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1790, 02, n. 6-9 (6, 13, 20, 27 février)
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MERCURE
DE FRANCE ,
*
DÉDIÉ AU ROI ,
COMPOSÉ & rédigé, quantà la partie littéraire , par
MM. MARMONTEL , DE LA HARPE & CHAMFORT
, tous trois de l'Académie Françoise ; &
par M. IMBERT , ancien Editeur : quant à la
partie hiſtorique & politique , par M. MALLET
DU PAN , Citoyen de Genève.
SAMEDI 6 FÉVRIER 1790.
A PARIS ,
Au Burean du Mercure , Hôtel de Thon ,
rue des Poitevins , Nº. 18 .
Avec Privilége du Roi.
84016
M558
1790
TABLE
Feb. Du mois de Janvier 1790 .
EPITRE:
Sur la Bruyère , &c.
Charade, Eng . & Logog.
Q
Vers.
:
UATRAIN.
La Veillée.
Charade , Enig . Log.
Mémoires.
Relation.
LES Fax .
La Différence.
Suite des Réflexions .
Charade, Enig. Logog .
COUPLETS.
3Effai.
iconorine.
28 Variétés .
29
42
47
49 Le Nuits Attiques . 72
Vers. 76
50
Nouveau Dictionnaire.
52
79
86
88
57 Variétés.
62 Theatre de la Nation .
67.
145 | La Propoſition , &c .
151 Var étés .
152 Théaire Italien.
167
97 Suite .
100 Motifs effentiels .
170
176
188
127
L'Homme &les 3 Daims . 99 Plan d'établiſſement. 130
Réflexions. 132
113 Variétés. 136
142
Chaale , Enig. Log.
Mémoires .
ERS.
31 Theatre de la Nacion .
1934 Étrennes.
Couples .
Vers.
Epigramme.
Charade, En. Log .
Leture d'un Créole.
Situation.
194/ Lylles .
195 Le Crime .
195 Variétés.
Idem. Acad.Roy. de Musiq.
198 Theatre de la Nation .
203
209
211
215
223
236
238
A Paris , de l'Imprimerie de MOUTARD ,
rue des Mathurins , Hôtel de Cluni.
GL
Coy!
Gottschalk
106.55
88574
MERCURE
DE FRANCE.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
I
VERS
Sur un gant perdu , à Mlle. VICTORINE.
Qui t'a perdu , tropheureux gant ,
Toi qu'avec tranſport je ramaſſe ,
Qui couvris quelque bras charmant
Parmi ce ſexe plein de grace :
Quel plaifir d'y gliſſer ſa main !
D'y ſentir la chaleur vitale
Qu'y répandit une Veftale १
Au coeur tendre , au regard humain !
Qu'il eſt doux au toucher !& comme dans mon ame
Il fait par- tout couler une amoureuſe flamme !
Quel art à cette peau put donner ce poli ? ......
C'eſtd'encouvrir une autre & plus douce & plus fine;
Oui , c'eſt le gant de Victorine.
Sans doute elle laiſſa , dans un aimable oubli
Flotter ce bras que l'oeil
Ce bras qu'Amour voulut ac femte
MERCURE
Plus uni que l'ivoire encore ,
Laiſſa glifier le gant qu'il ne putretenir.
Le rendrai -je, ce gant qui fait ma joie extrême ,
Que le fort plaça ſur mes pas ,
Qui ſerra de ſi près le plus charmant des bras
Qu'en le baifant on croit baiſer le bras lui-même ?
Non , jele veux garder ; il ne fera rendu
Que quand de cent baifers, ſeul intérêt que j'aime,
J'aurai couvert le bras que l'ingrat laiſſe ànu.
( Par M. Perrière. )
Amon Oncle M. D***, T******
LES TROIS TEMPLES.
UNnouvel an > &mieux encore ,
Un nouvel âge vient d'éclore ;
Il nous promet des jours plus doux ;
Maverve fe ranime ; il faut donc que j'honore
Les Muſes , la Patrie , & yous.
Quand on a des graces à rendre ,
Reſte- t-il des voeux à former ?
Hen'eſt trois pourtant que je veux faire entendre
Aces objets qu'il m'eſt ſi doux d'aimer.
Je m'effarouche un peu de nos braves armées ;
Mars me plaît ſeulement dans les bras de Vénus;
Ainfi , du Temple de Janus
Je veux voir les portes fermées.
DE
د
FRANCE
.
Je ledis ſans détour , je n'aime point du tout
Des Ecrivains du temps la troupe politique ;
Mon ſouhait , c'eſt que la critique
R'ouvre enfin le Temple du Goût.
Horace , votre ami , vous donna vos entrées
है Au fein de cet aimable lieu .
Obtenez pour nous de ce Dieu
C
Le don de ſes faveurs , trop long-temps retirées.
Mais j'aime encor bien moins , j'entends avec pitié
Des complimens du jour , l'hypocrite langage :
Je veux qu'on porte ſon hommage
AuTemple ſeul de l'Amitié ;
Près de votre belle moitié
Je cours donc placer votre image.
( Par M. Boisjoflin. )
:
RÉPONSE aux Vers précédens.
LES SIX TEMPLES .
:
IL en faut convenir , cher ami , l'An nouveau ,
A l'oeil obſervateur offre un piquant tableau :
Chaque jour , chaque inſtant voit changer quelque
choſe;
Déjà tout est moins mal , tout ira mieux encor ;
Après l'âge de fer , nous verrons l'âge d'or ;
Ah ! bénis avec moi cette métamorphofe.
:
! A3
6 MERCURE
Nous avons , je le fais , acheté tant de bien ;
Mon coeur en a ſouvent gémi comme le tien ;
Comme toi , des excès j'ai défiré le terme ;
Que l'Ariftocrate orgueilleux
Renonce aux complots odieux
Et de Janus alors que le Temple ſe ferme;
J'y confens , & crois-moi , fans me faire prier ;
La fainte Liberté me fit prendre les armes ,
C'eft en la poſſédant que je ſens mieux ſes charmes;
Mais je fuis Citoyen plus encor que Guerrier.
T
11
Si du Goîn le Temple agréable ,
Depuis quelques mois oft déſert ,
Croyons que chez un Peuple aimable
Il dovieAna
.mentor i ouvert :
1
Peut- être on m'y verra ma's loin , bien loin
Horace ;
و
J'en fuis l'admirateur&non le favori ;
Il fiége auprès du Dieu , ce Poëte chéri ,
Tandis que dans'a mef à peine j'ai ma place
Mais de ce rang obfcur je ſuis tout confolé
Si je te vois loin du vulgaire ,
Et par le Dieu même appelé ,
Avec très-peu d'Elus , briller au fanctuaire,
Dans le Temple de l'Amitié ,
Je ne veux pas un rang modeſte ;
1.
}
Entre mon digne frère & ma tendre moitié ,
J'y prétends être auprès de Pylade & d'Oreſte :
Viens-y; viens , il me fora doux
A
DE 7 FRANCE.
De t'y voir à côté de nous ;
C'eſt- là qu'eſt le bonheur , la volupté céleste .
Eh ! ne dirons-nous rien du Temple de l'Amour?
Trois luſtres ſont paffés depuis cet heureux jour ,
Cejour préſent encore à mon ame ravie ,
Où je reçus , heureux Amant ,
Des mains du Dieu , l'objet charmant
Qui ſeul devoit fixer le deſtin de ma vie.
Depuis , en nous ferrant de fon heureux lien,
L'Hymen qu'on raille trop , le reſpectable Hymen
Ne nous a point fermé le Temple de fon frères,
On nous y voit ſouvent venir en ſtation ;
Et la même dévotion 4. ric
Dans nos coeurs très- long temps durera, je l'eſpère
Il eſt unTemple encor dont tu ne parles pas;.
C'eſt le premier de tous , celui de la Patrie ;
Tout homme tout Francois y doitjuſqu'au trépas
Servir avec idolatrie ;
٤٠
Grenadier , Citoyen , s'il le faut , j'y mourtais
J'en ai fait le ferment & je l'accomplirai .
Ce Temple mène-t-il à celui de la Gloire
Où tend avec ardeur une foule d'humains ?
1
Je ne fais trop ; mais j'oſe croire
Que l'on y peut aller par de moins beaux chemins .
(ParM. des Tournelles . )
?
17
A 4
8 MERCURE
SUITE DE LA VEILLEE.
A vous , Mademoiselle , dit d'Ormefan,
c'eſt votre tour. Mon oncle , répondit
Juliette , je ſuis un peu émue du récit que
je viens d'entendre ; voulez- vous bien prendre
ma place , & me donner le temps de
raffurer ma voix ? Volontiers , reprit l'oncle:
auſſi bien ce jour de bonheur , que
Dervis s'eſt approprié , vient de m'en rappeler
un autre que je lui dus auſſi , mais
qui fut à moi ſeul.
Dervis venoit d'être inſtallé dans fon office;
& il alloit parler pour la première
foisdans une affaire intéreſſante . C'étoit un
procès intenté à la veuve & aux enfans
d'un Monfieur de Cloſade...... Cloſade !
interrompit le Baron de Drifac , je l'ai
connu , il étoit du pays ,jeune homme de
belle eſpérance & d'une brillante valeur;
un peu ſévèrement traité de la fortune ,
mais raccommodé avec elle par le bon procédé
d'un oncle dont ſa femme avoit hérité.
C'étoit, pourſuivit d'Ormeſan , cet héritage
qu'on vouloit lui enlever. Sa partie étoit la
Marquife de V***, femme altière , active ,
intrigaste , remuant la Ville & la Cour ,
&, avec peu de confidération , ne laiſſant
pas d'avoir un grand credit.
:
DEFRANCE.
9
Ce procès , fort ſimple en lui-même ,
mais embrouillé par la chicane , fixoit l'attention
du Public. C'étoit ſur les concluſions
de mon jeune Avocat du Roi que
dans deux jours il étoit jugé au Châtelet. Je
l'en voyois très - occupé , & , quoiqu'aſſez
inſtruit moi-même de l'iniquité des pourſuites
dont la veuve étoit excédée , je m'abf- .
tenois d'en parler à mon fils. L'opinion
d'un père eſt d'une autorité trop forte pour
ne pas entraîner quelquefois la balance ; &
je m'étois fait une loi de laiſſer à Dervis
l'ingénuité de ſa confcience & la liberté
de ſon jugement. Je l'abandonnai donc a
ſes propres lumières ; mais avec une inquiétude
que j'avois ſoin de lui cacher , jobſervois
ce qui ſe paſſoit autour de lui &
en lui-même.
-
Je le vis obſédé de ſollicitations , non
pas du côté de la veuve. Elle vint ſeule
voir ſon Juge ; & il la reçut affez mal .
Moi , mon père !-On la fit attendre un
quart-d'heure dans ſon fallon. J'en comptai
les minutes , avec humeur , je te l'avoue.
Et puis , l'audience fut courte !-Je
l'écoutai bien cependant.- Tu la recorrduiſis
avec un air fi digne & fi froid ! Je
t'aurois battu .
Après elle , vint l'Avocat de Madame de
V***. Oh ! celui- là put déclamer tout à
fon aife: il eut une heure au moins ; & la
pauvre veuve un qr -d'heure ! - Il fut
plus long -qu'elle , in eſt vrai ; mais vous
As
TO MERCURE
favez , mon père , qu'un gros volume deparoles
ne pèſe pas une once de raifon.
-
1
Après cet Orateur , arrive un Prélat d'importance.
Il monte à pas comptés ; il s'avance
, on l'annonce. Tu viens le recevoir,
il ſe jette dans un fauteuil ; & moi , qui de
mon cabinet l'obſervois attentivement , je
vis très-bien à ſon gefte , à ſa mine , qu'il
te dictoit tes conclufions . Oh ! non
il ne me dit qu'un mot de ce procès , qu'il
croyoit infaillible : mais il me parla longuement
de lui , de moi , de vous , mon
père. Il me vanta ſon crédit à la Cour,
fon influence ſur les choix : il étoit du Confeil
ſecret & de la confiance intime. Il me
demanda fi j'avois envie de paffer ma jeu+
neſſe dans cette plaidoirie obſcure ; & fi
un homme tel que moi, avec ſon nom &
ſes talens , étoit fair pour vieillir dans la
pouffière du Barreau . C'étoit dans les Confeils
que je devois bientôt me montrer avec
avantage ; & des Conſeils au Ministère il ne
voyoit pour moiqu'unpas.Ilme recommanda
fur-tout de ne pas imiter mon père , qui ,
pouvant arriver à tout , n'avoit voulu prétendre
à rien. Vingt fois , dit- il, la voix
publique l'a nommé aux places les plus éminenres
; la Cour ne demandoit pas mieux:
que de l'y appeler; il n'en voulut jamais..
Croyez moi , Monfieur , ne lui reſſemblez.
pas , & foyez fûr que dans l'occaſion vous
aurez des amis puis. Je me doutois bien ,
dit d'Ormeſan , que quelqu'un ce jour - là
DE FRANCE. tu
s'occuperoit de ta fortune ; & tu m'explique
l'air modeſte & reconnoiffant dont tu
accompagnois le Prélat. Il falloit bien ,
mon père , lui rendre graces des dignités
dont il venoit de me pourvoir .
L'homme au Cordon , qui vint le remplacer,
te confirma , ſans doute , dans ces
brillantes elpérances. - Lui , mon père ! il
ne me donna que des leçons alarmantes
fur le pas critique & gliſſant que j'étois au
moment de faire. Il n'y avou pas , me difoit-
il, deux voix , ni deux opinions fur le
procès de Madame de V*** . Une famille
comme la ſienne étoit au deſſus du ſoupçonde
foutenir jamais une mauvaiſe caufe.
L'affaire étoit jugée à la Ville comme à la
Cour , & ma réputation dépendoit des conclufions
que j'allois donner. Ce n'eſt donc
pas me dit- il enfin , comme folliciteur
que je vous parle , mais comme l'ancien
ami des vôtres , & avec le déſir de vous
voir dans le monde , gagner la confidération
, l'eſtime & le crédit dont vous avez
droit de jouir.
Bonne & belle leçon, s'écria d'Ormefan
! Antti s'en alla-t-il bien fier de te l'avoir
donnée. Et te voilà bien difpofé à recevoir
Madame de V*** que je vois paroître
après lui . Comme elle étoit belle &
brillante ! Et de quel air victorieux elle
aborda fon Juge , lorſque tu vins la recevoir
!- Son Juge ! elle en rit aux éclats ,
lorſqu'elle pronouça ce nom. C'eſt done
A6
12 MERCURE
vous, me dit- elle , Monfieur le grave Avecat
du Roi , qu'il faut venir folliciter ? Ce
privilége de la robe eſt rare , je l'avoue ;
& il ne faut pas moins qu'un procès pour
rendre convenable la vitite qu'un jeune &
joli homme reçoit le matin d'une femme
de mon âge & de mon étar.
Madame , lui dis-je en baiffant les yeux
& en rougifiant , les ſollicirations m'ont
paru toujours inutiles , embarralfantes quelquefois
, quelquefois aufli dangereuſes . Je
n'ai jamais bien fu ce qu'on venoit demander
à fon Juge. De l'attention , ce ſeroit
une offenſe ; de la faveur , ce feroit
une injure. La ſimple & l'exacte juſtice eſt
tout ce qu'on en peut attendre; & c'eſt
l'humilier encore que de venir la réclamer.
Vous avez bien raiſon, dit-elle : auffi ne
croyez pas que je vienne en plaideufe vous
ennuyer demon procès. J'ai entendu parler
de vous comme d'un homme aimable , plein
d'eſprit, d'agrément ( pardon ſi je répète
ces adulations ) . J'ai eu envie de vous connoître
, & de vous dire qu'un homme tel
que vous eſt fait pour avoir dans le monde
des ſuccès plus brilians , plus flatteurs que
ceux du Barreau. Plaidez ma cauſe , puifqu'enfin
vous en êes chargé ; mais tenezvous
en là ; & , fi vous m'en croycz , venez
phider la vôtre au Tribunal du goût, des
graces , des plaifirs , où vous la gagnerez
toujours. Je raffemble à ſouper chez moi
la meilleure compagnie,&fur-tout les plus
•
DE FRANCE.
13
jolies femmes. J'eſpère que mon procès
fani , vous en ſerez , Monfieur le Juge; &
n'y manquez pas , s'il vous plaît. Sur quoi ,
je vous ſalue , avec tout le reſpect qui eſt
dû à la robe & à vos vingt ans . Telle fut
ſa viſite, après laquelle je m'enfermai pour
mûrir dans ma tête mon plaidoyer du lendemain.
Moi , reprit d'Ormeſan , qui l'avois vue
fortir avec un air plus animé, plus triomphante
qu'elle n'étoit venue , j'éprouvai je
ne fais quelle inquiétude chagrime & fombre
qui n'avoit rien d'obligeant pour toi .
Tu vins dîner. Tu fus rêveur. -J'étoi
préoccupé .- Sans doute, mais de quoi ?
C'étoit là le problême. Je laiſſai échapper
quelques mots fur les viſites que tu avois
reçues. Tu me répondis d'un air froid &
-laconique , où je crus voir de l'embarras ;
&, faris infifter davantage , je te laiſſai rentrer
chez toi . Mais, il faut te le dire enfin ,
je fus agité tout le foir. J'eus la fièvre toute
la nuit. Je me rappelai la pauvre veuve
ſuppliante , mais ſeule , intimidée devant
toi , ne ſachant ou n'ofant parler , congédiée
au bout d'un quart - d'heure ; & ma
cruelle imagination lui oppoſoit l'affurance
de l'Avocat , la contenance de l'Evêque ,
l'étalage du Cordon bleu ; mais fur- tout
l'éclat de beauté dont brilloit la Marquife ,
fa démarche noble & légère , fa raille de
Diane, fon regard de Vénus , lorſqu'elle
daignoit l'attendrir où en adoucir la fierté,
14
MERCURE
د
le charme de ſa voix , le preſtige de fon
langage , & tous les artifices de la coquetterie
mélés furtivement aux airs de dignité
& de grandeur ; que fais je enfin ? tout
ce qui peut féduire éblouir un jeane
homme , & lui troubler l'entendement , s'exagéroit
dans ma penſée. Je maudis mille
fois l'uſage fcandaleux des follicitations . Je
deteftai.. la vanité des Magiſtrats qui l'avoient
laiflé s'introduire , j'eus la tête rem
plie de noirs preffentimens ; en un mot,
je ne dormis point , &, lorſque je te vis
fortir le lendemain, pour ces fonctions re-
Dutables que tu allois remplir pour la
première fois , un fritlonnement me faifir.
Je me reprochai d'are injuste , je me peignis
ton caractère , je me rappelai tes principes
; je me dis cent fois que mon fils
étoit incapable d'une baffeffe. Mon coeur
ſembloit le foulever pour me garantir la
droiture & la candeur du tien . Mais la
féduction , l'erreur , l'inexpérience de ton
âge , une prévention malheureuſe avoit pu
t'égarer. Pourquoi n'avois-je pas au moins
pour cette fois ofé lire dans ta penfée, en.
trer en co fidence , de ton opinion & te
l'entendre raifonner ? Elle en cût été plus
réfléchie , & n'en eût pas été moins libre.
Eclairer la jußice ce n'eſt pas Paltérer. Ces
pénibles réflexions me tourmentèrent pendant
une heure , & avec tant de violence
qu'il ne me fut plus poſſible de tenir à l'inquiétude
où j'étois. Je m'affublai d'un amDE
FRANCE. 15
ple & groſſier vêtement ; j'enfonçai ſur
mes yeux mon chapeau de campagne ; &
ma canne à la main , j'allai me glifler dans
la foule qui remplitſoit la ſalle où tu devois
parler.
La première partie de ton plaidoyer me
fit frémir. Tu préſentas la cauſe de Ma
dame de V*** avec une apparence de bon
droit fi artiſtement coloré , tu en fis fi bien
valoir les moyens, tu les rendis ſi ſpécieux ,
qu'à chaque inftant je diſois en mei même:
Je ſuis perdu ; mon fils n'eſt plus digne de
moi. Enfin je commençai à reprendre efpérance
, lorſqu'oppofant à ces moyens les
titres de la veuve , tu fis poindre quelques
rayons de juftice & de vérité , comme à
travers d'épais nuages. Infenfiblement les
nuages ſe diffipèrent; la bonne cauſe parut
au jour; & tu la fis briller avec tant d'éclat ,
tu mis fi bien en évidence la volonté du
Teftateur , tu fis ſi vivement ſentir combien
des fophifmes litigieux , fur de légers manques
de forme , étoient contraires à l'eſprit
de la Loi , qui n'eſt jamais ni rufce , ni
frauduleuſe , & dont l'effence eſt la fimpli
cité, la droiture & la bonne foi ; tu rendis
6 intéreſſante la fituation de la veuve &
des enfans d'un jeune & brave militaire
mort au ſervice de l'Etat ; & à leur infortune,
oppofant l'opulence & toutes les profpérités
de la famille des V*** , ru rendis fi
facrés les droits du malheur & de la foibletſe,
que la voix unanime de l'aſſemblée:
16 - MERCURE
dicta la Sentence des Juges . Je ne l'entendis
pas , mon fils , cette Sentence. J'étois tombé
évanoui , de l'excès de ma joie , entre les
bras du Peuple. Quelqu'un me reconnut,
car en tombant j'entendis qu'on diſoit au
tour de mpi : Il estfon père. On m'emporta
dans la ſalle voifine ; & en reprenant mes
eſprits je me retrouvai dans tes bras. Je ne
ſais pas fi on peut être plus heureux que
je le fus dans ce moment; mais je ſais bien
qu'un ſeul degré d'émotion de plus m'auroit
couté la vie ; & , à dire vrai , fi j'en
avois le choix , c'eſt d'une inort pareille que
je voudrois mourir.
( Par M. Marmontel. )
1
;
Explication de la Charade , de l'Enigme &
L
du Logogriphe du Mercure précédent.
E mot de la Charade eft Banqueroute ;
celui de l'Enigme eſt l'Année 1790 ; & celui
du Logogriphe eft Année , où l'on trouve
Néc.
A
CHARADE.
mon fecond fouvent s'apprête mon premier;
On pleure, on rit, on chante, on danſe à mon emier.
(Par M. G... d. €... p. M.. , )
DE FRANCE.
17
ÉNIGME.
D'unjour à l'autre il me vient des enfans
Inégaux en eſprit , en taille , en caractère ;
J'en ai de bons , j'en ai plus de méchans ,
Mais l'honneur ou l'affront ne touche que le père;
Les recevoir eſt mon unique affaire .
: Avec raiſon aux jeunes , aux brillans
Je vois ſouvent que l'on préfère
Les vieux dont en lambeaux s'en vont les vêtemens .
( Par le même. )
LOGOGRIPHΕ.
EN tour temps , fur ſept pieds , je puis dans les
deſſerts ,
Au sèxe un peu friand faire bonne figure ;
Sar cinq je puis en ore y briller les hivers ;
De ces cinq , par plaifir , renverſez la ſtructure ,
De vorre efprit , Lecteur , je ſuis une pâture ;
Et fans mes deux premiers , je peuple les Enfers.
( Par le même. )
:
18 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Du Divorce. A Paris , chez Defenne ,
Libraire , au Palais-Royal.
RIEN n'eſt plus digne de toute l'attention
des Législateurs que la queſtion du
Divorce ; il n'y en a point de plus intéreffante
, il n'y en a point de plus délicate,
ni de moins fufceptible peut - être d'une
pleine ſolution.
L'Auteur de l'Ouvrage que nous annon
çons la décide , ou plutôt il la croit décidée
de tous les temps par la Religion ,
nar l'exemple & l'autorité des Légiflateurs
les plus fages , enfin par la Nature , la juf
tice & l'humanité. Il feroit difficile dev
plaider cette cauſe d'un ton plus fage &
d'un ſtyle plus animé : le ſentiment , la
raifon , les peintures les plus vives , les plus
touchantes , ſe réuniſſent pour donner à
l'éloquence de ce plaidoyer le charme & le
pouvoir de la perfuafion .
Mais enfin ce n'est qu'un plaidoyer ; on
n'y défend que l'une des deux cauſes , &
nous allons tâcher de fuppléer à ce qu'on
a dérobé à l'autre de ſa force & de ſes
moyens,
•
19
• DE FRANCE.
L'Ouvrage eſt diviſé en trois Livres :
Hiftoire du Divorce, Néceſſue & Avantages
du Divorce , Loix fur le Divorce.
Dans le premier Livre , ce ſont les Loix
&les uſages qui autoriſent le Divorce ;
dans le ſecond, les raiſons morales & politiques
, les motifs d'intérêt public & domeſtique
qui le réclament; dans le ze. , les
Loix nouvelles qui doivent le régler & le
modifier.
La première Partie eſt comme ſuperflue ,
bien heureuſement pour la caufe ; car elle
en eſt le côté foible : rº. il n'eſt pas bien
sûr que Dieu , en créant l'homme & la
femme pour être unis, ait entendu qu'il
leur feroit libre de ſe quitter & d'abandonner
leurs enfans ?
pris une
5
Moïse eut ſes raiſons ſans doute pour
permettre à ce qui av
femme , de la répudier après l'avoir con
nue , ſielle n'étoit pas à fon gré ; mais
cette Loi , fi commode pour le mati & fi
ſévère pour la femme , ne ſeroit pas bonne
pour nous : 2º. la réponſe de Jéfus Chrift,
qui ne permettoit le Divorce que dans le
cas de l'adultère ou de l'infraction du devoir
conjugal , eſt plus contraire que fa
vorable aux conclufions de l'Auteur : 3 °,
l'exemple des Egyptiens , celui d'Athènes,
du temps de Solon; celui de Rome , du
temps des Triumvirs , dans les moeurs de
la République , ne peut s'appliquer à nos
moeurs. La Loi de Romulus , qui permete
20 MERCURE
toit au mari de répudier ſa femme , ſi elle
avoit commis un adultère , préparé du
poifon , ou falfifié les clefs , l'obligeoit ,
dans tout autre cas , de donner à ſa femme,
en la répudiant, la moitié de ſon bien , &
d'en conſacrer l'autre moitié à Cérès ; condition
qui , par tout pays , rendroit le Divorce
très-rare : 4. puiſque les Pères & les
Conciles ont varié ſur le Divorce , leurs
autorités fe balancent & ne font ici d'aucun
poids : sº. il eſt encore plus inutile
d'examiner fi, dans nos temps de barbarie ,
les Peuples ſe donnoient pour la répudiation
la même licence que les Rois : 6°.
l'état actuel de l'Europe à l'égard du Divorce
, ne prouve que des convenances ;
&pour nous-mêmes , en dernier réſultat ,
il ne s'agit que de ſavoir ſi le Divorce nous
convient ; c'eſt ce qui reſte à examiner dans
la fuite de cet Ouvrage.
Divorce conforme à la Nature , conforme
à la justice, avantageux à la Religion, aux
moeurs , à la politique ; objections contre le
Divorce , & refutations : tels ſont les titres
du fecond Livre .
Pour bien connoître ce que la Nature a
demandé à l'homme , il faut voir l'homme
dans l'état de nature : or dans l'état de nature
, la longue enfance de l'homme exige
évidemment la continuité de l'union con
jugale ; & la ſurvenance des enfans , nés
fucceffivement de la même union , la prolonge
, & la rend indiffoluble juſqu'à cet
• DE FRANCE. 21
âge où le père & la mère n'étant plus affez
jeunes pour former de nouveaux liens ,
vont avoir beſoin l'un de l'autre & du ſecours
de leurs enfans..
Pline a dit en parlant de l'homme : « Il
>> eſt le ſeul des animaux que la Nature
» n'a point vêtu ; elle a donné à tous les
৩ autres une enveloppe qui leur eſt pro-
» pre , des écailles , une coquille , une ef-
>>pèce de coque , des piquans , du poil ou
>>des ſoies, de la laine ,du crin , du duver ,
>>de la plume; elle a muni les arbres mê-
>> mes contre le froid & la chaleur , d'une
écorce quelquefois double; l'homme eft
>>de ſeul qu'au jour de ſa naiſſance elle
"jette nu ſur la terre nue , livré dès ce
" moment aux larmes & aux cris .......
>> Les premiers eſſais de ſes forces naif-
ود
"
ſantes font de lui une eſpèce de quadru-
» pède; mais quand marchera-t-il : quand
formera- t- il des fons articulés ? quand fa
>>bouche pourra-t- elle broyer les alimens ?
.... Les autres , avertis par le ſeul
» instinct , courent , volent , ou nagent ;
" l'homine ne fait rien de lui-même , ni
» parler , ni marcher , ni ſe nourrir ; en
ود
" un mor , la Nature ne lui enſeigne qu'à
» pleurer « .
Eit-ce là l'être qu'elle a perinis à ſes auteurs
d'abandonner , en ſe détachant l'un
de l'autre ? Non , fa misère , ſa foibleſſe, les
périls qui l'afſſiègent , & le befoin qu'il a
durant dix à douze ans d'enfance & d'im-
1
22 MERCURE
bécillité, de ſa mère pour le nourrir , de
fon père pour le défendre , leur fait à tous
les deux un crime de ſe ſéparer. Un mariage
fortuit & paſſager auroit détruit l'efpèce
humaine , & le grand deſſein de la
Nature a été la conſervation , la reproduction
des eſpèces .
La Nature a voulu , dit - on , que les
époux fuffent heureux. Oui , fans doute, s'ils
ſavoient l'être ; mais elle a voulu ſur toute
choſequ'ils fuſſent bon père & bonne mère,
&qu'ils euſſent au moins l'inſtinct des animaux
les plus fauvages , qui ſavent tout endurer
, plutôt que d'abandonner leurs petits.
Or ce qui ſeroit inhumain & dénaturé
dans les bois , ne le ſeroit guère moins
dans les campagnes & parmi les Peuples
des villes. Que deviendroient , par le Divorce,
les enfans du Cultivateur , de l'Artiſan
, du Journalier ? Le père trouveroit
ſans peine à leur donner une marâtre ; mais
ceux dont une pauvre mère ſeroit.chargée ,
les expoſeroit-elle ? les laiſſeroit-elle périr ?
Le Divo , peut-on nous dire , ne ſeroit
pas fait pour le Peuple ; mais les Loix
font faites pour tous ; & ce qui prouve au
moins que la Loi du Divorce répugne à la
Nature , c'eſt que plus l'homme eſt près de
l'état de nature , moins le Divorce lui eft
permis.
Il reſte à voir s'il eſt conforme à la juftice,
favorable à la Religion , avantageux
aux moeurs .
>
DE FRANCE. 23
En lifant cette foule d'Ecrits , où de
tous côtés on réclame contre la dure captivité
d'un mariage indiſſoluble , on ſe croit
au milieu d'un peuple de Captifs , innocens
& chargés de fers , qui demandent
leur délivrance ; & ce tableau devient encore
plus pathétique, lorſque, dans la même
prifon,l'éloquence nous montre la foibleſſe
& la force , la douceur & la cruauté, l'imnocence
& le vice, la vertu & le crime ,
enchaînés l'un à l'autre & à jamais inféparables
: mais en fait de Loix , ce n'eſt
pas l'éloquence , c'eſt la raiſon que l'on
doit écouter.
Inséparables , voilà le mot qui attache
Pidée de l'enfer à ces mariages funeſtes ;
auffi les Loix n'ont-elles pas eu la rigueur
de condamner deux êtres , malheureux l'un
par l'autre, au tourment de reſter unis : mais
en les ſéparant , ont-elles dû les laiſſer li
bres ? ont- elles dû leur interdire de former
de nouveaux liens ? C'eſt ici la queſtion
délicate & problématique.
Dans l'hypothèſe que les époux ſeroient
forcés de vivre enſemble , l'Apologiſte du
Divorce n'a pas en de peine à rendre tour
à tour dignes d'horreur & de pitié les
mariages mal affortis. Quelle exiſtence ,
» dit - il , que celle de l'infortuné qui
ود
ود
a
uni ſes deſtins à cceeuuxx, d'une femme inſenſée
, infidelle , ou d'une humeur in-
" ſupportable ? Quoi ! cet homme irrépro-
>> chable dans ſes ſentimens & dans ſa
24 MERCURE
» conduite , cet homme dont on vante les
» talens & les qualités , la Société , pour
>> prix des ſervices qu'elle en reçoit , le
condainne à jamais au malheur ! Il ne
>> trouve point en rentrant chez lui le repos
"
ود mérité par ſes travaux du jour,& nécef-
>> faire à ceux du lendemain ; fait pour
» être heureux , pour rendre heureux tout
>> ce qui l'environne , la joie eſt bannie de
> fon coeur, & fes yeux ne la verront jamais
>> regner autour de lui ! L'amertume , le
>>chagrin , le déſeſpoir minent inſenſible-
> ment des jours utiles à ſa Patrie & à fa
,""famille ; il fuccombe enfin , & on s'é-
>>tonne de voir périr celui à qui la for-
» tune & la vertu ſembloient promettre
„ des jours longs & heureux. Ah ! l'on ne
> ſait pas combien il a dévoré de chagrins
> intérieurs ; combien il a verſé de larmes
> folitaires ; on ne fait pas qu'il périt vie-
>> time d'une union mal afſortie " .
Ce tableau n'eſt que trop fidèle. Celui
d'une épouſe innocente , malheureuſe pour
la même cauſe , n'eſt pas moins vrai ni
moins touchant.
" Elle voit ſe développer & s'accroître
> dans ſon époux , ou une paffion vio-
" lente , ou une humeur inſociable ; c'eſt
>>"un joueur , ou un libertin , ou un ja-
» loux , ou un avare , ou un furieux ; c'eſt
>>quelquefois tout cela enſemble. Que deviendra
fa triſte compagne ? Elle ne peut
hi faire un pas , ni le permettre une
** légère
4
DE FRANCE.
25
légère dépenſe ſans l'ordre de ſon mai-
*>> tre; elle n'oſe , ſans ſon aveu , donner
à un Domeſtique " un ordre indifférent ,
à ſon enfant une leçon , une careſſe ;
>> elle ne peut ni reſter , ni fuir , ni par-
- ler, ni ſe taire, s'il ne le veut pas. C'eſt
» la plus miférable eſclave du plus redou-
> table Tyran. Epouſe chafte , fille tendre ,
mère ſenſible , mattreſſe affable , amie
-> généreuſe , elle verra ſouiller le noeud
>> conjugal , inſulter ſes parens , maltraiter
" ſes Domeſtiques , manquer à toute la
ſociété. Perſécutée dans tout ce qui lui
>> eft cher , tout ce qui charme les autres
> eſt affligeant pour elle. Forcée de par-
» tager avec de viles Courtiſanes les plus
> odieuſes careſſes , elle voit couler dans
ſes chaftes veines le fruit honteux du
>> libertingge de ſon époux; elle donne à
» ſes enfans , dans le flanc le plus pur ,
un ſang vicié par des crimes qui ne font
» pas les ſiens.
95
Pénétrons, réfume l'Auteur, dans l'intérieur
de ce ménage infortuné , tout y
→ porte la fatale empreinte du défordre &
"
"
ود
"
du malheur. De ce ſ jour font bannics
-, la douce liberté, l'aimable confiance &
l'innocente joie. Un homme toujours
» dans un état violent , fombre & terrible;
une femme flétrie par la douleur
&le déſeſpair ; d'un côté, des reproches ,
des menaces , des outrages , des ſévices ;
» de l'autre , des larmes, des ſanglots. Le
N°. 6. 6 Fév. 1790.
ود
26 MERCURE
هد
ور
"
دو
jour , la nuit , à chaque heure , à chaque
inſtant , les mêmes fureurs , les mêmes
ſouffrances : c'eſt le foie renaiſſant ſous
le vautour rongeur ; c'eſt cet effroyable
» Enfer où des flammes inextinguibles brû-
>> lent , ſans les confumer, & les bourreaux
» & les victimes " .
A ces peintures il n'eſt perſonne qui ne
s'écrie : Que la Loi les sépare ! & la Loi
confent àles ſéparer. Mais ce n'eſt point
par le Divorce , & c'eſt le Divorce que l'on
demande , c'est-à-dire , la liberté d'aller former
d'autres liens. Il ſeroit cependant affez
étrange & affez rare que les deux innocens
, que nous venons de voir fi malheureux
dans les liens d'un premier mariage ,
euffent envie de s'expoſer aux mêmes repentirs
; & quant aux deux coupables , on
ne penſe pas , ſans frémir , que la Loi
leur rendroit encore l'affreuſe liberté de
faire d'autres malheureux.
Cependant , ſoit que les époux fuſſent
coupables tous les deux , ou l'un coupable
&l'autre innocent , la Loi ne diftingueroit
rien dans le ſyſtême qu'on propoſe ; &
voici dans quels cas le Divorce ſeroit permis
: la mort civile , la condamnation àune
peine infamante ; la captivité dont on ne
peut prévoir la fin ; l'expatriation forcée
ou volontaire , ou la disparution d'un des
conjoints dont on n'auroit pas de nouvelles ;
l'infécondité d'un hymen pendant un temps
déterminé , fans qu'on en pût rechercher les
:
DE FRANCE.
cCaauusleess ; une maladie incurable & qqiuiimettrot
obstacle à la reproduction ; la demence in
crime quelconque ; l'adutère , le défazare
extrême ; l'incompatibilité de cartre.
Or de ces cauſes , il y en a trois qui n'en
font qu'une , ſavoir , le crime,la mort civi e
& la peine infamante : quel feroit le crime
quelle feroit llaa mort civile , qui
Tans la fétriffure imprimée au coupable , autoriferoit
le Divorce
en effer
و
La prifon , la captivité , l'expatriation ,
la disparution même peuvent n'être que des
malheurs , & les malheurs de l'innocence, &
lesmalheurs de la vertu. Alors , la durée& le
terme en fuffent- ilsindéfinis , loin de brifer'es
noeuds da mariage , ne devraientils pasle's
ferrer&lleess rendre eennccoorree ppllus facrés ?
auroit- il pas une cruancé lache à fe déta
cher d'un captif ou d'un fugitif innocent?
Le crime ſeul d'un abandon bien avéré ,
bien volontaire & fans retour , peut mettre
en liberté celui ou celle qu'on abandonne.
Voilà donc quatre circonstances , où le Divorce
, loin d'être légitime , feroit honteux
& criminel . Sailidismoani A
L'infécondité du mariage peut être involontaire
; mais fi elle favorife le changement
& l'inconſtance , ſi elle a pour les
époux la perſpective du Divorce , ne ferat-
elle pas quelquefois confeillée par l'amour
de la liberté ? Et, dans un fiècle tel que ' e
nôtre, faut il faire craindre odux épоrх
d'être liés par leurs enfans ?
Bz
28 MERCURE
Une maladie incurable ſeroit la cauſe du
Divorce !Grand Dieu ! ER- ce là le moment
d'abandonner ſa femme ou ſon époux ?
Nous ne concevons pas qu'un Ecrivain qui
ſe montre fenfible, ait pu vouloir qu'il fûc
permis d'être cruel.
L'incompatibilité de caractère est la cauſe
qui ſollicite le plus fréquemment le Divorce,
& fur laquelle l'Auteur de cet Ouvrage
inſiſte le plus fortement. Mais cette
incompatibilité , comment , par qui , &devant
qui fera-t-elle prouvée ? Y a-t-il rien
de plus vague & de plus équivoque ? de
plus facile àſuppoſer d'un côté , &de plus
difficile à conteſter de l'autre ? Quoi ! tac
femme ennuyée de ſes premiers liens ,
n'aura , pour être libre d'en former de nouveaux
, qu'à ſuppoſer entre elle & fon
époux une antipathie invincible ! Un homme,
après avoir joui de tous les charmes
de la beauté , dans une jeune & chafte
épouſe, m'aura pour la quitter , quand il
l'aura flétrie , qu'à ſe rendre odieux pour
elle , & qu'à la déſoler au point de lui
faire avouer qu'elle ne peut plus le ſouffrir!
L'incompatibilité naturelle eſt très - rare
entre deux époux, témoin le peuple de la
campagne, témoin toutes les claſſes laborieuſes
, où les époux ont beſoin l'un de
l'autre , & où le plus mauvais mari eſtcelui,
commedit Volcaire :
Qui jure , boit , bat ſa femme , &qui l'aime.
DE FRANCE. 29
L'incompatibilité factice eſt commune
dans cebeau monde , où le caprice , la fantaiſie
, l'humeur s'érige en caractère , & fe
pique d'être inflexible ; où l'amour-propre
eft irafcible au point de ne pouvoir fouffrir
la plus légère atteinte; où la vanité ſe
paffionne pour ſes plus frivoles objets , &
le change en averfion à la moindre difficulté
qui la gêne ou la contrarie. Mais ces
inimitiés qu'engendre la molleffe dans le
fein de l'oifiveté, ne feront-elles pas mille
fois plus fréquentes, lorſqu'une pleine liberté
viendra folliciter encore les dépits &
l'impatience ? lorſque les caractères , au lieu
de ſe plier , de s'accommoder l'un à l'autre,
n'auront qu'à ſe roidir pour être indé
pendans ?
Si le Divorce , nous dit- on , ne permet
pas l'infidélité & ne la rend pas innocente,
l'inconſtance aura bientôt l'art de s'échapper
de fes liens , & elle fera criminelle.
Mais faut- il que la Loi ſoit la complaiſante
du vice , & qu'elle l'autoriſe au lieu de le
Aétrir ? Otera- t-elle à de mauvaiſes moeurs
la ſeule digue qui leur reſte ? Ah ! que ce
qui eft mal , foit mal; & que la honte en
foir la peine , fi elle n'en eſt pas le frein .
Mais non, le mal ne fera pas le même ;
&la néceſſité de rendre plus légers & plus
doux des noeuds indiffolubles , l'alternative
inévitable , ou de s'accommoder à ſa ſituation
, ou d'en accroître les ennuis , a concilié
plus ſouvent qu'on ne penſe des
B3
30 MERCURE
coeurs & des eſprits qui ſembloient inconciliables
. On ne calcule pas les forces de la
néceffité , on ne calcule pas le poids de
Topinion publique , & la réſiſtance qu'oppoſe
à de honteux penchans l'aſpect & la
crainte du blâme.
La ſéparation fimple eſt un Divorce puni
par le célibat. Le Divorce eſt une ſéparawon
impunie; dans la ſéparation , la peine
du coupable s'étend fur l'innocent ; dans
de Divorce , la liberté rendue à l'innocent
eft auffi rendue au coupable . Laquelle des
deux Loix fera la plus injufte ou celle
qui ſuppoſe des torts aux deux époux , &
qui les punit l'un & l'autre , ou celle qui
les traite également ttoouuss deux comme s'ils
n'avoient aucun tort ? Celle- ci paroît la
plusdouce; mais les abus en feront plus
fréquens , & ils feront cruels.
いる
Dans les formalités de la ſéparation , la
Loi a ſagement laiffé des, difficultés , des
Jenteurs , des répugnances pour les ames
honnêtes , pour celles qui n'ont pas perdu
encore toute pudeur. Dans le Divorce tel
qu'on nous le propoſe , on a pris foin d'é
pargner aux époux juſques aux dégoûts d'un
procès , juſqu'au déſagrément d'une plainte
publique ; & les précautions qu'on apporte
au Divorce ne le rendent que plus facile
en n'y laiſſant plus rien dont on ait à
rogir.
Ce n'eſt pas que l'Auteur n'en ait bien
fenti les dangers . Le Divorce , dit il , eſt
' DE FRANCE. 31
>>un émétique ſalutaire quand il eſt admi-
>>niſtré à propos , terrible s'il eſt aban-
>>donné au hafard; & après le malheur
>> d'en être privé , le plus grand malheur
ود
ود
pour une Nation eſt d'en être prod gue .
» Il faut donc combiner les Loix du Di-
» vorce de manière qu'il ſoit impoffible de
l'obtenir ſans de juſtes & fortes raiſons ,
>> & fur - tout qu'il ne faſſe jamais payer
aux enfans le ſecours accordé à leurs.
*»* pères ".
ود
ود
Mais quels moyens nous propoſe - t - il
pour remp'ir ces conditions ?
Nous avons vu que des douze cauſes
qu'il affigne au Divorce , l'abandon volontaire
, lans efpoir de retour , l'adultère prouvé
, les peines infamantes, la démence incurable
feroient les ſeules admiſſibles ; &
que celle à laquelle il s'attache le plus ,
Pincompatibilité de caractère, non ſeulement
peut être ſuppoſée , mais dépendre en réalité
de celui des deux qui déſire & qui demande
le Divorce. Le Tribunal qui en ſeroit
Juge ne ſçauroit donc avoir trop de
lumières ni trop d'impartialité. L'Auteur
nous décare lui même que s'il a été le plus
zélé Sectateur du Divorce pendant ſa prohibition
, il en deviendra , après ſon retabliſſement
, le plus grand adverſaire ; &
qu'autant il en aura déſiré l'uſage , autant il
en craindra l'abus .
Or à quel Tribunal propoſe-t-il de faire
examiner les cauſes du Divorce ?
B 4
32 MERCURE
Celles dont l'existence eſt manifeſte , il
les défère au Tribunal des Loix; mais pour
celles qui font douteuſes , il veut des Juges
domeſtiques : & ces Juges quels feront- ils?
Les parens mêmes de celui des deux époux
qui ſe plaint de l'autre , & qui demande..
le Divorce. » L'épouſe ou l'époux oppofant
>>>au Divorce, feroît averti de cette allem-
* blée , & fommé de s'y trouver. Il pourroit
y défendre ſa cauſe & réfuter les
>> accufations. Alors s'éleveroit une eſpèce
>>de Tribunal qui pourroit inſtruire l'af-
>> faire fans ſcandale & fans crainte d'être
>>trompé. Lorfque les parens auroient re-
ود
ود connu la légitimité du Divorce , ils fi-
>> gneroient un Acte de famille .... L'Acte
ود ainſi rédigé, la partie plaignante le pré-
>> ſenteroit aux Juges ; & il auroit été coin-
» muniqué à la partie oppoſante, qui n'au-
>> roit alors d'autres moyens de défenſe
que de conteſter la légitimité des parens ,
>> ou la validité des ſuffrages ".
رد
Nous n'oppoferons à l'Auteur que ſes
propres réflexions.
>>Qu'un homme adroit , dit - il , ſache
>> concentrer ſes fureurs dans l'intérieur de
» fon ménage , où ſa triſte compagne trou-
>>vera-t- elle des preuves & des témoins ?
» Qu'une femme artificieuſe ſache voiler
ود fesdéfordres, comment ſon malheureux
>> époux appuiera-t-il ſes juftes plaintes "?
Les voilà donc bien ſouvent impoſſibles
pour l'innocent , les preuves d'incompati
DE FRANCE. ふろ
bilité. Mais ſi le plaignant eſt le coupable;
ſi c'eſt l'homme bizarre , impérieux , jaloux ,
qui ſollicite le Divorce; ſi c'eſt la femme
altière , impatiente , violente à l'excès , qui ,
prenant ſes devoirs pour des chaînes , veut
les brifer, ſi l'un ou l'autre fait donner à
fa fituation les apparences du malheur , &
d'un malheur intolérable ; quelle ſera la
défenſe de l'accufé devant l'accuſateur &
devant fa famille ? Quels feront les parens
affez incorruptibles pour n'être pas ſéduits
ou prévenus en faveur de leur propre fang?
Les difficultés de la preuve ſont lesmêmes
pour la féparation légale; mais les Juges y
font exempts de toute affection perſonnelle.
L'accuſateur lui -même n'y a point , pour
être injufte , cedangereux attrait de liberté ,
cette eſpérance , ce défir d'aller goûter fans
honte les plaiſirs d'un nouvel hyinen.
Cependant, puiſque du Divorce il rés
fulte au moirs pour l'innocent la même
liberté qui eft rendue au coupable ; qu'il
en réfulte aufli pour lui le repos , le droit ,
l'eſpérance de ſe faire un fort plus heureux;
qu'importe , dira-t-on que le Divorce plus
attrayant & plus facile foit auffi plus fréquent?
C'eſt ici le vrai noeud de la difficulté;
car il s'agit du fort & du partage des
enfans.
t
L'Avocat du Divorce prend ſoin deleur
fortune, & pourvoit à leur ſubſiſtance;
mais que deviennent- ils dans la diffolution
du mariage dont ils font nés ?
BS
34 MERCURE
>». Lorſque la famille de l'époux plaignant
> jugeroit que l'éducation phyſique ou mo-
ود rale des enfans court quelques dangers
„ avec l'autre époux , elle pourroit convo-
>> quer les plus proches parens de ce der-
ود
nier; & fi la plupart d'entre eux s'accordoient
avec les autres , pour laiſſer tous
>>'les enfans à l'un des conjoints exclufive-
➡ment , l'acte de famille en feroit men-
>>"tion,& feroit homologué par les Juges « .
Et fi la cauſe du Divorce eſt priſe dans
les moeurs , quels feront les parens qui
voudront convenir que leur fils , leur neveu
, leur frère , leur file , leur niece
, leur foeur eſt indigne d'avoir avec
foi fes enfans ? Ne voit on pas que cette
exclufion feroit pour une femme la tache
la plus infamante , & pour un homme le
dernier degré d'opprobre & d'aviliffement ?.
Comment donc arriveroit- il que la famille
de l'oppoſant conſentît à ſa honte ?
S'il y a des garçons & des filles , l'Aureur
propoſe que les filles reſtent à la mère,
& qu'au fortir de la première enfance , le
père emmène les garçons. Mais qu'il ſe retrace
lui-même les caractères qu'il nous a
peints; & qu'il regarde en quelles mains
tõmberoient bien ſouvent ces foibles victimes
du Divorce.
A l'égard des conditions pécuniaires ,
La femme , dit- il, après le Divorce , auroit
ſeulement la moitié du douaire "..
Cela eſt dur pour la femme innocente.
وو
:
DE FRANCE.
35
Mais l'eût-elle en entier , quel indigne partage
! un douaire , ô ciel ! en échange de
toutes les fleurs de jeuneſſe , de grace &
de beauté qu'un barbare auroit profanées !
» Il vaut mieux , nous dit-on , pour une
>> femme ſe voir remplacer par une nou-
>> velle épouſe que par une maîtreſſe «.
Cela eſt- il vrai pour une mère ?
ور L'Ami de l'enfance doit être l'Apôtre
>> du Divorce " . Quoi ! ce qui rompt tous
les liens d'un père & d'une mère ce qui
les rend étrangers l'un à l'autre , feroit favorable
aux enfans !
ود
"
2
Une belle- mère vaut mieux qu'une
» mauvaiſemère ". Mais une bonne mère ,
qui la remplacera? Et une mauvaiſe mère
eſt- elle digne de former de nouveaux liens ?
* L'idée que l'on pourra être quitté éta-
ود blira plus d'égards , plus de ménagemens ".
Mais l'idée que l'on pourra quitter, introduira
plus de licence.
ود
ود
Diminuer le nombre des femmes malheureuſes
, c'eſt diminuer le nombre des
>> femmes infidelles ". Mais pour remédier
à l'infidélité , faut -il légitimer & faciliter
l'inconſtance ?
ود La Loi du Divorce eſt le plus grand
>> préſervatif du Divorce même : dès qu'il
> eſt poſfible, il devient preſque inutile ;
" dès qu'il eſt permis , il est très- rare , &
" il s'anéantit lui-même ". Cela peut être
vrai en tel lieu , en tel temps ; & nous penſons
avec l'Auteur, que dans un pays où
B6
36 MERCURE
les moeurs font bonnes , il eſt poſſible que
le Divorce les rende encore meilleures.
Mais dans un pays où les moeurs font mauvaiſes
, nous perfiſtons à craindre que le
Divorce les rende encore pires ; & hormis
les cas de démence déclarée incurable , d'adultère
prouvé , d'abandon volontaire & de
peine famante ou ſévices graves , nous
croyons au moins très-douteux qu'il foit ,
quant à préſent , convenable aux moeurs
-de Paris.
( Μ..... )
La Liberté , Ode, avec des notes ; parM.
DE LA VICOMTERIE. A Paris, chez Leroy
, Libraire , rue St- Jacques , No. 15.
Prix , 12 f. br.
C'ÉTOIT Un beau ſujet d'Ode que la
Liberté. Il ne paroît pas que l'Auteur l'ait
ni conçu ni rempli ; ilne manque pas d'une
forte de verve , mais dont le déréglement
ne produit que du vague dans les idées ,
les tableaux & les expreffions , ce qui eſt.
fort différent du désordre qui est un effet de
l'art. Voici les meilleurs vers de cette Ode.
L'Auteur dit , en parlant de la Baſtiile dé--
truite :
D'un pied libre , sûr & tranquille ,
Feffoulé ce bail are afile
' DE FRANCE. 37
Où l'homme entroit épouvanté;
Et repoſant fur ces décombres ,
Le Temps , le Silence & les Ombres
Parloient à mon coeur agité !
L'apostrophe ſuivante à M. le Marquis
de la Fayette, eſt d'un ton noble & lyrique.
! toi , jeune Guerrier , brave &doux la Fayette ,
Héros de l'Amérique & de la Liberté ;
LaGloire a ditton nom , la France le répète ,
EtleTemps le préſente à l'Immortalité.
Villars , & Maurice , & Turenne ,
Vous aviez ſerré notre chaîne ,
EtVainqueurs , vous portiez des fers ;
Mais qui dompte la tyrannie
Eſt le vengeur de la Patrie
Et le Héros de L'Univers.
Tous les bons Citoyens applaudiront à
cet hommage. Le nom de la Fayette s'eft ,
pour ainſi dire , confondu avec celui de la
Liberté , au point que c'eſt dans fon coeur
que nos ennemis voudroient la frapper.
Heureuſement il peut dire comme l'intrépide
Matthieu Mole : » Il y a encore loin,
du poignard d'un ſcélérat au coeur de
P'homme de bien ".
ود
"
(D..... )
38 MERCURE
VOEUX d'un Solitaire , pour Servir de
fuite aux Etudes de la Nature ; par
JACQUES-BERNARDIN -HENRI DE SAINTPIERRE
. A Paris , de l'Imprimerie de
MONSIEUR, chez P. F. Didot le jeune ,
Libraire , quai des Augustins.
CET Ouvrage commencé à l'époque de
la convocation des Etats-Généraux , n'a pu
paroître qu'au mois de Septembre dernier ,
& déjà une partie des queſtions ſur lefquelles
M. de Saint-Pierre donnoit ſon
avis , étoient décidées par l'Aſſemblée Nationale
, conformément ou contradictoirement
à l'opinion de l'Auteur. Cette production
n'avoit donc plus , même à ſa naifſance
, la forte d'intérêt qui a fait rechercher
alors la plupart des écrits où ces queſtions
étoient difcutées. Mais nul Ouvrage
ne pouvoit ſe paſſer plus aisément de cette
faveur paſſagère des circonstances. Le talent
& le génie font l'apropos de tous les
temps , & l'un & l'autre brillent dans l'écrit
que nous annonçons. Il eſt vrai qu'on
retrouve dans les Voeux d'un Solitaire ,
pluſieurs des idées que l'Auteur avoit déjà
répandues dans ſes Etudes de la Nature.
Mais la variété des aſpects ſous leſquels il
les reproduit, le furcroît de preuves , ſoit
•
39
DE FRANCE.
en raifonnement , ſoit en exemples , dont
il les fortifie encore , le ſentiment dont il
anime les nouveaux développemens qu'il
leur donne , tout atteſte la plénitude de ſa
conviction , l'abondance de ſes penſées , la
richeffe de fon talent , & fur- tout ce vif&
profond défir du bonheur des hommes ,
feul mobile digne d'un talent fi rare & fi
précieux.
Il eſt inutile d'en dire davantage ſur un
Ouvrage qu'on peut conſidérer comme le
cinquième Volume des Etudes de la Nature.
Il feroit trop long d'en relever les
beautés ; & il ſembleroit faſtidieux de combattre
quelques opinions politiques de l'Auteur
, déjà peut-être abandonnées par lui-
-même depuis la publication de ſon Livre,
&que, par le fait, la Nation a laiſſées
bien loin derrière elle.
21 :
( C...... )
MÉMOIRES intéreſſans , par une Lady ,
traduits de l'Anglois par feu M. LE
TOURNEUR. 2 Parties in-12. Prix, 3 b.
broc. A Londres ; & fe trouve à Paris ,
chez Leroy , Libr. rue St- Jacques .
les
IL y a peu d'action dans ce Roman ; mais
ils & les caractères intéreſſent.
1
40 MERCURE
Mylord Grandville , & le Colonel Scy
mone , deux Militaires retirés , & unis part
l'amitié la plus tendre , vivent dans deux..
châteaux voiſins l'un de l'autre. Le Colonel
Scymone & ſa femme , enlevés par une
mort imprévue , laiſſent une fille , Miff
Scymone , qui eſt l'Héroïne de ce Roman.
La mère a recommandé , en mourant , fa
fille à l'amitié de Mylord & Lady Grandville
, qui , de leur côté , ont un fils à peu
près du même âge. L'amitié qui unit ces,
deux jeunes gens dès leur enfance , ſe
change avec le temps en un ſentiinent plus
tendre; mais comme leur fortune & même
leur naiſſance font inégales , Milf Scyrmone
croit que la délicateſſe & la reconnoiffance
lui font un devoirde cacher ſes ſentimens ,
&de ne pas encourager la paffion du jeune
Lord. Mais à la fin la vertu de Miff Scymone
trouve ſa juſte récompenfe , & elle
s'unit au jeune Lord , de l'aveu de fes
parens.
On voit que ce fonds- là ne peut être
piquant que par les détails ; & il faut avouer:
qu'il y'en a ſouvent d'inutiles. Le caractère
de Charlotte , amie de Miff Scymone , eſt
d'une gaîté aimable , quoiqu'un peu forcée
quelquefois. Tous les perſonnages de
ce Roman font d'une honnêteté peut- être
un peu trop uniforme : mais le caractèrede
Mill Scymone , qui est bien foutenu, eſt de
la plus touchante ſenſibilité.
'DE FRANCL 41
La Physique à laportée de tout le monde, par
M. Aimé - Henri Paulian , Prêtre , de différentes
Académies. A Niſmes , chez J. Gaude & Compa
gnie , Libr.; & à Paris , chez les Marchands de
Nouveautés.
,
M. l'Abbé Paulian eſt un des plus célèbres Phyficiensdenosjours.
C'eſt un préjugé avantageux en
faveur de cet Ouvrage , dont il paroît une feuille
in-8°. par ſemaine. Après cinq années on aura
dixVolumes ornés de Planches , qui formeront
une Bibliothèque de Physique. Le prix de la ſoufcription
eſt de 12 liv. , & 15 liv. francs de porr.
On foufcrit aufli à Toulouſe , chez Seres , & chez
les principaux Libraires du Royaume.
Differtation fur le pouvoir de l'imagination des
Femmes enceintes. Par Mr. Benjamin Bablot ,
Conſeiller-Médecin ordinaire du Roi , à Châlons
fur Marne. in-8 °. Prix , 2 liv. 10 C. br. A Paris ,
chez Croullebois , Libr. rue des Mathurins ; &
Royez , quai des Auguftins.
Cet Ouvrage eſt auſſi curieux qu'intéreſſant ,
& mérite l'eftime des Savans , & l'accueil du
Public.
La Solitude confidérée relativement à l'esprit&
au coeur. Ouvrage traduit de l'allemand de M...
Zimmermann , Conſeiller aulique & Médecin de
Sa Majeſté Britannique. Par M. J. B. Mercier ,
in-8°. Prix , 3 liv. br. 3 liv. 12 f. franc de port.
A Paris , chez Leroy , Libr. rue St. Jacques.
On lira avec intérêt cet Ouvrage, dont l'original
eſt eſtimé en Allemagne.
42 MERCURE
Le Berger fidèle , traduit de l'Italien ; in - 15.
Prix , 36 f. broché , 2 liv. 8 f. rehé . A Paris , chez
Viſſe , Libr. rue de la Harpe.
Cet Ouvrage , imprimé en 1775 , n'a paru qu'en
1789.
Histoire de la Décadence & de la Chute de l'Empire
Romain, tra luit de l'Anglois de Gibbon. Tom .
VIII & IX. Prix , s liv. le Volume broché , &
6 liv. rel . A Paris , chez Moutard , Lib- Impr. de
la Reine , rue des Mathurins .
Cet Ouvrage doit avoir en tout 18 Volumes ..
Les Tomes VIII & IX que nous annonçons, comprennent
depuis l'Empire d'Occident en 395, jufqu'à
l'extinction du Confulat en 541 ...
MUSIQUE.
i
LES Dilaffemens de Polymnie , ou les Petits
Concerts de Paris , contenant des Airs - nouveaux
de tous les genres, par les premicis Compofiteurs
François & Etrangers , avec accompagnement de
Clavecin ou Piao- Ferté , & Violon ou d'une
Flûte: se. Année , rer. Rezucil. Le prix de l'Abonnement
pour 12 Recueils par an , eſt de 18 liv.
pour Paris & la Province , port franc. Chaque,Livraiſon
contiendra 8 Planches de Muſique in-fol.
& ſe fera le 15 de chaque mois. Chaque Recueil
ſéparé , 2 liv . 8 f. ( Cette Année 1790 contiendra
des Pièces nouvelles pour le Clavecin ſeul , compefées
par les meilleurs Maîtres. ) On foufcrit à
Paris , chez M. Porro ſeul , rue Tiquetonne , Nº.
19 ; en Province , chez tous les Directeurs des
Poftes. Less Années de cet Ouvrage ſe vendent
72 liv.
Etrennes & Journal de Guitare , par M. Porro .
18. par Abonnement. Même adreffe.
Journal de Violon pour l'étule , par une Société
de Profeffeurs choifis . Prix , 18 liv. Même adreſſe .
DE FRANCE. 43
VARIÉTÉS..
Du Style fublime & du Deſſin chez les
Grecs ; Fragmens historiques tirés du
Discours préliminaire des Monumenti
inediti (1) , de WINCKELMANN , & traduits
en François par M. GRAINVILLE.
:
I
L'ART du Deſſin dans la Grèce , en ſuivant le
fort de la Nation , fut foumis aux mêmes révolutions
que les Athéniens éprouvèrent ; c'eſt chez
eux qu'il ſe fixa & qu'il s'éleva au dernier degré
de perfection. Lorsqu'Athènes , faccagée & détruite
par les Perfes ,fortit de ſes ruines ; quand
elle remporta , dans les champs de Marathon &
fur les eaux de Salamine , ces victoires à jamais
mémorables; lorſque Themistocles la refonda ſur
la liberté , alors , couronnée de gloire , & après
l'avoir communiquée à la Grèce entière , elle
devint l'école & l'afile de l'Art dont nous parlons .
Périolès enfuite , cherchant à rendre célèbre ſa
Larie , fut encore , par le moyen des Beaux-Arts ,
2
(1) On a déjà publié le premier Nº. de cet Ouvrage
intéreſſant ; le ſecond doit inceffſamment paroître
, & les autres le ſuivront ſans exception. Il
faut s'adreſſer pour l'Abonnement chez M. Simon ,
Graveur, rue du Plâtre St-Jacques, Nº. 7 , à Paris .
MERCURE
réveiller l'eſprit de ſes Goncitoyens : les autres
villes de la Grèce , jalouſes des avantages d'Athènes
, cherchèrent à ccoontribuer à la gloire du
nom Grec & aux progrès du même Art. Alors
l'Ionie dans l'Afie- Mineure , la Sicile & la Grande-
Grèce , dans l'Italie , unies avec la Grèce leur
nourrice & leur mère commune , devinrent parfaitement
libres. Les Grecs de l'Ionic en furent
redevables aux Athéniens ; ceux de la Sicile d
de laGrande-Grèce à Hieron de Syracuſe.
Il ſemble d'ailleurs que la Nature fit à cette
épo que tous ſes efforts pour produire de grands
Hommes dans tous les genres. Eſchilles , l'un des
défenſeurs de la liberté des Grecs à la bataille de
Marathon , donna les premières Tragédies ſagement
intriguées , remplies d'incidens divers , &
anoblies par un langage héroïque & majestueux.
Peu d'années après , Sophocles parvint , à pas de
géant , au point où l'imagination & l'efprit hu
main peuvent atteindre ; & la Poéfic tragique fe
vit dans le même temps einbellie par Euripide
de Sentences & de Maximes tirée,s de la Philos
fophie la plus fublime. On commença même à
ſentir tout le prix de la Muſe épique dans les
Ouvrages d'Homère répandus de toute part ,
récités par les Rapſodiftes. Epicure avoit déjà
produit fur la Scène la première Comédie , lo
que Simonides écrivoit fes premières Elégies.
Anaxagores dans Athènes , Démocrite dans l'Ionie
, & Zénon d'Elée chez les Grecs de l'Italie,
enfeignèrent la Philoſophie réduite en forme ſyſ
tématique. On connut enfin l'éloquence par les
Ouvrages de Gorgias & l'Homère des Hiſtoriens,
le nourriffon des Graces;; Hérodote tanfmit à la
Poftérité les actions héroïques de ce ſiècle fortuné.
&
lorf!
Dans un temps auſſi favorable aux Beaux-
Arts , parurent dans la Sculpture Phidias , PolisDE
FRANCE.
45
tère , Alcamène , Scopas , Pithagore & Créfilas ;
dans la Peinture', Parrhafias & Xeuxis: les uns
chez les Grecs de l'Italie , les autres dans l'Ionic.
Praxitele, Lifizé , Apelle & leurs ſucceſſeurs
embellirent le Style fublime du Deſſin de la grace
inconnue à lears prédéceſicurs. Ondécouvredeux
Graces différentes dans leurs Ouvrages , & deux
Graces feulement furent reconnues par les Grecs
dans les temps les plus éloignés : toutes deux ,
comine les deux Venus , de nature différente ;
lune ſemblable à la Vénus céleste , formée par
Harmonie & d'une origine plus fublime; l'autre
telle que la Vénus née de Dioné , eſt plus ſujette
à la matière ; elle eſt fille du Temps , & compagne
de la première Grace , ou plutôt de la Célette
: c'eſt elle qui l'annonce à ceux qui n'en
connoiſſent pas les myſtères; elle s'abaifle , pour
ainſi dire , & ſe communique avec une douce
complaiſance; elle ne cherche point à plaire , &
cependant elle n'affecte dans la parure ni trop
de foins, ni trop de négligence. La première
Grace eſt différente ; comme compagne de tous
lesDieux , elle ſe ſuffit à elle-même ; fon effence
est trop fublime pour ſe rendre ſenſible ; elle
s'entretient avec les homenes privilégiés , & paroît
auſtère &difficile au vulgaire.
C'eſt la Grace , figurée par Aglaé ou Thalie ,
épouſe de Vulcain , qui concourut , avec le divin
Forgeron , à produire l'aimable Pandore ; c'eft
cetreGrace que Pallas répandit fur Ulyffe; c'eſt
celleque chanta de fublime Pindare ,&à laquelle
Le confacroient les premiers Maîtres de l'Art ;
elleaida Phidias à former Jupiter Olympien ; elle
couronnoit , avec les Saiſons ſes ſooeurs, la célèbre
Junon de Policaète à Argos, & fe manifeſtoit,
dans le ſourire ingénu de la Safandra de Calamis.
Soutenu& guidé par elle, le fublime créateur de
46 MERCURE
la Niobé s'avança dans la ſphère des idées incorporées
, & parvint à découvrh le ſecret d'unit
à la beauté ſapréme la terreur de la mort.
Les révolutions qu'éprouvèrent les Gouverne
mens dans la Grèce , avoient contribué à élever
l'Art du Deffin , & le choc des évènemens étrangers
acheva de le porter à ſa perfection. Il fallut ,
pour produire ces derniers efforts , le bouleverſement
de tout le ſyſtême de la Nation ; & ce fut
l'ouvrage d'Epaminondas pendant la centième
Olympiade.
Vers la cent quatorzième , Alexandre , de retour
à Babylone, donna la paix à l'Univers ; alors,
dans ce calme profond , les Athéniens s'abandonnèrent
à leur goût raturel pour le repos & les
plaiſirs. Sparte même adoucit la première rigueur
de ſes Loix. L'oiſiveté multiplia les Ecoles de
Philofophie ; & le plaiſir occupa l'imagination des
Poëtes & des Artiſtes .
Mais après la mort de ce fameux Conquérant ,
la Grèce ſe trouva dans un état déplorable ; des
exactions exorbitantes l'appauvrirent , & des guerres
continuelles la dévaſtèrent. L'Art avili gémiſſoit
fous l'oppreffion univerſelle , lorſque dans
l'Afie parurent les Séleucus qui l'accueillirent &
la protégèrent.
u Peu de temps après , la Liberté voulut refleurir
parmi les Grecs ; mais la jalousie & la rivalité
devant de Peuples divifés , rallumerent bientôt
le flambeau d'une guetre fanglante alors
furent anéantis les Beaux-Arts ; la famme dévora
les Temples , & les Statues tombèrent, renver fles .
Enfin les Etoliens , pour s'oppofer aux Achaïens,
recoururent aux Romains , qui , pour la première
fois , entrèrent dans la Grèces Rouplds beb
liqueux ne tardèrent pas la foumettre leurs nouveaux
Allies ; mais Paul Emile leur rendit leur
liberté première.
•DE FRANCE. 47
Cependant cette liberté dont les Grecs ne furent
pas jouir , s'anéantit bientôt. Naturellement inquicts
, ils ſe ſéparèrent des Romains qui voyoient
avec peine la ligue des Achaïens toujours exiftante.
Les tentatives que fit Metellus pour aſſurer
avec eux une amité durable , devenant inutiles
Rome envoya Lucius Memmius à la tête d'une
armée nombreuſe. Il joignit les Grecs ſous les
murs de Corinthe ; il les défit , & renverſa cette
ville qui étoit à la tête de la Ligue.
,
Afin de relever le triomphe de Métellus , on
tranſporta & l'on fit voir pour la première fois
-à Rome les monumens de l'Art des Grecs ; les
Peintures furent enlevées avec les murailles mêmes
; de forte que les villes de ces contrées autrefois
floriſſantes , réduites à la diſcrétion de leurs
vainqueurs , renoncèrent à multiplier leurs monumens
publics. Les Artiſtes ſans émulation
abandonnèrent les lieux qui les avoient vu naître ,
pour chercher ailleurs un fort plus doux & plus
tranquille.
,
Ainfi la Grèce étoit entièrement déshue de fon
ancienne ſplendeur , & par-tout on ne voyoit que
des traces de ravage & de barbarie. Thèbes étoit
faccagée ; Sparte preſque ſans Habitans ; & à
peine ſe ſouvenoit-on du nom de Myrènes. Les
trois Temples les plus célèbres & les plus riches
de la Grèce, celui d'Apollon à Delphes , d'Eſculape
à Epidame , & de Jupiter en Elide , avoient
été pillés par Sylla. L'état de la Grande -Grèce
n'étoit pas moins déplorable ; & de tant de villes
puiflantes, Brindes & Tarente ſe ſoutinrent ſeules
dans le commencement de la Monarchie Romaine.
En Sicile , depuis le Promontoire de Lilibée jufqu'à
celui de Pachine ; c'est-à-dire , d'une extrémité
de l'une à l'autre , on ne voyoit que ruines
&reſtes mutilés , &c. &c. &c,
43
MERCURE DE FRANCE.
AVIS.
ON mettra en vente , Lundi prochain 8 Février,
Hôtel de Thou , rue des Poitevins, N., 18,
la 37c. Livraiſon de l'ENCYCLOPÉDIE méthodique.
Cette Livraiſon eſt compoſée de la ze. Partic
du Tome II du Dictionnaire d'Antiquités , de Diplomatique
, &c.; par M. l'Abbé Mongez.
Etde la ire. Livraiſon , 3c. Partie des Planches
du Tableau Encyclopédique & Méthodique des trois
règnes de la Nature; par M. l'Abbé Bonnaterre ,
contenant la fin des Figures des Serpens ,& le
commencement de celle des Oiseaux&des Infectes.
Le prix du demi-Volume de Diſcours
eſtde..
....
Brochure de ce demi-Volume , .....
Les 118 Planches de cette Livraiſon
4 ſous , ci ...
3 liv.
10 f.
........ 231.12 .
Diſcours&brochure du Difc. & Pl... I liv.
Total... 281. 2 .
.... 271. 121.
Le port de chaque Livraiſon eſt au comptedes
Prix en feuilles , .....
Souſcripteurs.
Dans le Profpectus des Mémoires du Mal. de
Richelieu, qui ſe vendent chez Buiſſion, rueHautefeuille
, il s'eft gliffé une erreur ; au lieu de ces
mots : Vol. in-8°. , lifez 4 Vol. in-8° .
TABLE.
ERS. 3 Du Divorce.
Amon Oncle.
Réponse.
Suite de la Veillée.
18
4 La Liberte 36
Vaux d'un So'iraire. 38
Mémoires intereffans. 39
Charade, Eniz. & Log. Variétés. 43
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOGNE.
De Varsovie , le 14 Janvier 1789. :
DANS la Séance du 30 Décembre dernier
, la Diète s'est prorogée au 8 Février
, et avec elle se trouve ajournée la
décision à prendre sur la dénonciation
du Prince Calixte Poninski , contre
les Personnages impliqués dans le partage.
Cette affaire a été discutée dans les
dernières Séances , moins par zèle pour
la justice publique , que par intérêt de
faction . Deux Partis , celui de la Famille
Potocki et celui du Grand Général Branicki
, divisent les Etats. Le dernier a
redoublé d'efforts pour faire rejeter la
dénonciation , défavorable à son Chef;
par la même raison, l'autre Faction en
Nº. 6. 6 Février 1790. A
( 2 )
a poursuivi le succès. D'ici au mois de
Février on aura le temps de préparer
denouvelles intrigues. S'il survient quelqu'affaire
importante, les Nonces seront
rappelés à leurs fonctions avant le terme
de la prorogation .
Avant de se séparer , les Etats ont
ordonné et approuvé la rédaction d'un
Universal , que les Maréchaux de la
Diète viennent d'envoyer à tous les Palatinats
, et ou on les informe des opé
rations de l'Assemblée Législative. Dans
cette Adresse , la Diète s'applaudit de ses
réformes , dont elle trace le sommaire
et les avantages , en disant : 1
« L'esprit de patriotisme a confirmé unanimement
les principes pour l'amélioration du
Gouvernement. Par eux , le Citoyen voit que
toutes les Lois , tous les pouvoirs du Gouvernement
émanent de la Nation ; que les
Diètines doivent être et serontla source principale
du Pouvoir Souverain ; que les Dietes ,
dans l'ordre de la Législation ordinaire , ont
une époque e un pouvoir fixé , mais que
dans tous les besoins pressans de la République
elles ont la confiance entière de la
Nation ; que le Pouvoir exécutif trouvera
constamment dans la Diète , toujours prête ,
le Grand Conseil ( Straz ) , les Jugemens de
la Diete , un secours , unesurveillance et l'activité
nécessaires . »
et
Les Maréchaux, Rédacteurs de l'Universal,
y préconisent également les liaisons
nouvelles de la République avec la
Prusse ; liaisons qui vont prendre inces(
3 )
samment la consistance d'un Traité. La
Députation des Affaires Etrangères s'est
occupée sans relâche de ce Projet d'Alliance
, dont les articles préliminaires
furent envoyés le 5 à M. de Lucchesini.
Immédiatement après , ce Ministre Prussien
est parti pour Berlin ,
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 17 Janvier.
Quoique l'Empereur ait eu de bons
intervalles , et qu'une crise favorable,
d'expectoration l'ait soulagé il y a huit
jours; quoiqu'il ait paru à la Chapelle de
la Cour , et qu'il se soit occupé des Dépêches
importantes reçues de Pétersbourg
et d'Yassy , son état est toujours alarmant.
Les variations de la maladie sont
plus ou moins défavorables ; mais la maladie
résiste , et la saison accroît cette
résistance.
Orsova est toujours bloqué. Les troupes
qui l'entourent sont chaudement vêtues
et bien nourries : on a placé des
poëles dans les cabanes où elles logent.
Un moment , l'on a soupçonné quelque
projet du Pacha de Widdin sur le poste
de Kladova : quelques dispositions des
Turcs accréditoient ce soupçon. Le
Prince de Hohenlohe , qui commande
en deçà de l'Aluta , a fortifié ses postes
A ij
(4)
avancés , ainsi que la garnison de Kladova
, défendu par de bons fossés et un
rempart garni d'Artillerie. Jusqu'ici les
Ottomans n'ont rien tenté , et l'on n'a
d'autres nouvelles de ces contrées que
des escarmouches entre quelques partis
volans .
Le Public ne pénètre pas encore le
secret des premières conférences tenues
à Yassy. Seulement paroît-il certain que,
malgré les dispositions pacifiques des Plénipotentiaires
, ils ne sont point encore
convenns d'un Armistice. On débite que
si la Porte cède à l'Empereur , Belgrade ,
Choczim, etprendla rivière d'Unna pour
limite des deux Etats en Croatie , on lui
restituera Gradisca , Novi et Dubitza.
--
S. M. I. a élevé au grade de Général de
Cavalerie le Lieutenant -général de Tige , et
à celui de Général d'Artillerie , les Lieutenans
-généraux de Mitrowsky et Wenceslas de
Colloredo. Le Prince de Furstenberg a été
avancé au grade de Major-général ; et le
jeune Prince régnant d' Anhalt Coëthen à celui
de Lieutenant - Colonel du Régiment de
Terzy. Le Régiment d'Arberg a été conferé
au Duc d'Ursel. Il se répand que le Général
d'Alton aura le Gouvernement général
en Moldavie : c'est là une conjecture , et
non un fait. Il semble néanmoins qu'on attribue
le tort des divisions survenues aux
Pays-Bas , entre le Pouvoir Civil etMilitaire ,
à M. de Trautmansdorff qui s'est retiré à
Aix-la- Chapelle , ainsi que le Comte d'Arberg.
Cette supposition pourroit bien être
( 5)
une injustice , et même , suivant la cause de
cette mésintelligence , honorable au Ministre
Plénipotentiaire.
Au reste , on ne s'occupeici nullement
des Pays-Bas ; il n'est pas question encore
d'y faire marcher aucunes Troupes,
Le Cabinet , ou n'a pas arrêté de résolution
, ou tient secrètes celles qu'il peut
avoir prises . Toute son attention paroît
se borner en ce moment à la conservation
de Luxembourg , et à l'étude des
moyens conciliatoires qui peuvent rester
encore entre le Gouvernement et les
Brabançons .
De Francfort surle Mein, le 27 Janvier.
L'espoir d'une conciliation amiable
s'est ranimé à Liège depuis quelques
jours. Le Prince-Evêque semble ébranlé
par les représentations des Etats et par
les instances du Directoire de Clèves .On
va même jusqu'à prévoir que ce Prince
s'en rapportera à la seule médiation de
ce dernier , cependant sous quelques réserves
, et qu'incessamment il reviendra
dans ses Etats. Ce changement ameneroit
bientôt la fin des troubles , que des
esprits aigris cherchent à perpétuer.
Si la Cour de Berlin remporte cette
nouvelle victoire , beaucoup plus importante
que le vulgaire ne l'imagine , son
influence sur les Cercles du Bas-Rhin et
Aiij
(6)
deWestphaliedeviendra prédominante ,
et l'habileté de M. Dohm aura prévalu ,
à l'aide des circonstances , sur les obstacles
puissans qui contrarioient ce dessein.
anh
Le Marquis de Lucchesini , Ministre
du Roi de Prusse à Varsovie , est arrivé
le 13 àBerlin , où la circulation des Courriers
étrangers est plus fréquente que
-jamais . Les vastes projets du Cabinet
et les dépenses de précautions qu'ils ont
pu exiger , n'ont pas empêché le Roi de
répandre , l'année dernière , pour trois
millions et demi de thalers , en secours
à ses divers Etats .
Les Troupes de Mayence , qui s'étoient
rendues à Saint-Imbert pour y rétablir la
tranquillité , sont revenues le 12 de ce mois ,
àl'exception d'un détachement de cinquante
hommes ; elles out amené cinq des principaux
Perturbateurs qui ont été conduits à
la Maison de Force.
Le Prince d'Anhalt- Zerbst , à qui le
'Séniorat d la Maison d'Anhalt étoit
dévolu par la mort du Prince d'Anhalt
Coëthen , y a renoncé en faveur du
Prince d' Anhalt-Bernbourg.
Le Courrier Politique Allemand a
publié l'extrait suivant d'une Lettre
écrite de l'intérieur de l'Allemagne .
" Les réclamations des Princes , possesseurs
de terres en Alsace et en Lorraine ,
excitent deplus en plus l'attention de l'Empire.
Les Etats ne voyent pas avec indifférence
( 7 )
l'atteinte qu'ils prétendent être portée aux
propriétés dequelques-uns de ses Membres ,
par divers Deerets de l'Assemblée Nationale.
On regarde ces Décrets , si toutefois
on peut les étendre aux possessions qui faisoient
autrefois partie de l'Empire , comme
contraires au traité de Westphalie , dout
le maintien intéresse toutes les Puissances ,
et nommément l'Empereur et P'Empire . Les
possessions des Princes dans les Provinces
susnommées , quoique soumises à la Suzeraineté
du Roi , n'ont jamais cessé d'étre
parties intégrantes de plusieurs fiefs d'Allemagne
, qu'on ne sauroit détériorer au mé
pris des engagemens solennels des Rois de
France , qu'ont liés des traités garantis par
d'autres Puissances . Plusieurs Cercles s'occupent
des moyens de prévenir les suites
d'un systéme , que les Publicistes d'Allemagne
regardent comme contraire aux intérêts
de toutes les Nations. Le Cercle du
Haut-Rhin a déja pris un arrêté à ce sujet;
il réclame l'intervention de l'Empereur et
de la Diète , et invite les Cercles du Вав-
Rhin , de Franconie , de Souabe et de Westphalie
à faire cause commune avec lui. "
Conformément à l'usage que nous
avons suivi les années précédentes , nous
donnerons successivement le relevé des
morts , mariages et naissances , en 1789 ,
dans les principales Villes de l'Empire et
d'autres Etats : ces notices intéressent
les Amateurs de l'Arithmétique politique.
En 1789. Francfort sur le Mein. 163 ma-
Αἰν
( 8 )
riages , 852 baptêmes , dont 73 enfans illégitimes
, et 1250 morts , dont 32 morts nés.
Postdam . Mariages 284 , naissances 737 ,
morts 752 ; l'Etat Militaireet les Juifs n'y
sont pas compris .
Konigsberg. 518 mariages , 1788 naissances
et 2462 morts.
Gotha. 66 mariages , 373 naissances et 359
morts.
Hambourg. 905 mariages 2641 baptêmes ,
dont 281 enfans illégitimes , et 3162 morts.
Copenhague. 981 mariages , 3179 naissances
et3849 morts.
Dans l'Evêché de Séelande ( Copenhague
et Bornholm exceptées ) , 1844 mariages ,
7136 naissances et 5894 morts .
Stettin et la Principauté de Camin , 3166
mariages , 15,368 baptêmes , et 11830 morts ,
parmi lesquels 13 Centenaires. L'Etat Militaire
n'est pas compris dans ce relevé.
Varsosie , 3925 naissances et 3563 morts.
GRANDE-BRETAGNE.
De Londres ,le 27 Janvier.
Le Roi a fait , le 21 , en personne , l'ouverture
solennelle de la Session du Parlement
. Les Communes s'étant rendues
à la Chambre Haute , qui n'est pas cassée
encore , quoi qu'en disent les Gazetiers
Parisiens , Sa Majesté y a pro(
9 )
noncé de son Trône le Discours suivant:
T Milords et Messieurs , "
« Depuis votre dernière Assemblée , la
continuation de la guerre sur le Continent ,
et la situation intérieure de plusieurs Etats
de l'Europe , ont produit des évènemens qui
ont fixé mon attention la plus sérieuse. "
Tandis que je vois , avec une véritable
douleur , la tranquillité interrompue en
d'autres Pays , j'ai la satisfaction de pouvoir
vous apprendre que je reçois les assurances
continuelles des dispositions favorables des
Puissances Etrangères envers ce Royaume ;
et je suis persuadé que vous éprouverez avee
moi les sentimens d'une profonde reconnoissance
des faveurs que m'accorde la Providence
, en augmentant chaque jour pour
mes Sujets , les avantages de la paix , et la
jouissance non interrompue DU BONHEUR
INESTIMABLE QUE LEUR A PROCURÉNOTRE
INESTIMABLE CONSTITUTION . "
"Messieurs de la Chambre des Communes , "
J'ai donné des ordres pour que les états
des dépenses de l'année vous soient présentés ,
et je me repose sur votre empressement à
accorder les subsides , que requerreront les
differentes branches du service public. "
५ Milords et Messieurs , »
« Les Réglemens prescrits par l'Acte passé
dans la dernière Session du Parlement , relativement
au Commerce des grains , n'ayant
pas été exécutés fidèlement dans plusieurs
heuxduRoyaume , ily avoit lieu de craindre
Av
( 10 )
une telle exportation de grains , et de telles
difficultés à l'importation , qu'il pouvoit en
résulter les plus grands inconvéniens pour
mes Sujets . »
10 Dans ces circonstances , il m'a paru indispensablement
nécessaire de prendre des
mesures immédiates pour empêcher l'exportation
, et pour faciliter l'importation de
certaines sortes de grains , et j'ai en consé
quence , de l'avis de mon Conseil privé ,
donné des ordres à cet effet . J'ai prescrit
qu'il vous en soit remis copie. "
Il ne me reste qu'à desirer que vous
continuiez à vous attacher aux objets qui
peuvent mériter votre attention , avec le
même zèle pour le service public , que vous
avez montré jusqu'ici dans votre conduite.
Les effets s'en sont manifestés très - heureusement
par l'augmentation du revenu public ,
P'accroissement du Commerce et des Manufactures
du pays , et la prospérité de mon
Peuple. "
Ce Discours d'ouverture est , comme
on le sait , une espèce de Prospecies
des vues et de l'opinion du Gouvernement
sur les affaires intérieures et sur
les événemens du dehors. Le Roi s'étant
retiré , ainsi que les Communes , la
Chambre Haute a mis en délibération
l'Adresse de remercîment à présenter
à S. M. Lord Falmouth en a fait la Motion
; lord Cathcart l'a appuyée : elle a
passé sans débats à l'unanimité , et l'on
a nommé le Comité chargé de rédiger
l'Adresse. Le Chancelier étant indisposé ,
(11)
Lord Kenyon , Chefdu Banc du Roi , a
présidé la Chambre.
Les Communes rentrées dans leur Chambre
se sont occupées de la même délibération .
Lord Valletort , ami de M. Pitt , et fils du
Comte de Mount- Edgecambe , a proposé PAdresse.
Il a fait valoir la comparaison de
l'état florissant et tranquille de la Grande-
Bretagne , avec le dechirement de plusieurs
autres Etats. « Il a représenté chaque
Province de France , comme le theatre de
« l'anarchie et de la confusion , la Capitale
« comme ayant été le th âtre des plus hor-
" ribles cruautés , les anciennes Lois renversées
avant qu'on enait établi de nouvelles ,
« et le Roi prisonnier dans son propre Palais
(1) . » 11
Il a peint ensuite l'état de soulèvement
etde guerre civile où se trouve le Brabant ;
l'Impératrice de Russie cherchant dans les
horreurs de la guerre à occuperson inquiete
ambition ; Royaumes armés contre Royaumes
, Citoyens contre Citoyens , tandis que ,
graces à la paternité de S. M. à la sagesse
de ses Ministres , et à l'excellence de nos
Lois , l'Angleterre est montée dans la Hiérarchie
politique , à une clévation encore
inconnue dans ses Annales.
M. Cawthornea appuyé laMotionquia
passé à l'unanimité . M. Pilt a ensuite demandé
un Bill d'indemnité , c'est-à-dire ,
delégitimation,pourl'infractionde l'Acte
(1) Traduit littéralement du Diary, or
Woodfall Register , du World , du Public
Advertiser.
Avj
( 12)
qui autorise la libre exportation des
grains , Acte dont le Parlement seul peuť
suspendre l'exécution ; mais que la nécessité
a plus d'une fois autorisé le Gouvernement
à suspendre lui-même , pendant
les vacances du Corps Législatif.
Pendant son Ministère, Milord Chatham
obtint un de ces Bills d'indemnité , et
pour la même cause. L'Adresse de remercîment
des deux Chambres a été
présentée au Roi deux jours après .
Dans la Séance d'hier , M. Wilberforce ,
qui poursuit en Chefl'abolition de la Traite
des Negres , demanda aux Communes la formation
d'un Comité général , Mercredi prochain
, pour prendre cet objet en considération
, recevoir les Pétitions présentées ,
examiner l'Enquête faite , etc. Après quelques
débats peu importans sur la fixation
du jour de ce Comité de toute la Chambre ,
Ja Motion a été adoptée.
Le jour de l'ouverture du Parlement ,
pendant que le Roi , pour s'y rendre ,
traversoit le Parc St. James , une pierre
assez grosse fut lancée contre la voiture ,
et frappa le panneau le plus voisin de la
glace. Nombre de Spectateurs avoient
vu partir la pierre de la maind'unhomme
qu'on arrêta sur-le-champ. A l'interrogatoire
, ce malheureux s'est trouvé être
un ancien Lieutenant àdemi-paye , du
Régiment Royal , nommé Frith , et il
n'a pas dissimulé que son intention étoit
de frapper le Roi. Ses réponses , les
( 13)
papiers qu'on a pris sur lui , un Manifeste
insensé qu'il avoit répandu quelques
jours auparavant , dans l'une des cours
de St. James , ont constaté sa démence
complète. Il a été enfermé à Newgate ,
pour être jugé à l'Old Bailey , comme
coupable de Haute Trahison. Son Dé
fenseur prouvera l'insanité du sujet qui
sera renfermé à Bedlam .
PAYS- BAS.
De Bruxelles , le 29 Janvier 1790.
Il se confirme que l'Empereur ayant
révoqué le Conseil de Gouvernement
des Pays -Bas , les Gouverneurs Généraux
des Provinces Belgiques ont établi
provisoirement , à Bonn , un Conseil
d'Administration pour les Pays-Bas ,
composé de 4 Conseillers , 3 Secrétaires
et quelques autres Employéssubalternes.
M. de Crampipen, le jeune , préside ce
Conseil. Toutes les affaires seront traitées
conformément au Règlement de
Charles V , et à la Joyeuse-Entrée .
Cette nouvelle accrédite celle qui s'est
aussi répandue de la Cession que feroit
l'Empereur de la Souveraineté des Pays-
Bas, à l'Archiduchesse Gouvernante , et
au Duc Albert de Saxe-Teschen. Après
la mort de LL. AA. RR. , cette Souveraineté
passeroit à un Archiduc de la .
Maison de Toscane. On dit que ce plap
trouve des Partisans dans nos Provinces
( 14)
auxquelles il cût épargné des malheurs
et des hasards , s'il cût été proposé il y
a un an. Maintenant , comment le concilier
avec l'Institution fédérale qui vient
de cimenter l'Union des Provinces Belgiques
? Union fragile , il est vrai , Union
sans Chef ; mais dont l'autorité est aujourd'hui
remise à un Congrès de 90
Députés , dont les droits et les devoirs
ont été déterminés par l'Acte suivant ,
passé le 10 dans l'Assemblée générale ?
« Art . I. Toutes les Provinces se réunissent
et se confédèrent sous le titre d'Etats Belgiques-
Unis . »
" II . Ils forment et concentrent entreux
Ja Puissance Souveraine , bornée à leur défense
mutuelle , le droit de faire la guerre et
la paix , lalevée etle payement d'une Armée
Nationale , la construction et l'entretien de
fortifications , la conclusion d'Alliances offensives
et defensives avec les Puissances
Etrangères , l'envoi et la réception d'Ambassadeurs
, Résidens , Agens , etc. , ce qui ,
tout sans distinction , se fera par la seule
autorité de la Puissance ainsi reunie , sans
en réferer aux Provinces respectives , tandis
qu'on est convenu de afluence que chaque
Province aura par ses Députés dans les Délibérations
sur les objets compris dans le présent
Traité. »
III. Pour la gestion de cette Puissance
Souveraine , il y aura nu Congrès des Députés
de chaque Province sous le nom de
Congrès Souverain des Etats Belgiques-Unis . "
IV. Les Provinces feront toujours profession
de la Religion Catholique , Apostolique
, Romaine , et conserveront inviola
( 15 )
blement l'unitéde l'Eglise. En conséquence,
le Congrès suivra et maintiendra ses relations
avec le St. Siége. "
V. Le Congrès aura seul le Pouvoir de
faire frapper Monnoie au coin des Etats
Belgiques - Unis , d'en fixer le titre et la valeur.
»
VI . Les Provinces de l'Union pourvoiront
aux frais de l'exercice du Pouvoir Souverain
, reconnu au Congrès , dans la même
proportion que sous le precédent Souverain . "
" VII. Chaque Province conserve tous
Droits de Souveraineté , ses Lois , Liberté
et Indépendance , pour autant qu'elles ne
se les sont pas cédés réciproquement , et ne
les ont pas déférés au Souverain Congrès . "
VIII. Quant aux differends qui pourroient
survenir , soit relativement à la Contribution
générale , ou sur quelque objet que
ce soit , tant de la part d'une Province à
l'égard du Congrès , on du Congrès à l'égard
d'une Province, ou d'une Province envers
une autre , le Congrès tâchera de les terminer
à l'amiable ; sinon , chaque Province nommera
, à la requisition de l'une ou de l'autre
des Parties , une Personne , et ces Personnes
examineront duement l'affaire , et la décideront.
"
» IX. Les Etats-Unis s'engagent à se secourir
mutuellement , et à faire cause commune
toutes les fois que l'ane d'elles seroit
attaquée.
X. Une Province ne pourra point contracter
des Alliances , ni Engagemens avec
une autre Province , sans l'aveu du Congrès.
Les Provinces particulières ne pourrontpas
même se réunir , ni former des engagemens
entre elles , sans l'avea da Congres.
(16)
Cependant la Province de Flandre pourra se
reunir avec la Flandre occidentale , à condition
qu'elles auront chacune leurs Députés
au Congrès , avec voix libre et independante,
etc. "
» XI. L'Union sera permanente et irrévocable.
»
XII . L'on est convenu que les Pouvoirs
Civil et Militaire , ou une partie d'iceux , ne
seront jamais déférés à une seule et méme
Personne ; et que Personne ayant séance et
voix au Congres , ne pourra être employee
au Service Militaire , niaucun Militaire étre
Député au Congrès ; comme aussi l'on ne
pourra y admettre Personne qui soit au Service
ou à la Pension d'une Puissance Etrangère
, sous quelque nom que ce puisse être ,
ni aucune Personne qui après la Ratification
de ce Traité d'Union accepteroit quelque
Ordre Militaire , ou autre Decoration, etc.».
LaFlandre, proprement dite, la Flandre
occidentale , le Brabant , le Namurois ,
Namur, Malines , le Hainaut, le Tournaisis
, le quartier de Gueldre , ont signé cet
Acte. Les Députés de Limbourg n'étoient
pas autorisés à le faire par leurs pleins
pouvoirs ; maispour opérer la réunion de
ce Duché , les Etats de Brabant l'ont
occupé à main armée ; un Corps de
Troupes Patriotiques s'est renduaHerve,
où il a été reçu sur une dépêche du Premier
Ministre Van der Noot. A l'approche
de ce Corps , les Troupes Munstériennes
, destinées à l'expédition de
Liège, ont quitté Herve, où elles avoient
séjourné , et ont marché vers Aix-la-
!
( 17 )
Chapelle. Le Général Baron de Wenge,
qui les commande , leur a fait observer
une discipline très- exacte , à laquelle
la Régence de Herve a rendu un témoignage
officiel. Le Manifeste Brabançon
sera proclamé dans le Limbourg sous
Ja protection du Corps Militaire qu'on
vient d'y faire entrer .
Pendant que l'Union fédérale semble
se consolider , au moins par de premiers
Pactes , on multiplie les semences de discorde
dans le Brabant. Il se forme iei
des Assemblées , bien foibles encore ,
contre la Constitution des Etats , jurée ,
solennisée , applaudie il y a un mois. Une
foule d'Ecrits passionnés , ou injurieux ,
se répandent chaquejour. M. Van der
Noot est indignement traité dans quelques-
uns de ces Libelles ; ainsi le principal
Auteur de l'indépendance Belgique
est le premier en butte aux fureurs de
ceux que soulèvent son crédit , la jalousie
qui accompagne toutes les Révolutions ,
et l'ambition de ceux qui veulent s'en arroger
la gloire . Ce n'est pas le premier
exemple récent de cette injustice. H
existe trois Partis bien prononcés ; l'un ,
de ceux qui voudroient faire du Brabant
une Démocratie , comme la France ;
l'autre qui veut conserver la Hiérarchie
Aristocratique actuelle , telle qu'elle
existoit en France il y a un an . Le trois
sième Parti étant le plus voisin de la modèration,
du seul et vrai patriotisme , est
(18 )
par conséquent le moins nombreux ; il
ne veut ni Démocratie , ni Aristocratie ,
ni destructions violentes , ni Lois le fusil
à la main, ni guerres civiles , ni schisme
éclatant qui redonneroit à l'Ennemi
commun de puissans auxiliaires , en exposant
les Provinces Belgiques à des
périls incalculables .
La guerre des Ecrits prolémiques aigrit
le mal : toutes ces disputes misérables
, où des Charlatans parlent sans
cesse de leurs lumières , de leur amitie
pour le Peuple , et d'orgueilleux Pa
triciens de leurs antiques droits , font
gémir le petit nombre des Sages et des
Républicains sincères. Les Etats de diverses
Provinces pensent arrêter ce débordement
de pamphlets par des prohibitions
, c'est-à-dire , que le Parti dominant
se réserve le droit exclusifd'écrire.
Le 12, les Etats de Flandre ont confirmé
la Censure Ecclésiastique et Séculière
de tout Livre à imprimer ; mais l'on
jugera encore mieuxdes dispositions réciproques
par la lettre suivante de M.
Rapsaët à un Député des Etats de
Flandre aux Etats de Brabant.
Le Mal- François avoit déja gagné nos
Comités . L'affaire devint d'autant plus dangereuse
, que le parti Brabançon-François la
fomentoit ouvertement par des offres de
cinquante mille florins , selon la Lettre que
j'ai reçue ce matin , et que le Comité , sur
mon avis , a condamnée au feu , en traitant
(19)
de traîtres à la Patrie ceux qui proposeront
des changemens à la Constitution dans l'état
actuel des choses. Cette résolution sera
imprimée , et je vous en ferai parvenir des
exemplaires ; enfin , après deux jours de fatigues
et de pourparlers , j'y airamené l'ordre
et le contentement , de sorte qu'ils m'ont
même felicité et remercié. »
Le Général Van der Mersch ayant
reçu les différens Corps qui sont venus le
joindre àNamur, s'est remisen marche ,
le 14 , pour le Duché de Luxembourg.
Ondit son Armée de 18 mille hommes ,
etpartagée en plusieurs colonnes : elle n'a
point de canon de siége ; ainsi , il ne
faut pas s'attendre, sur la foi de quelques
sots Folliculaires , au siége de Luxembourg;
mais on veut regagner le terrain
perdu , resserrer les approches , et
se délivrer , si on le peut , du Corps
Autrichien qui occupe divers Postes du
Duché. On s'attend à une rencontre ,
et déja l'on parle d'une Action à Marche.
Les Patriotes prétendent être restés vainqueurs
, après avoir été fort maltraités ;
les Autrichiens s'attribuent l'avantage :
il faut attendre des avis plus certains .
Un Témoin oculaire , digne de toute
créance , nous a attesté l'anecdote suivante
, qui forme un trait caractéristique
de la Révolution. A l'attaque de
Gand , un Soldat Autrichien est blessé
dangereusement , et fait prisonnier. On
le porte devant une Eglise d'où sortoit
( 20 )
:
un Cordelier , qu'on prie de confesser
le Soldat mourant : <<<N'es- tu pas repen-
<< tant , lui dit le Moine , d'avoir porté
« les armes contre les Patriotes , et d'a-
<<voir fait couler leur sang ? - Non ,
<< répond l'Autrichien , l'Empereur est
<< mon Souverain , et jusqu'à la mort
« je me battrai pour lui. » A ces mots ,
le Cordelier confesse le Soldat , lui
donne l'absolution générale , tire un pistolet
de dessous sa robe, et lui fait sauter
le crâne.
P. S. Par des Lettres authentiques de
Namur , en date du 20 , nous apprenons
avec certitude la nature de l'action dont
nous venons de parler. Le 13 , une colonne
Autrichienne s'avança à Longpré avec sept
pièces de canon ; les postes avancés de l'ArméeBelgique
se replierent , mais après avoir
laissé des morts , des blessés , et unnombre
de prisonniers entre les mains de l'Ennemi.
Le 17 , il se renouvela un engagement pres
d'Emptines entre les Dragons de l'Empereur
et les Volontaires de Mons. Ceux- ci
n'ayant pas suivi les ordres de leur Général
et de leur Colonel , ont été maltraités ,
et ont laissé 52 d'entre eux prisonniers des
Autrichiens qui ont eu une trentaine de
morts ou de blessés . On assure que M. Van
der Mersch ne veut plus dans son Armée
de Volontaires , dont l'indiscipline dérange
toutes ses opérations. On ne peut accuser
ce Général de ces revers successifs ; l'affaire
de Turnhout , sa manoeuvre habile au passage
de Escaut , et l'occupation de Gand ,
decélent un Officier très- intelligent.
( 21 )
FRANCE.
De Paris , le 3 Février.
ASSEMBLÉE NATIONALE. 39. Semaine.
DU LUNDI 25 JANVIER. Une députation
du bataillon du District de St. Honoré
a été admise à l'ouverture de la Séance ;
elle a rendu compte du procès-verbal qui
constate la conduite exemplaire de ce bataillon
envers la famille aussi respectable
que malheureuse de deux jeunes gens , condamnés
à mort pour crime de faux.
Le District a envoyé une députation à
M. Agasse , oncle de ces Infortunés , et
Président du District , pour lui présenter
des témoignages d'estime , et l'assurer que
la honte de ses neveux sera renfermée dans
leur tombe ; et que le Bataillon Saint-Honoré
adopte tous leurs parens pour ses frères.
On a adressé ces mots à M. Agasse le jeune ,
Grenadier de ce Bataillon : " Jeune et vertueux
Citoyen , vos frères d'armes vous attendent
pour vous donner un témoignage
de leur tendre et fraternelle affection . » Le
fils de M. Agasse l'oncle étoit présent :
« Vous , jeune enfant , dont les dispositions
heureuses annoncent des vertus qui seront
chères à votre Patrie , venez , suivez vos
amis et vos frères. » Ces trois Citoyens ont
été conduits sur les gazons du Louvre , où
le Bataillon de Saint- Honoré étoit assemblé.
Le frére des Accusés a été décoré du
grade de Lieutenant des Grenadiers , et le
fils de M. Agasse , Président du District ,
( 22 )
de celui de Lieutenant à la suite de la premiere
Compagnie.
"
Ces paroles ont ensuite été adressées aux
nouveaux Officiers : Souvenez - vous que
ces hommages sont rendus à la vertu , et
que la vertu ne sauroit être obscurcie que
par les fautes personnelles. »
L'Assemblée et le Public ont témoigné ,
par des applaudissemens redoublés , les sentimens
que méritoit un exemple aussi louable
et aussi éclatant .
"
M. le Président a répondu : « Une action
si noble ne pouvoit manquer de faire
- éprouver à l'Assemblée la plus douce satisfaction
. Je ne crains point de dire , en
son nom , que vous avez fait plus qu'Elle ;
Elle n'a fait qu'une Loi , et vous avez
donné un grand exemple. L'Assemblée
• me charge , non de vous permettre , mais
de vous prier d'assister à sa Séance . "
«
"
Il a été décidé sur-le-champ que çe procèsverbal
seroit imprimé et envoyé dans toutes
les Villes du Royaume .
L'on a continué la discussion sur les points
contentieux de la division du Royaume .
Alençon sera Chef-lieu du Département ,
et aura le Directoire , de préférence à Séez .
Bourg sera le Chef-lieu du Département
de la Bresse , du Bugey , du Pays de Gex
et de la Principauté de Dombes. Le Département
divisé en neuf Districts .
Le Département de Limoges divisé en six
Districts.
Arras sera provisoirement Chef- lieu du
Département de l'Artois , Boulonnois , Calais
; mais la première Assemblée d'Electeurs
qui se tiendra à Aire , fixera le Cheflicu
définitivement.
( 23)
Le Département du Rouergue sera divisé
en neuf Districts , et le Chef-lieu provisoirement
à Rhodes . Cette décision a été
précédée de longues et vives contestations
entre les Députes de cette Ville et ceux de
Ville- Franche .
Le Vivarois demandoit avec instances que
le Bourg Argental fût réuni à son territoire
; mais il a été adjugé au Forez.
Le Comité des Finances a proposé un nouveau
Décret , lequel , après divers amendemens
, a été adopté tel qu'il suit :
"
Tous les Octrois , Droits d'Aides , de
Gros et autres decettenature , sous quelque
dénomination qu'ils soient connus daus
les Villes et autres lieux du Royaume où
ils sont établis , continueront d'être perçus
comme par le passé , jusqu'à ce qu'il ait
été statué autrement , mais sans aucun
« privilége , exemption ni distinction quelconque
, n'entendant rien innover , quant
"
à présent , aux usages concernant les con-
" sommations des Troupes Françoises et
<<Etrangères , ainsi que des Hôpitaux. "
4
« Les sommes qui proviendront du payement
desdits Octrois , seront versées dans
les mains des Receveurs des Municipalités>.
>
M. Robespierre a demandé la parole pour
présenter des réclamations en faveur de
l'Artois ; réclamations qu'il a généralisées
dans le cours de sa harangue , et dans le
Projet de Décret qui la termine.
Dans cette Province , a- t- il dit , il n'existe
que fort peu de contributions directes ,
La corvée y est inconnue. La taille et la capitationy
sont converties en impositions indirectes.
Ainsi , cette Province renferme
( 24 )
roit un très - petit nombre de Citoyens actifs .
Il en est de même des lieux circonvoisins ;
de sorte qu'une partie considérable de la
France seroit frappée d'exhédération politique."
« Si vous considérez maintenant que la
presque totalité du territoire des Provinces
Belgiques , est possédée par des Nobles ,
des Ecclésiastiques , ou par quelques Bourgeois
aisés , on trouvera à peine assez de
Citoyens actifs , pour élire un Officier Municipal.
( M. de Montlauzier a demandé à l'Opinant
la preuve de ces assertions ; l'Opinant
en a tiré les conséquences , sans s'inquiéter
de la demande ) .
Voulez-vous , a-t- il ajouté , qu'un Ci
toyen soit chez nous un être rare , par cela
seul que les Propriétés sont possédées par
des Moines ?
« Que répondre , quant ils nous diront :
Nous vous avions confié la défense de nos
droits. Il n'existe plus pour nous de liberté
ni de Constitution. Nous ne choisirons plus
nos Magistrats ; nous ne pourrons plus parveniraux
fonctions publiques. Dans la France
esclave nous étions distingués par quelques
restes de liberté ; dans la France devenue
libre nous serons distingués par l'esclavage.
Je propose la résolution suivante :
« L'Assemblée Nationale considérant que
les coûtributions maintenant établies dans
diverses parties du Royaume , ne sont ni
assez uniformes , ni assez sagement combinées
pour permettre une applicationjuste
et universelle des Décrets relatifs aux conditions
d'éligibilité , voulant maintenir l'égalité
politique entre toutes les parties du
Royaume ,
( 25 )
Royaume , déclare l'exécution des dispositions
concernant la nature et la quotite des
contributions nécessaires pour être Citoyen
actif, Electeur et éligible , diffrée jusqu'a
l'époque où un nouveau mode d'imposition
sera etabli ; que jusqu'à cette époque tous
les François , c'est-à-dire , tous les Citoyens
domiciliés , nés François ou naturalisés François,
seront admissibles à tous les emplois
publics , sans autre distinction que celle
des vertus et des talens ; sans qu'il soit
dérogé , toutefois , aux motifs d'incompatibilite
décrétés par l'Assemblée Nationale..
1
Cet arrêté de M. Robespierre , annullant
trois Décrets de l'Assemblée , successivement
confirmatifs d'une Loi fondamentale,
et sanctionnés par le Roi , a été reçu avec
la plus vive. improbation , par tous ceux
qui ne pensent pas qu'un Corps Législatif
puisse en quelques mois , faire et défaire
des Institutions aussi Capitales . On a done
invoqué laquestion préalable , quoique l'exception
particuliere en faveur de l'Artois
exigeât une discussion ; mais de toutes parts
l'esprit de partis'est hâté d'envahir le sujet;
il a produit un grandtumulte ; car l'espritde
parti n'a jamais servi à autre chose.
Après unetrès-longue agitation , M. Duquesnoy,
fréquemment interrompu , malgre
la modération de son avis , a proposé , non
la Motion générale de M. Robespierre, mais
l'exception provisoire , en faveur des lieux.
où la contribution directe n'est pas établie.
M. Charles de Lameth avoit entamé un
superbe éloge de M. Robespierre , que l'Assemblée
n'a pas voulu entendre jusqu'à la
fin; le Président a proposé de lever la
Nº. 6. 6 Février 1790.
B
( 26 )
Séance ; sur-le- champ , tandis qu'une partie
de l'Assemblée quittoit ses sieges , l'autre
s'est affermie sur les siens . M. le Président
a ouvert l'avis de renvoyer la Motion au
Comité de Constitution , pour le rapport
en être fait le lendemain à une heure.
M. Charles de Lameth a repris la parole ,
en 'appuyant l'ajournement à une Séance
entière et solennelle. Le renvoi de la Motion
complète au Comité a été combattu
par M. d'Estourmel ; M. Dumetz a insisté ,
et selon son voeu , ce renvoi a été prononcé ,
pour le rapport être ensuite fait à l'Assemblée.
DU MARDI 26 JANVIER.
DIVISION DU ROYAUME.
Il avoit été décidé la veille de poursuivre ,
sans l'interrompre , le travail de cette Division';
M. Gossin en a continué le Rapport .
Deux Députés du Forez et du Vélay ont
réclamé contre la division de leurs Provinces ;
elle a été conservée telle que le Comité l'avoit
proposée.
L'on a discuté ensuite les prétentions de
la ville de Roye , et en sa faveur , le Département
d'Amiens a été divisé en cinq Districts
.
Laon et Soissons se disputent le siége du
Département. La décision a été renvoyée à
la première Assemblée des Electeurs , qui
se tiendra provisoirement à Chaulny.
Le Département de Blois sera partagé en
six Districts .
Malgré les réclamations de la Charité ,
( 27 )
Nevers sera chef lieu duDépartement , composé
de neuf Districts.
LaTouraine formera sept Districts. Tours
devenant chef- lieu du Departement.
Le Périgord , neuf Districts . Le chef-lieu
alternera provisoirement entre Périgueux ,
Sarlat et Bergerac .
Le Département Occidental du Poitou ,
six Districts . Fontenay - le - Comte sera le
chef-lieu.
M. Salé de Chou a proposé négativement
Ja question , si les Religieux peuvent être
comptés au rang de Citoyens actifs , excepté
toutefois le cas où ces Religieux payeroient
individuellement la quotité d'imposition directe
exigée par la Loi .
L'examen de cette résolution a été renvoyée
au Comité de Constitution .
Une seconde question , pareillement étrangère
à l'ordre du jour , a été élevée par
M. Goupil de Préfeln.
«L'arméed' Annibal , a-t- il dit , victorieuse
à la bataille de Cannes , perdit sa vigueur
dans les délices de Capoue. Cette Assemblée
qui a soutenu avec tant d'honneur et de
majesté , la présence d'une arméc imposante
et redoutable , peut , quelque jour ,
être séduite par les caresses , les graces et
Jes bienfaits insidieux du Gouvernement. "
« Dans la Séance du soir , le 7 de ce mois ,
M. le Couteux de Cantelen ayant demandé
l'agrément de l'Assemblée pour occuper la
place de Caissier de l'extraordinaire , l'Assemblée
déclara qu'il n'y avoit pas lieu à
délibérer. M. de Canteleu a délibéré pour
son compte', et les Papiers publics nous ont
appris sa réception à cceett eemmpplloi. Un autre
Député a accepté la commission des vivres
Bij
( 28 )
et fourrages de l'Armée ; un troisième , l'inspection
du Commerce de la Corse . "
Dans une mission aussi importante et
aussi délicate que celle de Membres du Corps
Législatif , il faut être exempt , non - seulement
de blâme , mais encore de soupçon . "
« Depuis quelques jours , trois de nos
Collègues ont éprouvé les faveurs du Gouvernement
; ce nombre ne manqueroit pas
d'augmenter successivement . Que penseront
nos Commettans? ils se plaignent de nos
Jenteurs , ce qui n'est pas étonnant , diront-
ils . Nos Mandataires ne sont pas seulement
occupés de nos affaires , mais ils songent
aussi à leurs propres intérêts . »
" On ne dira pas que ce seroit écarter de
l'Administration les personnes les plus utiles
aux opérations du Gouvernement. Il est naturel
que l'on n'accepte aucune place sans
l'agrément de l'Assemblée ; et je persiste à
croire qu'il est important de rendre un Décret
qui ordonne , comme article constitutionnel
, qu'aucun Membre , tant de l'Assemblée
Nationale actuelle , que des Assemblées
futures , ne pourra , pendant le temps
de la Session , accepter du Gouvernement ,
soit directement par lui-même , soit indirectement
par ses enfans , aucun bénéfice ,
don, pension , gratification , charge , place ,
emploi et autre faveur , à moins qu'une déliberation
expresse de l'Assemblée ne l'ait
autorisé à l'accepter. »
L'Assemblée Nationale doit ordonner
de plus , que le présent Décret sera exécuté
àl'egard de toutes les pensions , dons , emplois
, etc. qui , depuis le 1 Novembre dernier,
auroient été donnés par le Gouverne(
29)
ment à quelques Représentans de la Nation.
"
M. le Vicomte de Mirabeau. « Si le Préopinant
se fût contenté d'établir un principé
général , je n'aurois pas demandé la parole
pour lui répondre ; mais il a fait des applications
qui concernent un de mes Collègues ,
et je ne puis garder le silence. M. Nourrissart
a obtenu une place dans la Direction
des vivres de l'Armée. Ses Commettans en
ont été instruits ; ils lui ont fait écrire par
la Municipalité de Limoges , qu'ils voyoient
avec plaisir que le Gouvernement honoroit
de sa confiance un homme auquel ils avoient
donné la leur. Je défie qu'un Député ait
rempli plus exactement ses devoirs que M.
Nourrissart , actuellement absent , et qu'on
cite une seule Séance à laquelle il ait manque;
il étoit donc inutile que le Préopinant
se permit deux assertions inexactes. >>>
" Si l'Assemblée , a rappelé M. le Couteur
, eût prononcé l'incompatibilité , j'aurois
sacrifié tout autre titre à celui de votre
Collegue. En décidant qu'il n'y avoit pas
heu à délibérer , vous m'avez laissé la liberté
d'accepter. Je l'ai fait pour être utile
à ma Patrie ; j'ai prêté serment , et je ne
suis plus maître de ma renonciation. "
M. le Duc de la Rochefoucault a présenté
une réflexion aussi juste que frappante. Après
s'être élevé contre l'effet rétronctif que M.
Goupil donnoit à son Décret , effet repoussé
par la raison , par la justice , par la Déclaration
des Droits , il a ajouté : « En Angleterre
, tout Membre du Corps Législatif
laisse sa place vacante , au moment de son
Election ; s'il est pourvu de quelque emploi
pendant la Session, ilabesoin d'ê réelu.
Bij
(30 )
Il est juste qu'il retourne vers ses Commettans
, et qu'il leur dise : Vous m'avez donné
votre confiance , lorsque mes intérêts étoient
tels ; ils sont changés ; voulez - vous me la
continuer? Ce sont donc à nos Commettans ,
et non à l'Assemblée Législative de prononcer
en pareil cas . »
" La clause qui concerne les enfans est
souverainement injuste. Suivant moi, il n'y
a pas lieu à délibérer sur la première partie
de la Motion ; la seconde doit être renvoyée
au Comité. »
M. Duport. « Vous n'avez pas voulu avoir
des Ministres dans l'Assemblée ; voulezvous
avoir des Commis ? un homme subordonné
au Ministre , un Agent responsable
qu'il faudra juger , pourra- t-il opiner avec
nous ?>>
M. Fréteau. Vous avez prononcé l'incompatibilité
avec les fonctions de Juge ;
vous avez redouté jusqu'à la vertu même ,
et après ces Décrets rigoureux , vous balanceriez
à vous opposer à ce que la liberté soit
opprimée par la séduction Ministérielle ? II
n'y a qu'un moyen d'assurer l'inviolabilité ,
c'est de mettre les Députés le plus loin possible
des emplois , des Caisses et des Cours. "
M. de la Cour d'Ambésieux et plusieurs
autres se déclarent liés d'obligation à ne
recevoir aucune grace , et à retourner dans
les Provinces tels qu'ils en sont sortis . Des
applaudissemens unanimes consacrent ces
dispositions.
Sans s'opposer au Décret , M. de Volney
annonce que , nommé Intendant du Commerce
en Corse , et soumis à des évènemens
particuliers , il est obligé de terminer son
travail de Député , et de donner sa démis
( 31 )
sion.Aucontraire, M. le Duc de Biron, nommé
Commandant de cette même Isle de Corse ,
offre le sacrifice de sa place à l'honneur de
rester dans l'Assemblée.
"
Beaucoup de rédactions et d'amendemens
sont successivement présentés ; enfin , on
décide , sur l'avis de M. de Toulongeon ,
que , l'Assemblée Nationale , confor-
" mément à l'esprit de son Décret du 3
Novembre 1789, déclare qu'aucun Membre
de l'Assemblee actuelle ne peut accepter
du Gouvernement , pendant la présente
Session , aucune place , emploi , don , trai-
« tement , gratification , etc. méme en donnant
sa démission .
4
10
"
14 "
DU MARDI 27. SÉANCE DU SOIR .
2
M. de Mirabeau l'a seul occupée par un
Plaidoyer de 4heures contre le Grand Prévôt
de Marseille. Cette récrimination au Rapport
de la même affaire présenté par
M. l'Abbé Maury , emporte six chefs d'accusation
contre le Prévôt. Nous présenterons
le sommaire collatéral de cette discussion
contradictoire , où M. de Mirabeau a mis la
chaleur de l'intérêt personnel le plus pressant
, lorsque les Pièces en seront publiques .
DU MERCREDI 27 JANVIER.
Cette Séance a été exclusivement occupée
par les contestations sur la Division du
Royaume.
Celle de l'Auxerrois a été long- temps discutée
par les Députés du Département .
Auxerre en sera le chef-lieu , et il comprendra
sept Districts. La première Assemblée
d'Electeurs décidera laquelle des deux
Biv
( 32 )
illes , Saint - Florentin ou Villeneuve- le-
Roi sera chef- lieu du septième District .
Une aussi longue discussion s'est élevée
entre Vicet Château-Salins , pour la possession
d'un siége de District. La premiere
Assemblée d'Electeurs décidera . Vic a le
provisoirree.. Nancy alternera avec Lunéville
pour le chef- lieu du Département .
M. le Couteux de Canteleu ayant saisi un
moment d'interruption dans le Rapport :
« Je n'ai pas cru , dit- il , devoir hier rester
présent à une Délibération qui me concernoit
aussi particulièrement ; mais à l'instant
où votre Décret a été rendu , je n'ai consulté
que son esprit et les motifs qui l'avoient
dicté , et sans examiner s'il avoit un
effet rétroactif , je me suis empressé de
donner ma démission de la place de Caissier
de l'extraordinaire . »
M. Nourrissart a aussi déclaré qu'il renonçoit
à son intérêt dans les entreprises
des vivres et fourrages .
Quelques Membres demandèrent avec
chaleur une exception en faveur de ees
Membres , susceptibles de rendre de grands
services dans l'Administration .
D'autres ont insisté sur le maintien absolu
du Décret. " Rentrons dans nos foyers comme
des Cincinnatus , a dit M. d'Ambésieux , et
que chacun de nous se fasse la loi de n'accepter
aucune place supérieure à celle qu'il
possédoit en arrivant parmi nous. "
M. le Marquis de Foucault a demandé si
un Député pouvoit accepter les places de
Maire ou d'Officier Municipal.
Aussitôt les Intéressés , et plusieurs qui
ne l'étoient pas , se sont empressés de crier
4
(33)
oni ; ce qui a donné lieu à plusieurs sarcasmes.
M. Gossin reprenant son Rapport , a annoncé
que le Roi avoit désiré que Rambouillet
fût chef-lieu de District. Mais la
ville de Dourdan a réclamé la préference ,
sans laquelle sa position seroit très -fâcheuse.
S. M. instruite de cette réclamation , a renoncé
aussitôt à sa demande , en priant cependant
le Comité , même avec instance ,
d'établir le Tribunal du District dans cette
dernière ville .
Ce sacrifice de S. M. a été senti par l'Assemblée
, qui a adhéré au voeu du Roi , en
décidant que le Département de Versailles
seroit divisé en neufDistricts , et le Tribunal
de celui de Dourdan porté à Rambouillet.
Versailles , chef-lieu d'un District , sera provisoirement
le chef lieu du Département.
Plusieurs contestations ont rendu difficultueuse
la division du Département de Foixet
de Couserans. Il a été décidé que la première
Assemblée se tiendroit provisoirementàFoix .
Tarascon , Saint-Giroux et Mirepoix seront
les chef-lieux de Districts , et les Tribunaux
seront établis à Foix , Saint-Dizier et Pamiers.
1
Le Département du Cotentin demeurera
divisé en septDistricts , saufà placer quelque
établissement à Carentan."
La Séance s'est terminée par la procla-.
mation du nouveau Comité des Rapports ,
dont voici la liste : MM. Ricard , de Beauharnois
, l'Apparent , le Curé Grégoire , Co
Toller, Goupilleau , Coupé , Bergasse Laziroule,
d'Harambures , le Curé Dillon, Brevet
de Beanjour , Mathieu de Montmorency ,
Prieur , la Chèze.
B
( 34 )
DU JEUDI 28 JANVIER . M. Demeunier
à présidé en l'absence de M. Target .
DIVISION DU ROYAUME .
M. Gossin a repris la suite de son Rapport
, et d'après l'avis du Comité littéralement
adopté , il a été décidé successivement
,
1 °. Que le Département Méridional de la
Champagne seroit divisé en six Districts ,
dont les chef- lieux sont Saint- Dizier , Joinville
, Cournan , Bourbonne- les -Bains , Chaumont
en Bassigny et Langres . Chaumont
sera provisoirement le siege du Département.
Cette décision n'a pas été rendue sans coup
férir. M. Drévon , Député de Langres , a pris
avec tant de chaleur les intérêts de sa ville ,
qu'il a fait entrer parmi les motifs de lui
adjuger le Département , la gloire dont elle
jouissoit d'avoir donné naissance à Diderot.
Chaumont a été préféré à cause de sa centralité
; sauf aux Electeurs rassemblés à décider
si l'alternative aura lieu .
Le Département de la Haute-Auvergne
étoit d'abord divisé en trois Districts , Saint-
Flour , Aurillac et Mauriac. On a pensé ensuite
qu'il étoit à propos d'en établir un
quatrieme à Murat ; sauf la suppression
subséquente , si elle étoit jugée nécessaire.
Le chef- lieu du Département alternera
entre les deux premiers Districts. Saint-
Flour aura la priorité.
Le Département d'Armagnac , dont Auch
est le chef- lieu , sera divisé en six Districts ,
Auch , Leictour , Condom , Nogarau , l'Isleen-
Jourdainet Misandre ; sauf à l'Assemblée
des Electeurs à en demander un septième à
Vic-Fezenzac , s'il paroissoit nécessaire.
( 35 )
Ces discussions très-importantes pour les
Provinces , mais excessivement ennuyeuses
daus leurs détails , ont été terminées par la
circonscription des trois Départemens du
Dauphiné. Les anciennes habitudes ,la chaîne
de montagnes qui entoure une partie de cette
Province , les intérêts de quelques villes , et
d'autres puissantes considérations qu'avoit
exposéslaCommission Intermédiaire deDauphiné
, ont partagé les Députés sur le mode
de sa division .
La division en trois Départemens , proposée
par le Comité , a été définitivement adoptée,
quoique contraire à l'avis de la Majorité
des Députés de la Province. M. Gossin
lui a rendu un hommage bien légitime , en
disant que , la premiere , elle secoua les
chaînes du despotisme , et fit luire aux yeux
des François , l'aurore de la liberté.
Plusieurs Paroisses réclamées par le District
de Ruffec en Angoumois , ont enfin été
partagées entre cette Province et le Poitou .
REQUÊTE DES JUIFS DE BORDEAUX.
M. l'Evêque d'Autun a fait ensuite , au
nom du Comité de Constitution , le Rapport
de la Requête présentée par les Juifs régnicoles
habitans à Bordeaux . Ils demandent à
être maintenus dans les droits de Citoyens
François , que leuront assurés diverses Lettres-
Patentes , renouvelées en 1780 par le
Roi régnant.
Le Comité a pensé que , sans rien préjuger
sur le sort fitur des Juifs , on pourroit
décréter que ceux à qui les Lois anciennes
ont accordé les droits de Citoyens , ainsi que
ceux qui sont dans une possession, immémoriale
d'en jouir , la conserveront ; qu'en
Boj
( 36 )
conséquence , ils sont Citoyens actifs , s'ils
réunissent les autres qualités exigées par les
Décrets de l'Assemblée Nationale.
M. Reubell , Député d'Alsace , qui n'a
jamais manqué d'exprimer la haine de ses
Commettans contre les Juifs , s'est élevé
avec violence contre le Décret proposé.
N Vous avez reconnu , a- t- il dit , q les
Juifs devoient rester Juifs ; qu'i' ; etoient
Citoyens chez eux et non chez nous , et l'on
veut que vous décrétiez que les Juifs de
Bordeaux ne sont pas Juifs ! "
Ce prélude a été interrompu par M. L'Abbé
Maury , qui a pris la parole pour proposer
la rédaction suivante :
" L'Assemblée Nationale délibérant sur
la demande qui lui a été proposée par le
Collége des Juifs de Bordeaux , a decrété
qu'il ne seroit rien innové à leur égard , et
que les Juifs continueroient àjouir provisoirement
, dans les differentes Provinces , des
droits locaux qui leur sont attribués par
Lettres -Patentes enregistrées , le tout sans
rien préjuger sur l'état Civil des Juifs daus
le Royaume.
"
Au mot de provisoirement , l'orage a commencé
de gronder , et c'est au milieu des
rumeurs qui l'annonçoient , que M. Reubell
apoursuivi , en disant : « Ne vous y trompez
pas, Jes priviléges des Juifs sont les mêmes
dans toute la France ; leurs Lettres -Patentes
sont conçues dans les mêmes termes . Vous
devez donc les traiter avec la méme indulgence.
Mais alors , quel sera le sort de la
Province d'Alsace ? >>
« Les Juifs y possèdent presque toutes les
richesses numéraires; ils sont créanciers de
sommes immenses qu'ils ont acquises par les
( 37 )
usures les plus criminelles ; bientôt tous les
immeubles de la Province passeroient dans
leurs mains . Les malheureux Cultivateurs verroient
une foule d'usuriers envahir leurs possessions
; et ces derniers peut- être tomberoient
eux- mêmes sous le glaive du désespoir.
et du fanatisme. »
" Les Lettres-Patentes invoquées par les
Juifs de Bordeaux ne leur donnoient qu'une
simple permission de vivre en France , suivant
leurs usages.
"
« Les Lettres de Bourgeoisie ont été tout
au plus accordées à quelques individus . >>>
La possession qu'ils réclament , n'étoit
que l'effet de la tolérance et de la complaisance
des Citoyens François ; cependant ils
ont toujours formé une corporation absolument
isolée ; ils n'ont jamaisjoui de la plénitude
de l'état Civil. Jamais aucun Juif n'a
été chargé de Tutelle , de Collecte d'impositions
, même à Bordeaux. Actuellement on
répand en Alsace des Libelles incendiaires .
Les Peuples ne se laissent point encore séduire
; mais lorsqu'ils auront appris que vous
aurez adınis au rang de Citoyens , des hommes
qui se préparent à envahir leurs héritages ,
craignons que leur confiance ne soit alterée
ou même détruite , et qu'ils ne cèdent auxinsinuations
des ennemis du bien public. >>
MM. de Noailles et de Fumelout.rappeléles
services , que les Juifs de Bordeaux avojent
rendus dans la malheureuse guerre de 1756,en
: ouvrant généreusement leurs Caisses aux Offiders
François , sans aucun interêt..... Jamais
ils n'ont manifesté les préjugés de leur
secte.... Ils ont joui de tous les droits de
Citoyens , lorsde la Convocation desEtats-
Généraux. M. de Sèze , Député de Bor-
»
( 38 )
deaux s'est étendu sur ce dernier motif.
Beaucoup de Juifs , a-t- il dit , ont coucouru
à ma nomination et à la rédaction de ines
cahiers . L'un d'eux , M. Gradisc , a été au
wombre des 90 Electeurs ; il ne lui a manqué
que trois voix , pour être Député à l'Assemblée
Nationale ......
Ces Juifs ont le droit d'acquérir des possessions
, de les transmettre par voie de succession.....
Mes Commettans m'ont chargé
spécialement de stipuler leurs intérêts et de
demander la conservation de leurs priviléges
.....
M. l'Abbé Maury s'est présenté pour justifier
sa rédaction .
« Les titres , a- t- il exposé , sur lesquels les
Juifs fondent leurs réclamations , ne parlent
que de priviléges , et vous voudriez leur
accorder des droits ! Il est de la nature
des priviléges de déroger au droit commun
, et de former des exceptions à la Loi.
Aussi les Juifs de Bordeaux , ceux qu'on
**nomme Portugais , Avignonais , etc. ont ils
eu soin d'obtenir , à chaque règne , des
lettres de confirmation. Des droits acquis ,
reconnus et inaltérables n'ont jamais besoin
de cette précaution.... Ce ne sont que des
lettres de régnicoles . De pareilles lettres ont
été accordées aux Négocians de Hambourg ,
aux Genevois , qui ne sont considérés ni
comme Citoyens , ni même comme naturalisés.
Vous convertiriez en Décret , en Loi
Nationale et éternelle , un Brevet qui , dans
l'origine , n'étoit qu'une dérogationà la Loi .
En n'ajoutant pas le provisoire que je vous
propose , les Juifs ne manquerdient pas d'en
conclure que leur état est jugé définitive
ment.
( 39 )
M. le Chapelier : par le Décret qu'attaque le
Préopinant , le Comité ne propose pas de
décider l'Etat Civil des Juifs , mais au contraire
de faire juger si l'Assemblée a le droit
d'ôter le droit de Citoyens Actifs aux Juifs de
Bordeaux. Il a supposé que les Lettres Patentes
de nos Rois , enregistrées , n'étoient
pas des Lois . En existait- il d'autres sous l'ancien
régime , et ces Lettres Patentes étoientelles
jamais rétractées ? Depuis 1550 jusqu'à
1789 , les droits de Citoyens ont bien pu
n'être regardés que comme des privileges ;
mais il n'en est pas ainsi aujourd'hui. Les
titres que vous présentent les Juifs de Bordeaux
, sont le consentement des peuples ,
et ce consentement vaut bien les actes de
bienfaisance des Rois. Qui oseroit leur disputer
ce droit sacré ? Peu s'en est fallu
qu'un Juif soit venu siéger parmi vous .
Auriez- vous osé rejeter ce Collegue ? Non
sans doute , vous auriez respecté le choix
libre d'une Cité célèbre , qui jugede la qualité
des hommes par leur utilité réelle. "
La crainte seule a fait requérir par les
Juifs des lettres confirmatives ; ils craignoient
avec raison les entreprises des Ministres et
le pillage des Grands .
"
"
La cause de ceux d'Alsace est absolument
différente ; ils n'ont encore ni droits
ni priviléges ; ils n'y sont pas regardes comme
François,et ils croient si peu que le Décret
qu'onvous propose pourroit s'étendre jusqu'à
eux , qu'ils demandent avec instance , que
l'Assemblée ne juge rien en faveur des Juifs
de Bordeaux.
" Après ce discours , la discussion a été
fermée , quoique beaucoup de Membres réclamassent
encore la parole. De nouvelles
(40 )
motions ont été présentées , et les questions
de priorité proposées avec chaleur. Le rumulte
a commencé pour ne finir qu'avec la
séance .
M. de Beauharnois ayant proposé une
nouvelle rédaction qui rapprochoit les opinions
des deux Partis opposés , elle a obtenu
la priorité sur celle du Comité , qui , à
cette époque du débat , avoit par conséquent
I's majorite contre lui. Voici la redaction de
M. de Beauharnois :
L'Assemblée Nationale décrète que les
Juifs de Bordeaux continueront de jouir des
mêmes droits dont ils ont joui jusqu'à pésent
, et qui sont consacrés en leur faveur
par des Lettres-patentes. "
Au mot Juif il a été proposé d'ajouter
Portugais, Espagnolset Avignonais .
M. de Sèze a voulu rétablir dans la rédaction
de M. de Beauharnois , la rédaction primitive
du Comité , et la qualification précise
de Citoyens actifs .
Malgré l'appui donné a cet amendement
et à celui assez conforme qu'a produit M.
de Saint Fargeau , la rédaction de M. de
Beauharnois conservoit encore la supériorité ;
elle paroissoit lui être assurée , si l'on eút
pris les voix en ce moment; mais la violence
des debats a continué.
Le premier amendement a été admis sans
difficulté. Iln'en a pas été de même de celui de
M. de Sèze. On l'a repoussé avec fureur : le Président
a redoublé d'efforts pour maintenir
la délibération ; deux épreuves par assis ou
levé ont laissé du doute : l'agitation poussée
au comble , a produit un long intervalle d'inaction.
Pendant cette effervescence , où
l'on méconnoissoit le Législateur, beaucoup
(41)
de Membres , d'Ecclésiastiques sur -tout ,
s'étoient retirés , préférant leur diner à leur
devoir. Cette circonstance explique la fureur
de la guerre qui a occupé le reste de
la séance. Devenu le plus foible par la retraite
de quelques-uns des siens , l'un des
Partis s'est opiniâtré à repousser l'appel nominal
, que la même raison a fait invoquér
avec persévérance par ses adversaires .
La chaleur du lieu , le méphitisme , la
poussière très - nuisible que répandoient dans
la Salle ces mouvemens impétueux de 800
personnes , enfin , la fatigue ou l'impatience
ont fait sortir encore un grand nombre de
Députés .
Les opposans à l'amendement. de M. de
Sèze , voyant leurs gradins évacués , ajournoient
la délibération à sept heures du soir :
ils descendoient au milieu de la Salle , tandis
que la majorité restoit immobile.
Le Secrétaire commençoit l'appel vingt
fois , et toujours cent cris interrompoient
ceux qui vouloient donner leur voix.
M. le Vicomte de Toutongeon , s'écria qu'il
existoit dans l'Assemblée une conjuration
impie contre le bien public , et qu'il falloit
écrire dans les Provinces .
M. de Liancourt observa que tant que la
séance n'étoit pas légalement levée , l'absence
de quelques Membres ne pouvoit suspendre
une délibération. L'Assemblée s'engagea
à ne pas désemparer jusqu'à ce que
l'appel eût été terminé. « Nous passerons la
" muit , s'écria un grand nombre , et nous
instruirons nos Commettans des heures que
nous font perdre ceux qui ne sont réunis
à nous que pour défendre les abus. Le
- plus grand de tous , crioient les Opposans ,
"
f
(42)
er est le despotisme qu'exerce la pluralité. "
Enfin , après deux heures de désordre ,
on parvint à commencer l'appel nominal ,
dont le résultat fut l'admission de l'amendement
, à la majorité de 374 voix contre
224. Quelques Membres n'eurent point d'avis .
On mit de suite la rédaction entière aux
voix ; elle fut décrétée en ces termes :
« L'Assemblée Nationale décrète que les
Juifs , connus en France sous le nom de
Juifs Portugais , Espagnols ,et Avignonais ,
continueront de jouir des droits dont ils ont
joui jusqu'à présent , et qui sont consacrés
en leur faveur par des Lettres - patentes ;
qu'en conséquence , ils jouiront des droits
de Citoyens actifs , s'ils réunissent d'ailleurs
les conditions requises par les autres Décrets
de l'Assemblée Nationale. ১১
La séance ne fut levée qu'à huit heures,
Il n'y eut point de séance du soir.
DU VENDREDI 29 JANVIER.
Après la lecture du Procès - verbal , M.
Schwendt , Député d'Alsace , a demandé qu'il
fût ajouté au Décret d'hier , ces mots : « sans
rien préjuger à l'égard des Juifs d'Alsace. »
M. Bouche vouloit au contraire que l'on comprît
dans le Décret les Juifs Contadins .
On a passé à l'ordre du jour , sans rien statuer
sur ces demandes .
M. Gossin continuant son rapport , il a
été décidé successivement , d'après l'avis du
Comité de Constitution , 1 ° . Que le Déparment
du Velay sera divisé en trois Districts ,
placés au Pui , Brioude et Issingaux. ( Ce
dernier provisoirement , le Rey sera le chef--
lieu du Département. )
Cahors chef-lieu du Quercy. Les chef- lieux
( 43 )
des Districts , sont Cahors, Montauban , Lauzerte
, Bourdon , Martelet Figeac. Les établissemens
du Distriet de Lauzerte , seront
divisés entre cette ville et Moissac.
Carcassone sera provisoirement chef-lieu
du Département de ce nom. Ce Département
comprendra six Districts : Carcassone ,Castelnaudari,
la Grave , Limoux , Narbonne et
Gaillan.
La division du Département de l'Est de la
Provence, sera maintenue . Grasse, la Viguerie
etSaint- Paul chef- lieux de Districts . LeDépartement
de Troyes aura pour Districts ,
Troyes , Nogent , Bar- sur - Aube , Bar - sur-
Seine , Arsi- sur-Aube , Erny.
Il a été décidé qu'il n'y avoit pas lieu à
délibérer sur la demande du Comité. On a
donné lecture d'une lettre de M. de Volney ,
qui abdique sa place d'Inspecteur du commerce
de Corse , où il n'y a point de commerce.
M. Nourrissart a soumis de nouveau à l'Assemblée
, au nom du Comité des Finances ,
un rapport et un projet de Décret , sur la création
d'une nouvelle Monnoie de billon .
MM. l'Evêqued' Autun , Ræderer , Fréteau ,
ayant fait sentir que cette Motion exigeoit
un examen approfondi , elle a été ajournée à
huitaine.
M. le Marquis de Montesquion a lu , au nom
du même Comité , un nouveau Mémoire de
chiffres en colonnes, de calculs, d'états évens
tuels sur le niveau FUTUR des revenus et
dépenses fixes , et au moyen desquels les dépenses
se trouvent , sur le papier , réduites
de 75 millions par an. M. de Mirabeau s'étoit
permis , l'autre jour , de traiter de Grimoire
ces Rapports du Comité des Finances . Nous
( 44)
n'avons ni le droit ni la pensée d'aller si
loin ; mais nous avouerons que ces Rapports
successifs et morcelés , embrouillent , en se
multipliant , les têtes foibles , et ne présentent
pas encore des résultats généraux , assez
évidens , pour qu'il nous soit possible de les
mettre clairement sous les yeux du Lecteur .
Le Comité des Financesa , par l'organe
de M. Dupont , fourni encore un Rapport
sur les Haras , qu'il regarde comme inutiles
, comme tenant au régime prohibitif,
et dont il a proposé de supprimer les depenses
, montant ci-devant à914,000 liv . par
année , en mettant les Etalons et les Haras
actuels , sauf ceux des Domaines du Roi , à
la disposition des Departemens .
M. de la Borde a objecté que le troisième
article étoit inutile ; car les Domaines anciens
sont Nationaux, et les Haras qui s'y
trouvent , supprimés par les termes des deux
premiers articles . Les Haras établis dans les
Domaines nouveaux , seront compris dans la
liste civile , et ne doivent avoir aucun privilége.
M. le Duc du Châtelet a pensé que les
Haras devoient être conservés , en les con-
Gant aux Administrations de Département.
Voulez - vous avoir des chevaux , a dit
M. de Noailles ?n'ayez point de Haras.Voulezvous
avoir des arbres ? n'ayez point de pépinières
publiques. Ces établissemens enchainent
l'industrie, l'émulation. Quand on
ne verra plus de Haras , tout le monde élevera
des chevaux , et ils seront mieux élevés.
Je crois que la question peut être ajournée
à deux mois , pour que les Assemblées de
Departement donnent leur avis sur la quantité
d'établissemens publics qu'on pourra
( 45 )
conserver , et à qui ils doivent être confiés . »
M. le Vicomte de Miraboon, Je n'imagine
pas , Messieurs , qu'il soit dans les principes
de l'Assemblée de remplacer le regime
prohibitif , par un régime confiscatif. Votre
Déclaration des droits de l'homme a établi
que nul ne pourroit être dépouillé que pour
raison d'utilité publique , et avec une préalable
indemnité. »
"
«Pourquoi donc voudriez-vous empêcher
des particuliers d'avoir des Haras chez eux ? »
Je demande l'ajournement de la question
du régime prohibitif , et que le reste
soit renvoyé sur-le-champ aux , Assemblées
de Département. "
M. Ailly. Depuis le 1er de ce mois ,
le Roi a supprimé les dépenses publiques
des Haras de ses Domaines ; on peut donc
aujourd'hui rendre ce Décret genéral , et
supprimer le régime prohibitif. »
Plusieurs autres observations moins importantes
ont été présentées , et plusieurs rédactions
différentes proposées .
M. Garat l'aîné a comparé les Haras à des
sérails , cù les inâles sont enfermés , contradictoirement
à l'intention de la nature , qui
n'est jamais plus féconde que lorsqu'elle est
en liberté.
Sans beaucoup de débats ultérieurs , il a
été décrété , 1 ° . que le régime prohibitif des
Haras est aboli ; 2° . que les depenses publiques
des Haras sont supprimées , à compter
du 1 Janvier 1790 , et que cependant il
sera pourvu à l'entretien des chevaux jusqu'à
l'organisation des Administrations de
Département,
( 46 )
DU SAMEDI 30 JANVIER. M. Dupont a
continué le Rapport de la division du
Royaume.
و
M. Gossin en qualité de Député de
Bar , a soutenu avec force les intérêts de
sa Ville contre les prétentions de Verdun .
Il a été décidé , conformément à l'avis du
Comité , que Bar seroit le Chef-lieu du
Département du Barrois , sauf à alterner
pendant quatre ans avec Saint-Michel .
Chacun des quatre Départemens de Bretagne
restera divisé en neef Districts. Ces
Départemens sont: Rennes, Nantes, Vannes,
Saint-Brieux. La ville de l'Orient , qui a
envoyé un don patriotique de 3co mille l.-,
réclamoit un Chef-lieu de District ; établissement
qu'elle prétend être nécessaire
pour ranimer son commerce. Les Députés
ont donné l'avantage provisoire à Hennebon .
L'Assemblée de Département jugera le définitif.
Meaux , Melun , et Provins se disputoient
le siége du Département de Brie et du
Gâtinois . Il sera provisoirement à Melun ,
sauf à indemniser ses rivales par d'autres
établissemens. Les Districts seront : Meaux ,
Melun , Nemours , Rozoi et Provins .
Les limites de la basse Auvergne et du
Bourbonnois ont été réglées , d'après l'avis
du Comité fondé sur le travail de deux
Commissaires , et sur le consentement de
la Majorité des Députés des deux Provinces.
Angoulême sera le Chef-lieu du Département
d'Angoumois , divisé en six Districts.
M. Démeunier a relevé deux fautes graves
dans le Procès-verbal du 13 de ce mois ,
( 47 )
dont la principale a pour objet les observations
faites dans cette Séance sur les réclamations
du Duc de Wirtemberg et autres
Princes Allemands ; une nouvelle discusșion
commençoit à s'engager sur cette affaire.
M. Dupont a dit nettement que la
Couronne de France n'avoit sur les terres
possédées en Alsace par les Princes Allemands
, d'autres droits que ceux dont jouit
l'Empire sur les hauts fiefs d'Allemagne .
M. l'Abbé d'Eymar vouloit que cette observation
fût insérée dans le Procès -verbal .
Il a été décidé simplement d'imprimer
la correction qui sera relue à l'Assemblée .
PERCEPTION DES IMPOTS .
L'ordre du jour appeloit une discussion
de Finance ; M. Anson en a fourni la matiere
par le projet de Décret que voici
" Les Préposés au recouvrement des impositions
ordinaires et directes dans les dif.
férentes Municipalités du Royaume , seront
tenus de verser entre les mains des Receveurs
ordinaires de l'ancienne division des
Provinces , chargés dans les années précédentes
de la perception de ces impositions ,
le montant entier desdites impositions de
l'exercice de 1790 , etdes exercices antérieurs ,
dans la forme et dans les termes précédemment
prescrits par les anciens Réglemens ;
et , attendu que les Contribuables seront soulagés
dans l'année présente par la contribution
des ci-devant Privilégiés , qui tourne à
leur décharge , les Trésoriers ou Receveursgénéraux
, entre les mains desquels lesdits
Receveurs ordinaires verseront le montant
de leurs recettes , seront tenus de faire de
leur côté toutes diligences , pour que les
(48 )
impositions de l'année 1790 et des années
antérieures soient acquittées entierement
dans les six premiers mois de 1791 au plus
tard. Ils remettront , à cette époque , aux
Administrateurs des differens Départemens ,
un état au vrai de la situation des recouvremens.
Quant aux comptes définitifs , tant
de l'exercice de 1790 , que des années anté.
rieures , ils seront présentés par eux à la
vérification , dans le courant de l'année
1792 au plus tard , devant qui , et ainsi qu'il
sera ordonné par l'Assemblée Nationale. »
On ne peut disconvenir , a dit , le premier
,M. Duport , qu'il ne soit nécessaire de
nous dégager des anticipations ; mais par
quels moyens tendons-nous à ce but ? Om
vous propose de conserver le régime actuel
des imposition's directes. Ne vaudroit-il pas
mieux que les Receveurs particuliers comptassent
directement au Trésor Royal ? Le
service ne deviendroit- il pas plus prompt et
plus économique ? Si , cependant , vous ne
jugez pas à propos de supprimer , dès-àprésent
, les Receveurs-généraux , je pense
au moins qu'il faudroit les assujettir àTinspection
desAssemblées de Départementqui ,
par ce moyen, prendroient connoissance de
ces nouvelles fonctions.
« Je propose , par amendement que , mois
par mois , les Receveurs soient obligés de
présenterau directoire du District l'état de
leur recette , et qu'aucune contrainte ne soit
donnée que sur son visa »
M. Reubell a dénoncé les abus de la'perception
des impôts en Alsace. « Les taxes ,
a-t- il dit , y sont d'abord perçues par le
Collecteur , qui n'a aucune remise. Il remet
fictivement
(49)
fictivement ces fonds à un Bailli , homme de
la création de l'Intendant , qui reçoit 4 SOLS
POUR LIVRE , pour donner seulement une
quittance fictive. Le Bailli compte fictivement
au Receveur-particulier , qui lui rend
une quittance fictive , et retient pour ce travail
4 SOLS POUR LIVRE. Ce Receveur remet
ainsi fictivement au Receveur-général
de la province ; celui- ci dela même maniere ,
au Trésor royal ; et il résulte de toutes ces
fictions qu'il n'arrive PAS UN DENIER au
Trésor royal , et que l'État, pour tout profit ,
est obligé de payer MM. les Receveurs . Ces
frais montent à 200 mille livres .
Je demande que la perception soit faite
en Alsace par le Département , qui comptera
directement au Trésor public.
M. de Custines a fait la même demande
pour les Trois -Evêchés .
M. Salle , Deputé de Lorraine, est allé plus
loin ; car les opinions , dans les grandes Assemblees
, grossissent comme les torrens .
M. Salle done s'est opposé ouvertement au
Décret. Il s'en est pris au Ministère , aux
Conspirations , à la Caisse d'Escompte , aux
Agioteurs , du défaut de numéraire , qui n'a
pas d'autre cause que le discrédit universel ,
où l'anarchie publique a mis toutes les caisses
et toutes les affaires .
41 Les Collecteurs particuliers , a avancé
l'Opinant , sont réellement la base de l'opération
. Qu'a- t- on besoin de les faire compter
à des Receveurs - particuliers , et de faire
passer l'argent par tant de mains ?
A
Il ne faut pas être financier , et grand
calculateur , pour recevoir des impositions et
en donner quittance.
Je crains bien que l'induence ministérielle,
Nº. 6. 6 Février 1790. C
t
( 50 )
qui plus d'une fois s'est fait sentir dans cette
tribune , ne soit ici pour quelque chose ; ..…
que le Comité ne soit la dupe de quelque dessein
secret.
Nous ne pouvons nous dissimuler que les
Ennemis du bien public veillent encore ; ils
paroissent avoir formé le dessein perfide
d'accaparer le numéraire , et de détruire ainsi
la liberté, au risque d'être ensevelis sous ses
ruines. Parmi ces traîtres , il faut compter
les traitams , ces ennemis jurés du peuple,
qui ont toujours profité des troubles pour
grossir des fortunes scandaleuses ... Ne nous
aveuglons pas . Que nous propose- t- on ? De
remettre , pendant toute l'année , la recette
des impositions , dans les mains de nos ennemis
; de confier à nos ennemis l'argent
public , denrée aussi nécessaire que le blé...
« J'entends , a continué M. Salle , au bruit
de murmures véhémens , j'entends plusieurs
voix m'opposer la probité du Ministre , la
Permanence de l'Assemblée Nationale , la
responsabilité des Agens , etc.... Eh ! que
peut le Ministre au milieu de cette armée
de gens avides intéressés à le tromper ? Soinmes
- nous sûrs que les finances ne sont pas
pour lui un' chaos à débrouiller ? La domination
est chère au coeur de l'homme ;
les Ministres ne peuvent voir avec plaisir
une révolution qui les ramène au simple titre
de premiers serviteurs de la patrie....
Il devenoit douteux que tant d'inculpations
fussent écoutées jusqu'au bout , cependant
, on a laissé poursuivre M. Salle.
On paye , a- t- il ajouté , la contribution
du quart , en argent , et les caisses publiques
ne payent qu'en papier.... La Caisse
d'Escompte ne rembourse point ses billets .
( 51 )
L'argent se vend très -cher , même jusqu'à
sa porte ... Ne découvre-t- on pas dans les
precautions qu'on avoit l'air de prendre un
voile imaginé pour couvrir l'agiotage le plus
indecentet le plus perfide ? L'on assure que
la Caisse d'Escompte travaille à établir des
caisses particulieres dans les provinces , pour
les rembourser en papier , de ce que la capitale
leur doit ; c'est ainsi que bientôt, par
une grande émission de ces billets , elle parviendra
à accaparer tout le numéraire... "
Siles troupes se payent encore en argent.
ce n'est que jusqu'au moment où le mal
étant à son comble , on se croira dispensé
de les payer.... Le Ministre dira que l'argent
n'est pas dans ses mains ; qu'il est dans celles
des Capitalistes, qui craignent dele négocier.
Je veuxquemes soupçons soient malfondés ,
mais le peuple n'accusera-t- il pas de la rareté
du numéraire ceux qu'il est accoutumé à regarder
comme ses ennemis ? Ne se porterat-
ilpas à de fâcheuses extrémités ?
"Attendons que les Assemblées de Département
soient établies ; alors nous pourrons,
avec sureté , créer un nouveau régime de perception.
"
Je conclus qu'il n'y a pas lieu à délibérer
quant à présent sur le projet de Décret présenté
par le Comité des Finances .
Cediscoursn'a pas obtenu le succès qu'une
partie de l'Assemblée en attendoit. On lui
a reproché de n'être fondé sur aucune preuve,
de tendre à augmenter la defiance publique;
à produire de funestes effets sur la crédulite
furieusedupeuple.
Cependant des accusations aussi violentes ,
ont obligé MM. Anson et le Coulteux de Can
Gij
( 52)
teleux , à justifier le Décret du Comité , et
l'administration de la Caisse d'Escompte.
Le premier a dit qu'il ne sagissoit que
d'un Décret de prudence , propre à maintenir
la paix, en facilitant les moyens de
percevoir les impôts ; que tous les Receveurs
seroient soumis à la surveillance des Provinces
, et qu'ils ne demandoient pas mieux
que d'être surveillés .
La ville de Paris , a ajouté M. le Coulteux,
est obligée de faire sortir de son sein,parannée
4 à 5 millions de numéraire , pour s'acquitter
envers les provinces , d'où elle tire des
consommations et des subsistances . Il n'est
pas étonnant que la Caisse d'Escompte ne
soit pas toujours prête à échanger ses billets ,
lorsqu'une multitude de circonstances rendent
le numéraire aussi rare. Ce défaut de
circulation provient en partie de la stagnation
des impôts .
MM. les Représentans de la Commune de
Paris , inquiets des bruits que l'on affectoit
de faire courir sur la Caisse d'Escompte , ont
examiné ses registres , revisé ses comptes ,
et sont demeurés convaincus que le désordre
, dont on se plaint , ne vient point de
son administration.Ils ont eu des conférences
avec les Administrateurs de la Caisse , et les
Députés extraordinaires du Commerce , pour
savoir si l'on ne pourroit point établir un
cours forcé des billets de Caisse dans les
Provinces ; mais y voyant de trop grands
obstacles , ils ont pensé qu'il seroit possible
d'établir une circulation libre et volontaire,
fondée sur le crédit de la Caisse . Il est nécessaire
de calmer les inquiétudes , de ramener
la confiance. Je suis chargé ,spécia(
53)
lement parles Administrateurs , de demander
à l'Asssemblée Nationale , qu'elle charge
des Commissaires de surveiller toutes les opérations
de la Caisse .
La discussion close , plusieurs Amendemens
ont été rejettés par la question préalable
; cette même question a été invoquée ,
mais infructueusement , contre le Décret.
L'Amendement de M. Duport a été joint
au Décret , ainsi que le suivant de M. d'Allarde
:
Sans que lesdits Trésoriers ou Receveur's
générauxpuissentfaire compensation desfonds
de leur Recette avec ceux de leur cautionnement.
"
Le tout a été adopté , saufla rédaction .
DU SAMEDI 30 JANVIER. SÉANCE DU
SOIR.
L'affaire du Grand-Prévôt de Marseille
a été ultérieurement traitée , sans décision
définitive .
M. de Mirabeau a terminé le Plaidoyer par
lequel il avoitdéja occupé en entier la Séance
de Mardi soir. Après avoit récapitulé les différens
chefs d'accusation dont il avoit charggeé
le GGrand-Prévót , il a fini par une péroraison
en faveur des détenus , et a proposé
un projet de Décret , qui révoque celui
du 8 Décembre , dans la clause qui renvoyoit
au Châtelet le Grand- Prevót et le Procureur
du Roi , comme prévenus du crime de
lèse-Nation . Si l'on veut bien se rappeler
que ce Décret fut rendu à l'instigation , et
en vertu des récits de M. de Mirabeau ,
on se convaincra qu'il n'est pas heureux
en dénonciations , et qu'il avoit tort ,
ou d'accuser le Grand - Prévôt , il y a deux
Cij
( 54)
mois , ou tort de faire aujourd'hui révoquer
le Décret. Au surplus , il a demandé la con-
Armation du renvoi des Accusés et de la
Procédure à la Sénéchaussée de Marseille .
Comme dans ce long Factum , la cause des
Accusés a été discutée avec autant d'étendue
que celle du Prévôt , M. de Mirabeau a
demandé qu'ils fussent éligibles aux nouvelles
charges Municipales .
Ces conclusions ont été également improuvées
par tous les Partis ; on les a trouvées
contradictoires avec le Plaidoyer .
M. l'Abbé Maury a demandé à rétablir
plusieurs faits , suivant lui , altérés dans ce
Discours : il a prouvé qu'il étoit faux que le
Prévôteût tenu la Procédure secrète ; qu'il eût
fait entourer de 6000 hommes , le Fortoù sont
enfermés les Accusés ; qu'il étoit Juge parfaitement
compétent , mais que c'est une
erreur de supposer qu'un Prévôt est le seul
Jugede ces sortes de Procédures ; qu'il doit
avoir toujours six Adjoints , dont un seul est
nommé par lui ; qu'enfin M. de Bournissas
a littéralement suivi l'Ordonnance Criminelle
, Loi de l'Etat jusqu'à ce jour.
La suite de la discussion a été une prise
àpartie entre les deux Athletes , qui ont combattu
seuls , corps à corps , par forme d'interpellations
et de reproches .
M. de Mirabeau a contesté la date des
faits qui ont donné lieu au Décret lancé
par le Prévót.
Des faits antérieurs à l'amnistie , disoit
- il , n'auroient jamais dû faire partie ,
même de l'information . C'est là un des plus
cruels abus de pouvoir , dont M. de Bournissac
s'est rendu coupable. »
Vous me demandez , a répliqué M. l'Abbé
( 55 )
Maury , si le Prévot a informé sur des faits
antérieurs à l'amnistie. Je réponds OUI , et
il a dû le faire, puisque les Accusés se sont
rendus coupables de récidive. "
" La voici cette amnistie ; elle porte expressément
qu'en cas de récidive , elie sera
regardée comme nulle. Ce qui concerne les
Accusés , nous est absolument étranger.
L'Assemblée Nationale ne doit juger que
sur l'accusation qu'elle a reçue contre le
Prévôt ; c'est-à-dire , sur le seul point de
savoir s'il a , ou non , contrevenu à vos
Décrets . "
M. de Mirabeau s'est alors jeté dans
d'autres retranchemens , dans Pintérêt du
Peuple , dans l'ardente amitié de ses cliens
pour le Peuple , dans les services qu'ils
avoient rendus , selon lui , à la Révolution ,
à l'Assemblée , à ses Décrets , contre la conjuration
de tous les Pouvoirs. Enfin , il a
imaginé de commenter l'Acte d'amnistie ,
et d'en considérer la clause péremptoire ,
citée par M. l'Abbé Maury , comme simplement
comminatoire .
Bientôt la question principale , qui paroissoit
peu soutenable aux yeux de la Majorité
, a changé de face par l'adresse avee
laquelle on ademandé , à M. l'Abbé Maury ,
de représenter la Plainte même qui avoit
donné lieu au Décret. Cette Plainte n'avoit
jamais été remise au Comité des Rapports ;
personne , pas même M. de Mirabeau , n'en
avoit jusqu'ici réclamé l'exhibition, Cependant
M. de Beaumetz a appuyé cette demande
, que la surabondance des Pièces
sur lesquelles le Rapport étoit établi , paroissoit
rendre elle - même surabondante ,
été immédiatement suivie de celle D'UN
a
Cig
( 56 )
a
NOUVEAU RAPPORTEUR ET D'UN NOUVEAU
RAPPORT, FAIT PAR LE NOUVEAU COMITÉ.
On conçoit bien que cette conclusion
excité une grande agitation . MM. l'Evêque
de Nancy et Malouet ont ouvert l'avis le plus
simple , le plus naturel , comme le plus direct
aux principes de toute décision ; savoir ,
d'ajourner le Jugement jusqu'à l'arrivée de
la Plainte , sans perdre un temps inappréciable
à faire et à entendre un nouveau Rapport.
Cet amendement a retardé quelques
momens la premiere résolution. M. Emery
n'a pas craint de s'en plaindre , en disant
au Président , que s'il eût mis aux voix ,
tout de suite , la Motion de M. de Beaumetz ,
l'amendement de M. Malouet n'auroit pas
prolongé la Délibération. Il étoit minuit ;
on avoit commencé à 6 heures : nombre de
Députés , sur- tout d'Ecclésiastiques , étoient
allés se coucher , et la Majorité s'est enfin
déclarée pour la formation d'un nouveau
Rapport.
Enfin, M. de Besenvalest libre. Le rap
port de l'Information a été fait , le 29 , à la
Chambre du Châtelet , composée de
trente-trois Juges. La lecture du Rapport
et de toutes les Piéces de la Procédure
a duré six heures . Le Tribunal
a prononcé conformément aux conclusions
de M. le Procureur du Roi , en
renvoyant à l'Audience toutes les Parties
, savoir ; M. de Barentin , M. le
Comte de Puységur , M. le Maréchal
de Broglie , M. le Baron de Besenval
( 57 )
et M. le Comte d'Autichamp : le Baron
de Besenval devant être immédiatement
élargi , et mis en liberté. Il habite son
Hôtel , et a reçu des visites.
Après six mois de captivité , d'inquiétudes
, de fatigues , de dangers renaissans ,
ce Général est sorti de prison. Nous
avions depuis long-temps annoncé ce
succès de la justice , et nos Lecteurs en
avoient les gages dans les extraits fidèlesde
l'Information que nous leur avons
présentés . Ce jugement honore le Chatelet
, dont les Libelles , les menaces ,
la terreur d'une opinion artistement préparée
, et heureusement impuissante ,
n'ont pu ébranler l'intégrité. Ainsi , le
premier Comité des Recherches de l'Assemblée
Nationale avoit sagement prononcé
l'élargissement de M. de Besenval,
et l'opposition victorieuse que rencontra
cette décision , n'avoit en sa faveur
aucun appui solide. Quelle leçon
ce jugement donne à cette partie du
Peuple dont on égare les intentions ,
dont on arme la fureur , et qui ne se
défie jamais des mouvemens qu'on lui
communique ! Quel reproche n'auroit-il
pas à se faire d'avoir trempé ses mains
dans le sang d'un Innocent , et ajouté
le malheur d'un pareil crime à tous
les malheurs qui ontaccompagnéune Ré--
volution , dont , sans les excès , chacun
eût été forcé de bénir l'existence ! Qu'on
apprenne donc à se défier des jugemens
Co
( 58 )
précipités, de l'opinion , qui n'est jamais
droite ni éclairée dans les troubles civils .
Le lendemain 30 , le Châtelet a sursis
au jugement de M. de Favras , qui ,
peu de jours auparavant , avoit repandu
un Mémoire justificatif. Le Procureur
du Roi a conclu à l'amende honorable
et à la corde. M. Thilorier , Avocat
au Parlement , a défendu l'Accusé par
un Plaidoyer vehement , où il s'est
permis des expressions peu mesurées
envers M. de Flandres de Brunville ,
Procureur du Roi. Après huit heures de
Séance , il a été prononcé une Sentence
interlocutoire , qui déclare non
pertinens et inadmissibles , les reproches
fournis par l'Accusé contre les second
et quatrième témoins de l'Information;
ordonne de plus , qu'avant de faire droit
sur les conclusions du Procureur du Roi ,
il sera entendu , suivant la demande de
l'Accusé , six témoins qui sont : MM.
le Comte de Mirabeau , de Foucaud
d'Argonne en Clermontois, de la Châtre ,
Morel de Chedeville , de la Ferté et
l'Abbé d'Eymar. La Cour a déclaré
avoir vu avec peine les personnalités
que le Défenseur de l'Accusé s'est permises
contre le Procureur du Roi , et
lui enjoint d'être plus circonspect à
Pavenir.
L'Assemblée de la Commune a décerné
, le 15 , une Couronne Civique
e.Epée Nationale à M. Nesham ,
F
( 59 )
jeune Anglois de 20 ans, qui , au mois
d'Octobre , dans l'émeute de Vernon ,
arracha M. Planter à la fureur de la
multitude , au péril de sa propre vie.
ex-
La Société des Impartiaux , dont nous
avons exposé l'origine , la formation et les
principes , a déja eu tous les honneurs de
laguerre , c'est-à-dire , qu'elle peut seglorifier
de l'animadversion des Partis
trêmes . Les Energumenes qui catéchisent
la Nation de Paris , ont gagné leur argent
, en insultant cette Société qui n'insulte
personne. C'est un scandale de plus
que ees brutales hostilités , dont le ton décele
des Auteurs bien pervers , ou bien ignorans
. Il suffit , en effet , de jeter un coup
d'oeil sur les principes des Impartiaux , pour
se convaincre que , sous peine de subversion
prochaine , il faudra bientôt venir se
reposer sur ces bases de tout Gouvernement
libre ; mais libre comme peut l'être un Empirede
24millions d'ames . On se doutera bien
que si quelques-uns font semblant de croire
Jes Impartiaux des sectateurs de la Démocra-
-tie,les fameux Apôtres de celle -cilesintitulent
des Aristocrates. Des Aristocrates qui consacrent
l'égalité des Droits et des Personnes ,
l'obéissance à la Constitution , la prérogative
inaliénable du Peuple de la réformer , si l'expérience
et la raison nécessitent des changemens
! Des Aristocrates qui subordonnent les
Corps Militaires au seul SUPRÊME , INAMOVIBLE
ET HÉRÉDITAIRE REPRÉSENTANT DE
LA SOUVERAINETÉ NATIONALE , qui demandent
pour ce Représentant suprême ,
un pouvoir limité , responsable , mais suffisant
à prévenir l'Aristocratie de cent milte
Cvj
( 60 )
autorités particulières , et celle des factions !
Des Aristocrates , enfin , qui , en soumettant
le Roi à la Loi , lui confient , comme au seul
Pouvoir de l'Etat capable de l'opérer ,
le maintien de cette Loi qui fonde la liberté
et la sureté de tous ! Ah ! que ce mot
d'Aristocrate a de commodité pour les sots
qu'il dispense d'avoir des idées , et pour
les brigands qui pillent les Châteaux !
;
Au même instant , on a vu se reproduire
dans plusieurs Provinces les scènes
du mois d'Août dernier , et par les mêmes
causes , par des Adresses incendiaires ,
par des bandits qui se disent les exécuteurs
des Décrets de l'Assemblée Nationale
, par des enragés qui s'attribuent
le droit du glaive , et qui se regardent
comme dans l'état de nature .
Environ 22 Châteaux ont été livrés
en Bretagne à l'exercice de ce droit primitif.
On a exigé des Propriétaires , dans
les uns , renonciation à leurs droits féodaux
, déclarés rachetables par l'Assemblée
Nationale ; dans les autres on
a pris et brûlé les titres ; de troisièmes
ont été pillés. Avant de sortir , plusieurs
des honnêtes dévastateurs ont exigé des
certificats , de la manière honnête dont
ils s'étoient comportés : on ne sauroit
pousser plus loin les scrupules. Parmi
les Châteaux ainsi maltraités , on nomme
ceux de M. de Pigneux, pillé ; de M. de
Guer,de la Chataigneraye, de Lansay.
Dans quelques- uns on a brûlé les meu
(61 )
bles,entreautres chez M. de Talouet, qui,
seul de la Chambre des Vacations , avoit
opiné à reprendre les fonctions , et qui
n'a pas été plus épargné que les autres .
Le Limousin a vu les mêmes excès ;
le Quercy , le Périgord les ont partagés .
Dans l'Angoumois , des bandes de brigands
armés , commettent des horreurs.
Voici ce qu'on nous mande du Bas-Limousin
, par une Lettre authentique :
" M. le Comte Daubert , qui a toujours
été , ainsi que ses ancêtres , l'ami et le protecteur
de ses vassaux , M. le Marquis de
Lastegrie , son gendre , Colonel du premier
régiment des Carabiniers , qui depuis trentedeux
ans sert dignement son Roi et sa Patrie ,
habitant leur Château de Saint - Julien ,
Bas - Limousin , ont été attaqués , le 10 janvier
, par une troupe d'environ trois cents
brigands , armés de fusils. M. le Marquis de
Lastegrie , qui avoit été instruit du complot ,
leur a fait lecture de la Loi Martiale , montré
le drapeau rouge et ordonné de se retirer
; ce qu'ayant refusé , le Marquis de Lastegrie
est monté à cheval. Lui , onzième , il a
chassé les brigands , sans tirer un seul coup.
De leur côté , ils ont tiré trois coups de fusil
, dont un a percé le chapeau d'un Cavalier
de Maréchaussée. M. de Lastegrie a été
secouru par la Brigade de Meissac , commandée
par M. Boutant , dont la conduite
ferme et prudente merite des éloges , par
quelques amis et ses domestiques. Malheureusement
dans ce moment d'anarchie , il faut
avoir un vrai courage pour oser défendre les
Citoyens irréprochables .
( 62 )
"Les gens intéressés au malheur public ,
n'ayant pu soulever les Censitaires de
Saint - Julien , ont mis , le 6 janvier ,
des Affiches incendiaires dans beaucoup de
Paroisses , pour engager les mauvais sujets
à'venir piller et brûler Saint- Julien . La plus
grande partie des habitans de Curemont: ont
sonné le tocsin , se sont armés , et ont formé
la grande partie de l'attroupement , pour
avoir part au pillage. Les Municipalites et
Milices des petites villes , qui avoisinent
Saint-Julien , ont été prévenues , plusieurs
jours d'avance , des projets des brigands , et
sont restées inactives . >>
Les Municipalités s'organisent , etdans
beaucoup de Villes , d'une manière trèsfavorable
à l'intérêtdes Lois, de la Constitution
, de l'ordre et de la paix publique .
On a écarté de ces emplois , aujourd'huisi
importans , les perturbateurs et les factieux
, pour ne confier le Peuple et la liberté
qu'à des mains dignes de ce dépôt.
M. l'Evêque de Langres qui amontré tant
de courage , de lumières et de patriotisme
àl'Assemblée Nationale, avoit été nommé
Maire de sa Métropole ; il a refusé cet
hommage rendu à ses vertus , et qui
distingue les Citoyens de Langres. La
Municipalité de Châlons - sur - Marne ,
celle d'Orléans , sont sagement composées
. A Dijon , M. de Montigni, ancien
Trésorier des Etats de Bourgogne ,
a été élu Maire. A Sens , on a donné
cette place à un Jardinier dont le bon
sens et la probité l'ont emporté sur les
( 63)
talens des Avocats , Procureurs , etc. On
espère que le bon esprit qui a dirigé les
Municipalités de Lyon , de Marseille ,
de Grenoble , se portera aussi dans les
Elections .
Le Conseil Municipal renforcé de Marseille
, a pris le 12 Janvier une Délibération
conforme aux vrais principes , qui, peut- être,
prévaudront bientôtpar-tout. En se déclarant
décidés àmaintenir inviolables la Revolution
et les Décrets de l'Assemblée , contre les
atteintes qu'on voudroit y porter , le ConseilMunicipal
invoque le retour de l'energie
du Pouvoir exécutif, nécessaire à l'exécution
des Lois et au maintien de l'ordre public ;
l'application du Corps législatif à la formation
du Pouvoir Judiciaire , qui garantira
les propriétés et la sureté des Citoyens , ainsi
que la subordination ; la poursuite des Libelles
de tout genre , soit contre le Roi ,
soit contre l'Assemblée , soit contre la tranquillité
publique et particulière. Il met ensuite
tous les Emigrans qui reviendront à
Marseille , sous la sauve-garde de la Nation ,
de la Loi et du Roi , ete.
Quelques Feuilles de laCapitaleont calomnieusement
imputé à M. de Lallyune
Réponse à M. Servan , sous le titre d'AdresseauxAmis
de la Liberté; Adresse
qu'ils qualifient de Libelle , envoyé de
Lausanne parle Libraire deM.de Lally.
Nous donnons le démenti le plus formel
aux Imposteurs qui les premiersontimprimé
cette assertion . M. de Lallyne fait
pas de Libelles , il ne garde jamais l'anonyme,
il n'a point de Libraire à Lausanne,
(64)
il n'est pas l'Auteur de la Réponse à M.
Servan; il suffit de l'avoir lue avec une
ombre de discernement , pour y reconnoître
un ton , un style , et des principes
bien étrangers à M. de Lally. Son
Mémoire à ses Commettans , imprimé
à Genève , va paroître au premier jour ,
signé de lui : certains Folliculaires pourront
y imprimer leurs ongles ; elles ne
font pas trace.
Les Etats du Comté Venaissin , alarmés
de la Motion faite par M. Bouche ,
le 12 Novembre , à l'Assemblée Nationale
, ont arrêté, le 25 Novembre , une
Déclaration et Protestation très- explicites
, sur l'avis de M. le Baron de Sainte-
Croix, Membre de l'Assemblée , et distingué
par son mérite personnel , autant
que par les divers Ouvrages dont il a
enrichi les Lettres . Cette Déclaration ,
dont on nous a demandé l'insertion dans
ce Journal , est de la teneur suivante :
« M. le Baron de Sainte- Croix a exposé qu'il
étoit du devoir de l'Assemblée ordinaire et
des Membres du Comité , de manifester
leurs sentimens et ceux des Habitans de
cette Province , relativement à la Motion
faite le 12 de ce mois à l'Assemblée Nationale
de France par M. Bouche , l'un des
Députés de Provence . "
Sur quoi , la matière mise en délibé-
-ration ,
« Messeigneurs et Messieurs les Assemblés
, informés de la susdite Motion pour
réclamer le Comté Venaissin , croient devoir
( 65 )
édifier cette respectable Assemblée sur leurs
principes , et donner un témoignage authentique
des sentimens qui les animent envers
leur Auguste Souverain. ».
Considérant que le seul fondement légitime
de toute acquisition ou revendication
de la Souverainete est le consentement
libre du Peuple , et quesa volonté doit être
manifestée , avant qu'il puisse passer sous
une nouvelle domination : »
Considérant encore que cette Souveraineté
, sur- tout entre les mains des Princes
électifs , ne sauroit emporter le droit absolu
d'une aliénation irrévocable, et qu'un Peuple
cédé par quelque acte où il ne seroit pas
intervenu, se regarderoit comme abandonné ,
ensuite maître de disposer de lui-même ,
les hommes ne pouvant être vendus ni trafiqués
comme de simples propriétés mobiliaires
ou territoriales :
" Enfin , persuadés qu'une pareille réclamation
seroit d'un funeste exemple , puisqu'au
mépris des traités les plus solennels,
il établiroit pour toute règle , celle de la
force et de la convenance , et exposeroit la
Nation qui l'auroit témérairement adoptée
à se voir dépouiller par la même raison des
meilleures portions de son Empire. "
" Ils regardent la Motion de M. Bouche
comme attentatoire au droit des Gens , et
contraire aux principes de l'Assemblée dont
il est Membre. Ils déclarent en présence de
l'Etre Suprême , que rien ne sauroit les délier
du serment de fidélité à à l'égard de leur
légitime Souverain : fidélité d'autant plus
inaltérable qu'elle repose sur des bases assurées
, la modération et la générosité avec
laquelle ils sont gouvernés depuis plus de
( 66 )
cinq siècles , le maintien de leurs Priviléges
et immunités . Ils protestent à la face de
l'Europe contre tout Traité fait à leur insu
et sans une intervention directe et notoire ,
et où l'on disposeroit d'eux sans leur consentement
préalable et une ratification subséquente.
"
« Au surplus , Messeigneurs et Messieurs
les Assemblés , ne pouvant réunir dans ce
moment le voeu général , et ne voulant se
contenter d'un voeu partiel dans une affaire
d'une aussi grande importance , ont arrêté
que la présente Délibération sera imprimée
et adressée très - incessamment par M. le
Syndic à toutes les Communautés de cette
Province , en les invitant de la faire ratifier
par leur Conseil respectif , et de faire parvenir
au plutôt audit sieur Syndic un extrait
en forme de ladite ratification .
" Delibéré en outre de faire parvenir
Copie de la présente Délibération à Monseigneur
le Nonce de Sa Sainteté à Paris ,
et de le prier d'en faire tel usage que l'intérêt
des Habitans de cette Province et celui
du St. Siege pourront lai suggérer.
Délibéré encore d'en faire passer une
Copie à l'Agent de la Province à Paris , et
à M. Celestini , Agent du Pays en Cour de
Rome ; chargeant M. le Syndic- né de leur
manifester plus particulierement les sentimens
de l'Assemblee. ↑ J. , Ev. de Carpentras
; † Etie. , Ev . de Vaison ; le Marquis de
l'Espine , Elu de la Noblesse ; Raphel , Elu ;
de Vignes , Elu . Le Baron de Ste. Croix , de
Gerente , Benoît de la Paillhone. »
LETTRE AU RÉDACTEUR.
« Je vous prie , Monsieur , au nom du
(67 )
Comité de Constitution , d'instruire le Public
qu'il a été fait une édition infidelle du
Décret de l'Assemblée Nationale du 22 Décembre
dernier , concernant la Constitution
des Assemblées Représentatives et des Corps
Administratifs , et de l'Instruction qui est à
la suite de ce Décret. Cette contrefaçon ,
très - dangereuse par les inexactitudes , les
contre-sens , et les inepties grossieres qui
altèrent , d'une maniere grave , le sens de
plusieurs articles du Décret , et des passages
les plus importans de l'Instruction , se reconnoît
aux caractères suivans . Elle est de
format in-8°. sans nom d'Imprimeur ; le
chiffre 17 est à la première page , au lieu
du chiffre 1 : un avertissement , mis au verso
du titre , annonce que ce Décret devant faire
suite à celui des Municipalités , on a cru devoir
faire suivre les chiffres , et qu'on trouvera
le Décret sur les Municipalités au Bureau du
Journal de l'Assemblée Nationale , place du
Palais Royal , au coin de la rue Fromenteau.
Comme il est essentiel d'éclairer les bons
Citoyens sur ce piége tendu à leur confiance ,
en leur présentant une caricature aussi indécente
des Actes les plus intéressans de
l'Assemblée Nationale , je vous prie d'insérer
ma Lettre dans votre prochaine Feuille.
Le 24 Janvier 1790 .
THOURET, Membre du Comitéde Constitution .
Les deux réclamations suivantes nous
ont été adressées , après avoir paru dans
plusieurs Feuilles publiques. Nous prenons
cette occasion de déclarer que nous
ne recevrons pas dorénavant les réclamations
circulaires , en nous bornant
( 68 )
à publier celles qu'on nous adresse spécialement
Autre Lettre au Rédacteur.
MESSIEURS ,
Je vous prie de vouloir bien insérer la
lettre suivante dans vot Journal .
Attaqué depuis long-temps par une foule
de libelles odieux , j'ai constamment gardé
le silence , et ne leur ai répondu que par
le mépris. Alors mes ennemis se sont plú a
inventer contre moi la plus atroce des calomnies
: ils m'ont supposé le projet le plus
horrible , ils ont voulu me faire croire capable
de commettre un crime dont la seule
idée me fait frémir , et joignant à cette supposition
un rafinement de noirceur , ils ont
répandu que j'avois employé le travestissement
le plus ridicule pour assurer l'exécution
du complot dont ils m'accusent. Fier
demon innocence , armé de la sécurité que
me donne une conduite irréprochable , j'ai
résisté long- temps à la volonté de ma mère ,
àmes parens , à mes amis , qui me pressoient
de démentir mes lâches accusateurs . J'ai
crulong- temps qu'une calomnie aussi absurde
tomberoit d'elle - même , et que le mépris
étoit la seule arme à opposer à mes ennemis ;
mais enhardis par mon silence , cherchant
peut- être à perdre en moi par les trames les
plus odieuses , un des plus ardens défenseurs
de la Constitution que l'Assemblée Nationale
et le Roi ont donnée à la France , un des
amis les plus zélés des droits du Peuple , ils
ont continué à repandre les plus atroces
calomnies . Je crois devoir enfin à mon innocence
, au caractère sacré dont la con
( 69 )
fiance de la Nation m'a revêtu , de repousser
ces horreurs . C'est la premiere fois que je
réponds à des libelles , et je jure que ce sera
a derniere .
Je viens d'écrire au Comité des Recherches
de l'Assemblée Nationale , à celui de
la ville de Paris , à M. le Procureur du Roi
au Châtelet , je les invite à faire les perquisitions
les plus exactes sur tous les faits odieux
dont on me suppose capable , sur ma conduite
entiere , qui doit me mettre à l'abri
de tous soupçons. J'invite toutes les personnes
qui auroient à déposer contre moi
de s'adresser , soit au Châtelet , soit aux
Comités des Recherches . Sûr de repousser
toute accusation , par la preuve la plus évidente
, la plus complète , je défie qui que ce
soit de m'accuser ; j'attaque d'avance comme
calomniateur , le premier de mes ennemis ,
qui , quittant l'anonyme , ce masque des
lâches et des traîtres , voudra prouver légalement
que je suis coupable d'une seule des
horreurs dont on m'accuse .
J'ai l'honneur d'être , etc.
Signé, le Duc D'AIGUILLON , Député à l'Assemblée
Nationale.
Autre Lettre au Rédacteur.
A Paris , le 10 Janvier 179o.
Voulez vous bien , Messieurs , insérer dans
votre Journal cette lettre que j'ai l'honneur
de vous adresser? Vous faites profession d'impartialité
, et vous verrez que ma demande
est de toute justice .
Il a été dit dans l'Assemblée Nationale
par M. Camus , que M. le Prince de Lambesc ,
mon beau- frère , avoit reçu d'avance le trai
(70 )
tement de sa charge de Grand Ecuyer au
Trésor Royal . Des le lendemain de cette
dénonciation , M. le Marquis de Foucault a
nie le fait dans la même Assemblée , d'après
des pièces authentiques. La lettre ci-jointe
de M. Randon de la Tour , Administrateur
du Trésor Royal , vous attestera , Messieurs ,
que M. le Prince de Lambesc n'a pas reçu
depuis le 1er Juillet , le traitement de sa
charge , qui représente en partie les intérêts
d'une finance d'un million qu'il a payée ,
quoiqu'on eût toujours été dans l'usage de
lui payer ce traitement par mois. Il ne jouit
d'ailleurs d'aucune pension ; l'objet pour
lequel il est employé sur l'état des pensions ,
est la représentation de ses appointemens
de Colonel Propriétaire d'un Régiment
étranger , dont il a fourni une finance de
cent mille écus sans brevet de retenue , et
cette forme lui est commune avec tous ceux
qui ont de ces Régimens . Cette pension , ou
plutôt ces appointemens , ne lui ont pas été
payés pour toute l'année 1789. Le seul paiement
qui lui ait été fait , est celui de ses
appointemens d'Inspecteur , qu'il n'a reçu ,
comme tous les autres Inspecteurs , qu'aux
échéances et sans nulle préférence .
Dans la position pénible de mon frère ,
il me semble de justice de ne pas l'aggraver ,
et je crois de mon devoir de vous prier de
vouloir bien rendre cette vérité publique .
J'ai l'honneur d'être très-sincèrement ,
Messieurs , votre très-humble et très-obéissante
servante ,
Signé , MONTMORENCY , Princesse DE
VAUDEMONT.
M. Moreau de Saint-Méry a reçu du
(71 )
Fort-Royal de la Martinique , en date
du 18 Novembre 1789 , une Lettre qui
renferme les faits suivans :
" Il y a une insurrection générale parmi
tous les Negres qui veulent absolument être
libres. On a été obligé d'envoyer des détachemens
du Régiment dans divers quartiers
dela Colonie où les Negres manifestoient la
révolte. Il n'y a eu jusqu'à présent que l'économe
de Madame Duharoc , qui a été victime
de la persuasion où sont les Esclaves
qu'ils sont libres. Il a été tué par sept assassins
, le 8 de ce mois , à deux heures aprèsmidi.
Ce qui fait craindre que ce ne fut un
projet général d'égorger tous les Blanes , c'est
que les sept coupables n'ont rien dit dans
leurs dépositions , sinon que cet homme n'étoit
pas méchant ; qu'il ne les forçoit pas au
travail ; qu'il leur avançoit même de l'argent ,
etqu'ils ne l'avoient tuéqu'à cause de la Nation .
Le Conseil , extraordinairement convoqué
pour les juger , en a condamné six à la roue
et un au gibet. Deux seront exécutés sur
P'habitation où ils ont commis le délit , et
les autres dans les quartiers voisins. L'on
assure que tous les Negres ont résolu de demander
, au jour de Pan , à leurs Maîtres ,
leur liberté , et en cas de refus , de faire
couler des flots de sang , etc. »
La Poude Anti- Hémorragique et incomparabledu
sieur Jacques Faynard, dont la précieuse
utilité est aujourd'hui universellement
reconnue , et dont les succès multipliés , tant
en Angleterre qu'en France , patrie de l'Inventeur
, sont universellement reconnus , se
- trouve au dépôt général , chez le sieur Fay
4
( 72)
nard , maison du cimetière des Protestans ,
près de la Barrière de l'Hôpital S. Louis ;
on peut écrire à l'Auteur en affranchissant
les Lettres. Les dépôts particuliers , sont ,
à Paris , chez le sieur Billotte , Receveur de
la Loterie Royale de France , rue de la
Féronnerie ; le sieur Gattey , Libraire , au
Palais - Royal , No. 13 et 14 ; le sieur le Vasseur
, Receveur de la Loterie Royale de
France , rue Grenier- Saint- Lazarre , Nº. 4 ;
le sieur Gibé , Marchand Limonadier , porte
Saint- Antoine , au coin du Boulevard ; le
sieur Noel , rue de Tournon , fauxbourg S.
Germain ; le sieur Godeaux , Portier aux
Tuilleries , Cour du Manége ; le sieur Maulu ,
au Café du Parnasse , quai de l'Ecole , No. 5 ;
lesieur Rivette , galerie du Palais-Royal , côté
des Variétés , nº. 40 ; le sieur Paris, Limonadier
, rue nouve des Capucines , sur le
boulevard ; et le sieur Lestrade , boulevard
de la porte Saint- Martin.
«
" A Versailles , chez le sieur Blaizot , Libraire
, rue Satory , et le sieur la Vallée ,
rue Montboron , N°. 20. »
« Le prix des boîtes est de 12 liv. et 24 liv. "
M. Bureau de Puzy a été nommé , Lundi
dernier , Président de l'Assemblée Nationale.
Quelques Lettres de Dauphiné parlent
d'une émeute à Grenoble , tentée contre
M. de Lally , qui , de Genève , étoit allé
passer une semaine avec M. Mounier , et
que la fermeté de celui - ci , aidé de l'ascendant
de la vertu , a appaisée. Nous donnerons
les détails dans huit jours .
Les Numéros sortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 1er Février
1790 , sont : 86,75,83 , 19 , 34.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 13 FÉVRIER 1790.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
A M. le Marquis DE VILLETTE , Auteur de
la Proteſtation des Serfs du Mont-Jura.
:
JE savois bien que l'élégant Chaulieu ,
Lorsqu'au Parnasse , au Monde , il dit adieu ,
T'avoit légué sa lyre enchanteresse.
Comme les siens , j'aimois tes chants ,
Etje craignois , je le confesse ,
Que l'héritier de ses talens
N'eût hérité de sa paresse .
Maisje t'ai fu ...j'abjure mon erreur :
Pour mon esprit , ta plume sur écrire ;
Elle fait mieux , elle écrit pour mon coeur,
GLOIRE au Poëte séducteur
NX- 7. 13 Féy. 1790,
:
C
So
MERCURE
Quiveut nous plaire et nous instruire !
Heureux lui-même alors qu'il prend sa lyre !
Ses chansons font notre bonheur,
GLOIRE à l'Ecrivain bienfaiteur
Que l'humanité seule inspire !
De l'infortuné qui soupire ,
Il ost le père , le vengeur ,
Et l'Univers l'aime et l'admire.
Des Serfs du Mont-Jura, courageux Protecteur (1),
Tes différens succès n'ont plus rien qui m'étonne ;
Amant de la Sagesse , Elève d'Apollon ,
L'heureux époux de BELLE ET BONNE
Devoit savoir mieux que personne
Unir la grace à la raison.
ENVΟΙ,
Mme. la Marquise DE VILLETTE , qui
m'avoit demandé copie des vers adressés à
son Mari,
Je l'avoûrai , ma main trace en tremblant
Ces foibles vers que je vous abandonne.
Rappelez -vous , en les lisant ,
Que Voltaire , en vous baptisant ,
Vous vit BELLE , et vous nomma BONNE (2)
(1) On sait que M. de Villette est de premier Ecrivain
qui ,dans les premiers jours de cette heureuse Révolution ,
ait osé prendre la défense des Serfs du Mont-Jura.
(2) Personne n'ignore que l'immortel Vieillard de Fer,
ney avoit donné les noms de Belle et Bonne à Mile. de Varicour
, aujourd'hui Madame de Villette,
DE FRANCE.
RÉPONSE DE THALIE
A l'Epitre de M. COLLIN D'HARLEVILLE,
intitulée : Mes Adieux à Thalie; et insérée
dans l'Almanach des Muses de 1790.
JEE caressois nos amables ( 1 ) enfans ,
Lorsque j'ai reçu ton Epître.
Juge, en l'ouvrant ,juge combien le titre
Adû porter de trouble dans mes sens !
Mes Adieux à Thalie ! O mon cher d'Harleville !
Aces mots seuls , tu m'aurois vu frémir.
Mon ame cependant a su se raffermir :
J'ai lu l'Epître entière ... et me voilà tranquille.
Sans doute, comme au mien, il en coute à ton coeur
D'être ainsi séparé de ta fidelle Amante !
Mais ton sangbouillonne et fermente !
Pour le calmer, il faut d'un commerce enchanteur
Rompre un temps, me dis-tu, l'habitude charmante!
Ton Médecin l'ordonne avec rigueur !
Ah ! je suis loin d'en vouloir au Docteur ,
Qui te sert , même alors que son art te tourmente !
Chez vous autres Mortels, quand la gloire vous rit,
L'imagination trop lom souvent s'élance ;
Et ton DC.'t très bien que l'esprit ,
cotor Cotomele , a sua intempérance.
Espagne..
4
52
MERCURE
Au régime qu'il te prescrit ,
Soumets - toi donc sans le moindre murmure .
Tout régime , il est vrai , force un peu la Nature ;
Mais la santé , lorsqu'elle refleurit ,
En dédommage avec usure,
Sur le tableau touchant de tes longues douleurs ,
Que tu répands d'intérêt et de grace !
Du sentiment ton style a les douces couleurs ,
Et ce beau naturel dont le mérite efface
L'élégance de l'art et ſes brillantes fleurs :
Je te lis ... et bientôt je sens couler mes pleurs,
Faut-il pourtant qu'ici je te pardonne
L'effroi quemon Amant auroit dû me cacher ?
Il craint que je ne l'abandonne !
Qui , moi ? ..... pour le punir , quand son coeur me
soupçonne ,
Sur son front je veux attacher ,
Ce Printemps même , encore une couronne,
Te parlerai-je de mes jeux ,
Et des lauriers que sans toi je moissonne ?
Las ! sur ce point... mais n'offensous personne
Il est tant d'esprits ombrageux ! "
Au demeurant , tandis que ta retraite
Rembrunit ma joyeuse Cour ,
( Car tout le monde t'y regrette )
Pour me dissiper je projette ;
Et vingt tableaux piquans , esquissés tour à tour ,
Ont déjà tenté ma palette ;
Mais pour qu'ils soient rendus comme je le souhaite,
Mon bon ami , j'attendrai ton retour.
( Par M, Mugnerot. )
DEFRANCE. $3
LE RENARD ET LE LOUP ,
CER
Apologue Persan.
ERTAIN Roi que l'Histoire nomme ,
Mais que pour moi je ne nommerai pas ,
Fit publier dans ses Etats ,
Qu'au retour du Printemps , toute bête de somnte
Eût à joindre les Soldats ,
Afin de marcher à leur suite ,
Etde traîner l'attirail des combats.
Le Renard soudain prit la fuite.
UnLoup le vit trottant et par monts et par vaux.
-Qu'as - tu donc à courir si vîte ?
- Je crains , dit le Renard , tous ces ordres nouveaux.
-Pauvre sot ! es-tu fait pour porter des fardeaux ?
-Quelqu'un desCourtisans peut se le mettre entête;
Aussi-tôt on m'attelera ;
J'aurai beau présenter requête sur requête ,
La vérité jamais , à travers ces gens-là ,
Jusques au Roi ne percera .
( Par M. Paris , de l'Oratoire. )
:
i
C3
54
MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme et
du Logogriphe du Mercureprécédent.
LEE
mot de la Charade est Théatre ; celui
de l'Enigme est Bibliothèque; celui du Logogriphe
est Macaron, où l'on trouve Maron,
Roman , Caron.
CHARADE.
Legueux, dans son haillon, héberge mon premiers
L'aveugle en son malheur souhaite mon dernier ;
Le foible et l'opprimé désirent mon entier.
(ParM. Pitoy, de Toul. )
ÉNIGME.
LAsévère raison fut toujours mon partage ;
De tout temps , en tout lieuj'ai sauvé des humains
Je déteste sur-tout le crime et l'esclavage ,
Et n'aime que la paix et ses plaisirs divins .
O François ! ô vous tous qui , par votre courage ,
Avez du Despotisme éludé les desseins;
Oui , votre liberté , François , est mon ouvrage ,
Votre parfait bonheur est sorti de mes mains.
(ParA. J. F. Grétry, âgé de 15 ans. )
DE FRANCE. 55
LOGOGRIPHE.
JA'AIME la paix , et les corps désunis
Sont par mes soins ensemble réunis.
Je vas , je viens , je roule dans la boue ,
Et très-souvent je péris sur la roue.
J'ai quatre pieds , mais non pas pour marcher ;
Car sur la tête on me fait voyager :
:
Tirez-en ún , lors d'un coup de baguette
Je fais sortir le pivot de la tête ;
Changez de pied , et voilà que mon sein
Vous met au jour l'Apôtre Médecin ;
Les deux derniers me rendent un adverbe ;
Troisbien rangés, l'on peut m'asseoir sur l'herbe.
Lecteur , pour deviner , consultez le poisson ;
Le soir , en s'égayant , il vous dira mon nom.
ParM. David, Curé de Pompadour.
C4
56 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
PROCÈS- VERBAL de l'Assemblée Baillivale
de Nemours , pour la Convocation
des Etats- Généraux , avec les Cahiers
des trois Ordres. A Paris , chez P. J.
Duplain , Lib . rue de l'ancienne Comédie
Françoise, Cour du Commerce. 2 Vol.
in-3° . Prix br. 9 liv. & 10 liv. francs de
port par la Poste.
९
L'OPINION publique , les besoins de
l'Etat , la misère du Peuple , l'avilissement
de l'autorité Royale ont forcé Louis XVI
d'appeler la Nation à son secours ; les cahiers
de demandes furent rédigés à la hâte ,
et en tumulte; tous vouloient la liberté
et le soulagement du Peuple; très-peu donnoient
les moyens d'y parvenir , il faut
compter parmi ces derniers , le cahier des
Communes de Nemours , qui est un Traité
presque complet de Constitution et d'économie
politique .
Le Rédacteur ( M. Dupont) l'a divisé en
trois parties ; dans la première , il expose
combien les Loix fiscales , sous lesquelles le
DE FRANCE. $7
Peuple a ca et a encore à gémir , font iniparfaites
, obscures , dangereuses et cruelles ;
il montre les abus anciens et nouveaux
dont leur exécution est chargée ; il prouve
qu'elles violent , à chaque instant , la propriété
, le domicile, la tranquillité des Citoyens
, qu'elles créent des délits imaginaires
, et qu'elles nuisent à l'Agriculture , à
l'Industrie et au Commerce. Ces vérités
avoient été déjà démontrées par plusieurs
Ecrivains très - estimables ; mais leurs Ouvrages
hérissés de calculs et un peu trop dépouillés
de faits , n'avoient pas fait une
grande impression ; M. Dupont a suppléé
à leurs omissions. Il écrit l'Histoire des
Loix fiscales , et il peint leurs forfaits ; il n'en
oublic aucune , il les examine toutes , depuis
celles qui règlent la taxe arbitraire du contrôle
des actes , jusqu'à celles qui prescrivent
des droits sur les amidons ; et toujours
les faits viennent à l'appui de ses raisonnemens
qui sont très - clairs et très- convaincans.
Il s'ensuit que la France a toujours
été administrée comme un Royaume composé
de plusieurs Royaumes ennemis, comme
unRoyaume dont on voudroit détruire l'Agriculture
, le Commerce , l'Industrie , la
population ; et c'est là cette Adminiserntion
que l'on vantoit tant ! Il s'ensnit que
les François ont toujours été traités comme
un vil ramas d'ignorans , d'imbécilles , indigne
de la liberté et de régir même leurs affaires
domestiques. Je m'arrête; et je con-
C
8 MERCURE
seille à ceux qui regrettent , à ceux qui entendent
regretter, et à ceux qui veulent
connoître notre ancienne Administration ,
de lire la première partie du cahier des
Communes de Nemours : ils ne seront
plus étonnés du zèle avec lequel les Ministres
et les Parlemens repoussoient les lumières
. O LOUIS XVI ! Ô François ! entre
quelles mains vous étiez !
Quel exécrable rôle la fiscalité faisoit
jouer au Roi , dans la Loterie Royale de
France! elle l'appelle un impôt volontaire !
Le pauvre Peuple , tourmenté par le besoin ,
tenté parles promesses des Crieurs de billets ,
séduit par les guirlandes mensongères dont
on pare les Bureaux de la Loterie , peut- il
être maître de lui? Sait- il que parmi tous
les jeux de hasard , permis , tolérés ou même
défendus jusqu'à ce jour, il n'y en eutjamais
de plus désastreux pour les joueurs,
de si scandaleusement favorables pour le
Banquier? » On dit , ajoute M. Dupont,
>> que si le Gouvernement ne tenoit pas
>>cette banque honreuse, le Peuple mer-
>> troit aux Loteries étrangères , et que l'ar-
>> gent sortiroit du Royaume . M. Dupont
prouve très - bien que cette objection est
aussi futile et aussi ridicule que la Loterie
est atroce. Ce chapitre découvre la hideuse
laideur de la Loterie Royale , et tous les
crimes qu'elle enfante journellement.
» Ainsi l'ignorance et l'avidité s'étoient
DE 59 FRANCE.
"
ود
étroitement alliées pour exciter et pour
entretenir un état de guerre entre leGou-
>> vernement et la Nation , plus particuliè-
>> rement encore , entre le Gouvernement
- et le Peuple " .
La seconde partie expose les moyens
les plus propres à faire cesser cette guerre ,
à dissiper l'ignorance , à présenter une barrière
insurmontable à l'avidité.
Une Constitution qui règle les droits de
la Nation et ceuxdu Roi , est le plus puissant
de tous les moyens. M. Dupont l'établit
sur une Déclaration des droits de l'homme
; base nécessaire , puisqu'elle montre
aux hommes l'étendue et les bornes de leur
-liberté, l'étendue et les bornes du pouvoir
de leurs mandataires. M. Dupont prouve
ensuite que les Représentans de la Nation
doivent avoir l'initiative pour toutes les
Loix ; que ce dernier pouvoir et celui de
sanctionner ne peuvent, sans les plus grands
abus , être réunis dans les mêmes mains;
que l'on ne peut connoître le voeu général ,
si les Ordres votent séparément; que les
mandats des Députés ne peuvent être impératifs
; que plus leur liberté est grande ,
plus la durée de leur pouvoir doit être limitée
; et que l'ancienne division du Royaume
doit être détruite. L'Assemblée Nationale
a consacré ces vérités , er l'opinion
publique les a adoptées, L'Ouvrage de M.
Dupont n'en devient que plus intéressant ;
C6
60 MERCURE
on peut alors le regarder comme un bou
commentaire de quelques-uns des Décrets
de l'Assemblée Nationale. Il est d'autres
questions sur lesquelles M. Dupont pense
autrement qu'elle ; il croit que le droit
d'éligibilité ne doit pas être restraint ; en
effer , c'est léser ceux que l'on exclut , c'est
violenter les Electeurs que de les empêcher
de donner leurs voix à un homme qui mé
rite leur confiance et qui a peu de fortune:
ce sont les restrictions du droit d'éligibilité
qui ont introduit en Angleterre la
funeste vénalité des Electeurs , qui ont éloigné
de l'étude de F'Administration une
foule d'hommes , et qui ont retardé chez
eux les progrès de cette Science ; se mal
sera moins grand chez nous , mais il exis
tera. Il croit encore que tour Député doit
être rééligible , et que la liberté et la fréquence
des élections pourvoient à tous les
abus; cela est très-vrai , car nous n'adrons
beaucoup d'Administrateurs éclairés et hon
nêtes que lorsque beaucoup d'hommes
auront , avec des lumières et de la pror
bité , l'espérance d'être toujours employés
dans l'Administration , ou d'être toujours
Membres de l'Assemblée Nationale. La liberté
entière d'élire et de réélire encourageroit
le talent et la vertu.
Une Constitution libre a pour remparts ,
la liberté de la presse et l'instruction : le
droit d'imprimer est inaliénable , comme
ledroit d'user de ses bras; comme celui-ci,
DE FRANCE. 61
iH a pour bornes la liberté , la sûreté , la
propriété des aurres : l'instruction est toujours
utile ; M. Dupont montre comment
on peut la répandre , et faire faire de bons
élémens de morale , de droits des hommes
d'économie politique , qui inspirent tous ,
aux enfans , l'amour de la justice et de la
liberté ; ces Ouvrages aideront à perfectionner
l'espèce humaine. Telles sont les
bases principales , sur lesquelles M. Dupont
vouloit élever notre nouvelle Constitution.
La troisième partie indique l'usage que
la Nation pourra faire de tous les moyens
d'influence , de bienfaisance et de puissance
que les Etats-Généraux lui préparent pour
protéger efficacement les droits des hommes,
et assurer la prospérité de l'Agriculture et
du Commerce. La réforme de nos Tribunaux
est une des conséquences de toutes
Déclarations des droits ; M. Dupont indique
le moyen de rembourser les offices ;
mais lorsqu'il parle du remplacement des
Juges qui manqueront dans les Cours Supérieures
; lorsqu'il dit que pour une place
vacante , les Avocats du Siège proposeront
neuf sujets à la Cour , que celle ci
en choisira trois , parmi lesquels le Roi
nommera celui qu'il jugera le plus convenable
, nous ne pouvons être de son avis' ;
car le premier mérite d'un Juge est d'être
connu des Justiciables , d'avoir leur confrance,
et d'être de leur choix.
62 MERCURE
La réforme de nos Codes civils et criminels
doit suivre celle de nos Tribunaux ;
nous pensons avec M. Dupont , que les
Représentans de la Nation doivent charger
des Commissaires , de préparer ce travail
important , difficile , mais qui n'est
pas impossible à des hommes qui connoissent
les Droits de l'homme. Il faut lire
dans l'Ouvrage même , les raisonnemens
qui appuient ces opinions ; et on y trouvera
sur les Loix civiles et criminelles des
idées très-saines .
M. Dupont passe ensuite aux Loix rela
tives à l'Administration des Finances ; il
démontre que les Assemblées graduelles ,
Municipales , de Département , peuvent
seules répartir équirablement les impôts ,
et diriger les établissemens publics ; que la
forme desperceptions doit être changée; qu'il
faut établir des Caisses de Départemens ,
qui soient en même temps Caisses de Recette
et de Dépense ; et que les Ministres
doivent être responsables : il consacre la
fin de ce Chapitre à donner les moyens
de soulager ou d'employer ces armées de
Commis dont la France n'aura heureusement
plus besoin .
Le rachat des redevances ecclésiastiques
et seigneuriales animera l'Agriculture qui
périssoit accablée par les restes de la féodalité
et de la superstition. M. Dupont montre
leurs injures , et les moyens de les
DE FRANCE. 63
détruire sans léser les possesseurs , qui ne
le sont pas aussi légitimement qu'on le
pense ; les redevances , pour la plupart ,
sontdes usurpations, ou ont été établies pour
dédommager la Noblesse d'un service personnel
et gratuit qu'elle faisoit alors , et que
depuis long-temps elle ne fait plus. Les encouragemens
ne sont pas nécessaires aux
Agriculteurs ; il leur faut de la liberté , de
l'instruction , de grandes routes , des canaux
ou des rivières navigables.
Il en est de même des Commerçans ;
l'Administration les traitoit comme,des
enfans qui ne connoissoient pas leurs intérêts,
et nous comme des idiots qui ne
savoient rien : les Loix prohibitives en
réglant tout , renversoient tout ; M. Dupont
le prouve très-bien. Les Jurandes , les Priviléges
exclusifs sont encore plus odieux ;
ils sont des vols , puisqu'ils empêchent tous
ceux qui n'ont pas part au Privilége , qui
ne sont pas dela Jurande , de faire de leur
temps , de leur industrie, de leur fortune,
l'usage qu'ils pourroient en faire ; c'est un
des principes d'après lesquels il faut examiner
la Compagnie des Indes; et M. Dupont
démontre qu'elle a été très - couteuse
au Gouvernement, et que le Commerce de
l'Inde seferoit très-bien sans elte.
Cet Ouvrage ne peut qu'augmenter la
grande réputation de M. Dupont ; on le
lit avec autant de plaisir que de profit.
64 MERCURE
ROMANCES , par M. BERQUIN . Nouvelle
édition. A Paris , de l'Imprimerie de
MONSIEUR.
On sait que l'Auteur de ces Romances
est l'Ami des Enfans , qui a mérité et rearpli
ce titre intéressant en mettant à leur
portée une morale qui respire la simplicité
de leur âge , et le charme de leur innocence.
Le succès de cette espèce d'instruction
périodique a été complet et durable ,
et le suffrage de l'Académie Françoise l'a
couronné ; la révolution actuelle peut donner
à l'Auteur l'occasion d'imprimer un
nouveau caractère à ses leçons : elles ne
doivent pas être les mêmes pour formér
les premières idées de l'enfant qui doit
vivre sujet sous un Gouvernement absolu ;
et de celui qui a eu le bonheur de naître
pour être un Citoyen libre dans une Monarchie
légale . L'éducation , désormais , doit
devenir , parmi nous , un des plus solides
fondemens de la liberté. Le pouvoir des
premières impressions de l'enfance n'a guère
été mis en usage jusqu'ici , que par ceux
qui étoient intéressés à tromper et dégrader
l'homme : il importe que ce pouvoir
soit remis à ceux qui sçauront s'en servir
pour élever l'ame d'un Citoyen.
J'ai peu de chose à dire des Romances :
-
DE FRANCE . 65
je rendis compte autrefois de la première
Edition : les changemens faits à celle - ci
sont légers . L'Auteur a eu raison de mettre à
la tête la Romance qui est depuis long-temps
dans la bouche de tout le monde : Dors ,
mon enfant, & c. C'est un des chef- d'oeuvres
du genre. Le pauvre Philène est celle qui
me paroît s'en rapprocher davantage : on
y a fait entrer fort heureusement ce refrein
d'une chanson célèbre de Métastase , la
Partenza .
E
tu , chi sa se mai
Ti soveraï di me ?
Mais toi , qui sait , hélas ! si du pauvre Philène
Tu conserves le souvenir ?
Les autres , quoique beaucoup moins
égales etmoins soignées , offrent des morceaux
qui ont de la douceur et de l'élégance
; mais il y manque quelquefois ce
naturel qui doit en être le premier mérite .
Celle qui a pour titre : Le lit de Myrthé ,
où l'on fait parler un Amant qui respecte
le sommeil et l'innocence de sa jeune Maîtresse
, finit ainsi :
S'il m'en coute quelques soupirs
Am'arracher de sa présence ,
Je n'y perds pas tous mes plaisirs :
Sans offenser son innocence ,
J'emporte avec moi mes désirs
Et les faveurs de l'espérance .
66 MERCURE
Ce couplet est excellent; mais tout n'est
pas du même ton .
Sijusqu'au retour du soleil ,
Baigné de l'air qu'elle respire , etc.
Cette expression impropre et forcée ne
montre que la prétention inutile de rajeunir
ce qui a été dit cent fois.
M. Berquin , qui avoit si bien réussi à
placer une mère malheureuse près du berceau
de son enfant , a voulu donner un
pendant à la meilleure de ses Romances ,
en nous présentant un père qui jouit du
plaisir de voir le sommeil tranquille de
son fils ; mais il s'en faut de beaucoup que
cette situation vaille l'autre ; et l'exécution
n'en est pas non plus aussi heureuse.
Par le charme de ta foiblesse
Tunous attaches à ta loi , etc.
i
Ces mots à ta loi , suffisent pour tout
gâter : ces grands mots , faits pour des
sujets graves , sont si étrangers à cet attrait
de l'enfance , à cette complaifance naturelle
que nous avons pour les petits jeux
et les petits caprices qui font son bonheur et
notre amusement ! ces mots rompent ce
qu'on appelle , dans le style , l'unité de ton ,
essentielle sur - tout dans les petits sujets
qui, ayant moins de ressources , ont besoin
de tous leurs avantages. Au reste , cette
DE FRANCE. 67
unité de ton , l'un des plus grands secrets
du style et des plus inapperçus , est aujourd'hui
fi loin de nous , dans l'extravagance
effrénée du style à la mode , que probablement
très-peu de gens m'entendront.
L'Auteur ne dit pas toujours ce qu'il
veut dire. Un amant qui se plaint de l'inconstance
de sa maîtresse , s'exprime ainsi :
Dieux ! si ces vers plaintifs de son ame inflexible
Pouvoient un jour enfin adoucir la rigueur !
Onn'eut point tant d'amour sans être encor sen,
sible.
Ce vers eſt fort bon : que signifie le
suivant ?
Onn'a point sans regrets goûté tant de bonheur.
Sans doute il vent dire : on n'a point
goûté tant de bonheur, sans qu'il en coute
des regrets lorsqu'on l'a perdu. Mais le ditil?
L'ellipse d'idées me semble trop forte,
parce que goûter unbonheur sans regrets ,
présente une phrase complette qui a un
sens tout différent.
Les trésors qu'en sesmurs la cabane recèle , etc.
Voilà encore la même espèce de disconvenance
que j'ai déjà remarquée. En ses
murs est une expression beaucoup trop
haute pour la cabane. L'imagination ne se
les représente guère ensemble , et le goût
ne doit pas les associer. /
68 MERCURE
En général , M. Berquin réussit beaur
coup mieux dans la Romance plaintive que
dans la Romance narrative , sur-tout quand
le sujet se rapproche de l'héroïque , comme,
par exemple , dans celle de Genevieve des
Bois. Il y a ici un sujet de Poëme et de
Drame; une fausse accusation, un scélérat ,
une victime , une épouse , un enfant condamnés
à la mort par une vengeance aveugle
, épargnés par la pitié des exécuteurs ,
ensuite reconnus et justifiés. Un pareil
canevas demandoit beaucoup d'art : il eût
fallu allier le pathétique de l'action avec
la simplicité dont le genre ne doit pas trop
s'écarter. L'Auteur a divisé en trois parties
cette sorte de petit Poëme lyrique. Il n'a
pas , je crois , assez consulté ses forces ni
la nature de son talent : cette longue Romance
n'est ni bien narrée, ni bien écrite ,
et n'étoit nullement digne de figurer dans
ce Recueil , qui d'ailleurs doit faire honneur
à M. Berquin . (D.... )
:
LES Conversations d'Emilie ; se. édition . 2 Vol.
in- 12. Prix , 6 liv. rel . A Paris , chez Belin , Lib.
rue St-Jacques.
Cet Ouvrage eſt auſſi connu qu'eſtimé ; on fait
qu'il a obtenu le Prix d'Utilité , décerné par l'Académie
Françoife .
MUSIQUE .
Six Sonates pour la Guitare , avec accompa
DE FRANCE. 69
gnement de Violon ; par M. Porro. OEuv. IIe. ,
et xer. Livre de Sonates . Prix , 7 liv. 4 sous port
franc , et donné pour étrennes aux Souscripteurs
du Journal de Guitare du même Auteur , dont le
prix est de 18 liv. A Paris , chez M. Porro , Professeur
et Editeur de Musique , que Tiquetonne .
N°. 10 .
Six petits Duos concertans pour deux Flûtes ,
par Ignace Pleyel. rer. Livre. Prix, 4 liv. 4 sous
port franc par la Poste dans tout le Royaume
Même adresse que ci-dessus ,
GRAVURE ,
Liste de MM. les Députés à l'Assemblée Natio
nale , Législature de 1789 à 1790 ; gravée par M,
Godefroy , de l'Académie Impériale et Royale de
Vienne, de celles de Londres, Rouen, etc. A Paris ,
chez l'Auteur , rue des Francs - Bourgeois , près le
Théatre François , vis-à-vis la rue de Vaugirard ,
Nº. 127. Prix , 3 liv.
Cette Estampe contient une Table des députations
numérotées par ordre alphabétiqué , et les
noms de MM. les Députés à l'Assemblée Nationale
, réunis aussi par ordre alphabétique , avec le
numéro indicatif de leur députation ( Pour trouver
un Député dans les listes ordinaires , il faut savoir
de quel Ordre il étoit , ensuite à quel Bailliage ou
à quelle Sénéchaussée il appartient. On le trouve
ici sur le champ à la place que lui assigne l'ordre
alphabétique. Ses qualités désignent son état ; et
le chiffre dit quelle Députațion l'a envoyé à l'Assemblée.
) . Cette belle Estampe , plus commodę
qu'une Brochure qu'il faut feuilleter et qui s'égare,
présente un tableau allégorique. L'Auteur a mis
dans l'exécution de cette Gravure les mêmes soins
qu'il a employés à ses autres Ouvrages.
70 MERCURE
VARIÉTÉS.
MODÈLE existant d'Institution pour les
Maisons d'Etude et d'Education publique.
C'EST
EST une vérité reconnue , qu'un Peuple avec
des moeurs pourroit plutôt se passer de Loix ,
qu'un Peuple avec des Loix ne pourroit se passer
de moeurs Mais s'il est vrai pourtant que les
inoeurs font la force et la consistance des Loix ,
c'est sur- tout chez un Peuple libre ; car plus sa
volonté a d'action et d'influence sur lui -même
plus sa destinée est dépendante de ses vices ou
de ses vertus.
,
Ce seroit donc inutilement que la Nation Françoise
, en se rendant la liberté , travailleroit à se
donner de bonnes Loix , si en régénérant ses
moeurs , elle n'élevoit pas son caractère politique
et moral à la hauteur de sa Constitution. Jamais
il n'a été aussi intéressant , aussi nécessaire pour
elle de fonder ses Loix sur ses moeurs ; or la
source des bonnes ou des mauvaises moeurs , c'est
la première éducation. C'est des Ecoles et des
Gyınnases que , dans tous les temps , sont sortis
ces Citoyens , qui , dans les fonctions publiques ,
alloient rendre à l'Etat les frais de la culture
dont leurs lumières , leurs talens et leurs verrus
étoient le fruit .
Il n'est donc pas douteux qu'après avoir rendu
Jibre une grande Nation , le premier soin de ses
Législateurs sera de lui donner des Citoyens diDE
FRANCE.
71
gnes de cette liberté , qui n'est un bien qu'autant
qu'on la mérite . L'Education publique fixera leur
attention ; et dans ce Conseil National , les plus
sages principes de l'Institution politique et morale
seront développés.
Mais toutes les théories ont un vague idéal ,
qui laisse de l'inquiétude sur le succès de la pratique.
Le calcul des causes morales dans leurs
combinaisons diverses est toujours incomplet ,
parce qu'il est indéfini ; et c'est un grand soulagement
pour qui veut en saisir et en embrasser
les rapports , que d'avoir sous les yeux un modèle
qui réunisse à peu près tous les élémens du problême
qu'on veut résoudre , ou qui , par une
route sûre , en indique la solution. C'est l'avantage
que nous avons cru voir dans le régime et
la discipline de la Maison de Sainte-Barbe , également
recommandable pour les bonnes études et
pour les bonnes moeurs,
Cette Communauté fut établie , il y a près
d'un siècle, sur les ruines de l'ancien Collége de
Sainte-Barbe, lorsque les quarante petits Colléges
furent fondus dans celui de Louis le Grand.
Un Docteur de Sorbonne , appelé Gillot , bon
Janséniste et homme de bien , employoit sa fortune
, qui étoit considérable , à faire élever , çà
et là , de pauvres jeunes gens ; et à sa mort, ces
Pensionnaires , devenus orphelins , étoient au
nombre de soixante. Alors Duriçu , Principal du
Collége du Plessis , Elève de Gillot, et Janséniste
comme lui , recueillit ces enfans , et fut
pour eux un nouveau père. Il les logea dans les
bâtimens du Collège de Sainte- Barbe , et leur
laissa pour héritage un Institut et des Réglemens
conçus dans l'excellent esprit de Port-Royal,
:
Les Maitres qu'il avoit donnés à cette Maison
72
MERCURE
étant tous Jansénistes, ils en furent chassés ( en
1730 ) par le Cardinal de Fleury.
La direction de la Maison fut confiée à Gaillande
, Principal du Plessis , très- zélé Moliniste ,
et protégé du Cardinal. Il en obtint pour sa
Communauté ( en 1735 ) deux Abbayes , valant
ensemble 15,000 livres , et d'autres secours en
argent.
Les Maîtres qu'avoit choisis Gaillande , étoient
tous Molinistes et pleins d'aversion pour la mémoire
de Port - Royal. Mais les Ecoliers les forcèrent
à leur laisser la règle que Durieu leur
avoit prescrite , et qui subsiste encore dans son
intégrité.
La supériorité des études dans cette Maison
s'étoit fait sentir de bonne heure. Elle a donné
à l'Université ses Professeurs les plus célèbres ,
tels que Rollin et Lebeau ; et depuis , Thomas
erDelille.
A la première distribution des Prix de l'Université
( en 1747 ) , la Maison de Sainte-Barbe
les remporta tous , hormis deux , Thomas , à luôêt
seul , en eut quatre. Cetre supériorité , qui se
soutient , a une cause; et c'est - là ce qu'il nous
a parų intéressant de rechercher,
Mais observons d'abord qu'en 1764 , les deux,
Abbayes , qui n'avoient été accordées à Sainte-
Barbe que pour un temps , lui furent retirées ;
et que dès lors , jusqu'en 1784 , abandonnée à
elle-même , elle ne subsista que des pensions de
ses Ecoliers ..
Ils sont au nombre de trois cents; les pensions
sont de 300 livres ; le Roi en paye trente ; M!
l'Archevêque de Paris trente ,et quelquefois plus.
Tout le reste des Ecoliers paye chacun la sienne ;
mais un grand nombre de celles-ci encore sont
des
DE FRANCE. 73
des oeuvres de charité ; et s'est par respect pour
les pauvres qu'on ne les a point augmentées.
La Maison se divise en six Classes d'Humanités
, une Classe de Philosophie, et une de Théologie
: celle- ci , comme on va le voir , est la base
de l'Institut et la pépinière des Maîtres .
La Théologie et la Philosophie ont un Directeur
particulier ; les Humanités sont soumises à
un Préfet d'études; et l'un et l'autre est suberdonné
à un Supérieur général. La surveillance du
Supérieur s'étend aussi sur le temporel ; mais il
n'en a que l'inspection. La régie en est condée
a un Procureur; et cette place est une retraite
pour l'un des Maitres les plus chéris et les plus
estimés dans la Communauté.
L'Ecole de Sainte-Barbe n'est point un College ,
ells est attachée à celui du Plessis pour la Philosophie
et les Humanités , et pour la Théologie ,
elle envoye en Sorbonne.
ces
Dans la plupart des Colléges , un intervalle immense
sépare les riches et les pauvres : d'odicuses
distinctions font trop cruellement sentir à
derniers leur indigence. Leur habillement n'est
pas le même , leur nourriture n'est pas la même ,
leur réfectoire n'est pas le même. Cette distinction
les poursuit jusque dans la distribution des
Prix; et l'humiliante dénomination de Boursiers
vient déshonorer leurs triomphes.
La Communauté de Sainte - Barbe a depuis
long - temps devancé la révolution qui vient de
consacrer l'égalité civile. Elle renferme trois classes
de jeunes gens : les uns distingués par leur naissance
, mais sans fortune , et attirés par la modicité
des pensious ; les autres riches , mais à qui
laréputation de la Maison fait oublier sa pauvreté
; d'autres enfin , et c'est heureusement la
Nº. 7. 13 Fév. 1790. D
4 MERCURE
, classe la plus nombreuse , qui , nés sans bicn
mais doués de talens , sont soutenus par des bienfaits.
Cependant l'inflexible sévérité de la discipline
égalise et confond iciles nobles, les riches, et
Les pauvres. Il n'y existe qu'une seule distinction ;
c'est une table un peu moins frugalement servie,
et à laquelle sont assis les deux premiers de chaque
Class . Cette aristocratie des talens est la
seule qui soit admise dans cette société naissante.
On accuse la discipline de Sainte-Barbe d'une
excessive sévérité; cependant il n'en est point qui
soit plus éloignée du pouvoir arbitraire. La règle
de la Maison , cette règle, que nous ne craignons
pas de proposer pour modèle , a établi distinctement
les droits des Ecoliers pour limites au pou
voir des Maîtres. Au commencement de chaque
année, elle leur est lue , développée , commentée
dans le plus grand détail. Ils choisissent librement
parmi eux un Représentant , espèce de
Tribun du Peuple , chargé de maintenir leurs
droits contre le Despotisme , et d'en appeler à la
Loi , si on leur impose des devoirs qu'elle n'ait
point prescrits. Il n'est pas même de Loi plus favorable
à la fragilité humaine , qui est si grande
chez les enfans. Ils ne sont jamais punis pour
une faute particulière ; mais pour l'ensemble des
fautes commises dans certain espace de temps.
On en tient , jour par jour , un registre exact et
sévère . A la fin de chaque semaine , les Supérieurs,
d'un côté , leur en présentent le tableau; de l'antre
, ils leur rappellent la Loi qui en amarqué la
peine; et les Ecoliers prononcent, pour ainsi dire ,
eux-mêmes leur sentence.
De cette égalité parfaite, sous le seul empire
de la Loi , il résulte qu'on s'habitue non sculement
à respecter la Loi , mais à la cherir ; ot
quoiqu'il n'y ait pas d'exemple d'une ponctualité
(
DE FRANCE. 73
plus rigoureuse dans 1: soli e et la disciplines
quoique les minutes du temps soient comptées ,
etque sans être répréhensible , un enfant ne puisse
manquer un seul instant à son devoir ; quoique la
frugalité de la table , la vie austère et laboricuse
qu'on mène dars cette Maison , en fasse une petite
Sparte ; l'esprit public qu'on y respire , l'enthousiasme
qu'on y conçoit pour cette espèce de Patrie
, l'amour qui lui attache de loin comme de
près , et pour toute la vie , les Elèves qu'elle a
formés , sont encore l'un des caractères qui distinguent
cette Maison. Les jeunes gens , après y
avoir fait leurs études , ne laquittentjama s
attendrissement ; ils y reviennent avce joie. La
plus petite fête qu'on y donne est un signe de
ralliement pour eux Le gain d'un procès lui assura
, il y a quelques années , la possession de sa
maison de campagne. Les anciens Elèyes se réunirent
au nombre de plus de 200 pour célébrer cet
heureux succès. Plusieurs le chantèrent en vers
inspirreésspar lajoie ; et tous , les larmes aux yeux ,
se félicitèrent comme d'un évènement qui intéressoit
toute la famille.
s sans
Par un abus qui sera sans doute dénoncé à
l'Assemblée Nationale , l'éducarion dans les Colléges
est devenue un objet de commerce. Les
Principaux y réunissent deux fonctions incompatibles
: celle d'Administrateurs économiques et
celle d'Inspecteurs des Etudes. Dans ce systême
(dont plusieurs d'entre eux désirent sincèrement
la réforme ) , la fortune du Principal dépend du
grand nombre des Ecoliers. De là ces ménagemens
destructeurs de toute discipline ; de là cet
intérêt de conserver des Ecoliers dont le bon
ordre exigeroit l'éloignement ; de là l'avilissement
des Maîtres qui ne sont plus que des Gagistes du
Principal , et à qui leur existence précaire ne laisse
ni l'autorité , ni la considération nécessaire pour
D2
76 MERCUREopérer
le bien ; de là enfin l'indiscipline , la -
cence, l'impunité , et , à tous égards, la contagion
des manvais exemples.
L'heureuse constitution de Ste -Barbe a écarré
bous ces inconvéniens , en attribuant des honoraires
fixes aux Supérieurset aux Mattres, et en
établissant un Procureur chargé de la surveillance
du temporel dont il est comptable. Ainsi les Supérieurs
, absolument étrangers à l'Administration
économique , n'ont d'autre intérêt que celui de
faire fleurir les études ; et les Maitra stipendiés ,
non par le Chef de la Maison , mais par la Maison
même , s'honorent d'en être les Membres . "
Le désintéressement des Supérieurs leur permet
d'ètre difficiles sur le choix des Ecoliers. Aussi
les jeunes gens n'y sont-ils admis qu'après un
examen sévère. Les parens riches ont peine à
concevoir qu'on exige de leurs enfans les mêmes
épreuves que des pauvres ; mais on n'a nul égard
à leur étonnement.
Ce qui distingue singulièrement le travail des
Econers de Sainte- Barbe , c'est la récapitulation
dis études . Les enfans oublient facilement ce
qu'ils ont appris , à moins qu'on ne les fasse
revenir sans cesse sur les meines objets. Aussi
est-il établi que tous les huit jours les Supérieurs
vont faire dans chaque Salle d'étude une longue
séance , pour demander compte aux jeunes gens
de tout le travail de la semaine . Ces examens
faits avec appareil , dans les basses Classes comme
dans les hautes , sont peut-être une des princi
pales causes de la supériorité marquée des études
de cette Maison .
La plus douce récompense que l'on puisse ac
corder aux enfans pour prix de leur travail',
c'est la permission d'aller voir leurs parens. Ce-
Fendant, comme ils reviennent toujours de la
DE FRANCE. 77
maison maternelle avec moins d'ardeur pour l'étude
, on a rendu dans la Communauté de Ste-
Barbe les sorties très-rares et très-difficiles à obtenir.
Elles ne sont permises qu'une fois par
mois , et encore fait-on acheter cette permission
par une application constante, et parune exactitude
scrupuleuse à remplir ses devoirs. Si après l'examen
du travail de la semaine , après la révision
des fautes , le résultat n'est point favorable, cette
grace est rigoureusement refusée. Aussi le jour
où les jeunes gens l'obtiennent , est - il pour eux
un jour de fere. Ils sentent plus vivement le
plaisir de revoir leurs parens ; et la sévérité de
la Loi tourne au profit de la tendresse filiale.
:
Nous avons déjà fait entendre que la prospérité
de cette Maison tient à la réunion de lar
Théologie avec les autres Classes , et singulièrement
au privilége qui lui est accordé de tenir
lieu de Séminaire ; car c'est parmi ces Théologiens
, retenus dans la Communauté après y avoir
fait leurs études d'Humanités et de Philosophie
d'une manière distinguée , c'est parmi eux qu'elle
a le temps de choisir ses Maîtres; et l'on conçoit
que par état , ayant des moeurs plus ré--
gulières , ils en donnent l'exemple à leurs Disciples
en même temps que la leçon. On conçoit:
aussi que d'anciens Elèves de la Maison , qui en
connoissent la règle , qui l'ont pratiquée longremps
, qui ont appris de bonne-hcare à la ché--
rir et àla respecter, doivent avoir, pour la faire:
observer , un zèle et des moyens que des étrangers
n'auroient pas..
On ne sera donc pas surpris qu'avec un tel!
régime cette Maison d'étude ait produit, danss
tous les temps , un si grand nombre d'hommes
recommandables dans tous les gentes , et que
pendant, long - temps l'Université en ait tiré ses
D3
78 MERCURE
Professeurs les plus célèbres. Mais une preuve encore
plus frappante de sa supériorité sur toutes
les autres Ecoles , c'est l'avantage qu'elle a tous.
les ans dans le concours des Prix de l'Université..
Tous les Colléges réunis forment quatre mille
Humanistes. Sainte - Barbe n'en compte pas plus
de cent cinquante; et dans la dernière distribution
des Prix , Sainte-Barbe en a obtenu douze ,
c'est-à-dire , à peu près le tiers. Les années précédentes
, elle en avoit eu dix et onze.
Enfin tandis que tout sembloit dégénérer , se
relâcher et s'affoiblir , la Communauté de Sainte-
Barbe n'a fait que se perfectionner et prendre une
vigueur nouvelle. La sévérité de sa discipline a
formé un contraste frappant avec la mollesse introdnite
de toutes parts dans l'éducation ; et les
bons Citoyens attachés aux vieux principes , ont
regretté qu'il ne restât plus que cette seule Maison
, où l'on retrouvât des traces des anciennes
moeurs..
Lamaison de campagne de Sainte-Barbe n'est
point un objet luxe ni de simple dissipation :
c'est pour les moeurs et pour les études l'un de
ses plus grands avantages .
Tous les Colleges ont des jours de repos etde
délassement. La récréation la plus ordinaire des
Ecoliers dans ces jours de congé, c'est la promenade
; or pour la plupart des Colléges , la promenade
n'ayant point de but déterminé , elle est au
choix des Maîtres , sous la garde desquels on met
les Ecoliers; et il n'arrive que trop souvent qu'll
en échappe à leur vigilance. Nous n'avons pas
besoin de dire, quel en peut être le danger.
La promenade de Ste-Barbe estrinvariablement
la même ; c'est la maison de Gentilly , cù les
Ecoliers se délassentpar toutes sortes d'amusemens,
DE
79
FRANCE.
sans jamais sortir de l'enceinte . Les Maîtres et le
Préfet les y conduisent. Les portes sont fermées
dès qu'ils sont arrivés. On fait l'appel ; et dans
leurs jeux on ne les perd pas un instant de vue.
Mais à cet avantage inestimable pour les moeurs ,
on en a joint tout récemment encore un aussi
grand pour les études.
La maison de Gentilly est belle et commode.
Les jardins en sont vastes , bien enclos et bien
ombragés; par la disposition de ses dortoirs , on
diroit que de tout temps elle avoit été destinée à
Pusage qu'on vient d'en faire , en y formant une
Ecole d'enfans du premier âge, pour les études
élémentaires.
Gentilly est donc aujourd'hui la petiteCommunauté
de Ste-Barbe ; et sous la même discipline ,
avec le même esprit, les mêmes Règlemens, le
même systême d'études , il lui forme des Ecoliers
qui d'une maison à l'autre sont transplantés lersqu'ils
sont assez forts. Ainsi l'une de ces maisons
estla pépinière de l'autre. Bien entendu que les
Maîtres de Gentilly sont pris à Ste-Barbe , puisque
ceux même de Ste-Barbe sont constamment
pris dans son sein .
Gr , que l'on s'imagine quelle source féconde
d'émulation et d'instruction ce doit être pour l'Ecole
naissante , que la fréquentation habituelle de
cette grande Ecole qui va une fois la semaine se
délasser dans son enclos ! Quel exemple pour ces
enfans , que de voir leurs aînés brûlans de l'amour
de l'étude , se dérobar le plus souvent aux annsemens
de leur âge , pour en donner les momens
au travail ! Quel aiguillon de gloire , et quel attrast
pour eux que de voir couronner de nouveau
sous leurs yeux, dans une fête solennelle , ceux
qui, dans le Concours de l'Université , viennent de
remporter les Prix , er de se voir eux-mêmes as
So MERCURE
sociés à leurs triomphes par les honneurs encourageans
que l'on accorde à leurs premiers essais !.
Cette Institution de l'enfance donneroit seule aux
études de Ste-Barbe une supériorité inappréciable;
mais le systéme des études y contribue encore ,
'et ce systéme , le voici.
sept ans ,
Les enfans sont reçus àGentilly dès l'âge de
ils en soitent à douze. La première
année on commence par leur enseigner lesElémens
de la Langue Françoise. Par-la on les dispose
à l'étude de la Langue Latine , dont on leur
rend ensuite les principes sensibles et intéressans
dans de petits Themes relatifs à l'Histoire Naturelle.
Après cette première époque , les Auteurs
qu'ils expliquent , et les devoirs qui leur sont
dictés forment un Cours d'Histoire Sainte et
d'Histoire Ancienne ; pour la troisième année , un
Cours de Mythologie et d'Histoire Grecque ; pour
laquatrième année , un Cours d'Histoire Romaine;
et enfin pour la cinquième année, un Cours d'Histoire
Moderne , à commencer par l'Histoire de
France.
Les enfans ainsi élevés , dès leur plus tendre
enfance , arrivent dans l'Université , non seulement
avec une connoissance déjà très-étendue de
la Langue Latine , mais encore avec des notions
historiques et géographiques , qu'on trouve rarement
ailleurs dans lesjeunes gens mêmes qui achèvent
leurs études .
C'en est assez pour faire voir combien il est à
désirer qu'un pareil établissement se soutienne et
seperpétue..
Mais la Communauté de Ste-Barbe , à cause
de la modicité de ses pensions qui forment son
seul revenu , et dont elle n'a jamais augmenté le
prix , a été forcée de contracter des dettes en 1784;
au bout de vingt ans d'abandon , le GouverneDE
FRANCE. 8
ment lui accorda un secours annuel de 12000.liv.
M lui en est dû plus de deux années ;et ce secours
lui-même seroit insuffisant pour acquitter ses dettes
et pour la soutenir : elle implorera la faveur et
P'appui de l'Assemblée Nationale. Quel établissement
en futjamais plus digne ?
Les bâtimens qu'elle occupe et qui tombent en
ruines , ne lui appartiennent pas , et ils forment ,
par leur distribution , un obstacle perpétuel au
maintien du bon ordre. N'a- t- elle pas bien mérité
d'être logée aux frais du Public, et de l'être
commodémet ?
Nous examinerens pert- être dans la suite, quelle
scroit l'utilité d'un système général d'études et
d'éducation publique , organisé d'après ce modèle;
et nous croyons pouvoir annoncer d'avance que ,
tant à l'égard de l'instruction , qu'à Vegard des
moeurs , l'exécution d'un tel plan seroit un des
beaux monumens de cette époque à jamais célèbre .
(ParM. Marmontel. )
SPECTACLES.
THEATRE ITALIEN.
:
LES Pièces que M. le Chevalier de Florian
a données à ce Théatre , ont une
physionomie , un caractère qui lui eſt propre.
On sait que sa Gomédie du Bon Ménage
faisoit suite aux Deux Billets ; celle
duBonPère, qu'on a repréſentée avec beaucoup
de succès le premier de ce mois , fait
suite au Bon Ménage. C'est toujours Ar
$2 MERCURE
lequin, représenté d'abord comme Amant,
et qui reparoît ensuite dans les deux positions
les plus délicates de la vie, comme
époux et comme père.
Dans ce dernier Ouvrage , Arlequin est
veuf, et il pleure encore son épouse ; mais
il est père d'une jeune personne , pour qui
il a le plus tendre amour , et qui le console
par l'attachement le plus affectueux.
Il est devenu riche par hasard. Se trouvant
en Italie , il a renda des services à un
homme de qualité , qui , en mourant ,
a laissé une fortune considérable .
lui
Arlequin a chez lui une espèce de Secrétaire,
jeune homme aimable et plein dedélicaresse
, qui s'est fait aimer de sa fille , sans
avoir osé se déclarer, parce qu'étant sans fortune,
il ne croit pas devoir espérer d'obtenir
sa main. En effet , le père a fait un choix; et
il le propose à sa fille dans une Scène trèsintéressante;
mais dès qu'il s'apperçoit de
L'éloignement de Lisida , il renonce à son
projet de la manière la plus touchanté , et
conforme à son caractère.
Ayant appris le motif qui empêche le
mariage proposé , Arlequin croit devoir
renvoyer son Secrétaire ; la bonté naïvé
qu'il met dans ses expressions en le congédiant
, rend la Scène gaie et piquante.
Mais enfin il découvre que ce même Secrétaire
est le fruit d'un hymen secret, contracté
par le bienfaiteur dont il a hérité :
il est assez généreux ou assez reconnoissant
DE FRANCE. 83
pour lui rendre la fortune de son père ; et
le jeune homme se propose , et est accepté
pour gendre ( 1 ) .
Nous n'avons pu rendre dans cette analyse
rapide une foule de charmans détails
qui ajoutent à l'intérêt de l'Ouvrage. On y
retrouve cette ingénieuse naïveté , cette délicatesse
de sentimens , et cette élégance
d'expression qui caractérise tous les Ouvrages
de M. de Florian. On prépare sur
ce même Theatre la Bonne Mère ; et c'est
faire présumer un nouveau succès pour son
Auteur.
La Pièce a été fort bien jouée ; mais on
doirdes éloges particuliers à la manière dont
M. Coraly a joué le rôle de père .
L
THÉATRE DE MONSIEUR.
Létoit sans doute intéressant de voir exécuter
par des Chanteurs Italiens la charmante
Musique de la Buona Figliola ; de la voir
paroître , pour ainsi dire , sous son costume
et dans son idiome naturel. Elle y a gagné
beaucoup en effer; et malgré l'austérité et
l'uniformité du Poëme , la réussite a été
complète. M. Piccini , qui dirigeoit luimême
l'Orchestre, a été le témoin et l'objet
de l'enthousiasme du Public , qui l'a
applaudi avec transport.
(1)Cet Ouvrage eſt imprimé dans les oeuvres de
M. de Florian,
34 MERCURE DE FRANCE.
Nous n'avons aucun compte à rendre de
cet Ouvrage. Le Poëme est très-connu en
françois ; et ce que nous dirions de la Musique
, n'ajouteroit rien à l'estime dont elle.
jouit. La manière dont elle a été exécutée ,
n'a rien laissé à désirer ; et Mile. Balletti a
joué le principal rôle avec une supériorité
qui mérite les plus grands éloges.
Avis , ou Fautes à corriger.
En parlant des dents artificielles de M. de Chemant
, invention précieuse tout à la fois pour l'agrément
et pour l'utilité , nous avons omis de faire
mention de l'Académie des Sciences , qui a joint
son suffrage à celui des autres Sociétés savantes ,
et des Artisteset Connoisseurs dans ce genre. Nous -
avions aufli oublié sa nouvelle demeure , hôtel Sillery
, quai et place de Conti, derrière la Monnoie.
La Description des principaux lieux de la France ,
par M. Dulaure, est in- 12 ; il en paroît 4 Vol. Et
le prix de chaque Volume est de 2 liv . 10 S.
Les se. et 6. Volumes sont sur le point de paroître
; on y trouvera , pour les provinces qui y
sont décrites , tous les détails relatifs à la nouvelle
division du Royaume ; et en publiant ces deux Vol .
on remettra gratis à tous ceux qui auront les quatre
premiers , un supplément pour chacun d'eux ,
qui contiendra tout ce qui aura rapport à la rouvelle
organisation des provinces dont il y est fait
mention.
م
TABLE.
AL M. de Villette.
Réponse de Thalie .
Le Renard & le Loup .
Crarade, Enig. & Log.
Procès- verbal.
49 Romances .
Parieses.
55 The tre Italien .
64
70
81
54
Theaire de Monsieur.
sof
83
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
ALLEMAGNE,
DeHambourg, le 26 Janvier 1790 .
Les négociations de paix sont toujours
accompagnées d'un très - grand déploiement
de forces , et ce moyen comminatoire
est conforme à la saine politique.
Il n'est donc pas étonnant que les Puissances
Belligérantes démontrent en ce
moment leurs ressources et leurs préparatifs
. Nos lettres de Stockholm nous
informent que , d'ici au 12 Février , tous
les Régimens seront complets : on
augmenteral'escadre de galères ; on parle
même d'une levée extraordinaire de
nouveaux Corps. Toute la côte de Finlande
est hérissée de batteries ot de re
doutes.
Nº. 7. 13 Février 1790. D
: ( 7+)
Si l'on veut se former une idée de l'accroissement
du Commerce dans les ports
de la Pomeranie et de la Prusse occidentale ,
il suffit d'apprendre que , l'année dernière ,
Stettin a reçu 1553 navires , et en a vu
sortir 1348. Il en est entré à Memel 781 ,
tandis que Dantzick a été réduit à l'arrivée
de 524 , et à la sortie de 513 bâtimens . Ce
dénombrement établit les pertes qu'a faites
cette place , depuis que la politique du
Cabinet de Berlin en a resserré les affaires ,
pour les porter à Elbing , Stettin , Koenigsberg
et Memel.
Suivant l'état arrêté par la Diète de Pologne
, l'Arméede laRépublique , sous les
2 divisions générales d'Armée de la Couronne
et de Lithuanie , doit former un
total de 98,546 hommes , dont un peu
moins de la moitié est aujourd'hui sur
pied. La dépense de ces forces exigera
46,375,579 florins de Pologne , dont le
tiers manque encore aux ressources de
l'Etat.
De Vienne , le 26 Janvier.
Il y a toujours de l'alternative dans la -
santé de l'Empereur. Sans faire de progrès
, la maladie ne discontinue pas
encore ; l'oppression , la toux , la fièvre ,
la foiblesse ont leurs périodes , dans les
intervalles desquels S. M. se trouve soulagée
, et s'applique aux affaires avec
une persévérance vraiment étonnante.
(75 )
On a reparlé de l'arrivée du GrandDuc
de Toscane , que le, Public a déja si
souvent mis en route , sans rencontrer
juste. Quelques dispositions équivoques ,
faites à Florence , paroissent être le seul
fondement de cette rumeur.
A aucune époque , la Monarchie n'a
vu sur pied des forces aussi considérables.
Outre la quatrième division précédemment
ajoutée aux Régimens de
Dragons , ont augmenté encore les Régimens
de Hussards d'une cinquième division
. Chaque Régiment d'Infanterie est .
porté à deux Compagnies de plus ; ce
qui formera un total additionnel de 104
Compagnies . On va lever aussi quatre
Corps Francs , dont le Public nomme
déja le Commandant. Des magasins immenses
sont ordonnés , et se forment.
Une promotion nouvelle de dix - sept
Lieutenans-Généraux et de vingt-un Généraux-
Majors vient d'être déclarée . Le
Maréchalde Laudhon est allé faire la revuedes
ttrroouuppeess et forteresses enBohême
et en Moravie. Tout annonce même que
si la guerre continue avec lesOttomans ,
ou si elle éclate avec quelqu'autre Puissance
, la campagne s'ouvrira dès les
premiers jours du Printemps. L'opinion
publique croit , ou prédit une rupture
avec la Prusse. Cette conjecture est
précipitée ; mais une foule de circonstances
peuvent en faire craindre la
justesse : il est certain qu'il existe pour
Dij
( 76 )
une des deux Cours des sujets de mécontentement
assez graves , et des projets
assez menaçans dans l'autre , pour faire
concevoir des alarmes légitimes .
Les avis du Bannat portent , que le Corps
de Troupes posté auprès d'Allion se soutient
parfaitement. Tous les jours on tire
sur Orsowa qui répond foiblement. On a
publié la RelationOfficielle d'un dernier succes
du Lieutenant - Colonel Liptay , Commandant
de Kladova. Le 6 Janvier , il a
repoussé le Frère du Pacha d'Orsowa , arrive
de Widdin , à la tête de 2,000 hommes
de secours. L'action , reprise quatre fois ,
a fini par la dispersion des Ennemis , qui
ont laissé entre nos mains un butin considérable
, et qui ont été forcés de repasser
le Timock.
Le Général Comte de Brown est arrivé
ici de l'Armée; on attend au premier
jour le Prince d'Esterhazy, blessá
près de Belgrade .
:
Nous avions eu raison de douter que
le Général d'Alton eût été investi du
commandementde laMoravie. ABaden ,
il a reçu ordre de retourner à Luxembourg
, où une Commission va examiner
sa conduite , ainsi que celle du Comtede
Trautmansdorff. Le Comte de Mérode
est arrivé ici en qualité de Député de la
Province de Luxembourg.
Toute la garnison de cette résidence
a eu ordre de se mettre en marche les
5, 26 et 27 de ce mois , pour se rendre ,
partie dans la Haute et Basse Autriche,
( 77 ) 1,
partie en Bohême et en Moravie. Dix
Bataillons de Grenadiers , venant de la
grande Armée , la remplaceront. Trois
Régimens de Croates vont également se
mettre en marche .
M. de Sturm , notre Interprète à
Constantinople , s'est rendu à Widdin
avec le Tefterdar qui a séjourné à Belgrade
; de Widdin , il passera auprès du
Grand-Visir avec une Commission inportante.
De Francfort sur le Mein, le4 Février.
L'agitation des Cabinets de l'Allemagne
, les armemens quise préparent ,
les desseins qu'on médite, les intrigues
qui s'étendent , les préparatifs de la
Prusse , sus actives démarchés , les précautions
qu'on prend à Vienne , la liaison
des intérêts de l'Union Belgique à
des intérêts plus secrets , la Pologne sur
le point de s'unir à la grande Confédération
fondamentale de l'Angleterre , de
la Prusse et des Provinces Belgiques ,
tout justifie la crainte d'une explosion .
L'une de ses étincelles , l'affaire de
Liège , commence néanmoins à s'amortir.
Le Prince-Evêque annonce des dispositions
plus conciliatrices , dans une
lettre de S. A. C. à M. Dohm , en date
du to Janvier. La réponse définitive du
Prince au Roi de Prusse décidera du
sort de la querelle. Déjà la Cour de
Dij
( 78 )
,
Munich a déclaré son adhésion à un
accommodement à une réunion des
Partis , comme au seul moyen propre
aux circonstances .
Le Roi de Prusse envoie à Constantinople
, en qualité de Ministre Plénipotentiaire
, le Baron de Knobelsdorf ,
Capitaine aux Gardes . Jusqu'ici , S. M. P.
n'avoit eu à la Porte qu'un Chargé d'affaires
. Nousignorons s'il est vrai , comme
le bruit s'en répand , que le Baron de
Gols , Ministre du même Souverain à
Pétersbourg , a demandé son rappel , à
la suite d'une altercation qu'il a, dit- on ,
essuvée dans le Cercle d'un des Ministres
de l'Impératrice,
Les Troupes Munstériennes , revenues
du Duché de Limbourg , sont arrivées le
14 à Aix-la- Chapelle , et logées aux environs
de cette Ville Impériale.
Le Prince Henri de Prusse fait pré
parer ses équipages de campagne , et
tous les Régimens cantonnés en Silésie
ont reçu ordre de marcher dans quinze
jours .
en
,
Un Journal de Commerce prétend que ,
depuis 1755 jusqu'en 1787 , il est arrivé
Espagne , des Indes Occidentales
474,308,663 piastres : dans cette somme on
ne comprend pas les lingots d'or , l'argent
ouvré , les pierres fimes , ni ce qui est importé
frauduleusement. Dans ces 29 années , l'importation
de quinquina , cacao , tabac , cochenille
, s'est élevée à 241,000,494 livres
(79)
pesant . Si l'on y ajoute le sucre , et 480 millions
de piastres , qui sont fabriquées au
Mexique, on peut se former une idée de la
richesse de ces pays .
PAYS- BAS.
De Bruxelles , le 6 Février 1790 .
L'état de notre nouvelle République
eststationnaire. Les divi -ions quiéclatent
ouvertement entre les différens Ordres ,
occupent une grande partie de la vigilance
, de l'inquiétude , des intrigues générales
. On sembleroit avoir oublié l'Empereur.
Le Parti qui veut abbattre la
distinction des Ordres , que S. M. Imp.
avoit humiliés , prend des forces , et les
tire de la fermentation des esprits , de
Popinion , des Ecrits journaliers , et surtout
de la nécessité de n'avoir pas fait
une révolution , sans qu'elle fût utile au
Peuple.
Le Général ander Mersch est arrivé
ici , et a été comblé d'honneurs . Les expéditions
pour le Luxembourg sont renvoyées
à des temps plus propices. La
forteresse , ainsi que nous l'avons annoncé,
il y a deux mois , est à l'abri de toute
attaque. Il est constaté que dans les deux
échecs du 14 et du 17 Janvier , les Patriotes
ont perdu 52 hommes tués , et
131 Prisonniers conduits à Luxembourg.
M. Van der Mersch lui- même a failli
être pris , son cheval s'étant abbattu au
Diy
( 80 )
moment où quelques Dragons d'Arberg
le poursuivcient : heureusement il eut
le temps de prendre un autre monture ,
et d'échapper.
FRANCE.
De Paris , le 10 Février.
ASSEMBLÉE NATIONALE. 40. Semaine.
DU LUNDI 1. FÉVRIER.
Le scrutin , pour la nomination d'un nouveau
Président , n'avoit point encore donné
une majorité absolue. Sur 694 Votans , M.
Bureau de Puzy n'a reuni que 331 suffrages ,
et M. de Menou 328 .
Les trois nouveaux Secrétaires sont MM.
Guillotin ,le Baron de Marguerite , de to
Côte.
DIVISION DU ROYAUME.
Dans le Département Occidental de la
Provence , les villes de Manosque et Forcalquier
se disputoient le siége d'un District
. Forcalquier l'a emporté.
De plus grandes difficultés se sont élevées
entre Aix et Marseille. Celle- ci a témoigné
une invincible répugnance à faire partie du
Département de l'Ouest. Elle prétend que
ce seroit rompre l'équilibre que de réunir
dans un seul Departement toutes les grandes
villes de la Province. Bordeaux , Nantes ,
Rouen , Lyon , chef- lieux d'Administration ,
n'ont pas la même influence , et sont à l'extré- .
mité de leur Département .
Le Comité a reconnu que l'égoïsme des
(81 )
villes et les difficultés qu'elles opposent à la
distribution des Départemens , vient de l'ancienne
influerce des grands Tribunaux. Mar
seille redoute le Parlement d'Aix , autant
qu'el'ecraint la subordination envers une ville
moins considérable qu'elle , et purement agricole.
Elle demande à faire partie duDépartement
de l'Est; dans tous les cas elle desire
être chef- lieu. Il y a eu une Délibération
des Députés de la Province en sa faveur.
Vous êtes assez puissante par vous-même ,
réplique à Marseille la ville d'Aix ; n'enviez
pas à notre pauvreté, l'avantage que les convenances
locales nous donnent. Ne consultez
que l'intérêt général Ce qui tend à s'isoler ,
tend bientôt a se dissoudre . Notre position
est centrale; c'est celle que doivent avoir
les Corps administratifs. Marseille se plaint
de la perte de son Administration ? Nous
perdons, notre Tribunal , la Chambre des
Comptes , le Parlement. Marseille a assez
de son Commerce , de sa Municipalité , de
son District , de son Tribunal , et elle ne
conservera toujours que trop d'influence .
C'est
un spectacle bien singulier , a dit
M. Bouchy, Député d'Aix ,que les contestations
qu'onn vous expose. Vous avez vu de
petites villes vouloir devenir un peu plus
grandes ; des villes pauvres , un peu plus
aisees ; des lieux obscurs , vouloir obtenir
un peu plus d'illustration; mais , ce que vous
n'aviez pas vu c'est une ville grande , riche ,
commerçante ; une ville , qui fait annuellement
un Commerce de 7 à 8 cents millions ,
et qui dispute à une ville pauvre l'etablissement
que toutes les convenances lui accordent.."
Le bienfait de la Révolutiou n'est pas
D
( 82 )
d'ôter aux pauvres le dernier morceau , et
de faire mourir d'une apoplexie politique ,
des hommes déja trop engraissés dans les
richesses , le luxe et le commerce.
Le patriotisme de M. Fouche a encore
passé en revue la peste , le lazaret de Marsielle
, la plus grande dépense d'Administration.
M. l'Archevêque d'Aix a appuyé les observations
précédentes , en exposant sur- tout
qu'il ne s'agissoit pas de savoir quelle étoit
la ville la plus importante , mais celle dont
les établissemens formoient la ressource la
plus indispensable .
Après quelques demandes de question
préalable, de priorité etc. , le chef-lieu du Département
a été presque unanimement adjugé
à la ville d'Aix.
eD'après le voeu des Députés des Provinces
Blgico - Françoises , et l'avis du Comité ,
le Département des deux Flandres , Hainaut
et Cambresis , sera divisé en huit Districts :
Valenciennes , le Quesnoi , Avesnes , Cambrai
, Lille , Douai , Bergues et Hasbroug.
Le Département d'Evreux sera divisé en
six Districts : Evreux , Vernay , Pont-Audemer
, Louviers , les Andelys et Verneuil.
Adeux heures , M. le Vicomte de Nouilles
a fait un Rapport du Comité Militaire , sur
la Constitution de l'Armée ; Rapport dout
voici le précis :
Le Comité propose de décréter que
tout Soldat , qui d'ailleurs réunira les autres
conditions de Citoyen actif , pourra
exercer le droit lorsqu'il se trouvera dans le
lieu de son domicile. »
en
« Qu'après trente années d'un service actif
dans l'Armée , il jouira de la plénitude des
( 83 )
droits de cité , lors même qu'il ne pourroit
pas remplir la condition de la Contribution.
«
« Que l'Armée ne pourra être employée
que contre l'ennemi du dehors , suivant le
but de son institution , sur des ordres du
Pouvoir exécutif; qu'elle ne pourra agir hostilement
dans l'intérieur , que sur la réquisition
du Corps Législatif , des Assemblées
Administratives et Municipales , et avant
que la réquisition ait été lue au Corps à qui
elle sera adressée . »
" Que dans les Villes et leurs territoires ,
les Gardes Nationales auront la droite et
les Troupes réglées la gauche ; mais que
s'il arrive qu'elles soient chargées au dehors
de quelque expédition sur les réquisitions
dont il vient d'être parlé , les Troupes réglées
auront alors la droite , et leurs Chefs
chargés du commandement général . "
« Qu'il n'y aura plus que deux voies pour
parvenir au grade d'Officier ; la pratique
fidele des devoirs du Soldat , ou un examen
sévère sur les élémens de l'art Militaire.
Que dans ce dernier cas même , l'on
ne pourra pas étre Officier avant l'âge de
18 ans . "
« Que sur les places vacantes de Lieutenant
et Sous- Lieutenant , il en sera nécessairement
pris un sur cinq parmi les Bas-
Officiers. »
« Que depuis le grade de Sous - Lieutenant
, jusqu'à celui de Major exclusivement ,
l'on avancera par rang d'ancienneté , à
moins d'une incapacité déclarée par un
Conseil de guerre tenu à cet effet. "
« Que depuis le grade de Major jusqu'à
celuide Lieutenant-général , le Pouvoir exe-
Dej
:
( 84 )
cutif nommera à son gre , et sur sa respon
sabilité , un tiers des Sujets , les deux autres
tiers avançant par rang d'ancienneté. "
J « Que les Sujets , dans le cas de avancement
, ne pourront être refusés ou retardés
, à moins qu'ils ne soient placés ailleurs
convenablement , ou qu'ils n'aient volontairement
donné leur démission , ou qu'ils
n'aient été déclarés incapables par un Conseil
de guerre . »
" Que le Pouvoir exécutif , également
sous la responsabilité , nommera les Lieutenans
-Généraux et Maréchaux de France . "
« Qu'en cas de guerre , celui qui aura
fait des actions éclatantes pourra avancer
hors de son rang. "
« Que celui qui , avec la permission de
la France , aura servi avec distinction chez
une Puissance alliée , pourra aussi avancer
hors de son rang. "
" Que toutes Charges vénales , et celles
de Colonels propriétaires , seront supprimées.
"
L'Assemblée a ordonné l'impression et
ladistribution du Rapport , pour étre discuté
à la huitaine.
DU MARDI 2 FÉVRIER.
Séance extraordinaire , consacrée à des articles
explicatifs sur les Décrets de la formation
des Municipalités .
Un nouveau scrutin a élevé à la Présidence
M.Bureau de Puzy,l'un des Membres les plus
modérés , les plus judicieux , les plus éloquens.
de l'Assemblée , qui a réuni 391 suffrages
contre 318 en faveur du Baron de Menou..
L'ancien et le nouveau Président ont remercié
l'Assemblée par le compliment d'u(
85 )
sage. M. Durand de Maillane a dénoncé le
Grand Prévôt de Marseille , qui , à l'occasion
d'une insurrection à Baux , a fait enlever M.
Servant , ancien Conseiller au Parlement .
d'Aix , son fils , et le Notaire du lieu. Le Dénonciateur
a peint cet acte comme un abus
d'autorité : nous verrons s'il en sera de ce
récit comme de tant d'autres , où il n'y avoit
jamais de coupable que l'exécuteur de la Loi .
L'affaire a été renvoyée au Comité des Rapports.
POUVOIR JUDICIAIRE .
T
M. Thouret a lu la seconde partie du Rapport
du Comité de Constitution , sur l'org
nisation des Tribunaux. On sera sans doute,
très - empressé de connoître comme est composée
, dans ce Projet , la Haute Cour Nationale
, qui doit remplir l'office de la Cour des
Pairs en Angleterre ; nous donnerons done
ce titre en entier.
f 1º. La Haute Cour Nationale sera formée
par un Grand Juré , composé d'antant
de Membres qu'il y a de Départemens dans
le Royaume , et présidé par cinq grands
Juges qui dirigeront l'instruction , et qui
appliqueront la Loi , après la décision du
Juré , sur le fait . "
" 2. Lors des Elections pour le renouvellement
d'une Législature , les Electeurs de
chaque Département , après avoir nommé
lesReprésentans au Corps Législatif , éliront
au scrutin iudividuel , et à la pluralité absolue
des suffrages , un Citoyen recommandable
qui sera Membre du Grand Juré pendant
tout le cours de cette Législature."
3. Chaque nouvelle Législature, après
avoir vérifié le pouvoir de ses Membres ,
(86 )
dressera la liste des Jurés élus par les quatrevingt-
trois Départemens du Royaume , et la
fera publier. "
4. Chaque Législature sortant de fonetions
désiguera , dans les derniers jours de
sa session , quinze Personnes qu'elle aura
choisies au scrutin individuel , dans le nombre
des Sujets présentés au Roi pour la Cour
Suprême de revision , et inscrits sur la liste
dont il est parlé dans le titre précédent. "
« 5°. Sila Legislature suivante trouve matiere
à une accusation devant la Haute Cour
Nationale , elle fera convoquer le Grand
Jure , et on tirera au sort publiquement dans
la salle où la Législature sera séante , en
présence de trois Commissaires du Roi que
Sa Majesté sera invitée d'y envoyer, les noms
des cing Grands Juges ( du nombre des
quinze Sujets désignés par la précédente Législature
) qui présideront le Grand Juré. "
44 6°. Il n'y aura point de Procureur- genéral
du Roi à la Haute Cour Nationale ;
mais aucune affaire n'y sera portée qu'après
que le Corps Législatif aura décidé qu'elle
est de nature à y être poursuivie : en ce cas ,
le Corps Législatif nommera quatre de ses
Membres pour en faire la poursuite , sous le
titre de Grands Procurateurs de la Nation ;
et si le Corps Législatif ne trouvoit pas l'affaire
assez grave pour être portée en la
Haute Cour Nationale , elle en renverroit la
connoissance aux Tribunaux ordinaires . »
»
" 7. La Haute Cour Nationale connoîtra ,
1 °. Des conspirations et attentats contre
la personne du Roi ; "
" 2º. Des conspirations et attentats contre
la sureté du Royaume ;
3º. Des conspirations et attentats pour
1
( 87 )
2
soulever le Peuple Ou une partie du
Peuple , ou les Milices Nationales contre ja
Constitution , contre l'exercice des pouvoirs
publics qu'elle a établis , et contre la soumission
due aux actes émanés de leur autorité
; "
" 4°. Des conspirations et attentats pour
détourner les Troupes réglées de la fidélité
qu'elles doivent à la Loi , au Roi , à la Nation
et à leur engagement , en conformité
du serment qu'elles ont prêté ; »
5°. Des conspirations et attentats des
Ministres , des autres Agens du Pouvoir exécutif,
et de toutes Personnes , de quelle qualité
qu'elles soient , contre la Constitution ,
notamment des complots et entreprises pour
empêcher ou gêner la formation des Assemblees
représentatives , ou la liberté des suffrages
individuels , soit par corruption , don ,
ou promesse , soit par menaces , violences ,
et emploi de la force militaire ; "
62. De la prévarication des Ministres et
des autres Agens du Pouvoir exécutif dans
l'exercice des fonctions de leurs Départemens
, aux trois cas , d'attentats à la liberté
personnelle , de violation de la propriété ,
et de dissipations des fonds publics qui leur
auront été confiés ; "
7°. De la désobéissance des Assemblées
Administratives , ou des Municipalités , ou
des Corps des Milices Nationales aux Décrets
du Corps Législatif sanctionnés par le Roi ,
et aux ordres de Sa Majesté , relatifs , soit à
l'Administration générale , soit à la Direction
de la force publique ; »
8°. De la désobéissance des Commandans
, Officiers et Corps de Milices Nationales
aux requisitions des Municipalités et
(88 )
aux ordres des Corps Administratifs , conformes
aux Deerets des Legislatures , sanetionnés
par le Roi ; "
40 « 9°. De la desobeissance des Tribunaux
et Cours Supérieures de Justice aux règles
constitutionnelles sur le Pouvoir Judiciaire ,
soit par cessation combinée de service , soit
par refus de transcription pure et simple ,
et d'exécution des Lois qui leur seront adressées
, soit par entreprises sur les fonctions
de la Puissance Législative , ou sur celles da
Pouvoir Administratif.
Les autres Titres du Projet se rapportent ,
1º . à l'institution de la Procedure par Jures
en matiere criminelle , telle , à peu-pres ,
qu'elle existe en Angleterre; 2°. à l'autorité
judiciaire des Corp. Municipaux en matiere
de police ; 5º. à l'erection des Tribunaux de
Commerce ; 4°. à celle des Tribunaux d'Administration
, Juges en matiere d'adminis-,
tration et d'impots; 5º à la suppression genérale
de tous les Tribunaux existans , dont
les Titulaires actuels seront , ou remboursés ,
de leur office sur le pied du dernier contrat
d'acquisition , on , en attendant le remboursement
, nantis d'un interét à cũng pour
cent.
M. Démounier a fait ensuite le Rapport
des difficultes survenues dans la formiation
des Municipalites,
Deux ou trois cents questions , a-t-il
dit , ont déja été envoyées au Comite. Leur,
solution se trouve , soit dans vos Decrets ,
soit dans les Instructions deja, généralement,
répandues , mais qui ne sont point cncore
parvenues dans quelques Villages, Sept
points principaux ont force votre Comite à
( 89 )
vous présenter un projet de Décrets additionnels.
"
Les articles ont été présentés , discutés ,
amendés , décrétés ou rejetés dans l'ordre
suivant:
1º . Dans les Assemblées de Communautés
et les Assemblées primaires , les Scrutateurs
élus pourront seuls écrire les bulletins
des Citoyens actifs qui ne savent
pas écrire , et ces bulletins seront écrits à
vue dans le lieu de l'Assemblée, Cet article
est décrété. »
Le second article proposoit de faire les
élections à haute voix , dans les lieux où
plus de la moitié des Votans ne sauroit pas
écrire. L'article a été rejeté.
" 3º. Pour être Citoyen actif étant encore
éligible , il n'est pas nécessaire de payer
une Contribution directe dans le lieu même ;
il suffit de la payer dans quelque endroit
du Royaume. Cet article est décrété. »
" 4°. Dans les Assemblées primaires et
des Communautés , chaque Citoyen sera
tenu , avant l'election , de prêter le Serment
patriotique ; le Président prononcera
la Formule , et chaque Citoyen dira , à
son tour , je le jure. Cet article est décrété.
»
t 5°. Dans les lieux où il s'est formé des
Comités librement élus parla Commune , et
conjointement avec les Officiers Municipaux,
ils remplissent les fonctions municipales ,
ils procéderont conjointement à toutes les
opérations nécessaires pour l'exécution des
Décrets de l'Assemblée , relativement à l'organisation
des Municipalités ; mais dans
les lieux où il n'y a pas des Municipalités
en possessions des fonctions municipales .
( 90 )
les Comités , librement élus , veilleront seals
à cette nouvelle organisation. Cet article
est décrété. »
6º. Lorsque les nouvelles Municipalités
seront organisées ; les Gardes Bourgeoises
, Milices Nationales , Volontaires ou
tous autres , sous quelque titre que ce
soit, ne se mêleront pas des fonctions municipales
; mais obeiront aux ordres des
Corps Municipaux. Cet article est décrété. »
" 7°. Dans les lieux où il n'y a point
d'impositious territoriales , et dans ceux où
l'on ne paie aucune Contribution directe,
tout Citoyen sera Electeur et éligible , jusqu'à
l'organisation d'un nouveau Plan de
Finance ; si dans les Villes , à défaut de
proprieté foncière , il exerce quelque profession
ou métier , et dans les campagnes
s'il exerce quelque métier , ou paie un
loyer ou fermage de 30 liv. , ou s'il a une
propriété quelconque. Cet article est décrété."
( Ces articles additionnels ne donneront
pas lieu à de nouvelles élections pour les
Municipalités déja formées ).
M. le Marquis de Foucault , Député du
Perigord , a exposé les troubles déplorables
qu'occasionne dans sa Provincele soulevement
des Paysans contre le payement des
droits Seigneuriaux , dont l'Assemblée a
décrété la perception ou le rachat . « Le Périgord
est en feu , a dit M. de Foucault ; ce
n'est plus le patriotisme , ce sont les gens
sans propriétés qui pillent les Propriétaires.
On diroit que , parce que le Royaume est
sorti le dernier de la barbarie , il doit être
le premier à y rentrer. "
Quelques Membres ont interrompu M. de
( 91 )
Foucault, en demandant l'ordre du jour ;
mais l'Assemblée ne pouvant refuser son
attention aux excès qui se commettent contre
Ja liberté et la propriété , a autorisé , par une
Delibération expresse , M. de Foucault a
poursuivre son Rapport.
Ila lu plusieurs Lettres qui constatent
ces horreurs ; l'une d'un Gentilhomme qui
écrit , après avoir été 24 heures sur la sellette
, à entendre délibérer un Peuple furieux
sur le genre de mort qu'on lui préparoit ,
pour avoir voulu percevoir ses rentes Seigneuriales
, dont on aexigé la renonciation.
?
L'autre , écrite de Sarlat , donne le détail
d'une insurrection encore plus violente.
Le tocsin sonnoit dans tous les villages , les
prisons étoient ouvertes. - M. de Bar enlevé
de son château brûlé , maltraité , traîné dans
les cachots , prêt à être pendu ; son Neveu ,
Garde-du- Corps , arrêté comme lui. Tous
ces troubles , ajoute la Lettre , sont trop
bien combinés pour n'être pas prémédités ,
et dirigés par quelques causes secrètes.
" Avant-hier , dit une troisième Lettre de
Mirandole , M. de ... a reçu la visite de plusieurs
Communautés attroupées , qui venoient
le pendre, et brûler son château . -Un autre
Seigneur a été couché en joue ; il a couru
toute la nuit pour arriver ici . - On passe
de la Noblesse aux Habitans aisés , et tous
les Propriétaires sont exposes à perir, ou à
voir devaster leurs propriétés . »
» Je pourrois vous lire trente Lettres pareilles
, a ajouté M. de Foucault ; mais je
me borne à demander un Décret confirmatif
de l'Arrêté du 6 Août , sur les Droits Féodaux
, avec injonction aux Municipalités et
GardesNationales d'empêcher les vexations ,
( 93)
et de protéger le recouvrement des eens et
rentes. «
M. de la Chèze , Député du Quercy , a
attesté que les mêmes excès régnoient dans
sa Province. Six Particuliers y ont été tues ;
le mal arrive à son comble ; on en veut à
toutes les propriétes .
« L'Agénois n'est pas plus tranquille , a
dit M. de Fumel : entre autres , on y a pris
un Gentilhomme qui avoit payé une rente
à son Suzerain ; apres lui avoir fait rendre
sa quittance , et donner encore une pareille
somme , les brigands ont mangé celle - ci
sous les fenêtres même du château .
M. Dubois de Crancé, Député de Champagne
, a avancé que dans sa Province ,
d'ailleurs fort tranquille , les Paysans regardent
comme une servitude personnelle , les
sacs de bled qu'ils sont obligés de donner
à leurs Seigneurs ; ils leur demandent leurs
titres , et refusent de payer , sous prétexte
que les servitudes personnelles sont supprimées
sans indemnité. Une quantité de Seigneurs
ont fait assigner leurs vassaux ; cela
aproduit de la fermentation.-( Ce dernier
Rapport a excité de violens murmures , plu
sieurs Députés de la Province l'ont démenti).
M. de Foucault insistoit toujours sur sa
Motion ; M. Reubell a remarqué que c'etoit
au Comité Feodal , à distinguer les droits
rachetables de ceux qui ne le sont pas . Tout
Décret provisoire seroit inutile , ou augmenteroit
le mal .
La contestation s'est prolongée jusqu'au
moment où M. Chasset a annoncé que le
Rapport du Comité Féodal seroit prêt Sa(
93 )
1
medi : on en a ajourné la discussion à cette
epoque.
M. Fermond a demandé et obtenu d'être
entendu demain sur le refus qu'a fait la
nouvelle Chambre des Vacations de Rennes ,
de remplir ses fonctions , et d'enregistrer les
Décrets de l'Assemblée.
Il n'y a point eu de Séance du soir.
DU MERCREDI 3 FÉVRIER .
DIVISION DU ROYAUME.
Le Département du nord en Dauphiné ,
tiendra sa première Assemblée à Moirans ;
le Département du midi , à Chabeuil ; celui
de l'orient , à Chorges . Les Electeurs détermineront
le lieu des Sessions suivantes .
Les Districts du premier Département
sont : Grenoble , Vienne , Saint- Marcellin et
la Tour- du-Pin . Pour le second , Romans ,
Valence , Crest , le Bien , Die, Montelinar.
Pour le troisième ,Gap , Embrun , Briançon
et Serres.
Les Districts du Département de Lyonnois
sont définitivemeut fixés au nombre de
six : Lyon , Saint-Etienne , Montbrisson
Rouanneet Villefranche.
2
Lyon sera provisoirement le chef lieu du
Département.
Le Département de Rouen restera provisoirement
divisé en sept Districts , qui sont ;
Rouen , Caudebec , Gournay , Neufchâtel ,
Montivilliers et Cany.
La Corse ne formera provisoirement qu'un
senl Département , divisé en neuf Districts :
Bastia , Oletta , l'Isle- Rousse, la Porta d'Ampugnani
, Costi , Cervioni , Ajaccio , Vico ,
( 94 )
El-Tallano . Les cantons de ces Districts
seront les anciennes Sieves de l'isle .
Le Département de Ni unes en sept Districts
: Nismes , Beaucaire , Alès , Uzès , le
St. Esprit , St. Hyppolyte et Sommières.
Moulins , chef- lieu du Département de
Bourbonnois . - Districts : Moulins , Gannat ,
Montmaraut , Montluçon , Donjeon , Cassel
et Cerilly.
Département de l'Orléanois; chef- lieu ,
Orléans. Sept Districts : Orléans , Baugenci ,
Neuville , Montargis , Pithivier , Gien et
Bois - commun .
Six Districts du Département intermédiaire
de Poitou , savoir ; Niort , St. Maixent ,
Partenay , Thouars , Melle et Châtillon.
MUNICIPALITÉS .
nier a
A la suite de ces décisions , M. Démeurenda
compte de celles du Comité
de Constitution , sur quelques questions re
latives aux élections mun cipales . L'Assemblée
a adopté ces résolutions , et décrété ,
1 ° . que les Controleurs des Actes ne peuvent
pas être assimilés aux percepteurs des impóts
indirects :
2º. Que la retenue des vingtièmes sur
les rentes pécuniaires et foncieres est un véritable
impôt direct , qui est compté pour .
l'éligibilité et pour être Citoyen actif:
" 3°. Que les fonctions Curiales ne sont
point incompatibles avec les fonctions municipales
:
« 4°. Qu'un Curé nommé depuis moins
d'un an , est présumé habitant ; qu'il en est
de méme du Vicaire. »
5°. Il en est de même des Religieux
Curés."
( 95 ) i
6°. Les Religieux- Mendians ne peuvent
pas exercer les droits de Citoyens actifs ;
mais il y a moins de raison d'exclure les
autres Religieux. "
7º. La parenté n'est pas applicable aux
Notables , mais seulement au Procureur du
Roi de la Commune. Elle ne s'applique
point au Secrétaire ni au Trésorier ; il y a
cependant quelques difficultés pour celui-
ci. »
» 8°. Qu'un Citoyen élu pourra refuser
son élection , ou donner sa démission . "
Vous jugerez par la suite , a dit M.
Démeunier , au sujet de ce dernier article ,
s'il n'est pas convenable de suivre l'exemple
de plusieurs pays libres , qui ont cru devoir
infliger une amende aux Refusans charges .
Cette disposition seulement applicable à
de petites Républiques , où le nombre des
Citoyens capables des Emplois est très- borné ,
n'a pas été goûtée. "
-
Une questionparticulière s'est élevée dans
la Ville de Chinon . Le sieur Picherot ,
qui , depuis 5 ans , est interdit de toutes
fonctions judiciaires , par Arrêt du Parlement
de Paris , qui est accusé des délits
les plus graves , Banqueroutier , chargé d'un
Décret d'ajournement personnel , s'est présenté
dans une des Sections de la Ville ,
pour se faire élire Officier Municipal .
Il paroît avoir séduit un grand nombre
de pauvres Citoyens. Douze cents listes ont
été répandues dans la Ville. La Section où
il s'estprésenté n'a pas voulu le recevoir.
D'après l'avis du Comité , et conformément
au Décret du 22 Décembre , l'Assemblée
à renvoyé cette affaire aux trois Sections
de la Commune de Chinon. Que les
( 96 )
Officiers Municipaux et la Garde Nationale
devront prendre toutes les précautions nécessaires
au maintien de la tranquillité , et
procéder sans delai aux Elections.
M. Loys , jugeant peu convenable de renvoyer
M. Picherot aujugement de ceux qu'on
l'accuse d'avoir séduits , a opiné à déclarer
incapable des droits de Citoyen actif , tout
homme entaché par un Arrêt.
Cette question a été renvoyée à Lundi ,
ordre de 2 heures .
M. Fermond , reprenant l'affaire de la
Chambre des Vacations de Rennes , a fait
lecture d'une lettre de la Municipalité de
Rennes à la Députation de Bretagne. Si
l'on se rappelle que dans le cours de l'Eté ,
cette même ville déclara traîtres à l'Etat les
Représentans de la Nation qui voteroient
pour la Sanction Royale indéfinie , on s'attendra
à des expressions encore plus fortes
contre des Magistrats qui laissent la Province
sans Justice. Les plus violentes qualifications
sont consignées dans cette lettre :
on y traite les Magistrats Réfractaires ,
comme on pourroit les juger après leur condamnation.
La voilà done consommée cette
forfaiture , dit la Ville de Rennes ! La voilà
donc mise au jour cette conjuration contre
le bien public ! .. Nous venons demander
qu'un aussi grand scandale soit réparé par
« un grand exemple , et nous dénonçons les
« Magistrats de Rennes , pour qu'ils soient
• renvoyés au Tribunal chargé de juger les
«
«
"
K crimes de Lèse - Nation .
M. Fermonda proposé ensuite un projet de
Décret portant établissement d'un Tribunal
Supérieur provisoire , composé de M. de T'alouet,
de deux Membres de chacun des quatre
Présidiaux
( 97 )
Présidiaux de Bretagne , de quatre Avocats
militans à Rennes , et de deux Avocats de
chacun des trois autres Présidiaux , avec la
même attribution que la Chambre des Vacations
; l'attribution de la remise au Trésorier
de la Province des gages des Officiers
du Parlement ; 12 liv. par jour aux nouveaux
Juges , que le Trésorier delaBretagne
payera mois par mois . "
" Quant au jugement des Magistrats , a
ajouté M. Fermond , tous les Citoyens de
Rennes désirent le renvoi au Châtelet de
Paris . " La Députation de Bretagne adopte
cette opinion.
« J'appuye , a dit M. le Vicomte de Mirabeau
, le Décret proposé par laDéputation
de Bretagne. Quant à la conduite des Magistrats
, je ne veux point la justifier. Je ne
pourrois alléguer que les mêmes motifs que
vous avez condamnés , et je sais respecter
le voeu de la majorité. Je me bornerai à
rendre compte de quelques faits qui ont
échappé à M. Fermond. Voici le Procèsverbal
d'une conférence entre une partie
des Magistrats et une députation de la Commune
, qui constate que les premiers n'ont
fait aucune protestation ; qu'ils ont humblement
adressé leurs Motifs au Roi ; qu'ils
ont refusé d'enregistrer , parce qu'ils ne sont
point encore Chambre des Vacations , et
qu'ils ne veulent point accepter cette Commission.
C'est sur ce dernier point que porte
leur refus ; mais , je le demande , individuellement
à chacun des Membres de cette Assemblée
, si n'étant point Chambre des Vacations
, ils eussent voulu , dans les circonstances
où nous sommes , accepter cette
charge , à la veille de la destruction des
N°.7. 13 Février 1790.
E
( 98 )
Parlemens , objets de la haine publique ,
Jorsque leurs Confrères sont frappés d'un de
vos Décrets ? Je le demande à votre humanité
, si renvoyer ces Magistrats au Châtelet,
ne ressembleroit pas à la question préalable,
qui autrefois précédoit les jugemens ? Est- il
un seul de nous qui ne me répondît : j'en
aurois fait autant. "
Le Décret proposé par les Députés de
Bretagne , a été unanimement adopté , et
l'Assemblée a ajourné à demain la seconde
question , relative au jugement des Magistrats.
DU JEUDI 4 FÉVRIER .
PRÉSENCE ET DISCOURS DU Rοι.
Cette journée mémorable , où l'on a vu
ce que l'Histoire n'offroit pas encore , un
Roi arrivé au Trône avec le pouvoir absolu ,
et venant aujourd'hui prendre lui-même les
chaînes nécessaires de la liberté , cimenter
l'édifice de ses premières bases , mettre sa
gloire dans une démarche , qui , sous un
Prince moins Citoyen , moins généreux ,
moins prudent , eût coûté dix batailles ;
invoquer la paix entre tous , la sureté pour
tous , et au milieu de cette consécration
solennelle des droits Nationaux , requérir
P'unique prerogative de Protecteur de la
liberté publique.
La Séance avoit commencé par le rapport
de quelques articles de la division du
Royaume , lorsqu'une Lettre de S. M. à
M. le Président , a annoncé l'arrivée du
Monarque à midi , et son desir d'être reçu
sans cérémonie. Une députation de vingtquatre
Membres a été chargée d'aller au(
99)
devant du Roi ; bientôt l'Huissier a annoncé
son approche : un silence solennel régnoit
dans la Salle. Il est entré quelques-uns
de ses Ministres et la Députation de l'Assemblée
formoient son cortège ; le fauteuil
du Président , recouvert d'un tapis de velours
semé de fleurs de lys , a été son Trône.
A son apparition , l'Assemblée Législative ,
les Tribunes , les Galeries où étoient entassés
une multitude immense de spectateurs
, ont fait retentir le cri de Vive le Roi!
Les applaudissemens les plus éclatans ont
seuls interrompu cette bénédiction universelle
. Aussitôt le Roi a montré combien elle
étoit juste. Debout , et l'Assemblée silencieuse
dans la même attitude , il a parlé en
ces termes , avec l'organe le plus net , la
prononciation la plus parfaite , et l'accent
d'une dignité paternelle :
"
MESSIEURS ,
La gravité des circonstances où se trouve
la France , im'attire au milieu de vous, Le
relâchement progressif de tous les liens de
l'ordre et de la subordination , la suspension
ou l'inactivité de la justice , les mécontentemens
qui naissent des privations particulières
, les oppositions , les haines malheureuses
qui sont la suite inévitable des longues
dissentions , lasituation'critique des Finances
et les incertitudes sur la fortune publique ;
enfin l'agitation générale des esprits , tout
semble se réunir pour entretenir l'inquiétude
des véritables amis de la prospérité et du
bonheur du Royaume, "
Ungrand but se présente à vos regards,
mais il faut y atteindre sans accroissement
de trouble et sans nouvelles convulsions .
Eij
( 100 )
C'étoit , je dois le dire , d'une manière plus
douce et plus tranquille que j'espérois vous
y conduire , lorsque je formai le dessein de
vous rassembler et de réunir , pour la félicité
publique , les lumières et les volontés
des Représentans de la Nation , mais mon
bonheur et ma gloire ne sont pas moins étroitement
liés au succès de vos travaux.
«
?
Je les ai garantis , par une continuelle
vigilance , de l'influence funeste que pouvoient
avoir sur eux les cisconstances malheureuses
au milieu desquelles vous vous
trouviez placés . Les horreurs de la disette,
que la France avoit à redouter l'année dernière
, ont été éloignées par des soins multipliés
et des approvisionnemens immenses.
Le désordre que l'état ancien des Finances,
le discrédit , l'excessive rareté du numéraire
et le dépérissement graduel des revenus devoient
naturellement amener ; ce désordre ,
au moins dans son éclat et dans ses excès
a été jusqu'à présent écarté. J'ai adouci
partout , etprincipalement dans la Capitale,
les dangereuses conséquences du défaut de
travail , et nonobstant l'affoiblissement de
tous les moyens d'autorité , j'ai maintenu le
Royaume , non pas , il s'en faut bien , dans
le calme que j'eusse désiré , mais dans un
état de tranquillité suffisant pour recevoir le
bienfait d'une liberté sage et bien ordonnée :
enfin , malgré notre situation intérieure généralement
connue , et malgré les orages
politiques qui agitent d'autres Nations , j'ai
conservé la paix au dehors , et j'ai entretenu
avec toutes les puissances de l'Europe les
rapports d'égards et d'amitié , qui peuvent
rendre cette paix durable. "
«Après vous avoir ainsi préservés des
( ΙΘΙ )
grandes contrariétés qui pouvoient si aisé .
ment traverser vos soins et vos travaux , je
erois le moment arrivé , où il importe à l'intérêt
de l'Etat que je m'associe d'une manière
encore plus expresse et plus manifeste
àl'exécution et à la réussite de tout ce que
vous avez concerté pour l'avantage de la
France. Je ne puis saisir une plus grande
occasion que celle où vous présentez à mon
acceptation , des Décrets destinés à établir
dans leRoyaume une organisation nouvelle ,
qui doit avoir une influence si importante
et si propice pour le bonheur de mes Sujets
et sur la prospérité de cet Empire. »
Vous savez , Messieurs , qu'il y a plus
de dix ans , et dans un temps où le voeu de
la Nation ne s'étoit pas encore expliqué sur
les Assemblées Provinciales , j'avois commencé
à substituer ce genre d'administration
à celui qu'une ancienne et longue habitude
avoit consacré. L'expérience m'ayant
fait connoîtreque je ne m'étois point trompě
dans l'opinionque j'avois conçue de l'utilité
de ces établissemens , j'ai cherché à faire
jouir dumême bienfait toutes les Provinces
de mon Royaume ; et pour assurer aux nouvellesAdministrations
la confiance générale,
j'ai voulu que les Membres dont elles devoient
être composées , fussent nommés librement
par tous les Citoyens. Vous avez
amélioré ces vues de plusieurs manières , et
laplus essentielle , sans doute , est cette sub
divison égale et sagement motivée , qui , en
affoiblissant les anciennes séparations de
Province à Province , et en établissant un
système général et complet d'équilibre ,
réunit davantage à un même esprit et à un
même intérêt toutes les parties du Royaume.
Eij
(102)
Cette grande idée , ce salutaire dessein vous
sont entièrement dûs ; il ne falloit pas moins
qu'une réunion de volontés de la part des
Représentans de la Nation ; il ne falloit pas
moins que leur juste ascendant sur l'opinion
générale , pour entreprendre avec confiance
un changement d'une si grande importance,
et pour vaincre , au nomde la raisonn ,, les résistances
de l'habitude et des intérêts particuliers
. »
« Je favoriserai , je seconderai par tous les
moyens qui sont en mon pouvoir , le succès
de cette vaste organisation , d'où dépend à
mes yeux le salut de la France ; et , je crois
nécessaire de le dire , je suis trop occupé
de la situation intérieure du Royaume ; j'ai
les yeux trop ouverts sur les dangers de tout
genre , dont nous sommes environnés , pour
ne pas sentir fortement que , dans la disposition
présente des esprits , et en considérant
l'état où se trouvent les affaires publiques
, il faut qu'un nouvel ordre de choses
s'établisse avec calme et avec tranquillité ,
ou que le Royaume soit exposé à toutes les
calamités de l'anarchie. »
» Que les vrais Citoyens y réfléchissent ,
ainsi que je l'ai fait , en fixant uniquement
leur attention sur le bien de l'Etat , et ils
verront que , même avec des opinions differentes
, un intérêt éminent doit les réunir
tous aujourd'hui. Le temps réformera ce qui
pourra rester de défectueux dans la colection
des lois qui auront été l'ouvrage de cette
Assemblée ; mais toute entreprise qui tendroit
à ébranler les principes de la Constitution
même , tout concert qui auroit pour
but de les renverser ou d'en affoiblir l'heureuse
influence , ne serviroient qu'à intro
( 103 )
duire au milieu de nous les maux effrayans
de la discorde ; et en supposant le succès
d'une semblable tentative contre mon peuple
et moi , le résultat nous priveroit , sans
remplacement , des divers biens dont un
nouvel ordre de choses nous offre la perspective.>>
" Livrons-nous done de bonne- foi aux espérances
que nous pouvons concevoir , et ne
songeons qu'à les réaliser par un accord
unanime. Que par- tout on sache que le Monarque
et les Représantans de la Nation sont
unis d'un même intérêt et d'un même voeu ;
afin que cette opinion, cette ferme croyance
répandent dans les provinces un esprit de
paix et de bonne volonté , et que tous les
citoyens , recommandables par leur honnêtetee,,
tous ceux quipeuvent servir l'Etat essentiellement
par leur zèle et par leurs lumieres
, s'empressent de prendre part aux
differentes subdivisions de l'Administration
genérale , dont l'enchaînement et l'ensemble
doivent concourir efficacement au rétablissement
de l'ordre et à la prospérité du
Royaume. »
Nous ne devons point nous le dissimuler;
il y a beaucoup à faire pour arriver à
cebut. Une volonté suivie , un effort général
et commun sont absolument nécessaires
pour obtenir un succès véritable. Continuez
donc vostravaux , sans autre passion que celle
du bien ; fixez toujours votre premiere attention
sur le sort du Peuple et sur la liberté
publique; mais occupez - vous aussi d'adoucir,
de calmer toutes defiances , et mettez fin ,
le plutôt possible, aux differentes inquiétudes
qui éloignent de la France un si grand nom
bre de ses Citoyens , et dont l'effet contraste
E ig
( 104 )
avec les lois de sureté et de liberté que vous
voulez établir. La prospérité ne reviendra
qu'avec le contentement général. Nous appercevons
par- tout des espérances ; soyons
impatiens de voir aussi par-tout le bonheur."
Un jour , j'aime à le croire , tous les
François indistinctement reconnoîtront Pavantage
de l'entière suppression des différences
d'Ordre et d'Etat , lorsqu'il est question
de travailler en commun au bienpublic,
à cette prospérité de la patrie qui intéresse
également tous les Citoyens , et chacun doit
voir sans peine que , pour être appelé dorénavant
à servir l'Etat de quelque manière ,
il suffira de s'être rendu remarquable par ses
talens ou par ses vertus .
En même temps néanmoins , tout ce
qui rappelle à une Nation l'ancienneté et la
continuité des services d'une race honorée ,
est une distinction que rien ne peut détruire
; et comme elle s'unit aux devoirs de
la reconnoissance , ceux qui , dans toutes les
elasses de la société aspirent à servir efficacement
leur patrie , et ceux qui ont eu déja
le bonheur d'y réussir , ont un intérêt à respecter
cette transmission de titres ou de
souvenir , le plus beau de tous les héritages
qu'on puisse faire passer à ses enfans . "
Le respect dû aux Ministres de la Religion
, ne pourra non plus s'éffacer ; et lorsque
leur considération sera principalement
unie aux saintes vérités qui sont la sauvegarde
de l'ordre et de la morale , tous les
Citoyens honnêtes , éclairés auront un égal
intérêt à la maintenir et à la défendre.
Sans doute , ceux qui ont abandonné leurs
privilèges pécuniaires , ceux qui ne forme
( 105 )
ront plus , comme autrefois , un Ordre politique
dans l'Etat , se trouvent soumis à
des sacrifices dont je connois toute l'importance
; mais j'en ai la persuasion , ils auront
assez de générosité pour chercher un dédommagement
dans tous les avantages publics
dont l'établissement des Assemblées Nationales
présente l'espérance.
J'aurois bien aussi des pertes à compter ,
si , au milieu des plus grands intérêts de
l'Etat , je m'arrêtois à des calculs personnels;
mais je trouve une compensation qui me
suffit une compensation pleine et entière dans
l'accroissement dubonheur de la Nation , et
c'est du fond de mon coeur que j'exprime
ici ce sentiment.
H Je défendrai donc , je maintiendrai la
liberté constitutionnelle , dont le voeu général
, d'accord avec le mien , a consacré les
principes . Je ferai davantage , et , de coneert
avec la Reine , qui partage tous mes
sentimens , je préparerai de bonne heure
l'esprit et le coeur de mon fils au nouvel ordre
de choses que les circonstances ont
amené. Je l'habituerai , dès ses premiers ans ,
à être heureux du bonheur des Francois ,
et à reconnoître toujours , malgré le langage
des flatteurs , qu'une sage Constitution le
préservera des dangers de l'inexpérience ,
et qu'une juste liberté ajoute un nouveau
prix aux sentimens d'amour et de fidélité ,
dont la Nation , depuis tant de siècles
donne à ses Rois des preuves si touchantes . "
" Je ne dois point le mettre en doute ; en
achevant votre ouvrage , vous vous occuperez
sûrement avec sagesse et avec candeur
de l'affermissement du pouroir exécutif ,
cette condition sans laquelle il ne sauroit
E
( 106 )
exister aucun ordre durable au- dedans niaucune
considération au- dehors . Nulle défiance
ne peut raisonnablement vous rester ;
ainsi il est de votre devoir , comme Citoyens
et comme fideles Représentans de la Nation,
d'assurer au bien de l'Etat et à la liberté
publique cette stabilité qui ne peut dériver
que d'une autorité active et tutélaire. Vous
aurez sûrement présent à l'esprit que , sans
une telle autorité , toutes les parties de votre
systême de Constitution resteroient à-la- fois
sans lien et sans correspondance ; et en vous
occupant de la liberté que vous aimez et que
j'aime aussi , vous ne perdrez pas de vue que
le désordre en administration, en amenant
la confusiondes Pouvoirs , dégénère souvent ,
par d'aveugles violences , dans la plus dangereuse
et la plus alarmante de toutes les
tyrannies. "
Ainsi , non pas pour moi , Messieurs ,
qui ne compte point ce qui m'est personnel
près des lois et des institutions qui doivent
régler le destin de l'Empire, mais pour le
bonheur même de notre Patrie , pour sa prospérité
, pour sa puissance , je vous invite à
vous affranchir de toutes les impressions du
moment , qui pourroient vous détourner de
considérer dans son ensemble ce qu'exige un
Royaume tel que la France , et par sa vaste
étendue , et par son immense population ,
et par ses relations inevitables au dehors. د
Vous ne négligerez point non plus de
fixer votre attention sur ce qu'exigent encore
des Législateurs , les moeurs , le caractère
et les habitudes d'une Nation devenue trop
célebre en Europe par la nature de son esprit
et de son génie , pour qu'il puisse paroître
indifférent d'entretenir ou d'altérer en
( 107 )
elle les sentimens de douceur , de confiance
étdebontéquilui ontvalutant de renommée . "
Donnez lui l'exemple aussi de cet esprit
de justice qui sert de sauve -garde à la
propriété , à ce droit respecte de toutes les
Nations , qui n'est pas l'ouvrage du hasard ,
qui ne dérive point des privileges d'opinion ,
mais qui se lie étroitement aux rapports les
plus essentiels de l'ordre public et aux premières
conditions de l'harmonie sociale. "
« Par quelle fatalité , lorsque le calme
commençoit à renaître , de nouvelles inquiétudes
se sont- elles répandues dans les Provinces
! par quelle fatalité s'y livre-t-on à
de nouveaux excès ! Joignez - vous à moi pour
les arrêter , et empêchons de tous nos efforts ,
que des violences criminelles ne viennent
souiller ces jours où le bonheur de la Nation
se prépare. Vous qui pouvez influer par tant
de moyens surla confiance publique , éclairez
sur ses véritables intérêts le Peuple qu'on
égare , ce bon Peuple qui m'est si cher , et
dont on m'assure que je suis aimé , quand
on veut me consoler de mes peines. Ah ! s'il
savoit à quel point je suis malheureux à la
nouvelle d'un injuste attentat contre les fortunes
, ou d'un acte de violence contre les
personnes , peut-être il m'épargneroit cette
douloureuse amertume ! »
« Je ne puis vous entretenir des grands
intérêts de l'Etat , sans vous presser de vous
occuper , d'une manière instante et définitive,
de tout ce qui tient au rétablissement
de l'ordre dans les finances , et à la tranquillité
de la multitude innombrable de Citoyens
qui sont unis par quelque lien à la
fortune publique. Il est temps d'appaiser
toutes les inquiétudes; il esttemps de rendre
Eoj
( 108 )
2
à ce Royaume la force de crédit à laquelle
il a droit de prétendre. Vous ne pouvez pas
tout entreprendre à -la-fois : aussije vous invite
à réserver pour d'autres temps une partie
des biens dont la réunion de vos lumières
vous présente le tableau ; mais quand
vous aurez ajouté à ce que vous avez déja
fait , un plan sage et raisonnable pour l'exercice
de la justice , quand vous aurez assuré
les bases d'un équilibre parfait entre les revenus
et les dépenses de l'Etat ; enfin , quand
vous aurez achevé l'ouvrage de la Constitution
, vous aurez acquis de grands droits à
lareconnoissance publique ; et , dans la continuation
successive des Assemblées Nationale
, continuation fondée dorénavant sur
cette Constitution même , il n'y aura plus
qu'à ajouter d'année en année de nouveaux
moyens de prospérité à tous ceux que vous
avez déja préparés. Puisse cette journée , où
votre Monarque vient s'unir à vous de la
manière la plus franche et la plus intime
être une époque mémorable dans l'histoire
de cet Empire ! Elle le sera , je l'espère , si
mes voeux ardens , si mes instantes exhortations
peuvent être un signal de paix et de
rapprochement entre vous. Que ceux qui
s'éloigneroient encore d'un esprit de concorde
, devenu si nécessaire , me fassent le
sacrifice de tous les souvenirs qui les affligent
, je les paierai par ma reconnoissance
et mon affection. Ne professons tous , à
compter de ce jour , ne professons tous , je
vous en donne l'exemple , qu'une seule opinion
, qu'un seul intérêt , qu'une seule volonté
, l'attachement à la Constitution nouvelle
, et le desir ardent de la paix , du
bonkeur et de la prospérité de la France.
( 109 )
Réponse de M. le Président.
2
L'Assemblée Nationale voit avec laplus
vive reconnoissance , mais sans étonnement ,
la conduite confiante et paternelle de Votre
Majesté. Négligeant l'appareil et le faste du
Tróne , vous avez senti , Sire que pour
convaincre tous les esprits , pour entraîner
tous les coeurs , il suffisoit de vous montrer
dans la simplicité de vos vertus. Et lorsque
Votre Majesté vient au milieu des Représentans
de la Nation contracter avec eux
l'engagement d'aimer , de maintenir , et de
défendre la Constitution et les Lois , je ne
risquerai pas , Sire , d'affoiblir , en voulant
les peindre ,les témoignages de la gratitude ,
du respect et de l'amour que laFrance doit
au patriotisme de son Roi , mais j'en abandonne
l'expression au sentiment sûr , qui ,
dans cette circonstance , saura bien lui seul
inspirer les François . »
Plus d'une fois des applandissemens universels
, pardonnables au sentiment le plus
légitime , avoient interrompu le Discours
de S. M. Ils se répétèrent à sa sortie. M. le
Président l'accompagna jusqu'à la porte. La
Députation qui le reconduisoit au Château ,
trouva la Reine se promenant sur la Terrasse
avec M. le Dauphin . « Je partage , lui dit
cette Princesse , tous les sentimens duRoi.
« Voici mon fils ; je l'entretiendrai sans
• cesse des vertus du meilleur des Pères , et
de l'amour de la liberté publique , dont
« j'espère qu'il sera le ferme appui. »
Le premier voeu de l'Assemblée fut celui
qu'exprima M. de Clermont - Tonnerre , de
témoigner à S. M. la reconnoissance du
Corps Législatif, par une Adresse'de remer(
110)
cimens . On décréta la même démarche auprès
de la Reine ; 60 Membres présentèrent
le soir même cette Adresse à LEURS MAJESTÉS
.
Le spectacle auguste et touchant que nous
venons de rendre , fut suivi d'un autre tableau
. On n'étoit pas encore revenu de la
première impression du Discours de S. M.
de ce Discours , qui est l'histoire pathétique
du passé , du présent , et l'espérance
de l'avenir , que M. Goupil de Préfeln demanda
qu'à l'instant , tous les Députés prétassent
le serment civique. Immédiatement ,
sur l'avis de M. Emery , il fut décidé de
repousser de l'Assemblée ceux qui refuseroient
cette prestation . M. le Président donna
l'exemple ; il ouvrit la cérémonie , monta à
la Tribune et dit :
" Je jure d'être fidèle à la Nation , à la
• Loi , au Roi , et de maintenir de tout mon
- pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblée
Notionale , et acceptée par le
Roi. "
Cette formule servit à tous : les Tribunes ,
les Galeries , peuplées de personnes des deux
sexes , se joignirent à cette adhésion religieuse
, en levant les mains. M. le Gardedes
-Sceaux , en sa qualité de Député , prêta
le même serment. Puisse - t-il remplir les
vues du Chef de la Nation et de ses Représentans
, et en imposer à tous ceux qui tenteroient
de troubler la liberté ou la paix
publique !
DU VENDREDI 5 FÉVRIER.
Les Membres qui n'avoient pas été présens
à la Séance d'hier , se sont empressés
111
de prêter le serment civique , dont la formule
a été répétée.
M. le Président a rendu compte de la
- Députation qui avoit été envoyée la veille
vers le Roi et la Reine. Voici les deux Discours
qu'il a prononcés et la réponse de
Leurs Majestés :
"
SIRE ,
Nous venons offrir à Votre Majesté les
premiers fruits de son patriotisme et de ses
vertus. "
L'oubli de toutes les divisions , le concert
de toutes les volontés , la réunion de
tous les intérêts particuliers dans le seul
intérêt public; le serment solennel , prononcé
par tous les Représentans du Peuple François
, d'être fideles à la Nation , à la Loi ,
au Roi, à la Constitution ; les Citoyens en
foule , demandant leur association à ce pacte
auguste et saint : tels sont , Sire , les heureux
effets de votre présence à l'Assemblée
Nationale. Pourquoi faut-il que le coeurhumain,
juste et sensible de Votre Majesté ,
ait été privé de ce spectacle attendrissant !
Interprètes des voeux de la Nation , nous
devons l'être de sa reconnoissance. Daignez ,
Sire , en recevoir le tribut avec bonté. L'amour
et la confiance des Peuples sont les
vrais trésors des bons Rois. Jouissez - en ,
Sire , et que ce juste hommage de vos Contemporains
vous soit le sûr garant des bénédictions
que la postérité réserve à votre
mémoire. »
Réponse du Roi.
« Le prix que vous attachez aux sentimens
que je vous ai témoignés , m'est un nouveau
garant de la réunion de nos soins pour le
(112)
✓bien de la Patrie. J'espère que tous les bons
Citoyens , tous les vrais amis du Peuple , se
rallieront autour de moi pour consolider sa
liberté et son bonheur : le serment que vous
avez prêté , après m'avoir entendu , m'en
donne l'assuranee.
" Puisse cette heureuse conformité de nos
principes et de nos sentimens , assurer la
gloire et la felicite de la plus grande et de
Ja meilleure des Nations !
Discours de M. le Président à la Reine.
MADAME ,
L'Assemblée Nationale a recueilli avee
laplus vive et la plus douce reconnoissance ,
les paroles nobles et touchantes qui lui ont
été transmises de la part de Votre Majesté. »
«Dépositaire des espérances de la France
et du Trône , veillez , Madame , sur ce rejeton
précieux. Qu'il ait la sensibilité , l'affabilité
et le courage qui vous caractérisent !
Vos soins assureront sa gloire , et la France ,
dont vous aurez procuré le bonheur , en sentira
doubler le prix , en songeant qu'elle le
doit aux vertus de Votre Majesté. »
Réponse de la Reine.
• Messieurs , je suis bien sensible aux témoignages
de votre affection : vous avez lu
ce matin les expressions de mes sentimens ;
ils n'ont jamais varié pour une Nation que
j me fais gloire d'avoir aaddoptée en m'unissant
au Roi. Mon titre de mère en assure
pour toujours les liens. »
Ces Discours ont été vivement applaudis ,
et de la manifestation de ces sentimens ,
M. Malouet a pris occasion de dire : » Je ne
pensepas qu'il ne doive rester d'autres traces
(113)
de la Séance d'hier , que de stériles applaudissemens
. La demande du Roi a été déterminée
par de grands motifs ; il en doit résulter
nécessairement de grands effets. Je
demande que l'on délibère sur la demande
du Roi ; qu'une Séance soit consacrée à examiner
les principaux points de son Discours ,
et à recevoir les observations auxquelles il
pourra donner lieu. »
Cette ouverture a rencontré beaucoup
d'opposition ; on a réclamé l'ordre du jour.
M. Mulouet a insisté : M. de Biauzat , M.
d'Estourmel et d'autres ont objecté que
c'étoit concourir aux vues du Roi que d'aceélérer
la division du Royaume. L'ordre du
jour a été décrété. M. Malouet a annoncé
qu'il répéteroit sa Motion , et la rendroit
publique: elle l'est , en voici la substance :
Trois objets principaux , Messieurs ,
m'ont frappé dans le Discours du Roi. Sa
Majesté s'est associée d'une manière plus
intime aux travaux de l'Assemblée Nationale ,
à la Constitution , c'est-à-dire , que tous les
pouvoirs , toutes les forces de la Nation concourent
aujourd'hui à la même fin , qui est
la liberté , le bonheur de tous , l'empire
unique de la Loi. »
4 Dès - lors , Messieurs , toutes défiances
sont désormais contraires au but que vous
vous proposez , toutes les divisions , toutes
les exagérations , dangereuses. »
« Quel doit donc être le premier et le
plus salutaire effet de la déclaration du Roi ?
C'est de rétablir la confiance dans tous les
coeurs , comme elle doity porter l'espérance .
C'est d'étouffer tous les germes d'inimitié et
de ressentiment; c'est d'effacer les soupçons ,
et de faire disparoître au milieu de nous ,
( 114 )
les barrières qui nous séparent de la vraie
liberté , de son esprit , de ses principes et
de ses moeurs ; je veux parler de ces formes
inquisitoriales qui alarment une partie des
Citoyens , sans faire le bonheur d'aucun ; car
aucun de nous ne s'intéresse au bonheur des
mécháns .
"
"
Le second objet remarquable dans le
Discours du Foi , est la touchante exposition
des désordres qui affligent le Royaume ,
et la nécessite d'y pourvoir. Je sais que la
liberté vaut la peine d'être achetée ; mais
vous savez , Messieurs , que son plus illustre
défenseur , Rousseau , la croyoit trop payée
par le sang d'un seul Citoyen . Sans doute la
liberté commande des sacrifices ; mais ce
n'est pas celui de l'ordre , des moeurs , des
droits les plus sacrés de la Société. Les sacrifices
qu'elle exige , ceux qui lui sont utiles ,
participent au caractère auguste qui lui appartient
: elle ne retranche de nos jouissances
que pour y ajouter ; et ses bienfaits les plus
précieux sont toujours à côté des privations
qu'ellesollicite.-Maislalicence, Messieurs ,
les violences de la copidité , celles de l'orgueil
, de la vengeance , la violation de tous
les droits! Ah! tous ces fléaux , qui désolent
plusieurs de nos Provinces , ne sauroient être
les précurseurs nécessaires de la liberté des
François .... Et qu'il me soit permis de vous
le dire , Messieurs , il n'entre ici que des
hommages ; mais l'inquiétude est àla porte, et
cette Tribune doit être l'asvle de toutes les
vérités . Si le calme ne se rétablit promptement
, si les Lois éternelles de l'ordre et de
la justice sont plus long-temps méconnues ,
en vain vous en feriez de nouvelles . »
«Jamais l'autorité Royale , dans sa pureté ,
( 115 )
et l'excellent Prince qui en est dépositaire ,
ne vous ont été suspects. Ce sont les Agens
du Pouvoir exécutif que vous avez redoutés ;
ce sont leurs anciennes habitudes , leurs prétentions
, leurs usurpations que vous avez
voulu effacer , et cela est fait aujourd'hui.
Ma's convient- il à la Nation , à son bonheur
, à son repos , au succès de vos travaux ,
de prolonger cette nullité du Pouvoir exécutif;
et serions - nous excusables de le faire ,
lorsque le Chef Suprême de ce Pouvoir , se
plaît à montrer des dispositions aussi conforines
aux principes que vous avez consacrés
? - Non , Messieurs , je vous en conjure
au nom de la liberté même , ne nous permettons
pas de plus longs délais pour rétablir
l'action de la force publique. "
« Ici , je cherche les difficultés , j'appelle.
les objections , je demande ce que la prudence
nous conseille , ce que la nécessité des
circonstances commande ;j'examine enfin le
voeu de nos Commettans , leurs instances
répétées pour obtenir une autorité protectrice;-
par - tout je vois le nom du Roi
chéri et invoqué à côté de la liberté , dont
il est aujourd'hui le garant , comme il en
fut le premier promoteur ; par- tout je vois
le besoin de cette autorité , et la liberté
compromise si elle ne se manifeste. "
« La troisième partie du Discours du Roi ,
qui m'a paru solliciter toute votre attention ,
est ce que le Roi vous dit et vous conseille
sur l'état des Finances . "
Nous sommes aceablés de Mémoires et
de Projets sur les Finances , il en est peu ,
il n'en est point peut- être qui présente un
systême complètement admissible ; mais on
trouve , dans plusieurs , les notions et les
(116)
principes qui peuvent nous conduire à en
adopter un . »
Je sais que le Comité des Finances ,
livré à un travail infatigable , s'est constam
ment occupé de remplir la mission qui lui
est confiée ; mais je ne peux dissimuler mon
étonnement qu'il ne nous ait pas encore présenté
un état exact et précis de notre situation
et de nos ressources . »
D'après ces considérations , M. Mulouet a
proposé le Projet de Décret suivant :
1º. L'Assemblée Nationale supplie le Roi
de donner tous les ordres et de prendre les
mesures les plus efficaces pour la protection
des propriétés et la sureté des Citoyens. »
2º. L'Assemblée Nationale ordonne , en
conséquence , que tous les Corps Administratifs
et Militaires exécutent ponctuellementles
ordres qui leur seront adressés par Sa
Maj. contresignés par un Secrétaire d'Etat. >>>
3 °. L'Assemblée Nationale déclare que
toute résistance aux ordres du Roi , ou leur
inexécution non motivée sur la violation
constatée des Décrets constitutionnels , seront
punies comme forfaiture , et que toute
insubordination dans l'Armée de terre et
de mer doit être jugée et punie conformément
aux Ordonnances Militaires .
4°. L'Assemblée Nationale , indissolublementunie
à la Constitution et au Roi , par le
serment que tous ses Membres ont renouvelé,
n'ayant plus rien à craindre pour la liberté
publique , qui est désormais sous la garde
duMonarqueet du Peuple François , révoque
etabolit son Comité des Recherches , et tous
ceux qui pourroient être établis dans differentes
Villes du Royaume.
5°. L'Assemblée Nationale ordonne à son
( 117 )
Comité des Finances , de lui rendre compte
incessamment du déficit des impulsions dans
Les six derniers mois de 1789 , et des moyens
d'assurer la balance des dépenses et des recettes,
Sur l'avis de M. l'Abbé Grégoire , on a
décrété que le Comité des Rapports , et tous
les Comités seroient autorisés à répondre
aux Lettres qui leur sont adressées , après
avoir consulté les Députés des Départemens
intéressés .
M. Sage , Physicien célèbre , renonçant
aux honoraires de 6000 liv. que le Gouvernement
lui accorde annuellement , promet
de continuer gratuitement ses leçons , ses
cours et ses travaux sur la Minéralogie ; il
ajoute , au sacrifice de son temps , le présent
de sa Bibliothèque , valant 15,000 liv. et
enfin il prend l'engagement de compléter
le Cabinet Minéralogique de la Monnoie ,
quoique la dépense à faire pour cet objet soit
au moins de 30,000 liv .
M. le Président a été chargé d'écrire une
Lettre de remercîment à M. Sage.
DIVISION DU ROYAUME.
MM. Gossin et Dupont ont repris succinetement
la suite des Rapports sur la division
duRoyaume.
L'Assemblée a décrété la division du Dés
partement de Caen , dont cette ville sera le
chef-lieu , en six Districts : Caen , Bayeux ,
Lire, Falaise, Lisieux et Fort-l'Evêque.
Celle du Département de la Basse-Auvergne
en 8 Districts , dont les chef-lieux ,
ainsi que celui du Département , seront
incessamment fixés par les Députés du Département,
( 118 )
Celle du Département du Gévaudan , dont
Mendes sera provisoirement le chef-lieu , en
sept Districts.
Celle du Département de l'Albigeois , dont
Castres provisoirement sera le chef-lieu , en
cinq Districts ; Castres alternera avec Alby
et Lavaur.
La division du Département de Besançon ,
dont cette Ville sera le chef-lieu , a été décrétée
en six Districts .
Le Département d'Aval , dont le chef- lieu
alternera entre Lons - le - Saulnier , Dole ,
Salins et Foligny , sera divisé en six Districts ;
et le lieu de l'Election , pour le Département
et l'Assemblée Nationale , invariablement
fixé à Arbois .
M. Demeunier a parlé avec chaleur pour
obtenir l'établissement d'un septième District
à Nozeroi, lieu de sa naissance ; il a
principalement fondé sa demande sur des
motifs d'utilité publique. MM . les Députés
du Département d'Aval ont proposé la question
préalable , qui a été adoptée.
LeDépartement de Vesoul , qui aura cette
ville pour chef-lieu , sera divisé en six Districts.
ceCo-
M. Treilhard a proposé , au nom du Comité
Ecclésiastique , trois Projets de Décret.
Le premier , ponctuellement adopté , porte
sur l'adjonction de 15 personnes à
mité ; le second , tendant à obliger tous les
Bénéficiers d'envoyer , sous quinzaine , la
Déclaration du nombre et du titre de leurs
benéfices , ainsi que des pensions qu'ils possèdent
, à quelque titre que ce soit, et sous
peine d'être déchus desdits bénéfices et
pensions.
Personne n'a parlé contre le fond de ce
( 119 )
Décret ; mais les accessoires et la rédaction
ont engagé une très-longue discussion.
M. l'Abbé de Barmand s'est élevé contre
la clause comminatoire qu'il a représentée
comme injurieuse aux Ecclésiastiques , et
contre le terme des déclarations : Je ne
possède aucun bénéfice , a- t- il dit , et c'est
le titre avec lequel je viens défendre les
bénéficiers. Il en est d'étrangers , d'absens ,
de malades . Comment pourront-ils satisfaire
à votre Décret , dans un délai aussi
court que celui qu'on vous propose ? Il doit
être au moins prolongé à un mois. »
Un très-grand nombre de Députés s'empressoient
d'appuyer ces observations , lorsqu'un
Membre a avancé que plusieurs Curés
l'avoient chargé de leurs déclarations , que
possédant des Cures de 18 à 19 cents liv. ,
ils n'en avoient déclaré que 4 ou 5 cents ;
qu'il avoit cru devoir leur renvoyer ces declarations
en leur disant que ce n'étoit pas
ainsi qu'on trompoit la Nation .
Cette assertion , qui n'a pas été discutée ,
a néanmoins fait décréter la clause comminatoire.
Un Membre , Bénéficier de l'Ordre de
Malthe , venoit de demander que cette espèce
de bénéfices fût aussi soumise aux déclarations
. Ceux de Saint- Lazare y ont été
ajoutés , et aussi les Chanoinesses qui ont
des pensions sur les bénéfices ou sur les
économats.
Un dernier amendement a été élevé par
M. de Cazalès ; il a demandé que les déclarations
fussent envoyées par les Municipalités
. M. de Rochebrune a vigoureusement
appuyé cette opinion : « Comment , s'est-il
- écrié , une infidélité de la poste , un paquet
( 120 )
« égaré , pourront faire décheoir un honnête
« Ecclésiastique de ses revenus !
Une foule d'amendemens et de sous - amendemens
plus ou moins infructueux , flottoient
dans la discussion. Enfin , celui de
M. de Cazalès a surnagé. On l'a combattu
encore , refuté , puis adopté en ces termes :
" Les déclarations seront reçues sans frais ,
et renvoyées à l'Assemblée dans la huitaine
de l'expiration du délai , par les Municipalités
des Villes les plus voisines du lieu de
la résidence des Bénéficiers . "
M. Treilhard a proposé en troisième lieu de
décréter dès- à-présent , que dans toutes les
Municipalités où il y auroit deux Maisons
Religieuses du même Ordre , il en seroit
supprimé une ; que dans celles où il y en
auroit trois , il en seroit supprimé deux , et
trois dans celles où il s'en trouveroit quatre ;
la ville de Paris déclareroit dans huique
taine , et les Assemblées de Département
immédiatement après leur formation , quelles
étoient celles de ces Maisons qu'elles entendoient
conserver.
Cette proposition a été adoptée.
DU SAMEDI 6 FÉVRIER.
MM. Gossin , Dupont et de Cernon ont
continué le Rapport de la Division du Royaume.
Le Département de Bordeaux se divisera
en sept Districts , Bordeaux , Libourne ,
Bazas , la Réolle , Cadillan , Bourg ou Blaye,
et Lesparre.
Le Département d'Aunis et Saintonge
en sept Distriets : la Rochelle , Saint-Jean-
'Angeli , Rochefort , Marenne , Xaintes et
Ponts. Kaintes sera provisoirement le Chefdien.
Les
( 121 )
Les contestations renvoyées à l'Assemblée
des Electeurs .
Le Département de Vermandois et Soissonnois
en six Districts : Laon , Soissons ,
Château-Thierry, Chauny,S. Quentin, et Puy.
"
M. le Président a fait lecture d'une lettre
de M. d'Antraigues qui , étant indisposé ,
envoye son serment : « Je ne regarderai jamais
comme une infraction à ce serment ,
dit- il en terminant sa lettre ,la liberte
« d'exposer par écrit les imperfections de
la Constitution , pour en préparer la réforme
aux Legislatures suivantes . "
"
et
Cette restriction a excité de violentes ra
meurs dans une partie de l'Assemblée. L'on
a demandé que la Lettre fût renvoyée à son
Auteur. A ces mots , M. Malouet a abordé
le principe de la question .
« Censurer , par un Décret , a- t- il dit ,
l'observation dont il s'agit , seroit porter
uue atteinte à la liberté Nationale. Il doit
être permis à tout Citoyen d'écrire ses idées
sur la Constitution ; il est même nécessaire
que l'opinion publique éclaire le Législateur.
Je crois que la censure qu'on vous demande,
feroit dans les Provinces et dans la capitale
une impression extrêmement défavorable. »
M. Charles de Lameth a abandonnéle príucipe
, pour suivre une application personnelle
à M. d'Antraignes : il paroît , a- t- ildit ,
que les scrupules deM. le Comted' Antraigues
prennent leur source dans sa solicitude pour
la chose publique. On y reconnoît le caractère
d'un honime, qui s'est montré si solennellementopposéà
tous vos principes et à luimême.
On ne peut lui ôter la liberté d'écrire
contre la Constitution ; mais ce n'est pas à
l'Assemblée à l'y autoriser. Lorsque sa santé
Nº . 7. 13 Janvier 1790. F
(122 )
sera rétablie , qu'il vienne prêter le même
serment que nous avons tous prêté.
Trois lettres semblables ont été annoncées
de la part de MM . de Chailloué , de Bouville
et le Vicomte de Mirabeau . « Je ne puis ,
dit ce dernier , jurer de maintenir toujours ,
de tout mon pouvoir , la Constitution que
nous formons . Ce seroit jurer de m'opposer
de tout mon pouvoir au droit de la Nation,
qui peut toujours réformer sa Constitution.
Ce seroit préférer un Décret de l'Assemblée
Nationale , sanctionné par le Roi , à la volonté
de la Nation. " Personne n'a demandé
quecette lettre fût renvoyée à M. de Mirabeau ;
mais personne ne lui a répondu.
Le principe fondamental est demeuré
non jugé. Cependant en ce moment il seroit
spécialement à désirer qu'il fût donné une
interprétation à la formule d'un serment ,
auquel tous les Citoyens sont appelés , et
dont on pourroit tirer des conséquences
aussi nuisibles à la liberté , que le but et l'esprit
du serment doivent lui être utiles,
L'on a décidé simplement qu'on passeroit
à l'ordre du jour.
M. le Brun , Membre du Comité des Finances
, a fait ensuite un rapport sur la
ré duction à faire dans les dépenses de chaque
Département. Il a annoncé une réduction
de vingt millions sur le Département de la
Guerre , d'un million cinq cents mille livres
sur le Département de la Marine , de trois
millions quatre cents mille livres sur les
Maisons des Princes , enfin une réduction
d'un million sur le Département des Affaires
Etrangères. Il est entré dans les détails de
la réduction que devoit supporter ce dernier
Département , et il a fiai par proposer
( 123 )
un Projet de Décret , qui fixe ponr l'année
1790 les dépenses du Département des Affaires
Etrangères à la somme de six millions
sept cents mille livres , et pour le premier
Janvier 1791 , les dépenses du même
Département à la somme de six millions
trois cents mille livres .
Plusieurs observations de détail ont été
faites sur les fixations de ce Rapport ; M.
Dupont de Nemours a pris la parole :
Ce n'est pas , a-t- il dit , par des minuties
qu'un grand Empire parviendra à se
régénérer. Pendant que ces détails vous absorbent
, vous risquez de perdre vos ressources
et votre Constitution. »
« Depuis l'opération du 19 Décembre , dont
vous attendiez votre salut , votre état est
empiré.>>
Vous avez crée une Caisse de l'Extraordinaire
, et rien n'y a été versé. "
"Il ne faudra pas négliger ces détails d'économie
en 1791 ; mais il est instant de pourvoir
sans aucun délai aux besoins de1790. «
que ces
Craignez que vos ressources extraordinaires
n'arrivent pas à temps. Vous avez
refusé de prononcer sur un point constitutionnel,
sur le sort devotre Clergé, sur laplacé
Officiers publics occuperont dan
un systême général. Eclairez par cette rés
solution lesressources que vous pourrez tire
des biens Ecclésiastiques. Vous ne savez par
encore le sens de votre Décret sur les
dimes. Seront-elles rachetées ou non ? Les
biens Ecclésiastiques séparés des dimes nes
suffisent pas à l'entretien du Glergé.
" Mais il ne suffira pas d'avoir décrété
la vente de tant de domaines . Ne vous exposez
pas au danger où se trouve la Répu
Fij
(124)
blique Américaine ; elle subsiste par des
ventes de domaines ; elle n'a pas de force
publique , et si elle n'étoit séparée de l'Europe
par la mer , elle seroit journellement
menacée de sa ruine. Il faut des impositions
. Les Gabelles , les Aides ne sont pas
remplacées ; c'est un objet de 140 millions ,
et si les dîmes ne sont pas rachetées ou
perçues , c'est 240 millions de revenu qui
vous manqueront. "
K Je demande que vous ne cessiez deyous
occuper des points constitutionnels qui
tiennent aux Finances ; que vous déterminiez
l'état des Ecclésiastiques , les fonds
nécessaires à leur traitement , les ressources
que vous pouvez tirer des biens du Clergé ,
le remplacement des revenus suspendus , ou
de ceux qui doivent être supprimés . "
M. Ræderer : « Un autre de nos malheurs
est le défaut de circulation. Le discrédit
des billets de Caisse en est la cause , et
il provient du non placement des assignats
qui doivent payer la Caisse d'Escompte , etla
mettre en état d'ouvrir ses payemens , en retirant
ce numéraire fictif , qui s'avilit par sa
multiplicité. C'est pourn'avoirpoint déterminé
les biens qui seroient mis en vente , que le
cours des assignats reste suspendu. "
« Le Trésor public qui doit recevoir ,
jusqu'au premier Juillet , 80 millions en
billets de la Caisse d'Escompte , verse tous
les jours ces billets dans la circulation ; les
effets perdent 3 ou 4 pour 100 , ils perdront
ncessamment 5 pour 100. "
- Je demande que Mardi l'on prenne une
résolution relative au régime Ecclésiastique
en général , et à la disposition des biens
( 125 )
dont on n'a jusqu'ici décrété que la disponibilité.
»
M. de Virieu : « Il est impossible d'exécuter
une détermination sur les biens Ecclésiastiques
, sans le secours des Administrations
Provinciales . Je demande qu'on s'occupe
sans relâche de la division du Royaume. "
Il est décrété qu'il y aura une Séance tous
les soirs , et même le Dimanche , pour terminer
cet objet .
Le rapport du Comité des Finances est
ajourné à Vendredi.
Enfin , sur l'avis de M. Treillard , il est
encore décrété
"
- Que le Comité Ecclésiastique présentera
incessamment le plan de constitution et
"d'organisation du Clergé , ainsi que ses
4 vues sur le sort des Titulaires actuels . "
DU SAMEDI 6 FÉVRIER, SÉANCE DU
SOIR.
A la suite de la lecture de nombre d'Adresses
et de l'annonce de différens dons
patriotiques , M. le Chapelier a proposé un
Décret Judiciaire sur la nouvelle Chambre
des Vacations de Rennes , conforme à celui
rendu contre les premiers Magistrats du
même Parlement , que nous vîmes le mois
dernier à la Barre de l'Assemblée .
Cette conformité a paru à M. de Cazalès
un titre d'adoption en faveur du Décret.
« Cependant , a-t- il ajouté, il me seroit aisé
de prouver qu'il n'existe ici aucun délit.
Tout Citoyen est maître de rentrer dans
la vie privée , et de résiguer ses fonetions
" publiques ; ou la liberté est méconnue .
44
4
4
Laisserez - vous , d'ailleurs , sans animadversion
, la conduite de la Municipalité de
:
Fiij
(126 )
1
41
Rennes , qui fait garder chez eux , et jusques
dans leur appartement , onze Citoyens
nonprévenus de délit , non décrétés , non
« jugés ? Aurions -nous done changé le despotisme
Ministériel conte le despotisme
• Municipal? Je demande que , poursuivant
la tyrannie par-tout où elle se trouve ,
" l'Assemblée fasse rendre la liberté aux
Magistrats de Rennes , et blâme la Muni-
- cipalité. »
M. le Chapelier a repris la parole , pour
exposer que la désobeissance des Magistrats ,
àl'instant où une partie de la Garde Nationale
étoit allée defendre les foyers de la
Noblesse , la fermentation générale , la sureté
même des onze Magistrats ,légitimoient leur
détention.
८
11
Aune grande Majorité , il a été décrété
que les ci-devant Juges appelés pour commposer
la Chambre des Vacations , dernièrement
nommée en Bretagne , ne seront
admis à exercerles droits de Citoyens actifs ,
que lorsque , sur leur Requête , présentée
« au Corps Legislatif, ils en auront obtenu
la permission. »
"
"
Le Châtelet de Paris a été admis à prêter
le serment civique dans l'Assemblée .
M. Faydet, Député du Quercy , a redemandé
toute l'attention de l'Assemblée sur
les horreurs dont cette Province est le
théâtre. On y a poussé l'oubli de toute humanité
, de tonte morale , de tout respect
humain , jusqu'à détetrer le cadavre d'un
Gentilhomme mort il y a trois mois , pour
en briser et profaner les ossemens .
Cette violation des sépultures , sacrées
même pour les Sauvages les plus voisins de
l'état de nature , ce récit de M. Faydel ,
( 127 )
l'annonce qu'il a faite du refus de payer la
Capitation dans le Quercy , ont néanmoins
excité des clameurs .
M. Emery a prétendu que si chacun entretenoit
l'Assemblée des mouvemens de sa
Province , et de l'histoire de ses Correspondances,
on perdroit un temps précieux , et qu'il
falloit renvoyer ces details au Comité des
Rapports.
Cette sécurité de M. Emery a excité
la plus violente improbation . L'Assemblée ,
en adoptant le renvoi au Comité , a ordonné
qu'il rendroit compte de l'affaire, Lundi à 2
heures.
La démarche et le Discours du Roi
ont excité dans le Public de la Capitale
le même enthousiasme qu'à l'Assemblée
Nationale. Le soir même , l'Hôtel-de-
Ville étant assemblé , M. Bailly proposa
d'envoyer à S. M. les témoignages
du respect et de l'affection de la Com
mune , par une Députation spéciale.
D'une voix unanime cet avis fut adopté ;
on l'exécuta le lendemain , et 60 Députés
se rendirent au Château des Tuileries .
Samedi , la Reine reçut le même hommage.
La Séance de la Commune , le 4 au
soir , fut encore très - remarquable par
la prestation générale du Serment Civique.
M. le Maire en prononça la formule;
elle fut juréé par chaque Membre
de l'Assemblée appelé nominativement ;
Fiv
( 128 )
ensuite les Spectateurs imitèrent cet
exemple: enfin , on proposa d'y admettre
lamultitude rassemblée sur la place. Du
perron de l'Hôtel-de-Ville , M. Bailly
répéta le Serment ; on l'écouta en silence
, et le Peuple y adhéra avec des
acclamations de vive leRoi et la Nation.
Au nombre des Discours prononcés
dans cette Séanee , il y en eut de M.
Abbé Fauchet , qui employa toutes les
forces de la rhétorique , et l'emphase du
panégyrique , pour faire décerner à M.
Bailly le titre de Municipe Général de
toutes les Communes du Royaume ;
et à M. de la Fayette , celui de Frère
d'Armes de toutes les Gardes Nationales
. Cette grande idée, très-mal accueillie
, fut repoussée par des sentimens
énergiquement exprimés .
De l'Assemblée et de l'Hôtel-de-Ville ,
la cérémonie du Serment a passé dans
tous les Districts , où elle s'est faite avec
plus ou moins de solennité. Dans la soirée
du 4 , la Ville fut illuminée ; Dimanche
prochain , on chantera un Te
Deum à Notre-Dame.
Le Serment Civique deviendra sans
doute général dans le reste du Royaume.
Il aura des effets propices , s'il pénètre
chaque Citoyen de l'obéissance complète
qu'il doit à la Constitution . Nous
n'avons cessé de prêcher cette soumission
à ceux que pouvoient bercer encore
de chimériques espérances . La Loi
( 129)
est faite, leur disions-nous , on ne peut
y contrevenirsansdélit; et, latrouva-t-on
défectueuse , ou détestable , il faut en
reconnoître l'empire , ou s'exiler. Personne
ne doit opposer sa volonté particulière
à celle de la Majorité du Corps
Législatif, légalement déclarée , et consacrée
par le Roi. Toute infraction
toute résistance active , tout projet exécuté
contre la Loi , deviendroit une révolte
et un parjure. Dans les terribles
circonstances où nous sommes , chacun ,
d'ailleurs, doit se convaincre que la moindre
violation fourniroit un prétexte aux
excès et aux persécutions. Il ne paroît
pas qu'il puisse rester deux avis à ce
sujet. Quelques Personnes ont refusé leur
adhésion à la dernière partie du Serment
qui oblige chacun à maintenir de tout
son pouvoir la Constitution : ils trouvoient
cette clause trop vague , par conséquent
dangereuse , et contraire aux
droits du Citoyen et de la Nation.
M. Bergasse , en particulier , a developpé
cette opinion dans une Lettre
éloquente et énergique à M. le Président
de l'Assemblée Nationale. Il y
énonce , sans détour , les vices qu'il impute
à la Constitution , non achevée.
Ces objections contre la seconde partie
du serment furent alléguées Lundi dernier
dans l'Assemblée Nationale par
ceux des Membres qui n'avoient pas
encore prêté le serment. M. le Prési-
Fo
1
( 130 )
dent expliqua qu'il ne pouvoit prévaloir
contre le droit National de réformer
la Constitution , et d'après cette explication
, MM. de Bouville , de Chailloué
, de Saint- Simon , d'Argenteuil
et le Vicomte de Mirabeau prêtèrent
le serment . M. d'Antraigues et M. Bergasse
, malades , n'ont pas paru à l'Assemblée.
Il nous semble qu'il ne peut
leur rester de scrupules ; car , non-seulement
, aucun serment ne peut attaquer
le droit imprescriptible de la Nation
, nile droit individuel de ceux qui
la composent , de parler , d'écrire sur
la Constitution , d'en discuter les Lois
sans les patrager , parce que l'outrage
est undélit , ni en un mot d'user de la prérogative
consacrée par la Déclaration
des Droits , de faire servir la raison publique
à celle du Législateur. Les Citoyens
sages enchaînent leur obéissance
auxDécrets dela Puissance Nationale;des
esclaves seulsenchaînent leur conscience
et leur jugement .
Onda entendu les différens témoins
appelés dans l'affaire de M. de Favras ,
sur le Jugement interlocutoire du Châ
telet . Le premier a été M. le Comte de
la Châtre , dont la déposition est
infidèlement rapportée dans plusieurs
Feuilles publiques : nous en donnerons
une copie authentique.
2
Je déclare que j'ai connu M. le Marquis
de Favras lorsqu'il servoit dans la Garde
( 131 )
Suisse de Monsieur, frère du Roi; je l'ai
perdu de vue depuis le moment où il a
quitté ce Corps ( en 1776) jusqu'à celui de
l'ouverture del'Assemblée Nationale. Depuis
cette époque , je l'ai rencontré plusieurs fois
dans les Cours et Galeries de la Salle de
l'Assemblée à Versailles ; il m'y a parlé de
Projets de Finances , m'a demandé de venir
en causer chez moi , mais il n'a pu m'y lire
ses Plans : les évènemens des 5 et 6 Octobre
ayant nécessité le départ du Roi pour Paris ,
M. de Favras est venu peu de temps après
m'y trouver , et m'y lire une Motion en Finance
, qu'il me dit avoir concertée avee
M. le Comte de Mirabeau , qui pourroit la
faire le lendemain à l'Assemblée. Il revint
une autre fois pour me dire qu'il avoit su
que Monsieur vouloit supprimer un abonnement
de deux places d'éleves , pour lesquelles
il avoit souscrit chez le sieur Bourdon de la
Crosnière ; que son fils en remplissoit une ,
et qu'elles coûtoient à Monsieur 5000 livres
par année. J'ignorois absolument ces faits ;
il m'ajouta qu'il desiroit que ce Prince voulût
bien convertir en pension sur la tête de son
fils , une partie du traitement qu'il faisoit
à son Maitre , afin de pouvoir continuer ses
études en Province. Je trouvai sa demande
raisonnable , et je promis de l'appuyer. »
« Depuis ce moment , M. de Favras est
venu souvent chez moi , je l'y ai reçu devant
toutes les personnes de ma connoissance , et
notamment devant M. Beauchéne , Membre
du Comité de Police de la Ville; il étoit
très-pressé de la conclusion de l'affaire de
son fils , pour envoyer sa famille en Auvergne
, et se rendre en personne dans le
Brabant ; je parvins enfin à obtenir ce qu'il
Fej
( 132)
desiroit. A-peu- près à cette époque , il vint
me dire qu'il avoit appris que Monsieur vouloit
vendre cent mille liv. de rentes viagères
qu'il avoit sur les trente têtes de Genève ,
que le marché fait à 900,000 liv. venoit de
manquer , qu'il se trouveroit heureux de
donner à Monsieur des preuves de son respect;
qu'il connoissoit des Banquiers Hollandois
qui prêteroient volontiers jusqu'à la
concurrence de deux millions; que par zèle
il avoit fait vis-à- vis d'eux les ouvertures
préliminaires ; je l'engageai à les revoir , et
à s'assurer de nouveau de leur bonne volonté
; il revint m'assurer qu'ils étoient prêts ;
alors j'eus l'honneur d'en parler à Monsieur,
qui me répondit précisément : « Il est vrai
८
que la vente de mes rentes viagères a
« manqué ; j'ai 1,200,000 liv. à payer d'ici
« au 1er Février prochain , je prendrai volontiers
les deux millions ; les 800,000 liv.
« restant serviront à mettre les payemens
de ma Maison au courant; traitez cette
« affaire avec M. de Favras . » Je demandai
la permission de ne point m'en charger ; en
conséquence , Monsieur écrivit à son Trésorier:
il vint prendre ses ordres le lendemain ;
Monsieur me l'envoya ensuite ; il trouva chez
moi M. de Favras . Ils n'y traitèrent point
l'affaire , mais ils convinrent d'un rendezvous
pour le soir : je n'y assistai point ; et
depuis ce moment , je n'en ai plus entendu
parler , jusqu'au jour où M. de Favras a été
arrêté et constitué prisonnier. Je déclare que
dans les différentes conversations que j'ai
eues avec M. le Marquis de Favras , il ne
m'a entretenu que de ses affaires personnelles
et de celle de l'emprunt , et qu'il ne
m'a rien dit qui puisse m'empêcher de le
1
( 133 )
regarder comme un homme d'honneur et un
bon Citoyen. "
Cette deposition finie , M. de Favras demanda
la permission de parler , pour dire
que la déposition de M. de la Châtre étoit
dans la plus stricte vérité. Il l'interpella ensuite
de déclarer s'il avoit été question ,
devant lui , des projets d'émeute et d'insurrection
du faubourg S. Antoine , et s'il ne
lui avoit pas fait connoître le sieur Marquié ,
Lieutenant de Grenadiers de la Garde soldée.
M. de la Châtre répondit au premier article
, que ce n'avoit jamais été un sujet particulier
de conversation ; mais qu'il se rappeloit
que M. de Favras avoit dit chez lui,
devant plusieurs personnes , que logeant à
la Place Royale , il étoit plus à portée que
personne de connoître les dispositions du
Peuple du faubourg S. Antoine , qu'elles
étoient pacifiques , que ces habitans étoient
de bons ouvriers , mais qu'ils manquoient
d'ouvrage , et qu'on leur devoit des secours .
Et quant au sieur Marquié, le déposant
dit : Qu'il se rappeloit avoir dit , devant
l'accusé , que les Gardes- du - Corps du Roi
devoient leur existence , dans la malheureuse
journée du 6 Octobre , aux anciens Grenadiers
des Gardes Françoises , et notamment
à un de leurs Sergens , que lui déposant n'a
jamais vu ni connu , mais qu'on lui avoit dit
s'appeler Marquié , et être le même qui avoit
sauvé la vie aux Invalides pris à la Bastille .
Interpellé de nouveau par l'accusé , de
dire si dans nombre d'occasions il ne l'avoit
pas rassuré par un seul mot , tout est calme ,
tout est tranquille , sur les dispositions du
faubourg S. Antoine , dont il s'occupoit par
zèle à étudier les mouvveemmeennss ; a dit qu'il
( 134 )
s'en tenoit à ce qu'il avoit déclaré sur cet
article , et a signé.
MM. l'Abbé d'Eymar et le Comte de Mirabeau
ont déposé que M. de Favras leur
avoit communiqué ses Plans de Finances :
le dernier s'est rappelé que l'Accusé l'avoit
également entretenu de ses Projets pour le
Brabant , et d'un Corps de 6000 hommes ,
avec lesquels il se proposoit d'y passer. M.
le Comte d'Antraigues a affirmé , dans une
lettre imprimée , que M. de Favras ne lui
avoit jamais parlé que de ses Plans de Finances
, et cela au mois de Juillet : il ne
l'a pas revu depuis , ne lui a jamais écrit.
MM. Papillon de la Ferté et Morel de Chedeville
, ont rapporté toutes les circonstances
de l'emprunt , négocié pour le compte de
MONSIEUR. De ces divers témoignages , il
n'est résulté aucune charge contre l'Accusé ,
ni lumières suffisantes contre l'existence du
Projet qu'on lui impute. Seulement paroît- il
clairement prouvé que l'emprunt de deux
millions étoit absolument étranger à ce
Projet, et que si M. de Favras l'avoit sérieusement
formé , il s'étoit procuré d'autres ressources
proportionnées à l'étendue d'une
exécution aussi dispendieuse. Jusqu'ici , on
ne voit pas trace de ces ressources . Il ne
reste plus à entendre que M. de Foucault ,
du Clermontois , absent ; ainsi , le Jugement
définitif sera rendu incessamment.
Il s'est manifesté, il y a près de deux
mois , au régiment d'infanterie de Vivarais ,
une insurrection contre le Chevalier de Maillier
, Lieutenant- Colonel de ce Corps , sans
toutefois qu'il ait été articulé un grief contre
lui. Cet Officier supérieur , informé de la fer(
135 )
mentation des esprits , et des suites dangeseuses
qu'elle pouvoit avoir , se rendit à
Arras , pour informer le Comte de Sommièvre
, Commandant en chefde laProvince,
de ce qui se passoit à Béthune ; cet Officiergénéral
lui ordonna d'en rendre compte à la
Cour. Il saisit ce moyen , pour laisser aux 、
soldats le temps de reconnoître leur faute ,
et éviter qu'ils ne l'agravassent par des voies
de fait , auxquelles iill ééttooiitt à craindre qu'ils
ne se portassent .
Le Roi fit alors défendre au Colonel et
aux autres Officiers supérieurs d'aller au régiment
; Sa Majesté ordonna qu'il n'y seroit
fait ni recrues , ni remplacement , dans aucun
grade , jusqu'à nouvel ordre .
Les Officiers cherchèrent envain à profiter
du temps que la bonté du Roi laissoit
pour ramener les esprits ; la clémence de Sa
Majesté parut aux séditieux une impunité
assurée , et ils persistèrent dans leurs criminelles
dispositions. Sa Majesté voulantfaire
cesser un exemple aussi pernicieux pour
l'armée , et ne pouvant plus rien espérer
des efforts des Officiers et de ceux des Bas-
Officiers et soldats , qui , fidèles à leur devoir
, étoient seulement entraînés par le
grand nombre des séditieux , a ordonné que
le régiment de Vivarais partiroit de Béthune
, et que le Commandant de la Province
et le Colonel annonceroient l'ordre du
Roi de rentrer dans le devoir , et de reconnoître
le Chevalier de Maillier pour Lieutenant-
Colonel ; de séparer ensuite les soldats
fidèles d'avec les séditieux , et de ne garder
aux drapeaux que ceux qui se soumettraient
à cet ordre , d'abandonner les autres et de
les renvoyer.
( 136 )
Cet ordre a été exécuté à Lens , première
journée du régiment de Vivarais , dans sa
marche pour se rendre à Verdun. Le plus
grand nombre des soldats , à la lecture de
P'ordre du Roi , a mis le comble à sa eriminelle
conduite. Non-seulement ces soldats
ont persisté dans leur insubordination , en
criant nous n'en voulons pas , mais même
ils ont osé attaquer leurs Officiers et Bas-
Officiers , et le petit nombre de soldats fidèles
qui s'étoient ralliés aux drapeaux pour
les défendre ; les séditieux les ont arrachés
de leurs mains , ils se sont emparés de la
caisse et des équipages du Régiment , et sont
retournés à Béthune , dont les portes leur
ont été ouvertes .
Le Marquis de Courtarvel , Colonel du régiment
, après avoir fait avec les Officiers ,
Bas - Officiers , et le reste des soldats fidèles ,
les derniers efforts pour la défense des drapeaux
, a été à Béthune les redeinander à
la Municipalité ; il s'est rendu ensuite à
Arras pour rendre compte au Comte de
Sommièvre du peu de succès de sa démarche
, et de suite est venu en rendre compte
à la Cour. Le Roi a ordonné qu'il seroit
envoyé sur le-champ des drapeaux au régiment
de Vivarais , qu'il lui a fait porter par
le Marquis de Courtarvel , Colonel , et le
Chevalier de Maillier , Lieutenant - Colonel ,
et Sa Majeste a fait écrire à la Municipalité
de Béthune , la lettre qui suit :
Lettre écrite par le Secrétaire d'Etat de la
Guerre , aux Officiers - Municipaux de la
ville de Béthune , du 29 janvier 1790 .
<<J'ai mis sous les yeux du Roi , Messieurs ,
« le compte qui m'a été rendu par M. de
( 137 )
48
"
"
"
"
"
"
Sommièvre de l'exécution des ordres que
Sa Majesté avoit donnés pour faire sortir
le régiment de Vivarais de Béthune , et
lui faire connoître ensuite ses intentions
sur l'insurrection dont il s'étoit rendu cou-
« pable. Si Sa Majesté a remarqué , avec
satisfaction , que les Officiers , presque
tous les Bas- Officiers , et une partie des
soldats étoient demeurés fidèles , elle a vu
« avec indignation qu'une autre partie des
Soldats et quelques Bas- Officiers avoient
« persisté dans leur conduite criminelle ,
« qu'ils avoient abandonné leurs Officiers ,
« qu'ils avoient osé arracher les drapeauxdes
mains mêmes de leur Colonel , et s'emparer
de la caisse et des équipages du Régiment.
Sa Majesté est de plus informée que ces
- Soldats sont retournés à Béthune , où ils
ont été reçus , et qu'ils y ont déposé lés
« drapeaux , la caisse et les équipages du
" Régiment chez le Commandant de la
» Garde Nationale de cette Ville.
"
46
44
44 Le Roi m'erdonne de vous mander ,
• Messieurs , que désormais Sa Majesté ne
reconnoît plus ces soldats que comme
des séditieux , qui , ayant volé les dra-
« peaux , la caisse et les équipages du ré-
" giment de Vivarais , doivent être livrés
àtoute la rigueur des Ordonnances Militaires
. Sa Majesté regardant comme
souillés et dégradés les drapeaux portés
par eux à Béthune , s'est empressée d'en
envoyer d'antres au régiment de Vivarais ,
« qui seront les seuls signes auxquels ce
• Corps aura à se rallier désormais.
64
"
L'intention du Roi est que toute es-
• pèce de solde et de subsistance cessent
pour ces séditieux , à compter du mo- 4
"ment de leur séparation du régiment ;
1
( 138 )
« qu'ils soient rayés des contrôles , et poursuivis
et arrêtés par- tout où ils seront rencontrés.
Sa Majeste donne ses ordres en
consequence .
ec
"
८
J'ai cru , Messieurs , devoir vous en
prévenir , afin que vous puissiez prendre
les mesures que votre sagesse vous dictera
, pour maintenir , dans cette circonstance
, la tranquillité de votre Ville , et
veiller à la sureté de vos Concitoyens ;
il seroit à craindre qu'ils ne fussent troublés
par des hommes sans chefs et sans
- règle que vous ne pouvez plus confondre
" avec des soldats fideles et disciplinés ,
« qui sont les véritables soutiens de l'ordre
" etdes lois. "
La ville de Lens s'est empressée de donner
au Régiment de Vivarais tous les secours
qui ont dépendu d'elle , et lui a fait
des avances pour lui aider à continuer sa
route. Le Roi a ordonné qu'elle en fût
promntement, remboursée , et a chargé le
Comte de Sommièvre de lut morguer ,
en son nom , la satisfaction qu'à eue Sa
Majesté des témoignages de patriotisme
et d'union qu'elle a donnés dans cette circonstance.
La Municipalité de Landrecy a informé
le Ministre de la Guerre , que
les nouveaux Drapeaux accordés par le
Roi sont arrivés le 1er de ce mois à
Landrecy , où le Régiment étoit entré
le 28 Janvier ; qu'on a solennellement
béni ces Drapeaux , et que le Régiment
a renouvelé avec enthousiasme le serment
de fidélité à la Nation , à la Loi
et au Roi.
( 139 )
M. Bodkin-Fitzgerald, Conseiller au
Parlement de Paris , a été arrêté à Madrid
, par ordre du Roi d'Espagne .
Quelques Discours peu faits pour ce méridien
, avoient éveillé l'attention sur
lui ; bientôt il détermina son infortune
par des propos tenus à table chez M.
le Duc de Crillon , propos véhémens ,
et déplacés lorsqu'on se trouve étranger
dans un Pays , dont la bienséance
ordonne de respecter les coutumes. On
assure que ce jeune Consciller mêla à
ses sermons républicains , des paroles
contre un Prince de la Maison de Bourbon
, encore plus étranges que le reste
de la conversation . C'étoit manquer au
Roi d'Espagne et à M. de Crillon. Le
lendemain , M. Fitz- Gerald fut appréhendé.
L'Ambassadeur de France étant
intervenu en sa faveur, le Rois'est mon
tré inflexible. On soupçonne que le Prisonnier
est accusé , sans doute faussement
, d'être passé en Espagne avec des
vues de révolution. Quand on se fait
Apôtre , il faut s'attendre au martyre ,
et nous rappellerons cette vérité à ceux
qu'un enthousiasme peu réfléchi feroit
passer dans plusieurs.Etats étrangers ,
dont les Gouvernemens ont les yeux
très-ouverts sur les nouveaux venus .
Le Décret de l'Assemblée en faveur
des Juifs de Bordeaux a excité dans ce
Port des mouvemens très-vifs contre ces
Israélites de race Espagnole ou Portu- 1
( 140 )
gaise. On les a forcés de sortir du spectacle.
M. le Duc de Duras , et les 90
Electeurs les ont consolés de ce désagrément
par des preuves d'estime. Nous
donnerons les détails de cet évènement,
lorsqu'ils nous parviendront authentiquement.
Tout est calme à Grenoble. Nous
sommes informés que le mouvement relatif
à M. de Lally avoit eu pour prétexte
un écrit, qu'on lui attribuoit trèsfaussement
, contre l'Association de la
Garde Nationale de Grenoble aux Milices
du Bas -Dauphiné , rassemblées à
Valence. M. Mounieretquelques-autres
Citoyens de poids ont bientôt dissipé
cette effervescence , qui n'a eu aucunes
suites quelconques . L'accession de la
Garde Nationale de Grenoble au rassemblement
de Valence n'a été que
conditionnelle , ainsi qu'on en jugera par
l'extrait suivant de ses Délibérations ,
en date du 26 Janvier :
• Les Officiers , Bas-Officiers , Grenadiers ,
Fusiliers et Chasseurs ( nommés dans la Délibération
, et choisis respectivement dans
les Compagnies ) se rendront en armes à
Valence , au jour indiqué ; leur donnant pouvoir,
au nom du Régiment , composé de
2500 Citoyens , d'adhérer aux résolutions
qui seront prises par les Gardes Nationales
des deux rives du Rhône , pour adopter la
Constitution en son entier ; acquiescer à
tous les Décrets de l'Assemblée Nationale ;
procurer leur exécution par tous les moyens
(141 )
qui sont en leur pouvoir ; prêter de nouveau le
serment d'une inviolable fidélité à la Nation ,
à la Loi et au Roi ; reconnoître Sa Majesté
comme étant seule revêtue du Pouvoir exécutif
suprême par la Constitution ; établir
entre les Gardes Nationales confédérées ,
une union durable , fondée sur l'amour de
l'ordre , et dont l'objet sera de veiller continuellement
au maintien de la tranquillité
publique ; d'assurer la perception des impôts
et la libre circulation des grains ; de
réprimer les atteintes qui pourroient être
portées à l'autorité des Pouvoirs législatif
et exécutif , ainsi qu'à la liberté des Citoyens
et à leurs propriétés.- Arrêté , au
surplus , qu'extrait de la présente sera remis
au Chef de la Garde Nationale de Valence ,
avec prière de le faire enregistrer dans le
Procès - verbal de l'Assemblée du 31 de ce
mois ; et qu'un autre extrait sera adressé
à Monseigneur le Président de l'Assemblée
Nationale, en le suppliant de le mettre sous
les yeux de cette Diète Auguste , comme
renfermant le gage de la profonde vénération
des Citoyens de Grenoble , et de leur
respectueuse soumission aux Lois. "
LETTRE AU RÉDACTEUR.
Paris , le 3 Février 1790 .
Il s'est glissé , Monsieur , dans quelques
exemplaires du No. 4 du Mercure de France ,
une erreur d'impression dans l'article relatif
au Tirage de la Loterie Royale de France ,
qui s'est exécuté le 16 Janvier dernier , où
l'on a substitué le Nº. 57 au No. 67 , qui fait
partie des 5 Numéros de Lots de ce Tirage.
Nous vous prions , Monsieur , de vouloir
bien faire relever cette erreur dans le prochain
Mercure , en y rétablissant le Tirage
( 142 )
du 16 Janvier tel qu'il a été exécuté , suivant
la liste ci-jointe,
24 , 17 , 67 , 12 , 81 . :
Nous avons l'honneur d'ètre , ect .
Les Administrateurs - généraux de
la Loterie Royale de France.
Autre Lettre au Rédacteur .
Copie d'une Lettre écrite à M. le Président de
l'Assemblée Nationale par M. FABRY , Chevalier
de l'Ordre de Saint- Michel , Subdélégué
de l'Intendance de Bourgogne .
De Gex , le 19 Janvier 1790 .
MONSIEUR LE PRÉSIDENT ,
Permettez - moi de vous porter mes
plaintes et de réclamer , par votre organe ,
la justice de l'auguste Assemblée que vous
présidez , contre M. de Prez de Crassier , l'un
des Députés du Pays de Gex , qui , par un
esprit de ressentiment personnel , s'est permis
, dans la Séance du 28 Décembre dernier
, de me denoncer comme suspect de
malversation , soit par l'accroissement de
ma fortune , qu'il n'a pas craint d'exagérer
des trois quarts , soit par le refus qu'il a supposé
que je faisois de rendre compte des
deniers publics , destinés aux dépenses des
Ponts et Chaussées de la Province , dont la
recette m'est confice , tandis qu'il ne peut
pas ignorer que j'ai déclaré aux Administrateurs
actuels du Pays , parmi lesquels sont
l'un de ses frères et ses deux beaux- frères ,
par un Acte qui leur a été signifié judiciellement
le 23 d'Octobre dernier , que tous
ces comptes , jusques en 1789 , ont éte rendus
(1) On nous a assuré que le Dénonciateur
étoit un autre Député du Pays de Gex , que
M. de Crassier.
( 143 )
exactement chaque année dans la forme prescrite
par un Réglement du Conseil du 12
Avril 1776 ; qu'ils ont tous passé successivement
sous les yeux de M. Necker et de
M. Lambert , qui les ont approuvés ; que les
minutes et les pièces justificatives sont déposées
au Secrétariat de l'Intendance , où ils
peuvent en prendre communication , et qu'en
attendant je leur ai offert de leur représenter
tous les doubles de ces comptes , signés par
l'Intendant , qui sont entre mes mains pour
ma décharge. Je respecte infiniment le caractère
dont M. de Prez de Crassier est présentement
revêtu ; mais c'est en abuser indiguement
, que de se permettre , pour satisfaire
sa passion , de diffamer et calomnier
publiquement un Citoyen, qui , depuis 45
ans , remplit avec zèle et fidélité les devoirs
de son état , et qui a bien mérité du Gouvernement.
J'ose espérer , Monsieur le Président
, que l'Assemblée Nationale improuvera
cette conduite , qu'elle obligera M. de
Prez de Crassier à rétracter sa dénonciation ,
ou qu'elle voudra bien m'autoriser à en poursuivre
devant les Tribunaux ordinaires , la
réparation qui m'est due. »
« Je suis , avec un tres -profond respect ,
M. le Président , V. T. H. et O. S. »
Signé , FABRY.
Les Ministres du Roi ayant été informés
que les Lettres - Patentes expédiées sur les
Décrets de l'Assemblée Nationale ne parvenoient
pas toujours avec promptitude à
leur destination , en ont recherché les causes ,
et ils ont su que plusieurs Juges inférieurs
refusoient de retirer à la poste , pour ne pas
en payer le port, les paquets qui leur étoient
adressés par les Procureurs du Roi des Bail
( 144 )
liages et Sénéchaussées. Ces paquets parviendront
désormais franc de port , en prenant
néanmoins , par le Procureur du Roi , la précaution
de les mettre sous simple bande , de
manière à laisser apercevoir ce qu'ils contiennent.
Cette précaution a paru nécessaire
pour prévenir les abus. Les ordres ont en
conséquence été donnés à tousles Directeurs
de Poste des Provinces .
P. S. Les nuages s'amoncèlent sur
le Brabant. Nos Lettres du 5 nous annoncent
que les Etats ont pris à leur
service une Brigade Angloise , et d'autres
Troupes Etrangères ; que M de Schonfeld,
Général Prussien , commandera
en second l'Armée Belgique ; que M.
le Duc d'Ursel a résigné sa place de
Président de la Chancellerie de guerre ;
que les intrigues et la fermentation des
divers Partis font des progrès menaçans ;
en un mot , que nous touchons à l'instant
de voir un incendie général sortir
de cette révolution .
ERRATA.On a oublié d'annoncer lavertu de
la Poudre Anti-hémorragique du Sieur Jacques
Faynard , dont on a parlé dans le numéro
6 de ce Mercure. Elle a la vertu d'arrêter
toutes hémorragies , tant internes
qu'externes , vomisssemens et crachemens de
sang. Elle arrête et guérit les pertes des
femmes , les saignemens de nez , etc. Le
Dépôt général est chez le Sieur Faynard,
maison du Cimetière des Protestans , près
de la Barrière de l'Hôpital Saint-Louis; à
qui on peut écrire , en affranchissant les
lettrés . Le prix des Boîtes est de 12 et 24liv.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 20 FÉVRIER 1790.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
DORIS , ÉGLOGUE
LE Soleil a déjà terminé sa carrière
Et l'horizon au loin voit pâlir sa lumière :
Veſper de son noir crêpe enveloppe les Cieux
La Lune va monter sur son char radieux ;
*Secouant ses pavots , cette nuit bienfaisante
Répand sur les Mortels une nuit imposante,
Au gazon si long-temps brûlé par la chaleur ,
La rosée a rendu sa première fraîcheur.
Viens, Doris , viens , suis-moi dans ce lieu soli
taire
Où rien ne trouble plus le calme de la terre ;
N°. 8. 20 Fév. 1790. E
(
86 MERCURE
Là nous respirerons le doux parfum des airs.
Tandis qu'autour de nous tout dort dans l'Univer
Zéphire ici vient seul, dans sa course volage ,
De son souffle léger balancer le branchage.
Doris , ne vois-tu pas ? il t'invite à venir
Goûter dans ce bosquet un tranquille loisir.
Regarde l'épaisseur de ce sombre feuillage ,
Aux rayons de Phébé disputant le passage .
Entends de ces oiseaux les nocturnes accens ,
Le Rossignol sur-tout , il s'adresse aux Amans,
Vois cette onde languir en sa course plas lente;
Elle se plaint aussi de ma Bergère absente .
Tout ici dès long-temps demandoit son retour ,
Le ruisseau , les Zéphirs, les bois, & ... mon amour.
Ainsi parloit Tircis à sa jeune Bergère;
Tircis depuis trois ans s'efforçoit de lui plaire;
Mais il n'avoit encore osé peindre ses feux :
On parle mal d'amour quand on est amoureux.
Cependant de la nuit , le calme et le silence ,
Au timide Berger donnent plus d'assurance ;
Et pressé par l'ardeur de son tendre souci ,
Asa Bergère enfin il le déclare ainsi :
Quoi, Doris , tu pourrois, dans l'âge heureux de
plaire,
Aucharmant Dieu d'Amour montrer un front sévère !
Tu fus toujours cruelle à ma constante ardeur.
Ta raison peut jouir des chagrins de ton coeur.
Mais non , ne rougis point d'une flamme si belle ;
Contemple l'Univers , tout s'anime par elle.
DE FRANCE. 87
Ce sentiment divin doit- il craindre le jour ?
Lahonte est pour le vice et non pas pour l'amour.
Ah ! si tu connoissois cette volupté pure
De deux jeunes Amans , enfans de la Nature ,
Que l'Amour a liés de ses chaînes de fleurs ,
Et qui sont déjà prêts à goûter ses douceurs :
Tu redemanderois à la Bonté suprême
Ces momens écoulés loin de celui qui t'aime :
Mais l'espérance encor soutient ma vive ardeur ;
L'espérance , de l'homme est laplus longue erreur.
Si-tôt que du Berger les accens plus sensibles ,
D'une Belle ont troublé les sentimens paisibles ,
Qu'elle sent de l'amour l'aimable émotion ,
Que son coeur s'est rendu quand sa bouche a dit non';
Quand les tendres larcins , la douce violence
Rendent l'Amant vainqueur de taut de résistance ;
Quand tous ces jeux divers , inventés par l'Amour,
Ont embrasé leurs sens , plus épris chaque jour;
Alors un nouvel astre , à leur ame enivréć,
Fait goûter sa douceur , trop long-temps ignorée
Sur leurs yeux se répand un prestige enchanteur ;
Tout s'embellit pour eux de leur propre bonheur.
Ensemble ils se plairoient même à verser des larmes ;
Pour les coeurs amoureux le chagrin a ses charmes.
Ainsi de ces Amans on voit couler les jours ,
Comme un ruisseau tranquille en son paisible cour
Doris, ne sens-tu pas s'élever dans ton ame
Cesmouvemens confus d'une naissante flamme ;
E2
$8 MERCURE
Ces chagrins inquiets , plus doux que les plaisirs ;
Cette douce langueur que suivent tes désirs ?
Dans tes regards se peint un sentiment plus tendre
Avec plus d'intérêt tu consens à m'entendre :
Je le vois , des soupirs s'échappent de ton sein;
Ils m'annoncent sans doute un plus heureux destin.
Cependant tous les deux approchoient du bocage ;
Tircis fut plus pressant, plus tendre en son langage;
Il peignit avec feu ce que son coeur sentoit;
Doris ne disoit rien , mais Doris l'écoutoit.
Mille Amans, poursuit-il, sontjaloux de te plaire ;
Les plus riches Bergers aiment tous ma Bergère.
Titireet Licidas , dont les nombreux troupeaux
Couvrent au loin les prés voisins de ces hameaux ,
Titire et Licidas t'adressent leur hommage :
Mon trésor, c'est mon coeur;je n'ai rien davantage.
Mais crois-en ce coeur tendre, il parle sans détour ;
S'ils ont plus de richesse, ils ont bien moins d'amour.
Ce feu que je nourris , que ta présence augmente ,
Qui consume mon coeur , le charme et le tours
mente ,
N'est point un sentiment volage et passager
Que fait naître un instant , qu'un instant peut
changer.
Profondément empreint dans mon coeur tout de
flamme,
Ce sentiment en moi n'est, hélas ! que mon ame ;
Et souvent dans le trouble où s'égarent mes sens ,
Cen'est plus pour les Dieux que brûle mon encens,
DE FRANCE. 8
Quandtu fuis loin d'ici , par un sort trop funeste ,
Le plaisir suit tes pas , mon chagrin seul me reste.
L'aurore ne vient plus répandre sa fraîcheur ,
Le gazon est flétri , la rose est sans odeur ;
Tout semble prendre part à ma douleur mortelle ,
Et ce sont mes ennuis que chante Philomèle .
Tircis se tut.... Doris , interdite et sans voix ,
Lui tend la main , soup're , et le suit dans le bois.
Témoin de leurs désirs , ô nuit tranquille et
sombre ,
Protège leurs amours , couvre-les de tes ombres !
Vous , oiseaux , redoublez vos concerts amoureux ;
Dans ce bocage épais deux Amans sont heureux.
( Par M.le Prince Baris de Galitzin . )
A Madame *** , de Moulins , en luž
envoyant l'Almanach des Graces.
CET Enfant qui porte un flambeau ,
Et le plus souvent ne voit goute ,
Par une méprise , sans doute ,
Vient de me faire ce cadeau .
Au même instant ma main s'empresse
D'ouvrir ce Recueil enchanteur ;
Mais de l'Amour voyant l'erreur ,
Je le renvoie à son adresse .
(Par M. *** à Moulins. )
E 3
90 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEmot de la Charade eſt Pouvoir; celui
de l'Enigme eſt Philosophie ; & celui du
Logogriphe eſt Clou , où l'on trouve Con,
Luc, Cul.
CHARADE.
SENSIBER Coridon , & vous , tendre Taemire ,
Soyez ensemble mon premier ;
Faites de votre lyre
Retentir mon dernier ;
Etmettez-vous à mon entier.
DAN ANS le
( Par M. le Curé de St- Maixme. )
ÉNIGME.
vaste Univers , ma fuprême puissance
S'érend et soumet tout. Aucune résistance
Ne sçauroit s'opposer aux terribles arrêts ,
Que ma volonté dicte et ne change jamais.
Je mets au même rang et le trône et le chaume;
Par moi tout est égal. Devant moi , ce fantôme ,
De grandeurs et d'orgueil dont l'homme est si
jaloux ,
Succombe anéanti , sous le poids de mes coups.
DE FRANCE. 91
Il n'est point de mortel , jusqu'au plus intrépide ,
Qui brave mon aspect , et que je n'intimide :
A ma suite par-tont je traîne la terreur ;
Je porte chez les uns et la crainte, et l'horreur ;
Les autres m'invoquant dans leurs vives alarmes ,
Déchirés de remords , et noyés dans les larmes ,
Trahis , persécutés , accablés de douleurs ,
Vont chercher dans mon ſein un terme à leurs mal
heurs.
Lecteur, meconnois tu ?.. j'en ai tropditpeut-êtres
Mais tu dois redouter l'instant de me connoître.
(Par M. de St- Firmin. )
LOGOGRIPHE.
ON
N me coupe dans les forêts;
Puis on me fait avec bien peu d'apprêts ;
Toujon's mon chef est plat , souvent quadrangulaire
;
Maints gars sur le Pont-Neuf font de moi leur af
\
faire ;
Pour la plupart , ces rustres dans Paris
Me promènent , et par leurs cris
Annoncent quel est mon usage.
Pour l'accusé j'étois une peine , un outrage;
La sage Nation qui fait mépris de moi ,
Ajamais me proscrit de la nouvelle Loi.
Lecteur, de mes huit pieds dérange l'assemblage ;
4
Les cinq premiers de mon total
E 4
2 MERCURE
T'offrent ce qui se met sur le dos d'un cheval ;
Poursuis , en moi ( quel eſt mon bavardage ) !
Tu vois une belle saison ;
Mais il y manque un certain son.
( Par M. le Curé de St-Maixme. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
TRAITÉ des Prairies artificielles , ou
Mémoire sur cette Question : Quelles sont
les espèces de Prairies artificielles qu'on
peut cultiver avec le plus d'avantages
dans la Généralité de Paris. Ouvrage qui
a remporté , en 1787 , le Prix de 1000 l.
et d'une Médaille d'or , proposé par la
Société Royale d'Agriculture de Paris ;
par M. GILBERT , Professeur à l'Ecole
Vétérinaire, Membre honoraire de l'Académie
des Belles - Lettres d'Arras , Correspondant
de la Société Royale d'Agriculture
de Paris.
ILL faut des engrais pour les terres ; des
bestiaux pour se procurer des engrais ; des
herbages pour nourrir des bestiaux ; tel est
le principe que M. Gilbert prend pour texte,
DE FRANCE .
et qu'il porte jusqu'à l'évidence , et par le
raisonnement et par les faits. Les herbages
sont donc l'ame de l'Agriculture ; mais les
herbages naturels exigent une qualité de sol ,
&un grand nombre d'autres conditions locales
, qui manquent trop souvent. L'industrie
est parvenue à les suppléer avantageusement
par la culture des prairies artificielles
, bien moins difficiles sur la nature
de la terre , & qui ont changé la fase de
l'Agriculture par-tout où elles se sont introduites
, comine le prouve l'Auteur de
cet Ouvrage par des exemples tirés de tous
les siècles et de tous les pays.
Il l'a divisé en quatre Parties ; la première
offre une description agronomique
des vingt-deux Elections qui composent la
Généralité de Paris , leur position géographique
, leur température , l'énumération
des terres labourables , des prés , des vignes,
des bois , des communes , des friches , l'estimation
moyenne du prix de location des
terres , le recensement des bestiaux de tout
genre , l'étendue des jachères , le genre de
culture , les routes , les rivières , les rapports
commerciaux , toutes les circonstances
locales enfin , qui peuvent avoir une
influence plus ou moins directe sur la préférence
à donner à une espèce de plante
sur une autre , sont présentées dans ce rableau
, qui a été dessiné d'après nature...
Dans la seconde Partie, l'Auteur fair
E
94 MERCURE
l'énumération , & donne la synonymie
de toutes les espèces de plantes cultivées
en prairies artificielles , depuis les Cultivateurs
Grecs & Romains , qui connoissoient
tous les avantages de cette culture,
jusqu'à nous. Ces plantes , au nombre de
trente- trois ont presque toutes été soumises
par l'Auteur à un grand nombre d'expériences.
:
Dans la troisième Partie, il considère le
mérite individuel de chacune de ces plantes ,
et leur mérite relatif dans les vingt - deux
Elections de la Généralité de Paris, eu égard
aux circonstances locales indiquées dans la
première. Pour parvenir à une évaluation
Sûre et applicable à toute la Généralité ,
du produit de chacune des plantes qui y
sont cultivées en prairies artificielles , il
détermine d'abord ce produit sur une exploitation
prise dans chacune des vingt-deux
Elections ,& tire ensuite la moyenne proportionnelle
des tableaux en même nombre
qu'offrent les plantes cultivées en prairies
artificielles , les noms de l'Election , de
l'exploitation , du Cultivateur , la nature de
Ja terre dont on évalue le produit, son prix
de location , son rapport, année commune ,
l'évaluation des frais d'établissement , d'entretien
, d'exploitation , la durée de chaque
plante, le prixdu fourrage, enfin l'évaluation
moyenne résultant de toutes ces évaluations
particulières .
La 4me. Partie traite de la culture des
い25
DE FRANCE.
prairies artificielles ; l'Auteur y détermine ,
d'après des principes nouveaux, la proportion
qui doit exister dans chaque exploitation
entre les prairies artificielles , les terres
enlabour et le nombre des bestiaux; ilprouve
que la Généralité de Paris n'a pas , à beaucoup
près , autant de prairies et d'animaux
domestiques qu'elle le devroit , et il fixe
l'étendue de ce déficit; il montre dans les
Loix générales de la végétation , & dans
celle de chaque plante en particulier, l'ordre
dans lequel il est le plus avantageux de
les faire succéder les unes aux autres sur
le même terrein ; il prouve par une foule
d'expériences, contre le sentiment de la plupart
des Auteurs agronomiques , que les
semences des plantes artificielles réussisseht
beaucoup mieux, mêlées avec des céreales,
que semées seules , et que le printemps est
bien plus favorable à cet ensemencement
que l'automne. Il indique les préparations
qu'exigent les terres qu'on y destine, les
moyens de distinguer les semences qui ont
⚫ les qualités propres à la germination , la
quantité qu'il en faut employer par arpent ,
les différences qui se trouvent dans les Auteurs
sur cette fixation ; différences qui sont
quelquefois dans le rapport de cinquante
à un ; la meilleure méthode de préparer ces
semences , & de les répandre ; viennent
* ensuite l'examen desprocédés qu'exige l'entretien
des prairies artificielles , le choix
des engrais qui leur convient le mieux ,
E
96 MERCURE
Lindication des soins qu'exige leur récolte,
et des précautions que nécessite l'emploi
de leur produit , soit qu'on le fasse consommer
en vert , soit qu'on en ait opéré
la dessication ; enfin l'exposition des principes
d'après lesquels on doit se conduire
dans les défrichemens des prairies artificielles
, principes qui ne sont connus que
d'un très-petit nombre de Cultivateurs , et
qui n'ont jamais été développés dans aucun
Traité d'Agriculture.
Cet Ouvrage , dont le suffrage de la Société
Royale d'Agriculture nous dispense de
faire l'éloge , paroît, être le fruit d'un grand
travail ; l'expérience de l'Auteur s'y trouve
fortifiée de celle des Cultivateurs anciens et
des étrangers ; c'est en un mot un Livre d'Agriculture
composé à la campagne , ce qui
est infiniment trop rare. M. Gilbert est Auteur
de plusieurs autres Mémoires également
couronnés , sur la culture de quelques
provinces de France ; il est à souhaiter qu'il
se détermine à les donner au Public. L'Edition
de celui que nous venons d'analyser ,
a été distribuée gratuitement , une partie
à l'Assemblée Nationale et l'autre aux
Cultivateurs de la Généralité de Paris , auprès
desquels l'Auteur a puisé une partie
de ses connoissances ; les personnes qui désireront
se le procurer , le trouveront dans
Ies trimestres de la Société Royale d'Agriculture
, chez Cucher , Libraire
hotel Serpente..
rueer
DE FRANCE.
97
LES Aventures d'une Sauvage , écrites par
elle-même , publiées en François par M. Grainville.;
Vol in- 12 . A Turin ; et se trouvent à
- Paris , chez Leroy , Lib. rue St-Jacques .
:
,
Une jeune Sauvage , nommée Quivire , sauve la
vie à un prisonnier Anglois , condamné à mourir ;
quitte sa famille pour le suivre , et le jeune homme
l'épouse , autant par amour que par reconnoissance.
Son époux , après beaucoup de malheurs
la vend à un Espagnol ; et revient dans son pays ,
où il épouse une autre femme. On doit juger du
désespoirde lajeune Sauvage. Elle apprend néan
moins des détails qui justifient son époux. Elle
court sans cesse après lui , et le hasard ne manque
jamais de les éloigner l'un de l'autre au moment
où ils sont prêts à se rejoindre. Dans les
2 premiers Vol. les Aventures de l'Héroïne de ce
Roman , qui est traduit de l'Italien de l'AbbéChiari,
sont assez communes ; dans le ze. elle intéresse:
✓par les sacrifices qu'elle s'impose envers l'amitié.
:
:
Le Conteur. 2 Parties in- 12. Prix , 2 liv. 8 s ..
br. , et 2 liv. 18's. franc de port. A Londres ; et
se trouve à Paris, Hôtel de Bouthillier , rue des
Poitevins.
Ce Recueil est une espèce d'Ana. L'Auteur est
un homme instruit , pour qui la lecture de l'Histoire
n'est pas un simple mécanisme de mémoire ;
il sait digérer ce qu'il lit , marir ses réflexions ,
et les rendre d'une manière utile.
!
Voyage en Barbarie son Lettres écrites de
l'ancienne Numidie pendant des années
1786 , fur la Religion , les coutumes &
1785 &
les moeurs
98 MERCURE
des Maures & des Arabes Bedouins ; avec un
Effai fur l'Histoire naturelle de ce Pays. Par M.
l'Abbé Poiret , 2 Vol. in-8 ° . Prix , 7 liv . 10 f. br.
( Il en a été tiré quelques exemplaires ſur papier
vélin. Prix , 13 liv. 10 f. br. )
Nous invitons à lire cet Ouvrage peu fufceptible
d'analyſe . Il eſt plein de recherches , tant
fur les moeurs que ſur l'Histoire naturelle.
Matinées Sénonoiſes , ou Proverbes François ,
ſuivis de leur origine , de leur rapport avec ceux
des Langues anciennes & modernes ; de l'emploi
qu'on en a fait en poéſie & en proſe; de quelques
traits d'Hiſtoire , mots faillans , & uſages
anciens , dont on recherche aufſi l'origine , &c.
in - 8 ° . A Paris , chez Née de la Rochelle , me
du Hurepoix; & à Sens , chez la veuve Tarbé ,
Imprimeur du Roi.
La lecture de cet Ouvrage , qui fuppofe beaucoup
de recherches, eſt réellement amuſante &
inſtructive , par une foule de traits & de mots
piquans , qui tiennent à l'explication de nos vicux
Proverbes .
MUSIQUE.
Ouverture de Démophon , par Vogel ; arrangée
pour le Clavecin ou Forté-Piano , par Porro . Prix,
2 liv. 8 sous pour Paris er la Province , franc de
port. A Paris , chez M. Porro , Professeuret Editeur
de Musique , rue Tiquetonne , No. 10 .
Ouverture delle nozze de Dorina , ariangée pour
le Clavecin ou le Forté-Piano , avec un Violon ou
une Flûte. Prix , 2 liv. 8 sous pour Paris et la Province
, franc de port. Même adresse .
:
DE FRANCE.
وو
VARIÉTÉS.
LETTRE sur un Article de l'Année Litréraire
, adressée à M. PANCKOUCKE ,
breveté du Mercure de France ; par M.
DE BOISSY D'ANGLAS , Maitre d'Hotel
ordinaire de MONSIEUR , Frère du
ROI , des Académies de Nismes , Lyon,
la Rochelle , Rome , Valence , etc. etc.
Député à l'Assemblée Nationale.
ILL est permis sans doute, MONSIEUR , à celui qui
passe sa vie au milieu des plus importantes discussions
dont un Citoyen puisse être occupé , d'ignorer
, non pas l'existence de l'Année Littéraire ,
si fameuse depuis longtemps par sa partialité
habituelle , mais le contenu journalier de ses
Feuilles . C'est dans ce moment-ci seulement que
j'ai connoissance de l'article de ce Journal , où
M. de la Harpe est si cruellement outragé , et je
m'empresse d'y répondre. Les réclamations des
honnêtes gens contre la calomnie sont le baume
le plus efficare dont ses blessures puissent être
couvertes. Je dois à l'amitié qui m'urit depuis
plus de dix ans à l'Ecrivain distingué que l'on
insulte avec tant d'audae ; je dois à l'estin e que
je lui ai vouée dès l'instant où je l'ai connu et
par conséquent je me dois à moi-même d'embras
100 MERCURE
P
ser sa défense avec la franchise dont j'ai toujour
fait profession.
Appelé par des circonstances particulières à redevenir
un des co-Laborateurs du Mercure , M.
de la Harpe est rentré dans cette carrière par un
morceau sur la Délation , dont tous les bons esprits
ont adopté les principes. On a vu généralement
avec plaisir un Homme de Lettres , connu
depuis long temps par la pureté de son goût, et
célèbre par tant de discussions littéraires pleines
de lumières et de justesse , s'occuper aussi des
grandes questions de la Morale et de la Politique
, qui sont maintenant l'objet de la méditation
générale ; et offrir un courageux défenseur
de plus à la raison et à l'humanité. La seule Année
Littéraire , au milieu des suffrages publics , recueillis
par M. de la Harpc , a fait entendre des
cris d'improbation , et s'est empressée d'attaquer
son Ouvrage , afin d'avoir l'occasion de diffamer
sa personne. Ceux qui connoissent dans ses détails
l'Histoire de notre Littérature , savent que dès
l'instant où M. de la Harpe a eu quelque célébrité
, l'Année Littéraire s'est attachée avec un
acharnement très- remarquable à nier ou à combattre
ses succès : ils savent que Fréron et ses
successeurs après lui , ont été les ennemis les plus
ardens qu'ait eu M. de la Harpe , et qu'ils l'ont
attaqué tous les jours, pendant plus de vingt ans ,
avec les armes de la haine et de la mauvaise foi.
Ceux qui connoissent l'Année Littéraire , savent
de plus que ce Journal , dévoué depuis son établissement
à un parti trop long - temps le parti
dominant du Royaume , a toujours été l'asile de
la délation ( 1 ) ; et ceux-là trouveront tout sim
( 1) Toutes les fois que , malgré la surveillance si acive
des ennemis naturels de toutes les lumières, il pa
DE FRANCE. 101
ple que M. de la Harpe soit encore outragé dans
l'Année Littéraire , et qu'il le soit sur-tout quand
il écrit contre la délation et contre les délateurs .
L'Auteur de la Lettre qui fait le sujet de celleci
, prend le plus loin qu'il le peut le texte de
ses injures , et commence par parler de la naissance
de M. de la Harpe , qu'il veut faire regarder
comme obscure , et il l'appelle un enfant
du hasard. Certes , si jamais une pareille allégation
a pu causer quelque peine à celui contre
lequel elle est dirigée , ce ne sçauroit être dans
ce moment- ci ; et l'on voit que les Auteurs de
l'Année Littéraire , fidèles au ton ordinaire de
leurs Feuilles , ne sont guère instruits des convenances
du jour. Dans tous les temps , sans doute ,
le nom des aïeux d'un grand Homme a dû être
"indifférent à sa gloire ; mais c'est sur-tout quand
la première Nation du Monde ne veut plus reconnoître
d'autres distinctions sociales que celles
qui seront fondées sur le mérite et sur la vertu ,
que l'Auteur de Warwick et de Mélanie ne doit
pas désirer d'autre noblesse que celle qu'il retire
de ses Ouvrages. Ah ! sans doute je n'ai pas
roissoit quelques-uns de ces Ouvrages dictés par la raiſon
et par l'hunté , Fréron ne manquoit pas de les dénoncer
à la geance du parti qu'il servoit , et d'en faire
sentir dans ses Feuilles tout ce qu'il appeloit le venin. 11
falloit l'entendre crier au Philofophe contre tous ceux
qui osoient combattre l'ignorance que l'on vouloit éternifer
; qualification si redoutable pour celui qui en étoit
l'objet , qu'elle attiroit toujours la persécution sur lui . On se
rappelle encore ses brillantes exclamations dans lesquelles
Fréron invitoit les Rois à s'unir à lui pour détruire laPhilosophie.
On peut voir comment sont traités dans ses Feuil'es ,
Voltaire , J. J. Rousseau , Diderot , d'Alembert , Thomas ,
les Auteurs immorte's des Saisons et de Bélisaire , et généralement
tous ceux qui ont contribué si puissamment à
rendre au genre humain ses titres qu'il avoit perdus.
102 MERCURE
besoin de l'art des d'Hosier et des Chérin , pour
savoir de quel sang M. de la Harpe adû naître.
Il est sûrement de la famille de Sophocle et de
Racine , l'homme de génie qui a enrichi notre
Théatre du chef d'oeuvre de celui des Grecs , et
qui a combattu , d'une manière si touchante et
dans de si beaux vers , l'une des pratiques les
plus meurtrières qui aient jamais déshonoré l'hymanité.
Ce n'est donc pas pour thonorer , mais
pour en honorer d'autres qui doivent se glorifier
de tenir à lui , que je réponds à l'Année Littéraire
, que M. de la Harpe , fils d'un Militaire
Suisse , descend par lui dune ancienne famille
noble du Canton de Berne. Quant à la pauvreté
qui a environné son berceau ce n'est pour lui
qu'un titre de gloire de plus ; il faut qu'il ait
eu un mérite bien récl , celui qui , dans l'ordre
de choses qui régnoit alors , a pu , quoique né
sans moyens de subsister que par son travail
sans appui , sans parens , sans protecteurs , n'être
pas condamné à languir le reste de sa vie dans
les emplois les plus obscurs de la Société. » Si
» vous aviez été le fils de mon père , discit Fléchier
à un Folliculaire de son temps , qui lui reprochoit
aussi sa naissance , » vous feriez encore
>> des chandelles ; et pour que M de la Harpe
ait pu , non pas faire des Tragédiennamais seulement
être en état d'en lire avecit , il a
fallu sans doute une vocation bien marquée , et
une grande portion de ce courage qui fait triompher
de tous les obstacles , et qui met l'homme
de mérite à la place qu'il doit occuper........
Bénissons la révolution qui s'achève , et d'où va
naître un ordre de choses tel que nulle institution
politique n'enchaînera plus le génie , et ne
permettra pas seulement à ceux d'une certaine
classe de développer tous les dons que leur aura
fait la Nature.
DE FRANCE. 103
Du berceau de M. de la Harpe , l'Auteur de
l'Article le suit au Collége , où il a été , dit-il ,
>> élevé gratuitement et avec décence ; et où ,
دد pour essayer son talent , il a commencé par
>> diffamer ses Maîtres et ses Bienfaiteurs ce. J'ignore
à quel titre et de quelle man ère M. de
la Harpe a été élevé au College d'Harcourt ,
où l'on s'honore encore de l'avoir reçu. Mais
ce que je sais très bien , c'est qu'il est faux et
de toute fausseté qu'il ait jamais , pour essayer
son talent , diffamé ses Maitres et ses Bienfaiteurs.
L'Auteur de l'Article a pu trouver cette
calomnie dans les anciens cahiers de l'Année Littéraire
, dont il paroît étre un digne coopérateur ;
mais elle n'en est pas pour cela moins condamnable
, et le mensonge ne change pas de caractère
pour avoir été reproduit souvent. A peine
sorti de l'enfance , M. de la Harpe , par une
inconséquence digne de son âge , se permit ,
vérité , de faire , en société avec quelques - uns
de ses camarades , plusieurs couplets contre divers
Membres du College qu'il avoit quitté ; mais ce
n'étoit ni contre ses Maîtres ni contre ses Bienfaiteurs.
Cette pla santerie étoit l'ouvrage de plusieurs
jeunes gens , et M. de la Harpe fut le seul
puni , parce qu'il étoit pauvre , sans appui , sans
état, sans protecteurs , et parce qu'il eut le courage
de garder à ses compagnons le secret le plus
inviolable. Le Ministère d'alors , si prodigue d'ordres
arbitraires , en accorda un à la demande des
personnes offensées ; une espiéglerie de jeunesse
fut punie comme un délit très-grave ne le seroit
pas aujourd'hui ; et le jeune Auteur fut , en entrant
dans le Monde , la victime d'un de ces
abus d'autorité qui ont si long-temps déshonoré
la France. M. de la Harpe pouvoit avoir tort ;
mais la manière dont on se conduisit à son égard ,
étoit lien propre à tout expier. C'est de plus un
404 MERCURE
i
fait constant , qu'il a conservé sans altération
l'estime et l'amitié de tous ceux qui ont pris soin
de sa jeunesse. M. l'Abbé Asselin , Principal du
College dHarcourt , fut le plus grand de ses
Bienfaiteurs ;et M. l'Abbé Asselin , après avoir
joui avec une satisfaction touchante de ses premiers
succès , qu'il regardoit comme son ouvrage
, est mort sans avoir cessé un seul instant
de l'aimer , de l'estimer , et d'en être respecté
et chéri.
Vous n'attendez pas , Monsieur , que je suive
J'Auteur de l'Article dans toutes ses inculpations ;
il y a des choses tellement absurdes qu'il est
souvent impossible de les réfuter : tantôt c'est aux
talens de M. de la Harpe qu'il en veut , tantôt
-c'est à sa personne elle-même ; et toujours aves
une égale mauvaise foi. Ceux qui savent de quei
l'esprit de parti peut être capable , ne seront
pas surpris de l'entendre répéter encore ce que
les ennemis de M. de la Harpe ont si souvent
dit , ce que Fréron sur-tout a si souvent imprimé ,
que M. de la Harpe n'a fait qu'une Tragédie
passable ; comme si Philoctete , Coriolan , Mélanie
et Jeanne de Naples n'étoient pas dignes
de son premier Ouvrage , dont Fréron lui-même
n'a jamais osé contester le mérite. Il soutient que
M. de la Harpe n'est ni Orateur , ni Poëte ,
comme s'il n'avoit pas fallu être Poëte pour écrire
Mélanie , comme si l'éloge de Catinat et celui de
Fénelon manquoient d'éloquence. Qu'est-ce que
ce reproche qu'il lui fait , >>> de n'avoir cessé de
בכ faire la cour aux Ministres et aux Grands , qu'il
>> a l'ingratitude d'abandonner aujourd'hui qu'ils
>> sont persécutés « ? Certes, je ne connois qu'une
manière d'y répondre , c'est de sommer celui qui
le hasarde, d'indiquer , sous peire d'être voué à
l'opprobre public , un seul Grand à qui M. de la
Harpe ait fait la cour , un seul Ministre qu'il ait
DE FRANCE. 109
abandonné dans la disgrace avec ingratitude. Il
l'accuse dans un autre endroit d'avoir été le vil
flatteur des chefs de la Littérature. Il est aisé
d'entasser des mots et d'accumuler des injures.
Mais je le demande encore , quand est- ce que M.
de la Harpe a flatté qui que ce soit ? Il a loué
Voltaire ; mais croit-on qu'il ne soit pas possible
de louer sans flatterie le plus beau génie qu'ait
encore produit la France ? Il a rendu justice un
des premiers à l'admirable Traduction des Géorgiques
, déchirée par les Zoiles de ce temps- là ,
au Poëme immortel des Saisons, etc. Mais est-ce
être flatteur que d'être juste ? Et peut on trop louer
Jes vers inimitables de M. l'Abbé Delille , ou ceux
dans lesquels M. de Saint-Lambert a enrichi l'éloquence
et la raison de tous les trésors de la Poésie ?
Sans doute , il n'est pas donné à tout le monde
de distinguer la flatterie de la louange, et je conçois
que ceux qui passent leur vie à calomnier
puissent seméprendre aisément sur les véritables
applications de ces deux mots ; mais les honnêtes
gens et les bons esprits savent apprécier la justesse
des accusations hasardées par l'esprit de parti ,
et leur suffrage est le dédommagement de l'homme
de bienque l'on outrage injustement.
,
Je passe au reste de la lettre qui m'a fait prendre
la plume : et je dois d'autant plus vous en entretenir,
Monsieur , que c'est le meilleur moyen
de faire sentir le cas que l'on doit faire des calomnies
que j'ai déjà repoussées : il y a des
hommes que l'on ne peut mieux combattre qu'en
les faisant connoître ; et l'Auteur auquel je réponds
est très - certainement de ce nombre. Il
attaque aussi la Philosophie ; car il faut bien qu'il
soit fidèle à l'étendard sous lequel il combat , et
l'on seroit sûrement étonné , si lorsque l'Année
Littéraire injurie , les Philosophes n'y étoient pour
ien. Il cite M. de la Harpe , et il l'explique.
106 MERCURE
>> Ainsi , dit - il , selon M. de la Harpe , c'est
> la Philosophie qui a tout l'honneur de la des-
>> truction de la Noblesse et du Clergé ; c'est la
>> Philosophie qui a fait la révolution : il n'a pas
>> tout-à-fait tort ; la Philosophie a été la prin-
>> cipale cause des désastres dont nous avons été
>> les témoins , etc. ". Ainsi donc la révolution
est une suite de désastres ; ainsi donc la révolution
est un des torts de la Philosophie ...... Il
me semble que l'on peut juger un homme sur
ces seules paroles ; mais ce n'est pas tout : après
avoir encassé de vieilles injures contre la Philosophie
, et exposé quelques-uns de ses prétendus
torts , il poursuit : >> Les Ministres et les Grands
>> aveuglés et abrutis par cette prérendue Philo-
>> sophie , ont conmis des brigandages et de si
» énormes bévues , que le Gouvernement n'a pu
>> subsister : c'est dans ce sens-là que l'on peut
>> dire que la Philosophie a fini la révolution, en
>> comblant les maux qui l'ont rendue nécessaire ce.
Je le demande aux gens raisonnables qui me font
l'honneur de me lire , n'est-ce pas le comble de
la démence que tout ce qui est renfermé dansees
lignes ? Quoi ! c'est la Philosophie qui a multiplié
les fautes du Gouvernement ? Quoi ! c'est la
Philosophie qui a peuplé les cachots de la Bastille
d'un si grand nombre d'innocentes victimes ?
Quoi ! c'est elle qui a promu tous ces ordres arbitraires
qui ont si long-temps violé les droits les
plus sacrés de l'humanité ? Les trente mille Lettres
de cachet expédiées , dit - on , dans la seule
affaire de la Bulle ? etc. Quoil c'est elle qui a causé
le désordre de nos Finances ? l'Aristocratie tyrannique
des Corps ? le Despotisme oppressif de
tous les Agens de l'autorité ? etc. etc. etc. Il est
difficile d'entasser autant d'absurdités en aussi peu
de paroles : et quant à cette assertion , que c'est
la Philosophic qui a abruti les Grands et les
DE FRANCE. 107
Ministres , il faut convenir que l'on réfléchiroir
des Siècles avant de trouver une autre idée aussi
plaisamment extravagante. L'Auteur continue ex
rend bientôt un hommage public à la mémoire
de son Patron , le redoutable antagoniste des
Philosophes. » M. Fréron , dit - il , avoit bien
>>>raison , sans doute , d'exhorter Louis XV a
>> exterminer cette prétendue Philosophie des-
>> tructive de toute Religion et de toute So-
ככ ciété , et si son apostrophe avoit produit
>> quelque effer , elle eût épargné bien des maux
>> à la France : rendons-lui graces au moins de
>> l'intention «. Ah ! sans doute, si son apostrophe
eût eu son effet , les choses auroient été différentes
de ce qu'elles vont être. Les François avilis
par un long et continuel despotisme , auroient
encore la bassesse d'adorer leurs chaînes ; tous
les abus qui ont si long-temps pesé sur nos têtes
subsisteroient encore dans toute leur force ; au
lieu d'un Roi citoyen , ami de ses sujets et de la
liberté , nous aurions peut-être un despore , qui ,
malgré la bonté connue de son coeur et les lumières
de son trompé par les préjugés
qui l'environneroient , se plairoit à ne régnerque
sur des esclaves. On penseroit encore comme M.
Fréron, et comme bien d'autres , que les vingtquatre
- vingt- cinquièmes de la Nation doivent
être asservis à l'autre vingt-cinquième, et » qu'at-
>> taquer les priviléges de la Noblesse et du
> Clergé , ce n'est pas établir la Liberté , mais le
>> Despotisme “.
esprit,
L'Auteur de l'Article continue à parler de Fréron
, et par une fiction oratoire , infiniment ingénieuse
, il met ses propres opinions dans la
bouche de son illustre Maître , afin de leur donner
plus de poids. » M. Fréron pensoit , dit-il ,
>> avec les plus sages Philosophes de l'Antiquité ,
>>que la Religion est la base de la félicité pu
108 MERCURE
>>>blique , etc. cc. Vraiment il importe fort peu
de savoir ce que M. Fréron pensoit sur cette
matière , ainsi que sur beaucoup d'autres ; mais
on peut répondre à son successeur : et qui est- ce
qui pense autrement ? Quand est-ce que les Philosophes
, que vous accusez d'avoir détruit la
Religion , ont avancé le contraire ? Il faut une
Religion , sans doute , à quelque Peuple que ce
soit ; mais il la faut simple , pure , dégagée de
toutes les Institutions humaines dont on s'est plu
à l'obscursir ; il faut qu'elle soit telle qu'elle
est sortie des mains de son divin Auteur ; il faut
qu'elle soit l'ouvrage de Dieu , et non pas celui
des Prêtres. Qu'ont dit les Philosophes dans tous
cesEcrits qui ont préparé le bonheur de l'homme ,
que ce qu'avoit dit Jésus - Christ lui -même ?
Qu'ont- ils fait , que rappeler la Religion à sa
pureté primitive ? Ouvrez l'Evangile , et vous y
verrez :
ככ Aimez votre prochain comme vous-
>> même ; faites du bien ; supportez-vous les uns
>> les autres ; tous les hommes sont vos frères ,
> etc. etc. etc. ec. Ecoutez les Philosophes , et ils
vous diront : >> Secourez les autres hommes ; ne
> persécutez pas ceux qui ne pensent pas comme
» vous ; soyez compatissans , indulgens , tolé-
» rans , bienfaisans ; tous les hommes sont vos
>> semblables , etc. etc. etc. «. Ecoutez les Prêtres ,
et ils vous diront
Ici je m'arrête ; mais je demande à tous ceux qui
sont, aussi touchés que moi de la sublime réponse
de Jésus-Christ à ceux qui lui amenèrent
la femme adultère , les Philosophes auroient - ils
tenu un autre langage ? et cette indulgence divine,
l'auroit-on trouvée chez les Prêtres qui prêchoient
le massacre des Albigeois , ou qui envoyoient au
supplice Jean Hus , Jérôme de Prague , le Conseiller
Anne du Bourg ? La Philosophie a réuni les
hommes que les abus de la Religion avoient si
souvent
DE FRANCE. 109
1
souvent divisés ; elle a appris aux hommes à dé
imeler dans la Rel gion le faux du vrại , ce qui
est de Dieu de ce qui n'en est pas ; mais elle n'a
jamais enseignéà se passer de Religion.......
Ah ! bénissons - les àjamais ces berfaiteurs de
T'humanité qui nous ont rappelés après d.x-huit
Siècles aux véritables principes du Christianisme ,
qui ont persuadé aux hommes d'être tolérans et
secourables ; qui , malgré la Sorbonne et les
Arréts du Conseil , ont écrit le XVe. Chapitre de
Bélisaire et l'Eloge de Fénelon ; ceux enfin qui ,
par leurs immortels Ecrits , ont préparé cette
grande révolution , d'après laquelle tous les hom-
Ries seront enfin les semblables les uns des auties;
et disons avec l'Abbé de St-Pierre : Paradis
aux Bienfaisans !
Je suis avec les sentimens les plus distingués ,
MONSIEUR ,
Votre très-humble et très-obéissant
serviteur , BOISSY D'ANGLAS .
Paris , 2 Février 1790 . i
NOTE de M. DE LA HARPE sur la Lettre
précédente.
LE zèle de l'amitié l'a ensporté , àmon infçu ,
sur le dédain qu'inspire depuis long-temps , sous
tous les rapports , un Libelle tel que l'Année Litteraire
, le plus ancien , le plus décrié , le pus
abandonné de tous les Libelles périodiques. Ja
Lettre de mon digne ami , M. de hors d'anglas
, contenant des faits , & le Mercure étant
N°. 8. 20 Fév. 1790. F
10 MERCUREY
répandu par-tout , je dois à l'amitié , au Public
et à moi-mêre de constater ces faits d'une manière
authentique. Il est vrai que l'un de ces faits
est fort peu important , sur tout à mes yeux :
c'est celui de ma naissante. Le reproche sur cet
article a passé dans tous les temps pour une lacheté
et une bassesse ; aujourd'hui c'est plus encore
, c'est bêtise . Cependant comme la haine fait
atme de tout , j'ai été attaqué sur ma naissance
dans vingt rapsodies satiriques , & n'y ai pas fait
la plus légère attention. Mais aujourd'hui que
l'on veulroit infirmer Thommage que je rends
à la Liberté , et faire croire que ma haine pour
P'Aristocratie n'est que le sentiment de jalousie
que l'on suppose aux conditions inférieures , je
suis obligé de déclarer qu'en effet le hasard m'a
fait un assez bon Gentilhomme , d'une famille
originaire de Savoie et établie dans le pays de
Vand , remontant en ligne directe jusqu'à l'année
1389 , cùlen de mes ancêtres étoit Gentilhomme
de la Chambre de Bonne de Bourbon ,
Comtesse de Savole ; que depuis plus de vingt
ans j'en ai entre les mains les preuves légales
que voulut bien n'apporter à Ferney , en 1766,
mon coufin issu de germain , le chef de ma famille,
portant le même nom que moi , & y joignant
celui des Utns , fief noble dont il étoit
possesseur à Rolles , comme son fils l'est encore
aujourd'hui ; que M. de Chabanon , mon Confrère
à l'Aca' émie , & qui étoit alors à Ferney ,
peut rendre témoignage de cette visite , et de
l'accueil que M. de Voltaire voulut bien faire à
mon cousinet à sa femeie , en les retenant trois
jours chez lui : qu'un autre de mes cousins , mais
beaucoup moins à son aise que M. des Utins
vint , il y a quelques années , à Paris pour
trer au service de France ; que sur ma recommandation
, M. le Comte d'Affry eut la bonté de
en-
,
DE FRANCE. 111
le recevoir sur le champ parmi les Cadets Géntilshommes
de l'un de ses régimens ; et que ce
respectable vieillard , qui connoissoit ma fainille
n'exigea pas de mon jeune parent d'autre preuve
que d'être reconnu par moi pour m'appartenir (1 ) .
,
Voilà ce que je suis par ma naissance et le silence
que j'ai gardé vingt ans sur toutes les
généalogies qu'on m'a faites , prouve assez , ce
me semble , que rien au monde ne m'est plus indifférent.
,
Ce qui ne l'est pas , c'est la calomnie qui attaque
le caractère et les principes : aussi dès l'année
1764, je réfurai, par un avis imprimé a la tête
de la Tragédie de Timoléon , cette imposture dont
l'Année Littéraire se rend encore aujourd'hui
l'imbécille écho , que j'avois écrit , en sortant du
Collége , contre mes Bienfaiteurs & mes Maitres .
La réfutation étoit péremptoire. Je citai , j'attestai
, j'adjurai , non seulement l'Abbé Asselin
Principal du College d'Harcourt , à qui j'étois redevable
de mon éducation , mais tous mes Maitres
, chacun par leur nom , tous existant alors ,
et je finissois ainsi : >> Je défie les plus impudens
>> calomniateurs de rien répondre aux preuves
>> que j'avance «. Les calomniateurs ne manquoient
pas ; l'impudence leur manquoit encore
moins. Cependant ils ne s'avisèrent pas de répondre
, ils firent ce qu'ils font toujours àla pre- ,
mière occasion , ils recommencèrent comme si on
re les cût pas cor.fondus.
Il me reste à dire un mot de celui à qui je
suis redevable du témoignage honorifique que j'ai
reçu de M. de Boissy d'Anglas. C'est un successeur
de Fréron , qui n'a pas même avec moi l'ex-
() Ce feune homme a été obligé depuis de quitter le
Corps , parce que fon peu de fortune ne lui permetteit
pas d'y subsister convenablement.
-
F2
112 MERCURE
euse de l'amour-propre offensé , puisque de ma
vie je n'ai prononcé son nom , n'ayant de ma vie
hu une de ses Feuilles. Il est vrai qu'on m'a dit qua
ce silence absolu l'avoit d'autant plus choqué , qua
depuis dix ou douze ans il a imprimé contre moi
des volumes d'injures , et que j'avois quelquefois
daigné faire mention d'Ecrivains de la même
trempe. Mais il devoit observer qu'il ne laisse pas
d'y avoir encore des degrés dans le métier de
satirique à la semaine , et que le sien étoit bien,
bas, puisqu'il n'a pas même encore obtenu la célébrité
de l'infamie. Néanmoins , puisqu'il en est
st ambitieux , il faut donc une fois le contenter ,
et apprendre au Public ce que je ne sais moi
même que par ces annonces imprimées , acxquelles.
la plupart du temps on fait si peu d'attention ,
et que le genre de mes travaux me met dans le
cas de parcourir>.>> L'Année Littéraire est actuellerent
confiée a x soins de M. l'Abbé Royou.....
>> La réputation de ce Journal est consacrée depuis
long- temps par lestime publique. On sait
que de tout temps il a été destiné à venger la
> Religion , la morale et les maximes du Gouver-
>> nement attaquées par les faix Philosophes , ainsi
>> que le goût outragé par les mauvais Ecrivains.
n On peut être assure qu'il ne changera pas de
>> ton sous la direction de M. l'Abbé Royou «.
On ne peut pas dire que sur ce dernier article if
n'ait pas tenu parole .
des
Je ne m'arête pas sur cer effronté charlatanisme,
digne Opérateurs du Pont-Neuf. L'Année
Littéraire, consacrec par l'estime publique, ressemble
à la rareté , la curiosité qu'ont voulu voir.
les Princes et Princesses , et le tout pour gagner
deux sous. Je n'insiste pas non plus sur cette ex
pression : venger les maximes du Gouvernement.
(Observez que cette annonce est de 1788 , et par
les maximes que vengeoit alors ledit Royou, jugez
DE FRANCE. 113
de celles qu'il professe aujourd'hui et qui l'ont
a mé de nouveau contre moi ). Mais il est bon
de false connoître ce que c'est que le nommé
Royou , qui veut a toute force étre connu , et qui
ayant vomi contre moi , pendant dix ans, les plus
abominables calomnies , peut mériter enfin qu'on
en fasse unejustice et un exemple , pour l'édifi ation
publique. Cet homme qui , dans une autre
annonce , se disoit spécialement chargé de la partie
polémique de son Journal , c'est-à-dire , de la
partie des querelics , est un Prêtre et un Professeur
de Philosophie ( imaginez de quelle Philosophie
au Coll'ge de Louis le Grand. Si vous voulez
savoir quel il est , consultea qui vous voudrez dans
la maison qu'il habire , depus le Principal jusquan
Portier ; car un pareil détail ne peut pas se
trouver sous ma plume. Je sais seulement par
plusieurs de ses Confrères , qui n'ont à rougir
de rien , si ce n'est de l'être , et qui ne me de
mentiront pas , que cet homme , au dessous du
ridicule et au dessus des affronts , est une espèce
de fou furieux que la manie désespérée de faire
parler de lui , à quelque prix que ce fur , a porté
à des excès si révoltans , à des scandales si atroces
dans son malheureux Libelle de l'Année Littéraire
, que pendant long-temps il lui fut défendu
d'y travailler , sous peine , pour les possesseurs du
Privilége, de le voir aussi-tôt révoqué ; qu'il fut
défendu à tout Entrepreneur , à tout Imprimeur
de Journaux et de Papiers publics de rien publier
dudit Royou. Concevez tout ce que supposoit une
pareille défense l'égard d'un homme qui n'avoir
jamais écrit que contre les Philosophes , alors regardés
comme les plus grands ennemis du Gouvernement.
Je n'en dirai pas davantage sur l'existence
abjecte de ce nouveau Garasse , conspué
dans sa classe , quand il ose la faire , évité de
tous ceux qui habitent la même maison que lui ,
F4
114 MERCURET
quand il ose les aborder , détesté dans le Corps
respectable dont il est un Membre si indigne, ot
complices.
ne pouvant vivre qu'avec
Je n'arrête
des
to quoiqu'il m'ait donné le droit d'en
dire davanta e. Il me suffit d'avoir fat voir une
fois à cette vile espèce de Calomniateurs publics
quel service en leur rendoit , quand on se contentoit
de les mépriser.
SPECTACLES
2
THEATRE DE MONSIEUR.
ON avoir donné fur le Théatre des
Tuileries une pièce parodiée sur la musique
de Paisiello , er intitulée le Valet
rival et confident; cetOuvrage n'avoit point
réussi. L'Auteur n'a pas voulu appeler da
jugement du Public fur fon Poëme ; mais
il a cru bien mériter des Amateurs de la
bonne muſique , en leur confervant une
composition du célèbre Paisiello. Illa donc
adaptée àun nouveau Poème. Mais ce qu'il
y a de bien étonnant , du côté de la diffi
culté vaincue , c'eſt qu'en changeant le fujet
, il n'a point touché aux paroles des
duférens airs. La Pièce ( jouée le 6 Février )
a réussi , a été fort applaudie ; et il faut
avouer qu'un pareil succès est une singularité
assez reniarquable, :
2.
DE FRANCE 115
D'après cet historique , ce seroit une sé
vérité qui approcheroit de l'injustice , que
d'exiger une exacte vraisemblance d'un
Poëme dramatique,composé, pour ainsi dire,
conime on remplit un bout rimé. Il sudip
qu'un pareil Ouvrage soit gai en dramatique
; et à ce mérite , le Valet rival joinz
encore celui d'être ingénieusement, écrir
Uncertain Docteur empyrique est amou
reux d'une Orpheline , dont il prendsoin;
mais cette Orpheline , peu touchée de son..
amour, lui préfère Eugène , Valet du Doc
teur. Cet Eugène veut s'amuser aux dépens
du Vieillard ; & il lui écrit sous le nom d'un
vieux Cacochyme , qui demande à être son
pensionnaire , pour se trouver plas à portée
de recevoir ses soins. Voila donc Eugène dra
bli chez le Docteur , obligé d'être ensemblé
et son Valet et son malade , ce qui ne laisse
pas que d'être embarrassaut dans les mo
mens où il faudroit être l'un er l'autre tout
à la fois. De cet embarras naît le comique
des situations qui nourrissent l'attention et
le rire jusqu'au dénonement. Le Docteur
qui a découvert la fourberie , auroit bien
le courage de chasser Eugène ; mais il n'a
pas celui de résister à la pupille , et il finit
par tout pardonner , et même par unir les
deux Anians.
Il y a dans la musique des morceaux
charmans , bien dignes du talent de son
Auteur; deux ou trois ſeulement nous ont
116 MERCURE
paru manquer de cet air de famille qui distingue
le reste de cette agréable composition
; et il ne faudroit rien moins qu'une
adoption authentique de Paisiello pour
croire à leur origine italienne .
د
Les deux principaux rôles ont été fort
bien joués par MM. Gavaux et Valliere.
M. Gavaux , qui a déjà été distingué par
sa manière de chanter , ajoué fort gaiment
le rôle du Valer ; et M Valliere a fait grand
plaisir dans celui da Docteur . Cet Acreur
nous paroît propre à cet emploi ; c'est un
nouveau moyen pou: lui de ſe rendre utile
à ce Theatre.
L
THEATRE DE LA NATION.
Es nombreuses scènes politiques dont
nous sommes les témoins et les acteurs , qui
font les destins de la France , et occupent
l'attention de. l'Europe entière , ce riche et
magnifique tableau de la révolution , que
chaque moment semble développer à nos regards
, entraîne si fortement les esprits , que
les talens , qu'il ne réduit point au silence ,
s'occupent à le retracer , à en entretenir le
Public , qui a l'air d'en apprendre les détails
, quand on ne fait que lui répéter ses
propres pensées , et qui est flatté des récits
DE FRANCE. ftz
qu'on lui fait , parce que c'est l'histoire de
ses conquêtes , Cet intérêt d'ailleurs, est si
grand, qu'il paroît exclusif; et les Muses
semblent croire que vouloir en détourner
l'attention publique, est s'exposer à n'être
point écouté.
t De là toutes ces Pièces appelées de cir
constance , qui se succèdent si rapidement
sur tous nos Théatres. Toutes n'y ebriennent
pas le même succès , parce que tous les Au
teurs ne s'y présentent pas avec les mêmes
talens, ou avec le même bonheur .
Nous avons parlé d'Epimenide. Son suc
cès s'est toujours soutenu depuis la première
représentation; et te premier essai
dramatique de M. de Flins , a donné une
idée très-avantageuse de son talent.
Le Souper Magique , qu'on a représenté
le Jeudi , II de ce mois , a été moins
heureux, L'idée de cette Pièce épisodique ,
c'est le fameux Cagliostro , qui , usant de
sa puissance magique , évoque pluſieurs
Morts célèbres du siècle dernier. Tel est
le cadre qu'a choisi l'Auteur pour rapprocher
et comparer deux époques si disparates .
Les personnages qu'il met en scène , sont
Colbert, la Valière , en habit de Carmelite ,
l'Homme au masque de fer , Ninon , Molière
, la Fontaine , et Chapelle. On sent
que ce sujet, puisédans l'ordre merveilleux ,
1
II MERCURE
ne pouvant intéresser le coeur , devoit être
traité de manière à amuser l'esprit ; et en
général , cet Ouvrage a paru manquer de
gaîté&de vivacité . La Valière , par exem
ple , vient se plaindre de l'abandon de
Louis XIV; elle exprime sa tendresse avec
l'intention d'attendrir ; cette intention
dans un sujet pareil , étoit difficile à réaliser
; elle ne pouvoit guère offrir que le
contraste d'une idée au moins fort gaie ,
et d'une exécution sérieuse tout au moins .
,
Au reste , les détails et le style de cet
Ouvrage n'ont point échappé aux connoisseurs
; et nous ne craignons point d'en
nommer l'Auteur , parce que ce non- succès
ne peut faire aucun tort à son talent. La
Pièce est terminée par des couplets que
Chapelle vient distribuer aux différens personnages
, et dont plusieurs ont été fort applaudis.
Nous allons en citer un que nous
croyons avoir fidèlement retenu . C'est ta
Valière qui le chante.
D'un grand Roi je fus la Mattresse;
Je perdis bientôt sa tendresse;
Et dans un Cloître enfin je m'éclipsai
On ne se cloître plus, on change ;
Ainsi notre sexe se venge
Par le présent , des affronts du passé
:
DE FRANCE. I
Nous nous arrêterons peu sur la Tragédie
de Lonis XII, dannée le lendemain
pour la première fois ; cette Pièce n'ayant
eu qu'une représentation , et même n'ayant
pas été tout-à-fait jusqu'à la fin. Aucun
moment de la vie de ce Monarque n'offroit
un sujet heureux à la Tragédie ;
ce qui a séduit l'Auteur , c'est la facilité
d'appliquer ce beau surnom de Père du
Peuple , et l'on conçoit que cette intention
étoit aussi facile à saisir qu'à réaliser.
Louis XII revenant dans ses Etats après
avoir fait la guerre en Italie , y trouve beaucoup
de désordre à réparer , et des abus
d'autorité à punir. Les réflexions et les
récits , que l'Auteur a fait entrer dans ce
cadre , ont presque tous rapport aux événemens
de la révolution .
Cette Tragédie a été composée peutêtre
trop rapidement; le Public l'a traitée
avec beaucoup de rigueur ; les connoisseurs
ont trouvé qu'elle manquoit en géné
ral de verve et d'intérêt ; mais tout le
monde a dû applaudir au sentiment de
patriotisme qui avoit inspiré l'Auteur,
20 MERCURE DE FRANCE .
5 THEATRE ITALIEN
1-
DIMANCHE dernier , 14 de ce mois , on
a remis à ce Theatre le Diable à quatre.
On sait querc'est un des Ouvrages de M.
Sedaine , et qu'il a toujours été joué aveo
succès . Les airs qu'on y chantoit , étoient
un choix de divers morceaux parodiés ; un
Compositeur Italien vient d'y faire une
musique nouvelle qui a réussi. Cependant
en général , en rendant justice au mérite
de cette composition , on a trouvé qu'elle
manquoit souvent du caractère propre au
genre du Prëine.
Le rôle de Margot a été fort bien jouč
par Mme. St-Aubin , qui devient tous les
jours plus chère au Public et aux connoisseurs.
TABLE.
DORIS , Fglogue. Es Variétés. وو
Theatre se Morfieur. 114
Charade. Eng . Logog.
Traité des Praities.
Theare de la Nation. 116
s2Théatre Italien . 110
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
De Berlin, le 3 Février 1790 .
QUOIQUE les préparatifs de guerre
continuent dans les Etats du Roi , quoiqu'on
ait acheté quatorze mille chevaux
de trait , quoiqu'on travaille aux équipages
de S. M. , quoique les Gazettes
mettent ce Monarque à la tête d'une
Armée commandée par M. de Mollendorf,
et donnent une seconde Armée au
Duc de Brunswick, ces préparatifs ne
persuadent point encore une partie du
Public de la certitude d'une guerre prochaine.
Cependant tous les matériaux en
sont posés . S'il est sans vraisemblance
que les Cours Impériales veuillent s'opposer
ouvertement à notre alliance avec
Nº. 8. 20 Février 1790. G
( 146 )
la Pologne , il est certain que les suites
de ces liaisons peuvent amener une rupture
, si la paix entre les Ottomans et
leurs Ennemis ne prévient pas une troisième
campagne. La nature de nos relations
avec les Etats Belgiques , peut
devenir encore un écueil de la tranquillité
de l'Empire ; ainsi , en derniere analyse
, elle tient aux desseins que manifesteront
notre Cabinet et ses Alliés .
Le mouvement des Courriers est trèsactif
depuis quelques jours. Le Duc de
Saxe - Weimar est arrivé ici le 25 Janvier.
Le Duc régnant de Brunswick est
attendu au premier jour.
Dans la Séance de l'Académie des Sciences ,
tenue le 28 Janvier , M. le Comte de Herzberg
, Ministre d'Etat , Curateur de l'Académie
, a annoncé la nomination du Professeur
Gedike , comme Membre ordinaire ,
et celle de M. Muller , Conseiller - Privé de
l'Electeur de Mayence , et avantageusement
connu par l'histoire des Suisses , et M. Robert
de Paris , Auteur de plusieurs ouvrages
géographiques , comme Membres Etrangers.
Le prix de l'éloge du feu Roi n'a pas été
décerné ; aucun ouvrage sur ce sujet n'a
rempli les vues de l'Académie ; il a été
remis . M. le Comte de Herzberg fera connoître
dans un programme les principes
d'apres lesquels cet éloge doit être traité .
Environ 800 Paysans du Duché de
Courlande se sont rendus auprès du
Duc, et lui ont demandé l'ouverture des
(147 )
magasins à bled , et la destitution du
Bailli de Grunhof Le Duc leur a accordé
l'une et l'autre de ces réquisitions , et la
tranquillité s'est rétablie.
De Vienne , le 2 Fégner.
,
L'Etat de l'Empereur est toujours inquiétant
; la fièvre et la toux continuent .
Cependant les forces de S. M. I. ne sont
pas diminuées au point de l'empêcher ,
dans les instans favorables , de vaquer
aux affaires d'Etat , et de recevoir une
société choisie .
Les 12 Bataillons qui , sur un ordre
du Conseil de guerre , se rendent successivement
dans la Moravie et la Haute
Autriche, sont formés des Régimens de
Wallis , Wartensleben , Wolfenbuttel ,
Callenberg , Brentano et Brechainville.
On attend à Minkendorfdeux Régimens
de Croates. Cette Capitale et ses environs
reçoivent 10 Bataillons de Grena
diers , et 12 autres Bataillons venant de
la Hongrie , d'où l'on a aussi rappelé les
Corps de Chasseurs et les Pionniers. Les
Hussards Szecklers arrivés le 24 à Laxembourg
, en repartent aujourd'hui pour
la Bohême. Des dispositions si étendues
indiquent , ou que l'ouvrage de la pacification
avec les Tures est assez avancé
pour permettre cet affoiblissement de
la grande Armée , ou que des besoins
Gü
(148 )
plus pressans exigent le déplacement
d'une partiedes Corps qui la composent.
L'Ordonnance du Conseil de guerre , qui
établit l'augmentation de l'Armée , est publique.
Tous les Régimens Allemands d'Infanterie
seront augmentés chacun d'un bataillon
; les quatrièmes bataillons des Régimens
Hongrois , d'une nouvelle division ;
et tous les Régimens de Cavalerie d'une division
entière. De cette manière , l'Armée
sera composée de 156 bataillons Allemands ,
8 Italiens , 44 Hongrois , 34 de frontières ,
et 20 bataillons de Grenadiers , ce qui fait
262 bataillons ; les 5 Régimens des Pays-
Bas n'y sont pas compris. La Cavalerie
consistera en 90 escadrons de Hussards , 60
de Chevaux-Légers , 16 de Carabiniers et
80 de Cuirassiers ; en tout 294 escadrons .
L'Artillerie , les Corps des Volontaires et
les Régimens de garnison ne sont pas compris
dans cet état. La Bohème seule fournit
60,000 recrues .
De Francfort surle Mein, le 11 Février.
Le dénouement de la scène de Liège
se traîne encore au milieu des négociations
secrètes et des incertitudes. La dernière
réponse du Prince - Evêque à M.
Dohm avoit ranimé les espérances : sa
replique à l'Ordre de la Noblesse est
moins rassurante. Cependant on auroit
tort d'en conclure que S. A. C. persévère
dans sa résistance au plan de Clèves :
Elle a pu écrire aux Nobles de ses Etats
(149 )
d'untonmoins confidentiel, qu'Elle n'au
ra été obligée de le faire envers le Roi
de Prusse. En attendant que le Prince-
Evêque ait manifesté ses dernières intentions
à ce Monarque , il fait soutenir
sa cause à la Diète de Ratisbonne , par
des Mémoires en style de Manifeste. Il
en paroît un entr'autres distribué par le
Comte de la Tour, Ministre du Prince
à la Diète , sous le titre de Mémoire
concernant la révolte de Liège, les motifs,
manoeuvres et prétextes de ceux
qui l'ont opérée , avec l'explication de
l'Edit de 1654.
Cet imprimé est partagé en 3 Chapitres .
Dans le 1er . , les Bourguemestres Fabri et
Chestret sont nommés comme Auteurs de la
rébellion ; dans le second , on développe
les droits du Prince relativement à la Police
; on tâche de prouver que les Princes-
Evêques ont obtenu des Empereurs une Souveraineté
illimitée qu'ils ont toujours exercée
, et que l'existence des Etats Provinciaux
ne date que des guerres civiles ; enfin , le
troisième Chapitre traite de tout ce qui
est relatif à l'Edit de 1684 , dont on plaide
la validité et l'impossibilité de l'abroger.
Le Général de Schlieffen est arrivé
de Mastricht à Liège. Il est en correspondance
active avec les Chefs de l'Union
Belgique.
Chaque Papier public fait un Traité
de paix entre les Puissances Belligérantes.
En voici un puisé dans une Feuille
Allemande , dont le Rédacteur n'a sure
Gij
( 150 )
ment pas en poche la signature des Plénipotentiaires
Ottomans.
Le Danube , la Save et la Verbasca serviront
de frontières respectives. L'Empereur
aura par conséquent toute la Croatie
Turque , la Wallachie , la partie de la
Moldavie sur la riviere de Sereth , y compris
Choczim et son District ; il rendra toute la
Servie , mais les forteresses de Belgrade ,
Szabacz et Semendria seront rasées .
L'Impératrice de Russie aura le reste de
la Moldavie , la Bessarabie et la Tartarie
Oczakovienne. - Les Turcs raseront les
forteresses qu'ils céderont , à l'exeeption de
Brailow et d'Orsova .
La navigation sur les rivières sera commune
aux 3 Puissances .
On conviendra d'un nouveau traité de
commerce , qui établira, sur des bases invariables
, la navigation de la mer Noire ,
de laquelle toutes les autres Nations seront
exchies.
GRANDE-BRETAGNE.
De Londres , le 10 Février.
Depuis sa rentrée, le travail du Parlement
s'est à-peu-près exclusivement
borné aux affaires préliminaires de chaque
Session , à recevoir des Pétitions ,
à examiner des affaires particulières , au
rapport des Bills annuels , et à entendre
ces Motions perdues qu'indiquent quel
(151 )
ques Membres , pour y revenir dans le
cours de la Session .
Le Comité choisi qui reçoit l'enquête
ultérieure sur le Commerce des Noirs ,
a déja entendu deux Témoins. Il s'en
présentera beaucoup d'autres probable
ment. Sur la Motion de M. Marsham ,
les Communes ont décidé que les Antagonistes
de l'abolitionde la Traite, défendroient
leurs intérêts devant le Comité ,
par leurs Avocats. Le même plaidoyer
se répétera devant le Comité général de
la Chambre ; ainsi la question se prolongera
vraisemblablement jusqu'à la
dissolution prochaine du Parlement .
Notre Gouvernement a un si grand
intérêt que cette Traite soit abolie chez
nos yoisins , et il est si parfaitement convaincu
que cette mesure entraîneroit la
perte de leurs Colonies , qu'il se gardera
bien de refroidir l'enthousiasme des Amis
des Noirs en France , en pressant une
décision du Parlement. Elle seroit vraisemblablement
favorable à la Traite , et
nous préférons de laisser croire dans
l'Etranger que nous songeons sérieusement
à la supprimer. Nous rapporterons
les détails authentiques de l'information
, comme nous fîmes l'année dernière
; et n'en déplaise à certains fanatiques
qui maltraitent encore plus les
Blancs qu'ils ne chérissent les Noirs , nous
le ferons sans altérer la vérité en leur faveur
, ni sans craindre leurs invectives .
Giv
(152)
-
Après avoir demandé , suivant l'usage , la
continuation , pour 1790 , des taxes annuelles
sur la Drèche et sur les terres , M. Rose ,
Secrétaire de la Trésorerie , a fourni les
états de différentes branches du revenu public
, entre autres de ceux de l'Accise et
des Douanes. Ensuite , on a présenté le
vote annuel pour l'établissement Militaire
de terre et de mer. Le 29 Janvier , M.
Hopkins , Commissaire de l'Amirauté , demanda
aux Communes que le nombre des
gensde mer pour le service de l'année courante
fût porté , comme l'année dernière ,
à 20,000 , y compris 3,800 Soldats de Marine.
A ce sujet ,le Chevalier Grey cooper
renouvela les objections périodiques qu'on
entend à chaque Session , sur les réductions
possibles, sur l'économie à observer, sur l'inattention
des Ministres à cet égard .
Le Chancelier de l'Echiquier répliqua au
Chevalier Cooper, que les mêmes raisons qui,
l'année dernière, avoient déterminé une addition
de 2000 Matelots, subsistoient de plus
en plus fort aujourd'hui , et que lasituation
politique de l'Europe ne permettoit pas de
diminuer d'un seul homme les forces de la
Marine . Le Bill annuel qui en met la discipline
en vigueur a été présenté , et mis
en Comité , pour le rapport en être fait
dans quatre jours .
Le Marquis de Graham , l'un des Membres
de la Trésorerie , a proposé , le 4 , une de
ces mesures qui caractérisent l'inventive sagacité
du Gouvernement , en matière de
commerce. Il s'agit d'affranchir du droit de
3 schellings 4 deniers par quintal , l'étain
exporté au-delà du Cap de Bonne -Espérance.
L'honorable Membre a présenté deux
( 153 )
avantages de ce Bill; le premier sera dé
rendre l'étain d'Angleterre plus rare dans
les marchés d'Europe, qui en sont surchargés
,en lui ouvrant un débouché dans l'Inde .
Le second , de fournir à la Compagnie des
Indes un moyen de remplacer par des cargaisons
d'étain , une partie de l'argent qu'elle
est obligée de faire passer dans ses établissemens
et àlaChine. LaMotion a été reçue
pour être discutée incessamment.
Vendredi 5 , les Communes s'étant formées
en Comité des Subsides , le Secrétaire
d'Etat de la guerre fit la Motion d'employer
en 1790, 17448 hommes ( 1620 Invalides et
les Officiers compris ). L'établissement d'Irlande
, celui des Colomies et de Gibraltar
ne sont pas inclus dans ce nombre de Troupes .
M. Marsham compara l'ancien établissement
de paix , avec celui d'aujourd'hui beaucoup
plus fort , quoique l'Angleterre ait
perdu Minorque et les Colonies Continentales
d'Amérique , et quoique le Roi , dans
son Discours , eût assuré le Parlement des
dispositions amicales des Puissances Etrangères
.
M. Pitt renouvela , en la développant ,
la réplique qu'il avoit faite il y a quelques
jours au Chevalier Cooper. Après avoir rendu
hommage à la candeur du Préopinant , il
ajouta que , sans former aucun doute sur la
sincérité des assuranees pacifiques données
au Gouvernement , les conjonctures où
se trouvoit l'Europe , POUVOIENT LAISSER
DES INCERTITUDES SUR LEUR ISSUE ,
quoique la modération de S. M. et le systême
de ses Ministres accréditâssent l'espoir
de voir le Royaume conserver sa tranquillité.
Personne ne desiroit plus que lui Mi-
G
( 154 )
mistre , l'instant de pouvoir alléger les taxes
et diminuer les besoins publics ; mais son
premier devoir étoit de ne pas sacrifier à
sa popularité personnelle , le soin de pourvoir
à la sureté de l'Etat.
M. Fox approuva les principes du Discours
clair , sage et loyal de M. Pitt : « Nos
- deux grands objets , dit ce célèbre Orateur
de l'Opposition , sont de CONSERVER INTACTE
NOTRE ADMIRABLE CONSTITU-
"
«
"
"
"
и
TION (1 ) , et le Crédit National par l'économie
des dépenses , et une aftention
soutenue sur le maintien du revenu public.
Néanmoins , aucun de nos Constituans
ne se dissimulera que , ce n'est pas
l'instant d'en retrancher aucune branche ,
« en supprimant aucune taxe . S'il en falloit
même de nouvelles pour préserver notre
Constitution et notre crédit , pas un An-
. glois ne balanceroit à la supporter. Il n'exista
aucune époque où l'ancientejalousie sur
le pouvoir Militaire soit plus dépourvue
de fondement . Toute l'Europe est maintenant
convaincue , qu'en devenant Soldat
, un homme ne cesse pas d'être Citoyen.
Les révolutions du Continent présententun
coup d'oeil favorable pour nous.
Celle de la France nous préservera à l'a-
"
"
(1) On voit que M. Fox est encore
novice. Oh ! il n'a qu'à passer un mois sur
Je Continent , il trouvera des Maîtres qui
en savent plus au début , sur les Constitutions
politiques , qu'il n'en a appris dans toute
sa vie. M. Fox n'est pas formé ; c'est dommage
. Mais avec le temps , il se nettoiera
de sa rouille gothique, et féodale.
( 155 )
"
44
venir des intrigues de quelques ambitieux
⚫ qui l'entraînoient à la guerre. Nous avons
passé par l'épreuve de nos Lois et de notre
liberte ; nos voisins ne font encore que
l'etablir. Nous avons peu à craindre des
diverses Puissances de l'Europe , et nons
sommes trop genéreux pour attaquer la
France , au milieu du delabrement de
ses Finances et de ses troubles intérieurs .
La meilleure guerre à lui faire est le maintien
de notre crédit actuel . »
"
«
Nous n'offrirons ici que quelques traits
du tableau politique que présenta M. Fox ,
avec cette eloquence si rare , qui délibére
sans declamer , qui raisonne et ne crie pas ,
qui est soutenue par de grandes, connoissances
et non par les réminiscences de
quelques pamphlets modernes.
,
Le Colonel Phipps compara ensuite la
conduite des Troupes Angloises , repoussant
en 1780 l'anarchie , la violence et l'incendie,
avec les derniers événemens de la
France.
Lord Fielding trouva les termes de comparaison
fort peu exacts , et cita l'époque
de 1698 , où Jacques II fut abandonné de
son Armée toute entière , vouée aux intérêts
de la liberté.
On a voté les résolutions pour les subsides
de l'Armée à l'unanimité , et le Rapport
s'en fera au premier jour.
Le dernier état fourni par les Commissaires
à la liquidation de la Dette
Nationale , établit qu'au 30 Janvier dernier,
on avoit racheté pour 5, 184,850 1. st .
Goj
( 156 )
de divers fonds publics , au prix livré de
3,898,510 liv . st.
Le sieur Walter , Imprimeur du
Papier public The Times (les Tems ) ,
et détenu à Newgate , vient d'être
condamné , comme Libelliste , à un an
de prison et à 200 liv . st. d'amende , pour
avoir calomnié le Prince de Galles et le
Duc de Clarence , dans sa Feuille périodique.
Il avoit dit entr'autres , que ces
Princes furent repoussés par le Roi qui
les traita comme doit le faire un Père
indignement offensé. Un autre Libelle
du même genre contre le Duc d'Yorck,
vaudra le pilori au Sieur Walter , par
un effet de ces égards despotiques et pusillanimes,
que nous conservons , quoique
esclaves , pour la réputation de nos semblables.
Par un rapprochement historique et
bizarre , le Diary or Woodfall Register,
a trouvé que tous les Rois d'Angleterre
qui ont épousé des Princesses
de France sont morts tragiquement.
Edouard II , Richard II , Henri VI
furent assassinés dans leur prison . Char
les I mourut sur l'échaffaud.
Nous apprenons authentiquement ,
qu'éclairée par la sagesse des Adams ,
des Francklin , par la raison et par
l'expérience , la Convention de Pensylvanie
, chargée de revoir la Constitution
, vient de la réformer sur les
(157 )
principes inaltérables de tout Gouvernement
libre. Elle a rejeté les illusions
démocratiques , en divisant sa Législature
en deux Chambres , et en donnant la
négative au Pouvoir exécutif, concentré
dans un Gouverneur électif , et à vie.
Ci-devant , la Puissance exécutive appartenoit
à un Conseil de douze Membres ,
nommés par les douze Comités de la
Pensylvanie. La Chambre Législative
étoit composée de 65 Représentans ;
nombre trop peu considérable pour laisser
craindre les tumultes , la fougue impétueuse
, et la précipitation des grandes
Assemblées populaires , qui en tout
temps prosternèrent devant elle tous les
pouvoirs de l'Etat. Cependant , les Pensylvaniens
ont senti l'enormité du danger
, de laisser le Corps exécutif , et
le sort de l'Etat , à la merci de la majorité
d'une seule Chambre , et ils ont
rendu un éclatant hommage à ce principe
de tout Gouvernement Républicain,
que, pour que lesLoissoient stables,
et les pouvoirs conservés distincts , LE
CORPS LÉGISLATIF DOIT ÊTRE DIVISÉ .
M. Adams , que des esprits fort jeunes
ont si pauvrement réfuté en Europe ,
sans le comprendre le moins du monde ,
jouira de ce nouveau triomphe de
ses principes , parmi des Républicains
qu'on ne séduit , ni par des phrases
de rhéteurs , ni par des paralogismes
algébriques , ou métaphysiques .
( 158 )
La Pensylvanie a fait plus; elle a ôté au
Peuple le droit d'élire les Juges qu'elle
arendus inamovibles.
Nous n'apprenons pas qu'aucun Journaliste
d'Amérique ait compare la seconde
Chambre de la Législature Pensylvanienne
au Sénat de Venise , ni qu'on
aitmenacé de la lanterne les Membres de
la Convention réformatrice..
ÉTATS BELGIQUES.
DeBruxelles , le 13 Février 1790 .
Aucune révolution ne fut opérée avec
une aussi étrange promptitude que celie
de ces Provinces , ni menacée plus víte
de perdre ses effets , par les divisions
d'intérêts , d'idées et de sentimens. A
l'instant où des Déclamateurs s'extasioient
sur le zèle patriotique , et sur
l'amour du Peuple dont étoient embrâsés
les Auteurs de ces grands changemens
, nous présentames au Public le
tableau de la composition des Etats de
Brabant , c'est-à-dire , d'une Oligarchie
dont l'autorité de l'Empereur , plus modérée
et moins inquiète , auroit été l'utile
contrepoids ; d'une prétendue Assemblée
Nationale formée des seuls Députés
du Haut Clergé , de la Haute Noblesse ,
et des trois Villes de Bruxelles , Anvers
et Louvain. Jamais il n'y eut d'Aristo
( 159 )
cratie plus prononcée , et il étoit trèsévident
que son règne alloit succéder à
celui de l'Empereur. Nous ne parlons
ici que du Brabant et de quelques autres
Provinces : la Représentation populaire
dans la Flandre est constituée sur d'autres
principes. A peine les Etats de Brabant
ont-ils été en possession de la Souveraineté
, qu'on la leur a disputée : il
en a été de même dans le Hainaut , où
l'opposition a été repoussée de haute
lutte. Mais à Bruxelles , centre des intrigues
, des ambitions particulières et
des connoissances , on n'a pas prisle
change si facilement. Des hommes , qui
ne sont pas du Peuple , ont demandé ce
qu'il gagneroit à la Révolution , sous
l'empire de la Joyeuse Entrée , des droits
aristocratiques des Etats , des immunités
des Ordres , et de toutes ces Chartes qui,
dans les Manifestes contre l'Empereur ,
étoient représentées comme les Archives
de la Liberté Belgique . Bientôt , on s'est
étonné d'être sans Duc et sans Liberté.
On a demandé à quel titre les Etats , sans
consulter la Nation , s'arrogeoient la
Souveraineté , et déterminoient la forme
d'un Gouvernement dont l'institution
appartenoit au Peuple. Ces idées , auxquelles
le Peuple, proprement dit , ne
comprend rien , et qui presque toujours
profitent à d'autres qu'à lui , n'en sont
pas moins d'une application frappante
dans les circonstances où nous sommes ;
( 160 )
aussi a-t-on vu , immédiatement après
une première Révolution , éclorre le
dessein d'en former une seconde. Favorisé
par des intrigues étrangères , combattu
par des intrigues étrangères , entretenu
et repoussé par les intérêts personnels
, qui sont tout autrement actifs ,
tout autrement communs que l'amour
éclairé de la liberté que fort peu de
gens savent aimer , ce projet a bientôt
compté de puissans et nombreux prosélytes.
La conduite mystérieuse des
Etats , leur éloignement pour des sacrifices
que la justice naturelle commandoit
autant que la politique , une servitude
de la presse équivalente à celle sous laquelle
on gémissoit précédemment , ont
accru la fermentation. Son premier
effet a été un Mémoire aux Etats , revêtu
des signatures du Duc d'Aremberg ,
du Comte de la Marck , du Vicomte
Valkiers etde plusieurs autres Personnes
Notables .
Après s'être autorisés de l'exemple des
Anglois , Nation libre et éclairée , dont
les Citoyens ont le droit de présenter des
Pétitions , soit auRoi, soit au Parlement,
les Requérans exposent leurs principes.
« Depuis que la Nation a déclaré son Indépendance
, et depuis qu'elle l'a conquise ,
disent- ils , elle n'a plus , et dans le droit
et dans le fait , d'autre Chef ou d'autre
Prince qu'elle-même. Il n'est absolument
dans son sein ni individu , ni association ,
( 161 )
qui puissent prétendre à lui donner des Lois ,
niàla gouverner , avant qu'elle-même n'ait
pris à cet égard une détermination libre
et souveraine. C'est à elle à répartir et à
confier , comme elle le voudra , P'exercice
de tous les Pouvoirs , dont elle s'est ressaisię.
Après avoir secoué le joug le plus
insupportable, il est bien juste qu'elle jouisse
enfin du Droit , qu'ont toutes les Nations
libres , de se choisir elles-mêmes leurs Représentans
, et de ne confier les rênes du
Gouvernement qu'aux Personnes qu'elles
en croyent les plus dignes .
ne
Nous croyons cependant , Messeigneurs ,
qu'il est de l'intérêt de la chose publique ,
et que la Nation pourra avouer , que vous
gardiez encore pendant quelque temps la
direction des affaires jusqu'à ce qu'elle
ait renouvelé ou confirmé vos Mandats ,
ou jusqu'à ce qu'elle se soit nommé d'autres
Représentans ; mais comme pendant cet
intervalle vous ne pouvez vous regarder
que-comme gérant provisionnellement ses
affaires , et tenus à la plus exacte responsabilité
, il nous paroît que rien
seroit plus juste que de commencer par
faire connoître tous les jours au Public les
résolutions prises dans vos Assemblées , du
moins toutes celles qui regardent les affaires
internes de la Province. Nous sentons bien ,
Messeigneurs , qu'il en est d'un genre qu'il
seroit imprudent et dangereux de divulguer;
telles sont celles du Département de la
guerre , et du Département des Affaires
Etrangères , dont nos Ennemis pourroient
profiter si elles parvenoient à leur connoissance
; mais nous croyons aussi que ce sont
les seules qu'il soit de votre devoir de
( 162 )
tenir secrètes , au moins pour un temps,
au lieu que généralement toutes vos operations
semblent couvertes d'un voile impénétrable.
»
,
Ces idées sont modérées , et il s'en
faut que tous les esprits s'en tiennent là .
Néanmoins la grande pluralité des
Etats annonce des dispositions bien
contraires ; il est à croire qu'elle se ménage
les moyens d'y résister. Maîtres du
Trésor et de l'Armée , et jusqu'a-présent
de la masse du Peuple , qui suit toujours
l'impulsion du plus fort , le Parti dominant
sent que ces ressources peuvent
lui échapper. Il a d'ailleurs à craindre
l'Empereur , qui n'a pas , lui, abjuré sa
Souveraineté , et dont les forces vont
s'accroître dans le Luxembourg. Ce
double danger ne permet pas de douter
que , le Congrès Belgique et les Etats
de Brabant ne se soient assurés d'auxi
liaires puissans dans l'Etranger. Publiquement
on a accusé les Chefs de la
Révolution d'avoir formé des Conventions
avec quelques Souverains. Ce soupçon
étoit peut-être antidaté ; mais il ne
reste à-peu-près plus de voile sur le plan
qui va se développer.
Il a été signé à la Chancellerie de
guerre , sous l'ordredu Congrès Belgique ,
une Capitulation , en vertu de laquelle
les Etats-Unis prennent à leur service
une Brigade Angloise de mille hommes ,
doat tous les Officiers seront nés An(
163 )
glois , ainsi que la moitié des Soldats ;
une partie de ce Corps a déja débarqué à
Ostende ; le Major Money en aura ,
dit- on , le Commandement. Il est question
de prendre également deux autres
Légions , Hessoise et Hanovrienne . En
même temps , on a donné le grade de
Lieutenant-général dans l'Armée Belgique
, à M. de Schonfeld, Officier prussien
, Général-Major au Service du Landgrave
de Hesse . Beaucoup d'autres Officiers
Prussiens , de divers grades , ont
pris des engagemens avec le Congrès :
plusieurs sont déja ici. Ni la Cour de
Londres , ni celle de Berlin n'ont désavoué
ces arrangemens , c'est-à-dire , qu'ils
se concluent sous leur approbation tacite.
Ainsi , le sort de la Confédération
Belgique va dépendre de la triple Alliance,
qui domine aujourd'hui le systême
politique de l'Europe , et qui bientôt
prendra de nouveaux accroissemens ;
ainsi nos Provinces en deviendront les
Auxiliaires , et le développement de ce
plan , dont les suites devroient faire trembler
des Puissances tombées dans la nullité
, s'effectuera au Printemps . L'Empereur
seul avec ses forces redoutables en
contrariera l'exécution , si toutefois la
paix se fait avec les Ottomans. Veut-on
une autre position des choses ? Supposons
que le Parti opposé au Gouvernement
actuel des Provinces Belgiques ,
invoque à son tour des appuis étrangers ,
( 164 )
l'Europe sera embrâsée du Nord au Midi,
et à l'issue de cette querelle , le Peuple
Belgique (nous disons le Peuple , non les
Chefs de Parti , les Grands , les Aristocrates
, les Démagogues ) nous dira ce
qu'il a gagné à ce grand bouleversement,
pour conserver la doctrine ultramontaire
de l'Université de Louvain.
Le Général Van der Mersch vient
d'être confirmé dans le commandement
des frontières , avec le grade de Géneral
d'Infanterie , 15 mille florins (31 mille
liv. tournois ) de traitement annuel , et
10 mille florins pour sa table et ses
équipages. Il est retourné à Namur, où
se rassemblent les Volontaires des diverses
Provinces , et le très-petit nombre
de nos troupes réglées . On ne sait quels
peuvent être ses projets avec des Trou
pes sans discipline , sans habitude de la
guerre , mal pourvues d'Officiers exercés
, qui se sont bien soutenues dans
les Villes où le nombre l'emporte nécessairement
, mais battues et dispersées
en rase campagne , toutes les fois
qu'elles ont rencontré l'Ennemi. Quoi
qu'en disent tous les organes de parti
qui vendent au jour , ou à la semaine
, leur ignorance au Public , ce ne
sera pas chose aisée de déplacer les Au
trichiens. Ils ont 15 mille hommes , soit
à Luxembourg , soit dans le Duché ,
pourvus d'artillerie et de tous les moyens
de défense , et couverts par un pays
( 165 )
presqu'impénétrabie. Leur Armée va
être encore augmentée incessa mment
d'un Corps de Wirtembergeois et d'autres
Tro pes Allemandes .
Les Etats de Limbourg n'ont pas encore
fait publier le Manifeste des Brabançons
, pi accédé à l'Union. Ils paroissent
attendre les évènemens , et décidés
à ne pas se presser .
On jugera des dispositions ennemies
qui règnent dans les Provinces , par les
fragmens suivans d'une lettre imprimée
dans un Papier public.
ε Nos Royalistes ( dit l'Auteur qui prend
le ton de l'ironie ) , essaieront peut-être de
vous en imposer sur tout ce qui s'est passé
de miraculeux dans nos Provinces , depuis
le commencement de Novembre dernier. A
les en croire , ce ne doit être qu'à la bonté
excessive du ci-devant Duc de Brabant , qui
vouloit conserver son Peuple et ses Villes ,
que nous sommes redevables de nos succès ,
et à la mésintelligence qui règnoit ouvertement
entre son Ministre et d'Alton .
Ils vous diront que le Lieutenant-Général
Van der Mersch n'est qu'un monstre d'ingratitude
qui a trahi son Souverain , dont
il recevoit des bienfaits pour l'avoir servi
pendant six semaines ; qu'il n'est qu'un partisan
, qui n'a osé se mesurer avec les Autrichiens
en pleine campagne ; qu'il ne leur
a dressé que des guet-à-pens dans les rues
et dans les maisons ; que tout notre courage
n'est qu'une fureur fanatique au suprême
degré ; qu'il de la lâcheté à avoir débauché
à force d'argent les Soldats de l'Emy
a
( 166)
pereur , et que nous avons agi en fourbes
lorsqu'on nous ſtenoit dans la souricière à
Léau , parce que pour éviter le combat ,
nous avions demandé une suspension d'armes ,
que Dieu nous a défendu d'observer , par
l'organe de son Ministre , notre très - digne
Aumonier général M. le Grand-Pénitencier
Van Eupen , maintenant Secrétaire d'Etat
de notre nouvelle Théocratie ; que nos
Théocrates ne sont que des malheureux qui
trompent et ruinent le Peuple , particulierement
les paysans , tandis que ces derniers
nous ont rendu les services les plus signalés
à la retraite des Autrichiens de Bruxelles . "
" Nos Royalistes voudront encore vous
induire en erreur sur notre compte , en vous
insinuant que notre principale ruse ne consiste
qu'à dénaturer les faits et à calomnier
les personnes qui nous sont contraires ; que
nous avons donné l'exemple du pillage et
du brigandage , et que les Soldats n'ont
commis des cruautés qu'à leur Corps défendant
; que nos Religieux ont exercé des
atrocités pendant la bagarre de Gand , où
un Capucin auroit blessé à mort une dame
que sa révérence.... Qu'on y avoit ouvert
la maison de correction , de peur qu'il n'y
eût pas assez de coquins dans le pays , et
tantd'autres inventions diaboliques ; en ajoutant
que depuis 2 mois nous avons commis
des oppressions au centuple de celles que
nous avions reprochées amèrement au cidevant
Gouvernement Autrichien , et que
nous avons ruiné le pays pour 50 ans
etc. etc. "
,
Nous nous consolons de toutes ces calomnies
, par la consideration qu'il est impossible
de méconnoître la main de Dieu ,
(167 )
dans tout ce qui vient d'arriver. En effet ,
on écrit de Namur qu'il est constant et
avéré que c'est à Notre-Dame de l'Immaculée-
Conception que la Ville est redevable
deson évacuation. Lejour qui suivit celle de
Bruxelles , Notre-Dame de Halle fut trouvee
au milieu de son Eglise crottée jusqu'aux
reins ; preuve certaine qu'elle s'étoit trouvée
dans lamêlée. Lisez , Monsieur , la Gazette
de Gand , et vous verrez le nombre incroyable
de miracles qui se sont opérés en Flandre
depuis le rétablissement des Confrairies du
Rosaire , du Scapulaire, et particulièrement
de celle pour les ames du purgatoire , etc. "
On a lu avec surprise dans quelques
Feuilles de Paris , l'annonce tranchante
d'une démarche de la Princesse d'Orange
auprès des Etats- Généraux , pour les
presser , sans avoir consulté le Stathouder
, de reconnoître l'indépendance
des Etats Belgiques. A ce Roman , on
ajoutoit que le Parti Prussien prévaloit
à la Haye sur le Parti Anglois , que la
Gueldre et la Frise s'étoient retirées de
la Délibération , etc.
Cette fable suppose bien peu de
connoissance de la Constitution Hollandoise
, de ce qui se passe à la
Haye , et du cours des évènemens . La
Princesse d'Orange n'est allée , ni
ne pouvoit aller dans l'Assemblée des
Etats-Généraux , où le Statdhouder
lui-même n'a entrée que pour y faire
des propositions , sans avoir le droit de
délibérer. Une pareille démarche eût
*
"id
(168 )
été aussi illégale qu'incompatible avec
le caractère de la Princesse , et sa conduite
passée envers son Epoux. Le Parti
Anglois et le Parti Prussien , à la Haye ,
sont absolument confondus, et il ne peut
y avoir entr'eux de dissentimens . La
Gueldre est de toutes les Provinces la
plus dévouée à la Maison d'Orange . Enfin
, tout cet épisode se réduit à quelques
conférences de la Princesse avec le
Comité secret ; conférences dont le secret
n'a surement pas été transmis à des
Périodistes étrangers .
FRANСЕ.
De Paris , le 17 Février.
1
ASSEMBLÉE NATIONALE. 41 ° . Semaine.
DU DIMANCHE 7 FÉVRIER.
Cette Séance extraordinaire , étant consacrée
à l'organisation des Districts , on en
a continué le Rapport .
Le Département de Bourges se divisera
en7 Districts : Bourges , Vierson , Sancerre ,
Saint-Amand , Lignieres , Château-Meilland
, Sancoins et Aubigny; sauf la distribution
des établissemens subséquens en faveur
des autres Villes du Département.
Le Département de Vivarais provisoirement
divisé en 7 Districts : Annonay , Tournon
, Vernoux , Privas , Aubenas , Villeneuve-
de-Berg et l'Argentière.
Lille
(169 )
Lille et Douay étoient en concurrence pour
le siege duDépartement des deux Flandres ,
du Hainault et Cambresis . Sur l'avis du
Comité et de la Majorité de la Députation
de ces Provinces , la question a été jugée
en faveur de Douay .
Les neuf Districts du Département de
Beauvoisis seront : Beauvais , Chaumont ,
Gravilliers , Clermont , Senlis , Breteuil
Noyon , Compiegne , Crespy. Le Départertement
provisoirement à Beauvais .
Le Departement de la haute Provence en
cinq Districts , qui seront : Digne , Forcalquier
, Sisteron , Barcelonette et Castellane .
,
Les 15 Adjoints au Comité Ecclésiastique
, dont on a lu la liste , sont : Dom
Cerle , MM. Dionis du Séjour , l'Abbé de
Montesquiou , Guillaume , Marquis de la
Coste , Dupont , Massieu , l'Abbé Expilly ,
Chasset , Gassendi , Boislandry , le Berthon ,
la Poule , Thibault , Curé de Soupes .
Un Député de Lorraine a rapporté les
excès auxquels s'est livré à Nancy un fils
de famille , actuellement âgé de 34 ans ,
menaçant de terminer sa carrière par un
parricide , si l'on ne prend les précautions
que la famille vient solliciter auprès de l'Assemblée
Nationale. Ce jeune homme depuis
10 ans s'est engagé 51 fois , et dans l'espace
de quatre années a dépensé cent
mille: livres. Après s'être livré à tous les
écarts , il a vole les meubles de son père ,
extorqué de l'argent de sa mère par des menaces
, essayé de tenter la fidélité des domestiques
. Un jour , il s'est enfermé dans
une Chambre et a tiré un coup de pistolet.
On est accouru , on a fait venir les parens ,
on avoulu enfoncer la porte; lejeune homme
Nº. 8. 20 Février 1790. H
(170 )
a crié qu'il feroit feu. Neuf hommes de la
Garde Nationale sont accourus . Il s'est alors
présenté avec deux pistolets , et en a tiré
un chargé à trois balles sur un Garde National
, qu'il n'a cependant point blessé.
- La frayeur et la surprise des assistans
lui ont donné le temps de s'évader , mais
il a été arrêté par la Maréchaussée .
La famille a obtenu un ordre provisoire
pour l'enfermer dans une Maison de
correction . Le Procureur-général du Parleinent
est prêt à le faire relâcher ; il menace
de tuer , à sa sortie , son père , sa mère , ses
parens , et enfin lui-même. »
Le Rapporteur de ces faits a demandé
que M. le Président écrivit au Procureur-
Général de ne remettre le prisonnier en
liberté qu'apres une délibération expresse
de sa famille.
Il n'y a pas lieu à délibérer sur cette affaire
particuliere , a dit M. le Chapelier. Que
la famille s'adresse aux Juges ; c'est à eux
à prononcer une réclusion plus ou moins
longue , en employant les formes que vos
nouvelles Lois ont terminées ..
M. le Comte de Mirabeau s'est également
élevé contre les jugemens arbitraires . M. de
Montlozier renvoyoit l'affaire au Pouvoir exés
Ce seroit lui rendre l'usage des
Lettres de cachet , s'est hâte de répondre
M. d'Aiguillon. " On a fini par décider un
cutif :
"
AC
"
non délibéré.
Un rapport du Comité d'Agriculture et de
Commerce , concernant le desséchement des
Marais , a terminé la Séance : ila été fait par
M. Heurtault de Lamerville, Député du Berry.
On y a reconnu le style franc, l'humanité ,
les principes sages d'un cultivateur éclairé.
( 171 )
DU LUNDI 8 FÉVRIER.
On reprend l'organisation des Districts.
Les Députés du pays de Soule et du Labour
s'opposent toujours à la réunion de ces contrées
au Béarn. M. Garat l'aîné a renouvelé
ses objections . M. le Marquis Duhart menace
d'une explosion dans le pays de Soule. Nonobstant
ces craintes et ces argumens , on
adopte , sur l'avis du Comité , la division
du Département de Béarn en six Districts :
Pau , Orthès , Oléron , Mauleon , St. Palais
etUstaritz.
Agen est déclaré chef-lieu provisoire du
Département de l'Agenois , qui sera formé
de neuf Districts , quoique le Comitéen eût
borné le nombre à quatre.
D'après la proposition de M. l'Abbé Gouttes,
parlant au nom du Comité des Finances ,
l'Assemblée a autorisé la Municipalité de
Rouen , à percevoir unecontribution des trois
quarts du montant de la Capitation annuelle,
assise sur les Citoyens de la Ville et Faubourgs
qui payent au-delà de 3 liv. , et destinée
au soulagement des Ouvriers .
Un Membre a reproduit ensuite une question
ajournée , et tendante à exclure de l'éligibilité
tout homme entaché par un Arrêt .
M. Demeunier a observé que la discussion
devoit se réduire à ce point-ci : « Unhomme
décrété d'ajournement personnel peut - il
exercer les fonctions de Citoyen actif ? "
L'autre question est jugée par les Lois anciennes
encore subsistantes .
» Les Lois actuelles , a dit M. Garat l'aîné,
jugent aussi la question relative à l'ajournement
personnel , et prononcent l'exclusion.
Il importe à la Nation que l'homme sus-
H
( 172)
pect devienne , jusqu'à ce qu'il se soit justifié
, incapable de remplir les fonctions de
Citoyen actif. Il seroit extrêmement dangereux
de renvoyer aux Assemblees primaires
le jugement de ces contestations ; vous favoriseriez
la brigue et la cabale , comme vous
le voyez dans l'affaire de Chinon , où un
homme entaché flétri par plusieurs Arrêts
se présente , et balance les suffrages . "
et
Cet avis a trouvé bientôt des contradicteurs
.
Comment concevez - vous , a dit M. Péthion
de Villeneuve , que par provision l'onapplique
la peine la plus rigoureuse , que
l'on prive un Citoyen de son emploi , de ses
fonctions , avant même que la procédure soit
commencée ? L'ajournement personnel ne
peut donc être un motif d'exclusion. Il est
inutile de vous occuper maintenant de cet
objet . S'il regarde le présent , les Lois anciennes
prononcent , et il n'y a pas lieu à
délibérer. S'il regarde l'avenir , ce n'est pas
le moment de délibérer. »
M. Target : L'ajournement personnel a
suspendu jusqu'ici , seulement des Officespublics
donnés à commission. Ce qui regarde
la privation du droit de Citoyen actif est une
Loi nouvelle ; elle doit être renvoyée à l'exa
men du Comité de Constitution . " Cette décision
a été adoptée.
3
PRESTATION DU SERMENT .
M.Goupilleau , voyant arriver M. leVicomte
de Mirabeau , a demandé que les Membres
qui n'avoient pas prêté le Serment , se retirassent
avant toute délibération .
Alors M. de Bouville , l'un d'entre eux ,
s'est présenté à la Tribune , et a dit d'un ton
( 173 )
frane , mais respectueux. « Je demande que
Assemblée n'admette au Serment que ima
conscience me permet. "
Je jure avec empressement d'obéir à la
Constitution , mais je ne puis faire le Serment
de la maintenir de tout mon pouvoir.
La Loi sanctionnée par le Roi doit soumettre
tout Citoyen , dont le devoir est alors
d'obéir aveuglément et sans examen ; mais il
est impossible de ne pas convenir que , si
cette Constitution renferme des Lois susceptibles
de changement , une Législature suivante
peut et doit être l'organe de la Nation.
Si je jurois de maintenir de tout mon
pouvoir les Lois , telles qu'elles ont été rédigées
par la Législature actuelle , ne seroit- ce
pas m'opposer à toute amelioration ? Vous
ne me blâmerez pas de vous exposer ces
doutes avec candeur. Vous ne m'astreindrez
pas à une formule de Serment qui , dans
mon opinion , peut-être erronée , mais sincère
, et contraire aux droits du Peuple et
à ma conscience . »
" L'Assemblée Nationale , a répondu M.
de Laborde , n'a pas prétendu lier les races
futures , plus qu'elle ne s'est crue liée parles
anciens Capitulaires . "
" Elle reserve dans la Constitution , un
article expres , qui reconnoit le pouvoir de
toute Convention nationale , et le droit du
Peuple de rectifier ses Lois . "
M. le President a ajouté : « L'Assemblée
n'a pas entendu obliger ses Membres , par
un Serment , à s'opposerà la volonte generale ;
mais elle entend les obliger , à s'opposer à la
volonte individuelle de ceux , qui voudroient
attaquer la Constitution. "
M. Demeunier : « Le Préopinant doit se
Hiij
(174 )
rappeler avec quelle solennité nous avons
reconnu , dans la Déclaration des Droits et
dans divers articles de la Constitution , les
Droits de la Nation. Son scrupule ne peut
être fondé que sur un oubli , ou sur un so
phisme puisé dans une lettre de M. Bergasse ,
adressée au Président. Il me semble que
nous jurons de maintenir la Constitution tant
qu'elle subsistera. Lorsque la Nation l'aura
changée , votre délicatesse sera- t- elle blessée
demaintenircette nouvelle Constitution (1)?
Je conclus à ce qu'on maintienne le Décret
qui prescrit ce Serment , et que chaque Membre
soit tenu de s'y soumettre.
Toutes ces interprétations auxquelles on
ne permettoit pas de répondre , rendoient
embarrassante de plus en plus la situation
des Non - Jureurs . Beaucoup de Membres
demandoient la parole , M. le Président ,
fidèle aux principes de l'Assemblée , répon .
dit: il est impossible d'ouvrir la discussion
sur un objet décrété , il ne reste plus qu'à
obéir au Décret. »
M. le Vicomte de Mirabeau monta à la
(1) Personne n'a des idées plus claires que
M. Démeunier ; cependant son explication
ne semble pas l'étre suffisamment. La Nation
n'est point un Être abstrait , distinct de la
réunion des Citoyens. Sa volonté se compose
de celle des Individus. Or , comment auroit-
elle la faculté de changer ses Lois , si
les Individus étoient obliges de les défendre
comme inaltérables ? La masse entière d'un
grand Peuple ne se porte jamais d'un mouvement
général à des réformes , dont l'ouvrage
commence toujours par le voeu d'un
nombre de Citoyens .
( 175 )
Tribune : C'est une question toute neuve ,
s'écria- t- il , une question de droit public. A
peine ces paroles purent- elles percer le tumulte
qui régnoit dans la Salle . L'Assemblée
peut-elle exclure quelques-uns de ses Membres
, crioit- on d'une part ? A- t- elle le droit
de leur imposer un Serment autre que celui
qu'ils ont prété à leurs Commettans ? Des
hommes chargés de proposer à la Nation un
projet de Constitution , peuvent- ils lui faire
jurer d'avance de la maintenir ? Nous , Représentans
de la Nation , n'avons -nous pas
le droit , et n'est- il pas de notre devoir d'écarter
d'elle toute surprise , de sonder les
conséquences d'un acte , qui sous le voile
du patriotisme lieroit tous les François aux
volontés de leurs Mandataires ?
Au milieu de ce trouble des opinions , des
voix nombreuses crioient à M. le Vicomte
de Mirabeau : Oui , ou non ; point d'interprétation.
Ce Député s'étant retiré brusquement,
et revenu à sa place , essuya un autre genre
d'opposition.
Les Galeries depuis long-temps s'associent
aux délibérations , applaudissent les
Opinans , et quelquefois les sifflent. Ici des
huées générales s'éleverent. Un quidam attaqua
particulierement M. le Vicomte de Mirabeau
, et l'on entendit très-haut les mots
d'aristocrate et de lanterne terminer son apostrophe.
Elle n'excita pas une indignation
universelle; mais ceux que pénétroit ce sentiment
, se levèrent en invoquant la punition
d'un pareil délit contre l'Assemblée , dansla
personne d'un de ses Membres. Une demiheure
de tumulte suivit cette Motion. M. de
Custine demanda que l'insulte fût oubliée ,
et ce fut dans ces circonstances que les Op-
Hiv
( 176 )
posans se déterminèrent au Serment. M. de
St. Sumon le prêta le premier , en réservant
l'explication donnée par M.le Président.MM .
deBouville,de Chailloué et de Mirabeau suivirent
cet exemple , et dans la même forme .
L'ordre du jour amenoit le Rapport du
Comité Féodal. M. Merlin en fut l'organe ,
et son fravail universellement applaudi. Pour
éviter les doubles emplois , nous y reviendrons
lorsqu'il sera discuté. En sommaire ,
le Titre premier abolit tout ce qui tient au
régime feodal , les droits de foi et hommage ,
les formalités féodales , les retenues seigneuriales
, le retrait féodal censuel , les droits
d'aînesse et de masculinité sur les hefs , domaines
et aïeux nobles.
-
Par le Titre second , abolition de la mainmorte
personnelle , réelle , ou mixte , corvées
personnelles , ect. Les Proprietaires
des fonds tenus en main - morte , réelle ou
mixte , resteront assujettis aux droits foneiers
, tels que ceux des fonds libres .
LeTitre troisième déclarerachetables tous
les devoirs et droits féodaux , provenant de
concessions foncières , tels que les cens , surcens
, rentes féodales et emphyteotiques ,
champarts , droits casuels , quint , requint ,
lods et ventes . Aucune Municipalité , ni
District , ni Département , ne pourra prohiber
la perception d'un droit réclamé , à peine
de nullité , prise à partie , dommages et intérêts
- Les Proprietaires des fiefs dont les
Archives ou Titres ont été brûlés ou pillés ,
pourront être admis à la preuve testimoniale
d'une possession de trente ans .
Propriétaires qui en 1789 auront été contraints
à des renonciations, pourront en obtenir
la nullité sans lettres de rescision.
Les
( 177 )
DU MARDI 9 FÉVRIER.
A la lecture du Procès- verbal , MM. de
Bouville et le Vicomte de Mirabean ont demandé
avec instances , qu'on mentionnât dans
le Procès- verbal , qu'ils avoient prêté le serment
, en ajoutant , d'après la nouvelle interprétation
donnée par l'Assemblée. On a dé
cidé de ne pas delibérer sur cette réclamation.
M. Gossin continuant le Rapport de la
division du Royaume , on a commencé par
régler les limites de la Lorraine et de la
Haute-Alsace . Sainte - Marie aux Mines reste
à cette dernière .
t
Le Département des Vosges sera divisé
en neuf Districts : Saint- Diez , Rembervilliers
, Remiremont , Bruyères , Epinal , Mirecourt
, d'Amecy , Neufchâteau ,et Lamarche
. Les Electeurs assemblés à Epinal
décideront le siége du Département entre
cette ville et Mirecourt .
Le Departement de la Basse-Auvergne
comprendra les Districts de Clermont , Riom ,
Ambert , Thiers , Issoire , Belloin et Montaigu
; quelques réserves sont renvoyees à
la decision des Electeurs .
On a fait lecture d'une Lettre de M. le
Comte de Saint - Priest , qui annonce le desir
de S. M. que Fontainebleau et sa lorêt
forment un District. Il a eté décidé que , le
Président rendroit compte au Roi des motifs
d'intérêt public , qui ont empêché d'etablir
un District à Fontainebleau , dont la
forêt reste indivise.
Le Département Occidental de la Provence
divisé en six Districts : Aix , Arles ,
H
( 178 )
Marseille , Tarascon , Apt , Salon. Tarascon
alternera avec Saint-Remy.
Le Département du Roussillon sera composé
de trois Districts : Perpignan , Céretet
Prades . La première de ces villes aura le
siége du Département.
Ces Rapports achevés , M. Garat Paîné a
donné lecture d'une Lettre de Bordeaux .
" Quelques jeunes gens , porte-t- elle , avoient
formé une cabale contre les Juifs , et les
avoient insultés à la Comédie . Toute la ville
en a été indignée. Les Négocians et autres
Citoyens , les 90 Electeurs ont été députés
vers nous , pour nous assurer de leur estime ;
le Général , la Garde Nationale nous ont
offert leur protection. Le Régiment de Saint-
Remi s'est rangé aux environs de la Bourse ,
pour maintenir notre entrée. Enfin , dans
un Café où plus de 800 personnes s'étoient
réunies , un Citoyen ayant prononcé un
Discours plein de patriotisme et des sentimens
de confraternité , toute l'Assemblée a
crié vive le Roi ! Vive l'Assemblée Nationale !
Ensuite on a prêté le serment civique. »
"Tels seront , Messieurs , a ajoutéM. Garat,
les effets de vos Décrets , lorsqu'ils porteront
sur les principes éternels de la justice , de la
raison et de l'humanité . »
M. Dupont revenant à l'état affreux des
Finances , qu'il avoit développé la semaine
dernière , a proposé un Décret explicatif de
P'ordre de travail à suivre à cet égard.
1º. Fixer le sort des Ministres du Culte ,
opération indispensable pour exécuter la
vente des 400 millions de biens Ecclésiastiques
qui doivent payer la Caisse d'Escompte ;
29. chercher les moyens de subvenir aux
dépenses dé 1790; 3°. choisir un nouveau
( 179 )
systême de contribution ; 44°.. établir une
forme de comptabilité. Toutes les affaires
particulières devront être renvoyées au Pous
voir exécutif , sauf la responsabilité des Ministrés
. Séances les Dimanches et Fêtes...
M. Barnave et d'autres ont écarté de nouveau
cet ordre de travail , pour lui substituer
celui de la Constitution . D'après ces
raisonnemens , la Motion de M. Dupont est
tombée , et l'on a passé à l'ordre du jour.
CONSTITUTION MILITAIRE.
Le temps destiné à la discussion du Rapport
présenté par le Comité Militaire , a été
rempliparunDiscours préparé , et fort éten
du, de M. Alexandre de Lameth, dont nous
ne pouvons rendre que les idées principales .
Vous avez été envoyés , a-t-il dit , pour
rendre la France libre et lui donner une
Constitution. Vous devez créer des Lois et
pour défendre la Patrie et pour defendre da
Liberté. Vous déterminereztet cer que le
Soldat doit à la disciplines et ce que la Loi
doit au Citoyens Lapremiere classepchecés
Lois appartient à la Constitution, et c'est
à vous de les prononcer.La secondel rent
ferme les Lois subordonnées aux premieres
et variables ; elles appartiennentachaque
Législature. La troisieme classe , oùdes Lais
Réglémentaires doivent être abandonnéesiau
Pouvoir exécutiflensbeim MEG
Dans toutes les parties de l'Europe , hes
-Armées agissent en raison inverse deler
-destination, elles ne semblent letre qulune
espèce de propriété Royale , entretentre anx
-fiais du Peuple , pourle tenir dans l'oppression
; établies pour protéger les droits des
Hoj
(480 )
Citoyens , elles les violent sans cessc ; aveu
gles instrumens des vengeances du Prince ,
elles ne s'occupent que d'augmenter sa gloire,
e'est- à-dire , son autorité. »
« Si l'usage et le développement de la
force militaire demandent de grandes précautions
, ils exigent aussi une grande célérité
dans l'exécution , l'unité dans les mouvemens ,
la direction d'une seule volonte. De là le
premier Décret constitutionnel , qui déclara
le Roi Chef suprême de la force militaire. "
La prudence vous prescrit de prévenir
les abus qui pourroient naitre de l'applica
tion de ce principesUn Roi pourroit vouloir
une autorite supérieure à celle que lui
donnela Constitution; un Ministre corrompu
pourroit lui créer un intérêt particulier ,
contraire à l'intérêt national. " i
«.Divers moyens peuvent être employés
avec succes . Si le Ministre peut augmenter
le nombre des Troupes , il pourra , par des
économies sur les depenses dont il est chargé,
augmenter son pouvoir , établir par la force
son autorité. La Constitution prononcera
dond pre le nombre des Troupes, ainsi que
leur solde , ne pourront être determines que
par le Corps Législatif. 法
Side Ministre pouvoit admettre des
Troupes. Etrangeres , ilpourroit bientôt s'en
servir contre laliberté. Une Nation de 25
millions d'hommes doit se suffire à Ellemême,
mais dans les circonstances où se
trouvent les affaires de l'Europe , l'inquiétude
que répand notre révolution , les projets
que des Souverains Etrangers pourroient
tenter contre Ellei, doivent nous
rendre cincoluspects. Je me borne à demander
que la Constitution prononce que les
( 181 )
Troupes Etrangères ne pourront servir sang
le consentement du Corps Législatif..
"
un
Si les Ministres ponvoient employer arbitrairement
les Troupes dans l'interieur du
Royaume , ne deviendroient- elles pas
instrument continuel d'oppression ? vous avez
décrété qu'Elles prêteroient serment pardevant
les Municipalités , et qu'Elles n'agiroient
qu'à leur réquisition. Il faut encore
etablir leurs rapports avec les Milices Nationales
, fondes sur ce principe , que les
Gardes soldées doivent être auxiliaires des
Gardes Nationales , pour le service intérieur,
et les Gardes Nationales auxiliaires des
Troupes soldées , pour le service extérieur.
Selon les différences de ces cas , elles seront
subordonnées les unes aux autres.
ce Vous etablirez des regles pour les garnisons
, et sur-tout dans les places fortes où
les Chefs Militaires doivent disposer de
toutes les forces qu'elles renferment. Ces
règles ont besoin d'être calculées sur les
bases qui doivent constituer les Milices Nationales.
Le Comité de Constitution se réunira
au Comite Militaire pour les déterminer.
Si les Ministres pouvoient étre maîtres
de downer et d'oter arbitrairement les places
Militaires , ils ne créeroient que des instrur
mens serviles de leur oppression. Vous éta
blirez des règles pour le choix des Officiers . "
"Prononcez constitutionnellement qu'aueun
Militaire ne pourra être cassé , ni destitué
de son emploi , sans un jugement
préalable.
« Vous avez pensé que la conscription
Militaire, pour la premiere ligne de Troupes,
étoit impossible, et qu'un engagement vor
(182 )
lontaire seroit suffisant.Le nombre de 140000
hommesest même trop considérable en temps
de paix ; mais il ne le seroit pas assez de
moitié en tant de guerre. C'est ici où vous
consacrerez le principe que tout Citoyen
doit défendre sa Patrie. Il s'agira de savoir
combienchaque Département aura d'hommes
inscrits . Je sais qu'au premier regard , il
paroîtra difficile de concilier ce systême
avec la liberté individuelle . Je m'abstiens
de vous développer les vues que j'ai conçues
sur cette partie de la Constitution Militaire.
Je vous propose de charger le Comité de
Constitution et le Comité Militaire de vous
présenter les leurs . »
" Sans doute , vousjugerez nécessaire d'établir
un Tribunal Militaire , et de déterminer
ce qui doit appartenir à la Loi et ce qui
est de simple police. Le préalable est sans
doute de supprimer le Tribunal des Maréchaux
de France.Vous croirez de votrejustice
d'introduire les formes les plus propres à pro+
téger l'innocence , et vous pourrez adopter
l'établissement d'une Cour Martiale pour reviser
les Conseils de guerre. Cependant ,
comme les délits Militaires , simples en
eux-mêmes , peuventêtre facilement prévus
et déterminés par la Loi , peut- être croirezvous
devoir établir dès - à -présent une procédure
parjurés. »
• Vous avez aboliles priviléges. Les avantages
et les préférences de certains Régimens
seront détruits. Les Régimens dévoués
àla Nation ne seront plus la propriété de
quelques particuliers. Même les Princes du
Sang passeront par les degrés iuférieurs. "
" Une nouvelle organisation de l'Armée
augmentera ses forces , en diminuant les
( 183 )
emplois inutiles. Les Commandans de Province
, remplacés par les Assemblées Administratives
, seront supprimés . »
« Ces suppressions faciliteront l'amélioration
de l'état du Soldat. » $
« Enfin , vous n'oublierez pas ce que doit
une grande Nation à une classe qui sacrifie
pour Elle son indépendance et sa vie. Combien
n'avons nous pas dû à leur patriotisme ?
Empressons - nous de leur accorder l'espoir
de ce bien - être et de cette dignité qui
doivent distinguer les Représentans d'une
grande Nation , en leur accordant , au bout
de vingt ans de service , le droit de Citoyen
actif. »
« L'Opinant a conclu par un projet de
Décret conforme à son Discours .
M. de Liancourt a lu sur le même objet
un très-long Mémoire , qui s'étendoit à toute
les branches du régime Militaire. Ses principes
rentrent dans ceux du Préopinant ,
excepté qu'il resserre les limites du pouvoir
qui sera exercé par le Corps législatif sur
l'Armée.
On a ordonné l'impression des deux Mémoires
..
DU MARDI 9. SÉANCE DU SOIR.
Cette Séance destinée à prononcer sur des
brigandages , appelés troubles par quelquesuns
, et exécutés par des Sauvages qui désho
norent le nom François dans toute l'Europe ,
a commencé par une invitation de M. Bailly
à l'Assemblée , d'assister au Te Deum qui
doit être chanté Dimanche prochain à Notre-
Dame.
M. l'Abbé Grégoire, Président du Comité
des Rapports , a rendu compte des horreur
( 184 )
qui désolent le Quercy, le Rouergue , le
Perigord , le Bas - Limosin et la Basse-Bretague.
Des Chartriers , des Meubles , des
Maisons incendies , des assassinats , des vio
lences de tout genre à force ouverte , composent
ce tableau , quun Républicain , un
Hommejuste, un Citoyen, doue de la moindre
humanité , ne peut écouter , ni rendre de
sang- froid . Des Paysans séduits par des scelérats
sont les exécuteurs de ces ravages .
Ils prennent leur source , selon M. Grégoire
, dans la méprise des Paysans , qui
prennent des Décrets de l'Assemblée pour
des Décrets de prise- de -Corps , dans la crainte
que ceux du 4 Août ne soient pas executés ,
dans les suggestions des amis de l'anarchie ,
dans la fabrication de faux Décrets de l'Assemblée
, de fausses Lettres- Patentes du Roi ,
montrées aux Paysans .
Tous les crimes , on le voit , sont réunis
dans ces insurrections , combinées par des brigands
qui savent plus que lire . Cependant ,
le Comité a pensé devoir se borner au Projet
de Décret suivant :
40 1 °. Que le Roi sera supplié de donner
incessamment les ordres necessaires pour
l'exécution du Décret du 6 Août dernier ,
en ce qui concerne le maintien de la tranquillité
publique. »
2º. Que le Président sera chargé d'écrire
aux Municipalites où les troubles ont eu
lieu , pour temoigner combien l'Assemblée
est affectée des désordres dont la continuation
nécessiteroit le Pouvoir exécutif de déployer
toutes les forces qui sont à sa disposition.
M. Sallé de Chou a judicieusement observé
queles brigands forçoient souventles Paysans
( 185 )
de marcher avec eux , que tous néanmoins
étoient confondus dans la Procédure , et qu'il
étoitjuste pour discerner les vrais coupables ,
de surseoir à l'exécution des Jugemens .
M. l'Abbé Maury. « Les insurrections populaires
qui vous sont dénoncées , méritent
d'autant plus votre attention , qu'étrangères
à la classe des Citoyens qu'on auroit cru opposés
à la Révolution , elles ne présentent
que l'effrayant commencement d'une guerre.
eivile. Je desire , avec tous les bons Citoyens
, qu'il soit aussi facile d'écarter ce
Heau qu'aisé d'en désapprouver le nom ; mais
toutes les fois que je verrai une classe de
Citoyens s'elever contre une autre classe ,
sans avoir des injures personnelles à venger ,
je le dirai avec douleur , c'est un déplorable
commencement de guerre civile. Nous ne
pouvons differer que sur le nom . Examinous
le Décret proposé. " ( L'Orateur n'a point
achevé cette phrase , sans essuyer une bordée
de rumeurs).
Il renferme deux moyens de pacification
: recourir au Pouvoir exécutif ; faire
écrire une Lettre aux Municipalités .
"
"
Le recours au Pouvoir exécutif dans
l'état ordinaire pourroit suffire , mais dans
l'état actuel , ce seroit le compromettre inutilement
que d'invoquer son appui ; car quelle
autoritélui reste-t-il ? Les grands Tribunaux
sont en vacances , les Tribunaux ordinaires
du second ordre , munis d'une force suffisante
pour attaquer individuellement les mal,
faiteurs , sont incapables de s'opposer à une
émeute populaire ; ils ne peuvent juger en
dernier ressort. Les Troupes soldées sont
inutiles au Pouvoir exécutif, depuis que
vous avez sagement décreté qu'elles ne peu(
186 )
vent marcher contre les Citoyens , que sur
la réquisition des Officiers Municipaux ; les
Officiers Municipaux , effrayés de la multitude
des brigands , n'oseront pas invoquer
la force armée. Les Milices Nationales ne
sont point aux ordres du Pouvoir exécutif;
elles ne sont pas instituées dans les campagnes
, et c'est loin des Villes que les
grands désordres se commettent. Ainsi le
recours au Pouvoir exécutif est donc démontré
illusoire dans ces circonstances malheureuses
; il est insuffisant , il seroit compromis.
"
" Le second moyen consiste à écrire aux
Provinces pour les engager à la paix , au respect
dû à la proprieté ; mais est - ce à des
invitations que nous devons nous arrêter ,
quand un incendie des châteaux, quand on
massacre les Citoyens , quand le prétexte
hypocrite de la Constitution tend à la renverser
? Est - ce par des invitations que le
Corps législatif doit traiter avec des scélérats?
Non , c'est par des Décrets supposés
qu'on a commis des crimes , c'est par des
Décrets qu'il faut dire anatheme aux brigands.
Pourquoi des palliatifs , tandis que
la force publique est entre nos mains ? Si
nous n'avons pas cette force , l'Etat est dissous
. »
" Sans Tribunaux , sans Armée , sans Maréchaussée
, vous ne rétablirez donc jamais
l'ordre ; plus vous mettrez de rigueur pour
prévenir le crime , moins il faudra de sévérité
pour le punir. »
1
« Le seul moyen est donc de déclarer coupable
toute insurrection contre l'ordre public ;
de livrer aux Tribunaux les porteurs de Décrets
et d'ordres supposés , etde les rendre
( 187 )
responsables ; d'ordonner à l'Armée soldée
de déployer toute sa force contre les brigands
attroupés , sans qu'il soit aucunement besoin
de la réquisition des Officiers Municipaux. "
C'est dans vos propres Décrets que je
puise la doctrine qui paroît si difficilement
obtenir votre suffrage. Vous avez décrété la
Loi Martiale ; vous avez ordonné que jamais
les Troupes soldées ne pourroient marcher
contre les Citoyens , que sur la réquisition
des Officiers Municipaux ; vous avez ordonné
des précautions pour les villes , et jamais
vous n'en avez fait l'application aux campagnes.
Quand vous avez voulu que le Ministre
de la Loi ordonnât au Peuple attroupé
de se retirer , et qu'on ne pût user de la
force des armes que sur son refus , avez - vous
entendu prendre sous votre protection des
armées de 1200 brigands? Pourquoi craignezvous
d'autoriser le Pouvoir militaire à marcher
dans les champs où les Municipalités
n'existent pas encore ? Il n'est pas un Commandant
Militaire qui ait l'imprudence d'empêcher
le plus grand crime dans les campagnes.
Il est infiniment facilede contredire ,
il est plus facile encore de désapprouver ;
mais si vous voulez des preuves que les Municipalités
n'ont pas osé se servir de leur
pouvoir , bientôt il vous en viendra de quatre
Provinces à- la- fois . Qui oseroit dire à un
Officier Municipal d'aller , votre Décret à
la main , arrêter une armée de 1200 brigands
? Voilà cependant , si l'on s'en tient
aux expressions littérales de votre Loi , la
formalité qui doit d'abord être remplie : on
désobéit si on l'elude. »
D'après ces considérations , je conclus
que les moyens indiqués sont insuffisans , et
( 188 )
je propose de décréter , 1 °. que tout Fran
çois qui se dira porteur de Décrets de l'Assemblée
ou d'ordres du Roi , et qui autorisera
le désordre , demeurera responsable
et sera puni comme atteint et convaincu de
crime de lese-Nation ; 2°. qu'aucun Décret
ne pourra servir de prétexte pour réclamer
le moindre droit , à moins que la Municipalitén'en
ait une connoissance authentique;
3º. que les Milices Nationales prêteront les
secours qui leur seront demandés ; 4°. que
les Juges poursuivront en toute rigueur qui
conque portera atteinte à la propriété ou à
la surete des Citoyens ; 5°. que dans les Provinces
où les brigands circulent dans les
campagnes, sans entrer dans les villes , les
Troupes soldées pourront marcher sans qu'il
soit besoin de la réquisition des Officiers
civils.
M. Voidel a cru trouver quelque contradiction
entrela doctrine de M.l'AbbéMaury,
et son application. M. Lanjuinais a rejetté
les brigandages sur la rigueur avec laquelle
les Seigneurs maintenoient leurs propriétés.
On l'a démenti; mais il n'en a pas moins
conclu à n'employer d'abord que les voies
de conciliation et d'exhortation.
M. de Cazalès a réfuté le Préopinant par
un argument inattendu et embarrassant.
On a brûlé un de mes Châteaux dans le
" Bas -Quercy , a dit froidement M. de Cazalès
; les habitans ont chasse les brigands,
et éteint l'incendie . Les vexations , s'il en
existe , sont infiniment rares. Le defaut de
force publique est la seule cause de ces
atrocités . »
44
"
"
M. Robespierre a opiné comme M. Lan(
189 )
A
Tuinais , à employer la douceur contre lePEUPLE
qui brute les Chateaux .
Ne prostituez pas le nom du Peuple ,
lui a dit M. d'Esprémenil , dites des brigands
.>>
Je dirai , si l'on veut , a repris M. Robespierre
, les Citoyens qui brulent les
Châteaux . »
" Dites les brigands , a repliqué M. de
Foucault . »
M. Robespierre n'en a pas moins persisté
à soutenir que l'amour de la tranquillité
pouvoit mettre la liberté en péril , et tous
les commentaires de cette maxime .
M. Faydel a demandé la parole , sans
Tobtenir , et le Décret du Comité a été rendu
dans sa forme primitive.
DU MERCREDI 10 FÉVRIER.
DIVISION DU ROYAUME.
:
☐ Clermont et Riom se disputoient le siége
du Département de la Basse - Auvergne.
MM. Malouet , du Fraisse du Chey , Redon,
ont énergiquement défendu les intérêts de
Riom contre M. de Biauzat ; nonobstant ces
efforts , le siége provisoire a été adjugé à
Clermont.
Le Département de Paris a été partagé
en trois Districts : Paris, S. Denis etle Bourgla
Réiné ; ces deux derniers seront pureinent
administratifs . 2
M. Camus , Député de Paris , s'est élevé
contre une disposition insérée par M. Thouret
dans l'instruction sur les Municipalités ; disposition
d'après laquelle, Paris n'auroit qu'un
Député à raison de son territoire , tandis
que les autres Départemens en auront trois .
Cette réclamation a été appuyée par plu
( 190 )
sieurs autres Membres de la même Députation.
Elle a été combattue par MM . du Fraisse
du Chey , Lanjuinais , et d'autres Députés
des Provinces quil'ont emporté. La première
décision a été confirmée à la tres - grande
pluralité.
Le Département Oriental de la Provence
divisé en neuf Districts . Le Chef-lieu du
Département alternera entre ces Districts ,
en commençant par Toulon .
M. Démeunier a rendu compte des troubles
survenus à Saint-Jean- d'Angeli, à l'élection
du Maire, que l'on accuse deplusieursmoyens
illicites pour se faire confirmer. Le Comité de
Constitution proposoit le renvoi de la con
noissance de cette affaire au Pouvoir exécutif,
en le chargeant , s'il y a lieu , après
la vérification des faits , de faire recommencer
l'élection .
M. Prieur est accouru à la Tribune pour
lire l'article XIX de la Déclaration des
droits , qui porte que le Pouvoir exécutifne
pourra exercer le Pouvoir judiciaire .
Le Pouvoir exécutif, a répondu M. Target,
est chargé d'exécuter vos Décrets. Ce n'est
point là une contestation qu'il faut juger ,
mais une résistance à vos Décrets qu'il faut
réprimer.
M. Barnave : Il résulteroit du projet de
Décret , qui vous est proposé , que le Roi
est l'interprète des Décrets de l'Assemblée
Nationale et le Juge de leur exécution. Si
malheureusement vous laissez subsister cette
funeste confusion de Pouvoirs , si vous rendez
łe pouvoir exécutif juge de la validité
des élections , il influera directement sur
toutes les élections du Royaume , en sera
le maître , et vous devez prévoir le malheur
( 191 )
qui en résulteroit.... Ces contestations appartiennent
à un Tribunal quelconque , aux
Administrations de Districts ou de Départemens
; en attendant que ces administrations
soient établies , c'est à vous qu'il appartient
essentiellement d'interpréter vos Décrets , et
de juger de leur exécution. C'est ce que
vous n'avez cessé de faire jusqu'à présent ;
ce que vous avez fait spécialement pour la
Municipalité de Ris .
M. Regnaud a insisté sur l'urgence d'une
décision. Déja le sang des habitans de Saint-
Jean- d'Angeli a coulé , et cette ville est
menacée des plus grands désordres. Cependant,
si l'on cherchoit des moyens expéditifs ,
la discussion ne l'étoit pas , et s'est prodigieusement
compliquée.
Trois questions principales se sont élevées :
Aqui appartient le jugement de ces contestations
? A qui appartient le pouvoir d'informer
? Quel parti faut- il prendre dans le cas
actuel?...
M. de Mirabeau a appuyé M. Barnave :
"En jugeant des Elections , a-t- il prétendu,
le Pouvoir exécutif jugeroit évidemment des
élémens de la Constitution. Les élections
ne peuvent être jugées que par les Assemblées
représentatives. Aujourd'hui que nous
possédons incontestablement le Pouvoirconstituant
, il n'est pas douteux que le jugement
des élections nous appartient , tant
que nous n'avons pas départi les pouvoirs.
M. Emery a chargé encore cette doctrine :
Puisque c'est à nous dejuger , a-t- il ajouté ,
c'est à nous de recueillir les bases de notre
jugement , les tribunaux ont toujours l'autorité
de l'investigation des faits . Le Roi ne
pourroit être ici que le COMMISSAIRE EN-
ل
( 192 )
QUÊTEUR de l'Assemblée ; mais vous pouvez
attribuer l'information àla Municipalité
la plus voisine , et vous prononcerez sur sop
Proces -verbal. S'il survenoit quelqu'obstacle,
alors seulement le Pouvoir exécutif devroit
intervenir pour préter main- forte .
M. de Cazalès : Si l'Assemblée n'a pas
délégué tons les pouvoirs , elle doit les deléguer
le plus tôt possible ; je demande que
cette affaire soit renvoyée au Pouvoir exécutifou
à un Tribunal quelconque.
M. Buzot a récapitulé en un très -long
discours , et analisé les motifs déja présentés.
Dans la seconde partie , il a proposé un
avis nouveau : Ordonner simplement que
-sans avoir égard aux contestations , l'élection
sera renouvellée.
M. Péthion de Villeneuve Le Pouvoir
exécutif lui- même pour faire l'information ,
seroit oblige de déléguer. Peut - être enverroit-
il les Commissaires, anciens , que vous
avez intérêt d'eloigner actuellement de toute
information .
M. Regnaud ayant proposé la Municipalité
de la Rochelle , comme composée de
Citoyens intègres et éclairés , il a été décide
: 1 °. Que l'Assemblée fixera incessamment
la règle pour le jugement des élections
; 2. qu'en attendant, le Maire et les
Officiers Municipaux de la Rochelle se
transporteront à Saint-Jean- d'Angeli , pour
vérifier les faits de l'accusation portée con-
:tre le Maire de cette Ville. Le Procès-verbal
sera envoyé à l'Assemblée , qui prononcera..
M.l'Evêque d'Autun a terminé la Séance
par la lecture du projet d'Adresse eux Pro-
-vinces , qu'il avoit été chargé de rédiger.
Cette
( 193 )
Cette lecture a été interrompue par des applaudissemens
réitérés. Il en sera fait demainune
seconde lecture .
DU JEUDI 11 FÉVRIER.
Le Rapport sur la division des Départemens
a été interrompu par l'indisposition de
M. Gossin , accablé depuis un mois de ce
pénible travail , dont il s'acquitte avec autant
de zèle que de sagacité.
M. le Comte de Marsanne a présenté , avee
chaleur , une Motion pour faire restituer
aux Protestans François , qu'on appeloit autrefois.
Religionnaires , comme si eux seuls ,
a dit Voltaire , avoient de la religion , les
biens dont ils furent dépouillés sous les
règnes précédens , par une intolérance despotique.
Cette restitution , a ajouté M. de
Marsanne , doit s'opérer en faveur de ceux
qui justifieront de leur qualité d'anciens
possesseurs ou d'héritiers directs de ceux- ci.
A lasuite de quelques discussions de forme,
la Motion a été renvoyée au Comité des Do.
maines.
Sur la demande de M. Bouche , l'Assemblée
a ensuite décrété que , « Les Délibérations
des Assemblées representatives , Municipales
et Administratives seront rédigées
et signées , Conseil tenant , et contiendront
les noms de tous les Délibérans ,
SUPPRESSION DES ORDRES RELIGIEUX .
M. Treilhard a renouvellé la lecture du
dernier rapport du Comité Ecclésiastique
sur cet objet , qui touche à la politique et
à la religion , à la morale publique , et à la
Finance.
La Déclaration des droits , a dit M. de
N°. 8. 20 Février 1790. I
( 194 )
la Côte , a percé jusque dans l'obscurité des
Cloîtres ; c'est là peut-être qu'il vous a attiré
les plus grandes bénédictions. Un sentiment
d'humanité vous animera tous , et
personne ne voudra que cent mille de ses
frères restent dans l'esclavage , par l'effet
injuste de ces liens indiscrets , formés dans
l'âge où l'on ne peut encore disposer d'aucune
propriété .
Vous rejetterez par le même principe tous
ces projets de réunion forcés , qui rendroient
leurs liens encore plus insupportables .
Cependant quelques Ordres Monastiques
offrent beaucoup d'utilité réelle , et des sujets
célèbres , etc. Vous pouvez faire une
exception honorable en faveur des Hospitaliers
, des Pères de l'Oratoire , de ceux de
la Doctrine Chrétienne , des Maisons de
Réforme de l'Ordre de Saint- Bernard . Parmi
les Ordres de Femmes , les Ursulines , les
Soeurs Hospitalières , celles de la Visitation.
"
" Vous détruirez , avec les Ordres Mendians
, un impôt onéreux pour le public;
ils possèdent tous de très-grands emplacemens
, qui , convertis en rentes viagères , seront
plus que suffisans pour les entretenir.
Quant aux pensions proposées par le Comité
de Constitution , il n'est pas un Opinant ,
dans le cours de toute cette discussion , qui
ne se soit élevé contre leur modicité.
40 Je propose d'accorder aux Religieux
des Ordres rentés , qui sortiront de leurs
Cloîtres , 900 livres à ceux qui ne sont pas
prêtres , ou qui ont moins de dix années de
prêtrise : 1200 livres à ceux qui auront dix
années de prêtrise , et moins de 70 ans ; et
1.500 livres aux septuagénaires ; 10000 Livres
( 195 )
aux Généraux d'Ordres résidans en France ;
de déclarer les Religieux et Religieusesqui
rentreront dans le monde , capables de toutes
dispositions et successions entre-vifs et testamentaires
; de salarier les Religieux de
l'Ordre de Saint-François dans la même gradation
, mais à sommes différentes , et suivant
les trois degrés : 700 livres , 850 livres et
1000 livres . »
M. Prieur a interrompu la discussion , pour
demander qu'on débattît le Projet du Comité
, article par article .
Dom le Breton a observé que la première
question étoit de savoir si les voeux monastiques
seroient supprimés ; de connoître ensuite
les ressources du Clergé ; enfin , de
fixer le sort des Moines ; leur suppression
partielle ou totale.
M. Malouet : « Je demande si le travail des
Finances , d'où dépend le salut de l'Etat
et la cessation de l'anarchie , ne sont pas les
objets les plus pressés. "
Vous ne voulez pas contrarier le voeu
des Provinces . Seroit-il prudent de prononcer
sur le sort d'un si grand nombre d'Individus
, sans avoir des données certaines , sans
consulter le voeu des Provinces ? Je demande
encore que nous revenions à l'objet d'où dépend
le succès de nos travaux , les Finances . "
On a répondu à M. Malouet , que le sort
des biens Ecclésiastiques entraînoit celui de
la France , le remboursement de la Caisse
d'Escompte , le placement des assignats . 、
Quand on aura converti en viager ce que
les Moines consomment actuellement en
perpétuel , a ajouté M. Dupont , l'on aura
fait une grande opération , et pour l'humanité
et pour les finances,
I ij
( 196 )
On s'est agité long-temps de cette mamière
, sans determiner l'ordre de la discussion
; enfin , elle a été reprise telle qu'on
l'avoit commencée. »
M.l'Evêque de Clermont a parlé le premier
en faveur des Ordres monastiques ; et d'abord
d'après le voeu impératif de son Cahier.
En plusieurs Pays , a ajouté ce Prélat ,
la destruction des Religieux a amené l'avilisssement
delareligion.Détestablepolitique dusiècle, qui a détruitla subordination, excité
la revolte , et fomenté l'anarchie ! Les Religieux
qui profiteroient de votre Décret ,
avant d'y être autorisés par la puissance
spirituelle , manqueroient à leurs engage.
mens les plus sacrés ; et votre Décret même
seroitune tentation qu'il est indigne de vous
de leur offrir.
«Vous ne renoncerez pas à la prérogative
des Législateurs , celle de protéger les engagemens
sacrés , qui ne dependent que de
la puissance spirituelle ; car c'est une triste
philosophie , que celle quijugeroit contraire
aux droits de l'homme et de la liberté , celle
d'en faire hommage à celui à qui nous devons
tout . "
"
Doit- on abattre l'arbre qui a porté tant
d'excellens fruits , pour quelques branches
parasites ? » Une partie de l'Assemblée a demandé
l'impression du Discours de M. l'Evêque de
Clermont , qui s'est fort étendu sur les con
sidérations religieuses que présente le sujet.
La majorité s'y est opposée. M. leleComte de
Mirabeau a poliment demandé à l'Opinant ,
si,en conscience, il trouvoit sonDiscours assez
bon pour valoir les frais d'impression .Bref, il
a été décidé qu'on ne délibéreroit pas sur
( 197 )
eet objet. Pendant sonDiscours , M. l'Evêque
de Clermont avoit été interrompu par des
huées , et des éclats de rire .
M. le Président a communiqué ensuite une
Lettre de M. le Garde- des- Sceaux , accom
pagnée du Projet de Conclusum , arrêté par
les Etats du Cercle du Haut-Rhin , assemblés
à Francfort , et réclamant l'intervention
de l'Empire contre les Décrets de l'Assemblée
, qui abolissent les droits féodaux
en Alsace et en Lorraine , où plusieurs
princes Allemands possèdent des Seigneuries ,
dont les droits sont garantis par les Traités .
Nous avons rapporte le précis de ce Conclusum
, il y a trois semaines , Art. de Francfort .
M le Comte de Mirabeau a prétendu que
laquestion pouvoit être examinée sous le rapport
du Droit Naturel , et sous celui du
Droit Germanique. Le Droit naturel condamneroit
bientot la réclamation. Quant au
Droit Germanique , M. de Mirabeau a instruit
l'Assemblee , que ce Code étoit au
nombre des choses inutiles qu'il avoit apprises
pendant sa vie. Et comme apparemment il
connoît les principes Germaniques , beaucoup
mieux que les Allemands , il a offert de
prouver que les Allemands n'y entendoient
rien ; il a ajouté que , par courtoisie , on
pouvoit leur envoyer les Décrets qu'ils avoient
sans doute mal lus , et qu'il falloit ajourner
la question , si l'on daignoit s'en occuper.
L'Assemblée l'a renvoyée au Comité Féodal,
A la seconde lecture de l'Adresse aux
Provinces , beaucoup de Membres la trai
tant de Manifeste de parti , en ont combatt
l'adoption .
M. de Montlauzier a témoigné le desir qu'
n'y restât aucune trace de division entre
1im
( 198 )
les Ordres réunis tous par le serment civique,
et qu'en conséquence l'Adresse fût revue
par le Comité de Rédaction. M. de Mortemart
et d'autres l'ont considérée comme
inintelligible pour le Peuple.
Ce débat a duré une heure et demie ;
et à la grande majorité , elle a été admise
avec les acclamations qu'on ne pouvoit refuser
aux talens de son Auteur.
(On la trouvera au Supplément. )
DU VENDREDI 12 FÉVRIER.
SUPPRESSION DES ORDRES RELIGIEUX .
M. Ræderer a le premier occupé la. Tribune
, d'où il a dit : « Je ne conçois pas
comment vous pouvez vous occuper d'opérations
partielles , avant de connoître leplan
général de ConstitutionEcclésiastique , avant
de savoir quelles seront vos ressources et
vos dépenses. « /
La question , il est vrai, est simple en
elle-même ; le culte public a- t- il besoin
d'autres Officiers que les Evêques et les
Curés? Si l'on me dit que les Moines sont
nécessaires à la prospérité de l'agriculture ,
je répendrai que les Adminstrations provinciales
lui seront encore plus utiles. Si l'on
m'allègue le soin de l'éducation publique , je
répondrai qu'elle sera désormais confiée à des
Citoyens choisis par leur mérite et leur patriotisme
, qui remplaceront l'esprit de corps
des Moines . "
Si l'on objecte l'utilité des Maisons hospitalières
, je dirai que les hommes qui les
composent sont utiles comme Citoyens , et
que rien n'empêche de détruire en eux le
Caractère monacal. »
Le secours des pauvres..... Je dirai que
( 199 )
c'est une dette de la société , dont elle doit
elle-même se charger.
« La suppression des Ordres monastiques
ne présente donc rien que d'utile ; mais il
faut auparavant que les besoins du culte
soient connus , et que ses fonctions soient
déterminées .
On dira que les 400 millions d'assignations
sur les biens Ecclésiastiques , nécessitent
la réforme des ordres Religieux. D'abord
je soutiens qu'il faudra moins de temps
pour adopter un systéme général de Constitution
Ecclésiastique , que pour décréter
tant de systêmes partiels , fondés sur des
motifs isolés . C'est une vérité reconnue ,
qu'en politique l'on ne fait bien et vite , que
ce qu'on fait en grand , et avec ensemble .
Le besoin des Finances est pressant. Les
domaines doivent être vos premières ressources.
Je demande que le Comité de Féodalité
et celui des Domaines fassent incessamment
leurs rapports . "
Ces dernières idées , déja présentées hier
par M. Malouet , ont succombé devant une
Motion de M. le Chapelier , qui a pressé la nécessité
de terminer promptement la discussion
entamée , en traitant avec ordre la série
de questions suivantes , énoncées par M. Treit
hard.
19. Abolira-t- on les Ordres Religieux ?
2°. Quel sort fera-t- on aux Religieux qui
déclareront ne vouloir plus rester dans leurs
Maisonset sous les habits de leur ordre ?
3º . Quel sort fera- t- on à ceux qui voudront
continuer à vivre dans leurs Maisons et dans
l'habit de leur Ordre ?
La discussion a été ouverte , sur la première
de ces questions , par M. le Duc de
I io
(200)
la Rochefoucault , qui a réfuté les argumens
en faveur des Moines , tirés de leur inclination
actuelle , de la reconnoissance , de leur
utilité aux lettres et à l'éducation .
M. l'Abbé Grégoire s'est réduit à combattre
la suppression totale des Monastères ,
par l'utilité de plusieurs d'entre eux au service
des autels , qui manqueroient de Prêtres
.
M. Péthion de Villeneuve a renouvellé ce
qu'on a écrit de tout temps , et ce que M.
de la Rochefoucault avoit déduit contre l'institution
des Ordres Monastiques.
M. l'Abbé de la Garde, Supérieur-général
des Lazaristes : « Les mesures qu'on cherche
àvous inspirer , ressemblent au procédé des
habitans de la Lousiane , qui coupent l'arbre
pour en cueillir les fruits. La cognée
est à la racine , et il n'en reste déja plus
qu'un tronc dégradé.... L'on a exagéré prodigieusement
les torts de quelques Religieux .
Les fautes de quelques-uns sont devenues les
crimes de tous. On n'a vu qu'ambition , que
fourberie , qu'oisiveté, et l'on a jette un
voile odieux sur les vertus .... L'on ne prouve
rien par des déclamations . On excite votre
zèle , en liant adroitement la destruction
des Religieux à la régénération de l'Etat.
Quelle régénération ! Détruisez les Ordres
monastiques , et bientôt plus de 100 mille
consommateurs vont être forcés de sortir de
Paris seul. Dans les campagnes , les Religieux
y répandoient des sumônes , ils faisoient
refluer l'abondance dans la cabane du
pauvre. Leurs biens, dites - vous , ne feront que
changer de mains ; mais les mains des Capitalistes
seront- elles bienfaisantes et généreuses
? Un grand nombre de familles devoient
( 201 )
aux Monastères , leur éducation , leur fortune
, leur commerce qu'ils aidoient par des
avances sans intérêt. Et maintenant l'âge
d'or va renaître , la prospérité publique sera
fondée sur la ruine du Clergé ! Pour constater
les bases de la question d'aujourd'hui ,
vous avez ordonné les déclarations des biens
Ecclésiastiques et vous allez décider la
2
1
question , avant d'avoir reçu ces déclarations!
"
L'Opinant s'étendit ensuiteen calculs et en
considérations morales , et se résuma à deman
der la réduction de quelques maisons Religieuses
, sans en supprimer aucune. Qui le
croiroit? ce Discours dont nous venons de
rapporter la substance , excita des éclats de
rire.
M. Barnave : « L'avis du Préopinant est
très favorable aux Individus qui , ayant fait
voeu de soumission et de panvreté , vivent
dans l'indépendance . Moi je songerai à ces
Individus malheureux , qui , dans l'imprudence
de la jeunesse , par une ferveur peu
réfléchie , ont engagé le bonheur de leur
vie , et à qui l'esclavage est devenu sur-tout
insupportable , depuis que la justice de vos
Décrets leur a donné l'espérance de la liberté.
Le Préopinant a fait dans ses calculs de
grandes erreurs , en suppo ant que les revenus
des maisons religieuses ne suffiroient pas
pour les pensions des Individus . Il n'a pas
considéré que des pensions viagères , ne sont
représentatives que de la moitié des revenus
ordinaires ; et quand la Nation ne trouveroit
pas d'avantage pécuniaire dans cette suppression,
il suffit que l'existence des Moines
soitincompatible avec les droits de l'homme; S
( 202 )
avec lebon ordre de la société, nuisible à la re
ligion, et inutile à tous les autres objets , auxquels
on avoulu les consacrer.... Ces paroles
ont vivement indisposé une moitié de l'Assemblee
. Etes- vous un Père de l'Eglise, a- t on
erié au jeune Opinant ?
L'explosion s'etant assoupie , par le voeu de
la majorite d'entendre M. Barnave , il confronta
chaque article de la Declaration des
Droits , avec les règles monastiques , et conclut
à la destruction illimitée de tous les
Ordres religieux sans distinction.
M. l'Evêque de Nancy traita le premier
laquestion sous toutes ses faces , et sortant
du cercle des généralites et des déclamations,
il developpe des faits , des calculs , un ordre
soutenu et progressif dans les idées , relevées
de temps à autre par les mouvemens de l'éloquence.
Je ne m'arrêterai point , dit-il , à réfuter
ici ce qui a été dit par le Préopinant ;
les opinions Religieuses qu'il professe peuvent
excuser quelques assertions hardies qu'il s'est
permises , mais qu'il n'a pas prouvées. Il
vous a présenté des déclamations vagues et
des sophismes ; je vais vous soumettre des
calculs positifs ; je les crois exacts : si je
me trompe , il sera facile de relever mes
erreurs . "
" Je suis bien loin de penser qu'on veuille
porter aucune atteinte à la religion de nos
pères ; mais il faut convenir que si ce funeste
projet eût été formé , il étoit difficile
de travailler plus efficacement à son succès. »
te Le rachat de la dîme a été décrété ; la
rédaction postérieure de votre Décret a
porté son abolition. Bientôt a suivi la proposition
de déclarer le patrimoine du Clergé
( 203 )
propriété nationale. Votre justice s'y refusoit.
On s'est borné à vous investir de la simple
disposition des biens Ecclésiastiques , d'après
les instructions et sous la surveillance des
Provinces, "
« Déja le projet de la vente générale de
tous les biens patrimoniaux des Eglises vous
avoit été présenté. Vous aviez paru le rejeter ;
mais apres avoir prosorit la lettre de ce projet
, vous en avez adopté l'esprit par votre
Décret du 19 Décembre ; vous l'avez porté ,
sans que les Membres du Clergé , inscrits
pour la parole , eussent pu se faire entendre. »
Jetez pour un moment vos regards en
arrière , et faisant aujourd'hui ce qui devoit
être votre première opération , comparez la
nécessité de la dépense du culte et des Ministres
, avec la possibilité des ressources qui
vous restent . "
" Les plans les moins suspects d'exagération
, et de faveur pour le Clergé , demandent
un fonds annuel de cent millions
pour
pour la dépense du Culte. Ce fonds se trouvera-
t- il d'après le résultat de vos précédens
Décrets , et des nouveaux qu'on vous propose
? "
" Si la dîme restoit abolie , il faudroit
soustraire des revenus possibles du Clergé
, ... 70,000,000 1.
" Pour la partie des droits
féodaux , supprimés sans indemnité
,
"
2,000,0001.
1
Pour la rente représentative
de deux cents millions au
moins de valeurs territoriales ,
et reproductives qu'il faudra
vendre pour complèter les
quatre cents millions de pro-
Id
(204)
priétés ecclésiastiques que vous
projetez de vendre , 10,000,000 1.
Fourlesintérêts dela dette
du Clergé de France et de ses
Diocèses , au moins .
Pour les intérêts de la dette
du Clergé étranger , et des
établissemens ecclésiastiques
8,000,000 1 .
du Royaume , au moins ..... 4,000,0001.
« La soustraction à faire sur
les revenus du Clergé , sera dès
ce moment de .... ..... 94,000,০০০ Ⅰ.
Or , les calculateurs les
plus exagérés n'étendent pas
au delà de cent cinquante millions
la possibilité des revenus
ecclésiastiques , ....... 150,000,0001.
Il ne restera done plus que
cinquante-six millions ....... 56,000,000 1.
41 C'est d'après ce tableau que personne
ne yous avoit présenté , et qu'il vous étoit
cependant si essentiel de connoître préalablement
que je vais aborder la question
proposée. -
7
On yous propose , Messieurs , d'ouvrir
les cloîtres , et de rendre au siècle tous les
Religieux de l'un et l'autre sexe , en fixant
à chacun une pension graduée par l'âge ,
dont la moyenne proportionnelle sera huit
cents livres par téte. »
Ainsila volonté de l'homme pourra rompre
à son gré l'engagement qu'il aura volontairement
et librement formé. La conséquence
naturelle d'une pareille doctrine doit
étre d'annuller , selon son caprice , tout engagement
religieux , eivil et militaire. Une
( 205 )
semblable proposition attaque à la fois la
religion , la morale et la politique. »
La politique vous défend d'étendre sans
besoin les charges de l'Etat ; et par les pensions
que vous serez forcés de donner , vous
les étendrez au- delà de vos moyens. La politique
vous défend de troubler l'ordre social
, et vous le troublerez en reportant au
sein de leurs familles les Citoyens sortis des
cloîtres . Les droits de l'homme leur en auront
ouvert les portes . Ces droits devront les
suivre dans le siècle . L'ordre des successions
changera donc avec eux et pour eux.
"
"
Je ne parle pas des inimitiés , des haines ,
des querelles et des procès qui déchireroient
Ie sein des familles , et que le Législateur
véritablement sage doit toujours prévoir , et
qu'il doit éloigner avee soin quand il en ale
pouvoir.
4
"
On vous a proposé de donner à tous les
Religieux-mendians une pension égale à
celle des Religieux rentés. Il est juste de
Jes doter , et le Religieux renté a un droit
incontestable à une pension proportionnée
aux biens dont jouissoit l'Ordre dont il étoit
membre . "
Ce principe de justice distributive a
échappé au Rapporteur de votre Comité
Ecclésiastique. li vous a proposé de fixer
huit cents liwwes de pensions à chaque tête
qui aura préféré de rester dans le cloitre.
Encore veut-il que sur cette pension , deja
si-modique , soient prélevés les frais duculte
et des réparations. Cette annonce a jeté la
consternation dans tous les Monastères de
la Capitale ,et les autres dispositions du
projet n'étoient pas faites pour dissiper cette
premiere alarme.. "
( 206 )
« Le nombre des Religieux des deux sexes ,
dans toute l'étendue du Royaume , est au
moins de cinquante- deux mille. "
En partant de ce nombre et de la fixation
de huit cents livres pour chaque tête ,
la dépense sera d'environ quarante - deux
millions . "
« L'Etat , Messieurs , pourroit- il supporter
cette surcharge ? .acquitteroit- il fidelement
cette dette sacrée , cette obligation
qu'il auroit solennellement contractée ? S'il
ne l'acquittoit pas avec fidélite , si tant de
malheureuses victimes de la spéculation financière
, que l'Etat auroit faite sur leurs
biens , étoient réduites à demander en vain
leur paiement..... jetées dans le monde , sans
état , sans crédit , sans ressources ..... cette
supposition fera frémir toute ame sensible . "
,
-
و
Qu'arrive- t - il aujourd'hui aux Membres
dispersés de cette société célèbre , consacrée à
l'éducation publique , à qui la France a peutêtre
dú la plupart de ses grands hommes ,
et la gloire des derniers siecles ? Il leur
arrive , Messieurs , ce qui arrivera à ces
milliers de nouveaux Pensionnaires que vous
voulez donner à l'Etat. Leur pension et
quelle pension encore ! leur pension honteuse
, avilissante et barbare de quatre
cents livres , ne leur est pas payée : -
vieillards , semblables aux débris de ces
beaux édifices de l'antiquité que l'on admire
, et que le goût consulte encore dans
leur état de ruine , ces vieillards , les ornemens
, les soutiens et les modèles des Dioceses
qui les ont recueillis ( le mien , Messieurs
, a le bonheur d'être de ce nombre ) ,
ces vieillards attendent plusieurs termes
échus de cette pension si insuffisante , et ,
ces
( 207 )
sans les secours de la charité obligée de leur
cacher la main qu'elle leur tend ,, ils périroient
de besoin , de faim et de misère ; et
cependant la suppression de l'Ordre des Jésuites
avoit laissé à l'Etat des biens beaucoup
plus que suffisans pour leur faire un
meilleur sort , et sur - tout pour leur payer
avec exactitude celui qui leur étoit fait. »
« Revenons , Messieurs , à notre calcul . La
dépense de l'Etat , pour ses nouveaux pensionnaires
, seroit donc d'environ quarantedeux
millions .....
42,000,000 1 .
• Cette partie de dépense ,
calculée avec la déduction cidessus
rapportée , de quatrevingt-
quatorze millions , ci ... 94,000,000 ៛.
Donne un résultat de ... 136,000,000 1 .
Mais il faut ajouter les impositions
nationales , les contributions
communes et locales ,
les reconstructions et réparations
des fermes et bâtimens
d'exploitation , l'acquittement
des fondations (car vous voudrez
qu'elles s'acquittent) ,pour
le tout , un quart au moins
du revenu total. Ce quart ,
soustraction faite des revenus
aliénés , sera d'environ quatorze
millions .............. 14,000,000 1 .
La totalité de l'emploi prévu
des revenus ecclésiastiques ,
sera done déja de
"
150,000,000 1.
Selon votre Comité , c'est à la Nation
d'administrer les biens ecclésiatiques . L'ar(
208 )
gument invincible dont il appuie cette assertion
, il le tire de l'avantage de ne point
embarrasser par des soins temporels les Ministres
des Autels . Cette vue est surement
très -morale ; mais il y auroit , ce me semble ,
plus de justesse à dire que c'est à celui à qui
la jouissance d'un bien quelconque a été donnée
, de veiller à sa conservation , et de l'administrer.
"
« L'expérience , Messieurs , démontre suffisamment
que tous les biens appartenans
aux Communes , soit des Villes , soit des
Villages , sont mal et très -mal administrés ;
cependant c'est la Nation , qui administre ou
afferme à vil prix. La nouvelle Constitution
aura bien de la peine à changer , à cet égard ,
Ies choses dans les campagnes.
"
"
« Là , seront vos Administrateurs locaux ;
mais quels seront- ils ? Dans la plupart des
Villages , ce sera une Municipalité composée
de trois Personnes , suivant l'organisation
que vous avez décrétée. Dans une Communauté
peu nombreuse , tout le monde est lié
de parenté , d'amitié et d'intérêt ; ce mode
d'administration seroit-il sage ? n'entraîneroit-
il pas les inconvéniens les plus graves ? "
L'arrière but du plan proposé seroit
peut-être de confier à des Régissseurs-généraux
cette immense manutention . Les Provinces
souffriroient- elles que les Agens
avides d'une régie étrangère , vinssent fondre
sur leurs campagnes , forcer tous les baux
rendre toutes les clauses de rigueur , multiplier
les contraintes , ruiner les Laboureurs ,
épuiser les terres , tyranniser les Villages ,
(tendre par- tout la véritable et plus odieuse
istocratie , et élever sur la ruine , le sang
2
(209 )
et les debris de malheureux , l'excès et le
scandale de leurs fortunes ? »
« A tous ces maux , ajoutez les frais énormes
inséparables d'une régie , elle absorberoit au
moins le dixième du produit : le dixième des
einquante-six millions environ qui resteroient
à régir , après les déductions ci- dessus étáblies
, seroit de cinq à six miflions . »
« Ce n'est pas tout. On proposoit d'assigner
aux pauvres le quart du revenu total.
En conséquence , ce seroit encore , après la
déduction faite , sur la masse totale , d'un
dixième pour les frais de régie , un prélèvement
à faire d'environ onze millions. »
«La récapitulation de toutes ces dépenses ,
préalables à l'entretien du Culte et des Ministres
, donneroit une somme de 166,000,000 ;
c'est - à- dire , que ces dépenses secondaires
excéderoient de seize millions la possibilité
reconnue des revenus du Clergé. Ce calcul
méritoit sans doute de fixer l'attention de
votre Comité et de l'Assemblée.
Voilà pourtant , Messieurs , où vous
mènent ces Motions isolées , étendues ou
divisées avec art , qui se pressent et se précipitent
sans cesse avec une incroyable rapidité.
Encore quelques Décrets , et il ne restera
plus rien de ces vastes possessions qui ,
n'aguère , excitoient l'envie , mais dont bientôt
la déplorable dilapidation fera pitié.
Dans cette triste subversion , qui pourvoira
à l'entretien du Culte ? "
« Que diront les Provinces , en voyant
aboutir à ce terme la disposition des biens
Ecclésiastiques , que vous vous étiez attribuée
pour agir , disiez-vous , d'après leurs
instructions et sous leur surveillance ? »
« Prévenons , Messieurs , prévenons des
( 210 )
1
plaintes légitimes et des maux irréparables .
Arrêtez l'impétuosité de vos Décrets , éclairez
vos consciences avant qu'on les entraîne.
Le Plan de votre Comité n'a point de base ;
il n'a calculé ni la nécessité des dépenses ,
ni la possibilité des ressources . La gloire du
Barreau ne suffit pas pour procurer cette
immensité de connoissances de détails dont
le régime Ecclésiastique est enveloppé.
«
"
Ah! Messieurs , c'est assez de ruines ;
sortons , sortons enfin du milieu de tant de
décombres amoncelées ; ce n'est pas par de
nouveaux malheurs que nos Finances se rétabliront
, que les Créanciers de l'Etat , cette
classe de Citoyens si nombreuse , et peutétre
si alarmée , pourront être payés ! Renonçons
à tous ces remèdes empiriques dont
l'annonce fastueuse semble promettre la vie ,
mais dont l'effet inévitable est de donner
la mort. Ce n'est pas d'évacuer les cloîtres ,
c'est de remplir le trésor public qu'il faut
s'occuper , et s'occuper sans délai. »
" Pour me résumer , je pense que , conformément
au Décret du 2 Novembre , il ne
peut être rien statué sur la suppression des
Corps Religieux , que d'après les instructions
des Provinces : que rien , à cet égard , ne
doit être exécuté que sous leur surveillance ;
et que la Loi suprême du salut de l'Etat ,
exige que l'Assemblée s'occupe sans délai ,
et dès ce moment , du rapport et de la
plus prompte organisation possible du nouveau
systême de Finances , seul remède aux
maux incalculables qui menacent la fortune
publique. »
Ce Discours , écouté avec attention jusqu'à
la fin , malgré quelques efforts inutiles
pour l'interrompre , reçut de grands applau
( 211 )
dissemens. On en a demandé l'impression qui
fut refusée par les Defenseurs du systême
opposé. Ils requirent même qu'on fermât la
discussion ; mais le voeu du Réglement , qui
prescrit trois jours de débat , l'emporta , et
la suite fut ajournée à demain , avec la clause
de ne pas désemparer jusqu'à la décision .
DU SAMEDI 13 FÉVRIER.
Cette Séance , prolongée jusqu'à sept
heures et demie du soir , a offert dans une
grande partie de sa durée , un trouble violent
et continu .
M. Garat l'aîné , reprenant la question de
la veille , remania les principales armes employées
contre l'Institution Monastique.
>>La Religion , dit-il , gagnera à leur suppression
, car elle aura un plus grand nombre
de Ministres . La vertu des Moines enfermés ,
perdoit son influence sur les moeurs publiques
, tandis que le moindre scandale
perçant dans le monde , y déshonoroit la
Religion.
>>L'éducation sera dirigée par des principes
plus éclairés . Il faudra pour élever des Citoyens
, des hommes qui soient libres comme
eux.
>>L'indigence y gagnera-t- elle ? Le doute
sur cette question calomnieroit nos moeurs
actuelles . La bienfaisance se montre de
toutes parts ; le Capitaliste , le Propriétaire ,
le Marchand , les hommes de tous les rangs ,
s'empresseront de secourir l'humanité souffrante
. J'en atteste la facilité avec laquelle
se perçoit la Contribution patriotique , et
tous ces dons extraordinaires ; toutes les
sociétés philantropiques , qui valent bien
les aumoves des Moines , et qui rendront
( 212 )
avec les Lois futures sur la mendicité , le
sort des pauvres bien moins précaire.
«Enfin, les finances y gagneront- elles ? Les
calculs de M. l'Evêque de Nancy m'ont effrayé
, mais les calculs promis par M. Dupont
, vous offriront des résultats plus avantageux.
"
"Les familles redouteront cette opération ,
a dit un Préopinant. Cette assertion fait
frissoner d'horreur. "
M. Garat s'enfonça ensuite dans les droits
de l'homme , où il nous seroit difficile de le
suivre , parce que la question étoit , non
de savoir s'il est convenable ou non
d'instituer des Moines , mais comment on
peut en allier la suppression , avec les intérêts
de la morale , de la Religion , de l'ordre
social , et des finances .
Je suis obligé , ajouta M. Garat , de
faire ma profession de foi. Je n'ai pu
concevoir qu'il fût permis à l'homme
d'aliéner ce qu'il tient de la nature , de
commettre un suicide civil , et un vol de sa
personne à la société.... Je jure que jamais
jen'ai conçu comment Dieu put vouloir soustraire
l'homme aux obligations qu'il lui a
imposées , et lui reprendre le premier bien
qu'il lui a donné , la liberté. »
Cesymbole , exprimé avec véhémence , mit
tous les Ecclésiastiques et nombre d'autres
Députés en agitation. On le traita de seandale
: on demanda que l'Opinant fût rappelé
à l'ordre . M. l'Evêque de Nancy fit la
motion formelle que l'Assemblée déclarât
la Religion Catholique , Apostolique et
Romaine , Religion Nationale et de l'Etat.
Les cris et le tumulte continuerent.
"
-
44
"
M. le Président répondit que la motion n'é
( 213 )
tant pas à l'ordre du jour , on ne pouvoit
interrompre la discussion commencée.
Il n'est pas de circonstances , dit M. l'Evêque
de Nancy , où il soit aussi instant de
faire la déclaration que je demande , parce
que le sort de la Religion est intimement
lié à la question qui nous occupe , et parce
que les trois -quarts de nos cahiers nous le
prescrivent solennellement. Faudra- t- il assister
à ces séances pour méconoître et souvent
outrager la Religion ? il est impossible
à des Auditeurs Chrétiens de ne pas réclamer.
M. de Cazalès soutint le Preopinant. M.
de Lameth , au contraire , vit dans la Motion
une conspiration contre la tranquillité du
Peuple et la liberté. M. le Comte de Virieu
observa qu'il n'étoit permis à personne d'in -
⚫culper , dans son avis , les intentions d'aucun
Opinant , etsur-tout, d'un Prélat respectable .
M. Garat l'aîné reprit la parole , la reperdit ,
la recouvra ; chacun à l'envi protestoit de
son zèle pour la Religion. Deux heures et
demie s'écoulèrent dans ce bouleversement ;
deux fois la sonnette se cassa. Enfin , M.
l'Abbé de Montesquiou prit possession de la
Tribune , et la garda jusqu'à la fin de son
discours plein de mesure , d'onction ,
et qu'il termina par le projet de Décret
suivant:
2
ART . I. L'Assemblée Nationale décrète
que la Loi ne reconnoîtra plus les voeux
solennels de l'un et de l'autre sexe . II. Qu'elle
ne mettra aucun empêchement à la sortie
des Religieux de l'un et de l'autre sexe , et
que la Puissance Ecclésiastique n'en con- .
noîtra que pour le for intérieur. III . Que
tous ceux qui voudront rester dans les Cloîtres
seront libres d'y demeurer. IV. Que les Dé(
214 )
partemens choisiront pour les Religieux qui
voudront y demeurer , des maisons coinmodes
. V. Les Religieuses pourront rester
dans les maisons où elles sont aujourd'hui ,
l'Assemblée les exceptant de l'obligation où
seront les Religieux de réunir plusieurs
Maisons en une seule . "
Le discours , le Décret furent reçus avec
de grands applaudissemens . D'une part on
invoqua la priorité en faveur de ce projet
de M. l'Abbé de Montesquiou ; de l'autre ,
on la réclama pour la motion universelle de
M. Barnave. Celle - ci , rejettée en arrière
par la majorité , reparut bientôt à l'aide
des amendemens par lesquels on atténua
le projet de M. l'Abbé de Montesquiou.
L'un de ces amendemens proposé par
M. Thouret , remit sur pied la motion de
M. Barnave : elle fut adoptée ; mais bientôt
on reconnut la nécessité de la mitiger ,
et enfin cette lutte cruelle se termina par
le Décret définitif que voici.
"
,
ART. I. L'Assemblée Nationale décrète ,
comme article Constitutionnel , que la
Loi ne reconnoîtra plus de voeux Monas-
« tiques solennels de perssoonnnneess de l'un ni
« de l'autre sexe .
«
"
"
م
Déclare en conséquence que les Ordres
et les Congrégations régulières , dans les-
- quelles on fait de pareils voeux , sont et
demeureront supprimées en France , sans
« qu'il puisse en être établi de semblables
à l'avenir
«
ec
" II. Tous les individus de l'un et de
l'autre sexe existans dans les Monastères
et Maisons Religieuses , pourront en sortir
« en faisant leurs déclarations dans les Mu-
« nicipalités du lieu , et il sera pourvu in(
215 )
« cessamment à leur sort par une pension
convenable . "
Il sera pareillement indiqué des mai-
« sons où pourront se retirer ceux ou celles
« qui ne voudront pas profiter de la disposition
du présent Décret.
"
"
“ Déclare au surplus l'Assemblée , qu'il
ne sera rien changé , quant à présent , à
- l'égard des Maisons chargées de l'éducation
publique et des établissemens de
Charité , jusqu'à ce que l'Assemblée Nationale
ait pris un parti sur cet objet .
"
"
"
«
" III. Que les Religieuses pourront rester
dans les Maisons où elles sont aujourd'hui ,
l'Assemblée les exceptant expressément de
« l'article qui oblige les Religieux de réunir
« plusieurs Maisons dans une. »
«
ADRESSE DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE
AUX PROVINCES.
" L'Assemblée Nationale s'avançant dans
la carrière de ses travaux , reçoit de toutes
parts les félicitations des Provinces , des
Villes, des Communautés , les témoignages
de la joie publique , les acclamations de la
reconnoissance ; mais elle entend aussi les
murmures de ceux que blessent ou qu'affligent
les coups portés à tant d'abus , à tant
d'intérêts , à tant de préjugés . En s'occupant
du bonheur de tous , elle s'inquiète des maux
particuliers : elle pardonne à la prévention ,
à l'aigreur , à l'injustice ; mais elle regarde
devoirs de vous prémunir
contre les influences de la calomnie , et de
détruire les vaines terreurs dont on chercheroit
à vous surprendre. Eh! que n'a-t-on
pas tenté pour vous égarer , pour ébranler
comme un de ses
( 216 )
votre confiance ! On a feint d'ignorer quel
bien avoit fait l'Assemblée Nationale : nous
allons vous le rappeler ; on a élevé des difficultés
contre ce qu'elle a fait ; nous allons
y répondre : on a répandu des doutes , on a
fait naître des inquiétudes sur ce qu'elle
fera; nous allons vous l'apprendre .
"Qu'a fait l'Assemblée ? Elle a tracé d'une
main ferme , au milieu des orages , les principes
de la Constitution qui assure à jamais
votre Liberté . »
et Les droits des hommes étoient méconnus
, insultés depuis des siècles ; ils ont été
rétablis par l'humanité entière , dans cette
Déclaration , qui sera le cri éternel de guerre
contre les oppresseurs , et la Loi des Législateurs
eux- mêmes .
"
"
La Nation avoit perdu le droit de décréter
et les Lois et les Impôts : ce droit lui
a été restitué , et en même temps ont été
consacrés les vrais principes de la Monarchie,
P'inviolabilité du Chef auguste de la Nation
et l'hére dité du Trône dans une famille aussi
chère à tous les François. »
2
Nous n'avions que des Etats Cénéraux ;
vous avez maintenant une Assemblée Nationale
, et elle ne peut plus vous étre ravie . »
« Des Ordres nécessairement divisés et
asservis à d'antiques prétentions , y dictoient
les Décrets , et pouvoient y arrêter l'essor
de la volonté Nationale. Ces Ordres n'existent
plus ; tout a disparu devant l'honorable
qualité de Citoyen. »
" Tout étant devenu Citoyen , il vous
falloit des défenseurs Citoyens ; et au premier
signal on a vu cette Garde Nationale ,
qui , rassemblée par le patriotisme , commandée
par l'honneur, par- tout maintient
1
ou
(217)
bu' ramène l'ordre , et veille avec un zèle
infatigable à la sureté de chacun pour l'intérêt
de tous .
er
"
Des privilèges sans nombre , ennemis irréconciliables
de tout bien , composoient
tout notre Droit public ; ils sont détruits ;
et à la voix de cette Assemblée , les Provinces
les plus jalouses des leurs ont applaudi
à leur chute ; elles ont senti qu'elles
s'enrichissoient de leur perte. »
te Une féodalité vexatoire , si puissante
encore dans ses derniers débris , couvroit la
France entière : elle a disparu sans retour. »
" Vous étiez soumis , dans les Provinces ,
au régime d'une Administration inquiétante :
yous en êtes affranchis . »
Des ordres arbitraires attentoient à la
liberté des Citoyens : ilt sont anéantis. "
- Vous vouliez une organisation complète
des Municipalités : elle vient de vous être
donnée ; et la création de tous ces Corps ,
formés par vos suffrages , présente en ce
moment , dans toute la France , le spectacle
le plus imposant. "
«
:
En même temps l'Assemblée Nationale
aconsommé l'ouvrage de la nouvelle division
du Royaume , qui seule pouvoit effacer
jusqu'aux dernières traces des anciens préjugés
; substituer à l'amour-propre de Province
l'amour véritable de la Patrie ; asseoir
les bases d'une bonne Représentation , et
fixer à-la- fois les droits de chaque homme
et de chaque canton , en raison de leurs rapports
avec la chose publique ; problême difficile
, dont la solution étoit restée inconnue
jusqu'à nos jours. "
60 Dès long-temps vous desiriez l'abolition
de la vénalité des charges de Magistrature :
N°. 8. 20 Février 1790. K
(218 )
- elle a été prononcée. Vous éprouviez le
besoin d'une réforme , du moins provisoire ,
des principaux vices du Code Criminel : elle
a été décrétée , en attendant une réforme
générale .-De toutes les parties du Royaume
nous ont été adressées des plaintes , des demandes
, des réclamations : nous y avons satisfait
, autant qu'il étoit en notre pouvoir.
- La multitude des engagemens, publics
effrayoit : nous avons consacre les principes :
sur la foi qui leur est due.-Vous redoutiez
le pouvoir des Ministres : nous leur
avons imposé la Loi rassurante de la responsabilite.
"
3
« L'impôt de la Gabelle vous étoit odieux :...
nous l'avons adouci d'abord , et nous vous
en avons promis l'entiere et prochaine destruction
; car il ne nous suffit pas que les im- 1
póts soient indispensables pour les besoins
publics , il faut encore qu'ils soientjustifies par .
leur egalité , leur sagesse , leur douceur. "
Des pensions immoderéęs , prodiguées
souvent à ll''iinnsseçudu Roi , vous ravissoient le
fruitde : nous avons jetté sur
elles un premier regard sévère , et nous allons
les renfermer dans les limites étroites,
d'une striete justice ,
ee
VOS Jabeurs
Enfin , les Finances demandoient d'immenses
réformes : secondes par le Ministre
qui a obtenu votre confiance, nous y avons
travaillé sans relâche ; et bientôt vous allez
en jouir
" Voilà notre ouvrage , François , ou plus
tôt voilà le vôtre ; car nous ne sommes que
vos organes , et c'est yvoouuss qui nous avez
éclairés , encouragés , soutenus dans nos
travaux. Quelle époque que celle à laquelle
nous sommes enfin parvenus ! Quel honora
( 119 )
ble héritage vous allez transmettre à votre
postérité! Elevés au rang de Citoyens , admissibles
à tous les emplois , Censeurs éclairés
de l'Administration , quand vous n'en
screz pas les dépositaires , sûrs que tout se
fait etpar vous et pour vous , égaux devant
la Loi , libres d'agir , de parler , d'écrire , ne
devantjamais compte aux hommes , toujours
à la volonté commune ; quelle plus belle
condition ! Pourroit - il être encore un seul
Citoyen vraiment digne de ce nomn , qui
osât tourner ses regards en arriere , qui
voulût relever les debris dont nous sommes
environnés , pour en recomposer l'ancien
édifice ? »
-Et pourtant , que n'a-t-on pas dit ? qué
n'a-t-on pas fait pour affoiblir en vous l'impréssion
naturelleque tant de bien doit produire?
"
"Nous avons tout détruit ,a-t-on dit ; c'est
qu'il falloit tout reconstruire. Et qu'y a-til
done tant à regretter ? veut-on le savoir ?
Que sur tous les objets réformés ou détruits ,
l'on interroge les hommes qui n'en profi
toient pas ; qu'on interroge même la bonnefoi
des hommes qui en profitoient ; qu'on
écarte ceux- là qui , pour anoblir les afflictions
de l'intérêt personnel , prennent aujourd'hui
pour objet de leur commisération ,
le sort de ceux qui , dans d'autres temps ,
leur furent si indifferens ; et l'on verra sila
réforme de chacun de ces objets ne réunit
pas tous les suffrages faits pour être comptes
. »
«Nous avons agi avec trop de précipitation....
Et tant d'autres nous ont reproché
d'agir avec trop de lenteur ! Trop de précipitation!
Ignore-t-on que c'est en attaquant,
Kij
( 220 )
•
en renversant tous les abus à-la- fois , qu'on
peut espérer de s'en voir délivré sans retour
; qu'alors , et alors seulement , chacun
se trouve intéressé à l'établissement de l'ordre
; que les réformes lentes et partielles
ont toujours fini par ne rien réformer ; enfin ,
que l'abus que l'on conserve devient l'appui,
et bientôt le Restaurateur de tous ceux qu'on
croyoit avoir détruits ? »
Nos Assemblées sont tumultueuses .... Et
qu'importe , si les Décrets qui en émanent
sont sages ? Nous sommes , au reste , loin de
vouloir présenter à votre admiration les détails
de tous nos débats . Plus d'une fois
nous en avons été affligés nous - mêmes ; mais
nous avons sentien même temps , qu'il étoit
trop injuste de chercher à s'en prévaloir , et
qu'apres tout cette impétuosité étoit l'effet
presque inévitable du premier combat qui se
soit peut- être jamais livré entre tous les
principes et toutes les erreurs.
On nous accuse d'avoir aspiré à une
perfection chimérique .... Reproche bisarre ,
qui n'est , on le voit bien , qu'un voeu mal
déguisé pour la perpétuité des abus. L'Assemblée
Nationale ne s'est point arrêtée à
ces motifs servilement intéressés ou pusillanimes
: elle a eu le courage, ou plutôt la
raison de croire que les idées utiles , nécessaires
au genre humain , n'étoient pas exclusivement
destinées à orner les pages d'un
livre , et que l'Etre suprême , en donnant à
l'homme la perfectibilité , apanage particulier
de sa nature , ne lui avoit pas défendu
de l'appliquer à l'ordre social devenu le plus
universel de ses intérêts , et presque le premier
de ses besoins . >>>
« Mest imposssible , a-t- on dit , de régé
( 221 ) ir
nérer une Nation vieille et corrompue...Que
l'on apprenne qu'il n'y a de corrompu que
ceux qui veulent perpétuer des abus corrupteurs
, et qu'une Nation se rajeunit , le
jour où elle a résolu de renaître à la liberté.
Voyez la génération nouvelle. Comme
déja son coeur palpite de joie et d'espérance !
Comme ses sentimens sont purs , nobles ,
patriotiques ! Avec quel enthousiasme on la
voit chaque jour briguer l'honneur d'être
admise à prêter le serment de Citoyen ! ....
Mais pourquoi répondre à un aussi misérable
reproche ? l'Assemblée Nationale seroitelle
donc réduite à s'excuser de n'avoir pas
désespéré du Peuple Francois ?
" On n'a encore rien fait pour le Peuple ,
s'écrient de toutes parts ses prétendus amis .
Et c'est sa cause qui triomphe par-tout.
Rien fait pour le Peuple! Et chaque abus
que l'ona détruit ne lui prépare-t- il pas , ne
lui assure-t- il pas un soulagement ? Etoit-il
un seul abus qui ne pesât sur le Peuple ?
" Il ne se plaignoit pas.... C'est que l'excès
de ses maux étouffoit ses plaintes .... Maintenant
il est malheureux .... Dites, plutôt , il
est encore malheureux ..... mais il ne le sera
pas long- temps : nous en faisons le serment.
>>>
" Nous avons détruit le Pouvoir exécutif...
Non: dites le Pouvoir ministériel ; et c'est lui
qui détruisoit , qui souvent dégradoit le Pouvoir
exécutif. Le Pouvoir exécutif , nous l'avons
éclairé en lui montrant ses véritables
droits ; sur-tout nous l'avons anobli en le faisant
remonter à la véritable source de sa
puissance , la puissance du Peuple .
Il est maintenant sans force.... Contre la
Constitution et la Loi : cela est vrai ; mais
Kiij
( 222 )
en leur faveur il sera plus puissant qu'il ne
le futjamais.
Ee Peuple s'est armé ... Oui , pour sa dé
fense : il en avoit besoin. Mais , dans plu
sieurs endroits , il en est résulté des mal
heurs.... Peut-on les reprocher à l'Assemblée
Nationale ? peut- on lui imputer des desastres
dont elle gémit , qu'elle a voulu prévenir,
arrêter par toute la forcedeses Décrets ,
et que va faire cesser sans doute l'union désormais
indissoluble entre les deux Pouvoirs ,
et l'action irrésistible de toutes les forces Nationales
? »
44 «Nous avons passé nos Pouvoirs .Laréponse
est simple. Nous étions incontestablement
envoyés pour faire une Constitution : c'étoit
le voeu , c'étoit le besoin de la France entière.
Or , étoit-il possible de la créer , cette
Constitution ,de former un ensemble , même
imparfait ,de Décrets constitutionnels , saus
la plenitude des Pouvoirs que nous avons
exercés ? Disons plus: sans l'Assemblée Na .
tionale , la France étoit perdue ; sans le
principe qui soumet tout à la pluralité des
suffrages libres , et qui a fait tous nos Décrets
, il est impossible de concevoir , nous
ne disons pas une Constitution , mais même
l'espoir de détruire irrévocablement le moindre
des abus . Ce principe est d'éternelle
vérité : il a été reconnu dans toutela France ;
il s'est reproduit de mille manieres dans ces
nombreuses Adresses d'adhésion , qui rencontroient
sur toutes les routes cette foule
de Libelles où l'on nous reproche d'avoir
excédé nos Pouvoirs . Ces Adresses , ces fé
licitations , ces hommages , ces sermens patriotiques
, quelle confirmation de ces Pouvoirs
que l'on vouloit nous contester !
( 223 )
Tels sont , François , les reproches que
l'on fait à vos Representans dans cette foule
d'écrits coupables , où l'on affecte le ton
d'une douleur citoyenne. Ah ! vainement on
s'y flatte de nous decourager : notre courage
redouble ; vous ne tarderez pas à en ressentir
les effets .
"L'Assemblée va vous donner une Constitution
Militaire qui , composant l'Armée de
Soldats-Citoyens , réunira la valeur qui défend
la Patrie , et les vertus civiques qui la
protégent sans l'effrayer. »
44 Bientôt elle vous présentera un systême
d'impositions, qui ménagera l'agriculture
etl'industrie , qui respectera enfin la liberté
du commerce ; un systême qui , simple , clair ,
aisément conçu de tous ceux qui payent , determinera
la part qu'ils doivent , rendra facile
la connoissance si nécessaire de l'emploi
des revenus publics , et mettra sous
les yeux de tous les François le véritable
étatdes Finances , jusqu'à présent labyrinthe
obscur , où l'oeil n'a pu suivre la trace des
trésors de l'Etat .
Bientôt un Clergé- citoyen , soustrait à la
pauvreté comme à la richesse , modele à-lafois
du riche et du pauvre , pardonnant les
expressions injurieuses d'un délire passager ,
inspirera une confiance vraie , pure , universelle,
que n'altérerani l'envie quioutrage,
ni cette sorte de pitié qui humilie ; il fera
chérir encore davantage la Religion , il en
accroîtra l'heureuse influence par des rapports
plus doux et plus intimes entre les
Peuples et les Pasteurs ; et il n'offrira plus
le spectacle , que le patriotisme du Clergé
lui même a plus d'une fois dénoncé daus
Kiv
( 224 )
cette Assemblée , de l'oisiveté opulente , et
de l'activité sans récompense . »
Bientôt un systême de Lois criminelles
et pénales , dictées par la raison , la justice,
l'humanité , montrera , jusques dans la personne
des victimes de la Loi , le respect dû
à la qualité d'homme , respect sans lequel
on n'a pas le droit de parler de morale. »
" Un Code de Lois civiles , confié à des
Juges désignés par votre suffrage , et rendant
gratuitement la justice, fera disparoître
toutes ces Lois obscures , compliquées , contradictoires
, dont l'incohérence et la multitude
sembloient laisser , même à un Juge
intègre , le droit d'appeler justice sa volonté
, son erreur, quelquefoisson ignorance;
mais jusqu'à ce moment vous obéirez religieusementà
ces mêmes lois , parce que vous
savezque le respect pour toute Loi , non encore
révoquée , est la marque distinctive du
vrai Citoyen. "
"Enfin nous terminerons nos travaux par
un Code d'instruction et d'éducation nationale
, qui mettra la Constitution sous la
sauve-garde des générations naissantes ; et
faisant passer l'instruction civique par tous
les degrés de la représentation , nous transmettrons
, dans toutes les classes de la société
, les connoissances nécessaires au bonheur
de chacune de ces classes , en même
temps qu'à celui de la société entière. "
« Voyez , François , la perspective de
bonheur et de gloire qui s'ouvre devant vous .
Il reste encore quelques pas à faire , et
c'est où vous attendent les détracteurs de la
révolution. Défiez - vous d'une impétueuse
vivacité , redoutez sur- tout les violences ;
( 225 )
car tout désordre peut devenir funeste à la
liberté. Vous chérissez cette liberté ; vous
la possédez maintenant : montrez- vous dignes
de la conserver ; soyez fidèles à l'esprit , à
la lettre des Décrets de vos Représentans ,
acceptés ou sanctionnés par le Roi ; distinguez
soigneusement les droits abolis sans
rachat , et les droits rachetables , mais encore
existans. Que les premiers ne soient
plus exigés , mais que les seconds ne soient
point refusés . Songez aux trois mots sacrés
qui garantissent ces Décrets : LA NATION ,
LA LOI , LE Roi . La Nation , c'est vous :
la Loi , c'est encore vous ; c'est votre volonté
: le Roi , c'est le gardien de la Loi.
Quels que soient les mensonges qu'on prodigue
, ccoonmptez sur cette union. C'est le Roi
qu'on trompoit : c'est vous qu'on trompe
maintenant , et la bonté du Rois'en afflige ;
il veut préserver son peuple des flatteurs
qu'il a éloignés du Trône ; il en défendrale
berceau de son fils : car , au milieu de vos
Représentans , il a déclaré qu'il faisoit de
l'Heritier de la Couronne , le Gardien de la
Constitution . "
« Qu'on ne nous parle plus de deux partis.
Il n'en est qu'un : nous l'avons tous juré ;
c'est celui de la liberté. Sa victoire est sûre ,
attestée par les conquêtes qui se multiplient
tous les jours . Laissez d'obscurs blasphemateurs
prodiguer contre nous les injures , les
calomnies ; pensez seulement que , s'ils nous
louoient , la France seroit perdue. Gardezvous
sur- tout de réveiller leurs espérances
par des fautes , par des désordres , par
l'oubli de la Loi. Voyez comme ils triomphent
de quelques delais dans Ja perception
de l'Impôt. Ah ! ne leur préparez pas
Ke
( 226 )
•
une joie cruelle ! Songez que cette dette...
Non , ce n'est plus une dette : c'est un tribut
sacré , et c'est la Patrie maintenant qui le
reçoit pour vous , pour vos enfans ; elle ne
le laissera plus prodiguer aux déprédateurs
qui voudroient voir tarir pour l'Etat le
Trésor public , maintenant tari pour eux ;
ils aspiroient à des malheurs qu'a prévenus
qu'a rendus impossibles la bonté magnanime
du Roi. François , secondez votre Roi ; par
un saint et immuable respect pour la Loi ,
defendez contre eux son bonheur , ses vertus
, sa véritable gloire ; montrez qu'il n'eut
jamais d'autres ennemis que ceux de la liberté
; montrez que pour elle et pour lui
votre constance égalera votre courage ; que
pour la liberté dont il est le garant , on ne
se lasse point , on est infatigable. Votre lassitude
étoit le dernier espoir des ennemis de
la révolution ; ils le perdent : pardonnezleurd'en
gémir ; et déplorez , sans les haïr ,
ce reste de foiblesse , toutes ces misères de
l'humanité. Cherchons , disons même ce qui
les excuse. Voyez quel concours de causes
a dû prolonger , entretenir , presque éterniser
leur illusion. Eh ! ne faut-il pas quelque
temps pour chasser de sa mémoire les
fantômes d'un long rêve , les rêves d'une
longue vie ? Qui peut triompher en un moment
des habitudes de l'esprit , des opinions
inculquées dans l'enfance , entretenues par
les formes extérieures de la société , longtemps
favorisées par la servitude publique
qu'on croyoit éternelle , chères à un genre
d'orgueil qu'on imposoit comme un devoir ,
enfin mises sous la protection de l'intérêt
personnel qu'elles flattoient de taut de manières
. Perdre à-la-fois ses illusions , sess(
227 )
pérances , ses idées les plus chéries , une
partie de sa fortune: est- il donne à beaucoup
d'hommes de le pouvoir sans quelques regrets
, sans des efforts , sans des résistances
d'abord naturelles , et qu'ensuite un faux
point d'honneur s'impose quelquefois à luimême
? Eh ! si dans cette classe naguères si
favorisée , il s'en trouve quelques- uns qui
ne peuvent se faire à tant de pertes à-la-fois ,
soyez genéreux ; songez que ,dans cette même
classe , il s'est trouvé des hommes qui ont
osé s'élever à la dignité de Citoyens intrépides
défenseurs de vos droits ; et dans le
sein même de leur famille , opposant à leurs
sentimens les plus tendres , le noble enthou
siasme de la liberté.
" Plaignez , François , les victimes aveugles
de tant de déplorables préjugés ; mais ,
sous l'empire des Lois , que le mot devengeance
ne soit plus prononcé. Courage , persévérance
, générosité , les vertus de la liberté
; nous vous les demandons au nom de
cette liberté sacrée , seule conquête digne
de l'homme , digne de vous , par les efforts ,
par les sacrifices que vous avez faits pour
elle , par les vertus qui se sont mêlées aux
malheurs inséparables d'une grande révolution
; ne retardez point , ne déshonorez point
le plus bel ouvrage dont les Annales du
monde nous aient transinis la mémoire .
Qu'avez - vous à craindre ? rien , non rien ,
qu'une funeste impatience : encore quelques
momens .... C'est pour la liberté ! Vous avez
donné tant de siècles au despotisme ! Amis ,
Citoyens , une patience généreuse au lieu
d'une patience servile. Au nom de la Patrie
, vous en avez une maintenant ; au nom
de votre Roi , vous avez un Roi : il est à
Koj
( 228 )
vous ; non plus le Roi de quelques milliers
d'hommes , mais le Roi des François.... de
tous les François. Qu'il doit mépriser maintenant
le despotisme qu'il doit le hair ! Ror
D'UN PEUPLE LIBRE , comme il doit reconnoître
l'erreur de ces illusions mensongères ,
qu'entretenoit sa Cour qui se disoit son
Peuple ! Prestiges répandus autour de son
berceau , enfermés comme à dessein dans l'éducation
Royale , et dont on a cherché ,
dans tous les temps , à composer l'entendement
des Rois pour faire , des erreurs
de leurs pensées , le patrimoine des Cours.
Il est à vous qu'il nous est cher ! Ah !
depuis que son Peuple est devenu sa Cour ,
lui refuserez-vous la tranquillité , le bonheur
qu'il mérite ? Desormais , qu'il n'apprenne
plus aucune de ces scènes violentes ,
qui ont tant affligé son coeur ; qu'il apprenne
au contraire , que l'ordre renaît ; que partout
les propriétés sont respectées , defendues
; que vous recevez , que vous placez
sous l'Egide des Lois , l'innocent , le coupable....
Le coupable ! il n'en est point , si
Ja Loi ne l'a prononcé. Ou plutôt , qu'il
apprenne encore , votre vertueux Monarque ,
quelques - uns de ces traits génereux , de ces
nobles exemples , qui deja ont illustré le
berceau de la Liberté Françoise.... Etonnezle
de vos vertus , pour lui donner plus tôt
le prix des siennes , en avançant pour lui
le moment de la tranquillité publique et le
spectacle de votre felicité. »
Pour nous , poursuivant notre tâche laborieuse
, voués , consacrés au grand travail
de la Constitution , votre ouvrage autant
que le nôtre , nous le terminerons , aidés de
toutes les lumières de la France et vain(
229 )
queurs de tous les obstacles. Satisfaits de
notre conscience , convaincus , et d'avance
heureux de votre prochain bonheur , nous
placerons entre vos mains ce dépôt sacré de
la Constitution , sous la garde des vertus
nouvelles , dont le germe , enfermé dans
vos ames , vient d'éclore aux premiers jours
dę la liberté..
Signé , BUREAUX DE PUZY , Président ;
LABORDE DE MEREVILLE ; l'Abbé Ex-
PILLY ; le Vicomte DE NOAILLES ; GUILLOTIN
; le Baron DE MARGUERITES ; le
Marquis DE LA COSTE , Secrétaires .
Dimanche dernier , le Te Deum a
été célébré à Notre-Dame. L'Assemblée
Nationale s'y est rendue processionnellement
; la Garde Parisienne , bordoit
la haie en plusieurs lieux. M. Bailly ,
les Représentans de la Commune et une
nombreuse multitude ajoutoient à ce
grand cortège. L'Abbé Mulot , Député
à la Commune , a prononcé le Dicours ;
etle serment civique a suivi. L'instant où
l'Audience entière leva les mains , les
Soldatsayant croisé leurs épées , fut véritablement
imposant. Lesoir, la Ville a été
illuminée ; la Grève et l'Hôtel- de-Ville
resplendissoient de lumières. S. M. , la
Reine , ni aucune des Personnes de la
Famille Royale n'ont assisté à cette cérémonie.
Le Roi qui a prononcé ces mots si
touchans , si conformes à sa sensibilité ,
à son esprit d'ordre , à sa justice , ah !
( 230 ).
amersi
le Peuple savoit combien je suis
malheureux,à la nouvelle d'un attentat
contre les fortunes , ou d'un acte de
violence contre les personnes , il m'épargneroit_
cette douloureuse
tume ! le Roi , disons-nous , qui sur le
Trône entretient ces sentimens , si malheureusement
oubliés par les fanatiques ,
et que des Ecrivains forcenés s'étudient
criminellement à effacer de tous les
coeurs , n'a pu participer à l'alégresse
de Paris , au milieu des horreurs perpétrées
sans relâche dans le reste du
Royaume. Vendredi dernier , le bruit ,
peux - être exagéré , se répandit que
M, le Marquis d'Esquirac , gendre
de M. de la Galaizière , avoit été
massacré en Rouergue dans son Chateau
, avec ceux qui le défendoient , par
des brigands , qui le fusil d'une main ,
et les Décrets mal interprétés du Législateur
de l'autre , font la guerre aux
personnes et aux propriétés. Et quelle
guerre! la plus lâche, contre gens presque
par- tout désarmés ; la plus odieuse ,
puisque l'oppression féodale est irrévocablement
abbatue , et que la Noblesse ,
ainsi que le Clergé , ont eux-mêmes volontairement
commencé , consommé
leurs sacrifices ; la plus vile , parce
qu'elle est le fruit de la séduction , et
que pour un Seigneur tyrannique qu'on
brûleou qu'on assassine, trentele sunt par
des ingrats . Espérons que ces atrocités
qui se répètent depuis six mois sans au(
231 )
cune résistance , auron enfin leur terme ,
et que les Municipalités , dont plusieurs
ontmis tantde mollesse,de pusillanimité
et d'indifférence à réprimer ces désordres
, imiteront le bel exemple que leur
a donné le Comité de Brive. Il a adressé
une Lettre circulaire aux habitans de
la campagne , où il leur dit :
" Vous manquez à la loi : vous allez contre
les premieres notions de la justice et de la
raison ' , quand vous vois présentez en attroupemens
chez quelqu'un pour manger son
pain , pour boire son vin et pour le mettre
à contribution . Les maisons doivent être des
asyles assures pour tous ceux qui les habitent
, et ceux qui ne respectent pas ces asyles
méritent d'être punis. "
" Si des ennemis étrangers venoient en
faire autant chez vous , vous vous plaindriez .
Combien ne doivent pas se plaindre vos
voisins qui se voient ainsi persecutés par leurs
propres Concitoyens , parleurs propres frères
qui devroient être les premiers à les protéger
etàles defendre !>>>
Ce n'est pas le Peuple qui peut se faire
des lois , parce qu'il luiseroit impossible de
s'entendre , et qu'il n'est pas d'ailleurs assez
éclairé pour connoître celles qui lui sont nécessaires
. Ce sont ses Représentans , ses Députés
, qui doivent les faire. C'est le Roi
qui doit les sanctionner et les faire exécuter,
Laissez donc agir l'Asssemblée Nationale et
le Roi , qui ne travaillent que pour votre
bonheur. "
C'est inutilement que vous attendriez des
Lois qui vous permissent d'agir par des voies
de fait , et de vous faire justice vous mêmes .
( 232 )
C'est précisément pour éviter ce désordre ,
que les lois ont toujours été et seront toujours
nécessaires.
« Croyez-vous qu'il existe jamais des lois
qui autorisent le vol ? Mais qu'est-ce donc
que voler ? Qu'est-ce autre chose que de prendre
lebien d'autrui ou de forcer quelqu'un
à nous donner ce qu'il possède , ce qu'il
auroit droit de nous refuser , et qu'il nous
refuseroit s'il en étoit maître ?>>
« Quand l'Assemblée Nationale a dit que
tous les hommes étoient égaux en droit , elle
a entendu seulement qu'ils doivent tous être
également protégés par les lois; mais elle
ne veut pas que personne ait droit sur les
propriétés d'un autre , elle veut que chacun
oit plus assuré que jamais de jouir avec
tranquillité de ce qu'il possède. "
« Pourquoi vous persuade-t-on d'inquiéter
les Seigneurs ? Ne sont-ils pas hommes comme
nous ? N'ont- ils pas le même droit que
nous à la protection de la loi ? Ne sont- ils
pas les maîtres de leurs propriétés autant
que vous pouvez l'être des vôtres ? Vous voulez
donc que la loi soit pour vous , et qu'elle
né soit pas pour les autres ; mais la loi doit
être pour tous . "
Si les Seigneurs avoient ci- devant des
privilèges , ils les ont sacrifiés ; ils payent la
taille tout comme nous , ils s'empressent de
reconnoître qu'ils sont nos égaux , qu'ils
n'ont pas plus d'autorité que les autres hommes
; plus ils perdent , moins ils méritent
d'être insultés , ils ne sont plus à craindre
pour personne , il faut donc les laisser tranquilles
: mais, sinous ne les craignons plus ,
nous devons craindre les lois qui nous puni
( 233 )
ront toujours, et plus sévèrement que jamais,
si nous n'y sommes pas soumis . "
" Ceux qui ont persuadé ces attro...pemens
dans les paroisses où ils ont eu lieu , sont des
ignorans ou des méchans , qui ont trompé les
autres ; ils ont fait faire des maux infinis qui
'tôt ou tard retomberont sur eux , et peuttre
sur la société entière. >>>
Si nous ne reconnoissons plus de frein ;
si , par l'effet des désordres de cette espèce,
de Roi n'est plus le maître , nous allons
tomber entre les mains des Nations étrangères
, qui ne demandent pas mieux que de
nous trouver désunis ; alors vous verrez des
ennemis redoutables vous rendre tout le mal
que vous avez voulu faire. Vous les verrez
ravager les maisons du pauvre comme celles
du riche , égorger vos femmes et vos enfans ,
vous exterminer vous-mêmes, ou vous réduire
à l'esclavage .
Voilà les vrais principes , voilà la
noble et touchante simplicité avec laquelle
on doit parler au Peuple. Depuis
long-temps , il n'y a pas la moindre
excuse contre ceuxqui outragent ces principes.
Et qu'ils se persuadent bien qu'ils
nous désbonorent aux yeux de toutes les
Nations Etrangères. Le temps approche
où la voix publique flétrira sans retour
ces Feuilles , ces Ecrits sanguinaires ,
où l'on prêche le massacre , le vol et l'incendie
, comme des moyens de liberté ;
où l'on a la criminelle dérision de
feindre que ce sont les Gentilshommes et
les Prêtres qui se font égorger et ruiner ,
pour donner un démenti à la révolution
, dont ils seroient les fermes sou
( 234 )
tiens , si , par une fureur inconcevable ,
on ne les avoit pas persécutés le fer et
la flamme à la main.
L'Adresse de Brive , et le courage de
quelques victimes , a rallenti les brigandages
du Bas- Limousin. On nous mande
ce qui suit de cette Province , en date
du9:
« Sept jeunes Gentilshommes , Habitans
de la Brive , ayant appris que le château
d'Allassac , appartenant à M. et à Madame
de laMaze , soeur de M. l'Evêque de Chartres ,
devoit être attaqué , s'y rendirent , et y sontinrent
l'assaut durant 24 heures. Ils sauvèrent
enfin la vie au maître et à la maitresse
de la maison ; mais ils ne purent , vu
leur petit nombre , garantir de la dévasta
tion une partie du châtean. »
" De là , ils furent au château de Favard,
appartenant à M. de St. Hilaire , et le défendirent
avec plus de succès encore , mal.
gré la multitude de leurs ennemis armés. "
Après ces deux traits de bravoure , ils
vinrent retrouver les Habitans de leur Ville ,
les rassemblerent , les exhorterent à vivre en
bonne intelligence , et jurerent de les défendre
au peril de leur vie. On leur répondit
par des larmes , et des promesses de
sans distinction , àjamais unis . "
Je ne dirai pas , comme vos Folliculaires
de Paris , que c'est la premiere fois
que la Noblesse a triomphe du Peuple. "
vivre ,
Mais je dirai hautement que ce trait ,
et celui de M. de Lusterie , rapporté dans
votre dernier Mercure , prouvent invincible(
235 )
ment que les Proprietaires , quand ils joindront
la fermeté au patriotisme , et la prudence
à la bravoure , triompheront toujours
d'une multitude féroce armée pour le brigandage.
"
Lyon s'étoit maintenu jusqu'ici dans
une inaltérable tranquillité. Point de
sang répandu , point de lanternes , point
de proscriptions , pas même de tumulte.
La sureté et la paix de cette Ville intéressante
y avoit retenu les Capitalistes ,
les grands Consommateurs , et y eût
attiré nombre de Fugitifs . Le Corps Municipal
y avoit consacré la révolution ,
non par la terreur , l'inquisition et les
violences , mais par une Police sûre et
active , confiée aux Volontaires Nationaux.
Ceux-cis'étoient montrés , en toute
occasion , aussi braves que vigilans ; on
leur dut , dans le courant de l'Eté , le
salut d'une partie des propriétés , attaquées
la torche à la main, par les incendiaires
de quelques Provinces voisines.
L'instant de former la Municipalité
approchoit . On sait que de tout temps ,
Lyon fut en possession de se garder ellemême;
les Volontaires avoient rempli ce
devoirdans toute sonétendue; cependant
on vit éclorre il y a peu de semaines, lademande
d'une autre Milice Nationale. La
Municipalité répondit que l'Assemblée
Législative allant incessamment org
niser cette force publique , il étoit su
( 236 )
perflu de la prévenir. Ce premier le
vain, fermenté par les Ouvriers auxquels
on a persuadé de réclamer le droit d'Electeur
, quoiqu'ils se fussent fait exempter
de la capitation , au nombre de
plus de 7 mille , depuis deux ans ,
produit un explosion. La multitude, le6,
attaqua , sur la place de Belle-Cour ,
250 Volontaires qui alloient, relever la
Garde Bourgeoise à l'Arsenal : la foule
fondit sur eux à coups de pierres ; on
leur tira quelques coups de fusil: l'Arsenal
fut pris, ouvert ; on en enleva 12 à 15
mille fusils. M. Imbert-Colomès , Commandant
estimé et très-estimable des Volontaires
, et premier Echevin , quela voix
publique désignoit à la Mairie , fut menacé
, poursuivi , obligé de quitter la
Ville , ainsi que d'autres Membres de
la Municipalité. Le Régiment Suisse
de Sonnenberg et les Dragons , se
sont conduits avec une prudence exen .
plaire. Quoique provoqués , attaqués
à coup de pierre et de fusil , ils sont
restés immobiles , et rentrés dans leurs
casernes. Le calme est rétabli pour le
moment , par la fermeté des deux
Echevins restés à Lyon. Nous aurons
des détails ultérieurs dans huitjours.
C'est par erreur que nous avons indiqué
que le choix de la Ville de Sens pourla Mairie
étoit tombé sur un Jardinier. M. le Marquis
de Chambonas , Commandant pour le Roi ,
( 237 )
etdont le patriotisme ne s'estjamais démenti,
aobtenu cette place à l'unanimite des voix.
M. le Marquis d'Estouteville a été élu Maire
de Rouen à la pluralité de 1582 suffrages
sur 2526. M. Ribard , Pere , en a eu 850. La
Commune de la même Ville , en recevant
l'envoi officiel du dernier Discours de S. M.
à l'Assemblée Nationale a voté une Adresse
de remercîment au Roi , un Te Deum , et
Domine salvum fac Regem , une illumination ,
- et la lecture du Discours du Roi , ainsi que
- de la Lettre du Ministre , aux prônes des
Paroisses.
S
T
M. de Mées a été élu Maire à Alençon
; M. Des Portes l'aîné , ancien
Gendarme , à Fecamp ; à Poitiers , M.
Drouault , Avocat du Roi ; àGrenoble ,
M. de Franquières.
M. Bodkin de Fitz-Gerald, détenu
à Madrid , a été remis en liberté ; ce
qui détruit les soupçons faussement répandus
sur l'objet de son voyage. Quant
aux propos chez M. de Crillon, qu'on lui
attribuoit,on sentdecombiende manières
des discours peuvent être rendus ou interprétés
; et très-probablement , s'ils
eussent été tels qu'on les a traduits ,
ce jeune Magistrat ne seroit pas élargi.
Des Lettres authentiques de Madrid certifient
que dans les conversations , il a
toujours montré beaucoup de retenue..
M. le Marquis de Savonnière , Officier des
Gardes-du-Corps du Roi, convalescent de
او
( 238 )
la blessure qu'il reçut le a Octobre dernier ,
est mort d'une fluxion de poitrine à Versailles
, le 9 Février .
Le Corps Municipal de Versailles , les Officiers
et Gardes Nationaux , les Officiers
et Soldats du Régiment de Flandre , les Officiers
et Soldats des Gardes Suisses , les
Officierset Chasseurs de Lorraine , et un
grand concours d'habitans se sont trouvés
a ce convoi.
Le Sieur Blin a eu l'honneur de présenter
au Roi les 28 , 29 et 30°. Livraison des
Partaits des Grands Hommes , Femmes illustres
et sujets mémorables de France , gravés
et imprimés en couleur , dont Sa Majesté
abien voulu agréer la dédicace. La 30°. Livraison
, qui contient les Portraits, du Marquis
Dupleix, et de Bertrand-François Mahé
de la Bourdonnaie, avec deur Sujets représentans
l'un la levée du siége de Pondichéry
, et l'autre la reddition de la ville de
Madras. A Paris , chez le Sieur Blin , Place
Maubert , n°. 36. Elle est tres - bien exécutce.
1
Charles IX , dans l'instant des remords à
la dernière Sočne , petite Estampes pour orner
l'édition in-8°. de la Piece , se vendra
séparément chez M. Barvois l'aine , Libraire,
quai des Augustins ; et chez M. le Barbier ,
Peintre du Roi , et Académicien, rue Bergère
, nº. 9. Prix 1 liv. 4 sous.
P. S. Nos Lettres de Lyon , en date du
11 , nous apprennent qu'il y a eu 15 à 20
personnes tuées ou blessées dans la premiere
Insurrection; la plupart parmi les Volon-.
taires. M. de Gugy , Lieutenant- Colonel
( 239 )
du Régiment de Sonnenberg , rentrant chez
lui , sans escorte , à dix heures du soir , fut'
attaqué, et blesse. Ce qu'on appeloit le calme,
et qu'on devoit plus à propos nommer le
relâche , n'a pas été de longue durée. Quatre,
jours après l'emeute , on afficha des placards
incendiaires où l'on avertissoit,le Reuple
qu'on conspiroit contre lui , et qu'on fabriquoit
, aux Casernes des Suisses , 800
habits pour des Volontaires . Les deux Echevins
restés enplace firent déchirerces affiches .
La multitude s'attroupa; les Echevinsrendus
a l'Hôtel- de-Ville s'efforcerent de dissiper
les bruits absurdes par lesquels on soulevoit
le Peuple , et envoyèrent faire une visite
aux Casernes , par quelques Citoyens. On
n'y trouva ni habits , ni préparatifs , comme
on le suppose deja ; mais les séditieux n'en
assiégèrent pas moins l'Hôtel-de-Ville , et
ne se croyant plus en sureté , les deux Echevins
ont quitté la Ville, sous un habit de
couleur. C'est au milieu de cette crise que
va se faire l'élection de la Municipalité.
Les incendies et les assassinats continuent
dans quelques Provinces , et ont
gagné le haut Languedoc. Le Château
de M. de Bournazel, père du Député
de ce nom à l'Assemblée Nationale , a
été brûlé, et deux de ses domestiques
massacrés . Ce vieillard de 80 ans a eu
beaucoup de peine à se sauver . Plus de
500 briganda s'étoient réunis , le 4, pour
piller et brûler le Château de Camparrau
, Généralité de Montauban. M. du
Prat, Conseilier à la Cour des Aides
de cette Ville , et élu Maire de Moissac ,
(240 )
se mit à la tête de 250 Volentaires,
d'une compagnie du Régiment de Languedoc
, et d'un détachement de la Milice
de Montauban , attaqua les brigands
, dont 76furent tués , et66 emmenés
prisonniers. Plusieurs Officiers et
Soldats des braves assaillans ont été
blessés.
M. l'Evêque d'Autun a été élu Président
de l'Assemblée Nationale , à la pluralité
de 373 voix , contre 125 qu'a obtenues M.
l'Abbé Syeyes. 105 voix ont été perdues ,
etil amanqué un grand nombre de Députés
à l'Election . Les nouveaux Secrétaires sont :
MM. de Castellane , de Biauzat et de
Champagny.
Les Numéros sortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 Février
1790, sont: 36,54, 35, 75, 4.
MERCURE
-
DE FRANCE.
SAMEDI 27 FÉVRIER 1790 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE SÉRIEUSE
SUR LA GAITÉ ,
Par M. FERLUS , Professeur d'Eloquence
au College Royal de Guienne.
MeEsS bons Amis , devinez , je vous prie ,
Le seal bienfait que je demande aux Dieux :
Ce n'est pas l'or, le savoir , le génie ,
Ni ces vains noms , ces rubans glorieux ,
Chaînes d'orgueil dont la grandeur se lie ;
Mes bons Amis , je pense caucoup mieux.
J'ai vu de près les Grands et l'opulence ,
Etnos Lettrés , prétendus immortels ;
Mais ces faux Dieux qu'adore l'ignorance ,
Ivres d'encens , environnés d'Autels ,
N°. 9. 27 Fév. 1790,
G
122 MERCURE
Joulssoient moins que les derniers mortels;
Ils envioicnt mon obscure existence.
Que manquoit-il à leur souverain bien ?
Un point qui seul tient lieu de tout le reste ,
Et sans lequel tout le reste n'est rien ;
C'est laGaité ..... Voilà ce don céleste
Qu'incessarment appellent mes désirs .
Que le destin m'arrache à mes loisirs ,
Qu'il me condanne à pousser la charrue
A vivre aux bois , aux fers , ou dans la rue ,
Pauvre d'argent et de gloire et d'esprit ,
J'ai la gaîté , qu'importe ? tout me rit ,
Tout est charmant sous ce beau point de vue .
Voyez Scaron , par le sort dédaigné ,
Pauvre et goutteux , informe cul-de-jatte ,
Et vieux époux de la jeune Aubigné ;
Il rit des traits de la fortune ingrate ,
Et la gaîté , qui soutient sa raison ,
De tous ses maux est le contre-poison.
Vous connoissez ce triangle physique
Qui , divisant les sest rayons du jour ,
Peint à vos yeux , d'un coloris magique ,
Tous les objets qui s'offrent à l'entour ;
De la gaîté cette image est l'emblême ;
Tous s'embellit par son prestige heureux ;
Elle sourit à vos soins généreux ;
Avos dédains , elle sourit de même .
Les Im-promptu, les bous Mots étourdis ,
Levif Couplet, l'Anecdote infidelle ,
DE FRANCE.
123
Les Fabliaux datés du temps jadis ,
En folâtrant , babillent autour d'elle;
Les Calembours , fils bâtards de la Belle ,
Ysont reçus , parfois même applaudis.
Les jeunes fleurs dont brille son visage ,
De la santé sont le riant présage ;
Rien ne contraint son naturel aisé;
Le vicieux est sombre , déguisé ;
La gaîté franche est le trésor du Sage ,
Trésor tharmant qu'Horace eut en partage ,
Dont Arouet a long-temps disposé ,
Mais où Clément n'a jamais rien puisé.
Quand d'un pied lourd la vieillesse s'avance ,
On cherche en vain le fleuve de Jouvence (1 )
Pour remonter le cours de ses beaux ans ;
La gaîté seule , aux outrages du temps ,
De ses attraits peut opposer l'empire ;
Tant que l'on rit on est dans son printemps ;
Mais on est vieux dès qu'on cesse de rire .
Au siècle d'or , lorsqu'on dit que les maux
N'osoient encore affliger ce bas monde ;
Que les humains , dans unepaix profonde ,
Sass exercer ni bèches ni rateaux ,
Voyoient fleurir la campagne féconde ;
Que le nectar en mobiles ruisseaux
:
( 1 ) D'autres prétendent que c'est une fontaine. On
laisse aux Critiquesle ſoin d'éclaircir ce point important.
G2
124 MERCURE
Couloit par-tout dans de frais paysages ;
Qu'aucun hiver n'attristoit nostocages ,
Et que toujours fixe au même degré ,
-Le thermomètre étoit au tempéré ;
On ne fait pas un portrait de caprice :
Dans ces beaux jours de paix et d'équité,
Les passions et les vapeurs du vice
N'étouffoient pas le feu de la gaîté ,
Et vous savez qu'à sa douce clarté ,
Tout se transforme en objet de délice,
Qui ne chérit ces antiques tableaux
Où rit encor la gaîté de nos pères ?
Les bonnes gens n'avoient pas nos manières ,
Nos Clubs Anglois, nos Cercles, nos Caveaux ,
Ni cette loge où , de tant de mystères ,
Le seul qui perce est l'ennui des confrères :
Chez eux , Comus , habile à dessiner
L'ordre des mets et le plan d'un dîner,
N'avoit jamais , dans sa vaine manie ,
Fait de la table un spectacle imposant ,
Et d'un repas une cérémonie ,
2
Où chaque acteur , fidèle à l'harmonie ,
Parle avec poids , mange en se composant ,
Et se permet , quand la fête est finie
D'aventurer un petit mot plaisant :
Amoins de frais , plus près de la Nature ,
Leur joie étoit et plus douce et plus pure,
Il falloit voir , sous le toit paternel ,
Se réunir une immense famille,
DE FRANCE. 125
Neveux, cousins et gendre et belle- fille ,
Le vieux ami , la voisine gentille ,
Tous, dans l'ardeur d'un plaisir mutuel
Chanter gaîment un areul en béquille,
Qui vit cent fois ce transport annuel .
Aleurs festins , l'alégresse plus vive
Chassant la gêne et le faux compliment;
Affranchissoit l'étiquette captive ;
Les mets exquis , mais offerts simplement ,
Etoient sans art , comme chaque convive ,
Et prodigués comme leur enjoûment.
Chacun chantoit , buvoit à pleine coupe ,
Portant tout haut la santé de la troupe ,
Qui , ranimée à cet heureux signal ,
D'un rouge bord s'armoit pour lui répondre
On s'excitoit par un choc amical ,
Et tous les coeurs , ainsi que le cristal ,
Se rapprochoient et sembloient se confondre.
O jours heureux ! ô douce liberté !
Omes Amis , sous quel sombre nuage
Adisparu cette fleur de gaîté ?
Je cherche en vain cette naïveté ,
Ce rire fou , cet air leste et volage ;
De nos plaisirs nous n'avons que l'image.
Dans le public , au sein de nos foyers ,
Sous ces lambris où le faste est sans bornes
Chez le Bourgeois et les Seigneurs altiers ,
Je ne vois plus que des visages mornes ,
G3
126 MERCURE
De graves soins , des jeux froids et pesans ,
Etdes esprits éteints par le bon sens.
De ce revers ne cherchez point la cause.
Voyez-vous pas le luxe impérieux
Qui , sous le faix des besoins qu'il impose ,
Contient les ris , anéantit les jeux ,
Et fait chérir les désastres qu'il cause
Par l'éclat faux dont il charme nos yeux ?
Dieu corrupteur de ma triste Patrie ,
C'est en l'ornant que ses mains l'ont flétrie .
Dans ces salons de glaces transparens ,
Sur ces tapis dont on foule la soie ,
Ala clartéde ces cristaux mouvans
Qu'à vos regards chaque trumeau renvoie ,
Tout sollicite aux graves complimens ,
Tout éblouit , mais tout glace la joie ;
Ce n'est qu'autour de deux tisons fumans ,
Dans un réduit propre sans ornement
Qu'en longs éclats le rire se déploie.
Espérez-vous que la jeune Beauté
Livre son ame à la gaîté folâtre ?
Contemplez- la sur ce brillant théatre ,
Dans l'appareil que la mode a dicté.
Sur les cheveux dont son frent se couronne ,
Voyez monter certe gaze en colonne ,
Ou s'arrondir en bizarres chapeaux ;
Voyez ces fleurs se jouer sur leur tige ,
Ces diamans à chaque instant plus beaux ,
Ces noeuds fixés , ce linon qui veltige ,
DE FRANCE . 127
Etces plumets qui balancent leurs flots :
On ne rit pas sous ces riches fardeaux ;
L'ame est sans jeu , si le corps n'est pas libre :
Un bond léger , quelques pas inégaux ,
De tant d'atours détruiroient l'équilibre .
Mais quoi ! ce faste alimente l'orgueil ,
De l'enjoûment triste et fatal écueil.
Il a des moeurs corrompu l'innocence ;
Les passions , les intrigues des Cours ,
L'art d'arranger de perfides discours
Tous les excès lui durent leur naissance.
Aleur aspect , la troupe des Amours ,
Chastes enfans , amis de la décence ,
Des coeurs François s'enfuirent pour toujours ,
Et sur leurs pas la vieille Bonhomie ,
Et la Candeur, sa plus fidelle amie ,
Et la Franchise et la Simplicité ,
En d'autres lieux menèrent la Gaîté ;
Car , on le sait , plus d'amour, plus de joie ,
C'est le proverbe , et j'aime qu'on y croie.
Pourtant Molière , et Regnard après lui ,
Jean le Conteur , ce libertin si sage ,
Et maints Rimeurs , peu férés aujourd'hui ,
Dans des tableaux inconnus à l'ennui ,
De la gaîté nous conservoient l'image :
S'ils instruisoient , le plus doux badinage
De leur morale étoit le correctif ;
Mais de nosjours , notre Apolion pensif ,
G4
128 MERCURE
Des Jeux , des Ris dissipant le cortége ,
Ne parle plus qu'en Régent de Collége .
Pour les Neuf Soeurs , sur les doctes sommets ,
Il a construit de sombres cabinets ,
Où négligeantet la lyre et la flûte
Chacune , à part , approfondit , discute
Fort gravement les plus graves sujets ,
Et la raison dont on nous persécute ,
Avec l'ennui , circule par feuillets.
Eh ! laissez-moi ce ton pesant et rogue ;
Je n'aime pas Apollon pédagogue .
Si la raison peut captiver ma foi ,
C'est sous les traits de l'aimable folie ,
Lorsqu'elle a l'air de jouer avec moi.
Tristran Sandy , par sa vive saillie ,
M'instruit bien mieux qu'une docte Homélie ,
Où le Prêcheur méthodique et subtil
Du froid bon sens ne perd jamais le fil.
De la vertu pour affermir le règne ,
Faites qu'on l'aime et non pas qu'on la craigne.
Or , mes Amis , laissez- là nos Penseurs ,
Et venez tous dans ce riant asile
Epanouir votre gaîté facile.
Rien , près de moi , n'aigrira vos humeurs.
Vous ne verrez dans ma Bibliothèque
Ni Chrisippus , ni Crantor , ni Sénèque ,
Ni les clinquans de nos froids Orateurs ,
Ni les ergo de nos Dissertateurs ;
DE FRANCE. 129
Chez moi Tartufe est plus lu qu'Andromaque ,
Et Jean Lapin l'emporte sur Jean-Jacque.
Sur mes lambris vous ne trouverez pas
César , Pyrrhus , ou tel fou de leur trempe
Livrant encor d'effroyables combats ,
Ni la débauche et le crime en estampe ,
Sous mille aspects offrant leurs attentats ;
Pour la gaîté le vice est sans appas :
Mais de Calot les figures grotesques
Font sur mes murs des scènes si burlesques
Qu'on en riroit aux portes du trépas .
De tant de Rois et de Princes augustes,
Dont le portrait embellit nos trumeaux ,
De deux , sans plus , j'ai conservé les bustes,
NECERE et LOUIS. Mes hommages sont justes,
Puisque tous deux , par des efforts égaux ,
Vont effacer la trace de nos maux ,
Et rallumer au sein de l'abondance
Les feux de joie éteints par l'indigence.
Aleur aspect , si yous étiez tentés
De mettre en jeu les affaires publiques ,
Je vous préviens , je dors à vos côtés
Rassasié de pavots politiques ( 1 ) .
Tout Nouvelliste a l'esprit faux et vain :
Laissons agir le plus sage Monarque.
Les flots émus se soulèvent en vain
( +) Cette Epître étoit faite avant la convocation des
Etats -Généraux.
GS
130 MERCURE
1
Je vois le fort , nous arrivons demain ;
Bénissons NECKRE , et rions dans la barque .
Rions des fous , des prudes , des cagots ,
Des lourds pédans que B..... encense ,
Des traits perdus que sa rage nous lance
Et des faquins qu'il érige enHéros.
Ainsi nos jeux croîtront de leur sottise.
RIRE DE TOUT , voilà notre devise ,
Devise heureuse expliquée en ces mots :
>> Bien fou qui cède à la mélancolie :
> Trop de sagesse est excès de folie ;
>> L'air triste et froid est le masque des sots «.
Explication de la Charade , de l'Enigme et
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEE
mot de la Charade est Unisson ; celui
de l'énigme est la Mort ; celui du Logogriphe
est Sellette , où l'on trouve Selle, Eté.
: CHARADE.
,
POUR
OURconserver tes jours sous un Tyran altier
Brutus , tu contrefis quelque temps mon premier :
Déchu de ton pouvoir , réduit à la misère
Tudevins mon second , illustre Bélisaire :
د
DE FRANCE. 131
De tes amiable étant le meurtrier ,
Alexandre , tu fus quelquefois mon entier .
J
(ParM. Pitoy , de Toul. )
ÉNIGME.
E vais , je viens ,je ſais monter , defcendre ;
Toujours en mouvement , on peut me voir , m'en
tendre;
Jadis la nuit , lejour , à minuit, à toute heure ,
Etje parcours le temps, fans changer de demeure ;
Uniforme toujours par mes vibrations ,
L'on m'ajuſte au foleil par des équations :
Le plus petit instant suffit pour me connoître ,
J'en fournisdes milliers, mais pour ne plus paroître..
Vos oreilles , Lecteur , vos yeux, fans combiner ,
Peuvent fort aisément vous faire deviner
Et qui je suis , et comment on me nomme :
Je suis mâle , femelle , et l'ouvrage de l'homme.
( Par M. Fillette , Curé en Nivernois . )
P
LOGOGRIPHE.
A R quatre pieds j'entends , et par trois je
réponds.
(Par M. H... D ... )
G6
132 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LETTRE de l'Abbé Raynal à l'Assemblée
Nationale. ( Marſeille , ce 10 Décemb . )
PREMIER EXTRAIT..
C'EST le titre pseudonyme d'une Brochure
de quatre-vingt- quatorze pages , formellement
désavouée par une lettre authentique
de M. l'Abbé Raynal , et dont l'Auteur ,
quel qu'il soit , n'a pu emprunter ainsi le
nom d'un Ecrivain connu , sans blesser la
Morale et la Société. Cet artifice très-blamable
est d'autant plus extraordinaire ,
qu'on ne voit pas trop pourquoi l'Auteur
de cette Lettre a voulu se cacher: elle est
très-susceptible de censure ; mais en dernier
résultat , les intentions en sont bonnes
et patriotiques. Quel a donc été le motif
de ce déguisement ? L'Auteur a-t-il craint
d'être trop aisément perdu dans la foule
des pamphlets du moment , si multipliés
qu'ils ôtent aux plus curieux l'espérance et
même la volonté de les lire tous ? A-t-il
cru ne pouvoir attirer l'attention qu'en
affichant un nom célèbre ? le moyen étoit
sûr; mais pouvoit - on se dissimuler qu'il
étoit sujet à des retours fâcheux ?
DE FRANCE. 135
7
On ne conçoit guère plus quel a été
précisément le but de l'Auteur en écrivant
cette Lettre. Elle s'annonce d'abord par un
ton d'humeur , de dénigrement et de déclamation
, qui semble être d'un ennemi :
elle finit par montrer les sentimens et les
pensées d'un bon citoyen , les mêmes , à la
vérité , que l'on trouve dans vingt autres
feuilles , mais pourtant énoncés de manière
à persuader qu'ils sont aussi dans la tête
et dans l'ame de celui qui écrit ; en sorte
que tout ce qui en résulte , c'est qu'il a
voulu dire aussi son avis , et le dire sous
un autre nom que le sien , apparemment
pour être mieux écouté. Voici son début.
" Vous voilà , Messieurs , au grand mo-
» ment de crise de votre Ouvrage , et je
lisois hier avec éronnement dans quel- ود
ود ques - uns des mille Journaux qui nous
>> transmettentvos opérations, qu'après avoir
>> fini les décrets qui concernent votre plan
> de Municipalités et de Départemens ,
>> vous vous applaudissiez comme si vous
>> touchiez au terme de votre immense en-
>> treprise. Vous aviez le droit , disoit un
de ces papiers imposteurs , de suspendre
un moment vos travaux , pour vous livrer
avec orgueil à les contempler. A la
>>fin , grands Dieux ! de votre tâche atlan-
>> tique ! et vous n'êtes entourés que de ruines
, et ces ruines sont souillées de sang
et baignées de larmes ; et des bruits sourds
et vagues , une terre qui fume et qui
ود
ود
ود
ود
ود
)
124 MERCURE
> tremble de toute part , anoncent en-
>> core des explosions nouvelles. A la fin
>> de tout , ô ciel ! et les bases de votre cons-
>> titution ne sont pas encore toutes posées
et il n'en est pas une seule qui
> n'aitbesoin d'être revue er affermie. Votre
>> déclaration des droits de l'homme est
ود une pièce insuffisante , mesquine , obs-
>>cure , pleine de principes faux , dange-
رد reux ou contradictoires. C'est plutôtun
>>appel de discorde et un signal de guerre ,
>> qu'une introduction composée dans un
>> esprit de philosophie et de paix. Il faut
que tous vos décrets soient développés
" en Loix exécutives er exécutables. Quand
" la réflexion s'approchera de plusieurs de
رد
ces productions immaturées , elles s'éva-
>> nouiront comme des vapeurs d'un songe
» au réveil du matin , ou elles feront naître
des inconvéniens plus grands que les
abus qu'elles prétendent détruire «.
ود
ود
Je mers de côté les fautes de diction et
de goût , qui disparoissent devant l'importance
des matières , la crise d'un Ouvrage ,
des Loix exécutives , pour dire des Loixpositives
, la tâche atlantique , la figure triviale
des vapeurs d'un songe au réveil du
matin , etc. et la réflexion qui s'approche
des productions immaturées, etc. Laissons les
mots et voyons les choses . Après cette violente
improbation , qu'on pourroit appeler
une invective qui s'attendroit à lire le
paragraphe suivant ? » Je le répète ; dans
د
DE FRANCE.
135
**>> votre organisation, toute belle, toute bonne
" qu'elle me paroit , je crains tous ces
ود obstacles et tous ces dangers ". Ces mots
votre organisation , sont restreints ailleurs à
la puissance législative. Mais dans cette acception
même , ils sont au moins la partie
la plus importante de la constitution. Comment
donc l'Auteur , qui fait un si grand
éloge de cette organisation , a-t-il pu dire
tout à Theure : Il n'y a pas une des bases
de votre constitution qui n'ait besoin d'être
revue et affermie ? Certes je ne suis pas surpris
qu'on la trouve belle et bonne cette
constitution fondée sur le grand principe
de la Souveraineté de la Nation légalement
assemblée , sur la liberté personnelle reconnue
inviolable , sur le droit de voter les
impôts exclusivement attribué aux Représentans
de la Nation , sur la liberté absolue
de la presse , sans laquelle nulle autre liberté
n'est sûre , sur l'égale répartition de
toutes les charges publiques , sans aucune
distinction quelconque , sur l'abolition de
tous les priviléges et de toutes les servitudes,
sur la responsabilité de tous les agens du
pouvoir exécutif, sur le droit reconnu dans
tout citoyen contribuable de parvenir à tous
les emplois , etde choisir ses Représentans ,
ses Magistrars Municipaux , ses Juges , etc.
On peut en effet dire quelque bien d'une
constitution qui porte sur ces bases essentielles
, sans lesquelles il n'y a point de
Gouvernement raisonnable : elles n'ont pas.
136 MERCURE
été posées sans quelque difficulté ; et quand
l'Auteur auroit commencé du moins par un
léger témoignage d'approbation et de reconnoissance
, je ne crois pas qu'il se fût compromis
; et cet exorde dans le genre tempéré,
qui n'eût fait que donner ensuite plus
d'autorité à ses observations critiques , auroit
valu pour le moins la fougue injurieuse
de l'espèce d'exorde qu'il a préférée ,
qui est ce que les Rhéteurs appellent ex
abrupto.
et
Celui-là , comme on sait , convient surtout
à la colère et à l'indignation , et l'on
n'apperçoit pas trop ce qui peut exciter celle
de l'Auteur contre l'édifice politique dont
je viens de rerracer le plan fidèle et avoué ,
et qui , en un mot lui paroît à lui-même
beau et bon. Il est probable qu'il avoit envie
de se facher , apparemment pour échauffer
sa composition ; car il apostrophe l'Assemblée
Nationale par une suite d'exclamations
redoublées , comme si cette Assemblée eût
été toute prête à se séparer , parce qu'il a
plu à quelque Folliculaire d'imprimer qu'elle
étoità la fin de ses travaux. Ala fin , grands
Dieux ! A la fin , ô Ciel ! Et il déploye
toute sa rhétorique pour apprendre à nos
Représentans qu'ils n'ont pas encore tout
fait. Il y a quelque apparence qu'ils s'en
dontoient , même sans que l'Auteur de la
Lettre prît la peine de les en avertit à grands
cris.
La colère donne de la chaleur , et c'est
DE FRANCE. 137
beaucoup ; mais elle peut nuire à la raison.
Vous n'êtes entourés que de ruines . On a
peut- être répété cette phrase un million de
fois depuis quatre mois , et cela est tour
simple ; il y a tant de gens qui se payent
de mots vidés de sens , ou qui ont intérêt
à les faire passer ! Mais l'Anonyme , à ce
qu'il paroît par quelques endroits de sa Lettre
, est ce qu'on appelle un homme d'esprit
, et il étoit au dessous de lui de nous
répéter encore cette puérilité. On nous a
dit assez , et avec toute la gravité convenable
, qu'il failoit édifier avant que de
détruire ; et il fur répondre à ceux qui se
se doutent de Que lorsqu'en n'a qu'une
maison bâtie sur de mauvais fondemens
si ruineuse et si débrée qu'elle menace
d'écraser ceux qui l'habitent , et qu'il n'est
plus possible de l'étaver , il faut bien de
toure nécessité la jeter à bas , et se résoudre
à habiter quelque temps parmi des ruines
puisqu'on est obligé de rebâtir sur le même
terrein , et qu'on n'a pas à en choisir un
autre. Et certes , il est bien force , dans ce
cas , de détruire avant d'édifier. Cela est
clair quoique figuré , et si clair qu'il n'y
a pas de réponse , à moins de nier que la
maison ne fût mauvaise , et l'Anonyme en
est fort loin : au contraire , dans toute sa
Lettre , il dit du mal de la maison autant
et plus que qui que ce soit ; ce n'étoit donc
pas à lui à revenir sur ce bel argument des
ruines , qu'il m'a obligé de réfuter , ce dont
,
(
138 MERCURE
je demande pardon à tous les gens de bon
sens.
Mais voici qui est pis : ces ruines sont
souillées de sang et baignées de larmes.
Quelle peut être l'intention de ces paroles
odieuses ? Je rends justice à l'Anonyme :
il est assurément bien loin de penser en rien
comme l'Auteur de cette abominableAdresse
aux provinces , où l'impudence et l'absurdité
de la calomnie sont poussées jusqu'à
cet excès atroce de représenter l'Assemblée
Nationale , comme ordonnant le meurtre
et l'incendie , et guidant les fureurs populaires.
Mais si l'Anonyme déteste, comme
nous , ces horreurs qui ont indigné et effrayé
toutes les ames honnêtes ; s'il est persuadé
, comme nous , que c'est le comble de
l'injustice , d'imputer à une Nation douce
et généreuse ces désordres affreux
cruautés qui sont évidemment l'ouvrage de
ee ramas de bandits , toujours prêts à courir
au crime par instinct ou par intérêt , et
qui forme dans tous les Etats ce qu'on
appelle la lie des Nations ; s'il est pénétré,
comme nous, de cette vérité, pourquoi donc
à la première page de sa Lettre , parle-t- il
ànos Députés de ce sang qu'ils n'ont point
fait couler , et dont l'effusion les fait frémir ?
Pour les ruines , sans doute , elles sont leur
ouvrage : ils peuvent s'en faire honneur ;
ils peuvent s'y asseoir avec un juste orgueil,
ce sont de belles et glorieuses ruines
que celles de la tyrannie : c'est le plus beau
ر
ces
DE FRANCE. 139
fondement de la liberté , que l'on doit
chérir d'autant plus qu'elle a couté davan.
rage. Elles sont baignées de larmes. Des
larmes de qui ? des Oppresseurs , sans
doute , des Exacteurs , des Déprédateurs ,
de tous les oisifs importans et salariés quí
dévoroient la substance des peuples : voilà
des larmes bien intéressantes. Ah ! qu'ils
pleurent, ces éternels ennemis de toutbien ,
qui ne vivoient que du mal : ils ont fait
assez pleurer l'innocence et la pauvreté. Je
n'aime pas les exclamations autant que l'Anonyme
paroît les aimer; mais il y a des
sentimens d'une vérité intime , que l'ame
justement soulevée ne peut produire que
par des cris , et ces cris sont ceux de l'humanité.
Où donc en sommes- nous encore ?
On nous parle de larmes ! ce n'est pas de
celles de tant de milliers de malheureux
qui , sous le régime arbitraire , étcient sans
cesse ou dépouillés, ou opprimés , ou affamés
, réduits à manger le pain des cachots
, ou à disputer l'herbe et le gland
aux animaux : non , ces larmes - la ne valent
pas la peine qu'on les compte , et l'on
ne plaint ici que ceux qui ne peuvent plus
les faire couler.
>V>otre déclaration des droits de l'homme
» est une pièce insuffisante, mesquine, obs-
>> cure , pleine de principes faux , dangereux
ou contradictoires " . Voilà trancher
en Juge, et en Juge sûr de son fair. Il est
très-possible , sans doute , qu'une Assem(
140 MERCURE
blée se trompe comme un particuliere
qu'un seul ait raison contre tous ; mais il
n'en est pas moins vrai que les convenances
les plus communes et les plus naturelles
exigent que , lorsqu'un seul homme
oppose sa raison à la raison d'un Corps
légiflatif , il ne parle pas comme un Maitre
à des Ecoliers , et qu'il mette plutôt de
la force dans ses preuves, que de la confiance
dans ses assertions. Mais l'un est
beaucoup plus aisé que l'autre , et il est
tout simple que l'Auteur affirme d'autant
plus qu'il est moins en état de démontrer :
la démonstration est pour les gens éclairés;
l'affirmation gratuite s'adresse aux dupes
et l'on n'en manque jamais. L'Anonyme
qui parle de contradiction, commence par
se contredire lui - même dans les termes ;
car une déclaration de droits , pleine de
principes faux, dangereux ou contradictoires,
est assurément toute autre chose qu'une
pièce insuffisante et mesquine ; ce seroit , en
effet , une pièce détestable par les conséquences
, et qu'il faudroit ensevelir dans
le mépris public. Mais heureusement l'Auteur
, à l'exemple de nos anciennes Cours
Souveraines , prononce son arrêt sans le
motiver ; il ne donne pas la plus légère
preuve de ces principes faux, dangereux et
contradictoires , ni de l'obscurité, ni même
de la mesquinerie ; et comme il n'exige pas
apparemment que nous l'en croyions sur sa
parole , il nous permettra de regarder une
DE FRANCE. 141
A
assertion sans preuve comme non avenue.
Mais il emploie tous ses efforts à nous faire
voir que cete déclaration pose sur une
fausse base ; et puisque cette fois il daigne
raisonner et nous instruire , il faut voir
comme il raisonne et comme il instruit.
ود
>>S'il s'agit des droits de la Nature, ou
pour parler plus juste , des prétendus
droits que l'homme tient d'elle, c'est as-
>> surément une bien grande et bien abusive
» erreur que de vouloir faire dériver les
droits de l'homme de l'état de nature ,
» et de préten tre que dans cet état les hom-
» mes sont nés égaux et libres ; car l'homme
ود
ود
naît foible et dépendant de ceux qui
" l'entourent , et cette dépendance conti-
» nue jusqu'à ce qu'il puisse lui-même se
nourrir et se défendre. Quand il a atteint
le développement de ses forces et de ses
facultés , cette liberté et cette égalité sont
>> encore une chimère ; car tout individu
>> qui lui est supérieur en forces et en facultés
, peut devenir son oppresseur et
son maître " .
ود
د
J'en demande pardon à l'Anonyme. Mais
on peut lui conseiller de ne traiter jamais
les matières qui demandent quelque logique;
car ce passage fait présumer qu'il
n'en a pas la moindre idée. La première
règle du raisonnement est de rester du
moins dans les termes de la question , et
l'on rit d'un argumentateur qui , après l'avoir
posée , y répond de manière qu'on
142 MERCURE
peut lui accorder tout ce qu'il dit , sans
que cela touche en rien à ce dont il s'agit.
Comment réfuter sérieusement un Ecrivain
qui , pour nous prouver que les hommes
ne sont pas nés libres et égaux en droits ,
(c'est la thèse ) nous objecte que l'enfance
de l'homme est foible et dépendante ? C'est
comme si l'on nous disoit que l'homme ne
naît pas avec le don de la parole , puisqu'il
ne parle pas encore en nourrice , ou que le
Dauphin n'est pas , de droit , ne pour régner
sur les François , con me héritierde
son père , puisqu'aujourd'hui il obéit à sa
Gouvernante. Quoi ! il faut apprendre à
l'Anonyme qu'un droit peut exister avant
qu'on puisse l'exercer , ou même sans qu'on
puisse l'exercer , et qu'il en est des droits
de l'homme comme de ses facultés physiques
et morales , dont l'exercice dépend nécessairement
de l'accroissement de l'individu
! Sans cela tout ce qu'on dit de
l'homme fait pourroit se nier de l'homme
enfant ; et il seroit faux, ppaarr exemple, que
l'homme fût un animal raisonnable ; car il
ne l'est pas dans son berceau. En vérité
l'on est étonné à tout momentde ce qu'il
faut prouver à des gens d'esprit. Eh ! Messieurs
les gens d'esprit , qui savez tout sans
penser à rien, mettez - vous donc dans la
têre qu'il faut au moins penser à ce qu'on
imprime , qu'il n'en est pas d'un écrit
comme de la conversation , où l'on peut
avec tout l'esprit du monde , dire , sans
ر
DE FRANCE.
143
conséquence , force sottises ; et que quand
on veut parler au Public , il est des choses
qu'il n'est pas permis d'ignorer.
Que dite encore d'un homme qui , pour
nous prouver que la liberté et l'égalité des
droits sont une chimère , veut bien nous apprendre
que tout individu , supérieur en
forces à un autre , peut se rendre son oppresseur
et son maître ? C'est une belle découverte
, ført bonne à rappeler à celui
qui seroit assez absurde pour prétendre que
tous les hommes sont égaux en moyens et
en forces ;mais comme personne au monde
ne s'est jamais avisé de cette extravagance ,
je ne sais pas à qui l'Anonyme répond. Il
est vrai , qu'oubliant qu'il s'agit de droits,
il a eu soin de mettre simplement l'égalité,
et non pas l'égalité des droits. Si c'est une
inadvertance , elle est un peu étrange ; si
c'estun artifice , il est un peu grossier.
ود
Telles sont les armes dont on se sert
pour battre en ruine ce premier principe
de la déclaration : Les hommes naissent
libres et égaux en droits ". C'est- là ce
qu'on appelle une fausse base. C'est peutêtre
la première fois qu'il est venu dans
la tête de quelqu'un d'attaquer un de ces
axiomes , dont l'évidence est telle qu'elle
n'a pas besoin de preuves. Pour nier cette
proposition , il faut statuer que dans l'ordre
naturel des choses , tel homme est né
pour être asservi de droit à un autre , et
tel homme avec des droits qu'un autre n'a
144
MERCURE
voilà la contradictoire qu'il falloit éta- pas :
blir en bonne logique ; mais quand on procède
ainsi , les choses sont trop claires , et
il n'y a pas moyen d'écrire pour ne dire
rien. Cette méthode est trop incommode ,
et il y a de bonnes raisons pour en choisir
une autre .
CORNELIA SEDLEY , ou Mémoires d'une
jeune veuve ; traduits de l'Anglois par M.
DE LA MONTAGNE , Auteurde plusieurs
Ouvrages dramatiques. 4 Vol. in- 12 . A
Genève; et se trouve à Paris, chezBuisson ,
Lib. rue Haute - feuille , No. 20. Prix,
6 liv. br. , et 7 liv. francs de port.
ILy aun mérite très-réel dans ce Roman,
dont le genre a quelque analogie avec celui
de Clarice ; et il peut être mis , sans aucun
danger , dans les mains de la Jeunesse.
L'Auteur a voulu établir une lutte entre
l'ainour et la Religion ; et c'est la Religion
qui triomphe.
Cornelia aime tendrement Seymour ;
Seymour est plein de qualités brillantes et
même solides : mais il a laissé éclater des
sentimens irréligieux ; et Cornelia , qui est
veuve et mère de deux enfans , effrayée de
ses principes, se condamne à pleurer toute
sa vie un Amant adoré, plutôt que d'exposer
DE FRANCE.
145
et
ser l'éducation de ses fils à une dangereuse
influence. Elle en prononce même le voeu
en présence de son amie ; et Seymour désespéré
, va voyager en Italie ; il y promène
ses chagrins , y cherche des distractions ,
entraîné par la vivacité de ses passions dans
une aventure galante , il se voit condamné à
mourir d'une chute qui en a été la malheureuse
suite. Les nouveaux sentimens qu'il
éprouve , l'amènent à de nouvelles opinions
; il renonce à ses principes,d'irréligion
: il voit par-là disparoître , mais trop
tard, le seul obstacle qui s'opposoit_au
succès de son amour ; il devient digne de
sa Maîtresse au moment où il se voit forcé
d'y renoncer. Son trépas édifiant ne fait
qu'ajouter aux regrets de Cornelia , qui ,
même en refusant sa main , n'avoit jamais
cessé de l'aimer.
Cette teinte de sentimens religieux, assez
ordinaire aux Ecrivains Anglois , s'étend
presque à tous les personnages de ce Roman
, ce qui y jette un peu d'uniformité ;
peut - être ce sentiment , qu'on est tenté
quelquefois de trouver exagéré dans Cornelia
, ôte-t- il quelque chose à l'intérêt de
son amour ; il semble que le zèle même de
la Religion , l'espoir de l'y ramener luimême
, devroit l'engager à recevoir la main
de Seymour. Peut-être aussi que cette critique
tourne à l'éloge de l'Ouvrage , et qu'on
n'est tenté de blamer Cornelia , que parce
que l'amour de Seymour intéresse vive-
Ν°. 9. 27 Fév. 1790. H
146 MERCURE
:
ment , et qu'on voudroit le voir heureux.
La marche de ce Roman a de la lenteur;
mais elle est naturelle; les événemens en
sont simples et vraisemblables ; et l'Auteur
possède le premier mérite du Romancier ,
celui de connoître et de développer les secrets
du coeur humain.
Après cette Traduction par M. de la
Montagne , et presque en même temps, il
-en aparu une autre en autant de Volumes,
-àParis , rue des Poitevins , Hôtel de Bouthillier.
Nous nous bornons à l'annoncer ,
parce que des Traductions de Roman ne
se prêtent pas à être analysées deux fois.
ALPHONSINE, ou les Dangers du grand
monde. 2 Parties in- 12 . Prix , 3 liv. ALondres ;
et se trouve à Paris , chez Regnault, Lib. rue S.
Jacques.
L'Héroïne de ce Roman devientfoible et coupable,
non par penchant, mais par les piéges qui lui
sont tendus par un homme aussi corrompu qu intéressé,
même par les violences qu'on lui fait. On lit
ces Aventures avec intérêt , moins à cause de leur
singularité , que par la manière dont l'Auteur sa't
en suspendre le récit pour réveiller l'attention. Son
style est moins correct qu'original et pittoresque.
MUSIQUE.
Abonnement de Harpe , on Recueil périodique ,
composé d'Ouvertures , Pots- Pourris , Airs variés ,
Chansons, etc. avec accompagnement , etc. , par
les sieurs Krumpholtz , De la Manière , Delepian
DE FRANCE. )
147
que , et Fr... Petrini. Première Année , No. premier.
Prix , 3 liv. contenant Ouverture de Démophon
, Pot-Pourri , Arierte de la Villanella rapita.
A Paris, chez le sicur H. Nadermann , Maître
Luthier, rue d Argenteuil,Batte St-Roch, Nº. 16 .
Il paroîtra chaque mois un Cahier de 10 à 12
Planches jusqu'à la concurrence de douze Cahiers.
Le prix de la souscription est de 24 livres;
chaque Cahier se vendra séparément 3 liv.
8e. et poftume Concerto à Violon , composto
del Signor Mestrino ; prix , 6liv. A Paris , chez
Koliker , Luthier , rue des Fossés Saint-Germaindes-
Prés , carrefour de Bussi..
Une Sonate à quatre mains pour le Clavecin ,
ou le Forte-Piano , composée par M. le Baronde
Munchhausen, Chambellan du Roi de Prusse, etc.
OEuvre troisième;prix, 3 liv. A Paris, chez César,
Marchand de musique, au coin de la rue Goffroil'Asnier,
quai des Oranes.
Ouverture en Symphonie à grand orchestre de
Heureux Inconséquent , composée del Signor
Sarti. Prix , 3 liv A Paris , mênc adresse.
Sonates chantantes pour deux Flûtes , ou deux.
Violons , ou pour Flute et Violon , ad libitum ,
forniés par un très -bon choix d'Airs de bravoure
er au res , tous des meilleurs Opéras bouffons et
sérieux , arrangés et choisis par Mr. Thiémé
proposées par souscriptions. No. 12 ; prix, 9 liv.
AParis , chez M. Mercier , successeur de Mademoiselle
Castagnery , rue des Prouvaies , près la
rae- Saint-Honoré , nº. 33 , et aux adresses ordinaires
de musique.
6 Duos méthodiques pour deux Violons , d'une .
difficu'ré progressive à l'usage des commençans ,
par J. B. Cartier . Cuvre Lis. Même adresse que
i-dessus. H2
1
143 MERCURE ..
GRAVURE .
Tableaux , Statues , Bas - reliefs & Camées de
laGalerie de Florence et du Palais Pitte ; dessinés
par Mr. Wicar , Elève de Mr. David , Peintre du
Roi , et gravés sous la direction de M. Lacombe ,
Peintre ; avec les explications des Antiques , par
M. l'Abbé Mongez l'aîné , de l'Académie Royale
des Inscriptionset Belles - Lettres, etc. etc. erc.
3me. Livraison. Prix , 18 livres chaque , papier
vélin d'Essone. A Paris , de l'Imp. de Monsieur.
( S'adresser pour la Souscription et la distribution
de cet Ouvrage à M. Lacombe , Peintre , Editeur ,
rue de la Harpe, No. 84, près la place St-Michel.
Nous avons annoncé avec de justes éloges les
deux premiers Cahiers de magnifique Ouvrage.
De pareilles entreprises méritent bien d'être encouragées;
et nous ne doutons point que l'exécution
de celle-ci n'en assure le succès. Outre les
Statues, Bas-reliefs , etc. que renferme la 3e. Livraison
que nous annonçons , on y trouve la
Magdelaine pénitente , de Cignani ; la Vénus au
Hibou, du Titien ; et Sibylle , du Citarchin. Le
papier , l'impression et la gravure répondent à la
beauté de ces différens morceaux.
ce
Tableaux des Révolutions de Paris en 1789 ,dessinés
et gravés par R... Sergent. A Paris , chez
l'Auteur.
Figures de l'Histoire Romaine, accompagnées
d'un Précis historique , en 25 Cahiers de 1.2 Estampes
chaque. Loe. Livraison. Prix , 1.5 livres
papier vélin.
On se fait inscrire pour cet Ouvrage chez M.
Myris , Secrétaire des Commandemens de S. A. S
Mgr. le Duc de Montpensier , cour des Princes.
DE FRANCE. 149
VARIÉTÉS.
Aux ΑυτEURS DU MERCURE.
MESSIEURS ,
Le Mercure de France a toujours été destiné aux
progrèsd'es Sciences utiles, comme aux progrès des
Arts, des ta ens er du goût; permettez-moi donc
d'y avoir recours , afin d'anéantir , s'il peut
un préjugé ridicule et nuisible peut - être à plusieurs
personnes qui le lisent , celui de croire que
se faire guérir d'une Loupe est s'exposer à mourir
V'année d'après. J'ai l'honneur de vous assurer que
j'exerce la. Chirurgie depuis plus de vingt ans, et
que jamais je n'ai rien vu qui ait pu accréditer
cette erreur dangereuse. Voulez-vous donc bien,
MESSIEURS , Comme am's de l'humanité , insérer
dans ce Journal les Remarques suivantes : elles
rendene , pour ains dare , nul le danger de l'opération
que je propose pour guérir cette mala..
dic, ct vennert à l'appui d'u e vérité qu'il es
intéressant de faire connoître à tout le monde.
J'ai l'honneur d'etre avec des sentim. respec..
MESSIEURS ,
Votre , etc. IMBERT DELONNES
Docteur en Médecine.
Paris , & Février 1790.
H
ISO
MERCURE
!
REMARQUES sur un nouveau Moyen de
guérir les Loupeset autres Tumeurs de
cette nature.
LES Loupes qu'on a désignées par les noms de
Meliceris ,Atérome, Steatome , et autres Tumeurs
de forme sphérique , sont des maladies très-communes
et souvent très-graves. Leur siége eſt pour
l'ordinaire sur les parties glanduleuses , telles que
la tête , le visage , le cou , les aisselles et les aines.
Ces parties sujettes par leur nature à des mouvemens
très-multipliés , et se trouvant lésées par ces
sortes de Tumeurs , en raison de leur volume et
du lieu qu'elles occupent , réclament de la Chirurgie
des secours efficaces. On a depuis longremps
proposé deux manières de guérir ces sortes
de maladies , le caustique et l'instrument tranchant
; mais quoique le caustique ait été employé
souvent avec avantage , je ne crains pas de dire
qu'il est sujet à des accidens redoutables , appliqué
sur tout au visage ; qu'il est aussi plus
long et plus douloureux pour le traitensent. L'exirpation
de ces sortes de Tumeurs par Finstrument
tranchant , fera donc le principal objet de
ce travail , ayant adopté depuis plus de 20 ans
une manière d'opérer que je déclare Beaucoup
moins douloureuse, moins longue que celles qu'on
a pratiquécs, jusqu'ici , et qui réun't à ces deux
avantages celui de produire une cicatrice tres--
prompte et sans difformité,
:
L'incision- cruciale sur le centre de la Tumeur,
la"dissection des quatre angles de la peau résalrans
de cetre incision, et ensuite l'extirpation :
telle est l'opération qui a été décrite et pratiquée
par les Maîtres de l'Art ; opération qui m'a paru
DE FRANCE.
se ressentir un peu trop de l'ancienne Chirurgie
Arabe, en ce qu'elle est plus douloureuse et plus
difficile à exécuter que la mienne , dont on va
voir l'exposé.
Mon malade situé convenablement , je fais sur
les tégumens une incision angulaire et assez profonde
pour les diviser le long des bords latéraux
et inférieurs de la Tumeur. Cette incision deit
être assez prolongée pour que le seul lambeau
qui en résulte , étant séparé de la Tumeur , er.
renversé au dessus de sa partie supérieure , l'on
puisse aisément extraire le corps étranger qu'on
a mis à découvert. Ce corps extrait , l'angle ou.
lambeau des tégumens doit être abaissé pour recouvrir
la plaie. Il se modèle ensuite parfaitement
à cette plate, quoiqu'il soit toujours un
peu plus grand dans son principe , à cause de
L'extension que la tumeur lui a fait épreuver.
Certe manière d'opérer a réellement de grands
avantages sur l'incision cruciale, qui produit quawe
angles plus petits , à la vérité , mais qui , par
eela même ne pouvant rester aisément renversés.
sur les partics environnantes , gérent beaucoup
le Chirurgien dans la dissecrion de la tumeur..
Ajoutez à cela que l'irritation étant plus considérable
dans l'incision cruciale , les quatre anges
tendenz sans cesse à leur éloignement respectif;
d'où résulte un vide au centre de la plaie
qui , s'opposant à sa prompte cicatrice , porte
toujours le caractère de la difformité , comme
celui de l'imperfection de pareille méthode.
Par le procédé que je propose, le malade guérit
dans cinq ou six jours , et sans éprouver un
seul instant de fièvre; il peut sortir le lendemain
de l'opération , ou le jour même , si la tumeur
n'eſt pas très - volumineuse. Il survient quelquefois
une suppuration assez abondante dans toute
152 MERCURE
20
la plaie , et alors il se fait une exfoliation non
seulement dans le fond de la place du côté des
muscles , mais as tegumens eux - inêmes l'exfo
lient avant de se recoller avec la plaie. D'autres
fois, et pour l'ordinaire , la réunion du lambeau
se fait avec un seul suintement d'une matière
plus sércuse que purulente , et cette réunion est
si parfaite , qu'on apperç it difficilement le lieu
de la cicatrice après quinze jours : d'ailleurs la
dissection d'un angle un peu considérable se fait
avec plus d'a'sance et plus de vitesse que la dissection
de quatre angles très-petits qu'on ne peut:
saisir qu'avec des pinces à dissection , instrument
qui mord toujours , puisqu'il est hérissé de petites
den's ; au lieu qu'on tient avec faciité , du
bout des doigts , un lambeau plus étendu , ce qui
contribue pour beaucoup à la prompte guér son
de la plate qu'on fait avec moins de douleur er
d'irritation.
:
( Ce Journal étant onvert à toutes les décou
vertes utiles à l'humanité , c'est à ce titre que,
nous avons cru devoir insérer la Lettre qu'on vient
de lire. La répuration de l'Auteur appeloit d'a'lleurs
notre confiance sur un moyen qu'il a employé
pendant plus de vingt ans, comme on peut
le voir par Is Registres de l'Académie Royale,
de Chirurgie. Il a porté le manuel de cette opéra
ion jusque sur les paupières ; et elle lui a tou
jours complète nent réussi. Pour appuyer son opinion
par des faits , M. Imbert Delonnes termine,
sa.Lettre par le récit de p'usieurs cures , que le
défaut d'espace nous force de suppriner. )
:
DE FRANCE.
153
SPECTACLE S.
THEATRE ITALIEN.
L'EPOUX généreux , ou le Pouvoir des
procédés , qu'on a donné le 15 Février , offre
le même sujet que la Joueuse , qui a paru
avec succès sur le Théatre du Palais Royal.
Les deux Auteurs l'ont puisé dans un Roman
, que nous croyons avoir été publié
sous le titre de la Baronne d'Alvigny.
:
Une jeune personne , dominée par l'amour
du jeu ; et entretenue dans cette pas
sion par les perfides conseils d'une Marquise
qu'elle croit son amie , se dérange au
pointdeperdre cent mille écus dans une nuit .
Elle est épouse et mère, et sa passion malheureuse
va jusqu'au danger de compromettre
son honneur , d'oublier ses devoirs
d'épouse , car elle a fait des emprunts aufrère
de la Marquise , qui est amoureux
d'elle , et qui a fondé sur ses services l'espoir
d'un succès criminel.
Le mari , instruit des égaremens de sa
femme , n'emploie que les procédés et la
voix de la Nature pour la ramener à son
devoir. Il sacrifie , pour le payement de ses
dettes, le contrat d'une Terre , et le lui fait
714 MERCURE
présenter par les mains de ses enfans. Ce
spectacle attendrit la jeune épouse , autant
que la générosité de son mari; et elle se
promet bien de renoncer au jeu, et de
chercher son bonheur dans le sein de sa
famille.
Cette Pièce est attribuée à l'Auteur des
Epoux réunis ; elle nous a paru inférieure
à ce premier puvrage; mais le sujet a de
l'intérêt, et les sentimens honnéces et délicars
qui y sont développés , ont concouru
à son succès.
AVIS .
sur l'Encyclopédie par ordre de matières.
PLUSIEURS Souscripteurs absens du Royaume ,
1
d'autres Députés à l'Assemblée Nationale , nous
ayant représentés qu'ils ne pouvoient point actuellement
retirer les Livraisons dont ils sont en retard
, et qu'il ne seroit pasjuste que le délai que
nous avons accordé pour cet objet , et qui est expiré
à la fin de Janvier dernier , tombit sur eux ,
nous nous determinons , dans la vue de faire tout
ce qui est agréable aux Souscripteurs , de le prokongerjusqu'à
la fin de Juillet prochain, et ce ne
sera qu'à cette époque que les Souscripteurs qui
n'auront point retiré leurs Livraisons, seront dichus
de tous les avantages de la Souscription , et
DE FRANCE. 155
:
payeront les quarange- huit Votumes à 6 liv . , 12 l.
ainsi que tous les autres Volumes; ceux de Planches
d'Arts et Métiers mécaniques, 30 liv. ar lieu
de 24 liv.; ceux d'Histoire Naturelle, 36 liv. au
lieu de 21 liv. pour sent Planches. Aucun Souscripteur
, sans doute , ne croit avoir le droit de
laisser dans mes magasins une masse de Livres
inutiles , croyant pouvoir me les demander un jour ,
quand le temps prescrit par les Ordonnances , pour
toute Souscription, sera expiré , ayant sur - tout
accordé les plus longs délais à cet égard, et n'ayant
cessé, dans les Avis particuliers , de les prier de
retirer leurs Livraisons.
Toutes les Personnes qui ont souscrit chez M.
Laporte, Imprimeur , rue des Poitevins , pour les
Dictionnaires séparés de l'Encyclopédie , doivent
faire retirer le montant de leurs Souscriptions. Cette
opération, qui m'a couté cent mille écus , a eu si
peu de succès , qu'on n'en a placé que 162 , et je
n'at point retiré mes frais de Prospectus. On peut
juger, par cegrand exemple , de l'extrême détresse
où se trouve le commerce de la Librairie. Avant la
révolution , j'aurois pu espérer de placer quinze à
vingt mille Souscriptions , et ce n'étoit pas trop
espérer pour cinquante - un Dictionnaires séparés ,
dont quarante - huit n'existent en aucune Langue ,
et sont de première nécessité , comme Livres de
Sciences. Quoi qu'il en soit de ce malheur, ajouté
àtous ceux quej'ai éprouvés dans cette entreprise ,
je n'en suis point décourage , parce que je connois
L'extrême supériorité de l'Encyclopédie actuelle sur
136 MERCURE DE FRANCE.
l'ancienne, parce queje n'ai jamais désespéré de la
chose publique,et que l'organisation très-prochaine
des Municipalités , en rendant la paix à toute la
France , doit redonner au Commerce plus d'activité
et de vigueur qu'il n'en ajamais eues. Cette Souscription
des Dictionnaires séparés,restera fermée à
jamais , et M. Laporte a étéprévenu d'en faire le
remboursement dès le mois d'Octobre dernier. La
vente des Dictionnaires séparés n'aura lieu à l'avenir
que lorsque chacun d'eux sera complet ; j'en
excepte quelques grandes parties , comme la Médecine
, la Chimie , qui paroîtront Volume à Volume
, ou deux Volumes à la fois . Je n'ai rien de
déterminé à cet égard , ni sur le temps où cette
vente aura lieu , ni sur l'ordre des Volumes à fournir
: les circonstances peuvent seules fixer mes opérations.
Fautes à corriger dans le No. précédent , à
l'Eglogue , intitulée Doris.
Page 85 , ligne 6 , nuit imposante ; lisez , paix
imposante. Page 87 , lig. 14 , a dit non ; lisez , dit
non. Même page , ligne 19 , nouvel astre ; lisez ,
nouvel être. Page 89 , ligne 6 , que chante Philomèle
; lisez , qu'a chanté Philomèle.
TABLE.
EPITRE. 121 Variétés. 149
Charade , Enig. Log. 130
Theatre Italien.
Lettre de l'Abbé Raynal. 132
153
Cornelia Sedley. 144 Avis sur Encyclopédie. 154
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE
T
Y
DE
BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 9 Février 1790 .
1
Les préparatifs de guerre continuent
sans relâche , sans qu'il soit encore déterminé
quels seront nos ennemis. Rien
ne transpire des négociations à Yassy ,
et l'ouverture d'une troisième campagne
contre les Ottomans approche. Comme
on ne se flatte guères que la paix soit
signée cet hiver , on se battra au Printemps
, si les deux Cours ne conviennent
d'un Armistice. Dans trois semaines le
voile seralevé sur les dispositions réelles
de laCour de Berlin , liées aujourd'hui,
ainsi que celles de la Pologne , avec les
intérêts de la Porte. On continue à gar
nir les magasins de la Bohème , où , sui-
N°. 9. 27 Février 1990. L
( 242 ) f
vant les circonstances , nous aurons des
forces considérables , prêtes à agir le
mois prochain. Toutes les affaires générales
sont confiées au Conseil d'Etat ,
rétabli sur l'ancien pied, et composé du
Prince de Kaunitz , du Comte de Cobentzel
, du Maréchal de Lascy, du
Prince de Stharemberg , du Comte de
Rosenberg et du Comte de Hatzfeld.
L'Empereur a fait notifier aux Hongrois
la satisfaction qu'il ressentoit de
leur valeur et de leurs efforts pendant
la dernière campagne , et la restitution
de l'ancien régime par lequel ils étoient
gouvernés.
DeFrancfort surle Mein, le 13 Février.
Selon nos dernières lettres de Berlin ,
le Baron de Knobelsdorf, nommé dernièrement
Envoyé Extraordinaire du
Roi à Constantinopler, ne se rendra pas
encore à sa destination.LeBrinceHenri
est retourné à Rheinsberg, paprès avoir
passé huit jours à Berline, où le Duc
régnant de Brunswick n'étoit point encore
arrivé. Il se tient de fréquentes
conférences chez M.de Hertzberg. Les
Armées sont prêtes; mais on est loin
de croire encore à lal certitude d'une
rupture. L'Electeur de Saxe fait com->
pléterses Troupes. CelPrince néanmoins
baroît décidé, en cas de guerre entre les
f
( 243 )
Cours de Vienne et de Berlin, a conserver
la neutralité. Les Soldats de la
garnison de Berlin, absens par congé ,
ont ordre de rejoindre avant le rer. de
Mars. Les négociations sont actives :
peu de semaines nous en apprendront le
résultat .
:
des Cinq cents hommes d'Infanterie
Troupes de Mayence , en sont partis le 2
de ce mois avec 2 pièces de canon et un -
obusier , et un escadron de Hussards pour
se rendre à Renchen et à Oberkirch , situés
dans les terres d'Allemagne de l'Evêché de
Strasbourg. Ces Troupes sont destinées à y
ramener l'ordre et la tranquillité publique.
Le dernier Courier Russe, arrivé à Vienne,
y a apporté des dépêches de la plus grande
importance; l'Impératrice , selon le bruit
public, s'y explique d'une manière très -po
sitive et tres- satisfaisante sur les affaires des
Pologne et sur la révolution opérée dans les
Pays -Bas.
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres le: 16 Février
Les dernières Séances du Parlement .
ont offert fort peu d'attrait pour les
Etrangers , si l'on en excepte celle des
Communes du 9 de ce mois . On y fit le
rapport des Subsides nécessaires , pendant
l'année courante , a l'entretien de
l'Armée et de l'Artillerie.A chaque Sce
L
( 244 )
sion , les Orateurs moroses , les Frondeurs
du Ministère , les Membres qui.
parlent sur tous les sujets , et le plus souvent
sans les entendre , répètent à cette
époque les éternelles objections qui ,
d'année en année , se renouvellent depuis
cent ans. C'est toujours l'économie ,
l'urgence des temps , les charges du
Peuple , la paix dont jouit l'Empire , la
sureté parfaite des Colonies , etc. On
perd quelques heures à écouter ces discours
, qui finissent par l'adoption unanime
des résolutions du Comité.
Cette fois- ci , la révolution de la France
a donné un autre cours au débat , ou
plutôt à la conversation ; car , dans le
fait, cette Séance du 9 ne pouvoit être
autre chose. D'une part, il falloit justifier
l'état de l'armée , pour 1790 , égal
à celui de 1789 , par le tableau de l'Europe
; de l'autre , il falloit presser la réduction
de cette force militaire , et également
par le tableau de l'Europe. Menacée
d'un embrâsement général , elle
fournissoit assurément des motifs plus
que plausibles contre toute réduction .
Néanmoins M. Pulteney a longuement
disserté en faveur d'un établissement de
paixmoins considérable : M. Grenville,
Secrétaire d'Etat au Département intérieur
, et M. Pitt ayant combattu ces
objections , M. Fox les a reprises pour
repousser une épigramme lâchée contre
Jui par les Préopinans. Après lui , M.
( 245 )
Burke a passé l'Europe en revue , depuis
Pétersbourg à Civita-Vecchia , pour
y trouver les motifs de la plus grande sécurité
; et arrivé aux frontières de France,
il a fait de cet Empire un tableau à la
manière noire , avec cette palette de fer,
dont nous vîmes , les deux dernières années
, des essais si cruels dans le Procès
deM. Hastings.Voici quelques-unesdes
couleurs affoiblies , sous lesquelles ce
Whiginvariable , ce Républicain ardent,
ceChefde l'Opposition , quidepuis trente
ans écrit ou tonne contre le Gouvernement
, a cru devoir peindre la dernière
révolution de France(1).
" Sur la carte que je viens de parcourir,
" a dit M. Burke , j'aperçois une grande
« brêche , un vide immense , jadis occupé
« parla France , devenu un Etre de raison ,
Caput nil timendum et
Corpus inutile.
à
( 1 ) Si l'opinion de M. Burke peut avoir
quelque utilité , ce n'est pas celle de désabuser
ceux qui croyent que l'UNIVERS pense
comme leur Club ; c'est encore moins celle
d'opposer l'avis d'un homme qui ne garda
jamais de mesure dans ses expressions ,
l'avis de gens qui n'en gardent aucune dans
leurs exagérations politiques ; mais cette Philippique
doit inspirer quelques remords aux
Prédicateurs et aux Instigateurs des excès ,
qui fournissent aux Etrangers un sujet de
calomnier la France , et une révolution qui
pouvoit s'opérer sans coûter une larme .
Liy
( 246 )
4
Un très - honorable Membre a fort bien
dit qu'il étoit aisé de détruire, et fort
difficile de réédifier; c'est ce que la France
« éprouvera , etpendant qu'elle relevera ses
décourbres , elle ne sera pas pour nous un
objetde crainte. On ne peut établir aucun
. parallele entre notre révolution de 1638 , et
cellede nos voisins. Nous avions une Constitution
, et nous nous contentâmes de la
" perfectionner. La France offre-t-elle rien
* de pareil? Depuis la dernière fois que j'ai
L
eu l'honneur de parler devant vous , Lois ,
« Religion , Coutumes , Ordre public , elle
a tout renversé. Architectes imprudens !
Isporoient- ils que si la force de gravité
suffit à précipiter rapidement des poids
immenses , il faut degrandes machines et
un travail lent et pénible pour les remonter?
Une Démocratie sanguinaire ,
et tyrannique , a tout abattu devant elle.
•Elle a exercé des actes de la plus sauvage ,
*de laplus impassible barbarie. J'y vois
"
८८
66
46
M
et a
féroce
de
l'Armée sans Général , des Officiers qui
« commandent la corde au cou , la discipline
perdue , et des attentats impunement
exercés sur des plus importantes Délibérations
du Corps Législatif. Une multitude
licentieuse amarqué ses pas dans le sang ,
imprimé la terreur jjuussqu'au sein
l'Assemblée Nationale. LaReligion a dégénéré
en Athéisme prononcé. Aristocrate
est le mot du guet , le cri de guerre ; et
« en criant Aristocrate , ils renversent tout ,
brúlent les titres , les maisons , les propriétés
, et semblent n'avoir d'autre. but
que de mettre tout de niveau , de séparer
à jamais l'obéissance aux Lois de leur
" protection , de soustraire le Soldat aures-
"
"
"
enly a patisia ( 247 ) M
pect de son Officien, le fils au respect de
I son père , le sujet au respect de son Souverainpu
J'espère , Messieurs , que notre inyincible
attachement à notre excellente Constitution,
nous préservera d'imiter ce qui
se fait, chez nos voisins . En moins d'un
ey siècle ,jomles, aura vus aux deux extrêmes ;
courbés sous le despotisme de Louis XIV,
Det, aujourd'hui sous celui de la licence.
L'une at Kautre de ces positions est également
digne d'offroi t.
Nous sombes bien éloignés de rendre dans
sa tétricité, la violence des expressions de
M. Burke , qui , après avoir détaillé une
Thheeure entière ses jugemens passionnés , reprit
M. For son ami et son Collegue , d'avoir
dit quelques jours auparavant , que la France
avoit prouvé que, le Soldat peut être Citoyen .
M. Fox , confondu de la véhémente de
M. Burke , expliqua , commenta , et justifia
son avis avec moderation. Il protesta de son
éloignement pour toute innovation , de sa
haine pour le despotisme , quel qu'il fût ,
Monarchique,Aristocratique,Démocratique;
qu'il ne voyoit de liberté, ainsi queM. Burke,
que dans un Gouvernement mixte , et que
si , par exemple , ON VENOIT A DÉTRUIRE ,
A AFFOIBLIR MÉME LES DROITS DE LA
CHAMBRE - HAUTE , OÙ CEUX DE TELLE
AUTRE DES TROIS BRANCHES DE LA LÉ-
GISLATURE, TOUT ÉQUILLÈRE PÉRIROJT ,
ET L'ANGLETERRE SEROIT A SA DERNIÈRE
HEURE: (1).
M. Sheridan , autre ami et Collègue de
1
1) Trad uit littéralement.
24
Liv
( 248 )
M. Burke dans l'Opposition , l'attaqua plus
personnellement , et avec autant d'acrimonie
que M. Fox avoit employé d'urbanité. Il
demanda à l'Orateur , à quel titre il pouvoit
qualifier l'Assemblée Nationale de France
de Démocratie féroce et sanguinaire? Le
Peuple , il est vrai, s'étoit rendu coupable
d'actes de férocité , mais c'étoit en sortant
des mains du despotisme , en brisant les
chaînés dont il étoit accablé. La tyrannie
lui avoit ôté cette sensibilité , ce respect des
droits de l'homme que nous inspire l'usage
d'une liberté légitime. M. Burke calomnioit
l'Assemblée Nationale , M. de la Fayette ,
M. Bailly , et d'autres personnes distinguées
dans la Révolution . Ilabhorroit,commelui,
les atrocités commises , mais il falloit en rejeter
le blâme sur ceux qui , ayant porté le
Peuple à ces violences , avoient ensuitejugé
prudent de prendre la fuite , ete.
1 M. Burke piqué , répliqua qu'il n'avoit
pas même prononcé le nom de l'Assemblée
Nationale , et qu'il en appeloit à la candeur
des Assistans , de déclarer s'il lui avoit appliqué,
spécialement,la dénominationde Démocratie
féroce et sanguinaire. Il souhaitoit fort
que les maximes de M. Sheridan lui valussent
Papplaudissement de ses Clubs ( ceux du
Prince de Galles ) ; mais il lui déclaroit que ,
de cejour, il se séparoit àjamais de lui en
politique.
Le Colonel Phipps s'exprima absolument
dans le sens de M. Burke , à l'avis duquel
M. Pitt se rangea de même. Mes sentimens ,
14
dit ce Ministre , sont , en tout point , conformes
à ceux de l'honorable Membre.
« J'applaudis à son vertueux zèle pour la
« Constitution ; les malheurs de nos voisins
( 249 )
doivent nous la rendre encore plus chère ,
<<plus inviolable , et en y contribuant comme
il l'a fait , M. Burke méritera la reconnoissance
de la Postérité. »
CE
Le lendemain , quelques Papiers annoncèrent
que MM. Burke et Sheridan
s'étoient reconciliés : il n'en est rien , et
les mêmes Feuilles se sont rétractées le
lendemain. Depuis l'affairede la Régence,
où M. Sheridan donna des Conseils
pernicieux au Prince de Galles , malgré
l'avis des autres Chefs de l'Opposition
, on assure que cette phalange , à la
tête de laquelle se trouve le Duc de
Portland, étoit décidée à se séparer de
M. Sheridan.
( L'analysequenous venons de rendre
est tirée du WoodfallRegister, n° . 273 ,
lé plus exact , le plus étendu et le seul
Papier véridique dans le rapport des
Débats Parlementaires (1).
ÉTATS - BELGIQUES.
De Bruxelles , le 20 Février 1793..
La Citadelle d'Anversa capitulé , provisoirement
, le 4 de ce mois ; mais
la reddition n'aura lieu qu'au 29 Mars
-(1) Cette Séance a été absolument dénaturée
dans les Feuilles Etrangères ; l'opinion
de M. Fox en particulier , a été diamétralement
contraire aux sottises que lui
ont prêtées les Prévaricateurs périodiques du
Continent.
4 Le
( 250 )
prochain , si le château n'est pas secouru
avant cette époque.
en
M. de Gavaux , Commandant de la forteresse
, est convenu avec les Etats-Unis :
Que le 29 Mars prochain , la garnison,
(qu'on dit être composé de TTOO hommes )
en sortira avec les honneurs de la guerre ,
tambour battant , drapeau déployé , par
l'une des portes , tandis que les Troupes
Belgiques y entreront par l'autre , et
prendront possession sur- le- champ ; que
parvenus hors la porte , les Soldats mettront
bas les armes , et se rendront Prisonniers
de guerre; que les Officiers pourront
se rendre par-tout où ils le jugeront
à propos ; que les partisans de la cause
Autrichienne , qui se sont retirés au Château
, seront livrés aux Commissaires des
Etats ; que toutes les armes , munitions
et provisions qui se trouveront dans la
Citadelle devront y rester , etc.
sort des malheureuses victimes , qui , en
vertu de cette capitulation , doivent être remises
à leurs Adversaires , est fort à plaindre.
De ce nombre , est le Libraire Spanoghe ,
ruiné par le pillage de son fonds de Librairie
et de tous ses Effets , lors du tumulte
au mois de Décembre dernier. Menaé
du massacre , il s'étoit retiré au Château ,
vec sa Femme et ses Enfans , pour sauver
moins sa vie ; et aujourd'hui ce qui peut
jui arriver de plus doux , c'est d'être conduit
Prisonnier à Vilvoorden avec ses compagnons
d'infortune. Tout son crime est
d'avoir été l'Editeur d'une Fenille , où les
principes de la Révolution étoient combattus
, et les procédés du Gouvernement jus-
C
a
,
" Le
( 251 )
tifiés . Tel est l'esprit d'équité qui règne dans
les dissentions civiles.On demande laLiberté
pour soi ; on la refuse à autrui. »
Les Assemblées , les démarches , les
intrigues , les déclarations , les Ecrits
des deux Partis qui se disputent aujourd'hui
la Souveraineté prise sur l'Empereur
, forment toujours lé cercle des évènemens.
La famille, du Duc d'Arem
berg , ses frères , son beau-frère le Duc
d'Ursely sont en tête de l'opposition aux
Etats deBrabant . Beaucoup d'autres Personnes
considérables , parmi les gens de
robe , le Commerce et une partie nombreuse
de la Bourgeoisie de cette Capitale
, ont épousé les mêmes intérêts .
On s'accable d'Ecrits polémiques ; on se
débat sur des formules de serment ; enfin ,
tout est préparé pour de nouveaux changemens
, si le Parti , maître de l'Autorité,
manque de force ou d'adresse pour
le conserver .
Il existe déja plusieurs plans de Constitution
nouvelle ; l'un de ceux qu'on a le
plus reinarqués est l'ouvrage de M., Vonck ,
Avocat qu'on dit avoir puissamment contribué
à la derniere Révolution. Sous le titre
de Considérations impartiales sur la position
actuelle du Brabant , ce Jurisconsulte expose
un systeme , par lequel il conserve les trois
Ordres actuels , en changeant leur réprésentation
aux Etats. Tout le Clergé indiss
tinctement seroit représenté ; la Noblesse
non qualifiée à entrer aux Etats , y nommeroit
ses Représentans ; enfin le Tiers-
Loj
( 252 )
Etat obtiendroit une seconde Chambre ,
composée des Députés des Villes jusqu'ici
privées de représentation , et de ceux du
Plat pays . Ainsi formés , les Etats auroient
le Pouvoir législatif. La Puissance exécutive
seroit donnée à un Conseil d'Etat ou
Sénat , composé de cinq Membres , dont
quatre à la nomination des quatre Ordres
ou divisions Législatives , et le cinquième ,
à celle du Conseil actuel de Brabant.
( L'Auteur ne décide pas si ces Sénateurs
doivent être à vie , ou amovibles. ) Ce Corps
exécutif auroit la Sanction des Lois ; absolue
, lorsqu'elles seroient proposées par deux
Ordres seulement ; suspensive , lorsqu'elle
Je seroit par les quatre Ordres ; et soumise
à l'avis du Conseil de Brabant , lorsque trois
Ordres seuls y auroient adhéré ; dans ce dernier
cas , la négative réunie du Conseil
d'Etat et du Conseil de Brabant , deviendroit
prépondérante.
Un plan aussi compliqué , aussi embarrassé
dans ses rapports , et dont il
est peu aisé de découvrir l'harmonie ,
mériteroit un long examen , et nous le
tenterons peut- être. Il suffit pour le moment
d'observer que , ne voilà pas
moins de cinq Ordres , ou cinq. Puissances
dans l'Etat , admises à la confection
d'une Loi , sans compter le Conseil
de Brabant , qui , en certains cas , feroit
le sixième. On ne pourra pas appliquer
cette organisasion , l'épigraphe de la
Constitution Angloise , Ponderibus li-
Bratasuis. La raison dicte qu'entre deux
( 253 )
forces en opposition , une troisième doit
déterminer l'équilibre , ou qu'alors , tout
s'opérera par le poids de deux contre
un. Elle dicte encore qu'à la première
usurpation de l'une des trois branches
constitutives , un intérêt commun
réunira contre elle les deux autres , et
maintiendra la balance ; mais où trouver
cet accord , cet effet aussi simple
qu'admirable , au milieu de six volontés
indépendantes ?
1
FRANCE.
De Paris , le 24 Février.
1)
ASSEMBLÉE NATIONALE. 42° . Semaine.
५.
DU LUNDI 15 FÉVRIER.
.f
1
Une grande partie de la Séance a été oceupée
par deux discussions qu'a fait naître
la lecture du Procès - verbal .
Le Décret de Samedi portoit à l'article 2 ,
ees mots : « Il sera indiqué des Maisons où
pourront se retirer ceux ou celles qui préfereront
ne pas profiter des dispositions du
Décret. )
Beaucoup de Membres se sont levés à la
fois pour réclamer la suppression du mot
et celles ,comme contradictoire à l'article 3
duDécret. Cette opinion , quoique disputée,
aprévalu , et sur l'avis de M. le Vicomte
( 254 )
de Noailles , le mot celles a été retranché.
i La seconde discussion avoit un objetencore
plus important . M. de Marguerittes , l'un des
Secrétaires , ayant fait mention dans le Procès
- verbal , du Décret par lequel l'Assemblée
arrêta , Samedi, de ne pas entendre les récla
niations des Provinces , spécialement celles
de M. l'Abbé d'Eymar, au nom de la Basse-
Alsace , contre la suppression des Maisons
Religieuses , divers Membres se sont élevés
contre la rédaction.
Cette remarque ne levoit pas la difficulté,
car il s'agissoit de savoir, si l'on mentionneroit
, non des protestations , mais un Décret
rendu pour ôter la parole aux Députés
qui demandoient à faire des déclarations
particulières . Tout Décret doit être relaté
dans le Procès -verbal , et rien n'empêchoit
de le faire en cette circonstance , en annonçant
simplement que l'Assemblée avoit fermé
la discussion , sur quelques réclamations ou
demandes particulières faites par des Députés.
Je ne proteste , nine réclame , a dit
M. l'Abbé d'Eymar; j'ai déclaré leveend'une
partie de la Basse -Alsace , concernant les
Maisons Religieuses , et j'insiste pour que
le voeu soit rapporté dans le Procès -verbal. » ,
MM. le Prince de Broglie , Lavye, l'Evêque
de Lydda , Deputés de la Haute-Alsace ,
ont contredit le Préopinant , en affirmant
que le voeu de leurs Comarettans s'étoit dirigéuniquement
contre la réuniondequelques
Maisons de Réguliers à des Chapitres Nobles .
M. l'Evêque de Nancy. «L'Assemblée s'é+
loigne de l'observation, de Me Duport, et
de l'objet de la difficulté. Qu'est- ce qu'un
( 255 )
Procès-verbal ? c'est un récit exact et vrai
de ce qui s'est passé dans les Séances . Or ,
je demande s'il est exact , s'il est vrai que
l'Assemblée ait décrété qu'elle n'couteroit
pas les réclamations particulières des Provinces
? J'affirme que j'ai si bien cru que
l'Assemblée l'avoit ainsi décrété , que je
me suis présenté au milieu de la Salle , où
ma voix n'a pu se faire entendre , pour réclamer
contre ce Décret , comme Député
de la Lorraine et comme Evêque de Nancy.
Il seroit de la plus grande immoralité ,
du plus grand danger et du plus mauvais
exemple, de ne point insérer dans le Procès
-verbal les Décrets rendus par l'Assemblée
, et spécialement celui- ci , que je crois
être absolument nécessaire pour absoudre
les Députés aux yeux de leurs Commettans .
Je conclus à ce que le Décret qui éloigne
les réclamations faites au nom des Provinces
, soit consigné dans le Procès-verbal. »
M. de Virieu a appuyé le même sentiment
; mais M. le Chapelier, sortant de nouveau
de la question , a combattu l'usage des
réclamations , l'emploi des cahiers , Particle
du Procès-verbal , en faisant regarder toutes
ces demandes prétendues des Provinces ,
comme celles des Ordres privilégiés. M.
le Baron de Marguerittes a opposé à ces
objections excentriques , le fait et l'usage.
Le Procès - verbal à la main , il a prouvé
qu'on y avoit relaté les Decrets rendus sur
des déclarations analogues. Nonobstant , la
Majorité a décrété que son Décrét de Samedi
seroit rayé du Procès -verbal , qui est
le répertoire universel de ses Décrets.
M. de Cornon a continué le rapport sur la
division des Départemens.
( 256 )
Le Chef-lieu provisoire du Département
des Landes et la Chalosse , sera Mont-
Marsan. Les Districts : Mont- Marsan , Saint-
Sévèr , Tartas et Dax.
M. Dupont a fait ensuite lecture d'un
Projet de Décret final , en 7 articles , sur
la division du Royaume; projet dont l'impression
a été ordonnée , pour être mis incessamment
en délibération .
DU MARDI 16 FÉVRIER.
Sur 603 Votans , M. l'Evêque d'Autun a
obtenu 373 voix pour la Présidence ; M.
l'Abbé Syeyes , 125 ; 105 voix de perdues .
Les Secrétaires sont MM. de Biauzat , de
Castellane , et de Champagny.
Le nouveau Président a commencé ses
fonctions , en proposant à la discussion de
l'Assemblée , les articles généraux présentés
hier par M. Dupont , pour servir de bases
au Décret général sur la division duRoyaume.
ART. 1. La liberté réservée aux Electeurs
de plusieuss Départemens ou Districts
par differens Décrets de l'Assemblée Nationale
, pour le choix des chef- lieux et d'emplacement
de divers établissemens , est celle
d'en delibérer et de proposer à l'Assemblée
Nationale, ou aux Législatures qui suivront ,
ce qu'ils croiront leur paroître le plus conforme
à l'intérêt général des Administrés et
des Justiciables."
M. Bouche a opposé à cet article , une
autre rédaction , qui rentroit de plus fort
dans la première , et dont M. Fréteau a
très-bien développé les inconvéniens . Cet
amendement et quelques autres , ayant été
écartés par la question préalable , l'article
est reste intact.
(257 )
• ART. II. Toutes les Assemblées de Département
pourront , en tout temps , proposer
tous les changemens qui paroîtront
utiles.»
Un grand nombre d'amendemens furent
présentés : un dernier , plus essentiel , portoit
sur la suppression des mots en tout
temps , que M. Fréteau observa n'être propres
qu'à favoriser des mouvemens perpétuels , et
des dissensions dans l'intérieur des Départemens.
Cette observation fit naître alors une
nouvelle discussion sur le fond même de
P'article. 1
Lorsque vous avez entendu , dit M.
Buzot , les Députés extraordinaires de toutes
les Villes et Communautés , vous avez eu
pour objet de concilier tous les intérêts , et
de faire un plan d'organisation durable.
Sans cette stabilité , personne ne sera jamais
certain de son sort ; chacun rivalisera avec
son voisin , les contestations et les désordres
se perpétueront. Les articles suivans disent
tout ce qu'il faut relativement aux échanges
de territoire. Je pense donc qu'il n'y a pas
lieu à délibérer sur l'article actuellement en
discussion . »
M. de Tracy. Il est important de laisser
la possibilité de faire les changemens qui ,
dans la suite dés temps , deviendront indispensables
, mais il ne faut pas sembler engager
et exciter à ces mutations ; vous ne
voulez pas non plus que les Assemblées d'Electeurs
soient des Assemblées délibérantes .
Je pense donc que , pour réunir ces deux
principes , l'article doit être ainsi conçu :
A l'avenir , les seules Administrations de
* Départemens pourront proposer les chan(
258 )
- gemens qui paroîtront nécessairees àa Fin-
-terer igeneral des les Administrés
زا Il fat décidé presque unanimement ,
n'y avoit pas lieu à délibérer sur l'article II.
ART. IIF. Dans toutes les démarcations
fixées entre les Départemens et les Districts ,
les Villes emporteront leur territoire , et les
Villages comprendront les hameaux , maisons
isolées, etc. compris dans le même Rote
d'impositions , et sous l'Administration directe
des Municipalités . Plusieurs amendemens
pen importans ont été présentés ; le
premier demandoit que , lorsque les limites
seron't fixées naturellement par des chemins
où des rivières , il se fasse des échanges à
lamiable , afin que les Communautes ne
soient pas divisées .
Tant de différentes circonstances locales
ne pouvant manquer d'exiger des exceptions
au principe le mieux appliqué , chaque Dépaté
le rodifoit suivant l'avantage et les
convenances de son canton ou de son village;
les amendemens pleuvoient et se contredisoient
; on en fit le triage , pour adopter
seulement quelques amendemens de rédaction
, qui ne changent point le fond de l'article.
:
ART. IV. Les Départemens séparés par
des rivieres seront bornés par le fil de l'ean ,
et les deux Directoires concourront aux do.
penses que la rivière peut occasionner.
M.deMargueritte, Député du Languedoc,
propose pour amendemert : Sans préjuger
lagrande question de la propriété du Rhône ,
qui sera réglée définitivement et à l'amiable
entre les,Departemens du Languedoc , de la
Provence et du Dauphiné.
(259 )
- L'Assemblée a para ne pas agréer ces
exceptions , et vouloir tout de suite mettre
fin , par un Décret général , à toutes les contestations
particulieres .
Les amendemens ayant été rejetés par la
question préalable , il n'a été fait que quelques
changemens de rédaction , proposés par
M. Bouche , et une clause de l'article , qu'il
ne préjudicioit point à la teneur des précédens
, a été rejetée.
L'article V concernoit l'arpentage et le
relevé topographique des limites de tous les
Départemens etDistricts.
Hapara inutile de faire ces frais avant
qu'à la prochaine Législature , les limites
aient été définitivement prononcées..
L'article VI portoit qu'il sera libre à
toute Ville, Paroisse , Communauté , dont
le clocher ne seroit pas à plus de 500 toises
des limites de leur District , et à celles dont
les clochers ne seroient pas à plus de 1200
toises des limites de leur Département , de
présenter Requête au Corps Législatif, pour
passer d'un District ou d'un Département
dans un autre .
Les Commissaires chargés de la division
du Royaume mettoient , par délicatesse ,
beaucoup d'importance à cet article; mais
les nmotifs qui ont fait rejeter Particle II ,
ont aussi entraîné la réjoion de celui- ci.
L'article VII statuant que la division du
Royaume n'est décrétée , quant-à-présent,
que relativement aux Assemblées Administratives
, a été adopté , avec un amendement
de M. Guillotin , portant que les divisions
relatives à la perception des impôts , subsisteront
de même que celles relatives au pouvoir
judiciaire.
Y
( 260 )
M. le Président a annoncé un Mémoire de
l'Evêque de Basle , relatif à la suppression
des droits Féodaux dans les terres que ce
Prince possède en France. Il a été renvoyé au
Comité Féodal.
Cette lecture a été suivie de celle d'un
autre Mémoire , adressé , au nom du Roi ,
par M. le Garde- des - Sceaux , au Président
de l'Assemblée Nationale. En voici la teneur :
«Les désordres qui se renouvellent dans
plusieurs Provinces , et qui menacent les
propriétés et la vie même des Citoyens ,
sont pour Sa Majesté le sujet d'une profonde
affliction. Des brigands armés commettent
impunément les plus grands excès;
et toutes les propriétés en seroient bientôt
la proie , si l'on ne pouvoit parvenir à rétablir
enfin l'ordre et l'empire des Lois. »
« Ce soin est le premier des devoirs du Monaique
, et Sa Majesté n'a négligé , pour le
remplir , aucun des moyens qui dépendent
d'Elle.»
4 L'Assemblée Nationale, informée d'une
partie de ces maux , a fait supplier le Roi
de donner de nouveaux ordres pour l'exécution
du Décret du 10 Août dernier , sanctionné
par Sa Majesté. Le Roi , pour répondre
à cette juste invitation , a voulu faire
connoître à l'Assemblée les dificultés qu'il
faut vaincre , et qu'on ne peut surmonter
que parle concours de tous les pouvoirs. »
" Sa Majesté, en sanctionnantle Décret du
10 Août dernier , étoit dans la confiance que
les Officiers Civils ou Municipaux n'hésiteroient
pas à invoquer le secours des Troupes ,
pour réprimer les insurrections que leur influence
et les Milices Nationales ne pourroient
calmer. Mais un nombre infini d'exe -
( 261 )
ples constate que les Officiers Civils ou
Municipaax sont empêchés , par la crainte
même qu'inspirent ces insurrections , de requérir
l'assistance Militaire . "
«L'Assemblée Nationale , frappée de cet
inconvénient , a cru devoir modifier son Décret
, pour assurer davantage la liberté du
transport des subsistances ; et par celui du
5 Octobre dernier , sanctionné par le Roi ,
il a été prescrit , « que toutes personnes se-
"
«
u
ront autorisées à réclamer le secours du
Pouvoir exécutif et la force militaire ,
pour faciliter le transport des bleds , à la
« charge de faire préalablement constater
les refus et contraventions par le premier
<<Officier public sur ce requis . "
" Le même inconvénient compromet aujourd'hui
les propriétés et la vie des Citoyens.
Un exemple récent mérite , sous ce
rapport , de fixer l'attention de l'Assemblée.
"
" La Ville de Béziers vient d'être le
théâtre d'une sédition dont les suites ont
été bien tragiques . Elle avoit pour cause
une saisie de faux- sel sur des Contrebandiers
armés . Trente- deux ou trente-trois Commis
avoient déposé leur prise dans l'Hôtel-de-
Ville , et crurent devoir y passer la nuit. »
" M. de Baudre , Lieutenant- Colonel du
Régiment de Médoc , en garnison à Béziers ,
avoit fait approcher sa Troupe pour garantir
l'Hôtel- de-Ville et pour soutenir la patrouille.
Il fit plus , et prévoyant les dangers du lendemain
, il tenta vainement d'engager les
Officiers Municipaux à profiter de la nuit
pour faire évader les Commis , et même le
SieurBernard , Commandantdelapatrouille,
۱
( 262 )
à qui la portion du Peuple , qui s'étoit soulevée
, ne pardonnoit pas , sans doute , la
protection qu'il avoit accordée contre les
Contrebandiers . "
Le lendemain , le danger croissant , M.
de Baudre offrit de nouveau , mais inutilement
, tous les secours qu'il avoit en main
pour contenir le Peuple. Il ne craignit pas
alors d'annoncer aux Officiers Municipaux ,
que leur inaction seroit bientôt suivie de
l'attaque de l'Hôtel-de-Ville et des plus.
grands excès ; il insista du moins pour qu'un
Consul restât à l'Hôtel-de- Ville. »
Mais son zèle fut infructueux , et les
Consuls ne tarderent pas à disparoître , sans
donner aucun ordre , sans faire aucune ré- ,
quisition. "
Peu de temps après , le Peuple échauffé
et sentant sa force , demande à grands cris
que M. de Baudre leur livre le Sieur Bernard
et les Commis . "
" Cet Officier qui , dans cette occurrence ,
adonné des preuves distinguées de capacité,
de courage et de prudence , trouve le moyen
de gagner du temps , en profite pour aller
chercher les Commis réfugiés dans une Salle
de l'Hôtel-de- Ville aavveeccles femmes deplusieurs
d'entre eux , lès prévient du danger
où ils sont , les presse de sauver leur vie
parla plus prompte retraite , et leur annonce
qu'il se flatte d'empêcher l'entrée du Peuple
pendant une heure. "
" Cependant , cette multitude furieuse assaillit
la Garde à coups de pierres , et l'Officier
persévère dans la défense de tirer sur
le Peuple. "
er Une seule ressource lui restoit pour ralentir
l'action des séditieux; il fait fermer
$
*
( 263 )
les premières portes , et les fait barricader
avec des madriers. Elles sont bientôt enfoncées
à coups de pierres et de haches , et
M. de Baudre recomence la même manoeuvre
pour fermer la seconde Cour. »
ces Baudre
Le temps qui fut employé pour forcer
deux entréess,, paroissoit àM.1. de
devoir suffire pour l'évasion des. Commis,
Il rejoignit sa Troupe , et après l'avoir tenue
rangée en bataille sur la place pendant un
gros quart -d'heure , il la fit rentrer en son
quartier."
« Les séditieux , de leur côté , poursuivirent
leur proie , et parvinrent à saisir plusieurs
Commis; ils se porterent envers eux,
et leurs femmes aux plus horribles excès .
Ces malheureux ont été mutilés d'une maniere
qui fait frémir; cinq ont été pen
dus. "
« Les séditieux , encouragés par leur succès
, requièrent le Commandant de leur fournir
des armes . Celui-ci les leur refuse avec
fermeté , et par bonheur , la multitude n'in
siste pas. "
Une telle anarchie faisant appréhender
les plus grands maux, les Habitans s'assemblent
dans une Eglise , et là un homme
du Peuple , dont le nom mériteroit d'être
connu , ouvre l'avis d'aller prier le Commandant
de rétablir la paix et de se char
ger de la Police de la Ville. Cet avis est
unanimement adopté et suivi , et M. de
Baudre ne cède à la confiance des Habitans
qu'il avoit si bien méritée , que pour remén
dier autant qu'il est en lui , à l'inaction et
à la retraite des Consuls , dont une simple.
réquisition eût prévenu tout exces. "
1
f
1
( 264 )
« On pourroit citer une infinité d'autres
exemples , qui prouvent que.de grands désordres
auroient pu être prévenus par le recours
aux forces Militaires . "
Mais quelque nécessaire que soit , dans
des cas semblables , l'assistance efficace des
Troupes , le Roi croit devoir à ses Sujets
l'exemple du respect pour la Loi . "
Sa Majesté a jugé nécessaire de faire
mettre ces faits et ces considérations sous
les yeux de l'Assemblée , en la pressant de
la manière la plus forte et la plus instante ,
de chercher les moyens efficacement propres
à concilier la liberté avec la sureté des Citoyens
, la conservation des propriétés etle
maintien général de l'ordre public."
" Sa Majesté ne peut supporter qu'aucun
de ses Sujets qui doivent tous se reposer
avec confiance sur sa vigilance et son autorité
, soient exposés à des violences et des
traitemens barbares , contre lesquels l'intérêt
social et tous les sentimens de justice
et d'humanité s'élèvent également. "
" Et l'Assemblée Nationale apercevra sans
doute que le progrès ou la continuité de
pareils désordres pourroit affoiblir l'attachement
des Peuples au succès de ses importans
travaux, et retarder le bienfait d'une
Constitution qui doit être l'objet des voeux
de tous ceux qui aiment la Patrie. "
Paris , le 16 Janvier 1790, Signé
CHEVÊQUE DE BORDEAUX.
+ L'ARCe
Mémoire a produit une si juste et si
vive sensation , qu'à l'instant , une foule de
Membres se sont portés à la Tribune. M.
Emeryta , le premier , obtenu la parole..
« Voilà , at- il dit , des désordres qui ont
toujours
( 265 )
toujours profordement affligé l'Assemblée ,
etson intention a toujours été d'y remédier ;
mais sortirons -nous des principes fixés par
la Constitution ? J'ai toujours cru que le
Roi avoit tous les moyens de réprimer les
désordres dont on vous parle. Votre Constitution
lui donne le droit de faire déployer
toute la force militaire , pourvu qu'elle soit
requise par les Officiers Civils et Municipaux
, et qu'ils la dirigent constamment ;
mais , dit-on , ces Officiers ne veulent pas
faire cette requisition , parce qu'ils en craignent
les suites. J'observe qu'il ne faut point
porter ce jugement , avant d'avoir fait l'épreuve
des nouveaux Officiers Municipaux
établis constitutionnellement. Je crois que
nous pouvons compter sur leur patriotisme>. >
H Les Officiers de Justice , il est vrai ,
prêts à être supprimés et en butte au Peuple
, n'osent se charger d'une entreprise
aussi périlleuse ; mais bientôt les nouveaux
Tribunaux seront organisés . "
« Je ne cherche poiinntt àdissimuler l'embarras
des circonstances . Point d'Administration
deDepartemens ni de Districts ; point de secours
contre les négligences des Officiers Municipaux.
Quel moyen employerons - nous ? Je
me dispense de vous presenter les vues qui
me viennent à l'esprit , parce qu'il faut laisser
du temps à la reflexion. Je me borne à demander
que le Comité de Constitution soit
charge de vous presenter un Projet de Décret
sur cet objet. "
M. le Marquis de Foucault a pris la parole
et a dit :
" Je fais , Messieurs , la même déclaration
que le Preopinant , qui vous a dit que
Nº. 9. 27 Tevner 1790. M
( 266 )
ce n'étoit pas un Discours travaillé d'après
celui de M. le Garde- des-Sceaux , qu'il alloit
vous présenter ; je dis plus que lui , et ppeeux
assurer que jamais , depuis l'ouverture des
Etats - Généraux , aucun Ecrit de ma part
n'a été calqué d'après le Plan d'aucun Ministre.
Aucune de mes démarches n'a été
guidée par aucun d'eux , et jamais aucune
opinion de leur part ne m'a été transmise,
La Province qui m'a honoré de sa confiance
ne m'a chargé de sa mission que pour exprimer
son voeu , et non pour me concerter
avec les Ministres ; aussi , je n'en vois et
n'en consulte aucun : si tous les Membres
de cette Assemblée pouvoient en dire autant
, je crois sincérement que la chose publique
n'en iroit pas plus mal . »
" Mais , pour entrer dans la question , le
Préopinant a demandé que le Comité de
Constitution soit chargé de presenter un
Projet de Loi qui puisse rétablir la tranquillité
des Provinces , qui ont violé les droits
les plus sacrés . Je desire , Messieurs , que sa
proposition puisse opérer l'effet que , sans
doute , il en attend ; mais je crois que nous
ne sommes plus à temps par des Arrêtés ,
des Décrets , des Proclamations , de faire
rentrer dans leurs devoirs , des hommes
abusés , trompés , séduits ; ces moyens , qu'on
pouvoit employer, ci- devant avec tant de
succès , ne seront pas suffisans , si on ne
prouve au Peuple en même temps , qu'il
existe une force publique établie , et capable
de réprimer les méchans , les perturbateurs
de l'ordre , qui préferent l'anarchie à la paix.
Plus intéressé que qui que ce soit à découvrir
les causes des troubles qui existent
( 267 )
dans le Royaume , et qui se font ressentir
plus vivement dans les Provinces Méridionales
, particulièrement dans la mienne , je
vais vous en présenter le tableau . "
« Les violences qui s'exercent dans le Périgord
contre les Propriétaires et les Propriétés
, ont pris naissance dans le Bas-Limousin
, ont parcouru le Quercy , règnent
en Périgord aujourd'hui , et se propagent et
font des progrès de jour en jour. Les Chefs
actifs de tous ces désordres ont eu pour premier
prétexte , l'abolition du régime Féodal
et la suppression des rentes ; et pour être
bien servis et favorisés dans leurs excès , ils
se disoient autorisés par le Roi et l'Assemblée
Nationale. Il n'est pas inutile d'observer
qu'il n'existe en Périgord ni droit de
main-morte, niservitude personnelle. Toutes
Jes redeyances quelconques représentent la
concession d'un fonds. »
« Ces désordres etoient bien difficiles à
arrêter dans leurs sources ; mais il est impossible
de les réprimer aujourd'hui sans
moyens extraordinaires. Ce n'est pas cependant
la violence et la force qu'il faut employer
sur-le- champ; e'est la raison et l'instruction
. Jusqu'à ce que les habitans des
campagnes du Périgord soient instruits et
comprennent bien les Décrets de l'Assemblée
, le Peuple de cette Province est le
moins éclairé de tous ceux de la France , le
moins avancé dans tous les arts , et par consequent
le plus aisé à séduire et à induire
en erreur ; le Peuple n'est jamais coupable ,
il est susceptible des bonnes impressions
comme des mauvaises . Ce sont les autorités
qui les font mouvoir , qui sont seules répréhensibles.
»
Mij
( 268 )
« Il existe des vexations de plusieurs genres,
et la diversité de ces exces se multiplie de
jour en jour. Dans les premiers temps , on
s'étoit borné à afficher des Placards dans les
Paroisses , à planter des potences sur les
chemins , qui promettoient la mort à tout
particulier qui réclameroit des rentes ou
droits censuels , ainsi qu'à quiconque s'acquitteroit
de ses redevances. Ces menaces
n'ont fait que rendre circonspects les Créanciers
et les Débiteurs , qui ont mutuellement
gardé le silence ; mais peu après , les prineipaux
motears des troubles ayant vu que
le premier moyen n'avoit produit aucune
effervescence , ils ont pris d'autres moyens ,
s'étayant toujours des ordres du Roi et de
l'Assemblée Nationale ; ils ont autorisé les
attroupemens , et ont proclamé que les Députations
de Paroisse à Paroisse étoient ordonnées
pour planter le mai et éclairer les
Châteaux. Ce sont les expressions usitées
et le mot d'ordre. -C'est de la plantation
du mai et de l'éclairement des Châteaux ,
que sont provenues toutes les horreurs , et
voici comme elles se sont propagées .-Quelques
Paroisses de la frontiere du Quercy se
sont immiscées en Périgord , ont fait sonner
le tocsin dans diverses Paroisses , les ont instruites
et mises au courant des excès qu'elles
avoient éprouvés elles - mêmes dans leurs
propriétés , et de la conduite qu'on leur
avoit prescrit de tenir , et de l'engagement
qu'elles avoient pris de rendre le même traitement
à jour fixe aux Paroisses en avant des
leurs , sous peine d'être mises à feu et à sang
sous huitaine par toutes celles qui se trouvoient
derrière ; que successivement s'etoient
transmis les ordres et la consigne , et avoient
-
:
( 269 )
été les premières exposées aux divers genres
de dévastation . "
Les premieres vexations sont de se transporter
chez les Seigneurs des Paroisses ,
d'arracher les girouettes , de leur demander
de fournir à l'instant une mesure des grains
du pays , la demi-mesure , le picotin et un
crible percé , de leur enjoindre de faire transporter
sur la place de la Paroisse le plus bel
arbre de leur territoire , des rubans , des
plumes , etc. et d'avoir aussi à leur faire
porterdu vin et des provisions en abondance
à telle heure fixée après la plantation du
mai , sous peine d'être éclairés . Rendus
à la Paroisse , ils demandent au Curé , qu'ils
invectivent , et souvent maltraitent , les clefs
de l'Eglise , brûlent aussitôt les chaises , les
banes , quelquefois même les boiseries des
Eglises. Apres ce , ils font la plantation du
mai , ou grand arbre , où ils attachent les
girouettes , les plumes , le crible percé , les
trois mesures , et mettent au sommet cette
legende: Par orde du Roiet de l'Assemblée
Nationale , quittance finale des rentes . »
-
« Après cette cérémonie , ils consomment
les provisions envoyées , s'informent , dans
l'excès de la debauche, si quelqu'un a payé
des rentes , quels sont les bons Propriétaires
du pays , aident et favorisent toutes les
haines et vengeances particulières , profanent
les Eglises , et dans leur ivresse sacrilège
, mettent à contribution , non-seulement
le Curé , le Seigneur , les riches Propriétaires
, mais quiconque peut payer.-Et
se permettent tous les mauvais traitemens
contre les femmes et les vieillards . »
" Quels sont les moyens de réprimer ces
désordres? "
Miij
( 270 )
" J'ai dit plus haut qu'il ne falloit pas em
ployer sur- le-champ les moyens de force et
de sévérité ; j'ai dit qu'il falloit qu'une instructionauPeuple
et une explication pure des
Décrets de l'Assemblée , lui fût faite : la
chose est urgente. Mais il est néanmoins
indispensable de lui en imposer , vu lega-
`rement et l'erreur où il est plongé aujourd'hui
, par la présence de quelques hommes
de Cavalerie ou Troupes légères , qui serviroient
d'auxiliaires à la, Maréchaussée ,
beaucoup trop foible dans ces momens orageux.
Jele répète , et j'ose l'assurer d'avance ,
leur présence seule calmera tout , et ils
seront cantonnés dans le pays , plus pour
en imposer que pour agir. On ne peut
pas objecter que les Troupes Nationales des
villages , et j'observe qu'il en est très - peu
où il en existe , puissent s'opposer àde tels
excès , puisque tous les particuliers d'une
Paroisse , le Curé , le Seigneur , les Officiers
Municipaux , les Miliciens même et autres ,
sont obligés d'être acteurs , ou du moins
d'assister en personne aux incursions que la
Paroisse en corps va faire chez ses voisins ,
conformément aux engagemens antérieurs
qu'elle a pris. H n'existe done d'autres
moyens que d'envoyer des Troupes de Cavalerie
, qui se joindront à la Maréchaussée
et feront le même service qu'elle , en s'opposant
à tous les attroupeinens , et réprimant
avec violence tous ceux qui agissent
avec violence. Ces Troupes devroient être
placées dans les trois principales Villes de
la Province , et avoir une correspondance
journalière , pour se porter , à la première
nouvelle , aux lieux des attroupemens. "Au
surplus , Messieurs , je ne peux trop vous
( 271 )
répéter et peser sur cette réflexion , que de
long-temps le Peuple des campagnes ne sera
en état d'interpréter lui-même le juste sens
de vos Décrets. On ne peut assez prendre
de précautions pour que l'explication leur
soit transmise par des mains pures , mais il
faut en même temps une force publique en
état de contenir les insubordonnés , que les
Décrets de l'Assemblée Nationale contrarieroient,
et auxquelsils ne voudroientpasse soumettre.
Jepréférerois même ces deuxmoyens ,
dans mon opinion particulière , à l'agréable
prophétie qui s'est faite dans cette Tribune ,
il y a quelque temps , par un honorable
Membre du Comité de Constitution , qui
vous a dit que dans dix ans nous ne serions
plus exposés à de pareils inconvéniens , et
que tous les François sauroient lire et écrire ,
faire et interpréter un Décret. Je ne le dissimule
pas , Messieurs , je regarderois l'accomplissement
de cette prédiction comme
un grand malheur ; je craindrois que ce ne
fût substituer un Peuple de Savans , de demi-
Philosophes , à un Peuple Agricole. L'expérience
du séjour que j'ai fait à la campagne
(je vous prie d'observer que je parle toujours
plus particulierement pour ma Province
que pour toute autre ) , m'a prouvé
qu'en général tout fils de bon Paysan , à qui
on a appris à labourer et écrire , finit presque
toujours par délaisser le plus beau , le
plus honorable , le plus utile de tous les
arts ; il abandonne le soc de sa fertile charrue
, pour suivre le sort et la stérile production
de sa plume , et consomme rapidement
les fruits et la récompense des pénibles travaux
de ses pères . "
Miv
( 272 )
M. l'Abbé Grégoire : La vertu asa place
Laturelle à côté des lumieres et de la liberté;
je ne crains donc pas qu'on se range à
l'opinion du Préopinant sur l'institution du
Peuple. Une des principales causes des desordres
se trouve dans les libelles incendiaires
qu'on répand avec profusion , tandis
qu'on ignore vos Décrets . »
"
M. de la Fayette , applaudi avant d'avoir
parlé , occupa ensuite la Tribune. Vous
n'avez cessé de manifester votre indignation
contre tous les désordres , et cependant ces
désordres continuent; je pourrois dire qu'ils
augmentent , au grand regret,de la liberté
qui en souffre , au grand regret de la justice
et de l'humanité qui voudroient les réprimer
, au grand regret des amis du Peuple ,
dontle repos et la subsistance sont compro.
mis ; de ce Peuple dont les intentions sont
pures , et qu'il faut défendre des accusations
qui le calomnient , et des justifications qui
l'inculpent. Il veut la liberté , il demandela
justice et la paix. Il l'attend des Officiers
Municipaux , qui ne doiventjamais sacrifier
leur devoir à l'affectation d'une popularité
passagere. Il l'attend de l'énergie du Poavoir
executif , qu'il ne faut plus chercher
sous des ruines , mais là où il est , dans la
Constitution. Que votre Comité soit donc
chargé de vous présenter un Décret capable
de détruire tout ce qui s'opposeroit à l'affermissement
de notre Constitution . »
Un côté de la Salle renouvela ses applaudissemens
, et le renvoi au Comitéde Constitution
fut unanimement prononcé.
( 273 )
DU MERCREDI 17 FÉVRIER.
M. Cernon venoit de terminer le Rapport
de la Division du Royaume, et de faire adopter
un Décret qui place à Navarreins la
première Assemblée des Electeurs du Béarn,
de la Navarre , des Pays de foule et de labour.
Quelques opinions sans suite avoient été
proposées sur le caractère définitif ou provisoire
, à donner à ces Décrets de distribution
politique , et sur la forme dans laquelle
ils seroient présentés au Public , lorsque
M. de Cazalès a demandé jour , pour offrir
une Motion , tendante à fixer le terme de
la Législature actuelle , et à inviter les Assemblées
de Départemens à en convoquer
une nouvelle .
Il est à présumer que M. de Cazalès considéroit
cette décision comme le corollaire
immédiat de l'organisation des Provinces .
Beaucoup de Membres l'ont pensé comme
lui ; d'autres trouvoient la Motion prématurée
; de troisièmes l'ont jugée presque
un crime de lèze- Nation. Avant qu'elle eût
été développée , M. de Mirabeau l'arepoussée,
parce que l'Assemblée avoit prononcé au
mois de juin , le serment solennel de ne pas
se séparer avant d'avoir achevé la Constitution
, et que le terme de ce travail surpassoit
toute prévoyance . Cependant , a - t - il
ajouté , si les motifs de M. de Cazalès peuvent
échapper à ma pénétration ,je demande
qu'il soit entendu sans ajournement .
Quoique le début ne promît pas des Auditeurs
bien calmes , ni des dispositions favorables
à la Motion , M. de Cazalès l'a développée
en disant :
Nous touchons à l'époque de la Révo-
Mo
( 274 )
lution : les Provinces vont s'assembler , et
la Nation , elle- même , va juger de la conduite
de ses Représentans . "
Nous ne pouvons nous dissimuler , qu'entraînés
par les circonstances , emportés par
l'amour de la liberté , nous n'ayons dépassé
le but qu'on nous avoit indiqué , que nous
n'ayons été bien au-delà des pouvoirs qui
nous avoient été confiés
Le succès , le bonheur qui naîtra sans
doute d'une Constitution égale et libre , sera
notre excuse , et j'aime à croire que les reproches
qu'on pourra nous faire à cet égard ,
tourneront un jour à notre gloire. "
" Il n'en est pas moins certain , que pour
que la nouvelle Constitution soit vraiment
Nationale , il est nécessaire qu'elle reçoive
la Sanction de la Nation elle même; cette
imposante réunion de volontés , ppeut seule
lui imprimer ce grand caractere , qui enchaînant
jusqu'à l'opinion individuelle , la
mettra à l'abri de toute attaque , et placera
au rang des délits nationaux , toutes les tentativesqu'on
oseroit faire pour la renverser.
"
"
Des sermens individuels , des adhésions
partielles , ne sauroient remplir cette impor--
tante condition : ce n'est qu'en elisant de
nouveaux Députés , ce n'est que par leur
organe que la Nation peut faire connoître
savolonted'une manièrelégale et complète. «
« Dans les circonstances malheureuses et
difficiles où nous nous trouvons , au moment
où les Provinces sont en feu , où la Capitale
n'est pas sans alarmes , l'accord parfait des
Représentans de la Nation', la confiance.
entiere des Provinces dans l'Assemblée Nationale
, peuvent seuls prévenir les malheurs
qui nous entourent et nous menacent , peu(
275 )
:
vent euls assurer le bonheur et la liberté
publique. "
>> Ce seroit mal connoître le coeur humain ,
que d'espérer cet accord si désirable d'une
Assemblee composée d'individus mutuellement
aigris , dont les uns ont usé sans modération
de la supériorité de leurs suffrages ,
dont les autres conservent trop long-temps
le ressentiment de leurs anciennes injures ,
le souvenir de leurs anciennes distinctions .
16
"
Choisis par trois classes différentes de
Citoyens , chargés de soutenir des intérêts
souvent opposés , les germes de désunion
inséparables d'une pareille élection,, n'ont
fait que croître et se développer avec plus
de force par notre réunion dans la même
enceinte , par la chaleur de nos discussions. »
Toute réunion est impossible entre ces
hommes dont les intérêts , dont les passions
se sont heurtés avec tant de violence , et
qui ont fortifié leurs anciens préjugés de
tout l'attachement que l'amour-propre fait
prendre aux opinions qu'on a défendues. "
Pour obtenir cette confiance si nécessaire
de la Nation dans l'Assemblée Nationale
, il faut prouver que nous n'avons
-jamais méconnu sa légitime autorité , que
nous avons constaminent professé qu'en elle
seule résidoit le pouvoirconstituant, et qu'au
premier instant où il nous a été possible de
la réunir , nous nous sommes empressés de
rendre un éclatant hommage à cette importante
vérité politique , et de lui demander
son adhésion à la nouvelle Constitution que
nous lui avons proposée.
"
"
Il faut prévenir les soupçons que pourroient
avoir les Provinces sur le séjour du
Roi dans la Capitale , il faut guérir les om-
Moj
( 276 )
brages qu'on pourroit leur donner dela tenue
de l'Assemblée Nationale dans cette immense
Ville , dont les intérêts sont souvent
en opposition avec les leurs. »
" Enfin , Messieurs , il faut rappeler la
confiance qui s'éloigne. Si l'opinion publique
vous abandonnoit un seul jour , la France
seroit perdue : l'opinion publique fait toute
votre force , et votre force est le seul lien
qui empêche le Royaume de tomber en dissolution.>>>
" Tels sont les motifs impérieux qui m'ont
déterminé à vous soumettre le projet de
Décret suivant : »
1º. Des que les Départemens seront
formés , ils éliront de nouveaux Députés à
l'Assemblée Nationale.
"
"
2º. Nul Membre de la Législature actuelle
ne pourra être élu pour celle qui la
remplacera. "
3º. Le Roi sera supplié de convoquer
la nouvelle Assemblée Nationale dans une
Ville distante de Paris , au moins de trentelieues.>>>
On suppose d'avance l'agitation que ces
idees ontproduite dans une partie nombreuse
de l'Assemblee . M. de Cazalès n'est posarrivé
à ses conclusions sans subir trents fois
la loi du plus fort , celle des interruptions ,
des clameurs , et même des menaces . « M. de
Cazulès à l'ordre ; M. de Cazalès est parjureà
son serment ; M. de Cazalès veut incendier
les Provinces " , il calomniel'Assem-
« blée. A ce derniermot , l'Opinant s'interrompant
lui-même , s'est retourné froidement
, en demandant que celui qui l'insultoit
parlât seul et se découvrît .
Au milieu des cris véhémens , et de l'im
( 277 )
pétueuse irritation qui se manifestoient , personne
n'a pu faire entendre une opinion
quelconque.M de Montlauziers'étant hasardé
àprononcer deux phrases , on l'a repoussé
sans ménagement ; et sans autre discussion ,
il a été décidé , par une grande majorité ,
qu'il n'y avoit pas lieu à délibérer sur la Motion
de M. de Cazales .
Avant cette discussion , et pendant le tumulte,
M. Lucas est allé prêter , à la Tribune,
le serment du 20 juin , auquel il n'avoit pu
se réunir , n'étant pas encore Membre de
l'Assemblée. Dom Gerte , également absent
à cette époque , a imité M. Lucas ; d'autres
encore ont suivi ces deux Députes , et bientôt
M. de Menou a demandé que tous ceux qui
n'avoient pas juré , le 20 juin , jurassent aujourd'hui.
Cette Motion , n'etant pas un ordre
de l'Assemblée , les volontés sont restées
libres , et le serment a éte prêté par ceux
- qui l'ont considéré comme nécessaire .
A trois heures et demie , l'Assemblée s'est
séparée , après avoir oui un projet de Décret
qu'à propose M. Treilhard , et que
nous retrouverons dans la Séance de demain.
DU JEUDI 18 FÉVRIER .
Al'ouverture de la Séance , M. le Président
àdonne lecture d'une lettre à lui adressée
par M. le Duc d'Orléans , en date de
Londres , le 16 Février.
Ce Prince y dit , qu'absent de l'Assem
blee Nationale , d'apres la permission qu'elle
lui en a donnée le 14 octobre dernier , pour
aller remplir la Mission que le Roi lui a fait
(278 )
l'honneur de lui confier ; il estresté uni d'esprit
et de coeur à l'auguste Assemblée , et
qu'il a toujours trouvé son voeu particulier
conforme au voeu général exprimé par ses
Décrets . "
Je partage également les sentimensd'amour
et de respect , ajoute-t- il , qu'a inspirés
à l'Assemblée la demarche vraiment royale
et paternelle de Sa Majesté. Je vous prie ,
M. le Président , de supplier l'Assemblée ,
adhésion formelle au serment que ses Membres
ont prêtéle 4 de ce mois. "
« Je jure d'être fidèle à la Nation , à la
Loi et au Roi , et de maintenir de tout
« mon pouvoir la Constitution décrétée par
l'Assemblée Nationale , et acceptée par le
Roi. »
04
46
Signé , L. P. J D'ORLÉANS .
Cette lettre a été applaudie par la majorité
de l'Assemblée , qui a ordonné qu'elle
seroit insérée dans le Procès-verbal .
TRAITEMENT DES RELIGIEUX.
M. Treilhard a soumis à la discussion l'article
suivant , rédigé par le Comité Ecclésiastique.
te L'Assemblée Nationale décrète que dans
la fixation des pensions des Religieux qui
sortiront de leurs Maisons , il ne sera fait
aucune distinction à l'égard des differens
Ordres rentés . "
Une grande partie de l'Assemblée a d'abord
crié aux voix ; mais la discussion a
bientôt produit un balancemement dans les
Opinans.
Dom Gerle , Chartreux , qui a montre ,
constamment , un dévouement enthousiaste
à toutes les nouveautés du temps , a soutenu
( 279 )
que s'il devoit exister une distinction de
traitement , c'étoit en faveur des Religieux
les plus constamment utiles , et non en faveur
de ceux qui avoient vécu dans les jouissonces
; et que tous avoient les mêmes droits
à la justice , à l'humanite. Ce dernier argument,
qui justifieroit pleinement le partage
des biens de la société , s'est reproduit vingt
fois dans la Séance.
Je rends justice , a repliqué M. de la
Rochefoucauld, aux intentions du Préopinant
; mais son désintéressement ne m'a pas
convaincu. En ouvrant les Cloîtres aux Religieux
, je crois que vous leur devez un
établissement qui les dédommage de celui
qu'ils perdent. D'une égalité parfaite dans
le traitement pécuniaire , résultera une inégalité
réelle pour les individus . Les Mendians
sont accoutumés à une vie plus active
, à vicarier , à prêcher. Les autres n'auront
nul moyen d'améliorer leur sorti. Ils
ont passé la moitié de leur vie dans des
études tranquilles , qui n'augmenteront pas
leur revenu. Croyez-vous qu'un Bénédictin
de 60 ans , enseveli toute sa vie dans une
Bibliothéque , puisse se procurer les mêmes
ressources , que celui qui se sera fait l'habituded'ungenre
de vie plus avantageux ? Les
uns et les autres ont aussi différé par les sacrifices.
Pour qu'aucun ne regrette son ancien
état , ilfaut donc une difference de traitement.
M. l'Abbé Grégoire a défendu les idées
contrairesqui ont trouvé un nouvel appui dans
M. Guillotin. Plus d'une fois , a dit ce dernier,
le Clergé a reproché à l'autorité civile de
porter la main àl'encensoir. Ce n'est que du
côté civil que nous devons examiner la ques(
280 )
১
tion. Quel est le contrat que les Religieux
ont fait avec la société ? Ils ont renoncé
à leur patrimoine et à leur liberté ; la société
doit garantir l'état qu'ils ont embrassé.
Les uns ont adopté , de leur propre volonté,
les Ordres Mendians ; les autres ont contracté
avec des Ordres rentés . Je n'examine
point la pureté de leurs intentions ; mais
ces derniers ont dit : Je sacrifie mon patrimoine
, mes espérances , parce que je m'assure
une existence qui m'offre tels avantages
; et sans cela je ne le contracterois pas .
La Société a garanti , à l'un et à l'autre , la
jouissance de son choix. Les religieux rentés
ont done le droitde jouir des biens de leurs
maisons . Combien de fois les discours des
individus , les spéculations de famille , n'ontils
pas prouvé que la plupart d'entre eux ,
n'y sont entrés que pour partager un certain
bien- être et une existence agréable ? »
Vous devez reconnoître le principe que
ceux qui ont acquis une jouissance garantie
par la Société , peuvent en être dépouillés.
Vous forcez les Religieux rentés à maintenir
une partie de leur contrat , puisqu'ils ne
rentrent pas dans les droits qu'ils avoient à
leur patrimoine ; maintenez l'exécation de
l'autre partie , et faites en sorte qu'ils soient
contens , ou bien ils vous diront : Laisseznous
comme nous étions . »
Jusqu'ici l'opinion contraire avoit encore
un grand nombre de Partisans , et plusieurs
fois l'Opinant avoit été interrompu par les
murmures d'une conviction pénible. M. Dupont
acheva de rompre l'opiniatreté,d'un
systéme inaplicable d'égalité.
« Lorsque la Nation , dit- il , détruit une
corporation , elle doit s'assurer jusqu'où s'é-
A
( 281 )
tende droit de propriété indivise de la
corporation , et la propriété des individus
qui la composent. Lorsque la corporation
est détruite , la société entre par déférence
dans sa proprieté ; mais lorsque ce corps a
encore des héritiers , lorsque les individus
ne sont pas morts , nul n'a droiť de leur enlever
leur jouissance .
Or , je demande , si les Religieux rentés
n'avoient pas des moyens de jouissance plus
étendus; si , lorsqu'ils étoient malades , ils
n'éprouvoient pasun traitement plus favorable.
Vous n'avez pas le droit d'exiger d'un
homme le degré de ferveur , dont Dieu ne
l'a pas rendu susceptible ; vous ne devez
pas exiger d'un Religieux de Saint-Benoît ,
ce que vous avez droit d'attendre d'un Regieux
de Saint-François .
Ils'agit d'une opération,non de finance,mais
de justice. Vous n'exigerez pas que l'homme
très - riche se réduise précisément à l'état de
pauvre ; il donnera l'aumône à proportion de
ce qu'il a . Il est juste de compâtir aux foibles- .
ses de l'humanité. Il n'est personne de vous
qui étant riche , voulut se réduire au rang de
ceuxqui n'ont rien ; pourquoi voudriez - vous
l'exiger des autres ?
M. Thibault , Curé de Soupes , s'écria ,
avec un storcisme qui à jamais fera oublier
lenom d'Aristide : « Je n'ai jamais connu de
vraie jouissance que celle d'être utile à sa
patrie. Ce qui est nécessaire tient le milieu
entre le superflu et l'insuffisant. Votre intention
n'est pas de donner aux uns le superflu
et aux autres l'insuffisant: Donnezleur
donc à tous également la somine que
vous aurez jugée étre le nécessaire . "
( 282 )
M. Duport : « Si vous élevez les Religieux
non rentés au sort des Religieux rentés , vous
faites une grande générosité ; mais vous n'en
avez pas les moyens nécessaires : si vous
abaissez au contraire les Religieux rentes
au sort de ceux qui ne le sont pas , vous
faites une grande injustice .... Vous devez
donc établir une distinction .
M. d'Elley d'Agier : « Parmi les Ordres
Mendians , il est des Maisons aussi riches
etsouvent plus riches que les Maisons rentées .
Votre loi seroit done injuste ou combattne
par des exceptions perpétuelles. "
«Transportez - vous dans certaines Maisons
rentées , vous y verrez l'Etat-major de l'Ordre
, les Supérieurs et les Doyens opulens et
heureux ; descendez dans le réfectoire , vous
y verrez le simple Religieux ayant à peine
de quoi alimenter sa vieillesse . La difference
de jouissance n'est pas assez considérablepour
en opérerune dans le traitement;au
moins ne peut- elle être déterminée par aucune
règle générale. Enfin les uns et les autres
sont revêtus du caractère de Prêtres
Tous les Prêtres ont les mêmes droits à un
sort convenablé , pour soutenir leur dignité.
Ces citations , ces raisonnemens paroissoient
loin d'entraîner la conviction , lorsqué
M. de Mirabeau prit la parole : « Il ne
semble , dit- il , que les Préopinans eussent
mieux éclairé la question , si , au lieu d'émouvoir
votre sensibilité , ils se fussent tenus
à vous présenter le principe. Quand vous
avez déclaré que les voeux monastiques n'auroient
plus d'effet surlaliberté des individus ,
vous n'avez pas anéantices voeux. Celui qui
a fait veu d'être riche , n'a pas fait voeu de
ne l'être pas. Le Génovéfain n'a pas fait voeu
( 283 )
d'être Caputin"; ils ont fait des sacrifices
differens ; vous devez donc nuancer leur traitement.
Votre loi d'égalité seroit donc une
loi rétroactive , et rien dans le monde ne
peut rendre légitime une loi rétroactive. »
" Nous n'avons pas encore de connoissances
assez exactes sur le nombre et les biens
des Religieux , pour prendre un parti déterminé
sur leur traitement ; mais je vous
demandé s'il est convenable de le fixer autrement
que sous ce rapport : quelle est la
somme la plus considérable , quelle est la
moins considérable qu'on peut accorder ?....
Vous trouveriez certainement injuste d'accorder
aux Moines plus qu'au Clergé actif.
Vous prononcerez donc , dès -à- présent , que
le traitement ne pourra être moindre qué
celui des Vicaires de campagne , ni plus
fort que celui des curés .
M. Fréteau a ajouté à ces raisons une nouvelle
considération. Un Religieux qui a passé
une partie de sa vie dans une bibliotheque ,
peut rendre de grands services à la société .
Cette vie sédentaire , le besoin de livres ,
et toutes les dépenses qu'exigent les recherches
les sciences et les arts , demandent de
grandes ressources . Faites renaître l'emulation
, vous verrez une foule de jeunes Religieux
s'adonner à des études sérieuses , et
il importe infiniment que vous leur en laissiez
l'aisance . La constitution aura longtemps
besoin d'être défendue par de bons
Citoyens . Les habitudes des Religieux des
Ordres rentés , et la vie active et sevère des
Mendians , exigent donc des besoins tout-àfaitdifferens
.
M. Lanjuinais a avancé , contradictoirement
aux Préopinans , « Il n'est pas vrai que
1
( 284 )
la Nation ne puisse succéder aux Ordres
religieux , que par droit de deshérence ; elle
en occupe les biens par le droit de disposition
; sans cela il faudroit attendre la mort
du denier Religieux ; en second lieu , la
loi n'a jamais protégé que les règles et les
statuts de POrdre . Ces statuts n'accordent
à chaque religieux que le nécessaire , vous
ne devez rien ajouter ni retrancher.
La discussion ayant été fermée , il est
survenu de longs débats de rédaction , à la
suite desquels la résolution suivante a été
adoptée par une majorité considérable.
te
« L'Assemblée Nationale décrète que le
traitement des Religieux Mendians qui
sortiront de leur Cloître , sera different de
⚫ celui des Religieux non mendians. "
M. le Chapelier a terminé la Séance par
la lecture du Projet de loi , que le Comité
de Constitution a été chargé de rédiger ,
pour le rétablissement de l'ordre dans les
Provinces. On en a ordonné l'impression et
l'ajournement.
DU VENDREDI 19 FÉVRIER.
A l'ouverture de la Séance , M. Treilhard
a propose , au nom du Comité Ecclésiastique
, l'article suivant :
Les Religieux qui seront pourvus de
Titres perpétuels , de Benefices , d'Abbayes ,
Prieuréset autres ,jouiront d'un traitement
qui sera incessamment fixé. Il ne sera fait
d'ailleurs aucune distinction en faveur des
individus , à raison des emplois qu'il ocerpent
dans leurs Maisons ou dans leur Ordre ;
et ce , non compris les Freres - lais , Donnés
et Convers . »
M. l'Abbéd'Abbecourt ayant traité d'abord,
( 285 )
et de nouveau , les principes de la décision
déja rendue sur les Ordres Monastiques , a
conclu à assurer aux Religieux , un traitement
proportionnel à leurs revenus ; par
exemple , de 12 à 1500 livres ; que les pensions
de ceux qui resteront dans les Closures ,
consistent en dotations territoriales , et les
pensions des Moines qui resteront dans le
monde , hypothequées sur les biens- fonds.
Ces deux dernieres dispositions , que la
justice , la prudence et l'humanité recommandent
avec une égale force , n'ont pas
fait l'objet du débat , qui a été concentré
dans la fixation d'un traitement relatif , en
faveur des Religieux.
A la suite d'une discussion fort longue ,
l'Assemblée a arrêté un premier Decret en
ces termes , sur la rédaction de M. le Camus ,
jointe à quelques amendemens :
" Il ne sera fait aucune distinction entre
les Religieux qui possèdent des Bénéfices et
ceux qui n'en possèdent pas , si ce n'est à
l'égard des Bénéficiers - Curés , qui seront
traités comme les Curés Séculiers ; mais il
pourra être fait des exceptions à l'égard des
Généraux d'Ordres et Abbés Réguliers ayant
jurisdiction sur leurs Maisons. "
M. Treilhard a présenté ensuite un second
article , par lequel il est accordé aux Religieux
mendians , 700 liv. de pension jusqu'à
50 ans ; 800 liv. jusqu'à 70 ; 900 liv.
après 70 ans ; et aux Religieux non mendians
, 900 liv. jusqu'à 50 ans ; 1000 liv.
jusqu'à 70 ans , et 1100 liv. apres 70 .
M. l'Abbé Grégeoire et Dom Gerle ayant
insisté sur la justice d'un traitement plus
considérable , M. Dupont a pris la parole .
Déterminer les dépenses avant de con- "
( 286)
noître les recettes , a-t-il dit, c'est un paradoxe
ou une imprudence. J'ai fâché d'eta
blir hier devant vous , la nécessité d'être
justes , et j'ai parlé conformément à votre
coeur. Je tâcherai aujourd'hui d'établir la
nécessité d'être prudens , et je parlerai conformément
à votre raison . Avant de statuer
sur le traitement que vous accorderez aux
Religieux , il faut connoître le nombre des
Religieux et leurs revenus. Je pense donc
qu'il faut attendre les détails que votre
Comité Ecclésiastique vous a promis sur ces
objets ; afin que vous soyez justes sans excéder
vos moyens , et que vous ne décidiez
pas au hasard ce qui doit être arithmetiquement
calculé, "
« D'après nos recherches , a répliqué M.
Treilhard , nous avons trouvé 18,000 Religieux.
M. l'Agent - général du Clergé ne
porte pas même ce nombre aussi haut. "
« Quant aux revenus des Monastères , nos
notions sont moins précises. Comme vous
avez prolongé jusqu'au 1er Mars le terme
des déclarations , il en est un très -grand
nombreque nous n'avons pas encore reçues.
Cependant nous connoissons exactement les
revenus de Saint - Maur , de l'Ordre de
Saint-Bernard , de Cluni , des Chartreux , etc.
Ils suffiront à toutes les pensions , pourvu
qu'elles ne soient point excessives ; et supposé
qu'ils ne suffisent point , vous trouveriez
un complément dans les Maisons de
l'Ordre de Saint-Benoît , répandues dans
les Pays - Bas , et dont la moindre a 50,000l .
de rentes ; plusieurs ont 3 et 4 cents mille
livres. Les Maisons des Augustins sont encore
très-riches dans les Pays-Bas ; les Genovéfains
le sont dans toutela France. En(
287 )
•
suite vous avez les emplacemens d'un grand
nombre de Maisons Religieuses. Vous pouvez
donc compter sur des ressources abondantes ,
et fixer des - à-présent le sort des Religieux ,
pourvu que vous ne vous livriez point à des
mouvemens excessifs de générosité. "
MM. Robespierre , Barnave et Péthion ont
plaidé pour l'augmentation de traitement ,
sans s'inquiéter des calculs de finances. L'Assemblée
, a dit le second de ces Opinans ,
ne doit considérer que les grands principes
d'une Constitution libre .
M. Martineau a ramené aux faits cette
question.
" Vous ne connoissez certainement pas ,
a-t- il dit , le nombre ni les revenus des Religieux.
Il existe près de 30,000 Religieux ,
et vous savez que les Couvens de filles sont
en général très - pauvres. Presque toutes
vivent du travail de leurs mains ou des pensionnats
. Ainsi , vous aurez 38,000 personnes
à doter. On vous a cité les riches revenus
de quelques Maisons ; mais on ne vous dit
pas que les revenus de la plupart sont déja
réduits de moitié par la suppression deda
dime , et qu'elles sont grevées de dettes
énormes , dont chaque jour nous fait connoître
de nouveaux états . Dans la première
intention des Donateurs , ces biens furent
destinés au soulagement des pauvres ; si
vous allez les partager entre les Religieux
qui sortiront et ceux qui resteront dans leurs
Cloîtres , que deviendra cette classe intéressante
, qui attend vos secours ? Vous n'avez
pas entendu grever la Nation de nouveaux
sabsides. Je vous demande donc en grace
d'être prudens et réservés. "
:
( 288 )
Ces motifs n'ébranlerent point M. le
Comte de Mirabeau qui , continuant à
defendre Vévaluation proposée par M. Barnave,
y ajouta une premiere gratification .
Vous accorderez peut- être une liberté illusoire
aux Religieux , s'ecriat- il , si vous ne
songez qu'ils arrivent dans le monde , dénués
de toutes les choses necessaires ; j'opinerois
donc à leur faire delivrer, indépendamment
de leur pension , une somme à
forfait , équivalente la moitié de la pension ,
et PAYABLE EN ARGENT MONNOYÉ. ز
On cria de tous cotes aux voix , et l'on
ferma la discussion , qui se prolongea cependant
encore plus d'une heure sur les
amendemens , les debats de priorité entre
une foule de rédactions.
M. l'Abbé de Montesquiou observa qu'il
reste à peine 200 Jésuites : « La vieillesse
et l'humanité , ajouta-t- il , ont des droits à
votre respect , et des-lors à votre générosité.
Vous ne refuserez point votre justice
à cette congrégation célebre dont les fautes.
ont été un problême , mais dout les malheurs
ne le sont pas ; à ces hommes qui
ont été les premiers maîtres de la plupart
d'entre vous , et qui , après 30 ans d'infortune
et de courage , méritent bien une
si modique récompense . "
En dernier résultat , l'Assemblée porta
le Décret suivant :
" Il sera payé à chaque Religieux mendiant
, qui aura fait pardevant la Municipalité
du lieu , la déclaration qu'il veut
sortir de son Cloître , par quartier et d'avance
, à dater du jour qui sera incessamment
déterminé , 700 liv. jusqu'à 50 ans ,
800 liv.
( 289 )
800 liv. depuis 50 ans jusqu'à 70 ans , et
1000 liv. passé 70 ans ; aux Religieux nonmendians
903 liv. jusqu'à 50 ans , 1000 liv.
depuis 50 jusqu'à 70 ans , et 1200 liv. passé
70 ans. "
«Les ci- devant Jésuites résidans en France,
et qui n'ont pas en bénéfice , ou en pension
sur l'Etat , un revenu égal à celui des Religieux
de la même classe , recevront le complément
de cette somme. "
DU SAMEDI 20 FÉVRIER.
Deux articles proposés par M. Treilhard
ont occupé les premieres heures de la Séance...
Le second a donné lieu à des objections
très- fortes , sur lesquelles néanmoins il a prévalu.
La haute importance de ce qui nous
reste à rapporter , nous force à passer sur
ces premières contestations , à la suite desquelles
les deux articles du Comité Ecclésiastique
ont été convertis en Décrets ,
portant ce qui suit :
4
10 Les Frères Lais ou Convers qui auront
fait des voeux solennels , et les Frères
« Donnés , qui rapporteront un acte d'enga-
« gement contracté en bonne forme entre
eux et leur Monastère , auront , lorsqu'ils
sortiront du Monastère , par quartier et
d'avance ; savoir , 300 liv. jusqu'à 50 ans ,
et 400 liv. après 50 ans . "
"
"
"
Les Religieux qui sortiront de leurs
Maisons n'en resteront pas moins inca-
« pables de toutes successions et dispositions
entre vifs et testamentaires; ilspourront
seulement recevoir des pensions , ou
rentes viagères.
"
PROJET DE LOI POUR LE RÉTABLISSEMENT
DE L'ORDRE PUBLIC .
Jeudi dernier , M. le Chapelier avoit pro-
Nº. 9. 27 Février 1790.
/
N
1
(290 )
posé au nom du Comité de Constitution ,
ce projet , dont M. Barnave a aujourd'hui
combattu plusieurs dispositions.
<<Silaliberté, a-t- ildit, exige que les différens
pouvoirs ne soient point concentrés dans
les mêmes mains, elle exige aussi que des pouvoirs
homogenes ne soient point abandonnés
à tant de personnes différentes , à des hommes
qui peuvent être divisés entre eux ou
en contradiction; division de laquelle il doit
naître nécessairement Panarchie ou la
guerre civile . L'Officier de Justice ne doit
requérir la force armée que pour l'exécution
de ses jugemens ; là où cessent ses
fonctions , là cesse la faculté de requérir.
Les Municipalités sont dans le nouvel ordre
de choses , attachées à la Constitution : la
plupart des Officiers de Justice doivent ,
par la nature même des choses , être attachés
à l'ancien état. Vous ne mettrez point
la force armée entre les mains de deux pouvoirs
rivaux , et vous ne livrerez point à l'esprit
de discorde la Puissance publique.
Quant à la partie de l'article qui autorise
quatre Notables à requérir la force publique,
au refus des Officiers Municipaux et
des Officiers de Justice , c'est l'empire-accordé
à la minorité sur la majorité. Il faudroit
au contraire n'accorderce terrible pouvoir
qu'au plus grand nombre de personnes
possible. "
१० Au refus même des Notables , votre
Comité autorise huit Citoyens à faire cette
réquisition. Ainsi huit personnes intéressées
pardes vues ou par des haines particulieres ,
auront le droit de faire mouvoir à leur gré
toutes les forces publiques ! Pensez-vous sé-
Meusement qu'une Milice Nationale soit
(291 )
prête à obéir à quelques personnes qu'elle
ne connoît pas , ou dont eile verra les intrigues
?
Un pouvoir légal pourra seul dissiper les
attroupemens . Cederont- ils à la violence dirigée
par quelques personnes ? Vous établissez
la guerre civile dans vos foyers . Je conclus
par engager le. Comité de Constitution
à rédiger un nouveau projet de Décret.
M. le Chapelier en a, en effet , et sur-lechamp
, proposé un nouveau , rédigé de sa
main , et adopté par le Comité.
Les Officiers Municipaux seront tenus
de proclamer la Loi Martiale , dans tous les
cas où , des attroupemens séditieux menaceroient
la vie et la tranquillité des Citoyens. »
« Si , par négligence ou par foiblesse , ils
ne se conformoient pas à cette disposition ,
ils seront responsables , privés de leurs Offices
, déclarés incapables de remplir à l'avenir
aucunes fonctions publiques , et condamnés
au paiement du tiers du dommage
qui sera fait , et à la restitution des sommes
que le Trésor public aura perdues par le pillage.
"
S'il peut être prouvé que les Officiers
Municipaux ont favorisé les troubles , ils seront
poursuivis extraordinairement , déclarés
prévaricateurs dans leurs fonctions , et punis
comine tels .
" Tous les Citoyens pouvant concourir au
rétablissement de l'ordre public , toute la
Communauté sera responsable des deux tiers
du dommage; et pour frayer à ce dédommagement
, il sera fait dans le mois un rôle
de répartition sur tous les Citoyens actifs . "
Tout Citoyen pourra inrerpeller par
écrit les Officiers Municipaux , de procla-
Nü
( 292 )
merla LoiMartiale ; et s'il est , par la suite ,
prouvé et jugé que les Officiers Municipaux
ont eu fort de se refuser à cette interpellation
, toute leur fortune sera épuisée pour
réparer le dommage résultant de leur refus.
>>>
Ceux qui auront fait aux Officiers Municipaux
la réquisition de proclamer la Loi
Martiale , seront exempts de la contribution
pour réparation du dommage et pour la restitution
des deniers publics enlevés . »
Ceux qui auront fait une réquisition légère
ou coupable , seront condamnés à une
amende de ....
" Le Roi sera, supplié de faire passer des
troupes dans les lieux où les désordres se
seront le plus manifestés ; et ces troupes ne
pourront agir que sur la réquisition des
Officiers Municipaux , et conformément aux
dispositions de la Loi Martiale. »
M. de Mirabeau , en louant l'ingénieuse
dovilité du Comité , a demandé l'impression
de ce nouveau Projet , avant qu'il fût mis
en délibération. On alloit ajourner la discussion
, lorsque M. l'Abbé Maury, a opiné
à s'occuper du principe et de l'esprit du
Projet , en ajournant seulement l'examen de
ses dispositions. Cet avis a été adopté , et
la discussion s'est portée sur les principes.
MM.de la Fayette , l'Abbé Maury , Mira
beau , Péthion , de Clermont - Tonnere , ont
successivement parlé quelques minutes ; mais
nous sommes obligés de nous réduire aux
deux Opinions plus développées de MM. de
Cazalèset Malouet.
M. de Cazalès : « Depuis six mois un grand
nombre de Citoyens ont été attaqués ; lespro
priétés ont été violées ; elles les ont aujour
1
( 293 )
d'hui , elles le seront peut- être encore. Pen .
sez-vous que les Propriétaires puissent le
supporter plus long - temps ? Non, sans doute ;
ils s'armeront pour leur défense ; et de là ,
une guerre destructive de toutes les sociétés
civiles , la guerre de ceux qui n'ont
rien , contre ceux qui ont quelque chose.
Sans doute il est instant de parer à tous ces
maux , et le Projet de Loi qui vient de vous
être présenté par votre Comité , est peutêtre
propre à défendre les Villes ; mais il
est sans force pour la sureté des campagnes ;
en général même , je ne pense pas que l'effet
qu'il peut avoir , soit assez prompt pour le
moment dans lequel nous nous trouvons . «
« Profitons des exemples de nos voisins ;
- voyons si la Constitution Angloise ne nous
offre pas des remèdes -plus sûrs contre les insurrections
et les émeutes. Voyons quelle est la
conduite de cette Nation , qui a le plus opposé
de barrières au despotisme du Tróne ,
de cette Nation qui ale mieux assuré la tranquillité
civile. "
« En Angleterre , on a établi contre les
séditieux , le Bill de Mutinerie , qui , à trèspeu
de chose près , est notre Loi Martiale .
Mais quand les Provinces sont ravagées ,
quand l'insurrection est générale , le Corps
legislatif emploie de plus grands moyens ;
alors il a recours au Pouvoir exécutif; il lui
donne , par un Acte Parlementaire et pour
un temps limité, le droit d'employer tous
lés moyens qui lui paroîtront convenables ,
poir ramener le calme et la paix ; et dans
ce' cas , les Ministres ne sont responsables
que de l'exécution des ordres du Roi . »
16 Tel est le moyen que je veux proposer
en France. On me dira que c'est s'ex
Niij
( 294 )
poser au risque de donnner trop de force
au Pouvoir exécutif. Je me répondrai à
cette objection qu'en interrogeant la bonnefoi
de l'Assemblée. Je demanderai si ele
doute que la bonté du Roi , que l'opinion
générale , que les forces citoyennes puissent
et doivent faire évanouir ces alarmes
, sur-tout lorsqu'on voudra bien observer
que ce pouvoir ne sera accordé au Roi
que pour un temps limité , pour un temps
court. Non , Messieurs , la Constitution n'a
plus rien à craindre que de nous -mêmes ; il
n'y a que l'exagération des principes , il
n'y a que la ligue de la folie et de la mauvaise
foi , qui puissentty porter quelque
atteinte. Hâlons- nous d'affermir le grand
coeuvre de la Liberté ; que les ennemis de la
Constitution , qui , n'en doutez pas , sont
les instigateurs des désordres , soient forcés
à perdre l'espérance de détruire notre ouvrage."
Jemerésume , et j'ai l'honneur de vous
proposer de charger le Roi,de prendre les
mesures qu'il croira les plus propres à assurer
la tranquillité publique. Je vous propose
enfin d'investir le Roi , pour trois mois seulement
, de toute la plénitude de la puissance
exécutive. »
16 M. Malouet. Je ne vous propose point,
commelesderniers Préopinans , de conférer au
Roi une espèce de dictature , mais bien d'établir
le Pouvoir exécutif sursa base , qui est ,
dans une Monarchie ,l'autorité Royale. -H
n'en estpoint faitmention, ni dans lepremier,
nidans le second ProjetdeDécretqui vient de
vous êtrelu. Ainsi , avant d'en discuter les détalls
, qu'une lecture rapide ne me permet
pas de bien saisir , j'en examinerai les prine
1 ( 295 )
ripes ; car c'est des principes de cette Loi
que dépend absolument la forme de Gouvernement
sous laquelle nous allons vivre .
La Constitution , par cette Loi , sera ou
cessera d'être Monarchique.- Le Pouvoir
exécutif va être mis en dedansou en dehors
de sa sphère d'activité.- Lors done que des
circonstances graves nous pressent de toute
part , lorsque le poids des évènemens va se
placer sur nos têtes , et nous livrer incessamment
au jugement de la génération présente
et de la postérité , quelles que soient les opinions
dominantes , les inquiétudes et les passions
ou les préventions qui nous environnent ,
chacun de nous doit déployer ici sa conscience
et ses efforts pour établir des principes , qui
survivent à l'agitation et aux intérêts du
moment. "
Le Projet de Loi qu'on vous propose est
provoqué par des désordres , précédés de
tant d'autres excès que nous avons tous eu
le temps et l'obligation de nous occuper des
remèdes . Ils doivent sans doute se trouver
dans la Constitution, et les dispositions insilisantes
que vous avez déja décrétées , n'excluent
point celles qui vous restent à adopter
pour rétablir l'ordre et en assurer la stabilité
, pour mettre en harmonie la Loi et ses
moyens qui sont tous les ressorts du Pouvoir
exécutif.
" Le second Décret proposé remplit - il
complètement cette fin ? Je ne le crois pas ;
et , sans en rejeter les articles, je vais essayer
de vous démontrer ce qu'il est indispensable
d'y ajouter.>>
Comment doit se mouvoir, et jusqu'où
peut s'étendre , dans un grand Empire ,
• Pouvoir exécutif? comment le concilier avec
le
Niv
( 296 )
la liberté ? comment servira-t- il à sa défense
et point à sa destruction ? Voilà le problême
politique que nous avons à résoudre.
" Je n'en trouve la solution dans aucun
des deux Projets. Je vois bien ce qui est
prescrit , en cas de sédition ou de violence ,
aux Officiers Municipaux , aux Chefs Minitaires
d'une Ville ou d'un Bourg ; mais hors
de l'enceinte des Municipalités , je ne vois
point de direction supérieure qui rallie , contienne
, ordonne toutes ces forces et ces volontés
éparses . Il semble que le Décret , ne
considérant qu'une Ville , fasse abstraction
de toutes les autres et des campagnes ; il
semble que les désordres , dans un grand
Royaume , ne puissent se déployer que partiellement
et dans une juste proportion avec
les forces locales . -Si les Officiers Municipaux
ou la Milice ne font pas leur devoir ,
le Projet de Loi dit bien qu'ils sont responsables
; mais en attendant qu'ils soient punis ,
et que l'ordre se rétablisse , la Loi se taît ;
et je ne trouve point la place ni la fonction
de l'Ordonnateur Suprême du Pouvoir
exécutif. »
« C'est cependant ce qu'il faut nettement
exprimer , et voici le moment de le dire.
-Ce n'est point en jetant un voile sur le
Trône que nous en serons protégés ; et si
son influence n'a une activité protectrice ,
ou elle s'effacera tout-à- fait et réduira la
Royauté à un vain simulacre , ou les premiers
mécontentemens du Peuple rappelleront
le despotisme sous des formes nouvelles
. "
« J'observerai d'abord que c'est une erreur
aujourd'hui familière , que de donner le
même nom à l'autorité Royale etau Pouvoir
( 297 )
1
exécutif; l'une représente l'Empire et la
Souveraineté , et l'autre en est l'instrument. »
Tout ce qui est nécessaire à la sureté ,
à la protection de tous , à l'exécution invio .
lable des Lois , compose le Pouvoir exécutif ,
distribué en plusieurs Magistratures dans
les Républiques. La réunion de toutes les
forces sous la direction d'un seul , distingue
le Gouvernement Monarchique. "
Le pouvoir d'empêcher l'emploi illégal
de ces forces , appartient à une Nation libre ,
exerçant par ses Représentans l'autorité
Législative. "
Ainsi , la liberté Nationale ne consiste
pas à atténuer ou à transposer le Pouvoir
exécutif , sans l'unité duquel elle ne peut
exister ou se maintenir , mais à prévenir sa
direction arbitraire ; ce qui est éminemment
le droit et le devoir du Corps Législatif. "
Car , lorsqu'une Nation a investi ses
Représentans de ce droit , elle ne peut plus
le perdre qu'en renonçant à la volonté de le
conserver.
Et lorsque la responsabilité des Agens
du Pouvoir exécutif est devenue une Loi
constitutionnelle , leurs écarts peuvent être
des délits plus ou moins graves , mais ils ne
pourroientdevenir des conquêtes surlaliberté
que par la faute du Pouvoir législatif , qui
est toujours en état de prononcer que la Loi
est violée et la peine encourue .
"
Cette surveillance active des Représentans
de la Nation est l'unique contrepoids
légal et efficace de la force publique et de
la puissance qui la dirige . --Que tout autre
Corps ou Individu participe à l'exercice de
ce droit souverain , les différentes parties
de la Société politique doivent alors
No
se
( 298 )
trouver fréquemment dans unétat de guerre
ou d'anarchie , et il n'y a plus de Gouvernement
; car , le pouvoir de gouverner doit
être actif et irrésistible dans les routes qui
lui sont tracées , puisqu'il n'est autre que la
Loi agissante. »
« Je n'appliquerai pas les principes à l'état
actuel de nos Provinces , qui ne représente
aucune forme de Gouvernement , mais aux
moyens constitutionnels de faire cesser d'aussi
grands maux. »
" Vous avez reconnu , Messieurs , que le
Gouvernement François est Monarchique , et
que le Pouvoir exécutif suprême réside dans
les mains du Roi . »
C'est aussi un principe constitutionnel
de toutes les Sociétés du monde , que la violence
doit être réprimée par la force.
"
"
Examinons maintenant quelle est l'intervention
et l'influence du Chef Suprême
du Pouvoir exécutif dans la direction de la
force publique , pour le maintien de l'ordre
et la réparation des violences. La Loi qui
les réprouve réclameson appui. Voilà le principe.
La conséquence ne peut pas être que
les Corps intermédiaires agissent , disposent ,
annullent la force publique par leur volonté
propre ; car alors je ne suis plus le Chef
Suprême , et le Pouvoir exécutif se trouve
en effet dans les mains des Municipalités . »
" Ce n'est pas que j'improuve le Décret
qui leur donne le droit de requérir les
Troupes réglées ,et met celles - ci aux ordres
du Magistrat Civil . -Dans les cas ordinaires
, cette mesure est sage et nécessaire.
-
Mais lorsqu'elle devient insuffisante , le
Iouvoir exécutif suprême doit il être inactif,
et son emploi n'est- il pas légal lorsqu'il ré(
299 )
4
pare ou qu'il empêche les désordres et les
violences réprouvées par la Loi ? »
Le nouveau Décret proposé par le Comité
de Constitution ne statue rien sur ces
cas extraordinaires ; il n'indique point celui
où le recours au Monarque devient nécessaire
, où la désobéissance à ses ordres seroit
une forfaiture ; le Décret s'adresse à chaque
Municipalité séparée : on ne voit point le
lien commun qui les unit à la force publi
que , et sa direction supérieure : le Pouvoir
exécutif se trouve séparé du Monarque , et
agit sans son intervention dircete ni indi
recte. "
1
De telle sorte que s'il n'y avoit point de
Roi , mais seulement des Troupes soldées et
des Capitaines dans les Provinces , les Municipalités
n'auroient à faire que ce qui leur
est prescrit , et les Capitaines pourroient
aussi , sans autre Supérieur que les Assemblées
Administratives , remplir la mission de
confiance qui leur est imposée par le nouveau
Décret . "
« Or , si le Gouvernement François cessoit
d'être Monarchique , qui de nous pourroit
croire que nous serions libres long-temps ,
et que l'Empire se maintiendroit dans son
intégrité ? Mais nous perdrions , Messieurs ,
tous les avantages de ce Gouvernement ;
nous n'en aurions que les charges , si l'autorité
Royale ne rallioit , en les dirigeant ,
toutes les branches du Pouvoir exécutif; et
si elle n'avoit , pour l'exécution des Lois ,
toute l'activité qui résulte du commande +
ment d'un seul .
什
" :
Je vous rappelle ici que la surveillance
continuelle du Corps Législatif suffira toujours
pour prévenir ou arrêter les formes
N
( 300 )
1
arbitraires et oppressives; et que lePouvoir
exécutif ne s'exerçant que par des Agens
intermédiaires , leur responsabilité satisfait
aux exigeances de la Loi et aux réclamations
des opprimés .
44
"
D'après ces observations , il me semble
que l'unité et l'activité du Pouvoir exécutif
ne peuvent être solidement établis , qu'en
statuant préalablement à toute autre disponition,
que tous les Corps Administratifs et
Militaires sont tenus d'obéirponctuellement
aux ordres du Monarque. "
C'est au Corps Législatif à faire ensorte
que ces ordres ne puissent ni contrarier
, ni renverser les Lois ; mais si les Corps
intermédiaires participent , dans tous les
eas , au droit de suspendre et de résister ,
il s'élève alors dans le sein de la Nation
autant de Gouvernemens qu'il y a de cités . »
"
-
Alors , une Municipalité disposera exclusivement
, dans son territoire , de la circulation
des grains et du numéraire ; favorisera
une insurrection ; relâchera , à son
gré , la discipline Militaire ; retardera la
perception des impôts ; une Ville pourra
en affamer une autre ; des réquisitions contradictoires
, par diverses Municipalités ,
pourroient armer differentes Troupes les
unes contre les autres . L'autorité des
Magistrats , celle des Officiers Militaires ,
sans bases fixes , sans point d'appui , seroit
incertaine et précaire ; il n'y auroit de puissant
, de redoutable , dans la Capitale et dans
les Provinces , que les passions et les erreurs
de la multitude : le Corps Législatif même
perdroit bientôt son autorité , et nous verrions
reparoître les horreurs de l'anarchie. -
Encore une réflexion , Messieurs ; c'est
( 301 )
la dernière , je la recommande à votre attention.
"
<<Lorsqu'une Nation reconnoît un Chef
suprême , qu'Elle fasse révérer sa puissance ,
qu'Elle se garde bien de travailler à la
rendre inutile. S'il cessoit d'être nécessaire
à son bonheur , il deviendroit redoutable à
sa liberté . »
« Si , au contraire , le Monarque , dans
ses Augustes fonctions , est environné d'un
grand pouvoir pour faire le bien ; s'il nerencontre
de barrieres que celles qui le séparent
du mal , quel Prince alors seroit tenté de
regarder en arrière , de regretter le despotisme
, de rappeler sur son Trône resplendissant
de gloire et de felicité , les sombres
terreurs de la tyrannie ? »
« Je conclus , Messieurs , par vous proposer
les bases fondamentales du Pouvoir
exécutif dans une Monarchie , et je demande
que ces articles précèdent ceux du nouveau
Décret , que je me réserve particulierement
de discuter . "
1. Tous les Corps Administratifs et
Militaires sont dans la dépendance immédiate
du Monarque , et doivent exécuter
ponctuellement ses ordres .
"
"
2 °. Toute désobéissance aux ordres du
Roi , non motivée sur une violation constatée
des Lois constitutionnelles , sera punie
comme forfaiture .
3º. Tout acte d'insubordination dans
l'Armée de terre et de mer , sera jugé et
puni conformément aux Ordonnances Militaires.
«4°. Il appartient au Roi de pouvoir prévenir
et empêcher , par l'emploi de la force
publique , que la sureté et la propriété des
Citoyens ne soient violées. Tous les ordres
(302 )
que Sa Majesté donnera à cet effet seront
contre-signés par un Secrétaire d'Etat , qui
en sera responsable , ainsi que les autres
Agens du Pouvoir exécutif qui abuseroient
desdits ordres . »
5°. Si , dans une sédition violente , le
salut des Citoyens menacé , et le rétablissement
de la paix publique , exigent des mesures
contraires aux formes légales , et
qu'elles aient été prises par les Agens du
Pouvoir exécutif sans la requisitiondesMagistrats
, ils seront tenus d'en rendre compte
au Corps Législatif qui , dans ce cas seulement
, prononcera en leur faveur un Décret
d'absolution.
«
"
6°. Si , dans une sédition , les Officiers
Municipaux et Magistrats Civils sont arrêtés ,
mis en fuite ou empêchés par la multitude,
l'Officier commandantla force militaire sera
tenu de promulguer la Loi Martiale et de
la faire exécuter. »
La discussion a été ajournée à lundi
mulle Séance n'aura été plus grave .
L'information additionnelle qui avoit pro-
Fongé l'indécision du sort du Marquis de
Favras , se trouva terminée au commencement
de la semaine dernière , sans porter
de lumieres nouvelles sur l'accusation , et
malgre les efforts de l'Accusé pour faire entendre
de nouveaux témoins justificatifs qu'il
désignoit. Les plus fortes présompions à sa
charge résultoient des dépositions des sieurs
Turcatiet Morel , Recruteurs ; l'un Denonciateur
avoue , l'autre incriminé de reproches
par M. de Favras , persistant à récuser ces
deux Témoins .
L'opinion publique étoit partagée sum
(303 )
l'issue de cette affaire ; mais on ne peut
dissimuler que beaucoup de gens sans
passion , et dont l'esprit de parti ne
dicte pas le jugement , ne s'attendoient
pas à voir M. de Favras périr sur l'échaffaud.
Cet espoir étoit chimérique :
le temps , qui est le Juge des Justices,
nous révélera s'il reposoit sur des fondemens
légitimes. L'intégrité du Tribunal
en fortifie surement la présomption .
Le 18 , le Tribunal assemblé , l'Audience
formée , et la procédure rapportée
, le Procureur du Roi donna ses conclusions
à mort. M. de Favras , amené
pour subir son dernier interrogatoire ,
renouvela ses protestations , et ses reproches
contre les sieurs Morel et Tureati.
M. Thilorier, Avocat du Prisonnier
, prit sa défense pour la dernière
fois.
« Un crime épouvantable , dit- il , est annoncé
à l'Europe entière ; quel est ce crime ?
Des soldats soudoyés doivent venir égorger
les Citoyens d'une Ville immense qui sont
tous armés . Trois têtes , celles de MM..
Necker , de la Fayetteet Bailly , sont proscrites
; on doit enlever un Monarque à son
Peuple ; les barrières de la France doivent
s'ouvrir. On doit dissoudre l'Assemblée des
Représentans de la Nation , et plus de
1500,000hommesarmés vont recevoirla Loi...
Ah! sans doute , Messieurs , l'Europe , en
lisant ceci , croira qu'une conjuration longtemps
machinée par des hommes riches et
Puissans , a preparé cette contre -révolution
(304 )
étonnante ! Elle calculera le nombre des conjurés
, en raison de l'étendue et de la hárdiesse
de la conjuration. "
« Quel sera son étonnement , lorsqu'elle
saura que cette entreprise hardie est l'oeuvre
d'un seul homme auquel on ne connoît pas
de complice , qu'on regarde comme un intrigantsans
fortune , sans moyens , et qui cependant
a pu être accusé d'avoir par lui- même ,
sans secours , tenté d'ébranler , de renverser
une colonne, que des millions d'hommes armés
ont assise sur une base , qu'ils s'empressent
chaque jour de rendre plus solide.
"
M. Thilorier, admettant ensuite , par
hypothèse , la réalité d'un pareil projet,
demanda si ce projet , même écrit , étoit
un délit capital , et si jamais aucune Loi
avoit puni l'intention du crime , comme
un crime consommé.
M. le Baron de Cormeré , frère de
l'Accusé , en plaida la cause , après M.
Thilorier. Il peignit les sienrs Morel et
Turcati comme étant guidés par l'espoir
d'une récompense de 24000 livres ; il demanda
qu'ils fussent poursuivis comme
faussaires . Passant ensuite au
même de l'affaire , il fit valoir l'absence
complète de tout corps de délit .
fond
Le Jugement ne fut rendu qu'à minuit.
Trente - huit Magistrats composoient
le Tribunal : on assure que trois
se récusèrent , et que 28 opinèrent à
confirmer les Conclusions du Procureur
du Roi. La Sentence porte :
Nous disons , etc. sans avoir égard aux
( 305 )
2
reproches proposés contre les premier et
quatrième témoins de l'information du
Janvier dernier , que nous déclarons nonpertinens
et inadmissibles , non plus qu'aux
faits justificatifs proposés par ledit Mahy de
Favras , lesquels nous déclarons pareillement
non- pertinens et inadmissibles , que
ledit Thomas de Mahy de Favras est déclaré
duement atteint et convaincu d'avoir formé ,
communiqué à des Militaires , Banquier et
autres personnes , et tenté de mettre à exécution
un projet de contre - révolution en
France , qui devoit avoir lieu en rassemblant
les mécontens de différentes Provinces ,
en donnant entrée dans le Royaume à des
Troupes étrangères , en gagnant une partie
des ci - devant Gardes - Françoises , en mettant
la division dans la Garde Nationale ,
en attentant à la vie de trois des principaux
Chefs de l'Administration , en enlevant le
Roi et la Famille Royale pour les mener à
Péronne , en dissolvant l'Assemblée Natiowale
, et en marchant en forces vers la ville
de Paris , ou en lui. coupant les vivres pour
la réduire , le tout ainsi qu'il est mentionné
an Procès ; pour réparation , condamné à
faire amende honorable au - devant de la
principale porte de l'Eglise de Paris , où il
sera mené et conduit par l'Exécuteur de la
Haute - Justice dans un tombereau nupieds
, nu- tête et en chemise , ayant la corde
au col , tenant en ses mains une torche ardente
de cirejaune , du poids de deux livres,
ayant écriteau devant et derrière , portant
ces mots : Conspirateur contre l'Etat ; et là ,
é ant à genoux , dire et déclarer à haute et
intelligible voix , que méchamment , témérairement
et comme mal avisé , il a formé ,
communiqué à des Militaires , Banquier et
( 306 )
autres personnes , et tenté de mettre à exécurtion
un projet de contre- révolution en France ;
etc. , Dont il se repent , et demande pardon à
Dieu , à la Nation , au Roi et à la Justice .
Ce fait , mené et conduit dans le même
tombereau à la place de Grève , pour y être
pendu et étranglé jusqu'à ce que mort s'ensuive,
par ledit Exécuteur de la Haute-Justice
, à une potence qui sera plantée en ladite
place de Grève.
Des battemens de mains suivirent le
prononcé de cet Arrêt ; mais des voix
plus humaines firent taire ces affreux
applaudissemens..
Jusqu'à 10 heures du lendemain , M. de
Favras ignora ce Jugement. Il n'en pénétra
Phorreur qu'à l'instant où l'Exécuteur de
Justice vint lui arracher sa Croix de Saint-
Louis. Conduit àla Chambre de la Question ,
à 11 heures , il entendit la lecture de son
Arrêt , qu'il interrompit en protestant de
son innocence, et à plusieurs reprises . Après
la lecture , M. Quatremère , Conseiller- Rapporteur
, l'exhorta à profiter des consolations
de la Religion , les seules qu'il pût lui offrir :
il ajouta d'autres paroles , ainsi rendues dans
les Feuilles publiques : « Votre vie est un
sacrifice que vous devez à la tranquillité
et à la sureté publique. »
(M. Quatremère a publiquement désavoué
cette phrase , sans rapporter celle dont il
s'étoit servi. )
<<Mes consolations , répondit avec fermeté
* M. de Farras , sont dans mon innocence.
Je meursvictime dela calomnie de denx scélérats.
O Citoyens ! que vous êtes àplaindre ,
puisque la dénonciation de deux hommes
- perverssuffità vous faire condamner, et que
4
( 307 )
deux ennemis sans probité pourront dis-
« poser de la vie des innocens! Je demande
M. le Curé de Saint- Paul pour mon Confesseur.
»
"
Cet Ecclésiastique arrivé , M. de Favras
s'enferma avec lui une heure et
demie. Inutilement il demanda qu'on
déliat ses mains , déja garottées , par un
usage révoltant , qu'il est àdesirer de voir
proscrire denos formes . Atrois heures et
demie, il monte sur le tombereau avec
sérénité , prend sa torche ardente , et
regarde avec mépris une multitude ivre
qui battoit des mains. Toujours inaltérable,
il descend à la porte de Notre-
Dame, prend son Arrêt , et s'écrie d'une
voix ferme
« Ecoutez , Peuple , écoutez ce que je
vais vous dire les motifs de ce jugement
sont de toute fausseté ; je suis innocent...
Oui , je suis innocent , comme il est vrai
que je vais paroître devant Dieu. J'obéis
seulement à la justice des hommes , qui ,
vous le savez , n'est pas infaillible... ». II
lit d'une voix forte le prononcé de l'Arrêt ,
puis remontant dans le tombereau ; conduisez-
moi à l'Hôtel- de- Ville , dit-il , j'y découvrirai
des secrets importans . >>>
Trois des Conseillers , MM. Quatremère
, Mutel et de la Huproye, l'y attendoient.
Il entre , regarde , salue les
Juges avec le sang-froid le plus imposant
; ce grand caractère ne l'abandonne
pasuneminute , dans la déclaration finale
qu'il adresse à l'Audiencee,, en présence
de Dieu et de la Mort :
( 308 )
• En cemoment affreux , où prêt à perdre
une existence fragile que Dieu m'avoit donnée
, qu'il devoit me retirer tot on tard ;
en ce moment, où prêt à paroître devant
le Juge suprême , je ne puis trembler devant
les Juges de la terre , je déclare que
je pardonne aux méchans qui m'ont inculpé
si grievement et contre leur conscience ,
et qui m'ont prêté des projets criminels ,
mais imaginaires , qui n'ont jamais entré
dans mon coeur... Le refus que l'on a fait
d'entendre ceux que je voulois produire ,
ceux qui seuls pouvoient dévoiler l'imposture
et les faux témoins , est un reproche
que sans doute un malheureux condamné
peut faire en ce moment à la Justice . Mieux
éclairée , l'erreur ne se seroit point emparée
d'elle ; unjugement effroyable , inoui , n'auroit
pas souillé les lèvres qui l'ont prononcé,
ni les mains qui l'ont signé.... Je jure devant
Dieu que , ni en Juillet , ni en Septembre
, ni en Octobre , lorsque je me suis
adressé à M. de Saint- Priest , tant pour des
chevaux que pour d'autres affaires , je n'ai
jamais tenu aucun propos qui ait trait aux
arcusations intentées contre moi. Je voulois
parer aux dangers auxquels la Famille
Royale étoit exposce ; j'aimois mon Roi ,
je périrai fidèle à ce sentiment , et sa position
m'a vivement affecté . "
" A l'occasion des troubles qui , au mois
de Novembre , ont menacé la Ville de
Paris , un grand Seigneur , d'une Maison
qui marche après celle de nos Princes , et
attaché à la Cour par état , me fit demander
chez lui , me témoigna ses inquietudes
sur la situation de la Famille Royale , qui ,
disoit-on , étoit menacée de toutes parts .
Il me pria de prendre une connoissance par(
309 )
•
:
faite des troubles du faubourg St. Antoine ,
et sachant que je n'étois pas riche , il m'offrit
cent louis pour les instructions que je
pourrois lui donner. Je fus le lendemain
à un rendez - vous qu'il m'avoit donné chez
leRoi , pour effectuer cette offre ; j'y trouvai
ce Seigneur qui sortoit du Cabinet du
Roi , et qui me remit en effet cent louis
en deux rouleaux. Il ne me dit pas précisément
que ces cent louis venoient de Sa
Majesté , mais il m'en dit assez pour me le
faire croire. »
" Je prie ceux des Citoyens qui m'entendent
, et à qui le récit sincère que je
vieus de faire peut causer quelque impression
, de rechercher l'innocence d'un
homme qui va mourir tout à l'heure , et
de le plaindre comme une victime dévouée
, mais parfaitement résignée.... Ma
conduite loyale et honorable même , publie
assez que tous mes projets ne tendoient
qu'à sauver mon Roi ; Elle me fait
à la vérité périr sur un échaſfaud , mais Elle
me laisse la paix de l'ame et la tranquillité
de ma conscience; Elle soutient mon adversité.
Je ne doute pas que tous les faux
témoins ne soient reconnus ; je demande
leur grace , et sur- tout que personne n'appréhende
la suite d'un complot imaginaire .
Jeplains les égaremens de lajustice , comme
pouvant être attribués en partie à ces bruits
accrédités dans le Peuple , par lesquels il
a été trompé et qui lui font desirer ma mort
dans ce moment. Ce n'est qu'une vie que
je rendrai un peu plutôt à l'Etre éternel , qui
m'accordera peut-être un dédommagement
personnel à l'infanie du supplice qui va
terminer mes jours . Jerecommande ma mémoire,
à l'estime des honorables Citoyens qui
( 310 )
m'entendent ; j'y recommande mon épouse ,
mes enfans , à l'éducation et à la fortune desquels
j'étois si nécessaire. »
Je prie la Justice de permettre que
M. le Curé de S. Paul , qui veut bien m'assister
dans mes derniers momens , enlève
mon corps pour qu'il reçoive la sépulture
de tous les Catholiques Apostoliques et
Romains , Dieu me faisant la grace de mourir
dans tous les sentimens d'un vrai chrétien
, dans ceux que je dois et que j'ai jurés
à mon Roi , et d'emporter avec moi l'espoir
que la nouvelle Constitution Françoise
rendra les Peuples de cet Empire aussi heureux
que je desire. Mon innocence n'est pas
douteuse , je suis incapable de tous les
crimes qu'on impute àmon ame ; mais puis--
qu'il faut une victime , je préfère qu'elle
soit tombée sur moi , plutôt que sur tout
autre , et je suis prêt de me rendre à l'échaffaud
que la Justice a fait dresser , afin
d'y expier les crimes que je n'ai pas commis,
mais dont le Peuple me croit coupable.
M. de Favras a refusé de nommer le grand
Seigneur dont il a parlé , ainsi que deux
autres personnes qu'il a indiquées , l'une
comme devant être Connétable , FFaautre
comme devant remplacer le Commandantgénéral
, d'après ce qui lui en avoit été dit
dans la conversation de ce grand Seigneur ,
qu'il a ajouté être d'un rang plus élevé que
M. le Comte de la Chatre. Il a de plus motivé
son silence là cet égard , par l'affirmation
, que ces nominations présumées ne
devoient entraîner aucun effet nuisible à
l'ordre présent des choses .
Ce Testament de mort contient en .
( 31 )
core d'autres détails justificatifs . M. de
Favras l'a dicté lui-même au Greffier
Criminel , en a paraphé toutes les pages ,
corrigé les expressions et les tournures.
Jusqu'au bout , sa contenance a été
noble et tranquille : pas la moindre altération
dans ses traits , dans son accent ,
nidansson attitude. <<<
Son dernier acte a été de confier 20.
louis et quelque monnoie à M. le Curé
de Saint-Paul , en le priant de les livrer
à Madame de Favras . Il a marché au
supplice avec le même stoïcisme , au
milieu des cris d'alégresse du Peuple
qui l'attendoit. Ses derniers mots ont
été : « Silence , Citoyens ! je vous le
<< répète , je meurs innocent. Exécu-
<< teur , faites votre devoir. » Son corps
rendu à sa famille , a été inhumé à
Saint - Jean - en - Grève . 8000 soldats
étoient sur pied le jour de cette tragédie ,
dont l'Histoire attend le développement.
Il n'y a pas d'exemple d'une mort plus
héroïque . M. de Favras n'a montré ni
ostentation , ni enthousiasme. Il est mort
comme Balmerino comme Lovat
j'ajoute comme Socrate , et avec bien
plus de force d'ame que ce dernier ,
mourant au milieu de ses amis , tandis
que M. de Favras entendoit les rugissemens
de ceux pour qui les tableaux
de sangparoissent devenir une jouissance.
La malheureuse épouse de M. de
Favras est enfin sortie de l'Abbaye ,
où elle étoit retenue depuis deux
4
(312 )
mois , sans Décret , ainsi que l'est en-
* core M. Augeard. Des sentimens , beaucoup
plus forts que la pitié , se sont
élevés sur ce terrible évènement ; il pré-
*sente des réflexions affligeantes qu'il ne
-convient pas de publier encore ; mais
qui se présenteront d'elles - mêmes aux
hommes désintéressés de tous les Pays .
La veille du Jugement , il y avoit cu
une émeute dans le faubourg Saint-
Antoine , dont le Peuple brûla plusieurs
charrettes de piquets et d'ustenciles de
campement , que le Directoire de la
guerre faisoit transporter de Saint -Denis
à Choisy-le-Roi .
Nous avons été informés plus exactement
de ce qui s'étoit passé à Grenoble , relativement
à M. de Lally. Voici le fait : Le
25 Janvier , les Compagnies de la Milice
devoient s'assembler à trois heures aprèsmidi
, pour délibérer si elle députeroit à la
Confederation de Valence. Deux ou trois
personnes seulement profitèrent le matin de
cette circonstance , pour répandre sur les
places publiques , qu'il falloit contraindre
M. de Lally à quitter la Ville. M. Mounier
parvint bientôt à leur faire abandonner ce
Projet : lorsque les Compagnies furent assemblées
, il ne s'éleva pas une seule voix
pour le proposer , et les tentatives du matin ,
excitèrent une indignation générale. M. de
Lally, à son retour à Lausanne , y a été
atteint de la petite-vérole , dont il est aujourd'hui
rétabli.
Le nouveau Maire de Grenoble , M. de
Franquières , a donné sa démission.
DE FRANCE ,
*
DÉDIÉ AU ROI ,
COMPOSÉ & rédigé, quantà la partie littéraire , par
MM. MARMONTEL , DE LA HARPE & CHAMFORT
, tous trois de l'Académie Françoise ; &
par M. IMBERT , ancien Editeur : quant à la
partie hiſtorique & politique , par M. MALLET
DU PAN , Citoyen de Genève.
SAMEDI 6 FÉVRIER 1790.
A PARIS ,
Au Burean du Mercure , Hôtel de Thon ,
rue des Poitevins , Nº. 18 .
Avec Privilége du Roi.
84016
M558
1790
TABLE
Feb. Du mois de Janvier 1790 .
EPITRE:
Sur la Bruyère , &c.
Charade, Eng . & Logog.
Q
Vers.
:
UATRAIN.
La Veillée.
Charade , Enig . Log.
Mémoires.
Relation.
LES Fax .
La Différence.
Suite des Réflexions .
Charade, Enig. Logog .
COUPLETS.
3Effai.
iconorine.
28 Variétés .
29
42
47
49 Le Nuits Attiques . 72
Vers. 76
50
Nouveau Dictionnaire.
52
79
86
88
57 Variétés.
62 Theatre de la Nation .
67.
145 | La Propoſition , &c .
151 Var étés .
152 Théaire Italien.
167
97 Suite .
100 Motifs effentiels .
170
176
188
127
L'Homme &les 3 Daims . 99 Plan d'établiſſement. 130
Réflexions. 132
113 Variétés. 136
142
Chaale , Enig. Log.
Mémoires .
ERS.
31 Theatre de la Nacion .
1934 Étrennes.
Couples .
Vers.
Epigramme.
Charade, En. Log .
Leture d'un Créole.
Situation.
194/ Lylles .
195 Le Crime .
195 Variétés.
Idem. Acad.Roy. de Musiq.
198 Theatre de la Nation .
203
209
211
215
223
236
238
A Paris , de l'Imprimerie de MOUTARD ,
rue des Mathurins , Hôtel de Cluni.
GL
Coy!
Gottschalk
106.55
88574
MERCURE
DE FRANCE.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
I
VERS
Sur un gant perdu , à Mlle. VICTORINE.
Qui t'a perdu , tropheureux gant ,
Toi qu'avec tranſport je ramaſſe ,
Qui couvris quelque bras charmant
Parmi ce ſexe plein de grace :
Quel plaifir d'y gliſſer ſa main !
D'y ſentir la chaleur vitale
Qu'y répandit une Veftale १
Au coeur tendre , au regard humain !
Qu'il eſt doux au toucher !& comme dans mon ame
Il fait par- tout couler une amoureuſe flamme !
Quel art à cette peau put donner ce poli ? ......
C'eſtd'encouvrir une autre & plus douce & plus fine;
Oui , c'eſt le gant de Victorine.
Sans doute elle laiſſa , dans un aimable oubli
Flotter ce bras que l'oeil
Ce bras qu'Amour voulut ac femte
MERCURE
Plus uni que l'ivoire encore ,
Laiſſa glifier le gant qu'il ne putretenir.
Le rendrai -je, ce gant qui fait ma joie extrême ,
Que le fort plaça ſur mes pas ,
Qui ſerra de ſi près le plus charmant des bras
Qu'en le baifant on croit baiſer le bras lui-même ?
Non , jele veux garder ; il ne fera rendu
Que quand de cent baifers, ſeul intérêt que j'aime,
J'aurai couvert le bras que l'ingrat laiſſe ànu.
( Par M. Perrière. )
Amon Oncle M. D***, T******
LES TROIS TEMPLES.
UNnouvel an > &mieux encore ,
Un nouvel âge vient d'éclore ;
Il nous promet des jours plus doux ;
Maverve fe ranime ; il faut donc que j'honore
Les Muſes , la Patrie , & yous.
Quand on a des graces à rendre ,
Reſte- t-il des voeux à former ?
Hen'eſt trois pourtant que je veux faire entendre
Aces objets qu'il m'eſt ſi doux d'aimer.
Je m'effarouche un peu de nos braves armées ;
Mars me plaît ſeulement dans les bras de Vénus;
Ainfi , du Temple de Janus
Je veux voir les portes fermées.
DE
د
FRANCE
.
Je ledis ſans détour , je n'aime point du tout
Des Ecrivains du temps la troupe politique ;
Mon ſouhait , c'eſt que la critique
R'ouvre enfin le Temple du Goût.
Horace , votre ami , vous donna vos entrées
है Au fein de cet aimable lieu .
Obtenez pour nous de ce Dieu
C
Le don de ſes faveurs , trop long-temps retirées.
Mais j'aime encor bien moins , j'entends avec pitié
Des complimens du jour , l'hypocrite langage :
Je veux qu'on porte ſon hommage
AuTemple ſeul de l'Amitié ;
Près de votre belle moitié
Je cours donc placer votre image.
( Par M. Boisjoflin. )
:
RÉPONSE aux Vers précédens.
LES SIX TEMPLES .
:
IL en faut convenir , cher ami , l'An nouveau ,
A l'oeil obſervateur offre un piquant tableau :
Chaque jour , chaque inſtant voit changer quelque
choſe;
Déjà tout est moins mal , tout ira mieux encor ;
Après l'âge de fer , nous verrons l'âge d'or ;
Ah ! bénis avec moi cette métamorphofe.
:
! A3
6 MERCURE
Nous avons , je le fais , acheté tant de bien ;
Mon coeur en a ſouvent gémi comme le tien ;
Comme toi , des excès j'ai défiré le terme ;
Que l'Ariftocrate orgueilleux
Renonce aux complots odieux
Et de Janus alors que le Temple ſe ferme;
J'y confens , & crois-moi , fans me faire prier ;
La fainte Liberté me fit prendre les armes ,
C'eft en la poſſédant que je ſens mieux ſes charmes;
Mais je fuis Citoyen plus encor que Guerrier.
T
11
Si du Goîn le Temple agréable ,
Depuis quelques mois oft déſert ,
Croyons que chez un Peuple aimable
Il dovieAna
.mentor i ouvert :
1
Peut- être on m'y verra ma's loin , bien loin
Horace ;
و
J'en fuis l'admirateur&non le favori ;
Il fiége auprès du Dieu , ce Poëte chéri ,
Tandis que dans'a mef à peine j'ai ma place
Mais de ce rang obfcur je ſuis tout confolé
Si je te vois loin du vulgaire ,
Et par le Dieu même appelé ,
Avec très-peu d'Elus , briller au fanctuaire,
Dans le Temple de l'Amitié ,
Je ne veux pas un rang modeſte ;
1.
}
Entre mon digne frère & ma tendre moitié ,
J'y prétends être auprès de Pylade & d'Oreſte :
Viens-y; viens , il me fora doux
A
DE 7 FRANCE.
De t'y voir à côté de nous ;
C'eſt- là qu'eſt le bonheur , la volupté céleste .
Eh ! ne dirons-nous rien du Temple de l'Amour?
Trois luſtres ſont paffés depuis cet heureux jour ,
Cejour préſent encore à mon ame ravie ,
Où je reçus , heureux Amant ,
Des mains du Dieu , l'objet charmant
Qui ſeul devoit fixer le deſtin de ma vie.
Depuis , en nous ferrant de fon heureux lien,
L'Hymen qu'on raille trop , le reſpectable Hymen
Ne nous a point fermé le Temple de fon frères,
On nous y voit ſouvent venir en ſtation ;
Et la même dévotion 4. ric
Dans nos coeurs très- long temps durera, je l'eſpère
Il eſt unTemple encor dont tu ne parles pas;.
C'eſt le premier de tous , celui de la Patrie ;
Tout homme tout Francois y doitjuſqu'au trépas
Servir avec idolatrie ;
٤٠
Grenadier , Citoyen , s'il le faut , j'y mourtais
J'en ai fait le ferment & je l'accomplirai .
Ce Temple mène-t-il à celui de la Gloire
Où tend avec ardeur une foule d'humains ?
1
Je ne fais trop ; mais j'oſe croire
Que l'on y peut aller par de moins beaux chemins .
(ParM. des Tournelles . )
?
17
A 4
8 MERCURE
SUITE DE LA VEILLEE.
A vous , Mademoiselle , dit d'Ormefan,
c'eſt votre tour. Mon oncle , répondit
Juliette , je ſuis un peu émue du récit que
je viens d'entendre ; voulez- vous bien prendre
ma place , & me donner le temps de
raffurer ma voix ? Volontiers , reprit l'oncle:
auſſi bien ce jour de bonheur , que
Dervis s'eſt approprié , vient de m'en rappeler
un autre que je lui dus auſſi , mais
qui fut à moi ſeul.
Dervis venoit d'être inſtallé dans fon office;
& il alloit parler pour la première
foisdans une affaire intéreſſante . C'étoit un
procès intenté à la veuve & aux enfans
d'un Monfieur de Cloſade...... Cloſade !
interrompit le Baron de Drifac , je l'ai
connu , il étoit du pays ,jeune homme de
belle eſpérance & d'une brillante valeur;
un peu ſévèrement traité de la fortune ,
mais raccommodé avec elle par le bon procédé
d'un oncle dont ſa femme avoit hérité.
C'étoit, pourſuivit d'Ormeſan , cet héritage
qu'on vouloit lui enlever. Sa partie étoit la
Marquife de V***, femme altière , active ,
intrigaste , remuant la Ville & la Cour ,
&, avec peu de confidération , ne laiſſant
pas d'avoir un grand credit.
:
DEFRANCE.
9
Ce procès , fort ſimple en lui-même ,
mais embrouillé par la chicane , fixoit l'attention
du Public. C'étoit ſur les concluſions
de mon jeune Avocat du Roi que
dans deux jours il étoit jugé au Châtelet. Je
l'en voyois très - occupé , & , quoiqu'aſſez
inſtruit moi-même de l'iniquité des pourſuites
dont la veuve étoit excédée , je m'abf- .
tenois d'en parler à mon fils. L'opinion
d'un père eſt d'une autorité trop forte pour
ne pas entraîner quelquefois la balance ; &
je m'étois fait une loi de laiſſer à Dervis
l'ingénuité de ſa confcience & la liberté
de ſon jugement. Je l'abandonnai donc a
ſes propres lumières ; mais avec une inquiétude
que j'avois ſoin de lui cacher , jobſervois
ce qui ſe paſſoit autour de lui &
en lui-même.
-
Je le vis obſédé de ſollicitations , non
pas du côté de la veuve. Elle vint ſeule
voir ſon Juge ; & il la reçut affez mal .
Moi , mon père !-On la fit attendre un
quart-d'heure dans ſon fallon. J'en comptai
les minutes , avec humeur , je te l'avoue.
Et puis , l'audience fut courte !-Je
l'écoutai bien cependant.- Tu la recorrduiſis
avec un air fi digne & fi froid ! Je
t'aurois battu .
Après elle , vint l'Avocat de Madame de
V***. Oh ! celui- là put déclamer tout à
fon aife: il eut une heure au moins ; & la
pauvre veuve un qr -d'heure ! - Il fut
plus long -qu'elle , in eſt vrai ; mais vous
As
TO MERCURE
favez , mon père , qu'un gros volume deparoles
ne pèſe pas une once de raifon.
-
1
Après cet Orateur , arrive un Prélat d'importance.
Il monte à pas comptés ; il s'avance
, on l'annonce. Tu viens le recevoir,
il ſe jette dans un fauteuil ; & moi , qui de
mon cabinet l'obſervois attentivement , je
vis très-bien à ſon gefte , à ſa mine , qu'il
te dictoit tes conclufions . Oh ! non
il ne me dit qu'un mot de ce procès , qu'il
croyoit infaillible : mais il me parla longuement
de lui , de moi , de vous , mon
père. Il me vanta ſon crédit à la Cour,
fon influence ſur les choix : il étoit du Confeil
ſecret & de la confiance intime. Il me
demanda fi j'avois envie de paffer ma jeu+
neſſe dans cette plaidoirie obſcure ; & fi
un homme tel que moi, avec ſon nom &
ſes talens , étoit fair pour vieillir dans la
pouffière du Barreau . C'étoit dans les Confeils
que je devois bientôt me montrer avec
avantage ; & des Conſeils au Ministère il ne
voyoit pour moiqu'unpas.Ilme recommanda
fur-tout de ne pas imiter mon père , qui ,
pouvant arriver à tout , n'avoit voulu prétendre
à rien. Vingt fois , dit- il, la voix
publique l'a nommé aux places les plus éminenres
; la Cour ne demandoit pas mieux:
que de l'y appeler; il n'en voulut jamais..
Croyez moi , Monfieur , ne lui reſſemblez.
pas , & foyez fûr que dans l'occaſion vous
aurez des amis puis. Je me doutois bien ,
dit d'Ormeſan , que quelqu'un ce jour - là
DE FRANCE. tu
s'occuperoit de ta fortune ; & tu m'explique
l'air modeſte & reconnoiffant dont tu
accompagnois le Prélat. Il falloit bien ,
mon père , lui rendre graces des dignités
dont il venoit de me pourvoir .
L'homme au Cordon , qui vint le remplacer,
te confirma , ſans doute , dans ces
brillantes elpérances. - Lui , mon père ! il
ne me donna que des leçons alarmantes
fur le pas critique & gliſſant que j'étois au
moment de faire. Il n'y avou pas , me difoit-
il, deux voix , ni deux opinions fur le
procès de Madame de V*** . Une famille
comme la ſienne étoit au deſſus du ſoupçonde
foutenir jamais une mauvaiſe caufe.
L'affaire étoit jugée à la Ville comme à la
Cour , & ma réputation dépendoit des conclufions
que j'allois donner. Ce n'eſt donc
pas me dit- il enfin , comme folliciteur
que je vous parle , mais comme l'ancien
ami des vôtres , & avec le déſir de vous
voir dans le monde , gagner la confidération
, l'eſtime & le crédit dont vous avez
droit de jouir.
Bonne & belle leçon, s'écria d'Ormefan
! Antti s'en alla-t-il bien fier de te l'avoir
donnée. Et te voilà bien difpofé à recevoir
Madame de V*** que je vois paroître
après lui . Comme elle étoit belle &
brillante ! Et de quel air victorieux elle
aborda fon Juge , lorſque tu vins la recevoir
!- Son Juge ! elle en rit aux éclats ,
lorſqu'elle pronouça ce nom. C'eſt done
A6
12 MERCURE
vous, me dit- elle , Monfieur le grave Avecat
du Roi , qu'il faut venir folliciter ? Ce
privilége de la robe eſt rare , je l'avoue ;
& il ne faut pas moins qu'un procès pour
rendre convenable la vitite qu'un jeune &
joli homme reçoit le matin d'une femme
de mon âge & de mon étar.
Madame , lui dis-je en baiffant les yeux
& en rougifiant , les ſollicirations m'ont
paru toujours inutiles , embarralfantes quelquefois
, quelquefois aufli dangereuſes . Je
n'ai jamais bien fu ce qu'on venoit demander
à fon Juge. De l'attention , ce ſeroit
une offenſe ; de la faveur , ce feroit
une injure. La ſimple & l'exacte juſtice eſt
tout ce qu'on en peut attendre; & c'eſt
l'humilier encore que de venir la réclamer.
Vous avez bien raiſon, dit-elle : auffi ne
croyez pas que je vienne en plaideufe vous
ennuyer demon procès. J'ai entendu parler
de vous comme d'un homme aimable , plein
d'eſprit, d'agrément ( pardon ſi je répète
ces adulations ) . J'ai eu envie de vous connoître
, & de vous dire qu'un homme tel
que vous eſt fait pour avoir dans le monde
des ſuccès plus brilians , plus flatteurs que
ceux du Barreau. Plaidez ma cauſe , puifqu'enfin
vous en êes chargé ; mais tenezvous
en là ; & , fi vous m'en croycz , venez
phider la vôtre au Tribunal du goût, des
graces , des plaifirs , où vous la gagnerez
toujours. Je raffemble à ſouper chez moi
la meilleure compagnie,&fur-tout les plus
•
DE FRANCE.
13
jolies femmes. J'eſpère que mon procès
fani , vous en ſerez , Monfieur le Juge; &
n'y manquez pas , s'il vous plaît. Sur quoi ,
je vous ſalue , avec tout le reſpect qui eſt
dû à la robe & à vos vingt ans . Telle fut
ſa viſite, après laquelle je m'enfermai pour
mûrir dans ma tête mon plaidoyer du lendemain.
Moi , reprit d'Ormeſan , qui l'avois vue
fortir avec un air plus animé, plus triomphante
qu'elle n'étoit venue , j'éprouvai je
ne fais quelle inquiétude chagrime & fombre
qui n'avoit rien d'obligeant pour toi .
Tu vins dîner. Tu fus rêveur. -J'étoi
préoccupé .- Sans doute, mais de quoi ?
C'étoit là le problême. Je laiſſai échapper
quelques mots fur les viſites que tu avois
reçues. Tu me répondis d'un air froid &
-laconique , où je crus voir de l'embarras ;
&, faris infifter davantage , je te laiſſai rentrer
chez toi . Mais, il faut te le dire enfin ,
je fus agité tout le foir. J'eus la fièvre toute
la nuit. Je me rappelai la pauvre veuve
ſuppliante , mais ſeule , intimidée devant
toi , ne ſachant ou n'ofant parler , congédiée
au bout d'un quart - d'heure ; & ma
cruelle imagination lui oppoſoit l'affurance
de l'Avocat , la contenance de l'Evêque ,
l'étalage du Cordon bleu ; mais fur- tout
l'éclat de beauté dont brilloit la Marquife ,
fa démarche noble & légère , fa raille de
Diane, fon regard de Vénus , lorſqu'elle
daignoit l'attendrir où en adoucir la fierté,
14
MERCURE
د
le charme de ſa voix , le preſtige de fon
langage , & tous les artifices de la coquetterie
mélés furtivement aux airs de dignité
& de grandeur ; que fais je enfin ? tout
ce qui peut féduire éblouir un jeane
homme , & lui troubler l'entendement , s'exagéroit
dans ma penſée. Je maudis mille
fois l'uſage fcandaleux des follicitations . Je
deteftai.. la vanité des Magiſtrats qui l'avoient
laiflé s'introduire , j'eus la tête rem
plie de noirs preffentimens ; en un mot,
je ne dormis point , &, lorſque je te vis
fortir le lendemain, pour ces fonctions re-
Dutables que tu allois remplir pour la
première fois , un fritlonnement me faifir.
Je me reprochai d'are injuste , je me peignis
ton caractère , je me rappelai tes principes
; je me dis cent fois que mon fils
étoit incapable d'une baffeffe. Mon coeur
ſembloit le foulever pour me garantir la
droiture & la candeur du tien . Mais la
féduction , l'erreur , l'inexpérience de ton
âge , une prévention malheureuſe avoit pu
t'égarer. Pourquoi n'avois-je pas au moins
pour cette fois ofé lire dans ta penfée, en.
trer en co fidence , de ton opinion & te
l'entendre raifonner ? Elle en cût été plus
réfléchie , & n'en eût pas été moins libre.
Eclairer la jußice ce n'eſt pas Paltérer. Ces
pénibles réflexions me tourmentèrent pendant
une heure , & avec tant de violence
qu'il ne me fut plus poſſible de tenir à l'inquiétude
où j'étois. Je m'affublai d'un amDE
FRANCE. 15
ple & groſſier vêtement ; j'enfonçai ſur
mes yeux mon chapeau de campagne ; &
ma canne à la main , j'allai me glifler dans
la foule qui remplitſoit la ſalle où tu devois
parler.
La première partie de ton plaidoyer me
fit frémir. Tu préſentas la cauſe de Ma
dame de V*** avec une apparence de bon
droit fi artiſtement coloré , tu en fis fi bien
valoir les moyens, tu les rendis ſi ſpécieux ,
qu'à chaque inftant je diſois en mei même:
Je ſuis perdu ; mon fils n'eſt plus digne de
moi. Enfin je commençai à reprendre efpérance
, lorſqu'oppofant à ces moyens les
titres de la veuve , tu fis poindre quelques
rayons de juftice & de vérité , comme à
travers d'épais nuages. Infenfiblement les
nuages ſe diffipèrent; la bonne cauſe parut
au jour; & tu la fis briller avec tant d'éclat ,
tu mis fi bien en évidence la volonté du
Teftateur , tu fis ſi vivement ſentir combien
des fophifmes litigieux , fur de légers manques
de forme , étoient contraires à l'eſprit
de la Loi , qui n'eſt jamais ni rufce , ni
frauduleuſe , & dont l'effence eſt la fimpli
cité, la droiture & la bonne foi ; tu rendis
6 intéreſſante la fituation de la veuve &
des enfans d'un jeune & brave militaire
mort au ſervice de l'Etat ; & à leur infortune,
oppofant l'opulence & toutes les profpérités
de la famille des V*** , ru rendis fi
facrés les droits du malheur & de la foibletſe,
que la voix unanime de l'aſſemblée:
16 - MERCURE
dicta la Sentence des Juges . Je ne l'entendis
pas , mon fils , cette Sentence. J'étois tombé
évanoui , de l'excès de ma joie , entre les
bras du Peuple. Quelqu'un me reconnut,
car en tombant j'entendis qu'on diſoit au
tour de mpi : Il estfon père. On m'emporta
dans la ſalle voifine ; & en reprenant mes
eſprits je me retrouvai dans tes bras. Je ne
ſais pas fi on peut être plus heureux que
je le fus dans ce moment; mais je ſais bien
qu'un ſeul degré d'émotion de plus m'auroit
couté la vie ; & , à dire vrai , fi j'en
avois le choix , c'eſt d'une inort pareille que
je voudrois mourir.
( Par M. Marmontel. )
1
;
Explication de la Charade , de l'Enigme &
L
du Logogriphe du Mercure précédent.
E mot de la Charade eft Banqueroute ;
celui de l'Enigme eſt l'Année 1790 ; & celui
du Logogriphe eft Année , où l'on trouve
Néc.
A
CHARADE.
mon fecond fouvent s'apprête mon premier;
On pleure, on rit, on chante, on danſe à mon emier.
(Par M. G... d. €... p. M.. , )
DE FRANCE.
17
ÉNIGME.
D'unjour à l'autre il me vient des enfans
Inégaux en eſprit , en taille , en caractère ;
J'en ai de bons , j'en ai plus de méchans ,
Mais l'honneur ou l'affront ne touche que le père;
Les recevoir eſt mon unique affaire .
: Avec raiſon aux jeunes , aux brillans
Je vois ſouvent que l'on préfère
Les vieux dont en lambeaux s'en vont les vêtemens .
( Par le même. )
LOGOGRIPHΕ.
EN tour temps , fur ſept pieds , je puis dans les
deſſerts ,
Au sèxe un peu friand faire bonne figure ;
Sar cinq je puis en ore y briller les hivers ;
De ces cinq , par plaifir , renverſez la ſtructure ,
De vorre efprit , Lecteur , je ſuis une pâture ;
Et fans mes deux premiers , je peuple les Enfers.
( Par le même. )
:
18 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Du Divorce. A Paris , chez Defenne ,
Libraire , au Palais-Royal.
RIEN n'eſt plus digne de toute l'attention
des Législateurs que la queſtion du
Divorce ; il n'y en a point de plus intéreffante
, il n'y en a point de plus délicate,
ni de moins fufceptible peut - être d'une
pleine ſolution.
L'Auteur de l'Ouvrage que nous annon
çons la décide , ou plutôt il la croit décidée
de tous les temps par la Religion ,
nar l'exemple & l'autorité des Légiflateurs
les plus fages , enfin par la Nature , la juf
tice & l'humanité. Il feroit difficile dev
plaider cette cauſe d'un ton plus fage &
d'un ſtyle plus animé : le ſentiment , la
raifon , les peintures les plus vives , les plus
touchantes , ſe réuniſſent pour donner à
l'éloquence de ce plaidoyer le charme & le
pouvoir de la perfuafion .
Mais enfin ce n'est qu'un plaidoyer ; on
n'y défend que l'une des deux cauſes , &
nous allons tâcher de fuppléer à ce qu'on
a dérobé à l'autre de ſa force & de ſes
moyens,
•
19
• DE FRANCE.
L'Ouvrage eſt diviſé en trois Livres :
Hiftoire du Divorce, Néceſſue & Avantages
du Divorce , Loix fur le Divorce.
Dans le premier Livre , ce ſont les Loix
&les uſages qui autoriſent le Divorce ;
dans le ſecond, les raiſons morales & politiques
, les motifs d'intérêt public & domeſtique
qui le réclament; dans le ze. , les
Loix nouvelles qui doivent le régler & le
modifier.
La première Partie eſt comme ſuperflue ,
bien heureuſement pour la caufe ; car elle
en eſt le côté foible : rº. il n'eſt pas bien
sûr que Dieu , en créant l'homme & la
femme pour être unis, ait entendu qu'il
leur feroit libre de ſe quitter & d'abandonner
leurs enfans ?
pris une
5
Moïse eut ſes raiſons ſans doute pour
permettre à ce qui av
femme , de la répudier après l'avoir con
nue , ſielle n'étoit pas à fon gré ; mais
cette Loi , fi commode pour le mati & fi
ſévère pour la femme , ne ſeroit pas bonne
pour nous : 2º. la réponſe de Jéfus Chrift,
qui ne permettoit le Divorce que dans le
cas de l'adultère ou de l'infraction du devoir
conjugal , eſt plus contraire que fa
vorable aux conclufions de l'Auteur : 3 °,
l'exemple des Egyptiens , celui d'Athènes,
du temps de Solon; celui de Rome , du
temps des Triumvirs , dans les moeurs de
la République , ne peut s'appliquer à nos
moeurs. La Loi de Romulus , qui permete
20 MERCURE
toit au mari de répudier ſa femme , ſi elle
avoit commis un adultère , préparé du
poifon , ou falfifié les clefs , l'obligeoit ,
dans tout autre cas , de donner à ſa femme,
en la répudiant, la moitié de ſon bien , &
d'en conſacrer l'autre moitié à Cérès ; condition
qui , par tout pays , rendroit le Divorce
très-rare : 4. puiſque les Pères & les
Conciles ont varié ſur le Divorce , leurs
autorités fe balancent & ne font ici d'aucun
poids : sº. il eſt encore plus inutile
d'examiner fi, dans nos temps de barbarie ,
les Peuples ſe donnoient pour la répudiation
la même licence que les Rois : 6°.
l'état actuel de l'Europe à l'égard du Divorce
, ne prouve que des convenances ;
&pour nous-mêmes , en dernier réſultat ,
il ne s'agit que de ſavoir ſi le Divorce nous
convient ; c'eſt ce qui reſte à examiner dans
la fuite de cet Ouvrage.
Divorce conforme à la Nature , conforme
à la justice, avantageux à la Religion, aux
moeurs , à la politique ; objections contre le
Divorce , & refutations : tels ſont les titres
du fecond Livre .
Pour bien connoître ce que la Nature a
demandé à l'homme , il faut voir l'homme
dans l'état de nature : or dans l'état de nature
, la longue enfance de l'homme exige
évidemment la continuité de l'union con
jugale ; & la ſurvenance des enfans , nés
fucceffivement de la même union , la prolonge
, & la rend indiffoluble juſqu'à cet
• DE FRANCE. 21
âge où le père & la mère n'étant plus affez
jeunes pour former de nouveaux liens ,
vont avoir beſoin l'un de l'autre & du ſecours
de leurs enfans..
Pline a dit en parlant de l'homme : « Il
>> eſt le ſeul des animaux que la Nature
» n'a point vêtu ; elle a donné à tous les
৩ autres une enveloppe qui leur eſt pro-
» pre , des écailles , une coquille , une ef-
>>pèce de coque , des piquans , du poil ou
>>des ſoies, de la laine ,du crin , du duver ,
>>de la plume; elle a muni les arbres mê-
>> mes contre le froid & la chaleur , d'une
écorce quelquefois double; l'homme eft
>>de ſeul qu'au jour de ſa naiſſance elle
"jette nu ſur la terre nue , livré dès ce
" moment aux larmes & aux cris .......
>> Les premiers eſſais de ſes forces naif-
ود
"
ſantes font de lui une eſpèce de quadru-
» pède; mais quand marchera-t-il : quand
formera- t- il des fons articulés ? quand fa
>>bouche pourra-t- elle broyer les alimens ?
.... Les autres , avertis par le ſeul
» instinct , courent , volent , ou nagent ;
" l'homine ne fait rien de lui-même , ni
» parler , ni marcher , ni ſe nourrir ; en
ود
" un mor , la Nature ne lui enſeigne qu'à
» pleurer « .
Eit-ce là l'être qu'elle a perinis à ſes auteurs
d'abandonner , en ſe détachant l'un
de l'autre ? Non , fa misère , ſa foibleſſe, les
périls qui l'afſſiègent , & le befoin qu'il a
durant dix à douze ans d'enfance & d'im-
1
22 MERCURE
bécillité, de ſa mère pour le nourrir , de
fon père pour le défendre , leur fait à tous
les deux un crime de ſe ſéparer. Un mariage
fortuit & paſſager auroit détruit l'efpèce
humaine , & le grand deſſein de la
Nature a été la conſervation , la reproduction
des eſpèces .
La Nature a voulu , dit - on , que les
époux fuffent heureux. Oui , fans doute, s'ils
ſavoient l'être ; mais elle a voulu ſur toute
choſequ'ils fuſſent bon père & bonne mère,
&qu'ils euſſent au moins l'inſtinct des animaux
les plus fauvages , qui ſavent tout endurer
, plutôt que d'abandonner leurs petits.
Or ce qui ſeroit inhumain & dénaturé
dans les bois , ne le ſeroit guère moins
dans les campagnes & parmi les Peuples
des villes. Que deviendroient , par le Divorce,
les enfans du Cultivateur , de l'Artiſan
, du Journalier ? Le père trouveroit
ſans peine à leur donner une marâtre ; mais
ceux dont une pauvre mère ſeroit.chargée ,
les expoſeroit-elle ? les laiſſeroit-elle périr ?
Le Divo , peut-on nous dire , ne ſeroit
pas fait pour le Peuple ; mais les Loix
font faites pour tous ; & ce qui prouve au
moins que la Loi du Divorce répugne à la
Nature , c'eſt que plus l'homme eſt près de
l'état de nature , moins le Divorce lui eft
permis.
Il reſte à voir s'il eſt conforme à la juftice,
favorable à la Religion , avantageux
aux moeurs .
>
DE FRANCE. 23
En lifant cette foule d'Ecrits , où de
tous côtés on réclame contre la dure captivité
d'un mariage indiſſoluble , on ſe croit
au milieu d'un peuple de Captifs , innocens
& chargés de fers , qui demandent
leur délivrance ; & ce tableau devient encore
plus pathétique, lorſque, dans la même
prifon,l'éloquence nous montre la foibleſſe
& la force , la douceur & la cruauté, l'imnocence
& le vice, la vertu & le crime ,
enchaînés l'un à l'autre & à jamais inféparables
: mais en fait de Loix , ce n'eſt
pas l'éloquence , c'eſt la raiſon que l'on
doit écouter.
Inséparables , voilà le mot qui attache
Pidée de l'enfer à ces mariages funeſtes ;
auffi les Loix n'ont-elles pas eu la rigueur
de condamner deux êtres , malheureux l'un
par l'autre, au tourment de reſter unis : mais
en les ſéparant , ont-elles dû les laiſſer li
bres ? ont- elles dû leur interdire de former
de nouveaux liens ? C'eſt ici la queſtion
délicate & problématique.
Dans l'hypothèſe que les époux ſeroient
forcés de vivre enſemble , l'Apologiſte du
Divorce n'a pas en de peine à rendre tour
à tour dignes d'horreur & de pitié les
mariages mal affortis. Quelle exiſtence ,
» dit - il , que celle de l'infortuné qui
ود
ود
a
uni ſes deſtins à cceeuuxx, d'une femme inſenſée
, infidelle , ou d'une humeur in-
" ſupportable ? Quoi ! cet homme irrépro-
>> chable dans ſes ſentimens & dans ſa
24 MERCURE
» conduite , cet homme dont on vante les
» talens & les qualités , la Société , pour
>> prix des ſervices qu'elle en reçoit , le
condainne à jamais au malheur ! Il ne
>> trouve point en rentrant chez lui le repos
"
ود mérité par ſes travaux du jour,& nécef-
>> faire à ceux du lendemain ; fait pour
» être heureux , pour rendre heureux tout
>> ce qui l'environne , la joie eſt bannie de
> fon coeur, & fes yeux ne la verront jamais
>> regner autour de lui ! L'amertume , le
>>chagrin , le déſeſpoir minent inſenſible-
> ment des jours utiles à ſa Patrie & à fa
,""famille ; il fuccombe enfin , & on s'é-
>>tonne de voir périr celui à qui la for-
» tune & la vertu ſembloient promettre
„ des jours longs & heureux. Ah ! l'on ne
> ſait pas combien il a dévoré de chagrins
> intérieurs ; combien il a verſé de larmes
> folitaires ; on ne fait pas qu'il périt vie-
>> time d'une union mal afſortie " .
Ce tableau n'eſt que trop fidèle. Celui
d'une épouſe innocente , malheureuſe pour
la même cauſe , n'eſt pas moins vrai ni
moins touchant.
" Elle voit ſe développer & s'accroître
> dans ſon époux , ou une paffion vio-
" lente , ou une humeur inſociable ; c'eſt
>>"un joueur , ou un libertin , ou un ja-
» loux , ou un avare , ou un furieux ; c'eſt
>>quelquefois tout cela enſemble. Que deviendra
fa triſte compagne ? Elle ne peut
hi faire un pas , ni le permettre une
** légère
4
DE FRANCE.
25
légère dépenſe ſans l'ordre de ſon mai-
*>> tre; elle n'oſe , ſans ſon aveu , donner
à un Domeſtique " un ordre indifférent ,
à ſon enfant une leçon , une careſſe ;
>> elle ne peut ni reſter , ni fuir , ni par-
- ler, ni ſe taire, s'il ne le veut pas. C'eſt
» la plus miférable eſclave du plus redou-
> table Tyran. Epouſe chafte , fille tendre ,
mère ſenſible , mattreſſe affable , amie
-> généreuſe , elle verra ſouiller le noeud
>> conjugal , inſulter ſes parens , maltraiter
" ſes Domeſtiques , manquer à toute la
ſociété. Perſécutée dans tout ce qui lui
>> eft cher , tout ce qui charme les autres
> eſt affligeant pour elle. Forcée de par-
» tager avec de viles Courtiſanes les plus
> odieuſes careſſes , elle voit couler dans
ſes chaftes veines le fruit honteux du
>> libertingge de ſon époux; elle donne à
» ſes enfans , dans le flanc le plus pur ,
un ſang vicié par des crimes qui ne font
» pas les ſiens.
95
Pénétrons, réfume l'Auteur, dans l'intérieur
de ce ménage infortuné , tout y
→ porte la fatale empreinte du défordre &
"
"
ود
"
du malheur. De ce ſ jour font bannics
-, la douce liberté, l'aimable confiance &
l'innocente joie. Un homme toujours
» dans un état violent , fombre & terrible;
une femme flétrie par la douleur
&le déſeſpair ; d'un côté, des reproches ,
des menaces , des outrages , des ſévices ;
» de l'autre , des larmes, des ſanglots. Le
N°. 6. 6 Fév. 1790.
ود
26 MERCURE
هد
ور
"
دو
jour , la nuit , à chaque heure , à chaque
inſtant , les mêmes fureurs , les mêmes
ſouffrances : c'eſt le foie renaiſſant ſous
le vautour rongeur ; c'eſt cet effroyable
» Enfer où des flammes inextinguibles brû-
>> lent , ſans les confumer, & les bourreaux
» & les victimes " .
A ces peintures il n'eſt perſonne qui ne
s'écrie : Que la Loi les sépare ! & la Loi
confent àles ſéparer. Mais ce n'eſt point
par le Divorce , & c'eſt le Divorce que l'on
demande , c'est-à-dire , la liberté d'aller former
d'autres liens. Il ſeroit cependant affez
étrange & affez rare que les deux innocens
, que nous venons de voir fi malheureux
dans les liens d'un premier mariage ,
euffent envie de s'expoſer aux mêmes repentirs
; & quant aux deux coupables , on
ne penſe pas , ſans frémir , que la Loi
leur rendroit encore l'affreuſe liberté de
faire d'autres malheureux.
Cependant , ſoit que les époux fuſſent
coupables tous les deux , ou l'un coupable
&l'autre innocent , la Loi ne diftingueroit
rien dans le ſyſtême qu'on propoſe ; &
voici dans quels cas le Divorce ſeroit permis
: la mort civile , la condamnation àune
peine infamante ; la captivité dont on ne
peut prévoir la fin ; l'expatriation forcée
ou volontaire , ou la disparution d'un des
conjoints dont on n'auroit pas de nouvelles ;
l'infécondité d'un hymen pendant un temps
déterminé , fans qu'on en pût rechercher les
:
DE FRANCE.
cCaauusleess ; une maladie incurable & qqiuiimettrot
obstacle à la reproduction ; la demence in
crime quelconque ; l'adutère , le défazare
extrême ; l'incompatibilité de cartre.
Or de ces cauſes , il y en a trois qui n'en
font qu'une , ſavoir , le crime,la mort civi e
& la peine infamante : quel feroit le crime
quelle feroit llaa mort civile , qui
Tans la fétriffure imprimée au coupable , autoriferoit
le Divorce
en effer
و
La prifon , la captivité , l'expatriation ,
la disparution même peuvent n'être que des
malheurs , & les malheurs de l'innocence, &
lesmalheurs de la vertu. Alors , la durée& le
terme en fuffent- ilsindéfinis , loin de brifer'es
noeuds da mariage , ne devraientils pasle's
ferrer&lleess rendre eennccoorree ppllus facrés ?
auroit- il pas une cruancé lache à fe déta
cher d'un captif ou d'un fugitif innocent?
Le crime ſeul d'un abandon bien avéré ,
bien volontaire & fans retour , peut mettre
en liberté celui ou celle qu'on abandonne.
Voilà donc quatre circonstances , où le Divorce
, loin d'être légitime , feroit honteux
& criminel . Sailidismoani A
L'infécondité du mariage peut être involontaire
; mais fi elle favorife le changement
& l'inconſtance , ſi elle a pour les
époux la perſpective du Divorce , ne ferat-
elle pas quelquefois confeillée par l'amour
de la liberté ? Et, dans un fiècle tel que ' e
nôtre, faut il faire craindre odux épоrх
d'être liés par leurs enfans ?
Bz
28 MERCURE
Une maladie incurable ſeroit la cauſe du
Divorce !Grand Dieu ! ER- ce là le moment
d'abandonner ſa femme ou ſon époux ?
Nous ne concevons pas qu'un Ecrivain qui
ſe montre fenfible, ait pu vouloir qu'il fûc
permis d'être cruel.
L'incompatibilité de caractère est la cauſe
qui ſollicite le plus fréquemment le Divorce,
& fur laquelle l'Auteur de cet Ouvrage
inſiſte le plus fortement. Mais cette
incompatibilité , comment , par qui , &devant
qui fera-t-elle prouvée ? Y a-t-il rien
de plus vague & de plus équivoque ? de
plus facile àſuppoſer d'un côté , &de plus
difficile à conteſter de l'autre ? Quoi ! tac
femme ennuyée de ſes premiers liens ,
n'aura , pour être libre d'en former de nouveaux
, qu'à ſuppoſer entre elle & fon
époux une antipathie invincible ! Un homme,
après avoir joui de tous les charmes
de la beauté , dans une jeune & chafte
épouſe, m'aura pour la quitter , quand il
l'aura flétrie , qu'à ſe rendre odieux pour
elle , & qu'à la déſoler au point de lui
faire avouer qu'elle ne peut plus le ſouffrir!
L'incompatibilité naturelle eſt très - rare
entre deux époux, témoin le peuple de la
campagne, témoin toutes les claſſes laborieuſes
, où les époux ont beſoin l'un de
l'autre , & où le plus mauvais mari eſtcelui,
commedit Volcaire :
Qui jure , boit , bat ſa femme , &qui l'aime.
DE FRANCE. 29
L'incompatibilité factice eſt commune
dans cebeau monde , où le caprice , la fantaiſie
, l'humeur s'érige en caractère , & fe
pique d'être inflexible ; où l'amour-propre
eft irafcible au point de ne pouvoir fouffrir
la plus légère atteinte; où la vanité ſe
paffionne pour ſes plus frivoles objets , &
le change en averfion à la moindre difficulté
qui la gêne ou la contrarie. Mais ces
inimitiés qu'engendre la molleffe dans le
fein de l'oifiveté, ne feront-elles pas mille
fois plus fréquentes, lorſqu'une pleine liberté
viendra folliciter encore les dépits &
l'impatience ? lorſque les caractères , au lieu
de ſe plier , de s'accommoder l'un à l'autre,
n'auront qu'à ſe roidir pour être indé
pendans ?
Si le Divorce , nous dit- on , ne permet
pas l'infidélité & ne la rend pas innocente,
l'inconſtance aura bientôt l'art de s'échapper
de fes liens , & elle fera criminelle.
Mais faut- il que la Loi ſoit la complaiſante
du vice , & qu'elle l'autoriſe au lieu de le
Aétrir ? Otera- t-elle à de mauvaiſes moeurs
la ſeule digue qui leur reſte ? Ah ! que ce
qui eft mal , foit mal; & que la honte en
foir la peine , fi elle n'en eſt pas le frein .
Mais non, le mal ne fera pas le même ;
&la néceſſité de rendre plus légers & plus
doux des noeuds indiffolubles , l'alternative
inévitable , ou de s'accommoder à ſa ſituation
, ou d'en accroître les ennuis , a concilié
plus ſouvent qu'on ne penſe des
B3
30 MERCURE
coeurs & des eſprits qui ſembloient inconciliables
. On ne calcule pas les forces de la
néceffité , on ne calcule pas le poids de
Topinion publique , & la réſiſtance qu'oppoſe
à de honteux penchans l'aſpect & la
crainte du blâme.
La ſéparation fimple eſt un Divorce puni
par le célibat. Le Divorce eſt une ſéparawon
impunie; dans la ſéparation , la peine
du coupable s'étend fur l'innocent ; dans
de Divorce , la liberté rendue à l'innocent
eft auffi rendue au coupable . Laquelle des
deux Loix fera la plus injufte ou celle
qui ſuppoſe des torts aux deux époux , &
qui les punit l'un & l'autre , ou celle qui
les traite également ttoouuss deux comme s'ils
n'avoient aucun tort ? Celle- ci paroît la
plusdouce; mais les abus en feront plus
fréquens , & ils feront cruels.
いる
Dans les formalités de la ſéparation , la
Loi a ſagement laiffé des, difficultés , des
Jenteurs , des répugnances pour les ames
honnêtes , pour celles qui n'ont pas perdu
encore toute pudeur. Dans le Divorce tel
qu'on nous le propoſe , on a pris foin d'é
pargner aux époux juſques aux dégoûts d'un
procès , juſqu'au déſagrément d'une plainte
publique ; & les précautions qu'on apporte
au Divorce ne le rendent que plus facile
en n'y laiſſant plus rien dont on ait à
rogir.
Ce n'eſt pas que l'Auteur n'en ait bien
fenti les dangers . Le Divorce , dit il , eſt
' DE FRANCE. 31
>>un émétique ſalutaire quand il eſt admi-
>>niſtré à propos , terrible s'il eſt aban-
>>donné au hafard; & après le malheur
>> d'en être privé , le plus grand malheur
ود
ود
pour une Nation eſt d'en être prod gue .
» Il faut donc combiner les Loix du Di-
» vorce de manière qu'il ſoit impoffible de
l'obtenir ſans de juſtes & fortes raiſons ,
>> & fur - tout qu'il ne faſſe jamais payer
aux enfans le ſecours accordé à leurs.
*»* pères ".
ود
ود
Mais quels moyens nous propoſe - t - il
pour remp'ir ces conditions ?
Nous avons vu que des douze cauſes
qu'il affigne au Divorce , l'abandon volontaire
, lans efpoir de retour , l'adultère prouvé
, les peines infamantes, la démence incurable
feroient les ſeules admiſſibles ; &
que celle à laquelle il s'attache le plus ,
Pincompatibilité de caractère, non ſeulement
peut être ſuppoſée , mais dépendre en réalité
de celui des deux qui déſire & qui demande
le Divorce. Le Tribunal qui en ſeroit
Juge ne ſçauroit donc avoir trop de
lumières ni trop d'impartialité. L'Auteur
nous décare lui même que s'il a été le plus
zélé Sectateur du Divorce pendant ſa prohibition
, il en deviendra , après ſon retabliſſement
, le plus grand adverſaire ; &
qu'autant il en aura déſiré l'uſage , autant il
en craindra l'abus .
Or à quel Tribunal propoſe-t-il de faire
examiner les cauſes du Divorce ?
B 4
32 MERCURE
Celles dont l'existence eſt manifeſte , il
les défère au Tribunal des Loix; mais pour
celles qui font douteuſes , il veut des Juges
domeſtiques : & ces Juges quels feront- ils?
Les parens mêmes de celui des deux époux
qui ſe plaint de l'autre , & qui demande..
le Divorce. » L'épouſe ou l'époux oppofant
>>>au Divorce, feroît averti de cette allem-
* blée , & fommé de s'y trouver. Il pourroit
y défendre ſa cauſe & réfuter les
>> accufations. Alors s'éleveroit une eſpèce
>>de Tribunal qui pourroit inſtruire l'af-
>> faire fans ſcandale & fans crainte d'être
>>trompé. Lorfque les parens auroient re-
ود
ود connu la légitimité du Divorce , ils fi-
>> gneroient un Acte de famille .... L'Acte
ود ainſi rédigé, la partie plaignante le pré-
>> ſenteroit aux Juges ; & il auroit été coin-
» muniqué à la partie oppoſante, qui n'au-
>> roit alors d'autres moyens de défenſe
que de conteſter la légitimité des parens ,
>> ou la validité des ſuffrages ".
رد
Nous n'oppoferons à l'Auteur que ſes
propres réflexions.
>>Qu'un homme adroit , dit - il , ſache
>> concentrer ſes fureurs dans l'intérieur de
» fon ménage , où ſa triſte compagne trou-
>>vera-t- elle des preuves & des témoins ?
» Qu'une femme artificieuſe ſache voiler
ود fesdéfordres, comment ſon malheureux
>> époux appuiera-t-il ſes juftes plaintes "?
Les voilà donc bien ſouvent impoſſibles
pour l'innocent , les preuves d'incompati
DE FRANCE. ふろ
bilité. Mais ſi le plaignant eſt le coupable;
ſi c'eſt l'homme bizarre , impérieux , jaloux ,
qui ſollicite le Divorce; ſi c'eſt la femme
altière , impatiente , violente à l'excès , qui ,
prenant ſes devoirs pour des chaînes , veut
les brifer, ſi l'un ou l'autre fait donner à
fa fituation les apparences du malheur , &
d'un malheur intolérable ; quelle ſera la
défenſe de l'accufé devant l'accuſateur &
devant fa famille ? Quels feront les parens
affez incorruptibles pour n'être pas ſéduits
ou prévenus en faveur de leur propre fang?
Les difficultés de la preuve ſont lesmêmes
pour la féparation légale; mais les Juges y
font exempts de toute affection perſonnelle.
L'accuſateur lui -même n'y a point , pour
être injufte , cedangereux attrait de liberté ,
cette eſpérance , ce défir d'aller goûter fans
honte les plaiſirs d'un nouvel hyinen.
Cependant, puiſque du Divorce il rés
fulte au moirs pour l'innocent la même
liberté qui eft rendue au coupable ; qu'il
en réfulte aufli pour lui le repos , le droit ,
l'eſpérance de ſe faire un fort plus heureux;
qu'importe , dira-t-on que le Divorce plus
attrayant & plus facile foit auffi plus fréquent?
C'eſt ici le vrai noeud de la difficulté;
car il s'agit du fort & du partage des
enfans.
t
L'Avocat du Divorce prend ſoin deleur
fortune, & pourvoit à leur ſubſiſtance;
mais que deviennent- ils dans la diffolution
du mariage dont ils font nés ?
BS
34 MERCURE
>». Lorſque la famille de l'époux plaignant
> jugeroit que l'éducation phyſique ou mo-
ود rale des enfans court quelques dangers
„ avec l'autre époux , elle pourroit convo-
>> quer les plus proches parens de ce der-
ود
nier; & fi la plupart d'entre eux s'accordoient
avec les autres , pour laiſſer tous
>>'les enfans à l'un des conjoints exclufive-
➡ment , l'acte de famille en feroit men-
>>"tion,& feroit homologué par les Juges « .
Et fi la cauſe du Divorce eſt priſe dans
les moeurs , quels feront les parens qui
voudront convenir que leur fils , leur neveu
, leur frère , leur file , leur niece
, leur foeur eſt indigne d'avoir avec
foi fes enfans ? Ne voit on pas que cette
exclufion feroit pour une femme la tache
la plus infamante , & pour un homme le
dernier degré d'opprobre & d'aviliffement ?.
Comment donc arriveroit- il que la famille
de l'oppoſant conſentît à ſa honte ?
S'il y a des garçons & des filles , l'Aureur
propoſe que les filles reſtent à la mère,
& qu'au fortir de la première enfance , le
père emmène les garçons. Mais qu'il ſe retrace
lui-même les caractères qu'il nous a
peints; & qu'il regarde en quelles mains
tõmberoient bien ſouvent ces foibles victimes
du Divorce.
A l'égard des conditions pécuniaires ,
La femme , dit- il, après le Divorce , auroit
ſeulement la moitié du douaire "..
Cela eſt dur pour la femme innocente.
وو
:
DE FRANCE.
35
Mais l'eût-elle en entier , quel indigne partage
! un douaire , ô ciel ! en échange de
toutes les fleurs de jeuneſſe , de grace &
de beauté qu'un barbare auroit profanées !
» Il vaut mieux , nous dit-on , pour une
>> femme ſe voir remplacer par une nou-
>> velle épouſe que par une maîtreſſe «.
Cela eſt- il vrai pour une mère ?
ور L'Ami de l'enfance doit être l'Apôtre
>> du Divorce " . Quoi ! ce qui rompt tous
les liens d'un père & d'une mère ce qui
les rend étrangers l'un à l'autre , feroit favorable
aux enfans !
ود
"
2
Une belle- mère vaut mieux qu'une
» mauvaiſemère ". Mais une bonne mère ,
qui la remplacera? Et une mauvaiſe mère
eſt- elle digne de former de nouveaux liens ?
* L'idée que l'on pourra être quitté éta-
ود blira plus d'égards , plus de ménagemens ".
Mais l'idée que l'on pourra quitter, introduira
plus de licence.
ود
ود
Diminuer le nombre des femmes malheureuſes
, c'eſt diminuer le nombre des
>> femmes infidelles ". Mais pour remédier
à l'infidélité , faut -il légitimer & faciliter
l'inconſtance ?
ود La Loi du Divorce eſt le plus grand
>> préſervatif du Divorce même : dès qu'il
> eſt poſfible, il devient preſque inutile ;
" dès qu'il eſt permis , il est très- rare , &
" il s'anéantit lui-même ". Cela peut être
vrai en tel lieu , en tel temps ; & nous penſons
avec l'Auteur, que dans un pays où
B6
36 MERCURE
les moeurs font bonnes , il eſt poſſible que
le Divorce les rende encore meilleures.
Mais dans un pays où les moeurs font mauvaiſes
, nous perfiſtons à craindre que le
Divorce les rende encore pires ; & hormis
les cas de démence déclarée incurable , d'adultère
prouvé , d'abandon volontaire & de
peine famante ou ſévices graves , nous
croyons au moins très-douteux qu'il foit ,
quant à préſent , convenable aux moeurs
-de Paris.
( Μ..... )
La Liberté , Ode, avec des notes ; parM.
DE LA VICOMTERIE. A Paris, chez Leroy
, Libraire , rue St- Jacques , No. 15.
Prix , 12 f. br.
C'ÉTOIT Un beau ſujet d'Ode que la
Liberté. Il ne paroît pas que l'Auteur l'ait
ni conçu ni rempli ; ilne manque pas d'une
forte de verve , mais dont le déréglement
ne produit que du vague dans les idées ,
les tableaux & les expreffions , ce qui eſt.
fort différent du désordre qui est un effet de
l'art. Voici les meilleurs vers de cette Ode.
L'Auteur dit , en parlant de la Baſtiile dé--
truite :
D'un pied libre , sûr & tranquille ,
Feffoulé ce bail are afile
' DE FRANCE. 37
Où l'homme entroit épouvanté;
Et repoſant fur ces décombres ,
Le Temps , le Silence & les Ombres
Parloient à mon coeur agité !
L'apostrophe ſuivante à M. le Marquis
de la Fayette, eſt d'un ton noble & lyrique.
! toi , jeune Guerrier , brave &doux la Fayette ,
Héros de l'Amérique & de la Liberté ;
LaGloire a ditton nom , la France le répète ,
EtleTemps le préſente à l'Immortalité.
Villars , & Maurice , & Turenne ,
Vous aviez ſerré notre chaîne ,
EtVainqueurs , vous portiez des fers ;
Mais qui dompte la tyrannie
Eſt le vengeur de la Patrie
Et le Héros de L'Univers.
Tous les bons Citoyens applaudiront à
cet hommage. Le nom de la Fayette s'eft ,
pour ainſi dire , confondu avec celui de la
Liberté , au point que c'eſt dans fon coeur
que nos ennemis voudroient la frapper.
Heureuſement il peut dire comme l'intrépide
Matthieu Mole : » Il y a encore loin,
du poignard d'un ſcélérat au coeur de
P'homme de bien ".
ود
"
(D..... )
38 MERCURE
VOEUX d'un Solitaire , pour Servir de
fuite aux Etudes de la Nature ; par
JACQUES-BERNARDIN -HENRI DE SAINTPIERRE
. A Paris , de l'Imprimerie de
MONSIEUR, chez P. F. Didot le jeune ,
Libraire , quai des Augustins.
CET Ouvrage commencé à l'époque de
la convocation des Etats-Généraux , n'a pu
paroître qu'au mois de Septembre dernier ,
& déjà une partie des queſtions ſur lefquelles
M. de Saint-Pierre donnoit ſon
avis , étoient décidées par l'Aſſemblée Nationale
, conformément ou contradictoirement
à l'opinion de l'Auteur. Cette production
n'avoit donc plus , même à ſa naifſance
, la forte d'intérêt qui a fait rechercher
alors la plupart des écrits où ces queſtions
étoient difcutées. Mais nul Ouvrage
ne pouvoit ſe paſſer plus aisément de cette
faveur paſſagère des circonstances. Le talent
& le génie font l'apropos de tous les
temps , & l'un & l'autre brillent dans l'écrit
que nous annonçons. Il eſt vrai qu'on
retrouve dans les Voeux d'un Solitaire ,
pluſieurs des idées que l'Auteur avoit déjà
répandues dans ſes Etudes de la Nature.
Mais la variété des aſpects ſous leſquels il
les reproduit, le furcroît de preuves , ſoit
•
39
DE FRANCE.
en raifonnement , ſoit en exemples , dont
il les fortifie encore , le ſentiment dont il
anime les nouveaux développemens qu'il
leur donne , tout atteſte la plénitude de ſa
conviction , l'abondance de ſes penſées , la
richeffe de fon talent , & fur- tout ce vif&
profond défir du bonheur des hommes ,
feul mobile digne d'un talent fi rare & fi
précieux.
Il eſt inutile d'en dire davantage ſur un
Ouvrage qu'on peut conſidérer comme le
cinquième Volume des Etudes de la Nature.
Il feroit trop long d'en relever les
beautés ; & il ſembleroit faſtidieux de combattre
quelques opinions politiques de l'Auteur
, déjà peut-être abandonnées par lui-
-même depuis la publication de ſon Livre,
&que, par le fait, la Nation a laiſſées
bien loin derrière elle.
21 :
( C...... )
MÉMOIRES intéreſſans , par une Lady ,
traduits de l'Anglois par feu M. LE
TOURNEUR. 2 Parties in-12. Prix, 3 b.
broc. A Londres ; & fe trouve à Paris ,
chez Leroy , Libr. rue St- Jacques .
les
IL y a peu d'action dans ce Roman ; mais
ils & les caractères intéreſſent.
1
40 MERCURE
Mylord Grandville , & le Colonel Scy
mone , deux Militaires retirés , & unis part
l'amitié la plus tendre , vivent dans deux..
châteaux voiſins l'un de l'autre. Le Colonel
Scymone & ſa femme , enlevés par une
mort imprévue , laiſſent une fille , Miff
Scymone , qui eſt l'Héroïne de ce Roman.
La mère a recommandé , en mourant , fa
fille à l'amitié de Mylord & Lady Grandville
, qui , de leur côté , ont un fils à peu
près du même âge. L'amitié qui unit ces,
deux jeunes gens dès leur enfance , ſe
change avec le temps en un ſentiinent plus
tendre; mais comme leur fortune & même
leur naiſſance font inégales , Milf Scyrmone
croit que la délicateſſe & la reconnoiffance
lui font un devoirde cacher ſes ſentimens ,
&de ne pas encourager la paffion du jeune
Lord. Mais à la fin la vertu de Miff Scymone
trouve ſa juſte récompenfe , & elle
s'unit au jeune Lord , de l'aveu de fes
parens.
On voit que ce fonds- là ne peut être
piquant que par les détails ; & il faut avouer:
qu'il y'en a ſouvent d'inutiles. Le caractère
de Charlotte , amie de Miff Scymone , eſt
d'une gaîté aimable , quoiqu'un peu forcée
quelquefois. Tous les perſonnages de
ce Roman font d'une honnêteté peut- être
un peu trop uniforme : mais le caractèrede
Mill Scymone , qui est bien foutenu, eſt de
la plus touchante ſenſibilité.
'DE FRANCL 41
La Physique à laportée de tout le monde, par
M. Aimé - Henri Paulian , Prêtre , de différentes
Académies. A Niſmes , chez J. Gaude & Compa
gnie , Libr.; & à Paris , chez les Marchands de
Nouveautés.
,
M. l'Abbé Paulian eſt un des plus célèbres Phyficiensdenosjours.
C'eſt un préjugé avantageux en
faveur de cet Ouvrage , dont il paroît une feuille
in-8°. par ſemaine. Après cinq années on aura
dixVolumes ornés de Planches , qui formeront
une Bibliothèque de Physique. Le prix de la ſoufcription
eſt de 12 liv. , & 15 liv. francs de porr.
On foufcrit aufli à Toulouſe , chez Seres , & chez
les principaux Libraires du Royaume.
Differtation fur le pouvoir de l'imagination des
Femmes enceintes. Par Mr. Benjamin Bablot ,
Conſeiller-Médecin ordinaire du Roi , à Châlons
fur Marne. in-8 °. Prix , 2 liv. 10 C. br. A Paris ,
chez Croullebois , Libr. rue des Mathurins ; &
Royez , quai des Auguftins.
Cet Ouvrage eſt auſſi curieux qu'intéreſſant ,
& mérite l'eftime des Savans , & l'accueil du
Public.
La Solitude confidérée relativement à l'esprit&
au coeur. Ouvrage traduit de l'allemand de M...
Zimmermann , Conſeiller aulique & Médecin de
Sa Majeſté Britannique. Par M. J. B. Mercier ,
in-8°. Prix , 3 liv. br. 3 liv. 12 f. franc de port.
A Paris , chez Leroy , Libr. rue St. Jacques.
On lira avec intérêt cet Ouvrage, dont l'original
eſt eſtimé en Allemagne.
42 MERCURE
Le Berger fidèle , traduit de l'Italien ; in - 15.
Prix , 36 f. broché , 2 liv. 8 f. rehé . A Paris , chez
Viſſe , Libr. rue de la Harpe.
Cet Ouvrage , imprimé en 1775 , n'a paru qu'en
1789.
Histoire de la Décadence & de la Chute de l'Empire
Romain, tra luit de l'Anglois de Gibbon. Tom .
VIII & IX. Prix , s liv. le Volume broché , &
6 liv. rel . A Paris , chez Moutard , Lib- Impr. de
la Reine , rue des Mathurins .
Cet Ouvrage doit avoir en tout 18 Volumes ..
Les Tomes VIII & IX que nous annonçons, comprennent
depuis l'Empire d'Occident en 395, jufqu'à
l'extinction du Confulat en 541 ...
MUSIQUE.
i
LES Dilaffemens de Polymnie , ou les Petits
Concerts de Paris , contenant des Airs - nouveaux
de tous les genres, par les premicis Compofiteurs
François & Etrangers , avec accompagnement de
Clavecin ou Piao- Ferté , & Violon ou d'une
Flûte: se. Année , rer. Rezucil. Le prix de l'Abonnement
pour 12 Recueils par an , eſt de 18 liv.
pour Paris & la Province , port franc. Chaque,Livraiſon
contiendra 8 Planches de Muſique in-fol.
& ſe fera le 15 de chaque mois. Chaque Recueil
ſéparé , 2 liv . 8 f. ( Cette Année 1790 contiendra
des Pièces nouvelles pour le Clavecin ſeul , compefées
par les meilleurs Maîtres. ) On foufcrit à
Paris , chez M. Porro ſeul , rue Tiquetonne , Nº.
19 ; en Province , chez tous les Directeurs des
Poftes. Less Années de cet Ouvrage ſe vendent
72 liv.
Etrennes & Journal de Guitare , par M. Porro .
18. par Abonnement. Même adreffe.
Journal de Violon pour l'étule , par une Société
de Profeffeurs choifis . Prix , 18 liv. Même adreſſe .
DE FRANCE. 43
VARIÉTÉS..
Du Style fublime & du Deſſin chez les
Grecs ; Fragmens historiques tirés du
Discours préliminaire des Monumenti
inediti (1) , de WINCKELMANN , & traduits
en François par M. GRAINVILLE.
:
I
L'ART du Deſſin dans la Grèce , en ſuivant le
fort de la Nation , fut foumis aux mêmes révolutions
que les Athéniens éprouvèrent ; c'eſt chez
eux qu'il ſe fixa & qu'il s'éleva au dernier degré
de perfection. Lorsqu'Athènes , faccagée & détruite
par les Perfes ,fortit de ſes ruines ; quand
elle remporta , dans les champs de Marathon &
fur les eaux de Salamine , ces victoires à jamais
mémorables; lorſque Themistocles la refonda ſur
la liberté , alors , couronnée de gloire , & après
l'avoir communiquée à la Grèce entière , elle
devint l'école & l'afile de l'Art dont nous parlons .
Périolès enfuite , cherchant à rendre célèbre ſa
Larie , fut encore , par le moyen des Beaux-Arts ,
2
(1) On a déjà publié le premier Nº. de cet Ouvrage
intéreſſant ; le ſecond doit inceffſamment paroître
, & les autres le ſuivront ſans exception. Il
faut s'adreſſer pour l'Abonnement chez M. Simon ,
Graveur, rue du Plâtre St-Jacques, Nº. 7 , à Paris .
MERCURE
réveiller l'eſprit de ſes Goncitoyens : les autres
villes de la Grèce , jalouſes des avantages d'Athènes
, cherchèrent à ccoontribuer à la gloire du
nom Grec & aux progrès du même Art. Alors
l'Ionie dans l'Afie- Mineure , la Sicile & la Grande-
Grèce , dans l'Italie , unies avec la Grèce leur
nourrice & leur mère commune , devinrent parfaitement
libres. Les Grecs de l'Ionic en furent
redevables aux Athéniens ; ceux de la Sicile d
de laGrande-Grèce à Hieron de Syracuſe.
Il ſemble d'ailleurs que la Nature fit à cette
épo que tous ſes efforts pour produire de grands
Hommes dans tous les genres. Eſchilles , l'un des
défenſeurs de la liberté des Grecs à la bataille de
Marathon , donna les premières Tragédies ſagement
intriguées , remplies d'incidens divers , &
anoblies par un langage héroïque & majestueux.
Peu d'années après , Sophocles parvint , à pas de
géant , au point où l'imagination & l'efprit hu
main peuvent atteindre ; & la Poéfic tragique fe
vit dans le même temps einbellie par Euripide
de Sentences & de Maximes tirée,s de la Philos
fophie la plus fublime. On commença même à
ſentir tout le prix de la Muſe épique dans les
Ouvrages d'Homère répandus de toute part ,
récités par les Rapſodiftes. Epicure avoit déjà
produit fur la Scène la première Comédie , lo
que Simonides écrivoit fes premières Elégies.
Anaxagores dans Athènes , Démocrite dans l'Ionie
, & Zénon d'Elée chez les Grecs de l'Italie,
enfeignèrent la Philoſophie réduite en forme ſyſ
tématique. On connut enfin l'éloquence par les
Ouvrages de Gorgias & l'Homère des Hiſtoriens,
le nourriffon des Graces;; Hérodote tanfmit à la
Poftérité les actions héroïques de ce ſiècle fortuné.
&
lorf!
Dans un temps auſſi favorable aux Beaux-
Arts , parurent dans la Sculpture Phidias , PolisDE
FRANCE.
45
tère , Alcamène , Scopas , Pithagore & Créfilas ;
dans la Peinture', Parrhafias & Xeuxis: les uns
chez les Grecs de l'Italie , les autres dans l'Ionic.
Praxitele, Lifizé , Apelle & leurs ſucceſſeurs
embellirent le Style fublime du Deſſin de la grace
inconnue à lears prédéceſicurs. Ondécouvredeux
Graces différentes dans leurs Ouvrages , & deux
Graces feulement furent reconnues par les Grecs
dans les temps les plus éloignés : toutes deux ,
comine les deux Venus , de nature différente ;
lune ſemblable à la Vénus céleste , formée par
Harmonie & d'une origine plus fublime; l'autre
telle que la Vénus née de Dioné , eſt plus ſujette
à la matière ; elle eſt fille du Temps , & compagne
de la première Grace , ou plutôt de la Célette
: c'eſt elle qui l'annonce à ceux qui n'en
connoiſſent pas les myſtères; elle s'abaifle , pour
ainſi dire , & ſe communique avec une douce
complaiſance; elle ne cherche point à plaire , &
cependant elle n'affecte dans la parure ni trop
de foins, ni trop de négligence. La première
Grace eſt différente ; comme compagne de tous
lesDieux , elle ſe ſuffit à elle-même ; fon effence
est trop fublime pour ſe rendre ſenſible ; elle
s'entretient avec les homenes privilégiés , & paroît
auſtère &difficile au vulgaire.
C'eſt la Grace , figurée par Aglaé ou Thalie ,
épouſe de Vulcain , qui concourut , avec le divin
Forgeron , à produire l'aimable Pandore ; c'eft
cetreGrace que Pallas répandit fur Ulyffe; c'eſt
celleque chanta de fublime Pindare ,&à laquelle
Le confacroient les premiers Maîtres de l'Art ;
elleaida Phidias à former Jupiter Olympien ; elle
couronnoit , avec les Saiſons ſes ſooeurs, la célèbre
Junon de Policaète à Argos, & fe manifeſtoit,
dans le ſourire ingénu de la Safandra de Calamis.
Soutenu& guidé par elle, le fublime créateur de
46 MERCURE
la Niobé s'avança dans la ſphère des idées incorporées
, & parvint à découvrh le ſecret d'unit
à la beauté ſapréme la terreur de la mort.
Les révolutions qu'éprouvèrent les Gouverne
mens dans la Grèce , avoient contribué à élever
l'Art du Deffin , & le choc des évènemens étrangers
acheva de le porter à ſa perfection. Il fallut ,
pour produire ces derniers efforts , le bouleverſement
de tout le ſyſtême de la Nation ; & ce fut
l'ouvrage d'Epaminondas pendant la centième
Olympiade.
Vers la cent quatorzième , Alexandre , de retour
à Babylone, donna la paix à l'Univers ; alors,
dans ce calme profond , les Athéniens s'abandonnèrent
à leur goût raturel pour le repos & les
plaiſirs. Sparte même adoucit la première rigueur
de ſes Loix. L'oiſiveté multiplia les Ecoles de
Philofophie ; & le plaiſir occupa l'imagination des
Poëtes & des Artiſtes .
Mais après la mort de ce fameux Conquérant ,
la Grèce ſe trouva dans un état déplorable ; des
exactions exorbitantes l'appauvrirent , & des guerres
continuelles la dévaſtèrent. L'Art avili gémiſſoit
fous l'oppreffion univerſelle , lorſque dans
l'Afie parurent les Séleucus qui l'accueillirent &
la protégèrent.
u Peu de temps après , la Liberté voulut refleurir
parmi les Grecs ; mais la jalousie & la rivalité
devant de Peuples divifés , rallumerent bientôt
le flambeau d'une guetre fanglante alors
furent anéantis les Beaux-Arts ; la famme dévora
les Temples , & les Statues tombèrent, renver fles .
Enfin les Etoliens , pour s'oppofer aux Achaïens,
recoururent aux Romains , qui , pour la première
fois , entrèrent dans la Grèces Rouplds beb
liqueux ne tardèrent pas la foumettre leurs nouveaux
Allies ; mais Paul Emile leur rendit leur
liberté première.
•DE FRANCE. 47
Cependant cette liberté dont les Grecs ne furent
pas jouir , s'anéantit bientôt. Naturellement inquicts
, ils ſe ſéparèrent des Romains qui voyoient
avec peine la ligue des Achaïens toujours exiftante.
Les tentatives que fit Metellus pour aſſurer
avec eux une amité durable , devenant inutiles
Rome envoya Lucius Memmius à la tête d'une
armée nombreuſe. Il joignit les Grecs ſous les
murs de Corinthe ; il les défit , & renverſa cette
ville qui étoit à la tête de la Ligue.
,
Afin de relever le triomphe de Métellus , on
tranſporta & l'on fit voir pour la première fois
-à Rome les monumens de l'Art des Grecs ; les
Peintures furent enlevées avec les murailles mêmes
; de forte que les villes de ces contrées autrefois
floriſſantes , réduites à la diſcrétion de leurs
vainqueurs , renoncèrent à multiplier leurs monumens
publics. Les Artiſtes ſans émulation
abandonnèrent les lieux qui les avoient vu naître ,
pour chercher ailleurs un fort plus doux & plus
tranquille.
,
Ainfi la Grèce étoit entièrement déshue de fon
ancienne ſplendeur , & par-tout on ne voyoit que
des traces de ravage & de barbarie. Thèbes étoit
faccagée ; Sparte preſque ſans Habitans ; & à
peine ſe ſouvenoit-on du nom de Myrènes. Les
trois Temples les plus célèbres & les plus riches
de la Grèce, celui d'Apollon à Delphes , d'Eſculape
à Epidame , & de Jupiter en Elide , avoient
été pillés par Sylla. L'état de la Grande -Grèce
n'étoit pas moins déplorable ; & de tant de villes
puiflantes, Brindes & Tarente ſe ſoutinrent ſeules
dans le commencement de la Monarchie Romaine.
En Sicile , depuis le Promontoire de Lilibée jufqu'à
celui de Pachine ; c'est-à-dire , d'une extrémité
de l'une à l'autre , on ne voyoit que ruines
&reſtes mutilés , &c. &c. &c,
43
MERCURE DE FRANCE.
AVIS.
ON mettra en vente , Lundi prochain 8 Février,
Hôtel de Thou , rue des Poitevins, N., 18,
la 37c. Livraiſon de l'ENCYCLOPÉDIE méthodique.
Cette Livraiſon eſt compoſée de la ze. Partic
du Tome II du Dictionnaire d'Antiquités , de Diplomatique
, &c.; par M. l'Abbé Mongez.
Etde la ire. Livraiſon , 3c. Partie des Planches
du Tableau Encyclopédique & Méthodique des trois
règnes de la Nature; par M. l'Abbé Bonnaterre ,
contenant la fin des Figures des Serpens ,& le
commencement de celle des Oiseaux&des Infectes.
Le prix du demi-Volume de Diſcours
eſtde..
....
Brochure de ce demi-Volume , .....
Les 118 Planches de cette Livraiſon
4 ſous , ci ...
3 liv.
10 f.
........ 231.12 .
Diſcours&brochure du Difc. & Pl... I liv.
Total... 281. 2 .
.... 271. 121.
Le port de chaque Livraiſon eſt au comptedes
Prix en feuilles , .....
Souſcripteurs.
Dans le Profpectus des Mémoires du Mal. de
Richelieu, qui ſe vendent chez Buiſſion, rueHautefeuille
, il s'eft gliffé une erreur ; au lieu de ces
mots : Vol. in-8°. , lifez 4 Vol. in-8° .
TABLE.
ERS. 3 Du Divorce.
Amon Oncle.
Réponse.
Suite de la Veillée.
18
4 La Liberte 36
Vaux d'un So'iraire. 38
Mémoires intereffans. 39
Charade, Eniz. & Log. Variétés. 43
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOGNE.
De Varsovie , le 14 Janvier 1789. :
DANS la Séance du 30 Décembre dernier
, la Diète s'est prorogée au 8 Février
, et avec elle se trouve ajournée la
décision à prendre sur la dénonciation
du Prince Calixte Poninski , contre
les Personnages impliqués dans le partage.
Cette affaire a été discutée dans les
dernières Séances , moins par zèle pour
la justice publique , que par intérêt de
faction . Deux Partis , celui de la Famille
Potocki et celui du Grand Général Branicki
, divisent les Etats. Le dernier a
redoublé d'efforts pour faire rejeter la
dénonciation , défavorable à son Chef;
par la même raison, l'autre Faction en
Nº. 6. 6 Février 1790. A
( 2 )
a poursuivi le succès. D'ici au mois de
Février on aura le temps de préparer
denouvelles intrigues. S'il survient quelqu'affaire
importante, les Nonces seront
rappelés à leurs fonctions avant le terme
de la prorogation .
Avant de se séparer , les Etats ont
ordonné et approuvé la rédaction d'un
Universal , que les Maréchaux de la
Diète viennent d'envoyer à tous les Palatinats
, et ou on les informe des opé
rations de l'Assemblée Législative. Dans
cette Adresse , la Diète s'applaudit de ses
réformes , dont elle trace le sommaire
et les avantages , en disant : 1
« L'esprit de patriotisme a confirmé unanimement
les principes pour l'amélioration du
Gouvernement. Par eux , le Citoyen voit que
toutes les Lois , tous les pouvoirs du Gouvernement
émanent de la Nation ; que les
Diètines doivent être et serontla source principale
du Pouvoir Souverain ; que les Dietes ,
dans l'ordre de la Législation ordinaire , ont
une époque e un pouvoir fixé , mais que
dans tous les besoins pressans de la République
elles ont la confiance entière de la
Nation ; que le Pouvoir exécutif trouvera
constamment dans la Diète , toujours prête ,
le Grand Conseil ( Straz ) , les Jugemens de
la Diete , un secours , unesurveillance et l'activité
nécessaires . »
et
Les Maréchaux, Rédacteurs de l'Universal,
y préconisent également les liaisons
nouvelles de la République avec la
Prusse ; liaisons qui vont prendre inces(
3 )
samment la consistance d'un Traité. La
Députation des Affaires Etrangères s'est
occupée sans relâche de ce Projet d'Alliance
, dont les articles préliminaires
furent envoyés le 5 à M. de Lucchesini.
Immédiatement après , ce Ministre Prussien
est parti pour Berlin ,
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 17 Janvier.
Quoique l'Empereur ait eu de bons
intervalles , et qu'une crise favorable,
d'expectoration l'ait soulagé il y a huit
jours; quoiqu'il ait paru à la Chapelle de
la Cour , et qu'il se soit occupé des Dépêches
importantes reçues de Pétersbourg
et d'Yassy , son état est toujours alarmant.
Les variations de la maladie sont
plus ou moins défavorables ; mais la maladie
résiste , et la saison accroît cette
résistance.
Orsova est toujours bloqué. Les troupes
qui l'entourent sont chaudement vêtues
et bien nourries : on a placé des
poëles dans les cabanes où elles logent.
Un moment , l'on a soupçonné quelque
projet du Pacha de Widdin sur le poste
de Kladova : quelques dispositions des
Turcs accréditoient ce soupçon. Le
Prince de Hohenlohe , qui commande
en deçà de l'Aluta , a fortifié ses postes
A ij
(4)
avancés , ainsi que la garnison de Kladova
, défendu par de bons fossés et un
rempart garni d'Artillerie. Jusqu'ici les
Ottomans n'ont rien tenté , et l'on n'a
d'autres nouvelles de ces contrées que
des escarmouches entre quelques partis
volans .
Le Public ne pénètre pas encore le
secret des premières conférences tenues
à Yassy. Seulement paroît-il certain que,
malgré les dispositions pacifiques des Plénipotentiaires
, ils ne sont point encore
convenns d'un Armistice. On débite que
si la Porte cède à l'Empereur , Belgrade ,
Choczim, etprendla rivière d'Unna pour
limite des deux Etats en Croatie , on lui
restituera Gradisca , Novi et Dubitza.
--
S. M. I. a élevé au grade de Général de
Cavalerie le Lieutenant -général de Tige , et
à celui de Général d'Artillerie , les Lieutenans
-généraux de Mitrowsky et Wenceslas de
Colloredo. Le Prince de Furstenberg a été
avancé au grade de Major-général ; et le
jeune Prince régnant d' Anhalt Coëthen à celui
de Lieutenant - Colonel du Régiment de
Terzy. Le Régiment d'Arberg a été conferé
au Duc d'Ursel. Il se répand que le Général
d'Alton aura le Gouvernement général
en Moldavie : c'est là une conjecture , et
non un fait. Il semble néanmoins qu'on attribue
le tort des divisions survenues aux
Pays-Bas , entre le Pouvoir Civil etMilitaire ,
à M. de Trautmansdorff qui s'est retiré à
Aix-la- Chapelle , ainsi que le Comte d'Arberg.
Cette supposition pourroit bien être
( 5)
une injustice , et même , suivant la cause de
cette mésintelligence , honorable au Ministre
Plénipotentiaire.
Au reste , on ne s'occupeici nullement
des Pays-Bas ; il n'est pas question encore
d'y faire marcher aucunes Troupes,
Le Cabinet , ou n'a pas arrêté de résolution
, ou tient secrètes celles qu'il peut
avoir prises . Toute son attention paroît
se borner en ce moment à la conservation
de Luxembourg , et à l'étude des
moyens conciliatoires qui peuvent rester
encore entre le Gouvernement et les
Brabançons .
De Francfort surle Mein, le 27 Janvier.
L'espoir d'une conciliation amiable
s'est ranimé à Liège depuis quelques
jours. Le Prince-Evêque semble ébranlé
par les représentations des Etats et par
les instances du Directoire de Clèves .On
va même jusqu'à prévoir que ce Prince
s'en rapportera à la seule médiation de
ce dernier , cependant sous quelques réserves
, et qu'incessamment il reviendra
dans ses Etats. Ce changement ameneroit
bientôt la fin des troubles , que des
esprits aigris cherchent à perpétuer.
Si la Cour de Berlin remporte cette
nouvelle victoire , beaucoup plus importante
que le vulgaire ne l'imagine , son
influence sur les Cercles du Bas-Rhin et
Aiij
(6)
deWestphaliedeviendra prédominante ,
et l'habileté de M. Dohm aura prévalu ,
à l'aide des circonstances , sur les obstacles
puissans qui contrarioient ce dessein.
anh
Le Marquis de Lucchesini , Ministre
du Roi de Prusse à Varsovie , est arrivé
le 13 àBerlin , où la circulation des Courriers
étrangers est plus fréquente que
-jamais . Les vastes projets du Cabinet
et les dépenses de précautions qu'ils ont
pu exiger , n'ont pas empêché le Roi de
répandre , l'année dernière , pour trois
millions et demi de thalers , en secours
à ses divers Etats .
Les Troupes de Mayence , qui s'étoient
rendues à Saint-Imbert pour y rétablir la
tranquillité , sont revenues le 12 de ce mois ,
àl'exception d'un détachement de cinquante
hommes ; elles out amené cinq des principaux
Perturbateurs qui ont été conduits à
la Maison de Force.
Le Prince d'Anhalt- Zerbst , à qui le
'Séniorat d la Maison d'Anhalt étoit
dévolu par la mort du Prince d'Anhalt
Coëthen , y a renoncé en faveur du
Prince d' Anhalt-Bernbourg.
Le Courrier Politique Allemand a
publié l'extrait suivant d'une Lettre
écrite de l'intérieur de l'Allemagne .
" Les réclamations des Princes , possesseurs
de terres en Alsace et en Lorraine ,
excitent deplus en plus l'attention de l'Empire.
Les Etats ne voyent pas avec indifférence
( 7 )
l'atteinte qu'ils prétendent être portée aux
propriétés dequelques-uns de ses Membres ,
par divers Deerets de l'Assemblée Nationale.
On regarde ces Décrets , si toutefois
on peut les étendre aux possessions qui faisoient
autrefois partie de l'Empire , comme
contraires au traité de Westphalie , dout
le maintien intéresse toutes les Puissances ,
et nommément l'Empereur et P'Empire . Les
possessions des Princes dans les Provinces
susnommées , quoique soumises à la Suzeraineté
du Roi , n'ont jamais cessé d'étre
parties intégrantes de plusieurs fiefs d'Allemagne
, qu'on ne sauroit détériorer au mé
pris des engagemens solennels des Rois de
France , qu'ont liés des traités garantis par
d'autres Puissances . Plusieurs Cercles s'occupent
des moyens de prévenir les suites
d'un systéme , que les Publicistes d'Allemagne
regardent comme contraire aux intérêts
de toutes les Nations. Le Cercle du
Haut-Rhin a déja pris un arrêté à ce sujet;
il réclame l'intervention de l'Empereur et
de la Diète , et invite les Cercles du Вав-
Rhin , de Franconie , de Souabe et de Westphalie
à faire cause commune avec lui. "
Conformément à l'usage que nous
avons suivi les années précédentes , nous
donnerons successivement le relevé des
morts , mariages et naissances , en 1789 ,
dans les principales Villes de l'Empire et
d'autres Etats : ces notices intéressent
les Amateurs de l'Arithmétique politique.
En 1789. Francfort sur le Mein. 163 ma-
Αἰν
( 8 )
riages , 852 baptêmes , dont 73 enfans illégitimes
, et 1250 morts , dont 32 morts nés.
Postdam . Mariages 284 , naissances 737 ,
morts 752 ; l'Etat Militaireet les Juifs n'y
sont pas compris .
Konigsberg. 518 mariages , 1788 naissances
et 2462 morts.
Gotha. 66 mariages , 373 naissances et 359
morts.
Hambourg. 905 mariages 2641 baptêmes ,
dont 281 enfans illégitimes , et 3162 morts.
Copenhague. 981 mariages , 3179 naissances
et3849 morts.
Dans l'Evêché de Séelande ( Copenhague
et Bornholm exceptées ) , 1844 mariages ,
7136 naissances et 5894 morts .
Stettin et la Principauté de Camin , 3166
mariages , 15,368 baptêmes , et 11830 morts ,
parmi lesquels 13 Centenaires. L'Etat Militaire
n'est pas compris dans ce relevé.
Varsosie , 3925 naissances et 3563 morts.
GRANDE-BRETAGNE.
De Londres ,le 27 Janvier.
Le Roi a fait , le 21 , en personne , l'ouverture
solennelle de la Session du Parlement
. Les Communes s'étant rendues
à la Chambre Haute , qui n'est pas cassée
encore , quoi qu'en disent les Gazetiers
Parisiens , Sa Majesté y a pro(
9 )
noncé de son Trône le Discours suivant:
T Milords et Messieurs , "
« Depuis votre dernière Assemblée , la
continuation de la guerre sur le Continent ,
et la situation intérieure de plusieurs Etats
de l'Europe , ont produit des évènemens qui
ont fixé mon attention la plus sérieuse. "
Tandis que je vois , avec une véritable
douleur , la tranquillité interrompue en
d'autres Pays , j'ai la satisfaction de pouvoir
vous apprendre que je reçois les assurances
continuelles des dispositions favorables des
Puissances Etrangères envers ce Royaume ;
et je suis persuadé que vous éprouverez avee
moi les sentimens d'une profonde reconnoissance
des faveurs que m'accorde la Providence
, en augmentant chaque jour pour
mes Sujets , les avantages de la paix , et la
jouissance non interrompue DU BONHEUR
INESTIMABLE QUE LEUR A PROCURÉNOTRE
INESTIMABLE CONSTITUTION . "
"Messieurs de la Chambre des Communes , "
J'ai donné des ordres pour que les états
des dépenses de l'année vous soient présentés ,
et je me repose sur votre empressement à
accorder les subsides , que requerreront les
differentes branches du service public. "
५ Milords et Messieurs , »
« Les Réglemens prescrits par l'Acte passé
dans la dernière Session du Parlement , relativement
au Commerce des grains , n'ayant
pas été exécutés fidèlement dans plusieurs
heuxduRoyaume , ily avoit lieu de craindre
Av
( 10 )
une telle exportation de grains , et de telles
difficultés à l'importation , qu'il pouvoit en
résulter les plus grands inconvéniens pour
mes Sujets . »
10 Dans ces circonstances , il m'a paru indispensablement
nécessaire de prendre des
mesures immédiates pour empêcher l'exportation
, et pour faciliter l'importation de
certaines sortes de grains , et j'ai en consé
quence , de l'avis de mon Conseil privé ,
donné des ordres à cet effet . J'ai prescrit
qu'il vous en soit remis copie. "
Il ne me reste qu'à desirer que vous
continuiez à vous attacher aux objets qui
peuvent mériter votre attention , avec le
même zèle pour le service public , que vous
avez montré jusqu'ici dans votre conduite.
Les effets s'en sont manifestés très - heureusement
par l'augmentation du revenu public ,
P'accroissement du Commerce et des Manufactures
du pays , et la prospérité de mon
Peuple. "
Ce Discours d'ouverture est , comme
on le sait , une espèce de Prospecies
des vues et de l'opinion du Gouvernement
sur les affaires intérieures et sur
les événemens du dehors. Le Roi s'étant
retiré , ainsi que les Communes , la
Chambre Haute a mis en délibération
l'Adresse de remercîment à présenter
à S. M. Lord Falmouth en a fait la Motion
; lord Cathcart l'a appuyée : elle a
passé sans débats à l'unanimité , et l'on
a nommé le Comité chargé de rédiger
l'Adresse. Le Chancelier étant indisposé ,
(11)
Lord Kenyon , Chefdu Banc du Roi , a
présidé la Chambre.
Les Communes rentrées dans leur Chambre
se sont occupées de la même délibération .
Lord Valletort , ami de M. Pitt , et fils du
Comte de Mount- Edgecambe , a proposé PAdresse.
Il a fait valoir la comparaison de
l'état florissant et tranquille de la Grande-
Bretagne , avec le dechirement de plusieurs
autres Etats. « Il a représenté chaque
Province de France , comme le theatre de
« l'anarchie et de la confusion , la Capitale
« comme ayant été le th âtre des plus hor-
" ribles cruautés , les anciennes Lois renversées
avant qu'on enait établi de nouvelles ,
« et le Roi prisonnier dans son propre Palais
(1) . » 11
Il a peint ensuite l'état de soulèvement
etde guerre civile où se trouve le Brabant ;
l'Impératrice de Russie cherchant dans les
horreurs de la guerre à occuperson inquiete
ambition ; Royaumes armés contre Royaumes
, Citoyens contre Citoyens , tandis que ,
graces à la paternité de S. M. à la sagesse
de ses Ministres , et à l'excellence de nos
Lois , l'Angleterre est montée dans la Hiérarchie
politique , à une clévation encore
inconnue dans ses Annales.
M. Cawthornea appuyé laMotionquia
passé à l'unanimité . M. Pilt a ensuite demandé
un Bill d'indemnité , c'est-à-dire ,
delégitimation,pourl'infractionde l'Acte
(1) Traduit littéralement du Diary, or
Woodfall Register , du World , du Public
Advertiser.
Avj
( 12)
qui autorise la libre exportation des
grains , Acte dont le Parlement seul peuť
suspendre l'exécution ; mais que la nécessité
a plus d'une fois autorisé le Gouvernement
à suspendre lui-même , pendant
les vacances du Corps Législatif.
Pendant son Ministère, Milord Chatham
obtint un de ces Bills d'indemnité , et
pour la même cause. L'Adresse de remercîment
des deux Chambres a été
présentée au Roi deux jours après .
Dans la Séance d'hier , M. Wilberforce ,
qui poursuit en Chefl'abolition de la Traite
des Negres , demanda aux Communes la formation
d'un Comité général , Mercredi prochain
, pour prendre cet objet en considération
, recevoir les Pétitions présentées ,
examiner l'Enquête faite , etc. Après quelques
débats peu importans sur la fixation
du jour de ce Comité de toute la Chambre ,
Ja Motion a été adoptée.
Le jour de l'ouverture du Parlement ,
pendant que le Roi , pour s'y rendre ,
traversoit le Parc St. James , une pierre
assez grosse fut lancée contre la voiture ,
et frappa le panneau le plus voisin de la
glace. Nombre de Spectateurs avoient
vu partir la pierre de la maind'unhomme
qu'on arrêta sur-le-champ. A l'interrogatoire
, ce malheureux s'est trouvé être
un ancien Lieutenant àdemi-paye , du
Régiment Royal , nommé Frith , et il
n'a pas dissimulé que son intention étoit
de frapper le Roi. Ses réponses , les
( 13)
papiers qu'on a pris sur lui , un Manifeste
insensé qu'il avoit répandu quelques
jours auparavant , dans l'une des cours
de St. James , ont constaté sa démence
complète. Il a été enfermé à Newgate ,
pour être jugé à l'Old Bailey , comme
coupable de Haute Trahison. Son Dé
fenseur prouvera l'insanité du sujet qui
sera renfermé à Bedlam .
PAYS- BAS.
De Bruxelles , le 29 Janvier 1790.
Il se confirme que l'Empereur ayant
révoqué le Conseil de Gouvernement
des Pays -Bas , les Gouverneurs Généraux
des Provinces Belgiques ont établi
provisoirement , à Bonn , un Conseil
d'Administration pour les Pays-Bas ,
composé de 4 Conseillers , 3 Secrétaires
et quelques autres Employéssubalternes.
M. de Crampipen, le jeune , préside ce
Conseil. Toutes les affaires seront traitées
conformément au Règlement de
Charles V , et à la Joyeuse-Entrée .
Cette nouvelle accrédite celle qui s'est
aussi répandue de la Cession que feroit
l'Empereur de la Souveraineté des Pays-
Bas, à l'Archiduchesse Gouvernante , et
au Duc Albert de Saxe-Teschen. Après
la mort de LL. AA. RR. , cette Souveraineté
passeroit à un Archiduc de la .
Maison de Toscane. On dit que ce plap
trouve des Partisans dans nos Provinces
( 14)
auxquelles il cût épargné des malheurs
et des hasards , s'il cût été proposé il y
a un an. Maintenant , comment le concilier
avec l'Institution fédérale qui vient
de cimenter l'Union des Provinces Belgiques
? Union fragile , il est vrai , Union
sans Chef ; mais dont l'autorité est aujourd'hui
remise à un Congrès de 90
Députés , dont les droits et les devoirs
ont été déterminés par l'Acte suivant ,
passé le 10 dans l'Assemblée générale ?
« Art . I. Toutes les Provinces se réunissent
et se confédèrent sous le titre d'Etats Belgiques-
Unis . »
" II . Ils forment et concentrent entreux
Ja Puissance Souveraine , bornée à leur défense
mutuelle , le droit de faire la guerre et
la paix , lalevée etle payement d'une Armée
Nationale , la construction et l'entretien de
fortifications , la conclusion d'Alliances offensives
et defensives avec les Puissances
Etrangères , l'envoi et la réception d'Ambassadeurs
, Résidens , Agens , etc. , ce qui ,
tout sans distinction , se fera par la seule
autorité de la Puissance ainsi reunie , sans
en réferer aux Provinces respectives , tandis
qu'on est convenu de afluence que chaque
Province aura par ses Députés dans les Délibérations
sur les objets compris dans le présent
Traité. »
III. Pour la gestion de cette Puissance
Souveraine , il y aura nu Congrès des Députés
de chaque Province sous le nom de
Congrès Souverain des Etats Belgiques-Unis . "
IV. Les Provinces feront toujours profession
de la Religion Catholique , Apostolique
, Romaine , et conserveront inviola
( 15 )
blement l'unitéde l'Eglise. En conséquence,
le Congrès suivra et maintiendra ses relations
avec le St. Siége. "
V. Le Congrès aura seul le Pouvoir de
faire frapper Monnoie au coin des Etats
Belgiques - Unis , d'en fixer le titre et la valeur.
»
VI . Les Provinces de l'Union pourvoiront
aux frais de l'exercice du Pouvoir Souverain
, reconnu au Congrès , dans la même
proportion que sous le precédent Souverain . "
" VII. Chaque Province conserve tous
Droits de Souveraineté , ses Lois , Liberté
et Indépendance , pour autant qu'elles ne
se les sont pas cédés réciproquement , et ne
les ont pas déférés au Souverain Congrès . "
VIII. Quant aux differends qui pourroient
survenir , soit relativement à la Contribution
générale , ou sur quelque objet que
ce soit , tant de la part d'une Province à
l'égard du Congrès , on du Congrès à l'égard
d'une Province, ou d'une Province envers
une autre , le Congrès tâchera de les terminer
à l'amiable ; sinon , chaque Province nommera
, à la requisition de l'une ou de l'autre
des Parties , une Personne , et ces Personnes
examineront duement l'affaire , et la décideront.
"
» IX. Les Etats-Unis s'engagent à se secourir
mutuellement , et à faire cause commune
toutes les fois que l'ane d'elles seroit
attaquée.
X. Une Province ne pourra point contracter
des Alliances , ni Engagemens avec
une autre Province , sans l'aveu du Congrès.
Les Provinces particulières ne pourrontpas
même se réunir , ni former des engagemens
entre elles , sans l'avea da Congres.
(16)
Cependant la Province de Flandre pourra se
reunir avec la Flandre occidentale , à condition
qu'elles auront chacune leurs Députés
au Congrès , avec voix libre et independante,
etc. "
» XI. L'Union sera permanente et irrévocable.
»
XII . L'on est convenu que les Pouvoirs
Civil et Militaire , ou une partie d'iceux , ne
seront jamais déférés à une seule et méme
Personne ; et que Personne ayant séance et
voix au Congres , ne pourra être employee
au Service Militaire , niaucun Militaire étre
Député au Congrès ; comme aussi l'on ne
pourra y admettre Personne qui soit au Service
ou à la Pension d'une Puissance Etrangère
, sous quelque nom que ce puisse être ,
ni aucune Personne qui après la Ratification
de ce Traité d'Union accepteroit quelque
Ordre Militaire , ou autre Decoration, etc.».
LaFlandre, proprement dite, la Flandre
occidentale , le Brabant , le Namurois ,
Namur, Malines , le Hainaut, le Tournaisis
, le quartier de Gueldre , ont signé cet
Acte. Les Députés de Limbourg n'étoient
pas autorisés à le faire par leurs pleins
pouvoirs ; maispour opérer la réunion de
ce Duché , les Etats de Brabant l'ont
occupé à main armée ; un Corps de
Troupes Patriotiques s'est renduaHerve,
où il a été reçu sur une dépêche du Premier
Ministre Van der Noot. A l'approche
de ce Corps , les Troupes Munstériennes
, destinées à l'expédition de
Liège, ont quitté Herve, où elles avoient
séjourné , et ont marché vers Aix-la-
!
( 17 )
Chapelle. Le Général Baron de Wenge,
qui les commande , leur a fait observer
une discipline très- exacte , à laquelle
la Régence de Herve a rendu un témoignage
officiel. Le Manifeste Brabançon
sera proclamé dans le Limbourg sous
Ja protection du Corps Militaire qu'on
vient d'y faire entrer .
Pendant que l'Union fédérale semble
se consolider , au moins par de premiers
Pactes , on multiplie les semences de discorde
dans le Brabant. Il se forme iei
des Assemblées , bien foibles encore ,
contre la Constitution des Etats , jurée ,
solennisée , applaudie il y a un mois. Une
foule d'Ecrits passionnés , ou injurieux ,
se répandent chaquejour. M. Van der
Noot est indignement traité dans quelques-
uns de ces Libelles ; ainsi le principal
Auteur de l'indépendance Belgique
est le premier en butte aux fureurs de
ceux que soulèvent son crédit , la jalousie
qui accompagne toutes les Révolutions ,
et l'ambition de ceux qui veulent s'en arroger
la gloire . Ce n'est pas le premier
exemple récent de cette injustice. H
existe trois Partis bien prononcés ; l'un ,
de ceux qui voudroient faire du Brabant
une Démocratie , comme la France ;
l'autre qui veut conserver la Hiérarchie
Aristocratique actuelle , telle qu'elle
existoit en France il y a un an . Le trois
sième Parti étant le plus voisin de la modèration,
du seul et vrai patriotisme , est
(18 )
par conséquent le moins nombreux ; il
ne veut ni Démocratie , ni Aristocratie ,
ni destructions violentes , ni Lois le fusil
à la main, ni guerres civiles , ni schisme
éclatant qui redonneroit à l'Ennemi
commun de puissans auxiliaires , en exposant
les Provinces Belgiques à des
périls incalculables .
La guerre des Ecrits prolémiques aigrit
le mal : toutes ces disputes misérables
, où des Charlatans parlent sans
cesse de leurs lumières , de leur amitie
pour le Peuple , et d'orgueilleux Pa
triciens de leurs antiques droits , font
gémir le petit nombre des Sages et des
Républicains sincères. Les Etats de diverses
Provinces pensent arrêter ce débordement
de pamphlets par des prohibitions
, c'est-à-dire , que le Parti dominant
se réserve le droit exclusifd'écrire.
Le 12, les Etats de Flandre ont confirmé
la Censure Ecclésiastique et Séculière
de tout Livre à imprimer ; mais l'on
jugera encore mieuxdes dispositions réciproques
par la lettre suivante de M.
Rapsaët à un Député des Etats de
Flandre aux Etats de Brabant.
Le Mal- François avoit déja gagné nos
Comités . L'affaire devint d'autant plus dangereuse
, que le parti Brabançon-François la
fomentoit ouvertement par des offres de
cinquante mille florins , selon la Lettre que
j'ai reçue ce matin , et que le Comité , sur
mon avis , a condamnée au feu , en traitant
(19)
de traîtres à la Patrie ceux qui proposeront
des changemens à la Constitution dans l'état
actuel des choses. Cette résolution sera
imprimée , et je vous en ferai parvenir des
exemplaires ; enfin , après deux jours de fatigues
et de pourparlers , j'y airamené l'ordre
et le contentement , de sorte qu'ils m'ont
même felicité et remercié. »
Le Général Van der Mersch ayant
reçu les différens Corps qui sont venus le
joindre àNamur, s'est remisen marche ,
le 14 , pour le Duché de Luxembourg.
Ondit son Armée de 18 mille hommes ,
etpartagée en plusieurs colonnes : elle n'a
point de canon de siége ; ainsi , il ne
faut pas s'attendre, sur la foi de quelques
sots Folliculaires , au siége de Luxembourg;
mais on veut regagner le terrain
perdu , resserrer les approches , et
se délivrer , si on le peut , du Corps
Autrichien qui occupe divers Postes du
Duché. On s'attend à une rencontre ,
et déja l'on parle d'une Action à Marche.
Les Patriotes prétendent être restés vainqueurs
, après avoir été fort maltraités ;
les Autrichiens s'attribuent l'avantage :
il faut attendre des avis plus certains .
Un Témoin oculaire , digne de toute
créance , nous a attesté l'anecdote suivante
, qui forme un trait caractéristique
de la Révolution. A l'attaque de
Gand , un Soldat Autrichien est blessé
dangereusement , et fait prisonnier. On
le porte devant une Eglise d'où sortoit
( 20 )
:
un Cordelier , qu'on prie de confesser
le Soldat mourant : <<<N'es- tu pas repen-
<< tant , lui dit le Moine , d'avoir porté
« les armes contre les Patriotes , et d'a-
<<voir fait couler leur sang ? - Non ,
<< répond l'Autrichien , l'Empereur est
<< mon Souverain , et jusqu'à la mort
« je me battrai pour lui. » A ces mots ,
le Cordelier confesse le Soldat , lui
donne l'absolution générale , tire un pistolet
de dessous sa robe, et lui fait sauter
le crâne.
P. S. Par des Lettres authentiques de
Namur , en date du 20 , nous apprenons
avec certitude la nature de l'action dont
nous venons de parler. Le 13 , une colonne
Autrichienne s'avança à Longpré avec sept
pièces de canon ; les postes avancés de l'ArméeBelgique
se replierent , mais après avoir
laissé des morts , des blessés , et unnombre
de prisonniers entre les mains de l'Ennemi.
Le 17 , il se renouvela un engagement pres
d'Emptines entre les Dragons de l'Empereur
et les Volontaires de Mons. Ceux- ci
n'ayant pas suivi les ordres de leur Général
et de leur Colonel , ont été maltraités ,
et ont laissé 52 d'entre eux prisonniers des
Autrichiens qui ont eu une trentaine de
morts ou de blessés . On assure que M. Van
der Mersch ne veut plus dans son Armée
de Volontaires , dont l'indiscipline dérange
toutes ses opérations. On ne peut accuser
ce Général de ces revers successifs ; l'affaire
de Turnhout , sa manoeuvre habile au passage
de Escaut , et l'occupation de Gand ,
decélent un Officier très- intelligent.
( 21 )
FRANCE.
De Paris , le 3 Février.
ASSEMBLÉE NATIONALE. 39. Semaine.
DU LUNDI 25 JANVIER. Une députation
du bataillon du District de St. Honoré
a été admise à l'ouverture de la Séance ;
elle a rendu compte du procès-verbal qui
constate la conduite exemplaire de ce bataillon
envers la famille aussi respectable
que malheureuse de deux jeunes gens , condamnés
à mort pour crime de faux.
Le District a envoyé une députation à
M. Agasse , oncle de ces Infortunés , et
Président du District , pour lui présenter
des témoignages d'estime , et l'assurer que
la honte de ses neveux sera renfermée dans
leur tombe ; et que le Bataillon Saint-Honoré
adopte tous leurs parens pour ses frères.
On a adressé ces mots à M. Agasse le jeune ,
Grenadier de ce Bataillon : " Jeune et vertueux
Citoyen , vos frères d'armes vous attendent
pour vous donner un témoignage
de leur tendre et fraternelle affection . » Le
fils de M. Agasse l'oncle étoit présent :
« Vous , jeune enfant , dont les dispositions
heureuses annoncent des vertus qui seront
chères à votre Patrie , venez , suivez vos
amis et vos frères. » Ces trois Citoyens ont
été conduits sur les gazons du Louvre , où
le Bataillon de Saint- Honoré étoit assemblé.
Le frére des Accusés a été décoré du
grade de Lieutenant des Grenadiers , et le
fils de M. Agasse , Président du District ,
( 22 )
de celui de Lieutenant à la suite de la premiere
Compagnie.
"
Ces paroles ont ensuite été adressées aux
nouveaux Officiers : Souvenez - vous que
ces hommages sont rendus à la vertu , et
que la vertu ne sauroit être obscurcie que
par les fautes personnelles. »
L'Assemblée et le Public ont témoigné ,
par des applaudissemens redoublés , les sentimens
que méritoit un exemple aussi louable
et aussi éclatant .
"
M. le Président a répondu : « Une action
si noble ne pouvoit manquer de faire
- éprouver à l'Assemblée la plus douce satisfaction
. Je ne crains point de dire , en
son nom , que vous avez fait plus qu'Elle ;
Elle n'a fait qu'une Loi , et vous avez
donné un grand exemple. L'Assemblée
• me charge , non de vous permettre , mais
de vous prier d'assister à sa Séance . "
«
"
Il a été décidé sur-le-champ que çe procèsverbal
seroit imprimé et envoyé dans toutes
les Villes du Royaume .
L'on a continué la discussion sur les points
contentieux de la division du Royaume .
Alençon sera Chef-lieu du Département ,
et aura le Directoire , de préférence à Séez .
Bourg sera le Chef-lieu du Département
de la Bresse , du Bugey , du Pays de Gex
et de la Principauté de Dombes. Le Département
divisé en neuf Districts .
Le Département de Limoges divisé en six
Districts.
Arras sera provisoirement Chef- lieu du
Département de l'Artois , Boulonnois , Calais
; mais la première Assemblée d'Electeurs
qui se tiendra à Aire , fixera le Cheflicu
définitivement.
( 23)
Le Département du Rouergue sera divisé
en neuf Districts , et le Chef-lieu provisoirement
à Rhodes . Cette décision a été
précédée de longues et vives contestations
entre les Députes de cette Ville et ceux de
Ville- Franche .
Le Vivarois demandoit avec instances que
le Bourg Argental fût réuni à son territoire
; mais il a été adjugé au Forez.
Le Comité des Finances a proposé un nouveau
Décret , lequel , après divers amendemens
, a été adopté tel qu'il suit :
"
Tous les Octrois , Droits d'Aides , de
Gros et autres decettenature , sous quelque
dénomination qu'ils soient connus daus
les Villes et autres lieux du Royaume où
ils sont établis , continueront d'être perçus
comme par le passé , jusqu'à ce qu'il ait
été statué autrement , mais sans aucun
« privilége , exemption ni distinction quelconque
, n'entendant rien innover , quant
"
à présent , aux usages concernant les con-
" sommations des Troupes Françoises et
<<Etrangères , ainsi que des Hôpitaux. "
4
« Les sommes qui proviendront du payement
desdits Octrois , seront versées dans
les mains des Receveurs des Municipalités>.
>
M. Robespierre a demandé la parole pour
présenter des réclamations en faveur de
l'Artois ; réclamations qu'il a généralisées
dans le cours de sa harangue , et dans le
Projet de Décret qui la termine.
Dans cette Province , a- t- il dit , il n'existe
que fort peu de contributions directes ,
La corvée y est inconnue. La taille et la capitationy
sont converties en impositions indirectes.
Ainsi , cette Province renferme
( 24 )
roit un très - petit nombre de Citoyens actifs .
Il en est de même des lieux circonvoisins ;
de sorte qu'une partie considérable de la
France seroit frappée d'exhédération politique."
« Si vous considérez maintenant que la
presque totalité du territoire des Provinces
Belgiques , est possédée par des Nobles ,
des Ecclésiastiques , ou par quelques Bourgeois
aisés , on trouvera à peine assez de
Citoyens actifs , pour élire un Officier Municipal.
( M. de Montlauzier a demandé à l'Opinant
la preuve de ces assertions ; l'Opinant
en a tiré les conséquences , sans s'inquiéter
de la demande ) .
Voulez-vous , a-t- il ajouté , qu'un Ci
toyen soit chez nous un être rare , par cela
seul que les Propriétés sont possédées par
des Moines ?
« Que répondre , quant ils nous diront :
Nous vous avions confié la défense de nos
droits. Il n'existe plus pour nous de liberté
ni de Constitution. Nous ne choisirons plus
nos Magistrats ; nous ne pourrons plus parveniraux
fonctions publiques. Dans la France
esclave nous étions distingués par quelques
restes de liberté ; dans la France devenue
libre nous serons distingués par l'esclavage.
Je propose la résolution suivante :
« L'Assemblée Nationale considérant que
les coûtributions maintenant établies dans
diverses parties du Royaume , ne sont ni
assez uniformes , ni assez sagement combinées
pour permettre une applicationjuste
et universelle des Décrets relatifs aux conditions
d'éligibilité , voulant maintenir l'égalité
politique entre toutes les parties du
Royaume ,
( 25 )
Royaume , déclare l'exécution des dispositions
concernant la nature et la quotite des
contributions nécessaires pour être Citoyen
actif, Electeur et éligible , diffrée jusqu'a
l'époque où un nouveau mode d'imposition
sera etabli ; que jusqu'à cette époque tous
les François , c'est-à-dire , tous les Citoyens
domiciliés , nés François ou naturalisés François,
seront admissibles à tous les emplois
publics , sans autre distinction que celle
des vertus et des talens ; sans qu'il soit
dérogé , toutefois , aux motifs d'incompatibilite
décrétés par l'Assemblée Nationale..
1
Cet arrêté de M. Robespierre , annullant
trois Décrets de l'Assemblée , successivement
confirmatifs d'une Loi fondamentale,
et sanctionnés par le Roi , a été reçu avec
la plus vive. improbation , par tous ceux
qui ne pensent pas qu'un Corps Législatif
puisse en quelques mois , faire et défaire
des Institutions aussi Capitales . On a done
invoqué laquestion préalable , quoique l'exception
particuliere en faveur de l'Artois
exigeât une discussion ; mais de toutes parts
l'esprit de partis'est hâté d'envahir le sujet;
il a produit un grandtumulte ; car l'espritde
parti n'a jamais servi à autre chose.
Après unetrès-longue agitation , M. Duquesnoy,
fréquemment interrompu , malgre
la modération de son avis , a proposé , non
la Motion générale de M. Robespierre, mais
l'exception provisoire , en faveur des lieux.
où la contribution directe n'est pas établie.
M. Charles de Lameth avoit entamé un
superbe éloge de M. Robespierre , que l'Assemblée
n'a pas voulu entendre jusqu'à la
fin; le Président a proposé de lever la
Nº. 6. 6 Février 1790.
B
( 26 )
Séance ; sur-le- champ , tandis qu'une partie
de l'Assemblée quittoit ses sieges , l'autre
s'est affermie sur les siens . M. le Président
a ouvert l'avis de renvoyer la Motion au
Comité de Constitution , pour le rapport
en être fait le lendemain à une heure.
M. Charles de Lameth a repris la parole ,
en 'appuyant l'ajournement à une Séance
entière et solennelle. Le renvoi de la Motion
complète au Comité a été combattu
par M. d'Estourmel ; M. Dumetz a insisté ,
et selon son voeu , ce renvoi a été prononcé ,
pour le rapport être ensuite fait à l'Assemblée.
DU MARDI 26 JANVIER.
DIVISION DU ROYAUME.
Il avoit été décidé la veille de poursuivre ,
sans l'interrompre , le travail de cette Division';
M. Gossin en a continué le Rapport .
Deux Députés du Forez et du Vélay ont
réclamé contre la division de leurs Provinces ;
elle a été conservée telle que le Comité l'avoit
proposée.
L'on a discuté ensuite les prétentions de
la ville de Roye , et en sa faveur , le Département
d'Amiens a été divisé en cinq Districts
.
Laon et Soissons se disputent le siége du
Département. La décision a été renvoyée à
la première Assemblée des Electeurs , qui
se tiendra provisoirement à Chaulny.
Le Département de Blois sera partagé en
six Districts .
Malgré les réclamations de la Charité ,
( 27 )
Nevers sera chef lieu duDépartement , composé
de neuf Districts.
LaTouraine formera sept Districts. Tours
devenant chef- lieu du Departement.
Le Périgord , neuf Districts . Le chef-lieu
alternera provisoirement entre Périgueux ,
Sarlat et Bergerac .
Le Département Occidental du Poitou ,
six Districts . Fontenay - le - Comte sera le
chef-lieu.
M. Salé de Chou a proposé négativement
Ja question , si les Religieux peuvent être
comptés au rang de Citoyens actifs , excepté
toutefois le cas où ces Religieux payeroient
individuellement la quotité d'imposition directe
exigée par la Loi .
L'examen de cette résolution a été renvoyée
au Comité de Constitution .
Une seconde question , pareillement étrangère
à l'ordre du jour , a été élevée par
M. Goupil de Préfeln.
«L'arméed' Annibal , a-t- il dit , victorieuse
à la bataille de Cannes , perdit sa vigueur
dans les délices de Capoue. Cette Assemblée
qui a soutenu avec tant d'honneur et de
majesté , la présence d'une arméc imposante
et redoutable , peut , quelque jour ,
être séduite par les caresses , les graces et
Jes bienfaits insidieux du Gouvernement. "
« Dans la Séance du soir , le 7 de ce mois ,
M. le Couteux de Cantelen ayant demandé
l'agrément de l'Assemblée pour occuper la
place de Caissier de l'extraordinaire , l'Assemblée
déclara qu'il n'y avoit pas lieu à
délibérer. M. de Canteleu a délibéré pour
son compte', et les Papiers publics nous ont
appris sa réception à cceett eemmpplloi. Un autre
Député a accepté la commission des vivres
Bij
( 28 )
et fourrages de l'Armée ; un troisième , l'inspection
du Commerce de la Corse . "
Dans une mission aussi importante et
aussi délicate que celle de Membres du Corps
Législatif , il faut être exempt , non - seulement
de blâme , mais encore de soupçon . "
« Depuis quelques jours , trois de nos
Collègues ont éprouvé les faveurs du Gouvernement
; ce nombre ne manqueroit pas
d'augmenter successivement . Que penseront
nos Commettans? ils se plaignent de nos
Jenteurs , ce qui n'est pas étonnant , diront-
ils . Nos Mandataires ne sont pas seulement
occupés de nos affaires , mais ils songent
aussi à leurs propres intérêts . »
" On ne dira pas que ce seroit écarter de
l'Administration les personnes les plus utiles
aux opérations du Gouvernement. Il est naturel
que l'on n'accepte aucune place sans
l'agrément de l'Assemblée ; et je persiste à
croire qu'il est important de rendre un Décret
qui ordonne , comme article constitutionnel
, qu'aucun Membre , tant de l'Assemblée
Nationale actuelle , que des Assemblées
futures , ne pourra , pendant le temps
de la Session , accepter du Gouvernement ,
soit directement par lui-même , soit indirectement
par ses enfans , aucun bénéfice ,
don, pension , gratification , charge , place ,
emploi et autre faveur , à moins qu'une déliberation
expresse de l'Assemblée ne l'ait
autorisé à l'accepter. »
L'Assemblée Nationale doit ordonner
de plus , que le présent Décret sera exécuté
àl'egard de toutes les pensions , dons , emplois
, etc. qui , depuis le 1 Novembre dernier,
auroient été donnés par le Gouverne(
29)
ment à quelques Représentans de la Nation.
"
M. le Vicomte de Mirabeau. « Si le Préopinant
se fût contenté d'établir un principé
général , je n'aurois pas demandé la parole
pour lui répondre ; mais il a fait des applications
qui concernent un de mes Collègues ,
et je ne puis garder le silence. M. Nourrissart
a obtenu une place dans la Direction
des vivres de l'Armée. Ses Commettans en
ont été instruits ; ils lui ont fait écrire par
la Municipalité de Limoges , qu'ils voyoient
avec plaisir que le Gouvernement honoroit
de sa confiance un homme auquel ils avoient
donné la leur. Je défie qu'un Député ait
rempli plus exactement ses devoirs que M.
Nourrissart , actuellement absent , et qu'on
cite une seule Séance à laquelle il ait manque;
il étoit donc inutile que le Préopinant
se permit deux assertions inexactes. >>>
" Si l'Assemblée , a rappelé M. le Couteur
, eût prononcé l'incompatibilité , j'aurois
sacrifié tout autre titre à celui de votre
Collegue. En décidant qu'il n'y avoit pas
heu à délibérer , vous m'avez laissé la liberté
d'accepter. Je l'ai fait pour être utile
à ma Patrie ; j'ai prêté serment , et je ne
suis plus maître de ma renonciation. "
M. le Duc de la Rochefoucault a présenté
une réflexion aussi juste que frappante. Après
s'être élevé contre l'effet rétronctif que M.
Goupil donnoit à son Décret , effet repoussé
par la raison , par la justice , par la Déclaration
des Droits , il a ajouté : « En Angleterre
, tout Membre du Corps Législatif
laisse sa place vacante , au moment de son
Election ; s'il est pourvu de quelque emploi
pendant la Session, ilabesoin d'ê réelu.
Bij
(30 )
Il est juste qu'il retourne vers ses Commettans
, et qu'il leur dise : Vous m'avez donné
votre confiance , lorsque mes intérêts étoient
tels ; ils sont changés ; voulez - vous me la
continuer? Ce sont donc à nos Commettans ,
et non à l'Assemblée Législative de prononcer
en pareil cas . »
" La clause qui concerne les enfans est
souverainement injuste. Suivant moi, il n'y
a pas lieu à délibérer sur la première partie
de la Motion ; la seconde doit être renvoyée
au Comité. »
M. Duport. « Vous n'avez pas voulu avoir
des Ministres dans l'Assemblée ; voulezvous
avoir des Commis ? un homme subordonné
au Ministre , un Agent responsable
qu'il faudra juger , pourra- t-il opiner avec
nous ?>>
M. Fréteau. Vous avez prononcé l'incompatibilité
avec les fonctions de Juge ;
vous avez redouté jusqu'à la vertu même ,
et après ces Décrets rigoureux , vous balanceriez
à vous opposer à ce que la liberté soit
opprimée par la séduction Ministérielle ? II
n'y a qu'un moyen d'assurer l'inviolabilité ,
c'est de mettre les Députés le plus loin possible
des emplois , des Caisses et des Cours. "
M. de la Cour d'Ambésieux et plusieurs
autres se déclarent liés d'obligation à ne
recevoir aucune grace , et à retourner dans
les Provinces tels qu'ils en sont sortis . Des
applaudissemens unanimes consacrent ces
dispositions.
Sans s'opposer au Décret , M. de Volney
annonce que , nommé Intendant du Commerce
en Corse , et soumis à des évènemens
particuliers , il est obligé de terminer son
travail de Député , et de donner sa démis
( 31 )
sion.Aucontraire, M. le Duc de Biron, nommé
Commandant de cette même Isle de Corse ,
offre le sacrifice de sa place à l'honneur de
rester dans l'Assemblée.
"
Beaucoup de rédactions et d'amendemens
sont successivement présentés ; enfin , on
décide , sur l'avis de M. de Toulongeon ,
que , l'Assemblée Nationale , confor-
" mément à l'esprit de son Décret du 3
Novembre 1789, déclare qu'aucun Membre
de l'Assemblee actuelle ne peut accepter
du Gouvernement , pendant la présente
Session , aucune place , emploi , don , trai-
« tement , gratification , etc. méme en donnant
sa démission .
4
10
"
14 "
DU MARDI 27. SÉANCE DU SOIR .
2
M. de Mirabeau l'a seul occupée par un
Plaidoyer de 4heures contre le Grand Prévôt
de Marseille. Cette récrimination au Rapport
de la même affaire présenté par
M. l'Abbé Maury , emporte six chefs d'accusation
contre le Prévôt. Nous présenterons
le sommaire collatéral de cette discussion
contradictoire , où M. de Mirabeau a mis la
chaleur de l'intérêt personnel le plus pressant
, lorsque les Pièces en seront publiques .
DU MERCREDI 27 JANVIER.
Cette Séance a été exclusivement occupée
par les contestations sur la Division du
Royaume.
Celle de l'Auxerrois a été long- temps discutée
par les Députés du Département .
Auxerre en sera le chef-lieu , et il comprendra
sept Districts. La première Assemblée
d'Electeurs décidera laquelle des deux
Biv
( 32 )
illes , Saint - Florentin ou Villeneuve- le-
Roi sera chef- lieu du septième District .
Une aussi longue discussion s'est élevée
entre Vicet Château-Salins , pour la possession
d'un siége de District. La premiere
Assemblée d'Electeurs décidera . Vic a le
provisoirree.. Nancy alternera avec Lunéville
pour le chef- lieu du Département .
M. le Couteux de Canteleu ayant saisi un
moment d'interruption dans le Rapport :
« Je n'ai pas cru , dit- il , devoir hier rester
présent à une Délibération qui me concernoit
aussi particulièrement ; mais à l'instant
où votre Décret a été rendu , je n'ai consulté
que son esprit et les motifs qui l'avoient
dicté , et sans examiner s'il avoit un
effet rétroactif , je me suis empressé de
donner ma démission de la place de Caissier
de l'extraordinaire . »
M. Nourrissart a aussi déclaré qu'il renonçoit
à son intérêt dans les entreprises
des vivres et fourrages .
Quelques Membres demandèrent avec
chaleur une exception en faveur de ees
Membres , susceptibles de rendre de grands
services dans l'Administration .
D'autres ont insisté sur le maintien absolu
du Décret. " Rentrons dans nos foyers comme
des Cincinnatus , a dit M. d'Ambésieux , et
que chacun de nous se fasse la loi de n'accepter
aucune place supérieure à celle qu'il
possédoit en arrivant parmi nous. "
M. le Marquis de Foucault a demandé si
un Député pouvoit accepter les places de
Maire ou d'Officier Municipal.
Aussitôt les Intéressés , et plusieurs qui
ne l'étoient pas , se sont empressés de crier
4
(33)
oni ; ce qui a donné lieu à plusieurs sarcasmes.
M. Gossin reprenant son Rapport , a annoncé
que le Roi avoit désiré que Rambouillet
fût chef-lieu de District. Mais la
ville de Dourdan a réclamé la préference ,
sans laquelle sa position seroit très -fâcheuse.
S. M. instruite de cette réclamation , a renoncé
aussitôt à sa demande , en priant cependant
le Comité , même avec instance ,
d'établir le Tribunal du District dans cette
dernière ville .
Ce sacrifice de S. M. a été senti par l'Assemblée
, qui a adhéré au voeu du Roi , en
décidant que le Département de Versailles
seroit divisé en neufDistricts , et le Tribunal
de celui de Dourdan porté à Rambouillet.
Versailles , chef-lieu d'un District , sera provisoirement
le chef lieu du Département.
Plusieurs contestations ont rendu difficultueuse
la division du Département de Foixet
de Couserans. Il a été décidé que la première
Assemblée se tiendroit provisoirementàFoix .
Tarascon , Saint-Giroux et Mirepoix seront
les chef-lieux de Districts , et les Tribunaux
seront établis à Foix , Saint-Dizier et Pamiers.
1
Le Département du Cotentin demeurera
divisé en septDistricts , saufà placer quelque
établissement à Carentan."
La Séance s'est terminée par la procla-.
mation du nouveau Comité des Rapports ,
dont voici la liste : MM. Ricard , de Beauharnois
, l'Apparent , le Curé Grégoire , Co
Toller, Goupilleau , Coupé , Bergasse Laziroule,
d'Harambures , le Curé Dillon, Brevet
de Beanjour , Mathieu de Montmorency ,
Prieur , la Chèze.
B
( 34 )
DU JEUDI 28 JANVIER . M. Demeunier
à présidé en l'absence de M. Target .
DIVISION DU ROYAUME .
M. Gossin a repris la suite de son Rapport
, et d'après l'avis du Comité littéralement
adopté , il a été décidé successivement
,
1 °. Que le Département Méridional de la
Champagne seroit divisé en six Districts ,
dont les chef- lieux sont Saint- Dizier , Joinville
, Cournan , Bourbonne- les -Bains , Chaumont
en Bassigny et Langres . Chaumont
sera provisoirement le siege du Département.
Cette décision n'a pas été rendue sans coup
férir. M. Drévon , Député de Langres , a pris
avec tant de chaleur les intérêts de sa ville ,
qu'il a fait entrer parmi les motifs de lui
adjuger le Département , la gloire dont elle
jouissoit d'avoir donné naissance à Diderot.
Chaumont a été préféré à cause de sa centralité
; sauf aux Electeurs rassemblés à décider
si l'alternative aura lieu .
Le Département de la Haute-Auvergne
étoit d'abord divisé en trois Districts , Saint-
Flour , Aurillac et Mauriac. On a pensé ensuite
qu'il étoit à propos d'en établir un
quatrieme à Murat ; sauf la suppression
subséquente , si elle étoit jugée nécessaire.
Le chef- lieu du Département alternera
entre les deux premiers Districts. Saint-
Flour aura la priorité.
Le Département d'Armagnac , dont Auch
est le chef- lieu , sera divisé en six Districts ,
Auch , Leictour , Condom , Nogarau , l'Isleen-
Jourdainet Misandre ; sauf à l'Assemblée
des Electeurs à en demander un septième à
Vic-Fezenzac , s'il paroissoit nécessaire.
( 35 )
Ces discussions très-importantes pour les
Provinces , mais excessivement ennuyeuses
daus leurs détails , ont été terminées par la
circonscription des trois Départemens du
Dauphiné. Les anciennes habitudes ,la chaîne
de montagnes qui entoure une partie de cette
Province , les intérêts de quelques villes , et
d'autres puissantes considérations qu'avoit
exposéslaCommission Intermédiaire deDauphiné
, ont partagé les Députés sur le mode
de sa division .
La division en trois Départemens , proposée
par le Comité , a été définitivement adoptée,
quoique contraire à l'avis de la Majorité
des Députés de la Province. M. Gossin
lui a rendu un hommage bien légitime , en
disant que , la premiere , elle secoua les
chaînes du despotisme , et fit luire aux yeux
des François , l'aurore de la liberté.
Plusieurs Paroisses réclamées par le District
de Ruffec en Angoumois , ont enfin été
partagées entre cette Province et le Poitou .
REQUÊTE DES JUIFS DE BORDEAUX.
M. l'Evêque d'Autun a fait ensuite , au
nom du Comité de Constitution , le Rapport
de la Requête présentée par les Juifs régnicoles
habitans à Bordeaux . Ils demandent à
être maintenus dans les droits de Citoyens
François , que leuront assurés diverses Lettres-
Patentes , renouvelées en 1780 par le
Roi régnant.
Le Comité a pensé que , sans rien préjuger
sur le sort fitur des Juifs , on pourroit
décréter que ceux à qui les Lois anciennes
ont accordé les droits de Citoyens , ainsi que
ceux qui sont dans une possession, immémoriale
d'en jouir , la conserveront ; qu'en
Boj
( 36 )
conséquence , ils sont Citoyens actifs , s'ils
réunissent les autres qualités exigées par les
Décrets de l'Assemblée Nationale.
M. Reubell , Député d'Alsace , qui n'a
jamais manqué d'exprimer la haine de ses
Commettans contre les Juifs , s'est élevé
avec violence contre le Décret proposé.
N Vous avez reconnu , a- t- il dit , q les
Juifs devoient rester Juifs ; qu'i' ; etoient
Citoyens chez eux et non chez nous , et l'on
veut que vous décrétiez que les Juifs de
Bordeaux ne sont pas Juifs ! "
Ce prélude a été interrompu par M. L'Abbé
Maury , qui a pris la parole pour proposer
la rédaction suivante :
" L'Assemblée Nationale délibérant sur
la demande qui lui a été proposée par le
Collége des Juifs de Bordeaux , a decrété
qu'il ne seroit rien innové à leur égard , et
que les Juifs continueroient àjouir provisoirement
, dans les differentes Provinces , des
droits locaux qui leur sont attribués par
Lettres -Patentes enregistrées , le tout sans
rien préjuger sur l'état Civil des Juifs daus
le Royaume.
"
Au mot de provisoirement , l'orage a commencé
de gronder , et c'est au milieu des
rumeurs qui l'annonçoient , que M. Reubell
apoursuivi , en disant : « Ne vous y trompez
pas, Jes priviléges des Juifs sont les mêmes
dans toute la France ; leurs Lettres -Patentes
sont conçues dans les mêmes termes . Vous
devez donc les traiter avec la méme indulgence.
Mais alors , quel sera le sort de la
Province d'Alsace ? >>
« Les Juifs y possèdent presque toutes les
richesses numéraires; ils sont créanciers de
sommes immenses qu'ils ont acquises par les
( 37 )
usures les plus criminelles ; bientôt tous les
immeubles de la Province passeroient dans
leurs mains . Les malheureux Cultivateurs verroient
une foule d'usuriers envahir leurs possessions
; et ces derniers peut- être tomberoient
eux- mêmes sous le glaive du désespoir.
et du fanatisme. »
" Les Lettres-Patentes invoquées par les
Juifs de Bordeaux ne leur donnoient qu'une
simple permission de vivre en France , suivant
leurs usages.
"
« Les Lettres de Bourgeoisie ont été tout
au plus accordées à quelques individus . >>>
La possession qu'ils réclament , n'étoit
que l'effet de la tolérance et de la complaisance
des Citoyens François ; cependant ils
ont toujours formé une corporation absolument
isolée ; ils n'ont jamaisjoui de la plénitude
de l'état Civil. Jamais aucun Juif n'a
été chargé de Tutelle , de Collecte d'impositions
, même à Bordeaux. Actuellement on
répand en Alsace des Libelles incendiaires .
Les Peuples ne se laissent point encore séduire
; mais lorsqu'ils auront appris que vous
aurez adınis au rang de Citoyens , des hommes
qui se préparent à envahir leurs héritages ,
craignons que leur confiance ne soit alterée
ou même détruite , et qu'ils ne cèdent auxinsinuations
des ennemis du bien public. >>
MM. de Noailles et de Fumelout.rappeléles
services , que les Juifs de Bordeaux avojent
rendus dans la malheureuse guerre de 1756,en
: ouvrant généreusement leurs Caisses aux Offiders
François , sans aucun interêt..... Jamais
ils n'ont manifesté les préjugés de leur
secte.... Ils ont joui de tous les droits de
Citoyens , lorsde la Convocation desEtats-
Généraux. M. de Sèze , Député de Bor-
»
( 38 )
deaux s'est étendu sur ce dernier motif.
Beaucoup de Juifs , a-t- il dit , ont coucouru
à ma nomination et à la rédaction de ines
cahiers . L'un d'eux , M. Gradisc , a été au
wombre des 90 Electeurs ; il ne lui a manqué
que trois voix , pour être Député à l'Assemblée
Nationale ......
Ces Juifs ont le droit d'acquérir des possessions
, de les transmettre par voie de succession.....
Mes Commettans m'ont chargé
spécialement de stipuler leurs intérêts et de
demander la conservation de leurs priviléges
.....
M. l'Abbé Maury s'est présenté pour justifier
sa rédaction .
« Les titres , a- t- il exposé , sur lesquels les
Juifs fondent leurs réclamations , ne parlent
que de priviléges , et vous voudriez leur
accorder des droits ! Il est de la nature
des priviléges de déroger au droit commun
, et de former des exceptions à la Loi.
Aussi les Juifs de Bordeaux , ceux qu'on
**nomme Portugais , Avignonais , etc. ont ils
eu soin d'obtenir , à chaque règne , des
lettres de confirmation. Des droits acquis ,
reconnus et inaltérables n'ont jamais besoin
de cette précaution.... Ce ne sont que des
lettres de régnicoles . De pareilles lettres ont
été accordées aux Négocians de Hambourg ,
aux Genevois , qui ne sont considérés ni
comme Citoyens , ni même comme naturalisés.
Vous convertiriez en Décret , en Loi
Nationale et éternelle , un Brevet qui , dans
l'origine , n'étoit qu'une dérogationà la Loi .
En n'ajoutant pas le provisoire que je vous
propose , les Juifs ne manquerdient pas d'en
conclure que leur état est jugé définitive
ment.
( 39 )
M. le Chapelier : par le Décret qu'attaque le
Préopinant , le Comité ne propose pas de
décider l'Etat Civil des Juifs , mais au contraire
de faire juger si l'Assemblée a le droit
d'ôter le droit de Citoyens Actifs aux Juifs de
Bordeaux. Il a supposé que les Lettres Patentes
de nos Rois , enregistrées , n'étoient
pas des Lois . En existait- il d'autres sous l'ancien
régime , et ces Lettres Patentes étoientelles
jamais rétractées ? Depuis 1550 jusqu'à
1789 , les droits de Citoyens ont bien pu
n'être regardés que comme des privileges ;
mais il n'en est pas ainsi aujourd'hui. Les
titres que vous présentent les Juifs de Bordeaux
, sont le consentement des peuples ,
et ce consentement vaut bien les actes de
bienfaisance des Rois. Qui oseroit leur disputer
ce droit sacré ? Peu s'en est fallu
qu'un Juif soit venu siéger parmi vous .
Auriez- vous osé rejeter ce Collegue ? Non
sans doute , vous auriez respecté le choix
libre d'une Cité célèbre , qui jugede la qualité
des hommes par leur utilité réelle. "
La crainte seule a fait requérir par les
Juifs des lettres confirmatives ; ils craignoient
avec raison les entreprises des Ministres et
le pillage des Grands .
"
"
La cause de ceux d'Alsace est absolument
différente ; ils n'ont encore ni droits
ni priviléges ; ils n'y sont pas regardes comme
François,et ils croient si peu que le Décret
qu'onvous propose pourroit s'étendre jusqu'à
eux , qu'ils demandent avec instance , que
l'Assemblée ne juge rien en faveur des Juifs
de Bordeaux.
" Après ce discours , la discussion a été
fermée , quoique beaucoup de Membres réclamassent
encore la parole. De nouvelles
(40 )
motions ont été présentées , et les questions
de priorité proposées avec chaleur. Le rumulte
a commencé pour ne finir qu'avec la
séance .
M. de Beauharnois ayant proposé une
nouvelle rédaction qui rapprochoit les opinions
des deux Partis opposés , elle a obtenu
la priorité sur celle du Comité , qui , à
cette époque du débat , avoit par conséquent
I's majorite contre lui. Voici la redaction de
M. de Beauharnois :
L'Assemblée Nationale décrète que les
Juifs de Bordeaux continueront de jouir des
mêmes droits dont ils ont joui jusqu'à pésent
, et qui sont consacrés en leur faveur
par des Lettres-patentes. "
Au mot Juif il a été proposé d'ajouter
Portugais, Espagnolset Avignonais .
M. de Sèze a voulu rétablir dans la rédaction
de M. de Beauharnois , la rédaction primitive
du Comité , et la qualification précise
de Citoyens actifs .
Malgré l'appui donné a cet amendement
et à celui assez conforme qu'a produit M.
de Saint Fargeau , la rédaction de M. de
Beauharnois conservoit encore la supériorité ;
elle paroissoit lui être assurée , si l'on eút
pris les voix en ce moment; mais la violence
des debats a continué.
Le premier amendement a été admis sans
difficulté. Iln'en a pas été de même de celui de
M. de Sèze. On l'a repoussé avec fureur : le Président
a redoublé d'efforts pour maintenir
la délibération ; deux épreuves par assis ou
levé ont laissé du doute : l'agitation poussée
au comble , a produit un long intervalle d'inaction.
Pendant cette effervescence , où
l'on méconnoissoit le Législateur, beaucoup
(41)
de Membres , d'Ecclésiastiques sur -tout ,
s'étoient retirés , préférant leur diner à leur
devoir. Cette circonstance explique la fureur
de la guerre qui a occupé le reste de
la séance. Devenu le plus foible par la retraite
de quelques-uns des siens , l'un des
Partis s'est opiniâtré à repousser l'appel nominal
, que la même raison a fait invoquér
avec persévérance par ses adversaires .
La chaleur du lieu , le méphitisme , la
poussière très - nuisible que répandoient dans
la Salle ces mouvemens impétueux de 800
personnes , enfin , la fatigue ou l'impatience
ont fait sortir encore un grand nombre de
Députés .
Les opposans à l'amendement. de M. de
Sèze , voyant leurs gradins évacués , ajournoient
la délibération à sept heures du soir :
ils descendoient au milieu de la Salle , tandis
que la majorité restoit immobile.
Le Secrétaire commençoit l'appel vingt
fois , et toujours cent cris interrompoient
ceux qui vouloient donner leur voix.
M. le Vicomte de Toutongeon , s'écria qu'il
existoit dans l'Assemblée une conjuration
impie contre le bien public , et qu'il falloit
écrire dans les Provinces .
M. de Liancourt observa que tant que la
séance n'étoit pas légalement levée , l'absence
de quelques Membres ne pouvoit suspendre
une délibération. L'Assemblée s'engagea
à ne pas désemparer jusqu'à ce que
l'appel eût été terminé. « Nous passerons la
" muit , s'écria un grand nombre , et nous
instruirons nos Commettans des heures que
nous font perdre ceux qui ne sont réunis
à nous que pour défendre les abus. Le
- plus grand de tous , crioient les Opposans ,
"
f
(42)
er est le despotisme qu'exerce la pluralité. "
Enfin , après deux heures de désordre ,
on parvint à commencer l'appel nominal ,
dont le résultat fut l'admission de l'amendement
, à la majorité de 374 voix contre
224. Quelques Membres n'eurent point d'avis .
On mit de suite la rédaction entière aux
voix ; elle fut décrétée en ces termes :
« L'Assemblée Nationale décrète que les
Juifs , connus en France sous le nom de
Juifs Portugais , Espagnols ,et Avignonais ,
continueront de jouir des droits dont ils ont
joui jusqu'à présent , et qui sont consacrés
en leur faveur par des Lettres - patentes ;
qu'en conséquence , ils jouiront des droits
de Citoyens actifs , s'ils réunissent d'ailleurs
les conditions requises par les autres Décrets
de l'Assemblée Nationale. ১১
La séance ne fut levée qu'à huit heures,
Il n'y eut point de séance du soir.
DU VENDREDI 29 JANVIER.
Après la lecture du Procès - verbal , M.
Schwendt , Député d'Alsace , a demandé qu'il
fût ajouté au Décret d'hier , ces mots : « sans
rien préjuger à l'égard des Juifs d'Alsace. »
M. Bouche vouloit au contraire que l'on comprît
dans le Décret les Juifs Contadins .
On a passé à l'ordre du jour , sans rien statuer
sur ces demandes .
M. Gossin continuant son rapport , il a
été décidé successivement , d'après l'avis du
Comité de Constitution , 1 ° . Que le Déparment
du Velay sera divisé en trois Districts ,
placés au Pui , Brioude et Issingaux. ( Ce
dernier provisoirement , le Rey sera le chef--
lieu du Département. )
Cahors chef-lieu du Quercy. Les chef- lieux
( 43 )
des Districts , sont Cahors, Montauban , Lauzerte
, Bourdon , Martelet Figeac. Les établissemens
du Distriet de Lauzerte , seront
divisés entre cette ville et Moissac.
Carcassone sera provisoirement chef-lieu
du Département de ce nom. Ce Département
comprendra six Districts : Carcassone ,Castelnaudari,
la Grave , Limoux , Narbonne et
Gaillan.
La division du Département de l'Est de la
Provence, sera maintenue . Grasse, la Viguerie
etSaint- Paul chef- lieux de Districts . LeDépartement
de Troyes aura pour Districts ,
Troyes , Nogent , Bar- sur - Aube , Bar - sur-
Seine , Arsi- sur-Aube , Erny.
Il a été décidé qu'il n'y avoit pas lieu à
délibérer sur la demande du Comité. On a
donné lecture d'une lettre de M. de Volney ,
qui abdique sa place d'Inspecteur du commerce
de Corse , où il n'y a point de commerce.
M. Nourrissart a soumis de nouveau à l'Assemblée
, au nom du Comité des Finances ,
un rapport et un projet de Décret , sur la création
d'une nouvelle Monnoie de billon .
MM. l'Evêqued' Autun , Ræderer , Fréteau ,
ayant fait sentir que cette Motion exigeoit
un examen approfondi , elle a été ajournée à
huitaine.
M. le Marquis de Montesquion a lu , au nom
du même Comité , un nouveau Mémoire de
chiffres en colonnes, de calculs, d'états évens
tuels sur le niveau FUTUR des revenus et
dépenses fixes , et au moyen desquels les dépenses
se trouvent , sur le papier , réduites
de 75 millions par an. M. de Mirabeau s'étoit
permis , l'autre jour , de traiter de Grimoire
ces Rapports du Comité des Finances . Nous
( 44)
n'avons ni le droit ni la pensée d'aller si
loin ; mais nous avouerons que ces Rapports
successifs et morcelés , embrouillent , en se
multipliant , les têtes foibles , et ne présentent
pas encore des résultats généraux , assez
évidens , pour qu'il nous soit possible de les
mettre clairement sous les yeux du Lecteur .
Le Comité des Financesa , par l'organe
de M. Dupont , fourni encore un Rapport
sur les Haras , qu'il regarde comme inutiles
, comme tenant au régime prohibitif,
et dont il a proposé de supprimer les depenses
, montant ci-devant à914,000 liv . par
année , en mettant les Etalons et les Haras
actuels , sauf ceux des Domaines du Roi , à
la disposition des Departemens .
M. de la Borde a objecté que le troisième
article étoit inutile ; car les Domaines anciens
sont Nationaux, et les Haras qui s'y
trouvent , supprimés par les termes des deux
premiers articles . Les Haras établis dans les
Domaines nouveaux , seront compris dans la
liste civile , et ne doivent avoir aucun privilége.
M. le Duc du Châtelet a pensé que les
Haras devoient être conservés , en les con-
Gant aux Administrations de Département.
Voulez - vous avoir des chevaux , a dit
M. de Noailles ?n'ayez point de Haras.Voulezvous
avoir des arbres ? n'ayez point de pépinières
publiques. Ces établissemens enchainent
l'industrie, l'émulation. Quand on
ne verra plus de Haras , tout le monde élevera
des chevaux , et ils seront mieux élevés.
Je crois que la question peut être ajournée
à deux mois , pour que les Assemblées de
Departement donnent leur avis sur la quantité
d'établissemens publics qu'on pourra
( 45 )
conserver , et à qui ils doivent être confiés . »
M. le Vicomte de Miraboon, Je n'imagine
pas , Messieurs , qu'il soit dans les principes
de l'Assemblée de remplacer le regime
prohibitif , par un régime confiscatif. Votre
Déclaration des droits de l'homme a établi
que nul ne pourroit être dépouillé que pour
raison d'utilité publique , et avec une préalable
indemnité. »
"
«Pourquoi donc voudriez-vous empêcher
des particuliers d'avoir des Haras chez eux ? »
Je demande l'ajournement de la question
du régime prohibitif , et que le reste
soit renvoyé sur-le-champ aux , Assemblées
de Département. "
M. Ailly. Depuis le 1er de ce mois ,
le Roi a supprimé les dépenses publiques
des Haras de ses Domaines ; on peut donc
aujourd'hui rendre ce Décret genéral , et
supprimer le régime prohibitif. »
Plusieurs autres observations moins importantes
ont été présentées , et plusieurs rédactions
différentes proposées .
M. Garat l'aîné a comparé les Haras à des
sérails , cù les inâles sont enfermés , contradictoirement
à l'intention de la nature , qui
n'est jamais plus féconde que lorsqu'elle est
en liberté.
Sans beaucoup de débats ultérieurs , il a
été décrété , 1 ° . que le régime prohibitif des
Haras est aboli ; 2° . que les depenses publiques
des Haras sont supprimées , à compter
du 1 Janvier 1790 , et que cependant il
sera pourvu à l'entretien des chevaux jusqu'à
l'organisation des Administrations de
Département,
( 46 )
DU SAMEDI 30 JANVIER. M. Dupont a
continué le Rapport de la division du
Royaume.
و
M. Gossin en qualité de Député de
Bar , a soutenu avec force les intérêts de
sa Ville contre les prétentions de Verdun .
Il a été décidé , conformément à l'avis du
Comité , que Bar seroit le Chef-lieu du
Département du Barrois , sauf à alterner
pendant quatre ans avec Saint-Michel .
Chacun des quatre Départemens de Bretagne
restera divisé en neef Districts. Ces
Départemens sont: Rennes, Nantes, Vannes,
Saint-Brieux. La ville de l'Orient , qui a
envoyé un don patriotique de 3co mille l.-,
réclamoit un Chef-lieu de District ; établissement
qu'elle prétend être nécessaire
pour ranimer son commerce. Les Députés
ont donné l'avantage provisoire à Hennebon .
L'Assemblée de Département jugera le définitif.
Meaux , Melun , et Provins se disputoient
le siége du Département de Brie et du
Gâtinois . Il sera provisoirement à Melun ,
sauf à indemniser ses rivales par d'autres
établissemens. Les Districts seront : Meaux ,
Melun , Nemours , Rozoi et Provins .
Les limites de la basse Auvergne et du
Bourbonnois ont été réglées , d'après l'avis
du Comité fondé sur le travail de deux
Commissaires , et sur le consentement de
la Majorité des Députés des deux Provinces.
Angoulême sera le Chef-lieu du Département
d'Angoumois , divisé en six Districts.
M. Démeunier a relevé deux fautes graves
dans le Procès-verbal du 13 de ce mois ,
( 47 )
dont la principale a pour objet les observations
faites dans cette Séance sur les réclamations
du Duc de Wirtemberg et autres
Princes Allemands ; une nouvelle discusșion
commençoit à s'engager sur cette affaire.
M. Dupont a dit nettement que la
Couronne de France n'avoit sur les terres
possédées en Alsace par les Princes Allemands
, d'autres droits que ceux dont jouit
l'Empire sur les hauts fiefs d'Allemagne .
M. l'Abbé d'Eymar vouloit que cette observation
fût insérée dans le Procès -verbal .
Il a été décidé simplement d'imprimer
la correction qui sera relue à l'Assemblée .
PERCEPTION DES IMPOTS .
L'ordre du jour appeloit une discussion
de Finance ; M. Anson en a fourni la matiere
par le projet de Décret que voici
" Les Préposés au recouvrement des impositions
ordinaires et directes dans les dif.
férentes Municipalités du Royaume , seront
tenus de verser entre les mains des Receveurs
ordinaires de l'ancienne division des
Provinces , chargés dans les années précédentes
de la perception de ces impositions ,
le montant entier desdites impositions de
l'exercice de 1790 , etdes exercices antérieurs ,
dans la forme et dans les termes précédemment
prescrits par les anciens Réglemens ;
et , attendu que les Contribuables seront soulagés
dans l'année présente par la contribution
des ci-devant Privilégiés , qui tourne à
leur décharge , les Trésoriers ou Receveursgénéraux
, entre les mains desquels lesdits
Receveurs ordinaires verseront le montant
de leurs recettes , seront tenus de faire de
leur côté toutes diligences , pour que les
(48 )
impositions de l'année 1790 et des années
antérieures soient acquittées entierement
dans les six premiers mois de 1791 au plus
tard. Ils remettront , à cette époque , aux
Administrateurs des differens Départemens ,
un état au vrai de la situation des recouvremens.
Quant aux comptes définitifs , tant
de l'exercice de 1790 , que des années anté.
rieures , ils seront présentés par eux à la
vérification , dans le courant de l'année
1792 au plus tard , devant qui , et ainsi qu'il
sera ordonné par l'Assemblée Nationale. »
On ne peut disconvenir , a dit , le premier
,M. Duport , qu'il ne soit nécessaire de
nous dégager des anticipations ; mais par
quels moyens tendons-nous à ce but ? Om
vous propose de conserver le régime actuel
des imposition's directes. Ne vaudroit-il pas
mieux que les Receveurs particuliers comptassent
directement au Trésor Royal ? Le
service ne deviendroit- il pas plus prompt et
plus économique ? Si , cependant , vous ne
jugez pas à propos de supprimer , dès-àprésent
, les Receveurs-généraux , je pense
au moins qu'il faudroit les assujettir àTinspection
desAssemblées de Départementqui ,
par ce moyen, prendroient connoissance de
ces nouvelles fonctions.
« Je propose , par amendement que , mois
par mois , les Receveurs soient obligés de
présenterau directoire du District l'état de
leur recette , et qu'aucune contrainte ne soit
donnée que sur son visa »
M. Reubell a dénoncé les abus de la'perception
des impôts en Alsace. « Les taxes ,
a-t- il dit , y sont d'abord perçues par le
Collecteur , qui n'a aucune remise. Il remet
fictivement
(49)
fictivement ces fonds à un Bailli , homme de
la création de l'Intendant , qui reçoit 4 SOLS
POUR LIVRE , pour donner seulement une
quittance fictive. Le Bailli compte fictivement
au Receveur-particulier , qui lui rend
une quittance fictive , et retient pour ce travail
4 SOLS POUR LIVRE. Ce Receveur remet
ainsi fictivement au Receveur-général
de la province ; celui- ci dela même maniere ,
au Trésor royal ; et il résulte de toutes ces
fictions qu'il n'arrive PAS UN DENIER au
Trésor royal , et que l'État, pour tout profit ,
est obligé de payer MM. les Receveurs . Ces
frais montent à 200 mille livres .
Je demande que la perception soit faite
en Alsace par le Département , qui comptera
directement au Trésor public.
M. de Custines a fait la même demande
pour les Trois -Evêchés .
M. Salle , Deputé de Lorraine, est allé plus
loin ; car les opinions , dans les grandes Assemblees
, grossissent comme les torrens .
M. Salle done s'est opposé ouvertement au
Décret. Il s'en est pris au Ministère , aux
Conspirations , à la Caisse d'Escompte , aux
Agioteurs , du défaut de numéraire , qui n'a
pas d'autre cause que le discrédit universel ,
où l'anarchie publique a mis toutes les caisses
et toutes les affaires .
41 Les Collecteurs particuliers , a avancé
l'Opinant , sont réellement la base de l'opération
. Qu'a- t- on besoin de les faire compter
à des Receveurs - particuliers , et de faire
passer l'argent par tant de mains ?
A
Il ne faut pas être financier , et grand
calculateur , pour recevoir des impositions et
en donner quittance.
Je crains bien que l'induence ministérielle,
Nº. 6. 6 Février 1790. C
t
( 50 )
qui plus d'une fois s'est fait sentir dans cette
tribune , ne soit ici pour quelque chose ; ..…
que le Comité ne soit la dupe de quelque dessein
secret.
Nous ne pouvons nous dissimuler que les
Ennemis du bien public veillent encore ; ils
paroissent avoir formé le dessein perfide
d'accaparer le numéraire , et de détruire ainsi
la liberté, au risque d'être ensevelis sous ses
ruines. Parmi ces traîtres , il faut compter
les traitams , ces ennemis jurés du peuple,
qui ont toujours profité des troubles pour
grossir des fortunes scandaleuses ... Ne nous
aveuglons pas . Que nous propose- t- on ? De
remettre , pendant toute l'année , la recette
des impositions , dans les mains de nos ennemis
; de confier à nos ennemis l'argent
public , denrée aussi nécessaire que le blé...
« J'entends , a continué M. Salle , au bruit
de murmures véhémens , j'entends plusieurs
voix m'opposer la probité du Ministre , la
Permanence de l'Assemblée Nationale , la
responsabilité des Agens , etc.... Eh ! que
peut le Ministre au milieu de cette armée
de gens avides intéressés à le tromper ? Soinmes
- nous sûrs que les finances ne sont pas
pour lui un' chaos à débrouiller ? La domination
est chère au coeur de l'homme ;
les Ministres ne peuvent voir avec plaisir
une révolution qui les ramène au simple titre
de premiers serviteurs de la patrie....
Il devenoit douteux que tant d'inculpations
fussent écoutées jusqu'au bout , cependant
, on a laissé poursuivre M. Salle.
On paye , a- t- il ajouté , la contribution
du quart , en argent , et les caisses publiques
ne payent qu'en papier.... La Caisse
d'Escompte ne rembourse point ses billets .
( 51 )
L'argent se vend très -cher , même jusqu'à
sa porte ... Ne découvre-t- on pas dans les
precautions qu'on avoit l'air de prendre un
voile imaginé pour couvrir l'agiotage le plus
indecentet le plus perfide ? L'on assure que
la Caisse d'Escompte travaille à établir des
caisses particulieres dans les provinces , pour
les rembourser en papier , de ce que la capitale
leur doit ; c'est ainsi que bientôt, par
une grande émission de ces billets , elle parviendra
à accaparer tout le numéraire... "
Siles troupes se payent encore en argent.
ce n'est que jusqu'au moment où le mal
étant à son comble , on se croira dispensé
de les payer.... Le Ministre dira que l'argent
n'est pas dans ses mains ; qu'il est dans celles
des Capitalistes, qui craignent dele négocier.
Je veuxquemes soupçons soient malfondés ,
mais le peuple n'accusera-t- il pas de la rareté
du numéraire ceux qu'il est accoutumé à regarder
comme ses ennemis ? Ne se porterat-
ilpas à de fâcheuses extrémités ?
"Attendons que les Assemblées de Département
soient établies ; alors nous pourrons,
avec sureté , créer un nouveau régime de perception.
"
Je conclus qu'il n'y a pas lieu à délibérer
quant à présent sur le projet de Décret présenté
par le Comité des Finances .
Cediscoursn'a pas obtenu le succès qu'une
partie de l'Assemblée en attendoit. On lui
a reproché de n'être fondé sur aucune preuve,
de tendre à augmenter la defiance publique;
à produire de funestes effets sur la crédulite
furieusedupeuple.
Cependant des accusations aussi violentes ,
ont obligé MM. Anson et le Coulteux de Can
Gij
( 52)
teleux , à justifier le Décret du Comité , et
l'administration de la Caisse d'Escompte.
Le premier a dit qu'il ne sagissoit que
d'un Décret de prudence , propre à maintenir
la paix, en facilitant les moyens de
percevoir les impôts ; que tous les Receveurs
seroient soumis à la surveillance des Provinces
, et qu'ils ne demandoient pas mieux
que d'être surveillés .
La ville de Paris , a ajouté M. le Coulteux,
est obligée de faire sortir de son sein,parannée
4 à 5 millions de numéraire , pour s'acquitter
envers les provinces , d'où elle tire des
consommations et des subsistances . Il n'est
pas étonnant que la Caisse d'Escompte ne
soit pas toujours prête à échanger ses billets ,
lorsqu'une multitude de circonstances rendent
le numéraire aussi rare. Ce défaut de
circulation provient en partie de la stagnation
des impôts .
MM. les Représentans de la Commune de
Paris , inquiets des bruits que l'on affectoit
de faire courir sur la Caisse d'Escompte , ont
examiné ses registres , revisé ses comptes ,
et sont demeurés convaincus que le désordre
, dont on se plaint , ne vient point de
son administration.Ils ont eu des conférences
avec les Administrateurs de la Caisse , et les
Députés extraordinaires du Commerce , pour
savoir si l'on ne pourroit point établir un
cours forcé des billets de Caisse dans les
Provinces ; mais y voyant de trop grands
obstacles , ils ont pensé qu'il seroit possible
d'établir une circulation libre et volontaire,
fondée sur le crédit de la Caisse . Il est nécessaire
de calmer les inquiétudes , de ramener
la confiance. Je suis chargé ,spécia(
53)
lement parles Administrateurs , de demander
à l'Asssemblée Nationale , qu'elle charge
des Commissaires de surveiller toutes les opérations
de la Caisse .
La discussion close , plusieurs Amendemens
ont été rejettés par la question préalable
; cette même question a été invoquée ,
mais infructueusement , contre le Décret.
L'Amendement de M. Duport a été joint
au Décret , ainsi que le suivant de M. d'Allarde
:
Sans que lesdits Trésoriers ou Receveur's
générauxpuissentfaire compensation desfonds
de leur Recette avec ceux de leur cautionnement.
"
Le tout a été adopté , saufla rédaction .
DU SAMEDI 30 JANVIER. SÉANCE DU
SOIR.
L'affaire du Grand-Prévôt de Marseille
a été ultérieurement traitée , sans décision
définitive .
M. de Mirabeau a terminé le Plaidoyer par
lequel il avoitdéja occupé en entier la Séance
de Mardi soir. Après avoit récapitulé les différens
chefs d'accusation dont il avoit charggeé
le GGrand-Prévót , il a fini par une péroraison
en faveur des détenus , et a proposé
un projet de Décret , qui révoque celui
du 8 Décembre , dans la clause qui renvoyoit
au Châtelet le Grand- Prevót et le Procureur
du Roi , comme prévenus du crime de
lèse-Nation . Si l'on veut bien se rappeler
que ce Décret fut rendu à l'instigation , et
en vertu des récits de M. de Mirabeau ,
on se convaincra qu'il n'est pas heureux
en dénonciations , et qu'il avoit tort ,
ou d'accuser le Grand - Prévôt , il y a deux
Cij
( 54)
mois , ou tort de faire aujourd'hui révoquer
le Décret. Au surplus , il a demandé la con-
Armation du renvoi des Accusés et de la
Procédure à la Sénéchaussée de Marseille .
Comme dans ce long Factum , la cause des
Accusés a été discutée avec autant d'étendue
que celle du Prévôt , M. de Mirabeau a
demandé qu'ils fussent éligibles aux nouvelles
charges Municipales .
Ces conclusions ont été également improuvées
par tous les Partis ; on les a trouvées
contradictoires avec le Plaidoyer .
M. l'Abbé Maury a demandé à rétablir
plusieurs faits , suivant lui , altérés dans ce
Discours : il a prouvé qu'il étoit faux que le
Prévôteût tenu la Procédure secrète ; qu'il eût
fait entourer de 6000 hommes , le Fortoù sont
enfermés les Accusés ; qu'il étoit Juge parfaitement
compétent , mais que c'est une
erreur de supposer qu'un Prévôt est le seul
Jugede ces sortes de Procédures ; qu'il doit
avoir toujours six Adjoints , dont un seul est
nommé par lui ; qu'enfin M. de Bournissas
a littéralement suivi l'Ordonnance Criminelle
, Loi de l'Etat jusqu'à ce jour.
La suite de la discussion a été une prise
àpartie entre les deux Athletes , qui ont combattu
seuls , corps à corps , par forme d'interpellations
et de reproches .
M. de Mirabeau a contesté la date des
faits qui ont donné lieu au Décret lancé
par le Prévót.
Des faits antérieurs à l'amnistie , disoit
- il , n'auroient jamais dû faire partie ,
même de l'information . C'est là un des plus
cruels abus de pouvoir , dont M. de Bournissac
s'est rendu coupable. »
Vous me demandez , a répliqué M. l'Abbé
( 55 )
Maury , si le Prévot a informé sur des faits
antérieurs à l'amnistie. Je réponds OUI , et
il a dû le faire, puisque les Accusés se sont
rendus coupables de récidive. "
" La voici cette amnistie ; elle porte expressément
qu'en cas de récidive , elie sera
regardée comme nulle. Ce qui concerne les
Accusés , nous est absolument étranger.
L'Assemblée Nationale ne doit juger que
sur l'accusation qu'elle a reçue contre le
Prévôt ; c'est-à-dire , sur le seul point de
savoir s'il a , ou non , contrevenu à vos
Décrets . "
M. de Mirabeau s'est alors jeté dans
d'autres retranchemens , dans Pintérêt du
Peuple , dans l'ardente amitié de ses cliens
pour le Peuple , dans les services qu'ils
avoient rendus , selon lui , à la Révolution ,
à l'Assemblée , à ses Décrets , contre la conjuration
de tous les Pouvoirs. Enfin , il a
imaginé de commenter l'Acte d'amnistie ,
et d'en considérer la clause péremptoire ,
citée par M. l'Abbé Maury , comme simplement
comminatoire .
Bientôt la question principale , qui paroissoit
peu soutenable aux yeux de la Majorité
, a changé de face par l'adresse avee
laquelle on ademandé , à M. l'Abbé Maury ,
de représenter la Plainte même qui avoit
donné lieu au Décret. Cette Plainte n'avoit
jamais été remise au Comité des Rapports ;
personne , pas même M. de Mirabeau , n'en
avoit jusqu'ici réclamé l'exhibition, Cependant
M. de Beaumetz a appuyé cette demande
, que la surabondance des Pièces
sur lesquelles le Rapport étoit établi , paroissoit
rendre elle - même surabondante ,
été immédiatement suivie de celle D'UN
a
Cig
( 56 )
a
NOUVEAU RAPPORTEUR ET D'UN NOUVEAU
RAPPORT, FAIT PAR LE NOUVEAU COMITÉ.
On conçoit bien que cette conclusion
excité une grande agitation . MM. l'Evêque
de Nancy et Malouet ont ouvert l'avis le plus
simple , le plus naturel , comme le plus direct
aux principes de toute décision ; savoir ,
d'ajourner le Jugement jusqu'à l'arrivée de
la Plainte , sans perdre un temps inappréciable
à faire et à entendre un nouveau Rapport.
Cet amendement a retardé quelques
momens la premiere résolution. M. Emery
n'a pas craint de s'en plaindre , en disant
au Président , que s'il eût mis aux voix ,
tout de suite , la Motion de M. de Beaumetz ,
l'amendement de M. Malouet n'auroit pas
prolongé la Délibération. Il étoit minuit ;
on avoit commencé à 6 heures : nombre de
Députés , sur- tout d'Ecclésiastiques , étoient
allés se coucher , et la Majorité s'est enfin
déclarée pour la formation d'un nouveau
Rapport.
Enfin, M. de Besenvalest libre. Le rap
port de l'Information a été fait , le 29 , à la
Chambre du Châtelet , composée de
trente-trois Juges. La lecture du Rapport
et de toutes les Piéces de la Procédure
a duré six heures . Le Tribunal
a prononcé conformément aux conclusions
de M. le Procureur du Roi , en
renvoyant à l'Audience toutes les Parties
, savoir ; M. de Barentin , M. le
Comte de Puységur , M. le Maréchal
de Broglie , M. le Baron de Besenval
( 57 )
et M. le Comte d'Autichamp : le Baron
de Besenval devant être immédiatement
élargi , et mis en liberté. Il habite son
Hôtel , et a reçu des visites.
Après six mois de captivité , d'inquiétudes
, de fatigues , de dangers renaissans ,
ce Général est sorti de prison. Nous
avions depuis long-temps annoncé ce
succès de la justice , et nos Lecteurs en
avoient les gages dans les extraits fidèlesde
l'Information que nous leur avons
présentés . Ce jugement honore le Chatelet
, dont les Libelles , les menaces ,
la terreur d'une opinion artistement préparée
, et heureusement impuissante ,
n'ont pu ébranler l'intégrité. Ainsi , le
premier Comité des Recherches de l'Assemblée
Nationale avoit sagement prononcé
l'élargissement de M. de Besenval,
et l'opposition victorieuse que rencontra
cette décision , n'avoit en sa faveur
aucun appui solide. Quelle leçon
ce jugement donne à cette partie du
Peuple dont on égare les intentions ,
dont on arme la fureur , et qui ne se
défie jamais des mouvemens qu'on lui
communique ! Quel reproche n'auroit-il
pas à se faire d'avoir trempé ses mains
dans le sang d'un Innocent , et ajouté
le malheur d'un pareil crime à tous
les malheurs qui ontaccompagnéune Ré--
volution , dont , sans les excès , chacun
eût été forcé de bénir l'existence ! Qu'on
apprenne donc à se défier des jugemens
Co
( 58 )
précipités, de l'opinion , qui n'est jamais
droite ni éclairée dans les troubles civils .
Le lendemain 30 , le Châtelet a sursis
au jugement de M. de Favras , qui ,
peu de jours auparavant , avoit repandu
un Mémoire justificatif. Le Procureur
du Roi a conclu à l'amende honorable
et à la corde. M. Thilorier , Avocat
au Parlement , a défendu l'Accusé par
un Plaidoyer vehement , où il s'est
permis des expressions peu mesurées
envers M. de Flandres de Brunville ,
Procureur du Roi. Après huit heures de
Séance , il a été prononcé une Sentence
interlocutoire , qui déclare non
pertinens et inadmissibles , les reproches
fournis par l'Accusé contre les second
et quatrième témoins de l'Information;
ordonne de plus , qu'avant de faire droit
sur les conclusions du Procureur du Roi ,
il sera entendu , suivant la demande de
l'Accusé , six témoins qui sont : MM.
le Comte de Mirabeau , de Foucaud
d'Argonne en Clermontois, de la Châtre ,
Morel de Chedeville , de la Ferté et
l'Abbé d'Eymar. La Cour a déclaré
avoir vu avec peine les personnalités
que le Défenseur de l'Accusé s'est permises
contre le Procureur du Roi , et
lui enjoint d'être plus circonspect à
Pavenir.
L'Assemblée de la Commune a décerné
, le 15 , une Couronne Civique
e.Epée Nationale à M. Nesham ,
F
( 59 )
jeune Anglois de 20 ans, qui , au mois
d'Octobre , dans l'émeute de Vernon ,
arracha M. Planter à la fureur de la
multitude , au péril de sa propre vie.
ex-
La Société des Impartiaux , dont nous
avons exposé l'origine , la formation et les
principes , a déja eu tous les honneurs de
laguerre , c'est-à-dire , qu'elle peut seglorifier
de l'animadversion des Partis
trêmes . Les Energumenes qui catéchisent
la Nation de Paris , ont gagné leur argent
, en insultant cette Société qui n'insulte
personne. C'est un scandale de plus
que ees brutales hostilités , dont le ton décele
des Auteurs bien pervers , ou bien ignorans
. Il suffit , en effet , de jeter un coup
d'oeil sur les principes des Impartiaux , pour
se convaincre que , sous peine de subversion
prochaine , il faudra bientôt venir se
reposer sur ces bases de tout Gouvernement
libre ; mais libre comme peut l'être un Empirede
24millions d'ames . On se doutera bien
que si quelques-uns font semblant de croire
Jes Impartiaux des sectateurs de la Démocra-
-tie,les fameux Apôtres de celle -cilesintitulent
des Aristocrates. Des Aristocrates qui consacrent
l'égalité des Droits et des Personnes ,
l'obéissance à la Constitution , la prérogative
inaliénable du Peuple de la réformer , si l'expérience
et la raison nécessitent des changemens
! Des Aristocrates qui subordonnent les
Corps Militaires au seul SUPRÊME , INAMOVIBLE
ET HÉRÉDITAIRE REPRÉSENTANT DE
LA SOUVERAINETÉ NATIONALE , qui demandent
pour ce Représentant suprême ,
un pouvoir limité , responsable , mais suffisant
à prévenir l'Aristocratie de cent milte
Cvj
( 60 )
autorités particulières , et celle des factions !
Des Aristocrates , enfin , qui , en soumettant
le Roi à la Loi , lui confient , comme au seul
Pouvoir de l'Etat capable de l'opérer ,
le maintien de cette Loi qui fonde la liberté
et la sureté de tous ! Ah ! que ce mot
d'Aristocrate a de commodité pour les sots
qu'il dispense d'avoir des idées , et pour
les brigands qui pillent les Châteaux !
;
Au même instant , on a vu se reproduire
dans plusieurs Provinces les scènes
du mois d'Août dernier , et par les mêmes
causes , par des Adresses incendiaires ,
par des bandits qui se disent les exécuteurs
des Décrets de l'Assemblée Nationale
, par des enragés qui s'attribuent
le droit du glaive , et qui se regardent
comme dans l'état de nature .
Environ 22 Châteaux ont été livrés
en Bretagne à l'exercice de ce droit primitif.
On a exigé des Propriétaires , dans
les uns , renonciation à leurs droits féodaux
, déclarés rachetables par l'Assemblée
Nationale ; dans les autres on
a pris et brûlé les titres ; de troisièmes
ont été pillés. Avant de sortir , plusieurs
des honnêtes dévastateurs ont exigé des
certificats , de la manière honnête dont
ils s'étoient comportés : on ne sauroit
pousser plus loin les scrupules. Parmi
les Châteaux ainsi maltraités , on nomme
ceux de M. de Pigneux, pillé ; de M. de
Guer,de la Chataigneraye, de Lansay.
Dans quelques- uns on a brûlé les meu
(61 )
bles,entreautres chez M. de Talouet, qui,
seul de la Chambre des Vacations , avoit
opiné à reprendre les fonctions , et qui
n'a pas été plus épargné que les autres .
Le Limousin a vu les mêmes excès ;
le Quercy , le Périgord les ont partagés .
Dans l'Angoumois , des bandes de brigands
armés , commettent des horreurs.
Voici ce qu'on nous mande du Bas-Limousin
, par une Lettre authentique :
" M. le Comte Daubert , qui a toujours
été , ainsi que ses ancêtres , l'ami et le protecteur
de ses vassaux , M. le Marquis de
Lastegrie , son gendre , Colonel du premier
régiment des Carabiniers , qui depuis trentedeux
ans sert dignement son Roi et sa Patrie ,
habitant leur Château de Saint - Julien ,
Bas - Limousin , ont été attaqués , le 10 janvier
, par une troupe d'environ trois cents
brigands , armés de fusils. M. le Marquis de
Lastegrie , qui avoit été instruit du complot ,
leur a fait lecture de la Loi Martiale , montré
le drapeau rouge et ordonné de se retirer
; ce qu'ayant refusé , le Marquis de Lastegrie
est monté à cheval. Lui , onzième , il a
chassé les brigands , sans tirer un seul coup.
De leur côté , ils ont tiré trois coups de fusil
, dont un a percé le chapeau d'un Cavalier
de Maréchaussée. M. de Lastegrie a été
secouru par la Brigade de Meissac , commandée
par M. Boutant , dont la conduite
ferme et prudente merite des éloges , par
quelques amis et ses domestiques. Malheureusement
dans ce moment d'anarchie , il faut
avoir un vrai courage pour oser défendre les
Citoyens irréprochables .
( 62 )
"Les gens intéressés au malheur public ,
n'ayant pu soulever les Censitaires de
Saint - Julien , ont mis , le 6 janvier ,
des Affiches incendiaires dans beaucoup de
Paroisses , pour engager les mauvais sujets
à'venir piller et brûler Saint- Julien . La plus
grande partie des habitans de Curemont: ont
sonné le tocsin , se sont armés , et ont formé
la grande partie de l'attroupement , pour
avoir part au pillage. Les Municipalites et
Milices des petites villes , qui avoisinent
Saint-Julien , ont été prévenues , plusieurs
jours d'avance , des projets des brigands , et
sont restées inactives . >>
Les Municipalités s'organisent , etdans
beaucoup de Villes , d'une manière trèsfavorable
à l'intérêtdes Lois, de la Constitution
, de l'ordre et de la paix publique .
On a écarté de ces emplois , aujourd'huisi
importans , les perturbateurs et les factieux
, pour ne confier le Peuple et la liberté
qu'à des mains dignes de ce dépôt.
M. l'Evêque de Langres qui amontré tant
de courage , de lumières et de patriotisme
àl'Assemblée Nationale, avoit été nommé
Maire de sa Métropole ; il a refusé cet
hommage rendu à ses vertus , et qui
distingue les Citoyens de Langres. La
Municipalité de Châlons - sur - Marne ,
celle d'Orléans , sont sagement composées
. A Dijon , M. de Montigni, ancien
Trésorier des Etats de Bourgogne ,
a été élu Maire. A Sens , on a donné
cette place à un Jardinier dont le bon
sens et la probité l'ont emporté sur les
( 63)
talens des Avocats , Procureurs , etc. On
espère que le bon esprit qui a dirigé les
Municipalités de Lyon , de Marseille ,
de Grenoble , se portera aussi dans les
Elections .
Le Conseil Municipal renforcé de Marseille
, a pris le 12 Janvier une Délibération
conforme aux vrais principes , qui, peut- être,
prévaudront bientôtpar-tout. En se déclarant
décidés àmaintenir inviolables la Revolution
et les Décrets de l'Assemblée , contre les
atteintes qu'on voudroit y porter , le ConseilMunicipal
invoque le retour de l'energie
du Pouvoir exécutif, nécessaire à l'exécution
des Lois et au maintien de l'ordre public ;
l'application du Corps législatif à la formation
du Pouvoir Judiciaire , qui garantira
les propriétés et la sureté des Citoyens , ainsi
que la subordination ; la poursuite des Libelles
de tout genre , soit contre le Roi ,
soit contre l'Assemblée , soit contre la tranquillité
publique et particulière. Il met ensuite
tous les Emigrans qui reviendront à
Marseille , sous la sauve-garde de la Nation ,
de la Loi et du Roi , ete.
Quelques Feuilles de laCapitaleont calomnieusement
imputé à M. de Lallyune
Réponse à M. Servan , sous le titre d'AdresseauxAmis
de la Liberté; Adresse
qu'ils qualifient de Libelle , envoyé de
Lausanne parle Libraire deM.de Lally.
Nous donnons le démenti le plus formel
aux Imposteurs qui les premiersontimprimé
cette assertion . M. de Lallyne fait
pas de Libelles , il ne garde jamais l'anonyme,
il n'a point de Libraire à Lausanne,
(64)
il n'est pas l'Auteur de la Réponse à M.
Servan; il suffit de l'avoir lue avec une
ombre de discernement , pour y reconnoître
un ton , un style , et des principes
bien étrangers à M. de Lally. Son
Mémoire à ses Commettans , imprimé
à Genève , va paroître au premier jour ,
signé de lui : certains Folliculaires pourront
y imprimer leurs ongles ; elles ne
font pas trace.
Les Etats du Comté Venaissin , alarmés
de la Motion faite par M. Bouche ,
le 12 Novembre , à l'Assemblée Nationale
, ont arrêté, le 25 Novembre , une
Déclaration et Protestation très- explicites
, sur l'avis de M. le Baron de Sainte-
Croix, Membre de l'Assemblée , et distingué
par son mérite personnel , autant
que par les divers Ouvrages dont il a
enrichi les Lettres . Cette Déclaration ,
dont on nous a demandé l'insertion dans
ce Journal , est de la teneur suivante :
« M. le Baron de Sainte- Croix a exposé qu'il
étoit du devoir de l'Assemblée ordinaire et
des Membres du Comité , de manifester
leurs sentimens et ceux des Habitans de
cette Province , relativement à la Motion
faite le 12 de ce mois à l'Assemblée Nationale
de France par M. Bouche , l'un des
Députés de Provence . "
Sur quoi , la matière mise en délibé-
-ration ,
« Messeigneurs et Messieurs les Assemblés
, informés de la susdite Motion pour
réclamer le Comté Venaissin , croient devoir
( 65 )
édifier cette respectable Assemblée sur leurs
principes , et donner un témoignage authentique
des sentimens qui les animent envers
leur Auguste Souverain. ».
Considérant que le seul fondement légitime
de toute acquisition ou revendication
de la Souverainete est le consentement
libre du Peuple , et quesa volonté doit être
manifestée , avant qu'il puisse passer sous
une nouvelle domination : »
Considérant encore que cette Souveraineté
, sur- tout entre les mains des Princes
électifs , ne sauroit emporter le droit absolu
d'une aliénation irrévocable, et qu'un Peuple
cédé par quelque acte où il ne seroit pas
intervenu, se regarderoit comme abandonné ,
ensuite maître de disposer de lui-même ,
les hommes ne pouvant être vendus ni trafiqués
comme de simples propriétés mobiliaires
ou territoriales :
" Enfin , persuadés qu'une pareille réclamation
seroit d'un funeste exemple , puisqu'au
mépris des traités les plus solennels,
il établiroit pour toute règle , celle de la
force et de la convenance , et exposeroit la
Nation qui l'auroit témérairement adoptée
à se voir dépouiller par la même raison des
meilleures portions de son Empire. "
" Ils regardent la Motion de M. Bouche
comme attentatoire au droit des Gens , et
contraire aux principes de l'Assemblée dont
il est Membre. Ils déclarent en présence de
l'Etre Suprême , que rien ne sauroit les délier
du serment de fidélité à à l'égard de leur
légitime Souverain : fidélité d'autant plus
inaltérable qu'elle repose sur des bases assurées
, la modération et la générosité avec
laquelle ils sont gouvernés depuis plus de
( 66 )
cinq siècles , le maintien de leurs Priviléges
et immunités . Ils protestent à la face de
l'Europe contre tout Traité fait à leur insu
et sans une intervention directe et notoire ,
et où l'on disposeroit d'eux sans leur consentement
préalable et une ratification subséquente.
"
« Au surplus , Messeigneurs et Messieurs
les Assemblés , ne pouvant réunir dans ce
moment le voeu général , et ne voulant se
contenter d'un voeu partiel dans une affaire
d'une aussi grande importance , ont arrêté
que la présente Délibération sera imprimée
et adressée très - incessamment par M. le
Syndic à toutes les Communautés de cette
Province , en les invitant de la faire ratifier
par leur Conseil respectif , et de faire parvenir
au plutôt audit sieur Syndic un extrait
en forme de ladite ratification .
" Delibéré en outre de faire parvenir
Copie de la présente Délibération à Monseigneur
le Nonce de Sa Sainteté à Paris ,
et de le prier d'en faire tel usage que l'intérêt
des Habitans de cette Province et celui
du St. Siege pourront lai suggérer.
Délibéré encore d'en faire passer une
Copie à l'Agent de la Province à Paris , et
à M. Celestini , Agent du Pays en Cour de
Rome ; chargeant M. le Syndic- né de leur
manifester plus particulierement les sentimens
de l'Assemblee. ↑ J. , Ev. de Carpentras
; † Etie. , Ev . de Vaison ; le Marquis de
l'Espine , Elu de la Noblesse ; Raphel , Elu ;
de Vignes , Elu . Le Baron de Ste. Croix , de
Gerente , Benoît de la Paillhone. »
LETTRE AU RÉDACTEUR.
« Je vous prie , Monsieur , au nom du
(67 )
Comité de Constitution , d'instruire le Public
qu'il a été fait une édition infidelle du
Décret de l'Assemblée Nationale du 22 Décembre
dernier , concernant la Constitution
des Assemblées Représentatives et des Corps
Administratifs , et de l'Instruction qui est à
la suite de ce Décret. Cette contrefaçon ,
très - dangereuse par les inexactitudes , les
contre-sens , et les inepties grossieres qui
altèrent , d'une maniere grave , le sens de
plusieurs articles du Décret , et des passages
les plus importans de l'Instruction , se reconnoît
aux caractères suivans . Elle est de
format in-8°. sans nom d'Imprimeur ; le
chiffre 17 est à la première page , au lieu
du chiffre 1 : un avertissement , mis au verso
du titre , annonce que ce Décret devant faire
suite à celui des Municipalités , on a cru devoir
faire suivre les chiffres , et qu'on trouvera
le Décret sur les Municipalités au Bureau du
Journal de l'Assemblée Nationale , place du
Palais Royal , au coin de la rue Fromenteau.
Comme il est essentiel d'éclairer les bons
Citoyens sur ce piége tendu à leur confiance ,
en leur présentant une caricature aussi indécente
des Actes les plus intéressans de
l'Assemblée Nationale , je vous prie d'insérer
ma Lettre dans votre prochaine Feuille.
Le 24 Janvier 1790 .
THOURET, Membre du Comitéde Constitution .
Les deux réclamations suivantes nous
ont été adressées , après avoir paru dans
plusieurs Feuilles publiques. Nous prenons
cette occasion de déclarer que nous
ne recevrons pas dorénavant les réclamations
circulaires , en nous bornant
( 68 )
à publier celles qu'on nous adresse spécialement
Autre Lettre au Rédacteur.
MESSIEURS ,
Je vous prie de vouloir bien insérer la
lettre suivante dans vot Journal .
Attaqué depuis long-temps par une foule
de libelles odieux , j'ai constamment gardé
le silence , et ne leur ai répondu que par
le mépris. Alors mes ennemis se sont plú a
inventer contre moi la plus atroce des calomnies
: ils m'ont supposé le projet le plus
horrible , ils ont voulu me faire croire capable
de commettre un crime dont la seule
idée me fait frémir , et joignant à cette supposition
un rafinement de noirceur , ils ont
répandu que j'avois employé le travestissement
le plus ridicule pour assurer l'exécution
du complot dont ils m'accusent. Fier
demon innocence , armé de la sécurité que
me donne une conduite irréprochable , j'ai
résisté long- temps à la volonté de ma mère ,
àmes parens , à mes amis , qui me pressoient
de démentir mes lâches accusateurs . J'ai
crulong- temps qu'une calomnie aussi absurde
tomberoit d'elle - même , et que le mépris
étoit la seule arme à opposer à mes ennemis ;
mais enhardis par mon silence , cherchant
peut- être à perdre en moi par les trames les
plus odieuses , un des plus ardens défenseurs
de la Constitution que l'Assemblée Nationale
et le Roi ont donnée à la France , un des
amis les plus zélés des droits du Peuple , ils
ont continué à repandre les plus atroces
calomnies . Je crois devoir enfin à mon innocence
, au caractère sacré dont la con
( 69 )
fiance de la Nation m'a revêtu , de repousser
ces horreurs . C'est la premiere fois que je
réponds à des libelles , et je jure que ce sera
a derniere .
Je viens d'écrire au Comité des Recherches
de l'Assemblée Nationale , à celui de
la ville de Paris , à M. le Procureur du Roi
au Châtelet , je les invite à faire les perquisitions
les plus exactes sur tous les faits odieux
dont on me suppose capable , sur ma conduite
entiere , qui doit me mettre à l'abri
de tous soupçons. J'invite toutes les personnes
qui auroient à déposer contre moi
de s'adresser , soit au Châtelet , soit aux
Comités des Recherches . Sûr de repousser
toute accusation , par la preuve la plus évidente
, la plus complète , je défie qui que ce
soit de m'accuser ; j'attaque d'avance comme
calomniateur , le premier de mes ennemis ,
qui , quittant l'anonyme , ce masque des
lâches et des traîtres , voudra prouver légalement
que je suis coupable d'une seule des
horreurs dont on m'accuse .
J'ai l'honneur d'être , etc.
Signé, le Duc D'AIGUILLON , Député à l'Assemblée
Nationale.
Autre Lettre au Rédacteur.
A Paris , le 10 Janvier 179o.
Voulez vous bien , Messieurs , insérer dans
votre Journal cette lettre que j'ai l'honneur
de vous adresser? Vous faites profession d'impartialité
, et vous verrez que ma demande
est de toute justice .
Il a été dit dans l'Assemblée Nationale
par M. Camus , que M. le Prince de Lambesc ,
mon beau- frère , avoit reçu d'avance le trai
(70 )
tement de sa charge de Grand Ecuyer au
Trésor Royal . Des le lendemain de cette
dénonciation , M. le Marquis de Foucault a
nie le fait dans la même Assemblée , d'après
des pièces authentiques. La lettre ci-jointe
de M. Randon de la Tour , Administrateur
du Trésor Royal , vous attestera , Messieurs ,
que M. le Prince de Lambesc n'a pas reçu
depuis le 1er Juillet , le traitement de sa
charge , qui représente en partie les intérêts
d'une finance d'un million qu'il a payée ,
quoiqu'on eût toujours été dans l'usage de
lui payer ce traitement par mois. Il ne jouit
d'ailleurs d'aucune pension ; l'objet pour
lequel il est employé sur l'état des pensions ,
est la représentation de ses appointemens
de Colonel Propriétaire d'un Régiment
étranger , dont il a fourni une finance de
cent mille écus sans brevet de retenue , et
cette forme lui est commune avec tous ceux
qui ont de ces Régimens . Cette pension , ou
plutôt ces appointemens , ne lui ont pas été
payés pour toute l'année 1789. Le seul paiement
qui lui ait été fait , est celui de ses
appointemens d'Inspecteur , qu'il n'a reçu ,
comme tous les autres Inspecteurs , qu'aux
échéances et sans nulle préférence .
Dans la position pénible de mon frère ,
il me semble de justice de ne pas l'aggraver ,
et je crois de mon devoir de vous prier de
vouloir bien rendre cette vérité publique .
J'ai l'honneur d'être très-sincèrement ,
Messieurs , votre très-humble et très-obéissante
servante ,
Signé , MONTMORENCY , Princesse DE
VAUDEMONT.
M. Moreau de Saint-Méry a reçu du
(71 )
Fort-Royal de la Martinique , en date
du 18 Novembre 1789 , une Lettre qui
renferme les faits suivans :
" Il y a une insurrection générale parmi
tous les Negres qui veulent absolument être
libres. On a été obligé d'envoyer des détachemens
du Régiment dans divers quartiers
dela Colonie où les Negres manifestoient la
révolte. Il n'y a eu jusqu'à présent que l'économe
de Madame Duharoc , qui a été victime
de la persuasion où sont les Esclaves
qu'ils sont libres. Il a été tué par sept assassins
, le 8 de ce mois , à deux heures aprèsmidi.
Ce qui fait craindre que ce ne fut un
projet général d'égorger tous les Blanes , c'est
que les sept coupables n'ont rien dit dans
leurs dépositions , sinon que cet homme n'étoit
pas méchant ; qu'il ne les forçoit pas au
travail ; qu'il leur avançoit même de l'argent ,
etqu'ils ne l'avoient tuéqu'à cause de la Nation .
Le Conseil , extraordinairement convoqué
pour les juger , en a condamné six à la roue
et un au gibet. Deux seront exécutés sur
P'habitation où ils ont commis le délit , et
les autres dans les quartiers voisins. L'on
assure que tous les Negres ont résolu de demander
, au jour de Pan , à leurs Maîtres ,
leur liberté , et en cas de refus , de faire
couler des flots de sang , etc. »
La Poude Anti- Hémorragique et incomparabledu
sieur Jacques Faynard, dont la précieuse
utilité est aujourd'hui universellement
reconnue , et dont les succès multipliés , tant
en Angleterre qu'en France , patrie de l'Inventeur
, sont universellement reconnus , se
- trouve au dépôt général , chez le sieur Fay
4
( 72)
nard , maison du cimetière des Protestans ,
près de la Barrière de l'Hôpital S. Louis ;
on peut écrire à l'Auteur en affranchissant
les Lettres. Les dépôts particuliers , sont ,
à Paris , chez le sieur Billotte , Receveur de
la Loterie Royale de France , rue de la
Féronnerie ; le sieur Gattey , Libraire , au
Palais - Royal , No. 13 et 14 ; le sieur le Vasseur
, Receveur de la Loterie Royale de
France , rue Grenier- Saint- Lazarre , Nº. 4 ;
le sieur Gibé , Marchand Limonadier , porte
Saint- Antoine , au coin du Boulevard ; le
sieur Noel , rue de Tournon , fauxbourg S.
Germain ; le sieur Godeaux , Portier aux
Tuilleries , Cour du Manége ; le sieur Maulu ,
au Café du Parnasse , quai de l'Ecole , No. 5 ;
lesieur Rivette , galerie du Palais-Royal , côté
des Variétés , nº. 40 ; le sieur Paris, Limonadier
, rue nouve des Capucines , sur le
boulevard ; et le sieur Lestrade , boulevard
de la porte Saint- Martin.
«
" A Versailles , chez le sieur Blaizot , Libraire
, rue Satory , et le sieur la Vallée ,
rue Montboron , N°. 20. »
« Le prix des boîtes est de 12 liv. et 24 liv. "
M. Bureau de Puzy a été nommé , Lundi
dernier , Président de l'Assemblée Nationale.
Quelques Lettres de Dauphiné parlent
d'une émeute à Grenoble , tentée contre
M. de Lally , qui , de Genève , étoit allé
passer une semaine avec M. Mounier , et
que la fermeté de celui - ci , aidé de l'ascendant
de la vertu , a appaisée. Nous donnerons
les détails dans huit jours .
Les Numéros sortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 1er Février
1790 , sont : 86,75,83 , 19 , 34.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 13 FÉVRIER 1790.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
A M. le Marquis DE VILLETTE , Auteur de
la Proteſtation des Serfs du Mont-Jura.
:
JE savois bien que l'élégant Chaulieu ,
Lorsqu'au Parnasse , au Monde , il dit adieu ,
T'avoit légué sa lyre enchanteresse.
Comme les siens , j'aimois tes chants ,
Etje craignois , je le confesse ,
Que l'héritier de ses talens
N'eût hérité de sa paresse .
Maisje t'ai fu ...j'abjure mon erreur :
Pour mon esprit , ta plume sur écrire ;
Elle fait mieux , elle écrit pour mon coeur,
GLOIRE au Poëte séducteur
NX- 7. 13 Féy. 1790,
:
C
So
MERCURE
Quiveut nous plaire et nous instruire !
Heureux lui-même alors qu'il prend sa lyre !
Ses chansons font notre bonheur,
GLOIRE à l'Ecrivain bienfaiteur
Que l'humanité seule inspire !
De l'infortuné qui soupire ,
Il ost le père , le vengeur ,
Et l'Univers l'aime et l'admire.
Des Serfs du Mont-Jura, courageux Protecteur (1),
Tes différens succès n'ont plus rien qui m'étonne ;
Amant de la Sagesse , Elève d'Apollon ,
L'heureux époux de BELLE ET BONNE
Devoit savoir mieux que personne
Unir la grace à la raison.
ENVΟΙ,
Mme. la Marquise DE VILLETTE , qui
m'avoit demandé copie des vers adressés à
son Mari,
Je l'avoûrai , ma main trace en tremblant
Ces foibles vers que je vous abandonne.
Rappelez -vous , en les lisant ,
Que Voltaire , en vous baptisant ,
Vous vit BELLE , et vous nomma BONNE (2)
(1) On sait que M. de Villette est de premier Ecrivain
qui ,dans les premiers jours de cette heureuse Révolution ,
ait osé prendre la défense des Serfs du Mont-Jura.
(2) Personne n'ignore que l'immortel Vieillard de Fer,
ney avoit donné les noms de Belle et Bonne à Mile. de Varicour
, aujourd'hui Madame de Villette,
DE FRANCE.
RÉPONSE DE THALIE
A l'Epitre de M. COLLIN D'HARLEVILLE,
intitulée : Mes Adieux à Thalie; et insérée
dans l'Almanach des Muses de 1790.
JEE caressois nos amables ( 1 ) enfans ,
Lorsque j'ai reçu ton Epître.
Juge, en l'ouvrant ,juge combien le titre
Adû porter de trouble dans mes sens !
Mes Adieux à Thalie ! O mon cher d'Harleville !
Aces mots seuls , tu m'aurois vu frémir.
Mon ame cependant a su se raffermir :
J'ai lu l'Epître entière ... et me voilà tranquille.
Sans doute, comme au mien, il en coute à ton coeur
D'être ainsi séparé de ta fidelle Amante !
Mais ton sangbouillonne et fermente !
Pour le calmer, il faut d'un commerce enchanteur
Rompre un temps, me dis-tu, l'habitude charmante!
Ton Médecin l'ordonne avec rigueur !
Ah ! je suis loin d'en vouloir au Docteur ,
Qui te sert , même alors que son art te tourmente !
Chez vous autres Mortels, quand la gloire vous rit,
L'imagination trop lom souvent s'élance ;
Et ton DC.'t très bien que l'esprit ,
cotor Cotomele , a sua intempérance.
Espagne..
4
52
MERCURE
Au régime qu'il te prescrit ,
Soumets - toi donc sans le moindre murmure .
Tout régime , il est vrai , force un peu la Nature ;
Mais la santé , lorsqu'elle refleurit ,
En dédommage avec usure,
Sur le tableau touchant de tes longues douleurs ,
Que tu répands d'intérêt et de grace !
Du sentiment ton style a les douces couleurs ,
Et ce beau naturel dont le mérite efface
L'élégance de l'art et ſes brillantes fleurs :
Je te lis ... et bientôt je sens couler mes pleurs,
Faut-il pourtant qu'ici je te pardonne
L'effroi quemon Amant auroit dû me cacher ?
Il craint que je ne l'abandonne !
Qui , moi ? ..... pour le punir , quand son coeur me
soupçonne ,
Sur son front je veux attacher ,
Ce Printemps même , encore une couronne,
Te parlerai-je de mes jeux ,
Et des lauriers que sans toi je moissonne ?
Las ! sur ce point... mais n'offensous personne
Il est tant d'esprits ombrageux ! "
Au demeurant , tandis que ta retraite
Rembrunit ma joyeuse Cour ,
( Car tout le monde t'y regrette )
Pour me dissiper je projette ;
Et vingt tableaux piquans , esquissés tour à tour ,
Ont déjà tenté ma palette ;
Mais pour qu'ils soient rendus comme je le souhaite,
Mon bon ami , j'attendrai ton retour.
( Par M, Mugnerot. )
DEFRANCE. $3
LE RENARD ET LE LOUP ,
CER
Apologue Persan.
ERTAIN Roi que l'Histoire nomme ,
Mais que pour moi je ne nommerai pas ,
Fit publier dans ses Etats ,
Qu'au retour du Printemps , toute bête de somnte
Eût à joindre les Soldats ,
Afin de marcher à leur suite ,
Etde traîner l'attirail des combats.
Le Renard soudain prit la fuite.
UnLoup le vit trottant et par monts et par vaux.
-Qu'as - tu donc à courir si vîte ?
- Je crains , dit le Renard , tous ces ordres nouveaux.
-Pauvre sot ! es-tu fait pour porter des fardeaux ?
-Quelqu'un desCourtisans peut se le mettre entête;
Aussi-tôt on m'attelera ;
J'aurai beau présenter requête sur requête ,
La vérité jamais , à travers ces gens-là ,
Jusques au Roi ne percera .
( Par M. Paris , de l'Oratoire. )
:
i
C3
54
MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme et
du Logogriphe du Mercureprécédent.
LEE
mot de la Charade est Théatre ; celui
de l'Enigme est Bibliothèque; celui du Logogriphe
est Macaron, où l'on trouve Maron,
Roman , Caron.
CHARADE.
Legueux, dans son haillon, héberge mon premiers
L'aveugle en son malheur souhaite mon dernier ;
Le foible et l'opprimé désirent mon entier.
(ParM. Pitoy, de Toul. )
ÉNIGME.
LAsévère raison fut toujours mon partage ;
De tout temps , en tout lieuj'ai sauvé des humains
Je déteste sur-tout le crime et l'esclavage ,
Et n'aime que la paix et ses plaisirs divins .
O François ! ô vous tous qui , par votre courage ,
Avez du Despotisme éludé les desseins;
Oui , votre liberté , François , est mon ouvrage ,
Votre parfait bonheur est sorti de mes mains.
(ParA. J. F. Grétry, âgé de 15 ans. )
DE FRANCE. 55
LOGOGRIPHE.
JA'AIME la paix , et les corps désunis
Sont par mes soins ensemble réunis.
Je vas , je viens , je roule dans la boue ,
Et très-souvent je péris sur la roue.
J'ai quatre pieds , mais non pas pour marcher ;
Car sur la tête on me fait voyager :
:
Tirez-en ún , lors d'un coup de baguette
Je fais sortir le pivot de la tête ;
Changez de pied , et voilà que mon sein
Vous met au jour l'Apôtre Médecin ;
Les deux derniers me rendent un adverbe ;
Troisbien rangés, l'on peut m'asseoir sur l'herbe.
Lecteur , pour deviner , consultez le poisson ;
Le soir , en s'égayant , il vous dira mon nom.
ParM. David, Curé de Pompadour.
C4
56 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
PROCÈS- VERBAL de l'Assemblée Baillivale
de Nemours , pour la Convocation
des Etats- Généraux , avec les Cahiers
des trois Ordres. A Paris , chez P. J.
Duplain , Lib . rue de l'ancienne Comédie
Françoise, Cour du Commerce. 2 Vol.
in-3° . Prix br. 9 liv. & 10 liv. francs de
port par la Poste.
९
L'OPINION publique , les besoins de
l'Etat , la misère du Peuple , l'avilissement
de l'autorité Royale ont forcé Louis XVI
d'appeler la Nation à son secours ; les cahiers
de demandes furent rédigés à la hâte ,
et en tumulte; tous vouloient la liberté
et le soulagement du Peuple; très-peu donnoient
les moyens d'y parvenir , il faut
compter parmi ces derniers , le cahier des
Communes de Nemours , qui est un Traité
presque complet de Constitution et d'économie
politique .
Le Rédacteur ( M. Dupont) l'a divisé en
trois parties ; dans la première , il expose
combien les Loix fiscales , sous lesquelles le
DE FRANCE. $7
Peuple a ca et a encore à gémir , font iniparfaites
, obscures , dangereuses et cruelles ;
il montre les abus anciens et nouveaux
dont leur exécution est chargée ; il prouve
qu'elles violent , à chaque instant , la propriété
, le domicile, la tranquillité des Citoyens
, qu'elles créent des délits imaginaires
, et qu'elles nuisent à l'Agriculture , à
l'Industrie et au Commerce. Ces vérités
avoient été déjà démontrées par plusieurs
Ecrivains très - estimables ; mais leurs Ouvrages
hérissés de calculs et un peu trop dépouillés
de faits , n'avoient pas fait une
grande impression ; M. Dupont a suppléé
à leurs omissions. Il écrit l'Histoire des
Loix fiscales , et il peint leurs forfaits ; il n'en
oublic aucune , il les examine toutes , depuis
celles qui règlent la taxe arbitraire du contrôle
des actes , jusqu'à celles qui prescrivent
des droits sur les amidons ; et toujours
les faits viennent à l'appui de ses raisonnemens
qui sont très - clairs et très- convaincans.
Il s'ensuit que la France a toujours
été administrée comme un Royaume composé
de plusieurs Royaumes ennemis, comme
unRoyaume dont on voudroit détruire l'Agriculture
, le Commerce , l'Industrie , la
population ; et c'est là cette Adminiserntion
que l'on vantoit tant ! Il s'ensnit que
les François ont toujours été traités comme
un vil ramas d'ignorans , d'imbécilles , indigne
de la liberté et de régir même leurs affaires
domestiques. Je m'arrête; et je con-
C
8 MERCURE
seille à ceux qui regrettent , à ceux qui entendent
regretter, et à ceux qui veulent
connoître notre ancienne Administration ,
de lire la première partie du cahier des
Communes de Nemours : ils ne seront
plus étonnés du zèle avec lequel les Ministres
et les Parlemens repoussoient les lumières
. O LOUIS XVI ! Ô François ! entre
quelles mains vous étiez !
Quel exécrable rôle la fiscalité faisoit
jouer au Roi , dans la Loterie Royale de
France! elle l'appelle un impôt volontaire !
Le pauvre Peuple , tourmenté par le besoin ,
tenté parles promesses des Crieurs de billets ,
séduit par les guirlandes mensongères dont
on pare les Bureaux de la Loterie , peut- il
être maître de lui? Sait- il que parmi tous
les jeux de hasard , permis , tolérés ou même
défendus jusqu'à ce jour, il n'y en eutjamais
de plus désastreux pour les joueurs,
de si scandaleusement favorables pour le
Banquier? » On dit , ajoute M. Dupont,
>> que si le Gouvernement ne tenoit pas
>>cette banque honreuse, le Peuple mer-
>> troit aux Loteries étrangères , et que l'ar-
>> gent sortiroit du Royaume . M. Dupont
prouve très - bien que cette objection est
aussi futile et aussi ridicule que la Loterie
est atroce. Ce chapitre découvre la hideuse
laideur de la Loterie Royale , et tous les
crimes qu'elle enfante journellement.
» Ainsi l'ignorance et l'avidité s'étoient
DE 59 FRANCE.
"
ود
étroitement alliées pour exciter et pour
entretenir un état de guerre entre leGou-
>> vernement et la Nation , plus particuliè-
>> rement encore , entre le Gouvernement
- et le Peuple " .
La seconde partie expose les moyens
les plus propres à faire cesser cette guerre ,
à dissiper l'ignorance , à présenter une barrière
insurmontable à l'avidité.
Une Constitution qui règle les droits de
la Nation et ceuxdu Roi , est le plus puissant
de tous les moyens. M. Dupont l'établit
sur une Déclaration des droits de l'homme
; base nécessaire , puisqu'elle montre
aux hommes l'étendue et les bornes de leur
-liberté, l'étendue et les bornes du pouvoir
de leurs mandataires. M. Dupont prouve
ensuite que les Représentans de la Nation
doivent avoir l'initiative pour toutes les
Loix ; que ce dernier pouvoir et celui de
sanctionner ne peuvent, sans les plus grands
abus , être réunis dans les mêmes mains;
que l'on ne peut connoître le voeu général ,
si les Ordres votent séparément; que les
mandats des Députés ne peuvent être impératifs
; que plus leur liberté est grande ,
plus la durée de leur pouvoir doit être limitée
; et que l'ancienne division du Royaume
doit être détruite. L'Assemblée Nationale
a consacré ces vérités , er l'opinion
publique les a adoptées, L'Ouvrage de M.
Dupont n'en devient que plus intéressant ;
C6
60 MERCURE
on peut alors le regarder comme un bou
commentaire de quelques-uns des Décrets
de l'Assemblée Nationale. Il est d'autres
questions sur lesquelles M. Dupont pense
autrement qu'elle ; il croit que le droit
d'éligibilité ne doit pas être restraint ; en
effer , c'est léser ceux que l'on exclut , c'est
violenter les Electeurs que de les empêcher
de donner leurs voix à un homme qui mé
rite leur confiance et qui a peu de fortune:
ce sont les restrictions du droit d'éligibilité
qui ont introduit en Angleterre la
funeste vénalité des Electeurs , qui ont éloigné
de l'étude de F'Administration une
foule d'hommes , et qui ont retardé chez
eux les progrès de cette Science ; se mal
sera moins grand chez nous , mais il exis
tera. Il croit encore que tour Député doit
être rééligible , et que la liberté et la fréquence
des élections pourvoient à tous les
abus; cela est très-vrai , car nous n'adrons
beaucoup d'Administrateurs éclairés et hon
nêtes que lorsque beaucoup d'hommes
auront , avec des lumières et de la pror
bité , l'espérance d'être toujours employés
dans l'Administration , ou d'être toujours
Membres de l'Assemblée Nationale. La liberté
entière d'élire et de réélire encourageroit
le talent et la vertu.
Une Constitution libre a pour remparts ,
la liberté de la presse et l'instruction : le
droit d'imprimer est inaliénable , comme
ledroit d'user de ses bras; comme celui-ci,
DE FRANCE. 61
iH a pour bornes la liberté , la sûreté , la
propriété des aurres : l'instruction est toujours
utile ; M. Dupont montre comment
on peut la répandre , et faire faire de bons
élémens de morale , de droits des hommes
d'économie politique , qui inspirent tous ,
aux enfans , l'amour de la justice et de la
liberté ; ces Ouvrages aideront à perfectionner
l'espèce humaine. Telles sont les
bases principales , sur lesquelles M. Dupont
vouloit élever notre nouvelle Constitution.
La troisième partie indique l'usage que
la Nation pourra faire de tous les moyens
d'influence , de bienfaisance et de puissance
que les Etats-Généraux lui préparent pour
protéger efficacement les droits des hommes,
et assurer la prospérité de l'Agriculture et
du Commerce. La réforme de nos Tribunaux
est une des conséquences de toutes
Déclarations des droits ; M. Dupont indique
le moyen de rembourser les offices ;
mais lorsqu'il parle du remplacement des
Juges qui manqueront dans les Cours Supérieures
; lorsqu'il dit que pour une place
vacante , les Avocats du Siège proposeront
neuf sujets à la Cour , que celle ci
en choisira trois , parmi lesquels le Roi
nommera celui qu'il jugera le plus convenable
, nous ne pouvons être de son avis' ;
car le premier mérite d'un Juge est d'être
connu des Justiciables , d'avoir leur confrance,
et d'être de leur choix.
62 MERCURE
La réforme de nos Codes civils et criminels
doit suivre celle de nos Tribunaux ;
nous pensons avec M. Dupont , que les
Représentans de la Nation doivent charger
des Commissaires , de préparer ce travail
important , difficile , mais qui n'est
pas impossible à des hommes qui connoissent
les Droits de l'homme. Il faut lire
dans l'Ouvrage même , les raisonnemens
qui appuient ces opinions ; et on y trouvera
sur les Loix civiles et criminelles des
idées très-saines .
M. Dupont passe ensuite aux Loix rela
tives à l'Administration des Finances ; il
démontre que les Assemblées graduelles ,
Municipales , de Département , peuvent
seules répartir équirablement les impôts ,
et diriger les établissemens publics ; que la
forme desperceptions doit être changée; qu'il
faut établir des Caisses de Départemens ,
qui soient en même temps Caisses de Recette
et de Dépense ; et que les Ministres
doivent être responsables : il consacre la
fin de ce Chapitre à donner les moyens
de soulager ou d'employer ces armées de
Commis dont la France n'aura heureusement
plus besoin .
Le rachat des redevances ecclésiastiques
et seigneuriales animera l'Agriculture qui
périssoit accablée par les restes de la féodalité
et de la superstition. M. Dupont montre
leurs injures , et les moyens de les
DE FRANCE. 63
détruire sans léser les possesseurs , qui ne
le sont pas aussi légitimement qu'on le
pense ; les redevances , pour la plupart ,
sontdes usurpations, ou ont été établies pour
dédommager la Noblesse d'un service personnel
et gratuit qu'elle faisoit alors , et que
depuis long-temps elle ne fait plus. Les encouragemens
ne sont pas nécessaires aux
Agriculteurs ; il leur faut de la liberté , de
l'instruction , de grandes routes , des canaux
ou des rivières navigables.
Il en est de même des Commerçans ;
l'Administration les traitoit comme,des
enfans qui ne connoissoient pas leurs intérêts,
et nous comme des idiots qui ne
savoient rien : les Loix prohibitives en
réglant tout , renversoient tout ; M. Dupont
le prouve très-bien. Les Jurandes , les Priviléges
exclusifs sont encore plus odieux ;
ils sont des vols , puisqu'ils empêchent tous
ceux qui n'ont pas part au Privilége , qui
ne sont pas dela Jurande , de faire de leur
temps , de leur industrie, de leur fortune,
l'usage qu'ils pourroient en faire ; c'est un
des principes d'après lesquels il faut examiner
la Compagnie des Indes; et M. Dupont
démontre qu'elle a été très - couteuse
au Gouvernement, et que le Commerce de
l'Inde seferoit très-bien sans elte.
Cet Ouvrage ne peut qu'augmenter la
grande réputation de M. Dupont ; on le
lit avec autant de plaisir que de profit.
64 MERCURE
ROMANCES , par M. BERQUIN . Nouvelle
édition. A Paris , de l'Imprimerie de
MONSIEUR.
On sait que l'Auteur de ces Romances
est l'Ami des Enfans , qui a mérité et rearpli
ce titre intéressant en mettant à leur
portée une morale qui respire la simplicité
de leur âge , et le charme de leur innocence.
Le succès de cette espèce d'instruction
périodique a été complet et durable ,
et le suffrage de l'Académie Françoise l'a
couronné ; la révolution actuelle peut donner
à l'Auteur l'occasion d'imprimer un
nouveau caractère à ses leçons : elles ne
doivent pas être les mêmes pour formér
les premières idées de l'enfant qui doit
vivre sujet sous un Gouvernement absolu ;
et de celui qui a eu le bonheur de naître
pour être un Citoyen libre dans une Monarchie
légale . L'éducation , désormais , doit
devenir , parmi nous , un des plus solides
fondemens de la liberté. Le pouvoir des
premières impressions de l'enfance n'a guère
été mis en usage jusqu'ici , que par ceux
qui étoient intéressés à tromper et dégrader
l'homme : il importe que ce pouvoir
soit remis à ceux qui sçauront s'en servir
pour élever l'ame d'un Citoyen.
J'ai peu de chose à dire des Romances :
-
DE FRANCE . 65
je rendis compte autrefois de la première
Edition : les changemens faits à celle - ci
sont légers . L'Auteur a eu raison de mettre à
la tête la Romance qui est depuis long-temps
dans la bouche de tout le monde : Dors ,
mon enfant, & c. C'est un des chef- d'oeuvres
du genre. Le pauvre Philène est celle qui
me paroît s'en rapprocher davantage : on
y a fait entrer fort heureusement ce refrein
d'une chanson célèbre de Métastase , la
Partenza .
E
tu , chi sa se mai
Ti soveraï di me ?
Mais toi , qui sait , hélas ! si du pauvre Philène
Tu conserves le souvenir ?
Les autres , quoique beaucoup moins
égales etmoins soignées , offrent des morceaux
qui ont de la douceur et de l'élégance
; mais il y manque quelquefois ce
naturel qui doit en être le premier mérite .
Celle qui a pour titre : Le lit de Myrthé ,
où l'on fait parler un Amant qui respecte
le sommeil et l'innocence de sa jeune Maîtresse
, finit ainsi :
S'il m'en coute quelques soupirs
Am'arracher de sa présence ,
Je n'y perds pas tous mes plaisirs :
Sans offenser son innocence ,
J'emporte avec moi mes désirs
Et les faveurs de l'espérance .
66 MERCURE
Ce couplet est excellent; mais tout n'est
pas du même ton .
Sijusqu'au retour du soleil ,
Baigné de l'air qu'elle respire , etc.
Cette expression impropre et forcée ne
montre que la prétention inutile de rajeunir
ce qui a été dit cent fois.
M. Berquin , qui avoit si bien réussi à
placer une mère malheureuse près du berceau
de son enfant , a voulu donner un
pendant à la meilleure de ses Romances ,
en nous présentant un père qui jouit du
plaisir de voir le sommeil tranquille de
son fils ; mais il s'en faut de beaucoup que
cette situation vaille l'autre ; et l'exécution
n'en est pas non plus aussi heureuse.
Par le charme de ta foiblesse
Tunous attaches à ta loi , etc.
i
Ces mots à ta loi , suffisent pour tout
gâter : ces grands mots , faits pour des
sujets graves , sont si étrangers à cet attrait
de l'enfance , à cette complaifance naturelle
que nous avons pour les petits jeux
et les petits caprices qui font son bonheur et
notre amusement ! ces mots rompent ce
qu'on appelle , dans le style , l'unité de ton ,
essentielle sur - tout dans les petits sujets
qui, ayant moins de ressources , ont besoin
de tous leurs avantages. Au reste , cette
DE FRANCE. 67
unité de ton , l'un des plus grands secrets
du style et des plus inapperçus , est aujourd'hui
fi loin de nous , dans l'extravagance
effrénée du style à la mode , que probablement
très-peu de gens m'entendront.
L'Auteur ne dit pas toujours ce qu'il
veut dire. Un amant qui se plaint de l'inconstance
de sa maîtresse , s'exprime ainsi :
Dieux ! si ces vers plaintifs de son ame inflexible
Pouvoient un jour enfin adoucir la rigueur !
Onn'eut point tant d'amour sans être encor sen,
sible.
Ce vers eſt fort bon : que signifie le
suivant ?
Onn'a point sans regrets goûté tant de bonheur.
Sans doute il vent dire : on n'a point
goûté tant de bonheur, sans qu'il en coute
des regrets lorsqu'on l'a perdu. Mais le ditil?
L'ellipse d'idées me semble trop forte,
parce que goûter unbonheur sans regrets ,
présente une phrase complette qui a un
sens tout différent.
Les trésors qu'en sesmurs la cabane recèle , etc.
Voilà encore la même espèce de disconvenance
que j'ai déjà remarquée. En ses
murs est une expression beaucoup trop
haute pour la cabane. L'imagination ne se
les représente guère ensemble , et le goût
ne doit pas les associer. /
68 MERCURE
En général , M. Berquin réussit beaur
coup mieux dans la Romance plaintive que
dans la Romance narrative , sur-tout quand
le sujet se rapproche de l'héroïque , comme,
par exemple , dans celle de Genevieve des
Bois. Il y a ici un sujet de Poëme et de
Drame; une fausse accusation, un scélérat ,
une victime , une épouse , un enfant condamnés
à la mort par une vengeance aveugle
, épargnés par la pitié des exécuteurs ,
ensuite reconnus et justifiés. Un pareil
canevas demandoit beaucoup d'art : il eût
fallu allier le pathétique de l'action avec
la simplicité dont le genre ne doit pas trop
s'écarter. L'Auteur a divisé en trois parties
cette sorte de petit Poëme lyrique. Il n'a
pas , je crois , assez consulté ses forces ni
la nature de son talent : cette longue Romance
n'est ni bien narrée, ni bien écrite ,
et n'étoit nullement digne de figurer dans
ce Recueil , qui d'ailleurs doit faire honneur
à M. Berquin . (D.... )
:
LES Conversations d'Emilie ; se. édition . 2 Vol.
in- 12. Prix , 6 liv. rel . A Paris , chez Belin , Lib.
rue St-Jacques.
Cet Ouvrage eſt auſſi connu qu'eſtimé ; on fait
qu'il a obtenu le Prix d'Utilité , décerné par l'Académie
Françoife .
MUSIQUE .
Six Sonates pour la Guitare , avec accompa
DE FRANCE. 69
gnement de Violon ; par M. Porro. OEuv. IIe. ,
et xer. Livre de Sonates . Prix , 7 liv. 4 sous port
franc , et donné pour étrennes aux Souscripteurs
du Journal de Guitare du même Auteur , dont le
prix est de 18 liv. A Paris , chez M. Porro , Professeur
et Editeur de Musique , que Tiquetonne .
N°. 10 .
Six petits Duos concertans pour deux Flûtes ,
par Ignace Pleyel. rer. Livre. Prix, 4 liv. 4 sous
port franc par la Poste dans tout le Royaume
Même adresse que ci-dessus ,
GRAVURE ,
Liste de MM. les Députés à l'Assemblée Natio
nale , Législature de 1789 à 1790 ; gravée par M,
Godefroy , de l'Académie Impériale et Royale de
Vienne, de celles de Londres, Rouen, etc. A Paris ,
chez l'Auteur , rue des Francs - Bourgeois , près le
Théatre François , vis-à-vis la rue de Vaugirard ,
Nº. 127. Prix , 3 liv.
Cette Estampe contient une Table des députations
numérotées par ordre alphabétiqué , et les
noms de MM. les Députés à l'Assemblée Nationale
, réunis aussi par ordre alphabétique , avec le
numéro indicatif de leur députation ( Pour trouver
un Député dans les listes ordinaires , il faut savoir
de quel Ordre il étoit , ensuite à quel Bailliage ou
à quelle Sénéchaussée il appartient. On le trouve
ici sur le champ à la place que lui assigne l'ordre
alphabétique. Ses qualités désignent son état ; et
le chiffre dit quelle Députațion l'a envoyé à l'Assemblée.
) . Cette belle Estampe , plus commodę
qu'une Brochure qu'il faut feuilleter et qui s'égare,
présente un tableau allégorique. L'Auteur a mis
dans l'exécution de cette Gravure les mêmes soins
qu'il a employés à ses autres Ouvrages.
70 MERCURE
VARIÉTÉS.
MODÈLE existant d'Institution pour les
Maisons d'Etude et d'Education publique.
C'EST
EST une vérité reconnue , qu'un Peuple avec
des moeurs pourroit plutôt se passer de Loix ,
qu'un Peuple avec des Loix ne pourroit se passer
de moeurs Mais s'il est vrai pourtant que les
inoeurs font la force et la consistance des Loix ,
c'est sur- tout chez un Peuple libre ; car plus sa
volonté a d'action et d'influence sur lui -même
plus sa destinée est dépendante de ses vices ou
de ses vertus.
,
Ce seroit donc inutilement que la Nation Françoise
, en se rendant la liberté , travailleroit à se
donner de bonnes Loix , si en régénérant ses
moeurs , elle n'élevoit pas son caractère politique
et moral à la hauteur de sa Constitution. Jamais
il n'a été aussi intéressant , aussi nécessaire pour
elle de fonder ses Loix sur ses moeurs ; or la
source des bonnes ou des mauvaises moeurs , c'est
la première éducation. C'est des Ecoles et des
Gyınnases que , dans tous les temps , sont sortis
ces Citoyens , qui , dans les fonctions publiques ,
alloient rendre à l'Etat les frais de la culture
dont leurs lumières , leurs talens et leurs verrus
étoient le fruit .
Il n'est donc pas douteux qu'après avoir rendu
Jibre une grande Nation , le premier soin de ses
Législateurs sera de lui donner des Citoyens diDE
FRANCE.
71
gnes de cette liberté , qui n'est un bien qu'autant
qu'on la mérite . L'Education publique fixera leur
attention ; et dans ce Conseil National , les plus
sages principes de l'Institution politique et morale
seront développés.
Mais toutes les théories ont un vague idéal ,
qui laisse de l'inquiétude sur le succès de la pratique.
Le calcul des causes morales dans leurs
combinaisons diverses est toujours incomplet ,
parce qu'il est indéfini ; et c'est un grand soulagement
pour qui veut en saisir et en embrasser
les rapports , que d'avoir sous les yeux un modèle
qui réunisse à peu près tous les élémens du problême
qu'on veut résoudre , ou qui , par une
route sûre , en indique la solution. C'est l'avantage
que nous avons cru voir dans le régime et
la discipline de la Maison de Sainte-Barbe , également
recommandable pour les bonnes études et
pour les bonnes moeurs,
Cette Communauté fut établie , il y a près
d'un siècle, sur les ruines de l'ancien Collége de
Sainte-Barbe, lorsque les quarante petits Colléges
furent fondus dans celui de Louis le Grand.
Un Docteur de Sorbonne , appelé Gillot , bon
Janséniste et homme de bien , employoit sa fortune
, qui étoit considérable , à faire élever , çà
et là , de pauvres jeunes gens ; et à sa mort, ces
Pensionnaires , devenus orphelins , étoient au
nombre de soixante. Alors Duriçu , Principal du
Collége du Plessis , Elève de Gillot, et Janséniste
comme lui , recueillit ces enfans , et fut
pour eux un nouveau père. Il les logea dans les
bâtimens du Collège de Sainte- Barbe , et leur
laissa pour héritage un Institut et des Réglemens
conçus dans l'excellent esprit de Port-Royal,
:
Les Maitres qu'il avoit donnés à cette Maison
72
MERCURE
étant tous Jansénistes, ils en furent chassés ( en
1730 ) par le Cardinal de Fleury.
La direction de la Maison fut confiée à Gaillande
, Principal du Plessis , très- zélé Moliniste ,
et protégé du Cardinal. Il en obtint pour sa
Communauté ( en 1735 ) deux Abbayes , valant
ensemble 15,000 livres , et d'autres secours en
argent.
Les Maîtres qu'avoit choisis Gaillande , étoient
tous Molinistes et pleins d'aversion pour la mémoire
de Port - Royal. Mais les Ecoliers les forcèrent
à leur laisser la règle que Durieu leur
avoit prescrite , et qui subsiste encore dans son
intégrité.
La supériorité des études dans cette Maison
s'étoit fait sentir de bonne heure. Elle a donné
à l'Université ses Professeurs les plus célèbres ,
tels que Rollin et Lebeau ; et depuis , Thomas
erDelille.
A la première distribution des Prix de l'Université
( en 1747 ) , la Maison de Sainte-Barbe
les remporta tous , hormis deux , Thomas , à luôêt
seul , en eut quatre. Cetre supériorité , qui se
soutient , a une cause; et c'est - là ce qu'il nous
a parų intéressant de rechercher,
Mais observons d'abord qu'en 1764 , les deux,
Abbayes , qui n'avoient été accordées à Sainte-
Barbe que pour un temps , lui furent retirées ;
et que dès lors , jusqu'en 1784 , abandonnée à
elle-même , elle ne subsista que des pensions de
ses Ecoliers ..
Ils sont au nombre de trois cents; les pensions
sont de 300 livres ; le Roi en paye trente ; M!
l'Archevêque de Paris trente ,et quelquefois plus.
Tout le reste des Ecoliers paye chacun la sienne ;
mais un grand nombre de celles-ci encore sont
des
DE FRANCE. 73
des oeuvres de charité ; et s'est par respect pour
les pauvres qu'on ne les a point augmentées.
La Maison se divise en six Classes d'Humanités
, une Classe de Philosophie, et une de Théologie
: celle- ci , comme on va le voir , est la base
de l'Institut et la pépinière des Maîtres .
La Théologie et la Philosophie ont un Directeur
particulier ; les Humanités sont soumises à
un Préfet d'études; et l'un et l'autre est suberdonné
à un Supérieur général. La surveillance du
Supérieur s'étend aussi sur le temporel ; mais il
n'en a que l'inspection. La régie en est condée
a un Procureur; et cette place est une retraite
pour l'un des Maitres les plus chéris et les plus
estimés dans la Communauté.
L'Ecole de Sainte-Barbe n'est point un College ,
ells est attachée à celui du Plessis pour la Philosophie
et les Humanités , et pour la Théologie ,
elle envoye en Sorbonne.
ces
Dans la plupart des Colléges , un intervalle immense
sépare les riches et les pauvres : d'odicuses
distinctions font trop cruellement sentir à
derniers leur indigence. Leur habillement n'est
pas le même , leur nourriture n'est pas la même ,
leur réfectoire n'est pas le même. Cette distinction
les poursuit jusque dans la distribution des
Prix; et l'humiliante dénomination de Boursiers
vient déshonorer leurs triomphes.
La Communauté de Sainte - Barbe a depuis
long - temps devancé la révolution qui vient de
consacrer l'égalité civile. Elle renferme trois classes
de jeunes gens : les uns distingués par leur naissance
, mais sans fortune , et attirés par la modicité
des pensious ; les autres riches , mais à qui
laréputation de la Maison fait oublier sa pauvreté
; d'autres enfin , et c'est heureusement la
Nº. 7. 13 Fév. 1790. D
4 MERCURE
, classe la plus nombreuse , qui , nés sans bicn
mais doués de talens , sont soutenus par des bienfaits.
Cependant l'inflexible sévérité de la discipline
égalise et confond iciles nobles, les riches, et
Les pauvres. Il n'y existe qu'une seule distinction ;
c'est une table un peu moins frugalement servie,
et à laquelle sont assis les deux premiers de chaque
Class . Cette aristocratie des talens est la
seule qui soit admise dans cette société naissante.
On accuse la discipline de Sainte-Barbe d'une
excessive sévérité; cependant il n'en est point qui
soit plus éloignée du pouvoir arbitraire. La règle
de la Maison , cette règle, que nous ne craignons
pas de proposer pour modèle , a établi distinctement
les droits des Ecoliers pour limites au pou
voir des Maîtres. Au commencement de chaque
année, elle leur est lue , développée , commentée
dans le plus grand détail. Ils choisissent librement
parmi eux un Représentant , espèce de
Tribun du Peuple , chargé de maintenir leurs
droits contre le Despotisme , et d'en appeler à la
Loi , si on leur impose des devoirs qu'elle n'ait
point prescrits. Il n'est pas même de Loi plus favorable
à la fragilité humaine , qui est si grande
chez les enfans. Ils ne sont jamais punis pour
une faute particulière ; mais pour l'ensemble des
fautes commises dans certain espace de temps.
On en tient , jour par jour , un registre exact et
sévère . A la fin de chaque semaine , les Supérieurs,
d'un côté , leur en présentent le tableau; de l'antre
, ils leur rappellent la Loi qui en amarqué la
peine; et les Ecoliers prononcent, pour ainsi dire ,
eux-mêmes leur sentence.
De cette égalité parfaite, sous le seul empire
de la Loi , il résulte qu'on s'habitue non sculement
à respecter la Loi , mais à la cherir ; ot
quoiqu'il n'y ait pas d'exemple d'une ponctualité
(
DE FRANCE. 73
plus rigoureuse dans 1: soli e et la disciplines
quoique les minutes du temps soient comptées ,
etque sans être répréhensible , un enfant ne puisse
manquer un seul instant à son devoir ; quoique la
frugalité de la table , la vie austère et laboricuse
qu'on mène dars cette Maison , en fasse une petite
Sparte ; l'esprit public qu'on y respire , l'enthousiasme
qu'on y conçoit pour cette espèce de Patrie
, l'amour qui lui attache de loin comme de
près , et pour toute la vie , les Elèves qu'elle a
formés , sont encore l'un des caractères qui distinguent
cette Maison. Les jeunes gens , après y
avoir fait leurs études , ne laquittentjama s
attendrissement ; ils y reviennent avce joie. La
plus petite fête qu'on y donne est un signe de
ralliement pour eux Le gain d'un procès lui assura
, il y a quelques années , la possession de sa
maison de campagne. Les anciens Elèyes se réunirent
au nombre de plus de 200 pour célébrer cet
heureux succès. Plusieurs le chantèrent en vers
inspirreésspar lajoie ; et tous , les larmes aux yeux ,
se félicitèrent comme d'un évènement qui intéressoit
toute la famille.
s sans
Par un abus qui sera sans doute dénoncé à
l'Assemblée Nationale , l'éducarion dans les Colléges
est devenue un objet de commerce. Les
Principaux y réunissent deux fonctions incompatibles
: celle d'Administrateurs économiques et
celle d'Inspecteurs des Etudes. Dans ce systême
(dont plusieurs d'entre eux désirent sincèrement
la réforme ) , la fortune du Principal dépend du
grand nombre des Ecoliers. De là ces ménagemens
destructeurs de toute discipline ; de là cet
intérêt de conserver des Ecoliers dont le bon
ordre exigeroit l'éloignement ; de là l'avilissement
des Maîtres qui ne sont plus que des Gagistes du
Principal , et à qui leur existence précaire ne laisse
ni l'autorité , ni la considération nécessaire pour
D2
76 MERCUREopérer
le bien ; de là enfin l'indiscipline , la -
cence, l'impunité , et , à tous égards, la contagion
des manvais exemples.
L'heureuse constitution de Ste -Barbe a écarré
bous ces inconvéniens , en attribuant des honoraires
fixes aux Supérieurset aux Mattres, et en
établissant un Procureur chargé de la surveillance
du temporel dont il est comptable. Ainsi les Supérieurs
, absolument étrangers à l'Administration
économique , n'ont d'autre intérêt que celui de
faire fleurir les études ; et les Maitra stipendiés ,
non par le Chef de la Maison , mais par la Maison
même , s'honorent d'en être les Membres . "
Le désintéressement des Supérieurs leur permet
d'ètre difficiles sur le choix des Ecoliers. Aussi
les jeunes gens n'y sont-ils admis qu'après un
examen sévère. Les parens riches ont peine à
concevoir qu'on exige de leurs enfans les mêmes
épreuves que des pauvres ; mais on n'a nul égard
à leur étonnement.
Ce qui distingue singulièrement le travail des
Econers de Sainte- Barbe , c'est la récapitulation
dis études . Les enfans oublient facilement ce
qu'ils ont appris , à moins qu'on ne les fasse
revenir sans cesse sur les meines objets. Aussi
est-il établi que tous les huit jours les Supérieurs
vont faire dans chaque Salle d'étude une longue
séance , pour demander compte aux jeunes gens
de tout le travail de la semaine . Ces examens
faits avec appareil , dans les basses Classes comme
dans les hautes , sont peut-être une des princi
pales causes de la supériorité marquée des études
de cette Maison .
La plus douce récompense que l'on puisse ac
corder aux enfans pour prix de leur travail',
c'est la permission d'aller voir leurs parens. Ce-
Fendant, comme ils reviennent toujours de la
DE FRANCE. 77
maison maternelle avec moins d'ardeur pour l'étude
, on a rendu dans la Communauté de Ste-
Barbe les sorties très-rares et très-difficiles à obtenir.
Elles ne sont permises qu'une fois par
mois , et encore fait-on acheter cette permission
par une application constante, et parune exactitude
scrupuleuse à remplir ses devoirs. Si après l'examen
du travail de la semaine , après la révision
des fautes , le résultat n'est point favorable, cette
grace est rigoureusement refusée. Aussi le jour
où les jeunes gens l'obtiennent , est - il pour eux
un jour de fere. Ils sentent plus vivement le
plaisir de revoir leurs parens ; et la sévérité de
la Loi tourne au profit de la tendresse filiale.
:
Nous avons déjà fait entendre que la prospérité
de cette Maison tient à la réunion de lar
Théologie avec les autres Classes , et singulièrement
au privilége qui lui est accordé de tenir
lieu de Séminaire ; car c'est parmi ces Théologiens
, retenus dans la Communauté après y avoir
fait leurs études d'Humanités et de Philosophie
d'une manière distinguée , c'est parmi eux qu'elle
a le temps de choisir ses Maîtres; et l'on conçoit
que par état , ayant des moeurs plus ré--
gulières , ils en donnent l'exemple à leurs Disciples
en même temps que la leçon. On conçoit:
aussi que d'anciens Elèves de la Maison , qui en
connoissent la règle , qui l'ont pratiquée longremps
, qui ont appris de bonne-hcare à la ché--
rir et àla respecter, doivent avoir, pour la faire:
observer , un zèle et des moyens que des étrangers
n'auroient pas..
On ne sera donc pas surpris qu'avec un tel!
régime cette Maison d'étude ait produit, danss
tous les temps , un si grand nombre d'hommes
recommandables dans tous les gentes , et que
pendant, long - temps l'Université en ait tiré ses
D3
78 MERCURE
Professeurs les plus célèbres. Mais une preuve encore
plus frappante de sa supériorité sur toutes
les autres Ecoles , c'est l'avantage qu'elle a tous.
les ans dans le concours des Prix de l'Université..
Tous les Colléges réunis forment quatre mille
Humanistes. Sainte - Barbe n'en compte pas plus
de cent cinquante; et dans la dernière distribution
des Prix , Sainte-Barbe en a obtenu douze ,
c'est-à-dire , à peu près le tiers. Les années précédentes
, elle en avoit eu dix et onze.
Enfin tandis que tout sembloit dégénérer , se
relâcher et s'affoiblir , la Communauté de Sainte-
Barbe n'a fait que se perfectionner et prendre une
vigueur nouvelle. La sévérité de sa discipline a
formé un contraste frappant avec la mollesse introdnite
de toutes parts dans l'éducation ; et les
bons Citoyens attachés aux vieux principes , ont
regretté qu'il ne restât plus que cette seule Maison
, où l'on retrouvât des traces des anciennes
moeurs..
Lamaison de campagne de Sainte-Barbe n'est
point un objet luxe ni de simple dissipation :
c'est pour les moeurs et pour les études l'un de
ses plus grands avantages .
Tous les Colleges ont des jours de repos etde
délassement. La récréation la plus ordinaire des
Ecoliers dans ces jours de congé, c'est la promenade
; or pour la plupart des Colléges , la promenade
n'ayant point de but déterminé , elle est au
choix des Maîtres , sous la garde desquels on met
les Ecoliers; et il n'arrive que trop souvent qu'll
en échappe à leur vigilance. Nous n'avons pas
besoin de dire, quel en peut être le danger.
La promenade de Ste-Barbe estrinvariablement
la même ; c'est la maison de Gentilly , cù les
Ecoliers se délassentpar toutes sortes d'amusemens,
DE
79
FRANCE.
sans jamais sortir de l'enceinte . Les Maîtres et le
Préfet les y conduisent. Les portes sont fermées
dès qu'ils sont arrivés. On fait l'appel ; et dans
leurs jeux on ne les perd pas un instant de vue.
Mais à cet avantage inestimable pour les moeurs ,
on en a joint tout récemment encore un aussi
grand pour les études.
La maison de Gentilly est belle et commode.
Les jardins en sont vastes , bien enclos et bien
ombragés; par la disposition de ses dortoirs , on
diroit que de tout temps elle avoit été destinée à
Pusage qu'on vient d'en faire , en y formant une
Ecole d'enfans du premier âge, pour les études
élémentaires.
Gentilly est donc aujourd'hui la petiteCommunauté
de Ste-Barbe ; et sous la même discipline ,
avec le même esprit, les mêmes Règlemens, le
même systême d'études , il lui forme des Ecoliers
qui d'une maison à l'autre sont transplantés lersqu'ils
sont assez forts. Ainsi l'une de ces maisons
estla pépinière de l'autre. Bien entendu que les
Maîtres de Gentilly sont pris à Ste-Barbe , puisque
ceux même de Ste-Barbe sont constamment
pris dans son sein .
Gr , que l'on s'imagine quelle source féconde
d'émulation et d'instruction ce doit être pour l'Ecole
naissante , que la fréquentation habituelle de
cette grande Ecole qui va une fois la semaine se
délasser dans son enclos ! Quel exemple pour ces
enfans , que de voir leurs aînés brûlans de l'amour
de l'étude , se dérobar le plus souvent aux annsemens
de leur âge , pour en donner les momens
au travail ! Quel aiguillon de gloire , et quel attrast
pour eux que de voir couronner de nouveau
sous leurs yeux, dans une fête solennelle , ceux
qui, dans le Concours de l'Université , viennent de
remporter les Prix , er de se voir eux-mêmes as
So MERCURE
sociés à leurs triomphes par les honneurs encourageans
que l'on accorde à leurs premiers essais !.
Cette Institution de l'enfance donneroit seule aux
études de Ste-Barbe une supériorité inappréciable;
mais le systéme des études y contribue encore ,
'et ce systéme , le voici.
sept ans ,
Les enfans sont reçus àGentilly dès l'âge de
ils en soitent à douze. La première
année on commence par leur enseigner lesElémens
de la Langue Françoise. Par-la on les dispose
à l'étude de la Langue Latine , dont on leur
rend ensuite les principes sensibles et intéressans
dans de petits Themes relatifs à l'Histoire Naturelle.
Après cette première époque , les Auteurs
qu'ils expliquent , et les devoirs qui leur sont
dictés forment un Cours d'Histoire Sainte et
d'Histoire Ancienne ; pour la troisième année , un
Cours de Mythologie et d'Histoire Grecque ; pour
laquatrième année , un Cours d'Histoire Romaine;
et enfin pour la cinquième année, un Cours d'Histoire
Moderne , à commencer par l'Histoire de
France.
Les enfans ainsi élevés , dès leur plus tendre
enfance , arrivent dans l'Université , non seulement
avec une connoissance déjà très-étendue de
la Langue Latine , mais encore avec des notions
historiques et géographiques , qu'on trouve rarement
ailleurs dans lesjeunes gens mêmes qui achèvent
leurs études .
C'en est assez pour faire voir combien il est à
désirer qu'un pareil établissement se soutienne et
seperpétue..
Mais la Communauté de Ste-Barbe , à cause
de la modicité de ses pensions qui forment son
seul revenu , et dont elle n'a jamais augmenté le
prix , a été forcée de contracter des dettes en 1784;
au bout de vingt ans d'abandon , le GouverneDE
FRANCE. 8
ment lui accorda un secours annuel de 12000.liv.
M lui en est dû plus de deux années ;et ce secours
lui-même seroit insuffisant pour acquitter ses dettes
et pour la soutenir : elle implorera la faveur et
P'appui de l'Assemblée Nationale. Quel établissement
en futjamais plus digne ?
Les bâtimens qu'elle occupe et qui tombent en
ruines , ne lui appartiennent pas , et ils forment ,
par leur distribution , un obstacle perpétuel au
maintien du bon ordre. N'a- t- elle pas bien mérité
d'être logée aux frais du Public, et de l'être
commodémet ?
Nous examinerens pert- être dans la suite, quelle
scroit l'utilité d'un système général d'études et
d'éducation publique , organisé d'après ce modèle;
et nous croyons pouvoir annoncer d'avance que ,
tant à l'égard de l'instruction , qu'à Vegard des
moeurs , l'exécution d'un tel plan seroit un des
beaux monumens de cette époque à jamais célèbre .
(ParM. Marmontel. )
SPECTACLES.
THEATRE ITALIEN.
:
LES Pièces que M. le Chevalier de Florian
a données à ce Théatre , ont une
physionomie , un caractère qui lui eſt propre.
On sait que sa Gomédie du Bon Ménage
faisoit suite aux Deux Billets ; celle
duBonPère, qu'on a repréſentée avec beaucoup
de succès le premier de ce mois , fait
suite au Bon Ménage. C'est toujours Ar
$2 MERCURE
lequin, représenté d'abord comme Amant,
et qui reparoît ensuite dans les deux positions
les plus délicates de la vie, comme
époux et comme père.
Dans ce dernier Ouvrage , Arlequin est
veuf, et il pleure encore son épouse ; mais
il est père d'une jeune personne , pour qui
il a le plus tendre amour , et qui le console
par l'attachement le plus affectueux.
Il est devenu riche par hasard. Se trouvant
en Italie , il a renda des services à un
homme de qualité , qui , en mourant ,
a laissé une fortune considérable .
lui
Arlequin a chez lui une espèce de Secrétaire,
jeune homme aimable et plein dedélicaresse
, qui s'est fait aimer de sa fille , sans
avoir osé se déclarer, parce qu'étant sans fortune,
il ne croit pas devoir espérer d'obtenir
sa main. En effet , le père a fait un choix; et
il le propose à sa fille dans une Scène trèsintéressante;
mais dès qu'il s'apperçoit de
L'éloignement de Lisida , il renonce à son
projet de la manière la plus touchanté , et
conforme à son caractère.
Ayant appris le motif qui empêche le
mariage proposé , Arlequin croit devoir
renvoyer son Secrétaire ; la bonté naïvé
qu'il met dans ses expressions en le congédiant
, rend la Scène gaie et piquante.
Mais enfin il découvre que ce même Secrétaire
est le fruit d'un hymen secret, contracté
par le bienfaiteur dont il a hérité :
il est assez généreux ou assez reconnoissant
DE FRANCE. 83
pour lui rendre la fortune de son père ; et
le jeune homme se propose , et est accepté
pour gendre ( 1 ) .
Nous n'avons pu rendre dans cette analyse
rapide une foule de charmans détails
qui ajoutent à l'intérêt de l'Ouvrage. On y
retrouve cette ingénieuse naïveté , cette délicatesse
de sentimens , et cette élégance
d'expression qui caractérise tous les Ouvrages
de M. de Florian. On prépare sur
ce même Theatre la Bonne Mère ; et c'est
faire présumer un nouveau succès pour son
Auteur.
La Pièce a été fort bien jouée ; mais on
doirdes éloges particuliers à la manière dont
M. Coraly a joué le rôle de père .
L
THÉATRE DE MONSIEUR.
Létoit sans doute intéressant de voir exécuter
par des Chanteurs Italiens la charmante
Musique de la Buona Figliola ; de la voir
paroître , pour ainsi dire , sous son costume
et dans son idiome naturel. Elle y a gagné
beaucoup en effer; et malgré l'austérité et
l'uniformité du Poëme , la réussite a été
complète. M. Piccini , qui dirigeoit luimême
l'Orchestre, a été le témoin et l'objet
de l'enthousiasme du Public , qui l'a
applaudi avec transport.
(1)Cet Ouvrage eſt imprimé dans les oeuvres de
M. de Florian,
34 MERCURE DE FRANCE.
Nous n'avons aucun compte à rendre de
cet Ouvrage. Le Poëme est très-connu en
françois ; et ce que nous dirions de la Musique
, n'ajouteroit rien à l'estime dont elle.
jouit. La manière dont elle a été exécutée ,
n'a rien laissé à désirer ; et Mile. Balletti a
joué le principal rôle avec une supériorité
qui mérite les plus grands éloges.
Avis , ou Fautes à corriger.
En parlant des dents artificielles de M. de Chemant
, invention précieuse tout à la fois pour l'agrément
et pour l'utilité , nous avons omis de faire
mention de l'Académie des Sciences , qui a joint
son suffrage à celui des autres Sociétés savantes ,
et des Artisteset Connoisseurs dans ce genre. Nous -
avions aufli oublié sa nouvelle demeure , hôtel Sillery
, quai et place de Conti, derrière la Monnoie.
La Description des principaux lieux de la France ,
par M. Dulaure, est in- 12 ; il en paroît 4 Vol. Et
le prix de chaque Volume est de 2 liv . 10 S.
Les se. et 6. Volumes sont sur le point de paroître
; on y trouvera , pour les provinces qui y
sont décrites , tous les détails relatifs à la nouvelle
division du Royaume ; et en publiant ces deux Vol .
on remettra gratis à tous ceux qui auront les quatre
premiers , un supplément pour chacun d'eux ,
qui contiendra tout ce qui aura rapport à la rouvelle
organisation des provinces dont il y est fait
mention.
م
TABLE.
AL M. de Villette.
Réponse de Thalie .
Le Renard & le Loup .
Crarade, Enig. & Log.
Procès- verbal.
49 Romances .
Parieses.
55 The tre Italien .
64
70
81
54
Theaire de Monsieur.
sof
83
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
ALLEMAGNE,
DeHambourg, le 26 Janvier 1790 .
Les négociations de paix sont toujours
accompagnées d'un très - grand déploiement
de forces , et ce moyen comminatoire
est conforme à la saine politique.
Il n'est donc pas étonnant que les Puissances
Belligérantes démontrent en ce
moment leurs ressources et leurs préparatifs
. Nos lettres de Stockholm nous
informent que , d'ici au 12 Février , tous
les Régimens seront complets : on
augmenteral'escadre de galères ; on parle
même d'une levée extraordinaire de
nouveaux Corps. Toute la côte de Finlande
est hérissée de batteries ot de re
doutes.
Nº. 7. 13 Février 1790. D
: ( 7+)
Si l'on veut se former une idée de l'accroissement
du Commerce dans les ports
de la Pomeranie et de la Prusse occidentale ,
il suffit d'apprendre que , l'année dernière ,
Stettin a reçu 1553 navires , et en a vu
sortir 1348. Il en est entré à Memel 781 ,
tandis que Dantzick a été réduit à l'arrivée
de 524 , et à la sortie de 513 bâtimens . Ce
dénombrement établit les pertes qu'a faites
cette place , depuis que la politique du
Cabinet de Berlin en a resserré les affaires ,
pour les porter à Elbing , Stettin , Koenigsberg
et Memel.
Suivant l'état arrêté par la Diète de Pologne
, l'Arméede laRépublique , sous les
2 divisions générales d'Armée de la Couronne
et de Lithuanie , doit former un
total de 98,546 hommes , dont un peu
moins de la moitié est aujourd'hui sur
pied. La dépense de ces forces exigera
46,375,579 florins de Pologne , dont le
tiers manque encore aux ressources de
l'Etat.
De Vienne , le 26 Janvier.
Il y a toujours de l'alternative dans la -
santé de l'Empereur. Sans faire de progrès
, la maladie ne discontinue pas
encore ; l'oppression , la toux , la fièvre ,
la foiblesse ont leurs périodes , dans les
intervalles desquels S. M. se trouve soulagée
, et s'applique aux affaires avec
une persévérance vraiment étonnante.
(75 )
On a reparlé de l'arrivée du GrandDuc
de Toscane , que le, Public a déja si
souvent mis en route , sans rencontrer
juste. Quelques dispositions équivoques ,
faites à Florence , paroissent être le seul
fondement de cette rumeur.
A aucune époque , la Monarchie n'a
vu sur pied des forces aussi considérables.
Outre la quatrième division précédemment
ajoutée aux Régimens de
Dragons , ont augmenté encore les Régimens
de Hussards d'une cinquième division
. Chaque Régiment d'Infanterie est .
porté à deux Compagnies de plus ; ce
qui formera un total additionnel de 104
Compagnies . On va lever aussi quatre
Corps Francs , dont le Public nomme
déja le Commandant. Des magasins immenses
sont ordonnés , et se forment.
Une promotion nouvelle de dix - sept
Lieutenans-Généraux et de vingt-un Généraux-
Majors vient d'être déclarée . Le
Maréchalde Laudhon est allé faire la revuedes
ttrroouuppeess et forteresses enBohême
et en Moravie. Tout annonce même que
si la guerre continue avec lesOttomans ,
ou si elle éclate avec quelqu'autre Puissance
, la campagne s'ouvrira dès les
premiers jours du Printemps. L'opinion
publique croit , ou prédit une rupture
avec la Prusse. Cette conjecture est
précipitée ; mais une foule de circonstances
peuvent en faire craindre la
justesse : il est certain qu'il existe pour
Dij
( 76 )
une des deux Cours des sujets de mécontentement
assez graves , et des projets
assez menaçans dans l'autre , pour faire
concevoir des alarmes légitimes .
Les avis du Bannat portent , que le Corps
de Troupes posté auprès d'Allion se soutient
parfaitement. Tous les jours on tire
sur Orsowa qui répond foiblement. On a
publié la RelationOfficielle d'un dernier succes
du Lieutenant - Colonel Liptay , Commandant
de Kladova. Le 6 Janvier , il a
repoussé le Frère du Pacha d'Orsowa , arrive
de Widdin , à la tête de 2,000 hommes
de secours. L'action , reprise quatre fois ,
a fini par la dispersion des Ennemis , qui
ont laissé entre nos mains un butin considérable
, et qui ont été forcés de repasser
le Timock.
Le Général Comte de Brown est arrivé
ici de l'Armée; on attend au premier
jour le Prince d'Esterhazy, blessá
près de Belgrade .
:
Nous avions eu raison de douter que
le Général d'Alton eût été investi du
commandementde laMoravie. ABaden ,
il a reçu ordre de retourner à Luxembourg
, où une Commission va examiner
sa conduite , ainsi que celle du Comtede
Trautmansdorff. Le Comte de Mérode
est arrivé ici en qualité de Député de la
Province de Luxembourg.
Toute la garnison de cette résidence
a eu ordre de se mettre en marche les
5, 26 et 27 de ce mois , pour se rendre ,
partie dans la Haute et Basse Autriche,
( 77 ) 1,
partie en Bohême et en Moravie. Dix
Bataillons de Grenadiers , venant de la
grande Armée , la remplaceront. Trois
Régimens de Croates vont également se
mettre en marche .
M. de Sturm , notre Interprète à
Constantinople , s'est rendu à Widdin
avec le Tefterdar qui a séjourné à Belgrade
; de Widdin , il passera auprès du
Grand-Visir avec une Commission inportante.
De Francfort sur le Mein, le4 Février.
L'agitation des Cabinets de l'Allemagne
, les armemens quise préparent ,
les desseins qu'on médite, les intrigues
qui s'étendent , les préparatifs de la
Prusse , sus actives démarchés , les précautions
qu'on prend à Vienne , la liaison
des intérêts de l'Union Belgique à
des intérêts plus secrets , la Pologne sur
le point de s'unir à la grande Confédération
fondamentale de l'Angleterre , de
la Prusse et des Provinces Belgiques ,
tout justifie la crainte d'une explosion .
L'une de ses étincelles , l'affaire de
Liège , commence néanmoins à s'amortir.
Le Prince-Evêque annonce des dispositions
plus conciliatrices , dans une
lettre de S. A. C. à M. Dohm , en date
du to Janvier. La réponse définitive du
Prince au Roi de Prusse décidera du
sort de la querelle. Déjà la Cour de
Dij
( 78 )
,
Munich a déclaré son adhésion à un
accommodement à une réunion des
Partis , comme au seul moyen propre
aux circonstances .
Le Roi de Prusse envoie à Constantinople
, en qualité de Ministre Plénipotentiaire
, le Baron de Knobelsdorf ,
Capitaine aux Gardes . Jusqu'ici , S. M. P.
n'avoit eu à la Porte qu'un Chargé d'affaires
. Nousignorons s'il est vrai , comme
le bruit s'en répand , que le Baron de
Gols , Ministre du même Souverain à
Pétersbourg , a demandé son rappel , à
la suite d'une altercation qu'il a, dit- on ,
essuvée dans le Cercle d'un des Ministres
de l'Impératrice,
Les Troupes Munstériennes , revenues
du Duché de Limbourg , sont arrivées le
14 à Aix-la- Chapelle , et logées aux environs
de cette Ville Impériale.
Le Prince Henri de Prusse fait pré
parer ses équipages de campagne , et
tous les Régimens cantonnés en Silésie
ont reçu ordre de marcher dans quinze
jours .
en
,
Un Journal de Commerce prétend que ,
depuis 1755 jusqu'en 1787 , il est arrivé
Espagne , des Indes Occidentales
474,308,663 piastres : dans cette somme on
ne comprend pas les lingots d'or , l'argent
ouvré , les pierres fimes , ni ce qui est importé
frauduleusement. Dans ces 29 années , l'importation
de quinquina , cacao , tabac , cochenille
, s'est élevée à 241,000,494 livres
(79)
pesant . Si l'on y ajoute le sucre , et 480 millions
de piastres , qui sont fabriquées au
Mexique, on peut se former une idée de la
richesse de ces pays .
PAYS- BAS.
De Bruxelles , le 6 Février 1790 .
L'état de notre nouvelle République
eststationnaire. Les divi -ions quiéclatent
ouvertement entre les différens Ordres ,
occupent une grande partie de la vigilance
, de l'inquiétude , des intrigues générales
. On sembleroit avoir oublié l'Empereur.
Le Parti qui veut abbattre la
distinction des Ordres , que S. M. Imp.
avoit humiliés , prend des forces , et les
tire de la fermentation des esprits , de
Popinion , des Ecrits journaliers , et surtout
de la nécessité de n'avoir pas fait
une révolution , sans qu'elle fût utile au
Peuple.
Le Général ander Mersch est arrivé
ici , et a été comblé d'honneurs . Les expéditions
pour le Luxembourg sont renvoyées
à des temps plus propices. La
forteresse , ainsi que nous l'avons annoncé,
il y a deux mois , est à l'abri de toute
attaque. Il est constaté que dans les deux
échecs du 14 et du 17 Janvier , les Patriotes
ont perdu 52 hommes tués , et
131 Prisonniers conduits à Luxembourg.
M. Van der Mersch lui- même a failli
être pris , son cheval s'étant abbattu au
Diy
( 80 )
moment où quelques Dragons d'Arberg
le poursuivcient : heureusement il eut
le temps de prendre un autre monture ,
et d'échapper.
FRANCE.
De Paris , le 10 Février.
ASSEMBLÉE NATIONALE. 40. Semaine.
DU LUNDI 1. FÉVRIER.
Le scrutin , pour la nomination d'un nouveau
Président , n'avoit point encore donné
une majorité absolue. Sur 694 Votans , M.
Bureau de Puzy n'a reuni que 331 suffrages ,
et M. de Menou 328 .
Les trois nouveaux Secrétaires sont MM.
Guillotin ,le Baron de Marguerite , de to
Côte.
DIVISION DU ROYAUME.
Dans le Département Occidental de la
Provence , les villes de Manosque et Forcalquier
se disputoient le siége d'un District
. Forcalquier l'a emporté.
De plus grandes difficultés se sont élevées
entre Aix et Marseille. Celle- ci a témoigné
une invincible répugnance à faire partie du
Département de l'Ouest. Elle prétend que
ce seroit rompre l'équilibre que de réunir
dans un seul Departement toutes les grandes
villes de la Province. Bordeaux , Nantes ,
Rouen , Lyon , chef- lieux d'Administration ,
n'ont pas la même influence , et sont à l'extré- .
mité de leur Département .
Le Comité a reconnu que l'égoïsme des
(81 )
villes et les difficultés qu'elles opposent à la
distribution des Départemens , vient de l'ancienne
influerce des grands Tribunaux. Mar
seille redoute le Parlement d'Aix , autant
qu'el'ecraint la subordination envers une ville
moins considérable qu'elle , et purement agricole.
Elle demande à faire partie duDépartement
de l'Est; dans tous les cas elle desire
être chef- lieu. Il y a eu une Délibération
des Députés de la Province en sa faveur.
Vous êtes assez puissante par vous-même ,
réplique à Marseille la ville d'Aix ; n'enviez
pas à notre pauvreté, l'avantage que les convenances
locales nous donnent. Ne consultez
que l'intérêt général Ce qui tend à s'isoler ,
tend bientôt a se dissoudre . Notre position
est centrale; c'est celle que doivent avoir
les Corps administratifs. Marseille se plaint
de la perte de son Administration ? Nous
perdons, notre Tribunal , la Chambre des
Comptes , le Parlement. Marseille a assez
de son Commerce , de sa Municipalité , de
son District , de son Tribunal , et elle ne
conservera toujours que trop d'influence .
C'est
un spectacle bien singulier , a dit
M. Bouchy, Député d'Aix ,que les contestations
qu'onn vous expose. Vous avez vu de
petites villes vouloir devenir un peu plus
grandes ; des villes pauvres , un peu plus
aisees ; des lieux obscurs , vouloir obtenir
un peu plus d'illustration; mais , ce que vous
n'aviez pas vu c'est une ville grande , riche ,
commerçante ; une ville , qui fait annuellement
un Commerce de 7 à 8 cents millions ,
et qui dispute à une ville pauvre l'etablissement
que toutes les convenances lui accordent.."
Le bienfait de la Révolutiou n'est pas
D
( 82 )
d'ôter aux pauvres le dernier morceau , et
de faire mourir d'une apoplexie politique ,
des hommes déja trop engraissés dans les
richesses , le luxe et le commerce.
Le patriotisme de M. Fouche a encore
passé en revue la peste , le lazaret de Marsielle
, la plus grande dépense d'Administration.
M. l'Archevêque d'Aix a appuyé les observations
précédentes , en exposant sur- tout
qu'il ne s'agissoit pas de savoir quelle étoit
la ville la plus importante , mais celle dont
les établissemens formoient la ressource la
plus indispensable .
Après quelques demandes de question
préalable, de priorité etc. , le chef-lieu du Département
a été presque unanimement adjugé
à la ville d'Aix.
eD'après le voeu des Députés des Provinces
Blgico - Françoises , et l'avis du Comité ,
le Département des deux Flandres , Hainaut
et Cambresis , sera divisé en huit Districts :
Valenciennes , le Quesnoi , Avesnes , Cambrai
, Lille , Douai , Bergues et Hasbroug.
Le Département d'Evreux sera divisé en
six Districts : Evreux , Vernay , Pont-Audemer
, Louviers , les Andelys et Verneuil.
Adeux heures , M. le Vicomte de Nouilles
a fait un Rapport du Comité Militaire , sur
la Constitution de l'Armée ; Rapport dout
voici le précis :
Le Comité propose de décréter que
tout Soldat , qui d'ailleurs réunira les autres
conditions de Citoyen actif , pourra
exercer le droit lorsqu'il se trouvera dans le
lieu de son domicile. »
en
« Qu'après trente années d'un service actif
dans l'Armée , il jouira de la plénitude des
( 83 )
droits de cité , lors même qu'il ne pourroit
pas remplir la condition de la Contribution.
«
« Que l'Armée ne pourra être employée
que contre l'ennemi du dehors , suivant le
but de son institution , sur des ordres du
Pouvoir exécutif; qu'elle ne pourra agir hostilement
dans l'intérieur , que sur la réquisition
du Corps Législatif , des Assemblées
Administratives et Municipales , et avant
que la réquisition ait été lue au Corps à qui
elle sera adressée . »
" Que dans les Villes et leurs territoires ,
les Gardes Nationales auront la droite et
les Troupes réglées la gauche ; mais que
s'il arrive qu'elles soient chargées au dehors
de quelque expédition sur les réquisitions
dont il vient d'être parlé , les Troupes réglées
auront alors la droite , et leurs Chefs
chargés du commandement général . "
« Qu'il n'y aura plus que deux voies pour
parvenir au grade d'Officier ; la pratique
fidele des devoirs du Soldat , ou un examen
sévère sur les élémens de l'art Militaire.
Que dans ce dernier cas même , l'on
ne pourra pas étre Officier avant l'âge de
18 ans . "
« Que sur les places vacantes de Lieutenant
et Sous- Lieutenant , il en sera nécessairement
pris un sur cinq parmi les Bas-
Officiers. »
« Que depuis le grade de Sous - Lieutenant
, jusqu'à celui de Major exclusivement ,
l'on avancera par rang d'ancienneté , à
moins d'une incapacité déclarée par un
Conseil de guerre tenu à cet effet. "
« Que depuis le grade de Major jusqu'à
celuide Lieutenant-général , le Pouvoir exe-
Dej
:
( 84 )
cutif nommera à son gre , et sur sa respon
sabilité , un tiers des Sujets , les deux autres
tiers avançant par rang d'ancienneté. "
J « Que les Sujets , dans le cas de avancement
, ne pourront être refusés ou retardés
, à moins qu'ils ne soient placés ailleurs
convenablement , ou qu'ils n'aient volontairement
donné leur démission , ou qu'ils
n'aient été déclarés incapables par un Conseil
de guerre . »
" Que le Pouvoir exécutif , également
sous la responsabilité , nommera les Lieutenans
-Généraux et Maréchaux de France . "
« Qu'en cas de guerre , celui qui aura
fait des actions éclatantes pourra avancer
hors de son rang. "
« Que celui qui , avec la permission de
la France , aura servi avec distinction chez
une Puissance alliée , pourra aussi avancer
hors de son rang. "
" Que toutes Charges vénales , et celles
de Colonels propriétaires , seront supprimées.
"
L'Assemblée a ordonné l'impression et
ladistribution du Rapport , pour étre discuté
à la huitaine.
DU MARDI 2 FÉVRIER.
Séance extraordinaire , consacrée à des articles
explicatifs sur les Décrets de la formation
des Municipalités .
Un nouveau scrutin a élevé à la Présidence
M.Bureau de Puzy,l'un des Membres les plus
modérés , les plus judicieux , les plus éloquens.
de l'Assemblée , qui a réuni 391 suffrages
contre 318 en faveur du Baron de Menou..
L'ancien et le nouveau Président ont remercié
l'Assemblée par le compliment d'u(
85 )
sage. M. Durand de Maillane a dénoncé le
Grand Prévôt de Marseille , qui , à l'occasion
d'une insurrection à Baux , a fait enlever M.
Servant , ancien Conseiller au Parlement .
d'Aix , son fils , et le Notaire du lieu. Le Dénonciateur
a peint cet acte comme un abus
d'autorité : nous verrons s'il en sera de ce
récit comme de tant d'autres , où il n'y avoit
jamais de coupable que l'exécuteur de la Loi .
L'affaire a été renvoyée au Comité des Rapports.
POUVOIR JUDICIAIRE .
T
M. Thouret a lu la seconde partie du Rapport
du Comité de Constitution , sur l'org
nisation des Tribunaux. On sera sans doute,
très - empressé de connoître comme est composée
, dans ce Projet , la Haute Cour Nationale
, qui doit remplir l'office de la Cour des
Pairs en Angleterre ; nous donnerons done
ce titre en entier.
f 1º. La Haute Cour Nationale sera formée
par un Grand Juré , composé d'antant
de Membres qu'il y a de Départemens dans
le Royaume , et présidé par cinq grands
Juges qui dirigeront l'instruction , et qui
appliqueront la Loi , après la décision du
Juré , sur le fait . "
" 2. Lors des Elections pour le renouvellement
d'une Législature , les Electeurs de
chaque Département , après avoir nommé
lesReprésentans au Corps Législatif , éliront
au scrutin iudividuel , et à la pluralité absolue
des suffrages , un Citoyen recommandable
qui sera Membre du Grand Juré pendant
tout le cours de cette Législature."
3. Chaque nouvelle Législature, après
avoir vérifié le pouvoir de ses Membres ,
(86 )
dressera la liste des Jurés élus par les quatrevingt-
trois Départemens du Royaume , et la
fera publier. "
4. Chaque Législature sortant de fonetions
désiguera , dans les derniers jours de
sa session , quinze Personnes qu'elle aura
choisies au scrutin individuel , dans le nombre
des Sujets présentés au Roi pour la Cour
Suprême de revision , et inscrits sur la liste
dont il est parlé dans le titre précédent. "
« 5°. Sila Legislature suivante trouve matiere
à une accusation devant la Haute Cour
Nationale , elle fera convoquer le Grand
Jure , et on tirera au sort publiquement dans
la salle où la Législature sera séante , en
présence de trois Commissaires du Roi que
Sa Majesté sera invitée d'y envoyer, les noms
des cing Grands Juges ( du nombre des
quinze Sujets désignés par la précédente Législature
) qui présideront le Grand Juré. "
44 6°. Il n'y aura point de Procureur- genéral
du Roi à la Haute Cour Nationale ;
mais aucune affaire n'y sera portée qu'après
que le Corps Législatif aura décidé qu'elle
est de nature à y être poursuivie : en ce cas ,
le Corps Législatif nommera quatre de ses
Membres pour en faire la poursuite , sous le
titre de Grands Procurateurs de la Nation ;
et si le Corps Législatif ne trouvoit pas l'affaire
assez grave pour être portée en la
Haute Cour Nationale , elle en renverroit la
connoissance aux Tribunaux ordinaires . »
»
" 7. La Haute Cour Nationale connoîtra ,
1 °. Des conspirations et attentats contre
la personne du Roi ; "
" 2º. Des conspirations et attentats contre
la sureté du Royaume ;
3º. Des conspirations et attentats pour
1
( 87 )
2
soulever le Peuple Ou une partie du
Peuple , ou les Milices Nationales contre ja
Constitution , contre l'exercice des pouvoirs
publics qu'elle a établis , et contre la soumission
due aux actes émanés de leur autorité
; "
" 4°. Des conspirations et attentats pour
détourner les Troupes réglées de la fidélité
qu'elles doivent à la Loi , au Roi , à la Nation
et à leur engagement , en conformité
du serment qu'elles ont prêté ; »
5°. Des conspirations et attentats des
Ministres , des autres Agens du Pouvoir exécutif,
et de toutes Personnes , de quelle qualité
qu'elles soient , contre la Constitution ,
notamment des complots et entreprises pour
empêcher ou gêner la formation des Assemblees
représentatives , ou la liberté des suffrages
individuels , soit par corruption , don ,
ou promesse , soit par menaces , violences ,
et emploi de la force militaire ; "
62. De la prévarication des Ministres et
des autres Agens du Pouvoir exécutif dans
l'exercice des fonctions de leurs Départemens
, aux trois cas , d'attentats à la liberté
personnelle , de violation de la propriété ,
et de dissipations des fonds publics qui leur
auront été confiés ; "
7°. De la désobéissance des Assemblées
Administratives , ou des Municipalités , ou
des Corps des Milices Nationales aux Décrets
du Corps Législatif sanctionnés par le Roi ,
et aux ordres de Sa Majesté , relatifs , soit à
l'Administration générale , soit à la Direction
de la force publique ; »
8°. De la désobéissance des Commandans
, Officiers et Corps de Milices Nationales
aux requisitions des Municipalités et
(88 )
aux ordres des Corps Administratifs , conformes
aux Deerets des Legislatures , sanetionnés
par le Roi ; "
40 « 9°. De la desobeissance des Tribunaux
et Cours Supérieures de Justice aux règles
constitutionnelles sur le Pouvoir Judiciaire ,
soit par cessation combinée de service , soit
par refus de transcription pure et simple ,
et d'exécution des Lois qui leur seront adressées
, soit par entreprises sur les fonctions
de la Puissance Législative , ou sur celles da
Pouvoir Administratif.
Les autres Titres du Projet se rapportent ,
1º . à l'institution de la Procedure par Jures
en matiere criminelle , telle , à peu-pres ,
qu'elle existe en Angleterre; 2°. à l'autorité
judiciaire des Corp. Municipaux en matiere
de police ; 5º. à l'erection des Tribunaux de
Commerce ; 4°. à celle des Tribunaux d'Administration
, Juges en matiere d'adminis-,
tration et d'impots; 5º à la suppression genérale
de tous les Tribunaux existans , dont
les Titulaires actuels seront , ou remboursés ,
de leur office sur le pied du dernier contrat
d'acquisition , on , en attendant le remboursement
, nantis d'un interét à cũng pour
cent.
M. Démounier a fait ensuite le Rapport
des difficultes survenues dans la formiation
des Municipalites,
Deux ou trois cents questions , a-t-il
dit , ont déja été envoyées au Comite. Leur,
solution se trouve , soit dans vos Decrets ,
soit dans les Instructions deja, généralement,
répandues , mais qui ne sont point cncore
parvenues dans quelques Villages, Sept
points principaux ont force votre Comite à
( 89 )
vous présenter un projet de Décrets additionnels.
"
Les articles ont été présentés , discutés ,
amendés , décrétés ou rejetés dans l'ordre
suivant:
1º . Dans les Assemblées de Communautés
et les Assemblées primaires , les Scrutateurs
élus pourront seuls écrire les bulletins
des Citoyens actifs qui ne savent
pas écrire , et ces bulletins seront écrits à
vue dans le lieu de l'Assemblée, Cet article
est décrété. »
Le second article proposoit de faire les
élections à haute voix , dans les lieux où
plus de la moitié des Votans ne sauroit pas
écrire. L'article a été rejeté.
" 3º. Pour être Citoyen actif étant encore
éligible , il n'est pas nécessaire de payer
une Contribution directe dans le lieu même ;
il suffit de la payer dans quelque endroit
du Royaume. Cet article est décrété. »
" 4°. Dans les Assemblées primaires et
des Communautés , chaque Citoyen sera
tenu , avant l'election , de prêter le Serment
patriotique ; le Président prononcera
la Formule , et chaque Citoyen dira , à
son tour , je le jure. Cet article est décrété.
»
t 5°. Dans les lieux où il s'est formé des
Comités librement élus parla Commune , et
conjointement avec les Officiers Municipaux,
ils remplissent les fonctions municipales ,
ils procéderont conjointement à toutes les
opérations nécessaires pour l'exécution des
Décrets de l'Assemblée , relativement à l'organisation
des Municipalités ; mais dans
les lieux où il n'y a pas des Municipalités
en possessions des fonctions municipales .
( 90 )
les Comités , librement élus , veilleront seals
à cette nouvelle organisation. Cet article
est décrété. »
6º. Lorsque les nouvelles Municipalités
seront organisées ; les Gardes Bourgeoises
, Milices Nationales , Volontaires ou
tous autres , sous quelque titre que ce
soit, ne se mêleront pas des fonctions municipales
; mais obeiront aux ordres des
Corps Municipaux. Cet article est décrété. »
" 7°. Dans les lieux où il n'y a point
d'impositious territoriales , et dans ceux où
l'on ne paie aucune Contribution directe,
tout Citoyen sera Electeur et éligible , jusqu'à
l'organisation d'un nouveau Plan de
Finance ; si dans les Villes , à défaut de
proprieté foncière , il exerce quelque profession
ou métier , et dans les campagnes
s'il exerce quelque métier , ou paie un
loyer ou fermage de 30 liv. , ou s'il a une
propriété quelconque. Cet article est décrété."
( Ces articles additionnels ne donneront
pas lieu à de nouvelles élections pour les
Municipalités déja formées ).
M. le Marquis de Foucault , Député du
Perigord , a exposé les troubles déplorables
qu'occasionne dans sa Provincele soulevement
des Paysans contre le payement des
droits Seigneuriaux , dont l'Assemblée a
décrété la perception ou le rachat . « Le Périgord
est en feu , a dit M. de Foucault ; ce
n'est plus le patriotisme , ce sont les gens
sans propriétés qui pillent les Propriétaires.
On diroit que , parce que le Royaume est
sorti le dernier de la barbarie , il doit être
le premier à y rentrer. "
Quelques Membres ont interrompu M. de
( 91 )
Foucault, en demandant l'ordre du jour ;
mais l'Assemblée ne pouvant refuser son
attention aux excès qui se commettent contre
Ja liberté et la propriété , a autorisé , par une
Delibération expresse , M. de Foucault a
poursuivre son Rapport.
Ila lu plusieurs Lettres qui constatent
ces horreurs ; l'une d'un Gentilhomme qui
écrit , après avoir été 24 heures sur la sellette
, à entendre délibérer un Peuple furieux
sur le genre de mort qu'on lui préparoit ,
pour avoir voulu percevoir ses rentes Seigneuriales
, dont on aexigé la renonciation.
?
L'autre , écrite de Sarlat , donne le détail
d'une insurrection encore plus violente.
Le tocsin sonnoit dans tous les villages , les
prisons étoient ouvertes. - M. de Bar enlevé
de son château brûlé , maltraité , traîné dans
les cachots , prêt à être pendu ; son Neveu ,
Garde-du- Corps , arrêté comme lui. Tous
ces troubles , ajoute la Lettre , sont trop
bien combinés pour n'être pas prémédités ,
et dirigés par quelques causes secrètes.
" Avant-hier , dit une troisième Lettre de
Mirandole , M. de ... a reçu la visite de plusieurs
Communautés attroupées , qui venoient
le pendre, et brûler son château . -Un autre
Seigneur a été couché en joue ; il a couru
toute la nuit pour arriver ici . - On passe
de la Noblesse aux Habitans aisés , et tous
les Propriétaires sont exposes à perir, ou à
voir devaster leurs propriétés . »
» Je pourrois vous lire trente Lettres pareilles
, a ajouté M. de Foucault ; mais je
me borne à demander un Décret confirmatif
de l'Arrêté du 6 Août , sur les Droits Féodaux
, avec injonction aux Municipalités et
GardesNationales d'empêcher les vexations ,
( 93)
et de protéger le recouvrement des eens et
rentes. «
M. de la Chèze , Député du Quercy , a
attesté que les mêmes excès régnoient dans
sa Province. Six Particuliers y ont été tues ;
le mal arrive à son comble ; on en veut à
toutes les propriétes .
« L'Agénois n'est pas plus tranquille , a
dit M. de Fumel : entre autres , on y a pris
un Gentilhomme qui avoit payé une rente
à son Suzerain ; apres lui avoir fait rendre
sa quittance , et donner encore une pareille
somme , les brigands ont mangé celle - ci
sous les fenêtres même du château .
M. Dubois de Crancé, Député de Champagne
, a avancé que dans sa Province ,
d'ailleurs fort tranquille , les Paysans regardent
comme une servitude personnelle , les
sacs de bled qu'ils sont obligés de donner
à leurs Seigneurs ; ils leur demandent leurs
titres , et refusent de payer , sous prétexte
que les servitudes personnelles sont supprimées
sans indemnité. Une quantité de Seigneurs
ont fait assigner leurs vassaux ; cela
aproduit de la fermentation.-( Ce dernier
Rapport a excité de violens murmures , plu
sieurs Députés de la Province l'ont démenti).
M. de Foucault insistoit toujours sur sa
Motion ; M. Reubell a remarqué que c'etoit
au Comité Feodal , à distinguer les droits
rachetables de ceux qui ne le sont pas . Tout
Décret provisoire seroit inutile , ou augmenteroit
le mal .
La contestation s'est prolongée jusqu'au
moment où M. Chasset a annoncé que le
Rapport du Comité Féodal seroit prêt Sa(
93 )
1
medi : on en a ajourné la discussion à cette
epoque.
M. Fermond a demandé et obtenu d'être
entendu demain sur le refus qu'a fait la
nouvelle Chambre des Vacations de Rennes ,
de remplir ses fonctions , et d'enregistrer les
Décrets de l'Assemblée.
Il n'y a point eu de Séance du soir.
DU MERCREDI 3 FÉVRIER .
DIVISION DU ROYAUME.
Le Département du nord en Dauphiné ,
tiendra sa première Assemblée à Moirans ;
le Département du midi , à Chabeuil ; celui
de l'orient , à Chorges . Les Electeurs détermineront
le lieu des Sessions suivantes .
Les Districts du premier Département
sont : Grenoble , Vienne , Saint- Marcellin et
la Tour- du-Pin . Pour le second , Romans ,
Valence , Crest , le Bien , Die, Montelinar.
Pour le troisième ,Gap , Embrun , Briançon
et Serres.
Les Districts du Département de Lyonnois
sont définitivemeut fixés au nombre de
six : Lyon , Saint-Etienne , Montbrisson
Rouanneet Villefranche.
2
Lyon sera provisoirement le chef lieu du
Département.
Le Département de Rouen restera provisoirement
divisé en sept Districts , qui sont ;
Rouen , Caudebec , Gournay , Neufchâtel ,
Montivilliers et Cany.
La Corse ne formera provisoirement qu'un
senl Département , divisé en neuf Districts :
Bastia , Oletta , l'Isle- Rousse, la Porta d'Ampugnani
, Costi , Cervioni , Ajaccio , Vico ,
( 94 )
El-Tallano . Les cantons de ces Districts
seront les anciennes Sieves de l'isle .
Le Département de Ni unes en sept Districts
: Nismes , Beaucaire , Alès , Uzès , le
St. Esprit , St. Hyppolyte et Sommières.
Moulins , chef- lieu du Département de
Bourbonnois . - Districts : Moulins , Gannat ,
Montmaraut , Montluçon , Donjeon , Cassel
et Cerilly.
Département de l'Orléanois; chef- lieu ,
Orléans. Sept Districts : Orléans , Baugenci ,
Neuville , Montargis , Pithivier , Gien et
Bois - commun .
Six Districts du Département intermédiaire
de Poitou , savoir ; Niort , St. Maixent ,
Partenay , Thouars , Melle et Châtillon.
MUNICIPALITÉS .
nier a
A la suite de ces décisions , M. Démeurenda
compte de celles du Comité
de Constitution , sur quelques questions re
latives aux élections mun cipales . L'Assemblée
a adopté ces résolutions , et décrété ,
1 ° . que les Controleurs des Actes ne peuvent
pas être assimilés aux percepteurs des impóts
indirects :
2º. Que la retenue des vingtièmes sur
les rentes pécuniaires et foncieres est un véritable
impôt direct , qui est compté pour .
l'éligibilité et pour être Citoyen actif:
" 3°. Que les fonctions Curiales ne sont
point incompatibles avec les fonctions municipales
:
« 4°. Qu'un Curé nommé depuis moins
d'un an , est présumé habitant ; qu'il en est
de méme du Vicaire. »
5°. Il en est de même des Religieux
Curés."
( 95 ) i
6°. Les Religieux- Mendians ne peuvent
pas exercer les droits de Citoyens actifs ;
mais il y a moins de raison d'exclure les
autres Religieux. "
7º. La parenté n'est pas applicable aux
Notables , mais seulement au Procureur du
Roi de la Commune. Elle ne s'applique
point au Secrétaire ni au Trésorier ; il y a
cependant quelques difficultés pour celui-
ci. »
» 8°. Qu'un Citoyen élu pourra refuser
son élection , ou donner sa démission . "
Vous jugerez par la suite , a dit M.
Démeunier , au sujet de ce dernier article ,
s'il n'est pas convenable de suivre l'exemple
de plusieurs pays libres , qui ont cru devoir
infliger une amende aux Refusans charges .
Cette disposition seulement applicable à
de petites Républiques , où le nombre des
Citoyens capables des Emplois est très- borné ,
n'a pas été goûtée. "
-
Une questionparticulière s'est élevée dans
la Ville de Chinon . Le sieur Picherot ,
qui , depuis 5 ans , est interdit de toutes
fonctions judiciaires , par Arrêt du Parlement
de Paris , qui est accusé des délits
les plus graves , Banqueroutier , chargé d'un
Décret d'ajournement personnel , s'est présenté
dans une des Sections de la Ville ,
pour se faire élire Officier Municipal .
Il paroît avoir séduit un grand nombre
de pauvres Citoyens. Douze cents listes ont
été répandues dans la Ville. La Section où
il s'estprésenté n'a pas voulu le recevoir.
D'après l'avis du Comité , et conformément
au Décret du 22 Décembre , l'Assemblée
à renvoyé cette affaire aux trois Sections
de la Commune de Chinon. Que les
( 96 )
Officiers Municipaux et la Garde Nationale
devront prendre toutes les précautions nécessaires
au maintien de la tranquillité , et
procéder sans delai aux Elections.
M. Loys , jugeant peu convenable de renvoyer
M. Picherot aujugement de ceux qu'on
l'accuse d'avoir séduits , a opiné à déclarer
incapable des droits de Citoyen actif , tout
homme entaché par un Arrêt.
Cette question a été renvoyée à Lundi ,
ordre de 2 heures .
M. Fermond , reprenant l'affaire de la
Chambre des Vacations de Rennes , a fait
lecture d'une lettre de la Municipalité de
Rennes à la Députation de Bretagne. Si
l'on se rappelle que dans le cours de l'Eté ,
cette même ville déclara traîtres à l'Etat les
Représentans de la Nation qui voteroient
pour la Sanction Royale indéfinie , on s'attendra
à des expressions encore plus fortes
contre des Magistrats qui laissent la Province
sans Justice. Les plus violentes qualifications
sont consignées dans cette lettre :
on y traite les Magistrats Réfractaires ,
comme on pourroit les juger après leur condamnation.
La voilà done consommée cette
forfaiture , dit la Ville de Rennes ! La voilà
donc mise au jour cette conjuration contre
le bien public ! .. Nous venons demander
qu'un aussi grand scandale soit réparé par
« un grand exemple , et nous dénonçons les
« Magistrats de Rennes , pour qu'ils soient
• renvoyés au Tribunal chargé de juger les
«
«
"
K crimes de Lèse - Nation .
M. Fermonda proposé ensuite un projet de
Décret portant établissement d'un Tribunal
Supérieur provisoire , composé de M. de T'alouet,
de deux Membres de chacun des quatre
Présidiaux
( 97 )
Présidiaux de Bretagne , de quatre Avocats
militans à Rennes , et de deux Avocats de
chacun des trois autres Présidiaux , avec la
même attribution que la Chambre des Vacations
; l'attribution de la remise au Trésorier
de la Province des gages des Officiers
du Parlement ; 12 liv. par jour aux nouveaux
Juges , que le Trésorier delaBretagne
payera mois par mois . "
" Quant au jugement des Magistrats , a
ajouté M. Fermond , tous les Citoyens de
Rennes désirent le renvoi au Châtelet de
Paris . " La Députation de Bretagne adopte
cette opinion.
« J'appuye , a dit M. le Vicomte de Mirabeau
, le Décret proposé par laDéputation
de Bretagne. Quant à la conduite des Magistrats
, je ne veux point la justifier. Je ne
pourrois alléguer que les mêmes motifs que
vous avez condamnés , et je sais respecter
le voeu de la majorité. Je me bornerai à
rendre compte de quelques faits qui ont
échappé à M. Fermond. Voici le Procèsverbal
d'une conférence entre une partie
des Magistrats et une députation de la Commune
, qui constate que les premiers n'ont
fait aucune protestation ; qu'ils ont humblement
adressé leurs Motifs au Roi ; qu'ils
ont refusé d'enregistrer , parce qu'ils ne sont
point encore Chambre des Vacations , et
qu'ils ne veulent point accepter cette Commission.
C'est sur ce dernier point que porte
leur refus ; mais , je le demande , individuellement
à chacun des Membres de cette Assemblée
, si n'étant point Chambre des Vacations
, ils eussent voulu , dans les circonstances
où nous sommes , accepter cette
charge , à la veille de la destruction des
N°.7. 13 Février 1790.
E
( 98 )
Parlemens , objets de la haine publique ,
Jorsque leurs Confrères sont frappés d'un de
vos Décrets ? Je le demande à votre humanité
, si renvoyer ces Magistrats au Châtelet,
ne ressembleroit pas à la question préalable,
qui autrefois précédoit les jugemens ? Est- il
un seul de nous qui ne me répondît : j'en
aurois fait autant. "
Le Décret proposé par les Députés de
Bretagne , a été unanimement adopté , et
l'Assemblée a ajourné à demain la seconde
question , relative au jugement des Magistrats.
DU JEUDI 4 FÉVRIER .
PRÉSENCE ET DISCOURS DU Rοι.
Cette journée mémorable , où l'on a vu
ce que l'Histoire n'offroit pas encore , un
Roi arrivé au Trône avec le pouvoir absolu ,
et venant aujourd'hui prendre lui-même les
chaînes nécessaires de la liberté , cimenter
l'édifice de ses premières bases , mettre sa
gloire dans une démarche , qui , sous un
Prince moins Citoyen , moins généreux ,
moins prudent , eût coûté dix batailles ;
invoquer la paix entre tous , la sureté pour
tous , et au milieu de cette consécration
solennelle des droits Nationaux , requérir
P'unique prerogative de Protecteur de la
liberté publique.
La Séance avoit commencé par le rapport
de quelques articles de la division du
Royaume , lorsqu'une Lettre de S. M. à
M. le Président , a annoncé l'arrivée du
Monarque à midi , et son desir d'être reçu
sans cérémonie. Une députation de vingtquatre
Membres a été chargée d'aller au(
99)
devant du Roi ; bientôt l'Huissier a annoncé
son approche : un silence solennel régnoit
dans la Salle. Il est entré quelques-uns
de ses Ministres et la Députation de l'Assemblée
formoient son cortège ; le fauteuil
du Président , recouvert d'un tapis de velours
semé de fleurs de lys , a été son Trône.
A son apparition , l'Assemblée Législative ,
les Tribunes , les Galeries où étoient entassés
une multitude immense de spectateurs
, ont fait retentir le cri de Vive le Roi!
Les applaudissemens les plus éclatans ont
seuls interrompu cette bénédiction universelle
. Aussitôt le Roi a montré combien elle
étoit juste. Debout , et l'Assemblée silencieuse
dans la même attitude , il a parlé en
ces termes , avec l'organe le plus net , la
prononciation la plus parfaite , et l'accent
d'une dignité paternelle :
"
MESSIEURS ,
La gravité des circonstances où se trouve
la France , im'attire au milieu de vous, Le
relâchement progressif de tous les liens de
l'ordre et de la subordination , la suspension
ou l'inactivité de la justice , les mécontentemens
qui naissent des privations particulières
, les oppositions , les haines malheureuses
qui sont la suite inévitable des longues
dissentions , lasituation'critique des Finances
et les incertitudes sur la fortune publique ;
enfin l'agitation générale des esprits , tout
semble se réunir pour entretenir l'inquiétude
des véritables amis de la prospérité et du
bonheur du Royaume, "
Ungrand but se présente à vos regards,
mais il faut y atteindre sans accroissement
de trouble et sans nouvelles convulsions .
Eij
( 100 )
C'étoit , je dois le dire , d'une manière plus
douce et plus tranquille que j'espérois vous
y conduire , lorsque je formai le dessein de
vous rassembler et de réunir , pour la félicité
publique , les lumières et les volontés
des Représentans de la Nation , mais mon
bonheur et ma gloire ne sont pas moins étroitement
liés au succès de vos travaux.
«
?
Je les ai garantis , par une continuelle
vigilance , de l'influence funeste que pouvoient
avoir sur eux les cisconstances malheureuses
au milieu desquelles vous vous
trouviez placés . Les horreurs de la disette,
que la France avoit à redouter l'année dernière
, ont été éloignées par des soins multipliés
et des approvisionnemens immenses.
Le désordre que l'état ancien des Finances,
le discrédit , l'excessive rareté du numéraire
et le dépérissement graduel des revenus devoient
naturellement amener ; ce désordre ,
au moins dans son éclat et dans ses excès
a été jusqu'à présent écarté. J'ai adouci
partout , etprincipalement dans la Capitale,
les dangereuses conséquences du défaut de
travail , et nonobstant l'affoiblissement de
tous les moyens d'autorité , j'ai maintenu le
Royaume , non pas , il s'en faut bien , dans
le calme que j'eusse désiré , mais dans un
état de tranquillité suffisant pour recevoir le
bienfait d'une liberté sage et bien ordonnée :
enfin , malgré notre situation intérieure généralement
connue , et malgré les orages
politiques qui agitent d'autres Nations , j'ai
conservé la paix au dehors , et j'ai entretenu
avec toutes les puissances de l'Europe les
rapports d'égards et d'amitié , qui peuvent
rendre cette paix durable. "
«Après vous avoir ainsi préservés des
( ΙΘΙ )
grandes contrariétés qui pouvoient si aisé .
ment traverser vos soins et vos travaux , je
erois le moment arrivé , où il importe à l'intérêt
de l'Etat que je m'associe d'une manière
encore plus expresse et plus manifeste
àl'exécution et à la réussite de tout ce que
vous avez concerté pour l'avantage de la
France. Je ne puis saisir une plus grande
occasion que celle où vous présentez à mon
acceptation , des Décrets destinés à établir
dans leRoyaume une organisation nouvelle ,
qui doit avoir une influence si importante
et si propice pour le bonheur de mes Sujets
et sur la prospérité de cet Empire. »
Vous savez , Messieurs , qu'il y a plus
de dix ans , et dans un temps où le voeu de
la Nation ne s'étoit pas encore expliqué sur
les Assemblées Provinciales , j'avois commencé
à substituer ce genre d'administration
à celui qu'une ancienne et longue habitude
avoit consacré. L'expérience m'ayant
fait connoîtreque je ne m'étois point trompě
dans l'opinionque j'avois conçue de l'utilité
de ces établissemens , j'ai cherché à faire
jouir dumême bienfait toutes les Provinces
de mon Royaume ; et pour assurer aux nouvellesAdministrations
la confiance générale,
j'ai voulu que les Membres dont elles devoient
être composées , fussent nommés librement
par tous les Citoyens. Vous avez
amélioré ces vues de plusieurs manières , et
laplus essentielle , sans doute , est cette sub
divison égale et sagement motivée , qui , en
affoiblissant les anciennes séparations de
Province à Province , et en établissant un
système général et complet d'équilibre ,
réunit davantage à un même esprit et à un
même intérêt toutes les parties du Royaume.
Eij
(102)
Cette grande idée , ce salutaire dessein vous
sont entièrement dûs ; il ne falloit pas moins
qu'une réunion de volontés de la part des
Représentans de la Nation ; il ne falloit pas
moins que leur juste ascendant sur l'opinion
générale , pour entreprendre avec confiance
un changement d'une si grande importance,
et pour vaincre , au nomde la raisonn ,, les résistances
de l'habitude et des intérêts particuliers
. »
« Je favoriserai , je seconderai par tous les
moyens qui sont en mon pouvoir , le succès
de cette vaste organisation , d'où dépend à
mes yeux le salut de la France ; et , je crois
nécessaire de le dire , je suis trop occupé
de la situation intérieure du Royaume ; j'ai
les yeux trop ouverts sur les dangers de tout
genre , dont nous sommes environnés , pour
ne pas sentir fortement que , dans la disposition
présente des esprits , et en considérant
l'état où se trouvent les affaires publiques
, il faut qu'un nouvel ordre de choses
s'établisse avec calme et avec tranquillité ,
ou que le Royaume soit exposé à toutes les
calamités de l'anarchie. »
» Que les vrais Citoyens y réfléchissent ,
ainsi que je l'ai fait , en fixant uniquement
leur attention sur le bien de l'Etat , et ils
verront que , même avec des opinions differentes
, un intérêt éminent doit les réunir
tous aujourd'hui. Le temps réformera ce qui
pourra rester de défectueux dans la colection
des lois qui auront été l'ouvrage de cette
Assemblée ; mais toute entreprise qui tendroit
à ébranler les principes de la Constitution
même , tout concert qui auroit pour
but de les renverser ou d'en affoiblir l'heureuse
influence , ne serviroient qu'à intro
( 103 )
duire au milieu de nous les maux effrayans
de la discorde ; et en supposant le succès
d'une semblable tentative contre mon peuple
et moi , le résultat nous priveroit , sans
remplacement , des divers biens dont un
nouvel ordre de choses nous offre la perspective.>>
" Livrons-nous done de bonne- foi aux espérances
que nous pouvons concevoir , et ne
songeons qu'à les réaliser par un accord
unanime. Que par- tout on sache que le Monarque
et les Représantans de la Nation sont
unis d'un même intérêt et d'un même voeu ;
afin que cette opinion, cette ferme croyance
répandent dans les provinces un esprit de
paix et de bonne volonté , et que tous les
citoyens , recommandables par leur honnêtetee,,
tous ceux quipeuvent servir l'Etat essentiellement
par leur zèle et par leurs lumieres
, s'empressent de prendre part aux
differentes subdivisions de l'Administration
genérale , dont l'enchaînement et l'ensemble
doivent concourir efficacement au rétablissement
de l'ordre et à la prospérité du
Royaume. »
Nous ne devons point nous le dissimuler;
il y a beaucoup à faire pour arriver à
cebut. Une volonté suivie , un effort général
et commun sont absolument nécessaires
pour obtenir un succès véritable. Continuez
donc vostravaux , sans autre passion que celle
du bien ; fixez toujours votre premiere attention
sur le sort du Peuple et sur la liberté
publique; mais occupez - vous aussi d'adoucir,
de calmer toutes defiances , et mettez fin ,
le plutôt possible, aux differentes inquiétudes
qui éloignent de la France un si grand nom
bre de ses Citoyens , et dont l'effet contraste
E ig
( 104 )
avec les lois de sureté et de liberté que vous
voulez établir. La prospérité ne reviendra
qu'avec le contentement général. Nous appercevons
par- tout des espérances ; soyons
impatiens de voir aussi par-tout le bonheur."
Un jour , j'aime à le croire , tous les
François indistinctement reconnoîtront Pavantage
de l'entière suppression des différences
d'Ordre et d'Etat , lorsqu'il est question
de travailler en commun au bienpublic,
à cette prospérité de la patrie qui intéresse
également tous les Citoyens , et chacun doit
voir sans peine que , pour être appelé dorénavant
à servir l'Etat de quelque manière ,
il suffira de s'être rendu remarquable par ses
talens ou par ses vertus .
En même temps néanmoins , tout ce
qui rappelle à une Nation l'ancienneté et la
continuité des services d'une race honorée ,
est une distinction que rien ne peut détruire
; et comme elle s'unit aux devoirs de
la reconnoissance , ceux qui , dans toutes les
elasses de la société aspirent à servir efficacement
leur patrie , et ceux qui ont eu déja
le bonheur d'y réussir , ont un intérêt à respecter
cette transmission de titres ou de
souvenir , le plus beau de tous les héritages
qu'on puisse faire passer à ses enfans . "
Le respect dû aux Ministres de la Religion
, ne pourra non plus s'éffacer ; et lorsque
leur considération sera principalement
unie aux saintes vérités qui sont la sauvegarde
de l'ordre et de la morale , tous les
Citoyens honnêtes , éclairés auront un égal
intérêt à la maintenir et à la défendre.
Sans doute , ceux qui ont abandonné leurs
privilèges pécuniaires , ceux qui ne forme
( 105 )
ront plus , comme autrefois , un Ordre politique
dans l'Etat , se trouvent soumis à
des sacrifices dont je connois toute l'importance
; mais j'en ai la persuasion , ils auront
assez de générosité pour chercher un dédommagement
dans tous les avantages publics
dont l'établissement des Assemblées Nationales
présente l'espérance.
J'aurois bien aussi des pertes à compter ,
si , au milieu des plus grands intérêts de
l'Etat , je m'arrêtois à des calculs personnels;
mais je trouve une compensation qui me
suffit une compensation pleine et entière dans
l'accroissement dubonheur de la Nation , et
c'est du fond de mon coeur que j'exprime
ici ce sentiment.
H Je défendrai donc , je maintiendrai la
liberté constitutionnelle , dont le voeu général
, d'accord avec le mien , a consacré les
principes . Je ferai davantage , et , de coneert
avec la Reine , qui partage tous mes
sentimens , je préparerai de bonne heure
l'esprit et le coeur de mon fils au nouvel ordre
de choses que les circonstances ont
amené. Je l'habituerai , dès ses premiers ans ,
à être heureux du bonheur des Francois ,
et à reconnoître toujours , malgré le langage
des flatteurs , qu'une sage Constitution le
préservera des dangers de l'inexpérience ,
et qu'une juste liberté ajoute un nouveau
prix aux sentimens d'amour et de fidélité ,
dont la Nation , depuis tant de siècles
donne à ses Rois des preuves si touchantes . "
" Je ne dois point le mettre en doute ; en
achevant votre ouvrage , vous vous occuperez
sûrement avec sagesse et avec candeur
de l'affermissement du pouroir exécutif ,
cette condition sans laquelle il ne sauroit
E
( 106 )
exister aucun ordre durable au- dedans niaucune
considération au- dehors . Nulle défiance
ne peut raisonnablement vous rester ;
ainsi il est de votre devoir , comme Citoyens
et comme fideles Représentans de la Nation,
d'assurer au bien de l'Etat et à la liberté
publique cette stabilité qui ne peut dériver
que d'une autorité active et tutélaire. Vous
aurez sûrement présent à l'esprit que , sans
une telle autorité , toutes les parties de votre
systême de Constitution resteroient à-la- fois
sans lien et sans correspondance ; et en vous
occupant de la liberté que vous aimez et que
j'aime aussi , vous ne perdrez pas de vue que
le désordre en administration, en amenant
la confusiondes Pouvoirs , dégénère souvent ,
par d'aveugles violences , dans la plus dangereuse
et la plus alarmante de toutes les
tyrannies. "
Ainsi , non pas pour moi , Messieurs ,
qui ne compte point ce qui m'est personnel
près des lois et des institutions qui doivent
régler le destin de l'Empire, mais pour le
bonheur même de notre Patrie , pour sa prospérité
, pour sa puissance , je vous invite à
vous affranchir de toutes les impressions du
moment , qui pourroient vous détourner de
considérer dans son ensemble ce qu'exige un
Royaume tel que la France , et par sa vaste
étendue , et par son immense population ,
et par ses relations inevitables au dehors. د
Vous ne négligerez point non plus de
fixer votre attention sur ce qu'exigent encore
des Législateurs , les moeurs , le caractère
et les habitudes d'une Nation devenue trop
célebre en Europe par la nature de son esprit
et de son génie , pour qu'il puisse paroître
indifférent d'entretenir ou d'altérer en
( 107 )
elle les sentimens de douceur , de confiance
étdebontéquilui ontvalutant de renommée . "
Donnez lui l'exemple aussi de cet esprit
de justice qui sert de sauve -garde à la
propriété , à ce droit respecte de toutes les
Nations , qui n'est pas l'ouvrage du hasard ,
qui ne dérive point des privileges d'opinion ,
mais qui se lie étroitement aux rapports les
plus essentiels de l'ordre public et aux premières
conditions de l'harmonie sociale. "
« Par quelle fatalité , lorsque le calme
commençoit à renaître , de nouvelles inquiétudes
se sont- elles répandues dans les Provinces
! par quelle fatalité s'y livre-t-on à
de nouveaux excès ! Joignez - vous à moi pour
les arrêter , et empêchons de tous nos efforts ,
que des violences criminelles ne viennent
souiller ces jours où le bonheur de la Nation
se prépare. Vous qui pouvez influer par tant
de moyens surla confiance publique , éclairez
sur ses véritables intérêts le Peuple qu'on
égare , ce bon Peuple qui m'est si cher , et
dont on m'assure que je suis aimé , quand
on veut me consoler de mes peines. Ah ! s'il
savoit à quel point je suis malheureux à la
nouvelle d'un injuste attentat contre les fortunes
, ou d'un acte de violence contre les
personnes , peut-être il m'épargneroit cette
douloureuse amertume ! »
« Je ne puis vous entretenir des grands
intérêts de l'Etat , sans vous presser de vous
occuper , d'une manière instante et définitive,
de tout ce qui tient au rétablissement
de l'ordre dans les finances , et à la tranquillité
de la multitude innombrable de Citoyens
qui sont unis par quelque lien à la
fortune publique. Il est temps d'appaiser
toutes les inquiétudes; il esttemps de rendre
Eoj
( 108 )
2
à ce Royaume la force de crédit à laquelle
il a droit de prétendre. Vous ne pouvez pas
tout entreprendre à -la-fois : aussije vous invite
à réserver pour d'autres temps une partie
des biens dont la réunion de vos lumières
vous présente le tableau ; mais quand
vous aurez ajouté à ce que vous avez déja
fait , un plan sage et raisonnable pour l'exercice
de la justice , quand vous aurez assuré
les bases d'un équilibre parfait entre les revenus
et les dépenses de l'Etat ; enfin , quand
vous aurez achevé l'ouvrage de la Constitution
, vous aurez acquis de grands droits à
lareconnoissance publique ; et , dans la continuation
successive des Assemblées Nationale
, continuation fondée dorénavant sur
cette Constitution même , il n'y aura plus
qu'à ajouter d'année en année de nouveaux
moyens de prospérité à tous ceux que vous
avez déja préparés. Puisse cette journée , où
votre Monarque vient s'unir à vous de la
manière la plus franche et la plus intime
être une époque mémorable dans l'histoire
de cet Empire ! Elle le sera , je l'espère , si
mes voeux ardens , si mes instantes exhortations
peuvent être un signal de paix et de
rapprochement entre vous. Que ceux qui
s'éloigneroient encore d'un esprit de concorde
, devenu si nécessaire , me fassent le
sacrifice de tous les souvenirs qui les affligent
, je les paierai par ma reconnoissance
et mon affection. Ne professons tous , à
compter de ce jour , ne professons tous , je
vous en donne l'exemple , qu'une seule opinion
, qu'un seul intérêt , qu'une seule volonté
, l'attachement à la Constitution nouvelle
, et le desir ardent de la paix , du
bonkeur et de la prospérité de la France.
( 109 )
Réponse de M. le Président.
2
L'Assemblée Nationale voit avec laplus
vive reconnoissance , mais sans étonnement ,
la conduite confiante et paternelle de Votre
Majesté. Négligeant l'appareil et le faste du
Tróne , vous avez senti , Sire que pour
convaincre tous les esprits , pour entraîner
tous les coeurs , il suffisoit de vous montrer
dans la simplicité de vos vertus. Et lorsque
Votre Majesté vient au milieu des Représentans
de la Nation contracter avec eux
l'engagement d'aimer , de maintenir , et de
défendre la Constitution et les Lois , je ne
risquerai pas , Sire , d'affoiblir , en voulant
les peindre ,les témoignages de la gratitude ,
du respect et de l'amour que laFrance doit
au patriotisme de son Roi , mais j'en abandonne
l'expression au sentiment sûr , qui ,
dans cette circonstance , saura bien lui seul
inspirer les François . »
Plus d'une fois des applandissemens universels
, pardonnables au sentiment le plus
légitime , avoient interrompu le Discours
de S. M. Ils se répétèrent à sa sortie. M. le
Président l'accompagna jusqu'à la porte. La
Députation qui le reconduisoit au Château ,
trouva la Reine se promenant sur la Terrasse
avec M. le Dauphin . « Je partage , lui dit
cette Princesse , tous les sentimens duRoi.
« Voici mon fils ; je l'entretiendrai sans
• cesse des vertus du meilleur des Pères , et
de l'amour de la liberté publique , dont
« j'espère qu'il sera le ferme appui. »
Le premier voeu de l'Assemblée fut celui
qu'exprima M. de Clermont - Tonnerre , de
témoigner à S. M. la reconnoissance du
Corps Législatif, par une Adresse'de remer(
110)
cimens . On décréta la même démarche auprès
de la Reine ; 60 Membres présentèrent
le soir même cette Adresse à LEURS MAJESTÉS
.
Le spectacle auguste et touchant que nous
venons de rendre , fut suivi d'un autre tableau
. On n'étoit pas encore revenu de la
première impression du Discours de S. M.
de ce Discours , qui est l'histoire pathétique
du passé , du présent , et l'espérance
de l'avenir , que M. Goupil de Préfeln demanda
qu'à l'instant , tous les Députés prétassent
le serment civique. Immédiatement ,
sur l'avis de M. Emery , il fut décidé de
repousser de l'Assemblée ceux qui refuseroient
cette prestation . M. le Président donna
l'exemple ; il ouvrit la cérémonie , monta à
la Tribune et dit :
" Je jure d'être fidèle à la Nation , à la
• Loi , au Roi , et de maintenir de tout mon
- pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblée
Notionale , et acceptée par le
Roi. "
Cette formule servit à tous : les Tribunes ,
les Galeries , peuplées de personnes des deux
sexes , se joignirent à cette adhésion religieuse
, en levant les mains. M. le Gardedes
-Sceaux , en sa qualité de Député , prêta
le même serment. Puisse - t-il remplir les
vues du Chef de la Nation et de ses Représentans
, et en imposer à tous ceux qui tenteroient
de troubler la liberté ou la paix
publique !
DU VENDREDI 5 FÉVRIER.
Les Membres qui n'avoient pas été présens
à la Séance d'hier , se sont empressés
111
de prêter le serment civique , dont la formule
a été répétée.
M. le Président a rendu compte de la
- Députation qui avoit été envoyée la veille
vers le Roi et la Reine. Voici les deux Discours
qu'il a prononcés et la réponse de
Leurs Majestés :
"
SIRE ,
Nous venons offrir à Votre Majesté les
premiers fruits de son patriotisme et de ses
vertus. "
L'oubli de toutes les divisions , le concert
de toutes les volontés , la réunion de
tous les intérêts particuliers dans le seul
intérêt public; le serment solennel , prononcé
par tous les Représentans du Peuple François
, d'être fideles à la Nation , à la Loi ,
au Roi, à la Constitution ; les Citoyens en
foule , demandant leur association à ce pacte
auguste et saint : tels sont , Sire , les heureux
effets de votre présence à l'Assemblée
Nationale. Pourquoi faut-il que le coeurhumain,
juste et sensible de Votre Majesté ,
ait été privé de ce spectacle attendrissant !
Interprètes des voeux de la Nation , nous
devons l'être de sa reconnoissance. Daignez ,
Sire , en recevoir le tribut avec bonté. L'amour
et la confiance des Peuples sont les
vrais trésors des bons Rois. Jouissez - en ,
Sire , et que ce juste hommage de vos Contemporains
vous soit le sûr garant des bénédictions
que la postérité réserve à votre
mémoire. »
Réponse du Roi.
« Le prix que vous attachez aux sentimens
que je vous ai témoignés , m'est un nouveau
garant de la réunion de nos soins pour le
(112)
✓bien de la Patrie. J'espère que tous les bons
Citoyens , tous les vrais amis du Peuple , se
rallieront autour de moi pour consolider sa
liberté et son bonheur : le serment que vous
avez prêté , après m'avoir entendu , m'en
donne l'assuranee.
" Puisse cette heureuse conformité de nos
principes et de nos sentimens , assurer la
gloire et la felicite de la plus grande et de
Ja meilleure des Nations !
Discours de M. le Président à la Reine.
MADAME ,
L'Assemblée Nationale a recueilli avee
laplus vive et la plus douce reconnoissance ,
les paroles nobles et touchantes qui lui ont
été transmises de la part de Votre Majesté. »
«Dépositaire des espérances de la France
et du Trône , veillez , Madame , sur ce rejeton
précieux. Qu'il ait la sensibilité , l'affabilité
et le courage qui vous caractérisent !
Vos soins assureront sa gloire , et la France ,
dont vous aurez procuré le bonheur , en sentira
doubler le prix , en songeant qu'elle le
doit aux vertus de Votre Majesté. »
Réponse de la Reine.
• Messieurs , je suis bien sensible aux témoignages
de votre affection : vous avez lu
ce matin les expressions de mes sentimens ;
ils n'ont jamais varié pour une Nation que
j me fais gloire d'avoir aaddoptée en m'unissant
au Roi. Mon titre de mère en assure
pour toujours les liens. »
Ces Discours ont été vivement applaudis ,
et de la manifestation de ces sentimens ,
M. Malouet a pris occasion de dire : » Je ne
pensepas qu'il ne doive rester d'autres traces
(113)
de la Séance d'hier , que de stériles applaudissemens
. La demande du Roi a été déterminée
par de grands motifs ; il en doit résulter
nécessairement de grands effets. Je
demande que l'on délibère sur la demande
du Roi ; qu'une Séance soit consacrée à examiner
les principaux points de son Discours ,
et à recevoir les observations auxquelles il
pourra donner lieu. »
Cette ouverture a rencontré beaucoup
d'opposition ; on a réclamé l'ordre du jour.
M. Mulouet a insisté : M. de Biauzat , M.
d'Estourmel et d'autres ont objecté que
c'étoit concourir aux vues du Roi que d'aceélérer
la division du Royaume. L'ordre du
jour a été décrété. M. Malouet a annoncé
qu'il répéteroit sa Motion , et la rendroit
publique: elle l'est , en voici la substance :
Trois objets principaux , Messieurs ,
m'ont frappé dans le Discours du Roi. Sa
Majesté s'est associée d'une manière plus
intime aux travaux de l'Assemblée Nationale ,
à la Constitution , c'est-à-dire , que tous les
pouvoirs , toutes les forces de la Nation concourent
aujourd'hui à la même fin , qui est
la liberté , le bonheur de tous , l'empire
unique de la Loi. »
4 Dès - lors , Messieurs , toutes défiances
sont désormais contraires au but que vous
vous proposez , toutes les divisions , toutes
les exagérations , dangereuses. »
« Quel doit donc être le premier et le
plus salutaire effet de la déclaration du Roi ?
C'est de rétablir la confiance dans tous les
coeurs , comme elle doity porter l'espérance .
C'est d'étouffer tous les germes d'inimitié et
de ressentiment; c'est d'effacer les soupçons ,
et de faire disparoître au milieu de nous ,
( 114 )
les barrières qui nous séparent de la vraie
liberté , de son esprit , de ses principes et
de ses moeurs ; je veux parler de ces formes
inquisitoriales qui alarment une partie des
Citoyens , sans faire le bonheur d'aucun ; car
aucun de nous ne s'intéresse au bonheur des
mécháns .
"
"
Le second objet remarquable dans le
Discours du Foi , est la touchante exposition
des désordres qui affligent le Royaume ,
et la nécessite d'y pourvoir. Je sais que la
liberté vaut la peine d'être achetée ; mais
vous savez , Messieurs , que son plus illustre
défenseur , Rousseau , la croyoit trop payée
par le sang d'un seul Citoyen . Sans doute la
liberté commande des sacrifices ; mais ce
n'est pas celui de l'ordre , des moeurs , des
droits les plus sacrés de la Société. Les sacrifices
qu'elle exige , ceux qui lui sont utiles ,
participent au caractère auguste qui lui appartient
: elle ne retranche de nos jouissances
que pour y ajouter ; et ses bienfaits les plus
précieux sont toujours à côté des privations
qu'ellesollicite.-Maislalicence, Messieurs ,
les violences de la copidité , celles de l'orgueil
, de la vengeance , la violation de tous
les droits! Ah! tous ces fléaux , qui désolent
plusieurs de nos Provinces , ne sauroient être
les précurseurs nécessaires de la liberté des
François .... Et qu'il me soit permis de vous
le dire , Messieurs , il n'entre ici que des
hommages ; mais l'inquiétude est àla porte, et
cette Tribune doit être l'asvle de toutes les
vérités . Si le calme ne se rétablit promptement
, si les Lois éternelles de l'ordre et de
la justice sont plus long-temps méconnues ,
en vain vous en feriez de nouvelles . »
«Jamais l'autorité Royale , dans sa pureté ,
( 115 )
et l'excellent Prince qui en est dépositaire ,
ne vous ont été suspects. Ce sont les Agens
du Pouvoir exécutif que vous avez redoutés ;
ce sont leurs anciennes habitudes , leurs prétentions
, leurs usurpations que vous avez
voulu effacer , et cela est fait aujourd'hui.
Ma's convient- il à la Nation , à son bonheur
, à son repos , au succès de vos travaux ,
de prolonger cette nullité du Pouvoir exécutif;
et serions - nous excusables de le faire ,
lorsque le Chef Suprême de ce Pouvoir , se
plaît à montrer des dispositions aussi conforines
aux principes que vous avez consacrés
? - Non , Messieurs , je vous en conjure
au nom de la liberté même , ne nous permettons
pas de plus longs délais pour rétablir
l'action de la force publique. "
« Ici , je cherche les difficultés , j'appelle.
les objections , je demande ce que la prudence
nous conseille , ce que la nécessité des
circonstances commande ;j'examine enfin le
voeu de nos Commettans , leurs instances
répétées pour obtenir une autorité protectrice;-
par - tout je vois le nom du Roi
chéri et invoqué à côté de la liberté , dont
il est aujourd'hui le garant , comme il en
fut le premier promoteur ; par- tout je vois
le besoin de cette autorité , et la liberté
compromise si elle ne se manifeste. "
« La troisième partie du Discours du Roi ,
qui m'a paru solliciter toute votre attention ,
est ce que le Roi vous dit et vous conseille
sur l'état des Finances . "
Nous sommes aceablés de Mémoires et
de Projets sur les Finances , il en est peu ,
il n'en est point peut- être qui présente un
systême complètement admissible ; mais on
trouve , dans plusieurs , les notions et les
(116)
principes qui peuvent nous conduire à en
adopter un . »
Je sais que le Comité des Finances ,
livré à un travail infatigable , s'est constam
ment occupé de remplir la mission qui lui
est confiée ; mais je ne peux dissimuler mon
étonnement qu'il ne nous ait pas encore présenté
un état exact et précis de notre situation
et de nos ressources . »
D'après ces considérations , M. Mulouet a
proposé le Projet de Décret suivant :
1º. L'Assemblée Nationale supplie le Roi
de donner tous les ordres et de prendre les
mesures les plus efficaces pour la protection
des propriétés et la sureté des Citoyens. »
2º. L'Assemblée Nationale ordonne , en
conséquence , que tous les Corps Administratifs
et Militaires exécutent ponctuellementles
ordres qui leur seront adressés par Sa
Maj. contresignés par un Secrétaire d'Etat. >>>
3 °. L'Assemblée Nationale déclare que
toute résistance aux ordres du Roi , ou leur
inexécution non motivée sur la violation
constatée des Décrets constitutionnels , seront
punies comme forfaiture , et que toute
insubordination dans l'Armée de terre et
de mer doit être jugée et punie conformément
aux Ordonnances Militaires .
4°. L'Assemblée Nationale , indissolublementunie
à la Constitution et au Roi , par le
serment que tous ses Membres ont renouvelé,
n'ayant plus rien à craindre pour la liberté
publique , qui est désormais sous la garde
duMonarqueet du Peuple François , révoque
etabolit son Comité des Recherches , et tous
ceux qui pourroient être établis dans differentes
Villes du Royaume.
5°. L'Assemblée Nationale ordonne à son
( 117 )
Comité des Finances , de lui rendre compte
incessamment du déficit des impulsions dans
Les six derniers mois de 1789 , et des moyens
d'assurer la balance des dépenses et des recettes,
Sur l'avis de M. l'Abbé Grégoire , on a
décrété que le Comité des Rapports , et tous
les Comités seroient autorisés à répondre
aux Lettres qui leur sont adressées , après
avoir consulté les Députés des Départemens
intéressés .
M. Sage , Physicien célèbre , renonçant
aux honoraires de 6000 liv. que le Gouvernement
lui accorde annuellement , promet
de continuer gratuitement ses leçons , ses
cours et ses travaux sur la Minéralogie ; il
ajoute , au sacrifice de son temps , le présent
de sa Bibliothèque , valant 15,000 liv. et
enfin il prend l'engagement de compléter
le Cabinet Minéralogique de la Monnoie ,
quoique la dépense à faire pour cet objet soit
au moins de 30,000 liv .
M. le Président a été chargé d'écrire une
Lettre de remercîment à M. Sage.
DIVISION DU ROYAUME.
MM. Gossin et Dupont ont repris succinetement
la suite des Rapports sur la division
duRoyaume.
L'Assemblée a décrété la division du Dés
partement de Caen , dont cette ville sera le
chef-lieu , en six Districts : Caen , Bayeux ,
Lire, Falaise, Lisieux et Fort-l'Evêque.
Celle du Département de la Basse-Auvergne
en 8 Districts , dont les chef-lieux ,
ainsi que celui du Département , seront
incessamment fixés par les Députés du Département,
( 118 )
Celle du Département du Gévaudan , dont
Mendes sera provisoirement le chef-lieu , en
sept Districts.
Celle du Département de l'Albigeois , dont
Castres provisoirement sera le chef-lieu , en
cinq Districts ; Castres alternera avec Alby
et Lavaur.
La division du Département de Besançon ,
dont cette Ville sera le chef-lieu , a été décrétée
en six Districts .
Le Département d'Aval , dont le chef- lieu
alternera entre Lons - le - Saulnier , Dole ,
Salins et Foligny , sera divisé en six Districts ;
et le lieu de l'Election , pour le Département
et l'Assemblée Nationale , invariablement
fixé à Arbois .
M. Demeunier a parlé avec chaleur pour
obtenir l'établissement d'un septième District
à Nozeroi, lieu de sa naissance ; il a
principalement fondé sa demande sur des
motifs d'utilité publique. MM . les Députés
du Département d'Aval ont proposé la question
préalable , qui a été adoptée.
LeDépartement de Vesoul , qui aura cette
ville pour chef-lieu , sera divisé en six Districts.
ceCo-
M. Treilhard a proposé , au nom du Comité
Ecclésiastique , trois Projets de Décret.
Le premier , ponctuellement adopté , porte
sur l'adjonction de 15 personnes à
mité ; le second , tendant à obliger tous les
Bénéficiers d'envoyer , sous quinzaine , la
Déclaration du nombre et du titre de leurs
benéfices , ainsi que des pensions qu'ils possèdent
, à quelque titre que ce soit, et sous
peine d'être déchus desdits bénéfices et
pensions.
Personne n'a parlé contre le fond de ce
( 119 )
Décret ; mais les accessoires et la rédaction
ont engagé une très-longue discussion.
M. l'Abbé de Barmand s'est élevé contre
la clause comminatoire qu'il a représentée
comme injurieuse aux Ecclésiastiques , et
contre le terme des déclarations : Je ne
possède aucun bénéfice , a- t- il dit , et c'est
le titre avec lequel je viens défendre les
bénéficiers. Il en est d'étrangers , d'absens ,
de malades . Comment pourront-ils satisfaire
à votre Décret , dans un délai aussi
court que celui qu'on vous propose ? Il doit
être au moins prolongé à un mois. »
Un très-grand nombre de Députés s'empressoient
d'appuyer ces observations , lorsqu'un
Membre a avancé que plusieurs Curés
l'avoient chargé de leurs déclarations , que
possédant des Cures de 18 à 19 cents liv. ,
ils n'en avoient déclaré que 4 ou 5 cents ;
qu'il avoit cru devoir leur renvoyer ces declarations
en leur disant que ce n'étoit pas
ainsi qu'on trompoit la Nation .
Cette assertion , qui n'a pas été discutée ,
a néanmoins fait décréter la clause comminatoire.
Un Membre , Bénéficier de l'Ordre de
Malthe , venoit de demander que cette espèce
de bénéfices fût aussi soumise aux déclarations
. Ceux de Saint- Lazare y ont été
ajoutés , et aussi les Chanoinesses qui ont
des pensions sur les bénéfices ou sur les
économats.
Un dernier amendement a été élevé par
M. de Cazalès ; il a demandé que les déclarations
fussent envoyées par les Municipalités
. M. de Rochebrune a vigoureusement
appuyé cette opinion : « Comment , s'est-il
- écrié , une infidélité de la poste , un paquet
( 120 )
« égaré , pourront faire décheoir un honnête
« Ecclésiastique de ses revenus !
Une foule d'amendemens et de sous - amendemens
plus ou moins infructueux , flottoient
dans la discussion. Enfin , celui de
M. de Cazalès a surnagé. On l'a combattu
encore , refuté , puis adopté en ces termes :
" Les déclarations seront reçues sans frais ,
et renvoyées à l'Assemblée dans la huitaine
de l'expiration du délai , par les Municipalités
des Villes les plus voisines du lieu de
la résidence des Bénéficiers . "
M. Treilhard a proposé en troisième lieu de
décréter dès- à-présent , que dans toutes les
Municipalités où il y auroit deux Maisons
Religieuses du même Ordre , il en seroit
supprimé une ; que dans celles où il y en
auroit trois , il en seroit supprimé deux , et
trois dans celles où il s'en trouveroit quatre ;
la ville de Paris déclareroit dans huique
taine , et les Assemblées de Département
immédiatement après leur formation , quelles
étoient celles de ces Maisons qu'elles entendoient
conserver.
Cette proposition a été adoptée.
DU SAMEDI 6 FÉVRIER.
MM. Gossin , Dupont et de Cernon ont
continué le Rapport de la Division du Royaume.
Le Département de Bordeaux se divisera
en sept Districts , Bordeaux , Libourne ,
Bazas , la Réolle , Cadillan , Bourg ou Blaye,
et Lesparre.
Le Département d'Aunis et Saintonge
en sept Distriets : la Rochelle , Saint-Jean-
'Angeli , Rochefort , Marenne , Xaintes et
Ponts. Kaintes sera provisoirement le Chefdien.
Les
( 121 )
Les contestations renvoyées à l'Assemblée
des Electeurs .
Le Département de Vermandois et Soissonnois
en six Districts : Laon , Soissons ,
Château-Thierry, Chauny,S. Quentin, et Puy.
"
M. le Président a fait lecture d'une lettre
de M. d'Antraigues qui , étant indisposé ,
envoye son serment : « Je ne regarderai jamais
comme une infraction à ce serment ,
dit- il en terminant sa lettre ,la liberte
« d'exposer par écrit les imperfections de
la Constitution , pour en préparer la réforme
aux Legislatures suivantes . "
"
et
Cette restriction a excité de violentes ra
meurs dans une partie de l'Assemblée. L'on
a demandé que la Lettre fût renvoyée à son
Auteur. A ces mots , M. Malouet a abordé
le principe de la question .
« Censurer , par un Décret , a- t- il dit ,
l'observation dont il s'agit , seroit porter
uue atteinte à la liberté Nationale. Il doit
être permis à tout Citoyen d'écrire ses idées
sur la Constitution ; il est même nécessaire
que l'opinion publique éclaire le Législateur.
Je crois que la censure qu'on vous demande,
feroit dans les Provinces et dans la capitale
une impression extrêmement défavorable. »
M. Charles de Lameth a abandonnéle príucipe
, pour suivre une application personnelle
à M. d'Antraignes : il paroît , a- t- ildit ,
que les scrupules deM. le Comted' Antraigues
prennent leur source dans sa solicitude pour
la chose publique. On y reconnoît le caractère
d'un honime, qui s'est montré si solennellementopposéà
tous vos principes et à luimême.
On ne peut lui ôter la liberté d'écrire
contre la Constitution ; mais ce n'est pas à
l'Assemblée à l'y autoriser. Lorsque sa santé
Nº . 7. 13 Janvier 1790. F
(122 )
sera rétablie , qu'il vienne prêter le même
serment que nous avons tous prêté.
Trois lettres semblables ont été annoncées
de la part de MM . de Chailloué , de Bouville
et le Vicomte de Mirabeau . « Je ne puis ,
dit ce dernier , jurer de maintenir toujours ,
de tout mon pouvoir , la Constitution que
nous formons . Ce seroit jurer de m'opposer
de tout mon pouvoir au droit de la Nation,
qui peut toujours réformer sa Constitution.
Ce seroit préférer un Décret de l'Assemblée
Nationale , sanctionné par le Roi , à la volonté
de la Nation. " Personne n'a demandé
quecette lettre fût renvoyée à M. de Mirabeau ;
mais personne ne lui a répondu.
Le principe fondamental est demeuré
non jugé. Cependant en ce moment il seroit
spécialement à désirer qu'il fût donné une
interprétation à la formule d'un serment ,
auquel tous les Citoyens sont appelés , et
dont on pourroit tirer des conséquences
aussi nuisibles à la liberté , que le but et l'esprit
du serment doivent lui être utiles,
L'on a décidé simplement qu'on passeroit
à l'ordre du jour.
M. le Brun , Membre du Comité des Finances
, a fait ensuite un rapport sur la
ré duction à faire dans les dépenses de chaque
Département. Il a annoncé une réduction
de vingt millions sur le Département de la
Guerre , d'un million cinq cents mille livres
sur le Département de la Marine , de trois
millions quatre cents mille livres sur les
Maisons des Princes , enfin une réduction
d'un million sur le Département des Affaires
Etrangères. Il est entré dans les détails de
la réduction que devoit supporter ce dernier
Département , et il a fiai par proposer
( 123 )
un Projet de Décret , qui fixe ponr l'année
1790 les dépenses du Département des Affaires
Etrangères à la somme de six millions
sept cents mille livres , et pour le premier
Janvier 1791 , les dépenses du même
Département à la somme de six millions
trois cents mille livres .
Plusieurs observations de détail ont été
faites sur les fixations de ce Rapport ; M.
Dupont de Nemours a pris la parole :
Ce n'est pas , a-t- il dit , par des minuties
qu'un grand Empire parviendra à se
régénérer. Pendant que ces détails vous absorbent
, vous risquez de perdre vos ressources
et votre Constitution. »
« Depuis l'opération du 19 Décembre , dont
vous attendiez votre salut , votre état est
empiré.>>
Vous avez crée une Caisse de l'Extraordinaire
, et rien n'y a été versé. "
"Il ne faudra pas négliger ces détails d'économie
en 1791 ; mais il est instant de pourvoir
sans aucun délai aux besoins de1790. «
que ces
Craignez que vos ressources extraordinaires
n'arrivent pas à temps. Vous avez
refusé de prononcer sur un point constitutionnel,
sur le sort devotre Clergé, sur laplacé
Officiers publics occuperont dan
un systême général. Eclairez par cette rés
solution lesressources que vous pourrez tire
des biens Ecclésiastiques. Vous ne savez par
encore le sens de votre Décret sur les
dimes. Seront-elles rachetées ou non ? Les
biens Ecclésiastiques séparés des dimes nes
suffisent pas à l'entretien du Glergé.
" Mais il ne suffira pas d'avoir décrété
la vente de tant de domaines . Ne vous exposez
pas au danger où se trouve la Répu
Fij
(124)
blique Américaine ; elle subsiste par des
ventes de domaines ; elle n'a pas de force
publique , et si elle n'étoit séparée de l'Europe
par la mer , elle seroit journellement
menacée de sa ruine. Il faut des impositions
. Les Gabelles , les Aides ne sont pas
remplacées ; c'est un objet de 140 millions ,
et si les dîmes ne sont pas rachetées ou
perçues , c'est 240 millions de revenu qui
vous manqueront. "
K Je demande que vous ne cessiez deyous
occuper des points constitutionnels qui
tiennent aux Finances ; que vous déterminiez
l'état des Ecclésiastiques , les fonds
nécessaires à leur traitement , les ressources
que vous pouvez tirer des biens du Clergé ,
le remplacement des revenus suspendus , ou
de ceux qui doivent être supprimés . "
M. Ræderer : « Un autre de nos malheurs
est le défaut de circulation. Le discrédit
des billets de Caisse en est la cause , et
il provient du non placement des assignats
qui doivent payer la Caisse d'Escompte , etla
mettre en état d'ouvrir ses payemens , en retirant
ce numéraire fictif , qui s'avilit par sa
multiplicité. C'est pourn'avoirpoint déterminé
les biens qui seroient mis en vente , que le
cours des assignats reste suspendu. "
« Le Trésor public qui doit recevoir ,
jusqu'au premier Juillet , 80 millions en
billets de la Caisse d'Escompte , verse tous
les jours ces billets dans la circulation ; les
effets perdent 3 ou 4 pour 100 , ils perdront
ncessamment 5 pour 100. "
- Je demande que Mardi l'on prenne une
résolution relative au régime Ecclésiastique
en général , et à la disposition des biens
( 125 )
dont on n'a jusqu'ici décrété que la disponibilité.
»
M. de Virieu : « Il est impossible d'exécuter
une détermination sur les biens Ecclésiastiques
, sans le secours des Administrations
Provinciales . Je demande qu'on s'occupe
sans relâche de la division du Royaume. "
Il est décrété qu'il y aura une Séance tous
les soirs , et même le Dimanche , pour terminer
cet objet .
Le rapport du Comité des Finances est
ajourné à Vendredi.
Enfin , sur l'avis de M. Treillard , il est
encore décrété
"
- Que le Comité Ecclésiastique présentera
incessamment le plan de constitution et
"d'organisation du Clergé , ainsi que ses
4 vues sur le sort des Titulaires actuels . "
DU SAMEDI 6 FÉVRIER, SÉANCE DU
SOIR.
A la suite de la lecture de nombre d'Adresses
et de l'annonce de différens dons
patriotiques , M. le Chapelier a proposé un
Décret Judiciaire sur la nouvelle Chambre
des Vacations de Rennes , conforme à celui
rendu contre les premiers Magistrats du
même Parlement , que nous vîmes le mois
dernier à la Barre de l'Assemblée .
Cette conformité a paru à M. de Cazalès
un titre d'adoption en faveur du Décret.
« Cependant , a-t- il ajouté, il me seroit aisé
de prouver qu'il n'existe ici aucun délit.
Tout Citoyen est maître de rentrer dans
la vie privée , et de résiguer ses fonetions
" publiques ; ou la liberté est méconnue .
44
4
4
Laisserez - vous , d'ailleurs , sans animadversion
, la conduite de la Municipalité de
:
Fiij
(126 )
1
41
Rennes , qui fait garder chez eux , et jusques
dans leur appartement , onze Citoyens
nonprévenus de délit , non décrétés , non
« jugés ? Aurions -nous done changé le despotisme
Ministériel conte le despotisme
• Municipal? Je demande que , poursuivant
la tyrannie par-tout où elle se trouve ,
" l'Assemblée fasse rendre la liberté aux
Magistrats de Rennes , et blâme la Muni-
- cipalité. »
M. le Chapelier a repris la parole , pour
exposer que la désobeissance des Magistrats ,
àl'instant où une partie de la Garde Nationale
étoit allée defendre les foyers de la
Noblesse , la fermentation générale , la sureté
même des onze Magistrats ,légitimoient leur
détention.
८
11
Aune grande Majorité , il a été décrété
que les ci-devant Juges appelés pour commposer
la Chambre des Vacations , dernièrement
nommée en Bretagne , ne seront
admis à exercerles droits de Citoyens actifs ,
que lorsque , sur leur Requête , présentée
« au Corps Legislatif, ils en auront obtenu
la permission. »
"
"
Le Châtelet de Paris a été admis à prêter
le serment civique dans l'Assemblée .
M. Faydet, Député du Quercy , a redemandé
toute l'attention de l'Assemblée sur
les horreurs dont cette Province est le
théâtre. On y a poussé l'oubli de toute humanité
, de tonte morale , de tout respect
humain , jusqu'à détetrer le cadavre d'un
Gentilhomme mort il y a trois mois , pour
en briser et profaner les ossemens .
Cette violation des sépultures , sacrées
même pour les Sauvages les plus voisins de
l'état de nature , ce récit de M. Faydel ,
( 127 )
l'annonce qu'il a faite du refus de payer la
Capitation dans le Quercy , ont néanmoins
excité des clameurs .
M. Emery a prétendu que si chacun entretenoit
l'Assemblée des mouvemens de sa
Province , et de l'histoire de ses Correspondances,
on perdroit un temps précieux , et qu'il
falloit renvoyer ces details au Comité des
Rapports.
Cette sécurité de M. Emery a excité
la plus violente improbation . L'Assemblée ,
en adoptant le renvoi au Comité , a ordonné
qu'il rendroit compte de l'affaire, Lundi à 2
heures.
La démarche et le Discours du Roi
ont excité dans le Public de la Capitale
le même enthousiasme qu'à l'Assemblée
Nationale. Le soir même , l'Hôtel-de-
Ville étant assemblé , M. Bailly proposa
d'envoyer à S. M. les témoignages
du respect et de l'affection de la Com
mune , par une Députation spéciale.
D'une voix unanime cet avis fut adopté ;
on l'exécuta le lendemain , et 60 Députés
se rendirent au Château des Tuileries .
Samedi , la Reine reçut le même hommage.
La Séance de la Commune , le 4 au
soir , fut encore très - remarquable par
la prestation générale du Serment Civique.
M. le Maire en prononça la formule;
elle fut juréé par chaque Membre
de l'Assemblée appelé nominativement ;
Fiv
( 128 )
ensuite les Spectateurs imitèrent cet
exemple: enfin , on proposa d'y admettre
lamultitude rassemblée sur la place. Du
perron de l'Hôtel-de-Ville , M. Bailly
répéta le Serment ; on l'écouta en silence
, et le Peuple y adhéra avec des
acclamations de vive leRoi et la Nation.
Au nombre des Discours prononcés
dans cette Séanee , il y en eut de M.
Abbé Fauchet , qui employa toutes les
forces de la rhétorique , et l'emphase du
panégyrique , pour faire décerner à M.
Bailly le titre de Municipe Général de
toutes les Communes du Royaume ;
et à M. de la Fayette , celui de Frère
d'Armes de toutes les Gardes Nationales
. Cette grande idée, très-mal accueillie
, fut repoussée par des sentimens
énergiquement exprimés .
De l'Assemblée et de l'Hôtel-de-Ville ,
la cérémonie du Serment a passé dans
tous les Districts , où elle s'est faite avec
plus ou moins de solennité. Dans la soirée
du 4 , la Ville fut illuminée ; Dimanche
prochain , on chantera un Te
Deum à Notre-Dame.
Le Serment Civique deviendra sans
doute général dans le reste du Royaume.
Il aura des effets propices , s'il pénètre
chaque Citoyen de l'obéissance complète
qu'il doit à la Constitution . Nous
n'avons cessé de prêcher cette soumission
à ceux que pouvoient bercer encore
de chimériques espérances . La Loi
( 129)
est faite, leur disions-nous , on ne peut
y contrevenirsansdélit; et, latrouva-t-on
défectueuse , ou détestable , il faut en
reconnoître l'empire , ou s'exiler. Personne
ne doit opposer sa volonté particulière
à celle de la Majorité du Corps
Législatif, légalement déclarée , et consacrée
par le Roi. Toute infraction
toute résistance active , tout projet exécuté
contre la Loi , deviendroit une révolte
et un parjure. Dans les terribles
circonstances où nous sommes , chacun ,
d'ailleurs, doit se convaincre que la moindre
violation fourniroit un prétexte aux
excès et aux persécutions. Il ne paroît
pas qu'il puisse rester deux avis à ce
sujet. Quelques Personnes ont refusé leur
adhésion à la dernière partie du Serment
qui oblige chacun à maintenir de tout
son pouvoir la Constitution : ils trouvoient
cette clause trop vague , par conséquent
dangereuse , et contraire aux
droits du Citoyen et de la Nation.
M. Bergasse , en particulier , a developpé
cette opinion dans une Lettre
éloquente et énergique à M. le Président
de l'Assemblée Nationale. Il y
énonce , sans détour , les vices qu'il impute
à la Constitution , non achevée.
Ces objections contre la seconde partie
du serment furent alléguées Lundi dernier
dans l'Assemblée Nationale par
ceux des Membres qui n'avoient pas
encore prêté le serment. M. le Prési-
Fo
1
( 130 )
dent expliqua qu'il ne pouvoit prévaloir
contre le droit National de réformer
la Constitution , et d'après cette explication
, MM. de Bouville , de Chailloué
, de Saint- Simon , d'Argenteuil
et le Vicomte de Mirabeau prêtèrent
le serment . M. d'Antraigues et M. Bergasse
, malades , n'ont pas paru à l'Assemblée.
Il nous semble qu'il ne peut
leur rester de scrupules ; car , non-seulement
, aucun serment ne peut attaquer
le droit imprescriptible de la Nation
, nile droit individuel de ceux qui
la composent , de parler , d'écrire sur
la Constitution , d'en discuter les Lois
sans les patrager , parce que l'outrage
est undélit , ni en un mot d'user de la prérogative
consacrée par la Déclaration
des Droits , de faire servir la raison publique
à celle du Législateur. Les Citoyens
sages enchaînent leur obéissance
auxDécrets dela Puissance Nationale;des
esclaves seulsenchaînent leur conscience
et leur jugement .
Onda entendu les différens témoins
appelés dans l'affaire de M. de Favras ,
sur le Jugement interlocutoire du Châ
telet . Le premier a été M. le Comte de
la Châtre , dont la déposition est
infidèlement rapportée dans plusieurs
Feuilles publiques : nous en donnerons
une copie authentique.
2
Je déclare que j'ai connu M. le Marquis
de Favras lorsqu'il servoit dans la Garde
( 131 )
Suisse de Monsieur, frère du Roi; je l'ai
perdu de vue depuis le moment où il a
quitté ce Corps ( en 1776) jusqu'à celui de
l'ouverture del'Assemblée Nationale. Depuis
cette époque , je l'ai rencontré plusieurs fois
dans les Cours et Galeries de la Salle de
l'Assemblée à Versailles ; il m'y a parlé de
Projets de Finances , m'a demandé de venir
en causer chez moi , mais il n'a pu m'y lire
ses Plans : les évènemens des 5 et 6 Octobre
ayant nécessité le départ du Roi pour Paris ,
M. de Favras est venu peu de temps après
m'y trouver , et m'y lire une Motion en Finance
, qu'il me dit avoir concertée avee
M. le Comte de Mirabeau , qui pourroit la
faire le lendemain à l'Assemblée. Il revint
une autre fois pour me dire qu'il avoit su
que Monsieur vouloit supprimer un abonnement
de deux places d'éleves , pour lesquelles
il avoit souscrit chez le sieur Bourdon de la
Crosnière ; que son fils en remplissoit une ,
et qu'elles coûtoient à Monsieur 5000 livres
par année. J'ignorois absolument ces faits ;
il m'ajouta qu'il desiroit que ce Prince voulût
bien convertir en pension sur la tête de son
fils , une partie du traitement qu'il faisoit
à son Maitre , afin de pouvoir continuer ses
études en Province. Je trouvai sa demande
raisonnable , et je promis de l'appuyer. »
« Depuis ce moment , M. de Favras est
venu souvent chez moi , je l'y ai reçu devant
toutes les personnes de ma connoissance , et
notamment devant M. Beauchéne , Membre
du Comité de Police de la Ville; il étoit
très-pressé de la conclusion de l'affaire de
son fils , pour envoyer sa famille en Auvergne
, et se rendre en personne dans le
Brabant ; je parvins enfin à obtenir ce qu'il
Fej
( 132)
desiroit. A-peu- près à cette époque , il vint
me dire qu'il avoit appris que Monsieur vouloit
vendre cent mille liv. de rentes viagères
qu'il avoit sur les trente têtes de Genève ,
que le marché fait à 900,000 liv. venoit de
manquer , qu'il se trouveroit heureux de
donner à Monsieur des preuves de son respect;
qu'il connoissoit des Banquiers Hollandois
qui prêteroient volontiers jusqu'à la
concurrence de deux millions; que par zèle
il avoit fait vis-à- vis d'eux les ouvertures
préliminaires ; je l'engageai à les revoir , et
à s'assurer de nouveau de leur bonne volonté
; il revint m'assurer qu'ils étoient prêts ;
alors j'eus l'honneur d'en parler à Monsieur,
qui me répondit précisément : « Il est vrai
८
que la vente de mes rentes viagères a
« manqué ; j'ai 1,200,000 liv. à payer d'ici
« au 1er Février prochain , je prendrai volontiers
les deux millions ; les 800,000 liv.
« restant serviront à mettre les payemens
de ma Maison au courant; traitez cette
« affaire avec M. de Favras . » Je demandai
la permission de ne point m'en charger ; en
conséquence , Monsieur écrivit à son Trésorier:
il vint prendre ses ordres le lendemain ;
Monsieur me l'envoya ensuite ; il trouva chez
moi M. de Favras . Ils n'y traitèrent point
l'affaire , mais ils convinrent d'un rendezvous
pour le soir : je n'y assistai point ; et
depuis ce moment , je n'en ai plus entendu
parler , jusqu'au jour où M. de Favras a été
arrêté et constitué prisonnier. Je déclare que
dans les différentes conversations que j'ai
eues avec M. le Marquis de Favras , il ne
m'a entretenu que de ses affaires personnelles
et de celle de l'emprunt , et qu'il ne
m'a rien dit qui puisse m'empêcher de le
1
( 133 )
regarder comme un homme d'honneur et un
bon Citoyen. "
Cette deposition finie , M. de Favras demanda
la permission de parler , pour dire
que la déposition de M. de la Châtre étoit
dans la plus stricte vérité. Il l'interpella ensuite
de déclarer s'il avoit été question ,
devant lui , des projets d'émeute et d'insurrection
du faubourg S. Antoine , et s'il ne
lui avoit pas fait connoître le sieur Marquié ,
Lieutenant de Grenadiers de la Garde soldée.
M. de la Châtre répondit au premier article
, que ce n'avoit jamais été un sujet particulier
de conversation ; mais qu'il se rappeloit
que M. de Favras avoit dit chez lui,
devant plusieurs personnes , que logeant à
la Place Royale , il étoit plus à portée que
personne de connoître les dispositions du
Peuple du faubourg S. Antoine , qu'elles
étoient pacifiques , que ces habitans étoient
de bons ouvriers , mais qu'ils manquoient
d'ouvrage , et qu'on leur devoit des secours .
Et quant au sieur Marquié, le déposant
dit : Qu'il se rappeloit avoir dit , devant
l'accusé , que les Gardes- du - Corps du Roi
devoient leur existence , dans la malheureuse
journée du 6 Octobre , aux anciens Grenadiers
des Gardes Françoises , et notamment
à un de leurs Sergens , que lui déposant n'a
jamais vu ni connu , mais qu'on lui avoit dit
s'appeler Marquié , et être le même qui avoit
sauvé la vie aux Invalides pris à la Bastille .
Interpellé de nouveau par l'accusé , de
dire si dans nombre d'occasions il ne l'avoit
pas rassuré par un seul mot , tout est calme ,
tout est tranquille , sur les dispositions du
faubourg S. Antoine , dont il s'occupoit par
zèle à étudier les mouvveemmeennss ; a dit qu'il
( 134 )
s'en tenoit à ce qu'il avoit déclaré sur cet
article , et a signé.
MM. l'Abbé d'Eymar et le Comte de Mirabeau
ont déposé que M. de Favras leur
avoit communiqué ses Plans de Finances :
le dernier s'est rappelé que l'Accusé l'avoit
également entretenu de ses Projets pour le
Brabant , et d'un Corps de 6000 hommes ,
avec lesquels il se proposoit d'y passer. M.
le Comte d'Antraigues a affirmé , dans une
lettre imprimée , que M. de Favras ne lui
avoit jamais parlé que de ses Plans de Finances
, et cela au mois de Juillet : il ne
l'a pas revu depuis , ne lui a jamais écrit.
MM. Papillon de la Ferté et Morel de Chedeville
, ont rapporté toutes les circonstances
de l'emprunt , négocié pour le compte de
MONSIEUR. De ces divers témoignages , il
n'est résulté aucune charge contre l'Accusé ,
ni lumières suffisantes contre l'existence du
Projet qu'on lui impute. Seulement paroît- il
clairement prouvé que l'emprunt de deux
millions étoit absolument étranger à ce
Projet, et que si M. de Favras l'avoit sérieusement
formé , il s'étoit procuré d'autres ressources
proportionnées à l'étendue d'une
exécution aussi dispendieuse. Jusqu'ici , on
ne voit pas trace de ces ressources . Il ne
reste plus à entendre que M. de Foucault ,
du Clermontois , absent ; ainsi , le Jugement
définitif sera rendu incessamment.
Il s'est manifesté, il y a près de deux
mois , au régiment d'infanterie de Vivarais ,
une insurrection contre le Chevalier de Maillier
, Lieutenant- Colonel de ce Corps , sans
toutefois qu'il ait été articulé un grief contre
lui. Cet Officier supérieur , informé de la fer(
135 )
mentation des esprits , et des suites dangeseuses
qu'elle pouvoit avoir , se rendit à
Arras , pour informer le Comte de Sommièvre
, Commandant en chefde laProvince,
de ce qui se passoit à Béthune ; cet Officiergénéral
lui ordonna d'en rendre compte à la
Cour. Il saisit ce moyen , pour laisser aux 、
soldats le temps de reconnoître leur faute ,
et éviter qu'ils ne l'agravassent par des voies
de fait , auxquelles iill ééttooiitt à craindre qu'ils
ne se portassent .
Le Roi fit alors défendre au Colonel et
aux autres Officiers supérieurs d'aller au régiment
; Sa Majesté ordonna qu'il n'y seroit
fait ni recrues , ni remplacement , dans aucun
grade , jusqu'à nouvel ordre .
Les Officiers cherchèrent envain à profiter
du temps que la bonté du Roi laissoit
pour ramener les esprits ; la clémence de Sa
Majesté parut aux séditieux une impunité
assurée , et ils persistèrent dans leurs criminelles
dispositions. Sa Majesté voulantfaire
cesser un exemple aussi pernicieux pour
l'armée , et ne pouvant plus rien espérer
des efforts des Officiers et de ceux des Bas-
Officiers et soldats , qui , fidèles à leur devoir
, étoient seulement entraînés par le
grand nombre des séditieux , a ordonné que
le régiment de Vivarais partiroit de Béthune
, et que le Commandant de la Province
et le Colonel annonceroient l'ordre du
Roi de rentrer dans le devoir , et de reconnoître
le Chevalier de Maillier pour Lieutenant-
Colonel ; de séparer ensuite les soldats
fidèles d'avec les séditieux , et de ne garder
aux drapeaux que ceux qui se soumettraient
à cet ordre , d'abandonner les autres et de
les renvoyer.
( 136 )
Cet ordre a été exécuté à Lens , première
journée du régiment de Vivarais , dans sa
marche pour se rendre à Verdun. Le plus
grand nombre des soldats , à la lecture de
P'ordre du Roi , a mis le comble à sa eriminelle
conduite. Non-seulement ces soldats
ont persisté dans leur insubordination , en
criant nous n'en voulons pas , mais même
ils ont osé attaquer leurs Officiers et Bas-
Officiers , et le petit nombre de soldats fidèles
qui s'étoient ralliés aux drapeaux pour
les défendre ; les séditieux les ont arrachés
de leurs mains , ils se sont emparés de la
caisse et des équipages du Régiment , et sont
retournés à Béthune , dont les portes leur
ont été ouvertes .
Le Marquis de Courtarvel , Colonel du régiment
, après avoir fait avec les Officiers ,
Bas - Officiers , et le reste des soldats fidèles ,
les derniers efforts pour la défense des drapeaux
, a été à Béthune les redeinander à
la Municipalité ; il s'est rendu ensuite à
Arras pour rendre compte au Comte de
Sommièvre du peu de succès de sa démarche
, et de suite est venu en rendre compte
à la Cour. Le Roi a ordonné qu'il seroit
envoyé sur le-champ des drapeaux au régiment
de Vivarais , qu'il lui a fait porter par
le Marquis de Courtarvel , Colonel , et le
Chevalier de Maillier , Lieutenant - Colonel ,
et Sa Majeste a fait écrire à la Municipalité
de Béthune , la lettre qui suit :
Lettre écrite par le Secrétaire d'Etat de la
Guerre , aux Officiers - Municipaux de la
ville de Béthune , du 29 janvier 1790 .
<<J'ai mis sous les yeux du Roi , Messieurs ,
« le compte qui m'a été rendu par M. de
( 137 )
48
"
"
"
"
"
"
Sommièvre de l'exécution des ordres que
Sa Majesté avoit donnés pour faire sortir
le régiment de Vivarais de Béthune , et
lui faire connoître ensuite ses intentions
sur l'insurrection dont il s'étoit rendu cou-
« pable. Si Sa Majesté a remarqué , avec
satisfaction , que les Officiers , presque
tous les Bas- Officiers , et une partie des
soldats étoient demeurés fidèles , elle a vu
« avec indignation qu'une autre partie des
Soldats et quelques Bas- Officiers avoient
« persisté dans leur conduite criminelle ,
« qu'ils avoient abandonné leurs Officiers ,
« qu'ils avoient osé arracher les drapeauxdes
mains mêmes de leur Colonel , et s'emparer
de la caisse et des équipages du Régiment.
Sa Majesté est de plus informée que ces
- Soldats sont retournés à Béthune , où ils
ont été reçus , et qu'ils y ont déposé lés
« drapeaux , la caisse et les équipages du
" Régiment chez le Commandant de la
» Garde Nationale de cette Ville.
"
46
44
44 Le Roi m'erdonne de vous mander ,
• Messieurs , que désormais Sa Majesté ne
reconnoît plus ces soldats que comme
des séditieux , qui , ayant volé les dra-
« peaux , la caisse et les équipages du ré-
" giment de Vivarais , doivent être livrés
àtoute la rigueur des Ordonnances Militaires
. Sa Majesté regardant comme
souillés et dégradés les drapeaux portés
par eux à Béthune , s'est empressée d'en
envoyer d'antres au régiment de Vivarais ,
« qui seront les seuls signes auxquels ce
• Corps aura à se rallier désormais.
64
"
L'intention du Roi est que toute es-
• pèce de solde et de subsistance cessent
pour ces séditieux , à compter du mo- 4
"ment de leur séparation du régiment ;
1
( 138 )
« qu'ils soient rayés des contrôles , et poursuivis
et arrêtés par- tout où ils seront rencontrés.
Sa Majeste donne ses ordres en
consequence .
ec
"
८
J'ai cru , Messieurs , devoir vous en
prévenir , afin que vous puissiez prendre
les mesures que votre sagesse vous dictera
, pour maintenir , dans cette circonstance
, la tranquillité de votre Ville , et
veiller à la sureté de vos Concitoyens ;
il seroit à craindre qu'ils ne fussent troublés
par des hommes sans chefs et sans
- règle que vous ne pouvez plus confondre
" avec des soldats fideles et disciplinés ,
« qui sont les véritables soutiens de l'ordre
" etdes lois. "
La ville de Lens s'est empressée de donner
au Régiment de Vivarais tous les secours
qui ont dépendu d'elle , et lui a fait
des avances pour lui aider à continuer sa
route. Le Roi a ordonné qu'elle en fût
promntement, remboursée , et a chargé le
Comte de Sommièvre de lut morguer ,
en son nom , la satisfaction qu'à eue Sa
Majesté des témoignages de patriotisme
et d'union qu'elle a donnés dans cette circonstance.
La Municipalité de Landrecy a informé
le Ministre de la Guerre , que
les nouveaux Drapeaux accordés par le
Roi sont arrivés le 1er de ce mois à
Landrecy , où le Régiment étoit entré
le 28 Janvier ; qu'on a solennellement
béni ces Drapeaux , et que le Régiment
a renouvelé avec enthousiasme le serment
de fidélité à la Nation , à la Loi
et au Roi.
( 139 )
M. Bodkin-Fitzgerald, Conseiller au
Parlement de Paris , a été arrêté à Madrid
, par ordre du Roi d'Espagne .
Quelques Discours peu faits pour ce méridien
, avoient éveillé l'attention sur
lui ; bientôt il détermina son infortune
par des propos tenus à table chez M.
le Duc de Crillon , propos véhémens ,
et déplacés lorsqu'on se trouve étranger
dans un Pays , dont la bienséance
ordonne de respecter les coutumes. On
assure que ce jeune Consciller mêla à
ses sermons républicains , des paroles
contre un Prince de la Maison de Bourbon
, encore plus étranges que le reste
de la conversation . C'étoit manquer au
Roi d'Espagne et à M. de Crillon. Le
lendemain , M. Fitz- Gerald fut appréhendé.
L'Ambassadeur de France étant
intervenu en sa faveur, le Rois'est mon
tré inflexible. On soupçonne que le Prisonnier
est accusé , sans doute faussement
, d'être passé en Espagne avec des
vues de révolution. Quand on se fait
Apôtre , il faut s'attendre au martyre ,
et nous rappellerons cette vérité à ceux
qu'un enthousiasme peu réfléchi feroit
passer dans plusieurs.Etats étrangers ,
dont les Gouvernemens ont les yeux
très-ouverts sur les nouveaux venus .
Le Décret de l'Assemblée en faveur
des Juifs de Bordeaux a excité dans ce
Port des mouvemens très-vifs contre ces
Israélites de race Espagnole ou Portu- 1
( 140 )
gaise. On les a forcés de sortir du spectacle.
M. le Duc de Duras , et les 90
Electeurs les ont consolés de ce désagrément
par des preuves d'estime. Nous
donnerons les détails de cet évènement,
lorsqu'ils nous parviendront authentiquement.
Tout est calme à Grenoble. Nous
sommes informés que le mouvement relatif
à M. de Lally avoit eu pour prétexte
un écrit, qu'on lui attribuoit trèsfaussement
, contre l'Association de la
Garde Nationale de Grenoble aux Milices
du Bas -Dauphiné , rassemblées à
Valence. M. Mounieretquelques-autres
Citoyens de poids ont bientôt dissipé
cette effervescence , qui n'a eu aucunes
suites quelconques . L'accession de la
Garde Nationale de Grenoble au rassemblement
de Valence n'a été que
conditionnelle , ainsi qu'on en jugera par
l'extrait suivant de ses Délibérations ,
en date du 26 Janvier :
• Les Officiers , Bas-Officiers , Grenadiers ,
Fusiliers et Chasseurs ( nommés dans la Délibération
, et choisis respectivement dans
les Compagnies ) se rendront en armes à
Valence , au jour indiqué ; leur donnant pouvoir,
au nom du Régiment , composé de
2500 Citoyens , d'adhérer aux résolutions
qui seront prises par les Gardes Nationales
des deux rives du Rhône , pour adopter la
Constitution en son entier ; acquiescer à
tous les Décrets de l'Assemblée Nationale ;
procurer leur exécution par tous les moyens
(141 )
qui sont en leur pouvoir ; prêter de nouveau le
serment d'une inviolable fidélité à la Nation ,
à la Loi et au Roi ; reconnoître Sa Majesté
comme étant seule revêtue du Pouvoir exécutif
suprême par la Constitution ; établir
entre les Gardes Nationales confédérées ,
une union durable , fondée sur l'amour de
l'ordre , et dont l'objet sera de veiller continuellement
au maintien de la tranquillité
publique ; d'assurer la perception des impôts
et la libre circulation des grains ; de
réprimer les atteintes qui pourroient être
portées à l'autorité des Pouvoirs législatif
et exécutif , ainsi qu'à la liberté des Citoyens
et à leurs propriétés.- Arrêté , au
surplus , qu'extrait de la présente sera remis
au Chef de la Garde Nationale de Valence ,
avec prière de le faire enregistrer dans le
Procès - verbal de l'Assemblée du 31 de ce
mois ; et qu'un autre extrait sera adressé
à Monseigneur le Président de l'Assemblée
Nationale, en le suppliant de le mettre sous
les yeux de cette Diète Auguste , comme
renfermant le gage de la profonde vénération
des Citoyens de Grenoble , et de leur
respectueuse soumission aux Lois. "
LETTRE AU RÉDACTEUR.
Paris , le 3 Février 1790 .
Il s'est glissé , Monsieur , dans quelques
exemplaires du No. 4 du Mercure de France ,
une erreur d'impression dans l'article relatif
au Tirage de la Loterie Royale de France ,
qui s'est exécuté le 16 Janvier dernier , où
l'on a substitué le Nº. 57 au No. 67 , qui fait
partie des 5 Numéros de Lots de ce Tirage.
Nous vous prions , Monsieur , de vouloir
bien faire relever cette erreur dans le prochain
Mercure , en y rétablissant le Tirage
( 142 )
du 16 Janvier tel qu'il a été exécuté , suivant
la liste ci-jointe,
24 , 17 , 67 , 12 , 81 . :
Nous avons l'honneur d'ètre , ect .
Les Administrateurs - généraux de
la Loterie Royale de France.
Autre Lettre au Rédacteur .
Copie d'une Lettre écrite à M. le Président de
l'Assemblée Nationale par M. FABRY , Chevalier
de l'Ordre de Saint- Michel , Subdélégué
de l'Intendance de Bourgogne .
De Gex , le 19 Janvier 1790 .
MONSIEUR LE PRÉSIDENT ,
Permettez - moi de vous porter mes
plaintes et de réclamer , par votre organe ,
la justice de l'auguste Assemblée que vous
présidez , contre M. de Prez de Crassier , l'un
des Députés du Pays de Gex , qui , par un
esprit de ressentiment personnel , s'est permis
, dans la Séance du 28 Décembre dernier
, de me denoncer comme suspect de
malversation , soit par l'accroissement de
ma fortune , qu'il n'a pas craint d'exagérer
des trois quarts , soit par le refus qu'il a supposé
que je faisois de rendre compte des
deniers publics , destinés aux dépenses des
Ponts et Chaussées de la Province , dont la
recette m'est confice , tandis qu'il ne peut
pas ignorer que j'ai déclaré aux Administrateurs
actuels du Pays , parmi lesquels sont
l'un de ses frères et ses deux beaux- frères ,
par un Acte qui leur a été signifié judiciellement
le 23 d'Octobre dernier , que tous
ces comptes , jusques en 1789 , ont éte rendus
(1) On nous a assuré que le Dénonciateur
étoit un autre Député du Pays de Gex , que
M. de Crassier.
( 143 )
exactement chaque année dans la forme prescrite
par un Réglement du Conseil du 12
Avril 1776 ; qu'ils ont tous passé successivement
sous les yeux de M. Necker et de
M. Lambert , qui les ont approuvés ; que les
minutes et les pièces justificatives sont déposées
au Secrétariat de l'Intendance , où ils
peuvent en prendre communication , et qu'en
attendant je leur ai offert de leur représenter
tous les doubles de ces comptes , signés par
l'Intendant , qui sont entre mes mains pour
ma décharge. Je respecte infiniment le caractère
dont M. de Prez de Crassier est présentement
revêtu ; mais c'est en abuser indiguement
, que de se permettre , pour satisfaire
sa passion , de diffamer et calomnier
publiquement un Citoyen, qui , depuis 45
ans , remplit avec zèle et fidélité les devoirs
de son état , et qui a bien mérité du Gouvernement.
J'ose espérer , Monsieur le Président
, que l'Assemblée Nationale improuvera
cette conduite , qu'elle obligera M. de
Prez de Crassier à rétracter sa dénonciation ,
ou qu'elle voudra bien m'autoriser à en poursuivre
devant les Tribunaux ordinaires , la
réparation qui m'est due. »
« Je suis , avec un tres -profond respect ,
M. le Président , V. T. H. et O. S. »
Signé , FABRY.
Les Ministres du Roi ayant été informés
que les Lettres - Patentes expédiées sur les
Décrets de l'Assemblée Nationale ne parvenoient
pas toujours avec promptitude à
leur destination , en ont recherché les causes ,
et ils ont su que plusieurs Juges inférieurs
refusoient de retirer à la poste , pour ne pas
en payer le port, les paquets qui leur étoient
adressés par les Procureurs du Roi des Bail
( 144 )
liages et Sénéchaussées. Ces paquets parviendront
désormais franc de port , en prenant
néanmoins , par le Procureur du Roi , la précaution
de les mettre sous simple bande , de
manière à laisser apercevoir ce qu'ils contiennent.
Cette précaution a paru nécessaire
pour prévenir les abus. Les ordres ont en
conséquence été donnés à tousles Directeurs
de Poste des Provinces .
P. S. Les nuages s'amoncèlent sur
le Brabant. Nos Lettres du 5 nous annoncent
que les Etats ont pris à leur
service une Brigade Angloise , et d'autres
Troupes Etrangères ; que M de Schonfeld,
Général Prussien , commandera
en second l'Armée Belgique ; que M.
le Duc d'Ursel a résigné sa place de
Président de la Chancellerie de guerre ;
que les intrigues et la fermentation des
divers Partis font des progrès menaçans ;
en un mot , que nous touchons à l'instant
de voir un incendie général sortir
de cette révolution .
ERRATA.On a oublié d'annoncer lavertu de
la Poudre Anti-hémorragique du Sieur Jacques
Faynard , dont on a parlé dans le numéro
6 de ce Mercure. Elle a la vertu d'arrêter
toutes hémorragies , tant internes
qu'externes , vomisssemens et crachemens de
sang. Elle arrête et guérit les pertes des
femmes , les saignemens de nez , etc. Le
Dépôt général est chez le Sieur Faynard,
maison du Cimetière des Protestans , près
de la Barrière de l'Hôpital Saint-Louis; à
qui on peut écrire , en affranchissant les
lettrés . Le prix des Boîtes est de 12 et 24liv.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 20 FÉVRIER 1790.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
DORIS , ÉGLOGUE
LE Soleil a déjà terminé sa carrière
Et l'horizon au loin voit pâlir sa lumière :
Veſper de son noir crêpe enveloppe les Cieux
La Lune va monter sur son char radieux ;
*Secouant ses pavots , cette nuit bienfaisante
Répand sur les Mortels une nuit imposante,
Au gazon si long-temps brûlé par la chaleur ,
La rosée a rendu sa première fraîcheur.
Viens, Doris , viens , suis-moi dans ce lieu soli
taire
Où rien ne trouble plus le calme de la terre ;
N°. 8. 20 Fév. 1790. E
(
86 MERCURE
Là nous respirerons le doux parfum des airs.
Tandis qu'autour de nous tout dort dans l'Univer
Zéphire ici vient seul, dans sa course volage ,
De son souffle léger balancer le branchage.
Doris , ne vois-tu pas ? il t'invite à venir
Goûter dans ce bosquet un tranquille loisir.
Regarde l'épaisseur de ce sombre feuillage ,
Aux rayons de Phébé disputant le passage .
Entends de ces oiseaux les nocturnes accens ,
Le Rossignol sur-tout , il s'adresse aux Amans,
Vois cette onde languir en sa course plas lente;
Elle se plaint aussi de ma Bergère absente .
Tout ici dès long-temps demandoit son retour ,
Le ruisseau , les Zéphirs, les bois, & ... mon amour.
Ainsi parloit Tircis à sa jeune Bergère;
Tircis depuis trois ans s'efforçoit de lui plaire;
Mais il n'avoit encore osé peindre ses feux :
On parle mal d'amour quand on est amoureux.
Cependant de la nuit , le calme et le silence ,
Au timide Berger donnent plus d'assurance ;
Et pressé par l'ardeur de son tendre souci ,
Asa Bergère enfin il le déclare ainsi :
Quoi, Doris , tu pourrois, dans l'âge heureux de
plaire,
Aucharmant Dieu d'Amour montrer un front sévère !
Tu fus toujours cruelle à ma constante ardeur.
Ta raison peut jouir des chagrins de ton coeur.
Mais non , ne rougis point d'une flamme si belle ;
Contemple l'Univers , tout s'anime par elle.
DE FRANCE. 87
Ce sentiment divin doit- il craindre le jour ?
Lahonte est pour le vice et non pas pour l'amour.
Ah ! si tu connoissois cette volupté pure
De deux jeunes Amans , enfans de la Nature ,
Que l'Amour a liés de ses chaînes de fleurs ,
Et qui sont déjà prêts à goûter ses douceurs :
Tu redemanderois à la Bonté suprême
Ces momens écoulés loin de celui qui t'aime :
Mais l'espérance encor soutient ma vive ardeur ;
L'espérance , de l'homme est laplus longue erreur.
Si-tôt que du Berger les accens plus sensibles ,
D'une Belle ont troublé les sentimens paisibles ,
Qu'elle sent de l'amour l'aimable émotion ,
Que son coeur s'est rendu quand sa bouche a dit non';
Quand les tendres larcins , la douce violence
Rendent l'Amant vainqueur de taut de résistance ;
Quand tous ces jeux divers , inventés par l'Amour,
Ont embrasé leurs sens , plus épris chaque jour;
Alors un nouvel astre , à leur ame enivréć,
Fait goûter sa douceur , trop long-temps ignorée
Sur leurs yeux se répand un prestige enchanteur ;
Tout s'embellit pour eux de leur propre bonheur.
Ensemble ils se plairoient même à verser des larmes ;
Pour les coeurs amoureux le chagrin a ses charmes.
Ainsi de ces Amans on voit couler les jours ,
Comme un ruisseau tranquille en son paisible cour
Doris, ne sens-tu pas s'élever dans ton ame
Cesmouvemens confus d'une naissante flamme ;
E2
$8 MERCURE
Ces chagrins inquiets , plus doux que les plaisirs ;
Cette douce langueur que suivent tes désirs ?
Dans tes regards se peint un sentiment plus tendre
Avec plus d'intérêt tu consens à m'entendre :
Je le vois , des soupirs s'échappent de ton sein;
Ils m'annoncent sans doute un plus heureux destin.
Cependant tous les deux approchoient du bocage ;
Tircis fut plus pressant, plus tendre en son langage;
Il peignit avec feu ce que son coeur sentoit;
Doris ne disoit rien , mais Doris l'écoutoit.
Mille Amans, poursuit-il, sontjaloux de te plaire ;
Les plus riches Bergers aiment tous ma Bergère.
Titireet Licidas , dont les nombreux troupeaux
Couvrent au loin les prés voisins de ces hameaux ,
Titire et Licidas t'adressent leur hommage :
Mon trésor, c'est mon coeur;je n'ai rien davantage.
Mais crois-en ce coeur tendre, il parle sans détour ;
S'ils ont plus de richesse, ils ont bien moins d'amour.
Ce feu que je nourris , que ta présence augmente ,
Qui consume mon coeur , le charme et le tours
mente ,
N'est point un sentiment volage et passager
Que fait naître un instant , qu'un instant peut
changer.
Profondément empreint dans mon coeur tout de
flamme,
Ce sentiment en moi n'est, hélas ! que mon ame ;
Et souvent dans le trouble où s'égarent mes sens ,
Cen'est plus pour les Dieux que brûle mon encens,
DE FRANCE. 8
Quandtu fuis loin d'ici , par un sort trop funeste ,
Le plaisir suit tes pas , mon chagrin seul me reste.
L'aurore ne vient plus répandre sa fraîcheur ,
Le gazon est flétri , la rose est sans odeur ;
Tout semble prendre part à ma douleur mortelle ,
Et ce sont mes ennuis que chante Philomèle .
Tircis se tut.... Doris , interdite et sans voix ,
Lui tend la main , soup're , et le suit dans le bois.
Témoin de leurs désirs , ô nuit tranquille et
sombre ,
Protège leurs amours , couvre-les de tes ombres !
Vous , oiseaux , redoublez vos concerts amoureux ;
Dans ce bocage épais deux Amans sont heureux.
( Par M.le Prince Baris de Galitzin . )
A Madame *** , de Moulins , en luž
envoyant l'Almanach des Graces.
CET Enfant qui porte un flambeau ,
Et le plus souvent ne voit goute ,
Par une méprise , sans doute ,
Vient de me faire ce cadeau .
Au même instant ma main s'empresse
D'ouvrir ce Recueil enchanteur ;
Mais de l'Amour voyant l'erreur ,
Je le renvoie à son adresse .
(Par M. *** à Moulins. )
E 3
90 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEmot de la Charade eſt Pouvoir; celui
de l'Enigme eſt Philosophie ; & celui du
Logogriphe eſt Clou , où l'on trouve Con,
Luc, Cul.
CHARADE.
SENSIBER Coridon , & vous , tendre Taemire ,
Soyez ensemble mon premier ;
Faites de votre lyre
Retentir mon dernier ;
Etmettez-vous à mon entier.
DAN ANS le
( Par M. le Curé de St- Maixme. )
ÉNIGME.
vaste Univers , ma fuprême puissance
S'érend et soumet tout. Aucune résistance
Ne sçauroit s'opposer aux terribles arrêts ,
Que ma volonté dicte et ne change jamais.
Je mets au même rang et le trône et le chaume;
Par moi tout est égal. Devant moi , ce fantôme ,
De grandeurs et d'orgueil dont l'homme est si
jaloux ,
Succombe anéanti , sous le poids de mes coups.
DE FRANCE. 91
Il n'est point de mortel , jusqu'au plus intrépide ,
Qui brave mon aspect , et que je n'intimide :
A ma suite par-tont je traîne la terreur ;
Je porte chez les uns et la crainte, et l'horreur ;
Les autres m'invoquant dans leurs vives alarmes ,
Déchirés de remords , et noyés dans les larmes ,
Trahis , persécutés , accablés de douleurs ,
Vont chercher dans mon ſein un terme à leurs mal
heurs.
Lecteur, meconnois tu ?.. j'en ai tropditpeut-êtres
Mais tu dois redouter l'instant de me connoître.
(Par M. de St- Firmin. )
LOGOGRIPHE.
ON
N me coupe dans les forêts;
Puis on me fait avec bien peu d'apprêts ;
Toujon's mon chef est plat , souvent quadrangulaire
;
Maints gars sur le Pont-Neuf font de moi leur af
\
faire ;
Pour la plupart , ces rustres dans Paris
Me promènent , et par leurs cris
Annoncent quel est mon usage.
Pour l'accusé j'étois une peine , un outrage;
La sage Nation qui fait mépris de moi ,
Ajamais me proscrit de la nouvelle Loi.
Lecteur, de mes huit pieds dérange l'assemblage ;
4
Les cinq premiers de mon total
E 4
2 MERCURE
T'offrent ce qui se met sur le dos d'un cheval ;
Poursuis , en moi ( quel eſt mon bavardage ) !
Tu vois une belle saison ;
Mais il y manque un certain son.
( Par M. le Curé de St-Maixme. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
TRAITÉ des Prairies artificielles , ou
Mémoire sur cette Question : Quelles sont
les espèces de Prairies artificielles qu'on
peut cultiver avec le plus d'avantages
dans la Généralité de Paris. Ouvrage qui
a remporté , en 1787 , le Prix de 1000 l.
et d'une Médaille d'or , proposé par la
Société Royale d'Agriculture de Paris ;
par M. GILBERT , Professeur à l'Ecole
Vétérinaire, Membre honoraire de l'Académie
des Belles - Lettres d'Arras , Correspondant
de la Société Royale d'Agriculture
de Paris.
ILL faut des engrais pour les terres ; des
bestiaux pour se procurer des engrais ; des
herbages pour nourrir des bestiaux ; tel est
le principe que M. Gilbert prend pour texte,
DE FRANCE .
et qu'il porte jusqu'à l'évidence , et par le
raisonnement et par les faits. Les herbages
sont donc l'ame de l'Agriculture ; mais les
herbages naturels exigent une qualité de sol ,
&un grand nombre d'autres conditions locales
, qui manquent trop souvent. L'industrie
est parvenue à les suppléer avantageusement
par la culture des prairies artificielles
, bien moins difficiles sur la nature
de la terre , & qui ont changé la fase de
l'Agriculture par-tout où elles se sont introduites
, comine le prouve l'Auteur de
cet Ouvrage par des exemples tirés de tous
les siècles et de tous les pays.
Il l'a divisé en quatre Parties ; la première
offre une description agronomique
des vingt-deux Elections qui composent la
Généralité de Paris , leur position géographique
, leur température , l'énumération
des terres labourables , des prés , des vignes,
des bois , des communes , des friches , l'estimation
moyenne du prix de location des
terres , le recensement des bestiaux de tout
genre , l'étendue des jachères , le genre de
culture , les routes , les rivières , les rapports
commerciaux , toutes les circonstances
locales enfin , qui peuvent avoir une
influence plus ou moins directe sur la préférence
à donner à une espèce de plante
sur une autre , sont présentées dans ce rableau
, qui a été dessiné d'après nature...
Dans la seconde Partie, l'Auteur fair
E
94 MERCURE
l'énumération , & donne la synonymie
de toutes les espèces de plantes cultivées
en prairies artificielles , depuis les Cultivateurs
Grecs & Romains , qui connoissoient
tous les avantages de cette culture,
jusqu'à nous. Ces plantes , au nombre de
trente- trois ont presque toutes été soumises
par l'Auteur à un grand nombre d'expériences.
:
Dans la troisième Partie, il considère le
mérite individuel de chacune de ces plantes ,
et leur mérite relatif dans les vingt - deux
Elections de la Généralité de Paris, eu égard
aux circonstances locales indiquées dans la
première. Pour parvenir à une évaluation
Sûre et applicable à toute la Généralité ,
du produit de chacune des plantes qui y
sont cultivées en prairies artificielles , il
détermine d'abord ce produit sur une exploitation
prise dans chacune des vingt-deux
Elections ,& tire ensuite la moyenne proportionnelle
des tableaux en même nombre
qu'offrent les plantes cultivées en prairies
artificielles , les noms de l'Election , de
l'exploitation , du Cultivateur , la nature de
Ja terre dont on évalue le produit, son prix
de location , son rapport, année commune ,
l'évaluation des frais d'établissement , d'entretien
, d'exploitation , la durée de chaque
plante, le prixdu fourrage, enfin l'évaluation
moyenne résultant de toutes ces évaluations
particulières .
La 4me. Partie traite de la culture des
い25
DE FRANCE.
prairies artificielles ; l'Auteur y détermine ,
d'après des principes nouveaux, la proportion
qui doit exister dans chaque exploitation
entre les prairies artificielles , les terres
enlabour et le nombre des bestiaux; ilprouve
que la Généralité de Paris n'a pas , à beaucoup
près , autant de prairies et d'animaux
domestiques qu'elle le devroit , et il fixe
l'étendue de ce déficit; il montre dans les
Loix générales de la végétation , & dans
celle de chaque plante en particulier, l'ordre
dans lequel il est le plus avantageux de
les faire succéder les unes aux autres sur
le même terrein ; il prouve par une foule
d'expériences, contre le sentiment de la plupart
des Auteurs agronomiques , que les
semences des plantes artificielles réussisseht
beaucoup mieux, mêlées avec des céreales,
que semées seules , et que le printemps est
bien plus favorable à cet ensemencement
que l'automne. Il indique les préparations
qu'exigent les terres qu'on y destine, les
moyens de distinguer les semences qui ont
⚫ les qualités propres à la germination , la
quantité qu'il en faut employer par arpent ,
les différences qui se trouvent dans les Auteurs
sur cette fixation ; différences qui sont
quelquefois dans le rapport de cinquante
à un ; la meilleure méthode de préparer ces
semences , & de les répandre ; viennent
* ensuite l'examen desprocédés qu'exige l'entretien
des prairies artificielles , le choix
des engrais qui leur convient le mieux ,
E
96 MERCURE
Lindication des soins qu'exige leur récolte,
et des précautions que nécessite l'emploi
de leur produit , soit qu'on le fasse consommer
en vert , soit qu'on en ait opéré
la dessication ; enfin l'exposition des principes
d'après lesquels on doit se conduire
dans les défrichemens des prairies artificielles
, principes qui ne sont connus que
d'un très-petit nombre de Cultivateurs , et
qui n'ont jamais été développés dans aucun
Traité d'Agriculture.
Cet Ouvrage , dont le suffrage de la Société
Royale d'Agriculture nous dispense de
faire l'éloge , paroît, être le fruit d'un grand
travail ; l'expérience de l'Auteur s'y trouve
fortifiée de celle des Cultivateurs anciens et
des étrangers ; c'est en un mot un Livre d'Agriculture
composé à la campagne , ce qui
est infiniment trop rare. M. Gilbert est Auteur
de plusieurs autres Mémoires également
couronnés , sur la culture de quelques
provinces de France ; il est à souhaiter qu'il
se détermine à les donner au Public. L'Edition
de celui que nous venons d'analyser ,
a été distribuée gratuitement , une partie
à l'Assemblée Nationale et l'autre aux
Cultivateurs de la Généralité de Paris , auprès
desquels l'Auteur a puisé une partie
de ses connoissances ; les personnes qui désireront
se le procurer , le trouveront dans
Ies trimestres de la Société Royale d'Agriculture
, chez Cucher , Libraire
hotel Serpente..
rueer
DE FRANCE.
97
LES Aventures d'une Sauvage , écrites par
elle-même , publiées en François par M. Grainville.;
Vol in- 12 . A Turin ; et se trouvent à
- Paris , chez Leroy , Lib. rue St-Jacques .
:
,
Une jeune Sauvage , nommée Quivire , sauve la
vie à un prisonnier Anglois , condamné à mourir ;
quitte sa famille pour le suivre , et le jeune homme
l'épouse , autant par amour que par reconnoissance.
Son époux , après beaucoup de malheurs
la vend à un Espagnol ; et revient dans son pays ,
où il épouse une autre femme. On doit juger du
désespoirde lajeune Sauvage. Elle apprend néan
moins des détails qui justifient son époux. Elle
court sans cesse après lui , et le hasard ne manque
jamais de les éloigner l'un de l'autre au moment
où ils sont prêts à se rejoindre. Dans les
2 premiers Vol. les Aventures de l'Héroïne de ce
Roman , qui est traduit de l'Italien de l'AbbéChiari,
sont assez communes ; dans le ze. elle intéresse:
✓par les sacrifices qu'elle s'impose envers l'amitié.
:
:
Le Conteur. 2 Parties in- 12. Prix , 2 liv. 8 s ..
br. , et 2 liv. 18's. franc de port. A Londres ; et
se trouve à Paris, Hôtel de Bouthillier , rue des
Poitevins.
Ce Recueil est une espèce d'Ana. L'Auteur est
un homme instruit , pour qui la lecture de l'Histoire
n'est pas un simple mécanisme de mémoire ;
il sait digérer ce qu'il lit , marir ses réflexions ,
et les rendre d'une manière utile.
!
Voyage en Barbarie son Lettres écrites de
l'ancienne Numidie pendant des années
1786 , fur la Religion , les coutumes &
1785 &
les moeurs
98 MERCURE
des Maures & des Arabes Bedouins ; avec un
Effai fur l'Histoire naturelle de ce Pays. Par M.
l'Abbé Poiret , 2 Vol. in-8 ° . Prix , 7 liv . 10 f. br.
( Il en a été tiré quelques exemplaires ſur papier
vélin. Prix , 13 liv. 10 f. br. )
Nous invitons à lire cet Ouvrage peu fufceptible
d'analyſe . Il eſt plein de recherches , tant
fur les moeurs que ſur l'Histoire naturelle.
Matinées Sénonoiſes , ou Proverbes François ,
ſuivis de leur origine , de leur rapport avec ceux
des Langues anciennes & modernes ; de l'emploi
qu'on en a fait en poéſie & en proſe; de quelques
traits d'Hiſtoire , mots faillans , & uſages
anciens , dont on recherche aufſi l'origine , &c.
in - 8 ° . A Paris , chez Née de la Rochelle , me
du Hurepoix; & à Sens , chez la veuve Tarbé ,
Imprimeur du Roi.
La lecture de cet Ouvrage , qui fuppofe beaucoup
de recherches, eſt réellement amuſante &
inſtructive , par une foule de traits & de mots
piquans , qui tiennent à l'explication de nos vicux
Proverbes .
MUSIQUE.
Ouverture de Démophon , par Vogel ; arrangée
pour le Clavecin ou Forté-Piano , par Porro . Prix,
2 liv. 8 sous pour Paris er la Province , franc de
port. A Paris , chez M. Porro , Professeuret Editeur
de Musique , rue Tiquetonne , No. 10 .
Ouverture delle nozze de Dorina , ariangée pour
le Clavecin ou le Forté-Piano , avec un Violon ou
une Flûte. Prix , 2 liv. 8 sous pour Paris et la Province
, franc de port. Même adresse .
:
DE FRANCE.
وو
VARIÉTÉS.
LETTRE sur un Article de l'Année Litréraire
, adressée à M. PANCKOUCKE ,
breveté du Mercure de France ; par M.
DE BOISSY D'ANGLAS , Maitre d'Hotel
ordinaire de MONSIEUR , Frère du
ROI , des Académies de Nismes , Lyon,
la Rochelle , Rome , Valence , etc. etc.
Député à l'Assemblée Nationale.
ILL est permis sans doute, MONSIEUR , à celui qui
passe sa vie au milieu des plus importantes discussions
dont un Citoyen puisse être occupé , d'ignorer
, non pas l'existence de l'Année Littéraire ,
si fameuse depuis longtemps par sa partialité
habituelle , mais le contenu journalier de ses
Feuilles . C'est dans ce moment-ci seulement que
j'ai connoissance de l'article de ce Journal , où
M. de la Harpe est si cruellement outragé , et je
m'empresse d'y répondre. Les réclamations des
honnêtes gens contre la calomnie sont le baume
le plus efficare dont ses blessures puissent être
couvertes. Je dois à l'amitié qui m'urit depuis
plus de dix ans à l'Ecrivain distingué que l'on
insulte avec tant d'audae ; je dois à l'estin e que
je lui ai vouée dès l'instant où je l'ai connu et
par conséquent je me dois à moi-même d'embras
100 MERCURE
P
ser sa défense avec la franchise dont j'ai toujour
fait profession.
Appelé par des circonstances particulières à redevenir
un des co-Laborateurs du Mercure , M.
de la Harpe est rentré dans cette carrière par un
morceau sur la Délation , dont tous les bons esprits
ont adopté les principes. On a vu généralement
avec plaisir un Homme de Lettres , connu
depuis long temps par la pureté de son goût, et
célèbre par tant de discussions littéraires pleines
de lumières et de justesse , s'occuper aussi des
grandes questions de la Morale et de la Politique
, qui sont maintenant l'objet de la méditation
générale ; et offrir un courageux défenseur
de plus à la raison et à l'humanité. La seule Année
Littéraire , au milieu des suffrages publics , recueillis
par M. de la Harpc , a fait entendre des
cris d'improbation , et s'est empressée d'attaquer
son Ouvrage , afin d'avoir l'occasion de diffamer
sa personne. Ceux qui connoissent dans ses détails
l'Histoire de notre Littérature , savent que dès
l'instant où M. de la Harpe a eu quelque célébrité
, l'Année Littéraire s'est attachée avec un
acharnement très- remarquable à nier ou à combattre
ses succès : ils savent que Fréron et ses
successeurs après lui , ont été les ennemis les plus
ardens qu'ait eu M. de la Harpe , et qu'ils l'ont
attaqué tous les jours, pendant plus de vingt ans ,
avec les armes de la haine et de la mauvaise foi.
Ceux qui connoissent l'Année Littéraire , savent
de plus que ce Journal , dévoué depuis son établissement
à un parti trop long - temps le parti
dominant du Royaume , a toujours été l'asile de
la délation ( 1 ) ; et ceux-là trouveront tout sim
( 1) Toutes les fois que , malgré la surveillance si acive
des ennemis naturels de toutes les lumières, il pa
DE FRANCE. 101
ple que M. de la Harpe soit encore outragé dans
l'Année Littéraire , et qu'il le soit sur-tout quand
il écrit contre la délation et contre les délateurs .
L'Auteur de la Lettre qui fait le sujet de celleci
, prend le plus loin qu'il le peut le texte de
ses injures , et commence par parler de la naissance
de M. de la Harpe , qu'il veut faire regarder
comme obscure , et il l'appelle un enfant
du hasard. Certes , si jamais une pareille allégation
a pu causer quelque peine à celui contre
lequel elle est dirigée , ce ne sçauroit être dans
ce moment- ci ; et l'on voit que les Auteurs de
l'Année Littéraire , fidèles au ton ordinaire de
leurs Feuilles , ne sont guère instruits des convenances
du jour. Dans tous les temps , sans doute ,
le nom des aïeux d'un grand Homme a dû être
"indifférent à sa gloire ; mais c'est sur-tout quand
la première Nation du Monde ne veut plus reconnoître
d'autres distinctions sociales que celles
qui seront fondées sur le mérite et sur la vertu ,
que l'Auteur de Warwick et de Mélanie ne doit
pas désirer d'autre noblesse que celle qu'il retire
de ses Ouvrages. Ah ! sans doute je n'ai pas
roissoit quelques-uns de ces Ouvrages dictés par la raiſon
et par l'hunté , Fréron ne manquoit pas de les dénoncer
à la geance du parti qu'il servoit , et d'en faire
sentir dans ses Feuilles tout ce qu'il appeloit le venin. 11
falloit l'entendre crier au Philofophe contre tous ceux
qui osoient combattre l'ignorance que l'on vouloit éternifer
; qualification si redoutable pour celui qui en étoit
l'objet , qu'elle attiroit toujours la persécution sur lui . On se
rappelle encore ses brillantes exclamations dans lesquelles
Fréron invitoit les Rois à s'unir à lui pour détruire laPhilosophie.
On peut voir comment sont traités dans ses Feuil'es ,
Voltaire , J. J. Rousseau , Diderot , d'Alembert , Thomas ,
les Auteurs immorte's des Saisons et de Bélisaire , et généralement
tous ceux qui ont contribué si puissamment à
rendre au genre humain ses titres qu'il avoit perdus.
102 MERCURE
besoin de l'art des d'Hosier et des Chérin , pour
savoir de quel sang M. de la Harpe adû naître.
Il est sûrement de la famille de Sophocle et de
Racine , l'homme de génie qui a enrichi notre
Théatre du chef d'oeuvre de celui des Grecs , et
qui a combattu , d'une manière si touchante et
dans de si beaux vers , l'une des pratiques les
plus meurtrières qui aient jamais déshonoré l'hymanité.
Ce n'est donc pas pour thonorer , mais
pour en honorer d'autres qui doivent se glorifier
de tenir à lui , que je réponds à l'Année Littéraire
, que M. de la Harpe , fils d'un Militaire
Suisse , descend par lui dune ancienne famille
noble du Canton de Berne. Quant à la pauvreté
qui a environné son berceau ce n'est pour lui
qu'un titre de gloire de plus ; il faut qu'il ait
eu un mérite bien récl , celui qui , dans l'ordre
de choses qui régnoit alors , a pu , quoique né
sans moyens de subsister que par son travail
sans appui , sans parens , sans protecteurs , n'être
pas condamné à languir le reste de sa vie dans
les emplois les plus obscurs de la Société. » Si
» vous aviez été le fils de mon père , discit Fléchier
à un Folliculaire de son temps , qui lui reprochoit
aussi sa naissance , » vous feriez encore
>> des chandelles ; et pour que M de la Harpe
ait pu , non pas faire des Tragédiennamais seulement
être en état d'en lire avecit , il a
fallu sans doute une vocation bien marquée , et
une grande portion de ce courage qui fait triompher
de tous les obstacles , et qui met l'homme
de mérite à la place qu'il doit occuper........
Bénissons la révolution qui s'achève , et d'où va
naître un ordre de choses tel que nulle institution
politique n'enchaînera plus le génie , et ne
permettra pas seulement à ceux d'une certaine
classe de développer tous les dons que leur aura
fait la Nature.
DE FRANCE. 103
Du berceau de M. de la Harpe , l'Auteur de
l'Article le suit au Collége , où il a été , dit-il ,
>> élevé gratuitement et avec décence ; et où ,
دد pour essayer son talent , il a commencé par
>> diffamer ses Maîtres et ses Bienfaiteurs ce. J'ignore
à quel titre et de quelle man ère M. de
la Harpe a été élevé au College d'Harcourt ,
où l'on s'honore encore de l'avoir reçu. Mais
ce que je sais très bien , c'est qu'il est faux et
de toute fausseté qu'il ait jamais , pour essayer
son talent , diffamé ses Maitres et ses Bienfaiteurs.
L'Auteur de l'Article a pu trouver cette
calomnie dans les anciens cahiers de l'Année Littéraire
, dont il paroît étre un digne coopérateur ;
mais elle n'en est pas pour cela moins condamnable
, et le mensonge ne change pas de caractère
pour avoir été reproduit souvent. A peine
sorti de l'enfance , M. de la Harpe , par une
inconséquence digne de son âge , se permit ,
vérité , de faire , en société avec quelques - uns
de ses camarades , plusieurs couplets contre divers
Membres du College qu'il avoit quitté ; mais ce
n'étoit ni contre ses Maîtres ni contre ses Bienfaiteurs.
Cette pla santerie étoit l'ouvrage de plusieurs
jeunes gens , et M. de la Harpe fut le seul
puni , parce qu'il étoit pauvre , sans appui , sans
état, sans protecteurs , et parce qu'il eut le courage
de garder à ses compagnons le secret le plus
inviolable. Le Ministère d'alors , si prodigue d'ordres
arbitraires , en accorda un à la demande des
personnes offensées ; une espiéglerie de jeunesse
fut punie comme un délit très-grave ne le seroit
pas aujourd'hui ; et le jeune Auteur fut , en entrant
dans le Monde , la victime d'un de ces
abus d'autorité qui ont si long-temps déshonoré
la France. M. de la Harpe pouvoit avoir tort ;
mais la manière dont on se conduisit à son égard ,
étoit lien propre à tout expier. C'est de plus un
404 MERCURE
i
fait constant , qu'il a conservé sans altération
l'estime et l'amitié de tous ceux qui ont pris soin
de sa jeunesse. M. l'Abbé Asselin , Principal du
College dHarcourt , fut le plus grand de ses
Bienfaiteurs ;et M. l'Abbé Asselin , après avoir
joui avec une satisfaction touchante de ses premiers
succès , qu'il regardoit comme son ouvrage
, est mort sans avoir cessé un seul instant
de l'aimer , de l'estimer , et d'en être respecté
et chéri.
Vous n'attendez pas , Monsieur , que je suive
J'Auteur de l'Article dans toutes ses inculpations ;
il y a des choses tellement absurdes qu'il est
souvent impossible de les réfuter : tantôt c'est aux
talens de M. de la Harpe qu'il en veut , tantôt
-c'est à sa personne elle-même ; et toujours aves
une égale mauvaise foi. Ceux qui savent de quei
l'esprit de parti peut être capable , ne seront
pas surpris de l'entendre répéter encore ce que
les ennemis de M. de la Harpe ont si souvent
dit , ce que Fréron sur-tout a si souvent imprimé ,
que M. de la Harpe n'a fait qu'une Tragédie
passable ; comme si Philoctete , Coriolan , Mélanie
et Jeanne de Naples n'étoient pas dignes
de son premier Ouvrage , dont Fréron lui-même
n'a jamais osé contester le mérite. Il soutient que
M. de la Harpe n'est ni Orateur , ni Poëte ,
comme s'il n'avoit pas fallu être Poëte pour écrire
Mélanie , comme si l'éloge de Catinat et celui de
Fénelon manquoient d'éloquence. Qu'est-ce que
ce reproche qu'il lui fait , >>> de n'avoir cessé de
בכ faire la cour aux Ministres et aux Grands , qu'il
>> a l'ingratitude d'abandonner aujourd'hui qu'ils
>> sont persécutés « ? Certes, je ne connois qu'une
manière d'y répondre , c'est de sommer celui qui
le hasarde, d'indiquer , sous peire d'être voué à
l'opprobre public , un seul Grand à qui M. de la
Harpe ait fait la cour , un seul Ministre qu'il ait
DE FRANCE. 109
abandonné dans la disgrace avec ingratitude. Il
l'accuse dans un autre endroit d'avoir été le vil
flatteur des chefs de la Littérature. Il est aisé
d'entasser des mots et d'accumuler des injures.
Mais je le demande encore , quand est- ce que M.
de la Harpe a flatté qui que ce soit ? Il a loué
Voltaire ; mais croit-on qu'il ne soit pas possible
de louer sans flatterie le plus beau génie qu'ait
encore produit la France ? Il a rendu justice un
des premiers à l'admirable Traduction des Géorgiques
, déchirée par les Zoiles de ce temps- là ,
au Poëme immortel des Saisons, etc. Mais est-ce
être flatteur que d'être juste ? Et peut on trop louer
Jes vers inimitables de M. l'Abbé Delille , ou ceux
dans lesquels M. de Saint-Lambert a enrichi l'éloquence
et la raison de tous les trésors de la Poésie ?
Sans doute , il n'est pas donné à tout le monde
de distinguer la flatterie de la louange, et je conçois
que ceux qui passent leur vie à calomnier
puissent seméprendre aisément sur les véritables
applications de ces deux mots ; mais les honnêtes
gens et les bons esprits savent apprécier la justesse
des accusations hasardées par l'esprit de parti ,
et leur suffrage est le dédommagement de l'homme
de bienque l'on outrage injustement.
,
Je passe au reste de la lettre qui m'a fait prendre
la plume : et je dois d'autant plus vous en entretenir,
Monsieur , que c'est le meilleur moyen
de faire sentir le cas que l'on doit faire des calomnies
que j'ai déjà repoussées : il y a des
hommes que l'on ne peut mieux combattre qu'en
les faisant connoître ; et l'Auteur auquel je réponds
est très - certainement de ce nombre. Il
attaque aussi la Philosophie ; car il faut bien qu'il
soit fidèle à l'étendard sous lequel il combat , et
l'on seroit sûrement étonné , si lorsque l'Année
Littéraire injurie , les Philosophes n'y étoient pour
ien. Il cite M. de la Harpe , et il l'explique.
106 MERCURE
>> Ainsi , dit - il , selon M. de la Harpe , c'est
> la Philosophie qui a tout l'honneur de la des-
>> truction de la Noblesse et du Clergé ; c'est la
>> Philosophie qui a fait la révolution : il n'a pas
>> tout-à-fait tort ; la Philosophie a été la prin-
>> cipale cause des désastres dont nous avons été
>> les témoins , etc. ". Ainsi donc la révolution
est une suite de désastres ; ainsi donc la révolution
est un des torts de la Philosophie ...... Il
me semble que l'on peut juger un homme sur
ces seules paroles ; mais ce n'est pas tout : après
avoir encassé de vieilles injures contre la Philosophie
, et exposé quelques-uns de ses prétendus
torts , il poursuit : >> Les Ministres et les Grands
>> aveuglés et abrutis par cette prérendue Philo-
>> sophie , ont conmis des brigandages et de si
» énormes bévues , que le Gouvernement n'a pu
>> subsister : c'est dans ce sens-là que l'on peut
>> dire que la Philosophie a fini la révolution, en
>> comblant les maux qui l'ont rendue nécessaire ce.
Je le demande aux gens raisonnables qui me font
l'honneur de me lire , n'est-ce pas le comble de
la démence que tout ce qui est renfermé dansees
lignes ? Quoi ! c'est la Philosophie qui a multiplié
les fautes du Gouvernement ? Quoi ! c'est la
Philosophie qui a peuplé les cachots de la Bastille
d'un si grand nombre d'innocentes victimes ?
Quoi ! c'est elle qui a promu tous ces ordres arbitraires
qui ont si long-temps violé les droits les
plus sacrés de l'humanité ? Les trente mille Lettres
de cachet expédiées , dit - on , dans la seule
affaire de la Bulle ? etc. Quoil c'est elle qui a causé
le désordre de nos Finances ? l'Aristocratie tyrannique
des Corps ? le Despotisme oppressif de
tous les Agens de l'autorité ? etc. etc. etc. Il est
difficile d'entasser autant d'absurdités en aussi peu
de paroles : et quant à cette assertion , que c'est
la Philosophic qui a abruti les Grands et les
DE FRANCE. 107
Ministres , il faut convenir que l'on réfléchiroir
des Siècles avant de trouver une autre idée aussi
plaisamment extravagante. L'Auteur continue ex
rend bientôt un hommage public à la mémoire
de son Patron , le redoutable antagoniste des
Philosophes. » M. Fréron , dit - il , avoit bien
>>>raison , sans doute , d'exhorter Louis XV a
>> exterminer cette prétendue Philosophie des-
>> tructive de toute Religion et de toute So-
ככ ciété , et si son apostrophe avoit produit
>> quelque effer , elle eût épargné bien des maux
>> à la France : rendons-lui graces au moins de
>> l'intention «. Ah ! sans doute, si son apostrophe
eût eu son effet , les choses auroient été différentes
de ce qu'elles vont être. Les François avilis
par un long et continuel despotisme , auroient
encore la bassesse d'adorer leurs chaînes ; tous
les abus qui ont si long-temps pesé sur nos têtes
subsisteroient encore dans toute leur force ; au
lieu d'un Roi citoyen , ami de ses sujets et de la
liberté , nous aurions peut-être un despore , qui ,
malgré la bonté connue de son coeur et les lumières
de son trompé par les préjugés
qui l'environneroient , se plairoit à ne régnerque
sur des esclaves. On penseroit encore comme M.
Fréron, et comme bien d'autres , que les vingtquatre
- vingt- cinquièmes de la Nation doivent
être asservis à l'autre vingt-cinquième, et » qu'at-
>> taquer les priviléges de la Noblesse et du
> Clergé , ce n'est pas établir la Liberté , mais le
>> Despotisme “.
esprit,
L'Auteur de l'Article continue à parler de Fréron
, et par une fiction oratoire , infiniment ingénieuse
, il met ses propres opinions dans la
bouche de son illustre Maître , afin de leur donner
plus de poids. » M. Fréron pensoit , dit-il ,
>> avec les plus sages Philosophes de l'Antiquité ,
>>que la Religion est la base de la félicité pu
108 MERCURE
>>>blique , etc. cc. Vraiment il importe fort peu
de savoir ce que M. Fréron pensoit sur cette
matière , ainsi que sur beaucoup d'autres ; mais
on peut répondre à son successeur : et qui est- ce
qui pense autrement ? Quand est-ce que les Philosophes
, que vous accusez d'avoir détruit la
Religion , ont avancé le contraire ? Il faut une
Religion , sans doute , à quelque Peuple que ce
soit ; mais il la faut simple , pure , dégagée de
toutes les Institutions humaines dont on s'est plu
à l'obscursir ; il faut qu'elle soit telle qu'elle
est sortie des mains de son divin Auteur ; il faut
qu'elle soit l'ouvrage de Dieu , et non pas celui
des Prêtres. Qu'ont dit les Philosophes dans tous
cesEcrits qui ont préparé le bonheur de l'homme ,
que ce qu'avoit dit Jésus - Christ lui -même ?
Qu'ont- ils fait , que rappeler la Religion à sa
pureté primitive ? Ouvrez l'Evangile , et vous y
verrez :
ככ Aimez votre prochain comme vous-
>> même ; faites du bien ; supportez-vous les uns
>> les autres ; tous les hommes sont vos frères ,
> etc. etc. etc. ec. Ecoutez les Philosophes , et ils
vous diront : >> Secourez les autres hommes ; ne
> persécutez pas ceux qui ne pensent pas comme
» vous ; soyez compatissans , indulgens , tolé-
» rans , bienfaisans ; tous les hommes sont vos
>> semblables , etc. etc. etc. «. Ecoutez les Prêtres ,
et ils vous diront
Ici je m'arrête ; mais je demande à tous ceux qui
sont, aussi touchés que moi de la sublime réponse
de Jésus-Christ à ceux qui lui amenèrent
la femme adultère , les Philosophes auroient - ils
tenu un autre langage ? et cette indulgence divine,
l'auroit-on trouvée chez les Prêtres qui prêchoient
le massacre des Albigeois , ou qui envoyoient au
supplice Jean Hus , Jérôme de Prague , le Conseiller
Anne du Bourg ? La Philosophie a réuni les
hommes que les abus de la Religion avoient si
souvent
DE FRANCE. 109
1
souvent divisés ; elle a appris aux hommes à dé
imeler dans la Rel gion le faux du vrại , ce qui
est de Dieu de ce qui n'en est pas ; mais elle n'a
jamais enseignéà se passer de Religion.......
Ah ! bénissons - les àjamais ces berfaiteurs de
T'humanité qui nous ont rappelés après d.x-huit
Siècles aux véritables principes du Christianisme ,
qui ont persuadé aux hommes d'être tolérans et
secourables ; qui , malgré la Sorbonne et les
Arréts du Conseil , ont écrit le XVe. Chapitre de
Bélisaire et l'Eloge de Fénelon ; ceux enfin qui ,
par leurs immortels Ecrits , ont préparé cette
grande révolution , d'après laquelle tous les hom-
Ries seront enfin les semblables les uns des auties;
et disons avec l'Abbé de St-Pierre : Paradis
aux Bienfaisans !
Je suis avec les sentimens les plus distingués ,
MONSIEUR ,
Votre très-humble et très-obéissant
serviteur , BOISSY D'ANGLAS .
Paris , 2 Février 1790 . i
NOTE de M. DE LA HARPE sur la Lettre
précédente.
LE zèle de l'amitié l'a ensporté , àmon infçu ,
sur le dédain qu'inspire depuis long-temps , sous
tous les rapports , un Libelle tel que l'Année Litteraire
, le plus ancien , le plus décrié , le pus
abandonné de tous les Libelles périodiques. Ja
Lettre de mon digne ami , M. de hors d'anglas
, contenant des faits , & le Mercure étant
N°. 8. 20 Fév. 1790. F
10 MERCUREY
répandu par-tout , je dois à l'amitié , au Public
et à moi-mêre de constater ces faits d'une manière
authentique. Il est vrai que l'un de ces faits
est fort peu important , sur tout à mes yeux :
c'est celui de ma naissante. Le reproche sur cet
article a passé dans tous les temps pour une lacheté
et une bassesse ; aujourd'hui c'est plus encore
, c'est bêtise . Cependant comme la haine fait
atme de tout , j'ai été attaqué sur ma naissance
dans vingt rapsodies satiriques , & n'y ai pas fait
la plus légère attention. Mais aujourd'hui que
l'on veulroit infirmer Thommage que je rends
à la Liberté , et faire croire que ma haine pour
P'Aristocratie n'est que le sentiment de jalousie
que l'on suppose aux conditions inférieures , je
suis obligé de déclarer qu'en effet le hasard m'a
fait un assez bon Gentilhomme , d'une famille
originaire de Savoie et établie dans le pays de
Vand , remontant en ligne directe jusqu'à l'année
1389 , cùlen de mes ancêtres étoit Gentilhomme
de la Chambre de Bonne de Bourbon ,
Comtesse de Savole ; que depuis plus de vingt
ans j'en ai entre les mains les preuves légales
que voulut bien n'apporter à Ferney , en 1766,
mon coufin issu de germain , le chef de ma famille,
portant le même nom que moi , & y joignant
celui des Utns , fief noble dont il étoit
possesseur à Rolles , comme son fils l'est encore
aujourd'hui ; que M. de Chabanon , mon Confrère
à l'Aca' émie , & qui étoit alors à Ferney ,
peut rendre témoignage de cette visite , et de
l'accueil que M. de Voltaire voulut bien faire à
mon cousinet à sa femeie , en les retenant trois
jours chez lui : qu'un autre de mes cousins , mais
beaucoup moins à son aise que M. des Utins
vint , il y a quelques années , à Paris pour
trer au service de France ; que sur ma recommandation
, M. le Comte d'Affry eut la bonté de
en-
,
DE FRANCE. 111
le recevoir sur le champ parmi les Cadets Géntilshommes
de l'un de ses régimens ; et que ce
respectable vieillard , qui connoissoit ma fainille
n'exigea pas de mon jeune parent d'autre preuve
que d'être reconnu par moi pour m'appartenir (1 ) .
,
Voilà ce que je suis par ma naissance et le silence
que j'ai gardé vingt ans sur toutes les
généalogies qu'on m'a faites , prouve assez , ce
me semble , que rien au monde ne m'est plus indifférent.
,
Ce qui ne l'est pas , c'est la calomnie qui attaque
le caractère et les principes : aussi dès l'année
1764, je réfurai, par un avis imprimé a la tête
de la Tragédie de Timoléon , cette imposture dont
l'Année Littéraire se rend encore aujourd'hui
l'imbécille écho , que j'avois écrit , en sortant du
Collége , contre mes Bienfaiteurs & mes Maitres .
La réfutation étoit péremptoire. Je citai , j'attestai
, j'adjurai , non seulement l'Abbé Asselin
Principal du College d'Harcourt , à qui j'étois redevable
de mon éducation , mais tous mes Maitres
, chacun par leur nom , tous existant alors ,
et je finissois ainsi : >> Je défie les plus impudens
>> calomniateurs de rien répondre aux preuves
>> que j'avance «. Les calomniateurs ne manquoient
pas ; l'impudence leur manquoit encore
moins. Cependant ils ne s'avisèrent pas de répondre
, ils firent ce qu'ils font toujours àla pre- ,
mière occasion , ils recommencèrent comme si on
re les cût pas cor.fondus.
Il me reste à dire un mot de celui à qui je
suis redevable du témoignage honorifique que j'ai
reçu de M. de Boissy d'Anglas. C'est un successeur
de Fréron , qui n'a pas même avec moi l'ex-
() Ce feune homme a été obligé depuis de quitter le
Corps , parce que fon peu de fortune ne lui permetteit
pas d'y subsister convenablement.
-
F2
112 MERCURE
euse de l'amour-propre offensé , puisque de ma
vie je n'ai prononcé son nom , n'ayant de ma vie
hu une de ses Feuilles. Il est vrai qu'on m'a dit qua
ce silence absolu l'avoit d'autant plus choqué , qua
depuis dix ou douze ans il a imprimé contre moi
des volumes d'injures , et que j'avois quelquefois
daigné faire mention d'Ecrivains de la même
trempe. Mais il devoit observer qu'il ne laisse pas
d'y avoir encore des degrés dans le métier de
satirique à la semaine , et que le sien étoit bien,
bas, puisqu'il n'a pas même encore obtenu la célébrité
de l'infamie. Néanmoins , puisqu'il en est
st ambitieux , il faut donc une fois le contenter ,
et apprendre au Public ce que je ne sais moi
même que par ces annonces imprimées , acxquelles.
la plupart du temps on fait si peu d'attention ,
et que le genre de mes travaux me met dans le
cas de parcourir>.>> L'Année Littéraire est actuellerent
confiée a x soins de M. l'Abbé Royou.....
>> La réputation de ce Journal est consacrée depuis
long- temps par lestime publique. On sait
que de tout temps il a été destiné à venger la
> Religion , la morale et les maximes du Gouver-
>> nement attaquées par les faix Philosophes , ainsi
>> que le goût outragé par les mauvais Ecrivains.
n On peut être assure qu'il ne changera pas de
>> ton sous la direction de M. l'Abbé Royou «.
On ne peut pas dire que sur ce dernier article if
n'ait pas tenu parole .
des
Je ne m'arête pas sur cer effronté charlatanisme,
digne Opérateurs du Pont-Neuf. L'Année
Littéraire, consacrec par l'estime publique, ressemble
à la rareté , la curiosité qu'ont voulu voir.
les Princes et Princesses , et le tout pour gagner
deux sous. Je n'insiste pas non plus sur cette ex
pression : venger les maximes du Gouvernement.
(Observez que cette annonce est de 1788 , et par
les maximes que vengeoit alors ledit Royou, jugez
DE FRANCE. 113
de celles qu'il professe aujourd'hui et qui l'ont
a mé de nouveau contre moi ). Mais il est bon
de false connoître ce que c'est que le nommé
Royou , qui veut a toute force étre connu , et qui
ayant vomi contre moi , pendant dix ans, les plus
abominables calomnies , peut mériter enfin qu'on
en fasse unejustice et un exemple , pour l'édifi ation
publique. Cet homme qui , dans une autre
annonce , se disoit spécialement chargé de la partie
polémique de son Journal , c'est-à-dire , de la
partie des querelics , est un Prêtre et un Professeur
de Philosophie ( imaginez de quelle Philosophie
au Coll'ge de Louis le Grand. Si vous voulez
savoir quel il est , consultea qui vous voudrez dans
la maison qu'il habire , depus le Principal jusquan
Portier ; car un pareil détail ne peut pas se
trouver sous ma plume. Je sais seulement par
plusieurs de ses Confrères , qui n'ont à rougir
de rien , si ce n'est de l'être , et qui ne me de
mentiront pas , que cet homme , au dessous du
ridicule et au dessus des affronts , est une espèce
de fou furieux que la manie désespérée de faire
parler de lui , à quelque prix que ce fur , a porté
à des excès si révoltans , à des scandales si atroces
dans son malheureux Libelle de l'Année Littéraire
, que pendant long-temps il lui fut défendu
d'y travailler , sous peine , pour les possesseurs du
Privilége, de le voir aussi-tôt révoqué ; qu'il fut
défendu à tout Entrepreneur , à tout Imprimeur
de Journaux et de Papiers publics de rien publier
dudit Royou. Concevez tout ce que supposoit une
pareille défense l'égard d'un homme qui n'avoir
jamais écrit que contre les Philosophes , alors regardés
comme les plus grands ennemis du Gouvernement.
Je n'en dirai pas davantage sur l'existence
abjecte de ce nouveau Garasse , conspué
dans sa classe , quand il ose la faire , évité de
tous ceux qui habitent la même maison que lui ,
F4
114 MERCURET
quand il ose les aborder , détesté dans le Corps
respectable dont il est un Membre si indigne, ot
complices.
ne pouvant vivre qu'avec
Je n'arrête
des
to quoiqu'il m'ait donné le droit d'en
dire davanta e. Il me suffit d'avoir fat voir une
fois à cette vile espèce de Calomniateurs publics
quel service en leur rendoit , quand on se contentoit
de les mépriser.
SPECTACLES
2
THEATRE DE MONSIEUR.
ON avoir donné fur le Théatre des
Tuileries une pièce parodiée sur la musique
de Paisiello , er intitulée le Valet
rival et confident; cetOuvrage n'avoit point
réussi. L'Auteur n'a pas voulu appeler da
jugement du Public fur fon Poëme ; mais
il a cru bien mériter des Amateurs de la
bonne muſique , en leur confervant une
composition du célèbre Paisiello. Illa donc
adaptée àun nouveau Poème. Mais ce qu'il
y a de bien étonnant , du côté de la diffi
culté vaincue , c'eſt qu'en changeant le fujet
, il n'a point touché aux paroles des
duférens airs. La Pièce ( jouée le 6 Février )
a réussi , a été fort applaudie ; et il faut
avouer qu'un pareil succès est une singularité
assez reniarquable, :
2.
DE FRANCE 115
D'après cet historique , ce seroit une sé
vérité qui approcheroit de l'injustice , que
d'exiger une exacte vraisemblance d'un
Poëme dramatique,composé, pour ainsi dire,
conime on remplit un bout rimé. Il sudip
qu'un pareil Ouvrage soit gai en dramatique
; et à ce mérite , le Valet rival joinz
encore celui d'être ingénieusement, écrir
Uncertain Docteur empyrique est amou
reux d'une Orpheline , dont il prendsoin;
mais cette Orpheline , peu touchée de son..
amour, lui préfère Eugène , Valet du Doc
teur. Cet Eugène veut s'amuser aux dépens
du Vieillard ; & il lui écrit sous le nom d'un
vieux Cacochyme , qui demande à être son
pensionnaire , pour se trouver plas à portée
de recevoir ses soins. Voila donc Eugène dra
bli chez le Docteur , obligé d'être ensemblé
et son Valet et son malade , ce qui ne laisse
pas que d'être embarrassaut dans les mo
mens où il faudroit être l'un er l'autre tout
à la fois. De cet embarras naît le comique
des situations qui nourrissent l'attention et
le rire jusqu'au dénonement. Le Docteur
qui a découvert la fourberie , auroit bien
le courage de chasser Eugène ; mais il n'a
pas celui de résister à la pupille , et il finit
par tout pardonner , et même par unir les
deux Anians.
Il y a dans la musique des morceaux
charmans , bien dignes du talent de son
Auteur; deux ou trois ſeulement nous ont
116 MERCURE
paru manquer de cet air de famille qui distingue
le reste de cette agréable composition
; et il ne faudroit rien moins qu'une
adoption authentique de Paisiello pour
croire à leur origine italienne .
د
Les deux principaux rôles ont été fort
bien joués par MM. Gavaux et Valliere.
M. Gavaux , qui a déjà été distingué par
sa manière de chanter , ajoué fort gaiment
le rôle du Valer ; et M Valliere a fait grand
plaisir dans celui da Docteur . Cet Acreur
nous paroît propre à cet emploi ; c'est un
nouveau moyen pou: lui de ſe rendre utile
à ce Theatre.
L
THEATRE DE LA NATION.
Es nombreuses scènes politiques dont
nous sommes les témoins et les acteurs , qui
font les destins de la France , et occupent
l'attention de. l'Europe entière , ce riche et
magnifique tableau de la révolution , que
chaque moment semble développer à nos regards
, entraîne si fortement les esprits , que
les talens , qu'il ne réduit point au silence ,
s'occupent à le retracer , à en entretenir le
Public , qui a l'air d'en apprendre les détails
, quand on ne fait que lui répéter ses
propres pensées , et qui est flatté des récits
DE FRANCE. ftz
qu'on lui fait , parce que c'est l'histoire de
ses conquêtes , Cet intérêt d'ailleurs, est si
grand, qu'il paroît exclusif; et les Muses
semblent croire que vouloir en détourner
l'attention publique, est s'exposer à n'être
point écouté.
t De là toutes ces Pièces appelées de cir
constance , qui se succèdent si rapidement
sur tous nos Théatres. Toutes n'y ebriennent
pas le même succès , parce que tous les Au
teurs ne s'y présentent pas avec les mêmes
talens, ou avec le même bonheur .
Nous avons parlé d'Epimenide. Son suc
cès s'est toujours soutenu depuis la première
représentation; et te premier essai
dramatique de M. de Flins , a donné une
idée très-avantageuse de son talent.
Le Souper Magique , qu'on a représenté
le Jeudi , II de ce mois , a été moins
heureux, L'idée de cette Pièce épisodique ,
c'est le fameux Cagliostro , qui , usant de
sa puissance magique , évoque pluſieurs
Morts célèbres du siècle dernier. Tel est
le cadre qu'a choisi l'Auteur pour rapprocher
et comparer deux époques si disparates .
Les personnages qu'il met en scène , sont
Colbert, la Valière , en habit de Carmelite ,
l'Homme au masque de fer , Ninon , Molière
, la Fontaine , et Chapelle. On sent
que ce sujet, puisédans l'ordre merveilleux ,
1
II MERCURE
ne pouvant intéresser le coeur , devoit être
traité de manière à amuser l'esprit ; et en
général , cet Ouvrage a paru manquer de
gaîté&de vivacité . La Valière , par exem
ple , vient se plaindre de l'abandon de
Louis XIV; elle exprime sa tendresse avec
l'intention d'attendrir ; cette intention
dans un sujet pareil , étoit difficile à réaliser
; elle ne pouvoit guère offrir que le
contraste d'une idée au moins fort gaie ,
et d'une exécution sérieuse tout au moins .
,
Au reste , les détails et le style de cet
Ouvrage n'ont point échappé aux connoisseurs
; et nous ne craignons point d'en
nommer l'Auteur , parce que ce non- succès
ne peut faire aucun tort à son talent. La
Pièce est terminée par des couplets que
Chapelle vient distribuer aux différens personnages
, et dont plusieurs ont été fort applaudis.
Nous allons en citer un que nous
croyons avoir fidèlement retenu . C'est ta
Valière qui le chante.
D'un grand Roi je fus la Mattresse;
Je perdis bientôt sa tendresse;
Et dans un Cloître enfin je m'éclipsai
On ne se cloître plus, on change ;
Ainsi notre sexe se venge
Par le présent , des affronts du passé
:
DE FRANCE. I
Nous nous arrêterons peu sur la Tragédie
de Lonis XII, dannée le lendemain
pour la première fois ; cette Pièce n'ayant
eu qu'une représentation , et même n'ayant
pas été tout-à-fait jusqu'à la fin. Aucun
moment de la vie de ce Monarque n'offroit
un sujet heureux à la Tragédie ;
ce qui a séduit l'Auteur , c'est la facilité
d'appliquer ce beau surnom de Père du
Peuple , et l'on conçoit que cette intention
étoit aussi facile à saisir qu'à réaliser.
Louis XII revenant dans ses Etats après
avoir fait la guerre en Italie , y trouve beaucoup
de désordre à réparer , et des abus
d'autorité à punir. Les réflexions et les
récits , que l'Auteur a fait entrer dans ce
cadre , ont presque tous rapport aux événemens
de la révolution .
Cette Tragédie a été composée peutêtre
trop rapidement; le Public l'a traitée
avec beaucoup de rigueur ; les connoisseurs
ont trouvé qu'elle manquoit en géné
ral de verve et d'intérêt ; mais tout le
monde a dû applaudir au sentiment de
patriotisme qui avoit inspiré l'Auteur,
20 MERCURE DE FRANCE .
5 THEATRE ITALIEN
1-
DIMANCHE dernier , 14 de ce mois , on
a remis à ce Theatre le Diable à quatre.
On sait querc'est un des Ouvrages de M.
Sedaine , et qu'il a toujours été joué aveo
succès . Les airs qu'on y chantoit , étoient
un choix de divers morceaux parodiés ; un
Compositeur Italien vient d'y faire une
musique nouvelle qui a réussi. Cependant
en général , en rendant justice au mérite
de cette composition , on a trouvé qu'elle
manquoit souvent du caractère propre au
genre du Prëine.
Le rôle de Margot a été fort bien jouč
par Mme. St-Aubin , qui devient tous les
jours plus chère au Public et aux connoisseurs.
TABLE.
DORIS , Fglogue. Es Variétés. وو
Theatre se Morfieur. 114
Charade. Eng . Logog.
Traité des Praities.
Theare de la Nation. 116
s2Théatre Italien . 110
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
De Berlin, le 3 Février 1790 .
QUOIQUE les préparatifs de guerre
continuent dans les Etats du Roi , quoiqu'on
ait acheté quatorze mille chevaux
de trait , quoiqu'on travaille aux équipages
de S. M. , quoique les Gazettes
mettent ce Monarque à la tête d'une
Armée commandée par M. de Mollendorf,
et donnent une seconde Armée au
Duc de Brunswick, ces préparatifs ne
persuadent point encore une partie du
Public de la certitude d'une guerre prochaine.
Cependant tous les matériaux en
sont posés . S'il est sans vraisemblance
que les Cours Impériales veuillent s'opposer
ouvertement à notre alliance avec
Nº. 8. 20 Février 1790. G
( 146 )
la Pologne , il est certain que les suites
de ces liaisons peuvent amener une rupture
, si la paix entre les Ottomans et
leurs Ennemis ne prévient pas une troisième
campagne. La nature de nos relations
avec les Etats Belgiques , peut
devenir encore un écueil de la tranquillité
de l'Empire ; ainsi , en derniere analyse
, elle tient aux desseins que manifesteront
notre Cabinet et ses Alliés .
Le mouvement des Courriers est trèsactif
depuis quelques jours. Le Duc de
Saxe - Weimar est arrivé ici le 25 Janvier.
Le Duc régnant de Brunswick est
attendu au premier jour.
Dans la Séance de l'Académie des Sciences ,
tenue le 28 Janvier , M. le Comte de Herzberg
, Ministre d'Etat , Curateur de l'Académie
, a annoncé la nomination du Professeur
Gedike , comme Membre ordinaire ,
et celle de M. Muller , Conseiller - Privé de
l'Electeur de Mayence , et avantageusement
connu par l'histoire des Suisses , et M. Robert
de Paris , Auteur de plusieurs ouvrages
géographiques , comme Membres Etrangers.
Le prix de l'éloge du feu Roi n'a pas été
décerné ; aucun ouvrage sur ce sujet n'a
rempli les vues de l'Académie ; il a été
remis . M. le Comte de Herzberg fera connoître
dans un programme les principes
d'apres lesquels cet éloge doit être traité .
Environ 800 Paysans du Duché de
Courlande se sont rendus auprès du
Duc, et lui ont demandé l'ouverture des
(147 )
magasins à bled , et la destitution du
Bailli de Grunhof Le Duc leur a accordé
l'une et l'autre de ces réquisitions , et la
tranquillité s'est rétablie.
De Vienne , le 2 Fégner.
,
L'Etat de l'Empereur est toujours inquiétant
; la fièvre et la toux continuent .
Cependant les forces de S. M. I. ne sont
pas diminuées au point de l'empêcher ,
dans les instans favorables , de vaquer
aux affaires d'Etat , et de recevoir une
société choisie .
Les 12 Bataillons qui , sur un ordre
du Conseil de guerre , se rendent successivement
dans la Moravie et la Haute
Autriche, sont formés des Régimens de
Wallis , Wartensleben , Wolfenbuttel ,
Callenberg , Brentano et Brechainville.
On attend à Minkendorfdeux Régimens
de Croates. Cette Capitale et ses environs
reçoivent 10 Bataillons de Grena
diers , et 12 autres Bataillons venant de
la Hongrie , d'où l'on a aussi rappelé les
Corps de Chasseurs et les Pionniers. Les
Hussards Szecklers arrivés le 24 à Laxembourg
, en repartent aujourd'hui pour
la Bohême. Des dispositions si étendues
indiquent , ou que l'ouvrage de la pacification
avec les Tures est assez avancé
pour permettre cet affoiblissement de
la grande Armée , ou que des besoins
Gü
(148 )
plus pressans exigent le déplacement
d'une partiedes Corps qui la composent.
L'Ordonnance du Conseil de guerre , qui
établit l'augmentation de l'Armée , est publique.
Tous les Régimens Allemands d'Infanterie
seront augmentés chacun d'un bataillon
; les quatrièmes bataillons des Régimens
Hongrois , d'une nouvelle division ;
et tous les Régimens de Cavalerie d'une division
entière. De cette manière , l'Armée
sera composée de 156 bataillons Allemands ,
8 Italiens , 44 Hongrois , 34 de frontières ,
et 20 bataillons de Grenadiers , ce qui fait
262 bataillons ; les 5 Régimens des Pays-
Bas n'y sont pas compris. La Cavalerie
consistera en 90 escadrons de Hussards , 60
de Chevaux-Légers , 16 de Carabiniers et
80 de Cuirassiers ; en tout 294 escadrons .
L'Artillerie , les Corps des Volontaires et
les Régimens de garnison ne sont pas compris
dans cet état. La Bohème seule fournit
60,000 recrues .
De Francfort surle Mein, le 11 Février.
Le dénouement de la scène de Liège
se traîne encore au milieu des négociations
secrètes et des incertitudes. La dernière
réponse du Prince - Evêque à M.
Dohm avoit ranimé les espérances : sa
replique à l'Ordre de la Noblesse est
moins rassurante. Cependant on auroit
tort d'en conclure que S. A. C. persévère
dans sa résistance au plan de Clèves :
Elle a pu écrire aux Nobles de ses Etats
(149 )
d'untonmoins confidentiel, qu'Elle n'au
ra été obligée de le faire envers le Roi
de Prusse. En attendant que le Prince-
Evêque ait manifesté ses dernières intentions
à ce Monarque , il fait soutenir
sa cause à la Diète de Ratisbonne , par
des Mémoires en style de Manifeste. Il
en paroît un entr'autres distribué par le
Comte de la Tour, Ministre du Prince
à la Diète , sous le titre de Mémoire
concernant la révolte de Liège, les motifs,
manoeuvres et prétextes de ceux
qui l'ont opérée , avec l'explication de
l'Edit de 1654.
Cet imprimé est partagé en 3 Chapitres .
Dans le 1er . , les Bourguemestres Fabri et
Chestret sont nommés comme Auteurs de la
rébellion ; dans le second , on développe
les droits du Prince relativement à la Police
; on tâche de prouver que les Princes-
Evêques ont obtenu des Empereurs une Souveraineté
illimitée qu'ils ont toujours exercée
, et que l'existence des Etats Provinciaux
ne date que des guerres civiles ; enfin , le
troisième Chapitre traite de tout ce qui
est relatif à l'Edit de 1684 , dont on plaide
la validité et l'impossibilité de l'abroger.
Le Général de Schlieffen est arrivé
de Mastricht à Liège. Il est en correspondance
active avec les Chefs de l'Union
Belgique.
Chaque Papier public fait un Traité
de paix entre les Puissances Belligérantes.
En voici un puisé dans une Feuille
Allemande , dont le Rédacteur n'a sure
Gij
( 150 )
ment pas en poche la signature des Plénipotentiaires
Ottomans.
Le Danube , la Save et la Verbasca serviront
de frontières respectives. L'Empereur
aura par conséquent toute la Croatie
Turque , la Wallachie , la partie de la
Moldavie sur la riviere de Sereth , y compris
Choczim et son District ; il rendra toute la
Servie , mais les forteresses de Belgrade ,
Szabacz et Semendria seront rasées .
L'Impératrice de Russie aura le reste de
la Moldavie , la Bessarabie et la Tartarie
Oczakovienne. - Les Turcs raseront les
forteresses qu'ils céderont , à l'exeeption de
Brailow et d'Orsova .
La navigation sur les rivières sera commune
aux 3 Puissances .
On conviendra d'un nouveau traité de
commerce , qui établira, sur des bases invariables
, la navigation de la mer Noire ,
de laquelle toutes les autres Nations seront
exchies.
GRANDE-BRETAGNE.
De Londres , le 10 Février.
Depuis sa rentrée, le travail du Parlement
s'est à-peu-près exclusivement
borné aux affaires préliminaires de chaque
Session , à recevoir des Pétitions ,
à examiner des affaires particulières , au
rapport des Bills annuels , et à entendre
ces Motions perdues qu'indiquent quel
(151 )
ques Membres , pour y revenir dans le
cours de la Session .
Le Comité choisi qui reçoit l'enquête
ultérieure sur le Commerce des Noirs ,
a déja entendu deux Témoins. Il s'en
présentera beaucoup d'autres probable
ment. Sur la Motion de M. Marsham ,
les Communes ont décidé que les Antagonistes
de l'abolitionde la Traite, défendroient
leurs intérêts devant le Comité ,
par leurs Avocats. Le même plaidoyer
se répétera devant le Comité général de
la Chambre ; ainsi la question se prolongera
vraisemblablement jusqu'à la
dissolution prochaine du Parlement .
Notre Gouvernement a un si grand
intérêt que cette Traite soit abolie chez
nos yoisins , et il est si parfaitement convaincu
que cette mesure entraîneroit la
perte de leurs Colonies , qu'il se gardera
bien de refroidir l'enthousiasme des Amis
des Noirs en France , en pressant une
décision du Parlement. Elle seroit vraisemblablement
favorable à la Traite , et
nous préférons de laisser croire dans
l'Etranger que nous songeons sérieusement
à la supprimer. Nous rapporterons
les détails authentiques de l'information
, comme nous fîmes l'année dernière
; et n'en déplaise à certains fanatiques
qui maltraitent encore plus les
Blancs qu'ils ne chérissent les Noirs , nous
le ferons sans altérer la vérité en leur faveur
, ni sans craindre leurs invectives .
Giv
(152)
-
Après avoir demandé , suivant l'usage , la
continuation , pour 1790 , des taxes annuelles
sur la Drèche et sur les terres , M. Rose ,
Secrétaire de la Trésorerie , a fourni les
états de différentes branches du revenu public
, entre autres de ceux de l'Accise et
des Douanes. Ensuite , on a présenté le
vote annuel pour l'établissement Militaire
de terre et de mer. Le 29 Janvier , M.
Hopkins , Commissaire de l'Amirauté , demanda
aux Communes que le nombre des
gensde mer pour le service de l'année courante
fût porté , comme l'année dernière ,
à 20,000 , y compris 3,800 Soldats de Marine.
A ce sujet ,le Chevalier Grey cooper
renouvela les objections périodiques qu'on
entend à chaque Session , sur les réductions
possibles, sur l'économie à observer, sur l'inattention
des Ministres à cet égard .
Le Chancelier de l'Echiquier répliqua au
Chevalier Cooper, que les mêmes raisons qui,
l'année dernière, avoient déterminé une addition
de 2000 Matelots, subsistoient de plus
en plus fort aujourd'hui , et que lasituation
politique de l'Europe ne permettoit pas de
diminuer d'un seul homme les forces de la
Marine . Le Bill annuel qui en met la discipline
en vigueur a été présenté , et mis
en Comité , pour le rapport en être fait
dans quatre jours .
Le Marquis de Graham , l'un des Membres
de la Trésorerie , a proposé , le 4 , une de
ces mesures qui caractérisent l'inventive sagacité
du Gouvernement , en matière de
commerce. Il s'agit d'affranchir du droit de
3 schellings 4 deniers par quintal , l'étain
exporté au-delà du Cap de Bonne -Espérance.
L'honorable Membre a présenté deux
( 153 )
avantages de ce Bill; le premier sera dé
rendre l'étain d'Angleterre plus rare dans
les marchés d'Europe, qui en sont surchargés
,en lui ouvrant un débouché dans l'Inde .
Le second , de fournir à la Compagnie des
Indes un moyen de remplacer par des cargaisons
d'étain , une partie de l'argent qu'elle
est obligée de faire passer dans ses établissemens
et àlaChine. LaMotion a été reçue
pour être discutée incessamment.
Vendredi 5 , les Communes s'étant formées
en Comité des Subsides , le Secrétaire
d'Etat de la guerre fit la Motion d'employer
en 1790, 17448 hommes ( 1620 Invalides et
les Officiers compris ). L'établissement d'Irlande
, celui des Colomies et de Gibraltar
ne sont pas inclus dans ce nombre de Troupes .
M. Marsham compara l'ancien établissement
de paix , avec celui d'aujourd'hui beaucoup
plus fort , quoique l'Angleterre ait
perdu Minorque et les Colonies Continentales
d'Amérique , et quoique le Roi , dans
son Discours , eût assuré le Parlement des
dispositions amicales des Puissances Etrangères
.
M. Pitt renouvela , en la développant ,
la réplique qu'il avoit faite il y a quelques
jours au Chevalier Cooper. Après avoir rendu
hommage à la candeur du Préopinant , il
ajouta que , sans former aucun doute sur la
sincérité des assuranees pacifiques données
au Gouvernement , les conjonctures où
se trouvoit l'Europe , POUVOIENT LAISSER
DES INCERTITUDES SUR LEUR ISSUE ,
quoique la modération de S. M. et le systême
de ses Ministres accréditâssent l'espoir
de voir le Royaume conserver sa tranquillité.
Personne ne desiroit plus que lui Mi-
G
( 154 )
mistre , l'instant de pouvoir alléger les taxes
et diminuer les besoins publics ; mais son
premier devoir étoit de ne pas sacrifier à
sa popularité personnelle , le soin de pourvoir
à la sureté de l'Etat.
M. Fox approuva les principes du Discours
clair , sage et loyal de M. Pitt : « Nos
- deux grands objets , dit ce célèbre Orateur
de l'Opposition , sont de CONSERVER INTACTE
NOTRE ADMIRABLE CONSTITU-
"
«
"
"
"
и
TION (1 ) , et le Crédit National par l'économie
des dépenses , et une aftention
soutenue sur le maintien du revenu public.
Néanmoins , aucun de nos Constituans
ne se dissimulera que , ce n'est pas
l'instant d'en retrancher aucune branche ,
« en supprimant aucune taxe . S'il en falloit
même de nouvelles pour préserver notre
Constitution et notre crédit , pas un An-
. glois ne balanceroit à la supporter. Il n'exista
aucune époque où l'ancientejalousie sur
le pouvoir Militaire soit plus dépourvue
de fondement . Toute l'Europe est maintenant
convaincue , qu'en devenant Soldat
, un homme ne cesse pas d'être Citoyen.
Les révolutions du Continent présententun
coup d'oeil favorable pour nous.
Celle de la France nous préservera à l'a-
"
"
(1) On voit que M. Fox est encore
novice. Oh ! il n'a qu'à passer un mois sur
Je Continent , il trouvera des Maîtres qui
en savent plus au début , sur les Constitutions
politiques , qu'il n'en a appris dans toute
sa vie. M. Fox n'est pas formé ; c'est dommage
. Mais avec le temps , il se nettoiera
de sa rouille gothique, et féodale.
( 155 )
"
44
venir des intrigues de quelques ambitieux
⚫ qui l'entraînoient à la guerre. Nous avons
passé par l'épreuve de nos Lois et de notre
liberte ; nos voisins ne font encore que
l'etablir. Nous avons peu à craindre des
diverses Puissances de l'Europe , et nons
sommes trop genéreux pour attaquer la
France , au milieu du delabrement de
ses Finances et de ses troubles intérieurs .
La meilleure guerre à lui faire est le maintien
de notre crédit actuel . »
"
«
Nous n'offrirons ici que quelques traits
du tableau politique que présenta M. Fox ,
avec cette eloquence si rare , qui délibére
sans declamer , qui raisonne et ne crie pas ,
qui est soutenue par de grandes, connoissances
et non par les réminiscences de
quelques pamphlets modernes.
,
Le Colonel Phipps compara ensuite la
conduite des Troupes Angloises , repoussant
en 1780 l'anarchie , la violence et l'incendie,
avec les derniers événemens de la
France.
Lord Fielding trouva les termes de comparaison
fort peu exacts , et cita l'époque
de 1698 , où Jacques II fut abandonné de
son Armée toute entière , vouée aux intérêts
de la liberté.
On a voté les résolutions pour les subsides
de l'Armée à l'unanimité , et le Rapport
s'en fera au premier jour.
Le dernier état fourni par les Commissaires
à la liquidation de la Dette
Nationale , établit qu'au 30 Janvier dernier,
on avoit racheté pour 5, 184,850 1. st .
Goj
( 156 )
de divers fonds publics , au prix livré de
3,898,510 liv . st.
Le sieur Walter , Imprimeur du
Papier public The Times (les Tems ) ,
et détenu à Newgate , vient d'être
condamné , comme Libelliste , à un an
de prison et à 200 liv . st. d'amende , pour
avoir calomnié le Prince de Galles et le
Duc de Clarence , dans sa Feuille périodique.
Il avoit dit entr'autres , que ces
Princes furent repoussés par le Roi qui
les traita comme doit le faire un Père
indignement offensé. Un autre Libelle
du même genre contre le Duc d'Yorck,
vaudra le pilori au Sieur Walter , par
un effet de ces égards despotiques et pusillanimes,
que nous conservons , quoique
esclaves , pour la réputation de nos semblables.
Par un rapprochement historique et
bizarre , le Diary or Woodfall Register,
a trouvé que tous les Rois d'Angleterre
qui ont épousé des Princesses
de France sont morts tragiquement.
Edouard II , Richard II , Henri VI
furent assassinés dans leur prison . Char
les I mourut sur l'échaffaud.
Nous apprenons authentiquement ,
qu'éclairée par la sagesse des Adams ,
des Francklin , par la raison et par
l'expérience , la Convention de Pensylvanie
, chargée de revoir la Constitution
, vient de la réformer sur les
(157 )
principes inaltérables de tout Gouvernement
libre. Elle a rejeté les illusions
démocratiques , en divisant sa Législature
en deux Chambres , et en donnant la
négative au Pouvoir exécutif, concentré
dans un Gouverneur électif , et à vie.
Ci-devant , la Puissance exécutive appartenoit
à un Conseil de douze Membres ,
nommés par les douze Comités de la
Pensylvanie. La Chambre Législative
étoit composée de 65 Représentans ;
nombre trop peu considérable pour laisser
craindre les tumultes , la fougue impétueuse
, et la précipitation des grandes
Assemblées populaires , qui en tout
temps prosternèrent devant elle tous les
pouvoirs de l'Etat. Cependant , les Pensylvaniens
ont senti l'enormité du danger
, de laisser le Corps exécutif , et
le sort de l'Etat , à la merci de la majorité
d'une seule Chambre , et ils ont
rendu un éclatant hommage à ce principe
de tout Gouvernement Républicain,
que, pour que lesLoissoient stables,
et les pouvoirs conservés distincts , LE
CORPS LÉGISLATIF DOIT ÊTRE DIVISÉ .
M. Adams , que des esprits fort jeunes
ont si pauvrement réfuté en Europe ,
sans le comprendre le moins du monde ,
jouira de ce nouveau triomphe de
ses principes , parmi des Républicains
qu'on ne séduit , ni par des phrases
de rhéteurs , ni par des paralogismes
algébriques , ou métaphysiques .
( 158 )
La Pensylvanie a fait plus; elle a ôté au
Peuple le droit d'élire les Juges qu'elle
arendus inamovibles.
Nous n'apprenons pas qu'aucun Journaliste
d'Amérique ait compare la seconde
Chambre de la Législature Pensylvanienne
au Sénat de Venise , ni qu'on
aitmenacé de la lanterne les Membres de
la Convention réformatrice..
ÉTATS BELGIQUES.
DeBruxelles , le 13 Février 1790 .
Aucune révolution ne fut opérée avec
une aussi étrange promptitude que celie
de ces Provinces , ni menacée plus víte
de perdre ses effets , par les divisions
d'intérêts , d'idées et de sentimens. A
l'instant où des Déclamateurs s'extasioient
sur le zèle patriotique , et sur
l'amour du Peuple dont étoient embrâsés
les Auteurs de ces grands changemens
, nous présentames au Public le
tableau de la composition des Etats de
Brabant , c'est-à-dire , d'une Oligarchie
dont l'autorité de l'Empereur , plus modérée
et moins inquiète , auroit été l'utile
contrepoids ; d'une prétendue Assemblée
Nationale formée des seuls Députés
du Haut Clergé , de la Haute Noblesse ,
et des trois Villes de Bruxelles , Anvers
et Louvain. Jamais il n'y eut d'Aristo
( 159 )
cratie plus prononcée , et il étoit trèsévident
que son règne alloit succéder à
celui de l'Empereur. Nous ne parlons
ici que du Brabant et de quelques autres
Provinces : la Représentation populaire
dans la Flandre est constituée sur d'autres
principes. A peine les Etats de Brabant
ont-ils été en possession de la Souveraineté
, qu'on la leur a disputée : il
en a été de même dans le Hainaut , où
l'opposition a été repoussée de haute
lutte. Mais à Bruxelles , centre des intrigues
, des ambitions particulières et
des connoissances , on n'a pas prisle
change si facilement. Des hommes , qui
ne sont pas du Peuple , ont demandé ce
qu'il gagneroit à la Révolution , sous
l'empire de la Joyeuse Entrée , des droits
aristocratiques des Etats , des immunités
des Ordres , et de toutes ces Chartes qui,
dans les Manifestes contre l'Empereur ,
étoient représentées comme les Archives
de la Liberté Belgique . Bientôt , on s'est
étonné d'être sans Duc et sans Liberté.
On a demandé à quel titre les Etats , sans
consulter la Nation , s'arrogeoient la
Souveraineté , et déterminoient la forme
d'un Gouvernement dont l'institution
appartenoit au Peuple. Ces idées , auxquelles
le Peuple, proprement dit , ne
comprend rien , et qui presque toujours
profitent à d'autres qu'à lui , n'en sont
pas moins d'une application frappante
dans les circonstances où nous sommes ;
( 160 )
aussi a-t-on vu , immédiatement après
une première Révolution , éclorre le
dessein d'en former une seconde. Favorisé
par des intrigues étrangères , combattu
par des intrigues étrangères , entretenu
et repoussé par les intérêts personnels
, qui sont tout autrement actifs ,
tout autrement communs que l'amour
éclairé de la liberté que fort peu de
gens savent aimer , ce projet a bientôt
compté de puissans et nombreux prosélytes.
La conduite mystérieuse des
Etats , leur éloignement pour des sacrifices
que la justice naturelle commandoit
autant que la politique , une servitude
de la presse équivalente à celle sous laquelle
on gémissoit précédemment , ont
accru la fermentation. Son premier
effet a été un Mémoire aux Etats , revêtu
des signatures du Duc d'Aremberg ,
du Comte de la Marck , du Vicomte
Valkiers etde plusieurs autres Personnes
Notables .
Après s'être autorisés de l'exemple des
Anglois , Nation libre et éclairée , dont
les Citoyens ont le droit de présenter des
Pétitions , soit auRoi, soit au Parlement,
les Requérans exposent leurs principes.
« Depuis que la Nation a déclaré son Indépendance
, et depuis qu'elle l'a conquise ,
disent- ils , elle n'a plus , et dans le droit
et dans le fait , d'autre Chef ou d'autre
Prince qu'elle-même. Il n'est absolument
dans son sein ni individu , ni association ,
( 161 )
qui puissent prétendre à lui donner des Lois ,
niàla gouverner , avant qu'elle-même n'ait
pris à cet égard une détermination libre
et souveraine. C'est à elle à répartir et à
confier , comme elle le voudra , P'exercice
de tous les Pouvoirs , dont elle s'est ressaisię.
Après avoir secoué le joug le plus
insupportable, il est bien juste qu'elle jouisse
enfin du Droit , qu'ont toutes les Nations
libres , de se choisir elles-mêmes leurs Représentans
, et de ne confier les rênes du
Gouvernement qu'aux Personnes qu'elles
en croyent les plus dignes .
ne
Nous croyons cependant , Messeigneurs ,
qu'il est de l'intérêt de la chose publique ,
et que la Nation pourra avouer , que vous
gardiez encore pendant quelque temps la
direction des affaires jusqu'à ce qu'elle
ait renouvelé ou confirmé vos Mandats ,
ou jusqu'à ce qu'elle se soit nommé d'autres
Représentans ; mais comme pendant cet
intervalle vous ne pouvez vous regarder
que-comme gérant provisionnellement ses
affaires , et tenus à la plus exacte responsabilité
, il nous paroît que rien
seroit plus juste que de commencer par
faire connoître tous les jours au Public les
résolutions prises dans vos Assemblées , du
moins toutes celles qui regardent les affaires
internes de la Province. Nous sentons bien ,
Messeigneurs , qu'il en est d'un genre qu'il
seroit imprudent et dangereux de divulguer;
telles sont celles du Département de la
guerre , et du Département des Affaires
Etrangères , dont nos Ennemis pourroient
profiter si elles parvenoient à leur connoissance
; mais nous croyons aussi que ce sont
les seules qu'il soit de votre devoir de
( 162 )
tenir secrètes , au moins pour un temps,
au lieu que généralement toutes vos operations
semblent couvertes d'un voile impénétrable.
»
,
Ces idées sont modérées , et il s'en
faut que tous les esprits s'en tiennent là .
Néanmoins la grande pluralité des
Etats annonce des dispositions bien
contraires ; il est à croire qu'elle se ménage
les moyens d'y résister. Maîtres du
Trésor et de l'Armée , et jusqu'a-présent
de la masse du Peuple , qui suit toujours
l'impulsion du plus fort , le Parti dominant
sent que ces ressources peuvent
lui échapper. Il a d'ailleurs à craindre
l'Empereur , qui n'a pas , lui, abjuré sa
Souveraineté , et dont les forces vont
s'accroître dans le Luxembourg. Ce
double danger ne permet pas de douter
que , le Congrès Belgique et les Etats
de Brabant ne se soient assurés d'auxi
liaires puissans dans l'Etranger. Publiquement
on a accusé les Chefs de la
Révolution d'avoir formé des Conventions
avec quelques Souverains. Ce soupçon
étoit peut-être antidaté ; mais il ne
reste à-peu-près plus de voile sur le plan
qui va se développer.
Il a été signé à la Chancellerie de
guerre , sous l'ordredu Congrès Belgique ,
une Capitulation , en vertu de laquelle
les Etats-Unis prennent à leur service
une Brigade Angloise de mille hommes ,
doat tous les Officiers seront nés An(
163 )
glois , ainsi que la moitié des Soldats ;
une partie de ce Corps a déja débarqué à
Ostende ; le Major Money en aura ,
dit- on , le Commandement. Il est question
de prendre également deux autres
Légions , Hessoise et Hanovrienne . En
même temps , on a donné le grade de
Lieutenant-général dans l'Armée Belgique
, à M. de Schonfeld, Officier prussien
, Général-Major au Service du Landgrave
de Hesse . Beaucoup d'autres Officiers
Prussiens , de divers grades , ont
pris des engagemens avec le Congrès :
plusieurs sont déja ici. Ni la Cour de
Londres , ni celle de Berlin n'ont désavoué
ces arrangemens , c'est-à-dire , qu'ils
se concluent sous leur approbation tacite.
Ainsi , le sort de la Confédération
Belgique va dépendre de la triple Alliance,
qui domine aujourd'hui le systême
politique de l'Europe , et qui bientôt
prendra de nouveaux accroissemens ;
ainsi nos Provinces en deviendront les
Auxiliaires , et le développement de ce
plan , dont les suites devroient faire trembler
des Puissances tombées dans la nullité
, s'effectuera au Printemps . L'Empereur
seul avec ses forces redoutables en
contrariera l'exécution , si toutefois la
paix se fait avec les Ottomans. Veut-on
une autre position des choses ? Supposons
que le Parti opposé au Gouvernement
actuel des Provinces Belgiques ,
invoque à son tour des appuis étrangers ,
( 164 )
l'Europe sera embrâsée du Nord au Midi,
et à l'issue de cette querelle , le Peuple
Belgique (nous disons le Peuple , non les
Chefs de Parti , les Grands , les Aristocrates
, les Démagogues ) nous dira ce
qu'il a gagné à ce grand bouleversement,
pour conserver la doctrine ultramontaire
de l'Université de Louvain.
Le Général Van der Mersch vient
d'être confirmé dans le commandement
des frontières , avec le grade de Géneral
d'Infanterie , 15 mille florins (31 mille
liv. tournois ) de traitement annuel , et
10 mille florins pour sa table et ses
équipages. Il est retourné à Namur, où
se rassemblent les Volontaires des diverses
Provinces , et le très-petit nombre
de nos troupes réglées . On ne sait quels
peuvent être ses projets avec des Trou
pes sans discipline , sans habitude de la
guerre , mal pourvues d'Officiers exercés
, qui se sont bien soutenues dans
les Villes où le nombre l'emporte nécessairement
, mais battues et dispersées
en rase campagne , toutes les fois
qu'elles ont rencontré l'Ennemi. Quoi
qu'en disent tous les organes de parti
qui vendent au jour , ou à la semaine
, leur ignorance au Public , ce ne
sera pas chose aisée de déplacer les Au
trichiens. Ils ont 15 mille hommes , soit
à Luxembourg , soit dans le Duché ,
pourvus d'artillerie et de tous les moyens
de défense , et couverts par un pays
( 165 )
presqu'impénétrabie. Leur Armée va
être encore augmentée incessa mment
d'un Corps de Wirtembergeois et d'autres
Tro pes Allemandes .
Les Etats de Limbourg n'ont pas encore
fait publier le Manifeste des Brabançons
, pi accédé à l'Union. Ils paroissent
attendre les évènemens , et décidés
à ne pas se presser .
On jugera des dispositions ennemies
qui règnent dans les Provinces , par les
fragmens suivans d'une lettre imprimée
dans un Papier public.
ε Nos Royalistes ( dit l'Auteur qui prend
le ton de l'ironie ) , essaieront peut-être de
vous en imposer sur tout ce qui s'est passé
de miraculeux dans nos Provinces , depuis
le commencement de Novembre dernier. A
les en croire , ce ne doit être qu'à la bonté
excessive du ci-devant Duc de Brabant , qui
vouloit conserver son Peuple et ses Villes ,
que nous sommes redevables de nos succès ,
et à la mésintelligence qui règnoit ouvertement
entre son Ministre et d'Alton .
Ils vous diront que le Lieutenant-Général
Van der Mersch n'est qu'un monstre d'ingratitude
qui a trahi son Souverain , dont
il recevoit des bienfaits pour l'avoir servi
pendant six semaines ; qu'il n'est qu'un partisan
, qui n'a osé se mesurer avec les Autrichiens
en pleine campagne ; qu'il ne leur
a dressé que des guet-à-pens dans les rues
et dans les maisons ; que tout notre courage
n'est qu'une fureur fanatique au suprême
degré ; qu'il de la lâcheté à avoir débauché
à force d'argent les Soldats de l'Emy
a
( 166)
pereur , et que nous avons agi en fourbes
lorsqu'on nous ſtenoit dans la souricière à
Léau , parce que pour éviter le combat ,
nous avions demandé une suspension d'armes ,
que Dieu nous a défendu d'observer , par
l'organe de son Ministre , notre très - digne
Aumonier général M. le Grand-Pénitencier
Van Eupen , maintenant Secrétaire d'Etat
de notre nouvelle Théocratie ; que nos
Théocrates ne sont que des malheureux qui
trompent et ruinent le Peuple , particulierement
les paysans , tandis que ces derniers
nous ont rendu les services les plus signalés
à la retraite des Autrichiens de Bruxelles . "
" Nos Royalistes voudront encore vous
induire en erreur sur notre compte , en vous
insinuant que notre principale ruse ne consiste
qu'à dénaturer les faits et à calomnier
les personnes qui nous sont contraires ; que
nous avons donné l'exemple du pillage et
du brigandage , et que les Soldats n'ont
commis des cruautés qu'à leur Corps défendant
; que nos Religieux ont exercé des
atrocités pendant la bagarre de Gand , où
un Capucin auroit blessé à mort une dame
que sa révérence.... Qu'on y avoit ouvert
la maison de correction , de peur qu'il n'y
eût pas assez de coquins dans le pays , et
tantd'autres inventions diaboliques ; en ajoutant
que depuis 2 mois nous avons commis
des oppressions au centuple de celles que
nous avions reprochées amèrement au cidevant
Gouvernement Autrichien , et que
nous avons ruiné le pays pour 50 ans
etc. etc. "
,
Nous nous consolons de toutes ces calomnies
, par la consideration qu'il est impossible
de méconnoître la main de Dieu ,
(167 )
dans tout ce qui vient d'arriver. En effet ,
on écrit de Namur qu'il est constant et
avéré que c'est à Notre-Dame de l'Immaculée-
Conception que la Ville est redevable
deson évacuation. Lejour qui suivit celle de
Bruxelles , Notre-Dame de Halle fut trouvee
au milieu de son Eglise crottée jusqu'aux
reins ; preuve certaine qu'elle s'étoit trouvée
dans lamêlée. Lisez , Monsieur , la Gazette
de Gand , et vous verrez le nombre incroyable
de miracles qui se sont opérés en Flandre
depuis le rétablissement des Confrairies du
Rosaire , du Scapulaire, et particulièrement
de celle pour les ames du purgatoire , etc. "
On a lu avec surprise dans quelques
Feuilles de Paris , l'annonce tranchante
d'une démarche de la Princesse d'Orange
auprès des Etats- Généraux , pour les
presser , sans avoir consulté le Stathouder
, de reconnoître l'indépendance
des Etats Belgiques. A ce Roman , on
ajoutoit que le Parti Prussien prévaloit
à la Haye sur le Parti Anglois , que la
Gueldre et la Frise s'étoient retirées de
la Délibération , etc.
Cette fable suppose bien peu de
connoissance de la Constitution Hollandoise
, de ce qui se passe à la
Haye , et du cours des évènemens . La
Princesse d'Orange n'est allée , ni
ne pouvoit aller dans l'Assemblée des
Etats-Généraux , où le Statdhouder
lui-même n'a entrée que pour y faire
des propositions , sans avoir le droit de
délibérer. Une pareille démarche eût
*
"id
(168 )
été aussi illégale qu'incompatible avec
le caractère de la Princesse , et sa conduite
passée envers son Epoux. Le Parti
Anglois et le Parti Prussien , à la Haye ,
sont absolument confondus, et il ne peut
y avoir entr'eux de dissentimens . La
Gueldre est de toutes les Provinces la
plus dévouée à la Maison d'Orange . Enfin
, tout cet épisode se réduit à quelques
conférences de la Princesse avec le
Comité secret ; conférences dont le secret
n'a surement pas été transmis à des
Périodistes étrangers .
FRANСЕ.
De Paris , le 17 Février.
1
ASSEMBLÉE NATIONALE. 41 ° . Semaine.
DU DIMANCHE 7 FÉVRIER.
Cette Séance extraordinaire , étant consacrée
à l'organisation des Districts , on en
a continué le Rapport .
Le Département de Bourges se divisera
en7 Districts : Bourges , Vierson , Sancerre ,
Saint-Amand , Lignieres , Château-Meilland
, Sancoins et Aubigny; sauf la distribution
des établissemens subséquens en faveur
des autres Villes du Département.
Le Département de Vivarais provisoirement
divisé en 7 Districts : Annonay , Tournon
, Vernoux , Privas , Aubenas , Villeneuve-
de-Berg et l'Argentière.
Lille
(169 )
Lille et Douay étoient en concurrence pour
le siege duDépartement des deux Flandres ,
du Hainault et Cambresis . Sur l'avis du
Comité et de la Majorité de la Députation
de ces Provinces , la question a été jugée
en faveur de Douay .
Les neuf Districts du Département de
Beauvoisis seront : Beauvais , Chaumont ,
Gravilliers , Clermont , Senlis , Breteuil
Noyon , Compiegne , Crespy. Le Départertement
provisoirement à Beauvais .
Le Departement de la haute Provence en
cinq Districts , qui seront : Digne , Forcalquier
, Sisteron , Barcelonette et Castellane .
,
Les 15 Adjoints au Comité Ecclésiastique
, dont on a lu la liste , sont : Dom
Cerle , MM. Dionis du Séjour , l'Abbé de
Montesquiou , Guillaume , Marquis de la
Coste , Dupont , Massieu , l'Abbé Expilly ,
Chasset , Gassendi , Boislandry , le Berthon ,
la Poule , Thibault , Curé de Soupes .
Un Député de Lorraine a rapporté les
excès auxquels s'est livré à Nancy un fils
de famille , actuellement âgé de 34 ans ,
menaçant de terminer sa carrière par un
parricide , si l'on ne prend les précautions
que la famille vient solliciter auprès de l'Assemblée
Nationale. Ce jeune homme depuis
10 ans s'est engagé 51 fois , et dans l'espace
de quatre années a dépensé cent
mille: livres. Après s'être livré à tous les
écarts , il a vole les meubles de son père ,
extorqué de l'argent de sa mère par des menaces
, essayé de tenter la fidélité des domestiques
. Un jour , il s'est enfermé dans
une Chambre et a tiré un coup de pistolet.
On est accouru , on a fait venir les parens ,
on avoulu enfoncer la porte; lejeune homme
Nº. 8. 20 Février 1790. H
(170 )
a crié qu'il feroit feu. Neuf hommes de la
Garde Nationale sont accourus . Il s'est alors
présenté avec deux pistolets , et en a tiré
un chargé à trois balles sur un Garde National
, qu'il n'a cependant point blessé.
- La frayeur et la surprise des assistans
lui ont donné le temps de s'évader , mais
il a été arrêté par la Maréchaussée .
La famille a obtenu un ordre provisoire
pour l'enfermer dans une Maison de
correction . Le Procureur-général du Parleinent
est prêt à le faire relâcher ; il menace
de tuer , à sa sortie , son père , sa mère , ses
parens , et enfin lui-même. »
Le Rapporteur de ces faits a demandé
que M. le Président écrivit au Procureur-
Général de ne remettre le prisonnier en
liberté qu'apres une délibération expresse
de sa famille.
Il n'y a pas lieu à délibérer sur cette affaire
particuliere , a dit M. le Chapelier. Que
la famille s'adresse aux Juges ; c'est à eux
à prononcer une réclusion plus ou moins
longue , en employant les formes que vos
nouvelles Lois ont terminées ..
M. le Comte de Mirabeau s'est également
élevé contre les jugemens arbitraires . M. de
Montlozier renvoyoit l'affaire au Pouvoir exés
Ce seroit lui rendre l'usage des
Lettres de cachet , s'est hâte de répondre
M. d'Aiguillon. " On a fini par décider un
cutif :
"
AC
"
non délibéré.
Un rapport du Comité d'Agriculture et de
Commerce , concernant le desséchement des
Marais , a terminé la Séance : ila été fait par
M. Heurtault de Lamerville, Député du Berry.
On y a reconnu le style franc, l'humanité ,
les principes sages d'un cultivateur éclairé.
( 171 )
DU LUNDI 8 FÉVRIER.
On reprend l'organisation des Districts.
Les Députés du pays de Soule et du Labour
s'opposent toujours à la réunion de ces contrées
au Béarn. M. Garat l'aîné a renouvelé
ses objections . M. le Marquis Duhart menace
d'une explosion dans le pays de Soule. Nonobstant
ces craintes et ces argumens , on
adopte , sur l'avis du Comité , la division
du Département de Béarn en six Districts :
Pau , Orthès , Oléron , Mauleon , St. Palais
etUstaritz.
Agen est déclaré chef-lieu provisoire du
Département de l'Agenois , qui sera formé
de neuf Districts , quoique le Comitéen eût
borné le nombre à quatre.
D'après la proposition de M. l'Abbé Gouttes,
parlant au nom du Comité des Finances ,
l'Assemblée a autorisé la Municipalité de
Rouen , à percevoir unecontribution des trois
quarts du montant de la Capitation annuelle,
assise sur les Citoyens de la Ville et Faubourgs
qui payent au-delà de 3 liv. , et destinée
au soulagement des Ouvriers .
Un Membre a reproduit ensuite une question
ajournée , et tendante à exclure de l'éligibilité
tout homme entaché par un Arrêt .
M. Demeunier a observé que la discussion
devoit se réduire à ce point-ci : « Unhomme
décrété d'ajournement personnel peut - il
exercer les fonctions de Citoyen actif ? "
L'autre question est jugée par les Lois anciennes
encore subsistantes .
» Les Lois actuelles , a dit M. Garat l'aîné,
jugent aussi la question relative à l'ajournement
personnel , et prononcent l'exclusion.
Il importe à la Nation que l'homme sus-
H
( 172)
pect devienne , jusqu'à ce qu'il se soit justifié
, incapable de remplir les fonctions de
Citoyen actif. Il seroit extrêmement dangereux
de renvoyer aux Assemblees primaires
le jugement de ces contestations ; vous favoriseriez
la brigue et la cabale , comme vous
le voyez dans l'affaire de Chinon , où un
homme entaché flétri par plusieurs Arrêts
se présente , et balance les suffrages . "
et
Cet avis a trouvé bientôt des contradicteurs
.
Comment concevez - vous , a dit M. Péthion
de Villeneuve , que par provision l'onapplique
la peine la plus rigoureuse , que
l'on prive un Citoyen de son emploi , de ses
fonctions , avant même que la procédure soit
commencée ? L'ajournement personnel ne
peut donc être un motif d'exclusion. Il est
inutile de vous occuper maintenant de cet
objet . S'il regarde le présent , les Lois anciennes
prononcent , et il n'y a pas lieu à
délibérer. S'il regarde l'avenir , ce n'est pas
le moment de délibérer. »
M. Target : L'ajournement personnel a
suspendu jusqu'ici , seulement des Officespublics
donnés à commission. Ce qui regarde
la privation du droit de Citoyen actif est une
Loi nouvelle ; elle doit être renvoyée à l'exa
men du Comité de Constitution . " Cette décision
a été adoptée.
3
PRESTATION DU SERMENT .
M.Goupilleau , voyant arriver M. leVicomte
de Mirabeau , a demandé que les Membres
qui n'avoient pas prêté le Serment , se retirassent
avant toute délibération .
Alors M. de Bouville , l'un d'entre eux ,
s'est présenté à la Tribune , et a dit d'un ton
( 173 )
frane , mais respectueux. « Je demande que
Assemblée n'admette au Serment que ima
conscience me permet. "
Je jure avec empressement d'obéir à la
Constitution , mais je ne puis faire le Serment
de la maintenir de tout mon pouvoir.
La Loi sanctionnée par le Roi doit soumettre
tout Citoyen , dont le devoir est alors
d'obéir aveuglément et sans examen ; mais il
est impossible de ne pas convenir que , si
cette Constitution renferme des Lois susceptibles
de changement , une Législature suivante
peut et doit être l'organe de la Nation.
Si je jurois de maintenir de tout mon
pouvoir les Lois , telles qu'elles ont été rédigées
par la Législature actuelle , ne seroit- ce
pas m'opposer à toute amelioration ? Vous
ne me blâmerez pas de vous exposer ces
doutes avec candeur. Vous ne m'astreindrez
pas à une formule de Serment qui , dans
mon opinion , peut-être erronée , mais sincère
, et contraire aux droits du Peuple et
à ma conscience . »
" L'Assemblée Nationale , a répondu M.
de Laborde , n'a pas prétendu lier les races
futures , plus qu'elle ne s'est crue liée parles
anciens Capitulaires . "
" Elle reserve dans la Constitution , un
article expres , qui reconnoit le pouvoir de
toute Convention nationale , et le droit du
Peuple de rectifier ses Lois . "
M. le President a ajouté : « L'Assemblée
n'a pas entendu obliger ses Membres , par
un Serment , à s'opposerà la volonte generale ;
mais elle entend les obliger , à s'opposer à la
volonte individuelle de ceux , qui voudroient
attaquer la Constitution. "
M. Demeunier : « Le Préopinant doit se
Hiij
(174 )
rappeler avec quelle solennité nous avons
reconnu , dans la Déclaration des Droits et
dans divers articles de la Constitution , les
Droits de la Nation. Son scrupule ne peut
être fondé que sur un oubli , ou sur un so
phisme puisé dans une lettre de M. Bergasse ,
adressée au Président. Il me semble que
nous jurons de maintenir la Constitution tant
qu'elle subsistera. Lorsque la Nation l'aura
changée , votre délicatesse sera- t- elle blessée
demaintenircette nouvelle Constitution (1)?
Je conclus à ce qu'on maintienne le Décret
qui prescrit ce Serment , et que chaque Membre
soit tenu de s'y soumettre.
Toutes ces interprétations auxquelles on
ne permettoit pas de répondre , rendoient
embarrassante de plus en plus la situation
des Non - Jureurs . Beaucoup de Membres
demandoient la parole , M. le Président ,
fidèle aux principes de l'Assemblée , répon .
dit: il est impossible d'ouvrir la discussion
sur un objet décrété , il ne reste plus qu'à
obéir au Décret. »
M. le Vicomte de Mirabeau monta à la
(1) Personne n'a des idées plus claires que
M. Démeunier ; cependant son explication
ne semble pas l'étre suffisamment. La Nation
n'est point un Être abstrait , distinct de la
réunion des Citoyens. Sa volonté se compose
de celle des Individus. Or , comment auroit-
elle la faculté de changer ses Lois , si
les Individus étoient obliges de les défendre
comme inaltérables ? La masse entière d'un
grand Peuple ne se porte jamais d'un mouvement
général à des réformes , dont l'ouvrage
commence toujours par le voeu d'un
nombre de Citoyens .
( 175 )
Tribune : C'est une question toute neuve ,
s'écria- t- il , une question de droit public. A
peine ces paroles purent- elles percer le tumulte
qui régnoit dans la Salle . L'Assemblée
peut-elle exclure quelques-uns de ses Membres
, crioit- on d'une part ? A- t- elle le droit
de leur imposer un Serment autre que celui
qu'ils ont prété à leurs Commettans ? Des
hommes chargés de proposer à la Nation un
projet de Constitution , peuvent- ils lui faire
jurer d'avance de la maintenir ? Nous , Représentans
de la Nation , n'avons -nous pas
le droit , et n'est- il pas de notre devoir d'écarter
d'elle toute surprise , de sonder les
conséquences d'un acte , qui sous le voile
du patriotisme lieroit tous les François aux
volontés de leurs Mandataires ?
Au milieu de ce trouble des opinions , des
voix nombreuses crioient à M. le Vicomte
de Mirabeau : Oui , ou non ; point d'interprétation.
Ce Député s'étant retiré brusquement,
et revenu à sa place , essuya un autre genre
d'opposition.
Les Galeries depuis long-temps s'associent
aux délibérations , applaudissent les
Opinans , et quelquefois les sifflent. Ici des
huées générales s'éleverent. Un quidam attaqua
particulierement M. le Vicomte de Mirabeau
, et l'on entendit très-haut les mots
d'aristocrate et de lanterne terminer son apostrophe.
Elle n'excita pas une indignation
universelle; mais ceux que pénétroit ce sentiment
, se levèrent en invoquant la punition
d'un pareil délit contre l'Assemblée , dansla
personne d'un de ses Membres. Une demiheure
de tumulte suivit cette Motion. M. de
Custine demanda que l'insulte fût oubliée ,
et ce fut dans ces circonstances que les Op-
Hiv
( 176 )
posans se déterminèrent au Serment. M. de
St. Sumon le prêta le premier , en réservant
l'explication donnée par M.le Président.MM .
deBouville,de Chailloué et de Mirabeau suivirent
cet exemple , et dans la même forme .
L'ordre du jour amenoit le Rapport du
Comité Féodal. M. Merlin en fut l'organe ,
et son fravail universellement applaudi. Pour
éviter les doubles emplois , nous y reviendrons
lorsqu'il sera discuté. En sommaire ,
le Titre premier abolit tout ce qui tient au
régime feodal , les droits de foi et hommage ,
les formalités féodales , les retenues seigneuriales
, le retrait féodal censuel , les droits
d'aînesse et de masculinité sur les hefs , domaines
et aïeux nobles.
-
Par le Titre second , abolition de la mainmorte
personnelle , réelle , ou mixte , corvées
personnelles , ect. Les Proprietaires
des fonds tenus en main - morte , réelle ou
mixte , resteront assujettis aux droits foneiers
, tels que ceux des fonds libres .
LeTitre troisième déclarerachetables tous
les devoirs et droits féodaux , provenant de
concessions foncières , tels que les cens , surcens
, rentes féodales et emphyteotiques ,
champarts , droits casuels , quint , requint ,
lods et ventes . Aucune Municipalité , ni
District , ni Département , ne pourra prohiber
la perception d'un droit réclamé , à peine
de nullité , prise à partie , dommages et intérêts
- Les Proprietaires des fiefs dont les
Archives ou Titres ont été brûlés ou pillés ,
pourront être admis à la preuve testimoniale
d'une possession de trente ans .
Propriétaires qui en 1789 auront été contraints
à des renonciations, pourront en obtenir
la nullité sans lettres de rescision.
Les
( 177 )
DU MARDI 9 FÉVRIER.
A la lecture du Procès- verbal , MM. de
Bouville et le Vicomte de Mirabean ont demandé
avec instances , qu'on mentionnât dans
le Procès- verbal , qu'ils avoient prêté le serment
, en ajoutant , d'après la nouvelle interprétation
donnée par l'Assemblée. On a dé
cidé de ne pas delibérer sur cette réclamation.
M. Gossin continuant le Rapport de la
division du Royaume , on a commencé par
régler les limites de la Lorraine et de la
Haute-Alsace . Sainte - Marie aux Mines reste
à cette dernière .
t
Le Département des Vosges sera divisé
en neuf Districts : Saint- Diez , Rembervilliers
, Remiremont , Bruyères , Epinal , Mirecourt
, d'Amecy , Neufchâteau ,et Lamarche
. Les Electeurs assemblés à Epinal
décideront le siége du Département entre
cette ville et Mirecourt .
Le Departement de la Basse-Auvergne
comprendra les Districts de Clermont , Riom ,
Ambert , Thiers , Issoire , Belloin et Montaigu
; quelques réserves sont renvoyees à
la decision des Electeurs .
On a fait lecture d'une Lettre de M. le
Comte de Saint - Priest , qui annonce le desir
de S. M. que Fontainebleau et sa lorêt
forment un District. Il a eté décidé que , le
Président rendroit compte au Roi des motifs
d'intérêt public , qui ont empêché d'etablir
un District à Fontainebleau , dont la
forêt reste indivise.
Le Département Occidental de la Provence
divisé en six Districts : Aix , Arles ,
H
( 178 )
Marseille , Tarascon , Apt , Salon. Tarascon
alternera avec Saint-Remy.
Le Département du Roussillon sera composé
de trois Districts : Perpignan , Céretet
Prades . La première de ces villes aura le
siége du Département.
Ces Rapports achevés , M. Garat Paîné a
donné lecture d'une Lettre de Bordeaux .
" Quelques jeunes gens , porte-t- elle , avoient
formé une cabale contre les Juifs , et les
avoient insultés à la Comédie . Toute la ville
en a été indignée. Les Négocians et autres
Citoyens , les 90 Electeurs ont été députés
vers nous , pour nous assurer de leur estime ;
le Général , la Garde Nationale nous ont
offert leur protection. Le Régiment de Saint-
Remi s'est rangé aux environs de la Bourse ,
pour maintenir notre entrée. Enfin , dans
un Café où plus de 800 personnes s'étoient
réunies , un Citoyen ayant prononcé un
Discours plein de patriotisme et des sentimens
de confraternité , toute l'Assemblée a
crié vive le Roi ! Vive l'Assemblée Nationale !
Ensuite on a prêté le serment civique. »
"Tels seront , Messieurs , a ajoutéM. Garat,
les effets de vos Décrets , lorsqu'ils porteront
sur les principes éternels de la justice , de la
raison et de l'humanité . »
M. Dupont revenant à l'état affreux des
Finances , qu'il avoit développé la semaine
dernière , a proposé un Décret explicatif de
P'ordre de travail à suivre à cet égard.
1º. Fixer le sort des Ministres du Culte ,
opération indispensable pour exécuter la
vente des 400 millions de biens Ecclésiastiques
qui doivent payer la Caisse d'Escompte ;
29. chercher les moyens de subvenir aux
dépenses dé 1790; 3°. choisir un nouveau
( 179 )
systême de contribution ; 44°.. établir une
forme de comptabilité. Toutes les affaires
particulières devront être renvoyées au Pous
voir exécutif , sauf la responsabilité des Ministrés
. Séances les Dimanches et Fêtes...
M. Barnave et d'autres ont écarté de nouveau
cet ordre de travail , pour lui substituer
celui de la Constitution . D'après ces
raisonnemens , la Motion de M. Dupont est
tombée , et l'on a passé à l'ordre du jour.
CONSTITUTION MILITAIRE.
Le temps destiné à la discussion du Rapport
présenté par le Comité Militaire , a été
rempliparunDiscours préparé , et fort éten
du, de M. Alexandre de Lameth, dont nous
ne pouvons rendre que les idées principales .
Vous avez été envoyés , a-t-il dit , pour
rendre la France libre et lui donner une
Constitution. Vous devez créer des Lois et
pour défendre la Patrie et pour defendre da
Liberté. Vous déterminereztet cer que le
Soldat doit à la disciplines et ce que la Loi
doit au Citoyens Lapremiere classepchecés
Lois appartient à la Constitution, et c'est
à vous de les prononcer.La secondel rent
ferme les Lois subordonnées aux premieres
et variables ; elles appartiennentachaque
Législature. La troisieme classe , oùdes Lais
Réglémentaires doivent être abandonnéesiau
Pouvoir exécutiflensbeim MEG
Dans toutes les parties de l'Europe , hes
-Armées agissent en raison inverse deler
-destination, elles ne semblent letre qulune
espèce de propriété Royale , entretentre anx
-fiais du Peuple , pourle tenir dans l'oppression
; établies pour protéger les droits des
Hoj
(480 )
Citoyens , elles les violent sans cessc ; aveu
gles instrumens des vengeances du Prince ,
elles ne s'occupent que d'augmenter sa gloire,
e'est- à-dire , son autorité. »
« Si l'usage et le développement de la
force militaire demandent de grandes précautions
, ils exigent aussi une grande célérité
dans l'exécution , l'unité dans les mouvemens ,
la direction d'une seule volonte. De là le
premier Décret constitutionnel , qui déclara
le Roi Chef suprême de la force militaire. "
La prudence vous prescrit de prévenir
les abus qui pourroient naitre de l'applica
tion de ce principesUn Roi pourroit vouloir
une autorite supérieure à celle que lui
donnela Constitution; un Ministre corrompu
pourroit lui créer un intérêt particulier ,
contraire à l'intérêt national. " i
«.Divers moyens peuvent être employés
avec succes . Si le Ministre peut augmenter
le nombre des Troupes , il pourra , par des
économies sur les depenses dont il est chargé,
augmenter son pouvoir , établir par la force
son autorité. La Constitution prononcera
dond pre le nombre des Troupes, ainsi que
leur solde , ne pourront être determines que
par le Corps Législatif. 法
Side Ministre pouvoit admettre des
Troupes. Etrangeres , ilpourroit bientôt s'en
servir contre laliberté. Une Nation de 25
millions d'hommes doit se suffire à Ellemême,
mais dans les circonstances où se
trouvent les affaires de l'Europe , l'inquiétude
que répand notre révolution , les projets
que des Souverains Etrangers pourroient
tenter contre Ellei, doivent nous
rendre cincoluspects. Je me borne à demander
que la Constitution prononce que les
( 181 )
Troupes Etrangères ne pourront servir sang
le consentement du Corps Législatif..
"
un
Si les Ministres ponvoient employer arbitrairement
les Troupes dans l'interieur du
Royaume , ne deviendroient- elles pas
instrument continuel d'oppression ? vous avez
décrété qu'Elles prêteroient serment pardevant
les Municipalités , et qu'Elles n'agiroient
qu'à leur réquisition. Il faut encore
etablir leurs rapports avec les Milices Nationales
, fondes sur ce principe , que les
Gardes soldées doivent être auxiliaires des
Gardes Nationales , pour le service intérieur,
et les Gardes Nationales auxiliaires des
Troupes soldées , pour le service extérieur.
Selon les différences de ces cas , elles seront
subordonnées les unes aux autres.
ce Vous etablirez des regles pour les garnisons
, et sur-tout dans les places fortes où
les Chefs Militaires doivent disposer de
toutes les forces qu'elles renferment. Ces
règles ont besoin d'être calculées sur les
bases qui doivent constituer les Milices Nationales.
Le Comité de Constitution se réunira
au Comite Militaire pour les déterminer.
Si les Ministres pouvoient étre maîtres
de downer et d'oter arbitrairement les places
Militaires , ils ne créeroient que des instrur
mens serviles de leur oppression. Vous éta
blirez des règles pour le choix des Officiers . "
"Prononcez constitutionnellement qu'aueun
Militaire ne pourra être cassé , ni destitué
de son emploi , sans un jugement
préalable.
« Vous avez pensé que la conscription
Militaire, pour la premiere ligne de Troupes,
étoit impossible, et qu'un engagement vor
(182 )
lontaire seroit suffisant.Le nombre de 140000
hommesest même trop considérable en temps
de paix ; mais il ne le seroit pas assez de
moitié en tant de guerre. C'est ici où vous
consacrerez le principe que tout Citoyen
doit défendre sa Patrie. Il s'agira de savoir
combienchaque Département aura d'hommes
inscrits . Je sais qu'au premier regard , il
paroîtra difficile de concilier ce systême
avec la liberté individuelle . Je m'abstiens
de vous développer les vues que j'ai conçues
sur cette partie de la Constitution Militaire.
Je vous propose de charger le Comité de
Constitution et le Comité Militaire de vous
présenter les leurs . »
" Sans doute , vousjugerez nécessaire d'établir
un Tribunal Militaire , et de déterminer
ce qui doit appartenir à la Loi et ce qui
est de simple police. Le préalable est sans
doute de supprimer le Tribunal des Maréchaux
de France.Vous croirez de votrejustice
d'introduire les formes les plus propres à pro+
téger l'innocence , et vous pourrez adopter
l'établissement d'une Cour Martiale pour reviser
les Conseils de guerre. Cependant ,
comme les délits Militaires , simples en
eux-mêmes , peuventêtre facilement prévus
et déterminés par la Loi , peut- être croirezvous
devoir établir dès - à -présent une procédure
parjurés. »
• Vous avez aboliles priviléges. Les avantages
et les préférences de certains Régimens
seront détruits. Les Régimens dévoués
àla Nation ne seront plus la propriété de
quelques particuliers. Même les Princes du
Sang passeront par les degrés iuférieurs. "
" Une nouvelle organisation de l'Armée
augmentera ses forces , en diminuant les
( 183 )
emplois inutiles. Les Commandans de Province
, remplacés par les Assemblées Administratives
, seront supprimés . »
« Ces suppressions faciliteront l'amélioration
de l'état du Soldat. » $
« Enfin , vous n'oublierez pas ce que doit
une grande Nation à une classe qui sacrifie
pour Elle son indépendance et sa vie. Combien
n'avons nous pas dû à leur patriotisme ?
Empressons - nous de leur accorder l'espoir
de ce bien - être et de cette dignité qui
doivent distinguer les Représentans d'une
grande Nation , en leur accordant , au bout
de vingt ans de service , le droit de Citoyen
actif. »
« L'Opinant a conclu par un projet de
Décret conforme à son Discours .
M. de Liancourt a lu sur le même objet
un très-long Mémoire , qui s'étendoit à toute
les branches du régime Militaire. Ses principes
rentrent dans ceux du Préopinant ,
excepté qu'il resserre les limites du pouvoir
qui sera exercé par le Corps législatif sur
l'Armée.
On a ordonné l'impression des deux Mémoires
..
DU MARDI 9. SÉANCE DU SOIR.
Cette Séance destinée à prononcer sur des
brigandages , appelés troubles par quelquesuns
, et exécutés par des Sauvages qui désho
norent le nom François dans toute l'Europe ,
a commencé par une invitation de M. Bailly
à l'Assemblée , d'assister au Te Deum qui
doit être chanté Dimanche prochain à Notre-
Dame.
M. l'Abbé Grégoire, Président du Comité
des Rapports , a rendu compte des horreur
( 184 )
qui désolent le Quercy, le Rouergue , le
Perigord , le Bas - Limosin et la Basse-Bretague.
Des Chartriers , des Meubles , des
Maisons incendies , des assassinats , des vio
lences de tout genre à force ouverte , composent
ce tableau , quun Républicain , un
Hommejuste, un Citoyen, doue de la moindre
humanité , ne peut écouter , ni rendre de
sang- froid . Des Paysans séduits par des scelérats
sont les exécuteurs de ces ravages .
Ils prennent leur source , selon M. Grégoire
, dans la méprise des Paysans , qui
prennent des Décrets de l'Assemblée pour
des Décrets de prise- de -Corps , dans la crainte
que ceux du 4 Août ne soient pas executés ,
dans les suggestions des amis de l'anarchie ,
dans la fabrication de faux Décrets de l'Assemblée
, de fausses Lettres- Patentes du Roi ,
montrées aux Paysans .
Tous les crimes , on le voit , sont réunis
dans ces insurrections , combinées par des brigands
qui savent plus que lire . Cependant ,
le Comité a pensé devoir se borner au Projet
de Décret suivant :
40 1 °. Que le Roi sera supplié de donner
incessamment les ordres necessaires pour
l'exécution du Décret du 6 Août dernier ,
en ce qui concerne le maintien de la tranquillité
publique. »
2º. Que le Président sera chargé d'écrire
aux Municipalites où les troubles ont eu
lieu , pour temoigner combien l'Assemblée
est affectée des désordres dont la continuation
nécessiteroit le Pouvoir exécutif de déployer
toutes les forces qui sont à sa disposition.
M. Sallé de Chou a judicieusement observé
queles brigands forçoient souventles Paysans
( 185 )
de marcher avec eux , que tous néanmoins
étoient confondus dans la Procédure , et qu'il
étoitjuste pour discerner les vrais coupables ,
de surseoir à l'exécution des Jugemens .
M. l'Abbé Maury. « Les insurrections populaires
qui vous sont dénoncées , méritent
d'autant plus votre attention , qu'étrangères
à la classe des Citoyens qu'on auroit cru opposés
à la Révolution , elles ne présentent
que l'effrayant commencement d'une guerre.
eivile. Je desire , avec tous les bons Citoyens
, qu'il soit aussi facile d'écarter ce
Heau qu'aisé d'en désapprouver le nom ; mais
toutes les fois que je verrai une classe de
Citoyens s'elever contre une autre classe ,
sans avoir des injures personnelles à venger ,
je le dirai avec douleur , c'est un déplorable
commencement de guerre civile. Nous ne
pouvons differer que sur le nom . Examinous
le Décret proposé. " ( L'Orateur n'a point
achevé cette phrase , sans essuyer une bordée
de rumeurs).
Il renferme deux moyens de pacification
: recourir au Pouvoir exécutif ; faire
écrire une Lettre aux Municipalités .
"
"
Le recours au Pouvoir exécutif dans
l'état ordinaire pourroit suffire , mais dans
l'état actuel , ce seroit le compromettre inutilement
que d'invoquer son appui ; car quelle
autoritélui reste-t-il ? Les grands Tribunaux
sont en vacances , les Tribunaux ordinaires
du second ordre , munis d'une force suffisante
pour attaquer individuellement les mal,
faiteurs , sont incapables de s'opposer à une
émeute populaire ; ils ne peuvent juger en
dernier ressort. Les Troupes soldées sont
inutiles au Pouvoir exécutif, depuis que
vous avez sagement décreté qu'elles ne peu(
186 )
vent marcher contre les Citoyens , que sur
la réquisition des Officiers Municipaux ; les
Officiers Municipaux , effrayés de la multitude
des brigands , n'oseront pas invoquer
la force armée. Les Milices Nationales ne
sont point aux ordres du Pouvoir exécutif;
elles ne sont pas instituées dans les campagnes
, et c'est loin des Villes que les
grands désordres se commettent. Ainsi le
recours au Pouvoir exécutif est donc démontré
illusoire dans ces circonstances malheureuses
; il est insuffisant , il seroit compromis.
"
" Le second moyen consiste à écrire aux
Provinces pour les engager à la paix , au respect
dû à la proprieté ; mais est - ce à des
invitations que nous devons nous arrêter ,
quand un incendie des châteaux, quand on
massacre les Citoyens , quand le prétexte
hypocrite de la Constitution tend à la renverser
? Est - ce par des invitations que le
Corps législatif doit traiter avec des scélérats?
Non , c'est par des Décrets supposés
qu'on a commis des crimes , c'est par des
Décrets qu'il faut dire anatheme aux brigands.
Pourquoi des palliatifs , tandis que
la force publique est entre nos mains ? Si
nous n'avons pas cette force , l'Etat est dissous
. »
" Sans Tribunaux , sans Armée , sans Maréchaussée
, vous ne rétablirez donc jamais
l'ordre ; plus vous mettrez de rigueur pour
prévenir le crime , moins il faudra de sévérité
pour le punir. »
1
« Le seul moyen est donc de déclarer coupable
toute insurrection contre l'ordre public ;
de livrer aux Tribunaux les porteurs de Décrets
et d'ordres supposés , etde les rendre
( 187 )
responsables ; d'ordonner à l'Armée soldée
de déployer toute sa force contre les brigands
attroupés , sans qu'il soit aucunement besoin
de la réquisition des Officiers Municipaux. "
C'est dans vos propres Décrets que je
puise la doctrine qui paroît si difficilement
obtenir votre suffrage. Vous avez décrété la
Loi Martiale ; vous avez ordonné que jamais
les Troupes soldées ne pourroient marcher
contre les Citoyens , que sur la réquisition
des Officiers Municipaux ; vous avez ordonné
des précautions pour les villes , et jamais
vous n'en avez fait l'application aux campagnes.
Quand vous avez voulu que le Ministre
de la Loi ordonnât au Peuple attroupé
de se retirer , et qu'on ne pût user de la
force des armes que sur son refus , avez - vous
entendu prendre sous votre protection des
armées de 1200 brigands? Pourquoi craignezvous
d'autoriser le Pouvoir militaire à marcher
dans les champs où les Municipalités
n'existent pas encore ? Il n'est pas un Commandant
Militaire qui ait l'imprudence d'empêcher
le plus grand crime dans les campagnes.
Il est infiniment facilede contredire ,
il est plus facile encore de désapprouver ;
mais si vous voulez des preuves que les Municipalités
n'ont pas osé se servir de leur
pouvoir , bientôt il vous en viendra de quatre
Provinces à- la- fois . Qui oseroit dire à un
Officier Municipal d'aller , votre Décret à
la main , arrêter une armée de 1200 brigands
? Voilà cependant , si l'on s'en tient
aux expressions littérales de votre Loi , la
formalité qui doit d'abord être remplie : on
désobéit si on l'elude. »
D'après ces considérations , je conclus
que les moyens indiqués sont insuffisans , et
( 188 )
je propose de décréter , 1 °. que tout Fran
çois qui se dira porteur de Décrets de l'Assemblée
ou d'ordres du Roi , et qui autorisera
le désordre , demeurera responsable
et sera puni comme atteint et convaincu de
crime de lese-Nation ; 2°. qu'aucun Décret
ne pourra servir de prétexte pour réclamer
le moindre droit , à moins que la Municipalitén'en
ait une connoissance authentique;
3º. que les Milices Nationales prêteront les
secours qui leur seront demandés ; 4°. que
les Juges poursuivront en toute rigueur qui
conque portera atteinte à la propriété ou à
la surete des Citoyens ; 5°. que dans les Provinces
où les brigands circulent dans les
campagnes, sans entrer dans les villes , les
Troupes soldées pourront marcher sans qu'il
soit besoin de la réquisition des Officiers
civils.
M. Voidel a cru trouver quelque contradiction
entrela doctrine de M.l'AbbéMaury,
et son application. M. Lanjuinais a rejetté
les brigandages sur la rigueur avec laquelle
les Seigneurs maintenoient leurs propriétés.
On l'a démenti; mais il n'en a pas moins
conclu à n'employer d'abord que les voies
de conciliation et d'exhortation.
M. de Cazalès a réfuté le Préopinant par
un argument inattendu et embarrassant.
On a brûlé un de mes Châteaux dans le
" Bas -Quercy , a dit froidement M. de Cazalès
; les habitans ont chasse les brigands,
et éteint l'incendie . Les vexations , s'il en
existe , sont infiniment rares. Le defaut de
force publique est la seule cause de ces
atrocités . »
44
"
"
M. Robespierre a opiné comme M. Lan(
189 )
A
Tuinais , à employer la douceur contre lePEUPLE
qui brute les Chateaux .
Ne prostituez pas le nom du Peuple ,
lui a dit M. d'Esprémenil , dites des brigands
.>>
Je dirai , si l'on veut , a repris M. Robespierre
, les Citoyens qui brulent les
Châteaux . »
" Dites les brigands , a repliqué M. de
Foucault . »
M. Robespierre n'en a pas moins persisté
à soutenir que l'amour de la tranquillité
pouvoit mettre la liberté en péril , et tous
les commentaires de cette maxime .
M. Faydel a demandé la parole , sans
Tobtenir , et le Décret du Comité a été rendu
dans sa forme primitive.
DU MERCREDI 10 FÉVRIER.
DIVISION DU ROYAUME.
:
☐ Clermont et Riom se disputoient le siége
du Département de la Basse - Auvergne.
MM. Malouet , du Fraisse du Chey , Redon,
ont énergiquement défendu les intérêts de
Riom contre M. de Biauzat ; nonobstant ces
efforts , le siége provisoire a été adjugé à
Clermont.
Le Département de Paris a été partagé
en trois Districts : Paris, S. Denis etle Bourgla
Réiné ; ces deux derniers seront pureinent
administratifs . 2
M. Camus , Député de Paris , s'est élevé
contre une disposition insérée par M. Thouret
dans l'instruction sur les Municipalités ; disposition
d'après laquelle, Paris n'auroit qu'un
Député à raison de son territoire , tandis
que les autres Départemens en auront trois .
Cette réclamation a été appuyée par plu
( 190 )
sieurs autres Membres de la même Députation.
Elle a été combattue par MM . du Fraisse
du Chey , Lanjuinais , et d'autres Députés
des Provinces quil'ont emporté. La première
décision a été confirmée à la tres - grande
pluralité.
Le Département Oriental de la Provence
divisé en neuf Districts . Le Chef-lieu du
Département alternera entre ces Districts ,
en commençant par Toulon .
M. Démeunier a rendu compte des troubles
survenus à Saint-Jean- d'Angeli, à l'élection
du Maire, que l'on accuse deplusieursmoyens
illicites pour se faire confirmer. Le Comité de
Constitution proposoit le renvoi de la con
noissance de cette affaire au Pouvoir exécutif,
en le chargeant , s'il y a lieu , après
la vérification des faits , de faire recommencer
l'élection .
M. Prieur est accouru à la Tribune pour
lire l'article XIX de la Déclaration des
droits , qui porte que le Pouvoir exécutifne
pourra exercer le Pouvoir judiciaire .
Le Pouvoir exécutif, a répondu M. Target,
est chargé d'exécuter vos Décrets. Ce n'est
point là une contestation qu'il faut juger ,
mais une résistance à vos Décrets qu'il faut
réprimer.
M. Barnave : Il résulteroit du projet de
Décret , qui vous est proposé , que le Roi
est l'interprète des Décrets de l'Assemblée
Nationale et le Juge de leur exécution. Si
malheureusement vous laissez subsister cette
funeste confusion de Pouvoirs , si vous rendez
łe pouvoir exécutif juge de la validité
des élections , il influera directement sur
toutes les élections du Royaume , en sera
le maître , et vous devez prévoir le malheur
( 191 )
qui en résulteroit.... Ces contestations appartiennent
à un Tribunal quelconque , aux
Administrations de Districts ou de Départemens
; en attendant que ces administrations
soient établies , c'est à vous qu'il appartient
essentiellement d'interpréter vos Décrets , et
de juger de leur exécution. C'est ce que
vous n'avez cessé de faire jusqu'à présent ;
ce que vous avez fait spécialement pour la
Municipalité de Ris .
M. Regnaud a insisté sur l'urgence d'une
décision. Déja le sang des habitans de Saint-
Jean- d'Angeli a coulé , et cette ville est
menacée des plus grands désordres. Cependant,
si l'on cherchoit des moyens expéditifs ,
la discussion ne l'étoit pas , et s'est prodigieusement
compliquée.
Trois questions principales se sont élevées :
Aqui appartient le jugement de ces contestations
? A qui appartient le pouvoir d'informer
? Quel parti faut- il prendre dans le cas
actuel?...
M. de Mirabeau a appuyé M. Barnave :
"En jugeant des Elections , a-t- il prétendu,
le Pouvoir exécutif jugeroit évidemment des
élémens de la Constitution. Les élections
ne peuvent être jugées que par les Assemblées
représentatives. Aujourd'hui que nous
possédons incontestablement le Pouvoirconstituant
, il n'est pas douteux que le jugement
des élections nous appartient , tant
que nous n'avons pas départi les pouvoirs.
M. Emery a chargé encore cette doctrine :
Puisque c'est à nous dejuger , a-t- il ajouté ,
c'est à nous de recueillir les bases de notre
jugement , les tribunaux ont toujours l'autorité
de l'investigation des faits . Le Roi ne
pourroit être ici que le COMMISSAIRE EN-
ل
( 192 )
QUÊTEUR de l'Assemblée ; mais vous pouvez
attribuer l'information àla Municipalité
la plus voisine , et vous prononcerez sur sop
Proces -verbal. S'il survenoit quelqu'obstacle,
alors seulement le Pouvoir exécutif devroit
intervenir pour préter main- forte .
M. de Cazalès : Si l'Assemblée n'a pas
délégué tons les pouvoirs , elle doit les deléguer
le plus tôt possible ; je demande que
cette affaire soit renvoyée au Pouvoir exécutifou
à un Tribunal quelconque.
M. Buzot a récapitulé en un très -long
discours , et analisé les motifs déja présentés.
Dans la seconde partie , il a proposé un
avis nouveau : Ordonner simplement que
-sans avoir égard aux contestations , l'élection
sera renouvellée.
M. Péthion de Villeneuve Le Pouvoir
exécutif lui- même pour faire l'information ,
seroit oblige de déléguer. Peut - être enverroit-
il les Commissaires, anciens , que vous
avez intérêt d'eloigner actuellement de toute
information .
M. Regnaud ayant proposé la Municipalité
de la Rochelle , comme composée de
Citoyens intègres et éclairés , il a été décide
: 1 °. Que l'Assemblée fixera incessamment
la règle pour le jugement des élections
; 2. qu'en attendant, le Maire et les
Officiers Municipaux de la Rochelle se
transporteront à Saint-Jean- d'Angeli , pour
vérifier les faits de l'accusation portée con-
:tre le Maire de cette Ville. Le Procès-verbal
sera envoyé à l'Assemblée , qui prononcera..
M.l'Evêque d'Autun a terminé la Séance
par la lecture du projet d'Adresse eux Pro-
-vinces , qu'il avoit été chargé de rédiger.
Cette
( 193 )
Cette lecture a été interrompue par des applaudissemens
réitérés. Il en sera fait demainune
seconde lecture .
DU JEUDI 11 FÉVRIER.
Le Rapport sur la division des Départemens
a été interrompu par l'indisposition de
M. Gossin , accablé depuis un mois de ce
pénible travail , dont il s'acquitte avec autant
de zèle que de sagacité.
M. le Comte de Marsanne a présenté , avee
chaleur , une Motion pour faire restituer
aux Protestans François , qu'on appeloit autrefois.
Religionnaires , comme si eux seuls ,
a dit Voltaire , avoient de la religion , les
biens dont ils furent dépouillés sous les
règnes précédens , par une intolérance despotique.
Cette restitution , a ajouté M. de
Marsanne , doit s'opérer en faveur de ceux
qui justifieront de leur qualité d'anciens
possesseurs ou d'héritiers directs de ceux- ci.
A lasuite de quelques discussions de forme,
la Motion a été renvoyée au Comité des Do.
maines.
Sur la demande de M. Bouche , l'Assemblée
a ensuite décrété que , « Les Délibérations
des Assemblées representatives , Municipales
et Administratives seront rédigées
et signées , Conseil tenant , et contiendront
les noms de tous les Délibérans ,
SUPPRESSION DES ORDRES RELIGIEUX .
M. Treilhard a renouvellé la lecture du
dernier rapport du Comité Ecclésiastique
sur cet objet , qui touche à la politique et
à la religion , à la morale publique , et à la
Finance.
La Déclaration des droits , a dit M. de
N°. 8. 20 Février 1790. I
( 194 )
la Côte , a percé jusque dans l'obscurité des
Cloîtres ; c'est là peut-être qu'il vous a attiré
les plus grandes bénédictions. Un sentiment
d'humanité vous animera tous , et
personne ne voudra que cent mille de ses
frères restent dans l'esclavage , par l'effet
injuste de ces liens indiscrets , formés dans
l'âge où l'on ne peut encore disposer d'aucune
propriété .
Vous rejetterez par le même principe tous
ces projets de réunion forcés , qui rendroient
leurs liens encore plus insupportables .
Cependant quelques Ordres Monastiques
offrent beaucoup d'utilité réelle , et des sujets
célèbres , etc. Vous pouvez faire une
exception honorable en faveur des Hospitaliers
, des Pères de l'Oratoire , de ceux de
la Doctrine Chrétienne , des Maisons de
Réforme de l'Ordre de Saint- Bernard . Parmi
les Ordres de Femmes , les Ursulines , les
Soeurs Hospitalières , celles de la Visitation.
"
" Vous détruirez , avec les Ordres Mendians
, un impôt onéreux pour le public;
ils possèdent tous de très-grands emplacemens
, qui , convertis en rentes viagères , seront
plus que suffisans pour les entretenir.
Quant aux pensions proposées par le Comité
de Constitution , il n'est pas un Opinant ,
dans le cours de toute cette discussion , qui
ne se soit élevé contre leur modicité.
40 Je propose d'accorder aux Religieux
des Ordres rentés , qui sortiront de leurs
Cloîtres , 900 livres à ceux qui ne sont pas
prêtres , ou qui ont moins de dix années de
prêtrise : 1200 livres à ceux qui auront dix
années de prêtrise , et moins de 70 ans ; et
1.500 livres aux septuagénaires ; 10000 Livres
( 195 )
aux Généraux d'Ordres résidans en France ;
de déclarer les Religieux et Religieusesqui
rentreront dans le monde , capables de toutes
dispositions et successions entre-vifs et testamentaires
; de salarier les Religieux de
l'Ordre de Saint-François dans la même gradation
, mais à sommes différentes , et suivant
les trois degrés : 700 livres , 850 livres et
1000 livres . »
M. Prieur a interrompu la discussion , pour
demander qu'on débattît le Projet du Comité
, article par article .
Dom le Breton a observé que la première
question étoit de savoir si les voeux monastiques
seroient supprimés ; de connoître ensuite
les ressources du Clergé ; enfin , de
fixer le sort des Moines ; leur suppression
partielle ou totale.
M. Malouet : « Je demande si le travail des
Finances , d'où dépend le salut de l'Etat
et la cessation de l'anarchie , ne sont pas les
objets les plus pressés. "
Vous ne voulez pas contrarier le voeu
des Provinces . Seroit-il prudent de prononcer
sur le sort d'un si grand nombre d'Individus
, sans avoir des données certaines , sans
consulter le voeu des Provinces ? Je demande
encore que nous revenions à l'objet d'où dépend
le succès de nos travaux , les Finances . "
On a répondu à M. Malouet , que le sort
des biens Ecclésiastiques entraînoit celui de
la France , le remboursement de la Caisse
d'Escompte , le placement des assignats . 、
Quand on aura converti en viager ce que
les Moines consomment actuellement en
perpétuel , a ajouté M. Dupont , l'on aura
fait une grande opération , et pour l'humanité
et pour les finances,
I ij
( 196 )
On s'est agité long-temps de cette mamière
, sans determiner l'ordre de la discussion
; enfin , elle a été reprise telle qu'on
l'avoit commencée. »
M.l'Evêque de Clermont a parlé le premier
en faveur des Ordres monastiques ; et d'abord
d'après le voeu impératif de son Cahier.
En plusieurs Pays , a ajouté ce Prélat ,
la destruction des Religieux a amené l'avilisssement
delareligion.Détestablepolitique dusiècle, qui a détruitla subordination, excité
la revolte , et fomenté l'anarchie ! Les Religieux
qui profiteroient de votre Décret ,
avant d'y être autorisés par la puissance
spirituelle , manqueroient à leurs engage.
mens les plus sacrés ; et votre Décret même
seroitune tentation qu'il est indigne de vous
de leur offrir.
«Vous ne renoncerez pas à la prérogative
des Législateurs , celle de protéger les engagemens
sacrés , qui ne dependent que de
la puissance spirituelle ; car c'est une triste
philosophie , que celle quijugeroit contraire
aux droits de l'homme et de la liberté , celle
d'en faire hommage à celui à qui nous devons
tout . "
"
Doit- on abattre l'arbre qui a porté tant
d'excellens fruits , pour quelques branches
parasites ? » Une partie de l'Assemblée a demandé
l'impression du Discours de M. l'Evêque de
Clermont , qui s'est fort étendu sur les con
sidérations religieuses que présente le sujet.
La majorité s'y est opposée. M. leleComte de
Mirabeau a poliment demandé à l'Opinant ,
si,en conscience, il trouvoit sonDiscours assez
bon pour valoir les frais d'impression .Bref, il
a été décidé qu'on ne délibéreroit pas sur
( 197 )
eet objet. Pendant sonDiscours , M. l'Evêque
de Clermont avoit été interrompu par des
huées , et des éclats de rire .
M. le Président a communiqué ensuite une
Lettre de M. le Garde- des- Sceaux , accom
pagnée du Projet de Conclusum , arrêté par
les Etats du Cercle du Haut-Rhin , assemblés
à Francfort , et réclamant l'intervention
de l'Empire contre les Décrets de l'Assemblée
, qui abolissent les droits féodaux
en Alsace et en Lorraine , où plusieurs
princes Allemands possèdent des Seigneuries ,
dont les droits sont garantis par les Traités .
Nous avons rapporte le précis de ce Conclusum
, il y a trois semaines , Art. de Francfort .
M le Comte de Mirabeau a prétendu que
laquestion pouvoit être examinée sous le rapport
du Droit Naturel , et sous celui du
Droit Germanique. Le Droit naturel condamneroit
bientot la réclamation. Quant au
Droit Germanique , M. de Mirabeau a instruit
l'Assemblee , que ce Code étoit au
nombre des choses inutiles qu'il avoit apprises
pendant sa vie. Et comme apparemment il
connoît les principes Germaniques , beaucoup
mieux que les Allemands , il a offert de
prouver que les Allemands n'y entendoient
rien ; il a ajouté que , par courtoisie , on
pouvoit leur envoyer les Décrets qu'ils avoient
sans doute mal lus , et qu'il falloit ajourner
la question , si l'on daignoit s'en occuper.
L'Assemblée l'a renvoyée au Comité Féodal,
A la seconde lecture de l'Adresse aux
Provinces , beaucoup de Membres la trai
tant de Manifeste de parti , en ont combatt
l'adoption .
M. de Montlauzier a témoigné le desir qu'
n'y restât aucune trace de division entre
1im
( 198 )
les Ordres réunis tous par le serment civique,
et qu'en conséquence l'Adresse fût revue
par le Comité de Rédaction. M. de Mortemart
et d'autres l'ont considérée comme
inintelligible pour le Peuple.
Ce débat a duré une heure et demie ;
et à la grande majorité , elle a été admise
avec les acclamations qu'on ne pouvoit refuser
aux talens de son Auteur.
(On la trouvera au Supplément. )
DU VENDREDI 12 FÉVRIER.
SUPPRESSION DES ORDRES RELIGIEUX .
M. Ræderer a le premier occupé la. Tribune
, d'où il a dit : « Je ne conçois pas
comment vous pouvez vous occuper d'opérations
partielles , avant de connoître leplan
général de ConstitutionEcclésiastique , avant
de savoir quelles seront vos ressources et
vos dépenses. « /
La question , il est vrai, est simple en
elle-même ; le culte public a- t- il besoin
d'autres Officiers que les Evêques et les
Curés? Si l'on me dit que les Moines sont
nécessaires à la prospérité de l'agriculture ,
je répendrai que les Adminstrations provinciales
lui seront encore plus utiles. Si l'on
m'allègue le soin de l'éducation publique , je
répondrai qu'elle sera désormais confiée à des
Citoyens choisis par leur mérite et leur patriotisme
, qui remplaceront l'esprit de corps
des Moines . "
Si l'on objecte l'utilité des Maisons hospitalières
, je dirai que les hommes qui les
composent sont utiles comme Citoyens , et
que rien n'empêche de détruire en eux le
Caractère monacal. »
Le secours des pauvres..... Je dirai que
( 199 )
c'est une dette de la société , dont elle doit
elle-même se charger.
« La suppression des Ordres monastiques
ne présente donc rien que d'utile ; mais il
faut auparavant que les besoins du culte
soient connus , et que ses fonctions soient
déterminées .
On dira que les 400 millions d'assignations
sur les biens Ecclésiastiques , nécessitent
la réforme des ordres Religieux. D'abord
je soutiens qu'il faudra moins de temps
pour adopter un systéme général de Constitution
Ecclésiastique , que pour décréter
tant de systêmes partiels , fondés sur des
motifs isolés . C'est une vérité reconnue ,
qu'en politique l'on ne fait bien et vite , que
ce qu'on fait en grand , et avec ensemble .
Le besoin des Finances est pressant. Les
domaines doivent être vos premières ressources.
Je demande que le Comité de Féodalité
et celui des Domaines fassent incessamment
leurs rapports . "
Ces dernières idées , déja présentées hier
par M. Malouet , ont succombé devant une
Motion de M. le Chapelier , qui a pressé la nécessité
de terminer promptement la discussion
entamée , en traitant avec ordre la série
de questions suivantes , énoncées par M. Treit
hard.
19. Abolira-t- on les Ordres Religieux ?
2°. Quel sort fera-t- on aux Religieux qui
déclareront ne vouloir plus rester dans leurs
Maisonset sous les habits de leur ordre ?
3º . Quel sort fera- t- on à ceux qui voudront
continuer à vivre dans leurs Maisons et dans
l'habit de leur Ordre ?
La discussion a été ouverte , sur la première
de ces questions , par M. le Duc de
I io
(200)
la Rochefoucault , qui a réfuté les argumens
en faveur des Moines , tirés de leur inclination
actuelle , de la reconnoissance , de leur
utilité aux lettres et à l'éducation .
M. l'Abbé Grégoire s'est réduit à combattre
la suppression totale des Monastères ,
par l'utilité de plusieurs d'entre eux au service
des autels , qui manqueroient de Prêtres
.
M. Péthion de Villeneuve a renouvellé ce
qu'on a écrit de tout temps , et ce que M.
de la Rochefoucault avoit déduit contre l'institution
des Ordres Monastiques.
M. l'Abbé de la Garde, Supérieur-général
des Lazaristes : « Les mesures qu'on cherche
àvous inspirer , ressemblent au procédé des
habitans de la Lousiane , qui coupent l'arbre
pour en cueillir les fruits. La cognée
est à la racine , et il n'en reste déja plus
qu'un tronc dégradé.... L'on a exagéré prodigieusement
les torts de quelques Religieux .
Les fautes de quelques-uns sont devenues les
crimes de tous. On n'a vu qu'ambition , que
fourberie , qu'oisiveté, et l'on a jette un
voile odieux sur les vertus .... L'on ne prouve
rien par des déclamations . On excite votre
zèle , en liant adroitement la destruction
des Religieux à la régénération de l'Etat.
Quelle régénération ! Détruisez les Ordres
monastiques , et bientôt plus de 100 mille
consommateurs vont être forcés de sortir de
Paris seul. Dans les campagnes , les Religieux
y répandoient des sumônes , ils faisoient
refluer l'abondance dans la cabane du
pauvre. Leurs biens, dites - vous , ne feront que
changer de mains ; mais les mains des Capitalistes
seront- elles bienfaisantes et généreuses
? Un grand nombre de familles devoient
( 201 )
aux Monastères , leur éducation , leur fortune
, leur commerce qu'ils aidoient par des
avances sans intérêt. Et maintenant l'âge
d'or va renaître , la prospérité publique sera
fondée sur la ruine du Clergé ! Pour constater
les bases de la question d'aujourd'hui ,
vous avez ordonné les déclarations des biens
Ecclésiastiques et vous allez décider la
2
1
question , avant d'avoir reçu ces déclarations!
"
L'Opinant s'étendit ensuiteen calculs et en
considérations morales , et se résuma à deman
der la réduction de quelques maisons Religieuses
, sans en supprimer aucune. Qui le
croiroit? ce Discours dont nous venons de
rapporter la substance , excita des éclats de
rire.
M. Barnave : « L'avis du Préopinant est
très favorable aux Individus qui , ayant fait
voeu de soumission et de panvreté , vivent
dans l'indépendance . Moi je songerai à ces
Individus malheureux , qui , dans l'imprudence
de la jeunesse , par une ferveur peu
réfléchie , ont engagé le bonheur de leur
vie , et à qui l'esclavage est devenu sur-tout
insupportable , depuis que la justice de vos
Décrets leur a donné l'espérance de la liberté.
Le Préopinant a fait dans ses calculs de
grandes erreurs , en suppo ant que les revenus
des maisons religieuses ne suffiroient pas
pour les pensions des Individus . Il n'a pas
considéré que des pensions viagères , ne sont
représentatives que de la moitié des revenus
ordinaires ; et quand la Nation ne trouveroit
pas d'avantage pécuniaire dans cette suppression,
il suffit que l'existence des Moines
soitincompatible avec les droits de l'homme; S
( 202 )
avec lebon ordre de la société, nuisible à la re
ligion, et inutile à tous les autres objets , auxquels
on avoulu les consacrer.... Ces paroles
ont vivement indisposé une moitié de l'Assemblee
. Etes- vous un Père de l'Eglise, a- t on
erié au jeune Opinant ?
L'explosion s'etant assoupie , par le voeu de
la majorite d'entendre M. Barnave , il confronta
chaque article de la Declaration des
Droits , avec les règles monastiques , et conclut
à la destruction illimitée de tous les
Ordres religieux sans distinction.
M. l'Evêque de Nancy traita le premier
laquestion sous toutes ses faces , et sortant
du cercle des généralites et des déclamations,
il developpe des faits , des calculs , un ordre
soutenu et progressif dans les idées , relevées
de temps à autre par les mouvemens de l'éloquence.
Je ne m'arrêterai point , dit-il , à réfuter
ici ce qui a été dit par le Préopinant ;
les opinions Religieuses qu'il professe peuvent
excuser quelques assertions hardies qu'il s'est
permises , mais qu'il n'a pas prouvées. Il
vous a présenté des déclamations vagues et
des sophismes ; je vais vous soumettre des
calculs positifs ; je les crois exacts : si je
me trompe , il sera facile de relever mes
erreurs . "
" Je suis bien loin de penser qu'on veuille
porter aucune atteinte à la religion de nos
pères ; mais il faut convenir que si ce funeste
projet eût été formé , il étoit difficile
de travailler plus efficacement à son succès. »
te Le rachat de la dîme a été décrété ; la
rédaction postérieure de votre Décret a
porté son abolition. Bientôt a suivi la proposition
de déclarer le patrimoine du Clergé
( 203 )
propriété nationale. Votre justice s'y refusoit.
On s'est borné à vous investir de la simple
disposition des biens Ecclésiastiques , d'après
les instructions et sous la surveillance des
Provinces, "
« Déja le projet de la vente générale de
tous les biens patrimoniaux des Eglises vous
avoit été présenté. Vous aviez paru le rejeter ;
mais apres avoir prosorit la lettre de ce projet
, vous en avez adopté l'esprit par votre
Décret du 19 Décembre ; vous l'avez porté ,
sans que les Membres du Clergé , inscrits
pour la parole , eussent pu se faire entendre. »
Jetez pour un moment vos regards en
arrière , et faisant aujourd'hui ce qui devoit
être votre première opération , comparez la
nécessité de la dépense du culte et des Ministres
, avec la possibilité des ressources qui
vous restent . "
" Les plans les moins suspects d'exagération
, et de faveur pour le Clergé , demandent
un fonds annuel de cent millions
pour
pour la dépense du Culte. Ce fonds se trouvera-
t- il d'après le résultat de vos précédens
Décrets , et des nouveaux qu'on vous propose
? "
" Si la dîme restoit abolie , il faudroit
soustraire des revenus possibles du Clergé
, ... 70,000,000 1.
" Pour la partie des droits
féodaux , supprimés sans indemnité
,
"
2,000,0001.
1
Pour la rente représentative
de deux cents millions au
moins de valeurs territoriales ,
et reproductives qu'il faudra
vendre pour complèter les
quatre cents millions de pro-
Id
(204)
priétés ecclésiastiques que vous
projetez de vendre , 10,000,000 1.
Fourlesintérêts dela dette
du Clergé de France et de ses
Diocèses , au moins .
Pour les intérêts de la dette
du Clergé étranger , et des
établissemens ecclésiastiques
8,000,000 1 .
du Royaume , au moins ..... 4,000,0001.
« La soustraction à faire sur
les revenus du Clergé , sera dès
ce moment de .... ..... 94,000,০০০ Ⅰ.
Or , les calculateurs les
plus exagérés n'étendent pas
au delà de cent cinquante millions
la possibilité des revenus
ecclésiastiques , ....... 150,000,0001.
Il ne restera done plus que
cinquante-six millions ....... 56,000,000 1.
41 C'est d'après ce tableau que personne
ne yous avoit présenté , et qu'il vous étoit
cependant si essentiel de connoître préalablement
que je vais aborder la question
proposée. -
7
On yous propose , Messieurs , d'ouvrir
les cloîtres , et de rendre au siècle tous les
Religieux de l'un et l'autre sexe , en fixant
à chacun une pension graduée par l'âge ,
dont la moyenne proportionnelle sera huit
cents livres par téte. »
Ainsila volonté de l'homme pourra rompre
à son gré l'engagement qu'il aura volontairement
et librement formé. La conséquence
naturelle d'une pareille doctrine doit
étre d'annuller , selon son caprice , tout engagement
religieux , eivil et militaire. Une
( 205 )
semblable proposition attaque à la fois la
religion , la morale et la politique. »
La politique vous défend d'étendre sans
besoin les charges de l'Etat ; et par les pensions
que vous serez forcés de donner , vous
les étendrez au- delà de vos moyens. La politique
vous défend de troubler l'ordre social
, et vous le troublerez en reportant au
sein de leurs familles les Citoyens sortis des
cloîtres . Les droits de l'homme leur en auront
ouvert les portes . Ces droits devront les
suivre dans le siècle . L'ordre des successions
changera donc avec eux et pour eux.
"
"
Je ne parle pas des inimitiés , des haines ,
des querelles et des procès qui déchireroient
Ie sein des familles , et que le Législateur
véritablement sage doit toujours prévoir , et
qu'il doit éloigner avee soin quand il en ale
pouvoir.
4
"
On vous a proposé de donner à tous les
Religieux-mendians une pension égale à
celle des Religieux rentés. Il est juste de
Jes doter , et le Religieux renté a un droit
incontestable à une pension proportionnée
aux biens dont jouissoit l'Ordre dont il étoit
membre . "
Ce principe de justice distributive a
échappé au Rapporteur de votre Comité
Ecclésiastique. li vous a proposé de fixer
huit cents liwwes de pensions à chaque tête
qui aura préféré de rester dans le cloitre.
Encore veut-il que sur cette pension , deja
si-modique , soient prélevés les frais duculte
et des réparations. Cette annonce a jeté la
consternation dans tous les Monastères de
la Capitale ,et les autres dispositions du
projet n'étoient pas faites pour dissiper cette
premiere alarme.. "
( 206 )
« Le nombre des Religieux des deux sexes ,
dans toute l'étendue du Royaume , est au
moins de cinquante- deux mille. "
En partant de ce nombre et de la fixation
de huit cents livres pour chaque tête ,
la dépense sera d'environ quarante - deux
millions . "
« L'Etat , Messieurs , pourroit- il supporter
cette surcharge ? .acquitteroit- il fidelement
cette dette sacrée , cette obligation
qu'il auroit solennellement contractée ? S'il
ne l'acquittoit pas avec fidélite , si tant de
malheureuses victimes de la spéculation financière
, que l'Etat auroit faite sur leurs
biens , étoient réduites à demander en vain
leur paiement..... jetées dans le monde , sans
état , sans crédit , sans ressources ..... cette
supposition fera frémir toute ame sensible . "
,
-
و
Qu'arrive- t - il aujourd'hui aux Membres
dispersés de cette société célèbre , consacrée à
l'éducation publique , à qui la France a peutêtre
dú la plupart de ses grands hommes ,
et la gloire des derniers siecles ? Il leur
arrive , Messieurs , ce qui arrivera à ces
milliers de nouveaux Pensionnaires que vous
voulez donner à l'Etat. Leur pension et
quelle pension encore ! leur pension honteuse
, avilissante et barbare de quatre
cents livres , ne leur est pas payée : -
vieillards , semblables aux débris de ces
beaux édifices de l'antiquité que l'on admire
, et que le goût consulte encore dans
leur état de ruine , ces vieillards , les ornemens
, les soutiens et les modèles des Dioceses
qui les ont recueillis ( le mien , Messieurs
, a le bonheur d'être de ce nombre ) ,
ces vieillards attendent plusieurs termes
échus de cette pension si insuffisante , et ,
ces
( 207 )
sans les secours de la charité obligée de leur
cacher la main qu'elle leur tend ,, ils périroient
de besoin , de faim et de misère ; et
cependant la suppression de l'Ordre des Jésuites
avoit laissé à l'Etat des biens beaucoup
plus que suffisans pour leur faire un
meilleur sort , et sur - tout pour leur payer
avec exactitude celui qui leur étoit fait. »
« Revenons , Messieurs , à notre calcul . La
dépense de l'Etat , pour ses nouveaux pensionnaires
, seroit donc d'environ quarantedeux
millions .....
42,000,000 1 .
• Cette partie de dépense ,
calculée avec la déduction cidessus
rapportée , de quatrevingt-
quatorze millions , ci ... 94,000,000 ៛.
Donne un résultat de ... 136,000,000 1 .
Mais il faut ajouter les impositions
nationales , les contributions
communes et locales ,
les reconstructions et réparations
des fermes et bâtimens
d'exploitation , l'acquittement
des fondations (car vous voudrez
qu'elles s'acquittent) ,pour
le tout , un quart au moins
du revenu total. Ce quart ,
soustraction faite des revenus
aliénés , sera d'environ quatorze
millions .............. 14,000,000 1 .
La totalité de l'emploi prévu
des revenus ecclésiastiques ,
sera done déja de
"
150,000,000 1.
Selon votre Comité , c'est à la Nation
d'administrer les biens ecclésiatiques . L'ar(
208 )
gument invincible dont il appuie cette assertion
, il le tire de l'avantage de ne point
embarrasser par des soins temporels les Ministres
des Autels . Cette vue est surement
très -morale ; mais il y auroit , ce me semble ,
plus de justesse à dire que c'est à celui à qui
la jouissance d'un bien quelconque a été donnée
, de veiller à sa conservation , et de l'administrer.
"
« L'expérience , Messieurs , démontre suffisamment
que tous les biens appartenans
aux Communes , soit des Villes , soit des
Villages , sont mal et très -mal administrés ;
cependant c'est la Nation , qui administre ou
afferme à vil prix. La nouvelle Constitution
aura bien de la peine à changer , à cet égard ,
Ies choses dans les campagnes.
"
"
« Là , seront vos Administrateurs locaux ;
mais quels seront- ils ? Dans la plupart des
Villages , ce sera une Municipalité composée
de trois Personnes , suivant l'organisation
que vous avez décrétée. Dans une Communauté
peu nombreuse , tout le monde est lié
de parenté , d'amitié et d'intérêt ; ce mode
d'administration seroit-il sage ? n'entraîneroit-
il pas les inconvéniens les plus graves ? "
L'arrière but du plan proposé seroit
peut-être de confier à des Régissseurs-généraux
cette immense manutention . Les Provinces
souffriroient- elles que les Agens
avides d'une régie étrangère , vinssent fondre
sur leurs campagnes , forcer tous les baux
rendre toutes les clauses de rigueur , multiplier
les contraintes , ruiner les Laboureurs ,
épuiser les terres , tyranniser les Villages ,
(tendre par- tout la véritable et plus odieuse
istocratie , et élever sur la ruine , le sang
2
(209 )
et les debris de malheureux , l'excès et le
scandale de leurs fortunes ? »
« A tous ces maux , ajoutez les frais énormes
inséparables d'une régie , elle absorberoit au
moins le dixième du produit : le dixième des
einquante-six millions environ qui resteroient
à régir , après les déductions ci- dessus étáblies
, seroit de cinq à six miflions . »
« Ce n'est pas tout. On proposoit d'assigner
aux pauvres le quart du revenu total.
En conséquence , ce seroit encore , après la
déduction faite , sur la masse totale , d'un
dixième pour les frais de régie , un prélèvement
à faire d'environ onze millions. »
«La récapitulation de toutes ces dépenses ,
préalables à l'entretien du Culte et des Ministres
, donneroit une somme de 166,000,000 ;
c'est - à- dire , que ces dépenses secondaires
excéderoient de seize millions la possibilité
reconnue des revenus du Clergé. Ce calcul
méritoit sans doute de fixer l'attention de
votre Comité et de l'Assemblée.
Voilà pourtant , Messieurs , où vous
mènent ces Motions isolées , étendues ou
divisées avec art , qui se pressent et se précipitent
sans cesse avec une incroyable rapidité.
Encore quelques Décrets , et il ne restera
plus rien de ces vastes possessions qui ,
n'aguère , excitoient l'envie , mais dont bientôt
la déplorable dilapidation fera pitié.
Dans cette triste subversion , qui pourvoira
à l'entretien du Culte ? "
« Que diront les Provinces , en voyant
aboutir à ce terme la disposition des biens
Ecclésiastiques , que vous vous étiez attribuée
pour agir , disiez-vous , d'après leurs
instructions et sous leur surveillance ? »
« Prévenons , Messieurs , prévenons des
( 210 )
1
plaintes légitimes et des maux irréparables .
Arrêtez l'impétuosité de vos Décrets , éclairez
vos consciences avant qu'on les entraîne.
Le Plan de votre Comité n'a point de base ;
il n'a calculé ni la nécessité des dépenses ,
ni la possibilité des ressources . La gloire du
Barreau ne suffit pas pour procurer cette
immensité de connoissances de détails dont
le régime Ecclésiastique est enveloppé.
«
"
Ah! Messieurs , c'est assez de ruines ;
sortons , sortons enfin du milieu de tant de
décombres amoncelées ; ce n'est pas par de
nouveaux malheurs que nos Finances se rétabliront
, que les Créanciers de l'Etat , cette
classe de Citoyens si nombreuse , et peutétre
si alarmée , pourront être payés ! Renonçons
à tous ces remèdes empiriques dont
l'annonce fastueuse semble promettre la vie ,
mais dont l'effet inévitable est de donner
la mort. Ce n'est pas d'évacuer les cloîtres ,
c'est de remplir le trésor public qu'il faut
s'occuper , et s'occuper sans délai. »
" Pour me résumer , je pense que , conformément
au Décret du 2 Novembre , il ne
peut être rien statué sur la suppression des
Corps Religieux , que d'après les instructions
des Provinces : que rien , à cet égard , ne
doit être exécuté que sous leur surveillance ;
et que la Loi suprême du salut de l'Etat ,
exige que l'Assemblée s'occupe sans délai ,
et dès ce moment , du rapport et de la
plus prompte organisation possible du nouveau
systême de Finances , seul remède aux
maux incalculables qui menacent la fortune
publique. »
Ce Discours , écouté avec attention jusqu'à
la fin , malgré quelques efforts inutiles
pour l'interrompre , reçut de grands applau
( 211 )
dissemens. On en a demandé l'impression qui
fut refusée par les Defenseurs du systême
opposé. Ils requirent même qu'on fermât la
discussion ; mais le voeu du Réglement , qui
prescrit trois jours de débat , l'emporta , et
la suite fut ajournée à demain , avec la clause
de ne pas désemparer jusqu'à la décision .
DU SAMEDI 13 FÉVRIER.
Cette Séance , prolongée jusqu'à sept
heures et demie du soir , a offert dans une
grande partie de sa durée , un trouble violent
et continu .
M. Garat l'aîné , reprenant la question de
la veille , remania les principales armes employées
contre l'Institution Monastique.
>>La Religion , dit-il , gagnera à leur suppression
, car elle aura un plus grand nombre
de Ministres . La vertu des Moines enfermés ,
perdoit son influence sur les moeurs publiques
, tandis que le moindre scandale
perçant dans le monde , y déshonoroit la
Religion.
>>L'éducation sera dirigée par des principes
plus éclairés . Il faudra pour élever des Citoyens
, des hommes qui soient libres comme
eux.
>>L'indigence y gagnera-t- elle ? Le doute
sur cette question calomnieroit nos moeurs
actuelles . La bienfaisance se montre de
toutes parts ; le Capitaliste , le Propriétaire ,
le Marchand , les hommes de tous les rangs ,
s'empresseront de secourir l'humanité souffrante
. J'en atteste la facilité avec laquelle
se perçoit la Contribution patriotique , et
tous ces dons extraordinaires ; toutes les
sociétés philantropiques , qui valent bien
les aumoves des Moines , et qui rendront
( 212 )
avec les Lois futures sur la mendicité , le
sort des pauvres bien moins précaire.
«Enfin, les finances y gagneront- elles ? Les
calculs de M. l'Evêque de Nancy m'ont effrayé
, mais les calculs promis par M. Dupont
, vous offriront des résultats plus avantageux.
"
"Les familles redouteront cette opération ,
a dit un Préopinant. Cette assertion fait
frissoner d'horreur. "
M. Garat s'enfonça ensuite dans les droits
de l'homme , où il nous seroit difficile de le
suivre , parce que la question étoit , non
de savoir s'il est convenable ou non
d'instituer des Moines , mais comment on
peut en allier la suppression , avec les intérêts
de la morale , de la Religion , de l'ordre
social , et des finances .
Je suis obligé , ajouta M. Garat , de
faire ma profession de foi. Je n'ai pu
concevoir qu'il fût permis à l'homme
d'aliéner ce qu'il tient de la nature , de
commettre un suicide civil , et un vol de sa
personne à la société.... Je jure que jamais
jen'ai conçu comment Dieu put vouloir soustraire
l'homme aux obligations qu'il lui a
imposées , et lui reprendre le premier bien
qu'il lui a donné , la liberté. »
Cesymbole , exprimé avec véhémence , mit
tous les Ecclésiastiques et nombre d'autres
Députés en agitation. On le traita de seandale
: on demanda que l'Opinant fût rappelé
à l'ordre . M. l'Evêque de Nancy fit la
motion formelle que l'Assemblée déclarât
la Religion Catholique , Apostolique et
Romaine , Religion Nationale et de l'Etat.
Les cris et le tumulte continuerent.
"
-
44
"
M. le Président répondit que la motion n'é
( 213 )
tant pas à l'ordre du jour , on ne pouvoit
interrompre la discussion commencée.
Il n'est pas de circonstances , dit M. l'Evêque
de Nancy , où il soit aussi instant de
faire la déclaration que je demande , parce
que le sort de la Religion est intimement
lié à la question qui nous occupe , et parce
que les trois -quarts de nos cahiers nous le
prescrivent solennellement. Faudra- t- il assister
à ces séances pour méconoître et souvent
outrager la Religion ? il est impossible
à des Auditeurs Chrétiens de ne pas réclamer.
M. de Cazalès soutint le Preopinant. M.
de Lameth , au contraire , vit dans la Motion
une conspiration contre la tranquillité du
Peuple et la liberté. M. le Comte de Virieu
observa qu'il n'étoit permis à personne d'in -
⚫culper , dans son avis , les intentions d'aucun
Opinant , etsur-tout, d'un Prélat respectable .
M. Garat l'aîné reprit la parole , la reperdit ,
la recouvra ; chacun à l'envi protestoit de
son zèle pour la Religion. Deux heures et
demie s'écoulèrent dans ce bouleversement ;
deux fois la sonnette se cassa. Enfin , M.
l'Abbé de Montesquiou prit possession de la
Tribune , et la garda jusqu'à la fin de son
discours plein de mesure , d'onction ,
et qu'il termina par le projet de Décret
suivant:
2
ART . I. L'Assemblée Nationale décrète
que la Loi ne reconnoîtra plus les voeux
solennels de l'un et de l'autre sexe . II. Qu'elle
ne mettra aucun empêchement à la sortie
des Religieux de l'un et de l'autre sexe , et
que la Puissance Ecclésiastique n'en con- .
noîtra que pour le for intérieur. III . Que
tous ceux qui voudront rester dans les Cloîtres
seront libres d'y demeurer. IV. Que les Dé(
214 )
partemens choisiront pour les Religieux qui
voudront y demeurer , des maisons coinmodes
. V. Les Religieuses pourront rester
dans les maisons où elles sont aujourd'hui ,
l'Assemblée les exceptant de l'obligation où
seront les Religieux de réunir plusieurs
Maisons en une seule . "
Le discours , le Décret furent reçus avec
de grands applaudissemens . D'une part on
invoqua la priorité en faveur de ce projet
de M. l'Abbé de Montesquiou ; de l'autre ,
on la réclama pour la motion universelle de
M. Barnave. Celle - ci , rejettée en arrière
par la majorité , reparut bientôt à l'aide
des amendemens par lesquels on atténua
le projet de M. l'Abbé de Montesquiou.
L'un de ces amendemens proposé par
M. Thouret , remit sur pied la motion de
M. Barnave : elle fut adoptée ; mais bientôt
on reconnut la nécessité de la mitiger ,
et enfin cette lutte cruelle se termina par
le Décret définitif que voici.
"
,
ART. I. L'Assemblée Nationale décrète ,
comme article Constitutionnel , que la
Loi ne reconnoîtra plus de voeux Monas-
« tiques solennels de perssoonnnneess de l'un ni
« de l'autre sexe .
«
"
"
م
Déclare en conséquence que les Ordres
et les Congrégations régulières , dans les-
- quelles on fait de pareils voeux , sont et
demeureront supprimées en France , sans
« qu'il puisse en être établi de semblables
à l'avenir
«
ec
" II. Tous les individus de l'un et de
l'autre sexe existans dans les Monastères
et Maisons Religieuses , pourront en sortir
« en faisant leurs déclarations dans les Mu-
« nicipalités du lieu , et il sera pourvu in(
215 )
« cessamment à leur sort par une pension
convenable . "
Il sera pareillement indiqué des mai-
« sons où pourront se retirer ceux ou celles
« qui ne voudront pas profiter de la disposition
du présent Décret.
"
"
“ Déclare au surplus l'Assemblée , qu'il
ne sera rien changé , quant à présent , à
- l'égard des Maisons chargées de l'éducation
publique et des établissemens de
Charité , jusqu'à ce que l'Assemblée Nationale
ait pris un parti sur cet objet .
"
"
"
«
" III. Que les Religieuses pourront rester
dans les Maisons où elles sont aujourd'hui ,
l'Assemblée les exceptant expressément de
« l'article qui oblige les Religieux de réunir
« plusieurs Maisons dans une. »
«
ADRESSE DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE
AUX PROVINCES.
" L'Assemblée Nationale s'avançant dans
la carrière de ses travaux , reçoit de toutes
parts les félicitations des Provinces , des
Villes, des Communautés , les témoignages
de la joie publique , les acclamations de la
reconnoissance ; mais elle entend aussi les
murmures de ceux que blessent ou qu'affligent
les coups portés à tant d'abus , à tant
d'intérêts , à tant de préjugés . En s'occupant
du bonheur de tous , elle s'inquiète des maux
particuliers : elle pardonne à la prévention ,
à l'aigreur , à l'injustice ; mais elle regarde
devoirs de vous prémunir
contre les influences de la calomnie , et de
détruire les vaines terreurs dont on chercheroit
à vous surprendre. Eh! que n'a-t-on
pas tenté pour vous égarer , pour ébranler
comme un de ses
( 216 )
votre confiance ! On a feint d'ignorer quel
bien avoit fait l'Assemblée Nationale : nous
allons vous le rappeler ; on a élevé des difficultés
contre ce qu'elle a fait ; nous allons
y répondre : on a répandu des doutes , on a
fait naître des inquiétudes sur ce qu'elle
fera; nous allons vous l'apprendre .
"Qu'a fait l'Assemblée ? Elle a tracé d'une
main ferme , au milieu des orages , les principes
de la Constitution qui assure à jamais
votre Liberté . »
et Les droits des hommes étoient méconnus
, insultés depuis des siècles ; ils ont été
rétablis par l'humanité entière , dans cette
Déclaration , qui sera le cri éternel de guerre
contre les oppresseurs , et la Loi des Législateurs
eux- mêmes .
"
"
La Nation avoit perdu le droit de décréter
et les Lois et les Impôts : ce droit lui
a été restitué , et en même temps ont été
consacrés les vrais principes de la Monarchie,
P'inviolabilité du Chef auguste de la Nation
et l'hére dité du Trône dans une famille aussi
chère à tous les François. »
2
Nous n'avions que des Etats Cénéraux ;
vous avez maintenant une Assemblée Nationale
, et elle ne peut plus vous étre ravie . »
« Des Ordres nécessairement divisés et
asservis à d'antiques prétentions , y dictoient
les Décrets , et pouvoient y arrêter l'essor
de la volonté Nationale. Ces Ordres n'existent
plus ; tout a disparu devant l'honorable
qualité de Citoyen. »
" Tout étant devenu Citoyen , il vous
falloit des défenseurs Citoyens ; et au premier
signal on a vu cette Garde Nationale ,
qui , rassemblée par le patriotisme , commandée
par l'honneur, par- tout maintient
1
ou
(217)
bu' ramène l'ordre , et veille avec un zèle
infatigable à la sureté de chacun pour l'intérêt
de tous .
er
"
Des privilèges sans nombre , ennemis irréconciliables
de tout bien , composoient
tout notre Droit public ; ils sont détruits ;
et à la voix de cette Assemblée , les Provinces
les plus jalouses des leurs ont applaudi
à leur chute ; elles ont senti qu'elles
s'enrichissoient de leur perte. »
te Une féodalité vexatoire , si puissante
encore dans ses derniers débris , couvroit la
France entière : elle a disparu sans retour. »
" Vous étiez soumis , dans les Provinces ,
au régime d'une Administration inquiétante :
yous en êtes affranchis . »
Des ordres arbitraires attentoient à la
liberté des Citoyens : ilt sont anéantis. "
- Vous vouliez une organisation complète
des Municipalités : elle vient de vous être
donnée ; et la création de tous ces Corps ,
formés par vos suffrages , présente en ce
moment , dans toute la France , le spectacle
le plus imposant. "
«
:
En même temps l'Assemblée Nationale
aconsommé l'ouvrage de la nouvelle division
du Royaume , qui seule pouvoit effacer
jusqu'aux dernières traces des anciens préjugés
; substituer à l'amour-propre de Province
l'amour véritable de la Patrie ; asseoir
les bases d'une bonne Représentation , et
fixer à-la- fois les droits de chaque homme
et de chaque canton , en raison de leurs rapports
avec la chose publique ; problême difficile
, dont la solution étoit restée inconnue
jusqu'à nos jours. "
60 Dès long-temps vous desiriez l'abolition
de la vénalité des charges de Magistrature :
N°. 8. 20 Février 1790. K
(218 )
- elle a été prononcée. Vous éprouviez le
besoin d'une réforme , du moins provisoire ,
des principaux vices du Code Criminel : elle
a été décrétée , en attendant une réforme
générale .-De toutes les parties du Royaume
nous ont été adressées des plaintes , des demandes
, des réclamations : nous y avons satisfait
, autant qu'il étoit en notre pouvoir.
- La multitude des engagemens, publics
effrayoit : nous avons consacre les principes :
sur la foi qui leur est due.-Vous redoutiez
le pouvoir des Ministres : nous leur
avons imposé la Loi rassurante de la responsabilite.
"
3
« L'impôt de la Gabelle vous étoit odieux :...
nous l'avons adouci d'abord , et nous vous
en avons promis l'entiere et prochaine destruction
; car il ne nous suffit pas que les im- 1
póts soient indispensables pour les besoins
publics , il faut encore qu'ils soientjustifies par .
leur egalité , leur sagesse , leur douceur. "
Des pensions immoderéęs , prodiguées
souvent à ll''iinnsseçudu Roi , vous ravissoient le
fruitde : nous avons jetté sur
elles un premier regard sévère , et nous allons
les renfermer dans les limites étroites,
d'une striete justice ,
ee
VOS Jabeurs
Enfin , les Finances demandoient d'immenses
réformes : secondes par le Ministre
qui a obtenu votre confiance, nous y avons
travaillé sans relâche ; et bientôt vous allez
en jouir
" Voilà notre ouvrage , François , ou plus
tôt voilà le vôtre ; car nous ne sommes que
vos organes , et c'est yvoouuss qui nous avez
éclairés , encouragés , soutenus dans nos
travaux. Quelle époque que celle à laquelle
nous sommes enfin parvenus ! Quel honora
( 119 )
ble héritage vous allez transmettre à votre
postérité! Elevés au rang de Citoyens , admissibles
à tous les emplois , Censeurs éclairés
de l'Administration , quand vous n'en
screz pas les dépositaires , sûrs que tout se
fait etpar vous et pour vous , égaux devant
la Loi , libres d'agir , de parler , d'écrire , ne
devantjamais compte aux hommes , toujours
à la volonté commune ; quelle plus belle
condition ! Pourroit - il être encore un seul
Citoyen vraiment digne de ce nomn , qui
osât tourner ses regards en arriere , qui
voulût relever les debris dont nous sommes
environnés , pour en recomposer l'ancien
édifice ? »
-Et pourtant , que n'a-t-on pas dit ? qué
n'a-t-on pas fait pour affoiblir en vous l'impréssion
naturelleque tant de bien doit produire?
"
"Nous avons tout détruit ,a-t-on dit ; c'est
qu'il falloit tout reconstruire. Et qu'y a-til
done tant à regretter ? veut-on le savoir ?
Que sur tous les objets réformés ou détruits ,
l'on interroge les hommes qui n'en profi
toient pas ; qu'on interroge même la bonnefoi
des hommes qui en profitoient ; qu'on
écarte ceux- là qui , pour anoblir les afflictions
de l'intérêt personnel , prennent aujourd'hui
pour objet de leur commisération ,
le sort de ceux qui , dans d'autres temps ,
leur furent si indifferens ; et l'on verra sila
réforme de chacun de ces objets ne réunit
pas tous les suffrages faits pour être comptes
. »
«Nous avons agi avec trop de précipitation....
Et tant d'autres nous ont reproché
d'agir avec trop de lenteur ! Trop de précipitation!
Ignore-t-on que c'est en attaquant,
Kij
( 220 )
•
en renversant tous les abus à-la- fois , qu'on
peut espérer de s'en voir délivré sans retour
; qu'alors , et alors seulement , chacun
se trouve intéressé à l'établissement de l'ordre
; que les réformes lentes et partielles
ont toujours fini par ne rien réformer ; enfin ,
que l'abus que l'on conserve devient l'appui,
et bientôt le Restaurateur de tous ceux qu'on
croyoit avoir détruits ? »
Nos Assemblées sont tumultueuses .... Et
qu'importe , si les Décrets qui en émanent
sont sages ? Nous sommes , au reste , loin de
vouloir présenter à votre admiration les détails
de tous nos débats . Plus d'une fois
nous en avons été affligés nous - mêmes ; mais
nous avons sentien même temps , qu'il étoit
trop injuste de chercher à s'en prévaloir , et
qu'apres tout cette impétuosité étoit l'effet
presque inévitable du premier combat qui se
soit peut- être jamais livré entre tous les
principes et toutes les erreurs.
On nous accuse d'avoir aspiré à une
perfection chimérique .... Reproche bisarre ,
qui n'est , on le voit bien , qu'un voeu mal
déguisé pour la perpétuité des abus. L'Assemblée
Nationale ne s'est point arrêtée à
ces motifs servilement intéressés ou pusillanimes
: elle a eu le courage, ou plutôt la
raison de croire que les idées utiles , nécessaires
au genre humain , n'étoient pas exclusivement
destinées à orner les pages d'un
livre , et que l'Etre suprême , en donnant à
l'homme la perfectibilité , apanage particulier
de sa nature , ne lui avoit pas défendu
de l'appliquer à l'ordre social devenu le plus
universel de ses intérêts , et presque le premier
de ses besoins . >>>
« Mest imposssible , a-t- on dit , de régé
( 221 ) ir
nérer une Nation vieille et corrompue...Que
l'on apprenne qu'il n'y a de corrompu que
ceux qui veulent perpétuer des abus corrupteurs
, et qu'une Nation se rajeunit , le
jour où elle a résolu de renaître à la liberté.
Voyez la génération nouvelle. Comme
déja son coeur palpite de joie et d'espérance !
Comme ses sentimens sont purs , nobles ,
patriotiques ! Avec quel enthousiasme on la
voit chaque jour briguer l'honneur d'être
admise à prêter le serment de Citoyen ! ....
Mais pourquoi répondre à un aussi misérable
reproche ? l'Assemblée Nationale seroitelle
donc réduite à s'excuser de n'avoir pas
désespéré du Peuple Francois ?
" On n'a encore rien fait pour le Peuple ,
s'écrient de toutes parts ses prétendus amis .
Et c'est sa cause qui triomphe par-tout.
Rien fait pour le Peuple! Et chaque abus
que l'ona détruit ne lui prépare-t- il pas , ne
lui assure-t- il pas un soulagement ? Etoit-il
un seul abus qui ne pesât sur le Peuple ?
" Il ne se plaignoit pas.... C'est que l'excès
de ses maux étouffoit ses plaintes .... Maintenant
il est malheureux .... Dites, plutôt , il
est encore malheureux ..... mais il ne le sera
pas long- temps : nous en faisons le serment.
>>>
" Nous avons détruit le Pouvoir exécutif...
Non: dites le Pouvoir ministériel ; et c'est lui
qui détruisoit , qui souvent dégradoit le Pouvoir
exécutif. Le Pouvoir exécutif , nous l'avons
éclairé en lui montrant ses véritables
droits ; sur-tout nous l'avons anobli en le faisant
remonter à la véritable source de sa
puissance , la puissance du Peuple .
Il est maintenant sans force.... Contre la
Constitution et la Loi : cela est vrai ; mais
Kiij
( 222 )
en leur faveur il sera plus puissant qu'il ne
le futjamais.
Ee Peuple s'est armé ... Oui , pour sa dé
fense : il en avoit besoin. Mais , dans plu
sieurs endroits , il en est résulté des mal
heurs.... Peut-on les reprocher à l'Assemblée
Nationale ? peut- on lui imputer des desastres
dont elle gémit , qu'elle a voulu prévenir,
arrêter par toute la forcedeses Décrets ,
et que va faire cesser sans doute l'union désormais
indissoluble entre les deux Pouvoirs ,
et l'action irrésistible de toutes les forces Nationales
? »
44 «Nous avons passé nos Pouvoirs .Laréponse
est simple. Nous étions incontestablement
envoyés pour faire une Constitution : c'étoit
le voeu , c'étoit le besoin de la France entière.
Or , étoit-il possible de la créer , cette
Constitution ,de former un ensemble , même
imparfait ,de Décrets constitutionnels , saus
la plenitude des Pouvoirs que nous avons
exercés ? Disons plus: sans l'Assemblée Na .
tionale , la France étoit perdue ; sans le
principe qui soumet tout à la pluralité des
suffrages libres , et qui a fait tous nos Décrets
, il est impossible de concevoir , nous
ne disons pas une Constitution , mais même
l'espoir de détruire irrévocablement le moindre
des abus . Ce principe est d'éternelle
vérité : il a été reconnu dans toutela France ;
il s'est reproduit de mille manieres dans ces
nombreuses Adresses d'adhésion , qui rencontroient
sur toutes les routes cette foule
de Libelles où l'on nous reproche d'avoir
excédé nos Pouvoirs . Ces Adresses , ces fé
licitations , ces hommages , ces sermens patriotiques
, quelle confirmation de ces Pouvoirs
que l'on vouloit nous contester !
( 223 )
Tels sont , François , les reproches que
l'on fait à vos Representans dans cette foule
d'écrits coupables , où l'on affecte le ton
d'une douleur citoyenne. Ah ! vainement on
s'y flatte de nous decourager : notre courage
redouble ; vous ne tarderez pas à en ressentir
les effets .
"L'Assemblée va vous donner une Constitution
Militaire qui , composant l'Armée de
Soldats-Citoyens , réunira la valeur qui défend
la Patrie , et les vertus civiques qui la
protégent sans l'effrayer. »
44 Bientôt elle vous présentera un systême
d'impositions, qui ménagera l'agriculture
etl'industrie , qui respectera enfin la liberté
du commerce ; un systême qui , simple , clair ,
aisément conçu de tous ceux qui payent , determinera
la part qu'ils doivent , rendra facile
la connoissance si nécessaire de l'emploi
des revenus publics , et mettra sous
les yeux de tous les François le véritable
étatdes Finances , jusqu'à présent labyrinthe
obscur , où l'oeil n'a pu suivre la trace des
trésors de l'Etat .
Bientôt un Clergé- citoyen , soustrait à la
pauvreté comme à la richesse , modele à-lafois
du riche et du pauvre , pardonnant les
expressions injurieuses d'un délire passager ,
inspirera une confiance vraie , pure , universelle,
que n'altérerani l'envie quioutrage,
ni cette sorte de pitié qui humilie ; il fera
chérir encore davantage la Religion , il en
accroîtra l'heureuse influence par des rapports
plus doux et plus intimes entre les
Peuples et les Pasteurs ; et il n'offrira plus
le spectacle , que le patriotisme du Clergé
lui même a plus d'une fois dénoncé daus
Kiv
( 224 )
cette Assemblée , de l'oisiveté opulente , et
de l'activité sans récompense . »
Bientôt un systême de Lois criminelles
et pénales , dictées par la raison , la justice,
l'humanité , montrera , jusques dans la personne
des victimes de la Loi , le respect dû
à la qualité d'homme , respect sans lequel
on n'a pas le droit de parler de morale. »
" Un Code de Lois civiles , confié à des
Juges désignés par votre suffrage , et rendant
gratuitement la justice, fera disparoître
toutes ces Lois obscures , compliquées , contradictoires
, dont l'incohérence et la multitude
sembloient laisser , même à un Juge
intègre , le droit d'appeler justice sa volonté
, son erreur, quelquefoisson ignorance;
mais jusqu'à ce moment vous obéirez religieusementà
ces mêmes lois , parce que vous
savezque le respect pour toute Loi , non encore
révoquée , est la marque distinctive du
vrai Citoyen. "
"Enfin nous terminerons nos travaux par
un Code d'instruction et d'éducation nationale
, qui mettra la Constitution sous la
sauve-garde des générations naissantes ; et
faisant passer l'instruction civique par tous
les degrés de la représentation , nous transmettrons
, dans toutes les classes de la société
, les connoissances nécessaires au bonheur
de chacune de ces classes , en même
temps qu'à celui de la société entière. "
« Voyez , François , la perspective de
bonheur et de gloire qui s'ouvre devant vous .
Il reste encore quelques pas à faire , et
c'est où vous attendent les détracteurs de la
révolution. Défiez - vous d'une impétueuse
vivacité , redoutez sur- tout les violences ;
( 225 )
car tout désordre peut devenir funeste à la
liberté. Vous chérissez cette liberté ; vous
la possédez maintenant : montrez- vous dignes
de la conserver ; soyez fidèles à l'esprit , à
la lettre des Décrets de vos Représentans ,
acceptés ou sanctionnés par le Roi ; distinguez
soigneusement les droits abolis sans
rachat , et les droits rachetables , mais encore
existans. Que les premiers ne soient
plus exigés , mais que les seconds ne soient
point refusés . Songez aux trois mots sacrés
qui garantissent ces Décrets : LA NATION ,
LA LOI , LE Roi . La Nation , c'est vous :
la Loi , c'est encore vous ; c'est votre volonté
: le Roi , c'est le gardien de la Loi.
Quels que soient les mensonges qu'on prodigue
, ccoonmptez sur cette union. C'est le Roi
qu'on trompoit : c'est vous qu'on trompe
maintenant , et la bonté du Rois'en afflige ;
il veut préserver son peuple des flatteurs
qu'il a éloignés du Trône ; il en défendrale
berceau de son fils : car , au milieu de vos
Représentans , il a déclaré qu'il faisoit de
l'Heritier de la Couronne , le Gardien de la
Constitution . "
« Qu'on ne nous parle plus de deux partis.
Il n'en est qu'un : nous l'avons tous juré ;
c'est celui de la liberté. Sa victoire est sûre ,
attestée par les conquêtes qui se multiplient
tous les jours . Laissez d'obscurs blasphemateurs
prodiguer contre nous les injures , les
calomnies ; pensez seulement que , s'ils nous
louoient , la France seroit perdue. Gardezvous
sur- tout de réveiller leurs espérances
par des fautes , par des désordres , par
l'oubli de la Loi. Voyez comme ils triomphent
de quelques delais dans Ja perception
de l'Impôt. Ah ! ne leur préparez pas
Ke
( 226 )
•
une joie cruelle ! Songez que cette dette...
Non , ce n'est plus une dette : c'est un tribut
sacré , et c'est la Patrie maintenant qui le
reçoit pour vous , pour vos enfans ; elle ne
le laissera plus prodiguer aux déprédateurs
qui voudroient voir tarir pour l'Etat le
Trésor public , maintenant tari pour eux ;
ils aspiroient à des malheurs qu'a prévenus
qu'a rendus impossibles la bonté magnanime
du Roi. François , secondez votre Roi ; par
un saint et immuable respect pour la Loi ,
defendez contre eux son bonheur , ses vertus
, sa véritable gloire ; montrez qu'il n'eut
jamais d'autres ennemis que ceux de la liberté
; montrez que pour elle et pour lui
votre constance égalera votre courage ; que
pour la liberté dont il est le garant , on ne
se lasse point , on est infatigable. Votre lassitude
étoit le dernier espoir des ennemis de
la révolution ; ils le perdent : pardonnezleurd'en
gémir ; et déplorez , sans les haïr ,
ce reste de foiblesse , toutes ces misères de
l'humanité. Cherchons , disons même ce qui
les excuse. Voyez quel concours de causes
a dû prolonger , entretenir , presque éterniser
leur illusion. Eh ! ne faut-il pas quelque
temps pour chasser de sa mémoire les
fantômes d'un long rêve , les rêves d'une
longue vie ? Qui peut triompher en un moment
des habitudes de l'esprit , des opinions
inculquées dans l'enfance , entretenues par
les formes extérieures de la société , longtemps
favorisées par la servitude publique
qu'on croyoit éternelle , chères à un genre
d'orgueil qu'on imposoit comme un devoir ,
enfin mises sous la protection de l'intérêt
personnel qu'elles flattoient de taut de manières
. Perdre à-la-fois ses illusions , sess(
227 )
pérances , ses idées les plus chéries , une
partie de sa fortune: est- il donne à beaucoup
d'hommes de le pouvoir sans quelques regrets
, sans des efforts , sans des résistances
d'abord naturelles , et qu'ensuite un faux
point d'honneur s'impose quelquefois à luimême
? Eh ! si dans cette classe naguères si
favorisée , il s'en trouve quelques- uns qui
ne peuvent se faire à tant de pertes à-la-fois ,
soyez genéreux ; songez que ,dans cette même
classe , il s'est trouvé des hommes qui ont
osé s'élever à la dignité de Citoyens intrépides
défenseurs de vos droits ; et dans le
sein même de leur famille , opposant à leurs
sentimens les plus tendres , le noble enthou
siasme de la liberté.
" Plaignez , François , les victimes aveugles
de tant de déplorables préjugés ; mais ,
sous l'empire des Lois , que le mot devengeance
ne soit plus prononcé. Courage , persévérance
, générosité , les vertus de la liberté
; nous vous les demandons au nom de
cette liberté sacrée , seule conquête digne
de l'homme , digne de vous , par les efforts ,
par les sacrifices que vous avez faits pour
elle , par les vertus qui se sont mêlées aux
malheurs inséparables d'une grande révolution
; ne retardez point , ne déshonorez point
le plus bel ouvrage dont les Annales du
monde nous aient transinis la mémoire .
Qu'avez - vous à craindre ? rien , non rien ,
qu'une funeste impatience : encore quelques
momens .... C'est pour la liberté ! Vous avez
donné tant de siècles au despotisme ! Amis ,
Citoyens , une patience généreuse au lieu
d'une patience servile. Au nom de la Patrie
, vous en avez une maintenant ; au nom
de votre Roi , vous avez un Roi : il est à
Koj
( 228 )
vous ; non plus le Roi de quelques milliers
d'hommes , mais le Roi des François.... de
tous les François. Qu'il doit mépriser maintenant
le despotisme qu'il doit le hair ! Ror
D'UN PEUPLE LIBRE , comme il doit reconnoître
l'erreur de ces illusions mensongères ,
qu'entretenoit sa Cour qui se disoit son
Peuple ! Prestiges répandus autour de son
berceau , enfermés comme à dessein dans l'éducation
Royale , et dont on a cherché ,
dans tous les temps , à composer l'entendement
des Rois pour faire , des erreurs
de leurs pensées , le patrimoine des Cours.
Il est à vous qu'il nous est cher ! Ah !
depuis que son Peuple est devenu sa Cour ,
lui refuserez-vous la tranquillité , le bonheur
qu'il mérite ? Desormais , qu'il n'apprenne
plus aucune de ces scènes violentes ,
qui ont tant affligé son coeur ; qu'il apprenne
au contraire , que l'ordre renaît ; que partout
les propriétés sont respectées , defendues
; que vous recevez , que vous placez
sous l'Egide des Lois , l'innocent , le coupable....
Le coupable ! il n'en est point , si
Ja Loi ne l'a prononcé. Ou plutôt , qu'il
apprenne encore , votre vertueux Monarque ,
quelques - uns de ces traits génereux , de ces
nobles exemples , qui deja ont illustré le
berceau de la Liberté Françoise.... Etonnezle
de vos vertus , pour lui donner plus tôt
le prix des siennes , en avançant pour lui
le moment de la tranquillité publique et le
spectacle de votre felicité. »
Pour nous , poursuivant notre tâche laborieuse
, voués , consacrés au grand travail
de la Constitution , votre ouvrage autant
que le nôtre , nous le terminerons , aidés de
toutes les lumières de la France et vain(
229 )
queurs de tous les obstacles. Satisfaits de
notre conscience , convaincus , et d'avance
heureux de votre prochain bonheur , nous
placerons entre vos mains ce dépôt sacré de
la Constitution , sous la garde des vertus
nouvelles , dont le germe , enfermé dans
vos ames , vient d'éclore aux premiers jours
dę la liberté..
Signé , BUREAUX DE PUZY , Président ;
LABORDE DE MEREVILLE ; l'Abbé Ex-
PILLY ; le Vicomte DE NOAILLES ; GUILLOTIN
; le Baron DE MARGUERITES ; le
Marquis DE LA COSTE , Secrétaires .
Dimanche dernier , le Te Deum a
été célébré à Notre-Dame. L'Assemblée
Nationale s'y est rendue processionnellement
; la Garde Parisienne , bordoit
la haie en plusieurs lieux. M. Bailly ,
les Représentans de la Commune et une
nombreuse multitude ajoutoient à ce
grand cortège. L'Abbé Mulot , Député
à la Commune , a prononcé le Dicours ;
etle serment civique a suivi. L'instant où
l'Audience entière leva les mains , les
Soldatsayant croisé leurs épées , fut véritablement
imposant. Lesoir, la Ville a été
illuminée ; la Grève et l'Hôtel- de-Ville
resplendissoient de lumières. S. M. , la
Reine , ni aucune des Personnes de la
Famille Royale n'ont assisté à cette cérémonie.
Le Roi qui a prononcé ces mots si
touchans , si conformes à sa sensibilité ,
à son esprit d'ordre , à sa justice , ah !
( 230 ).
amersi
le Peuple savoit combien je suis
malheureux,à la nouvelle d'un attentat
contre les fortunes , ou d'un acte de
violence contre les personnes , il m'épargneroit_
cette douloureuse
tume ! le Roi , disons-nous , qui sur le
Trône entretient ces sentimens , si malheureusement
oubliés par les fanatiques ,
et que des Ecrivains forcenés s'étudient
criminellement à effacer de tous les
coeurs , n'a pu participer à l'alégresse
de Paris , au milieu des horreurs perpétrées
sans relâche dans le reste du
Royaume. Vendredi dernier , le bruit ,
peux - être exagéré , se répandit que
M, le Marquis d'Esquirac , gendre
de M. de la Galaizière , avoit été
massacré en Rouergue dans son Chateau
, avec ceux qui le défendoient , par
des brigands , qui le fusil d'une main ,
et les Décrets mal interprétés du Législateur
de l'autre , font la guerre aux
personnes et aux propriétés. Et quelle
guerre! la plus lâche, contre gens presque
par- tout désarmés ; la plus odieuse ,
puisque l'oppression féodale est irrévocablement
abbatue , et que la Noblesse ,
ainsi que le Clergé , ont eux-mêmes volontairement
commencé , consommé
leurs sacrifices ; la plus vile , parce
qu'elle est le fruit de la séduction , et
que pour un Seigneur tyrannique qu'on
brûleou qu'on assassine, trentele sunt par
des ingrats . Espérons que ces atrocités
qui se répètent depuis six mois sans au(
231 )
cune résistance , auron enfin leur terme ,
et que les Municipalités , dont plusieurs
ontmis tantde mollesse,de pusillanimité
et d'indifférence à réprimer ces désordres
, imiteront le bel exemple que leur
a donné le Comité de Brive. Il a adressé
une Lettre circulaire aux habitans de
la campagne , où il leur dit :
" Vous manquez à la loi : vous allez contre
les premieres notions de la justice et de la
raison ' , quand vous vois présentez en attroupemens
chez quelqu'un pour manger son
pain , pour boire son vin et pour le mettre
à contribution . Les maisons doivent être des
asyles assures pour tous ceux qui les habitent
, et ceux qui ne respectent pas ces asyles
méritent d'être punis. "
" Si des ennemis étrangers venoient en
faire autant chez vous , vous vous plaindriez .
Combien ne doivent pas se plaindre vos
voisins qui se voient ainsi persecutés par leurs
propres Concitoyens , parleurs propres frères
qui devroient être les premiers à les protéger
etàles defendre !>>>
Ce n'est pas le Peuple qui peut se faire
des lois , parce qu'il luiseroit impossible de
s'entendre , et qu'il n'est pas d'ailleurs assez
éclairé pour connoître celles qui lui sont nécessaires
. Ce sont ses Représentans , ses Députés
, qui doivent les faire. C'est le Roi
qui doit les sanctionner et les faire exécuter,
Laissez donc agir l'Asssemblée Nationale et
le Roi , qui ne travaillent que pour votre
bonheur. "
C'est inutilement que vous attendriez des
Lois qui vous permissent d'agir par des voies
de fait , et de vous faire justice vous mêmes .
( 232 )
C'est précisément pour éviter ce désordre ,
que les lois ont toujours été et seront toujours
nécessaires.
« Croyez-vous qu'il existe jamais des lois
qui autorisent le vol ? Mais qu'est-ce donc
que voler ? Qu'est-ce autre chose que de prendre
lebien d'autrui ou de forcer quelqu'un
à nous donner ce qu'il possède , ce qu'il
auroit droit de nous refuser , et qu'il nous
refuseroit s'il en étoit maître ?>>
« Quand l'Assemblée Nationale a dit que
tous les hommes étoient égaux en droit , elle
a entendu seulement qu'ils doivent tous être
également protégés par les lois; mais elle
ne veut pas que personne ait droit sur les
propriétés d'un autre , elle veut que chacun
oit plus assuré que jamais de jouir avec
tranquillité de ce qu'il possède. "
« Pourquoi vous persuade-t-on d'inquiéter
les Seigneurs ? Ne sont-ils pas hommes comme
nous ? N'ont- ils pas le même droit que
nous à la protection de la loi ? Ne sont- ils
pas les maîtres de leurs propriétés autant
que vous pouvez l'être des vôtres ? Vous voulez
donc que la loi soit pour vous , et qu'elle
né soit pas pour les autres ; mais la loi doit
être pour tous . "
Si les Seigneurs avoient ci- devant des
privilèges , ils les ont sacrifiés ; ils payent la
taille tout comme nous , ils s'empressent de
reconnoître qu'ils sont nos égaux , qu'ils
n'ont pas plus d'autorité que les autres hommes
; plus ils perdent , moins ils méritent
d'être insultés , ils ne sont plus à craindre
pour personne , il faut donc les laisser tranquilles
: mais, sinous ne les craignons plus ,
nous devons craindre les lois qui nous puni
( 233 )
ront toujours, et plus sévèrement que jamais,
si nous n'y sommes pas soumis . "
" Ceux qui ont persuadé ces attro...pemens
dans les paroisses où ils ont eu lieu , sont des
ignorans ou des méchans , qui ont trompé les
autres ; ils ont fait faire des maux infinis qui
'tôt ou tard retomberont sur eux , et peuttre
sur la société entière. >>>
Si nous ne reconnoissons plus de frein ;
si , par l'effet des désordres de cette espèce,
de Roi n'est plus le maître , nous allons
tomber entre les mains des Nations étrangères
, qui ne demandent pas mieux que de
nous trouver désunis ; alors vous verrez des
ennemis redoutables vous rendre tout le mal
que vous avez voulu faire. Vous les verrez
ravager les maisons du pauvre comme celles
du riche , égorger vos femmes et vos enfans ,
vous exterminer vous-mêmes, ou vous réduire
à l'esclavage .
Voilà les vrais principes , voilà la
noble et touchante simplicité avec laquelle
on doit parler au Peuple. Depuis
long-temps , il n'y a pas la moindre
excuse contre ceuxqui outragent ces principes.
Et qu'ils se persuadent bien qu'ils
nous désbonorent aux yeux de toutes les
Nations Etrangères. Le temps approche
où la voix publique flétrira sans retour
ces Feuilles , ces Ecrits sanguinaires ,
où l'on prêche le massacre , le vol et l'incendie
, comme des moyens de liberté ;
où l'on a la criminelle dérision de
feindre que ce sont les Gentilshommes et
les Prêtres qui se font égorger et ruiner ,
pour donner un démenti à la révolution
, dont ils seroient les fermes sou
( 234 )
tiens , si , par une fureur inconcevable ,
on ne les avoit pas persécutés le fer et
la flamme à la main.
L'Adresse de Brive , et le courage de
quelques victimes , a rallenti les brigandages
du Bas- Limousin. On nous mande
ce qui suit de cette Province , en date
du9:
« Sept jeunes Gentilshommes , Habitans
de la Brive , ayant appris que le château
d'Allassac , appartenant à M. et à Madame
de laMaze , soeur de M. l'Evêque de Chartres ,
devoit être attaqué , s'y rendirent , et y sontinrent
l'assaut durant 24 heures. Ils sauvèrent
enfin la vie au maître et à la maitresse
de la maison ; mais ils ne purent , vu
leur petit nombre , garantir de la dévasta
tion une partie du châtean. »
" De là , ils furent au château de Favard,
appartenant à M. de St. Hilaire , et le défendirent
avec plus de succès encore , mal.
gré la multitude de leurs ennemis armés. "
Après ces deux traits de bravoure , ils
vinrent retrouver les Habitans de leur Ville ,
les rassemblerent , les exhorterent à vivre en
bonne intelligence , et jurerent de les défendre
au peril de leur vie. On leur répondit
par des larmes , et des promesses de
sans distinction , àjamais unis . "
Je ne dirai pas , comme vos Folliculaires
de Paris , que c'est la premiere fois
que la Noblesse a triomphe du Peuple. "
vivre ,
Mais je dirai hautement que ce trait ,
et celui de M. de Lusterie , rapporté dans
votre dernier Mercure , prouvent invincible(
235 )
ment que les Proprietaires , quand ils joindront
la fermeté au patriotisme , et la prudence
à la bravoure , triompheront toujours
d'une multitude féroce armée pour le brigandage.
"
Lyon s'étoit maintenu jusqu'ici dans
une inaltérable tranquillité. Point de
sang répandu , point de lanternes , point
de proscriptions , pas même de tumulte.
La sureté et la paix de cette Ville intéressante
y avoit retenu les Capitalistes ,
les grands Consommateurs , et y eût
attiré nombre de Fugitifs . Le Corps Municipal
y avoit consacré la révolution ,
non par la terreur , l'inquisition et les
violences , mais par une Police sûre et
active , confiée aux Volontaires Nationaux.
Ceux-cis'étoient montrés , en toute
occasion , aussi braves que vigilans ; on
leur dut , dans le courant de l'Eté , le
salut d'une partie des propriétés , attaquées
la torche à la main, par les incendiaires
de quelques Provinces voisines.
L'instant de former la Municipalité
approchoit . On sait que de tout temps ,
Lyon fut en possession de se garder ellemême;
les Volontaires avoient rempli ce
devoirdans toute sonétendue; cependant
on vit éclorre il y a peu de semaines, lademande
d'une autre Milice Nationale. La
Municipalité répondit que l'Assemblée
Législative allant incessamment org
niser cette force publique , il étoit su
( 236 )
perflu de la prévenir. Ce premier le
vain, fermenté par les Ouvriers auxquels
on a persuadé de réclamer le droit d'Electeur
, quoiqu'ils se fussent fait exempter
de la capitation , au nombre de
plus de 7 mille , depuis deux ans ,
produit un explosion. La multitude, le6,
attaqua , sur la place de Belle-Cour ,
250 Volontaires qui alloient, relever la
Garde Bourgeoise à l'Arsenal : la foule
fondit sur eux à coups de pierres ; on
leur tira quelques coups de fusil: l'Arsenal
fut pris, ouvert ; on en enleva 12 à 15
mille fusils. M. Imbert-Colomès , Commandant
estimé et très-estimable des Volontaires
, et premier Echevin , quela voix
publique désignoit à la Mairie , fut menacé
, poursuivi , obligé de quitter la
Ville , ainsi que d'autres Membres de
la Municipalité. Le Régiment Suisse
de Sonnenberg et les Dragons , se
sont conduits avec une prudence exen .
plaire. Quoique provoqués , attaqués
à coup de pierre et de fusil , ils sont
restés immobiles , et rentrés dans leurs
casernes. Le calme est rétabli pour le
moment , par la fermeté des deux
Echevins restés à Lyon. Nous aurons
des détails ultérieurs dans huitjours.
C'est par erreur que nous avons indiqué
que le choix de la Ville de Sens pourla Mairie
étoit tombé sur un Jardinier. M. le Marquis
de Chambonas , Commandant pour le Roi ,
( 237 )
etdont le patriotisme ne s'estjamais démenti,
aobtenu cette place à l'unanimite des voix.
M. le Marquis d'Estouteville a été élu Maire
de Rouen à la pluralité de 1582 suffrages
sur 2526. M. Ribard , Pere , en a eu 850. La
Commune de la même Ville , en recevant
l'envoi officiel du dernier Discours de S. M.
à l'Assemblée Nationale a voté une Adresse
de remercîment au Roi , un Te Deum , et
Domine salvum fac Regem , une illumination ,
- et la lecture du Discours du Roi , ainsi que
- de la Lettre du Ministre , aux prônes des
Paroisses.
S
T
M. de Mées a été élu Maire à Alençon
; M. Des Portes l'aîné , ancien
Gendarme , à Fecamp ; à Poitiers , M.
Drouault , Avocat du Roi ; àGrenoble ,
M. de Franquières.
M. Bodkin de Fitz-Gerald, détenu
à Madrid , a été remis en liberté ; ce
qui détruit les soupçons faussement répandus
sur l'objet de son voyage. Quant
aux propos chez M. de Crillon, qu'on lui
attribuoit,on sentdecombiende manières
des discours peuvent être rendus ou interprétés
; et très-probablement , s'ils
eussent été tels qu'on les a traduits ,
ce jeune Magistrat ne seroit pas élargi.
Des Lettres authentiques de Madrid certifient
que dans les conversations , il a
toujours montré beaucoup de retenue..
M. le Marquis de Savonnière , Officier des
Gardes-du-Corps du Roi, convalescent de
او
( 238 )
la blessure qu'il reçut le a Octobre dernier ,
est mort d'une fluxion de poitrine à Versailles
, le 9 Février .
Le Corps Municipal de Versailles , les Officiers
et Gardes Nationaux , les Officiers
et Soldats du Régiment de Flandre , les Officiers
et Soldats des Gardes Suisses , les
Officierset Chasseurs de Lorraine , et un
grand concours d'habitans se sont trouvés
a ce convoi.
Le Sieur Blin a eu l'honneur de présenter
au Roi les 28 , 29 et 30°. Livraison des
Partaits des Grands Hommes , Femmes illustres
et sujets mémorables de France , gravés
et imprimés en couleur , dont Sa Majesté
abien voulu agréer la dédicace. La 30°. Livraison
, qui contient les Portraits, du Marquis
Dupleix, et de Bertrand-François Mahé
de la Bourdonnaie, avec deur Sujets représentans
l'un la levée du siége de Pondichéry
, et l'autre la reddition de la ville de
Madras. A Paris , chez le Sieur Blin , Place
Maubert , n°. 36. Elle est tres - bien exécutce.
1
Charles IX , dans l'instant des remords à
la dernière Sočne , petite Estampes pour orner
l'édition in-8°. de la Piece , se vendra
séparément chez M. Barvois l'aine , Libraire,
quai des Augustins ; et chez M. le Barbier ,
Peintre du Roi , et Académicien, rue Bergère
, nº. 9. Prix 1 liv. 4 sous.
P. S. Nos Lettres de Lyon , en date du
11 , nous apprennent qu'il y a eu 15 à 20
personnes tuées ou blessées dans la premiere
Insurrection; la plupart parmi les Volon-.
taires. M. de Gugy , Lieutenant- Colonel
( 239 )
du Régiment de Sonnenberg , rentrant chez
lui , sans escorte , à dix heures du soir , fut'
attaqué, et blesse. Ce qu'on appeloit le calme,
et qu'on devoit plus à propos nommer le
relâche , n'a pas été de longue durée. Quatre,
jours après l'emeute , on afficha des placards
incendiaires où l'on avertissoit,le Reuple
qu'on conspiroit contre lui , et qu'on fabriquoit
, aux Casernes des Suisses , 800
habits pour des Volontaires . Les deux Echevins
restés enplace firent déchirerces affiches .
La multitude s'attroupa; les Echevinsrendus
a l'Hôtel- de-Ville s'efforcerent de dissiper
les bruits absurdes par lesquels on soulevoit
le Peuple , et envoyèrent faire une visite
aux Casernes , par quelques Citoyens. On
n'y trouva ni habits , ni préparatifs , comme
on le suppose deja ; mais les séditieux n'en
assiégèrent pas moins l'Hôtel-de-Ville , et
ne se croyant plus en sureté , les deux Echevins
ont quitté la Ville, sous un habit de
couleur. C'est au milieu de cette crise que
va se faire l'élection de la Municipalité.
Les incendies et les assassinats continuent
dans quelques Provinces , et ont
gagné le haut Languedoc. Le Château
de M. de Bournazel, père du Député
de ce nom à l'Assemblée Nationale , a
été brûlé, et deux de ses domestiques
massacrés . Ce vieillard de 80 ans a eu
beaucoup de peine à se sauver . Plus de
500 briganda s'étoient réunis , le 4, pour
piller et brûler le Château de Camparrau
, Généralité de Montauban. M. du
Prat, Conseilier à la Cour des Aides
de cette Ville , et élu Maire de Moissac ,
(240 )
se mit à la tête de 250 Volentaires,
d'une compagnie du Régiment de Languedoc
, et d'un détachement de la Milice
de Montauban , attaqua les brigands
, dont 76furent tués , et66 emmenés
prisonniers. Plusieurs Officiers et
Soldats des braves assaillans ont été
blessés.
M. l'Evêque d'Autun a été élu Président
de l'Assemblée Nationale , à la pluralité
de 373 voix , contre 125 qu'a obtenues M.
l'Abbé Syeyes. 105 voix ont été perdues ,
etil amanqué un grand nombre de Députés
à l'Election . Les nouveaux Secrétaires sont :
MM. de Castellane , de Biauzat et de
Champagny.
Les Numéros sortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 Février
1790, sont: 36,54, 35, 75, 4.
MERCURE
-
DE FRANCE.
SAMEDI 27 FÉVRIER 1790 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE SÉRIEUSE
SUR LA GAITÉ ,
Par M. FERLUS , Professeur d'Eloquence
au College Royal de Guienne.
MeEsS bons Amis , devinez , je vous prie ,
Le seal bienfait que je demande aux Dieux :
Ce n'est pas l'or, le savoir , le génie ,
Ni ces vains noms , ces rubans glorieux ,
Chaînes d'orgueil dont la grandeur se lie ;
Mes bons Amis , je pense caucoup mieux.
J'ai vu de près les Grands et l'opulence ,
Etnos Lettrés , prétendus immortels ;
Mais ces faux Dieux qu'adore l'ignorance ,
Ivres d'encens , environnés d'Autels ,
N°. 9. 27 Fév. 1790,
G
122 MERCURE
Joulssoient moins que les derniers mortels;
Ils envioicnt mon obscure existence.
Que manquoit-il à leur souverain bien ?
Un point qui seul tient lieu de tout le reste ,
Et sans lequel tout le reste n'est rien ;
C'est laGaité ..... Voilà ce don céleste
Qu'incessarment appellent mes désirs .
Que le destin m'arrache à mes loisirs ,
Qu'il me condanne à pousser la charrue
A vivre aux bois , aux fers , ou dans la rue ,
Pauvre d'argent et de gloire et d'esprit ,
J'ai la gaîté , qu'importe ? tout me rit ,
Tout est charmant sous ce beau point de vue .
Voyez Scaron , par le sort dédaigné ,
Pauvre et goutteux , informe cul-de-jatte ,
Et vieux époux de la jeune Aubigné ;
Il rit des traits de la fortune ingrate ,
Et la gaîté , qui soutient sa raison ,
De tous ses maux est le contre-poison.
Vous connoissez ce triangle physique
Qui , divisant les sest rayons du jour ,
Peint à vos yeux , d'un coloris magique ,
Tous les objets qui s'offrent à l'entour ;
De la gaîté cette image est l'emblême ;
Tous s'embellit par son prestige heureux ;
Elle sourit à vos soins généreux ;
Avos dédains , elle sourit de même .
Les Im-promptu, les bous Mots étourdis ,
Levif Couplet, l'Anecdote infidelle ,
DE FRANCE.
123
Les Fabliaux datés du temps jadis ,
En folâtrant , babillent autour d'elle;
Les Calembours , fils bâtards de la Belle ,
Ysont reçus , parfois même applaudis.
Les jeunes fleurs dont brille son visage ,
De la santé sont le riant présage ;
Rien ne contraint son naturel aisé;
Le vicieux est sombre , déguisé ;
La gaîté franche est le trésor du Sage ,
Trésor tharmant qu'Horace eut en partage ,
Dont Arouet a long-temps disposé ,
Mais où Clément n'a jamais rien puisé.
Quand d'un pied lourd la vieillesse s'avance ,
On cherche en vain le fleuve de Jouvence (1 )
Pour remonter le cours de ses beaux ans ;
La gaîté seule , aux outrages du temps ,
De ses attraits peut opposer l'empire ;
Tant que l'on rit on est dans son printemps ;
Mais on est vieux dès qu'on cesse de rire .
Au siècle d'or , lorsqu'on dit que les maux
N'osoient encore affliger ce bas monde ;
Que les humains , dans unepaix profonde ,
Sass exercer ni bèches ni rateaux ,
Voyoient fleurir la campagne féconde ;
Que le nectar en mobiles ruisseaux
:
( 1 ) D'autres prétendent que c'est une fontaine. On
laisse aux Critiquesle ſoin d'éclaircir ce point important.
G2
124 MERCURE
Couloit par-tout dans de frais paysages ;
Qu'aucun hiver n'attristoit nostocages ,
Et que toujours fixe au même degré ,
-Le thermomètre étoit au tempéré ;
On ne fait pas un portrait de caprice :
Dans ces beaux jours de paix et d'équité,
Les passions et les vapeurs du vice
N'étouffoient pas le feu de la gaîté ,
Et vous savez qu'à sa douce clarté ,
Tout se transforme en objet de délice,
Qui ne chérit ces antiques tableaux
Où rit encor la gaîté de nos pères ?
Les bonnes gens n'avoient pas nos manières ,
Nos Clubs Anglois, nos Cercles, nos Caveaux ,
Ni cette loge où , de tant de mystères ,
Le seul qui perce est l'ennui des confrères :
Chez eux , Comus , habile à dessiner
L'ordre des mets et le plan d'un dîner,
N'avoit jamais , dans sa vaine manie ,
Fait de la table un spectacle imposant ,
Et d'un repas une cérémonie ,
2
Où chaque acteur , fidèle à l'harmonie ,
Parle avec poids , mange en se composant ,
Et se permet , quand la fête est finie
D'aventurer un petit mot plaisant :
Amoins de frais , plus près de la Nature ,
Leur joie étoit et plus douce et plus pure,
Il falloit voir , sous le toit paternel ,
Se réunir une immense famille,
DE FRANCE. 125
Neveux, cousins et gendre et belle- fille ,
Le vieux ami , la voisine gentille ,
Tous, dans l'ardeur d'un plaisir mutuel
Chanter gaîment un areul en béquille,
Qui vit cent fois ce transport annuel .
Aleurs festins , l'alégresse plus vive
Chassant la gêne et le faux compliment;
Affranchissoit l'étiquette captive ;
Les mets exquis , mais offerts simplement ,
Etoient sans art , comme chaque convive ,
Et prodigués comme leur enjoûment.
Chacun chantoit , buvoit à pleine coupe ,
Portant tout haut la santé de la troupe ,
Qui , ranimée à cet heureux signal ,
D'un rouge bord s'armoit pour lui répondre
On s'excitoit par un choc amical ,
Et tous les coeurs , ainsi que le cristal ,
Se rapprochoient et sembloient se confondre.
O jours heureux ! ô douce liberté !
Omes Amis , sous quel sombre nuage
Adisparu cette fleur de gaîté ?
Je cherche en vain cette naïveté ,
Ce rire fou , cet air leste et volage ;
De nos plaisirs nous n'avons que l'image.
Dans le public , au sein de nos foyers ,
Sous ces lambris où le faste est sans bornes
Chez le Bourgeois et les Seigneurs altiers ,
Je ne vois plus que des visages mornes ,
G3
126 MERCURE
De graves soins , des jeux froids et pesans ,
Etdes esprits éteints par le bon sens.
De ce revers ne cherchez point la cause.
Voyez-vous pas le luxe impérieux
Qui , sous le faix des besoins qu'il impose ,
Contient les ris , anéantit les jeux ,
Et fait chérir les désastres qu'il cause
Par l'éclat faux dont il charme nos yeux ?
Dieu corrupteur de ma triste Patrie ,
C'est en l'ornant que ses mains l'ont flétrie .
Dans ces salons de glaces transparens ,
Sur ces tapis dont on foule la soie ,
Ala clartéde ces cristaux mouvans
Qu'à vos regards chaque trumeau renvoie ,
Tout sollicite aux graves complimens ,
Tout éblouit , mais tout glace la joie ;
Ce n'est qu'autour de deux tisons fumans ,
Dans un réduit propre sans ornement
Qu'en longs éclats le rire se déploie.
Espérez-vous que la jeune Beauté
Livre son ame à la gaîté folâtre ?
Contemplez- la sur ce brillant théatre ,
Dans l'appareil que la mode a dicté.
Sur les cheveux dont son frent se couronne ,
Voyez monter certe gaze en colonne ,
Ou s'arrondir en bizarres chapeaux ;
Voyez ces fleurs se jouer sur leur tige ,
Ces diamans à chaque instant plus beaux ,
Ces noeuds fixés , ce linon qui veltige ,
DE FRANCE . 127
Etces plumets qui balancent leurs flots :
On ne rit pas sous ces riches fardeaux ;
L'ame est sans jeu , si le corps n'est pas libre :
Un bond léger , quelques pas inégaux ,
De tant d'atours détruiroient l'équilibre .
Mais quoi ! ce faste alimente l'orgueil ,
De l'enjoûment triste et fatal écueil.
Il a des moeurs corrompu l'innocence ;
Les passions , les intrigues des Cours ,
L'art d'arranger de perfides discours
Tous les excès lui durent leur naissance.
Aleur aspect , la troupe des Amours ,
Chastes enfans , amis de la décence ,
Des coeurs François s'enfuirent pour toujours ,
Et sur leurs pas la vieille Bonhomie ,
Et la Candeur, sa plus fidelle amie ,
Et la Franchise et la Simplicité ,
En d'autres lieux menèrent la Gaîté ;
Car , on le sait , plus d'amour, plus de joie ,
C'est le proverbe , et j'aime qu'on y croie.
Pourtant Molière , et Regnard après lui ,
Jean le Conteur , ce libertin si sage ,
Et maints Rimeurs , peu férés aujourd'hui ,
Dans des tableaux inconnus à l'ennui ,
De la gaîté nous conservoient l'image :
S'ils instruisoient , le plus doux badinage
De leur morale étoit le correctif ;
Mais de nosjours , notre Apolion pensif ,
G4
128 MERCURE
Des Jeux , des Ris dissipant le cortége ,
Ne parle plus qu'en Régent de Collége .
Pour les Neuf Soeurs , sur les doctes sommets ,
Il a construit de sombres cabinets ,
Où négligeantet la lyre et la flûte
Chacune , à part , approfondit , discute
Fort gravement les plus graves sujets ,
Et la raison dont on nous persécute ,
Avec l'ennui , circule par feuillets.
Eh ! laissez-moi ce ton pesant et rogue ;
Je n'aime pas Apollon pédagogue .
Si la raison peut captiver ma foi ,
C'est sous les traits de l'aimable folie ,
Lorsqu'elle a l'air de jouer avec moi.
Tristran Sandy , par sa vive saillie ,
M'instruit bien mieux qu'une docte Homélie ,
Où le Prêcheur méthodique et subtil
Du froid bon sens ne perd jamais le fil.
De la vertu pour affermir le règne ,
Faites qu'on l'aime et non pas qu'on la craigne.
Or , mes Amis , laissez- là nos Penseurs ,
Et venez tous dans ce riant asile
Epanouir votre gaîté facile.
Rien , près de moi , n'aigrira vos humeurs.
Vous ne verrez dans ma Bibliothèque
Ni Chrisippus , ni Crantor , ni Sénèque ,
Ni les clinquans de nos froids Orateurs ,
Ni les ergo de nos Dissertateurs ;
DE FRANCE. 129
Chez moi Tartufe est plus lu qu'Andromaque ,
Et Jean Lapin l'emporte sur Jean-Jacque.
Sur mes lambris vous ne trouverez pas
César , Pyrrhus , ou tel fou de leur trempe
Livrant encor d'effroyables combats ,
Ni la débauche et le crime en estampe ,
Sous mille aspects offrant leurs attentats ;
Pour la gaîté le vice est sans appas :
Mais de Calot les figures grotesques
Font sur mes murs des scènes si burlesques
Qu'on en riroit aux portes du trépas .
De tant de Rois et de Princes augustes,
Dont le portrait embellit nos trumeaux ,
De deux , sans plus , j'ai conservé les bustes,
NECERE et LOUIS. Mes hommages sont justes,
Puisque tous deux , par des efforts égaux ,
Vont effacer la trace de nos maux ,
Et rallumer au sein de l'abondance
Les feux de joie éteints par l'indigence.
Aleur aspect , si yous étiez tentés
De mettre en jeu les affaires publiques ,
Je vous préviens , je dors à vos côtés
Rassasié de pavots politiques ( 1 ) .
Tout Nouvelliste a l'esprit faux et vain :
Laissons agir le plus sage Monarque.
Les flots émus se soulèvent en vain
( +) Cette Epître étoit faite avant la convocation des
Etats -Généraux.
GS
130 MERCURE
1
Je vois le fort , nous arrivons demain ;
Bénissons NECKRE , et rions dans la barque .
Rions des fous , des prudes , des cagots ,
Des lourds pédans que B..... encense ,
Des traits perdus que sa rage nous lance
Et des faquins qu'il érige enHéros.
Ainsi nos jeux croîtront de leur sottise.
RIRE DE TOUT , voilà notre devise ,
Devise heureuse expliquée en ces mots :
>> Bien fou qui cède à la mélancolie :
> Trop de sagesse est excès de folie ;
>> L'air triste et froid est le masque des sots «.
Explication de la Charade , de l'Enigme et
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEE
mot de la Charade est Unisson ; celui
de l'énigme est la Mort ; celui du Logogriphe
est Sellette , où l'on trouve Selle, Eté.
: CHARADE.
,
POUR
OURconserver tes jours sous un Tyran altier
Brutus , tu contrefis quelque temps mon premier :
Déchu de ton pouvoir , réduit à la misère
Tudevins mon second , illustre Bélisaire :
د
DE FRANCE. 131
De tes amiable étant le meurtrier ,
Alexandre , tu fus quelquefois mon entier .
J
(ParM. Pitoy , de Toul. )
ÉNIGME.
E vais , je viens ,je ſais monter , defcendre ;
Toujours en mouvement , on peut me voir , m'en
tendre;
Jadis la nuit , lejour , à minuit, à toute heure ,
Etje parcours le temps, fans changer de demeure ;
Uniforme toujours par mes vibrations ,
L'on m'ajuſte au foleil par des équations :
Le plus petit instant suffit pour me connoître ,
J'en fournisdes milliers, mais pour ne plus paroître..
Vos oreilles , Lecteur , vos yeux, fans combiner ,
Peuvent fort aisément vous faire deviner
Et qui je suis , et comment on me nomme :
Je suis mâle , femelle , et l'ouvrage de l'homme.
( Par M. Fillette , Curé en Nivernois . )
P
LOGOGRIPHE.
A R quatre pieds j'entends , et par trois je
réponds.
(Par M. H... D ... )
G6
132 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LETTRE de l'Abbé Raynal à l'Assemblée
Nationale. ( Marſeille , ce 10 Décemb . )
PREMIER EXTRAIT..
C'EST le titre pseudonyme d'une Brochure
de quatre-vingt- quatorze pages , formellement
désavouée par une lettre authentique
de M. l'Abbé Raynal , et dont l'Auteur ,
quel qu'il soit , n'a pu emprunter ainsi le
nom d'un Ecrivain connu , sans blesser la
Morale et la Société. Cet artifice très-blamable
est d'autant plus extraordinaire ,
qu'on ne voit pas trop pourquoi l'Auteur
de cette Lettre a voulu se cacher: elle est
très-susceptible de censure ; mais en dernier
résultat , les intentions en sont bonnes
et patriotiques. Quel a donc été le motif
de ce déguisement ? L'Auteur a-t-il craint
d'être trop aisément perdu dans la foule
des pamphlets du moment , si multipliés
qu'ils ôtent aux plus curieux l'espérance et
même la volonté de les lire tous ? A-t-il
cru ne pouvoir attirer l'attention qu'en
affichant un nom célèbre ? le moyen étoit
sûr; mais pouvoit - on se dissimuler qu'il
étoit sujet à des retours fâcheux ?
DE FRANCE. 135
7
On ne conçoit guère plus quel a été
précisément le but de l'Auteur en écrivant
cette Lettre. Elle s'annonce d'abord par un
ton d'humeur , de dénigrement et de déclamation
, qui semble être d'un ennemi :
elle finit par montrer les sentimens et les
pensées d'un bon citoyen , les mêmes , à la
vérité , que l'on trouve dans vingt autres
feuilles , mais pourtant énoncés de manière
à persuader qu'ils sont aussi dans la tête
et dans l'ame de celui qui écrit ; en sorte
que tout ce qui en résulte , c'est qu'il a
voulu dire aussi son avis , et le dire sous
un autre nom que le sien , apparemment
pour être mieux écouté. Voici son début.
" Vous voilà , Messieurs , au grand mo-
» ment de crise de votre Ouvrage , et je
lisois hier avec éronnement dans quel- ود
ود ques - uns des mille Journaux qui nous
>> transmettentvos opérations, qu'après avoir
>> fini les décrets qui concernent votre plan
> de Municipalités et de Départemens ,
>> vous vous applaudissiez comme si vous
>> touchiez au terme de votre immense en-
>> treprise. Vous aviez le droit , disoit un
de ces papiers imposteurs , de suspendre
un moment vos travaux , pour vous livrer
avec orgueil à les contempler. A la
>>fin , grands Dieux ! de votre tâche atlan-
>> tique ! et vous n'êtes entourés que de ruines
, et ces ruines sont souillées de sang
et baignées de larmes ; et des bruits sourds
et vagues , une terre qui fume et qui
ود
ود
ود
ود
ود
)
124 MERCURE
> tremble de toute part , anoncent en-
>> core des explosions nouvelles. A la fin
>> de tout , ô ciel ! et les bases de votre cons-
>> titution ne sont pas encore toutes posées
et il n'en est pas une seule qui
> n'aitbesoin d'être revue er affermie. Votre
>> déclaration des droits de l'homme est
ود une pièce insuffisante , mesquine , obs-
>>cure , pleine de principes faux , dange-
رد reux ou contradictoires. C'est plutôtun
>>appel de discorde et un signal de guerre ,
>> qu'une introduction composée dans un
>> esprit de philosophie et de paix. Il faut
que tous vos décrets soient développés
" en Loix exécutives er exécutables. Quand
" la réflexion s'approchera de plusieurs de
رد
ces productions immaturées , elles s'éva-
>> nouiront comme des vapeurs d'un songe
» au réveil du matin , ou elles feront naître
des inconvéniens plus grands que les
abus qu'elles prétendent détruire «.
ود
ود
Je mers de côté les fautes de diction et
de goût , qui disparoissent devant l'importance
des matières , la crise d'un Ouvrage ,
des Loix exécutives , pour dire des Loixpositives
, la tâche atlantique , la figure triviale
des vapeurs d'un songe au réveil du
matin , etc. et la réflexion qui s'approche
des productions immaturées, etc. Laissons les
mots et voyons les choses . Après cette violente
improbation , qu'on pourroit appeler
une invective qui s'attendroit à lire le
paragraphe suivant ? » Je le répète ; dans
د
DE FRANCE.
135
**>> votre organisation, toute belle, toute bonne
" qu'elle me paroit , je crains tous ces
ود obstacles et tous ces dangers ". Ces mots
votre organisation , sont restreints ailleurs à
la puissance législative. Mais dans cette acception
même , ils sont au moins la partie
la plus importante de la constitution. Comment
donc l'Auteur , qui fait un si grand
éloge de cette organisation , a-t-il pu dire
tout à Theure : Il n'y a pas une des bases
de votre constitution qui n'ait besoin d'être
revue et affermie ? Certes je ne suis pas surpris
qu'on la trouve belle et bonne cette
constitution fondée sur le grand principe
de la Souveraineté de la Nation légalement
assemblée , sur la liberté personnelle reconnue
inviolable , sur le droit de voter les
impôts exclusivement attribué aux Représentans
de la Nation , sur la liberté absolue
de la presse , sans laquelle nulle autre liberté
n'est sûre , sur l'égale répartition de
toutes les charges publiques , sans aucune
distinction quelconque , sur l'abolition de
tous les priviléges et de toutes les servitudes,
sur la responsabilité de tous les agens du
pouvoir exécutif, sur le droit reconnu dans
tout citoyen contribuable de parvenir à tous
les emplois , etde choisir ses Représentans ,
ses Magistrars Municipaux , ses Juges , etc.
On peut en effet dire quelque bien d'une
constitution qui porte sur ces bases essentielles
, sans lesquelles il n'y a point de
Gouvernement raisonnable : elles n'ont pas.
136 MERCURE
été posées sans quelque difficulté ; et quand
l'Auteur auroit commencé du moins par un
léger témoignage d'approbation et de reconnoissance
, je ne crois pas qu'il se fût compromis
; et cet exorde dans le genre tempéré,
qui n'eût fait que donner ensuite plus
d'autorité à ses observations critiques , auroit
valu pour le moins la fougue injurieuse
de l'espèce d'exorde qu'il a préférée ,
qui est ce que les Rhéteurs appellent ex
abrupto.
et
Celui-là , comme on sait , convient surtout
à la colère et à l'indignation , et l'on
n'apperçoit pas trop ce qui peut exciter celle
de l'Auteur contre l'édifice politique dont
je viens de rerracer le plan fidèle et avoué ,
et qui , en un mot lui paroît à lui-même
beau et bon. Il est probable qu'il avoit envie
de se facher , apparemment pour échauffer
sa composition ; car il apostrophe l'Assemblée
Nationale par une suite d'exclamations
redoublées , comme si cette Assemblée eût
été toute prête à se séparer , parce qu'il a
plu à quelque Folliculaire d'imprimer qu'elle
étoità la fin de ses travaux. Ala fin , grands
Dieux ! A la fin , ô Ciel ! Et il déploye
toute sa rhétorique pour apprendre à nos
Représentans qu'ils n'ont pas encore tout
fait. Il y a quelque apparence qu'ils s'en
dontoient , même sans que l'Auteur de la
Lettre prît la peine de les en avertit à grands
cris.
La colère donne de la chaleur , et c'est
DE FRANCE. 137
beaucoup ; mais elle peut nuire à la raison.
Vous n'êtes entourés que de ruines . On a
peut- être répété cette phrase un million de
fois depuis quatre mois , et cela est tour
simple ; il y a tant de gens qui se payent
de mots vidés de sens , ou qui ont intérêt
à les faire passer ! Mais l'Anonyme , à ce
qu'il paroît par quelques endroits de sa Lettre
, est ce qu'on appelle un homme d'esprit
, et il étoit au dessous de lui de nous
répéter encore cette puérilité. On nous a
dit assez , et avec toute la gravité convenable
, qu'il failoit édifier avant que de
détruire ; et il fur répondre à ceux qui se
se doutent de Que lorsqu'en n'a qu'une
maison bâtie sur de mauvais fondemens
si ruineuse et si débrée qu'elle menace
d'écraser ceux qui l'habitent , et qu'il n'est
plus possible de l'étaver , il faut bien de
toure nécessité la jeter à bas , et se résoudre
à habiter quelque temps parmi des ruines
puisqu'on est obligé de rebâtir sur le même
terrein , et qu'on n'a pas à en choisir un
autre. Et certes , il est bien force , dans ce
cas , de détruire avant d'édifier. Cela est
clair quoique figuré , et si clair qu'il n'y
a pas de réponse , à moins de nier que la
maison ne fût mauvaise , et l'Anonyme en
est fort loin : au contraire , dans toute sa
Lettre , il dit du mal de la maison autant
et plus que qui que ce soit ; ce n'étoit donc
pas à lui à revenir sur ce bel argument des
ruines , qu'il m'a obligé de réfuter , ce dont
,
(
138 MERCURE
je demande pardon à tous les gens de bon
sens.
Mais voici qui est pis : ces ruines sont
souillées de sang et baignées de larmes.
Quelle peut être l'intention de ces paroles
odieuses ? Je rends justice à l'Anonyme :
il est assurément bien loin de penser en rien
comme l'Auteur de cette abominableAdresse
aux provinces , où l'impudence et l'absurdité
de la calomnie sont poussées jusqu'à
cet excès atroce de représenter l'Assemblée
Nationale , comme ordonnant le meurtre
et l'incendie , et guidant les fureurs populaires.
Mais si l'Anonyme déteste, comme
nous , ces horreurs qui ont indigné et effrayé
toutes les ames honnêtes ; s'il est persuadé
, comme nous , que c'est le comble de
l'injustice , d'imputer à une Nation douce
et généreuse ces désordres affreux
cruautés qui sont évidemment l'ouvrage de
ee ramas de bandits , toujours prêts à courir
au crime par instinct ou par intérêt , et
qui forme dans tous les Etats ce qu'on
appelle la lie des Nations ; s'il est pénétré,
comme nous, de cette vérité, pourquoi donc
à la première page de sa Lettre , parle-t- il
ànos Députés de ce sang qu'ils n'ont point
fait couler , et dont l'effusion les fait frémir ?
Pour les ruines , sans doute , elles sont leur
ouvrage : ils peuvent s'en faire honneur ;
ils peuvent s'y asseoir avec un juste orgueil,
ce sont de belles et glorieuses ruines
que celles de la tyrannie : c'est le plus beau
ر
ces
DE FRANCE. 139
fondement de la liberté , que l'on doit
chérir d'autant plus qu'elle a couté davan.
rage. Elles sont baignées de larmes. Des
larmes de qui ? des Oppresseurs , sans
doute , des Exacteurs , des Déprédateurs ,
de tous les oisifs importans et salariés quí
dévoroient la substance des peuples : voilà
des larmes bien intéressantes. Ah ! qu'ils
pleurent, ces éternels ennemis de toutbien ,
qui ne vivoient que du mal : ils ont fait
assez pleurer l'innocence et la pauvreté. Je
n'aime pas les exclamations autant que l'Anonyme
paroît les aimer; mais il y a des
sentimens d'une vérité intime , que l'ame
justement soulevée ne peut produire que
par des cris , et ces cris sont ceux de l'humanité.
Où donc en sommes- nous encore ?
On nous parle de larmes ! ce n'est pas de
celles de tant de milliers de malheureux
qui , sous le régime arbitraire , étcient sans
cesse ou dépouillés, ou opprimés , ou affamés
, réduits à manger le pain des cachots
, ou à disputer l'herbe et le gland
aux animaux : non , ces larmes - la ne valent
pas la peine qu'on les compte , et l'on
ne plaint ici que ceux qui ne peuvent plus
les faire couler.
>V>otre déclaration des droits de l'homme
» est une pièce insuffisante, mesquine, obs-
>> cure , pleine de principes faux , dangereux
ou contradictoires " . Voilà trancher
en Juge, et en Juge sûr de son fair. Il est
très-possible , sans doute , qu'une Assem(
140 MERCURE
blée se trompe comme un particuliere
qu'un seul ait raison contre tous ; mais il
n'en est pas moins vrai que les convenances
les plus communes et les plus naturelles
exigent que , lorsqu'un seul homme
oppose sa raison à la raison d'un Corps
légiflatif , il ne parle pas comme un Maitre
à des Ecoliers , et qu'il mette plutôt de
la force dans ses preuves, que de la confiance
dans ses assertions. Mais l'un est
beaucoup plus aisé que l'autre , et il est
tout simple que l'Auteur affirme d'autant
plus qu'il est moins en état de démontrer :
la démonstration est pour les gens éclairés;
l'affirmation gratuite s'adresse aux dupes
et l'on n'en manque jamais. L'Anonyme
qui parle de contradiction, commence par
se contredire lui - même dans les termes ;
car une déclaration de droits , pleine de
principes faux, dangereux ou contradictoires,
est assurément toute autre chose qu'une
pièce insuffisante et mesquine ; ce seroit , en
effet , une pièce détestable par les conséquences
, et qu'il faudroit ensevelir dans
le mépris public. Mais heureusement l'Auteur
, à l'exemple de nos anciennes Cours
Souveraines , prononce son arrêt sans le
motiver ; il ne donne pas la plus légère
preuve de ces principes faux, dangereux et
contradictoires , ni de l'obscurité, ni même
de la mesquinerie ; et comme il n'exige pas
apparemment que nous l'en croyions sur sa
parole , il nous permettra de regarder une
DE FRANCE. 141
A
assertion sans preuve comme non avenue.
Mais il emploie tous ses efforts à nous faire
voir que cete déclaration pose sur une
fausse base ; et puisque cette fois il daigne
raisonner et nous instruire , il faut voir
comme il raisonne et comme il instruit.
ود
>>S'il s'agit des droits de la Nature, ou
pour parler plus juste , des prétendus
droits que l'homme tient d'elle, c'est as-
>> surément une bien grande et bien abusive
» erreur que de vouloir faire dériver les
droits de l'homme de l'état de nature ,
» et de préten tre que dans cet état les hom-
» mes sont nés égaux et libres ; car l'homme
ود
ود
naît foible et dépendant de ceux qui
" l'entourent , et cette dépendance conti-
» nue jusqu'à ce qu'il puisse lui-même se
nourrir et se défendre. Quand il a atteint
le développement de ses forces et de ses
facultés , cette liberté et cette égalité sont
>> encore une chimère ; car tout individu
>> qui lui est supérieur en forces et en facultés
, peut devenir son oppresseur et
son maître " .
ود
د
J'en demande pardon à l'Anonyme. Mais
on peut lui conseiller de ne traiter jamais
les matières qui demandent quelque logique;
car ce passage fait présumer qu'il
n'en a pas la moindre idée. La première
règle du raisonnement est de rester du
moins dans les termes de la question , et
l'on rit d'un argumentateur qui , après l'avoir
posée , y répond de manière qu'on
142 MERCURE
peut lui accorder tout ce qu'il dit , sans
que cela touche en rien à ce dont il s'agit.
Comment réfuter sérieusement un Ecrivain
qui , pour nous prouver que les hommes
ne sont pas nés libres et égaux en droits ,
(c'est la thèse ) nous objecte que l'enfance
de l'homme est foible et dépendante ? C'est
comme si l'on nous disoit que l'homme ne
naît pas avec le don de la parole , puisqu'il
ne parle pas encore en nourrice , ou que le
Dauphin n'est pas , de droit , ne pour régner
sur les François , con me héritierde
son père , puisqu'aujourd'hui il obéit à sa
Gouvernante. Quoi ! il faut apprendre à
l'Anonyme qu'un droit peut exister avant
qu'on puisse l'exercer , ou même sans qu'on
puisse l'exercer , et qu'il en est des droits
de l'homme comme de ses facultés physiques
et morales , dont l'exercice dépend nécessairement
de l'accroissement de l'individu
! Sans cela tout ce qu'on dit de
l'homme fait pourroit se nier de l'homme
enfant ; et il seroit faux, ppaarr exemple, que
l'homme fût un animal raisonnable ; car il
ne l'est pas dans son berceau. En vérité
l'on est étonné à tout momentde ce qu'il
faut prouver à des gens d'esprit. Eh ! Messieurs
les gens d'esprit , qui savez tout sans
penser à rien, mettez - vous donc dans la
têre qu'il faut au moins penser à ce qu'on
imprime , qu'il n'en est pas d'un écrit
comme de la conversation , où l'on peut
avec tout l'esprit du monde , dire , sans
ر
DE FRANCE.
143
conséquence , force sottises ; et que quand
on veut parler au Public , il est des choses
qu'il n'est pas permis d'ignorer.
Que dite encore d'un homme qui , pour
nous prouver que la liberté et l'égalité des
droits sont une chimère , veut bien nous apprendre
que tout individu , supérieur en
forces à un autre , peut se rendre son oppresseur
et son maître ? C'est une belle découverte
, ført bonne à rappeler à celui
qui seroit assez absurde pour prétendre que
tous les hommes sont égaux en moyens et
en forces ;mais comme personne au monde
ne s'est jamais avisé de cette extravagance ,
je ne sais pas à qui l'Anonyme répond. Il
est vrai , qu'oubliant qu'il s'agit de droits,
il a eu soin de mettre simplement l'égalité,
et non pas l'égalité des droits. Si c'est une
inadvertance , elle est un peu étrange ; si
c'estun artifice , il est un peu grossier.
ود
Telles sont les armes dont on se sert
pour battre en ruine ce premier principe
de la déclaration : Les hommes naissent
libres et égaux en droits ". C'est- là ce
qu'on appelle une fausse base. C'est peutêtre
la première fois qu'il est venu dans
la tête de quelqu'un d'attaquer un de ces
axiomes , dont l'évidence est telle qu'elle
n'a pas besoin de preuves. Pour nier cette
proposition , il faut statuer que dans l'ordre
naturel des choses , tel homme est né
pour être asservi de droit à un autre , et
tel homme avec des droits qu'un autre n'a
144
MERCURE
voilà la contradictoire qu'il falloit éta- pas :
blir en bonne logique ; mais quand on procède
ainsi , les choses sont trop claires , et
il n'y a pas moyen d'écrire pour ne dire
rien. Cette méthode est trop incommode ,
et il y a de bonnes raisons pour en choisir
une autre .
CORNELIA SEDLEY , ou Mémoires d'une
jeune veuve ; traduits de l'Anglois par M.
DE LA MONTAGNE , Auteurde plusieurs
Ouvrages dramatiques. 4 Vol. in- 12 . A
Genève; et se trouve à Paris, chezBuisson ,
Lib. rue Haute - feuille , No. 20. Prix,
6 liv. br. , et 7 liv. francs de port.
ILy aun mérite très-réel dans ce Roman,
dont le genre a quelque analogie avec celui
de Clarice ; et il peut être mis , sans aucun
danger , dans les mains de la Jeunesse.
L'Auteur a voulu établir une lutte entre
l'ainour et la Religion ; et c'est la Religion
qui triomphe.
Cornelia aime tendrement Seymour ;
Seymour est plein de qualités brillantes et
même solides : mais il a laissé éclater des
sentimens irréligieux ; et Cornelia , qui est
veuve et mère de deux enfans , effrayée de
ses principes, se condamne à pleurer toute
sa vie un Amant adoré, plutôt que d'exposer
DE FRANCE.
145
et
ser l'éducation de ses fils à une dangereuse
influence. Elle en prononce même le voeu
en présence de son amie ; et Seymour désespéré
, va voyager en Italie ; il y promène
ses chagrins , y cherche des distractions ,
entraîné par la vivacité de ses passions dans
une aventure galante , il se voit condamné à
mourir d'une chute qui en a été la malheureuse
suite. Les nouveaux sentimens qu'il
éprouve , l'amènent à de nouvelles opinions
; il renonce à ses principes,d'irréligion
: il voit par-là disparoître , mais trop
tard, le seul obstacle qui s'opposoit_au
succès de son amour ; il devient digne de
sa Maîtresse au moment où il se voit forcé
d'y renoncer. Son trépas édifiant ne fait
qu'ajouter aux regrets de Cornelia , qui ,
même en refusant sa main , n'avoit jamais
cessé de l'aimer.
Cette teinte de sentimens religieux, assez
ordinaire aux Ecrivains Anglois , s'étend
presque à tous les personnages de ce Roman
, ce qui y jette un peu d'uniformité ;
peut - être ce sentiment , qu'on est tenté
quelquefois de trouver exagéré dans Cornelia
, ôte-t- il quelque chose à l'intérêt de
son amour ; il semble que le zèle même de
la Religion , l'espoir de l'y ramener luimême
, devroit l'engager à recevoir la main
de Seymour. Peut-être aussi que cette critique
tourne à l'éloge de l'Ouvrage , et qu'on
n'est tenté de blamer Cornelia , que parce
que l'amour de Seymour intéresse vive-
Ν°. 9. 27 Fév. 1790. H
146 MERCURE
:
ment , et qu'on voudroit le voir heureux.
La marche de ce Roman a de la lenteur;
mais elle est naturelle; les événemens en
sont simples et vraisemblables ; et l'Auteur
possède le premier mérite du Romancier ,
celui de connoître et de développer les secrets
du coeur humain.
Après cette Traduction par M. de la
Montagne , et presque en même temps, il
-en aparu une autre en autant de Volumes,
-àParis , rue des Poitevins , Hôtel de Bouthillier.
Nous nous bornons à l'annoncer ,
parce que des Traductions de Roman ne
se prêtent pas à être analysées deux fois.
ALPHONSINE, ou les Dangers du grand
monde. 2 Parties in- 12 . Prix , 3 liv. ALondres ;
et se trouve à Paris , chez Regnault, Lib. rue S.
Jacques.
L'Héroïne de ce Roman devientfoible et coupable,
non par penchant, mais par les piéges qui lui
sont tendus par un homme aussi corrompu qu intéressé,
même par les violences qu'on lui fait. On lit
ces Aventures avec intérêt , moins à cause de leur
singularité , que par la manière dont l'Auteur sa't
en suspendre le récit pour réveiller l'attention. Son
style est moins correct qu'original et pittoresque.
MUSIQUE.
Abonnement de Harpe , on Recueil périodique ,
composé d'Ouvertures , Pots- Pourris , Airs variés ,
Chansons, etc. avec accompagnement , etc. , par
les sieurs Krumpholtz , De la Manière , Delepian
DE FRANCE. )
147
que , et Fr... Petrini. Première Année , No. premier.
Prix , 3 liv. contenant Ouverture de Démophon
, Pot-Pourri , Arierte de la Villanella rapita.
A Paris, chez le sicur H. Nadermann , Maître
Luthier, rue d Argenteuil,Batte St-Roch, Nº. 16 .
Il paroîtra chaque mois un Cahier de 10 à 12
Planches jusqu'à la concurrence de douze Cahiers.
Le prix de la souscription est de 24 livres;
chaque Cahier se vendra séparément 3 liv.
8e. et poftume Concerto à Violon , composto
del Signor Mestrino ; prix , 6liv. A Paris , chez
Koliker , Luthier , rue des Fossés Saint-Germaindes-
Prés , carrefour de Bussi..
Une Sonate à quatre mains pour le Clavecin ,
ou le Forte-Piano , composée par M. le Baronde
Munchhausen, Chambellan du Roi de Prusse, etc.
OEuvre troisième;prix, 3 liv. A Paris, chez César,
Marchand de musique, au coin de la rue Goffroil'Asnier,
quai des Oranes.
Ouverture en Symphonie à grand orchestre de
Heureux Inconséquent , composée del Signor
Sarti. Prix , 3 liv A Paris , mênc adresse.
Sonates chantantes pour deux Flûtes , ou deux.
Violons , ou pour Flute et Violon , ad libitum ,
forniés par un très -bon choix d'Airs de bravoure
er au res , tous des meilleurs Opéras bouffons et
sérieux , arrangés et choisis par Mr. Thiémé
proposées par souscriptions. No. 12 ; prix, 9 liv.
AParis , chez M. Mercier , successeur de Mademoiselle
Castagnery , rue des Prouvaies , près la
rae- Saint-Honoré , nº. 33 , et aux adresses ordinaires
de musique.
6 Duos méthodiques pour deux Violons , d'une .
difficu'ré progressive à l'usage des commençans ,
par J. B. Cartier . Cuvre Lis. Même adresse que
i-dessus. H2
1
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GRAVURE .
Tableaux , Statues , Bas - reliefs & Camées de
laGalerie de Florence et du Palais Pitte ; dessinés
par Mr. Wicar , Elève de Mr. David , Peintre du
Roi , et gravés sous la direction de M. Lacombe ,
Peintre ; avec les explications des Antiques , par
M. l'Abbé Mongez l'aîné , de l'Académie Royale
des Inscriptionset Belles - Lettres, etc. etc. erc.
3me. Livraison. Prix , 18 livres chaque , papier
vélin d'Essone. A Paris , de l'Imp. de Monsieur.
( S'adresser pour la Souscription et la distribution
de cet Ouvrage à M. Lacombe , Peintre , Editeur ,
rue de la Harpe, No. 84, près la place St-Michel.
Nous avons annoncé avec de justes éloges les
deux premiers Cahiers de magnifique Ouvrage.
De pareilles entreprises méritent bien d'être encouragées;
et nous ne doutons point que l'exécution
de celle-ci n'en assure le succès. Outre les
Statues, Bas-reliefs , etc. que renferme la 3e. Livraison
que nous annonçons , on y trouve la
Magdelaine pénitente , de Cignani ; la Vénus au
Hibou, du Titien ; et Sibylle , du Citarchin. Le
papier , l'impression et la gravure répondent à la
beauté de ces différens morceaux.
ce
Tableaux des Révolutions de Paris en 1789 ,dessinés
et gravés par R... Sergent. A Paris , chez
l'Auteur.
Figures de l'Histoire Romaine, accompagnées
d'un Précis historique , en 25 Cahiers de 1.2 Estampes
chaque. Loe. Livraison. Prix , 1.5 livres
papier vélin.
On se fait inscrire pour cet Ouvrage chez M.
Myris , Secrétaire des Commandemens de S. A. S
Mgr. le Duc de Montpensier , cour des Princes.
DE FRANCE. 149
VARIÉTÉS.
Aux ΑυτEURS DU MERCURE.
MESSIEURS ,
Le Mercure de France a toujours été destiné aux
progrèsd'es Sciences utiles, comme aux progrès des
Arts, des ta ens er du goût; permettez-moi donc
d'y avoir recours , afin d'anéantir , s'il peut
un préjugé ridicule et nuisible peut - être à plusieurs
personnes qui le lisent , celui de croire que
se faire guérir d'une Loupe est s'exposer à mourir
V'année d'après. J'ai l'honneur de vous assurer que
j'exerce la. Chirurgie depuis plus de vingt ans, et
que jamais je n'ai rien vu qui ait pu accréditer
cette erreur dangereuse. Voulez-vous donc bien,
MESSIEURS , Comme am's de l'humanité , insérer
dans ce Journal les Remarques suivantes : elles
rendene , pour ains dare , nul le danger de l'opération
que je propose pour guérir cette mala..
dic, ct vennert à l'appui d'u e vérité qu'il es
intéressant de faire connoître à tout le monde.
J'ai l'honneur d'etre avec des sentim. respec..
MESSIEURS ,
Votre , etc. IMBERT DELONNES
Docteur en Médecine.
Paris , & Février 1790.
H
ISO
MERCURE
!
REMARQUES sur un nouveau Moyen de
guérir les Loupeset autres Tumeurs de
cette nature.
LES Loupes qu'on a désignées par les noms de
Meliceris ,Atérome, Steatome , et autres Tumeurs
de forme sphérique , sont des maladies très-communes
et souvent très-graves. Leur siége eſt pour
l'ordinaire sur les parties glanduleuses , telles que
la tête , le visage , le cou , les aisselles et les aines.
Ces parties sujettes par leur nature à des mouvemens
très-multipliés , et se trouvant lésées par ces
sortes de Tumeurs , en raison de leur volume et
du lieu qu'elles occupent , réclament de la Chirurgie
des secours efficaces. On a depuis longremps
proposé deux manières de guérir ces sortes
de maladies , le caustique et l'instrument tranchant
; mais quoique le caustique ait été employé
souvent avec avantage , je ne crains pas de dire
qu'il est sujet à des accidens redoutables , appliqué
sur tout au visage ; qu'il est aussi plus
long et plus douloureux pour le traitensent. L'exirpation
de ces sortes de Tumeurs par Finstrument
tranchant , fera donc le principal objet de
ce travail , ayant adopté depuis plus de 20 ans
une manière d'opérer que je déclare Beaucoup
moins douloureuse, moins longue que celles qu'on
a pratiquécs, jusqu'ici , et qui réun't à ces deux
avantages celui de produire une cicatrice tres--
prompte et sans difformité,
:
L'incision- cruciale sur le centre de la Tumeur,
la"dissection des quatre angles de la peau résalrans
de cetre incision, et ensuite l'extirpation :
telle est l'opération qui a été décrite et pratiquée
par les Maîtres de l'Art ; opération qui m'a paru
DE FRANCE.
se ressentir un peu trop de l'ancienne Chirurgie
Arabe, en ce qu'elle est plus douloureuse et plus
difficile à exécuter que la mienne , dont on va
voir l'exposé.
Mon malade situé convenablement , je fais sur
les tégumens une incision angulaire et assez profonde
pour les diviser le long des bords latéraux
et inférieurs de la Tumeur. Cette incision deit
être assez prolongée pour que le seul lambeau
qui en résulte , étant séparé de la Tumeur , er.
renversé au dessus de sa partie supérieure , l'on
puisse aisément extraire le corps étranger qu'on
a mis à découvert. Ce corps extrait , l'angle ou.
lambeau des tégumens doit être abaissé pour recouvrir
la plaie. Il se modèle ensuite parfaitement
à cette plate, quoiqu'il soit toujours un
peu plus grand dans son principe , à cause de
L'extension que la tumeur lui a fait épreuver.
Certe manière d'opérer a réellement de grands
avantages sur l'incision cruciale, qui produit quawe
angles plus petits , à la vérité , mais qui , par
eela même ne pouvant rester aisément renversés.
sur les partics environnantes , gérent beaucoup
le Chirurgien dans la dissecrion de la tumeur..
Ajoutez à cela que l'irritation étant plus considérable
dans l'incision cruciale , les quatre anges
tendenz sans cesse à leur éloignement respectif;
d'où résulte un vide au centre de la plaie
qui , s'opposant à sa prompte cicatrice , porte
toujours le caractère de la difformité , comme
celui de l'imperfection de pareille méthode.
Par le procédé que je propose, le malade guérit
dans cinq ou six jours , et sans éprouver un
seul instant de fièvre; il peut sortir le lendemain
de l'opération , ou le jour même , si la tumeur
n'eſt pas très - volumineuse. Il survient quelquefois
une suppuration assez abondante dans toute
152 MERCURE
20
la plaie , et alors il se fait une exfoliation non
seulement dans le fond de la place du côté des
muscles , mais as tegumens eux - inêmes l'exfo
lient avant de se recoller avec la plaie. D'autres
fois, et pour l'ordinaire , la réunion du lambeau
se fait avec un seul suintement d'une matière
plus sércuse que purulente , et cette réunion est
si parfaite , qu'on apperç it difficilement le lieu
de la cicatrice après quinze jours : d'ailleurs la
dissection d'un angle un peu considérable se fait
avec plus d'a'sance et plus de vitesse que la dissection
de quatre angles très-petits qu'on ne peut:
saisir qu'avec des pinces à dissection , instrument
qui mord toujours , puisqu'il est hérissé de petites
den's ; au lieu qu'on tient avec faciité , du
bout des doigts , un lambeau plus étendu , ce qui
contribue pour beaucoup à la prompte guér son
de la plate qu'on fait avec moins de douleur er
d'irritation.
:
( Ce Journal étant onvert à toutes les décou
vertes utiles à l'humanité , c'est à ce titre que,
nous avons cru devoir insérer la Lettre qu'on vient
de lire. La répuration de l'Auteur appeloit d'a'lleurs
notre confiance sur un moyen qu'il a employé
pendant plus de vingt ans, comme on peut
le voir par Is Registres de l'Académie Royale,
de Chirurgie. Il a porté le manuel de cette opéra
ion jusque sur les paupières ; et elle lui a tou
jours complète nent réussi. Pour appuyer son opinion
par des faits , M. Imbert Delonnes termine,
sa.Lettre par le récit de p'usieurs cures , que le
défaut d'espace nous force de suppriner. )
:
DE FRANCE.
153
SPECTACLE S.
THEATRE ITALIEN.
L'EPOUX généreux , ou le Pouvoir des
procédés , qu'on a donné le 15 Février , offre
le même sujet que la Joueuse , qui a paru
avec succès sur le Théatre du Palais Royal.
Les deux Auteurs l'ont puisé dans un Roman
, que nous croyons avoir été publié
sous le titre de la Baronne d'Alvigny.
:
Une jeune personne , dominée par l'amour
du jeu ; et entretenue dans cette pas
sion par les perfides conseils d'une Marquise
qu'elle croit son amie , se dérange au
pointdeperdre cent mille écus dans une nuit .
Elle est épouse et mère, et sa passion malheureuse
va jusqu'au danger de compromettre
son honneur , d'oublier ses devoirs
d'épouse , car elle a fait des emprunts aufrère
de la Marquise , qui est amoureux
d'elle , et qui a fondé sur ses services l'espoir
d'un succès criminel.
Le mari , instruit des égaremens de sa
femme , n'emploie que les procédés et la
voix de la Nature pour la ramener à son
devoir. Il sacrifie , pour le payement de ses
dettes, le contrat d'une Terre , et le lui fait
714 MERCURE
présenter par les mains de ses enfans. Ce
spectacle attendrit la jeune épouse , autant
que la générosité de son mari; et elle se
promet bien de renoncer au jeu, et de
chercher son bonheur dans le sein de sa
famille.
Cette Pièce est attribuée à l'Auteur des
Epoux réunis ; elle nous a paru inférieure
à ce premier puvrage; mais le sujet a de
l'intérêt, et les sentimens honnéces et délicars
qui y sont développés , ont concouru
à son succès.
AVIS .
sur l'Encyclopédie par ordre de matières.
PLUSIEURS Souscripteurs absens du Royaume ,
1
d'autres Députés à l'Assemblée Nationale , nous
ayant représentés qu'ils ne pouvoient point actuellement
retirer les Livraisons dont ils sont en retard
, et qu'il ne seroit pasjuste que le délai que
nous avons accordé pour cet objet , et qui est expiré
à la fin de Janvier dernier , tombit sur eux ,
nous nous determinons , dans la vue de faire tout
ce qui est agréable aux Souscripteurs , de le prokongerjusqu'à
la fin de Juillet prochain, et ce ne
sera qu'à cette époque que les Souscripteurs qui
n'auront point retiré leurs Livraisons, seront dichus
de tous les avantages de la Souscription , et
DE FRANCE. 155
:
payeront les quarange- huit Votumes à 6 liv . , 12 l.
ainsi que tous les autres Volumes; ceux de Planches
d'Arts et Métiers mécaniques, 30 liv. ar lieu
de 24 liv.; ceux d'Histoire Naturelle, 36 liv. au
lieu de 21 liv. pour sent Planches. Aucun Souscripteur
, sans doute , ne croit avoir le droit de
laisser dans mes magasins une masse de Livres
inutiles , croyant pouvoir me les demander un jour ,
quand le temps prescrit par les Ordonnances , pour
toute Souscription, sera expiré , ayant sur - tout
accordé les plus longs délais à cet égard, et n'ayant
cessé, dans les Avis particuliers , de les prier de
retirer leurs Livraisons.
Toutes les Personnes qui ont souscrit chez M.
Laporte, Imprimeur , rue des Poitevins , pour les
Dictionnaires séparés de l'Encyclopédie , doivent
faire retirer le montant de leurs Souscriptions. Cette
opération, qui m'a couté cent mille écus , a eu si
peu de succès , qu'on n'en a placé que 162 , et je
n'at point retiré mes frais de Prospectus. On peut
juger, par cegrand exemple , de l'extrême détresse
où se trouve le commerce de la Librairie. Avant la
révolution , j'aurois pu espérer de placer quinze à
vingt mille Souscriptions , et ce n'étoit pas trop
espérer pour cinquante - un Dictionnaires séparés ,
dont quarante - huit n'existent en aucune Langue ,
et sont de première nécessité , comme Livres de
Sciences. Quoi qu'il en soit de ce malheur, ajouté
àtous ceux quej'ai éprouvés dans cette entreprise ,
je n'en suis point décourage , parce que je connois
L'extrême supériorité de l'Encyclopédie actuelle sur
136 MERCURE DE FRANCE.
l'ancienne, parce queje n'ai jamais désespéré de la
chose publique,et que l'organisation très-prochaine
des Municipalités , en rendant la paix à toute la
France , doit redonner au Commerce plus d'activité
et de vigueur qu'il n'en ajamais eues. Cette Souscription
des Dictionnaires séparés,restera fermée à
jamais , et M. Laporte a étéprévenu d'en faire le
remboursement dès le mois d'Octobre dernier. La
vente des Dictionnaires séparés n'aura lieu à l'avenir
que lorsque chacun d'eux sera complet ; j'en
excepte quelques grandes parties , comme la Médecine
, la Chimie , qui paroîtront Volume à Volume
, ou deux Volumes à la fois . Je n'ai rien de
déterminé à cet égard , ni sur le temps où cette
vente aura lieu , ni sur l'ordre des Volumes à fournir
: les circonstances peuvent seules fixer mes opérations.
Fautes à corriger dans le No. précédent , à
l'Eglogue , intitulée Doris.
Page 85 , ligne 6 , nuit imposante ; lisez , paix
imposante. Page 87 , lig. 14 , a dit non ; lisez , dit
non. Même page , ligne 19 , nouvel astre ; lisez ,
nouvel être. Page 89 , ligne 6 , que chante Philomèle
; lisez , qu'a chanté Philomèle.
TABLE.
EPITRE. 121 Variétés. 149
Charade , Enig. Log. 130
Theatre Italien.
Lettre de l'Abbé Raynal. 132
153
Cornelia Sedley. 144 Avis sur Encyclopédie. 154
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE
T
Y
DE
BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 9 Février 1790 .
1
Les préparatifs de guerre continuent
sans relâche , sans qu'il soit encore déterminé
quels seront nos ennemis. Rien
ne transpire des négociations à Yassy ,
et l'ouverture d'une troisième campagne
contre les Ottomans approche. Comme
on ne se flatte guères que la paix soit
signée cet hiver , on se battra au Printemps
, si les deux Cours ne conviennent
d'un Armistice. Dans trois semaines le
voile seralevé sur les dispositions réelles
de laCour de Berlin , liées aujourd'hui,
ainsi que celles de la Pologne , avec les
intérêts de la Porte. On continue à gar
nir les magasins de la Bohème , où , sui-
N°. 9. 27 Février 1990. L
( 242 ) f
vant les circonstances , nous aurons des
forces considérables , prêtes à agir le
mois prochain. Toutes les affaires générales
sont confiées au Conseil d'Etat ,
rétabli sur l'ancien pied, et composé du
Prince de Kaunitz , du Comte de Cobentzel
, du Maréchal de Lascy, du
Prince de Stharemberg , du Comte de
Rosenberg et du Comte de Hatzfeld.
L'Empereur a fait notifier aux Hongrois
la satisfaction qu'il ressentoit de
leur valeur et de leurs efforts pendant
la dernière campagne , et la restitution
de l'ancien régime par lequel ils étoient
gouvernés.
DeFrancfort surle Mein, le 13 Février.
Selon nos dernières lettres de Berlin ,
le Baron de Knobelsdorf, nommé dernièrement
Envoyé Extraordinaire du
Roi à Constantinopler, ne se rendra pas
encore à sa destination.LeBrinceHenri
est retourné à Rheinsberg, paprès avoir
passé huit jours à Berline, où le Duc
régnant de Brunswick n'étoit point encore
arrivé. Il se tient de fréquentes
conférences chez M.de Hertzberg. Les
Armées sont prêtes; mais on est loin
de croire encore à lal certitude d'une
rupture. L'Electeur de Saxe fait com->
pléterses Troupes. CelPrince néanmoins
baroît décidé, en cas de guerre entre les
f
( 243 )
Cours de Vienne et de Berlin, a conserver
la neutralité. Les Soldats de la
garnison de Berlin, absens par congé ,
ont ordre de rejoindre avant le rer. de
Mars. Les négociations sont actives :
peu de semaines nous en apprendront le
résultat .
:
des Cinq cents hommes d'Infanterie
Troupes de Mayence , en sont partis le 2
de ce mois avec 2 pièces de canon et un -
obusier , et un escadron de Hussards pour
se rendre à Renchen et à Oberkirch , situés
dans les terres d'Allemagne de l'Evêché de
Strasbourg. Ces Troupes sont destinées à y
ramener l'ordre et la tranquillité publique.
Le dernier Courier Russe, arrivé à Vienne,
y a apporté des dépêches de la plus grande
importance; l'Impératrice , selon le bruit
public, s'y explique d'une manière très -po
sitive et tres- satisfaisante sur les affaires des
Pologne et sur la révolution opérée dans les
Pays -Bas.
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres le: 16 Février
Les dernières Séances du Parlement .
ont offert fort peu d'attrait pour les
Etrangers , si l'on en excepte celle des
Communes du 9 de ce mois . On y fit le
rapport des Subsides nécessaires , pendant
l'année courante , a l'entretien de
l'Armée et de l'Artillerie.A chaque Sce
L
( 244 )
sion , les Orateurs moroses , les Frondeurs
du Ministère , les Membres qui.
parlent sur tous les sujets , et le plus souvent
sans les entendre , répètent à cette
époque les éternelles objections qui ,
d'année en année , se renouvellent depuis
cent ans. C'est toujours l'économie ,
l'urgence des temps , les charges du
Peuple , la paix dont jouit l'Empire , la
sureté parfaite des Colonies , etc. On
perd quelques heures à écouter ces discours
, qui finissent par l'adoption unanime
des résolutions du Comité.
Cette fois- ci , la révolution de la France
a donné un autre cours au débat , ou
plutôt à la conversation ; car , dans le
fait, cette Séance du 9 ne pouvoit être
autre chose. D'une part, il falloit justifier
l'état de l'armée , pour 1790 , égal
à celui de 1789 , par le tableau de l'Europe
; de l'autre , il falloit presser la réduction
de cette force militaire , et également
par le tableau de l'Europe. Menacée
d'un embrâsement général , elle
fournissoit assurément des motifs plus
que plausibles contre toute réduction .
Néanmoins M. Pulteney a longuement
disserté en faveur d'un établissement de
paixmoins considérable : M. Grenville,
Secrétaire d'Etat au Département intérieur
, et M. Pitt ayant combattu ces
objections , M. Fox les a reprises pour
repousser une épigramme lâchée contre
Jui par les Préopinans. Après lui , M.
( 245 )
Burke a passé l'Europe en revue , depuis
Pétersbourg à Civita-Vecchia , pour
y trouver les motifs de la plus grande sécurité
; et arrivé aux frontières de France,
il a fait de cet Empire un tableau à la
manière noire , avec cette palette de fer,
dont nous vîmes , les deux dernières années
, des essais si cruels dans le Procès
deM. Hastings.Voici quelques-unesdes
couleurs affoiblies , sous lesquelles ce
Whiginvariable , ce Républicain ardent,
ceChefde l'Opposition , quidepuis trente
ans écrit ou tonne contre le Gouvernement
, a cru devoir peindre la dernière
révolution de France(1).
" Sur la carte que je viens de parcourir,
" a dit M. Burke , j'aperçois une grande
« brêche , un vide immense , jadis occupé
« parla France , devenu un Etre de raison ,
Caput nil timendum et
Corpus inutile.
à
( 1 ) Si l'opinion de M. Burke peut avoir
quelque utilité , ce n'est pas celle de désabuser
ceux qui croyent que l'UNIVERS pense
comme leur Club ; c'est encore moins celle
d'opposer l'avis d'un homme qui ne garda
jamais de mesure dans ses expressions ,
l'avis de gens qui n'en gardent aucune dans
leurs exagérations politiques ; mais cette Philippique
doit inspirer quelques remords aux
Prédicateurs et aux Instigateurs des excès ,
qui fournissent aux Etrangers un sujet de
calomnier la France , et une révolution qui
pouvoit s'opérer sans coûter une larme .
Liy
( 246 )
4
Un très - honorable Membre a fort bien
dit qu'il étoit aisé de détruire, et fort
difficile de réédifier; c'est ce que la France
« éprouvera , etpendant qu'elle relevera ses
décourbres , elle ne sera pas pour nous un
objetde crainte. On ne peut établir aucun
. parallele entre notre révolution de 1638 , et
cellede nos voisins. Nous avions une Constitution
, et nous nous contentâmes de la
" perfectionner. La France offre-t-elle rien
* de pareil? Depuis la dernière fois que j'ai
L
eu l'honneur de parler devant vous , Lois ,
« Religion , Coutumes , Ordre public , elle
a tout renversé. Architectes imprudens !
Isporoient- ils que si la force de gravité
suffit à précipiter rapidement des poids
immenses , il faut degrandes machines et
un travail lent et pénible pour les remonter?
Une Démocratie sanguinaire ,
et tyrannique , a tout abattu devant elle.
•Elle a exercé des actes de la plus sauvage ,
*de laplus impassible barbarie. J'y vois
"
८८
66
46
M
et a
féroce
de
l'Armée sans Général , des Officiers qui
« commandent la corde au cou , la discipline
perdue , et des attentats impunement
exercés sur des plus importantes Délibérations
du Corps Législatif. Une multitude
licentieuse amarqué ses pas dans le sang ,
imprimé la terreur jjuussqu'au sein
l'Assemblée Nationale. LaReligion a dégénéré
en Athéisme prononcé. Aristocrate
est le mot du guet , le cri de guerre ; et
« en criant Aristocrate , ils renversent tout ,
brúlent les titres , les maisons , les propriétés
, et semblent n'avoir d'autre. but
que de mettre tout de niveau , de séparer
à jamais l'obéissance aux Lois de leur
" protection , de soustraire le Soldat aures-
"
"
"
enly a patisia ( 247 ) M
pect de son Officien, le fils au respect de
I son père , le sujet au respect de son Souverainpu
J'espère , Messieurs , que notre inyincible
attachement à notre excellente Constitution,
nous préservera d'imiter ce qui
se fait, chez nos voisins . En moins d'un
ey siècle ,jomles, aura vus aux deux extrêmes ;
courbés sous le despotisme de Louis XIV,
Det, aujourd'hui sous celui de la licence.
L'une at Kautre de ces positions est également
digne d'offroi t.
Nous sombes bien éloignés de rendre dans
sa tétricité, la violence des expressions de
M. Burke , qui , après avoir détaillé une
Thheeure entière ses jugemens passionnés , reprit
M. For son ami et son Collegue , d'avoir
dit quelques jours auparavant , que la France
avoit prouvé que, le Soldat peut être Citoyen .
M. Fox , confondu de la véhémente de
M. Burke , expliqua , commenta , et justifia
son avis avec moderation. Il protesta de son
éloignement pour toute innovation , de sa
haine pour le despotisme , quel qu'il fût ,
Monarchique,Aristocratique,Démocratique;
qu'il ne voyoit de liberté, ainsi queM. Burke,
que dans un Gouvernement mixte , et que
si , par exemple , ON VENOIT A DÉTRUIRE ,
A AFFOIBLIR MÉME LES DROITS DE LA
CHAMBRE - HAUTE , OÙ CEUX DE TELLE
AUTRE DES TROIS BRANCHES DE LA LÉ-
GISLATURE, TOUT ÉQUILLÈRE PÉRIROJT ,
ET L'ANGLETERRE SEROIT A SA DERNIÈRE
HEURE: (1).
M. Sheridan , autre ami et Collègue de
1
1) Trad uit littéralement.
24
Liv
( 248 )
M. Burke dans l'Opposition , l'attaqua plus
personnellement , et avec autant d'acrimonie
que M. Fox avoit employé d'urbanité. Il
demanda à l'Orateur , à quel titre il pouvoit
qualifier l'Assemblée Nationale de France
de Démocratie féroce et sanguinaire? Le
Peuple , il est vrai, s'étoit rendu coupable
d'actes de férocité , mais c'étoit en sortant
des mains du despotisme , en brisant les
chaînés dont il étoit accablé. La tyrannie
lui avoit ôté cette sensibilité , ce respect des
droits de l'homme que nous inspire l'usage
d'une liberté légitime. M. Burke calomnioit
l'Assemblée Nationale , M. de la Fayette ,
M. Bailly , et d'autres personnes distinguées
dans la Révolution . Ilabhorroit,commelui,
les atrocités commises , mais il falloit en rejeter
le blâme sur ceux qui , ayant porté le
Peuple à ces violences , avoient ensuitejugé
prudent de prendre la fuite , ete.
1 M. Burke piqué , répliqua qu'il n'avoit
pas même prononcé le nom de l'Assemblée
Nationale , et qu'il en appeloit à la candeur
des Assistans , de déclarer s'il lui avoit appliqué,
spécialement,la dénominationde Démocratie
féroce et sanguinaire. Il souhaitoit fort
que les maximes de M. Sheridan lui valussent
Papplaudissement de ses Clubs ( ceux du
Prince de Galles ) ; mais il lui déclaroit que ,
de cejour, il se séparoit àjamais de lui en
politique.
Le Colonel Phipps s'exprima absolument
dans le sens de M. Burke , à l'avis duquel
M. Pitt se rangea de même. Mes sentimens ,
14
dit ce Ministre , sont , en tout point , conformes
à ceux de l'honorable Membre.
« J'applaudis à son vertueux zèle pour la
« Constitution ; les malheurs de nos voisins
( 249 )
doivent nous la rendre encore plus chère ,
<<plus inviolable , et en y contribuant comme
il l'a fait , M. Burke méritera la reconnoissance
de la Postérité. »
CE
Le lendemain , quelques Papiers annoncèrent
que MM. Burke et Sheridan
s'étoient reconciliés : il n'en est rien , et
les mêmes Feuilles se sont rétractées le
lendemain. Depuis l'affairede la Régence,
où M. Sheridan donna des Conseils
pernicieux au Prince de Galles , malgré
l'avis des autres Chefs de l'Opposition
, on assure que cette phalange , à la
tête de laquelle se trouve le Duc de
Portland, étoit décidée à se séparer de
M. Sheridan.
( L'analysequenous venons de rendre
est tirée du WoodfallRegister, n° . 273 ,
lé plus exact , le plus étendu et le seul
Papier véridique dans le rapport des
Débats Parlementaires (1).
ÉTATS - BELGIQUES.
De Bruxelles , le 20 Février 1793..
La Citadelle d'Anversa capitulé , provisoirement
, le 4 de ce mois ; mais
la reddition n'aura lieu qu'au 29 Mars
-(1) Cette Séance a été absolument dénaturée
dans les Feuilles Etrangères ; l'opinion
de M. Fox en particulier , a été diamétralement
contraire aux sottises que lui
ont prêtées les Prévaricateurs périodiques du
Continent.
4 Le
( 250 )
prochain , si le château n'est pas secouru
avant cette époque.
en
M. de Gavaux , Commandant de la forteresse
, est convenu avec les Etats-Unis :
Que le 29 Mars prochain , la garnison,
(qu'on dit être composé de TTOO hommes )
en sortira avec les honneurs de la guerre ,
tambour battant , drapeau déployé , par
l'une des portes , tandis que les Troupes
Belgiques y entreront par l'autre , et
prendront possession sur- le- champ ; que
parvenus hors la porte , les Soldats mettront
bas les armes , et se rendront Prisonniers
de guerre; que les Officiers pourront
se rendre par-tout où ils le jugeront
à propos ; que les partisans de la cause
Autrichienne , qui se sont retirés au Château
, seront livrés aux Commissaires des
Etats ; que toutes les armes , munitions
et provisions qui se trouveront dans la
Citadelle devront y rester , etc.
sort des malheureuses victimes , qui , en
vertu de cette capitulation , doivent être remises
à leurs Adversaires , est fort à plaindre.
De ce nombre , est le Libraire Spanoghe ,
ruiné par le pillage de son fonds de Librairie
et de tous ses Effets , lors du tumulte
au mois de Décembre dernier. Menaé
du massacre , il s'étoit retiré au Château ,
vec sa Femme et ses Enfans , pour sauver
moins sa vie ; et aujourd'hui ce qui peut
jui arriver de plus doux , c'est d'être conduit
Prisonnier à Vilvoorden avec ses compagnons
d'infortune. Tout son crime est
d'avoir été l'Editeur d'une Fenille , où les
principes de la Révolution étoient combattus
, et les procédés du Gouvernement jus-
C
a
,
" Le
( 251 )
tifiés . Tel est l'esprit d'équité qui règne dans
les dissentions civiles.On demande laLiberté
pour soi ; on la refuse à autrui. »
Les Assemblées , les démarches , les
intrigues , les déclarations , les Ecrits
des deux Partis qui se disputent aujourd'hui
la Souveraineté prise sur l'Empereur
, forment toujours lé cercle des évènemens.
La famille, du Duc d'Arem
berg , ses frères , son beau-frère le Duc
d'Ursely sont en tête de l'opposition aux
Etats deBrabant . Beaucoup d'autres Personnes
considérables , parmi les gens de
robe , le Commerce et une partie nombreuse
de la Bourgeoisie de cette Capitale
, ont épousé les mêmes intérêts .
On s'accable d'Ecrits polémiques ; on se
débat sur des formules de serment ; enfin ,
tout est préparé pour de nouveaux changemens
, si le Parti , maître de l'Autorité,
manque de force ou d'adresse pour
le conserver .
Il existe déja plusieurs plans de Constitution
nouvelle ; l'un de ceux qu'on a le
plus reinarqués est l'ouvrage de M., Vonck ,
Avocat qu'on dit avoir puissamment contribué
à la derniere Révolution. Sous le titre
de Considérations impartiales sur la position
actuelle du Brabant , ce Jurisconsulte expose
un systeme , par lequel il conserve les trois
Ordres actuels , en changeant leur réprésentation
aux Etats. Tout le Clergé indiss
tinctement seroit représenté ; la Noblesse
non qualifiée à entrer aux Etats , y nommeroit
ses Représentans ; enfin le Tiers-
Loj
( 252 )
Etat obtiendroit une seconde Chambre ,
composée des Députés des Villes jusqu'ici
privées de représentation , et de ceux du
Plat pays . Ainsi formés , les Etats auroient
le Pouvoir législatif. La Puissance exécutive
seroit donnée à un Conseil d'Etat ou
Sénat , composé de cinq Membres , dont
quatre à la nomination des quatre Ordres
ou divisions Législatives , et le cinquième ,
à celle du Conseil actuel de Brabant.
( L'Auteur ne décide pas si ces Sénateurs
doivent être à vie , ou amovibles. ) Ce Corps
exécutif auroit la Sanction des Lois ; absolue
, lorsqu'elles seroient proposées par deux
Ordres seulement ; suspensive , lorsqu'elle
Je seroit par les quatre Ordres ; et soumise
à l'avis du Conseil de Brabant , lorsque trois
Ordres seuls y auroient adhéré ; dans ce dernier
cas , la négative réunie du Conseil
d'Etat et du Conseil de Brabant , deviendroit
prépondérante.
Un plan aussi compliqué , aussi embarrassé
dans ses rapports , et dont il
est peu aisé de découvrir l'harmonie ,
mériteroit un long examen , et nous le
tenterons peut- être. Il suffit pour le moment
d'observer que , ne voilà pas
moins de cinq Ordres , ou cinq. Puissances
dans l'Etat , admises à la confection
d'une Loi , sans compter le Conseil
de Brabant , qui , en certains cas , feroit
le sixième. On ne pourra pas appliquer
cette organisasion , l'épigraphe de la
Constitution Angloise , Ponderibus li-
Bratasuis. La raison dicte qu'entre deux
( 253 )
forces en opposition , une troisième doit
déterminer l'équilibre , ou qu'alors , tout
s'opérera par le poids de deux contre
un. Elle dicte encore qu'à la première
usurpation de l'une des trois branches
constitutives , un intérêt commun
réunira contre elle les deux autres , et
maintiendra la balance ; mais où trouver
cet accord , cet effet aussi simple
qu'admirable , au milieu de six volontés
indépendantes ?
1
FRANCE.
De Paris , le 24 Février.
1)
ASSEMBLÉE NATIONALE. 42° . Semaine.
५.
DU LUNDI 15 FÉVRIER.
.f
1
Une grande partie de la Séance a été oceupée
par deux discussions qu'a fait naître
la lecture du Procès - verbal .
Le Décret de Samedi portoit à l'article 2 ,
ees mots : « Il sera indiqué des Maisons où
pourront se retirer ceux ou celles qui préfereront
ne pas profiter des dispositions du
Décret. )
Beaucoup de Membres se sont levés à la
fois pour réclamer la suppression du mot
et celles ,comme contradictoire à l'article 3
duDécret. Cette opinion , quoique disputée,
aprévalu , et sur l'avis de M. le Vicomte
( 254 )
de Noailles , le mot celles a été retranché.
i La seconde discussion avoit un objetencore
plus important . M. de Marguerittes , l'un des
Secrétaires , ayant fait mention dans le Procès
- verbal , du Décret par lequel l'Assemblée
arrêta , Samedi, de ne pas entendre les récla
niations des Provinces , spécialement celles
de M. l'Abbé d'Eymar, au nom de la Basse-
Alsace , contre la suppression des Maisons
Religieuses , divers Membres se sont élevés
contre la rédaction.
Cette remarque ne levoit pas la difficulté,
car il s'agissoit de savoir, si l'on mentionneroit
, non des protestations , mais un Décret
rendu pour ôter la parole aux Députés
qui demandoient à faire des déclarations
particulières . Tout Décret doit être relaté
dans le Procès -verbal , et rien n'empêchoit
de le faire en cette circonstance , en annonçant
simplement que l'Assemblée avoit fermé
la discussion , sur quelques réclamations ou
demandes particulières faites par des Députés.
Je ne proteste , nine réclame , a dit
M. l'Abbé d'Eymar; j'ai déclaré leveend'une
partie de la Basse -Alsace , concernant les
Maisons Religieuses , et j'insiste pour que
le voeu soit rapporté dans le Procès -verbal. » ,
MM. le Prince de Broglie , Lavye, l'Evêque
de Lydda , Deputés de la Haute-Alsace ,
ont contredit le Préopinant , en affirmant
que le voeu de leurs Comarettans s'étoit dirigéuniquement
contre la réuniondequelques
Maisons de Réguliers à des Chapitres Nobles .
M. l'Evêque de Nancy. «L'Assemblée s'é+
loigne de l'observation, de Me Duport, et
de l'objet de la difficulté. Qu'est- ce qu'un
( 255 )
Procès-verbal ? c'est un récit exact et vrai
de ce qui s'est passé dans les Séances . Or ,
je demande s'il est exact , s'il est vrai que
l'Assemblée ait décrété qu'elle n'couteroit
pas les réclamations particulières des Provinces
? J'affirme que j'ai si bien cru que
l'Assemblée l'avoit ainsi décrété , que je
me suis présenté au milieu de la Salle , où
ma voix n'a pu se faire entendre , pour réclamer
contre ce Décret , comme Député
de la Lorraine et comme Evêque de Nancy.
Il seroit de la plus grande immoralité ,
du plus grand danger et du plus mauvais
exemple, de ne point insérer dans le Procès
-verbal les Décrets rendus par l'Assemblée
, et spécialement celui- ci , que je crois
être absolument nécessaire pour absoudre
les Députés aux yeux de leurs Commettans .
Je conclus à ce que le Décret qui éloigne
les réclamations faites au nom des Provinces
, soit consigné dans le Procès-verbal. »
M. de Virieu a appuyé le même sentiment
; mais M. le Chapelier, sortant de nouveau
de la question , a combattu l'usage des
réclamations , l'emploi des cahiers , Particle
du Procès-verbal , en faisant regarder toutes
ces demandes prétendues des Provinces ,
comme celles des Ordres privilégiés. M.
le Baron de Marguerittes a opposé à ces
objections excentriques , le fait et l'usage.
Le Procès - verbal à la main , il a prouvé
qu'on y avoit relaté les Decrets rendus sur
des déclarations analogues. Nonobstant , la
Majorité a décrété que son Décrét de Samedi
seroit rayé du Procès -verbal , qui est
le répertoire universel de ses Décrets.
M. de Cornon a continué le rapport sur la
division des Départemens.
( 256 )
Le Chef-lieu provisoire du Département
des Landes et la Chalosse , sera Mont-
Marsan. Les Districts : Mont- Marsan , Saint-
Sévèr , Tartas et Dax.
M. Dupont a fait ensuite lecture d'un
Projet de Décret final , en 7 articles , sur
la division du Royaume; projet dont l'impression
a été ordonnée , pour être mis incessamment
en délibération .
DU MARDI 16 FÉVRIER.
Sur 603 Votans , M. l'Evêque d'Autun a
obtenu 373 voix pour la Présidence ; M.
l'Abbé Syeyes , 125 ; 105 voix de perdues .
Les Secrétaires sont MM. de Biauzat , de
Castellane , et de Champagny.
Le nouveau Président a commencé ses
fonctions , en proposant à la discussion de
l'Assemblée , les articles généraux présentés
hier par M. Dupont , pour servir de bases
au Décret général sur la division duRoyaume.
ART. 1. La liberté réservée aux Electeurs
de plusieuss Départemens ou Districts
par differens Décrets de l'Assemblée Nationale
, pour le choix des chef- lieux et d'emplacement
de divers établissemens , est celle
d'en delibérer et de proposer à l'Assemblée
Nationale, ou aux Législatures qui suivront ,
ce qu'ils croiront leur paroître le plus conforme
à l'intérêt général des Administrés et
des Justiciables."
M. Bouche a opposé à cet article , une
autre rédaction , qui rentroit de plus fort
dans la première , et dont M. Fréteau a
très-bien développé les inconvéniens . Cet
amendement et quelques autres , ayant été
écartés par la question préalable , l'article
est reste intact.
(257 )
• ART. II. Toutes les Assemblées de Département
pourront , en tout temps , proposer
tous les changemens qui paroîtront
utiles.»
Un grand nombre d'amendemens furent
présentés : un dernier , plus essentiel , portoit
sur la suppression des mots en tout
temps , que M. Fréteau observa n'être propres
qu'à favoriser des mouvemens perpétuels , et
des dissensions dans l'intérieur des Départemens.
Cette observation fit naître alors une
nouvelle discussion sur le fond même de
P'article. 1
Lorsque vous avez entendu , dit M.
Buzot , les Députés extraordinaires de toutes
les Villes et Communautés , vous avez eu
pour objet de concilier tous les intérêts , et
de faire un plan d'organisation durable.
Sans cette stabilité , personne ne sera jamais
certain de son sort ; chacun rivalisera avec
son voisin , les contestations et les désordres
se perpétueront. Les articles suivans disent
tout ce qu'il faut relativement aux échanges
de territoire. Je pense donc qu'il n'y a pas
lieu à délibérer sur l'article actuellement en
discussion . »
M. de Tracy. Il est important de laisser
la possibilité de faire les changemens qui ,
dans la suite dés temps , deviendront indispensables
, mais il ne faut pas sembler engager
et exciter à ces mutations ; vous ne
voulez pas non plus que les Assemblées d'Electeurs
soient des Assemblées délibérantes .
Je pense donc que , pour réunir ces deux
principes , l'article doit être ainsi conçu :
A l'avenir , les seules Administrations de
* Départemens pourront proposer les chan(
258 )
- gemens qui paroîtront nécessairees àa Fin-
-terer igeneral des les Administrés
زا Il fat décidé presque unanimement ,
n'y avoit pas lieu à délibérer sur l'article II.
ART. IIF. Dans toutes les démarcations
fixées entre les Départemens et les Districts ,
les Villes emporteront leur territoire , et les
Villages comprendront les hameaux , maisons
isolées, etc. compris dans le même Rote
d'impositions , et sous l'Administration directe
des Municipalités . Plusieurs amendemens
pen importans ont été présentés ; le
premier demandoit que , lorsque les limites
seron't fixées naturellement par des chemins
où des rivières , il se fasse des échanges à
lamiable , afin que les Communautes ne
soient pas divisées .
Tant de différentes circonstances locales
ne pouvant manquer d'exiger des exceptions
au principe le mieux appliqué , chaque Dépaté
le rodifoit suivant l'avantage et les
convenances de son canton ou de son village;
les amendemens pleuvoient et se contredisoient
; on en fit le triage , pour adopter
seulement quelques amendemens de rédaction
, qui ne changent point le fond de l'article.
:
ART. IV. Les Départemens séparés par
des rivieres seront bornés par le fil de l'ean ,
et les deux Directoires concourront aux do.
penses que la rivière peut occasionner.
M.deMargueritte, Député du Languedoc,
propose pour amendemert : Sans préjuger
lagrande question de la propriété du Rhône ,
qui sera réglée définitivement et à l'amiable
entre les,Departemens du Languedoc , de la
Provence et du Dauphiné.
(259 )
- L'Assemblée a para ne pas agréer ces
exceptions , et vouloir tout de suite mettre
fin , par un Décret général , à toutes les contestations
particulieres .
Les amendemens ayant été rejetés par la
question préalable , il n'a été fait que quelques
changemens de rédaction , proposés par
M. Bouche , et une clause de l'article , qu'il
ne préjudicioit point à la teneur des précédens
, a été rejetée.
L'article V concernoit l'arpentage et le
relevé topographique des limites de tous les
Départemens etDistricts.
Hapara inutile de faire ces frais avant
qu'à la prochaine Législature , les limites
aient été définitivement prononcées..
L'article VI portoit qu'il sera libre à
toute Ville, Paroisse , Communauté , dont
le clocher ne seroit pas à plus de 500 toises
des limites de leur District , et à celles dont
les clochers ne seroient pas à plus de 1200
toises des limites de leur Département , de
présenter Requête au Corps Législatif, pour
passer d'un District ou d'un Département
dans un autre .
Les Commissaires chargés de la division
du Royaume mettoient , par délicatesse ,
beaucoup d'importance à cet article; mais
les nmotifs qui ont fait rejeter Particle II ,
ont aussi entraîné la réjoion de celui- ci.
L'article VII statuant que la division du
Royaume n'est décrétée , quant-à-présent,
que relativement aux Assemblées Administratives
, a été adopté , avec un amendement
de M. Guillotin , portant que les divisions
relatives à la perception des impôts , subsisteront
de même que celles relatives au pouvoir
judiciaire.
Y
( 260 )
M. le Président a annoncé un Mémoire de
l'Evêque de Basle , relatif à la suppression
des droits Féodaux dans les terres que ce
Prince possède en France. Il a été renvoyé au
Comité Féodal.
Cette lecture a été suivie de celle d'un
autre Mémoire , adressé , au nom du Roi ,
par M. le Garde- des - Sceaux , au Président
de l'Assemblée Nationale. En voici la teneur :
«Les désordres qui se renouvellent dans
plusieurs Provinces , et qui menacent les
propriétés et la vie même des Citoyens ,
sont pour Sa Majesté le sujet d'une profonde
affliction. Des brigands armés commettent
impunément les plus grands excès;
et toutes les propriétés en seroient bientôt
la proie , si l'on ne pouvoit parvenir à rétablir
enfin l'ordre et l'empire des Lois. »
« Ce soin est le premier des devoirs du Monaique
, et Sa Majesté n'a négligé , pour le
remplir , aucun des moyens qui dépendent
d'Elle.»
4 L'Assemblée Nationale, informée d'une
partie de ces maux , a fait supplier le Roi
de donner de nouveaux ordres pour l'exécution
du Décret du 10 Août dernier , sanctionné
par Sa Majesté. Le Roi , pour répondre
à cette juste invitation , a voulu faire
connoître à l'Assemblée les dificultés qu'il
faut vaincre , et qu'on ne peut surmonter
que parle concours de tous les pouvoirs. »
" Sa Majesté, en sanctionnantle Décret du
10 Août dernier , étoit dans la confiance que
les Officiers Civils ou Municipaux n'hésiteroient
pas à invoquer le secours des Troupes ,
pour réprimer les insurrections que leur influence
et les Milices Nationales ne pourroient
calmer. Mais un nombre infini d'exe -
( 261 )
ples constate que les Officiers Civils ou
Municipaax sont empêchés , par la crainte
même qu'inspirent ces insurrections , de requérir
l'assistance Militaire . "
«L'Assemblée Nationale , frappée de cet
inconvénient , a cru devoir modifier son Décret
, pour assurer davantage la liberté du
transport des subsistances ; et par celui du
5 Octobre dernier , sanctionné par le Roi ,
il a été prescrit , « que toutes personnes se-
"
«
u
ront autorisées à réclamer le secours du
Pouvoir exécutif et la force militaire ,
pour faciliter le transport des bleds , à la
« charge de faire préalablement constater
les refus et contraventions par le premier
<<Officier public sur ce requis . "
" Le même inconvénient compromet aujourd'hui
les propriétés et la vie des Citoyens.
Un exemple récent mérite , sous ce
rapport , de fixer l'attention de l'Assemblée.
"
" La Ville de Béziers vient d'être le
théâtre d'une sédition dont les suites ont
été bien tragiques . Elle avoit pour cause
une saisie de faux- sel sur des Contrebandiers
armés . Trente- deux ou trente-trois Commis
avoient déposé leur prise dans l'Hôtel-de-
Ville , et crurent devoir y passer la nuit. »
" M. de Baudre , Lieutenant- Colonel du
Régiment de Médoc , en garnison à Béziers ,
avoit fait approcher sa Troupe pour garantir
l'Hôtel- de-Ville et pour soutenir la patrouille.
Il fit plus , et prévoyant les dangers du lendemain
, il tenta vainement d'engager les
Officiers Municipaux à profiter de la nuit
pour faire évader les Commis , et même le
SieurBernard , Commandantdelapatrouille,
۱
( 262 )
à qui la portion du Peuple , qui s'étoit soulevée
, ne pardonnoit pas , sans doute , la
protection qu'il avoit accordée contre les
Contrebandiers . "
Le lendemain , le danger croissant , M.
de Baudre offrit de nouveau , mais inutilement
, tous les secours qu'il avoit en main
pour contenir le Peuple. Il ne craignit pas
alors d'annoncer aux Officiers Municipaux ,
que leur inaction seroit bientôt suivie de
l'attaque de l'Hôtel-de-Ville et des plus.
grands excès ; il insista du moins pour qu'un
Consul restât à l'Hôtel-de- Ville. »
Mais son zèle fut infructueux , et les
Consuls ne tarderent pas à disparoître , sans
donner aucun ordre , sans faire aucune ré- ,
quisition. "
Peu de temps après , le Peuple échauffé
et sentant sa force , demande à grands cris
que M. de Baudre leur livre le Sieur Bernard
et les Commis . "
" Cet Officier qui , dans cette occurrence ,
adonné des preuves distinguées de capacité,
de courage et de prudence , trouve le moyen
de gagner du temps , en profite pour aller
chercher les Commis réfugiés dans une Salle
de l'Hôtel-de- Ville aavveeccles femmes deplusieurs
d'entre eux , lès prévient du danger
où ils sont , les presse de sauver leur vie
parla plus prompte retraite , et leur annonce
qu'il se flatte d'empêcher l'entrée du Peuple
pendant une heure. "
" Cependant , cette multitude furieuse assaillit
la Garde à coups de pierres , et l'Officier
persévère dans la défense de tirer sur
le Peuple. "
er Une seule ressource lui restoit pour ralentir
l'action des séditieux; il fait fermer
$
*
( 263 )
les premières portes , et les fait barricader
avec des madriers. Elles sont bientôt enfoncées
à coups de pierres et de haches , et
M. de Baudre recomence la même manoeuvre
pour fermer la seconde Cour. »
ces Baudre
Le temps qui fut employé pour forcer
deux entréess,, paroissoit àM.1. de
devoir suffire pour l'évasion des. Commis,
Il rejoignit sa Troupe , et après l'avoir tenue
rangée en bataille sur la place pendant un
gros quart -d'heure , il la fit rentrer en son
quartier."
« Les séditieux , de leur côté , poursuivirent
leur proie , et parvinrent à saisir plusieurs
Commis; ils se porterent envers eux,
et leurs femmes aux plus horribles excès .
Ces malheureux ont été mutilés d'une maniere
qui fait frémir; cinq ont été pen
dus. "
« Les séditieux , encouragés par leur succès
, requièrent le Commandant de leur fournir
des armes . Celui-ci les leur refuse avec
fermeté , et par bonheur , la multitude n'in
siste pas. "
Une telle anarchie faisant appréhender
les plus grands maux, les Habitans s'assemblent
dans une Eglise , et là un homme
du Peuple , dont le nom mériteroit d'être
connu , ouvre l'avis d'aller prier le Commandant
de rétablir la paix et de se char
ger de la Police de la Ville. Cet avis est
unanimement adopté et suivi , et M. de
Baudre ne cède à la confiance des Habitans
qu'il avoit si bien méritée , que pour remén
dier autant qu'il est en lui , à l'inaction et
à la retraite des Consuls , dont une simple.
réquisition eût prévenu tout exces. "
1
f
1
( 264 )
« On pourroit citer une infinité d'autres
exemples , qui prouvent que.de grands désordres
auroient pu être prévenus par le recours
aux forces Militaires . "
Mais quelque nécessaire que soit , dans
des cas semblables , l'assistance efficace des
Troupes , le Roi croit devoir à ses Sujets
l'exemple du respect pour la Loi . "
Sa Majesté a jugé nécessaire de faire
mettre ces faits et ces considérations sous
les yeux de l'Assemblée , en la pressant de
la manière la plus forte et la plus instante ,
de chercher les moyens efficacement propres
à concilier la liberté avec la sureté des Citoyens
, la conservation des propriétés etle
maintien général de l'ordre public."
" Sa Majesté ne peut supporter qu'aucun
de ses Sujets qui doivent tous se reposer
avec confiance sur sa vigilance et son autorité
, soient exposés à des violences et des
traitemens barbares , contre lesquels l'intérêt
social et tous les sentimens de justice
et d'humanité s'élèvent également. "
" Et l'Assemblée Nationale apercevra sans
doute que le progrès ou la continuité de
pareils désordres pourroit affoiblir l'attachement
des Peuples au succès de ses importans
travaux, et retarder le bienfait d'une
Constitution qui doit être l'objet des voeux
de tous ceux qui aiment la Patrie. "
Paris , le 16 Janvier 1790, Signé
CHEVÊQUE DE BORDEAUX.
+ L'ARCe
Mémoire a produit une si juste et si
vive sensation , qu'à l'instant , une foule de
Membres se sont portés à la Tribune. M.
Emeryta , le premier , obtenu la parole..
« Voilà , at- il dit , des désordres qui ont
toujours
( 265 )
toujours profordement affligé l'Assemblée ,
etson intention a toujours été d'y remédier ;
mais sortirons -nous des principes fixés par
la Constitution ? J'ai toujours cru que le
Roi avoit tous les moyens de réprimer les
désordres dont on vous parle. Votre Constitution
lui donne le droit de faire déployer
toute la force militaire , pourvu qu'elle soit
requise par les Officiers Civils et Municipaux
, et qu'ils la dirigent constamment ;
mais , dit-on , ces Officiers ne veulent pas
faire cette requisition , parce qu'ils en craignent
les suites. J'observe qu'il ne faut point
porter ce jugement , avant d'avoir fait l'épreuve
des nouveaux Officiers Municipaux
établis constitutionnellement. Je crois que
nous pouvons compter sur leur patriotisme>. >
H Les Officiers de Justice , il est vrai ,
prêts à être supprimés et en butte au Peuple
, n'osent se charger d'une entreprise
aussi périlleuse ; mais bientôt les nouveaux
Tribunaux seront organisés . "
« Je ne cherche poiinntt àdissimuler l'embarras
des circonstances . Point d'Administration
deDepartemens ni de Districts ; point de secours
contre les négligences des Officiers Municipaux.
Quel moyen employerons - nous ? Je
me dispense de vous presenter les vues qui
me viennent à l'esprit , parce qu'il faut laisser
du temps à la reflexion. Je me borne à demander
que le Comité de Constitution soit
charge de vous presenter un Projet de Décret
sur cet objet. "
M. le Marquis de Foucault a pris la parole
et a dit :
" Je fais , Messieurs , la même déclaration
que le Preopinant , qui vous a dit que
Nº. 9. 27 Tevner 1790. M
( 266 )
ce n'étoit pas un Discours travaillé d'après
celui de M. le Garde- des-Sceaux , qu'il alloit
vous présenter ; je dis plus que lui , et ppeeux
assurer que jamais , depuis l'ouverture des
Etats - Généraux , aucun Ecrit de ma part
n'a été calqué d'après le Plan d'aucun Ministre.
Aucune de mes démarches n'a été
guidée par aucun d'eux , et jamais aucune
opinion de leur part ne m'a été transmise,
La Province qui m'a honoré de sa confiance
ne m'a chargé de sa mission que pour exprimer
son voeu , et non pour me concerter
avec les Ministres ; aussi , je n'en vois et
n'en consulte aucun : si tous les Membres
de cette Assemblée pouvoient en dire autant
, je crois sincérement que la chose publique
n'en iroit pas plus mal . »
" Mais , pour entrer dans la question , le
Préopinant a demandé que le Comité de
Constitution soit chargé de presenter un
Projet de Loi qui puisse rétablir la tranquillité
des Provinces , qui ont violé les droits
les plus sacrés . Je desire , Messieurs , que sa
proposition puisse opérer l'effet que , sans
doute , il en attend ; mais je crois que nous
ne sommes plus à temps par des Arrêtés ,
des Décrets , des Proclamations , de faire
rentrer dans leurs devoirs , des hommes
abusés , trompés , séduits ; ces moyens , qu'on
pouvoit employer, ci- devant avec tant de
succès , ne seront pas suffisans , si on ne
prouve au Peuple en même temps , qu'il
existe une force publique établie , et capable
de réprimer les méchans , les perturbateurs
de l'ordre , qui préferent l'anarchie à la paix.
Plus intéressé que qui que ce soit à découvrir
les causes des troubles qui existent
( 267 )
dans le Royaume , et qui se font ressentir
plus vivement dans les Provinces Méridionales
, particulièrement dans la mienne , je
vais vous en présenter le tableau . "
« Les violences qui s'exercent dans le Périgord
contre les Propriétaires et les Propriétés
, ont pris naissance dans le Bas-Limousin
, ont parcouru le Quercy , règnent
en Périgord aujourd'hui , et se propagent et
font des progrès de jour en jour. Les Chefs
actifs de tous ces désordres ont eu pour premier
prétexte , l'abolition du régime Féodal
et la suppression des rentes ; et pour être
bien servis et favorisés dans leurs excès , ils
se disoient autorisés par le Roi et l'Assemblée
Nationale. Il n'est pas inutile d'observer
qu'il n'existe en Périgord ni droit de
main-morte, niservitude personnelle. Toutes
Jes redeyances quelconques représentent la
concession d'un fonds. »
« Ces désordres etoient bien difficiles à
arrêter dans leurs sources ; mais il est impossible
de les réprimer aujourd'hui sans
moyens extraordinaires. Ce n'est pas cependant
la violence et la force qu'il faut employer
sur-le- champ; e'est la raison et l'instruction
. Jusqu'à ce que les habitans des
campagnes du Périgord soient instruits et
comprennent bien les Décrets de l'Assemblée
, le Peuple de cette Province est le
moins éclairé de tous ceux de la France , le
moins avancé dans tous les arts , et par consequent
le plus aisé à séduire et à induire
en erreur ; le Peuple n'est jamais coupable ,
il est susceptible des bonnes impressions
comme des mauvaises . Ce sont les autorités
qui les font mouvoir , qui sont seules répréhensibles.
»
Mij
( 268 )
« Il existe des vexations de plusieurs genres,
et la diversité de ces exces se multiplie de
jour en jour. Dans les premiers temps , on
s'étoit borné à afficher des Placards dans les
Paroisses , à planter des potences sur les
chemins , qui promettoient la mort à tout
particulier qui réclameroit des rentes ou
droits censuels , ainsi qu'à quiconque s'acquitteroit
de ses redevances. Ces menaces
n'ont fait que rendre circonspects les Créanciers
et les Débiteurs , qui ont mutuellement
gardé le silence ; mais peu après , les prineipaux
motears des troubles ayant vu que
le premier moyen n'avoit produit aucune
effervescence , ils ont pris d'autres moyens ,
s'étayant toujours des ordres du Roi et de
l'Assemblée Nationale ; ils ont autorisé les
attroupemens , et ont proclamé que les Députations
de Paroisse à Paroisse étoient ordonnées
pour planter le mai et éclairer les
Châteaux. Ce sont les expressions usitées
et le mot d'ordre. -C'est de la plantation
du mai et de l'éclairement des Châteaux ,
que sont provenues toutes les horreurs , et
voici comme elles se sont propagées .-Quelques
Paroisses de la frontiere du Quercy se
sont immiscées en Périgord , ont fait sonner
le tocsin dans diverses Paroisses , les ont instruites
et mises au courant des excès qu'elles
avoient éprouvés elles - mêmes dans leurs
propriétés , et de la conduite qu'on leur
avoit prescrit de tenir , et de l'engagement
qu'elles avoient pris de rendre le même traitement
à jour fixe aux Paroisses en avant des
leurs , sous peine d'être mises à feu et à sang
sous huitaine par toutes celles qui se trouvoient
derrière ; que successivement s'etoient
transmis les ordres et la consigne , et avoient
-
:
( 269 )
été les premières exposées aux divers genres
de dévastation . "
Les premieres vexations sont de se transporter
chez les Seigneurs des Paroisses ,
d'arracher les girouettes , de leur demander
de fournir à l'instant une mesure des grains
du pays , la demi-mesure , le picotin et un
crible percé , de leur enjoindre de faire transporter
sur la place de la Paroisse le plus bel
arbre de leur territoire , des rubans , des
plumes , etc. et d'avoir aussi à leur faire
porterdu vin et des provisions en abondance
à telle heure fixée après la plantation du
mai , sous peine d'être éclairés . Rendus
à la Paroisse , ils demandent au Curé , qu'ils
invectivent , et souvent maltraitent , les clefs
de l'Eglise , brûlent aussitôt les chaises , les
banes , quelquefois même les boiseries des
Eglises. Apres ce , ils font la plantation du
mai , ou grand arbre , où ils attachent les
girouettes , les plumes , le crible percé , les
trois mesures , et mettent au sommet cette
legende: Par orde du Roiet de l'Assemblée
Nationale , quittance finale des rentes . »
-
« Après cette cérémonie , ils consomment
les provisions envoyées , s'informent , dans
l'excès de la debauche, si quelqu'un a payé
des rentes , quels sont les bons Propriétaires
du pays , aident et favorisent toutes les
haines et vengeances particulières , profanent
les Eglises , et dans leur ivresse sacrilège
, mettent à contribution , non-seulement
le Curé , le Seigneur , les riches Propriétaires
, mais quiconque peut payer.-Et
se permettent tous les mauvais traitemens
contre les femmes et les vieillards . »
" Quels sont les moyens de réprimer ces
désordres? "
Miij
( 270 )
" J'ai dit plus haut qu'il ne falloit pas em
ployer sur- le-champ les moyens de force et
de sévérité ; j'ai dit qu'il falloit qu'une instructionauPeuple
et une explication pure des
Décrets de l'Assemblée , lui fût faite : la
chose est urgente. Mais il est néanmoins
indispensable de lui en imposer , vu lega-
`rement et l'erreur où il est plongé aujourd'hui
, par la présence de quelques hommes
de Cavalerie ou Troupes légères , qui serviroient
d'auxiliaires à la, Maréchaussée ,
beaucoup trop foible dans ces momens orageux.
Jele répète , et j'ose l'assurer d'avance ,
leur présence seule calmera tout , et ils
seront cantonnés dans le pays , plus pour
en imposer que pour agir. On ne peut
pas objecter que les Troupes Nationales des
villages , et j'observe qu'il en est très - peu
où il en existe , puissent s'opposer àde tels
excès , puisque tous les particuliers d'une
Paroisse , le Curé , le Seigneur , les Officiers
Municipaux , les Miliciens même et autres ,
sont obligés d'être acteurs , ou du moins
d'assister en personne aux incursions que la
Paroisse en corps va faire chez ses voisins ,
conformément aux engagemens antérieurs
qu'elle a pris. H n'existe done d'autres
moyens que d'envoyer des Troupes de Cavalerie
, qui se joindront à la Maréchaussée
et feront le même service qu'elle , en s'opposant
à tous les attroupeinens , et réprimant
avec violence tous ceux qui agissent
avec violence. Ces Troupes devroient être
placées dans les trois principales Villes de
la Province , et avoir une correspondance
journalière , pour se porter , à la première
nouvelle , aux lieux des attroupemens. "Au
surplus , Messieurs , je ne peux trop vous
( 271 )
répéter et peser sur cette réflexion , que de
long-temps le Peuple des campagnes ne sera
en état d'interpréter lui-même le juste sens
de vos Décrets. On ne peut assez prendre
de précautions pour que l'explication leur
soit transmise par des mains pures , mais il
faut en même temps une force publique en
état de contenir les insubordonnés , que les
Décrets de l'Assemblée Nationale contrarieroient,
et auxquelsils ne voudroientpasse soumettre.
Jepréférerois même ces deuxmoyens ,
dans mon opinion particulière , à l'agréable
prophétie qui s'est faite dans cette Tribune ,
il y a quelque temps , par un honorable
Membre du Comité de Constitution , qui
vous a dit que dans dix ans nous ne serions
plus exposés à de pareils inconvéniens , et
que tous les François sauroient lire et écrire ,
faire et interpréter un Décret. Je ne le dissimule
pas , Messieurs , je regarderois l'accomplissement
de cette prédiction comme
un grand malheur ; je craindrois que ce ne
fût substituer un Peuple de Savans , de demi-
Philosophes , à un Peuple Agricole. L'expérience
du séjour que j'ai fait à la campagne
(je vous prie d'observer que je parle toujours
plus particulierement pour ma Province
que pour toute autre ) , m'a prouvé
qu'en général tout fils de bon Paysan , à qui
on a appris à labourer et écrire , finit presque
toujours par délaisser le plus beau , le
plus honorable , le plus utile de tous les
arts ; il abandonne le soc de sa fertile charrue
, pour suivre le sort et la stérile production
de sa plume , et consomme rapidement
les fruits et la récompense des pénibles travaux
de ses pères . "
Miv
( 272 )
M. l'Abbé Grégoire : La vertu asa place
Laturelle à côté des lumieres et de la liberté;
je ne crains donc pas qu'on se range à
l'opinion du Préopinant sur l'institution du
Peuple. Une des principales causes des desordres
se trouve dans les libelles incendiaires
qu'on répand avec profusion , tandis
qu'on ignore vos Décrets . »
"
M. de la Fayette , applaudi avant d'avoir
parlé , occupa ensuite la Tribune. Vous
n'avez cessé de manifester votre indignation
contre tous les désordres , et cependant ces
désordres continuent; je pourrois dire qu'ils
augmentent , au grand regret,de la liberté
qui en souffre , au grand regret de la justice
et de l'humanité qui voudroient les réprimer
, au grand regret des amis du Peuple ,
dontle repos et la subsistance sont compro.
mis ; de ce Peuple dont les intentions sont
pures , et qu'il faut défendre des accusations
qui le calomnient , et des justifications qui
l'inculpent. Il veut la liberté , il demandela
justice et la paix. Il l'attend des Officiers
Municipaux , qui ne doiventjamais sacrifier
leur devoir à l'affectation d'une popularité
passagere. Il l'attend de l'énergie du Poavoir
executif , qu'il ne faut plus chercher
sous des ruines , mais là où il est , dans la
Constitution. Que votre Comité soit donc
chargé de vous présenter un Décret capable
de détruire tout ce qui s'opposeroit à l'affermissement
de notre Constitution . »
Un côté de la Salle renouvela ses applaudissemens
, et le renvoi au Comitéde Constitution
fut unanimement prononcé.
( 273 )
DU MERCREDI 17 FÉVRIER.
M. Cernon venoit de terminer le Rapport
de la Division du Royaume, et de faire adopter
un Décret qui place à Navarreins la
première Assemblée des Electeurs du Béarn,
de la Navarre , des Pays de foule et de labour.
Quelques opinions sans suite avoient été
proposées sur le caractère définitif ou provisoire
, à donner à ces Décrets de distribution
politique , et sur la forme dans laquelle
ils seroient présentés au Public , lorsque
M. de Cazalès a demandé jour , pour offrir
une Motion , tendante à fixer le terme de
la Législature actuelle , et à inviter les Assemblées
de Départemens à en convoquer
une nouvelle .
Il est à présumer que M. de Cazalès considéroit
cette décision comme le corollaire
immédiat de l'organisation des Provinces .
Beaucoup de Membres l'ont pensé comme
lui ; d'autres trouvoient la Motion prématurée
; de troisièmes l'ont jugée presque
un crime de lèze- Nation. Avant qu'elle eût
été développée , M. de Mirabeau l'arepoussée,
parce que l'Assemblée avoit prononcé au
mois de juin , le serment solennel de ne pas
se séparer avant d'avoir achevé la Constitution
, et que le terme de ce travail surpassoit
toute prévoyance . Cependant , a - t - il
ajouté , si les motifs de M. de Cazalès peuvent
échapper à ma pénétration ,je demande
qu'il soit entendu sans ajournement .
Quoique le début ne promît pas des Auditeurs
bien calmes , ni des dispositions favorables
à la Motion , M. de Cazalès l'a développée
en disant :
Nous touchons à l'époque de la Révo-
Mo
( 274 )
lution : les Provinces vont s'assembler , et
la Nation , elle- même , va juger de la conduite
de ses Représentans . "
Nous ne pouvons nous dissimuler , qu'entraînés
par les circonstances , emportés par
l'amour de la liberté , nous n'ayons dépassé
le but qu'on nous avoit indiqué , que nous
n'ayons été bien au-delà des pouvoirs qui
nous avoient été confiés
Le succès , le bonheur qui naîtra sans
doute d'une Constitution égale et libre , sera
notre excuse , et j'aime à croire que les reproches
qu'on pourra nous faire à cet égard ,
tourneront un jour à notre gloire. "
" Il n'en est pas moins certain , que pour
que la nouvelle Constitution soit vraiment
Nationale , il est nécessaire qu'elle reçoive
la Sanction de la Nation elle même; cette
imposante réunion de volontés , ppeut seule
lui imprimer ce grand caractere , qui enchaînant
jusqu'à l'opinion individuelle , la
mettra à l'abri de toute attaque , et placera
au rang des délits nationaux , toutes les tentativesqu'on
oseroit faire pour la renverser.
"
"
Des sermens individuels , des adhésions
partielles , ne sauroient remplir cette impor--
tante condition : ce n'est qu'en elisant de
nouveaux Députés , ce n'est que par leur
organe que la Nation peut faire connoître
savolonted'une manièrelégale et complète. «
« Dans les circonstances malheureuses et
difficiles où nous nous trouvons , au moment
où les Provinces sont en feu , où la Capitale
n'est pas sans alarmes , l'accord parfait des
Représentans de la Nation', la confiance.
entiere des Provinces dans l'Assemblée Nationale
, peuvent seuls prévenir les malheurs
qui nous entourent et nous menacent , peu(
275 )
:
vent euls assurer le bonheur et la liberté
publique. "
>> Ce seroit mal connoître le coeur humain ,
que d'espérer cet accord si désirable d'une
Assemblee composée d'individus mutuellement
aigris , dont les uns ont usé sans modération
de la supériorité de leurs suffrages ,
dont les autres conservent trop long-temps
le ressentiment de leurs anciennes injures ,
le souvenir de leurs anciennes distinctions .
16
"
Choisis par trois classes différentes de
Citoyens , chargés de soutenir des intérêts
souvent opposés , les germes de désunion
inséparables d'une pareille élection,, n'ont
fait que croître et se développer avec plus
de force par notre réunion dans la même
enceinte , par la chaleur de nos discussions. »
Toute réunion est impossible entre ces
hommes dont les intérêts , dont les passions
se sont heurtés avec tant de violence , et
qui ont fortifié leurs anciens préjugés de
tout l'attachement que l'amour-propre fait
prendre aux opinions qu'on a défendues. "
Pour obtenir cette confiance si nécessaire
de la Nation dans l'Assemblée Nationale
, il faut prouver que nous n'avons
-jamais méconnu sa légitime autorité , que
nous avons constaminent professé qu'en elle
seule résidoit le pouvoirconstituant, et qu'au
premier instant où il nous a été possible de
la réunir , nous nous sommes empressés de
rendre un éclatant hommage à cette importante
vérité politique , et de lui demander
son adhésion à la nouvelle Constitution que
nous lui avons proposée.
"
"
Il faut prévenir les soupçons que pourroient
avoir les Provinces sur le séjour du
Roi dans la Capitale , il faut guérir les om-
Moj
( 276 )
brages qu'on pourroit leur donner dela tenue
de l'Assemblée Nationale dans cette immense
Ville , dont les intérêts sont souvent
en opposition avec les leurs. »
" Enfin , Messieurs , il faut rappeler la
confiance qui s'éloigne. Si l'opinion publique
vous abandonnoit un seul jour , la France
seroit perdue : l'opinion publique fait toute
votre force , et votre force est le seul lien
qui empêche le Royaume de tomber en dissolution.>>>
" Tels sont les motifs impérieux qui m'ont
déterminé à vous soumettre le projet de
Décret suivant : »
1º. Des que les Départemens seront
formés , ils éliront de nouveaux Députés à
l'Assemblée Nationale.
"
"
2º. Nul Membre de la Législature actuelle
ne pourra être élu pour celle qui la
remplacera. "
3º. Le Roi sera supplié de convoquer
la nouvelle Assemblée Nationale dans une
Ville distante de Paris , au moins de trentelieues.>>>
On suppose d'avance l'agitation que ces
idees ontproduite dans une partie nombreuse
de l'Assemblee . M. de Cazalès n'est posarrivé
à ses conclusions sans subir trents fois
la loi du plus fort , celle des interruptions ,
des clameurs , et même des menaces . « M. de
Cazulès à l'ordre ; M. de Cazalès est parjureà
son serment ; M. de Cazalès veut incendier
les Provinces " , il calomniel'Assem-
« blée. A ce derniermot , l'Opinant s'interrompant
lui-même , s'est retourné froidement
, en demandant que celui qui l'insultoit
parlât seul et se découvrît .
Au milieu des cris véhémens , et de l'im
( 277 )
pétueuse irritation qui se manifestoient , personne
n'a pu faire entendre une opinion
quelconque.M de Montlauziers'étant hasardé
àprononcer deux phrases , on l'a repoussé
sans ménagement ; et sans autre discussion ,
il a été décidé , par une grande majorité ,
qu'il n'y avoit pas lieu à délibérer sur la Motion
de M. de Cazales .
Avant cette discussion , et pendant le tumulte,
M. Lucas est allé prêter , à la Tribune,
le serment du 20 juin , auquel il n'avoit pu
se réunir , n'étant pas encore Membre de
l'Assemblée. Dom Gerte , également absent
à cette époque , a imité M. Lucas ; d'autres
encore ont suivi ces deux Députes , et bientôt
M. de Menou a demandé que tous ceux qui
n'avoient pas juré , le 20 juin , jurassent aujourd'hui.
Cette Motion , n'etant pas un ordre
de l'Assemblée , les volontés sont restées
libres , et le serment a éte prêté par ceux
- qui l'ont considéré comme nécessaire .
A trois heures et demie , l'Assemblée s'est
séparée , après avoir oui un projet de Décret
qu'à propose M. Treilhard , et que
nous retrouverons dans la Séance de demain.
DU JEUDI 18 FÉVRIER .
Al'ouverture de la Séance , M. le Président
àdonne lecture d'une lettre à lui adressée
par M. le Duc d'Orléans , en date de
Londres , le 16 Février.
Ce Prince y dit , qu'absent de l'Assem
blee Nationale , d'apres la permission qu'elle
lui en a donnée le 14 octobre dernier , pour
aller remplir la Mission que le Roi lui a fait
(278 )
l'honneur de lui confier ; il estresté uni d'esprit
et de coeur à l'auguste Assemblée , et
qu'il a toujours trouvé son voeu particulier
conforme au voeu général exprimé par ses
Décrets . "
Je partage également les sentimensd'amour
et de respect , ajoute-t- il , qu'a inspirés
à l'Assemblée la demarche vraiment royale
et paternelle de Sa Majesté. Je vous prie ,
M. le Président , de supplier l'Assemblée ,
adhésion formelle au serment que ses Membres
ont prêtéle 4 de ce mois. "
« Je jure d'être fidèle à la Nation , à la
Loi et au Roi , et de maintenir de tout
« mon pouvoir la Constitution décrétée par
l'Assemblée Nationale , et acceptée par le
Roi. »
04
46
Signé , L. P. J D'ORLÉANS .
Cette lettre a été applaudie par la majorité
de l'Assemblée , qui a ordonné qu'elle
seroit insérée dans le Procès-verbal .
TRAITEMENT DES RELIGIEUX.
M. Treilhard a soumis à la discussion l'article
suivant , rédigé par le Comité Ecclésiastique.
te L'Assemblée Nationale décrète que dans
la fixation des pensions des Religieux qui
sortiront de leurs Maisons , il ne sera fait
aucune distinction à l'égard des differens
Ordres rentés . "
Une grande partie de l'Assemblée a d'abord
crié aux voix ; mais la discussion a
bientôt produit un balancemement dans les
Opinans.
Dom Gerle , Chartreux , qui a montre ,
constamment , un dévouement enthousiaste
à toutes les nouveautés du temps , a soutenu
( 279 )
que s'il devoit exister une distinction de
traitement , c'étoit en faveur des Religieux
les plus constamment utiles , et non en faveur
de ceux qui avoient vécu dans les jouissonces
; et que tous avoient les mêmes droits
à la justice , à l'humanite. Ce dernier argument,
qui justifieroit pleinement le partage
des biens de la société , s'est reproduit vingt
fois dans la Séance.
Je rends justice , a repliqué M. de la
Rochefoucauld, aux intentions du Préopinant
; mais son désintéressement ne m'a pas
convaincu. En ouvrant les Cloîtres aux Religieux
, je crois que vous leur devez un
établissement qui les dédommage de celui
qu'ils perdent. D'une égalité parfaite dans
le traitement pécuniaire , résultera une inégalité
réelle pour les individus . Les Mendians
sont accoutumés à une vie plus active
, à vicarier , à prêcher. Les autres n'auront
nul moyen d'améliorer leur sorti. Ils
ont passé la moitié de leur vie dans des
études tranquilles , qui n'augmenteront pas
leur revenu. Croyez-vous qu'un Bénédictin
de 60 ans , enseveli toute sa vie dans une
Bibliothéque , puisse se procurer les mêmes
ressources , que celui qui se sera fait l'habituded'ungenre
de vie plus avantageux ? Les
uns et les autres ont aussi différé par les sacrifices.
Pour qu'aucun ne regrette son ancien
état , ilfaut donc une difference de traitement.
M. l'Abbé Grégoire a défendu les idées
contrairesqui ont trouvé un nouvel appui dans
M. Guillotin. Plus d'une fois , a dit ce dernier,
le Clergé a reproché à l'autorité civile de
porter la main àl'encensoir. Ce n'est que du
côté civil que nous devons examiner la ques(
280 )
১
tion. Quel est le contrat que les Religieux
ont fait avec la société ? Ils ont renoncé
à leur patrimoine et à leur liberté ; la société
doit garantir l'état qu'ils ont embrassé.
Les uns ont adopté , de leur propre volonté,
les Ordres Mendians ; les autres ont contracté
avec des Ordres rentés . Je n'examine
point la pureté de leurs intentions ; mais
ces derniers ont dit : Je sacrifie mon patrimoine
, mes espérances , parce que je m'assure
une existence qui m'offre tels avantages
; et sans cela je ne le contracterois pas .
La Société a garanti , à l'un et à l'autre , la
jouissance de son choix. Les religieux rentés
ont done le droitde jouir des biens de leurs
maisons . Combien de fois les discours des
individus , les spéculations de famille , n'ontils
pas prouvé que la plupart d'entre eux ,
n'y sont entrés que pour partager un certain
bien- être et une existence agréable ? »
Vous devez reconnoître le principe que
ceux qui ont acquis une jouissance garantie
par la Société , peuvent en être dépouillés.
Vous forcez les Religieux rentés à maintenir
une partie de leur contrat , puisqu'ils ne
rentrent pas dans les droits qu'ils avoient à
leur patrimoine ; maintenez l'exécation de
l'autre partie , et faites en sorte qu'ils soient
contens , ou bien ils vous diront : Laisseznous
comme nous étions . »
Jusqu'ici l'opinion contraire avoit encore
un grand nombre de Partisans , et plusieurs
fois l'Opinant avoit été interrompu par les
murmures d'une conviction pénible. M. Dupont
acheva de rompre l'opiniatreté,d'un
systéme inaplicable d'égalité.
« Lorsque la Nation , dit- il , détruit une
corporation , elle doit s'assurer jusqu'où s'é-
A
( 281 )
tende droit de propriété indivise de la
corporation , et la propriété des individus
qui la composent. Lorsque la corporation
est détruite , la société entre par déférence
dans sa proprieté ; mais lorsque ce corps a
encore des héritiers , lorsque les individus
ne sont pas morts , nul n'a droiť de leur enlever
leur jouissance .
Or , je demande , si les Religieux rentés
n'avoient pas des moyens de jouissance plus
étendus; si , lorsqu'ils étoient malades , ils
n'éprouvoient pasun traitement plus favorable.
Vous n'avez pas le droit d'exiger d'un
homme le degré de ferveur , dont Dieu ne
l'a pas rendu susceptible ; vous ne devez
pas exiger d'un Religieux de Saint-Benoît ,
ce que vous avez droit d'attendre d'un Regieux
de Saint-François .
Ils'agit d'une opération,non de finance,mais
de justice. Vous n'exigerez pas que l'homme
très - riche se réduise précisément à l'état de
pauvre ; il donnera l'aumône à proportion de
ce qu'il a . Il est juste de compâtir aux foibles- .
ses de l'humanité. Il n'est personne de vous
qui étant riche , voulut se réduire au rang de
ceuxqui n'ont rien ; pourquoi voudriez - vous
l'exiger des autres ?
M. Thibault , Curé de Soupes , s'écria ,
avec un storcisme qui à jamais fera oublier
lenom d'Aristide : « Je n'ai jamais connu de
vraie jouissance que celle d'être utile à sa
patrie. Ce qui est nécessaire tient le milieu
entre le superflu et l'insuffisant. Votre intention
n'est pas de donner aux uns le superflu
et aux autres l'insuffisant: Donnezleur
donc à tous également la somine que
vous aurez jugée étre le nécessaire . "
( 282 )
M. Duport : « Si vous élevez les Religieux
non rentés au sort des Religieux rentés , vous
faites une grande générosité ; mais vous n'en
avez pas les moyens nécessaires : si vous
abaissez au contraire les Religieux rentes
au sort de ceux qui ne le sont pas , vous
faites une grande injustice .... Vous devez
donc établir une distinction .
M. d'Elley d'Agier : « Parmi les Ordres
Mendians , il est des Maisons aussi riches
etsouvent plus riches que les Maisons rentées .
Votre loi seroit done injuste ou combattne
par des exceptions perpétuelles. "
«Transportez - vous dans certaines Maisons
rentées , vous y verrez l'Etat-major de l'Ordre
, les Supérieurs et les Doyens opulens et
heureux ; descendez dans le réfectoire , vous
y verrez le simple Religieux ayant à peine
de quoi alimenter sa vieillesse . La difference
de jouissance n'est pas assez considérablepour
en opérerune dans le traitement;au
moins ne peut- elle être déterminée par aucune
règle générale. Enfin les uns et les autres
sont revêtus du caractère de Prêtres
Tous les Prêtres ont les mêmes droits à un
sort convenablé , pour soutenir leur dignité.
Ces citations , ces raisonnemens paroissoient
loin d'entraîner la conviction , lorsqué
M. de Mirabeau prit la parole : « Il ne
semble , dit- il , que les Préopinans eussent
mieux éclairé la question , si , au lieu d'émouvoir
votre sensibilité , ils se fussent tenus
à vous présenter le principe. Quand vous
avez déclaré que les voeux monastiques n'auroient
plus d'effet surlaliberté des individus ,
vous n'avez pas anéantices voeux. Celui qui
a fait veu d'être riche , n'a pas fait voeu de
ne l'être pas. Le Génovéfain n'a pas fait voeu
( 283 )
d'être Caputin"; ils ont fait des sacrifices
differens ; vous devez donc nuancer leur traitement.
Votre loi d'égalité seroit donc une
loi rétroactive , et rien dans le monde ne
peut rendre légitime une loi rétroactive. »
" Nous n'avons pas encore de connoissances
assez exactes sur le nombre et les biens
des Religieux , pour prendre un parti déterminé
sur leur traitement ; mais je vous
demandé s'il est convenable de le fixer autrement
que sous ce rapport : quelle est la
somme la plus considérable , quelle est la
moins considérable qu'on peut accorder ?....
Vous trouveriez certainement injuste d'accorder
aux Moines plus qu'au Clergé actif.
Vous prononcerez donc , dès -à- présent , que
le traitement ne pourra être moindre qué
celui des Vicaires de campagne , ni plus
fort que celui des curés .
M. Fréteau a ajouté à ces raisons une nouvelle
considération. Un Religieux qui a passé
une partie de sa vie dans une bibliotheque ,
peut rendre de grands services à la société .
Cette vie sédentaire , le besoin de livres ,
et toutes les dépenses qu'exigent les recherches
les sciences et les arts , demandent de
grandes ressources . Faites renaître l'emulation
, vous verrez une foule de jeunes Religieux
s'adonner à des études sérieuses , et
il importe infiniment que vous leur en laissiez
l'aisance . La constitution aura longtemps
besoin d'être défendue par de bons
Citoyens . Les habitudes des Religieux des
Ordres rentés , et la vie active et sevère des
Mendians , exigent donc des besoins tout-àfaitdifferens
.
M. Lanjuinais a avancé , contradictoirement
aux Préopinans , « Il n'est pas vrai que
1
( 284 )
la Nation ne puisse succéder aux Ordres
religieux , que par droit de deshérence ; elle
en occupe les biens par le droit de disposition
; sans cela il faudroit attendre la mort
du denier Religieux ; en second lieu , la
loi n'a jamais protégé que les règles et les
statuts de POrdre . Ces statuts n'accordent
à chaque religieux que le nécessaire , vous
ne devez rien ajouter ni retrancher.
La discussion ayant été fermée , il est
survenu de longs débats de rédaction , à la
suite desquels la résolution suivante a été
adoptée par une majorité considérable.
te
« L'Assemblée Nationale décrète que le
traitement des Religieux Mendians qui
sortiront de leur Cloître , sera different de
⚫ celui des Religieux non mendians. "
M. le Chapelier a terminé la Séance par
la lecture du Projet de loi , que le Comité
de Constitution a été chargé de rédiger ,
pour le rétablissement de l'ordre dans les
Provinces. On en a ordonné l'impression et
l'ajournement.
DU VENDREDI 19 FÉVRIER.
A l'ouverture de la Séance , M. Treilhard
a propose , au nom du Comité Ecclésiastique
, l'article suivant :
Les Religieux qui seront pourvus de
Titres perpétuels , de Benefices , d'Abbayes ,
Prieuréset autres ,jouiront d'un traitement
qui sera incessamment fixé. Il ne sera fait
d'ailleurs aucune distinction en faveur des
individus , à raison des emplois qu'il ocerpent
dans leurs Maisons ou dans leur Ordre ;
et ce , non compris les Freres - lais , Donnés
et Convers . »
M. l'Abbéd'Abbecourt ayant traité d'abord,
( 285 )
et de nouveau , les principes de la décision
déja rendue sur les Ordres Monastiques , a
conclu à assurer aux Religieux , un traitement
proportionnel à leurs revenus ; par
exemple , de 12 à 1500 livres ; que les pensions
de ceux qui resteront dans les Closures ,
consistent en dotations territoriales , et les
pensions des Moines qui resteront dans le
monde , hypothequées sur les biens- fonds.
Ces deux dernieres dispositions , que la
justice , la prudence et l'humanité recommandent
avec une égale force , n'ont pas
fait l'objet du débat , qui a été concentré
dans la fixation d'un traitement relatif , en
faveur des Religieux.
A la suite d'une discussion fort longue ,
l'Assemblée a arrêté un premier Decret en
ces termes , sur la rédaction de M. le Camus ,
jointe à quelques amendemens :
" Il ne sera fait aucune distinction entre
les Religieux qui possèdent des Bénéfices et
ceux qui n'en possèdent pas , si ce n'est à
l'égard des Bénéficiers - Curés , qui seront
traités comme les Curés Séculiers ; mais il
pourra être fait des exceptions à l'égard des
Généraux d'Ordres et Abbés Réguliers ayant
jurisdiction sur leurs Maisons. "
M. Treilhard a présenté ensuite un second
article , par lequel il est accordé aux Religieux
mendians , 700 liv. de pension jusqu'à
50 ans ; 800 liv. jusqu'à 70 ; 900 liv.
après 70 ans ; et aux Religieux non mendians
, 900 liv. jusqu'à 50 ans ; 1000 liv.
jusqu'à 70 ans , et 1100 liv. apres 70 .
M. l'Abbé Grégeoire et Dom Gerle ayant
insisté sur la justice d'un traitement plus
considérable , M. Dupont a pris la parole .
Déterminer les dépenses avant de con- "
( 286)
noître les recettes , a-t-il dit, c'est un paradoxe
ou une imprudence. J'ai fâché d'eta
blir hier devant vous , la nécessité d'être
justes , et j'ai parlé conformément à votre
coeur. Je tâcherai aujourd'hui d'établir la
nécessité d'être prudens , et je parlerai conformément
à votre raison . Avant de statuer
sur le traitement que vous accorderez aux
Religieux , il faut connoître le nombre des
Religieux et leurs revenus. Je pense donc
qu'il faut attendre les détails que votre
Comité Ecclésiastique vous a promis sur ces
objets ; afin que vous soyez justes sans excéder
vos moyens , et que vous ne décidiez
pas au hasard ce qui doit être arithmetiquement
calculé, "
« D'après nos recherches , a répliqué M.
Treilhard , nous avons trouvé 18,000 Religieux.
M. l'Agent - général du Clergé ne
porte pas même ce nombre aussi haut. "
« Quant aux revenus des Monastères , nos
notions sont moins précises. Comme vous
avez prolongé jusqu'au 1er Mars le terme
des déclarations , il en est un très -grand
nombreque nous n'avons pas encore reçues.
Cependant nous connoissons exactement les
revenus de Saint - Maur , de l'Ordre de
Saint-Bernard , de Cluni , des Chartreux , etc.
Ils suffiront à toutes les pensions , pourvu
qu'elles ne soient point excessives ; et supposé
qu'ils ne suffisent point , vous trouveriez
un complément dans les Maisons de
l'Ordre de Saint-Benoît , répandues dans
les Pays - Bas , et dont la moindre a 50,000l .
de rentes ; plusieurs ont 3 et 4 cents mille
livres. Les Maisons des Augustins sont encore
très-riches dans les Pays-Bas ; les Genovéfains
le sont dans toutela France. En(
287 )
•
suite vous avez les emplacemens d'un grand
nombre de Maisons Religieuses. Vous pouvez
donc compter sur des ressources abondantes ,
et fixer des - à-présent le sort des Religieux ,
pourvu que vous ne vous livriez point à des
mouvemens excessifs de générosité. "
MM. Robespierre , Barnave et Péthion ont
plaidé pour l'augmentation de traitement ,
sans s'inquiéter des calculs de finances. L'Assemblée
, a dit le second de ces Opinans ,
ne doit considérer que les grands principes
d'une Constitution libre .
M. Martineau a ramené aux faits cette
question.
" Vous ne connoissez certainement pas ,
a-t- il dit , le nombre ni les revenus des Religieux.
Il existe près de 30,000 Religieux ,
et vous savez que les Couvens de filles sont
en général très - pauvres. Presque toutes
vivent du travail de leurs mains ou des pensionnats
. Ainsi , vous aurez 38,000 personnes
à doter. On vous a cité les riches revenus
de quelques Maisons ; mais on ne vous dit
pas que les revenus de la plupart sont déja
réduits de moitié par la suppression deda
dime , et qu'elles sont grevées de dettes
énormes , dont chaque jour nous fait connoître
de nouveaux états . Dans la première
intention des Donateurs , ces biens furent
destinés au soulagement des pauvres ; si
vous allez les partager entre les Religieux
qui sortiront et ceux qui resteront dans leurs
Cloîtres , que deviendra cette classe intéressante
, qui attend vos secours ? Vous n'avez
pas entendu grever la Nation de nouveaux
sabsides. Je vous demande donc en grace
d'être prudens et réservés. "
:
( 288 )
Ces motifs n'ébranlerent point M. le
Comte de Mirabeau qui , continuant à
defendre Vévaluation proposée par M. Barnave,
y ajouta une premiere gratification .
Vous accorderez peut- être une liberté illusoire
aux Religieux , s'ecriat- il , si vous ne
songez qu'ils arrivent dans le monde , dénués
de toutes les choses necessaires ; j'opinerois
donc à leur faire delivrer, indépendamment
de leur pension , une somme à
forfait , équivalente la moitié de la pension ,
et PAYABLE EN ARGENT MONNOYÉ. ز
On cria de tous cotes aux voix , et l'on
ferma la discussion , qui se prolongea cependant
encore plus d'une heure sur les
amendemens , les debats de priorité entre
une foule de rédactions.
M. l'Abbé de Montesquiou observa qu'il
reste à peine 200 Jésuites : « La vieillesse
et l'humanité , ajouta-t- il , ont des droits à
votre respect , et des-lors à votre générosité.
Vous ne refuserez point votre justice
à cette congrégation célebre dont les fautes.
ont été un problême , mais dout les malheurs
ne le sont pas ; à ces hommes qui
ont été les premiers maîtres de la plupart
d'entre vous , et qui , après 30 ans d'infortune
et de courage , méritent bien une
si modique récompense . "
En dernier résultat , l'Assemblée porta
le Décret suivant :
" Il sera payé à chaque Religieux mendiant
, qui aura fait pardevant la Municipalité
du lieu , la déclaration qu'il veut
sortir de son Cloître , par quartier et d'avance
, à dater du jour qui sera incessamment
déterminé , 700 liv. jusqu'à 50 ans ,
800 liv.
( 289 )
800 liv. depuis 50 ans jusqu'à 70 ans , et
1000 liv. passé 70 ans ; aux Religieux nonmendians
903 liv. jusqu'à 50 ans , 1000 liv.
depuis 50 jusqu'à 70 ans , et 1200 liv. passé
70 ans. "
«Les ci- devant Jésuites résidans en France,
et qui n'ont pas en bénéfice , ou en pension
sur l'Etat , un revenu égal à celui des Religieux
de la même classe , recevront le complément
de cette somme. "
DU SAMEDI 20 FÉVRIER.
Deux articles proposés par M. Treilhard
ont occupé les premieres heures de la Séance...
Le second a donné lieu à des objections
très- fortes , sur lesquelles néanmoins il a prévalu.
La haute importance de ce qui nous
reste à rapporter , nous force à passer sur
ces premières contestations , à la suite desquelles
les deux articles du Comité Ecclésiastique
ont été convertis en Décrets ,
portant ce qui suit :
4
10 Les Frères Lais ou Convers qui auront
fait des voeux solennels , et les Frères
« Donnés , qui rapporteront un acte d'enga-
« gement contracté en bonne forme entre
eux et leur Monastère , auront , lorsqu'ils
sortiront du Monastère , par quartier et
d'avance ; savoir , 300 liv. jusqu'à 50 ans ,
et 400 liv. après 50 ans . "
"
"
"
Les Religieux qui sortiront de leurs
Maisons n'en resteront pas moins inca-
« pables de toutes successions et dispositions
entre vifs et testamentaires; ilspourront
seulement recevoir des pensions , ou
rentes viagères.
"
PROJET DE LOI POUR LE RÉTABLISSEMENT
DE L'ORDRE PUBLIC .
Jeudi dernier , M. le Chapelier avoit pro-
Nº. 9. 27 Février 1790.
/
N
1
(290 )
posé au nom du Comité de Constitution ,
ce projet , dont M. Barnave a aujourd'hui
combattu plusieurs dispositions.
<<Silaliberté, a-t- ildit, exige que les différens
pouvoirs ne soient point concentrés dans
les mêmes mains, elle exige aussi que des pouvoirs
homogenes ne soient point abandonnés
à tant de personnes différentes , à des hommes
qui peuvent être divisés entre eux ou
en contradiction; division de laquelle il doit
naître nécessairement Panarchie ou la
guerre civile . L'Officier de Justice ne doit
requérir la force armée que pour l'exécution
de ses jugemens ; là où cessent ses
fonctions , là cesse la faculté de requérir.
Les Municipalités sont dans le nouvel ordre
de choses , attachées à la Constitution : la
plupart des Officiers de Justice doivent ,
par la nature même des choses , être attachés
à l'ancien état. Vous ne mettrez point
la force armée entre les mains de deux pouvoirs
rivaux , et vous ne livrerez point à l'esprit
de discorde la Puissance publique.
Quant à la partie de l'article qui autorise
quatre Notables à requérir la force publique,
au refus des Officiers Municipaux et
des Officiers de Justice , c'est l'empire-accordé
à la minorité sur la majorité. Il faudroit
au contraire n'accorderce terrible pouvoir
qu'au plus grand nombre de personnes
possible. "
१० Au refus même des Notables , votre
Comité autorise huit Citoyens à faire cette
réquisition. Ainsi huit personnes intéressées
pardes vues ou par des haines particulieres ,
auront le droit de faire mouvoir à leur gré
toutes les forces publiques ! Pensez-vous sé-
Meusement qu'une Milice Nationale soit
(291 )
prête à obéir à quelques personnes qu'elle
ne connoît pas , ou dont eile verra les intrigues
?
Un pouvoir légal pourra seul dissiper les
attroupemens . Cederont- ils à la violence dirigée
par quelques personnes ? Vous établissez
la guerre civile dans vos foyers . Je conclus
par engager le. Comité de Constitution
à rédiger un nouveau projet de Décret.
M. le Chapelier en a, en effet , et sur-lechamp
, proposé un nouveau , rédigé de sa
main , et adopté par le Comité.
Les Officiers Municipaux seront tenus
de proclamer la Loi Martiale , dans tous les
cas où , des attroupemens séditieux menaceroient
la vie et la tranquillité des Citoyens. »
« Si , par négligence ou par foiblesse , ils
ne se conformoient pas à cette disposition ,
ils seront responsables , privés de leurs Offices
, déclarés incapables de remplir à l'avenir
aucunes fonctions publiques , et condamnés
au paiement du tiers du dommage
qui sera fait , et à la restitution des sommes
que le Trésor public aura perdues par le pillage.
"
S'il peut être prouvé que les Officiers
Municipaux ont favorisé les troubles , ils seront
poursuivis extraordinairement , déclarés
prévaricateurs dans leurs fonctions , et punis
comine tels .
" Tous les Citoyens pouvant concourir au
rétablissement de l'ordre public , toute la
Communauté sera responsable des deux tiers
du dommage; et pour frayer à ce dédommagement
, il sera fait dans le mois un rôle
de répartition sur tous les Citoyens actifs . "
Tout Citoyen pourra inrerpeller par
écrit les Officiers Municipaux , de procla-
Nü
( 292 )
merla LoiMartiale ; et s'il est , par la suite ,
prouvé et jugé que les Officiers Municipaux
ont eu fort de se refuser à cette interpellation
, toute leur fortune sera épuisée pour
réparer le dommage résultant de leur refus.
>>>
Ceux qui auront fait aux Officiers Municipaux
la réquisition de proclamer la Loi
Martiale , seront exempts de la contribution
pour réparation du dommage et pour la restitution
des deniers publics enlevés . »
Ceux qui auront fait une réquisition légère
ou coupable , seront condamnés à une
amende de ....
" Le Roi sera, supplié de faire passer des
troupes dans les lieux où les désordres se
seront le plus manifestés ; et ces troupes ne
pourront agir que sur la réquisition des
Officiers Municipaux , et conformément aux
dispositions de la Loi Martiale. »
M. de Mirabeau , en louant l'ingénieuse
dovilité du Comité , a demandé l'impression
de ce nouveau Projet , avant qu'il fût mis
en délibération. On alloit ajourner la discussion
, lorsque M. l'Abbé Maury, a opiné
à s'occuper du principe et de l'esprit du
Projet , en ajournant seulement l'examen de
ses dispositions. Cet avis a été adopté , et
la discussion s'est portée sur les principes.
MM.de la Fayette , l'Abbé Maury , Mira
beau , Péthion , de Clermont - Tonnere , ont
successivement parlé quelques minutes ; mais
nous sommes obligés de nous réduire aux
deux Opinions plus développées de MM. de
Cazalèset Malouet.
M. de Cazalès : « Depuis six mois un grand
nombre de Citoyens ont été attaqués ; lespro
priétés ont été violées ; elles les ont aujour
1
( 293 )
d'hui , elles le seront peut- être encore. Pen .
sez-vous que les Propriétaires puissent le
supporter plus long - temps ? Non, sans doute ;
ils s'armeront pour leur défense ; et de là ,
une guerre destructive de toutes les sociétés
civiles , la guerre de ceux qui n'ont
rien , contre ceux qui ont quelque chose.
Sans doute il est instant de parer à tous ces
maux , et le Projet de Loi qui vient de vous
être présenté par votre Comité , est peutêtre
propre à défendre les Villes ; mais il
est sans force pour la sureté des campagnes ;
en général même , je ne pense pas que l'effet
qu'il peut avoir , soit assez prompt pour le
moment dans lequel nous nous trouvons . «
« Profitons des exemples de nos voisins ;
- voyons si la Constitution Angloise ne nous
offre pas des remèdes -plus sûrs contre les insurrections
et les émeutes. Voyons quelle est la
conduite de cette Nation , qui a le plus opposé
de barrières au despotisme du Tróne ,
de cette Nation qui ale mieux assuré la tranquillité
civile. "
« En Angleterre , on a établi contre les
séditieux , le Bill de Mutinerie , qui , à trèspeu
de chose près , est notre Loi Martiale .
Mais quand les Provinces sont ravagées ,
quand l'insurrection est générale , le Corps
legislatif emploie de plus grands moyens ;
alors il a recours au Pouvoir exécutif; il lui
donne , par un Acte Parlementaire et pour
un temps limité, le droit d'employer tous
lés moyens qui lui paroîtront convenables ,
poir ramener le calme et la paix ; et dans
ce' cas , les Ministres ne sont responsables
que de l'exécution des ordres du Roi . »
16 Tel est le moyen que je veux proposer
en France. On me dira que c'est s'ex
Niij
( 294 )
poser au risque de donnner trop de force
au Pouvoir exécutif. Je me répondrai à
cette objection qu'en interrogeant la bonnefoi
de l'Assemblée. Je demanderai si ele
doute que la bonté du Roi , que l'opinion
générale , que les forces citoyennes puissent
et doivent faire évanouir ces alarmes
, sur-tout lorsqu'on voudra bien observer
que ce pouvoir ne sera accordé au Roi
que pour un temps limité , pour un temps
court. Non , Messieurs , la Constitution n'a
plus rien à craindre que de nous -mêmes ; il
n'y a que l'exagération des principes , il
n'y a que la ligue de la folie et de la mauvaise
foi , qui puissentty porter quelque
atteinte. Hâlons- nous d'affermir le grand
coeuvre de la Liberté ; que les ennemis de la
Constitution , qui , n'en doutez pas , sont
les instigateurs des désordres , soient forcés
à perdre l'espérance de détruire notre ouvrage."
Jemerésume , et j'ai l'honneur de vous
proposer de charger le Roi,de prendre les
mesures qu'il croira les plus propres à assurer
la tranquillité publique. Je vous propose
enfin d'investir le Roi , pour trois mois seulement
, de toute la plénitude de la puissance
exécutive. »
16 M. Malouet. Je ne vous propose point,
commelesderniers Préopinans , de conférer au
Roi une espèce de dictature , mais bien d'établir
le Pouvoir exécutif sursa base , qui est ,
dans une Monarchie ,l'autorité Royale. -H
n'en estpoint faitmention, ni dans lepremier,
nidans le second ProjetdeDécretqui vient de
vous êtrelu. Ainsi , avant d'en discuter les détalls
, qu'une lecture rapide ne me permet
pas de bien saisir , j'en examinerai les prine
1 ( 295 )
ripes ; car c'est des principes de cette Loi
que dépend absolument la forme de Gouvernement
sous laquelle nous allons vivre .
La Constitution , par cette Loi , sera ou
cessera d'être Monarchique.- Le Pouvoir
exécutif va être mis en dedansou en dehors
de sa sphère d'activité.- Lors done que des
circonstances graves nous pressent de toute
part , lorsque le poids des évènemens va se
placer sur nos têtes , et nous livrer incessamment
au jugement de la génération présente
et de la postérité , quelles que soient les opinions
dominantes , les inquiétudes et les passions
ou les préventions qui nous environnent ,
chacun de nous doit déployer ici sa conscience
et ses efforts pour établir des principes , qui
survivent à l'agitation et aux intérêts du
moment. "
Le Projet de Loi qu'on vous propose est
provoqué par des désordres , précédés de
tant d'autres excès que nous avons tous eu
le temps et l'obligation de nous occuper des
remèdes . Ils doivent sans doute se trouver
dans la Constitution, et les dispositions insilisantes
que vous avez déja décrétées , n'excluent
point celles qui vous restent à adopter
pour rétablir l'ordre et en assurer la stabilité
, pour mettre en harmonie la Loi et ses
moyens qui sont tous les ressorts du Pouvoir
exécutif.
" Le second Décret proposé remplit - il
complètement cette fin ? Je ne le crois pas ;
et , sans en rejeter les articles, je vais essayer
de vous démontrer ce qu'il est indispensable
d'y ajouter.>>
Comment doit se mouvoir, et jusqu'où
peut s'étendre , dans un grand Empire ,
• Pouvoir exécutif? comment le concilier avec
le
Niv
( 296 )
la liberté ? comment servira-t- il à sa défense
et point à sa destruction ? Voilà le problême
politique que nous avons à résoudre.
" Je n'en trouve la solution dans aucun
des deux Projets. Je vois bien ce qui est
prescrit , en cas de sédition ou de violence ,
aux Officiers Municipaux , aux Chefs Minitaires
d'une Ville ou d'un Bourg ; mais hors
de l'enceinte des Municipalités , je ne vois
point de direction supérieure qui rallie , contienne
, ordonne toutes ces forces et ces volontés
éparses . Il semble que le Décret , ne
considérant qu'une Ville , fasse abstraction
de toutes les autres et des campagnes ; il
semble que les désordres , dans un grand
Royaume , ne puissent se déployer que partiellement
et dans une juste proportion avec
les forces locales . -Si les Officiers Municipaux
ou la Milice ne font pas leur devoir ,
le Projet de Loi dit bien qu'ils sont responsables
; mais en attendant qu'ils soient punis ,
et que l'ordre se rétablisse , la Loi se taît ;
et je ne trouve point la place ni la fonction
de l'Ordonnateur Suprême du Pouvoir
exécutif. »
« C'est cependant ce qu'il faut nettement
exprimer , et voici le moment de le dire.
-Ce n'est point en jetant un voile sur le
Trône que nous en serons protégés ; et si
son influence n'a une activité protectrice ,
ou elle s'effacera tout-à- fait et réduira la
Royauté à un vain simulacre , ou les premiers
mécontentemens du Peuple rappelleront
le despotisme sous des formes nouvelles
. "
« J'observerai d'abord que c'est une erreur
aujourd'hui familière , que de donner le
même nom à l'autorité Royale etau Pouvoir
( 297 )
1
exécutif; l'une représente l'Empire et la
Souveraineté , et l'autre en est l'instrument. »
Tout ce qui est nécessaire à la sureté ,
à la protection de tous , à l'exécution invio .
lable des Lois , compose le Pouvoir exécutif ,
distribué en plusieurs Magistratures dans
les Républiques. La réunion de toutes les
forces sous la direction d'un seul , distingue
le Gouvernement Monarchique. "
Le pouvoir d'empêcher l'emploi illégal
de ces forces , appartient à une Nation libre ,
exerçant par ses Représentans l'autorité
Législative. "
Ainsi , la liberté Nationale ne consiste
pas à atténuer ou à transposer le Pouvoir
exécutif , sans l'unité duquel elle ne peut
exister ou se maintenir , mais à prévenir sa
direction arbitraire ; ce qui est éminemment
le droit et le devoir du Corps Législatif. "
Car , lorsqu'une Nation a investi ses
Représentans de ce droit , elle ne peut plus
le perdre qu'en renonçant à la volonté de le
conserver.
Et lorsque la responsabilité des Agens
du Pouvoir exécutif est devenue une Loi
constitutionnelle , leurs écarts peuvent être
des délits plus ou moins graves , mais ils ne
pourroientdevenir des conquêtes surlaliberté
que par la faute du Pouvoir législatif , qui
est toujours en état de prononcer que la Loi
est violée et la peine encourue .
"
Cette surveillance active des Représentans
de la Nation est l'unique contrepoids
légal et efficace de la force publique et de
la puissance qui la dirige . --Que tout autre
Corps ou Individu participe à l'exercice de
ce droit souverain , les différentes parties
de la Société politique doivent alors
No
se
( 298 )
trouver fréquemment dans unétat de guerre
ou d'anarchie , et il n'y a plus de Gouvernement
; car , le pouvoir de gouverner doit
être actif et irrésistible dans les routes qui
lui sont tracées , puisqu'il n'est autre que la
Loi agissante. »
« Je n'appliquerai pas les principes à l'état
actuel de nos Provinces , qui ne représente
aucune forme de Gouvernement , mais aux
moyens constitutionnels de faire cesser d'aussi
grands maux. »
" Vous avez reconnu , Messieurs , que le
Gouvernement François est Monarchique , et
que le Pouvoir exécutif suprême réside dans
les mains du Roi . »
C'est aussi un principe constitutionnel
de toutes les Sociétés du monde , que la violence
doit être réprimée par la force.
"
"
Examinons maintenant quelle est l'intervention
et l'influence du Chef Suprême
du Pouvoir exécutif dans la direction de la
force publique , pour le maintien de l'ordre
et la réparation des violences. La Loi qui
les réprouve réclameson appui. Voilà le principe.
La conséquence ne peut pas être que
les Corps intermédiaires agissent , disposent ,
annullent la force publique par leur volonté
propre ; car alors je ne suis plus le Chef
Suprême , et le Pouvoir exécutif se trouve
en effet dans les mains des Municipalités . »
" Ce n'est pas que j'improuve le Décret
qui leur donne le droit de requérir les
Troupes réglées ,et met celles - ci aux ordres
du Magistrat Civil . -Dans les cas ordinaires
, cette mesure est sage et nécessaire.
-
Mais lorsqu'elle devient insuffisante , le
Iouvoir exécutif suprême doit il être inactif,
et son emploi n'est- il pas légal lorsqu'il ré(
299 )
4
pare ou qu'il empêche les désordres et les
violences réprouvées par la Loi ? »
Le nouveau Décret proposé par le Comité
de Constitution ne statue rien sur ces
cas extraordinaires ; il n'indique point celui
où le recours au Monarque devient nécessaire
, où la désobéissance à ses ordres seroit
une forfaiture ; le Décret s'adresse à chaque
Municipalité séparée : on ne voit point le
lien commun qui les unit à la force publi
que , et sa direction supérieure : le Pouvoir
exécutif se trouve séparé du Monarque , et
agit sans son intervention dircete ni indi
recte. "
1
De telle sorte que s'il n'y avoit point de
Roi , mais seulement des Troupes soldées et
des Capitaines dans les Provinces , les Municipalités
n'auroient à faire que ce qui leur
est prescrit , et les Capitaines pourroient
aussi , sans autre Supérieur que les Assemblées
Administratives , remplir la mission de
confiance qui leur est imposée par le nouveau
Décret . "
« Or , si le Gouvernement François cessoit
d'être Monarchique , qui de nous pourroit
croire que nous serions libres long-temps ,
et que l'Empire se maintiendroit dans son
intégrité ? Mais nous perdrions , Messieurs ,
tous les avantages de ce Gouvernement ;
nous n'en aurions que les charges , si l'autorité
Royale ne rallioit , en les dirigeant ,
toutes les branches du Pouvoir exécutif; et
si elle n'avoit , pour l'exécution des Lois ,
toute l'activité qui résulte du commande +
ment d'un seul .
什
" :
Je vous rappelle ici que la surveillance
continuelle du Corps Législatif suffira toujours
pour prévenir ou arrêter les formes
N
( 300 )
1
arbitraires et oppressives; et que lePouvoir
exécutif ne s'exerçant que par des Agens
intermédiaires , leur responsabilité satisfait
aux exigeances de la Loi et aux réclamations
des opprimés .
44
"
D'après ces observations , il me semble
que l'unité et l'activité du Pouvoir exécutif
ne peuvent être solidement établis , qu'en
statuant préalablement à toute autre disponition,
que tous les Corps Administratifs et
Militaires sont tenus d'obéirponctuellement
aux ordres du Monarque. "
C'est au Corps Législatif à faire ensorte
que ces ordres ne puissent ni contrarier
, ni renverser les Lois ; mais si les Corps
intermédiaires participent , dans tous les
eas , au droit de suspendre et de résister ,
il s'élève alors dans le sein de la Nation
autant de Gouvernemens qu'il y a de cités . »
"
-
Alors , une Municipalité disposera exclusivement
, dans son territoire , de la circulation
des grains et du numéraire ; favorisera
une insurrection ; relâchera , à son
gré , la discipline Militaire ; retardera la
perception des impôts ; une Ville pourra
en affamer une autre ; des réquisitions contradictoires
, par diverses Municipalités ,
pourroient armer differentes Troupes les
unes contre les autres . L'autorité des
Magistrats , celle des Officiers Militaires ,
sans bases fixes , sans point d'appui , seroit
incertaine et précaire ; il n'y auroit de puissant
, de redoutable , dans la Capitale et dans
les Provinces , que les passions et les erreurs
de la multitude : le Corps Législatif même
perdroit bientôt son autorité , et nous verrions
reparoître les horreurs de l'anarchie. -
Encore une réflexion , Messieurs ; c'est
( 301 )
la dernière , je la recommande à votre attention.
"
<<Lorsqu'une Nation reconnoît un Chef
suprême , qu'Elle fasse révérer sa puissance ,
qu'Elle se garde bien de travailler à la
rendre inutile. S'il cessoit d'être nécessaire
à son bonheur , il deviendroit redoutable à
sa liberté . »
« Si , au contraire , le Monarque , dans
ses Augustes fonctions , est environné d'un
grand pouvoir pour faire le bien ; s'il nerencontre
de barrieres que celles qui le séparent
du mal , quel Prince alors seroit tenté de
regarder en arrière , de regretter le despotisme
, de rappeler sur son Trône resplendissant
de gloire et de felicité , les sombres
terreurs de la tyrannie ? »
« Je conclus , Messieurs , par vous proposer
les bases fondamentales du Pouvoir
exécutif dans une Monarchie , et je demande
que ces articles précèdent ceux du nouveau
Décret , que je me réserve particulierement
de discuter . "
1. Tous les Corps Administratifs et
Militaires sont dans la dépendance immédiate
du Monarque , et doivent exécuter
ponctuellement ses ordres .
"
"
2 °. Toute désobéissance aux ordres du
Roi , non motivée sur une violation constatée
des Lois constitutionnelles , sera punie
comme forfaiture .
3º. Tout acte d'insubordination dans
l'Armée de terre et de mer , sera jugé et
puni conformément aux Ordonnances Militaires.
«4°. Il appartient au Roi de pouvoir prévenir
et empêcher , par l'emploi de la force
publique , que la sureté et la propriété des
Citoyens ne soient violées. Tous les ordres
(302 )
que Sa Majesté donnera à cet effet seront
contre-signés par un Secrétaire d'Etat , qui
en sera responsable , ainsi que les autres
Agens du Pouvoir exécutif qui abuseroient
desdits ordres . »
5°. Si , dans une sédition violente , le
salut des Citoyens menacé , et le rétablissement
de la paix publique , exigent des mesures
contraires aux formes légales , et
qu'elles aient été prises par les Agens du
Pouvoir exécutif sans la requisitiondesMagistrats
, ils seront tenus d'en rendre compte
au Corps Législatif qui , dans ce cas seulement
, prononcera en leur faveur un Décret
d'absolution.
«
"
6°. Si , dans une sédition , les Officiers
Municipaux et Magistrats Civils sont arrêtés ,
mis en fuite ou empêchés par la multitude,
l'Officier commandantla force militaire sera
tenu de promulguer la Loi Martiale et de
la faire exécuter. »
La discussion a été ajournée à lundi
mulle Séance n'aura été plus grave .
L'information additionnelle qui avoit pro-
Fongé l'indécision du sort du Marquis de
Favras , se trouva terminée au commencement
de la semaine dernière , sans porter
de lumieres nouvelles sur l'accusation , et
malgre les efforts de l'Accusé pour faire entendre
de nouveaux témoins justificatifs qu'il
désignoit. Les plus fortes présompions à sa
charge résultoient des dépositions des sieurs
Turcatiet Morel , Recruteurs ; l'un Denonciateur
avoue , l'autre incriminé de reproches
par M. de Favras , persistant à récuser ces
deux Témoins .
L'opinion publique étoit partagée sum
(303 )
l'issue de cette affaire ; mais on ne peut
dissimuler que beaucoup de gens sans
passion , et dont l'esprit de parti ne
dicte pas le jugement , ne s'attendoient
pas à voir M. de Favras périr sur l'échaffaud.
Cet espoir étoit chimérique :
le temps , qui est le Juge des Justices,
nous révélera s'il reposoit sur des fondemens
légitimes. L'intégrité du Tribunal
en fortifie surement la présomption .
Le 18 , le Tribunal assemblé , l'Audience
formée , et la procédure rapportée
, le Procureur du Roi donna ses conclusions
à mort. M. de Favras , amené
pour subir son dernier interrogatoire ,
renouvela ses protestations , et ses reproches
contre les sieurs Morel et Tureati.
M. Thilorier, Avocat du Prisonnier
, prit sa défense pour la dernière
fois.
« Un crime épouvantable , dit- il , est annoncé
à l'Europe entière ; quel est ce crime ?
Des soldats soudoyés doivent venir égorger
les Citoyens d'une Ville immense qui sont
tous armés . Trois têtes , celles de MM..
Necker , de la Fayetteet Bailly , sont proscrites
; on doit enlever un Monarque à son
Peuple ; les barrières de la France doivent
s'ouvrir. On doit dissoudre l'Assemblée des
Représentans de la Nation , et plus de
1500,000hommesarmés vont recevoirla Loi...
Ah! sans doute , Messieurs , l'Europe , en
lisant ceci , croira qu'une conjuration longtemps
machinée par des hommes riches et
Puissans , a preparé cette contre -révolution
(304 )
étonnante ! Elle calculera le nombre des conjurés
, en raison de l'étendue et de la hárdiesse
de la conjuration. "
« Quel sera son étonnement , lorsqu'elle
saura que cette entreprise hardie est l'oeuvre
d'un seul homme auquel on ne connoît pas
de complice , qu'on regarde comme un intrigantsans
fortune , sans moyens , et qui cependant
a pu être accusé d'avoir par lui- même ,
sans secours , tenté d'ébranler , de renverser
une colonne, que des millions d'hommes armés
ont assise sur une base , qu'ils s'empressent
chaque jour de rendre plus solide.
"
M. Thilorier, admettant ensuite , par
hypothèse , la réalité d'un pareil projet,
demanda si ce projet , même écrit , étoit
un délit capital , et si jamais aucune Loi
avoit puni l'intention du crime , comme
un crime consommé.
M. le Baron de Cormeré , frère de
l'Accusé , en plaida la cause , après M.
Thilorier. Il peignit les sienrs Morel et
Turcati comme étant guidés par l'espoir
d'une récompense de 24000 livres ; il demanda
qu'ils fussent poursuivis comme
faussaires . Passant ensuite au
même de l'affaire , il fit valoir l'absence
complète de tout corps de délit .
fond
Le Jugement ne fut rendu qu'à minuit.
Trente - huit Magistrats composoient
le Tribunal : on assure que trois
se récusèrent , et que 28 opinèrent à
confirmer les Conclusions du Procureur
du Roi. La Sentence porte :
Nous disons , etc. sans avoir égard aux
( 305 )
2
reproches proposés contre les premier et
quatrième témoins de l'information du
Janvier dernier , que nous déclarons nonpertinens
et inadmissibles , non plus qu'aux
faits justificatifs proposés par ledit Mahy de
Favras , lesquels nous déclarons pareillement
non- pertinens et inadmissibles , que
ledit Thomas de Mahy de Favras est déclaré
duement atteint et convaincu d'avoir formé ,
communiqué à des Militaires , Banquier et
autres personnes , et tenté de mettre à exécution
un projet de contre - révolution en
France , qui devoit avoir lieu en rassemblant
les mécontens de différentes Provinces ,
en donnant entrée dans le Royaume à des
Troupes étrangères , en gagnant une partie
des ci - devant Gardes - Françoises , en mettant
la division dans la Garde Nationale ,
en attentant à la vie de trois des principaux
Chefs de l'Administration , en enlevant le
Roi et la Famille Royale pour les mener à
Péronne , en dissolvant l'Assemblée Natiowale
, et en marchant en forces vers la ville
de Paris , ou en lui. coupant les vivres pour
la réduire , le tout ainsi qu'il est mentionné
an Procès ; pour réparation , condamné à
faire amende honorable au - devant de la
principale porte de l'Eglise de Paris , où il
sera mené et conduit par l'Exécuteur de la
Haute - Justice dans un tombereau nupieds
, nu- tête et en chemise , ayant la corde
au col , tenant en ses mains une torche ardente
de cirejaune , du poids de deux livres,
ayant écriteau devant et derrière , portant
ces mots : Conspirateur contre l'Etat ; et là ,
é ant à genoux , dire et déclarer à haute et
intelligible voix , que méchamment , témérairement
et comme mal avisé , il a formé ,
communiqué à des Militaires , Banquier et
( 306 )
autres personnes , et tenté de mettre à exécurtion
un projet de contre- révolution en France ;
etc. , Dont il se repent , et demande pardon à
Dieu , à la Nation , au Roi et à la Justice .
Ce fait , mené et conduit dans le même
tombereau à la place de Grève , pour y être
pendu et étranglé jusqu'à ce que mort s'ensuive,
par ledit Exécuteur de la Haute-Justice
, à une potence qui sera plantée en ladite
place de Grève.
Des battemens de mains suivirent le
prononcé de cet Arrêt ; mais des voix
plus humaines firent taire ces affreux
applaudissemens..
Jusqu'à 10 heures du lendemain , M. de
Favras ignora ce Jugement. Il n'en pénétra
Phorreur qu'à l'instant où l'Exécuteur de
Justice vint lui arracher sa Croix de Saint-
Louis. Conduit àla Chambre de la Question ,
à 11 heures , il entendit la lecture de son
Arrêt , qu'il interrompit en protestant de
son innocence, et à plusieurs reprises . Après
la lecture , M. Quatremère , Conseiller- Rapporteur
, l'exhorta à profiter des consolations
de la Religion , les seules qu'il pût lui offrir :
il ajouta d'autres paroles , ainsi rendues dans
les Feuilles publiques : « Votre vie est un
sacrifice que vous devez à la tranquillité
et à la sureté publique. »
(M. Quatremère a publiquement désavoué
cette phrase , sans rapporter celle dont il
s'étoit servi. )
<<Mes consolations , répondit avec fermeté
* M. de Farras , sont dans mon innocence.
Je meursvictime dela calomnie de denx scélérats.
O Citoyens ! que vous êtes àplaindre ,
puisque la dénonciation de deux hommes
- perverssuffità vous faire condamner, et que
4
( 307 )
deux ennemis sans probité pourront dis-
« poser de la vie des innocens! Je demande
M. le Curé de Saint- Paul pour mon Confesseur.
»
"
Cet Ecclésiastique arrivé , M. de Favras
s'enferma avec lui une heure et
demie. Inutilement il demanda qu'on
déliat ses mains , déja garottées , par un
usage révoltant , qu'il est àdesirer de voir
proscrire denos formes . Atrois heures et
demie, il monte sur le tombereau avec
sérénité , prend sa torche ardente , et
regarde avec mépris une multitude ivre
qui battoit des mains. Toujours inaltérable,
il descend à la porte de Notre-
Dame, prend son Arrêt , et s'écrie d'une
voix ferme
« Ecoutez , Peuple , écoutez ce que je
vais vous dire les motifs de ce jugement
sont de toute fausseté ; je suis innocent...
Oui , je suis innocent , comme il est vrai
que je vais paroître devant Dieu. J'obéis
seulement à la justice des hommes , qui ,
vous le savez , n'est pas infaillible... ». II
lit d'une voix forte le prononcé de l'Arrêt ,
puis remontant dans le tombereau ; conduisez-
moi à l'Hôtel- de- Ville , dit-il , j'y découvrirai
des secrets importans . >>>
Trois des Conseillers , MM. Quatremère
, Mutel et de la Huproye, l'y attendoient.
Il entre , regarde , salue les
Juges avec le sang-froid le plus imposant
; ce grand caractère ne l'abandonne
pasuneminute , dans la déclaration finale
qu'il adresse à l'Audiencee,, en présence
de Dieu et de la Mort :
( 308 )
• En cemoment affreux , où prêt à perdre
une existence fragile que Dieu m'avoit donnée
, qu'il devoit me retirer tot on tard ;
en ce moment, où prêt à paroître devant
le Juge suprême , je ne puis trembler devant
les Juges de la terre , je déclare que
je pardonne aux méchans qui m'ont inculpé
si grievement et contre leur conscience ,
et qui m'ont prêté des projets criminels ,
mais imaginaires , qui n'ont jamais entré
dans mon coeur... Le refus que l'on a fait
d'entendre ceux que je voulois produire ,
ceux qui seuls pouvoient dévoiler l'imposture
et les faux témoins , est un reproche
que sans doute un malheureux condamné
peut faire en ce moment à la Justice . Mieux
éclairée , l'erreur ne se seroit point emparée
d'elle ; unjugement effroyable , inoui , n'auroit
pas souillé les lèvres qui l'ont prononcé,
ni les mains qui l'ont signé.... Je jure devant
Dieu que , ni en Juillet , ni en Septembre
, ni en Octobre , lorsque je me suis
adressé à M. de Saint- Priest , tant pour des
chevaux que pour d'autres affaires , je n'ai
jamais tenu aucun propos qui ait trait aux
arcusations intentées contre moi. Je voulois
parer aux dangers auxquels la Famille
Royale étoit exposce ; j'aimois mon Roi ,
je périrai fidèle à ce sentiment , et sa position
m'a vivement affecté . "
" A l'occasion des troubles qui , au mois
de Novembre , ont menacé la Ville de
Paris , un grand Seigneur , d'une Maison
qui marche après celle de nos Princes , et
attaché à la Cour par état , me fit demander
chez lui , me témoigna ses inquietudes
sur la situation de la Famille Royale , qui ,
disoit-on , étoit menacée de toutes parts .
Il me pria de prendre une connoissance par(
309 )
•
:
faite des troubles du faubourg St. Antoine ,
et sachant que je n'étois pas riche , il m'offrit
cent louis pour les instructions que je
pourrois lui donner. Je fus le lendemain
à un rendez - vous qu'il m'avoit donné chez
leRoi , pour effectuer cette offre ; j'y trouvai
ce Seigneur qui sortoit du Cabinet du
Roi , et qui me remit en effet cent louis
en deux rouleaux. Il ne me dit pas précisément
que ces cent louis venoient de Sa
Majesté , mais il m'en dit assez pour me le
faire croire. »
" Je prie ceux des Citoyens qui m'entendent
, et à qui le récit sincère que je
vieus de faire peut causer quelque impression
, de rechercher l'innocence d'un
homme qui va mourir tout à l'heure , et
de le plaindre comme une victime dévouée
, mais parfaitement résignée.... Ma
conduite loyale et honorable même , publie
assez que tous mes projets ne tendoient
qu'à sauver mon Roi ; Elle me fait
à la vérité périr sur un échaſfaud , mais Elle
me laisse la paix de l'ame et la tranquillité
de ma conscience; Elle soutient mon adversité.
Je ne doute pas que tous les faux
témoins ne soient reconnus ; je demande
leur grace , et sur- tout que personne n'appréhende
la suite d'un complot imaginaire .
Jeplains les égaremens de lajustice , comme
pouvant être attribués en partie à ces bruits
accrédités dans le Peuple , par lesquels il
a été trompé et qui lui font desirer ma mort
dans ce moment. Ce n'est qu'une vie que
je rendrai un peu plutôt à l'Etre éternel , qui
m'accordera peut-être un dédommagement
personnel à l'infanie du supplice qui va
terminer mes jours . Jerecommande ma mémoire,
à l'estime des honorables Citoyens qui
( 310 )
m'entendent ; j'y recommande mon épouse ,
mes enfans , à l'éducation et à la fortune desquels
j'étois si nécessaire. »
Je prie la Justice de permettre que
M. le Curé de S. Paul , qui veut bien m'assister
dans mes derniers momens , enlève
mon corps pour qu'il reçoive la sépulture
de tous les Catholiques Apostoliques et
Romains , Dieu me faisant la grace de mourir
dans tous les sentimens d'un vrai chrétien
, dans ceux que je dois et que j'ai jurés
à mon Roi , et d'emporter avec moi l'espoir
que la nouvelle Constitution Françoise
rendra les Peuples de cet Empire aussi heureux
que je desire. Mon innocence n'est pas
douteuse , je suis incapable de tous les
crimes qu'on impute àmon ame ; mais puis--
qu'il faut une victime , je préfère qu'elle
soit tombée sur moi , plutôt que sur tout
autre , et je suis prêt de me rendre à l'échaffaud
que la Justice a fait dresser , afin
d'y expier les crimes que je n'ai pas commis,
mais dont le Peuple me croit coupable.
M. de Favras a refusé de nommer le grand
Seigneur dont il a parlé , ainsi que deux
autres personnes qu'il a indiquées , l'une
comme devant être Connétable , FFaautre
comme devant remplacer le Commandantgénéral
, d'après ce qui lui en avoit été dit
dans la conversation de ce grand Seigneur ,
qu'il a ajouté être d'un rang plus élevé que
M. le Comte de la Chatre. Il a de plus motivé
son silence là cet égard , par l'affirmation
, que ces nominations présumées ne
devoient entraîner aucun effet nuisible à
l'ordre présent des choses .
Ce Testament de mort contient en .
( 31 )
core d'autres détails justificatifs . M. de
Favras l'a dicté lui-même au Greffier
Criminel , en a paraphé toutes les pages ,
corrigé les expressions et les tournures.
Jusqu'au bout , sa contenance a été
noble et tranquille : pas la moindre altération
dans ses traits , dans son accent ,
nidansson attitude. <<<
Son dernier acte a été de confier 20.
louis et quelque monnoie à M. le Curé
de Saint-Paul , en le priant de les livrer
à Madame de Favras . Il a marché au
supplice avec le même stoïcisme , au
milieu des cris d'alégresse du Peuple
qui l'attendoit. Ses derniers mots ont
été : « Silence , Citoyens ! je vous le
<< répète , je meurs innocent. Exécu-
<< teur , faites votre devoir. » Son corps
rendu à sa famille , a été inhumé à
Saint - Jean - en - Grève . 8000 soldats
étoient sur pied le jour de cette tragédie ,
dont l'Histoire attend le développement.
Il n'y a pas d'exemple d'une mort plus
héroïque . M. de Favras n'a montré ni
ostentation , ni enthousiasme. Il est mort
comme Balmerino comme Lovat
j'ajoute comme Socrate , et avec bien
plus de force d'ame que ce dernier ,
mourant au milieu de ses amis , tandis
que M. de Favras entendoit les rugissemens
de ceux pour qui les tableaux
de sangparoissent devenir une jouissance.
La malheureuse épouse de M. de
Favras est enfin sortie de l'Abbaye ,
où elle étoit retenue depuis deux
4
(312 )
mois , sans Décret , ainsi que l'est en-
* core M. Augeard. Des sentimens , beaucoup
plus forts que la pitié , se sont
élevés sur ce terrible évènement ; il pré-
*sente des réflexions affligeantes qu'il ne
-convient pas de publier encore ; mais
qui se présenteront d'elles - mêmes aux
hommes désintéressés de tous les Pays .
La veille du Jugement , il y avoit cu
une émeute dans le faubourg Saint-
Antoine , dont le Peuple brûla plusieurs
charrettes de piquets et d'ustenciles de
campement , que le Directoire de la
guerre faisoit transporter de Saint -Denis
à Choisy-le-Roi .
Nous avons été informés plus exactement
de ce qui s'étoit passé à Grenoble , relativement
à M. de Lally. Voici le fait : Le
25 Janvier , les Compagnies de la Milice
devoient s'assembler à trois heures aprèsmidi
, pour délibérer si elle députeroit à la
Confederation de Valence. Deux ou trois
personnes seulement profitèrent le matin de
cette circonstance , pour répandre sur les
places publiques , qu'il falloit contraindre
M. de Lally à quitter la Ville. M. Mounier
parvint bientôt à leur faire abandonner ce
Projet : lorsque les Compagnies furent assemblées
, il ne s'éleva pas une seule voix
pour le proposer , et les tentatives du matin ,
excitèrent une indignation générale. M. de
Lally, à son retour à Lausanne , y a été
atteint de la petite-vérole , dont il est aujourd'hui
rétabli.
Le nouveau Maire de Grenoble , M. de
Franquières , a donné sa démission.
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