il en couta
deux cent dix-fept mille livres pour prouver
à l'Europe qu'on ne fe fauvoit pas
impunément de la Baftille ; & en effet, quel
plus grand outrage pour un Gouvernement
tel que le nôtre ; quel plus funeke exemple
que de faire voir qu'il n'étoit pas abfolument
impoffible de fe dérober à la
tyrannie Ministérielle ! Il faut bien avoir
quelque genre de grandeur ; & faute d'au-
Ere , celle d'écrafer à grands frais le foible
& l'innocent foutint du moins la morgue
de Verfailles , depuis la paix de 1748
jufqu'à l'avènement de Louis XVI au trône .
Il eft vrai qu'on eut la lâcheté d'arrêter
P'héritier des Stuart , au milieu de Paris ,
contre la foi publique & les droits de l'hofpitalité
; que depuis la paix de 1763 , le
Lord Stormont parloit à nos Miniftres
commeles Confuls de Rome aux Rois d'Afie .
Mais enfin tout ne fut pas perdu , & la
DE FRANCE. 147

puiffante influence du Ministère François
alla jufqu'à obtenir des Etats - Généraux de
Hollande , que Henri Mafers de la Tude
fût remis entre les mains de deux Exempts
de Police. Ce dut être un beau moment
à Versailles que celui où l'on apprit que
cette grande affaire étoit terminée à la fatisfaction
des Puillances contractantes.
Honneur à l'Angleterre ! on n'eût pas
même ofé y faire une pareille demande ; fon
Roi ne pourroit pas l'accorder. Honneur
à cette ifle hofpitalière qui protège l'homme
dès qu'il l'a touchée , & dont le nom feul
faifoit pâlir de rage & d'effroi tous nos
tyrans fubalternes , furieux de ne pouvoir
pas dire , au delà du pas de Calais : Rendsmoi
ma proie ! Alors que faifoient- ils ? ne
pouvant pas être infolens , ils étoient lâches.
Ils traitoient pour de l'argent avec
de malheureux Libelliftes qu'un honnête
homme cût méprifés , & qui fe moquoient
d'eux en fe faifant payer. Quelquefois
auffi , une autre eſpèce de miférables , des
fuppôts de notre Police !, prêts à tout rifquer
pour un falaire , tentèrent d'enlever
par furpriſe ceux qui repofoient fous la
protection du Peuple Anglois ; mais comme
il y eut deux de ces Agens qui penfèrent
être pendus , qu'on ne manqua que de
deux heures , & que toute la puiffance
de Verfilles n'auroit pu ni les fauver ni
les venger , ce petit inconvénient découragea
les autres.
H 2
148 MERCURE
Reconduit à la Baftille , où l'Exempt St-
Marc qui l'amenoit fat reçu en triomphe ,
M. de a Tule reite 40 inois au cachor ,
où, las de difputer fa nourriture aux rats ,
il feit per les apprivoifer & par s'en faire
des compagnons & des confolateurs . Il parvient
autli à fe faire une efpèce de petit
fgcolet avec un morceau de paille , & au
bout de quelques mois de trava 1 il réuffic
à en tirer des fons ( il le conferve encore
aujourd'hui ) ; mais moins heureux ou moins
adroit que Peliffon , il ne peut apprivoifer
aucune araignée , non plus qu'aucun Geolier
de la Bftille.
Dans cette accablante fituation , il ne fe
laiffe point aller au dfefpoir. I effaie
d'attirer l'attention du Gouvernement par
quelque projet utile ; il conçoit celui d'armer
de fuels les Bas Officiers & les Sergens
, au lieu de hallebardes. Mais il faut
écrire , & on lui refufe encre & papier.
Il fait du papier avec des tablettes de mie
de pain , de l'encre avec fon fang , & une
plume avec une arrête de carpe. Il écrit
fon Mémoire & demande un Cnfeffeur :
c'eft le Père Griffet qui étoit alors celui de
la Bastille. Il s'intéreile au prifonnier , lui
fait donner ce qui lui est néceffaire pour
tranferire fon Mémoire , d'après lequel ,
nous dit M. de la Tude , l'arme des Bas-
Officiers & des Sergens fut changée & devint
ce qu'elle eft aujourd'hui.
Si ce fait eft vrai ( car je ne garantis que
DE FRANCE. 149
ce qui eft appuyé de pièces juftificarives ) ,
c'é i un fervice qui méritoit récompente.
Il n'en fut pas queflion. Un autre Mémoire
n'eut pas plus de fuccès . Le mal-
Heureux tombe cafin dan le défefpair
& veut renoncer à la vie . Il refte d'abord
cent trente -trois heures fans manger ; en lui
ouvre la bouche avec des clefs , & on lui
fait avaler de force quelque nourriture .
Alors il fe coupe les quatre veines avec
un morceau de verre , & perd pendant la
nait prefque tout fon fang. On vient encare
cruellement à fon fecours ; mais il
eft fur le point de perdre la vue , fes yeux
étant affoiblis d'abord par la quantité de
larmes qu'il avoit verfées , & enfuite par
le fang qu'il avoit perdu . Tous ces faits
fent attefés par un Mémoire authentique
du célèbre Oculife , M. Dejean .
On frémit en lifant cet écrit de M. Dejean.
qui contient un expofé de l'horrible
état du prifonnier , de fes fouffrances ,
& do danger cù il et de perdre entièrement
la vuc mais ce qui fait frémir bien
davantage , c'cft que le témoignage du Chirurgien
fur inutile , & le capif refia dans
fon , cichor fouterrain , jufqu'à ce qu'un
débordement de la Seine vint à le remplir
d'eau . Cependant on ne fongeoit pas encore
à l'en tirer; mais le Porte- def fe plaignit
amètement de marcher dans l'eau toutes
les fois qu'il portoit à manger au prifonnier;
& par égard pour le Porte -clef, & non
H3
150 MERCURE
pas pour l'humanité , M. de la Tude for ,
tir enfin de fon cachot.
Poffeffeur d'une chambre , il regrette la
fociété de fes bons amis les rats , & il
tâche d'y fuppléer par des pigeons. Il en
venoit quelquefois fe percher fur la fenêtre
. Avec des fils qu'il tire de fes chemifes
, il fait un filet , & prend un pigeon
male ; la femelle vient bientôt le joindre.
Il les apprivoife , s'y attache & s'en fait
une jouiffance ; elle ne fut pas longue. Un
Porte clef arrive avec l'ordre de tuer les
pigeons. Mon défefpoir à ce mot fur
>>
33
93
horrible , il troubla toralement naa rai-
„ fon. J'aurois donné ma vie pour allouvit
fur ce montre uns trop légitime vengrance
. Je le vis faire un mouvement
» pour fe jeter fur ces innocentes victimes
de mon infortune. Je m'élançai
pour le prévenir ; je les pris , & dans
» mon tranfport je les écrafai moi -même.
» Ce moment fut peut-être le plus affreux
» de ma vie ; je ne m'en fuis jamais rappelé
le fouvenir qu'avec déchirement.
» Je fus alors pendant plufieurs jours fans
» vouloir prendre de nourriture. La douleur
, l'indignation fe difputoient mon
" ame ; mes foupirs étoient des hurle-
» mens , & j'avois les hommes en hor-
و ر
"
و د
» reur ".
Il en avoit quelque droit : on voit que
depuis l'araignée de Peliffon , les moeurs de
la Baſtille n'étoient point changées ,
DE FRANCE. 151
>
Il eft fort fingulier qu'il y ait encore des
gens qui nient que l'homme ne foit , fans
nulle comparaifon , le plus méchant de tous
les animaux. Il est également démontré qu'il
en eft le plus méchant , & qu'il en eft
aufli le meilleur. Comme il et doué de
facultés fort fupérieures , il les furpaffe tous
en bien ou en mal , felon l'ufage qu'il
fait de fes facultés. Nous nous donnons
les airs , je ne fais pourquoi , d'appeler
bêtes féroces celles qui fe nourriffent de
carnage Il n'y eut jamais rien au monde de
plus ridicule que cette dénomination donnée
par une efpèce qui ne vit que de
carnage , & qui en fait elle feule mi-le
fois plus que tous les animaux enfemble .
Je voudrois bien favoir pourquoi nous ap
pelons féroce un tigre qui mange un homime
, comme nous mangeons un mouton ,
& pourquoi il auroit plus de tort de boire
du fang que nous du vin. L'animal féroce
eft celui qui fait le mal pour le mal ;
& de cette nature , il n'y en a qu'un
c'eft l'homme.
.
>
Le prifonnier refpire un moment par
l'arrivée d'un nouveau Gouverneur , M.
de Jumillac. Je me plais à tranſcrire ici
le témoignage que lui rend M. de la Tude .
Il eſt confolant d'avoir à dire du bien d'un
Gouverneur de la Baflille. Je fais qu'il y
a des gens ( & je fuis du nombre ) qui
pour rien au monde n'euffent voulu accepter
cette place , à moins qu'ils n'euffent
H 4
52
MERCURE
1
"
93
»
été obligés d'opter entre ces fonctions &
celles du Bourreau ; mais l'opinion contraire
peur auffi fe foutenir , & tout eft
jultifié en faifant du bien : M. de Jumillac
étoit généreux & compatiſfant ;
il s'occupoit de fes prifonniers , & ne
» s'en occupoir jamais que pour adoucir
» & calmer leurs douleurs . Il parut fenfible
» aux miennes ; il me promit fes feins ,
& , felon l'ufage , il tint plus qu'il n'avoit
promis ".
33
( D .... ).
( La fuite à l'Ordinaire prochain . )
Situation politique de la France , & fes rapports
actucis avec toutes les Puiffances de l'Europe
; Ouvrage dont l'objet eft de démontrer
par les faits hiftoriques & les principes de la
faine politique , tous les maux qu'a ca fés à la
France Palliance Autrichienne , & tou es les fautes
que le Atinifère François a commifes depuis l'épeque
des Traités de Verfailles de 1756 , 1717
& 1758 jufqu'à nos jours . Adrafie au Roi & à
I'Affemblée Nationale ; par M. de reyffonnel ,
ancien Conful général de France à Smyrne , &c.
2e. édition . 2 Vol . in - 8 ° . A Neuchâtel ; & fe
trouvent à Paris , chez Buiffon , Lib . rue Hautefeuille
, N° . 20. Prix , 6 liv . br . & 7 liv. francs
de'port par la Poke .
Cette édition eft augmentée d'un Chapitre fur
Malte , d'un autre fur Genève , & de plufieurs
autres Additions , formant 10 pag. L'Auteur de
cer Ouvrage eftimable vient de mourir prefque
fubitement.
DE FRANCE. 1531
>
SPECTACLE S.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LA carrière des Arts s'eft agrandie pour
nous ; nos Poëtes , nos Art ftes peuvent
fuivre librement les impalions de leur géne
dans le choix de leurs fajers , & dans
la manière de les traiter. A mérite égal
ils feront bien de prférer des fajets tirés
de notre Hiftoire , parce qu'ils offriront
de plus que les autres un intérêt pa ticuler
àds François Il y a long temps qu'on
le penfe ; mais on n'ofoit , on ne pouvoit
le pratiquer.
Dformais le Théatre , plus fidèle que
ne l'étoit autrefois notre Hiftoire , fera
juftice des Tyrans & des grands fcélérats ,
comme il rendra un pur hommage aux
bons Rois & aux hommes vertueux &
célèbres.
Aucun choix de fajet ne pouvoit mieux
prouver cette liberté nouvelle , que celui
de St. Louis pour un Poëme d'Opéra.
C'eft un Opéra , dans toute l'étendue
de ce mot , que les Auteurs de Louis
IX , déjà connus par des fuccès mérités
paroiffent avoir eu l'intention de faire ;
HS
>
154
MERCURE
c'est -à - dire qu'ils femblent avoir moins
voulu compofer un Ouvrage dont la conduite
fût bien régulière , & l'intérêt profond
& foutenu, que montrer des tableaux variés ,
tantôt attachans & tantôt agréables , & amener
des fêtes qui fortiffent naturellement
du fujet.
Ils se font attaches feulement à préfenter
Louis IX dans toute la dignité de fon rang ,
& avec toute la vertu de fon nom . Le rôle
du Roi eft grand , noble & tendre d'un
bout à l'autre de l'Ouvrage ; on pourroit
fe plaindre que les autres Perfonnages lui
forent un peu trop facrifiés .
La Scène eft en Egypte , au temps de la
première Croifade de Louis IX. Le Roi
a eu de grands avantages dans fes premiers
combats contre le Soudan d'Egypte , qui
a été obligé de lui demander la paix . Les
deux Princes, à la tête de leurs armées , viennent
la conclure. Les Sarafins la jurent avec
des imprécations horribles. Le Roi à qui
le Soudan demande d'attefter auffi fonDieu ,
répond :
D'un Chrétien , d'un François la parole fuffit ;
& promet feulement la paix .
Ses vertus lui ont gagné tous les coeurs
des Sarafins. Le Soudan , jaloux & furieux
contre lui , projette de fe fervir , pour le
faire périr , d'affaffins , fujets du Vieux de
·la Montagne , envoyés par leur maître pour
DE FRANCE. 155
tuer le Roi. La Sultane , époufe du Soudan,
connoît les deffeins cruels de ce Prince,
& le propoſe d'en empêcher l'effet . Elle
regrette un fils profcrit dès fon enfance
par fon époux , par fuperftition & fur la
foi d'un fonge.
A la fin du premier Acte , il s'élève dans
le camp du Roi une fédition excitée par
de grands Vaffaux , mécontens des avantages
qu'il a accordés au Peuple , ce qui
eft conforme à l'Hiftoire . Le Comte de
Bretagne , qui en effet fe révolta quatre fois
contre Saint-Louis , eft à la tête des féditieux.
Il les exhorte à foulever l'armée &
à retourner en France. Louis fe préfente
feul aux révoltés , & quand il les voit
perfifter dans le deffein de le quitter
leur adreffe cette apoftrophe véhémente :
Partez ; je ne retiens perfonne :
Ceffez de partager ma gloire & mes travaux ;
Je vous défends de fuivre mes drapeaux ,
Et c'est moi qui vous abandonne .
Les Rebelles rentrent en eux-mêmes ; le Roi
pardonne . L'armée entière accourt en foule
en proteftant de le fuivre jufqu'au bout de
la terre. Toute cette fin d'Acte eft pleine
de chaleur & d'intérêt.
Dans le fecond , Louis paroît dans un
Hameau , dont les habitans ont reçu de lui
des fecours & des préfens pour les dédommager
des pertes que la guerre leur a
H 6
156 MERCURE
f
occafionnées. Ils célèbrent fa bienfaisance,
lai confacrent un Autel ruftique, & adreffent
pour lui leurs voeux au Ciel ; ce qui amène
une charmante fête paftorale. Cet dans
cem men: même que Louis a rive . Il reçoit
d'abord , fans être connu , les h. minages du
Hameau mais bientôt fa propre fenfibi
lité le trahit ; ou le devine , & l'on le précipite
à fes pieds. Louis trouve dans cette
folitude une Princeffe d'Edeffe , nièce de
Godefroi de Bouillon , qui s'y eft retirée
après la prife & la deftruction d'Edeffe par
les Sarafins . Le hafard a conduit dans le
même endroit Almodan , ce fils dont le
Soudan avoit condamné l'enfance , & que .
Mofè , ancien Chef des Mammelus, afauvé
des fureurs de fon père. Les deux jeunes
gens s'aiment en fecret. Ces Perfonnages
font diftingu's par Louis qui les emmène
dans fon camp. L'inftant de fon départ ,.
celui où il s'arrache à tous les habitans du
Hameau , qui le reconduisent en le comblant
de bénédictions , produisent une Pantomime
délicieufe & attendriffante jufqu'aux
larmes .
Le troisième Acte fe paffe dans le Pa-
Jais du Soudan . Celui ci paroît d'abord
avec les affifins qu'il excite à remplir
leur projet. Pour le faciliter , il leur remet
des lettres de la mère de Saint- Louis: qui
ont été interceptées. Le Roi arrive avec
l'intention d'engager le Soudan à appaifer
par la juftice & la douceur , la réDE
FRANCE.
volte que fes rigueurs & fon defpotifine
viennent d'exciter. Il lui donne des confeils
dict's par la fagcffe & la modération
; crois-moi , lui dit il :
'Ne prenons point nos caprices pour Lo'x ,
Chér fions nos Sujets & r.fpectons kurs droits .
Et plus loin :
Je veux par mon pouvoir que les Loix fe maintiennent
;
C'est par elles que nous régnors :
N: penfons pas qu'aux Rois les Peuples appartiennent;
C'eft nous qui leur appartenoas.
Ces mots & plufieurs autres de ce genre,
dans le cours de cette Scène , ont été faifis
& applaudis vivement.
Les affallins fe préfentent , remettent au
Roi les lettres qu'ils tiennent du Soudan ,
& pendant qu'il les lit , font prêts à le
fapper : mais l'afcendant d'un grand homme
leur impofe , & bientôt ils fe précipiten:
à fes genoux , en s'avouant vaincus .
Cependant les M.mmelus de la garde
du Soudan , révoltés contre lui , l'ont affiffiné
& viennent effrir le Trône de
1 Egypte à Louis . Ille refufe avec beaucoup
de n bleffe , & leur rend un Prince
légitime , & à la Sultane un fils dans la
-perfonne d'Almodan , qui époufe Adèle.
158
MERCURE
Ce mariage & tout l'épiſode des amours
d'Almodan , eft le défaut le plus effentiel
de l'Ouvrage . Ce n'étoit pas la peine
de manquer autant à la vraiſemblance pour
produire auffi peu d'effet . Il nous femble.
que les rôles de la jeune Princeffe & de
Tristan fon Ecuyer , font abfolument inutiles
dans l'Ouvrage , dont l'action eût été
plus fimple & plus attachante s'ils ne s'y
fuffent pas trouvés. M. Guillard , Auteur
d'Iphigénie en Tauride & d'Edipe , fait
affurément mieux que perfonne que des
Opéras fans amours peuvent avoir de grands
fuccès ; & ce n'étoit pas dans un Ouvrage
dont S. Louis eft le Héros , qu'il étoit bien
néceffaire d'employer ce moyen rebattu.
La Mufique a paru convenable au fujet
& aux differentes fituations que préfente
l'Ouvrage. Il y a en général plus de fageffe
& d'élégance que d'énergie & de pathétique
; mais on y retrouve la manière favante
& l'intelligence théatrale de l'Auteur
de Phèdre , des Prétendus , & c . Tous
les Airs de danfe font charmans , & ont
été juſtement goûtés.
Les Ballets font le plus grand honneur
à M. Gardel qui les a compofés . Il danſe
dans le troifième Acte & reçoit les applaudiffemens
que fes talens lui méritent toujours.
MM. Veftris & Nivelon , Meſdames
Pérignon & Miller exécutent la Pantomime
du fecond Acte avec leur perfection ordinaire.
Tous les autres premiers Sujets
2
DE FRANCE.
159
-
de la danfe paroiffent également dans cet
Opéra , dont les Ballets font le plus grand
plaifir.
La partie des décorations & des coftumes
eft extrêmement foignée & bien entendue.
Les habits , qui font exactement
ceux du temps & du pays où la Scène fe
paffe , font magnifiques. En un mot, ce Spectacle
offre une réunion de talens & d'agrémens
dont on ne peut ailleurs prendre
l'idée. Il eft fait pour piquer la curiofité
& la fatisfaire. Nous ne finirons point cet
article fans rendre juftice au talent que
M. Lainez a développé dans le rôle de
Louis IX. Il a bien faifi & mieux exprimé
le caractère , tantôt énergique & élevé ,
tantôt affectueux & bon de ce Monarque.
Il y a été très-applaudi .
Dès la feconde repréfentation , la Mufique
de cet Opéra a été plus vivement
fentie , & a gagné de nouveaux fuffrages
. Nous ne doutons point qu'elle n'acquière
encore plus d'eftime à mesure qu'on
l'entendra plus fouvent. On a dû remarquer
que M. le Moine a mis au jour en
fort peu de temps un affez grand nombre
de productions. Quand cette faculté de
produire fe manifefte par de médiocres
Ouvrages , c'est une facilité trifte & malheureufe
; mais quand il en réfukte de pareilles
compofitions , c'eft une véritable
fécondité , qui doit ajouter à la maffe def
160 MERCURE
ti ée que chacun de ces Ouvrages en particulier
mérite à l'Au.cur.
THEATRE DE LA NATION.
CE
feroit
peut-
,
E feroit peut-être un fujer de difcuffion
affez curieux que de chercher pour
quoi un Ouvrage D. amatique , joué fur
le même Théatre & devant les mêmes
Specta eurs , fiflé un jour , applaudi l'autre
éprouve dans les deux cas un forts .
abfolument contraire ; peut-être traiteronsnous
une autre fois cette queftion` que
nous ne pouvons qu'indiquer ici. Nous
obferverons feulement que dans une nombreufe
affemblée , fouvent 1 homme de
goût lai-même juge moins d'après fa rai- .
fon , que dap: ès l'impulfion g'n'rile ;
que fon jugement cède à une féduction
d'autant plus iréfi tible , qu'elle n'eft point
foupçonnée , qu'en un mot, le Critique le
plus clairvoyant efl fouvent trompé , parce
qu'on fe trompe autour de lui.
Il eft inutile d'averti qu'en pofan: cette
queftion comme un problême , nous faifons
abftraction de la cabale ; car ce molà
explique tout.
Sans chercher le motif qui avoit fait la
première deftinée du Préfomptueux , ou
l'Heureux Imaginaire , qu'on voit en ce
DE FRANCE. 161
moment fur la Scène Françoife , toujours
eft-il certain qu'il é o't tombé à la première
repréſentation , qu'il n' voit pu arriver
que jufqu'au milieu du troifième Acte , &
qu'il vient de réaffir complètement.
Le Héros de cette Comédie fe croit affuré
de tous les bonheurs de ce monde >
par la raifon qu'il croit les mériter tous ;
c'eft -à dire , que le motif de fon erreur
et dans fa préfomption . Cette nuance eſt
néceffaire à obferver , car nous croyons
qu'il eft une autre cfpèce d'Heureux Imaginaire
; mais c'eft celui que devoit peindre
M Fabre d'Eglantine , puifque c'est
celui qu'il avoit promis par le titre de fon
Ouvrage. Voici une idée du plan qu'il a
adopté.
Le préfomptueux Valère rencontre en
voyageant une jeune & jolie perfonne avec
fes père & mère. Il en devient amoureux ;
rien de plus ord naire ; mais ce qui left
moins , c'eſt que d'un coup d'oeil , & avec
un mot il croit avoir fubjugué toute la
famille ; & qu'à l'enten ire le père n'attend
qu'un fecond mot de lui pour lui
donner fa fille en mariage . Cette confiance
devient conique , lorfqu'au premiez entretien
qu'il a avec le prétenu beau-père ,
ce'ai ci s'excufe en le favant fur ce qu'il
n'a pas l'honneur de le connoître.
Dans 1 Hôtel où ils viennent tous loger,
arrive aufli en même temps d'Orlange , à
qui la jeune perfonne a été réellement
162 MERCURE
promife , & qui vient eſſayer de plaire à fa
Maîtreffe fans en être connu. Les propos
avantageux de Valère ont fait croire à
tout le monde qu'il eft le gendre avoué ,
ce qui met d'Orfange dans la fituation la
plus fâcheufe. Tandis que ce bruit perfuade
la mère elle -même , & alarme férieuſement
la fille , le père fe trouve chargé par hafard
de faire arrêter Valère , en vertu d'un
ordre obtenu par fes parens, & qu'on vient
de lui , envoyer pour le faire exécuter.
Valère entend parler vaguement de cette
commiflion; & comme il ne croit jamais
qu'un évènement fâcheux puiffe le regarder
, il fe charge lui - même de faire exécu
ter l'ordre , & paye fans héficer & d'avance
les frais de l'exécution .
Cependant d'Orfange qui s'explique avec
fon rival , le force d'aller fe battre , ce dernier
eft enchanté de cette propofition , &
l'impute à fa bonne fortune , parce que
rarement , dit - il , on a l'occafion de prouver
fa bravoure à fa Maîtreffe , & que la
bravoure eft auprès de la beauté le plus
puiffant moyen de plaire . On fent que
l'édifice du bonheur de Valère doit être
détruit au dénouement. Une fimple explication
le renverfe en effet ; & le Préfomptueux
, puni fans être corrigé , retourne
gaiment vers fon père , parce qu'il ne
doute point qu'il ne parvienne à le fléchir
, à le charmer par le fimple expofé
de les projets .
DE FRANCE. 164
e
·
Nous n'avons fait qu'indiquer quelques
fituations ; mais on fent qu'elles font propres
à développer le caractère qui eft mis
en fcène. Quelques perfonnes en ont trouvé
la peinture un peu exagérée ; c'eſt -à - dire
que le caractère eft trop prononcé , &
nous croyons qu'elles ont raifon ; mais
peut -être , en fait d'Ouvrage Dramatique ;
il eft plus rare qu'on n'imagine de mériter
un pareil reproche.
On a trouvé auffi que la fituation de
Valère , fe chargeant de faire exécuter un
ordre obtenu contre lui-mêine , eft imitée
de la Métromanie. En avouant que ce repreche
eft fondé , l'équité nous fait un
devoir d'ajouter que M. Fabre d'Eglantine
s'eft approprié cette fituation autant qu'il
étoit poffible , puifqu'il en a fait un trait
de caractère , qui exprime avec vérité l'étourderie
préfomptueufe de fon Héros. Enfin
fi la Critique a quelques juftes reproches
à faire à cet Ouvrage , l'empreinte du vrai
talent qui le diftingue a frappé les vrais
connoiffeurs , & les deux Comédies de
M. d'Eglantine doivent le claffer avantageufement
parmi les Auteurs qui fondent
l'espoir du Théatre Comiqué ,
M. Molé , chargé du premier rôle de
cette Comédie , a réuni tous les fuffrages ,
& excité le plus vif enthoufiafme. Il étoit
impoffible en effet d'y mettre plus d'abandon
, plus de verve comique,
164
MERCURE
MUSIQUE.
Ouverture & Air de Louis IX, arrangés pour
le Forté- P ano ; par M. L - moine fils, Prix , 3 I.
A Paris , chez l'Aureu- rue Notre- Dame- des-
Vatoires , Nº . 29 ; & chez Korwer , Facteur de
Piano -Forté , rue Neuve- St- Euliache , Nº . 12 .
Journal de Guitare , ou Choix d'Airs nouveaux,
avec accompagnement , se . Cahier. Le prix de
la foufcription pour 12 Caliers , avec les Etrenres
de Gaitare , eft de 1 & liv. Chaque Cahier fe
vend a fparément 2 liv. , & les Ettennes 7 liv.
4. A Paris , chez M. Porro , rue Tiquetonae ,
N °. 10.
Les Délaffemens de Polymnie , cu les Pet'ts
Concerts de Paris avec accompagnement de
Clavecin ou Fiasc Forté ; se. Recueil. L prix
de l'Abonnement pour 12 Recu ils eft de 18 liv.
Chaque Recueil eft de 2 liv . 8 f. A Paris , même
adreffe.
GRAVURE.
Les premiers jours de Juillet prochain , on mettra
en vente un Etampe gravée par Purporati
d'après un Tableau de la célèbre Angelica Kaufmann.
On doit attendre beaucoup de la réunion
de deux talens auffi cfti més.
f:
Les Amateurs qui voudront être bien fervis &
procurer des Epreuves avant la lettre , youdront
bien fe faire inferire de bonne heure chez
Douder , Graveur , quai des Ormes , maifon de
l'Horloger ; & chez Joabert , M. d'Eftampes ,
rue des Mathacins , aux deux Piliers dor , N°.
à Paris.
24 ,
DE FRANCE. 165
La France divife en 83 Départemens avec leurs
Chefs-lieux, fuivant le Décret de l'Affemblée Nationale
, fanctionué par le Roi le 15 Janvier
1790. Prix , 1 liv . 16 f. Cette même Carte , avec
les Décrets fa : ctionnés , qui ordonnent & préfentent
la divifion de la France en 83. Départemens
& 546 Diſtricts , 2 liv . 8 f. br . A Paris , chez le
Sr. Defnos , Ing Géog. & Libr . du Roi de Danemarck
, rue St- Jacques , Nº . 25 ÷.
1
A VIS.
Etabliſſement propofé en Virginie , dans les
Etats-Unis de l'Amérique Septentrionale , à une
lieue d'une Cour de Juſti e , & à huit lieues de la
ville d'Abington , fur environ 300 mille acres Anglois
de terres chofes, l'acre contenants quarts
d'arpent , à vendre en différens lots , à raifon de
6 , 7 , 8 & 9 liv . l'acre , payables moitié comp-
6579
tant , & l'autre moitié dans deux ans.
Ces terres , dont la latitude eft d'environ 37
degrés au Nord , font , par la population dans les .
environs , à l'abri des incurfions des Sauvages.
Eiles règnent ou longent la rivière Clinch l'efpace
de 40 milles Anglois , & à l'Oueſt la rivière
Gueff , d'environ 20 milles ; les branches de ces
deux rivières , ainfi que de la rivière Biſſandy ,
arrofent toutes les terres à vendre d'une manière
adimirable .
Le terrein eft en petites collines , le cours des
rivières eft libre , far conféquent le climat eft
également dégagé de toutes exhalaiſons malfaines
ou de vapeurs humides , & l'accroiflement
apide de toute espèce d'animaux , auffi bien que
166 MERCURE
la richeffe du fol en toute efpèce de végétaux ,
prouvent que l'air y elt également favorable à la
vie animale & à la végétation . Il y croit du blé ,
de la vigne , du lin , du chanvre , du riz , de l'indigo
, du tabac, du fucre, & tous les fruits du no d
de l'Amérique & ceux des pays chauds . Les ' hivers
y font fi doux , que l'herbe qui croît même dans
cette faifon , fuffit pour nourrir les beftiaux qui
fe multiplient & s'élèvent fans prefque demander
d'attention .
. Le bois qui croît fur ces terres eft de la plus
belle qualité , & la facilité du transport , par les
rivières , offre un nouvel objet de fpéculation .
11 y déjà deffus 80 ou cent familles qui donneront
aux nouveaux Cultivateurs , à des prix mo,
diques , tous les uftenfiles & les animaux pro
pres à la culture , ainfi que les grains pour enfemencer.
La chaffe & la pêche fourniront en abondance
aux nouveaux Colons leur nourriture .
Le Propriétaire invite les Cultivateurs & Ouvriers
de métiers de première néceflité , à fe préfenter
à lui s'ils font mariés & munis de cer
ficats de leurs Curés & de leurs Maîtres. Il leur
donnera gratuitement 40 ou so acres en toute
propriété & fans aucune redevance , à la feule
condition d'aller , à leurs frais , s'érab'ir fur ies
terres , & d'y demeurer au moins huit ans , &c .
S'adreffer au Bureau établi chez M. Gibé ,
Notaire, à Paris , rue Ste -Avoye , où l'on prendra
communication des titres originaux donnés par
l'Etat de la Virginie , de la Carte générale des
Etats - Unis , de celle de l'Etat de Virginie , de
celle particulière des Terres à vendre , & enfin
où l'on fe procurera tous les renfeignemens qu'on
pourra délirer.
DE FRANCE.
167
é ,
Bra
par
des
de
nfa
u'on
LE Sr. Hériffon, Arquçbufier, rue des Tournelles,
N° . 66. , vient d'inventer un Reffort de voiture ,
qui nous paroît digne d'être recommandé au Pu-
Blic. Laifons parler en fa faveur MM. les Comfaires
de l'Académie des Sciences , chargés
d'en faire l'examen.
» Ce Reffort , difent ces Meffieurs , qui eft en
C , eft compofé de trois feuilles qui ne font percées
en aucun endroit de leur longueur , & qui
s'attachent à la voiture par le moyen d'une bride
qui paffe dans deux oreilles dont chaque feuille
eft garnie il y a auffi vers le bout fupérieur de
chaque feuille deux appendices foudés qui em-
"prafent les feuilles intérieures pour les empêcher
de glifler de côté. Toutes ces feuilles nous ont
paru de bon acier & bien trempées . Pour éprouver
le degré de foxce de ce Reffort , nous l'avons
foumis aux épreuves fuivantes «
Après le récit de ces épreuves multipliées , qui
doivent laiffer aucun doute fur la fupériorité
de ce nouveau Reffort , MM; les Commiffaires
ajoutent :
» Nous penfons que le Sieur Hériffon eft un
Artifte riès - inteligent dans la conſtruction des
Refforts de voitures , & que ceux qui prendront
de fes Refforts , après toutefois les avoir foumis
aux épreuves ci - deflus , feront sûrs d'en avoir
d'excellens «.
VAUDERMONDE , BRISSON .
Je certifie le préfent extrait conforme à l'òriginal
& au jugement de l'Académie.
Le Marquis DE Condorcet.
168 MERCURE DE FRANCE.
DERNIER A VIS
A MM. les Soufcripteurs de l'Encyclopédie par
ordre des Matières.
ON préviert , pour la dernière fois , tous les
Soufcripturs qui ne fe feront point complétés
d'ici à la fin de Juillet prochain , qu'ils feront
déchus de tous les avantages de la Soufeription
& qu'ils payer. nt les quarante huit Volumes à
6 liv . 12 liv . , ainfi que tous les autres Volumes ;
ceux de Planches , d'Arts & Mécaniques , 30 l.
au lieu de 24 ; ceux d'Hiſtoi e- Naturelle , 36 k
au lieu de 21 liv. pour cent Planches , le difcours
& la brochure compris . Pour fac liter les Soufcripteurs
à cet égard , nous recevrons leurs billets
à notre ordre à un an & dix- huit mois fans
intérêt , & nous avons prié les Libraires de Province
d'accorder le même crédit aux Soufcripteurs
avec lefquels ils font en relation ; ce crédi
ne peut avoir lieu qu'il n'y ait une ou plufieurs
des trente premières Livraiſons dans la demande.
Toutes les nouvelles Livraiſons , à compter de la
trente- unième fuivante , doivent être payés
Comptant les Libraires n'ont eux- mêmes aucun
crédit pour ces Livraiſons.
EPITRE.
TABLE.
121¡ Acad. Roy. de Muſique < 3
Charate, Enig. Lrgog. 126 Inéatre de la Nation.
Le Defpotifme dévoilé. 129 |
160
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
SUÈDE.
De Stockholm , le 3 Mai 1790 .
Nous avions auguré que la fortune seconderoit
la justice, qui dans cette guerre
se trouve du côté du Roi de Suède ; nos
espérances n'ont point été trompées ; ce
Prince marche de succès en succès , et
les avantages qui se suivent rapidement
semblent lui en garantir de nouveaux .
Voici l'extrait d'une lettre de Stockholm
, en date du 7 Mai : le Baron de
Hamilton , Aide - de-camp du Roi , est
arrivé ici la nuit dernière avec une dépêche
qui porte en substance :
Depuis l'attaque de Karnakoski , le Général
Baron d'Armfeldt , qui commandoit à ce
.poste , fut de nouveau attaqué , le 28 avril ,
N°. 23. 5. Juin 1790. A
( 2 )
"
>
par un gros Corps Russe aux ordres du Général
d'Igelstrom : Mais , quoique séparé de
la Division du Général de Stedingk , M.
d'Armfeldt fut assez heureux pour repousser
l'ennemi , qui eut dans cette attaque 200
hommes tués , et perdit deux canons . Le Roi ,
informé de la situation où ce Général se
trouvoit , forma le dessein de l'en tirer , en
délogeant les Russes d'un des postes qu'ils
avoient occupés . C'étoit celui de Walkjala
dans la Carélie Russe où le général Denisow
commandoit . Sa Majesté se mit à la tête de
9 Bataillons d'Infanterie , deux Escadrons
de Cavalerie , et quelques Détachemens de
Dragons ou de Chasseurs . L'attaque fut des
plus chaudes et la résistance non moins
vive: l'affaire resta long- temps indécise ; enfin
, apres quatre heures de combat , l'Infanterie
Suédoise se jeta sur l'ennemi , la
bayonnette baissée ; alors les Russes furent
enfoncés , le Général Denisow lui - même fut
tué , et nos troupes restèrent maîtresses du
champ de bataille. Nous ne savons pas encore
la perte de l'ennemi , qui a combattu
avec beaucoup de valeur. La nôtre en tués
n'est pas fort considérable. Il n'y a qu'un
Officier de ce nombre ; mais il y a beaucoup
plus de blessés , notamment plusieurs Officiers
des Régimens de Kroneberg, Jonkoping
et Ostro-Gothie. L'on nomme le Major Jernfells
et le Comte Gustave Wachtmeister ,
Aide-de- Camp - Général du Roi , grièvement
blessé d'une balle au bras droit. Sa Majesté
elle- même a reçu une légère contusion à
l'épaule droite. En gagnant le poste de
Walkjala , S. M. s'est non -seulement emparée
de deux Magasins que les ennemis y ont
abandonnés ; mais elle a encore effectué la
( 3 )
communication de son Corps d'armée avec
celui du Général d'Armfeldt. Le Major
Knorring et deux autres Officiers Russes se
trouvent au nombre des prisonniers . Le Général
Pollet ayant dirigé , de concert avec
le Général Pauli , les mouvemens des Troupes
sous les ordres immédiats du Roi , Sa
Majesté l'a nommé Commandeur de l'ordre
de l'Epée sur le champ de bataille même.
En attendant les détails ultérieurs de cette
action , il sera chanté demain à ce sujet un
Te Deum solennel dans toutes nos Eglises.
A l'affaire de Karnakoski , le 14 avril , nos
troupes ont pris sur l'ennemi deux magasins,
109. Chariots , la Caisse Militaire , et un
Service d'argent . Durant ces opérations , le
Roi s'est non - seulement toujours trouvé luimême
à la tête de ses troupes , mais il a
couché sur la dure , à la belle étoile , et a
passé 28 heures sans prendre de nourriture,
Après ces succès de la Guerre par terre ,
l'on s'attend à en apprendre d'autres , relativement
aux entreprises qui se formeront
par mer. Il est certain que le Roi prendra
lui -même le Commandement de sa grande ,
Flotte de Galères et autres navires , propres
à agir sur les bas - fonds de la Côte ; le Baron
de Rayalin accompagnera S. M. sur le Vaisseau
l'Amphion , qu'elle montera , et dont
le Lieutenant- Colonel de Frese a été nommé
Capitaine de Pavillon . Le Lieutenant-Colonel
Baron de Stedingk et le Major Brumer
seront les Chefs de division de cette Flottille
, qui sera forte de 300 Bâtimens . Lat
Flotte du Duc de Sudermanie , cousistant
en 21 Vaisseaux de ligne , 8 grosses et 5
moindres Frégates , outre un nombre considérable
de petits Bâtimens , est destinée à
A ij
( 4 )
aller bombarder Revel , pendant que trois
mille Hommes de Troupes , débarqués à
Rogerswyk , attaqueront le même Port Russe
du côté de terre.
Quelques jours auparavant , 33 bâtimens
armés , accompagnés d'un cutter ,
avoient fait voile pour la Finlande . Une
frégate et 10 navires de transport chargés
de recrues et d'artillerie ont pris la
même route.
Des nouvelles encore plus récentes
annoncent que la flotille partie de Stral--
sund est entrée au port de Wittow , où
elle attend un vent favorable pour reprendre
la mer. Les frégates le Hector
et l'Achilles , ainsi que deux autres bâtimens
, devoient partir sous 15 jours ,
ajoutoient ces lettres en date du 11 Mai .
Le Danemarck arme de son côté , mais
uniquement pour se tenir sur la défensive.
Des avis du 8 Mai disent que les
vaisseaux de guerre l'Ebenezer, le Groenlande
et le Sieger iront en rade au premier
jour ; les vaisseaux de défense , le
Nyborg , le Rendsbourg , l'Aggerhus
le Hielpor et les bombardières le Mandighet
et l'Alvertighet y sont déja , ainsi
que la Fionie de 74 canons , l'Eléphant
de 70 , le Mars , l'Infoedsretten et la
Louise-Auguste de 64 chacun , la Cronenbourg
et le Prince-Thomas , tous
deux de 30.
( 5 )
POLOGNE.
De Varsovie , le 14 Mai 1790.
Le Ministre de la Cour de Suède a
remis à la Députation des Affaires étrangères
une note pour demander qu'on annulle
la convention conclue en 1762
entre la Cour de Russie et le Duc Ernest,
Biren de Courlande ; et que le commerce
entre la Suède et la Courlande n'éprouve
aucune gêne , particulièrement à l'égard
des grains et autres vivres .
On a repris , dans les 254 et 255es .
Séances de la Diète , la discussion du
projet relatif aux starosties concédées à
titre de fiefs héréditaires. Cependant un
esprit de justice a fait excepter de la
taxe de 30 pour 100 celle de Sradow
qui avoit été donnée en 1775 au Prince
Casimir Poniatowski , en indemnité
de la somme de 700,000 florins, employée
par lui pour la formation du Régiment
des Gardes- à- cheval. Cette starostie
ne paiera que 10 pour 100, comme
les autres terres nobles. Dans la Séance
du dernier Avril , le Général Branicski
a perdu sa belle terre de Kaminsbroi
de 6000 ducats de revenus ; l'Evêque
de Wilna ne sera pas plus ménagé , et le-
Prince Radziwill , Châtelain de Wilna ,
s'en voit enlever pour . 400,000 florins
A iij.
( 6 )
-
Ces biens seront donnés à bail emphythéotique
de 50 ans .
Le Roi et la République ont d'autant
plus besoin d'apporter la plas sévère
économie dans la disposition des revenus
de l'Etat , qu'ils craignent de perdre
Thorn et Dantzick on prétend que
le Roi de Prusse a fait dire que la cession
de ces deux villes applaniroit beaucoup
de difficultés à la signature du Traité
de Commerce que le Cabinet de Berlin
paroît avoir adroitement différée
pour obtenir ce qu'il convoitoit.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 19 Mai.
Une lettre de Pétersbourg , datée du
27 Avril , s'exprime ainsi : maintenant
quenous touchons à la débacle des glaces ,
tout se dispose ici , et dans nos ports de
la Finlande , pour mettre en mer la flotille
qui agira contre les Suédois ; les
préparatifs sont très- considérables , tant
par terre que par mer. La flotille consiste
en cent et quelques bâtimens de
guerre qui seront partagés en trois divisions
, sous les ordres du Vice-Amiral
Prince de Nassau - Siegen , Commandant
en chef, du Vice- Amiral Hosteaninoff
et du Contre-Amiral de Litta ,
Chevalier de Malthe. Nous comptons
( 7 )
beaucoup sur la bravoure et l'expérience
de ces Généraux .
Cette flotte doit actuellement tenir la
mer ; mais il est étonnant que la Russie
n'ait pas prévenu le Roi de Suède ; il
faut qu'elle soit dans une disette d'argent
encore plus extrême que son rival .
Ce Prince a déja pris des à comptes assez
forts sur les frais de la campagne ; nonseulement
il s'en indemnisera pour peu
qu'il continue , mais même il pourroit
bien la faire payer cher à la Russie. En
attendant , comme il lui faut des fonds ,
il vient d'ouvrir en Hollande , chez
Abraham et Simeon Boaz , Banquiers
Juifs , un emprunt viager de 1500,000 florins
, sous la garantie des quatre Ordres
du Royaume.
On assure que le Chevalier Psaro va
prendre le commandement en chef de la
flotille Russe stationnée à Trieste ; il
doit faire voile dans l'Archipel le plus tôt
possible , et s'approcher des Dardanelles
pendant que la grande escadre Russe
dans la mer Noire s'approchera de Constantinople.
Ce plan et ces ordres sont ,
dit- on , du Prince Potemkin,
La Cour s'est rendue dans les premiers
jours de Mai à Czarscozelo , et le Chevalier
d'Horta , Ministre Plénipotentiaire
de Portugal , a pris congé de l'Impératrice
; il se rend à Lisbonne par congé ,
mais on le croit destiné à une autre mission
. En effet , il n'est pas probable qu'il
A iv
( 8 )
revienne à Pétersbourg , si les différends
entre l'Angleterre et l'Espagne ne peuvent
être appaisés , et que cette dernière
Puissance ait fait , comme on le
dit , un Traité d'alliance avec la Russie .
Parmi un assez grand nombre de
Prisonniers Russes qui ont été conduits
d'Abo à Stockholm , on compte le Lieutenant-
Colonel Tollet le sieur Lapuchin.
Les Officiers Suédois condamnés à
mort par le Tribunal Suprême de
guerre , pour avoir pris part à la confédération
d'Anjala , ont présenté leur requête
au Roi. On attend avec impatience
l'issue de cette demarche , et l'on
espère leur grace que l'on desire . Le Tribunal
de justice de Stockholm a condamné
encore le Colonel Pfeiffà perdre
la tête , pour s'être opposé à ce qu'on
levât dans sa province les recrues destinées
au Régiment de Sudermanie.
Les Suédois ont saisi deux navires de
Lubek , ayant à bord des espèces ; comme
ils étoient partis avant la publication
d'une Déclaration du Roi , dans laquelle
l'argent est qualifié contrebande ,
on espère qu'ils seront restitués. Les
Hollandois ont fait des réclamations du
même genre.
Il se forme une armée de Troupes
d'Hanover, de Hesse et de Brunswick
auxquelles la Prusse en joindra quelquesunes
; ces Troupes , sous les ordres du
}
9. )
Prince Frédéric de Brunswick, se tien
dront à portée du Holstein , dans lequel
l'Armée entrera sur- le-champ , si le Da
nemarck tente une diversion en faveur
de la Russie.
De Berlin , le 15 Mai.
L'Ambassadeur d'Autriche est toujours
ici ; cependant on s'attend à le voir
bientôt partir , la dernière Lettre de
Léopold II ne contenant point les propositions
qu'on s'étoit flatté de recevoir.
Notre Armée composée de 53 Régimens
de campagne qui sont répartis en 181 Bataillons
, de 4 Régimens d'Artillerie , de 12
Régimens de Cuirassiers de 5 Escadrons.
chacun , de 12 Régimens de Dragons ou 70
Escadrons , de 9 Régimens de Hussards et
'1 de Bosniasques , ensemble 100 Escadrons,
d'un Régiment de Chasseurs , d'un Corps de
Mineurs et Sapeurs , et d'un Corps de Pontonniers
; elle consiste en tout en 210,000
hommes . Un Corps dans la Prusse Orientale
et 20,000 Polonois se porteront sur la
Livonie , et soutiendront de ce Côté les Suédois
; un autre Corps dans la Prusse Occidentale
, renforcé par des Régimens . Poméraniens
, marchera vers la Gallicie ; il sera
joint en route par un Corps de Troupes de
Pologne ; le Corps qui se rendra vers la Bohême
sera de 30,000 hommes, et 80,000 l'armée
destinée à pénétrer dans la Moravie.
Outre ces Corps , il y en aura un d'observation
dans le Magdebourg.
Toute l'Armée sera en mouvement du
Av
( 10 )
20 au 30 de Mai , et l'on s'attend si
bien à voir commencer incessamment
les hostilités , que les Ouvriers travaillent
nuit et jour pour finir tout ce qui est
nécessaire à la marche des Troupes, Il
se trouve déja ici un grand nombre de
valets d'Artillerie ; on estime que tout
le train de l'Armée exigera 8,000 chevaux
.
Le Prince Royal a fait présent de 10
et jusqu'à 20 frédérics d'or aux Officiers
subalternes de son Régiment , pour les
aider à faire leurs équipages de campagne.
1
De Vienne , le 20 Mai.
Les espérances de paix diminuent de
jour en jour. Le Comte de Podewils ,
Ministre de la Cour de Berlin , se dispose
à partir ; il a fait avertirses fournisseurs de
lui remettre leurs mémoires dans l'espace
de 6 jours. On assure que si la guerre
éclate , on conviendra respectivement
de ne molester en rien les fabriques , ni
le commerce.
Des Lettres du 12 Mai annoncent la
présentation de plusieurs Envoyés. Le
Chevalier Keith , Envoyé de la Cour
de Londres , et les chargés d'affaires des
Républiques de Gênes et de Raguse ,
ont eu , le 9 , une Audience particulière
du Roi , dans laquelle ils ont remis
à Sa Majesté leurs nouvelles Lettres de
( 11 )
créance. Le Marquis de Llano , Ambassadeur
de la Cour d'Espagne , a expédié
un Courrier à Madrid , à l'issue
d'une Conférence particulière avec Léopold
II. Il y a depuis quelque temps
beaucoup de mouvemens dans tous les
Cabinets , et même , s'il en faut croire
des bruits qui commencent à se confirmer
, la République de Venise , sollicitée
par notre Souverain de prendre
une part active à la guerre , va seconder
ses efforts et ceux de la Russie contre
la Porte Ottomane.
- Suivant des avis de Neusatz , les Turcs
avoient le projet de surprendre Schabatz
, mais la garnison les a forcés de
se retirer précipitamment , au nombre
de 1300 hommes. Ils ont aussi fait , le
27 Avril , une tentative sur Kerestinia ,
Ladevacz et Flurian ; mais par- tout ils
ont été repoussés avec perte , et se sont
vengés de leur défaite en mettant le feu
à quelques habitations .
Des Lettres de la Capitale de Bohême
nous mandent que dans ce Royaume.
l'Armée s'étend depuis Bedschow jusqu'à
Collin ; celle du Roi de Prusse dans
la Silésie est près de Frankenberg , Kameutz
et Silberberg .
Le 13 , quatre des fils du Roi sont
arrivés dans cette Capitale avec leur
suite ; l'Archiduc François les a rencontrés
à Mertzhofen ; ce Prince , accompagné
du Comte de Colloredo
A vi
( 12 )
continué sa route vers Clagenfurt , et
le Roi ira lui- même jusqu'à Neustadt
au-devant de son épouse et de ses autres
enfans , que nous attendons le 15 au plus
tard ; le mêmejour , est arrivé dans l'aprèsmidi
le Courrier qu'on attendoit de
Berlin. Il paroît que ses dépêches n'ont
rien de satisfaisant puisque les préparatifs
de guerre continuent.
De Francfort sur le Mein , le 24 Mai.
On apprend de Neustadt , dans l'Electorat
de Saxe , que la ville d'Auma a été
entièrement réduite en cendres par un
incendie arrivé le 15 de Mai.
Une Lettre de Berlin , du 18 Mai ,
porte que le Comte de Schulenbourg,
Ministre d'Etat s'est tué avec une arme
à feu. On ignore le motif de ce suicide .
Il avoit une grande fortune , une réputation
sans tache , et des connoissances
très- étendues , qui le feront regretter
long- temps. Cet homme estimable laisse
une jeune veuve et trois enfans.
Voici les articles de convention faite
entre le Prince - Abbé de Malmedy et
Stablo , les Chapitres et ses Sujets :
1º. toutes les terres contribueront aux
charges publiques , à l'exception de celles
destinées à l'entretien du Prince et à la
dotation des deux Abbayes ; 2° . le Prince-
Abbé et les Chapitres seront tenus ,
comme gros Décimateurs , d'entretenir
( 13 )
les Eglises et Presbytères ; 3° . Ja dîme
des pommes de terre est supprimée ;
4°. tous les services personnels , ainsi
que les corvées , le sont aussi ; 5º. les
Communautés jouiront exclusivement
des Communaux ; 6º. on admettra désormais
quatre Députés du Comté de
Lorgne à l'Assemblée générale ; 7º. le rachat
des cens se fera sur le pied du
quarantième denier ; 8°. enfin , la mainmorte
et autres droits pareils sont abolis
: le reste de la contestation se terminera
par un arbitrage dans l'e - pace de
six semaines. Les Sujets ont consenti à
payer 60,000 florins , et les Troupes de
Cologne ont quitté ce pays.
On écrit de Vienne que le Roi a fait
connoître aux divers Départemens , par
un billet de sa main , qu'on ne devoit
plus lui envoyer des notes sur la conduite
des Sujets qui y sont employés ,
comme cela se pratiquoit sous le règne
précédent. Ces listes de conduite opéroient
contre leur but , en servant de
véhicule à la calomnie , d'instrumens
aux cabales , aux haines , à la persécution
, aux oppressions et aux injustices
des Supérieurs . Léopold II vient d'abolir
aussi un Supplice peut - être plus cruel
que la mort même , à laquelle Joseph 11
l'avoit substitué ; c'étoit celui de faire
remonter par des hommes les bateauxdu
Danube . Le criminel presque nud ,
sans abri , sans chaussure , dans un pays
( 14 )
humide et rempli d'insectes , ne pouvoit
résister long- temps à ce travail , au - dessus
des forces humaines .
Ily a eu l'année dernière , dans le Royaume.
de Bohême , 22,617 mariages , 117,952 naissances
, et 79,101 morts . Les mariages , à
Prague , étoient au nombre de 595 , les naissances
de 3066 , et les morts de 3297 .
La garnison de Widdin se prépare
à faire une vigoureuse défense. La situation
de cette place la rend très forte . La
citadelle , qui domine sur le pont et sur
le passage du Danube , est en très-bon
état. Cependant les Turcs ont été battus
plus d'une fois , comme l'Histoire le
prouve , aux environs de cette Ville ,
qu'ils ont tant d'intérêt à conserver ..
Jean Corvin Huniade y remporta , en
1443 , une victoire qui leur coûta 30,000
hommes. En 1595 , Sigismond Bathory
les défit entièrement sous les murs de
cette Ville ; enfin , en 1689 , le Margrave
Louis de Baden , après avoir pris Nisa ,
mit le siége devant Widdin , remporta
une victoire complète sur une grande
Armée de Turcs qui venoient défendre
cette place , et quatre jours après la
bataille força la garnison de capituler .
Des Lettres de Constantinople aunoncent
que le Comte Potocki, Envoyé Extraordinaire
de Pologne , y est arrivé le
15 Mars avec une brillante et nombreuse
suite. Jussuf Pacha , nouveau
Grand-Visir , n'est pas moins porté pour
( 15 )
la paix que son prédécesseur , disent des
bruits fort incertains ; on ajoute qu'il a
chargé les Commissaires du Grand - Seigneur
à Yassi , de ne pas négliger de nouvelles
propositions , pour peu qu'elles
soient acceptables . On doit pourtant
présumer que la confiance qu'ont dû inspirer
à la Porte ses nouveaux Alliés ,
l'engagera à tenter encore le sort des
armes. D'ailleurs , le Divan s'est expliqué
formellement sur la Crimée , qu'il ne
veut pas laisser à la Russie , qui se prépare
, de son côté , à une troisième campagne
, car le Prince Potemkin a fait
venir une grande quantité de charriots
et de munitions de guerre qu'il tire de
Bender.
GRANDE-BRETAGNE.
De Londres , le 28 Mai.
On continue la presse et l'armement
des vaisseaux . Ce n'est guères que le dernier
de ce mois qu'on attend une réponse
de l'Espagne . M. Fitzherbert , nommé
Ambassadeur auprès de cette Cour , doit ,
dit-on , s'arrêter à Paris , pour avoir un
entretien particulier avec le Roi ; cette
mission remplie , il continuera sa route.
Les Papiers Anglois donnent au Lord
Hood, le Commandement d'une escadre
qui mettra incessamment à la voile pour
la Jamaïque , sur laquelle on craiat que
1
( 16 )
les Espagnols ne veuillent tenter une
surprise. Son frère , Sir Alexandre
Hood , commandera dans la Méditer
ranée.
Les Ministres ont reçu l'avis qu'une
escadre Espagnole de six vaisseaux de
ligne et de trois frégates de 40 canons
est sortie du Ferrol au commencement
du mois , pour renforcer celle qui se
trouve aux Indes Occidentales. Cependant
, il y a des paris considérables que
la guerre n'aura pas lieu ; on se funde
sur ce que toute la Marine Espagnole
fait à peine moitié de celle de la Grande-
Bretagne.
S'il en faut croire les mêmes autorités
, un des vaisseaux saisis par les
Espagnols à Nootka Sound , vient d'arriver
à Portsmouth dans la plus horrible
situation . L'équipage ne subsistoit depuis
plusieurs semaines que de chiens , de
chats , de rats, de cuirs et d'huile rancie. Le
Capitaine se plaint anièrement du traitement
que les Espagnols lui ont fait
éprouver ; ils l'ont forcé de promettre
qu'il ne reparoîtroit jamais sur les côtes
Nord- Ouest de l'Amérique , sous peine
d'être saisi comme pirate , et puni comme
tel .
Une dernière nouvelle , que nous ne
garantissons pas , mais qui pourroit bien
n'être pas dénuée de fondenient , c'est
que Lord Gower est nommé Ambassadeur
et Ministre Plénipotentiaire de la
( 17 )
Cour de Londres près celle de Paris.
Un mot de M. Pitt , dans les derniers
débats du Parlement , semble l'appuyer .
M. Fox , se plaignant de ce qu'on n'avoit
point d'Ambassadeur auprès de la
France , tandis qu'elle en entretient un
en Angleterre , le premier a répondu que
c'étoit par économie , mais que , quelques
jours plus tard , les plaintes de l'honorable
Membre cesseroient d'avoir lieu.
·
Les mêmes Papiers ajoutent que le
Rajah de Travancor , Allié des Anglois ,
a battu les Troupes de Tipoo - Sultan ,
dont nous avons vu ici les Ambassadeurs.
Les Troupes Françoises , ont ,
dit- on , soutenu celles de Tipoo , et les
Anglois se disposoient au départ du
vaisseau le Général Goddard , porteur
de la nouvelle , à marcher au secours
du Rajah de Travancor. Cette nouvelle
a besoin d'être confirmée ; d'ailleurs ,
nous ne voyons pas pourquoi ce fait
particulier altéreroit la bonne intelligence
entre ces deux Nations , faites
pour s'estimer , et qui forceront l'Europe
entière à se tenir en paix , quand
elles voudront y rester elles-mêmes.
ÉTATS
BELGIQUES .
De Bruxelles , le 27 Mai 1790 .
Il faut donc que malheureusement la
( 18 )
liberté ne soit pas un fruit de tous les
pays ! c'est ce qu'on seroit tenté de croire
en voyant aujourd'hui le brave Van der
Meer chdans les fers , et les Fan Eupen,
les Van der Noot sur le Trône. Quant
les Américains dignes de la liberté l'ont
conquise , ils n'avoient ni Van Eupen,
ni Van der Noot à leur tête , et ils
surent un peu mieux ménager leur Van
der Meersch. En vérité , les Brabançons.
seroient ridicules s'ils n'étoient à plaindre .
Un Pénitencier , un Ex-Avocat , des
Capons ! que peut-on attendre de grand
de ce ramassis bizarre . Certes , c'est un
grandbonheurque l'Assemblée Nationale
et le Roides François aient constamment
refusé de traiter avec de pareils gens. Ne
voilà t-il pas qu'ls rendent depuis quelque
temps une espèce de Culte à l'image
de M. Van der Noot ! Son buste en
plâtre doré est devenu un pieux ornement
sur toutes les cheminées des estaminets.
On ôte son chapeau à l'idole ,
on lui fait des libations de bierre et
d'eau- de -vie , présages peut -être de libations
de sang ; M. le Général Van der
Meersch est toujours détenu à la Citadelle
d'Anvers , et y est même traité avec
peu d'égards : on ne sait quand il plaira
au Congrès de le faire juger ; mais il
paroît qu'il lui plaît de le faire languir .
M. de Sandelin a publié deux mémoires
vigoureux pour la justification du prisonnier
, coupable de trop de mérite.
( 19 )
Il y a eu deux actions entre les Patriotes
et les Autrichiens ; ces derniers ,
en assez grand nombre , ont battu , le
17 et le 18 , les Chasseurs de Fongerloo
et la légion Angloise , à la Croix près
de Marche l'action , commencée à 5
heures du matin , a duré à diverses reprises
jusqu'à 6 heures du soir ; elle a
fini avec perte pour les Patriotes d'une
centaine d'hommes , et de deux pièces
de canon. Il est rentré à Namur plusieurs
chariots chargés de blessés , ce
qui a tellement aigri les Patriotes de
Gette ville qu'ils ont pillé cinq à six
maisons de leurs Concitoyens soupçonnés
de Royalisme . Dans la nuit du 19
au 20 , cinquante Dragons soutenus de
300 Fantassins ont enlevé au Château
de la Rochette le Comte d'Arberg et
sa famille ; ils l'ont amené par des routes
détournées à Namur , d'où il sera probablemment
transféré dans la Citadelle
d'Anvers , pour servir d'ôtage aux Patriotes.
Le Chanoine Van Eupen et M. Van
der Noot ont fait il y a quelque temps
un voyage à Liège ; on dit aujourd'hui
qu'ils y ont signé un pacte fédératif ,
dans lequel les Liégeois se réservent de
conserver leur forme de Gouvernement
et leurs rapports avec l'Empire. Il y a
déja eu quelques légères escarmouches
entre eux et les Troupes d'exécution .
Le quartier général de l'Armée Liégeoise
( 20 )
est à Hasselt ; on croit même que son
intention est de se retrancherà Tongres ,
et d'y attendre les Palatins et les Munstériens
auxquels les Troupes de Mayence
devoient se réunir le 18. L'Armée d'exécution
est fournie à ce qu'on prétend
d'une nombreuse Artillerie. Le Général
Winkelhausen devoit arriver le 24
à Aix - la- Chapelle . La première colonne
monte à 8000 hommes , et l'on assure
qu'il y en a 15000 autres prêts à marcher
au premier signal. Il arrive aux
Liégeois des renforts des Pays-Bas , pour
appuyer un dernier Manifeste qu'ils ont
publié sous le titre de Déclaration des
trois Etats du pays de Liège et Comté
de Looz , et que nous donnerons dès que
la place nous le permettra .
FRANCE.
De Paris , le 18 Mai.
ASSEMBLÉE NATIONALE . 55 ° . Semaine..
DU LUNDI 24 MAX.
Le Décret mémorable , rendu le 22 à la
suite de tant de discussions , a subi plusieurs
changemens à la lecture du Procès-verbal .
L'article VI avoit été décrété dans la forme
suivante : « Toute déclaration de guerre será
faite en ces termes de la part du Roi et
au nom de la Nation . L'addition de la
part du Roi des François et au nom de la
})
( 21 )
Nation , que M. de Mirabeau avoit insérée
dans sa Minute , a été adoptée par l'Asserabice.
Elle a également admis une nouvelle rédaction
de article IX qui , conçu comme
il l'étoit , sembloit soumettre à l'autre Législature
les traités de paix , d'alliances et
de commerce , et ne lui soumettre que ceuxlà
, tandis que le Corps législatif doit ratifier
tout acte qui intéresse les propriétés publiques.
Voici la nouvelle rédaction :
" Art. IX. Il appartient au Roi d'arrêter
et de signer avec les Puissances étrangères
tous les traités de paix , d'alliances et de commerce
, et autres conventions qu'il jugera
nécessaires au bien de l'état ; mais lesdits
traités et conventions n'auront d'effet qu'autant
qu'ils auront éte ratifiés par le Corps
législatif. "
M. de Mirabeau a présenté un article additionnel
qu'il a jugé important de décréter :
" Les traités , actes , ou conventions passés
jusqu'à présent avec les Puissances étrangeres
, seront examinés dans un Comité spécial
, lequel en fera son rapport avant la fin de
la présente Session , à l'effet que l'Assemblée
connoisse quels sont ceux qui doivent être
ratifiés , et jusqu'alors lesdits traités , actes
et conventions demeureront dans toute leur
force.
Cet article- là et une déclaration de guerre
c'est la même chose , a dit M. Fréteau ; je
demande donc qu'il soit renvoyé au Comité
de Constitution . M de Roberspierre , le regardant
comme la conséquence du Décret ,
a demandé l'ajournement , indispensable dans
une question de cette importance pour ménager
le temps d'y réfléchir.
( 22 )

M. de Mirabeau , convenant de la sagesse
de cette demande , a pourtant desiré que
le délai fût bref, parce que les événemens
de tous les jours peuvent mettre l'Assemblee
dans le cas de jeter les yeux sur les conventions
qui occasionneroient ou provoqueroient
le déploiement de la force nationale.
Il n'y a pas lieu à délibérer , s'est écrié
M. Martineau. Votre ajournement inquiéteroit
les Puissances qui douteroient de votre
respect pour les traités.
On a passé à l'ordre du jour , demandé
par une partie de l'Assemblée ; mais avant
de s'en occuper , le Décret suivant a été
rendu sur le projet de M. de la Blache.
" L'Assemblée Nationale , s'étant fait
rendre compte du retard qu'a éprouvé la
fabrication des Assignats , tant par les précautions
prises pour éviter la falsification ,
que par
le temps nécessaire pour y apposer
les signatures , déclare qu'elle proroge jusqu'au
15 Août le terme de rigueur qu'elle
avoit fixé pour cet échange , et que cependant
les intérêts courront toujours à dater
du 15 Avril . »
"
Suite de la discussion sur l'Ordre Judiciaire.
L'Assemblée a d'abord établi que les jugemens
en dernier ressort pourront être attaqués
par la voie de la cassation . " Elle s'est
ensuite demandé : Les Juges du Tribunal
de Cassation seront- ils ambulans ou sédentaires
?
M. Merlin , combattant le systême exposé
il y a quelque temps par M. Barnave , qui
vouloit la division des Juges de ce Tribunal
en Sections ambulantes , auxquelles le sort
assigneroit les Départemens , et dont la
réunion s'effectueroit pendant deux mois de
( 23 )
chaque année , a demandé la résidence . L'intérêt
de la Nation , l'intérêt de la Justice et
l'intérêt des Justiciables l'exigeoient . Avoir
un Tribunal unique , c'est le grand moyen
d'empêcher dans l'Etat toute scission ; témoins
les Anglois , qui ont confié le Pouvoir
de la Cassation à leur Chambre Haute . L'ambulance
ne conviendroit qu'à des jeunes
gens , et ce n'étoit pas de cet âgé qu'il falloit
attendre de bons Juges ; la séduction
auroit plus de prise sur les Juges ambulans ;
d'ailleurs on ne doit pas faire une ressource
journalière de la cassation dont l'emploi ne
sauroit être trop rare , puisqu'autrement ce
Tribunal deviendroit un troisième degré de
juridiction ordinaire . Les pauvres pourront
profiter des avantages de ce Tribunal , si
Pon.interdit toute sollicitation personnelle ,
usage suivi très - sévèrement en Hollande.
M.Goupilde Préfeln , en votant pour l'unité
du Tribunal de Cassation , en a craint la permanence
qui pouvoit avoir les suites les plus -
funestes , sur- tout si , comme les convenances
l'annoncent , il est fixé dans la Capitale . Ne
craignez - vous pas , a - t- il dit , qu'il se fasse
une coalition avec les Ministres , que la Cour
Plénière ne se réalise , que ce ne soit une
arme contre la révolution , qu'un jour on
n'essaye de substituer ce Tribunal au Corps
législatif? Selon lui l'ambulance seule pouvoit
écarter ces dangers , et mettre le pauvre à
portée de recourir à ce Tribunal , dont la fixation
à une grande distance de ses foyers lui
interdiroit l'accès . Des Magistrats séants 80
jours dans le même lieu ne seroient point
des chevaucheurs perpétuels , comme l'exagération
s'étoit plu à les peindre. Confor-
1
( 24 )

·
mément à cette idée , l'Opinant a proposé
les 8 articles suivans de Décret :
" I. Il sera établi une Cour de Cassation
composée de quatre- vingt- trois Juges , dont
un sera élu dans chaque Département , parmi
les Citoyens domiciliés dans ce Département.
"
" II . Elle sera divisée en huit Sections
dont cinq seront composées de dix Juges ,
et trois de onze , en attribuant à chacune
des Sections un nombre de Département égal
à celui des Juges. "
« III. Chacune des Sections siégera alternativement
dans deux Villes assignées ,
pour cet effet , dans l'étendue du territoire
donné à la Section.
"(
>>
IV. Les Séances des Sections se tiendront
depuis le 1er . Mars jusqu'au 19 Mai ,
et depuis le 25 Mai jusqu'au 14 Août. »
" V. Les demandes en cassation seront
faites par une simple requête . "
" VI. Dans tout Arrêt de cassation , on
référera en entier la Loi qui aura été violée .
"
· VII. Les Sections recevront , pendant
le cours de leurs Séances , les plaintes sur
les abus commis dans l'administration de
la justice , et il en sera dressé Procès - verbal . "
VIII. Toutes les Sections se rassembleront
à Paris le 1er. Décembre , et pendant
trois mois , pour examiner les Lois qui auront
souffert des contraventions , et au sujet
desquelles il y aura eu des cassations de
Jugemens Souverains , le nombre des cassations
sera indiqué. La Cour de Cassation fera
des remarques et observations sur les Lois ,
et désignera les augmentations , suppressions
et changemens qu'elle jugera nécessaires de
-faire
( 25 )
faire à ces Lois . Ce travail contiendra aussi
des abus dont chaque Section aura eu connoissance.
Il sera présenté à la Législature. »
L'Assemblée a passé dans les Bureaux
pour procéder à la nomination d'un Président.
DU MARDI 25 MAI.
L'Assemblée , toujours sous la présidence
de M. Thouret , auquel le scrutin n'avoit
point encore donné de successeur , a repris
la question.
M. Mougins de Roquefort a voté pour l'ambulance
du Tribunal de Cassation , divisé
en Sections. Les abus de l'ancien ordre de
choses avoient déterminé .son opinion , et
l'appuyoient . Jadis , celui qui venoit former
une demande en cassation gémissoit même.
sur ses succes ; qu'etoit - ce donc lorsqu'il
avoit le malheur de succomber ? Le nouveau
plan rameneroitles temps heureux des grandes
Assises , dont nous ne retrouvions les souvenirs
consolans que dans l'Histoire ; il n'y
aura plus de distinctions de riches et de
pauvres ; tous les intérêts seront mis dans
la même balance. L'honorable Membre , jugeant
peut - être trop avantageusement du
coeur hunain , a répondu à la difficulté de
trouver des Juges qui seroient obligés de
renoncer à leurs plus cheres habitudes , et
de les sacrifier à des courses fatigantes
"
El ne voyons - nous pas de braves Militaires
s'arracher du sein de leur famille
traverser les mers pour servir leur Patrie ?
Pourquoi ne trouverions - nous pas des hommes
pour un état bien moins périlleux ? Moi ,
Messieurs , j'ai cette confiance , qu'examinant
moins les inconvéniens des places que le de-
No. 23. 5 Juin 1790. B
( 26 )
voir de les remplir , tous les bons Citoyens
s'empresseront de servir l'interêt général ,
même aux dépens de leurs intérêts particuliers.
10
M. de Robespierre , en adoptant cette
maxime Romaine , qui pourroit paroître paradoxale
, mais dont il espéroit qu'on finiroit
par reconnoître la vérité : « Aux Législateurs
appartient le pouvoir de veiller au
maintien des Lois , " a proposé de placer le
Tribunal de Cassation dans le Corps législatif
même.
"
M. Tronchet a jugé que tous les Opinans
n'avoient pas saisi la question sous un rapport
assez étendu . Le nom même du Tribunal
ne lui a pas paru convenable il y
a substitué celui de Cour Suprême , il a combattu
son ambulance par les raisons suivantes :
elle a les mêmes inconvéniens que pour les
Juges ordinaires. L'ambulance de la Cour.
Suprême occasionnera des frais considérables :
cette Cour ambulante ne pourra même remplir
les fonctions qui lui seront coufiées , et
qui consistent dans les réglemens de compétence
, les demandes en évocation pour
cause de parenté ou autres , les prises à partie
des Cours supérieures ou des Juges , le rapport
au Roi des Lettres de grace , les révisions
en matière criminelle , le jugement
des contestations en contrariété d'Arrêt . Il
n'y a pas de raison pour attribuer à telle
ou telle Section le rapport des Lettres de
grace , les réglemens des Juges , les demandes
en contrariété d'Arrêt.
23
Quant aux autres fonctions , il se présente
d'autres inconvéniens ; 1º . il faudroit
que l'instruction et le jugement se fissent
dans le même lieu , et par les mêmes défen(
27 )
seurs ; la cassation ne seroit qu'un troisième
degré de Juridiction ; 2° . suspendrez - vous
l'instruction pendant l'ambulance des Sections
? ne sera - t - il pas nécessaire que des
mêmes Juges ins ruisent et rendent les jugemens
? ne faudra- t-il pas toujours les mêmes
formes et les mêmes délais juridiques ? Le
Peuple seroit exposé à acheter bien cher le
prétendu bienfait de la Justice , qui viendroit
le chercher. 3°. Comment le Greffier pourra
-t- il , au moment de son départ , donner
des expéditions des jugemens ? 4° . Emportera-
t-illes Registres d'auberge en auberge?
5º. Si les récusations et les prises à partie
se font dans le même lieu , ne doit-on pas
craindre la corruption ? 6° . Les Juges éloignés
de leur Patrie , et n'étant pas retenus
par l'Opinion publique , ne se livreront - ils
pas à leurs passions ? Enfin , jamais un Tribunal
de ce genre ne pourra former un centre
nécessaire pour conserver l'unité de principe .
On dit que les Sections se réuniront , qu'elles
se communiqueront leurs opérations ; mais
le mal sera fait , mais il se fera encore , parce
que l'amour- propre divisera ce Tribunal.
Tels sont les inconvéniens insurmontables
de l'ambulance du Tribunal de cassation.
J'ai cherché à prendre un parti qui réunit
les avantages et les inconvéniens ce plan
est établi sur ce principe , qu'une des conditions
d'une bonne organisation judiciaire ,
est l'accès facile de la justice . Il y a deux
choses à observer , l'instruction et le jugement
: c'est pour l'instruction que l'accès
facile est nécessaire ; pour le jugement , il
est dangereux ; il faut empêcher l'accès auprès
de la personne du Juge ; les sollicitations
sont toujours importunes , et quelque-
Bij
( 28 )
fois criminelles . Les Anglois interdisent à
leurs Jurés toute correspondance avec les
parties. Il faudroit , pour ainsi dire , placer
le Juge sur un rocher escarpé , où il ne pût
être aperçu que par le proces et jamais par
les parties . Voici le plan que je propose : la
Cour supérieure sera sédentaire ; les Juges
seront divisés en deux classes ; la premiere
formerà le Corps principal de ce Tribunal ,
et s'appellera Chambregénérale du Jugement.
La seconde classe sera divisée en plusieurs
Chambres , qui seront placées en différentes,
parties du Royaume , et qui formeront des
branches du Corps central : elles feront l'instruction
, le Corps principal jugera. Il y au--
ra une correspondance perpétuelle entre ies
Chambres d'Instruction et la Chambre de
Jugement. Je vais faire quelques observations
générales ; 1º . il vous sera facile de
multiplier les Chambres d'Instruction , parce
que les Juges sédentaires seront moins dis-
Pendieux que les Juges ambulans ; 2 ° . la
voie de la cassation est un remède extrême ;
il ne faut pas la rendre trop facile , sinon
le Tribunal de cassation seroit bientôt regardé
comme un Tribunal d'appel ; 3° . si le Peuple
perd quelques avantages du côté de la distance
, ces avantages seront compensés par
une Justice toujours en activité , au lieu que
des Sections ambulantes e donneroient
qu'une justice -lente et souvent paralysée.
Donnez des Juges intègres au Peuple , et
Vous aurez tout fait pour lui. On pourroit
ajouter une précaution ; ce seroit de décider
que le Tribunal jugera sur l'instruction et
sur les pieces que les Chambres d'Instruction
lui enverront , et qu'après le Jugement
de clôture d'instruction , il ne pourra être
( 29 )
réçu nulle Requête et nul Mémoire . Ainsi ,
le pauvre séra sûr que l'affaire sera jugée
dans l'état où elle aura été instruite .
M. Barrère de Vieuzac , apres avoir par
faitement résumé les inconvéniens qui se
trouvent de part et d'autre , cru les éviter
en prenant un parti moyen entre les deux
termes ; il a demandé qu'on écoutât son plan
avec indulgence , et qu'on le jugeât avec
sévérité. Sur 83 Juges fournis par les 83
Départemens , 38 resteront auprès de la
Législature , 45 formeront des Assises , qui
recueilleront les plaintes , et jugeront de
l'admissibilité des demandes en cassation';
Ja Section permanente auroit cette uniformité
de Jurisprudence qui constitue l'Ordre
Judiciaire , et assureroit l'exécution des Lois
dans tout le Royaume.
M. de Clermont - Tonnerre , s'opposant à
l'ambulance , a prétendu que ce seroit faire
un présent funeste aux campagnes , que de
leur donner trop de facilité pour se pourvoir
en cassation. La Justice gratuite est encore
bien chère , a-t-il dit , les Praticiens seuls
s'enrichissent , et la ruine des plaideurs justiciables
est souvent le terme des plaidoieries
: cet inconvénient a si bien été senti ,
même dans l'ancien Ordre Judiciaire , que
des amendes , des Lois écartoient des Justiciables
le bienfait empoisonné des appels
et´des cassations . Vous ne ferez point reparoître
sous une nouvelle forme les abus de
l'ancien Ordre , en en écartant le remède
qui les corrigeoit ; voulez vous surveiller plus
activement les Tribunaux ? créez quelques
Officiers ambulans ; ils feront au Tribunal
de révision le rapport des plaintes qu'ils
auront recueillies , mais ils ne feront que
Bii
( 30 )
cela ; car si malheureusement ils jugeoient ,
vous auriez de ces Intendans qui vexerent ,
au lieu de protéger , et dont les cap.ices
faisoient loi dans les Provinces .
י
1
Des murmures , des applaudissemens , des
rappels à l'ordre du jour ont souvent interrompu
M. l'Abbé Royer ; attaché par état
au Conseil du Roi , il a manifesté son étonnement
de voir mettre en question , s'il sera
établi un Tribunal de Cassation ; si les Juges
de ce Tribunal seront permanens ou ambubos
, puisque cette fonction a toujours été
attribuée au Pouvoir exécutif , et que ce
seroit attenter à sa prérogative , que de lui
ravir ce pouvoir que la Nation lui a confié.
Le Membre du Conseil du Roi a posé en
principe que la demande en cassation n'est
autre chose que l'appel au Prince , et que
par conséquent elle est inséparable de sa
personne. Telles sont évidemment les caraćveres
vnstinctus de la Cour Pieniere , de ia
Cour Suprême , yeux-je dire , a repris l'Opinant
, qui s'est excusé sur ce que le premier
mot , souvent répété à ses côtés , lui
étoit échappé involontairement il a cru
voir dans le Conseil d'Etat tout ce que l'on
cherchoit tout ce qui est de matière contentieuse
dans l'administration de la Justice
est de son ressort ; il peut arrêter les provisions
, réviser les Jugemens criminels (on
a fait observer à l'Opinant que cette énumération
n'entroit pas dans l'ordre du jour ).
Autrefois , a - t- il repris , les Rois rendoient
Ja Justice par eux - mêmes , ce n'est que
Petendue de leur Empire qui les a obligé
de déléguer ce droit , dont ils ne se sont
pas totalement dépouillés ; et vous-niêmes ,
Messieurs , reconnoissant ce principe , et
jaloux de le consacrer , vous avez décrété
( 31 )
que le Pouvoir exécutif suprême réside entre
les mains du Roi.
De nouveaux murmures ont lassé la patience
de l'Opinant Surpris qu'on refusât
d'entendre le seul Membre du Conseil qui
fút dans cette Assemblée , quand il ne demandoit
qu'à faire connoître les règles usitées
dans son Tribunal , il a prétendu que
le Corps législatif concentroit tous les Pouvoirs
dans son sein , en s'arrogeant la composition
du Tribunal de Cassation ; il alloit
faire connoître la Jurisprudence constante
du Conseil , lorsque de toutes les parties de
la Salle on a réclamé l'ordre du jour.
M. de Saint- Martin a remplacé le Préopinant
à la Tribune , et d'apres le principe
que le droit de prononcer contre la violation
de la Loi , ne doit appartenir qu'au
Pouvoir législatif, il a conclu à ce que la
Cour suprême fût établie dans son sein .
L'Assemblée s'est rendue dans les Bureaux
pour procéder , par un second scrutin ,
à la nomination d'un Président.
C'est M. de Beaumetz qui a réuni les suffrages
pour la Présidence.
DU MERCREDI 26 MAI.
M. Garat l'aîné a trouvé la solution de la
question dans les Lois constitutionnelles déja
portées sur les divers Pouvoirs. Le but du
Tribunal qu'il s'agit d'établir étant le maintien
des Lois , nul doute que cette Cour
Suprême ne doive se trouver à côté du Roi
et à côté du Corps législatif , qui a la surveillance
sur tous les deux . Faire vaguer çà
et là les Sections de ce Tribunal , ce seroit
agir contradictoirement avec la Constitution ,
et s'écarter du bút de l'institution des Tribunaux
; d'ailleurs , que deviendroit dans un
*
B iv
( 32 )
"
pareil systéme , l'homogénéité , si nécessaire
pour lier les diverses parties d'un vaste
Empire ? Que deviendroient les correspondances
que doivent avoir avec le Monarque
ces Juges qu'on veut ainsi faire courir ?
Mais , dit- on , ces considérations doivent
céder à la crainte de compromettre la Liberté
; et qui nous répondra qu'il ne s'établira
pas une coalition funeste entre les Ministres
et ces Tribunaux rendus permanens?
En vérité , j'aimerois autant qu'on s'avisât
de témoigner des inquiétudes sur ce que
P'Assemblée Nationale s'est déclarée insé-,
parable du Roi. Qu'on m'explique comment
le Tribunal de Révision pourroit être ambulant
, si le Roi doit en être le Président
né. Il résulte de ces rapports , qu'il faut que
le Tribunal et le Roi soient toujours voisins
du Corps législatif ; de plus , une force déelaratoire
me semble nécessaire à l'interprétation
d'une Loi , et c'est par le Roi , que
cette interprétation doit être sanctionnée :
ces principes , établis par la Constitution
proscrivent l'ambulance. La nature du Tribunal
de Cassation exige qu'il soit placé
près du Roi ; et l'intérêt général , que le Roi
et la Cour Suprême résident près du Corps
législatif. Je conelus donc à la permanence.
44 Apres des considérations générales sur la
nature et la manière d'agir d'un Tribunal
de Cassation , M. Chabroud a dit qu'il préféroit
le nom d'Inspecteurs de Justice à celui
de Juges , qui rappelleroit trop lidée d'un
troisieme degré de Juridiction ; ce qu'il`
falloit éviter , sous peine de rendre les Proces
interminables , et de les assimiler à ces jeux
de hasard , dans les chances desquels l'avantage
finit toujours par rester à celui qui con.
( 33 )
tinue le plus long - temps ses mises . Il a
demandé ensuite la division de ce Tribunal
en Sections ambulantes ; la division , parce
que son unité pourroit lui prêter des forces
dangereuses pour la Constitution ; en Sections
ambulantes , parce que ce seroit la
seule maniere de mettre tous les Citoyens à
portée de profiter de ses avantages . Quant
au projet de le faire servir à rapprocher ,
lier et resserrer toutes les parties du Pouvoir
judiciaire , la nécessité de ce but ne
Jui paroissoit pas bien démontrée , et ,
le
fût elle , ce Tribunal ne pourroit remplir
cet objet ; c'étoit pourtant là le motif qui
avoit fait réclamer son unité ; mais cette
unité ne seroit point incompatible avec la
division en Sections ambulantes , puisque
le Pouvoir exécutif conserve toujours la
sienne , quoique l'Administration soit divisée
, quoique les differentes parties de l'Ar
mée soient séparées.
·
Au reste , Messieurs , a continué l'Opinant,
pourquoi considérer ce Tribunal comme
un centre , et le faire valoir sous ce point
de vue , tandis que ce n'est que dans le Pouvoir
législatif , où il se trouve réellement ,
qu'il faut chercher cet avantage ? Je vous
conjure , au nom de la Liberté et de la
Constitution , de ne pas établir un ordre
de choses dans lequel on puisse s'accoutumer
à des Corps qui menaceroient l'un et l'autre.
Eh ! ne nous le dissimulons pas , la Consti-'
tution sera toujours menacée par les Pouvoirs
qu'elle aura créés . Divisez en Seetions
, resserrez dans leurs rapports les
Officiers auxquels vous attribuerez les demandes
en cassation , et vous n'en aurez
rien à craindre : autrement vous leur don-
Bv
( 34 )
neriez l'initiative dans l'Assemblée Nationale
; leurs propositions , adoptées presque
sans examen , leur donneroient une influence
dangereuse ; enfin , pour trancher le mot , ce
seroit eux qui feroient la Législation . Vous
parez à cet inconvénient par des Sections
d'Inspecteurs de Justice , bornés à vérifier
l'observation des formes , l'application de
la Loi : la Législature , toujours surveillante ,
recevra le registre de leurs décisions , dont
un Comité présentera le Rapport à l'Assemblée
. Ces Sections tiendront des Séances dans
onze Villes que vous déterminerez ; chacune
embrassera six , sept ou huit Départemens ;
le Ressort de celle que vous assignerez à
la Capitale sera borné à trois ou quatre ; la
voie du sort répartira annuellement ces
Officiers dans les différentes Sections . "
4
On a fermé la discussion , et plusieurs
voix ont réclamé la priorité pour la Motion
de M. Tronchet et pour celle de M. Goupil.
M. de Beaumetz a trouvé la Motion
´que
de M. Barrère de Vieuzac renfermoit tous
les avantages demandés par divers Orateurs ,
et paroit aux inconvéniens qu'ils avoient fait
sentir ; il a fait la lecture d'une nouvelle
rédaction conçue en ces termes. « La Cour
de Cassation sera divisée en Sections ambulantes
; les Sections se tiendront dans les
chef- lieux de Départemens ; elles jugeront
la validité des demandes en cassation ; elles
en ordonneront l'instruction pardevant elles ,
et renverront ces affaires instruites à une
Cour de Cassation , qui rendra les Jugemens.
"
་ ་
M. le Chapelier a jugé que la manière
dont cette question étoit posée , ne pe mettoit
pas de delibérer sur la Motion de M.
( 35 )
Barrère ; il l'a rétablie dans ce nouvel ordre :
La Cour de Cassation sera - t - elle sédentaire
on ambulante ? Si l'on décide qu'elle sera
ambulante , sera- ce par Sections , et seule .
ment pendant un certain temps de l'année ?
Une Section sera - t - elle sédentaire ?
M. Garat l'aîné a donné son suffrage à
cette série de questions , comme conciliant
toutes les opinions , que le systême de M.
Barrère lui sembloit repousser.
La manière de poser la question a encore
donné lieu à quelques débats , mais enfin le
voeu d'une grande Majorité s'est manifesté
dans le Décret suivant :
L'Assemblée a délibéré et décrété que
les Juges qui connoîtront de la cassation ,
seront tous sédentaires . "
M. Péthion de Villeneuve a senti que cette
premiere question en amenoit nécessairement
une autre non moins importante : Le Tribunal
sera t-il divisé en Sections sédentaires?
On a mis en avant dans les discussions précédentes
deux raisons qui exigent cette division
, 1. la Liberte publique courroit les
plus grands dangers , si toutes les branches
de cette Cour permanente étoient réunies ;
2. placez ce Tribunal où vous voudrez , il
y aura toujours un trop grand nombre de
Justiciables qui s'en trouveront tropeloignes :
la mauvaise foi du riche y citera le pauvre ,
qu'elle ne craindra pas d'y voir venir discuter
ses intérêts ; quant à l'uniformite de Jorisprudence
, elle exige la simplification des
Lois , et jusques- là c'est une raison chimerique
. Divisez donc en plusieurs Sections les
Officiers de ce Tr bunal.
M. Loys , insistant sur le danger de détruire
une unité necessaire , a pretendu que ,
B vi
( 36 )
quoique le Conseil fût l'unique Tribunal de
Cassation du Royaume , ces inconveniens ,
en cas qu'il y en eút , ne s'étoient pas fait
sentir sous ce rapport.
M. Goupil de Préfeln , craignant le voisinage
de la Cour pour les Juges , a proposé
de distribuer les 83 Départemens en buit
Sections , qui siégeroient chacune dans deux
Villes differentes , depuis le 19 Decembre
jusqu'au 1 Août , et se rassembleroient
toutes à cette époque pour comparer , résumer
et soumettre aux Législatures leurs .
opérations . Plus de Constitution , a - t - il
ajouté , si vous placez le centre du Pouvoir
judiciaire ailleurs que dans le sein de l'Assemblée
, le véritable Sanctuaire de la Loi !
Quoique la discussion fút fermée , M. de,
Beaumeiz , frappé de l'alternative effrayante
présentee par M. Goupil , a demande que sa
Motion fut renvoyée au Comite de Consti-"
tution ; et partageant les inquiétudes du
Préopinant sur le sort de la Liberté , il s'est
écrié Voulez vous établir une autorité qui
ressusciteroit bientôt toutes les classes des
Parlemens. Ah ! sans doute un Corps de
Magistrats, dont l'influence s'étendoit sur
tout le Royaume , tous les Tribunaux , tout
l'Ordre judiciaire , ne tarderoit pas à les
frapper d'une verge pareille à celle que vous
avez brisée . Exigeant impérieusement la soumission
la plus entière à toutes leurs vo-,
lontes , ces nouveaux maîtres menaceroient
de fletrir tous ceux qui n'admettroient pas
leur Jurisprudence , qui refuseroient de fléchir
sous leur despotisme. Laissez au Comité
le soin de mettre en oeuvre les principes de
l'Ordre judiciaire dont vous tracez le plan ;
il n'en déduira les conséquences qu'apres
( 37 )
avoir mûrement pesé les dangers qu'elles
peuvent entraîner , et trouvé de sûrs moyens
de les prévenir.
Do JEUDI 27 MAI.
La discussion s'est ouverte sur cette question
: Yaura- t- il des Tribunaux d'exception.
M. le Chapeliera prévenu l'Assemblée que
cette question très-importante ne pourroit
manquer de prendre beaucoup de temps ;
une seule de ses branches , savoir s'il y
aura des Tribunaux de Police , de Marine
, etc. , exigeroit peut- être deux ou trois
jours de discussion ; en conséquence , il a
proposé le renvoi de cette partie au Comité
de Constitution qui la soumettroit à l'examen
du Corps législatif avec le reste de son plan .
Quant à l'érection d'un Tribunal pour l'impót
, il en a demandé l'ajournement special
jusqu'apres l'organisation de l'impót qui doit
servir de base.
MM. Target et Brostaret , du même avis
quant à l'impót , ont demandé que l'Assem
blee discutât si la partie d'Administration
relative aux forêts et à la marine seroit renvoyée
à un Tribunal ordinaire ; cette discussion
étoit essentielle pour éclairer le
Comité.
M. Tronches ajouta qu'il étoit d'autant
plus indispensable de statuer sur- le - champ ,
que le Comité , ayant proposé plusieurs Tribunaux
, n'avoit plus rien à faire que d'attendre
le jugement de l'Assemblée pour continuer
ses travaux ultérieurs suspendus jusqu'à
ce qu'elle eût prononcé.
25
M. Chabroud croyoit qu'on pourroit consacrer
dans chaque Tribunal une Chambre
( 38 )
pour juger les matières d'imposition en cas
qu'elles eussent besoin de l'être séparément.
M. Fréteau admettoit provisoirement les '
Juges royaux , parce que la priorité de la
créance du Roi, contestée par divers créan
ciers, exigeoit la connoissance de divers points
de droit , et par conséquent un mûr examen
de la part de l'Assemblée .
On a fini par ajourner la question de l'établissement
d'un Tribunal d'imposition pour
reprendre celle des Tribunaux de commerce.
M. Nairac a demandé la conservation des
juridictions consulaires que la contagion de
Pexemple n'avoit jamais infectées. Il à plaidé
fort éloquemment leur cause en faisant
valoir les motifs d'utilité publique , ceux
de l'intérêt particulier du commerce , et le
voeu de la Province de Guyenne qu'il représente.
Il admettroit volontiers tous les changeinens
à faire pour l'expedition plus prompte
des affaires de comme ce.
M. Fermond a représenté que l'Assemblée
ne devoit pas s'écarter de l'unité qui fait la
base de la Constitution . Il a prétendu que
les Tribunaux d'exception dans lesquels
étoient compris ceux de Commerce , alimentoient
la chicane en fournissant des con-ˆ
testations entre les matieres dites consulaires
et sur celles dit s ordinaires . Au reste , il
a proposé d'admettre dans les nouveaux Tribunaux
autant de Négocians que d'autres
Juges , mais ces espèces d'Adjoints ne connoiroient
que des affaires de Commerce.
M. e Clerc , qui a long - temps exercé les
fonctions de Juge Consul, et d'ene matiere
aussi honorable pour ses talens que pour sa
probité , a conc.u , comme le Comité de Constitution
, à la conservation des Tribunaux
i
( 39 )
consulaires mais avec les attribution's qu'ils
tiennent des Ordonnances , et non avec celles
que le Comité leur donne .
M. Goupil de Préfeln a rejeté l'établissement
de Tribunaux particuliers pour le Commerce
, en insistant sur la nécessité d'un seul
Tribunal dans tout le territoire auquel toutes
les contestations seroient portées . Les difficultés
de compétence , d'attribution , de reglemens
de Juges ajoutent ordinairement ,
a - t - il dit , trois ou quatre procès à un proces.
Il a proposé , pour les Négocians , des Pairs ,
ou pour mieux dire des Arbitres ; cette heureuse
idée qui , sans nuire à l'unité , conserve
tous les avantages de la variété , le Chancelier
de l'Hôpital l'avoit eue. Ce grand
homme donna un Edit pour renvoyer pardevant
des Arbitres les partages et toutes
les contestations de famille . L'Ordonnance.
de Commerce de 1681 avoit suivi les mêmes,
dispositions pour les Polices d'assurance qui
devoient passer à la réquisition des parties
du Tribunal de l'Amirauté aux arbitres ; il
a desiré que cette institution long - temps con-.
servée en Provence , mais détériorée par
l'avidité des Legistes , s'étendît dans le
Royaume pour son bonheur. Le travail important
d'un Membre de l'Assemblée ( M.
d'André , pourroit beaucoup contribuer à
propager cette belle et grande méthode.
M. Gurat l'ainé a fait valoir , en faveur
de la Juridiction Consulaire , le nom de son
instituteur , dont le Preopinant venoit d'appayer
l'arbitrage . Justice prompte , peu dispendieuse
, éclairée , susceptible de toutes .
les formes qui peuvent cond tire à un jugement
equitable , voilà les caractères respectables
d'un étabiis.ement qui a pour lui 200.
1
( 40 )
ans d'approbation publique. Ne craignez
point , a- t- il ajouté , les exceptions consulaires
; elles sont aisées à définir. La Sentence
des Juges s'exécute provisoirement en donnant
caution . Si vous abolissez ce Tribunal ,
les affaires du Commerce en souffriront ; au
lieu de ces Audiences de tous les jours et
presque de toutes les heures , si favorables à
Fexpédition , les jugemens dans les Tribunaux
ordinaires , auxquels vous adjoindrez .
des Marchands , ne se rendront plus que tel
ou tel jour ; aux formes simples de la juridiction
consulaire , succéderont les moyens
lents et toujours coûteux que les Avocats et
les Procureurs auront intérêt de faire prendre
aux parties. M. Garat a fait valoir les lumieres
des Marchands dans les choses de
Commerce , et enfin la ressemblance , l'identité
même de cette institution avec celle des
Jurés.
#
Quoique M. Buzot ne voulût point de
tribunaux séparés , parce qu'il en faudroit
autant que d'objets d'exception ou de principes
differens en législation , qui y donnent
lieu , cependant il admettoit ceux de police,
bornés aux simples actes de correction ; il
en fondoit la nécessité sur ce que le pouvoir
judiciaire finit la où commence la police.
Quant aux juridictions consulaires , objet
principal de la question en ce moment , il
falloit non- seulement les conserver où elles .
existoient si elles étoient utiles , mais même
les établir par- tout ; une preuve , ou du
moins une forte présomption contre cette
nécessité , c'est que les villes qui n'en
avoient pas ne se plaignoient ni de l'ignorance
, ni de la lenteur de la justice dans les
tribunaux ordinaires qui paroissoient suffire .
( 41)
Les Consuls jugeant le fait et le droit , il
étoit inexact de les comparer aux Jurés , c'étoit
en cette dernière qualité qu'il falloit
admettre des négocians dans les tribunaux
ordinaires pour accoutumer insensiblement
la Nation à cette belle institution , et pouvoir
l'en, enrichir un jour au civil , comme au
criminel .
M. Demeunier a recommandé de prendre.
garde de juger la question sans en avoir
examiné toutes les branches. Il ne s'agissoit
pas de maintenir les tribunaux d'exception
deja jugés d'après tout le mal qu'ils nous
ont fait ; mais confier aux tribunaux ordinaires
les affaires de commerce , ne seroit - ce
pas les surcharger ? ne seroit- ce pas , pour
vouloir être bien jugé , ne l'être pas du tout
ou l'être mal ? Les Consuls de Paris ont
jugé l'année dernière 80 mille affaires et
ceux de Bordeaux 16 mille. Quels tribunaux
ordinaires pourroient suffira en surplus de
travail ! et d'ailleurs la réforme des ordonnances
, la simplification de la procédure ,
en les supposant réalisées , n'établiroient pas
la rapidité qu'exige le mouvement des affaires
commerciales. Il a conclu de ce paincipe
que l'administration d'un grand royaume
exige quelques tribunaux particuliers ; qu'on
pourroit , sans rien préjuger sur la question ,
fairejuger par d'autres que les tribunaux ordinaires
les matières de Commerce, de Police
etc.,et en celail ne faut que suivre , a- t - il ajouté
, le voeu général des villes de commerce.
Ce qui est inutile est dangereux , a dit
M. de Saint- Martin : or , quoi de plus contraire
à une bonne adininistration que la
multiplicité des tribunaux , qui donné lieu
å des conseils de competence deshonorans
( 42 )
pour la justice ? En voulez - vous une prompte
et éclairée ? établissez des Juges de paix et
joignez leur des commerçans. Quant aux juridictions
consulaires , elles ne sont qu'en
première instance et c'est à des parlemens
qu'on en appelle . D'ailleurs cet avantage
n'existe que pour les principales villes des
Départemens , les seules qui auroient aussi ,
dans le nouvel ordre, des tribunaux auxquels
on réuniroit des commerçans. Que les Municipalités
, déja en possession provisoire de
la partie contentieuse de la police , soient
autorisées à la conserver, c'est l'avis de votre
Comité de Constitution . La Police , qui doit
toujours pencher versla douceur , a nécessairement
beaucoup d'arbitraire , et c'est ce dont
les tribunaux ordinaires ne sont pas susceptibles
; ils doivent faire observer les lois dans
toute leur rigueur .
Sur la réquisition d'un Men bre on a fait
Leoviré des Aaresses des Deputés extraordinaires
du Commerce et des Négocians de
Paris ; la discussion étant fermée , l'Assemblée
a décidé , presque à l'unanimité , qu'il
y aura des tribunaux particuliers pour le
jugement des affaires de commerce.
DU VENDREDI 28 MAI.
M. Gossin a ouvert cette Séance en rendant
compte , au nom du Comité de Constitution
, de la contestation suivante , relative
à la formation des Municipalités . D'après
les Décrets de l'Assemblée , le Hameau du
Biet devoit être compris dans celle de Bou-
Jogne ; une Abbaye de cet endroit en a formé
une particulière ; les Religieux ont vendu
les bestiaux appartenans à la Communauté.
recélés par les paysans et le Maire de leur
( 43 )
création . Sur cet exposé , l'Assemblée a décidé
qu'en exécution des précédens Décrets ,
les deux Municipalités cesseront d'exister ,
et qu'il en sera formé une seule dont les
Assemblees se tiendront à Boulogne , ficu
du clocher.
Elle a également accueilli la proposition
de M. Lavie , tendamte à ce que Sa Majesté
donnât les ordres nécessaires afin de lever
les obstacles mis, par plusieurs Municipalités
de Franche - Comté , aux transports de bleds
expédiés de Bâle et du Duché de Wirtemberg
pour le pays de Montbéliard , et qu'on
ne peut faire parvenir à leur destination
sans passer sur le territoire de France .
Plusieurs Vilies des Provinces Méridionales
ont été autorisées à entretenir des atte
liers de charité , et à prelever les fonds de
ces établissemens par forme d'imposition
extraordinaire .
TT.
On Decrer avont vraomné que le chef-iteu
du Département de Saóne et Loire seroit
provisoirement à Mâcon : les Electeurs de
Departement ont accorde cet avantage à la
ville de Châlons ; celle de Mâcon reclame
le provisoire jusqu'après la première Session .
Le Projet de Decret de M. Gossin est adopté,
L'Assemblee Nationale , après avoir entendu
le Rapport de son Comité de Constitution
, dec. ele :
1 °. Qu'en exécution des précédens Déarets
, la premiere Assemblée du Departement
de Saône et Loire se tiendra provisoirement
à Mâcon ;
2°. Que lorsque les Electeurs se réuniront
pour renouveler la moitie des Membres de
I'Administration de departement , ils s'assem
bleront dans le chef- lieu de l'un des Districts ,
( 44 )
autre que Châlons et Macon , pour fixer définitivementle
chef- lieu de ce Département ; "
3 °. Que les Electeurs et les Membres de
toutes les Administrations du Royaume , se
conformeront aux Décrets rendus à l'egard
de chacun d'eux , et se renfermeront strictement
dans leurs dispositions. »
M. Dumetz a fait lecture de l'Instruction
sur la vente des Biens Nationaux , redigee
par le Comité des Douze , et de la Formule
des Soumissions à faire par les Corps Muni--
cipaux qui se portent acquéreurs.
Ces Soumissions vont bien au- delà des
sommes de terres dont la vente est ordonnée :
aussi M. Delley d'Agier demande- t - il que
cette Instruction soit incessamment discutée
; il l'obtient.
M. le Chapelier a écarté , pour un instant ,
l'ordre du jour , en proposant que l'Assemblee
statuât auparavant sur plusieurs articles
vulatife anu Azzamhlóps Drimaiusa'at kiilaatz.
rales deja formées en très - grande partie.
L'Assemblée a décrété le Projet du Comité
de Constitution , dont voici la teneur :
" Art. Ier . Les Assemblées Electorales
pourront accélérer leurs opérations en arrêtant
, à la pluralité des voix , de se partager
en plusieurs Bureaux , composées au moins
de cent Electeurs , pris proportionnellement
dans les differens Districts , qui procéderont
séparément aux Elections , et qui depateront
chacun deux Commissaires chargés de faire
ensemble le recensement des scrutins.
" II. Les Bureaux procéderont tous au
même moment aux Elections .
"
">
III. Tout bulletin qui aura été apporté
dans les Assemblées , et qui n'aura pas eté ,
ou écrit par le votant lui-même sur le Bu(
45 )
1
reau , ou dicté par lui aux Scrutateurs , s'il
ne sait pas écrire , sera rejeté. »
К
IV. Apres le Serment Civique prêté par
les Membres de l'Assemblee ,' le Président
de l'Assemblée , ou de chacun des Bureaux ,
prononcera , avant de commencer les Sermens
, cette formule de Serment : Vousjurez
et promettez de ne nommer que ceux que vous
aurez choisis en votre ame et conscience ,
comme lesplus dignes de la confiance publique ,
sans avoir été déterminés par dons , promesses ,
'sollicitations ou menaces . Cette formule sera
écrite en caractères très- lisibles , et exposée
à côté du vase du scrutin . Chaque Citoyen
portant son bulletin , levera la main , et
prononcera à haute voix : Je le jure.
"
»
Le même Serment sera prêté dans toutes
les Elections des Juges et Officiers Munici
paux , et des Députés à l'Assemblée Nationale.
"
« V. Aucun Citoyen reconnu Citoyen actif,
de quelqu'état et profession qu'il soit , ne
pourra être exclu des Assemblées Primaires ;
il ne pourra y être admis que des Citoyens
actifs . Ils y assisteront sans aucune espèce
d'armes ni bâtons ; une garde de surete ne
pourra être introduite dans l'intérieur sans
le vou exprès de l'Assemblée , si ce n'est
qu'on y commit des violences , auquel cas ,
l'ordre du President suffira pour appeler la
force publique. Le Président pourra aussi ,
en cas de violence , lever seul la Séance ;
autrement , elle ne pourra être levée sans
avoir le voeu de l'Assemblée .
"
. VI. Les Assemblées Electorales ne s'occuperont
que des Elections et des objets
qui leur sont envoyés par les Décrets de
l'Assemblée Nationale . Elles ne prendront
( 46 )
aucune Délibération sur les matières de Législation
ou d'Administration , sans préjudice
des Pétitions qui pourront être présentées
par les Assemblées tenues en la forme
autorisée par l'article LXII du Décret sur
les Municipalités. »
On a lu ensuite une note dans laquelle
M. le Garde- des- Sceaux annonce que le Roi
a accepté le Décret du 22 de ce mois concernant
le droit de la paix et de la guerre ;
de vifs applaudissemens ont suivi cette lecture.
-
"
M. le Président a communiqué à l'Assemblée
deux lettres, l'une de M. de Saint - Priest,
l'autre de M. de la Luzerne . Des Ouvriers
sont entrés dans la Citadelle de Marseille
en annonçant qu'ils avoient ordre de la démolir
; les Officiers inunicipaux s'y sont opposés
; le travail a recommencé le leudemain
, enfin , le 19 , malgré les réclamations
du Conseil général de la Commune , ils ont
continué. Les uns disent qu'ils ont ordre de
démolir cette place , les autres , qu'on se bornera
à détruire les embrasures qui regardent
la Ville. La seconde lettre annonce que
l'escadre sera composée de 14 vaisseaux de
ligne , de 14 frégates , autant de corvettes ,
5 avisos et 2 flutes. Les dépenses courantes
pour un mois , s'élèveront à 2,036,045 liv.
-
Sur la demande de MM . Montcalm- Gozon
et Malouet , il est décrété que provisoirement
les levées de Matelots se feront suivant les
Ordonnances , comme par le passé.
On revient à l'objet de la première lettre.
M. Dupont insiste sur la nécessité de mander
à la Barre les Officiers municipaux de la
Ville de Marseille , et de manifester une
haute improbation . Le devoir de l'Assem(
47 )
blée est de conserver les propriétés Nationales
, ce devoir est plus impérieux encore
quand il s'agit de conserver des proprietés
nécessaires à la sureté publique.
MM. de Castelanet et de Sinetti essayent d'atténuer
les torts de la Municipalité, le premier
prétend qu'on ne détruit que les batteries qui
donnent sur la Ville , et le second qu'il faut
entendre deux Officiers de cette Municipalité
qui sont députés ici .
M. Fréteau fait sentir l'urgence du moment
, puisqu'il en coûteroit des millions et
des mois pour rétablir ce qui auroit été demoli
en 4 jours . Il excuse le peuple égaré ,
mais il veut qu'on décrète avant tout que
la démolition sera suspendue ; son vou de-.
vient celui de l'Assemblée.
" L'Assemblée Nationale , sur le compte.
qui lui a ete rendu de la démolition de la Citadelle
de Marseille , dêcrete que les démolitions
seront arrêtées sur- le champ , et que
le President se retirera dans le jour pardevers
le Roi , pour le supplier de donner tous
les ordres , et prendre toutes les mesures
tendantes à faire exécuter le présent Decret. "
DU SAMEDI 29 MAI.
:
"
"
L'Assemblée décrète , d'après la demande
de M. Bouche , l'áddition des mots suivans
relatifs au Serment civique à prêter pour être
éligible Tel qu'il a été prêté le 4 Février
dernier, Ordre à la Municipalité de Dourlens
en Picardie qui est parvenue à mettre
en sureté deux chariots de piastres , venant
de Calais , pour la Caisse d'Escompte , de
les laisser aller à leur destination , et d'en
( 48 )
-
garantir la sureté. La Municipalité dé
Saint Pierre - le - Moutier obtient de lever un
impôt de 1200 liv. pour diminuer le prix des
grains , leur cherté ayant causé une émeute ,
dans laquelle deux personnes ont été tuées
et 22 blessées , et qu'on n'a pu faire cesser
qu'en proclamant la Loi Martiale. - M. le
Premier Ministre des Finances , demande
à être entendu dans l'Assemblée. Il est
décidé qu'il sera admis.
"
- .
M. le Chapelier avoit annoncé , il y a un
mois , que plusieurs Citoyens de Douai s'étoient
permis de voter dans les Assemblées
primaires , sans avoir fait leur déclaration
pour la Contribution patriotique . Les Proces
verbaux envoyés récemment au Comité de
Constitution onten effet attesté que plusieurs
Citoyens qui n'avoient point fait leur déclaration
se sont présentés dans une des Assemblées
primaires ; mais ils n'ont assisté qu'à
la premiere Séance . Dans une autre Section ,
deux Conseillers au Parlement ont été élus ,
et tousles deux , quoique tres -riches , n'avoient
point fait la déclaration . Un autre vice ridicule
qui a paru au Comité frapper de nullité
toutes les Elections , est l'omission faite par
l'ancienne Municipalité de plusieurs impositions
directes dans le cadastre dont elle a
fait usage pour dresser le róle des Citoyens
actifs ; cette omission a réduit le nombre des
Citoyens actifs à 1200 , dans une Ville qui
renferme plus de 16,000 Habitans .
M. Merlín a dénoncé un autre genre d'intrigue
employé par les gens riches qui , tous
le jour des Elections , employerent leurs Ouvriers
, tels que Charrons , Menuisiers , etc.
pour les éloigner de leurs Assemblées .
Sur
49 )
Sur le rapport de M. le Chapelier , l'Assemblée
a rendu un Décret qui déclare nulles
4 élections dans lesquelles on a contrevenu
´au Décret , du 23 Mars dernier , concernant
la Contribution Patriotique ; ordonne 1 ° . que
l'Assemblée Primaire se réunira de nouveau,
et qu'il n'y sera admis aucun Citoyen qui,
ayant plus de 400 liv. de rente , n'aura pas
fait la déclaration prescrite , et n'en présentera
pas l'extrait ; 2 °. que pour déterminer
la qualité de Citoyen Actif , il faut avoir
égard non - seulement à la Capitation et aux
Impositions Territoriales , mais encore aux
Taxes pour la Milice et
l'Industrie , et aux
Impositions affectées sur les biens Communaux
, lesquelles doivent être considérées
comme des Impots directs.
Tel'est l'esprit général de ce Décret qui
explique quelles sont les Impositions qui contribuent
à faire jouir des droits de Citoyen
Actif, pour élire ou être élu ,
(
M. le Ba on d'Allarde , l'un des Commissaires
chargés de surveiller les opérations
de la Caisse d'Escompte , a fait un Rapport
sur la situation actuelle de cette Caisse.
L'Assemblée Nationale a décrété qu'elle
ne seroit remboursée qu'en assignats , et en
a retardé le payement ; anjourd'hui elle est.
obligée d'employer les efforts les plus coûteux
pour se procurer du numéraire ; elle le
tire de Hollande et d'Espagne , afin d'augmenter
la circulation intérieure du Royaume
il lui revient à 15 ou 16 pour cent , tandis
qu'elle en trouveroit à deux et demi dans
Paris.
Elle a retiré tout ses billets de la circulation
; tous ceux qui y restent ont été fournis
par elle au gouvernement ; leurs porteurs
Nº . 23. 5 Juin 1790. C
( 50 )
sont donc créanciers non pas de la Caisse
d'Escompte , mais du gouvernement.
2
Le Décret du mois de janvier porte que
les Actionnaires jouiront d'un dividende
qui ne pourra excéder six pour cent. L'Assemblée
ne prévoyoit point alors les pertes
qu'ils ont été obligés de faire . Au lieu de
feur rembourser les 170 millions qu'ils ont
prêtés dans le cours d'une année l'As
semblée a rompu la convention . Aujourd'hui
la Caisse d'Escompte est dégagée de toutes
dettes , et se trouve seulement créanciere du
gouvernement. Elle continuera ses opérations
avec le peu de numéraire qu'elle pourra se
procurer , et avec le désavantage d'émettre
des billets sans intérêts , en concurrence avec
les assignats.
Les quatre Commissaires ont cru que ,
puisque l'Assemblée Nationale avoit rompu
la convention subsistante avec la Caisse
'd'Escompte , il étoit juste de l'indemniser
des pertes que cette opération lui occasionne ;
ils ont proposé un Projet de Décret à cet
effet , en rappelant la perte qu'elle éprouve
sur l'intérêt de son prêt au Gouvernement,
qui devoit être à 5 pour eent , tandis que
l'intérêt des assignats qu'elle recevra en
payement , n'est que de 3 pour cent. Malgré
ces pertes , les Actionnaires ont encore sacri .
fié 200 liv. sur chacune de leurs actions ,
pour retirer une valeur de 40 millious de
billets de la circulation .
f .
La discussion de ce Rapport a été ajournée.
M. Martineau venoit de faire lecture de
l'article I du Rapport sur la Constitution
du Clergé futur , et l'Assemblée avoit décidé
que la discussion seroit ouverte sur l'ensemble
du Plan , lorsque l'ordre du jour a été interrompu
par l'arrivée de M. Necker : nous
( 5x )
$
"
n'analyserons point son Discours , que nous
donnerons probablement en entier dans un
des prochains Numéros . Les Députés Extraordinaires
de Marseille ont été introduits
à la Barre. L'un d'eux , Officier Municipal
de Marseille , a pris la parole pour justifierla
Municipalité . Il a commencé par exposer
les motifs d'alarmes qui ont produit l'insurrection
du Peuple Marseillois : cinquantesix
paquets arrivant de Nice et adressés aux
Commandans des Places fortes , interceptés ;
des munitions entassées dans les Forts ; les
préparatifs d'une guerre suscitée peut- être
pour introduire des Troupes ennemies dans
Marseille ; les canons des Forts braqués contre
la Ville, les mêches a lumées , Marseille prête
à être réduite en cendres , si les Officiers Municipaux
n'étoient parvenus à faire signer par
les Commandans une convention qui a prévenu
l'effusion du sang. Tel est le tableau
qu'il a présenté . « Cette convention , a - t - il
ajouté , porte que les Forts seront gardés
par un Garde National sur quatre Soldats
de ligne ; elle n'étoit donc qu'une précaution
de simple surveillance. »
" Une Lettre du Ministre est arrivée ,
qui ordonnoit à la Garde Nationale et au
Régiment de Vexin d'évacuer les Forts.
Ainsi le Ministre prenoit des mesures différentes
de celles ordonnées par vos Décrets ;
ainsi il punissoit les braves Soldats du Régiment
de Vexin , parce qu'ils avoient refusé
de répandre le sang de leurs Concitoyens .
« La Garde Nationale étant aujourd'hui
composée de presque tous les Citoyens de la
Ville nous ne pûmes déployer la force
militaire pour arrêter la demolition de la
Citadelle , puisque les mêmes Citoyens qui
Cij
( 52 )
y travailloient , étoient ceux qu'il eût fallu
requérir. Il n'y avoit qu'un moyen de sauver
la Citadelle , c'étoit de permettre la démolition
des batteries qui dominent sur la Ville.
Vous avez ordonné que cette démolition fût
suspendue ; elle le sera. Mais peut-être vousmêmes
ordonnerez -vous qu'elle soit continuée
, quand vous aurez entendu quels sont
les motifs qui ont animé le Peuple de Marseille.
La plupart des batteries sont dirigées
contre la Ville ; d'autres , dirigées vers le
Port , sont faites pour empêcher l'entrée des
subsistances. Une inscription placée sur les
murs de la Citadelle , dévoile les motifs pour
lesquels on l'a élevée. Louis- le - Grand a
fait construire cette Citadelle , dans la crainte
que Marseille fidelle , ne se livrât aux élans
de la liberté. •
Ce Discours est terminé par une dénonciation
de M. de Saint- Priest , que la Municipalité
accuse d'être l'ennemi et l'oppresseur
de Marseille.

M. Dupont a demandé que le Président
fût autorisé à prendre , de la bouche des
Députés de Marseille , des éclaircissemens
sur l'Assemblée tenue à Brignolles ; Assemblée
qui s'est réunie pour solliciter la suppression
du Châtelet , à l'instant où les Districts
de Paris faisoient la même demande .
MM. d'André et de Mirabeau l'ainé ont
écarté cette Motion , en obtenant le renvoi
de la totalité de l'affaire au Comité des Rapports.
L'on a repris ensuite la discussion sur le
Projet d'organisation future du Clergé. M.
l'Archevêque d'Aix a posé les premices de
son raisonnement dans une série de réflexions
sur l'utilité politique et morale de la Religion,
Puis il a cherché dans les principes
( 53 )
mêmes publiés par le Comité Ecclésiastique ,
la réfutation de son Projet .
" Le Comité , a - t- il dit , a reconnu que
les dogmes de la Religion sont inaltérables .
Il a reconnu que les réformes qu'il avoit à
vous proposer ne pouvoient consister que
dans un retour à la discipline de la primitive
Eglise . Si vous voulez en rappeler la discipline
, il faut en rétablir les principes , l'autorité
de l'Eglise . Jesus - Christ a transmis à
ses Apôtres , et ceux - ci aux Evêques , le
pouvoir d'enseigner ses dogmes . Il ne l'a
confié ni aux Magistrats , ni au Roi , ni aux
Administrations Civiles ; vous êtes tous soumis
à l'autorité de l'Eglise , parce que nous
la tenons de Jesus -Christ . On vous propose
aujourd'hui de détruire une partie des Ministres
, de diviser lear Juridiction , de renverser
les limites établies par les Apôtres.
Nulle Puissance humaine n'a le droit d'y
toucher.... ( Il s'élève des murmures et des
éclats de rire ) . Les Evêques ne peuvent être
destitués que par ceux qui les ont institués .
Ce sont ces principes purs de la discipline
Ecclésiastique , et non les abus que nous
réclamons ; non des projets arbitraires , destructifs
de la discipline Ecclésiastique , et
par conséquent de la Religion.
"
Ensuite M. l'Archevêque d'Aix a parcouru
les textes de tous les Conciles , invoqué l'autorité
des Saints Peres , les Ordonnances des
premiers Empereurs Catholiques , etc. L'Empereur
Marcellin a recoanu qu'il ne lui appartenoit
pas de déterminer le nombre et
les divisions des Métropoles , que la Hiérarchie
Ecclésiastique ne pouvoit jamais étre
soumise aux Lois du Royaume.... C'est à
P'Eglise à déterminer les liens de la subor-
Cij
( 54 )
dination que lui doivent les fidèles , et à'
exercer toute l'autorité nécessaire pour maintenir
l'unité Ecclésiastique .
Les Canons de l'Eglise statuent qu'un
Evêque ne peut exercer sa juridiction sur
uu Diocèse étranger ; ainsi , si vous voulez
réunir des Diocèses , changer leurs limites ,
vous priverez une partie des fidèles de l'Administration
de l'Eglise .
Il ne vous appartient pas de limiter l'autorité
des Evêques ; ce n'est qu'en leur nom'
que les Pasteurs , qu'ils délèguent , peuvent
administrer les Sacremens , et nul ne peut
y suppléer. Les Ordonnances d'Orléans et
de Blois ont reconnu la puissance des Evêques.
L'Orateur a continué à peu près le même
systême de réfutation , pour prouver que
'Assemblée Nationale n'avoit pas le droit
de toucher aux Chapitres , ni aux Cathédrales ,
que le Comité Ecclésiastique propose de
supprimer. L'autorité des Conciles lui a
fourni le texte de cette seconde partie de
son Discours ; tous ont ordonné spécialement
les prières publiques et communes , et rien
ne pouvoit empêcher les Chanoines de donner
un şi bel exemple aux fidèles.... Tous les
Conciles attestent l'efficacité de ces prières -
publiques pour la prospérité des Empires.
"C Déja , dans le huitième siècle , les Chapitres
étoient séparés des Paroisses . Le Concile
de Trente a déterminé les cas dans les--
quels les Evêques ne pouvoient rendre de
Jugemens sans le consentement des Chapitres
. "
" Les Chapitres faisoient le choix des
Evêques ; lorsque le Clergé , les Parlemens ,
les Universités réclamoient la liberté des
( 55 )
Elections , c'étoient les droits des Chapitres
qu'ils réclamoient. Aujourd'hui , le Comité
Ecclésiastique ne craignoit pas de proposer
que les Pasteurs , les Evêques , fussent nommés
par les Electeurs des Départemens ; ces
Electeurs s'empareroient de la Puissance
Ecclésiastique ; des corps électoraux qui
peuvent être composés en grande partie de
Protestans , nommeroient les Evêques Ca
tholiques ! "
" Le Comité Ecclésiastique va proposer
encore de détruire la supériorité des Evêques
sur leurs Pasteurs , en soumettant leurs jugemens
aux synodes diocésains . Les Evêques
ne tiennent- ils pas leur autorité de l'Eglise
de Rome ? n'est- elle pas le centre de la Communion
des Fidèles ? "
Consultez l'Eglise Gallicane , si vous voulez
faire une réforme dans l'Eglise ; c'est
dans des Conciles Nationaux que se sont
formées ces sages maximes qui l'ont distin
guée de toutes les autres Eglises. Pouvonsnous
participer à une délibération contraire
aux formes des canons de l'Eglise , et qui
renverseroit l'ordre établi par les Conciles ?
Nous ne pouvons que déposer dans vos
mains , au nom du Clergé , la déclaration
de ne point accéder à tout ce que désavoueroit
l'Eglise , que nous vous proposons
de consulter par un Concile National.
Le discours prononcé à l'Assemblée
Nationale par M. Necker , a répandu la joie
etrelevé les espérances. Ce Ministre a exposé
un tableau consolant de la situation de la
recette et de la dépense . Il a présenté un
travail sur les finances qui dissipe toutes les
craintes , et prouve les ressources de la
Civ
( 56 )
France. Ce travail étoit connu du Comité des
Finances; mais le premier Ministre a voulu
le faire connoître lui - même à l'Assemblée.
Il est précieux pour moi , a - t - il dit , de
conférer de temps à autre avec les Législafeurs
, pour me rappeler à leur intérêt et
à leur bonté.
>
M. le Président a fait une réponse à M.
Necker pleine de noblesse de dignité et
d'énergie . On nous saura gré de la faire
connoitre à nos Lecteurs.
་་
Réponse du Président à M. Necker.
L'Assemblée Nationale ne peut voir
qu'avec satisfaction les calculs de votre sollicitude
et de votre prévoyance . Il ne faut
á la France que connoître ses besoins pour
Y suffire. Toutes les fois que , s'élevant andessus
des aperçus partiels et des nécessités
du moment , elle pourra embrasser d'un coupd'oeil
général et à l'avance la somme complète
de ses besoins , et le tableau universel
de ses ressources , elle ne connoîtra jamais
ni l'embarras , ni la pénurie ; en l'éclairant
sur les besoins du service de la présente année
, vous en aurez assuré le succès . "
LE
Le rétablissement de l'ordre dans toutes
les parties de cet empire , rendra bientôt
toute l'activité convenable à la perception
de l'impôt sur la base permanente de la fortune
publique. »
Ce sera l'effet des moyens constitutionels
d'administration , dont l'établissement occupe
actuellement le Peuple François , qui exerce
aujourd'hui , pour la première fois , la plenitude
de ses droits dans la forme qui convient
à une grande Nation libre. Il est affli(
57 )
geant sans doute que la licence ait troublé ,
ait souille dans plusieurs lieux les jours solenaels
de la liberté . L'Assemblée Nationale ,
dont le bonheur de la France est la scule
passion , n'apprend jamais , sans une affliction
bien vive , les nouvelles de ces excès ,
dont les plus cruels ennemis du bien public
n'ont pas sans doute l'affreux courage de se
réjouir. Elle partage la douleur que les tristes
nouvelles portent dans le coeur d'un monarque
, qui donne aux François l'exemple
de toutes les vertus , et particulièrement
celui d'aimer et de maintenir la Constitution
.
10 C'est
par des moyens doux et mesurés ,
mais fermes et soutenus , par la profession
constante des principes les plus sains , par
l'établissement le plus accéléré de la Constitution
, par le concert le plus heureux de
ces mesures avec les intentions si connues
du Roi , que l'Assemblée Nationale s'est cons
tamment occupée de ramener au devoir et
à l'observation des lois un peuple souvent
égaré , auquel il faut rendre l'heureuse habitude
d'obéir à l'autorité légitime. Une précipitation
mal calculée ne feroit que retarder
l'accomplissement de ces soins impor-,
tans. "
" Personne ne sait mieux que vous , Monsieur
, combien les vues de l'Assemblée Nationale
ont toujours été dirigées sur ce plan.
Elle a souvent remarqué , avec satisfaction ,
votre empressement à la seconder par tous
le moyens que la confiance du Roi a mis en .
votre pouvoir. Les vues que vous lui offrez
aujourd'hui , sont un nouvel hommage de
votre patriotisme . On est toujours sûr de
l'attention bienveillante de cette Assemblée
Co
( 58 )
and on lui parle de paix , de concorde ,
de fraternité , et des moyens d'accélérer la
félicité de l'empire. Pourquoi mêler à ces
idées consolantes la pensée affligeante de
l'instant où vous pourriez cesser de coopérer
à leur exécution ? Il est des hommes qui
ne devroient connoître de l'humanité que
les affections douces qui unissent les êtres
sensibles , et non pas les maux qui les affligent.
»
Proclamation communiquée par le Roi à l'Assemblée
Nationale le Samedi 29 , à la
Séance du soir.
40
'
Jamais des circonstances plus impérieuses
n'ont invité tous les François à se réunir
dans un même esprit , à se rallier avec coùrage
autour de la Loi , et à favoriser de tout
leur pouvoir l'établissement de la Constitution.
Nous n'avons rien négligé pour inspirer
ces sentimens à tous les Citoyens ; nous
leur avons nous- mêmes donné l'exemple de
la confiance la moins équivoque dans les
Représentans de la Nation , et de nos dispositions
constantes pour tout ce qui peut
concourir au bonheur de nos Sujets et à la
prospérité de la France. »
Seroit- il donc possible que des ennemis
du bien public cherchassent encore à troubler
les travaux importans dont l'Assemblée
Nationale est occupée , de concert avec nous ,
pour assurer les droits du Peuple et préparer
son bonheur ; que l'on essayât d'emouvoir
les esprits , soit par de vaines terreurs et
de fausses interprétations des Décrets de
l'Assemblée Nationale ,, acceptés ou sanctionnés
par nous , soit en entreprenant d'inspirer,
surnos intentions des doutes aussi mal
( 59 )
fondés qu'injurieux , et en voilant des intérêts
ou des passions privées , du nom sacré de la
Religion ? »
"
Une opposition si coupable nous affligeroit
sensiblement , en même temps qu'elle
exciteroit toute notre animadversion . L'objet
continuel de nos soins est de prévenir et de
réprimer tout ce qui en porteroit le caractère.
Nous avons même jugé digne de notre
sollicitude paternelle d'interdire jusqu'aux
signes qui seroient propres à manifester des
divisions et des partis. "
" Mus par ces considérations , et instruits
qu'en divers lieux du Royaume , des Particuliers
s'étoient permis de porter des Cocardes
differentes de la Cocarde Nationale que nous
portons nous -mêmes ; et considérant les inconvéniens
qui peuvent résulter de cette diversité
, nous avons cru devoir l'interdire . ↳
En conséquence , faisons défenses à
tous nos fidèles Sujets , et dans toute l'étendue
de notre Royaume , de faire usage
d'aucune autre Cocarde que la Cocarde Nationale.
»
" Exhortons tous les bons Citoyens à s'abstenir
dans leurs discours , comme dans leurs
écrits , de tous reproches ou qualifications
capables d'aigrir les esprits , de fomenter
la division , et de servir même de prétexte
à de coupables excès . » al bui
Signé LOUIS.
Cette lecture , que des mouvemens d'enthousiasme
avoient souvent interrompue, est
à peine terminée , que la Salle retentit des
applaudissemens de l'Assemblée , auxquels
les spectateurs mêlent des transports de joie
et des cris réitérés de vive le Roi.
Coj
( 60 )
L'Assemblée a rendu à l'unanimité le
Décret suivant :
" L'Assemblée Nationale décrète qu'il sera
fait une Députation au Roi , composée de 24
Membres , pour rendre compte à S. M. des
mouvemens de joie et des sentimens d'attachement
et d'amour qu'a inspiré la lecture
de la Proclamation communiquée à l'Assemblée
, et pour remercier le Roi , au nom de
la Nation , des soins qu'il prend pour ramener
le Peuple à la concorde , et réunir tous
les François à leur Monarque chéri.
Les insurrections contre les Protestans ,
réfractaires aux Décrets de l'Assemblée Nationale
, réunis aux Capucins et à la rue
Royale , les exécutions publiques des Journaux
et autres pamphlets anti - populaires ,
ont excité une si grande fermentation dans les
esprits , ont donné au peuple un si vif sentiment
de sa force , que ne gardant aucune
il a eru toujours devoir se faire
justice lui- même , et que le 24 il a exécuté
des hommes.
mesure ,
Depuis le jour que le Prince de Salm , à
la tête du corps de réserve de la Ville ,
avoit empêché que le Peuple ne se fit justice
lui - même , de deux voleurs pris en flagrant
délit , rue des Lombards , depuis ce
jour-là , le peuple irrité , de plus en plus
de la hardiesse des voleurs , et de leurs
fréquentes attaques , s'étoit proposé de ne
pas laisser échapper les premiers qu'il surprendroit
, s'imaginant que le Châtelet les
relâchoit trop facilement , et même leur
donnoit de l'argent pour continuer leurs déprédations
et inquiéter sans cesse les Citoyens.
2
( 61 )
Telles étoient ses dispositions , lorsque quatre
ou cinq filoux qui avoient dîné près du Jardin
du Roi se sauvèrent , emportant l'argenterie
du traiteur ; ils passoient la rivière dans un petit
bateau ; on s'aperçut du vol , et de leur
fuite , on courut après eux , deux se sauverent
, trois furent arrêtés ; le peuple s'attroupe ,
fouille les voleurs , et trouve sur eux , les
pièces d'argenterie reclamées . Ces malheureux
sont conduits chez le commissaire qui ,
après avoir dressé son procès - verbal , veut les
envoyer au Châtelet , on prétend qu'ils dirent
alors qu'ils sortiroient bientôt , et même avec
de l'argent. Le peuple indigné , les enleva à
la garde , et les pendit sur - le- champ ; il mit
tant d'acharnement à cette exécution
la corde du troisième ayant cassé
il assomma
celui - là à coups de cannes et de bâtons
; les trois cadavres furent ensuite portés
à la Morgue qui est , comme l'on sait , la
basse géole du Châtelet.
que
Si on demande quelle est la raison qui a
pu prévenir ainsi le peuple contre le Châ
telet , et lui faire imaginer que non - seulement
ce tribunal n'a rien de si pressé que
de relaxer les accusés , mais encore qu'il les
renvoye pour continuer leurs infames déprédations
, et tourmenter les peuples : Nous dirons
d'abord , que ce sont tous les écrits incendiaires
, toutes les calomnies , toutes les
horreurs imprimées contre le Châtelet , dans
tant de feuilles journalières , qui excitent les
soupçons et le ressentiment du peuple.
Une autre cause qui peut servir à faire
croire que ce tribunal n'use pas toujours de
toute lasévérité de la loi , et qu'il a quelquefois.
absous des prévenus vraiment coupables , c'est
celle qui naît de la nouvelle jurisprudente
( 62 )

criminelle. L'instruction étant publique aujourd'hui
, le Châtelet ne peut pas obtenir
souvent , par les dépositions , les lumières et
les preuves nécessaires pour prononcer la
condamnation des coupables. Dès que les
témoins , qui doivent déposer contre un accusé
, se présentent , la salle se trouve investie
, remplie des camarades , des complices
de ces misérables , et par leurs propos ils intimident
, troublent et effrayent l'honnête
Citoyen qui pourroit les démasquer , en sorte
que celui- ci n'ose point fournir toutes les
Tumières qu'il pourroit donner ; et le cou
pable échappe à la faveur de cette réticence,
a la faveur des craintes , que ces complices
ont pu donner. Ce n'est donc pas
la faute du Châtelet , si souvent il a été
obligé d'absoudre des accusés qui pris , pour
ainsi dire , en flagrant délit , n'avoient point
trouvé , cependant de témoins assez hardis .
pour les accuser publiquement .
Le lendemain 25 , le Peuple a recommencé
ces terribles exécutions qui l'accou
tument et au sang et au mépris des lois ; il
a voulu pendre sur le quai de la Féraille
un homme surpris volant un sac de me
nus grains ; M. de la Fayette est accouru
avec un Officier qui a coupé la corde ; mais
le malheureux , à moitié fracassé dans sa
chute , est mort le soir même à dix heures
Pendez , pendez , n'écoutez rien , crioient
quelques scélerats répandus dans la foule ;
le Général s'est saisi d'un de ces séditieux ,
et la traîné lui même en prison , en disant qu'il
étoit honorable d'obeir à la loi et de lui prêter
son secours . Ila parlé à la multitude échauffée
d'une manière tout à la fois énergique et tou
chante ; enfin il est parvenu à dissiper cet
( 63 )
attroupement sans employer d'autres forces
que celles de la persuasion .
Les prisonniers de la Conciergerie , qui
sont au nombre de près de six cents , menaçoient
de se révolter . Quelques Magistrats
, de ceux qui forment la Chambre des
Vacations , se transportèrent dans cette prison
, et ils parvinrent à calmer ces malheu
reux , en leur promettant de mettre la plus
grande célérité dans l'instruction de leurs
procès ; célérité qui ne dépend pas aujour
d'hui absolument de leurs Juges , mais en
grande partie des défenseurs que la loi leur
accorde ; ces défenseurs dont les délicates
fonctions exigent un examen scrupuleux et
approfondi des charges .
Il s'étoit répandu un bruit très-peufondé
, comme on va le voir par les trois
Lettres suivantes , que M. Charles de
Lameth aspiroit à la place de Commandant
de la Garde Nationale Parisienne.
Ce Député s'est hâté de le démentir.
On ajoutoit que M. Duport vi
soit à celle de Maire , ce qui est probablement
aussi faux , quoique ce dernier
n'ait point écrit à M. Bailly pour le
nier.
Lettre à M. de la Fayette.
J'apprends , M. , que sur la différence qui
s'est manifestée depuis quelque temps dans
nos opinions à l'Assemblée Nationale , et
particulièrement dans la délibération relative
au droit de Paix et de Guerre , on répand
avec profusion dans Paris que j'aspire
à vous remplacer dans le commandement de
la Garde Nationale. Quelqu'éloigné que je
( 64 )

2
sois de croire qu'on puisse jeter les yeux sur
moi , et quelque prix que je mette à toutes
les distinctions qu'on peut devoir au suffrage
de ses Concitoyens , je me dois de déclarer
que je n'en ai jamais conçu la pensée , et
que si cet honneur m'étoit offert , je ne l'accepterois
pas ; c'est sans aucune ambition
c'est avec la ferme résolution de n'accepter
jamais aucune place , que je me suis dévoué
à la défense de la liberté , et que je ne cesserai
de travailler pour elle jusqu'à ce que la
Constitution qui nous l'assure ait été achevée
dans les principes suivant lesquels elle a été
commencée ; je rougirois si rien dans ma conduite
pouvoit jamais autoriser à croire que
j'eusse été guidé par quelque motif d'intérêt
personnel.
J'ai l'honneur d'être , etc.
Charles DE LAMETH .
P. S. Vous trouverez simple , M. , que
dans un moment où je vois mes intentions '
attaquées par des menées obscures et des
propos calomnieux , je mette à les repousser
toute la publicité qui convient à mon caractère.
Réponse de M. de la Fayette à M. de Lameth.
Paris , ce 26 Mai 1790.
4
Je ne vois pas , M. , ce que le commandement
de la Garde Nationale , ni aucun
bruit de votre nomination à cette place ,
pourroient avoir de commun avec quelque.
différence d'avis sur deux rédactions de Décret
, sur- tont depuis que vous avez adopté
celui que je préicrois . Mais j'espère que les
amis de la Liberté s'accorderont toujours sur
les vrais principes , et je désire qu'ils s'en-
1
( 65 )
tendent également sur les meilleurs moyens
d'affermir la Constitution .
J'ai l'honneur d'être , etc.
Cette lettre a donné lieu à une seconde
que voici :
Lorsque la nécessité de repousser des bruits
injurieux m'a obligé , M. , à avoir l'honneur
de vous écrire , je ne prévoyois pas que votre
réponse me mettroit dans l'indispensable nécessité
de vous écrire encore ; je ne conçois
pas , je vous l'avoue , comment vous pouvez
croire que je suis revenu à l'avis que vous
aviez appuie dans la question de la Paix et de
la Guerre , lorsque je n'ai cessé de résister au
Decret de M. de Mirabeau qu'après l'addition
( proposée par mon frère et par M ' . Fréteau
) du principe porté dans le premier article
; principe qui consacre seul l'exercice
du droit de la Nation par le Pouvoir législatif,
prineipe qui forme la base de celui
pour lequel j'avois manifesté mon opinion .
J'espère avec vous , M. , que les amis de la Liberté
ne cesseront jamais de s'accorder sur
les vrais principes , déja consacrés par l'As
semblée Nationale : quant aux moyens d'affermir
la Constitution , les miens qui ont
toujours été , et qui seront toujours à découvert
sont la vérité , la franchise , et la
persévérance.
J'ai l'honneur d'être M. , votre très- humble
et tres- obéissant serviteur ,
CHARLES DE LAMETH .
Si M. de Rully, Colonel au Régiment du
Maine , en garnison à Bastia , s'est conduit
comme le prétend un Journal Italien , imprimé
dans le pays , la vengeance du Peuple
paroit beaucoup plus excusable ; cet Off(
66 )
cier l'a provoquée , en refusant , à son arrivée ,
de se laisser reconnoître par la Garde Natio
nale ; de plus , a menacé le Peuple , insulté
le Vicomte de Barrin , Gouverneur de l'ile ,
tué une femme , qui a reçu le coup de pis
tolet destiné à un Officier de son Régiment ,
avec lequel il a eu une violente dispute. En
un mot , il y a eu beaucoup plus que de
l'imprudence dans tous ses procédés.
On ajoute que le Conseil- général de la
Commune a trouvé dans son porte - feuille
deux Mémoires manuscrits ; dans l'un des-,
quels , intitulé Etat des Rapports politiques
entre la France et la Corse , il prétendoit
prouver qu'il ne convient pas à la France
de retenir la Corse. L'autre manuscrit a
pour titre Moyens sûrs pour embarquer le
peu de Troupes de S. M. qui restent en Corse
et ses Employés. Ce porte- feuille contenoit
aussi un exemplaire imprimé d'une réponse
au dernier Rapport du Comité de Bastia de
l'exposé des Officiers du Régiment du Maine
au sujet de l'affaire du 5 Novembre . Le Maire
et les Habitans de la Capitale se plaignent
d'y être calomniés.
Discours de M. le Maire de Paris au Roi ,
en lui présentant la Médaille que la Ville
de Paris a fait frapper à l'occasion de
son séjour dans la Capitale ( Cette Médaille
avoit pour légende ces mots : J'y
ferai désormais ma demeure habituelle ).
SIRE ,
" Votre Majesté , en entrant à Paris , a
dit : J'y ferai désormais ma demeure habituelle.
La Ville de Paris a fait graver sur le
bronze ces paroles , qui sont dans le coeur
de tous nos Concitoyens. "
( 67 )
Discours à la Reine et à Monseigneur le
Dauphin , en leur présentant la méme
Médaille.
"
MADAME ,
Les paroles précieuses gravées sur cette
Médaille , sont une promesse que le Roi a
faite pour lui , pour Votre Majesté et pour
Mgr. le Dauphin . La promesse du Roi est,
que vous embellirez la Capitale , et le vou
du Peuple est d'y conserver son Roi que vous
y accompagnez toujours . "
" Et vous , Monseigneur
, instruit
par
l'exemple
de la Reine ; vous , Monseigneur
,
qui aimez
comme
nous notre Roi , vous
vous prescrirez
de suivre ses traces , et vous
aimerez à remplir
ses promesses. "
P
. On se rappelle et l'assassinat de M.
de Voisins et la lettre anonyme qui a
été lue à l'Assemblée. En voici une signée
, et par conséquent digne de foi ."
Elle fera dire , à tous les Lecteurs sen-,
sés , qu'il est bien extraordinaire que si
l'on trouve , chez M. de Voisins , l'étrange
lettre en question , on n'y ait trouvé
qu'un seul papier de ce genre.
Nous espérons de votre impartialité que
vous voudrez bien insérer cette Lettre dans'
votre premier Numéro , pour démentir toutes
les versions infidèles et tous les faux bruits
qui se sont répandus relativement au mal- '
heureux évènement arrivé à Valence le 10
de Mai.
Sans entrer dans tous les détails , nous
nous bornerons à réfuter les faits inexacts
qui sont parvenus à notre connoissance ; nous
( 68 )
pouvons donc assurer que M. le Comte de
Voisin n'a point fait distribuer de cartouches
, ni donné l'ordre de faire feu sur les
Bourgeois , s'ilsse présentoient ; qu'il n'a point
fait diriger contre la Ville deux pièces de
canon chargées à mitraille ; que la seule
précaution qu'il avoit prise , étoit de renforcer
la Garde ordinaire de la Citadelle
d'un piquet de cinquante hommes , auxquels
on a distribué des pierres à fusil ; que les
deux pieces de canon trouvées dans un hangard
avec leurs coffrets garnis de cartouches
à balles , étoient vraisemblablement les
mêmes qui avoient été conduites à Romans
par un détachement de cent hommes que
M. de Voisin envoya au secours de cette
Ville , à l'époque où une alarme générale fut
répandue dans toute la Province , l'été dernier.
D'ailleurs , n'étoit- il pas de sa prudence ,
et même de son devoir , de prendre quelques
précautions pour la sureté des Habitans ,
s'ils eussent été réellement menacés ?
Nous ajouterons que M. Hennet , Major
du Régiment , ayant été , par l'ordre de
M. de Voisin , à l'Hôtel- de-Ville , il à engagé
MM. les Officiers Municipaux à se
rendre à la Citadelle , dans l'espoir que leur
présence rameneroit le calme , et que M.
de Voisin se disculperoit aisément des griefs
qui lui étoient imputés ; qu'arrivés à la porte
de la Citadelle , qu'ils trouvèrent fermée ,
M. Hennet avoit fait avertir M. de Voisin
de l'arrivée de la Municipalité ; que M. de
Voisin est venu lui-même, à la porte . et a
dit : est-ce vous Hennet? A quoi ce dernier
avoit répondu par ces paroles :; Général , ce
sont MM. les Officiers Municipaux qui se pré- ,
sentent, sans ajouter aucune interpellation ,
( 69 )
soit pour faire ouvrir la porte , soit pour
ucune autre démarche ; et ce n'est que dans
'appartement même de M. de Voisin , que
l'on est venu annoncer que le Peuple exigeoit
qu'il se rendît à l'Eglise Saint- Jean .,
On a aussi répandu dans le Public que
quelques Canonniers avoient contribué à la
malheureuse catastrophe qui a terminé les
jours de M. de Voisin. Une calomnie aussi
odieuse n'a pas même besoin d'être démentie ,
et deux Canonniers du nombre de ceux qui
lui servoient d'escorte , ont été blessés du
coup dont il a été atteint.
Quant aux soupçons qu'avoit fait naître
une Lettre rendue publique , qui a été déposée
à l'Hôtel -de- Ville , et trouvée , dit- on ,
dans les poches de M. de Voisin , il résulte
d'une recherche scrupuleuse et authentique ,
faite dans ses Papiers après la levée des
Scellés , qu'on n'a rien trouvé qui puisse
inculper ce Commandant.
Nous avons l'honneur d'être ,
MONSIEUR ,
Vos très humbles et très- obéissans
serviteurs , Hennet, Major du
Régiment de Grenoble ; la
Cattonne , Capitaine au même
Régiment.
Paris , ce 25 Mars 1790.
Un Prêtre Irlandois arriva , le 20 de ce
mois , à Bordeaux ; comme il venoit par le
bateau de Toulouse , le Peuple , que l'esprit
de vertige semble rendre de jour enjour
plus soupçonneux , s'imaginé que cet Ecelésiastique
est un transfuge de Montau(
72 )
-1
tant pour faire la traduction des manuscrits
Armeniens qui se trouvent dans la Bibliothèque
du Roi , que pour former de nouvelles
Correspondances Littéraires et Politiques
avec les differentes parties de l'Asie ,
où la Nation Arménienne est très - répandue
par son commerce.
Le Sieur Blin a eu l'honneur de présenter
au Roi les 31 et 32 ° . Livraisons des Portraits
desGrands Hommes, Femmes illustres et Sujets
mémorables de France ; gravés et imprimés
en couleur , dont S. M. a bien voulu agréer
la dédicace . La 3r Livraison contient les
Portraits d'Abraham Fabert et de Louis-Joseph,
Marquis de Montcalm, avec deux Sujets
représentans l'un l'humanité de Fabert , et
l'autre la mort de Montcalm . La 32 ' . offre
les Portraits de Fenelon et de Bossuet , avec
un trait de leur vie. Ces morceaux bien exécutés
se trouvent à Paris chez le Sieur Blin ,
place Maubert , nº. 36.
MM. les Payeurs des rentes préviennent
le Public que , d'après les ordres qu'ils ont
reçus de M. le premier Ministre des Finances
, ils ouvriront , à compter du 22 da
mois de mai , le payement de l'année entière
1789 , lequel , en raison des fonds assurés
pour chaque semaine , sera completement
terminé au 31 Décembre de cette année.
312
Les Numéros sortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 1
1790 , sont: 66,75 , 26 , 50 , 37 .
Juin
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
SU Ê D EX
De Stockholm , le 10 Mai 1790.
ENFIN , les Suédois viennent d'éprouver
un échec ; mais , sans dépriser la valeur
des Troupes Russes , il faut convenir que
le nombre n'a pas peu contribué à leur
assurer la victoire . Voici les détails de
cette affaire , tels que le Major de Stedingk
les a fait passer au Roi , dans une ›
lettre en date du 14 Mai,
"
La nuit du 4 au 5 , le Général Major
de Rautenfeld, à la tête de 4000 hommes ,
a attaqué , près de Parkumaki , les Suédois,
infiniment moins nombreux. L'action fort
vive a duré près de quatre heures , après
quoi l'Ennemi s'est retiré à un demi- mille
du poste occupé par le Major de Stedingk.
Un Officier Russe et 25 hommes sont restés
N. 24. 12 Mai 1790.
D
( 74 )
Prisonniers entre les mains des Suédois , mais
cela ne compense pas leur perte : ils ont eu
cent onze Soldats , tant tués que blessés , sans
compter deux Officiers tués et cinq blessés.
C'est , dit- on , pour remplir un ordre écrit
de la main même de l'Impératrice , que le
Général Russe a fait cette attaque.

Dans la même nuit , les Russes passèrent
le pont à Anjala , et surprirent la batterie , nº . 5.
Le Colonel Swendenhielm , Commandant du
poste ,
fut fait Prisonnier dès le commencement
de l'action , et peu après , le Major
Blomberg eut les deux jambes emportées d'un
boulet ; cette perte et le ravage que fit une
bombe dans les retranchemens des Suédois
enhardirent les Russes , qui les forcèrent à
se replier sur Corols , retraite dans laquelle
le Major des Chasseurs , M. de Rohr , fut
tué. Le 5 au matin , les Russes passèrent
la rivière à Hirfvenkóski , dont ils s'emparèrent.
Pendant ce temps , les Suédois se
rallioient au Corps principal , sous les ordres
du Général Hamilton , auquel le Lieutenant-
Général de Platen amena bientôt un renfortt ;
on prévoyoit que les Russes essayeroient d'enlever
le magasin d'Elime ; en conséquence ,
le 6 , dès 4 heures du matin , le Lieutenant-
Colonel de Knorring et le Major Comte de
Cronstedt reçurent l'ordre de reprendre Hirfvenkoski
, ce qu'ils parvinrent à effectuer ;
le Général Russe de Schultz ne crut pas pouvoir
tenir plus long-temps ; il se retira avec
les 2000 hommes sous ses ordres , et les Suedois
détruisirent le pont. Dans la même
journée , le Roi est parti pour Borgo , où il
prendra le Commandement de la flotte qui
doit soutenir les opérations des Troupes de
terre. Les Troupes des Généraux Pollet et
( 75 )
peu
Pauli se trouvent actuellement réunies à
celles que commande le Lieutenant- Général
de Platen , et l'on s'attend à recevoir sous
de jours la nouvelle d'une affaire majeuré
de ce côté -là . Des avis fort douteux .
annoncent que les Russes ont repris le lendemain
le poste d'Hirfvenkoski , et attaqué
plusieurs fois le flanc des Troupes du Général
de Platen .
Une autre version , venue de Pétersbourg
, parle d'avantages bien plus considérables
pour les Russes. Voici ce que
dit cette lettre du 10 :
T
Le Major Blucher , arrivé de l'Armée campée
en Finlande , apporte en ce moment
une nouvelle importante. Le Brigadier Korsakow
a battu , près de Parkumaki , les Suédois
commandés par le Major de Stedingk.
Deux pièces de canon et le Magasin sont
tombés entre les mains des Vainqueurs , qui
ont détruit deux chaloupes canonnières , et
dix autres bâtimens Suédois . En mêmetemps ,
le Lieutenant-Général de Numfen , ayant
passé la rivière de Kymène , entre Memeloe
et Anjala , est tombé sur le Corps commandé
par le Général Hamilton ; il s'est emparé
de plusieurs batteries Suédoises , de 12 pièces
de canon et de la majeure partie du bagage.
Il a fait plus de cent Prisonniers , parmi lesquels
se trouvent un Colonel, un Major et plusieurs
Officiers d'un grade inférieur. Le Général
de Numfen a profité de cette victoire
pour entrer sur le territoire Suédois ; il y
a pris poste à 35 Werstes des frontières.
On marque de Stockholm , en date du
11 Mai, que toute la Garde à pied s'embarquera
sur la flotte des galères , pour

( 76 )
se rendre dans la Finlande . Quant à l'escadre
sortie de Carlscrone , elle est composée
de 23 vaisseaux de ligne , 11 grandes
frégates , 5 petites , 4 cutters , 2
schooners , 2 yachts , deux bombardières,
2 brûlots , un vaisseau-hôpital .
On mande d'Helsingor , qu'une escadre
Suédoise , de plus de 30 voiles , qu'on
présume être une partie de l'escadre des
galères , a été vue , le 7 de Mai , à 18 .
milles de Revel .
Le Roi a fait grace à tous les Officiers
condamnés à mort pour avoir pris part
à la Confédération d'Anjala.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 24 Mai,
Des lettres des frontières de la Po
logne portent que le Prince Potemkin
attend le retour d'un Officier qu'il avoit
dépêché vers le Grand Visir avec de
nouvelles propositions de paix . Le Comte
de Bulgakow est encore à Jassy ; il doit
se rendre à Pétersbourg ayant d'aller
remplir sa mission à Varsovie , L'impératrice
veut , dit- on , le dédommager
de tout ce qu'il a souffert dans sa longue
détention aux Sept-Tours , et l'assurer
elle-même combien elle est satisfaite de
ses services.
( 77 )
L'armée Ottomane est en mouvement ;
elle se rend aux environs d'Ismailow ..
Deux mille hommes de Cavalerie Polonoise
ont reçu l'ordre de se rendre
aux frontières de la Gallicie ; c'est aux
environs de Radziwilow qu'ils prendront
leurs quartiers . 150 valets d'Artillerie
et 300 hommes de Troupes ont
passé le 7 devant Dantzick , pour se renà
Konigsberg ; 400 Artilleurs , venus de
Stettin avec 50 pièces d'Artillerie , ne
devoient pas tarder à les suivre .
La Diète a pris lecture de quelques
articles du projet , de réforme dans l'Administration
; mais comme il n'est pas
entièrement achevé , on a chargé la Députation
qui le rédige de le finir le plus
promptement possible , et de le présenter
en entier, pour mettre plus à portée
de juger de la liaison des diverses párties
de ce plan. Le Roi s'est empressé
d'annoncer , dans une des dernières
Séances , le sacrifice volontaire que le
Prince Radziwill , Châtelain de Wilna ,
a fait des 400,000 florins qui lui étoient
assignés sur la starostie de Borysow.
C'est dans la nuit du 1er. au 2 de Mai
que la glace de la Newa a commencé de
se rompre. Ce fleuve en a été couvert
cette année pendant 157 jours .
Le Roi de Suède vient de publier une
Ordomance dont le commerce des
Hollandois ne peut que souffrir beau-
Diij
( 78 )
1
coup elle regarde comme article de
contrebande tout l'argent qui sera trouvé
à bord d'un bâtiment neutre , et en
autorise la confiscation . Or , dans le
commerce qui se fait entre la Russie et
la Hollande , c'est toujours en argent
comptant que trafique celle- ci . Antérieurement
à cette Ordonnance , la Hollande
avoit expédié des sommes considérables
sur des bâtimens Danois qui
´n'en ont point encore fait le transport :
elle a chargé M. Van der Berck , son
Envoyé extraordinaire à Stockholm , de
demander que les bâtimens qui avoient
fait voile avant que ce nouveau réglement
fût connu , jouissent d'une exception
que réclame la justice.
Nous apprenons dans l'instant même
que la flotte Suédoise , commandée par
Sa Majesté , a remporté , le 15 Mai , une
victoire signalée sur la flotille du Prince
de Nassau. On a pris aux Russes trente
galères ou chaloupes canonnières , et on
leur en a coulé bas seize autres . Quant
à leur grande flotte , les Suédois n'avouent
que deux vaisseaux de perdus ,
tandis que des lettres de Copenhague
parloient de trois vaisseaux de ligne ;
au reste , ce sont les batteries de terre
près de Revel et les vaisseaux embossés
qui , dans cette action précédente , ont
sauvé la flotte Russe. Cet avantage , qui
paroît bien constaté , ne peut manquer
de faire prendre faveur à l'emprunt via(
79 )
ger que le Roi de Suède a ouvert en Hollande
. Il encouragera aussi les Anglois à
lui prêter , ou même à lui donner des
fonds , comme le bruit se répandoit qu'ils
y étoient disposés .
Il faut ajouter à la Relation abrégée
que l'on vient de lire les détails suivans',
sur l'exactitude desquels on peut compter.
et
Un aviso , détaché de notre grande flotte ,
vient d'apporter la nouvelle que le grand
Amiral , Duc de Sudermanie , a , le 13 de
ce mois , attaqué les Russes dans la rade de
Revel. L'ennemi avoit onze vaisseaux de
ligne et cinq frégates ; il étoit soutenu par
une grande quantité de pieces de canons
des remparts , et par les batteries du rivage .
Nous n'avons pas laissé de lui canser un grand
dommage ; et si , pendant le cours de la
bataille , une tempête n'étoit survenue ,
que le vent n'eût pas changé , ce qui empêcha
nos vaisseaux de faire usage des batteries
basses , et de pouvoir garder leur rang dans
la ligne , la flotte ennemie auroit été totalement
ruinée . Notre vaisseau le Prince-
Charles , de 60 canons , ayant été démâté
par le feu des ennemis , est tombé entre
Jeurs mains. Le vaisseau le Riksenstander ,
aussi de 60 canons , a échoué sur le rivage :
mais nous avons eu le temps d'en retirer
l'équipage , et d'y mettre le feu . Le vaisseau
le Tapperheten a pareillement touché ; mais
le canon ayant été jeté en mer , on est
parvenu à le remettre à flot. Notre perte
en hommes est peu considérable . Notre
fotte étoit , dans la soirée du 14 , à un mille
Div
( 80 )
et demi au nord de Nargo . Elle travailloit
à se réparer pour tenter une nouvelle attaque
sur l'ennemi .
Extrait d'une Lettre à la rade de Fredricshamn
, du 15 Mai.
·
Nous ne voulons pas différer de vous
faire part de la victoire que notre flotte de
galères , sous le commandement de S. M..
evient de remporter aujourd'hui sur la flotte
de galères Russes . Après un combat de trois
heures , la nombreuse escadre de l'ennemi
a été totalement battue , et contrainte de se
retirer sous les murs de la forteresse ( Fredricshamn
) . Nous avons pris plus de trente
bâtimens armes, frégates , demi galères , chaloupes
canonnières , et autres bâtimens légers.
La flotte de transport de l'ennemi a
été brûlée dans le port , et nous avons fait
beaucoup de Prisonniers. Nous n'avons pas
encore un détail exact de tout ce qui s'est
passé , et de tous nos avantages ; mais nous
savons au moins qu'aucun Officier n'a été
tué , et que notre perte en Soldats n'est que
de trente hommes. »
On achète quantité de grains à Dantzick
pour le compte de la Suède.
De Vienne, le 27 Mai,
La Reine , accompagnée de l'Archiduc
François et des Archiduchesses Marie
Joséphine et Marie Amélie , est arri
vée le 15 Mai au château de Laxembourg
, où elle a été reçue par le Roi . Le
soir , leurs Majestés et toute la Famille
Royale sont entrées dans cette capitale
( 81 )
aux acclamations de tout le Peuple. Sa
Majesté Catholique a permis à M. le
Chevalier de Solymas , son Ambassadeur
à Florence , d'accompagner ici la
Reine sa Soeur . On parle du mariage des
deux Archiducs aînés avec les deux filles.
aînées de leurs Majestés Siciliennes.
Au bonheur de Léopold II de revoir son
Epouse et ses Enfans se mêlent des chagrins .
Plus de 400 Paysans de la Basse - Autriche
sont arrivés ici pour solliciter le maintien'
du Réglement des impositions fait par feu
l'Empereur. Le Roi ne s'est pas contenté
de les recevoir avec bonté , il leur a promis
de faire examiner leurs demandes et de les
concilier avec l'ancien systéme rétabli ; mais
ces Paysans , peu satisfaits de cette réponse .
ne veulent plus quitter Vienne. Il leur a été
déclaré que ceux qui sous quelques jours ne
retourneroient pas chez eux seroient punis
comme réfractaires . On imagine que ces mécontentemens
et la manière dont ils se manifestest
sont dus aux employés congédiés.
Ce qui commence à devenir inquiétant , c'est
qu'environ 3000 paysans viennent de la Bokeme
ici pour le même objet. L'ordre de
tout mettre en oeuvre pour les calmer a été
donné ; mais on y a joint celui d'employér
la force pour leur faire rebrousser chemin ;
en cas d'opiniâtreté de leur part ..
Une Patente Royalé, publiée en langue
Polonoise et Allemande , supprime le
dernier Réglement pour les impositions
dans la Gallicie , et rétablit l'ancien systême
redemandé par les Etats .
On continue la réforme des Lois pénales ;
Dv
( 82 )
c'est le Code de Toscane qui servira de base .
à ce travail ; l'humanite ne peut manquer
d'applaudir aux dispositions suivantes , par
lesquelles Léopold II adoucit le sort des
priso: nier . Il veut que les prisons soient nétoyées
et rendues plus saines , et qu'on donne
à tous les prisonniers , sans distinction ,
la nourriture chaude trois fois par semaine.
Il abolit le traînage des bateaux par les
Criminels , la marque avec le fer , les coups
de bâtons donnés publiquement et la chaîne
courte . Désormais les coupables seront punis
dans les prisons , et on les mettra à des
chaines longues , afin qu'ils puissent se donner
un mouvement nécessaire à la conservation
de leur santé. Quant aux Sentences de mort ,
il faudra que le Roiles confirme avant qu'elles,
soient executées , et de peur de perdre le
seal fruir que la Société puisse retirer dessup .
plices ce sera publiquement que les condamnés
les subiront.
"
La grande crise politique n'est pas encore
décidée ; le Roi et S. M. Pruss . correspondent
directement entre eux par
lettres particulières : quoiqu'on n'ait pas
perdu toute espérance de conciliation
on continue les préparatifs de guerre
avec beaucoup d'activité. Sept bataillons
d'Infanterie et quatre divisions de
Cavalerie de l'Armée de Bohême ont
reçu l'ordre de se rendre dans la Moravie
, d'où l'on fait partir des Troupes
pour enforcer celles qui se trouvent
dans la Gallicie. Les Troupes en Bohème
avancent vers les frontières ; elles formeroat
un Corps principal et deux pe-
1
( 83 )
tits Corps. Le premier sera composé de
18 bataillons . d'Infanterie et de 6 divisions
de Cavalerie ; les deux autres auront
14 bataillons et 8 divisions.
Le Régiment de Cavalerie Charles de
Toscane et un d'Infanterie sont en
marche pour se rendre au camp entre
Lubaczow et Mimirow.
Mais c'est surtout contre les Turcs
que nous pressons les préparatifs . Des
avis de la Servie portent que , pour établir
la communication avec la Valachie
, on a construit un pont sur le Danube
, et trois sur le Timok. Le Corps
d'Armée destiné à faire le siége de Widdin
a dû passer cette rivière le 10 de
Mai , et le siege commencer le 16. Le
Maréchal Prince de Cobourg se trouve
au Corps qu'il doit commander depuis
le 5 de ce mois. S'il faut en croire des
avis de la Valachie , en date du 22 Mai ,
le Grand Visir actuel Jussuf Pacha est
en marche avec 60,000 hommes pour
venir au secours de cette place. En cas
que cette nouvelle soit vraie , nous recevrons
incessamment celle d'une bataille
livrée près du Timok.
་་་
On mande de Ratscha que les Turcs
s'amassent en grand nombre aux environs
de Zwornick. Ils sont près de 14000
hommes , et se retranchent de ce côté.
Ile- tarrivé ici , dans la soirée du 20, un
Courrier de Pétersbourg qui n'a mis que'
10 jours et quelques heures à faire ce
D vj
( 84 )
chemin. Rien ne transpire encore du
contenu de ses dépêches .
De Francfort sur le Mein , le 31 Mai.
On prétend que les propositions suivantes,
pour le rétablissement de la Paix ,
ont été faites , au Roi de Prusse , par les
Cabinets de Vienne et de Pétersbourg.
Nous les donnons sans y ajouter beau;
coup de foi.
las
Les Puissances médiatrices seront l'Es
pagne , l'Angleterre et la Prusse . On restituera
à la Porte , la Valachie et la Mol
davie jusqu'aux gorges de Transylvanie ,
à l'exception néanmoins de Choczim et
de son territoire. La Cour de Vienne se
contentera de Belgrade et de la Servie
jusqu'à la Morawa ; elle gardera aussi la
forteresse d'Orsowa. Ces places suffiront
pour la sureté de la Hongrie et du Bannat
; les productions Hongroises seront
librement exportées dans la mer Noire ,
Léopold II rendra Sabacz et Berbir , ou
échangera cette derniere place contre
Wihats. Il rendra aussi le District de la
Croatic Turque en de ça de l'Unna , mais
il se réservera Novi et son territoire .
Quant à la Russie , cette Cour reconnoîş
tra la souveraineté illimitée de la Cou
ronne de Suède ; elle rendra à la Porte
La Bessarabie et Bender , mais démantelé ;
elle conservera la Crimée , Oczakof et
Akierman. Les Provinces de Teflis , de
( 85 )
Georgie et de Mingrelie seront gouver
nées par leurs propres Princes, mais sous
la protection de la Russie.
*
On écrit de Léopol que les Troupes
de la République , postées sur ses frontières
pour observer les mouvemens des
Autrichiens , ont l'ordre exprès de ne
point entrer sur le territoire de la Gal
licie. La défense est si sévère qu'il y a
peine de mort pour les Soldats , et dégradation
pour les Officiers qui se permettroient
d'y contrevenir .
35
La Prusse ayant rassemblé près de Halle
une Armée d'observation , la Saxe est
obligée aux mêmes précautions ; en conséquence
, elle a donné des ordres pour
faire camper 8 Bataillons aux environs
de Leipsick!
13
On mande de Berlin que le Duc
régnant de Brunswick y est arrivé le 15
de Mai , et qu'il en est reparti pour se
rendre dans la Silésie , après avoir eu
une longue conférence avec le Roi et
quelques Généraux.
La revue des Troupes a commencé à Cassel
le 25 Mai ; le Corps qui a été rassemblé consiste
en II bataillons d'Infanterie , un Ré-
' giment d'Artillerie , le Corps des Chasseurs ,
et 22 escadrons de Cavalerie. A quile Laud
grave prétendit - il louer ces Troupes ? c'est ce
qu'on ne sait pas encore.
L'Evêque de Wurzbourg a cédé 2600
hommes à la Cour de Vienne : ces Troupes
ont dû partir le 30 Mai pour s
"
( 86 )
rendre dans le Luxembourg ; 500 hommes
de Troupes Bambergeoises passent
aussi à la solde de l'Autriche , et l'on
parle encore de 5000 Wirtembergeois
que le Duc a cédés au Roi de Hongrie
pour les employer contre les Provinces
Belgiques.
Il a passé ici , le 27 , les Hussards d'Esterhasy
pourse rendre dans le Luxembourg.
On mende de Ratisbonne que le Ministre
de l'Electeur de Trèves vient de
remettre à tous les Ministres de la Diète
un imprimé de six feuilles , ayant pour
titre Mémoire pour son Altesse Electorale
de Trèves et les Eglises situées
dans l'Archevêché , concernant l'inviolabilité
de leurs possessions , revenus ,
libertés , droits et prérogatives dans la
Lorraine et sur la Meuse , fondée sur
des traités de paix et les conventions publiques.
On tâche de prouver dans cet
écrit que les Décrets de l'Assemblée Na,
tionale de France sont inconciliables
avec les Traités et les Conventions qui
existent , et l'on finit par invoquer la garantie
de l'Empereur et de l'Empire pour
leur maintien .
GRANDE-BRETAGNE.
De Londres , le 4 Juin.
Il faut qu'on regarde ici la rupture
vec l'Espagne comme inévitable , car
( 87 )
le Bureau des vivres fait faire des achats
tels qu'à l'approche ou pendant le cours
d'une guerre. D'ailleurs , les préparatifs
dans les Chantiers n'ont peut- être jamais
été poussés si vivement , et les Arsenaux
de la Marine sont garnis de munitions
de toute espèce en si grande abondance ,
que lors même qu'on ne feroit aucun
approvisionnement ultérieur , on pourroit
soutenir une guerre de sept années.
On écrit de Portsmouth qu'on y a
placé des gardes à toutes les avenues du
Port pour empêcher les Matelots , qui se
tiennent cachés , de se sauver dans l'intérieur
des terres , et l'on a fait passer à
tous les Juges de paix des différentes
Provinces d'Angleterre l'ordre de faire
arrêter les Matelots qui se trouvent répandus
dans les campagnes.
L'Amirauté a reçu des Dépêches de
l'Amiral Peyton , qui confirment le départ
de six vais eaux de ligne et de six
frégates Espagnols qui ont fait voile de
Cadix pour les Indes Occidentales. D'a
près cela , la guerre semble inévitable ,
et probablement nos vaisseaux armés à
Sithed ne tarderont pas à recevoir
l'ordre de se mettre en mer. Le Culloden
, l'Orion et le Bombay - Castle sont
arrivés ici le 28 de Plymouth. Il y a
déja neuf vaisseaux de ligne à Spithead ,,
oùle Cumberland , le Carnatic et l'Impregnable
se rendront au premier bon
vent. A Sheerness , l'Amiral Dalrymple
( 88 )
+
a distribué sur la Queen Charlotte , le
Loudon , le Malboroug et l'Iphigénie
un grand nombre de Matelots procures
par la presse. On ajoute que les bâtimens
désignés sous le nom de tenders ,
vont parcourir tous les Ports de la
Grande- Bretagne pour prendre à bord
les Matelots qui ont été pressés . On en
a besoin , s'il est vrai que les Commissaires
du Bureau des vivres aient reçu
l'ordre d'approvisionner , aussi promptement
qu'il seroit possible , 78 bâtimens
de différentes grandeurs .
On attend incessamment une promotion
dans la Marine ; elle sera très- nombreuse
, à en juger par celle qui s'est
faite dans le Corps de Royal- Artillerie ;
elle a été de 28 Officiers.
Depuis la dernière paix , le Gouvernement
n'a rien négligé pour mettre la
Jamaïque en état de résister à toute attaque
; cette île est aujourd'hui dans le
meilleur état de défense possible . D'ail
leurs , nous comptons beaucoup sur l'intelligence
et la bravoure du Gouverneur
le Lord Effingham .
Il est certain que dans les conjonctures
présentes , l'alliance des Etats- Unis d'Amérique
est d'une grande importance.
Aussi nos politiques sont - ils persuadés
que l'un des bâtimens qui ont mis dernièrement
à la voile , doit se rendre à
New-Yorck , et que le Capitaine est
chargé de Dépêches pour le sieur Tempte,
( 89 )
Consul -général de Sa Majesté Britannique
auprès du Congrès. Ces Dépêchés
lui donnent commission , à ce qu'on prétend
, de négocier un Traité d'alliance
offensive et défensive à des conditions
très -avantageuses pour les Etats -Unis.
Par exemple , une des offres de la Cour
de Londres est de leur assurer la libre
navigation du Mississipi que nous réclamerons
pour eux et pour nous , en vertu
du huitième article du Traité de paix ,
conclu en 1783. Le Mississipi nous mettra
en état de communiquer avec ceux de
nos Etablissemens du Nord qui avoi
sinent les lacs , et triplera le Commerce
des Provinces Méridionales des Etats-
Unis . Toutes ces spéculations sont merveilleuses
; mais il est très-douteux d'abord
que ce soit - là la mission de ces
frégates , qui ne doivent ouvrir leurs
instructions qu'à une certaine hauteur ,
et ensuite que les Etats - Unis , qui ont
autant , et peut - être encore plus besoin
de la paix que de la libre navigation du
Mississipi , veuillent s'engager dans une
guerre absolument personnelle à la
Grande-Bretagne.
*
Un des objets sur lesquels notre Ministère
se propose d'insister , est le recouvrement
de l'île de Minorque , dont
notre Commerce sent vivement la pri
vation . Le Cabinet de Saint -James ne
renoncera pas non plus au droit de faire
tels établissemens qu'il jugera convena(
90 )
bles sur les Côtes du Nord - Ouest de
l'Amérique , où il se propose de transférer
la Colonie languissante de Botany-
Bay , si elle continue d'être aussi à charge
à la Nation sans lui promettre aucun
avantage .
Le Lord Gower , nommé Ambassadeur
et Ministre Plénipotentiaire auprès
du Roi des François , a pris séance dans
le Conseil privé , après avoir prêté le
serment d'usage .
On assure que la Cour de Londres
vient de faire à la Hollande la demande
officielle des secours maritimes que Sir.
James Harris a stipulés dans le dernier
Traité d'alliance , conclu à la Haye . Dix
vaisseaux de ligne doivent , dit-on , se
réunir au premier moment à la flotte
Angloise , et l'on vient d'en mettre dix
autres en commission dans les diverses.
Amirautés d'Amsterdam , de Zéélande
et de Frise , qui veilleront à les faire armer
promptement.
La curiosité s'exerce sur les demandes
que le Cabinet de Saint-James peut avoir
faites à la Cour de Madrid . A t- elle bien
rencontré ? C'est ce que nous n'allons
pas tarder à savoir. En attendant
voici , à ce que l'on assure , ces demandes,
dont la réponse est attendue avec tant
d'impatience ; 1º. une satisfaction non
équivoque au sujet de la saisie des vaisseaux
Anglois dans le détroit de Nootka ;
2º. l'on exige que l'Espagne renonce ab-
1
( 91 )
solument à la prétendue propriété exclusive
des possessions voisines de l'Océan
Pacifique , ou situées dans son
étendue ; 3°. une indemnité pécuniaire ,
évaluée à 200,000 liv. sterl. qui sera
remise aux Propriétaires des navires
saisis ; 4° . un million de liv . sterl , pour
dédommager la Grande -Bretagne de ses
frais d'armement.
Le Parlement actuel sera -t- il dissous
ou non ? Il est impossible d'asseoir ses
conjectures , tant les bruits publics se
contredicent à cet égard . Il paroît probable
qu'il ne sera que prorogé jusques
vers le 15 de ce mois. C'est ce que fait
présumer la nécessité de juger le Procès
de M. Hastings , qui traîne depuis si
long- temps , et l'importance des circonstances
présentes.
ÉTATS BELGIQUES.
De Bruxelles , le 3 Juin 1790 .
Une Lettre de Bruxelles du 1er Juin
arnonce que le Duc d'Ursel et le Prince
de Lobkowitz son oncle viennent d'être
arrêtés à Alost . Le Peuple semble avoir
entièrement oublié le digne Général
Van der Meersch , qu'on a conduit à
Sainte-Gertrude à Louvain , au lieu de
le transférer à Gand , comme il le demandoit
; son Avocat , M, Sandelin , est
en fuite ; il a craint que les persécuteurs
( 92 )
J
de son client n'attentassent à sa vie , ou
du moins à sa liberté . On poursuit avec
fureur les Vonkistes , dit Royalistes ,
qu'on accuse d'avoir formé des complots
contre les Volontaires et les Etats. - Le
Baron de Haveskerke et le Pensionnaire
Van der Noot ont gagné , dans la nuit
du 24 , le camp di Général Schoenfeld,
qui s'est posté à Assesses avec un Corps
de 3000 hommes , et toute la grosse artillerie.
Le 26 , les Autrichiens , déguisés
sous l'uniforme patriotique , ont tenté
d'enlever le poste d'Hastiers-la- Meuse ;
ils ont été repoussés à quatre reprises
avec perte de plus de 400 hommes. Quand
tous les renforts seront arrivés , ce qui
ne tardera pas , l'Armée des Autrichiens
formera un Corps de 24,000 hommes ;
ils pourront bien être dans Bruxelles
avant la fin du mois ; car il est difficile
que les Patriotes leur résistent , s'ils marchent
en Corps d'Armée.
Il y a eu le 27 Mai une nouvelle rencontre
entre les Liégeois et un Corps de
Palatins à Hasselh ; ces derniers ont été
repoussés avec perte. Les Liégeois marchant
sous le Drapeau de Saint-Lambert,
décoré de cette devise : Vivre libres
ou mourir, sont tombés sur les Impériaux
, auprès de Masseyk ; ils en ont
fait une boucherie , et se sont emparés
de plusieurs pièces de canon .
( 93 )
FRANCE.
De Paris , le 25 Mai.
ASSEMBLÉE NATIONALE. 56. Semaine.
DU DIMANCHE 25 MAI.
Un Député de Toulouse a fait lecture d'une
délibération de sa Municipalité ; elle offre
asyle et protection aux Habitans de Montáuban
; 2°. defend de porter d'autres Cocardes
que la Cocarde Nationale ; 3° . ordonne
qu'un détachement de la Garde Nationale
Toulousaine ira se réunir à celui de Bordeaux
; mais qu'avant son départ chacun
d'eux prêtera le serment civique et le serment
d'obéissance aux Municipalités .
M.Gossin a présenté le rapport d'une contestation
élevée dans le Département de
Seine et Marne..Le Décret sur la division du
Royaume porte que la Ville de Melun aura
un District , et qu'en outre elle sera provisoirement
le Chef-lieu du Département. Les
Electeurs du Département ont , par une délibération
préalable , arrêté que la Ville qui
seroit definitivement choisie pour Chef- lieu .
du Département ne pourroit avoir de District.
Melun a obtenu la majorité des suffrages
, et actuellement proteste contre la
délibération préalable des Electeurs ; ceux- ci
forcés de convenir que leur convention préalable
est nulle , comme contraire au Décret
de l'Assemblée Nationale , demandent la per
mission de recommencer le scrutin pour désigner
le Chef- lieu du Département ; car ,
disent- ils , la convention que nous avions
( 94 )
...
faite a été la base de cette seconde délibération
; la première étant nulle , celle - ci
l'est aussi. Le Comité de Cons itution a
pensé que l'Assemblée Nationale ne devoit
pas faire attention à des restrictions mentales
contraires à ses Décrets . Melun avoit été
reconnue la Ville la plus propre à posséder
le Chef- lieu du Département ; il ne falloit
pas en livrer les intérêts aux passions et aux
querelles momentanées des Electeurs .
Il a été décrété que la délibération seroit ,
´exécutée dans sa forme et teneur ; que Melun
seroit Chef-lieu du Département , sans préjudice
à la conservation du Chef-lieu de
District.
M. de Liancourt a fait , au nom des trois
Comités réunis , des Recherches , des Rapports
et de Meudicité , le rapport d'un projet
dé Décret provisoire pour la destruction de
la mendicité dans Paris .
Ce Décret a été adopté provisoirement sans .
discussion .
" L'Assemblée Nationale , informée qu'un
grand nombre de meadians étrangers an
Royaume abondent de toutes parts dans
Paris , y enlèvent journellement les secours
destinés aux Pauvres de la Capitale et du
Royaume , et y propagent avec danger
l'exemple de la mendicité , qu'elle se propose
d'éteindre entièrement , a décrété et décrète
ce qui suit :
་་
1 ° . Indépendamment des ateliers déja
ouverts dans Paris , il en sera ouvert encore
dans la Ville et dans les environs , soit en
travaux de terre pour les hommes , soit en
filature pour les femmes et enfans , où seront
reçus tous les pauvres , domiciliés dans Paris ,
( 95 )
u étrangers à la Ville de Paris , mais
François . "
" 2. Tous les mendians et gens sans
aveu , étrangers au Royaume , non domiciliés
à Paris depuis un an , seront tenus de
demander des passe- ports où sera indiquée
la route qu'ils devront suivre pour sortir du
Royaume. "
18 3°. Tout mendiant né dans le Royaume,
mais non domicilié à Paris depuis six mois ,
et qui ne voudra pas prendre d'ouvrage
sera tenu de demander un passe-port où
sera indiquée la route qu'il devra suivre pour
se rendre à sa Municipalité. "
"
4°. Huit jours après la proclamation du
présent Décret , tous les pauvres valides
trouvés mendiant dans Paris , ou dans les
Départemens voisins , seront conduits dans
les Maisons destinées à les recevoir à différentes
distances de la Capitale , pour de- là ,
sur les renseignemens que donneront leurs
différentes déclarations , être renvoyés hors
du Royaume , s'ils sont étrangers , ou s'ils
sont du Royaume , dans leur Département »
respectif, après leur formation ; le tout sur i
des passe - ports qui leur seront donnés . Il
sera incessamment présenté à l'Assemblée
un Réglement provisoire pour le meilleur
régime et la meilleure police de ces Maisons
, où le bien - être des détenus dépendra
particulièrement de leur travail . »
5°. Il sera en conséquence accordé à
chaque Département , quand il sera formé ,
une somme de 30,000 livres pour être employée
en travaux utiles.
" 6°. La déclaration à laquelle seront sou .
mis les mendians conduits dans ces Mar
sons , sera faite au Maire , ou autre Officier

( 96-)
Municipal , en présence de deux Notables . »
7 °. Il sera accordé trois sous par lieue à
tout individu porteur d'un passe - port.
་་
""
Ce secours sera donné par les Municipalités
successivement de dix lieues en dix
lieues.
Jee
"
Le passe-port sera visé par l'Officier Municipal
auquel il sera présenté , et la somme
qui aura été délivrée y sera rélatée . » 2
2
8°. Tout homme qui , muni d'un passeport
, s'écartera de la route qu'il doit tenir.
ou qui séjournera dans les lieux de passage ,
sera arrêté par la Garde Nationale des Municipalités
, ou par les Cavaliers de la Maréchaussée
des Départemens , et conduit dans
le lieu de dépot le plus prochain. Ils en rendront
compte sur- le - champ aux Officiers
Municipaux des lieux où ils seront arrêtés et
conduits .
"
"
9° . Les Municipalités des Départemens
voisins des frontières seront tenues de prendre
les mesures et les moyens ci - dessus énoncés
pour renvoyer hors du Royaume les mendians
étrangers sans aveu , qui y seroient
introduits , ou seroient tentés de s'y intro-,
duire . "
" 10 °. Les mendians invalides hors d'état
de travailler , seront conduits dans les Hopitaux
les plus prochains , pour y être traités
et ensuite renvoyés , après leur guerison ,
dans les Municipalités , munis de passe-ports .
convenables. "
་་ 11. Les mendians infirmes , les femmes
et enfans hors d'état de travailler , conduits
dans ces Hôpitaux et ces Maisons de secours ,
seront traités , pendant leur séjour , avec
tous les soins dus à l'humanité souffrante .
« 12 .
( 97 )
12° . A la tête des passe-ports délivrés
soit pour l'interieur du Royaume , soit pour
les pays étrangers , seront imprimés les articles
du présent Décret , et le signalement
des mendians y sera pareillement inscrit.
t༥ .
ןנ
« 13° . Il sera fourni par le Trésor public
les sommes nécessaires pour rembourser cette
dépense extraordinaire tant aux Municipalités
qu'aux Hôpitaux . "
"
14° . Le Roi sera supplié de donner les
erdres nécessaires pour l'exécution de ce
Décret . "
Parmi les moyens de fournir du travail
il en est un qui paroît présenter tous les
avantages desirables ; c'est l'ouverture d'un
Canal qui réuniroit la Marne à la Seine
de Meaux à Paris ; l'Oise à la Seine , de Paris
à Pontoise , et qui se prolongeroit de-là à
Dieppe. Un Citoyen qui propose ce Canal
ne demande aucuns fonds , et cependant il
emploieroit un très - grand nombre d'Ouvriers
. Les Comités de Mendicité , des Rapports
et des Recherches , ont pris connoissance
de ce travail ; mais ils ont souhaité que
l'Académie des Sciences l'examinât , et en
constatât l'utilité. Si le rapport de cette
Compagnie est favorable au Plan , les trois
Comités , de concert avec les Comités de
Commerce et d'Agriculture , présenteront
un projet de Décret sur cette entreprise desirée
depuis long- temps.
Suite de la discussion sur l'organisation du
Clergé.
M. Treillard a fait un excellent Discours
en réponse à celui prononcé la veille par
M. l'Archevêque d'Aix , et à l'appui da
Nº. 24. 12 Juin 1799.
E
( 98 )
projet du Comité Ecclésiastique. L'utilité
des changemens proposés , la compétence
de l'Assemblée Nationale pour les ordonner,
ont formé ses deux chefs de discussion .
"
Première Question.
Lorsque vous fixez vos regards sur deux
Cures , dont l'une a dix lieues de circonférence
, et dont l'autre ne renferme pas
dix feux ; lorsque vous sortez d'un Evêché
qui embrasse près de quinze cents Cures ,
pour entrer dans un autre qui n'en a pas
vingt ; lorsque vous voyez le Pasteur d'un
territoire immense réduit à une portion congrue
de 700 liv . , forcé par conséquent de
laisser sans secours un père de famille affoibli
par les ans , le besoin et la maladie , ou
de ne l'assister qu'en se privant lui - même du
plus absolu nécessaire ; lorsque dans cette
même Cure s'élève un bâtiment somptueux ,
Chef- lieu d'un bénéfice inutile , dont le titulaire
réunit sur sa tête la fortune de cent
Ecclésiastiques utiles , et n'est connu sur les
lieux que par les Fermiers qui le payent ;
ne seroit-on pas tenté de croire qu'un hasard
aveugle a présidé à une pareille organisation
, et qu'il a dû suffire d'entrevoir ce désordre
pour le réprimer ? »
" Cependant , Messieurs , il existe ce désordre
, il existe depuis plusieurs siècles , et
il a trouvé jusqu'à ce jour des appuis et des
défenseurs ; car il est des personnes auprès
de qui le temps a le pouvoir de tout légitimer ,
et l'esclavage même n'a pas manque d'apores
: mais le moment est venu où tout ce
oit abusif doit être réformé. "
ne nouvelle circonscription est donc
ment utile : elle doit l'être pour le
( 99 )
prêteur à qui on n'imposera qu'un fardeau
proportionné à ses forces ; pour les fidèles
auxquels on assurera une distributiou plus
égale et plus facile des secours spirituels ;
pour l'état qu'on ne surchargera plus d'une
multiplication excessive de titres ; pour la
religion enfin , à laquelle des esprits légers
et frivoles n'imputent que trop souvent l'irrégularité
et les abus des établissemens ecclésiastiques.
"
On sait que dans le principe on se bornoit
à ordonner le nombre de prêtres nécessaires
; que chacun d'eux avoit une fonction
particulière , et que c'est dans des temps de
relâchement que se sont formés ces titres parasites
, dont la voix publique demande aujourd'hui
la proscription . L'inutilité absolue
des Chapitres , des Collégiales , n'est pas
moins universellement reconnue. "
" Peut- être les Chapitres des Cathédrales'
trouveront-ils plus de défenseurs ; mais leurs
apologistes songent davantage à ce qu'étoient
ces Chapitres dans leur origine , qu'à ce qu'ils
sont aujourd'hui. "
Dans les premiers siècles , l'Evêque avoit
auprès de lui les Prêtres , les Diacres , et tous
les autres Officiers nécessaires pour le service
de son Eglise : ils formoient son premier conseil
; l'Evêque ne pouvoit rien décider sans
leur avis , et sans l'avis du Peuple , quand les
matières étoient importantes. "
« On les appeloit Clercs canoniques , parce
qu'ils vivoient selon les Canons , avec et sous
la conduite de l'Evêque , ou aussi parce qu'ils
étoient placés sur les Canons ou Matricules
de l'Eglise , pour être entretenus à ses frais :
c'est de-là qu'est venu le nom de Chanoine. »
Mais cette vie commune a cessé depuis J
Eij
( 100 )
1
bien des siècles , et l'intérêt a divisé les Evéques
des Chapitres , et les Chanoines entre
eux. Ils ont autrefois formé le conseil de
l'Evêque ; ils en sont devenus depuis les rivaux
, pour ne pas dire les ennemis .
((
"
La seconde partie du rapport de votre
Comité a pour objet la réforme dans la manière
de pourvoir les Eglises de Sujets . N'estil
pas évident que la voie des élections assurera
plus constamment à une Eglise le Pasteur qui
lui conviendra? Un Collateur , quel qu'il soit ,
peut - il connoître les besoins particuliers de
cette Eglise comme les Fideles qui la composent
?
>>
« Dans les beaux siècles du Christianisme ,
le Peuple choisissoit lui - même ses Pasteurs .
" Quand la nomination des Evêques a été
depuis concentrée dans les mains du Prince ,
ou plutôt de ses ministres , on a trop souvent
cherché , non pas celui qui réunissoit plus de
vertus apostoliques , mais celui dont la famille
jouissoit du plus grand crédit ; et dans
le cours d'un siècle à peine trouverez - vous
deux nominations , arrachées , pour ainsi dire ,
par un mérite éminent , destitué de protections
et de ce qu'on appeloit de la naissance . «
« Que résultoit- il de- là ? L'incapacité traînoit
à sa suite le dégoût des devoirs
l'aversion pour le lieu où l'on devoit les
remplir ; on citoit comme des modèles un
petit nombre de Prélats qui résidoient dans
leurs diocèses . Il falloit donc des Grands-
Vicaires ; et comme ou les choisissoit encore
le plus souvent dans la classe alors exclusivement
destinée aux grands offices ecclésiastiques
, ces coopérateurs s'occupoient encore
plus du soin de solliciter des graces , que de
eelui de les mériter ; et enfin le diocèse étoit
( 181 )
souvent livré à quelques Secrétaires obscurs
qui , après de longs travaux , se trouvoient
heureux d'obtenir un petit bénéfice ou unè
pension. "
Seconde question . Avez -vous le droit de
faire des réformes ?
"
"
Ah , sans doute ! il ne peut vous être contesté
que par ceux qu'enrichissent les abus
qu'elles attaquent. L'objet de la Religion
est en tout différent de celui de l'autorité
temporelle , et quoiqu'elle puisse contribuer
au bonheur de l'homme dans ce monde ,
son but est le salut des fidèles ; elle est
toute spirituelle dans sa fin et dans les
moyens qu'elle emploie pour y parvenir.
H "(
"
Aussi son fondateur n'a - t - il donné aux
Apôtres qu'une juridiction toute spirituelle .
"
ес
#1
ST
Vous voyez ( dit Fleury dans son Discours
sur l'Histoire Ecclésiastique ) , à quoi
se réduit l'exercice de cette toute- puissance
que J. C. a reçue de son père : à
l'instruction et à l'administration des Sacremens
; la doctrine comprend les mystères
et les règles des moeurs ; les Sacremens
sont tous désignés par le Baptême .
" Ces pouvoirs , que J. C. a conférés à
son Eglise , ne regardent que les biens
spirituels , la grace , la sanctification des
ames , la vie éternelle ; lui -même étant sur
la terre n'en a pas exercé d'autres . »
"
L'Eglise de France a pensé de même sur
la nature de sa juridiction . L'Auteur de la défense
de la Déclaration du Clergé s'exprime
en ces termes : « Saint Pierre et ses succes-
« seurs , Vicaires de J. C. et toute l'Eglise
" mêine , n'ont reçu de puissance de Dieu ,
que sur les choses spirituelles et qui con-
" cernent le salut.
a
E iij
( 102 )
" Toutes les concessions d'autorité que les
Rois de la terre ont pu faire depuis à l'Eglise
et à ses Ministres , ne sont donc pas essentielles
à la Religion , qui a existé avec gloire
avant elles , et qui peut par conséquent
exister encore avec gloire après elles.
"}
"
Le mot Evêque dérive du grec , et
signifie Speculator , Surveillant : c'est le titre
que
les Grecs donnoient aux Gouverneurs
de leurs Colonies ; les Romains le donnoient
aussi à certains Magistrats. Il fut appliqué
aux successeurs des Apôtres .2 parce qu'ils
étoient les surveillans des fidèles ; mais il
n'annonçoit pas une dignité qui fût particulière
à l'Eglise .
" ; Il en est de même du mot Diocèse
l'Empire Romain étoit partagé en Provinces
d'une grande étendue , subdivisées ellesmêmes
en petites Provinces appelées Diocèses
chaque Diocèse avoit son Evêque ou
Gouverneur , et toute la Province un Gouverneur-
général ou Métropolitain , qui résidoit
dans la principale Ville , appelée Métropole.
"
" M. l'Archevêque d'Aix vous a dit que
la fixation de l'étendue et des limites des
Diocèses , appartenoit à l'autorité spirituelle.
Nous voyons cependant que les successeurs
des Apôtres s'établirent naturellement dans
les principales Villes , parce que leurs enseignemens
et leur exemple devoient y être
plus utiles ceux qui se fixèrent dans la
Capitale des Diocèses s'appelèrent Evêques ;
dans la Métropole , Métropolitains ; mais il
n'y eut aucune distribution de Provinces
faite pour le régime Ecclésiastique ; on crut ,
et avec raison , qu'on ne pouvoit rieu faire
de plus sage que de se conformer et de se
( 103 )
soumettre aux divisions établies par l'autorité
temporelle . La forme des Elections est
donc de pure police , absolument étrangère
au dogme , et peut être légalement décrétée
par l'Assemblée Nationale .
*
la
Par quelle fatalité , continue - t - il ,
juridiction spirituelle , qui n'a pour objet
que le dogme et la foi , se trouveroit- elle
en opposition avec l'autorité temporelle ,
quand celle - ci ne s'occupe ni de foi ni de
doctrine ? De pareils différends ne se seroient
pas élevés dans le premier âge du Christianisme
, parce que les Apôtres étoient trop
près de leur primitive institution , pour en
avoir oublié les limites ; pourquoi s'élèventils
aujourd'hui ? En voici la raison :
"
Les successeurs des Apôtres devinrent
des Seigneurs temporels ; à ce titre ils
furent Membres des Assemblées dans lesquelles
se régloient les principales affaires
de l'Etat ; ils y prirent bientôt cette influence
que devoit leur donner la double qualité de
Princes de l'Eglise et de Princes de l'Empire.
Je ne sais pas s'ils acquirent , par ce
changement , beaucoup de vertus civiques ;
mais on ne peut se dissimuler qu'ils y perdirent
beaucoup de vertus apostoliques.
"
La piété des Empereurs et des Rois ,
leur foiblesse peut-être , a donné ou laissé
prendre aux Evêques une juridiction qu'ils
ne tenoient certainement pas de J. C. Les
entreprises de l'Episcopat furent si rapides ,
que dans le neuvième siècle , Charles - le-
Chauve paroissoit reconnoître un prétendu
pouvoir de l'Eglise sur l'autorité temporelle.
L'accroissement de ces pouvoirs fut encore
favorisé par les fausses Décrétales publiées
dans le huitième siècle , sous le noin d'Isi-
E iv
( 104 )
dore Mercator , où Seccator , suivant quelques-
uns.
C
"
On a appelé les objets auxquels l'Eglise
peut être intéressée , quoiqu'ils ne touchent
ni le dogme ni la foi , des objets mixtes ;
mais , comme l'observe l'Auteur de l'Histoire
du Droit Canonique et du Gouvernement
de l'Eglise , l'intérêt que peut avoir
Eglise à une chose , l'unit , il est vrai , et la
lie à des choses spirituelles ; mais cette union
aux choses spirituelles , ne la tire pas de
Bordre naturel dans lequel elle dépend absolument
du Magistrat séculier ; par conséquent
, dans ces sortes de choses mixtes , c'est
aux Magistrats séculiers à prononcer sur la
proportion des besoins de l'Eglise et de
'P'Etat ( 1 ). '
"
« Tout ce qu'on nous ordonne , dit S. Augustin
, doit être observé pour la paix com-
типе , quand cela n'est pas contraire à la foi
et aux bonnes moeurs . »>
"
Toute question qui n'intéresse pas directement
, immédiatement et uniquement
la foi et la doctrine , est donc nécessairement
soumise à l'autorité temporelle , et c'est à
elle seule qu'il appartient de la décider.
"(
Qu'on cesse donc de crier que la Religion
est perdue , si les Evêchés sont réduits ;
qu'on ne cherche plus à alarmer les consciences
timides , quand nous n'attaquons que des
(1 ) M. de Mouielet Procureur- général au
Parlement de Provence , a établi , de la
manière la plus victorieuse , la même doctrine
, dans son Requisitoire contre l'Imprimé
ayant pour titre : Actes de la dernière Assem→
blée du Clergé.
( 105 )
abus qui doivent paroître monstrueux à ceux
mêmes qui en profitent. Que les Min'stres
de l'Eglise soient entendus , que nous prenions
en très-grande considération toutes les
observations qu'ils pourront nous faire ; voilà
ce que nous ferons , et voilà tout ce qu'ils
ont le droit d'exiger. »
Supposons quela Nation ait déja décrété
qu'il n'y auroit que 83 Evéchés , et que les
Cures seroient réduites et arrondies dans une
proportion donnée ; supposons encore que
les Peuples en vertu de ces Décrets , aient
déja élu des Pasteurs . Dites - nous si nous aurions
cessé d'être Chrétiens ? Que répondezvous
? « Nous n'ordonnerons pas les Prêtres ,
nous n'instituerons pas les Curés , nous ne sacrerons
pas les Evêques , et les Peuples resteront
sans Ministres.
" Vous l'auriez donc l'affreux courage de
laisser des fidèles sans Pasteurs ; vous interrompriez
autant qu'il est en vous cette succession
perpétuelle des Apôtres , qui est de
foi , et pour me servir des expressions de la
dernière Proclamation du Roi ) voilant des
intérêts et des passions privées du nom sacré
de la religion , abusant de ce caractère sacré
qui ne vous fut imprimé que pour l'utilité
publique , vous n'emploieriez votre Ministère
qu'à défendre quelques biens temporels
, au risque de perdre et la Religion et
P'Etat. »
DU LUNDI 31 MAI.
Sur la proposition du Comité des Rapports
, il a été rendu , à l'ouverture de Ta
Séance , un Décret portant que le Roi seroit
supplié d'ordonner l'élargissement de
plusieurs Officiers du Régiment de Gre
Ev
( 106 )
noble , détenus à Valence , à l'occasion de
l'insurrection populaire , dont M. Voisins ,
Cominandant , a été la victime.
Il a été rendu compte d'une insurrection
d'une partie du Régiment de Royal la Marine ,
en garnison à Aix. Plusieurs Grenadiers
avoient tiré le sabre contre le Major. L'un
d'eux , pour arrêter le tumulte , s'écria : Que
les Grenadiersfidèles se rangent à côté de moi;
soixante s'y rangèrent , les vingt autres furent
fait prisonniers ; leurs camarades ne
voulurent plus les reconnoître , et décidèrent
qu'ils seroient rasés et chassés du Régiment
L'un d'eux ayant irrité , par des invectives,
le Caporal chargé d'exécuter l'ordre , celui- ci
lui coupa une oreille . La recherche des causes
de cette insurrection a été renvoyée avec
les autres , aux Comités Militaire , des Recherches
et des Rapports.
´Suite de la discussion sur le Projet d'organisation
du Clergé futur.
Un Membre Ecclésiastique a lu un trèslong
discours , dans lequel il réfutoit comme
schismatique , irréligieux et destructeur de
la morale , le plan du Comité Ecclésiastique
: « Déja les Ordres Monastiques étoient
détruits. Ilene restoit plus d'asile à la piété
fervente. Cependant les réformateurs n'avoient
pas encore pensé à toucher aux Maisons
publiques de débauche ; des vues financières
guidoient seule la marche des opérations
. On rappella l'Opinant à l'ordre. )
"
Toute société , continua - t- il , se dissoudroit
d'elle - même sans les lois et la subordination
. Il faut une première autorité audessus
de l'autorité humaine ; une juridiction
surnaturelle et antérieure , qui forme
( 107 )
les liens de la subordination . L'église étant
un Corps visible doit jouir d'une autorité
temporelle indépendante . J. C. a transmis
son autorité à ses Apôtres ; eux seuls ont le
droit d'instituer les Ministres . Ils ont le
pouvoir de faire des lois , mais ce pouvoir
seroit illusoire , s'ils n'avoient le pouvoir
de les faire exécuter. Tous les fidèles
devant être soumis à l'église , il faut qu'elle
ait une autorité extérieure pour les retenir .
sous ses lois. Ses pouvoirs sont de quatre
sortes , pouvoir de législation , pouvoir de
coaction , pouvoir de juridiction et pouvoir
d'administration.
"
( L'énonciation de ces principes excita
plusieurs murmures , mêlés d'éclats de rire . )
L'Opinant cita les Conciles qui ont toujours
frappé d'anathême , comme hérétiques ,
ceux qui vouloient réduire la juridiction
épiscopale à la direction et au Conseil ; il
fit valoir les concessions des Rois , qui ont
accordé au Clergé une puissance temporelle,
et le droit de forcer l'exécution de ses
lois.
La Nation ne pouvoit aujourd'hui usurper
cette puissance ; elle ne pouvoit supprimer
les cures que par union , et cette union ne
pouvoit être faite que dans les formes canoniques.
Il falloit donc que l'église nommât
des commissaires pour juger de commodo et
incommodo .
L'Orateur entreprit une dissertation relative
au second ordre du Clergé , mais il fut
lui -même rappelé à l'ordre pour avoir osé ,
devant la partie gauche de l'Assemblée , se
servir de cette expression.
Enfin , il attesta qu'il s'acquittoit du plus
précieux de ses devoirs , il n'avoit fait qu'obéir
E vj
( 108 )
à la voix impérieuse de sa conscience , son
silence eût été coupable , et il en eût répondu
à Dieu , au jour du dernier jugement.
Il souscrivoit donc , au nom de son église ,
à la déclaration ds M. l'Archevêque d'Aix.
L'Eglise est l'Assemblage de tous fidèles ,
s'écria M. Goupil de Préfeln , Co - député du
Préopinant ; elle ne consiste pas dans la
réunion de quelques Chanoines et Evêques ,
et je désavoue formellement , au nom de
mes Commettans la déclaration de M.
l'Abbé.
"
M. Roberspierre. Je vais réduire à quelques
principes simples l'examen du plan du
Comité Ecclésiastique.
" La Constitution Ecclésiastique , que
vous allez établir , n'est autre chose que la
détermination des Rapports de la Société
avec les Ministres du culte, Ces Ministres
ne sont que des Magistrats publics , destinés
au service du culte. Toutes les fonctions
publiques sont établies pour l'intérêt social.
Il ne peut exister dans la société aucun
titre de bénéfice qui ne soit nécessaire au
bonheur de la société et à l'administration du
culte . Je tire de ces principes plusieurs conséquences
que le Comité n'a pas toutes
comprises dans son projet de Décret . Tous
les titres d'offices Ecclésiastiques qui ne sont
pas utiles , sont nuls. Les Archevêchés étant
des dignités inutiles et sans fonctions , doivent
être supprimés. »
" Il ne doit rester dans l'ordre Ecclésiastique
que les Evêques et les Curés. Il est
une autre dignité Ecclésiastique , dont l'on
demande depuis long- temps la suppression,
dignité conférée par une puissance étrangère
, et qui établit une autorité indépen109
) dante au sein de la Nation , je veux parler
des Cardinaux , que vous devez aussi supprimer.
"
Les Officiers ecclésiastiques étant institués
pour l'utilité du Peuple , c'est le Peuple
qui doit les nommer ; car il doit conserver
tous les droits qu'il peut exercer avec
utilité. Tout systême qui tendroit à altérer
celui- ci , seroit une trahison de ses intérêts ;
ainsi je m'oppose à toutes les entraves que
le Comité y a ajoutées.
"

Il suit de ces principes que la mesure
du traitement pécuniaire doit être fondée
sur l'intérêt général . Ne suivez point une
générosité inconsidérée , mais songez que
chaque augmentation de traitement sera
prise sur le produit de la sueur des malheureux.
»
"
Enfin quand il s'agit de fixer les rapports
des Ministres du culte avec la société ,
peut- être seroit- il utile de fixer les premiers
et véritables liens qui doivent les unir à la
société , et en faire vraiement des Citoyens .
( Il s'élève des murmures . )
Je résume mon opinion dans un projet de
Décret , dont je supprime le dernier article ,
puisque vous ne voulez pas l'entendre ; il est
relatif au mariage des Prêtres . ( Nouveaux
murmures . )
M. le Camus a dit qu'il lui paroissoit bien
surprenant qu'au milieu d'une Assemblée
Nationale Françoise , un Evêque François,
ait osé citer , sans réserve , les Constitutions
apostoliques apocryphes , remplies de maximes
contraires à la foi , et tendantes à établir
le despotisme de la Cour de Rome et
d'un Prince étranger , tandis que ce même
Evêque avoit appelé prétendue et douteuss
( 110 )
la Pragmatique de S. Louis , à laquelle nous
devons nos libertés. Il a prouvé l'existence
de cette dernière pièce par le témoignage
des auteurs contemporains , et en a tiré différentes
conséquences en faveur du nouveau
plan .
Il s'est élevé ensuite contre la partie du
discours de M. l'Archevêque d'Aix , dans
laquelle ce Membre avoit contesté à l'Assemblée
le droit de changer les divisions
des Diocèses , sous prétexte qu'elles dépendoient
de la juridiction ecclésiastique. « Remontez
, s'écria - t - il en s'adressant aux Evéques
, remontez à l'origine de votre mission :
Predicate in universam terram , vous a dit
votre Instituteur. Il n'y avoit point alors de
divisions de territoire . S. Paul dit à ses Disciples
de se fixer dans les grandes villes ,
per civitates. Ils ont suivi les divisions civiles
, et ne s'en sont jamais écartés . Lorsqu'il
s'éleva une contestation entre Vienne et
Arles , on demanda laquelle des deux villes
étoit métropole dans la distribution de l'Empire
Romain , tant il est vrai que l'église a
toujours respecté et suivi les divisions territoriales
établies par l'autorité civile .
C'est dans le huitième siècle que Généralis,
Evêque de Metz , attribua le premier au
Pape le droit de créer des Métropoles , d'instituer
les Evêques , et fit les fausses décrétales
, confondues avec les premières.
Dans le Concile de Calcédoine , un Evêque
avoit sollicité de l'Empereur l'érection
de son siége en Métropole . Le Concile , dans
son douzième canon , défendit de pareilles
sollicitations pour l'avenir , mais reconnut
qu'il ne pouvoit s'opposer à l'érection de la
Métropole , faite par l'Empereur.
( in )
La fixation d'un siége épiscopal dépendoit
de l'érection d'un lieu en grande ville , in
civitatem. Or, assurément on ne prétendra pas
qu'il appartient à l'Evêque de Rome d'ériger
nos villes en grandes villes ou de les dégrader.
Je passe à la manière de pourvoir aux
élections . Ce qui se faisoit au commencement
de l'église doit se faire encore. Il n'y a donc
de voie légitime que celle de l'élection ,
mise en désuétude par l'ambition et l'interêt
particulier ; vous devez la rétablir comme
le moyen le plus propre d'obtenir aux Pasteurs
la confiance et le respect du peuple ,
S. Cyprien parle de ces élections faites d'après
le témoignage des Clercs , et par le suffrage
du peuple.
сс
Vous en voyez de faites par le Peuple ,
contre le voeu des Evêques ; témoin celle de
St. Martin , qu'ils rejetoient parce qu'il étoit
trop humble. "
On parvint bientôt à expulser le Peuple
des élections, sous le prétexte qu'elles étoient
trop nombreuses ; on le réduisit à un petit
nombre de Notables ; enfin , on lui dit que
les Rois le représentoient. Ce droit fut concentré
dans les Chapitres , de même que l'élection
des Papes dans le conclave ; tandis
qu'autrefois les Papes demandoient le consentement
de nos Rois . C'étoit , selon Saint
Cyprien , l'Evêque qui confirmoit , l'ordination
, mais seulement aux sujets élus par le
Peuple.
19
Cela est si vrai , que le patronage Laïque
tire son origine des élections populaires . Dans
le temps où le Peuple des villages n'étoit
rien , leSeigneur nommoit au nom de la Commune.
Aujourd'hui , que le Peuple est tout ,
( 112 )
et qu'il n'y a plus de Seigneurs , c'est au
Peuple à reprendre l'exercice de son droit . »
« Je ne vous parlerai plus que des appels .
Ici M. Camus a cité beaucoup de Conciles
qui ont défendu de s'adresser à la Cour de
Rome ; il a présenté l'histoire des disputes
élevées à ce sujet entre l'Eglise de Rome'
´et celle d'Afrique. »
« Sans doute , nous ne contesterons pas
la supériorité du Pape , comme Successeur.
de Saint Pierre ; mais cette supériorité de
dignité ne lui donne aucune juridiction hors
de ses Etats , mais bien le droit et le devoir
d'avertir , de conseiller les Evêques , de correspondre
avec eux . »
"
Un Préopinant vous a dit que vous
n'aviez pas le droit d'ôter à un Pasteur sa
juridiction , que ce seroit une injustice . Il
y a grande différence entre un acte de législation
et un acte d'administration particulière
. La Loi a prescrit que les Magistrats ne
pourroient être destitués que pour crime de
forfaiture , et cependant vous avez sagement
ordonné qu'il n'y auroit plus de Parlemens .
Nul individu n'a le droit de réclamer les
Lois anciennes , parce qu'elles ne subsistent
plus ; le Législateur qui les a créées a pu les
détruire , parce que l'intérêt particulier doit
toujours être subordonné à l'intérêt général .
Le Législateur n'a pas le droit de destituer
un Officier public utile s'il laisse subsister les
autres , mais il a le droit de destituer un
Corps entier devenu nuisible ou inutile à la
société . "
M. Camus a confirmé encore cette dernière
partie de son opinion par des exemples tirés
de l'histoire Ecclésiastique , et appuyés de
l'autorité des Conciles. Son discours a été
113 )
vivement applaudi ; l'on y a admiré la plus
profonde érudition dans les matières Ecclésiastiques
, et une facilité étonnante pour
un Laïque , dans le nombre prodigieux de citations
et de textes qu'il a rapportés de mémoire.
Le Projet du Comité , combattu par un
Ecclésiastique , a été vivement soutenu par
un autre .
M. l'Abbé Gouttes , parlant dans les mêmes
dispositions , a rappelé que ce ne sont pas.
les Evêques , mais l'Assemblée générale des.
fidèles , qui composent l'Eglise. Il a développé
les principes établis dans le préambule
du Projet de Décret , la distinction
entre la discipline intérieure et extérieure
de l'Eglise , distinction établie sur l'autorité
des Conciles et des Saints Pères .
Il a fait profession de connoître , d'aimer
et de respecter la Religion autant qu'aucun
des Préopinans . Tous les Curés du Comité
ont suivi son exemple .
Il a cité une infinité de textes latins en
faveur des Elections populaires établies dans
la primitive Eglise. Les Apôtres disent à
leurs disciples : Eligite vobis viros plenos
Spiritu Sancto , etc.
Quant aux Archevêchés , aux Primaties ,
aux Patriarchats , il a prouvé que leur érection
et les limites de leur juridiction , avoient
- toujours dépendu de l'autorité civile . Saint
Marc , simple Disciple , a fondé l'Eglise
d'Alexandrie , la troisieme Patriarchale
parce qu'elle étoit la ville principale . Celle
de Constantinople a été Patriarchale , parce
que l'Empereur a prétendu qu'elle devoit
être la seconde après Rome , qui n'a éte la
première que comme Capitale de l'Empire
( 114 )
Romain ; preuve que les divisions des juridictions
ecclésiastiques avoient toujours été
subordonnées aux divisions établies par l'autorité
civile .
Il a cité encore un grand nombre de textes
latins qui établissoient que l'érection de
nombre d'Evêchés avoit été faite par l'autorité
temporelle. M. de Foucault a demandé
que l'Opinant parlât françois . En voici du
françois , s'est - il écrié en se tournant du
côté des Evêques . Extrait d'une Lettre de
S. Augustin à S. Jérôme.
"
"
Car malgré les rangs d'honneur qui sont
" en usage dans l'Eglise , Augustin est bien
au - dessous de Jérôme , tant il est vrai que
" nous devons recevoir les conseils et la
correction de qui que ce soit , même de
« ceux qui sont au- dessous de nous. »
"
Voilà les liens de fraternité qui existoient
entre les Apôtres et leurs Disciples , qui
doivent exister entre les Evêques et les Pasteurs
; et ce n'est pas sans indignation que
j'ai entendu des Evêques se croire déshonorés
, parce que le Comité Ecclésiastique
vous propose de les forcer de prendre conseil
de leur Synode Diocésain .
Quel est le meilleur moyen de faire exécuter
vos règles , si ce n'est de leur donner
pour base la volonté générale ? Chacun s'y
soumettra avec plaisir , lorsqu'il aura concouru
à leur formation . Celui qui voudroit
retenir l'usurpation de ce droit comme inhérent
à ses dignités personnelles , ne seroit
qu'un ambitieux et un despote .
On applaudit à M. l'Abbé Gouttes et
l'on ferme la discussion générale du Plan ,
en remettant au lendemain la délibération
sur les articles .
r
( 115 )
DU MARDI 1º . JUIN.
Après l'expédition de quelques affaires
particulières , M. de Montesquiou a fait le
rapport du travail des Commissaires chargés
des urveiller la fabrication des assignats ; voici
le Décret rendu d'après la proposition de ces
Commissaires et l'approbation du premier
Ministre des Finances .
"
L'Assemblée Nationale , après avoir entendu
le rapport des Commissaires du Comité
des Finances , chargés de surveiller la
fabrication des Assignats , a décrété et décrète
ce qui suit :
" ART. Ier. Les 400,000,000 liv. d'Assignats
créés par les Décrets des 19 et 21
Décembre 1789 , 16 et 17 Avril 1790 , seront
divisés en 12,000,000 billets , savoir :
150 mille billets de 1000 liv.
400 mille billets de 300 liv .
650 mille billets de 200
((
liv.
Les billets de 1000 liv . seront divisés
en six séries , de 25 mille billets chacune ,
numérotés depuis 1 jusqu'à 25,000.
" Les billets de 200 liv seront divisés en
treize séries de 50 mille billets chacune , numérotés
depuis 1 jusqu'à 50,000 .
II. Les billets de 1000 liv . et de 200 liv.
seront imprimés sur du papier blanc , et
ceux de 300 liv . sur du papier rose.
" Les billets de 1000 1. seront imprimés en
lettres rouges ; ceux de 300 liv . et de 200 l .
en lettres noires.
་་ III. Chaque assignat aura pour titre :
Domaines Nationaux , hypothéqués au remboursement
des Assignats décrétés par l'Assemblée
Nationale les 19 et 21 Décembre 1789
( 116 )
et 76 et 17 Avril
Roi,
1790 ,, sanctionnés par le
Le corps de l'Assignat contiendra un
billet à ordre sur la Caisse de l'Extraordinaire
, signé au bas dudit billet par le Tireur
et au revers par l'endosseur , lesquels Tireur
et Endosseur auront été nommés par
le Roi.
" IV. Au-dessus du billet à ordre sera imprimée
l'effigie du Roi , et au- dessous dudit
billet , un timbre aux armes de France , avec
ces mots : la Loi et le Roi.
V. Trois coupons , d'une année d'intérêt
chacun , seront placés au bas de chaque
Assignat ; et au revers des lignes qui les sépareront
, seront imprimés les mots Domaines
Nationaux et Caisse de l'Extraordinaire. Ces
mots seront disposés de manière qu'on ne
puisse séparer les coupons de l'Assignat sans
en couper une ligne entière dans sa longueur.
Un timbre sec aux armes de France sera
frappé sur le revers desdits coupons.
"
VI . Le revers de l'Assignat sera divisé
en plusieurs cases , dont la première recevra
la signature de l'Endosseur nommé par le
Roi ; les autres cases serviront aux autres
endossemens , s'il y a lieu.
" VII. Il pourra étre établi dans chaque
Ville chef-lieu de Département , et dans
toutes autres Villes principales du Royaume,
sur leur demande , un Bureau de Vérification
, sous la surveillance soit des Assemblées
de Département , soit des Municipalités , et
d'après le Réglement que le Roi sera supplié
de rendre.
"(
D'après les demandes qui seront faites.
par lesdites Assemblées de Département ou
Municipalités , il leur sera adressé les ins(
117 )
tructions nécessaires pour la personne commise
à la vérification .
Un double de cette instruction sera déposé
au Greffe du Tribunal du Département .
VIII. Les vérificateurs seront tenus
toutes les fois qu'ils en seront requis , de
procéder sans frais à la vérification des Assignats
qui leur serout présentés , et de les
certifier.
"
Lorsque les Assignats seront envoyés
par la poste , ils pourront être passés à l'ordre
de celui à qui ils seront adressés , et dèslors
ils n'auront plus de cours que par sa
signature.
"(
X. Les formes qui auront été employées
pour la fabrication du papier , ainsi que les
lettres majuscules , les planches gravees , et
les différens timbres qui auront été employés
à leur composition , seront déposés aux Archives
de l'Assemblée Nationale , et ne pouront
en être déplacés que par un Décret spécial.
"
M. de Cernon a présenté ensuite , au nom
d'une section du Comité des Finances , le
Rapport qui doit se faire tous les mois de
la situation du Trésor public . Les dépenses
du mois de Mai ont été de 31,600,000 liv .
les recettes de 9 millions , et vingt prêtés
par la Caisse d'Escompte . Il reste au Trésor
13,160,000 liv. , presque toute cette somme
argent-monnoye. Le service du mois de
Juin ne peut se faire avec les recettes ordinaires
; elles seront toutes affectées au paicment
des rescriptions et des anticipations ,
qui devoient être acquittées en Assignats.
Il est donc impossible de faire le service
de Juin , sans le secours de ces Assignats ou
des billets de Caisse qui peuvent provisoire(
118 )
rement en tenir lieu. En conséquence le Comité
des Finances proposoit , d'après la demande
du premier Ministre des Financés ,
de décréter que la Caisse d'Escompte fourniroit
pour vingt millions de ces billets , lesquels
seront remplacés par des Assignats ,
aussitôt après leur fabrication .
Plusieurs Membres se sont élevés contre
l'insuffisance du compte rendu par M. de
Cernon. Comment est - il possible , a dit M.
Fréteau , que , dans un Royaume où l'on
paye près de cinq cents millions d'impositions
, la recette ne soit que de neuf millions
par mois ? Un grand nombre de Députés
certifient qu'il n'existe dans leurs provinces
aucun obstacle à la perception des
impôts. Cette lenteur ne peut provenir ,
comme d'excellens Citoyens me l'ont attesté,
que de la négligence des collecteurs et de
ceux qui doivent dresser les rôles . Je demande
que le Comité des Finances nous
fasse connoître la totalité des recettes , et
les motifs des obstacles , appuyés sur des
pièces justificatives et authentiques.
M. Regnault a demandé que les Receveurs
génér aux fussent tenus de remettre , avec
l'état de leurs recettes , les noms des Receveurs
particuliers qui ne sont point acquittés,
et le montant des recettes arriérées. Sur ces
différentes propositions l'Assemblée a rendu
les Décrets suivans :
L'Assemblée Nationale , considérant le
délai indispensable dans la fabrication des
Assignats , et la nécessité de réunir toutes
les precautions possibles pour garantir ou
éviter la contrefaçon , considérant également
que leur emploi est urgent pour le service
du Trésor public dans le courant du mois
( 119 )
de Juin , a décrété que la Caisse d'Escompte.
fournira au Trésor public la somme de vingt
millions en Billets - Assignats , lesquels seront
remplacés en Assignats aussitôt après
leur fabrication .
" LAssemblée Nationale décrète que chaque
mois les Receveurs - Généraux des Finances
et ceux des Impositions de Paris
fourniront un état de leur recette , tant sur
l'arriéré des rôles de 1789 et années antérieures
, en énonçant le montant de l'arriéré
restant à rentrer , que sur les recouvremens
à compte de ceux de 1790 .
"
Ils désigneront dans ces états les sommes
reçues de chaque Receveur particulier,
et si elles l'ont été en espèces , assignats , promesses
d'assignats ou lettres- de- change.
Ces états seront imprimés et distribués
chaque mois aux Membres de l'Assemblée ,
avec les états - généraux de recette du Trésor
public pendant le même mois. "
Suite de la discussion sur la Constitution
civile du Clergé.
La discussion générale sur le rapport du ·
Comité Ecclésiastique ayant été fermée , il
ne restoit plus qu'à en discuter successivement
les différens articles . Le premier étoit
ainsi conçu :
4
"
"
Il y aura en chaque Département un
Siége épiscopal ou archiepiscopal , et il ne
« pourra y en avoir davantage . En conséquence
de deux ou de plusieurs siéges,
établis dans un Département , il n'en sera
réservé qu'un seul ; les autres seront trans-
" férés dans les Départemens où il n'en
existe pas actuellement , ou seront éteints.
et supprimés . »
"
"(
84
44
( 120 )
M. l'Evêque de Clermont a dit qu'il se
devoit à lui - même , qu'il devoit à son ministère
et à son caractère , de réitérer la demande
faite par M. l'Archevêque d'Aix d'un
Concile National , et de déclarer qu'il ne
pouvoit prendre aucune part à la délibération
, ni se soumettre à aucun des Décrets
que l'Assemblée alloit rendre sur les matières
spirituelles .
Tous les Membres de la Minorité du
Clergé se sont levés pour adhérer à cette
déclaration .
Selon M. l'Evêque de Lydda , les Lois du
Concile de Trente sur les objets sacramentaux
devoient être suivies en France , quoique
sa discipline n'y eût point été reçue. Or ,
ce Concile a déclaré nulle l'absolution accordée
par un Pasteur à une personne sur
laquelle il n'a point de juridiction . Les pou
voirs que le Prêtre a reçus à son ordination
ne suffisent donc pas pour remettre les péchés
. Il faut qu'il ait encore reçu de l'Evêque
une juridiction , soit ordinaire , soit déléguée .
Il est hors de doute qu'en ordonnant une
nouvelle division des Diocèses , vous ferez
une chose utile aux fidèles dans l'ordre spi
rituel et civil ; mais le salut des fidèles est
aussi intimement lié à la légitimité du pouvoir
qu'exercent leurs Pasteurs . Dans l'opération
qu'on vous propose , il s'agit de donner
à certains Evêques une juridiction sur un
territoire qui leur a toujours été étranger.
Je parle d'après le témoignage de ma
conscience , et je crois fermement devant
Dieu , que vous ne le pouvez pas. Combien
de consciences ne nous exposerions - nous pas
à alarmer ? Il faut donc chercher un moyen
de conciliation . On vous a proposé un Concile
;
( 121 )
cile. En mon particulier , j'en sens la néces
sité pour la réforme des abus intérieurs de
l'Eglise , mais je crois que vous avez de
très- bons motifs pour ne pas consentir à lạ
convocation d'un Concile en ce moment.
"[
Parmi les articles du Projet de votre
Comité Ecclésiastique , il s'en trouve qui
sont intimement et essentiellement liés à
l'autorité spirituelle. Je voudrois que pour
l'exécution de ces articles - là , le Roi fût supplié
de se pourvoir par les voies canoniques.
M. Camus. Si l'on avoit bien saisi ce
qui a été dit hier sur cette question , il ne
s'éleveroit plus de difficultés . Le Prêtre ordonné
par l'Evêque reçoit le pouvoir d'exercer
ses fonctions par tout le monde. Passant
à la classe des titres ecclésiastiques , il
s'est élevé contre l'Edit de 1695 qui a donné
le droit aux Evêques de conférer ou de refuser
des approbations , inconnues avant le
Concile de Trente.
que
M. l'Abbé Gouttes aréfuté un Ecclésiastique,
qui avoit argumenté plutot de ce qui est
de ce qui doit être , et de ce qui a été
au commencement de l'Eglise . On sait que
dans les occasions de nécessité , les Evêques
ne doivent suivre d'autres limites que celles
qu'exige la charité. Le territoire n'a rien de
commun avec la juridiction spirituelle de
l'Eglise . Qu'il s'éleve une nouvelle Paroisse
dans le Diocèse , qu'il s'y établisse de nouveaux
Sujets , je demande si l'Evêque a
besoin d'une nouvelle délégation ? M l'Abbé
Gouttes finit par citer differens exemples en
faveur de son opinion.
M. l'Archevêque d'Arles insiste sur la demande
d'un Concile National ; d'au'res
Membres Ecclésiastiques prétendent que l'on
N°. 24. 12 Juin 1790.
F
( 122 )
ne peut se dispenser de mettre aux voix la
proposition de M. l'Archevêque de Lydda .
Malgré les réclamations de M. l'Evêque de
Clermont , toutes ces Motions ont été écartées
par une décision de passer à l'ordre du
jour.
M. Fréteau a demandé que l'on supprimât
de l'article Ier le mot Archiepiscopal , l'autorité
du Métropolitain étant aussi contraire
à l'intérêt d'une sage discipline Ecclésiastique
, qu'à celui de la Constitution Civile.
Je demande que toute Suprématie personnelle
des Métropolitains soit détruite. Un
grand nombre de Membres vouloient que
l'on mît sur- le- champ cette Motion aux voix ,
ou qu'en en permettant la discussion , elle
fút décidée sans désemparer. Mais la Majorité
prévoyant les difficultés qu'elle alloit
entraîner , l'ajourna au lendemain .
DU MERCREDI 2 JUIN,
M. Target a fait , au nom des Comités de
Constitution et des Recherches réunis , le
rapport des troubles qui désolent les Départemens
situés dans les anciennes Provinces du
Boulonnois , du Nivernois , du Limousin , etc.
A St. Pierre-le-Moutier , la Loi Martiale a
été publiée ; 4 hommes ont été tués ; 25
blessés. C'est dans le Bourbonnois que ces
désordres se sont répandus avec plus de violence
, et tous à l'occasion des Assemblées
primaires . Le Peuple baisse le prix du bled ,
exige la restitution des amendes depuis vingt
ans. Dans plusieurs Municipalités , le Maire
et les Officiers Municipaux ont été maltraités
, obligés de se mettre à la tête des brigands.
On ne peut trop rendre hommage ait
zele des Gardes Nationales et des Maré(
123 )

chaussées qui les ont chassés ; cependant ils
commencent à reparoître , et assiégent actuellement
la Ville de Douzi.
Differens faits prouvent que ces désordres
ne sont point des insurrections ordinaires ,
mais des brigandages préparés . On a répandu
de faux Décrets pour faire vendre le bled
à un sou la livre. On a vu des personnes
pleurer et rendre graces à Dieu de n'avoir
pas commis vingt meurtres qui leur avoient
été commandés ; sur plusieurs , il a été trouvé
de l'argent , des billets ou des promesses d'argent.
Ces brigands ont entraîné dans leurs
forfaits un grand nombre de bons Citoyens
des campagnes , trompés par des Décrets
supposés de l'Assemblee Nationale.
On a porté le Décret suivant :
་ ་
L'Assemblée Nationale , informée et
profondément affligée des excès qui ont été
commis par des troupes de brigands et de
voleurs , dans les Départemens du Cher , de
la Nièvre et de l'Allier , et qui se sont étendus
jusques dans celui de la Correze , excès
qui , attaquant la tranquillité publique , les
propriétés et les possessions , la sûreté et la clôture
des maisons et des héritages , la liberté si
nécessaire de la vente et circulation des grains
et subsistances , répandent par - tout la terreur
, et menacent même la vie des Citoyens ,
et amèneroient promptement , s'ils n'étoient
réprimés , la calamité de la famine ; excès
enfin , qui , par la contagion de l'exemple ,
par des insinuations perfides , par la publication
de faux Décrets de l'Assemb ée Notionale
, ont entraîné quelques-uns des bons
et honnêtes Habitans des campagnes , da s
des violences contraires à leurs principes
connus , et capables de les priver pour long-
Fij
( 124 )

procurer.
"
moyens
temps du bonheur que l'Assemblée Nationale
travaille sans cesse à leur
Considérant qu'il n'y a que deux
d'empêcher les désordres ; l'un en éclairant
continuellement les bons Citoyens et honnêtes
gens que les ennemis de la Constitution
et du bien public essayent continuellement
de tromper ; autre en opposant aux
brigands , d'un côté , des forces capables de
les contenir ; d'un autre côté , une justice
prompte et sévère qui punisse les chefs , auteurs
et instigateurs des troubles , et effraye
les méchans qui pourroient être tentés de
les imiter : oui le rapport à elle fait au
nom de son Comite de Constitution , et de
son Comité des Recherches , décrete ce qui
suit :
ART. Ir. Tous ceux qui excitent le Peuple.
des Villes et des campagnes à des voics de
fait et violences contre les propriétés , possessions
et clotures des heritages , la vie et
la sureté des Citoyens , la perception des
impots , la liberté de vente et de circulation
des dearées et subsistances , sont déclarés
ennemis de la Constitution , des travaux de
l'Assemblée Nationale , de la Nation et du
Roi ; il est enjoint à tous les honnêtes gens
d'en faire la dénonciation aux Municipalités
, aux Administrations de Département
et à l'Assemblée Nationale . 33
» H. Tous ceux qui excitent le Peuple à
entreprendre sur le Pouvoir législatif des
Représentans de la Nation , en proposant
des réglemens quele nques sur le prix des
denrées , la police champêtre , l'evaluation
des dommages , le prix et la durée des baux ,
les droits sacrés de la propriété , et autres
matieres , sont également declarés ennemis
( 125 )
de la Constitution , et il est enjoint de les
dénoncer tous réglemen; semblables sont
déclares nuls et de nul effet .
» III. Tous ceux qui se prévaudront d'aucuns
prétendus Décrets de l'Assemblée Nationale
non revêtus des formes prescrites par
la Constitution , et non publiés par les Of
ficiers qui sont chargés de cette fonction ,
sont déclarés ennemis de la Constitution
de la Nation et du Roi : il est enjoint de
les dénoncer , et ils seront punis comme |
perturbateurs du repos public , aux termes
de l'article I du Décret du 26 Février
dernier. "
IV. Les Curés , Vicaires et Desservans
qui se refuseront à faire au Prône à haute
et intelligible voix la publication des Decrets
de l'Assemblée Nationale , acceptés
ou sanctionnés par le Roi , sont déclarés
incapables de remplir aucunes fonctions de
Citoyens actifs , à l'effet de quoi il sera
dressé procès verbal à la diligence du Procureur
de la Commune , de la réquisition
faite aux Curés , Vicaires et Desservans , et
de leur refus.
"
D
V. Il est défendu à tous Citoyens actifs
de porter aucune espèce d'armes , bâtons
dans les Assemblées Primaires ou Electorales.
11 est enjoint aux Maires et Officiers
Municipaux d'y veiller , tant en empêchant
les Citoyens de partir armés pour le cheflieu
de Canton , qu'en obligeant à l'arrivée
dans le chef-lieu , les Citoyens actifs des
différentes Paroisses , de déposer les armes
qu'ils pourroient avoir avant d'entrer dans
l'Assemblée .
"
13
Il est expressément défendu de porter aucune
espèce d'armes dans les Eglises , dans les
Fil
( 126 )
Foires , Marchés et autres lieux de rassemble- .
ment , sans préjudice des Gardes chargés du
maintien de la police. "
"
VI. Tout Citoyen qui , dans une Assemblée
primaire ou électorale , se portera
à quelque violence , fera quelque menace ,
engagera à quelqu'acte de révolte , exclura
ou proposera d'exclure de l'Assemblée quelque
Citoyen reconnu pour Citoyen actif,
sous le prétexte de son état , de sa profession
, et sous tout autre prétexte , sera jugé
à l'instant par l'Assemblée niême , condamné
à se retirer , et privé de son droit de
suffrage. Les honnêtes gens et les amis de
la Constitution sont spécialement chargés
de veiller à l'exécution du présent article . "
VII. Les Officiers Municipaux , tant du
chef-lieu que des Paroisses dont les Habitans
composent les Assemblées primaires , se
concerteront ensemble pour avoir une force
suffisante , à l'effet de maintenir la tranquillité
publique et l'exécution des articles cidessus
dans le lieu des Assemblées , sans
néanmoins qu'aucun homme armé puisse entrer
dans ces Assemblées , si ce n'est dans les
cas prévus par le Décret du 28 Mai dernier. »
"
" VIII. Tous les Citoyens , quel que soit
leur état et profession , les Laboureurs , Fermiers
et Metayers , les Commerçans et Mar--
chands de grains et subsistances , toutes propriétés
et possessions actuelles sont placées
sous la sauve- garde et protection de la Loi ,
de la Constitution , du Roi et de l'Assemblée
Nationale , sans préjudice , soit des actions
que chacun pourra porter devant les Tribunaux
, soit des précautions que les Corps Municipaux
ou Administratifs prendront pour
( 127 )
assurer d'une manière paisible la subsistance
du Peuple. "
"
Tous ceux qui contreviendront au présent
Article , seront reconnus et dénoncés par les
honnêtes gens comme ennemis de la Constitution
et des travaux de l'Assemblée Nationale
, de la Nation et du Roi .
"
- IX. Ceux qui se permettront des excès
on des outrages à l'égard des Officiers Municipaux
, des Administrateurs de Départemeat
et de District , et des Juges , seront
rayés du tableau civique , déclarés incapables
et privés de tout exercice des droits de Citoyen
actif, en punition d'en avoir violé les
devoirs. "
"
X. Quant à ceux qui auront commis ou
commettront des voies de fait et des violences ,
soit contre les propriétés et possessions actuelles
, soit contre les personnes , et particulierement
quant aux chefs des émeutes ,
et sur- tout aux auteurs et instigateurs de pareils
attentats , ils seront arrêtés , constitués
prisonniers , et punis selon toute la rigueur
des lois , sans préjudice de l'exécution de la
loi martiale , dans les cas où elle doit avoir
lieu , suivant le Décret du 21 Octobre dernier
. K
XI. Tous les Citoyens de chaque Commune
qui auront pu empêcher les dommages
causés par ces violences en demeurerout
responsables , au terme de l'article V du Décret
du 26 Février dernier.
"
19
XII. Les Gardes Nationales qui ne sont
que les Citoyens actifs eux-mêmes , et leurs
enfans armés pour la defense de la loi , les
troupes réglées , les Maréchaussées déféreront
sans délai à toutes réquisitions qui leur seront
faites par les Corps Administratifs et Mu-
Fiv
( 128 )
nicipaux pour le maintien de la tranquillité
et du respect pour les Décrets de l'Assemblée
Nationale . Elles veilleront particulierement
sur le bon ordre dans les Assemblées qu'il
est d'usage de former en divers lieux pour
célébrer la fête de chaque Paroisse , ou pour
louer les domestiques de campagne. "
" XIII. Le Président de l'Assemblée se
retirera dans le jour par- devers le Roi , pour
le supplier de faire passer dans les Departemens
du Cher , de la Nièvre , de l'Allier
et de la Corrèze , des forces suffisantes pour
assurer le repos public et l'exécution des
Décrets- 38
" XIV . La connoissance et le jugement
en dernier ressort des crimes et attentats
commis dans les émeutes et attroupemens qui
ont eu lieu , à compter du premier Mai dernier,
ou qui auroient lieu à l'avenir dans lesdits
quatre Départemens , sont attribués respectivement
aux Siéges Présidiaux , Bailliages
et Sénéchaussées de Bourges , Saint-
Pierre - le - Moutier , Moulins et Limoges.
Il leur est enjoint de rechercher principalement
, et de punir suivant toute la rigueur
de la loi les chefs des émotions populaires ,
les auteurs , fauteurs et instigateurs des troubles
, et de faire , sans retardation de jugemens
, parvenir à l'Assemblée Nationale tous
les renseignemens , instructions et preuves
qu'ils auront pu se procurer par la voie de
la procédure . "
"
Le présent Décret sera porté sur le -champ
à l'acceptation et à la sanction du Roi , qui
sera supplié de prendre les mesures les plus
promptes pour le faire parvenir , publier et
exécuter dans tous les Tribunaux et toutes
les Municipalités du Royaume , et spéciale(
129 )
ment aux Présidiaux , Bailliages et Sénéchaussées
ainsi qu'aux Villes , Bourgs et
Communautés des quatre Départemens mentionnés
au présent Décret . »
Suite de la discussion sur la Constitution
civile du Clergé.
Le Rapporteur du Comité Ecclésiastique
a proposé plusieurs changemens aux premiers
articles du Projet de Décret du Comité.
De peur de préjuger les contestations
qui s'elevoient sur la conservation de l'Archiepiscopat
, et sur la translation des siéges
Episcopaux il a proposé de décréter le premier
en ces termes :
"
"f
Chaque Département formera un seul
Diocèse , et chaque Diocèse aura la même
étendue et les mêmes limites que le Dé-
" partement. "
་ ་
M. Roederer étoit d'avis de réunir deux
Départemens sous un même Diocèse , et
d'augmenter le nombre des Curés , en proportion
de ce qu'on diminueroit le traitement
des Evêques.
M. l'Abbé Peretti , Député de l'ile de Corse ,
a demandé la conservation des trois Evêchés
de ce Département , vu son extréme
étendue. On a prononcé l'ajournement .
Un Député du Pays de Comminges a pareillement
sollicité la conservation de son
Diocèse qui s'étend sur la vallée d'Aran ,
Province Espagnole .
M. d'Espréménil vouloit ajouter au Décret
, par forme d'amendement , que l'Assemblée
Nationale désirant la conformité
de la Constitution Eccclésiastique avec la
Constitution Civile , le Roi seroit supplié
de recourir , suivant les saints Canons , à la
Fo
( 130 )
pnissance spirituelle , afin qu'il fût pourvu
à l'exécution du présent Décret , selon les
formes Ecclésiastiques.
L'Opinant ajouta une alternative un peu
dure : Si l'Assemblée n'adoptoit pas cette
résolution , elle étoit des- lors constituée en
schisme.
La question préalable ayant écarté ces
amendemens , le premier article a été décrété
tel qu'il étoit proposé.
L'article II , soumis à la discussion , étoit
ainsi conçu
"
" Art. II. Il est défendu à tout Départe-
« ment , à toute Eglise , à toute Paroisse , à
tout Citoyen François de reconnoître en
France , en aucun cas , et sous quelque
prétexte que ce soit , l'autorité des Evêques
où Métropolitains dont le siége seroit
établi sous la domination d'une puis- .
sance étrangère , ni celle de ses délégués
résidans en France . "
"
54
«
20
"
Sur cet article , s'est élevée la question de
savoir si l'on conserveroit en France la juridiction
du Pape ; ce que l'on a jugé comme
il suit , d'après un amendement proposé par
M. Fréteau.
"
Le tout sans préjudice de l'unité de foi
« et de la communion qui sera entretenue
- avec le Chefvisible de l'Eglise , ainsi qu'il
« sera dit ci après.
"
Cet amendement a été ajouté et décrété
conjointement avec le second article , proposé
par le Comité Ecclésiastique.
En vain M. Bousmard observoit que le
Traité de Westphalie , base du droit publie
de l'Europe , réservoit à plusieurs Métropolitains
Allemands , la juridiction sur des Evéques
François , et proposoit d'autoriser le
( 131 )
Roi à négocier la résiliation de cette clause ;
la question préalable rejetta cet amendement
, et l'on passa à l'article III , ainsi
proposé par M. Fréteau.
"
་་
"
La distinction entre les Métropolitains
« et leurs Suffragans , telle qu'elle existe
actuellement dans le Royaume , n'aura plus
lieu à l'avenir. Les contestations seront
jugées par le Synode Diocésain , et en cas
d'appel , par un Synode supérieur , compose
d'un nombre d'Evêques et de Curés ,
qui sera déterminé ci - après ce Synode
sera tenu par le plus ancien desdits Evêques
, qui portera le titre de Président ,
- et qui consacrera les Evêques nouvelle-
#
M

ment institués . »
M. le Camus a répondu que le recours aux
Métropolitains avoit été établi par l'autorité
spirituelle , et que conséquemment l'autorité
temporelle ne pouvoit point en détruire
le principe , mais bien en diminuer le nombre
, et réduire leur autorité à ce qu'elle
étoit dans les premiers temps de l'Eglise.
Il conservoit le recours aux Métropolitains ,
mais en décrétant qu'ils ne pourroient juger
d'ancun appel sans la participation d'un Synode
Métropolitain
M. Treillard prétendoit au contraire qu'il
falloit supprimer la juridiction Métropolitaine
pour se rapprocher davantage de la
discipline de la primitive Eglise. J. C. n'avoit
donné à aucun de ses Apôtres une juridiction
sur les autres. ( Les Membres Ecclésiastiques
de la partie droite de l Assemblée
se levent avec fureur , et crient au
schisme et à l'hérésie. L'un d'eux s'élance
à la tribune , parle d'agneaux et de brebis
coufies aux Apôtres sous la direction su-
Fej
( 132 )
prême de S. Pierre . C'est à ce dernier que
J. C. avoit dit :: " Je vous donne les clefs
du royaume des cieux ; c'étoit lui qui avoit
la sur- intendance et l'administration générale
de la maison de Dieu , etc. )
M. Goupil de Préfeln paroît à la Tribune
chargé d'un in -folio. M. Treillard , un inquarto
en main , reprend son opinion : « S.
Cyprien , écrivant au Pape Corneille , dit :
Une portion d'autorité a été confiée à chaque
Evêque pour en rendre compte directement
au Seigneur. Le Concile de Nicée a introduit
le premier la suprématie de l'Evêque
de Rome , et cependant nous voyons dans
ce Concile quatre Eglises indépendantes.
Nous voyons que l'Evêque de Rome y obtient
la première dignité , qu'il y exerce les
fonctions de Président , mais cette qualité
ne lui donnoit point de juridiction sur les
autres Evêques .
L'on entend dans la section droite M.
d'Espréménil et les Evêques s'écrier : au schisme
! à l'hérésie !
M. Treillard continue de citer différens
textes par lesquels il prouve que l'institution
des Métropolitains ne tient point au dogme
ni à la religion , mais qu'elle est de pure
discipline . Si la Nation assemblée , ajoutet
- il au milieu des applaudissemens de la
majorité , a le droit de refuser l'adoption
d'ane religion qui lui seroit proposée , à
plus forte raison peut-elle refuser d'adopter
quelques titres et établissemens particuliers
qui lui sont étrangers , et ne recevoir que ce
qui est vraiment à elle , ce qui se pratiquoit
dans les temps de la primitive Eglise. Que
l'Evêque consulte les fidèles et ses prêtres ;
voilà les saints usages que nous devons ré(
133 )
tablir . Je demande que chaque District
nomme tous les deux ans trois Curés parmi
les cinquante plus anciens , ce qui fera 18 ou
27 Curés par Département , qui seront le
Conseil de l'Evêque.
M. l'Evêque de Clermont monte à la Tribune
pour dénoncer l'hérésie formelle du
Préopinant , et déclarer de nouveau qu'il ne
participe point à la délibération . Il dénonce
encore l'assertion de M. l'Abbé Gouttes qui
avoit dit avant hier que l'Evêque de Rome
n'avoit eu une prééminence sur les autres
que parce que Rome étoit la capitale de
l'Empire Romain .
M. d'Espréménil va plus loin , il prétend
que l'expression d'Evêque de Rome sent l'hérésie
; il proteste au nom de tous les Catholiques
contre le Décret qu'on va rendre , et
qui ne tend qu'à établir le plus odieux Presbyterianisme.
Il cite les Conciles provinciaux
qui , organisés dans les formes canoniques
, n'étoient composés que d'Evêques.
Plusieurs Membres Ecclésiastiques sont
encore successivement entendus ; mais comme
ils s'écartoient de la discussion , on a été obligé
de la fermer. La priorité est accordée à la
Motion de M. le Camus sur celle de M. Frétean
; elle est décrétée , à une très- grande
majorité dans les termes suivans :
III. Il sera conservé tel nombre de Métropoles
qu'il sera jugé convenable , et les
lieux de leurs Siéges seront determinés dans
le nombre qui sera jugé à propos. Lorsque
P'Evêque Diocésain aura prononcé dans son
Synode sur les matiéres de sa compétence ,
il y aura lieu au recours au Métropolitain ,
lequel prononcera dans un Synode Métropolitain
.
( 134 )
:
L'Assemblée a la satisfaction d'apprendre
que les troubles de Montauban , excités par
le fanatisme et qui ont coûté la vie à plusieurs
Protestans , sont enfin appaisés. Les
Prisonnniers , arrêtés par le Peuple dans
la journée du dix mai , ont été mis en liberté
c'est ce même peuple qui , dans un
transport de générosité , a demandé leur
élargissement . Une partie du succès est due
à M. Dumas , Maréchal Général des Logis
de la Garde Nationale Parisienne. Il a rempli
avec beaucoup de zele et d'inteligence la
Mission dont il étoit chargé par le Roi.
Tandis que la religion d'un Dieu de paix
avoit servi de prétexte et de moyen au fanatisme
ou à l'hypocrisie pour armer des frères
contre des freres , un Militaire avoit ramené
le calme par la douceur et la persuasion.
On a terminé la Séance par la lecture d'une
lettre de M. de S. Priest dans laquelle il repousse
les inculpations dirigées contre lui
par un Député extraordinaire de Marseille ,
Le Ministre se justifie d'avoir adressé à la
Municipalité un Decret non revêtu de la
forme constitutionelle , et qui ne l'exigeoit
pas puisqu'il n'étoit point exécutoire ; il se
loue de l'affection générale de la ville de
Marseille à la pro périté de laquelle il s'intéresse
depuis plus de vingt ans , et oublie
les reproches d'une Municipalité qui doit
avoir éte trompée , puisqu'elle a présenté les
choses sous un faux jour.
DU VENDREDI 4 JUIN.
M. le Président a instruit l'Assemblée que
le Roi l'avoit informe hier qu'il faisoit un
voyage à Saint -Cloud , mais qu'il reviendroit
assez souvent à Paris pour rendre sa commu(
135 )
nication avec l'Assemblée Nationale promp-
\te et facile.
M. le Couteux de Canteleu a annoncé que
le Comité des Finances avoit sous les yeux
les états détaillés des Déclarations de la
contribution patriotique . Le total de celles
qui ont été faites dans 9977 Municipalités ,
s'élève à 74 millions , dont 40,830,000 liv .
par la seule ville de Paris ; M. le Couteux,
a ajouté que plusieurs Déclarations de Provinces
avoient été faites à Paris . Dans les
Provinces il s'élève diverses difficultés dans
le recouvrement de ces contributions ; d'après
la proposition de M. le Couteux , il a été
décrété que le Comité des Finances seroit
chargé de l'examen de ces difficultés , et
qu'en attendant la formation des Départeil
se concerteroit avec les Députés
des Provinces , pour applanir les difficultes .
Un autre Membre du Comité des Finances
a repris son Rapport , commencé la semaine
derniere , relativement aux dépenses de la
Caisse d'Escompte pour fournir , selon ses
engageméns , au service public . Il a proposé
d'autoriser le premier Ministre des Finances
à recevoir le compte qui lui seroit fait de
clerc à maitre par la Caisse d'Escompte , à
l'effet de l'indemniser des dépenses et des
pertes qu'elle a éprouvées et pourra éprouver
pour satisfaire au service public jusqu'au ret
Juin .
niens ,
M. de la Rochefoucault , l'un des Commissaires
chargés de surveiller les opérations
de la Caisse d'Escompte , a appuyé et attesté
la nécessité de ce Décret , mais en y
ajoutant l'amendement que ce compte seroit
communiqué au Comité des Finances , pour ,
( 136 )
sur le rapport de ce Comité , y être statué
par l'Assemblée.
M. Reubell observoit qu'il appartenoit
exclusivement à l'Assemblée Nationale de
compter avec les Créanciers de l'Etat , et
demandoit que la Caisse d'Escompte rendit
les comptes directement au Comité de Liquidation.
M. de Folleville appuyoit cette
motion.
Un autre Menibre prétendoit que l'amendement
de M. de la Rochefoucauit étoit inconstitutionnel
, parce qu'il ne supposoit à
l'Assemblée Nationale qu'un droit de révision
, tandis que c'étoit avec elle directement
que les Creanciers de l'Etat devoient compter
; c'étoit là un objet des plus essentiels
de sa mission.
Avant d'indemniser la Caisse d'Escompte ,
il falloit , suivant M. de Biauza!, examiner
si le benefice qu'elle avoit tiré des feuilles
à sa signature , fournies par elle au Gouvernement
, ne l'indemnisoit pas des pertes accidentelles
dans la liquidation de ces Billets.
M. de Montesquiou « la Caisse d'Escompte
ayant retiré tous ses Billets de la
circulation , il ne reste que ceux qu'elle a
fournis au Gouvernement . Les Porteurs sont
donc vos Créanciers. Il n'est pas juste ,
avez - vous dit , que la Caisse d'Escompte
jouisse d'un intérêt pour avoir fourni seulement
des Papiers ; il est plus juste que
les Porteurs des Billets jouissent de l'intérêt
des Assignats à trois pour cent , par lesquels
ils seront remboursés. Vous avez chargé
cependant la Caisse d'Escompte de continuer
un service en argent dans le moment
où le numéraire étoit le plus rare . La Caisse
doit donc être regardée comme une Com(
137 )
pagnie de Commerce à laquelle vous avez
donné une commission . Puisque vous ne lui
payez pas l'intérêt que vous lui aviez promis
jusqu'au 1. Juillet , il faut l'indemniser
d'une autre maniere .
Après ces éclaircissemens , la discussion
ayant eté fermée , le Décret amendé par
M. de la Rochefoucault a été rendu dans
les termes suivans.
D'après l'examen et le rapport du Comité
des Finances , l'Assemblée Nationale
décrète qu'elle autorise le premier Ministre
des Finances à recevoir de la Caisse d'Escompte
son compte de Clerc à Maître des
dépenses qu'elle a - pu ou pourra faire pour
la distribution du numéraire depuis le 1er .
Janvier 1790 , qu'elle continuera jusqu'au
1. Juillet , époque à laquelle ce service
cessera , attendu que les Billets de Caisse
seront en grande partie échangés contre des
Assignats , afin qu'elle puisse être indemnisée
, s'il y a lieu ; lequel compte , ainsi
que les pièces justificatives , seront remis
au Comité des Finances , pour , sur ce
rapport , y être statué par l'Assemblée Nationale.
»
L'introduction de M. de la Tour- du Pin ,
Ministre de la Guerre , a interrompu la
Delibération ; il a fait part à l'Assemblée
d'un Message du Roi.
Le Ministre de la Guerre annonce que le
Corps Militaire menace de tomber dans la
plus turbulente anarchie. Il trace un tableauvraiment
effrayant des excès de toute espèce
auxquels les soldats se sont portés ; le Roi
ne cesse de donner ses ordres pour arrêter
ces excés , mais il faut que le Corps Législatif
leur donne la force de l'opinion ; il n'y
}
( 138 )
parviendra qu'en empêchant les Municipalités
de s'arroger sur les troupes un pouvoir
que ses institutions ont réservé tout entier
au Monarque . Ce conflict illégal de Cités
prétendant asservir l'armée de l'état à leurs
caprices particuliers pourroit en peu de temps
affoiblir l'obéissance militaire , énerver le
pouvoir exécutif et dénaturer la Constitution ;
tel est le sommaire du discours de M. de la
Tourdu Pin ; il s'est empressé d'ajouter que le
Roi lui a ordonné d'écrire une lettre circur
laire à tous les Corps de l'armée qui les autorise
à participer aux fedérations patriotiques,
auxquelles ils étoient invites pour renouveller
le serment civique avec les Milices Citoyennes
.
Plusieurs Membres , et particulièrement
M. Mallout , ont demandé que le Comité
Militaire fût chargé de présenter un projet
de Décret provisoire pour rétablir l'ordre
dans l'armée. M. de Menou a annoncé que
le Comité Militaire dont il est Membre
feroit incessamment le rapport de son travail
général sur la nouvelle constitution de l'armée
MM de Noailles , de Lameth , et
d'autres Membres ont soutenu que cette
ré- organisation étoit le seul moyen de rétablir
la subordination dans l'armée . Leur
avis combattu par ceux qui vouloient un
Décret provisoire , a néanmoins prévalu à
une très grande majorité , et il a été décidé
que le Président se retireroit par devers le
Roi , à l'effet de remercier Sa Majesté des
ordres qu'Elle a donnés à ses troupes de
ligne , de se réunir aux Confédérations des
Gardes Nationales.
La séance s'est terminée par un Décret
( 139 )
particulier , arrêté en ces termes , après une
assez longue et stérile discussion .
Le premier Ministre des Finances estégalement
autorisé à prendre les mesures les
plus économiques pour satisfaire au paiement
des appoints du service public .
DU SAMEDI 5 JUIN.
L'Assemblée Nationale , après avoir ordonné
la recherche et la punition des Chefs:
et fauteurs des émotions populaires dans le
District du Chatolois , a rendu sur les rapports
de M. Vernier , Membre du Comité
des Finances , plusieurs Décrets particuliers
qui autorisent differentes villes à faire les
emprunts qu'elles jugeront nécessaires .
M. de Vaudreuil a proposé , au nom du
Comité de la Marine , un Projet de Décret
tendant à augmenter la solde des Matelots ;
il a été adopté dans les termes qui suivent ;
L'Assemblée Nationale considérant que
les mêmes motifs de justice qui l'ont portée
à augmenter la solde des Troupes de terre
exigent d'augmenter celle des Gens de mer,
a décrété et décrète ce qui suit :
K
"
1 ° . La paye des Matelots , qui est actuellement
déterminée en différentes classes,
depuis 14 liv. jusqu'à 21 liv. , sera portée de
15 jusqu'à 24 liv . en graduant les augmentations
proportionnellement aux services et
au mérite.
((
2º. La paye des Officiers Mariniers , qui
est fixée actuellement , dans les differensgrades
, depuis 24 liv. jusqu'à 70 liv . sera
portée de 32 jusqu'à 80 liv. en observant aussi
les proportions relatives aux grades et au
nombre des campagnes 35
Au moyen de cette augmentation , il
( 140 )
ne sera plus question d'indemnité pour les
demi -rations aux Officiers Mariniers , ni de
supplément de paye aux principaux Maitres
armés sur les Vaisseaux
gros
"
Un Membre avoit demande l'ajournement
. de la Motion du Comité de la Marine , pour
être communiquée au Comité des Finances ;
il a insisté sur son observation , afin qu'il y
fut fait droit pour l'avenir . Oa a paru craindre
d'embarrasser par-là les travaux des Comités
, et l'Assemblée a décrété qu'elle passeroit
à l'ordre du jour.
M. le Brun a fait , au nom du Comité des
Finances , un rapport sur les différentes dépenses
fixes de l'Etat , avec une série de
Décrets. Le premier , concernant la liste
civile ou la dépense de la Maison du Roi ,
a été rendu en ces termes :
" L'Assemblée Nationale a décrété , par
acclamation , que son Président se retirera
dans le jour pardevers le Roi , pour supplier
Sa Majesté de fixer elle-même sa liste civile
en consultant moins son économie personnelle
que la dignité d'une grande Nation ,
et l'amour de ses Sujets »
Deuxieme objet : Maison des Princes, frères
du Roi. Cette dépense étoit en 1789 , de
8,240,000 liv . Le Comité a propose de réduire
cette dépense comme il suit :
A MONSIEUR , Frère du Roi , 2,000,000 liv.
A M. le Comte d'Artois ,
A M. le Duc d'Angoulême et
M. le Duc de Berry ,
Total
2,000,000
700,000
4,700,000
liv'
M. le Duc de la Rochefoucault a demandé
l'ajournement , et M. de Préfeln a fait sentir
combien , sous prétexte d'un modique ap(
141 )
panage de 200,000 livres , les Tribunaux
avoient violé la vérité , en adjugeant à chacun
deux millions de revenu .
L'Assemblée a ajourné la fixation de cet
objet de dépense jusques après le rapport da
Comité des Domaines sur les apanages.
Troisieme objet : Dépenses des Affaires
Etrangeres , Ligues Suisses et Grisons.
Le Comite a proposé de réduire cet objet
de dépense, qui etoit , en 1789 , de 7,330,000 l .
à la somme de 6,700,000 liv. pour 1790 et
de le réduire à 6,300,000 liv. pour 1791.
L'Assemblée a adopté le Projet du Comité
en ces termes :
་་
« La dépense du Département des Affaires
Etrangères sera fixée provisoirement , et
pourl'année 1790 , à la somme de 6,700,000 l .
et réduite au premier Janvier 1791 , à la
somme de 6,300,000 liv . »
La fixation des dépenses de la Guerre et
de la Marine a eté ajournée jusqu'après les
rapports que doivent faire à ce sujet les Comités
de la Guerre et de la Marine .
La dépense des Haras , montant à 864,000 ] .
a été supprimée.
D'assez longs débats se sont élevés au
sujet du quatrieme Rapport ; il regardoit la
depense des établissemens relatifs aux Ponts
et Chaussées , dont plusieurs Membres vouloient
la conservation à peu près dans l'état
actuel , auquel le plan du Comité se rapportoit
à beaucoup d'egards ; le Rapporteur
s'est attaché à démontrer la nécessité d'etablir
, sous les ordres du Pouvoir exécutif,
une Direction des Ponts et Chaussées qui
servit de centre à tous les projets de routes
et canaux navigables , indispensables pour
lier toutes les parties du Royaume , et éta(
142 )
blir la continuité des communications. I
desiré la conservation de cette Ecole et s
réunion à celle des Mines , dont les travau
peuvent en tirer les plus grands secours .
Sur la demande de M. le Chapelier , les
trois titres de projet de Décret ont été
ajournés.
M. le Brun a passé au cinquième article ,
concernant les gages du Conseil et les traitemens
des Ministres et Secrétaires d'Etat.
Il a proposé une économie d'un million et
demi sur cette partie. En voici le tableau :
Au Chef de la Justice...... 100,000 liv.
Au Contrôleur- général...... 100,000
Au Secrétaire d'Etat de la
Maison du Roi....
A celui de la Guerre..
De la Marine....
100,000
100,000
100,000
Des affaires Etrangères... 180,000
Aux Ministres d'Etat saus Département...
A telles personnes que le Roi
jugera à propos d'appeler aupres
de lui , pour l'éclairer de
leurs lumieres...
1
80,000
140,000
Total..... 900,000 liv.
M. Barnave a demandé que ce traitement ,
susceptible de réduction , ne fût que provisoire
; ce qu'on a décrété , de même que
d'après le voeu de M. Goupil de Préfeln on
a réduit à 80,000 liv , en tout , le traitement
des personnes que le Roi jugeroit à propos
d'appeler à son Conseil.
MM. de Crillon et Demeunier ont combattu
l'amendement de M. Alexandre de
Lameth , qui vouloit réduire le traitement
des Ministres à 50,000 liv . ils ont objecté le
143 )
danger de s'exposer à l'aristocratie de la
richesse . Les dépenses , la représentation
qu'exige ces places , ne permettroient qu'à
Populence de les accepter , le mérite en
seroit exclu ; d'ailleurs , la Nation a intérêt
de répandre de l'éclat autour du Trône , et
sur-tout de mettre les Ministres au- dessus
des intrigues et des tentations.
M. le Vicomte de Noailles a répondu que
'ce n'est point par le luxe de ses Ministres ,
qu'une Nation se fait considérer ; il s'est
rénni à l'opinion de M. de Lameth , sur laquelle
l'Assemblée a prononcé qu'il n'y avoit
lieu à délibérer .
Elle s'est séparée en Bureaux pour procéder
à la nomination d'un Président.
Mémoire lu à l'Assemblée Nationale ,
parle PremierMinistre des Finances,
le 29 Mai 1790.
"
MESSIEURS ,
J'ai remis au Comité des Finances , selon
votre Décret du 18 du mois dernier , l'Apperçu
des Recettes et des dépenses pour le
mois d'Avril et de Mai , et je lui communique
exactement le bordereau de situation du
Trésor public de chaque semaine. "
" La création de 400 millions d'assignats ,
et la destination que vous avez faite de ce
fonds extraordinaire , tant pour éteindre les
anticipations , que pour liquider une partie
de la dette arriérée , et pour avancer d'un semestre
le paiement des rentes , ces diverses
dispositions exigent nécessairement que je
mette sous vos yeux un nouvel état spécula(
144 )
tif des besoins et des dépenses de toute cette
année. J'en ai déjà donné une première connoissance
à votre Comité des Finances ; mais
il ne désapprouvera pas sans doute que j'aie
l'honneur de vous présenter moi - même ce
compte : il m'est précieux d'entretenir , au
moins de tems à autre , avec vous , Messieurs ,
des relations directes. Privé de cet encouragement
habituel par la formation de vos
Comites , je ne concours pas avec moins de
zele aux dispositious qui s'y préparent ; mais
je ne saurois renoncer au desir bien naturel
de me rappeler quelquefois à votre intérêt
et à vos bontés . "
« Il est d'ailleurs nécessaire que j'accompagne
de quelques explications le tableau
spéculatif dont je viens de vous parler.
« L'Assemblée Nationale y verra que toutes
les anticipations dont l'échéance tombe dans
le cours de cette année , sont portées en dépense
dans leur entier , parce que , d'après
les Décrets des 16 et 17 Avril , sanctionnés
par Sa Majesté , tout renouvellement de ces
anticipations est interdit. "
pen
" J'i , de plus , fait porter en dépense ,
dans le même compte , l'année dernière 1789
des rentes sur l'Hotel - de - Ville ; ainsi , conforméient
à vos intentions , il y aura , d'ici
au 31 Décembre , deux semesties de payés
au lieu d'un. ”
« J'ai mis encore en dépense les 170 mil-
Jions dus à la Caisse d'Escompte le premier
de ce mois , date de mon Tableau spéculatif. "
Enfin , j'ai compris dans ce couple les
diverses dépenses extraordinaires dont le
paiement paroit nécessaire ou convenable
pendant le cours de cette année ; et vous
(
verrez ,
( 145 )
verrez , dans le nombre , une somme de 12
millions pour le Département de la Marine ,
dont la majeure partie est applicable aux
armemens de précaution que vous avez approuvés
; armemens dont la dépense générale
a été mise sous vos yeux par M. le Comte
de la Luzerne. "

"
Tous les autres articles du Tableau spéculatif
de l'année sont ceux connus sous le
titre de Dépenses fixes ou ordinaires ; et je
dois faire observer que pour suivre une marche
uniforme , et pour ne pas fixer à l'avance ,
avec précision , les diverses économies que
vous n'avez pas encore décrétées , j'ai cru
devoir passer tous ces articles de dépense
ordinaire , tels qu'ils ont été portés en compte
dans le tableau des revenus et des dépenses
fixes. J'ai déduit ensuite 25 millions sur l'ensemble
de ces mêmes dépenses , évaluant à
une telle somme , et par aperçu , les réductions
qui pourront être effectuées dans le
cours des huit derniers mois de cette année ;
et j'ajoute que cette épargne est déjà commencée
sur plusieurs parties. "
"
Les articles de recette , dans l'état spéculatif
que je viens de former , se trouvent
d'abord composés des revenus fixes et ordinaires.
"
« L'on a supputé le produit des impôts
indirects , conformément à l'évaluation donnée
par chaque Compagnie de finances ; et
cette évaluation se rapporte
nécessairement
à l'état actuel des
recouvremens ; état susceptible
d'augmentation comme aussi de diminution.
J'ai passé de plus en recette , à titre de
ressources extraordinaires pendant les huit
derniers mois de l'année :
N°. 24. 12 Juin 1799. G
( 146 )
« 1 ° . Ce qu'on peut attendre , dans cet
intervalle , de la contribution patriotique ,
ainsi que de l'emprunt de 1739 , et du reliquat
des emprunts des Pays d'Etat ; "
2º. Les 380 millions de billets- assignats
dont il restoit à disposer le premier Mai :
je dis 380 , et non 400 , parce qu'avant cette
époque il y en a eu 20 d'engagés sur des
promessesau Porteur de la Caisse d'Escompte,
lesquels ont été appliqués aux besoins du
Trésor public , conformément à votre Décret
du 17 Avril dernier. "
« Il résulte du tableau spéculatif des be-.
soins et des ressources , d'ici à la fin de cette
année , qu'il y auroit un excédent de onze
millions quatre cent mille livres : ce seroit
peu , puisqu'il faut toujours avoir un fonds
de caisse oisif , et que ce fonds doit être plus
considérable lorsque la prudence exige de se
munir , et d'une somme en billets - assignats
pour les affaires courantes , et d'une somme
de numéraire suffisante pour effectuer les
paiemens qui ne peuvent pas être faits d'une
autre manière. "
« Je dois faire observer encore que , dans
le compte spéculatif mis sous vos yeux , je
suppose que les impositions directes , payables
pendant le cours des huit derniers mois
de cette année , rentréront exactement ; et
il est possible qu'il y ait des retards sur une
portion. "
"
Il faudra done , dans le cours de l'année ,
continuer à diriger avec ménagement toutes
les dépenses , afin de n'être embarrassé , ni
par les circonstances que je viens d'indiquer ,
ni par les mécomptes possibles sur les divers
articles de recettes et de dépenses , qui re(
147 )
4
posent encore en ce moment sur des bases
hypothétiques. "
Les finances , on l'a dit plusieurs fois ,
les finances ont été dans la plus grande
gêne , et par l'existence du déficit dont vous
avez eu connoissance à l'ouverture de cette
Assemblée , et par la nécessité d'acquitter
une somme considérable de dépenses extraordinaires
, et par le remboursement forcé de
la plus grande partie des anticipations , et
par le dépérissement progressif des impôts
indirects , et par les retards de payement
éprouvés sur les autres contributions , et par
le concours enfin de plusieurs circonstances
malheureuses. Vous verrez donc , MM. , avec
satisfaction que , nonobstant ces contrariétés ,
le service du Trésor public , du moins selon
les vraisemblances , se trouve parfaitement
assuré jusqu'à la fin de l'année . C'est un
point de la plus haute importance et dont
tous les bons Citoyens doivent se féliciter.
Il n'y a plus d'autres difficultés à craindre
que celles dont la rareté plus ou moins grande
du numéraire effectif pourroit être la cause ,
mais on tâchera de les surmonter ; et l'on y
parviendra , je l'espère , par une suite de
précautions , de soins et d'activité. »
" avec
Vous apprendrez , sans doute ,
intérêt , que le crédit des billets - assignats
s'annonce aussi bien qu'on pouvoit l'attendre.
Il y en a , dans ce moment , 45 millions d'envoyés
en Province sur des requisitions formelles
; et le Trésorier de l'Extraordinaire
ne peut encore suffire à toutes les demandes
qui lui sont faites , pour apposer sa signature
à de nouvelles parties de billets destinés
à la même circulation .
Gij
( 148 )
4
"
« Les déclarations , pour la contribution
patriotique , se montent actuellement dans
Paris , à 40,600,000 liv. "
*
Il n'y a encore que des connoissances
éparses sur le montant de cette contribution
dans les Provinces : aucun rôle n'est encore
fait , et il est impossible , en ce moment , de
se former du produit une juste idée ; mais
on communique à votre Comité des Finances ,
les divers renseignemens qui arrivent à ce
sujet.
Les deux derniers tiers de la contribution
patriotique pourront servir à tel usage
auquel vous jugerez à propos de les destiner ;
mais un premier emploi de ces deniers est
à l'avance indiqué c'est le remboursement
du reste des anticipations , de celles dont
l'échéance tombe dans les premiers mois de
l'année prochaine , et qui se trouvent dans
le Public ; elles se montent à 33 millions.
་་
"
« Il reste maintenant à s'occuper essentiellement,
et d'une manière définitive , de l'établissenient
d'un équilibre parfait et durable entre
les revenus et les dépenses fixes . On attend
avec impatience le résultat des travaux du Comité
des impositions ; c'est le moment où tous
les projets deviendront plus précis et plus
susceptibles d'une discussion utile et réelle.
En attendant , l'on peut , à l'aide d'un premier
aperçu , concevoir de justes espérances ;
et malgré l'inconvénient de retracer souvent
les mêmes idées , je crois convenable , sous
plusieurs rapports , de rappeler ici , en peu
de mots , des vérités consolantes. Il est d'ailleurs
utile , il est agréable au moins , à plusieurs
personnes , de pouvoir considérer , dans
un cadre peu étendu , les objets sur lesquels
leur attention doit se fixer.
( 149 )
Quelle tâche faut - il chercher à remplir
pour assurer l'ordre complet des Finances ?
1º. Mettre en équilibre les revenus et
les dépenses fixes en couvrant le déficit qui
existoit au premier Mai 1789.
2º. Subvenir , et à l'accroissement de dépenses
qu'occasionnera dans les Provinces le
nouvel ordre judiciaire , et à l'augmentation
de frais , qui résultera d'un plus grand
nombre d'établissemens d'administration . "
"
3. S'assurer du revenu annuel , nécessaire
pour satisfaire à l'intérêt des capitaux
tant de la dette arriérée , que des
charges de Magistrature , en attendant les
» époques qui seront déterminées pour le remboursement.
"
"
4. Remplacer ou rétablir le revenu
soit des impôts supprimés , soit des impôts
dont le produit est sensiblement altéré. »
#
Ces quatre dispositions une fois remplies
, les Finances seront dans l'ordre le plus
parfait , et la confiance reposera sur des bases
évidemment solides.
" Reprenons maintenant chacun de ces
articles.
"
Le premier. Remplir le déficit entre les
revenus et les dépenses fixes.
་་
"1
Ce déficit , conformément aux indications
que j'ai données et répétées plusieurs
fois , et conformément aux explications plus
particulières du Comité des Finances ; ce
déficit sera certainement à peu près balancé
par les reductions sur les dépenses qui formeront
l'objet d'une suite de Decrets prêts
à être soumis à votre délibération .
64
"
Le second article. Subvenir , et à l'accroissement
de dépenses qu'occasionnera dans
les Provinces le nouvel ordre judiciaire , et
G iij
( 150 )
à l'augmentation de frais qui résultera d'un
plus grand nombre d'établissemens d'administration.
"
" Je suppose cette dépense de dix à douze
millions , et je crois que les Départemens
pourront l'acquitter , presque sans augmentation
de charge pour eux , si , en leur faisant
les fonds d'environ trente millions de
dépenses ordonnées annuellement dans les
Provinces , et faisant partie des dépenses
publiques , ils sont autorisés , chacun pour
Jeur part , à diriger ces dépenses ; et qu'ensuite
on les laisse jouir de toutes les réduc
tions et de toutes les économies que leuradministration
soigneuse et clairvoyante ne
manquera pas de procurer. »
" Le troisième article. S'assurer du revenu
annuel nécessaire pour satisfaire à l'intérêt
des capitaux tant de la dette arriérée , que
des charges de Magistrature , en attendant
les époques qui seront déterminées pour le
remboursement . "
« Le capital des charges de Magistrature
se monte à environ 250 millions.
"
25
Evaluons à 150 millions la partie de la
dette arriérée , susceptible de remboursement ,
et à laquelle il faudroit attacher un intérêt
jusqu'a cette époque . »
Les deux articles ci - dessus désignés formeroient
un capital de 400 millions , et ce
capital , au denier vingt , représente une dépense
annuelle de 20 millions.
"
33
Supposons encore que l'Assemblée Nationale
, guidée par un noble sentiment d'équité,
voulût destiner 60 millions de contrats ,
également au denier vingt , pour adoucir les
pertes dont la sévérité de ses Décrets , ou
les excès commis dans les Provinces ont été
( 151 )
la cause , il en résulteroit une nouvelle dé
pense annuelle de 3 millions , laquelle réunie
aux 20 millions indiqués ci - dessus formeroit
en tout 23 millions. "
Voici ce que je place en compensation :
" 1° . Le Trésor public sera déchargé des
gages des Offices de Magistrature et des traitemens
fixes attachés à ces charges ; dépense'
annuelle d'environ sept millions deux cent
mille livres . "
" 2 °. L'Etat, par l'amortissement graduel des
anticipations , et par leur entière extinction ,
aux termes de vos Décrets des 16 et 17 Avril ,
se trouvera déchargé des intérêts et frais de
ees mêmes anticipations, lesquelles formoient
un article de dépense de 15 millions huit cent
mille livres dans le compte des revenus et
des dépenses fixes au premier Mai 1789. »
"
Les deux objets de libération qu'on vient
de citer , l'un de 7 millions deux cent mille
livres , l'autre de 15 millions huit cent mille
livres , se montent ensemble à 23 millions ,
et ils balancent ainsi l'accroissement de dépense
dont je viens de rendre compte. «
Le quatrieme Article. Remplacer ou réta
blir le revenu des impôts supprimés , ou
dont le produit est sensiblement altéré . »
Voilà le seul objet qui , dans les circonstances
actuelles , présente des difficultés ; et
cependant il n'est pas question d'une augmentation
réelle d'impôt , mais d'un simpleremplacement
: observation importante , et
qui devient un premier sujet de tranquillité.
Entrons ensuite dans une explication plus
particulière. »
་་
« Le produit des gabelles se trouve aujourd'hui
remplacé à vingt millions près , et il
l'est d'une manière favorable aux contri-
}
1
( 152 )
buables. Ils n'auront chacun à payer que leur
part dans les deux tiers du produit de cet
impôt au Trésor public ; et , considérés collectivement
, ils gagneront encore le béné
fice des Contrebandiers , et de plus , la partie
de leur précédente contribution employée
par le fisc au remboursement des dépenses
de garde et de surveillance .
"
"
Je ne comprends pas , comme on voit ,
dans le bénéfice des anciens contribuables
à la gabelle , la partie du produit de cet
impót qui servoit à balancer les frais de
voitures, de magasins , de vente et d'administration
, parce que ces sortes de frais ,
constamment à la charge des Consommateurs ,
se trouveront remplacés , dans le nouvel ordre
de choses , par les dépenses et les gains du
commerce. "
Le droit sur les cuirs , sur l'amidon , sur
les huiles , et sur la fabrication des fers , a
été remplacé avec un bénéfice de près d'un
million pour le Trésor public. "
« Les autres droits , compris dans l'administration
générale des Aides , vont en diminuant
; mais ce sont presque tous des droits
locaux : ainsi , après une détermination exacte
de la partie de ces droits qui tombent véritablement
à la charge de chaque Province ,
l'on pourroit , sans inconvénient , exiger des
Départemens , de les conserver , ou de les
remplacer sous la condition seulement de
verser annuellement au Trésor public une
somme fixe équivalente à l'ancien produit
de ces droits. Les Départemens Provinciaux
profiteroient ainsi des diverses économies de
frais , qu'il leur seroit facile de se procurer,
et ils jouiroient encore de tous les avan(
153 )
tages attachés aux dispositions qui sont du
propre choix des contribuables . ་་ .
Le revenu , provenant des recouvremens ,
confié à l'administration des Domaines , sera
diminué de plus de deux millions par la suppression
actuelle du droit de Franc - fief ,
du droit d'amortissement , et des droits relatifs
aux Epices des Juges. Il le sera encore
probablement de trois à quatre millions par
la réduction du produit des droits de Marcd'or
, de Survivance , et de Centième - denier
sur les Offices , effet nécessaire de l'extinction
de la plupart des charges vénales . Enfin ,
la diminution des produits de cette Régie
seroit dé quatre millions plus considérable ,
si tous les droits relatifs aux procédures
'étoient abolis ; et une nouvelle perte de trois
millions , à-peu - près , seroit le résultat de
la suppression du droit de Timbre sur les
papiers et parchemins employés dans les contestations
juridiques. "
" On voit donc que la perte sur le produit
des droits de Domaine s'élèvera depuis
six jusqu'à douze ou treize millions , selon
les dispositions qui seront adoptées par l'Assemblée
Nationale ; mais , en proportion de
ce vide , elle pourroit établir un droit général
de Timbre qui , contenu dans de pareilles
limites , et devenant le remplacement
d'autres impôts , ne seroit pas susceptible de
grandes difficultés . "
« Il y aura encore une diminution successive
sur le produit des recouvremens de
l'administration des Domaines , lorsque les
biens Donaniaux seront vendus , et lorsque
les Cens et Rentes , ainsi que les droits de
Lods et Vente seront rachetés.
14
Le revenu annuel des biens Domaniaux ,
U
( 154 )
non compris les forêts , est de 1,600,000 liv .
" Celui des Cens et Rentes , de 800,000 !.
« Celui des droits de Lods et Vente.de
2,700,000 liv.
"
Celui de quelques autres droits Domaniaux
, environ 400,000 liv.
་ ་ En tout , environ 5,500,000
livres de
rente ; mais le capital qui proviendra
des
ventes et des rachats amortiroit
une somme
d'intérêt
supérieure
au revenu perdu .
»
Il faut espérer que le retour de la tranquillité
du Royaume rétablira successivement
l'ancien produit des entrées de Paris ,
produit progressif par sa nature , et qu'une
légère augmentation sur la partie de ces
droits , relative aux dépenses de luxe , auroit
porté sans inconvénient à trois ou quatre
millions de plus ( 1 ) »
Vous ne laisserez pas subsister vraisemblablement
les droits de Traites , perçus
dans l'intérieur du Royaume , droits que
l'intérêt du Commerce et le voeu général
et constant de la Nation invitent à supprimer.
Ces droits forment un objet d'environ
huit millions ; mais ceux relatifs à la circulation
des huiles et des fers sont déja remplacés
par votre Décret da 22 Mars dernier ;
le surplus se trouvera à - peu - près balancé ,
( 1 ) Le bénéfice provenant de la Loterie
Royale , bénéfice diminué sensiblement depuis
quelque temps , se rétablira pareille- .
inent lorsque l'ordre public et le respect
pour les Lois mettront un obstacle efficace
aux commerces clandestins et à d'autres abus
rep éhensibles qui portent à cette branche de
revenu , un préjudice notable.
( 155 )
et par quelques dispositions de détail , et
par les droits que la cassation du privilége
de la Compagnie des Indes fait rentrer en
entier au profit de l'Etat , et principalement
encore par la hausse considérable du produit
des droits du Domaine d'Occident , au - delà
du prix fixé dans la convention passée avec
les Fermiers - Généraux en 1786 , convention
qui forme la base de l'évaluation du revenu
des Traites , dans le compte général du premier
Mai 1789.
La suite à l'ordinaire prochain .
L'Assemblée Nationale , invitée par
M. le Curé de Saint-Germain - l'Auxerrois,
a assisté à la Procession de la Fête-
Dieu , son Président marchant à la droite
du Roi. Cet acte de piété , qui a singulièrement
édifié , est sans contredit la
meilleure réfutation des protestations
faites aux Capucins ; il met hors de doute
Je respect de l'Assemblée pour la Religion
Catholique , qu'on ne peut plus l'accuser
de ne pas regarder comme la Religion
Nationale .
Le lendemain , le Roi et la Famille
Royale sont partis pour Saint -Cloud.
En dépit des Motions , des Ecrits incendiaires
qui circuloient depuis deux jours,
pour rendre ce voyage suspect , il n'y
avoit pas de foule dans les cours des
Thuilleries , au moment où Leurs Majestés
montèrent en voiture . Des gens
sages avoient fait sentir au Peuple qu'il
( 156 )
lui importoit de démentir ce que les·
ennemis de la paix et de la révolution
ne manqueroient pas de répéter, ce qu'ils
ont déja dit tant de fois , que le Roi n'est
pas libre à Paris. La Garde ordinaire du
Roi à St. Cloud est composée des Volontaires
de St. Cloud et de Sèves , de
400 hommes de la Garde Nationale de
Paris , dont 100 Volontaires , et des Compagnies
ordinaires des Gardes Suisses.
S. M. est revenue depuis quelques jours ;
Elle va repartir, et ainsi alternativement .
Au reste , la révolution , c'est-à- dire ,
le rétablissement de la liberté et non celui
de la licence , sa plus mortelle ennemie ,
la révolution , la véritable révolution se
consolide de jour en jour. Les Assignats
prennent faveur , malgré la diatribe tout.
au moins déplacée de M. Bergasse. La
Contribution Patriotique s'élève dans
Paris seul à près de 43 millions ; il est
vrai qu'il faut y comprendre quelques,
déclarations de personnes de Province.
Le Samedi 29 Mai , MM. Champclos
et Grandmaison , connus pour avoir
contrefait des Billets de Caisse d'Escompte
, se sont évadés avec 15 autres
Prisonniers , par une porte qui communique
de la cour de la prison du Grand-
Châtelet au cabinet de la Chambre Criminelle.
M. Champclos a été repris , let
même jour , dans la rue Saint Jacquesla-
Boucherie.
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE
DE
BRUXELLES .
ALLEMAGNE
.
De Hambourg , le 31 M 1790,
ONN porte à 32 vaisseaux de ligne et
14 frégates l'escadre Russe qui agira cette
année dans la Baltique ; c'est Amiral
Tschitschagof qui la commande. L Amiral
Krure commandera une autre
escadre de 10 à 12 vaisseaux de ligne .
On ajoute qu'une division de cette escadre
ayant des troupes à bord est par.
tie pour une expédition secrète . Les
Troupes Russes dans la Finlande ont été
augmentées d'un Corps de Chasseurs et
d'un Régiment de Cosaques . On forme
un nouveau Corps de ce Peuple guerrier
dansle Gouvernement de Catharinoslaw,
ainsi que dans la petite Russie. Deux
Nº. 25. 21 Juin 1790 . H
( 158 )
Compagnies de Canonniers conduisant
12 pièces de campagne ont été envoyé‹sˆ
de Cherson à Kiow.
Le Roi de Suède ne néglige rien de
son côté pour réparer les foibles pertes
qu'il a essuyées à Hirfvenkoski et à Revel
, mais sur- tout pour profiter des avantages
bien plus marqués qu'il ne doit qu'à
ses talens distingués pour l'art militaire
et à la valeur dont il a donné un si bel
exemple à Frédéricshamn . Voici des détails
officiels sur cette dernière affaire : au
bout d'un combat qui a duré environ
3 heures , l'escadre Russe , composée de
galères , a été complètement battue ,
comme on l'a deja annoncé ; les Suédois ,
maîtres d'une trentaine de bâtimens armés
, ont brûlé , sous les murs du port ,
un grand nombre de transports . Parmi
ceux dont ils se sont emparés , se trouve
aussi la galère Suédoise la Sællan W.ærre
qui avoit été prise par les Russes , dans
la campagne dernière , près de Swenskasund.
Ancun Officier n'a été tué , et
la perte en Soldats n'est pas considérable
le Roi , embarqué sur une petite
chaloupe , n'a pas quitté l'escadre , se
• portant par-tout où sa présence pouvoit
être utile ; il s'est montré même dans la
première ligne. Tout l'équipage l'a secondé
en faisant preuve de la plus grande
valeur . Le Roi a nommé sur - le - champ
son Adjudant-général , le Lieutenant Colonel.
de Frèse , Colonel et Grande- Croix
( 159 )
de l'Ordre de l'Epée . Cet heureux événement
rend les Suédois maîtres des
côtes de la Finlandé ; suivant des avis
antérieurs , il s'y livroit presque tous les
jours des escarmouches qui coûtoient
beaucoup de monde de part et d'autre ;
mais il paroît qu'aujourd'hui les Russes
songent à les abandonner. On apprend
qu'ils se sont déja retirés d'Hirfvenkoski
, et qu'ils se préparent à quitter
Anjala .
Cinq vaisseaux de ligne et frégates
sont partis de Carlscrone pour remplacer
les vaisseaux endommagés de la grande
escadre du Duc de Sudermanie. Le
vaisseau Amiral , que ce Prince montoit
, a été si maltraité dans le combat
livré devant Revel , qu'il a fallu l'envoyer
à Hangoe pour le remettre en état de
tenir la mer.
L'escadre Danoise d'observation est
allée en rade le 25 , et l'on a envoyé
ordre dans le Sleswick d'assembler quatre
Régimens dans les environs de la Ville ,
le Prince-Royal se proposant d'y faire
un second voyage au commencement
du mois de Juillet .
On apprend par la voie du Danemarck
qu'il est arrivé , le 19 , à Helsingor
deux frégates et un cutter Suédois
, ayant sous leur escorte 21 navires
Marchands.
Hij
( 160 )
Des nouvelles de Varsovie , du 22
Mai , nous annoncent que la Commission
Ecclésiastique a rendu compte aux
Etats de son travail dans les premiers
jours de cette semaine. Il a pour objet
de réduire , de concert avec le Nonce
Apostolique , le revenu des Evéchés de
ce Royaume à 100 mille florins' Polonois
, environ de 55 mille livres , monnoie
de France. On veut en outre circonscrire
les Diocèses ou les étendre de
manière à leur donner une étendue à
peu près égale . Suivant cette nouvelle
Loi , les Titulaires continueront de jouir ;
mais après leur mort , on éteindra le
revenu des gros Evêchés ; la réduction
faite , l'excédent complètera les 100 mille
florins pour les siéges qui ne les avoient
pas , et le trésor public profitera du surplus.
On prétend que Sa Sainteté s'est
long- temps opposée à cet article ; elle a
fini pary adhérer , mais en insistant pour
que du moins les Evêchés fussent dotés
en terres ; satisfaction que les Etats paroissent
disposés à lui donner , à moins
que ce qu'on vient de faire en France
relativement au Clergé , ne fasse adopter
d'autres principes.
Les pouvoirs de plusieurs des Représentans
à la Diete doivent expirer à la fin
du mois de Septembre prochain : les
continuera- t - on , en élira-t- on d'autres?
c'est la question importante qui a été
présentée il y a quelques jours. La diver
( 161 )
sité des avis a empêché de la résoudre ,
mais cependant on paroît disposé á prolonger
la Session actuelle , et à la continuer
sous les mêmes Maréchaux .
Des Lettres de Jassy portent que l'Armée
Turque est en plein mouvement ,
et que le Prince Potemkin a fait joindre
à son Armée le Corps de Troupes qui
devoit agir de concert avec le Prince
de Cobourg. Les Magasins établis à Olviopol
ont été transportés à Bender.
De Fienne , le 4 Juin.
Les Ambassadeurs et Ministres Etrangers
ont eu l'honneur de faire leur cour
à la Reine le 23 de Mai. Le même jour ,
le Lieutenant- Général Comte Antoine
de la Tour-Walsassina , et le Major
Général Marquis de Manfredini , ont
prêté le Serment d'usage entre les mains
de Leurs Majestés ; le premier en qualité
de Grand -Maître de la Maison de
la Reine , et l'autre en celle de premier
Gouverneur des Archiducs. Au reste ,
će dernier titre est pour ainsi dire purement
honoraire , car c'est le Roi luimême
qui en remplit les fonctions . Dès
que le travail des Affaires d'Etat est terminé
, ce Prince se retire au sein de sa famille
; là il s'occupe de l'éducation de ses
enfans , dont il ne dédaigne pas de partager
les jeux . Il examine ce qu'ils ont fait dans
le cours de la journée , les éclaire , rai-
Hii
( 162 )
sonne avec eux , et leur fait des questions
relatives à leurs études ; sa droite
à la promenade , et ensuite à table est
la récompense de celui qui répond le
mieux. Ces soins d'un bon père semblent
promettre un excellent Souverain , et
d'après ce qu'il a déja fait en Toscane ,,
on peut espérer que , loin de perdre
de l'honorable réputation qu'il s'est
acquise , il y ajoutera encore en exer-
Cant ses qualités dans un plus grand
Empire.
Nous avons déja dit qu'on parloit du
Mariage des deux Archiducs aînés avec
les deux filles aînées de Leurs Majestés
Siciliennes ; une chose qui semble confirmer
ce bruit , c'est que Léopold II
vient de nommer le Prince de Rospoli
Ambassadeur Extraordinaire à la Cour
de Naples.
Le Courrier Extraordinaire , arrivé
de Pétersbourg en 10 jours et quelques
heures , a rapporté probablement la réponse
de l'Impératrice à la communi-`
cation des ouvertures du Cabinet de-
Berlin . On soupçonne que la Cour de
Pétersbourg , loin de soutenir obstinément
ses premières prétentions , s'est
beaucoup relâchée sur les points dont
la Porte Ottomane prenoit le plus d'alarmes
; mais il se présente d'un autre
côté des obstacles qui tiennent plutôt
aux affaires du Nord qu'à celles du
Midi. Ce qui sembleroit confirmer les
( 163 )
dispositions pacifiques de la Russie , c'est
le rappel du Prince Potemkin , qu'on
s'accorde à regarder comme constant ,
et sur lequel nous attendons des éclairci-
semens ultérieurs .
Le Maréchal Baron de Laudhon et
le Général de Colloredo sont revenus
tous deux de la Moravie. Le premier
est de retour , du 28 , ce qui fait présumer
qu'il n'y aura point de rupture avec
la Prusse ; au reste , dans la dernière
réponse que le Cabinet de Berlin a faite
à Léopold II , il est dit que Sa Majesté
Prussienne attendoit l'Ultimatum de
Fimpératrice de Russie .
Des Lettres de la Moldavie portent
que les Commissaires Russes et Autrichiens
qui se trouvent au quartier général
du défunt Hassan- Pacha , n'avoient
point encore quitté Schiumla à la fin
du mois d'Avril . On croit qu'ils n'attendoient
; pour se retirer , que l'arrivée ou
les ordres du nouveau Grand- Visir , deur
séjour devenant inutile et même désagréable,
puisque la Porte ne pensoit plus
à une paix qu'elle regardoit comme déshonorante
, aux conditions qu'on vouloit
lui imposer. En conséquence , on attendoit
à Vienne le retour prochain de
M. Sturmer, Interprète de la Légation
Autrichienne auprès de la Chancellerie
Turque établie à Jassy . Tout ce qu'on
craint , c'est que ce Commissaire ne soit
exposé , ainsi que celui de Russie , à
H iv
( 164 )
quelqu'insulte de la part du nouveau
Grand-Visir , dont le caractère violent
est connu .
De Francfort sur le Mein , le 7 Juin.
On mande de Vienne qu'on y a reçu
la nouvelle que le Maréchal de Laudhon
a porté le Quartier- général à Freudenthal
. Le Général de Wurmser est près
de Teschen , et le Quartier-général du
Prince de Hohenlohe dans la Bohême ,
a Konigsgratz ; la Cavalerie est avancée
jusqu'à Nachod , et l'Infanterie jusqu'à -
Jaromirz .
Des lettres de Carlstadt portent que
quelques Compagnies de Croates ayant
fait une incursion sur les terres des Bosniaques
avoient remporté quelques
avantages sur ces derniers , et leur
avoient enlevé sur tout beaucoup de
bétail .
Suivant celles de la Valachie , le
manque defourrages, causé par la longue
sécheresse , a beaucoup contribué à ralentir
les mouveniers de l'Armée que le
Prince de Cobourg a sous ses ordres ;
ce Général se trouvoit encore à Bucharest
le 10 de Mai : les Troupes devoient
Pourtant se mettre en marche le 15 pour
se porter à Giurgewo. Ces mêmes Lettres
gardoient le silence sur les opérations
de l'Armée Russe , et l'on ignoroit
encore si la flotte d'Oczakow avoit déja
mis à la voile.
165 )
L'Electeur Palatin vient d'user de son
droit , en faisant frapper des écus de Vicariat
de l'Empire . Un côté présente son
buste avec l'inscription latine : Carolus
Theodorus , Dei gratia , Comes Palatinus
Rheni utriusque Bavariæ Dux,
S. R. J. Archidapifer et Elector ,
in partibus Rheni , Sueviæ et in Fran
conia Provisor et Vicarius ; le revers
offre l'Aigle de l'Empire , ayant sur la
poitrine Armoirie Palatino - Bavaroise
et le Globe Impérial .
set
Les armemens de l'Angleterre paroissent
avoir fait beaucoup de sensation à
Vienne , quoiqu'on prétende qu'ils n'ont
pour objet que de se préparer à tout
événement , et particulièrement contre
les dispositions de la Cour d'Espagne.
Il paroît que les voix des Electeurs se
réunissent en faveur de Léopold II ,
et qu'il sera porté au Trône Impérial ;
mais on prétend qu'il y aura des changemens
dans les capitulations ; qu'on
demandera au nouveau Chef du Corps
Germanique , de souscrire des articles
jugés utiles, indispensables même pour un
meilleur ordre de choses; en un mot , qu'on'
lui fera des conditions . Voici , dit -on , les
treize points principaux qui serviront de
hases aux Cahiers des Députés à la Diète
Impériale ; nous n'en garantissons point
l'authenticité , et nous les donnons tels
qu'ils circulent .
" 1. Rétablir l'autorité de la Chambre Im-
H
1
( 166 )
périale selon sa primitive institution ; en
rendre les Décréts exécutoires , mieux adaptés
à la disposition actuelle des esprits , sur- tout
en rendre l'exécution plus prompte ; restreindre
dans de justes bornes la puissance
des Tribunaux de l'Empire dans les causes
des Sujets. "
J
« 2. Trouver des moyens efficaces de donner
plus d'activité à la Diete , et d'obliger l'Empereur
à ratifier plus promptement les resolutions
qu'elle aura prises. "
"
3. Faire de meilleures règles pour l'investiture
des fiefs de l'Empire , et les delivrer
des impositions arbitraires et exorbitantes.
"
4. Que l'Empereur ne puisse refuser
séance et voix à aucun Membre de l'Empire
, moins encore l'en priver , sans le con.
sentement de l'Empire.
"
"}
5. Les Sentences définitives de l'Empereur
doivent être restreintes aux affaires des
revenus en souffrance , et relativement à
PAdministration du recouvrement. "
i
6. Il convient de demander si l'Empereur
aura le droit de donner des Tuteurs
aux Membres de l'Empire en bas âge , et
d'avoir soin des Régences de tutelle. "
"
7. Il faut régler les principes à suivre
dans l'abolition des Cloîtres , et l'adjudication
de leurs biens situés hors du

"
pays.
8. On doit mettre ordre aux procédés
vexatoires et outrageans que les Nobles ,
protégés par le Conseil Aulique , se permettent
contre les Cours Souveraines des Membres
de l'Empire.
"
9. Il faut établir de meilleures règles
pour le passage des recrues et des Troupes
Impériales , ainsi que pour leur subsistance, "
( 167 )
"1 10. Il faut déterminer le droit ecclésiastique
dans l'Empire d'Allemagne , dans
tout ce qui a été jusqu'à présent disputé par
la Cour de Rome.
"
« 11. Il faut prendre les plus grandes précautions
pour prevenir l'échange des pays
entre les Membres de l'Empire .
" 12. On doit remédier aux abus qui se
rencontrent dans les Postes Impériales ..
" 13. Il faut travailler à rendre le Commerce
plus florissant , à mieux établir la
navigation le long du Rhin , et faire disparoître
les obstacles qui s'y opposent , par
P'établissement des grues. "
Un orage terrible a éclaté le 28 Mai
Erfurt et aux environs ; le magasin à
poudre de Pétersberg a sauté par l'effet
de la foudre , et une grosse pluie tombée
en même temps a fait les plus grands
dégâts à Bischleben , Daberstatt et Melchendorf.
Il a aussi éclaté à Romerstadt ,
dans la Moravie , un incendie qui a réduit,
en cendres 135 maisons , 64 granges
et l'Hôtel- de- Ville. Cet accident a fait
périr 5 personnes et beaucoup de bétail ,
Suivant des Lettres de Lemberg , cinq
Bataillons d'Infanterie et trois Divisions
de Cavalerie ont reçu l'ordre de se rendre
vers Wielicza , où ils ont dû arriver au
plus tard le 2 de Juin. On a aussi envoyé
de ce côté 21 pièces de canon. $ 36 moз
8000 Russes sont en marche pour la
Gallicie ; ils doivent former un cordon
dans les Cercles de Zalescz et de Zol-,
kiew jusqu'à Brody.
Hv
( 168 )

FRANCE.
De Paris , le 6 Juin.
ASSEMBLÉE NATIONALE. 57. Semaine.
DU DIMANCHE 6 JUIN.
Sur le rapport d'un Membre du Comité
Militaire , il a été décrété que l'augmentation
de la solde de l'Armée seroit repartie à
raison d'un sou six deniers sur le prêt , six
deniers dans la poche , et 10 deniers au linge
et chaussure.
M. Anson a fait rendre un autre Décret
particulier à la Ville de Paris , portant que
tout le territoire compris dans l'enceinte de
ses murs sera soumis aux droits d'entrée , et
réciproquement que tout ce qui est au- dehors
des murs , sera compris dans le rôle d'impositions
de la Banlieue de Paris.
Un autre Membre du Comité des Finances
a proposé un projet de Décret, qui devoit
forcer les ci - devant Privilégiés et autres Proprietaires
à payer personnellement les nouvelles
impositions dont ils sont chargés . ' '
M. de Murinet demandoit qu'il fût décrété ,
en place de l'article du Comité , que les
Fermiers payeront toutes les augmentations
d'imposition , mais qu'ils seront autorisés à
déduire sur le prix du bail l'excedent de la
somme à laquelle ils étoient ci - devant imposés
: il se fondoit sur l'avantage de faci-'
liter par ce moyen la perception.
On a objecté que ce seroit priver les Fermiers
du bénéfice de la Contribution des cidevant
Privilégiés .
( 169 )
M. le Rapporteur a représenté la néces→
sité de porter un Decret qui términât toutes
les contestations élevées journellement entre
les Propriétaires et leurs Fermiers . Les pre→
miers prétendent que leurs Fermiers s'étant
obligés , par leur bail , à payer toutes les
impositions prévues et imprévues , ils doivent
actuellement payer les impositions dont leurs
priviléges les exemptoient, et celles décrétées
en remplacement de la Gabelle et autres
droits supprimés. Les Fermiers veulent bien
payer les augmentations des impositions connues
, mais non celles dont les Propriétaires
étoient exempts , en leur qualité de Privilegiés.
M. Martineau , distinguant les impositions
portées en remplacement des droits
supprimés , d'avec celles resultantes de la
destruction des priviléges , a dit que les premières
devoient être supportées au marc la
livre par les Fermiers et les Propriétaires ,
puisque les uns et les autres jouissent du
bénéfice des droits supprimés .
Sur de nouvelles difficultés , on a renvoyé
le Décret à l'examen du Comité des Finances
.
M. Dupont de Bigore , Rapporteur du
Comité de Mendicité , a proposé sept à
huit articles généraux et provisoires , destinés
à faire suite au dernier Décret du même
gense . En voici les principales dispositions :
1º . que la nourriture des Mendians détenus
dans les dépôts seroit réduite au seul nécessaire
, et que le prix de leur travail leur
seroit donné en entier ; 2 ° . que la Municipalité
du lieu du dépôt enverroit , aussitôt
après la détention du Mendiant , sa déclaration
à la Municipalité du lieu natal du
( 170 )
détenu , et que , sur la demande de cette
Municipalité , il seroit sur le champ relâche ;
si non renvoyé à son Département deux mois
après sa formation.
M. Martineau , cherchant à concilier les
opinions sur la maniere d'assurer la subsistance
des Mendiars , a proposé de les assujettir
à un travail dont le prix seroit divisé en
trois portions , pour les nouri ir , les habiller ,
leur remettre une petite somme tous les 8
ou 15 jours , et une plus forte à leur sortie.
Sur les observations de M. Buzot , ces Reglemens
, qui appartiennent à l'Administration
plutôt qu'a la Législation , ont été renvoyés
aux Départemens , et en attendant leurs
formations , aux Municipalités des lieux où
seront établis les dépots.
M. le Brun a repris la suite de son rapport
sur les dépenses de 1790 et 1791.-
Celle des Tribunaux ne pouvant encore
être évaluée , on les renvoye à la charge des
Départemens.
Les acquits - patents se sont trouvé monter
au nombre de 500 , de 3000 liv . chacun ;
plusieurs entroient comme partie necessaire
dans le traitement des Offices attaches à divers
Départemens ,
On en a décrété la suppression , sauf l'examen
du Comité des Pensions. Sous le titre
de gages et traitemens , étoient réunis divers
objets à classer dans un ordre different.
Les uns ont été reconnus appartenir à la
dette publique , ils montent à 89,463 liv.;
d'autres à l'exploitation de Feimesou Régies ;
d'autres aux dons et gratifications , aux Pensions
, au Commerce , à la Liste civile , à des
établissemens publics..
( 171
Ces objets ont été renvoyés à l'examen des
differens Comités qu'ils concernent .
Les dépenses de la Police de Paris , montant
à 1,643,400 liv. , seront désormais à la
charge de la Municipalité de Paris , mais en
les déduisant des impositions qu'elle versoit
dans le Trésor public.
C'est à l'examen du Comité Militaire qu'on.
a renvoyé les dépenses de la Maréchaussée
de l'Isle de France.
M. de Castellanet s'est empressé de faire
part à l'Assemblée que la Ville de Marseille
n'a pas plutot eu connoissance du Décret
qui ordonne la suspension de la démolition
du fort St. Nicolas , qu'elle a respectueusement
obéi . Jamais Décret , si contraire au
vou d'une grande Cité , n'a été plus promptement
exécuté ; la démolition , bornée au
reste à la partie des ouvrages qui regarde la
Ville , a été abandonnée sur- le - champ.
DU LUNDI 7 JUIN.
On lit une Lettre des Officiers Municipaux
de Nismes , qui se plaignent des atrocités
vomies contre une Ville dont la plus
grande partie est composée de bons Citoyens .
L'Assemblée , après avoir admis MM. César
et Constantin de Faucher à prêter le Serment
Civique pour remplacer M. l'Evêque de
Bazas et M. de Piis , passe à l'ordre du jour.
Suite de la discussion sur la Constitution du
Clergé.
On fait lecture de l'article IV : " Il sera
annexé au présent Décret , un état des Mé-,
tropoles et Evêchés qui seront éteints qu
conservés ensemble , et des Evêchés qui › -
seront attachés à chaque Métropole .
"
( 172 )
L'établissement des Archiprêtres , motivé
par M. l'Abbé Grégoire , est renvoyé au
Comité Ecclésiastique .
M. Martineau fait quelques changemens
à sa premiere rédaction de l'article V , dont
voici la teneur : « Il sera procédé incessamment
, et sur l'avis de l'Evêque et de l'Administration
des Districts et des Départemens
, à une nouvelle formation et circonscription
de toutes les Paroisses du Royaume :
le nombre et l'étendue en seront déterminés
d'après les règles qui vont être établies.
"
"
L'article VI est décrété ainsi sans beaucoup
de débats : « L'Eglise Cathédrale de
chaque Diocèse sera ramenée à son état primitif
, d'être en même temps Episcopale ,
Paroissiale et Cathédrale , par la suppression'
des Paroisses et le démembrement des Habitations
qu'il sera jugé convenable d'y réunir. ·
L'article VII éprouve plus de difficultés :
des deux parties ainsi présentées : « La Paroisse
Cathédrale n'aura pas d'autre Pasteur
immédiat que l'Evêque ; les autres Prêtres
qui y seront établis ne seront que ses Vicaires
». On ajourne la seconde sur l'amendement
de M. le Camus.
M. Garat l'ainé s'oppose à la suppression
des Séminaires , que l'article IX proposoit de
réduire à un seul par Diocèse ; il passe enfin
ainsi amendé par M. Goupil de Préfeln : « II
sera conservé ou établi , dans chaque Diocèse,
un seul Séminaire pour la préparation
aux Ordres , sans entendre rien préjuger
quant à présent , sur les autres Maisons
d'instruction et d'éducation .
»
M. Lavenue a réclamé , au nom de la
députation du Bazadois, contre l'admission de
( 173 )
MM. de Faucher , cette Sénéchaussée n'ayant
pas nommé de Suppléans.
M. le Chapelier a prétendn qu'il étoit de
l'intérêt de l'Assemblée de ne jamais revenir
sur ses Décrets. « Vous avez juge , dit- il ,
P'Election régulière ; cette régularité une
fois reconnue , ne peut plus être mise en
question. Vous avez exécuté le Décret en admettant
MM. de Faucher au Serment Civique.
Il est certain qu'il y a un titre : une premiere
Députation avoit d'abord été formée ;
o a protesté une seconde Députation fut
nommée ; le Comité a cru devoir regarder
comme Suppléans MM. de Faucher , qui la
qomposoient. C'est une indiscrétion que de
vous proposer une rétractation du Décret
que vous avez porté ce matin.
})
M. Garat l'aîné avoulu combattre , par des rai.
sons , l'avis du Préopinant, déja combattu par
des murmures ; et regardant avec raison cette
affaire comme extrêmement grave , il n'a Pas
eraint d'avancer que la note souscrite d'un
Membre du Comité de Vérification en
vertu de laquelle ces deux Messieurs avoient
été admis , étoit un faux , s'il se trouvoit
qu'on eût affectivement négligé de vérifier
leurs pouvoirs ; il a demande que M. le Curé
de Souppes fût interrogé.
M. Alexandre de Lameth , partant de ce
point , qu'on ne doit reconnoître que des
Députés et des Suppléans , a juge qu'on ne
sauroit admettre MM . de Fauch à remplacer
des Députés , à moins qu'ils y assent Suppléans
; qualité qui manquoit és Messieurs ,
nommés seulement par une rtie des Electeurs!
Personne ne se levant , quoique M. Gleizen
iuterpellât ceux qui avoient vérifie les pou
1
( 174 )
voirs conjointement avec M. le Curé de
Souppes , M. le Chapelier s'est réuni à ceux
qui vouloient le renvoi de cette affaire au
Comité.
M. le Curé de Souppes est criminel de
leze -Nation , parce qu'il a usurpé par un
faux , les pouvoirs dè la Nation , s'écrie M.
Dufraisse Duchey. Je demande que sa note
reste entre les mains de MM. les Secrétaires ,
dit M. Brunet de la Tuque
On décrète cette dernière proposition
en suspendant le renvoi au Comité jusqu'à
ce que M. le Curé de Souppes , absent , ait
éte entendu.il arrive et explique ainsi la
chose L'usage est que les pouvoirs des
Suppléans soient reçus par les Membres du
Comité de Vérification ; ils sont ensuite remis
à deux ou trois Membres qui , après les avoir
examinés et trouvés valides , rédigent une
note que signe ordinairement le President
du Comité , pour la présenter à l'Assemblée.
Ce matin , j'ai reçu de M. Ebrard une note
que j'ai et un billet que voici ; il est ainsi
conçu M. le Curé de Souppes , Pres.dent
du Comité de Vérification , voudra bien
signer l'avis que je lui envoie ; retenu dans
mon lit , je ne puis moi - même présenter
MM. de Faucher , dont les pouvoirs ont été
trouvés en regle.
L'Assemblée a été pleinement satisfaite
de la justification de M. le Cure de Souppes ;
et sur la demande de M. Demeunier , eile a
ordonné qu'il en seroit fait mention dans le
Procès -verbal : du reste , elle a renvoye la
vérification au Comité chargé de ce soin.
M. l'Eyêque d'Autun a fait ensuite un
Rapport sur la federation proposée pour le
14 Juillet. Tout en observant qu'une gran
( 175 )
"
deur digne de la Nation Françoise devoit
se déployer dans cette auguste Cérémonie
il a fait sentir que ce n'étoit point par une
dépense onereuse , qu'on célébreroit le mieux
l'époque de la régénération du Royaume.
Voici la substance des articles :
" 1 ° . Le Corps Municipal de chaque District
assemblera tous les Députés pour choisir
un homme par deux cents pour se réunir à
la fédération générale.
2° . Les Directoires ou Corps Municipaux
fixeront de la manière la plus économique
, la dépense qui sera allouée pour le
voyage et pour le retour. Cette dépense sera
supportée par chaque District .
3 ° . Le Roi sera supplié de donner des
ordres pour députér de Chaque Régiment ,
un Officier , un Bas - Officier et un Soldat .
"
Le Rapporteur a voulu laisser à M. de la
Fayette , la gloire et le plaisir de présenter
lui- même le quatrième article ; ce qu'il a
fait ainsi :
Quelque empresse que je sois , Messieurs ,
de célébrer les Fêtes de la Liberté , et nommément
les 14 et 15 Juillet , j'aurois souhaité
que l'époque d'une Confédération générale
fût moins déterminée par des souvenirs
que par les progrès de nos travaux ; non
que je parle ici des Décrets Réglementaires
ou Législatifs , mais de cette Déclaration
des droits , de cette Organisation de l'Ordre
social , de cette distribution de l'exercice de
la Souveraineté , qui forment essentiellement
une Constitution. C'est pour elle que les
François sont armés et qu'ils se conferent.
Puissions- nous , Messieurs , animés p
de cette sainte réunion , nous háter
poser sur l'autel de la Liberté un cove
ée
( 176 )
1
1
plus complet ! L'organisation des Gardes
Nationales en fait partie ; par elle la Liberté
Françoise est garantie à jamais ; mais il ne
faut pas qu'à cette grande idée d'une Nation
tranquille sous ses Drapeaux civiques , puissent
se mêler un jour , de ees combinaisons
individuelles qui compromettroient l'ordre
public , peut- être même la Constitution . Je
crois , Messieurs , qu'au moment où l'Assemblée
Nationale et le Roi impriment aux Confedérations
un si grand caractere , où toutes
vont se réunir ici par Députés , il convient
de prononcer un principe si incontestable ,
que je me contente de proposer le Décret
suivant :
"
་ ་
L'Assemblée Nationale décrète , comme
principe constitutionnel , que personne ne
pourra avoir un commandement de Gardes
Nationales dans plus d'un Département , et.
se réserve de délibérer si ce commandement
ne doit pas même être borné à l'étendue de
chaque District. "
M. Alexandre de Lameth a présenté quelques
articles sur la convocation des Troupes
réglées , qui ont réuni les suffrages.
M. le Vicomte de Noailles a demandé que
la Marine ne fût pas privée de l'honneur
d'être appelée à la Fédération .
M. Bureau de Puzy a réclamé la même ‹
chose en faveur du Corps du Génie .
M. Bourron vouloit que le sort décidât
des Elections pour les Troupes réglées
tandis que M. de Virieu préferoit l'ancienneté
, comme un moyen de rendre hommage
à la vieillesse .
La discussion sur le Projet de Décret de
M. de la Fayette et sur le mode d'Election ,
a été renvoyée au lendemain.
( 177 )
L'Assemblée s'est retirée dans les Bureaux
pour déterminer , par un dernier scrutin ,
qui de M. l'Abbé Syeyes ou de M. de Saint-
Fargeau monteroit à la Présidence.
DU MARDI 8 JUIN.
M. de Beaumetz , Président , après avoir
prévenu l'Assemblée que M. l'Abbé Syeyes
alloit le remplacer , a complimenté l'auguste
Corps et son Chef , par quelques phrases
aussi nobles que touchantes .
M. l'Abbé Syeyes a paru craindre que
ses importantes fonctions ne fussent au- dessus
de ses forces physiques ; en assurant l'Assemblée
de son zele , il l'a conjurée de le dispenser
d'efforts insuffisans. Elle s'y est refusée
, en applaudissant à son Discours d'un
genre d'éloquence absolument neuf , et dont
l'énergie , contrastant avec la foiblesse des
organes de celui qui venoit de le prononcer ,
inspiroit cette admiration dont on ne peut
se défendre à l'aspect de grands et majestueux
effets produits par de foibles causes.
M. Lanjuinais a proposé l'article suivant ,
adopté sauf rédaction :
" Vu la délibération du Conseil Municipal
de la Ville de Paris , et d'après le rapport
du Comité Ecclésiatique , l'Assemblée
Nationale décrète que jusqu'à l'organisation
des Assemblées Administratives la Municipalité
provisoire sera chargée , relativement
aux biens ci devant Ecclésiastiques , de toutes
les fonctions du directoire de District. »
M. l'Evêque d'Autun a repris son rapport
de la veille , relativement à la fédération générale
qui doit avoir lieu le 14 Juillet ; il a
éclairci les 4 ou 5 points contre lesquels il
s'étoit élevé des difficultés.
( 178 )
L'adoption d'un amendement de M. Démeunier
a fait décréter dans les termes suivans
l'article auquel il se rapportoit :
« Art. I. Le Directoire de chaque District
du Royaume , et , dans le cas où le Directoire
ne seroit pas encore en activité , le
Corps Municipal du chef- lieu de chaque District
, est commis par l'Assemblée Nationale ,
à l'effet de requérir les Commandans de toutes
les Gardes Nationales du District d'assembler
lesdites Gardes , chacune dans son ressort :
lesdites Gardes , ainsi assemblées , choisiront
six hommes sur cent , pour se réunir au jour
fixé par le Directoire , ou par le Corps Municipal
requérant , dans la Ville Chef- lieu
du District. Cette réunion de Députés choisira
, en présence du Directoire ou du Corps
Municipal , dans la totalité des Gardes Nationales
du District , un homme par deux
cents , qu'elle chargera de se rendre à Paris.
à la fedération générale de toutes les Gardes
Nationales du Royaume , qui aura lieu le
14 Juillet . Les Districts éloignés de la Capitale
de plus de 100 lieues , auront la liberté
de n'envoyer qu'un Député par 400 .
On a décrété que les Députations des
Corps de Troupes de ligne seront faites par
d'ancienneté de service .
rang
M. de Noailles a demandé si le service des
Officiers qu'on appeloit autrefois de fortune
compteroit de leur entrée dans le Régiment
en qualité de Soldat , ou seulement du jour
qu'ils ont obtenu le grade d'Officier . Il a
panché pour la première maniere de le
compter.
M. de Praslin , fils , vouloit le restreindre à
la date de l'entrée dans le Corps où ces Officiers
se trouvent actuellement.
( 179 )
"
Chaque Régiment d'Infanterie députera
un Officier présent au Corps , et le plus ancien
de service , les années de service de
Soldat comptées ; un Bas - Officier , le plus
ancien de service , présent af Corps ; les
quatre Soldats pris indistinctement parmi
les Caporaux , Grenadiers , Chasseurs , Fusiliers
ou Tambours , les plus anciens d'âge ,
en cas d'égalité de service. "
"
Les Régimens à cheval députeront les
Officiers et Bas Officiers comme les Régimens
d'Infanterie ; et deux Cavaliers , dans
les mêmes règles que pour les Soldats d'Infanterie.
Il en sera de même de tous les
Corps d'Armes.
"
M Goupil de Préfeln a laissé au patriotisme
des Officiers généraux de venir en tel
nombre qu'ils voudroient à cette fête , à laquelle
M. de Sillery desiroit qu'on les invitât.
Les Maréchaussées y seront représentées
par celle de l'Isle de France .
Après avoir décrété l'article proposé hier
par M. de la Fayette , on est revenu à l'ordre
-du jour , et les articles suivans ont passé sans
beaucoup de debats ; quelques - uns ont été
écartés par la question préalable , ou adoptés
sauf rédaction.
L'article XI , qui réduit à un seul tous
les Séminaires de chaque Diocèse , avoit été
admis dans la Séance de la veille.
« XII. Le Séminaire sera toujours établi
près de l'Eglise Cathédrale , et , autant que
faire se pourra , dans l'enceinte des bâtimens
destinés à l'habitation de l'Evêque. »
་་ XIII . L'Evêque aura sous lui , pour la
- conduite et l'instruction des jeunes Clercs
reçus dans le Séminaire , un Vicaire Supérieur
et trois Vicaires Directeurs ,
( 180 )
XIV. Les Vicaire Supérieur et Vicaires
Directeurs du Séminaire seront tenus d'assister
à tous les offices de la Paroisse Cathédrale,
et d'y faire toutes les fonctions dont l'Evêque
ou son premier Vicaire jugeront à propos de
les charger.'"
» XV.Les Vicaires de l'Eglise Cathédrale ,
et les Vicaire Supérieur et Vicaires Directeurs
du Séminaire , formeront ensemble le
Conseil habituel et permanent de l'Evêque ,
qui ne pourra faire aucun acte de juridiction ,
qu'apres en avoir délibéré avec eux , pour ce
qui concernera le gouvernement du Séminaire
et celui du Diocèse.
τε
"}
XVI . Dans toutes les villes et bourgs qui
ne comprendront pas plus de dix mille ames ,
In'y aura qu'une seule Paroisse ; les autres Paroisses
seront supprimées et réunies à l'Eglise
principale.
"
"
XVII. Dans les villes dont la populasion
est de plus de dix mille ames , chaque
Paroisse pourra comprendre un plus grand
nombre de Paroissiens , et il en sera conservé
autant que les besoins des Peuples et les localités
le demanderont. »
" XXI. La réunion d'une Paroisse à une
autre Paroisse emportera toujours la réunion
des biens de la Fabrique de l'Eglise supprimée
, à la Fabrique de l'Eglise à laquelle
se fera la réunion . »
« XXIII. L'Evêque et les Assemblées Administratives
pourront même , apres avoir arrêté
entr'eux la suppression et réunion d'une Paroisse
, convenir que dans les lieux écartés , ou
qui, pendant une partie de l'année , ne communiqueroient
que difficilement avecl'Eglise Paroissiale
, il sera établi ou conservé une Chapelle
( 181 )
C
95
26
"
pelle où le Curé enverra les jours de Fêtes et
de Dimanches un Vicaire pour y direla messe,
et faire aux Peuples les instructions nécessaires
.
XXXI . Tous Titres et Offices , antres que
ceux mentionnés en la présente Constitution ,
les Digaités , Canonicats , Prébendes , demi-
Prébendes , Chapelles , Chapellenies , tant des
Eglises Cathédrales que des Eglises Collégiales
, les Abbayes et Prieurés en règle ou
en commande , de l'un et de l'autre sexe , et
tous bénéfices et autres Chapitres ci - devant
réguliers et non -réguliers nobles , ou prestimonies
généralement quelconques , de
quelque nature , et sous quelque dénomination
que ce soit , sont , à compter du jour
de la publication du présent Décret , éteints
et supprimés , sans qu'il puisse jamais en être
établi de semblables ; néanmoins n'est rien
préjugé , quant à présent , sur les bénéfices à
prestimonies et à collations laïcales .
»
« XXXII. L'Assemblée Nationale se réserve
de statuer incessamment sur les traitemens
des personnes dont les Offices seront
supprimes par les articles précédens , et sur
l'acquit des fondations. »
DU MERCREDI 9 JUIN,
L'Assemblée , sur le Rapport de M. le
Baron de Menou , a porté le Décret suivant ,
relatif à la Citadelle de Montpellier.
"
que
L'Assemblée Nationale décrète
son Comité Militaire sera chargé de lui
préseenntteerr incessamment un état de toutes
les Villes fortifiées , Citadelles , Forts , Châet
autres fortifications qui existent
actuellement dans le Royaume , avec son
opinion motivée sur l'utilité ou inutilité
Nº. 25, 21 Juin 1799.
teaux
I
( 182 )
+ de ces différentes places , afin , que , de concert
avec le Roi , elle puisse ordonner la
conservation , les réparations , ou même l'aug.
mentation de toutes celles qui seront jugées
nécessaires pour la défense du Royaume , et
la démolition , vente ou abandon de toutes
celles qui ne portent pas ce caractère d'utilité.
"
Décrète , en outre , qu'elle regarderoit
comme coupables tous ceux qui , dans la
ville de Montpellier , ou par- tout ailleurs ,
se porteroient à quelques excès pour démolir ,
soit en totalité , soit en partie , les Forts ou
Citadelles ; et que son Président se retirera
devers le Roi , pour le supplier de donner
des ordres , afin que les Gardes Nationales
de Montpellier , conjointement avec les
Tropes de ligne , continuent de faire le
service dans la Citadelle , sous le commandement
des Officiers" employés par S. M.
jusqu'à ce qu'il ait été pris un parti décisif
sur la conservation ou abandon de la Citadelle
de Montpellier. "
M. de Noailles lui a soumis ensuite la rédaction
définitive du Décret concernant la
députation à la Fédération Patriotique.
"( Tous les Corps Militaires , soit de terre ,
soit de mer , Nationaux ou Etrangers , dé-
Iputeront
à la Fédération Pa
ci-apr conformément
à ce qui sera réglé ci - après . »
" Chaque Régiment d'Infanterie ou d'Artillerie
députera l'Officier le plus ancien de
service , parmi ceux qui seront présens au
Corps ; le Bas - Officier , le plus ancien de
service , parmi ceux qui sont présens au
Corps , et pris indistinctement parmi les
Caporaux , Appointés , Grenadiers , Chas(
183-)
seurs, Fusiliers , Tambours et Musiciens du
Régiment. "
" Le Régiment du Roi et celui des Gardes-
Suisses , à raison de leur nombre , enverront
une Députation double de celle fixée pour
les Régimens ordinaires. "
« Les Bataillons des Chasseurs à pied députeront
un Officier , un Bas- Officier et deux
Chasseurs , conformément aux règles prescrites
pour les Régimens d'Infanterie. "
" Le Corps des Ouvriers de l'Artillerie et
celui des Minears , députeront chacun un
Officier , un Bas- Officier et deux Soldats ,
comme pour les Bataillons de Chasseurs
pied.
- >
« Les mêmes règles , désignées ci - dessus ,
seront observées pour tous les Régimens de
Cavalerie , Dragons , Chasseurs et Hussards ,
avec cette difference qu'ils ne députeront
qu'un Officier , un Bas Officiers , et deux
Cavaliers seulement ; le seul Régiment des
Carabiniers , double en nombre des Régimens
de Cavalerie ordinaire , aura une Députation
double de ces derniers, "
Le Corps Royal du Génie députera le
plus ancien Officier de chaque grade ; et en
cas d'égalité d'ancienneté , le rang de promotion
décidera. "
« La Maréchaussée sera représentée par
les quatre plus anciens Officiers , les quatre
plus anciens Bas - Officiers , et les douze plus
anciens Cavaliers du Royaume. "
·
La Compagnie de la Connétablie sera
représentée par le plus ancien individu de
chaque grade d'Officier , Bas- Officier et
Cavalier.
་་
Par égard pour de vieux Militaires , qui
oat bien mérité de la Patrie , et qui ont
J
I u
( 184 )
acquis le droit de se livrer au repos , le
Corps des Invalides sera représenté par les
quatre plus anciens Officiers , les quatre plus
anciens Bas- Officiers , et les douze plus anciens
Soldats retirés à l'Hôtel Royal des
Invalides. "
་ ་ Les Commissaires de Guerre seront représentés
par un Commissaire Ordonnateur ,
un Commissaire Ordinaire et un Commissaire
Elève , le plus ancien de chacun de
es grades. "
" Le Corps des Lieutenans des Maréchaux
de France sera représenté par les plus anciens
d'entre eux. "
"
Quant aux Compagnies de la Maison
Militaire du Roi , de celle des frères de Sa
Majesté , et tous autres Corps Militaires non
réunis , ils seront représentés , chacun , par
le plus ancien de chaque grade.
"
En cas d'égalité de service , le plus
'ancien d'âge aura la préférence. "
" Les Maréchaux de France , les Lieute-
´nans-Généraux , les Maréchaux de Camp et
les grades, correspondans de la Marine , députeront
les plus anciens Officiers de chacun
de ces différens grades. "
L'Assemblée Nationale déclare qu'elle
n'entend rien préjuger sur l'existence ou le
rang des Corps Militaires ci -dessus dénommés
, et même de ceux qui ne le sont pas .
33
Le Roi sera supplié de donner les ordres
nécessaires pour l'exécution du présent Deeret.
"
Enfin , sur la Motion de M. Regnaud de
Saint-Jean-d'Angely , elle a cru devoir faire
participer les Provinces à l'avantage dont la
Capitale jouit tous les jours , celui d'assister
ses Délibérations. Les Tribunes seront ré(
185 )
servées , duo au 20 Juillet , aux Députés à la
Fédération patriotique. Ce Décret a été applaudi
de toutes les parties de la Salle et des
Tribunes.
Suite de la discussion sur la Constitution du
Clergé,
TITRE II. De la manière de pourvoir aux
Offiers Ecclésiastiques.
M. Martineau a lules deux premiers articles.
"
Art. Ier. A compter du jour de la publication
du présent Décret , on ne connoîtra
qu'une seule manière de pourvoir aux Evêchés
et aux Cures ; c'est à savoir la forme
des Elections .
"
3)
II. Toutes les Elections se feront par
la voie du scrutin , et à la pluralité absolue
des suffrages. "
Ces deux articles ont passé sans débats ;
'il n'en a pas été de même du troisième
ainsi conçu « L'Election des Evêques se
fera daus la forme prescrite , et par le Corps
Electoral indiqué dans le Décret du 22 Décembre
1789 , pour la nomination des Membres
de l'Assemblée de Département. Le
Rapporteur a prouvé , par Fautorité des
Conciles , que c'etoit ramener le mode d'Election
à la pureté des premiers siècles de
l'Eglise . Th
M. l'Evêque de Clermont a renouvelé la
déclaration de ne pouvoir participer aux
Delibérations de l'Assemblée sur un point
où il s'agit du plus grand intérêt de la Religion.
Des murmures l'ont averti qu'il ne se
concilieroit pas plus de suffrages à cette
sixieme fois qu'aux précédentes .
M. l'Abbé Jacquemari , prenant un ton
plus modéré , n'en a pas moins combattu
I iij
( 186 )
(
! l'article dans un Discours , dont nous ne
pouvons donner que la substance .
"
D'autres temps , d'autres moeurs , a- t- il
dit. Cessous de former des spéculations chimériques
, d'élever des édifices idéaux , regrettons
les vertus Apostoliques , mais ne
nous flattons pas de les voir revivre parmi
nous . On put confier au Peuple le soin de
choisir ses Pasteurs tant que le nom de Chré:
tien fut synonyme avec celui de Saint , tant
que les fidèles , unis par la charité , faisoient
une famille de frères , dont l'ambition se
bornoit à la palme du Martyre . Mais aujourd'hui,
quelles que soient les bornes que vous
imposiez à l'Episcopat , soyez sûrs qu'il tentera
toujours la cupidité des Ministres. 11
faut fermer la barrière à l'intrigue. Croyez-
Vous y parvenir par la voie de l'Election
populaire ? Détrompez - vous : quel choix
pourroient faire les Habitans des campagnes
et des petites villes ? Facile à séduire , leur
ignorance n'est pas propre à discerner les
bons Pasteurs.
""
L'Orateur a voulu que les Prêtres seuls
fussent admis à nommer les Evêques ; il
permettoit qu'on y joignît des Membres des
Assemblées de Département ; mais d'une
manière subordonnée.
M. Robespierre s'est récrié contre ce mode
inconstitutionnel ; le droit d'élire ne pouvant
appartenir au Corps Administratif ,
mais à celui en qui réside la Souveraineté .
Il a insisté sur le danger de ramener l'existence
politique du Corps du Clergé.
M. Goupil de Préfeln , adoptant l'avis de
M. l'Abbé Jacquemart , a dit que les Assemblées
éliroient pour le Peuple et au nom
du Peuple qui , pour son propre intérêt ,
( 187 ).
devoit renoncer à exercer ce droit par luimême
; exercice dont les inconvéniens avoient
été développés dans des raisons sans réplique ;
il a aussi demandé que les non- Catholiques
fussent exclus des Assemblées de Département
qui feroient la nomination .
"
M. le Chapelier a jugé , comme M. Robespierre
, que le systême proposé détruiroit la
séparation des Pouvoirs , et rétabliroit le '
Corps du Clergé. « Voyons , a -t - il ajouté ,
si l'intérêt public commande cette dérogation
aux principes. Qui est - ce qui a intérêt
de bien choisir les Ecclésiastiques ? N'est- ce
pas plutôt le Peuple que les Ministres de
l'Eglise ? Si le choix du Sujet est concentré
dans les seuls Ecclésiastiques , chacun croira
avoir des droits à occuper la place vacante ;
les intrigues se multiplieront. Je demande
donc la préférence pour l'avis du Comité. »
On continue la discussion que plusienrs
Membres vouloient fermer.
M. Garat l'aîné , partant de ce principe ,
que le Peuple ne pouvant intervenir en entier
, n'intervient en effet que par des Délégués
, a demandé quelle délégation seroit la
plus convenable ? Celle que propose M. l'Abbé
Jacquemart, a-t -il dit . Il y a deux sortes de
merites à considérer , celui des moeurs politiques
et celui des moeurs religieuses . Quant
au premier , assurément les Assemblées Administratives
présenteront le meilleur Sujet :
qu'elles interviennent donc , mais qu'elles'
n'interviennent que pour cela ; car les Citoyens
Ecclésiastiques sont les seuls bons
juges de la pureté des principes et des moeurs
religieuses.
M. le Camus veut que l'Election appartienne
au Corps Electoral et non au Corps
I iv
( 188
Administratif. Il demande donc que les plus
anciens Curés et Vicaires de chaque District
s'y rendent avec voix déliberative.
M. Barnave craignoit qu'ils n'y vinssent
plutôt pour être élus que pour élire .
Enfin , la discussion est fermée , et la
priorité reste au Projet du Comité.
L'Assemblée a ensuite décrété l'article VI
comme il suit :
" L'Election de l'Evêque ne pourra se
faire ou être commencee qu'un jour de Dimanche
, dans l'Eglise principale , à l'issue
de la Messe Paroissiale , à laquelle seront
tenus d'assister tous les Electeurs .
"
M. le Président a lu une Lettre du Roi ,
relativemeut à sa Liste Civile.
་་
Paris , ce g Juin 1790.
MONSIEUR ,
Combattu entre les principes d'une sévère
économie , et la considération des dépenses
qu'exigent l'éclat du Trône François,
et la représentation du Chef d'une grande
Nation , j'aurois préféré de m'en rapporter
à l'Assemblée Nationale pour qu'elle fixât
elle -même l'état de ma Maison ; mais je
cède à ses nouvelles instances , et je vous
adresse la Réponse que je vous prie de lui
communiquer. »
Réponse du Roi à l'Assemblée Nationale , sur
sa Liste civile et le Douaire de la Reine.
« J'aurois desiré m'en rapporter entièrement
à l'Assemblée Nationale , pour la détermination
de la somme applicable aux dépenses
de ma Maison civile et militaire ;
mais ses nouvelles instances , et les expiessions
qui accompagnent son vou m'engagent
à changer de résolution . Je vais done m'expliquer
simplement avec elle. "
( 189 )
.
10 Les dépenses , contenues sous le nom de
Maison du Roi, comprennent :
"
"}
1°. Les dépenses relatives à ma Personne ,
à la reine , à l'éducation de mes enfans , aux
maisons de mes tantes ; et je devrai y ajouter
encore incessamment , l'établissement de la
maison que ma soeur a droit d'attendre de
moi.
"
"
2º. Les bâtimens , le Garde- meuble de
Ja Couronne . "
« 3º. Enfin , ma maison militaire , qui
dans les plans communiqués à son Comité
Militaire , ne fait point partie des dépenses
de l'armée.
"
L'ensemble de ces divers objets , malgré
les réductions qui ont eu lieu depuis mon
avènement au trône , s'élevoit encore à trenteun
millions , indépendamment d'un droit
d'aide sur la Ville de Versailles , montant
à neuf cent mille livres , lequel entrera désormais
dans le revenu public , avec la diminution
relative à mon séjour le plus habituel
à Paris.
Je crois que vingt- cinq millions , en y
ajoutant le revenu des pares , domaines et
forêts , des maisons de plaisance que je con
serverai , pourront , au moyen de retranchemens
considérables , suffire convenablement
à ces différentes dépenses. "
་་ Quoique je comprenne ma maison militaire
dans les objets dont je viens de faire.
l'énumération , je ne me suis pas encore occupé
de son organisation. Je désire , à cet
égard , comme à tout autre , de concilier,
mes vues avec le nouvel ordre de choses. Je
n'hésite penser que le nombre de trou
pes , destinées à la garde du Roi , doit être
déterminé par un réglement constitutionnel ,
pas à
Ιν
J
( 190 )
et comme il importe à ces troupes de partager
Phoneur et les dangers attachés à la
defense de la Patrie , elles doivent être soumises
aux règles gi nérales de l'aimée.
"
D'après ces considérations , j'ai retardé
l'époque à laquelle mes Gardes - du- Corps
doivent reprendre leur service ; et le délai
de l'organisation de ma maison, militaire a
d'autant moins d'inconveniens , que depuis,
que la Garde Nationale fait le service aupres
de moi , je trouve en elle font le zele
et l'attachement que je puis souhaiter , et
je desi e qu'elle ne soit jamais étrangère à
la Garde de ma personne. ( Les applaudissemens
ont interrompu la lecture )
Il me seroit impossible d'acquitter sur
un fonds annuel liinite , la dette arrierée de
ma maison , dont l'Assemblée a connoissance
; je désire qu'elle comprenne cet objet
dans les plan, généraux de liquidation »
Je pense que le remboursement des
charges de ma maison et de celles de mes
frères doit être ordonné , et se joindre à l'article
precédent , la Constitution ayant proscrit
la vénalité des charges. Cette disposition
doit entrer naturellement dans les
vues de l'Assemblee : eře sera d'autant plus
juste que ceux qui se sont soumis à des saorifices
d'argent considerables , pour acheter
les charges , avoient leu de compter sur
des graces que le nouvel ordre de choses
ne leur perniet plus d'esperer.
"
"
Je finis par l'objet qui me tient le plus
à coeur .
"
J'ai promis , par món contrat de mariage
avec la Reine , que dans le cas où je
cesserois de vivre avant elle , une maison
convenable lui seroit conseryée ; elle vient
( 191 )
de faire le sacrifice de celle qui , de tout
temps , a été attribuée aux Reines de France,
et qui , réunie au comptant , s'elevoit audelà
de 4,00,000 millions »
་་« C'est un motif de plus pour moi de désicer
que l'engagement indéterminé que j'ai
pis avec elle et son auguste mere , soit
rendu précis par la fixation de son douaire ;
il me sera doux de devoir aux Représentans,
de la Nation. ma tranquillité sur un point
qui intéresse aussi essentiellement mon bon
heur.
Après avoir répondu au vou de l'Assemblee
Nationale avec la confiance qui doit
regner entre elle et moi , j'ajouterai que ja
mais je ne serai en opposition ayec elle pour
aucune disposition relative à ma personne.'
Mes vrais intérêts propres seront toujours
ceux du royaume , et pourvu que la li-¹
berté et l'ordre public , ces deux sources de
la prospérité de l'etat , soient assurés , ce
qui ne manqueroit en jouissances personnelles
, je le retrouverai , et bien au - delà ,
dans la satisfaction attachée au spectacle
journalier de la felicite publique.
N
Signé, LOUIS .
On a proposé de décreter sur le- champ
tous les articles contenus dans cette lettre.
Des applaudissemens , des cris de vive le
Roi annoncent au President qu'il n'a pas
besoin de mettre la question en délibération.
L'Assemblée décide que la lettre du Roi
sera elie même le Decret , et qu'on insérera
seulement au bas que toutes les dispositions
ont éte unanimement decretees , et par accla
mation.
I vj
( 192 )
Le douaire de la Reme est fixé à une
somme annuelle de 4 millions.
L'Assemblée décrète en outre que son Président
se retirera devers le Roi pour lui porter
la résolution de l'Assemblée et les témoignages
de son amour et de son respect.
DU JEUDI 75 JUIN,
L'Assemblée Nationale , s'étant rendue à
la Procession de l'octave de la Fête - Dieu ,
n'a pu reprendre ses travaux qu'à 5 heures
du soir .
M. de Bonnay , qui avoit suppléé la veille
M. l'Abbé Syeyes , auquel sa foible sarté
n'avoit pas permis de remplir les fonctions .
de Président , a dit : Conformément à vos
ordres , Messieurs , je me suis retiré par devers
le Roi. Pressé par les circonstances , je
n'avo's pas eu le temps de préparer un Discours
; je n'en ai pas moins essayé de rendre
au Roi tout l'empressement avec lequel vous
Vous étiez conformés à ses desirs. Sa Majesté ,
encore plus sensible au mouvement de l'Assemblée
qu'à sa délibération même , m'a
répondu : « Je suis fort touché de l'empres
sement que l'Assemblée Nationale a mis dans
la détermination dont vous me faites part ;
je le suis particulièrement de sa résolution
pour ce qui concerne la Reine , et je vous
prie , Monsieur , d'en témoigner à l'Assemblée
ma reconnoissance.
Même sensibilité , même reconnoissance
de la part de la Reine.
Une Députation de l'Assemblée Electorale.
du Département de Seine et Marne a exprimé
, dans une Adresse dont l'Assemblée,
a ordonné l'impression , sés sentimens de reconnoissance
pour les Décrets de ce Corps
( 193 )
auguste , et pour le meilleur des Rois ; en
voici quelques phrases : « On s'écrie que
vous avez passé vos pouvoirs ; que vous avez
avilile Trône . Nous avons demandé une Constitution
libre et monarchique. Le Monarque
règne sur la France , et les acclamatious du
Peuple lui annoncent la reconnoissance"
qu'inspirent son patriotisme et ses vertus.
Quelles idées ces hommes ont- ils donc de
la grandeur royale , s'ils ne la mesurent pas
sur l'élévation de ceux qui obéissent ? la différence
est grande entre régner sur des esclaves
, ou bien sur des hommes libres , pénétrés
de la sagesse des Lois auxquelles its'
obéissent.
M. Voidel a demandé que l'Assemblée
pressât la Sanction du Décret provisoire
rendu sur la Mendicité , ce que les nouvelles
qui arrivent de toutes les parties du Royaume
au Comité des Recherches ont fait reconnoître
infiniment urgent. A cette occasion ,
M, de la Coste ayant fait lecture d'une Lettre
de M. le Maire de Paris , qui prépare pour
la Capitale la prompte exécution de ce Dé-.
cret , l'Assemblée a adopté le projet suivant
:
14 L'Assemblée Nationale autorisé la Municipalité
de Paris , en exécution de son
Décret du 20 Mai sur la Mendicité , à faire
évacuerle Couvent des Récollets du faubourg
St. Laurent , et celui des Dominicains de la
rue St. Jacques , pour être provisoirement
employés à servir , soit de dépôt aux Mendians
infirmes , soit d'atelier de travail pour
les Mendians valides. "
"
Elle charge de plus la Municipalité de
Paris de prendre sur les fonds qu'elle est
autorisée à percevoir par le Décret du 8
( 194 )
Juin , pour assurer les moyens de subsistance
aux Religieux de ces deux Maisons.
soit qu'ils veuillent ê re transferes dans
d'autres Couvens de leur Ordre , soit qu'ils
déclarent vouloir jonir du bénéfice des Décrets
des 19 , 20 Fevrier et 21 Mars dernier.
M. de Crillon l'aîné a proposé au nom du
Comite Militaire un projet de Décret provisoire
pour le rétablissement de la subordination
dans l'armée ; il en a fait sentir la
necessite , d'apres les nouvelles afflig antes
communiquées par le Ministre de la Ĝuore.
Plusieurs Membres ont demande qu'on'
passat à l'ordre du jour ; mais l'Assemble
à decidé que la discussion s'ouvriroit sur le
rapport de M. le Marquis de Crillon .
M. de Puységur , ' Colonel du Régiment
d'Artillerie , en garnison à Stra -bourg , parois
ant à a Barre , annonce que les ennemis
du bien public vont jusqu'à prodiguer Pargent
dans les garnisons , pour ecarter les
Soldats François de leur devoir ; il a constaté
ce fait , en offrant en don patriotique'
une somme de 245 liv . , remise par un inconnu
, à M. Maugin , Caporal de son Régiment
, et dont le brave Soldat n'a pas
voulu profiter. Puisse un pareil exemple déconcerter
les ennemis de l'oi dre , a t -il ajouté.
M. le President applaudissant au patriotisme
de M. Mai gii , a charge son Colonel
de lui témoigner sa sa.isfaction .
L'Assemblea ordonné l'envoi de l'Adresse "
et de la reponse à tous les Régimens de
France.
M. le Chevalier de Murinais a desiré que
l'action de M. Maugin fure compensee par
la distinction honorable d'être mis hors de
1
( 195 )
rang, pour assister à la Fédération patrio--
tique du 14 Juillet.
M. le Marquis de Crillon a repris la lecture
du projet de Decret proposé par le
Comité Militaire , en promettant de mettre
ince samment sous les yeux de l'A semblee
les détails de plusieurs fai s arrivés dans les
Provinces , où des Soldats se sont permis de
renvoyer les Officiers de leurs Regimens.
M. Charles de Lameth a dit : « Les Mi-'
nistres , car ce plan est le même que celui
qui vous a été présente à la suite de la
lettre de M. de la Tour du Pin , les Ministres
vous proposent de déliberer sur des effets
qu'ils affectent de prendre pour les causes,
La cause des Soldats est celle du Peuple……….
Vous commettrież une faute tres - grave , si ,
sans examen , vous décrétiez un biame genéral
de tous les mouvemens de l'armée ,
qui prennent aux yeux du Legislateur divers
caracteres. Je sais fort bien qu'il y a des
fautes sans excuse ; si on en a connoissance
qu'on les dénonce au Comite des Recherches
, mais qu'on n'aille pas englober foute
Varmee dans un Decret de blame.... Vous
touchez à l'époque où l'armée va ere organisee
: attendons la cette heureuse époque. Je
dis doné qu'il n'y a pas lieu à déliberer sur
le Décret proposé.
T
Ce discours est vivement applaudi , et
P'opinion de M. de Lamoth appayre par un
fait particulier arrive à Laon , que cite M.
de la Ville au Bois, régnoit depuis longtemps
dans le Régiment de la Reine , Dragons
, une insubord nation effayante; l'ordre
s'est rétabli depuis le pacte federatif d- la
Municipalité et de la Garde Nationale de
Laon avec le Regiment. Les Dragons ont
( 196 )
ramené eux- mêmes un Officier qu'ils avoient
destitué , en déclarant qu'ils vouloient dé-.
sormais lui obéir comme aux autres Chefs ;
il en
sera de même , a - t-il ajouté , dans
toute l'armée , après la Fédération générale
qui doit avoir lieu à Paris , le 14 Juillet. -
Ne proposons donc aucun Décret avant cette
époque.
Le Décret est renvoyé à un nouvel examen
du Comité Militaire , et l'Assemblée
repasse à l'ordre du jour.
On étoit resté dans la dernière Séance
à l'article IV du titre second . Voici la teneur
des articles qui ont été décrétés dans
cette Séance.
и
IV. Sur la première nouvelle que le Procureur-
Général- Syndic du Département re
cevra de la vacance du Siége Episcopal par .
mort , démission ou autrement , il en donnera
avis aux Procureurs - Syndics des Dis- ,
tricts , à l'effet par eux de convoquer les
Electeurs qui auront procédé à la dernière.
nomination des Membres de l'Assemblée administrative
; et en même- temps , il indiquera
le premier jour de la quinzaine avant
le temps où se devra faire l'election de l'Evéque.
#
V. Si la vacance du Siége Episcopal
arrivoit dans l'année où doit se faire l'élection
des Membres de l'administration de
Département , l'élection de l'Evêque seroit
différée et renvoyée à la prochaine Assemblée
des Electeurs .
"
"
VII. Pour être éligible à un Evêché , il
sera nécessaire d'avoir rempli les fonctions
du ministère ecclésiastique dans le Diocèse ,
au moins pendant dix ans , soit en qualité de
( 197 ).
Curé dans une Paroisse , soit en qualité de
Vicaire pendant quinze ans. »
DU VENDREDI 11 JUIN.
M. Delhbecq a annoncé à l'Assemblée le
serment civique prêté à la Fédération qui
vient de se faire à Lille.
M
Si vous avez été constamment affligés ,
a- t- il dit , des nouvelles que yous avez reçues
des Provinces du Midi , vous aurez lieu
d'être satisfaits de celles des Provinces du
Nord : le caractère mesuré et réfléchi de '
leurs habitans , leur position , leurs habitudes
, avoient pu retenir les élans de leur
patriotisme ; l'influence d'un Clergé nombreux
, l'exemple des Brabançons qui veulent
la liberté d'une maniere si opposée à
la nótre , ont pu les empêcher de s'y livrer:
mais si pourtant 50 millions de soumissions
pour l'achat des biens ecclésiastiques ; si
les Adresses de Dunkerque , d'Arras , etc.
ne parloient pas assez pour les Départemens
du Nord vous aurez de nouvelles
preuves de leur amour pour la liberté , lorsque
les Députés extraordinaires de Lille.
vous auront rendu compte de la Fédération
qui vient de se faire sous les murs de cette
dernière Ville , entre les Gardes Nationales
des Départemens du Nord , dupas de Culais ,
de la Somme , et les quatre Régimens en
garnison à Lille ".
"
Voici le serment qui y a été unanimement
prononcé :
(
Nous , Citoyens - Soldats et Soldats - Citoyens
, jurons sur l'autel de la patrie , en
présence du Dieu des Armées , et sur nos
armes , d'être toujours fideles à la Nation ,
« à la Loi , au Roi , et de maintenir de
"
"..
( 198 )
'
"
tout notre pouvoir , contre les ennemis
du bien public , la Constitution décrétée
" par l'Assemblée Nationale et sanctionnée
le Roi. "
"
par
"
Jurons aussi de rester à jamais unis
et de prêter secours à nos Frères , tous
les François , toutes les fois que nous en
serons requis légalement « .
2
Un Membre ecclésiastique , Député de
Provence , s'est plaint de ce que le commencement
de ce récit injurioit les Provinces
méridionales.
M. Bouche , Député d'Aix : « Il n'est que
trop vrai que les nouvelles des Provinces
méridionales ont dû souvent affliger l'Assemblée
je ne trouve rien d'insultant pour
les Méridionaux dans les expressions du
Préopinant ; mais je puis répondre d'une
manière honorable , et par un fait aussi
consolant que celui qu'il a rapporté.
Le Régiment de Vexin s'est rendu à
Aix , suivi de 1500 brigands , pour demander
au Régiment de Royal- Marine , raison d'une
prétendue insulte qu'il disoit en avoir reçue .
Les deux Régimens étoient en présence et
sur le point d'en venir aux mains , lorsque
le Maire d'Aix se présenta seul au milieu
d'eux après avoir employé inutilement
toutes les prieres , toute la force des rai-´
sonnemens et des exhortations les plus touchantes
, pour ramener les deux partis à la
conciliation et à la paix : " Hé bien ! s'écriat
-il , puisque vous ne voulez pas vous rendre
« à mes prières , tirez sur moi le premier , afin
queje ne sois pas témoin des excès auxquels
vous allez vous livrer » . Ces mots ne furent
pas plutôt prononcés que , des deux côtés ,
on jette les armes , on se précipite aux
"
( 199 )
t
genoux du Maire , on s'embrasse : il reconduit
les deux Régimens dans la Ville , et
s'en sert pour expulser les brigands qui s'y
étoient rendus des quatre parties du Midi ,
et qui avoient suivi ces Régimens pour se
livrer au pillage.
"
En ce noment , les Citoyens d'Aix et
les Soldats réunis s'occupent d'élever un
monument en l'honneur du Maire , au courage
et à la sagesse duquel les deux Régimens
et la Ville entière doivent leur salut .
L'examen des titres de MM . de Faucher ,
qui s'étoient présentés pour Députés de
Bazas , les ayant fait juger insuffisans , la
décision suivante a été prononcée d'après le
rapport de M. Bouche.
L'Assemblée Nationale décrète qu'il y
a eu erreur de fait dans le Décret qui étoit
intervenu à l'occasion des Sieurs de Faucher,
lequel demeurera comme non - avenu . ".
M. le Chapelier , Membre du Comité de .
Constitution , a fait lecture d'une Adresse
d'une Société établie dans le Département
de la Corrèze , sous le nom d'Amis de la
révolution. Ils se plaignent de la lenteur
qu'apportent les Commissaires du Roi à la
formation des Administrations du Département
, qu'ils ont dessein de reculerjusqu'au
15 juillet. Le Comité de Constitution n'a
pa se dissimuler qu'en effet les Assemblées
primaires de ce Departement n'étant pas
encore formées , tandis que la majeure partie
des Administrations sont déja en activité
daus les autres , il existoit de la lenteur
dans les operations des Commissaires , quelles
qu'en fussent les causes. Il a proposé un
projet de Décret , qui a été rendu general à
tous les Departemens en retard :
( 200 )
་་
66
"

44
"
་་
.10
68 L'Assemblée Nationale décrète que son
Président se retirera vers le Roi , pour le
prier d'ordonner à ses Commissaires nommés
pour l'etablissement des Administrations
de Département , et notamment à
ceux du Département de la Corrèze , de
suivre leurs opérations avec exactitude ,
de les accélérer , s'il est possible ; d'agir .
conformément aux Décrets de l'Assemblée
Nationale , et de l'instruire de la suite
de leur travail ».
M. l'Abbé Gouttes , au nom du Comité
des Finances , a propose de décréter que le
Comité seroit charge de déterminer les indemnités
à accorder aux personnes qui ont
le plus souffert de la révolution , et notam
ment aux Veuves des Personnes tuées au
siège de la Bastille . Le Roi , les Ministres ,
la Municipalité de Paris , avoient déja pressé
l'Assemblée à ce sujet .
M. le Camus a observé que ces dispositions
faisoient partie du travail du Comité
des Pensions.
M. de Foucault : « Le seul moyen que vous
ayez de dédommager ceux qui ont perdu
à la révolution c'est de la terminer. Accélérez
l'organisation des Tribunaux , de
l'Armée , etc. le nouveau régime des Finances
, des Départemens , etc. et c'est alors
que vous saurez quels sont ceux qui auront
perdu à la révolution , et ceux qu'il faudra
dédommager. Je demande qu'on passe à
l'ordre du jour " . ་་ .
M. le Couteux de Canteleu a présenté à
l'Assemblée le tableau de la contribution
patriotique qui s'élevoit à 72,912,000 l . Ce
tableau sera affiché tous les huit jours dans
la salle des séances .
( 201 )
Il a rendu compte ensuite de différens
Memoires présentes au Comité des Finances
relativement à la fonte des cloches que la
suppression des Couvens va rendre inutiles.
La question a été ajournée à deux mois :
l'analyse des Mémoires sera imprimée , et
l'Assemblée invite les Artistes à faire de
nouvelles recherches sur la division des
métaux .
,
M. le Comte de Mirabeau , prenant la
parole a dit : « Messieurs , Francklin est
mort , cet homme qui affranchit l'Amérique ,
et versa les lumières dans les deux mondes .
L'étiquette des Cours a assez long - temps
proclamé des deuils hypocrites ; il apparte
noit aux Représentans des Nations de ne
proclamer que la mort des véritables héros.
Le Congres d'Amérique a ordonné deux
mois de deuil . Ne seroit - il pas digne de
vous de participer à cet hommage rendu à
un des plus grands hommes de l'univers?
"
"
L'Antiquité eût dressé des Autels à
celui qui , embrassant le ciel et la terre , sut
dompter la foudre et les tyrans. Ne nous
sera- t- il pas permis de donner du moins un
témoignage de regret et de souvenir à un
des plus zélés amis de la Liberté ?
"
"
Je demande que l'Assemblée décrète
qu'elle portera pendant trois jours le deuil
de Benjamin Francklin.
avoir. L'Assemblée , non contente
de Cette Motion a eu le succès qu'elle devoit
qu'elle porteroit le deuil de ce grand homme
pendant trois jours , à compter du Lundi 14 ,
a chargé son Président d'écrire au Congres.
M. le Brun a repris , au nom du Comité
des Finances , la série des Décrets sur la
dette publique ; il a lu le Rapport sur lest
( 202 )
remises , et les moins imposés , à la suite
duquel il a présenté le Projet de Décret
suivant :
" Il ne sera plus accordé de décharges et
modérations , et le montant des impositions
destinées au Trésor public , y sera versé sans
aucune déduction. "
Plusieurs Députés des Pays d'Etat , et
sur-tout MM. Fermont et le Chapelier , au
nom de la Bretagne , ont réclamé contre
l'injustice de cette disposition , si elle étoit
appliquée au régime actuel d'imposition .
Les décharges et modérations accordées à
leurs Provinces n'étoient point des graces
ou des bienfaisances , mais des conditions
qui avoient servi de bases au consentement
des Etats. Ils ne consentoient une somme
quelconque d'impôts , que sous la stipulation
expresse qu'il leur seroit accordé tant de
reinise. Quelque vicieux que fût cet ancien
régime fiscal , qui consistoit à donner d'une
main pour reprendre de l'autre , les Contrats
n'en devoient pas moins être exécutés jusqu'à
l'établissement d'un nouveau régime .
Cette question étoit liée à celle de savoir
si les dépenses extraordinaires seroient à la
charge des Départemens , où s'il seroit fait
un fonds public de secours pour être, distribués
annuellement par les Législateurs , proportionnellement
aux besoins des Départemens.
Le Comité d'impositions s'est opposé
à ce que l'Assemblée préjugeât cette question
, qui fait partie de son travail . Elle
demeure ajournée indéfiniment ; mais à comp
*ter de l'organisation du nouveau systéme , les
impositions directes réelles et personnelles ,
seront réparties et recouvrées aux frais des
'Départemens. Les fonds en seront versés dans
( 203 )
le Trésor public , sans déduction , et même
sans frais de transport des espèces."
L'assiette des Communautés dans les Pays
d'Election , Pays conquis , et la plupart des
Pays d'Etats , est à la charge de ces Communautés
.
Total des frais des recettes générales .
Répartition . 802,000 liv.
Premier degré de perception.....
716,020
Deuxième degré.. 3,169,583
Troisième degré . 1,986,854
Comptabilité.... 500,095
Administration générale ... 188,650
générales 102,007
Caisse générale des recettes
7,465,209 liy.
Economies futures qui s'opéreront , soit
par des suppressions , soit par le renvoi de
diverses fonctions aux Administrations de
Départemens .... 4,645,238 liv.
A la suite de ces aperçus , qui se trouvent
développés dans le Rapport , il a été décrété
que ,
(6 Les traitemens des Fermiers - Généraux
demeureront fixés , pour la présente année ,
à 600,000 liv .
"
Les remises qui leur seront faites sur
les droits régis , ne pourront excéder la somme
de 500,000 liv.
"
II. Les appointemens des Bureaux de
l'Hôtel des Fermes seront réduits à 500,000l .
L'augmentation de traite - Mad
ment des Employés desdits Buįsi
reaux à ibbs
Les gratifications ordinaires
à
Extraordinaires à
T
100,000 . live
40,000
liv.
40,000
liv.
( 204 )
" L'augmentation de traitement
des Brigades pour les
objets régis , à .
" Les gratifications de fin de
bail seront supprimés .
C
« Les honoraires du Conseil
seront réduits à
« Le traitement de l'Architecte
de la Ferme .
100,000 liv.
20,000 liv.
1,000 liv.
« Le traitement accordé aux principaux
Employés pour leur ter lieu d'une place
supplémentaire de Fermier - général , sera
supprimé. "
" Le traitement des Commis préposés à la
descente des sels , sera supprimé .
" La gratification au Contrôleur des Sables
d'Olonne sera supprimée .
"
L'augmentation de 2 sols par minot de
sel des Salines d'Hieres , ne sera plus à la
charge du Trésor public .
u
Les frais de compte de la Ferme générale
et des parties en régie , les épices aux
différentes Chambres des Comptes do royaume
, ser at pareillement supprimees , à compter
du premier Janvier.
Γι f Les Directeurs et Contrôleurs n'agrónt
plus de remises sur le produit des saisies ,
mais seulement sur l'excedent des produits."
" L'Assemblée Nationale prendra en considération
la situation et les services des Employés
qui seront supprimés .
DU SAMEDI 12 JUIND
A la lecture du Procès-verbal de Jendi .
on a décrété , par addition sur la Motion de
M. Martineau , que pour être éligible à une
Cure , il faudra avoir été cinq ans Vicare ,
ou avoir exercé telle autre fonction que l'Assemblée
( 205 )
semblée déterminera ; et par suite , que pour
être éligible à un Evêché , il suffira d'avoir
servi dans le Diocèse pendant quinze ans ,
soit en qualité de Curé , soit en qualité de
Vicaire .
M. de Liancourt a proposé de répondre
aux difficultés élevées par M. Necker , relativement
à l'exécution du Décret concernant
la mendicité , que l'Assemblée , en l'invitant
à l'accélérer , s'en rapporte à lui sur le meilleur
mode.
+
M. Target a desiré , pour la ville de Caen ,
la réunion de l'ancienne Milice Bourgeoise
avec la Garde Nationale ; et sur la demande
de M. de Landine , que le Projet de Décret
fût rendu général , l'Assemblée a prononcé ,
« 1° . Que dans le courant du mois qui
suivra la publication du présent Décret , tous
les Citoyens actifs des Villes , Bourgs et
autres lieux du Royaume qui voudront conserver
l'exercice des droits attachés à cette
qualité , seront tenus d'inscrire leurs noms ,
chacun dans la Section de la Ville où ils
seront domiciliés , ou à l'Hôtel commun , sur,
un registre qui y sera ouvert à cet effet pour
le service des Gardes Nationales. "
+
« 2 ° . Les enfans des Citoyens actifs , âgés de
18 ans , s'inscriront pareillement sur le même
registre ; faute de quoi , ils ne pourront ni
porter les armes , ni être employés , même
en remplacement de service. "
"
3°. Les Citoyens actifs qui , à raison de
la nature de leur état , ou à cause de leur
âge et infirmités , ou autres empêchemens
ne pouvant servir en personne , devront se
faire remplacer , ne pourront être remplacés
que par ceux des Citoyens actifs et de leurs
N. 25. 21 Juin 1790. K
( ~206 )
enfans qui seront inscrits sur ces registres
en qualité de Gardes Nationales,
11
4. Aucun Citoyen ne pourra porter les
arraes , s'il n'est inscrit de la maniere qui
vient d'être réglée ; en conséquence , tous
Corps particuliers de Milice Bourgeoise ,
d'Arquebusiers ou autres , sous quelque dénomination
que ce soit , seront tenus de s'incorporer
dans la Garde, Nationale , sous .
P'uniforme de la Nation , sous les mentes .
Drapeaux , le même régime , les mêmes
Officiers., le même Etat-Major. Tout unifornie
différent , toute cocarde autre que la
cocarde Nationale , demeurent réformés ,
aux termes de la Proclamation du Roi; les,
Drapeaux des anciens Corps et Compagnies
seront déposés à la voûte de l'Egrise principale
, poury demeurer consacres a l'anion ,
à la concorde , à la paix . »
M. Malouet a donne lecture de l'état des
dépenses nécessaires pour l'armement de la
Méditerranée ; état qui sortoit de l'examen
du Comité de la Marine. La dépense de .
14 vaisseaux de ligne , 14 fregates , 14 cor- 2
vettes , 6 avisos , 2 flutes et 2. gabarres , doit
s'élever , pour le premier mois , a cause des
réparations et de la monture de l'equipage.
à 2,660,000l . pour le 1 .; second, à 1,917,885 l..
Les dépenses de ces deux premiers mois , étant
très- instantes à décréter , ont été séparées
de celles des mois suivans , et votées par
l'Assemblée.
M. le Brun a repris son Rapport sur l'Administration
de la Régie générale , qui doit
finir en 1792. Après quelques debats entre
lui , MM. Préteau et Goupil de Préfeln , qui
vouloient une réduction plus forte que celle
qu'il proposoit , quoiqu'un Membre du Co(
207 ) mité soutînt que la Régie étoit faite avec
beaucoup d'économie , la décision suivante
est intervenue :
« L'Assemblée Nationale , sur le Rapport
de son Comité des Finances , décrète ce qui
suit :
Art. L. Les Régisseurs - généraux con
serveront les droits de présence qui leur out
été accordés ; et les remises qui leur seront
allouées , seront calculées de manière à ne
pas excéder 700,000 liv. W
(s II. Il sera fait une réduction de 50,000 1 .
sur les Bureaux et Employés , sauf augmen
tation , s'il y a lieu , d'après le Rapport de
son Comité. D
H. L'abonnement fait avec les Fermiers
des Postes sera résilié .
R IV. Le Ministre des Finances s'occu
pera d'opérer et de mettre sous les yeux de
I'Assemblée Nationale , toutes les économies .
que permet de faire la suppression des différens
droits ; les étrennes seront supp : imées
. »
M. le Rapporteur a passé ensuite à la
Régie générale des Domaines. Il proposoit
de fixer le traitement des Administrateurs ,
à compter du premier Janvier 1790 , à la
somme de 760,000 1. partagées entre eux à
raison de leurs intérêts respectifs .
· M. Fréteau a soutenu que cette réduction
ne devoit s'arrêter qu'à 450,000 1. ce.dai
feroit encore près de 16,000 l . par an pour
chaque Administrateur.
MM. Richier et Nourrissart ont fait ob
server que les Régisseurs avoient fourni
chacun un fond de 1,200,000 1. dont ils
avoient emprunté la majeure , partie à un
taux très - onéreux .
Kij
( 208 )
Détruisez les croupes , s'est écrié là - dessus
M. Fréteau , c'est - là le service que vous
devez aux Régisseurs. Derrière l'Administrateur
, il se trouve des Seigneurs , des
Personnes riches et protégées du Gouvernement
, qui , pour un prêt modique fait au
Régisseur pour son cautionnement , ou même
par la faveur , retirent annuellement une.
partie considérable du bénéfice du Régisseur.
Je connois un Croupier qui a exigé
d'un Régisseur , outre le remboursement de
son capital , la moitié du produit de sa
place , et qui a reçu deja plus de 500,000l.
en sus.
M. le Camus , assis à côté de M. Fréteau ,
s'est levé à l'instant , l'état des croupes en
main il en a donné lecture à l'Assemblée ..
Toutes ces croupes sont enregistrées au
Conseil. Plusieurs ne paroissent être que le
produit de la faveur ; l'autorité en chargeoit
arbitrairement un Régisseur , sans aucun
baillement de fonds ; d'autres sont des arrangemens
de famille .
Il a été décidé , à l'unanimité , que les
croupes sur les emplois et affaires de Finances
, sont supprimées , à compter du premier
Janvier 1790 .
M. le Camus a motivé la réduction du
traitement des Régisseurs , sur ce que les
Assemblées de Département rendront leur
travail presque nul ; que 16000 1. de rente
doivent suffire à des gens de cabinet , surtout
quand le luxe va tomber ; qu'il est de.
l'intérêt des moeurs que des fortunes scandaleuses
cessent de leur insulter , etc.
"
"
« L'Assemblée Nationale décrète ( sur la
motion de M. Camus ) que les traitemens
des 28 Administrateurs généraux des Do
( 209 )
14
maines seront fixés , à compter du premier
. Janvier dernier , à la somme de 450,000 I.
qui sera répartie entre eux par portions
égales et individuelles " .
44
་་
Če Décret a été rendu presque à l'unanimité.
M. le Brun , Rapporteur , qui s'y
étoit opposé , a invoqué , en faveur de son
opinion , le premier Décret porté au commencement
de cette discussion , qui fixoit
le traitement de 28 Régisseurs de la Régie
générale , qui avoient fourni le même cautionnement
, à 700,000 1. au lieu de 450,000 .
M. Fréteau , qui s'étoit pareillement élevé
contre cette première fixation , avoit eu
soin d'y ajouter , par amendement : Saufà
augmenter cette réduction , d'après les renseignemens
qui seront fournis par le Comité
des Finances.
L'Assemblée Nationale décrète que le
Décret sera rapporté , pour être statué de
" nouveau ce qu'il appartiendra " .
60
M. Roederer a dit que son Comité étoit
d'avis de conserver l'impôt sur le Tabac , et
de dédommager les Provinces frontières en
possession de le cultiver.
Fin du Mémoire de M. NECKER.
Le produit de la Ferme du tabac a diminué
; mais , avec une volonté bien positive
de soutenir cette perception , le revenu qu'on
en pourroit tirer surpasseroit de quelques
millions le prix du bail . On ne répétera pas
ici ce qui a été dit si souvent en faveur de
ce genre de revenu ; ce n'est pas une chimère
que les inconvéniens attachés à une
trop grande masse d'impôts placés sur les
terres ; et la division des charges publiques
Kiij
( 210 )
entre ces sortes d'impôts , et les droits qui
se payent librement , a paru convenable dans
tous les pays et encore , plus chez les Nations
où les contraintes qu'exige la levée des impôts
directs contrastent avec l'esprit de la
Constitution .
" Il résulteroit cependant des diverses observations
précédentes , si on les trouvoit
justes , qu'il resteroit uniquement à remplacer
les vingt millions de déficit sur la Gabelle
"
་་
Joignons y le besoin de vingt autres
millions , soit pour balancer les mecomptes
dont une partie des dispositions que j'ai indiquées
paroîtroit susceptible , soit pour
subvenir à quatre ou einq millions de dépenses
nouvelles dont il n'a pas encore été question
, et qui sont relatives aux frais du Tribunal
de Révision et des Législatures annuelles
, soit enfin pour préparer à l'avance
un fonds permanent d'amortissement ; car
dans les premieres années les fonds destinés
à la Caisse de l'Extraordinaire suffiroient
aux remboursemens que l'Assemblée Nationale
jugeroit à propos de déterminer. "
"
Il y auroit donc en tout , selon mes hypothèses
quarante millions de revenu aunuel
à trouver , et dont la moitié seroit le simple
remplacement d'un impôt supprimé. »
Plaçons maintenant près de cette somme
le tableau des principales ressources à la
disposition de la Nation , et entre lesquelles
il lui suffit de faire un choix.
« 1 °. L'Imposition établie sur les ci - devant
privilégiés , destinée cette année à diminuer
l'ancienne contribution de la classe de Citoyens
assujettis seuls autrefois à la tille ,
peut , je crois , être évaluée à plus de trente(
211 )
deux millions , et voici sur quoi je fonde cette
conjecture :
3 ) On connoitle produit de l'impôt sur lés
-anciens privilégiés , pour les six derniers
mois 1789 , dans un nombre de 16,805 Coinmanautes
, parmi lesquelles il en est d'assu→
jetties à la taille réelle et à la taille personnelle
, et lérésultat se memte å 6,598,000 1 .
On ignore encore le produit de ce même
impôt dans 24,364 Communautés ( 1 ) ; mais
en pardant des mees proportions le resultat
-servit de¹9 /62y , eto liv.34*
་ ་
« Ces deax somures forneroient ensemble
16,227,000 liv . pour l'impot des Privilégiés ,
pendant les six derniers mois 1783 , somme
equivalente à 32,454,000 l . pour une année. "
2. Les Vingtiemes sont répartis d'une
-maniere tres - inegale , soit entre les Provinces ,
soit entre les Particuliers , et il s'en faut considérablement
que leur produit total soit égal
aui nevieme du revenu uet , représenté par
des deux Vingtremes et les quatre sous pour
livre en sus du premier. »
3 L'impot sur les successions indirectes ,
le moins sensible de tous , et qui est aujourd'hui
d'un centième , pourroit être augmenté ;
et, en l'étendant en même temps aux immebles
fictifs , on se procureroit un nouveau
revenu de quelques millions .
nji
C
ob ( 1) yagun doat 42,894 Coinmunautés
dans le Royaume ; mais par la nature des
impositions dans le diuinaut , le Cambresis , la
Flandre et l'Artois , les Roles de supplément
pour lesthrivilegies se réduiront au plus modique
objet ; ainsi on ne les a pas compris
dans le calcul ci -dessus .
Kiv
( 212 )
44
4° . Le centième denier sur la vente des
immeubles s'accroîtra par la rentrée dans la
circulation de tous les biens du Domaine et
du Clergé ; et l'on voit encore dans l'éloignement
que ce droit , à l'époque où le rachat
des droits de lods et ventes auroit éteint
tous les autres frais de mutation , pourroit
être un peu plus fort sans un grand inconvénient.
"
5°. Le revenu des Postes seroit augmenté
par la confection d'un nouveau tarif, et par
des dispositions encore plus sévères relativement
aux franchises et au contre - seing ,
et il surpasse déja d'environ 1200 mille liv.
la somme passée dans le compte des revenus
et des dépenses fixes du 1. Mai 1789. »
46
>
6°. Une meilleure administration des bois
du Domaine en augmentera peut- être le produit
d'une manière sensible.
60
"
7. Telle disposition que l'Assemblée
Nationale adopte relativement aux Domaines
engagés , il en résultera successivement un
accroissement de revenu . ”
3º. Plus de cent, millions de rentes viagères
sont comprises dans les charges fixes et annuelles
de l'Etat. Toutes ces rentes cependant
s'amortiront graduellement. "
"
9. Il paroît impossible que l'Assemblée ,
après s'être mise en possession des biens du
Clergé , et les avoir déclarés nationaux , ne
trouve pas dans cette richesse , toutes dépenses
payées , une grande augmentation de
revenus et de moyens. "
10°. L'introduction , chaque année , de
nouvelles richesses numéraires en Europe ,
et dont la France a sa grande part , accroît
progressivement le produit des droits sur les
consommations , et rend le paiement des im(
213 )

K
"
pôts directs plus facile . Les dépenses sans
doute augmentent dans le même degré ; mais
les intérêts de la dette publique n'étant pas
susceptibles de variation , l'Etat éprouve un
allégement graduel , proportionné à l'étendue
de cette même dette , et à la quotité des
autres charges annuelles dont la fixation n'éprouve
de changement qu'à longue distance . »
11. Enfin parmi les ressources on doit
mettre en ligne de compte tout ce qu'une
Assemblée où regnent tant de lumières , tout
ce qu'une nation mise en mouvement vers le
bien public , découvriront successivement
d'abus encore inconnus à réformer , et d'améliorations
utiles à provoquer ou à faire. »
Quelles idées ne réveillent pas , Messieurs
, cet indice abrégé de nos immenses
ressources ! On a du plaisir , ce me semble ,
à présenter un pareil tableau et aux amis et
aux ennemis de la France . Il donne encore
plus de beauté à la noble , grande et salutaire
déclaration que vous avez faite de
votre amour pour la paix et de votre éloignement
pour toute espèce d'agrandissement de
l'Empire François . Quel magnifique Royaumė
est donc celui qu'aucun événement , aucune
suite d'abus , aucune division intérieure ne
peuvent faire périr . Et pour mettre en oeuvre
tant de moyens , ce n'est pas de votre zele ,
ce n'est pas de vos lumieres dont on peut
être en defiance ; il est impossible de ne pas
rendre hommage à cet enchaînement d'idées ,
à cette confederat on de connoissances , à
cette accélération de travaux qui vous font
parcourir tant d'espace d'une maniere si frappante
et si distinguée. Cependant on reste inquiet,
vous ne pouvez vous le dissimuler , et ce
sentiment dérive d'une seule considération ,
Κι
( 214 )
.
mais d'une considération de telle nature
qu'elle s'unit à tout , qu'elle environne tout ,
et qu'elle tient encore en suspens les grandes
esperances que tant de motifs puissans auto
riseroient à concevoir. On est justement effrayé
de l'insubordination genérale qui règne
dans le Royaumes et lespectacle des désordres
qui éclatent de toutes parts , entretient dans
les esprits la plus pénible incertitude. On voit,
en considérant votre grand ouvrage , les plus
hardies conceptions , la marche la plus imposante
; mais toutes les parties de votre
vaste édifice ne sont encore unies que par
des combinaisons nouvelles dont aucune expérience
ne démontre la stabilité. Vous avez
bien décrit l'ordre successif des autorités ,
vous avez bien fixé l'échelle graduée du commandement
; mais jusques a présent les derniers
rangs n'obéissent point aux premiers ,
et l'on ne voit pas encore établis ces rapports
de crainte et d'espérance , ces justes proportions
de considération et de puissance , qui ,
en suppléant à l'ascendant des anciennes distinctions
, devront entretenir la subordination
par des moyens simples et par des mouvemens
faciles. Enfin , dans le temps où la
surveillance active du pouvoir executif suprême
est devenue infiniment plus difficile
et plus néessaire que jamais , l'influence du
Gouvernement s'affoiblit chaque jour , parce
que chaque jour il y a moins d'intérêt à mériter
son approbation . Il ne peut néanmoins vous
échapper que dans un Royaume de vingtcinq
mille lieues carrées , et qui contient une
population de vingt- six millions d'ames , le
maintien de l'ordre ne peut jamais dériver
uniquement des forces militaires ; ce moyen
n'eût pas été suffisant dans le temps de la
( 215))
plus parfaite subordination de l'armée , il
J'est encore moins aujourd'hui . L'autorité
Lefficace du. Monasque , celle des corps intermédiaires
entre le People et le pouvoir executif
suprême , celle même du Corps Législatif,
dépendront toujours , dans l'exécution ,
d'une juste harmonie entre le respect conimandé
par l'opinion et les degrés de supériorité
réelle que les loix, auront établis ,
La nécessité d'ao pareil équilibre peut
re moins sentie dans les premiers temps
d'une révolution , où un monvenient général
et prédominaut, produit une réunion de vo
lontés , qui supplée momentanément au défaut
de l'autorité ; mais à mesure que les
yeux personnels des Corps et des Particudiers
se marqueront , à mesure qu'ils viendrong
ensemble ou séparément traverser qu
combattre l'intérêt public , on reconnoitra
davantage encore , la nécessité absolue d'un
pouvoir suprême , occupé continuellement a
Hallier tout ce qui tend à se disjoindre , d'un
pouvoir qui soit en état de remplir ce but ,
non parl'usage habituel , et si souvent inutile
de la force et de la contrainte , mais par cette
domination , morale dont l'action , est plus
sure , plus , rapide , et qui n'entraine apres
elle i malheur , ai oppression, "
Je sais que pour vous déterminerà concourir
efficacement à toutes les dispositions
que l'ordre et le bien de l'Etat exigent , il
faut que les défiances finissent ; mais vous
rendez sans cosse un jeste hommage aux vertus
du Roi , à des vertus dont chaque jour
il donne un nouvel exemple , et ses Ministres
ne doivent jamais faire embarras dans vos
combinaisons ,, puisqu'ils renonceront av e
empressement à leurs peines et à leurs tra
K v
( 216 )
·
vaux , dès l'instant que d'autres personnes ,
désignées par votre confiance ou par l'opinion
publique , attireront sur elles l'attention du
Roi. En attendant ils chercheront , dans la
pureté de leur conscience et dans la sagesse
de leur conduite , le dédommagement de
beaucoup d'injustices , et le soutien dont ils
ont besoin contre les attaques multipliées
auxquelles ils sont exposés. "
" Je redoute peu , pour ma part , les déclamations
de ceux qui voudroient inspirer aux
´autres des sentimens qu'ils n'ont pas euxmêmes.
C'est à la vérité , c'est à elle seule
que je remets ma défense , et j'ai toujours
trouvé qu'elle étoit l'allié le plus sûr et l'ami
le plus fidèle. "
་་
Ce qui m'afflige véritablement , ce qui
me rend souvent malheureux , c'est de voir
encore entouré de hasards le succès de vos
nobles travaux , c'est de voir traversés , par
tant de passions , les efforts des véritables
citoyens et des sérieux amis du bonheur général
. Vous avez besoin sans doute de redoubler
de courage , de prudence et de patriotisme.
On ne peut calculer tous les effets
du désordre , quand il s'introduit dans une
vaste contrée ; car trop de causes , toujours
subsistantes , tendent constamment à l'accroître.
La plus nombreuse classe des hommes
sera toujours prête à se joindre à tous ceux
que des circonstances particulières mécontentent
; car les plus sages Législateurs n'ont
pu lui procurer que des bienfaits passagers ,
parce que le prix des salaires n'a jamais été
dans leur dépendance ; aussi quand on excite
le Peuple , quand on cherche à l'unir aux
passions qui nous divisent , on nuit cruellement
à ses véritables intérêts. Il a besoia
( 217 )
par-c-dessus tout que la paix règue autour
de lui , afin qu'une libre circulation multiplie
les occasions d'employer son travail
et son industrie , afin que , dans les temps
de calamité et dans ses jours de détresse , de
justes sentimens d'affection et de paternité ,
de la part des citoyens aisés , s'empressent de
suppléer à l'insuffisante protection des lois
d'ordre et de propriété. Mais le Peuple est
facile à tromper , parce que , souvent malheureux
, toute idée de changement le séduit
et doit le séduire jusqu'à ce qu'il soit
éclairé par l'expérience."
>>
Au milieu cependant de ce cours immuable
des choses et au milieu de l'inégalité
des lumières , suite inévitable de l'inégalité
des fortunes , ce fut le chef- d'oeuvre des
institutions politiques d'avoir soumis la multitude
aux Lois faites et maintenues par ses
Représentans ; mais une telle dépendance ,
si nécessaire au bonheur général et à la
tranquillité publique , ne peut être conservée
sans une autorité tutélaire et sans une
vigilance continuelle. Ainsi c'est à un même
résultat que l'on est également ramené , et
par les idées générales , et par les considé
rations du moment ",
་་
Mais il convient , je crois , de l'avoir
sans cesse présent à l'esprit , afin que l'éta
blissement solide d'un pouvoir qui doit être
le protecteur de l'ordre et le gardien des
Lois ; se combine avec toutes vos dispositions
politiques , eps'adapte ainsi sans effort
à l'élévation progre sive du grand ouvrage
de la Constitution " .
46 Je n'en doute point , le temps , cet in
vincible appui de la raison , amenera dans
sa course tout ce qui est de l'essence d'un
( 218 )
1)
grand Empire ; mais la sagesse des Légis‐
Tateurs consiste à prévoir ce qui sera commandé
par la nature des choses , afin d'user
de leur science pour fixer à tous les geures
d'autoité leurs véritables limites celies
dont la defense est facile , celles qu'oa tenteroit
en vain de franchir. Une telle mode,
ration n'est point dans une Nation un sacrifice
de ses forces , c'est leur , prudente
destination , c'est même une extension de
Tear Empire , puisque le Législateur par ce
moyen influs autant sur l'avenir que sur le
présent , ef revêt ainsi son ouvrage
ractère indestructible ».
་་
d'an ca
conme
« Abi comme tout s'applaniroit ,
'on trouveroit aisémeri le point de verite , si
nos passions po wolent se calmer , si un entiment
de paix , un commencement d'union
venoient ranim r nos espérances ! Je e
cesserai jamais de former ce veu , car je ne
pense pas que tous les chemins soient égaux
pour ativer au bai qu'on se propose . Sans
doute la liberté obtenue par les plus grands
efforts , est toujours la liberté , mais che
perdroit l'un de ses plus precicus caracteres,
si , pour la conserver , il falloit employer
les menies moyens que pour l'acquérir . C'est
sous la garde du bonheur conmigo quon
voudroit po voi la remettre ; c'est aux
sentiers d'une douce fraterifié , quen
desirevoit de l'associer. Ne peut - on point
Encore l'esperer c'est tout ce qui manque à
la plus memorable des époques ; c'est tont
ce qui obscurcit , aux yeux de l'Europe , lẹ
tableau de notre avenir » .
1
« Il me semble toujours qu'avec un esprit
de conciliation , avec des dédommagemens
nécessairement passagers , avec tous les me
( 219 )
nagemens enfin qui sont dus à ceux dont
on exige de grands sacrifices , on pourroit
en adoucir la douloureuse amertume . Que
n'a-t- on pas droit d'attendre en générosité
de ceux qui , par une suite de circonstances ,
sont devenus à la fois les plus forts et les
plus heureux ? Mais des autres aussi que ne
pourroit- on pas espérer, s'ils vouloient d'une
gloire plus remarquable qu'aucune de celles
dont on se forme l'idée ! Ils ont luité contre
l'orage , lorsqu'il n'étoit menaçan ' que pour
eux ; il seroit beau de chercher à le caliner ,
lorsqu'il commence à s's'étendre sur tout l'horison
; il seroit beau de prendre cette epoque
pour se montrer uniquement les enfans de
la Patrie , pour s'clever , dans un danger
commun , au- dessus de toutes les considé
rations personnelles , et pour dominer ainsi
la fortune par la seule grandeur de leur
ame " .
44
pros-
Que l'Assemblée entière excite , appelle
ces nobles mouvemens en se montant sensible
aux privations particulières . C'est une
erreur de penser que , sans mésure et sans
proportion , ces privations soient également
utiles à l'intérêt public , car il y a dans la
composition de toutes les federations soçiales
, une mise de confiance et d'affiction
mutuelle qui est aussi nécessaire à leur
périté , qu'aucun autre genre de contribution.
N'en doutez pas , Messieurs , les gé
nerations futures ne vous reprocheront point
les egards que vous aurez pour les hommes
du temps présent , pour ceux de vos Concitoyens
que vous détachez avec déchirement
de leur situation passée ; elles hériteront
assez de vous , ces générations , elles hériteront
assez de vos genéreux travaux : assurez
( 220 )
seulement la longue durée de vos bienfaits .
Qu'ils arrivent à eux , s'il se peut , sans avoir
coûté trop de larmes ; qu'ils arrivent à eux ,
étayés d'une épreuve heureuse et paisible ;
qu'ils arrivent à eux sur - tout , sans être plus
long- temps entachés par le sang et par la
violence. Qui oseroit déterminer les équivalens
de la vie d'un seul homme qui périt la
victime d'une injustice ? De semblables
calculs n'ont point d'élémens connus , et je
ne sais personne sur la terre qui ait le droit
de les fixer » .
" Pardonnez - moi , Messieurs , si , me
laissant aller à mes sentimens , je me suis
écarté , sans y penser , du principal sujet de
ce Mémoire ; mais vous l'auriez permis à
l'un des Membres de votre Assemblée ,
lié bien autant que personne aux affaires
publiques , j'ose attendre de vous la même
indulgence. Je pourrois douter de votre faveur
, que venant à vous , je m'expliquerois
eucore avec confiance , parce qu'il n'y a dans
mon coeur que sentimens de paix , de justice
et d'amour véritable du bien public. Je
vois d'ailleurs approcher de moi le moment
où , séparé de l'Administration , je n'aurai
plus de rapport que par mes voeux avec le
bonheur de la France ; et me transportant
déja par la pensée dans ce période de la vie ,
où l'âge et la retraite vous unissent en quelque
manière à l'impartiale équité des temps
à venir , je vous parle sans crainte comme
sans espérance , et cette situation particufiere
peut sele me rassurer contre les sentimens
de timidité qui accompagnent nécessairement
le respect dú à une si auguste
Assemblée , et le desir infini que j'aurai
toujours de vous plaire
".
( 221 )
A ce Mémoire est joint un aperçu de
l'Etat général des Finances pendant les huit
derniers mois de l'année 1790 , tant pour
l'ordinaire que pour l'extraordinaire , dont
nous présenterons seulement le résultat.
Le total des Recettes monte à 656,625,000 l .
Celui des Dépenses à....... 645,210,000
Excédent de Recette ... 11,400,000
Les pièces justificatives de chaque article ,
tant en Recette qu'en Dépense , doivent être
remises au Comité des Finances.
CONFÉDÉRATION NATIONALE.
Adresse des Citoyens de Paris à tous lés
François.
H
"
Chers frères et braves amis
Jamais des circonstances plus impérieuses
n'ont invité tous les François à se
réunir dans un même esprit , à se rallier
" avec courage autour de la Loi , et favo-
" riser de tout leur pouvoir l'établissement
de la Constitution ( 1 ).. 10
"<
»
Ce voeu que vient d'exprimer le plus
chéri des Rois , ce voeu que nous avons tous
formé , nous vous proposons de l'accomplir
aujourd'hui.
"
3)
Dix mois sont à peine écoulés depuis
l'époque mémorable où , des murs de la Bastille
conquise , s'éleva un cri soudain : François
, nous sommes libres. Qu'au même jour ,
un cri plus touchant se fasse entendre : Fránçois
nous sommes frères . »
22
(1 ) Proclamation du Roi , du 28 Mai 1790.
( 222 )
"
Oui , nous sommes frères , nous sommes
libres , nous avons une Patrie . Trop longtemps
courbés
enfin l'attitude fiere d'un People qui reconsous
le joug , nous reprenous
noit sa dignité. »
་་ L'edifice de la Constitution s'elève , et
contre lui viendront se briser les orages politiques
, les efforts de l'intérét , de l'envie
et du temps. "
« Nous ne sommes plurs ni Bretons ni Augevins
, ont dit nos freres de la Bretagne et
de l'Anjou ; comme eux nous disons : Nous
ne sommes plus Parisiens , nous sommes tous
François.
M.N
D
Vosexemples nous ont inspiré une grande
pensée , vous l'adopterez , elle est, digne de
Vous. "
" Vous avez juré d'être unis les liens par
indissolubles d'une sainte fraternité , de défendre
, jusqu'au dernier soupir , la Constitution
de l'Etat , les Décrets de l'Assemblée
Nationale et l'autorité légitime de nos Rois :
comme vous , nous avons prêté ce serment
auguste ; faisons , i en est temps , faisons ,
de toutes ces fédération's particulieres , une
conf dération générale , "
"
Qu'il sera beau le jour de l'alliance des
François ! Un people de Frères , les régé
nérateurs de Pempire , un Roi Citoyen ,
ralliés pour un serment commun à l'autel de
La Patrie quel spectacle imposant et nouveau
pour les Nations !
*
Nous irions aux extrémités du royaume
nous unir à vous pour cette solemnite ; mais
c'est dans nos murs qu'habitent nos Lég'slateurs
et notre Rói ; la reconnoissance nous
retient et vous appelle aupres d'eus : nous
leur offiions ensemble , pour prix de leurs
( 223 )
་་
vertus et de leurs travaux , le tableau d'une
nation reconnoissante , heureuset libre.
Vous serez avec nous , braves guerriers ,
nos frères d'armes et nos amis ; vous qui
nous avez donné l'exemple du civisme et du
courage vous qui avez trompé les projets du
despotisme , et qui avez senti que sauver la
patrie , c'étoit accomplir vos sermens.
"
Et vous dont la présence nous eût été si
chère , François , que les mers ou d'immenses
intervalles séparent de nous , vous apprendrez
, ea recevant l'expression de nos regrets ,
que nous nous sommes rapprochés par la
pensée , et que malgré les distances , vous
étiez placés au milieu de vos frères , à la
fête de la patrie .
« C'est le 14 Juillet que nous avons conquis
la liberté , ce sera le 14 Juillet que nous
jurerons de la conserver ; que le même jour ,
à la même heure , un cri général , un cri
unanime retentisse dans toutes les parties
de la France : Vive la Nation , la Loi et le
Roi ! Que ce cri soit à jamais celui de ralliement
des amis de la patrie , et la terreur
de ses ennemis .
་་
De ses ennemis ! .... Non , François , la
-Patrie , la Liberté , la Constitution n'auront
plus d'ennemis , dès que nous aurons environné
, de toute la force publique , ces objets
sacrés de notre culte et de notre amour.
Alors tous ces hommes qui portent encore
et semblent chérir leurs fers , s'éleveront à
la hauteur de nos cómmunes destinées , ils
aspireront à l'honneur de voir leurs noms
inscrits dans ce pacte de famille , monument
de notre gloire et garant éternel de la
felicité de cet empire.
Nous
sommes , avec un attachement
( 224 )
inviolable , chers Frères et braves Amis ,
vos Compatriotes ,
Les Citoyens assemblés de tous les Districts
de Paris.
LA FAYETTE , Commandant général de
la Garde Nationale - Parisienne . BAILLY ,
Maire de Paris . CHARON , Président des
Députés de la Commune de Paris , pour la
Confédération Nationale. PASTORET ,
LAFISSE , Secrétaires.
Copie de la lettre de M. le Comte de
Saint- Priest à M. Chérin , Généalogiste
des ordres du Roi.
"
Paris , ce 4 Juin 1790.
Le Roi me charge , Monsieur , de vous
prévenir que S. M. ne veut plus que vous receviez
les titres généalogiques qu'on étoit
dans l'usage de vous remettre pour avoir
l'honneur le lui être présentés. Vous voudrez
bien vous conformer à cet ordre de S. M.
Quelques Lettres de Londres , en date
du 9 Juin , parlent d'une déclaration positive
de la Cour de Madrid de s'opposer
vigoureusement à tout Commerce que
les Anglois voudroient faire dans le
Nootka- Sound. Les Espagnols consentent
pourtant à indemniser d'une manière
convenable les Armateurs Anglois ,
dont les vaisseaux ont été saisis et la fortune
compromise avant qu'ils eussent pu
connoître les intentions de la Cour de
Madrid.
( 225 )
H
Ces mêmes Lettres ajoutoient que Sa
Majesté Britannique devoit dissoudre le
Parlement le Samedi 12 Juin . Deux
circonstances desquelles on concluoit
que les hostilités commenceroient incessamment
; mais M. Firtzherbert n'étoit .
pas encore arrivé à Madrid , lorsque le
Ministère Espagnol a expédié le Courrier
, porteur de sa Déclaration ; cette ,
dernière Pièce n'est pas même bien certaine
.
Des gens qui jouent dans - les fonds
publics avoient fait arriver un Courrier
de Londres , annonçant que , sur la de-.
mande de nouveaux subsides , refusés
par le Parlement , le Roi l'avoit sur- lechamp
dissous . Cette dissolution , anticipée
de quatre jours , avoit eu lieu , disoit-
on , Mardi 8 de ce mois. Le Courrier
ordinaire de Londres , parti le même
jour à minuit , n'a rien apporté de ce ,
genre ; cependant arrivent de nouveaux
avis qui parlent d'une dissolution prochaine
. Cette résolution , en la suppo- .
sant vraie , est d'autant plus faite pour
étonner , que les Ministres avoient encore
plusieurs Bills à faire passer.
Des gens qui se laissent tromper aisément
par les premiers bruits , n'ont pas
manqué d'adopter ceux-ci , et de les répandre
dans Paris. A les en croire , la
Chambre des Communes avoit refusé
des subsides , le Peuple avoit attaqué la
Chambre haute ; il avoit massacré M.
( 226 )
Pitt, et porté sa tête dans les rues au
bout d'une pique.
Un de ces Journalistes , dont la Feuille ,
étoit intitulée l'Orateur du Peuple
a été arrêté le 12 et conduit au Châ- .
telet ; il usoit et abusoit de la liberté de
de la presse ; car on peut en abuser ,
quoi qu'en disent certaines gens inféressés
à soutenir le contraire de cette ,
vérité , reconnue par l'Assemblée Nationale
et par tous les Peuples libres .
M. Cazaubiel , ancien Chirurgien des Armées
, et ancien Médecin du Roi , demeurant
à Paris , rue Mazarine , nº . 28 , traite
depuis 15 ans , avec le plus grand succès , les
malades attaqués des écrouelles , ou humeurs
froides; il devoit faire l'épreuve de sa mé-.
thode sur 15 à 20 malades de l'Hôpital - géneral
, sous les yeux de 3 Medecins célebres
de la Faculté , et 3 Chirurgiens de Paris ,
également célèbres ; mais les circonstances
actuelles n'ayant pas permis à l'Adminis
tration de faire les frais , il a été obligé d'y
renoncer.
Les médicamens qu'il emploie sont faciles
à faire prendre aux enfans , en ce qu'ils ,
sont liquides et n'ont rien de désagréable. ,
Sur l'état bien tracé des malades qui lui a
été adressé des Provinces , il en a gueri plu- ,
sieurs en envoyant les remedes , et indiquant
le traitement par écrit.
1 }
Manuel Militaire de l'Infanterie , Cavalerie
et Artillerie Nationales , ou
Commentaire des Ordonnances de 1776
(( 227 );
et 1788 , à l'usage de la Garde Natio-"
nale , soldée et non soldée , dédié à
M. de la Fayette , présenté à l'Etat-
Major , et adopté du Comité Militaire .
de la Garde Nationale Parisienne , par.
M. Hassenfratz. A Paris , chez Guillaume
junior , Libraire - Imprimeur
quai des Augustins , nº.35 l'ob a
ܬܵܐ
Cet Ouvrage , accompagné de Gravures
, remplit bien son titre ' , et peut
être fort utile aux Citoyens qui portent
les armes .
Lettre de M. de GRAND- MAISON ,
au Rédacteur...
#
MONSIEUR ,
Vous avez été induit en erreur par les
mille et un Journaux qui circulent , tant dans
la Capitale que dans les Provinces , en annonçant
à la page 156.du N° . 24 de votre
Journal , queje suis connu pour avorcontrefait
l's billets de la Caisse d'Escompte , et que
j'ai fui , le 29 , avec M. de Champclos , et
quinze autres Prisonniers . La porte par laquelle
l'évasion a eu lieu etoit voisine de la
mienne et sans peine j'aurois pu les suivre ;
mais , certain de mon innocence , rassuré par
les lumieres et l'intégrite de mes Juges ,
j'attends avec confiance et sécurité, le jour
de ma justification et de la honte de mes
calomniateurs.
"
>>
En vous priant de rétracter l'erreur relative
à l'evasion des Prisonniers , au nombre
desquels vous m'avez classe , perme tez - moi
de vous faire observer que je suis détenu
pour une prétendue commande de planche
( 228 )
de Caisse d'Escompte , mais que cette planche
n'a jamais été dans mes mains que par conséquent
vous vous trompez d'une manière
bien cruelle pour moi , quand vous me représentez
comme ayant contrefait des billets de
la Caisse d'Escompte. "
« Mes réclamations sont trop justes , et
vous , Monsieur , trop équitable pour vous
refuser de les insérer dans votre premier
Journal; c'est un office que j'attends de votre
amour pour la vérité ,
34
J'ai l'honneur d'être , etc.
Du Châtelet , le 15 Juin 1790 .
Trompés par un Journal Italien imprimé
en Corse , nous avons prêté à M. de Rully
des torts qu'il n'a pas eus M. son frère , Député
à l'Assemblée Nationale , vient de démentir
les calomnies du Journal de Bastia ,
dans une lettre que son étendue ne nous
permet pas d'insérer , mais d'après le témoignage
de laquelle il est évident que M. de
Rully , loin de tirer ou de faire tirer sur le
Peuple , s'est laissé massacrer sans se défendre
.
Nous apprenons dans le moment même
que le Roi d'Angleterre vient de proroger
le Parlement jusqu'au 3 Août , en annonçant
qu'il donneroit incessamment les ordres
nécessaires pour le dissoudre , et pour en former
un nouveau.
Les Numéros sortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 Juin
1790 , sont : 77,55 , 21 , 13, 45.
>
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
AVIS.
UN séjour de deux mois à Genève sa
Patric , a empêché M. Mallet du Pan
de participer aucunement à la rédaction
dece Journal , depuis le 8 Avrilder
fier. Invariablement attaché aux principes
commeau ton qu'ila adoptés, sila
liberté d'écrirepouvoit être menacéepar
un genre quelconque de tyrannie , il
abandonneroit à des mains plus flexi
bles untravailqui , dans les siennes , ne
sera du moinsjamais déshonoré. Il remercie
ceuxde ses Lecteurs qui ont bien
voulu s'apercevoir de son absence : il
auroit à répondre à beaucoup de lettres
que leur date trop éloignée met aujourd'hui
hors d'usage , et en revenant
incessamment sur la récapitulation
Nº. 26. 26 Juin 1790. L
( 235 )
des faits principaux qui , pendant la
Rédaction des 10 derniers Numeros
ont pu échapper àla Personne chargée
de suppléer l'Auteur , il se servira utilement
de plusieurs des notes ou envois
qu'on lui a adressés en son absence.
La Semaine prochaine on publiera
le Résumé de l'histoire de 1789 , etl'exposé
des motifs qui en ont empêché la
publication à l'époque ordinaire du
mois de Janvier.
L'Auteur doit encore prévenir le
Publie d'un changement qu'il se propose
dans la rédaction de ce Journal.
L'intérêt souverain, l'importance presqu'incalculable
des mouvemens de la
Politique Etrangère , en ce moment,
exigent de plus grands développemens
et une place plus considérable : de
long- temps elle ne sera vide car les
causes des événemens politiques sur la
surface entière de l'Europe se pressent,
s'accumulent , et nous préparentpeutêtre
des effets inattendus. Lesfaits qui
concernent l'intérieur de la France se
multiplient et prennent un caractère
qu'il importe de suivre jour à
jour. A l'époque d'une Constitution
nouvelle , admirée avec enthousiasme
par les uns et non moins vivement
décriée par les autres , il est utile d'en
rassembler les effets : c'est-là l'unique
et véritable épreuve des Lois , et per-
Sonne ne pourra leur refuser son assen-
"
( 231 )
timent et son amour , si l'expérience
en prouve le succès. Il n'estpas besoin
d'armées , ni de Comité des Recherches
pour maintenir ce que la raison commune
et les fails journaliers atteste
ront être conforme à l'intérêt public
à l'ordre social , au respect inviolable
des Citoyens et de la paix publique.
Cette nécessité de recueillir tout ce qui
peut caractériser les Annales actuelles t
de la France etde celles l'Europe , nous
force à resserrerpour l'avenir l'étendue
de la partie de ce Journal , consacrée
à l'Assemblée Nationale . En élaguant
les débats d'un moindre intérêt , en
nous renfer nant dans le rapport des
Opinions où le sujet des Délibérations
aura été réritablement discuté , et en
offrant un Précis plus rapide comme
plusfrappant des sentimens qui ont divisé
l'Assemblée , et des circonstances
qui aideront à développer le véritable
esprit des Délibérations , nous espérons
pouvoir concilier l'économie des matières
avec l'attente du Public. Nous
demandons grace pour ce premier Numéro
, qui se ressentira de la proximité
du retour del' Auteur.
Li
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 7 Juin 1790.
EN se rappelant ces époques humiliantes
de l'Histoire de Suède depuis 1720,
où la Nation ,livrée à des factieux conjurés
contre l'Autorité tutélaire et Monarchique
de l'Etat, avoit perdu toute considération
; oùune Diète usurpatrice de tous les
pouvoirs faisoit servir son autorité illimitée
et son indépendance aux desseins
des Etrangers contre le Royaume ; où
tour à tour chaque Parti donnoit le
spectacle de la corruption , et décidoit
au poids de l'or la guerre ou la paix ,
les alliances ou les inimitiés ; où enfin
le Chef Suprême de l'Etat étoit seul
incorruptible , parce que l'avilissement
complet de sa prérogative dispensoit les
Puissances Etrangères d'y recourir ; en
remontant , disons- nous , à ces temps où
chacun parloit en Suède de patriotisme ,
et où l'on comptoit si peu de Patriotes
on appréciera l'influence qu'ont produit
sur les intérêts extérieurs du Royaume ,
les changemens survenus en 1772 dans sa
Constitution . Sous la République , la
Nation n'avoit pas même joui de l'avantage
de la paix ; car en vingt ans la Diète
l'entraîna à deux guerres insensées ,
( 233 )
1
+
évidemment injustes , conduites avec opprobre
, et terminées ruineusement. Les
factions dominantes étant beaucoup plus
fortes que la Couronne , suivant leur
caprice , les ordres de icelle - ci étoient
contrariés ou méprisés; los flottes et les
armées partagecient la discorde des Pouvoirs
publies ;la discipline avoit disparu,
et le Roi responsable de tout , tandis
que la Diéte ne l'étoit de rien , laissoitla
guerre et la paix s'exécuter au gré des
Chefs des cabales , c'est- à-dire , au gré
des Ennemis .
Les choses ont changé de face sous le
règne actuel ; le Décret que le Roi fit
adopter, aux Etats l'année dernière , let
qui le rend seul arbitre de la guerre , fut
sans doute irrégulier , puisqu'il fut précédé
de mesures illégales , et qu'il lui
- manqua le consentement libre d'une
partie de la Nation ; mais en effaçant
cette distinction scholastique et pernicieuse
entre la guerre offensive et la
guerre défensive , le Roi a du moins prévenu
les trahisons colorées du prétexte
d'amour de la Constitution . Un Régiment
ne peut plus refuser de battre l'Ennemi
, par la raison que les Etats n'ont
pas encore discuté la nature de la guerre,
et que sans une Délibération de leur
part on ne doit ni défendre les frontières
, ni obéir au Roi qui met l'armée
en mouvement. Aussi , durant la cam-
"
Liij
( 234 )
*
~
**
pagne actuelle , on n'a pas revu d'exemples
d'insubordination et de perfidie ;
Officiers et Soldats se sont abstenus
de raisonner sur leurs devoirs , et les
ont remplis. L'activité , l'application ,
le courge du Monarque ont inspiré une
émulation générale jusqu'à ce jour
le sort des armes l'a favorisée .
"
Les premières actions de détail furent
à l'avantage des Suédois le 29 Avril
entr'autres , ils repoussèrent les Russes
à Pardakoski en leur tuant plus de
deux cents hommes ; le Prince d'Anhalt-
Bernbourg et le Brigadier Russe
Baykow furent mortellement blessés .
Les jours suivans , il est vrai , le Général
Numsen répara cet échec , et
gagna quelques postes ; mais ces avantages
ne se sont pas étendus , et la dernière
victoire de la flotte de galères Suédoises
, commandées par le Roi en personne
, a effacé le souvenir de ces escarmouches
. Les relations de cet événement
avoient varié ; la Cour de Suède vient de
fixer l'opinion par le Rapport suivant .
" Notre escadre légère étoit commandée par
le Roi en personne , et sous S. M. par le
Lieutenant - Colonel Frese ; le Lieutenant Colonel
Dankwarth commandoit l'aile gauche ,
et le Major Hielmenstierna , la droite. Le
Roi se trouvoit dans une chaloupe au centre
de la première ligne. L'attaque commença ,
le 15 de ce mois , à deux heures du matin ,
( 235 )
entre Hillnas et Willanas , où se trouvoient
trois gros vaisseaux Russes et deux autres
grands bâtimens armés , qui furent bientôt
renforcés par 46 demi - galeres et par quelques
autres bâtimens . La canounade ayant duré
ici pendant trois heures et demie , nous
prîmes un grand vaisseau que les Russes nous
avoient pris dans la derniere campagne.
L'aile gauche de l'escadre ennemie s'étant
retirée ensuite à Friderichsham , fut suivie
par toute l'escadre Suédoise , qui prit encore
deux grands vaisseaux , le Tigre et le Léopard,
ainsi que plusieurs autres plus petits , dont
nos chaloupes s'emparerent sous le canon de
Fridérichsham. Pendant ces entrefaites
quelques- uns de n's Canots s'étoient rendus
maîtres du Chantier de Willnas , d'où ils
enleverent tout ce qu'ils purent emporter.
A neuf heures , nos Matelots se reposerent ;
mais comme on apprit des Prisonniers , qu'il
n'y avoit que deux Compagnies d'Infanterie ,
avec peu d'Artillerie , dans le fort de Fridérichsham
, le Lieutenant- Colonel Merian
le somma de se rendre. Le Commandant
demanda une heure pour se déterminer ;
mais celui- ci n'ayant point donné de réponse
au bout de ce temp , on fit l'après - midi une
attaque contre le fort et en même temps
contre une batterie que les Ennemis avoient
établie sur le chantier , où l'on brûla plusieurs
vaisseaux. La canonnade ayant été
continuée pendant trois heures , nos vaisseaux
se retirèrent , après avoir mis le feu
aux batteries à Willnas , Hellnas et Swartau
, que l'Ennemi avoit abandonnées . Nous
avons pris aux Ennemis une turoma , deux
petites frégates , 22 demi- galères et quatre
Liv
( 236 )
galiotes , outre beaucoup de munitions , et
les canons des batteries de Willnas . Nous
avons fait Prisonniers le Major Klugatschew,
cing Officiers subalternes et 30 hommes ,
qui furent pris pour la plupart sur la Turoma ,
Tes autres vaisseaux ayant été abandonnes
par leurs équipages . Nous avons perdu une
chaloupe canonniere ; l'Enseigne Roth et 29
hommes ont été tués , et un Bas- Officier et
30 hommes blessés . Le Roi fera frapper
une Médaille d'or en mémoire de cet événement
, dont Sa Majesté fera présent aux
Officiers qui sesont distingués dans l'action ;
les Bas - Officiers en auront une d'argent ,
qu'ils porteront toujours à la boutonniere .
BUD
Depuis la date de cette Relation , écrite
le 18 Mai à bord de l'Amphion , dans la
rade de Schwenksund , les autres Divisions
de la flotille de bâtimens légers ,
commandées par le Lieutenant - Colonel
Stedingk et le Major Torning se sont
réunies à la Division principale : les
postes des environs de Friderichshamm
ont été emportés , ainsi que les retran
chemens de Keltis , d'où les Russes forcés
par le Général Pauli se sont retirés pour
couvrir Friderichshamm .
On a tenté une seconde attaque sur
le reste de la flotille Russe dans le port
de cette place ; mais elle a été infructueuse
, comme on le verra la semaine
prochaine.
( ( 237 )
De Berlin , le 8 Juin.
Après avoir affranchi la Pologne , et
mis sa Diète en état de réformer paişiblement
la Constitution forcée de la
République , de se donner une armée ,
de fixer son revenu public , de changer
son systême politique , de contracter
des alliances qui fissent à l'avenir sa
sauve-garde contre la Russie ; après avoir
consommé le Traité qui nous lie à cette
République , et préparé la cession de
Thorn et Dantzick , il ne restoit à notre
Gouvernement que d'assurer le résultat
de ces efforts , en empêchant les Russes
d'étendre leur barrière au - delà du Danube.
Du moment que la prise de Bender
les eut rendus maîtres de franchir ce
fleuve , et de s'emparer du reste de la
Bessarabie , le Ministère Prussien se
rendit à la nécessité de prévenir les suites
de cette invasion . En conséquence , il a
d'une part , pressé les Ennemis de la
Porte de terminer la guerre ; de l'autre ,
il s'est préparé à la faire lui -même , dans
le cas où les négociations seroient inefficaces.
'Tel est le véritable secret de ces
armemens , qui ont fait redouter une
rupture très - prochaine , et qui ( tout
porte à l'espérer ) n'auront servi qu'à
accélérer la paix . Elletient à des arrangemens
très-graves qui ne sont pas l'oeuvre
Lv
( 238 )
d'un jour; mais il n'est pas téméraire d'assurer
que celui où toutes les forces militaires
se déployent , touche à celui de
leur repos. Si l'on considère qu'il faut
concilier les sacrifices et les intérêts des
· Cours de Vienne , de Pétersbourg , de
Berlin , ceux de la Porte , de la Pologne
et de la Suéde , on s'étonnera peu des
* retards qu'éprouve encore une transaction
aussi compliquée.
*
Son issue n'est pas éloignée ; on peut
Sajouter même qu'elle n'est pas incertaine
: ainsi , en recueillant les dispositions
qui paroissent encore menacer la tranquillité
de l'Allemagne , nous laisserons
Fan Vulgaire et aux Gazetiers de décla-
-rer journellement la guerre ; parce qu'ils
" ont à recueillir les noms de quelques-
Régimens en mouvement .
t
La négociation la plus intéressante ,
la plus décisive , celle qui probablement
tient à un plan combiné de prévoyance,
autant qu'aux intérêts politiques maintenant
en discussion ; cette négociation ,
disons-nous , se traite par une Correspondance
directe entre notre Monarque
et le Roi de Hongrie . La semaine dernière
, le Prince de Reuss remit à Sa
'Maj. Pruss. une nouvelle lettre de son
Souverain . Cependant rien n'est encore
'changé pour la marche des Troupes:
avant son retour à Vienne , le Feld -Maréchal
de Laudhon ayant rapproché
( 239 )
son armée de nos frontières , ce mouvement
a été imité de notre part . Les
garnisons de Magdebourg et de la Marche
Electorale sont arrivées à Breslaw , ainsi
qu'une partie des équipages du Roi qui
part demain.
Le Gouvernement a rendu publique
la Correspondance de S. M. avec le Roi
de Pologne , au sujet de la demande de
Thorn et Dantzick. Stanislas Auguste
s'étant rendu l'organe des réclamations
de la République , contre la demande
faite de Thorn et Dantzick , il a reçu la
réponse suivante de notre Souverain :
elle est très-propre à éclaircir l'histoire
et les motifs de cette proposition.
་་
Monsieur mon frère ,
" Le Prince Jablonowsky m'a remis la
Lettre que V. M. m'a bien voulu écrire en
date du 17 de Mars , et par laquelle elle
réclame ma droiture personnelle , pour faire
cesser les griefs de Commerce , que la Nation
Polonoise croit avoir contre la Prusse .
Je suis flatté de la confiance dont V. M.
m'honore , et je n'omettrai súrement rien de
mon côté pour la justifier ; mais je prie V. M.
et sa Nation d'observer aussi la même justice
et impartialité qu'elle me demande , envers
moi et mon Etat ; et qu'on pèse dans une
balance exacte les véritables circonstances
de l'objet important dont il s'agit. »
"0
Si V. M. veut se rappeler tout ce qui
s'est passé depuis la cession de la Prusse
Lvi
( 240 )
Occidentale , elle ne pourra pas méconnoître
que les charges et les inconvéniens , auxquels
le Commerce de la Nation Polonoise
sur la Vistule et vers la mer Baltique se
trouve peut - être exposé , prennent un quement
leur origine et leur source , de ce que
fors de la cession de la Prusse Occidentale ,
les Villes de Dantzig et Thorn en furent
exceptées , quoique situées au milieu de la
Prusse , et que les circonstances exigèrent
de conclure en 1775 la Convention de Commerce
entre la Prusse et la Pologne , par
laquelle toutes les marchandises que la Nation
Polonoise transporte vers Dantzig , ou
en exporte , ont été chargées des mêmes
droits de 12 pour cent , qui ont déja existé
du temps de la domination Polonoise. S'il
s'est glissé des abus dans la perception de
ces droits par la conduite des Douaniers ,
ce que les Sujets Prussiens n'éprouvent pas
moins en Pologne , moi , aussi bien que le
Roi mon prédécesseur , nous avons tâché
de les redresser au possible dans le cas des
plaintes portées ; j'ai fait sur- tout réduire
l'estimation des productions Polonoises à leur
véritable valeur dans la Douane de Fordon ,
et j'ai fait diminuer juqu'à 3 pour cent les
droits de transit pour toutes les marchandises
que la Nation Polonoise fait venir de
l'Etranger par terre et à travers de mes
Etats . J'ai fait de plus ce qu'aucun Souverain
n'a encore fait , et que la Nation Polenoise
n'a pas même pu exiger ; c'est que j'ai
aboli les droits de douane et de péage sur
la plus grande partie des productions et
marchandises , que les Lithuaniens portent
dans la Prusse Orientale , et à mes Ports de
( 241 )
1
Koenigsberg et de Meinel , en ôtant les Bureaux
de Douane , qui ont subsisté depuis
des siècles aux frontières de la Prusse et de
la Lithuanie. Je crois donc avoir fait tout
et plus qu'on ne sauroit exiger de moi pour
faciliter le Commerce de la Nation Polonoise
par mes Etats. Il peut se faire sans
aucuns droits vers les Villes de Koenigsberg
et de Memel , et à raison de 2 pour cent
par mes Villes Maritimes d'Elbing ct de
Stettin . Si le Commerce que les Polonois
veulent faire à Dantzig , est chargé d'un
impôt de 12 pour cent , c'est la suite naturelle
et nécessaire de l'existence des anciennes
Douanes Polonoises , de la Convention de
1775 et de la situation de la Ville de Dantzig.
On ne sauroit exiger de moi avec équité ,
que j'accorde le même tarif et les mêmes
avantages dont jouissent mes propres Villes ,
à une Ville qui est toute environnée de mes
Etats sans y appartenir , et qui leur fait tant
de mal par les contrebandes de ses habitans
, et par les chicanes de ses Magistrats .
Je sens bien que la Nation Polonoise en
souffre d'une manière indirecte ; mais c'est
sa propre faute et non celle des Souverains
de la Prusse , et elle doit se souvenir qu'elle
n'a pas été moins maltraitée par le monopole
du Commerce de la Vistule , que la Ville
de Dantzig avoit usurpé du temps de la
domination Polonoise au préjudice des autres
Villes Prussiennes. Ce vice ne peut pas
manquer de rester inhérent au Commerce
que les Polonois veulent faire par la Vistule
et à Dantzig , aussi long - temps que les Villes
de Dantzig et de Thorn restent séparées
de mon territoire , duquel elles sont abso-
1
( 242 )
lument environnées , sur- tout la première .
C'est pour lever ce grand inconvénient , d'ailleurs
incorrigible , que j'ai fait proposer à
V. M. et à l'illustre Diete , de faire avec
moi une nouvelle Transaction , par laquelle
je diminuerois les droits de péage établis
sur la Vistule à raison de 12 pour cent , à
un taux si médiocre , que la Nation Polonoise
pourroît en être entièrement contente ;
et j'ai demandé qu'en compensation de la
gra de perte que j'en souffrirois dans mes
Douanes , on me cède la Souveraineté dés
Villes de Dantzig et de Thorn qui , par leur
situation naturelle , appartiennent au territoire
de la Prusse Occidentale , et qui , lors
de la cession de ce pays , n'en ont été excep
ée , que par des raisons particulières et peu
valables . J'ai cru pouvoir faire ces propositions
, sans pouvoir être taxé de vues injustes
d'agrandissement et d'ambition , parce que
les deux Villes de Dantzig et de Thorn sont
situées au milieu de mes Etats , que leur
Souveraineté ne convient qu'au possesseur
de la Prusse Occidentale et à l'Allié de la
Pologne , auquel elles donnent un accroissement
de forces également nécessaires à la
Prusse et à la Pologne ; parce elles ne
rapportent absolument rien à la Republique
de Pologne , et rendent plutôt le Commerce
de la Nation Polonoise difficile et onéreux
par les droits conventionnels , et parce qu'en
diminuant ces droits , j'aurois perdu un revenu
annuel , mais certain , de 200,000 écus ,
que la Nation Polonoise auroit gagné sans
faute dans son Commerce par la diminution
de la Douane de Fordon , sans que je puisse
in'en promettre aucun équivalent propor(
243 )
I
T
tionné par la possession des Villes de Dantzig
et de Thorn . Si V. M. y auroit perdu quelques
revenus casuels , je n'aurois pas manqué
de les hi bonifier. Je ne devois donc pas
m'attendre que ma susdite proposition seroit
reçue par la Diete d'une maniere si contraire
à mes vues innocentes et honnêtes , et aux
véritables intérêts des deux Etats . Je devois
encore moins prévoir , qu'un Monarque aussi
patriote et aussi éclairé que V. M. s'y opposeroit
d'une manière aussi forte comme elle
l'a fait. J'avoue que je me suis attendu à
tout autre accueil de la part de la Diète ;
mais des que j'ai appris que cette proposition
, qui ne roule en effet que sur un troc
très-avantageux pour la Pologne , n'étoit pas
agréable à V. M. et à la Diète , j'ai ordonné
à mon Ministre , le Marquis de Luchesini ,
d'en faire abstraction , et de se borner à la
conclusion d'un simple Traité d'alliance . Je
suis redevable à V. M. d'avoir recommandé
à sa Nation la conclusion de cette alliance .
J'y mets un très -grand prix , et je tiens à
honneur d'être le principal Allié d'une Nation
aussi noble et aussi brave . Je ne doute
pas qu'elle saura également apprécier mon
alliance , et qu'elle reconnoîtra ce que j'ai
fait et ce que j'aurai encore à faire pour la
rendre utile et convenable aux deux Parties. ».
Comme V. M. me demande encore des
discussions et des arrangemens ultérieurs sur
le Commerce , je ne manquerai pas de m'y
préter avec toute la bonne volonté et toute
la facilité et equité qu'on peut exiger de
mai , et j'espère qu'on y apportera aussi de
la part de la Pologne , les mêmes dispositions
, et qu'on n'exigera pas de ma part des
<
"
>
( 244 )
9
concessions qui ne sont pas praticables selon
la nature des choses , ni même utiles à la
Nation Polonoise . Je ne me refuserai pas à
une discussion du Traité de Commerce subsistant
, ou à la conclusion d'un nouveau
pouvant prévoir avec certitude qu'on reconnoîtra
bientôt que la proposition que j'ai
faite pour la compensation d'une diminution
considérable de mes Douanes , est et sera
toujours le seul moyen juste et praticable ,
pour rendre le Commerce de la Nation Polonoise
aussi florissant que possible et un
des premiers de l'Europe , et dont le principal
avantage est du côté de la Pologne ,
qui ne feroit que diminuer mes revenus actuels
, et qui ne me seroit convenable que
pour fermer l'entrée de mon Etat , pour le
fortifier intérieurement , et pour me faire
devenir un Allié d'autant plus utile pour la
Pologne. "
"
J'ai cru devoir entrer dans ce détail , et
exposer à V. M. des considérations auxquelles
on paroît n'avoir pas donné à Varsovie
toute l'attention qu'elles méritent . Je
me promets encore de l'amitié et des hautes
lumières de V. M. qu'elle examinera et pesera
ces considérations avec cet esprit d'équité
et de pénétration qui la caractérise ,
et qu'elle en fera usage pour continuer à
éclairer sa Nation , et pour faire disparoître
des préjugés , qui s'opposent jusqu'ici aux
véritables intérêts mutuels des deux Etats .
Je suis avec les sentimens d'une amitié et
estime parfaite ,
de Votre Majesté le bon frère et allié ,
FRÉDÉRIC GUILLAUME.
30
( 245 )
De Vienne , le 7 Juin.
L'espoir d'une prochaine pacification
se soutient ; les fonds publics continuent
à reprendre faveur , et depuis la nouvelle
certaine , arrivée avant-hier , que le siége
de Widdin étoit contremandé , on doute
peu d'un armistice convenu. Suivant les
•peu
lettres du camp de Brahowa , en date du
19 Mai , nos Troupes alloient marcher
et passer le Timok , lorsqu'un Courrier
du Prince de Cobourg fit cesser cette
disposition . Par une seconde estafette ,
arrivée au camp le 17 , on reçut du Général
un nouvel ordre de discontinuer
les préparatifs pour le siége de Widdin ,
et de faire marcher une partie des Troupes
en Valachie , en passant le Danube ;
ce qui fut exécuté le lendemain . Rien
n'annonce encore le retour des Maréchaux
de Lau.thon et de Colloredo en
Moravie. L'on attend un Courrier de
Pétersbourg , qui , en informant le Roi
des dernières intentions de l'Impératrice ,
décidera enfin de la tournure définitive
des négociations . On présume qu'elles
se termineront dans un Congrès général ,
dont on fixe le siége à Jassy ou à Nagotin
.
-
Depuis l'avénement du Roi Léopold,
il est aisé de s'apercevoir d'une marche
plus ferme , plus constante , plus systé(
246 )
7
matique dans le Gouvernement , dont la
longue maladie de l'Empereur avoit , á
bien des égards , détendu les ressorts . Le
Caractère de notre Souverain inspire de
la confiance , et applanit des difficultés ,
qui autrefois paroissoient insurmontables
.
De Francfort sur le Mein , le 14Juin.
Notre Ville commence à se remplir
d'Etrangers , qu'attirent la prochaine
Election de l'Empereur et la cérémonie.
du Couronnement . On ne doute plus
que la pluralité du Collège Electoral ne
se réunisse en faveur du Roi de Hongrie
; et si la paix , comme on s'en flatte,
précède l'élection , ce Monarque aura
toutes les voix . On parle avec vraisemblance
de quelques changemens dans la
Capitulation Impériale : divers Papiers
publics en ont déja inventé les articles.
- Il existe depuis plusieurs années un plan
à ce sujet , qu'on dit avoir été dressé par
M. le Comte de Hertzberg , et qui probablement
servira de base aux modificasions
qu'on doit consacrer.
Dans le cas où la Russie s'obstineroit à
la guerre , on assure positivement que le
Cabinet de Berlin déterminera le Roi de
Hongrie à une paix séparée avec la Porte
Ottomane. On fait même circuler de nouvelles
propositions qui pourroient faciliter
cet événement. La Maison d'Autriche conserveroit
tout ce que la Porte lui céda par
( 247 )
A
le Traité de Passarowiz ; le Roi de Prusse
auroit Dantzig et Thorn ; enfin la Pologne
obtiendroit une partie des Salines et du
Comté de Wielieza .
Dixhait transports des Troupes de
Würtzbourg , qui vont joindre les Autrichiens
aux Pays-Bas , ont descendu le
Mein avant-hier. La dernière colonne
passera la semaine prochaine . Les paris
sont ouverts de trois contre un qu'avant
le mois de Novembre les Pays - Bas seront
rentrés sous la domination de leur
Souverain .
Bay
GRANDE- BRETAGNE.
De Londres , le 18 Juin.
Personne ne doutoit de la très - prochaine
dissolution du Parlement ; elle
s'est effectuée le 10. S. M. s'étant rendue
à la Chambre des Pairs , dans la forme
accoutumée , y a sanctionné différens
Bills dernièrement décrétés , et prononcé
ensuite le Discours suivant.
"
Milords et Messieurs ,
1
Les affaires publiques les plus nécessaires
étant terminées en ce moment- ci , je
crois convenal de mettre fin à cette Session
du Parlement. "
"e
Je n'ai point encore reçu de la Cour
d'Espagne une réponse aux représentations
que j'ai fait faire à cette Cour pour le maintien
de la dignité de ma Couronne et des
( 248 )
"
intérêts de mon Peuple . Je conserve le
plus vif desir de voir la paix continuer sur
des bases honorables et justes ; mais dans
les circonstances présentes , je crois qu'il
est indispensablement nécessaire de procéder
avec vigueur et avec diligence aux préparatifs
dont la cause et l'objet ont deja
reçu votre concurrence unanime. " 1
Les assurances et la conduite de mes
Alliés en cette occasion intéressante , m'ont
manifesté de la manière la plus satisfaisante
la résolution où ils sont de remplir
les engagemens qu'ils ont pris , par les
Traités qui existent entre nous . Je me flatte
que ce bon entendement et ce concert nrtuel
produiront les plus heureux effets dans
l'état présent des affaires de l'Europe .
"
Messieurs de la Chambre des Communes ,
Je vous fais mes remerciemens particuliers
de l'empressement avec lequel vous
avez pourvu aux besoins du service , et de
l'unanimité , ainsi que de la promptitude
avec lesquelles vous m'avez inis en état de
prendre les mesures que la crise présente a
rendues nécessaires . "
"
Milords et Messieurs ,
Comme je crois qu'il est important que
l'élection d'un nouveau Parlement se fasse
sans délai , mon intention est de donner incessamment
les ordres nécessaires pour dissoudre
le Parlement actuel, et pour en former
Un nouveau. En vous communiquant mes intentions
à cet égard , je ne dois pas omettre
de vous assurer du sentiment profond de
gratitude que m'a inspiré cette loyauté affectionnée
et inébranlable , ce respect uniforme
( 249 )
et zélé pour les vrais principes de notre inestimable
Constitution , et cette attention constante
pour le bonheur et la prósperité de mon
Peuple , qui ont invariablement présidé à
tous vos travaux. "
"
L'accroissement rapide de nos Manufactures
, de notre Commerce et de notre pavigation
, la protection et la sureté additionnelle
qui a été donnée aux possessions éloignees
de l'Empire , les mesures prises pour
le bon Gouvernement de l'Inde , l'amélioration
du crédit public , et l'établissement d'un
systême permanent pour rembourser par degrés
la dette Nationale , ont fourni les meilleures
preuves de votre courage à surmonter
les difficultés que vous avez eu à combattre
, ainsi que de votre fermeté et de votre
persévérance dans les mesures les plus propres
à avancer les intérêts essentiels et permanens
de mon Empire. "
#
La loyauté , l'esprit públic , l'industrie ,
les entreprises de mes Sujets ont secondé
vos travaux. Je me repose sur la conviction
qu'ils ont acquise par les avantages qu'ils
en retirent aujourd'hui , ainsi que sur leur
attachement uniforme pour ma Personne et
mon Gouvernement , de la continuation de
cette harmonie et de cette confiance dont
les heureux effets se sont manifestés pendant
le présent Parlement , et qui doivent dans
tous les temps être les plus sûrs moyens
de secours pour les besoins de la guerre , ou
pour cultiver et accroître les avantages que
nous procurent les bénédictions de la paix . »
Le Chancelier a dit par ordre de S. M.:
Milords et Messieurs ,
La volonté royale et le plaisir de S. M.
( 250 )
sont que ce Parlement soit prorogé au Mardi
troisième jour du mois d'Août prochain , pour
se rassembler ici ; en conséquence , ce Parle
ment est prorogé au susdit jour , Mardi trois
Août. "
L'Orateur des Communes placé à la
Barre , suivant l'usage , avec une Députation
de sa Chambre , parla en ces
termes à S. M.
SIRE ,
Vos fidèles Communes ont complété
l'expédition des subsides requis pour le service
de l'année courante . Elles ont manifesté
leur loyauté et leur attachement à la
personne et au Gouvernement de Votre
Majeste , par leur attention uniforme et
l'activité de leurs efforts pour passer les
Bills qui leur ont paru les plus propres à
maintenir l'honneur et la dignité de la Couronne
de Votre Majesté ; elles ont montré ,
dans tous leurs procédés , l'esprit d'une Nation
grande , puissante et libre .
K
"
Les Communes ne peuvent que contempler
avec une satisfaction particulière le
produit croissant du reveny , les progrès rapides
de nos manufactures et l'accroissement
général du Commerce , circonstances qui fournissent
les preuves les plus flatteuses de la
prospérité du pays , et elles ne doutent pas
que Votre Majesté ne partage avec elles la
satisfaction qui doit en résulter pour le bonheur
de ses Sujets.
"
Les Communes savent bien que parmi
les causes auxquelles doivent être assignés
ces grands avantages Nationaux , la première
est la continuation de la paix ; mais toutes
( 251 )
pénétrées qu'elles sont de ces avantages , et
quels que soient leurs desirs de les rendre
permanens , elles ont donné en dernier lieu
à Votre Majesté une preuve efficace qu'elles
ne veulent voir la paix maintenue qu'à des
conditions qui seront strictement compatibles
, tant avec l'honneur de la Couronne
de Votre Majesté , qu'avec les intérêts et le
bien-être de ses Sujets.
"
Le Parlement actuel existoit depuis
six ans il a donc approché de très-près
de sa dissolution naturelle , et on en a
compté peu d'aussi longs depuis un demi
siecle , son terme moyen ayant été de
cinq années. Le Ministère ne pouvoit le
renouveler dans une circonstance plus
favorable , que celle où le voeu National
s'unit en sa faveur à la grande Majorité
du Corps Legislatif. On prévoit même
que l'Opposition perdra trente- deux voix
dans l'Election générale . Aucune époque
de l'histoire Britannique n'a offert plus
de concert entre la Couronne , le Parle
ment et la Nation . On jugera d'après
ces notions , de l'inconcevable ignorance
avec laquelle des Ecrivailleurs étrangers
ont bâti sur la dissolution du Parlement ,
la ,fable insensée d'une Révolution , d'un
soulèvement terrible, et de l'assassinat de
M. Pill
L'activité des armemens , le rassemblement
progressif des vaisseaux , le
départ des différens Chefs de la flotte ,
et celui très- immédiat d'une escadre sous
les ordres de l'Amiral Barrington , dé(
252 )
montrent assez l'inefficacité des négociations
de paix jusqu'à ce jour . Outre
le sujet apparent de notre querelle avec
l'Espagne , il existe deux autres motifs
de rupture moins à découvert . Il est
certain que notre Cabinet , instruit de
l'exi - tence d'un Traité prochain entre
les Cours de Pétersbourg et de Madrid ,
veut en prévenir les effets ; et il n'est
pas contraire à la vraisemblance , de
penser que notre Politique voit dans
le moment actuel , une occasion de nous
redonner la suprématie maritime , en
écrasant la Marine Espagnole , si la
France reste dans l'inaction .
Voici la liste exacte des vaisseaux de
guerre actuellement réunis à Spithéad ,
et les noms de leurs Commandans.
Victory , Ico can .; Lord Hood; Capitaine ,
Knight. Princess- Royal , 98 can.; Capitaine ,
Holloway. Barfleur, 90 ; Amiral , Barrington;
Capitaine , R. Calder. Impregnable , 90 ; Capitaine
, Sir T. Bayard, Knt. Royal- Wil-
Liam , 80 ; Vice-Amiral , Roddam ; Capitaine ,
Gayton. Alcide , 74 ; Sir A. Snape Douglas.
Arrogant , 74; Capitaine , J. Harvey. Bedford
, 74 ; Capitaine Mann. Bellona , 74 ';
Amiral, Hotham ; Capitaine , J. H. Hartwell.
Bombay Castle, 74 ; Capitaine , J. T. Duckworth.
Carnatic , 74 ; Amiral , Sir J. Jervis ,
K. B.; Capitaine , J. Ford. Colossus , 74 ;
Capitaine , H. C. Christion . Culloden , 74;
Capitaine , H. Collins. Cumberland , 74 ; Capitaine
, J. Macbride . Edgar , 74 ; Capitaine ,
A. J. P. Molloy. Magnificent , 74 ; Capitaine ,
R.
( 253 )
R. Onslow, Orion , 74 ; Capitaine , C. Chamberlayne.
Saturn , 74 ; Capitaine , R. Linzee.
Jupiter, 50 ; Capitaine , IV. Parker. Salisbury,
50 ; Capitaine , E. Pellew. Adventure ,
44 ; Capitaine , J. N. Inglefield. Chichester( en
flute ) , 44 ; Lieutenant , Price . Hebé , 38 ;
Capitaine, 4. Hood. Crescent , 36; IV. Young.
Rose , 32 ; Capitaine , Waller, Southampton ,
32. E. G. Keates , Maidstone , 28 ; H. Newcombe.
Pegasus , 28 ; H. Sawyer. Pomona ,
28 ; H. Savage. Fairy , 18 ; T. Spry. Scorpion ,
18, Hamilton. Termagant , 18 ; W. Gwenap.
Wasp , 18. Nautilus , 18 ; Capitaine , Frigg.
Flirt , 18 ; J. Norman. Scout , 18 ; C. Cobb.
Barracouta cutter , 14 ; A. Douglas. 渠
Le Valiant , que monte S. A. R. le
Duc de Clarence , doit se joindre à cette
escadre , dont une partie mettra à la
voile au premier jour sous les ordres
de l'Amiral Barrington , pour se porter
dans la Baltique , suivant l'opinion la
plus générale . La Reine- Charlotte , de
110 can . , vaisseau neuf, et le plus beau
de la Marine Britannique , est en route
de Chatam à Portsmouth ; il est destiné
à Milord Howe.
Les vaisseaux maintenant équipés à Plymouth
, sont : le Royal- Sovereign , 110 can .;
le Royal- George , 110 can .; le Prince, 90 ;
le Gibraltar , 80 ; l'Egmont , l'Hannibal , le
Swiftsure , le Captain , tous de 74 can . , et
6 frégates.
PAYS - BAS .
De Bruxelles , le 19 Juin 1790.
Au moment où les déclamateurs et les
N". 26. 28 Juin 1790. M
( 254 )
enthousiastes célébroient le soulèvement
des Pays Bas ; au moment où la
mésintelligence des Chefs Autrichiens ,
Civils et Militaires , la foiblesse de
leur Armée , dispersée en une multitude
de cantonnemens , et de fausses
mesures sans nombre , donnèrent le
sceptre de la Belgique à un Congrès
dirigé par M. Van der Noot , nous
refusâmes notre adimiration à ce vacarme
solennel qu'on appeloit alors une Révolution
. Nous ne crûmes ni à sa sainteté
, ni à sa durée ; et le temps a justifié
nos conjectures. Les Instigateurs de
cette Insurrection rassemblerent toutes
les calamités ensemble sur ce Peuple
trompé , dont ils usurpoient le nom ;
bientôt on les vit se disputer l'avantage
de leverner , se hair , sinjurier ,
s'égorger sous le nom de Démocrates
et d'Aristocrates , et prouver par une
guerre civile honteuse la nécessité de l'Autoritésuprême
et protectrice, dont ils s'étoient
défaits ; Autorité qu'ils eussent
été sages de limiter , et qu'ils avoient abattue
avec le double fanatisme de la Politique
et de la Religion . Une suite de
misères , d'oppressions , d'avances basses
et inutiles à toutes les Puissances , la
ruine publique et celle des individus ;
enfin , des défaites ignominieuses après
des rodomontades patriotiques , tels ont
été les fruits uniques de cette prétendue
régénération . On a vu le mois dernier
255 )
20 mille de ces Républicains § de théâtre
fuir et disparoître devant deux Régimens
Allemands , malgré l'habileté et
les efforts du Chefqui commandoit cette
Armée sans subordination . Ils sont chassés
de tout le Duché de Luxembourg ,
que les Folliculaires mettoient chaque
jour entre leurs mains ; repoussés audelà
de la Meuse , ils ne s'y maintiennent
encore que parce que le moment de
développer en son entier le plan des
Généraux Autrichiens n'est pas arrivé ;
on regarde comme une victoire la conservation
d'un poste , défendu par une
Armée contre un détachement de Hussards
; telle étoit la nature des dernières
attaquesque les Démagogues de Bruxelles
ont fait célébrer dans leurs Gazettes. 11
n'en est pas moins vrai qu'ils sont acculés
dans le Comté de Namur , et déja
l'on dit les Autrichiens prêts à marcher
sur Bouvines à la gauche de la Meuse.
Pour soutenir l'enthousiasme et compléter
l'infortune des Brabançons , ses
Chefs civils imaginent chaque semaine de
nouveaux expédiens ; on distribue des
Bulletins dans lesquels on lit un jour
qu'une Armée Prussienne sous les ordres
de M. de Schlieffen marche au secours
du Congrès ; le lendemain c'est l'Angleterre
qui fait les frais de cette défense .
Croiroit- on , par exemple , qu'on a fait
Mj
( 256 )
répandre l'avis suivant dont nous attestons
l'authenticité ?:
"
Le Département - général de la Guerre ,
pour donner aux Habitans des Provinces de
l'Union une idée des horreurs , des impiétés
et des exécrations , auxquelles ils seroient
exposés , si les Autrichiens qui , dans ce
moment , ont forcé les deux colonnes de
l'Armée et tentent de passer la Meuse , rentroient
dans le Pays , croit devoir imprimer
et répandre dans le Public la Déclaration
qui suit , dont il conserve l'original : Le
soussigné déclare et atteste par eette , en
faveur de la vérité , et sans induction de personne
, d'avoir entendu dire au Capitaine
de Wurtemberg, de Ketelbutter, devant plusieurs
personnes , qu'il se flattoit , avec ses
gens , d'aller chercher le Diable en Enfer ,
et que , s'il avoit le bonheur de conduire ses
gens à Nivelles , il leur feroit manger les
Saintes Hosties en guise de pain de munition ,
et que des Vases Sacrés il leurferoit faire des
boucles ; déclarant en outre , que lesdits Discours
ont été tenus dans le courant de ce
mois dans un village près de Lubin. En foi
de quoi j'ai signé la présente le 29 Mai 1790. "
Signé JOSEPH DAGOBERT . Plus bas , moi
présent , E, F. J. CUPIS DE CAMARGO .
Pour prévenir ces malheurs affreux , le
Département - général de la Guerre exhorte
et conjure tous les bons Citoyens , au nom
de la Religion et de la Patrie , de s'armer
pour la defense du Pays , et de se résoudre
à mourir plutôt que de retomber au pouvoir
de leurs Ennemis ,
Lue , approuvée , et soit imprimée , ce 29
Mai 1790. Signé V. D. Noor vt.
( 257 )
Rien n'est plus mal - à-droit que ce
grossier stratagême ; car de notoriété publique
les Autrichiens traitent leurs Prisonniers
, les Habitans et le pays avec
la plus grande modération , et ils ont
à cet égard des ordres très sévères . Outre
les divisions des Hussards de Wurmser
et d'Esterhazy , déja réunies à l'Armée
de Luxembourg , on attend à la fin de
la semaine prochaine 3000 hommes des
Troupes auxiliaires de Wurtzbourg . Le
Roi de Hongrie , récompensant les services
que viennent de lui rendre dans
les Pays - Bas , le Général d'Artilleric
Baron de Bender , et le Colonel de Baitlieu
, a élevé le premier au grade de
Maréchal , et le second à celui de Major
Général .
Tandis que les Chefs Brabançons
portent de Cour en Cour leurs offres et
leurs demandes , qu'ils s'adressent au Cabinet
de St. James , en menaçant de recourir
à la France si on les abandonne ,
la division fait des progrès journaliers ,
et il est à croire que la raison et l'expérience
seront puissamment secondées
par la publication de la Dépêche suivante
, que les Gouverneurs Généraux
ont écrite de Bonn , le 29 Mai , au Général
de Bender.
"
MONSIEUR ,
Nous avons reçu votre Rapport du 27
de ce mois , contenant les Instructions que
Mi
( 258 )
vous avez données aux Officiers - généraux
qui commandent sous vos ordres , les Troupes
du Roi. Nous ne pouvons vous savoir qu'un
gré infini de ce qu'après ce qui a déja été
ordonné pour faire observer aux Troupes ,
dans la Province de Luxembourg , une dis
cipline exacte et propre à mettre leur couduite
à l'abri de toute plainte , vous ayez eu
Pattention d'en recommander encore plus
particulièrement le maintien dans la Province
de Namur , afin d'effacer , dans l'esprit
des Habitans de cette Province , la
fausse opinion que des mal intentionnés leur
ont fait prendre des Troupes du Roi , et
par - là de regagner à celles ci la confiance
et l'amour des Habitans . Nous avons aussi
entièrement approuvé ce que vous avez déclaré
, qu'au cas qu'il arrivât que'ques excès ,
ce seroit aux Commandans des Détachemens
et Corps , que vous vous en prendriez , puisque
c'est principalement à eux d'y veiller ,
d'autant plus qu'ils doivent considérer que
ce n'est pas à des ennemis qu'ils ont à faire ,
mais à des Concitoyens égarés et malheureux.
Vous avez bien fait de recommander que
l'on paye , argent comptant, toutes les fournitures
quelconques qui se feront pour les
Troupes , ou du moins que l'on en donne
quittance , payable par la Caisse Militaire
de Campagne , que vous établirez. Vous
avez également bien fait de défendre tout
ce qui pourroit provoquer des animosités ,
et d'enjoindre qu'on s'abstienne de tous
propos et termes injurieux , et qu'on se comporte
au contraire de maniere à se faire en
même temps aimer et respecter. »
10
Enfin , nous ne pouvons qu'approuver
très-fort ce que vous avez déclaré , que les
( 259 )
Troupes du Roi n'entrent pas dans le Comté
de Namur dans des vues hostiles ou malfaisantes
, mais bien pour y rétablir l'ordre et
la tranquilité. Vous avez en tout cela prévenu
nos intentions et celles qui nous sont
très - connues du Roi , et nous ne saurions
a sez vous recommander de veiller à ce que
ces ordres s'éxécutent avec toute l'exactitude
possible. Toat , jusques dans les malheureuses
circonstances où les Troupes de notre
Roi se sont trouvées , d'avoir dú faire usage
de la force , par les motifs d'une juste défense
, doit porter l'empreinte du caractère
de justice et de bienfaisance du Roi. Et
quoique sa déclaration , que nous avons envoyée
aux Etats des Provinces Belgiques ,
doive être regardée comme non avenue ,
puisque les Etats n'y ont fait aucune attention
, son intention est néanmoins , ainsi qu'il
nous a chargés expressément de le déclarer
publiquement , de rétablir et de maintenir ,
dans chaque Province , son ancienne Constitution
, de la manière qui sera la plus
agréable à la Nation . Il s'ensuit de - là que ,
tant par rapport aux objets qui regardent
la partie de l'Administration Civile , qu'à
ceux qui touchent en particulier les affaires
Ecclésiastiques , et qui peuvent intéresser la
Religion , la Nation doit être entierement
rassurée contre les inquiétudes que l'on a
cherché à lui inspirer. Nous desirerions , et
c'est bien le voeu du Roi , que tous ses Sujets
Belgiques fussent persuadés de ces sentimens
; et comme nous ne voulons négliger
aucun moyen de les faire connoître , pous
vous chargeons de communiquer d'abord
tout le contenu de la présente à tous les
Commandans et Officiers de l'Armée du
Miv
( 260 )
Roi , et de la leur faire parvenir aussi le
plus tót possible , par la voie de l'impression ,
en leur en remettant plusieurs exemplaires ,
et en leur ordonnant de les distribuer et
répandre de manière à parvenir à la connoissance
de tout le Public. Nous sommes , etc.
Etoit signé , MARIE , ALBERT .
FRANCE.
De Paris , le 23 Juin.
ASSEMBLÉE NATIONALE.
Nous n'entrerons dans aucuns détails sur
la Séance du Samedi soir 12 Juin , absorbéé
par des Adresses , par des Députations , et
par le Rapport de quelques contestations
particulières à Evreux et à Pau , portées ,
suivant l'usage maintenant universel , à la
décision du Corps Législatif. M. de Condorcet
porta la parole à la tête d'une Députation
de l'Académie des Sciences , et la conformité
de ses opinions avec celles d'une partie
nombreuse de l'Assemblée , lui mérita de la
part du Président ( M. l'Abbé Syeyes ) , le
témoignage du regret de ne point voir assis
au milieu des Législateurs de la France ,
des hommes accoutumés à porter la parole
au monde entier , et avec succès , au nom de
la Philosophie et des Sciences.
Un Député des Domestiques de Paris harangua
ensuite l'Assemblée Nationale , en
exprimant le désintéressement de ses Commettans
sur le Décret qui les prive de l'activité
civique. Le Président felicita les Domestiques
de leur patriotisme , en les assurant
que le Corps Législatif étoit bien éloigné
de méconnoître à leur égard les droits
sacrés de l'égalité. -
·( 261` ).
DU DIMANCHE 13 JUIN .
Dans une Lettre au Comité des Finances ,
M. Necker sollicite itérativement un Décret ,
qui empêche les Receveurs et Collecteurs
des Impositions , de convertir en Assignats
les especes qu'ils recevront. Sans cela , le
Gouvernement seroit forcé à des achats dispendieux
d'argent dans l'Etranger ; la Caisse
d'Escompte , d'ailleurs , devant discontinuer
son service au 1er Juillet . On a renvoyé
cette Lettre au Comité des Finances , en le
chargeant d'en faire incessamment le Rapport.
Don Gerle , Chartreux Auvergnat , a en
suite initié l'Assemblée aux Prophéties d'une
Perigourdine , nommée Suzanne la Brousse,
laquelle lui avoit prédit , il y a onze ans ,
la convocation des Etats- Généraux , la réforme
des abus , la cessation des voeux , la
fraternité de tous les Peuples confédérés .
Ceux qui ne voyoient aucun rapport entre
l'ordre du jour et le miracle que rapportoit
Dom Gerle , ont vivement improuvé cette
digression , qu'on a interrompue pour entendre
et pour adopter un projet de Décret ,
présenté en ces termes par M. Malouet , au
nom du Comité de la Marine .
" L'Assemblée Nationale , après avoir entendu
le rapport de ses Comités des Finances
et de la Marine , sur la demande
faite par le Ministre de la Marine , d'an
fonds extraordinaire pour pourvoir aux dépenses
qu'exige l'armement des 14 vaisseaux ,
14 frégates , et 14 moindres bâtimens , ordonné
par le Roi , a décrété que ledit rap .
port et l'état énonciatif des dépenses , présenté
par le Ministre , seroient inprimes ,
Mv
( 262 )
pour être soumis à un nouvel examen ; et
néanmoins l'Assemblée a provisoirement or
donné qu'un fonds extraordinaire de trois
millions , à compte dudit armement , sera
mis à la disposition du Ministre de la Marine ,
pour en être rendu compte dans les formes
qui seront décrétées pour toutes les dépenses
de la Marine.
"
n
M. Merlin a fait passer ensuite l'abolition
de certains retraits , par le Décret suivant.
Le retrait de bourgeoisie , d'habitation
ou local , le retrait de clesche , le retrait
de communion , de frarenseté , bienseance ,
sont abolis. ".
" Les procès concernant lesdits retraits ,
qui ne seront pas jugés en dernier ressort ,
à l'époque de la publication du présent Décret
, demeureront comme non avenus , et
il ne pourra être fait droit que sur les dépens
qu'ils auront occasionnés . »
On a ajourné l'examen d'une demande de
M. Regnaud de Saintonge , concernant la
suppression des retraits lignagers .
On a adopté également sans discussion
et converti en Decret , un Rapport de M.
Anson , consistant en trois articles que voici.
" L'Assemblée Nationale a decrété et décrète
ce qui suit :
" Art . I. Les deniers des dons patriotiques
continueront à être versés aux paiemens
des rentes de l'Hôtel - de - Ville de Paris ;
mais ils pourront être employés à l'avenir
an paiement des arrérages de l'année entière
1789 , des rentes de 300 liv . et au- dessous ,
à toutes lettres . "
. II. Les Payeurs des rentes continueront
à exiger la représentation des duplicata de
quittance d'imposition de 6 liv . et au dessous ;
( 263 )
mais l'Assemblée Nationale les autorise à
payer , dans la proportion désignée au precédent
article , les rentiers qui seront indiqués
comme nécessiteux par les certificats
des Municipalités et Districts , des Curés
des Paroisses , ou des Administrateurs des
Hopitaux ou Maisons hospitalières ".
«
III. Les deniers comptans des Dons
patriotiques seront employés , autant qu'ils
pourront suffire , au paiement des rentes et
appoints au- dessous de 200 liv . et quant aux
rentes de 200 liv. jusqu'à 300 liv . si elles
sont payées en Assignats , les intérêts échus
à ces billets , depuis le 15 Avril dernier
jusqu'au paiement , seront retenus par les
payeurs , qui en compteront sur la mention
qui aura été faite de ces retenues par eux et
Teurs Contrôleurs sur le Registre de leurs
Contrôles , dont lesdits payeurs fourniront
des états , tous les trois mois , aux Trésoriers
des Dons patriotiques ".
M. le Duc de la Rochefoucault a soumis
à l'Assemblée un Projet en 16 articles , sur
la vente des Domaines Nationaux aux particuliers
: M. l'Evêque d'Autun en a pris
occasion de demander l'extension de cette
vente à tous les Créanciers quelconques de
l'Etat , et a motivé cet amendement par des
considérations qu'on a jugées dignes de l'impression.
Le Régiment de Royal la Marine , dernierement
sorti de Marseille , a jugé trèsconstitutionnel
de prendre un Arrêté , par
lequel il se sépare de ses Chefs et de ses
Officiers , en leur laissant 24 heures pour se
retirer ; et , ce qui est non moins étrange ,
en les recommandant à l'intérêt des Repré
sentans de la Nation . La Municipalité de
M vj
( 264 )
Lambesc , théâtre de ce nouvel acte de
-régénération militaire , a tenté vainement
de ramener le Régiment à sou devoir. On
sent fort bien qu'aucune Municipalité au
monde ne peut réduire à l'obéissance un
Régiment qui casse tous ses Officiers : il a
donc fallu l'intervention de l'autorité suprême
du Législateur : le Comité Militaire
de l'Assemblée ayant pris connoissance du
fait , M. le Vicomte de Noailles lui a servi
d'organe , en demandant un Décret qui autorise
le Président à témoigner à la Municipalité
de Lambesc la satisfaction de l'Assemblée
, et au Régiment de Royal la Marine
, la menace que , s'il ne rentroit dans
le devoir , sa députation à la Fédération
prochaine du r4 Juillet ne seroit pas admise.
L'Assemblée a consacré cette décision .
ރ
DU LUNDI14 JUIN.
M. Martineau reprenant ensuite le Projet
du Comité Ecclésiastique , concernant l'organisation
du Clergé , à fait adopter 12 articles
nouveaux. Un grand nombre de Députés
Ecclésiastiques ne participent plus aux débats
qui regardent l'Eglise ; ainsi la discussion
courte et aride de deux ou trois points ,
' a été réservée à MM. Gouttes , Grégoire ,
Dillon , Bourdon , dont les sentimens se conforment
toujours à ceux de la Majorité. Telle
est la teneur des 12 articles décrétés .
" VIII. Les Evêques dont les Siéges doivent
être supprimés , en exécution du pré-
'sent Décret , pourront être élus aux Evêchés
actuellement vacans , ainsi qu'à ceux qui
vaqueront par la suite , ou qui doivent être
érigés en quelques Départemens , encore qu'ils
n'eussent pas quinze ans d'exercice . »
( 265 )
" IX. Pourront aussi être élus les Curés
actuels , qui auroient dix années d'exercice ,
comme Curés , encore, qu'ils n'eussent pas
vicarié dans le Diocèse . "}
X. A l'égard des Curés dont les Paroisses
auront été supprimées en vertu du
présent Décret , il leur sera compté comme
temps d'exercice , celui qui se sera écoulé
depuis la suppression de leurs Cures ; en
conséquence ils seront éligibles aux Évêchés
, pourvu qu'ils aient resté Curés dix
années , soit en qualité de Vicaires , soit en
qualité de Curés dans l'un ou l'autre Diocese.
"
XI. Seront pareillement éligibles aux
Evêchés les Missionnaires , les Prêtres desservant
les Hôpitaux et Maisons de charité ,
ou chargés de l'éducation publique, lorsqu'ils
auront rempli leurs fonctions pendant
quinze ans , à compter de leur promotion
au Sacerdoce. »
་ ་
Comme aussi les Dignitaires , Chanoines
et autres Bénéficiers et Titulaires , dont les
Bénéfices se trouvent supprimés , quand
ils auront rempli leurs fonctions pendant
quinze ans , comme ci - dessus .
XII. La proclamation de l'Elu se fera
toujours en, l'Eglise cathédrale , ea présence
du Peuple et de tout le Clergé de l'Eglise
cathédrale , et avant de commencer la Messe
solennelle qui sera célébrée à cet effet. »
"
XIII. Le procès - verbal de l'élection et
de la proclamation sera envoyé au Roi par
le Président des Electeurs , pour lui donner
connoissance du choix qui aura été fait. »
XIV. Celui qui aura été élu se présentera
en personne au Métropolitain ou au
plus ancien Evêque de l'arrondissement de
( 266 )
la Métropole , avec le procès- verbal de son
élection et proclamation , et il le suppliera
de lui accorderia confirmation canonique.
« XV. L'acte de cette élection sera présenté
au Métropolitain , pour obtenir de lui
son institution canonique ; le Métropolitain
examinera l'Elu sur sa doetrine et sur ses
moeurs , et lui donnera son institution , s'
s'il
le trouve assez instruit ; dans le cas contraire
, il la lui refusera , en donnant les raisons
de son refus par écrit et signé de lui ;
et il sera réservé aux parties de se pourvoir
par la voie de l'appel comme d'abus , suivant
les règles qui seront établies par la
suite.
4 "
"
XVI. Le Métropolitain ne pourra exiger
de l'Elu d'autres declaration où serment ,
sinon qu'il fait profession de la Religion Catholique
, Apostolique et Romaine. »
« XVII . Le nouvel Evêque ne pourra
point s'adresser au Pape pour en obtenir
aucune confirmation ; il ne pourra que lui
écrire comme au Chef visible de l'Eglise
universelle , en témoignage de l'unité de
foi et de la communion qu'il est dans la
résolution d'entretenir avec lui.
"
"
XVIII. La consécration de l'Evêque ne
pourra se faire que-dans son Eglise Cathédrale
, par son Métropolitain , ou à son défaut
, par le plus ancien Evêque de la Métropole
, assisté des Evêques des deux Dioceses
les plus voisins , un jour de Dimanche
avant la Messe Paroissiale , en présence du
Peuple et du Clergé.

"
XIX. Avant que la Cérémonie de la
Consécration commence , l'Elu prêtera , en
-présence des Officiers Municipaux , du Peuple
et du Clergé , le Serment solennel de veiller
( 267 )
avec soin sur le troupeau qui lui est confié ,
d'être fidèle à la Nation , à la Loi et au
Roi , et de maintenir de tout son pouvoir
la Constitution décrétée par l'Assemblée Nationale
, et acceptée par le Roi. »
Par un Décret antérieur, l'Assemblée avoit
annullé les Elections des Assemblées primaires
du Département du Haut - Rhin. Les
Citoyens de cette partie de l'Alsace ont néanmoins
persisté dans leurs précédens choix ',
et demandent à être autorisés à poursuivre
leurs opérations. La disposition des esprits
en Alsace a donné du poids à cette insistance
, et sur l'avis du Prince de Broglie ,
organe des Députés d'Alsace , l'Assemblée
a consacré et légalisé les operations déja faites
à Colmar , en annullant ainsi le Décret qui
les avoit frappées de nullité . ¿
DU MARDI 75 JUIN.
La suite de la Constitution Ecelésiastique ,
rédigée par le Comité , a occupe cette séance ;
la discussion n'a eu d'intérêt et d'étendue
que sur deux articles principaux. Le premier
attribuant aux Electeurs de District la nomination
des Curés , M. Pethion de Villeneuve
a demandé qu'elle fût faite par les
Paroisses. En effet , dès qu'on admet que le
Peuple seul doit choisir ses Pasteurs , il est
consequent de lui faire exercer ce droit par
lui - même et non par ses Représentans à l'élection
.
" M. l'Abbé Grandin a il est vrai , démontré
les inconvéniens de cette élection
par Paroisses , et l'avilissement inévitable
où tomberoient les Vicaires en particulier,
qui acheteroient les suffrages par leur indulgence
pour les désordres . L'opinant a conclu
( 268 )
à rendre aux Evêques Diocésains le droit de
nomination parmi les Ecclésiastiques du
District de la Cure vacante . Les mêmes
principes ont été défendus avec talent par
M. l'Abbé Jaquemard , qui , arrivé depuis
peu de semaines à l'Assemblée , y a déja
fait ses preuves d'éloquence.
"
Les inconvéniens que je trouvois il y a
quelques jours , a- t-il dit , à confier aux Electeurs
de Département le droit d'élire les Evêques
, se multiplient dans cette question nouvelle
. Ce que j'ai dit des Electeurs de Département
, je le dirai des Electeurs de District .
Ce seront les Fermiers riches , plus touches
de l'légance et des formes agréab es d'un
Vicaire que de ses vertus ; ils le jugeront
plutot d'après ses complaisances , les petits
services , l'assiduité de ses hommages , que
d'après son exactitude à remplir ses devoirs ;
ce seront des Magisters de village , des
Paysans dans toute la force du terme , qu'il
ne sera pas difficile de corrompre . Les Vicaires
ne inanqueront pas de fêter ce qu'il
y aura de personnages importans dans l'endroit
et dans les environs. Ils iront visiter
les Châteaux et les cabanes pour accaparer
les suffrages ; ils assisteront aux noces , aux
banquets ; il faudra être bon Compagnon ,
agréable Convive ; caresser celui - ci , donner
de l'argent à celui-là : la popularité supplééra
aux vertus , et les Vicaires stricts observateurs
de leurs devoirs , seront encore condamnés
à vieillir dans des emplois subalternes.
Nous verrons bientôt en France les
Ministres de la Religion devenir les vils
complaisans , je ne dis pas des Seigneurs ,.
j'y en a plus d'apres vos Decrets , mais
ung valets.
( 269 )
Le Sacerdoce , en moins d'un demi - siècle ,
sera le pire de tous les états ; et voilà les
moyens qu'on indique pour amener les beaux
jours de la Religion . Votre attachement
pour le Culte de vos pères me rassure ; vous
rendrez aux Evêques le droit de présenter
les Sujets. Qui peut mieux qu'eux connoître
leurs talens et leurs vertus , puisque leur
fonction principale est de les surveiller ?
Votre intention n'est pas , sans doute , d'isoler
les Evêques de la Constitution du
Clergé , et de les réduire à n'être plus que
des idoles , dont les Temples seroient bientôt
abandonnés. Dans les beaux jours de l'Eglise ,
l'Evêque choisissoit les Sujets , et le Peuple
ne participoit à ce choix que par le témoignage
de leur capacité et de leurs vertus ,
Si , contre mon espoir , vous leur refusiez
ce droit , vous le confieriez du moins au Synode
; le Bureau municipal de la Paroisse
pourroit y présenter son voeu et éclairer le
choix de l'Assemblée . Les Vicaires , assurés
que leur fortune est entre les mains des
Curés , se piqueroient d'émulation , et vous
les verriez s'avancer à grands pas dans la
carrière des vertus. 11 est encore un autre
moyen de choisir les Curés ; c'est la voie
'du concours , c'est -là le veu principal de
mon coeur , c'est le meilleur. moyen de remédier
au danger de l'oisiveté . On ne m'accusera
pas sans doute en ce moment d'abandonnerle
principe : si vous craignez le Clergé,
me faites rien pour lui , mais faites tout pour
la vertu » .
Ces observations ont été parfaitement inutiles
les Electeurs de District éliront les
Curés sans participation de l'Eglise et du
Synode.
( 270 )
Le Comité proposoit de conférer aux Curés
le choix de leurs Vicaires , parmi les Prêtres
du Diocèse approuvés par l'Evêque, M. Camus
a violeinuent disserté contre cette approbation.
Ce Député ayant été tres -long temps
l'Avocat du Clergé , et ayant défendu mille
fois les formes canoniques , ses opinions
d'aujourd'hui ont trouvé beaucoup de désapprobateurs
: des murmures méprisans
Pont interrompu à plusieurs reprises , sans
conserver au Decret la clause combattue ;
c'est la rédaction de M. Camus qui a prévalu
, telle qu'on la trouvera dans la série
suivante des articles decrétés durant cette
séance .
"
XXII. Les Vicaire supérieur et Vicaires
Directeurs du Séminaire seront nommés
par l'Evêque et son Conseil ; ils ne pourront
être destitues que de la même manière
que les Vicaires de l'Eglise Cathédrale. "
(C XXIII. L'Election des Curés se fera
dans la forme prescrite et par les Electeurs
indiqués dans le Décret du 22 Décembre 1789 ,
pour la formation des Membres de l'Assemblée
administrative de District. »
" XXIV. L'Assemblée des Electeurs pour
la nomination aux Cures , se formera tous les
ans à l'époque indiquée pour la formation
des Assemblées de District ou de Département
, quand même il n'y auroit qu'une
Cure vacante dans le District , à l'effet de
quoi les Municipalités seront tenues de donner
avis au Procureur Syndic du District de
toutes les vacances de Cures qui arriveront
dans leur arrondissement par mort , démission
ou autrement. "
"
XXV. En convoquant l'Assemblée des
Electeurs , le Procureur- Syndic enverra à
( 271 )
chaque Municipalité la liste de toutes les
Cures auxquelles il faudra nommer. »
" XXVI. L'Election des Curés se fera par
scrutins séparés pour chaque Cure vacante . "
XXVII. Chaque Electeur , avant de
jetter son scrutin dans le vase , jurera qu'il
a nommé celui qu'il connoit en son ame et
conscience comme le plus digne , sans avoir
été déterminé par dons , promesses , sollicitations
ou menaces. Ce serment sera prêté
dans l'election des Evêques , comme dans
celle des Curés. D
. XXVIII . L'Election des Curés ne pourra
se faire ou être commencée qu'un jour de
Dimanche dans la principale Eglise du Cheflieu
du District , à l'issue de la Messe paroissiale
, à laquelle tous les Electeurs seront
tenus d'assister, "
་་
XXIX. La proclamation des élus se fera
pareillement en l'Eglise paroissiale au jour
qui sera indiqué , pendant la messe solennelle
qui sera célébrée à cet effet , et en présence
du Peuple et du Clergé. »
« XXX. Pour être éligible à une Cure
il sera nécessaire d'avoir rempli les fonctions
de Vicaire dans une Paroisse , Hôpitaux ou
autres Maisons de Charité dans le Diocèse
au moins pendant l'espace de cinq ans , »
XXXI. Les Curés dont les Paroisses doivent
être supprimées en exécution du présent
Décret , pourront être élus , encore qu'ils
n'eussent pas cinq années d'exercice dans le
Diocè e.
"
XXXH . Seront pareillement éligibles
aux Cures tous ceux qui ont été déclarés éligibles
aux Evêchés. »
0
XXXIII. Celui qui aura été proclamé
(
( 272 )
élu à une Cure , se présentera en personne
à l'Evêque avec le Procès- verbal de son élection
, afin d'obtenir de lui l'institution canonique.
»
" XXXIV . En examinant l'élu qui lui demandera
l'institution canonique , l'Evéque
ne pourra exiger d'autre serment , sinon qu'il
fait profession de la Religion Catholique ,
Apostolique et Romaine. "
"
XXXV. Les Curés élus et institués prêteront
le même serment que les Evêques.
Jusques- là ils ne pourront faire aucune fonction
curiale. «
"
XXXVI. Il y aura dans l'Eglise un registre
sur lequel sera écrit le Procès - verbal
de la prestation du serment de l'Evêque ou
du Curé , il n'y aura pas d'autre acte de
prise de possession .
77
XXXVII . Les Evêchés et les Cures seront
toujours réputés vacans , jusqu'à ce que
les élus aient prêté le serment .
" XXXVIII. Pendant la vacance du Siége
Episcopal , le premier , et à son défaut , le
second Vicaire remplira toutes les fonctions
qui n'exigent pas le caractère épiscopal , d'après
l'avis du Conseil . »
" XXXIX . Pendant la vacance d'une
Cure , l'administration de la Paroisse sera
confiée au premier Vicaire , sauf à y établir
un Vicaire de plus si la Municipalité le requiert
; et dans le cas où il n'y auroit pas de
Vicaire , il sera établi un Desservant par
l'Evêque "
XL. Chaque Curé aura le droit de choisir
ses Vicaires ; mais il ne pourra faire son
choix que sur les Prêtres ordonnés dans son
Diocèse , ou qui y auront été incorporés . S'il
( 273 )
choisit un Vicaire dans un autre Diocèse ,
il ne pourra le faire que de concert avec
l'Evêque .
" XLI. Aucun Curé ne pourra révoquer
ses Vicaires que pour des causes légitimes
jugées telles par l'Evêque et son Conseil.
DU MARDI . SÉANCE DU SOIR .
Les troubles de Nîmes , et deux Déclarations
des Catholiques de cette Ville , l'une
du 20 Avril , l'autre du 1er Juin , ont fait
l'objet d'un Rapport et d'une décision du
Comité des Recherches. En son nom , M. de
Macaye a présenté un Projet de Décret qu'il
a fait précéder d'une longue exposition des
faits et des motifs . Il ne faut pas confondre
cette affaire des Catholiques de Nîmes ,
avec les accusations contre la Municipalité ,
dont le Comité est aussi nanti , et dont il
n'a pas été question dans son Rapport.
-M. de Macaye a présenté les Catholiques
de Nîmes comme des diffamateurs des Décrets
de l'Assemblée , et des actes du Pou-
-voir exécutif , comme livrés à des excès de
démence , comme une foule égarée dont les
actes monstrueux et les attentats ont éveillé
même la sollicitude de plusieurs Municipalités
. Tels sont les coupables , suivant le
Rapporteur. Qui les a rendus coupables ?
-Deux Déclarations , lues à l'Assemblée. Celle
du 20 Avril est connue ; l'acte du 1 Juin qui
la confirme et la justifie , l'est moins : voici
les passages qui , probablement , auront paru
les plus répréhensibles .
" L'an 1790 , le premier Juin , les Citoyens-
Catholiques de Nismes , formant la trèsgrande
majorité des Habitans deladite ville ,
etc. déclarent , que convaincus de la pureté
( 274 )
de leurs motifs , ils ne croient pas s'être réduits
à justifier leur Pétition du 20 Avril.
Sont-ils donc les seuls à réclamer dans ce
moment le rétablissement de l'autorité royale?
C'est le voeu uranime de tous les bons François.
Il est consigné dans une infinité d'Adresses.
Après avoir fait le tableau le plus
affligeant des malheurs inouis dont elles sont
accablées , différentes Municipalités représentent
, que si l'autorité du Roi n'est incessamment
rétablie dans sa plénitude , elles ne
pourront regarder la Liberté dont on lesflatte
que comme le présent le plus fatal. Pourroit
on blâmer les Citoyens de Nismes d'avoir
manifesté , à l'exemple de Châlons-sur-
Marne , de tout le pays de Cominges , des
principales villes de l'Alsace , de Toulouse ,
d'Alby , de Montauban , de Lautrec , d'A
Jais , d'Uzès , et d'autres principales villes du
Languedoc , leur attachement pour la Religion
de leurs pères , lorsqu'on la voit attaquée
de toutes parts ? Leurs alarmes ne sont
que trop justifiées par les efforts redoubles
d'une philosophie absurde , impie et persécutrice
, qui ne craint pas aujourd'hui d'enseigner
dans des catéchismes d'un nouveau
genre , que la Religion , les Lois , le Mariage
et les Propriétes sont des institutions
homicides et anti- sociales ; qui provoque la
Loi du divorce , et l'afoiblissement de l'autorité
paternelle , en voulant ôter aux pères
la faculté de tester ; qui prostitue sur le
théâtre les objets les plus sacrés ; et qui par
des caricatures infames , exposees par tout
aux yeux du Peuple , s'efforce d'exciter sa
-fureur contre ceux que jusqu'à présent , il
avoit le plus respectes. Ib est permis , sans
"doute , dans ces circonstances , de désirer
( 275 )
que la Religion ramene les Peuples , par sa
douce influence. à des sentimens de paix
et d'humanité. C'est l'intérêt de tous , tant
Catholiques que non Catholiques . Les justes
appréhensions que l'anarchie fait naître , ne
manifestent point le desir de maintenir les
abus de l'ancien régime ; ceux qui ont signé
la Pétition furent les premiers à s'élever
contre ces abus.
" ?
Si la Monarchie n'est pas un vain nom
il a été sans doute permis de rappeler que la
Religion et la soumission aux Lois divines
et humaines en étoient les bases les plus solides
, et qu'il ne falloit pas confondre la
vraie liberte qui repose à l'ombre des Lois ,
avec une folle independance qui les meconnoît
toutes.
" Si le Pouvoir exécutif suprême n'est pas
un attribut frivole , il a été aussi permis de
soupirer apres le rétablissement de cette
prérogative de la Royauté , de cette partie
intégrante de la Constitution , dont l'activiténe
peut être plus long- emps suspendue ,
sans précipiter le Royaume dans les plus
horribles malheurs.
་་
Non , rien n'est plus instant que d'arrêter
ces massacres , ces brigandages , ces insurrections
populaires , ces entreprises combinées
sur les citadelles qui defendoient nos
poits.... rien n'est plus instant que d'arréter
ces querelles intestines , qui , tandis
qu'on agitoit la grande question , si le Roi
ou la Nation on le droit de la guerre et de
la paix , portoient une ville à se l'arroger ,
et déclarer la guerre à une autre Ville , en
vertu des Pactes Fedératifs indiscretement
jurés,
D
Des Pactes Fédératifs ! et peut - il en
( 276 )
exister d'autres pour des François que la Loi ,
le Patriotisme et le Roi ? L'honneur et la
Royauté , voilà leur véritable ralliement ,
voilà , dans une Monarchie , l'unique base
de toute Fédération .
"
"
Tout Pacte Fédératif entre quelques
classes de Citoyens est uue vraie scission ,
vn armement , une déclaration de guerre
contre toutes les autres classes qui peuvent
se croire en droit des mêmes précautions . «
« Ces Pactes Fédératifs , l'identité de
leurs causes et de leurs prétextes rappellent
ces déplorables circonstances qui enfantèrent
, sous les règnes de Henri III et de
Henri IV , l'exécrable Confédération de la
Ligue , et qni virent naître ces luttes sanglantes
entre les deux Religions , entre les
factions et la Royauté. "
n
Bientôt , n'en doutons pas , des Confédérations
de brigands menaceront toutes les
propriétés : bientôt le Clergé , la Noblesse ,
la Magistrature et les gens de bien , ne
trouveront plus de réfuge contre les fureurs
d'un Peuple égaré. Bientôt le debandement
des Troupes livrera les Provinces aux mêmes
désordres dont fut suivie la malheureuse
journée de Poitiers , qui laissa le Royaume
sans Chef. Bientôt des bandes de Rustres ,
transformés en bêtes féroces , jureront d'exterminer
les Gentilshommes ; et notre Histoire
sera souillée une seconde fois , des
cruautés inòuies que les Jacques et les Malandins
exercerent pendant la captivité du
Roi Jean . Tels sont les désastres qu'il est
permis d'appréhender , qu'il est instant de
prévenir , et dont la puissance du Roi peut
seule nous garantir. "
Cr
Qui ne seroit frappé et effrayé de l'étonnante
( 277 )
nante concordance de tous les soulèvemens
excités presque en même temps dans nos
places frontières maritimes , et dans tant
d'autres Villes de l'intérieur du Royaume,
au moment où l'Angleterre et l'Espagne font
des armemens formidables ! Voudroit on.
faire un crime anx Catholiques de Nimes de
leur affection pour leur Roi ! mais quel est
le vrai François en qui cet amour soit éteint ?
Enfin , voudroit --oon regarder comme une
coalition , les envois de leur Pétition aux
Municipalités du Royaume ? La publicité
de cette démarche en garantit la loyauté.
C'est dans les ténèbres , c'est par des corres
pondances secrètes avec des personnes d'un
même parti , qu'on ourdit des coalitions , et
qu'on entretient de coupables intelligences.
Mais peut-on donner ce nom , et prêter ces
vues aux envois prescrits par la Pétition
même , et faits publiquement à des Corps
Tégalement constitués ? - L'objet de ces envois
n'est pas équivoque ; ce n'est point l'absurde
projet d'opérer une contre- Révolution ,
c'est le desir clairement exprimé de consom
mer la Révolution , de sortir de cette anarchie
qui menace la Patrie d'une combustion
générale , de consolider la Constitution ,
d'ôter tout prétexte d'y porter atteinte , de
hâter le moment où la France reconnoissante
pourra jouir de tous les bienfaits de
l'Assemblée Nationale , etc. »
La ville d'Uzès a fait une Déclaration analogue
, et se trouve comprise dans l'anathême
du Décret , dont M. de Macaye a fait suivre
l'énoncé , de la lecture immédiate d'une espèce
de Mémoire , contenant une liste de
faits ou de prétendus faits , à la charge des
Déclarans de Nimes , du Maire et de la
N°. 26. 28 Juin 1790. N
( 248 )
Municipalité. Cette Feuille accusatrice étant .
anonyme , plusieurs Membres , entre autres
M. de la Chèze se sont élevés contre sa
lecture ; M. de Faucigny a traité cet Ecrit
de libelle le Rapporteur l'avoit reçu avec
une Lettre d'envoi , signée ; l'on soupçonnoit
qu'il étoit l'ouvrage du Club Patriotique de
Nimes , qui s'intitule Société des Amis de la
Constitution ; on ne nommoit pas le Signataire
de la Lettre. Toutes ces circonstances
oat produit une opposition violente , et enun
tumulte decide : le Rapporteur
poursuivoit sa lecture au milieu des clamers
et des reproches ; M. le Baron de
Marguerites, Deputé et Maire de Nimes ,
inculpé dans le Papier anonyme , est descenda
à la Barre , en invoquant la parole ,
mais inutilement ; enfin , M. de Mirabeau
l'amé s'est levé pour defendre la légalité
de ja lecture d'un Eerit anonyme .
Suite
་ ་
"
"
" Je demande , a- t- il dit , s'il y a quelque
espèce de raison d'empêcher le Comité
des Recherches de presenter une Piece
« anonyme , qui peut servir d'initiative à
l'information. L'Assemblée n'est - elle pas
Juge de sa validité ? Si les faits sont vrais
ils ne peuvent être connus que par leur
énoncé complet . S'ils sont faux , qu'en
redoute - t-on ? Ce sera un Libelle de plus
au milieu des Libelles qui nous envi-
"(
"
"
"
"
ronnent. "
Je crois rêver , s'est écrié M. d'Epresménil
, en entendant de pareils principes
dans la Tribune.
"
'
И
Je ne éve point , a répliqué M. de Mirabeau
en demandant la lecture d'un
Rapport commencé , et j'inroque un Re
glement tres- prochain de police , qui fass
( 279 )
disparoître les tunultes de l'Assemblée.
M.d'Epresménil alloit répondre , lorsqu'on
a crié , qu'au mépris des Décrets , if n'étoit
pas en deuil de Francklin , et qu'il falloit le
mettre à l'ordre , la gauche insistoit pour le
priver de la parole , la droite pour qu'il fut
entendu' ; il l'a été.
M. de Mirabeau , a- t - il dit ' , a réduit la
question dont il s'agit , à une question d'ordre
, et à prétendu qu'on devoit entendre le
rapport de la piece comme étant l'initiative
de l'information ; cela est absolument contraire
aux principes de la liberté , à ceux
même de M. de Mirabeau L'histoire d'au-.
cun Peuple ne fournit de pareils exemples ;
lés délations anonymes ne peuvent être produites
que par des frippons , et acceptées que
par des Tyrans. M. de Mirabeau nous a parlé
de libelles ; il y en a en effet beaucoup qui
viennent de Paris. M. de Mirabeau lui même
a été calomnié dans quelques - uns ; je lui
demande s'il trouveroit digne d'une Assemblée
législative , qui alors se tranforme en
juge , qu'on lût dans cette Assemblée toutes
les horrears calomnieuses qu'on répand contre
lái , et qu'elles devinssent le sujet d'une
délibération . Je crois parler en homme libre . '
Un delateur qui voudroit en même temps
servir de témoin , n'auroit pas d'autre voie
que celle qu'on vous propose , et cette forme
tendroifà admettre des accusations anonymes,
et des depositions mendiées . Je demande
formellement que la piece ne soit pas lue. "
*
Au travers de murmures éclatans , M.
de Mirabrau a continué à établir que le
Comité des Recherehes ne pouvoit être
soumis aux formes méthodiques d'un Tribunal
ordinaire . Toutes les inquisitions

( 280 ))
sont fondées sur cette maxime ); De la partie
droite on s'est écrié que le Comité faisoit la
honte de l'Assemblée : M. Voidel a soutenu
qu'il en étoit la sauve- garde , et que. les
dangers de l'Etat légitimoient l'usage des
délations anonymes .
Ce fracas ayant fini par la lecture du.
Mémoire , on y a trouvé une liste d'assertions
; complots pour chasser les Protestans
des Municipalités ; Assemblées nocturnes.
aux Pénitens ; Discours séditieux d'un Prêtre ;
fabrication de fourches ; cris sanguinaires.
par gens à cocarde blanche , etc. Ďans son
Projet de Décret , le Rapporteur conclut à
l'information desdits faits pardevant le Pré- ,
sidial de Nîmes , et à mander à la Barre les
Signataires des Déclarations , qui resteroient.
privés des droits de Citoyens actifs , jusqu'à
obéissance . Demande faite de l'ajournement ,
on a remis à Jeudi la Délibération définitive.
DU MERCREDI 16 JUIN.
Deux Huissiers ayant été envoyés par un
Propriétaire du District de Nemours , à des
Censitaires qui lui refusoient les droits de
Terrage et de Champart , l'un a été pendu
et l'autre assommé .
M. de Noailles , en rendant compte de ce
fait , l'a attribué à la négligence de M. le
Garde-des-Sceaux , qui a retardé la Proclamation
des Décrets des 15 Mars et 20 Avril.
Il a prétendu que ce Ministre l'avoit fait ,
valeter dans toutes les Antichambres , et a
établi la justice et la sensibilité naturelle
du Peuple , en informant l'Assemblée que
les Bourreaux de l'Huissier pendu avoient)
cependant coupé la corde , et qu'il étoit en
vie. Plusieurs voix ont demandé que M. le
( 281 )
Garde-des-Sceaux parût à la Barre M.
Martineau et M. Merlin ont fait renvoyer
cette décision au lendemain ; il n'en a pas
été question depuis.
Le Titre III de la Constitution du Clergé
a été lu , discuté et adopté en ces termes :
TITRE III.
14
Du Traitement des Ministres de la Religion:
Art. I. Les Ministres de la Religion , comme
exerçant les premieres et les plus importantes
fonctions de la Société , et obligés de résider
continuellement dans le lieu du ser
vice auquel la confiance des Peuples les a
appelés , seront entièrement défrayés par
Tation.
"
la
II. Il sera fourni à chaque Evêque , à
chaq e Curé , ainsi qu'aux Desservans des
"Annexes et Saccursales , un logement convenable
, sans entendre rien innover , quant
à présent , à l'égard des Paroisses où le logement
du Curé ou Desservant est fourni en
argent , et sauf aux Départemens à prendre
connoissance des demandes qui seront formées
à cet égard par les Paroisses et par les
Curés , à la charge par eux de demeurer responsables
des réparations locatives. I letr
sera en outre assigné le traitement qui va
´être réglé, "
»``
III. Le traitement des Evéghes sera ,
savoir ; pour celui de Paris , de 50,000 liv. »
Pour les Evêques des villes dont la population
monte à plus de cinquante mille
ames , de 20,000 liv .
(1
IV. Le traitement des Vicaires des Eglises
Cathédrales sera , savoir ; à Paris , pour le
premier Vicare , de 6,000 liv .
Pour le second , 3,000 liv .
Nij
( 282 )
Pour tous les autres Vicaires , de 2,400 liv.
Dans les villes dont la population est de
plus de cinquante mille ames , pour le premier
Vicaire , de 4,000 liv.
2
Pour le second , de 3,000 liv.
Pour tous les autres , de 2000 liv.
Dans les Villes dont la population est de
moins de cinquante mille ames , pour le premier
Vicaire , de 3,000 liv.
Pour le second , de 2,4co liv.
Pour tous les autres , de 2,005 liv.
En vain M. de Cuzulès a invoqué et motivé
une autre proportion , et un traitement
de 40,000 liv. pour les Evêques des grandes
Villes du second ordre , telles que Boxdeaux
, Rouen , Toulouse , etc. M. Robespierre
au contraire , trouvoit les Evêques
trop richement dotés à 12,000 liv . et a opiné ,
il est vrai sans succès , à baisser ce traitement
de 2,000 francs.
DU JEUDI 17 JOIN.
Le sort des Curés et des Vicaires a été
aujourd'hui décidé ; il reste au - dessous de
celui des Ministres dans la plupart des Etats
Protestans , où d'ailleurs , nombre de Cures
sont dotées en partie avec un usufruit territorial.
M. l'Abbé de Murolles et M. l'Abbé
Jacquemari ont plaidé la cause de leurs Confrères
; mais avec plus de sentiment que, de
bonheur. L'article V proposé par le Comité ,
et adopté tel quel , portoit ce qui suit :
Art. V. Le traitement des Curés sera.
savoir : à Paris , de 6ooo liv...
. Dans les Villes dont la population est
de cinquante mille ames et au- dessus , de
40co liv.
Dans celles dont la population est de
( 283 )
moins de cinquante mille ames , et de plus
de dix mille ames , de 3000 liv.
"
"
Dans les Villes et Bourgs dont la popu
lation est au -dessous de dix mille ames , et
au- dessus de trois mille ames , de 2400 liv. »
Dans toutes les Villes et Bourgs dont
la population est au- dessous de trois milie
ames , de 2000 liv. "
"
. Dans les Campagnes , pour les Paroisses
où il y aura plus de deux mille ames , de
1800 liv.; pour les Paroisses où il y aura
moins de deux mille ames , et plus de mille
de 1500 liv.; et pour les Paroisses où
il n'y aura que mille ames ou moins ,
1200 liv.
ames ,
་་
"
de
Le Comité donne , a dit l'Abbé Jacquemart
, 1500 liv. aux Curés des Paroisses où
il y aura plus de mille ames , et 1300 liv .
à ceux dont les Paroisses ne comprendront
pas ce nombre : ainsi dix ames de plus on
de moins mettront une différence aussi considérable
entre les Curés. On donne 1200l.
à des hommes qui sont obligés de tenir
maison , d'avoir un certain nombre de domestiques
, pour qui l'hospitalité est un
devoir rigoureux , et dont la maison doit
être un centre commun. Le père détournera
son fils d'un état aussi misérable . Qu'on ne
nous dise pas que des Ecclésiastiques vertueux
veulent peu , parce qu'ils vivent de
peu ; qu'ils sont les Ministres d'un Diw
pauvre : ces lâches plaisanteries seroient déplacées
de la part de quelques partienliers ;
elles le seroicut bien davantage de la part
des Représentans de la Nation. Vous nous
rappelez à la primitive Eglise ; , nous vous
appellerons au temps où les fideles aban-
N iv
( 284 )
donnoient leurs biens aux Ministres du
Culte. "
" La modeste fortune des Curés peut - elle être
un objet d'envie et de scandale ? Ah ! si
vous pouviez entendre le Peuple des Campagnes
, il vous diroit que les Curés sont ,
de tous les Propriétaires , les plus utiles , les
plus généreux. Vous donnez deux mille liv.
aux Curés des petites Villes et des Bourgs ;
mais avec une population plus considérable ,
ils ont encore moins de peine que les Curés
des Campagnes ; leurs Paroissiens sont plus
rassemblés dans un espace moins étendu . Si
le Comité a été déterminé par la cherté des
denrées , je dirai qu'il est faux , évidemment
faux , qu'on vive à meilleur marché dans les
Campagnes ; le Curé tire sa subsistance des
Villes et des Bourgs , et il doit ajouter au
prix des denrées , celui du transport . La
inaison du Curé est , dans les Villages , la
seule maison où un galant homme puisse
descendre.... Je conclus à ce qu'à l'exemple
de l'Empereur Joseph , auquel il seroit honteux
que la Nation Françoise le cédât en
générosité , les Curés n'aient pas moins de
1500 liv. et qu'ils soient augmentés quand la
cherté des subsistances et les circonstances
l'exigeront.
25.
>>
M. l'Abbé Gouttes a adopté les mêmes conclusions
, que MM. le Chapelier et Treilhard
ont fait rejeter. L'art. VI ainsi conçu a été
pareillement décrété , nonobstant les obser
vations de quelques Membres.
C
VI. Le traitement des Vicaires sera ,
savoir ; à Paris , pour le premier Vicaire ,
de 2400 liv.; pour le second , de 1500 liv.;
et pour tous les autres , de 1000 liv .
"#
23
**
Dans les Villes dont la population est
( 285 )
de cinquante mille ames et au- dessus , pour
le premier Vicaire , de 1205 liv .; pour le
second , de 1000 liv. et pour tous les autres ,
de 800 liv.
"
Dans toutes les autres Villes et Bourgs ,
de 800 liv. pour les deux premiers Vicaires ,
et de 700 liv . pour tous les autres . »
« Dans toutes les Paroisses, de Campagne ,
de 700 liv . pour chaque Vicaire. "
L'article VII , qui doit fixer les dépenses
des Séminaires , a été renvoyé au Comité ,
et l'article VIII , qui tendoit à proportionner
au bout de vingt ans , les honoraires des
Ministres de la Religion , en raison de l'augmentation
du prix des denrées , rejeté par
la question préalable .
On a ensuite discuté contradictoirement
les articles IX et X.
IX. Les Assemblées administratives feront
faire une estimation des biens -fonds
qui dépendent de chaque Cure , et la jouissance
en sera laissée aux Curés , jusqu'à concurrence
du quart de leur traitement , et en
déduction des sommes qui doivent leur être
payées, » ) ) ?
X. Dans les Paroisses de Campagne où
les Curés n'ont point de biens - fonds , où
n'en ont pas dans la proportion qui vient
d'être fixée , s'il s'y trouve des Domaines
Nationaux , il en sera délivré aux Curés ,
d'après l'estimation qui en sera faite , toujours
jusqu'à concurrence , et en déduction
du quart de leur traitement .' »
9MM. Treilhard , d'André , et de Liancourt
se sont opposés à la dotation territoriale.
Les voix prises , deux épreuves en faveur de
la question préalable , contre les articles ,
ont été douteuses ; on a réclamé l'appel no .
Nv
( 286 )
minal qui , vu l'heure de la Séance , a été
remis à demain .
DU JEUDI . SÉANCE DỤ SOIR.
Après la lecture de nombre d'Adresses ,
aussi louables par leurs sentimens , que chagrinantes
par la longueur et l'éclat de leurs
expressions ; après la présentation de quelques
Personnes à la Barre ; après une Depu
tation de la Commune de Paris , qui sollicitoit
par son Maire la lecture d'un Plan de
vente des Biens Nationaux ; Plan qu'on a
renvoyé au Comité , l'affaire de Nîmes a été
introduite , traitée et jugée . Plus de quatre
heures de débats , devenus à la fin excessivement
tumultueux , ont précédé la décision.
M. Alexandre de Lameth s'est fait entendre
le premier.
'
« Je n'occuperai pas long - tems votre attention
, MM. sur l'affaire qui vous est
soumise en ce moment ; je regrette que
déjà elle ait occupé une de vos Séances , et
qu'elle soit destinée à consommer encore
elle- ci. Vous vous rappelez tous , MM. ,
la première delibération des soi - disant Catholiques
de Nîmes. ( Ce mot de soi-disant
Catholiques , trois fois répété , attira à l'Opinant
des sarcasmes sanglans , qui allèrent
jusqu'à l'interpeller de soi- disant Orateur).
Vous savez quelle indignation elle a excitée
dans tout le Royaume , vous savez avec quel
empressement elle vous a été dénoncée par
un grand nombre de Municipalités : on n'au
roit pas dú s'attendre sans doute qu'elle
seroit suivie d'une seconde Délibération
dictée par le même esprit , et encore moins
que cette Délibération trouveroit des défens
seurs au sein même de l'Assemblée ; il suffit
( 287 )
>
pour s'en étonner , Messieurs , de se rappeler
quelques-unes des demandes renfermées dans
cette Délibération ; on yous y engage à rendre
au Roi la plénitu le de l'autorité Royale. Et
qu'entendent- ils par la plénitude de l'autorité
Royale ? Ils entendent le retour de l'ancien
régime , le retour des anciens abus , la
destruction de la Constitution ; et quel est
le moment qu'ils choisissent pour faire cette
demande ? Celui où l'Assemblée Nationale
vient d'arracher cette même autorité des
mains des Ministres , pour la remettre dans
celles du Monarque ; dans le moment où ,
renfermant cette autorité dans de justes
limites , en la rappelant à sa véritable institution
, on la modifie de manière à assurer
le bonheur du Roi et celui du Peuple . Que
demandent - ils ? la révision des Décrets depuis
la fin du mois de Septembre. Vous voyez ,
Messieurs , l'intention coupable de cette
demaade ; elle ne tend à rien moins qu'à
vouloir faire croire que le Roi et l'Assem
blée n'ont pas été libres à Paris depuis cette
époque ; et dans quel moment cherchent - ils
à répandre cette insinuation perfide ? dans
le moment où le Roi donne de lui -même ,
du propre mouvement de son coeur , les témoignages
les moins équivoques de son altachement
à la Constitution . Quoi ! l'on vient
consumer le temps précieux que vous devez
à l'établissement de la Constitution , de cette
Constitution que vous eussiez été si heureux
de pouvoir placer sous les yeux des Députes
de toutes les parties du Royaume qui , au
14 Juillet , viendront à la Fedération Nationale
, on vient vous distraire de vos importans
travaux , parce qu'une poignée de
Citoyens veut arrêter l'heureuse Révolution
Nvi
( 288 )
qui s'opère parmi nous ! Je ne m'étendrai
pas davantage sur cette délibération , et
c'est pour ne pas provoquer votre sévérité
que j'en cesse l'examen . Je demande que le
Projet de Décret du Comité soit adopté
sans désemparer. "
} " Ce n'est pas le jour mémorable , jour de
la constitution en Assemblée Nationale , que
les ennemis de la Patrie devroient trouver
ici des défenseurs . >>
M. Malouet , qui ne pensoit pas qu'on pût
traiter enennemis de la Patrie, tous Citoyens ,
peut-être trompés , peut- être blâmables dans
l'expression de leurs sentimens , qui manifesteroient
un vou de remontrance , au ber:
ceau de la Constitution , et pardevant une
Assemblée qui , plus d'une fois s'etant déclarée
Corps Constituant , ne peut vouloir
se priverde l'avantage derecevoir les plaintes ,
d'examiner les réclamations , ni disputer aux
Citoyens l'exercice du droit de Pétition que
la loifondamentale leur défere , même pour de
simples actes du Corps Législatif; M. Malouet
done a développé ces principes en disant :
Quatre mille Citoyens sont accusés. Des
inculpations vagues , mais imposantes , out
été prodiguées ; on vous a annoncé des crimes,
des crimes de lèze- nation , et le Corps du
délit qu'on vous présente consiste en deux
Adresses , dont les erreurs mêmes mauifesteroient
encore l'effioi du crime , l'amour de
l'ordre , le respect pour une Constitution
Jibre , pour l'Assemblée Nationale , et la fidélité
au Roi. "
Ce sont des écrits qu'on vous dénonce ,
lorsque la liberté d'écrire et de publier ses
pensées se trouve consacrée par vos lois
orsque la licence la plus effrenée en abuse
( 289 )
avec impunité. Ce sont des Assemblées dé
Citoyens qu'on vous dénonce , lorsque la Cons
titution établit le droit de s'asssembler. »
"
non pas
- Comment donc parvenir à rendre ces
écrits et ces Assemblées criminelles,? Le
Comité des Recherches croit en avoir trouvé
les moyens, en vous faisant part
des preuves , mais d'un projet d'informations
sur des faits qu'on veut rendre identiques
avec les écrits dénoncés et leurs Auteurs.
Ainsi cette accusation redoutable se présente
dans une forme plus redoutable encore .
Voilà des écrits , vous dit- on , qu'il faut
juger et punir ; et pour vous démontrer qu'ils
sont coupables , voici des faits odieux qui
appartiennent aux auteurs de ces écrits; nous
n'en avons point la preuve encore , mais elle
arrivera : voici le projet d'information . - Et
que signifie ce projet ? où est la plainte , quel
est le dénonciateur , où sont les preuves ? -
Quoi ! vous êtes instituéspour veiller au main
tien de tous les droits , et le plus sacré de
tous , l'honneur , la sureté des Citoyens seroient
devant vous atraqués impunément !...»
Je ne sais ce qui résultera des informa →
tions commencées à Nîmes sur les troubles
qui y ont eu lieu ; mais je sais que des relations
calomnieuses ont été publiées même aujourd'hui
, même à votre porte ; que plusieurs
faits importans sont déja constatés ; que les
auteurs des troubles seront très-probablement
découverts ; que tout est tranquille
maintenant ; que les Assemblées primaires,
les élections se sont faites paisiblement. En
attendant qu'on en sache davantage , je déclare
hautement que je regarde comme vrai→
ment criminels ceux qui , sous prétexte de
religion , ou sous tout autre prétexte , fo-
"
( 290 )
mentent des divisions entre les Citoyens , et
préparent des malheurs publics par des passions
et des intérêts privés. Mais certes , je
ne reconnois point ce caractère inique dans
les Adresses des Citoyens Catholiques de
Nîmes et d'Uzès ; et en écartant de ces écrits
les faits et les présomptions qu'on veut injustement
en rapprocher , je les jugerai ,
Messieurs , par vos propres maximes. "
- La Constitution ayant pour base essentielle
la declaration des droits de l'homme
et du Citoyen , c'est dans ces principes que
vous devez puiser la règle de vos jugemens.
Si dans les faits qui vous sont dénoncés , les
conditions de la liberté publique et individuelle
sont violés , si la soumission due aux
lois est attaquée , vous avez un attentat à venger.
S'il ne s'y rencontre aucun de ces caractères
; si la conduite des Citoyens q 'on
vous dénonce n'a point troublé l'ordre public ;
si leurs paroles et leurs écrits ne sont que
l'expression libre de leur pensée , sans acte
séditieux , sans excitation qui les provoque ;
s'ils n'ont fait qu'user du droit de pétition ,
quel qu'en soit l'objet , ils sont alors , Messieurs
, dans les termes de la Constitution
d'un peuple libre ; et pourvu qu'ils parlent
avec respect du Corps législatif , qu'ils obéissent
à ses Décrets , ils ont sans doute le
droit de dire ce qu'ils en pensent , ce qu'ils
désireroient d'y voir ajouter ou retrancher.
Tel est , Messieurs le caractère de l'Adresse
des Citoyens de Nîmes.
Qu'est- ce , en effet , que le droit de pétition
?Ne consisteroit - il qu'à vous adresser des
hommages ? ou n'est- ce pas plutôt le droit qu'a
tout Citoyen , de remontrer le tort qu'il souffre
ou qu'il croit souffrir d'un acte du gou(
) 291 ) 291
vernement , d'un acte du Corps législatif?
droit sacré et naturel , dont les despotes
n'empêchent pas toujours l'exercice , et dont
ils n'oserent jamais contester le principe. "
" Si vous reconnoissez , Messieurs , à la
Nation le droit de s'expliquer définitivement
sur la Constitution , il faut bien lui en lais
ser les moyens ; car vous ne pouvez connoître.
le voeu général que par l'émission des
voeux particuliers. Si les adhésions que vous
recevez des différentes parties du royaume
vous paroissent une douce récompense de
vos travaux , c'est parce que vous les jugez
libres et volontairement exprimées. Car, si
elles n'étoient qu'une formule obligée , arrachée
à la crainte , commandée par la force,
elles seroient indignes de vous. Mais si les
adhésions sont libres , les remontrances doivent
l'être ; et si la liberté est véritablement
l'heureuse condition dans laquelle nous devons
vivre , chaque Citoyen peut , sans crainte
et sans péril , se présenter devant vous et
vous dire : j'obéis à la loi que vous avez faite ,
mais j'en désire une autre. "
16
Telle a été , Messieurs , la conduite et
le langage des Citoyens Catholiques de
Nîmes. Je ne pense pas que le Décret contre
lequel ils ont le plus reclamé , ait mis la
religion en péril : elle y seroit , sans doute,
si vos lois n'assuroient une protection inviolable
à l'église , une existence honorable au
Clergé. Mais j'ai plus d'une fois partagé
leur effroi sur les exces , les desordres , les
violences dont ils se plaignent ; je desire
comme eux le rétablissement d'une autorité
tutélaire ; et s'il est de bons citoyens.
qui dissimulent à cet égard leur véritable
opinion , je serai toujours du nombre de
( 292 )
1
ceux qui ne craindront pas de la manifester.
Sous que rapport les citoyens de Nimes
et d'Uze , pom roient-ils donc étre inculpés par
le corps législatif ? Ont- ils resisté à la loi ?
Ont- ils provoqué quelque insurrection? Ontils
attenté aux droits , à la sureté de leurs
concitoyens non - catholiques ? Ils n'ont rien
fait de tout cela. Ce sont leurs adresses qui
vous sont dénoncées ; et premièrement la
phrase textuelle et littérale de ces actes ,
ainsi que le droit de pétition , sont confor
mes à la Constitution .
Si cela n'étoit pas , Messieurs , loin de la
liberté à laquelle nous prétendons tous , nous
serions dans les fers.
Mais le droit de pétition ne s'exerce que
pour demander , remontrer et se plaindre .
Il est donc impossible qu'un tel acte ne présente
des observations , des maximes certaines
à celui contre lequel on réclame ; et ce seroit
retomber dans le cercle le plus vicieux , car ce
seroit celui de la tyrannie , que de considérer
les réclamans comme ennemis de la constitu
tion , lorsqu'en obéissant provisoirement à la
Loi , ils se plaignent de ses dispositions."
:
Il est permis aux citoyens de désirer , de
croire que tels et tels Decrets ont besoin de
révision s'ils les croyoient bons , si c'étoit
là le voeu de la nation , ils s'exécuteroient sans
difficulté ; si , au contraire , quelques particuliers
, quelques villes seulement , sont
dans cette opinion , que vous importe , tant
que la grande pluralité des adhésions sera
si fort au -dessus du nombre des réclamations
? il arrivera dans le royaume ce qui se
voit dans l'Assemblée ; la majorité formera
l'opinion publique , et la minorité y obéira .
Mais quel funeste principe , quel renver
44
( 293 )
sement de tous les principes , que cette
maxime de proscription contre les opinions
et les voeux contraires à l'esprit de vos Décrets
! Quoi ! Messieurs , ne voudra - t - ou
jamais employer l'unique moyen de rallier à
la Constitution ceux qui paroissent s'en éloir
gner ? -Les François n'ont ila dureté , ni
Ja grossiéreté du Peuple Juif, auquel il fallut
donner des Lois au milieu de la foudre et
des éclairs. Je ne connois que deux ennemis
de la Constitution , c'est la licence et l'anarchie
. Tous ceux qu'on y présume les plus
opposés , ne le sont surement pas au repos ,
au bonheur , à la vraie liberté ; car il n'est
point de malade qui ue desire passionnément
recouvrer la santé. Guérissez donc les malades
, Messieurs , et ne les condamnez pas.
Laissons un libre cours aux Adresses de remontrances
, comme à celles d'adhésion'; sévissons
contre les insurrections , contre les
séditieux ; mais non contre les intentions qui
peuvent être innocentes. Ne parlons plus
d'ennemis et d'inimitié , en parlant de nos
Concitoyens ; et que la Confédération générale
qui se prépare , soit celle d'une paix et
d'une bienveillance universellc.
"
>>
Avant que vous l'eussiez décrété , Messieurs
, les Citoyens de Nîmes avoient le
droit d'improuver cette disposition , et j'étois
de leur avis ; car la Pologne , qui nous a
donné le premier exemple de ces Confédérations
, nous retrace aussi les déplorables
suites qu'elles peuvent avoir , si la sagesse
et le véritable amour de la Patrie n'en dirigeoient
les mouvemens . »
Les Citoyens de Nîmes expriment nettement
leurs principes dans un seul paragraphe
, qoi répond à toutes les inculpations :
( 294 )
Ce n'est point , disent ils , l'absurde projet
d'opérer une contre- Révolution ; c'est le désir
de consommer la Révolution , de sortir de
cette unarchie , qui menace la Patrie d'une
combustion générale , de consolider la Constitution
, d'oter tout prétexte d'y porter alteinte
, de hûter le moment où la France reconnoissante
pourra jouir des bienfaits de
l'Assemblée Nationale qui a dicté leur
Adresse.
"
'
« Messieurs , si les suffrages étoient pris
au scrutin dans toute la France , peut- être
Vous verriez de tels sentimens hautement
proclamés. Il n'est point d'homme vertueux
et sensé qui ne desire un terme à notre agitation
, un terme à la licence , un retour
sincère à l'ordre et à la paix. Ne confondez
point de tels hommes avec les partisans du
despotisme car c'est le despotisme le plus
redoutable qu'ils repoussent ; ne les confondez
pas avec les partisans des abus : car ce
sont les crimes et les abus qui les effrayent ;
donnez-leur la paix , la sureté , la liberté ,
et vous verrez s'ils sont ennemis de la Constitution
, et si une telle Constitution peut en
avoir.
"
28
Je conclus qu'il n'y a pas lieu à délibérer
sur le Projet de Décret du Comité des
Recherches. "
Plusieurs marques d'improbation très- vives
avoient interrompu M. de Lameth ; la conclusion
de M. Malouet n'a pas été plus heureuse.
Dėja se manifestoit une extrême impatience
de prendre les voix : on disputoit
opiniâtrément la parole à M. l'Evêque de
Nimes , dont le tour étoit arrivé ; enfin , sur
l'observation péremptoire qu'on ne pouvoit
Condamner les Citoyensde Nîmes sans en(
295 )
"
tendre les Députés de Nimes , ce Prélat a
obtenu le silence , et l'a conservé jusqu'à sa
conclusion. « Le langage noble et fier de la
Liberté , a- t - il dit , vous honore davantage
qu'une aveugle soumission . Pourquoi
les applaudissemens qu'on prodigue aux
Adresses d'adhésion , si l'on condamne
- celles de représentation ? »
40
M. de Marguerites n'a pas pu obtenir la
parole , M. Chapelier , inscrit avant lui ,
ayant proposé d'en faire le sacrifice , à condition
que , des ce moment , la discussion
seroit fermée ; ce qui a été décidé par la
majorité.
Cependant M. de Marguerites , profitant
de la liberté accordée aux amendemens
réclamé la parole , et a dit :
a
" Le Décret proposé par le Comité confond
et réunit deux objets distincts et séparés
, et je demande la division .
"
Le premier de ces objets est la Délibération
d'un grand nombre de Citoyens Catholiques
de Nismes.
" Or cette Délibération est absolument
étrangère aux Officiers Municipaux et aux
Notables , puisqu'aucun n'y est intervena
par sa signature , ou par son adhésion . Le
Décret , qui ferme la discussion , m'interdit
presque toute reflexion sur cette premiere
Partie du Décret . Je ne pourrois d'ailleurs
rien ajouter à ce qui a ete dit par les préopinans
; mais je dois supplier l'Assemblée
de rendre dans sa sagesse un Décret analogue
aux circonstances ; mais je dois déclarer
hautement que , malgré les calomnies
et les fausses relations de massacres et de
meurtres publiées avec affectation , répandues
avec profusion , notamment ce matin
( 296 )
encore , la porte de l'Assemblée , un seul
infortuné est mort de la suite de ses blessures
: la tranquillité n'a été troublée dans
Nismes que passagerement , par les soins de
certains malveillans que l'instruction , les
verbaux et les pieces Temises au Comite des
Recherches feront connoitre sans doute.
J'ajouterai même qu'il doit résulter invineiblement
des depositions , qu'un Membre
des plus accrédités du Club dénonciateur],
sollicitoit les Soldats de Guyenne pour mal
traiter ses Concitoyens , en leur disant :
allez , frappez fort nous vous soutiendrons»» .
( Ici l'on a crié l'amendement. ). « Je dois
encore observer à l'Assemblée que les Assemblées
primaires et les élections se font
paisiblement , et qu'il peut être de la plus
grande importance de ne pas altérer dans
cet instant une tranquillité précieuse , fruit
de la sagesse du Corps Municipal , et de
la juste confiance du plus grand nombre
des habitans de Nismes.
"
" Le second objet renfermé dans le Décret
est relatif aux troubles arrivés dans
Nismes les premiers jours de Mai , et à la
dénonciation faite contre la Municipalité ..
Cette affaire n'a rien de commun avec
les Délibérations des Citoyens Catholiques ;
ce sont deux objets distincts et séparés , indépendans
l'un de l'autre le Comité luimême
a annoncé qu'il n'entretiendroit pas
dans ce moment l'Assemblée des dénonciations
faites contre la Municipalité de Nismes ;
eet objet , ( a dit M. le Rapporteur ) ne
pouvant être traité aujourd'hui , fera la matière
d'un rapport particulier. Et cependant ,
MM . le Decret proposé tend à faire informer
judiciairement et confusement par le Prési
( 297 )
dial de Nismeret par une même procédure
sun deux objets qui n'ont aucun rapport.
« Il est évident que cette disposition étoufferoit
d'avance la justification , déja évidente
, des Officiers Municipaux d'apres
les pieces nombreuses remises au Comité
des Recherches. D'ailleurs , en admettant
que les faits insidieusement articulés contrer
la Municipalité doivent être prouvés par
témoins , l'équité veut que les Officiers Municipaux
puissent aussi prouver par témoins.
leurs faits justificatifs.
Or ils seroient privés de cet avantage
par le Décret qui confondroit , dans la même
procédure , l'objet des Délibérations des Catholiques
, avec la dénonciation faite contre
la Municipalité.'".
?
La plus grande partie des témoins qui
peuvent éclaircir l'affaire se trouve comprise
dans les trois mille Citoyens actifs qui
ont signé les Deliberations. Et cependant
l'effet d'un seul Décret seroit de rendre com
accusés les nombreux témoins qui ont déja
déposé , et leur interdire le droit de faire
connoître la vérité.
"
J'insiste donc pour la division du Décret
, ou plutôt je demande qu'il en soit
rendu deux dans cette séance.
Le premier prononcera sur les Délibé
rations des Catholiques de Nismes.
Le second renverra l'information des
troubles arrivés à Nismes au Présidial de
Nismes.

Certainement depuis six semaines le
Club dénonciateur a eu le temps de faire
parvenir quelque preuve légale des allégations
hasardées ; aucune n'a parù encore au
Gomité des Recherches. M. le Rapporteur
( 298 )
vous l'a dit dans la dernière séance ; il a
même ajouté que la Municipalité avoit remis
les preuves frappantes des faits contraires .
Sans doute les Officiers Municipaux de
Nismes pourroient conclure à la proscription
de la dénonciation et à la punition de ses
auteurs , d'après les Verbaux et autres Pièces
remises au Comité des Recherches. Mais ,
jaloux de donner à leur justification toute
l'évidence possible , ils ne redoutent point
l'épreuve des procédures judiciaires . La vérité
est une ; elle ne peut varier on peut
l'obscurcir par des calomnies , mais tôt ou
tard la vérité perce , et la justification de
Magistrats integres n'en devient que plus
éclatante ".
Avant que M. de Marguerites eût demandé
Ja division du Décret , M. Garat l'ainé avoit
insiste contre la privation du droit de Citoyens
actifs , dont le Comité des Recherches
menaçoit les Catholiques de Nismes . M. Barnave
soutint , au contraire , qu'on ne pouvoit
laisser cette activité à des Citoyens qui.
étoient en insurrection contre la Constitution
, et que la division du Decret seroit insignifiante,
M. le Chevalier de Murinais , poussé par
l'amour de la paix , et croyant concilier les
avis , proposa le medium suivant.
" L'Assemblée Nationale , apres avoir entendu
le rapport des Delibérations des Citoyens
Catholiques de la ville de Nisines ,
usant d'indulgence envers des François égarés
par un sentiment trop vif de la liberté ,
et par un mouvement de confiance exagéré ,
improve les principes contenus dans lesdites
Délibérations , ainsi que l'envoi qui en
a été fait aux Municipalites , et sans cm(
299 )
ployer la rigueur envers les personnes , leur
enjoint d'être plus circonspectes à l'avenir ».
Cette résolution et tous les amendemens
furent écartés , pour conserver en entier le
Décret du Comité qui mande à la Barre les
Signataires des Déclarations de Nismes et
d'Uzès , afin d'y rendre compte de leur
conduite , et quí , jusqu'à ce qu'ils ayent
obéi au Décret , les prive des droits attachés
à la qualité de Citoyen actif. Au surplus ,
le Président se retirera pardevers le Roi ,
pour supplier S. M. d'ordonner l'information
des faits dénoncés au Comité des Recherches
, pardevant le Présidial de Nismes.
A peine ce Décret étoit rendu , que l'attention
a dû se porter sur un événement
inattendu par plusieurs , extraordinaire pour
beaucoup de gens , mais qui n'a causé aucune
surprise à ceux qui , ainsi que nous , étoient
particulierement instruits de ce qui se préparoit
à Avignon depuis quatre mois . MM.
Camus et Bouche , Correspondans du parti
qui s'est emparé , à main armée , de la souveraineté
de cette Ville , ont donné con:
noissance à l'Assemblée du dernier acte
d'une pièce qui se filoit depuis long - temps.
Le récit en est contenu dans la Lettre suivante
, adressée à MM. Camus et Bouche
par les Municipaux actuels d'Avignon .
MESSIEURS ,
Vous avez été informés dans le temps ,
par M. Raphel , l'un de nous , des événemens
qui se sont succédés rapidement dans notre
Ville'; il nous a communiqué vos réponses ,
et les offres obligeantes de service que vous
lui avez faites pour la Ville d'Avignon . Le
moment est venu , Messieurs , de les accep(
300 )).
ter. Jeudi , io du courant , notre Ville a
été le théâtre du plus grand désordre . Les
Asistocrates , déployant toutes leurs forces ,
ont fait feu de toutes parts . Maîtres du poste
de l'Hôtel- de- Ville , et de quatre pièces de
canon , ils crioient : Vive l'Aristocratie ! Plus
de trente personnes , honnêtes Citoyens ,
bons Patriotes , ont été les victimes de leur
zèle et de leur patriotisme ; le Peuple a
marché contre eux avee intrépidité ; et les
cruels assassins , dispersés , ont cherché leur
salut dans la fuite. Quatre de ces scélérats
ont été arrêtés et sacrifiés par un Peuple
justement indigné et horriblement assassiné ;
deux de leurs Chefs ont été de ce nombre .
La Municipalité a fait vainement tous ses
efforts pour l'empêcher. Vingt- deux ont été
arrêtés ; et sans les Gardes Nationales d'Orange
, Courtheson , Jonquieres , Bagnols ,
Je Pont St. Esprit , Château Renard et autres
lieux , accourus à notre secours , ils auroient
été infailliblement sacrifiés. Leurs efforts généreux
et la confiance que le Peuple Avignonois
a dans les François , ses Alliés , a arrêté
sa vengeance . Messieurs d'Orange ont consenti
de se charger de la garde des Prisonniers
, pour leur propré sûreté , et ils seront
traduits aujourd'hui Jans leur Ville . Le calme
est à- peu- pres rétabli ; mais pour le rassurer
entièrement , les Gardes Nationales de France
ont bien voulu consentir à nous laisser , pour
quelques jours , une partie de leur détachement.
Avant hier 11 , les Districts s'assemblerent
pour délibérer sur leur position. La
réunion a été délibérée unanimement . Les
armes de France ont été substituées avec
pompe , à celles du Saint- Siège. Un Te Deum
doit
( 301 )
doit être chanté aujourd'hui à cette occa-.
sion . Depuis lors , la joie la plus vive a succédé
au désespoir , et nos rues ne cessent de
retentir des cris de vive la Nation , la Loi
et le Roi, "
" Nous prévenons M. le Président de l'Assemblée
de cet évènement . Le même Courrier
, dépêché en diligence , doit vous remettre
la présente. Quatre Députés ont été
nommés pour se rendre sur le- champ à Paris ,
auprès de l'Assemblée , pour obtenir son acceptation
. Nous vous prions , Messieurs ,
d'appuyer nos voeux de tout votre crédit ;
vous rendrez à notre Patrie le service le plus
signalé. Sans cette réunion , notre Ville seroit.
perdue sans ressource. Les François sont
trop généreux pour refuser un Peuple qui
a fait anciennement partie de la Nation Françoise
, et qui lui a toujours resté uni par
ses voeux et ses sentimens . Cette position est
certainement bien faite pour intéresser votre
générosité . "
Signés , RAPHEL , COULS , PEYTIER ,
BLANC , RICHARD , Officiers Municipaux.
Sur la proposition de M. Charles de Lameth
, il a été arrêté d'instruire le Roi de
la Délibération des Avignonois .
Un événement plus étrange , peut - être
a été ensuite communiqué à l'Assemblée .
On se rappelle que M. le Vicomte de Mirabeau
avoit demandé un congé et étoit parti
pour travailler à prévenir les progrès de
l'insubordination du Régiment de Touraine ,
dont il est Colonel. On a su encore qu'il
avoit failli être arrêté à Vermanton en Bourgogne
, et qu'il étoit échappé à quelqu'un.
de dire , en apprenant son évasion :je croyois
eertain qu'il ne passeroit pas Vermanton. Ar-
Nº. 26. 26 Juin 1790. 0
( 302 )
rivé à Perpignan , où son Régiment est en
garnison , M. de Mirabeau , logé chez M.
d'Augilar , Maire de la Ville , ayant fait
porter dans ce domicile les Drapeaux et la
Caisse du Régiment , et désesperant de le
amener , est parti subitement le 13 Juin ,
apres avoir emporté les cravattes des Drapeaux.
Lés Soldats furieux ont rendu le
Maire responsable de cet enlèvement , et l'ont
conduit à la Citadelle , où il est en ótage ,
sous une forte garde. L'avis avoit été envoye
aux Municipalités de la route , d'arrêter M.
de Mirabeau , et de reprendre les cravattes.
En effet , il a été arrêté à Castelnaudari :
les cravattes ont été trouvées dans sa malle ,
et il est gardé très- étroitement . Tel est le
precis du Rapport envoyé par les Officiers
Municipaux de Perpiguan. Augune autre
information n'éclairoit encore l'Assemblée.
M. de Cazalès a pris la parole , pour dire que
les cravattes des Drapeaux sont données par
le Colonel ; et , sans pretendre justifier M.
le Vicomte de Mirabeau , il a demandé qu'il
fut élargi sur sa parole d'honneur , et mandé
à la Barre. M. de Cazalès a offert sa caution
personnelle de l'obéissance de M. de Mirabeau
; mais M. Roederer ayant observé que
l'Assemblée devoit se conduire d'après la
raison et les lois , non d'après des coutumes
chevalérésques , on a décrété simplement
que S. M. seroit suppliée de faire elargir au
plutôt le Maire de Perpignan , et l'on a
ajourne le surplus de la Delibération .
DU VENDREDI 18 JUN.
Cette Séance a produit des éclaircissemens
sur l'affaire du Vicomte de Mirabeau. On
a 'fait lecture d'une Lettre de ce Député ,
( 303 )
du Procès- verbal de sa détention , et d'autres
pieces justificatives. M. de Mirabeau rapporte
que la licence de ses Soldats s'est
portée jusqu'à attenter à sa personne ; qu'heureusement
il a écarté les assaillans ; qu'indigné
d'une telle insubordination , il a regardé
le Régiment comme indigne de retenir
ses Drapeaux , et déclaré qu'ils devoient être
portés au Roi.
9
Aujourd'hui , des le matin , cet événement
a été travesti dans des brochures
atroces. On a entendu crier dans toutes les
rues et vu vendre au Peuple des Ecrits.
où M. de Mirabeau étoit accusé d'avoir
fait tuer deux cents Citoyens et incendier
l'Hôtel -de - Ville. Ce fameux Conspirateur ,
ajoutoit l'imposteur qui informoit les Parisiens
, a fini par l'action la plus abominable .
M. l'Abbé Maury a représenté à l'Assemblée
, qu'évidemment le but de ces Libelles
étoit de faire assassiner M. de Mirabeau
sur la route ; qu'il falloit épargner au Peuple
de nouveaux crimes en l'écartant de nouvelles
erreurs , et l'Assemblée y parviendroit
en certifiant la fausseté des calomnies qu'on
crioit dans Paris.
Occasionnellement , M. Malouet a demandé
qu'il fût ordonné au Procureur du Roi au
Châtelet d'informer contre ces Libelles ; il a
spécialement dénoncé les Révolutions de
France et de Brabant ; car , a- t- il dit , il est
impossible qu'une Nation existe plus longtemps
dans un état d'hostilité atroce.
L'on a décrété l'impression de la Lettre
de la Municipalité de Perpignan , et que le
Président se retireroit par devers le Roi ,
pour invoquer les mesures nécessaires à la
sureté de M. de Mirabeau , mis sous la
O ij
( 304
"
sauve- garde de la Loi. M. Chasset a rapporté
et fait recevoir au nom du Comité
des Dimes , un Décret en neuf articles , qui
enjoint le payement de cette imposition ,
ainsi que celui des Champarts et Terrages.
Nous le donnerons en entier la semaine prochaine.
Les articles IX et X du Projet d'organisation
du Clergé , qui assuroient aux Curés
une partie de leur revenu en dotation_terri
oriale , avoient été fondus en un seul par
le Comité ; mais l'Assemblée les a également
rejetés sous cette nouvelle forme , par
la question préalable.
M. Necker, ayant demandé un nouveau
secours de 30 millions , la lecture de sa lettre
a fourni à M. l'Abbé Maury l'occasion d'observer
que le Ministre des Finances auroit
dû apporter un compte ; qu'il étoit surprenant
de se trouver encore sans états de recette
, de dépense , et de la dette publique.
« M. Necker , a-t- il ajouté , a bien le temps
de faire des brochures contre des particuliers
et contre moi ; il doit avoir aussi le
temps de rendre des comptes , et de nous
« tirer enfin des ténèbres où il nous retient
depuis si long- temps. "
400
K
BU SAMEDI 19 JUIN.
A la lecture du Procès -verbal de la veille ,
M. de Mirabeau l'aîné s'est élevé contre la
rédaction du Décret relatif à son Frère ,
et a pourvu plus efficacement à sa sureté ,
en faisant adopter la formule suivante :
" L'Assemblée Nationale rappelle aux Municipalités
le Décret qui a prononcé l'inviolabilité
de ses Membres , et décrète
- que M. de Mirabeau le jeune viendra in(
305 )

« cessamment rendre compte de sa conduite
; sans rien préjudicier aux articles
déja decrétés, portant que toutes les pièces
relatives à cette affaire seront remises
" aux Comités Militaire et des Rapports réunis
, et que l'Adresse des Officiers Mu-
" nicipaux de la Ville de Perpignan sera
imprimée , et envoyée au domicile des
Deputés. "
"
་་
"
L'Assemblée ayant ensuite été informée
par une Lettre de M. Necker , que les Magistrats
de la République de Genève ont
dernièrement accordé un secours de 1400
quintaux de grains au Pays de Gex , qui
se trouvoit dans la plus urgente détresse ,
sans autre obligation que celle de restituer
less
grains en nature après les récoltes ; l'Assemblée
, disons- nous , a autorisé son Président
à écrire une Lettre de remercîment
aux Magistrats de Genève .
Le Mémoire remis hier par le Ministre
des Finances étant remis en discussion , M.
Nourrissant a justifié la demande de 32 mil-1
lions , qui sont un à compte sur les Assignats
à remettre au Trésor public , et non
un emprunt nouveau . Les besoins constatés
sont de deux millions par jour ; le Comité
des Finances est prêt à en détailler le
compte.
En votant pour l'octroi des 32 millions ,
M. Camus a prononcé uu Discours véhément ,
à la suite duquel il a proposé cinq articles
précautionnels contre la fréquence de ces
demandes et l'obscurité de leurs motifs .
M. le Coulteux de Canteleu , sans s'opposer
au Décret du Préopinant , est revenu sur
les plaintes qu'avoit formées la veille M.
l'Abbé Maury ; il a prétendu qu'on avoit
O iij
( 366 )
des notions surabondantes de l'état des
Finances , et qu'après les extraits raisonnés
du Comité , on pouvoit assurer qu'il n'y
a pas de pires sourds que ceux qui ne veulent
pas entendre.
M. l'Abbé Maury , qui ne se paie guères
de proverbes , a justifié ses sollicitudes par
un Discours net et nerveux , dans lequelit
a prétendu entr'autres que la dépense de
105 millions portée comme extraordinaire
par M. Necker pour l'année 1789 seulement ,
étoit une dépense très - ordinaire , puisqu'elle
se répéteroit 60 années de suite. Il
a de nouveau insisté sur un compte général ,
clair et détaillé de recettes , dépenses et
dettes publiques . Des applaudisseinens unanimes
ont suivi ce Discours , dont on a demandé
et décrété l'impression ; mais , contre
l'usage , MM. de Crillon et Lucas ayant requis
que l'Orateur remît sur le Bureau la
minute de son opinion , et celui - ci ayant
déclaré vouloir se charger lui - mêine de l'impression
, le Décret a été retiré.
"
44
"(
M. Bouche a fait part à l'Assemblée des
nouvelles intelligences qu'il venoit de recevoir
d'Avignon : le Bulletin confirme la Lettre
des Municipaux ; elle est à- peu - près du même
style , Nous avons beaucoup de graces à
« rendre à vos compatriotes , mande - t - on
« à M. Bouche ; ils ont tout abandonné pour
voler à notre secours . Tous les Prêtres
eussent été perdus , si nos bons voisins
" n'eussent contenu lajustefureur du peuple:
les coupables sont pris et vont être jugés
au nombre de deux mille , PAR DES JUGES
D'ORANGE . La poltronerie des Aristocrates
nous a bien servis : ils ont fui , etc.
Il n'y a que huit Citoyens de blessés ; mais
40
"
44
"
14
"
( 307 )
beaucoup de chapeaux percés . On a chanté
" un Te Deum au bruit du canon ».
Cette lecture qu'applaudissoient les Galeries
, a excité l'indignation d'un très - grand
nombre d'Auditeurs . M. de Cazalès a voulu
se faire entendre ; on a réclamé l'ordre du
jour , qui , apparemment , étoit de se sé
parer , car immédiatement on a passé dans
les Bureaux pour l'élection du Président et
des Secrétaires ..
DU SAMEDI 19. SÉANCE DU SOIN.
On devoit traiter dans cette Séance du Commerce
interuel del'Inde , et d'autres objets d'un
intérêt peu général ; aussi.un grand nombre
de Membres étoient - ils absens . M. le Baron
de Menou occupoit le fauteuil . Ceux qui n'étoient
pas prévenus , de la cérémonie préparée
pour ce jour- là , ont eu peine à en
croire leurs yeux , lorsqu'ils ont vu introduire
des Anglais , des Hollandais , des Russes ,
des Polonais , des Prussiens , des Saxons ,
des Autrichiens , des Italiens , des Suisses ,
des Suédois , des Espagnols et des Braban
cons ; des Siciliens , des Liégeois et des Avignonais
; des Genevois et des Indiens , des
Arabes et des Chaldéens , des Indous et des
Turcs , des Tripolitains et des Maures , des
Sardes , des Grisons , etc. Ce Congrès s'est
annoncé comme chargé des pouvoirs des
Etrangers de toutes les Nations , résidans on
passans à Paris . C'étoit la représentation
du Monde elle a parlé au nom de l'Univers
par la bouche de M. de Cloots ,
Duché de Cleves , et neveu du célèbre M.
de Pavv , Auteur des Recherches sur les Américains
, etc. Recueillons ce Discours , le
du
Ο iν
( 308 )
premier de ce genre qu'ait offert l'Histoire
des Nations et celle de l'éloquence.
MESSIEURS ,
Le faisceau imposant de tous les Drapeaux
de l'Empire François qui vont se déployer
le 14 Juillet dans le Champ de Mars ,
dans ces mêmes lieux où Julien foula tous
les préjugés , où Charlemagne s'environna
de toutes les vertus ; cette solemnité civique
ne sera pas seulement la fête des François
mais encore la fête du Genre- humain. La
trompette qui sonna la résurrection d'un
grand Peuple , a retenti aux quatre coins du
monde , et les chants d'alegresse d'un choeur
de 25,000,000 d'hommes libres , ont réveillé
des Peuples ensevelis dans un long esclavage
. La sagesse de vos Décrets , Messieurs ,
P'union des Enfans de la France , ce tableau
' ravissant donne des soucis amers aux Despotes
, et de justes espérances aux Nations
asservies .
"
A nous aussi il est venu une grande
pensée ; et ose rions- nous dire qu'elle fera le
complément de la grande journée nationale!
Un nombre d'Etrangers de toutes les Contrées
de la terre demandent à se ranger au
milieu du Champ de Mars ; et le bonnet de
la liberté , qu'ils éleveront avec transport,
sera le gage de la délivrance prochaine de
leurs malheureux Concitoyens . Les Triomphateurs
de Rone se plaisoient à trainer
les Peuples vaincus liés à leurs chars ; et
vous , Messieurs , par le plus honorable des
contrastes , vous verrez dans votre cortége
des hommes libres dont la Patrie est dans
les fers , dont la Patrie sera libre un jour
par l'influence de votre courage inébranlable
et de vos Lois philosophiques. Nos voeux et
( 309 )
nos hommages seront des liens qui nous
attacheront à vos chars de triomphe .
"
Jamais Ambassade ne fut plus sacrée ;
nos Lettres de créance ne sont pas tracées
sur le parchemin , mais notre mission est
gravée en chiffres ineffaçables dans le coeur
de tous les hommes ; et , grace aux Auteurs
de la Déclaration des Droits , ces chiffres
ne seront plus inintelligibles aux Tyrans.
Vous avez reconnu authentiquement
Messieurs , que la Souveraineté réside dans
le Peuple or le Peuple est par- tout sous le
joug de Dictateurs qui se disent Souverains ,
en dépit de vos principes . On usurpe la
Dictature , mais la Souveraineté est inviolable
, et les Ambassadeurs des Tyrans ne
pourroient honorer votre Fête anguste , comme
la plupart d'entre nous dont la mission est
avouée tacitment par nos Compatriotes , Souverains
opprimés
"
" .
Quelle leçon pour les Despotes ! quelle
consolation pour les Peuples infortunés ,
quand nous leur apprendrons que la première
Nation de l'Europe , en rassemblant ses
bannières , nous a donné le signal du bonheur
de la France et des deux Mondes! »
" Nous attendrons , Messieurs , dans un
respectueux silence , le résultat de vos délibérations
sur la pétition que nous dicte
l'enthousiasme de la liberté universelle. "
M. le Président a répondu à cette harangue
, où M. de Cloots présente ses Lettres
de créance au nom des Peuples , en déchirant
celles des Ambassadeurs , qui ne sont
plus à Paris que les Envoyés des Tyrans ;
ensorte que le Corps diplomatique de l'Europe
en France réside maintenant dans le
- Comité des Etrangers qui se trouvent à Paris.
.0 v
( 310 )
"(

Allez , Messieurs , leur a dit le Présidert
; après cette fête auguste , retournez
dans votre pays , et dites à vos Adminis-
« trateurs , à vos Chefs , que si leur coeur .
est jaloux de suivre un grand exemple
ils imitent Louis XVI , restaurateur de la
« liberté » .
"
Nous tâcherons , la semaine suivante , de
rapporter en totalité la réponse de M. de
Menou ; elle intéresse l'Europe entière .
N'oublions pas qu'un Asiatique a fait son
compliment particulier , moitié François ,
moitié Arabe ; de sorte qu'il n'a été entendu
que des Savans.
Ce prélude de la séance a été immédiatement
suivi d'un autre genre d'événemens .
Comme les Séances du soir sont consacrées
à toutes autres discussions que celles des
Matières Constitutionnelles , le petit nombre
de Députés de la Minorité qui se trouvoient
dans la Salle , n'ont pas été médiocrement
surpris à l'ouie des Motions qui se sont
succédées. M. Alexandre de Lameth a debuté
par rappeler les monumens d'humiliation et
de servitude qui fletrissoient la place des
Victoires ; illes a déclarés incompatibles avec
la Cérémonie prochaine de la Fédération
générale , et il a requis qu'avant le 14 Juillet ,
les 4 figures enchainées qui supportent la
statue de Louis XIV , fussent enlevées.
M. Lambel , Avocat , a surpassé cet enthousiasme
, en demandant les suppressions
de la Noblesse , des Titres , Qualités , Dignités
héréditaires , et qu'il fût défendu à
tous et chacun de prendre le nom de Noble
'ou d'Ecuyer.
M. Charles de Lameth a prêté son appu
( 31 )
id
à ces Motions , en déclarant qu'on, noteroit
comme ennemis de la Constitution , ceux
qui affecteroient de conserver ces puériles
distinctions . Bientôt M. de la Fayette s'est
uni de coeur et de bouche à l'opinion de
M. de Lameth , il l'a même surpassée l'instant
d'après , en s'opposant à toute exception
en faveur des Princes du Sang : " ils
ne sont que Citoyens actifs , a-t- il dit , lorsqu'ils
en remplissent les Conditions.
C'étoit , néanmoins , une bien délicate et
bien grande question que celle de savoir , si
dans un Etat où la Loi a attaché la Couronne
héréditaire à une certaine Famille ,
les membres de cette Famille peuvent être
confondus avec le reste des Citoyens ; si les
Héritiers présomptifs du Trône ne doivent
être distingués par aucun caractère du reste
de la Nation ; si la dignité sans laquelle la
Royauté seroit privée de toute force d'opinion
, ne nécessite pas un rang dans les
Proches immédiats du Chef de la Monarchie
; si , enfin , cette égalité , convenable
dans un Royaume électif , tel que la Pologne
, est compatible avec la Constitution
décretée par l'Assemblée Nationale .
"
"
M. de Lucinge- Faucigny , apercevant sans
doute toute la gravité de la délibération , en
a demandé l'ajournement. On a poussé des
clameurs. Pauvreté ! s'est- il écrié , vous détruirez
les Nobles , et vous aurez toujours
la distinction des Usuriers , des Banquiers,
des Marchands d'argent ; des Propriétaires
à 100 mille écus de rente.
(t
"
་ ་
"
་་
i
" Point de délais , à répliqué M. de Noailles';
plus d'orgueil ni de vanité. Plus de distinetions
celles des vertus . Dit - on le Marquis
Francklin et le Baron Fox ? ( On ne
que
O vj
( 312 )
"
dit pas le Marquis Francklin , parce que jamais
l'Amérique n'a connu de Noblesse et
qu'elle est une Démocratie. M. de Noailles
oublioit que l'Angleterre a ses Lords et ses
Chevaliers Baronnets. ).
"
"
"
K
.
M
་་
Je vais plus loin , et je demande la suppression
des livrées.
་་
Je m'appellerai Louis Michel le Peletier ,
a crié M. de Saint- Fargeau ; que chacun
porte le nom de sa Famille et point celui
d'une Terre. Effacez de dessus les canons ,
à dit M. Sillery , l'ultima ratio Regum. Les
Rois n'ont plus de querelles . "
" Pour emblêmes de la statue de Louis
XIV , mettez la Révocation de l'Edit de
Nantes ; crioit M. Lawye l'Alsacien . "
་ ་
Plus d'Altesse , de Monseigneur , d'Excellence
, ni d'Eminence , ajoutoit M. Lanjuinais.
""
A cette grêle de Motions , l'Abbé Maury
Opposoit des citations historiques , et des
motifs de justice ou d'intérêt public. En
réplique , M. Matthieu de Montmorency a
brisé les armes et les armoiries , en invitant
les citoyens à prendre la liberté pour unique
enseigne.
Quelques Membres de la Noblesse prenoient
la parole ; à l'instant elle étoit étouffée
sous mille eris . Ce n'est qu'avec beaucoup
de peine que M. de Firieu , profondément
alarmé des effets qu'alloient entraîner ces
résolutions rapides comme l'éclair , a représenté
le danger de livrer ainsi à l'effervescence
du Peuple les armoiries , les titres des
Châteaux , les Tombeaux , les Eglises , et
de préparer les voies à une foule d'attentats .
Gardons- nous a - t-il ajouté , d'exalter la
fureur populaire dont nous avons tant *
( 313 )
"
souffert , et qui a déshonoré la Révolution . »
A ces mots , des murmures menaçans s'étant
élevés , quelques voix ayant même dit , ilfaut
que cela soit ; M. de Virieu n'a pû s'empêcher
de relever une pareille exclamation et d'en
témoigner son étonnement-
Plusieurs fois interrompu par des vocificérations,
avant de pouvoir se faire écouter, M.
de Landeberg- Waggenbourg , Député d'Alsace
, a dit d'un ton noble , ferme et tranquille
:
"
En 1789 , c'est pour la première fois
que la Noblesse d'Alsace a eu l'avantage et
l'honneur de se réunir à la Noblesse Françoise.
Mes Commettans m'ont dit : rendezvous
à cette auguste Assemblée ; mais par
votre présence n'autorisez rien qui soit contraire
à notre honneur et à nos droits . Je
les connois Sujets soumis , ils verseroient
tout le sang pour leur Roi ; je les connois
ils me désavoueroient ; ils me trouveroient
indigne de reparoître devant eux , si j'avois
par ma présence autorisé cette délibération .
Je me retire donc , la douleur dans l'ame ,
et l'on doit bien m'en croire ; je me retire ,
et j'irai dire à mes Commettans : Soyez
soumis à foutes les Lois de l'Assemblée Na-
' tionale ; ils seront soumis ; mais ils sauront
qu'ils vivent avec le sang dans lequel ils
sont nés , et que rien ne sauroit les empêcher
' de vivre et de mourir Gentilshommes . "}
Cette chaîne de Décrets étoient décidés
' avant d'être rendus ; nulle opposition ne
pouvoit prévaloir contre une impulsion ,
dont
le terme devenoit même inappréciable ; car
en partant du principe de l'égalité parfaite ,
il eût été très-conséquent de l'appliquer à
de forcer les Maîtres à s'asseoir à
tout ,
( 314 )
table avec leurs Laquais , tout Citoyen à
aller à pied , tout homme aisé à se vêtir
comme la multitude , à partager sa propriété
avec celui qui n'en a point . On demandoit
violemment d'aller aux voix . MM.
d'Ambly , de Digoine , de Grosbois , d'Egmont
, et beaucoup d'autres , essayèrent en
vain de protester : le Décret général fat rendu
sur la rédaction combinée de M. le Chapelier.
Les applaudissemens et les cris de joie des
Galeries , couronnèrent la Séance , qui fut
regne aux acclamations de la mnltitude
placée en dehors de la Salle . Avant de
sortir , MM. P'Evêque de Dijon et de Lévis
donnèrent leur démission .
Le scrutin n'avoit pas encore fait de
Président : 200 voix étant allées à M. de
Saint- Fargeau ; 88 à M. de Bonnay , et 50
à M. de Mirabeau l'aîné . Les nouveaux Secrétaires
sont MM. de Delley d'Agier , Poplus
et Robespierre . Un très- grand nombre
de Députés n'ont pas concouru à l'Election .
DU DIMANCHE 20 JUIN.
Pour aujourd'hui , nous bornons le précis
de la Séance , où l'on a discuté quelques
articles du Réglement de Police , à l'énoncé
du Décret définitif, passé la veille au soir .
L'Assemblée Nationale décrète que la
Noblesse héréditaire est pour toujours abolie
; qu'en conséquence les titres de Prince ,
de Duc , de Comte , Marquis , Vicomte ',
Vidame , Baron Chevalier , Messire
Ecuyer , Nobles , et tous autres titres semblables
, ne seront ni pris par qui que ce
soit , ni donnes à personne ; "
2
Qu'aucun Citoyen ne pourra prende
que le vrai nom de sa famille , que personne
( 315 )
ne pourra porfer ni faire porter de livrée
ni avoir d'armoiries ; que l'encens ne sera
brûlé dans les temples que poor honorer la
Divinité , et ne sera offert à qui que ce soit ; "
Que les titres de Monseigneur et de
Messeigneurs ne seront donnés , ni à aucun
Corps , ni à aucun individu , ainsi que les
titres d'Excellence , d'Altesse , d'Eminence
et de Grandeur : »
"
"(
}
Sans que sous prétexte du présent Décret
aucun Citoyen puisse se permettre d'attenter
aux monumens placés dans les Temples
, aux Chartes , Titres et autres renseignemens
intéressant les familles ou les
propriétés , ni aux décorations d'aucuns lieux
publics ou particuliers , et sans que l'exécution
des dispositions relatives aux livrées et aux
armes placées sur les voitures , puisse être
suivie ni exigée par qui que ce soit , avant
le 14 Juillet , pour les Citoyens vivant à
Paris , et avant trois mois pour ceux qui
habitent la Province .
་་
>>
" Ne sont compris , dans la disposition.
du présent Décret , tous Etrangers , lesquels
pourront conserver en France leurs livrées
et leurs armoiries .
"}
Lundi 21 , on a poursuivi l'institution
Ecclésiastique , et sur la nouvelle de nouveaux
troubles sanglans à Nîmes , troubles
dont nous dirons un mot plus bas , on a
décrété , à la suite de débats acharnés , de
suspendre provisoirement la Municipalité de
Nîmes , non entendue , de sa fonction de
rétablir l'ordre en employant les forces militaires
, et d'en charger les Commissaires du
Roi à la formation du Département.
( 316 )
Depuis quatre mois Avignon étoit dans
l'anarchie. L'ancienne Municipalité avoit
été cassée avec violence et la nouvelle ,
formée des principaux Chefs du soulevement.
Plusieurs écrits , des correspondances , des
pratiques très- actives avoient concouru à
diviser les Habitans , et à les induire à se
donner à la France. On travailloit de la
même manière le Comtat Venaissin ; mais
avec moins de succès , les Citoyens sages
ayant réuni leurs forces , pour écarter d'eux
le concert de subversion auquel on les excitoit
d'Avignon . Dans cette Ville même , une
grande partie de la Bourgeoisie s'étoit réunie
à ceux qui résistoient à tout changement de
domination . On auroit obtenu sans peine ,
d'un Gouvernement désarmé et sans ressort ,
quelques réformes desirées ; mais une révolution
si douce n'eût pas rempli les desseins
secrets , et les Architectes destructeurs prévalurent
à l'aide d'une classe de la multitude
. Nombre d'Habitans avoient fui : les
désordres , les violences se répétoient . Il y
a quelques semaines , le jeune Comte de
Palamede- Forbin faillit être assassiné avec
un de ses amis , et ne dut son salut qu'à
son courage , et aux moyens qu'on lui fournit
d'échapper , de toits en toits , à la poursuite
d'une troupe de furieux . On nous a assuré
qu'en quelques lieux on avoit même commencé
le partage des terres entr'autres
sur un Domaine du Duc de Guadagne. Dans
cette horrible situation , si la guerre civile
n'étoit pas ouvertement déclarée , c'est
qu'une grande masse y résistoit encore.
2
Enfin , la mine a eclaté. Nous sommes
encore sans relation de la part des Foibles ,
et l'on peut se persuader que si le Parti tout(
317 )
puissant a eu des torts , il s'est bien gardé
d'en faire mention mais , en partant même
de ses récits divers , on apprend que , de
sept Compagnies de Garde Nationale , quatre
étoient ce qu'ils appellent Aristocrates ; mot
que tout homme qui a une conscience ou un
coeur des roit s'abstenir de prononcer , depuis
qu'il est gravé sur le fer de tous les assassins ,
et devenu le prétexte de tous les attentats.
Toujours d'après les rapports consignés dans
le Courrier d'Avignon , et qui semb ent écrits
avec le sang des victimes du 10 et du 11 ;
pour tenir le peuple en haleine , on avoit
supposé des complots ; et , pour s'en préserver
, on fit entrer le 7 des bandes nombreuses
de Gens du dehors. Les Relateurs
avouent encore que leurs Adversaires s'atten
dirent à un pillage. L'effervescence étoit au
comble , et tout le monde en armes . Des
coups de tocsin redoublèrent les alarmes .
Le Jeudi 10 , octave de la Fête- Dieu , elle
devint générale vers les 4 heures. Les prétendus
Aristocrates se fortifièrent à l'Hôtelde-
Ville , où la Compagnie de Garde les
reçut leurs Adversaires , suivis de la multitude
, se portèrent au Palais du Vice - Légat
qui confine à l'Arsenal ; on se fusilla dans
les rues. Il paroît évident que le soin de leur
sureté avoit réuni les premiers à l'Hôtel - de-
Ville , puisqu'ayant entre leurs mains les
Municipaux de nouvelle création , ils les
maintinrent inviolables , et finirent , au lieu
de se defendre , par se retirer à la suite
d'une capitulation .
Quoique cette crise eût tous les caractères
d'une guerre civile ; que les deux Partis ,
arinés l'un contre l'autre , ayant les mêmes
risques à courir , dussent , après le combat ,
( 318-)
Bespecter le droit de la guerre , quatre Particuliers
furent pendus . le lendemain .
La maison du Marquis de Rocheguic
fut enfoncée : il étoit couché : on, le
traîna au supplice ; il se pendit lui même , à
ee qu'on rapporte , pour empêcher les bourreaux
d'attenter sur lui. Le Marquis d'Aulan,
un Abbé et un Fabricant de soie , accusés
d'avoir tenu des propos , et d'avoir fabriqué
un Mannequin de la Municipalité , eurent
le même sort. Nombre d'autres ont été , à
ce qu'on rapporte , sauvés par les Milices
Françoises , accourues d'Orange , du Saint-
Esprit , de Rochebrune. Par la derniere
Lettre lue à l'Assemblée Nationale , les
Avignonois n'accusent pas un seul mort : huit
des leurs ont été blessés : ils taxent leurs
Adversaires de poltronierie ; ils se moquent
de leur fuite ; aveux qui rendent encore
moins justiciables les scenes atroces du lendemain.
Si quelque maxime subversive de la
Société avoit échappé aux calculateurs
métaphysiques de révolutions qui , dans
leurs discours , leurs Feuilles volantes
ouleurs pamphlets, prennent les hommes
pour des unités numériques , et spéculent
savamment , en style boursouflé , sur les
meilleurs moyens d'anéantir tout ordre,
toute autorité , toute paix , toute sûreté
parmi les hommes , on s'étonneroit peutêtre
des axiomes , par lesquelles ces Publicistes
de 24 heures , ont légitimé la
translation de la Souveraineté d'Avignon .
Le Peuple , disent-ils , est Souverain ,
et dès qu'il lui plaît de changer le Dé(
319 ).
légué auquel il a confié l'exercice de sa
Toute - Puissance , il fait un Acte de droit
naturel , par lequel CHAQUE HOMME
EST SON Unique SouveRAIN .
Ainsi , du moment où la Majorité
d'une Nation reprend la Souveraineté ,
elle est maîtresse de la placer là où
elle le trouve bon .
C'est un blaspheme certainement d'étayer
une doctrine aussi insensée sur
les principes de l'Assemblée Nationale ,
et c'est la venger que de repousser pour
elle une association aussi scandaleuse .
Je suis loin de contester le droit
inhérent et primitif du Peuple sur la
Souveraineté. Si l'unanimité ou la grande
pluralité d'une Nation ,légalement assem-"
blée dans les formes consacrées par les
Lois , ou avouées par le respect de l'ordre
et de la raison , après une mûre delibération
changeoit de Souverain , cet
Acte solennel pourroit être légitime .
Ainsi , le Parlement Anglois se formant
en Convention Nationale , adjugea le
trône à Guillaume III.
Mais qu'on imprime ce caractèresacré
de légalité à des insurrections sanguinaires
, à des tumultes préparés , à la
clameur d'une partie de la multitude délibérant
les armes à la main , c'est assurément
le comble de la déraison .
Comme on prostitue le nom du Peuple !
A- t-on pris les voix de la Nation entière ?
les a t-on comptées en s'égorgeant à Avi(
320 )
gnon? où est le scrutin qui nous montre
la Majorité ? Il résulteroit donc de ces
inconcevables argumens , que quatre
Démagogues en égarant ou en corrompant
la multitude indigente , lui donneroient
le droit d'adjuger la Souveraineté
contre le voeu de tous les Propriétaires
de la Communauté ; l'Autorité conservatrice
de tous les biens qui la composent
, seroit alors à la discrétion de ceux
qui n'en ont aucun .
Certainement , l'Assemblée Nationale
est loin de consacrer un semblable renversement;
encore moins légitimera- t elle
la révolte d'une aliquote des Etats du
Pape : car une partie d'Avignon ne forme
pas le Peuple , ni même la Majorité du
Peuple soumis à Sa Sainteté . Si l'Alsace
ou la Bourgogne , un jour mécontentes ,
et mettant à profit les maximes de nos
Journalistes Législateurs , alloient offrir
leur Souveraineté aux Puissances Etrangères
, ne leur objecteroit-on avec toute
raison , qu'incorporées à la Monarchie ,
il ne leur appartient d'en sortir qu'avec
le voeu général de ses Provinces ? Rome
repoussa les Antiates qui , les mains
trempées du sang de leurs Concitoyens ,
vinrent se donner à la République ; elle
regarda cet hommage comme un affront.
On n'a encore sur les derniers malheurs
de Nîmes , ni Procès-verbaux , ni
documens officiels ; ainsi , nous aban(
321 )
donnons la Relation de cet évènement
aux Folliculaires jaloux de la primeur
des nouvelles , et auxquels on ne peut
contester la primeur des impostures. Des
Extraits de diverses Lettres , dont on
n'a pas fait connoître la signature , sont
jusqu'ici le seul fondement des bruits
courans , et du Décret rendu Lundi . Dans
huit jours , nous donnerons les détails
exacts de cette affaire sanglante où
80 personnes ont été tuées , et des causes
certaines qui l'ont produite. Elles remontent
à l'élection de la Municipalité
actuelle.
Le 9 de ce mois , l'Assemblée de la
Commune de Paris a dénoncé au Procureur
du Roi un Libelle atroce , intitulé
: Vie de M. de la Fayette . En approuvant
ce zèle , on regrette qu'il ne
soit pas encore étendu à ces productions
infâmes, scandaleusement calomnieuses ,
contre la Reine et d'autres Personnes ,
qu'on offre aux passans dans le Palais-
Royal, et jusques sous les murs de l'Assemblée
Nationale . Ces horreurs impunies
se soutiennent depuis plusieurs mois ;
et, comme si les Libelles ne suffisoient
pas à la curiosité , on a soin d'y joindre
des estampes dignes du feu. On regrette
de voir journellement vendre , crier ,
circuler par la Poste , des Ecrits où l'on
invite le Peuple à des assassinats nominatifs
, où on le presse d'égorger M. de
322 )
Saint -Priest, M. de Bouille , M. de
Gillier, etc. où le Roi et sa famille sont
traités avec une indignité qui ne permet
plus de reconnoître , ne disons pas des
François , mais aucune trace de Société
Civile, M. Malouet a fait une dénonciation
énergique de ces productions ; nous
la rapporterons dans huit jours.
On ne ne connoît à Paris que bien
imparfaitement l'Histoire journalière du
reste du Royaume. Quelques faits marquans
défigurés par les Folliculaires , et
par l'esprit de parti ; voilà tout ce qu'on
laisse passer à la connoissance du Public .
On nous a raconté , en les justifiant,
quelques-uns des traits d'insubordination
et de violence qui ont eu lieu à l'Armée.
Le Ministre de la Guerre en a présenté
le tableau effrayant dans un Mémoire
lu le 4 à l'Assemblée Nationale , dont
les Journalistes ont eu soin de nous
laisser ignorer la substance .
"
"
Le Corps Militaire , dit le Ministre ,
menace de tomber dans la plus turbulente
anarchie ; des Régimens entiers ont osé
violer à la fois , le respect dû aux Ordonnances
,. au Roi , à l'ordre établi par vos
Décrets , et à des serinens prêtés avec lá
plus imposante solennité.... Quel incon-
" cevable esprit de vertige et d'erreur les
la tout à coup égarés !... L'Administration
Militaire n'offre plus que trouble , que
confusion. Je vois dans plus d'un Corps ,
" les liens de la discipline relâchés ou bri
sés , les prétentions les plus inouiès affi-
"
"
«
"
( 323 )
"
"
"
"
"
"
"
chées sans détour , les Ordonnances sans
force , les Chefs sans autorité , la Caisse
Militaire et les Drapeaux enlevés , les
Ordres du Roi même bravés hautement ,
les Officiers méprisés , avilis , menacés ,
chassés ; quelques - uns même captifs au
milieu de leur Troupe , y traînant une
a vie précaire au sein des dégoûts et des
humiliations ; et , pour comble d'horreurs ,
des Commandans égorgés sous les yeux et
dans les bras de leurs propres Solpresque
dats. Ces maux sont grands , ajoute ici
le Ministre , mais ne sont pas les pires que
puissent entraîner ces insurrections Militaires
; elles peuvent tôt ou tard menacer
la Nation même . »
་ ་
"
"C
"(
"
"
"
".
"
Ensuite , montrant que le Corps Militaire
étant essentiellement fait pour être mu par
une force unique , et toujours suivant la direction
indiquée par les Lois et les besoins
de la Patrie , tout sera perdu , dit - il , sijamais
il est mu par despassions individuelle. « Dans
l'irrégularité de ses mouvemens , il choquera
sans cesse tout ce qui l'entoure , souvent
le Corps politique fui -même. La nature
« des choses exige donc que jamais il n'agisse
que comme instrument. Du moment où
se faisant Corps délibératif, il se permettra
d'agir d'après ses resolutions , le Gouvernement
, tel qu'il soit , dégénérera bientôt
" en une democratie militaire , espèce de
« monstre politique , qui toujours a fini par
dévorer les Empires qui l'ont produit. "
"
44
J
"

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la lettre , & jou
Directeur des Pojte
nement eft de trente trois liv.
pour Paris que pour la Prohir
le port de l'argent & de
à cette dernière le recu du
On fouferit Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins . On s'adreffera au fieur GUTH ,
Directeur du Bureau du Mercure.
LIVRES NOUVEAUX.
France pour ";
l'année
ETAT militaire de fions Etrangères , à Paris
, en 1787 & 1788 ,
1790 , trente-deuxième in - 12. A Paris , chez
édition ; par M. de Rouf- Crapart , Libraire , à
fel. Prix , 2.1. 15 f. br.l'entrée de la rue d'En-
& 1. 6. relié. A Paris ,
chez Onfroy , Libraire ,
rue Saint Victor , n° .
Expolition des principales
propriétés du
fer , n . 129.
Recueil d'Opufcules
fur les différentes parties
de l'Equitation ,
quelles on a joint le meil
leur régime que l'on doit
de plus
auxnouveau
quartier de ré- faire fuivre aux différenduction
; par M. L... de tes efpèces de chevaux,
L..., ancien Profeffeur pour en tirer le parti le
de Mathématiques avantageux & les
rUniverfité d'Angers . A
la Rochelle , chez P. L.
Chauver , Libraire-Imprimeur
du Roi , & fe
trouve à Paris , chez
Belin ,
Libraire , rue
Saint- Jacques , près de
Saint-Yves, n°. 26.
conferver le plus longtemps
qu'il eft poffible ;
par M. le Vaillant de
Saint - Denis , l'un des
Ecuyers de Sa Majeflé.
Prix , 1 liv. 16 fons .
A Verfailles , chez Blaizor
, Libraire , rue
Sa
Obfervations rapides tory , n°. § ; & le rapidestory ,
fur le Mémoire qui a trouve à Paris , chez
pour titre: Principes de Froullé , Libraire , quai
clamations
pour les des Auguftins , n ° . 39.
de la Ma- Nouvelles Réflexions
rine. A Paris , chez les fur le rachat des Droits
Marchands de Nou - féodaux , pour fervir de
veautés. Réponse aux Rapports
Nouvelles des Mif- fairs par M. Troncher.
fions Orientales , reçues au Comité féodal de
au Siminaire des Mf Affen blée Nationale .
fur le mode & le prix
Opinion de M. l'Ardu
rachat des Droits fée- chevêque d'Aix , fur
daux & cenfuels , non
fupprimés fans indemnité
; par M. Boudin.
A Paris , chez Defenne ,
Libraire au Palais-
Royal.

Obfervations & Ré.
ductions propofées par
un Citoyen , fur la Lifte
des Penfions , imprimée
ordre de l'Ambiée
Nationale. Pr 18 f.
par
établiffement du Papier-
monnoie , prononcée
dans la Séance de
l'Affemblée Nationale ,
le 15 Avril. A Paris
chez les Marchands de
Nouveautés.
A Paris , chez Gueffier
le jeune , Librair que
du Hurepoix.
Le nouveau Miſſiffipi
, ou les Dangers
d'habiter les bords du
Scioro , par un Patriote
Voyageur. A Paris , chez
Jacquemard , Lib. rue
St. Martin ; & Blanchon,
rue St. André- des- Arts.
Le prix de t bonnement eft de trente- trois liv .
franc de port,
vince Il faut af
pour Paris que pour la Prochir
le port de l'argent & de
la lettre , & joindre à cette dernière le reçu du
Directeur des Poftes. On foufcrit Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins. On s'adreffera au fieur GUTH ,
Direct sur du Bureau du Mercure
LIVRES NOUVEAUX.
LA grande Période ,
ou le Retour de l'âge
d'or , Ouvrage dans le
quel on trouve les cau
fes des défor tres paffés ,
des efpérances pour l'avenir
, & le germe du
meilleur plan de Gouvernement
3
ecclefiafti
que , civil & politique ;
par M. D.... Prix , 5 l.
broché. A Paris , chez
Auteur , rue St. Jeande-
Beauvais ; Blanchon ,
Libraire , rue St. Andrédes
- Arts , n °. 110 ; &
Belin Libraire , rue
Saint -Jacques , près de
Saint Yves , no. 16.
Géographie des Grecs
analyfée , ou les Syfte
mes d'Eratosthènes , de
Strabon & de Prolémée ,
comparés entre eux &
avec nos connoiffances
modernes ; Ouvrage
couronné par l'Académie
Royale des Infcriptions
& Belles Lettres ;
par M. Golfelin , Député
de la Flandre , du
Hainaut & du Cambrefis
au Confeil Royal du
Commerce. A Paris , de
l'Imprimerie de Didor
l'aîné , & le trouve chez
Debure l'aîné , Libraire ,
hôtel Ferrand , rue Serpente
; Didot fils , Libraire
, rue Pavée Saint-
André-des Arts ; & Firmin
Didot , Libraire
rue Dauphine. 1 vol.
in 4.
Recherches fur l'état
de la Médecine dans les
Départemens de la Marine
, pour fervir de
Réponse aux Principes
de Réclamations des
Chirurgiens des vaiffeaux
du Roi . A Paris ,
chez les Marchands de
Nouveautés.
Idées générales fur
les caufes premières du
bonheur public dans les
différens Etats , ou Confidérations
politiques fur
la Religion , le Gouvernement
, les moeurs &
les Loix. Prix , 24 f.
A Paris , chez Gueffier
le jeune , Libraire , rue
du Hurepoix.
OEuvres de M. L**
ancien Bâtonnier de
l'Ordre des Avocats ;
Marchands de Nouveautés.
nouvelle édition , revue , la Séance de l'Affemblée
& augmentée par l'Au- Nationale , le 12 Avril .
teur , 2 vol. in- 12. AA Paris , chez les
Dijon , chez L. N. Frantin
, Imprimeur du Roi ;
& fe trouve à Paris
chez Onfroy , Libraire ,
rue Saint - Victor , n° .
II.
De l'Impôt ; l'Impôt par
Madame B. D. de la F...
A Paris , chez Volland ,
Lib. quai des Auguftins ,
n°. 25.
Difcours de M. l'Archevêque
d'Aix , fur
Ja vente des biens du
Clergé , prononcé dans
Mémoire qui contient
les Principes de
l'Administration
politique
fur la propriété
des Carrières & des
Mines , & fur les règles
de leur exploitation ;
par M. Turgot , Prix ,
12 fous. A Paris , chez
Froullé , Libraire , quai
des Auguftins , au coin
de la rue Pavée , n
39 .
Le prix de l'abonnement eft de trente- trois liv
franc de port, want pour Paris que pour la Prevince.
Il faut affranchir le port de l'argent & le
la lettre , & joindre à cette dernière le reçu du
Directeur des Poftes . On fonferit Hôtel de Tho ,
rue des Poitevins. On s'adrefera au fieur GUTH ,
Directeur du Bureau du Mercure.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le